Library / Education / Manuel des difficultés les plus communes de la langue française, adapté au jeune âge et suivi d'un recueil de locutions vicieuses
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Québec (http://www.banq.qc.ca/).)
Notes de transcription: Pour une plus grande cohérence de l'ouvrage, les
majuscules ont été accentuées. De plus les errata incorporés entre
l'avertissement et la première page ainsi qu'entre les pages 128 et 129
ont été corrigés dans le texte et repportés à la fin de l'ouvrage. Les
primo (1º), secundo (2º) etc. qui figuraient sous la forme 1o, 2o... ont
été transformés par souci de lisibilité en 1º, 2º... Le nom de l'auteur
a été ajouté dans la première page de présentation.
Dans cette version texte les expressions qui étaient en italiques ont été
entourées de tirets bas.
MANUEL
DES
DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES
DE LA
LANGUE FRANÇAISE,
ADAPTÉ
AU JEUNE ÂGE,
ET SUIVI D'UN
RECUEIL
DE
LOCUTIONS VICIEUSES.
PAR THOMAS MAGUIRE
QUÉBEC:
IMPRIMÉ ET PUBLIÉ PAR FRÉCHETTE & Cie,
Nº. 13, RUE LAMONTAGNE,
BASSE-VILLE.
1841.
AVERTISSEMENT.
Le besoin d'un Manuel Lexique des difficultés de la langue française,
se fait vivement sentir dans nos écoles de grammaire; et l'on a à
regretter que le commerce ne nous fournisse pas les ouvrages de ce
genre, qui se multiplient, depuis quelques années, sur l'ancien
continent. C'est pour remedier en partie à ce défaut, que le présent
travail, né de circonstances purement fortuites, a été préparé pour la
presse: et en l'offrant au jeune âge, l'Auteur n'a garde de se présenter
sous d'autre titre, que celui d'humble compilateur; titre qui doit lui
demeurer entier, malgré quelques articles de sa création, devenus
indispensables pour signaler des erreurs de langage particulières au
Canada.
Les grammaires mises à contribution, pour la confection de ce petit
livre, sont celles de Duvivier, de Chambaud, de Lequien, de Lhomond, de
Letellier, de Galland, de Noël et Chapsal, etc. Les sources pures et
abondantes des Dictionnaires de l'Académie, de Trévoux, de Boiste, de
Rolland, de Gatel, de Noël et Chapsal, etc., ont été exploitées dans le
même but: et il est essentiel d'ajouter, que les articles puisés dans
ces riches trésors de la langue française sont reproduits textuellement,
autant que les circonstances et le cadre étroit de l'ouvrage l'ont
permis.
Ayant exposé les difficultés les plus communes de la langue, il était
naturel de fournir un tableau des expressions incorrectes et dénaturées,
qui en altèrent la beauté et les règles: voilà ce qui a donné lieu au
Recueil de Locutions Vicieuses, placé à la suite du Manuel.
L'Auteur ne s'est point fait illusion sur la difficulté de sa tâche: il
n'ignore pas qu'il ouvre un champ large à la critique. Heureux! si son
livre attire l'attention de quelque Aristarque consciencieux, qui daigne
en signaler les erreurs, au profit de la portion chérie de la société à
laquelle il est destiné!
Du reste, si l'Auteur a aplani au jeune âge quelques-unes des aspérités
dont la langue est hérissée, son but est atteint, son voeu accompli.
Québec, Octobre, 1841.
MANUEL
DES
DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES
DE LA
LANGUE FRANÇAISE.
ABSOUDRE. J'absous, tu absous, il absout, nous absolvons, _vous
absolvez_, ils absolvent. J'absolvais; point de prétérit défini.
J'ai absous, j'absoudrai, j'absoudrais, absous, absolvons,
absolvez, que j'absolve; point d'imparfait du subj. Absolvant,
absous, absoute.
Dissoudre se conjugue de même.
ACADÉMICIEN est un membre d'une compagnie de savans: académiste, celui
qui étudie les armes, l'équitation dans une académie.
ACCENT CIRCONFLEXE. On l'emploie pour les voyelles longues, et on le
met,--1º. sur a long, lâche, tâche, château.--2º. sur l'avant
dernier e des mots en eme: même, blême; excepté cependant les
adjectifs numéraux ordinaux, comme deuxième, troisième, etc.--3º.
sur l'i des verbes en aitre et oitre, comme paraître, accroître;
dans tous les temps où i est suivi de t; il naît, il paraîtra,
nous accroîtrons.--4º. sur l'o qui précède les finales le, me,
ne: pôle, rôle, dôme, zône.--5º. sur le nôtre, le vôtre,
mais non sur notre, votre.--6º. on l'emploie encore à la première et
seconde personne plurielle du prétérit défini: nous aimâmes, _vous
aimâtes_, nous reçûmes, vous reçûtes.--7º. à la troisième personne
singulière de l'imparfait du subjonctif: qu'il fût, qu'il eût,
qu'il aimât.--8º. on le pose aussi sur les adjectifs sûr, (pour
signifier certain) mûr, etc., parce qu'on écrivait autrefois seur,
meur, et enfin sur dû, participe du verbe devoir, pour le distinguer
de l'article du. Toutefois ce participe ne prend l'accent circonflexe,
ni au pluriel masculin, ni au féminin, tant singulier que pluriel, parce
qu'alors il ne peut être confondu avec l'article du. Enfin on le met
sur tû, participe du verbe taire, pour le distinguer du pronom tu,
et sur crû, participe de croître, pour le distinguer de cru,
participe de croire.
ACCORD du verbe avec ses sujets. Quand plusieurs substantifs ou pronoms
composent les sujets, le verbe s'accorde avec le dernier substantif ou
pronom;
1º. lorsque les mots formant les sujets sont synonymes: son courage,
son intrépidité ÉTONNE les plus braves. Il est essentiel que les
substantifs synonymes ne soient jamais unis par la conjonction et.
2º. lorsque les mots formant les sujets renferment une expression qui
réunit en elle tous les mots qui précèdent, comme chacun, tout,
rien, personne. Paroles et regards, TOUT EST _charmes en
vous_:--le temps, les biens, la vie, RIEN ne nous <sc>appartient</sc>.
3º. lorsque l'esprit s'arrête sur le dernier substantif, parce qu'il est
d'un tel intérêt, qu'il fait oublier les autres:--_ce sacrifice, votre
intérêt, votre honneur_, DIEU vous le COMMANDE:--mon repos, mon
BONHEUR SEMBLAIT être affermi.
Lorsqu'un verbe a deux sujets de la troisième personne unis par la
conjonction ou, on peut faire accorder le verbe avec les deux sujets,
ou avec le dernier, et dire également bien--Pierre ou Paul le FERA,
ou, le FERONT. Cependant l'accord avec le dernier sujet parait
préférable.
Cette règle s'applique à l'un l'autre, lorsqu'ils sont unis par la
conjonction ou:--l'un ou l'autre vous ÉCRIRA, ou vous ÉCRIRONT.
Cependant si les mots unis par ou sont de différentes personnes,
l'usage demande que le verbe se mette au pluriel, et qu'il s'accorde
avec la personne qui a la priorité:--c'est toi ou moi qui AVONS _fait
cela_,--c'est toi ou lui qui AVEZ dit cela:--lui ou moi nous
SERONS peut-être assez heureux, etc.
Dans les phrases où deux substantifs, ou bien deux pronoms sont liés par
une des conjonctions, de même que, aussi bien que, comme, _non
plus que_, plutôt que, avec, ainsi que, et autres semblables,
c'est avec le premier substantif que l'accord a lieu: la vertu, _de
même que le savoir_, A son prix. C'est sa fille, _plutôt que son
fils_, qu'il A DÉSHÉRITÉE.
Après l'un et l'autre faut-il mettre le verbe au singulier, ou au
pluriel?
L'Académie, Vaugelas, Marmontel, &c., sont d'avis que l'on peut se
servir indifféremment du singulier ou du pluriel: mais presque tous les
grammairiens, suivant Duvivier, se sont prononcés pour le pluriel.
Si l'un et l'autre était placé après le verbe, le pluriel serait de
rigueur. Ils VOULAIENT l'un et l'autre se promener.
Si les sujets sont exprimés par ni l'un ni l'autre, ou sont liés par
ni répété, le verbe doit-il être mis au singulier ou au pluriel?
Duvivier répond qu'on est libre de se décider en faveur du singulier ou
du pluriel, puisque l'Académie et les meilleurs auteurs ont fait usage
indifféremment du singulier et du pluriel.
Il ajoute cependant qu'il se range à l'opinion de Wailly et de Marmontel
qui veulent que quand les deux sujets concourent à l'action, l'on donne
au verbe la forme plurielle, parce qu'il y a pluralité dans l'idée, et
que l'on dise, _ni l'un ni l'autre n'_ONT FAIT leur devoir:--_Ni la
douceur ni la force ne_ PEUVENT rien.
Mais si l'un des deux sujets seulement fait, ou reçoit l'action, parce
qu'alors il y a unité dans la pensée, les mêmes grammairiens veulent que
l'on mette le verbe au singulier, et que l'on dise, _ni l'un ni l'autre
n'_EST mon père:--Ce ne sera ni Mr. le Duc, ni Mr. le Comte qui SERA
NOMMÉ ambassadeur d'Espagne.
Lorsque le verbe qui suit ni répété, est au pluriel, on doit le faire
accorder avec la personne qui a la priorité. Ni vous ni moi ne SOMMES
coupables.--_Ni vous ni lui n'_AVEZ FAIT cela.
Doit-on après un, une joint à de, des se servir du singulier ou
du pluriel, et dire, _c'est une des plus belles actions qu'il ait
jamais_ FAIT: ou, c'est une des plus belles actions qu'il ait jamais
FAITES?
La phrase dont il s'agit est elliptique: c'est comme s'il y avait,
c'est une action des plus belles actions qu'il ait jamais faites. Pour
résoudre la difficulté, il faut examiner si le pronom relatif que a
pour antécédent le substantif en ellipse, ou le substantif pluriel placé
après la préposition des. Dans le premier cas on emploie le singulier,
et dans le second le pluriel. Or dans la phrase citée ci-dessus, il est
évident que le relatif que se rapporte au substantif placé après la
préposition; car il s'agit d'actions faites, et non pas _d'une action
faite_. Le participe doit donc être mis au pluriel.
D'après ces principes il faudra dire au singulier, _c'est un de nos
meilleurs grammairiens qui_ A FAIT cette faute: et au pluriel; _votre
ami est un des hommes qui_ PÉRIRENT dans la sédition.
ACCORD d'un adjectif qui suit plusieurs substantifs.
Quand un adjectif suit plusieurs substantifs régimes, soit régimes d'un
verbe, soit régimes d'une proposition, et que cet adjectif ne se
prononce pas au masculin comme au féminin, au singulier comme au
pluriel, il ne s'accorde qu'avec le dernier des substantifs: mais il est
sous-entendu après les précédens. _Ce soupçon..excita des plaintes, et
un mécontentement_ GÉNÉRAL.--_C'est donc en vain qu'on met la véritable
gloire dans l'honneur et la probité_ MONDAINE.
Mais un adjectif, placé après des substantifs régimes, se met au
pluriel, si cet accord ne change pas la prononciation de
l'adjectif.--_Il sacrifie son repos et sa liberté pour la liberté et la
félicité_ PUBLIQUES.
ACQUÉRIR. J'acquiers, tu acquiers, il acquiert, nous acquérons,
vous acquérez, ils acquièrent, j'acquérais, j'acquis,
j'acquerrai, j'acquerrais, acquiers, acquérons, acquérez, _que
j'acquière_, que nous acquérions, que j'acquisse, acquérant,
acquis, acquise.
Conjuguez de même conquérir, reconquérir, requérir, s'enquérir.
ADJECTIFS ABSOLUS, (les) Parfait, universel, immortel, mortel,
éternel, essentiel, divin, suprême, extrême, excellent, ne
peuvent être précédés de mots qui expriment le plus ou le moins, par
cela même qu'ils sont absolus, et rejettent toute comparaison. On ne
peut dire, plus ou moins éternel,--mortel, &c.
ADJECTIF NUMÉRAL. Quelquefois l'adjectif de nombre cardinal remplace
celui de nombre ordinal. Il est SIX heures;--l'an MIL HUIT
CENT:--le CINQ Mars,--GUILLAUME QUATRE.
AIDER quelqu'un, c'est l'assister de sa bourse, de ses conseils:--_aider
à quelqu'un_, c'est partager sa fatigue, sa peine:--_aider à quelque
chose_, c'est y contribuer.
AÏEUL est le père du père ou de la mère. Au pluriel on dit aïeuls,
quand on veut désigner préscisément le grand-père paternel et le
grand-père maternel. Hors delà on dit aïeux, pour signifier tous ceux
de qui l'on descend, et qui ont devancé nos aïeuls.
AIGLE, oiseau, est masculin. AIGLE, drapeau, est féminin. _Les
Aigles Romaines_. AIGLE, constellation, est féminin.
AIGUILLON. Il y a quelques mots, comme, aiguillon, aiguille,
aiguiser, arguer, inextinguible, et les noms propres _d'Aiguillon,
le Guide, de Guise_, dans lesquels l'u se fait entendre, et que l'on
prononce, é-gu-i-glion,--é-gu-i-lle,--é-gu-i-zé,--ar-gu-é,
--inextin-gu-i-ble,--d'É-gu-i-glion,--le Gu-i-de,--de Gu-i-se.
AIR. On dit, cette femme a l'air BON, et non pas BONNE, parce que
bon se rapporte à l'air. Mais on dit, cette pomme a l'air CUITE,
et non pas CUIT, parce que l'adjectif ne peut être dit ici du substantif
air.
ALLER. On ne dit plus je vas, mais, je vais. L'impératif va prend
une s euphonique quand il est suivi du pronom relatif y: vas y.
Mais si après l'y il suit un verbe, l'Académie veut que l'on
supprime l's. Va y mettre ordre.
AMOUR au singulier est masculin: au pluriel féminin, excepté quand il
désigne les petits génies de la mythologie. Ces PETITS _amours sont
bien_ GROUPÉS.
À NEUF, DE NEUF. Refaire un bâtiment À NEUF:--remettre un tableau À
NEUF, c'est les restaurer, les réparer.
Se faire habiller DE NEUF, c'est se faire faire des habits neufs.
ANCÊTRES. Nos ancêtres: nos aïeux: nos pères. Le siècle de nos pères
a touché au nôtre: nos aïeux les ont devancés: nos ancêtres sont les
plus reculés de nous.
ANIMAUX. Leurs parties principales.
On dit le pied d'un cheval, d'un boeuf, d'un cerf, d'un mouton, d'une
vache, et des autres animaux chez lesquels cette partie est de corne.
On dit la patte d'un chien, d'un chat, d'un lièvre, d'un loup, d'un
ours, d'un rat, et des autres animaux chez lesquels cette partie n'est
pas de corne.
On dit les ongles d'un lion, les griffes d'un chat, d'un tigre, les
serres d'un aigle, d'un épervier.
On dit la bouche d'un cheval, d'un boeuf, d'un âne, et en général en
parlant des bêtes de somme.
On se sert du mot gueule en parlant des poissons, des reptiles, et de
la plupart des quadrupèdes. On dit la gueule d'une carpe d'une truite,
d'un brochet, d'un serpent, d'un lion, d'un tigre, d'un chien, d'un
loup, d'un chat, &c.
On fait usage du mot bec pour les volatiles.
Quand on parle de cette partie qui comprend la gueule et le nez, on
dit le groin d'un cochon, le muffle d'un cerf, d'un boeuf, d'un lion,
d'un léopard, d'un tigre: le museau d'un chien, d'un renard, &c.
On donne le nom de défenses ou broches de sanglier aux deux grosses
dents crochues et effilées qui sortent de sa gueule.
On appelle bois de cerf ou tête de cerf, le grand bois que cet
animal porte sur le devant de sa tête, et qui tombe tous les ans au
printemps.
Enfin on dit la hure d'un sanglier, d'un ours, d'un saumon, d'un
brochet, pour la tête, lorsqu'elle est coupée.
ANIMAUX, leurs cris. L'abeille bourdonne, l'âne brait, le boeuf mugit ou
beugle, la brebis bêle, le renard nasille, le cerf bramme, le chat
miaule, le cheval hennit, (prononcez hanit) le chien aboie ou jappe, le
cochon grogne, le corbeau croasse, la grenouille coasse, le lion rugit,
le loup hurle, le serpent siffle, l'aigle et la grue glapissent ou
trompettent, les petits chiens et les renards glapissent, les pigeons
roucoulent, la perdrix cacabe, le moineau chuchète ou pépie, le paon
braille ou criaille, le dindon glougloute, le poulet piaule, la poule
glousse, le grillon grésillonne, l'oie siffle, le rossignol gringotte,
&c.
APPELER. _J'appelle, tu appelles, il appelle, nous appelons, vous
appelez, ils appellent, j'appelais, j'appelai, j'appellerai,
j'appellerais, appelle, appelons, appelez, que j'appelle, que nous
appelions, que j'appelasse, appelant, appelé, appelée_.
Ce verbe comme tous ceux qui sont terminés par eler, doublent la
lettre l, quand après cette lettre on entend un e muet; c.-à-d.
lorsque la lettre l est suivie de e, es, ent. J'appelle,--_tu
chancelles_,--ils étincellent.
Cette règle est applicable aussi aux verbes dont l'infinitif est en
eter. V. JETER.
APPLAUDIR. Comme on fait usage de ce verbe tantôt à l'actif, tantôt au
neutre, il est indifférent de dire, applaudir AUX acteurs, ou
applaudir LES acteurs: on LUI a applaudi, ou, on L'_a
applaudi_.
Le participe passé de s'applaudir s'accorde toujours. Ils se sont
APPLAUDIS de leur conduite.
ARC-EN-CIEL. Au pluriel on écrit, arcs-en-ciel; mais on prononce,
comme au singulier, ar-kan-ciel.
ARTICLE. On répète l'article et les adjectifs déterminatifs, mon,
ma, mes, ton, ta, tes, ce, cette, un, etc.
1º. devant chaque substantif, les officiers et LES soldats;--_son
frère et_ SA mère.
2º. devant deux adjectifs unis par et, lorsqu'ils ne qualifient pas le
même substantif: les anciens et LES nouveaux soldats,--_vos grands
et_ VOS petits appartemens. Mais on dirait, _les anciens et braves
soldats_;--vos grands et beaux appartemens, attendu que les mêmes
soldats sont anciens et braves, et les mêmes appartemens _grands et
beaux_.
Il n'est pas toujours aisé de connaître d'une manière précise les cas où
l'on doit faire usage de l'article, et ceux où l'on ne doit pas s'en
servir. Voici un principe général qui sera d'un grand secours pour les
distinguer.
On doit employer l'article avant tous les noms communs pris
déterminément, mais non avant ceux qu'on prend indéterminément.
Un nom est pris déterminément lorsqu'il est employé pour désigner tout
un genre, toute une espèce, ou enfin un individu. LA _jeunesse est
imprévoyante_. Le mot jeunesse est genre parce qu'il désigne la
totalité des jeunes gens. LES _hommes à prétention sont
insupportables_. Le mot hommes est espèce, parce qu'il est restreint à
un certain nombre d'individus. LE roi est sage. Le mot roi, dans
cette phrase, désigne un individu.
Un nom est pris indéterminément lorsqu'on s'en sert uniquement pour
réveiller l'idée qu'on y attache: qu'on ne détermine rien sur l'étendue
dont elle est susceptible; en un mot qu'on ne l'emploie pas pour
désigner ni un genre, ni une espèce, ni un individu. _Les chemins sont
bordés_ DE lauriers, DE grenadiers, DE jasmins. Les mots
lauriers, grenadiers, jasmins étant indéterminés, ne prennent pas
l'article.
REMARQUES.
Les noms de provinces et de royaumes peuvent être pris déterminément
et indéterminément. On dit: je viens d'Angleterre, de France, sans
l'article; parce qu'il suffit de regarder l'Angleterre ou la France
comme terme d'où l'on part, et qu'il est inutile de penser à l'étendue
de ces royaumes. Mais parce que les mots limites, bornes font penser
à cette étendue, on dit; _les limites de l'Angleterre, les bornes de la
France_.
L'usage permet que l'on dise indifféremment, les peuples de l'Asie ou
les peuples d'Asie,--les villes de l'Angleterre ou _les villes
d'Angleterre_.
Mais on dit avec l'article: _les peuples de l'Asie ont toujours été
faciles à subjuguer_; parce que l'on considère ces peuples par rapport
à l'étendue du pays qu'ils habitent.
On dit plus communément: _il vient de l'Asie, de l'Europe, de
l'Afrique_. C'est une exception à la règle donnée plus haut.
Il y a des noms de royaumes et de pays qui veulent absolument l'article;
et l'on dit toujours: _les empereurs de la Chine--du Pérou--du
Japon:--les habitants du Canada_.
Les locutions suivantes sont donc vicieuses: je vais EN Canada,..EN
Pérou:--il demeure EN Canada,..EN Japon. Il faut dire: je vais
AU Canada,..AU Pérou;--il demeure AU Canada,..AU Japon.
Les noms Mercure, Jupiter, Vénus, Mars, Saturne, Herschel ne
prennent pas l'article.
ASPECT, PERSPECTIVE, VUE. Aspect désigne des points de vue
particuliers. _Les vues de la Suisse offrent les aspects les plus
agréables._ Perspective est l'aspect des objets vus de loin. L'idée
de vue est plus étendue que celle d'aspect.
ASSAILLIR. _J'assaille, tu assailles, il assaille, nous assaillons,
j'assaillais, j'assaillis, j'assaillirai, j'assaillirais, assaille,
assaillons, assaillez, que j'assaille, que j'assaillisse, assaillant,
assailli, assaillie_.
Tressaillir se conjugue de même.
ASSEOIR. _J'assieds, tu assieds, il assied, nous asseyons, vous asseyez,
ils asseient, j'asseyais, nous asseyions, vous asseyiez, ils
asseyaient, j'assis, j'assiérai ou j'asseierai, j'assiérais ou
j'asseierais, assieds, asseyons, asseyez, que j'asseie, que nous
asseyions, que vous asseyiez, qu'ils asseient, que j'assisse, asseyant,
assis, assise_..
Rasseoir se conjugue de même.
ASSURER veut un régime direct de personne quand il signifie témoigner:
assurez LE de mon estime: et un régime indirect lorsqu'il veut dire
donner pour sûr: assurez LUI que nous sommes réconciliés.
ATOCA. (Oxycoccum). Suivant Sarrasin, cité par Charlevoix, atoca est
un mot indien, qui désigne la baie de la canneberge. Cette baie, que les
anglais appellent cranberry, ne porte point de nom en français.
À TRAVERS veut un régime direct; à travers LES champs: au travers
est toujours suivi de la proposition de: au travers DU corps.
AUCUN se met toujours au singulier: _aucun chemin de fleurs ne conduit à
la gloire_: excepté quand il accompagne un substantif qui n'a pas de
singulier, comme pleurs, ancêtres: ou qui, au pluriel, est pris dans
un autre sens qu'au singulier, comme troupes, gages. On n'a fait
AUCUNES fénérailles,--AUCUNES troupes ne sont mieux disciplinées.
AUSSI, AUTANT, sont deux adverbes de comparaison qui doivent être suivis
de la conjonction que, et non de comme, autre adverbe de
comparaison. Ne dites pas: il est aussi grand COMME vous,--_j'en ai
autant_ COMME vous,--dites il est aussi grand QUE vous,--_j'en ai
autant_ QUE vous. On dit: il est grand COMME vous:--j'en ai
COMME vous.
AUSSI, SI. Toutes les fois que l'on veut simplement marquer l'extension
d'une qualité, il faut prendre si: il n'est pas SI fin, _qu'on ne
le puisse tromper_. Mais quand on veut faire comparaison entre deux
adjectifs, ou deux adverbes, il faut se servir d'aussi dans les
phrases affirmatives: il est AUSSI poli qu'il est brave: mais si la
phrase est négative il faut employer si: personne ne vous a servi SI
utilement que lui. Cependant il est bien des personnes qui emploient
alors presque indifféremment si ou aussi, et disent, _il ne sera
pas_ AUSSI constant qu'il le dit,--ou,--il ne sera pas SI _constant
qu'il le dit_.
AUSSI BIEN QUE. Lorsque deux sujets sont unis par aussi bien que, le
verbe s'accorde avec le premier sujet: _le roi, aussi bien que ses
ministres_, VEUT la paix.
AUTOMNE, d'après l'usage le plus commun, est masculin quand l'adjectif
précède: UN bel automne: et féminin quand l'adjectif suit: UNE
automne froide.
AUTOUR, ALENTOUR. Suivant les écrivains modernes autour est une
proposition, qui a par conséquent un régime, et alentour un adverbe
qui n'en a point. Il faut donc dire, la reine avait toutes ses filles
AUTOUR d'elle; et non pas, ALENTOUR d'elle:--_le roi était là, et
ses gardes étaient_ ALENTOUR, et non pas, AUTOUR.
AUTRE QUE, TOUT AUTRE QUE, AUTREMENT QUE, marquant la comparaison,
veulent ne devant le verbe suivant: il est tout autre que je NE
pensais:--il parle autrement qu'il N'agit: excepté quand le
premier verbe est négatif: il NE parle pas autrement qu'il agit.
AUXILIAIRES. Il y a deux auxiliaires avoir et être: avoir marque
l'action, et être l'état. Dans les verbes neutres qui prennent les
deux auxiliaires, comme, accourir, disparaître, déchoir, passer,
décider, périr, croître, éclore, demeurer, rester, cesser,
échapper, monter, descendre, entrer etc., on emploie avoir, si
c'est l'action que le verbe énonce que l'on a en vue: et être si c'est
l'état que l'on veut exprimer. Ce sont les circonstances dont le verbe
est accompagné qui indiquent lequel de ces deux points de vue on
envisage: ainsi pour exprimer l'action, l'on dira avec avoir: elle A
disparu subitement;--la fièvre A cessé hier;--la rivière A
monté rapidement;--le baromètre A descendu en peu d'heures: et
pour exprimer l'état qui suit l'action, l'on dira avec être; elle
EST disparue depuis un an:--la fièvre EST _passée depuis quelque
temps_;--il EST monté--il EST descendu depuis une heure. Il faut
excepter de cette règle les verbes neutres aller, arriver, choir,
décéder, mourir, naître, tomber, venir, et les composés de ce
dernier, comme devenir, intervenir, parvenir, revenir, survenir,
lesquels prennent le seul auxiliaire être, quoique chacun d'eux
exprime une action: c'est l'usage qui en a décidé ainsi; elles SONT
allées,--nous ÉTIONS arrivés,--il SERA venu.
Remarque. Convenir, contrevenir, subvenir, quoique formés du verbe
venir, donnent lieu aux observations suivantes.
Convenir demande tantôt l'auxiliaire avoir, et tantôt l'auxiliaire
être. Dans le sens d'être convenable, il prend avoir: et être dans
le sens de demeurer d'accord. _Cette maison m'_A convenu, et je SUIS
convenu du prix.
Contrevenir est employé par le plus grand nombre des écrivains avec
avoir.
Subvenir prend toujours l'auxiliaire avoir.
AVANT veut un régime, auparavant n'en veut aucun. Ne dites pas,
auparavant de partir, mais, avant de partir.
AVANT, DEVANT. Avant est pour l'ordre des temps; devant pour l'ordre
des places. Le premier est opposé à après, le second à derrière.
Plusieurs auteurs font aussi usage d'avant pour l'ordre des places.
AVANT QUE rejette le ne. Dites, avant qu'il parte, et non, _avant
qu'il_ NE parte.
AVANT QUE DE, AVANT DE, sont employés indifféremment par les écrivains
modernes: les prosateurs préfèrent même avant de.
AVOIR affaire à quelqu'un, suppose infériorité, dépendance de celui
qui a affaire. Un plaideur a affaire À ses juges, et non AVEC ses
juges.
Avoir affaire avec quelqu'un, c'est avoir à traiter avec lui: _il faut
éviter d'avoir affaire_ AVEC les fripons.
Avoir affaire de signifie avoir besoin de: il a affaire
D'argent,--j'ai affaire DE vous, ne sortez pas.
BARBARISME, (le) est l'emploi de mots inusités, ou pris dans un mauvais
sens, ou mal associés: c'est aussi l'emploi de locutions insolites. Le
solécisme est une faute grossière contre la syntaxe.
BÂTISSE, BÂTIMENT. Bâtiment est l'édifice entier: bâtisse n'en est
que la partie comprenant la maçonnerie. Dites: _la bâtisse de cette
construction a couté fort cher_: mais ne dites pas: _je veux assurer
cette_ BATISSE; je veux vendre cette BATISSE, pour signifier, _je veux
assurer cette maison, je veux vendre cette maison_.
BEAUCOUP. Il s'en faut beaucoup marque différence de qualité: _il s'en
faut de beaucoup_ la différence de quantité: _il s'en faut beaucoup
qu'il soit aussi prudent que vous_:--il s'en faut DE _beaucoup qu'il
ait autant de connaissances que son cousin_.
BÉARN, ancienne province de France; prononcez, Béar.
BÉNIT, TE, signifie consacré par l'église: pain bénit, eau bénite.
Béni--e, a les autres significations de son verbe;--BÉNIS _sont les
rois qui chérissent leurs peuples_.
BIFTECK ou BIFSTECK de l'anglais, beef-steak, signifie tranche de boeuf
saisie dans le beurre.
BLEU. L'adjectif bleu est invariable quand il est modifié par un autre
adjectif, étant alors substantif. Des étoffes BLEU FONÇÉ, c.-à-d.
d'un bleu foncé. Il en est ainsi de plusieurs autres adjectifs qui
désignent les couleurs: des cheveux BLOND FONÇÉ;--des robes ROSE
TENDRE;--des draps VERT FONCÉ:--des cheveux CHATAIN CLAIR, etc.
BOSSER, BOSSUER. Bosser est un terme de marine. Bossuer signifie
faire des bosses: dites j'ai BOSSUÉ mon goblet, et non pas, j'ai
BOSSÉ mon goblet.
BOUILLIR. Je bous, tu bous, il bout, nous bouillons, _vous
bouillez_, ils bouillent, je bouillais, je bouillis, _je
bouillirai_, je bouillirais, bous, bouillons, bouillez, _que je
bouillisse_, bouillant, bouilli, bouillie.
BRAIRE n'est usité qu'aux temps et aux personnes qui suivent: braire,
il brait, ils braient, il braira, ils brairont, il brairait,
ils brairaient.
BRUIRE, n'est guère usité qu'à l'infinitif, aux troisièmes personnes de
l'imparfait de l'indicatif, il bruyait, ils bruyaient, et au
participe présent, bruyant. On entend BRUIRE les vagues:--_le
vent_ BRUYAIT dans la forêt.
BUREAU. Lieu où l'on expédie des affaires, où l'on travaille, où l'on
délibère. Mais en parlant d'avocat, de notaire, il faut employer le
terme étude, et dire, l'ÉTUDE de tel avocat, l'ÉTUDE _de tel
notaire_.
Office pour signifier bureau est un barbarisme.
C ne se prononce pas à la fin des mots, estomac, broc, croc,
accroc, marc, échecs, (jeu), tabac, jonc, lacs, (filets),
arsenic, escroc, tronc, clerc, cric, porc, etc.
CALÈCHE est un carosse léger et découvert, dont le train porte sur
quatre roues. Cabriolet est une voiture légère et suspendue, montée
sur deux roues.
Calèche n'est donc pas synonyme de cabriolet; et c'est par
conséquent une faute de l'employer comme tel.
D'un autre côté, l'on se sert souvent du mot cabriolet, pour désigner
la petite charrette sans soupentes, dont l'usage est si commun: c'est
encore, comme l'on voit, une faute à éviter.
CAMPAGNE. À la campagne exprime le séjour que l'on fait hors de la
ville. Vivre à la campagne pour sa santé. En campagne signifie que
l'on est en mouvement pour ces affaires, les troupes sont EN
campagne;--il s'est mis EN _campagne pour découvrir ce qu'il
cherche_.
CARRIOLE est une voiture à roues, et c'est abusivement que l'on applique
ce terme à une de nos voitures d'hiver à patins. Traîneau est le mot
propre. Traîneau signifie voiture sans roues pour faire des courses
sur les neiges, sur les glaces.
Traîneau désigne aussi la voiture sans roues destinée au transport
également sur les neiges, de faix, de charges, etc. Le mot traîne,
pris dans ce dernier sens, est un barbarisme.
Traîneau est encore un assemblage de pièces de bois, pour traîner sur
la terre des fardeaux lourds, des marchandises, etc.
Au mot traîneau quelques personnes substituent le terme
anglo-américain sleigh. C'est une absurdité.
CARTOUCHE est féminin quand il signifie charge en rouleau d'une arme à
feu: mais il est masculin lorsqu'il signifie ornement de sculpture, de
peinture ou de gravure autour des inscriptions, des chiffres, des
armoiries. LE cartouche d'une carte géographique.
CENT au pluriel prend une s, deux cents chevaux: excepté lorsqu'il
est suivi d'un autre adjectif de nombre: deux cent cinquante chevaux.
Quand il s'agit de la date, cent est toujours invariable; _l'an mille
huit cent_.
CHARLES V, Empereur d'Allemagne, se prononce, et même s'écrit
quelquefois, CHARLES-QUINT.
CUEILLIR. _Je cueille, tu cueilles, il cueille, nous cueillons, vous
cueillez, ils cueillent; je cueillais, je cueillis, je cueillerai, je
cueillerais, cueille, cueillons, que je cueille, que je cueillisse,
cueillant, cueilli, cueillie_.
Conjuguez de même recueillir, accueillir.
CH. Le ch dans plusieurs mots qui viennent du grec, ou de quelque
langue orientale, se prononce comme k; tels sont: archéologie,
archéologue, catéchumène, Chersonèse, Chalcédoine, chaldéen, chaos,
chirographaire, chiragre, chirologie, chiromancie, Melchior,
Melchisédech, Ochosius, Jéchonias, Achaïas, Archimélech, Ezéchias,
Ezéchiel, exarchat, archiépiscopal, Michel-Ange, Achéloüs, archétype,
etc.
Cette règle souffre quelques exceptions, comme, archevêque,
archidiacre, archiprêtre, architecte, etc., dont le ch prend la
prononciation française.
CHACUN, précédé d'un pluriel, prend après lui son, sa, ses, quand
le régime direct est avant, ou que le verbe n'a pas de régime de cette
nature: ils ont apporté leurs offrandes, chacun selon SES
moyens;--ils se sont retirés, chacun dans SA chambre:--_ils ont
opiné_, chacun à SON tour.
Il prend leur, leurs lorsqu'il est suivi du régime direct: _ils ont
dit chacun_ LEUR avis: ils ont apporté chacun LEURS offrandes.
Un chacun dit, un quelqu'un a pensé sont des locutions vicieuses:
dites, chacun dit, quelqu'un a pensé.
CHAIR. Considéré comme aliment le mot chair se dit plus ordinairement
des animaux terrestres et des oiseaux: CHAIR de boeuf:--CHAIR _de
mouton_:--CHAIR de perdrix: et c'est en ce sens que l'on dit, _on ne
mange point de_ CHAIR en carême.
Chair se dit aussi quelquefois des poissons et des fruits: la CHAIR
du brochet:--la CHAIR du melon. V. VIANDE.
CHANTRE se dit pour le chant de l'église, et chanteur et chanteuse
pour le chant profane. Cantatrice est une chanteuse de profession.
CHAQUE veut toujours un substantif après lui. Ainsi ne dites pas, _ces
livres me coutent quatre francs_ CHAQUE: dites, quatre francs CHACUN.
CHOIR est usité seulement à l'infinitif. _Un astrologue un jour se
laissa_ CHOIR.
CHOISIR. Ce verbe ne régit pas les substantifs quand ils sont sans
article, ou sans préposition: on ne dit pas, _il a été choisi président
du comité_, mais, il a été choisi POUR président du comité.
CLORRE ou CLORE est usité à tous les temps composés, et de plus aux
temps simples suivans; je clos, tu clos, il clôt, sans pluriel:
je clorai, etc., je clorais, etc.: clos sans pluriel, clos,
close.
Enclorre se conjugue de même.
CLUB, mot anglais, adopté depuis la révolution française, que l'on
prononce klobe.
COLLECTIF. Il y a deux sortes de noms collectifs, le général qui
représente une collection entière, et le partitif qui représente une
collection partielle.
Tout verbe qui a pour sujet un collectif, s'accorde avec ce collectif,
s'il est général: l'infinité des perfections de Dieu m'accable:--_la
totalité des enfans sacrifie l'avenir au présent_; et avec le substantif
qui suit le collectif, si celui-ci est partitif: _une multitude
d'hommes l'environnaient_;--une troupe de barbares désolèrent le pays.
On distingue le collectif partitif au mot, un, une, dont il est
presque toujours précédé, UNE quantité, UNE foule.
Remarque. Avec la plupart, employé absolument, le verbe se met
toujours au pluriel. Le sénat fut partagé; la plupart VOULAIENT
que, etc.
COLORER une estampe est une faute. Dites COLORIER une estampe.
Colorer c'est donner la couleur; ainsi le saffran colore l'eau.
Colorier c'est appliquer les couleurs: une estampe COLORIÉE.
COMMANDER. On emploie souvent, mais improprement, le mot recommander
au lieu de commander, pour signifier la charge que l'on donne de faire
quelque chose. Ainsi l'on dit, j'ai RECOMMANDÉ un habit,--_une paire
de souliers_, au lieu de, j'ai COMMANDÉ un habit,--_une paire de
soulliers_.
COMME. Lorsque deux sujets sont unis par comme, ainsi que, le verbe
s'accorde avec le premier sujet: l'enfer comme le ciel PROUVE _un Dieu
juste et bon_:--la vertu ainsi que le savoir A son prix.
Comme ne doit pas remplacer que pour unir les deux termes d'une
comparaison. Ne dites pas: César était aussi éloquent COMME brave:
dites, aussi éloquent QUE brave:--il est aussi grand COMME moi:
dites, QUE moi.
COMMENCER. Commencer à, désigne une action qui aura du progrès, de
l'accroissement: cet enfant commence À parler. Commencer de,
exprime une action complète, qui aura de la durée: il commença DE
parler à deux heures, et ne finit qu'à six.
COMPLU est toujours invariable, n'ayant pas de régime direct. _Elle
s'est_ COMPLU dans ses enfans.
COMPRIS. Le participe compris, employé sans auxiliaire, est
invariable, quand il précède le mot auquel il se rapporte: y COMPRIS
cette somme; mais lorsqu'il le suit, il doit s'accorder avec lui:
cette somme y COMPRISE.
CONCORDANCE des temps de l'indicatif entre eux dans certains cas.
Lorsque deux verbes sont unis par la conjonction que, l'on met le
second verbe au présent de l'indicatif, si ce second verbe exprime une
vérité constante, ou une action qui se fait ou peut se faire dans tous
les temps. J'ai toujours cru qu'il EXISTAIT _un Dieu rénumérateur et
vengeur_. Il faut dire... qu'il EXISTE. _J'ai toujours cru que quatre et
cinq_ FESAIENT neuf. Il faut dire, FONT neuf. _Je vous ai dit qu'il
n'y_ AVAIT rien de stable dans ce monde. Dites, qu'il n'y A _rien de
stable_.
On se servira également du présent, s'il s'agit de quelque chose qui
existe au moment que l'on parle, et l'on dira: je savais bien que vous
ÊTES marié;--nous avons su que vous AVEZ acheté une métairie:--_on
m'a rapporté que notre mère_ A ÉTÉ quelque temps malade; et non pas:
je savais bien que vous ÉTIEZ marié;--nous avons su que vous
AVIEZ acheté une métairie:--on m'a rapporté que votre mère AVAIT ÉTÉ
quelque temps malade. Au lieu du futur on se sert abusivement du
conditionnel présent: on nous a dit que vous CONSENTIRIEZ _à cette
démarche_:--votre frère m'a assuré que vous IRIEZ _à la campagne au
printemps prochain_;--le bruit a couru que je QUITTERAIS _ce pays
incessamment_: il faut dire que vous CONSENTIREZ; que vous IREZ:
que je QUITTERAI, attendu qu'il s'agit ici seulement d'exprimer que
les actions de consentir, d'aller, de quitter, s'exécuteront dans
un temps où l'on n'est pas encore.
Le conditionnel passé ne doit pas s'employer pour le conditionnel simple
ou présent: _j'aurais parié que vous m'_AURIEZ RÉPONDU: dites, _que vous
me_ RÉPONDRIEZ.
CONCORDANCE des temps du subjonctif avec ceux de l'indicatif et du
conditionnel.
Quand le verbe de la proposition principale est à l'imparfait, aux
prétérits, au plus-que-parfait, ou à l'un des conditionnels, l'on met le
second verbe à l'imparfait du subjonctif. Par conséquent au lieu des
phrases sottement ridicules; il désirait que je CHANTE;--_je voudrais
qu'il_ SORTE;--le médecin a ordonné que vous PRENIEZ un bain; il
faut dire: il désirait que je CHANTASSE:--je voudrais qu'il
SORTIT:--le médecin a ordonné que vous PRISSIEZ un bain.
Cependant avec le prétérit indéfini l'on peut mettre le second verbe au
présent du subjonctif, quand il exprime une action qui se fait dans tous
les temps. _Dieu nous a créés pour que nous l'_AIMIONS.
CONFIRE. Je confis, tu confis, il confit, nous confisons, _vous
confisez_, ils confisent; je confisais, je confis, je confirai,
je confirais, confis, confisons, confisez, que je confisse,
point d'imparf. du subj. confisant, confit, confite.
CONNEXITÉ dénote un simple rapport qui est dans la nature des choses:
connexion énonce une liaison établie entre les choses.
CONSOMMER, CONSUMER. Consommer se dit de tout ce qui est susceptible
d'être accompli ou perfectionné: un homme CONSOMMÉ _dans les
sciences_: et consumer du tout ce qui ont susceptible d'être dévoré ou
anéanti: il a CONSUMÉ son temps et son argent.
CONSONNES. D'après l'ancienne appellation les consonnes, _b, c, d, f, g,
h, j, k, l, m, n, p, q, r, s, t, v, x, z,_ se prononcent, _bé, cé, dé,
effe, gé, ache, ji, ka, elle, emme, enne, pé, qu, erre, esse, té, vé,
ixe, zède_.
D'après la nouvelle appellation, elles se prononcent, _be, ce, de, fe,
ghe, he, je, ke, le, me, ne, pe, que, re, se, te, ve, xe, ze_.
Cette nouvelle méthode fut proposée, par MM. du Port-Royal, et
quoiqu'elle ait de grands avantages sur l'ancienne, elle resta long
temps dans l'oubli, par cela seul quelle était contraire à la pratique
générale. Mais enfin, dit Duvivier, _l'empire du préjugé commence à
s'affaiblir, et dans peu elle sera selon toute probabilité, la seule en
usage_.
Suivant cette nouvelle appellation, toutes les lettres de l'alphabet
sont masculines; suivant l'ancienne, il y en a qui sont féminines et
d'autres qui sont masculines. Les féminines, sont _f, h, l, m, n, r,
s_: les masculines, _a, b, c, d, e, g, i, j, k, o, p, q, t, u, v, x,
y, z_.
CONSTABLE. On sait que les devoirs de l'Officier de Paix en France,
sont analogues à ceux du constable en Angleterre. Il est donc évident
que l'on doit rejetter le mot anglais constable, puisque nous avons en
français son équivalent.
Quant au mot français connetable, c'est une grave faute que de
l'employer dans le sens d'Officer de Paix.
CONTINUATION est pour la durée: continuité pour l'étendue.
CONTINUER À se dit d'une chose que l'on fait sans interruption:
continuez À bien vivre: continuer de d'une chose où il y à
interruption: continuez DE vous former le style.
CONTRAINDRE prend à ou de devant l'infinitif: c'est l'oreille et le
goût qui en décident: contraindre quelqu'un À travailler, ou DE
travailler.
Il en est ainsi des verbes demander, s'empresser, et forcer.
COPIE n'est pas synonyme d'exemplaire, et c'est une faute de dire,
j'ai acheté quelques COPIES de tel ouvrage: dites, quelques
EXEMPLAIRES.
COUDRE. _Je couds, tu couds, il coud, nous cousons, vous cousez, ils
cousent, je cousais, je cousis, je coudrai, je coudrais, couds, cousons,
cousez, que je couse, que je cousisse, cousant, cousu, cousue_.
COULEUR et COLORIS, en parlant d'un tableau, ont des significations bien
différentes. Couleur est l'impression que fait sur l'oeil la lumière
réfléchie par chaque partie du tableau. Coloris est l'effet qui
résulte de l'ensemble, et de l'assortiment des couleurs.
COULEUR est toujours féminin, excepté dans les mots composés, _couleur
de feu_, couleur de rose, etc. Ainsi l'on dit; LE couleur de feu est
MA couleur favorite: _cette étoffe est d'_UN _couleur de rose
charmant_. On dit adjectivement, un ruban couleur de feu.
Un habit de couleur, une robe de couleur, sont un habit et une robe de
toute autre couleur que le blanc et le noir.
COUPLE est féminin quand il désigne deux choses qui ne vont pas ensemble
nécessairement: une couple de serviteurs,--de poulets,--d'oeufs.
Ils est masculin quand il désigne deux personnes unies par le mariage,
ou qu'il se dit d'un mâle ou d'une femelle qu'on a appareillés ensemble:
un couple d'époux,--un couple de pigeons.
COURIR prend deux r au futur simple, je COURRAI et au présent du
conditionnel je _cou_RR_ais_.
Il en est ainsi des verbes concourir, discourir, encourir,
parcourir, secourir, mourir, accourir.
COUVERCLE est ce qui ferme en couvrant: ainsi on dit, COUVERCLE _d'un
chaudron_,--d'un pot,--d'une écuelle,--d'une soupière, etc. On
doit se garder d'employer dans ce sens le mot couvert qui a une toute
autre signification.
CRAINTE, PLAINTE. Autrefois l'on rejetait les participes féminins
crainte et plainte; aujourd'hui on les emploie, et l'on dit: _la
chose que j'ai crainte_,--la personne que j'ai plainte.
CRAINTE DE précède toujours un substantif: dites, crainte de PIS, et
non pas DE crainte de PIS. De crainte de se met devant un infinitif:
dites, DE crainte de TOMBER, et non pas, crainte de TOMBER.
CROIRE quelque chose, c'est l'estimer véritable; _je crois la
religion_. Croire à quelque chose, c'est s'y fier, y avoir confiance:
je crois À son innocence. Croire quelqu'un, c'est ajouter foi à ce
qu'il dit: c'est un menteur, on ne LE croit plus. _Croire à
quelqu'un_, c'est croire à son existence: il croit AUX revenans. On
dit aussi dans ce sens, croire à la magie.
CULOTTE, vêtement d'homme de la ceinture aux genoux. On ne doit pas
confondre culotte avec pantalon qui est un vêtement de la ceinture
aux pieds.
D final sonne dans les noms propres David, Obed, Joad, etc.: et
dans Sud (le midi).
En général le d final se fait sentir devant une voyelle, ou une h non
aspirée. Cette règle néanmoins souffre beaucoup d'exceptions, surtout
dans la conversation: ainsi dans ces phrases, chaud accablant,--_bord
escarpé_,--froid épouvantable, le d est nul en prononciation.
On doit à cet égard consulter l'oreille, interroger l'usage.
DAME est un titre d'honneur qui s'étend aujourd'hui à toutes les femmes
d'une condition un peu honnête. Mais c'est une erreur grossière de
l'employer comme synonyme de femme mariée. Ainsi ne dites pas, la
DAME de Monsieur un tel; ni, votre DAME; dites; la FEMME _de
Monsieur un tel_: votre FEMME. Cette dernière locution, quoique
correcte, doit être évitée néanmoins dans la bonne société: au lieu
donc de dire, votre femme, dites Madame, en y ajoutant le nom du
mari.
Une dame ne dit, mon mari, que dans l'intimité; en toute autre
circonstance elle le nomme par son nom en l'appelant Monsieur. Mais il
n'en est pas ainsi du mari; il serait ridicule qu'il dit en société,
mon épouse ou Madame N: il doit dire tout simplement, ma femme.
Madame votre femme, Madame votre épouse sont des expressions de
mauvais ton; moins ridicules néanmoins que, Monsieur mon père: _Madame
ma mère_.
Une dame ne doit pas dire, quand j'étais fille, mais, _quand j'étais
demoiselle_.
DANS, EN. Dans a un sens précis et déterminé: il est DANS _la
ville_: en a un sens vague et indéterminé: il est EN ville. Dans
marque le temps où l'on exécute les choses; il viendra DANS un mois:
et en, celui qu'on emploie à les exécuter: il a fait le voyage EN
un mois.
DE entre deux noms. Si le second nom ne sert qu'à spécifier la nature du
premier nom, et par conséquent s'il n'est employé que dans un sens
indéfini, dans un sens général, qui ne présente à l'esprit qu'une idée
vague et confuse, l'idée de pluralité disparaît, et le second nom se met
au singulier: des queues de cheval;--de l'huile d'olive;--_des gens
de plume_.
Mais le second nom se place au pluriel, s'il désigne une chose qui se
compte; une mesure de haricots;--un bouquet de roses,--_un marchand
de plumes_ (à écrire).
DÉCHOIR. Je déchois, tu déchois, il déchoit, nous déchoyons,
vous déchoyez, ils déchoient, point d'imparfait, je déchus, _je
décherrai_, je décherrais, déchois, déchoyons, déchoyez, _que je
déchoie_, que tu déchoies, qu'il déchoie, que nous déchoyions,
que vous déchoyiez, qu'ils déchoient, que je déchusse, point de
participe présent, déchu, déchue.
DEDANS ne veut point de régime: dites, dans la ville, et non, DEDANS
la ville; à moins que dedans ne soit précédé d'une préposition; PAR
dedans la ville; ou employé en opposition avec un des adverbes
dehors, dessus, dissous: il y à des animaux DEDANS et DESSUS
la terre.
DE FACON QUE. De façon que, de manière que, de sorte que,
demandent le subjonctif, quand l'idée tient du doute, de l'avenir:
conduisez-vous de manière que vous MÉRITIEZ _l'estime des gens de
bien_: et l'indicatif lorsqu'elle est positive, et qu'elle a rapport au
présent, ou passé: il s'est conduit de façon qu'il A MÉRITÉ _l'estime
des gens de bien_.
DEHORS ne veut point de régime: dites, hors de la ville; à moins que
dehors ne soit précédé d'une préposition: passer PAR _dehors la
ville_; ou employé en opposition avec un des adverbes dedans,
dessus, dessous: j'en voyais et DEDANS et DEHORS _nos
murailles_.
DÉJEUNER, DÎNER, SOUPER. Ces trois verbes veulent la préposition avec
devant un nom de personne: et la préposition de devant le nom de la
chose que l'on mange, j'ai déjeûné--dîné--soupé AVEC mon ami:
j'ai déjeûné DE café: j'ai dîné D'un bon pâté.
On dit, DE quoi avez-vous déjeûné--dîné--soupé? et non pas, AVEC
quoi avez-vous déjeûné? etc.
DÉLICE au singulier est masculin; au pluriel féminin: mon plus GRAND
délice,--mes plus CHÈRES délices.
DÉLIVRER dans le sens de livrer ne peut avoir deux régimes de
personnes. Ainsi on dit bien, délivrer des marchandises à quelqu'un:
mais on ne doit pas dire, délivrer un prisonnier à quelqu'un.
DEMAIN. On dit, demain matin, demain soir de préférence à demain
AU matin, demain AU soir.
DEMEURER prend avoir pour exprimer que le sujet n'est plus au lieu,
dans l'état dont il est question: il A _demeuré six mois en
Italie_:--il A demeuré longtemps captif.
Il prend être pour marquer que le sujet n'a pas changé de lieu,
d'état: deux cens hommes SONT _demeurés sur le champ de
bataille_:--il a reçu une blessure, et EST demeuré infirme.
DEMI reste invariable quand il précède le substantif: une
DEMI_-heure_: une DEMI_-verge_: et s'accorde en genre seulement
lorsqu'il suit le substantif: deux heures et DEMIE.
DÉPLU. Le participe déplu est toujours invariable: _ces Messieurs se
sont_ DÉPLU à la campagne:--ces Dames se sont DÉPLU.
DE QUI, DONT, DUQUEL. De qui ne se dit que des personnes, ou des
choses personnifiées. Dont et duquel se disent des personnes et des
choses; mais en général dont est préférable: un arbre DONT _le fruit
est excellent_, et non pas, un arbre DUQUEL, etc. Cependant duquel
doit être préféré à dont;
1º pour éviter une équivoque; la bonté du Seigneur DE LAQUELLE _nous
ressentons les effets_.
2º lorsque le mot auquel se rapporte ce pronom relatif est suivi d'une
préposition: l'homme à la réputation DUQUEL vous voulez nuire; et
non pas, l'homme à la réputation DONT, etc.
DÉSESPÉRER QUE, étant accompagné d'une négation, veut ne devant le
verbe qui suit: je ne désespère pas qu'il NE vienne.
DÉSHONNÊTE, MALHONNÊTE. Il ne faut pas confondre ces deux mots. Le
premier est contraire à la pureté: le second à la civilité, à la
droiture.
DESSUS, DESSOUS ne veulent pas de régime: ne dites donc pas, DESSUS _la
table_, DESSOUS le lit: dites SUR la table, SOUS le lit: à moins
que ces adverbes ne soient précédés d'une préposition: PAR DESSUS _les
murs_, PAR DESSOUS la jambe: ou employés en opposition: _il y a des
livres dessus et dessous_ LA TABLE.
DIRE. De tous les composés de dire, il n'y a que le verbe redire qui
se conjugue absolument comme dire: redire fait donc au présent de
l'indicatif, vous redites, et à l'impératif redites.
À l'égard des verbes dédire, contredire, interdire, médire,
prédire, on dit au présent de l'indicatif, vous dédisez, _vous
contredisez_, vous interdisez, vous médisez, vous prédisez, et à
l'impératif, dédisez, contredisez, interdisez, médisez,
prédisez.
DISCONVENIR. Lorsque disconvenir est accompagné d'une négation, il
veut ne devant le verbe suivant; je ne disconviens pas qu'il NE
soit habile.
DISPUTER. Lorsque disputer signifie, prétendre concurremment à, il
prend le pronom personnel, et alors il est suivi d'un régime direct:
on SE DISPUTE la prééminence,--un rang,--un héritage. Employé
dans un sens absolu, signifiant avoir contestation, il ne prend pas ce
pronom: ainsi ne dites pas, vous avez tort de VOUS DISPUTER,--ils SE
se sont longtemps DISPUTÉS: dites, vous avez tort de DISPUTER: ils
ONT longtemps DISPUTÉ.
DISTINGUER DE se dit des choses analogues; distinguer la bienfaisance
DE la charité; distinguer d'avec, se dit d'objets différens:
_distinguer l'or d'_AVEC l'argent.
DONC se prononce donk devant une voyelle, et au commencement d'une
phrase, ou d'un membre de phrase; et aussi quand la phrase indique
l'indignation, la colère, etc.
DOUTER accompagné d'une négative veut ne devant le verbe suivant: _je
ne doute pas que vous_ NE réussissiez. Le participe passé de _se
douter_ s'accorde toujours avec le second pronom; il se sont DOUTÉS
de cela.
DRESSER. Dites, les cheveux me dressent À la tête, et non SUR _la
tête_.
DROIT. On dit, Mademoiselle marchez DROIT, et Mademoiselle marchez
DROITE. Le premier veut dire, marchez en ligne droite: droit est un
adverbe, et se rapporte au verbe marchez: le second signifie
tenez-vous droite en marchant.
DU, DE LA, DES sont employés devant les substantifs communs, pris dans
un sens partitif; c.-à-d., pour désigner une partie, une portion
des personnes ou des choses dont on parle: il a DU papier; c.-à-d.,
quelque papier:--vous avez DE L'encre; c.-à-d., _quelque
encre_:--nous avons acheté DES plumes; c.-à-d., quelques plumes:
excepté quand le substantif dans un sens partitif, est précédé d'un
adjectif; alors on emploie simplement de; il a DE _bon
papier_:--vous avez DE bonne encre:--nous avons acheté
D'excellentes plumes.
On ne doit donc pas dire; j'ai mangé DE LA bonne viande:--j'ai bu
DU bon vin:--voilà DU beau papier: dites, j'ai mangé DE _bonne
viande_:--j'ai bu DE bon vin:--voilà DE bon papier.
DU GUESCLIN. On ne fait point sonner l's de ce nom d'homme.
DURANT. Cette préposition se met quelquefois après son régime; sa vie
DURANT.
Durant exprime une durée continue; pendant marque un moment, une
époque.
Durant que, n'est plus usité.
ÉCHOIR, n'est guère d'usage au présent de l'indicatif qu'à la troisième
personne du singulier, il échoit, qu'on prononce et qu'on écrit
quelquefois il échet: point d'imparfait de l'indicatif, j'échus,
j'écherrai, j'écherrais, point d'impératif, qu'il échée, _qu'ils
échéent_, que j'échusse, échéant, échu, échue.
Échoir construit avec les adverbes bien et mal, se dit des
personnes; vous ne sauriez que BIEN échoir;--je suis MAL échu.
Noël veut qu'aux temps composés échoir prenne avoir et être.
Duvivier prétend au contraire que le participe du verbe échoir se
construit avec le seul auxiliaire être.
ÉCLAIRER. Lorsqu'on donne ordre de porter une lumière à quelqu'un qui
passe par un endroit obscur, il faut dire, éclairez À Monsieur, et
non pas, éclairez Monsieur.
ÉCLORE, il éclôt, ils éclosent, il éclora, ils écloront, _il
éclorait_, ils écloraient, qu'il éclose, qu'ils éclosent, éclos,
éclose. Il n'est usité qu'aux temps et aux personnes ci-dessus, et de
plus à la troisième personne du singulier et du pluriel des temps
composés.
EFFORCER À. (s') S'efforcer à, a rapport aux forces physiques;
s'efforcer À courir:--s'efforcer À porter un fardeau.
S'efforcer de, a rapport aux facultés intellectuelles: s'efforcer
D'être plaisant:--s'efforcer DE paraître calme.
ELLE, EUX, ELLES, précédés d'une préposition, ainsi que les prénoms,
lui, leur, ne se disent que des personnes, ou des choses
personnifiées: il ne faut donc pas dire, _cette maison menace ruine,
n'approchez pas_ _d'_ELLE:--ce cheval est méchant, ne LUI _touchez
pas_. Dans ces cas on se sert des pronoms en et y; _n'_EN _approchez
pas_;--_n'_Y touchez pas: ou bien on donne une autre tournure à la
phrase si les pronoms en et y ne peuvent y entrer.
Placés après le verbe être les pronoms lui, elle, eux, elles
ne se disent que des personnes: est-ce Monsieur votre père?--c'est
LUI;--est-ce votre soeur qui a écrit?--c'est ELLE;--_sont-ce là vos
cousins?_--ce sont EUX.
Mais aux questions suivantes, où il s'agit de choses et non de
personnes: est-ce là votre chapeau?--_est-ce là votre
épée?_--sont-ce là vos livres?--sont-ce là vos plumes?--il ne faut
pas répondre, oui, c'est LUI,--c'est ELLE,--ce sont EUX,--_ce
sont_ ELLES: il faut répondre ce L'est aux deux premières questions,
et ce LES sont aux deux dernières.
EMPIERRER et EMPIERREMENT. (Dict. de Boiste) Empierrer c'est mettre un
lit de pierres sous l'aire du gravier pour le consolider. Empierrement
signifie le lit de pierres, ou l'action de les poser. V. FERRER.
EMPÊCHER QUE, veut toujours ne devant le verbe suivant: _j'empêcherai
qu'il_ NE vienne.
EN. Lorsqu'il est question de choses, on se sert du pronom relatif en,
au lieu du pronom possessif, ainsi il faut dire; _ce livre me plaît, la
reliure_ EN est belle, et non pas, SA reliure est belle:--_cette
statue est belle, mais la tête_ EN est trop petit, et non pas SA _tête
est trop petite_.
Au jeu de cartes on dit, jouer EN pique--EN coeur, etc., et non
pas, DU pique,--DU coeur. V. SON, SA.
ENGAGER prend à ou de devant l'infinitif: il s'engagea À payer,
ou DE payer.
ENNOBLIR (prononcer an-noblir,) c'est donner de l'éclat, du lustre:
les beaux arts ENNOBLISSENT une langue.
Anoblir c'est donner des lettres de noblesse: la Reine Victoire l'a
ANOBLI.
ENNUYANT marque l'action, et ennuyeux l'état. Un homme _ennuyant
ennuie_ actuellement par ses discours, ou de quelqu'autre manière: un
homme ennuyeux est celui qui par sa simplicité, par l'habitude de
bavarder, etc., a tout ce qu'il faut pour ennuyer. Ennuyeux se dit des
personnes et des choses: ennuyant des personnes seulement.
ENTRE. L'e final d'entre s'élide seulement dans les verbes
réfléchis, dont le simple commence par une voyelle: s'entr'aider,
s'entr'ouvrir: et de plus dans entr'acte, entr'autres, et
quelquefois devant eux, elles: c'est à volonté: entr'eux,
entr'elles, ou entre eux, entre elles.
ENTRE-NUIRE. (s') Le participe passé de s'entre-nuire est toujours
invariable: ils se sont ENTRE-NUI.
ENVIRON ne doit pas être suivi de la conjonction ou: ne dites pas;
_une somme d'_ENVIRON quatre OU cinq cens livres sterling: dites;
une somme de quatre OU cinq cens livres sterling: ou bien,
d'environ quatre À cinq cens livres sterling. La raison en est
qu'environ et ou expriment chacun quelque chose de vague: leur
réunion forme un pléonasme vicieux.
Environ ne doit pas être suivi de de: dites, _il était environ deux
heures_, et non, environ DE deux heures.
ESPÉRER QUE portant à l'esprit une idée de futur, ne doit pas être
suivi d'un verbe au présent ou au passé: j'espère que vous vous
PORTEZ bien:--j'espère que vous AVEZ RÉUSSI. Dites: je me FLATTE
que vous vous portez bien;--je PENSE que vous avez réussi.
C'est une faute grossière de dire; ESPÉREZ un moment, pour ATTENDEZ
un moment.
ESSAYER prend à ou de devant l'infinitif qui suit: essayer À ou DE
combattre: c'est le goût qui en décide.
ET. La conjonction et donne lieu à plusieurs remarques.
1º. Elle ne doit pas unir les mots synonymes; ainsi ne dites pas, _une
douceur_ ET une aménité admirable;--il est érudit ET savant;
dites, une douceur, une aménité admirable:--il est érudit,
savant.
2º. Elle ne doit pas non plus unir deux membres de phrases commençant
chacun par une des conjonctions, plus, moins, autant. Dire, _plus
on étudie_, ET plus on aime l'étude, serait une faute: dites: _plus
en étudie_, plus on aime l'étude.
3º. Elle ne peut unir que des mots de même nature, c.-à-d., un
substantif à un substantif, un verbe à un verbe, etc.: d'où il suit que
l'on ne doit pas dire, il aime le jeu et À ÉTUDIER, mais, _il aime le
jeu et l'_ÉTUDE.
ET CÆTERA. Quand il est question de choses, l'on dit, et cætera;
quand il s'agit de personnes, il faut dire, et autres, ou, _et
d'autres_, ou, et les autres.
ÊTRE. Le verbe être précédé de ce se met au pluriel, lorsqu'il est
suivi de la troisième personne du pluriel: ce SONT _les
Romains_;--ce SONT eux;--c'ÉTAIENT nos amis;--ce SERONT _nos
ennemis_, qui..
Mais on dirait avec le verbe être au singulier, _c'_EST _le travail et
l'application_;--_c'_EST nous;--_c'_EST vous;--c'ÉTAIT
nous;--ce SERA vous; aucun de ces mots ne formant la troisième
personne du pluriel.
Remarque. Quelques auteurs emploient le singulier, quoique le verbe
soit suivi de la troisième personne du pluriel. Racine dit, _ce n'_EST
pas les Troyens: l'Académie écrit, EST-ce les Anglais?
Le temps du verbe être précédé de ce est déterminé par le verbe
suivant: ainsi il faut dire: ce SERA nous qui répondrons; et non
pas, _c'_EST nous qui répondrons;--ce FUT _Cicéron qui sauva la
république_; et non pas, _c'_EST Cicéron qui sauva la république.
Lorsque le verbe être précédé de ce, est suivi d'une préposition,
comme dans, c'est à vous; c'était de nous; _ce sera pour mes
enfans_; on fait usage de la conjonction que: c'est À vous QUE _je
m'adresse_;--c'était DE nous QUE vous parliez;--ce sera POUR
mes enfans QUE je travaillerai. Si au lieu de cette conjonction, on
employait à qui, dans la première phrase; dont ou de qui dans la
seconde; et pour qui dans la troisième; l'on violerait les règles de
la grammaire, en ce que l'on donnerait deux régimes indirects aux
verbes, je m'adresse, vous parliez, je travaillerai, tandis qu'ils
n'en doivent avoir qu'un. On dit de même, c'est ici QUE _je
demeure_;--c'est là QUE je vais: et non pas, c'est ici OÙ _je
demeure_;--c'est là OÙ je vais. Dans ces phrases, ce ne sont pas, il
est vrai, deux régimes indirects qui marquent le même rapport, mais deux
adverbes qui expriment la même circonstance, et dont un seul suffit.
Après le verbe être précédé de ce, l'on met à et de devant
l'infinitif: c'est à moi à,--c'est à vous à,--c'est à lui à,
éveille une idée de tour: c'est à moi de,--c'est à vous de,--_c'est
à lui de_, exprime une idée de droit ou de devoir. Ainsi l'on dira,
c'est à moi À jouer, c.-à-d., c'est mon tour de jouer: c'est à moi
DE commander, c.-à-d., c'est mon droit, c'est mon devoir de commander.
On dit souvent il a été pour il est allé, et vice-versa. La règle à
suivre en cela est que toutes les fois que l'on suppose le retour du
lieu, il faut dire, il a été, j'ai été: et lorsqu'il n'y a pas de
retour, il est allé. Ainsi, Pierre est allé au sermon, signifie que
Pierre n'est pas de retour du sermon: Pierre a été au sermon, veut
dire que Pierre est de retour du sermon. Les locutions, _je suis allé le
voir_;--je suis allé le visiter, sont vicieuses; il faut dans l'une et
l'autre phrase dire, j'ai été.
Il est essentiel de remarquer que ce n'est que dans les temps composés,
qu'on emploie le verbe être pour le verbe aller; _il est allé à la
messe_,--il a été à la messe: ne dites, pas: il FUT _à la
messe_,--il FUT jusqu'à Rome: mais, il ALLA à la messe,--il
ALLA jusqu'à Rome.
EUPHONIE; terme de grammaire qui signifie prononciation agréable.
L'euphonie fait changer quelquefois un mot, comme quand on dit MON
amitié pour MA amitié; et quelquefois ajouter certaines consonnes,
comme dans ces locutions, va-T-en;--_va_s-y;--si L'_on vous
demande_: où les lettres T, S, L, font éviter le son désagréable qui
résulte de la rencontre de deux voyelles.
ÉVANGILE est masculin. Ne dites pas, la dernière évangile,--_à la
dernière évangile_, mais, le dernier évangile,--au dernier évangile.
ÉVEILLER, RÉVEILLER. Éveiller se dit d'une cessation de sommeil
douce, ordinaire et naturelle. Réveiller suppose quelque chose
d'irrégulier et de subit.
ÉVITER ne signifie jamais épargner: ne dites pas, je vous ÉVITERAI
cette peine;--ÉVITEZ moi ce désagrément: dites, je vous ÉPARGNERAI
cette peine;--ÉPARGNEZ moi ce désagrément.
EXCEPTÉ s'accorde lorsqu'il suit le substantif; vos frères EXCEPTÉS,
et reste invariable quand il le précède, EXCEPTÉ vos frères.
EXCLURE. Participe passé exclu, exclue: ou, exclus, excluse. Ce
dernier est peu usité.
EXCUSE. Demander excuse signifie exiger des excuses: on ne peut donc
pas dire à quelqu'un qu'on a offensé, je vous demande excuse; il faut
dire, je vous fais excuse.
EXEMPLE est féminin quand il signifie modèle de dessin, d'écriture,
etc., que l'on copie: il est masculin dans ses autres acceptions.
C'est une faute grave de dire, IMITEZ l'exemple de vos ancêtres,
dites, SUIVEZ l'exemple de vos ancêtres.
EXHIBITION est un terme de pratique qui signifie, _représentation
juridique de papiers_. Gardez-vous donc d'employer ce mot en parlant de
bestiaux, de grains, et en général des produits de l'industrie, d'objets
d'art, offerts à la vue du public en certaines occasions. Exposition
est le terme propre. Ainsi dites, EXPOSITION de tableaux, _de
bestiaux_ etc.; et s'il y a concurrence pour des prix, employez le mot
concours.
Ces observations s'appliquent également au verbe exhiber.
EXPIRER se conjuge avec être quand il se dit des choses; la trève
EST expirée; et avec avoir lorsqu'il se dit des personnes, il A
expiré entre mes bras.
F. L'f finale ne se fait pas sentir dans les mots suivans: clef,
clefs, oeuf frais, oeuf dur, oeuf pourri, boeuf gras, _boeuf
salé_, cerf, cerfs: elle ne se fait pas sentir non plus dans les
mots au pluriel, nerfs, boeufs, oeufs; mais on l'a fait entendre
dans ces expressions, du boeuf, un oeuf, un nerf, dans _nerf de
boeuf_, l'on prononce seulement l'f du mot boeuf; dans le mot neuf
l'f se fait sentir au singulier, et elle est muette au pluriel: _habit
neuffe_, habits neu.
FACE. La locution en face prend après elle la préposition de; _en
face_ DU temple. Cependant dans le style familier on peut omettre
cette préposition; il demeure en face le marché. Cette régle
s'applique à près, et à vis-à-vis.
FAILLIR est usité principalement à l'infinitif; au passé défini, _je
faillis_; et aux temps composés, j'ai failli, j'avais failli. Le
participe présent faillant s'emploie rarement.
On dit j'ai failli tomber ou de tomber ou à tomber; c'est
l'oreille qui décide. C'est encore l'oreille qui prescrit le choix des
prépositions à ou de devant l'infinitif, qui suit les verbes
contraindre, demander, s'empresser, s'engager, finir,
forcer, et souffrir.
FALLOIR. Il s'en faut, accompagné d'une négation, ou de quelque mot
qui ait un sens négatif, tels que, peu, guère, presque, rien,
etc., veut la négation devant le verbe suivant: il ne s'en faut pas
BEAUCOUP qu'il NE soit ruiné:--il s'en fallait PEU qu'il N'_eût
achevé_. Mais on dirait, il s'en faut qu'on y meure de faim, le verbe
il s'en faut, n'étant accompagné d'aucune préposition négative.
FERRER un chemin, c'est le garnir de pierraille, d'après le système de
McAdam. V. EMPIERRER.
FEU. L'adjectif feu ne s'accorde en genre que quand il précède
immédiatement le substantif: la FEUE reine,--notre FEUE mère:
mais on dit sans accord; FEU la reine;--FEU notre mère, l'adjectif
feu étant séparé de son substantif par les mots la, notre.
FEVE et HARICOT. Malgré beaucoup de ressemblance la fêve et _le
haricot_ sont des légumes bien différens, et jamais les naturalistes ne
les confondent. Linnée nomme la fêve FABA, et le haricot PHASEOLUS.
Nous possédons en abondance la féve et le haricot: mais il est à
regretter que nous les désignions presque toujours par le seul mot
féve: à peine même le terme haricot nous est-il connu.
FINIR prend à et de devant l'infinitif: il ne finit pas DE
parler; ou, il ne finit pas À parler. C'est l'oreille qui en
décide.
FIXER ne saurait s'employer pour regarder: ne dites pas, on ne peut
FIXER le soleil, sans en être ébloui: dites, on ne peut REGARDER
etc.
FLEURIR employé au figuré, c.-à-d., en parlant des arts, des sciences,
d'un empire, fait au participe florissant et à l'imparfait
florissait; alors les sciences FLORISSANT en Égypte:--_l'empire
romain_ FLEURISSAIT sous Tite.
FORTUNÉ n'a jamais le sens de riche. Ne dites pas un homme FORTUNÉ:
dites un homme qui a de la fortune.
FOUDRE employé au propre est féminin: être frappé DE LA foudre:
employé au figuré il est masculin: _quand le sublime rient à éclater, il
renverse tout comme_ UN foudre: à moins qu'il ne soit accompagné d'une
épithète; alors il est des deux genres; la foudre VENGEUR, OU, _la
foudre_ VENGERESSE.
FUNERAIRE n'est guère usité qu'en cette phrase: frais funéraires.
FUR. On dit également bien AU fur et À mesure, ou, À fur et À
mesure.
G, est nul dans Clugny, Regnaud et Regnard, (poëte): dites
Cluny, Reno, Renar. Gessner (poëte) se prononce Guesse-nère.
GABARI est un terme de marine, et signifie modèle de construction de
vaisseau, et contour vertical de la carène. Toute autre acception est
étrangère à ce mot.
GARDE. Si garde en composition se dit d'une personne, il a alors le
sens de gardien, substantif qui doit prendre l's au pluriel; _des
gardes-champêtres_, des gardes-marines, des gardes-magasins. Mais si
garde se dit d'une chose, ou se rapporte à une chose, alors il est
verbe, et par conséquent invariable: des garde-vue, des
garde-manger, des garde-robes.
Garde est masculin quand il désigne un ou plusieurs individus tirés de
la totalité, comme UN garde NATIONAL, des gardes NATIONAUX. Mais il
est féminin quand il désigne tout le corps, comme la garde NATIONALE.
GENS veut au féminin tous les correspondans qui le précèdent, et au
masculin tous ceux qui le suivent: les VIEILLES gens sont
SOUPCONNEUX.
Cependant au lieu de toutes on emploie tous.
1º. quand cet adjectif est le seul qui précède le substantif gens:
TOUS les gens d'esprit:--TOUS les gens qui pensent bien.
2º. quand gens est précédé d'un adjectif qui n'a qu'une seule et même
terminaison pour les deux genres, comme aimable, brave, honnête
etc.; TOUS les honnêtes gens,--TOUS les habiles gens.
GÉSIR n'est plus en usage que dans il git, nous gisons, _ils
gisent_, il gisait, ils gisaient.
Ci-git et ci-gisent sont des formules d'épitaphe.
Quoique seule entre deux voyelles dans nous gisons, ils gisent etc.
s conserve le son qui lui est propre, et l'on prononce nous gissons,
ils gissent etc.
GRANDE. L'e de l'adjectif grande s'élide toujours dans grand'mère,
grand'tante; et fort souvent dans grand'chambre, grand'chère,
grand'croix, grand'messe, grand'peine, grand'peur, grand'rue,
grand'pitié, grand'salle: cependant l'élision cesse d'avoir lieu
quand l'adjectif grande est précédé de l'article, ou d'un adjectif
déterminatif, comme, une, ma, ta, sa, cette, etc.; la plus
GRANDE peine,--une GRANDE chambre;--cette GRANDE _messe a été
bien chantée_.
HAÏR prend deux points sur l'ï dans toute la conjugaison, excepté aux
trois personnes du singulier du présent de l'indicatif: je hais, _tu
hais_, il hait, et à l'impératif, hais.
HENRI. On aspire l'h de ce mot dans le discours soutenu, mais on ne
l'aspire jamais dans la conversation.
L'h de Henriette ne s'aspire dans aucun cas.
HIER. L'usage veut qu'on dise, hier matin, et non, hier AU matin:
hier AU soir, et non, hier soir. V. DEMAIN.
HIVERNEMENT n'est pas français, mais hivernage l'est, et signifie le
temps qu'un navire passe en relâche pendant l'hiver.
HIVERNER pour signifier, passer l'hiver en quelque lieu, n'est employé
qu'en parlant de troupes. On ne peut donc pas dire, j'ai HIVERNÉ _à
trois-Rivières_;--à Québec.
HOLLANDE. L'h de ce mot est toujours aspiré, excepté dans les
locutions, toile D'Hollande;--fromage D'Hollande.
HYMNE est toujours masculin, excepté quand il signifie chant d'Église.
IMAGINER. On emploie souvent imaginer pour s'imaginer. Le premier
signifie inventer, ou se former dans l'esprit l'idée de quelque chose:
le second se persuader quelque chose sans fondement: il IMAGINE _avoir
raison_; dites, il S'IMAGINE avoir raison.
Immaginer sans pronom personnel ne peut jamais être suivi
immédiatement d'un que, ni d'un infinitif. On dit bien, _on ne peut
rien_ IMAGINER de plus intéressant;--_j'_IMAGINE UNE chose, UN
moyen de.. Mais on ne doit pas dire, j'imagine QUE cela est:--_il
imagine_ ÊTRE un grand homme: il faut dire: je M'imagine QUE _cela
est_;--il s'imagine ÊTRE un grand homme.
IMPARDONNABLE ne se dit que des choses, et non des personnes:
faute IMPARDONNABLE. En parlant des personnes, on dit,
inexcusable: homme inexcusable.
La même observation s'applique au mot pardonnable.
IMPATIENTER. (s') L'usage refuse au verbe s'impatienter un infinitif
pour régime. Ainsi ne dites pas, ils s'impatientèrent d'attendre.
IMPERATIF. La seconde personne singulière de l'impératif, excepté pour
les quatre verbes irréguliers, aller, avoir, être et savoir, est
toujours semblable à la première du présent de l'indicatif. Ainsi l'on
dira, travaille, cueille, et non pas, travailles, cueilles, à
moins pourtant que la seconde personne de l'impératif terminée par un
e muet, ne soit suivie d'un y, ou du pronom en: elle prend alors
une s, pour la douceur de la prononciation;travailles-y,--donnes-en.
L'impératif va, suivi d'y et d'en, prend aussi une s euphonique:
vas-y,--vas en chercher.
IMPOSITION. Le mot anglais imposition signifie quelquefois _abus de
pouvoir_, fraude, etc. Le mot français imposition ne comporte pas
cette acception.
INCLUS. Ci-inclus, ci joint, sont invariables quand ils précèdent un
nom, dont le sens est vague: vous trouverez CI-INCLUS,--CI-JOINT
copie de ma lettre. Mais quand l'énonciation est précise, comme LA
copie, l'accord a lieu; vous trouverez CI-INCLUSE,--CI-JOINTE _la
copie de ma lettre_.
INSULTER quelqu'un, c'est l'injurier. Insulter À quelqu'un, c'est
manquer aux égards que réclament sa faiblesse, son malheur: insulter
AUX malheureux.
INTERJECTIONS. Duvivier dit
«que beaucoup de personnes écrivent indistinctement AH! et HA!--Ô!
OH! et HO!--EH! et HÉ!»
et il ajoute,
«que cette diversité d'orthographe vient de la difficulté de
représenter nettement, par l'écriture, le mouvement de l'organe
dans l'espèce de cri inarticulé que nous arrache une émotion
vive.»
Ce qui suit est puisé dans le Dictionnaire de l'Académie.
«Ô avec l'accent circonflexe est une interjection qui sert à
marquer diverses passions... ô siècle! ô temps! _ô le
plaisant homme! ô si je pouvais!_
«O, sans accent circonflexe, désigne l'apostrophe, _o mon
fils!_ o mon Dieu!
«OH. Interjection qui marque la surprise ou l'affirmation. _Oh,
oh, je n'y prenais pas garde_:--Oh pour cela, non.
«HO. Interjection qui sert tantôt pour appeler, tantôt pour
témoigner de l'étonnement ou de l'indignation. _Ho! venez un
peu ici. Ho! que me dites-vous là?_
«Quand il est interjection d'étonnement, ou d'indignation, il
s'écrit quelquefois OH!
«AH. Interjection qui sert à marquer la joie, la douleur,
l'admiration... _Ah! que vous me faites plaisir! Ah! que vous
me faites mal!_
«Ce n'est souvent qu'une interjection explétive, qui ne sert
qu'à rendre une locution plus animée. _Ah! Madame, gardez-vous
de le croire._
«HA. Interjection de surprise, d'étonnement. _Ha! vous voilà!
Ha! ha!_ Il se confond souvent avec l'interjection AH!
«EH. Interjection d'admiration, de surprise. _Eh! qui airait pu
croire que..._
«HÉ. Interjection qui sert principalement à appeler. _Hé! viens
ça._
«Souvent cette interjection se confond avec EH, soit pour
avertir de prendre garde à quelque chose, comme, _Hé!
qu'allez-vous faire?_ soit pour témoigner de la commisération,
Hé! mon Dieu... soit pour marquer de la douleur, _Hé!
qu'ai-je fait?_»
JAMAIS. Après jamais l'on sous-entend souvent l'article devant les
substantifs communs, et alors on met ces substantifs au singulier:
jamais mortel n'a joui d'un bonheur parfait, et non pas, _jamais
mortels n'ont joui_, etc.
JE. Quand je, mis après un verbe, produit un son désagréable, ce qui a
lieu le plus souvent pour les verbes qui n'ont qu'une syllabe au présent
de l'indicatif, il faut prendre un autre tour: ainsi au lieu de
dors-je? ris-je? choisis-je? mangé-je? dites, _est-ce que je
dors?_ est-ce que je ris? etc.
JETER. Ce verbe et tous ceux qui sont terminés en eter à l'infinitif,
comme fureter, feuilleter, souffleter, projeter, etc. ne
doublent la consonne t que devant un e muet. _Je jette, tu jettes,
il jette, nous jetons, vous jetez, ils jettent, je jetais, tu jetais, il
jetait, nous jetions, vous jetiez, ils jetaient, je jetai, tu jetas, il
jeta, nous jetâmes, vous jetâtes, ils jetèrent, je jetterai, tu
jetteras, nous jetterons, vous jetterez, ils jetteront, je jetterais,
etc., jette, jetons, jetez, que je jette, que tu jettes, qu'il jette,
que nous jetions, que vous jetiez, qu'ils jettent, que je jetasse, etc.,
jetant, jeté, jetée._
JOINDRE signifiant ajouter demande à: joignez cette maison À _la
vôtre_: dans le sens d'unir, d'allier, il prend indifféremment à
ou avec: joindre la prudence À ou AVEC la bravoure.
JOUIR se prend toujours en bonne part: ainsi ne dites pas, JOUIR _d'une
mauvaise santé_:--JOUIR d'une mauvaise réputation: dites, AVOIR _une
mauvaise santé_:--une mauvaise réputation.
JUSQUE. Au lieu de jusque, on peut employer jusques devant une
voyelle: JUSQU'à nous, ou JUSQUES à nous: c'est l'oreille qui en
décide.
L'e de jusque s'élide seulement devant à, au, aux, ici:
jusqu'à Paris,--jusqu'au Pérou,--jusqu'ici.
L'usage permet de dire également, jusqu'à aujourd'hui, et
jusqu'aujourd'hui.
L finale ne se prononce pas dans baril, chenil, coutil, fournil,
fusil, gril, nombril, outil, persil, soûl, sourcil,
gentil (idolâtre). Mais elle sonne dans tous les autres mots.
Cependant il faut remarquer que cette lettre, dans le mot gentil pour
signifier joli, ne sonne que devant une voyelle, et qu'alors elle se
mouille comme au feminin: un gentil enfant: prononcez _un gentille
enfant_: mais au pluriel l'l reste muette, et on dit genti-zan-fan.
L finale précédée d'un i prend le son mouillé, dans avril, babil,
cil, mil (petit grain), péril, bail, travail, fénil, etc.
Il faut en excepter fil, Nil, mil, (adjectif numéral) ainsi que
les adjectifs en il, et de plus les mots énumérés ci-dessus, où l'l
ne se prononce pas.
LÀ. L'adverbe là doit être accompagné d'un trait d'union, lorsqu'il
est joint à des mots, dont le sens ne permet pas de le séparer: _cet
homme_-LÀ,--celui-LÀ,--allez-LÀ,--quel livre est-ce-LÀ? Mais on
dira sans trait d'union: c'est LÀ mon opinion,--que dites-vous
LÀ?--sont-ce LÀ vos livres? parce que dans ces phrases l'adverbe
là n'est pas indispensable: on peut le supprimer, et dire: _c'est mon
opinion_,--que dites-vous?--sont-ce vos livres?
LE. Le pronom le peut représenter un substantif, ou un adjectif.
Quand il représente un substantif, ou un adjectif pris substantivement,
il s'accorde en genre et en nombre avec ce substantif, ou avec cet
adjectif pris subtantivement: êtes-vous Madame de Ste. Croix?--je LA
suis: êtes-vous la malade?--je LA suis: _êtes-vous les ministres
du roi?_ nous LES sommes: êtes-vous les mariés? nous LES
sommes.
Lorsque le pronom le représente un adjectif, ou un substantif pris
adjectivement, il est invariable, l'adjectif ne pouvant lui communiquer
ni genre ni nombre: Madame, êtes-vous malade?--je LE suis;
Messieurs êtes-vous mariés?--nous LE sommes.--_Madame êtes-vous
mère?_ je LE suis.
Le pronom le peut aussi tenir la place d'une proposition ou d'un
verbe. Dans ce cas il est invariable parce qu'une proposition, ou un
verbe, n'a ni genre ni nombre. _Si le public a eu quelque indulgence
pour moi_, je LE dois à votre protection;--_il faut obliger quand
on_ LE peut.
Après aussi, autant, moins, mieux, plus, l'on fait suivre la
conjonction que du pronom le: il est aussi habile que je LE
croyais:--elle est moins douce qu'elle ne LE semblait;--_ils sont
plus savans qu'on ne_ LE disait. On pécherait contre la grammaire de
dire,.. que je croyais,.. qu'elle ne semblait,.. qu'on ne disait.
L'oreille exige qu'on dise, donnez LE moi,--montrez LA
moi,--prêtez LA nous, et non pas, donnez moi LE,--montrez moi
LA,--prêtez nous LA.
LE DIT, LA DITE, SUSDIT, SUSDITE, sont des termes de Palais, dont
l'emploi, en dehors de la pratique, est interdit aux personnes qui se
piquent d'écrire et de parler avec grâce.
LE MIEN. Les pronoms possessifs, le mien, le tien, le nôtre, _le
vôtre_, doivent toujours se rapporter à un substantif énoncé
précédemment. Ainsi, j'ai reçu la VÔTRE en date du....est une phrase
dans laquelle la vôtre ne se rapporte à rien: dites, _j'ai reçu votre
lettre en date du_....
LEQUEL. Au lieu de qui, que, l'on doit employer lequel, pour
éviter une équivoque. Ainsi l'on ne dira pas, _c'est un effet de la
Providence divine_ QUI excite l'admiration.--_c'est un effet de la
Providence divine_ QUE nous admirons: car on ne sait si qui et que
se rapportent à effet ou à Providence. Il faut dire, _c'est un effet
de la Providence divine_ LEQUEL excite notre admiration..LEQUEL _nous
admirons_. Hors le cas d'équivoque on doit préférer qui, que, à
lequel, expression prosaïque et inélégante.
LETTRES MAJUSCULES. Il faut commencer par une majuscule ou _grande
lettre_ chaque alinéa, chaque phrase, chaque vers, tous les noms
d'homme, de vaisseau, de fausse divinité, tels que Pierre, Jean, _le
Formidable_ (vaisseau) Jupiter: tous ceux de lieu, tels que
l'Europe, Londres, Québec; tous ceux de peuples, tels que les
Européens, les Romains, les Canadiens: tous ceux de sectes, tels
que les Épicuriens, les Protestans: tous ceux de rivières, de
montagnes, de vents; le St. Laurent, les Alpes, le Nord-Est: tous
ceux de jour et de mois, tels que Vendredi, Août; tous ceux de
tribunaux, de compagnies, de corps, de dignités, quand ces noms sont
employés avec application individuelle, tels que l'Église du Canada,
le Parlement d'Angleterre, l'Académie, l'Apôtre S. Paul: enfin
tous ceux de science, d'art, de métier, s'ils sont pris dans un sens
individuel, qui distingue la science, l'art, le métier de toute autre
science, de tout notre art, de tout autre métier. _La Grammaire est une
science indispensable_:--la Musique est un art charmant.
Les adjectifs saint, grand, et semblables, lorsqu'ils entrent dans
la composition d'un nom propre, aussi bien que les titres,
Monseigneur, Monsieur, Madame, etc., doivent prendre une _initiale
majuscule_: c'est l'usage.
Quelquefois on personnifie les êtres moraux, et alors ils suivent la
règle des noms d'homme. Envie par ex. prend une lettre majuscule dans
ce vers de la Henriade: _Ci-gît la sombre Envie à l'oeil timide et
louche._ Le même mot s'écrit sans grande lettre dès qu'il cesse d'être
personnifié. L'envie s'attache aux grands talens.
Lorsque les noms de peuples et de sectes n'embrassent pas la totalité,
la majuscule cesse d'avoir lieu, un français, des anglais, _un
calviniste_.
Remarque.--Ces règles sur l'emploi des lettres majuscules sont à peu
près les plus généralement suivies. Néanmoins il faut dire qu'il existe
à cet égard bien des contradictions entre les auteurs.
LEUR joint au verbe ne prend jamais la lettre s: _donnez leur à
manger_;--je leur ai dit: joint à un nom il prend une s au pluriel.
LIRE. On doit dire, lire DANS un journal,--DANS un régistre; et
non pas, lire SUR un journal,--SUR un régistre.
LIS. L's de ce mot se prononce toujours, excepté dans fleur de lis.
LOUIS. Plusieurs personnes confondent louïs, pièce de monnaie, avec
livre, monnaie de compte. C'est une erreur grave, parce que le louïs
est une ancienne monnaie d'or de France, dont la valeur, fixée par nos
lois, est d'un peu plus de quatre piastres et demie d'Espagne; tandis
que notre livre du cours d'Halifax vaut seulement quatre piastres.
Le mot dollar, monnaie des États-Unis, est reçu, de même que le mot
pound pour la livre sterling. Ce dernier cependant sonne mal à
l'oreille.
L'UN et L'AUTRE, employé comme sujet, veut le verbe au pluriel: _l'un et
l'autre_ VIENDRONT. Le substantif placé après l'un et l'autre se met
au singulier; l'un et l'autre CHEVAL. Quand l'un est précédé d'une
préposition, cette préposition doit être; répétée devant l'autre; _je
parle_ POUR l'un et POUR l'autre.
Ni l'un ni l'autre, veut également le verbe au pluriel, excepté quand
un des sujets précédés de ni peut seul faire l'action marquée par le
verbe; _ni l'un ni l'autre n'_OBTIENDRA le prix:--ni Monsieur A, _ni
Monsieur B ne_ SERA nommé président.
L'un et l'autre, les uns et les autres marquent simplement la
pluralité. L'un l'autre, les uns les autres expriment la
réciprocité: Racine et Boileau étaient poëtes l'un ET l'autre; _ils
s'estimaient l'un l'autre_.
MAJESTÉ veut au féminin l'adjectif et le participe qui suit: _Votre
Majesté est_ VICTORIEUSE. Lorsqu'il est suivi d'un substantif pris
adjectivement, les avis sont partagés; les uns disent; _Votre Majesté
est_ MAÎTRESSE de ses états, les autres, Votre Majesté est MAÎTRE
de ses états. Cette dernière construction est généralement plus
usitée.
MALGRÉ QUE employé dans le sens de quoique, a vieilli, et n'est plus
français. Ainsi ne dites pas, il sort MALGRÉ QU'on le lui défende:
dites, QUOIQU'on le lui défende.
MANOEUVRE et MANOUVRIER. Ces mots différent dans leur signification.
Manoeuvre est un ouvrier subalterne, qui sert ceux qui font l'ouvrage.
Manouvrier, ouvrier qui travaille de ses mains et à la journée.
MANQUER prend à et de devant l'infinitif: à, quand il signifie ne
pas faire ce qu'on doit: on mésestime celui qui manque À _remplir ses
devoirs_: et de lorsqu'il signifie omettre, oublier, faillir:
ne manquez pas DE venir,--il a manqué DE tomber.
MASSACRANT. Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire. On doit donc
éviter de dire, cet homme est aujourd'hui d'une humeur MASSACRANTE,
etc.
MATINAL est celui qui s'est levé matin, sans en avoir l'habitude;
matineux celui qui a l'habitude de se lever matin: vous êtes bien
MATINAL aujourd'hui:--je ne suis pas MATINEUX.
MEILLEUR. Le comparatif meilleur suivi de que veut ne devant le
verbe suivant: ces fruits sont meilleurs que je NE le croyais: à
moins que le premier verbe ne soit négatif, ou employé interrogativement:
ces fruits ne sont pas meilleurs que je le croyais.
MÊLER avec, c'est brouiller ensemble plusieurs choses; mêler l'eau
AVEC le vin,--mêler de l'or AVEC de l'argent. Mêler à, c'est
joindre, unir: mêler la douceur À la sévérité:--mêler l'agréable À
l'utile.
MÊME est adjectif ou adverbe.
Même est adjectif,
1º. quand il précède le substantif: vous retombez dans les MÊMES
allarmes.
2º. quand il est placé après un pronom, ou un seul substantif: _les
Dieux_ EUX-MÊMES devinrent furieux,--ces murs MÊMES _peuvent avoir
des yeux_.
Même est adverbe,
1º. quand il est placé après deux ou plusieurs substantifs: _les
animaux, les plantes_ MÊME, étaient au nombre des Divinités.
2º. quand il qualifie un verbe; _exempts de maux réels les hommes s'en
forment_ MÊME de chimériques.
MI. Particule indéclinable, abréviation de demi, signifie la moitié,
le milieu: la MI-août,--la MI-carême.
À mi est une locution adverbiale qui signifie, à la moitié de; _à
mi-côte_,--à mi-jambes.
MIEUX. La syntaxe de l'adverbe mieux donne lieu à plusieurs
observations.
1º. suivi de deux infinitifs, mieux veut de avant le second
infinitif; il vaut mieux se taire que DE parler mal.
2º. mieux veut ne devant le verbe qui suit la conjonction que; _il
écrit mieux que je_ NE le croyais; à moins que le verbe devant mieux
ne soit négatif: il n'écrit pas mieux que je le croyais.
3º. Le mieux, la mieux, les mieux veulent le verbe suivant au
subjonctif: le livre le mieux écrit que nous AYONS LU.
MIL s'écrit de trois manières.
1º. mil, dans les supputations d'années: _l'an mil huit cent quarante
et un_.
2º. mille pour exprimer dix cents: nos troupes firent cinq MILLE
prisonniers.
Dans ces deux cas il rejette la marque du pluriel.
3º. mille avec une s au pluriel, pour représenter une mesure de
chemin: alors il est substantif commun.
MOINDRE veut ne devant le verbe qui suit la conjonction que: _cette
somme est moindre que vous_ NE le dites: à moins que le verbe placé
devant moindre, ne soit négatif, ou interrogatif; _cette somme n'est
pas moindre que vous le dites._
Le moindre, la moindre, les moindres veulent le verbe suivant au
subjonctif: la moindre faute que vous puissiez commettre.
Tout ce qui est dit ici pour l'adjectif moindre doit s'appliquer à
l'adverbe moins.
MOINS. À moins que de, et, à moins de se disent également devant
l'infinitif.
MON. Les adjectifs possessifs mon, ma, mes, ton, ta, tes,
son, sa, ses, notre, nos, votre, vos, leur, leurs se
répètent,
1º. devant chaque substantif: mon père et MA mère:--mes frères et
MES soeurs; et non pas, mes pères et mère;--mes frères et soeurs.
2º. devant deux adjectifs unis par et, lorsqu'ils ne qualifient pas le
même substantif: mon grand et MON petit appartement;--nos vieux et
NOS jeunes soldats.
Mais on dirait sans répéter l'adjectif possessif; _mon grand et bel
appartement_:--nos vieux et braves soldats: attendu que le même
appartement est grand et beau, et que les mêmes soldats sont vieux
et braves, les deux adjectifs modifiant le même substantif.
MOUCHER n'est jamais neutre: ainsi il ne faut pas dire, _je mouche
beaucoup_, mais je ME mouche beaucoup.
MOUDRE. _Je mouds, tu mouds, il moud, nous moulons, vous moulez, ils
moulent, je moulais, je moulus, je moudrai, je moudrais, mous, moulons,
moulez, que je moule, que tu moules, que je moulusse, moulant, moulu,
moulue._
MOUVOIR. _Je meus, tu meus, il meut, nous mouvons, vous mouvez, ils
meuvent, je mouvais, je mus, je mouvrai, je mouvrais, meus, mouvons,
mouvez, que je meuve, que tu meuves, qu'il meuve, que nous mouvions, que
vous mouviez, qu'ils meuvent, que je musse, mouvant, mû, mûe._
Conjuguez de même émouvoir, s'émouvoir.
MUR et MURAILLE. On dit,--les MURS d'un jardin,--les MURAILLES
d'une ville. Le propre du mur est de séparer, de partager, de
fermer: l'idée particulière de la muraille est celle de défendre, de
fortifier.
N. Quand un mot est terminé par un son nasal, c.-à-d., par an, in,
on, l'on ne fait la liaison de l'n finale avec la voyelle qui
commence le mot suivant, que quand le sens n'admet aucune pause entre
ces deux mots, comme dans, mon ami,--certain auteur,--on ignore.
Mais on prononce sans lier la consonne n à la voyelle qui suit, _mon
cousin est venu_,--vin bon à boire,--je demande pardon à Dieu, parce
que l'on peut faire une légère pause après les mots, cousin, bon,
pardon.
NE. La négation ne précédée d'un que et suivie d'un verbe offre
quelques difficultés.
Dans les comparatifs d'inégalité caractérisés par plus, moins,
meilleur, mieux, ou autres termes équivalens, si le premier membre
de la comparaison est négatif, le second qui vient après que doit
être affirmatif, et la négation ne ne peut y paraître: _il n'est pas
plus sage qu'il était_;--il ne pense pas autrement qu'il parle;--_il
n'écrit pas mieux qu'il parle_.
Dans les mêmes comparatifs d'inégalité, si le premier membre de la
comparaison est affirmatif, le second doit prendre ne: _il est plus
sage qu'il_ NE l'était,--il pense autrement qu'il NE parle,--_il
écrit mieux qu'il_ NE parle.
Les locutions conjonctives à moins que, de peur que, _de crainte
que_, et le verbe empécher, veulent toujours après eux la négation
ne; à moins que vous NE lui parliez,--de peur que l'on NE _vous
trompe_,--les fautes d'Homère n'ont pas empêché qu'il NE _fût
sublime_.
Nier, douter, désespérer, disconvenir sont suivis de NE
seulement quand ils sont accompagnés d'une négation: _je ne doute pas
que cela_ NE soit, etc.
Mais on dirait sans la négation, je nie,--je doute que cela soit,
parce que les verbes nier, douter sont employés ici affirmativement.
Les locutions conjonctives avant que, sans que, et le verbe
défendre, ne sont jamais suivis de ne: _avant qu'il fasse
froid_,--je défends qu'on lui fasse mal.
Quand deux phrases négatives sont jointes par ni, ou quand ni est
répété, l'emploi de la négation ne est nécessaire: _il ne les
craignait ni_ NE les aimait,--ni Pierre ni Paul NE viendront.
NÉGATION. La négation se compose de ne, ne pas, ne point,--_je
n'ose_,--je n'ose pas,--je n'ose point; ne est la plus faible des
négations; ne point est la plus forte; et ne pas tient le milieu.
Pas ne peut jamais être employé avec rien. Ne dites pas avec Racine;
On ne veut PAS RIEN faire ici qui vous déplaise.
NÉOLOGIE. L'emploi de nouveaux termes dans une langue est une
conséquence qui découle de la nature même des langues, qui ne peuvent
rester stationnaires. Horace l'a dit il y a près de deux mille ans.
Mais avons-nous au Canada mission ou titre pour la création de nouveaux
mots? Oui, sans nul doute. Mais en même temps il est clair qu'il
n'existe chez nous aucun tribunal qui puisse connaître de nos produits
de ce genre: il est évident que l'Océan Atlantique nous sépare des seuls
juges compétens de la langue française, auxquels il appartient de
prononcer en dernier ressort.
Tous les lexicographes conviennent de la nécessité d'incorporer à la
langue les termes de relation qui expriment les choses et les objets qui
n'existent que dans les pays lointains, nouvellement découverts, ou avec
lesquels l'on a eu peu de communications. D'où il résulte pour le Canada
le droit de créer des termes pour les objets et les choses qui lui
appartiennent exclusivement.
D'un autre côté, notre position sous le gouvernement britannique a
nécessité l'adoption de quelques constructions, de quelques termes même
anglais.
Il résulte de cette double circonstance, qu'un sage emploi de _nouveaux
termes_ et de mots anglais, là où la langue française n'en fournit pas
d'équivalens, est permis, commandé même.
Mais que l'élève ne perde pas de vue que, hors les cas extrêmes,
l'emploi de mots et de constructions anglaises est un véritable fléau
pour la langue. Déjà cet abus a envahi la portion instruite de notre
société, et y fait des progrès allarmans; et pour comble de malheur l'on
porte quelquefois cette licence dans des écrits, que d'ailleurs le génie
ne désavouerait pas.
Quant à l'emploi de mots purement anglais, là où il y a des termes en
français qui leur correspondent, c'est une manie insupportable, c'est le
comble du ridicule; et cependant combien de personnes, même d'éducation,
qui tombent dans ce défaut! Telle Dame ne peut manger de soupe qu'au
BARLEY! Tel Monsieur vous prie de lui passer un TUMBLER _pour boire
du_ BRANDY et de l'eau! Celui-ci vous demande, sans perdre son
sérieux, si ces PATATES (pommes de terre) sont cuites au STEAM:
celui-là si vous avez PAYÉ une visite à Monsieur un tel, etc.
Qui ne voit la barbarie de ces expressions; l'impertinence de ce
langage?
NEUF, NOUVEAU, RECENT. Neuf signifie qui n'a pas servi; nouveau qui
n'a pas encore paru: récent qui vient d'arriver: habit neuf,--_mode
nouvelle_,--fait récent.
NIER veut toujours au subjonctif le verbe qui suit la conjonction que;
je nie qu'il AIT raison.
Nier accompagné d'une négation veut ne devant le verbe suivant; _je
ne nie pas qu'il_ NE mérite votre estime.
NOMBRE (du) et du GENRE de certains substantifs. Les chiffres, les
lettres de l'alphabet, les notes de musique, s'écrivent sans s au
pluriel: deux CINQ;--trois B;--quatre FA.
Il en est ainsi de tous les mots de la langue pris matériellement; comme
dans cette phrase, _il y a plusieurs fautes d'impression dans cette
adresse_; il y manque deux MONSIEUR, trois MOT et deux IL. Il est
essentiel de remarquer, qu'un mot féminin, employé matériellement,
devient masculin. En voici un exemple pris dans Duvivier; Rencontre,
toujours FÉMININ en quelque sens qu'on l'emploie, était autrefois
MASCULIN.
NOMS PROPRES. Les noms propres ne prennent jamais la marque du
pluriel: l'Espagne a vu naître les deux SENEQUE;--les CORNEILLE _et
les_ RACINE ont illustré la scène française; excepté quand ils sont
employés comme noms communs, c.-à-d., pour désigner des individus
semblables à ceux dont on emprunte le nom: la France a eu ses CÉSARS
et ses POMPÉES.
NON PLUS QUE. Quand deux sujets sont unis par non plus que, le verbe
s'accorde avec le premier sujet: _la fortune, non plus que les
dignités_, _n'_ASSURE le bonheur.
NOUS. Quelquefois l'on emploie le pronom nous au lieu de je; alors
l'adjectif et le participe en rapport avec nous, se mettent au
singulier; CONVAINCU comme nous le sommes de notre insuffisance, et
non pas, CONVAINCUS comme nous le sommes...
NOUVEAU employé comme adverbe est invariable: des enfans NOUVEAU
nés. Il ne s'emploie jamais adverbialement avec un substantif féminin;
ainsi ne dites pas, une fille NOUVEAU née, mais, _une fille
nouvellement née_.
NU. L'adjectif nu ne s'accorde que lorsqu'il suit le substantif;
tête NUE,--pieds NUS. Lorsqu'il précède le substantif il est
invariable; NU tête,--NU pieds.
NUIRE. Je nuis, tu nuis, je nuisais, je nuisis, je nuirai, _je
nuirais_, nuis, que je nuise, que je nuisisse, nuisant, nui.
Le participe nui, ainsi que le participe s'entre-nui est invariable:
ils se sont nui;--elles se sont entre-nui.
NUL. L'adjectif nul, signifiant pas un, rejette la marque du
pluriel; nulle proposition; à moins qu'il n'accompagne un substantif
qui n'a pas de singulier, comme pleurs, ancêtres; ou qui ou pluriel
a un autre sens qu'au singulier, comme troupes, gages: _nuls
pleurs_,--nulles troupes.
Avec nul on supprime pas et point.
NUMÉRO, FOLIO, RECTO, DUO, etc. Les mots empruntés du latin ne prennent
pas d's au pluriel; factum est excepté; on dit des factums.
OBÉIR. Quoique verbe neutre, obéir a un passif: je veux ÊTRE OBÉI.
OBLIGER dans le sens d'imposer l'obligation de, prend à ou de au
choix de l'oreille: la religion nous oblige À secourir, ou, DE
secourir nos semblables.
Dans le sens de rendre service, ou employé au passif, il prend de,
et jamais à: vous m'obligerez DE m'accompagner;--_nous sommes
obligés_ D'obéir aux lois.
Être obligé ne se dit point des choses: cette locution, _le mérite
est_ OBLIGÉ d'être modeste, est donc vicieuse: dites, le mérite DOIT
ÊTRE modeste.
OBSERVER accompagné d'un régime indirect de personne, doit être précédé
du verbe faire. Ainsi dites; je vous FAIS observer que..:--_il
nous_ FIT observer que..:--je FERAI observer à l'assemblée que..
et non pas, je vous observe que..il nous observa que.._j'observerai
à l'assemblée que_...
Il résulte de là que l'on ne peut pas dire; _faire une observation à
quelqu'un_; il faut dire: FAIRE faire une observation à quelqu'un.
OCCUPER (s'). On dit s'occuper à et s'occuper de: le premier se met
avec les verbes, le second avec les substantifs: il s'occupe À _me
faire avoir une place_;--il s'occupe DE mon affaire.
OEIL-DE-BOEUF. Au pluriel, oeils-de-boeuf: il en est ainsi
d'oeil-de-bouc,--d'oeil-de-chat,--d'oeil-de-chèvre,
--d'oeil-de-christ,--d'oeil-de-perdrix,--d'oeil-de-soleil.
On dit; YEUX du frommage:--YEUX du pain.
OFFRIR devant l'infinitif prend de, et s'offrir prend à; _il
offre_ DE vous accompagner:--il s'offre À vous accompagner.
OINDRE, _j'oins, tu oins, il oint, nous oignons, vous oignez, ils
oignent, j'oignais, j'oignis, j'ai oint, j'oindrai, j'oindrais, oins,
oignons, oignez, que j'oigne, que nous oignons, que j'oignisse, oignant,
oint, ointe._
Ainsi se conjugue joindre.
ON. Quoique masculin et singulier de sa nature, le pronom on devient
féminin quand il s'applique spécialement à une personne du sexe: et
pluriel lorsque le sens indique évidemment qu'il désigne plusieurs
personnes. Alors l'adjectif et le participe qui se rapportent à on
prennent la marque du féminin et du pluriel: quand on est MÈRE _on
n'est pas toujours_ MAÎTRESSE de son temps:--_quand on s'estime
mutuellement_, on n'est pas heureux d'être SÉPARÉS.
Au lieu de on, il faut employer l'on, pour éviter certaines
consonnances choquantes qui ont lieu principalement après et, si,
ou:--et L'on veut;--si l'on dit:--ou L'on verra.
Cependant on doit faire usage de on devant le, la, les, lui
pour éviter la répétition désagréable de l'articulation l:--et dire,
et on le veut,--si on le dit,--ou on le verra, et non pas, et
L'on le veut,--si L'on le dit,--ou L'on le verra.
Au commencement d'une phrase, il faut préférer on à l'on, parce
qu'alors il n'y a pas de mauvaise consonnance à éviter.
ONZE se prononce avec aspiration: le ONZE de Juillet:--de ONZE
enfans il n'en reste que trois:--vous êtes ONZE;--sur les ONZE
heures:--ils étaient ONZE: prononcez, vous ête onze:--_sur lè onze
heures_:--ils étè onze.
ONZIÈME adjectif. On prononce ce mot avec ou sans aspiration, à
volonté: LE onzième ou L'onzième de Juillet:--LA onzième ou
L'onzième page.
Mais dans onzième substantif l'o est toujours aspiré; ainsi l'on ne
fait pas sentir l'n ni l's dans cas phrases:--il est héritier pour
UN onzième:--pour trois onzièmes.
ORGUE est masculin au singulier, et féminin au pluriel:--un BEL
orgue:--de BELLES orgues.
OU. Quand deux ou plusieurs sujets sont unis par la conjonction ou, le
verbe s'accorde avec le dernier sujet:--la faiblesse OU
l'inexpérience nous FAIT commettre bien des fautes: à moins que les
mots unis par ou ne soient de différentes personnes: alors le verbe se
met au pluriel, et s'accorde avec la personne qui a la priorité: _vous
ou moi_ PARLERONS, et mieux NOUS PARLERONS:--vous ou votre frère
PARLEREZ, et mieux, VOUS PARLEREZ.
OUBLIER DE, désigne un manque de mémoire:--j'ai oublié DE _vous
écrire_. Oublier à marque un manque d'usage: il oublie À danser--À
dessiner.
OUÏR n'est guère usité qu'au prétérit défini, j'ouis, il ouit: au
présent du subj., que j'ouïsse, qu'il ouït: à l'infinitif, ouïr;
au participe passé, ouï, ouïe; et aux temps composés.
PAÎTRE. Je pais, tu pais, il pait, nous paissons, _vous
paissez_, ils paissent, je paissais, point de prét. défini, _je
paîtrai_, je paîtrais, paissons, paissez, que je paisse, point
d'imparf. du subj., paissant, pu. Ce dernier mot ne s'emploie que
dans cette phrase familière; il a pu et repu.
Repaître, qui se conjugue de même, a un prétérit défini;--je repus.
PÂLE, Pâle, signifie qui est faible de coloris: blême, qui est
très-pâle; livide, qui est plombé et taché de noir; hâve qui est
défiguré par le décharnement: blafard qui est pâle jusqu'à
l'affadissement.
PÂQUE substantif féminin: fête annuelle des Juifs en mémoire de leur
sortie d'Égypte.
Pâque ou Pâques substantif masculin, singulier: fête des
chrétiens:--Pâques est passé.
Pâques subst. fém. pluriel; communion pascale; faire ses Pâques.
Pâques-fleuries, le Dimanche des Rameaux.
PARDONNER veut un régime direct des choses; _pardonnez quelques vers
faibles_; et non, À quelques vers faibles; et un régime indirect de
personnes: pardonnez À vos enfans, et non pardonnez vos enfans.
PARLER, (se) Le participe passé de se parler est toujours invariable,
parce que se parler n'a pas de régime direct: ils se sont
PARLÉ:--elles se sont PARLÉ.
PARMI. Entre se dit de deux objets: entre Rome et Carthage: parmi
se dit d'un plus grand nombre, et veut après lui, ou un pluriel: _parmi
les hommes_; ou un collectif: parmi la foule.
PARTICIPE PRÉSENT. Il est toujours terminé en ant, et ne prend ni
genre ni nombre: un homme LISANT:--des hommes LISANT:--une femme
LISANT:--des femmes LISANT.
On dit, des hommes obligeans:--une femme surprenante. Mais ces mots,
obligeans, surprenante, ne sont point des participes présens: ce
sont des adjectifs verbaux, qui s'accordent avec les substantifs
auxquels ils se rapportent.
Pour distinguer les adjectifs verbaux des participes présens, il faut
voir si ces mots ont un régime. Lorsqu'ils ont un régime, ce sont des
participes. Lorsqu'ils n'ont point de régime, ils sont adjectifs: _cette
femme est douce_, affable, PRÉVENANT tout le monde:--_cette femme
est douce_, affable, PRÉVENANTE. Dans la première phrase le mot
prévenant est un participe, parce qu'il est suivi du régime _tout le
monde_: dans la seconde il est adjectif, parce qu'il n'a point de
régime.
Cette règle pour distinguer les adjectifs verbaux des participes présens
souffre quelques rares exceptions.
PARTICIPE PASSÉ des verbes réfléchis. Ce participe s'accorde avec le
régime direct lorsque ce régime est avant le participe: _cette femme
s'est_ PROPOSÉE pour modèle à ses enfans: proposée est au féminin et
au singulier, parce qu'il est précédé de son régime direct le pronom
se qui se rapporte à femme: c'est comme s'il y avait,--_cette femme
a proposé elle_.
Mais si le régime direct est après le participe, le participe est
invariable: ma soeur s'est COUPÉ le doigt. Coupé ici est
invariable parce que le régime direct doigt, est après le participe:
et le pronom se n'est que le régime indirect, puisque c'est comme s'il
y avait, ma soeur a coupé le doigt à elle.
PARTICIPE PASSÉ suivi d'un verbe à l'infinitif. Quand le _participe
passé_ est suivi d'un verbe à l'infinitif, il faut examiner avec
attention si le régime qui précède le participe est régime de ce
participe, ou régime de l'infinitif qui suit le participe.
S'il est régime du participe passé, ce participe doit s'accorder avec
lui: voilà les enfans QUE j'ai ENTENDUS lire. Que est ici régime
du participe entendus, et non de l'infinitif lire.
Mais si le régime qui précède le participe passé, est celui du verbe à
l'infinitif, le participe passé demeure invariable: voilà les livres
QUE vous avez PARU désirer: le régime que appartient au second
verbe.
On reconnaît que le régime qui précède le participe passé, est le régime
de ce participe, lorsqu'on peut mettre ce régime immédiatement après le
participe, et changer l'infinitif qui suit en participe présent; ou bien
en un imparfait précédé du pronom relatif qui: cela est évident dans
l'exemple ci-dessus: voilà les enfans QUE j'ai ENTENDUS lire: on
peut dire, j'ai entendu les enfans LISANT, ou QUI LISAIENT.
Lorsque ce changement ne peut se faire, il faut en conclure que le
régime qui précède le participe, est le régime du verbe qui suit le
participe.
PARTICIPE PASSÉ entre deux que. Lorsque le participe passé se trouve
entre deux que, le régime direct, c.-à-d., le premier que appartient
toujours au second verbe, et par conséquent le participe est toujours
invariable: voilà les livres QUE l'on a VOULU que je lusse:--_les
peines_ QUE j'ai PRÉVU que cette affaire vous donnerait.
PARTICIPE PASSÉ du verbe réfléchi, formé d'un verbe neutre. Ce participe
est toujours invariable, parce que son verbe n'ayant pas de régime
direct, ne peut en être précédé: elles se sont NUI:--ils se sont
PARLÉ:--elles se sont SUCCÉDÉ.
Les verbes réfléchis ainsi formés d'un verbe neutre, sont au nombre de
neuf, savoir; se plaire, se déplaire, se complaire, se rire, _se
sourire_, se parler, se succéder, se nuire, s'entre-nuire.
Le participe passé fait, suivi d'un infinitif, est toujours
invariable: la maison que j'ai FAIT bâtir:--les habits que j'ai FAIT
faire.
Beaucoup de grammairiens veulent que le participe laissé suive la même
règle, et que l'on écrive: la femme que j'ai LAISSÉ passer. D'autres
veulent que ce mot suive la règle générale, et que l'on écrive: _la
femme que j'ai_ LAISSÉE passer.
PARTICIPE PASSÉ joint au verbe avoir précédé du mot en. Ce participe
est invariable, à moins qu'il ne soit précédé d'un autre régime direct:
vous avez plus de richesses que je ne vous EN ai DONNÉ, et non pas
DONNÉES:--_il m'a promis plus de services qu'il ne m'_EN a RENDU, et
non pas RENDUS.
Les participes donné et rendu sont invariables ici parce que le mot
en est un pronom relatif qui signifie de cela, et qui par conséquent
représente un régime indirect.
Mais le participe est variable s'il est précédé d'un autre pronom qui en
soit le régime direct: j'ai écrit à mon frère, et voici la réponse QUE
_j'_EN ai REÇUE. Reçue est au féminin et au singulier, parce qu'il
est précédé de son régime direct, le relatif que pronom qui se
rapporte à réponse. Le pronom EN est régime indirect et signifie _de
mon frère_.
PARTICIPE PASSÉ joint au verbe avoir précédé du mot le. Ce participe
ne varie point, lorsque le relatif le se rapporte à un adjectif:
ainsi l'on écrira: votre soeur n'est pas aussi instruite que je l'avais
PENSÉ, parce que le pronom le se rapporte à l'adjectif instruite.
Mais le participe varie, quand le mot le se rapporte à un
substantif, comme dans cette phrase: _ma soeur est toujours la même que
je l'ai_ CONNUE.
PARTICIPE PASSÉ des verbes impersonnels il a fait, il y a eu. Ce
participe demeure invariable: ainsi on dit, les chaleurs qu'il a FAIT;
et non pas, qu'il a FAITES:--la disette qu'il y a EU _pendant
l'hiver dernier_; et non pas, qu'il y a EUE.
On écrit également sans accord: IL EST ARRIVÉ _de grands
malheurs_:--quels changemens en EST-IL RÉSULTÉ? parce que c'est une
règle sans exception, que le participe conjugué avec être (excepté
dans les verbes réfléchis, où il est pour avoir) s'accorde toujours
avec son sujet: or le sujet de, est arrivé;--est résultée, c'est
il représentant ceci, mot invariable, mot neutre, qui ne saurait
exercer aucune influence sur le participe.
Il faut aussi écrire sans accord: IL S'EST RASSEMBLÉ _une foule de gens
armés_:--IL S'EST GLISSÉ une faute dans votre copie:--IL S'EST TROUVÉ
dix personnes chez moi.
PARTICIPE PASSÉ des verbes neutres. Le verbe neutre n'ayant pas de
régime direct, son participe passé demeure invariable: _les sommes que
ce procès m'a_ COUTÉ:--les pistoles que ce cheval a VALU:--_les jours
que j'ai_ VÉCU.
Cependant lorsque valoir signifie procurer, faire obtenir, il est
actif, et alors son participe passé doit s'accorder avec le régime
direct qui le précède: les honneurs que m'a VALUS mon habit. Il en
est ainsi du participe passé de couter, lorsque ce verbe signifie
causer, exiger: les peines que cette affaire m'a COUTÉES.
PARTICIPER À, c'est avoir part à quelque chose, à quelque action:
participer AUX faveurs du Prince. Participer de, c'est tenir de la
nature de quelque chose: l'enthousiasme de cet auteur participe DE _la
folie_.
PASSÉ INDÉFINI et DÉFINI. Il ne faut pas confondre le passé indéfini
avec le passé défini. Le passé indéfini s'emploie indifféremment pour
un temps passé, soit qu'il en reste encore une partie à écouler ou non:
J'AI REÇU une lettre l'année dernière,--le mois passé,--_la semaine
dernière_,--hier:--J'AI REÇU une lettre cette année,--_ce
mois_,--cette semaine,--aujourd'hui.
Le passé défini ne se dit au contraire que d'un temps complètement
écoulé, et éloigné au moins d'un jour de l'instant où l'on parle: ainsi
l'on ne dira pas; JE REÇUS une lettre cette année,--ce mois,--_cette
semaine_,--aujourd'hui, parce que l'on est encore dans le temps dont
il s'agit.
PASSIF. Les verbes passifs demandent pour régimes les prépositions de
et par: de, quand ils expriment un sentiment, une passion, en un mot
un mouvement de l'âme: par, lorsqu'ils signifient une action à
laquelle l'esprit ou le corps a seul part: l'honnête homme est estimé
DE tout le monde;--une grande partie de la terre a été conquise PAR
les Romains.
Cependant au lieu de la préposition de, l'usage permet d'employer
par pour éviter plusieurs de: votre conduite a été approuvée
D'une commune voix, PAR toutes les personnes sages et éclairées.
PATATE, plante du genre des liserons. POMME DE TERRE, _plante du genre
des solanums_. Ces définitions sont du Dict. de l'Académie, Édit. de
1835, et elles s'accordent avec celles que les naturalistes donnent de
ces plantes. C'est donc une grave erreur que de désigner notre _pomme de
terre_ par le terme patate, plante que nous ne possédons pas, et qui
ne vient guère qu'entre les deux Tropiques.
PAYEMENT, PAIEMENT, PAIMENT. Ce mot, quoique écrit de trois différentes
manières, se prononce pè-ment.
PAYER. Ce verbe, et tous ceux qui sont terminés au participe présent par
yant, comme bégayer, bayer, employer, renvoyer, aboyer,
essayer, ployer, appuyer, etc., prennent un y et un i à la
première et à la seconde personne du pluriel de l'imparfait de
l'indicatif, et du présent du subj. _Je paie, tu paies, il paie, nous
payons, vous payez, ils paient,_ (prononcez je pè, tu pè, il pè,
et à la troisième personne du pluriel, ils pè) _je payais, tu payais,
il payait, nous payions, vous payiez, ils payaient, je payai, tu payas,
il paya, nous payâmes, vous payâtes, ils payèrent, je paierai, tu
paieras, il paiera, nous paierons, vous paierez, ils paieront,_
(prononcez, je pè-e-rai, tu pè-e-ras, il pè-e-ra, etc.) _je
paierais, tu paierais, il paierait, nous paierions, vous paieriez, ils
paieraient,_ (prononcez je pè-e-rais, tu pè-e-rais, _nous
pè-e-rions_, etc.) paie, (prononcez pè,) _payons, payez, que je
paie, que tu paies, qu'il paie, que nous payions, que vous payiez,
qu'ils paient,_ (prononcez, que je pè, que tu pè, qu'il pè,
qu'ils pè) _que je payasse, que tu payasses, qu'il payât, que nous
payassions, que vous payassiez, qu'ils payassent, payant, payé, payée._
Les verbes croire, voir, fuir, asseoir, etc., ayant leur
participe présent terminé en yant, font aussi à l'imparfait de
l'indicatif et au présent du subjonctif, nous croyions, _vous
croyiez_; que nous croyions, que vous croyiez, etc.
Quelques personnes, contrairement aux règles de la prononciation, font
entendre l'l mouillée, ou l'y, aux trois personnes du singulier, et
à la troisième personne du pluriel du présent du subjonctif des verbes
dont le participe présent est terminé en yant. Ainsi elles prononcent,
que je pèghe, (du verbe payer) que tu pèghes, qu'il pèghe, _qu'ils
pèghe_, au lieu de, que je pè, que tu pè, qu'il pè, _qu'ils
pè_:---- que j'èghe, (du verbe avoir) que tu èghes, qu'il èghe,
qu'ils èghe, au lieu de, que j'è, que tu è, qu'il è, _qu'ils
è_:---- que je croèghe, (du verbe croire) que tu croèghes, _qu'il
croèghe_, qu'ils croèghe, au lieu de, que je croa, que tu croa,
qu'il croa, qu'ils croa.
Ces exemples prouvent combien l'instituteur doit faire d'efforts pour
rompre de bonne heure dans ses élèves l'habitude de cette prononciation
vicieuse.
PEMINA, que le vulgaire nomme pinbina, est l'obier du Canada. Le
peuple appelle aussi pinbina son fruit: c'est à tort, parce que la
baie que porte le pémina, n'a pas de nom en français.
PENNY est le mot anglais, et denier le mot français qui représentent
le terme latin denarius, quoiqu'ils expriment des monnaies de valeurs
très-différentes. Pourquoi donc employer le mot anglais penny, lorsque
le français fournit un équivalent? D'ailleurs penny fait pence au
pluriel, et puis les fractions du penny se nomment farthings:
nouvelles difficultés donc pour ceux qui ne savent pas l'anglais; et
nouvelle raison par conséquent de rejeter ces mots étrangers, pour s'en
tenir aux termes faciles et corrects de denier;--demi-denier;
--quart de denier, etc.
Il n'en est pas ainsi du mot shilling, dont l'emploi est nécessité par
l'absence d'un terme français qui lui corresponde.
Le mot anglais dollar, monnaie des États-Unis, se trouve dans quelques
dictionnaires modernes: et Boiste admet pound, mot anglais pour
livre sterling.
PÉRIODE est masculin quand il marque le plus haut point, où une chose
puisse arriver: il est au plus HAUT période de sa gloire; ou quand
il signifie un espace de temps: dans un COURT période:--dans le
DERNIER période de sa vie: il est féminin dans ses autres acceptions:
LA période lunaire:--LA période julienne.
PÉRIR. En parlant de personnes qui n'existent plus, on dirait, elles
SONT péries, parce qu'alors la pensée est occupée de l'état des
personnes qui n'existent plus. Mais si l'on voulait désigner l'époque où
elles ont cessé d'exister, ou la manière dont elles ont perdu la vie, il
faudrait se servir de l'auxiliaire avoir, et dire, elles ONT _péri
en 1840_:--elles ONT péri dans un naufrage.
Le même principe est applicable au verbe échouer. Le vaisseau A
échoué sur la côte;--le vaisseau que montait mon ami EST échoué.
V. AUXILIAIRES.
PERSONNE pronom indéfini, a un sens vague, s'emploie sans article et
sans adjectif déterminatif, et signifie aucune personne, qui que ce
soit: il est toujours du masculin et du singulier: PERSONNE _n'est assez
sot pour le croire_;--il n'y a PERSONNE qui ne soit fâché.
Personne substantif a un sens déterminé; il est accompagné de
l'article, ou d'un adjectif déterminatif, et est féminin: _quelle est la
personne assez_ SOTTE pour le croire?--il n'y a pas UNE _personne
qui n'en soit_ FACHÉE.
PERSES. On doit appeler Perses les anciens habitans de la Perse, et
Persans ceux d'aujourd'hui.
PERSUADER. La grammaire permet d'écrire,--les modernes se sont
PERSUADÉS qu'ils surpassaient les anciens--et--les modernes se sont
PERSUADÉ qu'ils surpassaient les anciens. La raison en est qu'avec le
verbe se persuader, le pronom se peut être également régime direct,
ou régime indirect du verbe: en effet, on dit persuader quelqu'un, et
persuader À quelqu'un.
PEU, suivi d'un pronom relatif, veut le verbe qui suit au subjonctif:
il y a peu d'hommes, qui SACHENT supporter l'adversité.
Un petit peu est une faute grossière: dites simplement, un peu.
Pour le peu que est un barbarisme, il faut dire, pour peu que.
PEUR. La locution conjonctive, de peur que, veut toujours ne devant
le verbe suivant: de peur qu'il NE vienne.
Avoir peur exige également ne devant le verbe qui suit: _j'ai peur
qu'il_ NE vous trompe: à moins qu'avoir peur ne soit accompagné
d'une négation; ou ne soit employé interrogativement: dans ces deux cas
on supprime ne: je n'ai pas peur qu'il vous trompe?
PEUT-ÊTRE employé avec le verbe pouvoir forme un pléonasme ridicule:
ne dites pas: peut-être il pourra venir, mais, peut-être il viendra.
PIRE, adjectif comparatif, se joint toujours à un substantif, et
s'accorde avec lui. De deux maux il faut éviter le PIRE:--les PIRES
des ennemis ce sont les flatteurs.
Pire, suivi de que, veut ne devant le verbe qui suit: _ce vin est
pire que je_ NE le pensais: à moins que cet adjectif n'accompagne un
verbe négatif, ou ne soit employé interrogativement: _ce vin n'est pas
pire que je le pensais_:--ce vin est-il pire que vous le pensiez?
PIS est l'opposé de mieux, et se dit pour plus mal. Il ne se joint
pas à des substantifs masculins ou féminins, mais seulement à des noms,
où à des pronoms indéterminés, comme dans cette phrase, rien n'est PIS
qu'une mauvaise langue.
Pis est quelquefois substantif: le PIS de l'affaire est que...
Pis est aussi adverbe comparatif: DE PIS en PIS,--de mal en
PIS,--tant PIS.
Le peuple dit abusivement de PIRE en PIRE,--de mal en
PIRE,--tant PIRE.
PLAINDRE. Se plaindre de ce que, suppose un sujet de plainte: _il se
plaint_ DE CE QUE vous l'avez trompé.
Se plaindre que ne suppose pas lieu à la plainte: _il a tort de se
plaindre_ QUE vous l'ayez trompé.
Le participe passé de se plaindre s'accorde toujours avec le second
pronom: ils se sont PLAINTS de vous:--_elle s'est plainte de votre
conduite_: excepté lorsque se plaindre signifie se refuser, cas dans
lequel le second pronom cesse d'être régime direct, elle s'est PLAINT
le boire et le manger.
PLAIRE. Ce qui plait est ce qui est agréable: ce qu'il plait est ce
que l'on veut: les incensés sacrifient leurs intérêts à ce QUI leur
PLAIT:--les gens d'un caractère opiniâtre ne veulent faire que ce
QU'IL leur PLAIT.
On doit répondre à quelqu'un qui offre quelque chose, ce QU'IL _vous
plaîra_, et non pas, ce QUI vous plaîra.
Le participe passé de plaire est toujours invariable:--ils nous ont
PLU:--ils se sont PLU réciproquement:--ils se sont PLU _à me
contrarier_:--elles se sont PLU à la campagne.
PLAISIR (il y a). Cette locution prend à devant une consonne, et de
devant une voyelle. Il y a plaisir À l'entendre chanter:--_il y a
plaisir_ D'avoir affaire à un homme si loyal.
PLÉONASME. Le pléonasme est autorisé lorsqu'il ajoute à la phrase plus
d'énergie et de grâce; mais souvent il est un vice à éviter. Voici
quelques phrases dans lesquelles le pléonasme est vicieux.
S'entr'égorger les uns les autres: les mots les uns les autres sont
superflus:--plaintes réciproques de part et d'autre: _de part et
d'autre_ sont redondans: discours rempli de beaucoup de citations:
beaucoup est inutile.--À Mons. N, Prêtre, Curé de N;--_À Mons. N,
Prêtre, Vicaire de N_:--Je, soussigné, Prêtre, Curé de N. Le mot
prêtre dans ces phrases est superflu:--une heure de temps:
retranchez de temps:--ainsi donc vous avez tort; l'un des deux
termes ainsi et donc est redondant:--_les ennemis reculent en
arrière_: on ne recule pas en avant; en arrière est donc superflu; _un
brillant éclat_: brillant est superflu, car tout éclat est
brillant:--un cadavre inanimé; certes il n'y a pas de cadavre
animé:--il fut forcé malgré lui d'y consentir; supprimez _malgré
lui_:--il faut s'entr'aider mutuellement; le dernier mot de cette
phrase n'ajoute rien au sens:--un petit peu; retranchez
petit:--dépêchez-vous vite; vite est superflu:--_tempête
orageuse_; retranchez orageuse:--voyons voir; répétition
barbare:--je vais aller le chercher, dites _je vais le
chercher_:--_pour faire fuir les ennemis on n'aurait seulement qu'à se
montrer_; seulement est superflu:--_je vais dîner, et puis ensuite je
me rendrai chez vous_; puis signifie ensuite, il faut donc
retrancher l'un ou l'autre:--réellement vrai; langage ridicule:--_au
jour d'aujourd'hui_; jour est de trop:--hémorragie de sang:
retranchez de sang, puisque le mot hémorragie signifie par lui-même
perte de sang:--il est impossible qu'on puisse réussir; dites, _il
est impossible de réussir_:--il est impossible de pouvoir; otez _de
pouvoir_:--je suis bien parfaitement, ou _très-parfaitement votre
humble serviteur_; les mots bien et très, joints à parfaitement,
sont redondans, parce qu'on ne peut rien ajouter à ce qui est
parfait:--un des modèles les plus parfaits est une faute, retranchez
les plus. Quelques grammairiens souffrent dans la conversation
familière ces expressions, montez en haut;--descendez en bas;--_je
veux unir ces deux prairies ensemble_.
PLIER, c'est mettre en plusieurs doubles: plier du linge;--_plier une
lettre_.
PLOYER. _Je ploie, tu ploies, il ploie, nous ployons, vous ployez, ils
ploient, je ployais, nous ployions, vous ployiez, ils ployaient, je
ployai, je ploierai, je ploierais, ploie, ployons, ployez, que je ploie,
que nous ployions, qu'ils ploient, que je ployasse, ployant, ployé,
ployée._
Ployer, c'est courber, faire fléchir: ployer une branche d'arbre.
PLUPART. Le substantif plupart étant un collectif partitif, veut que
le verbe et les autres correspondans, comme adjectifs, participes et
pronoms s'accordent avec le substantif exprimé, ou sous-entendu après
la plupart: la plupart du monde PENSE,--la plupart des sénateurs
ÉTAIENT MÉCONTENS et FATIGUÉS de la guerre;--la plupart ÉTAIENT
d'avis que...
Dans le premier exemple l'accord a lieu avec monde, dans le second
avec sénateurs, et dans le troisième avec le mot sénateurs
sous-entendu; c'est comme s'il y avait, _la plupart des sénateurs
étaient d'avis que_...
PLUS. Le superlatif le plus, la plus, les plus, veut après lui le
subjonctif: _les mouvemens des planètes sont les plus réguliers que
nous_ CONNAISSIONS.
Avant les adverbes plus, mieux, moins, on emploie le, la,
les, pour exprimer une comparaison: _cette dame ne pleurait pas,
quoiqu'elle fût_ LA PLUS affligée, c.-à-d., la dame plus affligée que
les autres.
Au contraire on emploie simplement le pour marquer une qualité portée
au plus haut degré, sans aucune idée de comparaison avec d'autres
objets: cette dame ne pleure pas alors même qu'elle est LE PLUS
affligée:--il s'est baigné dans l'endroit où les eaux sont LE MOINS
rapides.
Dira-t-on, les opinions LES PLUS ou LE PLUS généralement suivies?
La réponse dépend de l'intention de celui qui parle.
S'il s'agit d'opinions considérées en elles-mêmes, et sans comparaison,
on dira LE PLUS généralement suivies.
Si au contraire, vous avez en vue d'autres opinions moins suivies, et
que vous vouliez indiquer une comparaison, vous direz LES PLUS
généralement suivies.
Lorsque le terme de comparaison placé après plus exprime une idée de
mesure, de quantité, cet adverbe doit être suivi de la préposition de,
et non de que: il est plus D'à demi mort:--mon argent est plus
D'à moitié dépensé.
PLUS TÔT, PLUTÔT. Il ne faut confondre ces deux mots. Plus tôt,
locution adverbiale, est l'opposé de plus tard: plutôt, adverbe,
marque une préférence. Plutôt mourir que de trahir ma foi.
POINT. Pas énonce simplement la négation: point l'exprime avec
beaucoup plus de force: il n'a PAS _d'esprit ce qu'il faut pour cette
place_:--c'est un homme qui n'a POINT d'esprit.
Il n'en est pas de même quand on interroge: si ma question est
accompagnée de doute, je dirai; n'avez-vous point été là? mais si je
suis persuadé, je dirai par manière de reproche: _n'avez-vous pas été
là?_
PORTE. Les mots composés qui suivent ne prennent point d's au pluriel:
porte-éguille, porte-baguette, porte-balle, porte-chape,
porte-collet, porte-crayon, porte-croix, porte-crosse,
porte-dieu, porte-drapeau, porte-enseigne, porte-étendard,
porte-lanterne, porte-malheur, porte-manteau, porte-mousqueton,
porte-respect, porte-verge, etc. V. SUBSTANTIFS COMPOSÉS.
POUPÉE, jouet d'enfant. On substitue souvent à ce mot celui de catin.
Le mot catin, quoique désigné par quelques auteurs comme synonyme de
poupée, sonne mal aux oreilles délicates, au point qu'il n'est plus
prononcé en ce sens dans la bonne société, et que le Dict. de
l'Académie, Édit. de 1834, ne lui donne d'autre signification que celle
de femme de mauvaises moeurs.
POURVOIR. Passé défini, je pourvus: futur, je pourvoirai;
conditionel, je pourvoirais: imparfait du subj. que je pourvusse. Le
reste sur voir.
POUVOIR. Je puis est plus usité que je peux. On ne dit pas
peux-je? mais puis-je? Avec pouvoir on peut supprimer pas et
point; je ne puis:--il ne peut sortir:--il en est de même des
verbes cesser, oser, et savoir.
PRENDRE GARDE QUE veut ne devant le verbe suivant: _prenez garde
qu'on_ NE vous trompe: excepté quand il est employé interrogativement,
ou avec une négation.
PRÉPOSITIONS. Les prépositions à, de, en, se répètent toujours
avant chaque régime: il dut la vie À la clémence, et À _la
magnanimité du vainqueur_:--il est doux DE servir, et DE
contribuer à sa gloire.
Les autres prépositions, surtout celles qui n'ont qu'une syllabe, se
répètent quand les régimes n'offrent aucune ressemblance de
signification. DANS la paix et DANS la guerre:--PAR la force et
PAR l'adresse.
Au contraire elles ne se répètent pas quand les régimes sont des
expressions synonymes: DANS la mollesse et l'oisiveté:--PAR _la force
et la violence_:--À TRAVERS les dangers et les obstacles.
PRÈS, veut après lui la proposition de: près DES
montagnes;--près DU château, excepté dans le style familier;
près le marché.
Près de indique aussi le temps et le nombre: il est PRÈS DE _deux
heures_;--il y a PRÈS DE vingt ans. Ne dites pas: il est PROCHE
de deux heures:--il y a PROCHE de vingt ans.
PRESQUE. L'e final de presque s'élide seulement dans presqu'île;
ainsi écrivez sans élision, ouvrage PRESQUE achevé:--habit PRESQUE
usé.
PRÊT À adjectif, signifie disposé à: prêt À partir:--_ils sont
prêts_ À commencer. Près de préposition, signifie sur le point de:
le soleil est près DE se coucher.
PRÉVALOIR se conjugue sur valoir, excepté au présent du subjonctif, où
il fait, que je prévale, que tu prévales, qu'il prévale, _que nous
prévalions_, que vous prévaliez, qu'ils prévalent.
PRIER. Imparf. de l'ind. nous priions, vous priiez, ils priaient:
présent du subjonctif, que nous priions, que vous priiez.
Prier DE dîner se dit d'une invitation accidentelle: Prier À
dîner d'une invitation préméditée.
PRONOMS RELATIFS. Les pronoms relatifs qui, que, lequel,
laquelle, dont, où, veulent le subjonctif après eux, quand ils ont
pour antécédent un nom employé dans une phrase qui marque le doute, le
désir, l'interrogation ou le commandement; et l'indicatif, lorsque la
phrase exprime quelque chose de positif.
_Pronoms relatifs
avec l'indicatif._
Je connais quelqu'un qui POURRA vous rendre ce service:--voilà un livre
que vous POURREZ consulter au besoin:--prêtez-moi ce livre dont vous
n'AVEZ pas besoin:--ne quittez pas une place où vous ÊTES commodément,
et d'où vous ENTENDEZ bien.
_Les mêmes pronoms
avec le subjonctif._
Connaissez-vous quelqu'un qui PUISSE me rendre ce service?--donnez-moi
un livre que je PUISSE consulter au besoin;--prêtez-moi un livre dont
vous n'AYEZ pas besoin:--choisissez une place où vous SOYEZ commodément,
et d'où vous ENTENDIEZ bien.
Auquel, à laquelle, sont d'un usage très-ordinaire, et presque
toujours indispensable quand il est question de choses: le jardin
AUQUEL je donne mes soins:--les sciences AUXQUELLES je m'applique.
Mais si l'on parle de personnes, on est libre d'employer à qui, ou
auquel, à laquelle: Dieu À QUI, ou AUQUEL _nous devons rapporter
toutes nos actions_.
Quand ce sont des prépositions autres que de et à, qui régissent le
pronom relatif, l'on peut employer indifféremment qui ou lequel, si
l'on parle de personnes, et dire; cherchons à fléchir le Juge DEVANT
QUI, OU DEVANT LEQUEL nous devons paraître un jour:--_on s'ennuie
toujours avec ceux_ AVEC QUI, ou AVEC LESQUELS _il n'est pas permis de
s'ennuyer_.
Mais si l'on parle de choses, l'on doit se servir de lequel,
laquelle: l'opinion CONTRE LAQUELLE je me déclare.
Qui s'emploierait cependant dans les cas où les choses seraient
personnifiées: rochers À QUI je me plains:--la gloire À QUI _je
me suis dévoué_.
PRONONCIATION. La prononciation de la conversation diffère de celle de
la déclamation, et de la lecture, en ce qu'elle souffre une infinité
d'hiatus, pourvu qu'ils ne soient pas trop rudes. L'usage est tellement
prononcé à cet égard, qu'il serait d'un pédant de ne pas s'y conformer.
Ainsi dans la conversation, folâtrer et rire:--aimer à jouer, se
prononcent, folâtré et rire:--aimé à jouer. En général l's finale
des verbes ne se prononce point devant une voyelle: ainsi, _tu aimes à
rire_:--tu joues avec prudence, se prononcent, tu aime à rire:--_tu
joue avec prudence_.
L'articulation vicieuse de la diphthongue oi, si fréquente chez nous,
doit attirer l'attention sérieuse de l'instituteur; ou plutôt,
devons-nous dire, sa conscience est grevée à cet égard, d'une immense
responsabilité envers ses élèves et la société.
En discutant la prononciation de cette diphthongue, Gatel, dans la
préface de son dictionnaire, p. XII (Édit. de 1813) dit:
«Quant à la diphthongue oi...je n'ignore pas que l'usage lui
donne chez nous...une susceptibilité de plusieurs nuances, pour
ceux du moins qui...ont les organes extrêmement souples et
délicats. C'est tantôt le son d'oe, ou plutôt
d'oè;...tantôt celui d'oa...tantôt celui d'oua...mais ces
nuances m'ont paru en général si légères, si difficiles à
saisir...que...j'ai jugé plus convenable...de désigner
toujours...la prononciation d'oi par oa, en prenant la
seule précaution d'affecter l'a de l'accent circonflexe,
suivant que le son en devait être plus ou moins fortement
appuyé.»
Duvivier, dans son article des diphthongues, dit que le son le plus
naturel de la diphthongue oi,
«est celui que l'on suit en grec, où l'on fait entendre l'o
et l'i, comme dans voi-ïelle, roi-ïaume (voa-ïelle,
roa-ïaume) mais,» dit-il, «elle a encore d'autres sons qu'il
est difficile de représenter par écrit.»
Outre Gatel déjà cité, Noël et Chapsal dans leur dictionnaire, et
Rolland dans son vocabulaire, désignent toujours la prononciation de la
diphthongue oi par oa, ou oua. Suivant eux, voir, boire,
croire, moi, toi, droit, etc., se prononcent, voar, boar,
croar, moa, toa, droa.
Il faut donc éviter de donner le son de l'è ouvert à la diphthongue
oi, et se garder de prononcer, vo-ère, bo-ère, cro-ère, mo-è,
to-è, dro-è, etc.
Le Dictionnaire de l'Académie, et la plupart des grammairiens modernes
donnent, à quelques nuances près, la même règle pour la prononciation de
la diphthongue oi.
Le son de la voyelle a, comme le son de quelques autres voyelles, peut
être aigu ou grave: il est aigu dans patte, natte et grave dans
hâte, pâte. On conçoit, facilement que le son grave doit être plus
fort, plus rempli que le son aigu: mais on doit éviter de prononcer
l'a comme les anglais le prononcent dans LAW (loi): et les allemands
dans JA (oui) avec une effrayante ouverture de bouche. La douceur,
l'harmonie de la langue française, ne peut souffrir la rudesse de tels
sons.
L'Académie vient à l'appui de cette règle de la prononciation de la
voyelle a.
«Le son de l'a, en français, est le même dans tous les mots:
il ne différe que par sa durée, et par des nuances peu
sensibles. Il est long ou bref: long dans pâte, grâce; bref
dans glace, trace. Dict. de l'Ac. Édit. de 1832.»
Les autres voyelles susceptibles de devenir graves, sont e, u, o:
tempête, jeûne, côte.
PROPORTIONNEL adjectif, et PROPORTIONNELLEMENT adverbe, termes de
mathématiques, sont employée quand il s'agit de quantités en lignes, en
nombres ou en grandeurs, qui sont en proportion. Réduire
PROPORTIONNELLEMENT un grand plan à un petit.
Dans les autres cas, où il est question de proportion entre une chose et
une autre chose, on se sert du participe proportionné, et de l'adverbe
proportionnément: le remède est PROPORTIONNÉ au mal:--_il n'a pas
été récompensé PROPORTIONNEMENT à son mérite_.
PROPRE À, désigne une vocation, ou une destination encore imparfaite.
Propre pour, marque une capacité acquise: un homme propre à la
guerre, pourra être un jour un guérier: un homme propre pour la
guerre, a ce qu'il faut pour l'être maintenant.
PUISQUE. L'e de puisque ne s'élide que devant il, ils, elle,
elles, on, un, une: même observation pour le mot quoique.
QUATRE-VINGTS prend la marque du pluriel: quatre-vingts hommes:
excepté quand il est suivi d'un autre adjectif de nombre:
quatre-vingt-dix hommes. Il est également invariable quand il s'agit
de la date: l'an mil huit cent quatre-VINGT.
QUELQUE s'écrit de trois manières:
1º. suivi d'un verbe il se met en deux mots, quel que, et alors quel
adjectif s'accorde au genre et en nombre avec le sujet du verbe: QUELS
QUE soient les humains.
2º. suivi d'un substantif il s'écrit en un mot, quelque, et s'accorde
en nombre avec ce substantif: QUELQUES _raisons que vous puissiez me
donner_.
3º. suivi d'un qualificatif, soit adjectif, soit participe, soit
adverbe, quelque s'écrit également en un mot: mais alors il est
adverbe, et conséquemment reste invariable: QUELQUE _puissans qu'ils
soient_:--QUELQUE considérés que nous soyons:--QUELQUE _adroitement
qu'ils s'y prennent_.
L'e finale de quelque s'élide seulement devant un, une, autre,
il, elle, elles: quelqu'un,--quelqu'une,--quelqu'autre,
--quelqu'il soit,--quelle qu'elle soit.
QUELQUE CHOSE. Quand quelque chose signifie une certaine chose, il est
substantif masculin. J'ai vu quelque chose de BEAU. Il est substantif
féminin lorsqu'il veut dire, quelque soit la chose. _Quelque chose que
je lui ai_ DITE.
QUÊTER. C'est abusivement qu'on emploie ce mot pour signifier mendier.
Quêter, c'est faire une collecte pour les pauvres, pour les objets de
confréries, pour les établissemens religieux, etc. Mendier c'est
demander l'aumône.
Même remarque pour quêteur qu'on fait synonyme de mendiant.
Quêteux pour mendiant est doublement barbare.
QUI prend le nombre et la personne de son antécédent, et les communique
au verbe dont il est le sujet. Conséquemment on dira: moi qui AI
parlé:--toi qui AS parlé:--lui ou elle qui A parlé:--_nous
qui_ AVONS parlé:--vous qui AVEZ parlé:--ils, ou elles qui ONT
parlé.
On doit donc aussi dire, si c'était moi qui VOULUSSE--_si c'était vous
qui_ VOULUSSIEZ--si c'était lui qui VOULUT, et non pas, _si c'était
moi qui_ VOULUT:--si c'était vous qui VOULUT, etc.
On dira, vous parlez comme un homme QUI ENTEND la matière, et non
pas, QUI ENTENDEZ la matière:--vous parlez comme des hommes QUI S'Y
CONNAISSENT, et non pas, QUI VOUS Y CONNAISSEZ:--tu étais le seul qui
PUT me dédommager: parce que dans ces phrases, le relatif qui
représente le substantif qui le précède immédiatement: et en effet,
c'est comme si l'on disait; vous parlez comme un homme, LEQUEL HOMME
entend la matière, etc. et puis ce substantif, que l'on est censé
répéter après lequel, étant réellement le sujet, communique au verbe
le genre, le nombre et la personne.
Lorsque le relatif qui est précédé d'un adjectif, c'est au pronom qui
est placé auparavant que se rapporte ce relatif: en conséquence il faut
dire; nous sommes ici PLUSIEURS qui nous SOUVENONS _des
succès_....--c'est vous SEULS qui vous CHARGEZ _de cette
responsabilité_:--nous étions DEUX qui ÉTIONS du même avis.
Observez que l'on dirait: nous étions DEUX juges qui ÉTAIENT _du
même avis_, et non pas, qui ÉTIONS du même avis, à cause du
substantif juges qui est l'antécédent de qui.
QUI, QUE. On doit éviter la multiplicité de ces pronoms, surtout quand
ils sont interrogatifs. La grammaire ne les condamne pas absolument,
mais l'oreille en est offensée. Ainsi au lieu de: QUI est-ce QUI _a
fait cela_?--QU'est-ce QUE c'est QUE cela?--QU'est-ce QUE _tu
as_? dites: QUI a fait cela?--QU'est-ce QUE cela?--QU'as tu?
QUICONQUE devient féminin quand il désigne spécialement une femme:
quiconque est bonne mère est ADORÉE de ses enfans.
QUOIQUE, en un mot, signifie bien que; QUOIQUE vous soyez instruit,
soyez modeste: en deux mots, il veut dire, quelque chose que: QUOI
QUE vous lui disiez, il ne vous écoutera pas.
L'e de quoique ne s'élide que devant il, elle, ils, elles,
ou, un, une.
R. Dans la lecture, dans le discours soutenu, et dans les vers, r
finale des infinitifs en er est nulle devant une consonne ou une h
aspirée: mais suivie d'une voyelle ou d'une h muette, elle se fait
entendre.
Dans la conversation r est une lettre muette à la fin des infinitifs,
même devant une voyelle: aimer à boire,--parler et chanter, se
prononcent aimé à boire,--parlé et chanté.
RAILLERIE. Entendre raillerie, c'est bien prendre la raillerie.
Entendre LA raillerie, c'est avoir le talent de railler.
RAPPELER, (se) veut un régime direct; ne dites pas, je me rappelle DE
cette personne:--je me rappelle DE cette chose:--je _m'_EN
rappelle: dites, je me rappelle cette personne:--_je me rappelle
cette chose_:--je me le rappelle.
On met cependant la préposition de devant l'infinitif: dans ce cas
de n'est qu'un mot euphonique, et l'infinitif n'en est pas moins le
régime direct: je me rappelle D'avoir vu.
RAPPORT. Avoir rapport à exprime une idée de relation, de liaison:
les effets ont rapport AUX causes. Avoir rapport avec marque une
idée d'analogie, de ressemblance: _nos plus belles tragédies ont
beaucoup de rapport_ AVEC celles des Grecs.
RAVOIR ne se dit qu'à l'infinitif.
RÉGIMES, (deux). Quand un verbe a deux régimes, l'un est simple et
l'autre est composé: alors il faut toujours placer le régime simple le
plus près possible du verbe: apportez-moi-la,--dites-moi-le,
seraient donc des fautes, parce que moi est régime composé, et le,
la, régimes simples; il faut dire, apportez-la-moi,
--dites-le-moi,--donnez le-lui,--chantez-la-nous, etc.
RÉGIME PRONOM. Toutes les fois qu'un verbe actif est suivi d'un
infinitif, on doit employer le, la les, devant ce verbe actif, si
l'infinitif n'est pas régime direct: car alors il faut que le pronom
soit régime direct, puisqu'un verbe actif exige un régime de cette
nature: mais on doit employer lui, leur, quand l'infinitif est le
régime direct du verbe actif, un verbe actif ne pouvant pas avoir deux
régimes directs.
On doit donc dire en parlant d'un homme, je L'_ai vu faire bien des
sottises_, et non pas, je LUI ai vu faire bien des sottises: et en
parlant des animaux; c'est la brutalité qui LEUR _fait suivre les
mouvemens de leur colère_: et non pas: c'est la brutalité qui LES
fait suivre, etc.
Dans la première phrase le pronom LE (cet homme) est le régime direct
de voir et non pas de l'infinitif faire; c'est comme s'il y avait,
j'ai vu cet homme faisant bien des sottises.
Dans la seconde phrase suivre est le régime direct de faire, et
leur (aux animaux) le régime indirect; c'est comme si l'on disait;
_c'est la brutalité qui fait suivre aux animaux les mouvemens de leur
colère_.
On ne doit pas dire, l'idée LES a pris d'aller à la campagne: mais,
l'idée LEUR a pris, etc. Ici le verbe est pris neutralement, et ne
saurait avoir de régime direct.
Il y a une grande différence entre, je LUI ai vu donner un soufflet,
et, je L'ai vu donner un soufflet,--entre, _les offres de service
que je_ LEUR ai vu faire, et, les offres de service que je LES _ai
vus faire_:--entre, les liqueurs que je LEUR ai vu verser, et, _les
liqueurs que je_ LES ai vus verser. Cette différence est telle, qu'en
confondant les deux régimes l'on exprimerait positivement le contraire
de ce que l'on voudrait faire entendre.
RÉFORMATION, RÉFORME. La réformation est l'action de réformer; la
réforme en est l'effet.
RÉSOUDRE. Je résous, tu résous, il résout, nous résolvons, _vous
résolvez_, ils résolvent, je résolvais, je résolus, _je
résoudrai_, je résoudrais, résous, résolvons, résolves, _que je
résolve_, que nous résolvions, que vous résolviez, _que je
résolusse_, résolvant: il a deux participes passés, résolu et
résous: ce dernier n'a point de féminin.
Lorsqu'il est question de déterminer une chose douteuse, on se sert de
résolu: ce jeune homme a RÉSOLU de changer de conduite. En parlant
des choses qui se convertissent en d'autres, on se sert de résous; _le
soleil a_ RÉSOUS le brouillard en pluie.
Quant résoudre est actif, il régit de avant l'infinitif, _on a
résolu_ D'agir sans plus tarder: employé passivement il prend à ou
de devant l'infinitif: je suis résolu À partir, ou DE partir.
Quand résoudre est réfléchi, il régit à; je me suis résolu À
demander une retraite.
RESPECT. On dit également respè ou respeck. Quand aux mots aspect
et circonspect, il faut prononcer aspeck et circonspeck. Cependant
Boiste prononce assepekte.
RESTE. Au reste se dit des choses dont on a déjà parlé, et sur
lesquelles il reste quelque chose à dire; voilà l'opinion de Bernard:
AU RESTE je vous en écrirai.
Du reste s'emploie quand ce qui suit n'est pas dans le même genre que
ce qui précède; il est bizarre, emporté, DU RESTE brave homme.
RÉSULTER n'est usité qu'à l'infinitif et aux troisièmes personnes du
singulier. Il prend avoir et être.
RÉUNIR, lorsqu'il signifie, posséder en même temps, ne doit jamais
être suivie des prépositions à ou avec; ne dites donc pas, _Turenne
réunissait la prudence_ À la hardiesse, ni, AVEC la hardiesse:
dites, Turenne réunissait la prudence ET la hardiesse. En matière de
Fief et d'autres choses semblables, on dit, réunir à.--_Réunir un
grand Fief_ À la Couronne.
Le verbe unir rejette la préposition avec, et veut à. _Turenne
unissait la prudence_ À la hardiesse.
RÊVER À, c'est réfléchir profondément; il rêve À une affaire. _Rêver
de_, c'est faire un songe: j'ai rêvé DE vous:--j'ai rêvé DE
combats.
REVERS INATTENDU. On prononce rever inattendu.
RIRE. Le participe ri est invariable: ils se sont RI,--_elles se
sont_ RI de mes menaces.
ROSBIF, du mot anglais roast-beef, signifie boeuf rôti.
ROYAL. On disait autrefois, des lettres royaux,--_des ordonnance
royaux_: la raison a fait justice de cette bizarre irrégularité:
aujourd'hui l'on dit, lettres royales, ordonnances royales.
S. L's finale se fait entendre dans les mots anus, aloès, as,
atlas, blocus, calus, foetus, iris, maïs, moeurs,
prospectus, lapis, laps, en sus, locatis, vis, vasistas,
et dans les mots purement étrangers, tels que bibus, chorus,
agnus, gratis, Crésus, Délos, Rubens, Valens, (prononcez,
rubinze valinze) Bacchus, Pallas, etc.
Exceptions. L's ne sonne pas dans Mathias, Thomas, Judas.
Quand le pronom y, ou le pronom en, suit immédiatement la seconde
personne singulière de l'impératif terminé par un e muet, il faut,
pour éviter un hiatus, y ajouter une s euphonique, et écrire,
donnes-en;--portes-y;--aies-en;--travailles-y.
Mais si le mot en, au lieu d'être un pronom, est une préposition,
alors on ne fait point usage de la lettre euphonique s; et l'on écrit,
admire en France...et non pas, admires en France.
On ne fait pas sonner l's dans cette phrase du discours familier, _sur
les une heure_.
L'impératif va, suivi des pronoms y, en, prend aussi une s:
vaS-y-voir;--vaS-en demander; mais on ne doit pas dire, _vaS en
Angleterre_, mais, va en Angleterre, parce que en est ici
préposition.
SAILLIR, (verbe neutre et défectif) dans le sens de jaillir, ne se dit
que des liquides: il n'est d'usage, suivant du Duvivier, qu'aux
troisième personnes, et à l'infinitif, et se conjugue sur finir. _Il
saillit_, ils saillissent, il saillissait, ils saillissaient, _il
saillit_, ils saillirent, il saillira, ils sailliront, _il
saillirait_, ils sailliraient, qu'il saillisse, _qu'ils
saillissent_, qu'il saillît, qu'ils saillissent.
SAILLIR, terme d'architecture, signifie s'avancer en dehors comme un
balcon, une corniche. En ce sens il se conjugue différemment du verbe
saillir de l'article qui précède, et ne s'emploie qu'à l'infinitif, et
à la troisième personne des temps suivans; il saille, ils saillent,
il saillait, ils saillaient, il saillera, ils sailleront, _il
saillerait_, ils sailleraient, qu'il saille, qu'ils saillent,
qu'il saillît, qu'ils saillissent.
SANS QUE n'est jamais, suivi de ne: dites, sans qu'il vienne, et
non, sans qu'il NE vienne.
SAVOIR est le seul verbe qui se mette au subjonctif, sans être sous la
dépendance d'un autre mot qui le précède; mais alors il doit être
accompagné d'une négation: je ne SACHE rien de nouveau.
SECOND éveille une idée d'ordre, et deuxième une idée de série. Ne
dites pas; le DEUXIÈME, mais, le SECOND tome d'un ouvrage qui
n'a que deux tomes. Si l'ouvrage a plusieurs tomes, dites, le DEUXIÈME
et non le SECOND tome.
SEMBLER. Le verbe impersonnel, il semble, veut le subjonctif: _il
semble qu'il vous_ CRAIGNE: excepté quand il est accompagné d'un régime
indirect de personne; il ME semble qu'il vous CRAINT.
SEMI ne s'emploie qu'avec certains mots, et reste toujours invariable;
une SEMI-fête:--des SEMI-tons:--des fleurs SEMI-DOUBLES.
S'EN ALLER. Le pronom en de s'en aller, doit toujours, dans les
temps composés, précéder immédiatement le verbe être. Dites, _nous
nous_ EN sommes allés: et non pas, nous nous sommes EN allés.
Il ne faut pas dire; _je m'_EN vais commencer cette lettre:--je
_m'_EN vais lui écrire: mais, je vais commencer cette lettre:--_je
vais lui écrire_.
SENS (ville). Prononcez, San-ce.
SEOIR, pour signifier être assis, ne se dit plus qu'aux participes,
séant, sis, sise: et pour signifier être convenable, ne se dit
qu'au participe présent, qu'on écrit alors seyant, et aux troisièmes
personnes, il sied, ils siéent, il seyait, ils seyaient, _il
siéra_, ils siéront, il siérait, ils siéraient. Il est inusité aux
temps composés.
Messeoir se conjugue comme seoir, _et s'_emploie aux mêmes temps.
SI. On ne doit pas dire, il était SI en peine:--SI en colère:
mais, il était SI FORT en peine...SI FORT en colère.
SOFA, CANAPÉ. L'Académie dit qu'on confond souvent les canapés avec
les sofas. Sofa, ou sopha, est un lit de repos qui sert de siége.
Canapé est un long siége à dossier, qui sert quelquefois, mais
rarement, de lit de repos. La plupart des longs siéges, qui parent nos
salons, sont des canapés, et c'est une faute de les désigner par le
terme sofa. Divan est un canapé oriental, sans dossier.
SOI. Le pronom personnel soi se dit des personnes et des choses. Quand
il se dit des personnes, ce ne peut être que dans les propositions
générales, ou avec des noms collectifs ou indéfinis, comme on,
chacun, personne, quiconque, etc. On doit rarement parler de
SOI;--chacun est content de SOI;--quiconque n'aime que SOI, _est
indigne de vivre_;--ne vivre que pour SOI, c'est être déjà mort.
Lorsque l'antécédent présente un sens déterminé, ce n'est plus soi
qu'il faut employer, c'est lui, elle, lui-même, elle-même: _cet
homme rapporte tout à_ LUI,--_cette femme ne parle que d'_ELLE-MÊME.
Cependant, pour éviter une équivoque, les écrivains emploient soi,
quoique l'antécédent offre un sens déterminé. _Ce jeune homme, en
remplissant les volontés de son père, travaille pour_ SOI. Si au lieu de
pour SOI, l'on disait pour LUI, il y aurait une équivoque; on ne
saurait si LUI représente le père ou le fils.
Lorsqu'il est question de choses, on peut indifféremment employer le
pronom soi, ou le pronom lui, elle. L'aimant attire le fer à
SOI, ou à LUI;--un bienfait porte sa récompense avec SOI, ou avec
LUI,--la vertu est aimable de SOI, ou _d'_ELLE-MÊME.
Soi étant toujours du nombre singulier, ne peut jamais se rapporter à
un pluriel, lorsqu'il s'agit de personnes; mais s'il est question de
choses, les avis sont partagés. L'Académie et Th. Corneille rejettent
cette phrase, ces choses sont indifférentes de SOI, tandis qu'ils
admettent celle-ci, de SOI ces choses sont indifférentes.
SON, SA, SES, LEUR, LEURS, quand il s'agit de choses, se remplacent par
l'article et le pronom en, lorsque ceux-ci peuvent entrer dans la
phrase sans nuire au sens. Ainsi, an lieu de dire en parlant d'une
maison, SON extérieur est agréable; en parlant d'une ville, j'aime
SES environs; et en parlant d'arbres, LEURS fruits sont excellens;
l'on dira: L'extérieur EN est agréable,--_j'_EN aime LES
environs,--LES fruits EN sont excellens.
Mais on dira avec son, sa, ses, leur, leurs; _le Saint-Laurent
a_ SA source au delà du Lac Supérieur,--les sciences ont LEURS
difficultés; parce que le sens ne permet pas de remplacer son,
sa, ses, etc., par l'article et le pronom en.
SORTIR, pour signifier obtenir, avoir, est un terme de palais, usité
seulement à la troisième personne, et à quelques-uns de ses temps; _il
sortit_, ils sortissent, il sortissait, qu'il sortisse,
sortissant, sorti, sortie. Pour les temps composés, on se sert
d'avoir: ce jugement A sorti son plein et entier effet.
SOU. On n'écrit plus, comme autrefois, sol.
SOUFFRIR prend à ou de devant l'infinitif: je souffre À le voir,
ou DE le voir dans cet état.
SOUVENIR (faire). C'est une faute de dire: afin de LEUR _faire
souvenir_:--je LUI ai fait souvenir: dites, afin de LES _faire
souvenir_:--je L'ai fait souvenir.
Souvenir s'emploie en parlant de choses récentes; ressouvenir en
parlant de choses passées depuis longtemps.
SUBSTANTIFS. L'usage veut que certains substantifs, ayant la même
inflexion et le même genre, servent à désigner les deux sexes; tels
sont, auteur, docteur, général, géomètre, graveur, médecin,
orateur, philosophe, poëte, sculpteur, soldat, témoin,
peintre, traducteur, etc.
Quand les substantifs enfant, esclave, dépositaire, etc.,
représentent une personne du sexe, l'article et l'adjectif doivent être
mis au féminin. UNE enfant PIEUSE;--UNE esclave BLANCHE;--UNE
dépositaire PRUDENTE.
SUBSTANTIFS COMPOSÉS (l'orthographe des).
Première règle. Quand un substantif composé est formé d'un substantif
et d'un adjectif, ils prennent l'un et l'autre la marque du pluriel:
une basse-taille, des basses-tailles:--un plain-chant, _des
plains-chants_: excepté, des blanc-seings, des terre-pleins, _des
chevau-légers_, des grand'-mères, des grand'-messes.
Remarque. Quand il entre dans un substantif composé un mot, qui ne
s'emploie plus isolément, comme dans pic-grièche, loup-garou,
gomme-gutte, etc., ce mot joue le rôle d'un adjectif, et conséquemment
prend la marque du pluriel: des pics grièches, des loups-garous,
des gommes-guttes.
Deuxième règle. Quand un substantif composé est formé de deux
substantifs, placés immédiatement l'un après l'autre, ils prennent tous
les deux la marque du pluriel: un chef-lieu, des chefs-lieux, un
chien-loup, des chiens-loups, un chou-fleur, des choux-fleurs:
excepté, un bec-figues, des bec-figues, un appui-main, des
appuis-main, un Hôtel-Dieu, des Hôtels-Dieu, un brèche-dents,
des brèche-dents.
Troisième règle. Quand un substantif composé est formé de deux
substantifs unis par une préposition, c'est le premier substantif qui
prend la marque du pluriel: un ciel-de-lit, des ciels-de-lit: un
chef-d'oeuvre, des chefs-d'oeuvre: excepté, des coq-à-l'âne, des
pied-à-terre, des tête-à-tête.
Quatrième règle. Quand un substantif composé est formé d'un substantif
joint à un verbe, ou à une préposition, ou à un adverbe, le substantif
seul prend le signe du pluriel, si toutefois il y a pluralité dans
l'idée. Ainsi l'on écrira avec une s au pluriel, des contre-coups,
des avant-coureurs, des arrière-saisons. Mais on écrira sans mettre
une s au pluriel, parce qu'il y a unité dans l'idée, des serre-tête,
des réveille-matin (horloges), des contre-poison. Enfin on écrira
avec une s, tant au singulier qu'au pluriel, parce qu'il y a toujours
pluralité dans l'idée, les mots essuie-mains, cure-dents,
porte-clefs. V. TIRE-BALLE, PORTE.
Cinquième règle. Quand un substantif composé ne renferme que des mots
invariables de leur nature, comme verbe, préposition, adverbe,
aucune de ces parties ne prend la marque du pluriel: des pour-boire,
des passe partout.
SUCCÉDER. Le participe succédé est invariable: ils nous ont
SUCCÉDÉ,--ils se sont SUCCÉDÉ.
SULLY. Les ll de ce nom propre sont mouillées.
SUPPLÉER. Suppléer une chose, et suppléer À une chose, ont des
sens très-différens. Suppléer une chose, c'est remplacer ce qui
manque, en fournissant une chose de la même nature. _Ce sac doit être de
mille francs_: s'il y a cent francs de moins, je LES suppléerai.
Suppléer À une chose c'est remplacer cette chose par une autre chose
qui en tient lieu: la valeur supplée AU nombre.
Avec un nom ou pronom de personne, qui lui sert de régime, suppléer
ne prend jamais la préposition à. Ainsi dites suppléer quelqu'un, et
non pas, suppléer À quelqu'un:--s'il ne vient pas je LE
suppléerai, et non pas, je LUI suppléerai.
SUPPOSÉ s'accorde lorsqu'il suit le substantif: ces faits SUPPOSÉS: il
est invariable quand il le précède: SUPPOSÉ ces faits.
SURSEOIR. _Je sursois, tu sursois, il sursoit, nous sursoyons, vous
sursoyez, ils sursoient, je sursoyais, nous sursoyions, vous sursoyiez,
ils sursoyaient, je sursis, nous sursîmes, je surseoirai, nous
surseoirons, je surseoirais, nous surseoirions, surseois, sursoyons, que
je surseoie, que nous sursoyions, que je sursisse, que nous sursissions,
sursoyant, sursis, sursise._
Surseoir, verbe actif, signifie suspendre: _on a sursis la
délibération_: on dit aussi neutralement: _surseoir au jugement d'une
affaire_.
SYNONYME. Après deux substantifs synonymes, employés comme sujets, le
verbe s'accorde avec le dernier: son courage, son intrépidité
ÉTONNE les plus braves. L'adjectif suit la même règle: une douceur,
une affabilité CHARMANTE.
T. À quelques rares exceptions près, le t final se prononce seulement
devant une voyelle ou une h muette. C'est donc une faute, même grave,
que de le faire sonner dans juillet, beset, calumet, Nicolet,
ainsi que dans les noms d'hommes, Bossuet, Croiset, etc.: prononcez,
juillè, besè, calumè, Nicolè, Bossuè, Croisè.
Dans avant-hier le t se fait sentir faiblement: mais il ne peut être
prononcé, sans blesser l'oreille, dans les locutions, _un goût
horrible_,--un tort incroyable,--un instinct heureux, etc.: et si le
mot suivi d'une voyelle, a un r devant le t final, comme dans _il
part aujourd'hui_,--il court à bride abattue,--_il s'endort à
l'ombre_, l'usage le plus commun est de ne pas faire sonner le t.
Le t final se fait toujours entendre dans abject, contact, fat
(fat n'a point de féminin), suspect, granit, etc.
L'adverbe net se prononce indifféremment nè ou nette: mais le t
de l'adjectif net est muet au masculin.
Duvivier dit:
«La plupart des écrivains modernes forment le pluriel des
substantifs qui sont terminés par ant, ou par ent, en
ajoutant un s et en supprimant le t final dans les
polysyllabes: mais ils le conservent dans les monosyllabes.
«Toutefois cette suppression n'est pas également adoptée; et en
effet Regnier, Desmarais, MM. de Port-Royal.... beaucoup
de grammairiens modernes.... et un grand nombre
d'imprimeurs.... conservent le t final.... mais....
l'Académie a adopté cette suppression....»
Les mêmes remarques sont applicables à la suppression du t au pluriel
des adjectifs terminés par ant et par ent.
TÂCHER. Je tâcherai que vous soyez content, est un solécisme, parceque
tâcher n'est jamais suivi de la conjonction que.
Tâcher prend à devant l'infinitif, quand il signifie songer à,
viser à: il tâche À m'embarrasser,--À me nuire: et de quand il
exprime les efforts que l'on fait pour parvenir à une fin: il tâche
D'avancer.
TAMBOUR. Battre DU tambour, c'est jouer du tambour; battre LE
tambour, c'est donner un signal par le tambour.
TARDER prend également à ou de devant l'infinitif: tarder À, OU
tarder DE venir.
TÉMOIN placé au commencement d'un membre de phrase, est pris
adverbialement: TÉMOIN les victoires de nos armes.
TERMES DE MARINE. L'emploi abusif de termes de marine, importés au pays
par les premiers colons et navigateurs, à fait à la langue une plaie,
qu'il n'est pas facile de fermer. Le mal, comme une épidémie, des
dernier rangs de la société, s'est communiqué aux premiers: et souvent
l'éducation la plus soignée est une faible barrière contre l'emploi, à
rebours du sens commun, des termes, virer, amarrer, larguer,
greiller (gréer), embarquer, débarquer, revirer de bord,
amarre, bordée, etc., etc.
Les Instituteurs ne peuvent trop sévir contre l'abus que nous signalons
ici.
TERMES PARASITES. Il faut éviter avec un soin extrême les _mots
favoris_, les termes bizarres, qui inondent nos discours, et nous
rendent importuns, ridicules et sont souvent le fléau de la société,
sans que nous nous en appercevions. Rien d'ailleurs ne décèle plus une
éducation vulgaire.
Également on doit éviter les tours surannés, les expressions ignobles,
qui ne peuvent que fatiguer les personnes qui écoutent: tels que, _tirer
les vers du nez_; vous pouvez m'en croire;--_par dessus le
marché_;--je vous remercie bien des fois;--au bout du compte; _ce
n'est pas l'embarras_; sourd comme un pot; etc.
Le jeune âge doit être prémuni contre ces défauts, dont l'habitude se
corrige difficilement.
TIRANT est un cordon qui sert à ouvrir et fermer une bourse, un
ridicule: c'est un cuir, un ruban pour boucler des souliers, monter
des bottes, attacher des papiers, etc. On ne doit pas employer dans ces
sens les termes attache, ganse, et encore moins le mot anglais
strap.
TIRE-BALLE ne prend pas d's au pluriel; non plus que les mots suivans;
tire-bouchon, tire-bourre, tire-bouton, tire-clou, tire-pied,
etc.: tire-botte s'écrit au pluriel avec une s. V. SUBSTANTIFS
COMPOSÉS.
TITRES d'honneur. Le mot Révérend est un titre qui appartient
exclusivement aux Prélats, aux Religieux et aux Religieuses: et
par conséquent, c'est une erreur grave que de le donner aux membres de
notre clergé canadien, qui est séculier. Cette erreur nous vient des
anglais, qui qualifient tous leurs ministres de Révérends. Mais
quelque soit l'usage des Anglais à cet égard, nous ne pouvons donner au
mot français Révérend, une extension qu'il n'a pas, une acception qui
lui est étrangère.
C'est encore par un abus de langage, que l'on attribue à nos
ecclésiastiques la qualification de Messire. Ce titre d'honneur se
donnait ci-devant en France et au Canada dans les actes, (mais seulement
dans les actes,) _aux nobles et aux personnes distinguées par quelque
haute dignité_, tant parmi les laïcs, que parmi les gens d'église: _fut
présent Haut et Puissant Seigneur_ MESSIRE Pierre Séguier,
Chevalier, etc.
Révérend Messire est une expression doublement incorrecte.
Il est à regretter que le titre d'Abbé, que l'on donne invariablement
en France aux ecclésiastiques séculiers, ne soit presque plus usité
chez nous.
Les titres, Monsieur et Madame doivent être supprimés, quand on
prend en écrivant, une autre qualification. Ainsi un Chevalier ne doit
pas écrire, _Monsieur le Chevalier de N. a l'honneur de prévenir
Monsieur le Colonel_: un Curé, _Monsieur le Curé de N., prie Monsieur le
Marguillier en charge_: une Baronne, _Madame la Baronne de N. a
l'honneur de présenter ses respectueux hommages à_: un Juge, _Monsieur
le Juge N. présente son compliment à Monsieur le Procureur_.
Il faut écrire, Le Chevalier de N. a l'honneur etc.--Le Curé de N.,
etc. La Baronne, etc. etc.
Lorsqu'il n'y a pas d'autre qualification, on emploie dans les billets
et sur les cartes de visite, les termes Monsieur, Madame,
Mademoiselle.
Le nom d'un individu écrit sur la porte de sa demeure, ne doit pas être
précédé du mot Monsieur. Mais s'il s'agit d'une personne du sexe
féminin, il convient d'écrire, Madame N.--Mademoiselle N.
TOMBER par terre, se dit d'une chose qui touchait à la terre avant sa
chute: tomber à terre, d'une chose qui étant élevée au-dessus de
terre, tombe d'en haut. Ainsi un homme qui tombe en marchant dans la
rue, tombe PAR terre, et non À terre: un couvreur qui tombe d'un
toit, tombe À terre et non PAR terre.
TOSTE sub. mas. (de l'anglais toast) signifie la proposition de boire
à la santé de quelqu'un; au souvenir d'un évènement, etc.
C'est à tort que l'on emploie le mot anglais toast, pour signifier
tranche de pain rôtie. Rôtie est en français le correspondant de
toast: et si la rôtie est recouverte de beurre, l'on dit, _une rôtie
au beurre_.
TOUCHER et PINCER, employés pour exprimer l'action de jouer des
instrumens, sont actifs, et doivent conséquemment avoir un régime
direct: d'où il suit qu'il faut dire, toucher l'orgue, _le
forté-piano_: pincer la guitarre, la harpe: et non pas, toucher DE
l'orgue, DU forté-piano: pincer DE LA guitarre, DE LA harpe.
TOUT. Quand tout est adverbe il signifie tout-à-fait, quelque, et
reste invariable: TOUT aimable qu'est la vertu,--TOUT _spirituels
qu'ils sont_,--elle est TOUT étonnée. Exception. Tout, quoique
adverbe, varie quand l'adjectif, ou le participe qui suit, est féminin,
et commence par une consonne, ou une h aspiré: elle est TOUTE
stupéfaite,--TOUTE hardie qu'elle est.--TOUTES _spirituelles
qu'elles sont_.
Tout. Quand l'adjectif tout est joint à un nom de ville, il prend le
genre masculin, quoique le nom de ville soit féminin: non que dans ce
cas on le considère comme adverbe, mais parce que l'on sous-entend le
mot peuple. On dira donc, TOUT Rome le sait,--TOUT _Florence en est
convaincu_: c'est-à-dire, tout le peuple de Rome..._tout le peuple de
Florence_....
Mais joint à un nom de province, de royaume, de paroisse, tout prend
le genre de ce nom. TOUTE l'Italie,--TOUTE la paroisse.
TOUT-À-COUP signifie soudainement: il disparut TOUT-À-COUP.
Tout-d'un-coup veut dire, tout d'une fois; il s'est ruiné TOUT-D'UN
COUP.
TOUT DE SUITE, phrase adverbiale, signifie incontinent, sur l'heure.
Il ne faut pas la confondre avec de suite, autre phrase adverbiale qui
signifie l'un après l'autre, sans interruption.--_ces livres ne sont
pas_ DE SUITE.
TRAIRE. Je trais, tu trais, il trait, nous trayons, _vous
trayez_, ils traient, je trayais, tu trayais, il trayait, _nous
trayions_, vous trayiez, ils trayaient; point de passé défini, _je
trairai_, je trairais, trais, trayons, trayez, que je traie,
que tu traies, qu'il traie, que nous trayions, qu'ils traient,
point d'imparfait du subj. trayant, trait, traite.
TRAIT D'UNION ou TIRET. Il sert à marquer la liaison qui existe entre
deux ou plusieurs mots. On l'emploie,
1º. entre le verbe et les pronoms, je, moi, nous, tu, vous,
il, ils, elle, elles, le, la, les, lui, leur, y,
en, ce, on, quand ces pronoms sont placés après le verbe, dont ils
sont le sujet, ou le régime: irai-je?--viens-tu?--donnait-on?
--laisse-moi;--allez-y; --portes-en; etc. S'il y a deux noms, on
emploie deux traits d'union: laisse-le-moi,--donne-les-leur.
2º. avant ou après ci et là, accompagnant un substantif, un pronom,
une préposition, un adverbe, avec lesquels ils sont unis d'une manière
inséparable: celui-ci,--celui-là,--là-dessus,--là-haut, etc.
3º. pour lier très au mot qui suit: très-sagement,--très-riche.
4º. pour unir le dernier terme d'un nombre au terme précédent, quand le
dernier terme passe un, et ne dépasse pas dix: dix-huit;
--trente-cinq;--deux cent dix-neuf, mais on dirait sans trait
d'union: vingt et un:--cinquante et un: le dernier terme étant un:
et cent quinze;--deux cent vingt; le dernier terme dépassant dix.
Cependant quatre-vingts prend toujours le trait d'union:
quatre-vingts chevaux:--quatre-vingt dix hommes.
5º. pour lier deux ou plusieurs mots qui, par le sens, n'en font qu'un,
Marc-Aurèle,--chef-lieu;--s'entre-choquer, Jean-Jacques,
Jean-Baptiste.
6º. pour indiquer le changement d'interlocuteur: il remplace alors les
dit-il, reprit-il, répondit-il.
7º. pour marquer une suspension dans le discours.
8º. pour lier le mot, dont une partie se trouve à la fin d'une ligne, et
l'autre au commencement de la ligne suivante.
TRAITER. On dit indifféremment, traiter une matière,--une question:
ou, traiter D'une matière,--D'une question: à moins qu'on ne
spécifie la matière, la question: alors il faut de:--_dans son
ouvrage, il traite_ DES plantes, DES métaux.
TRAVERSER le pont, pour exprimer l'action de le parcourir dans sa
longueur, n'est pas correct: il faut dire, passer le pont.
TRÉMA. Le tréma est un double point (¨) qu'on met sur une des voyelles
e, i, u, pour la faire prononcer séparément de celle qui précède:
naïf, Saül, ciguë. L'emploi du tréma est une faute quand on peut
le remplacer par un accent: ainsi au lieu de poësie, Cloë, écrivez,
poésie, Cloé.
TRÈS. L'usage ne permet guère de mettre très devant les participes.
Dans ces cas l'on emploie beaucoup, fort, etc., et au lieu de dire
cet homme est TRÈS-aimé; cette place est TRÈS-_menacée par
l'ennemi_, l'on dit, cet homme est FORT aimé,--cette place est
FORT menacée, etc.
On peut cependant se servir de très avec certains participes employés
comme adjectifs verbaux: il est TRÈS-occupé,--il est
TRÈS-humilié.
Très ne doit pas être employé dans une proposition négative, Ne dites
pas, il n'est pas TRÈS-sage;--il n'est pas TRÈS-occupé: dites,
il n'est pas FORT sage,--il n'est pas FORT occupé. L'adverbe
modifie un verbe, un adjectif et un autre adverbe, mais jamais un
substantif. On doit donc éviter les locutions suivantes si communes et
si vicieuses: J'ai TRÈS-faim:--il a BIEN soif:--il est parti
TRÈS-matin:--il fait TRÈS-chaud:--j'ai EXTRÊMEMENT froid:--_il
ne fait pas_ BIEN froid. Il faut dite: J'ai une très-GRANDE
faim:--il a une bien GRANDE soif:--il est parti de très-GRAND
matin:--il fait GRAND chaud:--j'ai un TRÈS-GRAND froid:--_il
ne fait pas un bien_ GRAND froid.
TROIS-RIVIÈRES, (en latin Trifluvium) nom composé, est substantif
masculin du nombre singulier: il est masculin parceque les noms de ville
en général sont masculins, à moins qu'ils ne dérivent d'un féminin
latin: et quoiqu'il porte la marque du pluriel, il est au singulier,
parce que le nom propre n'étant qu'un nom qui distingue une chose des
autres choses, ne peut être susceptible de l'idée accessoire de
pluralité.
Trois-Rivières étant un nom propre, ne peut, d'après la règle
générale, être accompagné de l'article les. Il est vrai que cette
règle souffre quelques exceptions, comme, Le Hâvre, Le Puy, _La
Rochelle_. Il est encore vrai que, jusqu'à ces derniers temps, on a
toujours écrit Trois-Rivières avec l'article: mais les écrivains
récens, d'accord avec la raison, travaillent à corriger cette vieille
erreur indiquée d'ailleurs suffisamment par le terme latin Trifluvium.
Des observations qui précèdent il résulte que l'on doit dire, Je vais
À Trois-Rivières:--il demeure À Trois-Rivières:--Trois-Rivières
EST BÂTI sur le fleuve St. Laurent, et non pas, je vais AUX
Trois-Rivières:--il demeure AUX Trois-Rivières:--LES
Trois-Rivières SONT BÂTIES sur le fleuve St. Laurent.
Trois-Pistoles, Trois-Saumons, noms de paroisses, suivent la même
règle.
UN. Lévisac pense que le mot un devant une voyelle, doit être prononcé
comme une, et que l'on doit dire une-imbécile,--une hérétique.
D'autres grammairiens veulent que l'on prononce un-nimbécile,
--un-nhérétique.
UN DE. Au lieu de un de, il faut employer l'un de, quand un est
précédé d'un substantif ou d'un pronom, et suivi d'un nombre précis:
Ducis l'un DES quarante de l'Académie.
Mais on dira avec un de,--Henri IV est UN DES _meilleurs princes,
qui aient régné sur la France_,--UN DES _quarante de l'Académie est de
mon avis_; parce que dans la première phrase, un précédé par le
substantif Henri, n'est pas suivi d'un nombre: et que dans le second,
un suivi par le nombre quarante, n'est pas précédé par un substantif
ou un pronom.
UNIQUE veut aprês lui le subjonctif: c'est l'unique service que vous
PUISSIEZ me rendre.
VACANCES au pluriel, se dit des études publiques: vacations au
pluriel, de la cessation des séances des gens de justice.
VAINCRE. Je vaincs, tu vaincs, il vainc, nous vainquons, _vous
vainquez_, ils vainquent, je vainquais, je vainquis, _je
vaincrai_, je vaincrais, vaincs, vainquons, vainquez, _que je
vainque_, que je vainquisse, vaincant, vaincu, vaincue.
Le présent de l'indicatif n'est guère usité au singulier, non plus que
vaincs, seconde personne du singulier de l'impératif.
VALOIR. Je vaux, nous valons, ils valent, je valais, je valus,
je vaudrai, je vaudrais: pas d'impératif, que je vaille, _que nous
valions_, que je valusse, valant, valu, value.
Le participe valu s'accorde seulement lorsque le verbe valoir
signifie procurer, rapporter, et que le régime direct précède le
participe: que d'éloges ne lui a pas VALUS _sa conduite noble et
généreuse_! c.-à-d. procurés; le participe, comme l'on voit, s'accorde
ici avec le régime direct que, qui est devant.
VENIMEUX se dit des animaux: le scorpion est un animal VENIMEUX:
vénéneux des végétaux; la ciguë est une plante vénéneuse.
VÊPRES, MATINES. Dites, aller À vêpres,--À matines: _réciter
vêpres_,--matines: et non pas, aller AUX vêpres,--AUX matine:
réciter LES vêpres,--LES matines: attendu que vêpres et
matines étant pris indéterminément dans ces phrases, on doit
supprimer l'article.
Mais si ces noms étaient pris déterminément, comme dans ces locutions,
aller AUX vêpres de la paroisse de St. Roch;--réciter LES _matines
de Noël_, l'on ne pourrait omettre l'article.
VERBES. Quelques grammairiens modernes ont substitué aux anciens titres
de certains verbes de nouvelles dénominations, qu'il convient
d'indiquer. Pour actif ils disent transitif: pour neutre,
--intransitifs: pour impersonnel,--unipersonnel: et enfin
réfléchi est remplacé par le terme pronominal ou réciproque.
Les mêmes grammairiens disent complément pour régime.
VÊTIR. Je vêts, tu vêts, il vêt (ce singulier est peu usité) _nous
vêtons, je vêtais, je vêtis, je vêtirai, je vêtirais, vêts, vêtons,
vêtez, que je vête, que je vêtisse, vêtant, vêtu, vêtue_.
VIANDE, chair des animaux terrestres et des oiseaux dont on se nourrit.
En ce sens on dit que l'on ne mange point de viande en carême.
Viande se dit quelquefois de la chair des poissons: _le saumon n'est
pas une_ VIANDE de malade.
On appelle viandes de carême, la morue, le hareng, le saumon, etc.
V. CHAIR.
VIEIL. Au lieu de vieux, on se sert de vieil devant un substantif
qui commence par une voyelle, ou une h non aspirée: cependant on est
toujours libre d'employer le mot vieux.
VILLES. En général les noms de ville sont masculins, excepté quand ils
dérivent d'un féminin latin. Lorsque le genre est incertain, l'on doit
faire précéder le nom du mot ville.
Quand on personnifie une ville, l'on en met ordinairement le nom au
féminin: malheureuse Tyr, dans quelles mains es-tu tombée.
VINGT ET UN. On dit vingt et un, trente et un, etc. Mais la
conjonction est omise dans vingt-deux, vingt-trois, etc.,
trente-deux, trente-trois, etc. Il s'en suit que les locutions
trente un soldats,--l'an mil huit cent quarante un, sont vicieuses.
L'usage veut que l'on dise, soixante et dix, soixante et onze, etc.
VIS-À-VIS ne doit pas s'employer dans le sens de envers, _à l'égard
de_. Ne dites donc pas, sa conduite VIS-À-VIS _de ses bienfaiteurs est
fort répréhensible_: dites, ENVERS ses bienfaiteurs, etc., ou, À
L'ÉGARD de ses bienfaiteurs, etc.
Après vis-à-vis, on met de, excepté dans le style familier;
vis-à-vis la rue;--vis-à-vis mes croisées.
VIVRE régit de et non pas du: je vis DE bonne viande,--DE _bonne
soupe_,--vivre DE légumes.
VOLUME. TOME. Volume est un livre relié ou broché. Tome est un volume
qui fait partie d'un ouvrage; Le volume peut contenir plusieurs
tomes: et le tome peut faire plusieurs volumes.
Quelquefois tome signifie simplement volume.
VOUS. Lorsqu'on parle à des supérieurs, ou à des dames, les convenances
du langage exigent que l'on se serve quelquefois de la troisième
personne au lieu de la seconde. Ainsi au lieu de, _Monsieur, voulez-vous
me permettre?_ dites, Monsieur voudrait-il me permettre.--_Madame,
pourriez-vous me faire la grâce?_ dites, _Madame pourrait-elle me faire
la grâce?_
Y, adverbe de lieu avec l'impératif. Le pronom moi se met toujours
après l'y. Envoyez-y MOI,--menez-y MOI,--attendez-y-MOI,--_tu
vas au musée_, menes-y MOI,--tu vas en voiture, donnes-y MOI _une
place_.
Les pronoms nous et les se mettent au contraire avant l'y.
Envoyez-NOUS-y--attendez-NOUS-y,--tu vas au musée,
mène-LES-y,--tu vas en voiture, donne-NOUS-y une place.
M'y ne peut être placé après le verbe. Ne dites pas; _Vous allez à
Québec_, menez-M'y: dites,...menez-y-MOI. Mais il se place
très-bien devant: Je vais à Trois-Rivières, voulez-vous M'y
accompagner?
Z, prend le son propre d's, même avant une consonne, dans Metz,
Rodez, Suez, Alvarez, Cortez, Sènez, Usez; mais il ne sonne
pas dans Sèez. Les deux z dans le mot Abruzze se prononcent comme
deux s, Abrusse.
ZÉPHYR, ZÉPHYRE. Le premier se dit d'un vent doux et agréable: le second
du même vent considéré comme divinité de la fable.
FIN
RECUEIL
DE
LOCUTIONS VICIEUSES.
À. C'est une faute grossière que de dire, la fille À _Madame une
telle_,--le cheval À Mons. un tel. Dites, la fille DE _Madame une
telle_,--le cheval DE Mons. un tel. Venez À bonne heure, est
aussi une expression vicieuse: dites, venez DE bonne heure.
ABAT de neige, abat de pluie sont des barbarismes, de même que,
chute de neige,--chute de pluie.
ABIMER. J'ai abîmé mon chapeau,--ma robe; dites, _j'ai gâté mon
chapeau_,--ma robe.
ADONNER (s') est un des mots de la langue dont on fait le plus fréquent
abus, et par fois le plus ridicule emploi. Ainsi l'on dit, il s'est
ADONNÉ à entrer chez moi, au moment où le feu a éclaté; pour, _il est
entré par hasard chez moi au moment_ etc.:--il s'est ADONNÉ _que votre
frère et moi nous sommes arrivés le même jour à Trois-Rivières_; pour,
_votre frère et moi nous sommes arrivés par hasard le même jour à
Trois-Rivières_;--ce Monsieur s'est ADONNÉ _à Kingston à l'ouverture
du Parlement_, pour, _ce Monsieur s'est trouvé par hasard à Kingston, à
l'ouverture_ etc.
Mais on dit, en parlant de chemin, _passez chez moi quand votre chemin
s'_ADONNERA: et en termes de marine, que le vent ADONNE, pour
signifier qu'il est favorable.
AMBRE, pour désigner l'allure d'un cheval, est une faute: dites
amble,--aller l'amble.
AMONT, terme de batellier, qui signifie, en remontant la rivière: _pays
d'_AMONT,--_ce bateau arrive d'_AMONT.
On voit par là combien sont répréhensibles les expressions, AMONT _le
coteau_,--AMONT le Cap aux Diamans, etc.
Amont est opposé à aval. On dit, _vent d'_AVAL,--navire venant en
AVAL,--bateau amarré en AVAL du pont,--en AMONT du pont,--en
AMONT et en AVAL de la ville de Québec.
ANIMAUX. Souvent on désigne par ce mot les bestiaux et autres
quadrupèdes domestiques: et l'on dit, mener les ANIMAUX _au
paturage_,--soigner les ANIMAUX,--ces ANIMAUX sont fort gras, etc.
Ce langage est incorrect, parce que le terme animal est générique, et
comprend par conséquent tous les êtres animés et sensibles de la nature.
Bestiaux ou BÉTAIL ne se dit guère que pour désigner les boeufs, les
vaches, les moutons, les chèvres. Quant aux chevaux, aux ânes,
aux cochons, aux chiens etc., il faut les spécialiser par leurs
noms.
On dit animaux domestiques par opposition aux animaux sauvages.
ANVALER pour signifier avaler, n'est pas français.
APRÈS. La clef est APRÈS la serrure: dites, À la serrure.
APPROPRIER. C'est une faute grossière de dire, APPROPRIER une chambre,
un meuble, pour signifier, NETTOYER une chambre, un meuble.
À RAISON DE signifie à proportion; et ne peut être par conséquent
employé pour à cause de, qui a une toute autre acceptation. Au lieu
donc de, il a abandonné cette entreprise À RAISON _des obstacles qu'il
y a rencontres_, il faut...À CAUSE DES obstacles...
ARGENT n'a point de pluriel: c'est donc une faute de dire, envoyer des
ARGENS à quelqu'un;--placer des ARGENS à intérêt: dites, _envoyer
de l'argent_, ou mieux des fonds à quelqu'un,--placer de l'argent,
ou des fonds à intérêt.
De la BONNE argent,--de l'argent BLANCHE, sont des solécismes
révoltans.
ATTELER un cheval sur une voiture,--_mettre les chevaux sur le
carosse_, sont des locutions qui blessant le sens commun: dites,
atteler un cheval À une voiture,--atteler les chevaux AU
carosse.
ATTENDRE. Le peuple dit attendre pour entendre: de là les
expressions choquantes, j'ai ATTENDU la messe,--_cet homme
n'_ATTEND pas raison, etc.
AVEC. Venez AVECQUE moi: mauvaise prononciation: dites, venez AVÉ
moi. Le c dans ce mot ne sonne que devant une voyelle.
BALANCE, BALANCINE pour signifier balançoire, ne sont pas français.
Une planche appuyée par le milieu, et sur les extrémités de laquelle
des enfans placés en contre-poids, s'élèvent et s'abaissent
alternativement, s'appelle également bascule et balançoire.
Escarpolette est une balançoire, dont le siège est suspendue par des
cordes ou par des brins de bois.
Si la machine sur laquelle on se balance est construite de manière que
le mouvement soit circulaire et horisontal, elle se nomme aussi
balançoire.
Brandilloire est synonyme de balançoire.
BALANCER quelqu'un, c'est imprimer un mouvement à la balançoire, où
est la personne, sans y être placé soi-même.
Se balancer, c'est aller soi-même sur la balançoire; ainsi quand deux
ou plusieurs personnes veulent aller se balancer, elles doivent dire,
allons NOUS balancer, et non pas, allons balancer.
BAND. On a francisé à tort ce mot anglais, et l'on dit, la BANDE _de
musique de tel régiment_: dites, le CORPS de musique... ou
simplement, la musique de tel régiment.
BARBOT. C'est ainsi que le peuple appelle l'escarbot, insecte de la
famille des coléoptères.
BARRER une porte, c'est la fermer avec une barre. Si la porte est
munie d'une serrure seulement, il serait ridicule de dire, BARREZ _la
porte_.
BATTURES, BORDAGES, employés pour signifier les glaces qui s'accumulent
pendant l'hiver sur le bord des rivières, sont des barbarismes. On ne
doit donc pas dire, les BORDAGES tiennent encore,--les BATTURES
sont parties.
Embarquement et débarquement sont encore des termes impropres,
lorsqu'on leur fait signifier l'endroit où, en hiver, l'on passe de la
rive sur la glace d'une rivière, et vice versâ.
BELLE, EN BELLE. Ces mots sont employés par le peuple pour signifier
facilité, occasion favorable, et il en résulte des locutions
tout-à-fait ridicules; comme, vous avez EN BELLE, pour, vous avez la
FACILITÉ:--si vous trouvez votre BELLE, pour, si vous trouvez une
OCCASION FAVORABLE, etc.
BERDAS, BERDASSERIE, de même que, berdasser, berdasseur,
berdasseuse, sont des mots bas et révoltans.
BEURRÉE est une tranche de pain recouverte de beurre. L'expression
BEURRÉE de confitures choque le bon sens: dites, TARTINE _de
confitures_.
On dit aussi, tartine de beurre,--de miel, etc.
BOITE pour signifier le son, l'avoine, les légumes, etc., qu'on délaie
avec de l'eau ou du lait pour les bestiaux, n'est pas français.
BOMBARDE. Le peuple nomme ainsi, mais improprement, le petit instrument
en métal, dont on tire du son, en le plaçant entre les dents, et en en
frappant la languette avec le doigt. Cet instrument s'appelle trompe,
et plus ordinairement guimbarde.
BOTTE. Tomber en botte, en parlant d'un tonneau, d'une cuve, etc.,
dont les douves et les cercles se séparent, est un solécisme.
Les tonneliers, suivant Trévoux, disent, tomber en javelle.
Le peuple dit aussi, mais improprement, cet homme tombe en botte, pour
désigner le dépérissement rapide de sa santé, ou de sa fortune.
BOUCANE, terme impropre qu'on emploie comme synonyme de fumée.
BOUCANER signifie sécher des comestibles à la fumée, et aller à la
chasse des boeufs sauvages: ne dites pas, la cheminée BOUCANE,--_le
poële_ BOUCANE: dites, la cheminée fume, etc.
BOUILLIR. Le vulgaire dit abusivement bouillir pour fermenter, comme
dans cette phrase, la bierre n'a pas encore BOUILLI, pour, _n'a pas
encore_ FERMENTÉ.
BOUQUET. Le peuple confond les termes, bouquet et fleur: il dit,
semer des BOUQUETS; et à l'aspect des fleurs d'un parterre, _voilà de
beaux_ BOUQUETS.
Bouquet n'est pas une fleur: il est un assemblage de fleurs liées
ensemble.
BOUT. Un BOUT de temps,--un long BOUT de temps,--un petit BOUT
de temps, sont des locutions basses et vulgaires.
BRASSE CORPS. Prendre à brasse corps: populaire: dites
à-bras-le-corps.
BRETON. Ce nom appartenait jadis aux habitans de la Grande Bretagne: ils
ont cessé de le porter depuis l'invasion de l'Angleterre par les Saxons:
et par conséquent il ne peut plus être employé comme synonyme
d'anglais.
Les seuls habitants de la Bretagne, ci-devant province de la France,
portent aujourd'hui le nom de Bretons.
BRIN est une faute dans les expressions suivantes, un petit BRIN _de
pain_,--un petit BRIN de lait,--il n'a mangé qu'un petit
BRIN,--il tombe quelques BRINS de pluie, etc.
On dit cependant, un BRIN d'estime,--un BRIN d'amitié,--_un
petit_ BRIN d'espérance.
BROYER, Au lieu de broyer, pour signifier briser le lin, le chanvre;
et de broie, l'instrument pour broyer, nos paysans disent abusivement,
brayer, braye.
BUT. Ne dites pas, j'ai rempli mon BUT, mais, j'ai atteint mon BUT.
BUTIN est tout ce qu'on enlève à l'ennemi. Dans le langage du peuple ce
mot signifie, meubles, marchandises, comestibles, toutes sortes
d'effets en un mot: et de là une multitude innombrable de locutions
ignobles, dont voici quelques échantillons. Un huitrier dit, _j'ai vendu
tout mon_ BUTIN: un acheteur qui n'a pas achevé de faire ses amplettes,
j'ai encore du BUTIN à acheter: celui-ci, à l'aspect de beaux
meubles s'écrie, voilà de beau BUTIN: celui-là, à la vue d'un voleur
qui enlève ses volailles, au voleur! qui emporte mon BUTIN: cet
autre, en parlant d'un tailleur qui a gâté son habit, il a gâté mon
BUTIN. Quel pitoyable langage!
CADRE. On emploie abusivement ce mot pour signifier image, estampe,
etc.: et l'on dit, voilà un beau CADRE:--quel est le prix de ce
CADRE? pour, voilà une belle ESTAMPE:--quel est le prix de cette
IMAGE?
Cadre n'est que la bordure de bois, de bronze, etc., dans laquelle on
enchâsse un tableau, une estampe, etc.
CAILLE pour signifier tacheté de blanc et de noir, en parlant des
bestiaux, etc., n'est pas français.
CAJEU, CAGE. En parlant de pièces de bois liées ensemble, que l'on
transporte à flot sur une rivière, gardez-vous de dire, CAJEU, CAGE.
Cajeu n'est pas français, non plus que cage dans le sens qu'on lui
prête ici. Dites, train, radeau, train de bois, etc.
Drame employé dans le sens de radeau est également un barbarisme.
CALER, terme de marine, est employé improprement par le peuple pour
signifier enfoncer dans la boue,--dans l'eau,--couler à fond.
Caler un fossé, pour, creuser un fossé est aussi une locution
vicieuse.
CANOT. Outre le canot fait d'écorce, ou d'un tronc d'arbre, une autre
petite embarcation, destinée pour l'ordinaire, au service des vaisseaux,
se nomme canot. Désigner ce canot par le mot chaloupe, est une faute
grave. Chaloupe, que les Anglais nomment long-boat, est une
embarcation plus grande que le canot, et porte quelquefois le nom de
grand canot.
CASSOT pour signifier un petit vaisseau d'écorce, ou de bois, n'est
pas français.
CASTALOGNE est une couverture de lit de laine très-fine, et c'est une
faute d'employer ce mot pour désigner les petits tapis d'un travail
grossier, dont on couvre un plancher, et c'est une autre faute de
prononcer ca-ta-logne.
C'EST-IL employé pour est-ce? est un solécisme. Évitez donc les
expressions populaires, C'EST-IL moi qui ai fait cela?--C'EST-IL _lui
qui a parlé_?--C'EST-IL bon, cela?
CHAMPLURE pour signifier robinet, est un barbarisme. Dites,
chantepleure.
Dans quelques départemens de la France on appelle chantepleure le
robinet d'un tonneau de vin ou de cidre.
CHANDELLE. Ne dites pas, TUEZ la chandelle,--TUEZ le feu: dites,
ÉTEIGNEZ la chandelle,--ÉTEIGNEZ le feu.
Enterrer le feu est aussi une faute; dites, couvrir le feu.
CHANGER. C'est une faute grossière que de dire, CHANGEZ-VOUS,--allez
VOUS CHANGER: dites, changez votre linge,--allez changer vos habits.
CHARGE. La charge d'un vaisseau n'est pas français. Dites, _le
chargement_ ou la cargaison d'un vaisseau.
CHIFFON de pain, pour signifier un gros morceau de pain, est une
expression vicieuse; il faut dire guignon, ou bribe de pain.
CIRE, ou CIRAGE, est la composition luisante que l'on étend sur les
chaussures en cuir. L'emploi du mot anglais black-ball est
insupportable; également on doit repousser le terme noir à souliers.
Frottez mes souliers,--mes bottes: expressions ridicules; on doit
dire, cirez mes souliers,--mes bottes, quand on veut les faire
enduire de cire; et, décrottez mes souliers,--mes bottes, lorsqu'on
en veut faire ôter la boue.
CLAIRER (du verbe anglais to clear) n'est pas français. Ainsi ne dites
pas, j'ai CLAIRÉ £5OO dans mon année;--il a CLAIRÉ à la douane:
dites, j'ai fait un gain net de £500 dans mon année:--_il a eu sa
décharge de la douane_.
CLENCHE, suivant Boiste, signifie loquet de porte: mais clencher
n'est pas français: conséquemment l'on ne doit pas dire, _on clenche à
la porte_, etc.
COEUR, CHOEUR se prononcent keur. Gardez-vous de dire avec le peuple,
qu-eur.
COFFEE. Il est du dernier ridicule d'aller chercher le mot anglais
coffee, que l'on prononce comme les anglais, kâu-fé tandis que nous
avons le terme français café, dont l'a est aigu, et que l'on doit
par conséquent prononcer caf-é.
COUETTE pour signifier, cheveux de la nuque noués, n'est pas français.
COLLÉREUX-EUSE, dites, colère.
COLLATION est féminin. J'ai mangé du fruit à MON collation,--_il a
fait un_ BON collation, sont des sollécismes insupportables.
COLLECTER (du verbe anglais to collect) est un barbarisme. Il ne faut
donc pas dire, COLLECTER des dettes,--des souscriptions; mais,
RECUEILLIR des dettes, des souscriptions.
COLLECTEUR. Ce mot se dit seulement de celui qui est chargê de percevoir
les taxes, les impositions; mais non de celui qui recueille des
souscriptions, des dettes, etc.
CONDUITE n'est pas synonyme d'économie: et c'est une faute grossière
que de dire, cet homme a beaucoup de CONDUITE, pour signifier qu'il
est fort entendu en économie.
CORDEAU est une petite corde pour aligner: et c'est à tort qu'on
l'emploie au pluriel comme synonyme des rênes ou guides, que l'on
attache à la bride d'un cheval attelé à une voiture.
CORDON, employé pour signifier une mesure de bois de chauffage, n'est
pas français.
Cordon d'aube est une faute: dites, ceinture d'aube.
COTON employé pour designer une tige sans feuilles; un épi de blé d'Inde
dépouillé de ses grains; la souche d'un choux; etc., est une faute
grossière.
COÛTE QUI COÛTE. Dites, coûte QUE coûte.
CRACKER. Rejettez ce mot vulgaire anglais, par lequel on désigne une
sorte de petit biscuit dur et cassant; et dites en français biscotin.
CRAQUÉ. Le mur est CRAQUÉ,--le verre est CRAQUÉ, sont des
expressions incorrectes: dites, le mur est fendu, ou crevassé;--_le
verre est fêlé_.
CRI-CRI est le grillon domestique: il ne doit pas être confondu avec le
criquet, habitant des champs, qui est une autre espèce de grillon.
CROCHET et TAQUET sont des instrumens recourbés pour tenir quelque
chose. On ne doit pas confondre ces mots avec verrou, qui est une
fermeture de porte d'une autre forme.
CROUSTILLANT-TE, ne se trouve dans aucun dictionnaire. Conséquemment
l'on ne doit pas dite: pâtisserie CROUSTILLANTE:--comptes
CROUSTILLANS: mais, pâtisserie croquante;--comptes croustilleux.
CUSTODE. Au lieu de tabernacle, le peuple dit custode, pour désigner
l'ouvrage fait en forme de petit temple pour renfermer le saint ciboire.
Custode n'est qu'une couverture du ciboire.
DALLE. L'emploi de ce mot, pour désigner le petit canal qui conduit
l'eau à la roue d'un moulin, est une faute: AUGE est le vrai terme.
DÉCESSER n'est pas français. Il ne DÉCESSE de parler; dites, _il ne
cesse de parler_.
DÉFONCER une porte, est un solécisme: dites, enfoncer une porte.
DÉGRADER, terme de marine, signifie dégréer et abandonner un vaisseau.
Navire DÉGRADÉ signifie aussi un _navire arrêté, ou éloigné de sa
route par la violence des vents_.
C'est contrairement aux règles de la langue que l'on emploie le mot
dégrader en parlant des voyages par terre. Ainsi l'on dit, _nous avons
été_ DÉGRADÉS par le mauvais temps: pour, _nous avons été arrêtés en
chemin par le mauvais temps_;--j'ai DÉGRADÉ mon compagnon de voyage;
pour, j'ai devancé mon compagnon de voyage, etc.
DÉGRAS. Être au dégras, qui se dit de quelqu'un devenu infirme et
incapable d'agir; ou de quelque chose qui est usé et hors de service,
n'est pas français.
DÉMANCHER, qui veut dire, ôter la manche à un instrument, est employé
abusivement pour signifier démonter un instrument composé de plusieurs
pièces, défaire un ouvrage, détruire, démettre, disloquer, etc., comme
dans ces phrases: cet ouvrage est mal fait, il faut le DÉMANCHER:--_il
faut_ DÉMANCHER _cette lunette d'approche, pour en nettoyer les
verres_:--il s'est DÉMANCHÉ une épaule.
Mais on dit, cette affaire se DÉMANCHE, pour signifier qu'elle va mal.
DEMI-ARD ou DEMIARD, dans le langage vulgaire, signifie une mesure de
liquide, de la demi-contenance d'une chopine.
Demi-ard ne se trouve pas dans les dictionnaires; et par quel terme le
remplacer?--Par celui de demi-chopine ou de demi-setier sans doute,
puisque la chopine et le setier sont une même mesure.
DEPUIS. Ne dites pas, DEPUIS _Québec jusqu'à Montréal il y a 60
lieues_;--DEPUIS ici jusque-là: dites, DE Québec à Montréal
etc.--D'ici jusque-là.
DÉTEINDRE. Ne dites pas, ce drap DÉTEINT, mais SE déteint.
DIFFICILE. C'est une faute de dire, ces livres sont DIFFICILES _à se
procurer_: il faut, il est difficile à se procurer ces livres.
DINDON est un substantif masculin qui signifie coq-d'Inde. Dinde est
la poule-d'Inde, et féminin par conséquent: voilà UN BEAU
dinde,--j'ai mangé DU dinde, sont donc des solécismes: dites,
voilà UNE BELLE dinde:--j'ai mangé DE LA dinde.
On dit au moral, voilà un grand dindon (niais) et non pas, _voilà un
grand dinde_.
ÉBAROUI. Terme de marine, qui se dit d'un navire dont le bordage est
desséché par le soleil. Ce mot n'a point d'autre acception, et par
conséquent les expressions, ce seau est ÉBAROUI,--cette cuve est
ÉBAROUIE, ne valent rien.
ECCLESIASTIQUE. Terme qui désigne tout membre du clergé, qu'il soit ou
non prêtre. C'est donc à tort que l'on applique ce mot aux seuls
aspirans, qui n'ont pas reçu l'ordre de la prêtrise.
ÉLEVEZ les yeux au ciel; phrase vicieuse: dites, _levez les yeux au
ciel_.
EMBARQUEMENT. DÉBARQUEMENT. ABORDAGE. Le peuple emploie ces mots pour
signifier un lieu propre pour embarquer et débarquer. Il faut dire,
EMBARCADÈRE.
EMBARQUER, S'EMBARQUER, DÉBARQUER, pour signifier, monter en voiture,
descendre de voiture, en parlant de voitures de terre, ne seraient que
des expressions ridicules, si elles fussent restées dans les derniers
rangs de la société: mais que ces locutions ignobles aient gagné nos
salons respectables, c'est un vrai scandale. Monsieur est DÉBARQUÉ _du
carosse_,--Madame est EMBARQUÉE dans la calèche,--_je m'_EMBARQUERAI
dans mon traîneau. Quel pitoyable langage!
ÉMIGRATION est l'action d'émigrer. Il est l'opposé d'IMMIGRATION, qui
signifie l'établissement d'étrangers dans un pays.
EMMANCHER, (prononcez an-manché, et non pas a-manché) signifie
mettre un manche. On voit par là combien ce mot est employé abusivement
dans ces phrases, cet artiste a mal EMMANCHÉ _ma lunette
d'approche_,--l'ouvrier a EMMANCHÉ le tuyau du poële, etc.
Cependant le verbe réfléchi, s'emmancher, s'emploie figurément pour
signifier s'arranger, s'ajuster;--cela ne S'EMMANCHE pas ainsi.
EN QUELQUE PART, locution ridicule: il est allé EN QUELQUE PART:
retranchez EN.
ENCANTER, ou, mettre sur le CAN, sont des expressions barbares que
l'on doit remplacer par l'adverbe de champ, qui signifie posé
horisontalement sur le côté le plus étroit. Ainsi placer une brique _de
champ_, c'est la placer sur la face la plus étroite: mettre des solives
de champ, c'est les poser sur la partie la moins large.
ENGRENER; Laisser ENGRENER le mal, pour signifier _laisser augmenter
la maladie_, est un solécisme.
ESCOUSSE veut dire course pour mieux sauter. On confond souvent ce mot
avec fois, et l'on dit, essayez encore une ESCOUSSE, pour, _essayez
encore une_ FOIS:--à une autre ESCOUSSE je serai plus heureux, pour,
une autre FOIS je serai plus heureux.
ÉTANCHE pour signifier qui ne coule pas, n'est pas français. Un baril
ÉTANCHE,--un navire ÉTANCHE, sont donc des locutions vicieuses.
Ce qui suit se lit dans le Dict. de Trévoux.
«On dit d'un vaisseau qui ne prend point eau, qu'il est
étanché: on dit aussi que les soufflets d'un orgue sont bien
étanchés, lorsque le vent ne se perd pas.»
EXAMEN. On prononce examène et examin. Cette dernière prononciation
est préférable.
FARD. On désigne souvent par le mot fard les viandes et herbes hachées
mince pour mettre dans la volaille, etc. C'est une faute; il faut dire
farce.
FER. C'est abusivement qu'on nomme marchands de fer, ceux qui exercent
la profession de taillandier et de ferronnier.
FIÈREMENT. C'est peu connaître la valeur de ce mot que de l'employer
comme suit; cet homme est FIÈREMENT laid (très-laid); _cet enfant
est_ FIÈREMENT gauche (très-gauche), etc.
FIXEMENT. Prononcez fixce-ment, et non pas fix-é-ment.
FLÉAU, instrument pour battre les grains, se prononce flé-ô et non pas
flô.
FORT est souvent, mais abusivement, employé pour village, bourg,
bourgade: allons au FORT de Varennes.
L'existence jadis de forts bâtis par les premiers colons du pays, pour
se mettre à l'abri des incursions des indigènes, a donné lieu à cette
locution vicieuse.
FOURRIÈRE est le lieu où l'on enferme les chevaux, le bétail saisis: on
dit, mettre en fourrière, être en fourrière.
Enclos public pour signifier fourrière, est une faute grossière.
FRAÎCHE. Prendre la FRAÎCHE est un barbarisme; dites, prendre le
FRAIS.
FRICASSER des coups à quelqu'un,--fricasser son camp,--_je m'en
fricasse_, sont des expressions si basses que la plume refuse presque de
les tracer.
FRICOT, terme bas et populaire, que ne profèrent jamais les personnes
d'éducation.
FRINGALE, mot vulgaire employé pour signifier faim pressante, n'est pas
dans les dictionnaires.
GAUSSER, pour signifier couper menu du bois, ou autre chose, comme font
les enfans pour s'amuser, n'est pas français.
GENRE de certains substantifs. Les erreurs populaires relativement au
genre de certains substantifs, doivent être évitées avec une attention,
toute particulière. Quoi de plus révoltant que les expressions,
l'angelus est-ELLE SONNÉE?--UNE appétit DÉVORANTE:--CETTE _ouvrage
est très_-BELLE: on donne de FORTES gages à ce domestique, etc.
GERMAGE: barbarisme, dont nos paysans se servent pour exprimer l'état
des grains qui, après avoir été sciés et mis en javelle, ont germé sur
le sillon.
GINGUER, ÊTRE EN GINGUE: expressions barbares pour signifier faire des
gambades, en parlant des quadrupèdes, et même des personnes.
GOUTTIÈRE est un canal pour les eaux de pluie des toits: c'est à tort
que l'on emploie comme synonymes de gouttière les termes dalle et
dallot, qui signifient, le premier, canal de pompe, ou, _tablettes
de pierres dures_, dont on revêt les trottoirs, les terrasses, etc.:
le second, canal pour l'écoulement des eaux d'un navire.
Le mot gouttière est, à son tour, employé improprement employé pour
signifier, petite fente ou trou dans un toit, une voûte, etc., par
lequel les eaux suintent.
GRAINS de pluie, faute grossière: dites, gouttes de pluie.
GRÉER, que le peuple prononce grayer, signifie équipper un vaisseau.
Les locutions suivantes prouvent jusqu'à quel point le vulgaire abuse du
mot gréer. C'est un homme bien GRAYÉ en chevaux:--je me GRAYE
pour aller à la chasse,--vous n'êtes pas GRAYÉ _pour loger tant de
monde_, etc.
GROCERY. Rejettez ce mot anglais, et dites épicerie. D'ailleurs la
prononciation du mot grocery donne lieu à une équivoque, en ce que
l'on croit entendre le mot français grosserie, qui signifie commerce
en gros, ou gros ouvrages de taillandiers.
Groseille d'après le Dict. de l'Acad. est une espèce de _petit
fruit..qui vient par grappes. Il y a groseille rouge et blanche._
Groseille à maquerau ou groseille verte, d'après la même autorité, est
un _fruit vert ou rougeâtre, plus gros que les groseilles ordinaires,
qui vient sur un arbrisseau épineux_.
Ces descriptions de la groseille s'accordent avec celles des
naturalistes.
Quant au mot gadelle, par lequel nous désignons d'ordinaire la
groseille à grappes, il ne se trouve ni dans le Dict. de l'Acad. ni dans
celui de l'Hist. Nat. de Valmont-Bomare. Boiste dit que gadelle est
une espèce de groseille: et on lit dans le Dict. d'Hist. Nat. par une
société de savans, que _gadelle est le nom que portent les groseilles
dans la ci-devant province du Perche_ en France.
De ces observations il résulte, que c'est une erreur de nommer
gadelle, le fruit à grappes, dont il est question.
GUELLARD prononcez gheu-lar et non pas, gu-el-lar. Celle dernière
prononciation est vicieuse, et elle doit être evitée également dans les
mots suivants.
Gueule, prononcez gheule.
Gueulée, ---- gheu-lé.
Gueuler, ---- gheu-lé.
Gueules, ---- gheule.
Gueulette, ---- gheu-lette.
Gueusaille, ---- gheu-saille.
Gueusailler, ---- gheu-sail-lé.
Gueusant, ---- gheu-san.
Gueuse, ---- gheuse.
Gueuser, ---- gheusé.
Gueuserie, ---- gheu-se-ri.
Gueux, ---- gheu.
Dégueuler, ---- dé-gheu-lé.
HONTEUX. L'h de ce mot est aspiré. Qu'il est pénible d'entendre dire
cè-tonteux,--il è-tonteux, pour, c'est-honteux,--il est-honteux!
ICI. Ne dites pas, ces jours-ici,--ces livres-ici: ce sont des
fautes: il faut dire, ces jours-ci,--ces livres-ci, etc.
IL N'A QU'À pleuvoir; Paul n'a qu'à tomber; solécismes; dites, _s'il
vient à pleuvoir_,--si Paul vient à tomber, ou, s'il pleut,--_si
Paul tombe_.
ILS employé pour ELLES, est un solécisme révoltant. Quel pitoyable
langage que celui qui suit! _Où sont ces Demoiselles? ont-_ILS _oublié
l'invitation à dîner chez notre tante?--non, Monsieur,_ ILS _ne l'ont
pas oublié;_ ILS sont au jardin, et vous y attendent.
Les mêmes remarques s'appliquent à eux et à eux-autres, qu'on
emploie fréquemment pour elles.
IMPERTINENCE. Donner des impertinences à quelqu'un, est une locution
barbare.
INFLAMMATION. Gardez-vous de prononcer avec le peuple AN-flâ-mâ-tion:
dites, in-flamme-mace-i-on.
INGÉNIEUR. C'est une erreur de désigner par ce terme celui qui dirige
les machines d'un moulin à vapeur; d'un bateau-à-vapeur, etc.:
machiniste est le mot propre.
INVECTIVER quelqu'un, n'est pas français: il faut dire, _invectiver
contre quelqu'un_.
JOLIMENT. On fait quelquefois un étrange abus de ce mot; comme quand on
dit, cet homme est JOLIMENT laid:--il fait JOLIMENT froid.
LARD. Lard salé, lard frais, manger du lard; expressions barbares;
dites, porc salé, porc frais, manger du porc.
Lard est la graisse ferme qui est entre le cuir et la chair du porc,
de la baleine, etc.
Porchet pour jeune porc n'est pas français.
LARGUER. On emploie souvent, mais abusivement, ce terme de marine, pour
signifier, lâcher prise, laisser aller, détendre, etc.
LENDEMAIN. Du jour au lendemain est une locution incorrecte: dites
d'un jour à l'autre: ou, de la veille au lendemain.
LETTRE MOULÉE est une lettre imprimée: c'est aussi une écriture à la
main qui imite l'imprimé. Dans ce dernier sens on dit, écriture en
LETTRES MOULÉES:--écrire un compliment en LETTRES MOULÉES: et non pas
écriture IMPRIMÉE:--IMPRIMER un compliment.
LOCUTIONS LATINES. Les locutions latines, exempli gratiâ--_verbi
gratiâ_,--id est,--anno Domini,--ante meridiem,--_post
meridiem_,--junior, senior, etc. n'ayant pas été incorporées à la
langue, doivent être rejettées.
LONGUE-VUE employé pour signifier lunette d'approche, ou _lunette à
longue vue_, est un solécisme.
LORSQUE. Faites sonner l's de ce mot: mais garder-vous de faire
entendre trois syllabes en prononçant lor-se-que.
MACONNE n'est pas un substantif. C'est une erreur très-commune
d'employer ce moi pour maçonnage, qui est le travail du maçon: et pour
maçonnerie, qui est l'ouvrage achevé.
MAL. J'ai mal à MA jambe,...à MON bras: dites, j'ai mal à LA
jambe,...AU bras.
MAL COMPLAISANT. Dites, PEU complaisant. Les locutions mal appris,
mal éduqué sont incorrectes; il faut dire mal élevé.
MANCHONNIER. Dites, foureur, car manchonnier ne se trouve pas dans
les dictionnaires.
MARBRE. Bille est le nom de la petite boule de marbre, qui sert de
jouet aux enfans. Il faut donc dire, jouer aux BILLES, et non pas,
jouer aux MARBRES.
MARIER (se). On ne se marie pas AVEC quelqu'un, mais À quelqu'un.
La locution, Mons. N. a marié Mlle N. pour signifier _a épousé Mlle
N._, est révoltante.
MÉGARD. Le vrai mot, est mégarde: ainsi ne dites pas, _j'ai fait cela
par_ MÉGARD, mais...par MÉGARDE.
MEILLEUR. Au MEILLEUR de mon jugement,--au MEILLEUR _de ma
connaissance_,--Monsieur vous offre ses MEILLEURS complimens,
--Madame vous présente ses MEILLEURS respects, sont des anglicismes
que la langue française repousse.
MENOIRES, TRAVAIL, pour désigner les deux pièces de bois d'un traîneau,
entre lesquelles le cheval est attelé, sont des barbarismes. Dites
limonière.
Limon est l'une des branches de la limonière, et ne doit pas être
confondu avec timon, qui est la longue pièce d'un chariot ou d'un
carrosse, des deux côtés de laquelle on attelle les chevaux.
MENTHE se prononce mante. Gardez-vous de dire avec le vulgaire, _une
décoction de_ MINTHE,--je bois de la MINTHE,--la MINTHE _est un
fébrifuge_, etc. Cette prononciation est insupportable.
MER n'est pas synonyme de vague. Ne dites pas, _il fut emporté par
une_ MER: dites, il fut emporté par une lame, par une vague, ou _par
un coup de mer_.
MIDI, MINUIT n'ont point de pluriel. Je sors tous les MIDIS;--_je
m'éveille tous les_ MINUITS, sont donc des locutions incorrectes: dites,
je sors tous les jours à MIDI:--je m'éveille toujours à MINUIT.
MITOUCHE (sainte). Dites, sainte NITOUCHE,--faire la sainte
NITOUCHE.
MOINDREMENT ne se trouve dans aucun dictionnaire.
MOUILLER. Il MOUILLE,--il va MOUILLER, pour, il pleut,--_il va
pleuvoir_, sont des fautes grossières.
MOYENNANT QUE n'est pas français: dites, pourvu que.
NAVIRE. C'est une erreur de désigner par ce mot les seuls vaisseaux à
trois mâts. Navire signifie en général, bâtiment de mer: et l'on
dit, un navire à trois mâts,--à deux mâts.
NEIGE. Chute de neige,--abat de neige,--bordée de neige, sont des
solécismes; aussi bien que ces autres expressions, en parlant de neige:
il poudre,--il fait une grosse poudrerie, etc.
ORDRE. J'ai ORDRE de vous notifier; dites, j'ai REÇU ordre,....
ORGE est féminin, excepté dans ces mots, orge mondé,--orge perlé.
Orge mondaine est une faute grossière.
OUBLIE est une sorte de pâtisserie, et c'est une faute d'employer ce mot
pour signifier pain à cacheter.
OUSSE qu'il est? expression barbare: dites, où est-il?
OUVREZ. Quand on frappe à votre porte, dites, entrez, et non pas
ouvrez.
PAGAIE est le terme propre pour désigner la rame dont les Indiens se
servent pour faire aller leurs pirogues et canots d'écorce. Aviron
pris dans ce sens est une faute, parce que aviron est une sorte de
rame de batelier.
PAGAYEUR, celui qui tire à la pagaie.
PAGÉE de clôture. Le mot pagée n'est pas français.
PAIRE de vache, faute grossière: dites, Pis de vache, PIS _de
brebis_, PIS de truie.
Considéré comme bon à manger, pis prend le nom de tétine. _Manger
d'une tétine_.
PARAPET. On désigne souvent par ce mot le chemin élevé, pratiqué le long
des rues, des ponts, etc., pour les gens à pied. C'est une faute:
trottoir est le terme propre.
PARCE QUE, conjonction, se prononce en deux syllabes, et non en trois.
PARFAIT. Il chante au PARFAIT,--cela va au PARFAIT.--Dites, _il
chante parfaitement_,--cela va parfaitement.
PAR RAPPORT QUE, employé pour parce que, ou par la raison que, est
une locution vicieuse. Il ne faut donc pas dire: _je ne puis encore
répondre à votre question_ PAR RAPPORT QUE _je n'ai pas eu le temps de
l'examiner à fond_:--dites..parce que, ou, _par la raison que je n'ai
pas eu le temps_, etc.
PAS MAL est une expression incorrecte, lorsqu'elle est employée pour
signifier une certaine abondance, une quantité ou un nombre passable,
comme dans ces locutions: il pleut PAS MAL,--il y avait PAS MAL _de
monde à l'assemblée_:--il reste PAS MAL _de vin dans cette
caraffe_,--son discours a été PAS MAL long.
Pas guère est un barbarisme.
PASSÉ, contraction ridicule des mots pas et assez. Je n'ai PASSÉ,
(pas assez) d'argent pour faire cette emplette.
PELLETER, qu'on emploie pour signifier, jetter quelque chose avec une
pelle, n'est pas français. On doit donc éviter les expressions: PELLETER
la neige,--PELLERER la terre, etc. Mais on dit, pellée, pellerée
ou pelletée de neige,--de terre, etc.
PELOTE. Jeu de PELOTE;--jouer à la PELOTE, sont des expressions
vicieuses: dites: jeu de PAUME,--jouer à la PAUME.
C'est avec une balle, et non avec une pelote, qu'on joue à la paume.
Mais on dit, se battre à coups de pelotes de neige..._de boules de
neige_.
Le verbe neutre peloter, signifie, jouer à la paume, sans faire de
partie réglée.
PICOTE, PICOTE-VOLANTE, sont des barbarismes. Il faut, VARIOLE,
VARICELLE: ou PETITE-VÉROLE, PETITE-VÉROLE VOLANTE.
Mais on dit, picoté pour signifier marqué de petite vérole.
PIEDS. Il a ses souliers DANS ses pieds;--il a ses bas DANS _ses
jambes_: dites, il a ses souliers AUX pieds...ses bas AUX
jambes.
PLANCHE. La table peinte en noir pour écrire, tracer des figures, etc.,
dans les écoles, se nomme TABLEAU et non pas PLANCHE.
PLANCON. On désigne ainsi une longue et forte pièce de bois écarrie:
c'est une faute: plançon est une branche de saule, ou d'un autre
arbre, qui vient de bouture.
POCHETÉE. Une POCHETÉE de blé:--une POCHETÉE de sel, sont des
barbarismes: dites,--une POCHE ou un SAC de blé:--une POCHE ou
un SAC de sel.
POIGNÉE. C'est à tort que l'on emploie ce mot pour désigner les anses
qui servent à porter un coffre, une casette, une malle. Portant est le
mot propre.
Poignée de serrure est aussi une faute: dites, bouton de serrure.
On dit cependant poignée d'une épée.
POIS CHICHE est une sorte de gros pois. Le peuple dit pois CHIQUES: et
il emploie cette expression pour désigner de mauvais pois.
PORTANT, participe du verbe porter, ne doit pas être employé comme
adjectif verbal. Il ne faut donc pas dire, je suis bien
PORTANT,--elle est bien PORTANTE: mais, je me porte bien,--_elle se
porte bien_.
PRENDRE du froid,--un rhume, sont des anglicismes que l'on doit
éviter: il faut dire, attraper ou gagner du froid, un rhume, _la
fièvre_, une maladie.
PRÊT. Au lieu de prêt et prête, le peuple emploie souvent les mots
paré et parée. Delà des expressions pitoyables, telles
que,--êtes-vous PARÉ à commencer?--cette Dame est-elle PARÉE _à
partir_? etc.
PROMETTRE. Je vous PROMETS qu'il est arrivé; expression vicieuse,
qui doit être remplacée par, je vous ASSURE qu'il est arrivé.
PROMOUVOIR (qui n'est guère employé qu'à l'infinitif et aux temps
composés) signifie avancer à quelque dignité: il se dit
principalement d'un ordre, d'une dignité ecclésiastique. PROMOUVOIR _les
intérêts de quelqu'un_;--PROMOUVOIR la prospérité du pays; etc., sont
donc des barbarismes.
QUASIMENT: dites, quasi, presque.
QU'EST-CE QUE T'AS?--T'AS mal agi;--QU'EST-CE qui appelle? sont des
expressions barbares.
QUEUE. Prononcez, keu et non pas qu-eu:--_la queue de votre
robe_;--Pacha à trois queues: dites, la KEU de votre robe:--_Pacha
à trois_ KEU.
RAIDE n'est jamais substantif. Il faut donc éviter l'expression
vulgaire, avoir son RAIDE à, comme dans cette phrase, _il a eu tout
son_ RAIDE à soulever ce fardeau.
RAISONS. Ne dites pas, avoir des RAISONS avec quelqu'un: mais, _avoir
dispute_, ou querelle avec quelqu'un.
RAMANCHER, RAMANCHEUR, mots barbares, dont l'emploi est fréquent. Ou dit
RAMANCHER pour remboîter:--RAMANCHEUR pour rebouteur:--RAMANCHER
une affaire pour, raccommoder une affaire: RAMANCHER _un
instrument_, pour, remettre un manche à un instrument, etc.
RANCUNEUX, EUSE, n'est pas français: dites, rancunier, ère.
RASE, pour signifier radoire ou racloire n'est pas français.
RASER le grain, pour signifier, passer la racloire par dessus la
mesure de grain, est une double faute de langage; d'abord parceque
raser est employé ici improprement pour rader ou racler; et
ensuite parce qu'on ne racle pas le grain, mais bien la mesure du grain.
Il faut donc pour parler correctement, dire, rader ou _racler la
mesure du grain_, du sel, etc.
Quelques grammairiens emploient les mots rader et radoire seulement
pour la mesure du sel, et racler et racloire pour celle des grains.
On dit, acheter et vendre à mesure rase.
RÉFÉRENCE est un mot anglais, qu'on emploie abusivement pour renvoi,
en parlant, d'un signe, qui dans un livre renvoie à un pareil signe hors
du texte.
C'est également une faute grave d'employer le verbe actif référer,
dans le sens de renvoyer à une autorité, etc.
REFROIDIR. FROIDIR, FROID. Évitez de prononcer refraidir, fraidir,
fraid; aussi bien que de dire, il fait frette, pour, il fait froa.
REMERCIER POUR. ÊTRE OBLIGÉ POUR. Je vous REMERCIERAI POUR _du
pain_:--je vous serai OBLIGÉ POUR de l'eau, sont des anglicismes qui
doivent être bannis de la bonne société: dites, _je vous prie de me
passer le pain_,...de me donner l'eau.
RÉSOLU. C'est une faute de dire qu'un homme est RÉSOLU, pour signifier
qu'il est gros, robuste, etc.
RESTER, pour signifier, faire sa demeure, n'est pas français. Ainsi au
lieu de, où RESTEZ-vous? dites, où DEMEUREZ-vous?
Ne dites pas, ce cheval est RESTÉ; mais, ce cheval est RENDU.
REVOLIN, terme de marine, est l'action du vent qui réfléchit d'une voile
à l'autre. Le vulgaire emploie improprement ce mot pour RESSAC, qui est
le retour des vagues vers le large, après qu'elles ont frappé violemment
un obstacle.
RIEN. Ce mot est employé abusivement dans plusieurs locutions. Ainsi
l'on dit, un morceau de RIEN, pour un très-petit morceau:--_une
maison de_ RIEN, pour une maison de très-peu de valeur, etc.
RONDIN est bien un gros bâton; mais il signifie aussi un morceau de bois
de chauffage qui est rond. Ainsi une grosse buche ronde est un rondin.
C'est donc une erreur de n'employer ce mot que pour désigner le menu
bois rond de chauffage.
RUETTE, pour petite rue, n'est pas français: dites, ruelle.
SALOPER, pour salir, ne se trouve pas dans les dictionnaires.
SALOPERIE. Le peuple donne souvent à ce mot des significations qui lui
sont étrangères, comme dans ces phrases: il s'est vendu beaucoup de
SALOPERIES à cet encan, pour _il s'est vendu beaucoup d'_EFFETS DE PEU
DE VALEUR à cet encan:--je ne lui dois plus qu'une SALOPERIE, pour,
je ne lui dois plus qu'une TRÈS-MODIQUE SOMME D'ARGENT, etc.
SAINT-CAJETAN. Il n'y a point de saint de ce nom. Écrivez, SAINT-GAÉTAN.
SARABANDE. Donner la sarabande à quelqu'un, pour signifier,
gourmander quelqu'un, est une locution vicieuse.
SAUVAGESSE ne se trouve dans aucun dictionnaire. Dites avec l'Académie,
un sauvage; une sauvage.
SAVOIR. On fait à savoir, est une locution ridicule. Retranchez l'à:
ou mieux, retranchez cet absurde préambule, et énoncez simplement
l'objet de la publication.
SOBRIQUETS. Évitez ces phrases vulgaires et incorrectes; _donner des
noms_; appeler des noms, et dites, donner des sobriquets,--_donner
des surnoms_.
SOLEIL. Il fait SOLEIL, est une locution vicieuse. Il faut dire, _il
fait_ DU soleil, comme on dit, il fait DE LA pluie; DU vent; DE
LA neige.
SOLIDITÉ. Quoiqu'on dise, un homme solide, on ne dit pas, la
SOLIDITÉ d'un homme: mais bien la solidité de son esprit,--de son
caractère,--de ses principes.
SOMME. Cette phrase, dormir un somme, pèche contre la grammaire, parce
que dormir, verbe neutre, n'a point de régime: dites, faire un
SOMME.
SORTIR. Ne dites pas, SORTEZ cet homme de la maison:--SORTEZ _ce
cheval de l'écurie_: dites, faites sortir cet homme,...._faites sortir
ce cheval_,....
STEAM-BOAT. Ce mot dur et étranger, qui ne se trouve guère que dans le
Dict. de Boiste, est devenu tellement à la mode chez nous, qu'il semble
qu'on ait oublié que nous avons en français son équivalent,
bateau-à-vapeur,--navire-à-vapeur,--bâtiment-à-vapeur. Si le
néologisme est un mal nuisible à une langue, l'emploi de mots purement
étrangers, hors une nécessité urgente, est un abus intolérable.
SUD. Prononcez sude, et non pas çu.
SUI, POURSUI, mots employés abusivement pour les participes passés
SUIVI, POURSUIVI.
SUPPORTER, dans le sens d'aider, d'appuyer de son influence, comme
dans cette phrase, je SUPPORTERAI _mon ami N aux prochaines
élections_, est un anglicisme que l'on doit repousser.
SUR. Ne dites pas, les cheveux me dressèrent SUR la tête: mais, À
la tête.
TASSER se dit des choses, et non des personnes. L'expression, _nous
sommes_ TASSÉS ici, est donc incorrecte. Il faut dire, nous sommes
TRÈS-PRESSÉS ici; ou mieux, nous sommes ENTASSÉS ici.
TIRER signifie quelquefois faire le portrait de quelqu'un: TIRER _un
homme au naturel_:--il s'est fait TIRER _par un excellent
peintre_:--on l'a TIRÉ en cire.
Mais, TIRER un portrait:--faire TIRER son portrait, sont des
locutions absurdes.
TOURTIÈRE. Le peuple dit, TOURTIÈRE à la viande:--TOURTIÈRE _aux
pommes_, au lieu de, TOURTE à la viande:--TOURTE aux pommes.
Tourtière est l'ustensile qui sert à faire cuire des tourtes.
TOURTRE (qu'on écrit et qu'on prononce abusivement tourte) est un
terme de cuisine qui signifie, tourterelle bonne à manger. C'est donc
une erreur grave que de désigner par ce mot le pigeon sauvage, ou le
pigeon de passage, qui nous visite régulièrement chaque été, et que
les naturalistes nomment palumbus migratorius.
TRAIN. Être en TRAIN, pour signifier, être ivre, ou _être à
demi-ivre_, est un solécisme. Être mal en train, est également une
expression incorrecte.
TRAÎNERIES, qu'on emploie pour signifier les effets déplacés, écartés
et épars, n'est pas français.
Mais le verbe traîner est usité en ce sens, et l'on dit, les livres
TRAÎNENT, etc.
TRAMONTADE. Dites tramontane, perdre la tramontane.
TRANSVIDER n'est pas français: transvaser l'est.
TROT. Gardez-vous de dire avec le peuple, trotte,--aller le trotte:
prononcez trô,--aller le trô.
USURIER-RE pour signifier une personne qui use beaucoup ses habits,
n'est pas français.
VALEUR. C'est de valeur, pour signifier, c'est malheureux, _c'est
fâcheux_, est un non-sens ridicule.
VIZ. Abréviation ridicule du mot latin videlicet, dont les anglais se
servent pour signifier c'est à savoir. Ce mot n'est point français.
VOIX de Centaure est une faute grave: dites, voix de Stentor, et
prononcez Stan-tor.
VOYAGE de bois,--de pierre,--de foin sont des barbarismes. Il faut
dire charge, charretée, ou voie de bois,--de pierre,--de foin.
On appelle voie d'eau les deux seaux d'eau que porte un homme.
Quelquefois le terme voyage est employé pour signifier les allées et
venus, que l'on fait pour transporter des faix, comme dans cette phrase,
ce chartier a fait trente VOYAGES pour transporter cette pierre. Il
faut se garder de conclurre de là que l'on puisse dire; voilà trente
VOYAGES de pierre que ce chartier a transportés: dites, _voilà trente
voies de pierre_....
PRONONCIATION FIGURÉE.
DE PLUSIEURS MOTS
QUI PEUVENT EMBARRASSER
LES JEUNES ÉLÈVES.
Abbaye, prononcez, a-bé-i.
Abruzze, ---- ab-russe.
Abject, ---- ab-jecte.
Agnat, ---- agh-na.
Aiguade, ---- é-gade.
Aiguail, mouillez l'l, é-gail.
Aiguayer, ---- é-ghé-i-er.
Aiguière, ---- é-ghi-ère.
Aiguiérée, ---- é-ghi-é-ré.
Aiguillade, mouil. les ll, é-gu-i-llade.
Aiguillon, mouillez les ll, é-gu-i-llon.
Aiguillonner, mouil. les ll, é-gu-i-llo-né.
Aiguiser, ---- é-gu-i-sé.
Aix, ---- aisse.
Aix-La-Chapelle ---- aisse-La-Chapelle.
Aoriste, ---- ô-rîste.
Août, ---- ou.
Appendice, ---- ap-pin-dice.
Arc-boutant, ---- ar-boutan.
Arcs-boutans ---- ar-boutan.
Arc-bouter, ---- ar-bouter.
Arc-doubleau, ---- ar-dou-blô,
Arcs-doubleaux, ---- ar-dou-blô.
Archéologie, ---- ar-ké-o-logie.
Archéologue, ---- ar-ké-o-logue.
Archétype, ---- ar-ké-type.
Aspect, ---- as-pek.
Aucun, ---- ô-kun.
Aucune, ---- ô-kune.
Auxerre, ---- ô-cère.
Auxerrois, ---- ô-cé-ro-a.
Avril, ---- mouillez l'l.
Babil, ---- mouillez l'l.
Balai, ---- ba-lè.
Bastonnade, ---- basse-ton-nade.
Beset, ---- be-zè.
Boeufs, ---- beu.
Bourg, ---- bour.
Bruxelles, ---- bru-celle.
Cadix, ---- ca-dice.
Cep, ---- cè ou cèpe,
Cataplasme, ---- ca-ta-plasse-me.
Cerf, ---- cer.
Ceylan, ---- cé-y-lan.
Cheptel, ---- ché-tel.
Chiromancie, ---- ki-ro-man-cie.
Cil, ---- mouillez l'l.
Circonspect, ---- cir-con-spek.
Cognation, ---- kogh-na-tion.
Consanguin, ---- con-san-ghin.
Consanguinité, ---- con-san-gu-i-ni-té.
ou, con-san-ghi-ni-té.
Curaçao, ---- cura-çô.
Coquin, ---- ko-kin.
Czar, ---- kzar.
Czarine, ---- kza-rine.
Czarowitz, ---- kza-ro-vitz.
Distinct, ---- dis-tink.
District, ---- dis-trik.
Éden, ---- e-denne.
Emmancher, ---- an-man-ché.
Enchiridion, ---- an-ki-ridion.
Enorgueillir, mouil. les ll, a-nor-gheu-llir.
Ennoblir, ---- an-no-blir.
Équarrir, ---- é-ka-rir.
Équarrissage, ---- é-ka-ris-sage.
Équarrissement, ---- é-ka-rissement.
Équarrisseur, ---- é-ka-risseur.
Équarrissoir, ---- é-ka-ris-so-ar.
Équateur, ---- é-kou-a-teur.
Équatorial, ---- é-kou-a-torial.
Équestre, ---- é-ku-ès-tre.
Équiangle, ---- é-ku-i-angle.
Équidifférent, ---- é-ku-i-différent.
Équidistant, ---- é-ku-i-distant.
Équilatéral, ---- é-ku-i-latéral.
Équilatère, ---- é-ku-i-latère.
Équilboquet, ---- é-kil-boquet.
Équimultiple, ---- é-ku-multiple.
Équipollence, ---- é-ki-pollance.
Équiponderance, ---- é-ku-i-pondérance.
Équitation, ---- é-ku-i-tation.
Est (Orient), ---- este.
Faon, ---- fan.
Fat, ---- fatte.
Faubourg, ---- fau-bour.
Fenil, ---- mouillez l'l.
Gentilhomme, mouillez l'l, gen-ti-l-ome.
Gentilshommes, ---- gen-ti-zome.
Geolage, ---- jo-lage.
Geole, ---- jole.
Geolier, ---- jo-li-er.
Georges, ---- jorge.
Gisent, (ils) ---- gisse.
Gluten, ---- glu-tenne.
Hennir, ---- han-nir.
Hymen, ---- hy-menne.
ou, hy-min.
Igné, ---- igh-né.
Impregnation, ---- in-pregh-nation.
Impregner, ---- mouillez le gn.
Incognito, ---- mouillez le gn.
Indemniser, ---- in-deme-niser.
ou, in-dame-niser.
Inexpugnable, ---- in-ex-pugh-nable.
Inextinguible, ---- in-ex-tin-gu-i-ble.
Ingrédient, ---- ingrédi-an.
Juillet, mouillez les ll, jui-llé.
Lacs, (pièges), ---- là.
Laon, ---- lan.
Lingual, ---- lin-gou-al.
Madrid, ---- ma-dri.
Maïs, (blé d'inde), ---- ma-ice.
Malesherbe, ---- mal-zerbe.
Mamluk, ---- mame-louk.
Mérinos, ---- méri-noce.
Mezzo-termine, ---- med-zo-termine.
Mezzo-tinto, ---- med-zo-tinto.
Michel-Ange, ---- mi-kel-ange.
Munich, ---- mu-nik.
Mil, (grain), ---- mouillez l'l.
Nerf, (au sing.) ---- nerffe.
Nerfs, (au plur.) ---- ner.
Nord-Est, ---- nor-deste.
Nord-Ouest, ---- nor-dou-este.
Norwege, ---- nor-vège.
Orang-Outan, ---- oran-gou-tan.
Orchestre, ---- or-kes-tre.
Os, ---- ô.
Ouest, ---- ou-este.
Ours, ---- ource.
Paon, ---- pan.
Péril, ---- mouillez l'l.
Porc, ---- por.
Pouding, ---- pou-dingue.
Prétérit, ---- prété-ri.
ou, prété-ritte.
Progné, ---- progh-né.
Punch, ---- ponche.
Quadrat, ---- ka-dra.
Quadrille, ---- kou-a-drille.
Quaker, ou
Quacre, ---- kou-a-cre.
Quasimodo, ---- ka-si-modo.
Quartz, ---- kou-art-ce.
Quartzeux, ---- kou-art-zeux.
Quaternaire, ---- kou-a-ternaire.
Quaterne, ---- kou-a-terne.
Quaterné, ---- kou-a-terné.
Quatriennal, ---- ka-triennal.
Quercy, ---- ker-ci.
Quérimonie, ---- ku-é-ri-monie.
Questeur, ---- ku-es-teur.
Questure, ---- ku-es-ture.
Quidam, ---- ki-dan.
Quidane, ---- ki-danne.
Quiétisme, ---- ki-é-tisme.
Quinconce, ---- kin-conce.
Quinquennal, ---- ku-in-ku-ennal.
Quintuple, ---- ku-in-tuple.
Radoub, ---- ra-doube.
Rédempteur, ---- ré-damp-teur.
Regnard, (le poëte) ---- re-nard.
Regnaud, ---- re-nô.
Regnicole, ---- regh-ni-cole.
Respect, ---- res-pè,
ou, respek.
Roide, ---- raide.
Roideur, ---- rai-deur,
ou, roa-deur.
Rhrumb, ---- rombe.
Saône, ---- sône.
Sens, (ville,) ---- sance.
Serf, ---- serffe.
Séquelle, ---- sé-kelle.
Séquestrer, ---- sé-kes-tré.
Signet, ---- si-nè.
Sloop, ---- sloupe.
Solemnel, ---- so-la-nel.
Stagnation, ---- stagh-na-tion.
Stentor, ---- stan-tor.
Strasbourg, ---- stras-bour.
Sud, ---- sude.
Suspect, ---- sus-pecte.
Tandis que, ---- tan-di que.
Taon, ---- ton.
Transir, ---- tran-cir.
Trot, ---- trô.
Valens, (empereur), ---- va-linze.
Vermicelle, ---- ver-mite-chelle.
Violoncelle, ---- vi-o-lonte-chelle.
Wahabis, ---- oua-a-bice.
Wallon, ---- val-lon.
Walse, ---- valse.
Walser, ---- val-sé.
Westphalie, ---- vesse-fa-li.
Whig, ---- ou-ighe.
Whisky, ---- ou-is-ki.
Wilna, ---- vil-na.
Wolga, ---- vol-ga.
Wolverenne, ---- vol-ver-enne.
Wurtemberg, ---- vur-tin-berg.
Yacht, ---- i-aque.
MOTS
BARBARES ET DÉNATURÉS,
USITÉS CHEZ LE PEUPLE,
AVEC LE CORRIGÉ.
À l'étouffée, dites, à l'étuvée.
Abryer, ---- couvrir.
Ambiber, ---- imbiber.
Anflâmâtion, ---- inflammation.
Apertement, ---- évidemment.
Arêche, ---- arête.
Arridelles, ---- ridelles.
Arsena, ---- arsenal.
Aujord'hui, ---- aujourd'hui.
Bagoulard, ---- bavard.
Bagouler, ---- bavarder.
Balier, ---- balayer.
Baliures, ---- balayures.
Belsamine, ---- balsamine.
Bère, ---- berçeau.
Blague, ---- blaque.
Boulvari, ---- bourvari.
Brouillasse, (il,) ---- bruine, (il).
Brousquailier, ---- brusquer.
Cabrouet, ---- cabriolet.
Causette, ---- causeri.
Cahottement, ---- cahotage.
Calimaçon, ---- limaçon.
Calonier, ---- canonier.
Canneçon, ---- caleçon.
Castonade, ---- cassonade.
Chevreu, ---- chevreuil.
Cité de temps, ---- beaucoup de temps.
Clairté, ---- clarté.
Coléreux, ---- colère.
Colidor, ---- corridor.
Conté, ---- en même temps que.
Copérer, ---- coopérer.
Corporance, ---- corpulence.
Cranque, ---- crampe.
Crasserie, ---- ladrerie.
Désabiyer, ---- découvrir.
Désole, ---- désolation.
Désoublier, ---- oublier.
Ébourifflé ---- ébouriffé.
Écharpe, ---- écharde.
Écoeurer, ---- faire soulever le coeur.
Écopeau, ---- copeau.
Écosse de légume, ---- cosse.
Écroc, ---- accroc.
Écureu, ---- écureuil.
Embrouillamini, ---- brouillamini.
Égrandir, ---- agrandir.
Émouvé ---- ému.
Émouver ---- émouvoir.
Envlimer, ---- envenimer.
Épatienter, ---- impatienter.
Éplan, ---- éperlan.
Errhes, ---- arrhes.
Escloppé, ---- écloppé.
Espadron, ---- espadon.
Esquilancie, ---- esquinancie.
Estatue, ---- statue.
Falbana, ---- falbala.
Fani, ---- fenil.
Fil d'arréchal, ---- fil d'archal.
Fil d'alton, ---- fil de laiton.
Ganif, ---- canif.
Gigier, ---- gésier.
Gonce, ---- gauche.
Goule, ---- gueule.
Gouleron, ---- goulot.
Gouailler, ---- railler.
Les celles, ---- celles.
Les ceux, ---- ceux.
Luméro, ---- numéro.
Mais que, ---- dès que.
Matéraux, ---- matériaux.
Mauvaiseté, ---- méchanceté.
Merlesse, ---- merle.
Naveau, ---- navet.
Ostiner, ---- obstiner.
Pacan, ---- paysan.
Pacanner, ----
Pain enchanté, ---- pain à cacheter.
Pans d'oreilles, ---- pendans d'oreilles.
Passé, ---- pas assez.
Picotte, ---- petite-vérole.
Picotte volante, ---- varicelle ou petite-vérole volante.
Pimbina, ---- pémina.
Plumat, ---- plumeau.
Pogne, ---- poignet.
Poigner, ---- empoigner.
Pommes calvilles, ---- pommes calvines.
Porichinelle, ---- polichinelle.
Poumonique, ---- pulmonique.
Pousailler, ---- pousser.
Quasiment, ---- quasi.
Quek chose, ---- quelque chose.
Raboudinage,
Rabondiner,
Rachever, ---- achever.
Racoin, ---- recoin.
Radouer, ---- radouber.
Regoulade,
Rancuneux, ---- rancunier.
Raplisser, ---- rapetisser.
Respir, ---- respiration.
Ressaurer, ---- sécher.
Routi, ---- rôti.
Routir, ---- rôtir.
Salop, ---- malpropre.
Sapinage,
Savater, ---- saveter.
Secoupe, ---- seucoupe.
Siau, ---- seau. (ço.)
Solitude, ---- solidité.
Sorcilège, ---- sortilège.
Soubriquet, ---- sobriquet.
Soupoudrer, ---- saupoudrer.
Surir, ---- s'aigrir.
Tairir, ---- tarir.
Tapé de monde, ---- beaucoup de monde.
Tétière, ---- téière.
Tralé de monde, ---- beaucoup de monde.
Trémue, ---- trémie.
Tricoller, ---- chancelier.
Turbenthine, ---- térébenthine.
ERRATA
Page. Ligne.
8,--7, Biffez les mots suivans; quand il est suivi des mots y-en:
vas-y voir: vas en chercher. On dit va-t-en;--et à leur place
écrivez;--quand il est suivi du pronom relatif y: vas y. Mais si
après l'y il suit un verbe, l'Académie veut que l'on supprime l's.
Va y mettre ordre.
Page. Ligne.
128,--6, Biffez tous les mots depuis très ne peut jusqu'à _très grand
matin_, et à leur place écrivez:
L'adverbe modifie un verbe, un adjectif et un autre adverbe, mais jamais
un substantif. On doit donc éviter les locutions suivantes si communes
et si vicieuses: J'ai TRÈS-faim:--il a BIEN soif:--_il est
parti_ TRÈS-matin:--il fait TRÈS-chaud:--j'ai EXTRÊMEMENT
froid:--il ne fait pas BIEN froid. Il faut dite: _J'ai une
très_-GRANDE faim:--il a une bien GRANDE soif:--_il est parti de
très_-GRAND matin:--il fait GRAND chaud:--j'ai un TRÈS-GRAND
froid:--il ne fait pas un bien GRAND froid.