Library / Biology / Nouveau moyen de pr�parer la couche sensible des plaques destin�es � recevoir les images photographiques
nationale de France (BnF/Gallica)
NOUVEAU MOYEN
DE
PR�PARER LA COUCHE SENSIBLE DES PLAQUES
DESTIN�ES A RECEVOIR LES
IMAGES PHOTOGRAPHIQUES,
PAR M. DAGUERRE.
LETTRE A M. ARAGO.
PARIS,
BACHELIER, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
DU BUREAU DES LONGITUDES, DE L'�COLE POLYTECHNIQUE, ETC.,
QUAI DES AUGUSTINS, 55.
1844.
NOUVEAU MOYEN
DE
PR�PARER LA COUCHE SENSIBLE DES PLAQUES
DESTIN�ES A RECEVOIR
LES IMAGES PHOTOGRAPHIQUES.
LETTRE A M. ARAGO.
Vous avez bien voulu annoncer � l'Acad�mie que j'�tais arriv�, par une
suite d'exp�riences, � reconna�tre d'une mani�re certaine que, dans
l'�tat actuel de mon proc�d�, la couche sensible � la lumi�re �tant trop
mince, elle ne pouvait fournir toute la d�gradation de teintes
n�cessaire pour reproduire la nature avec relief et fermet�; en effet,
quoique les �preuves obtenues jusqu'� ce jour ne manquent pas de puret�,
elles laissent, � quelques exceptions pr�s, beaucoup � d�sirer sous le
rapport de l'effet g�n�ral et du model�[1].
C'est en superposant sur la plaque plusieurs m�taux, en les y r�duisant
en poussi�re par le frottement et en acidulant les espaces vides que
laissent leurs mol�cules, que je suis parvenu � d�velopper des actions
galvaniques qui permettent l'emploi d'une couche d'iodure beaucoup plus
�paisse sans avoir � redouter, pendant l'op�ration de la lumi�re dans la
chambre noire, l'influence de l'iode devenu libre.
La nouvelle combinaison que j'emploie, et qui se compose de plusieurs
iodures m�talliques, a l'avantage de donner une couche sensible qui se
laisse impressionner simultan�ment par toutes les valeurs de ton, et
j'obtiens ainsi, dans un tr�s-court espace de temps, la repr�sentation
d'objets vivement �clair�s avec des demi-teintes qui conservent toutes,
comme dans la nature, leur transparence et leur valeur relative.
En ajoutant l'or aux m�taux dont je me servais d'abord, je suis parvenu
� aplanir la grande difficult� que pr�sentait l'usage du brome comme
substance acc�l�ratrice. On sait que les personnes tr�s-exerc�es
pouvaient seules employer le brome avec succ�s et qu'elles n'arrivaient
� obtenir le maximum de sensibilit� que par hasard, puisque ce point est
impossible � d�terminer tr�s-pr�cis�ment, et qu'imm�diatement au del� le
brome attaque l'argent et s'oppose � la formation de l'image[2].
Avec mon nouveau moyen, la couche d'iodure est toujours satur�e de
brome, puisqu'on peut laisser sans inconv�nient la plaque expos�e � la
vapeur de cette substance la moiti� au moins du temps n�cessaire; car
l'application de la couche d'or s'oppose � la formation de ce qu'on
appelle _le voile de brome_. Il ne faut cependant pas abuser de cette
facilit�, car la couche d'or, �tant tr�s-mince, pourrait �tre attaqu�e,
surtout si on l'avait trop us�e par le polissage[3]. On trouvera
peut-�tre le proc�d� que je vais donner un peu compliqu�; mais, malgr�
le d�sir que j'avais de le simplifier autant que possible, j'ai �t� au
contraire conduit, par les r�sultats de mes exp�riences, � multiplier
les substances employ�es qui, toutes, jouent un r�le important dans
l'ensemble du proc�d�. Je les regarde comme �tant toutes n�cessaires
pour obtenir un r�sultat complet, et cela doit �tre, puisque ce n'est
que graduellement que je suis arriv� � d�couvrir les propri�t�s de ces
diff�rents m�taux, dont l'un aide � la promptitude, l'autre � la vigueur
de l'�preuve, etc.[4].
Il na�t du concours de ces substances une puissance qui neutralise tous
les effets inconnus qui venaient si souvent s'opposer � la formation de
l'image[5].
Je crois d'ailleurs que la science et l'art ne doivent pas �tre arr�t�s
par la consid�ration d'une manipulation plus ou moins longue; on doit se
croire heureux d'obtenir � ce prix de beaux r�sultats, surtout lorsque
les moyens d'ex�cution sont faciles.
Car la pr�paration galvanique de la plaque ne pr�sente aucune
difficult�. L'op�ration se divise en deux parties principales: la
premi�re, qui est la plus longue, peut �tre faite tr�s-longtemps �
l'avance, et peut �tre consid�r�e comme le compl�ment de la fabrication
de la plaque. Cette op�ration une fois faite, sert ind�finiment, et l'on
peut, sans la recommencer, faire un grand nombre d'�preuves sur la m�me
plaque.
_D�signation des nouvelles substances._
Solution aqueuse de bichlorure de mercure (sublim� corrosif);
Solution de cyanure de mercure;
Huile de p�trole blanche acidul�e avec de l'acide nitrique;
Dissolution de chlorure d'or et de platine.
_Pr�paration des substances._
_Solution aqueuse de bichlorure de mercure (sublim� corrosif)._--5
d�cigrammes de bichlorure de mercure dans 700 grammes d'eau distill�e.
_Solution de cyanure de mercure_.--On sature un flacon d'eau distill�e
de cyanure de mercure, et l'on en d�cante un volume quelconque, que l'on
allonge d'une �gale quantit� d'eau distill�e.
_Huile de p�trole blanche acidul�e_[6].--On acidule cette huile en y
m�lant un dixi�me d'acide nitrique pur, qu'on y laisse au moins
quarante-huit heures, en ayant soin d'agiter le flacon de temps en
temps. On d�cante l'huile qui s'est acidul�e, et qui rougit alors
fortement le papier de tournesol. Elle s'est aussi un peu color�e, tout
en restant tr�s-limpide.
_Dissolution de chlorure d'or et de platine._--Pour ne pas multiplier
les dissolutions, j'ai pris pour point de d�part le chlorure d'or
ordinaire, qui sert � fixer les �preuves. On sait qu'il est compos� de
_1 gramme de chlorure d'or et de 4 grammes d'hyposulfite de soude pour 1
litre d'eau distill�e_.
Quant au chlorure de platine, il faut en faire dissoudre 2-1/2
d�cigrammes dans 3 litres d'eau distill�e; on m�le ensuite ces deux
dissolutions en �gales quantit�s.
MANI�RE D'OP�RER.
_Premi�re pr�paration de la plaque._
_Nota._--Pour �tre plus court dans la description qui va suivre,
j'indiquerai chaque substance en abr�g�. Ainsi je dirai, pour d�signer
la _solution aqueuse de bichlorure de mercure_, sublim�; pour la
_solution de cyanure de mercure_, cyanure; pour l'_huile de p�trole
acidul�e_, huile; pour la _dissolution de chlorure d'or et de platine_,
or et platine; et pour l'_oxyde de fer_, rouge seulement.
On polit la plaque avec du sublim� et du tripoli d'abord, et ensuite
avec du rouge[7], jusqu'� ce qu'on arrive � un beau noir. Puis, on pose
la plaque sur le plan horizontal et on y verse la solution de cyanure
que l'on chauffe avec la lampe, absolument comme si l'on fixait une
�preuve au chlorure d'or. Le mercure se d�pose et forme une couche
blanch�tre. On laisse un peu refroidir la plaque, et apr�s avoir
renvers� le liquide, on la s�che en la frottant avec du coton et en la
saupoudrant de rouge.
Il s'agit maintenant de polir la couche blanch�tre d�pos�e par le
mercure. Avec un tampon de coton imbib� d'huile et de rouge, on frotte
cette couche juste assez pour qu'elle devienne d'un beau noir. Ou
pourra, en dernier lieu, frotter assez fortement, mais avec du coton
seul, pour amincir le plus possible la couche acidul�e.
Ensuite on place la plaque sur le plan horizontal et on y verse la
dissolution d'or et de platine. On chauffe comme � l'ordinaire; on
laisse refroidir et puis on renverse le liquide que l'on s�che, en
frottant l�g�rement avec du coton et du rouge.
Il faut faire cette op�ration avec soin, surtout lorsqu'on ne doit pas
continuer imm�diatement l'�preuve; car autrement, on laisserait sur la
plaque des lignes de liquide, qu'il est toujours difficile de faire
dispara�tre. Par ce dernier frottage la plaque ne doit �tre que s�ch�e
et non pas polie.
Ici se borne la premi�re pr�paration de la plaque, celle qui peut �tre
faite longtemps � l'avance.
_Seconde pr�paration._
_Nota._ Je ne crois pas convenable de mettre entre cette op�ration et
l'iodage de la plaque un intervalle de plus de douze heures.
Nous avons laiss� la plaque avec un d�p�t d'or et de platine. Pour polir
cette couche m�tallique, il faut prendre avec un tampon de coton de
l'huile et du rouge, et frotter jusqu'� ce que la plaque redevienne
noire; et puis avec de l'alcool et du coton seulement, on enl�ve le plus
possible cette couche d'huile et de rouge.
Alors on frotte assez fortement, et en repassant plusieurs fois aux
m�mes endroits, la plaque avec du coton impr�gn� de cyanure. Comme cette
couche s�che tr�s-promptement, elle pourrait laisser sur la plaque des
traces d'in�galit�; pour �viter cela, il faut repasser le cyanure, et
pendant que la plaque est encore humide, avec un tampon imbib� d'un peu
d'huile on s'empresse de frotter sur toute la surface de la plaque, et
de m�ler ainsi ces deux substances; puis, avec un tampon de coton sec,
on frotte pour unir et en m�me temps pour dess�cher la plaque, en ayant
soin d'enlever du tampon de coton les parties qui s'humectent de cyanure
et d'huile. Enfin, comme le coton laisse encore des traces, on saupoudre
�galement la plaque d'un peu de rouge que l'on fait tomber en frottant
l�g�rement et en rond.
Ensuite, avec un tampon impr�gn� d'huile seulement, on frotte la plaque
�galement, et de mani�re � faire revenir le bruni du m�tal; et puis on
saupoudre avec du rouge, et l'on frotte tr�s-l�g�rement en rond, de
mani�re � faire tomber tout le rouge qui entra�ne avec lui la
surabondance de la couche acidul�e[8].
Enfin, avec un tampon de coton un peu ferme, on frotte fortement pour
donner le dernier poli[9].
Il n'est pas n�cessaire de renouveler souvent les tampons imbib�s
d'huile et de rouge; il faut seulement les garantir de la poussi�re.
J'ai dit plus haut que la premi�re pr�paration de la plaque peut servir
ind�finiment; mais on comprend que la seconde doit �tre modifi�e selon
qu'on op�re sur une plaque qui a re�u une �preuve fix�e ou une non
fix�e.
_Sur l'�preuve fix�e._
Il faut enlever les taches laiss�es par l'eau du lavage, avec l'oxyde
rouge et de l'eau faiblement acidul�e d'acide nitrique (� 2 degr�s dans
cette saison, et moins dans l'�t�).
Ensuite, il faut polir la plaque avec de l'huile et du rouge pour
enlever toutes les traces de l'image qu'on efface.
On continue alors l'op�ration comme je viens de le dire plus haut pour
la seconde pr�paration de la plaque neuve et � partir de l'emploi de
l'alcool.
_Sur l'�preuve non fix�e (mais dont la couche sensible a �t� enlev�e
comme � l'ordinaire, dans l'hyposulfite de soude)._
D'abord, il faut frotter la plaque avec de l'alcool et du rouge pour
enlever les traces de l'huile qui a servi � faire l'�preuve pr�c�dente.
On continue ensuite comme il est indiqu� plus haut pour la plaque
neuve, et � partir de l'emploi de l'alcool.
TABLEAU R�SUM� DES OP�RATIONS.
_Premi�re pr�paration._
1�. _Sublim� corrosif_ avec _tripoli_ d'abord, et _rouge_ ensuite, pour
polir la plaque;
2�. _Cyanure de mercure chauff�_ et _s�ch�_ avec du _coton_ et du
_rouge_;
3�. _Huile acidul�e_ avec _rouge_ pour polir la couche de mercure;
4�. _Or et platine chauff�_ et _s�ch�_ avec du _coton_ et du _rouge_.
_Seconde pr�paration._
5�. _Huile acidul�e_ avec _rouge_ pour polir la couche d'or et de
platine;
6�. _Alcool absolu_ pour enlever le plus possible l'huile et le rouge;
7�. _Cyanure de mercure employ� � froid_ et _frott� seulement_ avec du
_coton_;
8�. _Huile frott�e assez fortement_ et _�galis�e_ en dernier lieu avec
du _rouge saupoudr�_.
_Sur l'�preuve fix�e._
1�. _Acide nitrique_ � 2 degr�s avec _rouge_ pour enlever les taches;
2�. _Huile_ avec _rouge_ pour enlever les traces d'image et pour polir.
Continuer ensuite comme plus haut, � partir du n�6, alcool, etc.
_Sur l'�preuve non fix�e (dont la couche sensible a �t� enlev�e avec
l'hyposulfite de soude)._
_Alcool_ avec _rouge_ pour enlever les traces d'huile, et continuer
comme plus haut, � partir du n�6, alcool, etc.
OBSERVATIONS.
_De l'iodage._
La couleur de l'�preuve d�pend de la teinte que l'on donne � l'iodure
m�tallique. On peut donc la varier � volont�; cependant la couleur _rose
viol�tre_ m'a paru la plus convenable.
Pour transmettre l'iode � la plaque, on peut remplacer la feuille de
carton par un plateau de fa�ence dont on aura us� l'�mail. L'iode
transmis par ce moyen n'est pas d�compos�.
Il est inutile, je dirai m�me nuisible, de chauffer la plaque avant de
l'exposer � la vapeur de l'iode.
_Du lavage � l'hyposulfite de soude._
Pour enlever la couche sensible, il ne faut pas que la dissolution
d'hyposulfite de soude soit trop forte, parce qu'alors elle voile les
vigueurs. 60 grammes d'hyposulfite suffisent pour 1 litre d'eau
distill�e.
NOTES:
[1] Sur la plaque d�cap�e au moyen de la couche d'eau, comme je l'ai
indiqu�, on obtient tr�s-rapidement des �preuves d'une grande finesse,
mais qui manquent aussi de model�, � cause du peu d'�paisseur de la
couche sensible.
[2] Tout le monde sait que la vapeur s�che du brome est plus favorable
que celle qu'on obtient au moyen de l'eau brom�e, car cette derni�re a
l'inconv�nient d'entra�ner avec elle de l'humidit� qui se condense � la
surface de la plaque. L'emploi de l'huile que j'indique plus loin
neutralise cet effet et donne � la vapeur du brome �tendu d'eau la m�me
propri�t� qu'� celle du brome sec.
[3] Cela est tellement vrai que, si l'on fait une �preuve sur une plaque
qui a �t� fix�e plusieurs fois, on peut la laisser � l'exposition de la
vapeur du brome autant de fois en plus du temps n�cessaire qu'elle a
re�u de diff�rentes couches d'or.
[4] Je veux dire seulement que l'emploi de tous les m�taux que j'indique
plus loin est indispensable; mais la mani�re de les appliquer peut
varier.
[5] Car, en multipliant ces �l�ments comme dans une pile, on augmente
cette puissance, et l'on parvient ainsi � faire agir dans le m�me temps
les radiations les plus paresseuses, telles que celles du rouge et du
vert.
[6] L'huile de p�trole la plus convenable est d'un ton jaune-verd�tre,
et prend, sous diff�rents angles, des reflets azur�s.
J'ai donn� la pr�f�rence � cette huile sur les huiles fixes, parce
qu'elle reste toujours limpide, quoique fortement acidul�e. Le but que
je me propose en employant une huile acidul�e est de r�duire les m�taux
en poussi�re et de retenir cette poussi�re � la surface de la plaque, en
m�me temps de donner plus d'�paisseur � la couche par ses propri�t�s
onctueuses; car le naphte qui r�sulte de la distillation de cette huile
ne produit pas le m�me effet, parce qu'�tant trop fluide, il entra�ne la
poussi�re des m�taux. C'est par cette m�me raison que j'ai conseill�
derni�rement l'emploi de l'_essence de lavande_, plut�t que celui de
l'essence de t�r�benthine.
[7] Si je pr�f�re, pour polir, le rouge aux autres substances, ce n'est
pas que je lui reconnaisse une propri�t� photog�nique, mais bien parce
qu'il brunit mieux et qu'il aide � fixer la couche d'or qui n'est plus
si susceptible de s'enlever par �cailles lorsqu'on la chauffe trop.
Les plaques galvaniques, lorsqu'elles n'ont ni marbrures ni taches
noires (ce qui arrivait quelquefois dans l'origine), re�oivent mieux que
les autres l'application des m�taux, et par cons�quent le chlorure d'or
y adh�rant plus fortement ne s'enl�ve pas par �cailles.
[8] Il faut avoir soin d'appuyer le moins possible, car autrement le
rouge adh�rerait � la plaque et formerait un voile g�n�ral.
[9] Lorsque l'on op�rera sur une plaque qui aura re�u longtemps �
l'avance la premi�re pr�paration, il faudra, avant d'employer l'huile
acidul�e et l'oxyde rouge, op�rer comme je l'indique plus loin pour la
plaque qui a re�u une �preuve fix�e. Cette pr�caution est n�cessaire
pour d�truire les taches que le temps pourrait avoir d�velopp�es.
IMPRIMERIE DE BACHELIER,
RUE DU JARDINET, N� 12.