,,oeuvres ,,compl,,tes ,,de ,,victor ,,hugo ,,philosophie ,i #ahai-ahcd ,,litt,,rature ,,et ,,philosophie ,m,l,,es ,,but ,,de ,,cette ,,publication ,mars #ahcd4 ,il y a dans la vie de tout crivain consciencieux un moment o il sent le besoin de compter avec le pass1 de classer en ordre et de dater les diverses empreintes qu'il a prises de la forme de son esprit diffrentes poques1 de coordonner1 tout en les mettant franchement en lumire1 les contradictions plutt superficielles que radicales de sa vie1 et de montrer1 s'il y a lieu1 par quels rapports mystrieux et intimes les ides divergentes en apparence de sa premire jeunesse se rattachent la pense unique et centrale qui s'est peu peu dgage du milieu d'elles et qui a fini par les rsorber toutes4 ,d'ordinaire1 ces sortes d'examens de conscience1 quand ils sont faits avec bonne foi et candeur1 produisent des livres du genre de celui-ci4 ,ces deux volumes1 en effet1 ne sont autre chose que la collection de toutes les notes que l'auteur1 dans la route littraire et politique qu'il a dj parcourue1 a crites et l1 chemin faisant1 depuis quinze ans qu'il marche4 ,ce livre1 qui ne peut offrir d'ailleurs quelque intrt qu'aux personnes qui aimeraient voir de quelle faon et quel point un esprit loyal peut se transformer par la critique de lui-mme1 dans nos temps de rvolution sociale et intellectuelle1 ce livre est le complment ncessaire et naturel de la srie des oeuvres de l'auteur4 ,chacune des sections qu'il renferme correspond l'un des termes de cette srie2 chacun de ces morceaux a t crit en mme temps que quelqu'un des ouvrages qui la composent1 et reprsente1 pour qui sait bien voir1 le mme groupe d'ides4 ,ainsi le ,journal d'un jacobite de #ahai est du temps de ,han d',islande1 le ,journal d'un rvolutionnaire de #ahcj est du temps de ,notre-,dame de ,paris4 ,en consultant les dates qu'on a eu soin de placer en tte de tous ces fragments1 ceux des lecteurs qui se plaisent ces sortes de comparaisons1 mme lorsqu'il s'agit d'ouvrages aussi peu importants que celui-ci1 pourront voir aisment quelle oeuvre de l'auteur1 quel moment de sa manire1 quelle phase de sa pense sur la socit et sur l'art se rattache chacune des divisions de ce livre4 ,ces deux volumes ctoient tous les autres en les refltant4 ,on y retrouve1 de #ahai #ahcd1 sur une chelle plus rapide1 mais qui n'a pas moins d'chelons1 tous les changements successifs de style et de pense1 toutes les modifications d'opinion et de forme1 tous les largissements d'horizon politique et littraire que les personnes qui veulent bien suivre le dveloppement de son esprit ont pu remarquer en gravissant la srie totale de ses oeuvres4 ,ces changements1 ces modifications1 ces largissements1 est-ce dcadence1 comme on l'a dit8 est-ce progrs1 comme il le croit8 il pose la question2 le lecteur la dcidera4 ,ce qui n'est une question pour personne1 il l'espre du moins1 c'est le complet dsintressement qui a prsid aux diverses modifications de ses opinions4 ,les gubres ne s'agenouillaient que devant le soleil2 lui1 il ne s'agenouille que devant la vrit4 ,il livre ce recueil au public en toute franchise et en toute confiance4 ,dans des temps comme les ntres1 o les vnements font si rapidement changer d'aspect aux doctrines et aux hommes1 il a pens que ce ne serait peut-tre pas un spectacle sans enseignement que le dveloppement d'un esprit srieux et droit qui n'a encore t directement ml aucune chose politique et qui a silencieusement accompli toutes ses rvolutions sur lui-mme1 sans autre but que la satisfaction de sa conscience4 ,ceci est donc avant tout une oeuvre de probit4 ,le premier de ces deux volumes ne contient que deux divisions2 l'une a pour titre3 ,journal des ides1 des opinions et des lectures d'un jeune jacobite de #ahai2 l'autre3 ,journal des ides et des opinions d'un rvolutionnaire de #ahcj4 ,comment et par quelle srie d'expriences successives le jacobite de #ahai est-il devenu le rvolutionnaire de #ahcj1 c'est ce que l'auteur crira peut-tre un jour2 et cette toute modeste ,histoire des rvolutions intrieures d'une opinion politique honnte ne sera peut-tre pas un appendice inutile la grande histoire des rvolutions gnrales de notre temps4 ,pourquoi1 en effet1 ne pas confronter plus souvent qu'on ne le fait les rvolutions de l'individu avec les rvolutions de la socit8 ,qui sait8 la petite chose claire quelquefois la grande4 ,en attendant qu'il essaye ce travail tout la fois psychologique et historique1 individuel et universel1 il croit devoir publier comme document1 et absolument tels qu'ils ont t crits chacun dans leur temps1 ces deux journaux d'ides1 l'un de #ahai1 l'autre de #ahcj1 faits tous deux par le mme homme1 et si diffrents4 ,ce ne sont pas des faits qu'il faut chercher dans ces journaux4 ,il n'y en a pas4 ,nous le rptons1 ce sont des ides4 ,des ides l'tat de germe dans le premier1 l'tat d'panouissement dans le second4 ,le plus ancien de ces deux journaux surtout1 celui qui occupe les deux cents premires pages de ce volume1 a besoin d'tre lu avec une extrme indulgence et sans que le lecteur en perde un seul instant la date de vue1 #ahai4 ,l'auteur l'offre ici1 non comme oeuvre littraire1 mais comme sujet d'tude et d'observation pour les esprits attentifs et bienveillants qui ne ddaignent pas de chercher dans ce qu'un enfant balbutie les rudiments de la pense d'un homme4 ,aussi1 pour que cette partie du livre ait du moins le mrite de prsenter une base sincre aux tudes de ce genre1 a-t-on eu soin de l'imprimer1 sans y rien changer1 absolument telle qu'on l'a recueillie1 soit dans des publications du temps aujourd'hui oublies1 soit dans des dossiers de notes restes manuscrites4 ,ce recueil reprsente durant deux annes1 de l'ge de seize ans l'ge de dix-huit ans1 l'tat de l'esprit de l'auteur1 et1 par assimilation1 autant qu'un chantillon aussi incomplet peut permettre d'en juger1 l'tat de l'esprit d'une fraction assez notable de la gnration d'alors4 ,ce n'est mme que parce qu'en le gnralisant ainsi1 il peut offrir1 jusqu' un certain point1 cette sorte d'intrt1 qu'on a cru qu'il n'tait peut-tre pas tout a fait inutile de le prsenter au public4 ,en se plaant ce point de vue1 tout ce que renferme ce ,journal des ides d'un royaliste adolescent d'il y a quinze ans1 acquiert1 dfaut de la valeur biographique qu'un nom plus considrable en tte de ce livre pourrait seul lui donner1 cette sorte de valeur historique qui s'attache tous les documents honntes o se retrouve la physionomie d'une poque1 de quelque part qu'ils viennent4 ,il y a de tout dans ce journal4 ,c'est le profil demi effac de tout ce que nous nous figurions en #ahai4 ,c'est1 comme dans nos cerveaux alors1 le dialogue de tous les contraires4 ,il y a des recherches historiques et des rveries1 des lgies et des feuilletons1 de la critique et de la posie2 pauvre critique6 pauvre posie surtout6 ,il a de petits vers badins et de grands vers pleureurs2 d'honorables et furieuses dclamations contre les tueurs de rois2 des ptres o les hommes de #agic sont gratigns avec des pigrammes de #aged1 espces de petites satires sans posie qui caractrisent assez bien le royalisme voltairien de #ahah1 nuance perdue aujourd'hui4 ,il y a des rves de rforme pour le thtre et des voeux d'immobilit pour l'tat2 tous les styles qui s'essayent la fois1 depuis le sarcasme du pamphlet jusqu' l'ampoule oratoire2 toutes sortes d'instincts classiques mis au service d'une pense d'innovation littraire2 des plans de tragdies faits au collge2 des plans de gouvernement faits l'cole4 ,tout cela va1 vient1 avance1 recule1 se mle1 se coudoie1 se heurte1 se contredit1 se querelle1 croit1 doute1 ttonne1 nie1 affirme1 sans but visible1 sans ordre extrieur1 sans loi apparente2 et cependant1 au fond de toutes ces choses1 nous le croyons du moins1 il y a une loi1 un ordre1 un but4 ,au fond1 comme la surface1 il y a ce qui fera peut-tre pardonner l'auteur l'insuffisance du talent et la faillibilit de l'esprit1 droiture1 honneur1 conviction1 dsintressement2 et au milieu de toutes les ides contradictoires qui bruissent la fois dans ce chaos d'illusions gnreuses et de prjugs loyaux1 sous le flot le plus obscur1 sous l'entassement le plus dsordonn1 on sent poindre et se mouvoir un lment qui s'assimilera un jour tous les autres1 l'esprit de libert1 que les instincts de l'auteur appliqueront d'abord l'art1 puis1 par un irrsistible entranement de logique1 la socit2 de faon que chez lui1 dans un temps donn1 aides1 il est vrai1 par l'exprience et la rcolte de faits de chaque jour1 les ides littraires corrigeront les ides politiques4 ,tel qu'il est donc1 ce ,journal d'un jeune jacobite de #ahai ne nous parat pas compltement dpourvu de signification1 ne ft-ce qu' cause de l'espce de jour douteux qui flotte sur toutes ces ides bauches1 sorte de lumire indcise faite de deux rayons opposs qui viennent l'un du couchant1 l'autre de l'orient1 crpuscule du monarchisme politique qui finit1 aube de la rvolution littraire qui commence4 ,immdiatement aprs ce ,journal des ides d'un royaliste de #ahai1 l'auteur a cru devoir placer ce qu'il a intitul3 ,journal des ides d'un rvolutionnaire de #ahcj4 ,a onze ans d'intervalle1 voil le mme esprit1 transform4 ,l'auteur pense que tous ceux de nos contemporains qui feront1 de bonne foi le mme repli sur eux-mmes1 ne trouveront pas des modifications moins profondes dans leur pense1 s'ils ont eu la sagesse et le dsintressement de lui laisser son libre dveloppement en prsence des faits et des rsultats4 ,quant ce dernier rsultat en lui-mme1 voici de quelle manire il s'est form4 ,aprs la rvolution de juillet1 pendant les derniers mois de #ahcj et les premiers mois de #ahca1 l'auteur reut de l'branlement que les vnements donnaient alors toute chose des impressions telles1 qu'il lui fut impossible de ne pas en laisser trace quelque part4 ,il voulut constater1 en s'en rendant compte sur-le-champ1 de quelle faon et jusqu' quelle profondeur chacun des faits plus ou moins inattendus qui se succdaient troublait la masse d'ides politiques qu'il avait amasse goutte goutte depuis dix ans4 ,a mesure qu'un fait nouveau dgageait en lui une ide nouvelle1 il enregistrait1 non le fait1 mais l'ide4 ,de l ce journal4 ,on a cru devoir donner ce titre1 journal1 aux deux divisions qui composent le premier volume de ce livre1 parce qu'il a sembl que1 de tous les titres possibles1 c'tait encore celui qui convenait le mieux4 ,cependant1 afin qu'on ne cherche pas dans ce livre autre chose que ce qu'il renferme1 et qu'on ne s'attende pas trouver dans ces deux journaux une peinture historique1 ou biographique1 ou anecdotique1 avec curiosits1 particularits et noms propres1 de l'anne #ahai et de l'anne #ahcj1 nous insistons sur ce point1 que ces deux journaux contiennent1 non les faits1 mais seulement le retentissement des faits4 ,la formation de la seconde partie de cette collection n'a besoin que de quelques mots pour s'expliquer d'elle-mme4 ,c'est une srie de fragments crits diverses poques1 et publis pour la plupart dans les recueils du temps o ils ont t crits4 ,ces fragments sont disposs par ordre chronologique2 et ceux des lecteurs qui1 en lisant chaque morceau1 voudront ne point oublier la date qu'il porte1 pourront remarquer de quelle faon l'ide de l'auteur mrit d'anne en anne et dans la forme et dans le fond1 depuis l'tude sur ,voltaire1 qui est de #ahbc1 jusqu' l'tude sur ,mirabeau1 qui est de #ahcd4 ,c'est d'ailleurs peut-tre la seule chose frappante de ce volume1 la composition duquel n'a t ml aucun arrangement artificiel1 qu'il commence par le nom de ,voltaire et finisse par le nom de ,mirabeau4 ,cela montrerait1 s'il n'en existait pas d'ailleurs beaucoup d'autres exemples ct desquels celui-ci ne vaut pas la peine d'tre compt1 quel point le dix-huitime sicle proccupe le dix-neuvime4 ,voltaire1 en effet1 c'est le dix-huitime sicle systme2 ,mirabeau1 c'est le dix-huitime sicle action4 ,le premier de ces deux volumes enserre onze annes de la vie intellectuelle de l'auteur1 de #ahai #ahcj4 ,le deuxime contient galement onze annes1 de #ahbc #ahcd4 ,mais comme une partie de ce deuxime volume rentre dans l'intervalle de #ahai #ahcj1 les deux volumes runis n'offrent le mouvement en bien ou en mal de la pense de celui qui les a crits que sur une chelle de quinze annes1 de #ahai #ahcd4 ,nous ne ferons aucune observation sur les dpouillements de style et de manire que la critique y pourra noter de saison en saison4 ,l'esprit de tout crivain progressif doit tre comme le platane1 dont l'corce se renouvelle mesure que le tronc grossit4 ,pour finir ce que nous avons dire de ce livre1 si l'on nous demandait de le caractriser d'un mot1 nous dirions que ce n'est autre chose qu'une sorte d'herbier o la pense de l'auteur a dpos1 sous tiquette1 un chantillon tel quel de ses diverses floraisons successives4 ,que le lecteur de bonne foi compare1 et juge si la loi selon laquelle s'est dveloppe cette pense est bonne ou mauvaise4 ,maintenant il se rencontrera peut-tre des esprits bienveillants et srieux qui demanderont l'auteur quelle est la formule actuelle de ses opinions sur la socit et sur l'art4 ,l'espace lui manque ici pour rpondre la premire de ces deux questions4 ,ce serait un livre tout entier faire2 il le fera quelque jour4 ,des matires si graves veulent tre traites fond et ne sauraient tre utilement abordes dans un avant-propos4 ,le peu de pages qui nous reste morcellerait la pense de l'auteur sans profit1 car il serait impossible de dtacher1 pour des proportions si exigus1 rien de fini1 d'organis et de complet d'un bloc d'ides o tout se tient et fait ensemble4 ,de quelque faon que nous nous y prissions1 il y aurait toujours des affrences latrales sur lesquelles il faudrait s'expliquer1 des choses purement affirmes faute de marge pour les dmontrer1 des prliminaires supposs admis1 des consquences tronques1 d'autres qui se ramifieraient trop l'troit2 en un mot1 des tangentes et des scantes dont les extrmits dpasseraient les limites de cette prface4 ,en attendant qu'il puisse se drouler compltement et l'aise dans un crit spcial1 l'auteur croit pouvoir dire ds prsent que1 quoique le ,journal d'un rvolutionnaire de #ahcj renferme beaucoup de choses radicalement vraies selon lui1 sa pense politique actuelle est cependant plutt reprsente par les dernires pages du second de ces deux volumes que par les dernires pages du premier4 ,si jamais1 dans ce grand concile des intelligences o se dbattent de la presse la tribune tous les intrts gnraux de la civilisation du dix-neuvime sicle1 il avait la parole1 lui si petit en prsence de choses si grandes1 il la prendrait sur l'ordre du jour seulement1 et il ne demanderait qu'une chose pour commencer3 la substitution des questions sociales aux questions politiques4 ,une fois son intention politique ainsi esquisse1 il croit pouvoir rpondre avec plus de dtail aux personnes qui le questionneraient sur son intention littraire4 ,ici il peut tre plus aisment et plus vite compris2 tout ce qu'il a crit jusqu' ce jour sert de commentaire ses paroles4 ,qu'on lui permette donc quelques dveloppements sur un sujet plus important qu'on ne le pense communment4 ,quand on creuse l'art1 au premier coup de pioche on entame les questions littraires1 au second1 les questions sociales4 ,l'art est aujourd'hui un bon point4 ,les querelles de mots ont fait place l'examen des choses4 ,les noms de guerre1 les sobriquets de parti n'ont plus de signification pour personne4 ,ces appellations de classiques et de romantiques1 que celui qui crit ces lignes s'est toujours refus prononcer srieusement1 ont disparu de toute conversation sense aussi compltement que les ubiquitaires et les antipaedobaptistes4 ,or c'est dj un grand progrs dans une discussion quand les mots de parti sont hors de combat4 ,tant qu'on en est la bataille des mots1 il n'y a pas moyen de s'entendre2 c'est une mle furieuse1 acharne et aveugle4 ,cette bataille1 qui a si longtemps assourdi notre littrature dans les dernires annes de la restauration1 est finie aujourd'hui4 ,le public commence distinguer nettement le contour des questions relles trop longtemps caches aux yeux par la poussire que la polmique faisait autour d'elles4 ,le pugilat des thories a cess4 ,le terrain de l'art maintenant n'est plus une arne1 c'est un champ4 ,on ne se bat plus1 on laboure4 ,a notre avis1 la victoire est aux gnrations nouvelles4 ,elles ont pris grandement position dans tous les arts4 ,nous essayerons peut-tre un jour de caractriser le point prcis o elles en sont sous les diverses formes1 posie1 peinture1 sculpture1 musique et architecture1 et nous tcherons d'indiquer par quels progrs et selon quelle loi il nous semble que doit s'oprer la fusion entre les nuances diffrentes des jeunes coles1 soit qu'elles cherchent plus spcialement le caractre1 comme les gothiques1 ou le style1 comme les grecs4 ,en attendant1 l'impulsion est donne1 la mare monte4 ,les doctrines de la libert littraire ont ensemenc l'art tout entier4 ,l'avenir moissonnera4 ,ce n'est pas que nous1 plus que d'autres1 nous croyions l'art perfectible4 ,nous savons qu'on ne dpassera ni ,phidias1 ni ,raphal4 ,mais nous ne dclarons pas1 en secouant tristement la tte1 qu'il est jamais impossible de les galer4 ,nous ne sommes pas ainsi1 dans les secrets de ,dieu4 ,celui qui a cr ceux-l ne peut-il pas en crer d'autres8 ,pourquoi vouloir arrter l'esprit humain8 ,toutes les poques lui conviennent1 tous les climats lui sont bons4 ,l'antiquit a ,homre1 mais le moyen ge a ,dante1 ,shakespeare et les cathdrales au nord2 la bible et les pyramides l'orient4 ,et quelle poque que celle-ci6 ,nous l'avons dj dit ailleurs et plus d'une fois1 le corollaire rigoureux d'une rvolution politique1 c'est une rvolution littraire4 ,que voulez-vous que nous y fassions8 ,il y a quelque chose de fatal dans ce perptuel paralllisme de la littrature et de la socit4 ,l'esprit humain ne marche pas d'un seul pied4 ,les moeurs et les lois s'branlent d'abord2 l'art suit4 ,pourquoi lui clore l'avenir8 ,les magnifiques ambitions font faire les grandes choses4 ,est-ce que le sicle qui a t assez grand pour avoir son ,charlemagne serait trop petit pour avoir son ,shakespeare8 ,nous croyons donc fermement l'avenir4 ,on voit bien flotter encore et l sur la surface de l'art quelques tronons des vieilles potiques dmtes1 lesquelles faisaient dj eau de toutes parts il y dix ans4 ,on voit bien aussi quelques obstins qui se cramponnent cela4 ,rari nantes4 ,nous les plaignons4 ,mais nous avons les yeux ailleurs4 ,s'il nous tait permis1 nous qui sommes bien loin de nous compter parmi les hommes prdestins qui rsoudront ces grandes questions par de grandes oeuvres1 s'il nous tait permis de hasarder une conjecture sur ce qui doit advenir de l'art1 nous dirions qu' notre avis1 d'ici peu d'annes1 l'art1 sans renoncer toutes ses autres formes1 se rsumera plus spcialement sous la forme essentielle et culminante du drame4 ,nous avons expliqu pourquoi dans la prface d'un livre qui ne vaut pas la peine d'tre rappel ici4 ,aussi les quelques mots que nous allons dire du drame s'appliquent dans notre pense1 sauf de lgres variantes de rdaction1 la posie tout entire1 et ce qui s'applique la posie s'applique l'art tout entier4 ,selon nous donc1 le drame de l'avenir1 pour raliser l'ide auguste que nous nous en faisons1 pour tenir dignement sa place entre la presse et la tribune1 pour jouer comme il convient son rle dans les choses civilisantes1 doit tre grand et svre par la forme1 grand et svre par le fond4 ,les questions de forme ont t toutes abordes depuis plusieurs annes4 ,la forme importe dans les arts4 ,la forme est chose beaucoup plus absolue qu'on ne pense4 ,c'est une erreur de croire1 par exemple1 qu'une mme pense peut s'crire de plusieurs manires1 qu'une mme ide peut avoir plusieurs formes4 ,une ide n'a jamais qu'une forme1 qui lui est propre1 qui est sa forme excellente1 sa forme complte1 sa forme rigoureuse1 sa forme essentielle1 sa forme prfre par elle1 et qui jaillit toujours en bloc avec elle du cerveau de l'homme de gnie4 ,ainsi1 chez les grands potes1 rien de plus insparable1 rien de plus adhrent1 rien de plus consubstantiel que l'ide et l'expression de l'ide4 ,tuez la forme1 presque toujours vous tuez l'ide4 ,otez sa forme ,homre1 vous avez ,bitaub4 ,aussi tout art qui veut vivre doit-il commencer par bien se poser lui-mme les questions de forme1 de langage et de style4 ,sous ce rapport1 le progrs est sensible en ,france depuis dix ans4 ,la langue a subi un remaniement profond4 ,et pour que notre pense soit claire1 qu'on nous permette d'indiquer ici en quelques mots les diverses formations de notre langue1 qui valent la peine d'tre tudies1 partir du seizime sicle surtout1 poque o la langue franaise a commenc devenir la langue la plus littraire de l',europe4 ,on peut dire de la langue franaise au seizime sicle que c'est tout fait une langue de la renaissance4 ,au seizime sicle1 l'esprit de la renaissance est partout1 dans la langue comme dans tous les arts4 ,le got romain-byzantin1 que le grand vnement de #aded a fait refluer sur l'occident1 et qui avait par degrs envahi l',italie ds la seconde moiti du quinzime sicle1 n'arrive gure en ,france qu'au commencement du seizime2 mais l'instant mme il s'empare de tout1 il fait irruption partout1 il inonde tout4 ,rien ne rsiste au flot4 ,architecture1 posie1 musique1 tous les arts1 toutes les tudes1 toutes les ides1 jusqu'aux ameublements et aux costumes1 jusqu' la lgislation1 jusqu' la thologie1 jusqu' la mdecine1 jusqu'au blason1 tout suit ple-mle et s'en va vau-l'eau sur le torrent de la renaissance4 ,la langue est une des premires choses atteintes2 en un moment1 elle se remplit de mots latins et grecs2 elle dborde de nologismes2 son vieux sol gaulois disparat presque entirement sous un chaos sonore de vocables homriques et virgiliens4 ,a cette poque d'enivrement et d'enthousiasme pour l'antiquit lettre1 la langue franaise parle grec et latin comme l'architecture1 avec un dsordre1 un embarras et un charme infinis2 c'est un bgayement classique adorable4 ,moment curieux6 c'est une langue qui n'est pas faite1 une langue sur laquelle on voit le mot grec et le mot latin nu1 comme les veines et les nerfs sur l'corch4 ,et pourtant1 cette langue qui n'est pas faite est une langue souvent bien belle2 elle est riche1 orne1 amusante1 copieuse1 inpuisable en formes1 haute en couleur2 elle est barbare force d'aimer la ,grce et ,rome2 elle est pdante et nave4 ,observons en passant qu'elle semble parfois charge1 bourbeuse et obscure4 ,ce n'est pas sans troubler profondment la limpidit de notre vieil idiome gaulois que ces deux langues mortes1 la latine et la grecque1 y ont si brusquement vid leurs vocabulaires4 ,chose remarquable et qui s'explique par tout ce que nous venons dire1 pour ceux qui ne comprennent que la langue courante1 le franais du seizime sicle est moins intelligible que le franais du quinzime4 ,pour cette classe de lecteurs1 ,brantme est moins clair que ,jean de ,troyes4 ,au commencement du dix-septime sicle1 cette langue trouble et vaseuse subit une premire filtration4 ,opration mystrieuse faite tout la fois par les annes et par les hommes1 par la foule et par le lettr1 par les vnements et par les livres1 par les moeurs et par les ides1 qui nous donne pour rsultat l'admirable langue de ,p4 ,mathieu et de ,mathurin ,rgnier1 qui sera plus tard celle de ,molire et de ,la ,fontaine1 et plus tard encore celle de ,saint-,simon4 ,si les langues se fixaient1 ce qu' ,dieu ne plaise1 la langue franaise aurait d en rester l4 ,c'tait une belle langue que cette posie de ,rgnier1 que cette prose de ,mathieu6 c'tait une langue dj mre1 et cependant toute jeune1 une langue qui avait toutes les qualits les plus contraires1 selon le besoin du pote2 tantt ferme1 adroite1 svelte1 vive1 serre1 troitement ajuste sur l'intention de l'crivain1 sobre1 austre1 prcise1 elle allait pied et sans images et droit au but2 tantt majestueuse1 lente et tout empanache de mtaphores1 elle tournait largement autour de la pense1 comme les carrosses huit chevaux dans un carrousel4 ,c'tait une langue lastique et souple1 facile nouer et dnouer au gr de toutes les fantaisies de la priode1 une langue toute moire de figures et d'accidents pittoresques2 une langue neuve1 sans aucun mauvais pli1 qui prenait merveilleusement la forme de l'ide1 et qui1 par moments1 flottait quelque peu l'entour1 autant qu'il le fallait pour la grce du style4 ,c'tait une langue pleine de fires allures1 de proprits lgantes1 de caprices amusants2 commode et naturelle crire2 donnant parfois aux crivains les plus vulgaires toutes sortes de bonheurs d'expressions qui faisaient partie de son fonds naturel4 ,c'tait une langue forte et savoureuse1 tout la fois claire et colore1 pleine d'esprit1 excellente au got1 ayant bien la senteur de ses origines1 trs franaise1 et pourtant laissant voir distinctement sous chaque mot sa racine hellnique1 romaine ou castillane2 une langue calme et transparente1 au fond de laquelle on distinguait nettement toutes ces magnifiques tymologies grecques1 latines ou espagnoles1 comme les perles et les coraux sous l'eau d'une mer limpide4 ,cependant1 dans la deuxime moiti du dix-septime sicle1 il s'leva une mmorable cole de lettrs qui soumit un nouveau dbat toutes les questions de posie et de grammaire dont avait t remplie la premire moiti du mme sicle1 et qui dcida1 tort selon nous1 pour ,malherbe contre ,rgnier4 ,la langue de ,rgnier1 qui semblait encore trs bonne ,molire1 parut trop verte et trop peu faite ces svres et discrets crivains4 ,racine la clarifia une seconde fois4 ,cette deuxime distillation1 beaucoup plus artificielle que la premire1 beaucoup plus littraire et beaucoup moins populaire1 n'ajouta la puret et la limpidit de l'idiome qu'en le dpouillant de presque toutes ses proprits savoureuses et colorantes1 et en le rendant plus propre dsormais l'abstraction qu' l'image2 mais il est impossible de s'en plaindre quand on songe qu'il en est rsult ,britannicus1 ,esther1 et ,athalie1 oeuvres belles et graves1 dont le style sera toujours religieusement admir de quiconque acceptera avec bonne foi les conditions sous lesquelles il s'est form4 ,toute chose va sa fin4 ,le dix-huitime sicle filtra et tamisa la langue une troisime fois4 ,la langue de ,rabelais1 d'abord pure par ,rgnier1 puis distille par ,racine1 acheva de dposer dans l'alambic de ,voltaire les dernires molcules de la vase natale du seizime sicle4 ,de l cette langue du dix-huitime sicle1 parfaitement claire1 sche1 dure1 neutre1 incolore et insipide1 langue admirablement propre ce qu'elle avait faire1 langue du raisonnement et non du sentiment1 langue incapable de colorer le style1 langue encore souvent charmante dans la prose1 et en mme temps trs hassable dans le vers1 langue de philosophes en un mot1 et non de potes4 ,car la philosophie du dix-huitime sicle1 qui est l'esprit d'analyse arriv sa plus complte expression1 n'est pas moins hostile la posie qu' la religion1 parce que la posie comme la religion n'est qu'une grande synthse4 ,voltaire ne se hrisse pas moins devant ,homre que devant ,jsus4 ,au dix-neuvime sicle1 un changement s'est fait dans les ides la suite du changement qui s'tait fait dans les choses4 ,les esprits ont dsert cet aride sol voltairien1 sur lequel le soc de l'art s'brchait depuis si longtemps pour de maigres moissons4 ,au vent philosophique a succd un souffle religieux1 l'esprit d'analyse l'esprit de synthse1 au dmon dmolisseur le gnie de la reconstruction1 comme la convention avait succd l'empire1 ,robespierre ,napolon4 ,il est apparu des hommes dous de la facult de crer1 et ayant tous les instincts mystrieux qui tracent son itinraire au gnie4 ,ces hommes1 que nous pouvons d'autant plus louer que nous sommes personnellement bien loigns de prtendre l'honneur de figurer parmi eux1 ces hommes se sont mis l'oeuvre4 ,l'art1 qui1 depuis cent ans1 n'tait plus en ,france qu'une littrature1 est redevenu une posie4 ,au dix-huitime sicle il avait fallu une langue philosophique1 au dix-neuvime il fallait une langue potique4 ,c'est en prsence de ce besoin que1 par instinct et presque leur insu1 les potes de nos jours1 aids d'une sorte de sympathie et de concours populaire1 ont soumis la langue cette laboration radicale qui tait si mal comprise il y a quelques annes1 qui a t prise d'abord pour une leve en masse de tous les solcismes et de tous les barbarismes possibles1 et qui a si longtemps fait taxer d'ignorance et d'incorrection tel pauvre jeune crivain consciencieux1 honnte et courageux1 philologue comme ,dante en mme temps que pote1 nourri des meilleures tudes classiques1 lequel avait peut-tre pass sa jeunesse ne remporter dans les collges que des prix de grammaire4 ,les potes ont fait ce travail1 comme les abeilles leur miel1 en songeant autre chose1 sans calcul1 sans prmditation1 sans systme1 mais avec la rare et naturelle intelligence des abeilles et des potes4 ,il fallait d'abord colorer la langue1 il fallait lui faire reprendre du corps et de la saveur2 il a donc t bon de la mlanger selon certaines doses avec la fange fconde des vieux mots du seizime sicle4 ,les contraires se corrigent souvent l'un par l'autre4 ,nous ne pensons pas qu'on ait eu tort de faire infuser ,ronsard dans cet idiome affadi par ,dorat4 ,l'opration d'ailleurs s'est accomplie1 on le voit bien maintenant1 selon les lois grammaticales les plus rigoureuses4 ,la langue a t retrempe ses origines4 ,voil tout4 ,seulement1 et encore avec une rserve extrme1 on a remis en circulation un certain nombre d'anciens mots ncessaires ou utiles4 ,nous ne sachons pas qu'on ait fait des mots nouveaux4 ,or ce sont les mots nouveaux1 les mots invents1 les mots faits artificiellement qui dtruisent le tissu d'une langue4 ,on s'en est gard4 ,quelques mots frustes ont t refrapps au coin de leurs tymologies4 ,d'autres1 tombs en banalit1 et dtourns de leur vraie signification1 ont t ramasss sur le pav et soigneusement replacs dans leur sens propre4 ,de toute cette laboration1 dont nous n'indiquons ici que quelques dtails pris au hasard1 et surtout du travail simultan de toutes les ides particulires ce sicle 7car ce sont les ides qui sont les vraies et souveraines faiseuses de langues71 il est sorti une langue qui1 certes1 aura aussi ses grands crivains1 nous n'en doutons pas2 une langue forge pour tous les accidents possibles de la pense2 langue qui1 selon le besoin de celui qui s'en sert1 a la grce et la navet des allures comme au seizime sicle1 la fiert des tournures et la phrase grands plis comme au dix-septime sicle1 le calme1 l'quilibre et la clart comme au dix-huitime2 langue propre ce sicle1 qui rsume trois formes excellentes de notre idiome sous une forme plus dveloppe et plus complte1 et avec laquelle aujourd'hui l'crivain qui en aurait le gnie pourrait sentir comme ,rousseau1 penser comme ,corneille1 et peindre comme ,mathieu4 ,cette langue est aujourd'hui peu prs faite4 ,comme prose1 ceux qui l'tudient dans les notables crivains qu'elle possde dj1 et que nous pourrions nommer1 savent qu'elle a mille lois elle1 mille secrets1 mille proprits1 mille ressources nes tant de son fonds personnel que de la mise en commun du fonds des trois langues qui l'ont prcde et qu'elle multiplie les unes par les autres4 ,elle a aussi sa prosodie particulire et toutes sortes de petites rgles intrieures connues seulement de ceux qui pratiquent1 et sans lesquelles il n'y a pas plus de prose que de vers4 ,comme posie1 elle est aussi bien construite pour la rverie que pour la pense1 pour l'ode que pour le drame4 ,elle a t remanie dans le vers par le mtre1 dans la strophe par le rhythme4 ,de l1 une harmonie toute neuve1 plus riche que l'ancienne1 plus complique1 plus profonde1 et qui gagne tous les jours de nouvelles octaves4 ,telle est1 avec tous les dveloppements que nous ne pouvons donner ici notre pense1 la langue que l'art du dix-neuvime sicle s'est faite1 et avec laquelle en particulier il va parler aux masses du haut de la scne4 ,sans doute la scne1 qui a ses lois d'optique et de concentration1 modifiera cette langue d'une certaine faon1 mais sans y rien altrer d'essentiel4 ,il faudra par exemple la scne une prose aussi en saillie que possible1 trs fermement sculpte1 trs nettement cisele1 ne jetant aucune ombre douteuse sur la pense1 et presque en ronde bosse2 il faudra la scne un vers o les charnires soient assez multiplies pour qu'on puisse les plier et les superposer toutes les formes les plus brusques et les plus saccades du dialogue et de la passion4 ,la prose en relief1 c'est un besoin du thtre2 le vers bris1 c'est un besoin du drame4 ,ceci une fois pos et admis1 nous croyons que dsormais tous les progrs de forme srieux qui seront dans le sens grammatical de la langue doivent tre tudis1 applaudis et adopts4 ,et qu'on ne se mprenne pas sur notre pense1 appeler les progrs1 ce n'est pas encourager les modes4 ,les modes dans les arts font autant de mal que les rvolutions font de bien4 ,les modes substituent le chic1 le poncif et le procd d'atelier l'tude austre de chaque chose et aux originalits individuelles4 ,les modes mettent la disposition de tout le monde une manire vernisse et chatoyante1 peu solide sans doute1 mais qui a quelquefois un clat de surface plus vif et plus amusant l'oeil que le rayonnement tranquille du talent4 ,les modes dfigurent tout1 font la grimace de tout profil et la parodie de toute oeuvre4 ,gardons-nous des modes dans le style2 esprons cette rserve de la sagesse des jeunes et brillants crivains qui mnent au progrs les gnrations de leur ge4 ,il serait fcheux qu'on en vnt un jour possder des recettes courantes pour faire du style original comme les chimistes de cabaret font du vin de ,champagne en mlant1 selon certaines doses1 n'importe quel vin blanc convenablement dulcor1 de l'acide tartrique et du bicarbonate de soude4 ,ce style et ce vin moussent1 la grosse foule s'en grise1 mais le connaisseur n'en boit pas4 ,nous n'en viendrons pas l4 ,il y a un esprit de mesure et de critique en mme temps qu'un grand souffle d'enthousiasme dans les nouvelles gnrations4 ,la langue a t amene un point excellent depuis quinze annes4 ,ce qui a t fait par les ides ne sera pas dtruit par les fantaisies4 ,rformons1 ne dformons pas4 ,si le nom qui signe ces lignes tait un nom illustre1 si la voix qui parle ici tait une voix puissante1 nous supplierions les jeunes et grands talents sur qui repose le sort futur de notre littrature1 si magnifique depuis trois sicles1 de songer combien c'est une mission imposante que la leur1 et de conserver dans leur manire d'crire les habitudes les plus dignes et les plus svres4 ,l'avenir1 qu'on y pense bien1 n'appartient qu'aux hommes de style4 ,sans parler ici des admirables livres de l'antiquit1 et pour nous renfermer dans nos lettres nationales1 essayez d'ter la pense de nos grands crivains l'expression qui lui est propre2 tez ,molire son vers si vif1 si chaud1 si franc1 si amusant1 si bien fait1 si bien tourn1 si bien peint2 tez ,la ,fontaine la perfection nave et gauloise du dtail2 tez la phrase de ,corneille ces muscles vigoureux1 ces larges attaches1 ces belles formes de vigueur exagre qui feraient du vieux pote1 demi-romain1 demi-espagnol1 le ,michel-,ange de notre tragdie1 s'il entrait dans la composition de son gnie autant d'imagination que de pense2 tez ,racine la ligne qu'il a dans le style comme ,raphal1 ligne chaste1 harmonieuse et discrte comme celle de ,raphal1 quoique d'un got infrieur1 aussi pure1 mais moins grande1 aussi parfaite1 quoique moins sublime2 tez ,fnelon1 l'homme de son sicle qui a le mieux senti la beaut antique1 cette prose aussi mlodieuse et aussi sereine que le vers de ,racine1 dont elle est soeur2 tez ,bossuet le magnifique port de tte de sa priode2 tez ,boileau sa manire sobre et grave1 admirablement colore quand il le faut2 tez ,pascal ce style invent et mathmatique qui a tant de proprit dans le mot1 tant de logique dans la mtaphore2 tez ,voltaire cette prose claire1 solide1 indestructible1 cette prose de cristal de ,candide et du ,dictionnaire philosophique2 tez tous ces grands hommes cette simple et petite chose1 le style2 et de ,voltaire1 de ,pascal1 de ,boileau1 de ,bossuet1 de ,fnelon1 de ,racine1 de ,corneille1 de ,la ,fontaine1 de ,molire1 de ces matres1 que vous restera-t-il8 ,nous l'avons dit plus haut1 ce qui reste d',homre aprs qu'il a pass par ,bitaub4 ,c'est le style qui fait la dure de l'oeuvre et l'immortalit du pote4 ,la belle expression embellit la belle pense et la conserve2 c'est tout la fois une parure et une armure4 ,le style sur l'ide1 c'est l'mail sur la dent4 ,dans tout grand crivain il doit y avoir un grand grammairien1 comme un grand algbriste dans tout grand astronome4 ,pascal contient ,vaugelas2 ,lagrange contient ,bezout4 ,aussi l'tude de la langue est-elle aujourd'hui1 autant que jamais1 la premire condition pour tout artiste qui veut que son oeuvre naisse viable4 ,cela est admirablement compris maintenant par les nouvelles gnrations littraires4 ,nous voyons avec joie que les jeunes coles de peinture et de sculpture1 si haut places cette heure1 comprennent de leur ct combien est importante pour elles aussi la science de leur langue1 qui est le dessin4 ,le dessin6 le dessin6 c'est la loi premire de tout art4 ,et ne croyez pas que cette loi retranche rien la libert1 la fantaisie1 la nature4 ,le dessin n'est ennemi ni de la chair1 ni de la couleur4 ,quoi qu'en disent les exclusifs et les incomplets1 le dessin ne fait obstacle ni ,puget1 ni ,rubens4 ,aujourd'hui donc1 dans toutes les directions de l'activit intellectuelle1 sculpture1 peinture ou posie1 que tous ceux qui ne savent pas dessiner1 l'apprennent4 ,le style est la clef de l'avenir4 ,sans le style et sans le dessin1 vous pourrez avoir le succs du moment1 l'applaudissement1 le bruit1 la fanfare1 les couronnes1 l'acclamation enivre des multitudes2 vous n'aurez pas le vrai triomphe1 la vraie gloire1 la vraie conqute1 le vrai laurier4 ,comme dit ,cicron1 insignia victoriae1 non victoriam4 ,svrit donc et grandeur dans la forme2 et1 pour que l'oeuvre soit complte1 grandeur et svrit dans le fond4 ,telle est la loi actuelle de l'art2 sinon il aura peut-tre le prsent1 mais il n'aura pas l'avenir4 ,dans le drame surtout1 le fond importe1 non moins certes que la forme4 ,et ici1 s'il nous tait permis de nous citer nous-mmes1 nous transcririons ce que nous disions il y a un an dans la prface d'une pice rcemment joue3 ,l'auteur de ce drame sait combien c'est une grande et srieuse chose que le thtre2 il sait que le drame1 sans sortir des limites impartiales de l'art1 a une mission nationale1 une mission sociale1 une mission humaine4 ,quand il voit chaque soir ce peuple si intelligent et si avanc1 qui a fait de ,paris la cit centrale du progrs1 s'entasser en foule devant un rideau que sa pense1 lui chtif pote1 va soulever le moment d'aprs1 il sent combien il est peu de chose1 lui1 devant tant d'attente et de curiosit2 il sent que si son talent n'est rien1 il faut que sa probit soit tout2 il s'interroge avec svrit et recueillement sur la porte philosophique de son oeuvre2 car il se sait responsable1 et il ne veut pas que cette foule puisse lui demander compte un jour de ce qu'il lui aura enseign4 ,le pote aussi a charge d'mes4 ,il ne faut pas que la multitude sorte du thtre sans emporter avec elle quelque moralit austre et profonde4 ,aussi espre-t-il bien1 ,dieu aidant1 ne dvelopper jamais sur la scne 7du moins tant que dureront les temps srieux o nous sommes7 que des choses pleines de leons et de conseils4 ,il fera toujours apparatre volontiers le cercueil dans la salle du banquet1 la prire des morts travers les refrains de l'orgie1 la cagoule ct du masque4 ,il laissera quelquefois le carnaval dbraill chanter tue-tte sur l'avant-scne2 mais il lui criera du fond du thtre3 ,memento quia pulvis es6 ,il sait bien que l'art seul1 l'art pur1 l'art proprement dit n'exige pas tout cela du pote2 mais il pense qu'au thtre surtout1 il ne suffit pas de remplir seulement les conditions de l'art4 ,le thtre1 nous le rptons1 est une chose qui enseigne et qui civilise4 ,dans nos temps de doute et de curiosit1 le thtre est devenu pour les multitudes ce qu'tait l'glise au moyen ge1 le lieu attrayant et central4 ,tant que ceci durera1 la fonction du pote dramatique sera plus qu'une magistrature et presque un sacerdoce4 ,il pourra faillir comme homme2 comme pote1 il devra tre pur1 digne et srieux4 ,dsormais1 notre avis1 au point de maturit o cette poque est venue1 l'art1 quoi qu'il fasse1 dans ses fantaisies les plus flottantes et les plus cheveles1 dans ses calques les plus svres de la nature1 dans ses crations les plus chafaudes sur des rves hors du possible et du rel1 dans ses plus dlicates explorations de la mtaphysique du coeur1 dans ses plus larges peintures de la passion1 de la passion chaude1 vivante et irrflchie2 l'art1 et en particulier le drame1 qui est aujourd'hui son expression la plus puissante et la plus saisissable tous1 doit avoir sans cesse prsente1 comme un tmoin austre de ses travaux1 la pense du temps o nous vivons1 la responsabilit qu'il encourt1 la rgle que la foule demande et attend de partout1 la pente des ides et des vnements sur laquelle notre poque est lance1 la perturbation fatale qu'un pouvoir spirituel mal dirig pourrait causer au milieu de cet ensemble de forces qui laborent en commun1 les unes au grand jour1 les autres dans l'ombre1 notre civilisation future4 ,l'art d' prsent ne doit plus chercher seulement le beau1 mais encore le bien4 ,ce n'est pas d'ailleurs que nous soyons le moins du monde partisan de l'utilit directe de l'art1 thorie purile mise dans ces derniers temps par des sectes philosophiques qui n'avaient pas tudi le fond de la question4 ,le drame1 oeuvre d'avenir et de dure1 ne peut que tout perdre se faire le prdicateur immdiat des trois ou quatre vrits d'occasion que la polmique des partis met la mode tous les cinq ans4 ,les partis ont besoin d'enlever une position politique4 ,ils prennent les deux ou trois ides qui leur sont ncessaires pour cela1 et avec ces ides ils creusent le sol nuit et jour autour du pouvoir4 ,c'est un sige en rgle4 ,la tranche1 les paulements1 la sape et la mine4 ,un beau jour les partis donnent l'assaut comme en juillet #aghi1 ou le pouvoir fait une sortie comme en juillet #ahcj1 et la position est prise4 ,une fois la forteresse enleve1 les travaux du sige sont abandonns1 bien entendu2 rien ne parat plus inutile1 plus draisonnable et plus absurde que les travaux d'un sige quand la ville est prise2 on comble les tranches1 la charrue passe sur les sapes1 et les fameuses vrits politiques qui avaient servi bouleverser toute cette plaine1 vieux outils1 sont jetes l et oublies terre jusqu' ce qu'un historien chercheur ait la bont de les ramasser et de les classer dans sa collection des erreurs et des illusions de l'humanit4 ,si quelque oeuvre d'art a eu le malheur de faire cause commune avec les vrits politiques1 et de se mler elles dans le combat1 tant pis pour l'oeuvre d'art2 aprs la victoire elle sera hors de service1 rejete comme le reste1 et ira se rouiller dans le tas4 ,disons-le donc bien haut1 toutes les larges et ternelles vrits qui constituent chez tous les peuples et dans tous les temps le fond mme des sentiments humains1 voil la matire premire de l'art1 de l'art immortel et divin2 mais il n'y a pas de matriaux pour lui dans ces constructions expdientes que la stratgie des partis multiplie1 selon ses besoins1 sur le terrain de la petite guerre politique4 ,les ides utiles ou vraies un jour ou deux1 avec lesquelles les partis enlvent une position1 ne constituent pas plus un systme coordonn de vrits sociales ou philosophiques1 que les zigzags et les parallles qui ont servi forcer une citadelle ne sont des rues et des chemins4 ,le produit le plus notable de l'art utile1 de l'art enrl1 disciplin et assaillant1 de l'art prenant fait et cause dans le dtail des querelles politiques1 c'est le drame pamphlet du dix-huitime sicle1 la tragdie philosophique1 pome bizarre o la tirade obstrue le dialogue1 o la maxime remplace la pense2 oeuvre de drision et de colre qui s'vertue tourdiment battre en brche une socit dont les ruines l'enterreront4 ,certes1 bien de l'esprit1 bien du talent1 bien du gnie a t dpens dans ces drames faits exprs qui ont dmoli la ,bastille2 mais la postrit ne s'en inquitera pas4 ,c'est une pauvre besogne ses yeux que d'avoir mis en tragdies la prface de l',encyclopdie4 ,la postrit s'occupera moins encore de la tragdie politique de la restauration1 qu'a engendre la tragdie philosophique du dix-huitime sicle1 comme la maxime a engendr l'allusion4 ,tout cela a t fort applaudi de son temps1 et est fort oubli du ntre4 ,il faut1 aprs tout1 que l'art soit son propre but lui-mme1 et qu'il enseigne1 qu'il moralise1 qu'il civilise1 et qu'il difie chemin faisant1 mais sans se dtourner1 et tout en allant devant lui4 ,plus il sera impartial et calme1 plus il ddaignera le passager des questions politiques quotidiennes1 plus il s'adaptera grandement l'homme de tous les temps et de tous les lieux2 plus il aura la forme de l'avenir4 ,ce n'est pas en se passionnant petitement pour ou contre tel pouvoir ou tel parti qui a deux jours vivre1 que le crateur dramatique agira puissamment sur son sicle et sur ses contemporains4 ,c'est par des peintures vraies de la nature ternelle que chacun porte en soi2 c'est en nous prenant1 vous1 moi1 nous1 eux tous1 par nos irrsistibles sentiments de pre1 de fils1 de mre1 de frre et de soeur1 d'ami et d'ennemi1 d'amant et de matresse1 d'homme et de femme2 c'est en mlant la loi de la providence au jeu de nos passions2 c'est en nous montrant d'o viennent le bien et le mal moral1 et o ils mnent2 c'est en nous faisant rire et pleurer sur des choses qui nous ressemblent1 quoique souvent plus grandes1 plus choisies et plus idales que nous2 c'est en sondant avec le speculum du gnie notre conscience1 nos opinions1 nos illusions1 nos prjugs2 c'est en remuant tout ce qui est dans l'ombre au fond de nos entrailles2 en un mot1 c'est en jetant1 tantt par des rayons1 tantt par des clairs1 de larges jours sur le coeur humain1 ce chaos d'o le fiat lux du pote tire un monde6--,c'est ainsi1 et pas autrement4--,et1 nous le rptons1 plus le crateur dramatique sera profond1 dsintress1 gnral et universel dans son oeuvre1 mieux il accomplira sa mission et prs des contemporains et prs de la postrit4 ,plus le point de vue du pote ira s'largissant1 plus le pote sera grand et vraiment utile l'humanit4 ,nous comprenons l'enseignement du pote dramatique plutt comme ,molire que comme ,voltaire1 plutt comme ,shakespeare que comme ,molire4 ,nous prfrons ,tartuffe ,mahomet2 nous prfrons ,iago ,tartuffe4 ,a mesure que vous passez d'un de ces trois potes l'autre1 voyez comme l'horizon s'agrandit4 ,voltaire parle un parti1 ,molire parle la socit1 ,shakespeare parle l'homme4 ,potes dramatiques1 c'est un homme bien convaincu qui vous conseille ici1 que ceux d'entre vous qui sentent en eux quelque chose de puissant1 de gnreux et de fort1 se mettent au-dessus des haines de parti1 au-dessus mme de leurs propres petites haines personnelles1 s'ils en ont4 ,ne soyez ni de l'opposition ni du pouvoir1 soyez de la socit1 comme ,molire1 et de l'humanit comme ,shakespeare4 ,ne prenez part aux rvolutions matrielles que par les rvolutions intellectuelles4 ,n'ameutez pas des passions d'un jour autour de votre oeuvre immortelle4 ,puisez profondment vos tragdies dans l'histoire1 dans l'invention1 dans le pass1 dans le prsent1 dans votre coeur1 dans le coeur des autres1 et laissez de moins dignes le drame de libelle1 de personnalit et de scandale1 comme vous laissez aux fabricants de littrature le drame de pacotille1 le drame-marchandise1 le drame prtexte dcorations4 ,que votre oeuvre soit haute et grande1 et vivante1 et fconde1 et aille toujours au fond des mes4 ,la belle gloire de courtiser des opinions qui se laissent faire1 bien entendu1 et qui vous donnent un applaudissement pour une caresse6 ,inspirez-vous donc plutt1 si vous voulez la vraie renomme et la vraie puissance1 des passions purement humaines1 qui sont ternelles1 que des passions politiques1 qui sont passagres4 ,soyez plus fiers d'un vers proverbe que d'un vers cocarde4 ,attirer la foule un drame comme l'oiseau un miroir2 passionner la multitude autour de la glorieuse fantaisie du pote1 et faire oublier au peuple le gouvernement qu'il a pour l'instant1 faire pleurer les femmes sur une femme1 les mres sur une mre1 les hommes sur un homme2 montrer1 quand l'occasion s'en prsente1 le beau moral sous la difformit physique2 pntrer sous toutes les surfaces pour extraire l'essence de tout2 donner aux grands le respect des petits et aux petits la mesure des grands2 enseigner qu'il y a souvent un peu de mal dans les meilleurs et presque toujours un peu de bien dans les pires1 et1 par l1 inspirer aux mauvais l'esprance et l'indulgence aux bons2 tout ramener1 dans les vnements de la vie possible1 ces grandes lignes providentielles ou fatales entre lesquelles se meut la libert humaine2 profiter de l'attention des masses pour leur enseigner leur insu1 travers le plaisir que vous leur donnez1 les sept ou huit grandes vrits sociales1 morales ou philosophiques1 sans lesquelles elles n'auraient pas l'intelligence de leur temps2 voil1 notre avis1 pour le pote1 la vraie utilit1 la vraie influence1 la vraie collaboration dans l'oeuvre civilisatrice4 ,c'est par cette voie magnifique et large1 et non par la tracasserie politique1 qu'un art devient un pouvoir4 ,afin d'atteindre ce but1 il importe que le thtre conserve des proportions grandes et pures4 ,il ne faut pas que le drame du sicle de ,napolon ait une configuration moins auguste que la tragdie de ,louis ,,xiv4 ,son influence sur les masses d'ailleurs sera toujours en raison directe de sa propre lvation et de sa propre dignit4 ,plus le drame sera plac haut1 plus il sera vu de loin4 ,c'est pourquoi1 disons-le ici en passant1 il est souhaiter que les hommes de talent n'oublient pas l'excellence du grandiose et de l'idal dans tout art qui s'adresse aux masses4 ,les masses ont l'instinct de l'idal4 ,sans doute c'est un des principaux besoins du pote contemporain de peindre la socit contemporaine1 et ce besoin a dj produit de notables ouvrages2 mais il faut se garder de faire prvaloir sur le haut drame universel la prosaque tragdie de boutique et de salon1 pdestre1 laide1 manire1 pileptique1 sentimentale et pleureuse4 ,le bourgeois n'est pas le populaire4 ,ne dgringolons pas de ,shakespeare ,kotzebue4 ,l'art est grand4 ,quel que soit le sujet qu'il traite1 qu'il s'adresse au pass ou au contemporain1 lors mme qu'il mle le rire et l'ironie au groupe svre des vices1 des vertus1 des crimes et des passions1 l'art doit tre grave1 candide1 moral et religieux4 ,au thtre surtout1 il n'y a que deux choses auxquelles l'art puisse dignement aboutir4 ,dieu et le peuple4 ,dieu d'o tout vient1 le peuple o tout va2 ,dieu qui est le principe1 le peuple qui est la fin4 ,dieu manifest au peuple1 la providence explique l'homme1 voil le fond un et simple de toute tragdie1 depuis ,oedipe roi jusqu' ,macbeth4 ,la providence est le centre des drames comme des choses4 ,dieu est le grand milieu4 ,deus centrum et locus rerum1 dit ,filesac4 ,en se conformant aux diverses lois que nous venons d'numrer1 avec le regret de ne pouvoir1 faute de temps1 dvelopper davantage nos ides1 on comprendra que la mission du thtre peut tre grande dans l'poque o nous vivons4 ,c'est une belle tche de ramener toute une socit des passions artificielles aux passions naturelles4 ,le drame1 tel que nous le concevons1 tel que les gnrations nouvelles nous le donneront1 suivra une srie de progrs et d'avenir si irrsistible qu'il prendra peu de souci des chutes et des succs1 accidents momentans qui n'importent qu'au bonheur temporel du pote et qui ne dcident jamais le fond des questions4 ,loin de l1 il grandira souvent plus par un revers que par une victoire4 ,le drame que veut notre temps sera bien plac vis--vis du peuple1 bien plac vis--vis du pouvoir4 ,il ne se laissera ter sa libert ni par la foule que la mode entrane quelquefois1 ni par les gouvernements qu'un gosme mesquin conseille trop souvent4 ,sr de sa conscience1 fort de sa dignit1 il saura dans l'occasion dire son fait au pouvoir1 si le pouvoir tait assez gauche et assez maladroit pour se laisser reprendre en flagrant dlit de censure comme cela lui est arriv il y a dix-huit mois1 l'poque de la chute d'une pice intitule le ,roi s'amuse4 ,ainsi1 pour rsumer ce que nous avons dit1 grandeur et svrit dans l'intention1 grandeur et svrit dans l'excution1 voil les conditions selon lesquelles doit se dvelopper1 s'il veut vivre et rgner1 le drame contemporain4 ,moral par le fond4 ,littraire par la forme4 ,populaire par la forme et par le fond4 ,et puisqu'il rsulte de tout ce que nous venons d'crire que l'art et le thtre doivent tre populaires1 qu'on nous permette1 pour terminer1 d'expliquer en deux mots notre pense1 tout en dclarant que par cette explication nous ne prtendons infirmer ni restreindre rien de ce que nous avons dit plus haut4 ,sans doute la popularit est le complment magnifique des conditions d'un art bien rempli2 mais1 en ceci comme en tout1 qui n'a que la popularit n'a rien4 ,et puis1 entre popularit et popularit il faut distinguer4 ,il y a une popularit misrable qui n'est dvolue qu'au banal1 au trivial1 au commun4 ,rien de plus populaire en ce sens que la chanson ,au clair de la lune et ,ah6 qu'on est fier d'tre franais6 ,cette popularit n'est que de la vulgarit4 ,l'art la ddaigne4 ,l'art ne recherche l'influence populaire sur les contemporains qu'autant qu'il peut l'obtenir en restant dans ses conditions d'art4 ,et si par hasard cette influence lui est refuse1 ce qui est rare en tout temps et en particulier impossible dans le ntre1 il y a pour lui une autre popularit qui se forme du suffrage successif du petit nombre d'hommes d'lite de chaque gnration2 force de sicles1 cela fait une foule aussi2 c'est l1 il faut bien le dire1 le vrai peuple du gnie4 ,en fait de masses1 le gnie s'adresse encore plus aux sicles qu'aux multitudes1 aux agglomrations d'annes qu'aux agglomrations d'hommes4 ,cette lente conscration des temps fait ces grands noms1 souvent moqus des contemporains1 cela est vrai1 mais que la foule1 un jour venu1 accepte1 subit et ne discute plus4 ,peu d'hommes dans chaque gnration lisent avec intelligence ,homre1 ,dante1 ,shakespeare2 tous s'inclinent devant ces colosses4 ,les grands hommes sont de hautes montagnes dont la cime reste inhabite1 mais domine toujours l'horizon4 ,villes1 collines1 plaines1 charrues1 cabanes1 sont au bas4 ,depuis cinquante ans1 douze hommes seulement ont gravi au haut du mont ,blanc4 ,combien peu d'esprits sont monts sur le sommet de ,dante et de ,shakespeare6 ,combien peu de regards ont pu contempler l'immense mappemonde qui se dcouvre de ces hauteurs6 ,qu'importe6 tous les yeux n'en sont pas moins ternellement fixs ces points culminants du monde intellectuel1 montagnes dont la cime est si haute que le dernier rayon des sicles depuis longtemps couchs derrire l'horizon y resplendit encore6 ,,journal ,,des ,,id,,es ,,des ,,opinions ,,et ,,des ,,lectures ,d',,un ,,jeune ,,jacobite ,,de #ahai ,,histoire ,chez les anciens1 l'occupation d'crire l'histoire tait le dlassement des grands hommes historiques2 c'tait ,xnophon1 chef des ,dix mille2 c'tait ,tacite1 prince du snat4 ,chez les modernes1 comme les grands hommes historiques ne savaient pas lire1 il fallut que l'histoire se laisst crire par des lettrs et des savants1 gens qui n'taient savants et lettrs que parce qu'ils taient rests toute leur vie trangers aux intrts de ce bas monde1 c'est--dire l'histoire4 ,de l1 dans l'histoire1 telle que les modernes l'ont crite1 quelque chose de petit et de peu intelligent4 ,il est remarquer que les premiers historiens anciens crivirent d'aprs des traditions1 et les premiers historiens modernes d'aprs des chroniques4 ,les anciens1 crivant d'aprs des traditions1 suivirent cette grande ide morale qu'il ne suffisait pas qu'un homme et vcu ou mme qu'un sicle et exist pour qu'il ft de l'histoire1 mais qu'il fallait encore qu'il et lgu de grands exemples la mmoire des hommes4 ,voil pourquoi l'histoire ancienne ne languit jamais4 ,elle est ce qu'elle doit tre1 le tableau raisonn des grands hommes et des grandes choses1 et non pas1 comme on l'a voulu faire de notre temps1 le registre de vie de quelques hommes1 ou le procs-verbal de quelques sicles4 ,les historiens modernes1 crivant d'aprs des chroniques1 ne virent dans les livres que ce qui y tait1 des faits contradictoires rtablir et des dates concilier4 ,ils crivirent en savants1 s'occupant beaucoup des faits et rarement des consquences1 ne s'tendant pas sur les vnements d'aprs l'intrt moral qu'ils taient susceptibles de prsenter1 mais d'aprs l'intrt de curiosit qui leur restait encore1 eu gard aux vnements de leur sicle4 ,voil pourquoi la plupart de nos histoires commencent par des abrgs chronologiques et se terminent par des gazettes4 ,on a calcul qu'il faudrait huit cents ans un homme qui lirait quatorze heures par jour pour lire seulement les ouvrages crits sur l'histoire qui se trouvent la ,bibliothque royale2 et parmi ces ouvrages il faut en compter plus de vingt mille1 la plupart en plusieurs volumes1 sur la seule histoire de ,france1 depuis ,,mm4 ,royou1 ,fantin-,dsodoards et ,anquetil1 qui ont donn des histoires compltes1 jusqu' ces braves chroniqueurs1 ,froissard1 ,comines et ,jean de ,troyes1 par lesquels nous savons que ung tel jour le roi estoit malade1 et que ung tel autre jour un homme se noya dans la ,seine4 ,parmi ces ouvrages1 il en est quatre gnralement connus sous le nom des quatre grandes histoires de ,france2 celle de ,dupleix1 qu'on ne lit plus2 celle de ,mzeray1 qu'on lira toujours1 non parce qu'il est aussi exact et aussi vrai que ,boileau l'a dit pour la rime1 mais parce qu'il est original et satirique1 ce qui vaut encore mieux pour des lecteurs franais2 celle du ,p4 ,daniel1 jsuite1 fameux par ses descriptions de batailles1 qui a fait en vingt ans une histoire o il n'y a d'autre mrite que l'rudition1 et dans laquelle le comte de ,boulainvillers ne trouvait gure que dix mille erreurs2 et enfin1 celle de ,vly1 continue par ,villaret et par ,garnier4 ,il y a des morceaux bien faits dans ,vly1 dit ,voltaire dont les jugements sont prcieux2 on lui doit des loges et de la reconnaissance2 mais il faudrait avoir le style de son sujet1 et pour faire une bonne histoire de ,france il ne suffit pas d'avoir du discernement et du got4 ,villaret1 qui avait t comdien1 crit d'un style prtentieux et ampoul2 il fatigue par une affectation continuelle de sensibilit et d'nergie2 il est souvent inexact et rarement impartial4 ,garnier1 plus raisonnable1 plus instruit1 n'est gure meilleur crivain2 sa manire est terne1 son style est lche et prolixe4 ,il n'y a entre ,garnier et ,villaret que la diffrence du mdiocre au pire1 et si la premire condition de vie pour un ouvrage doit tre de se faire lire1 le travail de ces deux auteurs peut tre juste titre regard comme non avenu4 ,au reste1 crire l'histoire d'une seule nation1 c'est oeuvre incomplte1 sans tenants et sans aboutissants1 et par consquent manque et difforme4 ,il ne peut y avoir de bonnes histoires locales que dans les compartiments bien proportionns d'une histoire gnrale4 ,il n'y a que deux tches dignes d'un historien dans ce monde1 la chronique1 le journal1 ou l'histoire universelle4 ,tacite ou ,bossuet4 ,sous un point de vue restreint1 ,comines a crit une assez bonne histoire de ,france en six lignes3 ,dieu n'a cr aucune chose en ce monde1 ny hommes1 ny bestes1 qui il n'ait fait quelque chose son contraire1 pour la tenir en crainte et en humilit4 ,c'est pourquoi il a fait ,france et ,angleterre voisines4 ,la ,france1 l',angleterre et la ,russie sont de nos jours les trois gants de l',europe4 ,depuis nos rcentes commotions politiques1 ces colosses ont chacun une attitude particulire2 l',angleterre se soutient1 la ,france se relve1 la ,russie se lve4 ,ce dernier empire1 jeune encore au milieu du vieux continent1 grandit depuis un sicle avec une rapidit singulire4 ,son avenir est d'un poids immense dans nos destines4 ,il n'est pas impossible que sa barbarie vienne un jour retremper notre civilisation1 et le sol russe semble tenir en rserve des populations sauvages pour nos rgions polices4 ,cet avenir de la ,russie1 si important aujourd'hui pour l',europe1 donne une haute importance son pass4 ,pour bien deviner ce que sera ce peuple1 on doit tudier soigneusement ce qu'il a t4 ,mais rien de plus difficile qu'une pareille tude4 ,il faut marcher comme perdu au milieu d'un chaos de traditions confuses1 de rcits incomplets1 de contes1 de contradictions1 de chroniques tronques4 ,le pass de cette nation est aussi tnbreux que son ciel1 et il y a des dserts dans ses annales comme dans son territoire4 ,ce n'est donc pas une chose aise faire qu'une bonne histoire de ,russie4 ,ce n'est pas une mdiocre entreprise que de traverser cette nuit des temps1 pour aller1 parmi tant de faits et de rcits qui se croisent et se heurtent1 la dcouverte de la vrit4 ,il faut que l'crivain saisisse hardiment le fil de ce ddale2 qu'il en dbrouille les tnbres2 que son rudition laborieuse jette de vives lumires sur toutes les sommits de cette histoire4 ,sa critique consciencieuse et savante aura soin de rtablir les causes en combinant les rsultats4 ,son style fixera les physionomies1 encore indcises1 des personnages et des poques4 ,certes1 ce n'est point une tche facile de remettre flot et de faire repasser sous nos yeux tous ces vnements depuis si longtemps disparus du cours des sicles4 ,l'historien devra1 ce nous semble1 pour tre complet1 donner un peu plus d'attention qu'on ne l'a fait jusqu'ici l'poque qui prcde l'invasion des tartares1 et consacrer tout un volume peut-tre l'histoire de ces tribus vagabondes qui reconnaissent la souverainet de la ,russie4 ,ce travail jetterait sans doute un grand jour sur l'ancienne civilisation qui a probablement exist dans le nord1 et l'historien pourrait s'y aider des savantes recherches de ,m4 ,klaproth4 ,lvesque a dj racont1 il est vrai1 en deux volumes ajouts son long ouvrage1 l'histoire de ces peuplades tributaires2 mais cette matire attend encore un vritable historien4 ,il faudrait aussi traiter avec plus de dveloppement que ,lvesque1 et surtout avec plus de sincrit1 certaines poques d'un grand intrt1 comme le rgne fameux de ,catherine4 ,l'historien digne de ce nom fltrirait avec le fer chaud de ,tacite et la verge de ,juvnal cette courtisane couronne1 laquelle les altiers sophistes du dernier sicle avaient vou un culte qu'ils refusaient leur dieu et leur roi2 cette reine rgicide1 qui avait choisi pour ses tableaux de boudoir un massacre#a et un incendie#b4 ,sans nul doute1 une bonne ,histoire de ,russie veillerait vivement l'attention4 ,les destins futurs de la ,russie sont aujourd'hui le champ ouvert toutes les mditations4 ,ces terres du septentrion ont dj plusieurs fois jet le torrent de leurs peuples travers l',europe4 ,les franais de ce temps ont vu1 entre autres merveilles1 patre dans les gazons des ,tuileries des chevaux qui avaient coutume de brouter l'herbe au pied de la grande muraille de la ,chine2 et des vicissitudes inoues dans le cours des choses ont rduit de nos jours les nations mridionales adresser un autre ,alexandre le voeu de ,diogne3 ,retire-toi de notre soleil4 ,il y aurait un livre curieux faire sur la condition des juifs au moyen ge4 ,ils taient bien has1 mais ils taient bien odieux2 ils taient bien mpriss1 mais ils taient bien vils4 ,le peuple dicide tait aussi un peuple voleur4 ,malgr les avis du rabbin ,becca#c1 ils ne se faisaient aucun scrupule de piller les nazarens1 ainsi qu'ils nommaient les chrtiens2 aussi taient-ils souvent les victimes de leur propre cupidit4 ,dans la premire expdition de ,pierre l',hermite1 des croiss1 emports par le zle1 firent le voeu d'gorger tous les juifs qui se trouveraient sur leur route1 et ils le remplirent4 ,cette excution tait une reprsaille sanglante des bibliques massacres commis par les juifs4 ,suarez observe seulement que les hbreux avaient souvent gorg leurs voisins par une pit bien entendue1 et que les croiss massacraient les hbreux par ,,une ,,pi,t ,,mal ,,entendue4 ,voil un chantillon de haine2 voici un chantillon1 de mpris4 ,en #abfb1 une mmorable confrence eut lieu devant le roi et la reine d',aragon1 entre le savant rabbin ,zchiel et le frre ,paul ,ciriaque1 dominicain trs rudit4 ,quand le docteur juif eut cit le ,toldos ,jeschut1 le ,targum1 les archives du ,sanhdrin1 le ,nissachou ,vetus1 le ,talmud1 etc41 la reine finit la dispute en lui demandant pourquoi les juifs puaient4 ,il est vrai que cette haine et ce mpris s'affaiblirent avec le temps4 ,en #afhg1 on imprima les controverses de l'isralite ,orobio et de l'armnien ,philippe ,limborch1 dans lesquelles le rabbin prsente des objections au trs illustre et trs savant chrtien1 et o le chrtien rfute les assertions du trs savant et trs illustre juif4 ,on vit dans le mme dix-septime sicle le professeur ,rittangel1 de ,koenigsberg1 et ,antoine1 ministre chrtien ,genve1 embrasser la loi mosaque2 ce qui prouve que la prvention contre les juifs n'tait plus aussi forte cette poque4 ,aujourd'hui1 il y a fort peu de juifs qui soient juifs1 fort peu de chrtiens qui soient chrtiens4 ,on ne mprise plus1 on ne hait plus1 parce qu'on ne croit plus4 ,immense malheur6 ,jrusalem et ,salomon1 choses mortes1 ,rome et ,grgoire ,,vii1 choses mortes4 ,il y a ,paris et ,voltaire4 ,l'homme masqu1 qui se fit si longtemps passer pour dieu dans la province de ,khorassan1 avait d'abord t greffier de la chancellerie d',abou ,moslem1 gouverneur de ,khorassan1 sous le khalife ,almanzor4 ,d'aprs l'auteur du ,lobbtarikh1 il se nommait ,hakem ,ben ,haschem4 ,sous le rgne du khalife ,mahadi1 troisime abasside1 vers l'an #afj de l'hgire1 il se fit soldat1 puis devint capitaine et chef de secte4 ,la cicatrice d'un fer de flche ayant rendu son visage hideux1 il prit un voile et fut surnomm ,burci1 voil4 ,ses adorateurs taient convaincus que ce voile ne servait qu' leur cacher la splendeur foudroyante de son visage4 ,khondemir1 qui s'accorde avec ,ben ,schahnah pour le nommer ,hakem ,ben ,atha1 lui donne le titre de ,mocann1 masqu1 en arabe1 et prtend qu'il portait un masque d'or4 ,observons1 en passant1 qu'un pote irlandais contemporain a chang le masque d'or en un voile d'argent4 ,abou ,giafar al ,thabari donne un expos de sa doctrine4 ,cependant1 la rbellion de cet imposteur devenant de plus en plus inquitante1 ,mahadi envoya sa rencontre l'mir ,abusid qui dfit le ,prophte-,voil1 le chassa de ,mrou et le fora se renfermer dans ,nekhscheb1 o il tait n et o il devait mourir4 ,l'imposteur1 assig1 ranima le courage de son arme fanatique par des miracles qui semblent encore incroyables4 ,il faisait sortir1 toutes les nuits1 du fond d'un puits1 un globe lumineux qui1 suivant ,khondemir1 jetait sa clart plusieurs milles la ronde2 ce qui le fit surnommer ,sazendh ,mah1 le faiseur de lunes4 ,enfin1 rduit au dsespoir1 il empoisonna le reste de ses sides dans un banquet1 et1 afin qu'on le crt remont au ciel1 il s'engloutit lui-mme dans une cuve remplie de matires corrosives4 ,ben ,schahnah assure que ses cheveux surnagrent et ne furent pas consums4 ,il ajoute qu'une de ses concubines1 qui s'tait cache pour se drober au poison1 survcut cette destruction gnrale1 et ouvrit les portes de ,nekhscheb ,abusid4 ,le ,prophte-,masqu1 que d'ignorants chroniqueurs ont confondu avec le ,vieux de la ,montagne1 avait choisi pour ses drapeaux la couleur blanche1 en haine des abbassides dont l'tendard tait noir4 ,sa secte subsista longtemps aprs lui1 et1 par un capricieux hasard1 il y eut parmi les turcomans une distinction de ,blancs et de ,noirs la mme poque o les ,bianchi et les ,neri divisaient l',italie en deux grandes factions4 ,voltaire1 comme historien1 est souvent admirable2 il laisse crier les faits4 ,l'histoire n'est pour lui qu'une longue galerie de mdailles double empreinte4 ,il la rduit presque toujours cette phrase de son ,essai sur les moeurs3 ,il y eut des choses horribles1 il y en eut de ridicules4 ,en effet1 toute l'histoire des hommes tient l4 ,puis il ajoute3 ,l'chanson ,montecuculli fut cartel2 voil l'horrible4 ,charles-,quint fut dclar rebelle par le parlement de ,paris2 voil le ridicule4 ,cependant1 s'il et crit soixante ans plus tard1 ces deux expressions ne lui auraient plus suffi4 ,lorsqu'il aurait eu dit3 ,le roi de ,france et trois cent mille citoyens furent gorgs1 fusills1 noys444 ,la ,convention nationale dcrta ,pitt et ,cobourg ennemis du genre humain4 ,quels mots aurait-il mis au-dessous de pareilles choses8 ,un spectacle curieux1 ce serait celui-ci3 ,voltaire jugeant ,marat1 la cause jugeant l'effet4 ,il y aurait pourtant quelque injustice ne trouver dans les annales du monde qu'horreur et rire4 ,dmocrite et ,hraclite taient deux fous1 et les deux folies runies dans le mme homme n'en feraient point un sage4 ,voltaire mrite donc un reproche grave2 ce beau gnie crivit l'histoire des hommes pour lancer un long sarcasme contre l'humanit4 ,peut-tre n'et-il point eu ce tort s'il se ft born la ,france4 ,le sentiment national et mouss la pointe amre de son esprit4 ,pourquoi ne pas se faire cette illusion8 ,il est remarquer que ,hume1 ,tite-,live1 et en gnral les narrateurs nationaux1 sont les plus bnins des historiens4 ,cette bienveillance1 quoique parfois mal fonde1 attache la lecture de leurs ouvrages4 ,pour moi1 bien que l'historien cosmopolite soit plus grand et plus mon gr1 je ne hais pas l'historien patriote4 ,le premier est plus selon l'humanit1 le second est plus selon la cit4 ,le conteur domestique d'une nation me charme souvent1 mme dans sa partialit troite1 et je trouve quelque chose de fier qui me plat dans ce mot d'un arabe ,hagyage3 ,je ne sais que des histoires de mon pays4 ,voltaire a toujours l'ironie sa gauche et sous sa main1 comme les marquis de son temps ont toujours l'pe au ct4 ,c'est fin1 brillant1 luisant1 poli1 joli1 c'est mont en or1 c'est garni en diamants1 mais cela tue4 ,il est des convenances de langage qui ne sont rvles l'crivain que par l'esprit de nation4 ,le mot barbares1 qui sied un romain parlant des gaulois1 sonnerait mal dans la bouche d'un franais4 ,un historien tranger ne trouverait jamais certaines expressions qui sentent l'homme du pays4 ,nous disons que ,henri ,,iv gouverna son peuple avec une bont paternelle2 une inscription chinoise1 traduite par les jsuites1 parle d'un empereur qui rgna avec une bont maternelle4 ,nuance toute chinoise et toute charmante4 #a3 ,le massacre des ,polonais dans le faubourg de ,praga4 #b3 ,l'incendie de la flotte ottomane dans la baie de ,tchesm4 ,ces deux peintures taient les seules qui dcorassent le boudoir de ,catherine4 #c3 ,ce sage docteur voulait empcher les juifs d'tre subjugus par les chrtiens4 ,voici ses paroles1 qu'on ne sera peut-tre pas fch de retrouver3 ,les sages dfendent de prter de l'argent un chrtien1 de peur que le crancier ne soit corrompu par le dbiteur2 mais un juif peut emprunter d'un chrtien sans crainte d'tre sduit par lui1 car le dbiteur vite toujours son crancier4 ,juif complet1 qui met l'exprience de l'usurier au service de la doctrine du rabbin4 ,a ,,un ,,historien ,vos descriptions de bataille sont bien suprieures aux tableaux poudreux et confus1 sans perspective1 sans dessin et sans couleur1 que nous a laisss ,mzeray1 et aux interminables bulletins du ,p4 ,daniel2 toutefois1 vous nous permettrez une observation dont nous croyons que vous pourrez profiter dans la suite de votre ouvrage4 ,si vous vous tes rapproch de la manire des anciens1 vous ne vous tes pas encore assez dgag de la routine des historiens modernes2 vous vous arrtez trop aux dtails1 et vous ne vous attachez pas assez peindre les masses4 ,que nous importe1 en effet1 que ,brissac ait excut une charge contre d',andelot1 que ,lanoue ait t renvers de cheval1 et que ,montpensier ait pass le ruisseau8 ,la plupart de ces noms1 qui apparaissent l pour la premire fois dans le cours de l'ouvrage1 jettent de la confusion dans un endroit o l'auteur ne saurait tre trop clair1 et lorsqu'il devrait entraner l'esprit par une succession rapide de tableaux4 ,le lecteur s'arrte chercher quel parti tels ou tels noms appartiennent1 pour pouvoir suivre le fil de l'action4 ,ce n'est point ainsi qu'en usait ,polybe1 et aprs lui ,tacite1 les deux premiers peintres de batailles de l'antiquit4 ,ces grands historiens commencent par nous donner une ide exacte de la position des deux armes par quelque image sensible tire de l'ordre physique2 l'arme tait range en demi-cercle1 elle avait la forme d'un aigle aux ailes tendues2 ensuite viennent les dtails4 ,les espagnols formaient la premire ligne1 les africains la seconde1 les numides taient jets aux deux ailes1 les lphants marchaient en tte1 etc4 ,mais1 nous vous le demandons vous-mme1 si nous lisions dans ,tacite3 ,vibulenus excute une charge contre ,rusticus1 ,lentulus est renvers de cheval1 ,civilis passe le ruisseau1 il serait trs possible que ce petit bulletin et paru trs clair et trs intressant aux contemporains2 mais nous doutons fort qu'il et trouv le mme degr de faveur auprs de la postrit4 ,et c'est une erreur dans laquelle sont tombs la plupart des historiens modernes2 l'habitude de lire les chroniques leur rend familiers les personnages infrieurs de l'histoire1 qui ne doivent point y paratre2 le dsir de tout dire1 lorsqu'ils ne devraient dire que ce qui est intressant1 les leur fait employer comme acteurs dans les occasions les plus importantes4 ,de l vient qu'ils nous donnent des descriptions qu'ils comprennent fort bien1 eux et les rudits1 parce qu'ils connaissent les masques1 mais dans lesquelles la plupart des lecteurs1 qui ne sont pas obligs d'avoir lu les chroniques pour pouvoir lire l'histoire1 ne voient gure autre chose que des noms et de l'ennui4 ,en gnral1 il ne faut dire la postrit que ce qui peut l'intresser4 ,et pour intresser la postrit1 il ne suffit pas d'avoir bien excut une charge ou d'avoir t renvers de cheval1 il faut avoir combattu de la main et des dents comme ,cyngire1 tre mort comme d',assas1 ou avoir embrass les piques comme ,vinkelried4 ,,extrait ,,du ,,courrier ,,fran,,ais ,,du ,,jeudi #ad ,,septembhe #agib 7,,iv ,,de ,,la ,,libert74--,n #beg4 ,la municipalit d',herespian1 dpartement de l',hrault1 a signifi ,m4 ,franois1 son pasteur1 qu'elle entendait l'avenir avoir un cur qui ne ft pas clibataire4 ,le cur ,franois a rpondu d'une manire qui a surpass les esprances de ses paroissiens4 ,il entend1 lui1 avoir cinq enfants2 le premier s'appellera ,j4-,j4 ,rousseau2 le second1 ,mirabeau2 le troisime1 ,ption2 le quatrime1 ,brissot2 le cinquime1 ,club-des-,jacobins4 ,le bon cur lguera son patriotisme ses enfants1 et il les remettra aux soins de la patrie qui veille sur tous les citoyens vertueux4 ,,apr,s ,,une ,,lecture ,,du ,,moniteur ,proths et ,cyestris1 vieux philosophes dont on ne parle plus1 que je sache1 soutinrent jadis contradictoirement une thse peu prs oublie de nos jours4 ,il s'agissait de savoir s'il tait possible l'homme de rire gorge dploye et de pleurer chaudes larmes tout la fois4 ,cette querelle resta sans dcision1 et ne fit que rendre un peu plus irrconciliables les disciples d',hraclite et les sectateurs de ,dmocrite4 ,depuis #aghi1 la question est rsolue affirmativement2 je connais un in-folio qui opre ce phnomne1 et il est convenable que la solution d'une dispute philosophique se trouve dans un in-folio4 ,cet in-folio est le ,moniteur4 ,vous qui voulez rire1 ouvrez le ,moniteur2 vous qui voulez pleurer1 ouvrez le ,moniteur2 vous qui voulez rire et pleurer tout ensemble1 ouvrez encore le ,moniteur4 ,quelque bonne volont que l'on apporte juger l'poque de notre rgnration1 on ne peut s'empcher de trouver singulire la faon dont cet ge de raison prparait notre ge de lumires4 ,les acadmies1 collges des lettres1 taient dtruites2 les universits1 sminaires des sciences1 taient dissoutes2 les ingalits de gnie et de talent taient punies de mort1 comme les ingalits de rang et de fortune4 ,cependant il se trouvait encore1 pour clbrer la ruine des arts1 des orateurs clos dans les tavernes1 des potes vomis des choppes4 ,sur nos thtres1 d'o taient bannis les chefs-d'oeuvre1 on hurlait d'atroces rapsodies de circonstance1 ou de dgotants loges des vertus dites civiques4 ,je viens de tomber1 en ouvrant le ,moniteur au hasard1 sur les spectacles du #d octobre #agic2 cette affiche justifie du reste les rflexions qu'elle m'a suggres3 ,,th,,tre ,,de ,l',,op,,ra-,,comique ,,national4 ,la premire reprsentation de la ,fte civique1 comdie en cinq actes4 --,,th,,tre ,,national4 ,la ,journe de ,marathon2 ou le ,triomphe de la ,libert1 pice hroque en quatre actes4 --,,th,,tre ,,du ,,vaudeville4 ,la ,matine et la ,veille villageoises2 le ,divorce2 l',union villageoise4 --,,th,,tre ,,du ,,lyc,e ,,des ,,arts4 ,le ,retour de la flotte nationale4 --,,th,,tre ,,de ,,la ,r,,publique4 ,le ,divorce tartare1 comdie en cinq actes4 --,,th,,tre ,,fran,,ais ,,comique ,,et ,,lyrique4 ,buzot1 roi du ,calvados4 ,en ces dix lignes littraires1 la rvolution est caractrise4 ,des lois immorales dignement vantes dans d'immorales parades2 des opras-comiques sur les morts4 ,cependant je n'aurais point d prostituer le noble nom de potes aux auteurs de ces farces lugubres2 la guillotine1 et non le thtre1 tait alors pour les potes4 ,aprs l'odieux vient le risible4 ,tournez la page4 ,vous tes une sance des jacobins4 ,en voici le dbut3 ,la section de la ,croix-,rouge1 craignant que cette dnomination ne perptue le poison du fanatisme1 dclare au conseil qu'elle y substituera celle de la section du ,bonnet-,rouge444 ,je proteste que la citation est exacte4 ,veut-on la fois de l'atroce et du ridicule8 ,qu'on lise une lettre du reprsentant ,dumont la ,convention1 en date du #a;er octobre #agic3 ,citoyens collgues1 je vous marquais1 il y a deux jours1 la cruelle situation dans laquelle se trouvaient les sans-culottes de ,boulogne1 et la criminelle gestion des administrateurs et officiers municipaux4 ,je vous en dis autant de ,montreuil1 et j'ai us en cette dernire ville de mon excellent remde--la guillotine4--,aprs avoir ainsi agi au gr de tous les patriotes1 j'ai eu le doux avantage d'entendre1 comme ,montreuil1 les cris rpts de vive la ,montagne6 ,quarante-quatre charrettes ont emmen devant moi les personnes444 ,le ,moniteur1 livre si fcond en mditations1 est peu prs le seul avantage que nous ayons retir de trente ans de malheurs4 ,notre rvolution de boue et de sang a laiss un monument unique et indlbile1 un monument d'encre et de papier4 ,l'hermine de premier prsident du parlement de ,paris fut plus d'une fois ensanglante par des meurtres populaires ou juridiques2 et l'histoire recueillera ce fait singulier1 que le premier titulaire de cette charge1 ,simon de ,bucy1 pour qui elle fut institue en #addj1 et le dernier qui en fut revtu1 ,bochard de ,saron1 furent tous deux victimes des troubles rvolutionnaires4 ,fatalit digne de mditation6 ,tout historien qui se laisse faire par l'histoire1 et qui n'en domine pas l'ensemble1 est infailliblement submerg sous les dtails4 ,sindbad le marin1 ou je ne sais quel autre personnage des ,mille et une ,nuits1 trouva un jour1 au bord d'un torrent1 un vieillard extnu qui ne pouvait passer4 ,sindbad lui prta le secours de ses paules1 et le bonhomme s'y cramponnant alors avec une vigueur diabolique1 devint tout coup le plus imprieux des matres et le plus opinitre des cuyers4 ,voil1 mon sens1 le cas de tout homme aventureux qui s'avise de prendre le temps pass sur son dos pour lui faire traverser le ,lth1 c'est--dire d'crire l'histoire4 ,le quinteux vieillard lui trace1 avec une capricieuse minutie1 une route tortueuse et difficile2 si l'esclave obit tous ses carts1 et n'a pas la force de se faire un chemin plus droit et plus court1 il le noie malicieusement dans le fleuve4 ,,fragments ,,de ,,critique ,a ,,propos ,d',,un ,,livre ,,politique ,,crit ,,par ,,une ,,femme ,dcembre #ahai4 ,i ,le ,baile ,molino demandant un jour au fameux ,ahmed pacha pourquoi ,mahomet dfendait le vin ses disciples3 ,pourquoi il nous le dfend8 s'cria le vainqueur de ,candie2 c'est pour que nous trouvions plus de plaisir le boire4 ,et en effet1 la dfense assaisonne4 ,c'est ce qui donne la pointe la sauce1 dit ,montaigne2 et1 depuis ,martial1 qui chantait sa matresse3 ,galla1 nega1 satiatur amor1 jusqu' ce grand ,caton1 qui regretta sa femme quand elle ne fut plus lui1 il n'est aucun point sur lequel les hommes de tous les temps et de tous les lieux se soient montrs aussi souvent les vrais et dignes enfants de la bonne ve4 ,je ne voudrais donc pas qu'on dfendt aux femmes d'crire2 ce serait en effet le vrai moyen de leur faire prendre la plume toutes4 ,bien au contraire1 je voudrais qu'on le leur ordonnt expressment1 comme ces savants des universits d',allemagne1 qui remplissaient l',europe de leurs doctes commentaires1 et dont on n'entend plus parler depuis qu'il leur est enjoint de faire un livre au moins par an4 ,et en effet c'est une chose bien remarquable et bien peu remarque1 que la progression effrayante suivant laquelle l'esprit fminin s'est depuis quelque temps dvelopp4 ,sous ,louis ,,xiv1 on avait des amants1 et l'on traduisait ,homre2 sous ,louis ,,xv1 on n'avait plus que des amis1 et l'on commentait ,newton2 sous ,louis ,,xvi1 une femme s'est rencontre qui corrigeait ,montesquieu un ge o l'on ne sait encore que faire des robes une poupe4 ,je le demande1 o en sommes-nous8 o allons-nous8 que nous annoncent ces prodiges8 quelles sont ces nouvelles rvolutions qui se prparent8 ,il y a une ide qui me tourmente1 une ide qui nous a souvent occups1 mes vieux amis et moi2 ide si simple1 si naturelle1 que si une chose m'tonne1 c'est qu'on ne s'en soit pas encore avis1 dans un sicle o il semble que l'on s'avise de tout et o les rcureurs de peuples en sont aux expdients4 ,je songeais1 dis-je1 en voyant cette mancipation graduelle du sexe fminin1 ce qu'il pourrait arriver s'il prenait tout coup fantaisie quelque forte tte de jeter dans la balance politique cette moiti du genre humain1 qui jusqu'ici s'est contente de rgner au coin du feu et ailleurs4 ,et puis les femmes ne peuvent-elles pas se lasser de suivre sans cesse la destine des hommes8 ,gouvernons-nous assez bien pour leur ter l'esprance de gouverner mieux8 aiment-elles assez peu la domination pour que nous puissions raisonnablement esprer qu'elles n'en aient jamais l'envie8 ,en vrit1 plus je mdite et plus je vois que nous sommes sur un abme4 ,il est vrai que nous avons pour nous les canons et les bayonnettes1 et que les femmes nous semblent sans grands moyens de rvolte4 ,cela vous rassure1 et moi1 c'est ce qui m'pouvante4 ,on connat cette inscription terrible place par ,fonseca sur la route de ,torre del ,greco3 ,posteri1 posteri1 vestra res agitur6 ,torre del ,greco n'est plus2 la pierre prophtique est encore debout4 ,c'est ainsi que je trace ces lignes1 dans l'espoir qu'elles seront lues1 sinon de mon sicle1 du moins de la postrit4 ,il est bon que1 lorsque les malheurs que je prvois seront arrivs1 nos neveux sachent du moins que1 dans cette ,troie nouvelle1 il existait une ,cassandre1 cache dans un grenier1 rue ,mzires1 n #aj4 ,et s'il fallait1 aprs tout1 que je dusse voir de mes yeux les hommes devenus esclaves et l'univers tomb en quenouille1 je pourrai du moins me faire honneur de ma sagacit2 et1 qui sait8 je ne serai peut-tre pas le premier honnte homme qui se sera consol d'un malheur public en songeant qu'il l'avait prdit4 ,,ii ,la politique1 disait ,charles ,,xii1 c'est mon pe4 ,c'est l'art de tromper1 pensait ,machiavel4 ,selon ,mme de ,m----1 ce serait le moyen de gouverner les hommes par la prudence et la vertu4 ,la premire dfinition est d'un fou1 la seconde d'un mchant1 celle de ,mme de ,m---- est la seule qui soit d'un honnte homme4 ,c'est dommage qu'elle soit si vieille et que l'application en ait t si rare4 ,aprs avoir tabli cette dfinition1 ,mme de ,m---- expose l'origine des socits4 ,jean-,jacques les fait commencer par un planteur de pieux1 et ,vitruve par un grand vent1 probablement parce que le systme de la famille tait trop simple4 ,avec ce bon sens de la femme1 suprieur au gnie des philosophes1 ,mme de ,m---- se contente d'en chercher le principe dans la nature de l'homme1 dans ses affections1 dans sa faiblesse1 dans ses besoins4 ,tout le passage dnote dans l'auteur beaucoup d'rudition et de sagacit4 ,il est curieux de voir une femme citer tour tour ,locke et ,snque1 l',esprit des lois et le ,contrat social2 mais1 ce qui est encore plus remarquable1 c'est l'accent de bonne foi et de raison auquel nous n'tions plus accoutums1 et qui contraste si trangement avec le ton rogue et sauvage qu'ont adopt depuis quelque temps les prcepteurs du genre humain4 ,l'auteur1 suivant la marche des ides1 s'occupe ensuite des chefs des socits4 ,on a beaucoup crit sur les devoirs des rois1 beaucoup plus que sur les devoirs des peuples4 ,il en a t des portraits d'un bon souverain comme de ces pyramides places sur le bord des routes du ,mexique1 o chaque voyageur se faisait un devoir d'apporter sa pierre4 ,il n'y a si mince grimaud qui n'ait voulu charbonner son tour le matre des nations4 ,on dirait que les philosophes eux-mmes se sont tudis inventer de nouvelles vertus pour les imposer aux princes1 probablement parce que les princes sont exposs plus de faiblesses que les autres hommes1 et comme si leur prsenter un modle inimitable1 ce n'tait pas par cela seul les dispenser d'y atteindre4 ,mme de ,m---- ne donne pas dans ce travers4 ,elle convient qu'un monarque peut tre bon sans possder pour cela des qualits surhumaines4 ,elle ne se sert point non plus de l'idal d'une royaut parfaite pour dcrier les royauts vivantes1 et ensuite des royauts vivantes pour dcrier la royaut en elle-mme1 grande ptition de principes sur laquelle a roul toute la philosophie du dix-huitime sicle4 ,l'auteur cite1 comme renfermant toutes les obligations d'un souverain1 l'instruction que ,gustave-,adolphe reut de son pre4 ,l'histoire fait mention de plusieurs instructions pareilles laisses par des rois leurs successeurs2 mais celle-ci a cela de remarquable qu'elle est peut-tre la seule laquelle le successeur se soit conform4 ,en voici quelques passages3 ,qu'il emploie toutes ses finesses et son industrie n'tre ni tromp ni trompeur4 ,qu'il sache que le sang de l'innocent rpandu1 et le sang du mchant conserv crient galement vengeance4 ,qu'il ne paraisse jamais inquiet ni chagrin1 si ce n'est lorsqu'un de ses bons serviteurs sera mort ou tomb dans quelque faute4 ,enfin1 qu'en toutes ses actions il se conduise de telle sorte qu'il soit avou de ,dieu4 ,charles ,,ix1 dans cette instruction1 glisse lgrement sur le danger des flatteurs4 ,peut-tre les rois en sentent-ils moins les inconvnients que leurs sujets4 ,peut-tre aussi serait-ce pour ,montesquieu une occasion de glisser sa thorie de climat1 espce de fausse clef qui lui sert crocheter la serrure de tous les problmes de l'histoire4 ,c'est en se rapprochant du midi1 dirait-il1 que les exemples du favoritisme deviennent plus frquents2 sous le ciel nervant de l',asie et de l',afrique1 les princes rgnent rarement par eux-mmes2 au contraire1 chez les peuples du nord1 le climat est tonique1 nous voyons beaucoup plus de tyrans que de favoris4 ,mais peut-tre l'observation tomberait-elle si nous tions mieux instruits dans leur histoire4 ,nous sommes si disposs faire science de tout1 mme de notre ignorance6 ,il y a1 dans un de nos vieux manuscrits du treizime sicle1 attribu ,philippe de ,mayzires1 un passage qui peut servir de complment l'instruction du monarque sudois4 ,c'est ainsi que la reine ,vrit parle ,charles ,,vi dans le songe du vieil plerin s'adressant au blanc faucon1 bec et pis dors4 ,guarde-toi1 beau fils1 de ces chevaliers qui ont coutume de bien plumer les rois par leurs soubtiles pratiques1 qui s'en vont rcitant souvent le proverbe du marchal ,bouciquault1 disant3 ,il n'est peschier que en la mer1 et ainsi n'est don que de roi2 et te feront vaillant et large comme ,alexandre1 attrayant de toy tant d'eau leur moulin qu'il suffiroit trente-sept moulins qui les deux parts du jour sont oiseulx1 etc4 ,je cite ce passage3 #a parce qu'il montre que dans ces temps gothiques on ne parlait pas aux rois avec autant de servilit qu'on voudrait bien nous le faire croire2 #b parce qu'il donne l'origine d'un proverbe1 ce qui peut tre utile aux antiquaires2 #c parce qu'il peut servir rsoudre une question d'hydraulique en prouvant que les moulins eau existaient en #achi1 ce qui est toujours bon savoir pour ceux qui ne savent pas que les moulins eau existent depuis un temps immmorial4 ,,iii ,aprs s'tre occupe des socits en gnral1 ,mme de ,m---- consacre un chapitre la guerre1 c'est--dire au rapport le plus ordinaire des socits humaines entre elles4 ,ce chapitre devait prsenter bien des difficults une femme4 ,mme de ,m----1 comme dans le reste de son ouvrage1 y fait preuve de connaissances peu communes2 elle tablit1 avec beaucoup de bonheur1 la distinction entre les guerres permises et les guerres injustes2 elle range1 avec raison1 parmi ces dernires1 toutes les entreprises de conqute4 ,,ii y a cette diffrence entre les conqurants et les voleurs de grand chemin1 a dit un auteur remarquable que cite ,mme de ,m----1 que le conqurant est un voleur illustre1 et l'autre un voleur obscur2 l'un reoit des lauriers et de l'encens pour le prix de ses violences1 et l'autre la corde4 ,il fallait tre bien philosophe pour crire ce passage de la mme main qui signa la prise de possession de la ,silsie4 ,arrive ce fameux axiome que l'argent c'est le nerf de la guerre1 axiome que ,mme de ,m---- attribue ,quinte-,curce1 mais qu'elle trouvera galement dans ,vgce1 dans ,montecuculli1 dans ,santa-,cruz1 et dans tous les auteurs qui ont crit sur la guerre1 ,mme de ,m---- s'arrte4 ,ce n'est pas l'argent1 dit-elle1 c'est le fer4 ,d'accord1 ce n'est pas avec des cus que l'on se bat1 c'est avec des soldats2 toute la question se rduit savoir s'il est plus facile d'avoir des soldats sans argent que d'en avoir avec de l'argent4 ,le premier moyen sera plus conomique4 ,il ne parat pas cependant qu'il ft du got de ,sully4 ,je lisais dernirement dans ,grotius la dfinition de la guerre3 ,la guerre est l'tat de ceux qui tchent de vider leurs diffrends par la voie de la force4 ,il est vident que cette dfinition est la mme que celle du duel4 ,mais1 a-t-on dit aux duellistes1 vous allez la mort en riant1 vous vous battez par partie de plaisir4 ,il en a t absolument de mme de la guerre4 ,avant la rvolution on ne s'gorgeait plus que le chapeau la main4 ,le grand ,cond fait donner l'assaut ,lrida avec trente-six violons en tte des colonnes2 et dans les champs d',ettingen et de ,clostersevern1 on vit les jeunes officiers marcher aux batteries comme un bal1 en bas de soie et en perruque poudre blanc4 ,il prit un jour fantaisie ,rousseau1 le don ,quichotte du paradoxe1 de soutenir une vrit4 ,c'tait pour lui chose nouvelle4 ,il s'y prit comme pour une mauvaise cause1 il alla chercher des autorits comme les gens qui ne trouvent pas de bonnes raisons4 ,c'est ainsi qu' propos du duel il a cit les anciens4 ,il est probable que ,rousseau n'avait pas lu ,quinte-,curce4 ,il y aurait vu qu'il n'y avait gure de festin chez ,alexandre o il n'y et quelques combats singuliers entre les convives4 ,qu'tait-ce d'ailleurs que le combat d'tocle et de ,polynice8 ,et1 dans l',iliade1 est-il probable que si ,minerve n'tait pas venue prendre ,achille par les oreilles1 ,agamemnon aurait laiss son pe dans le fourreau8 ,mais1 ont dit les philosophes1 les grecs6 ,ah6 les grecs6 ,il est bien vrai que les grecs ne se battaient pas comme nos aeux1 avec juges et parrains1 ainsi que nous le voyons dans ,la ,colombire2 mais voulez-vous savoir ce que faisaient sur ce point ces grecs dont on nous cite si souvent l'exemple8 ,les grecs faisaient mieux1 ils assassinaient4 ,voyez1 par exemple1 ,plutarque1 dans la vie de ,clomne4 ,on tuait son homme en trahison1 cela ne tirait point consquence4 ,il lui tendit des embches1 disait tranquillement l'historien1 peu prs comme nous dirions aujourd'hui3 ,il lui avait fait un serment4 ,de cela que veut-on conclure8 ,que je plaide pour le duel8 ,bien au contraire2 c'est seulement une des mille et une inconsquences humaines que je m'amuse relever2 occupation philosophique4 ,on s'tonne que nos lois ne dfendent pas le duel2 ce qui m'tonne1 c'est qu'elles ne l'aient pas encore autoris4 ,pourquoi1 en effet1 nos sottises n'obtiendraient-elles pas1 comme nos vices1 droit de vivre en payant patente1 et n'est-ce pas une injustice vritable que d'interdire aux duellistes ce qui est permis tant d'honntes gens1 d'chapper au code en se rfugiant dans le budget8 ,,iv ,s'il n'y a point de socits sans guerre1 il est difficile qu'il y ait des guerres sans armes4 ,ainsi ,mme de ,m---- est pleinement justifie de se livrer dans le chapitre suivant aux dtails d'un camp4 ,mme de ,m---- est1 je crois1 le premier auteur de son sexe qui se soit occup de cette matire aprs la chevalire d'on2 non que je veuille tablir la comparaison entre ,mme de ,m---- et l'amazone du sicle dernier2 c'est purement un rapprochement bibliographique1 et ma remarque subsiste4 ,mme de ,m----1 comme tous les auteurs militaires1 se montre grand partisan de l'obissance absolue2 c'est une question qui a t souvent agite par les philosophes1 mais qui est tous les jours parfaitement rsolue la plaine de ,grenelle4 ,il y a sur cette question une opinion de ,hobbes que ,mme de ,m---- aurait pu citer1 et qui ne laisse pas que d'tre assez singulire3 ,si notre matre1 dit-il1 nous ordonne une action coupable1 nous devons l'excuter1 moins que cette action ne puisse tre rpute ntre4 ,c'est--dire que ,hobbes1 pour rgle des actions humaines1 n'admettrait plus que l'gosme4 ,mme de ,m---- rapporte1 d'aprs ,folard1 quelques-unes des qualits que doit possder un vrai capitaine4 ,quant moi1 je me dfie de ces dfinitions si parfaites par lesquelles il n'y aurait plus que des exceptions dans la nature4 ,c'est une chose pouvantable voir que la nomenclature des tudes prparatoires auxquelles doit se livrer un apprenti gnral2 mais combien y a-t-il eu d'excellents gnraux qui ne savaient pas lire8 ,il semblerait que la premire condition1 la condition sine qua non de tout homme qui se destine la guerre1 serait d'avoir de bons yeux1 ou tout au moins d'tre robuste et dispos4 ,eh bien6 une foule de grands guerriers ont t borgnes ou boiteux4 ,philippe tait borgne1 boiteux1 et de plus manchot2 ,agsilas tait boiteux et contrefait2 ,annibal tait borgne2 ,bajazet et ,tamerlan1 les deux foudres de guerre de leur temps1 taient l'un borgne et l'autre boiteux2 ,luxembourg tait bossu4 ,il semble mme que la nature1 pour drouter toutes nos ides1 ait voulu nous montrer le phnomne d'un gnral totalement aveugle1 guidant une arme1 rangeant ses troupes en bataille1 et remportant des victoires4 ,tel fut ,ziska1 chef des hussites4 ,v ,historiens6 historiens6 faiseurs d'emphase6 ,mes amis1 n'y croyez pas4 ,le snat marche au-devant de ,varron qui s'est sauv de la bataille1 et le remercie de n'avoir pas dsespr de la rpublique444--,qu'est-ce que cela prouve8 ,que la faction qui avait fait nommer ,varron gnral1 pour ter le commandement ,fabius1 fut encore assez puissante pour empcher qu'il ft puni4 ,elle voulait mme qu'il ft nomm dictateur1 afin que ,fabius1 le seul homme qui pt sauver la rpublique1 ne ft pas appel la tte des affaires4 ,il n'y a malheureusement l rien que de trs naturel1 s'il n'y a rien d'hroque4 ,croit-on1 par exemple1 qu'aprs la droute de ,moscou1 si ,buonaparte l'avait voulu1 tout son snat n'aurait pas march en corps au-devant de lui8 ,le snat dclare qu'il ne rachtera point les prisonniers4 ,qu'est-ce que cela prouve8 ,que le snat n'avait pas d'argent4 ,il fit comme tant d'honntes gens qui ne sont pas des romains2 il fut dur1 ne voulant pas paratre pauvre4 ,pouvait-il en effet accuser de lchet des soldats qui s'taient battus depuis le lever du soleil jusqu' la nuit1 et qui n'avaient laiss que soixante-dix mille morts sur le champ de bataille8 ,voil les faits1 et en histoire des faits valent au moins des phrases4--,voyez tout ce passage dans ,folard4 ,on objectera le tmoignage de ,montesquieu4 ,montesquieu a fait un fort beau livre sur les causes de la grandeur et de la dcadence des romains2 mais il en a oubli une1 c'est que la cavalerie d',annibal ait eu les jambes lasses le jour qu'il vint camper quatre milles de ,rome4 ,il est toujours curieux de voir un franais trouver chez les romains des choses dont ni ,salluste1 ni ,cicron1 ni ,tacite1 ni ,tite-,live ne s'taient jamais douts2 et pourtant les romains taient un peu comme nous2 en fait de louange et de bonne opinion d'eux-mmes1 ils ne laissaient gure dire aux autres4 ,les historiens qui n'crivent que pour briller veulent voir partout des crimes et du gnie2 il leur faut des gants1 mais leurs gants sont comme les girafes1 grands par devant et petits par derrire4 ,en gnral1 c'est une occupation amusante de rechercher les vritables causes des vnements2 on est tout tonn en voyant la source du fleuve2 je me souviens encore de la joie que j'prouvai1 dans mon enfance1 en enjambant le ,rhne4 ,il me semble que la providence elle-mme se plaise ce contraste entre les causes et les effets4 ,la peste fut une fois apporte en ,italie par une corneille1 et c'est en dissquant une souris qu'on dcouvrit le galvanisme4 ,ce qui me dgote1 disait une femme1 c'est que ce que je vois sera un jour de l'histoire4 ,eh bien6 ce qui dgotait cette femme est aujourd'hui de l'histoire1 et cette histoire-l en vaut bien une autre4 ,qu'en conclure8 ,que les objets grandissent dans les imaginations des hommes comme les rochers dans les brouillards1 mesure qu'ils s'loignent4 ,mars #ahbja4 ,m4 le duc de ,berry vient d'tre assassin4 ,il y a six semaines peine4 ,la pierre de ,saint-,denis n'est pas encore recele1 et voici dj que les oraisons funbres et les apologies pleuvent sur cette tombe4 ,le tout tronqu1 incorrect1 mal pens1 mal crit2 des adulations plates ou sonores2 pas de conviction1 pas d'accent1 pas de vrai regret4 ,le sujet tait beau cependant4 ,quand donc interdira-t-on les grands sujets aux petits talents8 ,il y avait dans les temples de l'antiquit certains vases sacrs qui ne pouvaient tre ports par des mains profanes4 ,et en effet1 quoi de plus vaste pour le pote1 et de plus fcond que cette vie pieuse et guerrire1 qui embrasse tant de dplorables vnements1 que cette mort hroque et chrtienne1 qui entrane tant de fatales consquences8 ,un noble triomphe est rserv au grand crivain qui nous retracera et la trop courte carrire et le caractre chevaleresque de celui qui sera peut-tre le dernier descendant de ,louis ,,xiv4 ,ce prince1 repouss ds l'adolescence du sol de la patrie1 fit avant l'ge le rude apprentissage du casque et de l'pe4 ,les premires et longtemps les seules prrogatives qu'il dut son rang auguste furent l'exil et la proscription4 ,passant d'un palais dans un camp1 tantt accueilli sous les tentes de l',autriche1 tantt errant sur les flottes de l',angleterre1 il fut1 durant bien des annes1 avec toute son illustre famille1 un clatant exemple de l'inconstance de la fortune et de l'ingratitude des hommes4 ,longtemps1 ml des chefs trangers1 il eut combattre des soldats qui taient ns pour servir sous lui2 mais du moins sa constance et sa bravoure ne dmentirent jamais le sang et le nom de ses aeux4 ,il fut le digne lve de l'hritier des ,cond1 exil comme lui1 le digne capitaine de la vieille troupe des gentilshommes proscrits avec leurs rois4 ,dans ces temps de guerres1 le pain des soldats valait ses yeux les festins des princes1 et1 dfaut de couche royale1 il savait conqurir le jour le canon sur lequel il devait reposer la nuit4 ,revenu enfin parmi les peuples que gouvernaient ses pres1 il n'tait pas rserv jouir paisiblement de ce bonheur qu'une auguste union semblait devoir rendre durable pour lui1 et ternel pour notre postrit4 ,hlas6 aprs quatre ans d'une vie simple et bienfaisante1 le plus jeune des derniers ,bourbons1 entour de l'amour et des esprances de la nation1 est tomb sous le poignard d'un franais1 poignard que n'a pu rencontrer sur son passage1 durant les onze annes de son ombrageuse tyrannie1 un corse gard par un mameluck6 ,ce loyal enfant du ,barnais1 destin sans doute commander notre brave et fidle arme1 promis peut-tre aux hroques plaines de la ,vende1 est mort la fleur et dans la force de l'ge1 sans avoir mme eu la consolation d'expirer1 comme paminondas1 tendu sur son bouclier4 ,et quand l'historien d'une si noble vie aura rappel le dernier pardon et les derniers adieux1 il sera de son devoir de remonter1 ou plutt de descendre aux causes et aux auteurs de cet abominable forfait4 ,qu'il coute alors pour dvoiler des trames tnbreuses1 qu'il coute la ,france dsespre1 elle criera1 comme l'impratrice romaine3 ,je reconnais les coups6 ,nous ne nous livrerons pas ici une discussion qui outrepasserait nos forces2 mais nous pensons qu'il est des questions graves et importantes que doit rsoudre l'historien du duc de ,berry assassin1 au sujet du misrable auteur de cet attentat4 ,louvel est-il un fanatique8 de quelle espce est son fanatisme8 appartient-il la classe des assassins exalts et dsintresss comme les ,sand1 les ,ravaillac et les ,clment8 ,n'est-il pas plutt de ces gens qui l'on paye leur fanatisme1 en ajoutant la rcompense convenue des assurances de protection et de salut8444 ,nous nous arrtons ces mots4 ,on n'a plus droit aujourd'hui de s'tonner des choses les plus inoues4 ,nous voyons d'excrables sclrats taler aux yeux de l',europe leur impunit1 plus monstrueuse peut-tre que leurs crimes1 et leur audace plus effrayante encore que leur impunit4 ,il faudra de plus que1 pour remplir entirement son objet1 celui de nos crivains clbres qui crira l'histoire de ,m4 le duc de ,berry1 se charge d'un autre devoir1 humiliant sans doute1 mais nanmoins indispensable2 je veux dire qu'il aura dfendre l'hroque mmoire du prince contre les insinuations perfides et les calomnies atroces dont la faction ennemie des trnes lgitimes s'efforce dj de la noircir4 ,en d'autres temps1 un pareil soin et t injurieux pour le royal dfunt1 dont la bont1 la bravoure et la franchise ne sont comparables qu'aux vertus du grand ,henri4 ,mais aujourd'hui qu'une faction rgicide encense les plus abominables idoles1 ne sommes-nous pas forcs chaque jour1 nous autres1 les vrais libraux et les vrais royalistes1 de dfendre contre ses impudentes dclamations les plus nobles gloires1 les rputations les plus pures1 les plus irrprochables renommes8 ,n'avons-nous pas chaque jour venger de nouvelles insultes les ,pichegru ou les ,cathelineau1 les ,moreau ou les ,la ,rochejaquelein8 ,et1 chaque nouvelle attaque porte ces hommes illustres1 nous recommenons notre pnible plaidoyer1 sans mme esprer qu'une voix pleine d'une indignation gnreuse nous interrompra en criant comme cet homme de l'ancienne ,grce3 ,qui donc ose outrager ,alcide8 #a3 ,nous avons cru devoir rimprimer textuellement tout ce morceau1 enfoui sans signature dans un recueil oubli1 d'o rien ne nous forait le tirer4 ,mais il nous a sembl qu'il y avait quelque chose d'instructif1 pour les passions politiques d'une poque1 dans le spectacle des passions politiques d'une autre poque4 ,dans le morceau qu'on va lire1 la douleur va jusqu' la rage1 l'loge jusqu' l'apothose1 l'exagration dans tous les sens jusqu' la folie4 ,tel tait en #ahbj l'tat de l'esprit d'un jeune jacobite de dix-sept ans1 bien dsintress1 certes1 et bien convaincu4 ,leon1 nous le rptons1 pour tous les fanatismes politiques4 ,il y a encore beaucoup de passages dans ce volume auxquels nous prions le lecteur d'appliquer cette note4 ,avril #ahbj4 ,il a paru ces jours-ci un recueil de ,lettres de ,mme de ,graffigny sur ,voltaire et sur ,ferney4 ,cet ouvrage tient beaucoup moins que ne promet son titre4 ,le nom de ,voltaire1 plac en tte d'un livre quelconque1 inspire une curiosit vive et tellement tendue dans ses dsirs1 qu'il est bien difficile de la satisfaire4 ,il semble que la vie prive de ,voltaire devrait offrir au lecteur une foule de dtails pleins d'agrment et d'intrt1 si le caractre de cet crivain extraordinaire tait reproduit par une peinture fidle avec toute sa mobilit originale et ses brusques ingalits4 ,il semble encore que le pinceau fin et dlicat d'une femme serait plus que tout autre capable de saisir cette foule de nuances varies dont se compose la physionomie morale de l'homme universel1 surtout dans sa liaison avec l'imprieuse marquise du ,chtelet4 ,il aurait t piquant et peut-tre plus facile une femme qu' un homme de dbrouiller les causes de cet attachement bizarre1 qui rendit un homme de gnie esclave d'une femme d'esprit1 et rsista si longtemps aux tracasseries fatigantes1 aux violentes querelles que faisaient natre inopinment et toute heure l'irascibilit de l'un et l'orgueil de l'autre4 ,si la collection des lettres de ,voltaire sa respectable milie n'avait t dtruite1 nous pourrions esprer encore d'obtenir le mot de cette nigme2 car les lettres de ,mme de ,graffigny ne nous prsentent sous ce rapport aucun aperu satisfaisant4 ,il faut le dire et le croire pour son honneur1 l'auteur des ,lettres pruviennes n'avait sans doute pas crit ces lettres sur ,cirey avec l'ide qu'elles seraient imprimes un jour4 ,on ne doit pas savoir beaucoup de gr l'diteur d'avoir extrait ce manuscrit du portefeuille de ,m4 de ,boufflers4 ,mme de ,graffigny n'a pas le talent d'observer1 et surtout d'observer les grands hommes4 ,son style1 au moins insipide1 gte l'intrt de son sujet4 ,mme de ,graffigny1 arrive ,cirey en #agch1 adresse son ami ,m4 ,devaux1 lecteur du roi ,stanislas de ,pologne1 ses rflexions sur les habitants de ce chteau4 ,m4 ,devaux1 qu'elle appelle dans l'intimit de sa correspondance ,pampan et quelquefois ,pampichon par un redoublement de tendresse1 reoit ses confidences sur ,voltaire et sa marquise1 qu'elle dsigne par plusieurs sobriquets1 tous plus fades les uns que les autres1 ,atys1 ton idole1 ,dorothe1 etc4 ,elle lui transmet en style niais et prcieux un journal dtaill de toutes ses occupations4 ,a-t-elle vu le lever du jour8 elle a assist la toilette du soleil4 ,je suis1 dit-elle ,m4 ,devaux1 bien jolie de t'crire1 etc41 etc4 ,on aurait cependant tort de rejeter tout fait ce livre2 parmi beaucoup de redites et de dtails pleins de mauvais got1 les ,lettres de ,mme de ,graffigny renferment des faits curieux et ignors2 et les morceaux indits de ,voltaire1 qui compltent le volume1 suffiraient pour mriter l'attention4 ,plusieurs de ces cinquante ptres prsentent un haut intrt2 elles sont adresses presque toutes des personnages minents du dernier sicle1 tels que les duchesses du ,maine et d',aiguillon1 les ducs de ,richelieu et de ,praslin1 le chancelier d',aguesseau1 le prsident ,hnault1 etc4 ,les lettres la duchesse du ,maine en particulier forment une correspondance entirement indite et vraiment charmante et curieuse4 ,il y a encore dans cette collection une ptre au pape ,benot ,,xiv1 crite en italien1 et sign il devotissimo ,voltaire4 ,cela veut dire le trs dvot ou le trs dvou1 peut-tre l'un et l'autre1 et coup sr ni l'un ni l'autre4 ,puisque vous voulez des citations1 voici un billet assez joli de forme et de tournure1 adress au comte de ,choiseul alors ministre4 ,vous reconnatrez dans ce peu de mots la touche de cet homme toujours plein d'ides neuves et piquantes2 il tait difficile d'chapper d'une manire plus originale aux formules banales et crmonieuses des recommandations de cour4 ,permettez que je vous informe de ce qui vient de m'arriver avec ,m4 ,makartney1 gentilhomme anglais trs jeune et pourtant trs sage2 trs instruit1 mais modeste2 fort riche et fort simple2 et qui criera bientt au parlement mieux qu'un autre4 ,il m'a ni que vous eussiez des bonts pour moi4 ,je me suis chauff1 je me suis vant de votre protection2 il m'a rpondu que si je disais vrai1 je prendrais la libert de vous crire2 j'ai les passions vives4 ,pardonnez1 monseigneur1 au zle1 l'attachement et au profond respect du vieux montagnard4 ,le vieux suisse libre est bon courtisan1 comme on voit4 ,vous retrouverez dans la plupart des autres lettres la gat communicative1 la vivacit et souvent la tmrit de jugement1 la flatterie adroite1 la raillerie tantt douce et tantt mordante1 auxquelles on reconnat la touche inimitable de ,voltaire prosateur4 ,parmi le petit nombre de pices de vers1 mles aux morceaux de prose1 la suivante1 adresse la fameuse ,mlle ,raucourt1 n'a jamais t imprime3 ,raucourt1 tes talents enchanteurs ,chaque jour te font des conqutes2 ,tu fais soupirer tous les coeurs1 ,tu fais tourner toutes les ttes4 ,tu joins au prestige de l'art ,le charme heureux de la nature1 ,et la victoire toujours sre ,se range sous ton tendard4 ,es-tu ,didon1 es-tu ,monime1 ,avec toi nous versons des pleurs2 ,nous gmissons de tes malheurs ,et du sort cruel qui t'opprime4 ,l'art d'attendrir et de charmer ,a par ta brillante aurore2 ,mais ton coeur est fait pour aimer1 ,et ton coeur ne dit rien encore4 ,dfends ce coeur du vain dsir ,de richesse et de renomme2 ,l'amour seul donne le plaisir1 ,et le plaisir est d'tre aime4 ,dj l'amour brille en tes yeux1 ,il natra bientt dans ton me2 ,bientt un mortel amoureux ,te fera partager sa flamme4 ,heureux6 trop heureux cet amant ,pour qui ton coeur deviendra tendre1 ,si tu gotes le sentiment ,comme tu sais si bien le rendre6 ,de jolis vers sans doute4 ,j'avoue pourtant que j'ai peu de sympathie pour cette espce de posie4 ,j'aime mieux ,homre4 ,,sur ,,un ,,po,,te ,,apparu ,,en #ahbj ,mai #ahbj4 ,i ,vous en rirez1 gens du monde1 vous hausserez les paules1 hommes de lettres1 mes contemporains1 car1 je je vous le dis entre nous1 il n'en est peut-tre pas un de vous qui comprenne ce que c'est qu'un pote4 ,le rencontrera-t-on dans vos palais8 ,le trouvera-t-on dans vos retraites8 ,et d'abord1 pour ce qui regarde l'me du pote1 la premire condition n'est-elle pas1 comme l'a dit une bouche loquente1 de n'avoir jamais calcul le prix d'une bassesse ou le salaire d'un mensonge8 ,potes de mon sicle1 cet homme-l se voit-il parmi vous8 ,est-il dans vos rangs l'homme qui possde l'os magna sonaturum1 la bouche capable de dire de grandes choses1 le ferrea vox1 la voix de fer8 l'homme qui ne flchira pas devant les caprices d'un tyran ou les fureurs d'une faction8 ,n'avez-vous pas t tous1 au contraire1 semblables aux cordes de la lyre1 dont le son varie quand le temps change4 ,,ii ,franchement1 on trouvera parmi vous des affranchis1 prts invoquer la licence aprs avoir difi le despotisme2 des transfuges1 prts flatter le pouvoir aprs avoir chant l'anarchie1 et des insenss qui ont bais hier des fers illgitimes1 et1 comme le serpent de la fable1 veulent aujourd'hui briser leurs dents sur le frein des lois2 mais on n'y dcouvrira pas un pote4 ,car1 pour ceux qui ne prostituent pas les titres1 sans un esprit droit1 sans un coeur pur1 sans une me noble et leve1 il n'est point de vritable pote4 ,tenez-vous cela pour dit1 non pas en mon nom1 car je ne suis rien1 mais au nom de tous les gens qui raisonnent1 et qui pensent--je veux bien ne choisir mon exemple que dans l'antiquit--que ces mots3 ,dulce et decorum est pro patria mori1 sonnent mal dans la bouche d'un fuyard4 ,je l'avouerai donc1 j'ai cherch jusqu'ici autour de moi un pote1 et je n'en ai pas rencontr2 de l1 il s'est form dans mon imagination un modle idal que je voudrais dpeindre1 et1 comme ,milton aveugle1 je suis tent quelquefois de chanter ce soleil que je ne vois pas4 ,,iii ,l'autre jour1 j'ouvris un livre qui venait de paratre1 sans nom d'auteur1 avec ce simple titre1 ,mditations potiques4 ,c'taient des vers4 ,je trouvai dans ces vers quelque chose d',andr de ,chnier4 ,continuant les feuilleter1 j'tablis involontairement un parallle entre l'auteur de ce livre et le malheureux pote de la ,jeune ,captive4 ,dans tous les deux1 mme originalit1 mme fracheur d'ides1 mme luxe d'images neuves et vraies2 seulement l'un est plus grave et mme plus mystique dans ses peintures2 l'autre a plus d'enjouement1 plus de grce1 avec beaucoup moins de got et de correction4 ,tous deux sont inspirs par l'amour4 ,mais dans ,chnier ce sentiment est toujours profane2 dans l'auteur que je lui compare1 la passion terrestre est presque toujours pure par l'amour divin4 ,le premier s'est tudi donner sa muse les formes simples et svres de la muse antique2 le second1 qui a souvent adopt le style des pres et des prophtes1 ne ddaigne pas de suivre quelquefois la muse rveuse d',ossian et les desses fantastiques de ,klopstock et de ,schiller4 ,enfin1 si je comprends bien des distinctions1 du reste assez insignifiantes1 le premier est romantique parmi les classiques1 le second est classique parmi les romantiques4 ,,iv ,voici donc enfin des pomes d'un pote1 des posies qui sont de la posie6 ,je lus en entier ce livre singulier2 je le relus encore1 et1 malgr les ngligences1 le nologisme1 les rptitions et l'obscurit que je pus quelquefois y remarquer1 je fus tent de dire l'auteur3 --,courage1 jeune homme6 vous tes de ceux que ,platon voulait combler d'honneurs et bannir de sa rpublique4 ,vous devez vous attendre aussi vous voir bannir de notre terre d'anarchie et d'ignorance1 et il manquera votre exil le triomphe que ,platon accordait du moins au pote1 les palmes1 les fanfares et la couronne de fleurs4 ,,th,,atre ,i ,on nomme action au thtre la lutte de deux forces opposes4 ,plus ces forces se contre-balancent1 plus la lutte est incertaine1 plus il y a alternative de crainte ou d'esprance1 plus il y a d'intrt4 ,il ne faut pas confondre cet intrt qui nat de l'action avec une autre sorte d'intrt que doit inspirer le hros de toute tragdie1 et qui n'est qu'un sentiment de terreur1 d'admiration ou de piti4 ,ainsi1 il se pourrait trs bien que le principal personnage d'une pice excitt de l'intrt1 parce que son caractre est noble et sa situation touchante1 et que la pice manqut d'intrt1 parce qu'il n'y aurait point d'alternative de crainte et d'esprance4 ,si cela n'tait pas1 plus une situation terrible serait prolonge1 plus elle serait belle1 et le sublime de la tragdie serait le comte ,ugolin enferm dans une tour avec ses fils pour y mourir de faim2 scne de terreur monotone qui n'a pu russir1 mme en ,allemagne1 pays de penseurs profonds1 attentifs et fixes4 ,,ii ,dans une oeuvre dramatique1 quand l'incertitude des vnements ne nat plus que de l'incertitude des caractres1 ce n'est plus la tragdie par force1 mais la tragdie par faiblesse4 ,c'est1 si l'on veut1 le spectacle de la vie humaine2 les grands effets par les petites causes2 ce sont des hommes2 mais au thtre1 il faut des anges ou des gants4 ,,iii ,il y a des potes qui inventent des ressorts dramatiques1 et ne savent pas ou ne peuvent pas les faire jouer1 semblables cet artisan grec qui n'eut pas la force de tendre l'arc qu'il avait forg4 ,,iv ,l'amour au thtre doit toujours marcher en premire ligne1 au-dessus de toutes les vaines considrations qui modifient d'ordinaire les volonts et les passions des hommes4 ,il est la plus petite des choses de la terre1 s'il n'en est la plus grande4 ,on objectera que1 dans cette hypothse1 le ,cid ne devrait point se battre avec don ,gormas4 ,eh6 point du tout4 ,le ,cid connat ,chimne2 il aime mieux encourir sa colre que son mpris1 parce que le mpris tue l'amour4 ,l'amour1 dans les grandes mes1 c'est une estime cleste4 ,v ,il est remarquer que le dnoment de ,mahomet est plus manqu qu'on ne le croit gnralement4 ,il suffit1 pour s'en convaincre1 de le comparer avec celui de ,britannicus4 ,la situation est semblable4 ,dans les deux tragdies1 c'est un tyran qui perd sa matresse au moment o il croit s'en tre assur la possession4 ,la pice de ,racine laisse dans l'me une impression triste1 mais qui n'est pas sans quelque consolation1 parce que l'on sent que ,britannicus est veng1 et que ,nron n'est pas moins malheureux que ses victimes4 ,il semble qu'il devrait en tre de mme dans ,voltaire2 cependant le coeur1 qui ne se trompe pas1 reste abattu2 et en effet ,mahomet n'est nullement puni4 ,son amour pour ,palmire n'est qu'une petitesse dans son caractre et qu'un moyen drisoire dans l'action4 ,lorsque le spectateur voit cet homme songer sa grandeur au moment o sa matresse se poignarde sous ses yeux1 il sent bien qu'il ne l'a jamais aime1 et qu'avant deux heures il se sera consol de sa perte4 ,le sujet de ,racine est mieux choisi que celui de ,voltaire4 ,pour le pote tragique1 il y a une profonde et radicale diffrence entre l'empereur romain et le chamelier-prophte4 ,nron peut tre amoureux1 ,mahomet non4 ,nron1 c'est un phallus2 ,mahomet1 c'est un cerveau4 ,,vi ,le propre des sujets bien choisis est de porter leur auteur3 ,brnice n'a pu faire tomber ,racine2 ,lamotte n'a pu faire tomber ,ins4 ,,vii ,la diffrence qui existe entre la tragdie allemande et la tragdie franaise provient de ce que les auteurs allemands voulurent crer tout d'abord1 tandis que les franais se contentrent de corriger les anciens4 ,la plupart de nos chefs-d'oeuvre ne sont parvenus au point o nous les voyons qu'aprs avoir pass par les mains des premiers hommes de plusieurs sicles4 ,voil pourquoi il est si injuste de s'en faire un titre pour craser les productions originales4 ,la tragdie allemande n'est autre chose que la tragdie des grecs1 avec les modifications qu'a d y apporter la diffrence des poques4 ,les grecs aussi avaient voulu faire concourir le faste de la scne aux jeux du thtre2 de l1 ces masques1 ces choeurs1 ces cothurnes2 mais1 comme chez eux les arts qui tiennent des sciences taient dans le premier tat d'enfance1 ils furent bientt ramens cette simplicit que nous admirons4 ,voyez dans ,servius ce qu'il fallait faire pour changer une dcoration sur le thtre des anciens4 ,au contraire1 les auteurs allemands1 arrivant au milieu de toutes les inventions modernes1 se servirent des moyens qui taient leur porte pour couvrir les dfauts de leurs tragdies4 ,lorsqu'ils ne pouvaient parler au coeur1 ils parlrent aux yeux4 ,heureux s'ils avaient su se renfermer dans de justes bornes6 ,voil pourquoi la plupart des pices allemandes ou anglaises qu'on transporte sur notre scne produisent moins d'effet que dans l'original2 on leur laisse des dfauts qui tiennent aux plans et aux caractres1 et on leur te cette pompe thtrale qui en est la compensation4 ,mme de ,stal attribue encore une autre raison la prminence des auteurs franais sur les auteurs allemands1 et elle a observ juste4 ,les grands hommes franais taient runis dans le mme foyer de lumires2 et les grands hommes allemands taient dissmins comme dans des patries diffrentes4 ,il en est de deux hommes de gnie comme des deux fluides sur la batterie2 il faut les mettre en contact pour qu'ils vous donnent la foudre4 ,,viii ,on peut observer qu'il y a deux sortes de tragdies2 l'une qui est faite avec des sentiments1 l'autre qui est faite avec des vnements4 ,la premire considre les hommes sous le point de vue des rapports tablis entre eux par la nature2 la seconde1 sous le point de vue des rapports tablis entre eux par la socit4 ,dans l'une1 l'intrt nat du dveloppement d'une des grandes affections auxquelles l'homme est soumis par cela mme qu'il est homme1 telles que l'amour1 l'amiti1 l'amour filial et paternel2 dans l'autre1 il s'agit toujours d'une volont politique applique la dfense ou au renversement des institutions tablies4 ,dans le premier cas1 le personnage est videmment passif1 c'est--dire qu'il ne peut se soustraire l'influence des objets extrieurs2 un jaloux ne peut s'empcher d'tre jaloux1 un pre ne peut s'empcher de craindre pour son fils2 et peu importe comment ces impressions sont amenes1 pourvu qu'elles soient intressantes2 le spectateur appartient toujours ce qu'il craint ou ce qu'il dsire4 ,dans le second cas1 au contraire1 le personnage est essentiellement actif1 parce qu'il n'a qu'une volont immuable1 et que la volont ne peut se manifester que par des actions4 ,on peut comparer ces deux tragdies1 l'une une statue que l'on taille dans le bloc1 l'autre une statue que l'on jette en fonte4 ,dans le premier cas1 le bloc existe1 il lui suffit pour devenir la statue d'tre soumis une influence extrieure2 dans le second1 il faut que le mtal ait en lui-mme la facult de parcourir le moule qu'il doit remplir4 ,a mesure que toutes les tragdies se rapprochent plus ou moins de ces deux types1 elles participent plus ou moins de l'un ou de l'autre2 il faut une forte constitution aux tragdies de tte pour se soutenir2 les tragdies de coeur ont peine besoin de s'astreindre un plan4 ,voyez ,mahomet et le ,cid4 ,,ix ,e4--vient d'crire ceci aujourd'hui #bg avril #ahai3 ,en gnral1 une chose nous a frapps dans les compositions de cette jeunesse qui se presse maintenant sur nos thtres3 ils en sont encore se contenter facilement d'eux-mmes4 ,ils perdent ramasser des couronnes un temps qu'ils devraient consacrer de courageuses mditations4 ,ils russissent1 mais leurs rivaux sortent joyeux de leurs triomphes4 ,veillez6 veillez6 jeunes gens1 recueillez vos forces1 vous en aurez besoin le jour de la bataille4 ,les faibles oiseaux prennent leur vol tout d'un trait2 les aigles rampent avant de s'lever sur leurs ailes4 ,,fantaisie ,fvrier #ahai4 ,ce que je veux1 c'est ce que tout le monde veut1 ce que tout le monde demande1 c'est--dire du pouvoir pour le roi et des garanties pour le peuple4 ,et1 en cela1 je suis bien diffrent de certains honntes gens de ma connaissance1 qui professent hautement la mme maxime1 et qui1 lorsqu'on en vient aux applications1 se trouvent n'en vouloir rellement1 les uns qu'une moiti1 les autres qu'une autre1 c'est--dire les uns qu'un peu de despotisme1 et les autres que beaucoup de licence1 peu prs comme feu mon grand-oncle1 qui avait sans cesse la bouche le fameux prcepte de l'cole de ,salerne3 manger peu1 mais souvent2 mais qui n'en admettait que la premire partie pour l'usage de la maison4 ,fvrier #ahai4 ,l'autre jour je trouvai dans ,cicron ce passage3 ,et il faut que l'orateur1 en toutes circonstances1 sache prouver le pour et le contre4 ,in omni causa duas contrarias orationes explicari4 ,eh6 dis-je1 c'est justement ce qu'il faut dans un sicle o l'on a dcouvert deux sortes de consciences1 celle du coeur et celle de l'estomac4 ,voil pour la conscience de l'orateur selon ,cicron1 vir probus dicendi peritus4 ,pour ce qui est de ses moeurs1--ce que j'en cris ici n'est que pour l'instruction de la jeunesse de nos collges1--on connat la simplicit des moeurs antiques4 ,nous n'avons aucune raison de croire que les orateurs fissent autrement que les guerriers4 ,aprs qu',achille et ,patrocle ont tant pleur ,brisis1 ,achille1 dit madame ,dacier1 conduit vers sa tente la belle ,diomde1 fille du sage ,phorbas1 et ,patrocle s'abandonne au doux sommeil entre les bras de la jeune ,iphis1 amene captive de ,scyros4 ,c'est comme ,ptrarque1 qui1 aprs avoir perdu ,laure1 mourut de douleur soixante-dix ans1 en laissant un fils et une fille4 ,et ,athnes1 o les pres envoyaient leurs fils l'cole chez ,aspasie1 ,athnes1 cette ville de la politesse et de l'loquence3--,qu'as-tu fait des cent cus que t'a valus le soufflet que tu reus l'autre jour de ,midias en plein thtre8 criait ,eschine ,dmosthne4--,eh quoi6 athniens1 vous voulez couronner le front qui s'corche lui-mme dessein d'intenter des accusations lucratives aux citoyens8 ,en vrit1 ce n'est pas une tte que porte cet homme sur ses paules1 c'est une ferme4 ,que dirai-je du barreau romain8 des honntets que se faisaient mutuellement les ,scaurus et les ,catulus1 en prsence de toute la canaille de ,rome assemble8 ,on ne m'coute pas1 je suis ,cassandre1 criait ,sextius4 ,je ne suis pas assez sur de n'tre jamais lu que par des hommes pour rapporter la sanglante rplique de ,marc-,antoine4 ,et au triomphe de ,csar1 qui tait aussi un orateur3 ,citoyens1 cachez vos femmes6 chantaient ses propres soldats4 ,urbani1 claudite uxores1 moechum caluum adducimus4 ,je saisis cette occasion pour dclarer que je me repens bien sincrement de n'tre pas n dans les sicles antiques2 je compte mme crire contre mon sicle un gros livre dont mon libraire vous prie1 en passant1 monsieur1 de vouloir bien lui prendre quelques petites souscriptions4 ,et1 en effet1 ce devait tre un bien beau temps que celui o1 quand le peuple avait faim1 on l'apaisait avec une fable longue1 et plate1 qui pis est6 ,o tempora6 mores6 vont leur tour s'crier nos ministres4 ,et o1 monsieur1 pourvu que l'on ne ft ni borgne1 ni bossu1 ni boiteux1 ni bancal1 ni aveugle2 ,pourvu1 d'ailleurs1 que l'on ne ft ni trop faible ni trop puissant1 ni trop mchant homme1 ni trop homme de bien2 ,et surtout1 ce qui tait de rigueur1 pourvu que l'on et la prcaution de ne point btir sa maison sur une butte2 ,alors1 dis-je1 en tant que l'on ne ft point emport par la lpre ou par la peste1 on pouvait raisonnablement esprer de mourir tranquillement dans son lit2 ce qui1 la vrit1 n'est gure hroque2 ,et o1 monsieur1 pour peu que l'on se sentit tant soit peu grand homme1--comme vous et moi1 monsieur1--c'est--dire que l'on et le noble dsir d'tre utile la patrie par quelque action vaillante ou quelque invention merveilleuse1--dsir qui1 comme on sait1 n'engage rien1--alors1 monsieur1 il n'y avait rien aussi quoi un honnte citoyen ne pt raisonnablement prtendre1 qui sait8 peut-tre mme tre pendu comme ,phocion1 ou1 comme ,duilius1 l'accrocheur de vaisseaux1 tre conduit par la ville avec une flte et deux lanternes1 peu prs comme de nos jours l'ne savant4 ,avril #ahai4 ,il pourrait1 mon sens1 jaillir des rflexions utiles de la comparaison entre les romans de ,le ,sage et ceux de ,walter ,scott1 tous deux suprieurs dans leur genre4 ,le ,sage1 ce me semble1 est plus spirituel1 ,walter ,scott est plus original2 l'un excelle raconter les aventures d'un homme1 l'autre mle l'histoire d'un individu la peinture de tout un peuple1 de tout un sicle2 le premier se rit de toute vrit de lieux1 de moeurs1 d'histoire2 le second1 scrupuleusement fidle cette vrit mme1 lui doit l'clat magique de ses tableaux4 ,dans tous les deux1 les caractres sont tracs avec art2 mais dans ,walter ,scott ils paraissent mieux soutenus1 parce qu'ils sont plus saillants1 d'une nature plus frache et moins polie4 ,le ,sage sacrifie souvent la conscience de ses hros au comique d'une intrigue2 ,walter ,scott donne ses hros des mes plus svres2 leurs principes1 leurs prjugs mme ont quelque chose de noble en ce qu'ils ne savent point plier devant les vnements4 ,on s'tonne1 aprs avoir lu un roman de ,le ,sage1 de la prodigieuse varit du plan2 on s'tonne encore plus1 en achevant un roman de ,scott1 de la simplicit du canevas2 c'est que le premier met son imagination dans les faits1 et le second dans les dtails4 ,l'un peint la vie1 l'autre peint le coeur4 ,enfin1 la lecture des ouvrages de ,le ,sage donne1 en quelque sorte1 l'exprience du sort2 la lecture de ceux de ,walter ,scott donne l'exprience des hommes4 ,c'tait un homme merveilleux et aussi grotesque qu'il y en ait jamais eu dans le peuple latin4 ,il mettait ses collections dans ses chaussons1 et quand1 dans l'ardeur de la dispute1 nous lui contestions quelque chose1 il appelait son valet3--,hem1 hem1 hem1 ,dave1 apporte-moi le chausson de la temprance1 le chausson de la justice1 ou le chausson de ,platon1 ou celui d',aristote1--selon les matires qui taient mises sur le tapis4 ,cent choses de cette sorte me faisaient rire de tout mon coeur1 et j'en ris encore prsent comme si j'tais mme4 ,les savants chaussons de ,giraldo ,giraldi mritaient1 certes1 d'tre aussi clbres que la perruque de ,kant1 laquelle s'est vendue #cj1jjj florins la mort du philosophe1 et n'a plus t paye que #a1bjj cus la dernire foire de ,leipzick2 ce qui prouverait1 mon sens1 que l'enthousiasme pour ,kant et son idologie diminue en ,allemagne4 ,cette perruque1 dans les variations de son prix1 pourrait tre considre comme le thermomtre des progrs du systme de ,kant4 ,avril #ahbj4 ,l'anne littraire s'annonce mdiocrement4 ,aucun livre important1 aucune parole forte2 rien qui enseigne1 rien qui meuve4 ,il serait temps cependant que quelqu'un sortt de la foule1 et dt3 me voil6 ,il serait temps qu'il part un livre ou une doctrine1 un ,homre ou un ,aristote4 ,les oisifs pourraient du moins se disputer1 cela les drouillerait4 ,mais que faire de la littrature de #ahbj1 encore plus plate que celle de #ahaj1 et plus impardonnable1 puisqu'il n'y a plus l de ,napolon pour rsorber tous les gnies et en faire des gnraux8 ,qui sait8 ,ney1 ,murat et ,davout auraient peut-tre t de grands potes4 ,ils se battaient comme on voudrait crire4 ,pauvre temps que le ntre6 ,force vers1 point de posie2 force vaudevilles1 point de thtre4 ,talma1 voil tout4 ,j'aimerais mieux ,molire4 ,on nous promet le ,monastre1 nouveau roman de ,walter ,scott4 ,tant mieux1 qu'il se hte1 car tous nos faiseurs semblent possds de la rage des mauvais romans4 ,j'en ai l une pile que je n'ouvrirai jamais1 car je ne serais pas sr d'y trouver seulement ce que le chien dont parle ,rabelais demandait en rongeant son os3 rien qu'ung peu de moulle4 ,l'anne littraire est mdiocre1 l'anne politique est lugubre4 ,m4 le duc de ,berry poignard l',opra1 des rvolutions partout4 ,m4 le duc de ,berry1 c'est la tragdie4 ,voici la parodie maintenant4 ,une grande querelle politique vient de s'mouvoir1 ces jours-ci1 propos de ,m4 ,decazes4 ,m4 ,donnadieu contre ,m4 ,decazes4 ,m4 d',argout contre ,m4 ,donnadieu4 ,m4 ,clausel de ,coussergues contre ,m4 d',argout4 ,m4 ,decazes s'en mlera-t-il enfin lui-mme8 ,toutes ces batailles nous rappellent les anciens temps o de preux chevaliers allaient provoquer dans son fort quelque gant flon4 ,au bruit du cor un nain paraissait4 ,nous avons dj vu plusieurs nains apparatre2 nous n'attendons plus que le gant4 ,le fait politique de l'anne #ahbj1 c'est l'assassinat de ,m4 le duc de ,berry2 le fait littraire1 c'est je ne sais quel vaudeville4 ,il y a trop de disproportion4 ,quand donc ce sicle aura-t-il une littrature au niveau de son mouvement social1 des potes aussi grands que ses vnements8 ,c'est sans doute par une conviction intime de mon ignorance que je tremble l'approche d'une tte savante et que je recule l'aspect d'un livre rudit4 ,quand le talent de critique se trouva dans mon cerveau1 je savais tout juste assez de latin pour entendre ce que signifiait genus irritabile1 et j'avais tout juste assez d'esprit et d'exprience pour comprendre que cette qualification s'applique au moins aussi bien aux savants qu'aux potes4 ,me voyant donc forc d'exercer mon talent de critique sur l'une ou l'autre de ces deux classes constituantes du genus irritabile1 je me promis bien de n'tablir jamais ma juridiction que sur la dernire1 parce qu'elle est rellement la seule qui ne puisse dmontrer l'ineptie ou l'ignorance d'un critique4 ,vous dites un pote tout ce qui vous passe par la tte1 vous lui dictez des arrts1 vous lui inventez des dfauts4 ,s'il se fche1 vous citez ,aristote1 ,quintilien1 ,longin1 ,horace1 ,boileau4 ,s'il n'est pas tourdi de tous ces grands noms1 vous invoquez le got2 qu'a-t-il rpondre8 ,le got est semblable ces anciennes divinits paennes qu'on respectait d'autant plus qu'on ne savait o les trouver1 ni sous quelle forme les adorer4 ,il n'en est pas de mme avec les savants4 ,ce sont gens1 comme disait ,laclos1 qui ne se battent qu' coups de faits2 et il est fort dsagrable pour un grave journaliste1 lequel n'a ordinairement d'un rudit que le pdantisme1 de se voir rendre1 par quelque savant irrit1 les coups de frule qu'il lui avait administrs tourdiment4 ,joignez cela qu'il n'y a rien de terrible comme la colre d'un savant attaqu sur son terrain favori4 ,cette espce d'hommes-l ne sait dire d'injures que par in-folio2 il semble que la langue ne leur fournisse point de termes assez forts pour exprimer leur indignation4 ,visdelou1 cet amant platonique de la ,lexicologie1 raconte1 dans son ,supplment la bibliothque orientale1 que l'impratrice chinoise ,uu-,heu commit plusieurs crimes1 tels que d'assassiner son mari1 son frre1 ses fils2 mais un surtout qu'il appelle un attentat inou1 c'est d'avoir ordonn1 au mpris de toutes les lois de la grammaire1 qu'on l'appelt empereur et non impratrice4 ,tout le monde a entendu parler de ,jean ,alary1 l'inventeur de la pierre philosophale des sciences1 voici quelques dtails sur cet homme clbre pour le peintre qui se proposera de faire son portrait3 ,alary portait au milieu de la cour mme une longue et paisse barbe1 un chapeau d'une forme haute et carre qui n'tait pas celle du temps1 et un long manteau doubl de longue peluche qui lui descendait plus bas que les talons1 et qu'il portait mme souvent pendant les grandes chaleurs de l't1 ce qui le distinguait des autres hommes1 et le faisait connatre du peuple1 qui l'appelait hautement le philosophe crott1 de quoi1 dit ,colletet1 sa modestie ne s'offensait jamais4 ,colletet appelait ,alary le philosophe crott1 ,boileau appelait ,colletet le pote crott4 ,c'est qu'alors l'esprit et le savoir1 ces deux dmons si redouts aujourd'hui1 taient de fort pauvres diables4 ,aujourd'hui ce qui salit le pote et le philosophe1 ce n'est pas la pauvret1 c'est la vnalit2 ce n'est pas la crotte1 c'est la boue4 ,on considre maintenant en ,france1 et avec raison1 comme le compltement ncessaire d'une ducation lgante1 une certaine facilit manier ce qu'on est convenu d'appeler le style pistolaire4 ,en effet1 le genre auquel on donne ce nom--s'il est vrai que ce soit un genre--est dans la littrature comme ces champs du domaine public que tout le monde est en droit de cultiver4 ,cela vient de ce que le genre pistolaire tient plus de la nature que de l'art4 ,les productions de cette sorte sont1 en quelque faon1 comme les fleurs1 qui croissent d'elles-mmes1 tandis que toutes les autres compositions de l'esprit humain ressemblent1 pour ainsi dire1 des difices qui1 depuis leurs fondements jusqu' leur fate1 doivent tre laborieusement btis d'aprs des lois gnrales et des combinaisons particulires4 ,la plupart des auteurs pistolaires ont ignor qu'ils fussent auteurs2 ils ont fait des ouvrages comme ce ,m4 ,jourdain1 tant de fois cit1 faisait de la prose1 sans le savoir4 ,ils n'crivaient point pour crire1 mais parce qu'ils avaient des parents et des amis1 des affaires et des affections4 ,ils n'taient nullement proccups1 dans leurs correspondances1 du souci de l'immortalit1 mais tout bourgeoisement des soins matriels de la vie4 ,leur style est simple comme l'intimit1 et cette simplicit en fait le charme4 ,c'est parce qu'ils n'ont envoy leurs lettres qu' leurs familles qu'elles sont parvenues la postrit4 ,nous croyons qu'il est impossible de dire quels sont les lments du style pistolaire2 les autres genres ont des rgles1 celui-l n'a que des secrets4 ,,satiriques ,,et ,,moralistes ,celui qui1 tourment du gnreux dmon de la satire1 prtend dire des vrits dures son sicle1 doit1 pour mieux terrasser le vice1 attaquer en face l'homme vicieux2 pour le fltrir1 il doit le nommer2 mais il ne peut acqurir ce droit qu'en se nommant lui-mme4 ,de cette manire il s'assure en quelque sorte la victoire2 car1 plus son ennemi est puissant1 plus il se montre courageux1 lui1 et la puissance recule toujours devant le courage4 ,d'ailleurs1 la vrit veut tre dite haute voix1 et une mdisance anonyme est peut-tre plus honteuse qu'une calomnie signe4 ,il n'en est pas de mme du moraliste paisible qui ne se mle dans la socit que pour en observer en silence les ridicules et les travers1 le tout l'avantage de l'humanit4 ,s'il examine les individus en particulier1 il ne critique que l'espce en gnral4 ,l'tude laquelle il se livre est donc absolument innocente1 puisqu'il cherche gurir tout le monde sans blesser personne4 ,cependant pour remplir avec fruit son utile fonction1 sa premire prcaution doit tre de garder l'incognito4 ,quelque bonne opinion que nous ayons de nous-mmes1 il y a toujours en nous une certaine conscience qui nous fait considrer comme hostile la dmarche de tout homme qui vient scruter notre caractre4 ,cette conscience est celle de ,l'endroit que l'on sent faible et qu'on veut se cacher4 ,aussi1 si nous sommes forcs de vivre avec celui que nous regarderons comme un importun surveillant1 nous envelopperons nos actions d'un voile de dissimulation1 et il perdra toutes ses peines4 ,si1 au contraire1 nous pouvons l'viter1 nous le ferons fuir de tout le monde1 en le dnonant comme un fcheux4 ,le philosophe observateur1 la manire des acteurs anciens1 ne peut remplir son rle s'il ne porte un masque4 ,nous recevrons fort mal le maladroit qui nous dira3 ,je viens compter vos dfauts et tudier vos vices4 ,il faut1 comme dit ,horace1 qu'il mette du foin ses cornes1 autrement nous crierons tous haro6 ,et celui qui se charge d'exploiter le domaine du ridicule1 toujours si vaste en ,france1 doit se glisser plutt que se prsenter dans la socit1 remarquer tout sans se faire remarquer lui-mme1 et ne jamais oublier ce vers de ,mahomet3 ,mon empire est dtruit si l'homme est reconnu4 ,il ne faut pas juger ,voltaire sur ses comdies1 ,boileau sur ses odes pindariques1 ou ,rousseau sur ses allgories marotiques4 ,le critique ne doit pas s'emparer mchamment des faiblesses que prsentent souvent les plus beaux talents1 de mme que l'histoire ne doit point abuser des petitesses qui se rencontrent dans presque tous les grands caractres4 ,louis ,,xiv se serait cru dshonor si son valet de chambre l'et vu sans perruque2 ,turenne1 seul dans l'obscurit1 tremblait comme un enfant2 et l'on sait que ,csar avait peur de verser en montant sur son char de triomphe4 ,en #afgf1 ,corneille1 l'homme que les sicles n'oublieront pas1 tait oubli de ses contemporains1 lorsque ,louis ,,xiv fit reprsenter ,versailles plusieurs de ses tragdies4 ,ce souvenir du roi excita la reconnaissance du grand homme1 la veine de ,corneille se ranima1 et le dernier cri de joie du vieillard fut peut-tre un des plus beaux chants du pote1 ,est-il vrai1 grand monarque1 et puis-je me vanter ,que tu prennes plaisir me ressusciter8 ,qu'au bout de quarante ans1 ,cinna1 ,pompe1 ,horace1 ,reviennent la mode et retrouvent leur place1 ,et que l'heureux brillant de mes jeunes rivaux ,n'te point leur vieux lustre mes premiers travaux8 ,tel ,sophocle cent ans charmait encore ,athnes1 ,tel bouillonnait encor son vieux sang dans ses veines1 ,diraient-ils l'envi1 lorsque ,oedipe aux abois ,de ses juges pour lui gagna toutes les voix4 ,je n'irai pas si loin1 et1 si mes quinze lustres ,font encor quelque peine aux modernes illustres1 ,s'il en est de fcheux jusqu' s'en chagriner1 ,je n'aurai pas longtemps les importuner4 ,quoi que je m'en promette1 ils n'en ont rien craindre ,c'est le dernier clat d'un feu prt s'teindre2 ,au moment d'expirer il tche d'blouir1 ,et ne frappe les yeux que pour s'vanouir4 ,ces vers m'ont toujours profondment mu4 ,corneille1 aigri par l'envie1 rebut par l'indiffrence1 y laisse entrevoir toute la fire mlancolie de sa grande me4 ,il sentait sa force1 et il n'en tait que plus amer pour lui de se voir mconnu4 ,ce mle gnie avait reu un haut degr de la nature la conscience de lui-mme4 ,qu'on juge cependant quel point les attaques ritres de ses ,zoles durent influer sur ses ides pour l'amener dire avec une sorte de conviction3 ,sed neque ,godaeis accedat musa tropaeis1 ,nec ,capellanum fas mihi velle sequi4 ,de pareils vers1 crits srieusement par ,corneille1 sont une bien sanglante pigramme contre son sicle4 ,,sur ,,andr ,,de ,,ch,,nier #ahai4 ,un livre de posie vient de paratre1 et1 quoique l'auteur soit mort1 les critiques pleuvent4 ,peu d'ouvrages ont t plus rudement traits par les connaisseurs que ce livre4 ,il ne s'agit pas cependant de torturer un vivant1 de dcourager un jeune homme1 d'teindre un talent naissant1 de tuer un avenir1 de ternir une aurore4 ,non1 cette fois1 la critique1 chose trange1 s'acharne sur un cercueil6 ,pourquoi8 ,en voici la raison en deux mots3 c'est que c'est bien un pote mort1 il est vrai1 mais c'est aussi une posie nouvelle qui vient de natre4 ,le tombeau du pote n'obtient pas grce pour le berceau de sa muse4 ,pour nous1 nous laisserons d'autres le triste courage de triompher de ce jeune lion arrt au milieu de ses forces4 ,qu'on invective ce style incorrect et parfois barbare1 ces ides vagues et incohrentes1 cette effervescence d'imagination1 rves tumultueux du talent qui s'veille2 cette manie de mutiler la phrase1 et1 pour ainsi dire1 de la tailler la grecque2 les mots drivs des langues anciennes employs dans toute l'tendue de leur acception maternelle2 des coupes bizarres1 etc4 ,chacun de ces dfauts du pote est peut-tre le germe d'un perfectionnement pour la posie4 ,en tout cas1 ces dfauts ne sont point dangereux1 et il s'agit de rendre justice un homme qui n'a point joui de sa gloire4 ,qui osera lui reprocher ses imperfections lorsque la hache rvolutionnaire repose encore toute sanglante au milieu de ses travaux inachevs8 ,si d'ailleurs l'on vient considrer quel fut celui dont nous recueillons aujourd'hui l'hritage1 nous ne pensons pas que le sourire effleure facilement les lvres4 ,on verra ce jeune homme1 d'un caractre noble et modeste1 enclin toutes les douces affections de l'me1 ami de l'tude1 enthousiaste de la nature4 ,en ce mme temps1 la rvolution est imminente1 la renaissance des sicles antiques est proclame1 ,chnier devait tre tromp1 il le fut4 ,jeunes gens1 qui de nous n'aurait point voulu l'tre8 ,il suit le fantme1 il se mle tout ce peuple qui marche avec une ivresse dlirante par le chemin des abmes4 ,plus tard on ouvrit les yeux1 les hommes gars tournrent la tte1 il n'tait plus temps pour revenir en arrire1 il tait encore temps pour mourir avec honneur4 ,plus heureux que son frre1 ,chnier vint dsavouer son sicle sur l'chafaud4 ,il s'tait prsent pour dfendre ,louis ,,xvi1 et1 quand le martyr fut envoy au ciel1 il rdigea cette lettre par laquelle la dernire ressource de l'appel au peuple fut en vain offerte la conscience des bourreaux4 ,cet homme si digne de sympathie n'eut pas le temps de devenir un pote parfait2 mais1 en parcourant les fragments qu'il nous a laisss1 on rencontre des dtails qui font oublier tout ce qui lui manque4 ,nous allons en signaler quelques-uns4 ,voyons d'abord le tableau de ,thse tuant un centaure3 ,il va fendre sa tte2 ,soudain le fils d'ge1 invincible1 sanglant1 ,l'aperoit1 l'autel prend un chne brlant1 ,sur sa croupe indompte1 avec un cri terrible1 ,s'lance1 va saisir sa chevelure horrible1 ,l'entrane1 et quand sa bouche ouverte avec effort ,crie1 il y plonge ensemble et la flamme et la mort4 ,ce morceau prsente ce qui constitue l'originalit des potes anciens1 la trivialit dans la grandeur4 ,d'ailleurs1 l'action est vive1 toutes les circonstances sont bien saisies et les pithtes sont pittoresques4 ,que lui manquer-t-il8 ,une coupe lgante8 ,nous prfrons cependant une pareille barbarie ces vers qui n'ont d'autre mrite qu'une irrprochable mdiocrit4 ,il y a dans ,ovide3 ,nec dicere ,rhaetus ,plura sinit1 rutilasque ferox per aperta loquentis ,condidit ora viri1 perque os in pectore flammas4 ,c'est ainsi que ,chnier imite4 ,en matre4 ,il avait dit des serviles imitateurs3 ,la nuit vient1 le corps reste1 et son ombre s'enfuit4 ,voyez encore ces vers de l'apothose d',hercule3 ,il monte1 sous ses pieds tend du vieux lion la dpouille hroque1 ,et1 l'oeil au ciel1 la main sur la massue antique1 ,attend sa rcompense et l'heure d'tre un dieu4 ,le vent souffle et mugit1 le bcher tout en feu ,brille autour du hros1 et la flamme rapide ,porte aux palais divins l'me du grand ,alcide4 ,nous prfrons cette image celle d',ovide1 qui peint ,hercule tendu sur son bcher1 avec un visage aussi calme que s'il tait couch sur le lit des festins4 ,remarquons seulement que l'image d',ovide est paenne1 celle d',andr de ,chnier est chrtienne4 ,veut-on maintenant des vers bien faits1 des vers o brille le mrite de la difficult vaincue8 tournons la page1 car1 pour citer1 on n'a gure que l'embarras du choix3 ,toujours ce souvenir m'attendrit et me touche1 ,quand1 lui-mme1 appliquant la flte sur ma bouche1 ,riant et m'asseyant prs de lui1 sur son coeur1 ,m'appelait son rival et dj son vainqueur2 ,il faonnait ma lvre inhabile et peu sre ,a souffler une haleine harmonieuse et pure1 ,et ses savantes mains1 prenant mes jeunes doigts1 ,les levaient1 les baissaient1 recommenaient vingt fois1 ,leur enseignant ainsi1 quoique faibles encore1 ,a fermer tour tour les trous du buis sonore4 ,veut-on des images gracieuses8 ,j'tais un faible enfant1 qu'elle tait grande et belle2 ,elle me souriait et m'appelait prs d'elle2 ,debout sur ses genoux1 mon innocente main ,parcourait ses cheveux1 son visage1 son sein2 ,et sa main1 quelquefois aimable et caressante1 ,feignait de chtier mon enfance imprudente4 ,c'est devant ses amants1 auprs d'elle confus1 ,que la fire beaut me caressait le plus4 ,que de fois 7mais1 hlas6 que sent-on cet ge87 ,que de fois ses baisers ont press mon visage6 ,et les bergers disaient1 me voyant triomphant3 ,oh6 que de biens perdus6 ,o trop heureux enfant6 ,les idylles de ,chnier sont la partie la moins travaille de ses ouvrages1 et cependant nous connaissons peu de pomes dans la langue franaise dont la lecture soit plus attachante2 cela tient cette vrit de dtails1 cette abondance d'images qui caractrisent la posie antique4 ,on a observ que telle glogue de ,virgile pourrait fournir des sujets toute une galerie de tableaux4 ,mais c'est surtout dans l'lgie qu'clate le talent d',andr de ,chnier4 ,c'est l qu'il est original1 c'est l qu'il laisse tous ses rivaux en arrire4 ,peut-tre l'habitude de l'antiquit nous gare1 peut-tre avons-nous lu avec trop de complaisance les premiers essais d'un pote malheureux2 cependant nous osons croire1 et nous ne craignons pas de le dire1 que1 malgr tous ses dfauts1 ,andr de ,chnier sera regard parmi nous comme le pre et le modle de la vritable lgie4 ,c'est ici qu'on est saisi d'un profond regret1 en voyant combien ce jeune talent marchait dj de lui-mme vers un perfectionnement rapide4 ,en effet1 lev au milieu des muses antiques1 il ne lui manquait que la familiarit de sa langue2 d'ailleurs1 il n'tait dpourvu ni de sens ni de lecture1 et encore moins de ce got qui n'est que l'instinct du vrai beau4 ,aussi voit-on ses dfauts faire rapidement place des beauts hardies1 et1 s'il se dbarrasse encore quelquefois des entraves grammaticales1 ce n'est plus gure qu' la manire de ,la ,fontaine1 pour donner son style plus de mouvement1 de grce et d'nergie4 ,nous citerons ces vers3 ,et c'est ,glycre1 amis1 chez qui la table est prte6 ,et la belle ,amlie est aussi de la fte6 ,et ,rose1 qui jamais ne lasse les dsirs1 ,et dont la danse molle aiguillonne aux plaisirs6 ,j'y consens1 avec vous je suis prt m'y rendre1 ,allons6 ,mais si ,camille1 dieux6 vient l'apprendre6 ,quel orage suivra ce banquet tant vant1 ,s'il faut qu' son oreille un mot en soit port6 ,oh6 vous ne savez pas jusqu'o va son empire4 ,si j'ai lou des yeux1 une bouche1 un sourire1 ,ou si1 prs d'une belle assis en un repas1 ,nos lvres en riant ont murmur tout bas1 ,elle a tout vu4 ,bientt cris1 reproches1 injure1 ,un mot1 un geste1 un rien1 tout tait un parjure4 ,chacun1 pour cette belle avait vu mes gards2 ,je lui parlais des yeux1 je cherchais ses regards4 ,et puis des pleurs1 des pleurs444 que ,memnon sur sa cendre ,a sa mre immortelle en a moins fait rpandre6 ,que dis-je8 sa colre ose en venir aux coups444 ,et ceux-ci1 o clatent1 un gal degr1 la varit des coupes et la vivacit des tournures3 ,une amante moins belle aime mieux1 et du moins1 ,humble et timide1 plaire elle est pleine de soins2 ,elle est tendre1 elle a peur de pleurer votre absence2 ,fidle1 peu d'amants attaquent sa constance2 ,et son gale humeur1 sa facile gat1 ,l'habitude1 son front tiennent lieu de beaut4 ,mais celle qui partout fait conqute nouvelle1 ,celle qu'on ne voit point sans dire3 ,qu'elle est belle6 ,insulte en son triomphe aux soupirs de l'amour4 ,souveraine au milieu d'une tremblante cour1 ,dans son lger caprice ingale et soudaine1 ,tendre et bonne aujourd'hui1 demain froide et hautaine1 ,si quelqu'un se drobe ses enchantements1 ,qu'est-ce enfin qu'un de moins dans un peuple d'amants8 ,on brigue ses regards1 elle s'aime et s'admire1 ,et ne connat d'amour que celui qu'elle inspire4 ,en gnral1 quelle que soit l'ingalit du style de ,chnier1 il est peu de pages dans lesquelles on ne rencontre des images pareilles celle-ci3 ,oh6 si tu la voyais1 cette belle coupable1 ,rougir1 et s'accuser1 et se justifier1 ,sans implorer sa grce et sans s'humilier6 ,pourtant1 de l'obtenir doucement inquite1 ,et1 les cheveux pars1 immobile1 muette1 ,les bras1 la gorge nue1 en un mol abandon1 ,tourner sur toi des yeux qui demandent pardon1 ,crois qu'abjurant soudain le reproche farouche1 ,tes baisers porteraient le pardon sur sa bouche6 ,voici encore un morceau d'un genre diffrent1 aussi nergique que celui-l est gracieux4 ,on croirait lire des vers de quelqu'un de nos vieux potes3 ,souvent las d'tre esclave et de boire la lie ,de ce calice amer que l'on nomme la vie1 ,las du mpris des sots qui suit la pauvret1 ,je regarde la tombe1 asile souhait6 ,je souris la mort volontaire et prochaine4 ,je me prie en pleurant d'oser rompre ma chane4 ,le fer librateur qui percerait mon sein ,dj frappe mes yeux et frmit sous ma main2 ,et puis mon coeur s'coute et s'ouvre la faiblesse2 ,mes parents1 mes amis1 l'avenir1 ma jeunesse1 ,mes crits imparfaits2 car1 ses propres yeux1 ,l'homme sait se cacher d'un voile spcieux444 ,a quelque noir destin qu'elle soit asservie1 ,d'une treinte invincible il embrasse la vie1 ,et va chercher bien loin1 plutt que de mourir1 ,quelque prtexte ami de vivre et de souffrir4 ,il a souffert1 il souffre1 aveugle d'esprance1 ,il se trane au tombeau de souffrance en souffrance1 ,et la mort1 de nos maux ce remde si doux1 ,lui semble un nouveau mal1 le plus cruel de tous6 ,il est hors de doute que si ,chnier avait vcu1 il se serait plac un jour au rang des premiers potes lyriques4 ,jusque dans ses essais informes on trouve dj tout le mrite du genre1 la verve1 l'entranement1 et cette fiert d'ides d'un homme qui pense par lui-mme2 d'ailleurs1 partout la mme flexibilit de style2 l des images gracieuses1 ici des dtails rendus avec la plus nergique trivialit4 ,ses odes la manire antique1 crites en latin1 seraient cites comme des modles d'lvation et d'nergie2 encore1 toutes latines qu'elles sont1 il n'est point rare d'y trouver des strophes dont aucun pote franais ne dsavouerait la teinte ferme et originale4 ,vain espoir6 inutile soin6 ,ramper est des humains l'ambition commune2 ,c'est leur plaisir1 c'est leur besoin4 ,voir fatigue leurs yeux1 juger les importune4 ,ils laissent juger la fortune1 ,qui fait juste celui qu'elle fait tout-puissant4 ,ce n'est point la vertu1 c'est la seule victoire ,qui donne et l'honneur et la gloire4 ,teint du sang des vaincus1 tout glaive est innocent4 ,et plus loin3 ,c'est bien4 ,fais-toi justice1 peuple souverain6 ,dit cette cour lche et hardie4 ,ils avaient dit3 ,c'est bien1 quand1 la lyre la main1 ,l'incestueux chanteur1 ivre de sang romain1 ,applaudissait l'incendie4 ,il n'y aura point d'opinion mixte sur ,andr de ,chnier4 ,il faut jeter le livre ou se rsoudre le relire souvent2 ses vers ne veulent pas tre jugs1 mais sentis4 ,ils survivront bien d'autres qui aujourd'hui paraissent meilleurs4 ,peut-tre1 comme le disait navement ,la ,harpe1 peut-tre parce qu'ils renferment en effet quelque chose4 ,en gnral1 en lisant ,chnier1 substituez aux termes qui vous choquent leurs quivalents latins1 il sera rare que vous ne rencontriez pas de beaux vers4 ,d'ailleurs1 vous trouverez dans ,chnier la manire franche et large des anciens2 rarement de vaines antithses1 plus souvent des penses nouvelles1 des peintures vivantes1 partout l'empreinte de cette sensibilit profonde sans laquelle il n'est point de gnie1 et qui est peut-tre le gnie elle-mme4 ,qu'est-ce1 en effet1 qu'un pote8 ,un homme qui sent fortement1 exprimant ses sensations dans une langue expressive4 ,la posie1 ce n'est presque que sentiment4 ,il y a dj dans la nouvelle gnration ne avec ce sicle des commencements de grands potes4 ,attendez quelques annes encore4 ,les fils des dents du dragon n'avaient pas besoin d'tre entirement sortis de la terre pour qu'on reconnt en eux des guerriers2 et1 lorsque vous aviez vu seulement les gantelets d'rix1 vous pouviez juger les forces de l'athlte4 ,a ,,un ,,traducteur ,d',,hom,,re ,les grands potes sont comme les grandes montagnes1 ils ont beaucoup d'chos4 ,leurs chants sont rpts dans toutes les langues1 parce que leurs noms se trouvent dans toutes les bouches4 ,homre a d1 plus que tout autre1 son immense renomme le privilge ou le malheur d'une foule d'interprtes4 ,chez tous les peuples1 d'impuissants copistes et d'insipides traducteurs ont dfigur ses pomes2 et depuis ,accius ,labeo1 qui s'criait3 ,crudum manduces ,priamum ,priamique puellos2 ,mange tout crus ,priam et ses enfants2 jusqu' ce brave contemporain de ,marot qui faisait dire au chantre d',achille3 ,lors1 face face1 on vit ces deux grands ducs ,piteusement sur la terre tendus2 depuis le sicle du grammairien ,zole jusqu' nos jours1 il est impossible de calculer le nombre des pygmes qui ont tour tour essay de soulever la massue d',hercule4 ,croyez-moi1 ne vous mlez pas ces nains4 ,votre traduction est encore en portefeuille2 vous tes bien heureux d'tre temps pour la brler4 ,une traduction d',homre en vers franais6 c'est monstrueux et insoutenable1 monsieur4 ,je vous affirme1 en toute conscience1 que je suis indign de votre traduction4 ,je ne la lirai certes pas4 ,je veux en tre quitte pour la peur4 ,je dclare qu'une traduction en vers de n'importe qui1 par n'importe qui1 me semble chose absurde1 impossible et chimrique4 ,et j'en sais quelque chose1 moi1 qui ai rim en franais 7ce que j'ai cach soigneusement jusqu' ce jour7 quatre ou cinq mille vers d',horace1 de ,lucain et de ,virgile2 moi1 qui sais tout ce qui se perd d'un hexamtre qu'on transvase dans un alexandrin4 ,mais ,homre1 monsieur6 traduire ,homre6 ,savez-vous bien que la seule simplicit d',homre a1 de tout temps1 t l'cueil des traducteurs8 ,madame ,dacier l'a change en platitude2 ,lamotte-,houdard1 en scheresse2 ,bitaub1 en fadaise4 ,franois ,porto dit qu'il faudrait tre un second ,homre pour louer dignement le premier4 ,qui faudrait-il donc tre pour le traduire8 ,,en ,,voyant ,,les ,,enfants ,,sortir ,,de ,l',,cole ,juin #ahbj4 ,je ris quand chaque soir de l'cole voisine ,sort et s'chappe en foule une troupe enfantine1 ,quand j'entends sur le seuil le svre mentor ,dont les derniers avis les poursuivent encor3 --,htez-vous1 il est tard1 vos mres vous attendent6 --,inutiles clameurs que les vents seuls entendent6 ,il rentre4 ,alors la bande1 avec des gris aigus1 ,se spare1 oubliant les ordres de l'argus4 ,les uns courent sans peur1 pendant qu'il fait un somme1 ,simuler des assauts sur le foin du bonhomme2 ,d'autres jusqu'en leurs nids surprennent les oiseaux ,qui le soir le charmaient1 errants sous ses berceaux2 ,ou1 se glissant sans bruit1 vont voir avec mystre ,s'ils ont laiss des noix au clos du presbytre4 ,sans doute vous blmez tous ces jeux dont je ris2 ,mais ,montaigne1 en songeant qu'il naquit dans ,paris1 ,vantait son air impur1 la fange de ses rues2 ,montaigne aimait ,paris jusque dans ses verrues4 ,j'ai pass par l'enfance1 et cet ge chri ,plat1 mme en ses carts1 mon coeur attendri4 ,je ne sais1 mais pour moi sa nave ignorance ,couvre encor ses dfauts d'un voile d'innocence4 ,le lierre des rochers dguise le contour1 ,et tout parat charmant aux premiers feux du jour4 ,age serein o l'me1 trangre l'envie1 ,se prpare en riant aux douleurs de la vie1 ,prend son penchant pour guide1 et1 simple en ses transports1 ,fait le bien sans orgueil et le mal sans remords6 ,a ,,des ,,petits ,,enfants ,,en ,,classe ,juin #ahbj4 ,vous qui1 les yeux fixs sur un gros caractre1 ,l'imitez vainement sur l'arne lgre1 ,et voyez chaque fois1 malgr vos soins nouveaux1 ,le cylindre fatal effacer vos travaux1 ,ce triste passe-temps1 mes enfants1 c'est la vie4 ,un jour1 vers le bonheur tournant un oeil d'envie1 ,vous ferez comme moi1 sur ce modle heureux1 ,bien des projets charmants1 bien des plans gnreux2 ,et puis viendra le sort1 dont la main inquite ,dtruira dans un jour votre bauche imparfaite6 tres purs et joyeux1 meilleurs que nous ne sommes1 ,enfants1 pourquoi faut-il que vous deveniez hommes8 ,pourquoi faut-il qu'un jour vous soyez comme nous1 ,esclaves ou tyrans1 envis ou jaloux8 ,il n'y a plus rien d'original aujourd'hui pcher contre la grammaire2 beaucoup d'crivains nous ont lasss de cette originalit-l4 ,il faut aussi viter de tirer parti des petits dtails1 genre qui montre de la recherche et de l'affectation4 ,il faut laisser ces purils moyens d'amuser ces gens qui mettent des intentions dans une virgule et des rflexions dans un trait suspensif1 font de l'esprit sur tout et de l'rudition sur rien1 et qui1 dernirement encore1 propos de ces piqueurs qui ont alarm tout ,paris1 remirent sur la scne les hommes de tous les sicles et de tous les pays1 depuis ,caligula1 qui piquait les mouches1 jusqu' don ,quichotte1 qui piquait les moines4 ,campistron1 comme ,lagrange-,chancel1 avait montr de bonne heure des dispositions pour la posie1 et cependant ils ne se sont jamais levs tous les deux au-dessus du mdiocre4 ,il est rare1 en effet1 que des talents si prcoces parviennent jamais la maturit du gnie4 ,c'est une vrit dont nous pouvons tous les jours nous convaincre davantage4 ,nous voyons des jeunes gens faire dix-neuf ans ce que ,racine n'aurait pas fait vingt-cinq2 mais vingt-cinq ils sont arrivs l'apoge de leur talent1 et vingt-huit ans ils ont dj dfait la moiti de leur gloire4 ,on nous objectera que ,voltaire aussi avait fait des vers ds son enfance2 mais il est remarquer que1 ds quinze ans1 ,campistron et ,lagrange-,chancel taient connus dans les salons et considrs comme de petits grands hommes2 tandis qu'au mme ge ,voltaire tait dj en fuite de chez son pre2 et1 en gnral1 ce n'est pas dans des cages1 fussent-elles dores1 qu'il faut lever les aigles4 ,quand un crivain a pour qualit principale l'originalit1 il perd souvent quelque chose tre cit4 ,ses peintures et ses rflexions1 dictes par un esprit organis d'une faon particulire1 veulent tre vues la place o l'auteur les a disposes1 prcdes de ce qui les amne1 suivies de ce qu'elles entranent4 ,lies l'ouvrage1 la couleur bien appareille des parties concourt l'harmonie de l'ensemble2 dtaches du tout1 cette mme couleur devient disparate et forme une dissonance avec tout ce dont on l'entoure4 ,le style du critique1 qui doit tre simple et coulant1 et qui est maintes fois plat et commun1 prsente un contraste choquant avec le style large1 hardi et souvent brusque de l'auteur original4 ,une citation de tel grand pote ou de tel grand crivain1 encadre dans la prose luisante1 rcure et bourgeoise de tel critique1 c'est un effet pareil celui que ferait une figure de ,michel-,ange au milieu des casseroles trompe-l'oeil de ,m4 ,drolling4 ,il est difficile de ne point avoir de prvention contre cette manie1 aujourd'hui si commune nos auteurs1 de runir des imaginations toujours diverses et souvent contraires pour concourir au mme ouvrage4 ,cowley1 press par le marquis de ,twickenham de s'adjoindre dans ses travaux je ne sais quel pote obscur1 rpondit ,sa ,seigneurie qu'un ne et un cheval traneraient mal un chariot4 ,deux auteurs perdent souvent1 en le mettant en commun1 tout le talent qu'ils pourraient avoir chacun sparment4 ,il est impossible que deux ttes humaines conoivent le mme sujet absolument de la mme manire2 et l'absolue unit de la conception est la premire qualit d'un ouvrage4 ,autrement les ides des divers collaborateurs se heurtent sans se lier1 et il rsulte de l'ensemble une discordance invitable qui choque sans qu'on s'en rende raison4 ,les auteurs excellents1 anciens et modernes1 ont toujours travaill seuls1 et voil pourquoi ils sont excellents4 ,,un ,,feuilleton ,dcembre #ahbj4 ,,th,,atre-,,fran,,ais ,,jean ,,de ,,bourgogne ,tragdie en cinq actes4 ,c'est un inconvnient des sujets historiques d'embarrasser l'intelligence de notre savant parterre4 ,il arrive devant la toile sans rien connatre des vnements qui vont se passer sous ses yeux1 et auxquels ne l'initie qu'assez superficiellement une exposition toujours mal coute ou mal entendue4 ,c'est dans le journal du lendemain que les spectateurs iront le plus souvent chercher de quelle race sortait le hros1 quelle famille appartenait l'hrone1 sur quel pays rgnait le tyran1 dsappoints si le critique n'claire pas leur ignorance1 et ne leur dit pas1 comme au valet ,hector1 de quel pays tait le galant homme ,snque4 ,nous nous dispenserons toutefois d'obir l'usage1 d'abord parce que longtemps avant que nous ne nous mlassions de rgenter les thtres1 les petits prcis historiques des feuilletons nous avaient toujours paru fort ennuyeux2 ensuite parce que nous ne pouvons dcemment nous flatter de russir mieux au mtier d'historien que tant de critiques plus habiles que nous1 nos devanciers2 et1 sur ce1 fort de l'avis de ,barnes1 qu'il sufft1 pour gagner une cause1 de trouver deux raisons1 bonnes ou mauvaises1 nous passons ,jean de ,bourgogne4 ,ds les premires scnes de cette pice1 nous voyons se dessiner trois principaux caractres1 ce qui nous donne deux actions distinctes1 ou1 si l'on veut1 deux faits en question diffrents1 savoir3 la question entre le dauphin et le duc de ,bourgogne1 ou la ,france sera-t-elle sauve8 et la question entre le duc de ,bourgogne et ,valentine de ,milan1 ou la mort du duc d',orlans sera-t-elle venge8 ,a cette inadvertance de diviser ainsi l'attention du spectateur en prsentant deux hros son affection1 l'auteur a joint le tort beaucoup plus grand de ne pas runir les deux affections qui en rsultent en un seul et mme intrt4 ,en effet1 s'il nous montre le dauphin prt tout sacrifier pour sauver la ,france1 il nous montre en mme temps la duchesse prte tout sacrifier1 mme la ,france1 pour sauver son mari2 il suit de l que le spectateur1 qui s'intresse l'une des deux actions1 ne s'intresse pas l'autre1 et rciproquement1 de telle sorte que la moiti de la pice est frappe de mort4 ,cette combinaison est d'autant plus malheureuse1 qu'elle ne paraissait nullement ncessaire4 ,ds que l'auteur voulait commencer sa pice par rappeler les crimes de ,jean de ,bourgogne1 ide juste et tragique1 il n'avait pas besoin de l'intervention personnelle de la duchesse d',orlans2 une lettre et suffi1 et le spectateur se serait trouv transport tout de suite au milieu des scnes animes du second acte1 seul point vritable de la pice o commence l'action4 ,lorsque nous disons que l'action commence1 nous sentons avec peine que nous nous servons d'une expression impropre2 c'est parat devoir commencer que nous devrions dire4 ,en effet1 la tragdie nouvelle1 estimable sous d'autres rapports1 n'est encore1 quant au plan1 qu'une pice comme tant d'autres1 une tragdie sans action1 une sorte de lanterne magique o tous les personnages courent les uns aprs les autres sans pouvoir jamais s'atteindre4 ,ainsi1 lorsque le dauphin est dlibrer dans son conseil sur l'accusation porte contre le duc de ,bourgogne1 tout coup celui-ci se prsente1 et1 loin de se justifier1 dclare la guerre son souverain4 ,voil une situation2 mais que produit-elle8 ,rien4 ,les deux partis se sparent avec des menaces rciproques4 ,cependant ,tanneguy-,duchtel est l qui doit assassiner le prince un jour et qui devrait1 ce semble1 profiter de l'occasion4 ,et de deux choses l'une3 ou le duc de ,bourgogne a les moyens de s'emparer de la personne de son matre1 et alors pourquoi ne le fait-il pas8 ou il n'en a pas le pouvoir1 et alors pourquoi vient-il s'exposer1 par une bravade inutile1 aux suites d'un premier mouvement1 incalculables dans tout autre personnage qu'un hros aussi patient que le dauphin8 ,et plus loin encore1 nous retrouvons la mme situation1 mais dgage de tout ce qui peut la rendre dcisive4 ,on vient annoncer au dauphin que le duc de ,bourgogne est matre de ,paris et qu'il marche sur le palais4 ,voil le dauphin en pril1 comment fera-t-il pour en sortir8 ,rien de plus simple2 il sort par une porte et le duc de ,bourgogne entre par l'autre4 ,mais1 dira l'auteur1 le dauphin se laisse entraner4 ,et voil justement le malheur1 les grands caractres doivent toujours agir par eux-mmes1 autrement tait-ce la peine de nous annoncer des gants1 si auparavant vous aviez pris soin de leur attacher les jambes8 ,cependant le duc de ,bourgogne1 rest seul1 se garde bien de poursuivre le dauphin1 ce qui le mettrait dans la ncessit d'tre vainqueur ou d'tre vaincu4 ,il s'amuse composer avec les ,armagnacs1 rabattre les prtentions des anglais1 et mme offrir des places au chancelier4 ,puis il part pour ,montereau4 ,tout coup on apprend qu'il y a accept une entrevue avec le dauphin et qu'il y a t assassin4 ,il est vident que1 si le commencement de la pice nous a fait voir de grands vnements ne produisant que de petits rsultats1 la balance se rtablit bien au dernier acte1 et qu'il est difficile de voir un vnement plus important produit par une cause plus lgre et plus inattendue4 ,nous venons d'exposer en peu de mots le plan de ,jean de ,bourgogne1 dgag de toutes les scnes pisodiques2 il nous reste examiner comment un auteur1 qui est loin de manquer de talent1 a pu tre conduit travailler sur un canevas aussi imparfait4 ,le malheur de l'auteur vient d'avoir confondu les deux espces de tragdie1 la tragdie de sentiments et la tragdie d'vnements4 ,il suffit1 pour s'en convaincre1 d'tablir entre ses deux hros quelques-uns des rapports naturels de frre frre ou de pre fils2 nous allons voir disparatre toutes les difformits de son action4 ,par exemple1 qu'un fils accus d'un crime dclare la guerre son pre1 doit-on tre tonn que les deux personnages1 eussent-ils la facult de s'exterminer mutuellement1 se sparent avec de simples menaces8 ,y a-t-il rien de honteux dans la fuite d'un pre devant un fils rebelle8 ,et si ce fils prit assassin malgr les ordres du pre1 la situation de celui-ci en sera-t-elle moins noble et moins touchante8 ,nous venons1 sans nous en apercevoir1 de retracer l'aventure de ,david et d',absalon1 l'une des plus tragiques qui soient dans les livres saints4 ,dans le cas actuel1 ds que l'auteur voulait nous reprsenter la mort du duc de ,bourgogne1 il fallait choisir entre les deux hypothses d'un meurtre fortuit ou d'un assassinat prmdit4 ,la premire tait impraticable1 puisqu'une tragdie doit avoir un commencement1 une fin et un milieu4 ,en admettant la seconde1 il fallait1 ds les premires scnes1 poser la question tragique3 le duc sera-t-il assassin1 ou ne le sera-t-il pas8 et faire natre l'intrt de la lutte des circonstances qui le dtournent de sa perte ou qui l'y entranent4 ,mais1 dans la tragdie telle qu'elle est faite1 le spectateur1 conduit d'incidents en incidents vers la catastrophe1 sans que rien lie la catastrophe aux incidents1 aperoit peine et l quelques intentions dramatiques1 quelques combinaisons thtrales qui font naufrage au milieu du flux et du reflux des pisodes4 ,walter ,scott cache son nom sous le nom de ,jedediah ,cleisbotham4 ,je ne vois pas pourquoi on l'en blme4 ,si un sot parvient la clbrit1 il ne lche plus deux pages de son criture sans les protger de son nom1 esprant que sa rputation fera celle de son livre1 tandis que souvent celle de son livre dfait la sienne4 ,l'homme de mrite1 ds qu'il est arriv la gloire1 vite quelquefois de dcorer de son nom les nouveaux crits qu'il livre au public4 ,il a assez d'orgueil pour savoir que son nom influerait sur l'opinion1 et assez de modestie pour ne le pas vouloir4 ,il aime redevenir ignor1 pour se mnager1 en quelque sorte1 une nouvelle gloire4 ,il y a quelque chose du fanfaron dans ces guerriers d',homre qui prludaient au combat en dclinant leurs noms et leurs gnalogies2 ce sont des hros plus vrais1 ces chevaliers franais qui combattaient la visire baisse1 et ne dcouvraient le visage qu'aprs que le bras avait t reconnu4 ,,les ,,vous ,,et ,,les ,,tu ,d',,apr,s ,,la ,r,,volution ,,aristide ,a ,,brutus ,quien haga aplicaciones ,con su pan se lo coma4 ,,yriarte4 ,brutus1 te souvient-il1 dis-moi1 ,du temps o1 las de ta livre1 ,tu vins en veste dchire ,te joindre ce bon peuple-roi ,fier de sa majest sacre ,et form de gueux comme toi8 ,dans ce beau temps de rpublique1 ,boire et jurer fut ton emploi4 ,ton bonnet1 ton jargon cynique1 ,ton air sombre1 inspiraient l'effroi2 ,et1 plein d'un feu patriotique1 ,pour gagner le laurier civique1 ,tous nos hameaux t'ont vu1 je croi1 ,fraterniser coups de pique ,et piller au nom de la loi4 ,las6 l'autre jour1 monsieur le prince1 ,pour vous parler des intrts ,d'un vieil ami de ma province1 ,j'entrai dans votre beau palais4 ,d'abord1 je fis1 de mon air mince1 ,rire un rgiment de valets2 ,puis1 relgu dans l'antichambre1 ,tout mouill des pleurs de dcembre1 ,j'attendis1 prs du feu clou1 ,et1 comme un sage du ,pire1 ,opposant1 de tous bafou1 ,au sot orgueil de la livre ,la fiert du manteau trou4 ,on m'appelle enfin4 ,je m'lance1 ,et l'huissier de votre grandeur ,me fait traverser en silence ,quatre salons dont l'lgance galait seule la splendeur4 ,bientt1 monseigneur1 plein de joie1 ,je vois1 sur des carreaux de soie1 ,votre altesse en son cabinet1 ,portant sur son sein1 avec gloire1 ,un beau cordon1 brillant de moire1 ,de la couleur de ton bonnet4 ,quoi6 c'tait donc un prince en herbe ,que mon cher ,brutus d'autrefois6 ,on vous admire1 je le vois2 ,votre savoir passe en proverbe2 ,vos festins sont dignes des rois2 ,vos cadeaux sont d'un got superbe2 ,homme d'tat1 votre talent clate en vos moindres saillies1 ,et si vous dites des folies1 ,vous les dites d'un ton galant4 ,quant moi1 je ris en silence2 ,car1 puisqu'aujourd'hui l'opulence ,donne tout1 grce1 esprit1 vertus1 ,les bons mots de votre excellence taient les jurons de ,brutus4 ,adieu1 monseigneur1 sans rancune6 ,briguez les sourires des rois ,et les faveurs de la fortune4 ,pour moi1 je n'en attends aucune4 ,ma bourse1 vide tous les mois1 ,me force changer de retraites2 ,vous1 dans un poste hasardeux1 ,tchez de rester o vous tes1 ,et puissions-nous vivre tous deux1 ,vous sans remords1 et moi sans dettes4 ,excusez si1 parfois encor1 ,j'ose rire de la bassesse ,de ces courtisans brillants d'or ,dont la foule grands flots vous presse1 ,lorsque1 entrant d'un air de noblesse ,dans les salons blouissants ,du pouvoir et de la richesse1 ,l'illustre pied de votre altesse ,vient salir ces parquets glissants ,que tu frottais dans ta jeunesse4 ,combien de malheureux1 qui auraient pu mieux faire1 se sont mis en tte d'crire1 parce qu'en fermant un beau livre ils s'taient dit3 ,j'en pourrais faire autant6 ,et cette rflexion-l ne prouvait rien1 sinon que l'ouvrage tait inimitable4 ,en littrature comme en morale1 plus une chose est belle1 plus elle semble facile4 ,il y a quelque chose dans le coeur de l'homme qui lui fait prendre quelquefois le dsir pour le pouvoir4 ,c'est ainsi qu'il croit ais de mourir comme d',assas ou d'crire comme ,voltaire4 ,si ,walter ,scott est cossais1 ses romans suffiraient pour nous l'apprendre4 ,son amour exclusif pour les sujets cossais prouve son amour pour l'cosse2 passionn pour les vieilles coutumes de sa patrie1 il se ddommage1 en les peignant fidlement1 de ne pouvoir plus les suivre avec religion1 et son admiration pieuse pour le caractre national clate jusque dans sa complaisance en dtailler les dfauts4 ,une irlandaise1 lady ,morgan1 s'est offerte1 pour ainsi dire1 comme la rivale naturelle de ,walter ,scott1 en s'obstinant1 comme lui1 ne traiter que des sujets nationaux#a1 mais il y a dans ses crits beaucoup plus d'amour pour la clbrit que d'attachement pour son pays1 et beaucoup moins d'orgueil national que de vanit personnelle4 ,lady ,morgan parat peindre avec plaisir les irlandais2 mais il est une irlandaise qu'elle peint surtout et partout avec enthousiasme1 et cette irlandaise1 c'est elle4 ,miss ,o',hallogan dans ,o',donnell1 et lady ,clancare dans ,florence ,maccarthy1 ne sont autre chose que lady ,morgan1 flatte par elle-mme4 ,il faut le dire1 auprs des tableaux pleins de vie et de chaleur de ,scott1 les croquis de lady ,morgan ne sont que de ples et froides esquisses4 ,les romans historiques de cette dame se laissent lire2 les histoires romanesques de l'cossais se font admirer4 ,la raison en est simple2 lady ,morgan a assez de tact pour observer ce qu'elle voit1 assez de mmoire pour retenir ce qu'elle observe1 et assez de finesse pour rapporter propos ce qu'elle a retenu2 sa science ne va pas plus loin4 ,voil pourquoi ses caractres1 bien tracs quelquefois1 ne sont pas soutenus2 ct d'un trait dont la vrit vous frappe1 parce qu'elle l'a copi sur la nature1 vous en trouvez un autre choquant de fausset1 parce qu'elle l'invente4 ,walter ,scott1 au contraire1 conoit un caractre1 aprs n'en avoir souvent observ qu'un trait2 il le voit dans un mot1 et le peint de mme4 ,son excellent jugement fait qu'il ne s'gare point1 et ce qu'il cre est presque toujours aussi vrai que ce qu'il observe4 ,quand le talent est pouss ce point1 il est plus que du talent2 aussi peut-on rduire le parallle en deux mots3 lady ,morgan est une femme d'esprit2 ,walter ,scott est un homme de gnie4 #a3 ,il faut en excepter toutefois son roman sur la ,france4 ,,la ,,saint-,,charles ,,de #ahbj --,je disais l'an pass3 ,voici le jour de fte1 ,charles m'attend2 je veux1 ceignant de fleurs ma tte1 ,m'offrir avec ma fille son premier coup d'oeil2 ,quand ce jour reviendra1 ramen par l'anne1 ,si je lui porte un fils1 fruit de mon hymne1 ,mon bonheur sera de l'orgueil4 ,l'anne a fui2 voici le jour de fte6 ,est-ce une fte1 hlas6 que l'on apprte8 ,qu'est devenu ce jour jadis si doux8 ,de pleurs amers j'ai salu l'aurore2 ,pourtant un ,charle mes voeux reste encore1 ,j'embrasse un fils1 mais je n'ai plus d'poux4 ,veuve1 deux orphelins m'attachent la terre4 ,mon bien-aim prs d'eux ne viendra pas s'asseoir2 ,ils ne dormiront pas sous les yeux de leur pre1 ,et j'irai sur leurs fronts1 plaintive et solitaire1 ,dposer le baiser du soir4 ,o vain regret6 flicit passe6 ,voici le jour o1 sur son sein presse1 ,a mon poux je redisais ma foi1 ,et je gmis sur une urne glace1 ,prs de ce coeur qui ne bat plus pour moi6-- ,ainsi la veuve dsole1 ,digne du martyr au cercueil1 ,d'un doux souvenir accable1 ,pleurait auprs du mausole ,son court bonheur et son long deuil4 ,nous voyions cependant1 chapps aux naufrages1 ,briller l'arc du salut au milieu des orages2 ,le ciel ne s'armait plus de prsages d'effroi2 ,de l'hroque mre exauant l'esprance1 ,le ,dieu qui fut enfant avait notre ,france ,donn l'enfant qui sera roi4 ,dfiez-vous de ces gens arms d'un lorgnon qui s'en vont partout criant3 ,j'observe mon sicle6 ,tantt leurs lunettes grossissent les objets1 et alors des chats leur semblent des tigres2 tantt elles les rapetissent1 et alors des tigres leur paraissent des chats4 ,il faut observer avec ses yeux4 ,le moraliste1 en effet1 ne doit jamais parler que d'aprs son exprience immdiate1 s'il veut jouir du bonheur ineffable1 vant par ,addison1 de trouver un jour dans la bibliothque d'un inconnu son livre reli en maroquin1 dor sur tranche1 et pli en plusieurs endroits4 ,il est encore pour le moraliste une condition dont nous avons dj parl ailleurs1 celle de rester inconnu des individus qu'il tudie2 il faut qu'il entre chez eux1 disait encore le mme ,addison1 aussi librement qu'un chien1 un chat1 ou tout autre animal domestique4 ,l-dessus nous pensons comme le ,spectateur4 ,l'observateur qui se vante de son rle ressemble ,argus chang en paon1 orgueilleux de ses cent yeux qui ne peuvent plus voir4 ,quand une langue a dj eu1 comme la ntre1 plusieurs sicles de littrature1 qu'elle a t cre et perfectionne1 manie et torture1 qu'elle est faite presque tous les styles1 plie presque tous les genres1 qu'elle a pass non-seulement par toutes les formes matrielles du rhythme1 mais encore par je ne sais combien de cerveaux comiques1 tragiques et lyriques1 il s'chappe1 comme une cume1 de l'ensemble des ouvrages qui composent sa richesse littraire1 une certaine quantit1 ou1 pour ainsi dire1 une certaine masse flottante de phrases convenues1 d'hmistiches plus ou moins insignifiants1 ,qui sont tout le monde et ne sont personne4 ,c'est alors que l'homme le moins inventif pourra1 avec un peu de mmoire1 s'amasser1 en puisant dans ce rservoir public1 une tragdie1 un pome1 une ode1 qui seront en vers de douze1 ou huit1 ou six syllabes1 lesquels auront de bonnes rimes et d'excellentes csures1 et ne manqueront mme pas1 si l'on veut1 d'une lgance1 d'une harmonie1 d'une facilit quelconque4 ,l-dessus notre homme publiera son oeuvre en un bon gros volume vide1 et se croira pote lyrique1 pique ou tragique1 la faon de ce fou qui se croyait propritaire de son hpital4 ,cependant l'envie1 protectrice de la mdiocrit1 sourira son ouvrage2 d'altiers critiques1 qui voudront faire comme ,dieu et crer quelque chose de rien1 s'amuseront lui btir une rputation2 des connaisseurs1 qui ne s'obstineront pas ridiculement vouloir que des mots expriment des ides1 vanteront1 d'aprs le journal du matin1 la clart1 la sagesse1 le got du nouveau pote2 les salons1 chos des journaux1 s'extasieront1 et la publication dudit ouvrage n'aura d'autre inconvnient que d'user les bords du chapeau de ,piron4 ,ceux qui ne savent pas admirer par eux-mmes se lassent bien vite d'admirer4 ,il y a au fond de presque tous les hommes je ne sais quel sentiment d'envie qui veille incessamment sur leur coeur pour y comprimer l'expression de la louange mrite1 ou y enchaner l'lan du juste enthousiasme4 ,l'homme le plus vulgaire n'accordera l'ouvrage le plus suprieur qu'un loge assez restreint1 pour qu'on ne puisse le croire incapable d'en faire autant4 ,il pensera presque que louer un autre1 c'est prescrire son propre droit la louange1 et ne consentira au gnie de tel pote qu'autant qu'il ne paratra pas abdiquer le sien2 et je parle ici1 non de ceux qui crivent1 mais de ceux qui lisent1 de ceux qui1 la plupart1 n'criront jamais4 ,d'ailleurs1 il est de mauvais ton d'applaudir1 l'admiration donne la physionomie une expression ridicule1 et un transport d'enthousiasme peut dranger le pli d'une cravate4 ,voil1 certes1 de hautes raisons pour que des hommes immortels1 qui honorent leur sicle parmi les sicles1 tranent des vies d'amertume et de dgot1 pour que le gnie s'teigne dcourag sur un chef-d'oeuvre1 pour qu'un ,camons mendie1 pour qu'un ,milton languisse dans la misre1 pour que d'autres que nous ignorons1 plus infortuns et plus grands peut-tre1 meurent sans mme avoir pu rvler leurs noms et leurs talents1 comme ces lampes qui s'allument et s'teignent dans un tombeau6 ,ajoutez cela que1 tandis que les illustrations les plus mrites sont refuses au gnie1 il voit s'lever sur lui une foule de rputations inexplicables et de renommes usurpes2 il voit le petit nombre d'crivains plus ou moins mdiocres qui dirigent pour le moment l'opinion1 exalter les mdiocrits qu'ils ne craignent pas1 en dprimant sa supriorit qu'ils redoutent4 ,qu'importe toute cette sollicitude du nant pour le nant6 ,on russira1 la vrit1 user l'me1 empoisonner l'existence du grand homme2 mais le temps et la mort viendront et feront justice4 ,les rputations dans l'opinion publique sont comme des liquides de diffrents poids dans un mme vase4 ,qu'on agite le vase1 on parviendra aisment mler les liqueurs2 qu'on le laisse reposer1 elles reprendront toutes1 lentement et d'elles-mmes1 l'ordre que leurs pesanteurs et la nature leur assignent4 ,des rflexions amres viennent l'esprit quand on songe l'extinction1 aujourd'hui invitable1 de cette illustre race de ,cond1 qui1 sans jamais s'asseoir sur le trne1 avait toujours t remarquable entre toutes les races royales de l',europe1 et avait fond dans la maison de ,france une sorte de dynastie militaire1 accoutume rgner au milieu des camps et des champs de bataille4 ,si1 dans quelques annes1 de nouvelles convulsions politiques amenaient 7ce qu' ,dieu ne plaise67 de nouvelles guerres civiles1 nous tous qui servons aujourd'hui la cause monarchique1 nous serions bien alors des exils1 des bannis1 des proscrits2 mais nous ne serions plus1 comme les vainqueurs de ,berstheim et de ,biberach1 des ,condens4 ,car1 du moins1 pour ces fidles guerriers sans foyer et sans asile1 le nom de leur chef sexagnaire1 ce grand nom de ,cond1 tait devenu comme une patrie4 ,la peinture des passions1 variables comme le coeur humain1 est une source inpuisable d'expressions et d'ides neuves2 il n'en est pas de mme de la volupt4 ,l1 tout est matriel1 et1 quand vous avez puis l'albtre1 la rose et la neige1 tout est dit4 ,ceux qui observent avec un curieux plaisir les divers changements que le temps et les temps amnent dans l'esprit d'une nation considre comme grand individu peuvent remarquer en ce moment un singulier phnomne littraire1 n d'un autre phnomne politique1 la rvolution franaise4 ,il y a aujourd'hui en ,france combat entre une opinion littraire encore trop puissante et le gnie de ce sicle4 ,cette opinion1 aride hritage lgu notre poque par le sicle de ,voltaire1 ne veut marcher qu'escorte de toutes les gloires du sicle de ,louis ,,xiv4 ,c'est elle qui ne voit de posie que sous la forme troite du vers2 qui1 semblable aux juges de ,galile1 ne veut pas que la terre tourne et que le talent cre2 qui ordonne aux aigles de ne voler qu'avec des ailes de cire2 qui mle1 dans son aveugle admiration1 des renommes immortelles1 qu'elle et perscutes si elles avaient paru de nos jours1 je ne sais quelles vieilles rputations usurpes que les sicles se passent avec indiffrence et dont elle se fait des autorits contre les rputations contemporaines2 en un mot1 qui poursuivrait du nom de ,corneille mort ,corneille renaissant4 ,cette opinion dcourageante et injurieuse condamne toute originalit comme une hrsie4 ,elle crie que le rgne des lettres est pass1 que les muses se sont exiles et ne reviendront plus2 et chaque jour de jeunes lyres lui donnent d'harmonieux dmentis1 et la posie franaise se renouvelle glorieusement autour de nous4 ,nous sommes l'aurore d'une grande re littraire1 et cette fltrissante opinion voudrait que notre poque1 si clatante de son propre clat1 ne ft que le ple reflet des deux poques prcdentes6 ,la littrature funeste du sicle pass a1 pour ainsi parler1 exhal cette opinion antipotique dans notre sicle comme un miasme charg de principes de mort1 et1 pour dire la vrit entire1 nous conviendrons qu'elle dirige l'immense majorit des esprits qui composent parmi nous le public littraire4 ,les chefs qui l'ont donne ont disparu2 mais elle gouverne toujours la masse1 elle surnage encore comme un navire qui a perdu ses mts4 ,cependant il s'lve de jeunes ttes1 pleines de sve et de vigueur1 qui ont mdit la ,bible1 ,homre et ,dante1 qui se sont abreuves aux sources primitives de l'inspiration1 et qui portent en elles la gloire de notre sicle4 ,ces jeunes hommes seront les chefs d'une cole nouvelle et pure1 rivale et non ennemie des coles anciennes1 d'une opinion potique qui sera un jour aussi celle de la masse4 ,en attendant1 ils auront bien des combats livrer1 bien des luttes soutenir2 mais ils supporteront avec le courage du gnie les adversits de la gloire4 ,la routine reculera bien lentement devant eux1 mais il viendra un jour o elle tombera pour leur faire place1 comme la scorie dessche d'une vieille plaie qui se cicatrise4 ,tous ces hommes graves qui sont si clairvoyants en grammaire1 en versification1 en prosodie1 et si aveugles en posie1 nous rappellent ces mdecins qui connaissent la moindre fibre de la machine humaine1 mais qui nient l'me et ignorent la vertu4 ,,du ,g,,nie ,toute passion est loquente2 tout homme persuad persuade2 pour arracher des pleurs1 il faut pleurer2 l'enthousiasme est contagieux1 a-t-on dit4 ,prenez une femme et arrachez-lui son enfant2 rassemblez tous les rhteurs de la terre1 et vous pourrez dire3 ,a la mort1 et allons dner4 coutez la mre2 d'o vient qu'elle a trouv des cris1 des pleurs qui vous ont attendri1 et que la sentence vous est tombe des mains8 ,on a parl comme d'une chose tonnante de l'loquence de ,cicron et de la clmence de ,csar2 si ,cicron et t le pre de ,ligarius1 qu'en et-on dit8 ,il n'y avait rien l que de simple4 ,et en effet1 il est un langage qui ne trompe point1 que tous les hommes entendent1 et qui a t donn tous les hommes1 c'est celui des grandes passions comme des grands vnements1 sunt lacrymae rerum2 il est des moments o toutes les mes se comprennent1 o ,isral se lve tout entier comme un seul homme4 ,qu'est-ce que l'loquence8 dit ,dmosthne4 ,l'action1 l'action1 et puis encore l'action4--,mais1 en morale comme en physique1 pour imprimer du mouvement1 il faut en possder soi-mme4 ,comment se communique-t-il8 ,ceci vient de plus haut2 qu'il vous suffise que les choses se passent ainsi4 ,voulez-vous mouvoir1 soyez mu2 pleurez1 vous tirerez des pleurs2 c'est un cercle o tout vous ramne et d'o vous ne pouvez sortir4 ,je vous le demande1 quoi nous et servi le don de nous communiquer nos ides si1 comme ,cassandre1 il nous et t refus la facult de nous faire croire8 ,quel fut le plus beau moment de l'orateur romain8 ,celui o les tribuns du peuple lui interdisaient la parole4--,romains1 s'cria-t-il1 je jure que j'ai sauv la rpublique6 ,et tout le peuple se leva1 criant3 ,nous jurons qu'il a dit la vrit4 ,et tout ce que nous venons de dire de l'loquence1 nous le dirons de tous les arts1 car tous les arts ne sont que la mme langue diffremment parle4 ,et en effet1 qu'est-ce que nos ides8 ,des sensations1 et des sensations compares4 ,qu'est-ce que les arts1 sinon les diverses manires d'exprimer nos ides8 ,rousseau1 s'examinant soi-mme et se confrontant avec ce modle idal que tous les hommes portent grav dans leur conscience1 traa un plan d'ducation par lequel il garantissait son lve de tous ses vices1 mais en mme temps de toutes ses vertus4 ,le grand homme ne s'aperut pas qu'en donnant son mile ce qui lui manquait1 il lui tait ce qu'il possdait lui-mme4 ,cet homme lev au milieu du rire et de la joie serait comme un athlte lev loin des combats4 ,pour tre un ,hercule1 il faut avoir touff les serpents ds le berceau4 ,tu veux lui pargner la lutte des passions1 mais est-ce donc vivre que d'avoir vit la vie8 ,qu'est-ce qu'exister8 dit ,locke4 ,c'est sentir4 ,les grands hommes sont ceux qui ont beaucoup senti1 beaucoup vcu2 et souvent1 en quelques annes1 on a vcu bien des vies4 ,qu'on ne s'y trompe pas1 les hauts sapins ne croissent que dans la rgion des orages4 ,athnes1 ville de tumulte1 eut mille grands hommes2 ,sparte1 ville de l'ordre1 n'en eut qu'un1 ,lycurgue2 et ,lycurgue tait n avant ses lois4 ,aussi voyons-nous la plupart des grands hommes apparatre au milieu des grandes fermentations populaires2 ,homre1 au milieu des sicles hroques de la ,grce2 ,virgile1 sous le triumvirat2 ,ossian1 sur les dbris de sa patrie et de ses dieux2 ,dante1 l',arioste1 le ,tasse1 au milieu des convulsions renaissantes de l',italie2 ,corneille et ,racine1 au sicle de la ,fronde2 et enfin ,milton1 entonnant la premire rvolte au pied de l'chafaud sanglant de ,white-,hall4 ,et si nous examinons quel fut en particulier le destin de ces grands hommes1 nous les voyons tous tourments par une vie agite et misrable4 ,camons fend les mers son pome la main2 d',ercilla crit ses vers sur des peaux de btes dans les forts du ,mexique4 ,ceux-l que les souffrances du corps ne distraient pas des souffrances de l'me tranent une vie orageuse1 dvors par une irritabilit de caractre qui les rend charge eux-mmes et ceux qui les entourent4 ,heureux ceux qui ne meurent pas avant le temps1 consums par l'activit de leur propre gnie1 comme ,pascal2 de douleur1 comme ,molire et ,racine2 ou vaincus par les terreurs de leur propre imagination1 comme ce ,tasse infortun6 ,admettant donc ce principe reconnu de toute l'antiquit1 que les grandes passions font les grands hommes1 nous reconnatrons en mme temps que1 de mme qu'il y a des passions plus ou moins fortes1 de mme il existe divers degrs de gnie4 ,et1 examinant maintenant quelles sont les choses les plus capables d'exciter la violence de nos passions1 c'est--dire de nos dsirs1 qui ne sont eux-mmes que des volonts plus ou moins prononces1 jusqu' cette volont ferme et constante par laquelle on dsire une chose toute sa vie1 tout ou rien1 comme ,csar1 levier terrible par lequel l'homme se brise lui-mme1 nous tomberons d'accord que1 s'il existe une chose capable d'exciter une volont pareille dans une me noble et ferme1 ce doit tre sans contredit ce qu'il y a de plus grand parmi les hommes4 ,or1 jetant maintenant les yeux autour de nous1 considrons s'il est une chose laquelle cette dnomination sublime ait t justement attribue par le consentement unanime de tous les temps et de tous les peuples4 ,et nous voici1 jeunes gens1 arrivs en peu de paroles cette vrit ravissante devant laquelle toute la philosophie antique et le grand ,platon lui-mme avaient recul4 ,que le gnie1 c'est la vertu6 ,potes1 ayez toujours l'austrit d'un but moral devant les yeux4 ,n'oubliez jamais que par hasard des enfants peuvent vous lire4 ,ayez piti des ttes blondes4 ,on doit encore plus de respect la jeunesse qu' la vieillesse4 ,l'homme de gnie ne doit reculer devant aucune difficult2 il fallait de petites armes aux hommes ordinaires2 aux grands athltes1 il leur fallait les cestes d',hercule4 ,,plan ,,de ,,trag,,die ,,fait ,,au ,,coll,,ge ,deux des successeurs d',alexandre1 ,cassandre et ,alexandre1 fils de ,polyperchon1 se disputent l'empire de la ,grce4 ,le premier est retranch dans la citadelle d',athnes1 le second campe sous les murailles4 ,athnes1 entre ces deux puissants ennemis1 menace tout moment de sa ruine1 est encore tourmente par des dissensions intrieures4 ,le peuple penche pour le parti d',alexandre1 qui promet de rtablir le gouvernement populaire2 le snat tient pour ,cassandre1 qui a rtabli le gouvernement aristocratique4 ,de l la haine violente du peuple contre ,phocion1 chef du snat1 et le plus grand ennemi des caprices de la multitude4 ,phocion1 dans cette crise1 o il s'agit de lui autant que de l'tat1 insensible tout autre intrt qu' celui de ses concitoyens1 ne songe qu'au salut de la rpublique2 il y travaille avec toute l'imprudence d'une belle me4 ,les moyens qu'il emploie pour sauver la patrie sont ceux qu'on emploie pour le perdre lui-mme4 ,il parvient dterminer les deux chefs rivaux s'loigner de l',attique et respecter ,athnes2 et dans le mme moment il est accus de trahison1 traduit devant le peuple1 et condamn4 ,voil1 en peu de mots1 toute l'action de la tragdie2 elle est simple1 et peut tre noble pourtant4 ,c'est le tableau des agitations populaires et de la vertu malheureuse1 c'est--dire le plus grand exemple qu'on puisse mettre sous les yeux des hommes1 et le spectacle digne des dieux4 ,d'un ct1 la haine du peuple1 les ennemis de ,phocion1 sa vertu imprudente1 qui leur donne des armes contre lui1 enfin ,alexandre et son arme2 de l'autre1 les troupes de ,cassandre1 le parti des bons citoyens1 la vieille autorit du snat1 enfin l'ascendant ternel de la vertu1 qui fait triompher ,phocion toutes les fois qu'il se trouve en prsence de la multitude4 ,ainsi la balance thtrale est tablie2 l'action se droule par une suite de rvolutions inattendues2 les moyens d'attaque et de rsistance ont entre eux des proportions qui rendent l'anxit possible4 ,ainsi1 lorsqu'au troisime acte ,phocion n'a pas craint de se rendre au camp d',alexandre1 son ennemi1 et qu'il l'a dtermin accepter une entrevue avec ,cassandre1 il semble que cette dmarche courageuse va dsarmer l'ingratitude du peuple et fermer la bouche ses accusateurs4 ,mais ,phocion s'est expos la mort sans mandat2 il a mpris1 pour sauver le peuple1 un dcret populaire qui le destituait de sa charge1 dcret que le snat n'avait pas sanctionn4 ,ainsi1 lorsque le spectateur croit que l'action marche vers un heureux dnoment1 il se trouve que le pril est au comble4 ,le peuple1 en pleine rvolte1 assige la demeure de ,phocion4 ,il ne se prsente aucun moyen de salut4 ,le snat est sans force1 et ,cassandre est trop loign4 ,il n'y a plus qu' mourir4 ,on propose ,phocion d'armer ses esclaves et de vendre chrement sa vie4 ,mais le grand homme refuse4 ,le peuple se prcipite sur la scne en criant3--,la mort6 la mort6 ,phocion n'en est point mu4 ,les orateurs agitent la multitude par leurs cris4 ,phocion la harangue2 mais1 voyant que le tumulte redouble et qu'il ne peut parvenir la ramener des sentiments humains1 il monte sur son tribunal1 et ce mouvement la rvolution thtrale est opre4 ,ce n'est plus le vieillard disputant sa vie contre une populace effrne1 c'est un juge suprme qui foudroie des rvolts4 ,les assassins tombent aux genoux de ,phocion4 ,le vieillard1 profondment mu de l'ingratitude de ses concitoyens1 ne leur demande pas vengeance1 il ne leur demande pas mme la vie1 il ne leur demande que de le laisser vivre encore un jour pour les sauver4 ,ainsi la face de la scne est change2 le peuple est apais2 les deux rois vont se rendre dans la ville pour conclure une trve2 il semble que ,phocion n'ait plus rien craindre4 ,tout coup ,agnonide se lve et conseille de se saisir des deux rois et de mettre ainsi fin aux malheurs de la ,grce4 ,a cette proposition perfide1 dont il ne dveloppe que trop bien les avantages1 l'incertitude renat2 on sent tout de suite quel effet la rponse de ,phocion va produire sur un peuple chez qui ,aristide n'osa pas une seconde fois prfrer le juste l'utile4 ,phocion voit le pige1 et il n'en est point tonn4 ,il fait ce qu',aristide n'aurait point os faire1 il reste du parti de la chose juste contre la chose utile4 ,l'entrevue des deux rois est rompue1 et ,phocion est cit devant l'assemble du peuple comme coupable d'avoir laiss chapper l'occasion de sauver la rpublique4 ,ici l'action se presse4 ,phocion est sur le point d'tre tran devant cette assemble1 compose d'un ramassis d'esclaves et d'trangers ameuts par ses ennemis1 lorsqu'on apprend que ,cassandre descend de l',acropolis et marche son secours4 ,le vieillard1 quoique l'on viole les lois pour le faire condamner1 ne veut pas tre sauv malgr les lois4 ,il marche lui-mme au-devant de ses librateurs et les force rentrer dans la citadelle2 il revient ensuite se prsenter devant le peuple4 ,il est au moment d'tre absous1 lorsque tout coup l'arme d',alexandre parat sous les remparts4 ,le peuple se rvolte1 l'autorit du snat est mconnue1 et ,phocion est condamn4 ,il prend la coupe et boit gravement le poison4 ,cette tragdie pourrait tre belle2 cependant elle n'obtiendrait qu'un succs d'estime4 ,cela tient ce qu'elle serait froide2 au thtre un conte d'amour vaut mieux que toute l'histoire4 ,campistron a dj mis le sujet de ,phocion sur la scne4 ,sa pice1 comme toutes celles qu'il a faites1 est assez bien conue et n'est pas mal conduite4 ,il y a quelque invention dans les caractres1 mais il n'a point su les soutenir4 ,c'est ce qui arrive souvent aux gens qui1 comme lui1 n'ont ni vu ni observ1 et qui s'imaginent qu'on fait de l'amour avec des exclamations1 et de la vertu avec des maximes4 ,ainsi1 dans une scne1 d'ailleurs assez bien crite1 si l'on admet que le style des tragdies de ,voltaire est un bon style1 entre le tyran et ,phocion1 celui-ci1 aprs avoir dit en vrai capitan3 ,un homme tel que moi1 loin de s'humilier1 ,conte ce qu'il a fait pour se justifier4 ,ose toi-mme ici rappeler mon histoire4 ,elle ne t'offrira que des jours pleins de gloire2 ,chaque instant est marqu par quelque exploit fameux444 se reprend tout coup1 et il ajoute avec une emphase de modestie aussi ridicule que sa jactance3 ,mais que dis-je8 o m'emporte un mouvement honteux8 ,est-ce moi de conter la gloire de ma vie8 ,d'en retracer le cours quand ,athnes l'oublie8 ,j'en rougis2 je suis prt me dsavouer4 ,prononce2 j'aime mieux mourir que me louer4 ,et plus loin1 ,campistron1 ne sachant comment faire revenir ,phocion mourant sur la scne1 s'avise de lui faire demander une entrevue au tyran4 ,le tyran1 trs surpris1 accorde par pur motif de curiosit2 mais1 comme ce ne serait pas le compte de l'auteur de mettre en tte--tte deux personnages qui n'ont rellement rien se dire1 au moment d'entretenir ,phocion1 on vient chercher le tyran pour une rvolte4 ,celui-ci1 comme de raison1 oublie de donner contre-ordre pour l'entrevue4 ,phocion arrive1 et1 ne trouvant pas le tyran1 il cherche dans sa tte quelle raison peut lui avoir fait quitter la scne1 et il n'en trouve pas de meilleure1 sinon que c'est qu'il lui fait peur1 et il ajoute1 avec une bonhomie tout fait comique3 ,sans armes et mourant je le force me craindre4 ,que le sort d'un tyran1 justes dieux6 est plaindre6 ,et plus loin encore1 ,phocion mourant1 qui se promne durant tout le cinquime acte au milieu de la sdition1 se rencontre avec sa fille ,chrysis1 et il s'occupe1 en bon pre1 lui chercher un mari4 ,le passage est rellement curieux4 ,savez-vous sur qui son choix s'arrte8 ,sur le fils du tyran4 ,il semble1 comme dit le proverbe1 qu'il n'y a qu' se baisser et en prendre4 ,et voulant1 en mourant1 vous choisir un poux1 ,je ne trouve que lui qui soit digne de vous4 ,la rponse de la fille est peut-tre encore plus singulire3 ,qu'entends-je6 ciel6 seigneur1 m'en croyez-vous capable8 ,je ne vous cle point qu'il me parat aimable4 ,c'est cette mme ,chrysis qui1 voyant mourir son pre et son amant1 trop bien leve pour les suivre1 s'crie avec une navet si touchante3 ,o fortune contraire1 ,j'ose1 aprs de tels coups1 dfier ta colre6 ,elle s'en va1 et la toile tombe4 ,en pareil cas ,corneille est sublime1 il fait dire ,eurydice3 ,non1 je ne pleure pas1 madame1 mais je meurs4 ,en #agic1 la ,france faisait front l',europe1 la ,vende tenait tte la ,france4 ,la ,france tait plus grande que l',europe1 la ,vende tait plus grande que la ,france4 ,dcembre #ahbj4 ,le tout jeune homme qui s'veille de nos jours aux ides politiques est dans une perplexit trange4 ,en gnral1 nos pres sont bonapartistes1 nos mres sont royalistes4 ,nos pres ne voient dans ,napolon que l'homme qui leur donnait des paulettes2 nos mres ne voient dans ,buonaparte que l'homme qui leur prenait leurs fils4 ,pour nos pres1 la rvolution1 c'est la plus grande chose qu'ait pu faire le gnie d'une assemble2 l'empire1 c'est la plus grande chose qu'ait pu faire le gnie d'un homme4 ,pour nos mres1 la rvolution1 c'est une guillotine2 l'empire1 c'est un sabre4 ,nous autres enfants ns sous le consulat1 nous avons tous grandi sur les genoux de nos mres1 nos pres tant au camp2 et1 bien souvent prives1 par la fantaisie conqurante d'un homme1 de leurs maris1 de leurs frres1 elles ont fix sur nous1 frais coliers de huit ou dix ans1 leurs doux yeux maternels remplis de larmes1 en songeant que nous aurions dix-huit ans en #ahbj1 et qu'en #ahbe nous serions colonels ou morts4 ,l'acclamation qui a salu ,louis ,,xviii en #ahad1 'a t un cri de joie des mres4 ,en gnral1 il est peu d'adolescents de notre gnration qui n'aient suc avec le lait de leurs mres la haine des deux poques violentes qui ont prcd la restauration4 ,le croquemitaine des enfants de #ahjb1 c'tait ,robespierre2 le croquemitaine des enfants de #ahae1 c'tait ,buonaparte4 ,dernirement1 je venais de soutenir ardemment1 en prsence de mon pre1 mes opinions vendennes4 ,mon pre m'a cout parler en silence1 puis il s'est tourn vers le gnral ,l----1 qui tait l1 et il lui a dit3 ,laissons faire le temps4 ,l'enfant est de l'opinion de sa mre1 l'homme sera de l'opinion de son pre4 ,cette prdiction m'a laiss tout pensif4 ,quoi qu'il arrive1 et en admettant mme jusqu' un certain point que l'exprience puisse modifier l'impression que nous fait le premier aspect des choses notre entre dans la vie1 l'honnte homme est sr de ne point errer en soumettant toutes ces modifications la svre critique de sa conscience4 ,une bonne conscience qui veille dans un esprit le sauve de toutes les mauvaises directions o l'honntet peut se perdre4 ,au moyen ge1 on croyait que tout liquide o un saphir avait sjourn tait un prservatif contre la peste1 le charbon et la lpre et toutes ses espces1 dit ,jean-,baptiste de ,rocoles4 ,ce saphir1 c'est la conscience4 ,,journal ,,des ,,id,,es ,,et ,,des ,,opinions ,d',,un ,r,,volutionnaire ,,de #ahcj ,,aout ,aprs juillet #ahcj1 il nous faut la chose rpublique et le mot monarchie4 ,a ne considrer les choses que sous le point de vue de l'expdient politique1 la rvolution de juillet nous a fait passer brusquement du constitutionalisme au rpublicanisme4 ,la machine anglaise est dsormais hors de service en ,france2 les whigs sigeraient l'extrme droite de notre ,chambre4 ,l'opposition a chang de terrain comme le reste4 ,avant le #cj juillet elle tait en ,angleterre1 aujourd'hui elle est en ,amrique4 ,les socits ne sont bien gouvernes en fait et en droit que lorsque ces deux forces1 l'intelligence et le pouvoir1 se superposent4 ,si l'intelligence n'claire encore qu'une tte au sommet du corps social1 que cette tte rgne2 les thocraties ont leur logique et leur beaut4 ,ds que plusieurs ont la lumire1 que plusieurs gouvernent2 les aristocraties sont alors lgitimes4 ,mais lorsqu'enfin l'ombre a disparu de partout1 quand toutes les ttes sont dans la lumire1 que tous rgissent tout4 ,le peuple est mr la rpublique2 qu'il ait la rpublique4 ,tout ce que nous voyons maintenant1 c'est une aurore4 ,rien n'y manque1 pas mme le coq4 ,la fatalit1 que les anciens disaient aveugle1 y voit clair et raisonne4 ,les vnements se suivent1 s'enchanent et se dduisent dans l'histoire avec une logique qui effraye4 ,en se plaant un peu distance1 on peut saisir toutes leurs dmonstrations dans leurs rigoureuses et colossales proportions1 et la raison humaine brise sa courte mesure devant ces grands syllogismes du destin4 ,il ne peut y avoir rien que de factice1 d'artificiel et de pltr dans un ordre de choses o les ingalits sociales contrarient les ingalits naturelles4 ,l'quilibre parfait de la socit rsulte de la superposition immdiate de ces deux ingalits4 ,les rois ont le jour1 les peuples ont le lendemain4 ,donneurs de places6 preneurs de places6 demandeurs de places6 gardeurs de places6--,c'est piti de voir tous ces gens qui mettent une cocarde tricolore leur marmite4 ,il y a1 dit ,hippocrate1 l'inconnu1 le mystrieux1 le divin des maladies4 ,quid divinum4 ,ce qu'il dit des maladies1 on peut le dire des rvolutions4 ,la dernire raison des rois1 le boulet4 ,la dernire raison des peuples1 le pav4 ,je ne suis pas de vos gens coiffs du bonnet rouge et entts de la guillotine4 ,pour beaucoup de raisonneurs froid qui font aprs coup la thorie de la ,terreur1 #ic a t une amputation brutale1 mais ncessaire4 ,robespierre est un ,dupuytren politique4 ,ce que nous appelons la guillotine n'est qu'un bistouri4 ,c'est possible4 ,mais il faut dsormais que les maux de la socit soient traits non par le bistouri1 mais par la lente et graduelle purification du sang1 par la rsorption prudente des humeurs extravases1 par la saine alimentation1 par l'exercice des forces et des facults1 par le bon rgime4 ,ne nous adressons plus au chirurgien1 mais au mdecin4 ,beaucoup de bonnes choses sont branles et toutes tremblantes encore de la brusque secousse qui vient d'avoir lieu4 ,les hommes d'art en particulier sont fort stupfaits et courent dans toutes les directions aprs leurs ides parpilles4 ,qu'ils se rassurent4 ,ce tremblement de terre pass1 j'ai la ferme conviction que nous retrouverons notre difice de posie debout et plus solide de toutes les secousses auxquelles il aura rsist4 ,c'est aussi une question de libert que la ntre1 c'est aussi une rvolution4 ,elle marchera intacte ct de sa soeur la politique4 ,les rvolutions1 comme les loups1 ne se mangent pas4 ,,septembre ,notre maladie depuis six semaines1 c'est le ministre et la majorit de la ,chambre qui nous l'ont faite2 c'est une rvolution rentre4 ,on a tort de croire que l'quilibre europen ne sera pas drang par notre rvolution4 ,il le sera4 ,ce qui nous rend forts1 c'est que nous pouvons lcher son peuple sur tout roi qui nous lchera son arme4 ,une rvolution combattra pour nous partout o nous le voudrons4 ,l',angleterre seule est redoutable pour mille raisons4 ,le ministre anglais nous fait bonne mine parce que nous avons inspir au peuple anglais un enthousiasme qui pousse le gouvernement4 ,cependant ,wellington sait par o nous prendre2 il nous entamera1 l'heure venue1 par ,alger ou par la ,belgique4 ,or nous devions chercher nous lier de plus en plus troitement avec la population anglaise1 pour tenir en respect son ministre2 et1 pour cela1 envoyer en ,angleterre un ambassadeur populaire1 ,benjamin ,constant1 par exemple1 dont on et dtel la voiture de ,douvres ,londres avec douze cent mille anglais en cortge4 ,de cette faon1 notre ambassadeur et t le premier personnage d',angleterre1 et qu'on juge le beau contrecoup qu'et produit ,londres1 ,manchester1 ,birmingham1 une dclaration de guerre la ,france6 ,planter l'ide franaise dans le sol anglais1 c'et t grand et politique4 ,l'union de la ,france et de l',angleterre peut produire des rsultats immenses pour l'avenir de l'humanit4 ,la ,france et l',angleterre sont les deux pieds de la civilisation4 ,chose trange que la figure des gens qui passent dans les rues le lendemain d'une rvolution6 ,a tout moment vous tes coudoy par le vice et l'impopularit en personne avec cocarde tricolore4 ,beaucoup s'imaginent que la cocarde couvre le front4 ,nous assistons en ce moment une averse de places qui a des effets singuliers4 ,cela dbarbouille les uns4 ,cela crotte les autres4 ,on est tout stupfait des existences qui surgissent toutes faites dans la nuit qui suit une rvolution4 ,il y a du champignon dans l'homme politique4 ,hasard et intrigue4 ,coterie et loterie4 ,charles ,x croit que la rvolution qui l'a renvers est une conspiration creuse1 mine1 chauffe de longue main4 ,erreur6 c'est tout simplement une ruade du peuple4 ,mon ancienne conviction royaliste-catholique de #ahbj s'est croule pice pice depuis dix ans devant l'ge et l'exprience4 ,il en reste pourtant encore quelque chose dans mon esprit1 mais ce n'est qu'une religieuse et potique ruine4 ,je me dtourne quelquefois pour la considrer avec respect1 mais je n'y viens plus prier4 ,l'ordre sous la tyrannie1 c'est1 dit ,alfieri quelque part1 une vie sans me4 ,l'ide de ,dieu et l'ide du roi sont deux et doivent tre deux4 ,la monarchie la ,louis ,,xiv les confond au dtriment de l'ordre temporel1 au dtriment de l'ordre spirituel4 ,il rsulte de ce monarchisme une sorte de mysticisme politique1 de ftichisme royaliste1 je ne sais quelle religion de la personne du roi1 du corps du roi1 qui a un palais pour temple et des gentilshommes de la chambre pour prtres1 avec l'tiquette pour dcalogue4 ,de l toutes ces fictions qu'on appelle droit divin1 lgitimit1 grce de ,dieu1 et qui sont tout au rebours du vritable droit divin1 qui est la justice1 de la vritable lgitimit1 qui est l'intelligence1 de la vritable grce de ,dieu1 qui est la raison4 ,cette religion des courtisans n'aboutit autre chose qu' substituer la chemise d'un homme la bannire de l'glise4 ,nous sommes dans le moment des peurs paniques4 ,un club1 par exemple1 effraye1 et c'est tout simple2 c'est un mot que la masse traduit par un chiffre1 #ic4 ,et1 pour les basses classes1 #ic1 c'est la disette2 pour les classes moyennes1 c'est le maximum2 pour les hautes classes1 c'est la guillotine4 ,mais nous sommes en #ahcj4 ,la rpublique1 comme l'entendent certaines gens1 c'est la guerre de ceux qui n'ont ni un sou1 ni une ide1 ni une vertu1 contre quiconque a l'une de ces trois choses4 ,la rpublique1 selon moi1 la rpublique1 qui n'est pas encore mre1 mais qui aura l',europe dans un sicle1 c'est la socit souveraine de la socit2 se protgeant1 garde nationale2 se jugeant1 jury2 s'administrant1 commune2 se gouvernant1 collge lectoral4 ,les quatre membres de la monarchie1 l'arme1 la magistrature1 l'administration1 la pairie1 ne sont pour cette rpublique que quatre excroissances gnantes qui s'atrophient et meurent bientt4 --,ma vie a t pleine d'pines4 --,est-ce pour cela que votre conscience est si dchire8 ,il y a toujours deux choses dans une charte1 la solution d'un peuple et d'un sicle1 et une feuille de papier4 ,tout le secret1 pour bien gouverner le progrs politique d'une nation1 consiste savoir distinguer ce qui est la solution sociale de ce qui est la feuille de papier4 ,tous les principes que les rvolutions antcdentes ont dgags forment le fonds1 l'essence mme de la charte2 respectez-les4 ,ainsi1 libert de culte1 libert de pense1 libert de presse1 libert d'association1 libert de commerce1 libert d'industrie1 libert de chaire1 de tribune1 de thtre1 de trteau1 galit devant la loi1 libre accessibilit de toutes les capacits tous les emplois1 toutes choses sacres et qui font choir1 comme la torpille1 les rois qui osent y toucher4 ,mais de la feuille de papier1 de la forme1 de la rdaction1 de la lettre1 des questions d'ge1 de cens1 d'ligibilit1 d'hrdit1 d'inamovibilit1 de pnalit1 inquitez-vous-en peu et rformez mesure que le temps et la socit marchent4 ,la lettre ne doit jamais se ptrifier quand les choses sont progressives4 ,si la lettre rsiste1 il faut la briser4 ,il faut quelquefois violer les chartes pour leur faire des enfants4 ,en matire de pouvoir1 toutes les fois que le fait n'a pas besoin d'tre violent pour tre1 le fait est droit4 ,une guerre gnrale clatera quelque jour en ,europe1 la guerre des royaumes contre les patries4 ,m4 de ,talleyrand a dit ,louis-,philippe1 avec un gracieux sourire1 en lui prtant serment3--,h6 h6 sire1 c'est le treizime4 ,m4 de ,talleyrand disait il y a un an1 une poque o l'on parlait beaucoup trilogie en littrature3--,je veux avoir fait aussi1 moi1 ma trilogie2 j'ai fait ,napolon1 j'ai fait la maison de ,bourbon1 je finirai par la maison d',orlans4 ,pourvu que la pice que ,m4 de ,talleyrand nous joue n'ait en effet que trois actes6 ,les rvolutions sont de magnifiques improvisatrices4 ,un peu cheveles quelquefois4 ,effrayante charrue que celle des rvolutions6 ce sont des ttes humaines qui roulent au tranchant du soc des deux cts du sillon4 ,ne dtruisez pas notre architecture gothique4 ,grce pour les vitraux tricolores6 ,napolon disait3 ,je ne veux pas du coq1 le renard le mange4 ,et il prit l'aigle4 ,la ,france a repris le coq4 ,or1 voici tous les renards qui reviennent dans l'ombre la file1 se cachant l'un derrire l'autre2 ,p---- derrire ,t----1 ,v---- derrire ,m----4 ,eia6 vigila1 ,galle6 ,il y a des gens qui se croient bien avancs et qui ne sont encore qu'en #afhh4 ,il y a pourtant longtemps dj que nous avons dpass #aghi4 ,la nouvelle gnration a fait la rvolution de #ahcj1 l'ancienne prtend la fconder4 ,folie1 impuissance6 ,une rvolution de vingt-cinq ans1 un parlement de soixante1 que peut-il rsulter de l'accouplement8 ,vieillard1 ne vous barricadez pas ainsi dans la lgislature2 ouvrez la porte bien plutt1 et laissez passer la jeunesse4 ,songez qu'en lui fermant la ,chambre1 vous la laissez sur la place publique4 ,vous avez une belle tribune en marbre1 avec des bas-reliefs de ,m4 ,lemot1 et vous n'en voulez que pour vous2 c'est fort bien4 ,un beau matin1 la gnration nouvelle renversera un tonneau sur le cul1 et cette tribune-l sera en contact immdiat avec le pav qui a cras une monarchie de huit sicles4 ,songez-y4 ,remarquez d'ailleurs que1 tout vnrables que vous tes par votre ge1 ce que vous faites depuis aot #ahcj n'est que prcipitation1 tourderie et imprudence4 ,des jeunes gens n'auraient peut-tre pas fait la part au feu si large4 ,il y avait dans la monarchie de la branche ane beaucoup de choses utiles que vous vous tes trop hts de brler et qui auraient pu servir1 ne ft-ce que comme fascines1 pour combler le foss profond qui nous spare de l'avenir4 ,nous autres1 jeunes ilotes politiques1 nous vous avons blms plus d'une fois1 dans l'ombre oisive o vous nous laissez1 de tout dmolir trop vite et sans discernement1 nous qui rvons pourtant une reconstruction gnrale et complte4 ,mais pour la dmolition comme pour la reconstruction1 il fallait une longue et patiente attention1 beaucoup de temps1 et le respect de tous les intrts qui s'abritent et poussent si souvent de jeunes et vertes branches sous les vieux difices sociaux4 ,au jour de l'croulement1 il faut faire aux intrts un toit provisoire4 ,chose trange6 vous avez la vieillesse1 et vous n'avez pas la maturit4 ,voici des paroles de ,mirabeau qu'il est l'heure de mditer3 ,nous ne sommes point des sauvages arrivant nus des bords de l',ornoque pour former une socit4 ,nous sommes une nation vieille1 et sans doute trop vieille pour notre poque4 ,nous avons un gouvernement prexistant1 un roi prexistant1 des prjugs prexistants2 il faut1 autant qu'il est possible1 assortir toutes ces choses la rvolution et sauver la soudainet du passage4 ,dans la constitution actuelle de l',europe1 chaque tat a son esclave1 chaque royaume trane son boulet4 ,la ,turquie a la ,grce1 la ,russie a la ,pologne1 la ,sude a la ,norvge1 la ,prusse a le grand-duch de ,posen1 l',autriche a la ,lombardie1 la ,sardaigne a le ,pimont1 l',angleterre a l',irlande1 la ,france a la ,corse1 la ,hollande a la ,belgique4 ,ainsi1 ct de chaque peuple matre1 un peuple esclave2 ct de chaque nation dans l'tat naturel1 une nation hors de l'tat naturel4 ,edifice mal bti2 moiti marbre1 moiti pltras4 ,,octobre ,l'esprit de ,dieu1 comme le soleil1 donne toujours la fois toute sa lumire4 ,l'esprit de l'homme ressemble cette ple lune1 qui a ses phases1 ses absences et ses retours1 sa lucidit et ses taches1 sa plnitude et sa disparition1 qui emprunte toute sa lumire des rayons du soleil1 et qui pourtant ose les intercepter quelquefois4 ,avec beaucoup d'ides1 beaucoup de vues1 beaucoup de probit1 les saint-simoniens se trompent4 ,on ne fonde pas une religion avec la seule morale4 ,il faut le dogme1 il faut le culte4 ,pour asseoir le culte et le dogme1 il faut les mystres4 ,pour faire croire aux mystres1 il faut des miracles4--,faites donc des miracles4--,soyez prophtes1 soyez dieux d'abord1 si vous pouvez1 et puis aprs prtres1 si vous voulez4 ,l'glise affirme1 la raison nie4 ,entre le oui du prtre et le non de l'homme1 il n'y a plus que ,dieu qui puisse placer son mot4 ,tout ce qui se fait maintenant dans l'ordre politique n'est qu'un pont de bateaux4 ,cela sert passer d'une rive l'autre4 ,mais cela n'a pas de racines dans le fleuve d'ides qui coule dessous et qui a emport dernirement le vieux pont de pierre des ,bourbons4 ,les ttes comme celle de ,napolon sont le point d'intersection de toutes les facults humaines4 ,il faut bien des sicles pour reproduire le mme accident4 ,avant une rpublique1 ayons1 s'il se peut1 une chose publique4 ,j'admire encore ,la ,rochejaquelein1 ,lescure1 ,cathelineau1 ,charette mme2 je ne les aime plus4 ,j'admire toujours ,mirabeau et ,napolon2 je ne les hais plus4 ,le sentiment de respect que m'inspire la ,vende n'est plus chez moi qu'une affaire d'imagination et de vertu4 ,je ne suis plus venden de coeur1 mais d'me seulement4 ,copie textuelle d'une lettre anonyme adresse ces jours-ci ,m4 ,dupin4 ,monsieur le sauveur1 vous vous f444 sur le pied de vexer les mendiants6 ,pas tant de bagou1 ou tu sauteras le pas6 ,j'en ai tordu de plus malins que toi6 ,a revoir1 porte-toi bien1 en attendant que je te tue4 ,mauvais loge d'un homme que de dire3 son opinion politique n'a pas vari depuis quarante ans4 ,c'est dire que pour lui il n'y a eu ni exprience de chaque jour1 ni rflexion1 ni repli de la pense sur les faits4 ,c'est louer une eau d'tre stagnante1 un arbre d'tre mort2 c'est prfrer l'hutre l'aigle4 ,tout est variable au contraire dans l'opinion2 rien n'est absolu dans les choses politiques1 except la moralit intrieure de ces choses4 ,or cette moralit est affaire de conscience et non d'opinion4 ,l'opinion d'un homme peut donc changer honorablement1 pourvu que sa conscience ne change pas4 ,progressif ou rtrograde1 le mouvement est essentiellement vital1 humain1 social4 ,ce qui est honteux1 c'est de changer d'opinion pour son intrt1 et que ce soit un cu ou un galon qui vous fasse brusquement passer du blanc au tricolore1 et vice versa4 ,nos chambres dcrpites procrent cette heure une infinit de petites lois culs-de-jatte1 qui1 peine nes1 branlent la tte comme de vieilles femmes et n'ont plus de dents pour mordre les abus4 ,l'galit devant la loi1 c'est l'galit devant ,dieu traduite en langue politique4 ,toute charte doit tre une version de l'vangile4 ,les whigs8 dit ,o',connell1 des tories sans places4 ,toute doctrine sociale qui cherche dtruire la famille est mauvaise1 et1 qui plus est1 inapplicable4 ,sauf se recomposer plus tard1 la socit est soluble1 la famille non4 ,c'est qu'il n'entre dans la composition de la famille que des lois naturelles2 la socit1 elle1 est soluble par tout l'alliage de lois factices1 artificielles1 transitoires1 expdientes1 contingentes1 accidentelles1 qui se mle sa constitution4 ,il peut souvent tre utile1 tre ncessaire1 tre bon de dissoudre une socit quand elle est mauvaise1 ou trop vieille1 ou mal venue4 ,il n'est jamais utile1 ni ncessaire1 ni bon1 de mettre en poussire la famille4 ,quand vous dcomposez une socit1 ce que vous trouvez pour dernier rsidu1 ce n'est pas l'individu1 c'est la famille4 ,la famille est le cristal de la socit4 ,,novembre ,il y a de grandes choses qui ne sont pas l'oeuvre d'un homme1 mais d'un peuple4 ,les pyramides d'gypte sont anonymes2 les journes de juillet aussi4 ,au printemps1 il y aura une fonte de russes4 ,,tr,s ,,bonne ,,loi ,,lectorale 7,quand le peuple saura lire47 ,,article ,ier4--,tout franais est lecteur4 ,,article ,,ii4--,tout franais est ligible4 ,d,,cembre #i dcembre #ahcj4--;,benjamin ,constant1 qui est mort hier1 tait un de ces hommes rares qui fourbissent1 polissent et aiguisent les ides gnrales de leur temps1 ces armes des peuples qui brisent toutes celles des armes4 ,il n'y a que les rvolutions qui puissent jeter de ces hommes-l dans la socit4 ,pour faire la pierre ponce1 il faut le volcan4 ,on vient d'annoncer dans la mme journe la mort de ,goethe1 la mort de ,benjamin ,constant1 la mort de ,pie ,,viii#a4 ,trois papes de morts4 #a3 ,cette triple nouvelle circula en effet dans ,paris le mme jour4 ,elle ne se ralisa pour ,goethe que quinze mois plus tard4 ,,napol,,on4 ,voyez-vous cette toile8 ,,caulaincourt ,non4 ,,napol,,on4 ,eh bien1 moi1 je la vois4 ,si le clerg n'y prend garde et ne change de vie1 on ne croira bientt plus en ,france d'autre trinit qu' celle du drapeau tricolore4 ,citadelle inexpugnable que la ,france aujourd'hui6 ,pour remparts1 au midi1 les ,pyrnes2 au levant1 les ,alpes2 au nord1 la ,belgique avec sa haie de forteresses2 au couchant1 l',ocan pour foss4 ,en de des ,pyrnes1 en de des ,alpes1 en de du ,rhin et des forteresses belges1 trois peuples en rvolution1 ,espagne1 ,italie1 ,belgique1 nous montent la garde2 en de de la mer1 la rpublique amricaine4 ,et1 dans cette ,france imprenable1 pour garnison1 trois millions de bayonnettes2 pour veiller aux crneaux des ,alpes1 des ,pyrnes et de la ,belgique1 quatre cent mille soldats2 pour dfendre le terrain1 un garde national par pied carr4 ,enfin1 nous tenons le bout de mche de toutes les rvolutions dont l',europe est mine4 ,nous n'avons qu' dire3 ,feu6 ,j'ai assist une sance du procs des ministres1 l'avant-dernire1 la plus lugubre1 celle o l'on entendait le mieux rugir le peuple dehors4 ,j'crirai cette journe-l4 ,une pense m'occupait pendant la sance1 c'est que le pouvoir occulte qui a pouss ,charles ,x sa ruine1 le mauvais gnie de la restauration1 ce gouvernement qui traitait la ,france en accuse1 en criminelle1 et lui faisait sans relche son procs1 avait fini1 tant il y a une raison intrieure dans les choses1 par ne plus pouvoir avoir pour ministres que des procureurs gnraux4 ,et en effet1 quels taient les trois hommes assis prs de ,m4 de ,polignac comme ses agents les plus immdiats8 ,m4 de ,peyronnet1 procureur gnral2 ,m4 de ,chantelauze1 procureur gnral2 ,m4 de ,guernon-,ranville1 procureur gnral4 ,qu'est-ce que ,m4 ,mangin1 qui et probablement figur ct d'eux1 si la rvolution de juillet avait pu se saisir de lui8 ,un procureur gnral4 ,plus de ministre de l'intrieur1 plus de ministre de l'instruction publique1 plus de prfet de police2 des procureurs gnraux partout4 ,la ,france n'tait plus ni administre1 ni gouverne au conseil du roi1 mais accuse1 mais juge1 mais condamne4 ,ce qui est dans les choses sort toujours au dehors par quelque ct4 ,la licence se crve ses cent yeux avec ses cent bras4 ,quelques rochers n'arrtent pas un fleuve2 travers les rsistances humaines1 les vnements s'coulent sans se dtourner4 ,chacun se dpopularise son tour4 ,le peuple finira peut-tre par se dpopulariser4 ,il y a des hommes malheureux2 ,christophe ,colomb ne peut attacher son nom sa dcouverte2 ,guillotin ne peut dtacher le sien de son invention4 ,le mouvement se propage du centre la circonfrence2 le travail se fait en dessous2 mais il se fait4 ,les pres ont vu la rvolution de ,france1 les fils verront la rvolution d',europe4 ,les droits politiques1 les fonctions de jur1 d'lecteur et de garde national1 entrent videmment dans la constitution normale de tout membre de la cit4 ,tout homme du peuple est1 priori1 homme de la cit4 ,cependant les droits politiques doivent1 videmment aussi1 sommeiller dans l'individu jusqu' ce que l'individu sache clairement ce que c'est que des droits politiques1 ce que cela signifie1 et ce qu'on en fait4 ,pour exercer il faut comprendre4 ,en bonne logique1 l'intelligence de la chose doit toujours prcder l'action sur la chose4 ,il faut donc1 on ne saurait trop insister sur ce point1 clairer le peuple pour pouvoir le constituer un jour4 ,et c'est un devoir sacr pour les gouvernants de se hter de rpandre la lumire dans ces masses obscures o le droit dfinitif repose4 ,tout tuteur honnte presse l'mancipation de son pupille4 ,multipliez donc les chemins qui mnent l'intelligence1 la science1 l'aptitude4 ,la ,chambre1 j'ai presque dit le trne1 doit tre le dernier chelon d'une chelle dont le premier chelon est une cole4 ,et puis1 instruire le peuple1 c'est l'amliorer2 clairer le peuple1 c'est le moraliser2 lettrer le peuple1 c'est le civiliser4 ,toute brutalit se fond au feu doux des bonnes lectures quotidiennes4 ,humaniores litterae4 ,il faut faire faire au peuple ses humanits4 ,ne demandez pas de droits pour le peuple1 tant que le peuple demandera des ttes4 ,,janvier ,la chose la plus remarquable de ce mois-ci1 c'est cet chantillon de style de tribune4 ,la phrase a t textuellement prononce la ,chambre des dputs par un des principaux orateurs3 444 ,c'est proscrire les vritables bases du lien social4 ,f,,vrier ,le roi ,ferdinand de ,naples1 pre de celui qui vient de mourir1 disait qu'il ne fallait que trois ,f4 pour gouverner un peuple3 ,festa1 ,fora1 ,farina4 ,on veut dmolir ,saint-,germain l',auxerrois pour un alignement de place ou de rue2 quelque jour on dtruira ,notre-,dame pour agrandir le parvis2 quelque jour on rasera ,paris pour agrandir la plaine des ,sablons4 ,alignement1 nivellement1 grands mots1 grands principes1 pour lesquels on dmolit tous les difices1 au propre et au figur1 ceux de l'ordre intellectuel comme ceux de l'ordre matriel1 dans la socit comme dans la cit4 ,il faut des monuments aux cits de l'homme2 autrement o serait la diffrence entre la ville et la fourmilire8 ,,mars ,il y avait quelque chose de plus beau que la brochure de ,m4 de ,c----2 c'tait son silence4 ,il a eu tort de le rompre4 ,les ,achilles dans leur tente sont plus formidables que sur le champ de bataille4 #ac mars4--,combinaison ,casimir ,prier4 ,un homme qui engourdira la plaie1 mais ne la fermera pas2 un palliatif1 non la gurison2 un ministre au laudanum4 ,quelle administration6 quelle poque6 o il faut tout craindre et tout braver2 o le tumulte renat du tumulte2 o l'on produit une meute par les moyens qu'on prend pour la prvenir2 o il faut sans cesse de la mesure1 et o la mesure parat quivoque1 timide1 pusillanime2 o il faut dployer beaucoup de force1 et o la force parat tyrannie2 o l'on est assig de mille conseils1 et o il faut prendre conseil de soi-mme2 o l'on est oblig de redouter jusqu' des citoyens dont les intentions sont pures1 mais que la dfiance1 l'inquitude1 l'exagration1 rendent presque aussi redoutables que des conspirateurs2 o l'on est rduit mme1 dans des occasions difficiles1 cder par sagesse1 conduire le dsordre pour le retenir1 se charger d'un emploi glorieux1 il est vrai1 mais environn d'alarmes cruelles2 o il faut encore1 au milieu de si grandes difficults1 dployer un front serein1 tre toujours calme1 mettre de l'ordre jusque dans les plus petits objets1 n'offenser personne1 gurir toutes les jalousies1 servir sans cesse1 et chercher plaire comme si l'on ne servait point6 ,voil1 certes1 des paroles qui caractrisent admirablement le moment prsent1 et qui se superposent troitement dans leurs moindres dtails aux moindres dtails de notre situation politique4 ,elles ont quarante ans de date4 ,elles ont t prononces par ,mirabeau1 le #ai octobre #aghi4 ,ainsi les rvolutions ont de certaines phases qui reviennent invariablement4 ,la rvolution de #aghi en tait alors o en est la rvolution de #ahcj aujourd'hui1 la priode des insurrections4 ,une rvolution1 quand elle passe de l'tat de thorie l'tat d'action1 dbouche d'ordinaire par l'meute4 ,l'meute est la premire des diverses formes violentes qu'il est dans la loi d'une rvolution de prendre4 ,l'meute1 c'est l'engorgement des intrts nouveaux1 des ides nouvelles1 des besoins nouveaux1 toutes les portes trop troites du vieil difice politique4 ,tous veulent entrer la fois dans toutes les jouissances sociales4 ,aussi est-il rare qu'une rvolution ne commence pas par enfoncer les portes4 ,il est de l'essence de l'meute rvolutionnaire1 qu'il ne faut pas confondre avec les autres sortes d'meute1 d'avoir presque toujours tort dans la forme et raison dans le fond4 ,,derniers ,,feuillets ,,sans ,,date ,une ancienne prophtie de ,mahomet dit qu'un soleil se lvera au couchant4 ,est-ce de ,napolon qu'il voulait parler8 ,vous voyez ces deux hommes1 ,robespierre et ,mirabeau4 ,l'un est de plomb1 l'autre est de fer4 ,la fournaise de la rvolution fera fondre l'un1 qui s'y dissoudra2 l'autre y rougira1 y flamboiera1 y deviendra clatant et superbe4 ,il fallait tre gant comme ,annibal1 comme ,charlemagne1 comme ,napolon1 pour enjamber les ,alpes4 ,les rvolutions sont commences par des hommes que font les circonstances1 et termines par des hommes qui font les vnements4 ,sous la monarchie1 une lettre de cachet prenait la libert d'un individu1 et la mettait dans la ,bastille4 ,toute la libert individuelle de ,france tait venue ainsi s'accumuler goutte goutte1 homme homme1 dans la ,bastille1 depuis plusieurs sicles4 ,aussi1 la ,bastille brise1 la libert s'est rpandue flots par la ,france et par l',europe4 ,un classique jacobin3 un bonnet rouge sur une perruque4 ,plusieurs ont cr des mots dans la langue2 ,vaugelas a fait pudeur2 ,corneille1 invaincu2 ,richelieu1 gnralissime4 ,la civilisation est toute-puissante4 ,tantt elle s'accommode d'un dsert de sable1 comme1 sous ,rome1 de l',afrique2 tantt d'une rgion de neiges1 comme actuellement de la ,russie4 ,l'empereur disait3 officiers franais et soldats russes4 ,gloire1 ambition1 armes1 flottes1 trnes1 couronnes2 polichinelles des grands enfants4 ,le boucher ,legendre assommait ,lanjuinais de coups de poing la tribune de la ,convention3--,fais donc d'abord dcrter que je suis un boeuf6--dit ,lanjuinais4 ,la ,france est toujours la mode en ,europe4 ,l',ecriture conte qu'il y a eu un roi qui fut pendant sept ans bte fauve dans les bois1 puis reprit sa forme humaine4 ,il arrive parfois que c'est le tour du peuple4 ,il fait aussi ses sept annes de bte froce1 puis redevient homme4 ,ces mtamorphoses s'appellent rvolutions4 ,le peuple1 comme le roi1 y gagne la sagesse4 ,,toast3 ,a l'abolition de la loi salique6 ,que dsormais la ,france soit rgie par une reine1 et que cette reine s'appelle la loi4 ,singulier paralllisme des destines de ,rome6 aprs un snat qui faisait des dieux1 un conclave qui fait des saints4 ,qu'est-ce que c'est donc que cette sagesse humaine qui ressemble si fort la folie quand on la voit d'un peu haut8 ,les empires ont leurs crises comme les montagnes ont leur hiver4 ,une parole dite trop haut y produit une avalanche4 ,en #agig1 on disait3 la coterie de ,bonaparte2 en #ahjg3 l'empire de ,napolon4 ,les grands hommes sont les coefficients de leur sicle4 ,richelieu s'appelait le marquis du ,chillou2 ,mirabeau1 ,riquetti2 ,napolon1 ,buonaparte4 ,dcret publi ,pkin1 dans la ,gazette de la ,chine1 vers la fin d'aot #ahcj3 ,l'acadmie astronomique a rendu compte que1 dans la nuit du #ae;e jour de la #g;e lune 7#bj aot71 deux toiles ont t observes1 et des vapeurs blanches sont tombes prs du signe du zodiaque ,tsyvitchoun4 ,elles se sont fait voir l'heure o la garde de nuit est releve pour la quatrime fois 7 prs de minuit7 et annoncent des troubles dans l'ouest4 ,napolon disait3 ,avec ,anvers1 je tiens un pistolet charg sur le coeur de l',angleterre4 ,dieu nous garde de ces rformateurs qui lisent les lois de ,minos1 parce qu'ils ont une constitution faire pour mardi6 ,le cocher qui conduisait ,bonaparte le soir du #c nivse s'appelait ,csar4 ,l',espagne a eu1 l',angleterre a la plus grande marine de la terre4 ,le midi de l',amrique parle espagnol1 le nord parle anglais4 ,l'incendie de ,moscou1 aurore borale allume par ,napolon4 ,,noblesse4 ,,peuple4 ,le comte de ,mirabeau4 ,franklin4 ,napolon ,buonaparte1 gentilhomme corse4 ,washington4 ,le marquis ,simon de ,bolivar4 ,sieys4 ,le marquis de ,la ,fayette4 ,bentham4 ,lord ,byron4 ,schiller4 ,m4 de ,goethe4 ,canaris4 ,sir ,walter ,scott4 ,danton4 ,le comte ,henri de ,saint-,simon4 ,talma4 ,le vicomte de ,chateaubriand4 ,cuvier4 ,madame de ,stal4 ,le comte de ,maistre4 ,f4 de ,lamennais4 ,o',connell1 gentilhomme irlandais4 ,mina1 hidalgo catalan4 ,benjamin de ,constant4 ,la ,rochejaquelein4 ,riego4 ,luther disait3 ,je bouleverse le monde en buvant mon pot de bire4 ,cromwell disait3 ,j'ai le roi dans mon sac et le parlement dans ma poche4 ,napolon disait3 ,lavons notre linge sale en famille4 ,avis aux faiseurs de tragdies qui ne comprennent pas les grandes choses sans les grands mots4 ,echecs d'hommes secondaires1 clipses de lune4 ,il avait 7,louis ,,xiv7 beaucoup d'esprit naturel1 mais il tait trs ignorant2 il en avait honte4 ,aussi tait-on oblig de tourner les savants en ridicule4 7,mmoires de la ,princesse palatine47 ,genve2 une rpublique et un ocan en petit4 ,je reviens d',angleterre1 crivait1 il y a vingt ans1 ,henri de ,saint-,simon1 et je n'y ai trouv sur le chantier aucune ide capitale neuve4 ,il en est d'un grand homme comme du soleil4 ,il n'est jamais plus beau pour nous qu'au moment o nous le voyons prs de la terre1 son lever1 son coucher4 ,parmi les colosses de l'histoire1 ,cromwell1 demi-fanatique et demi-politique1 marque la transition de ,mahomet ,napolon4 ,les gaulois brlrent ,lutce devant ,csar 7vid4 ,comm74 ,deux mille ans aprs les russes brlent ,moscou devant ,napolon4 ,il ne faut pas voir toutes les choses de la vie travers le prisme de la posie4 ,il ressemble ces verres ingnieux qui grandissent les objets4 ,ils vous montrent dans toute leur lumire et dans toute leur majest les sphres du ciel2 rabaissez-les sur la terre1 et vous ne verrez plus que des formes gigantesques1 la vrit1 mais ples1 vagues et confuses4 ,napolon exprim en blason1 c'est une couronne gigantale surmonte d'une couronne royale4 ,une rvolution est la larve d'une civilisation4 ,la providence est mnagre de ses grands hommes4 ,elle ne les prodigue pas2 elle ne les gaspille pas4 ,elle les met et les retire au bon moment1 et ne leur donne jamais gouverner que des vnements de leur taille4 ,quand elle a quelque mauvaise besogne faire1 elle la fait faire par de mauvaises mains2 elle ne remue le sang et la boue qu'avec de vils outils4 ,ainsi ,mirabeau s'en va avant la ,terreur2 ,napolon ne vient qu'aprs4 ,entre les deux gants1 la fourmilire des hommes petits et mchants1 la guillotine1 les massacres1 les noyades1 #ic4 ,et #ic ,robespierre suffit2 il est assez bon pour cela4 ,j'ai entendu des hommes minents du sicle1 en politique1 en littrature1 en science1 se plaindre de l'envie1 des haines1 des calomnies1 etc4 ,ils avaient tort4 ,c'est la loi1 c'est la gloire4 ,les hautes renommes subissent ces preuves4 ,la haine les poursuit partout4 ,rien ne lui est sacr4 ,le thtre lui livrait plus nu ,shakespeare et ,molire2 la prison ne lui drobait pas ,christophe ,colomb2 le clotre n'en prservait pas saint ,bernard2 le trne n'en sauvait pas ,napolon4 ,il n'y a pour le gnie qu'un lieu sur la terre qui jouisse du droit d'asile1 c'est le tombeau4 #ahbc-ahbd ,,sur ,,voltaire ,dcembre #ahbc4 ,franois-,marie ,arouet1 si clbre sous le nom de ,voltaire1 naquit ,chatenay le #bj fvrier #afid1 d'une famille de magistrature4 ,il fut lev au collge des jsuites1 o l'un de ses rgents1 le pre ,lejay1 lui prdit1 ce qu'on assure1 qu'il serait en ,france le coryphe du disme4 ,a peine sorti du collge1 ,arouet1 dont le talent s'veillait avec toute la force et toute la navet de la jeunesse1 trouva d'un ct1 dans son pre1 un inflexible contempteur1 et1 de l'autre1 dans son parrain1 l'abb de ,chteauneuf1 un pervertisseur complaisant4 ,le pre condamnait toute tude littraire sans savoir pourquoi1 et par consquent avec une obstination insurmontable4 ,le parrain1 qui encourageait au contraire les essais d',arouet1 aimait beaucoup les vers1 surtout ceux que rehaussait une certaine saveur de licence ou d'impit4 ,l'un voulait emprisonner le pote dans une tude de procureur2 l'autre garait le jeune homme dans tous les salons4 ,m4 ,arouet interdisait toute lecture son fils2 ,ninon de ,lenclos lguait une bibliothque l'lve de son ami ,chteauneuf4 ,ainsi1 le gnie de ,voltaire subit ds sa naissance le malheur de deux actions contraires et galement funestes2 l'une qui tendait touffer violemment ce feu sacr qu'on ne peut teindre2 l'autre qui l'alimentait inconsidrment1 aux dpens de tout ce qu'il y a de noble et de respectable dans l'ordre intellectuel et dans l'ordre social4 ,ce sont peut-tre ces deux impulsions opposes1 imprimes la fois au premier essor de cette imagination puissante1 qui en ont vici pour jamais la direction4 ,du moins peut-on leur attribuer les premiers carts du talent de ,voltaire1 tourment ainsi tout ensemble du frein et de l'peron4 ,aussi1 ds le commencement de sa carrire1 lui attribua-t-on d'assez mchants vers fort impertinents qui le firent mettre la ,bastille1 punition rigoureuse pour de mauvaises rimes4 ,c'est durant ce loisir forc que ,voltaire1 g de vingt-deux ans1 baucha son pome blafard de la ,ligue1 depuis la ,henriade1 et termina son remarquable drame d',oedipe4 ,aprs quelques mois de ,bastille1 il fut la fois dlivr et pensionn par le rgent d',orlans1 qu'il remercia de vouloir bien se charger de son entretien1 en le priant de ne plus se charger de son logement4 ,oedipe fut jou avec succs en #agah4 ,lamotte1 l'oracle de cette poque1 daigna consacrer ce triomphe par quelques paroles sacramentelles1 et la renomme de ,voltaire commena4 ,aujourd'hui ,lamotte n'est peut-tre immortel que pour avoir t nomm dans les crits de ,voltaire4 ,la tragdie d',artmire succda ,oedipe4 ,elle tomba4 ,voltaire fit un voyage ,bruxelles pour y voir ,j4-,b4 ,rousseau1 qu'on a si singulirement appel grand4 ,les deux potes s'estimaient avant de se connatre1 ils se sparrent ennemis4 ,on a dit qu'ils taient rciproquement envieux l'un de l'autre4 ,ce ne serait pas un signe de supriorit4 ,artmire1 refaite et rejoue en #agbd sous le nom de ,marianne1 eut beaucoup de succs sans tre meilleure4 ,vers la mme poque parut la ,ligue ou la ,henriade1 et la ,france n'eut pas un pome pique4 ,voltaire substitua dans son pome ,mornay ,sully1 parce qu'il avait se plaindre du descendant de ce grand ministre4 ,cette vengeance peu philosophique est cependant excusable1 parce que ,voltaire1 insult lchement devant l'htel de ,sully par je ne sais quel chevalier de ,rohan1 et abandonn par l'autorit judiciaire1 ne put en exercer d'autre4 ,justement indign du silence des lois envers son mprisable agresseur1 ,voltaire1 dj clbre1 se retira en ,angleterre1 o il tudia des sophistes4 ,cependant tous ses loisirs n'y furent pas perdus2 il fit deux nouvelles tragdies1 ,brutus et ,csar1 dont ,corneille et avou plusieurs scnes4 ,revenu en ,france1 il donna successivement ryphile1 qui tomba1 et ,zare1 chef-d'oeuvre conu et termin en dix-huit jours1 auquel il ne manque que la couleur du lieu et une certaine svrit de style4 ,zare eut un succs prodigieux et mrit4 ,la tragdie d',adlade ,du ,guesclin 7depuis le ,duc de ,foix7 succda ,zare et fut loin d'obtenir le mme succs4 ,quelques publications moins importantes1 le ,temple du got1 les ,lettres sur les anglais1 etc41 tourmentrent pendant quelques annes la vie de ,voltaire4 ,cependant son nom remplissait dj l',europe4 ,retir ,cirey1 chez la marquise du ,chtelet1 femme qui fut1 suivant l'expression mme de ,voltaire1 propre toutes les sciences1 except celle de la vie1 il desschait sa belle imagination dans l'algbre et la gomtrie1 crivait ,alzire1 ,mahomet1 l',histoire spirituelle de ,charles ,,xii1 amassait les matriaux du ,sicle de ,louis ,,xiv1 prparait l',essai sur les moeurs des nations1 et envoyait des madrigaux ,frdric1 prince hrditaire de ,prusse4 ,mrope1 galement compose ,cirey1 mit le sceau la rputation dramatique de ,voltaire4 ,il crut pouvoir alors se prsenter pour remplacer le cardinal de ,fleury l'acadmie franaise4 ,il ne fut pas admis4 ,il n'avait encore que du gnie4 ,quelque temps aprs1 cependant1 il se mit flatter madame de ,pompadour2 il le fit avec une si opinitre complaisance1 qu'il obtint tout la fois le fauteuil acadmique1 la charge de gentilhomme de la chambre et la place d'historiographe de ,france4 ,cette faveur dura peu4 ,voltaire se retira tour tour ,lunville1 chez le bon ,stanislas1 roi de ,pologne et duc de ,lorraine2 ,sceaux1 chez madame du ,maine1 o il fit ,smiramis1 ,oreste et ,rome sauve1 et ,berlin1 chez ,frdric1 devenu roi de ,prusse4 ,il passa plusieurs annes dans cette dernire retraite avec le titre de chambellan1 la croix du ,mrite de ,prusse et une pension4 ,il tait admis aux soupers royaux avec ,maupertuis1 d',argens1 et ,lamettrie1 athe du roi1 de ce roi qui1 comme le dit ,voltaire mme1 vivait sans cour1 sans conseil et sans culte4 ,ce n'tait point l'amiti sublime d',aristote et d',alexandre1 de ,trence et de ,scipion4 ,quelques annes de frottement suffirent pour user ce qu'avaient de commun l'me du despote philosophe et l'me du sophiste pote4 ,voltaire voulut s'enfuir de ,berlin4 ,frdric le chassa4 ,renvoy de ,prusse1 repouss de ,france1 ,voltaire passa deux ans en ,allemagne1 o il publia ses ,annales de l',empire1 rdiges par complaisance pour la duchesse de ,saxe-,gotha2 puis il vint se fixer aux portes de ,genve avec ,mme ,denis1 sa nice4 ,l',orphelin de la ,chine1 tragdie o brille encore presque tout son talent1 fut le premier fruit de sa retraite1 o il et vcu en paix1 si d'avides libraires n'eussent publi son odieuse ,pucelle4 ,c'est encore cette poque et dans ses diverses rsidences des ,dlices1 de ,tournay et de ,ferney1 qu'il fit le pome sur le ,tremblement de terre de ,lisbonne1 la tragdie de ,tancrde1 quelques contes et diffrents opuscules4 ,c'est alors qu'il dfendit1 avec une gnrosit mle de trop d'ostentation1 ,calas1 ,sirven1 ,la ,barre1 ,montbailli1 ,lally1 dplorables victimes des mprises judiciaires4 ,c'est alors qu'il se brouilla avec ,jean-,jacques1 se lia avec ,catherine de ,russie1 pour laquelle il crivit l'histoire de son aeul ,pierre #a;er1 et se rconcilia avec ,frdric4 ,c'est encore du mme temps que date sa coopration l',encyclopdie1 ouvrage o des hommes qui avaient voulu prouver leur force ne prouvrent que leur faiblesse1 monument monstrueux dont le ,moniteur de notre rvolution est l'effroyable pendant4 ,accabl d'annes1 ,voltaire voulut revoir ,paris4 ,il revint dans cette ,babylone qui sympathisait avec son gnie4 ,salu d'acclamations universelles1 le malheureux vieillard put voir1 avant de mourir1 combien son oeuvre tait avance4 ,il put jouir ou s'pouvanter de sa gloire4 ,il ne lui restait plus assez de puissance vitale pour soutenir les motions de ce voyage1 et ,paris le vit expirer le #cj mai #aggh4 ,les esprits forts prtendirent qu'il avait emport l'incrdulit au tombeau4 ,nous ne le poursuivrons pas jusque-l4 ,nous avons racont la vie prive de ,voltaire2 nous allons essayer de peindre son existence publique et littraire4 ,nommer ,voltaire1 c'est caractriser tout le dix-huitime sicle2 c'est fixer d'un seul trait la double physionomie historique et littraire de cette poque1 qui ne fut1 quoi qu'on en dise1 qu'une poque de transition1 pour la socit comme pour la posie4 ,le dix-huitime sicle paratra toujours dans l'histoire comme touff entre le sicle qui le prcde et le sicle qui le suit4 ,voltaire en est le personnage principal et en quelque sorte typique1 et1 quelque prodigieux que ft cet homme1 ses proportions semblent bien mesquines entre la grande image de ,louis ,,xiv et la gigantesque figure de ,napolon4 ,il y a deux tres dans ,voltaire4 ,sa vie eut deux influences4 ,ses crits eurent deux rsultats4 ,c'est sur cette double action1 dont l'une domina les lettres1 dont l'autre se manifesta dans les vnements1 que nous allons jeter un coup d'oeil4 ,nous tudierons sparment chacun de ces deux rgnes du gnie de ,voltaire4 ,il ne faut pas oublier toutefois que leur double puissance fut intimement coordonne1 et que les effets de cette puissance1 plutt mls que lis1 ont toujours eu quelque chose de simultan et de commun4 ,si1 dans cette note1 nous en divisons l'examen1 c'est uniquement parce qu'il serait au-dessus de nos forces d'embrasser d'un seul regard cet ensemble insaisissable2 imitant en cela l'artifice de ces artistes orientaux qui1 dans l'impuissance de peindre une figure de face1 parviennent cependant la reprsenter entirement1 en enfermant les deux profils dans un mme cadre4 ,en littrature1 ,voltaire a laiss un de ces monuments dont l'aspect tonne plutt par son tendue qu'il n'impose par sa grandeur4 ,l'difice qu'il a construit n'a rien d'auguste4 ,ce n'est point le palais des rois1 ce n'est point l'hospice du pauvre4 ,c'est un bazar lgant et vaste1 irrgulier et commode2 talant dans la boue d'innombrables richesses2 donnant tous les intrts1 toutes les vanits1 toutes les passions1 ce qui leur convient2 blouissant et ftide2 offrant des prostitutions pour des volupts2 peupl de vagabonds1 de marchands et d'oisifs1 peu frquent du prtre et de l'indigent4 ,l1 d'clatantes galeries inondes incessamment d'une foule merveille2 l1 des antres secrets o nul ne se vante d'avoir pntr4 ,vous trouverez sous ces arcades somptueuses mille chefs-d'oeuvre de got et d'art1 tout reluisants d'or et de diamants2 mais n'y cherchez pas la statue de bronze aux formes antiques et svres4 ,vous y trouverez des parures pour vos salons et pour vos boudoirs2 n'y cherchez pas les ornements qui conviennent au sanctuaire4 ,et malheur au faible qui n'a qu'une me pour fortune et qui l'expose aux sductions de ce magnifique repaire2 temple monstrueux o il y a des tmoignages pour tout ce qui n'est pas la vrit1 un culte pour tout ce qui n'est pas ,dieu6 ,certes1 si nous voulons bien parler d'un monument de ce genre avec admiration1 on n'exigera pas que nous en parlions avec respect4 ,nous plaindrions une cit o la foule serait au bazar et la solitude l'glise2 nous plaindrions une littrature qui dserterait le sentier de ,corneille et de ,bossuet pour courir sur la trace de ,voltaire4 ,loin de nous toutefois la pense de nier le gnie de cet homme extraordinaire4 ,c'est parce que1 dans notre conviction1 ce gnie tait peut-tre un des plus beaux qui aient jamais t donns aucun crivain1 que nous en dplorons plus amrement le frivole et funeste emploi4 ,nous regrettons1 pour lui comme pour les lettres1 qu'il ait tourn contre le ciel cette puissance intellectuelle qu'il avait reue du ciel4 ,nous gmissons sur ce beau gnie qui n'a point compris sa sublime mission1 sur cet ingrat qui a profan la chastet de la muse et la saintet de la patrie1 sur ce transfuge qui ne s'est pas souvenu que le trpied du pote a sa place prs de l'autel4 ,et 7ce qui est d'une profonde et invitable vrit7 sa faute mme renfermait son chtiment4 ,sa gloire est beaucoup moins grande qu'elle ne devait l'tre1 parce qu'il a tent toutes les gloires1 mme celle d'rostrate4 ,il a dfrich tous les champs1 on ne peut dire qu'il en ait cultiv un seul4 ,et1 parce qu'il eut la coupable ambition d'y semer galement les germes nourriciers et les germes vnneux1 ce sont1 pour sa honte ternelle1 les poisons qui ont le plus fructifi4 ,la ,henriade1 comme composition littraire1 est encore bien infrieure la ,pucelle 7ce qui ne signifie certes pas que ce coupable ouvrage soit suprieur1 mme dans son genre honteux74 ,ses satires1 empreintes parfois d'un stigmate infernal1 sont fort au-dessus de ses comdies1 plus innocentes4 ,on prfre ses posies lgres1 o son cynisme clate souvent nu1 ses posies lyriques1 dans lesquelles on trouve parfois des vers religieux et graves#a4 ,ses contes1 enfin1 si dsolants d'incrdulit et de scepticisme1 valent mieux que ses histoires1 o le mme dfaut se fait un peu moins sentir1 mais o l'absence perptuelle de dignit est en contradiction avec le genre mme de ces ouvrages4 ,quant ses tragdies1 o il se montre rellement grand pote1 o il trouve souvent le trait du caractre1 le mot du coeur1 on ne peut disconvenir1 malgr tant d'admirables scnes1 qu'il ne soit encore rest assez loin de ,racine1 et surtout du vieux ,corneille4 ,et ici notre opinion est d'autant moins suspecte1 qu'un examen approfondi de l'oeuvre dramatique de ,voltaire nous a convaincu de sa haute supriorit au thtre4 ,nous ne doutons pas que si ,voltaire1 au lieu de disperser les forces colossales de sa pense sur vingt points diffrents1 les et toutes runies vers un mme but1 la tragdie1 il n'et surpass ,racine et peut-tre gal ,corneille4 ,mais il dpensa le gnie en esprit4 ,aussi fut-il prodigieusement spirituel4 ,aussi le sceau du gnie est-il plutt empreint sur le vaste ensemble de ses ouvrages que sur chacun d'eux en particulier4 ,sans cesse proccup de son sicle1 il ngligeait trop la postrit1 cette image austre qui doit dominer toutes les mditations du pote4 ,luttant de caprice et de frivolit avec ses frivoles et capricieux contemporains1 il voulait leur plaire et se moquer d'eux4 ,sa muse1 qui et t si belle de sa beaut1 emprunta souvent ses prestiges aux enluminures du fard et aux grimaces de la coquetterie1 et l'on est perptuellement tent de lui adresser ce conseil d'amant jaloux3 pargne-toi ce soin2 ,l'art n'est pas fait pour toi1 tu n'en as pas besoin4 ,voltaire paraissait ignorer qu'il y a beaucoup de grce dans la force1 et que ce qu'il y a de plus sublime dans les oeuvres de l'esprit humain est peut-tre aussi ce qu'il y a de plus naf4 ,car l'imagination sait rvler sa cleste origine sans recourir des artifices trangers4 ,elle n'a qu' marcher pour se montrer desse4 ,et vera incessu patuit dea4 ,s'il tait possible de rsumer l'ide multiple que prsente l'existence littraire de ,voltaire1 nous ne pourrions que la classer parmi ces prodiges que les latins appelaient monstra4 ,voltaire1 en effet1 est un phnomne peut-tre unique1 qui ne pouvait natre qu'en ,france et au dix-huitime sicle4 ,il y a cette diffrence entre sa littrature et celle du grand sicle1 que ,corneille1 ,molire et ,pascal appartiennent davantage la socit1 ,voltaire la civilisation4 ,on sent1 en le lisant1 qu'il est l'crivain d'un ge nerv et affadi4 ,il a de l'agrment et point de grce1 du prestige et point de charme1 de l'clat et point de majest4 ,il sait flatter et ne sait point consoler4 ,il fascine et ne persuade pas4 ,except dans la tragdie1 qui lui est propre1 son talent manque de tendresse et de franchise4 ,on sent que tout cela est le rsultat d'une organisation1 et non l'effet d'une inspiration2 et1 quand un mdecin athe vient vous dire que tout ,voltaire tait dans ses tendons et dans ses nerfs1 vous frmissez qu'il n'ait raison4 ,au reste1 comme un autre ambitieux plus moderne1 qui rvait la suprmatie politique1 c'est en vain que ,voltaire a essay la suprmatie littraire4 ,la monarchie absolue ne convient pas l'homme4 ,si ,voltaire et compris la vritable grandeur1 il et plac sa gloire dans l'unit plutt que dans l'universalit4 ,la force ne se rvle point par un dplacement perptuel1 par des mtamorphoses indfinies1 mais bien par une majestueuse immobilit4 ,la force1 ce n'est pas ,prote1 c'est ,jupiter4 ,ici commence la seconde partie de notre tche2 elle sera plus courte1 parce que1 grce la rvolution franaise1 les rsultats politiques de la philosophie de ,voltaire sont malheureusement d'une effrayante notorit4 ,il serait cependant souverainement injuste de n'attribuer qu'aux crits du patriarche de ,ferney cette fatale rvolution4 ,il faut y voir avant tout l'effet d'une dcomposition sociale depuis longtemps commence4 ,voltaire et l'poque o il vcut doivent s'accuser et s'excuser rciproquement4 ,trop fort pour obir son sicle1 ,voltaire tait aussi trop faible pour le dominer4 ,de cette galit d'influence rsultait entre son sicle et lui une perptuelle raction1 un change mutuel d'impits et de folies1 un continuel flux et reflux de nouveauts qui entranait toujours dans ses oscillations quelque vieux pilier de l'difice social4 ,qu'on se reprsente la face politique du dix-huitime sicle1 les scandales de la ,rgence1 les turpitudes de ,louis ,,xv2 la violence dans le ministre1 la violence dans les parlements1 la force nulle part2 la corruption morale descendant par degrs de la tte au coeur1 des grands au peuple2 les prlats de cour1 les abbs de toilette2 l'antique monarchie1 l'antique socit chancelant sur leur base commune1 et ne rsistant plus aux attaques des novateurs que par la magie de ce beau nom de ,bourbon#b2 qu'on se figure ,voltaire jet sur cette socit en dissolution comme un serpent dans un marais1 et l'on ne s'tonnera plus de voir l'action contagieuse de sa pense hter la fin de cet ordre politique que ,montaigne et ,rabelais avaient inutilement attaqu dans sa jeunesse et dans sa vigueur4 ,ce n'est pas lui qui rendit la maladie mortelle1 mais c'est lui qui en dveloppa le germe1 c'est lui qui en exaspra les accs4 ,il fallait tout le venin de ,voltaire pour mettre cette fange en bullition2 aussi doit-on imputer cet infortun une grande partie des choses monstrueuses de la rvolution4 ,quant cette rvolution en elle-mme1 elle dut tre inoue4 ,la providence voulut la placer entre le plus redoutable des sophistes et le plus formidable des despotes4 ,a son aurore1 ,voltaire apparat dans une saturnale funbre#c2 son dclin1 ,buonaparte se lve dans un massacre#d4 #a3 ,m4 le comte de ,maistre1 dans son svre et remarquable portrait de ,voltaire1 observe qu'il est nul dans l'ode1 et attribue avec raison cette nullit au dfaut d'enthousiasme4 ,voltaire1 en effet1 qui ne se livrait la posie lyrique qu'avec antipathie1 et seulement pour justifier sa prtention l'universalit1 ,voltaire tait tranger toute profonde exaltation2 il ne connaissait d'motion vritable que celle de la colre1 et encore cette colre n'allait-elle pas jusqu' l'indignation1 jusqu' cette indignation qui fait pote1 comme dit ,juvnal1 facit indignatio versum4 #b3 ,il faut que la dmoralisation universelle ait jet de bienprofondes racines1 pour que le ciel ait vainement envoy1 vers la fin de ce sicle1 ,louis ,,xvi1 ce vnrable martyr1 qui leva sa vertu jusqu' la saintet4 #c3 ,translation des restes de ,voltaire au ,panthon4 #d3 ,mitraillade de ,saint-,roch4 ,,sur ,,walter ,,scott ,a ,,propos ,,de ,,quentin ,,durward ,juin #ahbc4 ,certes1 il y a quelque chose de bizarre et de merveilleux dans le talent de cet homme1 qui dispose de son lecteur comme le vent dispose d'une feuille2 qui le promne son gr dans tous les lieux et dans tous les temps2 lui dvoile1 en se jouant1 le plus secret repli du coeur1 comme le plus mystrieux phnomne de la nature1 comme la page la plus obscure de l'histoire2 dont l'imagination domine et caresse toutes les imaginations1 revt avec la mme tonnante vrit le haillon du mendiant et la robe du roi1 prend toutes les allures1 adopte tous les vtements1 parle tous les langages2 laisse la physionomie des sicles ce que la sagesse de ,dieu a mis d'immuable et d'ternel dans leurs traits1 et ce que les folies des hommes y ont jet de variable et de passager2 ne force pas1 ainsi que certains romanciers ignorants1 les personnages des jours passs s'enluminer de notre fard1 se frotter de notre vernis2 mais contraint1 par son pouvoir magique1 les lecteurs contemporains reprendre1 du moins pour quelques heures1 l'esprit1 aujourd'hui si ddaign1 des vieux temps1 comme un sage et adroit conseiller qui invite des fils ingrats revenir chez leur pre4 ,l'habile magicien veut cependant avant tout tre exact4 ,il ne refuse sa plume aucune vrit1 pas mme celle qui nat de la peinture de l'erreur1 cette fille des hommes qu'on pourrait croire immortelle si son humeur capricieuse et changeante ne rassurait sur son ternit4 ,peu d'historiens sont aussi fidles que ce romancier4 ,on sent qu'il a voulu que ses portraits fussent des tableaux1 et ses tableaux des portraits4 ,il nous peint nos devanciers avec leurs passions1 leurs vices et leurs crimes1 mais de sorte que l'instabilit des superstitions et l'impit du fanatisme n'en fassent que mieux ressortir la prennit de la religion et la saintet des croyances4 ,nous aimons d'ailleurs retrouver nos anctres avec leurs prjugs1 souvent si nobles et si salutaires1 comme avec leurs beaux panaches et leurs bonnes cuirasses4 ,walter ,scott a su puiser aux sources de la nature et de la vrit un genre inconnu1 qui est nouveau parce qu'il se fait aussi ancien qu'il le veut4 ,walter ,scott allie la minutieuse exactitude des chroniques la majestueuse grandeur de l'histoire et l'intrt pressant du roman2 gnie puissant et curieux qui devine le pass2 pinceau vrai qui trace un portrait fidle d'aprs une ombre confuse1 et nous force reconnatre mme ce que nous n'avons pas vu2 esprit flexible et solide qui s'empreint du cachet particulier de chaque sicle et de chaque pays1 comme une cire molle1 et conserve cette empreinte pour la postrit comme un bronze indlbile4 ,peu d'crivains ont aussi bien rempli que ,walter ,scott les devoirs du romancier relativement son art et son sicle2 car ce serait une erreur presque coupable dans l'homme de lettres que de se croire au-dessus de l'intrt gnral et des besoins nationaux1 d'exempter son esprit de toute action sur les contemporains1 et d'isoler sa vie goste de la grande vie du corps social4 ,et qui donc se dvouera1 si ce n'est le pote8 ,quelle voix s'lvera dans l'orage1 si ce n'est celle de la lyre qui peut le calmer8 ,et qui bravera les haines de l'anarchie et les ddains du despotisme1 sinon celui auquel la sagesse antique attribuait le pouvoir de rconcilier les peuples et les rois1 et auquel la sagesse moderne a donn celui de les diviser8 ,ce n'est donc point de doucereuses galanteries1 de mesquines intrigues1 de sales aventures1 que ,walter ,scott voue son talent4 ,averti par l'instinct de sa gloire1 il a senti qu'il fallait quelque chose de plus une gnration qui vient d'crire de son sang et de ses larmes la page la plus extraordinaire de toutes les histoires humaines4 ,les temps qui ont immdiatement prcd et immdiatement suivi notre convulsive rvolution taient de ces poques d'affaissement que le fivreux prouve avant et aprs ses accs4 ,alors les livres les plus platement atroces1 les plus stupidement impies1 les plus monstrueusement obscnes1 taient avidement dvors par une socit malade2 dont les gots dpravs et les facults engourdies eussent rejet tout aliment savoureux ou salutaire4 ,c'est ce qui explique ces triomphes scandaleux1 dcerns alors par les plbiens des salons et les patriciens des choppes des crivains ineptes ou graveleux1 que nous ddaignerons de nommer1 lesquels en sont rduits aujourd'hui mendier l'applaudissement des laquais et le rire des prostitues4 ,maintenant la popularit n'est plus distribue par la populace1 elle vient de la seule source qui puisse lui imprimer un caractre d'immortalit ainsi que d'universalit1 du suffrage de ce petit nombre d'esprits dlicats1 d'mes exaltes et de ttes srieuses qui reprsentent moralement les peuples civiliss4 ,c'est celle-l que ,scott a obtenue en empruntant aux annales des nations des compositions faites pour toutes les nations1 en puisant dans les fastes des sicles des livres crits pour tous les sicles4 ,nul romancier n'a cach plus d'enseignement sous plus de charme1 plus de vrit sous la fiction4 ,il y a une alliance visible entre la forme qui lui est propre et toutes les formes littraires du pass et de l'avenir1 et l'on pourrait considrer les romans piques de ,scott comme une transition de la littrature actuelle aux romans grandioses1 aux grandes popes en vers ou en prose que notre re potique nous promet et nous donnera4 ,quelle doit tre l'intention du romancier8 ,c'est d'exprimer dans une fable intressante une vrit utile4 ,et1 une fois cette ide fondamentale choisie1 cette action explicative invente1 l'auteur ne doit-il pas chercher1 pour la dvelopper1 un mode d'excution qui rende son roman semblable la vie1 l'imitation pareille au modle8 ,et la vie n'est-elle pas un drame bizarre o se mlent le bon et le mauvais1 le beau et le laid1 le haut et le bas1 loi dont le pouvoir n'expire que hors de la cration8 ,faudra-t-il donc se borner composer1 comme certains peintres flamands1 des tableaux entirement tnbreux1 ou1 comme les chinois1 des tableaux tout lumineux1 quand la nature montre partout la lutte de l'ombre et de la lumire8 ,or les romanciers1 avant ,walter ,scott1 avaient adopt gnralement deux mthodes de composition contraires2 toutes deux vicieuses1 prcisment parce qu'elles sont contraires4 ,les uns donnaient leur ouvrage la forme d'une narration divise arbitrairement en chapitres1 sans qu'on devint trop pourquoi1 ou mme uniquement pour dlasser l'esprit du lecteur1 comme l'avoue assez navement le titre de descanso 7repos71 plac par un vieil auteur espagnol en tte de ses chapitres#a4 ,les autres droulaient leur fable dans une srie de lettres qu'on supposait crites par les divers acteurs du roman4 ,dans la narration1 les personnages disparaissent1 l'auteur seul se montre toujours2 dans les lettres1 l'auteur s'clipse pour ne laisser jamais voir que ses personnages4 ,le romancier narrateur ne peut donner place au dialogue naturel1 l'action vritable2 il faut qu'il leur substitue un certain mouvement monotone de style1 qui est comme un moule o les vnements les plus divers prennent la mme forme1 et sous lequel les crations les plus leves1 les inventions les plus profondes1 s'effacent1 de mme que les asprits d'un champ s'aplanissent sous le rouleau4 ,dans le roman par lettres1 la mme monotonie provient d'une autre cause4 ,chaque personnage arrive son tour avec son ptre1 la manire de ces acteurs forains qui1 ne pouvant paratre que l'un aprs l'autre1 et n'ayant pas la permission de parler sur leurs trteaux1 se prsentent successivement1 portant au-dessus de leur tte un grand criteau sur lequel le public lit leur rle4 ,on peut encore comparer le roman par lettres ces laborieuses conversations de sourds-muets qui s'crivent rciproquement ce qu'ils ont se dire1 de sorte que leur colre ou leur joie est tenue d'avoir sans cesse la plume la main et l'critoire en poche4 ,or1 je le demande1 que devient l'-propos d'un tendre reproche qu'il faut porter la poste8 ,et l'explosion fougueuse des passions n'est-elle pas un peu gne entre le prambule oblig et la formule polie qui sont l'avant-garde et l'arrire-garde de toute lettre crite par un homme bien n8 ,croit-on que le cortge des compliments1 le bagage des civilits1 acclrent la progression de l'intrt et pressent la marche de l'action8 ,ne doit-on pas enfin supposer quelque vice radical et insurmontable dans un genre de composition qui a pu refroidir parfois l'loquence mme de ,rousseau8 ,supposons donc qu'au roman narratif1 o il semble qu'on ait song tout1 except l'intrt1 en adoptant l'absurde usage de faire prcder chaque chapitre d'un sommaire1 souvent trs dtaill1 qui est comme le rcit du rcit2 supposons qu'au roman pistolaire1 dont la forme mme interdit toute vhmence et toute rapidit1 un esprit crateur substitue le roman dramatique1 dans lequel l'action imaginaire se droule en tableaux vrais et varis1 comme se droulent les vnements rels de la vie2 qui ne connaisse d'autre division que celle des diffrentes scnes dvelopper2 qui enfin soit un long drame1 o les descriptions suppleraient aux dcorations et aux costumes1 o les personnages pourraient se peindre par eux-mmes1 et reprsenter1 par leurs chocs divers et multiplis1 toutes les formes de l'ide unique de l'ouvrage4 ,vous trouverez1 dans ce genre nouveau1 les avantages runis des deux genres anciens1 sans leurs inconvnients4 ,ayant votre disposition les ressorts pittoresques1 et en quelque faon magiques1 du drame1 vous pourrez laisser derrire la scne ces mille dtails oiseux et transitoires que le simple narrateur1 oblig de suivre ses acteurs pas pas comme des enfants aux lisires1 doit exposer longuement s'il veut tre clair2 et vous pourrez profiter de ces traits profonds et soudains1 plus fconds en mditations que des pages entires que fait jaillir le mouvement d'une scne1 mais qu'exclut la rapidit d'un rcit4 ,aprs le roman pittoresque1 mais prosaque1 de ,walter ,scott1 il restera un autre roman crer1 plus beau et plus complet encore selon nous4 ,c'est le roman la fois drame et pope1 pittoresque mais potique1 rel mais idal1 vrai mais grand1 qui enchssera ,walter ,scott dans ,homre4 ,comme tout crateur1 ,walter ,scott a t assailli jusqu' prsent par d'inextinguibles critiques4 ,il faut que celui qui dfriche un marais se rsigne entendre les grenouilles coasser autour de lui4 ,quant nous1 nous remplissons un devoir de conscience en plaant ,walter ,scott trs haut parmi les romanciers1 et en particulier ,quentin ,durward trs haut parmi les romans4 ,quentin ,durward est un beau livre4 ,il est difficile de voir un roman mieux tissu1 et des effets moraux mieux attachs aux effets dramatiques4 ,l'auteur a voulu montrer1 ce nous semble1 combien la loyaut1 mme dans un tre obscur1 jeune et pauvre1 arrive plus srement son but que la perfidie1 ft-elle aide de toutes les ressources du pouvoir1 de la richesse et de l'exprience4 ,il a charg du premier de ces rles son cossais ,quentin ,durward1 orphelin jet au milieu des cueils les plus multiplis1 des piges les mieux prpars1 sans autre boussole qu'un amour presque insens2 mais c'est souvent quand il ressemble une folie que l'amour est une vertu4 ,le second est confi ,louis ,,xi1 roi plus adroit que le plus adroit courtisan1 vieux renard arm des ongles du lion1 puissant et fin1 servi dans l'ombre comme au jour1 incessamment couvert de ses gardes comme d'un bouclier1 et accompagn de ses bourreaux comme d'une pe4 ,ces deux personnages si diffrents ragissent l'un sur l'autre de manire exprimer l'ide fondamentale avec une vrit singulirement frappante4 ,c'est en obissant fidlement au roi que le loyal ,quentin sert1 sans le savoir1 ses propres intrts1 tandis que les projets de ,louis ,,xi1 dont ,quentin devait tre la fois l'instrument et la victime1 tournent en mme temps la confusion du rus vieillard et l'avantage du simple jeune homme4 ,un examen superficiel pourrait faire croire d'abord que l'intention premire du pote est dans le contraste historique1 peint avec tant de talent1 du roi de ,france ,louis de ,valois et du duc de ,bourgogne ,charles le ,tmraire4 ,ce bel pisode est peut-tre en effet un dfaut dans la composition de l'ouvrage1 en ce qu'il rivalise d'intrt avec le sujet lui-mme2 mais cette faute1 si elle existe1 n'te rien ce que prsente d'imposant et de comique tout ensemble cette opposition de deux princes1 dont l'un1 despote souple et ambitieux1 mprise l'autre1 tyran dur et belliqueux1 qui le ddaignerait s'il l'osait4 ,tous deux se hassent2 mais ,louis brave la haine de ,charles parce qu'elle est rude et sauvage1 ,charles craint la haine de ,louis parce qu'elle est caressante4 ,le duc de ,bourgogne1 au milieu de son camp et de ses tats1 s'inquite prs du roi de ,france sans dfense1 comme le limier dans le voisinage du chat4 ,la cruaut du duc nat de ses passions1 celle du roi de son caractre4 ,le bourguignon est loyal parce qu'il est violent2 il n'a jamais song cacher ses mauvaises actions2 il n'a point de remords1 car il a oubli ses crimes comme ses colres4 ,louis est superstitieux1 peut-tre parce qu'il est hypocrite2 la religion ne suffit pas celui que sa conscience tourmente et qui ne veut pas se repentir2 mais il a beau croire d'impuissantes expiations1 la mmoire du mal qu'il a fait vit sans cesse en lui prs de la pense du mal qu'il va faire1 parce qu'on se rappelle toujours ce qu'on a mdit longtemps et qu'il faut bien que le crime1 lorsqu'il a t un dsir et une esprance1 devienne aussi un souvenir4 ,les deux princes sont dvots2 mais ,charles jure par son pe avant de jurer par ,dieu1 tandis que ,louis tche de gagner les saints par des dons d'argent ou des charges de cour1 mle de la diplomatie sa prire et intrigue mme avec le ciel4 ,en cas de guerre1 ,louis en examine encore le danger1 que ,charles se repose dj de la victoire4 ,la politique du ,tmraire est toute dans son bras1 mais l'oeil du roi atteint plus loin que le bras du duc4 ,enfin ,walter ,scott prouve1 en mettant en jeu les deux rivaux1 combien la prudence est plus forte que l'audace1 et combien celui qui parat ne rien craindre a peur de celui qui semble tout redouter4 ,avec quel art l'illustre crivain nous peint le roi de ,france se prsentant1 par un raffinement de fourberie1 chez son beau cousin de ,bourgogne1 et lui demandant l'hospitalit au moment o l'orgueilleux vassal va lui apporter la guerre6 ,et quoi de plus dramatique que la nouvelle d'une rvolte fomente dans les tats du duc par les agents du roi1 tombant comme la foudre entre les deux princes l'instant o la mme table les runit6 ,ainsi la fraude est djoue par la fraude1 et c'est le prudent ,louis qui s'est lui-mme livr sans dfense la vengeance d'un ennemi justement irrit4 ,l'histoire dit bien quelque chose de tout cela2 mais ici j'aime mieux croire au roman qu' l'histoire1 parce que je prfre la vrit morale la vrit historique4 ,une scne plus remarquable encore peut-tre1 c'est celle o les deux princes1 que les conseils les plus sages n'ont encore pu rapprocher1 se rconcilient par un acte de cruaut que l'un imagine et que l'autre excute4 ,pour la premire fois ils rient ensemble de cordialit et de plaisir2 et ce rire1 excit par un supplice1 efface pour un moment leur discorde4 ,cette ide terrible fait frissonner d'admiration4 ,nous avons entendu critiquer1 comme hideuse et rvoltante1 la peinture de l'orgie4 ,c'est1 notre avis1 un des plus beaux chapitres de ce livre4 ,walter ,scott1 ayant entrepris de peindre ce fameux brigand surnomm le ,sanglier des ,ardennes1 aurait manqu son tableau s'il n'et excit l'horreur4 ,il faut toujours entrer franchement dans une donne dramatique1 et chercher en tout le fond des choses4 ,l'motion et l'intrt ne se trouvent que l4 ,il n'appartient qu'aux esprits timides de capituler avec une conception forte et de reculer dans la voie qu'ils se sont trace4 ,nous justifierons1 d'aprs le mme principe1 deux autres passages qui ne nous paraissent pas moins dignes de mditation et de louange4 ,le premier est l'excution de ce ,hayraddin1 personnage singulier dont l'auteur aurait peut-tre pu tirer encore plus de parti4 ,le second est le chapitre o le roi ,louis ,,xi1 arrt par ordre du duc de ,bourgogne1 fait prparer dans sa prison1 par ,tristan l',hermite1 le chtiment de l'astrologue qui l'a tromp4 ,c'est une ide trangement belle que de nous faire voir ce roi cruel1 trouvant encore dans son cachot assez d'espace pour sa vengeance1 rclamant des bourreaux pour derniers serviteurs1 et prouvant ce qui lui reste d'autorit par l'ordre d'un supplice4 ,nous pourrions multiplier ces observations et tcher de faire voir en quoi le nouveau drame de sir ,walter ,scott nous semble dfectueux1 particulirement dans le dnoment2 mais le romancier aurait sans doute pour se justifier des raisons beaucoup meilleures que nous n'en aurions pour l'attaquer1 et ce n'est point contre un si formidable champion que nous essayerions avec avantage nos faibles armes4 ,nous nous bornerons lui faire observer que le mot plac par lui dans la bouche du fou du duc de ,bourgogne sur l'arrive du roi ,louis ,,xi ,pronne appartient au fou de ,franois #a;er1 qui le pronona lors du passage de ,charles-,quint en ,france1 en #aece4 ,l'immortalit de ce pauvre ,triboulet ne tient qu' ce mot1 il faut le lui laisser4 ,nous croyons galement que l'expdient ingnieux qu'emploie l'astrologue ,galeotti pour chapper ,louis ,,xi avait dj t imagin quelque mille ans auparavant par un philosophe que voulait mettre mort ,denis de ,syracuse4 ,nous n'attachons pas ces remarques plus d'importance qu'elles n'en mritent2 un romancier n'est pas un chroniqueur4 ,nous sommes tonn seulement que le roi adresse la parole1 dans le conseil de ,bourgogne1 des chevaliers du saint-esprit1 cet ordre n'ayant t fond qu'un sicle plus tard par ,henri ,,iii4 ,nous croyons mme que l'ordre de ,saint-,michel1 dont le noble auteur dcore son brave lord ,crawford1 ne fut institu par ,louis ,,xi qu'aprs sa captivit4 ,que sir ,walter ,scott nous permette ces petites chicanes chronologiques4 ,en remportant un lger triomphe de pdant sur un aussi illustre antiquaire1 nous ne pouvons nous dfendre de cette innocente joie qui transportait son ,quentin ,durward lorsqu'il eut dsaronn le duc d',orlans et tenu tte ,dunois1 et nous serions tent de lui demander pardon de notre victoire1 comme ,charles-,quint au pape3 ,sanctissime pater1 indulge victori4 #a3 ,marcos ,obregon de la ,ronda4 ,,sur ,l',,abb ,,de ,,lamennais ,a ,,propos ,,de ,l',,essai ,,sur ,l',,indiff,,rence ,,en ,,mati,,re ,,de ,,religion ,juillet #ahbc4 ,serait-il vrai qu'il existe dans la destine des nations un moment o les mouvements du corps social semblent ne plus tre que les dernires convulsions d'un mourant8 ,serait-il vrai qu'on puisse voir la lumire disparatre peu peu de l'intelligence des peuples1 ainsi qu'on voit s'effacer graduellement dans le ciel le crpuscule du soir8 ,alors1 disent des voix prophtiques1 le bien et le mal1 la vie et la mort1 l'tre et le nant1 sont en prsence2 et les hommes errent de l'un l'autre1 comme s'ils avaient choisir4 ,l'action de la socit n'est plus une action1 c'est un tressaillement faible et violent la fois1 comme une secousse de l'agonie4 ,les dveloppements de l'esprit humain s'arrtent1 ses rvolutions commencent4 ,le fleuve ne fconde plus1 il engloutit2 le flambeau n'claire plus1 il consume4 ,la pense1 la volont1 la libert1 ces facults divines1 concdes par la toute-puissance divine l'association humaine1 font place l'orgueil1 la rvolte1 l'instinct individuel4 ,a la prvoyance sociale succde cette profonde ccit animale laquelle il n'a pas t donn de distinguer les approches de la mort4 ,bientt1 en effet1 la rbellion des membres amne le dchirement du corps1 que suivra la dissolution du cadavre4 ,la lutte des intrts passagers remplace l'accord des croyances ternelles4 ,quelque chose de la brute s'veille dans l'homme1 et fraternise avec son me dgrade2 il abdique le ciel et vgte au-dessous de sa destine4 ,alors deux camps se tracent dans la nation4 ,la socit n'est plus qu'une mle opinitre dans une nuit profonde1 o ne brille d'autre lumire que l'clair des glaives qui se heurtent et l'tincelle des armures qui se brisent4 ,le soleil se lverait en vain sur ces malheureux pour leur faire reconnatre qu'ils sont frres2 acharns leur oeuvre sanglante1 ils ne verraient pas4 ,la poussire de leur combat les aveugle4 ,alors1 pour emprunter l'expression solennelle de ,bossuet1 un peuple cesse d'tre un peuple4 ,les vnements qui se prcipitent avec une rapidit toujours croissante s'imprgnent de plus en plus d'un sombre caractre de providence et de fatalit1 et le petit nombre d'hommes simples1 rests fidles aux prdictions antiques1 regardent avec terreur si des signes ne se manifestent pas dans les cieux4 ,esprons que nos vieilles monarchies n'en sont point encore l4 ,on conserve quelque espoir de gurison tant que le malade ne repousse pas le mdecin1 et l'enthousiasme avide qu'veillent les premiers chants de posie religieuse que ce sicle a entendus prouve qu'il y a encore une me dans la socit4 ,c'est fortifier ce souffle divin1 ranimer cette flamme cleste1 que tendent aujourd'hui tous les esprits vraiment suprieurs4 ,chacun apporte son tincelle au foyer commun1 et1 grce leur gnreuse activit1 l'difice social peut se reconstruire rapidement1 comme ces magiques palais des contes arabes1 qu'une lgion de gnies achevait dans une nuit4 ,aussi trouvons-nous des mditations dans nos crivains1 et des inspirations dans nos potes4 ,il s'lve de toutes parts une gnration srieuse et douce1 pleine de souvenirs et d'esprances4 ,elle redemande son avenir aux prtendus philosophes du dernier sicle1 qui voudraient lui faire recommencer leur pass4 ,elle est pure1 et par consquent indulgente1 mme pour ces vieux et effronts coupables qui osent rclamer son admiration2 mais son pardon pour les criminels n'exclut pas son horreur pour les crimes4 ,elle ne veut pas baser son existence sur des abmes1 sur l'athisme et sur l'anarchie2 elle rpudie l'hritage de mort dont la rvolution la poursuit2 elle revient la religion1 parce que la jeunesse ne renonce pas volontiers la vie2 c'est pourquoi elle exige du pote plus que les gnrations antiques n'en ont reu4 ,il ne donnait au peuple que des lois1 elle lui demande des croyances4 ,un des crivains qui ont le plus puissamment contribu veiller parmi nous cette soif d'motions religieuses1 un de ceux qui savent le mieux l'tancher1 c'est sans contredit ,m4 l'abb ,f4 de ,lamennais4 ,parvenu1 ds ses premiers pas1 au sommet de l'illustration littraire1 ce prtre vnrable semble n'avoir rencontr la gloire humaine qu'en passant4 ,il va plus loin4 ,l'poque de l'apparition de l',essai sur l'indiffrence sera une des dates de ce sicle4 ,il faut qu'il y ait un mystre bien trange dans ce livre que nul ne peut lire sans esprance ou sans terreur1 comme s'il cachait quelque haute rvlation de notre destine4 ,tour tour majestueux et passionn1 simple et magnifique1 grave et vhment1 profond et sublime1 l'crivain s'adresse au coeur par toutes les tendresses1 l'esprit par tous les artifices1 l'me par tous les enthousiasmes4 ,il claire comme ,pascal1 il brle comme ,rousseau1 il foudroie comme ,bossuet4 ,sa pense laisse toujours dans les esprits trace de son passage2 elle abat tous ceux qu'elle ne relve pas4 ,il faut qu'elle console1 moins qu'elle ne dsespre4 ,elle fltrit tout ce qui ne peut fructifier4 ,il n'y a point d'opinion mixte sur un pareil ouvrage2 on l'attaque comme un ennemi ou on le dfend comme un sauveur4 ,chose frappante6 ce livre tait un besoin de notre poque1 et la mode s'est mle de son succs6 ,c'est la premire fois sans doute que la mode aura t du parti de l'ternit4 ,tout en dvorant cet crit1 on a adress l'auteur une foule de reproches que chacun en particulier aurait d adresser sa conscience4 ,tous ces vices qu'il voulait bannir du coeur humain ont cri comme les vendeurs chasss du temple4 ,on a craint que l'me ne restt vide lorsqu'il en aurait expuls les passions4 ,nous avons entendu dire que ce livre austre attristait la vie1 que ce prtre morose arrachait les fleurs du sentier de l'homme4 ,d'accord2 mais les fleurs qu'il arrache sont celles qui cachaient l'abme4 ,cet ouvrage a encore produit un autre phnomne1 bien remarquable de nos jours2 c'est la discussion publique d'une question de thologie4 ,et ce qu'il y a de singulier1 et ce qu'on doit attribuer l'intrt extraordinaire excit par l',essai1 la frivolit des gens du monde et la proccupation des hommes d'tat ont disparu un instant devant un dbat scolastique et religieux4 ,on a cru voir un moment la ,sorbonne renatre entre les deux ,chambres4 ,m4 de ,lamennais1 aid dans sa force par la force d'en haut1 a accoutum ses lecteurs le voir porter1 sans perdre haleine1 d'un bout l'autre de son immense composition1 le fardeau d'une ide fondamentale1 vaste et unique4 ,partout se rvle en lui la possession d'une grande pense4 ,il la dveloppe dans toutes ses parties1 l'illumine dans tous ses dtails1 l'explique dans tous ses mystres1 la critique dans tous ses rsultats4 ,il remonte toutes les causes comme il redescend toutes les consquences4 ,un des bienfaits de ces sortes d'ouvrages1 c'est qu'ils dgotent profondment de tout ce qu'ont crit de drisoire et d'ironique les chefs de la secte incrdule4 ,quand une fois on est mont si haut1 on ne peut plus redescendre aussi bas4 ,ds qu'on a respir l'air et vu la lumire1 on ne saurait rentrer dans ces tnbres et dans ce vide4 ,on est saisi d'une inexprimable compassion en voyant des hommes puiser leur souffle d'un jour forger ou teindre ,dieu4 ,on est tent de croire que l'athe est un tre part1 organis sa faon1 et qu'il a raison de rclamer sa place parmi les btes2 car on ne conoit rien la rvolte de l'intelligence contre l'intelligence4 ,et puis1 n'est-ce pas une trange socit que celle de ces individus ayant chacun un crateur de leur cration1 une foi selon leur opinion1 disposant de l'ternit pendant que le temps les emporte1 et cherchant raliser cette multiplex religio1 mot monstrueux trouv par un paen8 ,on dirait le chaos la poursuite du nant4 ,tandis que l'me du chrtien1 pareille la flamme tourmente en vain par les caprices de l'air1 se relve incessamment vers le ciel1 l'esprit de ces infidles est comme le nuage qui change de forme et de route selon le vent qui le pousse4 ,et l'on rit de les voir juger les choses ternelles du haut de la philosophie humaine1 ainsi que des malheureux qui graviraient pniblement au sommet d'une montagne pour mieux examiner les toiles4 ,ceux qui apportent aux nations enivres par tant de poisons la vritable nourriture de vie et d'intelligence1 doivent se confier en la saintet de leur entreprise4 ,tt ou tard1 les peuples dsabuss se pressent autour d'eux1 et leur disent comme ,jean ,jsus3 ,ad quem ibimus8 verba vitae aeternae habes4 ,a qui irons-nous8 vous avez les paroles de la vie ternelle4 ,,sur ,,lord ,,byron ,a ,,propos ,,de ,,sa ,,mort ,nous sommes en juin #ahbd4 ,lord ,byron vient de mourir4 ,on nous demande notre pense sur lord ,byron1 et sur lord ,byron mort4 ,qu'importe notre pense8 quoi bon l'crire1 moins qu'on ne suppose qu'il est impossible qui que ce soit de ne pas dire quelques paroles dignes d'tre recueillies en prsence d'un aussi grand pote et d'un aussi grand vnement8 ,a en croire les ingnieuses fables de l'orient1 une larme devient perle en tombant dans la mer4 ,dans l'existence particulire que nous a faite le got des lettres1 dans la rgion paisible o nous a plac l'amour de l'indpendance et de la posie1 la mort de ,byron a d nous frapper1 en quelque sorte1 comme une calamit domestique4 ,elle a t pour nous un de ces malheurs qui touchent de prs4 ,l'homme qui a dvou ses jours au culte des lettres sent le cercle de sa vie physique se resserrer autour de lui1 en mme temps que la sphre de son existence intellectuelle s'agrandit4 ,un petit nombre d'tres chers occupent les tendresses de son coeur1 tandis que tous les potes morts et contemporains1 trangers et compatriotes1 s'emparent des affections de son me4 ,la nature lui avait donn une famille1 la posie lui en cre une seconde4 ,ses sympathies1 que si peu d'tres veillent auprs de lui1 s'en vont chercher1 travers le tourbillon des relations sociales1 au del des temps1 au del des espaces1 quelques hommes qu'il comprend et dont il se sent digne d'tre compris4 ,tandis que1 dans la rotation monotone des habitudes et des affaires1 la foule des indiffrents le froisse et le heurte sans mouvoir son attention1 il s'tablit1 entre lui et ces hommes pars que son penchant a choisis1 d'intimes rapports et des communications1 pour ainsi dire1 lectriques4 ,une douce communaut de penses l'attache1 comme un lien invisible et indissoluble1 ces tres d'lite1 isols dans leur monde ainsi qu'il l'est dans le sien2 de sorte que1 lorsque par hasard il vient rencontrer l'un d'entre eux1 un regard leur suffit pour se rvler l'un l'autre2 une parole1 pour pntrer mutuellement le fond de leurs mes et en reconnatre l'quilibre2 et1 au bout de quelques instants1 ces deux trangers sont ensemble comme deux frres nourris du mme lait1 comme deux amis prouvs par la mme infortune4 ,qu'il nous soit permis de le dire1 et1 s'il le faut1 de nous en glorifier1 une sympathie du genre de celle que nous venons d'expliquer nous entranait vers ,byron4 ,ce n'tait pas certainement l'attrait que le gnie inspire au gnie2 c'tait du moins un sentiment sincre d'admiration1 d'enthousiasme et de reconnaissance2 car on doit de la reconnaissance aux hommes dont les oeuvres et les actions font battre noblement le coeur4 ,quand on nous a annonc la mort de ce pote1 il nous a sembl qu'on nous enlevait une part de notre avenir4 ,nous n'avons renonc qu'avec amertume jamais nouer avec ,byron une de ces potiques amitis qu'il nous est si doux et si glorieux d'entretenir avec la plupart des principaux esprits de notre poque1 et nous lui avons adress ce beau vers dont un pote de son cole saluait l'ombre gnreuse d',andr ,chnier3 ,adieu donc1 jeune ami que je n'ai pas connu4 ,puisque nous venons de laisser chapper un mot sur l'cole particulire de lord ,byron1 il ne sera peut-tre pas hors de propos d'examiner ici quelle place elle occupe dans l'ensemble de la littrature actuelle1 que l'on attaque comme si elle pouvait tre vaincue1 que l'on calomnie comme si elle pouvait tre condamne4 ,des esprits faux1 habiles dplacer toutes les questions1 cherchent accrditer parmi nous une erreur bien singulire4 ,ils ont imagin que la socit prsente tait exprime en ,france par deux littratures absolument opposes1 c'est--dire que le mme arbre portait naturellement la fois deux fruits d'espces contraires1 que la mme cause produisait simultanment deux effets incompatibles4 ,mais ces ennemis des innovations ne se sont pas mme aperus qu'ils craient l une logique toute nouvelle4 ,ils continuent chaque jour de traiter la littrature qu'ils nomment classique comme si elle vivait encore1 et celle qu'ils appellent romantique comme si elle allait prir4 ,ces doctes rhteurs1 qui vont proposant sans cesse de changer ce qui existe contre ce qui a exist1 nous rappellent involontairement le ,roland fou de l',arioste qui prie gravement un passant d'accepter une jument morte en change d'un cheval vivant4 ,roland1 il est vrai1 convient que sa jument est morte1 tout en ajoutant que c'est l son seul dfaut4 ,mais les ,rolands du prtendu genre classique ne sont pas encore cette hauteur1 en fait de jugement ou de bonne foi4 ,il faut donc leur arracher ce qu'ils ne veulent pas accorder1 et leur dclarer qu'il n'existe aujourd'hui qu'une littrature comme il n'existe qu'une socit2 que les littratures antrieures1 tout en laissant des monuments immortels1 ont d disparatre et ont disparu avec les gnrations dont elles ont exprim les habitudes sociales et les motions politiques4 ,le gnie de notre poque peut tre aussi beau que celui des poques les plus illustres1 il ne peut tre le mme2 et il ne dpend pas plus des crivains contemporains de ressusciter une littrature#a passe1 qu'il ne dpend du jardinier de faire reverdir les feuilles de l'automne sur les rameaux du printemps4 ,qu'on ne s'y trompe pas1 c'est en vain surtout qu'un petit nombre de petits esprits essayent de ramener les ides gnrales vers le dsolant systme littraire du dernier sicle4 ,ce terrain1 naturellement aride1 est depuis longtemps dessch4 ,d'ailleurs on ne recommence pas les madrigaux de ,dorat aprs les guillotines de ,robespierre1 et ce n'est pas au sicle de ,bonaparte qu'on peut continuer ,voltaire4 ,la littrature relle de notre ge1 celle dont les auteurs sont proscrits la faon d',aristide2 celle qui1 rpudie par toutes les plumes1 est adopte par toutes les lyres2 celle qui1 malgr une perscution vaste et calcule1 voit tous les talents clore dans sa sphre orageuse1 comme ces fleurs qui ne croissent qu'en des lieux battus des vents2 celle enfin qui1 rprouve par ceux qui dcident sans mditer1 est dfendue par ceux qui pensent avec leur me1 jugent avec leur esprit et sentent avec leur coeur2 cette littrature n'a point l'allure molle et effronte de la muse qui chanta le cardinal ,dubois1 flatta la ,pompadour et outragea notre ,jeanne d',arc4 ,elle n'interroge ni le creuset de l'athe ni le scalpel du matrialiste4 ,elle n'emprunte pas au sceptique cette balance de plomb dont l'intrt seul rompt l'quilibre4 ,elle n'enfante pas dans les orgies des chants pour les massacres4 ,elle ne connat ni l'adulation ni l'injure4 ,elle ne prte point de sductions au mensonge4 ,elle n'enlve point leur charme aux illusions4 trangre tout ce qui n'est pas son but vritable1 elle puise la posie aux sources de la vrit4 ,son imagination se fconde par la croyance4 ,elle suit les progrs du temps1 mais d'un pas grave et mesur4 ,son caractre est srieux1 sa voix est mlodieuse et sonore4 ,elle est1 en un mot1 ce que doit tre la commune pense d'une grande nation aprs de grandes calamits1 triste1 fire et religieuse4 ,quand il le faut1 elle n'hsite pas se mler aux discordes publiques pour les juger ou pour les apaiser4 ,car nous ne sommes plus au temps des chansons bucoliques1 et ce n'est pas la muse du dix-neuvime sicle qui peut dire3 ,non me agitant populi fasces1 aut purpura regum4 ,cette littrature cependant1 comme toutes les choses de l'humanit1 prsente1 dans son unit mme1 son ct sombre et son ct consolant4 ,deux coles se sont formes dans son sein1 qui reprsentent la double situation o nos malheurs politiques ont respectivement laiss les esprits1 la rsignation et le dsespoir4 ,toutes deux reconnaissent ce qu'une philosophie moqueuse avait ni1 l'ternit de ,dieu1 l'me immortelle1 les vrits primordiales et les vrits rvles2 mais celle-ci pour adorer1 celle-l pour maudire4 ,l'une voit tout du haut du ciel1 l'autre du fond de l'enfer4 ,la premire place au berceau de l'homme un ange qu'il retrouve encore assis au chevet de son lit de mort2 l'autre environne ses pas de dmons1 de fantmes et d'apparitions sinistres4 ,la premire lui dit de se confier1 parce qu'il n'est jamais seul2 la seconde l'effraye en l'isolant sans cesse4 ,toutes deux possdent galement l'art d'esquisser des scnes gracieuses et de crayonner des figures terribles2 mais la premire1 attentive ne jamais briser le coeur1 donne encore aux plus sombres tableaux je ne sais quel reflet divin2 la seconde1 toujours soigneuse d'attrister1 rpand sur les images les plus riantes comme une lueur infernale4 ,l'une1 enfin1 ressemble ,emmanuel1 doux et fort1 parcourant son royaume sur un char de foudre et de lumire2 l'autre est ce superbe ,satan#b qui entrana tant d'toiles dans sa chute lorsqu'il fut prcipit du ciel4 ,ces deux coles jumelles1 fondes sur la mme base1 et nes1 pour ainsi dire1 au mme berceau1 nous paraissent spcialement reprsentes dans la littrature europenne par deux illustres gnies1 ,chateaubriand et ,byron4 ,au sortir de nos prodigieuses rvolutions1 deux ordres politiques luttaient sur le mme sol4 ,une vieille socit achevait de s'crouler2 une socit nouvelle commenait s'lever4 ,ici des ruines1 l des bauches4 ,lord ,byron1 dans ses lamentations funbres1 a exprim les dernires convulsions de la socit expirante4 ,m4 de ,chateaubriand1 avec ses inspirations sublimes1 a satisfait aux premiers besoins de la socit ranime4 ,la voix de l'un est comme l'adieu du cygne l'heure de la mort2 la voix de l'autre est pareille au chant du phnix renaissant de sa cendre4 ,par la tristesse de son gnie1 par l'orgueil de son caractre1 par les temptes de sa vie1 lord ,byron est le type du genre de posie dont il a t le pote4 ,tous ses ouvrages sont profondment marqus du sceau de son individualit4 ,c'est toujours une figure sombre et hautaine que le lecteur voit passer dans chaque pome comme travers un crpe de deuil4 ,sujet quelquefois1 comme tous les penseurs profonds1 au vague et l'obscurit1 il a des paroles qui sondent toute une me1 des soupirs qui racontent toute une existence4 ,il semble que son coeur s'entr'ouvre chaque pense qui en jaillit comme un volcan qui vomit des clairs4 ,les douleurs1 les joies1 les passions n'ont point pour lui de mystres1 et s'il ne fait voir les objets rels qu' travers un voile1 il montre nu les rgions idales4 ,on peut lui reprocher de ngliger absolument l'ordonnance de ses pomes2 dfaut grave1 car un pome qui manque d'ordonnance est un difice sans charpente ou un tableau sans perspective4 ,il pousse galement trop loin le lyrique ddain des transitions2 et l'on dsirerait parfois que ce peintre si fidle des motions intrieures jett sur les descriptions physiques des clarts moins fantastiques et des teintes moins vaporeuses4 ,son gnie ressemble trop souvent un promeneur sans but qui rve en marchant1 et qui1 absorb dans une intuition profonde1 ne rapporte qu'une image confuse des lieux qu'il a parcourus4 ,quoi qu'il en soit1 mme dans ses moins belles oeuvres1 cette capricieuse imagination s'lve des hauteurs o l'on ne parvient pas sans des ailes4 ,l'aigle a beau fixer ses yeux sur la terre1 il n'en conserve pas moins le regard sublime dont la porte s'tend jusqu'au soleil#c4 ,on a prtendu que l'auteur de ,don ,juan appartenait1 par un ct de son esprit1 l'cole de l'auteur de ,candide4 ,erreur6 il y a une diffrence profonde entre le rire de ,byron et le rire de ,voltaire4 ,voltaire n'avait pas souffert4 ,ce serait ici le moment de dire quelque chose de la vie si tourmente du noble pote2 mais1 dans l'incertitude o nous sommes sur les causes relles des malheurs domestiques qui avaient aigri son caractre1 nous aimons mieux nous taire1 de peur que notre plume ne s'gare malgr nous4 ,ne connaissant lord ,byron que d'aprs ses pomes1 il nous est doux de lui supposer une vie selon son me et son gnie4 ,comme tous les hommes suprieurs1 il a certainement t en proie la calomnie4 ,nous n'attribuons qu' elle les bruits injurieux qui ont si longtemps accompagn l'illustre nom du pote4 ,d'ailleurs celle que ses torts ont offense les a sans doute oublis la premire en prsence de sa mort4 ,nous esprons qu'elle lui a pardonn2 car nous sommes de ceux qui ne pensent pas que la haine et la vengeance aient quelque chose graver sur la pierre d'un tombeau4 ,et nous1 pardonnons-lui de mme ses fautes1 ses erreurs1 et jusqu'aux ouvrages o il a paru descendre de la double hauteur de son caractre et de son talent2 pardonnons-lui1 il est mort si noblement6 il est si bien tomb6 ,il semblait l comme un belliqueux reprsentant de la muse moderne dans la patrie des muses antiques4 ,gnreux auxiliaire de la gloire1 de la religion et de la libert1 il avait apport son pe et sa lyre aux descendants des premiers guerriers et des premiers potes2 et dj le poids de ses lauriers faisait pencher la balance en faveur des malheureux hellnes4 ,nous lui devons1 nous particulirement1 une reconnaissance profonde4 ,il a prouv l',europe que les potes de l'cole nouvelle1 quoiqu'ils n'adorent plus les dieux de la ,grce paenne1 admirent toujours ses hros2 et que1 s'ils ont dsert l',olympe1 du moins ils n'ont jamais dit adieu aux ,thermopyles4 ,la mort de ,byron a t accueillie dans tout le continent par les signes d'une douleur universelle4 ,le canon des grecs a longtemps salu ses restes1 et un deuil national a consacr la perte de cet tranger parmi les calamits publiques4 ,les portes orgueilleuses de ,westminster se sont ouvertes comme d'elles-mmes1 afin que la tombe du pote vnt honorer le spulcre des rois4 ,le dirons-nous8 ,au milieu de ces glorieuses marques de l'affliction gnrale1 nous avons cherch quel tmoignage solennel d'enthousiasme ,paris1 cette capitale de l',europe1 rendait l'ombre hroque de ,byron1 et nous avons vu une marotte qui insultait sa lyre et des trteaux qui outrageaient son cercueil#d6 #a3 ,il ne faut pas perdre de vue1 en lisant ceci1 que par les mots littrature d'un sicle1 on doit entendre non-seulement l'ensemble des ouvrages produits durant ce sicle1 mais encore l'ordre gnral d'ides et de sentiments qui--le plus souvent l'insu des auteurs mmes--a prsid leur composition4 #b3 ,ce n'est ici qu'un simple rapport qui ne saurait justifier le titre d'cole satanique sous lequel un homme de talent a dsign l'cole de lord ,byron4 #c3 ,dans un moment o l',europe entire rend un clatant hommage au gnie de lord ,byron1 avou grand homme depuis qu'il est mort1 le lecteur sera curieux de relire ici quelques phrases de l'article remarquable dont la ,revue d'dimbourg1 journal accrdit1 salua l'illustre pote son dbut4 ,c'est d'ailleurs sur ce ton que certains journaux nous entretiennent chaque matin ou chaque soir des premiers talents de notre poque4 ,la posie de notre jeune lord est de cette classe que ni les dieux ni les hommes ne tolrent4 ,ses inspirations sont si plates qu'on pourrait les comparer une eau stagnante4 ,comme pour s'excuser1 le noble auteur ne cesse de rappeler qu'il est mineur444 ,peut-tre veut-il nous dire3 ,voyez comme un mineur crit4 ,mais hlas6 nous nous rappelons tous la posie de ,cowley dix ans1 et celle de ,pope douze4 ,loin d'apprendre avec surprise que de mauvais vers ont t crits par un colier au sortir du collge1 nous croyons la chose trs commune1 et1 sur dix coliers1 neuf peuvent en faire autant et mieux que lord ,byron4 ,dans le fait1 cette seule considration 7celle du rang de l'auteur7 nous fait donner une place lord ,byron dans notre journal1 outre notre dsir de lui conseiller d'abandonner la posie pour mieux employer ses talents4 ,dans cette intention1 nous lui dirons que la rime et le nombre des pieds1 quand ce nombre serait toujours rgulier1 ne constituent pas toute la posie1 nous voudrions lui persuader qu'un peu d'esprit et d'imagination sont indispensables1 et que pour tre lu un pome a besoin aujourd'hui de quelque pense ou nouvelle ou exprime de faon paratre telle4 ,lord ,byron devrait aussi prendre garde de tenter ce que de grands potes ont tent avant lui2 car les comparaisons ne sont nullement agrables1 comme il a pu l'apprendre de son matre d'criture4 ,quant ses imitations de la posie ossianique1 nous nous y connaissons si peu que nous risquerions de critiquer du ,macpherson tout pur en voulant exprimer notre opinion sur les rapsodies de ce nouvel imitateur444 ,tout ce que nous pouvons dire1 c'est qu'elles ressemblent du ,macpherson1 et nous sommes sr qu'elles sont tout aussi stupides et ennuyeuses que celles de notre compatriote4 ,une grande partie du volume est consacre immortaliser les occupations de l'auteur pendant son ducation4 ,nous sommes fch de donner une mauvaise ide de la psalmodie du collge par la citation de ces stances attiques3 7,suit la citation7444 ,mais quelque jugement qu'on puisse prononcer sur les posies du noble mineur1 il nous semble que nous devons les prendre comme nous les trouvons et nous en contenter2 car ce sont les dernires que nous recevrons de lui444 ,qu'il russisse ou non1 il est trs peu probable qu'il condescende de nouveau devenir auteur4 ,prenons donc ce qui nous est offert et soyons reconnaissants4 ,de quel droit ferions-nous les dlicats1 pauvres diables que nous sommes6 ,c'est trop d'honneur pour nous de tant recevoir d'un homme du rang de ce lord4 ,soyons reconnaissants1 nous le rptons1 et ajoutons avec le bon ,sancho3 ,que ,dieu bnisse celui qui nous donne6 ne regardons pas le cheval la bouche quand il ne cote rien4 ,lord ,byron daigna se venger de ce misrable fatras de lieux communs1 thme perptuel que la mdiocrit envieuse reproduit sans cesse contre le gnie4 ,les auteurs de la ,revue d'dimbourg furent contraints de reconnatre son talent sous les coups de son fouet satirique4 ,l'exemple parat bon suivre1 nous avouerons cependant que nous eussions mieux aim voir lord ,byron garder leur gard le silence du mpris4 ,si ce n'et t le conseil de son intrt1 c'et t du moins celui de sa dignit4 #d3 ,quelques jours aprs la nouvelle de la mort de lord ,byron1 on reprsentait encore je ne sais quel thtre du boulevard je ne sais quelle factie de mauvais ton et de mauvais got1 o ce noble pote est personnellement mis en scne sous le nom ridicule de lord ,trois-toiles4 ,,id,,es ,,au ,,hasard ,juillet #ahbd4 ,i ,il faut bien que toutes les oreilles possibles s'habituent l'entendre dire et redire1 une rvolution est faite dans les arts4 ,elle a commenc par la posie1 elle s'est continue dans la musique2 la voil qui renouvelle la peinture2 et avant peu elle ressuscitera infailliblement la sculpture et l'architecture1 depuis longtemps mortes comme meurent toujours les arts1 en pleine acadmie4 ,au reste1 cette rvolution n'est qu'un retour universel la nature et la vrit4 ,c'est l'extirpation du faux got qui1 depuis prs de trois sicles1 substituant sans cesse les conventions de l'cole toutes les ralits1 a vici tant de beaux gnies4 ,la gnration nouvelle a dcidment jet l le haillon classique1 la guenille philosophique1 l'oripeau mythologique4 ,elle a revtu la robe virile1 et s'est dbarrasse des prjugs1 tout en tudiant les traditions4 ,il est risible d'entendre disserter1 sur un changement invinciblement amen par le cours des vnements1 cette tourbe innombrable d'esprits faux1 de petits docteurs1 de grands pdants1 de lourds railleurs1 de jugeurs verbe haut1 de critiques superficiels1 galement propres raisonner sur tout parce qu'ils ignorent tout au mme degr2 d'artistes mdiocres1 qui ne connaissent le talent que par l'envie dont il les tourmente et l'impuissance dont il les accable4 ,ces bonnes gens s'imaginent qu' force de cris1 de colre et d'anathmes1 ils parviendront dtruire ou modifier selon leur fantaisie un ordre d'ides qui rsulte ncessairement d'un ordre de choses4 ,ils ne comprennent pas que1 de mme qu'un orage change l'tat de l'atmosphre1 une rvolution change l'tat de la socit4 ,on les voit s'vertuant en efforts inutiles pour corriger la littrature et les arts ns de cette rvolution4 ,je serais curieux de savoir comment ils s'y prendraient pour repeindre l'arc-en-ciel4 ,en attendant qu'ils aient rsolu ce problme1 l'arc-en-ciel brillera1 et ce sicle sera ce qu'il est dans sa destine d'tre4 ,que la nouvelle gnration laisse donc des critiques accrdits ou non affirmer1 avec une grotesque assurance1 que l'art est chez nous en pleine dcadence4 ,il faut se souvenir que l'acadmie a condamn le ,cid2 que ,,mm4 ,morellet et ,hoffman ont donn des frules l'auteur du ,gnie du christianisme2 que la ,revue d'dimbourg a renvoy lord ,byron l'cole2 il faut laisser la mdiocrit peser de toutes ses petites forces sur le talent naissant4 ,elle ne l'touffera pas4 ,et1 tout prendre1 est-ce donc un spectacle moins amusant qu'un autre1 que de voir un homme de gnie foudroy par un professeur de gazette ou d'athne8 ,c'est l'aigle dans les serres du moineau franc4 ,,ii ,l'expression de l'amour1 dans les potes de l'cole antique 7 quelque nation et quelque poque qu'ils appartiennent71 manque en gnral de chastet et de pudeur4 ,cette observation1 peu importante au premier aspect1 se rattache cependant aux plus hautes considrations4 ,si nous voulions l'examiner srieusement1 nous trouverions au fond de cette question toutes les socits paennes et tous les cultes idoltriques4 ,l'absence de chastet dans l'amour est peut-tre le signe caractristique des civilisations et des littratures que n'a point purifies le christianisme4 ,sans parler de ces posies monstrueuses par lesquelles ,anacron1 ,horace1 ,virgile mme ont immortalis d'infmes dbauches et de honteuses habitudes1 les chants amoureux des potes paens anciens et modernes1 de ,catulle1 de ,tibulle1 de ,bertin1 de ,bernis1 de ,parny1 ne nous offrent rien de cette dlicatesse1 de cette modestie1 de cette retenue sans lesquelles l'amour n'est plus qu'un instinct animal et qu'un apptit charnel4 ,il est vrai que l'amour chez ces potes est aussi raffin qu'il est grossier4 ,il est difficile d'exprimer plus ingnieusement ce que sentent les brutes2 et c'est sans doute pour qu'il y ait une diffrence entre leurs amours et ceux des animaux que ces galants diseurs font des lgies4 ,ils en sont mme venus convertir en science ce qu'il y a de plus naturel au monde2 et l'art d'aimer a t enseign par ,ovide aux paens du sicle d',auguste1 par ,gentil ,bernard aux paens du sicle de ,voltaire4 ,avec quelque attention1 on reconnat qu'il existe une diffrence entre les premiers et les derniers artistes en amour4 ,a une nuance prs1 leur vermillon est le mme4 ,tous chantent la volupt matrielle4 ,mais les potes paens1 grecs et romains1 semblent le plus souvent des matres qui commandent des esclaves1 tandis que les potes paens franais sont toujours des esclaves implorant leurs matresses4 ,et le secret des deux civilisations diffrentes est tout entier l-dedans4 ,les socits polies1 mais idoltres1 de ,rome et d',athnes ignoraient la cleste dignit de la femme1 rvle plus tard aux hommes par le ,dieu qui voulut natre d'une fille d've4 ,aussi l'amour1 chez ces peuples1 ne s'adressant qu'aux esclaves et aux courtisanes1 avait-il quelque chose d'imprieux et de mprisant4 ,tout1 dans la civilisation chrtienne1 tend au contraire l'ennoblissement du sexe faible et beau2 et l'vangile parat avoir rendu leur rang aux femmes1 afin qu'elles conduisissent les hommes au plus haut degr possible de perfectionnement social4 ,ce sont elles qui ont cr la chevalerie2 et cette institution merveilleuse1 en disparaissant des monarchies modernes1 y a laiss l'honneur comme une me2 l'honneur1 cet instinct de nature1 qui est aussi une superstition de socit2 cette seule puissance dont un franais1 supporte patiemment la tyrannie2 ce sentiment mystrieux inconnu aux anciens justes1 qui est tout la fois plus et moins que la vertu4 ,a l'heure qu'il est1 remarquons bien ceci1 l'honneur est ignor des peuples qui l'vangile n'a pas encore t rvl1 ou chez lesquels l'influence morale des femmes est nulle4 ,dans notre civilisation1 si les lois donnent la premire place l'homme1 l'honneur donne le premier rang la femme4 ,tout l'quilibre des socits chrtiennes est l4 ,,iii ,je ne sais par quelle bizarre manie on prtend aujourd'hui refuser au gnie le droit d'admirer hautement le gnie2 on insulte l'enthousiasme que le chant du pote inspire un pote2 et l'on veut que ceux qui ont du talent ne soient jugs que par ceux qui n'en ont pas4 ,on dirait que1 depuis le sicle dernier1 nous ne sommes plus accoutums qu'aux jalousies littraires4 ,notre ge envieux se raille de cette fraternit potique1 si douce et si noble entre rivaux4 ,il a oubli l'exemple de ces antiques amitis qui se resserraient dans la gloire2 et il accueillerait d'un rire ddaigneux l'allocution touchante qu',horace adressait au vaisseau de ,virgile4 ,,iv ,la composition potique rsulte de deux phnomnes intellectuels1 la mditation et l'inspiration4 ,la mditation est une facult2 l'inspiration est un don4 ,tous les hommes1 jusqu' un certain degr1 peuvent mditer2 bien peu sont inspirs4 ,spiritus flat ubi vult4 ,dans la mditation1 l'esprit agit2 dans l'inspiration1 il obit2 parce que la premire est en l'homme1 tandis que la seconde vient de plus haut4 ,celui qui nous donne cette force est plus fort que nous4 ,ces deux oprations de la pense se lient intimement dans l'me du pote4 ,le pote appelle l'inspiration par la mditation1 comme les prophtes s'levaient l'extase par la prire4 ,pour que la muse se rvle lui1 il faut qu'il ait en quelque sorte dpouill toute son existence matrielle dans le calme1 dans le silence et dans le recueillement4 ,il faut qu'il se soit isol de la vie extrieure1 pour jouir avec plnitude de cette vie intrieure qui dveloppe en lui comme un tre nouveau2 et ce n'est que lorsque le monde physique a tout fait disparu de ses yeux1 que le monde idal peut lui tre manifest4 ,il semble que l'exaltation potique ait quelque chose de trop sublime pour la nature commune de l'homme4 ,l'enfantement du gnie ne saurait s'accomplir1 si l'me ne s'est d'abord purifie de toutes ces proccupations vulgaires que l'on trane aprs soi dans la vie2 car la pense ne peut prendre des ailes avant d'avoir dpos son fardeau4 ,voil sans doute pourquoi l'inspiration ne vient que prcde de la mditation4 ,chez les juifs1 ce peuple dont l'histoire est si fconde en symboles mystrieux1 quand le prtre avait difi l'autel1 il y allumait le feu terrestre1 et c'est alors seulement que le rayon divin y descendait du ciel4 ,si l'on s'accoutumait considrer les compositions littraires sous ce point de vue1 la critique prendrait probablement une direction nouvelle2 car il est certain que le vritable pote1 s'il est matre du choix de ses mditations1 ne l'est nullement de la nature de ses inspirations4 ,son gnie1 qu'il a reu et qu'il n'a point acquis1 le domine le plus souvent2 et il serait singulier et peut-tre vrai de dire que l'on est parfois tranger comme homme ce que l'on a crit comme pote4 ,cette ide paratra sans doute paradoxale au premier aperu4 ,c'est pourtant une question1 de savoir jusqu' quel point le chant appartient la voix1 et la posie au pote4 ,heureux celui qui sent dans sa pense cette double puissance de mditation et d'inspiration1 qui est le gnie6 ,quel que soit son sicle1 quel que soit son pays1 ft-il n au sein des calamits domestiques1 ft-il jet dans un temps de rvolutions1 ou1 ce qui est plus dplorable encore1 dans une poque d'indiffrence1 qu'il se confie l'avenir2 car si le prsent appartient aux autres hommes1 l'avenir est lui4 ,il est du nombre de ces tres choisis qui doivent venir un jour marqu4 ,tt ou tard ce jour arrive1 et c'est alors que1 nourri de penses et abreuv d'inspirations1 il peut se montrer hardiment la foule1 en rptant le cri sublime du pote3 ,voici mon orient2 peuples1 levez les yeux6 ,v ,si jamais composition littraire a profondment port l'empreinte ineffaable de la mditation et de l'inspiration1 c'est le ,paradis perdu4 ,une ide morale1 qui touche la fois aux deux natures de l'homme2 une leon terrible donne en vers sublimes2 une des plus hautes vrits de la religion et de la philosophie1 dveloppe dans une des plus belles fictions de la posie2 l'chelle entire de la cration parcourue depuis le degr le plus lev jusqu'au degr le plus bas2 une action qui commence par ,jsus et se termine par ,satan2 ve entrane par la curiosit1 la compassion et l'imprudence1 jusqu' la perdition2 la premire femme en contact avec le premier dmon2 voil ce que prsente l'oeuvre de ,milton2 drame simple et immense1 dont tous les ressorts sont des sentiments2 tableau magique qui fait graduellement succder toutes les teintes de lumire toutes les nuances de tnbres2 pome singulier1 qui charme et qui effraye6 ,,vi ,quand les dfauts d'une tragdie ont cela de particulier qu'il faut1 pour en tre choqu1 avoir lu l'histoire et connatre les rgles1 le grand nombre des spectateurs s'en aperoit peu1 parce qu'il ne sait que sentir4 ,aussi le grand nombre juge-t-il toujours bien4 ,et en effet1 pourquoi trouver si mauvais qu'un auteur tragique viole quelquefois l'histoire8 ,si cette licence n'est pas pousse trop loin1 que m'importe la vrit historique1 pourvu que la vrit morale soit observe6 ,voulez-vous donc que l'on dise de l'histoire ce qu'on a dit de la ,potique d',aristote3 elle fait faire de bien mauvaises tragdies8 ,soyez peintre fidle de la nature et des caractres1 et non copiste servile de l'histoire4 ,sur la scne1 j'aime mieux l'homme vrai que le fait vrai4 ,,vii ,quand on suit attentivement et sicle par sicle1 dans les fastes de la ,france1 l'histoire des arts1 si troitement lie l'histoire politique des peuples1 on est frapp1 en arrivant jusqu' notre temps1 d'un phnomne singulier4 ,aprs avoir retrouv sur les vitraux des merveilleuses cathdrales du moyen ge comme un reflet de cette belle poque de la grande fodalit1 des croisades1 de la chevalerie1 poque qui n'a laiss ni dans la mmoire des hommes1 ni sur la face de la terre1 aucun vestige qui n'ait quelque chose de monumental1 on passe au rgne de ,franois #a;er1 si tourdiment appel re de la renaissance des arts4 ,on voit distinctement le fil qui lie ce sicle ingnieux au moyen ge4 ,ce sont dj1 moins leur puret et leur originalit propres1 les formes grecques2 mais c'est toujours l'imagination gothique4 ,la posie1 nave encore dans ,marot1 a pourtant cess d'tre populaire pour devenir mythologique4 ,on sent qu'on vient de changer de route4 ,dj les tudes classiques ont gt le got national4 ,sous ,louis ,,xiii1 la dgnration est sensible2 on subit les consquences du mauvais systme o les arts se sont engags4 ,on n'a plus de ,jean ,goujon1 plus de ,jean ,cousin1 plus de ,germain ,pilon2 et les types vicieux1 que leur gnie corrigeait par tant de grce et d'lgance1 redeviennent lourds et btards entre les mains de leurs copistes4 ,a cette dcadence se mle je ne sais quel faux got florentin1 naturalis en ,france par les ,mdicis4 ,tout se relve sous le sceptre clatant de ,louis ,,xiv1 mais rien ne se redresse4 ,au contraire1 le principe de l'imitation des anciens devient loi pour les arts1 et les arts restent froids1 parce qu'ils restent faux4 ,quoique imposant1 il faut le dire1 le gnie de ce sicle illustre est incomplet4 ,sa richesse n'est que de la pompe1 sa grandeur n'est que de la majest4 ,enfin1 sous ,louis ,,xv1 tous les germes ont port leurs fruits4 ,les arts selon ,aristote tombent de dcrpitude avec la monarchie selon ,richelieu4 ,cette noblesse factice que leur imprimait ,louis ,,xiv meurt avec lui4 ,l'esprit philosophique achve de mrir l'oeuvre classique2 et1 dans ce sicle de turpitudes1 les arts ne sont qu'une turpitude de plus4 ,architecture1 sculpture1 peinture1 posie1 musique1 tout1 bien peu d'exceptions prs1 montre les mmes difformits4 ,voltaire amuse une courtisane rgnante des tortures d'une vierge martyre4 ,les vers de ,dorat naissent pour les bergres de ,boucher4 ,sicle ignoble quand il n'est pas ridicule1 ridicule quand il n'est pas hideux2 et qui1 commenant au cabaret pour finir la guillotine1 couronnant ses ftes par des massacres et ses danses par la carmagnole1 ne mrite place qu'entre le chaos et le nant4 ,le sicle de ,louis ,,xiv ressemble une crmonie de cour rgle par l'tiquette2 le sicle de ,louis ,,xv est une orgie de taverne1 o la dmence s'accouple au vice4 ,cependant1 quelque diffrentes qu'elles paraissent au premier abord1 une cohsion intime existe entre ces deux poques4 ,d'une solennit d'apparat tez l'tiquette1 il vous restera une cohue2 du rgne de ,louis ,,xiv tez la dignit1 vous aurez le rgne de ,louis ,,xv4 ,heureusement1 et c'est l que nous voulions en venir1 le mme lien est loin d'enchaner le dix-neuvime sicle au dix-huitime4 ,chose trange6 quand on compare notre poque si austre1 si contemplative1 et dj si fconde en vnements prodigieux1 aux trois sicles qui l'ont prcde1 et surtout son devancier immdiat1 on a d'abord peine comprendre comment il se fait qu'elle vienne leur suite2 et son histoire1 aprs la leur1 a l'air d'un livre dpareill4 ,on serait tent de croire que ,dieu s'est tromp de sicle dans sa distribution alternative des temps4 ,de notre sicle l'autre1 on ne peut dcouvrir la transition4 ,c'est qu'en effet il n'en existe pas4 ,entre ,frdric et ,bonaparte1 ,voltaire et ,byron1 ,vanloo et ,gricault1 ,boucher et ,charlet1 il y a un abme1 la rvolution4 #ahbg ,,fragment ,d',,histoire ,ce ne serait pas1 notre avis1 un tableau sans grandeur et sans nouveaut que celui o l'on essayerait de drouler sous nos yeux l'histoire entire de la civilisation4 ,on pourrait la montrer se propageant par degrs de sicle en sicle sur le globe1 et envahissant tour tour toutes les parties du monde4 ,on la verrait poindre en ,asie1 dans cette ,inde centrale et mystrieuse o la tradition des peuples a plac le paradis terrestre4 ,comme le jour1 la civilisation a son aurore en orient4 ,peu peu elle s'veille et s'tend dans son vieux berceau asiatique4 ,d'un bras1 elle dpose dans un coin du monde la ,chine1 avec les hiroglyphes1 l'artillerie et l'imprimerie1 comme une premire bauche de ses oeuvres futures1 comme un immuable chantillon de ce qu'elle fera un jour4 ,de l'autre1 elle jette l'occident ces grands empires d',assyrie1 de ,perse1 de ,chalde1 ces villes prodigieuses1 ,babylone1 ,suse1 ,perspolis1 mtropoles de la terre1 qui n'a pas mme gard leur trace4 ,alors1 tandis que tout le reste du globe est submerg sous de profondes tnbres1 resplendit dans tout son clat cette haute civilisation thocratique de l'orient1 dont on entrevoit peine1 travers tant de sicles1 quelques rayons blouissants1 quelques gigantesques vestiges1 et qui nous parat fabuleuse1 tant elle est lointaine1 vague et confuse6 ,cependant la civilisation marche et se dveloppe toujours4 ,l'intrieur des terres ne lui suffit plus1 elle colonise le bord des mers4 ,aux populations de laboureurs et de bergers succdent des races de pcheurs et de commerants4 ,de l1 les phniciens1 les phrygiens1 ,sidon1 ,troie1 ,sarepta1 et ,tyr1 qui bat les mers1 comme dit l'criture1 avec les ailes de mille vaisseaux4 ,enfin1 prte dborder l',asie1 elle fonde sur la limite de l',afrique cette nigmatique gypte1 ce peuple de prtres et de marchands1 de laboureurs et de matelots1 qui est en quelque sorte la transition de la civilisation asiatique la civilisation africaine1 des empires thocratiques aux rpubliques commerantes1 de ,babylone ,carthage4 ,sur l'gypte1 en effet1 s'appuient les trois civilisations successives d',asie1 d',afrique et d',europe4 ,l'gypte est la clef de vote de l'ancien continent4 ,ici la civilisation se bifurque1 pour ainsi parler4 ,elle prend deux routes1 l'une au nord1 l'autre au couchant2 et1 tandis que l'gypte cre la ,grce en ,europe1 ,sidon apporte ,carthage en ,afrique4 ,alors la scne change4 ,l',asie s'teint4 ,c'est le tour de l',afrique4 ,les carthaginois compltent l'oeuvre des phniciens1 leurs pres4 ,pendant que derrire eux s'lvent1 comme les arcs-boutants de leur empire1 ces royaumes de ,nubie1 d',abyssinie1 de ,nigritie1 d'thiopie1 de ,numidie2 pendant que se peuple et se fconde cette terre de feu qui doit porter les ,juba et les ,jugurtha1 ,carthage s'empare des mers et court les aventures4 ,elle dbarque en ,sicile1 en ,corse1 en ,sardaigne4 ,puis la ,mditerrane ne lui suffit plus4 ,ses innombrables vaisseaux franchissent les colonnes d',hercule1 o plus tard la timide navigation des grecs et des romains croira voir les bornes du monde4 ,bientt les colonies carthaginoises1 risques sur l'ocan1 dpassent la pninsule hispanique4 ,elles montent hardiment vers le nord1 et1 tout en ctoyant la rive occidentale de l',europe1 apportent le dialecte phnicien1 d'abord en ,biscaye1 o on le retrouve colorant de mots tranges l'ancienne langue ibrique1 puis en ,irlande1 au pays de ,galles1 en ,armorique1 o il subsiste encore aujourd'hui1 ml au celte primitif4 ,elles enseignent ces sauvages peuplades quelque chose de leurs arts1 de leur commerce1 de leur religion2 le culte monstrueux du ,saturne carthaginois1 qui devient le ,teutats celte2 les sacrifices humains2 et jusqu'au mode de ces sacrifices1 les victimes brles vives dans des cages d'osier forme humaine4 ,ainsi ,carthage donne aux celtes ce qu'elle a de la thocratie asiatique1 dnatur par sa froce civilisation4 ,les druides sont des mages2 seulement ils ont pass par l',afrique4 ,tout1 chez ces peuples1 se ressent de leur contact avec l'orient4 ,leurs monuments bruts prennent quelque chose d'gyptien4 ,de grossiers hiroglyphes1 les caractres runiques1 commencent en marquer la face1 que jusque-l le fer n'avait pas touche2 et il n'est pas prouv que ce ne soit point la puissante navigation carthaginoise qui ait dpos sur la grve armoricaine cet autre hiroglyphe monumental1 ,karnac1 livre colossal et ternel dont les sicles ont perdu le sens et dont chaque lettre est un oblisque de granit4 ,comme ,thbes1 la ,bretagne a son palais de ,karnac4 ,l'audace punique ne s'est peut-tre pas arrte l4 ,qui sait jusqu'o est alle ,carthage8 ,n'est-il pas trange qu'aprs tant de sicles on ait retrouv vivant en ,amrique le culte du soleil1 le ,blus assyrien1 le ,mithra persan8 ,n'est-il pas tonnant qu'on y ait retrouv des vestales 7les filles du soleil71 dbris du sacerdoce asiatique et africain1 emprunt aussi par ,rome ,carthage8 ,n'est-il pas merveilleux enfin que ces ruines du ,prou et du ,mexique1 magnifiques tmoins d'une ancienne civilisation teinte1 ressemblent si fort par leur caractre et par leurs ornements aux monuments syriaques2 par leur forme et par leurs hiroglyphes1 l'architecture gyptienne8444 ,quoi qu'il en soit1 le colosse carthaginois1 matre des mers1 hritier de la civilisation d',asie1 d'un bras s'appuyant sur l',egypte1 de l'autre environnant dj l',europe1 est un moment le centre des nations1 le pivot du globe4 ,l',afrique domine le monde4 ,cependant la civilisation a dpos son germe en ,grce#a4 ,il y a pris racine1 il s'y est dvelopp1 et du premier jet a produit un peuple capable de le dfendre contre les irruptions de l',asie1 contre les revendications hautaines de cette vieille mre des nations4 ,mais1 si ce peuple a su dfendre le feu sacr1 il ne saurait le propager4 ,manquant de mtropole et d'unit1 divise en petites rpubliques qui luttent entre elles1 et dans l'intrieur desquelles se heurtent dj toutes les formes de gouvernement1 dmocratie1 oligarchie1 aristocratie1 royaut1 ici nerve par des arts prcoces1 l noue par des lois troites1 la socit grecque a plus de beaut que de puissance1 plus d'lgance que de grandeur1 et la civilisation s'y raffine avant de se fortifier4 ,aussi ,rome se hte-t-elle d'arracher la ,grce le flambeau de l',europe1 elle le secoue du haut du ,capitole et lui fait jeter des rayons inattendus4 ,rome1 pareille l'aigle1 son redoutable symbole1 tend largement ses ailes1 dploie puissamment ses serres1 saisit la foudre et s'envole4 ,carthage est le soleil du monde1 c'est sur ,carthage que se fixent ses yeux4 ,carthage est matresse des ocans1 matresse des royaumes1 matresse des nations4 ,c'est une ville magnifique1 pleine de splendeur et d'opulence1 toute rayonnante des arts tranges de l'orient4 ,c'est une socit complte1 finie1 acheve1 laquelle rien ne manque du travail du temps et des hommes4 ,enfin1 la mtropole d',afrique est l'apoge de sa civilisation1 elle ne peut plus monter1 et chaque progrs dsormais sera un dclin4 ,rome au contraire n'a rien4 ,elle a bien pris dj tout ce qui tait sa porte2 mais elle a pris pour prendre plutt que pour s'enrichir4 ,elle est demi sauvage1 demi barbare4 ,elle a son ducation ensemble et sa fortune faire4 ,tout devant elle1 rien derrire4 ,quelque temps les deux peuples existent de front4 ,l'un se repose dans sa splendeur1 l'autre grandit dans l'ombre4 ,mais peu peu l'air et la place leur manquent tous deux pour se dvelopper4 ,rome commence gner ,carthage4 ,il y a longtemps que ,carthage importune ,rome4 ,assises sur les deux rives opposes de la ,mditerrane1 les deux cits se regardent en face4 ,cette mer ne suffit plus pour les sparer4 ,l',europe et l',afrique psent l'une sur l'autre4 ,comme deux nuages surchargs d'lectricit1 elles se ctoient de trop prs4 ,elles vont se mler dans la foudre4 ,ici est la priptie de ce grand drame4 ,quels acteurs sont en prsence6 deux races1 celle-ci de marchands et de marins1 celle-l de laboureurs et de soldats2 deux peuples1 l'un rgnant par l'or1 l'autre par le fer2 deux rpubliques1 l'une thocratique1 l'autre aristocratique2 ,rome et ,carthage2 ,rome avec son arme1 ,carthage avec sa flotte2 ,carthage vieille1 riche1 ruse1 ,rome jeune1 pauvre et forte2 le pass et l'avenir2 l'esprit de dcouverte et l'esprit de conqute2 le gnie des voyages et du commerce1 le dmon de la guerre et de l'ambition2 l'orient et le midi d'une part1 l'occident et le nord de l'autre2 enfin1 deux mondes1 la civilisation d',afrique et la civilisation d',europe4 ,toutes deux se mesurent des yeux4 ,leur attitude avant le combat est galement formidable4 ,rome1 dj l'troit dans ce qu'elle connat du monde1 ramasse toutes ses forces et tous ses peuples4 ,carthage1 qui tient en laisse l',espagne1 l',armorique et cette ,bretagne que les romains croyaient au fond de l'univers1 ,carthage a dj jet son ancre d'abordage sur l',europe4 ,la bataille clate4 ,rome copie grossirement la marine de sa rivale4 ,la guerre s'allume d'abord dans la ,pninsule et dans les les4 ,rome heurte ,carthage dans cette ,sicile o dj la ,grce a rencontr l'gypte1 dans cette ,espagne o plus tard lutteront encore l',europe et l',afrique1 l'orient et l'occident1 le midi et le septentrion4 ,peu peu le combat s'engage1 le monde prend feu4 ,les colosses s'attaquent corps corps1 ils se prennent1 se quittent1 se reprennent4 ,ils se cherchent et se repoussent4 ,carthage franchit les ,alpes1 ,rome passe les mers4 ,les deux peuples1 personnifis en deux hommes1 ,annibal et ,scipion1 s'treignent et s'acharnent pour en finir4 ,c'est un duel outrance1 un combat mort4 ,rome chancelle1 elle pousse un cri d'angoisse3 ,annibal ad portas6 ,mais elle se relve1 puise ses forces pour un dernier coup1 se jette sur ,carthage1 et l'efface du monde4 ,c'est l le plus grand spectacle qui soit dans l'histoire4 ,ce n'est pas seulement un trne qui tombe1 une ville qui s'croule1 un peuple qui meurt4 ,c'est une chose qu'on n'a vue qu'une fois1 c'est un astre qui s'teint2 c'est tout un monde qui s'en va2 c'est une socit qui en touffe une autre4 ,elle l'touff sans piti4 ,il faut qu'il ne reste rien de ,carthage4 ,les sicles futurs1 ne sauront d'elle que ce qu'il plaira son implacable rivale4 ,ils ne distingueront qu' travers d'paisses tnbres cette capitale de l',afrique1 sa civilisation barbare1 son gouvernement difforme1 sa religion sanglante1 son peuple1 ses arts1 ses monuments gigantesques1 ses flottes qui vomissaient le feu grgeois1 et cet autre univers connu de ses pilotes1 et que l'antiquit romaine nommera ddaigneusement le monde perdu4 ,rien n'en restera4 ,seulement1 longtemps aprs encore1 ,rome1 haletant et comme essouffle de sa victoire1 se recueillera en elle-mme1 et dira dans une sorte de rverie profonde3 ,africa portentosa6 ,prenons haleine avec elle2 voil le grand oeuvre accompli4 ,la querelle des deux moitis de la terre1 la voil dcide4 ,cette raction de l'occident sur l'orient1 dj la ,grce l'avait tente deux fois4 ,argos avait dmoli ,troie4 ,alexandre avait t frapper l',inde travers la ,perse4 ,mais les rois grecs n'avaient dtruit qu'une ville1 qu'un empire4 ,mais l'aventurier macdonien n'avait fait qu'une troue dans la vieille ,asie1 qui s'tait promptement referme sur lui4 ,pour jouer le rle de l',europe dans ce drame immense1 pour tuer la civilisation orientale1 il fallait plus qu',achille1 il fallait plus qu',alexandre2 il fallait ,rome4 ,les esprits qui aiment sonder les abmes ne peuvent s'empcher de se demander ici ce qui serait advenu du genre humain1 si ,carthage et triomph dans cette lutte4 ,le thtre de vingt sicles et t dplac4 ,les marchands eussent rgn1 et non les soldats4 ,l',europe et t laisse aux brouillards et aux forts4 ,il se serait tabli sur la terre quelque chose d'inconnu4 ,il n'en pouvait tre ainsi4 ,les sables et le dsert rclamaient l',afrique2 il fallait qu'elle cdt la scne l',europe4 ,a dater de la chute de ,carthage1 en effet1 la civilisation europenne prvaut4 ,rome prend un accroissement prodigieux2 elle se dveloppe tant1 qu'elle commence se diviser4 ,conqurante de l'univers connu1 quand elle ne peut plus faire la guerre trangre1 elle fait la guerre civile4 ,comme un vieux chne1 elle s'largit1 mais elle se creuse4 ,cependant la civilisation se fixe sur elle4 ,elle en a t la racine1 elle en devient la tige1 elle en devient la tte4 ,en vain les ,csars1 dans la folie de leur pouvoir1 veulent casser la ville ternelle et reporter la mtropole du monde l'orient4 ,ce sont eux qui s'en vont2 la civilisation ne les suit pas1 et ils s'en vont la barbarie4 ,byzance deviendra ,stamboul4 ,rome restera ,rome4 ,le ,vatican remplace le ,capitole2 voil tout4 ,tout s'est croul de vtust autour d'elle2 la cit sainte se renouvelle4 ,elle rgnait par la force1 la voici qui rgne par la croyance1 plus forte que la force4 ,pierre hrite de ,csar4 ,rome n'agit plus1 elle parle2 et sa parole est un tonnerre4 ,ses foudres dsormais frappent les mes4 ,a l'esprit de conqute succde l'esprit de proslytisme4 ,foyer du globe1 elle a des chos dans toutes les nations2 et ce qu'un homme1 du haut du balcon papal1 dit la ville sacre1 est dit aussi pour l'univers4 ,urbi et orbi4 ,ainsi une thocratie fait l',europe1 comme une thocratie a fait l',afrique1 comme une thocratie a fait l',asie4 ,tout se rsume en trois cits1 ,babylone1 ,carthage1 ,rome4 ,un docteur dans sa chaire prside les rois sur leurs trnes4 ,chef-lieu du christianisme1 ,rome est le chef-lieu ncessaire de la socit4 ,comme une mre vigilante1 elle garde la grande famille europenne1 et la sauve deux fois des irruptions du nord1 des invasions du midi4 ,ses murs font rebrousser ,attila et les vandales4 ,c'est elle qui forge le martel dont ,charles pulvrise ,abdrame et les arabes4 ,on dirait mme que ,rome chrtienne a hrit de la haine de ,rome paenne pour l'orient4 ,quand elle voit l',europe assez forte pour combattre1 elle lui prche les croisades1 guerre clatante et singulire1 guerre de chevalerie et de religion1 pour laquelle la thocratie arme la fodalit4 ,voil deux mille ans que les choses vont ainsi4 ,voil vingt sicles que domine la civilisation europenne1 la troisime grande civilisation qui ait ombrag la terre4 ,peut-tre touchons-nous sa fin4 ,notre difice est bien vieux4 ,il se lzarde de toutes parts4 ,rome n'en est plus le centre4 ,chaque peuple tire de son ct4 ,plus d'unit1 ni religieuse ni politique4 ,l'opinion a remplac la foi4 ,le dogme n'a plus la discipline des consciences4 ,la rvolution franaise a consomm l'oeuvre de la rforme2 elle a dcapit le catholicisme comme la monarchie2 elle a t la vie ,rome4 ,napolon1 en rudoyant la papaut1 l'a acheve2 il a t son prestige au fantme4 ,que fera l'avenir de cette socit europenne1 qui perd de plus en plus1 chaque jour1 sa forme papale et monarchique8 ,le moment ne serait-il pas venu o la civilisation1 que nous avons vue tour tour dserter l',asie pour l',afrique1 l',afrique pour l',europe1 va se remettre en route et continuer son majestueux voyage autour du monde8 ,ne semble-t-elle pas se pencher vers l',amrique8 ,n'a-t-elle pas invent des moyens de franchir l',ocan plus vite qu'elle ne traversait autrefois la ,mditerrane8 ,d'ailleurs1 lui reste-t-il beaucoup faire en ,europe8 ,est-il si hasard de supposer qu'use et dnature dans l'ancien continent1 elle aille chercher une terre neuve et vierge pour se rajeunir et la fconder8 ,et pour cette terre nouvelle1 ne tient-elle pas tout prt un principe nouveau2 nouveau1 quoiqu'il jaillisse aussi1 lui1 de cet vangile qui a deux mille ans1 si toutefois l'vangile a un ge8 ,nous voulons parler ici du principe d'mancipation1 de progrs et de libert1 qui semble devoir tre dsormais la loi de l'humanit4 ,c'est en ,amrique que jusqu'ici l'on en a fait les plus larges applications4 ,l1 l'chelle d'essai est immense4 ,l1 les nouveauts sont l'aise4 ,rien ne les gne4 ,elles ne trbuchent point chaque pas contre des tronons de vieilles institutions en ruines4 ,aussi1 si ce principe est appel1 comme nous le croyons avec joie1 refaire la socit des hommes1 l',amrique en sera le centre4 ,de ce foyer s'pandra sur le monde la lumire nouvelle1 qui1 loin de desscher les anciens continents1 leur redonnera peut-tre chaleur1 vie et jeunesse4 ,les quatre mondes deviendront frres dans un perptuel embrassement4 ,aux trois thocraties successives d',asie1 d',afrique et d',europe succdera la famille universelle4 ,le principe d'autorit fera place au principe de libert1 qui1 pour tre plus humain1 n'est pas moins divin4 ,nous ne savons1 mais1 si cela doit tre1 si l',amrique doit offrir le quatrime acte de ce drame des sicles1 il sera certainement bien remarquable qu' la mme poque o naissait l'homme qui devait1 prparant l'anarchie politique par l'anarchie religieuse1 introduire le germe de mort dans la vieille socit royale et pontificale d',europe1 un autre homme ait dcouvert une nouvelle terre1 futur asile de la civilisation fugitive2 qu'en un mot1 ,christophe ,colomb ait trouv un monde au moment o ,luther en allait dtruire un autre4 ,aliquis providet4 #a3 ,ceci n'est qu'un premier chapitre4 ,l'auteur n'a pu y indiquer et y classer que les faits les plus gnraux et les plus sommaires4 ,il n'a point nglig pour cela d'autres faits1 qui1 pour tre du second ordre1 n'en ont pas moins une haute valeur4 ,on verra dans la suite du livre dont ceci est un fragment1 si jamais il termine ce livre1 comment il les coordonne et les rattache l'ide principale4 ,les preuves arriveront aussi4 ,il y a bien des cavits fouiller dans l'histoire1 bien des fonds perdus dans cette mer1 l mme o elle a t le plus explore1 le plus sonde4 ,et par exemple1 la grande civilisation dominante d',europe1 celle qui d'abord apparat aux yeux1 la civilisation grecque et romaine1 n'est qu'un grand palimpseste1 sous lequel1 la premire couche enleve1 on retrouve les plages1 les trusques1 les ibres et les celtes4 ,rien que cela ferait un livre4 #ahcj ,,sur ,m4 ,,dovalle ,il y a du talent dans les posies de ,m4 ,dovalle2 et pourtant sans preneurs1 sans coterie1 sans appui extrieur1 ce recueil1 on peut le prdire1 aura tout de suite le succs qu'il mrite4 ,c'est que ,m4 ,dovalle n'a besoin maintenant de qui que ce soit pour russir4 ,en littrature1 le plus sr moyen d'avoir raison1 c'est d'tre mort4 ,et puis1 ce manuscrit du pote tu vingt ans rveille de si douloureux souvenirs6 ,tant d'motions se soulvent en foule sous chacune de ces pages inacheves6 ,on est saisi d'une si profonde piti au milieu de ces odes1 de ces ballades orphelines1 de ces chansons toutes saignantes encore6 ,quelle critique faire aprs une si poignante lecture8 ,comment raisonner ce qu'on a senti8 ,quelle tche impossible pour nous autres surtout1 critiques peu dtermins1 simples hommes d'art et de posie6 ,aussi1 aprs avoir lu ce manuscrit1 n'est-ce pas de l'opinion1 mais de l'impression qui m'en reste que je parlerais volontiers4 ,et d'abord1 ce qui frappe en commenant cette lecture1 ce qui frappe en la terminant1 c'est que tout dans ce livre d'un pote si fatalement prdestin1 tout est grce1 tendresse1 fracheur1 douceur harmonieuse1 suave et molle rverie4 ,et1 en y rflchissant1 la chose semble plus singulire encore4 ,un grand mouvement1 un vaste progrs1 avec lequel sympathisait compltement ,m4 ,dovalle1 s'accomplit dans l'art4 ,ce mouvement1 nous l'avons dj dit bien des fois1 n'est qu'une consquence naturelle1 qu'un corollaire immdiat de notre grand mouvement social de #aghi4 ,c'est le principe de libert qui1 aprs s'tre tabli dans l'tat et y avoir chang la face de toute chose1 poursuit sa marche1 passe du monde matriel au monde intellectuel1 et vient renouveler l'art comme il a renouvel la socit4 ,cette rgnration1 comme l'autre1 est gnrale1 universelle1 irrsistible4 ,elle s'adresse tout1 recre tout1 rdifie tout1 refait la fois l'ensemble et le dtail1 rayonne en tous sens et chemine en toutes voies4 ,or 7pour n'envisager ici que cette particularit71 par cela mme qu'elle est complte1 la rvolution de l'art a ses cauchemars1 comme la rvolution politique a eu ses chafauds4 ,cela est fatal4 ,il faut les uns aprs les madrigaux de ,dorat1 comme il fallait les autres aprs les petits soupers de ,louis ,,xv4 ,les esprits1 affadis par la comdie en paniers et l'lgie en pleureuses1 avaient besoin de secousses1 et de secousses fortes4 ,cette soif d'motions violentes1 de beaux et sombres gnies sont venus de nos jours la satisfaire4 ,et il ne faut pas leur en vouloir d'avoir jet dans vos mes tant de sinistres imaginations1 tant de rves horribles1 tant de visions sanglantes4 ,qu'y pouvaient-ils faire8 ,ces hommes1 qui paraissent si fantasques et si dsordonns1 ont obi une loi de leur nature et de leur sicle4 ,leur littrature1 si capricieuse qu'elle semble et qu'elle soit1 n'est pas un des rsultats les moins ncessaires du principe de libert qui dsormais gouverne et rgit tout d'en haut1 mme le gnie4 ,c'est de la fantaisie1 soit2 mais il y a une logique dans cette fantaisie4 ,et puis1 le grand malheur aprs tout6 ,bonnes gens1 soyons tranquilles4 ,pour avoir vu #ic1 ne nous effrayons pas tant de la terreur en fait de rvolutions littraires4 ,en conscience1 tout satanique qu'est le premier1 et tout frntique qu'est le second1 ,byron et ,mathurin me font moins peur que ,marat et ,robespierre4 ,si srieux que l'on soit1 il est difficile de ne pas sourire quelquefois en rpondant aux objections que l'ancien rgime littraire emprunte l'ancien rgime politique pour combattre toutes les tentatives de la libert dans l'art4 ,certes1 aprs les catastrophes qui1 depuis quarante ans1 ont ensanglant la socit et dcim la famille1 aprs une puissante rvolution qui a fait des places de ,grve dans toutes nos villes et des champs de bataille dans toute l',europe1 ce qu'il y a de triste1 d'amer1 de sanglant dans les esprits1 et par consquent dans la posie1 n'a besoin ni d'tre expliqu ni d'tre justifi4 ,sans doute la contemplation des quarante dernires annes de notre histoire1 la libert d'un grand peuple qui clt gante et crase une ,bastille son premier pas1 la marche de cette haute rpublique qui va les pieds dans le sang et la tte dans la gloire1 sans doute ce spectacle1 quand la raison nous montre qu'aprs tout et enfin c'est un progrs et un bien1 ne doit pas inspirer moins de joie que de tristesse2 mais1 s'il nous rjouit par notre ct divin1 il nous dchire par notre ct humain1 et notre joie mme y est triste2 de l1 pour longtemps1 de sombres visions dans les imaginations et un deuil profond ml de fiert et d'orgueil dans la posie4 ,heureux pour lui-mme le pote qui1 n avec le got des choses fraches et douces1 aura su isoler son me de toutes ces impressions douloureuses2 et1 dans cette atmosphre flamboyante et sombre qui rougit l'horizon longtemps encore aprs une rvolution1 aura conserv rayonnant et pur son petit monde de fleurs1 de rose et de soleil6 ,m4 ,dovalle a eu ce bonheur1 d'autant plus remarquable1 d'autant plus trange chez lui1 qui devait finir d'une telle fin et interrompre sitt sa chanson peine commence6 ,il semblerait d'abord qu' dfaut de douloureux souvenirs1 on rencontrera dans son livre quelque pressentiment vague et sinistre4 ,non1 rien de sombre1 rien d'amer1 rien de fatal4 ,bien au contraire1 une posie toute jeune1 enfantine parfois2 tantt les dsirs de ,chrubin1 tantt une sorte de nonchalance crole2 un vers gracieuse allure1 trop peu mtrique1 trop peu rhythmique1 il est vrai1 mais toujours plein d'une harmonie plutt naturelle que musicale2 la joie1 la volupt1 l'amour2 la femme surtout1 la femme divinise1 la femme faite muse2 et puis partout des fleurs1 des ftes1 le printemps1 le matin1 la jeunesse2 voil ce qu'on trouve dans ce portefeuille d'lgies dchir par une balle de pistolet4 ,ou1 si quelquefois cette douce muse se voile de mlancolie1 c'est1 comme dans le ,premier chagrin1 un accent confus1 indistinct1 presque inarticul1 peine un soupir dans les feuilles de l'arbre1 peine une ride la face transparente du lac1 peine une blanche nue dans le ciel bleu4 ,si mme1 comme dans la touchante personnification du ,sylphe1 l'ide de la mort se prsente au pote1 elle est si charmante encore et si suave1 si loin de ce que sera la ralit1 que les larmes en viennent aux yeux4 ,oh6 respectez mes jeux et ma faiblesse1 ,vous qui savez le secret de mon coeur6 ,oh6 laissez-moi pour unique richesse ,de l'eau dans une fleur2 ,l'air frais du soir2 au bois une humble couche1 ,un arbre vert pour me garder du jour444 ,le sylphe aprs ne voudra qu'une bouche ,pour y mourir d'amour4 ,certes1 cela ne ressemble gure un pressentiment4 ,il me semble que cette grce1 cette harmonie1 cette joie qui s'panouit tous les vers de ,m4 ,dovalle1 donnent cette lecture un charme et un intrt singuliers4 ,andr ,chnier1 qui est mort bien jeune galement et qui pourtant avait dix ans de plus que ,m4 ,dovalle1 ,andr ,chnier a laiss aussi un livre de douces et folles lgies1 comme il dit lui-mme1 o se rencontrent bien et l quelques ambes ardents1 fruit de ses trente ans1 et tout rouges des rverbrations de la lave rvolutionnaire2 mais dans lequel dominent1 ainsi que dans le livre charmant de ,m4 ,dovalle1 la grce1 l'amour1 la volupt4 ,aussi quiconque lira le recueil de ,m4 ,dovalle sera-t-il longtemps poursuivi par la jeune et ple figure de ce pote1 souriant comme ,andr ,chnier1 et sanglant comme lui4 ,et puis cette rflexion me vient en terminant3 dans ce moment de mle et de tourmente littraire1 qui faut-il plaindre1 ceux qui meurent ou ceux qui combattent8 ,sans doute1 c'est triste de voir un pote de vingt ans qui s'en va1 une lyre qui se brise1 un avenir qui s'vanouit2 mais n'est-ce pas quelque chose aussi que le repos8 ,n'est-il pas permis ceux autour desquels s'amassent incessamment calomnies1 injures1 haines1 jalousies1 sourdes menes1 basses trahisons2 hommes loyaux auxquels on fait une guerre dloyale2 hommes dvous qui ne voudraient enfin que doter le pays d'une libert de plus1 celle de l'art1 celle de l'intelligence2 hommes laborieux qui poursuivent paisiblement leur oeuvre de conscience1 en proie1 d'un ct1 de viles machinations de censure et de police1 en butte1 de l'autre1 trop souvent1 l'ingratitude des esprits mmes pour lesquels ils travaillent2 ne leur est-il pas permis de retourner quelquefois la tte avec envie vers ceux qui sont tombs derrire eux et qui dorment dans le tombeau8 ,invideo1 disait ,luther dans le cimetire de ,worms1 invideo1 quia quiescunt4 ,qu'importe toutefois6 ,jeunes gens1 ayons bon courage2 si rude qu'on nous veuille faire le prsent1 l'avenir sera beau4 ,le romantisme1 tant de fois mal dfini1 n'est1 tout prendre1 et c'est l sa dfinition relle1 que le libralisme en littrature4 ,cette vrit est dj comprise peu prs de tous les bons esprits1 et le nombre en est grand2 et bientt1 car l'oeuvre est dj bien avance1 le libralisme littraire ne sera pas moins populaire que le libralisme politique4 ,la libert dans l'art1 la libert dans la socit1 voil le double but auquel doivent tendre d'un mme pas tous les esprits consquents et logiques2 voil la double bannire qui rallie1 bien peu d'intelligences prs 7lesquelles s'claireront71 toute la jeunesse si forte et si patiente d'aujourd'hui2 puis avec la jeunesse1 et sa tte1 l'lite de la gnration qui nous a prcds1 tous ces sages vieillards qui1 aprs le premier moment de dfiance et d'examen1 ont reconnu que ce que font leurs fils est une consquence de ce qu'ils ont fait eux-mmes1 et que la libert littraire est fille de la libert politique4 ,ce principe est celui du sicle et prvaudra4 ,les ultras de tout genre1 classiques ou monarchiques1 auront beau se prter secours pour refaire l'ancien rgime de toutes pices1 socit et littrature1 chaque progrs du pays1 chaque dveloppement des intelligences1 chaque pas de la libert fera crouler tout ce qu'ils auront chafaud4 ,et1 en dfinitive1 leurs efforts de raction auront t utiles4 ,en rvolution1 tout mouvement fait avancer4 ,la vrit et la libert ont cela d'excellent que tout ce qu'on fait pour elles et tout ce qu'on fait contre elles les sert galement4 ,or1 aprs tant de grandes choses que nos pres ont faites et que nous avons vues1 nous voil sortis de la vieille forme sociale1 comment ne sortirions-nous pas de la vieille forme potique8 ,a peuple nouveau1 art nouveau4 ,tout en admirant la littrature de ,louis ,,xiv1 si bien adapte sa monarchie1 elle saura bien avoir sa littrature propre1 et personnelle1 et nationale1 cette ,france actuelle1 cette ,france du dix-neuvime sicle1 qui ,mirabeau a fait sa libert et ,napolon sa puissance4 #ahbe-ahcb ,,guerre ,,aux ,d,,molisseurs6 #ahbe ,si les choses vont encore quelque temps de ce train1 il ne restera bientt plus la ,france d'autre monument national que celui des ,voyages pittoresques et romantiques1 o rivalisent de grce1 d'imagination et de posie le crayon de ,taylor et la plume de ,ch4 ,nodier1 dont il nous est bien permis de prononcer le nom avec admiration1 quoiqu'il ait quelquefois prononc le ntre avec amiti4 ,le moment est venu o il n'est plus permis qui que ce soit de garder le silence4 ,il faut qu'un cri universel appelle enfin la nouvelle ,france au secours de l'ancienne4 ,tous les genres de profanation1 de dgradation et de ruine menacent la fois le peu qui nous reste de ces admirables monuments du moyen ge1 o s'est imprime la vieille gloire nationale1 auxquels s'attachent la fois la mmoire des rois et la tradition du peuple4 ,tandis que l'on construit grands frais je ne sais quels difices btards1 qui1 avec la ridicule prtention d'tre grecs ou romains en ,france1 ne sont ni romains ni grecs1 d'autres difices admirables et originaux tombent sans qu'on daigne s'en informer1 et leur seul tort cependant1 c'est d'tre franais par leur origine1 par leur histoire et par leur but4 ,a ,blois1 le chteau des tats sert de caserne1 et la belle tour octogone de ,catherine de ,mdicis croule ensevelie sous les charpentes d'un quartier de cavalerie4 ,a ,orlans1 le dernier vestige des murs dfendus par ,jeanne vient de disparatre4 ,a ,paris1 nous savons ce qu'on a fait des vieilles tours de ,vincennes1 qui faisaient une si magnifique compagnie au donjon4 ,l'abbaye de ,sorbonne1 si lgante et si orne1 tombe en ce moment sous le marteau4 ,la belle glise romane de ,saint-,germain des ,prs1 d'o ,henri ,,iv avait observ ,paris1 avait trois flches1 les seules de ce genre qui embellissent la silhouette de la capitale4 ,deux de ces aiguilles menaaient ruine4 ,il fallait les tayer ou les abattre2 on a trouv plus court de les abattre4 ,puis1 afin de raccorder1 autant que possible1 ce vnrable monument avec le mauvais portique dans le style de ,louis ,,xiii qui en masque le portail1 les restaurateurs ont remplac quelques-unes des anciennes chapelles par de petites bonbonnires chapiteaux corinthiens dans le got de celle de ,saint-,sulpice2 et on a badigeonn le reste en beau jaune serin4 ,la cathdrale gothique d',autun a subi le mme outrage4 ,lorsque nous passions ,lyon1 en aot #ahbe1 il y a deux mois1 on faisait galement disparatre sous une couche de dtrempe rose la belle couleur que les sicles avaient donne la cathdrale du primat des ,gaules4 ,nous avons vu dmolir encore1 prs de ,lyon1 le chteau renomm de l',arbresle4 ,je me trompe1 le propritaire a conserv une des tours1 il la loue la commune1 elle sert de prison4 ,une petite ville historique dans le ,forez1 ,crozet1 tombe en ruines1 avec le manoir des d',aillecourt1 la maison seigneuriale o naquit ,tourville1 et des monuments qui embelliraient ,nuremberg4 ,a ,nevers1 deux glises du onzime sicle servent d'curie4 ,il y en avait une troisime du mme temps1 nous ne l'avons pas vue2 notre passage1 elle tait efface du sol4 ,seulement nous en avons admir la porte d'une chaumire1 o ils taient jets1 deux chapiteaux romans qui attestaient par leur beaut celle de l'difice dont ils taient les seuls vestiges4 ,on a dtruit l'antique glise de ,mauriac4 ,a ,soissons1 on laisse crouler le riche clotre de ,saint-,jean et ses deux flches si lgres et si hardies4 ,c'est dans ces magnifiques ruines que le tailleur de pierres choisit des matriaux4 ,mme indiffrence pour la charmante glise de ,braisne1 dont la vote dmantele laisse arriver la pluie sur les dix tombes royales qu'elle renferme4 ,a la ,charit-sur-,loire1 prs ,bourges1 il y a une glise romane qui1 par l'immensit de son enceinte et la richesse de son architecture1 rivaliserait avec les plus clbres cathdrales de l',europe2 mais elle est demi ruine4 ,elle tombe pierre pierre1 aussi inconnue que les pagodes orientales dans leurs dserts de sable4 ,il passe l six diligences par jour4 ,nous avons visit ,chambord1 cet ,alhambra de la ,france4 ,il chancelle dj1 min par les eaux du ciel1 qui ont filtr travers la pierre tendre de ses toits dgarnis de plomb4 ,nous le dclarons avec douleur1 si l'on n'y songe promptement1 avant peu d'annes1 la souscription1 souscription qui1 certes1 mritait d'tre nationale1 qui a rendu le chef-d'oeuvre du ,primatice au pays aura t inutile2 et bien peu de chose restera debout de cet difice1 beau comme un palais de fes1 grand comme un palais de rois4 ,nous crivons ceci la hte1 sans prparation et en choisissant au hasard quelques-uns des souvenirs qui nous sont rests d'une excursion rapide dans une petite portion de la ,france4 ,qu'on y rflchisse1 nous n'avons dvoil qu'un bord de la plaie4 ,nous n'avons cit que des faits1 et des faits que nous avions vrifis4 ,que se passe-t-il ailleurs8 ,on nous a dit que des anglais avaient achet trois cents francs le droit d'emballer tout ce qui leur plairait dans les dbris de l'admirable abbaye de ,jumiges4 ,ainsi les profanations de lord ,elgin se renouvellent chez nous1 et nous en tirons profit4 ,les turcs ne vendaient que les monuments grecs2 nous faisons mieux1 nous vendons les ntres4 ,on affirme encore que le clotre si beau de ,saint-,wandrille est dbit1 pice pice1 par je ne sais quel propritaire ignorant et cupide1 qui ne voit dans un monument qu'une carrire de pierres4 ,proh pudor6 au moment o nous traons ces lignes1 ,paris1 au lieu mme dit cole des beaux-arts1 un escalier de bois1 sculpt par les merveilleux artistes du quatorzime sicle1 sert d'chelle des maons2 d'admirables menuiseries de la renaissance1 quelques-unes encore peintes1 dores et blasonnes1 des boiseries1 des portes touches par le ciseau si tendre et si dlicat qui a ouvr le chteau d',anet1 se rencontrent l1 brises1 disloques1 gisantes en tas sur le sol1 dans les greniers1 dans les combles1 et jusque dans l'antichambre du cabinet d'un individu qui s'est install l1 et qui s'intitule architecte de l'cole des beaux-arts1 et qui marche tous les jours stupidement l-dessus4 ,et nous allons chercher bien loin et payer bien cher des ornements nos muses6 ,il serait temps enfin de mettre un terme ces dsordres1 sur lesquels nous appelons l'attention du pays4 ,quoique appauvrie par les dvastateurs rvolutionnaires1 par les spculateurs mercantiles1 et surtout par les restaurateurs classiques1 la ,france est riche encore en monuments franais4 ,il faut arrter le marteau qui mutile la face du pays4 ,une loi suffirait2 qu'on la fasse4 ,quels que soient les droits de la proprit1 la destruction d'un difice historique et monumental ne doit pas tre permise ces ignobles spculateurs que leur intrt aveugle sur leur honneur2 misrables hommes1 et si imbciles1 qu'ils ne comprennent mme pas qu'ils sont des barbares6 ,il y a deux choses dans un difice1 son usage et sa beaut4 ,son usage appartient au propritaire1 sa beaut tout le monde2 c'est donc dpasser son droit que le dtruire4 ,une surveillance active devrait tre exerce sur nos monuments4 ,avec de lgers sacrifices1 on sauverait des constructions qui1 indpendamment du reste1 reprsentent des capitaux normes4 ,la seule glise de ,brou1 btie vers la fin du quinzime sicle1 a cot vingt-quatre millions1 une poque o la journe d'un ouvrier se payait deux sous4 ,aujourd'hui ce serait plus de cent cinquante millions4 ,il ne faut pas plus de trois jours et de trois cents francs pour la jeter bas4 ,et puis1 un louable regret s'emparerait de nous1 nous voudrions reconstruire ces prodigieux difices1 que nous ne le pourrions4 ,nous n'avons plus le gnie de ces sicles4 ,l'industrie a remplac l'art4 ,terminons ici cette note2 aussi bien c'est encore l un sujet qui exigerait un livre4 ,celui qui crit ces lignes y reviendra souvent1 propos et hors de propos2 et1 comme ce vieux romain qui disait toujours3 ,hoc censeo1 et delendam esse ,carthaginem1 l'auteur de cette note rptera sans cesse3 ,je pense cela1 et qu'il ne faut pas dmolir la ,france4 #ahcb4 ,il faut le dire1 et le dire haut1 cette dmolition de la vieille ,france1 que nous avons dnonce plusieurs fois sous la restauration1 se continue avec plus d'acharnement et de barbarie que jamais4 ,depuis la rvolution de juillet1 avec la dmocratie1 quelque ignorance a dbord et quelque brutalit aussi4 ,dans beaucoup d'endroits1 le pouvoir local1 l'influence municipale1 la curatelle communale a pass des gentilshommes qui ne savaient pas crire aux paysans qui ne savent pas lire4 ,on est tomb d'un cran4 ,en attendant que ces braves gens sachent peler1 ils gouvernent4 ,la bvue administrative1 produit naturel et normal de cette machine de ,marly qu'on appelle la centralisation1 la bvue administrative s'engendre toujours1 comme par le pass1 du maire au sous-prfet1 du sous-prfet au prfet1 du prfet au ministre4 ,seulement elle est plus grosse4 ,notre intention est de n'envisager ici qu'une seule des innombrables formes sous lesquelles elle se produit aux yeux du pays merveill4 ,nous ne voulons traiter de la bvue administrative qu'en matire de monuments1 et encore ne ferons-nous qu'effleurer cet immense sujet1 que vingt-cinq volumes in-folio n'puiseraient pas4 ,nous posons donc en fait qu'il n'y a peut-tre pas en ,france1 l'heure qu'il est1 une seule ville1 pas un seul chef-lieu d'arrondissement1 pas un seul chef-lieu de canton1 o il ne se mdite1 o il ne se commence1 o il ne s'achve la destruction de quelque monument historique national1 soit par le fait de l'autorit centrale1 soit par le fait de l'autorit locale de l'aveu de l'autorit centrale1 soit par le fait des particuliers sous les yeux et avec la tolrance de l'autorit locale4 ,nous avanons ceci avec la profonde conviction de ne pas nous tromper1 et nous en appelons la conscience de quiconque a fait1 sur un point quelconque de la ,france1 la moindre excursion d'artiste et d'antiquaire4 ,chaque jour quelque vieux souvenir de la ,france s'en va avec la pierre sur laquelle il tait crit4 ,chaque jour nous brisons quelque lettre du vnrable livre de la tradition4 ,et bientt1 quand la ruine de toutes ces ruines sera acheve1 il ne nous restera plus qu' nous crier avec ce troyen1 qui du moins emportait ses dieux3 444,fuit ,ilium et ingens ,gloria6 ,et l'appui de ce que nous venons de dire1 qu'on permette celui qui crit ces lignes de citer1 entre une foule de documents qu'il pourrait produire1 l'extrait d'une lettre lui envoye4 ,il n'en connat pas personnellement le signataire1 qui est1 comme sa lettre l'annonce1 homme de got et de coeur2 mais il le remercie de s'tre adress lui4 ,il ne fera jamais faute quiconque lui signalera une injustice ou une absurdit nuisible dnoncer4 ,il regrette seulement que sa voix n'ait pas plus d'autorit et de retentissement4 ,qu'on lise donc cette lettre1 et qu'on songe1 en la lisant1 que le fait qu'elle atteste n'est pas un fait isol1 mais un des mille pisodes du grand fait gnral1 la dmolition successive et incessante de tous les monuments de l'ancienne ,france4 ,charleville1 #ad fvrier #ahcb4 ,monsieur1 ,au mois de septembre dernier1 je fis un voyage ,laon 7,aisne71 mon pays natal4 ,je l'avais quitt depuis plusieurs annes2 aussi1 peine arriv1 mon premier soin fut de parcourir la ville444 ,arriv sur la place du ,bourg1 au moment o mes yeux se levaient sur la vieille tour de ,louis d',outremer1 quelle fut ma surprise de la voir de toutes parts barde d'chelles1 de leviers et de tous les instruments possibles de destruction6 ,je l'avouerai1 cette vue me fit mal4 ,je cherchais deviner pourquoi ces chelles et ces pioches1 quand vint passer ,m4 ,th----1 homme simple et instruit1 plein de got pour les lettres et fort ami de tout ce qui touche la science et aux arts4 ,je lui fis part l'instant de l'impression douloureuse que me causait la destruction de ce vieux monument4 ,m4 ,th----1 qui la partageait1 m'apprit que1 rest seul des membres de l'ancien conseil municipal1 il avait t seul pour combattre l'acte dont nous tions en ce moment tmoins2 que ses efforts n'avaient rien pu4 ,raisonnements1 paroles1 tout avait chou4 ,les nouveaux conseillers1 runis en majorit contre lui1 l'avaient emport4 ,pour avoir pris un peu chaudement le parti de cette tour innocente1 ,m4 ,th---- avait t mme accus de carlisme4 ,ces messieurs s'taient cris que cette tour ne rappelait que les souvenirs des temps fodaux1 et la destruction avait t vote par acclamation4 ,bien plus1 la ville a offert au soumissionnaire qui se charge de l'excution une somme de plusieurs mille francs1 les matriaux en sus4 ,voil le prix du meurtre1 car c'est un vritable meurtre6 ,m4 ,th---- me fit remarquer sur le mur voisin l'affiche d'adjudication1 en papier jaune4 ,en tte tait crit en normes caractres3 ,,destruction ,,de ,,la ,,tour ,,dite ,,de ,,louis ,d',,outremer4 ,le public est prvenu1 etc4 ,cette tour occupait un espace de quelques toises4 ,pour agrandir le march qui l'avoisine1 si c'est l le but qu'on a cherch1 on pouvait sacrifier une maison particulire1 dont le prix n'et peut-tre pas dpass la somme offerte au soumissionnaire4 ,ils ont prfr anantir la tour4 ,je suis afflig de le dire la honte des ,laonnois1 leur ville possdait un monument rare1 un monument des rois de la seconde race2 il n'y en existe plus aujourd'hui un seul4 ,celui de ,louis ,,iv tait le dernier4 ,aprs un pareil acte de vandalisme1 on apprendra quelque jour sans surprise qu'ils dmolissent leur belle cathdrale du onzime sicle1 pour faire une halle aux grains#a4 ,les rflexions abondent et se pressent devant de tels faits4 ,et d'abord1 ne voil-t-il pas une excellente comdie8 ,vous reprsentez-vous ces dix ou douze conseillers municipaux mettant en dlibration la grande destruction de la tour dite de ,louis d',outremer8 ,les voil tous1 rangs en cercle1 et sans doute assis sur la table1 jambes croises et babouches aux pieds1 la faon des turcs4 coutez-les4 ,il s'agit d'agrandir le carr aux choux et de faire disparatre un monument fodal4 ,les voil qui mettent en commun tout ce qu'ils savent de grands mots1 depuis quinze ans qu'ils se font anucher le ,constitutionnel par le magister de leur village4 ,ils se cotisent4 ,les bonnes raisons pleuvent4 ,l'un argue de la fodalit1 et s'y tient2 l'autre allgue la dme2 l'autre1 la corve2 l'autre1 les serfs qui battaient l'eau des fosss pour faire taire les grenouilles2 un cinquime1 le droit de jambage et de cuissage2 un sixime1 les ternels prtres et les ternels nobles2 un autre1 les horreurs de la ,saint-,barthlemy2 un autre1 qui est probablement avocat1 les jsuites2 puis ceci1 puis cela1 puis encore cela et ceci2 et tout est dit1 la tour de ,louis d',outremer est condamne4 ,vous figurez-vous bien1 au milieu du grotesque sanhdrin1 la situation de ce pauvre homme1 reprsentant unique de la science1 de l'art1 du got1 de l'histoire8 ,remarquez-vous l'attitude humble et opprime de ce paria8 ,l'coutez-vous hasarder quelques mots timides en faveur du vnrable monument8 ,et voyez-vous l'orage clater contre lui8 ,le voil qui ploie sous les invectives4 ,voil qu'on l'appelle de toutes parts carliste1 et probablement carlisse4 ,que rpondre cela8 ,c'est fini4 ,la chose est faite4 ,la dmolition du monument des ges de barbarie est dfinitivement vote avec enthousiasme1 et vous entendez le hourra des braves conseillers municipaux de ,laon1 qui ont pris d'assaut la tour de ,louis d',outremer4 ,croyez-vous que jamais ,rabelais1 que jamais ,hogarth1 auraient pu trouver quelque part faces plus drlatiques1 profils plus bouffons1 silhouettes plus rjouissantes charbonner sur les murs d'un cabaret ou sur les pages d'une batrachomyomachie8 ,oui1 riez4--,mais1 pendant que les prud'hommes jargonnaient1 croassaient et dlibraient1 la vieille tour1 si longtemps inbranlable1 se sentait trembler dans ses fondements4 ,voil tout coup que1 par les fentres1 par les portes1 par les barbacanes1 par les meurtrires1 par les lucarnes1 par les gouttires1 de partout1 les dmolisseurs lui sortent comme les vers d'un cadavre4 ,elle sue des maons4 ,ces pucerons la piquent4 ,cette vermine la dvore4 ,la pauvre tour commence tomber pierre pierre2 ses sculptures se brisent sur le pav2 elle clabousse les maisons de ses dbris2 son flanc s'ventre2 son profil s'brche1 et le bourgeois inutile1 qui passe ct sans trop savoir ce qu'on lui fait1 s'tonne de la voir charge de cordes1 de poulies et d'chelles plus qu'elle ne le fut jamais par un assaut d'anglais ou de bourguignons4 ,ainsi1 pour jeter bas cette tour de ,louis d',outremer1 presque contemporaine des tours romaines de l'ancienne ,bibrax1 pour faire ce que n'avaient fait ni bliers1 ni balistes1 ni scorpions1 ni catapultes1 ni haches1 ni dolabres1 ni engins1 ni bombardes1 ni serpentines1 ni fauconneaux1 ni couleuvrines1 ni les boulets de fer des forges de ,creil1 ni les pierres bombarde des carrires de ,pronne1 ni le canon1 ni le tonnerre1 ni la tempte1 ni la bataille1 ni le feu des hommes1 ni le feu du ciel1 il a suffi au dix-neuvime sicle1 merveilleux progrs6 d'une plume d'oie1 promene peu prs au hasard sur une feuille de papier par quelques infiniment petits6 mchante plume d'un conseil municipal du vingtime ordre6 plume qui formule boiteusement les fetfas imbciles d'un divan de paysans6 plume imperceptible du snat de ,lilliput6 plume qui fait des fautes de franais6 plume qui ne sait pas l'orthographe6 plume qui1 coup sr1 a trac plus de croix que de signatures au bas de l'inepte arrt6 ,et la tour a t dmolie6 et cela s'est fait6 et la ville a pay pour cela6 ,on lui a vol sa couronne1 et elle a pay le voleur6 ,quel nom donner toutes ces choses8 ,et1 nous le rptons pour qu'on y songe bien1 le fait de ,laon n'est pas un fait isol4 ,a l'heure o nous crivons1 il n'est pas un point en ,france o il ne se passe quelque chose d'analogue4 ,c'est plus ou c'est moins1 c'est peu ou c'est beaucoup1 c'est petit ou c'est grand1 mais c'est toujours et partout du vandalisme4 ,la liste des dmolitions est inpuisable4 ,elle a t commence par nous et par d'autres crivains qui ont plus d'importance que nous4 ,il serait facile de la grossir1 il serait impossible de la clore4 ,on vient de voir une prouesse de conseil municipal4 ,ailleurs1 c'est un maire qui dplace un peulven pour marquer la limite du champ communal2 c'est un vque qui ratisse et badigeonne sa cathdrale2 c'est un prfet qui jette bas une abbaye du quatorzime sicle pour dmasquer les fentres de son salon2 c'est un artilleur qui rase un clotre de #adfj pour rallonger un polygone2 c'est un adjoint qui fait du sarcophage de ,thodeberthe une auge aux pourceaux4 ,nous pourrions citer les noms4 ,nous en avons piti4 ,nous les taisons4 ,cependant il ne mrite pas d'tre pargn1 ce cur de ,fcamp qui a fait dmolir le jub de son glise1 donnant pour raison que ce massif incommode1 cisel et fouill par les mains miraculeuses du quinzime sicle1 privait ses paroissiens du bonheur de le contempler1 lui cur1 dans sa splendeur l'autel4 ,le maon qui a excut l'ordre du bat s'est fait des dbris du jub une admirable maisonnette qu'on peut voir ,fcamp4 ,quelle honte6 ,qu'est devenu le temps o le prtre tait le suprme architecte8 ,maintenant le maon enseigne le prtre6 ,n'y a-t-il pas aussi un dragon ou un housard qui veut faire de l'glise de ,brou1 de cette merveille1 son grenier foin1 et qui en demande ingnument la permission au ministre8 ,n'tait-on pas en train de gratter du haut en bas la belle cathdrale d',angers quand le tonnerre est tomb sur la flche1 noire et intacte encore1 et l'a brle1 comme si le tonnerre avait eu1 lui1 de l'intelligence et avait mieux aim abolir le vieux clocher que de le laisser gratigner par des conseillers municipaux6 ,un ministre de la restauration n'a-t-il pas rogn ,vincennes ses admirables tours et ,toulouse ses beaux remparts8 ,n'y a-t-il pas eu1 ,saint-,omer1 un prfet qui a dtruit aux trois quarts les magnifiques ruines de ,saint-,bertin1 sous prtexte de donner du travail aux ouvriers8 ,drision6 si vous tes des administrateurs tellement mdiocres1 des cerveaux tellement striles1 qu'en prsence des routes ferrer1 des canaux creuser1 des rues macadamiser1 des ports curer1 des landes dfricher1 des coles btir1 vous ne sachiez que faire de vos ouvriers1 du moins ne leur livrez pas comme une proie nos difices nationaux dmolir1 ne leur dites pas de se faire du pain avec ces pierres4 ,partagez-les plutt1 ces ouvriers1 en deux bandes2 que toutes deux creusent un grand trou1 et que chacune ensuite comble le sien avec la terre de l'autre4 ,et puis payez-leur ce travail4 ,voil une ide4 ,j'aime mieux l'inutile que le nuisible4 ,a ,paris1 le vandalisme fleurit et prospre sous nos yeux4 ,le vandalisme est architecte4 ,le vandalisme se carre et se prlasse4 ,le vandalisme est ft1 applaudi1 encourag1 admir1 caress1 protg1 consult1 subventionn1 dfray1 naturalis4 ,le vandalisme est entrepreneur de travaux pour le compte du gouvernement4 ,il s'est install sournoisement dans le budget1 et il le grignote petit bruit1 comme le rat son fromage4 ,et1 certes1 il gagne bien son argent4 ,tous les jours il dmolit quelque chose du peu qui nous reste de cet admirable vieux ,paris4 ,que sais-je8 le vandalisme a badigeonn ,notre-,dame1 le vandalisme a retouch les tours du ,palais de ,justice1 le vandalisme a ras ,saint-,magloire1 le vandalisme a dtruit le clotre des ,jacobins1 le vandalisme a amput deux flches sur trois ,saint-,germain-des-,prs4 ,nous parlerons peut-tre dans quelques instants des difices qu'il btit4 ,le vandalisme a ses journaux1 ses coteries1 ses coles1 ses chaires1 son public1 ses raisons4 ,le vandalisme a pour lui les bourgeois4 ,il est bien nourri1 bien rent1 bouffi d'orgueil1 presque savant1 trs classique1 bon logicien1 fort thoricien1 joyeux1 puissant1 affable au besoin1 beau parleur1 et content de lui4 ,il tranche du ,mcne4 ,il protge les jeunes talents4 ,il est professeur4 ,il donne de grands prix d'architecture4 ,il envoie des lves ,rome4 ,il porte habit brod1 pe au ct et culotte franaise4 ,il est de l'institut4 ,il va la cour4 ,il donne le bras au roi1 et flne avec lui dans les rues1 lui soufflant ses plans l'oreille4 ,vous avez d le rencontrer4 ,quelquefois il se fait propritaire1 et il change la tour magnifique de ,saint-,jacques de la ,boucherie en fabrique de plomb de chasse1 impitoyablement ferme l'antiquaire fureteur2 et il fait de la nef de ,saint-,pierre-aux-,boeufs un magasin de futailles vides1 de l'htel de ,sens une curie rouliers1 de la maison de la ,couronne d'or une draperie1 de la chapelle de ,cluny une imprimerie4 ,quelquefois il se fait peintre en btiments1 et il dmolit ,saint-,landry pour construire sur l'emplacement de cette simple et belle glise une grande laide maison qui ne se loue pas4 ,quelquefois il se fait greffier1 et il encombre de paperasses la ,sainte-,chapelle1 cette glise qui sera la plus admirable parure de ,paris1 quand il aura dtruit ,notre-,dame4 ,quelquefois il se fait spculateur1 et dans la nef dshonore de ,saint-,benot il embote violemment un thtre1 et quel thtre6 ,opprobre6 le clotre saint1 docte et grave des bndictins1 mtamorphos en je ne sais quel mauvais lieu littraire4 ,sous la restauration1 il prenait ses aises et s'battait d'une manire tout aussi charmante1 nous en convenons4 ,chacun se rappelle comment le vandalisme1 qui alors aussi tait architecte du roi1 a trait la cathdrale de ,reims4 ,un homme d'honneur1 de science et de talent1 ,m4 ,vitet1 a dj signal le fait4 ,cette cathdrale est1 comme on sait1 charge du haut en bas de sculptures excellentes qui dbordent de toutes parts son profil4 ,a l'poque du sacre de ,charles ,x1 le vandalisme1 qui est bon courtisan1 eut peur qu'une pierre ne se dtacht par aventure de toutes ces sculptures en surplomb1 et ne vnt tomber incongrment sur le roi1 au moment o sa majest passerait2 et sans piti1 et grands coups de maillet1 et trois grands mois durant1 il barba la vieille glise6 ,celui qui crit ceci a chez lui une belle tte de ,christ1 dbris curieux de cette excution4 ,depuis juillet1 il en a fait une autre qui peut servir de pendant celle-l1 c'est l'excution du jardin des ,tuileries4 ,nous reparlerons quelque jour et longuement de ce bouleversement barbare4 ,nous ne le citons ici que pour mmoire4 ,mais qui n'a hauss les paules en passant devant ces deux petits enclos usurps sur une promenade publique8 ,on a fait mordre au roi le jardin des ,tuileries1 et voil les deux bouches qu'il se rserve4 ,toute l'harmonie d'une oeuvre royale et tranquille est trouble1 la symtrie des parterres est borgne1 les bassins entaillent la terrasse2 c'est gal1 on a ses deux jardinets4 ,que dirait-on d'un fabricant de vaudevilles qui se taillerait un couplet ou deux dans les choeurs d',athalie6 ,les ,tuileries1 c'tait l',athalie de ,le ,ntre4 ,on dit que le vandalisme a dj condamn notre vieille et irrparable glise de ,saint-,germain-l',auxerrois4 ,le vandalisme a son ide lui4 ,il veut faire tout travers ,paris une grande1 grande1 grande rue4 ,une rue d'une lieue6 ,que de magnifiques dvastations chemin faisant6 ,saint-,germain-l',auxerrois y passera1 l'admirable tour de ,saint-,jacques de la ,boucherie y passera peut-tre aussi4 ,mais qu'importe6 une rue d'une lieue6 comprenez-vous comme cela sera beau6 une ligne droite tire du ,louvre la barrire du ,trne2 d'un bout de la rue1 de la barrire1 on contemplera la faade du ,louvre4 ,il est vrai que tout le mrite de la colonnade de ,perrault1 si mrite il y a1 est dans ses proportions1 et que ce mrite s'vanouira dans la distance2 mais qu'est-ce que cela fait8 on aura une rue d'une lieue6 de l'autre bout1 du ,louvre1 on verra la barrire du ,trne1 les deux colonnes proverbiales que vous savez1 maigres1 fluettes et risibles comme les jambes de ,potier4 ,o merveilleuse perspective6 ,esprons que ce burlesque projet ne s'accomplira pas4 ,si l'on essayait de le raliser1 esprons qu'il y aura une meute d'artistes4 ,nous y pousserons de notre mieux4 ,les dvastateurs ne manquent jamais de prtextes4 ,sous la restauration1 on gtait1 on mutilait1 on dfigurait1 on profanait les difices catholiques du moyen ge1 le plus dvotement du monde4 ,la congrgation avait dvelopp sur les glises la mme excroissance que sur la religion4 ,le sacr-coeur s'tait fait marbre1 bronze1 badigeonnage et bois dor4 ,il se produisait le plus souvent dans les glises sous la forme d'une petite chapelle peinte1 dore1 mystrieuse1 lgiaque1 pleine d'anges bouffis1 coquette1 galante1 ronde et faux jour1 comme celle de ,saint-,sulpice4 ,pas de cathdrale1 pas de paroisse en ,france laquelle il ne pousst1 soit au front1 soit au ct1 une chapelle de ce genre4 ,cette chapelle constituait pour les glises une vritable maladie4 ,c'tait la verrue de ,saint-,acheul4 ,depuis la rvolution de juillet1 les profanations continuent1 plus funestes et plus mortelles encore1 et avec d'autres semblants4 ,au prtexte dvot a succd le prtexte national1 libral1 patriote1 philosophe1 voltairien4 ,on ne restaure plus1 on ne gte plus1 on n'enlaidit plus un moment1 on le jette bas4 ,et l'on a de bonnes raisons pour cela4 ,une glise1 c'est le fanatisme2 un donjon1 c'est la fodalit4 ,on dnonce un monument1 on massacre un tas de pierres1 on septembrise des ruines4 ,a peine si nos pauvres glises parviennent se sauver en prenant cocarde4 ,pas une ,notre-,dame en ,france1 si colossale1 si vnrable1 si magnifique1 si impartiale1 si historique1 si calme et si majestueuse qu'elle soit1 qui n'ait son petit drapeau tricolore sur l'oreille4 ,quelquefois on sauve une admirable glise en crivant dessus3 ,mairie4 ,rien de moins populaire parmi nous que ces difices faits par le peuple et pour le peuple4 ,nous leur en voulons de tous ces crimes des temps passs dont ils ont t les tmoins4 ,nous voudrions effacer le tout de notre histoire4 ,nous dvastons1 nous pulvrisons1 nous dtruisons1 nous dmolissons par esprit national4 ,a force d'tre bons franais1 nous devenons d'excellents welches4 ,dans le nombre1 on rencontre certaines gens auxquels rpugne ce qu'il y a d'un peu banal dans le magnifique pathos de juillet1 et qui applaudissent aux dmolisseurs par d'autres raisons1 des raisons doctes et importantes1 des raisons d'conomiste et de banquier4 --,a quoi servent ces monuments8 disent-ils4 ,cela cote des frais d'entretien1 et voil tout4 ,jetez-les terre et vendez les matriaux4 ,c'est toujours cela de gagn4--,sous le pur rapport conomique1 le raisonnement est mauvais4 ,nous l'avons dj tabli plus haut1 ces monuments sont des capitaux4 ,beaucoup d'entre eux1 dont la renomme attire les trangers riches en ,france1 rapportent au pays bien au del de l'intrt de l'argent qu'ils ont cot4 ,les dtruire1 c'est priver le pays d'un revenu4 ,mais quittons ce point de vue aride1 et raisonnons de plus haut4 ,depuis quand ose-t-on1 en pleine civilisation1 questionner l'art sur son utilit8 ,malheur vous si vous ne savez pas quoi l'art sert6 ,on n'a rien de plus vous dire4 ,allez6 dmolissez6 utilisez6 ,faites des moellons avec ,notre-,dame de ,paris4 ,faites des gros sous avec la ,colonne4 ,d'autres acceptent et veulent l'art2 mais1 les entendre1 les monuments du moyen ge sont des constructions de mauvais got1 des oeuvres barbares1 des monstres en architecture1 qu'on ne saurait trop vite et trop soigneusement abolir4 ,a ceux-l non plus il n'y a rien rpondre4 ,c'en est fini d'eux4 ,la terre a tourn1 le monde a march depuis eux2 ils ont les prjugs d'un autre sicle2 ils ne sont plus de la gnration qui voit le soleil4 ,car1 il faut bien1 nous le rptons1 que les oreilles de toute grandeur s'habituent l'entendre dire et redire1 en mme temps qu'une glorieuse rvolution politique s'est accomplie dans la socit1 une glorieuse rvolution intellectuelle s'est accomplie dans l'art4 ,voil vingt-cinq ans que ,charles ,nodier et ,mme de ,stal l'ont annonce en ,france2 et1 s'il tait permis de citer un nom obscur aprs ces noms clbres1 nous ajouterions que voil quatorze ans que nous luttons pour elle4 ,maintenant elle est faite4 ,le ridicule duel des classiques et des romantiques s'est arrang de lui-mme1 tout le monde tant la fin du mme avis4 ,il n'y a plus de question4 ,tout ce qui a de l'avenir est pour l'avenir4 ,a peine y a-t-il encore1 dans l'arrire-parloir des collges1 dans la pnombre des acadmies1 quelques bons vieux enfants qui font joujou dans leur coin avec les potiques et les mthodes d'un autre ge2 qui potes1 qui architectes2 celui-ci s'battant avec les trois units1 celui-l avec les cinq ordres2 les uns gchant du pltre selon ,vignole1 les autres gchant des vers selon ,boileau4 ,cela est respectable4 ,n'en parlons plus4 ,or1 dans ce renouvellement complet de l'art et de la critique1 la cause de l'architecture du moyen ge1 plaide srieusement pour la premire fois depuis trois sicles1 a t gagne en mme temps que la bonne cause gnrale2 gagne par toutes les raisons de la science1 gagne par toutes les raisons de l'histoire1 gagne par toutes les raisons de l'art1 gagne par l'intelligence1 par l'imagination et par le coeur4 ,ne revenons donc pas sur la chose juge et bien juge2 et disons de haut au gouvernement1 aux communes1 aux particuliers1 qu'ils sont responsables de tous les monuments nationaux que le hasard met dans leurs mains4 ,nous devons compte du pass l'avenir4 ,posteri1 posteri1 vestra res agitur4 ,quant aux difices qu'on nous btit pour ceux qu'on nous dtruit1 nous ne prenons pas le change1 nous n'en voulons pas4 ,ils sont mauvais4 ,l'auteur de ces lignes maintient tout ce qu'il a dit ailleurs#b sur les monuments modernes du ,paris actuel4 ,il n'a rien de plus doux dire des monuments en construction4 ,que nous importe les trois ou quatre petites glises cubiques que vous btissez piteusement et l6 ,laissez donc crouler votre ruine du quai d',orsay avec ses lourds cintres et ses vilaines colonnes engages6 ,laissez crouler votre palais de la chambre des dputs1 qui ne demandait pas mieux6 ,n'est-ce pas une insulte1 au lieu dit cole des beaux-arts1 que cette construction hybride et fastidieuse dont l'pure a si longtemps sali le pignon de la maison voisine1 talant effrontment sa nudit et sa laideur ct de l'admirable faade du chteau de ,gaillon8 ,sommes-nous tombs ce point de misre qu'il nous faille absolument admirer les barrires de ,paris8 ,y a-t-il rien au monde de plus bossu et de plus rachitique que votre monument expiatoire 7ah 6 dcidment1 qu'est-ce qu'il expie87 de la rue de ,richelieu8 ,n'est-ce pas une belle chose1 en vrit1 que votre ,madeleine1 ce tome deux de la ,bourse1 avec son lourd tympan qui crase sa maigre colonnade8 ,oh6 qui me dlivrera des colonnades8 ,de grce1 employez mieux nos millions4 ,ne les employez mme pas parfaire le ,louvre4 ,vous voudriez achever d'enclore ce que vous appelez le paralllogramme du ,louvre4 ,mais nous vous prvenons que ce paralllogramme est un trapze2 et1 pour un trapze1 c'est trop d'argent4 ,d'ailleurs1 le ,louvre1 hors ce qui est de la renaissance1 le ,louvre1 voyez-vous1 n'est pas beau4 ,il ne faut pas admirer et continuer1 comme si c'tait de droit divin1 tous les monuments du dix-septime sicle1 quoiqu'ils vaillent mieux que ceux du dix-huitime1 et surtout que ceux du dix-neuvime4 ,quel que soit leur bon air1 quelle que soit leur grande mine1 il en est des monuments de ,louis ,,xiv comme de ses enfants4 ,il y en a beaucoup de btards4 ,le ,louvre1 dont les fentres entaillent l'architrave1 le ,louvre est de ceux-l4 ,s'il est vrai1 comme nous le croyons1 que l'architecture1 seule entre tous les arts1 n'ait plus d'avenir1 employez vos millions conserver1 entretenir1 terniser les monuments nationaux et historiques qui appartiennent l'tat1 et racheter ceux qui sont aux particuliers4 ,la ranon sera modique4 ,vous les aurez bon march4 ,tel propritaire ignorant vendra le ,parthnon pour le prix de la pierre4 ,faites rparer ces beaux et graves difices4 ,faites-les rparer avec soin1 avec intelligence1 avec sobrit4 ,vous avez autour de vous des hommes de science et de got qui vous claireront dans ce travail4 ,surtout que l'architecte restaurateur soit frugal de ses propres imaginations2 qu'il tudie curieusement le caractre de chaque difice1 selon chaque sicle et chaque climat4 ,qu'il se pntre de la ligne gnrale et de la ligne particulire du monument qu'on lui met entre les mains1 et qu'il sache habilement souder son gnie au gnie de l'architecte ancien4 ,vous tenez les communes en tutelle1 dfendez-leur de dmolir4 ,quant aux particuliers1 quant aux propritaires qui voudraient s'entter dmolir1 que la loi le leur dfende2 que leur proprit soit estime1 paye et adjuge l'tat4 ,qu'on nous permette de transcrire ici ce que nous disions ce sujet en #ahbe3 ,il faut arrter le marteau qui mutile la face du pays4 ,une loi suffirait2 qu'on la fasse4 ,quels que soient les droits de la proprit1 la destruction d'un difice historique et monumental ne doit pas tre permise ces ignobles spculateurs que leur intrt aveugle sur leur honneur2 misrables hommes1 et si imbciles1 qu'ils ne comprennent mme pas qu'ils sont des barbares6 ,il y a deux choses dans un difice1 son usage et sa beaut4 ,son usage appartient au propritaire1 sa beaut tout le monde1 vous1 moi1 nous tous4 ,donc1 le dtruire1 c'est dpasser son droit4 ,ceci est une question d'intrt gnral1 d'intrt national4 ,tous les jours1 quand l'intrt gnral lve la voix1 la loi fait taire les glapissements de l'intrt priv4 ,la proprit particulire a t souvent et est encore tous moments modifie dans le sens de la communaut sociale4 ,on vous achte de force votre champ pour en faire une place1 votre maison pour en faire un hospice4 ,on vous achtera votre monument4 ,s'il faut une loi1 rptons-le1 qu'on la fasse4 ,ici1 nous entendons les objections s'lever de toutes parts3 --,est-ce que les chambres ont le temps8--,une loi pour si peu de chose6 ,pour si peu de chose6 ,comment6 nous avons quarante-quatre mille lois dont nous ne savons que faire1 quarante-quatre mille lois sur lesquelles il y en a peine dix de bonnes4 ,tous les ans1 quand les chambres sont en chaleur1 elles en pondent par centaines1 et1 dans la couve1 il y en a tout au plus deux ou trois qui naissent viables4 ,on fait des lois sur tout1 pour tout1 contre tout1 propos de tout4 ,pour transporter les cartons de tel ministre d'un ct de la rue de ,grenelle l'autre1 on fait une loi4 ,et une loi pour les monuments1 une loi pour l'art1 une loi pour la nationalit de la ,france1 une loi pour les souvenirs1 une loi pour les cathdrales1 une loi pour les plus grands produits de l'intelligence humaine1 une loi pour l'oeuvre collective de nos pres1 une loi pour l'histoire1 une loi pour l'irrparable qu'on dtruit1 une loi pour ce qu'une nation a de plus sacr aprs l'avenir1 une loi pour le pass1 cette loi juste1 bonne1 excellente1 sainte1 utile1 ncessaire1 indispensable1 urgente1 on n'a pas le temps1 on ne la fera pas6 ,risible6 risible6 risible6 #a3 ,nous ne publions pas le nom du signataire de la lettre1 n'y tant point formellement autoris par lui2 mais nous le tenons en rserve pour notre garantie4 ,nous avons cru devoir aussi retrancher les passages qui n'taient que l'expression trop bienveillante de la sympathie de notre correspondant pour nous personnellement4 #b3 ,notre-,dame de ,paris4 #ahcc ,,ymbert ,,galloix ,ymbert ,galloix tait un pauvre jeune homme de ,genve1 fils ou petit-fils1 si notre mmoire est bonne1 d'un vieux matre d'criture du pays2 un pauvre genevois1 disons-nous1 bien lev et bien lettr d'ailleurs1 qui vint ,paris1 il y a six ans1 n'ayant pas devant lui de quoi vivre plus d'un mois1 mais avec cette pense1 qui en a leurr tant d'autres1 que ,paris est une ville de chance et de loterie1 o quiconque joue bien le jeu de sa destine finit par gagner2 une mtropole bnie o il y a des avenirs tout faits et choisir1 que chacun peut ajuster son existence2 une terre de promission qui ouvre des horizons magnifiques toutes les intelligences dans toutes les directions2 un vaste atelier de civilisation o toute capacit trouve du travail et fait fortune2 un ocan o se fait chaque jour la pche miraculeuse2 une cit prodigieuse1 en un mot1 une cit de prompt succs et d'activit excellente1 d'o en moins d'un an l'homme de talent qui y est entr sans souliers ressort en carrosse4 ,il y est arriv au mois d'octobre #ahbg1 il y est mort de misre au mois d'octobre #ahbh4 ,il n'y a en ceci aucune hyperbole1 ce jeune homme est mort de misre ,paris4 ,ce n'est pas que quelques hommes de ces classes intelligentes et humaines qu'on est convenu de dsigner sous le nom vague d'artistes1 ce n'est pas que quelques jeunes gens de la bonne jeunesse qui pense et qui tudie1 au milieu desquels il tomba son arrive ,paris1 inconnu de tous1 ne lui aient serr la main1 ne lui aient donn conseil et secours1 ne lui aient1 dans l'occasion1 ouvert leur bourse quand il avait faim et leur coeur quand il pleurait4 ,il va sans dire que plusieurs d'entre eux se sont tout naturellement cotiss pour payer son dernier loyer et son dernier mdecin1 et que ce n'est pas au charpentier qu'il doit sa bire4 ,mais qu'est-ce que tout cela1 si ce n'est mourir de misre8 ,a son arrive ,paris1 il se prsenta de lui-mme1 avec quelque assurance1 dans trois ou quatre maisons4 ,voici ce sujet ce que nous disait encore1 il y a peu de jours1 un de ceux qui l'ont accueilli dans ses premires illusions et assist dans ses dernires angoisses4 --,c'tait en octobre #ahbg1 un matin qu'il faisait dj froid1 je djeunais2 la porte s'ouvre1 un jeune homme entre4 ,un grand jeune homme un peu courb1 l'oeil brillant1 des cheveux noirs1 les pommettes rouges1 une redingote blanche assez neuve1 un vieux chapeau4 ,je me lve et je le fais asseoir4 ,il balbutie une phrase embarrasse d'o je ne vis saillir distinctement que trois mots3 ,ymbert ,galloix1 ,genve1 ,paris4 ,je compris que c'tait son nom1 le lieu o il avait t enfant1 et le lieu o il voulait tre homme4 ,il me parla posie4 ,il avait un rouleau de papiers sous le bras4 ,je l'accueillis bien2 je remarquai seulement qu'il cachait ses pieds sous sa chaise avec un air gauche et presque honteux4 ,il toussait un peu4 ,le lendemain1 il pleuvait verse1 le jeune homme revint4 ,il resta trois heures4 ,il tait d'une belle humeur et tout rayonnant4 ,il me parla des potes anglais1 sur lesquels je suis peu lettr1 ,shakespeare et ,byron excepts4 ,il toussait beaucoup4 ,il cachait toujours ses pieds sous sa chaise4 ,au bout de trois heures1 je m'aperus qu'il avait des souliers percs et qui prenaient l'eau4 ,je n'osai lui en rien dire4 ,il s'en alla sans m'avoir parl d'autre chose que des potes anglais444 ,il se prsenta peu prs de cette faon partout o il alla1 c'est--dire chez trois ou quatre hommes spcialement vous aux tudes d'art et de posie4 ,il fut bien reu partout1 toujours encourag1 souvent aid4 ,cela ne l'a pas empch de mourir de misre1 la lettre1 comme il a t dit plus haut4 ,ce qui le caractrisait dans les premiers mois de son sjour ,paris1 c'tait une ardente et fivreuse curiosit4 ,il voulait voir ,paris1 entendre ,paris1 respirer ,paris1 toucher ,paris4 ,non le ,paris qui parle politique et lit le ,constitutionnel et monte la garde la mairie2 non le ,paris que viennent admirer les provinciaux dsoeuvrs1 le ,paris-monument1 le ,paris-,saint-,sulpice1 le ,paris-,panthon1 pas mme le ,paris des bibliothques et des muses4 ,non1 ce qui l'occupait avant tout1 ce qui veillait sans relche sa curiosit1 ce qu'il examinait1 ce qu'il questionnait sans cesse1 c'est la pense de ,paris1 c'est la mission littraire de ,paris1 c'est la mission civilisatrice de ,paris1 c'est le progrs que contient ,paris4 ,c'est surtout sous le point de vue des dveloppements nouveaux de l'art que ce jeune homme tudiait ,paris4 ,partout o il entendait rsonner une enclume littraire1 il arrivait4 ,il y mettait ses ides1 il les laissait marteler plaisir par la discussion1 et souvent1 force de les reforger ainsi sans cesse1 il les dformait4 ,ymbert ,galloix est un des plus frappants exemples du pril de la controverse pour les esprits de second ordre4 ,quand il est mort1 il n'avait plus une seule ide droite dans le cerveau4 ,ce qui le caractrisa dans les derniers mois de son sjour1 qui furent les derniers mois de sa vie1 c'est un profond dcouragement4 ,il ne voulait plus rien voir1 plus rien entendre1 plus rien dire4 ,en quelques mois1 par une transition dont nous laissons le lecteur rver les nuances1 le pauvre jeune homme tait arriv de la curiosit au dgot4 ,ici il se prsente plusieurs questions1 que nous posons sans les rsoudre4 ,de quel ct ses illusions taient-elles ruines8 tait-ce l'intrieur ou l'extrieur8 ,avait-il cess de croire en lui ou au monde8 ,paris1 aprs examen1 lui avait-il sembl chose trop grande ou chose trop petite8 ,s'tait-il jug trop faible ou trop fort pour prendre joyeusement de l'ouvrage dans cet immense atelier de civilisation8 ,la mesure idale de lui-mme qu'il portait en lui s'tait-elle trouve trop courte ou trop haute quand il l'avait superpose aux ralits d'une existence faire et d'une carrire parcourir8 ,en un mot1 la cause de l'inaction volontaire qui hta sa mort1 tait-ce effroi ou ddain8 ,nous ne savons4 ,ce qu'il y a de certain1 c'est qu'aprs avoir bien regard ,paris1 il croisa tristement les bras et refusa de rien faire4 tait-ce paresse8 tait-ce fatigue8 tait-ce stupeur8 ,selon nous1 c'tait les trois choses la fois4 ,il n'avait trouv ni dans ,paris ni en lui-mme ce qu'il cherchait4 ,la ville qu'il avait cru voir dans ,paris n'existait pas4 ,l'homme qu'il avait cru voir en lui ne se ralisait pas4 ,son double rve vanoui1 il se laissa mourir4 ,nous disons qu'il se laissa mourir4 ,c'est qu'en effet1 au physique comme au moral1 sa mort fut une espce de suicide4 ,on nous permettra de ne pas clairer davantage un des cts de notre pense4 ,le fait est qu'il refusa de travailler4 ,on lui avait trouv des besognes faire 7misrables besognes1 il est vrai1 o s'usent tant de jeunes gens capables peut-tre de grandes choses71 des dictionnaires1 des compilations1 des biographies de contemporains vingt francs la colonne4 ,il s'essaya pendant un temps d'crire quelques lignes pour ces divers labeurs4 ,puis le coeur lui manqua2 il refusa tout4 ,il fut invinciblement pris d'oisivet comme un voyageur est pris de sommeil dans la neige4 ,une maladie lente qu'il avait depuis l'enfance s'aggrava4 ,la fivre survint4 ,il trana deux ou trois mois1 et mourut4 ,il avait vingt-deux ans4 ,a proprement parler1 le pays de son choix1 ce n'tait pas la ,france1 c'tait l',angleterre4 ,son rve1 ce n'tait pas ,paris1 c'tait ,londres4 ,on le va voir dans les lignes qu'il a laisses4 ,vers les derniers temps de sa vie1 quand la souffrance commenait dranger sa raison1 quand ses ides demi teintes ne jetaient plus que quelques lueurs dans son cerveau puis1 il disait1 bizarre chimre1 que la principale condition pour tre heureux1 c'tait d'tre n anglais4 ,il voulait aller en ,angleterre pour y devenir lord1 grand pote1 et y faire fortune4 ,il apprenait l'anglais ardemment4 ,c'tait le seul travail auquel il ft rest fidle4 ,le jour de sa mort1 sachant qu'il allait mourir1 il avait une grammaire sur son lit et il tudiait l'anglais4 ,qu'en voulait-il faire8 ,ymbert ,galloix est mort triste1 ananti1 dsespr1 sans une seule vision de gloire son chevet4 ,il avait enfoui quelques colonnes de prose fort vulgaire1 disait-il1 dans le recoin le plus obscur d'une de ces tours de ,babel littraires que la librairie appelle dictionnaires biographiques4 ,il esprait bien que personne ne viendrait jamais dterrer cette prose de l4 ,quant aux rares essais de posie qu'il avait tents1 sur les derniers temps1 dcourag comme il l'tait1 il en parlait d'un ton morose et fort svrement4 ,sa posie1 en effet1 ne se produisait jamais gure qu' l'tat d'bauche4 ,dans l'ode1 son vers tait trop haletant et avait trop courte haleine pour courir fermement jusqu'au bout de la strophe4 ,sa pense1 toujours dchire par de laborieux enfantements1 n'emplissait qu' grand peine les sinuosits du rhythme et y laissait souvent des lacunes partout4 ,il avait des curiosits de rime et de forme qui peuvent tre1 dans des talents complets1 une qualit de plus1 prcieuse sans doute1 mais secondaire aprs tout1 et qui ne supple aucune qualit essentielle4 ,qu'un vers ait une bonne forme1 cela n'est pas tout2 il faut absolument1 pour qu'il y ait parfum1 couleur et saveur1 qu'il contienne une ide1 une image ou un sentiment4 ,l'abeille construit artistement les six pans de son alvole de cire1 et puis elle l'emplit de miel4 ,l'alvole1 c'est le vers2 le miel1 c'est la posie4 ,galloix tait plus l'aise dans l'lgie4 ,l1 sa posie tait parfois aussi palpitante que son coeur1 mais l aussi la facult d'exprimer tout lui manquait souvent4 ,en gnral son cerveau rsistait la production littraire proprement dite4 ,quelquefois1 force de souffrir1 le pote devenait un homme1 son lgie devenait une confidence1 son chant devenait un cri2 alors c'tait beau4 ,comme il croyait peu la valeur essentielle et durable de sa prose ou de ses vers1 comme il n'avait eu le temps de raliser aucun de ses rves d'artiste1 il est mort avec la conviction dsolante que rien de lui ne resterait aprs lui4 ,il se trompait4 ,il restera de lui une lettre4 ,une lettre admirable1 selon nous1 une lettre loquente1 profonde1 maladive1 fbrile1 douloureuse1 folle1 unique2 une lettre qui raconte toute une me1 toute une vie1 toute une mort2 une lettre trange1 vraie lettre de pote1 pleine de vision et de vrit4 ,cette lettre1 l'ami auquel ,ymbert ,galloix l'adressait a bien voulu nous la confier4 ,la voici4 ,elle fera mieux connatre ,ymbert ,galloix que tout ce que nous pourrions dire4 ,nous la publions telle qu'elle est1 avec les rptitions1 les nologismes1 les fautes de franais 7il y en a71 et tous ces embarras d'expression propres au style genevois4 ,les deux ou trois suppressions qu'on y remarquera taient imposes celui qui crit ceci par des convenances rigoureuses qui seraient approuves de tout le monde4 ,on a tch que cette publication1 toute dans l'intrt de l'art1 ft aussi impersonnelle que possible4 ,ainsi les noms propres qui sont crits en toutes lettres dans l'original ne sont ici dsigns que par des initiales1 afin de mnager les vanits et surtout les modesties4 ,cela pos1 nous devons redire que l'essence mme de la lettre est religieusement respecte4 ,pas un mot n'a t chang1 pas un dtail n'a t dform4 ,nous croyons qu'on lira avec le mme intrt que nous cette confession mystrieuse d'une me qui ressemble fort peu aux autres mes1 et qui nous peint presque tous cependant4 ,voil1 notre sens1 ce qui caractrise cette singulire lettre4 ,c'est une exception1 et c'est tout le monde4 ,paris1 #aa dcembre #ahbg4 ,mon pauvre ,d----1 ,il y a bien des jours que je me propose de vous crire4 ,mais la douleur1 la maladie que vous me connaissez1 les distances de ,paris1 qui mangent la moiti des journes1 tout m'en a empch4 ,oh6 que je souffre et que j'ai souffert6 ,il m'est impossible de songer mettre de l'ordre dans ma lettre1 vous dpeindre mme l'tat de mon me1 matrialiser par des mots glacs ces navrantes et perptuellement successives impressions1 sensations1 terreurs1 abmes de mlancolie1 de dsespoir1 etc4 ,nous sommes aujourd'hui le #aa dcembre4 ,il est trois heures4 ,j'ai march1 j'ai lu1 le ciel est beau1 et je souffre horriblement4 ,arriv ici le #bg octobre1 voici donc un mois que je languis et vgte sans espoir4 ,j'ai eu des heures1 des journes entires o mon dsespoir approchait de la folie4 ,fatigu1 crisp physiquement et moralement1 crisp l'me1 j'errais sans cesse dans ces rues boueuses et enfumes1 inconnu1 solitaire au milieu d'une immense foule d'tres1 les uns pour les autres inconnus aussi4 ,un soir1 je m'appuyai contre les murs d'un pont sur la ,seine4 ,des milliers de lumires se prolongeaient l'infini1 le fleuve coulait4 ,j'tais si fatigu1 que je ne pouvais plus marcher1 et l1 regard par quelques passants comme un fou probablement1 l1 je souffrais tellement1 que je ne pouvais pleurer4 ,vous me plaisantiez quelquefois ,genve sur mes sensations4 ,eh bien1 ici je les dvore solitaire4 ,elles me tourmentent1 m'agitent sans cesse1 et tout se runit pour me dchirer l'me1 ce sentiment immense et continuel du nant de nos vanits1 de nos joies1 de nos douleurs1 de nos penses2 l'incertitude de ma situation1 la peur de la misre1 ma maladie nerveuse1 mon obscurit1 l'inutilit des dmarches1 l'isolement1 l'indiffrence1 l'gosme1 la solitude du coeur1 le besoin du ciel1 des champs1 des montagnes1 les penses philosophiques mme1 et par-dessus tout cela1 oh6 oui1 par-dessus tout cela1 les regrets lacrants#a du pays de ses aeux4 ,il est des moments o je rve tout ce que j'aimais1 o je me promne encore sur ,saint-,antoine1 o je me rappelle toutes mes douleurs de ,genve1 et les joies que j'y ai connues1 bien rarement1 il est vrai4 ,il est des moments o les traits de mes amis1 de mes parents1 un lieu consacr par un souvenir1 un arbre1 un rocher1 un coin de rue1 sont l devant mes yeux1 et les cris d'un porteur d'eau de ,paris me rveillent4 ,oh6 que je souffre alors6 ,souvent1 rentr dans ma chambre solitaire1 harass de corps et d'esprit1 l je m'assieds1 je rve1 mais d'une rverie amre1 sombre1 dlirante4 ,tout me rappelle ces pauvres parents que je n'ai pas rendus heureux2 les soins de blanchisseuse1 etc41 etc41 tout cela m'touffe4 ,les heures des repas changes6 ,oh6 que je regrette et ma chambre de ,genve1 o j'ai tant souffert1 et la classe1 et mon oncle1 et votre coin de feu1 et les visages connus1 et les rues accoutumes6 ,souvent un rien1 la vue de l'objet le plus trivial1 d'un bas1 d'une jarretire1 tout cela me rend le pass vivant1 et m'accable de toute la douleur du prsent4 ,misre de l'homme qui regrette ce qu'il maudirait bientt quand il le retrouverait6 ,je ne puis mme jouir de ma douleur1 l'esprit d'analyse est toujours l qui dsenchante tout4 ,ennui d'une me fltrie vingt et un ans1 doutes arides1 vagues regrets d'un bonheur entrevu plus vaguement encore comme ces gloires du couchant sur la cime de nos montagnes1 douleurs positives1 douleurs idales1 persuasion du malheur enracine dans l'me1 certitude que la fortune1 quoique un grand bien1 ne nous rendrait pas parfaitement heureux3 voil ce qui tourmente ma pauvre me4 ,oh6 mon unique ami1 qu'ils sont malheureux1 ceux qui sont ns malheureux6 ,et quelquefois pourtant1 il semble qu'une musique arienne rsonne mes oreilles1 qu'une harmonie mlancolique et trangre au tourbillon des hommes vibre de sphre en sphre jusqu' moi2 il semble qu'une possibilit de douleurs tranquilles et majestueuses s'offre l'horizon de ma pense comme les fleuves des pays lointains l'horizon de l'imagination4 ,mais tout s'vanouit par un cruel retour sur la vie positive1 tout6 ,que de fois j'ai dit avec ,rousseau3 ,o ville de boue et de fume6 ,que cette me tendre a d souffrir ici6 ,isol1 errant1 tourment comme moi1 mais moins malheureux de soixante ans d'un sicle srieux et de grands vnements1 il gmirait ,paris2 j'y gmis1 d'autres y viendront gmir4 ,o nant6 nant6 ,j'ai pourtant eu deux ou trois moments d'extase4 ,un jour1 l',opra1 la musique enchante du ,sige de ,corinthe m'avait fait oublier mes peines4 ,vous savez combien j'aime l'lgance1 la somptuosit1 les titres1 tout enfin1 tout ce qui nous place dans un monde aussi beau que possible ici-bas1 du moins l'extrieur4 ,eh bien1 ces impressions que m'apportaient ,genve tant de physionomies trangres et distingues1 tant de belles mes1 de grands personnages1 tant de livres1 d'quipages1 enfin ce spectacle ravissant des pompes de la civilisation au milieu des pompes de la nature1 spectacle qui fait de ,genve une ville peut-tre unique en ,europe relativement sa grandeur2 ces impressions1 je ne les ai retrouves ,paris qu' l',opra1 et en relisant avec passion la ,vie d',alfieri1 crite par lui-mme1 que je n'avais pas lue depuis quatre ans4 ,que de choses pour moi et pour chaque me dans ces quatre ans6 ,j'tais donc l',opra4 ,les prestiges de la musique1 la magnificence du thtre1 les toilettes et les physionomies qui garnissaient les loges1 je respirais tout cela1 je me croyais prince1 riche1 honor2 les portiques d'un monde qui n'est beau pour moi que parce que je l'ignore1 se dessinaient ma vue entours d'une aurole d'lgance et de recherche4 ,j'avais oubli ma situation1 ou plutt je cherchais me convaincre qu'elle allait cesser4 ,quoique entour des simples mises du parterre1 c'tait bien aux loges que j'tais4 ,je ne voyais qu'au-dessus de moi4 ,j'tais plong dans un ocan d'illusions1 d'esprances dmesures1 d'harmonie1 de splendeurs1 de vanits1 etc4 ,cet tat dura une demi-heure4 ,oh6 qu'ils furent tristes1 les moments qui suivirent6 qu'ils furent amers6 ,il en est de mme de la vie errante de ce riche1 noble et malheureux ,alfieri4 ,on n'y voit que des ambassadeurs nobles1 des voyages en poste continuels1 des valets de chambre1 etc4 ,oh6 qu'il fait bon tre malheureux avec trente mille francs de rente6 ,non1 non2 excusez cette phrase4 ,vous savez combien je sais dpouiller le malheur de son entourage positif et le contempler dans son affreuse nudit1 qui est la mme pour toutes les conditions lorsqu'on a dans l'me quelque chose qui bat plus fortement pour nous que pour la foule4 ,les sensations m'accablent4 ,je quitte la plume2 je vais rver4 ,riez1 car l vous me reconnaissez tout entier1 n'est-ce pas8 ,je reprends la plume aujourd'hui #bg dcembre4 ,je souffre1 et toujours4 ,j'ai eu des moments horribles2 mais je ne veux pas vous lasser encore de mes plaintes4 ,il est minuit et quelques minutes4 ,nous sommes donc le #bh4 ,qu'importe6 ,quelques voitures roulent encore de loin en loin2 mais on est sorti de l',odon4 ,la tristesse1 l'hiver1 la solitude et la nuit rgnent4 ,je veille au coin d'un feu au quatrime tage de la rue des ,fosss-,saint-,germain-des-,prs4 ,ma chambre1 assez lgante1 est seule1 et je suis face face avec ma tristesse et mon ennui4 ,croiriez-vous que je n'aime plus les femmes8 ,pas le moindre dsir physique4 ,il faut que la douleur m'absorbe entirement4 ,mais je me laisserai facilement aller de nouvelles rveries4 ,venons au fait4 ,depuis longtemps je suis trs li avec ----4 ,je suis encore li intimement avec ,ch4 ,n----4 ,celui-l est encore plus expansif que ----2 il vous plairait davantage1 surtout les premires fois4 ,n---- a souvent les larmes sur le bord des paupires1 tout en vous parlant4 ,il a ce que vous nommez de l'humectant dans toute sa personne4 ,il me tmoigne une affection toute paternelle4 ,on pourrait lui reprocher peut-tre d'avoir trop d'indulgence pour les mdiocrits1 mais cela tient sa grande bont4 ---- tomberait dans l'excs contraire2 il ne verrait pas avec plaisir1 je crois1 un homme qu'il jugerait ordinaire4 ,vous me direz qu'il y a de l'amour-propre l2 mais si j'tais oblig de me gner avec vous1 autant vaudrait ne pas vous crire4 ,je passe tous les dimanches soirs chez ,n----4 ,l se runissent plusieurs hommes de lettres4 ,j'y ai vu madame ,t----1 j'y ai caus avec ,e---- ,d----1 ,p----1 le baron ,t----1 ,m4 de ,c----1 savant clbre qui s'intresse beaucoup moi2 ,m4 de ,r----1 antiquaire et historien4 ,enfin ,m4 ,j----1 que j'ai connu l1 est un ami que j'espre avoir acquis4 ,il est colossal par la pense4 ,s'il avait un peu plus de posie dans l'me1 je n'hsiterais pas le regarder comme un homme tonnant6 ,vous avez lu ses articles sur ,walter ,scott et d'autres4 ,ce n'est pas un mdiocre ddommagement ma douleur que d'tre apprci par un tel homme1 d'autant plus qu'il est froid1 sec1 au premier abord1 et surtout dsesprant pour les mdiocrits1 qu'il mprise1 lors mme qu'il les voit clbres4 ,m4 ,j---- ressemble ,l----1 il est beau de visage4 ,dessous sa scheresse1 il y a aussi beaucoup d'humectant1 et dans tout lui1 dans son accent1 dans ses manires1 une couleur montagnarde et anglaise4 ,il est n dans le ,jura4 ,il a t souvent ,genve4 ,nous sympathisons par la pense1 par les inductions1 et par la difficult de rendre ce que nous prouvons4 ,je reviens ,n----4 ,pour en finir sur lui1 il a l'air et les gots d'un gentilhomme de campagne4 ,je lui ai prt vos posies2 il en est enchant4 ,p4 ,l---- va publier ses ,voyages en ,grce1 en vers4 ,je lui en ai entendu lire un fragment1 c'est ravissant1 c'est potique comme ,byron2 mais il n'y a ni cette pense fconde1 ni ce gnie vaste et souffrant qui nous prennent la gorge dans le barde anglais et dans son rival de ,florence4 ,m4 ,l---- ressemble ,goethe 7vous reconnaissez l ma manie de ressemblance74 ,il lit ses vers d'une manire tout fait particulire et pleine de charme2 il est simple1 tranquille1 rserv2 il a quelque chose de protestant dans sa personne4 ,il a beaucoup voyag4 ,il a un recueil de posies en portefeuille1 mais il a de la rpugnance les publier toutes1 parce qu'il les trouve trop individuelles4 ,il a beaucoup got ma vie4 ,je vous dis en passant que ---- et ,n---- font de mes posies plus de cas peut-tre qu'elles ne mritent4 ,j'en ai plusieurs nouvelles1 faites soit ,genve1 soit ici4 ,je suis trs li avec de ,b----1 le fils du pote1 homme d'un esprit lev4 ,f---- fait jouer son ,p---- dans un mois4 ,c'est un drame tout fait romantique4 ,f---- a t au ,cap et la ,martinique2 du reste1 c'est un homme d'un ton de cabaret4 ,il a un pome en portefeuille4 ,on ne peut lui refuser un talent frais et gracieux2 mais il ne faut pas le connatre pour aimer ses posies4 ,quel dsenchantement6 ,je me rappelle que son ,pcheur1 avant que ,v---- allt en ,russie1 nous mut jusqu'aux larmes1 et je prtais l'auteur quelque chose d'idal1 n'ayant jamais vu ce nom1 et le lisant au bas d'un morceau tout rveur1 tout maritime2 j'en faisais un jeune ondin1 etc42 et c'est un mlange de commun et de soldat4 ,v---- 7que j'ai vu une heure chez ----7 est un homme de sept pieds4 ,quand il parle un honnte homme1 son estomac dessine une arcade et ses genoux un triangle4 ,s'il est assis1 il se divise en deux pices qui forment l'angle aigu4 ,ajoutez qu'il ne dit pas six mots sans un comme a1 qu'il est homme de bon ton de l'ancien rgime1 et maigre comme un lzard4 ,il fait peur contempler4 ,vous savez qu'il a fait la charmante bluette intitule ,sainte-,p----4 ,il connat ,l----4 ,a----1 l'historien duelliste1 a l'air d'un boucher civilis4 ,quelque chose d'pre1 et pourtant d'imposant1 le caractrise4 ,il ne me reste pas de place pour vous parler d',al----1 des ,v---- pre et fils1 de ,d---- et ,m----1 rdacteurs du ,g----1 et de plusieurs autres littrateurs que je connais4 ,un mot sur ,s----3 c'est un homme qui me parat tenir du charlatan1 de l'illumin1 du ,durand1 du ,swedenborg1 et aussi du vrai pote4 ,il a un talent descriptif remarquable4 ,je n'ai eu qu'une entrevue avec lui2 j'en ai assez4 ,il est vrai que le tte--tte a dur trois heures4 ,mais il y a trop de crme fouette dans ce cerveau-l pour que je m'amuse le faire mousser encore davantage4 ,je dois tre prsent ,benjamin ,constant par ,c----1 bon garon 7le rdacteur de la ,rev---- prot----74 ,je m'attendais trouver en ,c---- un grave pasteur1 et c'est un tourdi que j'ai trouv1 mais du moins un tourdi d'esprit et de mrite1 quoique sans gnie4 ,j'aurais encore mille choses intressantes vous dire1 mais il faut clore ma lettre4 ,vos ,mlodies ont paru4 ,jolie dition4 ,je les ai lues et relues avec charme4 ,elles ont eu un article dans la ,r4 ,j'en fais un pour le ,f42 je les ai recommandes au ,g4 ,on en parlera dans la ,n4 ,mais il faudrait1 pour le succs1 des prneurs que vous n'avez pas4 ,il s'en vendra peu1 je le crains4 ,la posie est dans un discrdit si complet1 qu'il faut tre sur les lieux pour en avoir une ide4 ,c'est cent fois pis qu' ,genve1 personne ne lit de vers4 ,on en achte encore moins4 ,l41 ,d4 et ---- font seuls exception la rgle4 ,d'ailleurs tout le monde fait bien les vers ,paris4 ,on en lit tant de manuscrits1 qu'un auteur tranger1 qui n'a d'autre protection que son talent1 ne peut percer que par un heureux hasard4 ,votre loignement de ,paris est nuisible aussi au succs de votre livre2 mais il est favorable votre bonheur4 ,la grande ,babylone vous saturerait de dgot1 de boue1 de fatigue et de tristesse4 ,j'ignore l'tat de votre me ,florence2 mais coup sr il serait pire ,paris2 sans parler de l'extrme difficult d'y vivre4 ,jusqu' prsent je ne gagne rien1 et j'ai pourtant de vrais amis qui font leurs efforts pour me trouver quelque chose4 ,on m'a crit que vous tiez li avec ,l----4 ,dcrivez-le-moi de la cravate la pantoufle4 ,est-ce bien ce que j'ai rv1 un lord ,byron franais1 de l'insouciance1 de la vanit1 de l'affectation1 du malheur1 une pense dvorante1 du gnie flots1 du bon ton1 de l'lgance2 enfin une atmosphre potique trangre qui n'a rien de commun avec la sale atmosphre de nos hommes de lettres parisiens8 ,l---- n'est-il pas cet idal de mon me1 o j'aime retrouver jusqu' ces petits dfauts de vanit1 de purile affectation1 qu'anciennement vous dtestiez1 et que vous avez finalement dcouverts en vous1 comme on les dcouvrira toujours chez la plupart des potes qui auront l'esprit d'analyse et la bonne foi de l'homme suprieur8 ,il est une heure et demie1 j'interromps ma lettre4 ,je compte vous mettre encore quelques mots derrire la copie de deux lgies que vous trouverez ci-incluses4 ,mon ami1 je continue ma lettre bien aprs l'avoir commence et reprise4 ,il est huit heures du soir1 et nous sommes le #ca mars4 ,je suis fou de douleur1 mon dsespoir surpasse mes forces4 ,j'ai souffert aujourd'hui ce qu'il est peine possible un homme de se figurer4 ,enfin1 un accs de fivre m'a pris ce soir1 c'tait l'excs de la peine morale4 coutez4 ,si du moins je pouvais me persuader qu'un jour je serai heureux6 mais l'avenir rembrunit encore le prsent4 ,vous me connaissez2 vous savez les bizarreries de mon caractre4 ,j'ai fait une dcouverte en moi1 c'est que je ne suis rellement point malheureux pour telle ou telle chose1 mais j'ai en moi une douleur permanente qui prend diffrentes formes4 ,vous savez pour combien de choses jusqu'ici j'ai t malheureux1 ou plutt sous combien de formes le foie1 la bile1 ou enfin le principe qui me tourmente s'est reproduit4 ,tantt1 vous le savez1 c'tait de n'tre pas n anglais qui m'affligeait1 tantt de n'tre pas propre aux sciences2 plus habituellement encore de n'tre pas riche1 de lutter avec la misre et les prjugs1 d'tre inconnu4 ,vous savez encore que depuis ,genve il me semblait que si jamais je parvenais percer ,paris je serais enfin heureux4 ,eh bien1 mon ami1 je suis li avec presque tous les littrateurs les plus distingus4 ,quelques-uns1 tels que ----1 ,ch4 ,n----1 etc41 sont d'illustres amis avec qui je suis presque aussi familier qu'avec vous4 ,eh bien1 ma vanit est satisfaite2 souvent dans les salons j'ai des moments de satisfaction mondaine2 enfin quelquefois je suis enivr de ces petits triomphes d'une soire1 d'un instant2 et avec cela1 le fond1 la presque totalit de ma vie1 c'est je ne dirais pas le malheur1 mais un chancre aride2 un plomb liquide me coule dans les veines2 si l'on voyait mon me1 je ferais piti1 j'ai peur de devenir fou4 ,depuis que je suis ici1 ma douleur a pris cinq six formes3 d'abord 'a t le regret de ma patrie1 et mon incertitude de l'avenir2 ensuite le sentiment de mon isolement1 de mon nant2 puis un vide occup par cet affreux tumulte de sensations dont je vous ai tant parl2 enfin1 depuis deux mois1 toutes mes facults de douleur se sont runies sur un point4 ,j'ose peine vous le dire1 tant il est fou2 mais1 je vous en supplie1 ne voyez l-dedans qu'une forme de douleur1 qu'une des apparences de l'ulcre qui me ronge2 ne me jugez pas d'aprs les rgles ordinaires1 et voyez le mal et non pas son objet4 ,eh bien1 ce point central de mes maux1 c'est de n'tre pas n anglais4 ,ne riez pas1 je vous en supplie2 je souffre tant6 ,les gens vraiment amoureux sont des monomanes comme moi1 qui ont une seule ide1 laquelle absorbe toutes leurs sensations4 ,moi1 dont l'me a t en butte si longtemps un tumulte si vari1 je suis monomane aussi maintenant4 ,je lisais dernirement ,valrie de ,mme de ,krudener2 je ne puis vous exprimer les sensations que j'en ai reues4 ,ce livre tonnant m'avait ennuy jadis2 maintenant il m'a dchir4 ,c'est que ,gustave est comme moi victime d'une passion dvorante1 ou plutt d'une nergie de sensations qui le dvore1 et qui s'est porte sur un aliment naturel1 l'amour1 tandis que cette mme nergie1 luttant dans mon me avec le vide1 y enfante des fantmes4 ,je lisais ce roman1 aux premiers rayons du soleil du printemps1 dans les vastes et tristes alles du ,luxembourg4 ,a chaque instant1 je m'arrtais ananti4 ,maintenant1 voici l'origine de ma passion pour l',angleterre4 ,d'abord vous savez que j'aime revivre avec les morts1 connatre leur vie d'autrefois1 habiter avec eux1 les suivre dans les circonstances de leur existence1 me crer enfin des sympathies que pare l'illusion du temps et que la prsence des individus ne puisse plus dtruire4 ,eh bien1 l1 en ,angleterre1 j'aurais au moins cinquante potes d'une vie aventureuse1 et dont les livres sont pleins d'imagination1 de pense1 etc42 en ,france1 je n'en ai pas trois4 ,outre cela1 j'aurais eu une patrie dont j'aurais aim jusqu'aux prjugs2 il y a tant de posie dans les vieilles moeurs de l',angleterre1 et tant d'imagination dans tout ce qui est de ce pays-l6 ,d'abord1 au lieu d'une littrature1 il y en a quatre3 l'amricaine1 l'anglaise1 l'cossaise1 l'irlandaise2 et elles ont toutes avec la mme langue un caractre diffrent4 ,quelles richesses littraires6 la vie du maniaque ,cowper1 si grand pote1 a t crite en trois volumes in-octavo2 celle de ,johnson en quatre4 ,c'est de celle-l que ,walter ,scott dit qu'on la trouve dans toutes les maisons de campagne1 etc4 ,et encore1 qu'au seul nom de ,johnson un anglais a devant les yeux une individualit1 un personnage qui a le privilge d'tre encore vivant1 agissant1 au physique comme au moral4 ,il y a trente potes vivants1 tous originaux1 tous individuels1 ne marchant point sur les traces les uns des autres1 et trs fconds4 ,que de richesses6 ,enfin quelles aventures que celles de ce malheureux ,savage1 de ,shelley6 quel colosse qu'un ,byron6 ,que de trsors pour une me qui aime fuir le monde1 et chercher ses amis dans son cabinet6 ,quels soins ont les anglais de leurs auteurs6 ils les rimpriment sous tous les formats4 ,quel got dans leurs ditions6 quelle imagination dans leurs vignettes6 ,voyez la nation elle-mme2 les hommes qui ont un air ignoble sont aussi rares en ,angleterre que le sont en ,france ceux qui ont l'air distingu6 ,tout est excentric dans cette nation2 j'aime jusqu' leur originalit1 leurs vtements bizarres4 ,ce n'est que l que l'enthousiasme rgne sous mille formes2 que l1 qu' ct des ides positives les plus svres1 on trouve les billeveses les plus pittoresques4 ,ce pays runit tout1 le positif et l'idal1 la ,france et l',allemagne4 ,c'est le seul qui soit assez fort pour tout comprendre1 assez grand pour ne rien rejeter4 ,quelle individualit6 on reconnat un anglais entre mille1 un franais ressemble tout le monde4 ,l'abondance des sectes religieuses en ,angleterre prouve au moins de la bonne foi1 des mes qui ont besoin d'espoir1 que la matire n'a pas dessches4 ,les extravagances individuelles des jeunes anglais prouvent des mes agites4 ,oh6 si vous voyiez la ,france1 que vous en seriez dgot6 ,pour tout homme au monde1 c'est un chagrin de se sentir dplac4 ,cela vous faisait souffrir ,genve4 ,eh bien1 je suis cruellement dplac1 moi qui ne me sens aucune sympathie avec la ,france1 et qui m'en trouve sur tous les points avec l',angleterre2 je me trouve cruellement dplac1 au milieu d'une nation frivole1 bavarde1 impie1 aride1 et vaine et froide1 quand je songe qu'il en est une religieuse ou terriblement sceptique1 mais au moins pas indiffrente2 une o l'on trouve des amis fidles2 des mes exaltes1 et o la frivolit mme1 extravagante et bizarre1 n'a pas ce ton railleur et fadement insipide qu'elle a en ,france4 ,chez le restaurateur o je dine1 il y a des franais et des anglais4 ,quelle diffrence6 ,presque tous les franais y sont gascons1 braillards et communs2 tous les anglais1 nobles et dcents4 ,enfin1 mon ami1 je sens qu'un amant peut entretenir un ami de son amour1 parce que cette passion trouve un cho dans toutes les mes1 il n'y a rien l de ridicule2 mais tel est le surcrot de mes douleurs1 que je n'ose les confier1 parce qu'elles sont trop individuelles1 et doivent paratre trop ridicules qui ne les a pas naturellement prouves4 ,et cependant 7je vous en conjure1 soyez assez exempt de prjugs pour me croire71 cette folie me fait souffrir des douleurs pouvantables4 ,tout la rveille1 la vue d'un anglais1 d'un livre anglais en vente chez ,baudry1 les moqueries mmes dont ils sont l'objet1 tout cela me dvore2 ce sont autant de coups de poignard qui ravivent ma douleur1 comme1 sans doute1 tout ce qui rappelle une matresse morte un amant passionn4 ,enfin1 ma manie me dgote mme de la gloire4 ,je voudrais tre clbre en ,angleterre1 et1 par consquent1 crire en anglais4 ,d'ailleurs1 mes douleurs m'agitent trop pour je puisse crire autre chose et ne sont malheureusement pas des sujets potiques4 ,je sais que1 si 7supposition absurde1 comme toutes les suppositions7 j'tais anglais1 je ne souffrirais pas moins avec mon temprament maladif1 mais cela me fait un effet tout diffrent4 ,c'est ma raison seule qui me donne cette persuasion2 car1 si je n'coutais que la sensation1 il me semble que1 n anglais1 je pourrais supporter tous mes maux4 ,je me reprsente ce que je suis d'organisation et d'me2 mais n lord anglais et riche4 ,tous mes gots1 toutes mes vanits1 tout serait satisfait6 ,lorsque je compare ce sort au mien je deviens presque fou4 ,une rflexion pourtant m'est souvent venue2 mais que peuvent les rflexions contre les passions8 ,c'est celle-ci3 si je n'tais pas exactement ce que je suis1 je n'existerais pas2 ce serait un autre que moi2 mon moi homogne1 identique et individuel serait dtruit2 j'aurais d'autres ides6 ,nul ne voudrait se changer contre un autre1 et nul n'est content de ce qu'il est4 ,quelle contradiction6 ,acceptons-nous ce que nous sommes4 ,je souffre tant1 qu'il me semble que je changerais volontiers2 degr de douleur o je n'tais pas arriv jusqu'ici4 ,dans le fait accepter le sort d'un autre1 si c'tait possible1 ce serait mourir4 ,la mort n'est que la destruction du moi4 ,mais que fais-je8 quelle irrsistible manie m'entrane8 ,ah6 mon ami1 plus je sonde notre nature1 et plus je me persuade que1 pices ncessaires d'un ensemble que nous ne voyons pas1 nous jouons un rle qui nous sera rvl un jour4 ,si l'on me demandait3 ,croyez-vous l'existence de ,dieu1 l'immortalit de l'me8 je dirais3 ,absurdes questions6 ,dieu est parce qu'il est ncessaire2 et je crois que nous sommes ici-bas dans un tat faux1 transitoire1 intermdiaire4 ,avons-nous exist ailleurs8 devons-nous revivre8 ,comment1 avec nos langues bornes1 et nos ides tourmentes1 aborder le grand inconnu8 ,oh6 ,dieu6 ,dieu6 je le vois partout4 ,ce dsir ardent de le connatre et de deviner notre nature1 ces pressentiments de l'infini et ce mur d'airain1 ce mur de l'impossible1 du dfendu1 contre lequel viennent se briser non-seulement nos systmes1 mais jusqu' nos lancements d'ides1 tout cela me prouve un tre4 ,non1 la terre n'aurait pas1 avec de la boue1 produit des tres si complexes et si bizarres4 ,ensuite1 aller plus loin me parat impossible4 ,j'espre et je me tais4 ,je sais seulement qu'ici-bas je me dbats sous la douleur comme un tortur4 ,ces douleurs seront-elles compenses en ce monde ou ailleurs8 ,je n'en sais rien4 ,mes maux ont t si vifs aujourd'hui1 que ce qui m'effraye le plus ordinairement1 je le regardais presque sans peur4 ,a force de souffrir1 la gloire1 le bonheur1 l'avenir1 tout me semblait impossible1 indiffrent4 ,oh6 si vous saviez les suggestions infernales qui se mlent tout cela6 les ides affreuses qui me passent par la tte1 les tourments du doute6 ,malheureux6 je sais que je le suis4 ,c'est l tout444 ,ce qui me tourmente le plus1 c'est que je vois des hommes que leur caractre pousse au bonheur4 ,je me dis alors3 ,si tous souffraient1 une compensation gnrale1 un paradis aprs la vie1 me semblerait de rigueur4 ,mais il en est1 quoi qu'on en dise1 il en est d'heureux 7par le caractre74 ,ceux-l souvent s'embarrassent peu de l'avenir1 ils vivent imprvoyants et satisfaits2 ici-bas tout est pour eux4 ,le malheur ne serait-il donc qu'une cruelle maladie8 les malheureux1 des pestifrs atteints d'une plaie incurable que leur organisation fait souffrir comme celle des heureux les fait jouir8 ,avec tout cela1 j'espre1 et j'avoue que ,dieu me parat tellement ml toutes les choses d'ici-bas1 qu'au rsum je me confie en lui4 ,courbons la tte1 amis4 ,que sert de se rebiffer contre l'impossible8 ,souvent j'anatomise mes douleurs1 je les contemple froidement4 ,l'ide qui prdomine chez moi1 c'est que je n'y peux rien4 ,depuis deux mois j'ai repris l'tude de l'anglais avec une telle nergie1 que je lis facilement la posie4 ,rasselas1 que je lie dans ce moment1 voil un livre prodigieux4 ,mon ide est d'aller en ,angleterre1 et1 aprs quelques annes1 d'crire en anglais4 ,j4 ,l----1 avec lequel je suis trs li1 me prte les potes lakistes modernes d l',angleterre2 ils sont ravissants4 ,j'ai chang votre ,grando contre un ,byron en un volume4 ,j'en ai lu un petit pome1 le ,rve1 qui m'a fait une impression foudroyante4 ,une dame anglaise1 qui me donne des leons1 m'a dit qu'au bout de deux ans de sjour en ,angleterre j'crirai trs bien en anglais1 parce que1 dit-elle1 j'cris dj comme trs peu de franais4 ,en effet1 j'ai traduit du ,l---- presque sans faute4 ,il est vrai que je travaille l'anglais la moiti du jour4 ,mes manies sont toujours cruelles4 ,quel ennui6 ,enfin1 partout o je tourne les yeux1 je vois des douleurs4 ,mes moyens d'existence sont encore un tourment4 ,je travaille maintenant une biographie2 mais j'ai besoin d'argent1 je suis mme dans un grand embarras4 ,y4 ,g4 #a3 ,le mot est soulign dans la lettre que nous avons sous les yeux4 ,quand on songe que l'homme qui a crit ceci est mort l-dessus1 des rflexions de toutes sortes dbordent autour de chacune des lignes de cette longue lettre4 ,quel roman1 quelle histoire1 quelle biographie que cette lettre6 ,certes1 ce n'est pas nous qui rpterons les banalits convenues2 ce n'est pas nous qui exigerons que toutes souffrances peintes par l'artiste soient constamment prouves par l'artiste2 ce n'est pas nous qui trouverons mauvais que ,byron pleure dans une lgie et rie son billard2 ce n'est pas nous qui poserons des limites la cration littraire et qui blmerons le pote de se donner artificiellement telle ou telle douleur pour l'analyser dans ses convulsions comme le mdecin s'inocule telle ou telle fivre pour l'pier dans ses paroxysmes4 ,nous reconnaissons plus que personne tout ce qu'il y a de rel1 de vrai1 de beau et de profond dans certaines tudes psychologiques faites sur des souffrances d'exception et sur des tats singuliers du coeur par d'minents potes contemporains qui n'en sont pas morts4 ,mais nous ne pouvons nous empcher d'observer que ce qu'il y a de particulirement poignant dans la lettre que nous venons de citer1 c'est que celui qui l'a crite en est mort4 ,ce n'est pas un homme qui dit3 ,je souffre1 c'est un homme qui souffre2 ce n'est pas un homme qui dit3 ,je meurs2 c'est un homme qui meurt4 ,ce n'est pas l'anatomie tudie sur la cire1 ni mme sur la chair morte2 c'est l'anatomie tudie nerf nerf1 fibre fibre1 veine veine1 sur la chair qui vit1 sur la chair qui saigne1 sur la chair qui hurle4 ,vous voyez la plaie1 vous entendez le cri4 ,cette lettre1 ce n'est pas chose littraire1 chose philosophique1 chose potique1 oeuvre de profond artiste1 fantaisie du gnie1 vision d',hoffmann1 cauchemar de ,jean-,paul2 non1 c'est une chose relle1 c'est un homme dans un bouge qui crit4 ,le voil avec sa table charge de livres anglais1 avec sa plume1 avec son encre1 avec son papier1 pressant les lignes sur les lignes1 souffrant et disant qu'il souffre1 pleurant et disant qu'il pleure1 cherchant la date au calendrier1 l'heure l'horloge1 quittant sa lettre1 la reprenant1 la quittant1 allumant sa chandelle pour la continuer2 puis il va dner vingt sous1 il rentre1 il a froid1 il se remet crire1 parfois mme sans trop savoir ce qu'il crit2 car son cerveau est tellement secou par la douleur1 qu'il laisse ses ides tomber ple-mle sur le papier et s'parpiller et courir en dsordre1 comme un arbre ses feuilles dans un grand vent4 ,et s'il tait permis de remarquer dans quel style un homme agonise1 il y aurait plus d'une observation faire sur le style de cette lettre4 ,en gnral1 les lettres qu'on publie tous les jours1 lettres de grands hommes et de gens clbres1 manquent de navet1 d'insouciance et de simplicit4 ,on sent toujours1 en les lisant1 qu'elles ont t crites pour tre imprimes un jour4 ,m4 ,paul-,louis ,courier faisait jusqu' dix-sept brouillons d'un billet de quinze lignes4 ,chose trange1 certes1 et que nous n'avons jamais pu comprendre6 ,mais la lettre d',ymbert ,galloix1 c'est bien1 selon nous1 une vraie lettre1 bien crite comme doit tre crite une lettre1 bien flottante1 bien dcousue1 bien lche1 bien ignorante de la publicit qu'elle peut avoir un jour1 bien certaine d'tre perdue4 ,c'est l'ide qui se fait jour comme elle peut1 qui vient vous toute nave dans l'tat o elle se trouve1 et qui pose le pied au hasard dans la phrase sans craindre d'en dranger le pli4 ,quelquefois1 ce que celui qui l'a crite voulait dire s'en va dans un et caetera1 et vous laisse rver4 ,c'est un homme qui souffre et qui le dit un autre homme4 ,voil tout4 ,remarquez ceci1 un autre homme1 pas vingt1 pas dix1 pas deux1 car1 au lieu d'un ami1 s'il avait deux auditeurs seulement1 ce pote1 ce qu'il fait l1 ce serait une lgie1 ce serait un chapitre1 ce ne serait plus une lettre4 ,adieu la nature1 l'abandon1 le laisser-aller1 la ralit1 la vrit2 la prtention viendrait4 ,il se draperait avec son haillon4 ,pour crire une lettre pareille1 aussi nglige1 aussi poignante1 aussi belle1 sans tre malheureux comme l'tait ,ymbert ,galloix1 par le seul effort de la cration littraire1 il faudrait du gnie4 ,ymbert ,galloix qui souffre vaut ,byron4 ,toutes les qualits pntrantes1 mtaphysiques1 intimes1 ce style les a2 il a aussi1 ce qui est remarquable1 toutes les qualits mordantes1 incisives1 pittoresques4 ,la lettre contient quelques portraits4 ,plusieurs ont t crayonns trop la hte1 et l'on sent que les modles ont peine pos un instant devant le peintre2 mais comme ceux qui sont vrais sont vrais6 comme tous sont en gnral bien touchs et dtachs sur le fond d'une manire qui n'est pas commune6 mtamorphose frappante1 et qui prouve1 pour la millime fois1 qu'il n'y a que deux choses qui fassent un homme pote1 le gnie ou la passion6 ,cet homme qui n'avait pour les biographies qu'une prose assez incolore et pour ses lgies qu'une posie assez languissante1 le voil tout coup admirable crivain dans une lettre4 ,du moment o il ne songe plus tre prosateur ni pote1 il est grand pote et grand prosateur4 ,nous le redisons1 cette lettre restera4 ,c'est l'amalgame d'ides le plus extraordinaire peut-tre qu'ait encore produit dans un cerveau humain la double action combine de la douleur physique et de la douleur morale4 ,pour ceux qui ont connu ,galloix1 c'est une autopsie effrayante1 l'autopsie d'une me4 ,voil donc ce qu'il y avait au fond de cette me4 ,il y avait cette lettre4 ,lettre fatale1 convulsive1 interminable1 o la douleur a suint goutte goutte durant des semaines1 durant des mois1 o un homme qui saigne se regarde saigner1 o un homme qui crie s'coute crier1 o il y a une larme dans chaque mot4 ,quand on raconte une histoire comme celle d',ymbert ,galloix1 ce n'est pas la biographie des faits qu'il faut crire1 c'est la biographie des ides4 ,cet homme1 en effet1 n'a pas agi1 n'a pas aim1 n'a pas vcu2 il a pens2 il n'a fait que penser1 et1 force de penser1 il a rv2 et1 force de rver1 il s'est vanoui de douleur4 ,ymbert ,galloix est un des chiffres qui serviront un jour la solution de ce lugubre et singulier problme3--,combien la pense qui ne peut se faire jour et qui reste emprisonne sous le crne met-elle de temps ronger un cerveau8--,nous le rptons1 dans une vie pareille il n'y a pas d'vnements1 il n'y a que des ides4 ,analysez les ides1 vous avez racont l'homme4 ,un grand fait pourtant domine cette morne histoire2 c'est un penseur qui meurt de misre6 ,voil ce que ,paris1 la cit intelligente1 a fait d'une intelligence4 ,ceci est mditer4 ,en gnral1 la socit a parfois d'tranges faons de traiter les potes4 ,le rle qu'elle joue dans leur vie est tantt passif1 tantt actif1 mais toujours triste4 ,en temps de paix1 elle les laisse mourir comme ,malfiltre2 en temps de rvolution1 elle les fait mourir comme ,andr ,chnier4 ,ymbert ,galloix1 pour nous1 n'est pas seulement ,ymbert ,galloix1 il est un symbole4 ,il reprsente nos yeux une notable portion de la gnreuse jeunesse d' prsent4 ,au dedans d'elle1 un gnie mal compris qui la dvore2 au dehors1 une socit mal pose qui l'touffe4 ,pas d'issue pour le gnie pris dans le cerveau2 pas d'issue pour l'homme pris sous la socit4 ,en gnral1 gens qui pensent et gens qui gouvernent ne s'occupent pas assez de nos jours du sort de cette jeunesse pleine d'instincts de toutes sortes qui se prcipite avec une ardeur si intelligente et une patience si rsigne dans toutes les directions de l'art4 ,cette foule de jeunes esprits qui fermentent dans l'ombre a besoin de portes ouvertes1 d'air1 de jour1 de travail1 d'espace1 d'horizon4 ,que de grandes choses on ferait1 si l'on voulait1 avec cette lgion d'intelligences6 que de canaux creuser1 que de chemins frayer dans la science6 que de provinces conqurir1 que de mondes dcouvrir dans l'art6 ,mais non1 toutes les carrires sont fermes ou obstrues4 ,on laisse toutes ces activits si diverses1 et qui pourraient tre si utiles1 s'entasser1 s'engorger1 s'touffer dans des culs-de-sac4 ,ce pourrait tre une arme1 ce n'est qu'une cohue4 ,la socit est mal faite pour les nouveaux venus4 ,tout esprit a pourtant droit un avenir4 ,n'est-il pas triste de voir toutes ces jeunes intelligences en peine1 l'oeil fix sur la rive lumineuse o il y a tant de choses resplendissantes1 gloire1 puissance1 renomme1 fortune1 se presser1 sur la rive obscure1 comme les ombres de ,virgile4 ,palus inamabilis unda ,alligat1 et novies ,styx interfusa coercet4 ,le ,styx1 pour le pauvre jeune artiste inconnu1 c'est le libraire qui dit1 en lui rendant son manuscrit3 ,faites-vous une rputation4 ,c'est le thtre qui dit3 ,faites-vous une rputation4 ,c'est le muse qui dit3 ,faites-vous une rputation4 ,eh mais6 laissez-les commencer6 aidez-les6 ,ceux qui sont clbres n'ont-ils pas d'abord t obscurs8 ,et comment se faire une rputation1 quel que soit leur gnie1 sans muse pour leur tableau1 sans thtre pour leur pice1 sans libraire pour leur livre8 ,pour que l'oiseau vole1 des ailes ne lui suffisent pas1 il lui faut de l'air4 ,pour nous1 nous pensons que1 dans l'art surtout1 o un but dsintress doit passionner tous les gnies1 il est du devoir de ceux qui sont arrivs d'aplanir la route ceux qui arrivent4 ,vous tes sur le plateau1 tant mieux1 tendez la main ceux qui gravissent4 ,disons-le l'honneur des lettres1 en gnral cela a toujours t ainsi4 ,nous ne pouvons pas croire l'existence relle de ces espces d'araignes littraires qui tendent leur toile1 dit-on1 la porte des thtres1 par exemple1 et qui se jettent sans piti sur tout pauvre jeune homme obscur qui passe l avec un manuscrit4 ,qu'on arrache ainsi les ailes la mouche1 la renomme1 l'oeuvre1 et jusqu' l'argent au malheureux pote inconnu et impuissant1 pour l'honneur de quiconque crit1 nous voulons l'ignorer1 si cela est1 et nous ne croyons pas que cela soit4 ,quant celui qui crit ces lignes1 tout pote qui commence lui est sacr4 ,si peu de place qu'il tienne personnellement en littrature1 il se rangera toujours pour laisser passer le dbut d'un jeune homme4 ,qui sait si ce pauvre tudiant que vous coudoyez ne sera pas ,schiller un jour8 ,pour nous1 tout colier qui fait des ronds et des barres sur le mur1 c'est peut-tre ,pascal2 tout enfant qui bauche un profil sur le sable1 c'est peut-tre ,giotto4 ,et puis1 dans notre opinion1 les gnrations prsentes sont appeles de hautes destines4 ,ce sicle a fait de grandes choses par l'pe1 il fera de grandes choses par la plume4 ,il lui reste nous donner un grand homme littraire de la taille de son grand homme politique4 ,prparons donc les voies4 ,ouvrons les rangs4 ,toute grande re a deux faces2 tout sicle est un binme1 a b1 l'homme d'action plus l'homme de pense1 qui se multiplient l'un par l'autre et expriment la valeur de leur temps4 ,l'homme d'action1 plus l'homme de pense2 l'homme de la civilisation1 plus l'homme de l'art2 ,luther1 plus ,shakespeare2 ,richelieu1 plus ,corneille2 ,cromwell1 plus ,milton2 ,napolon1 plus l'inconnu4 ,laissez donc se dgager l',inconnu6 ,jusqu'ici vous n'avez qu'un profil de ce sicle1 ,napolon2 laissez se dessiner l'autre4 ,aprs l'empereur1 le pote4 ,la physionomie de cette poque ne sera fixe que lorsque la rvolution franaise1 qui s'est faite homme dans la socit sous la forme de ,bonaparte1 se sera faite homme dans l'art4 ,et cela sera4 ,notre sicle tout entier s'encadrera et se mettra de lui-mme en perspective entre ces deux grandes vies parallles1 l'une du soldat1 l'autre de l'crivain1 l'une toute d'action1 l'autre toute de pense1 qui s'expliqueront et se commenteront sans cesse l'une par l'autre4 ,marengo1 les ,pyramides1 ,austerlitz1 la ,moskowa1 ,montereau1 ,waterloo1 quelles popes6 ,napolon a ses pomes2 le pote aura ses batailles4 ,laissons-le donc venir1 le pote6 et rptons ce cri sans nous lasser6 ,laissons-le sortir des rangs de cette jeunesse1 o son front plonge encore dans l'ombre1 ce prdestin qui doit1 en se combinant un jour avec ,napolon selon la mystrieuse algbre de la providence1 donner complte l'avenir la formule gnrale du dix-neuvime sicle4 #ahcd ,,sur ,,mirabeau ,i ,en #agha1 un srieux dbat s'agitait en ,france1 au sein d'une famille1 entre un pre et un oncle4 ,il s'agissait d'un mauvais sujet dont cette famille ne savait plus que faire4 ,cet homme1 dj hors de la premire phase ardente de la jeunesse1 et pourtant plong encore tout entier dans les frnsies de l'ge passionn1 obr de dettes1 perdu de folies1 s'tait spar de sa femme1 avait enlev celle d'un autre1 avait t condamn mort et dcapit en effigie pour ce fait1 s'tait enfui de ,france1 puis il venait d'y reparatre1 corrig et repentant1 disait-il1 et1 sa contumace purge1 il demandait rentrer dans sa famille et reprendre sa femme4 ,le pre souhaitait cet arrangement1 voulant avoir des petits-fils et perptuer son nom1 esprant1 d'ailleurs1 tre plus heureux comme aeul que comme pre4 ,mais l'enfant prodigue avait trente-trois ans4 ,il tait refaire en entier4 ducation difficile6 ,une fois replac dans la socit1 quelles mains le confier8 qui se chargerait de redresser l'pine dorsale d'un pareil caractre8 ,de l1 controverse entre les vieux parents4 ,le pre voulait le donner l'oncle1 l'oncle voulait le laisser au pre4 --,prends-le1 disait le pre4 --,je n'en veux pas1 disait l'oncle4 --,pose d'abord en fait1 rpliquait le pre1 que cet homme-l n'est rien1 mais rien du tout4 ,il a du got1 du charlatanisme1 l'air de l'acquis1 de l'action1 de la turbulence1 de l'audace1 du boute-en-train1 de la dignit quelquefois4 ,ni dur ni odieux dans le commandement4 ,eh bien1 tout cela n'est que pour le faire voir livr l'oubli de la veille1 au dsouci du lendemain1 l'impulsion du moment1 enfant perroquet1 homme avort1 qui ne connat ni le possible ni l'impossible1 ni le malaise ni la commodit1 ni le plaisir ni la peine1 ni l'action ni le repos1 et qui s'abandonne tout aussitt que les choses rsistent4 ,cependant1 je pense qu'on en peut faire un excellent outil en l'empoignant par le manche de la vanit4 ,il ne t'chapperait pas4 ,je ne lui pargne pas les ratiocinations du matin4 ,il saisit ma morale bien appuye et mes leons toujours vivantes1 parce qu'elles portent sur un pivot toujours rel1 savoir1 que sans doute on ne change gure de nature1 mais que la raison sert couvrir le ct faible et le bien connatre pour viter l'abordage par l4 --,te voil donc1 reprenait l'oncle1 grce ta postromanie1 occup rgenter un poulet de trente-trois ans6 ,c'est prendre une furieuse tche que de vouloir arrondir un caractre qui n'est qu'un hrisson tout en pointes avec trs peu de corps6 ,le pre insistait3 --,aie piti de ton neveu l',ouragan4 ,il avoue toutes ses sottises1 car c'est le plus grand avoueur de l'univers2 mais il est impossible d'avoir plus de facilit et d'esprit4 ,c'est un foudre de travail et d'expdition4 ,au fond1 il n'a pas plus trente-trois ans que moi soixante-six1 et il n'est pas plus rare de voir un homme de mon ge suffire1 quoique blanchi par les contre-temps1 fatiguer les jambes et l'esprit des jeunes gens par huit heures de courses et de cabinet1 que de voir un tonneau boursoufl1 grav1 et l'air vieux1 dire papa1 et ne pas savoir se conduire4 ,il a un besoin immense d'tre gouvern4 ,il le sent fort bien4 ,il faut que tu t'en charges4 ,il sait que tu me fus toujours et que tu lui dois tre et pilote et boussole4 ,il met sa vanit en son oncle4 ,je te le donne pour un sujet rare au futur4 ,tu as tout le saturne qui manque son mercure4 ,mais quand tu le tiendras1 ne le laisse pas aller4 ,fit-il des miracles1 tiens-le toujours et le tire par la manche2 le pauvre diable en a besoin4 ,si tu lui es pre1 il te contentera2 si tu lui es oncle1 il est perdu4 ,aime ce jeune homme6 --,non1 disait l'oncle2 je sais que les sujets d'une certaine trempe savent faire patte de velours quelque temps2 et lui-mme autrefois1 quand il vivait prs de moi1 tait comme une belle-fille pour peu que je fronasse le sourcil4 ,mais je n'en veux pas4 ,je ne suis plus d'ge ni de got me colleter avec l'impossible4 --,o frre6 reprenait le vieillard suppliant1 si cette crature disloque peut jamais tre recousue1 ce ne peut tre que par toi4 ,puisqu'il est retailler1 je ne saurais lui donner un meilleur patron que toi4 ,prends-le1 sois-lui bon et ferme1 et tu seras son sauveur1 et tu en feras ton chef-d'oeuvre4 ,qu'il sache que sous ta longue mine roide et froide habite le meilleur homme qui fut jamais6 un homme de la rognure des anges6 ,sonde-lui le coeur1 lve-lui la tte4 ,tu es omnis spes et fortuna nostri nominis6 --,point1 rpliquait l'oncle4 ,ce n'est pas qu'il ait1 mon sens1 commis un si grand crime dans la conjoncture4 ,ce ne devrait tre une affaire4 ,une jeune et jolie femme va trouver un jeune homme de vingt-six ans4 ,quel est le jeune homme qui ne ramasse pas ce qu'il trouve en son chemin en ce genre8 ,mais c'est un esprit1 turbulent1 orgueilleux1 avantageux1 insubordonn6 un temprament mchant et vicieux6 ,pourquoi m'en charger8 ,il fait de son grossier mieux pour te plaire4 ,c'est bien4 ,je sais qu'il est sduisant1 qu'il est le soleil levant4 ,raison de plus pour ne pas m'exposer tre sa dupe4 ,la jeunesse a toujours raison contre les vieux4 --,tu n'as pas toujours pens ainsi1 rpondait tristement le pre2 il fut un temps o tu m'crivais3 ,quant moi1 cet enfant m'ouvre la poitrine4 --,oui1 disait l'oncle1 et o tu me rpondais3 ,dfie-toi1 tiens-toi en garde contre la dorure de son bec4 --,que veux-tu donc que je fasse8 s'criait le pre forc dans ses derniers raisonnements4 ,tu es trop quitable pour ne pas sentir qu'on ne se coupe pas un fils comme un bras4 ,si cela se pouvait1 il y a longtemps que je serais manchot4 ,aprs tout1 on a tir race de dix mille plus faibles et plus fols4 ,or1 frre1 nous l'avons comme nous l'avons4 ,je passe1 moi4 ,si je ne t'avais1 je ne serais qu'un pauvre vieillard terrass4 ,et pendant que nous lui durons encore1 il faut le secourir4 ,mais l'oncle1 homme premptoire1 coupait enfin court toute prire par ces nettes paroles3 --,je n'en veux pas6 ,c'est une folie que de vouloir faire quelque chose de cet homme4 ,il faudrait l'envoyer1 comme dit sa bonne femme1 aux insurgents1 se faire casser la tte4 ,tu es bon1 ton fils est mchant4 ,la fureur de la postromanie te tient prsent2 mais tu devrais songer que ,cyrus et ,marc-,aurle auraient t fort heureux de n'avoir ni ,cambyse ni ,commode6 ,ne semble-t-il pas en lisant ceci qu'on assiste l'une de ces belles scnes de haute comdie domestique o la gravit de ,molire quivaut presque la grandeur de ,corneille8 ,y a-t-il dans ,molire quelque chose de plus frappant en beau style et en grand air1 quelque chose de plus profondment humain et vrai que ces deux imposants vieillards que le dix-septime sicle semble avoir oublis dans le dix-huitime1 comme deux chantillons de moeurs meilleures8 ,ne les voyez-vous pas venir tous les deux1 affairs et svres1 appuys sur leurs longues cannes1 rappelant par leur costume plutt ,louis ,,xiv que ,louis ,,xv1 plutt ,louis ,,xiii que ,louis ,,xiv8 ,la langue qu'ils parlent1 n'est-ce pas la langue mme de ,molire et de ,saint-,simon8 ,ce pre et cet oncle1 ce sont les deux types ternels de la comdie2 ce sont les deux bouches svres par lesquelles elle gourmande1 enseigne et moralise au milieu de tant d'autres bouches qui ne font que rire2 c'est le marquis et le commandeur1 c'est ,gronte et ,ariste1 c'est la bont et la sagesse1 admirable duo auquel ,molire revient toujours4 ,l',,oncle ,o voulez-vous courir8 ,,le ,p,,re4 ,las6 que sais-je8 ,l',,oncle4 ,il me semble ,que l'on doit commencer par consulter ensemble ,les choses qu'on peut faire en cet vnement4 ,la scne est complte2 rien n'y manque1 pas mme le coquin de neveu4 ,ce qu'il y a de frappant dans le cas prsent1 c'est que la scne qu'on vient de retracer est une chose relle1 c'est que ce dialogue du pre et de l'oncle a eu textuellement lieu par lettres1 par lettres que le public peut lire l'heure qu'il est#a2 c'est qu' l'insu des deux vieillards il y avait au fond de leur grave contestation un des plus grands hommes de notre histoire2 c'est que le marquis et le commandeur ici sont un vrai marquis et un vrai commandeur4 ,l'un se nommait ,victor de ,riquetti1 marquis de ,mirabeau2 l'autre1 ,jean-,antoine de ,mirabeau1 bailli de l'ordre de ,malte4 ,le coquin de neveu1 c'tait ,honor-,gabriel de ,riquetti1 qu'en #agha sa famille appelait l',ouragan1 et que le monde appelle aujourd'hui ,,mirabeau4 ,ainsi1 un homme avort1 une crature disloque1 un sujet dont on ne peut rien faire1 une tte bonne faire casser aux insurgents1 un criminel fltri par la justice1 un flau d'ailleurs1 voil ce que ,mirabeau tait pour sa famille en #agha4 ,dix ans aprs1 en #agia1 le #a;er avril1 une foule immense encombrait les abords d'une maison de la chausse d',antin4 ,cette foule tait morne1 silencieuse1 consterne1 profondment triste4 ,il y avait dans la maison un homme qui agonisait4 ,tout ce peuple inondait la rue1 la cour1 l'escalier1 l'antichambre4 ,plusieurs taient l depuis trois jours4 ,on parlait bas1 on semblait craindre de respirer1 on interrogeait avec anxit ceux qui allaient et venaient4 ,cette foule tait pour cet homme comme une mre pour son enfant4 ,les mdecins n'avaient plus d'espoir4 ,de temps en temps1 des bulletins1 arrachs par mille mains1 se dispersaient dans la multitude1 et l'on entendait des femmes sangloter4 ,un jeune homme1 exaspr de douleur1 offrait haute voix de s'ouvrir l'artre pour infuser son sang riche et pur dans les veines appauvries du mourant4 ,tous1 les moins intelligents mme1 semblaient accabls sous cette pense que ce n'tait pas seulement un homme1 que c'tait peut-tre un peuple qui allait mourir4 ,on ne s'adressait plus qu'une question dans la ville4 ,cet homme expira4 ,quelques minutes aprs que le mdecin qui tait debout au chevet de son lit1 eut dit3 ,il est mort6 le prsident de l'assemble nationale se leva de son sige et dit3 ,il est mort6 tant ce cri fatal avait en peu d'instants rempli ,paris4 ,un des principaux orateurs de l'assemble1 ,m4 ,barrre de ,vieuzac1 se leva en pleurant et dit ceci d'une voix qui laissait chapper plus de sanglots que de paroles3 ,je demande que l'assemble dpose dans le procs-verbal de ce jour funbre le tmoignage des regrets qu'elle donne la perte de ce grand homme1 et qu'il soit fait1 au nom de la patrie1 une invitation tous les membres de l'assemble d'assister ses funrailles4 ,un prtre1 membre du ct droit1 s'cria3 ,hier1 au milieu des souffrances1 il a fait appeler ,m4 l'vque d',autun1 et en lui remettant un travail qu'il venait de terminer sur les successions1 il lui a demand1 comme une dernire marque d'amiti1 qu'il voult bien le lire l'assemble4 ,c'est un devoir sacr4 ,m4 l'vque d',autun doit exercer ici les fonctions d'excuteur testamentaire du grand homme que nous pleurons tous4 ,tronchet1 le prsident1 proposa une dputation aux funrailles4 ,l'assemble rpondit3 ,nous irons tous6 ,les sections de ,paris demandrent qu'il ft inhum au champ de la fdration1 sous l'autel de la patrie4 ,le directoire du dpartement proposa de lui donner pour tombe la nouvelle glise de ,sainte-,genevive1 et de dcrter que cet difice serait dsormais destin recevoir les cendres des grands hommes4 ,a ce sujet1 ,m4 ,pastoret1 procureur gnral syndic de la commune1 dit3 ,les larmes que fait couler la perte d'un grand homme ne doivent pas tre des larmes striles4 ,plusieurs peuples anciens renfermrent dans des monuments spars leurs prtres et leurs hros4 ,cette espce de culte qu'ils rendaient la pit et au courage1 rendons-le aujourd'hui l'amour du bonheur et de la libert des hommes4 ,que le temple de la religion devienne le temple de la patrie6 que la tombe d'un grand homme devienne l'autel de la libert6 ,l'assemble applaudit4 ,barnave s'cria3 ,il a en effet mrit les honneurs qui doivent tre dcerns par la nation aux grands hommes qui l'ont bien servie6 ,robespierre1 c'est--dire l'envie1 se leva aussi et dit3 ,ce n'est pas au moment o l'on entend de toutes parts les regrets qu'excite la perte de cet homme illustre1 qui1 dans les poques les plus critiques1 a dploy tant de courage contre le despotisme1 que l'on pourrait s'opposer ce qu'il lui ft dcern des marques d'honneur4 ,j'appuie la proposition de tout mon pouvoir1 ou plutt de toute ma sensibilit4 ,il n'y eut plus1 ce jour-l1 ni ct gauche ni ct droit dans l'assemble nationale1 qui rendit tout d'une voix ce dcret3 ,le nouvel difice de ,sainte-,genevive sera destin runir les cendres des grands hommes4 ,seront gravs au-dessus du fronton ces mots3 ,,aux ,,grands ,,hommes ,,la ,,patrie ,,reconnaissante ,le corps lgislatif dcidera seul quels hommes cet honneur sera dcern4 ,honor ,riquetti ,mirabeau est jug digne de recevoir cet honneur4 ,cet homme qui venait de mourir1 c'tait ,honor de ,mirabeau4 ,le grand homme de #agia1 c'tait l'homme avort de #agha4 ,le lendemain1 le peuple fit ses funrailles un cortge de plus d'une lieue1 auquel manqua son pre1 mort1 comme il convenait un vieux gentilhomme de sa sorte1 le #ac juillet #aghi1 la veille de la chute de la ,bastille4 ,ce n'est pas sans intention que nous avons rapproch ces deux dates1 #agha et #agia1 les mmoires et l'histoire1 ,mirabeau avant et ,mirabeau aprs1 ,mirabeau jug par sa famille1 ,mirabeau jug par le peuple4 ,il y a dans ce contraste une source inpuisable de mditations4 ,comment1 en dix ans1 ce dmon d'une famille est-il devenu le dieu d'une nation8 ,question profonde4 #a3 ,voyez les ,mmoires de ,mirabeau1 ou plutt sur ,mirabeau1 rcemment publis1 t4 ,,iii4 ,ce travail1 fait malheureusement d'une faon peu intelligente1 contient sur ,mirabeau et de ,mirabeau un certain nombre de choses curieuses1 authentiques et indites4 ,mais ce qu'il renferme de plus intressant1 notre gr1 ce sont des extraits de la correspondance intime du marquis de ,mirabeau avec le bailli1 son frre4 ,tout un ct peu clair jusqu' prsent du dix-huitime sicle apparat dans cette correspondance1 o le pre et l'oncle de ,mirabeau1 personnages originaux d'ailleurs1 tous deux grands crivains sans le savoir1 grands crivains dans des lettres1 dessinent admirablement1 dans un cercle d'ides qui va s'largissant et se rtrcissant selon leur fantaisie et les accidents1 leur coeur1 leur famille1 leur poque4 ,nous conseillons l'diteur de multiplier les citations de cette correspondance2 nous regrettons mme qu'on n'ait pas song en faire une publication part aussi complte que possible1 dans tous les cas trs sobrement lague4 ,les ,lettres du marquis et du bailli de ,mirabeau1 pre et oncle de ,mirabeau1 eussent t un des testaments les plus importants du dix-huitime sicle4 ,doublement riches sous le rapport biographique et sous le rapport littraire1 ces ,lettres eussent t pour l'historien une mine1 pour l'crivain un livre4 ,ces lettres1 qui sont du meilleur style1 continuent jusqu'en #aghi l'excellente langue franaise de ,mme de ,svign1 de ,mme de ,maintenon1 de ,m4 de ,saint-,simon4 ,la correspondance publie en entier ferait un prcieux pendant aux ,lettres de ,diderot4 ,les lettres de ,diderot peignent le dix-huitime sicle du point de vue des philosophes1 les lettres des ,mirabeau le peindraient du point de vue des gentilshommes2 face1 certes1 non moins curieuse4 ,cette dernire collection n'importerait pas moins que la premire aux tudes de ceux qui voudraient savoir compltement quelle est dfinitivement l'ide que le dix-huitime sicle a lgue au dix-neuvime4 ,esprons que la personne entre les mains de laquelle se trouve cette volumineuse correspondance comprendra la responsabilit qui rsulte pour elle d'un pareil dpt1 et1 dans tous les cas1 le conservera intact l'avenir4 ,d'aussi prcieux documents sont le patrimoine d'une nation et non d'une famille4 ,,ii ,il ne faudrait pas croire cependant que du moment o cet homme sortit de la famille pour apparatre au peuple1 il ait t tout de suite et par acclamation accept dieu4 ,les choses ne vont jamais ainsi d'elles-mmes4 ,o le gnie se lve1 l'envie se dresse4 ,bien au contraire1 jusqu' l'heure de sa mort1 jamais homme ne fut plus compltement et plus constamment ni dans tous les sens que ,mirabeau4 ,lorsqu'il arriva comme dput d',aix aux tats gnraux1 il n'excitait la jalousie de personne4 ,obscur et mal fam1 les bonnes renommes s'en inquitaient peu2 laid et mal bti1 les seigneurs de belle mine en avaient piti4 ,sa noblesse disparaissait sous l'habit noir1 sa physionomie sous la petite vrole4 ,qui donc et song tre jaloux de cette espce d'aventurier1 repris de justice1 difforme de corps et de visage1 ruin d'ailleurs1 que les petites gens d',aix avaient dput aux tats gnraux dans un moment de fivre et par mgarde sans doute et sans savoir pourquoi8 ,cet homme1 en vrit1 ne comptait pas4 ,le premier venu tait beau1 riche et considrable ct de lui4 ,il n'offusquait aucune vanit1 il ne gnait les coudes d'aucune prtention4 ,c'tait un chiffre quelconque que les ambitions qui se jalousaient comptaient peine dans leurs calculs4 ,peu peu cependant1 comme le crpuscule de toutes les choses anciennes arrivait1 il se fit assez d'ombre autour de la monarchie pour que le sombre clat propre aux grands hommes rvolutionnaires devnt visible aux yeux4 ,mirabeau commena rayonner4 ,l'envie alors vint ce rayonnement comme tout oiseau de nuit toute lumire4 ,a dater de ce moment1 l'envie prit ,mirabeau et ne le quitta plus4 ,avant tout1 chose qui semble trange et qui ne l'est pas1 ce qu'elle lui contesta jusqu' son dernier souffle1 ce qu'elle lui nia sans cesse en face1 sans lui pargner d'ailleurs les autres injures1 ce fut prcisment ce qui est la vritable couronne de cet homme dans la postrit1 son gnie d'orateur4 ,marche que l'envie suit toujours d'ailleurs2 c'est toujours la plus belle faade d'un difice qu'elle jette des pierres4 ,et puis1 l'gard de ,mirabeau1 l'envie1 il faut en convenir1 tait inpuisable en bonnes raisons4 ,probitas1 l'orateur doit tre sans reproche1 ,m4 de ,mirabeau est reprochable de toutes parts2 praestantia1 l'orateur doit tre beau1 ,m4 de ,mirabeau est laid2 vox amaena1 l'orateur doit avoir un organe agrable1 ,m4 de ,mirabeau a la voix dure1 sche1 criarde1 tonnant toujours et ne parlant jamais2 subrisus audientium1 l'orateur doit tre bienvenu de son auditoire1 ,m4 de ,mirabeau est ha de l'assemble1 etc42 et une foule de gens1 fort contents d'eux-mmes1 concluaient3 ,m4 de ,mirabeau n'est pas orateur4 ,or1 loin de prouver cela1 tous ces raisonnements ne prouvaient qu'une chose1 c'est que les ,mirabeaux ne sont pas prvus par les ,cicrons4 ,certes1 il n'tait pas orateur la manire dont ces gens l'entendaient2 il tait orateur selon lui1 selon sa nature1 selon son organisation1 selon son me1 selon sa vie4 ,il tait orateur parce qu'il tait ha1 comme ,cicron parce qu'il tait aim4 ,il tait orateur parce qu'il tait laid1 comme ,hortensius parce qu'il tait beau4 ,il tait orateur parce qu'il avait souffert1 parce qu'il avait failli1 parce qu'il avait t1 bien jeune encore et dans l'ge o s'panouissent toutes les ouvertures du coeur1 repouss1 moqu1 humili1 mpris1 diffam1 chass1 spoli1 interdit1 exil1 emprisonn1 condamn2 parce que1 comme le peuple de #aghi dont il tait le plus complet symbole1 il avait t tenu en minorit et en tutelle beaucoup au del de l'ge de raison2 parce que la paternit avait t dure pour lui comme la royaut pour le peuple2 parce que1 comme le peuple1 il avait t mal lev2 parce que1 comme au peuple1 une mauvaise ducation lui avait fait crotre un vice sur la racine de chaque vertu4 ,il tait orateur1 parce que1 grce aux larges issues ouvertes par les branlements de #aghi1 il avait enfin pu extravaser dans la socit tous ses bouillonnements intrieurs si longtemps comprims dans la famille2 parce que1 brusque1 ingal1 violent1 vicieux1 cynique1 sublime1 diffus1 incohrent1 plus rempli d'instincts encore que de penses1 les pieds souills1 la tte rayonnante1 il tait en tout semblable aux annes ardentes dans lesquelles il a resplendi1 et dont chaque jour passait marqu au front par sa parole4 ,enfin ces hommes imbciles qui comprenaient assez peu leur temps pour lui adresser1 travers mille objections1 d'ailleurs souvent ingnieuses1 cette question3 s'il se croyait srieusement orateur8 il aurait pu rpondre d'un seul mot3 ,demandez la monarchie qui finit1 demandez la rvolution qui commence6 ,on a peine croire1 aujourd'hui que c'est chose juge1 qu'en #agij beaucoup de gens1 et dans le nombre de doucereux amis1 conseillaient ,mirabeau1 dans son propre intrt1 de quitter la tribune1 o il n'aurait jamais de succs complet1 ou du moins d'y paratre moins souvent4 ,nous avons les lettres sous les yeux4 ,on a peine croire que dans ces mmorables sances o il remuait l'assemble comme de l'eau dans un vase1 o il entre-choquait si puissamment dans sa main toutes les ides sonores du moment1 o il forgeait et amalgamait si habilement dans sa parole sa passion personnelle et la passion de tous1 aprs qu'il avait parl et pendant qu'il parlait et avant qu'il parlt1 les applaudissements taient toujours mls de hues1 de rires et de sifflets4 ,misrables dtails criards que la gloire a estomps aujourd'hui6 ,les journaux et les pamphlets du temps ne sont qu'injures1 violences et voies de fait contre le gnie de cet homme4 ,on lui reproche tout propos de tout4 ,mais le reproche qui revient sans cesse1 et comme par manie1 c'est sa voix rude et pre1 et sa parole toujours tonnante4 ,que rpondre cela8 ,il a la voix rude1 parce qu'apparemment le temps des douces voix est pass4 ,il a la parole tonnante1 parce que les vnements tonnent de leur ct1 et que c'est le propre des grands hommes d'tre de la stature des grandes choses4 ,et puis1 et ceci est une tactique qui a t de tout temps invariablement suivie contre les gnies1 non seulement les hommes de la monarchie1 mais encore ceux de son parti1 car on n'est jamais mieux ha que dans son propre parti1 taient toujours d'accord1 comme par une sorte de convention tacite1 pour lui opposer sans cesse et lui prfrer en toute occasion un autre orateur1 fort adroitement choisi par l'envie en ce sens qu'il servait les mmes sympathies politiques que ,mirabeau1 ,barnave4 ,et la chose sera toujours ainsi4 ,il arrive souvent que1 dans une poque donne1 la mme ide est reprsente la fois des degrs diffrents par un homme de gnie et par un homme de talent4 ,cette position est une heureuse chance pour l'homme de talent4 ,le succs prsent et incontest lui appartient 7il est vrai que cette espce de succs-l ne prouve rien et s'vanouit vite74 ,la jalousie et la haine vont droit au plus fort4 ,la mdiocrit serait bien importune par l'homme de talent si l'homme de gnie n'tait pas l2 mais l'homme de gnie est l1 elle soutient l'homme de talent et se sert de lui contre le matre4 ,elle se leurre de l'espoir chimrique de renverser le premier1 et dans ce cas-l 7qui ne peut se raliser d'ailleurs7 elle compte avoir ensuite bon march du second2 en attendant1 elle l'appuie et le porte le plus haut qu'elle peut4 ,la mdiocrit est pour celui qui la gne le moins et qui lui ressemble le plus4 ,dans cette situation1 tout ce qui est ennemi l'homme de gnie est ami l'homme de talent4 ,la comparaison qui devrait craser celui-ci l'exhausse4 ,de toutes les pierres que le pic et la pioche1 et la calomnie1 et la diatribe1 et l'injure1 peuvent arracher la base du grand homme1 on fait un pidestal l'homme secondaire4 ,ce qu'on fait crouler de l'un sert la construction de l'autre4 ,c'est ainsi que vers #agij on btissait ,barnave avec tout ce qu'on ruinait de ,mirabeau4 ,rivarol disait3 ,m4 ,mirabeau est plus crivain1 ,m4 ,barnave est plus orateur4--,pelletier disait3 ,le ,barnave oui1 le ,mirabeau non4--,la mmorable sance du #ac1 crivait ,chamfort1 a prouv plus que jamais la prminence dj dmontre depuis longtemps de ,m4 ,barnave sur ,m4 de ,mirabeau comme orateur4--,mirabeau est mort1 murmurait ,m4 ,target en serrant la main de ,barnave1 son discours sur la formule de promulgation l'a tu4--,barnave1 vous avez enterr ,mirabeau1 ajoutait ,duport1 appuy du sourire de ,lameth1 lequel tait ,duport comme ,duport ,barnave1 un diminutif4--,m4 ,barnave fait plaisir1 disait ,m4 ,goupil1 et ,m4 ,mirabeau fait peine4--,le comte de ,mirabeau a des clairs1 disait ,m4 ,camus1 mais il ne fera jamais un discours1 il ne saura mme jamais ce que c'est4 ,parlez-moi de ,barnave6--,m4 de ,mirabeau a beau se fatiguer et suer1 disait ,robespierre1 il n'atteindra jamais ,barnave1 qui n'a pas l'air de prtendre tant que lui1 et qui vaut plus#a4 ,toutes ces pauvres petites injustices gratignaient ,mirabeau et le faisaient souffrir au milieu de sa puissance et de ses triomphes4 ,coups d'pingle au porte-massue4 ,et si la haine1 dans son besoin de lui opposer quelqu'un1 n'importe qui1 n'avait pas eu un homme de talent sous la main1 elle aurait pris un homme mdiocre4 ,elle ne s'embarrasse jamais de la qualit de l'toffe dont elle fait son drapeau4 ,mairet a t prfr ,corneille1 ,pradon ,racine4 ,voltaire s'criait1 il n'y a pas cent ans3 ,on m'ose prfrer ,crbillon le barbare6 ,en #ahjh1 ,geoffroy1 le critique le plus cout qui ft en ,europe1 mettait ,m4 ,lafon fort au-dessus de ,m4 ,talma4 ,merveilleux instinct des coteries6 ,en #agih1 on prfrait ,moreau ,bonaparte2 en #ahae1 ,wellington ,napolon4 ,nous le rptons1 parce que1 selon nous1 la chose est singulire1 ,mirabeau daignait s'irriter de ces misres4 ,le parallle avec ,barnave l'offusquait4 ,s'il avait regard dans l'avenir1 il aurait souri2 mais c'est en gnral le dfaut des orateurs politiques1 hommes du prsent avant tout1 d'avoir l'oeil trop fix sur les contemporains et pas assez sur la postrit4 ,ces deux hommes1 ,barnave et ,mirabeau1 prsentaient d'ailleurs un contraste parfait4 ,dans l'assemble1 quand l'un ou l'autre se levait1 ,barnave tait toujours accueilli par un sourire1 et ,mirabeau par une tempte4 ,barnave avait en propre l'ovation du moment1 le triomphe du quart d'heure1 la gloire dans la gazette1 l'applaudissement de tous1 mme du ct droit4 ,mirabeau avait la lutte et l'orage4 ,barnave tait un assez beau jeune homme1 et un trs beau parleur4 ,mirabeau1 comme disait spirituellement ,rivarol1 tait un monstrueux bavard4 ,barnave tait de ces hommes qui prennent chaque matin la mesure de leur auditoire2 qui ttent le pouls de leur public2 qui ne se hasardent jamais hors de la possibilit d'tre applaudis2 qui baisent toujours humblement le talon du succs2 qui arrivent la tribune1 quelquefois avec l'ide du jour1 le plus souvent avec l'ide de la veille1 jamais avec l'ide du lendemain1 de peur d'aventure2 qui ont une faconde bien nivele1 bien plane et bien roulante1 sur laquelle cheminent et circulent petit bruit avec leurs divers bagages toutes les ides communes de leur temps2 qui1 de crainte d'avoir des penses trop peu imprgnes de l'atmosphre de tout le monde1 mettent sans cesse leur jugement dans la rue comme un thermomtre leur fentre4 ,mirabeau1 au contraire1 tait l'homme de l'ide neuve1 de l'illumination soudaine1 de la proposition risque2 fougueux1 chevel1 imprudent1 toujours inattendu partout1 choquant1 blessant1 renversant1 n'obissant qu' lui-mme2 cherchant le succs sans doute1 mais aprs beaucoup d'autres choses1 et aimant mieux encore tre applaudi par ses passions dans son coeur que par le peuple dans les tribunes2 bruyant1 trouble1 rapide1 profond1 rarement transparent1 jamais guable1 et roulant ple-mle dans son cume toutes les ides de son poque1 souvent fort rudoyes dans leur rencontre avec les siennes4 ,l'loquence de ,barnave ct de l'loquence de ,mirabeau1 c'tait un grand chemin ctoy par un torrent4 ,aujourd'hui que le nom de ,mirabeau est si grand et si accept1 on a peine se faire une ide de la faon excessive dont il tait trait par ses collgues et par ses contemporains4 ,c'tait ,m4 de ,guillermy s'criant tandis qu'il parlait3 ,m4 ,mirabeau est un sclrat1 un assassin6 ,c'taient ,,mm4 d',ambly et de ,lautrec vocifrant3 ,ce ,mirabeau est un grand gueux6 ,aprs quoi ,m4 de ,foucault lui montrait le poing1 et ,m4 de ,virieu disait3 ,monsieur ,mirabeau1 vous nous insultez6 ,quand la haine ne parlait pas1 c'tait le mpris4 ,ce petit ,mirabeau6 disait ,m4 de ,castellanet au ct droit4 ,cet extravagant6 disait ,m4 ,lapoule au ct gauche4 ,et1 lorsqu'il avait parl1 ,robespierre grommelait entre ses dents3 ,cela ne vaut rien4 ,quelquefois cette haine d'une si grande partie de son auditoire laissait trace dans son loquence1 et1 au milieu de son magnifique discours sur la rgence1 par exemple1 il chappait ses lvres ddaigneuses des paroles comme celles-ci1 paroles mlancoliques1 simples1 rsignes et hautaines1 que tout homme dans une situation pareille devrait mditer3 ,pendant que je parlais et que j'exprimais mes premires ides sur la rgence1 j'ai entendu dire avec cette indubitabilit charmante laquelle je suis ds longtemps apprivois3 ,cela est absurde6 cela est extravagant6 cela n'est pas proposable6 ,mais il faudrait rflchir4 ,il parlait ainsi le #be mars #agia1 sept jours avant sa mort4 ,au dehors de l'assemble1 la presse le dchirait avec une trange fureur4 ,c'tait une pluie battante de pamphlets sur cet homme4 ,les partis extrmes le mettaient au mme pilori4 ,ce nom1 ,mirabeau1 tait prononc avec le mme accent la caserne des gardes du corps et au club des ,cordeliers4 ,m4 de ,champcenetz disait3 ,cet homme a la petite vrole l'me4 ,m4 de ,lambesc proposait de le faire enlever par vingt cavaliers et conduire aux galres4 ,marat crivait3 ,citoyens1 levez huit cents potences1 pendez-y tous ces tratres1 et leur tte l'infme ,riquetti l'an6 ,et ,mirabeau ne voulait pas que l'assemble nationale poursuivit ,marat1 se contentant de rpondre3 ,il parat qu'on publie des extravagances4 ,c'est un paragraphe d'homme ivre4 ,ainsi1 jusqu'au #a;er avril #agia1 ,mirabeau est un gueux#b1 un extravagant#c1 un sclrat1 un assassin#d1 un fou#e1 un orateur du second ordre#f1 un homme mdiocre#g1 un homme mort#h1 un homme enterr#i1 un monstrueux bavard#aj1 hu1 siffl1 conspu plus encore qu'applaudi#aa2 ,lambesc propose pour lui les galres4 ,marat la potence4 ,il meurt le #b avril4 ,le #c1 on invente pour lui le ,panthon4 ,grands hommes6 voulez-vous avoir raison demain1 mourez aujourd'hui4 #a3 ,faute de franais4 ,il faudrait1 qui vaut davantage4 #b3 ,,mm4 d',ambly et de ,lautrec4 #c3 ,m4 ,lapoule4 #d3 ,m4 de ,guillermy4 #e3 ,journaux et pamphlets du temps4 #f3 ,id4 ,id4 #g3 ,id4 ,id4 #h3 ,target4 #i3 ,duport4 #aj3 ,rivarol4 #aa3 ,pelletier4 ,,iii ,le peuple1 cependant1 qui a un sens particulier et le rayon visuel toujours singulirement droit1 qui n'est pas haineux parce qu'il est fort1 qui n'est pas envieux parce qu'il est grand1 le peuple1 qui connat les hommes1 tout enfant qu'il est1 le peuple tait pour ,mirabeau4 ,mirabeau tait selon le peuple de #hi1 et le peuple de #hi tait selon ,mirabeau4 ,il n'est pas de plus beaux spectacles pour le penseur que ces embrassements troits du gnie et de la foule4 ,l'influence de ,mirabeau tait nie et tait immense4 ,c'tait toujours lui1 aprs tout1 qui avait raison2 mais il n'avait raison sur l'assemble que par le peuple1 et il gouvernait les chaises curules par les tribunes4 ,ce que ,mirabeau avait dit en mots prcis1 la foule le redisait en applaudissements2 et1 sous la dicte de ces applaudissements1 bien contre-coeur souvent1 la lgislature crivait4 ,libelles1 pamphlets1 calomnies1 injures1 interruptions1 menaces1 hues1 clats de rire1 sifflets1 n'taient tout au plus que des cailloux jets dans le courant de sa parole1 qui servaient par moments la faire cumer4 ,voil tout4 ,quand l'orateur souverain1 pris d'une subite pense1 montait la tribune2 quand cet homme se trouvait face face avec son peuple2 quand il tait l debout et marchant sur l'envieuse assemble1 comme l'homme-,dieu sur la mer1 sans tre englouti par elle2 quand son regard sardonique et lumineux1 fix du haut de cette tribune sur les hommes et sur les ides de son temps1 avait l'air de mesurer la petitesse des hommes sur la grandeur des ides1 alors il n'tait plus ni calomni1 ni hu1 ni injuri2 ses ennemis avaient beau faire1 avaient beau dire1 avaient beau amonceler contre lui1 le premier souffle de sa bouche ouverte pour parler faisait crouler tous ces entassements4 ,quand cet homme tait la tribune dans la fonction de son gnie1 sa figure devenait splendide et tout s'vanouissait devant elle4 ,mirabeau1 en #agia1 tait donc tout la fois bien ha et bien aim2 gnie ha par les beaux esprits1 homme aim par le peuple4 ,c'tait une illustre et dsirable existence que celle de cet homme qui disposait son gr de toutes les mes alors ouvertes vers l'avenir2 qui1 avec de magiques paroles et par une sorte d'alchimie mystrieuse1 convertissait en penses1 en systmes1 en volonts raisonnes1 en plans prcis d'amlioration et de rforme1 les vagues instincts des multitudes2 qui nourrissait l'esprit de son temps de toutes les ides que sa grande intelligence miettait sur la foule2 qui1 sans relche et tour de bras1 battait et flagellait sur la table de la tribune1 comme le bl sur l'aire1 les hommes et les choses de son sicle1 pour sparer la paille que la rpublique devait consumer1 du grain que la rvolution devait fconder2 qui donnait la fois des insomnies ,louis ,,xvi et ,robespierre1 ,louis ,,xvi1 dont il attaquait le trne1 ,robespierre1 dont il et attaqu la guillotine2 qui pouvait se dire chaque matin en s'veillant3 ,quelle ruine ferai-je aujourd'hui avec ma parole8 qui tait pape1 en ce sens qu'il menait les esprits2 qui tait ,dieu1 en ce sens qu'il menait les vnements4 ,il mourut temps4 ,c'tait une tte souveraine et sublime4 #ia la couronna4 #ic l'et coupe4 ,,iv ,quand on suit pas pas la vie de ,mirabeau depuis sa naissance jusqu' sa mort1 depuis l'humble piscine baptismale du ,bignon jusqu'au ,panthon1 on voit que1 comme tous les hommes de sa trempe et de sa mesure1 il tait prdestin4 ,un tel enfant ne pouvait manquer d'tre un grand homme4 ,au moment o il vient au monde1 la grosseur surhumaine de sa tte met la vie de sa mre en danger4 ,quand la vieille monarchie franaise1 son autre mre1 mit au monde sa renomme1 elle manqua aussi en mourir4 ,a l'ge de cinq ans1 ,poisson1 son prcepteur1 lui dit d'crire ce qui lui viendrait dans la tte4 ,le petit1 comme dit son pre1 crivit littralement ceci3 ,monsieur moi1 je vous prie de prendre attention votre criture et de ne pas faire de pts sur votre exemple2 d'tre attentif ce qu'on fait2 obir son pre1 son matre1 sa mre2 ne point contrarier2 point de dtours1 de l'honneur surtout4 ,n'attaquez personne1 hors qu'on ne vous attaque4 ,dfendez votre patrie4 ,ne soyez point mchant avec les domestiques4 ,ne familiarisez pas avec eux4 ,cacher les dfauts de son prochain1 parce que cela peut arriver soi-mme#a4 ,a onze ans1 voici ce que le duc de ,nivernois crit de lui au bailli de ,mirabeau1 dans une lettre date de ,saint-,maur1 du #aa septembre #agfj3 ,l'autre jour1 dans des prix qu'on gagne chez moi la course1 il gagne le prix1 qui tait un chapeau1 se retourne vers un adolescent qui avait un bonnet1 et1 lui mettant sur la tte le sien1 qui tait encore fort bon3 ,tiens1 dit-il1 je n'ai pas deux ttes4 ,ce jeune homme me parut alors l'empereur du monde2 je ne sais quoi de divin transpira rapidement dans son attitude2 j'y rvai1 j'en pleurai1 et la leon me fut fort bonne4 ,a douze ans1 son pre disait de lui3 ,c'est un coeur haut sous la jaquette d'un bambin4 ,cela a un trange instinct d'orgueil1 noble pourtant4 ,c'est un embryon de matamore bouriff qui veut avaler tout le monde avant d'avoir douze ans#b4 ,a seize ans1 il avait la mine si hardie et si hautaine1 que le prince de ,conti lui demande3 ,que ferais-tu si je te donnais un soufflet8 ,il rpond3 ,cette question et t embarrassante avant l'invention des pistolets deux coups4 ,a vingt et un ans 7#aggj71 il commence crire une histoire de la ,corse au moment o quelqu'un venait d'y natre#c4 ,singulier instinct des grands hommes6 ,a cette mme poque1 son pre qui le tenait bien svrement1 porte sur lui ce pronostic trange3 ,c'est une bouteille ficele depuis vingt-un ans4 ,si elle est jamais dbouche tout coup sans prcaution1 tout s'en ira4 ,a vingt-deux ans1 il est prsent la cour4 ,mme lisabeth1 alors ge de six ans1 lui demande s'il a t inocul4 ,et toute la cour de rire4 ,non1 il n'avait pas t inocul4 ,il portait en lui le germe d'une contagion qui plus tard devait gagner tout un peuple4 ,il se produit la cour avec une extrme assurance1 portant dj le front aussi haut que le roi1 trange pour tous1 odieux pour beaucoup4 ,il est aussi entrant que j'tais farouche1 dit le pre1 qui n'avait jamais voulu s'enversailler1 lui1 oiseau hagard dont le nid fut entre quatre tourelles4--,il retourne les grands comme fagots4 ,il a ce terrible don de la familiarit1 comme disait ,grgoire le ,grand4 ,et puis1 le vieux et fier gentilhomme ajoute3 ,comme depuis cinq cents ans on a toujours souffert des ,mirabeaux qui n'ont jamais t faits comme les autres1 on souffrira encore celui-ci4 ,a vingt-quatre ans1 le pre1 philosophe agricole1 veut prendre son fils avec lui et le faire rural4 ,il n'y peut russir4 ,il est bien malais de manier la bouche de cet animal fougueux6 s'crie le vieillard4 ,l'oncle1 le bailli1 examine froidement le jeune homme et dit3 ,s'il n'est pas pire que ,nron1 il sera meilleur que ,marc-,aurle4 ,en tout1 laissons mrir ce fruit vert1 rpond le marquis4 ,le pre et l'oncle correspondent entre eux sur l'avenir du jeune homme dj si aventur dans la mauvaise vie4 ,ton neveu l',ouragan1 dit le pre4 ,ton fils1 monsieur le comte de la ,bourrasque1 rplique l'oncle4 ,le bailli1 vieux marin1 ajoute3 ,les trente-deux vents de la boussole sont dans sa tte4 ,a trente ans1 le fruit mrit4 ,dj les nouveauts commencent reluire dans l'oeil profond de ,mirabeau4 ,on voit qu'il est plein de penses4 ,ce cerveau est un fourneau encombr1 dit le prudent bailli4 ,dans un autre moment1 l'oncle crit cette observation d'homme effray3 ,quand il passe quelque chose dans sa tte1 il avance le front1 et ne regarde plus nulle part4 ,de son ct1 le pre s'tonne de ce hachement d'ides qui voit par clairs4 ,il s'crie3 ,fouillis dans sa tte1 bibliothque renverse1 talent pour blouir par des superficies1 il a hum toutes les formules et ne sait rien substancier6 ,il ajoute1 ne comprenant dj plus sa crature3 ,dans son enfance1 ce n'tait qu'un mle monstrueux au moral comme au physique4 ,aujourd'hui c'est un homme tout de reflet et de rverbre1 un fou tir droite par le coeur et gauche par la tte1 qu'il a toujours quatre pas de lui4 ,et puis le vieillard ajoute1 avec un sourire mlancolique et rsign3 ,je tche de verser sur cet homme ma tte1 mon me et mon coeur4 ,enfin1 comme l'oncle1 il a aussi par moments ses pressentiments1 ses terreurs1 ses anxits1 ses doutes4 ,il sent1 lui pre1 tout ce qui se remue dans la tte de son fils1 comme la racine sent l'branlement des feuilles4 ,voil ce qu'est ,mirabeau trente ans4 ,il tait fils d'un pre qui s'tait dfini ainsi lui-mme3 ,et moi aussi1 madame1 tout gourd et lourd que vous me voyez1 je prchais trois ans2 six1 j'tais un prodige2 douze1 un objet d'espoir2 vingt1 un brlot2 trente1 un politique de thorie2 quarante1 je ne suis plus qu'un bonhomme4 ,a quarante ans1 ,mirabeau est un grand homme4 ,a quarante ans1 il est l'homme d'une rvolution4 ,a quarante ans1 il se dclare autour de lui en ,france une de ces formidables anarchies d'ides o se fondent les socits qui ont fait leur temps4 ,mirabeau en est le despote4 ,c'est lui qui1 silencieux jusqu'alors1 crie1 le #bc juin #aghi1 ,m4 de ,brz3 ,allez dire ,,votre ,,ma,,tre444 ,votre matre6 c'est le roi de ,france dclar tranger4 ,c'est toute une frontire trace entre le trne1 et le peuple4 ,c'est la rvolution qui laisse chapper son cri4 ,personne ne l'et os avant ,mirabeau4 ,il n'appartient qu'aux grands hommes de prononcer les mots dcisifs des poques4 ,plus tard1 on insultera ,louis ,,xvi plus gravement en apparence1 on le battra terre1 on le raillera dans les fers1 on le huera sur l'chafaud4 ,la ,rpublique en bonnet rouge mettra ses poings sur ses hanches1 et lui dira des gros mots1 et l'appellera ,louis ,capet4 ,mais il ne sera plus rien dit ,louis ,,xvi d'aussi redoutable et d'aussi effectif que cette parole fatale de ,mirabeau4 ,louis ,capet1 c'est la royaut frappe au visage2 votre matre1 c'est la royaut frappe au coeur4 ,aussi1 dater de ce mot1 ,mirabeau est l'homme du pays1 l'homme de la grande meute sociale1 l'homme dont la fin de ce sicle a besoin4 ,populaire sans tre plbien1 chose rare en des temps pareils6 ,sa vie prive est rsorbe par sa vie publique4 ,honor de ,riquetti1 cet homme perdu1 est dsormais illustre1 cout et considrable4 ,l'amour du peuple lui fait une cuirasse aux sarcasmes de ses ennemis4 ,sa personne est la plus claire de toutes celles que la foule regarde4 ,les passants s'arrtent quand il traverse une rue2 et1 pendant les deux annes qu'il remplit1 sur tous les coins de murs de ,paris les petits enfants du peuple crivent sans faute son nom1 que1 quatrevingts ans auparavant1 ,saint-,simon1 avec son ddain de duc et pair1 crivait ,mirebaut1 sans se douter qu'un jour ,mirebaut ferait ,mirabeau4 ,il y a des paralllismes bien frappants dans la vie de certains hommes4 ,cromwell1 encore obscur1 dsesprant de son avenir en ,angleterre1 veut partir pour la ,jamaque2 les rglements de ,charles ,ier l'en empchent4 ,le pre de ,mirabeau1 ne voyant aucune existence possible en ,france pour son fils1 veut envoyer le jeune homme aux colonies hollandaises2 un ordre du roi s'y oppose4 ,or1 tez ,cromwell de la rvolution d',angleterre1 tez ,mirabeau de la rvolution de ,france1 vous tez peut-tre des deux rvolutions deux chafauds4 ,qui sait si la ,jamaque n'et pas sauv ,charles ,ier1 et ,batavia ,louis ,,xvi8 ,mais non1 c'est le roi d',angleterre qui veut garder ,cromwell2 c'est le roi de ,france qui veut garder ,mirabeau4 ,quand un roi est condamn mort1 la providence lui bande les yeux4 ,chose trange que ce qu'il y a de plus grand dans l'histoire d'une socit tienne si souvent ce qu'il y a de plus petit dans la vie d'un homme6 ,la premire partie de la vie de ,mirabeau est remplie par ,sophie1 la seconde par la rvolution4 ,un orage domestique1 puis1 un orage politique1 voil ,mirabeau4 ,quand on examine de prs sa destine1 on se rend raison de ce qu'il y eut en elle de fatal et de ncessaire4 ,les dviations de son coeur s'expliquent par les secousses de sa vie4 ,voyez4 ,jamais les causes n'ont t noues de plus prs aux effets4 ,le hasard lui donne un pre qui lui enseigne le mpris de sa mre2 une mre qui lui enseigne la haine de son pre2 un prcepteur1 c'est ,poisson1 qui n'aime pas les enfants1 et qui lui est dur parce qu'il est petit et parce qu'il est laid2 un valet1 c'est ,grvin1 le lche espion de ses ennemis2 un colonel1 c'est le marquis de ,lambert1 qui est aussi impitoyable pour le jeune homme que ,poisson l'a t pour l'enfant2 une belle-mre 7non marie71 c'est madame de ,pailly1 qui le hait parce qu'il n'est pas d'elle2 une femme1 c'est mademoiselle de ,marignane1 qui le repousse2 une caste1 c'est la noblesse1 qui le renie2 des juges1 c'est le parlement de ,besanon1 qui le condamnent mort2 un roi1 c'est ,louis ,,xv1 qui l'embastille4 ,ainsi1 pre1 mre1 femme1 son prcepteur1 son colonel1 la magistrature1 la noblesse1 le roi1 c'est--dire tout ce qui entoure et ctoie l'existence d'un homme dans l'ordre lgitime et naturel1 tout est pour lui traverse1 obstacle1 occasion de chute et de contusion1 pierre dure ses pieds nus1 buisson d'pines qui le dchire au passage4 ,la famille et la socit tout ensemble lui sont martres4 ,il ne rencontre dans la vie que deux choses qui le traitent bien et qui l'aiment1 deux choses irrgulires et rvoltes contre l'ordre1 une matresse et une rvolution4 ,ne vous tonnez donc pas que pour la matresse il brise tous les liens domestiques1 que pour la rvolution il brise tous les liens sociaux4 ,ne vous tonnez pas1 pour rsoudre la question dans les termes o nous l'avons pose en commenant1 que ce dmon d'une famille devienne l'idole d'une femme en rbellion contre son mari1 et le dieu d'une nation en divorce avec son roi4 #a3 ,ce singulier document est cit textuellement dans une lettre indite du marquis au bailli de ,mirabeau1 du #i dcembre #aged4 #b3 ,lettre indite ,mme la comtesse de ,rochefort1 #bi novembre #agfa4 #c3 #ae aot #agfi4 ,v ,la douleur que causa la mort de ,mirabeau fut une douleur gnrale1 universelle1 nationale4 ,on sentit que quelque chose de la pense publique venait de s'en aller avec cette me4 ,mais un fait frappant1 et qu'il faut bien dire parce qu'il serait ingnu de l'attribuer l'admiration emporte et irrflchie des contemporains1 c'est que la cour porta son deuil comme le peuple4 ,un sentiment de pudeur insurmontable nous empche de sonder ici de certains mystres1 parties honteuses du grand homme1 qui d'ailleurs1 selon nous1 se perdent heureusement dans les colossales proportions de l'ensemble2 mais il parat prouv que dans les derniers temps de sa vie la cour affirmait avoir quelques raisons d'esprer en lui4 ,il est patent qu' cette poque ,mirabeau se cabra plus d'une fois sous l'entranement rvolutionnaire2 qu'il manifesta par moments l'envie de faire halte et de laisser rejoindre2 que lui1 qui avait tant d'haleine1 il ne suivit pas sans essoufflement la marche de plus en plus acclre des ides nouvelles1 et qu'il essaya en quelques occasions d'enrayer cette rvolution laquelle il avait forg des roues4 ,roues fatales1 qui crasaient tant de choses vnrables en passant6 ,il y a encore aujourd'hui beaucoup de personnes qui pensent que si ,mirabeau avait eu plus longue vie1 il aurait fini par mater le mouvement qu'il avait dchan4 ,a leur sens1 la rvolution franaise pouvait tre arrte1 par un seul homme la vrit1 qui tait ,mirabeau4 ,dans cette opinion1 qui s'autorise d'une parole que ,mirabeau mourant n'a videmment pas prononce#a1 ,mirabeau expir1 la monarchie tait perdue2 si ,mirabeau avait vcu1 ,louis ,,xvi ne serait pas mort2 et le #b avril #agia a engendr le #ba janvier #agic4 ,selon nous1 ceux qui avaient cette persuasion alors1 ceux qui l'ont eue aujourd'hui1 ,mirabeau lui-mme1 s'il croyait cela possible de lui1 tous se sont tromps4 ,pure illusion d'optique chez ,mirabeau comme chez les autres1 et qui prouverait qu'un grand homme n'a pas toujours une ide nette de l'espce de puissance qui est en lui6 ,la rvolution franaise n'tait pas un fait simple4 ,il y avait plus et autre chose que ,mirabeau en elle4 ,il ne suffisait pas ,mirabeau d'en sortir pour la vider4 ,il y avait dans la rvolution franaise du pass et de l'avenir4 ,mirabeau n'tait que le prsent4 ,pour n'indiquer ici que deux points culminants1 la rvolution franaise se compliquait de ,richelieu dans le pass et de ,bonaparte dans l'avenir4 ,les rvolutions ont cela de particulier que ce n'est pas quand elles sont encore grosses qu'on peut les tuer4 ,d'ailleurs1 en supposant mme la question moins abondante qu'elle ne l'est1 il est observer que1 dans les choses politiques surtout1 ce qu'un homme a fait ne peut gure jamais tre dfait que par un autre homme4 ,le ,mirabeau de #ia tait impuissant contre le ,mirabeau de #hi4 ,son oeuvre tait plus forte que lui4 ,et puis les hommes comme ,mirabeau ne sont pas la serrure avec laquelle on peut fermer la porte des rvolutions4 ,ils ne sont que le gond sur lequel elle tourne1 pour se clore1 il est vrai1 comme pour s'ouvrir4 ,pour fermer cette fatale porte1 sur les panneaux de laquelle font incessamment effort toutes les ides1 tous les intrts1 toutes les passions mal l'aise dans la socit1 il faut mettre dans les ferrures une pe en guise de verrou4 #a3 ,j'emporte le deuil de la monarchie4 ,aprs moi les factieux s'endisputeront les morceaux4 ,cabanis a cru entendre cela4 ,,vi ,nous avons essay de caractriser ce qu'a t ,mirabeau dans la famille1 puis ce qu'il a t dans la nation4 ,il nous reste examiner ce qu'il sera dans la postrit4 ,quelques reproches qu'on ait pu justement lui faire1 nous croyons que ,mirabeau restera grand4 ,devant la postrit1 tout homme et toute chose s'absout par la grandeur4 ,aujourd'hui que presque toutes les choses qu'il a semes ont donn leurs fruits dont nous avons got1 la plupart bons et sains1 quelques-uns amers2 aujourd'hui que le haut et le bas de sa vie n'ont plus rien de disparate aux yeux1 tant les annes qui s'coulent mettent bien les hommes en perspective2 aujourd'hui qu'il n'y a plus pour son gnie ni adoration ni excration1 et que cet homme1 furieusement ballott1 tant qu'il vcut1 d'une extrmit l'autre1 a pris l'attitude calme et sereine que la mort donne aux grandes figures historiques2 aujourd'hui que sa mmoire1 si longtemps trane dans la fange et baise sur l'autel1 a t retire du panthon de ,voltaire et de l'gout de ,marat1 nous pouvons froidement le dire3 ,mirabeau est grand4 ,il lui est rest l'odeur du panthon et non de l'gout4 ,l'impartialit historique1 en nettoyant sa chevelure souille dans le ruisseau1 ne lui a pas de la mme main enlev son aurole4 ,on a lav la boue de ce visage1 et il continue de rayonner4 ,aprs qu'on s'est rendu compte de l'immense rsultat politique que le total de ses facults a produit1 on peut envisager ,mirabeau sous un double aspect1 comme crivain et comme orateur4 ,ici nous prenons la libert de ne pas tre de l'avis de ,rivarol1 nous croyons ,mirabeau plus grand comme orateur que comme crivain4 ,le marquis de ,mirabeau son pre avait deux espces de style1 et comme deux plumes dans son critoire4 ,quand il crivait un livre1 un bon livre pour le public1 pour l'effet1 pour la cour1 pour la ,bastille1 pour le grand escalier du ,palais de justice1 le digne seigneur se drapait1 se roidissait1 se boursouflait1 couvrait sa pense1 dj fort obscure par elle-mme1 de toutes les ampoules de l'expression2 et l'on ne peut se figurer sous quel style la fois plat et bouffi1 lourd et tranant en longues queues de phrases interminables1 charg de nologismes au point de n'avoir plus nulle cohsion dans le tissu1 sous quel style1 disons-nous1 tout ensemble incolore et incorrect1 se travestissait l'originalit naturelle et incontestable de cet trange crivain1 moiti gentilhomme et moiti philosophe2 prfrant ,quesnay ,socrate et ,lefranc de ,pompignan ,pindare2 ddaignant ,montesquieu comme arrir et tenant tre harangu par son cur2 habitant amphibie des rveries du dix-huitime sicle et des prjugs du seizime4 ,mais1 quand cet homme1 ce mme homme1 voulait crire une lettre1 quand il oubliait le public et ne s'adressait plus qu' la longue mine roide et froide de son vnrable frre le bailli1 ou sa fille la petite ,saillannette#a1 la plus molliente femme qui fut jamais1 ou encore la jolie tte rieuse de madame de ,rochefort1 alors cet esprit tumfi de prtention se dtendait2 plus d'effort1 plus de fatigue1 plus de gonflement apoplectique dans l'expression2 sa pense se rpandait sur la lettre de famille et d'intimit1 vive1 originale1 colore1 curieuse1 amusante1 profonde1 gracieuse1 naturelle enfin1 travers ce beau style grand seigneur du temps de ,louis ,,xiv1 que ,saint-,simon parlait avec toutes les qualits de l'homme et madame de ,svign avec toutes les qualits de la femme4 ,on a pu en juger par les fragments que nous avons cits4 ,aprs un livre du marquis de ,mirabeau1 une lettre de lui1 c'est une rvlation4 ,on a peine y croire4 ,buffon ne comprendrait pas cette varit de l'crivain4 ,vous avez deux styles et vous n'avez qu'un homme4 ,sous ce rapport1 le fils tenait quelque peu du pre4 ,on pourrait dire1 avec beaucoup d'adoucissements et de restrictions nanmoins1 qu'il y a la mme diffrence entre son style crit et son style parl4 ,notons seulement ceci1 que le pre tait l'aise dans une lettre1 le fils dans un discours4 ,pour tre lui1 pour tre naturel1 pour tre dans son milieu1 il fallait l'un sa famille1 l'autre une nation4 ,mirabeau qui crit1 c'est quelque chose de moins que ,mirabeau4 ,soit qu'il dmontre la jeune rpublique amricaine l'inanit de son ordre de ,cincinnatus1 et ce qu'il y a de gauche et d'inconsistant dans une chevalerie de laboureurs2 soit qu'il taquine sur la libert de l',escaut ,joseph ,,ii1 cet empereur philosophe1 ce ,titus selon ,voltaire1 ce buste de csar romain dans le got ,pompadour2 soit qu'il fouille dans les doubles fonds du cabinet de ,berlin et qu'il en tire cette ,histoire secrte que la cour de ,france fait livrer juridiquement aux flammes sur l'escalier du ,palais2 maladress insigne1 car de ces livres brls par la main du bourreau il s'chappait toujours des flammches et des tincelles1 lesquelles se dispersaient au loin1 selon le vent qui soufflait1 sur le toit vermoulu de la grande socit europenne1 sur la charpente des monarchies1 sur tous les esprits1 pleins d'ides inflammables1 sur toutes les ttes1 faites d'toupe alors2 soit qu'il invective au passage cette charrete de charlatans qui a fait tant de bruit sur le pav du dix-huitime sicle1 ,necker1 ,beaumarchais1 ,lavater1 ,calonne et ,cagliostro2 quel que soit le livre qu'il crit enfin1 sa pense suffit toujours au sujet1 mais son style ne suffit pas toujours sa pense4 ,son ide est constamment grande et haute2 mais1 pour sortir de son esprit1 elle se courbe et se rapetisse sous l'expression comme sous une porte trop basse4 ,except dans ses loquentes lettres madame de ,monnier1 o il est lui tout entier1 o il parle plutt qu'il n'crit1 et qui sont des harangues d'amour#b comme ses discours la ,constituante sont des harangues de rvolution2 except l1 disons-nous1 le style qu'il trouve dans son critoire est en gnral d'une forme mdiocre1 pteux1 mal li1 mou aux extrmits des phrases1 sec d'ailleurs1 se composant une couleur terne avec des pithtes banales1 pauvre en images1 ou n'offrant par places1 et bien rarement encore1 que des mosaques bizarres de mtaphores peu adhrentes entre elles4 ,on sent en le lisant que les ides de cet homme ne sont pas1 comme celles des grands prosateurs-ns1 faites de cette substance particulire qui se prte1 souple et molle1 toutes les ciselures de l'expression1 qui s'insinue bouillante et liquide dans tous les recoins du moule o l'crivain la verse1 et se fige ensuite2 lave d'abord1 granit aprs4 ,on sent1 en le lisant1 que bien des choses regrettables sont restes dans sa tte1 que le papier n'a qu'un peu prs1 que ce gnie n'est pas conform de faon s'exprimer compltement dans un livre1 et qu'une plume n'est pas le meilleur conducteur possible pour tous les fluides comprims dans ce cerveau plein de tonnerres4 ,mirabeau qui parle1 c'est ,mirabeau4 ,mirabeau qui parle1 c'est l'eau qui coule1 c'est le flot qui cume1 c'est le feu qui tincelle1 c'est l'oiseau qui vole1 c'est une chose qui fait son bruit propre1 c'est une nature qui accomplit sa loi4 ,spectacle toujours sublime et harmonieux6 ,mirabeau la tribune1 tous les contemporains sont unanimes sur ce point maintenant1 c'est quelque chose de magnifique4 ,l1 il est bien lui1 lui tout entier1 lui tout-puissant4 ,l1 plus de table1 plus de papier1 plus d'critoire hrisse de plumes1 plus de cabinet solitaire1 plus de silence et de mditation2 mais un marbre qu'on peut frapper1 un escalier qu'on peut monter en courant1 une tribune1 espce de cage de cette sorte de bte fauve1 o l'on peut aller et venir1 marcher1 s'arrter1 souffler1 haleter1 croiser ses bras1 crisper ses poings1 peindre sa parole avec son geste1 et illuminer une ide avec un coup d'oeil2 un tas d'hommes qu'on peut regarder fixement2 un grand tumulte1 magnifique accompagnement pour une grande voix2 une foule qui hait l'orateur1 l'assemble1 enveloppe d'une foule qui l'aime1 le peuple2 autour de lui toutes ces intelligences1 toutes ces mes1 toutes ces passions1 toutes ces mdiocrits1 toutes ces ambitions1 toutes ces natures diverses et qu'il connat1 et desquelles il peut tirer le son qu'il veut comme des touches d'un immense clavecin2 au-dessus de lui la vote de la salle de l'assemble constituante1 vers laquelle ses yeux se lvent souvent comme pour y chercher des penses1 car on renverse les monarchies avec les ides qui tombent d'une pareille vote sur une pareille tte4 ,oh6 qu'il est bien l sur son terrain1 cet homme6 qu'il y a bien le pied ferme et sr6 ,que ce gnie qui s'amoindrissait dans des livres est grand dans un discours6 comme la tribune change heureusement les conditions de la production extrieure pour cette pense6 ,aprs ,mirabeau crivain1 ,mirabeau orateur1 quelle transfiguration6 ,tout en lui tait puissant4 ,son geste brusque et saccad tait plein d'empire4 ,a la tribune1 il avait un colossal mouvement d'paules comme l'lphant qui porte sa tour arme en guerre4 ,lui1 il portait sa pense4 ,sa voix1 lors mme qu'il ne jetait qu'un mot de son banc1 avait un accent formidable et rvolutionnaire qu'on dmlait dans l'assemble comme le rugissement du lion dans la mnagerie4 ,sa chevelure1 quand il secouait la tte1 avait quelque chose d'une crinire4 ,son sourcil remuait tout1 comme celui de ,jupiter1 cuncta surpercilio moventis4 ,ses mains quelquefois semblaient ptrir le marbre de la tribune4 ,tout son visage1 toute son attitude1 toute sa personne tait bouffie d'un orgueil plthorique qui avait sa grandeur4 ,sa tte avait une laideur grandiose et fulgurante dont l'effet par moments tait lectrique et terrible4 ,dans les premiers temps1 quand rien n'tait encore visiblement dcid pour ou contre la royaut2 quand la partie avait l'air presque gale entre la monarchie encore forte et les thories encore faibles2 quand aucune des ides qui devaient plus tard avoir l'avenir n'tait encore arrive sa croissance complte2 quand la rvolution1 mal garde et mal arme1 paraissait facile prendre d'assaut1 il arrivait quelquefois que le ct droit1 croyant avoir jet bas quelque mur de la forteresse1 se ruait en masse sur elle avec des cris de victoire2 alors la tte monstrueuse de ,mirabeau apparaissait la brche et ptrifiait les assaillants4 ,le gnie de la rvolution s'tait forg une gide avec toutes les doctrines amalgames de ,voltaire1 d',helvtius1 de ,diderot1 de ,bayle1 de ,montesquieu1 de ,hobbes1 de ,locke et de ,rousseau1 il avait mis la tte de ,mirabeau au milieu4 ,il n'tait pas seulement grand la tribune1 il tait grand sur son sige2 l'interrupteur galait en lui l'orateur4 ,il mettait souvent autant de choses dans un mot que dans un discours4 ,la ,fayette a une arme1 disait-il ,m4 de ,suleau1 mais j'ai ma tte4 ,il interrompait ,robespierre avec cette parole profonde3 ,cet homme ira loin1 car il croit tout ce qu'il dit4 ,il interpellait la cour dans l'occasion3 ,la cour affame le peuple4 ,trahison6 ,le peuple lui vendra la constitution pour du pain4 ,tout l'instinct du grand rvolutionnaire est dans ce mot4 ,l'abb ,sieys6 disait-il1 mtaphysicien voyageant sur une mappemonde4 ,posant ainsi une touche vive sur l'homme de thorie toujours prt enjamber les mers et les montagnes4 ,il tait par moments d'une simplicit admirable4 ,un jour1 ou plutt un soir1 dans son discours du #c mai1 au moment o il luttait1 comme l'athlte deux cestes1 du bras gauche contre l'abb ,maury et du bras droit contre ,robespierre1 ,m4 de ,cazals1 avec son assurance d'homme mdiocre1 lui jette cette interruption3--,vous tes un bavard1 et voil tout4 ,mirabeau se tourne vers l'abb ,goutes1 qui occupait le fauteuil3 ,monsieur le prsident1 dit-il avec une grandeur d'enfant1 faites donc taire ,m4 de ,cazals1 qui m'appelle bavard4 ,l'assemble nationale voulait commencer une adresse au roi par cette phrase3 ,l'assemble apporte aux pieds de votre majest une offrande1 etc4--,la majest n'a pas de pieds1 dit froidement ,mirabeau4 ,l'assemble veut dire un peu plus loin qu'elle est ivre de la gloire de son roi4--,y pensez-vous8 objecte ,mirabeau2 des gens qui font des lois et qui sont ivres6 ,quelquefois il caractrisait d'un mot qu'on et dit traduit de ,tacite1 l'histoire et le genre de gnie de toute une maison souveraine4 ,il criait aux ministres par exemple3 ,ne me parlez pas de votre duc de ,savoie1 mauvais voisin de toute libert6 ,quelquefois il riait4 ,le rire de ,mirabeau1 chose formidable4 ,il raillait la ,bastille4 ,il y a eu1 disait-il1 cinquante-quatre lettres de cachet dans ma famille1 et j'en ai eu dix-sept pour ma part4 ,vous voyez que j'ai t trait en an de ,normandie4 ,il se raillait lui-mme4 ,il est accus par ,m4 de ,valfond d'avoir parcouru1 le #f octobre1 les rangs du rgiment de ,flandre1 un sabre nu la main1 et parlant aux soldats4 ,quelqu'un dmontre que le fait concerne ,m4 de ,gamaches1 et non pas ,mirabeau2 et ,mirabeau ajoute3 ,ainsi1 tout pes1 tout examin1 la dposition de ,m4 de ,valfond n'a rien de bien fcheux que pour ,m4 de ,gamaches1 qui se trouve lgalement et vhmentement souponn d'tre fort laid1 puisqu'il me ressemble4 ,quelquefois il souriait4 ,lorsque la question de la rgence se dbat devant l'assemble1 le ct gauche pense ,m4 le duc d',orlans1 et le ct droit ,m4 le prince de ,cond1 alors migr en ,allemagne4 ,mirabeau demande qu'aucun prince ne puisse tre rgent sans avoir prt serment la constitution4 ,m4 de ,montlosier objecte qu'un prince peut avoir des raisons pour ne pas avoir prt serment2 par exemple1 il peut avoir fait un voyage outre-mer444--,mirabeau rpond3 ,le discours du propinant va tre imprim2 je demande en rdiger l'erratum4 ,outre-mer1 lisez3 outre-,rhin4 ,et cette plaisanterie dcide la question4 ,le grand orateur jouait ainsi quelquefois avec ce qu'il tuait4 ,a en croire les naturalistes1 il y a du chat dans le lion4 ,une autre fois1 comme les procureurs de l'assemble avaient barbouill un texte de loi de leur mauvaise rdaction1 ,mirabeau se lve3 ,je demande faire quelques rflexions timides sur les convenances qu'il y aurait ce que l'assemble nationale de ,france parlt franais1 et mme crivt en franais les lois qu'elle propose4 ,par moments1 au beau milieu de ses plus violentes dclamations populaires1 il se rappelait tout coup qui il tait1 et il avait de fires saillies de gentilhomme4 ,c'tait une mode oratoire alors de jeter dans tout discours une imprcation quelconque sur les massacres de la ,saint-,barthlemy4 ,mirabeau faisait son imprcation comme tout le monde2 mais il disait en passant3 ,monsieur l'amiral de ,coligny1 qui1 par parenthse1 tait mon cousin4 ,la parenthse tait digne de l'homme dont le pre crivait3 ,il n'y a qu'une msalliance dans ma famille1 les ,mdicis4--,mon cousin monsieur l'amiral de ,coligny1 c'et t impertinent la cour de ,louis ,,xiv1 c'tait sublime la cour du peuple de #agia4 ,dans un autre instant il parlait aussi de son digne cousin monsieur le garde des sceaux#c2 mais c'tait d'un autre ton4 ,le #bb septembre #aghi1 le roi fait offrir l'assemble l'abandon de son argenterie et de sa vaisselle pour les besoins de l'tat4 ,le ct droit admire1 s'extasie et pleure4 ,quant moi1 s'crie ,mirabeau1 je ne m'apitoie pas aisment sur la faence des grands4 ,son ddain tait beau1 son rire tait beau1 mais sa colre tait sublime4 ,quand on avait russi l'irriter1 quand on lui avait tout coup enfonc dans le flanc quelqu'une de ces pointes aigus qui font bondir l'orateur et le taureau1 si c'tait au milieu d'un discours1 par exemple1 il quittait tout sur-le-champ1 il laissait l les ides entames2 il s'inquitait peu que la vote de raisonnements qu'il avait commenc btir s'croult derrire lui faute de couronnement2 il abandonnait la question net et se ruait tte baisse sur l'incident4 ,alors1 malheur l'interrupteur6 malheur au torador qui lui avait jet la vanderille6 ,mirabeau fondait sur lui1 le prenait au ventre1 l'enlevait en l'air1 le foulait aux pieds4 ,il allait et venait sur lui1 il le broyait1 il le pilait4 ,il saisissait dans sa parole l'homme tout entier1 quel qu'il ft1 grand ou petit1 mchant ou nul1 boue ou poussire1 avec sa vie1 avec son caractre1 avec son ambition1 avec ses vices1 avec ses ridicules2 il n'omettait rien1 il n'pargnait rien1 il ne manquait rien2 il cognait dsesprment son ennemi sur les angles de la tribune2 il faisait trembler1 il faisait rire2 tout mot portait coup1 toute phrase tait flche2 il avait la furie au coeur1 c'tait terrible et superbe4 ,c'tait une colre lionne4 ,grand et puissant orateur1 beau surtout dans ce moment-l6 ,c'est alors qu'il fallait voir comme il chassait au loin tous les nuages de la discussion6 ,c'est alors qu'il fallait voir comme son souffle orageux faisait moutonner toutes les ttes de l'assemble6 ,chose singulire6 il ne raisonnait jamais mieux que dans l'emportement4 ,l'irritation la plus violente1 loin de disjoindre son loquence dans les secousses qu'elle lui donnait1 dgageait en lui une sorte de logique suprieure1 et il trouvait des arguments dans la fureur comme un autre des mtaphores4 ,soit qu'il fit rugir son sarcasme aux dents acres sur le front ple de ,robespierre1 ce redoutable inconnu qui1 deux ans plus tard1 devait traiter les ttes comme ,phocion les discours2 soit qu'il mcht avec rage les dilemmes filandreux de l'abb ,maury1 et qu'il les recracht au ct droit1 tordus1 dchirs1 disloqus1 dvors demi et tout couverts de l'cume de sa colre2 soit qu'il enfont les ongles de son syllogisme dans la phrase molle et flasque de l'avocat ,target1 il tait grand et magnifique1 et il avait une sorte de majest formidable que ne drangeaient pas ses bonds les plus effrns4 ,nos pres nous l'ont dit1 qui n'avait pas vu ,mirabeau en colre n'avait pas vu ,mirabeau4 ,dans la colre son gnie faisait la roue et talait toutes ses splendeurs4 ,la colre allait bien cet homme1 comme la tempte l'ocan4 ,et1 sans le vouloir1 dans ce que nous venons d'crire pour figurer la surnaturelle loquence de cet homme1 nous l'avons peinte par la confusion mme des images4 ,mirabeau1 en effet1 ce n'tait pas seulement le taureau1 ou le lion1 ou le tigre1 ou l'athlte1 ou l'archer1 ou l'aigle1 ou le paon1 ou l'aquilon1 ou l'ocan2 c'tait1 dans une srie indfinie de surprenantes mtamorphoses1 tout cela la fois4 ,c'tait ,prote4 ,pour qui l'a vu1 pour qui l'a entendu1 ses discours sont aujourd'hui lettre morte4 ,tout ce qui tait saillie1 relief1 couleur1 haleine1 mouvement1 vie et me1 a disparu4 ,tout dans ces belles harangues aujourd'hui est gisant terre1 plat sur le sol4 ,o est le souffle qui faisait tourbillonner toutes ces ides comme les feuilles dans l'ouragan8 ,voil bien le mot2 mais o est le geste8 ,voil le cri1 o est l'accent8 ,voil la parole1 o est le regard8 ,voil le discours1 o est la comdie de ce discours8 ,car1 il faut le dire1 dans tout orateur il y a deux choses1 un penseur et un comdien4 ,le penseur reste1 le comdien s'en va avec l'homme4 ,talma meurt tout entier1 ,mirabeau demi4 ,dans l'assemble constituante il y avait une chose qui pouvantait ceux qui regardaient attentivement1 c'tait la convention4 ,pour quiconque a tudi cette poque1 il est vident que ds #aghi la convention tait dans l'assemble constituante4 ,elle y tait l'tat de germe1 l'tat de foetus1 l'tat d'bauche4 ,c'tait encore quelque chose d'indistinct pour la foule1 c'tait dj quelque chose de terrible pour qui savait voir4 ,un rien sans doute2 une nuance plus fonce que la couleur gnrale2 une note dtonnant parfois dans l'orchestre2 un refrain morose dans un choeur d'esprances et d'illusions2 un dtail qui offrait quelque discordance avec l'ensemble2 un groupe sombre dans un coin obscur2 quelques bouches donnant un certain accent de certains mots2 trente voix1 rien que trente voix1 qui devaient plus tard se ramifier1 suivant une effrayante loi de multiplication1 en ,girondins1 en ,plaine et en ,montagne2 #ic1 en un mot1 point noir dans le ciel bleu de #hi4 ,tout tait dj dans ce point noir1 le #ba janvier1 le #ca mai1 le #i thermidor1 sanglante trilogie2 ,buzot qui devait dvorer ,louis ,,xvi1 ,robespierre qui devait dvorer ,buzot1 ,vadier qui devait dvorer ,robespierre1 trinit sinistre4 ,parmi ces hommes1 les plus mdiocres et les plus ignors1 ,hbrard et ,putraink1 par exemple1 avaient un sourire trange dans les discussions1 et semblaient garder sur l'avenir une pense quelconque qu'ils ne disaient pas4 ,a notre avis1 l'historien devrait avoir des microscopes pour examiner la formation d'une assemble dans le ventre d'une autre assemble4 ,c'est une sorte de gestation qui se reproduit souvent dans l'histoire1 et qui1 selon nous1 n'a pas t assez observe4 ,dans le cas prsent1 ce n'tait certes pas un dtail insignifiant sur la surface du corps lgislatif que cette excroissance mystrieuse qui contenait l'chafaud dj tout dress du roi de ,france4 ,c'tait une chose qui devait avoir une forme monstrueuse que l'embryon de la convention dans le flanc de la constituante4 ,oeuf de vautour port par une aigle4 ,ds lors1 beaucoup de bons esprits dans l'assemble constituante s'effrayaient de la prsence de ces quelques hommes impntrables qui semblaient se tenir en rserve pour une autre poque4 ,ils sentaient qu'il y avait bien des ouragans dans ces poitrines dont il s'chappait peine quelques souffles4 ,ils se demandaient si ces aquilons ne se dchaneraient pas un jour1 et ce que deviendraient alors toutes les choses essentielles la civilisation que #hi n'avait pas dracines4 ,rabaut ,saint-tienne1 qui croyait la rvolution finie et qui le disait tout haut1 flairait avec inquitude ,robespierre1 qui ne la croyait pas commence et qui le disait tout bas4 ,les dmolisseurs prsents de la monarchie tremblaient devant les dmolisseurs futurs de la socit4 ,ceux-ci1 comme tous les hommes qui ont l'avenir et qui le savent1 taient hautains1 hargneux et arrogants1 et le moindre d'entre eux coudoyait ddaigneusement les principaux de l'assemble4 ,les plus nuls et les plus obscurs jetaient1 selon leur humeur et leur fantaisie1 d'insolentes interruptions aux plus graves orateurs2 et1 comme tout le monde savait qu'il y avait des vnements pour ces hommes dans un prochain avenir1 personne n'osait leur rpliquer4 ,c'est dans ces moments o l'assemble qui devait venir un jour faisait peur l'assemble qui existait1 c'est alors que se manifestait avec splendeur le pouvoir d'exception de ,mirabeau4 ,dans le sentiment de sa toute-puissance1 et sans se douter qu'il ft une chose si grande1 il criait au groupe sinistre qui coupait la parole la constituante3 ,silence aux trente voix6 et la convention se taisait4 ,cet antre d'ole resta silencieux et contenu tant que ,mirabeau tint le pied sur le couvercle4 ,mirabeau mort1 toutes les arrire-penses anarchiques firent irruption4 ,nous le rptons d'ailleurs1 nous croyons que ,mirabeau est mort propos4 ,aprs avoir dchan bien des orages dans l'tat1 il est vident que pendant un temps il a comprim sous son poids toutes les forces divergentes auxquelles il tait rserv d'achever la ruine qu'il avait commence2 mais elles se condensaient par cette compression mme1 et tt ou tard1 selon nous1 l'explosion rvolutionnaire devait trouver issue et jeter au loin ,mirabeau1 tout gant qu'il tait4 ,concluons4 ,si nous avions rsumer ,mirabeau d'un mot1 nous dirions3 ,mirabeau1 ce n'est pas un homme1 ce n'est pas un peuple1 c'est un vnement qui parle4 ,un immense vnement6 la chute de la forme monarchique en ,france4 ,sous ,mirabeau1 ni la monarchie ni la rpublique n'taient possibles4 ,la monarchie l'excluait par sa hirarchie1 la rpublique par son niveau4 ,mirabeau est un homme qui passe dans une poque qui prpare4 ,pour que l'envergure de ,mirabeau s'y dployt l'aise1 il fallait que l'atmosphre sociale ft dans cet tat particulier o rien de prcis et d'enracin dans le sol ne rsiste1 o tout obstacle l'essor des thories se refoule aisment1 o les principes qui feront un jour le fond solide de la socit future sont encore en suspension1 sans trop de forme ni de consistance1 attendant1 dans ce milieu o ils flottent ple-mle en tourbillon1 l'instant de se prcipiter et de se cristalliser4 ,toute institution assise a des angles auxquels le gnie de ,mirabeau se ft peut-tre bris l'aile4 ,mirabeau avait un sens profond des choses1 il avait aussi un sens profond des hommes4 ,a son arrive aux tats gnraux1 il observa longtemps en silence1 dans l'assemble et hors de l'assemble1 le groupe alors si pittoresque des partis4 ,il devina l'insuffisance de ,mounier1 de ,malouet et de ,rabaut ,saint-tienne1 qui rvaient une conclusion anglaise4 ,il jugea froidement la passion de ,chapelier1 la brivet d'esprit de ,ption1 la mauvaise emphase littraire de ,volney2 l'abb ,maury1 qui avait besoin d'une position2 d'prmesnil et ,adrien ,duport1 parlementaires de mauvaise humeur et non tribuns2 ,roland1 ce zro dont la femme tait le chiffre2 ,grgoire1 qui tait l'tat de somnambulisme politique4 ,il vit tout de suite le fond de ,sieys1 si peu pntrable qu'il ft4 ,il enivra de ses ides ,camille ,desmoulins1 dont la tte n'tait pas assez forte pour les porter4 ,il fascina ,danton1 qui lui ressemblait en moins grand et en plus laid4 ,il n'essaya aucune sduction prs des ,guillermy1 des ,lautrec et des ,cazals1 sortes de caractres insolubles dans les rvolutions4 ,il sentait que tout allait marcher si vite1 qu'on n'avait pas de temps perdre4 ,d'ailleurs1 plein de courage et n'ayant jamais peur de l'homme du jour1 ce qui est rare1 ni de l'homme du lendemain1 ce qui est plus rare encore1 toute sa vie il fut hardi avec ceux qui taient puissants2 il attaqua successivement dans leur temps ,maupeou et ,terray1 ,calonne et ,necker4 ,il s'approcha du duc d',orlans1 le toucha et le quitta aussitt4 ,il regarda ,robespierre en face et ,marat de travers4 ,il avait t successivement enferm l'le de ,rh1 au chteau d',if1 au fort de ,joux1 au donjon de ,vincennes4 ,il se vengea de toutes ces prisons sur la ,bastille4 ,dans ses captivits1 il lisait ,tacite4 ,il le dvorait1 il s'en nourrissait2 et1 quand il arriva la tribune en #aghi1 il avait encore la bouche pleine de cette moelle de lion4 ,on s'en aperut aux premires paroles qu'il pronona4 ,il n'avait pas l'intelligence de ce que voulaient ,robespierre et ,marat4 ,il regardait l'un comme un avocat sans causes et l'autre comme un mdecin sans malades1 et il supposait que c'tait le dpit qui les faisait divaguer4 ,opinion qui d'ailleurs avait son ct vrai4 ,il tournait le dos compltement aux choses qui venaient si grands pas derrire lui4 ,comme tous les rgnrateurs radicaux1 il avait l'oeil bien plus fix sur les questions sociales que sur les questions politiques4 ,son oeuvre1 lui1 ce n'est pas la rpublique1 c'est la rvolution4 ,ce qui prouve qu'il est le vrai grand homme essentiel de ces temps-l1 c'est qu'il est rest plus grand qu'aucun des hommes qui ont grandi aprs lui dans le mme ordre d'ides que lui4 ,son pre1 qui ne le comprenait pas plus1 quoiqu'il l'et engendr1 que la constituante ne comprenait la convention1 disait de lui3 ,cet homme n'est ni la fin ni le commencement d'un homme4 ,il avait raison4 ,cet homme tait la fin d'une socit et le commencement d'une autre4 ,mirabeau n'importe pas moins l'oeuvre gnrale du dix-huitime sicle que ,voltaire4 ,ces deux hommes avaient des missions semblables1 dtruire les vieilles choses et prparer les nouvelles4 ,le travail de l'un a t continu et l'a occup1 aux yeux de l',europe1 durant toute sa longue vie4 ,l'autre n'a paru sur la scne que peu d'instants4 ,pour faire leur besogne commune1 le temps a t donn ,voltaire par annes et ,mirabeau par journes4 ,cependant ,mirabeau n'a pas moins fait que ,voltaire4 ,seulement l'orateur s'y prend autrement que le philosophe4 ,chacun attaque la vie du corps social sa faon4 ,voltaire dcompose1 ,mirabeau crase4 ,le procd de ,voltaire est en quelque sorte chimique1 celui de ,mirabeau est tout physique4 ,aprs ,voltaire1 une socit est en dissolution2 aprs ,mirabeau1 en poussire4 ,voltaire1 c'est un acide2 ,mirabeau1 c'est une massue4 #a3 ,mme du ,saillant4 #b3 ,nous entendons ne qualifier ainsi que celles de ces lettres qui sont passion pure4 ,nous jetons sur les autres le voile qui convient4 #c3 ,m4 de ,barentin4 ,sance du #bd juin #aghi4 ,,vii ,si maintenant1 pour complter l'ensemble que nous avons essay d'baucher de ,mirabeau et de son poque1 nous reportons les yeux sur nous1 il est ais de voir1 au point o se trouve aujourd'hui le mouvement social commenc en #hi1 que nous n'aurons plus d'hommes comme ,mirabeau1 sans que personne puisse dire d'ailleurs prcisment de quelle forme seront les grands hommes politiques que nous rserve l'avenir4 ,les ,mirabeau ne sont plus ncessaires1 donc ils ne sont plus possibles4 ,la providence ne cre pas des hommes pareils quand ils sont inutiles4 ,elle ne jette pas de cette graine-l au vent4 ,et en effet1 quoi pourrait servir maintenant un ,mirabeau8 ,un ,mirabeau1 c'est une foudre4 ,qu'y a-t-il foudroyer8 ,o sont dans la rgion politique les objets trop haut placs qui attirent le tonnerre8 ,nous ne sommes plus comme en #aghi1 o il y avait dans l'ordre social tant de choses disproportionnes4 ,aujourd'hui le sol est peu prs nivel2 tout est plan1 ras1 uni4 ,un orage comme ,mirabeau qui passerait sur nous ne trouverait pas un seul sommet o s'accrocher4 ,ce n'est pas dire1 parce que nous n'aurons plus besoin d'un ,mirabeau1 que nous n'ayons plus besoin de grands hommes4 ,bien au contraire4 ,il y a certes beaucoup travailler encore4 ,tout est dfait1 rien n'est refait4 ,dans les moments comme celui o nous sommes1 le parti de l'avenir se divise en deux classes1 les hommes de rvolution1 les hommes de progrs4 ,ce sont les hommes de rvolution qui dchirent la vieille terre politique1 creusent le sillon1 jettent la semence2 mais leur temps est court4 ,aux hommes de progrs appartiennent la lente et laborieuse culture des principes1 l'tude des saisons propices la greffe de telle ou telle ide1 le travail au jour le jour1 l'arrosement de la jeune plante1 l'engrais du sol1 la rcolte pour tous4 ,ils vont courbs et patients1 sous le soleil ou sous la pluie1 dans le champ public1 pierrant cette terre couverte de ruines1 extirpant les chicots du pass qui accrochent encore et l1 dracinant les souches mortes des anciens rgimes1 sarclant les abus1 cette mauvaise herbe qui pousse si vite dans toutes les lacunes de la loi4 ,il leur faut bon oeil1 bon pied1 bonne main4 ,dignes et consciencieux travailleurs1 souvent bien mal pays6 ,or1 selon nous1 l'heure qu'il est1 les hommes de rvolution ont accompli leur tche4 ,ils ont eu tout rcemment encore leurs trois jours de semailles en juillet4 ,qu'ils laissent faire maintenant les hommes de progrs4 ,aprs le sillon1 l'pi4 ,mirabeau1 c'est un grand homme de rvolution4 ,il nous faut maintenant le grand homme du progrs4 ,nous l'aurons4 ,la ,france a une initiative trop importante dans la civilisation du globe1 pour que les hommes spciaux lui fassent jamais faute4 ,la ,france est la mre majestueuse de toutes les ides qui sont aujourd'hui en mission chez tous les peuples4 ,on peut dire que la ,france1 depuis deux sicles1 nourrit le monde du lait de ses mamelles4 ,la grande nation a le sang gnreux et riche et les entrailles fcondes2 elle est inpuisable en gnies2 elle tire de son sein toutes les grandes intelligences dont elle a besoin2 elle a toujours des hommes la mesure de ses vnements1 et il ne lui manque dans l'occasion ni des ,mirabeau pour commencer ses rvolutions ni des ,napolon pour les finir4 ,la providence ne lui refusera certainement pas le grand homme social1 et non plus seulement politique1 dont l'avenir a besoin4 ,en attendant qu'il vienne1 sans doute1 peu d'exceptions prs1 les hommes qui font de l'histoire pour le moment sont petits2 sans doute il est triste que les grands corps de l'tat manquent d'ides gnrales et de larges sympathies2 sans doute il est affligeant qu'on emploie des badigeonnages le temps qu'on devrait donner des constructions2 sans doute il est trange qu'on oublie que la souverainet vritable est celle de l'intelligence1 qu'il faut avant tout clairer les masses1 et que1 quand le peuple sera intelligent1 alors seulement le peuple sera souverain2 sans doute il est honteux que les magnifiques prmisses de #hi aient amen de certains corollaires comme une tte de sirne amne une queue de poisson1 et que des gcheurs aient pauvrement plaqu tant de lois de pltre sur des ides de granit2 sans doute il est dplorable que la rvolution franaise ait eu de si maladroits accoucheurs2 sans doute4 ,mais rien d'irrparable n'a encore t fait2 aucun principe essentiel n'a t touff dans l'enfantement rvolutionnaire2 aucun avortement n'a eu lieu2 toutes les ides qui importent la civilisation future sont nes viables1 et prennent chaque jour force1 taille et sant4 ,certes1 quand #ahad est arriv1 toutes ces ides1 filles de la rvolution1 taient bien jeunes et bien petites encore1 et tout fait au berceau2 et la restauration1 il faut en convenir1 leur a t une maigre et mauvaise nourrice4 ,cependant1 il faut en convenir aussi1 elle n'en a tu aucune4 ,le groupe des principes est complet4 ,a l'heure o nous sommes1 toute critique est possible2 mais l'homme sage doit avoir pour l'poque entire un regard bienveillant4 ,il doit esprer1 se confier1 attendre4 ,il doit tenir compte aux hommes de thorie de la lenteur avec laquelle poussent les ides2 aux hommes de pratique1 de cet troit et utile amour des choses qui sont1 sans lequel la socit se dsorganiserait dans les expriences successives2 aux passions1 de leurs digressions gnreuses et fcondantes2 aux intrts1 de leurs calculs qui rattachent les classes entre elles dfaut de croyances2 aux gouvernements1 de leurs ttonnements vers le bien dans l'ombre2 aux oppositions1 de l'aiguillon qu'elles ont sans cesse au poing et qui fait tracer au boeuf le sillon2 aux partis mitoyens1 de l'adoucissement qu'ils apportent aux transitions2 aux partis extrmes1 de l'activit qu'ils impriment la circulation des ides1 lesquelles sont le sang mme de la civilisation2 aux amis du pass1 du soin qu'ils prennent de quelques racines vivaces2 aux zlateurs de l'avenir1 de leur amour pour ces belles fleurs qui seront un jour de beaux fruits2 aux hommes mrs1 de leur modration2 aux hommes jeunes1 de leur patience2 ceux-ci1 de ce qu'ils font2 ceux-l1 de ce qu'ils veulent faire2 tous1 de la difficult de tout4 ,nous ne nierons pas d'ailleurs tout ce que l'poque o nous vivons a d'orageux et de troubl4 ,la plupart des hommes qui font quelque chose dans l'tat ne savent pas ce qu'ils font4 ,ils travaillent dans la nuit sans y voir4 ,demain1 quand il fera jour1 ils seront peut-tre tout surpris de leur oeuvre4 ,charms ou effrays1 qui sait8 ,il n'y a plus rien de certain dans la science politique2 toutes les boussoles sont perdues2 la socit chasse sur ses ancres2 depuis vingt ans on lui a dj chang trois fois ce grand mt qu'on appelle la dynastie1 et qui est toujours le premier frapp de la foudre4 ,la loi dfinitive de rien ne se rvle encore4 ,le gouvernement1 tel qu'il est1 n'est l'affirmation d'aucune chose2 la presse1 si grande et si utile d'ailleurs1 n'est qu'une ngation perptuelle de tout4 ,aucune formule nette de civilisation et de progrs n'a encore t rdige4 ,la rvolution franaise a ouvert pour toutes les thories sociales un livre immense1 une sorte de grand testament4 ,mirabeau y a crit son mot1 ,robespierre le sien1 ,napolon le sien4 ,louis ,,xviii y a fait une rature4 ,charles ,x a dchir la page4 ,la chambre du #g aot l'a recolle peu prs1 mais voil tout4 ,le livre est l1 la plume est l4 ,qui osera crire8 ,les hommes actuels semblent peu de chose sans doute2 cependant quiconque pense doit fixer sur l'bullition sociale un regard attentif4 ,certes1 nous avons ferme confiance et ferme espoir4 ,eh6 qui ne sent que1 dans ce tumulte et dans cette tempte1 au milieu de ce combat de tous les systmes et de toutes les ambitions qui fait tant de fume et tant de poussire1 sous ce voile qui cache encore aux yeux la statue sociale et providentielle peine bauche1 derrire ce nuage de thories1 de passions1 de chimres qui se croisent1 se heurtent et s'entre-dvorent dans l'espce de jour brumeux qu'elles dchirent de leurs clairs1 travers ce bruit de la parole humaine qui parle la fois toutes les langues par toutes les bouches1 sous ce violent tourbillon de choses1 d'hommes et d'ides qu'on appelle le dix-neuvime sicle1 quelque chose de grand s'accomplit8 ,dieu reste calme et fait son oeuvre4 ,,table ,,but ,,de ,,cette ,,publication ,,journal ,,des ,,id,,es ,,des ,,opinions ,,et ,,des ,,lectures ,d',,un ,,jeune ,,jacobite ,,de #ahai ,,histoire ,,fragments ,,de ,,critique ,,th,,tre ,,fantaisie ,,journal ,,des ,,id,,es ,,et ,,des ,,opinions ,d',,un ,r,,volutionnaire ,,de #ahcj ,,aout ,,septembre ,,octobre ,,novembre ,d,,cembre ,,janvier ,f,,vrier ,,mars ,,derniers ,,feuillets ,,sans ,,date #ahbc-ahbd ,,sur ,,voltaire ,,sur ,,walter ,,scott1 ,a ,,propos ,,de ,quentin ,durward4 ,,sur ,l',,abb ,,de ,,lamennais1 ,a ,,propos ,,de ,l',essai sur l'indiffrence en matire de religion ,,sur ,,lord ,,byron1 ,a ,,propos ,,de ,,sa ,,mort ,,id,,es ,,au ,,hasard #ahbg ,,fragment ,d',,histoire #ahcj ,,sur ,m4 ,,dovalle #ahbe-ahcb ,,guerre ,,aux ,d,,molisseurs6 #ahbe #ahcb #ahcc ,,ymbert ,,galloix #ahcd ,,sur ,,mirabeau