,,mile ,,faguet ,de l',acadmie ,franaise ,les ,prjugs ,ncessaires ,,paris ,,soci,t ,,fran,,aise ,d',,imprimerie ,,et ,,de ,,librairie ,,ancienne ,,librairie ,,lec,,ne1 ,,oudin ,,et ,cie #ae1 rue de ,cluny1 #ae #aiaa ,,en ,,vente ,a ,,la ,m,,me ,,librairie ,ouvrages de ,m4 mile ,faguet ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,seizime sicle4--,dix-septime sicle4--,dix-huitime sicle4--,dix-neuvime sicle1 tudes littraires1 quatre volumes in-#ah jsus1 brochs #c #ej ,chaque volume se vend sparment4 ,politiques et ,moralistes du dix-neuvime sicle4 ,trois sries1 formant chacune un volume in-#ah jsus1 broch #c #ej ,l'ouvrage est complet en trois sries4 ,chaque volume se vend sparment4 ,politique compare de ,montesquieu1 ,rousseau et ,voltaire4 ,un vol4 in-#ah jsus1 troisime mille #c #ej ,propos littraires4 ,cinq sries1 formant chacune un volume in-#ah jsus1 broch 7chaque volume se vend sparment7 #c #ej ,propos de thtre4 ,cinq sries1 formant chacune un volume in-#ah jsus1 broch 7chaque volume se vend sparment7 #c #ej ,le ,libralisme4 ,un volume in-#ah jsus1 huitime mille1 broch #c #ej ,l',anticlricalisme4 ,un vol4 in-#ah jsus1 septime mille1 broch #c #ej ,le ,socialisme en #aijg4 ,un vol4 in-#ah jsus1 huitime mille1 broch #c #ej ,le ,pacifisme4 ,un vol4 in-#ah jsus1 troisime mille1 broch #c #ej ,le ,fminisme4 ,un vol4 in-#ah jsus1 broch #c #ej ,discussions politiques4 ,un vol4 in-#ah jsus1 broch #c #ej ,la ,dmission de la ,morale4 ,un volume in-#ah jsus1 broch #c #ej ,en lisant ,nietzsche4 ,un volume in-#ah jsus1 cinquime mille1 broch #c #ej ,pour qu'on lise ,platon4 ,un vol4 in-#ah jsus1 broch #c #ej ,amours d'hommes de lettres4 ,un volume in-#ah jsus1 cinquime mille1 broch #c #ej ,simplification simple de l'orthographe4 ,une piqre in-#ah jsus #j #fj ,madame de ,maintenon ,institutrice4 ,un volume in-#ab1 orn d'un portrait1 #c;e dition1 broch #a #ej ,corneille4 ,un vol4 in-#h ,illustr1 #i;e dition1 broch #b ,la ,fontaine4 ,un vol4 in-#h ,illustr1 #aa;e dition1 broch #b ,voltaire4 ,un vol4 in-#h illustr1 #h;e dition1 broch #b ,discours de rception l',acadmie franaise1 avec la rponse de ,m4 mile ,ollivier4 ,une brochure in-#ah jsus #a #ej ,rponse de ,m4 mile ,faguet au discours de rception de ,m4 ,ren ,doumic4 ,sance de l',acadmie franaise du #g avril #aiaj4 ,une brochure in-#ah jsus #a ,cours de posie franaise4 ,leon d'inauguration4 ,une piqre #j #ej ,les ,prjugs ncessaires ,,chapitre ,i ,l',,animal ,,social ,c'est encore une question si l'homme est n pour la socit1 si l'homme est un animal social4 ,incontestablement il en a l'air1 puisqu'on n'a point rencontr1 si ce n'est de faon tout exceptionnelle et accidentelle1 un homme vivant isol1 ni mme un homme vivant solitairement en famille1 entour strictement de sa femme et de ses enfants1 comme un oiseau4 ,l'homme a incontestablement l'air d'tre n pour vivre en socit4 ,cependant on peut rflchir ceci4 ,l'homme1 s'il ne ressemble pas aux animaux insociaux1 ne ressemble pas non plus aux btes sociales1 aux btes formant des socits animales1 et c'est quoi l'on n'a pas assez rflchi4 ,parmi les animaux il y en a qui ne vivent que familialement1 mle1 femelle1 petits4 ,ils ne sont pas sociaux4 ,il y en a qui vivent en socit3 fourmis1 abeilles4 ,les premiers sont trs loigns du type humain2 mais les autres n'en sont pas moins loigns2 car l'instinct social est chez eux si fort qu'il n'y a plus proprement parler d'instinct individuel et qu'on peut douter s'il y a une me de fourmi et s'il n'y a pas seulement une me de la fourmilire1 si la fourmi est un animal ou si ce n'est pas la fourmilire qui en est un1 si l'abeille est un animal ou si elle n'est pas seulement un organe de cet animal3 la ruche4 ,donc1 ou insociaux et incomparables l'homme1 ou tellement plus sociaux que l'homme qu'ils sont galement incomparables l'homme2 voil les animaux que nous connaissons4 ,il y a des intermdiaires4 ,il y a les animaux grgaires1 qui ne vivent pas en socits1 qui n'ont pas d'organisation sociale1 mais qui vivent en troupes et qui obissent1 d'une faon accidentelle1 des impulsions communes4 ,les moutons ne sont pas organiss en socit1 mais ils aiment se suivre1 et en cas de danger ils se groupent et se serrent les uns contre les autres4 ,les hirondelles se runissent en socit1 soit d'une faon accidentelle1 soit d'une faon intermittente4 ,en cas de msaventure de l'une d'elles1 elles lui prtent toutes secours et se prodiguent pour elles en bons offices4 ,aux poques de dpart pour d'autres climats1 elles se constituent en socit trs rgle et trs discipline4 ,c'est aux animaux grgaires beaucoup plus qu'aux animaux insociaux ou aux animaux sociaux que l'homme ressemble4 ,il a des instincts sociaux qu'il laisse volontiers dormir tant que la socit dont il fait partie n'est pas en danger1 qui se rveillent1 quelquefois trs nergiques1 quand cette socit court un pril4 ,il a des instincts individuels1 trs ombrageux1 qui font qu'il souffre trs vivement des exigences de cette socit ou seulement de son existence quand elle n'est pas en danger et qu'il ne se sent pas engag dans un danger qu'elle court4 ,les sociologues qui ont assimil la socit un organisme1 un grand animal et qui ont assimil l'homme une cellule1 d'abord ont t convaincus de parfaite inexactitude scientifique2 ensuite ont rvolt l'homme1 qui ne veut nullement tre rduit au rle d'un polype dans un polypier et qui s'crie comme ,michelet3 ,qu'on me rende mon moi2 j'y tiens4 ,ceux mmes qui ont dit seulement3 ,ce ne sont pas tant les biens qu'il faut socialiser2 il faut socialiser les personnes1 ont rvolt galement et du reste ont ouvert quelques yeux ferms en faisant bien comprendre1 par la nettet redoutable de la formule1 que celui-l qui socialise les biens1 socialise du mme coup les personnes et que celui-l qui ne veut pas qu'on socialise ses biens acquis1 ou acqurir1 est un homme qui ne veut pas qu'on socialise sa personne et qu'on le fasse rouage d'une machine4 ,ainsi constitu1 individualiste trs net et trs jaloux1 rpugnant au phalanstre1 rpugnant au couvent1 rpugnant la communaut1 sans laquelle1 remarquez-le bien1 il n'y a pas de vritable socit1 mais seulement un commencement de socit1 un essai de socit1 seulement de quoi en faire une2 rpugnant tout cela1 mme dans les socits antiques1 qui compares aux ntres sont ultrasociales2 est-ce que vraiment l'homme est un tre n pour la socit1 1 par sa nature mme8 ,par sa nature mme1 je ne crois pas4 ,il me semble tre n pour tre un animal familial et aussi1 mais tout au plus1 grgaire2 familial1 c'est--dire vivant avec sa femme et ses enfants jusqu' ce que ses enfants soient levs2 grgaire1 c'est--dire reconnaissant les autres hommes comme des congnres et s'associant eux1 leur donnant secours et recevant d'eux assistance en cas de danger4 ,en le considrant dans les traits gnraux de sa nature1 qui doivent nous donner l'image de sa nature primitive1 il n'y a rien de plus4 ,rousseau en ce point a raison1 qui s'obstine dmontrer que la nature nous a faits pour tre sauvages4 ,il n'a tort1 comme nous le verrons plus loin1 que quand il croit que l'tat social est n par hasard4 ,il a raison en pensant que l'homme a pu vivre trs longtemps l'tat purement familial2 il a mme raison trs probablement1 en supposant que l'homme a vcu effectivement des sicles en cet tat4 ,mais1 sans aller plus loin1 comment mme est-il devenu animal familial 7ce qui revient se demander comment a-t-il exist78 ,locke prtendait que l'homme primitif s'attachait une femme1 comme les autres animaux1 par dsir sexuel puis pour nourrir les petits jusqu' ce qu'ils n'eussent plus besoin de soins1 et c'est--dire1 la diffrence des autres animaux1 pendant un temps extrmement long1 les premiers ns tant suivis d'autres avant que les premiers pussent pourvoir leur subsistance1 donc la mre n'tant jamais abandonne1 toujours rattache de nouveau l'homme pendant un temps qui pouvait tre de vingt ou trente ans3 les enfants non levs1 de l'un l'autre1 font la chane2 et de cette chane l'homme et la femme sont attachs l'un l'autre4 ,sans m'arrter cette ide qu'il n'y aurait mme pas besoin de cela1 puisque nous voyons des animaux dont les petits sont compltement levs en quatre mois1 comme les hirondelles1 pratiquer la monogamie2 sans m'arrter cette ide1 parce que l'homme se montre tellement polygame dans la priode historique qu'il est probable qu'il l'tait l'tat primitif et avait besoin1 pour rester familial1 de la ncessit d'lever les jeunes1 ncessit qui1 comme on a vu1 se prolongeait indfiniment2 je trouve l'ide de ,locke parfaitement juste4 ,rousseau la conteste4 ,il croit que les mles et les femelles s'unissaient fortuitement1 selon la rencontre1 l'occasion et le dsir1 et se quittaient avec la mme facilit4 --,mais alors l'humanit n'a jamais exist2 car la femelle rendue mre est morte de faim pendant les huit jours qui ont suivi son accouchement6 --,non1 dit ,rousseau3 vous raisonnez sur les faits de l'tat nature avec vos ides d'homme moderne4 ,la mre l'tat de nature est debout ds le lendemain de son accouchement1 cherche et trouve sa pture et allaite son enfant d'abord pour son propre besoin1 puis1 l'habitude le lui ayant rendu cher1 pour son besoin lui1 et sitt qu'il a la force de chercher sa pture il ne tarde pas quitter sa mre444 ,ici1 ,rousseau rencontre ,locke et il le rfute ainsi3 ,m4 ,locke prouve tout au plus qu'il pourrait bien y avoir dans l'homme un motif de demeurer attach la femme lorsqu'elle a un enfant2 mais il ne prouve nullement qu'il a d s'y attacher avant l'accouchement et pendant le temps de la grossesse4 ,si telle femme est indiffrente l'homme pendant ces neuf mois1 si mme elle lui devient inconnue1 pourquoi la secourra-t-il aprs l'accouchement8 ,pourquoi lui aidera-t-il lever un enfant qu'il ne sait pas seulement lui appartenir et dont il n'a ni rsolu ni prvu la naissance8444 ,l'un s'en va d'un ct et l'autre de l'autre1 et il n'y a pas apparence qu'au bout de neuf mois ils aient souvenir de s'tre connus444 ,une autre femme peut donc contenter les nouveaux dsirs de l'homme aussi commodment que celle qu'il a dj connue et un autre homme contenter de mme la mme femme1 supposer qu'elle soit presse du mme apptit pendant l'tat de grossesse1 de quoi l'on peut raisonnablement douter4 ,que si dans l'tat de nature la femme ne ressent plus la passion de l'amour aprs la conception1 l'obstacle sa socit avec l'homme en devient encore plus grand1 puisqu'alors elle n'a plus besoin1 ni de l'homme qui l'a fconde ni d'aucun autre4 ,il n'y a donc dans l'homme aucune raison de rechercher la mme femme1 ni dans la femme aucune raison de rechercher le mme homme4 ,et le raisonnement de ,m4 ,locke tombe en ruine4 ,il tombe peut-tre en ruine2 mais alors je me demande comment l'humanit a exist2 car ,rousseau a beau dire1 une femme1 au dernier terme de sa grossesse et dans les jours qui suivent son accouchement1 trouve difficilement sa pture4 --,aussi beaucoup succombent-elles2 mais il suffit que quelques-unes subsistent pour que l'humanit subsiste elle-mme1 trs peu d'exemplaires d'abord1 un plus grand nombre ensuite4 --,soit2 mais alors je demanderai seulement comment la famille a commenc d'tre4 ,dans le systme de ,rousseau il n'y a pas de raison pour qu'elle commence jamais1 pour qu'une premire famille existe jamais4 ,un jour que l'on demandait cela ,renan1 sous cette forme3 ,comment la socit a-t-elle commenc8 il rpondit3 ,mon ,dieu1 par hasard4 ,le hasard a beaucoup de part dans l'existence des choses4 --,mais encore8 --,eh bien1 il s'est trouv un anthropode1 qui1 pendant que sa femelle tait en gsine au fond d'une grotte1 s'est plac l'entre1 a arrach un sapin et a dit3 ,personne n'entrera6--,il avait cr la famille1 la socit1 la patrie1 la civilisation1 la morale1 ,dieu444 ,c'tait un bon chimpanz444--,le ton dont il le dit1 je ne puis pas l'crire4 ,voil qui est bien et parfaitement certain du reste4 ,mais ,renan n'avait pas expliqu comment et pourquoi le bon chimpanz s'tait attach sa femelle avant les douleurs de l'enfantement1 depuis la conception jusqu'au terme4 ,il avait1 comme ,locke1 esquiv la principale difficult4 ,il est bien certain pourtant que quelques hommes primitifs1 quelques-uns au moins1 sont rests auprs de leurs femmes primitives depuis la premire rencontre jusqu' l'accouchement4 ,mais pourquoi y sont-ils rests8 ,d'abord peut-tre par simple esprit de retour la chose gote4 ,il est vraisemblable que le primitif1 comme encore le paysan1 soit beaucoup moins polygame que l'homme civilis et revienne la femme qu'il a connue d'abord1 comme la source connue d'un plaisir2 et quand ,rousseau le voit courant une autre1 il fait prcisment ce qu'il reproche ses adversaires2 il raisonne sur les tres primitifs en homme de civilisation4 ,mais encore1 comme je suis trs convaincu de la polygamie foncire du sexe masculin1 ainsi que je l'ai dj indiqu1 je ne donne cette raison que comme vraisemblable4 ,il faut tenir plus de compte de l'habitude1 qui1 par elle seule1 qui par elle-mme1 ramenait sans doute assez naturellement l'homme la premire femme qu'il et connue4 ,cette raison1 en vrit1 serait suffisante4 ,et enfin et surtout1 quoi il est bizarre que ,rousseau n'ait pas song et quoi ,locke1 sans le dire1 tant c'tait simple1 a d penser1 c'est la ncessit mme ou la quasi-ncessit qui attachait l'homme sa pauvre compagne4 ,rousseau ici encore raisonne sur l'tat primitif avec les donnes de la civilisation1 ce qu'il reproche ,locke et ,hobbes4 ,il voit l'homme primitif ,a fcondant la femme ,b1 puis passant la femme ,c1 et ainsi de suite2 mais pour que cette papillonne ft si facile1 il faudrait que les hommes primitifs fussent trs rapprochs les uns des autres1 et dj la socit serait fonde2 il faudrait qu'elle le ft4 ,c'est une socit dj existante et depuis longtemps que1 sans y rflchir1 ,rousseau se figure4 ,ce qu'il faut se figurer1 ce sont de vastes dserts o les hommes vont errant et se rencontrent assez rarement4 ,beaucoup meurent sans avoir procr1 comme des insectes dans un bois4 ,deux individus du sexe diffrent se rencontrent2 ils ne connaissent qu'eux de leur espce4 ,ils s'unissent4 ,par attrait persistant1 habitude1 besoin de secours mutuel1 ils ne se quittent pas4 ,voil l'union qui dure depuis l'poque de la conception1 jusqu' celle de l'accouchement4 ,a cette poque1 chez l'homme la piti intervient1 comme dans l'hypothse de ,renan1 et la peur de perdre une amie1 une compagne et une esclave4 ,aussitt aprs la naissance de l'enfant1 l'amour maternel s'veille chez la mre1 si fort1 que l'homme1 se sentant abandonn1 abandonne lui-mme1 trs souvent1 la mre et l'enfant4 ,mais souvent aussi l'habitude prise et la peur de la solitude retiennent le pre4 ,s'il reste1 l'amour paternel s'veille chez lui voir l'enfant grandir1 tre amusant1 lui ressembler4 ,d'autres enfants surviennent4 ,le pre reste toujours4 ,voil une famille fonde4 ,d'autres existent1 clairsemes1 spares les unes des autres par des vallons1 des plaines et des montagnes2 mais il y a des familles humaines sur la terre4 ,les plus nombreux1 parmi les humains1 sont encore ceux qui errent et l1 s'accouplant au hasard et dont la progniture prit presque toujours en bas ge2 mais il existe des familles humaines sur la terre4--,ds que la famille existe1 il y a hostilit de ceux qui sont en famille contre ceux qui restent errants1 plus errants1 car tous le sont encore1 et qui sont un danger pour les relativement sdentaires1 qui peuvent violenter1 maltraiter leurs femmes1 les enlever1 etc4 ,la famille contient dj l'hostilit de la socit contre l'individu4 ,je ne dis pas qu'elle contienne la socit1 je dis qu'elle contient dj un des sentiments qui seront caractristiques et constitutifs de la socit4 ,voil donc l'homme l'tat familial1 comme beaucoup d'autres animaux1 mais avec cette particularit trs importante que par la ncessit d'lever des enfants qui s'lvent trs lentement1 il est en tat familial prolong et qu'au lieu d'tre en tat familial annuel1 il est en tat familial dcennal1 quindcennal1 vigintennal4 ,en un mot1 il est marqu naturellement pour avoir la mme femme jusqu'au moment o elle ne procre plus1 et alors pour l'abandonner et la laisser mourir2 plus probablement1 si l'on tient compte d'une si longue habitude1 pour la garder jusqu' sa mort lui ou jusqu' sa mort elle4 ,l'homme est naturellement cr pour la famille persistante1 prolonge et permanente4 ,c'est l'tre familial par excellence4 ,ce qui chez certains animaux1 comme les hirondelles1 formant un couple indissoluble1 ne parat qu'un got et n'est impos par aucune ncessit1 est pour l'homme au moins une quasi-ncessit naturelle4 ,il souffre s'y soumettre2 mais il souffre s'y drober4 ,plus s'y drober qu' s'y soumettre8 ,cela dpend des caractres4 ,mais il souffre s'y drober4 ,il suffit pour que la famille soit un fait trs gnral et qui1 ds qu'il existe1 par l'avantage qu'il donne l'homme familial1 l'homme entour des siens1 sur l'homme isol1 tend devenir universel4 ,mais voici dj un grand changement4 ,la famille tend fixer l'homme1 faire de l'homme1 d'tre errant1 un tre sdentaire4 ,je dis seulement qu'elle tend cela4 ,car c'est bien dit s'il le peut1 et encore faut-il qu'il soit trs errant pour chercher sa nourriture4 ,mais1 pour nourrir la femme quand elle est immobilise ou peu prs par l'enfant en bas ge2 pour nourrir l'enfant qui ne marche pas ou marche mal1 l'homme est forc de s'ingnier s'carter peu1 s'carter le moins possible4 ,certes1 la ,gense a parfaitement raison de dire que ,dieu a mis l'homme primitif dans un jardin4 ,il ne faut pas rire de cela4 ,cela signifie que la terre primitive1 non puise par l'homme1 tait tellement productive en fruits de toute sorte que l'homme n'avait pas besoin d'expditions de chasse1 d'expditions de pche et d'expditions de cueillettes1 excessives et violentes1 pour se nourrir4 ,sans doute encore1 en raction contre ,lucrce et contre le tableau trop tragique que le grand pote nous trace de la condition des premiers hommes#a1 ,rousseau a relativement raison de nous assurer que les hommes n'avaient pas tant craindre de la dent des btes froces gnralement peu agressives2 sans doute encore il a bien raison de dire que la femme est une espce de sarigue et que1 pouvant porter ses enfants dans ses bras1 elle n'est pas aussi immobilise par la maternit qu'on l'a si souvent prtendu4 #a ,lucrce1 du reste1 ne laisse pas de supposer la condition des premiers hommes comme relativement facile1 et1 somme toute1 il est plus optimiste que moi cet gard3 ,glandiferas inter curabant corpora quercus ,plerumque1 et qu nunc hiberno tempore cernis ,arbuta puniceo fieri matura colore1 ,plurima tum tellus etiam majora ferebat2 ,multaque prterea novitas tum florida mundi ,pabula dura tulit miseris mortalibus ampla4 ,quelquefois mme ,lucrce fait le mme raisonnement que ,rousseau sur l'tat de nature1 suprieur certains gards l'tat de civilisation1 et sur les maux que la civilisation apporte avec elle3 ,nec nimio tum plus quam nunc mortalia scla ,dulcia linquebant lamentis lumina vit4 ,unus enim tum quisque magis deprensus eorum1 ,pabula viva feris prbebat444 ,at non multa virum sub signis millia ducta444 444 nec turbida ,ponti quora ldebant naves444 ,tunc penuria deinde cibi languentia leto ,membra dabat3 contra nunc rerum copia mersat4 ,illi imprudentes ipsi sibi spe venenum ,vergebant3 nunc dant aliis solertius ipsi4 ,c'est exactement l'argumentation vingt fois rpte de ,rousseau4 ,tout cela est juste et explique que l'homme ait pu vivre et vivre en famille4 ,mais n'est-il pas vident que1 pour la recherche seulement de sa commodit1 l'homme pre de famille a d tout de suite songer se mobiliser le moins possible8 ,de l ses essais de domestication des animaux et ses essais d'agriculture4 ,il s'est aperu qu'il y avait des animaux que l'on pouvait traire et que l'on pouvait manger sans courir aprs travers la terre1 que l'on pouvait avoir prs de soi et traire l'heure opportune et tuer et manger au moment utile1 la condition d'tre plusieurs et de combiner et d'alterner les efforts de surveillance1 de sorte que la domestication des animaux1 ne de l'existence de la famille1 en confirme et en augmente la ncessit4 ,il s'est aperu qu'il n'y a qu'une saison des fruits et qu'ils se conservent mal et que l'hiver est une saison o l'on meurt2 et il s'est avis de mettre de ct certaines graines qui se conservent mieux que les fruits1 puis de mettre ces graines dans la terre1 sa porte1 pour les rcolter plus facilement l'poque o elles ont fructifi4 ,et c'tait1 aprs la domestication des animaux1 la domestication des vgtaux4 ,cette domestication1 plus encore que la prcdente1 ncessitait une famille nombreuse1 et plus encore que la prcdente1 ne du besoin d'tre un peu fixe1 fixait davantage1 et cette fois d'une faon dfinitive2 et encore1 ne des besoins familiaux1 persuadait d'augmenter la famille en tendue1 d'augmenter le nombre des enfants et1 le nombre des enfants augmentant1 rendait plus forte cette chane qui unissait l'homme la femme depuis le premier enfant n jusqu'au vingtime et consolidait la famille prolonge jusqu' la faire indissoluble4 ,la famille a cr la domestication et l'agriculture1 et la domestication et l'agriculture le lui ont bien rendu1 en la faisant de plus en plus prolonge1 de plus en plus nombreuse1 de plus en plus permanente1 en tant que de plus en plus ncessaire4 ,la nature a fait l'homme cueilleur1 trayeur1 chasseur1 pcheur4 ,la quasi-ncessit de la monogamie a cr la famille4 ,la famille a fait l'homme berger et agriculteur4 ,voil l'homme familial1 entour d'enfants1 entour de troupeaux1 cultivant la terre1 habitant des cavernes1 et comme il n'y en a pas assez et qu'elles sont assez mal places1 construisant pour lui1 pour ses enfants et pour ses troupeaux des cavernes artificielles travers les plaines2 voil l'homme familial4 --,mais l'homme social1 je ne le vois pas4 --,moi non plus2 il n'est pas n et je ne vois absolument aucune ncessit pour qu'il naisse4 ,locke 7et tant d'autres7 croit que la socit est ne de la famille4 ,je ne vois pas du tout pourquoi elle en serait ne4 ,il n'y avait aucune ncessit cela4 ,l'homme primitif devenant familial1 l'homme familial devenant berger et agriculteur1 voil qui est ncessaire ou quasi ncessaire2 l'homme familial devenant homme social1 il n'y a cela ncessit d'aucune sorte4 ,ai-je besoin de dire qu'au contraire8 ,l'homme familial1 entour de ses enfants1 de ses petits-enfants1 de ses troupeaux1 de ses chiens et de ses champs1 voit dans tout homme qui n'appartient pas sa famille un tranger qui peut devenir un ennemi1 un demi-ennemi1 pour lequel il n'a aucune espce de sympathie1 avec lequel il n'a ni aucun intrt entrer en socit1 ni aucune envie de s'associer4 ,tout au plus--la bont tant le luxe des hommes forts et la piti le luxe des hommes forts qui se souviennent d'avoir t faibles ou qui songent qu'ils peuvent le devenir1--tout au plus assistera-t-il l'tranger errant qui sollicitera sa piti2 car la piti1 nullement l'instinct social1 est naturelle l'homme4 ,rousseau a trs bien vu cela et a trs judicieusement cit ,juvnal3 ,mollissima corda ,humano generi dare se ,,natura fatetur ,,qu ,,lacrimas ,,dedit4 ,tout au plus il fera cela en faveur d'un tre qui lui paratra tre de la mme nature que lui1 et point dangereux2 quant s'associer tel autre patriarche qui1 au del de l'horizon1 vit de la mme faon que lui1 il n'y a cela aucune raison soit d'intrt1 soit de sensibilit1 soit de ncessit des choses1 aucune4 ,je ne comprends absolument pas les philosophes qui ont fait driver la socit de la famille2 je ne comprends que leur erreur1 qui consiste1 encore1 raisonner sur les tats primitifs avec des ides de civiliss1 et1 parce que les socits actuelles sont des runions de famille1 croire que de la famille largie est ne la premire socit antique4 ,l'homme familial1 non social1 est un produit ncessaire1 ou quasi ncessaire1 de la nature de l'homme1 de la faon dont les femmes enfantent et de la faon dont les enfants s'lvent2 l'homme familial1 berger1 agriculteur1 patriarche2 mais les choses naturelles s'arrtent l4 ,de quoi donc est ne la socit8 ,de la guerre4 ,c'est la guerre qui a contraint l'tat social l'tre humain qui de soi n'y avait aucun got et ne pouvait y avoir aucun got4 ,c'est la guerre qui a fait de l'tre familial un tre social et qui1 de ce fait1 a presque compltement chang sa nature et a substitu en lui des sentiments absolument factices ses sentiments naturels1 ces sentiments naturels que nous avons dmls et reconnus au cours de l'analyse qui prcde2 c'est la guerre qui a fait l'homme que nous connaissons1 que nous coudoyons tous les jours et que nous sommes4 ,mais de quoi est ne la guerre elle-mme8 ,de la multiplication des tres humains1 multiplication que l'tat familial avait assez rapidement produite4 ,lorsque1 par la prolification considrable1 ignore aux temps de sauvagerie proprement dite1 les familles ne furent plus isoles1 spares les unes des autres par de larges espaces de terre incultes1 mais se rapprochrent et se touchrent dans telle ou telle rgion1 quand les hritages1 comme dit ,rousseau1 se furent accrus en nombre et en tendue au point de couvrir le sol entier et de se toucher tous1 les uns ne purent plus s'agrandir qu'aux dpens des autres et les surnumraires444 furent obligs de recevoir ou de ravir leur subsistance de la main des riches disons simplement des possesseurs et de l commencrent natre1 selon les divers caractres des uns et des autres1 la domination et la servitude ou la violence et les rapines4 ,laissons de ct ceux qui reoivent2 ils ne troublent rien2 ils constituent seulement une catgorie de sous-hommes2 mais ceux qui ravissent1 ceux qui tentent de vivre de rapines1 constituent une catgorie d'ennemis4 ,l'ennemi est n4 ,pour se garantir contre lui1 la famille suffit longtemps2 elle est forte1 elle est1 sans organisation sociale1 lgale1 trs bien organise2 mais peu peu1 mesure que le nombre des installs augmente1 le nombre des surnumraires augmente aussi et ils forment de vritables armes errantes qui prtendent vivre des produits du sol qu'ils ne cultivent point1 qu'ils voudraient cultiver peut-tre et qu'ils ne peuvent pas cultiver4 ,ils sont trs forts contre chaque famille2 mais il ne faut pas chaque famille beaucoup d'esprit pour comprendre qu'ils seraient assez faibles contre plusieurs familles runies4 ,de l l'ide d'association interfamiliale4 ,de l des rudiments de socit4 ,on se groupe temporairement pour la dfense avec dlibration et entente des chefs de famille1 avec lection1 quelquefois1 d'un chef militaire pour commander les hommes valides et refouler les maraudeurs4 ,ceci est l'tat grgaire1 de l'humanit4 ,il n'y a pas socit2 il y a associations temporaires1 intermittentes1 presque phmres1 aux moments de danger seulement1 comme il y a groupement des moutons contre le loup4 ,peu peu1 l'humanit devenant plus dense1 le nombre des surnumraires augmente et le danger1 d'intermittent et rare1 devient frquent1 et de frquent permanent4 ,la dfense aussi doit devenir permanente et l'association accidentelle devient socit continue4 ,on tablit des lois1 un droit qui n'est que la conscration des choses existantes1 considres comme devant subsister et qui n'est donc que la force rgularise2 on tablit des interprtes des lois1 soit contre les surnumraires qui pour vivre sur le bien des autres voudraient user de violence1 soit contre les surnumraires qui pour vivre sur les biens des autres voudraient user de ruses2 on tablit un conseil de dlibrateurs et de lgislateurs2 on tablit un ou plusieurs chefs de la peuplade considre comme force arme4 ,la socit est fonde1 la socit existe4 ,mais d'autres socits1 exactement pour les mmes raisons1 se sont fondes ailleurs4 ,de ces socits les unes sont plus riches1 les autres sont plus pauvres1 les autres sont plus fortes en nombre1 les autres plus faibles que la socit que nous considrions jusqu'ici4 ,de ces socits l'une qui est plus pauvre1 habitant un pays moins fertile1 ou qui est plus riche mais qui est ambitieuse1 tente de s'emparer des terres1 tout ou partie1 de la ntre4 ,il faut se dfendre1 non plus contre les antisociaux1 mais contre telle ou telle socit1 antisociale l'gard des autres4 ,renforcement de la ncessit de dfense1 renforcement de la ncessit de cohsion et de concentration sociales4 ,il y a plus3 celui qui n'attaque jamais tant toujours attaqu au moment favorable son antagoniste1 la ncessit se montre bientt de faire la guerre au moment qui nous est favorable nous1 et c'est--dire de se dfendre en attaquant4 ,ce temps venu1 la guerre est virtuellement permanente1 et parce qu'elle est permanente elle rend la socit non seulement permanente1 elle l'tait1 mais sociale l'tat aigu1 pour ainsi parler1 c'est--dire concentre et ramasse sur elle-mme1 toujours1 avec le maximum de tension4 ,et alors renversement de toutes les valeurs2 ce n'est plus l'agriculteur patient et paisible qui est l'homme le plus utile la socit1 c'est l'homme exerc aux armes2 ce n'est plus l'inventeur d'une nouvelle charrue1 c'est l'inventeur d'une arme nouvelle2 ce n'est plus le laborieux doux1 charmeur de btes de trait ou de btes de somme1 c'est l'intrpide1 l'homme d'lan et d'imptueuse saillie1 etc4 ,c'est donc la guerre qui a cr l'tat social et disons tout de suite qui le maintient2 car si la crainte de la guerre n'existait pas1 l'homme1 ne voyant plus l'intrt de l'existence de la socit et n'prouvant plus que les gnes qui lui viennent d'elle1 liminerait trs vite l'instinct social1 tout artificiel1 et reviendrait trs vite au simple instinct familial1 lequel est naturel1 ou tout au plus l'instinct grgaire4 ,la guerre est le fondement mme de la socit4 ,c'est ce que bien des philosophes1 ,hobbes et ,proudhon entre autres1 ont mis en lumire1 nul plus fortement1 plus magistralement1 plus invinciblement que ,m4 ,anatole ,france dans la fameuse page que tout le monde connat1 mais qu'on n'aura jamais assez cite3 ,les vertus militaires ont enfant la civilisation tout entire4 ,industrie1 art1 police1 tout sort d'elles4 ,un jour des guerriers arms de lances de silex se retranchrent1 avec leurs femmes et leurs troupeaux1 derrire une enceinte de pierres brutes4 ,ce fut la premire cit4 ,ces guerriers bienfaisants fondrent ainsi la patrie et l'tat4 ,ils assurrent la scurit publique2 ils suscitrent les arts et les industries de la paix qu'il tait impossible d'exercer avant eux4 ,ils firent natre peu peu tous les grands sentiments sur lesquels l'tat repose encore aujourd'hui2 car avec la cit ils fondrent l'esprit d'ordre1 de dvouement et de sacrifice1 l'obissance aux lois et la fraternit des citoyens4 ,le dirai-je8 ,plus j'y songe et moins j'ose souhaiter la fin de la guerre4 ,j'aurais peur qu'en disparaissant1 cette grande et terrible puissance n'emportt avec elle les vertus qu'elle a fait natre et sur lesquelles tout notre difice social repose encore aujourd'hui4 ,supprimez les vertus militaires1 et toute la socit civile s'croule4 ,mais cette socit et-elle le pouvoir de se reconstituer sur de nouvelles bases1 ce serait payer trop cher la paix universelle que de l'acheter au prix des sentiments de courage1 d'honneur et de sacrifice que la guerre entretient au cur des hommes4 ,en crant l'tat social1 la guerre a donc profondment chang la nature de l'homme1 et l'homme social n'est pas un homme naturel2 l'homme social est un tre artificiel qui est1 sinon le contraire de l'homme naturel1 du moins extrmement diffrent de lui4 ,la nature n'ayant aucunement destin l'homme la socit1 c'est avec raison que l'on oppose la socit et la nature comme antinomiques1 et c'est ce qui explique que l'homme1 si souvent1 se trouve double et sent une partie de lui-mme se tourner et se retourner contre lui4 ,c'est que1 double1 il l'est en effet4 ,il l'est comme une libellule que certaines circonstances auraient force vivre en abeille ou comme une fourmi que certaines circonstances auraient force de vivre comme une araigne4 ,cela ne va pas jusque-l1 puisque libellule et fourmi mourraient1 et l'homme est trs souple2 c'est l'animal qui se plie le plus facilement tous les entours et tous les climats1 par consquent sans doute1 et les faits le prouvent1 toutes les manires de vivre2 mais il n'en est pas moins qu'il s'carte de sa nature en vivant en socit tout autant1 au moins1 qu'on s'carte de soi en obissant1 non plus une ncessit interne1 mais une ncessit extrieure4 ,qu'il ft propre cette ncessit1 c'est vident1 puisqu'il s'y est accommod2 mais ce n'est pas dire qu'il y ft dispos4 ,j'ai connu un homme qui me reprsentait bien l'homme4 ,il tait professeur et il ne savait pas parler2 il tait professeur et il n'avait pas d'autorit sur ses lves2 il tait professeur et il ne savait pas1 au besoin1 improviser des ides2 il tait professeur et il ne savait pas traduire la pense d'un auteur en la mettant la porte de ceux qui il parlait4 ,il a t professeur cependant et estim2 mais il a bien souffert4 ,il l'a t parce qu'il avait des facults gnrales peu prs adaptables au mtier2 il a bien souffert parce qu'il n'avait pas la vocation4 ,l'homme est ainsi2 il a des capacits d'tre social1 mais il n'en a pas la vocation4 ,et il souffre4 ,or1 pour se plier l'tat social1 l'homme a d se crer un instinct4 ,il a d se crer un instinct social4 ,ce que l'abeille a reu des mains mmes de la nature1 il a d se le donner force d'nergie1 de patience1 de rsignation vigoureuse et aussi1 ce qui lui a facilit la tche1 force d'instinct d'imitation1 dernier lment sans lequel1 je crois1 il n'aurait pas russi4 ,l'hrdit a fait le reste qui a rendu trs aise1 il faut le dire1 l'adaptation des derniers venus4 ,mais l'hrdit est naturellement contrarie par l'atavisme1 qui reproduit dans l'homme moderne certains traits de l'homme primitif4 ,lombroso et ,nietzsche me semblent parfaitement raisonnables quand ils considrent le mchant1 le malfaiteur1 le criminel1 l'tre insocial1 comme un arrir et un homme des premiers temps de l'humanit4 --,et l'homme des premiers temps de l'humanit tait1 selon ,rousseau1 le plus doux des animaux4 --,et ,rousseau et ,nietzsche et ,lombroso sont au fond parfaitement d'accord3 le criminel est un homme des premiers temps de l'humanit1 contrari par le monde social o il est forc de vivre2 en soi1 il n'est qu'insocial et n pour la cueillette1 la chasse et la pche2 contrari par ses entours1 il est insocial violemment1 ce qui est tout naturel4 99 99 99 99 99 ,cet instinct social que l'homme est forc de se donner pour vivre dans la socit antinaturelle et ncessaire se compose d'un certain nombre de croyances1 axiomes1 doxies1 parfaitement ncessaires aussi2 mais qui ne sont vraies ou prouves vraies que par le besoin que les hommes en socit ont prouv de les avoir et qu'il n'aurait pas--pour la plupart--ou qu'il aurait un moindre degr1 s'il n'tait pas forc d'tre animal social4 ,les unes sont des croyances qu'il avait dj1 qu'il pouvait avoir1 quelques-unes qu'il devait avoir1 dans l'tat grgaire1 dans l'tat familial et mme dans l'tat errant2 mais l'tat social les a confirmes et corrobores2--les autres ont t cres de toutes pices par l'tat social lui-mme4 ,ce sont ces croyances que j'appelle des prjugs ncessaires4 ,en les appelant prjugs1 je n'entends point dire qu'elles soient fausses2 j'entends dire que les hommes1 en grande majorit1 les acceptent sans preuves et1 inconsciemment1 par le seul besoin qu'ils sentent qu'ils en ont1 les acceptent et les professent non a ratione1 mais ad usum1 avec1 du reste1 un sentiment si profond1 quoique confus1 de leur utilit1 qu'il n'y a rien1 tant que l'instinct social dure1 quoi ils croient plus fortement1 avec quoi ils soient plus fort en tat1 non seulement d'adhsion1 mais d'adhrence4 ,les prjugs ncessaires sont des vrits ou des erreurs dont les hommes ont besoin pour vivre en socit1 que le besoin de vivre en socit leur impose comme attaches lui-mme et comme des formes de lui-mme2 ce sont des aspects divers de l'instinct social1 lequel n'est lui-mme qu'un besoin non primitif et qu'une ncessit historique2 il ne faut pas les prendre1 comme on fait souvent1 pour des suggestions ou des formes du vouloir vivre2 ils sont des suggestions ou des formes ou des aspects du vouloir vivre socialement1 et c'est pour cela qu'ils changent1 se mtamorphosent1 se substituent les uns aux autres1 flchissent et se relvent1 etc42 tandis que s'ils taient des formes du vouloir vivre1 ils seraient1 au moins1 beaucoup moins variables et auraient quelque chose de permanent et d'ternel4 ,en les passant en revue1 ou en passant en revue les principaux1 il faudra s'attacher distinguer ceux qui sont uniquement des formes de l'instinct social1 des formes du vouloir vivre socialement2--ceux qui ne sont pas ou ne semblent pas tre des formes du vouloir vivre socialement1 mais qui ont t invents par l'instinct social comme des auxiliaires excellents du vouloir vivre socialement2--ceux enfin qui sont ou semblent tre des formes du vouloir vivre1 proprement dit1 mais qui1 pris par l'instinct social comme formes du vouloir vivre socialement1 ont revtu1 sous cette espce1 un caractre nouveau1 particulier1 quelquefois trs diffrent4 ,,chapitre ,,ii ,l',,amour ,,de ,,la ,,vie ,l'amour de la vie est une forme du vouloir vivre1 s'il n'est le vouloir vivre lui-mme1 et je nglige les distinctions subtiles quand elles n'ont pas d'utilit1 et l'on peut assurer sans crainte qu'il existait avant l'invention sociale2 mais l'invention sociale en a fait une chose sienne et trs diffrente de ce que probablement il tait4 ,l'amour de la vie chez le primitif est le dsir d'action2 car on ne se sent vivre que dans l'action2 et le dsir de vivre longtemps4 ,ces deux dsirs se contredisent2 car se jeter dans l'action on risque d'abrger sa vie1 et vouloir prolonger sa vie on la trane dans une timidit dprimante4 ,l'homme primitif est partag entre ces deux sentiments et tantt se jette dans l'acte prilleux avec ivresse1 tantt se ramne la vie calme et circonspecte4 ,mais le grand trompeur1 pour parler la langue de ,schopenhauer1 de ,hartmann et de ,renan1 le grand trompeur qui nous pipe en vue d'une fin transcendantale qui nous dpasse infiniment1 lui conseille plutt la seconde de ces deux existences4 ,l'impulsion serait plutt de mener la vie courte et bonne1 c'est--dire de la mener en toute ardeur et en toute expansion tant qu'elle vaut1 et ceci mme1 quoique impulsif1 serait assez raisonnable2 car travailler pour sa vieillesse1 c'est--dire pour un temps qui probablement ne viendra pas1 c'est travailler pour l'incertain1 comme dit ,pascal4 ,travailler pour l'incertain1 sacrifier le prsent qui est sr l'avenir qui n'est qu'une hypothse1 c'est prcisment quoi le grand trompeur nous convie4 ,en langage moins mythologique1 l'instinct d'pargne l'emporte tellement--souvent du moins--sur l'instinct de dpense qu'il fait qu'on joue2 puisque travailler pour l'incertain n'est pas autre chose que jouer2 qu'il fait qu'on joue pour soi-mme contre soi-mme4 ,dans les deux cas du reste1 dans celui de vie intense et dans celui de vie d'pargne1 il y a amour de la vie1 et probablement1 amour gal de la vie4 ,or l'amour de la vie consistant1 en tant qu'ide1 croire que la vie est belle1 est trs vraisemblablement une illusion4 ,il y a une duperie nous faire croire que la vie est belle1 si quelqu'un nous y fait croire2 il y a auto-suggestion sductrice si nous y croyons de nous-mmes1 et dans ce cas c'est de nous-mmes que nous sommes dupes4 ,quelque chose en nous1 comme chez les animaux et les vgtaux1 veut que nous vivions1 et cause de cela nous nous persuadons que la vie est belle4 ,jean ,paul a bien dit cela3 ,nous aimons la vie1 non parce qu'elle est belle1 mais parce qu'il faut que nous l'aimions1 et puis nous faisons ce raisonnement3 nous aimons la vie1 donc elle est belle4 ,tout tre anim peut dire de la vie ce que ,musset a dit de la ,muse3 ,la vie est toujours belle ,mme pour l'insens1 mme pour l'impuissant2 ,car sa beaut pour nous1 c'est notre amour pour elle4 ,l'amour de la vie1 sous ses deux formes1 est donc un de ces prjugs que j'appelle prjugs ncessaires naturels et dont la socit s'empare pour en faire des prjugs ncessaires sociaux4 ,voyons ce qu'elle en fait4 ,elle le prend sous ses deux formes et elle l'altre sous ses deux formes4 ,elle dit l'homme3 ,tu veux vivre et tu as raison4 ,tu veux vivre d'une faon intense1 tu es dans le vrai2 tu veux vivre d'pargne1 tu es dans une autre catgorie du vrai4 ,seulement c'est collectivement que tu vivras d'une faon intense et c'est collectivement aussi que tu vivras d'une vie d'pargne4 ,la cit a besoin de vivre longtemps1 trs longtemps1 ternellement4 ,pour cela elle a besoin de travailleurs patients1 tenaces1 conomes1 parcimonieux1 qui vivent d'pargne et de travail1 comme dit ,bossuet4 ,vous serez ces hommes-l4 ,elle a besoin aussi d'tres nergiques qui se jettent dans le danger sans hsitation et sans calcul du risque1 quand elle est en pril4 ,vous serez aussi ces hommes-l4 ,ayez l'amour de la vie1 sous ses deux formes1 dans la patrie4 ,aimez vivre longtemps1 si vous voulez1 mais surtout aimez que la patrie vive longtemps2 aimez-vous vivant longtemps dans la patrie vivant toujours2 transposez votre amour de la vie longue4 ,et vous aimez la vie intense2 vivez intensment dans les limites1 assez restreintes1 il est vrai1 o je le permets2 mais comptez sur les occasions que je vous donnerai ou qui viendront1 de vivre intensment pour la patrie en danger2 transposez votre amour de la vie violente2 rservez1 en somme1 cet amour et les forces qu'il vous donne pour les moments o la patrie vivra prcisment de cette vie-l4 ,ce qu'il faut remarquer1 c'est que la socit tient ce double langage tous2 elle ne dit pas aux conomes de la vie3 vivez d'pargne2 et aux prodigues de la vie3 vivez prodigalement4 ,elle dit tous3 selon les circonstances et selon mes besoins1 vivez intensment ou vivez d'pargne4 ,elle contrarie donc tout le monde1 les uns qu'elle retient et rprime dans les temps de paix1 et les autres qu'elle aiguillonne dans les temps de guerre2 elle force toujours1 en somme1 chacun aimer la vie de la faon qu'il ne l'aime pas4 --,alors1 tout compte fait1 elle dtruit l'amour de la vie4 --,non tout fait1 mais un peu1 et c'est prcisment ce qu'elle veut4 ,elle prtend transposer l'amour de la vie de l'individu la cit1 transformer l'amour de la vie personnelle en amour de la vie collective2 pour cela1 il faut que l'individu aime beaucoup moins la vie personnelle1 sous quelque forme que ce soit2 il faut que l'amoureux de vie dangereuse vive en bon citoyen dans le sein de sa ville pendant les temps de tranquillit et que le paisible bourgeois devienne un hros dans les temps de crise4 ,elle y russit du reste assez bien1 parce que l'animal humain est assez souple pour se mtamorphoser ainsi et pour vivre collectivement avec d'ternels regrets de ne pouvoir vivre personnellement et des retours furtifs1 peu prs quotidiens du reste1 vers la vie personnelle4 ,elle fait plus3 elle transforme l'amour de la vie en amour de la mort pour la vie2 elle transforme l'amour de la vie personnelle en amour de la mort personnelle pour la vie collective4 ,le sentiment au fond est rest le mme1 c'est toujours le vouloir vivre4 ,seulement c'est le vouloir vivre social substitu au vouloir vivre personnel4 ,le hros qui meurt pour sa cit dit ceci3 ,je veux vivre2 j'aime la vie2 mais je vis si socialement que c'est dans la mort de la cit que je mourrais et qu'assurant la vie de la cit par ma mort1 je vis1 je vis immensment2 je satisfais immensment mon vouloir vivre4 ,pour bien voir que c'est bien le sentiment primitif trs transform1 mais encore le sentiment primitif1 songez au suicide motif personnel4 ,c'est par amour de la vie qu'on se tue2 c'est par un dsir de soulagement qui n'est pas autre chose que dsir de bonheur1 et dsir de bonheur et amour de la vie se confondent parfaitement4 ,l'homme qui se tue ou espre obscurment une autre vie o il sera dbarrass des maux de celle-ci--ce que j'ai toujours eu tendance croire1 parce que l'homme ne peut gure se figurer le nant1 se figurer lui-mme ananti--ou veut prouver dans l'instant qui le dlivre un bonheur intense1 incomparable1 d'tre dlivr4 ,c'est toujours l'essence mme de l'amour de la vie1 savoir l'amour du bonheur3 ,et spe usque adeo mortis formidine1 vit ,percipit humanos odium lucisque vidend1 ,ut sibi consciscant mrenti pectore letum1 ,obliti fontem curarum hunc esse timorem4 ,tous les hommes1 dit ,pascal1 recherchent d'tre heureux4441 jusques ceux qui vont se pendre4 ,or l'acte du hros qui meurt pour sa patrie est un suicide raison collective4 ,sa mort1 c'est vivre intensment1 une minute1 pour la vie collective et dans la vie collective de la cit4 ,voil ce que la socit fait d'un instinct personnel et comment elle l'altre1 le transforme et le transfigure4 ,voil l'histoire d'un prjug ncessaire naturel devenant1 puis devenu prjug ncessaire social4 ,l'amour de la vie personnelle devient amour de la vie sociale1 par une suite d'abdications3 s'il tait amour de la vie d'pargne1 devenant1 plus ou moins1 mais forc de devenir et devenant amour de la vie intense2 s'il tait amour de la vie intense1 devenant1 plus ou moins1 mais forc de devenir et devenant amour de la vie d'pargne2 enfin1 dernire abdication1 allant jusqu' se renoncer et devenant1 force d'amour de la vie sociale1 l'amour de la mort personnelle4 ,la socit disloque l'homme et le retourne du recto au verso2 elle force les hommes diffrents de caractres changer partiellement leurs caractres entre eux1 de manire former un caractre commun de la cit2 elle les force enfin se prfrer quelque chose et quelque chose qui n'est ni une pouse ni un enfant2 et se prfrer cela jusqu' y sacrifier la vie1 ce dont on n'avait pas mme l'ide dans la vie familiale et ce qui est une rvolution radicale2 si radicale1 quand on y songe1 qu'on rit de l'argument toujours oppos aux rvolutionnaires radicaux3 mais il faudrait pour cela changer la nature humaine6--,mon ,dieu1 ce ne serait pas la premire fois qu'elle aurait t change4 ,,chapitre ,,iii ,,le ,,libre ,,arbitre ,nous voici1 cette fois1 comme je crois1 en prsence d'un prjug ncessaire social1 d'un prjug ncessaire invent par la socit elle-mme4 ,le libre arbitre est la croyance que j'ai que quand je fais quelque chose1 je le fais parce que je le veux4 ,je pouvais ne pas le vouloir1 et ce quelque chose n'aurait pas t4 ,est-ce que je veux ramasser cette pierre et la jeter8 ,si je ne le veux pas1 elle restera sa place et un fait qui aurait pu tre n'aura pas t4 ,si je le veux1 elle sera ramasse1 leve1 jete une certaine distance2 et un fait qui aurait pu ne pas tre aura t4 ,je suis donc crateur de faits4 ,il dpend de moi que1 dans le monde1 des faits existent ou n'existent pas4 ,je suis crateur1 je suis faiseur de miracles2 car un miracle c'est un fait qui n'tait pas contenu dans un fait prcdent et ncessit par lui1 qui pouvait et qui devait ne pas tre et qui n'a t que parce qu'il a t cr de rien par une volont2 je suis faiseur de miracles1 je suis crateur1 je suis ,dieu4--,il n'est pas impossible4 ,seulement c'est invraisemblable4 ,il se peut que ce soit une illusion4 ,il se peut que ce soit--il faut toujours revenir l'admirable formule de ,spinoza--l'illusion psychologique d'un tre qui se saisit comme cause et qui ne se saisit pas comme effet1 qui se saisit comme agent et qui ne se saisit pas comme agi1 qui se saisit comme actif et qui ne se saisit pas comme passif1 qui1 chanon dans la chane continue1 voit le chanon qui le suit et ne voit pas le chanon qui le prcde et ds lors croit le chanon qui le suit produit par lui et ne songe pas se croire produit par le chanon qui le prcde4 ,mais pourquoi ne nous saisirions-nous pas comme produits1 comme effets1 comme agis8 ,parce que nous avons les yeux devant la tte et non pas derrire la tte2 parce que nous allons en avant et non pas en arrire4 ,ce que nous appelons un effet1 c'est ce qui vient aprs quelque chose et qui nous semble en provenir parce qu'il y succde4 ,le post hoc ergo propter hoc nous domine4 ,or1 quand nous nous considrons nous-mmes1 tout ce qui vient aprs nous1 prvu par nous1 nous le considrons comme venant de nous1 ce qui est vrai1 mais comme venant de nous premire cause2 tandis qu'il vient de nous cause de lui mais effet d'autre chose2 tandis qu'il vient de nous chanon entre lui et ce qui nous prcde2 tandis qu'il vient de nous effets nous-mmes d'une cause qui elle-mme tait effet d'une cause prcdente1 et ainsi de suite en rebroussant jusqu' l'infini4 ,nous marquons la communication1 vidente1 entre ce qui nous suit et nous2 nous coupons la communication1 invisible pour nous1 entre nous et notre cause1 entre notre acte et la cause de notre acte4 ,nous sommes la boule de billard qui1 pousse par le joueur et rencontrant une autre bille1 croit la pousser1 se croit cratrice d'un mouvement1 alors qu'elle ne fait que le transmettre4 ,c'est tellement vrai que ce libre arbitre1 cette facult de cration1 nous croyons y croire1 mais nous n'y croyons pas4 ,nous n'y croyons pas2 puisque nous n'y croyons que chacun pour lui et point du tout pour les autres4 ,pour nous1 nous disons3 ,je ferai ceci parce que je le veux1 et il est possible que ce ne soit point1 parce que je ne le voudrai pas4 ,pour les autres1 nous disons3 ,je le connais2 il fera ceci2 il ne fera pas autre chose4 ,donc nous ne le croyons pas libre4 ,et s'il fait ce que nous n'avions pas prvu1 nous ne disons pas3 ,ah6 il parat qu'il tait libre6 nous disons3 ,je ne connaissais pas tout son caractre2 il y a des lments de son caractre que je ne connaissais pas2 si je les avais connus1 j'aurais prvu autrement4 ,donc nous ne le croyions pas libre2 la dernire chose dont nous convenions1 ou plutt celle dont nous ne convenons rellement jamais1 c'est qu'un de nos semblables soit libre4 ,c'est ce qui faisait dire bien spirituellement ,cherbuliez3 ,il faudrait1 dans la vie pratique1 croire nergiquement son libre arbitre et ne pas croire celui des autres4 ,pourquoi8 ,d'abord pour tre nergiques2 ensuite pour tre indulgents2 pour exiger beaucoup de soi et pour exiger peu des autres et ne jamais leur en vouloir de ce qu'ils n'ont pas fait ce qu'ils ne pouvaient pas faire4 ,mais remarquez que ce que ,cherbuliez voulait qu'on ft1 c'est prcisment ce que nous faisons2 et il le savait bien1 seulement il voulait que nous le fissions encore davantage2 mais c'est bien ce que nous faisons2 nous ne saisissons notre libert qu'en nous-mmes1 c'est devant l'acte faire par nous que nous croyons qu'il dpend de nous qu'il soit ou qu'il ne soit pas2 c'est devant les actes faire par les autres que nous sommes persuads qu'il ne dpend pas d'eux1 mais d'une combinaison des circonstances qui ne dpendent pas d'eux et de leur caractre1 qui ne dpend pas d'eux non plus que cet acte1 soit ou ne soit point4 ,donc nous nous croyons libres2 mais nous ne croyons pas l'homme libre2 donc nous ne croyons pas au libre arbitre4 ,le libre arbitre n'est qu'une illusion prive1 domestique et personnelle2 c'est un dieu lare4 --,mais de ce que nous croyons tous les hommes dtermins1 n'en devons-nous pas conclure chacun part soi que nous sommes dtermins nous-mmes8 --,oui et par consquent1 non seulement le libre arbitre est une illusion1 mais il n'est qu'une demi-illusion2 nous n'y croyons pas pour les autres et nous n'y croyons qu' demi pour nous-mmes2 nous nous disons3 ,chacun fait ce qu'il est ncessaire qu'il fasse--et moi aussi4 ,cependant ceci n'est qu'une rflexion philosophique1 un retour philosophique sur nous-mmes et par consquent n'a d'influence que sur notre esprit1 ne pntre pas plus loin1 ne descend pas plus fond4 ,il en est de cela comme de nos dfauts4 ,quand nous rflchissons sur ceci que tous les hommes ont des dfauts1 nous convenons que nous en avons2 nous disons3 ,j'ai les miens2 seulement nous ne le croyons jamais4 ,la preuve1 c'est que nous disons3 ,j'ai mes dfauts2 mais que nous ne savons jamais lesquels et que nous prenons tous nos dfauts pour des qualits4 ,que nous croyions avoir des dfauts ce n'est qu'une conviction philosophique1 gnrale1 abstraite et superficielle4 ,les confesseurs savent cela4 ,ils savent que les pnitents confessent leurs actes coupables2 ce sont des faits1 qu'ils n'ont qu' rapprocher du commandement pour voir qu'ils sont dlictueux2 l ils voient clair2 c'est matriel2--mais ne confessent jamais leurs dfauts2 et quand on les amne sur ce terrain1 ne font pas autre chose que leur loge2 personne n'entend plus d'apologies ni plus de pangyriques de soi-mme qu'un confesseur4 ,il en va de mme du libre arbitre2 lynx envers nos pareils et taupes envers nous1 nous voyons trs bien que les autres sont dtermins2 nous croyons voir que nous ne le sommes point et quand1 par rflexion et par modestie1 nous pensons que nous pouvons l'tre1 nous ne faisons que le penser sans y croire2 en le pensant et pour le penser1 nous nous sommes regards comme nous regarderions un tranger1 nous nous sommes mis1 pour nous regarder1 dans la peau d'un autre2 mais la peau d'un autre est un vtement o l'on n'est jamais qu'en imagination et o l'on ne demeure point4 ,donc nous croyons invinciblement notre libre arbitre2 mais nous ne croyons pas au libre arbitre de l'homme4 ,donc l'invincible croyance de l'homme son libre arbitre1 dont on fait tant d'tat1 n'a1 aux yeux du philosophe1 aucune espce de valeur4 ,cependant la croyance de chaque homme son libre arbitre est un fait psychologique indniable et sur lequel il reste s'expliquer4 ,il remonte certainement la plus haute antiquit1 mme1 probablement1 prhistorique4 ,tous les anciens1 sauf exceptions que je connais1 mais trs rares et toutes contestables encore1 y ont cru4 ,la chose est bien naturelle4 ,l'homme antique partait du fait psychologique personnel1 l'affirmation du libre arbitre1 la conscience affirmant chaque homme qu'il veut et qu'il peut vouloir1 et il transportait cette ide au monde extrieur et il voyait dans tout fait naturel l'effet d'une volont personnelle3 le dieu qu'il voyait dans le fleuve1 dans la mer ou dans le ciel tait un surhomme trs puissant qui lanait l'eau comme l'homme lance une pierre et qui crait l'inondation1 la tempte ou l'orage parce qu'il le voulait4 ,l'homme1 certain de sa volont1 peuplait l'univers de volonts2 se connaissant comme crateur1 peuplait l'univers de crateurs2 se sentant dieu1 peuplait l'univers de dieux3 ,quippe ita formido mortales continet omnes1 ,quod multa in terris fieri cloque tuentur1 ,quorum operum causas nulla ratione videre ,possunt ac fieri divino numine rentur4 ,or cette conception gnrale que l'homme avait de l'univers lui revenait en quelque sorte1 se retournait sur lui1 influait sur la conception qu'il avait de lui-mme et le confirmait dans cette crance qu'il avait qu'il tait une cause1 un crateur et un dieu4 ,comme il voyait un dieu partout parce qu'il se considrait comme tel1 aussi et d'autant plus il se considrait comme un crateur et comme un dieu parce qu'il ne voyait nulle part rien que des dieux et des crateurs4 ,l'homme se fait l'image du monde parce qu'il commence par faire le monde la sienne2 mais il se fait l'image du monde autant qu'il fait le monde son image1 et il y a rciprocit1 concordance et renforcement indfini d'une des croyances par l'autre4 ,mais quand les sciences naturelles1 lentement et pniblement1 se sont faites2 quand l'homme a appris ou cru apprendre qu'il n'y a dans la nature qu'un enchanement de causes et d'effets o aucune volont personnelle n'intervient2 qu'on ne saurait dcouvrir dans la nature aucun agent volontaire de faits particuliers1 mais seulement des lois immuables et inflexibles2 alors1 le rgne de la loi tant le rgime de la ncessit2 alors1 l'univers considr comme un mcanisme n'admettant pas de petites causalits particulires tout bout de champ1 de prairie1 de vallon ou de fort2 alors l'homme est apparu lui-mme comme un paradoxe1 comme une exception trange1 comme un monstre4 ,il s'est dit3 ,je serais le seul fragment du monde qui ft soustrait l'enchanement des effets et des causes et d'o partiraient des chanes d'effets ne commenant pas avant moi6 ,ce serait extraordinaire6 ,l'affirmation intime n'avait pas cess1 la conscience affirmant le libre arbitre parlait encore tout autant qu'auparavant chaque acte faire2 mais l'tat de rflexion1 mais1 comme penseur1 l'homme commenait douter de son libre arbitre4 ,a la vrit1 ni l'ide de la ncessit1 du caractre ncessaire des lois naturelles1 ne s'est jamais impose absolument1 ni mme1 et cela est trs curieux1 le mythologisme lui-mme n'a compltement disparu4 ,on a fait remarquer que le dterminisme absolu1 mathmatique1 des lois naturelles1 n'est point dmontr2 que les lois naturelles admettent une certaine contingence1 pour parler un peu grossirement mais sans improprit une certaine lasticit1 et que de croire les faits naturels enchans d'une faon absolument troite1 avec une rigueur absolue1 c'tait beaucoup plus une ide systmatique qu'une ide prouve et beaucoup plus une suggestion de l'imagination excite par le spectacle gnral du monde qu'une vrit d'vidence puise dans l'observation2 que1 par consquent1 sans qu'il ft une chimre et un monstre1 sans qu'il ft hors nature et contre nature1 l'homme pouvait jouir d'une libert relative1 n'tre que le moins dtermin des producteurs de force dans l'ample sein de la nature1 tre dtermin dans une sphre assez large1 libre dans une sphre plus troite1 considrable encore2 avoir en lui une force particulire non dtermine1 non indtermine1 mais dterminante1 produisant rellement certains effets trs importants pour lui1 trop faibles du reste1 et qu'on ne craigne rien l-dessus1 pour troubler l'ordre universel des choses4 ,d'autres1 plus hardis1 ont ressuscit le mythologisme lui-mme sous des appellations philosophiques4 ,ils ont ramen le concept de force au concept de volont1 faisant exactement avec rflexion ce que le paen faisait d'instinct4 ,schopenhauer nous dit3 ,savez-vous bien ce que c'est qu'une force8 ,vous n'en savez rien du tout4 ,mais vous savez trs clairement ce que c'est qu'une volont4 ,vous saisissez cela en vous-mme toutes les fois que vous agissez4 ,donc ramener le concept de force celui de volont1 c'est ramener quelque chose d'inconnu quelque chose d'infiniment plus connu et mme la seule chose que nous connaissions immdiatement4 ,donc considrons tout l'univers comme un systme de forces1 considrons tous les fragments de l'univers comme des tres voulants1 comme des volonts2--tout vit1 tout est plein d'mes1 comme dit ,hugo2--reconnaissons dans tous les tres notre propre essence2 rendons-nous compte de tout ce qui se passe hors nous par ce qui se rvle en nous1 immdiatement1 notre conscience1 et voil le monde compris4 ,ces deux ides1 qui1 du reste1 peuvent tre vraies1 n'ont pas eu une trs grande influence sur l'esprit des hommes modernes4 ,la premire1 quoique plus modeste et plus mesure que la seconde1 a pour elle1 certainement1 l'impossibilit de constater avec la dernire vidence le dterminisme absolu des lois naturelles2 elle a contre elle la vraisemblance trs forte1 trs imposante1 de ce dterminisme1 de cette ncessit4 ,que les lois naturelles admettent une certaine contingence1 rien ne prouve absolument le contraire1 mais c'est surtout le contraire qui est si approximativement dmontr que nous y croyons1 sinon comme ce qui est vident1 du moins comme ce qui va l'tre4 ,nietzsche1 quelque part1 nous met en garde de toutes ses forces contre les vrits pressenties4 ,oh6 comme il a raison et raison encore d'ajouter3 ,entre les vrits diligemment dcouvertes et ces choses pressenties1 il reste cet abme infranchissable que celles-l sont dues l'intelligence et celles-ci une inclination4 ,oui bien2 mais ,nietzsche nous met en garde surtout contre les vrits pressenties qui ont ce caractre d'tre dsires de nous4 ,voil o il voit le pril1 trs justement4 ,de ce que vous dsirez une chose vous la pressentez comme vrit2 mais ce dsir1 loin d'tre une preuve1 serait plutt une preuve que vous vous fourvoyez4 ,la faim ne prouve pas qu'il y a un aliment pour la satisfaire2 pressentir ne signifie pas constater l'existence d'une chose1 mais la tenir pour possible dans la mesure o on la dsire1 et donc le pressentiment ne fait pas avancer d'un pas dans le pays de la certitude4 ,trs bien2 or le dterminisme absolu des choses et notre dterminisme nous1 comme consquence1 notre non-libert1 ne sont pas des choses que nous dsirons1 mais au contraire que nous craignons beaucoup qui ne soient vraies1 dont nous avons une horreur naturelle4 ,donc1 que nous les pressentions comme vrits alors que nous ne les dsirons point1 cela prouve que ce n'est point notre intrt qui nous les fait pressentir et que c'est bien notre intelligence qui les pressent4 ,c'est dans ces conditions et c'est ce point que nous en sommes pour ce qui est du caractre ncessaire des lois naturelles4 ,quant au mythologisme de ,schopenhauer1 anthropomorphisme qu'on aurait envie d'appeler effront si l'on n'tait pas poli1 il contrarie toutes nos habitudes d'esprit si pniblement acquises et dont nous croyions avoir le droit d'tre un peu fiers4 tait-ce la peine d'avoir fait tant d'efforts secouer cette habitude de nous voir partout nous-mmes1 toujours nous1 nous partout1 ce qui faisait qu'on disait de nous3 et plein de son image1 il se voit en tous lieux2 pour qu'un philosophe nous convie revenir cette enfance et dire3 ,o ,univers1 entendez-vous le nom dont je vous nomme8 ,du mien4 ,nietzsche malmne un peu son vnrable matre et qu'il vnrait1 sur ce point2 et fait remarquer les mfaits d'une mtaphore3 le mot de volont1 chez ,schopenhauer1 dgnra entre les mains de son inventeur1 cause de sa rage philosophique des gnralisations1 pour le plus grand malheur de la science2 car c'est faire de cette volont une mtaphore potique que de prtendre attribuer toutes les choses de la nature une volont444 ,j'ajoute que1 celui qui veut trop prouver arrivant souvent ce rsultat que son lecteur prenne sa pense rebours1 ,schopenhauer1 par son extrme idalisme1 nous dirige sans le vouloir vers l'ide contraire4 ,il veut idaliser la nature en la montrant comme un systme de volonts pareilles la ntre3 tout est volont4 ,mais nous montrer la nature semblable nous1 il nous amne simplement nous voir semblables la nature4 ,en nous disant3 ,les forces de la nature sont des volonts1 il nous conduit nous dire3 c'est peut-tre nos volonts qui sont des forces aveugles2 ce n'est peut-tre pas la nature qui me ressemble1 mais moi qui ressemble la nature2 la nature est comme moi2 oui1 moi plutt comme elle2 et elle est toute faite de forces inintelligentes et fatales3 moi de mme4 ,en idalisant la nature1 ,schopenhauer n'a peut-tre russi qu' matrialiser l'homme ses propres yeux4 ,mais ce n'est pas seulement la conception mcaniste de l'univers qui a battu en brche la croyance au libre arbitre4 ,les psychologues ont analys l'acte de volont lui-mme et ont cru voir qu'il n'est pas simple et qu'il se dcompose en plusieurs lments tous rductibles des faits de nature1 analogues ceux que nous voyons hors l'homme1 et que par consquent cette espce de pouvoir transcendant1 surnaturel1 que j'aurais de crer un fait n'existe pas4 ,derrire ce que j'appelle ma volition il y a moi-mme4 ,mais ce moi est un compos d'une foule de tendances accumules par l'hrdit1 par le temprament1 par l'ducation4 ,c'est de ce compos que sort l'acte de vouloir2 cet acte n'est qu'une rsultante qui son tour a des rsultats4 ,mille faits dposs dans une organisation qui est moi convergent un fait que j'appelle une volition1 puis un autre que j'appelle une seconde volition1 et de toutes ces volitions je fais une facult2 toutes ces volitions1 je les attribue une facult que j'appelle ma volont4 ,je ne fais qu'envelopper sous un nom des faits de mme caractre et de mme couleur qui passaient par moi1 comme il est possible que la plante se croie l'auteur et la cause de la fleur1 alors qu'elle n'est qu'une usine amnage pour transmettre des sucs de la terre une corolle4 ,le vouloir 7,nietzsche7 est quelque chose de compliqu qui n'a d'unit qu'en tant que mot1 et c'est dans ce mot unique que rside le prjug populaire qui a eu sa matrise sur les philosophes444 ,dans tout vouloir il y a une multiplicit de sensations qu'il faut savoir dcomposer3 #a la sensation du point de dpart de la volition dsir2 #b la sensation de l'aboutissant but2 #c la sensation d'un va-et-vient entre ses deux tats2 #d la sensation d'un effort musculaire4442 #e la sensation de la rflexion mensuration de la distance parcourir entre le dsir et le but2 #f le penchant au commandement444 un homme qui veut ordonner quelque chose son tre intime1 lequel obit ou du moins est suppos obissant4 ,tous ces faits1 si diffrents1 entrent dans la volition quand nous prenons la peine de l'analyser4 ,la volition n'est donc pas un fait simple1 c'est tout un drame qui se passe en nous2 c'est une combinaison de penses1 de sentiments et d'efforts2 c'est un complexus4 ,pourtant il faudrait que la volition ft un fait simple1 comme le vulgaire croit qu'il l'est1 pour que le libre arbitre existt4 ,le libre arbitre est une dcision souveraine1 un nutus1 ou il n'est pas2 il n'est que s'il est indcomposable4 ,s'il se dcompose sous nos yeux1 il n'est qu'un mot sous lequel1 par impuissance l'analyse1 l'homme qui agit a rang tous les phnomnes qui prcdent l'action1 et ce mot n'a qu'une valeur de synthse grossire1 superficielle et parfaitement arbitraire4 ,d'autres viennent dire#b3 ,un acte de la volont est trs analogue un mouvement rflexe4 ,c'est un mouvement rflexe auquel on consent1 et c'est--dire auquel on prend plaisir4 ,devant un objet qui passe rapidement deux doigts de mes prunelles je ferme les yeux3 mouvement rflexe4 ,devant une scne plaisante ou touchante je ris ou je pleure3 mouvement rflexe auquel je consens1 auquel je prends un plaisir d'une nature ou d'une autre4 ,devant un obstacle1 je veux le vaincre3 mouvement rflexe auquel je consens1 auquel je prends plaisir4 ,quel plaisir8 ce plaisir de commander dont parlait ,nietzsche3 ce que j'appelle volition n'est que l'acquiescement un mouvement rflexe nergique1 qui est raction de ma force contre un obstacle4 #b ,cf4 ,scherer1 tudes sur la littrature contemporaine1 t4 ,,viii1 article #h1 la ,crise actuelle de la morale1 un chapitre admirable1 qui est tout un livre4 ,donc les images dterminent les ides et les ides dterminent les actes1 mcaniquement1 automatiquement4 ,seulement les actes drivant d'ides qui nous font plaisir1 nous les appelons des actes volontaires4 ,nous en suivons le mouvement initial avec une vive complaisance1 et c'est pour cela que nous croyons les vouloir1 ou plutt c'est cette complaisance que nous appelons la volont4 ,on pourrait dire que l o nous nous croyons des tres de volont nous sommes simplement de bonne volont4 ,c'est ce systme que ,maine de ,biran pressentait quand il disait dj3 ,la libert serait-elle autre chose que la conscience d'un tat de notre me1 tel que nous dsirons qu'il soit8 ,c'est ce systme que ,thodule ,ribot rsume excellemment en disant3 ,l'acte volontaire diffre du rflexe simple en ce qu'il est le rsultat d'une organisation nerveuse tout entire1 laquelle reflte elle mme la nature de l'organisme tout entier4 ,en d'autres termes l'acte volontaire est un rflexe auquel il se trouve que s'associent les dispositions de tout notre tre4 ,la volont est une harmonie d'un dsir permanent et d'un accident physiologique qui se produit au fond de nous4 ,de l le sentiment1 la sensation de plnitude que nous avons dans l'acte dit volontaire4 ,voltaire dit trs bien3 ,la libert dans l'homme est la sant de l'me4 ,c'est cela mme4 ,nous nous sentons libres et nous croyons vouloir quand il y a accord3 de l'motion qu'un fait extrieur produit en nous1 du fait de raction qui drive de cette motion1 enfin de nos dsirs et dispositions antrieures et gnrales4 ,cet accord est une harmonie de l'me1 une sant mentale4 ,mais le nutus1 l'acte divin ou imprial1 l'acte simple et dcisif1 le3 que l'acte soit et l'acte est1 a disparu4 ,la croyance au libre arbitre a donc t branle par des assauts intellectuels donns de tous cts2 seulement dans la pratique elle semble bien absolument inbranlable4 ,l'homme dans l'action croira toujours qu'il dpend de lui1 et d'un lui qu'il a sa disposition1 de faire telle chose ou de ne la point faire et que l'acte qu'il a fait hier est un fait qui pouvait ne pas tre et qui n'aurait pas t s'il n'avait pas voulu qu'il ft4 ,ceci est comme indracinable4 ,le philosophe qui est le plus convaincu que le libre arbitre n'existe pas agit en homme qui est absolument convaincu du libre arbitre1 et se flicite et se fait des reproches en homme qui est absolument sr qu'il a fait ce qu'il pouvait ne faire pas4 ,d'o vient ce phnomne psychologique continu8 ,d'o vient cette loi psychologique8 ,de l'tat social1 je crois4 ,je ne rpugnerais nullement voir dans la croyance au libre arbitre une loi de l'esprit antrieure l'tat social et que l'tat social aurait seulement modifie et confirme2 puisque l'on sait que parmi les prjugs ncessaires je crois en dmler qui remontent plus haut que l'invention sociale2 mais enfin je crois que la croyance au libre arbitre est une suggestion de l'instinct social4 ,remarquez en effet que l'homme l'tat primitif1 selon toutes les apparences1 se laisse vivre2 il se laisse vivre selon sa nature et soit paisiblement1 soit violemment2 et aussi tantt paisiblement1 tantt violemment2 mais il se laisse vivre4 ,il est impulsif et il ne se connat que comme impulsif2 il suit docilement ses instincts2 il ne se doute nullement qu'il y ait en lui une puissance de cration qui1 contre ses impulsions mmes1 soit capable de produire un fait2 c'est bien lui qui vit par des rflexes auxquels il adhre et uniquement par l4 ,qu'il ait conscience1 mme obscure1 du libre arbitre3 c'est ce qui ne m'apparat pas le moins du monde4 --,mais cependant il adore ou plutt il redoute autour de lui mille forces naturelles qu'il prend pour des volonts1 ainsi qu'il a t dit plus haut2 il adore ou il redoute mille choses qu'il prend par des surhommes1 et s'il les prend pour des surhommes1 c'est bien qu'il les considre comme analogues lui1 et s'il les tient pour des volonts agissantes1 c'est bien qu'il se considre lui-mme comme une volont qui agit4 --,ce n'est pas tout fait cela4 ,d'abord la religion1 comme nous verrons plus loin1 n'est l'tat prcis et peu prs coordonn que sous le rgime social2 ensuite1 si1 comme je le crois1 l'homme primitif a eu une religion1 s'il a ador1 c'est--dire redout des puissances inquitantes dans le torrent1 la montagne1 l'air et la mer1 il les a considres comme des tres impulsifs et non point du tout comme des volonts2 il les a considres comme des gnies puissants et capricieux1 comme des forces en acte incessant1 non point comme des intelligences dlibrant1 dcidant et voulant4 ,le sauvage avec son ftiche nous donne une ide de cet tat d'esprit4 ,le ftiche est un tre protecteur1 malicieux et jaloux et il a une certaine puissance au service de sa bienveillance1 de sa malice et de sa jalousie4 ,voil tout4 ,reprsente-t-il1 aux yeux du sauvage1 un tre qui rflchit1 qui dlibre1 qui pse les motifs1 qui dcide et qui finalement a une volont8 ,point du tout4 ,de mme l'homme primitif1 dans l'horreur des forts qui le pntrent de mystrieuse crainte1 voyait un tre1 certainement1 mais un tre passionn et non un tre volontaire1 et ni il n'attribuait ses dieux un libre arbitre en l'empruntant lui-mme1 ni il ne voyait dans ses dieux un libre arbitre1 pour se demander si lui-mme il n'tait point dou de cette facult4 ,l'homme primitif parat avoir t un animal soit fougueux1 soit timide1 ou1 et c'est plutt mon avis1 un animal tantt timide1 tantt fougueux1 obissant ses impulsions1 ses rflexes et trs loin d'tre assez rflchi pour se sentir ou s'imaginer tre libre4 ,une fois en socit1 et nous savons comment il y est venu1 voyez comme cette ide de libre arbitre personnel lui est suggre et impose par tout ce qui l'entoure4 ,la socit a besoin d'individus obissants1 consacrs au service de l'tat1 dvous la chose publique2 elle n'a pas besoin d'impulsifs2 elle les a en dfiance et en horreur4 ,donc elle les rprime4 ,elle les rprime pourquoi et de quel droit8 ,elle ne se le demande pas2 elle les rprime parce qu'il est de son intrt de les rprimer4 ,mais elle rencontre l'individu1 trs passionn d'autonomie individuelle1 qui lui dit1 beaucoup plus confusment que je ne vais l'crire1 mais qui lui dit3 ,pourquoi me rprimes-tu8 ,j'ai fait ce que j'avais envie de faire1 donc ce qu'il fallait que je fisse1 ce que je ne pouvais pas m'abstenir de faire8 --,non2 tu pouvais agir autrement1 puisque444 puisque d'autres agissent autrement4 --,c'est qu'ils ont un autre caractre4 ,donc je devais agir comme j'ai agi1 ayant un autre caractre qu'eux4 --,ils sont les bons et toi le mchant4 --,peut-tre444 --,et il n'est pas plus difficile d'tre bon que d'tre mchant4 ,donc tu pourrais tre bon2 il suffit de prfrer le bien au mal4 --,je ne puis pas4 --,tu le peux1 puisqu'ils le peuvent1 et facilement2 il suffit de444 --,de quoi8 --444 ,de vouloir4 ,le mot est trouv4 tant compars les uns aux autres au point de vue de l'intrt social1 tant observ combien aisment ceux qui sont dvous l'intrt social y sont adhrents en effet2 tant suppos que ceux qui n'y sont pas dvous pourraient facilement l'tre2 tant conclu qu'il ne leur manque qu'un je ne sais quoi qui doit dpendre d'eux1 la socit invente la volont indpendante et l'me matresse d'elle-mme4 ,et peu peu elle convainc les individus4 ,l'individu convaincu d'avoir nui et puni pour cela1 tombe d'accord qu'il a nui2 cela est incontestable2 mais point1 d'abord1 qu'il est coupable d'avoir nui1 c'est--dire qu'il pouvait ne pas nuire4 ,mais peu peu le regret d'avoir nui qu'il prouve1 parce qu'il est puni1 parce qu'il est mpris et ha1 parce qu'il est poursuivi de hues1 se prsente lui sous cette forme3 peut-tre aurait-il t possible que je ne nuisisse pas4 ,ceci n'est encore qu'un regret1 mais ml d'une hypothse qui va grandir4 ,le nuisible se dit encore3 ,peut-tre suis-je victime d'un dieu1 d'un dmon malveillant qui a fait que je fusse nuisible4 ,le nuisible se dit plus tard3 ,peut-tre1 comme ils le disent1 dpendait-il de moi que je ne nuisisse pas2 peut-tre est-il en moi1 ce mauvais dmon qui m'a pouss mal faire4 ,et alors le nuisible se maudit d'avoir en lui un esprit du mal4 ,le regret est devenu remords2 l'ide de libert est ne de l'ide de responsabilit3 il fallait bien que je fusse libre puisqu'on me punit d'avoir fait le mal et puisque moi-mme je me reproche de l'avoir fait2 l'ide de responsabilit est ne de la punition1 considre comme mrite puisqu'il y en a qui l'vitent4 ,jamais le regret ne deviendrait remords1 jamais l'ide de responsabilit ne viendrait1 sans la comparaison que l'on fait1 et que le nuisible fait lui-mme1 entre le nuisible et ceux qui ne nuisent pas1 et sans cette ide qu'on peut imiter1 qu'on peut se modeler sur les autres3 ,ce n'tait pas votre caractre2 mais n'avez-vous pas eu de bons exemples et ne pouviez-vous pas les imiter8 ,or exemple1 comparaison des uns avec les autres1 assurance qu'on peut imiter et qu'il est possible et mme facile de devenir ce que sont les bons1 c'est de tout cela que se compose et que se fait l'ide du libre arbitre1 et tout cela ne peut exister que dans une socit organise4 ,c'est ainsi que nat la croyance au libre arbitre4 ,elle s'implante et se fortifie dans l'homme quand et quand l'instinct social1 comme on disait autrefois1 et en proportion de cet instinct4 ,elle cre les grands honntes gens1 et les lgislations rigoureuses1 et les justiciers froces1 et les philosophies exaltes et escarpes4 ,elle redouble la vertu des vertueux2 car leur vertu1 ils la sentaient bien en eux comme une disposition tre pur1 tre juste et bien mriter de ses semblables2 mais1 croire que c'est une disposition dont ils disposent1 ils la sentent plus eux1 produite par eux1 cre par eux et ils en sont fiers et ils la chrissent davantage1 comme un enfant1 et ne veulent pas s'en sparer1 comme d'un enfant4 ,elle est pour eux leur crature magnifique et leur uvre glorieuse1 et se dire3 je suis matre de moi1 ils se sentent matres d'un univers4 ,cette croyance cre aussi les grands repentants et fait les grandes conversions4 ,le converti--et l'tymologie du mot est bien significative et elle est trs juste--est un homme qui l'on a persuad ou qui s'est persuad qu'il peut se retourner et qui se retourne en effet2 et c'est--dire que ses penchants1 trs forts1 restent les mmes1 mais prennent une autre direction1 sous l'influence de cette ide qu'ils pourraient tre autres4 ,l'ide n'est pas une force1 mais elle en devient une en se pntrant de passion4 ,or ici elle se pntre des passions mmes qu'il s'agit1 non pas de changer1 mais de convertir4 ,l'homme ardent pour le mal1 c'est--dire pour le trouble de la cit1 si on lui a persuad qu'il dpend de lui d'tre honnte homme1 reste le mme1 seulement sur un autre plan3 il met au service de la cit ses ardeurs et ses violences et il devient un terrible honnte homme1 effrayer les honntes gens ordinaires4 ,et il croit s'tre chang1 ce qui donne ses ardeurs et ses violences comme une raideur nouvelle4 ,les hros de la cit et de l'glise1 cette autre cit1 sont gnralement des convertis 7dont la conversion remonte quelquefois l'enfance7 et que l'ide du libre arbitre exalte4 ,la croyance au libre arbitre cre les philosophies escarpes comme le stocisme et les lgislations draconiennes4 ,aussitt que cette ide s'est empare des esprits que l'homme est matre de lui1 les philosophes exigent tout de lui1 lui demandent tout et les lgislateurs n'ont pas assez de rigueurs pour l'homme qui il suffisait de vouloir tre honnte homme et qui n'a pas voulu l'tre2 aussitt que l'ide de responsabilit s'obscurcit ou doute d'elle-mme la lgislation criminelle flchit4 ,ici une objection3 il n'est donc pas vrai que c'est en nous-mme que nous prenons l'ide du libre arbitre et il n'est donc pas vrai que nous ne croyions gure celui des autres1 puisque3 #a c'est la socit qui nous donne cette ide2 #b ceux qui l'ont1 s'ils sont philosophes ou lgislateurs1 philosophes la prchent1 lgislateurs en font le principe d'une lgislation qui s'applique aux autres4 ,je rponds3 #a ,c'est en nous homme social1 c'est en nous homme ptri depuis des sicles par la socit et pntr d'instinct social que nous prenons le sentiment dsormais invincible du libre arbitre4 ,autrement dit1 c'est la dlibration qui nous donne le sentiment ou l'illusion du libre arbitre1 et c'est la socit qui a fait de l'homme un dlibrateur4 ,l'homme primitif ne dlibre pas4 ,mais depuis le temps que l'homme social dlibre1 il s'est habitu suffisamment croire qu'il dlibre librement et il va mme jusqu' croire rsultats d'une dlibration rapide ses actes les moins dlibrs4 #b ,l'homme prend en lui-mme son sentiment du libre arbitre et ne croit jamais beaucoup celui des autres4 ,s'il ne croyait pas son libre arbitre1 il prendrait le chemin de retourner l'tat instinctif et impulsif2 mais avant d'y tre revenu1 la distance tant trop grande franchir1 il deviendrait drout1 trbuchant1 aboulique1 fou4--,s'il croyait radicalement au libre arbitre des autres1 ne pouvant jamais prvoir ce que les autres feraient1 ne pouvant compter sur personne1 se sentant entour d'tres imprvisibles crateurs de faits inattendus1 ne pouvant plus calculer1 tant dans le monde des hommes comme s'il tait dans un monde de choses o les miracles seraient perptuels1 il vivrait comme en un rve peupl de fantmes capricieux et il deviendrait fou tout de mme4 ,la sant du genre humain est faite de la croyance de chacun en son libre arbitre2 le sens commun du genre humain est fait de la non-croyance de chaque individu en la libert des autres4 ,tout cela est vrai selon moi4 ,mais d'abord il n'y a pas ici de croyance absolue1 radicale1 il n'y a pas de foi2 il y a bien quelque chose1 en vrit1 qui est assez rapproch de la foi1 mais enfin il n'y a pas de foi4 ,prcisment parce que nous ne croyons pas au libre arbitre des autres1 prcisment cause de cela1 ne pouvant pas tout fait ignorer que les hommes se ressemblent1 avec un peu de rflexion nous en venons douter un peu de notre libre arbitre nous2 et aussi parce que nous croyons notre libre arbitre1 nous ne pouvons pas douter absolument du libre arbitre d'tres que nous pensons bien1 malgr tout1 tre faits peu prs comme nous-mmes4 ,de sorte qu'il y a l une singulire1 mais trs relle1 je crois1 intersection d'ides3 nous croyons notre libre arbitre et supposons celui des autres2 nous croyons le dterminisme des autres et supposons le ntre2 notre libert et le dterminisme des autres est une vrit1 notre dterminisme et la libert des autres est une vraisemblance4 ,ce n'est qu'un tat d'me confus2 cela n'a pas le sens commun2 mais c'est rel4 ,premier point4 ,ensuite et en mme temps1 dans le philosophe qui prche la morale du libre arbitre1 dans le lgislateur qui prend le libre arbitre pour principe de sa lgislation criminelle1 dans le justicier qui applique cette lgislation d'une faon trs rigoureusement conforme son esprit1 il y a cette ide que les hommes1 sans doute1 ne sont pas libres1 mais que sous l'autorit d'une morale qui les proclame tels1 sous la terreur d'une lgislation et d'une jurisprudence qui les traitent comme tels1 ils feront comme s'ils l'taient4 ,le libre arbitre devient ici une fiction lgale1 fiction de lgislation morale ou fiction de lgislation politique4 ,et c'est cette fiction qui gouverne telle ou telle cole philosophique ou l'tat4 --,mais comment quelqu'un peut-il croire qu'un seul tre au monde1 n'tant pas libre1 fera comme s'il tait libre1 ce qui est1 cette fois on l'a trouve1 la plus absurde des absurdits4 --,mais1 c'est la suggestion6 ,le philosophe et le lgislateur ne croient pas que des tres non libres agiront proprement comme s'ils taient libres2 ils croient qu'ils feront tous les gestes qu'ils feraient s'ils taient libres1 qu'ils seront possds de l'image des actes que feraient des tres libres et qu'on leur dcrit2 et que1 trs dtermins par cette suggestion mme1 ils feront des actions attribuables des tres libres4 ,or l'action seule importe2 et cela est trs raisonnable4 ,ce n'est pas autre chose que l'admirable prenez de l'eau bnite de ,pascal4 ,philosophes et lgislateurs du libre arbitre font prendre de l'eau bnite leurs administrs ou leurs disciples4 99 99 99 99 99 ,le libre arbitre est devenu une des lois de l'humanit4 ,cru par l'individu1 il le soutient dans la vie1 dans ses entreprises1 dans ses travaux1 dans ses luttes contre les autres et contre lui-mme2--il se confond avec ses passions pour leur donner l'apparence de choses plus intimes1 plus profondment nes de lui-mme1 plus siennes2 et une passion n'est jamais plus forte que quand celui qui en est la victime croit en tre la cause et dit3 ,je suis orgueilleux parce que je veux tre2 je ne suis pas ambitieux1 mais je crois qu'il faut l'tre1 et c'est ainsi que je le suis1 etc42--il se confond avec le devoir1 et ne se croyant oblig que parce qu'on est libre1 ou se croyant libre parce qu'on se sent oblig1 on fait son devoir pour s'obir1 et on s'obit en obissant au devoir1 et celui qui a dit3 ,le premier des devoirs est de croire au devoir devait donner pour corollaire sa belle maxime3 ,et la premire manire de croire au devoir est de croire son libre arbitre2 et donc le premier des devoirs est de se croire libre2 ou1 en d'autres termes1 le premier des devoirs est de croire qu'on peut faire son devoir4 ,cru par les collectivits1 le libre arbitre donne l'ide de la responsabilit et1 par consquent1 de la culpabilit1 et toute la rpression sociale est fonde sur cette ide4 ,s'il n'y avait pas de libre arbitre1 il n'y aurait pas de coupable4 ,voulez-vous ne pas croire coupable le plus grand des criminels1 fait remarquer ,nietzsche2 connaissez minutieusement toute sa vie2 son crime alors vous paratra si exactement la consquence de tout ce qui lui est arriv1 qu'il vous apparatra comme ncessaire1 comme n'ayant pas pu ne pas tre et que le criminel vous semblera parfaitement irresponsable2 de sorte que1 bien contrairement son dessein1 c'est l'interrogatoire du prsident sur les antcdents de l'accus qui est1 plus que toute autre chose1 de nature disculper le criminel4--,la notion de culpabilit est donc fonde tout entire sur la croyance au libre arbitre1 et la notion de culpabilit est la base mme de toute la lgislation rpressive et de tout le rgime rpressif4 ,a la vrit1 je prtends1 moi1 que la socit n'a nullement besoin de croire un homme coupable pour le punir4 ,elle n'a besoin que de le croire dangereux pour le rprimer1 et mme pour le supprimer4 ,et1 se placer ce point de vue1 il y a un renversement complet de la question4 ,celui1 maintenant1 qu'on aura le plus raison non pas de punir1 mot qui n'a plus de sens1 mais de rprimer1 ce sera le moins coupable1 ce sera cet homme dont nous parlions tout l'heure1 dont l'hrdit et tous les antcdents sont tels qu'il tait impossible qu'il ne ft pas un violeur et un meurtrier2 c'est lui qui videmment est le plus dangereux pour la socit4 ,cela est certain2 comme l'inverse le plus coupable des hommes c'est le plus honnte1 quand il a fait une lgre faute1 c'est le saint quand il a commis une peccadille4 ,un homme si pur1 si irrprochable1 si impeccable qu'il tait croire et mme qu'il tait vident qu'il avait le libre arbitre absolu1 cet homme-l commet une faute4 ,qu'en doit-on conclure1 sinon qu'il l'a voulue et qu'il est1 pour l'avoir voulue1 le plus coupable des hommes8 --,donc1 se placer au point de vue de la culpabilit1 il ne faut punir que les honntes gens2 et se placer au point de vue de la nocivit1 il ne faut rprimer que les innocents1 que ceux qui ont le plus innocemment commis des crimes4 --,cela est incontestable2 mais c'est ce qui ne peut pas entrer dans l'esprit de l'homme social1 lev depuis cinquante sicles dans l'ide du libre arbitre4 ,quand on lui prsente un criminel monstrueux1 il sent bien que cet tre est trs dangereux pour la socit2 mais il ne peut pas s'empcher de se dire3 ,mais1 cependant4441 s'il n'est pas coupable8 ,je n'ai pas le droit de le punir4 ,on lui rpond3 ,certes ,vous n'avez pas le droit de le punir6 ,mais vous avez le droit de lui couper le cou4 --,je sais bien2 pour me dfendre2 mais encore1 c'est un innocent que je tue2 je ne puis pas me rsoudre cela4 ,la notion du libre arbitre arrte toujours ou au moins inquite l'homme qui a juger un criminel chez lequel on lui dmontre que le libre arbitre n'existe pas4 ,la ncessit de se dfendre ne lui suffit point4 ,pour redevenir svre et pour ne pas se laisser dvorer1 il faut qu'il revienne la conception du libre arbitre commun tous les hommes et gal chez tous les hommes1 ce qui lui permet de considrer le plus criminel comme le plus coupable4 ,or c'est cette conception du libre arbitre commun tous les hommes et gal chez tous les hommes que l'instinct social1 pour dfendre la socit1 avait instinctivement invente4 ,le libre arbitre tait ce qu'il tait bon que l'on crt et ce qu'il tait ncessaire que l'on crt pour dfendre la socit contre les antisociaux4 ,c'tait une vrit sociale4 ,une vrit sociale est ce que l'intrt social postule qui soit vrai4 ,soit au point de vue individuel1 soit au point de vue social1 le libre arbitre est donc tout au moins une illusion salutaire et peut tre une illusion indispensable4 ,a cause de cela1 il est peut-tre invincible2 en tout cas1 il rsiste obstinment aux objections4 ,c'est lui surtout1 et l'amour de la vie1 que s'applique le mot profond de ,nietzsche1 qu'il est probable que j'aurai l'occasion de rpter3 ,savez-vous ce que sont les vrits de l'homme8 ,ce sont ses erreurs irrfutables4 ,,chapitre ,,iv ,,la ,,morale ,la morale 7quelle qu'elle soit et je cherche ici la dfinition la plus gnrale possible7 est le sentiment que l'on a que l'on peut se gouverner soi-mme1 que on n'est pas entirement impulsif4 ,a la considrer aussi gnralement1 la morale n'est pas une invention de la socit et il y a une morale prsociale4 ,la preuve c'est qu'il y a une morale des animaux4 ,les animaux ne font pas toujours ce que l'impulsion du moment leur commande4 ,tant s'en faut4 ,ils savent prfrer leur intrt personnel gnral leur intrt personnel actuel et momentan4 ,ils savent s'abstenir de manger plutt que de toucher une nourriture qu'ils ont quelque raison de croire nocive ou seulement qu'ils ne connaissent pas4 ,ils savent contrefaire le mort1 et trs longtemps1 pour tromper l'ennemi1 c'est--dire pour s'assurer la vie dans l'avenir aux dpens de la vie dans le moment prsent4 ,ils savent ne pas se laisser tromper par eux-mmes4 ,ils savent prfrer une esprance une ralit4 ,ils savent lcher la proie pour quelque chose qui peut tre une ombre4 ,ils savent1 en un mot1 se dominer1 se surpasser1 se surmonter2 et1 se gouverner tant prvoir1 ils ont1 sinon pleinement1 du moins dj un trs haut degr1 le gouvernement de soi-mme4 ,tout cela est de la sagesse2 tout cela est une moralit1 telles enseignes que l'on sait assez que beaucoup d'hommes sont cet gard trs infrieurs aux animaux1 sur quoi nous aurons revenir4 ,or cette morale lmentaire1 il est peu douteux que les hommes ne l'eussent1 ou du moins qu'un certain nombre d'hommes ne l'eussent avant l'invention sociale4 ,c'est prcisment elle1 conjointement avec l'intelligence1 avec quoi du reste elle se confond alors1 qui a permis l'homme de n'tre pas toujours vaincu par les animaux plus forts que lui et de sauver son espce2 c'est prcisment elle1 conjointement avec la sensibilit1 qui a permis l'homme de passer de l'tat errant l'tat familial1 l'instinct d'tat familial tant fait de douceur1 reconnaissance et piti l'gard de la femme2 ceci est du sentiment2 mais aussi de la prvoyance confuse que l'on sera mieux1 au prix de quelques sacrifices prsents1 dans l'tat familial que dans l'tat errant4 ,cette morale prsociale n'est gure autre chose1 me dira-t-on1 que le vouloir vivre bien entendu et l'esprit de conservation bien entendu4 ,a coup sr2 mais ds que vous introduisez le mot bien entendu dans la formule1 vous y introduisez de l'intelligence et de la moralit1 de l'intelligence qui calcule et de la moralit qui commande1 ou qui persuade1 de prfrer la jouissance immdiate la jouissance dsire1 espre et prvue long terme4 ,cette morale prsociale ne contient ni ne comporte1 ce me semble1 l'ide du libre arbitre ou elle ne le contient qu'en puissance1 si l'on veut1 et de telle manire que sans l'invention sociale il n'apparatrait jamais4 ,l'homme primitif calcule que1 dans son intrt de demain et des jours suivants1 il est telle et telle chose qu'il ne doit pas faire et telles qu'il doit faire2 il va peut-tre jusqu' calculer qu'il vivra plus heureux en gardant la femme qu'il a prise qu'en l'abandonnant2 mais il n'a pas l'ide de sa puissance plus ou moins grande agir contre une partie de lui-mme1 ce qui est la dfinition mme du libre arbitre2 il n'a pas appris se scinder1 ce qui est la condition mme de la dlibration2 il ne dlibre pas2 son calcul mme ne peut s'appeler un calcul qu'en langue moderne et n'est pas proprement un calcul2 c'est la reprsentation d'un moment futur comme moment actuel2 c'est1 sans analyse1 lui se voyant dans l'avenir comme s'il se voyait dans le prsent1 c'est lui se voyant heureux parce qu'il n'a pas mang de telle plante suspecte1 se voyant vivant parce qu'il a fait le mort devant un ennemi1 se voyant respirant parce que1 poursuivi par un animal1 il est mont sur un arbre1 etc4 ,il faudra la notion des devoirs envers les autres pour que naisse1 comme postule par ces devoirs1 la notion du libre arbitre4 --,cependant il a dj1 il sent dj des devoirs envers soi-mme1 et justement vous venez de les dcrire4--,point4 ,il n'y a pas de devoir envers soi-mme2 il n'y a de devoirs qu'envers les autres1 il n'y a de devoirs envers soi-mme que relativement aux autres comme but et objet1 et s'il n'y avait pas d'autrui1 l'homme n'aurait pas de devoir du tout4 ,l'homme primitif n'a pas l'ide qu'il se doit lui-mme de se conserver1 de se sauver1 de se maintenir vivant2 rien n'est plus tranger sa pense2 il a le simple sentiment de se conserver1 une volont de persvrer dans l'tre1 un instinct de la continuit de son existence1 instinct de continuit qui lui donne ces reprsentations de moments futurs comme de moments actuels1 de quoi j'ai parl4 ,l'homme primitif est simplement un animal qui1 comme d'autres animaux1 ne vit pas exclusivement dans la minute qu'il vit2 rien de plus2 la preuve peut-tre1 c'est que vous ne vous le figurez pas1 sans doute1 parce qu'il aura mang des champignons vnneux et qu'il sera malade1 ayant des remords1 mais simplement ayant des regrets4 ,il n'a donc pas de devoirs envers soi-mme1 et il ne peut pas du sentiment de ces devoirs tirer la notion du libre arbitre4 ,il a une morale mais il n'a pas de conscience2 il a une morale1 puisqu'il n'est pas purement impulsif2 il n'a pas de conscience1 n'ayant ni la notion du devoir ni la notion de la libert2 il est intermdiaire entre l'tre impulsif et l'tre de conscience2 il est une impulsivit refrne par un certain gouvernement automatique de soi4 ,la socit nat2 la morale proprement dite1 la morale avec conscience morale et notion du libre arbitre nat avec la socit4 ,n'allons pas si vite4 ,la morale sociale existe chez les animaux2 et il ne faudrait donc pas dire que la morale proprement dite naisse avec la socit humaine4--,oui1 la morale sociale existe chez les animaux2 elle existe chez les animaux qui vivent en socit1 abeilles1 fourmis2 elle existe aussi chez les animaux qui se mettent en socit certains moments prcis1 oiseaux migrateurs1 ou qui se mettent en socit un moment quelconque1 en cas de pril commun ou en cas de malheur arriv l'un des leurs1 hirondelles4 ,tous ces animaux ont une morale sociale4 ,mais d'abord c'est une morale rigide1 inflexible1 insusceptible de progrs1 ou1 pour carter ce mot de progrs1 dont l'emploi est par trop absurde1 insusceptible de variations1 d'volution1 une morale qui ressemble--et qui est peut-tre cela-- une raison cristallise1 une raison qui aurait t souple et qui s'est noue4 ,l'animal est capable de variations en son intelligence1 il ne l'est pas en sa morale2 des circonstances nouvelles il oppose ou il adapte un expdient nouveau2 de sa morale il ne change rien2 il invente en intelligence1 il n'invente pas en morale2 et il n'en est pas trs diffremment dans l'homme1 mais cependant il n'en est pas de mme4 ,ensuite1 et ce n'est gure qu'un point de vue diffrent de la mme chose1 la morale de l'animal n'admet aucun degr la libert individuelle4 ,le salut de l'tat est strictement1 absolument1 intgralement1 son principe4 ,inutile de le faire remarquer une fois de plus pour les abeilles et les fourmis3 l l'individu n'est rien et il semble qu'il n'y ait qu'un seul corps mille organes et une seule me4 ,mais remarquez nos nobles surs les hirondelles3 quand elles migrent elles font des exercices prparatoires2 elles s'essayent aux longs vols1 aux longs raids4 ,pourquoi8 ,pour prouver les forces des jeunes4 ,peut-tre2 mais surtout pour prouver les forces des vieilles et pour savoir si elles pourront effectuer le voyage4 ,et celles qui se rvlent incapables de le fournir8 ,elles sont tues4 ,pourquoi8 ,qu'importe la communaut que l'individu invalide soit destin mourir dans quelques jours1 faute d'insectes manger8 ,qu'on le laisse mourir ici ou tomber mourant en voyage4--,c'est ici1 chez cet animal1 qui pourtant n'est pas1 l'ordinaire1 un animal social1 qui n'est pas un animal de socits animales1 que1 cependant1 intervient l'ide stricte et absolue de corps social4 ,il ne faut pas qu'un seul individu du corps social s'en dtache1 mme pour mourir1 s'en dtache pour mourir de mort isole2 il n'a pas mme cette triste libert individuelle2 il faut que le corps social tout entier1 comme un seul animal1 aille de ,france en gypte1 ou au moins aux pays o il y a des insectes4 ,la socit des hirondelles tue un individu comme un animal se couperait une partie morte de lui-mme qui le gnerait ou1 simplement1 qu'il ne verrait plus comme partie de lui-mme4 ,a ce moment1 pour ce moment1 la socit des hirondelles est devenue une ruche1 un seul corps mille organes et une seule me4 ,parce qu'elle est devenue une socit animale proprement dite pour un moment1 pour ce moment l'ide de la moindre libert individuelle a compltement disparu4 ,voil les diffrences1 sensibles sinon profondes1 entre les socits animales et les socits humaines4 --,de sorte que les anciens1 qui ne connaissaient pas la libert individuelle1 taient des animaux8 --,oui2 ou du moins il y a du vrai4 ,les socits antiques1 tant plus prs de leur origine1 tant plus prs de l'origine des socits1 c'est--dire de la guerre1 pour mieux parler vivant dans leur origine1 vivant sous le rgime vrai de la guerre1 sous le rgime de la guerre sans prisonniers ou avec prisonniers devenant esclaves1--et la nation vraiment patriote1 voulant vraiment tre et rester une socit indivisible1 ne ferait pas de prisonniers pour que l'ennemi n'en ft pas et pour que le citoyen1 sachant ce qui l'attend la guerre1 se battt toujours comme un dsespr1--les nations antiques1 vivant sous ce rgime1 taient des socits plus voisines des socits animales1 attaches trs fortement l'ide de l'indivisibilit du corps social1 comptant un acte de libert individuelle comme une scession et terriblement dfiantes et jalouses l'gard de tout individualisme4 ,cependant1 je n'ai pas besoin d'indiquer quelle quantit norme de libert individuelle les rpubliques antiques admettaient1 comparativement aux rpubliques animales2 et cela1 encore un coup1 parce que l'animal humain n'est pas n pour la socit1 mais a t forc la socit par la guerre et parce qu'ainsi on voit toujours rester un animal individuel dans l'animal social que l'homme est devenu4 ,donc la socit est ne et elle invente la morale sociale2 c'est--dire elle invente ce qu'il faut que les hommes croient pour que la socit3 #a subsiste2 #b se maintienne un certain niveau2 #c croisse4 ,ce qu'il faut1 pour que la socit subsiste1 c'est que chaque citoyen soit sain1 soit fort1 se maintienne fort jusqu' un ge trs avanc1 donc soit sobre1 temprant1 exerc1 dur pour lui-mme1 endurant1 dompteur de ses dsirs1 contempteur des jouissances1 des plaisirs et de la mollesse1 un spartiate ou un stoque comme on dira plus tard4 ,bref1 la socit impose l'individu des devoirs envers lui-mme4 ,nous avons vu que ces devoirs n'existaient pas chez l'homme l'tat primitif4 ,c'est la socit qui invente les devoirs de l'homme envers soi-mme1 ou bien plutt qui1 ayant besoin de devoirs de l'homme envers les autres1 invente des devoirs de l'homme envers les autres qui impliquent d'abord des obligations de l'homme envers soi-mme4 ,il n'y a que des devoirs envers les autres2 mais le premier devoir envers les autres est de se faire capable de remplir ses devoirs envers autrui4 ,les devoirs envers soi-mme sont des devoirs envers autrui commenant leur mouvement vers autrui dans l'enceinte de notre personne4 ,rien de plus juste1 interprt raisonnablement1 que le proverbe populaire3 ,charit bien ordonne commence par soi-mme4 ,oui1 c'est--dire charit bien ordonne commence par duret envers soi-mme pour tre charitable envers le prochain4 ,traduction qui corrige le texte1 comme toute bonne traduction doit faire4 ,donc devoirs envers soi-mme1 devoirs sociaux2 devoirs envers soi-mme1 devoirs pour que la socit subsiste2 devoirs envers soi-mme1 devoirs invents par la socit au profit des autres4 --,c'est peut-tre le moment1 me dirait quelqu'un qui m'aurait beaucoup lu1 de vous faire remarquer que1 quand vous avez fait de l'honneur le principe de toute la morale1 c'est un devoir envers soi-mme que vous avez rattach la morale tout entire4 --,point du tout1 je crois4 ,quand j'ai rattach toute la morale au sentiment de l'honneur1 j'ai rattach toute la morale un devoir envers les autres2 car il faut et j'ai insist sur ce point1 qu'il y ait autrui pour qu'il y ait de l'honneur4 ,l'homme primitif n'a pas d'honneur1 non plus que l'animal2 il n'a que le sentiment de l'intrt bien entendu4 ,mais aussitt que la socit existe1 elle cre d'une part le devoir d'tre utile ses concitoyens1 d'autre part le dsir de se distinguer des citoyens inutiles ou moins utiles1 de se distinguer parmi ses concitoyens1 de se distinguer aussi des animaux qui n'ont pas l'honneur de former une socit ou d'en former une aussi belle que celle dont on fait partie4 ,la socit cre l'honneur1 c'est--dire un devoir complet puisqu'il est la fois devoir envers soi-mme et devoir envers les autres1 devoir de s'estimer trs haut et de faire ce qu'il faut faire pour se pouvoir estimer2--devoir de servir les autres2 car celui-l qui se sent inutile ne s'estime point2--devoir enfin de surpasser les autres1 et pour surpasser les autres1 de se surmonter et surmonter les autres indfiniment4 ,l'honneur est donc devoir envers soi-mme pour les autres et devoir envers les autres en considration de soi-mme2 il lie et noue la personnalit et la collectivit du lien et du nud le plus fort et le plus troit que je sache2 et c'est lui qui1 dans le service la collectivit1 sauve l'individualit laquelle l'individu humain ne renonce jamais4 ,mais c'est bien la socit qui le cre2 il n'existerait pas sans elle4 ,en mme temps que la socit invente ce qu'il faut que les hommes croient pour que la socit subsiste1 elle invente ce qu'il faut que les hommes croient pour que la socit se maintienne un certain niveau4 ,dans ce dessein1 elle cre une morale qui est une sorte de discipline1 qui est1 comme a trs bien dit ,nietzsche1 une contrainte prolonge4 ,l'homme primitif se contraint1 je l'ai dit2 mais il se contraint1 sinon accidentellement1 ce serait peut-tre trop dire1 du moins d'une faon intermittente2 le plus souvent il se laisse aller1 il gote le trs vif plaisir d'tre impulsif4 ,l'homme en socit apprend que1 le danger tant permanent1 la contrainte doit tre de tous les moments et ternelle4 ,l'impulsivit doit tre rduite son minimum2 il faudrait qu'elle ft supprime4 ,la socit1 contrariant la nature1 nous force de croire1 contre notre nature mme1 qu'il faut nous plier sans cesse1 obir sans cesse dans une mme direction2 qu' ce prix sont les choses belles1 mme en art--,nietzsche a l-dessus une page trs pntrante--qu' ce prix sont les choses fortes1 solides1 permanentes2 et1 nous sollicitant nous admirer dans ces choses permanentes1 produits de la contrainte prolonge1 elle nous amne1 ce qui est le dernier terme de son art1 aimer la servitude4 ,elle la pare des plus beaux noms2 elle l'appelle service de l'tat1 dvouement l'tat1 sacrifice l'tat1 magnanimit1 agrandissement de l'me jusque-l qu'une me humaine embrasse la patrie tout entire2 mais enfin c'est la servitude1 c'est le renoncement soi-mme au service et au projet de quelque chose qui1 quoi qu'on en veuille et puisse dire1 n'est pas moi4 ,le triomphe de cette mainmise de la collectivit sur l'individu1 c'est l'tat antique et c'est encore plus1 ou du moins l'exemple est plus net1 la royaut franaise au temps de ,louis ,,xiv4 ,chez les anciens1 l'individu se fait esclave d'une abstraction1 l'tat2 oh6 d'une abstraction qu'il sent si bien vivante dans les magistrats1 dans les prtres des dieux indigtes1 dans les patriciens1 dans tous les citoyens et dans chacun d'eux1 dans aspect mme des sept ,collines et de ce qui les couvre1 que sa servitude a o se prendre2 mais enfin il se fait esclave d'une abstraction3 respublica4 ,sous ,louis ,,xiv1 l'individu voit la patrie concentre1 rsume1 ramasse en un seul homme qui est ternel4 ,c'est la fiction monarchique1 fiction qui est la formule la plus aigu1 pour ainsi parler1 et la plus intense1 du patriotisme4 ,en un homme ternel1 qui se renouvelle de pre en fils1 la patrie vit1 que vous pouvez aimer comme une personne1 sous une forme charnelle1 dont vous avez le portrait1 que vous connaissez enfant1 jeune homme1 homme mr1 vieillard1 qui a une biographie personnelle1 qui est la patrie et qui est un homme1 qui est un homme et qui est la nation4 ,il y a l une manire d'incarnation1 extrmement favorable aux instincts de servitude1 de dvouement et de dvotion4 ,la mort morale de ceux qui1 aprs avoir joui de la prsence du roi1 en taient privs1 dit tout simplement que dans toute l'histoire peut-tre il n'y a pas eu de patriotisme gal celui du ,franais du ,x,v,i,ie sicle4 ,ainsi la socit met l'individu au service de la collectivit1 c'est--dire au service de la volont de tous ou d'un seul reprsentant tous4 ,inutile de dire que1 pour cela1 qu'en cela elle le transforme radicalement4 ,car la premire chose qu'elle lui suggre1 c'est de n'tre plus lui-mme4 ,il ne faut pas d'originaux dans une socit o avant tout1 exclusivement s'il est possible1 chacun est pour tous4 ,la morale sociale exige l'uniformit sociale4 ,il y a un patron des citoyens sur lequel tous les citoyens doivent se modeler et dont ils ne doivent s'carter que par des diffrences qui sont tolres pour qu'ils jouissent un peu d'eux-mmes1 mais qui doivent rester trs lgres4 ,il existe de nos jours une morale-science-des-murs qui ne laisse pas d'avoir son idal et de tendre1 par une sorte d'expdient que j'ai analys ailleurs1 une srie d'amliorations et de surlvations2 mais dont le fond cependant consiste connatre les murs de ses concitoyens et1 somme toute1 s'y conformer4 ,c'est l'esprit gnral de la morale sociale4 ,quand je relis le de ,officiis1 qui est1 du reste1 un ouvrage trs estimable1 je ne saurais dire quel point je crois lire un livre inspir par la morale-science-des-murs4 tre ce qu'est un citoyen romain1 ce qu'il doit tre pour la dfense de sa cit et le maintien de sa cit un certain niveau1 ne pas se dvelopper individuellement1 se faire de plus en plus tre collectif1 rsumer en soi les murs de sa ville2 voil le de ,officiis1 voil l'esprit gnral de la morale-science-des-murs1 voil l'esprit gnral de la morale sociale4 ,elle n'aime pas la recherche dsintresse de la connaissance4 ,tmoin les ,athniens qui n'ont jamais aim les philosophes1 tmoin les ,spartiates qui1 ce qui vaut bien mieux ce point de vue1 n'en ont jamais eu4 ,c'est que le progrs des connaissances humaines mne la dispersion des esprits et la dispersion des esprits l'individualisme1 en faisant deux hommes de la mme cit trs sensiblement1 trop sensiblement diffrents l'un de l'autre4 ,entre un lettr et un savant1 un pote et un mdecin1 un ingnieur et un artiste1 il y a des diffrences telles1 d'esprit1 et par suite de caractre1 ou au moins d'humeur1 et par suite de murs et d'habitudes1 qu'ils ne se sentent plus solidaires1 qu'ils ne se sentent plus en communaut4 ,je me sens plus voisin1 peut-tre tort1 mais il me le semble1 et cela suffit pour cette dissmination dont je parle1 d'un ,snque l'ancien ou d'un ,quintilien que de mon voisin l'ingnieur2 et pour celui-ci je suis un tre surann et arrir1 assez analogue un diplodocus1 et il ne peut gure parler de moi sans hausser les paules4 ,michelet fait remarquer qu'il est assez probable que les tempraments aussi se sont individualiss2 qu'autrefois la vieille mdecine soignait les maladies par classes et ne se trompait gure2 car on tait malade par classes aussi1 tributim2 que maintenant les maladies sont individuelles4 ,toutes choses aujourd'hui1 dit-il encore1 sont devenues personnelles4 ,il va un peu loin mais il y a du vrai4 ,c'est de cela que la morale sociale ne veut point4 ,car cette multiplication d'individualismes impermables les uns aux autres postule la libert1 exige la libert d'ducation1 de pense1 de groupement entre gens ayant la mme faon de penser1 et toute libert1 ou individuelle1 ou d'association1 restreint l'tat4 ,c'est bien pour cela que la socit a invent la morale unique et universelle4 ,il existe une morale1 la mme ,athnes et ,rome1 la mme chez les civiliss et chez les barbares1 la mme pour les pauvres et les riches1 la mme pour les grands et les petits444 ,voil ce dont retentissent tous les de ,officiis anciens et modernes1 issus de la morale sociale1 de la morale officielle4 ,il le faut bien3 la morale unique et universelle est l'uniforme que jette la socit sur tous les individus pour qu'ils soient aussi pareils que possible1 ce qui est essentiel ses desseins1 c'est--dire ses intrts4 ,la socit est une arme1 et une arme doit avoir un uniforme pour se reconnatre2 il faudrait mme qu'elle et un uniforme intrieur1 et c'est1 par cette morale unique et universelle1 ce qu'on cherche4 ,la socit tend de toutes ses forces l'unanimit et carte d'instinct tout ce qui en loigne et accueille d'instinct1 et mme invente1 tout ce qui en rapproche4 ,remarquez que cette uniformisation1 peut-tre regrettable du ct des hauteurs de l'humanit1 est excellente en bas4 ,j'ai parl de ces hommes qui1 par leur impuissance habituelle se dominer1 rprimer leurs passions1 se reprsenter le moment futur et prfrer leur bien-tre dans ce moment leur jouissance dans le moment actuel1 sont au-dessous des animaux4 ,ces hommes sont trs nombreux2 car l'homme est au-dessus et au-dessous des animaux2 il est au-dessus par sa raison quand sa raison met ses passions la raison2 il est infrieur aux animaux quand ses passions l'emportent habituellement1 parce que ses passions sont beaucoup plus vives que celles des btes4 ,les animaux le savent bien qui1 sans doute1 obissent l'homme passionn parce qu'il a des moyens de se faire obir1 mais qui ne se laissent vritablement domestiquer que par l'homme qui leur ressemble1 c'est--dire qui1 au moins avec eux1 est calme1 doux1 patient et veut toujours la mme chose1 sagesse animale1 raison animale1 que les animaux comprennent4 ,or1 ces sous-hommes dont je parle1 la socit1 qui ne peut pas les souffrir1 qui voit en eux les tres insociaux par excellence1 les supprime1 les rprime1 ou les lve4 ,elle supprime les plus dsesprs1 ceux qui1 par atavisme1 sont ns pour errer solitaires dans les bois2 elle rprime ceux qui sont moins arrirs et qui sont susceptibles d'tre mens par l'intimidation ou le souvenir d'une punition subie2 elle lve les moins bas placs1 ceux qui d'eux-mmes ne se feraient pas un gouvernement de vie1 mais qui sont capables d'en recevoir un4 ,elle les lve1 assez peu1 mais suffisamment pour qu'on ne soit pas forc de les supprimer ou de les enfermer2 elle les lve par son existence mme1 par l'atmosphre qu'elle cre autour d'eux1 par l'habitat qu'elle leur fait1 par l'adaptation instinctive de l'animal aux entours2 elle les lve par l'exemple1 par l'appel incessant leur instinct d'imitation qui les rend semblables en apparence aux tres parmi lesquels ils vivent2 elle les lve enfin par sa morale qui s'insinue en eux ds l'enfance et qui joue le rle d'une suggestion4 ,beaucoup d'hommes1 sans aucun sentiment moral1 agissent des annes1 toute leur vie1 en faisant tous les gestes de la moralit sociale1 au moins lmentaire4 ,quelquefois1 brusquement1 ils se rvlent tres de passion sauvage ou de passion morbide4 ,c'est qu'une circonstance extraordinaire1 inattendue d'eux1 violente1 leur a souffl sur les yeux4 ,ainsi la socit se maintient un certain niveau par une morale d'uniformit qui tend l'unanimit et qui donne tous1 ou peu prs tous1 des murs sensiblement pareilles1 conformes l'intrt social4 ,et enfin la socit ne voulant pas seulement exister1 ne voulant pas seulement se maintenir un certain niveau1 mais voulant crotre1 invente une morale suprieure qu'elle superpose aux deux morales prcdentes4 ,par ses sages1 par ses hommes d'tat1 par ses prtres1 elle fait appel aux sentiments gnreux4 ,elle fait appel aux sentiments d'abngation et de sacrifice4 ,elle fait entendre qu'il est beau de se sacrifier pour ses concitoyens1 pour ses frres1 que la beaut morale est une telle supriorit sur toute chose bonne et sur toute chose belle que la plus heureuse destine humaine est de l'atteindre4 ,elle verse une sorte d'ivresse de dvouement dans les mes des citoyens4 ,elle institue le culte des hros4 ,elle les montre plus vivants dans la mort que les plus heureux des vivants4 ,elle les montre envis1 c'est--dire heureux1 puisque c'est l'envie qu'on inspire qu'on mesure le bonheur qu'on a4 ,excitant une foule de sentiments divers1 trs antrieurs elle1 pour les transformer son profit1 le got du risque1 le dsir d'tre connu et cit avec honneur parmi les hommes1 le dsir de se survivre et de vivre aprs la mort dans la mmoire de ceux qui fouleront la terre2 elle cre un monde par del le monde et une vie par del la vie1 rgion suprieure o ceux qu'elle a ainsi1 non seulement levs1 mais surlevs1 vivent puissamment1 glorieusement1 sans plus distinguer ce qui doit prcder leur mort individuelle de ce qui doit la suivre4 ,le but est atteint1 le dessein rempli3 l'individu n'est plus individu que comme puissance2 il n'est plus individu comme proccupation actuelle de soi-mme2 le moi goste est aboli1 le moi glorieux est cr2 le moi individuel est aboli1 le moi collectif est cr4 ,le ,romain mourant en faisant triompher ,rome vit avec une puissance extraordinaire1 avec un accroissement de vie incalculable1 puisque ,rome s'accrot et que lui c'est ,rome et que ,rome c'est lui4 ,la socit cre ainsi des sentiments sublimes et des devoirs sublimes1 navement1 pour son profit4 ,elle joue exactement ici le rle de ce grand trompeur dont nous avons parl et qui1 selon certains philosophes1 nous pipe et nous fait agir pour des fins qui nous dpassent infiniment4 ,et par parenthse il est assez probable que c'est l'action suggestionnante de la socit sur les individus qui a inspir nos philosophes cette ide d'une action suggestionnante de la nature et d'une grande tromperie poursuivie par la nature sur les individus4 ,que le grand trompeur existe1 je ne suis pas assez mtaphysicien pour le savoir2 mais ce que je sais1 c'est que la socit est ce grand trompeur dans les limites de la portion de l'humanit qu'elle suggestionne4 ,elle fait travailler ses ouvriers dans les soubassements de sa cathdrale qu'ils ne verront jamais en leur donnant l'hallucination de la cathdrale btie4 ,l'analogie est exacte4 ,est-ce que l'ouvrier qui commence la cathdrale songe qu'il la verra ou qu'il ne la verra pas8 ,il ne songe ni l'un ni l'autre4 ,il ne rflchit pas sur les contingences4 ,il la voit2 il la voit1 mort ou vivant1 et dans cette vision l'accident de la mort individuelle est simplement supprim4 ,ainsi la socit fait travailler ses ouvriers-hros2 et1 nave trompeuse1 elle est la premire les admirer4 ,cette admiration est une partie inconsciente de sa tromperie4 ,si ces ouvriers ne se sentaient pas admirs par elle1 ils ne travailleraient pas4 ,mais ils se sentent admirs1 magnifis1 glorifis1 bnis et leur tour1 navement aussi1 ils trompent la socit4 ,ils lui font croire1 par l'admiration qu'ils lui inspirent1 dans l'admiration qu'ils lui inspirent1 non seulement qu'elle est leur oblige1 ce qui est vrai1 mais que c'est pour eux qu'elle agit1 pour leur gloire1 pour leur bonheur suprieur1 pour leur immortalit4 ,figurez-vous le grand trompeur nous conduisant ses fins transcendantes que nous ne comprenons pas2 oui2 mais en mme temps s'imaginant1 ce qui est peut-tre vrai et je ne suis pas de son conseil1 qu'il nous fait heureux1 qu'il nous fait grands1 qu'il nous fait une destine enviable4 ,tel est le sentiment de la socit l'gard de ses bons serviteurs4 ,de cette combinaison de trompeur tromp et de tromps qui sont rciproquement trompeurs1 se fait le bien social ou du moins ce que les hommes considrent comme le bien social2 et cela en tout cas est un des plus grands et des plus beaux spectacles que nous offre l'humanit et qu'elle puisse offrir qui la regarde4 ,remarquez cependant que la socit n'approuve et n'exalte que les conduites sublimes qui lui sont utiles4 ,elle reste indiffrente la vertu en soi1 l'hrosme en soi4 ,elle ne le comprend mme pas1 elle ne le voit point4 ,le saint1 l'ascte1 le stocien1 lui sont trangers2 elle les regarde comme des originaux sans importance2 ils passent ct d'elle2 elle passe ct d'eux4 ,nul doute que ,rome n'ait considr les martyrs avec indiffrence quand elle ne les considrait pas avec haine comme ennemis publics1 ainsi qu'on le lui disait4 ,ils meurent pour leur foi3 qu'est-ce que cela me fait8 --,cependant mourir pour une ide1 c'est la vertu pure4 --,ils ne meurent pas pour moi4 ,qui tes-vous pour me tenir ce langage8 ,un chrtien8 ,et en effet personne1 sauf un chrtien1 ne pouvait tenir ce langage4 ,marc-,aurle lui-mme ayant perscut les chrtiens1 on ne peut gure supposer qu'en son for intrieur il les admirt1 et pourtant il se connaissait en vertu pure4 ,la socit n'admire que les vertus qu'elle inspire4 ,seulement1 cultiver ainsi la plante humaine1 on lui fait produire des fruits qu'on n'a point imagins1 non sua poma4 ,a crer dans l'homme une vertu lmentaire1 puis une vertu moyenne1 puis un idal de vertu1 on l'habitue1 je veux dire on habitue les mieux dous parmi les hommes se faire eux-mmes une morale de plus en plus leve qui pourra se rendre indpendante de ces desseins de la socit qui ont prsid son laboration4 ,il se trouve des hommes qui1 pntrs hrditairement du sentiment du devoir1 confirms dans ce sentiment par leur ducation1 enfoncs plus avant dans ce sentiment par leurs rflexions et par la passion gnreuse de la lutte contre les passions1 arrivent adorer le devoir pour lui-mme1 le devoir pour la beaut du devoir1 le devoir pur4 ,ils ne ngligeront pas les devoirs sociaux1 sachant bien que le devoir social est une partie du devoir1 puisqu'il est devoir de reconnaissance1 devoir de fidlit1 devoir de solidarit2 ils ne ngligeront pas leurs devoirs sociaux et mettront mme un point d'honneur s'en acquitter mieux que la plupart1 pour ne point se faire dire3 o places-tu ta sagesse2 et ne la places-tu pas loin du pril et du poids du jour82 ils ne ngligeront point1 et tout au contraire1 leurs devoirs sociaux2 mais ils seront persuads que tout le devoir n'est pas l et que le mettre l c'est le rtrcir2 en de de la socit1 ils verront eux-mmes1 ils verront leur personne morale qu'il s'agit de perfectionner1 de rendre meilleure mme en choses dont la socit n'a pas besoin2 qu'il s'agit de rendre plus droite1 plus pure1 plus occupe d'entretiens sublimes1 statue vivante de l'honneur2 au del de la socit1 ils se verront et se reconnatront des devoirs envers l'humanit2 ils dcouvriront cette socit du genre humain1 societas generis humani1 que dmlaient dj ,cicron et ,snque et qui la dmlaient plus facilement qu'un moderne ne le peut faire parce que leur pays avait peu prs1 par la conqute1 ralis cette socit et tendait entirement la raliser par la paix romaine2 ils se verront citoyens du genre humain1 ce qui ne laissera pas de les gner souvent comme citoyens d'une patrie particulire1 et ils verront natre de l des conflits de devoirs qui tourmenteront leurs curs et exerceront leur esprit4 ,la socit1 en crant la morale1 a cr un principe d'action et un principe d'abstention qui taient son service1 qui taient pour son besoin et qui ont fini1 en se dveloppant et en s'agrandissant1 par la dpasser4 ,considre comme prjug ncessaire1 la morale est le plus imprieux des prjugs1 peut-tre parce qu'il est le plus indispensable4 ,nietzsche l'appelle tantt la ,circ des philosophes1 tantt la ,circ de l'humanit1 spirituellement1 mais avec une exactitude insuffisante peut-tre1 puisque ,circ transformait les hommes en animaux et que ,nietzsche dclare lui-mme que1 sans les erreurs qui rsident dans les donnes de la morale1 l'homme serait rest animal4 ,la morale est une ,circ ascendante4 ,mais c'est bien une magicienne imprieuse et qui prtend ramener tout elle et tout gouverner4 ,bien avant ,platon1 qui n'a fait que systmatiser tout cela1 elle a prtendu ramener toutes les actions humaines et toutes les facults humaines elle-mme comme leur dernire fin4 ,elle a dit l'ouvrier en le faisant frmir sur les consquences sociales d'une dsobissance cet ordre3 ,tu n'exerceras qu'un mtier qui rendra l'homme plus sain1 ou tout au moins tu n'en exerceras pas qui puisse le dprimer physiquement et moralement4 ,elle a dit l'artiste en lui inspirant la mme terreur3 ,tu ne dpraveras point2 et1 de plus1 tu n'auras de valeur vraie et tu ne seras respectable que si par ton art tu inspires des sentiments nobles4 ,elle a dit l'orateur3 ,tu ne seras respectable et digne mme du nom d'orateur que si tu es mon service2 que si1 finalement1 tes discours tendent me raliser davantage et raliser mon rgne parmi les hommes4 ,elle a dit l'homme d'tat en lui inspirant la mme terreur3 ,la politique1 c'est moi2 et quand elle n'est pas moi1 elle n'est qu'un moyen dtestable et honteux d'arriver la puissance2 autrement dit1 la politique1 c'est moi ou une escroquerie4 ,la politique c'est l'art d'amener les hommes vivre moralement et de plus en plus moralement4 ,elle a dit au savant en lui inspirant les mmes terreurs3 ,prends garde que la connaissance ne soit immorale2 et si elle te parat telle1 ne la divulgue pas4 ,une vrit immorale n'a pas le droit d'tre vraie1 ou plutt elle n'est pas vraie2 car je suis toute vrit et il n'y a de vrit que relativement moi et proportionnellement moi4 ,et les savants eux-mmes1 tant est grande la force d'intimidation de la morale1 se sont rclams de la morale mme pour lui rpondre et ont dit3 ,mais il est moral de ne pas se tromper et de ne pas tromper les autres2 nous sommes moraux en ne mentant pas4 ,ils ont cru devoir faire leurs excuses la morale4 ,si la morale est si sductrice et si imprieuse1 c'est que l'homme sent bien que sans elle il pourrait vivre2--et c'est pour cela que si souvent il se surprend en vouloir secouer le joug1--mais non pas de la faon nouvelle dont les circonstances l'ont forc de vivre1 c'est--dire de la faon sociale2 il sent que la morale est le lien mme de la socit1 ou bien plutt que la socit ncessaire suggre la morale comme une forme de sa ncessit1 comme la maxime de sa ncessit et que le contrat social1 c'est la convention morale4 ,de sorte que ceux qui nient la morale peuvent avoir raison1 peuvent avoir raison en disant qu'il n'y a l d'abord qu'une convention et ensuite qu'une habitude2 mais sont toujours dans le faux1 dans le faux social parce que la vrit sociale est qu'il y ait un gouvernement des hommes par eux-mmes1 dans leurs relations entre eux et pour leurs relations entre eux et que ce gouvernement est une morale1 plus ou moins leve1 plus ou moins pure1 plus ou moins noble1 mais une morale toujours1 une morale1 c'est--dire sacrifier quelque chose de soi quelque chose qui nous dpasse4 ,cela est si vrai que les ngateurs de la morale1 en thorie1 n'existent pas4 ,on ne nie la morale qu'en action4 ,a la vrit1 de cette faon-l1 on la nie bien4 ,les ngateurs de la morale ont toujours une pense de derrire la tte qui est une pense morale4 ,nietzsche3 ,je nie la moralit comme je nie l'alchimie2 je nie les hypothses1 mais non pas qu'il y ait eu des alchimistes qui ont cru ces hypothses et qui se sont fonds sur elles4 ,je nie l'immoralit2 je ne nie pas qu'il y ait beaucoup d'hommes qui se sentent immoraux2 je nie qu'il y ait vraiment une raison pour qu'ils se sentent ainsi4 ,je ne nie point1 n'tant pas fou1 qu'il faut viter et combattre beaucoup d'actions dites immorales1 qu'il faut excuter et encourager beaucoup de celles qu'on dit morales3 mais je crois qu'il faut faire l'une et l'autre chose pour d'autres raisons qu'on l'a fait jusqu' prsent4 ,il faut que nous changions notre faon de voir pour arriver changer notre faon de sentir4 ,toutes les fois que vous entendrez nier la morale1 le dialogue suivant pourra s'tablir entre votre voisin et vous3 ,quel est cet homme qui nie la morale8--,c'est un homme qui en cherche une4 ,,chapitre ,v ,,les ,,religions ,les religions1 comme l'a trs bien dit ,secrtan1 dont la dfinition1 quoique un peu lourde1 me parat la plus juste1 sont des dterminations de la vie humaine par le sentiment d'un lien unissant l'esprit humain l'esprit ou aux esprits mystrieux dont il reconnat la domination sur le monde et sur lui-mme et auxquels il aime se sentir uni4 ,ce besoin de dterminer ainsi la vie humaine me parat remonter plus loin que l'invention sociale4 ,considres comme prjugs ncessaires1 les religions seraient donc au nombre de ces croyances antrieures elle1 que la socit prend en main et modifie son service1 pour ses besoins et pour ses fins4 ,ce que nous savons des sauvages1 qui ne sont pas des hommes primitifs1 mais qui doivent se rapprocher de cela1 nous permet de croire en effet que les religions sont aussi anciennes que l'homme mme ou trs peu prs4 ,ds que l'homme a err sur la terre1 il a eu peur1 et je ne serais pas trs loign de croire aussi que ds qu'il a err sur la terre il a eu gr4 ,il a eu peur des forces inconnues qui lui faisaient mal ou qui le menaaient de mort1 froid1 trop grande chaleur1 vents1 temptes1 orages1 foudre1 eau torrentielle1 inondations1 incendies allums par la foudre1 poisons1 etc4 ,mais on peut bien croire aussi qu'il a eu gratitude envers la source frache qui tanchait sa soif1 l'ombre reposante des forts1 l'arbre qui lui donnait des fruits4 ,or1 de tout cela1 qu'il ne pouvait considrer1 partant de lui-mme1 que comme des personnages suprieurs1 malveillants ou bienveillants1 il a fait des dieux4 ,j'ai lu1 dit ,bayle1 dans le voyage du chevalier ,drach1 que les habitants sauvages de la ,nouvelle ,albion prenaient les ,anglais pour des dieux parce que1 leur montrant leurs plaies1 ils en recevaient des empltres et des onguents qui les gurissaient2--et au contraire les ,espagnols furent pris pour des dieux dans l',amrique cause du mal qu'ils faisaient par leurs canons1 et l'on prit leur navire pour un oiseau qui les et ports du ciel en terre4 ,voil prcisment la religion primitive3 un ,dieu est un tre suprieur qui est capable de faire du mal et qu'on craint2--un ,dieu est un tre suprieur qui est capable de faire du bien et qu'on aime4 ,primus in orbe ,deos fecit ,timor est faux1 ou du moins incomplet4 ,il faut dire ,et ,timor et gaudens fecerunt ,gratia divos4 ,et si l'on veut1 comme je le crois1 que les premires impressions furent de terreur et qu'il fallut quelques rflexions pour que l'homme aimt la source aprs avoir craint le torrent1 disons3 ,prima ,deos fecit ,formido1 proxima fecit ,gratia4 ,toujours est-il que la crainte et l'amour reconnaissant sont les principes mmes des religions4 ,la crainte domine longtemps l'homme1 l'homme tant beaucoup plus sensible la puissance terrible des dieux qu' leurs faveurs1 qui lui semblent avares et momentanes2 et le droit la vie tant un sentiment naturel l'homme et beaucoup de mditations lui tant ncessaires pour arriver cette ide que la vie mme1 quelle qu'elle soit1 est une faveur continue et incomparable de la nature4 ,la crainte donc domine longtemps4 ,on adore surtout des dieux mchants1 pour les apaiser2 on les considre comme ternellement irrits1 la nature nous paraissant surtout quelque chose qui nous repousse et qui trouve toujours que nous empitons sur elle4 ,le ,dieu de la ,bible1 quoique ,dieu unique1 est beaucoup plus un ,dieu terrible qu'un ,dieu bon et favorable2 c'est un ,dieu qui trouve toujours qu'on ne lui obit pas assez et point assez correctement1 et qui toujours punit et toujours se venge4 ,la plupart des crmonies du paganisme sont destines beaucoup plus dtourner les infortunes que l'on craint d'en haut qu' s'attirer les faveurs que l'on en dsire ou qu' remercier des faveurs qu'on en a reues4 ,c'est surtout la foudre grondant ou lance qu'on reconnat ,zeus4 ,traduisant1 sans doute1 un vieux pote grec1 ,horace dit ,clo tonantem ,credidimus ,jovem regnare4 ,et encore3 ,parcus deorum cultor et infrequens444 444 nunc retrorsum ,vela dare atque iterare cursus ,cogor relictos4 ,namque ,diespiter1 ,igni corusco nubila dividens ,plerumque1 per purum tonantes ,egit equos444 ,tacite encore1 trs arrir1 tout plein de superstitions1 voyant donc1 trs probablement1 la religion sous l'angle des anciens temps1 prtend que les dieux ont plus cur de punir l'homme et se venger que de lui assurer la scurit3 ,neque enim unquam atrocioribus populi romani cladibus magisve justis approbatum est non esse cur deis securitatem nostram1 esse ultionem4 ,nous aurons revenir sur ce point de vue propos de la ,nmsis1 dont1 parce qu'elle est une ide trs particulire1 nous ferons un chapitre part4 ,cependant ce double sentiment de terreur mle de reconnaissance1 amenait peu peu une religion bilatrale1 qui admettait dans le monde des dieux favorables l'homme et des dieux irrits contre l'homme et voulant toujours sa perte1 en un mot des ,dieux du bien et des ,dieux du mal4 ,d'aprs ,plutarque1 le roi ,amasis1 cette question3 quoi de plus bienfaisant8 rpondit3 ,dieu2 et cette question3 quoi de plus malfaisant8 le ,dmon4 ,le roi ,amasis tait dj manichen4 ,les anciens prtres de l'trurie1 au tmoignage encore de ,plutarque1 taient assurs que ,jupiter avait deux foudres1 l'une favorable1 autant qu'une foudre peut tre favorable quelque chose1 et l'autre funeste2 et que de son premier mouvement1 et sans consulter personne1 il lanait la premire et qu'il ne lanait l'autre que sur le conseil des autres dieux4 ,ceci1 sans compter que c'est une histoire charmante1 est la transition de la seconde phase la troisime1 la premire tant celle o surtout on craint les dieux1 la seconde tant celle o la fois on les craint et on les aime1 la troisime tant celle o surtout on a confiance en eux4 ,on arrive en effet les considrer comme auteurs des biens et se demander pourquoi le mal existe et s'ingnier trouver une rponse qui justifie les dieux de l'existence du mal et qui le mette en dehors d'eux4 ,ne faut-il pas remarquer1 en effet1 que dans tout le paganisme romain l'pithte de trs bon prcde celle de trs grand dans l'numration des titres de ,jupiter1 ce qui fait dire ,cicron3 ,ipse ,jupiter1 id est juvans pater1 quem appellamus a poetis patrem ,divum atque hominum2 a majoribus nostris optimum maximum et quidem ,,ante ,,optimum1 ,,id ,,est ,,beneficentissimum1 ,,quam ,,maximum1 quia majus est certeque ,,gratius prodesse omnibus quam opes magnas habere4 ,ne faut-il pas remarquer que de trs haute antiquit1 tout en conservant les dieux mchants1 on ne divinisait parmi les hommes que ceux qui avaient t bienfaiteurs8 ,ne faut-il pas remarquer que les ,scythes dirent ,alexandre3 ,si tu es n ,dieu1 tu dois faire du bien aux hommes et non pas leur nuire8 ,ne faut-il pas remarquer que le philosophe ,antipater dfinissait ,dieu3 un animal heureux1 immortel et bon l'homme8 ,enfin c'tait un proverbe1 chez les ,grecs comme chez les ,latins1 que la meilleure manire d'imiter les dieux tait de faire le bien1 et que jamais l'homme ne se rapprochait plus des dieux que quand il sauvait un homme4 ,au fond1 toute religion est faite de pessimisme et d'optimisme2 mais les religions1 en gnral1 passent du pessimisme l'optimisme1 mesure que cette ide se fait parmi les hommes que la faveur est gratuite et que le mal inflig peut tre une punition2 ou seulement que la faveur est gratuite et que le mal inflig peut-tre l'acte de quelqu'un qui l'on dplat4 ,jouant avec ses ides1 comme toujours1 ,bayle dit d'abord3 ,de toutes les vertus de ,dieu1 c'est la bont qui serait la plus visible si les hommes se servaient de rflexion4 ,quelle bont n'est-ce pas d'avoir attach du plaisir toutes les actions ncessaires et de nous avoir rendus susceptibles du plaisir en une infinit de faons8 ,on a beau dire que nous le sommes encore plus du chagrin et de la douleur1 cela n'est pas vrai1 et quand il serait vrai1 nous ne devrions pas pour cela mconnatre la grande bont de ,dieu1 puisqu'il nous serait ais de voir que les plaisirs dont nous jouissons viennent des lois qu'il a poses dans la nature et que nos chagrins viennent du mauvais usage que nous faisons de notre raison4 ,rousseau reprendra cela plus tard4--,bayle dit1 donc1 cela et puis il ajoute1 pour jouir du plaisir de se rfuter3 ,notez en passant que cette diffrence qu'on observe et que l'on fonde sur les suites du mauvais usage que nous faisons de notre libert pourrait ne pas contenter des adversaires difficiles2 car ils diraient que cela mme que l'homme abuse de la raison pour se chagriner mal propos est un grand malheur et doit tre mis dans le partage des afflictions2 de sorte que si l'on fait le parallle des biens et des maux que la ,providence fait l'homme1 il ne faut pas moins compter les maux qui naissent de la faiblesse de la raison que les maladies1 la faim1 le froid et autres incommodits4 ,il est vrai2 mais la mditation de l'homme sur lui-mme1 nulle au commencement de l'humanit1 progressant travers les sicles1 amenant de plus en plus l'homme se considrer comme l'auteur de beaucoup de ses maux1 dchargeant d'autant la responsabilit divine et s'arrtant l1 du moins pour la plupart des hommes et n'allant pas1 ce qui commence tre un peu raffin1 jusqu' accuser les dieux des mfaits mmes de l'homme contre lui2 la mditation de l'homme fait passer les religions du pessimisme presque intgral un pessimisme ml d'optimisme2 puis une conception mi-partie optimiste mi-partie pessimiste2 puis une conception optimiste o le pessimisme ne fait plus qu'une difficult ou qu'une ombre4 ,ce passage1 le naf ,plutarque le marque et le caractrise trs bien dans les lignes souvent cites3 ,pricls disait de lui-mme en mourant que nul ,athnien n'avait jamais par sa faute port robe noire2 et il me semble que c'est en cela qu'il mritait son surnom d',olympien1 lequel autrement et t trop arrogant et superbe1 mais qui1 le prendre ainsi1 ne devait tre ni odieux ni envi1 mais plutt trs sant et convenable pour1 en nature si bnigne et dbonnaire et en si grande libert d'action1 avoir conserv ses mains nettes et pures4 ,c'est ainsi que nous rputons les dieux tre auteurs de tous biens et causes de nuls maux et dignes en cela de rgir et gouverner le monde1 nous cartant des dires des potes1 lesquels mettent nos esprits en trouble et en confusion par leurs folles fictions qui se contredisent1 attendu qu'ils appellent le ciel sjour trs sr1 non tremblant1 non agit des vents1 non voil de nues1 toujours doux et serein1 en tout cas clair d'une pure lumire1 digne habitation de natures souverainement heureuses et immortelles2 et puis dcrivent les dieux eux-mmes pleins de dissensions1 d'inimitis1 de colre et autres passions qui ne conviennent pas mme l'homme sage et de sain entendement4 ,c'est que les potes et particulirement ,homre1 qui est surtout vis ici1 sont placs chronologiquement--et aussi par leur gnie comprhensif--entre la phase religieuse pessimiste de l'humanit et la phase religieuse optimiste de l'humanit et1 voyant les dieux se transfigurer1 les voient sous leurs deux figures4 ,c'est ainsi que le sentiment religieux en sa ligne gnrale1 et quand on veut ne pas tenir compte des rgressions1 des sinuosits et des pripties et des particularits1 va de la terreur des dieux l'amour de ,dieu1 d'une conception pessimiste et dsespre de l'univers une conception consolante du gouvernement du monde et de divinits considres surtout comme hostiles et formidables qu'il faut apaiser par du sang humain une divinit qui verse son sang pour l'homme et dans le sein de laquelle on se rfugie comme dans le sein du consolateur et pour se consoler de ce qu'elle a fait4 ,j'ai parl jusqu'ici des religions indpendamment de la socit et indpendamment de l'influence que les socits ont eue sur elles4 ,venons ce point de vue4 ,l'homme primitif a1 je crois1 comme je l'ai dit1 le sentiment religieux4 ,il sent des puissances mystrieuses dans tout ce qui l'entoure2 il les craint1 il en aime quelques-unes2 voil la premire phase4 ,mais1 comme surtout il les redoute1 il lui vient l'ide de s'attribuer lui-mme un ,dieu protecteur qui le soutienne contre les malices des autres dieux4 ,comment cette ide1 la plus difficile expliquer dans toute l'histoire des religions1 lui vient-elle8 ,probablement de circonstances observes et rattaches l'ide gnrale du surnaturel4 ,le primitif se croit entour de dieux4 ,d'autre part1 il rencontre un objet qui l'intresse par sa beaut ou par sa bizarrerie3 ,des plantes1 des cailloux1 des corces bizarres1 ,du lit sch des flots les coquillages rares1 ,tout ce qui sduit l'il et fixe le regard444 ,cet objet1 il l'emporte avec lui comme une compagnie2 il lui parle1 il s'entretient avec lui2 il en fait dj une personne4 ,si le jour o il l'a trouv il lui arrive bonne aventure de chasse1 de pche ou de cueillette1 il attribue au petit compagnon cette fortune1 cette chance1 et il le conserve avec religion4 ,si c'est le contraire1 il le jette ou il le brise1 et cet acte n'est pas moins religieux que l'autre3 l'homme a vu dans son petit compagnon un ,dieu mchant4--,voil le ftiche4 ,branger crivait ,lamennais3 ,j'ai connu un petit enfant qui avait un ,jsus de cire4 ,sa bonne1 en touchant la statuette1 la brisa4 ,l'enfant se mit pleurer en disant3 ,je n'ai plus de bon ,dieu2 je vais mourir4 ,l'enfant avait le sentiment religieux sous forme de ftichisme4 ,l'homme primitif a le mme sentiment1 seulement plus viril2 et passe l'gard de son ftiche de la vnration la colre3 ,chacun avait le sien qu'il brisait son gr1 ,a qui l'on prodiguait le respect ou l'insulte1 ,selon que le hasard vrifiait le culte4 ,le ftichisme me parat l'tat intermdiaire entre la religion vague des forces de la nature et la religion des dieux de la cit4 ,il a d tre la religion caractristique de l'tat familial4 ,chaque chef de famille avait son ftiche protecteur de sa personne et de ce qui tait attach sa personne2 et au cou de la femme et des enfants on suspendait d'autres ftiches probablement considrs comme subordonns au ftiche du chef de famille4 ,la religion des forces naturelles continue1 du reste1 tantt en accord1 tantt en dsaccord avec le culte ftichiste2 mais elle est plus lointaine1 moins intime4 ,l'homme continue craindre la foudre et aimer la bonne naade de la source frache2 mais1 tout en le craignant quelquefois1 il a plus de confiance dans son ,dieu personnel4 ,le ftichisme est la religion rapproche de l'homme1 une religion familire1 une religion o l'homme dispose de l'objet de son culte et1 intimid par lui1 peut-tre l'intimide2 une religion o1 en tout cas1 il y a toujours plus de confiance que de terreur4 ,le ftiche est un hte qui serait un ,dieu4 ,on a toujours1 quoique le respectant beaucoup1 quelque prise sur lui1 et l'on a lieu d'esprer qu'en le traitant bien on en sera toujours1 malgr ses caprices1 plutt protg que perscut4 ,j'ai toujours pens que le ftichisme1 l o il a exist--car il n'est pas sr qu'il ait exist partout--a retard le moment o la religion des forces naturelles devait s'adoucir et passer du pessimisme prpondrant l'optimisme relatif4 ,du moment que j'ai un ,dieu personnel qui surtout me protge1 je ne cherche pas ou je cherche moins des dieux protecteurs dans la nature et je regarde davantage la nature comme une collection de monstres divins444 --,cette collection de monstres se concerte-- qui est conjure contre moi4 ,le ftichisme1 besoin d'avoir un ,dieu pour soi1 issu de la terreur qu'inspire la nature1 entretient et redouble cette terreur4 ,l'enfant se jette au giron de sa mre par peur des figures trangres1 et il a peur des figures trangres tant qu'il a le giron maternel o se rfugier et d'autant plus qu'il l'a sans cesse4 ,quand l'homme passe de l'tat familial l'tat social1 comme la famille avait ses ftiches1 la tribu1 la cit a les siens4 ,l'homme se complique4 ,il est lui-mme et il est la cit1 il vit en lui-mme et en sa famille2 et il vit dans la cit4 ,le ftiche devient totem1 ou plutt le ftiche reste pour chaque homme1 pour chaque famille1 et le totem apparat1 qui protge la cit tout entire4 ,c'est ici que commence l'intervention de la cit dans la religion4 ,la cit ne cre pas la religion2 mais elle la transforme1 l'altre et la fait servir ses fins4 ,d'un prjug ncessaire personnel elle fait un prjug ncessaire social4 ,elle comprend trs bien1 en effet3 #a que la religion peut tre antisociale2 #b qu'elle peut tre socialise2 #c qu'il y a le plus grand intrt pour la cit ce qu'elle ne soit pas antisociale et1 si l'on peut arriver jusque-l1 ce qu'elle soit socialise4 ,la religion peut tre antisociale4 ,d'abord l'homme convaincu qu'il est protg1 lui et sa famille1 par un ,dieu bienveillant et qui est fort1 peut n'tre pas attach la socit par un lien trs solide4 ,il se sent protg par autre chose4 ,rien n'a d tre suspect aux premires socits comme le ftiche4 ,le ,totem1 n du ftiche et agrandissement du ftiche1 a d avoir le ftiche en horreur4 ,opposer le ,totem au ftiche et absorber tous les ftiches dans le ,totem a d tre un des exercices naturels et instinctifs de l'instinct social4 ,d'autre part1 cr plus tard1 mais pouvant1 ds l'origine des socits1 se dessiner dj un groupe social peut avoir des ftiches communs ou apparents les uns aux autres1 de mme caractre1 de mme origine commune1 de la mme rgion par exemple1 corces de la mme fort1 coquillages de la mme rivire1 et ces citoyens peuvent tre relis entre eux par cette communaut et ce parentage des ftiches et former par ce fait une cit dans la cit1 une tribu dans la tribu1 un tat dans l'tat4 ,voil ce que la cit regardera d'un trs mauvais il et combattra de tout son pouvoir4 ,ce qu'elle admettra seulement1 c'est la grande religion universelle l'gard des puissances de la nature et la religion nationale1 civique1 patriotique l'gard du ,totem ou des ,totems nationaux4 ,le grand thologien ancien1 le pontifex maximus des religions antiques1 c'est ,jean-,jacques ,rousseau4 ,que veut-il8 ,deux choses seulement1 et c'est bien en deux articles seulement que se rsume sa fameuse religion civile4 ,il veut qu'on croie en ,dieu rmunrateur et vengeur et que l'on croie au ,contrat social4 ,dieu rmunrateur et vengeur1 c'est1 rsum et ramass en un seul1 tous les grands dieux naturels des religions antiques1 protecteurs des uns1 terribles aux autres1 dispensateurs des faveurs et des dfaveurs1 peut-tre selon une certaine loi de justice1 en tout cas puissants gouverneurs de l'univers sous lesquels il est bon1 ne ft-ce que pour viter l'orgueil et la violence individualiste 77 que le citoyen s'incline et ploie4 ,et le ,contrat social1 c'est le ,totem1 c'est le ,dieu national1 c'est l',esprit de la cit2 c'est l',esprit social4 ,c'est un ,dieu2 le citoyen lui prte serment1 comme une divinit1 tout aussi bien et tout autant qu'au ,dieu rmunrateur et vengeur4 ,il jure de lui obir et d'y croire4 ,il jure une foi en lui4 ,s'il n'avait pas cette foi il serait mauvais citoyen1 il ne serait pas citoyen4 ,et s'il manque son serment1 si1 ayant prt ce serment1 il se conduit comme s'il ne l'avait pas prt1 alors1 tout autant pour tre infidle son serment au contrat social que pour tre infidle son serment ,dieu1 tout autant pour manquer l',esprit social que pour manquer la ,divinit proprement dite1 il sera puni de mort1 comme infidle1 comme impie1 ou1 si vous voulez1 non comme impie1 mais comme parjure1 parce que le ,contrat social est un ,dieu1 l',esprit social est un ,dieu tout autant que l'tre suprme4--,et de quoi1 quand il s'agit de voir o est la volont gnrale1 quand il s'agit de dgager1 de dmler1 de reconnatre l',esprit social1 de quoi ,rousseau ne veut-il pas1 quoi rpugne-t-il1 qu'est-ce qu'il rcuse et repousse8 ,les suffrages des citoyens qui se seront associs1 ligus1 entendus1 concerts2 c'est--dire non pas les ftiches particuliers1 je le reconnais1 mais les ftiches associs1 les ftiches de corps1 de corporation1 de gentes1 bien plus dangereux pour le ,totem national que les ftiches personnels1 lesquels ne sont pas un danger1 tant trs faibles4 ,rousseau a cr le ,dieu national4 ,non pas2 il l'a renouvel des socits antiques1 et comme les socits antiques il l'installe1 titre de pair1 ct du ,dieu crateur ou dmiurge4 ,la socit antique1 en effet1 s'aperoit que la religion peut tre socialise4 ,elle peut l'tre de deux faons1 en sens inverse3 la condition que l'individu se dpersonnalise en abandonnant son ftiche qui tait un ,dieu attach sa personne et comme un double de lui-mme et s'agrandisse1 s'largisse1 se socialise jusqu' n'adorer que le ,totem national et n'avoir confiance qu'en lui2-- la condition aussi que l'individu qui adore les grandes forces naturelles les adore comme rattaches la cit1 les adore comme nationales4 ,d'un ct largir le ftiche jusqu'au ,totem2 d'autre ct rapetisser le grand ,dieu et le ramener n'tre gure qu'un ,totem2 c'est le double jeu naturel et c'est le double effort instinctif de la cit4 ,de l la guerre l'idoltrie1 c'est--dire aux petits dieux personnels1 familiaux ou gentiliaux2 de l aussi la transformation bizarre des ,dieux naturels en ,dieux nationaux4 ,il y a un ,dieu universel1 qui a cr le ciel et la terre1 qui a cr tous les hommes1 mais qui en mme temps est le ,dieu troit du peuple hbreu1 un ,dieu la fois mondial et national2 il faudrait dire3 ,dieu qui est un ,dieu4 ,il y a une desse de l'ordre universel et de l'intelligence universelle qui est en mme temps la desse locale des ,athniens ou plutt qui est ,athnes elle-mme2 il y a un roi de l'air1 du ciel1 des astres et des mtores1 mais qui est en mme temps le ,dieu d'un petit roc qui s'appelle le ,capitole et le ,dieu d'un petit peuple qui s'appelle ,romain4 ,d'autre part1 la cit ne peut pas extirper le ftiche2 elle ne l'extirpera jamais2 sous toutes les religions1 ou travers toutes les religions1 il reparatra toujours et toutes les religions seront forces de le tolrer sous un nom ou sous un autre2 la cit ne peut pas extirper le ftiche2 mais elle le combat4 ,elle admet ici et l les ,dieux lares1 mais elle combat les gnies particuliers1 les divinits particulires1 surtout quand ceux qui croient les avoir les considrent comme inspiratrices2 ce qui a tu surtout ,socrate1 c'est son dmon4 ,mais ce que la cit combat avec le plus d'nergie1 c'est l'association des ftiches1 c'est le ftichisme collectif2 c'est1 spare1 distincte de la religion nationale1 une religion rassemblant un certain nombre de membres de l'tat dans un culte qui n'est pas celui de l'tat4 ,cela lui parat1 non sans quelque raison1 une patrie dans la patrie1 une communaut d'mes formant lot1 rcif et citadelle1 au milieu de la grande communaut d'mes4 ,l'attitude d',athnes en face des mystres d'leusis et de l',orphisme est bien remarquable1 cet gard4 ,athnes avait pour les orphiques et les sectateurs d'leusis un mlange de mpris1 de crainte et de dfiance4 ,elle mprisait1 comme nous l'apprennent ,thophraste et ,platon1 ces orphotlistes qui s'en allaient frapper la porte des riches1 apportant leurs formules et leurs rites et remettant les pchs de toute la famille depuis les anctres jusqu'aux petits enfants2 elle craignait les colres de dieux particuliers ou plutt de dieux gnraux invoqus d'une faon particulire et pouvant avoir pour ceux qui les invoquaient des faveurs particulires se tournant en dfaveurs l'gard de la gnralit2 et c'est pour cela qu'elle n'osait pas interdire ces mystres2 mais surtout elle voulait qu'on n'en parlt pas2 la divulgation des mystres tait rigoureusement interdite1 parce que ce qui n'tait pas dangereux1 cru et pratiqu par un groupe d'originaux ou d'excentriques1 pouvait l'tre1 pratiqu et cru par une fraction importante de la population et devenant religion contre religion2 il fallait que l'orphisme demeurt conciliabule et convent d'initis sans prtentions la prdication et la propagande4 ,quant l'attitude de ,rome devant le christianisme1 elle est plus significative encore4 ,voltaire dit toujours3 ,rome n'a jamais perscut les chrtiens2 non jamais2 car elle les a perscuts1 non comme chrtiens1 mais comme ennemis de l',empire4--,or rien ne dit plus fortement que c'est la fondation mme d'une religion trangre la religion nationale qui tait considre par la cit antique comme crime contre la cit elle-mme4 ,car1 que des gens qui ne formaient aucunement un parti politique1 qui ne se rvoltaient jamais et qui ne fomentaient aucune rvolte--les a-t-on vus mutins8 les a-t-on vus rebelles8--qui obissaient strictement aux lois politiques de l',empire1 fussent cependant massacrs2 cela montre assez que le seul fait d'avoir un ,totem autre que les ,totems nationaux tait tenu et pour crime et pour danger4 --,mais1 comme dit toujours ,voltaire avec une navet surprenante1 les ,romains si tolrants1 qui admettaient dans leur ,panthon les quatre mille dieux de l'univers6 --,prcisment6 ,en apporter un de plus c'est faire adhsion la religion nationale1 qui est le polythisme2 mais en proclamer un comme seul et unique pour tout l'univers et comme excluant1 liminant et exterminant tous les autres1 c'est nier le polythisme qui est la religion nationale2 et c'est cela qui est le crime4 ,hostiles aux religions particulires1 favorables aux religions naturelles la condition de les transformer en religions d'un caractre mixte1 en religions naturelles-nationales1 les cits songent surtout et c'est leur caractre le plus marqu en choses religieuses1 faire des dieux nationaux qui soient bien vritablement des dieux du pays en tant qu'y tant ns4 ,elles transforment de tout leur courage les grands hommes locaux en divinits4 ,ceux-ci sont les vritables ,totems1 les grands ftiches de la patrie4 ,ils tiennent au sol d'o ils sont sortis1 o ils sont rentrs avec honneur et avec gloire et qu'ils continuent habiter4 ,ils sont immortels1 que personne ne songe le nier puisqu'on parle d'eux autant et beaucoup plus que des hommes vivants et puisque leurs exemples1 mls aux actions des hommes et les crant1 sont un acte permanent qui vient d'eux4 ,la cit insiste beaucoup sur cette ide1 sur ce sentiment1 parce qu'elle a bien conscience de ce qu'elle est1 une association non seulement dans l'espace1 mais dans le temps1 travers les temps1 et que cette association des vivants avec les morts et des morts avec les vivants ne peut s'obtenir1 d'abord que par le culte des morts dans chaque famille1 ensuite que par le culte des morts glorieux par la tribu tout entire les considrant comme pres communs de la cit4 ,cela devenait quelquefois une dvotion particulire1 trs analogue celles que l'on trouve plus tard dans le christianisme4 ,l'antiquit a connu l',imitation des ,dieux1 comme nous avons connu l',imitation de ,jsus-,christ4 ,pythagore enseignait que l'acquisition de la vrit tait l'unique moyen de parvenir tre semblable aux dieux2 mais que1 pour connatre la vrit1 il fallait la rechercher avec une me purifie et qui et dompt les passions du corps4 ,les ,pythagoriciens1 par suite1 assuraient qu'on se perfectionne de trois manires3 en conversant avec les dieux2 car pendant ce commerce on s'abstient de toute mauvaise action et l'on se rend semblable la ,divinit autant qu'une pareille chose est possible2--en faisant du bien aux autres2 car c'est le propre de la ,divinit et faire de mme c'est l'imitation des dieux2--enfin en sortant de la vie4 ,les hommes qui ont ainsi imit les dieux sont comme des intermdiaires entre les dieux et les hommes et doivent tre honors comme des divinits de second ordre4 ,les divinits humaines de l'antiquit1 si je puis ainsi parler1 ont t les hros1 les bienfaiteurs et les sages4 ,on a reconnu en eux comme une manation de la ,divinit1 dont ils drivaient en quelque sorte eux les attributs caractristiques4 ,ils comblaient1 ce qui a toujours t le dsir secret des anciens1 la distance entre la terre et le ciel4 ,plus la cit eut conscience de sa perptuit dans le temps1 c'est--dire d'elle-mme1 plus le culte des hros 7,athnes1 ,sparte1 ,rome7 y fut nergique et plus le culte des hros fut ardent et profond dans un peuple1 plus ce peuple fut longtemps fort4 ,par le culte des hros1 la cit1 d'une part combattait le ftichisme et lui donnait pour ainsi parler un quivalent et un succdan2 d'autre part1 sans combattre prcisment la religion des puissances naturelles1 mais en habituant les esprits cette ide qu'un ,dieu a pu tre un homme1 anthropomorphisait de plus en plus les dieux naturels et par consquent les rendait plus propres tre des totems1 des dieux nationaux1 un ,dieu national ayant besoin d'tre localis1 d'avoir un tat civil4 ,jamais les dieux naturels ne furent compltement anthropomorphiss et nationaliss2 mais ils le furent moiti4 ,le ,dieu naturel restait toujours le ,dieu de son lment1 air1 feu1 eau1 terre1 fort1 soleil2 mais il tait aussi un ,dieu de cit3 ,posidon dans le cerveau d'un bourgeois d',athnes est le ,dieu de la mer et un ancien amiral athnien4 ,en possession de ces lments religieux3 dieux naturels nationaliss1 dieux nationaux proprement dits1 quand une tradition en a tabli1 hros lgendaires ou historiques transforms en dieux1 la cit a les lments d'une religion sociale2 elle n'a point encore une religion sociale4 ,qu'est-ce qu'une religion sociale8 ,une dtermination de la vie humaine par le sentiment d'un lien unissant l'esprit humain aux esprits dont il reconnat la domination sur lui-mme et auxquels il aime se sentir uni8 ,point du tout4 ,une religion sociale est une religion qui fera aimer la socit et qui amnera les citoyens se dvouer elle4 ,voil la religion qu'instinctivement la socit veut4 ,elle dirigera donc la religion du ct de la morale2 elle moralisera la religion4 ,c'est le grand phnomne social dans l'ordre des choses religieuses4 ,la religion du primitif n'est pas morale4 ,elle est faite de beaucoup de terreur1 d'un peu de gratitude et d'un peu d'amour4 ,elle ne lui commande rien1 si ce n'est d'apaiser le ,dieu mchant et de remercier le ,dieu bon4 ,elle ne lui prescrit aucun devoir4 ,la religion du familial n'est pas morale4 ,elle ne lui suggre que d'lever ses enfants dans la crainte du ,dieu mchant et dans la reconnaissance envers le ,dieu bon4 ,elle ne lui prescrit aucun devoir proprement dit4 ,le familial ne peut pas savoir que les dieux veulent qu'il soit bon fils1 bon mari et bon pre2 rien absolument ne peut lui donner une ide de cela4 ,la religion1 jusqu'au moment o la socit existe1 n'a aucun caractre moral4 ,ds que la socit existe1 la socit a un intrt1 et trs grand1 persuader au citoyen que les dieux veulent qu'il soit bon citoyen4 ,elle a intrt exploiter son profit un des sentiments les plus forts1 un des sentiments les plus gros d'actions que l'homme ait en lui4 ,elle fait donc des dieux bons et elle fait les dieux bons4 ,elle fait des dieux bons et cela ne lui est pas difficile1 puisqu'elle n'a qu' lever au rang des dieux les bienfaiteurs de la cit4 --,encore faut-il que les citoyens se prtent ce jeu6 --,comment ne s'y prteront-ils pas puisque le hros bienfaisant1 #a est une force1 comme un torrent et un coup de vent2 #b est une force bienfaisante et salutaire1 comme la source qui rafrachit ou la caverne qui protge8 ,l'assimilation d'un homme une force de la nature1 voil1 semble-t-il1 la difficult1 le grand pas franchir4 ,la difficult n'est pas si forte1 le pas n'est pas si grand qu'il parat4 ,pourquoi8 ,a cause de l'organisation aristocratique de l'humanit par la nature1 cause de l'organisation naturellement aristocratique de l'humanit1 cause de l'aristocratie naturelle4 ,quanto homo homini prstat--combien un homme l'emporte sur un autre homme1 dit le comique latin4 ,il y a de si grandes diffrences entre un homme et un autre homme que l'humanit1 ds qu'elle est rassemble1 voit dans son sein des hommes tellement suprieurs qu'elle est dispose tout naturellement1 ds qu'ils sont morts1 les considrer comme des forces bienfaisantes de la nature qui se sont incarnes en hommes1 comme des visiteurs mystrieux du monde de la divinit travers le monde humain4 ,qu'on ne nous parle plus1 dit ,platon1 de ces dieux qui se promnent parmi les hommes1 inventions malsaines des potes444--,comment donc6 rpondra l',athnien qui aura quelque chose en lui de l'homme primitif2 mais des dieux se promenant parmi les hommes1 c'est ce qui arrive tous les jours1 et ,pricls en est un1 et ,phidias en est un1 et ,socrate en est un1 et soyez assur que vous en tes un autre4 ,ce qui frappe alors l'humanit et en vrit sans qu'elle y mette beaucoup d'imagination1 c'est la singulire ressemblance1 malgr des diffrences dj sensibles et qui s'accuseront plus tard1 de l'humanit avec la nature4 ,l'humanit a ses sommets1 ses dpressions et ses platitudes2 l'humanit a ses forces bienfaisantes1 ses forces malfaisantes et ses choses neutres2 l'humanit a ses grandeurs et ses petitesses2 l'humanit a ses convulsions1 ses orages1 ses temptes et ses bonaces2 l'humanit a ses montagnes1 ses volcans1 ses plaines et ses marcages4 ,assimiler les hommes qui ont bien mrit de l'humanit des forces de la nature bienfaisantes envers l'homme1 des dieux bons1 est donc la chose la plus naturelle du monde4 ,donc la socit fait des dieux bons4 ,elle fait1 de plus1 les dieux bons2 elle fait bons les dieux1 indiffrents au bien et au mal que l'humanit a adors jusqu' prsent et qu'elle continue adorer4 ,elle les fait bons parce qu'elle a besoin qu'ils le soient4 ,pour cela elle les humanise4 ,double mouvement dans le mme sens3 les grands hommes deviennent des quasi forces naturelles bienfaisantes2 les forces naturelles deviennent des quasi hommes suprieurs qui sont bienfaisants et moraux et qui protgent les socits4 ,remarquez que dans ce jeu qu'elle doit jouer et qu'elle ne peut pas s'empcher de jouer1 la socit est singulirement aide par ceci3 on observe1 on constate que les bons citoyens russissent1 que1 finalement du moins1 ils sont heureux1 que l'homme prvoyant1 sage1 conome1 qui est fidle sa femme1 qui lve bien ses enfants1 est en honneur dans la cit et jouit d'un bel ge mr et d'une belle vieillesse1 cela par le jeu naturel de la socit peu prs bien organise4 ,mais1 puisqu'on croit encore aux dieux trs puissants et dispensateurs du bonheur et du malheur1 pour que l'homme de bien soit heureux1 ne faut-il pas que les dieux le veuillent8 ,donc1 ils aiment le bien1 donc ils sont bons1 donc ils sont moraux3 les dieux sont moraliss mesure que la socit se moralise parce qu'elle a besoin de la morale4 ,cela est si vrai qu'il se produit un double courant4 ,parmi les hommes qui philosophent sur la nature des dieux1 les uns sont frapps de ce qu'taient les dieux dans les premires conceptions de l'humanit et1 les trouvant immoraux1 les incriminent et les insultent4 ,ce que tous les potes moralistes grecs ont dit des dieux a d se dire plus ou moins haut ds les premiers temps de l'humanit sociale4 ,les autres1 et gnralement les prtres et ceux qui ont l'me sacerdotale1 les ,sophocle des premiers temps de l'humanit1 s'efforcent de prsenter les dieux comme ayant t mal compris1 comme ayant t calomnis par leurs premiers adorateurs et comme tant trs bons1 trs moraux1 trs purs1 meilleurs1 plus moraux et plus purs que la socit elle-mme2 et ils opposent les lois non crites1 que1 de leur grce1 ils prtent aux dieux1 aux lois crites1 insuffisamment nobles et vertueuses1 de la cit4 ,ou l'on ne veut plus de dieux immoraux1 ou l'on moralise les dieux4 ,les deux courants sont dans ,homre1 ce qui me ferait croire qu'il y a plusieurs ,homres1 si d'autre part je ne savais que dans un homme il y a plusieurs hommes1 et que dans un pote il peut y avoir plusieurs penseurs4 ,les deux courants sont dans ,homre3 il a une thodice immorale avec ses dieux qui sont des hommes passionns et assez vilainement passionns2 il a une thodice morale avec ses dieux qui sont sociaux1 qui sont protecteurs de la bont1 de la piti1 de l'hospitalit1 de la fidlit au serment1 etc4 ,ainsi la socit fait des dieux moraux1 rend moraux1 comme elle peut1 les dieux qui existaient avant elle et qui subsistent4 ,ce qu'elle fait l1 elle le fait tout naturellement1 se bornant presque prendre la faon de vivre et par consquent la faon de sentir et par consquent la faon de penser de la majorit des citoyens et l'entourer d'une aurole surnaturelle2 elle fait cela quotidiennement1 au jour le jour1 sans se lasser2 et quand elle se lasse1 un fondateur de religion arrive1 qui1 tout simplement1 regagnant le temps perdu1 observant de combien est en avance la faon de vivre1 de sentir et de penser de la majorit sur la religion officielle1 voyant nettement ce nouvel esprit public1 accommode la religion ternelle cet esprit gnral nouveau4 ,oui1 la page de ,nietzsche laquelle vous songez est excellente de tout point3 ,les vritables inventions des fondateurs de religion sont1 d'une part3 d'avoir fix une faon de vivre dtermine1 des murs de tous les jours1 qui agissent comme une discipline de volont et du mme coup suppriment l'ennui2 et d'autre part d'avoir donn cette vie une interprtation1 au moyen de quoi elle apparat enveloppe de l'aurole d'une valeur suprieure1 en sorte qu'elle devient maintenant un bien pour lequel on lutte et l'on sacrifie parfois sa vie4 ,des deux inventions1 sans doute1 la seconde est la plus importante3 la premire1 la faon de vivre1 existait dj1 mais ct d'autres faons de vivre et sans qu'elle se rendt compte de la valeur qu'elle avait4 ,l'importance1 l'originalit du fondateur de religion se manifeste gnralement par le fait qu'il voit1 qu'il distingue la faon de vivre et que1 lui le premier1 il devine quoi elle peut servir1 comment on peut l'interprter4 ,saint ,paul trouva autour de lui la vie des petites gens des provinces romaines2 il l'interprta2 il y mit un sens suprieur et par l mme le courage de mpriser tout autre genre de vie1 le tranquille fanatisme que reprirent plus tard les ,frres ,moraves444 ,bouddha1 de mme1 trouva1 dissmine dans toutes les classes de son peuple1 cette espce d'hommes qui1 par paresse1 est bonne et bienveillante1 inoffensive surtout1 et qui1 galement par paresse1 vit dans l'abstinence et presque sans besoins2 il s'entendit attirer invinciblement cette espce d'hommes dans une croyance qui promettait d'viter le retour des misres terrestres1 travail1 action4 ,entendre cela fut son trait de gnie4 ,pour tre fondateur de religion1 il faut une sorte d'infaillibilit psychologique dans la dcouverte d'une certaine catgorie d'mes moyennes qui n'ont pas encore reconnu qu'elles taient de mme espce4 ,c'est le fondateur de religion qui les runit et c'est pourquoi la fondation d'une religion devient toujours une longue fte de reconnaissance4 ,la socit fait les dieux bons2 elle fait des dieux bons avec des hommes4--,elle fait des dieux bons autrement encore qu'avec des hommes4 ,elle en fait avec les vertus humaines4 --,trs tardivement3 la mythologie par abstraction est la dernire en date de toutes les mythologies4 --,tardivement peut-tre4 ,on ne trouve pas1 que je croie1 de mythologie par abstraction dans ,homre ni dans ,hsiode4 ,remarquez toutefois qu',homre fait des pomes piques1 o la mythologie par abstraction trouverait peu de place et ,hsiode une thogonie1 o les dieux1 tant des tres qui s'engendrent les uns les autres1 la mythologie par abstraction trouverait place moins encore4 ,je ne serais pas tonn que les abstractions difies remontassent assez haut4 ,notez quelle poque lointaine les ,grecs commencent avoir au nombre de leurs dieux la ,piti1 la ,terreur1 l',esprit d'opportunit1 la ,chance 71 1 1 74 ,ils semblent avoir toujours exist4 ,c'est que les dieux sont des forces--toujours--et qu'il y a des forces naturelles1 des forces synthtiques qui sont des hommes1 et des forces1 encore1 qui sont les sentiments ou les ides qui nous poussent ou qui nous retiennent4 ,l'homme sent ces forces en lui ou chez les autres et il ne sait pas ce que c'est1 mais il sait qu'elles sont singulirement puissantes et il les isole1 autrement dit il les abstrait et il les divinise4 ,elles sont peut-tre extrieures1 se dit-il1 et soufflent sur nous2 elles sont peut-tre intrieures et soufflent en nous1 nous inspirent2 il n'en sait rien2 mais il les divinise comme toutes les forces4 ,lucrce1 qui ne croit pas un ,dieu providence et qu'on puisse prier1 s'en fait un de la nature et le prie3 ,quod procul a nobis flectat ,natura gubernans4 ,le mot de ,fustel est bien profond3 ,l'homme est port se faire une religion de tout ce qui remplit son me4 ,ainsi font tous les hommes et ils divinisent1 comme les forces naturelles1 les forces qu'ils portent en eux4 ,les ,grecs1 qui les premiers de mmoire d'homme1 mais non pas1 sans doute1 les premiers rellement1 ont cr une mythologie par abstraction1 ont1 les premiers1 eu l'ide des ides forces1 chres ,m4 ,fouille4 ,n'oubliez pas que ce mouvement intellectuel a en lui-mme une telle puissance que ,platon1 avec son systme des ides1 des ides vivantes1 subsistant au sein de ,dieu1 a tout simplement voulu substituer un ,olympe d'ides un ,olympe de surhommes4 ,par tous ces moyens1 la socit1 de plus en plus1 humanise et moralise les dieux1 et c'est--dire qu'elle les socialise4 ,il n'y a presque plus de place dans le royaume des dieux pour les dieux antiques4 ,tout presque est ,dieu1 except les dieux eux-mmes4 ,pressez-vous1 dieux1 place au grand homme6 ,pressez-vous1 dieux1 place l'ide6 ,pressez-vous1 dieux1 place au sentiment6 ,pressez-vous1 dieux1 place la morale sous toutes ses formes6 ,au fond1 la socit a soif de morale et peur de la religion4 ,elle a peur1 comme tout tre au monde1 de ce qui n'est pas elle4 ,la morale1 c'est elle-mme2 c'est elle qui l'a faite la mesure juste de ses besoins4 ,la religion ternelle1 cration de l'animal mystique et qui ne disparatra que quand l'homme cessera d'tre un animal mystique1 c'est--dire sans doute jamais1 la gne comme une forme de l'individualisme4 ,c'est l'individu qui a vu des dieux1 pars et rdant autour de lui dans l'univers2 c'est l'individu qui a eu son ,dieu personnel1 son ftiche1 son amulette1 qui l'a encore1 soit qu'il l'appelle son gnie1 soit qu'il l'appelle son daimon1 soit qu'il l'appelle sa conscience4 ,la socit combat la religion comme elle combat l'individualisme4 ,elle la combat comme elle peut4 ,elle la combat respectueusement2 elle la combat avec des dtours2 elle la combat en l'attirant et en l'absorbant2 elle la moralise2 elle la pntre de morale sociale2 elle persuade aux dieux qu'ils sont des tres qui s'intressent la socit et qui n'ont de rien plus souci que d'elle4 ,en cela elle l'altre profondment4 ,elle fait de la religion une chose qui intresse chaque homme1 sans doute1 c'est ce qu'elle concde2 mais qui intresse bien plus la cit1 sur qui la cit se fonde1 et c'est un dtour trs ingnieux pour fonder la religion sur la cit et l'enfermer dans l'enceinte sacre des remparts4 ,en cela elle l'absorbe1 plus ou moins1 quelquefois compltement4 ,qu'est-ce que le ,dieu d',isral1 si ce n'est ,isral lui-mme8 ,la socit russit dans cette manuvre qui lui est ncessaire1 dont la ncessit s'impose elle4 ,elle confond la religion avec elle4 ,il n'y a pas1 chez les anciens1 de distinction entre le gouvernement temporel et le gouvernement spirituel2 il n'y a pas deux puissances4 ,mais viendra quelqu'un qui affirmera que la socit est une chose et que la religion en est une autre2 que la socit est obissance dvoue de chacun tous2 mais que la religion est obissance1 jusqu'au sacrifice1 de chacun au dieu qui lui parle et qui parle en lui2 que1 donc1 ce n'est pas la socit de faire la religion1 ni de la dfaire1 ni de la refaire et qu'elle n'a qu' la respecter dans son domaine1 comme la religion respectera la puissance sociale dans le sien4 ,il affirmera cela et il sera trs puissant2 car cette religion affranchie1 cette religion libre1 cette religion1 non pas insociale1 mais asociale1 qu'il apportera1 il la fondera1 non sur des lgendes primitives1 non sur des personnalits illustres1 non pas mme sur la morale sociale1 sur une morale sociale2 mais sur une morale universelle1 dbordant la cit1 dpassant la cit1 toutes les cits1 et du reste tellement pure1 tellement leve1 tellement sublime1 que cette religion ne pourra tre ni attaque comme immorale1 ni moralise1 tant plus morale que tout2 ni socialise1 tant plus morale que chaque morale sociale1 quelle qu'elle soit4 ,la morale sociale de ce temps-l et la religion sociale de ce temps-l rsisteront de toutes leurs forces1 car elles verront en pril la socit qui1 aprs avoir refondu les anciennes religions1 s'tait confondue avec elles ainsi modifies4 ,mais la morale sociale et la religion sociale de ce temps-l seront refoules et surmontes par la religion nouvelle3 ,tu as vaincu1 ,galilen6 ,du reste1 les hommes1 invinciblement sociaux1 ne tarderont pas beaucoup traiter cette religion1 la comprendre1 la sentir et y vivre1 comme si elle tait d'invention sociale4 ,ils la socialiseront1 ils la nationaliseront4 ,ils la socialiseront3 ils ramneront les prceptes de la morale vanglique des prceptes de morale sociale1 par des accommodements1 des tempraments et des rtrcissements imprvus1 au grand scandale des croyants purs1 si bien que l'vangile ne sera plus considr que comme un idal potique et inaccessible et que la morale sociale1 en face du christianisme tel qu'il sera pratiqu1 pourra dire3 ,je te vaux2 tu ne commandes que ce que j'ordonne et tu n'es que ce que j'tais avant que tu fusses venu4 ,ils la nationaliseront3 chaque peuple1 un moment donn1 aura son christianisme1 malgr le contresens contenu dans ce seul mot2 au moins chaque peuple aura sa nuance particulire de christianisme et sa faon trs particulire de croire la religion universelle4 ,alors le christianisme sera devenu une religion analogue aux religions antiques2 je veux dire chaque fraction de christianisme sera devenue une religion analogue aux religions antiques1 une religion pour laquelle on se battra1 pour laquelle on fera la guerre1 soit de peuple peuple1 soit de partie d'un peuple partie d'un peuple1 etc4 ,et alors aussi1 cause de cela1 chargeant le christianisme des accusations dont la morale sociale antique chargeait la religion qu'elle avait devant elle1 la philosophie voudra remplacer le christianisme par une religion naturelle1 comme elle dira1 c'est--dire par une religion sociale1 laquelle du reste est le contraire1 et dclarera le christianisme surann et surmont1 et voudra revenir1 rve de ,voltaire comme de ,rousseau1 la socit antique1 une seule puissance4 ,tu as vaincu1 ,julien l',apostat4 ,non pas sans doute1 parce que1 quand on a affaire au christianisme1 il n'y a qu' remonter son origine1 il n'y a qu' remonter son livre1 il n'y a qu' remonter son me1 pour recouvrer la religion1 c'est--dire une doctrine fonde sur une morale indpassable et rattachant cette morale une conception surnaturelle4 ,je n'ai voulu que montrer que les religions sont reues par les socits qui1 les altrant1 les modifiant1 en bien ou en mal1 les ajustant leur mesure1 moralisant celles qui sont immorales1 dmoralisant celles qui sont trop morales pour les ncessits sociales1 en font de simples expdients1 des prjugs sociaux ncessaires1 des croyances ad usum et ex usu1 des ferments de vie sociale dont la vertu est strictement limite aux besoins sociaux constats1 mesurs et prvus1 des instrumenta regni aux mains de l'instinct social sducteur et dominateur4 ,,chapitre ,,vi ,,la ,,vie ,,future ,pierre ,pomponace naquit ,mantoue en #adfb et mourut on ne sait quand1 ,bologne probablement4 ,il tait de si petite taille1 qu'il s'en fallait de peu qu'il ne ft un nain authentique4 ,il s'occupa de philosophie aristotlicienne et de sciences occultes4 ,il s'appliquait ses mditations d'une telle force1 qu'il ngligeait de manger1 de boire1 de dormir et mme de cracher1 ce qui cette poque passait pour une ncessit naturelle4 ,il en devenait presque fou et il se rendit ridicule tout le monde4 ,c'est lui-mme qui le dit avec une navet charmante3 ,voil ce qui me presse1 ce qui m'angoisse1 ce qui me prive de sommeil et me rend fou444 ,tel est mon sort1 tre rong de penses et de soucis continuels1 n'avoir pas soif1 n'avoir pas faim1 ne pas manger1 ne pas dormir1 ne pas cracher1 tre moqu de tout le monde3 ,ista sunt qu me premunt1 qu me angustiant1 qu me insomnem et insanum reddunt444 perpetuis curis et cogitationibus rodi1 non sitire1 non famescere1 non dormire1 non comedere1 non expuere1 ab omnibus irrideri4 ,il enseignait la philosophie ,padoue avec un grand succs1 nonobstant les railleries dont il se plaint1 trs contredit et rduisant ses contradicteurs au silence par des traits de plaisanterie fort spirituels4 ,il s'inquitait extrmement de la question de l'immortalit de l'me4 ,il n'en trouvait pas la preuve dans ,aristote et il tenait extrmement montrer que la preuve n'en tait pas dans ,aristote1 chose trs importante alors2 et que1 d'aprs tout ce qu'on pouvait lire dans le pripathtique1 l'me immortelle tait neutrum problema4 ,en consquence1 il professait qu'aucune argumentation rationnelle ne pouvait conduire soit l'affirmation1 soit la ngation de l'immortalit de l'me4 ,du reste1 il n'en assurait que davantage que personnellement il y croyait2 puisqu'il n'y pouvait croire que sur la parole de ,dieu et sa rvlation contenue dans les critures4 ,la position qu'il prenait ainsi dplaisait fort aux thologiens1 parce que les thologiens se partagent en deux classes3 ceux qui croient aux vrits religieuses d'autant plus qu'elles sont inaccessibles la raison proprement humaine1 la raison non aide1 et qui seraient dsols que ce qu'ils professent1 le bon sens humain sufft pour l'tablir2 et nous avons en notre ,pascal un beau spcimen de cette classe-l2--et ceux qui ne sont point fchs que les raisons humaines acheminent au moins vers la croyance1 ceux que les raisons humaines appuient1 assurent1 peut-tre rassurent dans leur foi et de qui l'on dirait1 n'tait le scandale1 que la parole de ,dieu est ncessaire1 mais ne suffit pas4 ,les thologiens du temps de ,pomponace taient pour la plupart de cette seconde classe4 ,pomponace tait-il de la premire ou affectait-il d'en tre et tait-il vraiment heureux que la raison humaine ne prouvt point l'me immortelle pour y pouvoir croire d'une faon plus purement religieuse2 ou cette attitude n'tait-elle qu'un biais pour se dfendre contre les incriminations8 ,la seconde hypothse me parat plus vraisemblable1 parce qu'il avait1 dans le sens de la mortalit de l'me1 au moins des prfrences purement humaines1 sans doute1 mais que n'ont pas1 l'ordinaire1 ceux qui sont convaincus a ,deo de l'immortalit4 ,il disait1 et cela sent bien picure1 que1 puisque l'homme aime naturellement le bonheur1 il suffit1 pour en faire un honnte homme1 de lui montrer que le bonheur de la vie consiste dans la pratique de la vertu et la misre dans la pratique du vice4 ,il disait encore que c'est aux brutaux qu'il faut proposer l'immortalit de l'me pour les retenir sur la pente du vice1 que beaucoup d'crivains l'ont propose ainsi sans y croire1 mais en vue de la gurison de ceux qui ont besoin de cette mdication1 sicut medicus ad grum2 enfin--ce qui est une ide trs haute--il disait que ceux qui professent la mortalit de l'me sauvent la vertu1 sauvent la raison d'tre de la vertu1 lui permettent d'exister1 n'y ayant vertu que l o il n'y a ni esprance de rcompense ni crainte du chtiment1 et l'ide du chtiment et de rcompense ressortissant la morale des esclaves3 ,afferentes animam mortalem melius videntur salvare rationem virtutis quam afferentes ipsam immortalem2 nam spes prmii et pn timor videntur servilitatem quamdam importare4 ,pomponace m'est trs suspect comme partisan de l'immortalit de l'me4 ,l'immortalit de l'me ne saurait1 en effet1 tre prouve par des arguments humains1 et ,descartes1 avec sa belle distinction entre la substance matrielle et la substance spirituelle1 laquelle tant spirituelle ne prit point1 s'est puis en vain2 car il aurait fallu prouver deux choses1 d'abord qu'il est vraiment impossible qu'une chose spirituelle prisse et1 d'autre part1 qu'il est impossible que la matire pense2 et ni l'une ni l'autre de ces deux assertions n'est prouve ni susceptible de l'tre4 ,au fond1 ,descartes n'est convaincu que d'une chose1 c'est qu'il n'y a pas de justice d'outre-tombe si l'me n'est pas immortelle1 et que1 par consquent1 si l'me n'est pas immortelle1 il n'y a pas de justice1 puisqu'il s'en faut de beaucoup que toute justice soit ralise ici-bas4 ,au fond1 ,descartes raisonne comme ,kant et voit1 croit voir1 que la morale postule les rcompenses et les peines d'outre-tombe comme sa sanction et partant l'me immortelle comme condition de sa sanction4 ,la preuve1 c'est son acharnement contre l'me des animaux4 ,son acharnement contre l'me des animaux n'est que le fait d'un homme qui prvoit l'objection4 ,l'objection est celle-ci3 ,si1 pour que la justice soit ralise1 il faut1 puisqu'elle ne l'est pas sur cette terre1 que les malheureux d'ici bas reoivent une compensation dans un autre sjour2 et si1 pour qu'ils reoivent cette compensation1 il faut que leur me soit immortelle2 il est ncessaire que l'me des animaux aussi soit immortelle1 pour que les btes qui ont t lses ici-bas soient rcompenses ailleurs et que justice soit4--,a quoi ,descartes rpond3 ,oui2 mais les animaux n'ont pas d'me2 ils ne sont que des mcanismes1 et envers des mcanismes la justice divine n'est oblige aucune rparation et les animaux peuvent sembler souffrir sans qu'il y ait injustice cela4 ,la justice divine est sauve4 ,il y aurait un terrible danger croire que les animaux aient une me2 car alors3 ou il faudrait admettre un paradis des animaux2 ou1 ceci non admis1 croire que la justice divine ne s'exerce qu'envers l'homme4 ,nous chappons cette double conclusion en niant l'me des btes4--,ainsi pense ,descartes4 ,ce n'est pas moi qui le fais parler2 c'est lui qui le dit3 ,aprs l'erreur de ceux qui nient ,dieu1 il n'y en a point qui loigne plutt les esprits faibles que d'imaginer que la nature des btes soit de mme nature que la ntre et que par consquent nous n'avons rien craindre ni esprer aprs cette vie non plus que les mouches ou les fourmis2 au lieu que lorsqu'on sait combien elles diffrent on comprend beaucoup mieux les raisons qui prouvent que la ntre est d'une nature entirement indpendante du corps et par consquent qu'elle n'est point sujette mourir avec lui444 ,ainsi parle ,descartes dcouvrant bien sa pense de derrire la tte4 ,mais il n'a pas vu qu'il y a un terrible danger aussi raisonner comme il fait1 parce que son raisonnement peut se retourner contre lui et nous invite presque le retourner4 ,ceux qui il parat insens de considrer un animal comme une montre1 ceux qui disent1 comme ,mme de ,svign3 une montre qui est sensible1 une montre qui est reconnaissante1 une montre qui aime6 ceux-l1 ou croient l'me immortelle des btes1 ou1 reculant devant cette conclusion1 inclineront ne pas croire l'me immortelle des hommes en disant3 pourquoi n'y aurait-il pas injustice l'gard des hommes comme il y en a une l'gard des animaux8 ,la question reste dlicate4 ,il est bien certain que l'homme croit l'immortalit de son me surtout cause du postulatum de l'ide de justice et du postulatum de la morale demandant une sanction2 mais les difficults restent4--,l'homme ne croit-il l'immortalit de l'me qu' cause de ces deux postulats8 ,je ne pense pas4 ,l'homme croit partout l'me immortelle1 sauf exceptions si rares et si ngligeables cause de la stupidit des excepts1 que l'on peut n'en tenir point compte4 ,que les anciens ,hbreux n'y aient point cru1 cela ne me parat pas dmontr4 ,que leur ,dieu ne leur parle que de rcompenses terrestres1 cela est tout fait dans l'esprit de leur race1 mais ne prouve point du tout qu'ils n'aient pas cru d'autres rcompenses que celles-ci2 et que ,jsus1 qui a tout renouvel en morale1 mais qui n'a rien invent en religion1 leur ait parl de ciel et d'enfer1 c'est pour moi une grande prsomption que cette conception tait une croyance populaire assez rpandue avant ,jsus4--,mais1 quand mme il serait vrai que les anciens ,hbreux n'eussent pas cru en l'immortalit de l'me1 cela ne serait encore qu'une exception peu considrable1 ,isral tant un bien petit peuple dans l'ample sein de l'humanit4 ,tous les hommes1 sauf1 et peut-tre1 quelques peuplades1 ont cru et croient l'me immortelle4 ,il est infiniment probable que l'homme primitif y a cru4 ,or il parat bien que homme primitif n'y a pas cru cause des postulats de la justice et de la morale ou cause de l'un des deux4 ,dans ,homre1 le sjour des morts n'est ni un lieu de rcompenses ni un lieu de chtiment4 ,il est analogue aux limbes2 il est un monde o l'on s'ennuie4 ,il y a bien interpolation8 il est possible comme un rudiment d'enfer et d'lyse dans ,homre4 ,d'lyse1 quoi l'on ne songe jamais1 non pas dans la ,necuia1 mais dans la ,tlmachie3 ,toi1 ,mnlas1 dit ,prote1 parce qu'en pousant ,hlne tu es devenu gendre de ,jupiter1 tu n'es point condamn mourir ni subir le destin dans ,argos fconde en coursiers4 ,mais les dieux t'enverront aux ,champs lyses1 aux confins de la ,terre o dj rside le blond ,rhadamanthe4 ,en ces lieux la vie est facile aux hommes2 ils ne connaissent point les neiges1 les longues pluies1 les glaces2 mais toujours l',ocan1 pour les rafrachir1 exhale la douce haleine de ,zphyre4--,et dans la ,necuia il y a ,minos jugeant les morts 78--rien de plus7 et1 supplicis1 ,tityos1 ,tantale et ,sisyphe1 rien de plus4 ,mme supposer que ces courts passages soient du mme temps que le fond de la ,necuia1 on remarque comme ils sont restreints et confus et comme hsitants4 ,du temps de la ,necuia commenait s'introduire dans les esprits1 vague encore et borne quelque hros du crime ou du bonheur1 l'ide d'un sjour de flicit et d'un sjour de douleurs aprs la mort4 ,mais1 tout compte fait1 le fond de la conception homrique sur ce point1 c'est un sjour neutre et vague1 plutt douloureux que bienheureux1 plutt triste1 au moins1 que serein1 o les morts regrettent la vie et qui est destin tous1 sans partage entre rcompenss et punis4 ,il n'y a l de net que l'ide de demi-survie4 ,on peut donc penser que les primitifs ont cru l'me immortelle1 et1 bien plutt1 au corps affaibli1 mais immortel1 l'ombre immortelle du corps1 sans aucune raison tire de l'ide de justice ou de l'ide de morale4 ,ils y ont cru sans doute cause des apparitions1 des hallucinations qui mettaient devant leurs yeux leurs parents ou leurs amis morts2 cause des songes o passaient devant eux et leur parlaient les mmes parents et amis1 et cela d'autant plus que1 voyant en rve et leurs amis vivants et leurs amis morts et leurs animaux domestiques morts et leurs animaux domestiques vivants1 ils taient autoriss croire que la vie des tres vivants ne s'arrte pas2 qu'il en reste quelque chose1 quelque chose qui ressemble une image de rve ou un fantme1 un corps astral1 sans consistance1 sans profondeur1 et que tous les tres qui ont vcu doivent encore ,volitare cava sub imagine form4 ,ils y croyaient surtout parce que l'ide de nant1 d'anantissement1 d'annihilation1 est une ide abstraite1 qui ne se conoit qu'abstraitement1 que logiquement1 jamais1 et c'est impossible1 sous forme d'image1 et que ce qui ne se conoit pas sous forme d'image n'est pas rellement conu et1 en vrit1 est inconcevable4 ,jamais nous-mmes1 habitus raisonner1 abstraire1 nous ne nous figurons nous-mmes devenus rien1 vraiment rien4 ,a ct de l'ide tout abstraite du rien1 il y a toujours une ide-image de nous rduits1 de nous effacs1 de nous peine vivants1 mais de nous tant encore4 444 ,ubi se videas hominem indignarier ipsum ,post mortem fore ut aut putescat corpore posto1 ,aut flammis interfiat malisve ferarum2 ,scire licet non sincerum sonere1 atque subesse ,ccum aliquem cordi stimulum1 quamvis neget ipse ,credere se quemquam sibi sensum in morte futurum4 ,non1 ut opiner1 enim dat quod promittit et unde ,nec radicitus e vita se tollit et eieit2 ,sed facit esse sui quiddam super inscius ipse4 ,vivus enim sibi cum proponit quisque futurum ,corpus uti volucres lacerent in morte ferque1 ,ipse sui miseret neque enim se dividit illim ,nec removet satis a projecto corpore2 et illum ,se fingit1 sensuque suo contaminat adstans4 ,en somme1 nous ne nous reprsentons la mort que comme un minimum de la vie4 ,les animaux ne semblent pas avoir ide de la mort2 mais seulement de la souffrance et du danger de souffrir4 ,en consquence1 ils doivent avoir l'ide vague d'une vie indfinie telle qu'ils l'ont4 ,l'homme1 qui sait qu'il mourra1 ne peut avoir l'ide d'une vie d'outre-tombe semblable celle-ci2 mais il a l'ide d'une vie d'outre-tombe intermdiaire1 si l'on peut ainsi parler1 entre la vie et le nant et qui1 tant celle d'une ombre1 d'un corps inconsistant1 n'a pas de raison de cesser4 ,peut-tre aussi1--et j'avoue que1 sans aucune raison solide d'y croire et assurment sans document1 j'incline vers cette opinion1--peut-tre aussi le primitif ne croit-il la survie que pour un temps1 pour un temps trs long1 mais pour un temps4 ,l'ide d'ternit est trop abstraite pour lui4 ,il peut croire que le mort existe tant qu'il apparat dans les hallucinations et dans les rves de ceux qui l'ont connu1 de ses fils1 de ses petits-enfants2 et puis1 qu'il diminue d'existence jusqu' une disparition peu prs complte1 s'effaant aux dernires limites de l'tre4 ,au fond1 c'est comme cela1 bien peu prs1 que nous nous figurons l'immortalit4 ,revoir ceux que nous avons aims1 ceux que nous avons perdus1 quos funere mersit acerbo2 voir1 de quelque part1 ceux que nous aurons laisss ici-bas et savoir qu'ils sauront que nous existons encore1 c'est cela presque que se borne notre espoir de la vie future2 au del commence le vague et une esprance1 vague aussi1 qui ne se prend rien et qui1 cause de cela1 n'a rien d'nergique ni d'ardent4 ,peu nous importe1 ou plutt nous n'y songeons pas4 ,l'historien seul--mais1 oui--qui vit par curiosit du pass1 c'est--dire de l'avenir1 voudrait vivre ternellement1 pour savoir ce qui arrivera et de quelle manire le prsent qu'il voit aujourd'hui accouchera4 ,c'est parmi les historiens qu'il doit y avoir le plus d'hommes dsireux de l'me immortelle et1 par consquent1 le plus de croyants en l'immortalit de l'me4 ,le primitif croit donc une survie1 plus ou moins nettement et surtout sans ide de rcompenses ou de chtiments dans cette survie4 ,ds que les socits sont nes1 tout change trs sensiblement4 ,la croyance en l'immortalit est encore une de ces choses excellentes pour elle1--elle doit le sentir tout de suite1 c'est--dire en quelques sicles1--que la socit peut transformer son profit4 ,la socit1 c'est ,dante2 elle invente un ,enfer et des ,champs lyses pour y mettre ses ennemis et ses amis4 ,remarquez-vous dans ,homre1 en ce commencement1 en ce rudiment d'enfer et de ciel dont nous avons parl1 qui sont ceux qui sont au ciel1 qui sont ceux qui sont aux enfers8 ,au ciel1 non pas les vertueux1 mais les amis et les allis des dieux2 aux enfers1 les ennemis des dieux4 ,de mme que la socit ramne la religion tre une religion sociale et en fait un instrument de son rgne1 de mme elle fait de la croyance en l'immortalit une chose son profit et un agent de son autorit2 de mme qu'elle moralise la religion1 elle pntre de moralit la croyance en la vie future et elle dcide que la vie future sert rcompenser les serviteurs de la moralit sociale et punir les contempteurs de la moralit sociale4 ,elle invente l'ide de justice1 qui n'existe aucunement dans la nature1 et qui ne pouvait pas exister dans l'homme primitif1 et qui est favorable son institution et au maintien de son institution1 et comme1 soit du fait de la nature1 soit du fait de la socit elle-mme1 la justice complte n'existe nulle part1 elle la rtablit en expectative par cette hypothse1 qui devient une foi1 que toutes les infractions la justice seront rpares dans un autre monde1 que toutes les lacunes de la justice1 pour ainsi parler1 seront combles ailleurs4--,elle invente la morale et1 une fois qu'elle l'a invente1 elle est bien force de reconnatre que la morale postule quelqu'un qui la sanctionne comme rmunrateur et punisseur pour faire rgner l'accord vraisemblablement raisonnable et coup sr souhait du bien et du bonheur4 ,ce quelqu'un qui sanctionne la morale comme rmunrateur et punisseur1 c'est elle-mme autant qu'elle peut l'tre2 mais comme il s'en faut qu'elle puisse l'tre intgralement1 elle renvoie une autre cit1 une autre socit1 le soin de complter son uvre et assure que son uvre sera complte4 ,les dieux deviennent alors la cour suprme qui rectifie les jugements de la nature et de la socit elle-mme1 qui juge en dernier ressort1 pour leur donner solution absolument juste1 les procs injustement perdus et les procs injustement gagns ici-bas1 qui achve et qui consomme la justice4 ,l',olympe ou1 si l'on veut1 ,minos1 aque et ,rhadamanthe sont1 projete dans l'au-del1 la socit telle qu'elle voudrait tre et telle qu'il faudrait qu'elle ft4 ,rien de tout cela n'existait dans la conception primitive de la vie future2 mais l'instinct social1 l'instinct justice-et-morale1 rencontrant cette conception et la trouvant1 ce qui est heureux1 un peu vide1 l'a remplie de moralit et de justice pour la faire servir ses desseins2 quoi les hommes se sont laisss trs facilement entraner car1 d'une part croyant invinciblement la vie future pour les raisons que nous avons dites2 et d'autre part ayant soif de justice ds qu'ils sont runis en socit et tant comme tonns qu'elle ne soit pas2 et d'autre part voulant avec une certaine navet1 mais voulant toujours1 que le bien mne au bien-tre2 ils sont heureux que cette esprance qu'ils avaient de la vie future se remplisse d'un espoir de ralisation de la justice et d'un espoir de bien-tre1 rcompense et aboutissement du bien4 ,et comme tout cela est naturel et s'arrange et se compose naturellement dans leurs esprits6 ,la vie future tait un prolongement de la vie individuelle2 l'homme devenu social1 la vie future devient un prolongement de la vie sociale1 un prolongement de la vie sociale avec complment et rparation4 ,la vie sociale cherche assurer la justice et cherche accorder la pratique du bien avec le bonheur2 la vie future ralise la justice1 fait qu'enfin elle est2 et ralise l'quation vertu-bonheur1 crime-malheur4 ,l'homme se voit1 par la mort1 passant d'une socit imparfaite une socit parfaite1 d'une socit qui a besoin d'tre complte une socit qui complte1 d'une socit au moins moiti fausse une socit vraie1 d'une socit qui cherche le vrai une socit qui l'a trouv4 ,et c'est ici1 peut-tre1 ce qu'il me semble1 que nat l'ide d'ternit1 qui devait tre bien indistincte1 peut-tre n'tre point1 dans le cerveau des primitifs4 ,possd de cette ide de rparation dont nous venons de parler1 l'homme1 ce me semble1 a un scrupule1 une gne1 quelque chose qui l'arrte1 une dernire objection et une dernire rvolte4 ,il dit3 ,il n'y a jamais rparation6 ,une vie de justice corrige un peu une vie o l'on a vcu injustement2 mais ne l'efface pas1 ne fait point qu'elle n'a pas t4 ,il reste toujours que j'ai souffert injustement4 ,en mettant bout bout ma vie actuelle1 o je suis ls1 et ma vie future1 qui est selon la justice1 je ne suis plus ls que partiellement1 mais je le suis encore4 ,je n'ai pas mon compte4--,pour que le compte y soit1 il faut qu'une vie o l'honnte homme a t ls soit compense par une vie qui soit incommensurable avec la premire4 ,or1 il n'y a d'incommensurable avec le temps que l'ternit4 ,il faut1 donc1 pour que la justice soit1 que ma vie de misres immrites ne soit plus qu'un point1 ne soit plus mme un point dans ma vie totale1 que ma vie de misres immrites ne soit plus qu'une goutte d'eau perdue dans un ocan de flicits o elle ne peut plus se retrouver4 ,alors j'ai mon compte4 ,non1 je ne l'ai pas encore1 parce que l'ide d'ternit n'est jamais concevable l'homme et ne lui reprsente jamais que quelque chose d'immensment long2 mais cependant1 avec un effort d'abstraction1 j'arrive me faire comme une ide hypothtique ou plutt asymptotique de l'ternit1 et je conviens que la rparation est trs peu prs faite4--,cette ide d'ternit a t invente par un bienfaiteur de l'humanit et accepte avec bonheur par les affams de justice et de sanction morale qui ont fait tous leurs efforts pour la comprendre et pour se figurer qu'ils la comprenaient1 qui l'ont comprise du reste assez pour que leurs esprances et les exigences de leur conscience fussent satisfaites4 ,une rverie toute contraire1 ou au moins trs diffrente1 a occup les hommes1 j'entends la mtempsycose1 crue trs gnralement chez les gyptiens1 chez les ,indiens1 trs chrie de ,pythagore1 comme des ,grecs 7,platon1 ,phdon7 et des ,latins 7,virgile1 ,ennius74 ,cette croyance et ceci qu'elle n'a jamais pris trs grande consistance et longuement parmi les hommes sont choses galement dignes d'intrt4 ,cette croyance met bien en lumire que l'homme1 en rvant vie future1 rve surtout de la vie actuelle et d'un retour cette vie4 ,la mtempsycose1 soit que1 pour nous punir1 elle nous ramne dans le corps d'un animal ou mme d'un vgtal1 comme les ,indiens le croyaient1 ou mme d'un minral1 comme ,victor ,hugo l'imaginait2 soit qu'elle nous ramne dans le corps d'un homme1 comme ,pythagore semble l'avoir cru2 dtruit l'enfer ternel1 la punition ternelle des mchants et comme ,ovide le fait dire ,pythagore3 ,o genus attonitum gelid formidine mortis ,quid ,styga1 quid tenebras et nomina vana timetis1 ,materiem vatum1 falsique pericula mundi8 ,corpora sive rogus flamma1 seu tabe vetustas ,abstulerit1 mala posse pati non ulla putetis4 ,elle dtruit galement le ciel1 le sjour des justes rcompenss2 car1 la vrit1 la mtempsycose1 c'est la vie ternelle3 ,morte carent anim1 ,,semperque1 priore relicta ,sede1 novis domibus vivunt habitantque recept4 ,mais ce n'est nullement la rcompense ternelle1 la compensation ternelle des misres endures injustement2 puisque la plus belle rcompense sera de vivre seulement dans la personne d'un homme plus illustre1 plus haut plac et plus heureux1 puis d'un autre plus heureux encore4 ,mais la vie de l'homme le plus heureux est loin encore de la flicit vritable et1 aux dsireux de la mtempsycose1 quelqu'un pourra toujours dire le terrible mot pessimiste d'ne dans ,virgile3 ,qu lucis miseris tam dira cupido#c8 #c ,vers qui1 du reste1 est de ,lucrce3 ,qu mala nos subigit vitai tanta cupido8 ,sur quoi il y aurait beaucoup rflchir4 ,achille1 dans la ,necuia1 dit ,ulysse3 ,ne me parle pas de la mort6 ,j'aimerais mieux tre le mercenaire d'un pauvre homme1 peine assur de sa subsistance1 que de rgner sur tous ceux qui ne sont plus1 tandis qu'ne s'tonne qu'un homme qui a le bonheur d'tre mort puisse dsirer revenir sur la terre4 ,il est vrai qu',achille est mort et qu'ne est encore vivant1 ce qui fait une diffrence4 ,mais les auteurs ont-ils tenu compte de cette diffrence et n'est-ce pas leur pense eux qu'ils ont exprime8 ,il est assez probable que c'est leur pense4 ,il y a entre ,homre et ,virgile la distance d'une poque de civilisation commenante1 voisine encore des temps primitifs1 une civilisation acheve1 la distance d'une humanit encore instinctive une humanit qui a beaucoup rflchi1 la distance de l'adolescence l'ge mr4 ,quoi qu'il en soit1 la croyance la mtempsycose indique que l'homme1 quand il rve la vie future1 rve communment d'un retour la vie qu'il mne1 la vie actuelle retrouve4 ,il dit1 comme ,lamartine dans la ,vigne et la maison3 ,dans l'immuable sein qui contiendra nos mes ,ne rejoindrons-nous pas tout ce que nous aimmes ,au foyer qui n'a plus d'absents8 ,toi qui formas ces nids rembourrs de tendresses4 ,o la niche humaine est chaude de caresses1 ,est-ce pour en faire un cercueil8 ,n'as-tu pas dans un coin de tes globes sans nombre ,une pente au soleil1 une valle l'ombre1 ,pour y rebtir ce doux seuil8 ,non plus grand1 non plus beau1 mais pareil1 mais le mme4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,mme la conception du retour la vie dans le corps d'un animal est trs significative4 ,elle indique que l'homme1 s'il doit tre puni1 dsirerait tre ici1 sur la terre qu'il connat1 en revoyant encore les mmes choses4 ,peut-tre mme n'implique-t-elle pas l'ide de punition ni de rcompense2 peut-tre le dsir de retour cette vie1 ml d'un certain dsir de changement1 amne l'homme considrer avec complaisance le retour la vie dans le corps d'un animal dont il a souvent envi certaines supriorits4 ,rien d'tonnant ce qu'un chasseur accepte avec intrt l'ide de revenir dans le corps d'un cheval ou d'un chien et ce qu'un pote souhaite de survivre dans celui d'un oiseau3 ,michelet3 ,nous sera-t-il donn de venir tire-d'ailes revoir ce cher foyer de travail et d'amour2 de dire un mot encore en langue d'hirondelles1 ceux qui mme alors garderont notre cur8 ,mais ce qui prouve aussi que l'ide de vie future est devenue surtout1 chez les sociaux et chez les civiliss1 l'ide d'un supplment judiciaire de la vie1 l'ide d'une vie prolonge pour la peine ou la rcompense1 c'est que la mtempsycose n'a pas russi4 ,la mtempsycose--si varie1 du reste1 si mle1 qu'on a peine la bien circonscrire et la faire tenir dans une formule--est une survivance1 tout compte fait1 de l'tat primitif2 elle est le rve de l'homme qui surtout veut survivre2 et qui1 de plus1 par curiosit et par fantaisie d'imagination1 voudrait survivre dans un tre autre que celui qu'il est2 peut-tre qui1 par suite de l'observation qu'il a faite des mtamorphoses de quelques animaux1 croit que c'est une loi de l'univers que la mtamorphose des tres2 et la mtempsycose peut tre le rve d'une nuit d't d'un naturaliste2 mais parce qu'elle n'tait pas une ide d'homme social et une ide ayant une utilit sociale1 elle n'a pas eu un crdit universel ni un long crdit parmi les hommes4 ,la vie future humaine1 c'est une rclamation et une exigence de l'ide de justice et du sentiment moral2 c'est la morale demandant une sanction et la justice voulant tre ralise1 ide sociale par excellence1 puisque c'est vouloir que le prteur soit juste et vouloir que ,caton soit rcompens et ,catilina puni2 ide religieuse aussi1 mais sociale-religieuse1 en ce qu'elle est ne pas vouloir que les dieux soient indiffrents1 comme ceux d'picure1 mais providentiels et quitables1 comme un bon consul1 consules mundi1 et se trouvent toujours1 en dernier compte1 avoir raison4 picure est naturiste et1 ayant profondment conscience de l'indiffrence de la nature toute morale et toute justice1 fait les dieux cette image et les loigne de l'homme autant que la nature est loigne de lui4 ,le croyant en l'immortalit de l'me rapproche les dieux de l'homme et les considre comme des magistrats qui ne seraient pas intgres s'il n'y avait que cette vie d'ici-bas4 ,il en cre une autre o les magistrats clestes rintgrent le droit4 ,il suffit3 il a justifi les dieux2 absolvitque deos4 ,ainsi fait le peuple aux reprsentations thtrales qui lui sont destines3 il veut que la vertu soit rcompense et le vice puni4 ,que pourrait-il vouloir autre chose8 ,ils ne le sont pas toujours dans la vie vraie4 ,dans la vie imaginaire1 dans la vie qu'on invente 7trs analogue la vie future7 c'est votre devoir de montrer la justice ralise4 ,le peuple traite l'auteur comme une providence littraire1 puisqu'il est un dmiurge en critures2 et1 dpositaire de l'instinct social1 il veut que le magistrat fasse rgner la justice autant qu'il le peut et que ceux qui crent un monde1 rel ou imaginaire1 fassent ce quoi ils sont tenus1 ralisent la justice absolument4 ,,chapitre ,,vii ,,la ,n,m,,sis ,cette justice des dieux1 du reste1 ne s'exerce pas seulement au del des limites de l'existence terrestre4 ,elle s'exerce ici-bas1 avec une sorte de sournoiserie spirituelle qui lui donne l'apparence de la malignit1 mais qui n'est1 quand on y rflchit sagement1 qu'une forme1 un peu aigu1 de la justice4 ,solon disait ,crsus1 nous assure ,hrodote3 ,est-ce moi qu'il faut demander si la destine de l'homme est d'tre heureux1 moi qui sais que tous les dieux sont envieux et anarchistes 7 74 ,le bon ,plutarque s'indigne de ce blasphme2 mais il ne pntre pas le fond des choses4 ,les dieux sont jaloux des hommes et ne veulent pas qu'ils soient trop heureux1 qu'ils soient semblables des immortels2 et quand ils le sont un temps trop long1 ils plongent brusquement les heureux dans un abme d'infortunes pour leur rappeler leur condition4 ,voil un sentiment bien aristocratique6--,non pas2 c'est un sentiment dmocratique au premier chef4 ,le peuple1 au-dessus de son aristocratie trop heureuse1 trop brillante et trop orgueilleuse1 met une autre aristocratie1 une aristocratie compensatrice1 qui est une menace perptuelle pour l'aristocratie d'ici-bas4 ,ne vous fiez pas votre bonheur4 ,nous sommes jaloux de vous1 et cette jalousie est approuve des dieux parce qu'elle est une forme de l'ide d'galit et que l'ide d'galit est l'ide de justice elle-mme4 ,et cette jalousie1 les dieux1 parce qu'ils l'approuvent1 ils l'prouvent et ils vous la feront sentir tt ou tard4 ,ne le voyez-vous pas8 ,observez ces chutes profondes qui pendent aux sommets les plus hauts1 ces brusques retours de fortune8 ,ce sont des revers quitables2 ce sont des compensations par quoi la justice et l'ordre sont rtablis4 ,crsus n'est pas coupable2 il est trop heureux2 il doit connatre le malheur2 il le connatra2 il sera tout prs de la mort et d'une mort horrible2 mais1 comme il a reconnu la justesse des paroles de ,solon1 comme il a expi son bonheur1 son bonheur lui sera pardonn et il aura une vieillesse heureuse4 dipe n'est pas coupable2 il est trop heureux1 trop orgueilleux aussi de son bonheur et de sa supriorit intellectuelle4 ,il a dcouvert le secret de la ,sphinx1 rsolu ses nigmes1 il est devenu roi puissant2 il doit connatre le malheur2 il le connatra2 mais comme il s'est humili1 comme il a expi1 comme il a accept ses souffrances1 les mrites de l'expiation en feront un tre sacr1 un saint1 dont le tombeau mystrieux protgera1 bnira la terre o il est4 ,bien des sentiments divers se runissent1 se mlent et1 pour ainsi parler1 flottent dans cette conception de la ,nmsis3 le sentiment dmocratique3 le bonheur des grands est insolent1 par lui-mme1 ne fussent-ils pas insolents ni injurieux eux-mmes2 il doit tre averti par des revers2 ,dieu les frappe pour nous avertir1 pour les avertir1 pour nous avertir tous1 eux et nous2--le sentiment aristocratique aussi3 il y a1 au-dessus de l'aristocratie humaine1 une aristocratie cleste qui n'aime pas les trop heureux1 qui aime la temprance1 la modration et non pas sans doute l'galit1 mais une certaine quivalence dfinitive parmi les hommes et qui est ce que devrait tre l'aristocratie humaine et qui donne celle-ci l'exemple et les leons2--le sentiment d'une certaine justice immanente de la nature1 d'un rve de justice que la nature ralise moiti2 les plus hauts sommets1 acrocrauniens1 sont les plus foudroys1 les grands pins sont en butte aux coups de la tempte et la rage des vents brise plutt le fate des palais de nos rois que des toits des bergers2 de mme dans la socit les grandeurs sont scabreuses et les sommits sont glissantes2 l'univers n'est pas si injuste qu'il parat2 il a comme des essais de rtablissement de l'ordre que si souvent il viole ou semble violer2 tout cela est une demi-rvlation de la justice dfinitive et suprme qui doit se raliser ailleurs2 les premiers seront les derniers4 ,l'ide de la ,nmsis est ternelle2 elle est moins forte chez nous que chez les anciens1 qui avaient plus d'imagination que nous2 elle est sensible encore2 le peuple dit3 ,qu'il ne soit pas si fier6 ,il ne sait pas ce qu'il deviendra2 nul ne peut dire3 ,j'ai t heureux1 avant sa mort4 ,c'est le mot de ,solon1 toujours rpt1 toujours vrai du reste4 ,les hommes ont peur du bonheur4 ,ils n'ont pas tort1 puisque le bonheur les enivre1 les jette dans la fureur et la dmence2 ils y voient comme une tentation de quelque ,dieu jaloux4 ,l'instinct social1 qui dsire qu'il y ait de la modration dans les dsirs1 inspire aux hommes une frayeur salutaire de ce qu'ils convoitent le plus et met comme un remords dans la concupiscence4 ,il enseigne aux petits de ne pas envier des succs qui ne sont qu'un pige2 aux grands de ne pas se fier une grandeur qui est un danger4 ,,chapitre ,,viii ,,la ,r,,versibilit ,,des ,,fautes ,les hommes ont cru et beaucoup d'hommes croient encore la rversibilit des fautes1 c'est--dire la solidarit dans le crime1 c'est--dire ceci que1 parce que les pres ont pch1 les fils peuvent tre punis1 doivent tre punis4 ,ce dogme est peut-tre aussi ancien que les socits humaines4 ,solon dit avec une clart absolue et une dcision tranchante3 ,la vigilance de ,zeus n'oublie jamais celui dont l'me est criminelle et1 en dpit de tout1 il se montre la fin4 ,mais l'expiation arrive tout de suite pour l'un1 plus tard seulement pour l'autre2 si les coupables y chappent eux-mmes1 si la justice des dieux ou la destine voulue par les dieux1 ne se prcipite pas pour les frapper1 elle vient cependant un jour3 les enfants innocents ou les gnrations suivantes payent la dette des pres4 ,pindare dit tout de mme3 ,chacun est responsable des uvres de ses anctres et de leur destine4 ,l'expiation est atavique4 ,on sait qu'un des offices des prtres ou religieux orphiques tait de remettre les pchs de toute la famille qui se confiait eux1 depuis les anctres jusqu'aux derniers des petits-enfants4 ,cette solidarit de toute une famille1 voire de tout un peuple1 voire de toute l'humanit dans la faute1 est une ide qui remplit toute la ,bible4 ,l'humanit est punie par la faute de son premier pre envers ,dieu4 ,adam a condamn tous ses enfants1 il les a tous envelopps dans son crime4 ,comment l'aurais-je fait si je n'tais pas n8--,si ce n'est toi1 c'est donc ton pre4 ,car1 comme parle ,job1 qui peut rendre pur celui qui est n d'une source impure8 et3 ,qu'est-ce que l'homme pour tre sans tache et pour paratre juste tant n d'une femme8 et comme parle ,david3 ,vous savez que j'ai t form dans l'iniquit et que ma mre m'a conu dans le pch4 ,je ne multiplierai pas ces exemples4 ,il ne faut pas croire que des modernes seulement aient protest contre cette conception qui blesse notre sentiment de justice individuelle en faisant1 du crime et de la faute1 des choses qui ne sont plus individuelles4 ,theognis s'indignait dj contre cette ide#d4 ,profondment inquiet de l'injustice des dieux sur la terre1 reprochant ,zeus de mettre sur le mme rang ici-bas le prvaricateur et le juste1 le modr et le violent1 plus forte raison il s'indignait de ce que les fautes des coupables retombassent sur les innocents3 ,grand ,zeus1 s'il plat aux dieux que le sclrat aime la violence1 que ne leur plat-il aussi qu'il expie ensuite lui-mme le mal qu'il a fait1 sans que les transgressions des pres fassent plus tard le malheur des enfants et que les enfants d'un pre injuste1 qui pensent et agissent selon la justice1 qui craignent ta colre1 fils de ,chronos1 et se distinguent parmi leurs concitoyens par leur amour de la justice1 n'aient point payer les crimes paternels8 ,telle devrait tre la volont des divinits bienheureuses2 mais en ralit le coupable chappe1 et c'est sur un autre que1 plus tard1 tombe le chtiment4 #d ,cf4 ,jules ,girard1 le ,sentiment religieux en ,grce4 ,deux sicles aprs1 ,bion de ,borysthne1 philosophe cynique1 qui tait trs spirituel1 fit remarquer que les dieux1 en chtiant les enfants des coupables1 sont aussi ridicules1 sinon un peu plus1 qu'un mdecin qui droguerait un fils ou un petit-fils pour la maladie de son pre ou de son aeul--sans se douter que c'est prcisment ce que font les mdecins dans quatre-vingts cas sur cent4 ,transport chez les modernes par le christianisme1 qui en cela a accept l'hritage de la ,bible1 le dogme de la rversibilit des peines a tonn beaucoup d'esprits1 qui les uns l'ont rejet1 les autres ont cherch l'expliquer1 les autres ont tir de son absurdit mme1 ou1 si l'on veut1 de ce qu'il avait de paradoxal1 une raison de l'admettre4 ,pascal raisonne ainsi3 ,le pch originel est folie devant les hommes2 mais on le donne pour tel4 ,vous ne me devez donc pas reprocher le dfaut de raison en cette doctrine puisque je la donne pour tre sans raison4 ,mais cette folie est plus sage que toute la sagesse des hommes2 car sans cela que dira-t-on qu'est l'homme8 ,tout son tat dpend de ce point imperceptible4 ,et comment s'en ft-il aperu par sa raison1 puisque c'est une chose au-dessus de sa raison1 et puisque sa raison1 bien loin de l'inventer par ses voies1 s'en loigne quand on le lui prsente8 ,oui1 assurment le pch originel est un scandale de notre entendement4 ,il est sans doute qu'il n'y a rien qui choque plus notre raison que de dire que la faute du premier homme ait rendu coupables ceux qui1 tant si loigns de cette source1 semblent incapables d'y participer4 ,cet coulement ne nous parat pas seulement impossible1 il nous parat trs injuste2 car qu'y a-t-il de plus contraire aux rgles de notre misrable justice que de damner ternellement un enfant incapable de volont pour un pch commis six mille ans avant qu'il ft un tre8 ,certainement rien ne nous heurte plus que cette doctrine4 ,mais cependant considrez que ce mystre est intelligible en ce sens que c'est nous qui serions inintelligibles s'il n'tait pas3 ,sans ce mystre1 le plus incomprhensible de tous1 nous sommes incomprhensibles nous-mmes4 ,le nud de notre condition prend ses replis et ses tours dans cet abme2 de sorte que l'homme est plus inconcevable sans ce mystre que ce mystre n'est inconcevable l'homme4 ,en effet1--voici le raisonnement1--l'homme est incomplet1 donc l'homme est double1 et sa duplexit est explique par la chute3 ,si l'homme n'avait jamais t que corrompu1 il n'aurait aucune ide ni de la vrit ni de la batitude4 ,si l'homme n'avait jamais t corrompu1 il jouirait dans son innocence et de la vrit et de la flicit avec assurance4 ,mais 7malheureux que nous sommes et plus que s'il n'y avait pas de grandeur dans notre condition71 nous avons une ide du bonheur et nous ne pouvons pas y arriver2 nous sentons une image de la vrit et nous ne possdons que le mensonge1 incapables d'ignorer absolument et de savoir certainement1 tant il est manifeste que nous avons t dans un degr de perfection dont nous sommes dchus#e4 #e ,sur quoi l'intrpide ,ernest ,havet s'crit3 ,il le suppose1 il ne le prouve pas1 et par o le prouverait-il8 ,comment savoir qu'on est dans le faux si on ne connat pas le vrai8444--,si ,pascal avait crit incertitude au lieu de mensonge 7et son raisonnement resterait le mme71 je suppose qu',havet n'aurait pas le front de s'inscrire en faux4 ,on voit comment ,pascal explique la rversibilit4 ,il explique l'impuissance1 l'incertitude et l'incohrence de l'homme par une rupture d'quilibre2 cette rupture d'quilibre1 c'est la chute4 ,mais la chute est le fait d'un seul homme4 ,puisque la rupture d'quilibre subsiste1 il faut bien croire que sa faute s'est tendue ses descendants1 ce qui rend l'homme intelligible4 ,je dis cela un peu pour montrer que ,scherer a t lger en disant que sur ce point ,pascal n'avait que pos la question3 ,on sait quoi s'en tenir avec des apologistes de cette trempe1 et si de cette manire les questions ne sont pas rsolues1 du moins elles sont vigoureusement poses4 ,pascal n'a pas seulement pos la question2 il l'a sinon rsolue1 du moins trs vigoureusement argumente4 ,le dfaut de son argumentation n'est que celui-ci3 l'homme est incomplet1 donc il est double1 donc il est en deux morceaux1 ce qui indique cassure4 ,non4 ,pourquoi serait-il double8 ,il est incomplet1 comme tous les animaux1 voil tout ce que nous en savons4 ,et qu'il soit incomplet1 cela ne postule aucune espce d'explication4 ,l'tonnant serait qu'il ne le ft pas4 ,guizot1 dont la discussion vaut qu'on la prenne fort au srieux1 a1 lui aussi1 entrepris de dfendre le pch originel4 ,il le rattache fortement la question de l'existence du mal sur la terre4 ,dieu a d crer l'homme pour la vertu et le bonheur1 aimant la vertu et n'tant pas mchant4 ,or1 l'homme est vicieux et misrable4 ,c'est inexplicable1 moins de supposer que l'homme a mrit par une premire faute de n'tre pas innocent et de n'tre pas heureux4 ,et il a ainsi corrompu sa nature1 qui1 par hrdit1 s'est transmise corrompue tous ses descendants4 ,raisonnement spcieux1 mais trs fragile4 ,sur le premier point1 si l'homme par une premire faute a dmrit de ,dieu1 c'est donc que ,dieu l'avait cr capable de faute1 donc non innocent1 ce qui est le contraire de ce que ,dieu aurait d faire s'il est bon4 ,sur le second point1 que l'homme ait en pchant corrompu sa nature et celle de tous ses descendants1 cela aussi n'a pu tre possible que par la volont de ,dieu2 et ,dieu qui devient responsable de cette injustice qui consiste en ce que les fautes ne soient pas personnelles1 devient responsable de cette iniquit qui consiste en ce que j'ai pch en ,adam4 ,ajoutez que ma nature hrditaire et moi1 cela fait deux2 que si c'est ,adam1 c'est--dire ma nature hrditaire1 qui pche en moi1 ce n'est pas moi1 ce n'est pas le moi volontaire4 ,je suis de mauvaise nature et de bonne volont4 ,punir un homme de bonne volont cause de sa mauvaise nature est trs injuste1 surtout quand1 de cette mauvaise nature1 c'est le punisseur1 ainsi que nous avons essay de le dmontrer1 qui est la cause4 ,il n'est pas probable que ce soit dans des ides thologiques que les anciens1 au moins les anciens qui taient polythistes1 aient pris l'ide de la rversibilit des peines4 ,cette ide est selon moi une ide toute sociale1 qui a rencontr1 chemin faisant1 des ides thologiques et qui s'y est accommode1 qui s'y est ajuste plus ou moins4 ,c'est une ide toute sociale4 ,l'homme1 vivre en socit1 s'est aperu3 #a que les maladies se transmettaient des pres aux enfants1 ce qui est beaucoup plus sensible dans la vie sociale1 rassemble et resserre1 que dans la vie familiale ou grgaire2 #b et surtout que la cit souffrait toujours des erreurs et des sottises des anctres1 beaucoup plus que de ses erreurs et sottises prsentes1 actuelles4 ,du moins1 c'est ainsi que les choses apparaissent4 ,on ne voit pas1 on voit mal les imprudences que l'on commet socialement2 on est toujours port ne pas les voir ou s'aveugler sur elles2 on voit trs bien1 trop bien1 on s'exagre les fautes autrefois commises et dont les consquences ou ce qui semble en tre les consquences1 clatent aux yeux l'heure o l'on est4--,l'homme a donc deux raisons pour une de croire la rversibilit des fautes commises4 ,la premire de ces deux raisons est trs forte4 ,le spirituel ,bion de ,borysthne1 quand il disait que punir les petits-enfants pour la faute des aeux c'tait comme purger un petit-fils pour la maladie de son grand-pre1 croyait triompher et tait un peu battu2 il donnait contre la raison qui est pour4 ,oui1 justement1 les mdecins soignent en nous les maladies de nos aeux1 et les anciens n'taient pas sans s'tre aperus de cela4 ,a la vrit1 nous le savons mieux qu'eux1 et1 par parenthse1 c'est mesure que nous connaissons mieux la rversibilit des maladies que nous croyons moins la rversibilit des fautes2 mais enfin ils ne laissaient pas d'avoir t frapps de l'hrdit des tats morbides4 ,cette hrdit tait pour ,brunetire un trs grand argument en faveur du pch originel1 et1 avec les ressources de son gnie1 il lui donnait une force extraordinaire4 ,ici1 rptait-il1 nous sommes sur un terrain bien solide1 celui des faits4 ,nous croyons l'hrdit physiologique et nous croyons l'hrdit morale1 nous croyons que les diathses se transmettent et que les caractres se transmettent2 or1 qu'il y ait une hrdit criminelle et par consquent une solidarit criminelle1 non seulement c'est analogue1 mais c'est la mme chose4 ,c'est la mme chose1 oui2 abstraction faite de la libert1 abstraction faite de la volont4 ,si nous sommes absolument dtermins1 si notre hrdit nous force absolument faire tous les actes que nous faisons1 il est incontestable que la faute n'est pas personnelle et qu'en moi c'est toute la srie de mes ascendants qui fait le mal2 mes ascendants et moi nous ne sommes qu'une longue chane1 qu'une longue courroie de transmission du pch2 pour mieux dire1 qu'un seul animal se prolongeant dans le temps et qui fait1 comme si c'tait d'un seul coup1 tous les actes mauvais que l'on voit commis4 ,mais s'il n'y a chez nous ni volont ni libert1 il n'y a pas responsabilit4 ,or1 c'est prcisment de responsabilit qu'il s'agit avec le pch originel4 ,le pch originel impute moi comme responsable la faute de l'aeul4 ,il me condamne et me damne1 comme dit ,pascal1 donc me tient pour coupable pour une faute qui n'est pas de moi4 ,donc il croit ma volont1 ma libert et en mme temps il m'impute un acte o1 par dfinition1 ma libert n'est pour rien1 et c'est en cela qu'il est incohrent4 ,il y a hrdit de diathses1 oui2 et solidarit de diathses1 oui2 hrdit de caractres1 oui2 et solidarit de caractres1 oui2 mais hrdit et solidarit de culpabilit1 non2 puisque la culpabilit c'est prcisment l'homme considr comme personnel1 considr comme ne dpendant pas de ses procrateurs1 ou considr en ce qui1 dans lui1 ne dpend pas de ses procrateurs#f4 #f ,cf4 ,scherer1 tudes sur la littrature contemporaine1 ,,iv1 #ac1 et ,,viii1 #h4 ,il n'en est pas moins que l'hrdit morbide devait singulirement frapper les anciens et les incliner trs naturellement1 je le reconnais1 vers l'ide de la rversibilit des fautes4 ,si1 d'une part1 ils voyaient1 ce qui n'tait pas se tromper1 les maladies se transmettre2 si1 d'autre part1 ils croyaient--c'est ici que l'ide sociale rencontre l'ide religieuse comme je l'annonais--que la maladie est un chtiment1 est une maldiction1 ne les voil-t-il pas pleinement dans l'ide complexe d'une hrdit morbide qui est une punition1 qui descend1 qui coule1 comme disait ,pascal1 des pres aux fils8 ,or1 justement ils croyaient que la maladie est un chtiment1 une maldiction4 ,la rversibilit des fautes leur apparaissait donc dans la rversibilit des maladies4 ,de la rencontre d'une ide de fait1 ide sociale1 et d'une croyance religieuse1 sortait comme forcment la croyance la rversibilit des erreurs1 des fautes et des crimes4 ,plus encore1 peut-tre elle sortait de cette considration1 sociale aussi1 du malheur social1 du malheur politique que les anctres versent1 pour ainsi parler1 sur leurs descendants4 ,c'est videmment la faute d',alcibiade ou de ,clon1 si la ,rpublique est tombe si bas et se trouve si malheureuse4 ,ils ont commis des fautes4 ,c'est nous qui en sommes punis4 ,comme fait1 c'est incontestable4 ,est-ce juste8 ,il ne semble pas4 ,mais enfin c'est l'ordre naturel4 ,et que ce soit l'ordre naturel1 cela n'indique-t-il pas qu'il y a un quelque chose qui veut que les fautes soient payes1 un quelque chose1 qui du reste nous dpasse et nous surplombe et qui ne s'arrte pas parce que notre vie individuelle s'arrte1 dont la loi de compensation va son chemin et1 non satisfaite au temps d'une gnration1 se satisfait au temps des gnrations suivantes8 ,ce quelque chose1 c'est la justice1 c'est la ,dik1 c'est un ,dieu pour qui1 parce qu'il est ternel1 l'humanit est un seul homme2 et que le petit-fils soit puni pour les fautes du grand-pre1 ce n'est pas autre chose qu'un homme puni dans sa vieillesse pour les fautes de sa jeunesse4--,de la rencontre d'une ide de fait1 ide sociale1 et d'un tat d'me religieux sortait comme forcment1 assez naturellement du moins1 la croyance en la rversibilit des erreurs1 des fautes et des crimes4 ,remarquez que l'tat social enfonce cette ide de la solidarit morale dans les esprits1 pour ce qui est du temps o l'on vit4 ,ceci est la solidarit du mal1 si bien analyse par ,renouvier4 tes-vous coupable quand vous faites le mal8 ,jamais compltement4 ,jamais la faute ne vous est imputable vous seul4 ,vous faites le mal1 parce que1 dans l'tat social1 vous tes forc de faire le mal par le mal qu'on fait autour de vous4 ,parce qu'il y a des gens qui abusent de la charit1 vous ne faites pas la charit ou la faites moins que vous ne devriez la faire4 ,parce qu'il y a des gens qui se poussent par l'intrigue1 vous tes forc d'intriguer un peu4 ,parce qu'il y a des gens qui usent de charlatanisme1 vous ne pouvez pas vous passer ni vous abstenir absolument de charlatanisme4 ,parce qu'il y a des gens qui sont de trs grands voleurs1 vous tes forc de voler un peu pour n'tre pas cras par la concurrence4 ,parce qu'il y a des gens qui conquirent les femmes par leurs flatteries et cajoleries1 vous tes forc de conqurir et retenir la vtre par autre chose que votre seule vertu4 ,parce qu'il y a des gens qui tuent1 vous tes forc de tuer1 en lgitime dfense1 il est vrai1 ou en quasi lgitime dfense2 mais enfin1 vous tuez ou vous vous disposez tuer1 vous vous prparez tuer2 vous avez un revolver dans votre poche4 ,c'est la solidarit du mal2 c'est une des plaies sociales les plus tristes1 c'est la plaie sociale par excellence4 ,donc le crime n'est pas personnel1 il n'est pas tout fait personnel4 ,dans votre faute il y a de la faute d'un autre2 dans la faute d'un autre il y a de votre faute4 ,vous tes complice de tout le monde1 tout le monde est complice de vous4 ,la complicit sociale nous enveloppe et nous pntre1 et nous rayonnons en tous sens dans la complicit sociale4 ,la socit pche en moi1 parce que la socit pche en commun1 pche globalement4 ,toute faute est partiellement un acte personnel1 partiellement un acte social4 ,mais alors1 si les fautes ne sont que partiellement personnelles1 s'il y a une solidarit du mal1 pourquoi le remde de la faute1 pourquoi le chtiment1 ne serait-il pas1 lui aussi1 non personnel1 mais social8 ,pourquoi ne serions-nous pas solidaires dans le chtiment comme dans la faute1 dans la mdication comme dans la maladie8 ,pourquoi les dieux ne me puniraient-ils pas pour la faute d'un autre1 puisque la faute d'un autre1 je l'ai commise1 puisque la faute d'un autre1 j'en suis partiellement coupable8 ,et la socit1 ne vivant pas un seul moment1 mais se prolongeant dans le temps1 tant un tre qui engrne en lui les vies successives des hommes1 pourquoi ne serais-je pas aussi responsable des fautes des hommes du temps pass que des fautes des hommes de mon temps8 ,je pche par la faute d',alcibiade ou de ,pricls 7c'est dans ,platon71 cela me dcharge1 oui2 mais cela me charge aussi1 car il y a une solidarit entre ,pricls et moi1 et si ,pricls pche en moi1 j'ai pch d'avance en ,pricls4 ,mais oui2 car si ,pricls a tabli telles et telles institutions1 tel et tel esprit gnral de la cit1 tel tat social1 c'est cause du caractre gnral des ,athniens1 qui exigeait ou comportait ces institutions et cet esprit2 donc c'est en prvision de nous1 c'est en prvision de moi2 j'ai pch d'avance en ,pricls4 ,solidarit sociale dans un temps donn1 solidarit sociale mme travers les temps1 solidarit du mal entre les citoyens d'un mme temps1 solidarit du mal mme entre les citoyens travers les temps2 solidarit du chtiment puisqu'il y a solidarit du mal2 voil l'ide tout entire4 ,de la rencontre de plusieurs ides de fait1 ides sociales1 et d'une croyance religieuse1 est sortie1 comme forcment1 la croyance en la rversibilit des erreurs1 des fautes1 des crimes et des punitions4 ,cette croyance est donc beaucoup plus naturelle et mme beaucoup plus logique qu'on ne croit4 ,c'est elle qui est1 plus que d'autres1 le produit naturel de l'tat social et de l'instinct social lui-mme4 ,il a fallu le progrs de l'individualisme moderne pour qu'elle s'obscurct et pour qu'elle part fausse et comme barbare4 --,mais est-elle morale8 ,n'est-elle pas1 contenant videmment un certain fatalisme1 n'est-elle pas une immoralit8--,comme cela dpend des points de vue6 ,vue dans un regard en arrire1 cette ide est d'une moralit trs douteuse2 vue dans un regard en avant1 ce quoi on ne songe jamais1 elle est d'une moralit trs apprciable4 ,si je songe que je suis puni pour les fautes de ,napolon ,ier1 ce qui du reste est parfaitement vritable1 je trouve cela trs immoral2 mais si je songe que mes descendants seront punis pour mes fautes1 je ne vois rien qui puisse me pousser davantage n'en pas commettre4 ,si je pense qu'en contractant telle maladie que je puis ne pas contracter1 je gte toute ma postrit2 si je pense qu'en faisant par cupidit1 par amour du confort et du luxe un mariage honteux avec une folle1 une idiote1 une malade2 ou1 simplement1 qu'en faisant un mariage sans amour1 je risque trs fort d'avoir des enfants et des petits-enfants malades1 arrirs ou tout au moins mal venus2 si je songe1 citoyen1 qu'en obissant mes passions ou mes intrts1 je contribue crer des institutions mauvaises qui ruineront mon pays1 qui feront vivre mes enfants et mes neveux sous un despotisme odieux1 d'un homme ou de la foule1 ou sous la menace imprieuse d'un tranger insolent1 ou sous la domination d'un tranger qui ces institutions auront fait trs facile la marche victorieuse jusqu'au cur de mon pays2 si je songe tout cela1 la loi1 vraie ou fausse1 de la rversibilit des fautes et de la rversibilit des chtiments m'apparatra comme la chose du monde la plus propre me maintenir1 comme jalousement1 comme passionnment1 dans la vertu1 dans la probit1 dans la droiture et1 sans aller si loin1 dans le bon sens4 ,du fond du pass mes aeux me crient3 ,tu es malheureux1 parce que nous avons t criminels et fous2 c'est la loi et je me rvolte2--mais du fond de l'avenir mes enfants me crient3 ,sauve-nous6 ,ne nous tue pas6 ,ne nous fais pas natre pour nous tuer6 ,ne nous fais pas natre mourants6 ,nous dpendons de ta vertu et de ta sagesse2 nous dpendons de ton bon sens2 nous dpendons de ta civilisation ou de ta barbarie2 fils de ton corps1 nous dpendons de ton me4 ,ne nous sacrifie pas tes intrts d'un jour et tes passions d'une minute4 ,vis en nous par ta prvision1 par ta prvoyance1 par ta prudence4 ,vis en nous1 ce qui est peut-tre la seule faon d'tre immortel1 et ce qui trs probablement a donn le dsir et par consquent l'ide de l'immortalit4 ,et le prjug qui met ainsi l'individu en prsence de l'innombrable postrit comme devant un immense conseil de famille qui a la fois le supplie1 l'adjure1 l'exhorte et le juge1 est une des formes1 accidentelles et imprvues1 je le veux bien1 mais imposantes et mme terribles1 de la morale ternelle4 ,,chapitre ,,ix ,,le ,,culte ,,de ,,la ,,force ,la premire chose dont les hommes s'aperurent quand ils furent en socit et mme avant1 sans doute1 mais beaucoup plus quand ils y furent1 fut qu'il y a entre les hommes des diffrences trs considrables et que tel homme beaucoup plus fort qu'un autre trouve toujours son suprieur en force4 ,l'ingalit est une loi naturelle dans l'humanit comme dans la nature proprement dite4 ,les hommes en ont conclu que la force tait un privilge1 une chose accorde1 un don des puissances suprieures1 quelque chose de mystrieux ayant une origine transcendantale4 ,nous ne sommes pas encore si loin des origines de l'humanit que vous n'ayez remarqu ceci que nous nous faisons un mrite des qualits que nous n'avons aucun mrite possder4 ,de quoi sommes-nous fiers8 ,de notre force1 de notre grce1 de notre beaut1 de notre adresse1 de notre esprit4 ,de notre bont1 de notre patience1 de notre labeur1 jamais1 ou trs rarement et par rflexion4 ,pourquoi cela8 ,parce que force1 grce1 adresse1 beaut1 esprit1 nous viennent de la nature1 nous sont inns2 et que bont1 patience1 application1 labeur1 viennent de nous1 ou nous paraissent venir de nous1 sont ou paraissent tre des produits de notre volont4 ,de sorte que ce quoi nous n'avons aucun mrite c'est de quoi nous tirons vanit2 et ce qui est tout notre mrite c'est de quoi nous ne nous flattons point4 ,ce que dit ,la ,rochefoucauld du cur et de l'esprit n'est point contradictoire ce que je fais remarquer4 ,il dit3 ,chacun dit du bien de son cur et personne n'ose en dire de son esprit4 ,mais1 s'il vous plat1 cela tient ce que l'on dit le contraire de ce qu'on pense4 ,chacun dit du bien de son cur parce que tout le monde sait qu'il n'est pas vrai que nous soyons fiers de notre bont2 et1 tout le monde sachant que nous sommes trs fiers de notre esprit1 nous n'osons pas en dire du bien1 parce que ce serait manquer de modestie1 parce que ce serait taler notre vanit2 et donc c'est bien de notre esprit que nous sommes fiers et de notre cur que nous ne le sommes pas4 ,la chose de soi que l'on peut louer sans ridicule1 c'est la chose dont tout le monde sait que nous ne nous enorgueillissons point4 ,d'o vient donc que nous ne nous faisons pas un mrite des choses qui1 dpendant de nous1 font prcisment notre mrite8 ,mais justement de ce que nous croyons qu'elles dpendent de nous4 ,je suis bon1 je suis patient1 je suis disciplin1 je suis travailleur444 et1 tant convaincu que c'est parce que je le veux1 je suis persuad que tout le monde pourrait l'tre comme moi4 ,donc aucune supriorit4 ,je suis beau1 je suis adroit1 j'ai de la grce1 j'ai de l'esprit4 ,a cela je ne suis pour rien4 ,j'ai apport tout cela en naissant4 ,et les autres1 une infinit d'autres1 pourront se trmousser tant qu'ils voudront et tant qu'ils pourront1 ils n'auront ni ma beaut ni mon adresse1 etc4 ,donc c'est un privilge2 je suis un privilgi1 je suis un favori des dieux4 ,les hommes ont t frapps des privilges de quelques-uns et ont considr ceux-ci comme des favoriss1 comme des favoris1 comme des lus de quelqu'un et comme des tres dsigns par ce quelqu'un4 ,ils ont t frapps d'abord du privilge de la force physique1 la plus sensible1 la plus incontestable1 la plus indiscutable1 la plus capable de se prouver chaque instant et la plus utile1 aux temps primitifs4 ,trs longtemps ce fut le plus vigoureux qui fut le chef4 ,inutile d'insister4 ,ils s'aperurent ensuite de l'importance de la force intellectuelle2 mais ici les choses taient moins incontestables et moins vite prouves1 plus divergentes du reste4 ,la force intellectuelle s'appliquait1 comme elle s'applique encore1 en diffrents sens1 des objets divers4 ,elle s'appliquait1 d'une part1 aux inventions1 invention du feu1 invention de la charrue1 invention de la roue1 etc4 ,autrement dit1 il y avait des hommes de gnie4 ,les hommes de gnie ont en gnral cette destine d'tre assomms dans leur temps et d'tre adors comme des dieux dans les temps suivants4 ,et cela est bien naturel4 ,par leur invention ils contrarient les habitudes1 ils bouleversent toute la vie de leurs contemporains2 ils les forcent faire un effort d'adaptation une vie nouvelle4 ,ils sont des ennemis4 ,voyez tout homme1 de nos jours1 qui1 en industrie1 invente un nouveau procd4 ,il est dtest de tous les industriels qu'il oblige renouveler tout leur matriel et1 s'il tait entre leurs mains1 personne ne pourrait rpondre de lui4 ,ainsi en a-t-il t des premiers inventeurs4 ,on reconnaissait leur force intellectuelle1 sans doute mais1 comme elle tait funeste1 on la reconnaissait pour la maudire et ils passaient non pour demi-dieux1 mais pour magiciens4 ,c'est la mme chose1 mais avec une diffrence au point de vue sentimental4 ,seulement1 au bout d'une gnration ou de deux1 le bienfait de l'invention s'tant montr d'une faon clatante et l'invention elle-mme s'tant gnralise et l'effort d'adaptation aux procds nouveaux n'existant plus1 la mmoire de l'inventeur tait honore1 son nom glorieux et bni et le magicien passait demi-dieu4 ,d'autre part1 la force intellectuelle s'exerait l'organisation et l'administration de la cit et aux oprations de la guerre4 ,ici elle tait conteste encore1 souvent2 mais souvent aussi reconnue4 ,on avait affaire non plus au gnie2 mais au talent1 et au talent s'adaptant la vie telle qu'elle tait1 tout au plus l'amliorant par petits progrs au lieu de la bouleverser3 ,c'est sous cette forme que la force fut tout particulirement honore et respecte4 ,concurremment celle-ci1 deux forces trs analogues certains points de vue1 quoique trs diffrentes certains autres1 se rvlrent4 ,ce furent des forces de rassemblement et de cohsion4 ,un certain nombre d'hommes1 non plus vigoureux individuellement que les autres1 non plus intelligents individuellement que les autres1 avaient l'instinct de rassemblement1 s'unissaient et voulaient rester unis4 ,voulant rester unis1 ils s'avisrent que1 pour rester ainsi1 il fallait s'obir les uns aux autres d'une faon trs exacte et trs rgulire1 s'obir d'aprs un classement des individus et d'aprs un rglement trs prcis4 ,ils crrent la hirarchie et la discipline4 ,rassemblement1 hirarchie et discipline1 c'tait la cohsion et par la cohsion ils taient forts4 ,une nouvelle force tait cre4 ,la caste des guerriers existait4 ,quelquefois elle n'tait pas autre chose que le reste et la descendance d'une nation trangre qui avait envahi le pays et qui l'avait conquis4 ,quelquefois elle tait autochtone et se composait des hommes qui1 ayant dfendu le pays plus brillamment ou plus heureusement que d'autres1 avaient pris dans les camps l'habitude de la hirarchie et s'taient aperus qu'il n'y avait qu' la maintenir en temps de paix 7c'est--dire en temps de trve7 pour dominer toute la ville1 pour se trouver plus prts que les autres au moment de la guerre suivante1 pour en revenir avec une force plus grande encore de cohsion2 et ainsi de suite4 ,la foule les honorait comme les anciens inventeurs et comme les organisateurs1 lgislateurs et administrateurs actuels1 quoiqu'ils n'eussent ni gnie ni talent1 mais parce qu'ils avaient la force et aussi parce que1 dans cette force1 elle admirait le talent d'avoir de la force1 l'instinct de rassemblement1 d'union1 de hirarchie et de cohsion2 et ce titre ils taient1 eux aussi1 des favoriss des dieux1 des favoris1 des lus1 des privilgis et des surhommes4 ,quand ,platon1 dans sa ,rpublique1 organise sa fantaisie sa caste des guerriers1 quand il les montre sobres1 durs eux-mmes1 troitement unis1 ne possdant rien individuellement1 il ne fait qu'exagrer les vertus relles que la foule admira dans les premiers guerriers et qui lui imposrent1 qui firent qu'elle les considra comme une race particulire4 ,exactement de la mme manire1 mais s'appuyant d'une autorit plus haute et admettant des lments mystiques1 s'organisrent les castes sacerdotales4 ,elles se composrent des hommes qui avaient l'instinct du rassemblement et de la cohsion par la hirarchie4 ,mais elles s'appuyrent sur les croyances religieuses du peuple et elles s'appliqurent les interprter1 les codifier1 en quoi elles rpondaient un vague besoin et un dsir4 ,elles s'appuyrent aussi sur des lgendes1 sur des souvenirs2 elles passrent1 ce qu'elles ne se soucirent point de dmentir et ce qu'elles s'appliqurent confirmer1 pour possder d'anciens secrets bienfaisants ou redoutables1 bienfaisants et redoutables1 selon les mrites des uns et des autres4 ,elles inspirrent la confiance1 le respect et la terreur4 ,mais leur principale autorit1 c'tait leur force1 et leur force1 c'tait la cohsion4 ,comme la caste guerrire1 la caste sacerdotale tait hirarchise et discipline4 ,comme la caste guerrire1 elle tait serre autour d'un drapeau et autour d'un chef2 comme la caste guerrire1 elle avait sa rgle elle1 sa loi particulire1 laquelle elle obissait strictement4 ,comme la caste guerrire1 elle tait non seulement une force1 ce qui aurait suffi pour qu'elle ft respecte et mme obie2 mais elle tait une force au service de la cit1 une des forces sociales3 la caste guerrire dfendait la cit contre l'ennemi2 la caste sacerdotale dfendait la cit contre les dieux1 toujours redouts l'gal de l'ennemi4 ,elle les apaisait1 elle les adoucissait1 elle les dsarmait1 peut-tre elle les trompait4 ,elle les rendait favorables4 ,elle les vainquait presque3 car prvoir c'est vaincre1 et elle pntrait leurs desseins4 ,elle savait ce qu'ils voudraient1 science qui permettait1 non pas sans doute de leur dsobir1 mais de prendre ses dispositions pour leur obir de la faon la plus favorable4 ,elle les faisait parler1 ce qui tait les dsarmer demi1 puisque la force la plus redoutable est la force muette1 dont on ne sait quoi attendre et quoi n'attendre point4 ,ainsi la cit respirait1 encadre entre ses deux armes dfensives1 l'une qui avait l'habitude de l'ennemi terrestre1 qui le connaissait1 qui le tenait du regard1 qui l'piait1 qui surveillait tous ses mouvements1 qui tait toujours prte la dfense1 toujours prte aussi pour les moments o le bon moyen de se dfendre est d'attaquer2 l'autre qui avait l'habitude de l'ennemi cleste1 qui le connaissait1 qui savait ses exigences1 ses susceptibilits et ses impatiences1 qui ne le quittait point des yeux1 qui l'amusait1 qui l'endormait1 qui lui payait ranon1 qui lui cdait quelque chose pour avoir davantage1 qui signait avec lui des traits1 concluait avec lui des alliances et avait toujours des intelligences dans la place4 ,il en est de ces forces de cohsion dans la cit1 comme des forces de cohsion dans le genre humain lui-mme4 ,dans le genre humain1 les hommes qui ont volont de puissance et qui se reconnaissent et se rencontrent dans cette volont de puissance1 acquirent la volont de puissance collective2 ds ce moment1 ils font un peuple1 fut-il compos de cent familles2 ils forment noyau et ils s'annexent les parties molles de l'humanit4 ,de mme dans la cit faite1 continuant le mme mouvement1 les individus dous de volont de puissance et se rencontrant et se reconnaissant dans cette volont1 acquirent1 se donnent et maintiennent en eux une volont de puissance collective1 forment noyau1 forment centre1 se ramassent et se contractent nergiquement et soumettent eux1 clientlisent1 les parties molles de la cit4 ,ces deux forces de cohsion taient sans doute les plus capables de maintenir la cit dans l'obissance2 mais ce sont prcisment elles qui1 avec le temps1 enseignrent la foule se passer d'elles et secouer leur joug4 ,en effet1 on obit instinctivement la force physique2 on obit instinctivement la supriorit intellectuelle2 on obit encore instinctivement1 je l'ai dit1 la cohsion dans laquelle on reconnat une force qui est prcisment l'instinct et la volont de cohsion4 ,mais pour ce qui est de celle-ci1 on se dit assez naturellement qu'tant compose d'individus qui n'ont individuellement ni supriorit physique ni supriorit intellectuelle1 une caste n'est qu'artificiellement privilgie et que son privilge est tout factice2 que ce qui fait sa force1 savoir l'instinct de cohsion1 on peut facilement se le donner et qu'il y suffit de vouloir4 ,le jour donc arrive o la foule1 ne ft-ce que par esprit d'imitation et du reste parce qu'elle est instruite1 se donne elle-mme l'instinct de cohsion1 s'entend1 se concerte1 se ramasse et se contracte et devient elle-mme une force2 il ne faut pas dire la force du nombre2 car le nombre n'a aucune force1 mais la force du nombre qui s'est ramass1 qui s'est donn un centre1 qui s'est donn des chefs et qui a pris conscience de lui-mme4 ,alors la caste des guerriers et la caste sacerdotale sont rprimes et diminues2 et c'est la foule ou plutt la pluralit de la foule qui gouverne dans la socit4 ,cela est plus juste1 disent quelques-uns4 ,cela n'est ni plus ni moins juste1 c'est toujours et peut-tre plus que jamais la force qui gouverne4 ,seulement c'est une autre force4 ,les hommes ont ador la force physique2 ils ont ador la force intellectuelle2 ils ont ador la force d'instinct de cohsion2 ils adorent encore la force d'instinct de cohsion unie au poids du nombre4 ,pascal a trs bien vu tout cela4 ,l'humanit a le dsir de la justice2 seulement1 ne pouvant pas raliser la justice1 elle a suppos que la justice tait avec la force1 avec une force1 celle-ci1 celle-ci ou celle-l4 ,ne pouvant pas fortifier la justice1 ils ont justifi la force4--,si on avait pu1 on aurait mis la force entre les mains de la justice2 mais comme la force ne se laisse pas manier comme on veut1 parce que c'est une qualit palpable1 au lieu que la justice est une qualit spirituelle dont on dispose comme on veut1 on a mis la justice entre les mains de la force et ainsi on appelle justice ce qu'il est force d'obir4--,il est juste que ce qui est juste soit suivi2 il est ncessaire que ce qui est le plus fort soit suivi4 ,la justice sans la force est impuissante2 la force sans la justice est tyrannique4 ,la justice sans la force est contredite on la conteste toujours parce qu'il y a toujours des mchants4 ,la force sans la justice est accuse d'tre arbitraire1 d'tre la violence4 ,il faut donc mettre ensemble la justice et la force2 faire que ce qui est juste soit fort et que ce qui est fort soit juste4 ,mais la justice est sujette disputes2 la force est trs reconnaissable et sans dispute4 ,ainsi on n'a pas pu donner la force la justice parce que la force a contredit la justice et a dit qu'elle la justice tait injuste2 et a dit que c'tait elle la force qui tait juste4 ,et ainsi1 ne pouvant faire que ce qui ft juste ft fort1 on a fait que ce qui est fort ft juste4 ,les souverains sont tenus pour justes parce qu'ils ont la force2 les castes sont tenues pour justes parce qu'elles ont la force1 j'ai dit laquelle4 ,la pluralit enfin est tenue pour juste ds qu'elle s'est donn la cohsion4 ,les seules rgles universelles sont les lois du pays aux choses ordinaires2 la pluralit aux autres4 ,d'o vient cela8 ,de la force qui y est4 ,force de coutume1 voil pour les lois2 force proprement dite1 voil pour la pluralit4 ,la pluralit n'a aucune autorit1 rien qui prouve qu'elle ait raison2 c'est l'avis des moins habiles2 mais elle est la meilleure voie1 parce qu'elle est visible et qu'elle a la force pour se faire obir4--,pourquoi suit-on la pluralit8 ,est-ce cause qu'ils ceux qui sont les plus nombreux ont plus de raison8 ,non2 mais plus de force4 ,tout cela est la vrit mme4 ,je n'y ajouterai que ceci1 c'est que les hommes ne font pas1 je crois1 le raisonnement que ,pascal leur prte4 ,ils le font aprs coup1 comme il le fait lui-mme2 ils ne le font pas avant1 ni en mme temps4 ,ils ne se disent pas3 il faut attribuer la justice la force1 puisque nous ne pouvons pas donner la force la justice2 il faut justifier la force puisque nous ne pouvons pas fortifier la justice2 ils ne se disent pas cela2 simplement ils aiment la force1 ou1 si l'on veut1 la force leur impose et ils ont pour elle une manire de culte2 et ils l'aiment successivement dans la vigueur physique1 dans la supriorit intellectuelle1 dans l'nergie de cohsion ou synergie sociale1 enfin dans la pluralit approximativement consciente d'elle-mme4 ,de plus1 ils aiment la justice1 c'est--dire l'galit2 car quand on analyse l'ide de justice on n'y trouve que l'ide d'un niveau1 l'ide que personne ne doit avoir plus qu'un autre4 ,et cette ide est contraire et contradictoire l'ide de force et la heurte dans l'esprit des hommes1 la heurte absolument1 si absolument que je ne crois pas que ce soit la justice que les hommes1 mme par expdient1 attribuent la force2 l'incompatibilit est trop forte4 ,ce qu'ils attribuent la force1 c'est la raison4 ,ils ne justifient pas prcisment la force 7 moins d'attribuer aux mots juste et justifier un sens trs large1 et c'est ce que fait ,pascal71 ils rationalisent la force2 ils veulent croire qu'elle a raison2 ils croient qu'elle a raison4 ,ceux qui ont parl du droit de la force ont gt par une expression impropre une ide juste4 ,dans l'esprit des hommes la force n'a jamais le droit2 mais elle a raison2 il est croire qu'elle a raison1 que ce qu'elle fait est encore le meilleur qui se puisse faire4 ,ils sont amens cette conception gnrale par tout ce qu'ils voient1 par le spectacle de la nature et par celui de la socit2 par le spectacle de la nature qui n'a aucun souci de justice1 et c'est--dire d'galit et o tout simplement les plus forts vivent et les plus faibles meurent2 par le spectacle de la socit o1 successivement1 les plus forts en raison de telle force et les plus forts en raison de telle autre force rgnent1 dominent et oppriment4 ,et quand ils en arrivent au rgne de la pluralit1 ils sont plus convaincus que jamais de cette ide1 puisque1 ayant voulu renverser la force1 ils s'aperoivent qu'ils n'ont fait qu'en introniser une autre1 et la plus inepte de toutes4 ,il n'y a donc jamais que la force1 se disent-ils alors4 ,et pourquoi non8 ,qu'il n'y ait jamais que la force1 c'est peut-tre le signe que la force a raison1 que le rgne de la force est conforme l'ordre naturel du monde1 que c'est ainsi que le monde est et que vouloir qu'il ft autrement1 ce serait la raison contre la raison1 chose minemment irrationnelle1 ce serait une raison individuelle contre la raison universelle1 chose au moins vaine4 ,le culte de la force est chez les hommes une sorte de culte de constatation3 les choses sont ainsi2 elles sont tellement ainsi que les vouloir autrement est de l'imagination1 donc n'est pas du bon sens2 et une chose est trs raisonnable quand elle ne peut tre combattue et contredite que par une chimre4 ,les hommes ne trouvent pas la force juste1 ils la trouvent rationnelle4 ,ils protestent toujours contre elle au nom du droit1 et reconnaissant toujours qu'il est draisonnable de protester contre elle2 mais ils reconnaissent par l mme qu'elle est raisonnable1 qu'il y a en elle je ne sais quelle raison suprieure et transcendante4 ,les hommes honoreront toujours la force sous ses diffrentes formes1 d'abord par instinct naturel1 ensuite par instinct social1 par sentiment qu'ils se sont toujours rallis dans leur cit autour de ce qui tait fort2 enfin par cette conception gnrale1 que1 si injuste qu'elle soit toujours1 la force a en elle le vrai secret1 la raison profonde des choses1 ce par quoi le monde est ce qu'il est1 l'esprit pouvant le rver autrement1 mais non pas le faire autre4 ,,chapitre ,x ,l',,aristocratie ,le culte de l'aristocratie est trs analogue au culte de la force1 trs analogue surtout au culte de la force de cohsion1 et l'aristocratie elle-mme est trs analogue une caste2 cependant il y a des diffrences4 ,j'appelle aristocratie toute oligarchie1 en donnant au mot oligarchie un sens trs tendu4 ,j'appelle aristocratie toute partie de la nation qui est groupe1 soit par des affinits de naissance1 soit par des affinits lectives1 qui se connat comme groupe1 qui est par son ducation suprieure la masse1 ou diffrente de la masse2 et qui exerce sur la masse soit une autorit1 soit une influence4 ,donc l'aristocratie dpasse la caste4 ,elle peut tre1 selon les cas1 suprieure la caste guerrire et la caste sacerdotale2 elle peut tre compose de la caste guerrire et de la caste sacerdotale2 elle peut tre compose de la caste guerrire1 de la caste sacerdotale et d'autre chose en outre2 elle peut tre de naissance2 elle peut tre lective1 la condition1 dans ce cas1 que pour telle raison ou pour telle autre1 quoique lective elle change peu de personnel1 et que ses membres se reconnaissent toujours comme formant un groupement peu variable2 elle peut tre partie de naissance1 partie lective2 elle peut tre constitue par la richesse1 la condition1 dans ce cas1 que pour telle raison ou pour telle autre1 elle varie peu et soit compose d'hommes qui de pres en fils se reconnaissent comme faisant partie du mme rassemblement social4 ,un groupement quelconque d'hommes se distinguant1 par une diffrence d'ducations et d'habitudes1 de la masse du corps social et exerant sur le corps social soit autorit1 soit influence1 c'est une aristocratie4 ,la plupart des aristocraties viennent de la conqute d'un peuple par un autre1 et celles qui sont de ce genre sont toujours les plus fortes4 ,nietzsche dit trs bien3 ,il ne faut pas se faire d'illusions humanitaires sur l'histoire des origines d'une socit aristocratique4 ,la vrit est dure4 ,des hommes d'une nature reste naturelle1 des barbares1 dans le sens le plus redoutable du mot1 des hommes de proie en possession d'une force de volont et d'un dsir de puissance encore inbranl se sont jets sur des races plus faibles1 plus polices1 plus pacifiques1 peut-tre commerantes ou pastorales1 ou encore sur des civilisations amollies et vieillies1 chez qui les dernires forces vitales s'teignaient dans un brillant feu d'artifice d'esprit et de corruption4 ,la caste noble fut l'origine toujours la caste barbare4 ,sa supriorit ne rsidait pas avant tout dans sa force physique1 mais dans sa force psychique4 ,elle se composait d'hommes plus complets4 ,telles sont videmment1 pour la plupart1 les aristocraties primitives2 le phnomne se renouvelant du reste1 toutes les fois qu'un peuple flchit et n'est pas annex par son voisin1 mais1 ce qui est meilleur pour lui1 reoit sur son territoire une peuplade errante qui le subjugue et le rduit en servage4 ,quelquefois1 du reste1 c'est du sein mme du peuple que s'lance le conqurant qui doit devenir son aristocratie4 ,en ,france1 en #aghi1 profitant du flchissement1 de la dsorganisation1 de la quasi-disparition de l'ancienne aristocratie1 une arme d'hommes de ,france1 plus complets que ceux qui dominaient1 se jette sur le pouvoir1 s'en empare1 brise les obstacles1 au centre et dans les provinces1 par les moyens ordinaires de la conqute2 et cre une aristocratie1 d'abord militaire1 ensuite bourgeoise1 qui gouverne et exploite le pays pendant un sicle et dont le gouvernement1 quoique trs menac par d'autres forces1 dure encore4 ,il est possible cependant que souvent1 sans conqute1 une aristocratie se soit forme spontanment4 ,elle s'est forme des meilleurs1 c'est--dire des plus complets1 comme une caste1 se confondant souvent avec une caste ou en enveloppant plusieurs en elle-mme1 et elle a domin tant qu'elle a t fidle ses principes3 supriorit1 cohsion4 ,l'aristocratie1 chez les peuples primitifs1 est plus forte1 soit qu'elle soit fille de la conqute1 soit qu'elle soit autochtone1 quand elle se confond dans les souvenirs populaires avec les origines mmes de la nation4 ,ces origines sont toujours lgendaires1 et ce qui est lgendaire a toujours un caractre religieux4 ,un respect religieux s'ajoute donc1 l'gard des nobles1 au respect naturel que la force de cohsion1 elle seule1 inspire dj4 ,on appelle les nobles pres1 ce qui veut dire qu'ils sont les fils des pres de la patrie et qu'on honore en eux1 non sans quelque superstition1 cette tradition de paternit4 ,surtout on les considre comme des chefs tout trouvs4 ,la cit1 en ces temps-l1 est un camp--et elle n'a pas cess d'tre cela2 seulement on en avait alors le sentiment plus vif--et dans un camp on a besoin de chefs4 ,or on ne se dissimule pas ce que valent des chefs militaires lus1 combien ils sont toujours contests et de peu d'autorit sur leurs troupes4 ,le chef1 et particulirement le chef militaire1 tout trouv1 agre singulirement1 ce point que pendant longtemps on n'a pas mme l'ide d'en prendre d'autres4 ,pascal analyse bien cet tat d'esprit o il entre1 comme nous venons de le voir1 tant de choses diverses3 superstition1 respect de la force1 sens pratique de l'intrt public1 etc41 et que doivent combattre d'autres sentiments3 instinct d'galit1 amour-propre1 mme scrupules de pit3 ,le peuple honore les personnes de grande naissance instinctivement1 ou hrditairement1 sans raison4 ,les demi-habiles les mprisent1 disant que la naissance n'est pas un avantage de la personne grandeur naturelle1 mais du hasard grandeur d'tablissement4 ,les habiles les honorent1 non par la pense du peuple c'est--dire sans pense1 mais par la pense de derrire ils ne sont pas bons en soi2 mais il est bon qu'on les croie bons pour qu'il y ait stabilit politique4 ,les dvots qui ont plus de zle que de science les mprisent1 malgr cette considration qui les fait honorer par les habiles1 parce qu'ils en jugent par une nouvelle lumire que la pit leur donne il n'y a de vraie grandeur que celle qui vient de ,dieu et qui rattache l'homme ,dieu2 mais les chrtiens parfaits mettons1 pour gnraliser1 les dvots parfaits les honorent par une autre lumire suprieure parce qu'ils savent que cette grandeur fausse1 tant voulue des dieux pour le salut de la cit1 est vraie en ce sens et d'une vrit divine elle-mme4 ,ainsi peuvent sentir1 mme dans des temps trs antrieurs aux ntres1 les citoyens l'gard des patriciens1 et tout cela part d'un respect instinctif et aboutit un respect social et se rsume en une dfrence gnrale1 traverse de doutes qui auront leurs effets plus tard4 ,de son ct1 l'aristocratie1 si elle sait son mtier1 et tout contribue le lui faire savoir1 s'organise et se dresse d'elle-mme en classe d'lite1 de manire perptuer les raisons que le peuple a de la respecter et de lui obir4 ,la supriorit donne le dsir perptuel d'augmenter sa supriorit4 ,le patricien en consquence a1 avant tout1 le respect de soi-mme3 ,l'me noble1 dit ,nietzsche1 a non pas l'amour de soi1 mais le respect de soi4 ,le patricien se fait une morale fonde sur l'honneur1 sur le constant besoin de s'lever au-dessus de ceux qu'il domine et de se distinguer de ceux dont dj il diffre4 ,il se fait une me d'exception4 ,chez ceux qui sont peu intelligents1 ce besoin de supriorit s'exprime par des procds qui rabaissent et humilient les infrieurs1 et cela est d'une lamentable indigence2 mais1 chez ceux qui comprennent1 il a pour dmarche de s'lever sans cesse et de souhaiter que les infrieurs s'lvent et de les y aider pour avoir une nouvelle raison d'ascension et de perfectionnement4 ,le patricien se fait une me dure pour lui-mme1 aussi pour les autres1 mais surtout pour lui1 afin de pouvoir exiger des autres ce qu'il exige de lui-mme2 il se donne une ducation spciale trs laborieuse pour qu'il y ait toujours1 d'homme homme1 une diffrence marque entre la foule et lui il se donne des sentiments particuliers3 profond respect de la vieillesse--,nietzsche remarque bien cela--pour maintenir fortement l'ide de tradition qui est une partie de sa force2 culte du srieux et de la dignit dans la vie publique et prive1 pour que la familiarit n'intervienne pas1 o se perdrait au moins le prestige extrieur2 susceptibilit1 ou point d'honneur1 pour que l'ide se rpande et se maintienne comme un proverbe qu'un noble ne peut pas tre injuri sans qu'il en cote la vie l'insult ou l'insulteur4 ,surtout il pousse au dernier degr l'instinct de cohsion qui est l'essentiel mme de sa force2 il est dvou ses amis et il considre tous les hommes de sa classe comme des amis pour lesquels il est prt tous les sacrifices et sur lesquels il compte absolument au besoin4 ,surtout il se persuade1 pour le persuader aux autres1 que le plus grand ami qu'il ait au monde c'est le pays1 et que le pays est comme son ,dieu domestique qui le protge et qu'il protge et qui il est indissolublement li et uni4 ,ce sentiment est mme un de ceux qui1 aprs l'avoir longtemps fait vnrer1 loignera de lui le peuple1 qui finira par se dire que la patrie est la chose des patriciens et leur affaire2 mais n'importe pas au peuple1 qui n'en retire rien et qui peut s'en dsintresser2 mais ceci ne viendra que plus tard4 ,les patriciens doivent avoir le mpris absolu des richesses1 parce que le sentiment du peuple l'gard des aristocrates doit tre un sentiment de respect moral o l'envie n'entre point2 or c'est la richesse beaucoup plus que le talent ou mme la puissance qui excite l'envie2 une aristocratie ruine le sentiment aristocratique quand elle se transforme en ploutocratie 7,platon1 voyant bien cela1 a voulu que ses nobles ne possdassent rien72 si les nobles sont riches1 ils doivent vivre comme gens de mdiocre fortune et consacrer leurs richesses aux plaisirs et ftes publics1 embellissement des villes1 etc41 de manire qu'il soit bien apparent1 comme dit ,montesquieu1 que la fortune est aussi onreuse que la pauvret4 ,en un mot1 comme dit ,montesquieu encore1 l'aristocratie mettant les mmes gens1 savoir les aristocrates1 sous la puissance des lois en mme temps qu'elle les en retire1 il est difficile ces gens de se rprimer et il est indispensable qu'ils se rpriment1 d'o suit qu'il leur faut une grande vertu et qui est celle dont nous venons d'numrer les lments1 mais vertu trs rare et extraordinaire4 ,enfin les aristocraties intelligentes comprennent le principe de destruction qu'elles portent en elles1 la maladie constitutionnelle qui peut les ronger et les dtruire4 ,elles comprennent qu'elles sont des haras destins constituer et maintenir une race d'lite et que prcisment les races d'lite s'puisent trs vite4 ,elles ne comprennent pas cela scientifiquement1 mais elles le comprennent l'user1 par l'exprience et par la vue des choses4 ,l'extrme corruption1 dit ,montesquieu1 est quand les nobles deviennent hrditaires2 du moins1 quand il n'y a dans une aristocratie que des nobles hrditaires4 ,car alors il se produit un renversement des valeurs4 ,les nobles hrditaires1 descendants des grandes familles1 atteints la plupart par l'puisement de la race1--auquel l'adultre mme n'a pas su remdier1 parce que le plus souvent il a lieu entre personnes prcisment de la mme classe sociale1--sont mpriss individuellement par le peuple1 et alors le peuple reporte son instinct aristocratique1 reporte son respect des supriorits sur les mieux dous des plbiens1 sur ceux des plbiens que leur intelligence1 leur nergie ou seulement leur loquence dsignent comme chefs2 de sorte qu'il y a deux aristocraties1 l'une tablie1 installe1 lgale1 laquelle l'instinct aristocratique ne s'attache plus1 l'autre en puissance1 vers laquelle l'instinct aristocratique va tout droit4 ,ce qu'il faut donc1 c'est adjoindre l'aristocratie lgale ces lments aristocratiques nouveaux qui la renouvelleront1 la fortifieront1 la raviveront1 et ainsi confisqus1 ainsi capts1 empcheront qu'une autre ne se forme4 ,dans ces conditions1 l'instinct aristocratique populaire est maintenu et n'a aucune raison de flchir4 ,cela est naturel1 puisque ce qui l'a suscit continue tre et continue agir4 ,ce qui a suscit l'instinct aristocratique aux origines de la cit1 c'est l'existence d'un certain nombre d'hommes estims suprieurs et dans lesquels on pouvait avoir confiance4 ,en s'adjoignant les supriorits d'aujourd'hui1 l'aristocratie ne fait que continuer1 que prolonger cela mme qui l'a cre4 ,elle est dans la vrit vivante de son institution et elle rveille indfiniment le sentiment qui a accueilli son institution1 ou1 pour mieux dire1 d'o son institution est sortie4 ,comment le sentiment aristocratique du peuple s'affaiblit-il et comment les aristocraties disparaissent-elles8 ,nous avons dj rencontr quelques rponses cette question4 ,nous avons vu qu'une aristocratie disparat naturellement quand elle est exclusivement hrditaire1 parce que le sentiment aristocratique populaire1 s'il s'attache la naissance1 s'attache encore plus la supriorit et probablement ne s'attache la naissance qu'en raison de la supriorit qu'elle suppose4 ,or ce qui est une vrit pendant un certain temps1 savoir la supriorit des fils des hommes suprieurs1 ne l'tant plus aprs un temps plus long1 le sentiment aristocratique du peuple se dtache des descendants abtardis et traite de prjug et de superstition le respect de la race4 ,une aristocratie disparat encore1 nous l'avons vu1 quand elle devient riche1 quand elle se transforme en ploutocratie2 d'abord parce que la richesse dtruit en elle les vertus qui la faisaient respecter et qui la feraient respecter encore2 ensuite parce que le luxe1 le faste1 les dpenses d'ostentation1 excitent l'envie du peuple et dtruisent en lui le respect4 ,chose intressante pour le moraliste4 ,le peuple1 semble-t-il1 ne devrait qu'tre reconnaissant envers l'homme des hautes classes qui est prodigue1 puisque la prodigalit est peu prs le seul moyen1 le plus pratique en tous cas et peut-tre le plus sain1 de faire participer le peuple la fortune des grands4 ,c'est la prodigalit qui entretient l'industrie et c'est l'industrie qui fait vivre le peuple4 ,la prodigalit est infiniment suprieure l'aumne1 puisque la prodigalit entretient le travailleur et que l'aumne n'entretient gure que le fainant4 ,toutefois le peuple ne fait jamais1 presque jamais1 ce raisonnement4 ,trs idaliste en cela1 il n'apprcie que l'intention1 et l'intention de celui qui fait l'aumne tant videmment de secourir son prochain et l'intention du prodigue n'tant aucunement philanthropique1 il mprise le prodigue purement et simplement4 ,il se contredit mme sur ce point2 car il estime le riche qui fait travailler et il mprise le prodigue1 sans rflchir que le prodigue est l'homme du monde qui fait le plus travailler et que1 trs souvent1 entre le riche qui fait travailler et le prodigue la nuance est difficile saisir et ces deux personnages se confondent4 ,toujours est-il que le meilleur moyen pour une aristocratie de dtruire le sentiment aristocratique dans le peuple1 c'est d'tre riche et d'tre fastueuse4 ,l'envie1 excite par le spectacle de la richesse en exercice1 ronge peu peu le respect et n'en laisse rien4 ,la diminution progressive du sentiment aristocratique en ,angleterre1 de nos jours1 est un exemple assez frappant1 je crois1 de ce que j'avance4 ,l'aristocratie disparat encore comme d'elle-mme1 tout ainsi que disparat dans les corps vivants un organe qui ne fait plus sa fonction4 ,c'est connu4 ,on sait assez1 et je n'insisterai pas1 toute l'histoire de ,france depuis ,louis ,,xiv4 ,ils ne rsidaient plus1 tout fut l4 ,les gentilshommes et les vques ne rsidant plus1 n'tant plus ni dans leurs chteaux ni dans leurs palais1 et quand ils y taient1 ne se mlant plus au peuple pour le diriger1 le guider et le soutenir1 ils en vinrent n'tre plus rien dans le corps social4 ,ce fut un suicide4 ,ce fut un suicide un peu aid1 comme il y en a beaucoup par le monde2 car la royaut1 peu avise en cela et voulant de toutes ses forces changer la monarchie en despotisme1 ce qui est dangereux1 y prta la main2 mais ce fut un suicide2 l'aristocratie franaise tait morte quand on la tua1 et il n'y a rien de plus juste que le mot de ,chateaubriand3 la ,rvolution tait faite quand elle clata4 ,il existe1 pour ainsi parler1 des succdans d'aristocratie1 des aristocraties relatives1 je ne dis pas de fausses aristocraties1 car elles sont relles1 mais enfin des aristocraties qui n'ont pas toute la ralit des aristocraties vritables1 et elles existent au sein des dmocraties les plus dclares4 ,c'est d'abord la classe riche1 quelle que soit son origine4 ,la classe riche a quelques-uns des caractres de l'aristocratie3 elle est diffrente de la masse par ses habitudes de vie2 elle peut s'en distinguer par des diffrences d'ducation2 elle se groupe instinctivement par la communaut de ses habitudes de vie2 elle exerce sur la masse une certaine influence4 ,elle est une manire d'aristocratie1 et c'est bien pourquoi la dmocratie extrme tient essentiellement la dtruire4 ,seulement elle est une aristocratie essentiellement sans prestige et laquelle manque prcisment ce qui fonde et ce qui soutient l'aristocratie vritable1 le respect de la part du peuple4 ,la classe riche est envie et crainte2 envie1 il est inutile de dire pourquoi2 crainte1 parce qu'elle a en main une force qui peut faire flchir en sa faveur et au dtriment de l'homme du peuple la police1 l'administration1 la magistrature et la loi4 ,elle est donc envie et crainte2 mais c'est l tous les sentiments qu'elle inspire2 elle n'est pas respecte1 le peuple n'est pas fier d'elle2 elle n'a donc pas d'autorit2 elle n'a qu'une influence indirecte2 elle a une influence en raison de la peur qu'elle inspire2 mais l'influence qui est en raison de l'intimidation est ngative4 ,cette influence-l prserve1 elle n'agit pas2 elle empche qu'on ne fasse quelque chose contre vous2 elle n'obtient pas qu'on fasse pour vous quelque chose4 ,un membre de la classe riche peut dire peu prs3 ,on ne peut rien contre moi2 mais je ne peux rien4 ,la ploutocratie est socialement une aristocratie invulnrable et impuissante4 ,ce n'est qu'une demi-aristocratie4 ,c'est pour cela qu'elle fait tant d'efforts1 quelquefois pour s'attribuer le privilge de vote et de dlibration dans les affaires politiques 7systme censitaire72 toujours pour peser par son concours financier dans les lections1 de manire revenir indirectement au systme censitaire4 ,et cela mme fait qu'elle n'est pas exactement la demi-aristocratie que je disais tout l'heure1 une aristocratie invulnrable et impuissante4 ,elle est quelque chose de plus4 ,mme1 si elle se concertait1 elle serait plus que quelque chose de plus4 ,mais elle n'a pas les mmes raisons de se concerter et de se donner de la cohsion que l'aristocratie de naissance2 elle n'est pas depuis des sicles soude et cimente par la communaut d'origine et par de multiples alliances4 ,tout au plus 7et cela s'aperoit71 quand une partie de cette classe riche se trouve avoir une communaut d'origine plus ou moins authentique et tre boulonne par des alliances consanguines1 cette partie de la classe riche prend figure d'aristocratie1 comme il est trs naturel1 et ne laisse pas d'avoir dans le pays plus que de l'influence4 ,mais encore1 mme quand la force de cohsion existe dans une ploutocratie1 le penchant populaire1 le sentiment populaire s'attachant une aristocratie nationale et historique lui manquera toujours1 et c'est--dire que lui manquera toujours l'essentiel4 ,a un certain gard1 mme1 la foule ici ne se trompe pas1 non seulement son point de vue1 mais mme sur le fond des choses1 parce que la richesse inintelligente1 au moins celle-ci1 fausse les ides publiques1 rpand une ide qui est errone et dangereuse2 elle rpand l'ide que la richesse est une valeur1 est la premire des valeurs1 ce qui est faux et ce qui1 donnant le dsir furieux d'acqurir cette premire des valeurs1 est socialement dangereux4 ,nietzsche dit l-dessus de fort bonnes choses3 ,danger dans la richesse il y a un danger dans la richesse3 ,seul devrait possder celui qui a de l'esprit2 autrement la fortune est un pril public4 ,car celui qui possde1 lorsqu'il ne s'entend pas utiliser les loisirs que lui donne la fortune1 continuera toujours vouloir acqurir du bien3 cette aspiration sera son amusement1 sa ruse de guerre dans la lutte contre l'ennui4 ,c'est ainsi que la modeste aisance qui suffirait l'homme intellectuel se transforme pour l'homme amoureux de l'argent en vritable richesse1 rsultat trompeur de dpendance et de pauvret intellectuelles4 ,cependant le riche apparat tout autrement que pourrait le faire attendre son origine misrable2 car il peut prendre le masque de la culture et de l'art4 ,il peut acheter ce masque4 ,par l il veille l'envie des pauvres et des illettrs1 qui jalousent toujours1 en somme1 l'ducation et qui ne voient pas que celle-ci n'est qu'un masque et il prpare ainsi peu peu un bouleversement social4 ,car la brutalit1 sous un vernis de luxe1 de vantardise histrionesque1 par quoi le riche fait talage de ses prtendues jouissances de civilis1 voque chez le pauvre l'ide que l'argent seul importe1 tandis qu'en ralit si l'argent importe quelque peu1 l'esprit importe bien davantage4 ,cette confusion1 trs bien observe par ,nietzsche1 entre l'aristocratie de l'argent et l'aristocratie de l'art et du talent1 cette confusion faite trs innocemment par la foule2 ajoutez cette ide qu'elle a--beaucoup moins errone du reste--que les artistes1 les hommes de lettres1 les potes1 les hommes de tous les arts1 travaillent simplement pour cette classe riche1 pour lui plaire1 pour tre rcompens par elle et pour y pntrer2 tout cela fait rentrer1 ses yeux1 la classe intellectuelle dans la classe ploutocratique2 fait qu'en son esprit ces deux classes se confondent et1 mme sans prparer un bouleversement social1 confirment la foule dans son animadversion l'gard de toute aristocratie4 ,dans tous les pays1 mais particulirement dans les pays centraliss1 une autre aristocratie de second ordre se forme toujours1 c'est savoir l'administration1 le corps des fonctionnaires4 ,le corps des fonctionnaires a une certaine cohsion2 il a des affinits lectives trs naturelles1 puisqu'il s'occupe des mmes choses diffrents points de vue2 il ne laisse pas d'tre hrditaire1 les fils ayant le plus grand intrt suivre la carrire de leurs pres1 ce qui ne fait pas qu'ils la suivent toujours1 mais ce qui fait qu'ils la suivent souvent2 les membres de ce corps ont une ducation spciale1 la mme peu prs1 intermdiaire entre l'ducation primaire et l'ducation suprieure2 enfin ils ont de l'autorit sur la masse de la nation4 ,ils forment donc une manire d'aristocratie4 ,cela est si vrai que1 comme toute aristocratie qui n'est pas le gouvernement lui-mme1 ils forment frein1 obstacle et borne du ct du gouvernement2 ils l'arrtent1 ils le gnent et ils rectifient son action4 ,dans les pays o le gouvernement change souvent1 c'est eux qui1 ne changeant pas1 ne changeant gure ou changeant lentement parce qu'ils ne sont pas remplaables en un tourne-main1 maintiennent une certaine unit et une certaine stabilit sociales travers les pripties politiques4 ,ce sont bien l les caractres et c'est bien l le rle d'une aristocratie2 le corps des fonctionnaires est une aristocratie de second ordre1 analogue aux chevaliers dans l'empire romain1 plus caractrise1 plus importante et plus considrable que l'ordre des chevaliers romains4 ,il y a mme ceci d'intressant que dans les pays o la dmocratie absolue1 c'est--dire le collectivisme1 s'tablirait1 il resterait une aristocratie1 ce serait celle des administrateurs1 distributeurs du travail1 inspecteurs du travail et distributeurs des aliments2 il resterait cette aristocratie1 et plus nombreuse que jamais1 et plus forte que jamais2 car tant donne la science trs complique qu'il faudrait qu'elle et1 elle serait encore moins remplaable main leve que celle d'aujourd'hui4 ,le corps des fonctionnaires est donc une aristocratie trs relle1 et qui peut devenir une aristocratie de plus en plus solide et de plus en plus active4 ,je n'ai pas besoin de dire qu' elle comme la prcdente manque le viatique mme d'une aristocratie vritable1 d'une pleine aristocratie1 savoir l'assentiment populaire1 la complicit aristocratique du peuple4 ,dans les pays de systme parlementaire1 le personnel politique fait encore une aristocratie trs nette4 ,dans les pays de systme parlementaire1 un trs petit nombre seulement de citoyens ayant le temps et le got de s'occuper constamment de politique1 ce petit nombre forme une classe de la nation1 d'ducation peu prs pareille1 savoir lmentaire1 d'affinits naturelles1 de commerce journalier4 ,cette classe fait sortir d'elle-mme un certain nombre de chefs qu'elle fait nommer aux lections1 qui deviennent reprsentants de la nation1 qui sont trs peu prs toujours les mmes1 que leurs fils1 gendres et neveux remplacent et qui gouvernent le pays4 ,ces reprsentants de la nation sont trs proprement une aristocratie4 ,le gouvernement parlementaire1 quelque suffrage universel qu'il y ait1 est un gouvernement essentiellement aristocratique1 et c'est pour cela que les dmocrates radicaux sont trs nergiquement pour l'abolition du systme parlementaire4 ,cette aristocratie1 comme dans tous les pays o il y en a plusieurs1 gne considrablement les autres1 ne pouvant1 naturellement1 en supporter aucune autre4 ,elle gne la ploutocratie qu'elle veut appauvrir1 ou qu'elle veut plier ses desseins et prendre comme auxiliaire2 et tantt elle ngocie avec elle1 tantt elle prend des mesures pour l'affaiblir en la dpouillant2 toujours elle la surveille et la gne4 ,elle met la torture l'administration dans le domaine de qui elle s'ingre et laquelle elle veut toujours se substituer4 ,administrez2 mais comme nous entendrons que vous administriez2 et que toutes vos mesures1 toutes vos modifications1 toutes vos dmarches et toutes vos nominations soient inspires par nous et diriges en vue de nos intrts4 ,cette aristocratie n'est ni aime1 ni respecte1 ni hae1 ni mprise du peuple4 ,sauf certains sursauts amens par des circonstances exceptionnelles1 elle lui est indiffrente4 ,on la considre comme un expdient4 ,au fond1 le dsir d'en tre dbarrass et de faire ses affaires directement1 ml de la crainte de ne pas pouvoir les faire1 de la crainte aussi de remplacer une aristocratie par le despotisme1 domine dans l'esprit du peuple aux pays du systme parlementaire4 ,jusque dans les pays les plus loigns des socits primitives1 le rgime mme des castes a laiss des traces et des hritages1 soit par l'effet d'une ncessit matrielle1 soit par l'effet d'une ncessit morale1 et ces hritages des castes sont encore des manires d'aristocraties4 ,l'arme permanente est une aristocratie1 et l o il n'y a pas d'arme proprement parler permanente1 le corps des officiers est une aristocratie4 ,il a une ducation toute spciale1 une cohsion trs nergique1 des traditions1 un caractre et une mentalit toutes particulires et qui font de lui presque une personne collective2 comme l'administration1 davantage peut-tre1 il est en partie hrditaire4 ,dans les pays o il prendrait sur les troupes1 mme passant un temps court sous ses ordres1 une grande autorit et un grand ascendant1 il serait matre du pays1 ce qui fait que les dmocraties ont son gard une dfiance invincible et se persuaderont toujours que la guerre ne peut avoir lieu1 que l're de la guerre est close1 pour s'autoriser limiter ou abolir cette aristocratie menaante4 ,la vrit est que les socits n'ayant t cres que par la guerre1 si la guerre disparat1 les socits distinctes disparatront trs vite aprs elle2 mais que1 tant que les socits dureront1 comme elles n'existent qu'en prvision de la guerre1 les armes1 avec1 comme lment permanent1 le corps des officiers1 leur seront absolument ncessaires4 ,l'utopie qui pourrait la rigueur se raliser1 c'est le genre humain sans socits distinctes2 la chimre pure1 c'est les armes disparaissant et les socits ne laissant pas de subsister4 ,le clerg aussi est une aristocratie4 ,il a une ducation toute spciale1 une cohsion extrmement nergique1 plus que des traditions1 un dogme traditionnel1 un caractre et une mentalit toutes particulires1 qui font de lui presque tout fait une personne collective4 ,il ressemble trait pour trait l'arme4 ,il est mme hrditaire en grande partie dans les pays o les prtres se marient1 et1 dans les autres1 il est hrditaire d'une certaine sorte2 il pratique une hrdit d'adoption qui a les mmes effets que l'hrdit naturelle4 ,il a minemment le caractre aristocratique4 ,il l'a d'autant plus1 naturellement1 qu'il est spar de l'tat1 c'est--dire du gouvernement4 ,fonctionnaires1 les prtres forment une aristocratie subordonne1 comme l'administration et l'arme1 ils sont un de ces corps intermdiaires dpendants dont parlait ,montesquieu2 non fonctionnaires1 ils sont purement et simplement un corps autonome ayant autant de cohsion1 mais n'ayant plus d'attaches du ct du gouvernement2 ils sont une aristocratie indpendante4 ,toute sparation de l'glise et de l'tat est une mesure essentiellement aristocratique4 ,la tendance des peuples modernes la sparation de l'glise et de l'tat est une rgression1 que je suis du reste trs loin de blmer1 mais qui va tout fait l'encontre des tendances dmocratiques4 ,faut-il en conclure que les nations dmocratiques qui ont fait cette sparation reviendront l'union de l'tat et de l'glise8 ,non1 mais que1 rencontrant l'glise comme corps aristocratique et plus aristocratique que jamais1 ils prendront des mesures la dtruire radicalement4 99 99 99 99 99 ,il existe enfin des444 le mot manque un peu444 ce que j'appellerai des faits aristocratiques2 qui ne sont pas des aristocraties1 puisqu'ils ne sont pas des corps et tout au contraire2 qui n'ont pas la cohsion1 l'hrdit1 les traditions1 les affinits1 rien de tout cela2 mais que le peuple reconnat parfaitement1 non sans quelque raison1 comme lments aristocratiques1 comme quelque chose qui sent l'aristocratie4 ,ce sont les hommes suprieurs4 ,les hommes suprieurs sont des faits aristocratiques1 par cela seul qu'ils sont suprieurs la moyenne4 ,ils sont ns directeurs1 ils sont ns chefs4 ,le peuple sait cela et1 selon les temps1 il les adopte1 les exalte et les divinise2 ou les craint1 les hait1 les refoule et les rprime4 ,le premier temps est celui du culte des hros2 le second temps est celui du culte de la mdiocrit4 ,ils ont chacun leur raison d'tre4 ,a la vrit1 les hommes suprieurs ne sont pas trs dangereux1 puisque par leur supriorit mme1 qui n'est pas du tout celle d'une caste ou d'une classe dirigeante1 qui est essentiellement individuelle1 ils ne peuvent pas faire corps1 ni mme faisceau1 et sont presque radicalement spars les uns des autres4 ,ils s'essayent1 sans doute1 se grouper2 le groupement est naturel aux hommes1 n'eussent-ils d'autre affinit que de ne pas avoir d'affinits1 et ne fussent-ils semblables qu'en ceci qu'ils sont plusieurs ne ressembler personne1 ce qui est encore une similitude2 ils s'y essayent donc2 ils fondent des acadmies1 des socits1 des encyclopdies2 mais ils ne s'entendent jamais beaucoup2 leurs corporations ne sont gure que pour la crmonie1 du reste agrables1 et leurs encyclopdies durent peu et meurent aprs une existence traverse de discordes4 ,jamais ils ne forment une aristocratie4 ,ils ne sont donc pas dangereux mais le peuple1 aux temps de culte de la mdiocrit1 les voit comme pouvant faire une aristocratie2 il les regarde comme une aristocratie en puissance1 qui ne laisserait pas d'tre gnante si elle parvenait tre1 qui1 en tout cas1 serait d'une bienveillance un peu ddaigneuse et il a pour eux une dfiance mle d'intrt1 mais qui est insurmontable4 ,tous ces rsidus aristocratiques1 comme aurait dit ,auguste ,comte1 sont destins subsister plus ou moins longtemps2 mais ce qui me parat certain1 c'est qu'il existera toujours une aristocratie quelconque1 ne ft-ce que celle de l'administration du travail et de l'alimentation que nous prvoyions plus haut et qui exigerait encore le maintien et mme un singulier agrandissement de l'cole ,polytechnique4 ,les aristocraties se succdent1 mais l'aristocratisme est ternel4 ,seulement l'esprit dmocratique le rapproche asymptotiquement1 le rapproche de plus en plus1 du rgime dmocratique pur4 ,par exemple1 si cela doit arriver1 quand il n'y aura d'autre aristocratie que l'administration du travail et de l'alimentation1 il y aura encore une aristocratie1 mais un minimum d'aristocratie2 le peuple n'obira plus des lgislateurs1 des chefs militaires1 des consuls1 etc42 il n'obira plus1 comme les naturels du ,paraguay leurs jsuites1 qu' des piqueurs et des distributeurs de vivres4 ,en dehors de cela1 il se sentira dans un rgime d'exacte1 de prcise1 de parfaite galit4 ,montesquieu a trs bien vu cela3 ,le ,paraguay peut nous fournir un autre exemple de lgislation communautaire444 ,ceux qui voudront faire des institutions pareilles tabliront la communaut des biens444 et la cit faisant le commerce et non pas les citoyens1 ils donneront nos arts sans notre luxe et nos besoins sans nos dsirs4 ,ils proscriront l'argent1 dont l'effet est de grossir la fortune des hommes au del des bornes que la nature y avait mises1 d'apprendre conserver inutilement ce qu'on a ramass de mme1 de multiplier l'infini les dsirs et de suppler la nature qui nous avait donn des moyens trs borns d'irriter nos passions et de nous corrompre les uns les autres4 ,voil la vraie dmocratie1 voil l'galit relle1 aussi relle qu'elle peut l'tre1 c'est--dire incomplte encore1 mais ne comportant et n'admettant qu'un minimum invitable d'ingalit4 ,qu'est-ce donc en soi que la dmocratie1 puisque j'essaye de dfinir l'instinct aristocratique et que l'on dfinit bien par les contraires et que l'on ne dfinit nettement que par les contraires8 ,montesquieu me parat s'tre tromp1 demi1 du reste1 en prenant pour la corruption de la dmocratie ce qui en est1 ce me semble1 le principe4 ,il dit3 ,le principe de la dmocratie se corrompt1 non seulement lorsqu'on perd l'esprit d'galit1 mais encore quand on prend l'esprit d'galit extrme et que chacun veut tre l'gal de ceux qu'il choisit pour commander4 ,pour lors1 le peuple1 ne pouvant souffrir le pouvoir mme qu'il confie1 veut tout faire par lui-mme1 dlibrer pour le ,snat1 excuter pour les magistrats et dpouiller tous les juges444 ,le peuple voulant faire les fonctions des magistrats1 on ne les respecte plus2 les dlibrations du ,snat n'ont plus de poids2 on n'a donc plus d'gard pour les snateurs ni par consquent pour les vieillards2 que si l'on n'a plus de respect pour les vieillards on n'en aura pas non plus pour les pres2 les maris ne mritent pas plus de dfrence1 ni les matres de soumission4 ,tout le monde parviendra aimer ce libertinage2 les femmes1 les esclaves1 les enfants1 n'auront de soumission pour personne2 il n'y aura plus de murs1 plus d'amour de l'ordre1 enfin plus de vertu4 ,il me semble que ce qui est pour ,montesquieu la dfinition de la dmocratie corrompue est la dfinition de la dmocratie mme4 ,le dmocratisme c'est le dsir d'tre gal qui que ce soit dans la cit1 ou je ne vois pas trop ce qu'il serait4 ,le dmocratisme1 c'est le dsir1 dans le peuple1 de tout faire par soi-mme et de ne point reconnatre au-dessus de lui des gens1 quels qu'ils soient1 qui prtendent faire sa place et faire mieux qu'il ne ferait4 ,montesquieu1 en un autre endroit1 parle de ses chers ,romains qui1 ayant1 plbiens1 conquis le droit d'accession toutes les magistratures1 continurent pendant trs longtemps n'y nommer que des patriciens4 ,voil la dmocratie non corrompue1 dirait ,montesquieu4 ,je dis simplement que ces plbiens-l n'taient pas dmocrates1 puisque1 en pleine dmocratie lgale1 ils taient domins par l'instinct aristocratique jusqu' maintenir de fait l'aristocratie4 ,le dmocratisme commence et non entre en dcadence vouloir l'galit et vouloir que le peuple fasse tout par lui-mme 7par tel procd ou par tel autre74 ,la dmocratie est donc1 tout d'abord1 l'apothose de l'incomptence2 le dmocratisme est le culte des zros4 ,voltaire1 qui du reste est un des dieux de la dmocratie1 tant il est vrai que le monde est une des sept cents comdies dont s'amuse l'ternel1 comme disent les ,vdas1 ,voltaire disait3 ,quand la populace se mle de raisonner1 tout est perdu2 et3 ,il ne s'agit point de rtablir la constitution athnienne2 je n'aime pas le gouvernement de la canaille4 ,il voulait dire3 le peuple croit pouvoir raisonner2 quand il s'en mle tout est perdu1 parce que1 des raisonnements clairs de quelque savoir se substituent des raisonnements qui sont tout d'instinct et de sentiment4 ,l'instinct dmocratique consiste vouloir remplacer ceux qui savent quelque chose par ceux qui ne savent rien1 prcisment parce qu'ils ne savent rien et parce que1 ds lors1 ce qu'ils sentent ne peut pas tre contrari par ce qu'ils savent4 ,l'incomptence est considre comme une puret1 et l'ignorant n'est pas intronis malgr son ignorance1 mais cause et en honneur de son ignorance mme4 ,rien n'claire mieux l-dessus que le contraire mme de ceci1 savoir le rve un peu ingnu d'un aristocrate radical4 ,nietzsche rve ceci3 ,de la domination des comptences4--,il est facile1 ridiculement facile1 d'laborer un modle pour le choix d'un corps lgislatif4 ,il faudrait d'abord mettre part dans un pays les hommes1 du reste loyaux et dignes de confiance1 qui seraient matres connaisseurs en certaines choses et reconnatraient rciproquement leurs capacits dj cooptation4 ,dans l'assemble forme de ces hommes-ci1 il faudrait faire un choix plus restreint qui dterminerait les spcialits et les comptences de premier ordre dans chaque ordre de connaissance1 et ce choix se ferait par l'estime et la garantie mutuelle seconde cooptation4 ,le corps lgislatif ainsi compos1 les voix et dcisions de chaque homme spcialement comptent devraient seules dcider dans chaque question particulire1 et l'honorabilit de tous les autres devrait tre assez grande pour que1 ne ft-ce que par simple convenance1 ils abandonnassent la dcision ceux-ci sur cette question spciale4 ,de sorte que1 strictement1 la loi en chaque espce natrait de la dcision des plus raisonnables444 ,mais si1 comme je l'ai dit1 il est facile1 ridiculement facile d'laborer une pareille construction1 il n'y a pas de puissance assez forte sur la terre pour la raliser1-- moins que la croyance en l'utilit suprieure de la science ne devienne vidente1 mme pour le plus malveillant1 et que l'on ne prfre cette croyance en la foi au nombre4 ,c'est dans le sens de cet avenir qu'il faut dire3 ,respect pour l'homme comptent et bas tous les partis6 ,voil qui est prcisment le contraire de ce que pense l'instinct dmocratique4 ,il pense que la comptence rsoudrait les questions dans le sens de la raison 7relativement1 humainement72 que la loi natrait de la dcision du plus raisonnable1 et c'est devant quoi il recule avec horreur1 sur cette considration qu' agir ainsi jamais une loi ne serait l'expression d'une passion1 chose qu'il ne peut pas mme envisager de sang-froid4 ,car l est le point4 ,on se demande toujours pourquoi1 dans les temps dmocratiques1 le peuple a horreur de la comptence1 n'a qu'un principe1 savoir que les affaires ne doivent tre traites que par ceux qui ne les connaissent pas1 l'exclusion de ceux qui les connaissent4 ,on dit3 la dmocratie est le culte des nullits4 ,soit2 mais encore pourquoi l'est-elle8--,mais1 parce que savoir quelque chose sur une question1 je ne dis pas te la passion1 mais diminue la passion avec laquelle on la traite2 ce qui est prcisment ce dont le dmocratisme ne veut pas1 voulant que la loi soit l'expression des diverses passions qui l'animent4 ,leibniz remarquait qu'il tait trs difficile qu'un homme intelligent entrt dans un gouvernement monarchique4 ,il avait raison s'il parlait de monarchie absolue1 un monarque absolu rpugnant1 sauf s'il est trs intelligent lui-mme1 7et encore67 un ministre intelligent qui contrariera trs probablement ses penchants4 ,or1 n'y ayant rien qui soit plus semblable au despotisme personnel que le despotisme populaire1 la remarque de ,leibniz s'applique la dmocratie1 qui n'admet pas qu'un de ses ministres ait une opinion lui1 qui veut que ceux qui sollicitent ses suffrages lui disent1 comme le candidat de la comdie3 ,tout ce que vous voulez1 je le veux encore plus que vous2 qui veut qu'ils lui disent1 comme ,m4 ,henry ,maret en #ahgh3 ,mon concurrent vous dira3 ,voil ce que je veux2 moi1 je vous dis3 ,qu'est-ce que vous voulez82 et qui a toujours peur que de savoir quelque chose cela n'amne avoir une opinion personnelle4 ,le peuple1 aux temps dmocratiques1 ne veut avoir pour ministres que des simples d'esprit ou des simples d'esprit volontaires1 se fiant du reste plus ceux-l qu' ceux-ci1 parce que ceux-l sont plus srs1 comme le montre prcisment le petit exemple cit plus haut1 ,m4 ,maret s'tant lass assez vite de vouloir ce que tout le monde voulait4 ,on a dit que le sentiment aristocratique1 quand il est prouv par le peuple1 est le sentiment confus qu'on n'est qu'un imbcile4 ,ce n'est pas faux2 mais ce qui me semble encore plus vrai c'est qu'aux temps dmocratiques le sentiment dmocratique est le sentiment qu'on est un imbcile et qu' cause de cela tout le monde doit l'tre1 ut fiat qualitas4 ,la dmocratie est aussi--et ce n'est qu'un autre aspect du mme sentiment--le got de l'galit relle1 c'est--dire le got du nivellement des conditions2 c'est pour cela qu'elle veut tout faire par elle-mme1 qu'elle ne veut pas de chefs1 mme lus par elle et continuellement rvocables par elle1 parce qu'encore ils sont des chefs tant qu'elle ne les a pas rvoqus2 elle ne veut que des dlgus mandat impratif1 c'est--dire des commissionnaires4 ,qu'elle ne veuille pas de chefs1 cela signifie qu'elle a perdu la notion de la hirarchie et de la discipline1 c'est--dire la notion que la patrie est un camp1 et c'est--dire la notion de la patrie2 car la patrie est toujours un camp1 n'est jamais autre chose1 et quand on dit3 ,ce qui faisait la vertu romaine1 c'tait ,annibal aux portes de ,rome2 il faut toujours ajouter3 ,annibal est toujours aux portes de ,rome4 ,le dmocratisme1 le plbianisme1 n'est pas autre chose que l'oubli de la patrie1 ou tout au moins1 et cela pratiquement revient au mme1 la mconnaissance de ce qu'elle est1 c'est--dire une arme4 ,et ici j'ai bien l'air d'tre en contradiction avec ,montesquieu1 car si1 selon ses dfinitions1 la vertu politique est l'amour de la patrie et si je tiens pour principe de la dmocratie l'oubli de la patrie1 c'est--dire le vice politique1 je suis en contradiction avec lui1 qui affirme que le principe des rpubliques c'est la vertu politique4 ,il n'y a qu'une contradiction apparente4 ,montesquieu veut dire1 et tous ses textes le prouvent1 qu'il faut que la vertu soit le principe des rpubliques1 que la vertu doit tre le principe des rpubliques1 que si les rpubliques n'ont pas ce principe elles n'en ont pas1 n'ont rien qui les soutienne et doivent prir4 ,et cela est bien vident1 car les rpubliques1 dmocratiques surtout1 puisqu'elles s'tent tout autre principe 7crainte1 obissance1 honneur71 sont bien forces de possder d'autant plus le principe de la vertu politique1 sans quoi elles ne sont plus rien du tout4 ,mais il ne dit point qu'en fait les rpubliques aient toujours ce principe4 ,et je dis qu'en fait les rpubliques dmocratiques ne l'ont jamais si elles sont vritablement dmocratiques et que1 quand elles l'ont1 dmocratiques elles ne le sont point4 ,qu'une rpublique1 par vertu politique1 par amour de la patrie1 nomme toujours pour ses magistrats les hommes les plus comptents et les plus intgres2 qu'elle conserve trs nergiquement les traditions2 qu'elle ait un culte pour son arme et qu'elle la considre comme son me2 qu'elle ait des institutions conservatrices de tout ce qui a fait la grandeur du pays1 avec la conviction que ce qui a fait cette grandeur la doit faire encore1 la patrie1 comme l'humanit1 se composant de plus de morts que de vivants et vivant surtout de l'esprit des morts2 qu'elle se soucie beaucoup plus de la libert que de l'galit1 la libert mettant chaque individu dans toute sa valeur1 de quoi la patrie fait son profit et l'galit diminuant les forts sans augmenter les faibles1 d'o rsulte pour la patrie une perte sche2 que la foule n'y veuille pas faire tout par elle-mme1 mais assigne des corps comptents1 qu'elle laisse libres1 le soin de rgler dans l'intrt de tous1 chacun les affaires o il se connat et qu'il peut traiter selon le savoir et non selon la passion ou le caprice2 qui dira que cette rpublique est dmocratique et qui ne dira que cette rpublique est la plus idalement aristocratique de l'univers8 ,et maintenant1 pour dmler encore mieux peut-tre ce que c'est que l'instinct aristocratique1 demandons-nous comment une nation passe de l'instinct aristocratique l'instinct contraire4 ,par une suite de transitions qui sont toujours peu prs les mmes4 ,l'ide de patrie s'efface4 ,comment8 ,par la trop grande victoire ou la trop grande dfaite4 ,comment voudrait-on que le ,romain sentt la patrie prsente et proche et le touchant1 lui la touchant aussi1 quand l'ennemi est un ,parthe qui est cinq cents lieues et un ,breton qui n'est gure plus prs8--,et comment voudrait-on que le ,grec1 conquis par le ,macdonien1 conquis par le ,romain1 cras par ces colosses1 et de la patrie autre chose qu'une ide vague8--,et1 d'autre part1 quelquefois1 un peuple non conquis1 mais bless grivement1 pour ne pas songer un effort surhumain qu'il faudrait faire1 se persuade qu'on ne l'achvera pas1 qu'il n'est plus menac parce qu'il ne menace plus personne2 que1 du reste1 l're des guerres est finie1 qu'il fondera la paix universelle en la prchant2 et1 se donnant ces raisons1 il vit comme si la guerre avait disparu du monde1 auquel cas il est trs vrai que la patrie serait inutile et que l'on pourrait par consquent vivre en pur rgime dmocratique4 ,la disparition ou l'affaiblissement des religions1 entranant en partie la disparition de la morale1 puisque la religion est la forme que le peuple donne la morale et puisque la morale ne lui est presque accessible que sous cette forme1 te ces sentiments d'abngation1 de prfrence continuelle de l'intrt public au sien propre#g1 de renoncement soi-mme#h1 qui sont les lments mmes de la vertu politique#i et laissent toute sa libre carrire l'envie et la jalousie1 ces parties honteuses de l'me1 comme dit ,nietzsche1 qui peuvent tant qu'elles voudront se dguiser par pudeur en amour de l'galit et en amour de la justice4 #g ,montesquieu4 #h ,id4 #i ,cet excellent ,claude ,dupin1 qu'il faut honorer1 non seulement comme bisaeul de ,george ,sand1 mais comme mari de la protectrice de ,rousseau et comme fort bon conomiste1 fait cette remarque sur ces mots de ,montesquieu3 ,cette vertu1 que ,montesquieu va dfinir3 l'amour de la patrie1 n'est point un renoncement soi-mme4 ,au contraire1 loin de porter l'homme l'abngation de ses intrts1 elle lui donne un extrme dsir de voir l'tat florissant et tranquille4 ,dans cette prosprit et cette tranquillit publique le citoyen trouve la fois sa tranquillit particulire1 son indpendance1 la possession et la jouissance paisible de ses biens1 l'esprance de les augmenter par la libert du commerce et celle d'tre lev de plus hautes dignits4--,fort bien2 mais comme la plupart du temps1 ce que la vertu politique1 ce que l'amour de la patrie demande au citoyen1 c'est une mise de fonds--je parle un conomiste--dont ses arrire-neveux seulement recueilleront le bnfice1 c'est parfaitement une grande abngation et un grand renoncement soi-mme1 ou une considration de ses arrire-neveux et des arrire-neveux des autres1 qui est prcisment amour de la patrie et abngation en sa faveur1 qu'il faut au citoyen pour consentir les sacrifices que la vertu politique lui demande4 ,claude ,dupin n'est pas seulement peu idaliste1 il est un peu myope4 ,je dis cela en passant pour faire comprendre les rapports qu'il y a entre la religion et la patrie et aussi pourquoi le peu religieux ,montesquieu a t jusqu' dire3 ,les principes du christianisme1 bien gravs dans le cur1 seraient infiniment plus forts que ce faux honneur des monarchies1 ces vertus humaines des rpubliques et cette crainte servile des tats despotiques4 ,quelquefois aussi la prosprit commerciale et industrielle amenant la richesse et la richesse ne produisant pas d'autres sentiments1 chez ceux qui ne la possdent pas et mme chez ceux qui la possdent1 que le dsir de l'acqurir1 ce mobile l'emporte sur tous les autres1 et ds qu'il l'emporte il n'y a plus de place dans les mes pour l'abngation1 le renoncement et autres vertus rpublicaines1 lesquelles disparues il ne reste que le combat pour la vie entre citoyens4 ,l'ambition aussi1 militaire ou autre1 contribue beaucoup faire passer une nation de l'tat d'me aristocratique l'tat d'esprit dmocratique4 ,l'ambition est la chose du monde la plus favorable et la plus dfavorable l'agrandissement de la patrie4 ,quand elle est volont de puissance1 elle tire de l'individu tout ce qui est en lui et1 pour ainsi dire1 un peu plus et en fait une cellule sociale d'une richesse extraordinaire1 d'o il suit que l'ambition sous cette forme est un immense bienfait pour la socit et un devoir pour l'individu4 ,quand elle est avidit de jouissances ou exigence de la vanit1 elle ne dveloppe plus les facults utiles et nobles de l'homme1 mais seulement ses facults industrielles4 ,elle s'accommode de l'intrigue1 de la courtisanerie1 du charlatanisme1 des compromissions1 des transactions1 des marchs1 des fourberies1 des escroqueries qui chappent la loi1 de tout ce qu'on peut appeler les brigandages sociaux4 ,or1 de ces deux ambitions1 la premire s'ajuste bien au rgime aristocratique1 la seconde a besoin1 soit du rgime monarchique1 soit du rgime dmocratique4 ,la premire consistant en ceci3 un homme de la classe noble veut gouverner2 un homme de la classe plbienne veut entrer dans la classe noble2 est son aise dans le rgime aristocratique1 parce qu'on ne gouverne jamais seul et qu'il faut1 pour gouverner1 s'associer des compagnons de gouvernement et des instruments de gouvernement qu'on ne trouve jamais que dans une classe dresse aux affaires et qui les connaisse pour ainsi dire hrditairement1 2 parce que l'homme du peuple qui veut participer au gouvernement1 entrer dans la classe des gouvernants1 ne le peut honntement1 mritoirement et utilement1 que quand il se fait juger1 non par la foule qui ne connat rien aux affaires1 mais par une classe qui les connat1 qui s'aperoit qu'il les connat et qui l'adopte1 ayant intrt l'adopter pour avoir une force de plus en elle et contre elle une force de moins4 ,quelques mois avant sa mort1 ,thiers croyait revenir au pouvoir et s'y maintenir de nombreuses annes2 c'est trs humain4 ,et ,gambetta8 lui dit-on4 --,je prends ,gambetta4 ,je lui donnerai un ministre4 --,lequel8 --,les affaires trangres4 --,h6 --,oui4 ,il connat la ,france4 ,il ne la connat pas mal4 ,mais il ne connat pas l',europe1 et il aura besoin de moi pour la connatre4 ,je la lui apprendrai4 ,ceci est l'image mme d'une aristocratie adoptant un homme nouveau4 ,quant l'ambition qui est dsir de jouissance ou exigence de vanit1 elle ne s'accommode que d'une monarchie ou d'une dmocratie1 parce que c'est l que ses moyens1 intrigue1 courtisanerie1 charlatanisme1 fourberie1 sont de mise et portent fruit4 ,montesquieu remarque trs judicieusement que l'ambition personnelle est pernicieuse dans une rpublique et a de bons effets dans une monarchie1 en ce sens qu'elle donne la vie ce gouvernement1 sans y tre dangereuse1 parce qu'elle y peut tre sans cesse rprime4 ,il est vrai2 mais si l'ambition peut tre en effet rprime dans une monarchie forte1 d'une part elle ne laisse pas d'y tre dangereuse quand l'ambitieux plat au prince1 d'autre part la monarchie a justement ce dfaut que l'ambition vulgaire y est comme chez elle1 captant par de bas moyens la faveur souvent facile sduire d'un seul homme2 et l'ambition suprieure y est gne et rprime1 consistant vouloir gouverner1 ce qu'il est rare que le prince permette4 ,que l'ambition vulgaire et funeste l'tat soit exactement dans les mmes conditions de ses exercices et dmarches dans la monarchie et la dmocratie1 c'est1 je crois1 ce que le fameux passage1 un peu dclamatoire1 mais au fond trs juste1 de ,montesquieu sur les cours dmontrera assez bien3 ,l'ambition dans l'oisivet1 la bassesse dans l'orgueil1 le dsir de s'enrichir sans travail1 l'aversion pour la vrit1 la flatterie1 la trahison1 la perfidie1 l'abandon de tous ses engagements1 le mpris des devoirs du citoyen1 la crainte de la vertu du prince1 l'esprance de ses faiblesses444 forment1 je crois1 le caractre du plus grand nombre des courtisans1 marqu dans tous les lieux et dans tous les temps4 ,rien de plus exact2 mais remplacez le mot prince par le mot peuple1 relisez tout le passage et voyez si tous les mots1 littralement1 ne s'appliquent pas aux courtisans de la dmocratie aussi bien qu'aux courtisans de la monarchie et mme peut-tre un peu plus8 ,mutato nomine de te fabula narratur4 ,l'ambitieux vulgaire1 l'ambitieux de titres et d'argent1 a donc besoin de la monarchie ou de la dmocratie2 il a besoin de ou de 1 et ce n'est que l'aropage qui le gne4 ,donc1 quand1 dans un peuple1 l'ambition malpropre1 ou seulement l'ambition enfantine1 par opposition l'ambition virile1 commence se rpandre1 gagner1 l'emporter sur l'autre1 la gent ambitieuse vise1 assez indiffremment1 la monarchie ou la dmocratie4 ,c'est l'histoire des dmagogues d',athnes1 des dmagogues romains1 dmagogues d'abord1 csariens ensuite1 des dmagogues franais1 jacobins d'abord1 napoloniens ensuite1 c'est l'histoire universelle4 ,de la valeur de l'ambition dpend ou l'aristocratisme ou le dmocratisme et le monarchisme2 la dgradation de l'ambition incline les peuples la dmocratie ou la monarchie absolue1 fait passer1 contribue faire passer les peuples de l'tat d'esprit aristocratique l'tat d'esprit contraire4 ,une cause encore de ce passage1 quelquefois brusque1 de l'tat aristocratique l'tat dmocratique1 est la disparition1 dans un peuple1 de la classe moyenne4 ,la classe moyenne n'est pas seulement l'chelon intermdiaire entre la plbe et la classe dirigeante4 ,elle est l'usine d'laboration du plbien ascendant la classe haute4 ,elle mnage l'tape et fait que l'tape est fournie dans des conditions favorables et heureuses4 ,le fils1 intelligent et de toutes faons bien dou1 d'un plbien a besoin de ne pas passer brusquement de la plbe dans le patriciat1 o il serait maladroit1 malavis1 inexpriment et dpays4 ,il faut1 ou que lui-mme fasse un stage dans la classe moyenne pour s'y affiner1 avant d'entrer dans la classe dirigeante1 ou1 et plus souvent1 que son fils seulement1 aprs le stage fait par son pre1 pntre dans la classe suprieure4 ,la classe intermdiaire est le laminoir de la plbe se dirigeant vers le patriciat4 ,il faut donc qu'elle existe4 ,elle a une importance sociale considrable et comme une mission sociale de premier ordre4 ,or1 il arrive qu'elle disparat4 ,c'est mme trs facile et par consquent trs frquent4 ,l'encombrement des carrires qui lui sont rserves1 les difficults1 en consquence1 de la vie1 les mariages tardifs1 le peu de postrit1 diminuent l'importance numrique de la classe moyenne4 ,elle disparat ou plutt se renouvelle1 par l'accession de la plbe1 mais si rapidement1 qu'elle n'est plus une classe1 qu'elle n'est plus constitue et stable1 qu'elle n'est plus conservatrice de traditions1 de murs1 de coutumes1 d'ides gnrales1 de prjugs1 si l'on veut1 qui lui soient propres2 elle n'est plus qu'une plbe dgrossie4 ,alors l'aristocratie se trouve directement et sans intermdiaire en contact avec la plbe2 alors la difficult1 pour la plbe1 d'entrer dans le patriciat est plus grande2 car l'tape rgulire raccourcit les distances1 bien loin qu'elle les augmente2 et l'aristocratie1 qui puisait ses recrues dans le plbianisme affin1 hsite1 non sans quelque raison1 les puiser dans cette classe intermdiaire qui n'est plus que le plbianisme brut1 ou peu s'en faut1 et le jeu naturel1 si salutaire1 de l'ascension et de la cooptation est dtruit4 ,une des causes du brusque passage1 ,rome1 de l'aristocratie la dmocratie csarienne1 est qu'il n'y a jamais eu ,rome de classe moyenne nombreuse1 considrable et solidement constitue4 ,une cause encore1 et peut-tre la plus importante1 de ce passage est l'infiltration des peuples trangers dans une nation4 ,si1 par suite soit de l'abaissement de la natalit1 soit de la nonchalance des citoyens1 le peuple ,a est insensiblement pntr par un trs grand nombre d'individus du peuple ,b1 il se produit une invasion pacifique1 une invasion l'amiable1 beaucoup plus dangereuse que l'invasion guerrire et torrentielle4 ,le peuple ,a est encombr de mtques qui affaiblissent en lui le sentiment national4 ,il faut bien s'entendre4 ,le mtque n'est point l'ennemi du peuple qui l'a adopt4 ,souvent mme il l'aime4 ,mais il l'aime d'une manire qui n'est pas favorable la grandeur1 la force de ce pays4 ,il l'aime parce qu'il s'y trouve bien4 ,il le tient pour sa patrie dans le sens du proverbe3 ubi bene1 ibi patria4 ,or1 c'est le contraire qui fait le vrai patriotisme4 ,le vrai patriote est celui qui dit3 quamquam male1 ibi patria1 et qui regrette l'tranger le malaise mme qu'il prouvait dans son pays4 ,le mtque1 donc1 aime sa nouvelle patrie1 condition qu'il y soit l'aise4 ,c'est lui qui sera trs favorable l'abolition du service militaire1 aux impts supports uniquement par la classe riche1 c'est--dire ne produisant presque rien1 en un mot toutes les mesures dmocratiques1 et qui se drobera le plus possible tous les sacrifices que le vrai patriote1 que l'autochtone consent avec joie4 ,cette infiltration de l'lment tranger dans un peuple fut la cause principale de la dcadence d',athnes1 de la dcadence de ,rome4 ,on a remarqu que l'empire romain ne fut pas conquis par les barbares1 qu'il se donna progressivement aux barbares1 leur accordant des terres1 les prenant comme soldats1 comme ,athnes prenait des mercenaires1 les admettant l'empire1 lentement imbib par eux1 si bien que la conqute tait faite quand l'invasion se dchana4 ,sans insister sur ceci qui est un peu en dehors de notre sujet1 il parat peu douteux aux historiens que ds le temps des guerres civiles1 le grand nombre d'trangers devenus citoyens romains avait chang l'esprit de la ville et fait de ,rome une espce d',antioche ou de ,corinthe4 ,la ville mondiale sera toujours cosmopolite2 la ville cosmopolite ne se considrera jamais comme un camp2 la ville qui ne se considrera pas comme un camp sera toujours prte1 soit la dmocratie1 soit la monarchie despotique4 ,voil d'o partent l'instinct dmocratique et la dmocratie elle-mme4 ,o mnent-ils8 ,il faut remarquer d'abord que l'instinct dmocratique dveloppe extraordinairement vite ses consquences1 parce qu'il s'entrane lui-mme avec une extraordinaire rapidit4 ,ds qu'il domine1 il est unanime4 ,en effet1 n'y ayant pour l'aristocrate lui-mme1 et pour le plus aristocrate des aristocrates1 d'autre moyen d'tre quelque chose que de plaire au peuple pntr de sentiments dmocratiques1 ou ce sont tous les moyens dmocratiques qu'il emploiera1 flatteries1 mercantilisme1 surenchres1 charlatanisme1 et il ne fera que confirmer dans la nation l'tat d'me dmocratique2--ou il s'abstiendra1 dira1 comme ,nietzsche1 que s'occuper de politique est une indcence et deviendra un migr l'intrieur1 c'est--dire ne comptera pour rien1 non seulement comme influence1 mais mme comme unit dans l'tat2--et dans les deux cas la dmocratie suivra son cours1 de plus en plus prcipit4 ,pour que l'aristocratie existe 7et c'est un truism71 il faut que le peuple surtout soit aristocrate4 ,une fois que l'instinct dmocratique s'est empar de l'me d'un peuple1 il l'amne successivement toutes les dmarches qui peuvent et qui doivent dissoudre et pulvriser ce peuple mme4 ,en effet1 le dmocratisme c'est l'amour de la justice1 c'est--dire de l'galit1 tant entendu1 en bon esprit dmocratique1 que ds qu'il y a ingalit il y a injustice et qu'il est juste que tout homme soit exactement autant qu'un autre4 ,or l'esprit galitaire s'attaque d'abord toutes les ingalits sociales4 ,le privilge de la naissance parat monstrueux3 ,vous vous tes donn la peine de natre4 ,pour cela1 en vertu de cela1 vous tes chef4 ,y a-t-il rien de plus inique8 ,les privilges dus la naissance seront abolis4 ,on ne natra plus chef1 on ne natra plus noble4 ,bien4 ,mais1 s'il vous plat1 natre riche n'quivaut-il pas natre noble8 ,non seulement il y quivaut2 mais il est un avantage beaucoup plus considrable4 ,montesquieu fait remarquer que natre noble1 en #agdj1 fait gagner un enfant une vingtaine d'annes sur les autres4 ,voltaire dit exactement la mme chose de la richesse et il a tout autant raison1 beaucoup plus1 puisqu'avec l'argent on achte la noblesse1 ce qui fait que l'enfant qui nat riche est plus favoris ds sa naissance que l'enfant qui nat pauvre4 ,la richesse est donc une ingalit de naissance tout autant1 au moins1 que la noblesse4 ,donc il faut abolir l'enfant naissant riche1 il faut abolir l'hritage4 ,ut fiat qualitas4 ,la noblesse1 en disparaissant1 a dcouvert une autre ingalit qu'elle cachait et qui apparat4 ,bien4 ,mais dtruire l'hritage suffit-il8 ,non2 car il suffit que le pre soit riche jusqu' sa mort pour que l'enfant ait un privilge de naissance4 ,il sera mieux lev1 mieux instruit1 mieux dress1 mieux arm2 il aura le privilge de l'ducation que sa naissance lui aura valu4 ,encore deux classes3 celle de ceux qui ont pu tre levs1 celle de ceux qui n'ont pas pu l'tre4 ,il ne suffit donc pas d'abolir l'hritage1 il faut abolir la richesse elle-mme1 l'aisance elle-mme1 ou la faire gale entre tous4 ,ut fiat qualitas4 ,l'hritage1 en disparaissant1 a dcouvert une autre ingalit qu'il cachait et qui apparat4 ,bien4 ,que la richesse disparaisse4 ,mais1 ce n'est encore rien4 ,l'on n'a aboli que les ingalits sociales4 ,on se trouve en prsence des ingalits naturelles4 ,tel homme est plus intelligent qu'un autre1 plus ingnieux1 plus adroit1 plus habile1 plus loquent1 d'une capacit de travail plus grande4 ,voil les ingalits naturelles4 ,sont-elles plus justes parce qu'elles sont naturelles8 ,en quoi8 ,pourquoi8 ,elles ne sont pas plus justes et elles sont plus douloureuses4 ,elles sont plus douloureuses que les ingalits sociales1 parce que1 mme quand on souffrait le plus de celles-ci1 on a toujours senti qu'on pouvait les abolir2 tandis que les ingalits naturelles1 on sent qu'elles sont indestructibles4 ,mme de ,stal a un mot trs juste1 et mme profond1 parmi tant d'autres2 elle dit3 ,la ,rvolution franaise n'a pas tabli l'galit4 ,elle a remplac une ingalit par une autre4 ,elle a remplac les ingalits sociales par les ingalits naturelles4 videmment6 ,elle a remplac les ingalits sociales--ou plutt quelques-unes2 car elle n'a pas t l'ingalit des fortunes--par l'ingalit naturelle3 diffrence d'intelligence1 d'adresse1 d'habilet et de puissance de travail entre les hommes4 ,or1 en cela1 le but tant l'galit1 elle a rtrograd plutt qu'avanc4 ,car les ingalits sociales contrariaient les ingalits naturelles1 les refoulaient et les rprimaient3 un enfant bien dou tait1 par les enfants bien ns1 bien levs et bien rents1 empch de percer et d'arriver la lumire1 au dveloppement de lui-mme et la puissance4 ,si l'ingalit sociale avait absolument empch les ingalits naturelles de sortir leur effet1 elle et bien mrit de l'galit1 les ingalits naturelles tant1 quand elles sont laisses libres1 beaucoup plus envahissantes1 dominantes1 accapareuses et oppressives que les ingalits sociales1 lesquelles se contentent le plus souvent d'honneurs et d'oisivet4 ,donc1 avoir supprim les ingalits sociales1 en supposant qu'on les ait dtruites1 on n'a rien fait pour l'galit1 et peut-tre au contraire4 ,les privilges sociaux1 en disparaissant1 ont dcouvert les privilges naturels qu'ils cachaient et qui apparaissent4 ,il faudrait supprimer les ingalits naturelles elles-mmes et les ingalits naturelles surtout1 ut fiat qualitas4 ,on ne peut pas les dtruire1 mais on peut les neutraliser4 ,a mon avis on ferait mieux de les dtruire1 toute vaine sensibilit mise de ct4 ,a ,sparte on immolait sans piti les enfants mal conforms4 ,pourquoi8 parce que ,sparte tait une socit aristocratique qui ne voulait conserver comme citoyens que les meilleurs au point de vue de la dfense du pays4 ,une socit dmocratique doit faire la mme chose1 c'est--dire l'inverse1 et ostraciser par la mort les enfants bien dous1 qui sont une menace pour l'galit4 ,sans aller jusque-l1 si1 je ne sais pourquoi1 du reste1 on ne veut pas y aller1 on peut neutraliser les ingalits naturelles4 ,on peut faire leur gard ce qu'on fait l'gard des fils de rois3 car prcisment ils sont des fils de rois selon la terminologie de ,gobineau4 ,a l'gard des fils de rois1 on peut1 soit les tuer1 soit les rduire l'impuissance4 ,la premire ,rpublique a tu ,louis ,,xvi parce qu'il migrait2 la troisime ,rpublique a forc ses petits-neveux migrer parce qu'ils rsidaient4 ,il n'y a pas illogisme1 il y a deux faons diffrentes de rduire rien4 ,de mme l'endroit des hommes suprieurs par l'intelligence1 l'adresse ou la puissance de travail1 il faut pratiquer l'ostracisme dprimant2 il faut pratiquer la strilisation2 il faut en faire des migrs l'intrieur1 en ne leur accordant ni faveurs1 ni honneurs1 ni places1 ni fonctions1 ni occasions de travailler1 et les ramener ainsi un nirvana inoffensif4 ,ut fiat qualitas4 ,c'est le systme de ,babeuf que j'expose ici1 de ,babeuf1 le plus logique et peut-tre le seul logique des rvolutionnaires dmocrates4 ,c'est du reste1 instinctivement et fatalement1 le systme que suivent les dmocraties en abaissant progressivement le niveau de leurs dlgations parlementaires et par l le niveau des fonctionnaires de l'tat1 puisque ce sont leurs dlgations parlementaires qui indirectement1 mais rellement1 nomment ceux-ci2 et du reste1 en faisant progressivement de toutes les fonctions des fonctions d'tat1 pour que tout ce qui agira dans l'tat passe sous ce niveau toujours et indfiniment rabaiss2 et encore en mlant toute nomination des questions politiques afin que soit prfr l'homme comptent1 celui qui1 se sentant incomptent1 aura remplac l'aptitude par une opinion politique1 supriorit qu'il est toujours la porte de tout le monde de se donner4 ,ainsi la dmocratie1 liminant peu peu toute supriorit invente par l'instinct social1 puis toute supriorit invente par la nature1 affaiblit les muscles et les nerfs de l'tat2 ut fiat qualitas1 ce qui est1 au point de vue qu'elle a adopt1 non seulement le souverain bien1 mais le seul bien4 ,telles sont1 selon moi1 les transitions par lesquelles les peuples passent de l'instinct aristocratique l'instinct dmocratique et de l'tat aristocratique l'tat de dmocratie intgrale4 ,,chapitre ,,xi ,,le ,,mariage ,de toutes les victoires de la socit sur la nature1 le mariage monogamique est la plus clatante1 la plus vigoureuse et peut-tre la plus fconde4 ,l'homme est polygame de nature1 ce qui est suffisamment indiqu par ce fait que la grossesse de sa compagne est trs longue et que1 pendant cette grossesse1 ne cessent ni ses dsirs lui ni ses besoins4 ,a la vrit1 l'homme a tellement chang1 mme naturellement1 mme physiologiquement1 que j'ai souvent pens qu'en des temps trs anciens il avait pu tre beaucoup plus prdestin la monogamie qu'il n'y parat le considrer pendant la priode historique4 ,n'a-t-il pas pu tre1 aux temps primitifs1 comme l'immense majorit des animaux1 sollicit par les dsirs de l'amour seulement pendant une saison de l'anne et assez courte8 ,et ne se serait-il pas fait lui-mme amoureux en toute saison1 comme dit le peuple1 sous l'influence de ses passions et de son imagination et par un entranement progressif8 ,cela expliquerait cette anomalie qui consiste en ce que1 constitu pour vivre cent cinquante ans au moins1 en juger par la longueur de sa priode de croissance1 il ne vit que la moiti de ce temps2 il aurait raccourci sa vie par cet excs1 parmi beaucoup d'autres4 ,cela expliquerait aussi les lgendes1 qui sont peut-tre des souvenirs confus et traditions confuses1 sur la longueur d'existence des hommes antdiluviens4 ,quoi qu'il en soit1 cela a pu tre4 ,si cela a t1 si les hommes des premiers ges ne pratiquaient l'amour sexuel qu'en une seule saison de l'anne1 ils pouvaient tre monogames1 leurs compagnes tant grosses et eux abstinents prcisment pendant le laps de temps qui spare un printemps d'un autre4 ,mais il reste la priode d'allaitement1 peu favorable au commerce sexuel et qui nous ramne l'hypothse de la polygamie chez les primitifs1 mme eussent-ils t exclusivement printaniers4 ,donc le polygamisme de l'homme est encore l'hypothse la plus vraisemblable4 ,non seulement les tout faits primitifs1 les errants1 mais les familiaux ont t polygames1 ceux-ci du reste plus que ceux-l2 car la monogamie devait tre assez frquente chez les errants1 trs isols1 trs loigns les uns des autres1 comme je l'ai dit2 et la polygamie assez frquente chez les familiaux1 la femme errante venant chercher asile la ferme1 l'isba1 la hutte du familial primitif1 mme qui avait compagne1 s'y rendant utile1 y devenant agrable et passant au rang de compagne adjointe4 ,que la polygamie ft l'tat ordinaire des primitifs1 cela fait peu de doute mes yeux4 ,la socit1 primitive encore1 car plus tard elle fera un peu le contraire1 cra et imposa le mariage pour le besoin qu'elle en avait et inventa le prjug monogamique comme tous les autres prjugs sociaux1 pour le besoin qu'elle avait de ce prjug4 ,elle en avait besoin1 comme dit ,montesquieu1 parce que la continence publique est naturellement jointe la propagation de l'espce2 parce que la polygamie tarit1 en la dispersant1 la puissance virile2 parce qu'elle tarit aussi la fcondit fminine1 la crainte1 chez le polygame1 du trop grand nombre d'enfants1 l'amenant faire de la plupart de ses compagnes seulement des instruments de plaisir1 d'o rsulte toute une catgorie de femmes inutiles la socit4 ,aussi la polygamie1 mme dans les pays o elle est lgale1 n'est qu'une tolrance1 n'est nullement recommande par la loi religieuse et elle change peu du reste l'tat social1 l'immense majorit des hommes pratiquant la monogamie et la loi ne permettant qu'aux riches d'tre polygames4 ,c'est un privilge aristocratique4 ,les ,orientaux manquent rarement de nous dire3 ,nous sommes polygames comme vous1 quand nous sommes dans l'aisance1 avec cette seule diffrence que nous avons un harem concentr et vous un harem dispers2 et1 comme chez vous1 la rgle gnrale est qu'un homme soit l'poux d'une seule femme4 ,la socit a toujours protg le mariage monogamique avec des tendresses qui entranaient des rigueurs4 ,la conservation de l'tat l'exigeait4 ,l'tat a toujours tenu aux hommes le discours que le censeur ,metellus ,numidius tint aux ,romains3 ,s'il tait possible de n'avoir point de femmes1 nous vous dlivrerions de ce mal2 mais comme la nature a tabli que l'on ne peut gure vivre heureux avec elles ni subsister sans elles1 il faut avoir plus d'gard notre conservation qu' nos satisfactions passagres4 ,l'tat romain tablit des peines pour ceux qui n'taient pas maris et des rcompenses et une multitude d'honneurs varis pour ceux qui taient4 ,il alla jusqu' interdire le mariage aux vieillards1 dfendant un homme qui avait soixante ans d'pouser une femme qui en avait cinquante1 ce que du reste je ne comprends pas bien2 car ce qu'il faut dfendre au vieillard c'est moins de faire un mariage inutile1 en pousant une cinquantenaire1 que de faire1 en pousant une jeune fille1 un mariage inutile aussi1 mais qui1 de plus1 vole une pouse quelque jeune homme et empche des enfants de venir au monde4 ,aussi ,tibre interdit-il aux vieillards d'pouser une femme au-dessus de cinquante ans et aussi au-dessous4 ,mais ,claude revint au systme antrieur4 ,doit-on souponner ,claude d'avoir pens que le mariage d'un vieillard avec une jeune fille est moins infcond1 comme le pensait ,corvisart1 qu'on ne croit premire vue8 ,toujours est-il que toutes les ides romaines taient tournes du ct de la monogamie fconde4 ,auguste exprimait l'esprit romain quand il disait aux chevaliers romains clibataires3 ,la cit ne consiste pas dans les maisons1 les portiques1 les places publiques3 ce sont les hommes qui font la cit4 ,vous ne verrez pas1 comme dans les fables1 sortir des hommes de dessous terre pour prendre soin de la chose publique4 ,ce n'est point pour vivre seuls que vous restez dans le clibat2 chacun de vous a des compagnes de table et de lit1 et vous ne cherchez que la tranquillit dans le libertinage4 ,mon unique objet est la perptuit de la ,rpublique4 ,l'unique objet des socits a t la perptuit de la ,rpublique2 et c'est pourquoi1 par les murs autant que par les lois1 elles ont exalt le mariage et l'ont fait considrer comme le fondement mme de toute morale4 ,l'homme moral1 pour elles1 c'est l'homme mari de bonne heure1 fidle sa femme1 exigeant imprieusement que sa femme lui soit fidle1 fidle ses enfants et exigeant imprieusement que ses enfants lui soient fidles1 c'est--dire obissants4 ,c'est cet homme-l qui est l'homme social1 la cellule pure et saine du corps social4 ,il est digne de tous les respects1 de toutes les dignits1 de toutes les faveurs4 ,celui des deux consuls qui a le plus d'enfants prend les faisceaux le premier4 ,celui des snateurs qui a le plus d'enfants est inscrit le premier et opine le premier4 ,d'aprs cette conception1 la premire vertu des femmes et la seule presque dont on tienne compte est la chastet4 ,tout le reste est secondaire1 puisqu'il n'importe pas directement la perptuit de la ,rpublique4 ,faire considrer la femme la chastet et la fidlit comme son honneur1 c'est--dire comme sa morale1 faire considrer au mari la chastet et la fidlit de sa femme comme son honneur lui1 ce qui est une absurdit1 mais ce qui importe infiniment pour la moralit publique1 pour la puret des gnrations1 pour la stabilit et la continuit des familles2 c'est l'effort constant de la cit comme lgislatrice et de la cit comme moraliste1 comme agent de moralisation1 comme constitutrice des murs1 comme prdicatrice de morale2 c'est ce qu'elle met dans la loi et ce qu'elle met dans tous ses discours4 ,montesquieu1 sur un passage de ,dion ,cassius qui est susceptible de plusieurs interprtations1 raisonne ainsi3 ,dans le ,snat de ,rome compos de graves magistrats1 de jurisconsultes et d'hommes pleins de l'ide des premiers temps1 on proposa1 sous ,auguste1 la correction du luxe et des murs des femmes4 ,il luda avec art4 ,c'est qu'il fondait une monarchie et dissolvait une ,rpublique4 ,montesquieu n'a pas tout fait raison4 ,un fondateur de monarchie n'a pas intrt la dissolution des murs1 aucune socit n'y ayant intrt2 mais il est trs vrai qu'une socit aristocratique a plus d'intrt la puret des murs qu'une dmocratie1 soit csarienne1 soit populaire3 une socit aristocratique a besoin d'une nation o tout le monde soit aristocrate1 c'est--dire o tout le monde soit soucieux d'tre ascendant et fondateur de famille ascendante2 une socit dmocratique peut relcher quelque chose de cette rigueur1 se proposant non la tension de la patrie1 de manire lui faire produire son plus grand effort1 mais l'aisance1 la facilit et la douceur des relations1 au risque que le pays soit surpass1 surmont et vaincu par d'autres1 ce quoi elle n'attache pas une trs grande importance4 ,douce philosophie qui1 relativement1 tait permise ,rome au temps d',auguste2 mais il aurait fallu voir1 au temps d',auguste1 de ,tibre ou mme des ,antonins1 un ,annibal descendant des ,alpes4 ,dans cette contrainte continue qu'elle exerce pour constituer la famille forte1 casta domus1 la socit rencontre la nature qui pousse plutt la polygamie1 l'homme surtout2 elle rencontre le dsir de divorce1 chez l'homme surtout1 chez la femme quelquefois4 ,elle est embarrasse2 car son premier intrt est la multiplication de l'espce1 et le maintien des mariages o la discorde rgne entre les poux est contraire la multiplication de l'espce2 et le divorce est favorable la multiplication de l'espce4 ,mais1 d'autre part1 le maintien des mariages1 mme de ceux o rgne la discorde1 est favorable la multiplication de l'espce en ce sens qu'il conserve les enfants1 ne les disperse pas1 ne les met pas1 de mauvaises1 dans de plus mauvaises encore conditions d'levage2 et le divorce est dfavorable la multiplication de l'espce en ce sens et qu'il disperse les enfants et les met dans les plus mauvaises conditions d'levage et qu'il dprave les parents1 non pas tous1 mais un certain nombre4 ,le mariage indissoluble a un caractre redoutable et sacr qui donne aux conjoints une mentalit particulire2 ils se soumettent au mariage comme une fatalit1 comme une partie de la fatalit universelle1 comme une des nombreuses choses de ce monde qui sont fatales et ils y plient leurs esprits comme une fatalit2 ils l'acceptent gravement et le supportent avec srieux2 le mariage indissoluble est une cole1 sinon de stocisme1 du moins de philosophie grave et virile2 parce qu'il est une fatalit1 il prend le caractre d'un devoir4 ,le mariage dissoluble a quelque caractre de l'union libre2 on le contracte lgrement1 comme engagement trs facilement rvocable4 ,on y entre comme en un lieu d'o il est trs ais de sortir4 ,on a toujours l'impression que l'on n'y est point1 mais que l'on y passe4 ,il donne une mentalit qui n'est pas suffisamment srieuse4 ,c'est l son grand dfaut pour moi1 c'est presque son unique dfaut4 ,j'ai fait remarquer ceci propos du ,demi-,monde de ,dumas fils4 ,on avait not qu',olivier de ,jalin1 ce personnage le plus honnte homme du monde selon l'auteur1 qui renseigne1 sur les mauvaises murs d'une femme dont il a t l'amant1 quelqu'un qui va l'pouser et qu'il connat depuis quelques jours1 avait paru en effet trs honnte homme au public de son temps2 puis1 que1 peu peu1 il avait paru un homme assez rpugnant aux nouveaux publics4 ,je donnai cette explication que cela tenait tout simplement ce que1 depuis l'apparition du ,demi-,monde1 le mariage avait t aboli4 ,quand le mariage indissoluble existait1 c'tait une chose si redoutable1 si funeste1 que d'pouser une courtisane qui devait garder votre nom toute sa vie1 qu'avertir celui qui allait faire cette sottise tait honnte en somme1 quoique inquitant4 ,mais1 du moment que le mariage n'est qu'une union libre lgale1 se marier avec une courtisane qu'on pourra quitter ds qu'on saura qu'elle l'est et qui ne gardera pas votre nom1 est une chose si peu grave1 si peu importante1 un incident dsagrable1 mais si peu funeste1 dans la vie1 qu'avertir cet homme n'est plus qu'une goujaterie inutile1 n'est plus aucunement excusable4 ,et donc1 les publics des deux temps avaient raison4 ,l'exemple me semble topique4 ,le mariage indissoluble est une chose terriblement grave et qui donne de la gravit ceux qui le contractent4 ,le mariage dissoluble est chose lgre et qui donne de la lgret ceux qui le contractent1 ou qui leur laisse celle qu'ils avaient4 ,or cette mentalit srieuse1 c'est prcisment celle que la socit dsire qu'aient les citoyens et par le mariage indissoluble elle la leur inspire4 ,elle fait le mariage indissoluble1 non pour lui-mme1 ayant plutt intrt son contraire1 mais pour prparer l'tat d'me que le mariage indissoluble cre et dont elle a besoin plus peut-tre que d'autre chose4 ,montesquieu 7dans les ,persanes1 il est vrai7 est lger sur ce sujet4 ,le divorce tait permis dans la socit paenne2 il fut dfendu aux chrtiens4 ,ce changement1 qui parut d'abord de si petite consquence parut-il tel et pourquoi8 passons eut insensiblement des suites terribles et telles qu'on peut peine les croire4 ,on ta non seulement toute la douceur du mariage mais aussi on donna atteinte sa fin2 en voulant resserrer ses nuds on les relcha1 et au lieu d'unir les curs1 comme on le prtendait1 on les relcha pour jamais444 ,on voulut fixer le cur2 c'est--dire ce qu'il y a de plus variable et de plus inconstant dans la nature3 on attacha sans retour et sans esprance des gens accabls l'un de l'autre et presque toujours mal assortis1 et l'on fit comme ces tyrans qui faisaient lier des hommes vivants des corps morts4 ,rien ne contribuait plus l'attachement mutuel que la facilit du divorce2 un mari et une femme taient ports souffrir patiemment les peines domestiques1 sachant qu'ils taient matres de les faire finir et ils gardaient souvent ce pouvoir en main toute leur vie sans en user1 par cette seule considration qu'ils taient srs de pouvoir le faire444 ,il n'en est pas de mme des chrtiens que leurs peines prsentes dsesprent pour l'avenir4 ,ils ne voient dans les dsagrments du mariage que leur dure et1 pour ainsi dire1 leur ternit4 ,de l viennent les dgots1 les discordes1 les mpris2 et c'est autant de perdu pour la postrit4 ,a peine a-t-on trois ans de mariage qu'on en nglige l'essentiel2 on passe ensemble trente ans de froideur#aj4 ,il se forme des sparations intestines aussi fortes et peut-tre plus pernicieuses que si elles taient publiques2 chacun vit et reste de son ct1 et tout cela au prjudice des races futures4 ,bientt un homme1 dgot d'une femme ternelle1 se livre aux filles de joie1 commerce honteux et si nuisible la socit1 lequel1 sans remplir l'objet du mariage1 n'en reprsente tout au plus que les plaisirs4 ,il ne faut donc pas s'tonner si l'on voit chez les chrtiens tant de mariages fournir un si petit nombre de citoyens4 ,le divorce est aboli2 les mariages mal assortis ne se raccommodent plus ne se rparent plus par le fait d'en contracter d'autres2 c'est mal crit1 les femmes ne passent plus1 comme chez les ,romains1 successivement dans les mains de plusieurs maris1 qui en tiraient chemin faisant le meilleur parti possible444 ,si ,lacdmone il avait t tabli que les maris changeassent de femme tous les ans1 il en serait n un peuple innombrable4 ,il est assez difficile de faire bien comprendre la raison qui a port les chrtiens abolir le divorce444 #aj ,on voit d'o vient 7peut-tre7 le mot de ,taine1 si joli du reste3 ,on s'tudie trois semaines1 on s'aime trois mois1 on se querelle trois ans1 on se supporte trente ans1 et les enfants recommencent4 ,la part faite de la plaisanterie1 du badinage et du paradoxe1 il reste de ce passage que ,montesquieu3 #a considre l'union libre comme plus productrice de fidlit que le mariage2 #b considre surtout la multiplicit des enfants4 ,sur le premier point il se rfute lui-mme--en prend-il le soin8 on le dirait--en nous parlant de ces ,romains qui changeaient de femmes avec tant de facilit et si frquemment4 ,s'il est vrai qu'tre matre de faire finir les peines du mariage et savoir qu'on en est matre porte les soutenir patiemment1 comment ces ,romains ne restaient-ils pas toute leur vie sans user du divorce2 comment usaient-ils si volontiers et si souvent de ce remde qu'il suffirait1 selon ,montesquieu1 de possder pour n'avoir nulle envie de s'en servir8 ,la vrit est que l'union libre ne pousse pas plus la fidlit et la constance que le mariage1 et que1 malgr l'esprit de contradiction humain1 il ne suffit pas de pouvoir se quitter pour rester ensemble4 ,quant aux enfants1 il est bon de considrer les enfants faire1 mais il est bon de considrer aussi les enfants lever1 et ,montesquieu1 ou1 si l'on veut1 son ,persan1 ne considre les enfants qu' ce premier point de vue4 ,qu'il y en ait beaucoup1 normment1 innombrablement1 c'est quoi il attache exclusivement sa pense1 et qu'ils soient quasi abandonns1 abandonns tout fait1 la charge de l'tat1 mal levs1 destins par leur ducation devenir des outlaw1 c'est de quoi il ne se proccupe pas4 ,or la question la plus importante dans le divorce1 c'est la question de l'enfant dans le divorce4 ,beaucoup plus srieux dans l',esprit des ,lois1 7puisque ,montesquieu n'a crit l',esprit des ,lois que pour reprendre toutes les questions traites dans les ,persanes et pour montrer qu'elles pouvaient tre ennuyeuses71 ,montesquieu y accepte le divorce sans en faire l'loge4 ,surtout il montre une dfiance trs grande l'gard de la rpudiation1 si joliment dcore de nos jours du nom de divorce par consentement d'un seul1 et qui n'est pas autre chose qu'un acte de sauvagerie4 ,surtout il se montre contraire la rpudiation de la femme par le mari et favorable la rpudiation du mari par la femme1 ce qui me parat le bon sens mme3 ,il est quelquefois si ncessaire aux femmes de rpudier et il leur est toujours si fcheux de le faire que la loi est dure qui donne ce droit aux hommes sans le donner aux femmes4 ,entre les mains de l'homme1 la rpudiation n'est qu'un nouvel abus de sa puissance4 ,mais une femme qui rpudie n'exerce qu'un triste remde4 ,c'est toujours un grand malheur pour elle d'tre contrainte d'aller chercher un second mari quand elle a perdu la plupart de ses agrments chez un autre444 ,c'est donc une rgle gnrale que dans tous les pays o la loi accorde aux hommes la facult de rpudier elle doit aussi l'accorder aux femmes4 ,il y a plus3 dans les climats o les femmes vivent sous un esclavage domestique1 il semble que la loi doive permettre aux femmes la rpudiation et aux maris seulement le divorce c'est--dire1 d'aprs la dfinition que ,montesquieu donne plus haut du divorce1 la dissolution du mariage par consentement mutuel3 au mari le droit de rpudier si la femme y consent2 la femme le droit de rpudier sans le consentement du mari4 ,et cela me parat tout fait conforme la justice4--,a moi aussi4 ,pour revenir1 la socit se trouve donc en prsence de cette antinomie3 le divorce1 qui certainement lui est utile1 et l'indissolubilit du mariage1 qui lui est utile certainement2 le divorce qui1 certains gards1 dissolvant la famille et par suite la socit1 est trs funeste la socit2 l'indissolubilit du mariage qui1 gtant la famille et par suite la socit1 est trs funeste la socit4 ,dans cet embarras1 la socit fait comme elle peut4 ,en principe1 elle est surtout favorable l'indissolubilit du mariage1 mme chez les ,romains1 mme chez tous les anciens1 parce que cette mentalit de l'homme et de la femme maris indissolublement est surtout ce qu'elle considre1 et avec une extrme bienveillance4 ,ce prjug de la fatalit de l'union conjugale1 c'est elle qui l'a fait pour donner l'poux cet tat d'me srieux et grave qui en fait un homme prpar accepter tous les devoirs2 en un mot1 c'est elle qui a mis le devoir dans l'union conjugale pour bnficier d'une me ainsi prpare d'autres devoirs et tous4 ,c'est cela1 sans aucun doute pour moi1 que la socit considre le plus et cause de cela elle est trs particulirement favorable au mariage indissoluble4 ,mais les raisons qu'elle aurait d'accepter au moins le divorce et l'intrt qu'elle aurait l'admettre et encore la considration des conjoints1 dcidment trop malheureux dans certains cas1 la touchent aussi2 d'autant que1 mme au point de vue social1 il ne faut pas qu'il y ait des individus trop malheureux qui peuvent devenir des criminels4 ,de tout cela il suit que la socit finit toujours par permettre le divorce en l'entourant de garanties1 c'est--dire de difficults1 ceci tant ncessaire que le divorce ne soit qu'une extrmit1 non un caprice1 et que deux poux1 surtout s'ils sont pre et mre1 ne se sparent que quand il y a apparence qu'ils ne peuvent tre que spars ou meurtriers ou suicids4 ,les anciennes lois romaines n'avaient permis la rpudiation 7sauf le cas d'adultre1 de tentative de meurtre et de falsification des clefs7 qu' la condition que le mari donnt la moiti de ses biens sa femme et l'autre moiti ,crs4 ,voil ce qui s'appelle un frein4 ,ce frein fut t plus tard1 et l'on ne voit pas que la ,rpublique ni l',empire aient eu beaucoup se louer de cette mesure librale4 99 99 99 99 99 ,en face de l'adultre la socit se trouve dans une position analogue celle o elle se trouve relativement au divorce4 ,l'adultre relche le lien familial et le fortifie2 l'adultre diminue le nombre des enfants et l'augmente4 ,il relche le lien familial2 cela a peu besoin d'tre expliqu2 il l'augmente dans beaucoup de cas1 parce qu'il est comme une soupape de sret1 comme une diversion utile1 le mari adultre ayant moins de raison de trouver sa femme insupportable et d'avoir de la mauvaise humeur contre elle et tant comme un prisonnier qui aurait la libert de se promener quelques heures par jour et qui1 par consquent1 ne trouverait pas sa prison trop odieuse quand il y rentrerait2 la femme adultre tant dans les mmes conditions et n'ayant plus dans son mari qu'un compagnon et non un gelier4 ,il arrive trs souvent que les mnages o les deux conjoints pratiquent l'adultre sont pleins de douceur et de bonne grce et que l'adultre se trouve tre un moyen qu'ont pris les conjoints pour n'avoir point besoin du divorce et pour ne point le dsirer4 ,d'autre part1 l'adultre augmente le nombre des enfants1 le mari adultre portant des enfants dans un mnage o le dgot mutuel des conjoints ferait qu'il n'y en et plus2 et l'adultre de la femme apportant des enfants dans une maison o le dgot mutuel des conjoints ferait qu'il ne s'en produist plus4 ,mais l'adultre diminue le nombre des enfants1 les adultres1 femme chez un autre que son mari1 mari chez une autre que sa femme1 ayant souvent d'importantes raisons de prendre tous les moyens possibles de n'en point faire natre2 la femme adultre se trouvant1 au point de vue de la natalit1 dans les mmes conditions que la courtisane2 le mari adultre se trouvant chez la femme adultre dans les mmes conditions que l'homme chez la courtisane proprement dite4 ,la socit1 devant ce phnomne si complexe de l'adultre1 se trouve donc dans une sorte de perplexit4 ,elle se range gnralement du ct de cette ide3 l'adultre considr comme elle nuisible4 ,d'abord parce que trs longtemps rgne en elle le prjug de l'homme propritaire de la femme1 ce qui est absurde1 car l'homme n'est propritaire que de la femme qui l'aime exclusivement--dans ce cas1 la vrit1 il l'est bien--et la femme n'est propritaire que de l'homme qui l'aime exclusivement1 et dans ce cas1 la vrit1 elle l'est bien2 mais1 ce qui est une survivance trs naturelle de l'tat primitif4 ,ensuite parce que la socit considre1 peut-tre avec raison1 que l'adultre empche de natre plus d'enfants qu'il n'en produit1 l'homme adultre en produisant peu chez la femme adultre et l'homme forc de n'tre pas adultre en produisant encore chez lui1 malgr le dgot1 par impossibilit d'en produire ailleurs2 et la socit joue ici1 dans son intrt1 le rle d'une divinit proliphile qui ferait des conjoints des amants malgr eux4 ,enfin parce que la socit se persuade1 peut-tre avec raison1 que d'imposer aux poux la ncessit conjugale cre en eux une mentalit impliquant l'ide de l'amour conjugal tenu pour un devoir2 et les expressions un peu ridicules1 mais trs sociales1 de devoir conjugal 7celle-ci usite depuis trs longtemps7 et de le mari doit sa femme l'amour444 7celle-ci rcemment propose71 sont des signes peut-tre divertissants1 mais trs caractristiques1 de cette manire de voir4 ,somme toute1 la socit rprime ou veut rprimer trs nergiquement l'adultre4 ,elle est si dcide sur ce point qu'elle veut1 ,rome--ce que ,m4 ,paul ,adam demandait rcemment qui ft mis dans la loi moderne--que l'adultre soit poursuivi par publique accusation1 par le ministre public2 c'est--dire que1 le mari1 soit ignorance1 soit tolrance1 ne poursuivant pas1 la socit poursuive4 ,montesquieu approuve cette faon d'agir3 ,la loi romaine1 qui voulait que l'accusation de l'adultre ft publique1 tait admirable pour maintenir la puret des murs4 ,elle tait admirable1 soit que1 dans une rpublique1 une si grande violation de murs intresst le gouvernement2 soit que le drglement de la femme pt faire suspecter celui du mari2 soit enfin que l'on craignt que les honntes gens mme n'aimassent mieux cacher ce crime que le punir1 l'ignorer que le venger4 ,je retiens seulement ceci que1 soumettant l'adultre l'accusation publique1 la socit proclamait que l'adultre est un crime comme le vol ou le meurtre1 un crime contre la socit tout entire1 un crime qui intresse non quelqu'un1 mais tout le monde et dont par consquent la socit doit connatre4 ,mais 7quoique ,sixte-,quint ait voulu faire revivre1 en partie et d'une faon dtourne1 l'accusation publique de l'adultre en dcrtant qu'un mari qui n'irait point se plaindre lui des dbauches de sa femme serait puni de mort7 l'accusation publique de l'adultre fut assez vite abandonne4 ,la loi ,julia ordonna qu'on--qu'un dlateur--ne pt accuser une femme d'adultre qu'aprs avoir accus son mari de favoriser ses drglements1 ce qui1 excluant de l'affaire le plus grand nombre des cas1 savoir les maris qui taient tromps sans le savoir1 fit tomber en dsutude cette procdure4 ,montesquieu dit ce propos3 ,on pouvait craindre qu'un malhonnte homme1 piqu des mpris d'une femme1 indign de ses refus1 outr de sa vertu mme1 ne formt le dessein de la perdre4 ,et c'est ce que pensait ,constantin quand il disait ce propos3 ,c'est une chose indigne que les mariages tranquilles soient troubls par l'audace des trangers4 ,cette objection n'est pertinente que dans l'hypothse d'une action introduite par un dlateur2 mais il suffisait de dcider que l'action contre l'adultre ne pourrait tre introduite que par le prteur1 que par l'autorit publique4 ,la vrit est que la socit1 tant qu'elle a admis et voulu l'accusation publique de l'adultre1 considrait l'adultre comme un crime public2 et que plus tard elle l'a considr comme un crime priv1 n'intressant qu'un particulier1 lequel n'est condamnable que moralement de le tolrer et n'est pas condamnable du tout s'il l'ignore4 ,dclin1 relchement de l'instinct social1 qu'il se trompe du reste sur ce qui lui importe ou qu'il ait raison2 mais dclin et relchement de l'instinct social4 ,quand ,m4 ,paul ,adam veut ressusciter cette procdure1 il est homme social par excellence1 tenant l'adultre pour un si grand crime envers tous que1 pour le rprimer1 il ne faut pas craindre d'ouvrir les yeux et de percer le cur de celui-l mme envers qui1 particulirement1 il est commis2 qu'il ne faut pas craindre1 pour punir le coupable1 de meurtrir aussi l'offens4 ,c'est le mme esprit d'intrt social qui a maintenu jusqu' nos jours1 dans le code mme1 la peine de mort contre l'adultre surpris en flagrant dlit4 ,le code ne la prescrit pas1 mais il l'admet4 ,il inscrit que1 quand le mari surprend sa femme en flagrant dlit d'adultre1 le meurtre de la femme et de l'amant est excusable4 ,ce n'est pas une prescription1 mais c'est un encouragement2 car si un homme naturellement port par sa passion1 quelquefois par son intrt1 tuer1 vous dites1 avec votre autorit de lgislateur1 qu'il est excusable de le faire1 vous ajoutez sa passion et son intrt une sorte de mobile lgal1 vous l'autorisez1 vous faites qu'il se considre comme un justicier1 comme un agent de la loi et qu'il se tiendrait pour mauvais citoyen par faiblesse s'il n'tait pas meurtrier4 ,ainsi la socit a maintenu la peine de mort contre l'adultre dans certains cas limitativement spcifis1 en confiant l'offens le soin et l'honneur de l'appliquer4 ,si la peine de mort tait abolie1 les maris tromps seraient les seuls en ,france qui restassent investis du droit de la dcrter et aussi de la faire subir4 ,il n'y aurait d'excuteurs des hautes uvres que les maris1 sur mandat donn par eux-mmes4 ,cela marque combien la socit considre encore l'adultre comme le plus grand des crimes4 ,seulement elle est reste trs singulire dans sa faon de considrer l'adultre selon les sexes4 ,elle punit l'adultre fminin o qu'il soit commis1 elle ne punit l'adultre masculin que s'il est commis au domicile conjugal4 ,elle excuse le mari qui tue sa femme surprise par lui en flagrant dlit d'adultre2 elle n'excuse pas la femme qui tue son mari dans le mme cas4 ,elle tient1 trs videmment1 l'adultre masculin comme beaucoup moins grave que l'adultre fminin4 ,cette singularit doit trouver elle-mme son explication4 ,il me semble que l'explication est celle-ci4 ,voulant la famille1 la maison1 chaste1 austre et rgle 7casta domus71 la socit se place1 pour ainsi parler1 dans cette maison et dit3 ,j'en carterai tout ce qui est impur4 ,l'adultre de la femme1 mme commis au dehors1 parce qu'il apporte des enfants adultrins ici1 je le frapperai4 ,l'adultre du mari1 s'il est commis ici1 je le frapperai4 ,l'adultre du mari commis au dehors1 s'il est commis avec une femme marie1 je le frapperai sur la personne de cette femme marie1 car je suis aussi dans la maison de cette femme marie et je protge cette maison-l comme celle-ci4 ,l'adultre du mari commis avec une femme qui n'est pas marie1 je ne le frapperai nullement1 car il n'intresse ni cette maison ni une autre1 ni cette famille ni une autre2 il a t commis in domo nullius ou in domo omnium2 il est une faute morale1 non un crime social2 il n'intresse pas la socit4 ,dans cette pense1 je frappe toujours la femme1 soit par la main du mari1 soit par la mienne2 je ne frappe le mari que dans certains cas4 ,voyez l-dessus un passage de ,montesquieu1 peu connu1 parce qu'il est un endroit o on ne le chercherait gure#aa et qui est extrmement significatif1 qui rsume l'esprit juridique de la socit pour ce qui est de sa partialit l'gard de la femme4 ,la loi romaine1 admettant la demande de divorce faite par le mari pour infidlit de la femme1 n'admettait pas la demande de divorce faite par la femme pour infidlit du mari2 l'glise admettait la demande de sparation dans les deux cas2 les lois franaises que connaissait ,montesquieu n'admettaient que la demande de sparation faite par le mari pour infidlit de la femme4 ,raisonnement de ,montesquieu sur ces disparates4 ,comme le mari peut demander la sparation cause de l'infidlit de sa femme1 la femme la demandait autrefois 7au moyen ge1 ,beaumanoir1 ,coutume du ,beauvoisis7 cause de l'infidlit du mari4 ,cet usage1 contraire la disposition des lois romaines1 s'tait introduit dans les cours d'glise o l'on ne voyait que les maximes du droit canonique et1 effectivement1 ne regarder le mariage que dans les ides purement spirituelles et dans le rapport aux choses de l'autre vie1 la violation est la mme4 ,mais les lois politiques et civiles de presque tous les peuples ont avec raison distingu ces deux choses4 ,elles ont demand des femmes un degr de retenue et de continence qu'elles n'exigent pas des hommes1--parce que la violation de la pudeur suppose dans les femmes un renoncement toutes les vertus2--parce que la femme1 en violant les lois du mariage1 sort de l'tat de sa dpendance naturelle2--parce que la nature a marqu l'infidlit des femmes par des signes certains2--outre que les enfants adultrins de la femme sont ncessairement au mari et la charge du mari1 au lieu que les enfants adultrins du mari ne sont pas la femme ni la charge de la femme4 #aa ,esprit1 ,,xxvi1 #ai4 ,montesquieu a mis ici1 avec sa clart ordinaire1 toutes les raisons pourquoi la socit est plus svre la femme coupable qu'au mari coupable2 et elles me paraissent toutes rationnellement fausses1 toutes socialement plausibles4 ,reprenons3 7#a7 ,en quoi la violation de la pudeur suppose-t-elle dans les femmes un renoncement toutes les vertus8 ,il n'y a rien de moins prouv ni de plus dmenti par les faits4 ,il y a des femmes qui ont renonc la pudeur et qui n'ont renonc aucune autre vertu3 ,parce que je suis courtisane1 disait cette dame1 que cite ,montaigne1 faut-il aussi que je sois punaise82--et il y a des femmes trs parfaitement chastes qui1 de toutes les vertus1 n'ont que celle-ci4 7#b7 ,la femme1 en violant les lois du mariage1 sort de l'tat de sa dpendance naturelle2 oui1 mais en quoi cette dpendance est-elle naturelle et qui a dit que l'homme ft seigneur et la femme serve8 ,la nature n'indique qu'une chose1 c'est qu'ils doivent tre associs4 7#c7 ,la nature a marqu l'infidlit de la femme par des signes certains4 ,quels signes marquant l'infidlit de la femme1 plus certains que ceux qui marquent l'infidlit des hommes8 ,les enfants8 ,alors la femme qui est infidle sans concevoir est hors de cause4 7#d7 ,les enfants adultrins de la femme sont au mari et la charge du mari4 ,mais les enfants que fait le mari hors de sa maison sont la charge de sa femme6 ,oui bien2 ils sont la charge de sa femme1 parce qu'une partie de la fortune du mari ou de ce qu'il gagne va eux2 ils sont la charge de sa femme parce que1 du moment qu'il a fait des enfants ailleurs1 le mari s'abstient d'en faire la maison1 ce qui prive la femme d'une joie aujourd'hui et d'un soutien plus tard4 ,il n'y a rien de plus onreux la femme1 moralement et matriellement1 que les enfants extrieurs du mari4 ,rien de tout cela ne tient debout4 ,mais1 socialement1 tout cela se tient assez bien4 7#a7 ,la violation de la pudeur chez les femmes suppose le renoncement toutes les vertus en ce sens que la socit a limit la pudeur toutes les vertus des femmes2 elle ne leur a demand que celle-ci parce que c'tait celle qui lui importait le plus4 ,cela est si vrai que le mot la vertu des femmes ne veut rien dire autre chose que la continence fminine4 ,or il est bien certain que si vous mettez toutes les vertus des femmes dans la pudeur1 quand elles ont perdu celle-ci elles les ont perdues toutes4 ,cela est mme un peu vrai1 un peu rel1 cause de l'invention sociale1 parce que la femme qui a perdu la pudeur n'a point du tout perdu ses autres vertus1 non1 mais ne trouve presque plus occasion de les exercer4 ,elle est outlaw2 elle est1 comme on dit1 en marge de la socit1 et la plupart des vertus s'exerant en commun ou avec un certain concert1 la femme outlaw peut difficilement pratiquer les vertus et ne semble pas les pratiquer1 d'o il suit qu'elle passe pour ne les pratiquer point4 ,et quand elle en pratique une qui peut tre pratique sans le concours de personne1 quand elle est bonne mre1 par exemple1 il y a un certain tonnement chez les nafs#ab4 #ab ,ou chez les sociaux intransigeants4 ,bonald3 ,n'en croyez pas les romans3 il faut tre pouse pour tre mre4 ,ajoutez que l'opinion ayant une grande puissance et ceci tant trs vrai qu'en attribuant des vices quelqu'un on les lui donne1 beaucoup de femmes irrgulires perdent en effet les vertus qu'elles avaient et que l'opinion gnrale n'admet pas qu'elles aient4 ,c'est ce qui fait que ,montesquieu n'est pas dans le faux comme sociologue quand il crit 7trs loin du passage prcdemment cit1 ,,vii1 #i7 ,il y a tant d'imperfections attaches la perte de la vertu chez les femmes1 toute leur me en est si fort dgrade1 ce point principal t en fait tomber tant d'autres1 que l'on peut regarder dans un tat populaire l'incontinence publique comme le dernier des malheurs444 7#b7 ,la femme1 en violant la loi du mariage1 sort de l'tat de sa dpendance naturelle4--,elle sort de l'tat de sa dpendance sociale4 ,elle peut rester l'associe de son mari2 elle peut rester trs dpendante de lui pour ce qui est de toute l'administration domestique2 seulement elle est sortie de sa dpendance sociale en niant par le fait qu'elle ft sa chose2 ou1 et bien plutt1 qu'elle ft sa personne1 la personne dont il est l'me1 ce qui1 au point de vue social1 est tenu pour ncessaire1 la famille n'existant plus1 la maison n'existant plus si elle n'a plus son unit1 et dans la personne de qui8 de celui des deux qui est citoyen4 ,quand nous demandons le suffrage politique pour les femmes1 on nous dit3 ,prenez garde3 se considrer comme pouvant avoir une opinion politique diffrente de celle de leur mari1 elles seront amenes se considrer comme pouvant avoir toute une morale autre que la sienne et qui n'aura aucun compte lui rendre4 ,conception suranne et gnralisation abusive1 mais qui ressortissent trs bien l'instinct social tel qu'il existe gnralement3 la femme doit avoir son me dans le cerveau de son mari2 elle ne doit pas avoir une me particulire4 7#c7 ,les enfants adultrins de la femme sont la charge du mari4--,et les enfants adultrins du mari sont la charge de sa femme1 nous le savons trs bien1 dit la socit2 mais les choses sont trs ingales2 ce qui importe1 c'est qu'il n'y ait pas de btards dans la maison du citoyen1 de btards peut-tre fils d'tranger1 peut-tre fils d'esclave1 qui n'auront pas dans le sang les traditions1 les murs1 l'me de la maison1 qui seront de race basse et qui sigeront au ,snat ou qui voteront au ,comitium comme des patriciens ou comme des hommes libres4 ,que les enfants extrieurs du mari1 ns d'une courtisane1 suivent leur chemin aux bas cts de la socit2 mais que les enfants extrieurs de la femme ns on ne sait de qui1 ne s'installent pas dans la maison1 qui est une cellule sociale4 99 99 99 99 99 ,on voit qu'une socit1 et particulirement une socit aristocratique1 a toutes ses raisons1 tout compte fait1 pour favoriser le mariage1 pour repousser le divorce1 pour tre trs dure pour l'adultre1 pour tre trs svre pour les btards et pour entourer le mariage indissoluble1 ou trs peu prs indissoluble1 d'une aurole1 d'un prestige qui crent une opinion1 qui crent une mentalit particulire4 ,la socit dmocratique n'a plus qu'une partie de ces raisons et devient favorable au divorce1 indulgente l'adultre1 condescendante la btardise1 moins jalousement protectrice de la famille4 ,,chapitre ,,xii ,,la ,,propri,t ,si nous avons vu l'instinct social pouvant hsiter sur la question du mariage indissoluble et sur les questions connexes1 il me semble que nous devons le voir hsitant bien plus sur la question de la proprit individuelle4 ,ici il a affaire un instinct antrieur lui qu'il ne sait pas s'il doit combattre et dtruire1 ou absorber pour le transformer1 comme il a fait l'instinct religieux4 ,l'homme qui a une proprit y tient de toute son me et ce n'est que pour la garder1 c'est bien clair1 qu'il s'est associ d'autres propritaires1 qu'il a dsir et accept l'tat social4 ,la socit est ne de la proprit menace par la guerre4 ,mais une fois la socit faite et toute-puissante1 a-t-elle intrt ce que l'instinct propritiste reste ce qu'il est ou ce qu'il se transforme en un amour de la proprit collective1 de la proprit non plus seulement protge1 mais possde par l'tat lui-mme8 ,la socit se dit1 assez naturellement1 que son intrt serait que la proprit ft collective1 que la proprit ft sociale4 ,l'tat1 possdant tout1 rglerait d'une faon ordonne1 prcise1 bien concerte1 bien pertinente aux besoins1 bien mthodique1 l'exploitation de tout4 ,il en rsulterait pour tous et chacun le plus grand bien humainement ralisable4 ,ou je me trompe1 ou c'est ainsi que l'instinct social raisonne sur cette affaire ds qu'il existe1 et il doit s'efforcer de substituer l'amour de la proprit individuelle un prjug social en faveur de la proprit collective4 ,seulement il n'y russit quasi jamais4 ,les exemples qu'on nous donne de proprit collective chez les peuples anciens sont trs rares et encore sont presque tous trs peu tablis4 ,ici la socit rencontre sa limite1 savoir l'individualisme1 l'tat de rempart presque inexpugnable4 ,elle doit se dire3 ,ils tiennent donc leurs proprits plus qu' leur vie1 puisque je les ai amens mourir pour la patrie et que je ne puis pas les amener se dpouiller de leurs biens pour la patrie8 ,c'est presque cela4 ,il en est de la communaut des biens trs peu prs comme de la communaut des femmes2 chaque homme veut avoir son bien1 en profitant quelquefois en cachette de celui des autres2 mais ne peut pas comprendre le plaisir qu'il y aurait possder collectivement la proprit de tous4 ,c'est ici1 famille particulire1 proprit particulire1 le dernier retrait1 le fort de l'individualisme1 o il se dfend prement4 ,pourquoi8 ,on peut trs srieusement se le demander4 ,pour la famille individuelle1 non pas trs srieusement2 car on peut considrer comme irrductible le sentiment naturel qui porte un homme dsirer des enfants dont il soit trs probablement le pre2 et non des enfants qui1 tant de tous1 ne l'intressent point1 quoique tant aussi de lui4 ,pour la proprit individuelle on peut se demander pourquoi elle est aime d'un amour si pre4 ,il y a l un prjug singulier4 ,l'homme croirait-il que la proprit le fait indpendant1 augmente son indpendance8 ,c'est le contraire4 ,nietzsche dit trs bien3 ,c'est la proprit qui possde4 ,ce n'est que jusqu' un certain degr que l'homme riche est plus indpendant et plus libre2 un chelon de plus1 et la proprit devient le matre1 le propritaire l'esclave2 il faut1 du moment qu'il possde1 qu'il sacrifie son temps1 sa mditation1 pour engager des relations1 s'attacher un lieu1 s'incorporer un tat1 tout cela peut-tre l'encontre de ses besoins intimes et essentiels4 ,je ne sais pas pourquoi ,nietzsche dit3 ,ce n'est que jusqu' un certain degr que444 et croit possd par la proprit seulement le grand propritaire4 ,tout homme qui possde est possd1 ne possdt-il qu'un trou de lzard2 tout homme qui regarde l'indpendance comme le plus grand bien se garde soigneusement d'tre propritaire2 il se borne amasser un mdiocre pcule pour sa vieillesse et l'tablissement de ses enfants1 sous forme1 par exemple1 d'une assurance et ne va pas au del1 sachant bien que se faire propritaire foncier1 c'est1 au mtier qu'on exerce1 en ajouter un autre trs pnible1 plein de soins et de tracas1 ce qui est une singulire manire de se faire indpendant2 que mme le possesseur de valeurs immobilires a des soucis de placement de fonds2 que dans tous les cas il y a une administration dont on se charge et qu'on superpose ses autres travaux4 ,ce n'est donc pas du tout1 moins d'une erreur invraisemblable1 la volont d'indpendance qui pousse possder2 c'est la volont de puissance4 ,on veut possder pour se sentir agrandi4 ,on veut possder pour tre plus que soi1 pour tre plus d'un4 ,le propritaire est heureux de voir des hommes travailler pour lui sur ses terres4 ,pour lui n'a absolument aucun sens2 car ils travaillent pour vivre1 et lui1 de ce qu'ils travaillent1 ne vit pas davantage4 ,mais il y a l une fiction2 c'est son profit que ces gens semblent travailler et il jouit de cette fiction1 encore qu'en dernire analyse1 de ce qu'ils travaillent censment pour lui1 il n'en rsulte pour lui que soucis et tracas4 ,le propritaire de valeurs immobilires est heureux d'avoir un nombreux domestique4 ,ces gens-l le servent4 ,il en est agrandi1 augment2 il est plus d'un4 ,le servent n'a aucun sens2 car ils ne le servent point2 ils font partie seulement d'une administration complique qu'il a cre autour de lui et qui l'encombre et o il est emptr4 ,mais il y a l une fiction2 ces gens-l semblent le servir et il jouit de cette fiction1 encore qu'en dernire analyse il n'a invent pour lui qu'une faon plus embarrasse et par consquent plus difficile de vivre1 ce qui est s'asservir et non se librer4 ,c'est donc la seule volont de puissance1 la seule volont d'agrandissement du moi qui pousse l'homme s'enrichir et possder4 ,mais cette volont est terrible1 magnifique1 formidable et invincible4 ,je le pense bien2 c'est une forme ou plutt une excroissance de la volont de vivre4 ,le malade ne demande qu' vivre moiti2 le proltaire ne demande qu' vivre mdiocrement2 l'homme qui vit aisment souhaite possder1 c'est--dire vivre d'une vie qui lui semble plus large1 plus grande1 plus tendue1 qui lui parat tenir plus de place au soleil4 ,on n'a pas remarqu1 je crois1 l'analogie du dsir des richesses avec le dsir de la vie future4 ,elle est frappante4 ,l'ambitieux de vie future veut prolonger sa vie dans le temps1 l'ambitieux de biens terrestres veut largir sa vie dans l'espace2 et c'est bien pour cela que1 sinon toujours--car l'homme est insatiable--du moins souvent1 l'homme qui croit fortement la vie future a peu de souci des biens terrestres et que l'homme qui veut s'largir dans l'espace est tout de suite souponn1 et trs raisonnablement1 de ne pas croire beaucoup sa prolongation dans l'ternit4 ,quoi qu'il en soit1 l'homme dsire passionnment possder1 c'est--dire mettre son nom sur un certain nombre de choses et de gens qui ne lui appartiennent pas1 mais qui paratront ainsi lui appartenir4 ,la socit s'aperoit trs bien que ce penchant est invincible et indracinable4 ,quelquefois elle essaye de l'extirper1 au moins partiellement4 ,elle tablit1 comme ,sparte1 le partage gal des terres1 et c'est--dire qu'elle satisfait l'instinct propritiste en en tant le plaisir de possder plus qu'un autre1 ce qui est videmment son plus grand plaisir4 ,elle imagine dans la ,rpublique de ,platon une nation o au moins les aristocrates ne possderaient rien qu'en commun1 et c'est--dire qu'elle veut dgrader l'instinct propritiste1 le ravaler1 le laisser ddaigneusement la plbe1 en faire un instinct strictement populaire2 ce qu'au fond il est un peu2 car l'homme suprieur sait la vanit de la proprit et ne tient pas possder4 ,elle inspire la conception conventuelle1 par laquelle un certain nombre d'individus prennent leur plaisir possder en commun sans rien possder individuellement1 et cette conception est exactement celle des aristocrates de ,platon2 les moines ont un instinct social trs nergique1 qui leur persuade que le plaisir et l'orgueil de possder peuvent tre collectifs et que la joie de dire3 ,ceci est moi peut subsister en se convertissant en la joie de dire3 ,ceci est nous4 ,enfin1 presque en tous les temps1 la socit rve de proprit non personnelle1 non conventuelle aussi1 mais nationale1 et imagine avec plaisir une nation o personne ne possderait rien et o tout le monde possderait tout1 ce qui d'une part raliserait l'galit1 d'autre part mettrait de l'ordre et de la rgularit dans l'exploitation des biens possds4 ,la socit1 jusqu' nos jours du moins1 choue toujours dans ces projets4 ,elle se heurte l'instinct1 qui semble inexpugnable1 de proprit personnelle et familiale4 ,l'tat familial1 sur ce point1 survit travers l'tat social4 ,la proprit n'est pas autre chose que l'individualisme doubl de l'instinct familial1 restant intact et se dfendant au milieu de la socit1 qui sur tant d'autres points l'a dompt1 asservi ou transform4 ,alors1 je veux dire dans ces conditions1 qui semblent ternelles1 la socit cde l'instinct individuel et familial2 mais1 comme toujours1 y cde en le tournant autant qu'elle peut son profit et1 sinon1 cette fois1 en le transformant1 du moins en le modifiant4 ,elle se dit que la proprit individuelle n'est peut-tre pas aussi antisociale qu'on est dispos le croire au premier abord2 que peut-tre mme elle est favorable la socit2 que l'ambition de possder tire de l'individu tout ce qu'il peut avoir et donner d'nergie2 que1 si l'exploitation individuelle du sol est videmment dsordonne1 irrgulire et anarchique1 l'exploitation nationale pourrait bien tre nonchalante1 passive et inerte et qu'il y aurait exactement les mmes diffrences entre celle-l et celle-ci qu'entre le travail libre et le travail esclave2 et que par consquent ce que l'exploitation perd d'un ct1 elle le regagne de l'autre1 si tant est que l'avantage dfinitif ne soit pas du ct de l'exploitation individuelle1 malgr ses imperfections2 elle se dit surtout que la proprit1 si elle n'est pas trop considrable1 moralise l'homme au point de vue social1 l'attache sa patrie et au coin de sa patrie o il rside1 le stabilise1 le fait rgulier1 s'oppose ce qu'il peut avoir d'instincts nomades et aventureux et que ce sont l des bnfices sociaux trs considrables4 ,mais elle se dit aussi que moraliser et stabiliser une partie de la population1 celle qui aura su acqurir1 c'est dmoraliser et dstabiliser d'autant la partie de la population qui n'aura pas su acqurir et possder2 et1 sur toutes ces ides ensemble1 elle se fait un idal tout contraire celui que nous avons vu qu'elle caressait tout l'heure1 aussi goste du reste1 c'est--dire aussi fortement impos par l'instinct social4 ,elle dsire que tous les citoyens possdent ou que le plus grand nombre de citoyens possde4 ,elle fait des partages gaux de terres1 qui1 naturellement1 ne se maintiennent pas1 des possesseurs les uns perdant leurs biens par infriorit intellectuelle ou morale et les autres1 par supriorit intellectuelle ou morale1 augmentant les leurs2--elle fait de grands efforts pour que ces partages gaux se maintiennent cependant1 proposant 7,platon1 ,lois1 ,,xi7 qu'un pre ayant plusieurs enfants en choisisse un pour succder sa portion et donne les autres en adoption quelqu'un qui n'a point d'enfants1 afin que le nombre des citoyens soit toujours gal celui des partages2--elle propose 7,phalas de ,chalcdoine dans ,aristote1 ,politique1 ,,ii1 #g7 que les riches donnent des dots aux filles des pauvres2--lorsque la diffrence devient trop grande entre les fortunes des riches et les conditions des pauvres1 elle propose ou impose 7loi agraire7 un nouveau partage des terres1 ce qui est un expdient pour un nombre d'annes assez restreint2--elle s'attaque l'hritage3 tantt elle ne permet pas au citoyen de tester 7lois d',athnes antrieures ,solon7 pour que le partage gal entre les enfants diminue les parts1 ne permette pas que tombe aux mains d'un seul une part disproportionne1 conjure1 comme dit ,montesquieu1 la funeste diffrence entre la richesse et la pauvret2--tantt1 partage entre le sentiment de la libert individuelle et de l'intrt social1 elle restreint seulement la libert de tester et1 assurant aux enfants non favoriss par le testateur une portion lgale1 empche la portion du favoris d'tre trop forte2--tantt elle charge l'hritage d'une redevance si forte envers l'tat1 qu'elle l'annule en trois gnrations1 l'tat1 en ce laps de temps1 par ses reprises chaque dcs1 ayant absorb tout l'hritage primitif4 ,en un mot1 elle maintient et elle refoule la proprit individuelle2 elle la soutient et elle la rprime2 elle l'encourage et elle la ronge4 ,son objet1 ce nouveau point de vue qu'elle a adopt1 c'est beaucoup de petits propritaires et1 pour cela1 une loi de maximum sur les proprits4 ,tout citoyen pourra tre propritaire2 nul ne pourra possder plus de444 7chiffre fixer74 ,c'est le rve de ,rousseau dans sa constitution de ,pologne2 c'est1 toutes diffrences ngliges et en prenant la moyenne1 l'idal de tous les politiques de la ,rvolution franaise1 jusqu' ,babeuf exclusivement4 ,qu'est-ce dire8 ,que la socit1 ne pouvant pas extirper le prjug propritiste1 lui cde1 le trompe et le dtourne4 ,elle lui cde en lui permettant d'exister1 de se manifester1 de s'exercer4 ,elle le trompe en lui laissant croire qu'il s'exerce alors qu'il s'exerce peine1 un propritaire n'tant qu'un usufruitier et sa fortune1 tout compte fait1 appartenant l'tat beaucoup plus qu' lui1 beaucoup plus surtout qu' ses enfants pour qui il l'a acquise et la conserve4 ,elle le dtourne de son but1 sans qu'il s'en aperoive1 la soif d'acqurir dcuplant l'nergie de l'homme et lui faisant dployer des efforts qu'il croit qui sont son profit1 mais qui1 par les mesures qu'a prises l'tat1 n'ont d'effets rels que dans l'activit gnrale1 la production gnrale et la prosprit gnrale1 sans profits sensibles pour lui4 ,exciter la cupidit de l'homme pour que1 croyant travailler pour lui1 il travaille pour la socit1 c'est le jeu que la socit a fini par adopter relativement l'instinct propritiste4 ,la socit1 ici1 est un matre qui va la chasse aux truffes avec un animal familier et qui1 chaque truffe dcouverte1 lui donne un gland4 ,le propritisme est un prjug naturel que la socit1 ne pouvant dtruire1 a endigu et canalis4 ,une fois qu'elle l'a eu canalis solidement1 elle n'a plus eu intrt le dtruire et n'a plus eu intrt qu' l'encourager et l'activer4 ,elle l'a revtu alors de favorables noms et d'appellations logieuses4 ,elle le nomme pargne1 conomie1 esprit d'ordre1 esprit de prvoyance1 esprit de discipline envers soi-mme4 ,elle met la proprit au nombre des droits de l'homme et dclare sacres1 pour les individus1 ces proprits qu'elle ronge1 sape et mine sans cesse son profit4 ,elle est1 leur gard1 comme une fourmilire qui dfend nergiquement ses pucerons contre tous leurs ennemis1 la condition de les traire1 et que ses pucerons remercient de sa sollicitude avec une infinie reconnaissance4 ,cependant son rve primitif n'est pas dissip4 ,il ne l'est ni par les difficults de son excution1 ni par cette considration que le rgime actuel est peut-tre1 aprs tout1 le meilleur pour elle et le plus favorable pour elle4 ,il en est1 mutatis mutandis1 pour la socit1 de la proprit comme de la religion4 ,elle a tellement socialis la religion qu'elle pourrait tre satisfaite des rsultats obtenus2 il lui reste toujours ce regret que1 malgr tout1 la religion soit autre chose qu'elle1 que l'instinct religieux ne soit pas tout entier cr par elle1 sorti d'elle1 dcoulant d'elle1 ne soit pas elle-mme prise un certain point de vue4 ,de mme1 si socialise que soit la proprit1 si tromp et dtourn au profit de l'tat que soit l'instinct propritiste1 la socit regrette toujours que la proprit ne soit pas purement sociale4 ,a mesure que les socits deviennent plus dmocratiques1 une tendance sociale se manifeste1 plus accuse1 dans ce sens2 contrarie du reste par une autre4 ,une tendance sociale se manifeste dans ce sens1 parce que l'esprit d'galit s'est rpandu et que l'galit trouve son compte au nivellement des fortunes et ne le trouve mme complet que l4 ,cette tendance est contrarie par une autre1 parce que si la dmocratie statique veut le nivellement des fortunes1 la dmocratie en marche a pour premier geste de s'approprier des fortunes1 soit en les acqurant par le travail1 soit en se les adjugeant dans une crise sociale comme la ,rvolution franaise4 ,il en rsulte que les dmocraties modernes ne sont socialisatrices des proprits que partiellement1 non point unanimement4 ,c'tait la plbe romaine qui tait unanimement1 sinon socialisatrice des proprits1 ce systme n'tant point invent1 du moins unanimement agrarienne1 c'est--dire partagiste1 parce qu'elle n'avait rien2 et elle le fut1 comme le dit ,montesquieu1 continuellement1 aussi bien au temps de la frugalit1 de la parcimonie et de la pauvret qu'aux temps o le luxe des ,romains fut port l'excs4 ,dans les dmocraties modernes il n'y a pas de plbe1 il y a plusieurs plbes superposes les unes aux autres et les deux ou trois plbes suprieures1 plbes relativement ce qui est au-dessus d'elles1 bourgeoisies relativement ce qui est au-dessous1 dsireuses de partager quand elles lvent les yeux1 et rpugnant partager quand elles les baissent1 tendant une socialisation quand elles veulent rabaisser ceux qui les dpassent1 ne se souciant pas de socialiser quand elles songent que cela lverait ceux qu'elles dominent1 se contentent de souhaiter qu'on tonde le riche1 le riche tant toujours1 par dfinition1 celui qui l'est plus qu'on ne l'est4 ,or en cela les plbes sont prcisment dans l'tat d'me de l'tat lui-mme1 lequel n'encourage la possession que pour en profiter4 ,il est donc croire que le prjug propritiste1 entretenu avec soin1 peut-tre avec raison1 par la socit1 crotra et s'avivera1 tout au travers des attaques dont il est l'objet1 plutt qu'il ne tendra s'teindre4 ,,chapitre ,,xiii ,,le ,,ama ,,nescire ,de tout temps l'homme a t partag entre le dsir de savoir et un instinct secret qui l'avertissait que savoir lui est inutile4 ,la ,gense croit que la chute de l'homme vient de ce qu'il a voulu savoir ce que ,dieu s'tait rserv de connatre4 ,l'homme a voulu tre comme un ,dieu1 et c'est pour cela qu'il a t condamn une vie de misre1 ou1 si l'on prfre1 c'est pour cela qu'il s'est condamn une vie de misre et d'infortunes4 ,l',ecclsiaste dit3 ,j'ai appliqu mon me pour acqurir la science et la doctrine et j'ai vu que cela aussi est vanit1 travail et affliction d'esprit2 parce qu'une grande sagesse est accompagne d'une grande indignation et que plus on a de science plus on a de peine4 ,promthe a t puni1 moins sans doute pour avoir donn aux hommes quelque chose d'utile que pour avoir drob aux dieux et divulgu un des secrets qui leur appartiennent4 ,il est le type de l'inventeur qui dplat la ,divinit et qui est frapp par elle4 ,le mythe de ,psych est analogue4 ,psych est punie de sa curiosit1 de son indiscrtion1 de sa dmangeaison de savoir2 elle perd tout son bonheur vouloir le connatre1 vouloir en connatre la raison1 la cause et l'auteur4 ,sml1 pour avoir voulu voir ,zeus1 non pas comme il lui permettait de le contempler1 mais dans toute la vrit de sa gloire divine1 fut consum par les rayons qui manaient du dieu4 ,il est vident que ceci est une forme de la ,nmsis2 mais c'en est une forme particulire4 ,la ,nmsis ne veut pas que l'homme soit trop puissant1 ou trop heureux1 parce que la puissance et le bonheur sont apanages des dieux4 ,au fond du mythe il y a ceci3 la puissance et le bonheur1 dlogeant l'homme de sa position naturelle1 le dpaysant1 le dsorientent et le jettent1 par une sorte de dsquilibre et de dmence1 dans le malheur4 ,la ,nmsis1 sous sa forme de puissance mystrieuse poursuivant celui qui a appris1 ne veut pas que l'homme sache au del1 sans doute1 d'une certaine limite1 au del de ce qu'il doit savoir pour ses besoins4 ,pourquoi cela8 ,parce que le savoir aussi est apanage des dieux qui savent pour l'homme ce qu'il lui faut et que l'homme par consquent est impie1 n'a pas confiance1 vouloir le savoir lui-mme4 ,au fond du mythe il y a ceci3 la science aveugle2 tant divine1 c'est--dire infinie1 n'tant jamais puise1 la recherche qu'on en fait largit indfiniment le cercle de l'ignorance1 et c'est vouloir parcourir et percer ce cercle1 que les yeux de l'homme s'usent et s'teignent4 ,le christianisme a adopt ces maximes4 ,saint ,paul parle avec ddain de la science qui enfle1 pour l'opposer la charit qui difie4 ,saint ,jean a mis la passion du savoir de pair avec celle du plaisir et celle de la domination3 ,omne quod est in mundo est concupiscentia carnis1 et concupiscentia oculorum et superbia vitae2 tout ce qui est sur la terre est concupiscence de la chair1 ou concupiscence des yeux ou orgueil de la vie4 ,ce que saint ,augustin a interprt par libido sentiendi1 libido sciendi1 libido dominandi1 passion de sentir1 passion de savoir1 passion de dominer4 ,dante ne manque pas de mettre ,ulysse dans son ,enfer parce que1 par dsir de connatre1 il a os franchir les colonnes d',hercule et a dcouvert l',ocan4 ,l',imitation de ,jsus-,christ insiste sur ce point3 ,aprs avoir beaucoup lu et beaucoup appris1 il en faut toujours revenir l'unique principe de toutes choses2 c'est moi qui donne l'homme la science et qui claire l'intelligence des petits enfants plus que l'homme ne pourrait par aucun enseignement444 ,malheur ceux qui interrogent les hommes sur toutes sortes de questions curieuses et qui s'inquitent peu de me servir444 ,c'est moi qui1 en un moment1 lve l'me humble et la fais pntrer plus avant dans la vrit ternelle que ne le pourrait celui qui aurait tudi dix ans dans les coles444 ,quelques-uns1 en m'aimant ainsi1 ont appris des choses toutes divines dont ils parlaient d'une manire admirable2 ils ont fait plus de progrs en quittant tout que par une profonde tude4 ,pascal remarque que les trois concupiscences ont fait trois sectes et que les philosophes n'ont fait autre chose que de suivre une des trois concupiscences444 ,les uns le cherchent le vrai bien dans l'autorit libido dominandi2 ce sont sans doute les stociens1 qui se prtendent au-dessus des rois quand ils sont sages2 les autres dans les volupts libido sentiendi2 ce sont les picuriens2 les autres dans les curiosits et dans les sciences ,platon1 qui a confondu la science et la vertu1 et ,aristote1 qui n'a cherch qu' savoir4 ,et par ce qui suit1 o il parle de ceux qui ont plus approch du vrai en liminant tous les biens qui peuvent tre possds individuellement1 comme n'tant pas des biens1 on voit assez qu'il croit dans l'erreur autant ceux qui ont confiance dans le savoir que ceux qui fondent sur la domination ou sur le plaisir4 ,jean-,jacques ,rousseau attribue1 comme on sait assez1 tout le malheur humain la science2 mais1 pour plus de prcision1 voyons bien comme il raisonne4 ,c'est ainsi4 ,est-il vrai que nous sommes malheureux8 ,vous le reconnatrez4 ,y avait-il dans la condition humaine1 la civilisation n'ayant pas commenc1 de quoi l'tre8 ,on ne le voit point4 ,remontez l'origine de tous vos maux1 de chacun de vos maux1 vous trouverez un savoir1 quelque chose que l'on a appris4 ,les malheureux artisans souffrent dans les mines et les usines2 cela vient de ce qu'on a dcouvert le fer et la manire de le travailler2--vous1 riche et prtendument heureux1 vous vous puisez de mollesse dans vos appartements1 ou vous tes saisis par le froid et rendus malades ds que vous en sortez2 c'est qu'on a invent les maisons confortables au lieu de continuer la vie de plein air2--ne vous plaignez pas des maladies3 toutes viennent de la science de la cuisine et quelques-unes en mme temps de la science de la mdecine1 qui se trompe souvent et sur laquelle on se trompe1 ce qui vous donne une affection relle propos d'une autre que vous croyiez avoir2--ne vous plaignez mme pas des tragdies de la nature2 ce n'est pas l'architecture qui a invent les tremblements de terre2 mais c'est parce que nous habitons des maisons hautes matriaux lourds que les tremblements de terre nous crasent2 l'architecture n'a pas fait les tremblements de terre1 mais elle les a faits dangereux4 ,nos passions mmes sont les fruits malsains d'une science malsaine4 ,elles sont excites par tout ce qu'on a dcouvert pour les satisfaire et redoubles par tout ce qu'on a invent pour les assouvir4 ,en elles-mmes elles sont bnignes2 fouettes par la science de leurs objets1 par la connaissance minutieuse et approfondie de ce quoi elles aspirent1 elles sont devenues ambitieuses1 furieuses et mortelles4 ,l'amour ne serait que trs languissant et ne serait que salutaire1 sans toutes les mditations sur l'amour faites par les philosophes et les potes2--il en est de mme de l'ambition1 et c'est ,homre qui a fait ,alexandre2--il en est de mme de la gourmandise1 et s'il est trs vrai que ce sont les gourmands qui ont fait les cuisiniers1 encore plus l'est-il que ce sont les cuisiniers qui ont fait les gourmands4 ,il en est ainsi de toutes les passions4 ,donc j'ai bien peur que quelqu'un ne s'avise un jour de me rpondre que toutes ces grandes choses1 savoir les arts1 les sciences et les lois ont t trs sagement inventes par les hommes comme une peste salutaire pour prvenir l'excessive multiplication de l'espce1 de peur que ce monde qui nous est destin ne devnt la fin trop petit pour ses habitants4--,perfectibilit1 c'est ce qui distingue l'homme des animaux2 oui1 et c'est ce qui fait sa perte1 c'est ce qui l'lve au-dessus des btes1 puis le rabaisse au-dessous d'elles et l'en distingue toujours2 il serait triste pour nous d'tre forcs de convenir que cette facult distinctive et presque illimite est la source de tous les malheurs de l'homme1 que c'est elle qui le tire1 force de temps1 de cette condition originelle dans laquelle il coulerait des jours tranquilles et innocents2 que c'est elle qui1 faisant clore avec les sicles ses lumires et ses erreurs1 ses vices et ses vertus1 le rend la longue le tyran de la nature et de lui-mme4 ,il serait affreux d'tre oblig de louer comme un tre bienfaisant celui qui le premier suggra l'habitant des rives de l',ornoque l'usage de ces ais qu'il applique sur les tempes de ses enfants et qui leur assure une partie du moins de leur imbcillit et de leur bonheur originel4 ,la position de la socit en face du ,ama nescire est trs curieuse4 ,elle est double et par consquent pleine d'embarras2 elle est double et embarrasse et par consquent pleine de duplicit4 ,d'une part1 la socit sait trs bien qu'elle a besoin de vrit et de savoir4 ,ce sont les progrs de la socit et les exigences de la socit en raison de ces progrs1 qui ont fait de la vrit une valeur4 ,les hommes primitifs avaient peu besoin de vrit4 ,savoir que telles plantes sont vnneuses2 savoir que telle saison est bonne pour semer les crales1 savoir que tels simples sont des remdes assez efficaces1 c'est peu prs tout ce qu'il importait aux hommes de connatre4 ,mais la socit tant faite1 elle a eu besoin d'exactitude4 ,cette chose odieuse aux hommes primitifs1 odieuse encore la plupart des femmes1 l'exactitude1 est un besoin social4 ,il faut1 si humble qu'elle soit1 que la socit ait de l'exactitude dans son administration1 c'est--dire des renseignements srs1 prcis1 sans aucun flottement1 sur ses besoins1 ses ressources1 ses dpenses2 il faut qu'elle ait des renseignements exacts sur ses ennemis1 leur nombre1 la distance o ils sont2 il faut qu'elle ait des renseignements exacts sur la manire dont elle a russi vaincre et sur la manire dont elle a t vaincue4 ,vrit administrative1 vrit gographique1 vrit historique1 s'imposent comme moyens de salut1 comme ncessits pour la vie4 ,le hableur de place publique dissertant sur les choses d'administration1 le voyageur romanesque et romancier1 l'historien pote pique1 tous gens charmants et que c'est plaisir d'couter1 deviennent1 au grand regret de chacun1 mais il faut bien qu'on s'y rsigne1 des ennemis publics4 ,vera pro gratis loqui necessitas cogit4 ,la vrit n'a d'importance que sociale1 mais elle a une importance sociale de premier ordre4 ,elle est une valeur sociale1 elle est la premire des valeurs sociales4 ,a ce titre1 la socit la loue1 l'honore et l'impose4 ,mais1 comme il arrive toujours1 car l'homme est gnralisateur1 de ce que la vrit1 certaine vrit1 certaines espces de vrit1 importent la socit1 il en est conclu1 assez gnralement1 qu'il faut la chercher en toutes choses1 en sciences proprement dites1 en morale1 en politique gnrale1 en mtaphysique1 en religion1 et qu'il ne peut en rsulter que du bien1 comme de la rechercher en choses intressant la cit il n'est rsult et il ne rsulte que du bien social4 ,une chose du reste1 l'user1 se rvle1 trs intressante3 c'est que la recherche de la vrit1 la recherche de la connaissance1 fait l'homme relativement heureux2 que la vie scientifique est une vie heureuse2 et alors la science ayant le mme agrment que l'art1 devenant une manire d'art1 devenant un art la recherche du vrai comme l'art est un art la recherche du beau1 la science devenant l'art du vrai1 ce qu'elle avait d'odieux disparat1 le savant vaut le pote4 ,et de ces deux ides3 utilit sociale de la science1 contribution de la recherche scientifique au bonheur individuel1--l'homme cherchant toujours la conjonction du bonheur individuel et du bonheur social1--nat cette troisime ide3 la science est la premire des valeurs2 non seulement la premire des valeurs sociales1 mais la premire des valeurs1 absolument1 et il n'y a d'important que la vrit4 ,c'est l'ide peut-tre de ,socrate2 c'est l'ide certainement de ,platon et d',aristote1 malgr les diffrences qu'il y a entre eux c'est l'ide hellnique par excellence2 c'est l'ide qui1 aprs avoir travers1 plus ou moins triomphante1 toute l'antiquit1 est le fond mme de la civilisation moderne4 ,mais ici la socit1 l'instinct social hsite1 et il faut convenir qu'il a quelque raison d'hsiter4 ,il se demande1 lui toujours utilitaire1 d'abord si la recherche de toute vrit1 de toute la vrit1 lui est bien utile1 et il ne voit pas trop ce que l'explication de la nature et l'explication du surnaturel pourrait bien lui apporter4 ,la connaissance est pour lui un divertissement extrasocial1 une curiosit de mditatifs qui ne l'intresse en quoi que ce soit4 ,il se demande ensuite1 ce qui est plus grave1 si la recherche de la vrit n'irait pas contre lui-mme4 ,il se demande si la socit ne repose pas sur des conventions faisant office de vrit que la recherche de la vrit pourrait mettre en discussion1 en doute et dsautoriser4 ,intimement associe comme nous l'avons vu1 la religion qu'elle a rectifie son usage1 qu'elle a socialise2 la morale qu'elle a rectifie son usage1 qu'elle a socialise2 des opinions gnrales1 de diffrentes sortes1 qui sont nes d'elle et du besoin qu'elle avait qu'elles fussent et qui ne sont rien moins que prouves2 la ,socit a peur que la recherche de la vrit ne batte en ruine la religion1 la morale et les opinions gnrales nes de la socit et pour son service4 ,cela en tous les temps4 ,a telle poque la socit a peur pour le principe aristocratique sur lequel elle repose et que la science menace de ramener l'tat de conception fausse2 telle poque elle a peur pour le principe dmocratique que la science menace de ramener l'tat de conception contre nature et absolument artificielle4 ,elle a peur pour la morale qu'elle a tellement faite sienne que de dmontrer qu'elle est individuelle et qu'elle a pour but le bonheur personnel ou la perfection et la saintet personnelle1 serait ter la socit son rle de cratrice et dificatrice de la morale et1 par consquent1 son autorit mystique1 ne lui laissant que son caractre de ncessit matrielle4 ,elle a peur pour elle-mme enfin1 pour elle-mme en soi1 si je puis dire1 sentant bien que1 ne d'une ncessit historique1 ne d'une circonstance1 ne d'un accident1 la vrit cent fois sculaire et qui fait mine d'tre sculaire encore longtemps1 mais enfin d'une ncessit historique1 d'une circonstance et d'un accident2 elle n'a pas en elle une vrit essentielle1 une vrit ternelle et ternellement inbranlable et qu'elle peut tre1 par la recherche du vrai1 dmontre comme fausse1 ou tout au moins1 par le vrai absolu1 dmontre comme relative4 ,pour ces raisons1 personne n'a peur de la vrit1 personne n'a peur de la connaissance comme la socit4 ,elle l'aime pour soi2 elle l'aime en choses administratives1 en choses gographiques1 en choses de statistique1 en choses historiques4 ,en choses gnrales1 elle ne l'aime pas4 ,cdant l'opinion gnrale qui s'est faite1--quand elle s'est faite1--que la vrit est toujours bonne1 bonne en toutes choses1 et que la recherche de la vrit est toujours bonne1 bonne en toutes choses1 la socit feint de favoriser la recherche de la vrit2 elle institue des chaires1 des laboratoires de science absolument libre2 mais elle s'arrange toujours de manire codifier et imposer trs peu prs une science officielle1 c'est--dire une vrit officielle qui est celle qui est accommode la socit telle qu'elle est un moment donn1 qui est celle qui1 ce moment1 dmontrera la socit telle qu'elle est comme tant bonne4 ,il y aura une science aristocratique dans les pays d'aristocratie1 une science monarchique dans les pays de monarchie et une science dmocratique dans les pays de dmocratie4 ,on nous parle aujourd'hui d'un ,dieu rpublicain1 disait spirituellement ,alfred de ,musset4 ,ainsi la socit combat plus ou moins ouvertement le prjug qui est n d'elle-mme1 l'opinion que la science est la mthode de salut et que la vrit est le salut mme4 ,elle combat cette opinion en tout ce qui ne la regarde pas personnellement et directement1 continuant s'y ranger en ce qu'elle voit distinctement qui la regarde2 et1 au fond et en gnral1 elle en revient au prjug de l'ignorance1 au ,ama nescire4 ,la religion dit3 ,ne vous occupez pas de tant de choses qui vous dpassent2 je suis la vraie science1 la science de vie1 la seule ncessaire4 ,la socit1 cette religion temporelle1 dit tout de mme3 ,ne vous occupez pas de tant de choses qui probablement vous dpasseront toujours2 je suis la vraie science1 la seule ncessaire1 la science de vie sociale4 ,ce que je veux qu'on sache1 c'est ce qui peut avoir importance pour que je vive2 ce que je veux qu'on recherche1 c'est ce qui peut importer pour que je me dveloppe et m'agrandisse2 pour tout le reste1 aimez une discrtion salutaire et une abstention trs prudente2 aimez ce qui ne vous cartera ni de moi ni des conventions utiles sur lesquelles je repose ou avec lesquelles j'ai fait un accommodement qui a ajout ma force4 ,aimez ignorer ce qui est en dehors de moi4 ,ce qui n'est pas avec moi peut tre contre moi2--et contre vous1 puisque vous ne vivez qu'en moi et par moi4 ,,chapitre ,,xiv ,,luttes ,,et ,,transformations ,les prjugs sociaux sont gnralement assez bien d'accord entre eux4 ,ils tendent au mme but1 la conservation sociale2 ils sont ns du besoin qu'on en a1 ou ils se sont accommods ce besoin et altrs dans le sens de ce besoin4 ,tant de communauts les font comme parents et allis les uns des autres4 ,cependant ils ne laissent pas de se heurter quelquefois et d'entrer dans une lutte1 le plus souvent sourde1 quelquefois plus accuse4 ,il y a lutte surtout entre ceux qui1 quoique socialiss et trs socialiss1 sont cependant antrieurs la socit et ceux qui sont purement des produits directs de la socit elle-mme2 bref1 entre les prjugs socialiss et les prjugs sociaux4 ,il est naturel1 par exemple1 que l'amour de la vie soit en lutte souvent avec l'instinct du sacrifice de la vie4 ,l'amour de la vie est un sentiment instinctif1 qui1 labor par la rflexion1 est devenu moins impulsif1 est devenu une opinion1 mais une opinion encore trs mle d'instinct1 d'une force norme sur l'esprit1 mme sur l'esprit qui veut la combattre4 ,l'instinct du sacrifice de la vie est un instinct acquis1 laborieusement acquis1 que la vie sociale a fini par inculquer dans l'esprit et mme dans le cur de l'homme4 ,c'est bien un instinct1 puisque celui qui sacrifie sa vie sa patrie ne raisonne pas1 ne dlibre pas1 proprement parler ne veut pas1 et c'est sa gloire mme d'avoir tant voulu qu'il n'ait plus besoin de vouloir2 ou c'est la gloire de sa race qu'elle ait tant voulu que son produit n'ait plus besoin de vouloir2 c'est bien un instinct1 mais c'est un instinct acquis et acquis longuement et pniblement4 ,rien d'tonnant ce que1 contre lui1 l'ancien instinct1 l'instinct naturel1 hrditaire aussi--ou rompant l'hrdit comme force atavique1--se rvolte contre l'instinct nouveau et le combatte4 ,c'est l'individualisme contre la socit1 c'est l'individu ancestral se rveillant et se demandant d'o vient le droit la socit de vouloir qu'il ne vive qu'en elle1 ce point de mourir pour qu'elle vive4 ,la rponse de la socit est3 ,tu ne serais pas venu la vie si je n'existais pas1 et c'est parfaitement vrai2 mais l'instinct rsiste4 ,ces luttes de l'instinct de vie individuelle contre l'instinct de vie sociale non seulement sont dramatiques1 mais elles contribuent constituer le devoir1 le devoir s'alimentant du souvenir de ces luttes mmes et de la peine que cotent ces sacrifices2 s'en alimentant et mme en naissant1 car si ces dchirements n'existaient pas et si les sacrifices n'existaient pas1 il n'y aurait pas de devoir1 il y aurait automatisme4 ,le patriotisme n'existe qu' la condition qu'on ait envie de dsobir la patrie1 puisqu'il n'existe qu' la condition qu'il soit dur de lui obir4 ,les hros de ,corneille ne sont des hros que parce qu'ils sont1 et assez longtemps1 sur le point de ne pas l'tre2 et ,corneille n'est une cole de devoir que parce qu'il nous montre des hommes qui ont toutes les peines du monde le faire1 mais qui le font4 ,l'instinct d'amour de la vie rend l'instinct de sacrifice le service de l'branler1 pour que1 n'tant plus instinct qu' demi1 il ait le mrite de contenir de la volont4 ,la socit est assise et fonde sur le devoir prcisment parce qu'il y a deux instincts dans l'homme et qu'ils luttent l'un contre l'autre4 ,la socit a livrer une ternelle bataille contre la nature1 et son histoire1 depuis sa naissance jusqu' sa mort1 n'est que le bulletin de ses victoires4 ,de mme1 quoique toute la morale1 mon avis1 soit une invention de la socit1 la morale individuelle est souvent en lutte avec la morale sociale4 ,la morale individuelle1 mon avis1 n'est pas le germe d'o sort la morale sociale2 elle est1 au contraire1 le dernier chelon o s'lve la morale humaine aprs avoir travers la morale sociale3 la morale des animaux se superpose la morale sociale des animaux2 la morale sociale des animaux se superpose la morale sociale humaine2 la morale sociale humaine se superpose la morale individuelle1 qui n'est plus3 je dois2 mais3 je me dois4 ,cette morale1 labore du reste par la morale sociale et qui en est le dernier produit1 dpasse et surpasse la morale sociale1 se fait des rgles elle-mme1 selon le sentiment et selon l'ide de l'honneur2 et1 dpassant et surpassant la morale sociale1 ne laisse pas de s'apercevoir un moment donn1 telles circonstances tant donnes1 qu'elle la dpasse et la surpasse en effet4 ,elle se rend compte1 certainement1 de toutes les raisons d'tre de la morale sociale et elle l'approuve d'exister2 mais cependant elle se sent au-dessus d'elle4 ,elle se demande si elle n'est pas une illusion de l'amour-propre et de la vanit2 mais quand elle s'est bien interroge sur ce point et quand1 en conscience1 elle s'est rpondu ngativement1 elle se sent pieusement insoumise aux lois parce qu'elle se sent lgislatrice elle-mme au del des lois et elle peut entrer en conflit avec la morale sociale4 ,vous songez avec raison l',antigone de ,sophocle4 ,quand ,antigone oppose aux lois crites les 1 les lois qui ne sont crites nulle part et auxquelles elle se range1 c'est elle-mme qu'elle sent lgislatrice au del des lois1 du droit de son grand cur1 de sa haute intelligence et de sa vue plus complte de l'humanit4 ,jamais on n'a oppos d'une faon plus forte et plus loquente la morale sociale et la morale d'un seul1 la socit lgislatrice et le lgislateur isol sr d'avoir raison contre la socit lgislatrice1 la science d'un contre la science de tous4 ,le plus sage des ,grecs1 aprs un autre peut-tre1 a voulu dire que tel individu ne se spare de la socit que parce qu'il la dpasse et en la dpassant y rentre vritablement1 parce qu'il se place l'avance dans une socit qui dpassera celle d'aujourd'hui et relativement laquelle il est au centre1 loin de se trouver au dehors4 ,car le conflit de la morale individuelle et de la morale sociale est la condition mme du progrs moral1 non point la seule1 mais une condition trs importante4 ,une socit ne peut pas s'amliorer en se regardant2 elle se trouve trop sage1 ce qu'elle a fait contre la sagesse ayant t fait conformment son temprament1 ses passions matresses1 auxquelles elle tient4 ,elle peut s'amliorer1 il est vrai1 en considrant les nations trangres1 et peu de choses m'ont paru plus judicieuses dans toute l'histoire que les nations anciennes envoyant chercher des lois pour elles dans les pays trangers4 ,mais elle s'amliore surtout par les individus ns dans son sein1 qui s'lvent au-dessus d'elle1 qui conoivent une morale individuelle plus pure1 qui conoivent pour eux-mmes une morale plus pure2 que l'tat1 gnralement1 fait prir comme ennemis publics2 qui laissent des disciples et dont la morale individuelle est transforme par la propagande de ces disciples en morale sociale2--avec le dchet qui se produit toujours dans ces histoires-l4 ,il est donc d'intrt public que la morale publique soit combattue quelquefois par la morale individuelle4 99 99 99 99 99 ,en conflit encore1 souvent1 la religion et l'tat1 et ici nous rentrons dans la catgorie des ides gnrales prsociales dont la socit a comme hrit et qu'elle a transformes selon ses intrts1 son image et son profit4 ,la socit socialise la religion qu'elle reoit quand elle se forme4 ,elle l'adoucit1 elle la civilise1 elle la moralise comme nous avons vu4 ,mais la religion rsiste de toutes sortes de faons2 elle rsiste tantt comme arrire1 tantt comme en avance1 toujours comme individuelle4 ,comme arrire4 ,surtout dans les commencements et pendant trs longtemps1 elle rsiste aux lgislations qu'elle n'inspire pas et qui sont le rsultat soit des ncessits sociales1 soit des emprunts faits aux nations qui ont d'autres dieux2 et elle rsiste1 quelquefois avec raison1 aux murs nouvelles qui sont en contradiction avec les murs inspires et consacres par les anciens dieux4 ,la lutte du pass et du prsent a trs souvent1 le plus souvent1 couleur religieuse1 plus mme1 quelquefois1 que la religion ne voudrait2 car si la religion se rclame du pass1 le pass qui veut survivre se rclame encore plus de la religion4 ,comme en avance4 ,aprs une rvolution religieuse qui marque toujours une rvolution sourde et inaperue des murs1 la religion joue le rle que vous voyiez jou tout l'heure par la morale individuelle2 elle juge la socit1 non plus d'aprs un pass vnrable et donn pour sacr1 mais d'aprs un idal qu'elle s'est fait et qu'elle veut imposer4 ,dans ce cas1 elle a pour elle les jeunes et non pas les vieillards1 les gnrations qui montent et non celles qui dclinent4 ,dans ce cas1 elle est plus morale1 pour un temps1 que la socit laquelle elle s'adresse et que la religion1 socialise depuis longtemps1 qu'elle prtend surmonter et remplacer en la dpassant4 ,pendant toute la priode de luttes1 avec des tristesses1 des misres et des horreurs invitables1 il y a une renaissance des nergies1 des grands espoirs1 des grandes forces morales4 ,la religion nouvelle s'tablit1 rforme et rformante1 purifie et purifiante1 rformant et amliorant surtout1 je crois1 celle ct de laquelle elle s'installe2 force morale1 du reste1 et1 tout compte fait1 trs apprciable2--jusqu' ce que1 son tour1 elle soit socialise par la socit qui l'a admise4 ,comme individuelle4 ,la religion est toujours partiellement individuelle4 ,elle est une forme1 la plus belle1 de cet individualisme antrieur la socit et qui au sein de la socit veut toujours renatre4 ,la religion a beau tre socialise au point de se confondre apparemment avec l'tat1 elle n'est jamais socialise compltement4 ,s'il y a des dieux de l'tat et qui sont les plus grands1 il y a des dieux de gens1 des dieux de famille1 des dieux individuels4 ,l'tat ne gote point beaucoup cela4 ,il est bien remarquable que l'tat romain n'ait jamais voulu que les plbiens eussent des dieux autres que ceux de l'tat4 ,il tolrait ceux des patriciens1 comme souvenirs de famille et comme conscration de cette aristocratie mme sur laquelle1 tout compte fait1 il reposait et laquelle il fallait donner ou laisser un caractre sacr4 ,mais point de dieux particuliers pour le plbien1 qui ne doit adorer que ,rome en elle-mme et en la personne des dieux qui la protgent4 ,l'tat gote donc peu les dieux de famille et les dieux domestiques4 ,ils existent pourtant toujours1 au moins en ce sens que chacun1 parmi les dieux communs1 choisit son dieu ou ses dieux particuliers1 qu'il entoure et poursuit d'une dvotion particulire4 ,ils existent pourtant toujours en ce sens qu'en dehors de la religion officielle le croyant s'affilie tels ou tels mystres o il trouve une religion distincte de celle de la cit4 ,ils existent pourtant toujours en ce sens que brusquement toute une partie de la population adopte1 et avec une sorte de fureur1 des dieux venus d',orient et fait trembler de scandale1 d'indignation et de peur le gouvernement1 moins effray de la dtestable morale qu'apporte1 parat-il1 cette religion bachique1 que du fait mme que le peuple romain est en train de changer de dieux1 de faire un schisme1 de se sparer religieusement des dieux du ,capitole4 ,et en effet1 qu'est-ce dire8 ,c'est dire que la tendance n'a pas pri1 qu'elle ne prit jamais1 de choisir son dieu1 d'adorer individuellement1 d'adorer en dehors de l'tat1 d'adorer celui que l'on veut adorer et non pas celui que la cit prtend imposer votre adoration4 ,et quand1 de cette compression mme1 de cette ingrence de l'tat dans la conscience individuelle1 dans le sanctuaire de l'me1 ingrence que le citoyen ancien lui-mme sent indiscrte et abusive2 de cette socialisation extrme1 dsordonne et tyrannique de la religion1 sort une religion qui spare nettement ce que l'individu doit l'tat et ce qu'il se doit lui-mme2 qui laisse vivre et respecte la cit des hommes1 mais rserve la cit de ,dieu2 qui soustrait l'tat une partie de l'me de l'individu1 qui ne permet pas l'tat de prtendre y entrer1 y administrer et y gouverner2 qui fait la sparation de l'glise d'avec l'tat pour la premire fois dans le monde1 d'une faon non plus furtive et demi inconsciente1 mais nette1 dcisive et radicale2 qui1 la vrit1 mconnaissant que c'est l qu'est sa force et oubliant son principe1 se rattachera un jour l'tat ou se laissera rattacher lui1 mais qui toujours retiendra quelque chose de ses origines1 et quoique alimente1 protge1 soutenue par l'tat1 ne se laissera jamais gouverner spirituellement par l'tat1 ne se laissera jamais dogmatiser par l'tat1 ne se laissera jamais socialiser2 et qui retrouvera toute sa force et toute sa vertu vivificatrice1 mme en des temps de peu de foi1 quand de nouveau la sparation radicale entre elle et l'tat sera faite2--cette religion aura apport au monde un rgime essentiellement rationnel1 un rgime o ce qui doit rester l'homme1 au sein de la socit1 de son autonomie naturelle1 sera respect et sauv2 un rgime o l'homme1 ne se sentant plus un simple rouage dans la machine sociale1 pourra avoir1 en mme temps que le respect de la socit1 le respect de lui-mme2 pourra avoir1 en mme temps que le culte de la socit1 le culte de soi et un ardent dsir de se cultiver2 pourra1 ne se bornant plus se laisser lever1 discipliner et amliorer par la socit1 vouloir s'amliorer lui-mme au del de la socit1 en vue d'un idal qui dpasse la socit et qui la surmonte2 pourra1 quoique toujours fidle l'tat1 outrepasser l'tat dans ses perfectionnements1 dans ses difications intrieures comme dans ses esprances2 d'autant plus dvou1 du reste1 la socit que1 ne se sentant plus sa chose1 il se donnera d'autant plus elle comme personne4 99 99 99 99 99 ,ainsi1 les conventions gnrales de l'humanit entrent en conflit et en lutte quelquefois et mme souvent2 mais il est remarquer qu'elles entrent en lutte le plus souvent1 comme nous venons de le voir1 pour un profit humain et mme social1 et que la lutte qui est entre elles est une condition et un facteur d'un progrs4 99 99 99 99 99 ,d'autre part1 les conventions gnrales se transforment les unes dans les autres4 ,nous en avons vu un exemple bien frappant dans le culte de la force4 ,le culte de la force est d'abord le culte de la force physique2 puis il devient le culte de la force intellectuelle1 qui est le contraire de la force physique2 puis il devient le culte de la force de cohsion1 c'est--dire qu'il devient l'aristocratisme2 et l'aristocratisme devient le dmocratisme qui est son contraire1 le culte de la force de cohsion s'tant transport de la cohsion d'une classe la cohsion de tout un peuple1 ou plutt d'un parti embrassant la majorit d'un peuple#ac4 #ac ,c'est ce qui explique1 je crois1 un passage de ,montesquieu gnralement peu compris et qui tonne3 ,la meilleure aristocratie est celle o la partie du peuple qui n'a point part la puissance est si petite et si pauvre que la partie dominante n'a aucun intrt l'opprimer4 ,ainsi quand ,antipater tablit ,athnes que ceux qui n'auraient pas deux mille drachmes seraient exclus du droit de suffrage1 il forma la meilleure aristocratie qui ft possible1 parce que ce cens tait si petit qu'il n'excluait que peu de gens et personne qui et quelque considration dans la cit4--,mais1 se dit-on1 ce n'tait nullement une aristocratie2 c'tait une dmocratie6 ,certainement2 mais ,montesquieu sait bien qu'une dmocratie1 moins qu'elle ne soit faite d'une nation unanime dans toutes ses ides1 ce qui n'arrive jamais1 est encore une aristocratie2 c'est une aristocratie trs largie2 c'est un parti qui1 sachant qu'il a la pluralit1 d'autre part sachant qu'il a de la cohsion et que1 s'il n'a pas tout fait la pluralit1 il l'entranera1 s'attribue le gouvernement1 exactement comme une aristocratie qui1 quoique minorit1 par sa force de cohsion et le prestige qu'elle en tire1 s'attribue le gouvernement4 ,la dmocratie est donc une aristocratie trs nombreuse1 ce qu'tait l'aristocratie d',antipater4 ,seulement1 ce n'est pas le petit peuple trs pauvre qu'elle limine du gouvernement1 c'est la minorit riche et la minorit comptente4 ,c'est l'aristocratie d',antipater renverse4 ,mais il reste qu'appeler la dmocratie une aristocratie nombreuse est trs exact4 ,dans cette volution du culte de la force1 la force intellectuelle a tourn la force physique et l'a supplante2 puis la force de cohsion aristocratique a tourn la force intellectuelle et l'a supplante2 puis la force de cohsion des plus nombreux a tourn la force de cohsion aristocratique et l'a supplante son tour2 et finalement le culte de la force a abouti au gouvernement de ceux qui sont individuellement les plus faibles4 ,une transformation semblable1--beaucoup moins complte1 jusqu' prsent du moins1--a lieu pour ce qui est de l'instinct de proprit4 ,l'instinct de proprit est d'abord strictement et sauvagement personnel2 le primitif est propritaire et entend tre propritaire de sa terre1 de ses troupeaux1 de ses femmes et de ses enfants2 puis1 l'instinct de proprit1 sans cesser d'tre encore trs personnel1 devient familial2 le patriarche considre que son bien est avant tout sa proprit1 mais l'est aussi1 en quelque mesure1 de sa femme lgitime et de ses enfants4 ,la dot est une chose bien considrer cet gard4 ,le primitif vole sa femme ou l'achte et il en est trs prcisment propritaire2 le demi-civilis ne la vole plus et ne l'achte plus2 c'est lui qui est pay2 c'est un progrs ou1 si vous prfrez1 c'est un grand changement2 cela signifie que la femme n'est plus la chose du mari2 elle a son bien elle1 dont le mari n'a que l'administration2 elle pourra se retirer en reprenant son bien2 et son bien elle et celui de son mari1 considrs globalement1 sont un bien de famille1 dj un bien collectif4 ,puis vient1 trs longtemps aprs1 l'instinct de proprit conventuelle1 et c'est une poque bien importante dans l'histoire de l'humanit4 ,des hommes1 transformant le sentiment familial1 se sentent assez unis1 assez frres1 pour1 conservant et trs nergiquement l'instinct de proprit1 jouir en commun d'une proprit qui appartient tous et qui n'appartient aucun d'eux4 ,ici la transformation est trs forte1 forte ce point qu'on pourrait croire que l'instinct de proprit a disparu4 ,il est plus fort que jamais2 mais il a chang de nature4 ,il a pris un caractre aristocratique4 ,la volont de puissance individuelle s'est change en volont de puissance collective1 comme une aristocratie est un tyran plusieurs ttes au lieu d'tre un tyran tte unique4 ,le moine jouit de la richesse de son couvent par une transposition de personnalit4 ,il se voit absolument pauvre en sa personne proprement dite1 mais il se voit riche1 influent1 puissant en la personne de la communaut dont il est une cellule1 et il est heureux d'tre d'autant plus riche d'une faon qu'il est plus pauvre d'une autre2 et cela le charme que la richesse commune qu'il contemple avec orgueil soit prcisment le rsultat magnifique de son dnuement individuel2 et1 humble comme fait1 il est infiniment fier et heureux comme cause4 ,la proprit conventuelle satisfait l'instinct de proprit comme on peut supposer que la source est satisfaite en contemplant la rivire4 ,sois petit comme source et sois grand comme fleuve4 ,est-il possible1 sur cet exemple trs frappant1 d'imaginer que l'instinct propritiste se transformera encore en s'largissant encore et arrivera se satisfaire d'une proprit nationalement collective1 d'une proprit o personne1 ni individuellement1 ni conventuellement1 ne serait propritaire et o chacun ne se sentirait possdant que dans la nation possdant tout8 ,il est possible4 ,pour mon compte je n'en crois rien1 parce qu'il me semble que la proprit conventuelle n'achemine pas la proprit sociale1 mais en dtourne4 ,la proprit conventuelle est une proprit de gens qui1 par un tour particulier de caractre1 se sont spars autant de l'individualit que de la nationalit1 et autant de la nationalit que de l'individualit4 ,ils ne veulent pas possder individuellement1 mais non plus ils ne veulent1 encore moins peut-tre1 possder socialement4 ,ils se sont fait une personne collective qui se sent1 qui a conscience d'elle-mme1 surtout en tant que distincte de la socit4 ,ils se sont fait une personne collective qui est forme de penchants communs1 d'ides communes1 d'habitudes communes1 lesquels ne leur sont communs que parce qu'ils leur sont chers et ne leur sont chers que parce qu'eux-mmes sont loigns1 trs loigns1 et ddaigneux1 et trs ddaigneux des habitudes1 des ides et des penchants nationaux4 --,alors ils sont plus individualistes que des individualistes8 --,mais tout juste6 ,ils n'ont pas autre chose en eux qu'un individualisme intransigeant qui1 pour s'affirmer et s'exercer1 s'est alli des individualismes du mme genre et du mme caractre et s'est fortifi par eux2 et1 tout au contraire d'tre un esprit de collectivisme gnral1 leur collectivisme est un collectivisme de scession1 et il ne peut donc pas tre un acheminement au collectivisme gnral4 ,ce qu'il faudrait supposer1 pour que le propritisme individuel se transformt en propritisme collectif1 ce serait que tous les citoyens d'une nation eussent entre eux les affinits lectives qu'ont entre eux les moines d'un ordre2 et cette supposition est bien arbitraire et elle est contredite par l'exemple mme des moines qui n'ont d'affinits lectives entre eux que prcisment parce qu'ils n'ont pas de trs fortes affinits lectives avec les autres citoyens de la nation4 ,on accepte la proprit collective pour se sparer de la masse2 ce n'est donc pas pour qu'on l'accepte afin de se noyer dans la masse2 on accepte la proprit collective pour se distinguer1 et c'est donc qu'on ne l'accepterait pas pour se confondre4 ,il est possible pourtant que l'instinct propritiste s'largisse jusqu' devenir l'instinct de proprit collective sociale2 mais il me semble que ce ne pourrait tre que chez un trs petit peuple1 o1 la grande rigueur1 on peut supposer que les affinits entre les citoyens seraient aussi fortes qu'entre les moines d'un ordre4 99 99 99 99 99 ,enfin1 une transformation des prjugs gnraux qui est elle-mme assez gnrale est celle-ci4 ,renan a remarqu1 dans l',avenir de la ,science1 je crois1 qu'au cours de l'volution d'un peuple la langue ancienne qu'il a parle et qu'il ne parle plus devient la langue savante et la langue sacre4 ,de mme1 toutes les religions des hommes deviennent en vieillissant des sentiments esthtiques4 ,sentiment religieux1 sentiment monarchique1 sentiment aristocratique1 deviennent des sentiments esthtiques1 des motions esthtiques4 ,ceux qui les gardent trouvent beau de les avoir et les cultivent avec des sensations de beaut4 ,on a remarqu assez le caractre du sentiment religieux dans ,chateaubriand4 ,son sentiment est l'amour de la beaut contenue dans le christianisme2 son sentiment est l'amour de l'motion que le christianisme lui fait ressentir4 ,de mme le monarchiste est fidle ses rois pour la beaut du sentiment mme de fidlit2 son royalisme est un loyalism4 ,ce qu'il aime dans la monarchie1 c'est qu'elle soit capable de lui inspirer un sentiment qui est beau et par lequel il se distingue du vulgaire4 ,de mme1 l'aristocrate1 quand l'aristocratie a disparu1 la restitue idalement en se persuadant qu'elle est quelque chose qui ne rend plus de services1 mais qui impose encore des devoirs1 qui impose une conception particulire de la dignit et de l'honneur2 et il est fidle cette aristocratie toute spirituelle et il l'aime pour la beaut des sentiments qu'elle lui suggre4 ,en un mot1 il y a une religion qui prend le caractre mystique1 un monarchisme qui prend le caractre mystique et une aristocratie qui prend le caractre mystique4 ,et qu'on ne pense point qu'en devenant sentiments esthtiques les anciennes croyances s'affaiblissent4 ,chez ceux qui les gardent elles gagnent au contraire en profondeur et en sincrit4 ,elles sont comme la vieille langue qui1 parce qu'on ne la parle plus1 devient sacre pour ceux qui savent encore la lire4 ,il est trange qu'on ait dout de la sincrit du sentiment religieux de ,chateaubriand sous ce prtexte qu'il considrait la religion en artiste4 ,on peut trouver que le sentiment religieux de ,chateaubriand n'est pas trs profond2 mais il est sincre1 et ce n'est pas parce qu'il est artistique qu'il n'est pas profond4 ,au contraire2 s'il tait plus pleinement artistique1 si ,chateaubriand admirait la beaut du christianisme uniquement1 comme absolument incomparable tout autre1 alors il serait trs profondment chrtien et plus chrtien peut-tre qu'un chrtien aimant le christianisme pour la force morale qu'il y trouve4 ,car le sentiment esthtique1 quand il est fort1 est absolument dsintress1 et c'est ce qui fait qu'il est sincre1 et c'est ce qui fait qu'il est profond4 ,le chrtien qui est mu de la beaut du christianisme jusque-l qu'il l'aimerait passionnment1 mme s'il n'en retirait aucun rconfort1 s'il n'y puisait aucune douceur d'me et s'il n'y trouvait aucune esprance1 serait chrtien parmi les plus chrtiens d'entre les chrtiens4 ,de mme le monarchiste fidle une monarchie disparue et l'admirant avec une motion d'artiste est le plus sincre des monarchistes parce qu'il est le plus dsintress1 et il est beaucoup plus sincre que ,m4 de ,villeroi aimant en ,louis ,,xiv les faveurs qu'il en pouvait recevoir4 ,tout ainsi1 aimer une aristocratie vivante dont on fait partie prouve peu et la sincrit et la force de cet amour1 et de plus d'un aristocrate de cette sorte on pourrait dire3 ,un aristocrate est un homme qui sous un rgime populaire serait dmocrate4 ,mais l'amour pour une aristocratie morte est un acte de dsintressement qui prouve combien la beaut seule1 vraie ou prtendue1 du systme aristocratique vous a touch4 ,la survie sentimentale des opinions anciennes prouve donc1 non seulement qu'elles ont t puissantes1 mais qu'elles le sont1 qu'elles n'ont pas reu leur force des circonstances1 des contingences et des accidents1 mais qu'elles avaient et qu'elles ont une trs grande force en elles-mmes4 ,gambetta disait3 ,il faut rduire le clricalisme tre un jeu de socit4 ,ne s'est-il trouv personne pour lui dire3 ,prenez garde6 ,tant qu'on y jouera1 c'est qu'il habitera les esprits comme quelque chose de trs intressant4 ,ce qu'il faudrait1 c'est qu'on n'y jout plus4 ,les jeux antiques sur les tombeaux des morts prouvaient quelque chose4--,quoi donc8--,qu'on les croyait encore vivants4 ,les opinions anciennes devenues sentiments esthtiques sont des opinions qui survivent dpouilles de leurs mobiles intresss et par consquent qui sont trs vivaces4 ,elles peuvent tre des germes de vgtations futures2 elles peuvent tre des pierres d'attente des difices de l'avenir4 ,,chapitre ,,xv ,,les ,,pr,,jug,s ,n,,cessaires ,les prjugs1 ou ce qu'on est convenu d'appeler ainsi1 paraissent tellement ncessaires la vie humaine et conditions de cette vie1 et d'autre part tellement contredits ou mis en doute par la raison1 que l'on s'est demand souvent s'il n'y avait pas antinomie entre la raison et la vie1 si l'homme ne vivait pas de mensonges ou d'illusions et s'il ne mourait pas de raison et de vrit4 ,nous avons dj vu que les mythes d've et du serpent1 de ,promthe1 de ,psych et toute la doctrine du ,ama nescire sont dans le sens d'une rponse affirmative cette question4 ,mme aux sicles des lumires il y a eu beaucoup de rflexions au sens prcis du mot1 dans cette direction4 ,c'est ,duclos qui crit3 ,on dclame depuis un temps contre les prjugs2 peut-tre en a-t-on trop dtruit4 ,le prjug est la loi du commun des hommes4 ,la discussion en cette matire exige des principes srs et des lumires rares4 ,la plupart1 tant incapables d'un tel examen1 doivent consulter le sentiment intrieur qui est inspir par le prjug lui-mme4 ,les plus clairs pourraient encore en morale le prfrer souvent leurs lumires4 ,fontenelle1 si admir avec raison par ,nietzsche1 crit de son ct3 ,ce qui maintient ce misrable monde1 c'est que l'ordre que la nature a voulu tablir dans l',univers va toujours son train2 ce que la nature n'aurait pas pu obtenir de notre raison1 elle l'obtient de notre folie2 ce qui veut dire que nous obissons1 soit naturellement1 soit socialement1 la socialisation tant une seconde nature1 des suggestions que notre raison repousserait1 encore que salutaires1 et que notre draison accepte1 ce qui nous sauve4 ,il disait encore3 ,on perdrait courage si l'on n'tait soutenu par des ides fausses4 ,joubert revenait souvent sur cette ide3 ,il y a souvent plus d'esprit et plus de perspicacit dans une erreur que dans une dcouverte4--,mes dcouvertes m'ont ramen aux prjugs4 ,pascal disait3 ,lorsqu'on ne sait pas la vrit d'une chose1 il est bon qu'il y ait une erreur commune qui fixe l'esprit des hommes1 comme par exemple la lune1 qui l'on attribue le changement des saisons2 car la maladie principale de l'homme est la curiosit inquite des choses qu'il ne peut pas savoir1 et il ne lui est pas si mauvais d'tre dans l'erreur que dans cette curiosit inutile4 ,j'ai fait remarquer au cours de cet essai que ,schopenhauer1 avec son invention du ,grand ,trompeur1 n'avait fait que transposer le rle de la socit l'gard de l'individu4 ,le grand trompeur1 c'est le prjug social qui nous joue salutairement en vue de ses fins1 qui assure la perptuit de la race et de la cit en sacrifiant l'individu la cit et la race et qui nous persuade que c'est notre fin que nous poursuivons alors que nous poursuivons celle de l'espce2--et il est possible que la nature agisse de mme1 mais c'est moins net4 ,nietzsche a cent fois oppos ces deux ides1 ces deux forces et1 pour ainsi parler1 ces deux dits3 vrit1 vie2 et les a montres en parfaite antinomie1 la vie s'alimentant d'illusions1 la vrit menant la mort4 ,prjug des prjugs c'est--dire3 on a un prjug contre les prjugs2 on a tort4 ,il serait possible1 au fond1 que la conformation vritable des choses ft dangereuse et oppose aux conditions premires de la vie1 si bien que l'apparence serait prcisment ncessaire pour permettre de vivre4 ,notre monde empirique serait ainsi limit dans les bornes de la connaissance par les instincts de la conservation de soi3 nous tenons pour vrai ce qui est bon1 ce qui est prcieux1 ce qui sert la conservation de l'espce4 ,en admettant que le monde-vrit existe1 il se pourrait qu'il ft encore de valeur moindre pour nous2 car la dose d'illusion pourrait tre d'un ordre suprieur pour nous cause de sa valeur de conservation-- moins que son caractre d'apparence suffise par lui-mme pour qu'on rejette une chose4--,critique du saint mensonge4--,pour des fins pieuses le mensonge est permis1 c'est une des thories de tous les sacerdoces444 ,les philosophes1 eux aussi1 ds qu'ils ont eu l'intention de prendre en mains la direction des hommes avec des arrire-penses sacerdotales1 se sont immdiatement rserv le droit de mentir2 ,platon avant tous4--,ncessit des valeurs fausses4 ,on peut rfuter un raisonnement en dmontrant qu'il est conditionn2 mais par l n'est pas supprime la ncessit de l'mettre4 ,les valeurs errones ne peuvent tre extermines par le raisonnement2 il faut comprendre la ncessit de leur prsence3 elles sont les consquences de causes qui n'ont rien voir avec les raisons4--,qu'est-ce1 en dernire analyse1 que les vrits de l'homme8 ,ce sont ses erreurs irrfutables4--,pendant d'normes espaces de temps l'intellect n'a engendr que des erreurs4 ,quelques-unes de ces erreurs se trouvrent tre utiles1 conservatrices de l'espce2 celui qui tomba sur elles accomplit la lutte pour lui et ses descendants avec plus de bonheur4 ,il y a eu beaucoup de ces articles de foi errons1 qui1 transmis par hritage1 ont fini par devenir une sorte de masse et de fonds humains444 ,ce n'est que fort tardivement que se prsentrent ceux qui niaient ou mettaient en doute de pareilles propositions2 ce n'est que fort tardivement que surgit la vrit1 cette forme la moins efficace de la connaissance4 ,il semble que l'on ne puisse pas vivre avec elle1 notre organisme tant accommod pour l'oppos de la vrit444 ,la force de la connaissance ne rside pas dans son degr de vrit1 mais dans son anciennet1 son degr d'assimilation1 son caractre en tant que condition de vie4 ,dans tous les cas o ces deux choses1 vivre et connatre1 semblaient entrer en contradiction1 il n'y a jamais eu de lutte srieuse2 sur ce domaine1 la ngation et le doute taient de la folie444 ,jusqu' quel point la vrit supporte-t-elle l'assimilation pour n'tre pas contraire la vie8 ,voil dsormais la question1 voil l'exprience faire4 ,il y a beaucoup de vrai dans tout ce que je viens de rapporter des penseurs des deux derniers sicles2 mais il me semble que la question est toujours par eux demi mal pose1 pose ct1 trs prs du vrai point1 surtout par ,nietzsche1 mais encore ct4 ,la vrit n'est pas oppose la vie1 contraire la vie1 funeste la vie2 elle est oppose1 contraire et funeste la vie sociale4 ,si la vrit est oppose la vie humaine1 c'est que les hommes se sont mis en socit1 ce que du reste il s'est trouv ncessaire qu'ils fissent1 par o tous mes penseurs ont encore raison1 et je dis qu'ils ont seulement pos la question avec une prcision insuffisante4 ,les vrits ne contrarient que la vie sociale4 ,les prjugs sont l'instinct de conservation des socits sous diffrentes formes4 ,les prjugs sont l'instinct social humain2 les hommes les ont comme les animaux ont l'instinct animal1 chacun selon son espce4 ,l'homme est religieux 7a une religion socialise7 et il est persuad de son libre arbitre1 aristocrate1 propritiste1 etc42 comme l'abeille fait sa ruche1 la fourmi sa fourmilire et l'hirondelle ses migrations4 ,mais qu'est-ce que c'est que l'instinct8 ,c'est de la raison fixe1 c'est de la raison fige1 c'est de la raison cristallise4 ,il est parfaitement croire1 et les naturalistes nous l'enseignent maintenant1 que l'animal a appris son instinct2 qu'il a cherch longtemps1--la peine de mort tant dcrte pour ceux qui ne les trouvaient pas1 la survie tant dcrte par ceux qui les trouvaient un peu1 au quart1 demi1--les conditions de vie1 les procds et mthodes suivre pour se conserver et se perptuer4 ,il les a trouvs2 ceux du moins qui les ont trouvs ont subsist4 ,mille espces contre une1 ne les ayant pas trouvs ont disparu4 ,ayant trouv ses conditions de vie1 l'animal s'est arrt2 car il ne tient qu' vivre1 et c'est la diffrence principale entre lui et nous4 ,il s'est arrt1 et sa raison1 si inventive1 qui a t force d'tre si inventive pendant des sicles1 s'est fixe1 n'a plus fait que les mmes gestes1 les gestes ncessaires et suffisants4 ,c'est alors qu'on a pu la nommer instinct1 l'animal ne paraissant plus qu'automatique et ayant l'air d'une mcanique rgle de toute ternit pour toute l'ternit4 ,seulement1 pour l'observateur attentif1 l'animal devant une nouveaut qui le gne1 un obstacle nouveau qui l'arrte1 sachant trs bien inventer quelque chose qui n'tait nullement inscrit dans l'instinct1 on est bien forc de convenir qu'il est dou de raison et que son instinct n'est qu'une raison ancestrale fixe ne varietur1 nisi necessitate intercedente4 ,l'animal est un animal raisonnable et raisonnant qui1 seulement1 arriv un certain point1 ne sent plus la ncessit de ce que nous appelons le progrs1 c'est--dire le changement1 et s'arrte un degr de civilisation qui lui parat tre suffisant4 ,les animaux sont des ,chinois4 ,il en est de mme de nous1 avec cette diffrence que nous avons toujours besoin de changement et que nous croyons toujours que tout changement est un progrs4 ,les prjugs sociaux sont notre instinct animal1 et c'est--dire qu'ils sont notre raison sculaire fixe1 relativement1 dans des procds1 et des mthodes de conservation sociale4 ,ces prjugs1 pntrs de raison sociale1 saturs de raison sociale1 mesure qu'ils se fixent1 s'arrtent et se convertissent en instinct2 et deviennent plus forts et plus inintelligibles4 ,ils deviennent plus forts1 par la puissance1 d'abord1 de l'habitude et de l'hrdit1 par la force1 ensuite1 de leur inintelligibilit mme4 ,ce sont des ides vagues qui gouvernent le monde en raison mme de leur vague et de l'impossibilit ou de la difficult de les analyser et de les affaiblir par l'analyse4 ,l'homme n'est bien convaincu que des choses auxquelles il croit sans savoir pourquoi4 ,et c'est ainsi qu'il croit longtemps1 trs longtemps1 aux prjugs que la socit a faits et qui l'ont faite1 elle les crant pour ses besoins1 ses besoins mme les crant pour elle4 ,mais1 en mme temps qu'ils deviennent plus forts1 ils deviennent plus inintelligibles1 les raisons s'loignant dans le pass pour lesquelles ils taient adopts et qui faisaient qu'ils taient compris4 ,alors la raison intervient qui les dmontre faux ou qui les dmontre non prouvs1 parce qu'elle n'en voit plus les raisons d'tre4 ,quelle raison8 ,non plus la raison sociale et socialisante1 qui n'est plus l1 qui s'est enkyste dans l'instinct2 mais la raison proprement dite1 la raison abstraite1 la raison raisonnante1 qui cherche non la vrit sociale1 mais la vrit en soi4 ,quelle raison8 ,la raison de l'tre primitif1 affin du reste par l'instruction et l'hrdit1 mais la raison de l'tre primitif1 individuel1 qui peut faire et qui doit faire1 tout naturellement1 quand il recherche le fond des choses1 abstraction de la socit1 abstraction de l'accident social4 ,si nous tions ns en socit1 comme je crois que quelques-uns le croient1 nous n'aurions pas d'autre raison que la raison sociale et il n'y aurait pas plus d'anarchistes et d'antipatriotes chez nous que chez les fourmis4 ,si nous avions pu vivre l'tat individuel ou familial il n'y aurait pas chez nous de raison sociale1 il n'y aurait chez nous que de la raison raisonnante1 peut-tre peu affine1 mais allant tout droit au vrai en soi sans s'inquiter d'un vrai ajust des conditions spciales4 ,mais parce que nous sommes la fois des animaux qui ne sont pas ns ncessairement pour la socit et des animaux qui n'ont pas trouv le moyen de vivre autrement qu'en socit--la voil1 notre double nature--nous sommes la fois sous la tyrannie de la raison socialisante et sous la domination de la raison abstraite2 sous la domination de la raison abstraite qui considre comme irrationnels les produits de la raison socialisante et sous la tyrannie de la raison socialisante qui considre comme destructrices toutes les conceptions de la raison abstraite2 et nous sommes victimes des combats en nous de ces deux raisons reprsentatives de nos deux natures4 ,a mesure que la socit devient plus sre1 plus assise1 et qu'elle craint moins la guerre1 car tout est l1 la guerre trangre ou la guerre intrieure1 l'homme s'loigne de ses prjugs1 de tous ses prjugs et s'tonne de les avoir eus1 s'tonne que des tres de son espce aient pu les avoir4 ,et de ce mme sang se peut-il que je sois8 et il revient sa nature primitive4 ,quelqu'un a dit--c'est peut-tre moi--que la ,rvolution franaise a t un retour l'animalit4 ,c'est une erreur3 la ,rvolution franaise a t un retour1 inspir par ,rousseau et caress d'avance par lui1 l'humanit primitive1 une gageure faite pour se passer de tout ce qui avait t le rsultat ncessaire1 la condition ncessaire et le soutien ncessaire de l'institution sociale4 ,elle a t une sorte de moyenne prise entre ces deux solutions de ,rousseau1 s'interrogeant lui-mme sur ce qu'il y aurait de pratique faire en partant de ses propres thories3 ,quoi donc8 ,faut-il dtruire les cits1 anantir le tien et le mien et retourner vivre dans les forts avec les ours8 ,consquence la manire de mes adversaires que j'aime autant prvenir que de leur laisser la honte de la tirer4--7#a7 ,o vous1 qui la voix cleste ne s'est point fait entendre et qui ne reconnaissez pour votre espce d'autre destination que d'achever en paix cette courte vie2 vous qui pouvez laisser au milieu des villes vos funestes acquisitions1 vos esprits inquiets1 vos curs corrompus et vos dsirs effrns1 reprenez1 puisqu'il dpend de vous1 votre antique et premire innocence2 allez dans les bois perdre la vue et la mmoire des crimes de vos contemporains et ne craignez pas d'avilir votre espce en renonant ses lumires pour renoncer ses vices4--7#b7 ,quant aux hommes semblables moi dont les passions ont dtruit pour toujours l'originelle simplicit1 qui ne peuvent plus se nourrir d'herbes et de glands1 ni se passer de lois et de chefs4441 ceux qui sont convaincus que la voix divine appela tout le genre humain aux lumires et aux bonheurs des clestes intelligences1 tous ceux-l tcheront1 par l'exercice des vertus qu'ils s'obligent pratiquer en apprenant les connatre1 de mriter le prix ternel qu'ils en doivent attendre2 ils respecteront les sacrs liens des socits dont ils sont les membres2 ils aimeront leurs semblables et les serviront de tout leur pouvoir2 ils obiront scrupuleusement aux lois et aux hommes qui en sont les auteurs et les ministres2 ils honoreront surtout les bons et sages princes qui sauront prvenir1 gurir ou pallier cette foule de maux toujours prts nous accabler2 ils animeront le zle de ces dignes chefs1 en leur montrant1 sans crainte et sans flatterie1 la grandeur de leur tche et la rigueur de leur devoir2 mais ils n'en mpriseront pas moins une constitution qui ne peut se maintenir qu' l'aide de tant de gens respectables qu'on dsire plus souvent qu'on ne les obtient et de laquelle1 malgr tous leurs soins1 naissent toujours plus de calamits relles que d'avantages apparents4 ,rsum3 que les innocents et les purs fuient la socit et reviennent la vie sauvage1 c'est--dire la vie individuelle4 ,que les corrompus et les religieux restent dans la socit en la servant1 en la mprisant1 en n'en attendant rien de bon4 ,or1 prenant une moyenne entre ces deux solutions1 la ,rvolution a maintenu la socit en y introduisant le plus de vie individuelle possible1 en dtruisant le plus de hirarchie possible1 en supprimant le plus possible l'homme corrompu et l'homme religieux1 en rapprochant le plus possible la socit de l'insocit1 et c'est cette rgression1 gauche du reste et pas d'aveugle1 vers l'tat primitif1 qui sera au fond de toutes les rvolutions plbiennes diriges par la raison pure se passant de la raison historique4 ,quand les prjugs sont ainsi oublis1 mconnus1 mpriss1 quand la raison socialisante a perdu ses titres1 on ne croit plus1 on ne veut plus croire qu' la raison abstraite et la science et1 ce qui est divertissant et trs naturel1 la raison abstraite et la science deviennent leur tour des objets d'admiration irraisonne et ignorante1 des divinits et1 en un mot1 des prjugs4 ,de mme qu' la fin de la vie nat une dernire illusion1 consolante encore1 qui est de croire que tout ce qu'on a aim est illusion1 de mme au dclin des socits s'lvent deux prjugs1 la raison et la science1 qui ont comme pour mission de dtruire et pulvriser tous les prjugs anciens4 ,a telle poque l'ignorant le plus ignorant est persuad1 aussi fort que l'tait le sauvage ancestral de la vertu de son ftiche1 que la raison1 non seulement expliquera tout1 mais a tout expliqu et que la science fait du bonheur4 ,nietzsche a bien exprim cela4 ,il est arriv un moment o la connaissance1 la recherche du vrai1 l'aspiration au vrai prirent place enfin comme un besoin au milieu des autres besoins4 ,depuis lors1 non plus seulement la conviction et la foi1 mais encore l'examen1 la ngation1 la mfiance1 la contradiction1 tout cela ensemble devint une puissance444 ,la connaissance devint un morceau de la vie mme et1 en tant que vie1 une puissance toujours grandissante4 ,toujours grandissante1 jusque-l qu'elle dissout tout ce qui n'est pas elle1 ou plutt tout ce qui fut elle et qu'elle ne reconnat plus1 parce qu'il est ancien et qu'il est sorti d'elle dans des conditions autres que les conditions prsentes4 ,elle dissout tout ce qui est sorti d'elle1 alors qu'elle tait en contact avec les ralits contraignantes et inluctables et qu'elle ne reconnat pas parce qu'elle est plus loin de ces ralits1 qui du reste existent toujours et de temps en temps se rapprochent4 ,elle est comme un ,saturne qui pulvriserait ses enfants1 mais surtout ceux qui1 tant presque aussi vieux que lui1 seraient mconnus par l'il de leur pre4 ,elle dissout tout ce qu'elle croit qui n'est plus elle et du reste elle ne cre plus rien1 je veux dire rien qui1 comme les anciens prjugs1 soutienne les socits et leur donne la cohsion et la force4 ,elle apprend tout dsapprendre et n'enseigne rien4 ,elle est comme un ,saturne qui dvorerait ses enfants mais qui n'aurait pas l'excuse d'tre encore fcond4 ,salut au dernier prjug1 exterminateur de tous les autres6 ,il se peut que lui aussi soit utile2 il se peut que lui aussi soit ncessaire1 il se peut qu'il soit dans le plan4 ,proudhon a entrevu cela3 ,je conois que l'humanit1 soumise aux conditions d'infertilit du sol444 c'est l1 ce me semble1 qu'il s'gare finisse pour ainsi dire volontairement1 non dans la dcrpitude1 mais au contraire dans la haute spiritualit4 ,arriv la perfection1 l'homme doit finir4 ,parvenu au plus haut degr de conscience1 d'intelligence1 de dignit1 devenu ,dieu1 l'homme doit se mettre l'unisson de la ncessit et lguer son me un monde plus jeune4 ,ce n'est pas tout fait cela2 mais il y a quelque chose4 ,ce n'est pas par haute spiritualit que les socits prissent2 c'est par raison pure1 ce qui n'est pas exactement la mme chose1 c'est par raison dsocialisante1 succdant1 de loin1 la raison socialisatrice4 ,cela sans doute est dans l'ordre4 ,supposons1 une fois de plus1 le ,grand ,trompeur de ,schopenhauer4 ,il nous donne1 pour que nous vivions en socit1 toutes les illusions qui sont ncessaires pour cet objet2 mais il nous donne aussi quelque chose qui1 trs faible au commencement1 crotra peu peu1 qui est capable de dtruire toutes ces illusions et qui1 un moment donn1 arrivera en effet les dtruire4 ,pourquoi8 ,pour que nous mourions4 ,il a voulu notre mort autant que notre vie et il a pourvu l'une avec autant de sollicitude qu' l'autre4 ,il nous a donn les forces de vie et une force meurtrire4 ,il a voulu notre existence et aussi notre suicide4 ,minutieusement il nous a garnis de tous les viatiques et aussi d'un poison et il a trac la courbe selon laquelle1 par tous les viatiques1 nous crotrions et nous lverions vers la puissance et la grandeur2 et1 par l'effet du poison lent1 nous liminerions peu peu tous les viatiques et tomberions dans la dissolution dfinitive4 ,il a voulu que les raisons de vivre eussent leur temps et la raison de mourir la sienne4 ,pourquoi8 ,pour s'amuser8 ,peut-tre2 je n'en sais rien2 car je ne suis pas dans son conseil4 ,peut-tre aussi1 et il serait trs sage s'il en tait ainsi1 parce qu'il faut s'en aller quand on a fini son rle2 parce que chaque peuple a dans son temprament quelque chose apprendre et faire admirer l'humanit1 qu'il l'exprime en effet et le met en lumire2 puis ne pourrait que le rpter plus faiblement2 et qu'il doit se rsigner ce qu'un autre s'avance au proscenium4--,du moins la reprsentation semble ainsi rgle et1 si elle l'est ainsi1 il faut bien que quelque chose1 interprte sans doute de quelqu'un1 dise au vieux comdien3 ,solve senescentem444 ,devant les nations qui meurent1 comme devant les hommes qui se sentent mourir1 la ,nature se dresse et dit de sa voix svre3 ,trve de larmes1 vieux spulcre1 et assez de gmissements1 et cde la place d'autres plus dignes ou simplement plus jeunes4 ,combien d'autres t'ont prcde qui valaient mieux que toi ou tout autant et qui sont mortes parce qu'elles avaient en elles ce prcieux principe de mort qui permet au monde de ne pas voir toujours les mmes visages4 ,la vie n'est donne personne en proprit1 chacun n'en a que l'usufruit4 ,tu te rvolterais contre la mort1 toi dont la vie cette heure mme n'est qu'une mort anticipe1 toi qui dors tout veille et dont l'esprit est tout hant de visions et de cauchemars8 ,sors de ce monde comme tu y es entre4 ,le mme passage que tu fis de la mort la vie sans passion et sans frayeur1 refais-le de la vie la mort4 ,ta mort est une des pices de l'ordre de l'univers2 c'est une pice de la vie du monde4 ,fais place aux autres comme d'autres te l'ont faite4 ,c'est justice1 puisque c'est galit4 ,l'galit est la premire pice de l'quit4 ,tu avais des principes de vie autant qu'une autre1 plus que plusieurs autres2 tu avais un principe de mort comme toutes4 ,il y a des privilgis1 ce sont ceux qui vivent plus longtemps que d'autres1 parce qu'ils ont des principes de vie plus actifs et plus persistants1 peut-tre parce qu'ils les mnagent et les respectent plus et plus longtemps que d'autres4 ,mais il n'y a personne qui ait le privilge de l'ternit4 ,tu es partie d'un rien1 d'un tat trs faible1 languissant et prcaire4 ,tu t'es leve peu peu par le sentiment de volont de puissance collective1 par le sentiment de hirarchie1 par le sentiment de discipline4 ,tu as t trs forte et en admiration aux yeux du monde2 tu as eu un nergique amour de la vie collective sous forme d'absolu mpris de la vie individuelle2 tu t'es fait une aristocratie fire1 puissante et intelligente qui a t gardienne des traditions1 c'est--dire des procds prouvs de vivre et de vaincre2 tu t'es fait une religion1 ou tu as pntr de ton esprit et de ton me la religion qu'on t'avait apporte et tu y as trouv de nouvelles raisons de te maintenir saine et forte2 tu t'es fait un art selon ton esprit et selon ton cur pour te reposer aux moments de trves1 sans te douter que tu te crais ainsi de nouvelles raisons de te reconnatre1 de prendre conscience de toi dans toute ta suite1 de t'admirer1 de t'aimer1 de te prfrer d'autres et1 par consquent1 que tu crais pour toi une nouvelle force de vie2 mais tu t'en es bien aperue plus tard et ton patriotisme s'est fait1 plus fort et plus profond1 de l'histoire de ta pense autant que de l'histoire de tes gestes4 ,tout cela a disparu ou a dclin1 comme les forces d'un homme sur qui l'ge a appesanti sa main4 ,tout cela a disparu ou a dclin1 parce que tu n'y as plus tenu1 parce que tu n'y as plus attach d'importance1 parce que tout cela t'a ennuy2 parce que tu as dit comme cet empereur3 ,omnia fui1 nil expedit2 et si tu as dit cela1 c'est que dclinaient en toi1 se dveloppaient chez d'autres1 les ferments de vie qui ne sont dposs1 par moi1 chez chacun1 que pour un temps2 et il n'y a rien l qui doive te contrister1 puisque c'est la loi commune laquelle tu cdes aujourd'hui1 qui d'autres ont cd jadis1 qui ceux qui1 avec une trs grande satisfaction1 te regardent disparatre1 cderont demain4 ,tu vas maintenant revenir plus ou moins lentement au point de dpart4 ,ce qui fait les peuples1 c'est--dire l'abngation de l'individu1 s'tant retir de toi1 tu redeviendras1 simplement1 un certain nombre d'individus4 ,ces individus1 comme ceux qui vivaient avant l'invention des socits1 ne se connatront plus les uns les autres et n'auront aucun dsir de se servir les uns les autres1 de s'enchaner par des services rciproques et de vivre de cette vie1 singulire la vrit1 qui consiste se sentir exister beaucoup plus dans la personne des autres que dans la sienne4 ,ils seront une manire de poussire disperse et fuyante1 comme ont t les plus anciens de leurs premiers anctres2 car souviens-toi que tu as t poussire1 que tu as cess d'tre poussire et que tu retourneras en poussire4 ,des peuplades trangres viendront1 de tous les points de l'horizon1 et s'empareront de leur sol1 comme il est juste2 car ce qui est constitu en nation s'installe o il se trouve le mieux pour se dvelopper et s'accrotre2 et1 eux1 ils ne s'en apercevront pas trs distinctement1 puisque chacun ne tiendra qu' vivre sa vie personnelle1 avec un certain tonnement que d'autres tiennent vivre d'une vie collective4 ,toi1 tu auras disparu3 la mort est une dispersion4 ,il ne restera de toi qu'un nom1 glorieux du reste et dont s'entretiendront longtemps les hommes1 peut-tre une langue qu'ils pleront pendant des sicles avec vnration1 avec ennui et avec quelque profit intellectuel4 ,tes membres se fondront peu peu dans le complexus physiologique des peuples qui habiteront o tu as si longtemps habit1 comme les restes d'un homme se fondent et se dissminent dans le suc des plantes et par les plantes dans les animaux et par les animaux dans les hommes4 ,mais toi-mme n'existeras plus1 tout de mme que n'existe plus le chne sculaire chez qui la sve a fini par se tarir et qui n'est plus que poudre blanche que la terre attire soi et labore pour la production de nouveaux tres4 ,peut-tre mme1 car moi-mme ne connais pas tous les secrets2 peut-tre mme tous les peuples1 sans qu'il en reste un1 finiront-ils comme tu fais en ce moment1 par perdre l'instinct social1 et je crois bien1 en effet1 que l'instinct social n'est qu'un accident1 un peu long pour des yeux humains1 mais un accident insignifiant au regard de l'ternel1 de la vie de certains tres2 et alors l'humanit reprendra sa forme primitive qu'il est parfaitement possible qu'elle ait eu tort de quitter4 ,et alors tous les peuples du monde1 un peu plus tt un peu plus tard1 seront arrivs au mme point1 ne seront plus mme des souvenirs et seront confondus dans le nant1 ce que tu peux prendre pour une considrable consolation4 99 99 99 99 99 ,voyl les bons advertissements de nostre mre ,nature4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,chapitre ,i4--,l'animal social #a ,chapitre ,,ii4--,l'amour de la vie #ca ,chapitre ,,iii4--,le libre arbitre #ci ,chapitre ,,iv4--,la morale #ge ,chapitre ,v4--,les religions #ajf ,chapitre ,,vi4--,la vie future #adf ,chapitre ,,vii4--,la ,nmsis #agj ,chapitre ,,viii4--,la rversibilit des fautes #age ,chapitre ,,ix4--,le culte de la force #aid ,chapitre ,x4--,l'aristocratie #baa ,chapitre ,,xi4--,le mariage #bfg ,chapitre ,,xii4--,la proprit #cjj ,chapitre ,,xiii4--,le ,ama nescire #cae ,chapitre ,,xiv4--,luttes et transformations #ccj ,chapitre ,,xv4--,les prjugs ncessaires #ceb ,poitiers4--,socit ,franaise d',imprimerie