,,mile ,,faguet ,de l',acadmie ,franaise ,la ,dmission de la ,morale ,,paris ,,soci,t ,,fran,,aise ,d',,imprimerie ,,et ,,de ,,librairie ,,ancienne ,,librairie ,,lec,,ne1 ,,oudin ,,et ,cie #ae1 ,,rue ,,de ,,cluny1 #ae #aiaj ,,en ,,vente ,a ,,la ,m,,me ,,librairie ,,du ,m,,me ,,auteur3 ,seizime sicle1 tudes littraires1 un fort vol4 in-#ah jsus1 #af;e dition1 broch #c #ej ,dix-septime sicle1 tudes littraires1 un fort volume in-#ah jsus1 #ca;e dition1 broch #c #ej ,dix huitime sicle1 tudes littraires1 un fort volume in-#ah jsus1 #ca;e dition1 broch #c #ej ,dix-neuvime sicle1 tudes littraires1 un fort volume in-#ah jsus1 #ce;e dition1 broch #c #ej ,politiques et ,moralistes du dix-neuvime sicle4 ,trois sries1 formant chacune un volume in-#ah jsus1 broch #c #ej ,l'ouvrage est complet en trois sries1 chaque volume se vend sparment4 ,politique compare de ,montesquieu1 ,rousseau et ,voltaire1 troisime mille1 un vol4 in-#ah jsus #c #ej ,propos littraires4 ,quatre sries1 formant chacune un volume in-#ah jsus1 broch 7chaque volume se vend sparment7 #c #ej ,propos de thtre4 ,quatre sries1 formant chacune un volume in-#ah jsus1 broch 7chaque volume se vend sparment7 #c #ej ,le ,libralisme4 ,un volume in-#ah jsus1 huitime mille1 broch #c #ej ,l',anticlricalisme4 ,un vol4 in-#ah jsus1 septime mille1 broch #c #ej ,le ,socialisme en #aijg4 ,un vol4 in-#ah jsus1 huitime mille1 broch #c #ej ,le ,pacifisme1 un vol4 in-#ah jsus1 troisime mille1 broch #c #ej ,discussions politiques4 ,un vol4 in-#ah jsus1 broch #c #ej ,en lisant ,nietzsche4 ,un volume in-#ah jsus1 cinquime mille1 broch #c #ej ,pour qu'on lise ,platon4 ,un volume in-#ah jsus1 broch #c #ej ,amours d'hommes de lettres4 ,un volume in-#ah jsus1 cinquime mille1 broch #c #ej ,simplification simple de l'orthographe4 ,une piqre in-#ah jsus #j #fj ,madame de ,maintenon ,institutrice1 extraits de ses lettres1 avis1 entretiens et proverbes sur l'ducation1 avec une introduction4 ,un volume in-#ab1 orn d'un portrait1 #c;e dition1 broch #a #ej ,corneille1 un vol4 in-#h illustr1 #i;e dition1 broch #b ,la ,fontaine1 un vol1 in-#h illustr1 #aa;e dition1 broch #b ,voltaire1 un vol4 in-#h illustr1 #h;e dition1 broch #b ,ces trois derniers ouvrages font partie de la ,collection des ,classiques populaires1 dirige par ,m4 mile ,faguet4 ,discours de rception l',acadmie franaise1 avec la rponse de ,m4 mile ,ollivier1 une brochure in-#ah jsus #a #ej ,cours de posie franaise4 ,leon d'inauguration4 ,une piqre #j #ej ,la ,revue ,latine1 journal de littrature compare 7a cess de paratre en dcembre #aijh74 ,la collection comprend sept annes4 ,la premire anne est puise4 ,la deuxime anne #aj ,la troisime anne et les suivantes1 chacune #f ,l'anne forme un volume in-#h carr de plus de #gjj pages1 broch4 7,chaque anne se vend sparment47 ,la ,dmission de la ,morale ,,chapitre ,,premier ,,avant ,,kant ,il y a quelque intrt tudier trs froidement1 et aussi objectivement que possible1 l'volution de la morale1 particulirement en ,france1 depuis ,kant jusqu'aux dernires nouvelles4 ,cela peut jeter quelques lumires sur l'tat des esprits et par consquent fournir contribution l'histoire gnrale1 ce qui a peut-tre une certaine utilit4 ,et en tout cas c'est un divertissement qu'on peut estimer honnte4 99 99 99 99 99 ,la morale est la science1 ou l'art1 qui peut1 ou donner aux hommes des rgles de leur conduite travers la vie1 ou donner aux hommes des indications sur la conduite qu'ils feront bien de suivre travers la vie4 ,si on la tient pour une science pouvant donner des rgles1 si on la tient pour normative1 la morale1 mon avis1 ne peut se fonder que sur une religion1--que sur une science1 ou plusieurs sciences--ou que sur elle-mme4 ,si on la tient pour un art1 elle peut emprunter certaines sciences1 ou au savoir en gnral1 quelque chose2 elle peut s'appuyer sur le savoir et en tirer quelque secours2 mais elle est surtout un ensemble de dmarches ingnieuses1 de la part de l'homme1 pour s'accommoder aux choses et soi et pour diriger sa vie de manire tre dignement et noblement satisfait de soi-mme4 ,pour remonter1 un instant1 aux anciens1 il faut savoir qu'ils ont connu trs bien la morale en tant que science et aussi la morale en tant qu'art4 ,a prendre les choses dans les grandes lignes et en ngligeant volontairement des dtails1 importants il est vrai1 et qui pourront1 je le sais1 faire objection contre moi1 on ne se trompera pas beaucoup en disant que la morale considre comme science a t invente par ,socrate et les stociens1 ses vrais disciples2 et que la morale considre comme art a t invente par les picuriens4 ,socrate1 en juger d'aprs ceux des livres de ,platon o ,platon semble plus qu'ailleurs s'inspirer de lui1 fonde la morale sur la psychologie4 ,il dit3 ,connais-toi toi-mme1 et1 selon que tu te connatras plus ou moins bien1 tu seras plus ou moins vertueux4 ,il fonde tellement la morale sur la science qu'il confond la moralit avec la science1 volontairement4 ,faire le bien1 c'est le savoir4 ,savoir le bien1 c'est le faire4 ,qui sait le bien fait le bien4 ,celui qui fait le mal n'est qu'un aveugle qui ne se connat pas4 ,thorie que j'ai discute ailleurs et peut-tre rhabilite#a1 dont je ne retiens cette heure que ceci1 savoir que ,socrate est minemment1 est en son fond1 un moraliste dogmatique1 qui veut donner la morale la solidit1 la fermet1 l'imprativit aussi d'une science exacte4 #a ,voir ,pour qu'on lise ,platon4 ,les stociens tout de mme4 ,les stociens rattachent toute leur morale la psychologie1 la science de l'homme quand ils donnent comme premier principe de la morale3 ,vivre conformment la nature4 ,qu'est-ce dire en effet8 ,qu'il faut vivre conformment la nature de l'homme 7c'est le sens que le a toujours dans pictte71 donc qu'il faut connatre sa nature4 ,qu'il faut vivre aussi conformment la nature entire 7c'est le sens que le a toujours dans ,marc-,aurle71 l'ordre gnral de la nature2 donc qu'il faut connatre la nature universelle1 l'ordre gnral du monde4 ,la morale se rattache donc la science tout entire et n'en est que l'aboutissement dans l'homme mme1 dans la conduite qu'il doit tenir4 ,or qu'est-ce que la science de lui-mme et du ,tout peut apprendre l'homme8 ,qu'il y a une raison universelle1 trs sage1 trs suivie1 trs harmonieuse1 trs logique1 qui ne se contredit pas2 et aussi qu'il y a dans l'homme une raison moins ferme1 plus ou moins vacillante2 mais qui est ce qui en lui se contredit le moins et la seule chose en lui qui puisse ne pas se contredire4 ,donc il faut suivre la raison pour rester logique1 pour tre constant1 pour avoir une vie harmonique en toutes ses parties parce qu'elle sera domine par un seul principe4 ,et donc il faudra1 du ct de soi-mme1 n'obir aucunement ses passions1 qui sont forces illogiques et capricieuses2 du ct de l'extrieur mpriser compltement tout ce qui ne dpend pas de nous1 tous les fortuits1 qui1 si nous en tenions compte1 nous feraient galement vivre d'une vie capricieuse et irrgulire4--,pour mpriser tant de choses et se drober l'influence de tant de choses1 il faut se donner une volont nergique1 indomptable et en quelque sorte implacable4 ,la raison1 c'est tout l'homme intellectuel2 la volont1 c'est tout l'homme actif4 ,raison et volont1 c'est tout l'homme4 ,la sensibilit doit tre supprime4 ,la volont sans cesse en acte et n'obissant qu' la raison1 c'est toute la morale4 ,cette morale1 on a vu comme elle se rattache la science de l'homme et la science du monde1 la science totale1 et comment elle se fonde sur elle4 ,pour les picuriens1 malgr quelques essais qu'ils ont faits pour donner un caractre scientifique leur morale1 la morale est bien1 en somme1 un art et seulement un art4 ,elle pourrait tre dfinie3 les moyens d'tre heureux4 ,l'homme aspire au bonheur4 ,il a raison4 ,il serait trange qu'on voult lui persuader qu'il a tort4 ,on n'y russirait gure1 du reste1 tant le dsir de bonheur est le fond de notre nature4 ,il faut tout simplement le laisser dans cette croyance4 ,seulement il faut lui apprendre ne pas se tromper sur ce qui est le bonheur1 de peur qu'en cherchant le bonheur instinctivement1 il ne trouve que l'infortune4 ,or o est le bonheur vrai1 le bonheur qui ne trompe pas1 qui ne se dguise pas nos yeux pour s'y rvler ensuite sous forme d'infortune et de misre8 ,c'est un art1 prcisment1 que de le dcouvrir4 ,c'est une science aussi1 si l'on veut1 et il va de soi qu'il n'est pas inutile de connatre l'me humaine pour savoir ce qui doit remplir ses dsirs et par consquent tre un bonheur pour elle2 mais c'est surtout un art4 ,c'est un art qui consiste observer les tentatives des hommes vers le bonheur et noter celles qui russissent et celles qui chouent2 et dans quelle mesure elles chouent et elles russissent2 et dans quelles conditions elles ont plus ou moins succs ou chec4 ,le bonheur tant chose relative et subjective1 et la morale n'tant que procd pour arriver au bonheur1 il s'ensuit que la morale est chose subjective et relative1 qu'elle est science particulire pour chacun1 donc non pas science1 mais art1 ainsi qu'il a t dit tout d'abord4 ,du reste1 on peut arriver1 relativement encore1 une conclusion assez gnrale1 et c'est savoir que pour la plupart des hommes le bonheur1 tout compte fait1 est dans la vertu4 ,la vertu n'est pas le but de l'homme1 la fin o il doit tendre2 elle est le moyen le plus sr pour lui d'atteindre son but1 qui est le bonheur4 ,elle le donne toujours1 tandis que les autres ne le donnent qu'accidentellement4 ,elle n'est pas le but2 elle n'est pas1 non plus1 le seul chemin2 mais elle est la grande route4 ,l'picurisme ne dtruit donc pas la moralit4 ,il la subordonne4 ,il la soumet la recherche du bonheur4 ,il dit3 ,puisque vous voulez tre heureux1 soyez vertueux4 ,il n'aurait rien opposer qui dirait3 ,je ne tiens pas tre heureux4 ,il n'a rien dire non plus celui qui affirme tre heureux en dehors de la vertu1 si ce n'est3 ,vous vous trompez2 ou3 ,vous vous persuadez que vous tes heureux1 sans l'tre2 ou3 ,vous ne le serez pas toujours4 ,rponses un peu faibles4 ,l'picurisme1 comme tout art1 peut toujours tre contest4 ,il est fort par la premire position qu'il prend2 il est faible en ses conclusions4 ,il est fort en demandant aux hommes3 ,n'est-il pas vrai que vous voulez tous tre heureux8 ,vous avez raison2 car ainsi il gagne tout d'abord leur confiance4 ,il est faible en leur criant3 ,donc soyez vertueux1 parce que le rapport entre ces deux propositions ne pouvant pas tre tabli scientifiquement1 ne pouvant jamais l'tre que par un art plus ou moins ingnieux1 mais toujours rcusable1 n'a rien de ferme ni de solide4 ,a un autre point de vue1 remarquons que ces deux morales antiques1 quelque dogmatiques qu'elles soient toutes les deux et surtout la premire1 sont encore persuasives et non impratives1 hypothtiques mme 7surtout l'une7 et non catgoriques4 ,quoique l'une et l'autre 7surtout la premire7 aient employ le mot qui veut dire3 ,tu dois1 elles ne sont ni l'une ni l'autre autorises pleinement dire3 ,tu dois4 ,elles ne sont impratives que par un certain abus de mots et un certain excs d'affirmation4 ,qui m'oblige 7voici pour le stocisme7 me conformer l'ordre universel ou mon ordre intrieur1 la raison cosmique ou ma raison humaine8 ,absolument rien4 ,je puis trouver cela beau1 noble1 honorable1 convenable1 digne de moi2 mon orgueil peut tre extrmement intress l'accepter2 mais que j'y sois oblig1 je ne le vois pas4 ,je pourrai dire3 ,decet2 rien ne me fera dire3 ,debes4 ,le devoir stoque n'est pas un devoir2 c'est un idal4 ,on m'y attire2 on m'y pousse2 on m'en blouit et on m'en fascine2 on ne me le commande pas2 on ne trouve pas quelque chose qui me le commande4 ,le stocisme est persuasif2 il n'est pas1 il ne peut pas tre impratif4 ,il est persuasif infiniment1 parce qu'il s'adresse1 pour nous persuader1 aux parties de notre me dont nous sommes le plus fiers et que nous chrissons le plus2 il ne peut pas tre impratif4 ,il est trs visible1 du reste1 qu'il n'a jamais song l'tre et qu'il n'a jamais song dire3 ,quelqu'un quelque part1 ou quelque chose en vous1 vous commande imprieusement de faire ceci4 ,obissez4 ,quelques-unes de ses formules se rapprochent de celle-ci2 aucune n'y est adquate4 ,ses formules se ramnent toujours 3 ,il est beau d'agir de telle sorte4 ,c'est une persuasion de tout premier ordre2 c'est une magnifique persuasion2 ce n'est pas une obligation dmontre2 ce n'est pas un impratif4 ,encore moins l'picurisme est-il impratif4 ,il ne commande pas2 il persuade peine2 il renseigne3 ,si vous voulez tre heureux1 faites ceci4 ,l'picurisme est une indication4 ,c'est une indication qui n'est pas fausse mais laquelle on ne se sent nullement tenu de se conformer4 ,l'picurisme n'a pas de force contraignante4 ,le stocisme non plus1 comme nous l'avons vu2 mais on peut dire que le stocisme1 dfaut de force contraignante1 a une force imposante2 l'picurisme ni ne contraint ni mme n'impose4 ,voil ce qui me faisait dire que les deux grandes morales antiques sont persuasives et non impratives4 ,et aussi elles sont hypothtiques et non catgoriques1 ce qui est presque la mme faon de les envisager4 ,l'picurisme est minemment un impratif hypothtique1 comme dit ,kant4 ,il recommande d'tre vertueux1 si l'on veut avoir le bonheur4 ,il conditionne la vertu2 il conditionne le devoir4 ,en disant3 ,soyez vertueux pour tre heureux1 il n'est pas loin de dire3 ,si vous ne trouvez pas le bonheur dans la vertu1 laissez-la4 ,il ne dit point pareille chose2 mais on peut la lui faire dire4 ,il est hypothtique fondamentalement et apparemment1 trs apparemment1 ce qui est peut-tre plus grave4 ,le stocisme ne l'est point apparemment mais il l'est en son fond1 sans aucun conteste4 ,il prescrit aux hommes la vertu pour qu'ils se conforment leur nature et la nature2 c'est la leur prescrire1 s'il est vrai que leur nature et la nature soient orients vers la vertu1 s'ils reconnaissent dans leur nature une tendance la vertu et dans la nature la vertu proclame4 ,or voil bien une hypothse1 une hypothse que tous les efforts de l'cole tendront fortifier1 solidifier1 charger de certitude2 mais enfin une hypothse4 ,voil bien un impratif hypothtique4 ,l'picurisme pourrait mme dire qu'il est moins hypothtique que le stocisme1 puisque l'hypothtique contenu dans son commandement est peine une hypothse2 puisque prescrire aux hommes la vertu s'ils veulent tre heureux1 c'est la leur prescrire sans hypothse1 n'tant point douteux que tous les hommes veulent le bonheur1 tandis que l'hypothtique contenu dans la prescription stocienne est hypothtique trs pleinement4 ,quoiqu'il en soit du plus ou du moins1 les morales stocienne et picurienne sont persuasives et non impratives2 sont hypothtiques et non catgoriques4 ,pourquoi8 ,parce qu'elles sont humaines1 strictement humaines4 ,elles ne sont pas1--je crois bien qu'elles le sont un peu1 quoi que je die1 mais enfin il est plus juste de dire qu'elles ne le sont pas qu'il ne le serait de dire qu'elles le sont1--elles ne sont pas des dbris1 des restes1 des souvenirs inconscients de religions passes4 ,bien plutt elles sont en raction et en sourde rvolte contre les religions de l'ancienne ,grce4 ,plus ou moins formellement elles accusent ces religions d'immoralit et la morale grecque existe1 au fond1 et se sent exister1 surtout pour que les vieilles religions n'existent plus4 ,elle se sent exister et elle veut exister comme remplaant les anciennes religions et surtout comme prenant une place que les anciennes religions n'avaient pas remplie4 ,elles sont1 relativement aux anciennes religions1 d'essence presque absolument diffrente4 ,il est donc trs naturel qu'elles n'aient pas le caractre impratif1 dominateur1 conqurant1 pour ainsi parler1 et envahisseur1 que les religions ont d'ordinaire4 ,elles ne sont pas des morales dtaches d'anciennes religions et qui se souviennent inconsciemment d'avoir t des religions et qui en ont gard comme le caractre et comme le pli4 ,elles ne sont pas des morales air et geste religieux4 ,remarquez du reste1 pour tout dire1 ou plutt pour tout indiquer brivement1 que les religions anciennes elles-mmes n'ont pas beaucoup1 n'ont pas violemment1 pour ainsi dire1 le caractre impratif4 ,elles commandent1 c'est incontestable1 et elles promettent des rcompenses et elles menacent de chtiments4 ,elles sont donc1 il faut le reconnatre1 des systmes religieux complets4 ,complets1 oui1 mais peu dfinis et peu rigoureux2 parce qu'ils sont extrmement1 j'allais dire dsesprment complexes4 ,voyez brivement tout ce qu'il y a dans les religions antiques4 ,il y a des dieux1 c'est--dire1 premire complexit1 des tres qui taient des forces aveugles1 puissantes et redoutables de la nature et qui sont devenus des hommes1 des hommes suprieurs1 des hommes trs grands1 trs forts1 trs puissants et ternels2 mais des hommes2 des dieux1 donc1 qui participent maintenant des forces formidables de la nature et des passions changeantes1 des caprices de l'humanit2 et qu'on adore confusment comme ils sont confus eux-mmes2 pour lesquels on a les sentiments les plus divers et les plus mls1 admiration1 crainte1 respect1 envie1 culte artistique1 ironie quelquefois1 autres sentiments encore4 ,les dieux sont des personnages auxquels on croit1 que l'on sent trs prsents1 trs proches1 quelquefois trs loigns1 que l'on a bien en trs grande considration1 mais qu'au fond on ne sait pas bien comment traiter4 ,il y a encore1 dans le paganisme1 le ,destin1 qui est une conception peut-tre aussi ancienne que celle des dieux1 mais toute diffrente et presque contradictoire4 ,ne1 sans doute1 de l'intuition1 plus ou moins confuse1 de l'immutabilit des lois de la nature1 la conception du ,destin s'oppose la conception des dieux4 ,ils sont capricieux comme des hommes1 il est immuable comme le ciel2 ils peuvent tre flchis1 il est inflexible2 ils peuvent tre pris1 il est inutile de le solliciter2 ils peuvent tre corrompus par des prsents1 il est incorruptible4 ,le ,destin est un dieu sans oreilles1 par derrire et par-dessus les dieux sensibles4 ,il est profondment immoral en soi1 puisque rien ne peut le changer et que la bonne volont humaine n'a pas de prise sur lui1 et en mme temps on le mle de moralit1 pour ainsi dire1 on fait entrer en lui un lment de moralit1 en aimant se persuader que sa volont immuable et ternelle se confond avec la justice2 mais encore on n'en est pas sr et il est la fois effrayant et dconcertant1 effrayant surtout4 ,et il y a encore la ,nmsis1 qui est contradictoire la fois au ,destin et aux dieux4 ,elle est contradictoire au ,destin1 puisqu'elle est un sentiment et mme une passion1 chose qui n'a aucun rapport avec un ordre ternel2 puisqu'elle est une jalousie des tres suprieurs l'gard de l'homme1 jalousie qui s'exerce capricieusement et arbitrairement1 qui est toujours suspendue sur la tte des mortels1 mais que l'on peut conjurer1 carter1 flchir par des prires et de bonnes uvres4--,elle est contradictoire1 quoique un peu moins1 aux dieux eux-mmes2 car elle est un sentiment mauvais et bas qui dgrade les dieux1 qui en fait des tres infrieurs l'homme plutt que suprieurs1 qui les prsente surtout sous leur aspect de mchancet et de rancune4 ,la ,nmsis est dmocratique2 elle est mme la dmocratie symbolise4 ,elle fait des dieux qui1 quoique suprieurs l'homme1 n'aiment pas que des hommes soient grands1 forts ou heureux4 ,elle fait des dieux qui auraient des sentiments populaires1 sans avoir l'excuse naturelle qu'a le peuple d'tre envieux des puissants4 ,elle est aristocratique aussi2 elle est cette ide que le petit doit rester sa place1 ne pas vouloir devenir grand et que s'il veut devenir grand il trouvera plus grand que lui et plus fort1 ft-ce au ciel1 pour le faire rentrer dans la sphre dont il a voulu sortir4 ,on peut la prendre de ces deux manires2 mais1 de quelque biais qu'on la prenne1 elle est un sentiment mchant prt aux dieux et qui les rapetisse4 ,elle fait du dieu1 soit un tribun hargneux qui exalte les petits et qui dprime les grands et les chtie2 soit un aristocrate autoritaire qui maintient chacun son rang avec une frocit sournoise1 procdant par coups brusques et inattendus4 ,inutile de dire1 comme tout l'heure pour le ,destin1 qu'on a1 peu peu1 essay de faire entrer de la moralit dans la ,nmsis et que1 puisqu'on pouvait la prendre comme artisan d'galit1 on a affect de la tenir pour forme de la justice4 ,mais de la conception initiale qu'on en avait eue reste ceci que la ,nmsis tait contradictoire au destin et contradictoire l'ide de dieux plus nobles et plus gnreux que les hommes4 ,une religion si mle pouvait-elle tre vraiment imprative1 vraiment normative1 vraiment cratrice de rgles nettes et prcises pour la conduite des hommes8 videmment non4 ,elle peuplait leur esprit d'idals confus1 d'esprances et de craintes confuses1 de devoirs confus et contradictoires4 ,donc1 quand bien mme1 ce que j'ai indiqu que l'on pourrait soutenir1 les morales antiques auraient eu quelques racines dans les religions antiques auxquelles elles succdaient1 elles n'auraient pas pu retenir de celles-ci un caractre impratif que celles-ci n'avaient jamais eu4 ,et s'il est vrai1 comme je crois que c'est plus vrai1 que les morales antiques fussent plutt en raction contre les religions antiques qu'elles ne drivassent d'elles1 il y avait peu de chances1 cependant1 pour qu'elles inventassent cette chose nouvelle1 vritablement inconnue et un peu trange1 une ide commandant un homme1 comme un matre un esclave et l'asservissant4 ,de cette ide1 ils ont approch1 c'est incontestable4 ,ils ont prsent soit la raison1 soit l'intrt bien entendu1 comme quelque chose1 sinon qui nous oblige1 du moins qui nous accule1 qui nous force dire3 il est bien vrai qu'il n'y a pas autre chose faire2 et ceci est bien une sorte de contrainte4 ,mais ne nous y trompons point1 c'est encore une contrainte de persuasion2 c'est une contrainte qui donne ses raisons4 ,la raison1 a dit ,pascal1 nous commande bien plus imprieusement qu'un matre1 car en dsobissant un matre on est malheureux et en dsobissant la raison1 on est un sot4 ,la contrainte des philosophies morales antiques tait prcisment celle-ci4 ,elles mettaient leur effort nous contraindre avouer qu'il est sot de ne pas tre vertueux4 ,mais ceci est encore de la persuasion2 c'est de la persuasion qui devient si forte qu'elle finit par prendre un caractre presque impratif2 mais prcisment elle finit par l1 tandis que c'est par l que la morale imprative commence1 et la diffrence est si considrable qu'elle est d'essence mme4 ,oui1 en vrit1 tout le monde intellectuel grec1 tant religieux que philosophique1 n'a connu que la persuasion4 ,les religions ont t persuasives1 les philosophies ont t persuasives4 ,les religions ont effray d'abord1 confusment2 mais1 ce semble1 remonter aux plus anciens textes1 sans tirer de leur majest terrifiante un certain nombre de commandements prcis et formels1 et je crois que l'on sait combien il est difficile de mettre en formules et mme de dmler la morale d',homre ou d',hsiode4 ,puis elles se sont1 confusment encore1 mles de morale1 mais d'une morale qui entrait en elles comme un corps tranger et qui travaillait plus les dsagrger qu' les vivifier2 et en partie morales1 en partie immorales1 en partie esthtiques1 et ce titre trangres la morale sans y tre prcisment contraires1 elles prsentaient aux hommes une morale si mle et si indistincte qu'au fond les meilleurs d'entre eux mettaient leur moralit mme se dtacher d'elles4 ,les morales1 d'autre part1 taient ou noblement utilitaires et eudmoniques1 ou austres et contraignantes2 mais toujours persuasives1 quelles qu'elles fussent1 procdant par raisonnements et non par ordres1 recommandant la vertu et non la commandant1 n'obligeant pas1 ou ne dmontrant pas l'homme qu'il est oblig1 raisonnant l'homme1 pour parler le langage populaire1 ne le captivant point1 ne l'asservissant point1 ne le pliant point sous une loi indiscutable4--,cela revient dire que dans tout le monde intellectuel grec c'est la desse ,persuasion qui est souveraine1 et la desse ,persuasion est toujours un souverain constitutionnel4 99 99 99 99 99 ,le ,christianisme vint4 ,c'est lui qui a cr la morale imprative4 ,il l'a cre par ce qu'il apportait avec lui2 il l'a cre par ce qu'il retenait du pass4 ,il sortait1 lui1 d'une religion1 d'abord contre laquelle il n'tait pas en raction2 car il n'tait pas venu pour dtruire la ,loi1 mais pour la consommer2 et il sortait d'une religion qui n'tait pas confuse1 mle et contradictoire2 mais qui tait extrmement prcise et nette4 ,dans la religion biblique point de ,destin1 point de ,nmsis et point de polythisme 7du moins depuis longtemps l'poque o le ,christianisme parut74 ,un seul ,dieu1 qui est personnel1 qui n'est pas li par une fatalit plus forte que lui1 qui est libre et qui est tout-puissant1 qui commande comme un roi arbitraire et absolu2 qui d'autre part n'est pas jaloux des hommes1 est trs svre et trs irritable1 mais n'est pas jaloux et qui n'a qu'une passion1 qui est qu'on lui obisse strictement et aveuglement4 ,d'une religion de cette sorte1 une morale imprative peut sortir et doit sortir1 et seulement une morale imprative4 ,elle est comme toute faite4 ,la morale1 c'est d'obir ,dieu qui est infaillible1 qui n'a pas besoin d'tre justifi et qui ne doit pas tre discut4 ,la morale sort de la religion et d'une religion nette1 prcise1 sans contradiction1 sans incertitude1 sans imagination1 sans mythes potiques et singuliers4 ,voil ce que ,jsus retenait de l'ancienne ,loi4 ,il apportait une morale nouvelle1 trs nouvelle1 comme nous le verrons plus loin2 mais il la rattachait la religion antique et il la laissait volontairement assise sur la religion comme sur sa base naturelle1 confondue avec la religion et aussi imprative qu'elle4 ,il disait3 ,vous aimerez le ,seigneur votre ,dieu de tout votre cur1 de toute votre me et de tout votre esprit4 ,c'est l le plus grand et le premier commandement4 ,et voici le second1 qui est semblable celui-ci3 ,vous aimerez votre prochain comme vous-mme4 ,il est impossible de rattacher plus fortement la morale la religion1 de confondre plus intimement la morale et la religion1 en insistant sur ceci que le premier principe de la morale n'est que le second commandement1 et sur ceci que1 du reste1 le commandement qui renferme toute la morale n'est qu'une sorte de rptition du commandement qui renferme toute la religion4 ,pour ,jsus la morale n'est qu'un aspect de la religion4 ,il n'y a rien de plus juste que le nom de ,fils de ,dieu appliqu ,jsus4 ,jsus1 c'est la morale elle-mme2 ,jsus ,fils de ,dieu1 cela veut dire que la morale procde de la religion1 en sort1 s'appuie sur elle1 du reste est consubstantielle avec elle et en a tous les caractres4 ,jsus est un aspect de ,dieu2 la morale est un aspect de la religion4 ,la morale ainsi comprise ne peut tre que normative1 imprative1 absolument imprative1 puisque1 non seulement elle est un ,dieu1 mais elle est ,dieu lui-mme4 ,d'autre part1 ce que ,jsus apportait avec lui1 c'tait une morale nouvelle qui1 si elle s'incorporait avec ,dieu1 et prcisment parce qu'elle s'incorporait avec lui1 le changeait trs sensiblement4 ,a la loi de terreur ,jsus venait substituer la loi d'amour2 et cela1 sans que peut-tre il s'en doutt1 pour les gentils comme pour les juifs4 ,le ,dieu des juifs tait un dieu terrible auquel il fallait obir et qu'il fallait craindre4 ,les dieux des gentils taient galement des dieux auxquels il fallait obir et qu'il fallait craindre4 ,le premier qui ait dit dans le monde qu'il fallait aimer ,dieu1 c'est ,jsus4 ,l'amour de ,dieu est la grande invention du ,christianisme4 ,cette invention changeait ,dieu et la morale1 donnait ,dieu et la morale un tout nouveau caractre4 ,car s'il faut aimer ,dieu1 prenez garde1 il faut que ,dieu devienne bon2 ou il faut qu'on se mette en l'esprit qu'il l'a toujours t4 ,quelque effort que l'on y pt faire1 on n'aimerait pas1 on ne parviendrait pas aimer un ,dieu mchant1 ou un ,dieu qui ne serait que terrible1 ou mme un ,dieu qui ne serait que strictement juste4 ,donc il faut qu'on se le figure comme bon1 comme juste sans doute1 comme svre peut-tre2 mais comme bon4 ,en disant qu'il faut aimer ,dieu1 ,jsus1 comme ncessairement1 l'a rendu aimable4 ,au fait1 c'est ainsi qu'il se le reprsentait et c'est parce qu'il sentait ,dieu bon qu'il a voulu qu'on l'aimt2 mais aussi c'est parce qu'il a dit qu'il fallait l'aimer qu'il l'a fait bon ternellement dans l'imagination des hommes4 ,dieu tait chang4 ,la morale l'tait du mme coup4 ,la morale tait jusque-l morale de justice2 elle devenait morale d'amour4 ,la morale consistait jusque-l respecter le droit d'autrui et rendre chacun le sien4 ,elle consista dsormais aimer tous les hommes comme des frres4 ,et cela tait une consquence trs logique4 ,si ,dieu doit tre aim parce qu'il est bon et si1 tant bon1 il aime tous les hommes1 la seule manire de le bien aimer est d'aimer tous les hommes comme il les aime4 ,la substitution de ,dieu pre ,dieu roi amne la substitution de l'ide de fraternit l'ide de justice4 ,aussi l'ide de justice est-elle souvent mprise et raille dans l'vangile1 et c'est l'ide d'amour1 de fraternit qu'il tend tout entier4 ,la seconde grande invention de ,jsus est d'avoir pass par del l'ide de justice1 considre comme infrieure1 pour installer la morale dans l'amour4 ,de l ces prceptes au del desquels on n'ira point3 ,faites ce que vous voudriez qu'on vous ft2 ne rsistez pas au mal qu'on veut vous faire et qu'on vous fait2 aimez votre prochain comme vous-mme2 aimez vos ennemis2 faites du bien ceux qui vous hassent4 ,de l cette morale1 dont ,kant a trs bien dit que si toute la religion sur laquelle elle s'appuie s'croulait1 elle subsisterait encore par elle-mme2 de l cette morale que les attaques diriges contre la religion sur laquelle elle s'appuie n'atteignent pas et ne peuvent atteindre2 de l cette morale enfin que tout progrs des murs1 rel ou suppos1 non seulement ne laisse pas en arrire1 mais ne fait que rejoindre1 ou plutt ne rejoint jamais et voit toujours devant lui comme son but dernier et sa fin suprme4 ,cette morale est telle qu'il semble qu'elle pourrait se passer du dogme1 tant plus pure que lui1 en quelque sorte1 et plus sublime2 mais n'oublions pas qu'elle n'a pas voulu s'en passer et qu'elle s'est en quelque sorte insre et encadre dans le dogme existant4 ,le dogme tait3 ,dieu commande et il faut lui obir1 et tel tait le fondement de la morale4 ,le dogme tait3 le dsobissant sera puni et l'obissant sera rcompens1 et telle tait la sanction de la morale4 ,jsus conserve tout cela1 et1 entre ce fondement de la morale et cette sanction de la morale1 il introduit une morale plus pure que l'ancienne et qui n'est plus l'obissance et qui est l'amour1 et qui n'est plus la justice et qui est la fraternit2 mais il maintient et fondement et sanction1 et il dit que le premier commandement est l'attachement de l'homme ,dieu1 et il dit que ,lazare sera recueilli dans le sein d',abraham et que le mauvais riche sera prcipit pour l'ternit dans l'enfer4 ,donc une morale sublime avec fondement religieux1 avec une sanction religieuse2 de caractre1 par consquent1 nettement et formidablement impratif2 voil la morale de ,jsus4--,plus tard1 autour de cette morale demeure fixe et immobile et qui ne pouvait que demeurer telle puisqu'elle avait1 du premier pas1 atteint l'absolu1 la religion dont elle tait comme encadre et entoure1 volua4 ,elle se cra1 au contact des ,grecs1 et1 du reste1 parce qu' une religion qu'on adopte on demande l'explication de tout1 une mtaphysique trs obscure et du reste merveilleuse1 qui restait comme le fondement1 mais plus mouvant en quelque sorte et moins assur qu'auparavant1 de la morale1 que l'on assurait toujours qui s'y appuyait4 ,elle donna1 d'autre part1 la morale des sanctions plus varies1 pour ainsi parler1 admettant un moyen terme1 lui-mme comportant diffrentes mesures1 entre le paradis et l'enfer1 et par consquent crant une hirarchie et une chelle des peines et des rcompenses2 et c'tait l1 en somme1 une ide vanglique1 ,jsus n'ayant pas dtruit le ,dieu juste et ayant invent le ,dieu bon1 et par consquent une conciliation tant trouver entre la justice de ,dieu et sa bont1 et ni l'une ni l'autre ne pouvant tre supprime1 et devant tre imagin un temprament de l'une par l'autre4 ,d'autre part encore1 comme il arrive aux conqurants d'tre plus ou moins absorbs1 tout au moins altrs par ceux qu'ils conquirent1 le ,christianisme1 s'il avait admis en lui beaucoup de mtaphysique grecque1 admit en lui beaucoup de paganisme proprement dit4 ,le polythisme revcut1 trs attnu1 mais il revcut dans les anges1 du reste emprunts la religion hbraque et dans les saints et saintes1 remplaant les dieux nationaux1 les dieux municipaux et les dieux locaux2 et dans les ,notre-,dame de tel ou tel pays1 qui sont1 par un artifice d'imagination1 la fois une seule personne et une foule de personnalits trs distinctes4--,le destin revcut1 ici et l1 trs contest1 parce que rien n'est moins vanglique que cette conception2 mais il revcut dans l'ide de la prdestination1 selon laquelle ,dieu n'est pas li par plus fort que lui2 mais se lie lui-mme de toute ternit4 ,je ne vois gure que la ,nmsis1 ide qui est la plus originale et la plus caractristique du paganisme1 qui ne se retrouve pas dans le ,christianisme1 pour cette raison que la grandeur et la toute-puissance d'un seul ,dieu est par trop contradictoire avec cette ide1 laquelle met les dieux aussi prs des hommes qu'il est possible de les y mettre sans en faire des hommes4 ,et encore je ferai remarquer que la ,nmsis me semble bien paratre dans un des plus anciens textes des vangiles1 dans le ,sermon sur la ,montagne3 ,quand vous voudrez prier1 dites3 ,notre pre qui tes aux cieux444 ne nous induisez pas en tentation4 ,de quelque manire qu'on ait retourn ce texte et qu'on l'ait adouci1 il reste comme une preuve que dans les ides des premiers chrtiens1 ,dieu pouvait tendre des piges l'homme1 peut-tre pour l'prouver1 peut-tre par je ne sais quel esprit de malice4 ,il y a l quelque chose de la ,nmsis1 que l'on trouve du reste1 plus ou moins distincte1 dans certains passages de la ,bible4 ,ce qu'il faut penser l-dessus1 c'est1 mon sens1 que l'ide de la ,nmsis a t commune toute l'antiquit1 qu'elle est trs forte dans le paganisme1 qu'elle est sensible dans l'hbrasme1 que de l'hbrasme elle a pass1 presque subrepticement1 dans le ,christianisme primitif2 que le ,christianisme y tait du reste si contraire qu'il avait de quoi l'liminer et qu'il l'a en effet limine assez vite1 ne la trouvant du reste plus gure dans le paganisme l'poque o il s'est rencontr avec celui-ci4 ,quoi qu'il en soit1 une morale si leve qu'on peut la considrer comme dfinitive1 fondement religieux1 sanctions religieuses1 se confondant avec la religion1 aimant croire et voulant croire que1 la religion disparaissant1 elle disparatrait elle-mme1 nettement imprative1 normative et dclarant l'homme oblig3 telle est la morale chrtienne4 ,elle est l'ancienne ,loi de ,dieu1 transforme quant ses prceptes1 transforme mme quant son esprit1 conservant tout son caractre de commandement absolu4 ,quand le ,christianisme perdit quelque chose de son influence sur les hommes1 il se passa la mme chose que quand le paganisme parut impur ou grossier aux beaux esprits ou aux grands esprits de la ,grce4 ,les penseurs voulurent crer une morale indpendante1 plus ou moins indpendante du ,christianisme4 ,seulement la difficult tait plus grande4 ,le paganisme avait une morale trs faible et trs contestable4 ,une morale pure triomphait de la sienne et du mme coup triomphait de lui assez facilement4 ,le ,christianisme avait une morale telle qu'aucune1 jusqu' la consommation des sicles1 ce qu'il semble1 ne pouvait la dpasser4 ,on ne pouvait donc pas1 par l'invention d'une morale suprieure la sienne1 le dcrditer2 on ne pouvait que lui emprunter sa morale en la dtachant de lui1 au risque1 par l'impuissance o l'on se montrait de trouver en morale mieux que lui1 de restaurer son crdit au lieu de le dtruire4 ,on s'effora1 cependant--par un besoin qu'a souvent l'homme et que je ne discute pas pour le moment1 d'avoir une morale sans avoir une religion--de constituer la morale indpendamment du dogme1 et c'est--dire1 car on ne pouvait faire autre chose1 de prsenter aux hommes les conclusions de la morale chrtienne1 sans le fondement sur lequel elle avait prtendu s'appuyer4--,on s'effora1 par consquent1 de trouver la morale un autre fondement 7car on croyait encore qu'il lui en fallait un71 que la foi en ,dieu1 l'obissance ,dieu1 l'amour de ,dieu4 ,mais la morale1 comme je l'ai dit1 ne peut se fonder que sur une religion1 sur la science ou sur elle-mme4 ,la fonder sur une religion1 c'est ce qu'on ne voulait plus faire2 la fonder sur elle-mme1 c'est quoi l'on ne songea pas encore4 ,restait qu'on la fondt sur la science4 ,mais encore1 sur la science en gnral1 sur l'ensemble des sciences1 ou sur une science particulire8 ,sur l'ensemble des sciences1 on n'y songea point2 les sciences1 du reste1 cette poque1 ne prsentant pas l'ensemble majestueux qu'elles prsentent aujourd'hui et n'imposant point4 ,on essaya donc de fonder la morale sur une science particulire1 c'est--dire sur la science de l'homme4 ,c'tait revenir l'antiquit et soit au stocisme1 soit l'picurisme4 ,ce fut surtout l'picurisme qu'on revint4 ,toutes les morales utilitaires qui eurent un certain succs en ,angleterre1 puis en ,france1 sont base d'picurisme4 ,elles cherchent se constituer ainsi3 il faut savoir ce qui peut rendre l'homme heureux2 ce qui le rend heureux1 c'est une morale trs pure constamment mise en pratique2 numrons les lments et comme les conditions de cette morale444 ,en un mot1 la morale est la science du bonheur1 fonde sur la connaissance de l'homme4 ,je n'ai pas besoin de dire1 puisque j'ai parl plus haut de l'picurisme1 dont nous n'avons ici qu'une rdition1 qu'une morale de cette sorte peut tre trs leve et trs saine2 mais j'ai peine besoin de dire aussi3 #a qu'elle ne peut tre que persuasive2 #b qu'elle ne peut tre qu'un art4 ,elle ne peut tre videmment que persuasive2 car l'homme ne peut se sentir oblig tre heureux4 ,cette proposition3 sois heureux2 il le faut1 tu le dois1 a quelque chose en soi de comique et de ridicule4 ,il y a plus4 ,est-ce un reste1 dans nos esprits et dans nos consciences1 des vieilles morales impratives et religieuses1 peut-tre2 mais nous sentons vaguement que le bonheur n'est pas un devoir1 que nous ne sommes pas obligs tre heureux et que peut-tre nous sommes obligs ne pas l'tre1 que la recherche du bonheur a quelque chose d'immoral4 ,et ceci n'est pas ncessairement une rminiscence chrtienne4 ,au fond de la ,nmsis1 pour y revenir un instant1 il y avait cette ide que l'homme ne doit pas tre trop heureux1 qu'un homme heureux est quelque chose de contraire l'ordre et d'insolent 7un peu du sens tymologique et un peu de l'autre71 et en dernire analyse l'ide de la ,nmsis1 c'tait l'inquitude qu'prouve un homme tre heureux1 c'tait le remords du bonheur1 preuve que le bonheur a toujours pour l'homme quelque air de pch4 ,nous ne nous sentons donc jamais obligs au bonheur1 et la morale qui nous donne comme fin le bonheur ne peut tre que persuasive4 ,le dialogue entre la morale eudmonique et nous est celui-ci3 ,voulez-vous tre heureux8--,oui1 nous avouons que nous voulons l'tre4--,si vous voulez l'tre1 il faut tenir telle ou telle conduite4 ,autrement dit1 la morale eudmonique n'a aucune autorit4 ,elle est une amie bienveillante et indulgente qui nous prend par notre faible pour nous conduire la force d'me1 et qui nous prend par notre got pour le bonheur pour nous mener au bien4 ,nous l'aimons2 nous lui sourions1 comme elle nous sourit2 mais elle ne nous impose pas du tout4 ,nous n'prouvons pas pour elle du respect1 et c'est une bonne ide de ,kant que ce qui peut nous imposer des devoirs doit tre quelque chose qui nous inspire du respect4 ,la morale eudmonique n'est rien autre que doucement persuasive4 ,et la morale eudmonique1 aussi1 ne peut tre qu'un art et n'a rien de scientifique1 parce que le bonheur est chose tout fait individuelle4 ,je place mon bonheur ici1 je le vois ici2 un autre le place et le voit ailleurs2 et il n'est pas certain que j'aie tort1 ni que l'autre n'ait pas raison4 ,le bonheur pour chacun est en raison de sa nature et de ses aptitudes4 ,le bonheur est la concordance qui s'est tablie ou qu'on a su tablir entre les facults d'un individu et le champ d'activit o il pouvait exercer ces facults4 ,il y a donc autant de bonheurs diffrents1 en puissance1 que d'individus4 ,or il n'y a pas de science de l'individuel4 ,la morale ayant pour fin le bonheur ne peut donc tre qu'un art1 qu'un art ingnieux1 individuel lui-mme1 et devra tre dfinie ainsi3 la morale est l'art par lequel1 chacun s'tant appliqu se connatre et se connaissant bien1 se rend heureux par une sage application de ses facults propres au monde qui l'entoure4--,voil qui est bien2 mais1 donc1 la morale n'est pas une science1 elle est un art2 et mme un art qui n'a pas de prceptes et de maximes gnrales2 la morale est un art personnel et incommunicable2 la morale est l'art que chacun devrait se faire soi-mme pour tre le moins malheureux possible4 --,non pas tout fait1 rpond la morale eudmonique4 ,je reste une science en ce que1 prcisment1 je crois que les principes menant au bonheur sont trs gnraux1 sont les mmes pour tous les hommes1 doivent tre tirs de l'tude de la nature humaine en sa gnralit2 en ce que je crois que chaque homme serait dans l'erreur en cherchant se rendre heureux par l'tude1 mme scrupuleusement et froidement faite1 de ses penchants et aptitudes et ne saurait l'tre qu'en se conformant aux notions sur le bonheur que nous donne l'tude de l'homme1 pour ainsi parler1 universel4 ,et en cela1 je suis trs nettement scientifique4 --,je le veux bien2 mais encore ce qui fait qu'on peut dire qu'il y a un homme universel1 ce qu'il y a de commun entre tous les hommes1 c'est1 si l'on veut1 le dsir du bonheur2 mais ce n'est pas du tout une ide1 une imagination sur le moyen d'y arriver4 ,tel vous dira3 ,mon ide du bonheur1 c'est la volont de puissance1 et tel autre vous dira3 ,mon ide du bonheur1 c'est la modration dans les dsirs2 tel vous dira3 ,mon ide du bonheur1 c'est la tranquillit1 et tel autre3 ,mon ide du bonheur1 c'est l'action4 ,et ils vous diront ces choses sans que vous puissiez lgitimement contredire aucun d'entre eux4 ,il en rsulte1 ce qu'il me semble1 que la morale eudmonique n'est pas une morale2 qu'elle est plusieurs morales opposes les unes aux autres1 mettons1 si vous voulez1 en souvenir de ,nietzsche1 la morale des matres1 la morale des esclaves--et quelques morales intermdiaires4 ,donc la morale eudmonique n'a rien d'universel et par consquent n'est pas une science4 ,elle est un art et elle est mme plusieurs arts1 une infinit d'arts1 l'un l'usage de celui-ci et l'autre l'usage de celui-l4 ,chaque homme1 dans ce systme1 est l'artisan de lui-mme2 et1 de la matire qu'il trouve en lui1 doit faire une uvre d'art selon la matire qu'il a trouve1 selon la connaissance qu'il a de cette matire et selon les procds d'art qu'il a invents4 ,donc pour le moraliste eudmoniste point de morale4 ,il ne doit pas mme en esquisser une4 ,son trait de morale ne doit pas s'tendre au del de son principe4 ,il doit tenir en une ligne3 ,cherchez le bonheur4 ,pas un mot de plus4--,mais comment8--,c'est votre affaire4 ,ce ne peut tre que votre affaire4 ,je vous dirai1 si vous voulez1 comment j'ai trouv le mien2 mais cela ne peut pas vous renseigner sur le vtre4 ,la morale eudmonique n'est ni un commandement ni une prescription1 ni mme un guide4 ,il en est de mme1 plus forte raison1 de ce qu'on a appel la morale du sentiment1 qui ne mrite pas qu'on s'y attarde bien longtemps4 ,quelques philosophes1 ,rousseau surtout et ses disciples1 ont eu pour toute morale ceci3 ,cdez votre sentiment intime2 il ne trompe pas4 ,au fond1 c'est vrai2 mais quand on a1 successivement1 refus le nom de sentiment intime tant de choses qu'il ne reste plus rien qu'un quelque chose qui n'est peut-tre pas un sentiment4 ,si l'on dit en effet un sentimentaliste3 ,dois-je toujours obir au sentiment qui me possde et qui me pousse1 pour l'instant8 il rpondra certainement3 ,il faut encore voir si ce sentiment est bien votre sentiment intime1 profond1 radical2 car il existe une foule de sentiments superficiels1 momentans et altrs2 il existe des sentiments qui sont des rsultats des circonstances et du monde o vous vivez et de l'atmosphre que vous respirez et de votre ducation1 etc42 ce sont des sentiments circonstanciels ou des sentiments altrs2 c'est au fond mme de votre nature qu'il faut vous adresser et c'est lui qu'il faut vous conformer2 voil le sentiment intime4 ,mais prendre les choses ainsi et bien examiner1 on arrive s'apercevoir que le seul sentiment intime qui ne soit suspect ni d'tre circonstanciel1 ni d'tre adventice1 ni d'tre altr1 est la voix mme de notre conscience1 le quelque chose en nous qui dit3 ,tu dois ou3 ,tu ne dois pas et qui n'est peut-tre pas un sentiment4--,ou la morale sentimentale entre les sentiments ne choisit pas1 et alors elle n'a aucune rgle et n'est qu'une prfrence arbitraire pour ce qui en nous est passionn l'exclusion de ce qui est froid1 et elle nous dchane dbrids travers la vie1 et elle n'est que l'immoralisme pur et simple2 ou entre les sentiments elle prtend choisir1 et on l'amne assez facilement reconnatre que le sentiment ou plutt l'ensemble des sentiments qu'elle donne comme bons n'est pas autre chose que le got du bien et que simplement elle a donn au devoir le nom de sentiment pour s'appeler morale sentimentale au lieu de s'appeler morale du devoir4 99 99 99 99 99 ,tels taient les essais de morale indpendante qui taient faits ici et l1 avec plus ou moins de hardiesse et aussi plus ou moins de logique1 lorsque ,kant parut4 ,,chapitre ,,ii ,,la ,,morale ,,de ,,kant ,la premire morale indpendante dans le sens vrai1 dans le sens prcis et dans le sens le plus tendu du mot1 est la morale de ,kant4 ,jusqu' lui on avait voulu fonder la morale2 il a voulu ne pas la fonder1 ne la fonder sur rien et qu'elle ft au contraire le fondement de tout et que tout se fondt sur elle4 ,jusqu' lui on avait voulu rattacher la morale soit la science1 soit la religion2 il a voulu ne la rattacher rien et ne l'asseoir que sur elle-mme4 ,il a voulu qu'elle ft en soi et qu'elle ft par soi4 ,l'insubordination du fait moral est la matresse pice de son systme4 ,le fait moral est parce qu'il est et il n'a donner aucune raison qui l'explique et qui le fasse accepter4 ,il n'a pas1 pour ainsi parler1 plaider pour lui4 ,il s'impose4 ,il dit3 ,je dois tre4 ,il ne donne pas de considrants l'appui de lui4 ,il dit3 ,je suis parce que je suis4 ,tout ce qui prtendrait le justifier l'affaiblirait4 ,si on le rattache une religion1 on a prouver cette religion qui est toujours moins claire que lui2 si on le rattache une science1 on a tablir et achever cette science qui n'est jamais gure tablie et qui n'est jamais acheve1 tandis que lui est dfinitif ds qu'il existe4 ,reste ne le rattacher qu' lui1 ne le fonder que sur lui1 ou plutt ne pas le fonder1 le prendre tel qu'il est1 reconnatre qu'il est et le vnrer4 ,le fait moral est un roi absolu qui est indiscutable et qui doit tre indiscut4 --,mais pourquoi1 lui seul au monde1 attribuer ce caractre singulier2 pourquoi discuter tout1 prouver tout1 rattacher tout quelque chose et rduire tout quelque chose1 except le fait moral1 qui1 vraisemblablement1 est un fait comme un autre8 --,mais je n'attribue pas ce caractre au fait moral2 je le lui reconnais1 parce qu'il l'a4 ,c'est comme cela qu'il se prsente nous4 ,nous pouvons douter de tout1 ou1 si l'on veut et ce qui est la mme chose1 sentir le besoin de prouver tout1 except le fait moral4 ,toutes les autres choses se prsentent nous comme matire de connaissance2 le fait moral se prsente nous comme connaissance2 toutes les autres choses se prsentent nous comme chose connatre2 le fait moral se prsente nous comme chose connue4 ,nous disons3 ,il y a peut-tre un monde extrieur et il faut nous donner des raisons de croire qu'il existe ou qu'il n'existe pas2 il y a peut-tre des lois gnrales du monde et il faut les chercher2 il y a peut-tre un auteur unique ou plusieurs auteurs des choses qui existent et il faut chercher s'il existe ou s'ils existent4 ,nous ne disons pas3 ,il y a peut-tre quelque chose en nous qui nous commande de bien agir4 ,nous sentons cette chose-l directement1 immdiatement1 comme de plein contact1 et nous la sentons continuellement4 ,elle seule ne passe pas par quelque chose pour arriver nous et n'a pas besoin d'tre cherche pour tre trouve4 ,nous avons cette sensation qu'elle est si prs de nous et en nous qu'elle est nous-mme4 ,pourquoi ne pas prendre pour le plus clair des faits celui qui est en effet le plus clair1 pour le plus manifeste celui qui est le plus manifeste1 pour le seul indiscutable1 celui que nous avons le plus de tendance accepter sans discussion8 ,pourquoi vouloir expliquer le fait le plus clair par d'autres plus incertains1 prouver par des choses douteuses la chose qui se prsente comme n'ayant pas besoin d'tre prouve1 et arriver par des chemins dtourns cette morale que nous atteignons du premier coup8 ,qui sait mme1 et c'est mon sentiment1 nous dira ,kant1 si1 tant donn qu'il faut aller1 comme on peut1 du connu l'inconnu1 ce n'est point du fait moral qu'il faut partir pour essayer de connatre et de prouver tout le reste8 ,qui sait si1 loin d'tre fond sur la mtaphysique1 ce n'est pas le fait moral qui la fonde8 ,qui sait si ce n'est pas le fait moral qui prouve le libre arbitre1 qui prouve l'immortalit de l'me et qui prouve ,dieu8 ,qui sait si1 par un renversement des mthodes1 il ne faut pas1 aprs avoir prouv que la mtaphysique s'croule sur elle-mme quand elle se fonde sur elle-mme1 la reconstruire1 et peut-tre assez facilement1 sur la morale1 une fois qu'il a t jug que la morale est la chose solide1 l'inbranlable et l'inconcussum8 ,mais revenons1 pour ne nous occuper que de la morale elle-mme4 ,le fait moral est donc le plus clair1 le plus incontestable et le plus directement saisissable de tous ies faits1 intrieurs ou extrieurs4 ,c'est le fait moral qui est l'vidence1 qui est cette vidence premire1 cette vidence initiale tant cherche par les philosophes4 ,ils ont dit3 travers tant de choses douteuses1 quelle est celle1 s'il en est une1 dont on ne doit pas1 dont on ne peut pas douter8 ,ils ont rpondu3 c'est la vie1 le sentiment de l'existence1 le sentiment que l'on existe4 ,ils ont rpondu3 c'est la pense1 la certitude o l'on est que l'on pense4 ,je rponds1 moi3 ce qu'il y a de moins douteux1 c'est que je me sens oblig1 c'est que quelque chose en moi me dit3 tu dois6 ,pourquoi est-ce cela qui est le moins douteux8 ,mais1 parce que1 quand cette voix intrieure je n'obis pas2 quand cette voix intrieure je dsobis2 alors je souffre1 alors j'ai des remords1 alors j'ai de l'humiliation1 alors je suis dans un tat douloureux4 ,qu'est-ce dire8 ,c'est dire que je viens de contrarier le fond mme de ma nature2 c'est dire que je viens de me nier1 de me heurter et de me combattre moi-mme4 ,remarquez que ce phnomne ne se produit pas propos des autres choses auxquelles j'ai tendance croire4 ,je puis douter du monde extrieur sans avoir remords1 humiliation1 mpris de moi-mme1 torture intime2 rien de tout cela4 ,je puis douter de mon existence et me croire une illusion et un rve1 sans me faire de reproche et sans que rien en moi me fasse des reproches4 ,je puis douter de ma pense1 je veux dire douter que je pense1 et ne pas me sentir humili et dgrad1 et dgrad par ma faute4 ,il n'y a pas de remords intellectuel1 et ceci est bien considrer4 ,on pourrait dire1 je le sais1 qu'il y a une espce de remords intellectuel ou quelque chose qui y ressemble4 ,quand nous doutons d'une chose trs vidente aux yeux du bon sens1 par exemple quand nous doutons que nous vivions ou que nous pensions1 nous nous reprochons trs sensiblement quelque chose4 ,nous nous reprochons de nous faire violence1 de fausser en nous les ressorts naturels de notre entendement ou de demander ses ressorts un effort qui dpasse les forces que la nature leur a assignes4--,ceci est trs vrai4 ,mais remarquez deux choses4 ,la premire que le remords intellectuel est d'un caractre si diffrent du remords moral qu'on ne peut gure que par un abus de mot lui donner le mme nom4 ,le remords intellectuel ne tourmente pas et n'humilie pas2 il trouble4 ,quand nous doutons ou essayons de douter des choses qui sont d'vidence intellectuelle1 nous ne nous sentons pas torturs et honteux2 nous nous sentons gars4 ,nous nous sentons en bateau sans gouvernail ou en ballon sans soupape4 ,plutt1 nous nous sentons aux approches d'une espce de suicide4 ,nous nous disons3 ,c'est mon intelligence elle-mme que je me drobe et que je dis adieu2 si je doute de ceci1 je ne puis plus faire aucun usage de mon entendement2 je ne puis1 dcidment1 douter de ceci encore sans un suicide intellectuel4 ,voil le caractre du remords intellectuel4 ,il est une crainte beaucoup plus qu'un remords2 il est un trouble1 un effroi et une pouvante4 ,et la seconde chose remarquer est celle-ci3 c'est que le remords intellectuel torture aussi quelquefois et humilie1 il faut le reconnatre2 mais quand il nous inquite sur la passion qui nous anime nier quelque vidence1 ou sur les consquences que cette ngation peut avoir4 ,nous nous reprochons de douter de telle vrit quand nous nous disons que c'est peut-tre par orgueil1 ou par vanit et dsir de briller1 ou par got du sophisme1 c'est--dire de la mystification1 c'est--dire du mensonge1 que nous en doutons2--et nous nous le reprochons encore quand nous nous disons que la vrit dont nous doutons est peut-tre profondment utile l'humanit et que1 rien qu' en douter personnellement et intrieurement1 nous commenons faire du mal et nous nous acheminons en faire4 ,mais qui ne voit que dans ces deux cas le remords intellectuel n'est pas autre chose qu'un remords moral2 que le remords que nous prouvons est un remords moral se rapportant des oprations intellectuelles1 mais en tant qu'elles ont des rapports avec la moralit1 en d'autres termes un remords moral pur et simple8 ,donc le remords intellectuel ne torture pas et n'humilie pas2 et quand il semble qu'il torture et qu'il humilie1 c'est qu'il n'est pas le remords intellectuel1 mais le remords moral2 ou1 ce qui revient au mme1 le remords intellectuel n'est remords que dans la mesure o il se complique de remords moral4 ,donc il n'y a qu'une chose qui nous fasse souffrir3 c'est la rvolte contre une voix intime qui nous dit3 tu dois1 tu es oblig2 il n'y a qu'une vrit dont la ngation nous fasse souffrir et nous dgrade nos propres yeux1 c'est la vrit morale4 ,n'est-ce pas un signe8 ,et n'est-il pas trs rationnel de conclure de l que la vrit1 tout au moins la vrit essentielle1 que l'vidence1 tout au moins l'vidence essentielle et peut-tre fondatrice ou au moins vrificatrice et justificatrice de toutes les autres1 est l'vidence morale8 ,acceptons cela4 ,la morale1 le fait moral1 est ce qui n'a pas besoin d'tre prouv1 ce qui se tient debout en soi et par soi1 ce qui est irrductible autre chose1 ce qui est indpendant et insubordonn2 c'est l'axiome humain4 ,si l'on a err jusqu' ce jour1 c'est qu'on a voulu prouver l'axiome et rattacher quelque chose ce quoi1 plutt1 tout se rattache1 et subordonner ceci ou cela1 ce quoi plutt1 tout se subordonne4 99 99 99 99 99 ,maintenant1 ce fait moral1 il faut1 non le prouver1 certes1 non l'expliquer mme1 proprement parler1 mais l'analyser4 ,le fait moral se prsente ainsi4 ,quelque chose1 en nous1 nous dit3 tu dois agir et tu dois agir bien2 il y a des choses qu'il faut faire et il y en a qu'il ne faut pas faire2 il y a des choses telles que1 si tu les fais1 tu sens que tu es digne de toi1 conforme toi2 il y a des choses telles que1 si tu les fais1 il vaudrait mieux1 et tu le sens1 que tu ne fusses pas n ou que tu fusses mort avant de les faire4 --,mais ces choses que je dois faire1 les puis-je faire2 et ces choses que je ne dois point faire1 puis-je ne les faire point8 --,oui1 sans aucun doute2 tu es libre absolument4 ,tu n'es pas limit dans ta volont2 tu es limit dans l'exercice de ta volont et tu ne peux pas faire ce dont tes forces physiques sont incapables et ce que les circonstances t'empchent d'accomplir2 mais tu es libre de prendre ta dcision et d'aller dans l'excution jusque-l o une force plus puissante que ta force t'arrte4 ,jean ,valjean n'est pas libre d'aller jusqu'au tribunal o il veut se dnoncer1 s'il ne trouve pas de moyens de transport2 mais il est libre absolument de prendre la rsolution d'y aller et de pousser l'excution de ce dessein aussi loin que les possibilits matrielles le permettront4 --,est-il si certain que je sois libre8 --,non seulement ce n'est pas douteux2 mais tu n'en doutes pas2 tu n'en doutes aucun moment de ta vie2 c'est en te croyant libre et parce que tu te crois libre que tu fais tout ce que tu fais2 et aurais-tu des remords si tu ne croyais que tu as t libre de ne pas commettre la mauvaise action que tu as commise8 ,et ne sens-tu pas que1 quand tu essayes de douter que tu es libre1 tu commets dj une mauvaise action1 en ce sens que tu cherches une excuse aux mauvaises actions que tu pourras commettre8 ,ne le sens-tu pas8 ,la ngation du libre arbitre a son remords qu'elle porte avec elle1 preuve qu'elle est dj en soi un acte mauvais4 ,ainsi parle la conscience1 comme on dit et comme on dit trs bien2 car ce que nous venons de faire parler n'est pas autre chose que le savoir instinctif que l'homme a de lui-mme4 ,et elle parle ainsi imprativement4 ,entendez par ce mot qu'elle ne subordonne rien et qu'elle ne conditionne pas son commandement4 ,elle ne dit pas3 agissez bien si vous voulez le bonheur2 elle ne dit pas3 agissez bien si vous voulez tre en paix avec vous-mme2 elle ne dit pas3 agissez bien si vous voulez obir votre nature1 laquelle est organise pour le bien et se contrarie elle-mme1 se blesse elle-mme quand elle agit mal4 ,non1 elle ne donne pas de commandements ayant ce caractre4 ,de tels commandements sont1 si l'on veut1 des commandements1 sont1 si l'on veut1 des impratifs1 mais ce sont des impratifs toujours hypothtiques2 ils se subordonnent toujours une condition3 si vous voulez telle chose1 agissez bien4 ,le commandement de la conscience est impratif comme l'ordre d'un tyran4 ,il est parce qu'il est4 ,il est despotique4 ,jamais le vers fameux n'a t plus applicable3 ,sic volo1 sic jubeo1 sit pro ratione voluntas4 ,et cela est littralement exact2 car ici c'est bien la volont contraignante qui se met la place de la raison qui dlibre4 ,et qu'on ne s'tonne point1 qu'on n'admire point qu'il puisse y avoir quelque chose en nous qui ne ressortisse pas la raison1 qui ne rsulte point de motifs pess1 compars1 discuts par l'entendement4 ,il ne s'agit pas de s'tonner2 il s'agit de constater4 ,est-il vrai1 est-ce un fait que la conscience commande ainsi8 ,est-il vrai1 est-ce un fait qu'en mme temps qu'elle nous commande elle nous interdit de discuter8 ,est-il vrai1 est-ce un fait qu'elle nous dit1 trs durement3 ,si tu discutes1 tu es dj coupable8 ,la loi-devoir enlve notre apprciation1 met nergiquement en dehors de notre apprciation1 de notre dlibration1 de notre examen1 un certain nombre de choses1 et ces choses1 ce sont nos actes4 ,elle nous permet de penser comme nous voudrons1 de croire comme nous voudrons1 d'imaginer comme nous voudrons4 ,dans ces cas-l nous n'entendons pas sa voix2 quand il s'agit d'agir1 sa voix s'lve tout coup1 soudain1 avec une autorit souveraine4 ,n'est-ce pas significatif8 ,ne devons-nous pas reconnatre qu'il y a en nous quelque chose qui est diffrent de tout le reste1 qui nous impose un respect profond1 quoi nous ne pouvons pas dsobir sans nous sentir dsorganiss et qui commande sans admettre qu'on discute et sans donner de raisons de son ordre1 ce qui serait se discuter soi-mme8 ,l'indiscussion absolue c'est le caractre essentiel et substantiel de la loi morale4 ,l'tre moral est celui qui l'on dit3 ,pourquoi fais-tu cela8 et qui rpond3 ,je n'en sais rien4 ,je ne puis pas faire autrement2 quelqu'un me commande4 ,s'il est en dehors de cette formule1 d'une faon ou d'une autre1 il n'est pas moral1 il n'est pas vertueux4 --,cependant1 s'il fait le bien dans l'espoir de rcompenses1 non pas terrestres 7car dans ce cas il serait simplement un homme adroit71 mais dans l'espoir de rcompenses d'outre-tombe1 n'est-il plus moral8 --,certainement il ne l'est plus4 ,je crois1 moi ,kant1 aux rcompenses et aux chtiments d'outre-tombe1 parce que je crois au mrite et au dmrite1 un ordre universel qui veut que justice1 en dfinitive1 soit faite2 mais je dis que si l'homme a fait le bien en seule vue de la rcompense1 il n'est pas moral le moins du monde4 ,il n'est qu'un homme qui fait un march1 et un bon march4 ,il n'y a aucune moralit dans cet acte-l4 --,donc l'espoir en ,dieu est immoral6 --,l'espoir en ,dieu n'est pas immoral2 mais la parfaite conviction que ,dieu nous rcompensera exactement selon nos mrites est immorale4 ,faire le bien pour tre pay par ,dieu1 prter ,dieu pour qu'il nous rende1 est un acte usuraire parfaitement tranger et mme contraire toute moralit4 ,il faut faire le bien pour lui-mme2 et puis1 il n'est pas interdit d'esprer que quelqu'un existe qui nous en tiendra compte4 ,le mlange mme de ces deux sentiments n'est pas d'une moralit pure1 parce qu'on ne voit pas clair dans ce mlange et que l'on n'est pas sr que tous les deux sentiments soient rels2 et parce qu'il est possible que l'un des deux soit rel et l'autre seulement une illusion que nous nous faisons et que nous caressons pour nous rassurer4 ,il y a quatre degrs3 #a le march3 je fais le bien parce que je sais que ,dieu me le rendra au centuple2 ceci est du paganisme le plus grossier3 c'est un acte purement immoral2--#b le mlange de march et de conscience3 je fais le bien pour obir quelque chose en moi qui me dit de le faire1 et aussi pour mriter2 ceci est un acte relativement estimable1 la condition qu'il soit bien certain que ces deux tats d'me existent concurremment2 et cela n'est jamais certain2--#c l'obissance la conscience1 avec1 mais d'autres moments et non pas quand on fait l'acte1 un espoir1 peu sr du reste1 que l'on pourra tre rcompens2 ceci est d'une trs haute moralit2--#d l'obissance la conscience et la parfaite conviction que l'on ne sera jamais rcompens3 ceci est l'acte moral absolu4 --,donc l'athe qui est vertueux est l'tre le plus moral qui puisse tre4 --,s'il existe1 certainement4 ,obir la conscience par pur et simple respect de la conscience1 c'est l'acte moral pur4 ,mais1--autre point de vue de la question--sans aucune esprance de rcompense1 faire le bien parce qu'on prouve de la satisfaction le faire et par consquent pour se procurer ce plaisir ne sera sans doute pas un acte moral1 puisque l'acte moral consiste faire le bien uniquement par obissance la loi et sans mlange aucun d'intrt personnel8 ,j'ai du plaisir faire le bien2 cela m'inquite#b4 ,le plaisir que j'ai faire le bien m'te tout mrite1 videmment1 et1 de plus1 va jusqu' ter tout caractre moral mon acte1 si bon qu'il soit1 selon la faon commune de parler4 ,l'homme qui est charitable avec dlices n'a pas plus de moralit dans cet acte que le gourmand qui savoure un mets favori8 #b ,rsum d'une pigramme de ,schiller que je donne plus loin4 --,certainement1 rpondra ,kant4 ,l'acte moral qui n'est pas compltement dsintress n'est pas moral2 on peut mme dire que l'acte moral qui n'est pas accompli avec une certaine rpugnance1 avec une certaine victoire sur soi-mme1 n'est pas moral4 ,il faut savoir1 il est vrai1 que l'homme qui prouve du plaisir faire du bien1 n'a pas toujours eu du plaisir en faire1 qu'il a d1 pour prendre cette habitude et pour goter ce plaisir1 qui est artificiel et acquis1 triompher trs souvent1 trs longtemps1 de lui-mme2 que par consquent si son action de maintenant n'est pas morale1 il est moral1 lui1 profondment2 et mme que si son action de maintenant n'est pas morale en soi1 elle l'est par tous ses antcdents1 toutes ses origines et1 pour ainsi parler1 toutes ses racines2 et voil pourquoi vous pouvez vnrer sans scrupule l'homme de bien qui fait le bien par plaisir2 mais encore1 mais enfin1 il est trs vrai que l'acte bon accompli par got du bien n'est pas moral4 ,l'homme de bien travaille1 sans le savoir1 s'enlever le mrite4 ,il s'enlve le mrite mesure qu'il fait du devoir une habitude et une habitude agrable4 ,ses premiers actes bons sont moraux1 tant des victoires et achetes chrement2 les suivants sont moins moraux1 comportant moins d'efforts2 et quand ils sont devenus une habitude et une source de jouissances1 ils ne sont plus moraux du tout4 ,heureux1 du reste1 et vnrable1 pour la raison que nous avons dite1 l'homme qui n'a plus aucune difficult1 ni aucun mrite faire le bien4 ,la fin de la vertu1 mais aussi son comble est d'tre devenue une manie4 --,soit2 mais insistons encore4 ,un homme n'espre de rcompenses pour ses vertus1 ni ici-bas ni ailleurs2 d'autre part1 il n'prouve point de plaisir faire le bien et il ne le fait qu'avec un effort douloureux4 ,et il le fait cependant4 ,voil le pur homme de bien1 selon vous4 ,je n'en suis pas sr2 car1 s'il est trs vrai qu'il ne fait le bien que par devoir1 il prouve1 tout le monde le sait1 un trs grand plaisir dans le devoir accompli et1 mme en l'accomplissant1 dans la lutte qu'il soutient contre lui-mme4 ,donc ici-mme1 il y a intervention du plaisir et par consquent de mobile intress4 ,en considrant le plaisir du devoir accompli nous dirons que l'acte vertueux touche sa rcompense ds qu'il est fait2 que1 par consquent1 seul le premier acte bon a t fait par devoir2 mais le second dj a pu tre fait pour goter ce plaisir que l'accomplissement du premier avait rvl4 ,et en considrant le plaisir de la lutte contre soi-mme nous dirons que le premier acte bon a t intress lui-mme1 puisqu'on trouvait du plaisir le faire ds le premier moment o l'on commenait l'accomplir4 ,o est donc1 en dernire analyse1 l'acte moral pur8--,je reconnais1 rpondra ,kant1 que depuis le commencement du monde il n'y a pas eu1 peut-tre1 un seul acte de vertu pure1 un seul acte absolument dsintress4 ,mais que faisons-nous ici8 ,nous dcrassons l'acte moral1 successivement1 de toutes les scories dont il peut tre envelopp1 nous le dmlons de sa gangue pour montrer en quoi il consiste1 pour montrer ce qu'il est en soi4 ,dans la pratique1 quelque relativement pur qu'il soit1 il sera toujours ml4 ,mais on saura s'il l'est plus ou moins1 on saura quel degr il l'est2 on saura s'il est si ml qu'en vrit il n'existe plus1 ou s'il est si lgrement adultr qu'il est assez prs d'tre pur4 ,pour savoir tout cela1 il fallait d'abord savoir ce qu'il est en soi4 ,et nous voyons bien maintenant ce qu'il est en soi4 ,il est une bataille2 il est une lutte que l'homme soutient pour chapper la nature4 ,la vertu n'est pas l'closion de la nature2 elle est une conqute sur la nature#c4 ,c'est en quoi les stociens se sont tromps4 ,l'homme ne vit ni en conformit avec la nature1 ni en conformit avec sa nature quand il est vertueux4 ,il vit en rvolte contre la nature1 qu'il n'est pas besoin de dmontrer une fois de plus qui est immorale2 et il vit en rvolte contre sa nature qui lui persuaderait1 s'il l'coutait1 de vivre d'une faon naturelle1 et c'est--dire goste4 ,la morale est contre nature1 il faut le dire sans hsiter4 #c ,andr ,cresson3 la ,morale de ,kant4 videmment il faut bien que la morale soit elle-mme dans la nature humaine pour que nous la trouvions en nous2 videmment2 mais la morale est un lment de notre tre qui contrarie ce que nous avons de commun avec la nature des autres tres crs2 c'est une force1 en nous-mmes1 de rvolte contre nous-mmes2 c'est quelque chose en nous qui nous invite et nous oblige nous vaincre et nous dpasser4 ,quand ,nietzsche1 plus tard1 donnera sa fameuse dfinition de l'homme3 l'homme est un tre qui est n pour se surmonter1 il donnera1 lui si contempteur de ,kant1 une formule essentiellement kantienne4 ,la morale apporte1 reconnaissons-le vaillamment1 la guerre et non la paix dans l'tre humain4 ,sans elle il serait en paix2 sans elle il ne se livrerait pas de combats2 sans elle il ne tendrait pas violemment sa volont vers des fins presque inaccessibles ou vritablement inaccessibles4 ,la morale est en vrit une trangre en nous4 ,c'est bien pour cela que ni elle n'emprunte la voix de la raison pour nous parler1 mais nous parle avec la sienne2 ni1 quand elle est pure1 elle ne demande aucun secours la sensibilit et ne veut d'elle ni comme introductrice ni comme compagne4 ,vous voyez3 elle est trangre tout notre tre2 elle est trangre1 en notre tre1 tout ce qui n'est pas elle4 ,qui donc es-tu1 pourrions-nous lui dire1 toi qui n'es ni la raison qui me persuade patiemment1 ni la sensibilit qui me pousse et qui m'entrane2 ni l'habitude qui m'enchane peu peu et m'asservit lentement2 ni l'imitation qui m'engage prendre pour modles les tres qui m'entourent2 mais1 solitaire et ddaigneuse de tout ce qui habite en moi1 une visiteuse qui intervient pour me donner un ordre svre1 sans explication et qui doit tre sans rplique2 et qui rentre dans le silence et dans l'ombre en me laissant d'elle une sorte de terreur mystrieuse et comme une ncessit inexplicable de lui obir8 ,elle rpondrait3 ,il est vrai1 je suis l'trangre2 je suis trangre au monde entier2 je n'apparais et ne me manifeste qu'en toi1 et encore en toi je suis trangre tout ce dont tu as connaissance et conscience2 et je te trouble et je t'effraie et je te torture2 mais tu sens bien et tu sentiras toujours que tu as besoin de ce trouble1 de cet effroi et de ce tourment2 que tu as besoin de moi2 que sans moi tu te mpriserais profondment2 que sans moi aussi tu prirais1 toi et ta race1 toi et ton espce4 ,tu es un tre particulier4 ,quelqu'un t'a cr tel que tu ne puisses vivre sans te combattre et sans te vaincre1 et il m'a invente pour te donner matire te combattre et te vaincre et pour qu' te combattre et te vaincre tu vcusses4 ,or c'est toi-mme qui m'as cre du besoin mme que tu avais de moi1 de sorte que l'trangre et la visiteuse est cependant ce qu'il y a de plus intime et de plus profond en toi et a jailli1 une fois pour l'ternit1 de la substance mme de ton tre4 ,mais si l'on constate cette antinomie1 salutaire du reste1 peut-tre ncessaire du reste1 entre la morale et toutes nos autres facults1 peut-on l'expliquer un peu1 souponner un peu pourquoi elle est8 ,il n'est pas impossible4 ,cette antinomie de la morale et de nos autres facults1 c'est une forme1 c'est une face de l'antinomie de la destine de l'homme comme faisant partie d'une espce4 ,individuellement l'homme ne se sent oblig rien2 individuellement l'homme n'a pas de devoirs2 individuellement l'homme n'a pas de conscience4 ,supposez1 ce qui1 du reste1 est presque impossible1 l'homme isol1 sans patrie1 sans cit1 sans famille4 ,quel devoir voyez-vous qu'il ait8 ,absolument aucun4 ,ceux qui ont parl des devoirs envers soi-mme n'ont pu en parler que parce qu'ils considraient l'homme en socit1 et qu' cause de cela ils lui voyaient des devoirs envers soi-mme consistant se conserver et se dvelopper pour le service de la socit1 et qui par consquent n'taient1 en vrit1 que des devoirs envers la socit elle-mme4 ,mais supprimez cette considration de la socit1 il reste que l'homme n'a aucun devoir envers lui-mme et par consquent n'a aucun devoir4 ,direz-vous3 ,si bien4 ,il a le devoir de ne pas se dtruire et de se conserver sain et fort4 ,vous voulez dire qu'il est de son intrt de ne se point dtruire et de se conserver sain et fort1 et que s'il ne prend pas ces soins1 il est un imbcile4 ,mais ceci n'est pas un devoir1 n'a aucunement le caractre de devoir4 ,l'homme individuellement n'est nullement oblig d'tre heureux4 ,l'homme1 individuellement1 cherche naturellement le bonheur2 il le cherche plus ou moins intelligemment2 mais il n'est nullement oblig1 il ne se sentira jamais oblig d'tre heureux4 ,l'homme individuellement est donc un tre qui simplement cherche le bonheur1 son bonheur4 ,c'est toute sa loi4 ,ce serait un pur non-sens que de lui en chercher un autre4 ,mais ds que l'homme est en socit1 immdiatement il a des devoirs et il a une conscience qui les lui impose4 ,il ne peut plus et il sait qu'il ne doit plus chercher le bonheur1 mais autre chose4 ,l'impratif catgorique s'impose4 ,il n'est plus libre1 il ne se sent plus libre d'agir son gr4 ,le fais ce que veux disparat4 ,il se sent des obligations envers les autres2 il se sent des obligations envers soi-mme1 cause des autres2 il se sent mme des obligations envers ,dieu1 si1 ramassant1 en quelque sorte1 l'humanit tout entire1 laquelle l'oblige1 et l'objectivant en un tre suprieur qui l'a cre1 qui l'aime et qui veut qu'on l'aime1 il se sent oblig aussi envers cet tre qui a comme en ses mains les intrts de l'humanit4 ,donc l'homme considr individuellement point de devoirs2 l'homme considr comme membre d'une espce des devoirs multiples4 ,et voil pourquoi l'individualisme est base d'immoralit1 comme le bon sens le dit tout de suite2 mais si le bon sens le pressent1 l'analyse le prouve4 ,voil pourquoi tous les individualistes sont immoralistes ou sur la pente de le devenir4 ,l'individualisme n'est que la rvolte plus ou moins franche de l'homme fatigu de morale et des obligations que la morale impose4 ,l'individualisme est la doctrine plus ou moins prcise de l'homme qui est las de sacrifier ternellement son moi1 son droit au bonheur1 ou son droit la recherche libre du bonheur1 de sacrifier tout cela soit aux autres1 soit un ,dieu lointain qui a des commandements trs rudes1 soit un ,dieu intrieur dont on trouve rudes les exigences4 ,l'individualisme est immoral par cette raison bien simple que la moralit est prcisment l'homme ne se considrant pas comme individu4 ,or1 comme l'homme est la fois un individu et un membre d'une espce1 et comme il a toujours t cela et ne peut pas tre autre chose1 il y a toujours une antinomie et par suite une lutte entre ce qu'il est comme individu et ce qu'il est comme membre d'une espce4 ,comme individu1 sa loi est la recherche du bonheur2 comme membre d'une espce1 sa loi est le renoncement au bonheur4 ,comme individu sa loi est la persvrance dans l'tre2 comme membre d'une espce1 sa loi est le sacrifice1 partiel continuellement1 total parfois1 en certaines occasions1 de son tre4 ,cette antinomie dure toujours4 ,il s'ensuit que la morale est bien cette ennemie ternelle que nous voyions que l'homme porte en lui2 ennemie salutaire1 ennemie ncessaire1 puisque l'homme1 et il le sent1 ne peut vivre que comme membre d'une espce2 mais ennemie cependant1 puisque encore il reste un individu et ne peut pas cesser de l'tre et de se sentir tel4 ,ceux qui vivent en absolue moralit et qui ne sentent plus cette antinomie et cette lutte dont nous parlons1 ceux-l1 s'ils existent1 sont des tres qui ne sont plus des individus2 ils sont l'espce mme en un homme2 ils sont1 dirait un ,aristophane1 des statues vivantes de l'humanit4 ,remarquez que l'on n'en arrive pas l1 personne2 mais qu'on en approche4 ,toutes les associations o l'homme ne respire que pour l'association et en quelque sorte que par l'association1 sont des essais1 souvent trs beaux1 d'abdication de l'individualit et par consquent de moralit pure4 ,encore est-il que cette association que nous envisageons en ce moment1 se spare elle-mme et se distingue de l'humanit1 qu'elle institue des devoirs qui1 pour tre des devoirs envers l'humanit1 sont surtout1 tout compte fait1 des devoirs envers elle1 et que par consquent elle remplace l'individualisme personnel par une sorte d'individualisme collectif1 que par consquent elle ne constitue pas moralit pure4 ,mais elle en donne trs bien l'image4 ,l'homme absolument moral1 le saint1 le ,dieu-homme 7puisqu'il serait la conscience faite homme7 serait celui qui ne ferait absolument rien que par obissance sa conscience1 c'est--dire qu'en considration de l'humanit1 qui aurait absolument aboli en lui tout individualisme1 soit personnel1 soit mme collectif1 et en qui1 pour ainsi parler1 l'espce mme vivrait4 ,mais1 ceci tant l'idal1 chez tous les hommes il y a cette antinomie et cette lutte dont nous parlons1 et c'est ce qui explique l'antinomie de la morale elle-mme avec tout le reste de notre tre4 ,la morale est en opposition et en lutte contre tout le reste de notre tre1 jusqu' ce qu'elle l'ait tellement vaincu qu'elle l'ait absorb ou1 pour mieux dire1 qu'elle se soit substitue lui1 ce qui1 du reste1 n'arrive jamais4 ,donc lutter contre soi pour obir la morale1 c'est la moralit4 ,n'avoir plus besoin de lutter contre soi1 tant on se serait vaincu1 c'est o l'on arriverait si l'on tait parvenu la moralit absolue1 et alors1 force d'avoir t moral1 on ne le serait plus du tout1 puisqu'il n'y aurait plus lutte2 mais nous n'avons aucune crainte concevoir sur cette extinction de la moralit dans son triomphe2 dans l'tat normal et ncessaire de l'humanit1 la moralit1 toujours relative1 c'est la lutte de nous-mmes contre nous-mmes pour la morale1 ou en d'autres termes1 la lutte de nous-mmes1 espce1 contre nous-mmes1 individus4 ,la morale ainsi conue est imprative et non persuasive2 normative et non conseillre1 science1 du reste1 avant d'tre un art4 ,science de quoi8 science d'elle-mme2 analyse de ce qu'elle est1 de la faon dont elle se rvle nous et de la faon dont elle s'impose nous et nous commande2 et enfin elle ne s'appuie sur rien1 ne se subordonne rien et ne se rattache rien2 elle n'est fonde ni sur une autre science1 ni sur l'ensemble des sciences1 ni sur une religion2 elle n'est fonde que sur elle-mme4 ,platon1 ou1 si l'on veut1 ,socrate rattachait1 par des fils tnus et subtils1 exactement toutes choses la morale comme leur dernire fin2 nous1 nous rattachons exactement toutes choses la morale comme leur base et aussi comme leur dernire fin4 ,c'est parce que la morale existe qu'il faut bien que le libre arbitre existe2 qu'il faut bien que l'me soit immortelle2 qu'il faut bien que ,dieu existe2 et aussi c'est pour que la morale soit que ,dieu a cr l'homme2 car en ,dieu1 la moralit tant absolue1 la morale n'est pas1 puisque l'acte moral est une lutte et que ,dieu n'a pas lutter2 c'est pour que la morale soit que l'homme est dou du libre arbitre2 c'est pour que la morale soit que le monde existe comme preuve de l'homme1 comme tentation de l'homme et comme chose que l'homme doit comprendre qu'il ne doit pas imiter et comme chose dont l'homme doit comprendre qu'il doit se distinguer4 ,base de tout et fin de tout1 la morale enveloppe le monde comme d'un cercle et tout en part comme tout y aboutit4 ,cherchez-vous la certitude et ce qui ne se prouve pas et ce qui n'a pas besoin d'tre prouv et ce qui prouve tout2 vous ne trouvez cela que dans la loi morale2 cherchez-vous quoi tout va et pour quoi et pour la ralisation de quoi il semble bien que tout existe2 vous ne trouvez cela que dans la loi morale2 et si elle est si imprieuse1 c'est qu'elle est1 quoique si particulire et isole en apparence1 la voix du monde parlant l'homme1 la lumire du monde entrant en lui1 la loi du monde l'obligeant4 99 99 99 99 99 ,et maintenant cette loi morale1 qu'est-ce qu'elle nous commande8 ,nous nous sentons obligs2 mais quoi nous sentons-nous obligs8 ,nous nous sentons obligs1 c'est le fait moral en soi1 trs lumineux1 trs sensible1 absolument incontestable2 mais quoi nous sentons-nous obligs8 ,ne rpondez pas sommairement3 faire le bien4 ,c'est rpondre la question par la question4 ,faire le bien1 cela veut dire faire ce quoi l'on se sent oblig2 mais encore quoi prcisment nous oblige la loi morale8 ,il y en a qui disent que la loi morale renferme en soi une matire qu'elle nous prsente et que nous saisissons par intuition1 directement et immdiatement4 ,elle nous dit3 ,il ne faut pas tuer1 voler1 tre intemprant1 tre goste1 etc444 ,la loi morale1 pour ceux-ci1 est une table de la loi o sont inscrits un certain nombre et un grand nombre de commandements distincts1 tous trs directement accessibles1 tous prsents1 en quelque sorte1 en notre me4 ,il est bien vrai que c'est ainsi que sont les choses1 ou paraissent tre1 pour tous tant que nous sommes1 dans la vie ordinaire4 ,nous nous sommes fait ou on nous fait un cadre moral1 une liste des choses faire et des choses ne faire point1 et c'est cette liste1 en vrit1 que nous obissons4 ,il est trs vrai2 mais prenez garde4 ,si vous prenez les choses ainsi2 si vous considrez la loi morale comme ayant un contenu matriel et comme constitue par ce contenu matriel lui-mme1 vous risquez de ruiner1 ou d'exposer tre ruine1 la morale elle-mme4 ,car on vous rpondra que cette liste dont nous parlions tout l'heure est extrmement variable1 que la variabilit des devoirs est la chose du monde dont on est historiquement le plus sr1 que telle chose1 devoir pour un peuple1 n'est pas devoir pour un autre1 que telle chose1 devoir pour un temps1 n'est pas devoir pour tel autre temps1 que1 mme1 telle chose1 crime pour un peuple1 est devoir pour un autre1 et que1 par consquent1 si la matire de la morale est la morale mme1 la matire de la morale se contredisant1 la morale se contredit et donc n'est pas une loi et donc n'existe pas4 ,exemple trs net1 cit par ,guyau1 d'un devoir qui est un crime4 ,les naturels australiens1 considrant que la mort de leurs parents est le rsultat de malfices jets sur eux par quelque homme ou femme d'une tribu hostile1 jugent que c'est un devoir envers leurs morts de tuer quelqu'un de la tribu hostile4 ,un ,australien ayant perdu sa femme manifesta ses intentions au docteur ,landor1 qui le menaa de prison s'il donnait suite son projet4 ,l',australien se soumit2 mais1 rong de remords1 il dprissait de jour en jour4 ,enfin il disparut1 puis revint au bout d'un an en parfaite sant1 ayant tu une femme de la tribu ennemie4 ,il avait connu le commandement moral1 puis le remords1 puis la satisfaction du devoir accompli4 ,la vendetta corse est un impratif catgorique du mme genre4 ,chaque peuple dresse sa liste1 dresse sa table de la loi1 qui s'impose toute la race comme un impratif moral2 et cet impratif n'est pas du tout le mme de peuple peuple4 ,o est la loi morale dans tout cela et que commande-t-elle universellement8 ,ce qui est universel c'est de se sentir oblig2 mais il n'y a que cela qui le soit4 ,l',australien de tout l'heure tait aussi oblig que je le suis2 il tait aussi oblig tuer que moi ne tuer point4 ,oui1 se sentir oblig est universel2 mais ce quoi l'on est oblig est variable4 ,donc si la loi morale est son contenu1 elle n'est pas une loi2 elle est des coutumes2 si la loi morale est son contenu1 elle n'existe pas4 ,gardez-vous donc de dire que la loi morale doit contenir et contient sa matire4 ,si elle n'est pas vide1 elle n'est point4 ,d'autres prsentent les choses ainsi3 la loi morale ne contient1 proprement parler1 rien2 elle n'est pas une liste2 mais elle est une sorte de pierre de touche4 ,elle ne vous prsente pas un certain nombre d'actes faire et d'actes ne pas commettre2 mais propos de chaque acte dont vous avez l'ide et que vous tes sur le point d'accomplir1 elle vous dit3 il est bon1 ou3 il est mauvais2 elle vous dit3 tu dois1 ou3 tu ne dois pas4 ,c'est exactement1 comme on a si souvent dit1 un juge intrieur qui juge avant1 pour prvenir1 et qui1 du reste1 juge aussi aprs4--,sans doute2 et les choses se prsentent parfaitement ainsi dans la pratique journalire2 mais les mmes objections viennent contre cette thorie et le mme danger existe l'admettre1 et au fond elle est exactement la mme que la prcdente4 ,a chaque acte commettre intervient un jugement prmonitoire de la conscience2 oui1 mais chacun de ces actes est comme marqu blanc ou noir d'avance par quelque chose qui peut n'tre pas la conscience1 qui peut n'tre pas la loi morale4 ,en prsence d'un acte1 la conscience dit3 fais-le1 ou ne le fais pas4 ,ce n'est pas dire qu'elle le juge1 que ce soit elle qui le dcrte blanc ou noir2 elle peut l'avoir reu blanc ou noir de la tradition ou de la coutume4 ,en face de ce fait3 sa femme venger1 l',australien recevait de sa conscience un oui trs nergique1 que sa conscience elle-mme avait reu de la coutume4 ,qu'on dise que la loi morale a sa liste d'actes permis et d'actes interdits1 ou qu'on dise qu' chaque acte elle met son visa de permis ou d'interdit1 on dit la mme chose1 savoir que la loi morale a un contenu matriel1 et comme ce contenu est variable1 on est amen reconnatre que si la loi morale a un contenu matriel1 elle n'est qu'un greffier de la coutume4 ,donc1 pour que la loi morale soit morale1 il faut qu'elle soit vide de matire1 qu'elle soit toute formelle1 qu'elle ne soit qu'une ide gnrale1 applicable sans doute une infinit de cas pratiques2 mais seulement une ide gnrale4 ,or quelle ide gnrale trouvons-nous1 pour ainsi parler1 implique dans le fait moral universel1 dans le je dois1 dans le je suis oblig8 ,pas d'autre au premier regard que le je dois1 lui-mme1 que le je suis oblig lui-mme2 et ds que1 du je suis oblig1 je veux passer au quoi1 il semble bien que c'est en face d'un fait que je vais me trouver2 or nous avons reconnu la ncessit d'carter les faits de l'nonc de la loi morale pour qu'elle ft morale et ne risqut pas d'tre le contraire4 ,cependant faites attention ceci3 du je dois lui-mme1 de l'essence mme du je dois on peut tirer1 ce nous semble1 une ide gnrale1 toute pure1 non mle de faits1 mais qui1 peut-tre1 sera applicable aux faits4 ,qu'est-ce que c'est que le je dois8 ,c'est un fait de conscience qui se prsente avec le caractre d'une loi4 ,qu'est-ce qu'une loi8 ,c'est une maxime universelle4 ,le je dois1 ds qu'il est reconnu comme loi1 et il se fait connatre comme tel ds qu'il existe ou ds qu'il parle1 a donc un caractre d'universalit1 est donc une maxime universelle4 ,eh bien1 sans aller plus loin1 voil prcisment l'ide gnrale que nous cherchons4 ,la morale1 par cela seul qu'elle est loi1 nous commande d'agir universellement4--,qu'est-ce qu'agir universellement8 ,c'est agir de telle faon que l'on voudrait que la maxime qui nous fait agir ft une loi universelle4 ,et voil justement ce que le ,je dois nous commande par cela seul qu'il est une loi1 et voil ce qu'il nous commande sans nous commander aucun acte1 et voil cependant une formule trouve qui peut s'appliquer tous les actes du monde et nous clairer sur eux tous4 ,la dfinition de la morale en sa puret absolue sera donc3 agis uniquement d'aprs la maxime qui fait que tu peux vouloir en mme temps qu'elle soit une loi universelle4 ,remarquez que cette formule1 d'abord limine tout gosme1 cela va sans dire1 et devant chaque acte faire nous commandera de ne nous traiter que comme nous voudrions que tous fussent traits1 et nous commandera de traiter les autres comme nous voudrions tre traits nous-mmes1 et par consquent enveloppe en mme temps et la charit et la justice1 et le ne fais autrui ce que tu ne voudrais pas qui te soit fait et le fais autrui ce que tu voudrais qu'on te ft1 etc42--mais remarquez de plus que cette formule permet de rectifier la coutume1 qui tout l'heure pesait sur la loi morale de telle sorte qu'on se demandait avec inquitude si elle n'tait pas la morale elle-mme4 ,la formule kantienne est prcisment le creuset de la coutume et qui n'en laisse subsister que ce qu'elle a1 par aventure1 de vraiment moral4 ,a l'homme qui aura fait de la vengeance un des articles de son credo moral et chez qui1 en vrit1 la vendetta sera une partie de la conscience et la partie la plus sensible de la conscience1 il suffirait de dire3 ,voudriez-vous que l'humanit tout entire vct ternellement d'aprs cette rgle8 pour que1 non pas il ft converti tout de suite2 car soyez sr que d'abord il rpondra3 oui62 mais pour que la suite des rflexions et la mditation prolonge de cette seule maxime l'amne1 en un temps donn1 rpondre3 non6 ,a l'homme qui aura pris pour rgle1 consciemment ou inconsciemment1 la recherche du bonheur1 la chasse au bonheur1 comme dit ,stendhal1 ce qui1 certes1 est la coutume la plus rpandue dans l'humanit1 il suffira de dire3 ,voudriez-vous que tous les hommes sans exception s'appliquassent uniquement et exclusivement la recherche du bonheur8 pour que1 tout au moins1 il hsite sur la rponse et se demande si la recherche exclusive du bonheur personnel pratique par tous1 si intelligemment pratique qu'elle pt tre1 ne serait pas la ruine de l'humanit4 ,ainsi de suite4 ,la formule kantienne rectifie la coutume et par consquent elle constitue une morale qui semble bien1 elle1 ne rien recevoir de la coutume1 ou du moins ne pas recevoir tout d'elle1 puisqu'elle est au-dessus et puisqu'elle permet de la corriger4 ,remarquez encore que la formule kantienne1 non seulement rectifie la coutume1 mais en quelque manire rectifie la nature1 ce qui veut dire1 comme on pense bien1 qu'elle rectifie en nous les sentiments et tendances que le spectacle de la nature nous pourrait inspirer4 ,quand nous trouvons la nature immorale1 nous pouvons nous laisser aller l'imiter pour raison d'acquiescement l'ordre universel1 ou sous ombre d'acquiescement l'ordre universel4 ,la formule kantienne1 avec une modification qui n'est qu'une lgre gnralisation1 nous arrtera4 ,voudriez-vous agir comme agit trop souvent la nature et que sa rgle1 ou une de ses rgles1 et non pas la moindre1 ft la rgle de l'humanit8 ,votre conscience dit non4 ,en disant1 non1 ce qu'elle commande c'est ceci3 agis comme si la maxime de ton action devait1 par ta volont1 tre rige en loi universelle de la nature4 ,cette nouvelle formule n'est pas autre chose que la premire trs peu modifie1 et mme non modifie1 mais tourne1 pour ainsi parler1 du ct de la nature1 comme la premire tait tourne du ct du genre humain4 ,par la formule kantienne1 donc1 l'homme se donne en quelque sorte des armes contre lui-mme1 contre la coutume humaine en ce qu'elle a de mauvais1 et contre la nature en ce qu'elle a de non exemplaire4 ,comme cette formule est l'expression d'une morale absolument indpendante1 de mme aussi elle a en elle comme une vertu d'indpendance et elle rend l'homme indpendant de la nature1 indpendant de la coutume1 s'il se peut indpendant de soi-mme1 pour ne le faire dpendre que de la morale seule4 99 99 99 99 99 ,telle est1 en ses grandes lignes1 la morale kantienne4 ,elle est certainement la nouveaut la plus extraordinaire en doctrines morales et mme en doctrines religieuses que le monde ait connue4 ,elle dpasse la rvolution socratique elle-mme2 car la rvolution socratique ramenait tout la morale1 et en lui subordonnant tout1 et en faisant tout aboutir elle2 mais la rvolution kantienne ramne tout la morale1 et en faisant tout aboutir elle1 et en faisant tout sortir d'elle4 ,elle est chez ,kant cause active et cause finale4 ,c'est elle qui cre toute la mtaphysique2 c'est elle qui cre le monde4 ,c'est parce qu'il y a une morale qu'il faut qu'il y ait un libre arbitre1 et qu'il faut que l'me humaine soit immortelle1 et qu'il faut qu'il y ait un ,dieu rmunrateur et vengeur1 et qu'il faut qu'il y ait une nature contre laquelle l'homme lutte et contre les suggestions de laquelle il se dresse comme tre autonome et indpendant4 ,le monde entier1 matriel et spirituel1 est cr par la morale1 en ce sens qu'il est ce qu'il est parce que la morale existe et qu'il n'est ce qu'il est que parce que la morale existe avec le caractre que l'on voit qu'elle a4 ,je dis mme que c'est une rvolution religieuse incomparable toute autre1 mme au ,christianisme1 puisqu'elle fait un ,dieu qui dpend de la morale2 qui existe parce que la morale existe2 qui n'existerait pas1 qui n'aurait pas lieu d'exister si la morale n'avait pas besoin de lui4 ,dieu1 dans ,kant1 est postul par la morale comme le libre arbitre2 et1 par un renversement de mthodes trs intressant1 comme ,descartes prouvait tout parce que ,dieu existe et ne peut pas nous tromper1 ,kant prouve tout et ,dieu lui-mme et ,dieu surtout1 parce que la morale existe et ne peut pas nous mettre en erreur4 ,il est assez clair1 par consquent1 que pour ,kant1 qu'il l'ait vu distinctement ou non1 la morale est une religion et le ,devoir un ,dieu4 ,le ,devoir est un ,dieu4 ,il en a tous les caractres3 il est infaillible1 il est indiscutable1 il commande sans avoir de raison donner de ses commandements1 il est absolu--et il a tout cr4 ,le ,devoir est le dernier des ,dieux et il n'a plus dans l',infini qu'un double de lui-mme qui le confirme4 ,on a voulu fonder la morale sur la religion2 on a voulu la fonder sur une science ou sur les sciences2 on la fonde maintenant sur elle-mme2 mais en la fondant sur elle-mme on fait de sa loi une divinit et d'elle-mme une religion4 ,inutile de dire que si elle est une religion1 c'est qu'elle est1 telle qu'on nous la prsente et telle qu'on la sent1 un reste des religions qui ont prcd1 un rsidu thologique1 comme dirait ,comte4 ,la morale de ,kant est un ,christianisme retourn ou un ,christianisme rectifi1 selon la manire dont on considre le ,christianisme lui-mme4 ,si l'on considre le ,christianisme comme fond sur la religion1 ainsi que nous le faisions au commencement de cette tude1 le kantisme est un ,christianisme retourn1 faisant sortir la religion de la morale1 au lieu de faire sortir la morale de la religion4 ,si l'on considre le ,christianisme comme tant surtout une morale1 comme tant en son fond une morale1 qui seulement1 s'est associ la religion rgnant dans le temps et dans les lieux o lui-mme est n1 alors le kantisme est un ,christianisme rectifi1 ou a voulu tre tel1 en ce sens que1 tant en son fond une morale1 il ne s'associe pas la religion qu'il rencontre1 mais fait sortir la religion de son propre sein4 ,en dfinitive il est un ,christianisme philosophique1 un monothisme philosophique1 dernier aboutissement de la ,rforme2 mais il est une religion trs prcisment4 ,il a une base vritablement mystique4 ,il commande d'obir sans dmonstration des raisons d'obir2 il fait donc appel au seul sentiment mystique de l'obissance4 ,il fait de l'obissance un dogme4 ,il dresse un ,dieu dans le cur de l'homme et il offre tout ce ,dieu qu'il n'ose discuter et qui s'appelle prcisment l',indiscutable4 ,il est plus mystique mme1 j'oserai dire1 que tout mysticisme connu2 car il fait adorer par simple adoration1 non pas un ,dieu concret dans une certaine mesure1 non pas un ,dieu qui a une histoire1 qui a cr le monde1 qui a parl aux hommes1 qui s'est montr eux ou quelques-uns d'entre eux2 mais un ,dieu abstrait1 un ,dieu cach1 un ,dieu dont on ne connat que les oracles1 comme dans l'antre de ,trophonius2 ,dieu redoutable du reste1 qui a des ordres absolus et terribles et qui approuve et flicite2 mais aussi qui tourmente1 qui torture et qui ravage et qui nous demande le sacrifice humain1 le sacrifice sanglant de notre propre vie4 ,le kantisme est la religion la plus religieuse1 la religion la plus religion qui me soit connue2 je veux dire la religion o il n'y a que l'essence mme de la religion1 la religion o il n'y a que de la religion4 ,il ne pouvait natre qu'aprs un trs long stade de religion de plus en plus concentre et aussi de religion de plus en plus individualise1 de religion que l'individu se fait lui-mme 7luthranisme7 et qui place l'individu en face de lui-mme en lui faisant remarquer--et qu'il en tremble6--qu'il y a en lui un ,dieu4 ,kant a fond la foi morale4 ,,chapitre ,,iii ,,le ,n,o-,,kantisme ,le kantisme1 surtout comme religion morale1 a eu un succs merveilleux en ,europe et particulirement en ,france pendant un sicle4 ,il flattait deux sentiments qui ne sont contraires qu'en apparence3 le dsir d'une morale indpendante des religions1 le besoin d'une religion2 ces deux dsirs taient dans le kantisme1 concilis par l'apparition d'une morale qui tait une religion elle-mme4 ,les no-kantistes franais1 qu'on aurait d appeler simplement les kantistes1 car ils n'ont vraiment point renouvel ,kant1 s'appliqurent surtout deux choses3 #a largir et attendrir un peu la doctrine kantienne2 #b lui donner un caractre plus pratique1 en lui trouvant un criterium nouveau1 ou plutt en dmlant plus prcisment et en affirmant plus nergiquement le criterium qu'elle contenait4 ,ils ont largi et attendri un peu la doctrine morale de ,kant4 ,celle-ci se rduisait et se restreignait strictement l'affirmation de l'obligation morale4 ,les no-kantiens ont affirm de tout leur cur cette obligation2 ils ont eu la foi morale et ils ont affirm le plus chaudement du monde qu'il fallait l'avoir2 mais ils n'ont pas repouss les appuis et les apports que pouvaient donner cette foi les considrations sentimentales et les considrations esthtiques4 ,renouvier fait comme des concessions la morale sentimentale1 disons mieux1 il la prend comme une allie ou comme une servante prcieuse de la morale du devoir4 ,elle sera comme ,marthe autour de ,jsus3 ,c'est un fait psychologique vritable que la prsence de la sympathie au nombre des lments qui portent l'homme des actes favorables au bonheur d'autrui444 ,la sympathie fournit un mobile du bien commun et vient l'appui de la loi morale1 de quelque faon qu'on la dfinisse4 ,pour nier cela1 il faut1 ou mutiler la nature sensible1 ou admettre que certains lments fondamentaux de cette nature n'interviennent pas ou devraient ne pas intervenir l prcisment o la place en est marque dans l'ordre mental4 ,devraient ne pas intervenir dans l'acte vraiment moral1 c'est la thse de ,kant1 qui444 juge que les passions mme les plus nobles1 en se joignant au mobile rationnel1 abaisseraient la vertu4 ,rien n'tait mieux fait pour nuire la diffusion des principes de ,kant que de demander1 si inutilement pour le fond de sa thorie1 si vainement vis--vis de l'homme comme il est444 que l'action moralement bonne ft absolument exempte de passion444 ,ds qu'un acte est fait par raison et par devoir1 si la bienveillance et la sympathie existent aussi1 il doit se faire aussi par bienveillance et sympathie444 ,et ds qu'un acte est fait par bienveillance et sympathie1 la raison et le devoir tant prsents444 il ne doit se faire aussi que si la raison et le devoir l'autorisent444 ,en ce sens l'action moralement bonne se fait certainement par devoir et au fond on pourrait aller jusqu' dire1 avec ,kant1 qu'elle se fait uniquement par devoir1 s'il tait permis d'entendre par l que1 se faisant aussi par passion1 elle ne se ferait pourtant pas dans le cas o il y aurait devoir contraire4 ,donc agissez par devoir ou par passion bonne2 mais1 quand vous agissez par devoir soyez tranquilles et assurs de ne point errer2 quand vous agissez par passion bonne1 assurez-vous bien que le devoir approuve4 ,le ,devoir sera tantt agent de votre acte1 tantt contrleur de votre acte et toujours il sera prsent1 et il est ncessaire1 mais il suffit1 que toujours il soit prsent4 ,c'est ce que j'appelle un largissement et un adoucissement de la morale de ,kant1 qui emprisonne dans le devoir4 ,dans la prison kantienne ,renouvier ouvre une fentre qui au moins laisse entrer les brises tides qui viennent du cur4 ,c'est de quoi ,renouvier se croit autoris pour dfinir le sens moral3 une combinaison naturelle de la sympathie et du penchant social1 qui en est la suite1 avec la raison4 ,mais--et c'est ici la pense la plus neuve que je rencontre dans cette ,science de la morale1 qui serait du reste un des chefs-d'uvre de l'esprit humain si le manque de composition n'en faisait un fourr exasprant--mais la sympathie a pour triste contre-partie la ncessit1 pour vivre avec nos semblables1 ce que la sympathie commande1 d'tre mchants1 ce que la sympathie dplore avec dsespoir4 ,il y a une solidarit du mal4 ,elle apparat ds que l'homme sort de sa caverne et mme1 souvent1 quand il y reste1 ds qu'il est en contact avec les animaux4 ,en effet1 les animaux1 par le fait qu'tablit entre eux la loi naturelle1 ne tendent pas seulement nous faire perdre le respect de la nature2 la fatalit de leur lutte pour la vie1 cette loi de la dvoration mutuelle des vivants1 la douleur prodigue1 les fins multiplies1 contraires1 en apparence manques1 ne sont pas seulement pour nous l'exemple du dsordre1 l'incitation au mal et le scandale de la raison2 mais notre propre conservation matrielle et par suite nos fins les plus leves se trouvent en jeu dans la guerre universelle4 ,attenter la vie des animaux1 ce n'est que faire ce qu'ils se font et qu'ils nous font1 et c'est souvent une ncessit de dfense4 ,cette solidarit du mal1 nous la retrouvons dans la socit humaine4 ,nous sommes trs vite convaincus par des exemples indiscutables qu'tre bons1 non seulement c'est tre dupes1 mais c'est crer le mal en l'encourageant et que par suite nous devons faire le mal en nous dfendant et quelquefois mme nous dfendre d'avance1 pour n'tre pas attaqus au moment de notre plus faible possibilit de dfense4 ,nous sommes donc mchants parce qu'il y a des mchants et nous devons l'tre4 ,nous sommes solidaires2 et1 parce que nous sommes solidaires1 nous devons faire le bien et1 parce que nous sommes solidaires1 nous devons faire aussi le mal2 et il y a une solidarit invitable du mal1 comme il y a une solidarit obligatoire du bien1 et nous ne pouvons pas agir selon la formule kantienne3 agir toujours de telle sorte que notre acte pt tre rig en rgle universelle de conduite2 car si nous agissions ainsi nous serions crass1 mme par une minorit1 et par consquent non seulement agir ainsi serait un suicide1 mais encore ce serait dtruire1 en nous dtruisant1 les agents du bien et supprimer le bien lui-mme1 acte de suprme immoralit4 ,agissez donc maintenant selon la morale sentimentale et mme selon le criterium de la morale du devoir6 ,mais ici la morale du devoir intervient en son fond mme1 quitte modifier son criterium1 et nous dit qu'il faut pratiquer la bont jusqu'au point o la ncessit manifeste de notre existence et de notre tablissement sur la terre et dans la socit ne nous force pas d'y droger4 ,le devoir d'tre mchant s'impose dans les limites o la mchancet n'est que contre-mchancet indispensable2 et le criterium clbre se modifie ainsi3 ,agis toujours de telle faon que ton acte pt tre rig en rgle universelle de la socit telle qu'elle est organise autour de toi4 ,et il est certain qu'il faudrait que dans la socit o nous sommes placs il n'y et de mal que contre le mal1 moyennant quoi le mal n'existerait pas du tout4 ,les no-kantiens n'ont pas repouss non plus les appuis et les apports que peuvent donner la foi morale les considrations esthtiques4 ,ils ne vont point1 comme ont fait certains1 jusqu' penser que l'attrait du devoir est sa beaut mme1 que l'impratif est une sduction1 que la morale nous impose par le beau qu'elle contient et que la morale rentre en dfinitive dans l'esthtique2 mais ils considrent que le beau moralise1 selon la thorie d',aristote1 qu'il purge de leurs parties peccantes les passions qu'il reprsente1 qu'en un mot il pure la sensibilit en mme temps qu'il l'excite et qu'il la satisfait4 ,par exemple1 les passions de l'amour1 non prouves rellement par nous1 mais vues par nous sur le thtre1 prouves artistiquement par nous1 ne nous laisseront que la piti pour ceux qui les prouvent devant nos yeux1 ne nous laisseront que la sensibilit sympathique1 laquelle peut tre et doit tre un bon auxiliaire de la loi morale4 ,ainsi la sensibilit aide la loi morale2 et l'art1 en purifiant la sensibilit1 fait la sensibilit plus propre aider la loi morale1 aide la sensibilit aider le devoir4 ,si parfaitement convaincu que je sois de l'erreur de cette doctrine1 il ne m'tait gure permis de ne pas la noter comme une partie importante de l'enseignement no-kantien1 comme une marque de la tendance de cette cole adoucir l'austrit de la religion d'o elle drive4 ,plus essentiel mes yeux et aux siens sans doute est le tour--car ce n'est que cela--que l'cole no-kantienne a donn la pense du matre4 ,il consiste1 comme ,guyau l'a trs bien dml1 en trois affirmations1 comme il est naturel quand il s'agit d'une foi3 ,affirmation du devoir1 comme d'une chose qui n'est pas dmontrer1 qui ne peut pas tre dmontre et qui ne doit pas tre dmontre1 ce qui prtendrait la dmontrer ne pouvant que l'affaiblir et elle-mme tant ce qui dmontre tout et par consquent ce qui n'est dmontr par rien4 ,et ceci est le pur kantisme et nous n'y reviendrons pas4 ,affirmation qu'il est moralement meilleur de croire cette chose que de croire autre chose ou de ne rien croire1 et que d'une faon gnrale1 le vrai est ce qu'il est bon de croire pour notre dveloppement moral4 ,affirmation que cette foi morale est au-dessus de toute discussion1 puisqu'il y aurait immoralit discuter ce qui nous sert prcisment distinguer le vrai du faux1 puisque c'est le bon qui est criterium du vrai et puisque1 par consquent1 ce n'est pas l'vidence de vrit qui va tre juge de l'vidence de moralit1 alors qu'il est pos en principe que c'est l'vidence de moralit qui est juge de l'vidence du vrai4 ,ces deux dernires affirmations ont fond ce qu'on a appel depuis le pragmatisme4 ,le pragmatisme consiste assurer nergiquement qu'une ide est vraie si elle est bonne et qu'on voit si elle bonne par ses rsultats2--qu'une ide vraie1 si elle n'est pas bonne1 n'a pas le droit d'tre vraie1 et pour parler mieux1 n'est pas vraie1 ne contient qu'une apparence de vrit4 ,car enfin qu'est-ce que le vrai8 ,c'est ce qui est vident4 ,qu'est-ce qui est vident pour l'homme1 si ce n'est que ce qui lui est funeste doit tre repouss par lui8 ,le vrai et le bien se confondent donc absolument pour l'homme4 ,le vrai sera ce qu'il vaudra hors de l'humanit2 mais le vrai humain c'est le bien et ce ne peut pas tre autre chose4 ,remarquez-vous une habitude du parler populaire8 ,il dit1 par exemple3 ,l'honntet1 il n'y a que cela de vrai4 ,il dit3 que cela de vrai4 ,il confond vrit et excellence morale2 ou il confond vrit avec bonheur individuel et bonheur social et bonheur humain4 ,il a parfaitement raison3 la vrit humaine c'est ce qui comporte le bonheur de l'homme4 ,voyez encore comme nous agissons4 ,nous agissons avec une pleine conviction de notre libre arbitre4 ,est-ce une vrit8 ,rien n'est plus douteux4 ,rationnellement bien des choses dmontreraient plutt que c'est une erreur4 ,nous agissons pourtant comme sous la contrainte d'une vrit indiscutable1 puisque nous nous croirions fous si nous ne croyions pas agir comme nous voulons4 ,qu'est-ce dire8 ,que le libre arbitre est une vrit humaine4 ,partout ailleurs que chez nous il peut tre une erreur1 chez nous il est une vrit2 il est notre vrit4 ,le philosophe qui n'y croit pas1 y croit ds qu'il dlibre4 ,cela veut dire que comme philosophe il n'y croit pas2 mais que comme homme il y croit absolument4 ,vrit humaine4 ,erreur si l'on veut1 mais disons comme ,nietzsche3 ,quelles sont en dernire analyse les vrits de l'homme8 ,ce sont ses erreurs irrfutables4 ,nous appellerons vrits humaines les erreurs par lesquelles l'homme vit et sans lesquelles il ne peut vivre1 et parler sans raffinement1 ce sont bien l des vrits1 puisque c'est non seulement ce qu'on ne rfute pas1 mais ce qui ne trompe pas1 tandis que le reste trompe4 --,ne cherchera-t-on donc pas la vrit en soi8--,on la cherchera tant qu'on voudra si l'on veut se donner le plaisir tout esthtique d'ides qui se tiennent1 qui font corps et dont les unes ne dtruisent pas et ne combattent pas les autres4 ,c'est plaisir d'artiste4 ,mais quand on voudra une philosophie pratique 7d'o le mot pragmatisme71 on partira de notre principe qui est en mme temps un criterium3 le vrai c'est le bien1 et ce qui indique la vrit d'une ide c'est le bien qu'elle contient4 ,du reste1 nous ne savons pas--et vous1 savez-vous bien8--ce que c'est qu'une vrit en soi4 ,une vrit n'est vrit que quand1 d'abord s'imposant par l'vidence qu'elle porte en elle1 de plus elle n'est contredite victorieusement ou gravement par rien4 ,or votre vrit1 que vous avez trouve par l'instrument de votre raison1 de deux choses l'une3 ou son vidence rationnelle est d'accord avec l'vidence morale1 et alors est-elle vtre1 ou est-elle ntre8 ,elle est nous deux1 et ni ce n'est son vidence rationnelle qui la constitue l'tat de vrit1 ni ce n'est son vidence morale2 c'est toutes les deux2 c'est l'accord mme entre ces deux vidences4--,ou1 vidente rationnellement1 elle est contredite par l'vidence morale1 et alors elle est une vrit contredite2 elle est une vrit contre laquelle il y a quelque chose de vrai2 et elle n'est plus une vrit4 ,nous sommes donc autoriss chercher le criterium du vrai dans le bien2 tout au moins le criterium du vrai humain1 et c'est tout ce qui importe des hommes4 --,autrement dit1 vous biffez net toute philosophie et1 comme l'a dit l'un des vtres1 le pragmatisme n'est pas une philosophie1 il est une preuve qu'il ne faut pas philosopher2 ou vous pouvez vous appliquer le mot de ,pascal3 se moquer de la philosophie c'est vraiment philosopher4 --,en quoi cela8 ,nous btissons une philosophie autour d'autre chose que ce autour de quoi les philosophes depuis ,platon btissaient les leurs1 et voil tout ce que nous faisons4 ,ils cherchaient ce qui ne se trompe pas et ils croyaient que c'est la raison1 et autour de ce qu'elle donnait ils construisaient un systme4 ,nous cherchons ce qui ne se trompe pas et nous voyons que c'est le sens du bien2 et autour de ce qu'il donne nous btissons trs rationnellement toute une philosophie3 libert1 immortalit de l'me1 peines et rcompenses d'outre-tombe1 ,dieu4 ,il n'y a l qu'un renversement des valeurs et un renversement des plans4 ,renversement des valeurs3 notre premire valeur c'est le sens moral1 et la seconde c'est la raison venant travailler sur les donnes du sens moral4 ,renversement des plans3 on commenait par des axiomes rationnels1 le cogito par exemple2 et l'on aboutissait la morale2 nous commenons par des axiomes moraux3 il doit y avoir un bien pour l'homme1 par exemple2 et nous aboutissons tout le reste4 ,nous n'avons que remplac une premire lumire1 juge par nous tremblante1 par une autre premire lumire1 juge par nous sre1 et une mthode juge par nous dcevante par une autre mthode juge par nous certaine4 ,peut-tre mme dirions-nous1 si on nous poussait1 que la supriorit de notre philosophie sur toutes les autres est que toutes les autres devraient s'arrter la morale et n'y pas entrer4 ,elles y aboutissent toutes1 nous le savons1 et tiennent y aboutir1 la morale les sduisant et tant la ,circ des philosophes1 et aussi la morale tant estime par eux ,celle qui les juge et dont ils craignent le jugement et de qui ils veulent prouver que le jugement leur est favorable4 ,ils y aboutissent donc tous1 nous le savons2 mais nous savons aussi par quelles terribles contorsions1 souvent et dtours et retours de rgions lointaines4 ,c'est qu'en vrit rien n'aboutit la morale1 ni la contemplation de l'histoire humaine o nous voyons l'immoralit triompher si souvent1 ni la contemplation de la nature o il n'y a pas un atome de moralit1 ni la contemplation de ,dieu1 du ,dieu rationnel1 du ,dieu cause qui a cr l'humanit immorale1 partiellement au moins1 et la nature immorale totalement4 ,comment donc veut-on aboutir la morale en partant de telles choses8 ,tout au moins on y aboutit mal4 ,nous1 nous partons de la morale1 pour plus de sret1 si vous voulez1 d'y aboutir4 ,persuads que tout est immoral except la morale elle-mme1 nous nous installons dans la morale1 avant tout1 srs d'y revenir et dcids y revenir comme le soldat qui se replie sur le soutien2 puis nous nous aventurons au dehors et nous cherchons prouver que l'histoire humaine ne contient pas beaucoup de moralit1 il est vrai1 mais qu'elle contient cette leon qu'elle et t incomparablement meilleure si elle et t guide par le sens moral1 ce qui est contenir de la moralit en puissance2--que la nature 7ou plutt1 et seule1 la biologie7 est foncirement immorale1 mais qu'elle est peut-tre un effort sourd vers la moralit1 nulle moralit perceptible n'existant chez les vgtaux ni les animaux infrieurs1 des traces de moralit existant chez les animaux suprieurs1 la moralit s'panouissant enfin1 pniblement1 mais enfin cherchant s'panouir dans l'homme2--que ,dieu enfin1 qui a voulu ou permis l'immoralit de l',univers1 ne peut pas tre immoral1 puisque la moralit existe en nous et demande quelque part quelqu'un qui la confirme et sanctionne comme loi bonne et qui la rcompense d'tre ou d'avoir t2 puisque la moralit humaine postule et exige la moralit divine4 --,oui444 l'humanit oblige ,dieu6 --,pourquoi non8 ,du moins elle exige rationnellement que ,dieu soit moral4 ,voil ce que nous faisons comme expditions aventureuses en dehors de notre principe4 ,et qu'on ne dise point que ce renversement des valeurs n'est qu'un renversement d'argumentations d'cole et par consquent peu de chose de plus qu'une tautologie2 que si1 partis de la morale1 nous trouvons de la morale dans l'histoire1 dans la nature et en ,dieu1 c'est que tout aussi bien on pourrait trouver une intention morale dans l'histoire1 dans la nature et en ,dieu et aboutir la morale en disant l'homme3 fais ce qui est indiqu comme la loi par ton histoire1 par l'histoire naturelle et par l'histoire divine4 ,qu'on ne dise pas cela2 car1 ce sens moral1 jamais je ne l'aurais trouv nulle part si je ne l'avais trouv d'abord en moi2 c'est parce qu'il tait en moi que je l'ai cherch ailleurs et que je l'y ai cru trouver2 je l'ai projet du moi au non-moi1 loin que je l'aie attir du non-moi au moi-mme1 et le bien peut me dire1 conformment au mot de ,pascal3 ,tu ne m'aurais pas cherch si tu ne m'avais pas d'abord trouv1 trouv en toi4 ,voil comment le seul moyen d'aboutir la morale c'est d'en partir pour y revenir ensuite4 ,et voil la randonne que nous faisons travers la connaissance2 voil notre expdition au dehors de nous4 ,mais1 cela fait1 si nous ne russissons pas1 si nous n'avons pas russi dans cette expdition au dehors1 voulez-vous que je dise3 ,cela nous est gal2 et nous nous ramenons la philosophie de la vrit humaine1 c'est--dire la pure et simple philosophie morale comme ncessaire et suffisante l'homme4 ,ce qu'il y a d'indcis dans l'analyse que je viens de faire du pragmatisme est une fidlit2 car il est bien figuratif de cette doctrine1 les pragmatistes hsitant toujours entre dclarer que leur doctrine est exclusive de philosophie et dclarer qu'elle en est une4 ,c'est une de leurs faiblesses4 ,il y en a une autre1 un peu plus grave3 c'est que leur dogmatisme1 qu'ils croient l'abri du scepticisme bien autrement1 bien plus que le dogmatisme des rationalistes1 n'est pas moins dcouvert que celui-ci4 ,ils pensent3 du vrai on peut toujours douter2 du bien on ne peut pas douter2 il s'impose avec une vidence autrement contraignante que celle du vrai1 et c'est pour cela que nous remplaons l'vidence du vrai par l'vidence du bien4 ,je crois que c'est une erreur4 ,l'vidence du bien consiste en ceci que quelque chose en nous nous dit de le faire2 oui1 il faut accorder cela2 mais l'vidence du bien s'arrte prcisment l1 et sur chaque chose bonne nous pouvons hsiter et nous demander prcisment si elle est bonne1 et sur chaque ide vraie parce qu'elle est bonne1 c'est--dire fconde en rsultats bons1 nous pouvons hsiter et nous demander si elle est en effet fconde en rsultats bons1 si sont bons les rsultats dont elle est grosse4 ,quand les pragmatistes nous disent que l'immortalit de l'me est une ide vraie parce qu'elle est bonne1 bonne parce qu'elle fait bien agir1 je ne dis pas qu'ils se trompent2 je dis qu'ils n'en savent rien1 qu'ils prennent sur eux de le dire et qu'il n'est aucunement certain que les actes bons de l'humanit aient cette cause1 aucunement certain qu'ils n'en aient pas une autre4 ,quand ils nous disent que l'ide du libre arbitre est une ide vraie parce qu'elle est bonne1 je ne dis pas qu'ils se trompent2 je dis qu'ils n'en savent rien et que des fatalistes et des prdestinataires ont t trs honntes gens1 probablement parce qu'il tait dans leur fatalit d'tre tels4 ,cela1 c'est l'hsitation trs rationnellement permise sur les ides2 mais sur les actes mmes1 on sait assez qu'on peut hsiter sans cesse et qu'on hsite et que l'humanit a hsit de tout temps2 que tel acte bon de l'avis gnral en tel temps est mauvais de l'avis universel en tel autre1 que tel acte bon de l'avis gnral en tel lieu est mauvais de l'avis universel en tel autre2 que par consquent ce n'est pas de la bont1 toujours douteuse1 du fait que l'on peut conclure la bont-vrit de l'ide qui le contient ou qui est cense le contenir4 ,en un mot1 nous avons ce malheur que nous ne savons rien du bien except qu'il faut le faire4 ,et cet gard1 et c'est quoi je voulais venir1 le vrai et le bien sont gaux4 ,nous ne savons rien du bien except qu'il faut le faire1 nous ne savons rien du vrai except qu'il faut le chercher4 --,diffrence1 me dira-t-on3 l'impratif catgorique1 le bien1 nous crie qu'il est le devoir2 le vrai ne nous crie pas qu'il est le devoir4 --,mais1 en vrit1 si bien6 ,il y a un impratif catgorique du vrai4 ,j'assure1 et combien d'autres plus grands que moi ont affirm1 qu'ils sentent le devoir de dire le vrai et de le chercher ou plutt de chercher et de le dire4 ,tranchons le mot1 nous le sentons tous1 du plus grand au plus petit4 ,peut-tre1 comme ,nietzsche1 bien finement1 se l'est demand et l'a examin1 cet impratif catgorique du vrai se ramne-t-il encore l'impratif catgorique du bien2 peut-tre sentons-nous qu'il faut chercher le vrai pour ne pas nous tromper1 ce qui serait une mauvaise action envers nous-mmes1 et pour ne pas tromper les autres1 ce qui serait une mauvaise action envers autrui4 ,je le veux bien et je le crois assez2 mais qu' une certaine profondeur l'impratif du bien et l'impratif du vrai se confondent1 cela n'empche point qu'ils n'existent tous les deux et qu'ils ne soient aussi imprieux l'un que l'autre et qu'ils ne se prsentent l'un autant que l'autre avec figure sacre4 ,donc galit ou quasi-galit4 ,donc1 si sont gaux ou quasi-gaux le vrai et le bien1 et par le caractre impratif qu'ils ont tous les deux1 7c'est leur force71 et par ceci qu'ils sont tous deux formels et non rels et nous disent qu'ils sont1 non ce qu'ils sont 7c'est leur faiblesse72 de quel droit et pour quelle raison prfrez-vous l'un l'autre1 sacrifiez-vous l'autre l'un8 ,la vrit est probablement qu'il faut les chercher tous les deux1 et non pas s'acharner faire sortir celui-ci de celui-l ou celui-l de celui-ci2 mais voir1 essayer de voir en quoi c'est qu'il les faut l'un l'autre accorder4 --,et s'ils ne s'accordent pas8 ,resterai-je dans l'abstention8 ,je ne puis pas2 il faut que j'agisse4 --,s'ils ne s'accordent pas1 agissez1 certainement1 dans le sens de celui des deux qui prside videmment l'action1 dans le sens du bien1 de ce que vous considrez comme le bien1 je n'hsite pas vous le dire2 mais ne croyez pas tre dans le vrai1 croyez simplement tre d'accord avec votre nature1 comme disaient les stociens1 ce qui du reste est peut-tre ce qu'on a trouv de mieux pour se conduire4 ,je reconnais trs bien que pour un lieu donn et un temps donn1 cette mthode d'vidence morale peut donner des rsultats trs satisfaisants4 ,le pragmatisme est scularisme4 ,j'entends par l ceci3 nous sommes d'accord1 au ,x,xe sicle1 pour trouver bons1 pour juger bons un certain nombre de faits2 nous prenons pour philosophie les ides gnrales qui1 selon notre tournure d'esprit1 s'accordent vraisemblablement avec ces faits4 ,pour mieux dire1 nous enveloppons ces faits dans un systme d'ides gnrales qui1 parce que nous les y enveloppons1 semblent les contenir et les produire4 ,cela est commode1 comme dit ,m4 ,poincar des vrits mathmatiques2 cela est plus que commode1 cela nous aide2 car nous sommes ainsi faits que nous aimons l'accord entre nos ides et nos actes et que dans cet accord nous sommes plus dcids1 peut-tre plus forts4 ,ainsi pour un temps1 nous aurons une conduite qui aura au moins ceci pour elle qu'elle sera suivie1 cohrente et ordonne4 ,mais ne prenons pas cette philosophie pour vraie parce qu'elle est bonne1 et c'est--dire parce qu'elle s'accorde des faits jugs bons pour le moment4 ,n'liminons pas le vrai1 la recherche du vrai pour le vrai4 ,il y aurait cela un trs grand inconvnient1 c'est que tout progrs serait enray4 ,quand les faits dictent les ides--et n'est-ce pas le cas8--quand les faits approuvs dictent les ides croire1 on tourne indfiniment dans le mme cercle2 car on approuve les faits habituels1 on se fait sur eux les ides qui les confirment1 on n'en approuve les faits que davantage et ainsi de suite4 ,pour tous les philosophes de l'antiquit l'esclavage tait un fait bon4 ,une philosophie qui n'aurait jamais cherch que les ides approbatrices des faits jugs bons et qui n'aurait pris pour criterium de sa vrit et pour mesure de sa vrit que son aptitude conduire aux faits jugs bons--n'est-ce pas le cas du pragmatisme8--aurait indfiniment consacr l'esclavage et aurait donn l'esclavagisme l'autorit manant d'une philosophie respecte4 ,par parenthse1 cet exemple montre combien il y a de pragmatisme dans toute philosophie morale1 puisque les plus grands sages de l'antiquit ont t esclavagistes2 mais il montre encore mieux le danger d'une philosophie qui1 en se jugeant elle-mme d'aprs les faits o elle conduit1 au fond se soumet aux faits existants qui peuvent tre des prjugs4 ,qu'a-t-il fallu pour que l'esclavage dispart8 ,il a fallu qu'une philosophie--ou religion--s'levant au-dessus des faits approuvs et ne se jugeant pas d'aprs sa puissance y pousser les hommes1 mais d'aprs une vrit suprieure1 trouvt ceci3 tous les hommes sont frres1 ce qu'aucun fait de l'antiquit ne donnait4 ,excellente mthode pour ajuster les hommes la civilisation qui les entoure--ce qui du reste est bon--le pragmatisme ne la perfectionnerait pas4 ,il tait intressant de montrer comment de l'admirable doctrine kantienne1 par une srie de drivations assez logiques1 avait pu sortir une doctrine trs respectable1 mais un peu terre terre et ferme1 ou qui peut assez facilement se fermer du ct du progrs humain4 ,suite des drivations3 il y a dans le bien une vrit plus contraignante que dans le vrai4--,c'est le bien qui fonde le vrai4--,la vrit d'une doctrine est dans les consquences bonnes qu'elle contient4--,la plus vraie sera celle qui rendra compte du plus grand nombre de faits jugs bons et qui y conduira4--,les faits seront donc juges de la doctrine4--,c'est donc eux qui produiront la doctrine et il n'y aura pas de doctrine pour en produire4 ,la morale la plus intransigeante a abouti une demi-dmission de la morale4 ,,chapitre ,,iv ,,la ,,morale ,,sans ,,obligation ,,ni ,,sanction ,et maintenant raction contre ,kant4 ,elle s'est marque par beaucoup de manifestations intellectuelles en ,angleterre1 en ,france et en ,allemagne1 depuis #ahej environ4 ,la plus forte et la plus intressante pour le penseur est celle que l'on trouve dans le livre de ,guyau 7#aghe7 ,la morale sans obligation ni sanction1 une des plus grandes uvres philosophiques que l'humanit ait produites et qui fait date et qui serait compltement satisfaisante1 si l'auteur1 ayant le beau dfaut d'tre un pote1 ne mettait pas toujours une image ct d'une ide et un mythe ct d'un raisonnement1 au risque1 et l'on dirait avec le dessein1 d'affaiblir ou de compromettre l'une par le voisinage de l'autre4 ,voici1 dpouilles de leurs splendeurs1 les ides principales de ,guyau1 mles de celles qu'il me donne4 ,d'abord1 comme relativement moins important1 ce qu'il faut penser de la sanction de la morale1 peines et rcompenses d'outre-tombe4 ,la sanction de la morale a pour grave inconvnient qu'elle la dtruit4 ,si vous comptez tre rcompens de votre bonne action1 elle n'est plus bonne2 elle n'est plus qu'utile2 elle n'est plus qu'une chose qui vous est utile4 ,vous faites1 et voil tout1 un bon placement4 ,le pote a dit3 ,qui donne au pauvre prte ,dieu4 ,il ne pouvait pas mieux1 par la nettet mme et la crudit concise de sa formule1 montrer que la bonne action est le comble mme de l'gosme4 ,l'ide de mrite est destructrice du mrite mme4 ,vous n'avez aucun mrite si vous agissez pour mriter et avec la pleine certitude que vous mritez et que vous mritez l'gard d'un tre qui paye toujours ses dettes4 ,il n'y a de mrite que si le mrite est mconnu4 ,et il faut qu'il le soit partout1 aussi bien dans le ciel que sur la terre4 ,la suprme immoralit est de croire que la moralit est profitable4 ,on peut dire du croyant qui en mme temps est satisfait de sa bonne action et sr qu'un bienfait n'est jamais perdu3 ,ce mlange de gloire et de bien m'importune4 ,cet homme est prt dire et il le dit dans son for intrieur3 ,quel intrt aurais-je tre un juste s'il ne m'en revenait rien8 et donc il n'a pas l'ombre de dsintressement4 ,l'ide du mrite et du dmrite consiste faire remonter son gosme sa source la plus leve et lui donner aussi sa fin la plus leve1 et ce n'est pas autre chose que l'tendre jusqu' l'infini4 ,plaisante morale que celle d'un prteur qui prte un jour pour tre rembours ternellement6 99 99 99 99 99 ,on peut rpondre que ceci serait trs vrai si l'on tait absolument sr des peines et des rcompenses d'outre-tombe4 ,mais on n'en est jamais absolument sr et la distance qu'il y a entre l'absolue certitude du sacrifice que l'on fait pour le bien et la certitude relative des rcompenses qui nous attendent1 c'est ce qui constitue le mrite1 c'est l o il se place et o il a une place encore trs large4 --,rplique3 mais le croyant1 soit qu'il soit chrtien1 soit qu'il soit kantiste1 est absolument sr4 --,je l'admets2 mais la distance entre l'actuel et le lointain quivaut parfaitement la distance entre le certain et l'hypothtique4 ,ce qui est actuel1 le sacrifice faire1 agit sur la sensibilit avec une force qui est incomparablement plus grande que la force avec laquelle agit l'esprance1 cette esprance ft-elle certaine4 ,tout ce qui est futur est flottant1 ft-il certain2 tout ce qui est lointain est indcis1 ft-il rel4 ,et1 pour la sensibilit1 indcis gale douteux4 ,la distance qu'il y a1 je ne dis plus entre le certain et l'hypothtique1 mais entre l'actuel et le lointain1 et au point de vue de la sensibilit1 je dis la mme chose1 c'est ce qui constitue le mrite1 c'est o il se place et o il a une place encore trs large4 ,le croyant reste moral1 quelque croyant qu'il soit et fait un acte moral1 quelque certain qu'il soit qu'il en aura rcompense4 ,son mrite diminue seulement mesure qu'il croit davantage2 mais sa croyance1 si forte qu'elle soit1 ne peut jamais puiser la distance qu'il y a entre l'actuel et le lointain1 entre le tangible et l'indcis1 et ne peut jamais mme diminuer cette distance que d'une manire insensible4 ,ajoutez que dans l'imprcision invitable1 salutaire1 du reste1 des penses mtaphysiques dans l'esprit de l'homme simple1 de l'homme moyen1 de l'homme qui n'analyse pas1 la pense du mrite et du dmrite se confond avec l'ide mme du bien1 avec l'ide pure du bien4 ,elle se ramne ceci3 le bien est divin2 le bien est approuv de ,dieu2 le bien fait corps avec ,dieu2 le bien est consubstantiel avec ,dieu et je suis avec ,dieu en le faisant et c'est ce qu'il ferait ma place4 ,et1 dans cette imprcision1 cette pense est absolument morale4 ,il en est de ceci comme de l'amour de ,dieu1 et au fond c'est exactement la mme question4 ,les uns disent comme ,franois de ,sales 7confusment7 et comme ,fnelon3 il faut aimer ,dieu pour lui-mme1 sinon vous ne l'aimez pas2 si vous l'aimez par crainte ou par esprance1 c'est vous1 non lui1 que vous aimez4 ,les autres rpondent3 l'aimer uniquement par crainte ou esprance1 c'est un effet du paganisme2 mais l'aimer avec un mlange d'amour de lui1 c'est--dire d'amour de la perfection1 et d'esprance et de crainte1 c'est l'aimer encore et c'est l'aimer autant sans doute que la faiblesse humaine peut le permettre et que les forces humaines peuvent le soutenir2 d'autant plus que mon esprance et ma crainte elles-mmes sont une forme de ma croyance en ,dieu1 en sa justice1 en sa bont1 en son excellence1 en sa divinit1 et que cette croyance1 tant adhsion lui1 est encore amour de lui1 est mle au moins d'amour de lui4 ,celui qui a donn la formule la plus solide de ces justes tempraments1 c'est ,fnelon lui-mme quand il crit3 ,le dsintressement du pur amour ne peut jamais exclure la volont d'aimer ,dieu sans bornes ni pour le degr ni pour la dure de l'amour2 mais il ne peut jamais exclure la conformit au bon plaisir de ,dieu qui veut notre salut et qui veut que nous le voulions avec lui pour sa gloire4--,en langage philosophique3 ,il faut aimer le bien d'une manire dsintresse1 sans bornes ni de degr ni de temps2 mais il entre dans l'ide du bien qu'il soit un mrite2 et la volont du bien1 pour ainsi parler1 est que nous ne souffrions pas cause de lui et que nous soyons heureux tt ou tard cause de lui2 et accepter l'ide du bien avec cette considration1 ce n'est pas cesser de l'aimer pour lui-mme et c'est l'aimer en tout lui-mme4 --,contre-rplique3 ,en tout cas l'ide de sanction dtruit l'impratif catgorique4 ,l'impratif catgorique c'est3 fais le bien1 je le commande2 je ne donne pas de raisons de cet ordre4 ,or1 si l'impratif catgorique vous ajoutez1 quelque moment que vous l'ajoutiez3 du reste1 vous serez rcompens d'avoir fait le bien1 l'impratif n'est plus catgorique2 il est conditionn2 et l'impratif n'est plus impratif2 il est persuasif2 il se ramne dire3 si vous faites le bien1 vous serez rcompenss2 donc faites le bien2--faites le bien1 autrement vous serez punis2 donc faites le bien2--faites le bien1 moyennant quoi vous serez heureux2--voulez-vous tre heureux8 faites le bien4 ,l'impratif n'est plus celui qui ne donne pas de raisons2 il prodigue les raisons et les motifs et les mobiles2 il est aussi persuasif que la morale picurienne disant3 voulez-vous tre heureux8 soyez vertueux2 il est beaucoup plus persuasif que la morale picurienne1 qui1 comme rcompense de la vertu1 ne promettait qu'un bonheur phmre1 tandis que lui promet un bonheur ternel4 --,contre ceci je ne m'lverai pas2 je le tiens pour incontestable4 ,toute morale qui parle de sanction est persuasive et n'est imprative qu'en apparence4 ,elle aura beau--ce sera son adresse--carter1 loigner1 tant qu'elle pourra1 son impratif de son persuasif1 se bien donner de garde de mettre dans la mme page ou dans le mme volume le texte o1 hautaine1 elle commande1 et le texte o1 cline1 elle vous dit que dans votre intrt vous ferez mieux de faire comme ceci1 il n'en sera pas moins qu'elle dit les deux et que1 disant le second1 elle dtruit radicalement le premier4 ,cela1 je l'accorde absolument4 ,il n'y a pas d'impratif catgorique dans ,kant1 du moment qu'il admet la sanction de la morale2 il n'y a pas d'impratif catgorique dans ,kant1 du moment que l'ide des peines et rcompenses y est4 ,de sorte que l'homme qu'on s'attendrait voir le plus enrag contre l'ide de sanction ce serait un homme qui serait fanatique de l'impratif1 ce serait un kantiste intransigeant1 un kantiste enthousiaste1 un ultra-kantiste1 un kantiste plus kantiste que ,kant4 ,guyau n'tait pas du tout cet homme-l2 et si1 d'une part il repoussait l'ide de sanction1 d'autre part il repoussait l'ide d'impratif1 l'ide d'obligation4 ,l'ide d'obligation1 l'ide de devoir1 l'ide tu dois lui paraissent un prjug4 ,il recueillait avec complaisance ce mot1 trs pntrant du reste1 de ,vinet3 le but de l'ducation est de donner l'homme le prjug du bien1 et1 se rebellant1 il disait3 ,eh bien1 non6 il ne doit pas y avoir dans la conduite un seul lment dont la pense ne cherche se rendre compte1 une obligation qui ne s'explique pas1 un devoir qui ne donne pas ses raisons4 ,par question pralable l'impratif tait limin4 ,contre ce miracle psychologique ,guyau commenait par protester1 d'entre en matire protestait1 comme les philosophes contre les miracles proprement dits1 interventions du surnaturel travers la nature2 et son effort fut de dissoudre l'impratif en l'analysant1 de montrer ce qu'il y a dans l'impratif apparent et de faire voir que ce qu'il y a en lui quand on l'ouvre1 ce sont prcisment des raisons4 ,il reconnat d'abord que l'impratif catgorique est vrai psychologiquement1 c'est--dire est vrai comme donne immdiate de la conscience1 tout de mme que le libre arbitre4 ,il est incontestable que nous entendons une voix intrieure qui nous dit3 tu dois1 et qui ne donne pas ses raisons4 ,la thorie de l'impratif catgorique est psychologiquement exacte et profonde comme expression d'un fait de conscience1 comme le libre arbitre est incontestablement exact comme affirmation nergique et permanente du sens intrieur4 ,seulement1 n'y a-t-il que l'impratif--et le libre arbitre--qui soient des proclamations du sens intime8 ,point du tout6 ,j'ai fait remarquer moi-mme plus haut que le vrai a son impratif catgorique trs net1 que chercher le vrai et le dire est command par le moi au moi4 ,j'ai fait remarquer1 ici ou dans un autre essai1 que le ,beau a son impratif encore fort net et que raliser le beau1 tout au moins ne pas faire du laid par ngligence1 par dsordre1 par paresse1 sur soi1 chez soi1 dans la rue1 est command par le moi au moi1 faire du beau tant command l'artiste1 ne pas faire du laid tant command tout le monde4 ,guyau va plus loin1 un peu trop loin mon gr4 ,selon lui1 les penchants naturels et la loi et la coutume ont leurs impratifs catgoriques4 ,ils commandent sans donner de raisons4 ,la coutume1 comme le disait ,pascal1 est respecte et suivie par cette seule raison qu'elle est reue2 l'autorit de la loi est parfois toute ramasse en soi1 sans se rattacher aucun principe1 et la loi est loi et rien davantage4 ,c'est aller trop loin1 parce que ces impratifs sont des impulsions ou des contraintes4 ,les penchants naturels nous poussent et ne nous commandent pas2 ils ont de la force et non de l'autorit et nous sentons bien la diffrence4 ,la loi1 la coutume sont des contraintes2 nous obissons la loi parce que nous ne pouvons pas faire autrement et la coutume parce que nous ne pouvons gure faire autrement1 sous peine de mille dsagrments souffrir parmi nos semblables4 ,le signe1 trs net1 de la diffrence entre ces impulsions et contraintes d'une part et les impratifs d'autre part1 c'est qu' dsobir aux penchants naturels et aux contraintes nous prouvons des regrets et non point des remords3 nous n'avons aucun remords d'avoir dsobi au penchant sexuel2 nous n'prouvons aucun remords1 fussions-nous en prison1 d'avoir dsobi une loi que nous trouvions injuste1 et au contraire2 nous n'prouvons aucun remords1 fussions-nous mis au ban de la socit polie1 d'tre contrevenus une coutume que nous jugions stupide#d4 ,au contraire1 le remords nous point si nous avons fait une faute morale2 encore si nous n'avons pas cherch la vrit2 mme si nous n'avons pas ralis le beau que nous pouvions crer ou point respect le beau que nous pouvions respecter 7hirarchie des impratifs1 question qu'il sera intressant de creuser74 #d ,c'est prcisment ce que je viens de faire4 ,la coutume veut que l'on dise j'ai contrevenu2 j'cris je suis contrevenu2 et je n'en prouve aucun remords1 parce que je tiens la coutume pour stupide4 ,donc ,guyau va trop loin2 mais on sent qu'il a parfaitement raison de prtendre que1 de ce que l'impratif moral est un fait incontestable1 ,kant n'est pas autoris considrer cet impratif comme transcendantal1 c'est--dire le tenir pour une chose au-dessus de toute discussion et impntrable toute analyse4 ,la vrit1 selon moi1 est1 d'abord1 il convient de le reconnatre1 que l'impratif moral est de tous les impratifs vrais ou supposs le plus net et le plus nergique3 ,convenez1 me disait un ami1 que c'est lui qui a la plus grosse voix4 ,convenons-en1 et que cela est certainement considrer4 ,la vrit est ensuite que ,kant1 timide devant la morale1 comme presque tous les philosophes1 a1 inconsciemment sans doute1 eu peur d'analyser l'impratif et a voulu le laisser l'tat de mystre1 pour que le culte qu'on aurait pour lui ft mystique1 pour que le respect qu'on aurait son gard ft une foi4 ,il croyait savoir que tout instinct qu'on analyse tend se dtruire1 ce qui veut dire que tout instinct qui devient conscient tend se ruiner4 ,on n'aime bien qu'aveuglment2 mme on n'aime bien qu'en aimant sans savoir que l'on aime4 ,s'il y a un amour pur et exempt du mlange de nos autres passions1 c'est celui qui est cach au fond du cur et que nous ignorons nous-mmes4--,ainsi parlait ,la ,rochefoucauld4 ,m4 ,gustave ,le ,bon1 qui ne se plaindra pas du rapprochement1 a une bonne formule sur l'ducation2 elle consiste1 suivant lui1 faire passer le conscient dans l'inconscient1 inspirer1 par exemple1 l'amour du travail et y habituer de telle sorte que se jeter au travail et y rester devienne machinal et n'exige plus aucun effort2 inspirer l'amour de la patrie et y habituer de telle sorte qu'on finisse par l'aimer aveuglment et sans se faire de raisonnement cet gard2 s'duquer c'est devenir impulsif2 l'ducation acheve1 c'est une impulsivit acquise1 etc4 ,or1 si l'homme a une impulsivit naturelle qui est excellente1 celle de faire le bien 7et supposez1 si vous voulez1 que cette impulsivit dite naturelle soit une impulsivit acquise par l'hrdit1 cela nous sera gal71 il faut bien se garder d'analyser cette impulsion et de la faire passer de l'inconscient dans le conscient2 ce serait une ducation rebours4 ,ce qui tait force norme parce qu'il tait inconscient1 nous l'nerverions peu peu en le rendant conscient1 et nous n'aurions russi qu' l'empcher d'tre impulsif4 ,kant savait ou sentait cela4 ,seulement ce n'est peut-tre pas vrai4 ,c'est vrai et le contraire est vrai aussi4 ,nous affaiblissons un sentiment en l'analysant quand il est dj faible2 nous le fortifions en l'analysant quand il est encore assez fort4 ,l'amoureux qui n'est dj plus amoureux se demande pourquoi il est amoureux1 passe en revue les motifs et les trouve peu nombreux1 pse les motifs et les trouve lgers4 ,l'amoureux qui est encore assez amoureux fait de mme et trouve les motifs nombreux et forts1 et alors il ajoute la force du sentiment la force de l'ide-force4 ,une ide-force n'est jamais qu'une ide qui est devenue sentiment ou qui est ne d'un sentiment2 mais cette condition1 elle est bien une force et une force qui pse de plus en plus1 parce qu'il est de sa nature d'insister sur elle-mme1 de se dvelopper 7sens de la langue de rhtorique et tous les sens7 et de devenir ide fixe1 de devenir entretien continuel de notre esprit4 ,le patriote qui est encore patriote1 s'il analyse l'ide de patrie1 trouve toutes les raisons d'aimer son pays qui taient contenues dans son sentiment1 et parce qu'elles deviennent claires elles ne deviennent pas inconsistantes2 elles rpondent1 seulement1 aux objections1 aux attaques2 nos ides sont les gardes avances de nos sentiments2 impuissantes sans eux1 quand ils y sont1 elles les rendent plus srs4 ternellement les croyants se demanderont si mieux ne vaut pas la foi toute seule et croire sans raisons1 ou si mieux vaut ajouter la foi les raisons de croire4 ,la question n'est pas susceptible d'une rponse catgorique2 car1 selon le plus ou moins de foi1 les raisons confirmeront la foi ou dtruiront ce qui en reste4 ,de celui qui commence analyser sa foi on est toujours dans le doute s'il s'achemine l'augmenter ou s'il prend le chemin de la perdre4 ,toujours est-il que les plus grands croyants ont pass leur vie entire analyser leur croyance et ne se sont pas contents de crier3 ,je crois1 je crois1 je crois1 je crois perdument4 --,mais l'ide seule d'examiner un de ses instincts n'est-elle pas un signe que dj il n'est plus en nous l'tat d'instinct8 ,qui diantre s'est avis de se donner soi-mme des raisons de respirer8 ,on ne se donne des raisons de vivre que quand on songe1 au moins un peu1 au suicide4 --,n'ai-je pas rpondu tout l'heure par l'exemple des grands croyants qui analysent leur foi et qui la confirment par leur foi8 --,oh6 pas le moins du monde2 car ce n'est pas eux que les grands croyants ont voulu convaincre1 mais ceux qui ne croyaient pas4 ,a eux1 leur foi suffisait2 pour d'autres ils collectionnaient les raisons de croire4 --,en tes-vous bien srs et qu'ils n'eussent pas autant le dsir de se confirmer dans leur foi que celui d'y attirer les autres8 ,certainement l'homme se raisonne1 comme dit si bien le peuple1 pour s'assurer dans un sentiment qu'il croit juste ou pour s'carter d'un sentiment qu'il estime faux2 et il ne fait en cela que cder au sentiment1 comme dit ,pascal1 et par consquent il faut que le sentiment existe2 mais encore1 en cdant au sentiment1 il l'excite et il l'avive4 ,la lecture1 cette autre mditation1 a exactement les mmes effets4 ,on cherche1 par une lecture1 se confirmer dans un sentiment que l'on a2 et les ides que l'on trouve dans l'auteur1 fussent-elles faibles1 fortifient ce sentiment si on l'a en effet1 fussent-elles fortes1 achvent de le dtruire s'il tait bien en train de s'en aller4 ,faire passer de l'inconscient au conscient est donc dangereux si le mal tait dj plus qu' moiti fait1 avantageux si le mal n'existait pas ou tait faible4 ,que l'ide de la foi morale ft ne chez ,kant de la conviction que de son temps l'instinct moral tait trs faible et par consquent ne pouvait que perdre tre analys1 cela ne m'tonnerait point et je dirai mme que moralement j'en suis sr4 99 99 99 99 99 ,guyau1 lui1 soit qu'il estime que l'instinct moral est assez fort pour ne pas courir de risques tre analys1 soit simplement1 comme il le dit1 parce qu'il est philosophe et que pour le philosophe il ne doit rien y avoir dont la pense ne cherche se rendre compte et que le philosophe ne doit pas avoir de foi1 ,guyau veut analyser l'instinct moral et c'est--dire lui demander ses raisons1 lui dire3 pourquoi8 et ne pas se contenter de la rponse clbre3 le pourquoi1 c'est qu'il n'y a pas de pourquoi4 ,un credo1 comme ,nietzsche le dit souvent1 est toujours un credo quia absurdum1 puisque1 s'il n'tait pas cela1 il n'y aurait pas besoin de credo4 ,guyau ne veut pas d'absurdum1 mme implicite1 et il fait l'analyse de ce qu'il croit voir dans l'ide du devoir4 ,il y voit avant tout la vie elle-mme1 la vie s'affirmant comme puissante et fconde4 ,le devoir c'est le pouvoir4 ,pouvoir1 vouloir et devoir c'est la mme chose sous diffrents mots1 parce que c'est mme chose sous diffrents aspects4 ,quelque chose en nous1 qui n'est pas autre chose que notre vie mme sentie par nous1 nous dit3 tu peux1 donc tu veux1 donc tu dois4 ,tu peux1 donc tu veux3 car si1 pouvant1 tu ne veux pas1 tu sens que tu te diminues1 que tu te rtrcis1 que tu te refoules4 ,tu veux1 donc tu dois3 car si1 pouvant et voulant1 tu n'agis pas1 tu sens encore une diminution1 un rtrcissement1 une strilisation de ton tre2 et c'est ce sentiment que dans la langue courante on appelle le remords pralable ou le remords proprement dit1 le remords de ne pas faire ou le remords de n'avoir pas fait2 et la voix du devoir n'est pas autre chose que le remords qui commence1 devant l'acte faire qu'on ne fait pas4 ,ce qu'on appelle devoir c'est donc puissance1 fcondit1 expansion qui veut tre1 qui vous rjouit si elle est et qui vous gne si elle n'est pas4 ,le plaisir que vous prouvez faire ce qu'on appelle couramment le devoir1 c'est le plaisir de la puissance en acte2 la peine que vous prouvez quand vous vous drobez ce qu'on appelle le devoir1 c'est votre moi diminu1 c'est votre vie1 que quelque chose que vous sentez qui dpendait de vous1 restreint4 ,pouvoir1 vouloir et devoir1 cela veut dire tre port par sa nature mme agir2 s'opposer son pouvoir1 vouloir et devoir1 c'est commencer de se tuer4 ,qui dit je vis1 dit je peux1 je veux1 je dois1 et je ne contrarie ma vie sous aucun de ses aspects4 --,fort bien2 mais sans aller plus loin1 cette analyse1 qui du reste est plutt une synthse1 doit tre incomplte1 puisque nous n'y trouvons pas un atome de ce qu'on appelle couramment le moral4 ,la voix intrieure ne nous dit pas1 ce nous semble3 tu peux1 tu veux1 agis2 elle nous dit3 tu peux du bien1 veux du bien1 fais du bien4 ,le devoir tel qu'il est dfini par vous1 expansion de la vie1 est accompli aussi bien par le grand bandit que par le saint4 ,tous les deux peuvent1 veulent1 agissent1 tous les deux font expansion4 ,votre quivalent du devoir est simplement la morale courante de ,nietzsche3 soyez fort et agissez dans toute l'tendue de votre force4 ,et cette formule n'est pas immorale1 mais elle est amorale2 elle est indiffrente ce que les hommes appellent le bien et le mal1 elle se ralise indiffremment dans l'crasement des faibles ou dans le fait de les aider4 --,premire rponse de ,guyau3 ,en faisant ce que tout le monde appelle le mal1 je ne m'tends pas1 je me refoule1 je m'appauvris4 ,je supprime toute la partie sympathique et intellectuelle de mon tre4 ,de plus1 si je rencontre une rsistance1 il y a refoulement trs sensible et douloureux2 si je n'en rencontre pas1 il y a dsorganisation de ma volont1 dsquilibrement1 ataxie 7cas des despotes71 ce qui revient une impuissance subjective qui est bien le contraire mme du pouvoir-vouloir4 --,je rplique3 ,on ne voit pas bien que le grand bandit supprime la partie intellectuelle de son tre2 cela n'a pas de sens2 il ne supprime mme pas sa partie sympathique2 car il peut avoir toutes les sympathies du monde par ses amis4 ,d'autre part1 s'il est refoul par le monde extrieur1 il ne l'est ni plus ni moins que le saint qui prouve toujours1 on le sait1 tant de difficults faire le bien2 et enfin la dsorganisation intrieure de celui qui ne rencontre pas de rsistance extrieure n'est que le fait des imbciles1 n'existe pas chez les intelligents et n'a1 en tout cas1 aucun rapport avec la morale ni avec l'immoralit1 c'est une simple maladie4 --,seconde rponse de ,guyau1 beaucoup meilleure3 ,l'homme n'est pas un tre isol2 il est un tre social4 ,la vie dont je parle et dont il faut que tous nous parlions quand nous employons ce mot1 c'est la vie sociale vcue par un et qu'il ne peut pas s'empcher de vivre4 ,donc quand je dis expansion de la vie1 j'entends et je ne puis pas ne pas entendre expansion1 hors d'un homme1 de la vie sociale qu'il contient en lui1 et ce que j'entends par quivalent de devoir c'est cette impulsion qui nous porte agir pour faire de la vie sociale4 ,le temprament humain1 remarquez-le1 simple temprament1 tend1 de personnel1 devenir collectif et1 de solitaire1 devenir solidaire4 ,le voleur souvent cit qui trouvait du plaisir voler gratuitement et qui1 millionnaire1 aurait vol1 est un phnomne d'atavisme4 ,nous nous acheminons tellement vivre d'une vie qui dans un reflte tous1 que nous tendons raliser en nous le type de l'homme normal1 le type de l'homme qui sera reconnu par tous comme incontestablement un homme1 qui n'tonnera pas les autres4 ,or ce que je disais tout l'heure1 pour commencer par le plus simple1 de la vie en nous1 de la vie sans pithte1 entendez-le de la vie sociale en nous et voyez bien que les exigences et les impulsions de la vie sociale en nous1 ce qu'elle sollicite de notre pouvoir et de notre vouloir1 c'est bien prcisment ce que l'impratif de ,kant commande3 faire des choses que l'on voudrait qui fussent riges en loi universelle de vie4 ,voil la loi morale rintgre4 --,je dis3 oui bien2 avec cette rserve pourtant que la vie sociale en nous ne nous conseille gure1 ce me semble1 que de vivre comme tout le monde1 normalement1 comme vous dites trs bien1 et non pas mieux que tout le monde1 non pas d'une faon suprieure1 non pas d'une faon hroque4 ,or une morale doit contenir l'hrosme en la partie d'elle-mme la plus leve2 l'hrosme doit y entrer1 ressortir elle1 tre indiqu par elle1 non seulement comme ce qu'elle admet1 mais1 tout compte fait1 comme ce quoi1 en dfinitive1 elle tend4 ,je ne vois pas encore cela dans vos quivalents de devoir4 ,il est possible que nous y venions4 99 99 99 99 99 ,poursuivant cette analyse de ce que l'instinct profond de la vie nous conseille et presque nous commande de faire1 ,guyau remarque que l'instinct de la vie nous pousse 7indpendamment des suggestions de la vie sociale7 lutter et risquer4 ,l'homme a vcu longtemps dans une telle ncessit de lutte contre mille ennemis qu'il lui est rest un besoin de lutter toujours 7comme je l'ai fait remarquer bien des fois1 parce qu'il a fallu qu'il inventt pour pouvoir vivre1 il lui est rest le besoin de changer sans cesse1 mme quand le changement ne comportait plus ncessairement progrs74 ,donc l'homme lutte encore1 et par exemple il lutte contre ses passions1 instinctivement2 partie1 il est bien vrai1 parce qu'il sent que ses passions sont aussi des fauves ou reptiles dangereux2 partie1 et c'est cela qui est instinctif1 parce que simplement elles sont fortes4 ,ceci c'est le courage4 ,il a l'air ici de combattre contre la vie1 puisque les passions aussi sont la vie1 mais il est bien1 au moins lui aussi1 la vie1 puisqu'il est un pouvoir qui se sent devenir vouloir et qui se donne le nom de devoir2 et l'on sait que la sensation de vivre est intense dans tous les cas o le courage a se dployer et se dploie1 ne ft-ce que contre nous-mmes4 ,guyau aurait pu citer le joli mot de ,doudan3 ,l'homme ne se sent vivre que quand il se contrarie4 ,cette ide est si connue que je n'y insisterai pas4 ,je n'avais qu' montrer comment ,guyau l'avait rattache son systme et son principe1 l'ide d'expansion de la vie1 l'ide de la vie voulant s'tendre4 ,l'instinct de la vie nous pousse1 de plus1 et ce n'est gure qu'un autre aspect de la mme ide1 risquer4 ,il y a plaisir risquer4 ,pascal1 dit ,guyau1 dans son pari1 n'a envisag que la crainte du risque1 il n'a pas considr le plaisir de risquer#e4 ,il y a plaisir risquer1 tout le monde le sent cette sorte d'largissement qui se fait en nous quand nous risquons2 et aussi1 pour ainsi dire1 hors de nous 7phnomne de projection du moi sur le non-moi71 le monde nous paraissant plus vaste quand nous risquons quelque chose4 #e ,si2 ailleurs1 et trs bien3 ,travailler pour l'incertain--,saint ,augustin a vu qu'on travaille pour l'incertain1 sur mer1 en batailles2 il n'a pas vu la rgle des partis qui dmontre qu'on le doit4--,s'il ne fallait rien faire que pour le certain1 on ne devrait rien faire pour la religion2 car elle n'est pas certaine2 mais combien de choses fait-on pour l'incertain1 les voyages sur mer1 les batailles444 ,quand on travaille pour demain et pour l'incertain1 on agit avec raison4 ,car on doit travailler pour l'incertain1 par la rgle des partis1 qui est dmontre4--,il n'a pas parl prcisment du plaisir du risque1 mais il n'a pas parl uniquement de la peur du risque et il a parl de la raison de risquer1 qui est un plaisir intellectuel4 ,la raison de ce sentiment1 qui est presque une sensation1 c'est que nous nous sentons plus grands1 nous mettant nous-mmes aux prises avec plus de choses4 ,ce plaisir du risque est une des suggestions de la puissance de la vie en nous1 de la fcondit de la vie en nous1 de la surabondance de la vie et de l'avidit qu'a la vie d'tre surabondante4 ,par parenthse--et cette parenthse est chez ,guyau un chapitre qui est digne de ,platon--c'est ce mme amour du risque qui est toute la mtaphysique4 ,la mtaphysique est toujours une hypothse hardie o nous risquons l'erreur et la confusion4 ,personne plus que le mtaphysicien ne travaille pour l'incertain4 ,il y travaille cependant de tout son cur et il sent que son uvre est bonne et qu'elle est noble4 ,erreur peut-tre1 mais l'erreur et t plus grande 7erreur morale7 estimer purile la recherche de cette erreur4 ,de mme que la vie proprement dite conseille le risque comme une condition d'largissement de notre tre1 de mme la vie intellectuelle conseille le risque mtaphysique comme condition d'agrandissement de notre tre intellectuel4 ,notez que le brave homme qui consacre sa vie la ralisation d'un idal est un mtaphysicien pratique aussi vnrable et plus encore que le mtaphysicien proprement dit de tout l'heure4 ,au fond1 savez-vous ce qu'il fait8 ,il travaille pour l'incertain1 afin de le faire certain dans son cur4 ,son besoin de certitude le porte1 lui homme d'action1 accumuler les actions conformes l'idal1 comme son besoin de certitude porte le philosophe accumuler les arguments qui le dmontrent4 ,c'est sa manire de le prouver4 ,il le prouve en le crant4 ,la vie lui dit par la bouche de ,guyau1 qui est trs loquente3 ,je ne vous demande pas de croire aveuglment un idal1 mais de travailler le raliser4--,sans y croire8--,pour y croire6 ,vous y croirez quand vous aurez travaill le produire4 ,tel saint prouve ,dieu sans argument1 mieux qu'un argument4 ,il remplit d'une ralit qui est lui ce qui n'tait qu'une ide4 ,dieu se construit avec du divin4 ,telle est la thorie de la lutte et du risque dans la doctrine morale de ,guyau4 ,ici ,guyau rejoint ,nietzsche qu'il ne connaissait pas1 mais qui le connaissait et qui a pu profiter de lui dans une certaine mesure#f4 ,ce que nous venons de voir est le vivre dangereusement1 qui est le point capital de la morale nietzschenne4 ,vivre dangereusement c'est lutter et risquer1 en vue prcisment de la lutte et du risque et pour la beaut de l'une et de l'autre2 et c'est la marque mme des mes nobles4 #f ,voir ,fouille1 ,nietzsche et l',immoralisme4 ,mais encore on voit bien1 la rigueur1 comment la vie intense et extensive1 la vie fconde peut conduire jusqu' l'amour de la lutte et du risque4 ,ceci est travailler pour l'incertain1 pour le trs incertain2 mais ce n'est travailler que pour l'incertain4 ,comment cet quivalent du devoir que vous avez trouv peut-il conduire au sacrifice absolu1 l'acceptation de la mort certaine8 ,car ici1 selon vos donnes1 c'est la vie se tournant contre la vie2 c'est la vie se dtruisant pour s'tendre1 c'est la vie poussant la passion de la vie jusqu'au suicide2 c'est une collection d'absurdits4 ,c'est ici1 ce semble1 que1 pour commander le sacrifice et non pas moins pour l'expliquer1 pour expliquer qu'il ait lieu1 il faut bien une foi1 soit la foi religieuse1 soit la foi morale1 la foi kantienne4 ,guyau rpond cela d'abord1 loyalement et modestement1 qu'il ne s'est pas engag rpondre tout et que ce problme-ci n'a peut-tre pas de solution rationnelle et scientifique4--,il rpond ensuite que ce sacrifice est encore amour de la vie en ce sens que c'est prfrer une minute de vie intense1 suprieure et magnifique une vie plate1 morne et triste4 ,il y a des heures o il est possible de dire la fois3 je vis1 j'ai vcu444 ,on peut concentrer une vie dans un moment d'amour et de sacrifice4 ,voil qui est bien2 mais la raison qui fait que la vie se sacrifie ainsi1 la raison qui persuade la vie de se prfrer infiniment courte et infiniment intense elle-mme longue et mdiocre1 voil ce qui n'est pas indiqu clairement4 --,je le dis1 c'est l'amour de quelque chose4 --,donc1 ce n'est pas la vie elle-mme1 et vous abandonnez votre principe4 --,c'est la vie transforme en vie sociale1 transforme en vie sentimentale1 transforme en vie passionne1 transforme en vie dangereuse et qui s'aime dangereuse2 c'est tout cela pouss un tel degr que1 non pas la mort1 mais la vie magnifique en une minute mortelle est accepte4 --,oui1 en somme c'est l'gosme transform en altruisme absolu4 ,c'est cette transformation1 quelque longue qu'en soit la prparation et l'volution 7hrditaire1 sculaire1 millnaire71 qui sera toujours trs difficile comprendre4 ,dans le systme de ,guyau1 les actes d'hrosme restent toujours ce que ,schopenhauer1 d'un mot admirable1 disait qu'ils sont1 des miracles1 c'est--dire des choses impossibles et pourtant relles4 ,j'ajoute que dans tous les systmes1 plus ou moins prcisment1 ils restent cela2 mais dans celui de ,guyau ils restent cela d'une manire en quelque sorte plus paradoxale et plus provocante4 ,a la considrer en sa gnralit1 la morale de ,guyau a1 sans doute1 ce beau mrite d'tre un grand effort pour substituer une ralit quelque chose qui pourrait bien tre une illusion1 une illusion salutaire1 une illusion1 mme1 ncessaire pour un temps1 mais qui pourrait se dissiper1 auquel cas il ne resterait plus rien pour diriger l'homme4 ,qui sait1 en effet1 si la morale telle que les hommes l'ont envisage jusqu' prsent n'est pas un art1 un art subtil--de qui8 on ne sait3 du ,dieu intrieur1 ou de la nature poursuivant ses fins1 ou de la socit poursuivant ses fins aussi--mais un art qui nous sduit1 qui nous trompe en nous charmant1 qui nous fascine par sa beaut pour nous faire faire quelque chose que nous ne ferions pas de nous-mmes8 ,n'est-il pas vrai1 en effet1 que nous sommes tromps de tous les cts8 ,l'art nous trompe1 la socit est artificielle1 la nature se joue de nous1 les yeux nous trompent1 les oreilles nous trompent444 ,ainsi parlait ,guyau en #ahhd4 ,vers #ahfh ,richard ,wagner1 dans un petit trait de mtaphysique qu'il fit lire ,nietzsche et qui sans doute eut sur celui-ci une grande influence1 et que ,guyau ne connaissait pas1 disait1 rajeunissant ,schopenhauer3 ,la nature trompe ses cratures4 ,elle met en elles l'esprance d'un bonheur immuable et toujours diffr4 ,elle leur donne des instincts qui obligent les plus humbles btes aux longs sacrifices1 aux peines volontaires4 ,elle cre le dvouement de la mre l'enfant1 de l'individu au troupeau4 ,elle enveloppe d'illusions tous les vivants et leur persuade ainsi de lutter et de souffrir4 ,la socit doit tre entretenue par des artifices tout semblables444 ,la morale1 envisage comme les hommes l'ont envisage jusqu' prsent1 pourrait donc tre un art sduisant et fascinateur1 une subtile et imposante duperie4 ,or1 si les hommes s'apercevaient un jour de cette tromperie dont ils sont l'objet1 ils pourraient se rvolter et secouer l'illusion1 comme ,diderot le leur conseillait1 comme ,nietzsche va le leur conseiller demain4 ,mais si cette illusion je substitue une ralit1 et quelle ralit6 la vie elle-mme2 si je montre que la morale1 c'est la vie elle-mme1 que la vie c'est la morale1 que c'est la vie qui nous pousse de toutes les faons1 en tant que vie proprement dite1 individuelle1 en tant que vie sociale1 en tant que vie intellectuelle1 en tant que vie mtaphysique1 si l'on peut dire ainsi1 prcisment cela que l'on a appel jusqu' prsent le devoir2 si je montre que dsobir la morale c'est renoncer sa vie elle-mme et commettre une espce de suicide plus ou moins court1 plus ou moins lent2 alors j'ai rattach l'homme la morale par des liens non seulement d'airain1 mais de chair et qui sont indestructibles et qui seront ternels4 ,ainsi raisonnait ,guyau et cette ide au moins contenait un livre admirable4 ,seulement elle tait trop vaste pour tre trs pertinente4 ,considrer l'instinct mme de la vie comme tant la morale1 c'est tendre tellement la morale qu'elle devient indistincte force d'tre comprhensive4 ,que me conseille l'instinct de la vie8 ,il me conseille tout4 ,il me conseille d'tre exubrant1 d'tre surabondant1 de m'tendre1 de me rpandre4 ,il me conseille de mettre en libert et en jeu toutes mes passions2 car en toutes je me sens vivre et trs nergiquement4 ,il me conseille l'amour1 l'ambition1 l'avidit1 la conqute1 le vol1 le meurtre1 ceci peut-tre surtout2 car c'est l qu'il y a le plus de danger et le plus de risque1 et vous me montrez fort bien que c'est surtout dans le danger et le risque qu'on se sent vivre4 ,il me conseille la piti1 la misricorde1 la charit1 le dvouement1 le sacrifice2 car l aussi je me sens vivre et l aussi il y a danger et risque4 ,il me conseille la prudence1 l'abngation1 le retour soi et en soi1 le abstine1 sustine1 l'gosme mdiocre et mesquin1 les vertus de troupeau et de bte battue2 car l aussi je me sens vivre1 puisque l sont les moyens de conserver la vie4 ,il me conseille la recherche des plaisirs modrs1 dlicats et gracieux1 sans danger1 non sans charme2 l'picurisme intelligent1 l',eudmonisme bien compris2 car cela aussi c'est vivre1 goter la vie1 la savourer1 la prolonger1 et carpe diem2 et voil que nunc et ,aristippi docte prcepta relabor4 ,tout compte fait1 l'instinct de la vie a une morale qui consiste conseiller toutes les faons de vivre4 ,ce n'est pas une morale prcise4 ,c'est une morale qui a du talent et qui trouve la formule d'elle-mme o elle aura tout son talent et pourra le dployer tout entier2 ce n'est pas une morale qui ait la prcision qu'on demande une morale2 ce qu'on demande une morale tant gnralement quelle raison de vivre on doit choisir entre les innombrables raisons de vivre4 ,l'effort de ,guyau1 souvent dissimul par son gnie1 apparent quelquefois1 cependant1 et sensible1 a t prcisment de montrer que1 parmi les innombrables raisons de vivre1 celle surtout que l'instinct de la vie conseille1 c'est celle qu'a toujours conseille la morale traditionnelle2 et je le veux bien2 mais il ne le prouve pas beaucoup2 et particulirement il ne prouve point du tout1 il ne peut pas prouver1 qu'elle ne conseille que celle-l4 ,aussi facile qu'il a t ,guyau de prouver que l'instinct de la vie se confond avec la morale2 aussi facile il serait1 plus peut-tre1 de montrer que la morale est contre la vie et que1 sinon tout ce que la vie conseille1 la morale en dissuade1 du moins la plupart des choses que la vie conseille1 la morale supplie de ne pas les faire4 ,l'ternel cri des femmes dans le thtre franais de #ahhj-aiaj3 ,je veux vivre6 c'est--dire3 ,je veux avoir des amants1 est certainement une des aspirations de la vie intense et extensive4 --,elle en a d'autres6 --,je n'en doute point2 mais la diffrence entre celle-ci et les autres et la raison de prfrer les autres celle-ci1 c'est ce qui ne ressort pas expressment de l'admirable livre de ,guyau et ce qui ne pouvait pas en sortir4 ,se rendant compte1 comme du reste c'est son dessein1 qu'il efface l'impratif catgorique1 la foi morale1 de l'esprit de l'homme1 et qu'il le remplace par toute la vie et qu'il met ainsi la place d'un riqidum quid1 quelque chose de souple et de multiforme1 ,guyau dclare avec fermet3 ,nous acceptons1 pour notre compte1 cette disparition1 et au lieu de regretter de dplorer la variabilit morale qui en rsulte dans certaines limites et l'on ne voit pas ces limites1 nous la considrons au contraire comme la caractristique de la morale future2 celle-ci1 sur certains points et l'on ne voit pas ces points particuliers1 et il semble bien que ce soit sur tous1 ne sera pas seulement autonomos1 mais anomos4 ,il me parat bien que c'est cela mme4 ,elle sera anarchique4 ,selon les natures d'hommes1 selon les caractres1 elle conseillera ceci1 cela et autre chose1 ce qu'on a appel jusqu'ici le bien1 ce qu'on a appel jusqu'ici le mal et l'intermdiaire et tous les intermdiaires4 ,anomos1 c'est bien cela4 ,dans la morale les hommes cherchaient une loi2 la morale naturiste n'enlve la morale que son caractre de loi2 le gouvernement des hommes reste tout ce qu'il tait except un gouvernement4 ,cette fois la morale1 de l'aveu et de l'avis mme de l'auteur1 a bien donn sa dmission4 ,,chapitre ,v ,,la ,,morale ,,de ,,nietzsche ,on sait qu'il est difficile de ramener un systme soit ,nietzsche tout entier1 soit une partie importante1 quelle qu'elle soit1 de la pense de ,nietzsche1 puisqu'il fut le penseur le plus indpendant1 mme de lui-mme4 ,on sait comment il travaillait1 tout au moins partir de la trentime anne4 ,exactement comme un journaliste qui aurait du gnie4 ,il lisait1 rflchissait1 se promenait et chaque matin crivait un article bref ou long1 c'est--dire rdigeait la pense qui l'avait le plus intress la veille4 ,quand il y en avait de trois cents six cents1 mais la valeur d'un volume1 il ramassait les feuillets1 les relisait1 leur donnait un titre gnral qui1 quelquefois1 rpondait l'objet le plus souvent vis dans ces critures1 faisait un court avant-propos pour justifier approximativement le titre2 et publiait4 ,il a fait ses livres comme ,montaigne a fait le sien4 ,il en rsulte qu'il s'est souvent contredit et ,dieu merci1 car s'il avait tenu viter de se contredire1 il aurait retranch ou n'aurait pas rdig une foule de penses admirables ou intressantes2 qu'il s'est souvent promen loin de lui-mme2 qu'il s'est souvent fui2 qu'il s'est souvent dpass et que ce qu'il tait prcisment n'est pas ais savoir1 et que ce qu'il a pens prcisment n'est pas facile saisir4 ,toutefois1 tant donn qu'on n'est jamais uniquement ce qu'on est surtout1 mais qu'on est surtout ce qu'on est d'ordinaire1 et qu'il n'y a pas de facult matresse1 except chez les borns1 mais qu'il y a le plus souvent une facult prdominante2 et qu'il n'y a pas d'ide souveraine1 except quand il y a ide fixe1 mais qu'il y a le plus souvent une ide soutien1 une ide port d'attache1 laquelle on se ramne toujours aprs les explorations1 les reconnaissances et les algarades2 on peut trs bien1 pour ,nietzsche1 comme pour ,montaigne ou ,renan1 chercher1 non dterminer le systme1 mais dmler le groupe des principales penses habituelles et par consquent dirigeantes4 ,le fond de ,nietzsche1 comme de ,guyau1 et voici une premire rencontre1 mais avec beaucoup plus de passion que chez ,guyau1 c'est l'amour de la vie intense1 abondante1 fconde1 dploye1 magnifique et de la beaut qui rside dans cette magnificence et qui en rsulte4 ,le premier mot que ,nietzsche et crit s'il avait eu accoutum de mettre un mot avant les autres1 et t sa parodie du texte vanglique3 ,je suis venu pour qu'ils aient la vie1 pour qu'ils l'aient plus abondante4 ,de l son amour effrn pour la ,grce antique1 pour une ,grce antique qu'il se forge du reste de toutes pices et qui tait ,dionysiaque1 c'est--dire perdue du dsir de vivre et de manifester la vie magnifique1 ivre d'nergie cratrice et de beaut4 ,or1 ce qui constitue la vie et ce qui fait de la beaut1 ce sont les instincts puissants3 volont de puissance1 de conqute et de domination1 volont de force physique1 volont de sant1 volont d'allgresse1 volont de travail1 volont de prodigalit1 volont d'audace contre le malheur1 rsistance la faiblesse1 la sensiblerie1 la piti1 l'esprit d'galit et de justice1 tout ce qui arrte l'lan1 amollit1 rprime ou dprime4 ,or1 de tous ces instincts puissants1 depuis ,socrate1 si l'on veut une date trs loigne1 depuis ,jsus si l'on en veut une plus rapproche1 la morale traditionnelle est l'ennemie2 elle s'oppose eux1 elle les arrte1 elle les refoule1 elle en mdit1 elle les maudit et elle les condamne comme des vices1 ou comme des tendances criminelles4 ,elle a fait un premier renversement des valeurs1 condamnant et humiliant tout ce qui lve1 intronisant tout ce qui dprime1 debellare superbos et exaltare humiles4 ,la morale n'est pas autre chose et donc c'est un crime de lse-vie1 de lse-beaut et de lse-humanit4 ,elle est essentiellement contre-nature4 ,l'histoire naturelle et l'histoire humaine la dmontrent fausse3 l'histoire naturelle o domine et triomphe la force1 l'histoire humaine o la force triomphe et domine2 si bien1 comme vous l'avez remarqu1 que les moralistes ne manquent pas1 parce qu'ils y sont bien forcs1 de dire que la beaut de la morale est prcisment de distinguer et sparer l'homme de la nature et de changer le cours de l'histoire4 ,cela tant donn1 il faut d'abord pendre tous les moralistes1 car la morale rend l'homme prjudiciable lui-mme et elle ment1 elle est la forme la plus maligne de la volont de mentir1 la ,circ de l'humanit1 elle est1 comme fait1 ce fait pouvantable que la contre-nature elle-mme a t vnre1 avec les plus grands honneurs1 sous le nom de morale et qu'elle est reste suspendue1 comme une loi1 au-dessus de l'humanit4 ,il n'est pas trs difficile 7et en effet cela est chose faite depuis les propos des contradicteurs de ,socrate dans ,platon7 de dmontrer1 pour ainsi parler1 le mcanisme intrieur de cette machine de guerre contre la plus grande humanit1 comme diraient les ,anglais4 ,ceux qui ont expos la morale l'ont montre comme ce quoi toutes les puissances de l'homme doivent tendre comme leur dernire fin2 ils l'ont montre comme juge suprme de la connaissance1 des arts1 de l'action1 politique1 administrative1 belliqueuse et autre2 et c'est--dire qu'ils ont subordonn1 asservi la morale toutes les puissances de l'homme4 ,ceux qui ont invent la morale1 qui est-ce8 ,ceux qui avaient intrt ce que toutes les puissances de l'homme fussent subordonnes et asservies la morale4 ,qui est-ce8 ,le mdiocre1 que gnent ceux qui sont suprieurs et exceptionnels2 le souffrant1 le dshrit1 le disgraci que gnent et irritent ceux qui sont heureux2 la bte de troupeau que gnent1 irritent et exasprent ceux qui sont indpendants1 autonomes1 forts et glorieux4 ,la morale c'est donc la rvolte du plbeianisme contre l'aristocratie2 mais contre l'aristocratie naturelle1 celle de la force1 de l'intelligence1 de la volont1 de l'nergie1 de la persvrance1 des talents4 ,c'est la rvolte de la plbe vgtative contre la vie puissante1 fconde et riche2 c'est la rvolte de la plbe contre l'humanit qui a t organise aristocratiquement par la nature et contre la nature1 laquelle a organis aristocratiquement l'humanit4 ,est-ce assez dire1 encore une fois1 que la morale est contre humanit et contre nature8 ,et est-ce assez montrer 7si l'on prend moralit dans le sens de conservation de ce qui est vrai1 bon et beau7 que la lutte de la morale contre les instincts fondamentaux de l'humanit est la plus grande immoralit qu'il y ait eue jusqu' prsent sur la terre8 ,a le prendre ainsi1 et c'est le bien prendre1 on s'crierait3 ,je prie la morale qu'elle me fasse quitter la morale1 comme matre ,eckardt s'criait3 ,je prie ,dieu qu'il me fasse quitte de ,dieu4 ,du reste1 cette morale immorale a ses sductions2 elle a su se donner des sductions4 ,d'abord elle a su intimider les rsistances ou les critiques2 on n'a pas os discuter cette autorit qui se faisait elle-mme et de sa grce autorit suprme et mme unique2 ensuite elle a su enthousiasmer certains esprits et mme un trs grand nombre d'esprits4 ,elle est devenue la ,circ des philosophes1 de telle sorte qu'ils ont construit leurs systmes sous sa fascination1 les uns pour aboutir elle1 les autres1 comme ,kant1 en partant d'elle et en organisant tout selon ce qu'elle demandait1 postulait et exigeait2 tous ayant au moins1 de son ct1 une proccupation incessante et obsdante4 ,c'est que1 aurait pu dire ,nietzsche1 et c'est la vraie raison1 le vrai1 le beau et le bien que la morale combat1 elle a su adroitement les mettre apparemment en elle1 les faire voir en elle4--,elle a introduit cette ide ou ce sentiment que le vrai est ce que pensent la plupart des hommes1 et nous avons vu que la plupart des hommes1 mdiocres1 souffrants1 dshrits1 disgracis1 btes de troupeau1 croient la morale parce qu'ils l'ont invente et l'ont invente parce qu'elle leur sert4--,elle a introduit cette ide ou ce sentiment que le bien ce n'est pas la vie abondante et surabondante1 mais la vie rgle1 discipline1 contenue1 rprime1 qui n'empite pas1 qui ne conquiert pas1 qui ne fait pas de bruit et qui marche petits pas tranquilles4 ,vertu1 c'est se tenir tranquilles dans le marcage4 ,elle a introduit cette ide ou ce sentiment1 et ce fut sa plus grande adresse1 que cela mme1 qui semble ,nietzsche d'une laideur ineffable1 est d'une trs grande beaut1 que la lutte de l'homme contre ses instincts fondamentaux pour les rprimer et les dompter1 demande une trs grande nergie1 et que cette nergie est tout ce qu'il y a de plus beau au monde1 que c'est un hrosme aussi ou plutt que l seulement est l'hrosme2 que c'est une saintet et que cette vaillance a autour du front une aurole4 ,ce sont les stociens qui ont invent cela et les chrtiens qui l'ont perfectionn2 et coutez le pote par excellence de la morale traditionnelle1 le sublime pote des ides communes2 il s'crie3 ,eh bien1 non6 ,le sublime est en bas4 ,le grand choix ,est de choisir l'affront4 ,de mme que parfois ,la pourpre est dshonneur1 souvent la fange est lustre4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,la laideur de l'preuve en devient la beaut4 ,c'est ,samson ,gaza1 c'est pictte ,rome4 ,l'abjection du sort fait la grandeur de l'homme4 ,plus de brume ne fait que couvrir plus d'azur4 ,ce que l'homme ici-bas peut avoir de plus pur1 ,de plus beau1 de plus noble1 en ce monde o l'on pleure1 ,c'est chute1 abaissement1 misre extrieure ,accepts pour garder la grandeur du dedans4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,mme quand ,promthe est l1 ,job1 tu suffis ,pour faire le fumier plus haut que le ,caucase4 ,et du moment que la morale a su attirer elle1 mettre en elle ce qui1 avant elle1 si l'on peut ainsi parler1 tait les grandes raisons de vivre2 du moment qu'elle a pip l'homme en se donnant toutes les apparences des nobles buts et des grandes fins de l'humanit1 elle avait partie gagne4 ,elle sduisait l'homme de tous cts2 elle flattait ses penchants la modration1 la mdiocrit1 la paresse1 ses instincts de bte de troupeau1 en donnant tout cela de favorables noms2 elle flattait ses instincts de vaillance et de grandeur1 ses sentiments du vrai1 du beau et du bien en lui persuadant que tous ces instincts d'animal d'lite taient en elle et susceptibles d'tre satisfaits par l'obissance qu'on aurait pour elle2 enfin elle tendait la main l'hypocrisie1 si frquente chez l'homme1 et qui consiste se donner toutes les apparences de l'hrosme quand on est un pleutre4 ,sur ce dernier point remarquez ceci4 ,la morale a pour principal office et pour but principal de rprimer l'homme de vie intense et surabondante et en mme temps de le travestir aux yeux des hommes en le faisant passer1 quelques restes d'hrosme qui restent en lui1 pour un homme de vie modre et mdiocre4 ,mais--et voyez comme elle rend des services1 de honteux services1 tout le monde--elle travestit aussi les croquants et leur donne figure d'honntes gens1 voire mme1 comme cela apparaissait plus haut1 de demi-hros et de demi-surhommes3 ,l'homme nu est gnralement un honteux spectacle1 je veux parler de nous autres1 ,europens4 ,supposons que les plus joyeux convives1 par le tour de malice d'un magicien1 se voient soudain dvoils et dshabills1 je crois que1 du coup1 non seulement leur bonne humeur disparatrait1 mais encore l'apptit le plus froce en serait dcourag4 ,il parat que nous autres ,europens nous ne pouvons pas absolument nous passer de cette mascarade qui s'appelle l'habillement4 ,mais n'y aurait-il pas les mmes bonnes raisons prconiser le dguisement des hommes moraux1 demander qu'ils fussent envelopps de formules morales et de notions de convenance et que nos actes fussent favorablement cachs sous les ides du devoir1 de la vertu1 du civisme1 du dsintressement8 ,ce n'est pas la bte de proie qui se maroufle ainsi3 c'est en tant que btes domestiques que nous sommes un spectacle honteux et que nous avons besoin d'un travestissement moral4 ,l'homme intrieur en ,europe n'est pas assez inquitant pour pouvoir1 dessein d'tre beau1 se dvtir4 ,tout au contraire l',europen se travestit avec la morale1 parce qu'il est devenu un animal infirme1 malade1 atrophi1 estropi1 un quasi-avorton4 ,ce n'est pas la frocit de la bte de proie qui prouve le besoin d'un travestissement moral2 mais la bte de troupeau avec sa mdiocrit profonde1 et la peur et l'ennui qu'elle se cause elle-mme4 ,donc1 dans tous les sens et quel qu'il soit1 la morale sduit l'homme et le sduit pour l'abtardir et le caresse en le dgradant4 ,l'homme qui pense est un animal dprav1 disait ,rousseau2 non2 c'est l'homme moral qui est un animal dgnr4 ,il y a cinq points saillants dans l'volution historique de cette morale4 ,socrate1 qui1 en donnant toutes les choses humaines la morale comme leur dernire fin1 subordonne toutes choses humaines la morale et par consquent les dgrade toutes2--,jsus1 qui1 en disant3 ,aimez votre prochain comme vous-mme2 aimez vos ennemis1 ne veut qu'une chose1 dtruire la volont de puissance1 dviriliser l'homme1 supprimer le hros2--le ,stocisme1 qui fait de l'homme un tre qui s'abstient et qui supporte1 donc un tre passif1 un quasi-mort2 lchet2 car c'est mourir par peur de la mort1 accepter la mort pour ne pas mourir 7,tu t'loignes toujours plus vite des vivants2 bientt ils vont te rayer de leur liste6--,c'est le seul moyen de participer aux prrogatives des morts4--,quelles prrogatives8--,ne plus mourir472--la ,rforme1 qui fut une rvolte de la plbe en faveur des gens candides1 intgres et superficiels1 contre les hommes graves1 profonds1 contemplatifs1 fond pessimiste2--la ,rvolution franaise avec son ,rousseau1 cette tarentule morale1 avec son ,kant1 disciple de ,rousseau1 et son fanatisme moral1 avec son ,robespierre1 disciple de ,rousseau1 et son dessein 7discours du #g juin #agid7 de fonder sur la terre l'empire de la sagesse1 de la justice et de la vertu2 la ,rvolution franaise qui plaa dfinitivement et solennellement le sceptre dans la main de l'homme bon id est de la brebis1 de l'ne1 de l'oie1 et de tout ce qui est incurablement plat et braillard1 mr pour la maison d'idiots des ides modernes4 ,cette sduction de la morale sur l'homme1 en tous les sens et quel qu'il soit1 ,nietzsche lui-mme1 peut-tre sans s'en douter1 ce que du reste je ne crois point1 car il se doutait de tout1 en offre un exemple4 ,il s'est demand un jour pourquoi nous cherchons la vrit1 la vrit1 cette erreur1 je veux dire cette chose qui est une erreur pratique1 cette chose qui le plus souvent1 dans la pratique1 nous dtourne de l'action2 la vrit1 cette forme la moins efficace de la connaissance4 ,il s'est demand pourquoi nous cherchions la vrit1 et il s'est rpondu que ce pourrait bien tre par moralit4 ,nous cherchons le vrai4 ,pourquoi8 ,sans doute pour ne pas nous tromper nous-mme ou pour ne pas tromper les autres4 ,dans le premier cas1 qu'est-ce bien8 ,c'est la connaissance et la reconnaissance d'un devoir envers nous-mme3 il y va de ma dignit de ne pas tre dupe1 de ne pas me tromper moi-mme2 cela est essentiellement sentiment moral4 ,dans le second cas1 qu'est-ce bien8 la connaissance et la reconnaissance d'un devoir envers les autres3 je ne dois pas mentir2 quand j'ai trouv la vrit1 je dois la dire2 et c'est dj mentir que de ne pas chercher la vrit1 de peur1 quand on l'aura trouve1 d'tre oblig de la publier3 il n'y a que des devoirs dans toutes ces ides et rien n'est plus nettement sentiment moral4 ,voyez-vous cela1 qui est du reste une merveilleuse page psychologique1 voyez-vous cette rduction1 ce ramnement du vrai au bien1 de l'instinct du vrai l'instinct du bien8 ,nietzsche a subi1 volontairement sans doute et en se jouant1 mais enfin il a subi1 si vous prfrez il s'est permis lui-mme de subir un quart d'heure la sduction de la morale1 la fascination de la morale1 les prestiges de la morale4 ,il s'est dit3 quand je cherche le vrai1 moi immoraliste1 je suis un tre moral4 ,la morale lui a persuad1 l'espace d'un matin1 qu'il faisait acte de moralit en cherchant le vrai1 ce qu'il faisait toute sa vie4 ,or ce n'est pas dmontr4 ,la recherche du vrai ne semble pas dpendre d'un sentiment moral4 ,la recherche du vrai se propose l'homme comme un plaisir et s'impose lui comme un impratif4 ,elle se propose lui comme un plaisir1 et ici je ne me donnerai pas beaucoup de peine1 puisque ,nietzsche a dit lui-mme que c'est une forme de la volont de puissance4 ,qu'est-ce qui fait que la connaissance est lie du plaisir8 ,d'abord avant tout c'est qu'on y prend conscience de sa force1 pour la mme raison pour quoi les exercices gymnastiques1 mme sans spectateurs1 donnent du plaisir4 ,secondement1 c'est qu'au cours de la recherche on dpasse d'anciennes conceptions et leurs reprsentants et l'on est vainqueur1 ou au moins on croit l'tre2 troisimement1 c'est que par une connaissance nouvelle1 si petite qu'elle soit1 nous nous levons au-dessus de tous et nous nous sentons les seuls qui sachions la vrit sur ce point444 ,d'autre part1 la recherche du vrai s'impose l'homme comme un impratif dans le sens attnu1 un peu attnu1 que je donne ce mot4 ,elle lui dit un3 tu dois1 un3 4 ,elle lui dit3 ,n'y trouverais-tu pas de plaisir1 et n'y trouverais-tu que de la peine1 que des coups1 il faut chercher le vrai et le dire quand tu l'as trouv4 ,la preuve1 c'est qu'on trouve le contraire honteux1 la preuve c'est qu'on trouve cynique le propos de ,fontenelle3 ,si j'avais la main pleine de vrits1 je la tiendrais ferme2 la preuve et celle-ci me semble assez forte1 c'est qu'on prouve le besoin de mourir pour la vrit1 comme pour le devoir1 tout aussi bien que pour le devoir4 ,quelle est cette folie de mourir pour ce que l'on croit la vrit8 ,nietzsche lui-mme l'explique quelque part3 ,nous ne nous ferions pas brler pour nos opinions1 tant nous sommes peu srs d'elles2 mais peut-tre pour le droit d'avoir nos opinions4 ,et c'est dire que nous mourrions pour l'erreur1 ou du moins pour affirmer le droit que nous avons de nous tromper4 ,or ceci c'est l'affirmation de notre droit de chercher la vrit1 cette erreur qu'on nous reproche pouvant tre la vrit et ayant t atteinte quand c'tait la vrit que nous cherchions2 et c'est aussi l'affirmation de notre devoir de chercher la vrit1 puisque nous acceptons la mort plutt que d'avouer que nous avons eu tort de chercher le vrai4 ,le sacrifice est le criterium de l',impratif4 ,on voit donc bien que c'est un impratif qu'ici nous avons affaire4 ,et cela est si vrai1 et sur ce qui suit ,guyau et ,nietzsche se rencontreraient1 que ,nietzsche1 ailleurs1 proclame que la recherche de la vrit1 c'est tout simplement le sens de la vie1 ce n'est rien de moins que ce qui fait que la vie a un sens3 ,j'ai bondi de joie quand j'ai dcouvert que la vie est un instrument de la connaissance1 est l'instrument de la connaissance2 et c'est alors qu'il a reconnu que la vie est intelligible4 ,devant cette double affirmation1 qui semble bien tre une double vrit1 que le vrai est le sens de la vie et que le vrai nous commande la mort1 ,guyau serait bien contraint d'avouer1 ce qui ne lui dplairait du reste nullement1 que l'appel du vrai est un quivalent du devoir4 ,j'ai fait cette longue digression1 du reste intressante en soi1 peut-tre1 pour montrer que ,nietzsche lui-mme est trs capable de subir la fascination de la morale jusqu' lui attribuer1 dont elle doit tre tout heureuse1 telle chose qui ne lui appartient vraiment pas1 qui ne ressortit pas elle et qui est contenue dans un autre impratif que le sien4 ,reprenons4 ,la morale en soi n'est donc qu'une mprisable adresse qu'ont invente les faibles pour paralyser les forts2 c'est la tte de ,mduse aux mains des impuissants contre les bien dous et aux mains des quasi-morts contre les vivants4 ,nietzsche1 contre la morale1 cette dernire religion1 use de la mme tactique que les philosophes du ,x,v,i,i,ie sicle 7qu'il mprise tant7 contre la religion4 ,pour ceux-ci la religion a t invente par des puissants qui voulaient asservir les faibles1 les rendre plus faibles encore2 pour ,nietzsche1 la morale a t invente par les faibles contre les puissants pour leur enlever leur force en leur tant la confiance dans la lgitimit de leur force4 ,quand ,zeus1 dit ,homre1 fait d'un homme un esclave1 il lui enlve la moiti de son me4 ,en faisant les forts esclaves de la morale1 les faibles leur ont enlev leur me tout entire4 99 99 99 99 99 ,au cours de son volution1 la morale s'est donn comme des organes de sustentation et d'alimentation2 elle a postul le libre arbitre et elle a postul la sanction d'outre-tombe4 ,ce sont l des inventions logiques et du reste1 tant donne la situation1 des inventions ncessaires2 mais ce ne sont que des inventions ingnieuses4 ,le libre arbitre n'existe pas4 ,il est1 comme ,spinoza l'a bien vu1 l'illusion d'un tre qui se saisit comme cause et qui ne saisit pas comme effet4 ,creusons ceci3 ceci veut dire l'illusion d'un tre qui ne saisit pas dans ce qui le prcde et qui se saisit dans ce qui le suit1 qui ne saisit pas dans ce qu'il tait avant le moment actuel et qui se saisit dans le passage de lui au moment prsent lui au moment d'aprs4 ,je me saisis voulant teindre la lampe et l'teignant2 non1 ou trs peu1 comme amen par un certain nombre de faits vouloir teindre ma lampe4 ,mais pourquoi8 ,parce que nous sommes ns pour l'action et toujours jets en avant1 tourns du ct d'en avant et non retourns du ct d'en arrire4 ,nous vivons en avanant1 non en rtrogradant1 et c'est ainsi que l'illusion de la libert n'est au fond que le sentiment de la vie et c'est pour cela qu'il est si naturel4 ,nous nous saisissons1 la vrit1 dans ce qui prcde1 mais par effort de mmoire et de rflexion1 ou plutt de mmoire rflchissante2 mais c'est un effort4 ,l'homme qui croit1 sans une hsitation1 tous les moments de sa vie1 son libre arbitre est un tourdi2 mais l'homme qui croirait sans cesse lui comme dtermin1 serait un tre qui ne vivrait que de rflexion et ce serait proprement un monstre4 ,le libre arbitre est tellement bien une illusion que1 remarquez bien1 nous n'y croyons pas du tout4 ,mais1 non6 nous n'y croyons pas6 ,nous n'y croyons que chacun pour nous et pas du tout pour les autres4 ,nous disons sans cesse3 un tel1 tant donn son caractre1 fera cela4 ,et il le fait2 et quand il ne le fait pas1 nous nous disons que3 ou nous ne connaissions pas tout son caractre1 ou nous ne connaissions pas telle ou telle circonstance qui ont d peser sur sa dtermination4 ,et c'est trs probable et en tout cas nous ne croyons pas son libre arbitre4 ,la prtendue preuve1 tire par les partisans du libre arbitre de la croyance mme1 indracinable1 indiscussible1 que nous aurions au libre arbitre1 s'vanouit4 ,cela se voit bien par nos tractations avec les criminels en jugement4 ,pour trouver un coupable innocent l'avocat n'a qu' connatre sa vie3 il arrivera1 par cette connaissance dtaille1 se convaincre absolument lui-mme que l'acte criminel tait compltement ncessit par tous ses antcdents et que toute culpabilit disparat4 ,inversement le ministre public n'a qu' ne rien connatre de la vie du criminel et1 se plaant devant le crime isol1 coup de ses causes1 il le trouvera ce qu'il est exactement considr ainsi1 une monstruosit dont la nature n'offre pas d'exemple4 ,mais1 mme quand il s'agit des autres1 plus forte raison1 ce que nous avons expliqu1 quand il s'agit de soi1 il faut pour dissiper l'illusion du libre arbitre tre rflchi4 ,c'est ce qui faisait dire ,schopenhauer1 si bien3 ,la connaissance de la svre ncessit des actes humains est ce qui distingue les cerveaux philosophiques des autres4 ,pour tout cerveau vraiment philosophique nous sommes en prison1 nous ne pouvons que nous rver libres1 et c'est ce que nous faisons tout le temps2 nous ne pouvons pas nous faire libres4--,cela est dur prendre2 mais il faut le prendre4 ,cela est si dur que quelques-uns se retournent2 et par une contorsion trange1 un geste horrible1 et une affreuse grimace logique1 pensent ainsi3 le mal est partout et personne n'est responsable2 donc c'est tout qui est coupable et responsable2 c'est ,dieu qui est le pcheur4 ,renversement des responsabilits2 ,christianisme la tte en bas4 ,mais pourquoi penser cela8 ,ni il n'est vrai que vous soyez responsables1 ni il n'est vrai qu'il faille pour cela que ce soit quelqu'un4 ,il n'y a pas de responsabilit2 il n'y a que de la ncessit1 et la dernire diffrence entre les cerveaux philosophiques et les autres c'est que ceux-l ne veulent pas juger et disent comme le ,christ3 ,vous ne jugerez pas6 ,et il n'y a pas plus de sanction qu'il n'y a de libre arbitre4 ,singulire prtention des hommes1 la rcompense6 ,c'est de vous1 vertueux1 que je riais aujourd'hui4 ,ils veulent encore tre pays6 ,vous voulez encore tre pays1 vertueux6 ,et maintenant vous m'en voulez de ce que j'enseigne qu'il n'y a ni comptable ni rtributeur4 ,et en vrit je n'enseigne pas mme que la vertu soit sa propre rcompense4 ,que votre vertu soit identique votre moi et non quelque chose d'tranger1 de surajout1 un piderme ou un vtement4 ,vous aimez votre vertu comme une mre aime son enfant1 soit2 mais quand donc a-t-on entendu dire qu'une mre voult tre paye de son amour8 ,la morale ne demande rien2 donc1 aussi1 ne postule rien4 ,diffrence encore des cerveaux philosophiques et des autres3 l'incrdulit de ceux-l pour ce qui est de la signification mtaphysique de la morale4 ,voil donc la morale dtruite de fond en comble et rase pied-d'uvre4 ,nietzsche est bien ce qu'il a dit si souvent qu'il tait1 un pur et simple immoraliste4 99 99 99 99 99 ,non6 ,il n'est pas immoraliste3 #a parce qu'il s'occupe sans cesse analyser les diffrentes morales1 marque qu'au moins il y voit autre chose qu'un effront mensonge dont il suffirait d'avoir montr qu'il est mensonge2--#b parce qu'il s'occupe souvent1 plus ou moins formellement1 mais il s'y occupe1 tablir une hirarchie des diffrentes morales selon leur degr de noblesse1 et c'est peut-tre ici la clef de ,nietzsche2--#c parce qu'enfin il admet comme pratique et ncessaire une certaine morale2 et en trace une autre que1 personnellement1 il admire1 qu'il vnre et dont il est enthousiaste4 ,il s'occupe sans cesse analyser les diffrentes morales2 c'est la partie critique et non plus seulement discriminatrice de son uvre1 et cela il a une curiosit infatigable4--,il s'aperoit que tous les hommes croient avoir quelque part la vertu et que pour le moins tous veulent se connatre en bien et en mal4 ,il y a la morale des enfants et par consquent des temps primitifs de l'humanit2 elle est toute dans l'ide de punition et de rcompense4 ,ils veulent tre pays et ils veulent que ceux qui n'excutent pas le commandement ne soient pas pays et payent4 ,il y a la morale des paresseux1 des nonchalants1 des mes en bouillie1 comme dit le prsident ,roosevelt4 ,ils appellent vertu l'indolence de leur vice trop faible pour agir2 quand leur haine et leur jalousie s'tirent les membres ont une vellit d'agir1 leur justice se rveille pour les arrter et se frotte les yeux pleins de sommeil4 ,c'est la morale des btes de marcage4 ,au fond c'est la morale gnrale1 telle que1 depuis ,socrate1 les faibles la prchent aux forts et l'attachent aux forts comme un remords4 ,la ,rochefoucauld a fait de la paresse une analyse ce point de vue1 si juste qu'une bte de troupeau trouvera certainement que cette paresse-l est toute une morale1 et excellente4 ,il y a une morale qui est coutume1 habitude4 ,il en est qui sont semblables des pendules qu'on remonte3 ils font leur tic-tac et ils veulent qu'on appelle le tic-tac vertu4--,au fond ceci est la morale sociale3 l'individu reoit le mouvement de la socit qui l'environne1 il est remont tous les jours par l'exemple1 les conversations et les convenances2 en toutes choses il est de l'avis qu'on lui donne2 et il est trs rgulier4 ,c'est une bonne montre4 ,il est d'autres hommes pour qui la vertu est une contrainte prolonge1 une rpression continuelle4 ,il en est qui s'avancent lourdement et en grinant comme des chariots qui portent des pierres vers la valle444 ils disent3 nous ne mordons personne et nous vitons celui qui veut mordre2 ils parlent beaucoup de dignit et de vertu4 ,c'est leur frein qu'ils appellent vertu4--,ceux-ci1 je pense ne point me tromper1 sont les stociens4 ,abstine1 sustine4 ,dignit humaine1 le moins d'action possible4 ,il y a une morale de peur et de tremblement1 d'humilit mle de terreur3 ,il en est de qui la vertu s'appelle un spasme sous le coup de fouet444 ,ils disent3 ,tout ce que je ne suis pas est pour moi ,dieu et vertu4--,c'est la morale des religions troites et de toutes les religions entendues troitement4 ,l'tre humain y est comme cras sous son indignit et sous la terreur1 et sa vertu est la conviction o il est qu'il lui est impossible d'avoir une vertu4 ,a l'inverse il y a une morale d'orgueil3 ,d'autres sont fiers d'une parcelle de justice2 et cause de cette parcelle ils blasphment toutes choses4 ,quand ils disent3 je suis juste1 cela sonne toujours comme3 je suis veng4 ,ils veulent crever les yeux de leurs ennemis avec leur vertu et ils ne s'lvent que pour abaisser les autres4--,morale des ,pharisiens de tous les temps1 dont la vertu se ravive de la contemplation et du mpris du vice des autres1 si bien que sans ce vice elle ne serait point1 qu'elle se nourrit du vice mme et qu'elle a besoin de la criminalit gnrale et qu'elle postule la perversit universelle4 ,un humoriste dirait3 ,il faut bien que je sois vicieux2 quel plaisir auraient les vertueux sur la terre1 et quelle rcompense1 si je ne l'tais pas8 ,il y a une morale1 non pas mme sociale1 mais politique1 la morale sociale s'inspirant au moins du bien ou du correct qu'elle voit autour d'elle1 la morale politique ne voyant dans la morale qu'une mesure gnrale de bonne administration et de bon ordre3 ,il en est encore qui croient qu'il est vertueux de dire3 la vertu est ncessaire2 mais au fond ils ne croient qu'une chose1 c'est que la police est ncessaire4--,ceci est la morale de ,voltaire et des ,voltairiens1 qui savent bien qu'il n'y a jamais assez de gendarmes ici-bas et qui postulent un ,dieu vertueux1 rmunrateur et vengeur pour complter la marchausse4 99 99 99 99 99 ,ailleurs1 considrant les morales en face des passions1 ,nietzsche caractrise chacune selon sa manire propre de combattre les passions ou de composer avec elles4 ,les morales ne sont alors que des conseils1 mls de sagacit et de btise1 donns l'individu par rapport au degr de pril o l'individu vit avec lui-mme4 ,et voici la morale stocienne1 qui inocule comme un remde une froideur de marbre oppose l'imptuosit des apptits4 ,sorte de suggestion procurant une raideur cataleptique4 ,voici la morale spinoziste1 qui veut procurer un tat sans rire et sans larmes1 une sorte d'ataraxie en dtruisant les passions par l'analyse et la vivisection qu'on en fait4 ,grande navet1 dit ,nietzsche1 qui ne laisse pas d'avoir tort partiellement2 car c'est du moins quelque chose1 pour mousser les passions1 que de les manier1 pour les domestiquer que de les regarder en face et1 sans tant de mtaphores1 que de les analyser pour se donner du sang-froid4 ,le sang-froid acquis1 il y aurait bataille gagne4 ,incliner au sang-froid en donnant le got de l'analyse est trs adroit4 ,on sait que celui qui s'observe au moment mme o il cde la passion n'a pas en redouter les grands dsastres4 ,le mot populaire3 observez-vous1 est d'une psychologie excellente4 ,voici la morale aristotlique-- vrai dire je ne reconnais pas trs bien ,aristote dans cette morale-l2 c'est ma faute sans doute--qui consiste abaisser les passions un niveau inoffensif o elles pourront tre satisfaites sans inconvnient4 ,voici la morale--bien plus aristotlique celle-ci1 ce me semble1 mais peu importe--qui consiste jouir des passions en les transposant1 en les spiritualisant1 en jouissant1 par exemple1 de l'amour dans la musique1 de la piti et de la crainte dans la tragdie1 de l'amour dans l'amour de ,dieu ou dans l'amour des hommes par amour de ,dieu4 ,voici la morale plus qu'picurienne1 aristippique peut-tre1 celle de d',hafiz1 d',horace et de ,gthe qui veut qu'on jouisse vraiment1 spirituellement et corporellement des passions-- l'usage seulement de ces vieux originaux1 ivres et sages1 chez qui les dangers ne sont plus gure dangereux4 ,tout cela du reste ne vaut pas grand'chose1 ne vaut que par le talent qu'on met en discourir et n'est gure1 avec diffrents aspects1 que la morale sous forme de timidit4 99 99 99 99 99 ,la morale chrtienne est bien autre chose4 ,sans doute elle est en son fond1 comme la morale socratique1 la rvolte insidieuse des faibles contre les forts1 le dsarmement des forts par les faibles persuadant aux forts d'tre comme les faibles1 tant1 devenus tels1 ils seront beaux2 et comme vous voudrez selon votre humeur1 c'est eritis sicut ,dii1 ou c'est1 mais qui russirait1 le renard ayant la queue coupe4 ,ceci est ce qu'il y a de commun toutes les morales2 mais1 par un affinement du regard psychologique1 le ,christianisme a bien compris la vanit des instincts bons que la morale jusqu' lui1 et autour de lui1 attribuait l'homme4 ,la morale niait la bont des instincts gostes1 empitants1 conqurants1 dominateurs2 elle proclamait et clamait la bont des instincts altruistes1 doux1 modrs1 modestes et charitables4 ,le ,christianisme a dclar que1 depuis la chute1 l'homme est mauvais tout entier1 que ses instincts gostes sont mauvais1 mais que ses instincts altruistes sont faux2 que l'acte dsintress n'est pas possible2 que par consquent1 en dernire analyse1 tout se vaut4 ,le ,christianisme a compris l'identit complte des actions humaines et leur galit de valeur dans les grandes lignes3 elles sont toutes immorales4 ,nietzsche ici voit juste2 mais incompltement2 il aurait fallu qu'il ajoutt3 et1 cause de cela1 le ,christianisme a senti la ncessit de la grce2 il a senti que l'homme1 tant tout mauvais1 ne pouvait avoir de bon que le dsir d'tre bon1 qu' ce dsir rpond le secours de ,dieu1 qu'avec ce secours l'homme chappe au mal2 et que ceci1 bien plus que l'impratif catgorique postulant ,dieu1 tablit entre ,dieu et l'homme le lien troit1 toujours cherch4 ,la signification mtaphysique de la morale pour le chrtien1 c'est ceci3 incapable de bien et dsirant le bien1 je conclus de cela mme que quelqu'un1 qui m'a donn le dsir du bien1 m'aidera en tre capable1 et quand j'en suis capable1 parce que c'est un miracle1 je sais bien qui je dois d'en tre capable4 99 99 99 99 99 ,quand il se place en face du sens moral considr comme morale sociale1 ,nietzsche le considre comme un apparent dsintressement1 dont la gense doit tre celle-ci3 deux peuplades sont en guerre perptuelle2 une tierce puissance qui semble n'avoir rien craindre des deux premires1 en laissant entendre chacune de celles-ci qu'elle se mettra du ct de la premire qui romprait la paix1 les fait vivre en paix toutes les deux2 les deux peuplades autrefois belliqueuses retirent de la paix des avantages immenses2 elles en sont reconnaissantes la tierce puissance et l'admirent de ce qu'elle a fait du bien sans intrt2 elle avait un trs grand intrt la chose1 mais inapparent1 parce qu'il tait loign2 et c'est cet intrt inapparent qui est un dsintressement apparent4 ,or ce qu'on suppose comme s'tant pass entre trois peuplades1 peut tre suppos comme s'tant pass entre trois parties d'une cit4 ,la morale sociale c'est la pratique d'un gosme largi et d'un gosme long terme1 qui1 parce qu'il est largi et long terme1 ne parat pas et s'appelle dsintressement4 ,je suis bon citoyen1 c'est--dire je sacrifie tous les jours quelque chose de mon intrt actuel en vue d'un trs grand intrt futur qu'on ne voit pas parce qu'il est loin2 mais que je vois parce que je suis intelligent4 ,autre gense1 trs analogue la prcdente et qui s'est toujours confondue avec elle3 la morale est d'abord et uniquement le moyen de conserver la communaut et de la conserver un certain degr de cohsion et de force qu'elle a atteint4 ,pour cela esprance et crainte1 esprance du ciel1 crainte de l'enfer2 plus tard surlvation du gouvernement de la cit1 superposition1 au gouvernement de la cit1 d'un gouvernement cleste1 ,dieu ou ,dieux1 qui commande ou qui commandent ceci et cela4--,plus tard 7simple transposition7 commandements d'un ,dieu intrieur qui est la conscience 7tu dois7 avec accord1 si l'on y tient1 de ce ,dieu intrieur avec le ,dieu cleste4--,peuvent venir ensuite1 affinements et probablement aussi alanguissements des conceptions prcdentes1 une morale de penchant et de got1 d'o l'ide de commandement a disparu2 et enfin parfum du vase vide1 dirait ,renan1 une morale d'intelligence1 c'est--dire l'tat d'un homme qui est au dessus ou qui est dgag des motifs illusionnaires de la morale1 mais qui s'est rendu compte que longtemps il n'a pas t possible l'humanit d'en avoir d'autres2 et qui1 par respect de la portion de l'humanit qui les a encore1 fait comme s'il les avait et se conduit exactement comme s'ils l'inspiraient1 ce qui est une manire1 dans la pratique1 de leur obir4 ,tout cela1 sous des formes si diverses et des aspects si diffrents1 c'est toujours le dsintressement apparent1 l'intrt de la cit s'imposant l'individu et lui montrant plus ou moins brutalement1 plus ou moins dlicatement1 qu'il est le sien2 l'intrt de la cit senti par l'individu comme intrt personnel4 99 99 99 99 99 ,voil ce que j'appelais ,nietzsche analysant objectivement les diffrentes morales4 ,il est dj videmment moins objectif quand il hirarchise les morales et c'est ce qu'il fait trs souvent2 c'est dj ce qu'il s'acheminait faire dans la dernire analyse que nous avons rapporte de lui2 c'est ce que nous allons le voir faire trs nettement4 ,tout au bas il y a la morale des animaux4 ,les animaux ont une morale trs nette et assez complexe4 ,en quoi consiste la morale lmentaire8 ,se connatre pour se conduire4 ,se conduire1 qu'est-ce8 ,ne pas vivre dans le moment prsent2 calculer ce que l'acte ou le non-acte d' prsent aura de consquences pour tout l'heure et moments suivants1 pour demain et jours suivants4 ,gouverner c'est prvoir1 disent les hommes d'tat2 se gouverner c'est prvoir1 dit le moraliste4 ,or les animaux se connaissent pour se conduire et se conduisent avec calcul4 ,l'animal observe les effets qu'il exerce sur l'imagination des autres animaux et apprend ainsi faire un retour sur lui-mme1 se considrer objectivement1 possder en une certaine mesure la connaissance du moi4--,qu'est-ce 7par suite7 que la morale lmentaire8 ,c'est ne pas se laisser tromper par soi-mme1 c'est lutter contre soi-mme en vue de la scurit1 c'est se dominer4 ,l'animal connat cela3 ne pas se laisser garer par soi-mme1 couter avec mfiance les incitations de ses apptits1 demeurer mfiant l'gard de soi1 comme un stocien1 tirer la domination de soi du sens de la ralit1 ce qui est la sagesse mme1 tout cela l'animal l'entend l'gal de l'homme4 ,qu'est-ce que la morale sociale lmentaire et mme plus qu'lmentaire8 ,s'ajuster1 s'accommoder au milieu1 s'assimiler aux entours4 ,pourquoi8 ,pour ne pas heurter et c'est--dire pour ne pas se heurter4 ,l'animal le fait3 ils apprennent se dominer et se dguiser1 au point que certains d'entre eux parviennent assimiler leur couleur la couleur de leur entourage1 simuler la mort1 adopter les formes et les couleurs d'autres animaux1 ou encore l'aspect du sable1 des feuilles1 des lichens ou des ponges444 ,morale sociale1 et pousse trs loin4 ,et ,nietzsche ne parle que des animaux qui ne vivent pas en socits animales4 ,chez ceux qui vivent en socit1 on trouve non seulement des instincts moraux1 mais des vertus4 ,et il ne parle pas des animaux domestiques qui1 non seulement s'adaptent une socit qui n'est pas la leur1 mais encore acquirent1 et l'gard d'une espce qui n'est pas la leur1 des vertus extraordinaires4 ,donc au bas la morale des animaux1 esquisse dj prcise de toute une grande partie de la morale de l'homme4 ,plus haut est cette morale humaine1 qui consiste--la remarque est trs fine--simplement se considrer comme suprieur aux animaux4 ,elle est vague1 elle est flottante2 elle est forte cependant et est peut-tre l'origine et le germe de toute morale humaine4 ,la bte qui est en nous a besoin d'tre trompe2 la morale est un mensonge ncessaire pour que nous ne soyons pas dchirs par elle4 ,sans les erreurs qui rsident dans les donnes de la morale1 l'homme serait rest animal ou plutt s'il n'y avait pas d'animaux l'homme serait un animal4 ,mais de cette faon il s'est pris pour quelque chose de suprieur et s'est impos des lois plus svres4 ,en un mot1 l'animalit est une condition de la moralit humaine4 ,il est regrettable que ,nietzsche n'ait nulle part1 ma connaissance1 dploy toute cette ide qui est d'une importance incomparable4 ,sont reprsentants parmi nous de cette premire moralit lmentaire qu'on pourrait appeler l'extra-bestialit1 les hommes violents1 cruels1 mais susceptibles d'avoir honte quelquefois de leur violence et de leur cruaut1 ceux dont ,nietzsche dit qu'ils sont des gradins des civilisations antrieures qui ont subsist1 des arrirs1 qui nous montrent ce que nous fmes tous et de quoi nous sommes partis4 ,au-dessus de la morale qui n'est qu'extra-bestialit1 vient la morale qui consiste sacrifier le moment prsent au moment futur et prvu et se gouverner en consquence3 ,le premier signe que l'animal est devenu homme est quand ses actes ne se rapportent plus au bien-tre momentan1 mais des choses durables1 lorsque par consquent l'homme recherche l'utilit gnrale1 l'appropriation une fin2 c'est la premire closion du libre gouvernement de la raison#g4 #g ,nietzsche crit ceci en #ahgg 7,humain1 trop humain74 ,quelques annes plus tard1 en #ahhj 7,aurore71 il crit ce que nous avons cit plus haut1 que les animaux eux-mmes ont cette morale2 et il est bien plus dans le vrai4 ,mais sa gradation reste d'ailleurs la mme3 il suffit de lire ici3 le premier signe que l'animal tend vers l'homme444 ,a un degr suprieur nous trouvons la morale qui consiste agir selon les sductions de l'honorabilit3 ,l'homme veut tre honor1 et il honore et c'est--dire qu'il conoit l'utile d'autrui comme dpendant de son opinion sur autrui et l'utile sien comme dpendant de l'opinion d'autrui sur lui4 ,dans cette pense il se discipline2 il se soumet des sentiments communs1 non seulement il s'adapte au milieu1 mais il le considre comme un juge dont il veut tre estim et il se considre comme juge qui doit tre tel que les autres tiennent tre estims par lui4 ,il y a une sorte de mutualit de recherche de l'estime4 ,en cet tat commence ce que les hommes appellent dsintressement1 c'est--dire l'acte par lequel l'homme fait remonter son intrt une source trs leve1 l'acte par lequel l'homme voit son intrt en retour3 je sacrifie mon plaisir au plaisir qui me reviendra de l'estime que me montreront les hommes pour avoir sacrifi mon plaisir4 ,au-dessus encore il y a1 par certitude acquise de l'honnte1 suppression de la considration de l'estime publique4 ,l'homme moral agit d'aprs sa propre mesure des choses2 c'est lui qui dcide ce qui est honorable et ce qui est utile2 il est une sorte de lgislateur moral#h4 ,au fond il s'est substitu la cit et il la sent et il la porte en lui4 ,ce que la socit posait en maxime1 c'est lui qui le pose4 ,il vit et agit en individu collectif4 ,son degr de dsintressement 7n'y ayant pas de dsintressement absolu7 est trs haut4 ,lui aussi voit son intrt en retour2 mais par un court circuit3 je sacrifie mon plaisir au plaisir de sacrifier mon plaisir4 #h ,nietzsche a-t-il su que ceci est de l',aristote8 ,si un citoyen a une telle supriorit de mrite qu'on ne le puisse comparer personne il ne faudra plus le regarder comme faisant partie de la cit444 ,on voit bien que les lois ne sont ncessaires que pour les hommes gaux par leur naissance et leurs facults2 pour ceux qui s'lvent ce point au-dessus des autres1 il n'y a point de loi2 ils sont eux-mmes leur propre loi 7,politique1 ,,iii1 #h74 ,enfin plus haut encore se placerait une morale sans intention1 qui ne se raisonnerait pas et qui n'aurait pas conscience d'elle-mme4 ,trois stades dans l'volution de la morale3 ,il y a eu une morale qui jugeait les actes par leurs consquences4 tait bien ce qui avait eu un bon rsultat1 quelle qu'et t l'intention de cet acte2 effet rtroactif du succs ou de l'insuccs sur le jugement porter et port sur l'action4 ,il y a--renversement de la perspective--une morale qui juge des actes1 non en eux-mmes1 non par leur effet1 mais par leur origine1 par l'intention d'o il parat qu'ils sont sortis4 ,il y aura peut-tre une morale qui ne tiendra compte ni de l'effet ni de l'intention1 considrant l'intention comme un signe qui ne signifie rien4 ,qui ne signifie rien1 parce qu'il a un trop grand nombre de sens1 et diffrents1 tous susceptibles d'interprtations multiples et douteuses4 ,qui ne signifie rien1 aussi1 peut-tre1 parce que dans intention il y a toujours esprance et que ce qui est intentionnel ne peut pas tre dsintress4 ,on s'apercevra peut-tre que l'acte intentionnel est un acte essentiellement conscient et que l'acte conscient n'est pas d'une moralit pure4 ,tout ce qui est intentionnel1 tout ce qui est prmdit1 tout ce qui dans l'acte est sensible1 vu1 su1 tout ce qui en vient la conscience1 fait encore partie de la surface1 de sa peau1 qui1 comme toute peau1 cache bien plus de choses qu'elle n'en rvle4 ,on souponnera que c'est justement ce qu'il y a de non intentionnel1 de naf1 d'ingnu1 de spontan dans l'acte qui lui prte une valeur dcisive1 qui lui laisse sa valeur pure4 ,ce par-del la morale1 cette morale dpasse et surmonte va peut-tre tre demain la vraie morale1 celle o s'adonneront les consciences les plus loyales et les plus dlicates4 ,il est trs curieux que ,nietzsche ici1 dans une des plus belles pages qu'il ait crites et des plus profondes1 rejoint ,kant1 moins que je n'entende rien du tout1 ce qui est possible1 ce passage4 ,car enfin l'acte moral spontan1 naf1 ingnu1 non intentionnel1 l'acte moral impulsif1 l'impulsivit morale1 qu'est-ce autre chose que la morale qui ne donne pas ses raisons et qui n'en demande pas1 qu'est-ce autre chose que le ,tu dois8 ,l'acte moral inspir par le ,tu dois est conscient1 je le reconnais2 mais il n'est conscient qu' se reconnatre naf1 ingnu et impulsif4 ,il n'est conscient qu' se reconnatre spontan4 ,il n'est conscient qu' se voir jaillir de l'inconscient4 ,il ne sait pas et il ne veut pas savoir ses pourquoi1 ses de quoi1 ses comment et ses en vue de quoi4 ,il est parce qu'il est et parce qu'il doit tre4 ,c'est bien l'acte qui prcisment son non intentionnel et son non dlibr prtent1 donnent sa valeur4 ,c'est bien l'acte surmoral de ,nietzsche4 ,l'impratif en lui-mme 7sans tenir compte de la sanction que ,kant a dit plus tard qu'il postule7 est exactement1 ou1 l'on en conviendra1 bien peu prs1 le surmoral de ,nietzsche4 ,celui-ci en conviendrait sans doute et que c'est ce qui fait que l'invention thique de ,kant est une trs grande hauteur et le commencement au moins du troisime stade4 ,il y a eu1 il y a1 il y aura444 ,kant tout au moins a inaugur le ,il y aura4 ,toujours est-il que ,nietzsche1 le considrer seulement quand il esquisse1 ici ou l1 une hirarchie des morales1 semble rver une morale sans obligation1 sans sanction et sans intention4 99 99 99 99 99 ,et enfin ,nietzsche1 d'une faon malheureusement trs incomplte1 a trac le plan d'une morale deux tages en quelque sorte1 il a indiqu deux morales1 dont il abandonne l'une ceux qui ne peuvent pas se hausser jusqu' l'autre1 celle-ci restant videmment la sienne4 ,la morale du rez-de-chausse1 c'est prcisment cette morale traditionnelle depuis ,socrate1 qu'il a crible de tant d'pigrammes et qu'il a crase de tant de mpris2 c'est la morale des esclaves1 la morale des btes de troupeau1 la morale des tarentules2 c'est la morale de la modration dans les dsirs1 de la patience1 de la douceur1 de la rsignation1 de l'acceptation1 de la tranquillit1 du labeur rgulier et mou2 c'est la morale de l'engourdissement de toutes les passions vives2 c'est la morale du marcage1 moins la grenouille qui se veut faire aussi grosse que le buf4 ,cette morale pour ,nietzsche est nausabonde2 mais1 non seulement il convient qu'elle sied la majorit des hommes1 mais il affirme qu'ils doivent la pratiquer4 ,l'impratif de la plupart des hommes c'est la volont d'impuissance4 ,l'impratif de la plupart des hommes c'est un stocisme passif4 coutez le pdant moraliste que ,nietzsche met en scne et qui n'est autre1 rvrence parler1 que lui-mme4 ,il vous enseignera qu'il est moral qu'il ait plusieurs morales et tout au moins qu'il y en ait deux2 que les morales1 en quelque nombre qu'elles soient1 doivent s'accommoder de la hirarchie1 et c'est--dire non pas de la hirarchie sociale1 mais de la hirarchie naturelle2 que1 puisqu'il y a plusieurs natures humaines1 contrairement l'opinion de ces philosophes qui ont connu l'homme au singulier1 ce qui faisait rire de ,maistre1 lequel avait connu des hommes1 mais l'homme jamais1 il faut aussi qu'il y ait plusieurs morales1 c'est--dire plusieurs rgles de conduite appropries la pluralit des natures2 que1 puisque1 malheureusement peut-tre1 la nature a organis l'humanit aristocratiquement1 faisant des hommes forts et des hommes faibles et des intelligents et des imbciles1 il est expdient qu'il y ait une rgle pour les uns1 trs respectable1 et une rgle pour les autres1 respectable galement3 ,en un mot1 disait un pdant moraliste1 marchand de futilits444 il s'agit toujours de savoir qui est celui-ci et qui est celui-l4 ,pour celui1 par exemple1 qui aurait t destin et cr en vue du commandement1 l'humble effacement et l'abngation ne seraient pas des vertus1 mais seraient1 ce qu'il me sembla1 le gaspillage d'une vertu4 ,toute morale exterminatrice de l'gosme qui se croit absolue et s'applique tout le monde ne pche pas seulement contre le bon got2 elle est une excitation aux pchs d'omission et un dommage l'gard des hommes suprieurs1 rares et privilgis4 ,il faut contraindre les morales s'incliner tout d'abord devant la hirarchie1 il faut les faire rflchir sur leur impertinence jusqu' ce qu'elles comprennent enfin qu'il est immoral de dire3 ,ce qui est juste pour l'un l'est aussi pour l'autre4 ,ainsi parlait mon bonhomme de pdant moraliste4 ,mritait-il qu'on se moqut de lui lorsqu'ainsi il rappelait les morales la moralit8 ,ainsi une morale pour le servum pecus et une autre pour les animaux suprieurs de l'humanit4 --,cela ressemble bien au mot de ,voltaire1 si souvent rpt depuis3 ,il faut une religion pour le peuple4 --,point du tout1 s'il vous plat2 car1 par son3 ,il faut une religion pour le peuple1 ,voltaire entend qu'il faut une contrainte mtaphysique pour brider les volonts de puissance du peuple4 ,au contraire1 ou presque au contraire1 ,nietzsche veut que le peuple1 en obissant la morale qu'il lui assigne1 obisse sa nature mme1 se conforme l'idal de ses dsirs1 et1 seulement1 ne prtende pas y asservir ceux qui sont d'une autre nature que lui4 ,cette part faite aux petits et aux mdiocres1 ,nietzsche institue pour les autres une morale qui n'est point du tout celle d'un immoraliste1 quelque sotte affectation qu'il ait toujours mise se donner ce titre1 qui n'est point du tout le contraire de la morale qu'il assigne aux petits1 qui est autre chose1 qui est d'un autre degr1 d'une autre nature1 et d'une autre destination4 ,c'est la morale des forts1 c'est la morale de ceux qui1 cause de leur force1 ont plus de droits1 mais beaucoup plus de devoirs que les faibles et des devoirs proportionns leurs forces4 ,cette morale1 il est curieux de voir ,nietzsche d'abord l'laborant pour lui-mme exactement comme un ,marc-,aurle4 ,il y a un eis eauton de ,nietzsche1 qu'il est extrmement intressant de reconstituer d'aprs ses notes et carnets#i1 quoiqu'il ne soit aucunement cohrent et encore moins systmatique1 mais parce qu'il indique les tendances profondes et aussi parce qu'il montre que ,nietzsche1 tout en posant toujours deux morales1 en voyait certainement toujours d'autres1 intermdiaires entre les deux qu'il posait4 ,en #ahgf 7trente-deux ans7 il crivait pour lui3 ,tu ne dois aimer ni har le peuple4--,tu ne dois point t'occuper de politique4--,tu ne dois tre ni riche ni indigent4--,tu dois viter le chemin de ceux qui sont illustres et puissants4--,tu dois prendre femme en dehors de ton peuple4--,tu dois laisser tes amis le soin d'lever tes enfants4--,tu dois n'accepter aucune des crmonies de l'glise4--,morale 7on plutt quelques traits de morale parmi une foule d'autres non consigns ce jour-l7 s'appliquant1 non aux grands1 non aux petits1 plutt aux petits qu'aux grands1 mais surtout un homme de moyen tat qui serait philosophe4 ,abstention l'gard de la puissance1 de la richesse1 de l'ambition 7morale des petits72 libre pense 7morale de suprieur indpendant et de philosophe71 mariage avec une trangre 7morale de suprieur qui veut assurer par le mlange du sang la force et la distinction de sa race72 enfants levs par autres que soi1 mais par d'autres dont on est sr 7morale de suprieur1 qui1 se dfiant de la faiblesse paternelle1 veut greffer sa race sur des intelligences et des volonts trangres1 mais du reste amies74 #i ,voir surtout la ,vie de ,frdric ,nietzsche1 par ,daniel ,halvy4 ,en #ahhj il crivait pour lui3 ,une indpendance qui n'offusque personne2 un orgueil doux1 voil1 qui ne gne pas les autres1 n'enviant pas les hommes ni leurs bonheurs et s'abstenant de moquerie2 un sommeil lger1 une allure libre et paisible1 pas d'alcool1 pas d'amitis illustres ni princires1 pas de femmes ni de journaux1 pas d'honneurs1 pas de socit1 si ce n'est avec les esprits suprieurs2 leur dfaut le petit peuple1 dont on ne peut se passer non plus que de contempler une vgtation puissante et saine2 les mets les plus aisment prts1 autant que possible les prparer soi-mme4--,morale 7ou plutt quelques traits de morale7 s'appliquant1 non aux grands1 non aux petits1 mais un homme suprieur de moyen tat social4 ,abstention l'gard de la puissance1 de la vanit1 de la gourmandise1 de la curiosit1 de la sensualit1 de la causticit 7morale de petits72 indpendance1 fiert1 solitude1 commerce seulement avec l'lite intellectuelle et morale dont on est2 et--d'tude et de contemplation--avec cette autre force1 mais physique et physiologique1 le peuple 7morale des forts74 ,compltez ceci par cette confidence philosophique qu'il a imprime 7,vol4 de puiss4 ,,ii73 ,se faire objectif4 ,indiffrence l'gard de soi-mme1 indiffrence l'gard des consquences favorables ou fatales de ses penses1 une profonde indiffrence l'gard de moi-mme2 je ne veux pas tirer avantage de mes recherches de la connaissance ni chapper aux prjudices qu'elles me peuvent causer4 ,parmi ceux-ci1 il y a ce que l'on pourrait appeler l'altration du caractre2 j'envisage froidement cette perspective2 je me tire hors de mon caractre1 mais je ne songe pas le comprendre ni le changer444 ,on se ferme les portes de la connaissance ds que l'on s'intresse son cas particulier1 ou mme au salut de son me444 7,morale des forts1 le philosophe tant plac parmi les forts et ayant pour devoir d'obir l',impratif du vrai1 et avec dsintressement1 et en sacrifiant au vrai ses intrts matriels et mme moraux47 ,enfin1 sans songer plus lui1 mme pour s'avertir qu'il se faut oublier1 ,nietzsche trace la morale des forts1 des suprieurs1 des tres d'lite4 ,d'abord 7quoi qu'il en ait dit7 cette morale1 sa morale1 la morale1 il affirme qu'elle existe3 ,je ne nie pas1 ainsi qu'il va de soi1 en admettant que je ne suis pas fou1 qu'il faut viter et combattre beaucoup d'actions que l'on dit immorales1 de mme qu'il faut faire et qu'il faut encourager beaucoup de celles que l'on dit morales2 mais je crois qu'il faut faire l'une et l'autre chose pour d'autres raisons qu'on a fait jusqu' prsent4 ,il faut que nous changions notre faon de voir pour arriver enfin1 peut-tre trs tard1 changer notre faon de sentir4--,donc il a une morale1 autre seulement que la traditionnelle4 ,voyons-la2 nous sommes autoriss la chercher chez lui4 ,voyons sa nouvelle faon de voir et sa nouvelle faon de sentir4 ,cette nouvelle morale1 bien entendu applicable seulement aux forts1 a trois maximes fondamentales1 trois impratifs1 si l'on veut3 ,il faut se surmonter2 il faut devenir ce que nous sommes2 il faut vivre dangereusement4 ,il faut se surmonter4 ,on a remarqu partout qu'on ne risque gure de se tromper en attribuant les petites actions la peur1 les moyennes l'habitude et les grandes la vanit4 ,voil une indication4 ,qu'est-ce que la vanit8 ,une tendance surmonter la peur1 condition primitive de l'homme1 et l'habitude1 sa condition sociale1 en les sacrifiant une certaine soif de considration4 ,l'homme1 dans la vanit1 surmonte dj son bas tage et sa moyenne4 ,qu'il poursuive4 ,il en viendra surmonter peur1 habitude et vanit aussi1 en les sacrifiant une certaine soif de considration de soi-mme4 ,en #ahhe1 ,venise1 ,nietzsche a dml l'essence des sentiments aristocratiques3 matrise de soi-mme1 dissimulation des sentiments intimes1 politesse1 gat1 exactitude dans l'obissance et le commandement1 dfrence et exigence du respect1 got des responsabilits1 et des prils4--,matrise de soi1 pudeur1 respectabilit1 non-familiarit--nous verrons le reste plus tard--voil des pratiques qui en leur fond consistent se rsister1 rprimer la tendance l'abandon1 ne pas se livrer2 c'est surmonter le moi impulsif1 le moi confiant1 le moi mou1 c'est se surmonter1 c'est se dpasser dj4 ,mais1 quand nous essayons de nous surpasser ainsi1 qui nous retient8 ,un certain nombre de passions que nous connaissons bien1 amour1 ambition1 avidit des biens apprcis par la foule1 gourmandise1 sensualit1 paresse1 got du confort444 ,se surmonter c'est dompter tout cela4 ,c'est ici que la fameuse lutte contre les passions reprend ses droits et reprend place avec un nouveau sens4 ,la morale est1 en sa partie rprimante1 qui est ncessaire1 une contrainte prolonge1 par opposition au laisser-aller et par consquent une sorte de tyrannie contre la nature et aussi partiellement contre la raison4 ,mais ceci n'est pas une objection contre elle1 moins que l'on ne veuille dcrter1 de par une autre morale1 que toute espce de tyrannie et de draison est interdite4 ,cette contrainte1 ce obir longtemps1 vous le trouvez partout1 en art1 en discipline sociale1 pour aboutir quelque chose qui vaille la peine de vivre sur la terre4 ,en morale c'est la premire condition4 ,la souffrance volontaire est la mme chose un degr de plus4 ,c'est un exercice de la volont et un exercice du sacrifice1 c'est un exercice de la volont de se surmonter4 ,voici ,dhring qui1 dans sa ,valeur de la vie1 crit3 ,l'asctisme est maladif et la suite d'une erreur4--,mais non1 crit ,nietzsche sur son carnet en #ahge1 l'asctisme est un instinct que les plus nobles1 les plus forts d'entre les hommes ont senti2 c'est un fait1 il faut en tenir compte si on veut apprcier la valeur de la vie444 ,c'est le fait de l'homme qui sent le besoin de se dompter pour4442 mais qui peut-tre ne sait pour quelle fin1 comme quelquefois les hros de ,corneille broient leurs passions pour le plaisir de les broyer1 et alors c'est une erreur2 mais cette erreur mme est un signe1 a un sens1 rvle une tendance dont1 seulement1 certains1 qui l'ont1 ne comprennent pas le but4 ,il y a une bravade de soi-mme aux manifestations les plus sublimes de laquelle appartiennent nombre des formes de l'asctisme4 ,certains hommes ont en effet un besoin si grand d'exercer leur force et leur tendance la domination1 qu' dfaut d'autres objets ils tombent enfin tyranniser certaines parties de leur tre propre444 ,plus d'un penseur il songe sans doute lui professe des doctrines qui visiblement ne servent pas accrotre ou amliorer sa rputation2 plus d'un voque expressment la dconsidration des autres sur lui1 tandis qu'il lui serait ais de rester par le silence un homme honor2 d'autres rappellent des opinions antrieures et ne s'effraient pas d'tre convaincus de contradiction2 au contraire ils s'y efforcent4 ,cette torture de soi-mme est proprement un trs haut degr de vanit444 ,l'homme prouve une vritable volupt se faire violence par des exigences excessives et difier ensuite ce quelque chose qui commande tyranniquement dans son me444 ,sans aller jusqu' l'asctisme1 ou plutt en allant jusqu' lui1 mais en sachant pourquoi1 en sachant que c'est pour dvelopper en soi la volont de puissance1 on devra livrer aux passions une guerre la fois rude et habile4 ,nietzsche1 comme aurait fait un philosophe grec1 se plat tracer une mthode pour combattre les passions4 ,il ne trouve pas moins--et je crois qu'il aurait pu en trouver davantage--de six procds sensiblement diffrents pour lutter contre la violence d'un instinct4 ,premirement on peut se faire une loi d'un ordre svre et rgulier dans l'asservissement de ses apptits2 on les soumet ainsi une rgle1 on circonscrit leur flux dans des limites stables1 pour gagner sur eux les intervalles pendant lesquels ils vous laissent tranquilles4 ,deuximement--ce qui peut venir la suite de ce qui prcde--on peut comme desscher cet instinct en s'abstenant de le satisfaire pendant des priodes de plus en plus longues4 ,troisimement on peut s'abandonner avec intention la satisfaction d'un instinct sauvage et effrn jusqu' en avoir le dgot pour obtenir1 par ce dgot1 domination sur cet instinct1 procd que ,nietzsche a considr comme pouvant russir quelquefois puisqu'il l'a inscrit1 mais o il n'a pas grande confiance puisqu'il ajoute3 en admettant que l'on ne fasse pas comme le cavalier qui1 en voulant reinter son cheval1 se casse le cou1 ce qui est malheureusement la rgle en pareilles tentatives4 ,quatrimement3 associer l'ide de satisfaction une ide pnible 7le chrtien qui1 caressant une femme1 songe au ricanement du diable2 songer au mpris des gens dont on aime tre estim quand on est sur le point de commettre un vol2 songer ceci qu'en satisfaisant un apptit on lui obit1 chose humiliante3 ,je ne veux pas1 disait ,byron1 tre l'esclave d'un apptit quelconque47 ,cinquimement3 entreprendre une sorte de dislocation de ses puissances instinctives en les combattant1 soit par le travail 7s'imposer une tche71 soit les unes par les autres1 celle qui est lse par la triomphante obtenant de vous encouragement et faveur4 ,ici il aurait fallu des exemples4 ,j'en connais surtout un3 favoriser la paresse1 qui toutes les passions font tort4 ,la paresse a t donne l'homme comme un auxiliaire contre les passions1 lequel1 bien dirig1 les nerve toutes4 ,siximement3 affaiblir et dprimer toute son organisation physique et psychique1 pour affaiblir un ou plusieurs instincts violents1 et c'est l'asctisme1 moyen dangereux1 dont il faut tre sr de bien savoir user4 ,ne vous dissimulez pas du reste que quand vous combattez un instinct c'est toujours un autre instinct qui en vous combat celui-l4 ,seulement cet instinct peut tre un instinct trs diffrent de ce qui s'appelle instincts dans la langue de toute l'humanit4 ,ce peut tre la volont de puissance sous forme de volont de puissance sur soi-mme4 ,les hommes qui combattent leurs passions sont des hommes chez qui la volont de puissance se plaint des autres instincts et vous sollicite les combattre ou plutt les combat elle-mme4 ,comme je le dis si souvent1 l'art de la morale consiste faire de la volont une passion1 s'il est vrai que cela nous soit donn1 et de ne conserver de passion que la passion qui a horreur des passions4--,telle est la loi de se surmonter et tel est l'art de se surmonter4 ,mais il y a sagesse1 intelligence1 bon got aussi1 comme aime dire ,nietzsche1 qui1 sans faire rentrer la morale dans l'esthtique1 se plat faire entrer de l'esthtique dans la morale2 il y a bon got1 intelligence et sagesse ne pas dompter compltement les passions et n'tre pas tout fait matre de soi4 ,la matrise de soi1 prenez garde1 c'est l'emprisonnement de soi par soi-mme1 et un prisonnier est un tre bien morose1 surtout quand il est la fois prisonnier et gelier4 ,ces professeurs de morale qui recommandent d'abord et avant tout l'homme de se possder soi-mme1 le gratifient ainsi d'une maladie bien singulire1 je veux dire une irritabilit constante devant toutes les impulsions et les penchants naturels et en quelque sorte une espce de dmangeaison4 ,quoi qu'il leur advienne du dedans ou du dehors1 une pense1 une attraction1 une incitation1 toujours cet homme irritable s'imagine que maintenant son empire sur soi-mme peut tre en danger444 ,il fait sans cesse un geste contre lui-mme1 l'il perant et mfiant1 lui qui s'est institu l'ternel gardien de sa tour4 ,oui1 avec cela il peut tre grand4 ,mais combien il est devenu insupportable pour les autres1 difficile supporter2 et par lui-mme1 comme il s'est appauvri et limin des plus beaux hasards de l'me6 ,car il faut savoir se perdre pour un temps1 si l'on veut apprendre quelque chose des tres qui ne sont pas nous-mmes4--,je voudrais tre ce monsieur qui passe1 dit ,fantasio4 ,l'absolu gelier de soi-mme ne sera jamais ce monsieur qui passe et n'aura mme jamais la moindre communication avec lui4 ,que faire donc8 ,ne pas extirper les passions1 ne pas mme les affaiblir proprement parler2 les dominer4 ,ce que l'ascte ou le stocien doit chercher en domptant ses passions1 ce n'est pas leur affaiblissement1 c'est sa force4 ,elles ne doivent pas tre affaiblies en elles-mmes1 elles doivent tre affaiblies par rapport lui2 ce n'est pas elles qui doivent tre brises1 c'est lui qui doit devenir assez fort pour pouvoir les briser4 ,mais prcisment parce qu'il le peut1 il n'a plus besoin de le faire1 et il ne le fera pas4 ,au contraire4 ,plus est grande la matrise de la volont1 plus on peut accorder de libert aux passions4 ,un grand homme est grand par le jeu qu'il laisse ses dsirs et par sa puissance les arrter juste o il lui plat4 ,un ambitieux ne doit pas tuer en lui l'ambition2 il doit tre sr de pouvoir la tuer1 de telle manire qu'il la laisse agir de tout son lan tant qu'elle lui parat bonne ou pour ce qui est des fins poursuivies1 ou mme comme jeu2 et qu'il l'arrte net1 soit comme mauvaise en ses fins1 soit comme fastidieuse4 ,les puissances du dsir doivent tre conserves1 non respectes2 gardes intactes1 mais subalternises4 ,possdez-les1 seigneur1 sans qu'elles vous possdent1 et l'exercice du dompteur des passions doit tre seulement l'effort pour qu'elles soient dessous et lui dessus4 ,voil1 ce me semble1 ce que ,nietzsche entend par sa maxime fameuse1 tant de fois rpte3 l'homme est un tre qui est fait pour se surmonter4 ,jusqu'ici il n'est qu'un stocien peu prs pur et simple1 avec cette diffrence assez lgre qu'il veut que les passions subsistent1 mais seulement que l'on en soit matre4 ,or1 comme elles subsistent toujours et que le stocien ne songe gure autre chose qu' les dominer1 ,nietzsche jusqu'ici n'est gure qu'un stocien pur et simple4 ,mais il ajoute3 ,nous voulons devenir ce que nous sommes4--,sais-tu ce que te dit ta conscience8 ,elle te dit3 deviens celui que tu es4 ,ceci c'est proprement l',impratif de ,nietzsche et il a trouv1 du mme coup1 l'impratif de l'individualiste4 ,il faut se surmonter2 mais pourquoi8 ,non pas pour se quitter1 non pas pour donner sa dmission de soi-mme1 mais pour tre davantage1 pour tre au maximum ce que l'on est4 ,par parenthse1 il est trange qu'ayant cette ide1 ,nietzsche ait quelque part dclar absurde la maxime3 ,connais-toi toi-mme1 qui est absolument implique dans celle-ci3 ,deviens ce que tu es2 car pour se faire ce qu'on est1 il faut d'abord se bien connatre4--,quoi qu'il en soit1 voil l',impratif3 se dvelopper dans le sens de sa nature1 se faire en ralisation tout ce qu'on est en puissance4 ,il convient de remarquer que c'est encore ici du stocisme avec une nuance4 ,c'est le vivre conformment sa nature1 avec cette correction3 non pas simplement vivre conformment sa nature2 mais se dvelopper conformment sa nature2 mais s'agrandir conformment sa nature2 vivre sa vie1 mais la vivre d'une vie plus abondante4--,on a exagr quand on a dit du stocisme que son idal tait de rapprocher autant que possible le vivant d'un mort1 quand on a dit--,nietzsche lui-mme--3 ils se tuent pour avoir cette prrogative des morts qui est de ne plus mourir4 ,il faut reconnatre qu'ils veulent qu'on vive2 mais enfin ils veulent seulement qu'on vive1 non pas qu'on vive abondamment1 non pas qu'on vive de faon intense4 ,or c'est prcisment cela qui est le devoir3 se connatre1 se mesurer1 voir de quelle nature on est et quelles sont les puissances de cette nature et se dvelopper dans ce sens4 --,mais alors c'est dans le sens de nos passions6 --,certainement1 mais bien comprises4 ,pourquoi ne comprendrait-on pas bien ses passions8 ,pourquoi n'aurait-on pas l'intelligence de ses passions comme on a l'intelligence de ses muscles1 de leur destination et de la mesure dans laquelle on peut les dvelopper8 ,comprendre ses passions2 et parce qu'on les comprend les diriger2 c'est l tout l'homme qui commence tre suprieur4 ,or toutes les passions sont des forces qui sont des faiblesses4 ,elles sont des forces1 puisqu'elles sont des impulsions vigoureuses qui nous poussent en avant1 au dehors1 une possession1 une conqute4 ,elles sont des faiblesses en ce sens qu'elles rompent et font basculer notre quilibre2 en ce sens aussi qu'elles ont toutes une manire lche de se satisfaire3 l'amour peut se repatre de rveries nervantes et amollissantes2 l'ambition1 de petites victoires de clocher et de conseil municipal2 le jeu 7cette passion si belle puisqu'elle est l'amour du risque71 des motions de baccara ou du bridge2 l'orgueil1 des satisfactions ridicules de la vanit1 etc4 ,se dvelopper1 s'agrandir dans le sens de ce qu'on est1 c'est1 d'aprs ce qui prcde3 #a dominer ses passions de manire qu'elles ne rompent jamais notre quilibre3 #b les considrer1 les prendre1 les saisir en tant que forces et non en tant que faiblesses et en quelque sorte ne pas les reconnatre quand elles se prsentent nous sous leur aspect de faiblesse4 ,nous nous sommes connus comme ambitieux3 il faut nous dvelopper dans ce sens en nous disant que1 parce que nous sommes ambitieux1 rien n'est plus indigne de nous1 rien n'est plus contre nous-mmes qu'une ambition de sous-prfecture4 ,nous nous sommes connus comme amoureux2 il faut nous dvelopper dans ce sens en nous disant que1 parce que nous sommes amoureux1 rien n'est plus indigne de nous1 rien n'est plus contre nous-mmes que les frles amours lgiaques et que nous devons sentir ces belles passions gnreuses qui font l'honnte homme et qui inspirent une foule de sentiments nobles et magnanimes4 ,ainsi de suite4 ,vouloir devenir ce que l'on est1 formule essentiellement optimiste1 c'est croire la nature humaine trs bonne en son fond1 ce qui est possible2 et croire qu'en allant au fond de nous-mmes nous trouverons quelque chose d'excellent2 et croire enfin qu'en dveloppant chacun ce fond de nous-mmes nous ne pouvons arriver qu' un tat qui tend au parfait4 ,mais si ce fond de moi tait mauvais1 comme1 aussi1 il est possible8 ,je ne crois pas mal interprter ,nietzsche en lui faisant rpondre3 ,encore vaudrait-il mieux1 tant mauvais1 devenir ce que vous tes1 c'est--dire devenir plus mauvais4 ,le fond--sentimental1 non intellectuel--de ,nietzsche1 c'est l'horreur de la mdiocrit1 de l'tat moyen1 de l'tat neutre1 de l'tat petit bourgeois1 du marais ou du marcage1 de sorte qu'il n'est pas loin de sa pense1 ou plutt de ses sentiments1 d'estimer que mieux vaut se dvelopper en mauvais1 en mchant1 en malfaisant1 que ne point se dvelopper du tout4 ,l'humanit est peut-tre faite pour lui de ceux qui deviennent ce qu'ils sont et de ceux qui sont sans jamais rien devenir4 ,et parmi ceux qui deviennent ce qu'ils sont il y a ceux qui se dveloppent en beaut et en grandeur1 et il y a ceux qui se dveloppent en laideur et en atrocit2 mais ceux-ci pouvaient se dvelopper autrement2 ils ont bien fait1 en tout cas et tout risque1 de se dvelopper2 et il n'y a de mprisables que ceux du milieu1 que ceux qui n'ont pas fait un pas1 que les stagnants4 ,quoi qu'il en soit1 devenir celui qu'on est1 c'est--dire se connatre1 prendre conscience de soi1 prendre direction de soi et se promouvoir dans le sens de sa nature1 voil la seconde maxime4 99 99 99 99 99 ,vivre dangereusement est la troisime4 ,vivre dangereusement est le grand1 le vrai1 l'essentiel et dfinitif signe de noblesse4 ,c'est d'abord n'avoir pas peur1 et la peur est un rtrcissement au lieu d'un agrandissement de la personnalit3 elle est donc exactement le contraire du devenir ce que nous sommes2 elle est ensuite une tristesse1 comme dit ,spinoza1 ne de l'image d'une chose douteuse4 ,or l'image d'une chose douteuse1 le risque1 exalte l'me gnreuse et la rend joyeuse au lieu de la rendre triste4 ,je me rappelle toujours1 dit ,charlemagne un de ses compagnons3 ,l'air joyeux qui parut dans ton il hasardeux1 ,un jour que nous tions en marche1 seuls tous deux1 ,et que nous entendions dans les plaines voisines ,le cliquetis confus des lances sarrasines4 ,vivre dangereusement c'est ensuite tre noble1 parce que c'est s'offrir la slection3 c'est la vie dangereuse qui spare les forts des faibles en crasant ceux-ci et en mettant part ceux-l2 c'est donc s'offrir la slection que d'adopter la vie dangereuse2 or1 s'offrir la slection c'est montrer qu'au moins on est digne d'tre choisi4 ,celui-l seul tente le sort qui mrite que le sort le favorise4 ,si je ne suis pas le plus fort1 du moins j'ai t fort en tentant d'tre le plus fort2 et le respect du vainqueur pour le vaincu hroque n'est pas autre chose1 chez le vainqueur1 que le sentiment que1 quoi qu'il soit arriv1 il se trouve devant un gal4 ,et enfin dans la vie dangereuse il y a cette autre galit ou quasi-galit1 que le chagrin d'chouer est un plaisir qui gale peu prs le plaisir de russir4 ,celui qui a dit qu'au jeu il y a deux plaisirs1 dont le premier est de gagner et le second de perdre1 tait un fin psychologue4 ,nietzsche dit exactement la mme chose3 ,vraiment cet homme s'entend l'improvisation de la vie et tonne mme les observateurs les plus experts2 car il semble qu'il ne se mprenne jamais1 quoiqu'il joue toujours aux jeux dangereux444 ,voici un tout autre homme3 il fait manquer en somme tout ce qu'il entreprend444 ,croyez-vous qu'il soit malheureux8 ,il y a longtemps qu'il a dcid part soi de ne pas prendre autrement au srieux des dsirs et des projets personnels3 ,si ceci ne me russit pas1 se dit-il lui-mme1 cela me russira peut-tre et au fond je ne sais pas si je dois avoir plus de reconnaissance l'gard de mes insuccs ou l'gard de mes russites4 ,ce qui fait pour moi la valeur et le rsultat de la vie se trouve ailleurs3 ma fiert1 ainsi que ma misre1 se trouvent ailleurs4 ,je connais davantage la vie parce que j'ai t si souvent sur le point de la perdre2 voil pourquoi la vie me procure plus de joie qu' vous tous4 ,se surmonter1 se dvelopper en beaut--dernire beaut1 le danger--voil toute la morale de ,nietzsche4 ,c'est un stocisme qui commence par tre le stocisme connu1 trs peu prs1 et qui finit par tre un stocisme suprieur4 ,du stocisme surtout passif1 tel qu'il tait chez les anciens1 ,nietzsche fait un stocisme actif4 ,le stocisme nous exhortait nous dompter et tre matres de nous-mmes4 ,pourquoi8 ,pour cela4 ,nietzsche nous exhorte nous dominer et tre matres de nous-mmes pour nous jeter dans l'action nergique1 hardie et aventureuse et pour en goter les pres et violentes jouissances4 ,c'est un stocisme hroque1 c'est un stocisme dionysiaque4 ,c'est un stocisme qui ferait l'homme si fort1 s'il tait possible1 que l'homme ne dirait pas3 ,j'ai dompt mes passions2 mais3 je les ai laisses vivre pour le plaisir de les dominer toujours et de les faire servir leurs plus belles fins2 et que l'homme ne dirait pas au malheur3 ,tu n'es pas un mal2 mais3 ,tu es un bien1 puisque tu me donnes l'occasion de dployer mon nergie2 et vive le malheur o j'ai tout l'emploi de ma force6 ,et c'est ainsi que se trace d'elle-mme dans l'esprit de ,nietzsche l'image du hros ou du surhomme ou du candidat la surhumanit4 ,signes de noblesse3 matrise de soi-mme1 pudeur relativement la rvlation de ses sentiments intimes2 politesse2 ne pas vouloir renoncer sa propre responsabilit et ne pas vouloir la partager2 compter ses privilges et leurs exercices au nombre de ses devoirs 7je suis plus fort qu'un autre2 c'est un devoir de plus72 ne jamais songer rabaisser ses devoir tre les devoirs de tout le monde2 respect des vieillards1 ce qui est respect de la tradition1 got du pril4 99 99 99 99 99 ,ces vertus pourraient tre pratiques par un petit nombre d'hommes qui se sentiraient la force de les pratiquer et qui voudraient devenir de plus en plus ce qu'ils seraient4 ,ils les cultiveraient chez leurs enfants par une ducation qui serait juste l'inverse de l'ducation ordinaire4 ,l'ducation ordinaire se donne pour but d'touffer l'exceptionnel en faveur de la rgle1 de diriger les esprits loin de l'exception1 du ct de la moyenne4 ,l'ducation des suprieurs1 tenant son service un excdent de forces1 serait une serre chaude pour la culture du luxe1 de l'exception1 de la nuance1 de la tentative1 du danger4 ,ils seraient trs durs pour eux-mmes1 comme ces prtres1 ces jsuites mme1 que ,nietzsche n'aime point1 mais dont il fait remarquer que1 si indulgente que puisse tre leur morale pour les autres1 elle est terrible pour eux-mmes3 ,aucune puissance ne peut se soutenir si elle n'a pour reprsentants que des hypocrites2 l'glise catholique a beau possder encore bien des lments sculiers1 sa force rside dans ces natures de prtres1 encore nombreuses aujourd'hui1 qui se font une vie pnible et de porte profonde et dont l'aspect et le corps min parlent de veilles1 de jenes1 de prires ardentes1 peut-tre mme de flagellations2 ce sont ces natures qui branlent les hommes et leur causent une inquitude3 ,eh6 quoi8 ,s'il tait ncessaire de vivre de la sorte6 telle est l'affreuse question que leur vue met sur la langue4 ,en rpandant ce doute1 ils ne cessent d'tablir de nouveaux appuis de leur puissance4 ,mme les libres penseurs n'osent pas rpliquer un de ces dtachs d'eux-mmes avec un rude sens de la vrit et lui dire3 ,pauvre dupe1 ne cherche pas duper4 ,seule la diffrence des points de vue les spare de lui1 nullement une diffrence morale1 de bont ou de mchancet2 mais ce que l'on n'aime pas1 on a coutume aussi de le traiter sans justice4 ,c'est ainsi qu'on parle de la malice et de l'art excrable des ,jsuites1 sans considrer quelle violence contre soi-mme s'impose individuellement chaque jsuite et que la pratique de vie aise1 prche par les manuels jsuitiques1 doit tre considre comme s'appliquant1 non eux1 mais la socit laque4 ,ces surhommes peuvent tre au moins prpars par des hommes qui mettent au-dessus de tout la vaillance1 l'intrpidit3 ,je salue tous les indices ne lui demandez pas trop o il les voit de la venue d'une poque plus virile et plus grossire1 qui mettra de nouveau en honneur la bravoure avant tout444 ,pour cela il faut1 ds maintenant1 des hommes vaillants qui prparent le terrain1 hommes qui ne pourront certainement pas sortir du sable et de l'cume de la civilisation d'aujourd'hui et de l'ducation des grandes villes2 des hommes qui1 silencieux et solitaires et dcids1 s'entendent se contenter de l'activit invisible qu'ils poursuivent2 des hommes qui1 avec une disposition la vie intrieure1 cherchent1 pour toutes choses1 ce qu'il y a surmonter en elles2 des hommes qui aient en propre la srnit1 la patience1 la simplicit et la mpris des grandes vanits1 tout aussi bien que la gnrosit dans la victoire et l'indulgence l'gard des petites vanits de tous les vaincus2 des hommes qui aient un jugement prcis et libre sur toutes les victoires et sur la part de hasard qu'il y a dans toute victoire et dans toute gloire2 des hommes qui aient leurs propres ftes1 leurs propres jours de travail et de deuil1 habitus commander avec la sret du commandement1 galement prts obir lorsque cela est ncessaire1 galement fiers dans l'un comme dans l'autre cas1 comme s'ils suivaient leur propre cause2 des hommes plus exposs1 plus terribles1 plus heureux4 ,car1 croyez-m'en1 le secret pour moissonner l'existence la plus fconde et la plus grande jouissance de la vie1 c'est de vivre dangereusement4 ,envoyez vos vaisseaux dans les mers inexplores6 ,construisez vos villes auprs du ,vsuve6444 ,et nous voil bien au point3 ,nietzsche a toujours l'ide d'une socit o une lite2 un peu dans son intrt1 un peu et beaucoup parce que telle est la nature des choses1 laquelle il faut bien se conformer1 laisserait aux btes de troupeau leur morale1 une morale douce1 facile1 point mauvaise1 mais point vigoureuse1 prendrait mme quelque soin d'encourager cette morale2 aurait pour elle-mme une morale virile1 stoque1 asctique1 hroque1 dcuplant l'nergie naturelle4 ,mme on peut se demander1 si nous1 les amis des lumires1 dans une tactique et une organisation toute semblable celle qu'il rve1 nous ferions d'aussi bons instruments1 aussi admirables1 de victoire sur nous-mmes1 d'infatigabilit1 de dvouement que les prtres et les jsuites cits plus haut4 ,les hommes de la haute morale seraient donc trs imprieux pour les autres1 quoique beaucoup moins que pour eux1 et ils en auraient le droit1 ne se mnageant point eux-mmes1 et on leur en reconnatrait le droit1 en voyant bien qu'ils aiment le prochain comme ils s'aiment et mme avec plus de condescendance2 ils seraient d'une loyaut absolue et d'une solidarit absolue entre eux1 et grce cette cohsion1 ils gouverneraient l'humanit1 reconnaissante ou soumise1 et c'est un souvenir1 chez un antiplatonicien1 de la ,rpublique de ,platon4 99 99 99 99 99 ,cette morale que ,nietzsche n'a pas acheve2 car il se cherchait encore au moment o il a sombr 7voir sa ,vie par ,m4 ,daniel ,halvy7 et il se prparait se contredire une fois de plus2 cette morale est bien une morale4 ,c'est humeur batailleuse et paradoxale et dsir de scandaliser qui ont fait si souvent dire ,nietzsche qu'il tait un immoraliste4 ,il l'a bien senti quand il a crit sur son carnet3 ,j'ai dit que je me place au del du bien et du mal4 ,est-ce dire que je veuille m'affranchir de toute catgorie morale8 ,non pas6 ,je repousse ceux qui exaltent la douceur en l'appelant le bien et ceux qui diffament l'nergie en l'appelant le mal c'est bien son fond2 mais l'histoire de la conscience humaine nous dcouvre une multitude d'autres valeurs morales1 d'autres manires d'tre bons1 d'autres manires d'tre mauvais4 ,nietzsche est donc bien un moraliste1 et qui a voulu l'tre1 et sa morale1 quoique inacheve1 comme il le reconnat1 est bien une morale4 ,elle est mme trs haute1 puisque j'ai cru montrer qu'elle est un stocisme dpass4 ,mais elle est sombre1 dsesprante et1 si loign que je sois1 en morale1 d'approuver la manire douce1 elle est trop rude pour le commun et mme pour la moyenne honorable des hommes4 ,on voit trop qu'elle est inspire constamment par une pense violemment aristocratique1 et si je crois qu'une morale doit tendre l'aristocratisme1 je ne crois pas qu'il soit trs bon qu'elle en vienne4 ,il est trop certain que ,nietzsche n'espre rien des btes de troupeau et leur laisse leur morale mdiocre et tenue par lui pour une immoralit1 au lieu de chercher une morale qui conviendrait aux forts et aussi aux faibles1 aux suprieurs et aussi aux humbles4 ,et je n'entends point par l une morale moyenne et mi-cte et d'entre-sol1 de quoi prcisment j'ai horreur1 mais une morale assez embrassante1 au contraire1 et comprhensive1 pour susciter et encourager toute la force des forts et le peu de force des faibles2 et j'entends non pas qu'on trouve l'entre-deux1 mais que l'on comble l'entre-deux4 ,il tait bien sur la voie1 puisque1 quand1 pour un moment1 il n'est plus fru de son antithse des deux morales aux antipodes l'une de l'autre1 il en indique sept ou huit qui vont du plus bas au plus haut4 ,ceci est1 non seulement trs pratique1 mais fond en bonne raison1 et il y aura toujours ncessairement une demi-douzaine de morales parmi les hommes2 mais restait trouver un principe gnral inspirant plus ou moins1 mais inspirant toutes1 ces morales diffrentes1 plus intense chez l'une1 moins chez l'autre1 prsent dans toutes et qui ferait en somme de toutes ces morales une seule diffrents degrs4 ,et cela aurait rpondu ces deux ides contradictoires et trs vraies toutes deux1 qu'il y a plusieurs morales et qu'il n'y en a qu'une2 qu'on ne peut exiger de l'un ce qu'on exige de l'autre et qu'on doit exiger du plus bas un peu de ce qu'on exige du plus haut2 et cela aurait respect et affirm1 au lieu de la briser ou de la nier1 l'unit1 relative1 mais relle1 de l'humanit4 ,et ce principe commun tait-il si difficile trouver8 ,je ne crois pas4 ,quant aux questions d'cole1 cette morale est-elle normative ou hypothtique1 imprative ou persuasive8 ,il est vident qu'elle est persuasive seulement1 puisqu'elle n'est pas une religion et puisqu'elle ne fait pas du devoir une religion4 ,elle dit l'homme3 sois tel et tel2 fais ceci et cela2 autrement tu seras une bte de troupeau1 tu seras trs vil4 ,par ce seul autrement--,nietzsche a raisonn ainsi quelque part--tout impratif est dtruit4 ,mais1 comme la morale de ,guyau du reste1 cette morale est bien dans le sens de la vie4 ,elle prend pour mobile1 elle prend pour levier1 non pas1 comme ,guyau1 le got de vivre lui-mme1 mais une des raisons de vivre les plus fortes1 la volont de puissance sur les autres et sur soi-mme2 et si la vie n'est pas seulement volont de puissance1 il faut convenir qu'elle est cela plus que tout autre chose4 ,la morale de ,nietzsche dit l'homme3 veux-tu tre fort8 ,si tu n'y tiens pas1 je n'ai rien te dire et il y a pour toi d'autres guides4 ,si tu veux l'tre1 sois tel et tel2 fais ceci et cela4 ,or la volont de puissance est partout dans la nature et elle existe chez l'homme un degr extraordinaire en raison mme de sa faiblesse primitive qui a exig de lui un dploiement formidable d'nergie4 ,nietzsche lui-mme a bien senti cela par lui-mme3 faible1 chtif1 toujours malade1 il a dit que sa philosophie lui avait t inspire par son tat et que plus il a t terrass1 plus l'nergie surhumaine lui est apparue et comme le remde et comme la vrit2 et l'optimisme-bravade comme la solution4 ,la morale de ,nietzsche est une sombre leon d'nergie donne par un dbile et d'optimisme donne par un malheureux4 ,ne ft-elle que cela1 elle est d'abord un beau spectacle et ensuite elle est un cordial1 un tonique et un viatique4 ,sa racine profonde et aussi le but o elle tend toujours1 travers tant de dtours et aussi d'erreurs1 c'est le sentiment du beau4 ,c'est parce que ,nietzsche est un artiste dilettante1 dans le sens le plus lev du mot1 qu'il a admir avec frnsie la beaut dans tous les arts et dans tous les aspects de la nature et qu'il a admir avec fanatisme cette beaut humaine1 la force2 c'est parce qu'il est un artiste dilettante qu'il a dtest tout ce qui fait l'homme laid1 tout ce qui le dprime et le refoule1 tout ce qui le rapetisse1 la timidit1 la crainte1 le scrupule1 la modration1 l'abstinence1 la temprance et la morale des petits et des moyens1 qui recommande toutes ces vertus des moyens et des petits4 ,c'est pour cela qu'lev dans le pessimisme et pessimiste en son fond par son temprament et son caractre1 il a fait comme un rtablissement1 de tous ses muscles1 pour se jeter corps perdu dans un ultra-optimisme1 dans un optimisme par del la confiance et l'espoir1 par del l'acceptation1 en pleine affirmation du bien1 mme dans le mal1 et du bonheur1 mme dans le malheur4 ,pourquoi8 ,parce que le pessimisme fait l'homme petit1 faible1 mince1 ramass et rtrci en lui-mme1 laid2 et parce que l'attitude dionysiaque en face du monde accept tout entier1 du bonheur accueilli1 du malheur brav1 est trs belle1 trs imposante1 trs radieuse1 et met l'homme1 comme dit son cher ,corneille1 en posture d'un ,dieu4 ,et c'est parce que ,nietzsche est un artiste actif1 parce qu'il veut sculpter l'humanit en beaut1 qu'il a dit l'homme3 sois fort1 fort de tout ton courage1 de toute ta rsistance1 de toute ton endurance1 de toute ton audace2 sois vritablement audax ,iapeti genus2 dpasse-toi1 surmonte-toi1 vis dangereusement1 pour arriver au mpris du danger1 c'est--dire de toute faiblesse2 tire de toi tous les lments de force que tu contiens pour devenir tout ce que tu es et pour ainsi dire plus encore2 car1 comme a dit ,la ,rochefoucauld3 ,nous avons plus de force que de volont et c'est souvent pour nous excuser nous-mmes que nous nous imaginons que les choses sont impossibles1 et comme il a dit encore3 ,rien n'est impossible2 il y a des voies qui conduisent toutes choses1 et si nous avions assez de volont nous aurions toujours assez de moyens2 et comme il a dit encore3 ,il s'en faut bien que nous connaissions toutes nos volonts4 ,agis d'aprs ces maximes et tu seras beau1 ce qui est le souverain bien1 tant cherch4 ,c'est ainsi que tu comprendras toi-mme et que tu comprendras le monde2 car le monde et l'existence ne peuvent paratre justifis1 n'ont un sens1 ne cessent d'tre incriminables qu'en tant que phnomne esthtique et dessein esthtique1 volont de beau4--,ceci est le fond et presque le tout de ,nietzsche4 ,il y a trois impratifs3 du bien1 du vrai et du beau4 ,nietzsche a senti fortement l'impratif du vrai1 profondment celui du beau2 et la conception du bien o il est arriv a t postule en son esprit par l'impratif du vrai et surtout par l'impratif du beau4 ,mais1 par suite de sotte dmangeaison de scandaliser1 par suite d'humeur provocatrice1 par suite de lourd antiphilistinisme et c'est--dire de philistinisme rebours1 il a tant affect l'immoralisme1 tant rpt1 lui le trs grand moraliste et trs pur1 l'loge du crime1 du vice1 de la mchancet1 de la cruaut1 comme s'il et t un vulgaire ,stendhal1 qu'il s'est ruin comme moraliste1 qu'il n'aura aucune autorit parmi les hommes1 et que sa haute morale ne sera accessible et profitable qu' ceux1 videmment rares1 qui sauront la dgager patiemment de toutes ses scories1 qui sont propos querelleurs1 boutades1 incartades et paradoxes4 ,,chapitre ,,vi ,,la ,,morale ,,science-,,des-,m,,urs ,d'autres moralistes1 parmi lesquels comme prcurseurs on peut et l'on doit compter ,hobbes1 ,saint-,simon et aussi ,auguste ,comte1 en ce sens qu'il a voulu faire rentrer la morale dans la sociologie1 la tte desquels on doit mettre ,m4 ,lvy-,bruhl1 pour son livre1 d'un incomparable talent1 intitul la ,morale et la science des murs1 se sont demand ceci3 la morale ne serait-elle pas1 comme la physique1 tout simplement une science8 ,qu'est-ce qu'une science8 ,c'est3 #a la connaissance d'un certain nombre de faits2 #b le ramnement de ces faits un petit nombre de lois ou une seule loi4 ,la morale ne serait-elle pas la science des faits moraux telle date1 dans telle civilisation1 et la rduction de ces faits un certain nombre de lois gnrales ou une seule loi8 ,est-ce que1 la morale1 ce ne serait pas les murs1 les murs tudies avec prcision et avec plnitude1 et puis ramenes quelques formules indiquant leur tat gnral et le sens dans lequel elles se dirigent8 ,ce serait tudier la ralit morale4 ,remarquez qu'il n'y a que cela de scientifique1 et c'est dire qu'il n'y a que cela qui soit sr4 ,remarquez que toute formule de morale thorique et normative est une imagination1 une construction idale1 une uvre1 si l'on veut1 de la raison spontane2 et raison spontane ne veut rien dire que raison intuitive1 donc une rvlation dans une extase2 et il n'y a rien l de scientifique1 la science ne s'appuyant que sur des faits et ne voulant et ne devant partir que des faits4 ,les rvlateurs nous diront3 ,mais nous aussi nous partons au moins d'un fait2 nous partons du fait moral1 du tu dois que la conscience dit chaque homme2 et cela est bien un fait4 --,oui2 mais un fait qui ne contient rien1 un fait qui ne contient pas de faits1 un fait qui ne contient que lui1 et que1 en tant que fait1 nous ne pouvons enregistrer que comme une impulsion4 ,nous en tiendrons compte2 mais nous disons qu'il n'est pas scientifique de fonder quoi que ce soit sur un seul fait1 ft-il universel1 qui n'est qu'une tendance de l'me humaine et qui ne renseigne pas sur la morale1 qui ne donne d'autre renseignement sur la morale que ceci que l'me humaine tend ce qu'il y en ait une4 ,remarquez de plus que ce qui vient d'tre dit n'est pas vrai2 que les morales thoriques1 normatives1 qui rvlent et qui commandent1 au fond ne font pas autre chose que ce que nous voulons qu'on fasse1 ne font pas autre chose que rationaliser la pratique morale existante1 que mettre en une loi ce qu'elles observent comme faits moraux autour d'elles4 ,d'o vient1 en effet1 que ces morales thoriques divergent par leurs thories et convergent admirablement par les prceptes qu'elles enseignent1 une fois qu'elles en arrivent ces prceptes8 ,le fait n'est pas niable4 picure et ,znon sont aux antipodes pour ce qui est des thories2 ils s'accordent si bien pour ce qui est des prceptes que ,snque emprunte indiffremment ses formules picure et ,znon4 ,leibniz montrait sans difficult que sa morale1 toute rationnelle1 tait parfaitement d'accord en ses conclusions avec la morale religieuse4 ,john ,stuart ,mill fait remarquer que sa morale1 tout utilitaire1 finit parfaitement par se confondre avec le fond mme de l'vangile3 ,aime ton prochain comme toi-mme4 ,et c'est ce qui faisait dire1 trs spirituellement1 ,schopenhauer3 ,il est difficile de fonder la morale1 il est ais de la prcher4 ,que conclure de cette concidence qui ne peut pas tre fortuite8 ,que les thoriciens de la morale ont1 quoi qu'ils en aient1 les yeux fixs sur la moralit commune et y conforment leurs prceptes2 qu'ils ne peuvent pas s'carter de la conscience commune de leur temps2 qu'ils ne dduisent pas1 quoi qu'ils en puissent croire1 leur pratique de la thorie1 mais qu'ils dduisent leur thorie de la pratique4 ,bon gr1 mal gr1 la thorie est assujettie rationaliser la pratique existante4 ,seulement ce qu'ils font l1 ils le font inconsciemment1 machinalement1 subissant la pression des entours1 et avec cette erreur qu'ils croient tirer de leurs principes leurs prceptes1 alors qu'ils accommodent leurs prceptes1 inspirs par la morale courante1 aux principes d'o ils sont partis1 ce qui1 pour des hommes ingnieux1 et du reste en toute bonne foi1 est toujours possible4 ,or1 ce qu'ils font inconsciemment1 faisons-le en nous en rendant compte1 mthodiquement1 scientifiquement1 rellement4 tudions la ralit morale1 c'est--dire les murs qui nous entourent1 et les classant1 les ramassant1 les formulant1 ramenons-les des lois gnrales4 ,ces lois gnrales seront la morale1 la morale relle1 de notre temps4 ,c'est tout ce qu'un esprit scientifique peut faire et doit faire4 ,sans doute1 la morale a toujours eu pour caractre d'tre idalisatrice1 de s'loigner des faits1 et mme nous ne la sentons comme quelque chose quoi nous sommes forcs de donner un nom qu'en tant qu'elle s'loigne des faits et veut nergiquement les dpasser2 sans cela elle s'appellerait la ralit ou la nature4 ,rien de plus certain2 mais la morale1 quand on y regarde de prs1 ne s'loigne pas des faits ambiants2 elle semble s'en loigner4 ,en fait cet idal n'est que la projection de la ralit sociale d' prsent1 soit dans un pass lointain1 soit dans un avenir lointain aussi4 ,c'est l'ge d'or de derrire nous ou de devant nous4 ,mais il n'en reste pas moins que la plus belle morale thorique est inspire par les murs ambiantes1 que1 seulement1 elle transfigure4 ,les ,paradis sont trs instructifs cet gard4 ,ils sont la projection brillante des murs mmes du peuple qui appartiennent ceux qui les rvent4 ,le paradis de ,virgile est un cap ,sunium ou un ,tibur1 un lieu o des sages conversent ternellement de choses leves et belles2 le paradis de ,dante est une glise catholique o les lus se repaissent de la connaissance de ,dieu2 le paradis de ,mahomet est un jardin d',armide et le paradis d',odin un merveilleux pays de chasse4 ,voyez-vous ,virgile dcrivant un paradis o tous les lus travailleraient dans la plus stricte galit et1 dans une galit pareille1 recevraient chacun leur part des fruits recueillis8 ,non1 ce paradis-l n'aurait pu tre peint que par un ,jsuite du ,paraguay ou ne pourrait l'tre que par ,m4 ,jaurs4 ,la morale la plus thorique n'est donc que le reflet en beau1 mais un reflet trs exact1 des murs qui environnent le thoricien4 ,revenons et reprenons3 ce que font inconsciemment les morales thoriques1 nous devons le faire mthodiquement et scientifiquement2 et elles-mmes nous enseignent que nous n'avons pas autre chose faire4 ,ceci est-il--car nous voyons bien qu'on va nous en accuser--dtruire la morale courante1 la morale qui nous entoure2 les aspirations morales de nos contemporains8 --,non1 puisque c'est s'en inspirer1 puisque c'est les consulter constamment2 non seulement les consulter1 mais les prendre en mains tout entires pour oprer sur elle une sorte de clivage mthodique1 scrupuleux1 donc le plus respectueux du monde4 --,pardon6 ,ce n'est pas la morale de vos contemporains que vous clivez2 ce sont leurs murs1 et cela fait une diffrence4 --,les murs oui2 mais la morale aussi2 la morale pour nous fait partie des murs2 les aspirations morales les plus leves font essentiellement partie des murs2 la foi morale d'un ,kant1 le monde comme volont d'un ,schopenhauer1 la volont de puissance d'un ,nietzsche1 sont des faits moraux d'une extrme importance et que nous mettons sur nos fiches2 la mtamorale fait partie des murs comme fait thique2 mais notre mtier de savant n'est que d'tudier toutes les murs et de les ramener leurs lois gnrales ou leur loi gnrale4 ,quelles sont les murs du monde civilis1 y compris ses rveries thologiques1 au ,x,xe sicle1 voil ce que nous avons savoir2 quelle pense gnrale ou quel groupe de penses gnrales peuvent-elles raisonnablement se ramener2 voil ce que nous avons chercher4 ,cette morale science-des-murs a soulev et soulve de nombreuses et fortes objections4 ,prvue par ,renouvier1 elle lui faisait dire1 dans sa ,science de la morale3 ,l'invitable considration de l'tat de moralit des autres pour dcider de la possibilit des actes moraux de chaque homme1 suppos moral en principe1 est une espce de solidarit humaine rappel de la solidarit du mal que nous avons expose plus haut444 ,c'est pour cette raison que les moralistes les plus rigides sont rduits distinguer les devoirs en larges et stricts1 parfaits et imparfaits d'o toute une casuistique444 ,kant lui-mme1 concession et faiblesse trop peu remarques1 admet des devoirs larges et ne sait comment marquer la limite des devoirs stricts444 ,de l une sorte de coexistence de deux morales dans l'esprit de la plupart des hommes de notre temps et de tous les temps4 ,l'une de ces morales s'attache un idal de bont1 de pardon et de sacrifice raliser en chaque personne444 et prend la raison et la libert pour les coefficients uniques des actes moraux4 ,mais1 ct de celle-ci1 on trouve une autre morale qui parle de justice matriellement obligatoire1 de devoirs imposs par contrainte444 ,on s'explique cela sans peine1 une fois remarqu1 par l'influence d'une passion de l'homme qui veut la fois envisager son idal dans les faits1 se flatter de l'y retrouver et porter dans l'idal1 afin de le rendre mieux applicable1 des maximes des notions nes des faits mmes o l'idal se trouve renvers4 ,rduire la morale tre le rsum1 le ramass et l'extrait des murs contemporaines et environnantes1 c'est se faire un idal des notions nes des faits mmes o l'idal est renvers2 c'est1 des deux morales1 l'une qui se fait un idal elle-mme et l'autre qui en cherche un dans les faits qui le renversent1 carter la premire et conserver prcieusement la seconde1 carter l'excellente et garder la mdiocre4 ,car enfin que m'apprendront les murs des hommes8 ,elles sont surtout mauvaises4 ,a tre mauvais4 --,non1 elles sont surtout mdiocres4 --,a tre mdiocre4 ,on ne se trompera gure1 dit ,nietzsche1 en attribuant les petites actions la peur1 les moyennes l'habitude et les grandes la vanit4 ,que m'enseignera le clivage8 ,a vivre moiti selon la peur1 moiti selon la coutume2 car les grandes actions1 tant rares1 n'entreront pour ainsi dire point comme coefficient de la moyenne4 ,la morale science-des-murs est analogue ce qu'on a dit de la morale de ,la ,fontaine3 ,la ,fontaine est moral comme l'exprience4 ,or ceci est une sottise4 ,est-ce que l'exprience est morale8 ,elle est surtout dmoralisante4 ,la morale science-des-murs est analogue encore la religion de l'humanit de ,comte3 ,adorez l'humanit1 dit ,comte4 --,mais elle n'est pas adorable du tout4 ,elle est surtout mprisable4 ,comment voulez-vous que je l'adore8 --,que faites-vous donc8 --,j'adore ,dieu4 --,mais ne voyez-vous pas que ,dieu1 c'est l'humanit projete dans l'infini1 avec une transfiguration plus ou moins adroite8 --,il est possible2 mais ,dieu1 c'est un idal que je puis adorer1 et comme il me commande d'aimer les hommes1 je les aime par ce dtour qui1 je l'avoue1 m'est ncessaire2 ,dieu me disant3 ,aime les hommes1 moi rpondant3 ,ah6 bien6 oui6 ,dieu me rpliquant3 ,je les aime bien1 moi6 et moi n'ayant plus rien dire4 ,oui il y a analogie entre une morale se passant d'idal et tirant le devoir de l'tude des hommes qui ne le pratiquent pas1 et une religion se passant de ,dieu et commandant d'aimer les hommes qui ne le mritent point4 ,morale rsultant de la science des murs6 ,je vis au ,x,v,i,ie et je lis ,la ,bruyre4 ,voil bien1 avec de l'esprit tout autour1 la science des murs4 ,remarquez que ,la ,bruyre peint trs souvent les bonnes murs et ne se borne pas peindre les mauvaises4 ,c'est un tableau complet du temps4 ,eh bien6 ,c'est d'aprs le rsum ou la moyenne de ces murs que je vais me conduire8 ,je suis damn4 ,comme je l'ai fait remarquer1 dans ce trait ou dans un autre1 la morale science-des-murs a pour maxime fondamentale le critrium de ,kant1 altr1 adultr1 tel qu'il serait s'il tait mal compris4 ,kant dit3 ,agis toujours comme si tu voulais que ton action ft rige en rgle universelle de conduite4 ,la morale science-des-murs dit1 ou semble bien dire3 ,agis toujours selon ce qui est rig en rgle universelle de conduite4 ,c'est le critrium de ,kant1 moins l'idal1 l'idalisme1 l'lan vers le mieux1 qui est contenu dans le conditionnel3 ce que tu voudrais qui ft4 ,un ancien1 d'aprs ,kant1 aurait pu affranchir ses esclaves2 d'aprs la morale science-des-murs il n'aurait pas cru pouvoir le faire4 ,un patron1 d'aprs ,kant1 peut admettre ses ouvriers la participation aux bnfices2 suivant la morale science-des-murs il ne croira pas pouvoir le faire4 ,l'tude des murs1 tendances1 inclination des hommes1 mme non seulement de notre temps1 mais de tous les temps1 ne peut1 selon l'expression de ,m4 ,delbos1 qui me parat excellente1 que dcrire une volont voulue1 non expliquer une volont voulante ni1 plus forte raison1 faire vouloir4 ,je puis considrer toutes les actions des hommes1 les connatre toutes1 et certes j'en serai plus clair2 mais1 quand il s'agira de me dcider1 ce sera par un mouvement intrieur qui1 soit approuvera1 soit dsapprouvera la moyenne de ces actions1 et dans les deux cas ce n'est pas cette moyenne elle-mme qui m'aura dcid4 --,a moins que vous n'agissiez selon la coutume6 --,mais non pas mme6 ,quand on agit sans rflexion1 on agit par imitation de la coutume1 oui2 mais muni de la science des murs et ayant rflchi sur elle1 quand on agit par coutume on n'agit pas par coutume2 on agit par approbation de la coutume2 et ceci mme est un mouvement intrieur4 ,donc1 dans tous les cas1 ce n'est pas la science des murs qui me fera agir1 mais quelque chose de moi qui s'y sera ajout4 ,ce quelque chose de moi1 c'est mon idal1 et nous voil ramens la morale thorique4 ,la science objective des murs ne peut produire1 dit encore ,m4 ,delbos1 aucune rgle dfinie qui prescrive la volont des fins choisir--sinon par addition arbitraire4 ,cette addition arbitraire1 c'est l'inspiration de mon idal particulier4 ,je l'ajoute au donn que j'ai tir de ma science des hommes2 mais1 sans cette addition1 il n'y aurait rien du tout de dterminant4 ,ma volont s'appuie sur toute la science thique que je puis avoir1 pour y trouver le moment o mon action est opportune1 la matire dont mon action sera remplie1 la manire aussi 7je puis imiter un homme que j'approuve7 dont mon action sera faite1 les moyens aussi de mon action2 mais de toute ma science thique ma volont ne saurait tirer sa loi propre4 ,singulier renversement des valeurs4 ,avec la science des murs c'est l'homme libre1 ce me semble1 qui est immoral4 ,supposons forme actuelle de la morale ce que ,nietzsche assure avoir t la premire forme de la morale3 ,la moralit n'est pas autre chose que l'obissance aux murs2 mais les murs c'est la faon traditionnelle d'agir444 ,donc l'homme libre est immoral1 puisque1 en toutes choses1 il veut dpendre de lui-mme et non d'un usage tabli4 ,mal est quivalent d'intellectuel1 de libre1 d'arbitraire1 d'imprvu444 ,si une action est excute1 non parce que la tradition le commande1 mais pour d'autres raisons et mme pour les raisons mmes qui ont autrefois tabli la coutume1 elle est qualifie d'immorale et considre comme telle4 ,notez que1 mme de nos jours1 il en est peu prs ainsi1 cause de cette sous-morale dont nous parlait si bien ,renouvier4 ,mais enfin les choses sont telles4 ,en morale science-des-murs l'homme original est immoral1 l'homme individuel est immoral2 la libert est une immoralit4 ,la seule moralit est la moralit animale1 et encore la moralit animale lmentaire3 se conformer au milieu4 ,pour une fourmi ou une abeille1 la moralit telle qu'elle apparat dans la science des murs est--non pas absolue2 car encore un individu fourmi ou un individu abeille a de l'initiative--mais tout prs d'tre absolue4 ,or1 malgr tout le respect que l'on doit ces animaux prodigieusement dous de l'instinct social1 ne sent-on pas que l'homme tout au moins est constitu autrement et n444 pour beaucoup de choses1 mais en particulier pour chercher individuellement ses motifs d'agir4 ,nietzsche semble avoir souvent rencontr sur le chemin de sa pense la morale science-des-murs ou quelque chose de bien approchant4 ,il dit un jour3 ,digne de rflexion--accepter une croyance simplement parce qu'il est d'usage de l'accepter1 ne serait-ce pas tre de mauvaise foi envers soi-mme1 tre lche1 tre paresseux8 ,et donc la mauvaise foi1 la lchet1 la paresse1 seraient-elles donc la condition premire de la moralit8 --,oui1 ce semble1 si la moralit1 c'est connatre les murs et y adhrer4 ,et ici revient le mot1 que je ferai revenir encore1 le mot matre de la morale de ,nietzsche3 ,ne jamais songer rabaisser nos devoirs tre les devoirs de tout le monde4 ,remarquez3 mme les devoirs4 ,les devoirs ne sont pas la moyenne des murs2 ils en sont le meilleur2 ils sont ce que nous avons tir de la science des murs en y ajoutant 7addition arbitraire de ,m4 ,delbos7 en y ajoutant de notre grce1 une prfrence l'gard de telle ou telle coutume parmi les cent mille2 les devoirs sont telle action que nous avons vu faire1 rige par nous en exemple1 en modle1 en type de loi4 ,or1 mme ces actions d'lite1 mme ces devoirs1 quand nous songeons aux ntres1 nous ne devons pas vouloir qu'ils soient des devoirs suffisants2 nous devons les dpasser1 les surmonter1 les laisser loin derrire nous et nous privilgier dans le devoir4 ,or ces devoirs suprieurs1 ces surdevoirs1 o en prendrons-nous l'ide8 ,dans la science des murs1 je le veux bien1 mais--toujours--en y ajoutant quelque chose4 ,quoi8 ,quelque chose qui1 sans doute1 ne nous serait jamais venu l'ide si nous ne connaissions pas les murs1 mais qui nous est inspir1 comme dsir1 comme aspiration1 comme lan vers un mieux1 par un mouvement intrieur4 99 99 99 99 99 ,en tout cas1 comme on l'a fait remarquer ,m4 ,lvy-,bruhl1 cette morale tire de la science des murs serait terriblement conservatrice4 ,elle empcherait1 elle interdirait tout progrs4 ,si la moralit consiste connatre les murs de ses contemporains et s'y conformer1 on n'inventera jamais une manire meilleure d'tre moral2 on pitinera toujours2 on tournera toujours dans le mme cercle4 ,mon ,dieu1 a rpondu spirituellement ,m4 ,lvy-,bruhl1 je ne sais qui entendre4 ,les uns me reprochent de dtruire la morale1 les autres me reprochent de la trop conserver6 ,on peut lui rpliquer3 mais1 prcisment6 ,conserver la morale c'est la dtruire1 puisqu'elle est en son essence un dsir d'amlioration2 puisqu'elle est une aspiration vers un mieux2 puisqu'elle contient essentiellement non un tre1 mais un devenir4 ,je suis moral1 surtout1 presque exclusivement1 en ceci que je veux tre plus moral4 ,m'assigner pour tche seulement de ressembler tout le monde1 c'est me prescrire d'tre ce que je suis et non pas1 comme ,nietzsche1 de devenir celui que je suis2 et non pas1 comme la plupart des philosophes1 de devenir autre que je ne suis4 ,on peut donc indiffremment vous reprocher de dmolir la morale et de la conserver2 car1 si ce n'est pas la mme chose1 ce sont choses trs analogues4 ,votre doctrine conduit une sorte d'obissance apathique la coutume1 l'impossibilit de procurer ou mme de concevoir aucun progrs social1 moins que l'on ne compte sur la vis medicatrix natur1 sur la nature faisant toute seule le progrs et l'amlioration1 ce qui n'est pas chose dmontre1 ni trs probable4 ,il ne peut pas ne pas y avoir un certain fatalisme dans l'homme domin par la science des murs4 ,il sera toujours l'homme1 assez rpandu dans le monde1 du reste1 qui1 quand on lui dit3 ,que faut-il faire8 rpond3 ,il y en a qui font ainsi1 d'autres de telle sorte4 --,mais que faut-il faire8 --,la plupart font comme ceci4 --,mais encore8 --,il y en a presque autant1 du reste1 qui font autrement4 --,ah6 quel homme6 ,c'est l'homme de la science des murs4 99 99 99 99 99 ,on pense bien1 si l'on connat ,m4 ,lvy-,bruhl1 qu'il a prvu toutes les objections que soulevait son systme et qu'il y a rpondu trs spcieusement4 ,il a commenc par rpondre1 mme par avance3 ,remarquez bien que je laisse intacte toute la morale4 ,cette morale telle que vous la suivez1 soit chrtienne1 soit stocienne1 soit kantienne1 soit sentimentale1 elle reste tout entire2 je serais du reste bien empch la vouloir dtruire2 et elle continue vous inspirer4 ,seulement1 ct d'elle1 loin d'elle1 mme1 si vous voulez1 j'institue une science des murs 7et non pas une morale7 comme il existe une physique pour tudier la nature4 ,il n'y a pas substitution d'une chose une autre1 il y a une chose nouvelle et qui manquait1 qui est cre et qui en elle-mme est minemment intressante et qui pourra peut-tre1 un jour1 tre utile la premire4 ,la ,bruyre ne se substitue pas ,bourdaloue1 ni n'en a la prtention4 ,il fait de la science des murs1 pendant que ,bourdaloue fait de la morale4 ,m4 ,lvy-,bruhl a dit cela trs souvent au cours de son volume2 mais ici il y a chez lui un peu de flottement4 ,s'il dit cela et vingt fois1 il dit aussi3 ,la science des murs ne dtruit pas les systmes de morale444 mais elle les remplace2 il dit aussi3 ,une science des murs substitue la morale thorique444--,et si la science des murs1 sans dtruire la morale thorique1 s'y substitue et la remplace1 je ne vois pas trop comment elle ne la dtruit pas2 elle ne la dtruit peut-tre pas2 mais ou elle l'limine1 ou elle l'absorbe1 et l'on conviendra que c'est peu prs dtruire4 ,non1 ,m4 ,lvy-,bruhl et ses disciples ont bien dans l'ide que la science des murs jouera--au moins un jour--le rle que jusqu'ici la morale a jou et ils devraient tout simplement en convenir4 ,un procureur de la ,rpublique ,dijon1 concluant dans une affaire de publications pornographiques1 disait1 en #aijg3 ,les bonnes murs sont les murs de l'poque o l'on vit4 7,voir ,la ,gangrne pornographique1 #aijh47 ,voil la morale science-des-murs4--,dans une composition de candidate un brevet pdagogique on a relev la ligne suivante3 ,la morale est ce qu'enseignent les murs gnrales d'une poque4 ,voil la morale science-des-murs4 ,m4 ,lvy-,bruhl a si bien et l'intention de fonder une morale1 mettons si vous voulez une rgle des murs1 sur la science des murs1 et de rpondre l'objection qu'avec cette morale il n'y a pas d'amlioration morale possible1 que tout ce que nous venons d'exposer n'est que la moiti de son systme et qu'il y a une seconde partie de sa tche1 comme on dit1 o il n'est pas moins brillant que dans la premire et o nous allons le suivre4 ,a la science des murs il y aura ajouter1 quand le temps en sera venu1 quand la science des murs sera assez sre et assez riche1 un art de la moralit1 et c'est cet art1 fond sur la science1 clair par elle1 qui permettra et qui donnera les amliorations1 le progrs dont on nous parle tant et que l'on nous accuse si fort de ne pouvoir ni procurer ni concevoir4 ,cet art qui sera un art rationnel1 se servant des donnes de la science des murs1 comparera les murs entre elles1 verra celles qui sont bonnes et celles qui sont meilleures1 modifiera1 par des procds rationnels1 la ralit morale donne1 comme la mcanique et la mdecine interviennent1 en vue de ces mmes intrts1 dans les phnomnes physiques et biologiques2 suscitera et imposera1 au nom de la science sre o elle s'appuiera1 des amliorations diverses et constituera ainsi le progrs moral4 ,un art rationnel sera substitu des pratiques plus ou moins empiriques et illusoires4 ,peut-on douter que si nous avions une connaissance scientifique de notre socit1 c'est--dire1 d'une part des lois qui rgissent les rapports entre les phnomnes1 et d'autre part des conditions antrieures dont chacune des sries de phnomnes est le rsultat1 si nous en possdions en un mot les lois statiques et dynamiques2 peut-on douter que cette science ne nous permt de rsoudre la plupart des conflits de conscience et d'agir1 de la faon la plus conomique la fois et la plus efficace sur la ralit sociale o nous serons plongs8444 ,et grce cet art rationnel1 la ralit morale pourra tre amliore entre des limites qu'il est impossible de fixer d'avance4 ,par cet art de la moralit ajout la science des murs1 ,m4 ,lvy-,bruhl remplit toute la place occupe autrefois par la morale thorique4 ,il a invent d'abord une science morale qui par elle-mme ne donnait rien1 qui ne donnait rien qu'elle-mme1 c'est--dire une chose intressante1 mais sans aucune utilit pratique4 ,mais ds qu'il y ajoute l'art de la moralit1 voil que la morale thorique1 avec tous les prceptes qu'elle tirait de ses axiomes1 est remplace1 cette fois elle l'est2 et aussi la science sociale se trouve utilisable et utilise par les donnes certaines1 par les matriaux srs et riches qu'elle donnera l'art de la moralit4 ,la morale thorique n'a plus arguer de son utilit pour vouloir rester dans la place4 ,elle est limine parce qu'elle est dment remplace2 elle est limine parce que deux personnages prennent son office1 le remplissent tout entier et le remplissent mieux4 ,grce cet auxiliaire qui s'appelle l'art de la moralit1 la morale science-des-murs a bataille gagne4 ,blcher apparaissant1 de vaincu ,wellington passe vainqueur4 ,a cela deux objections1 la premire de peu d'importance3 ,vous reconnaissez vous-mme que la science des murs est encore faire et qu'il se passera beaucoup de temps avant qu'elle soit moiti faite4 ,vous reconnaissez d'autre part que l'art de la moralit ne peut entrer en fonctions que quand la science des murs sera faite1 ou trs peu prs4 ,d'ici ce temps loign1 quelle sera la rgle des murs ou quelles seront les rgles des murs8 ,nous voil immobiliss en l'attente d'un ,messie4 ,heureux seront nos neveux3 ils sauront ce qu'ils doivent faire2 malheureux nous sommes1 qui savons seulement que d'autres sauront ce qu'ils doivent faire4 ,rponse3 ,ce serait dj trs beau1 peut dire ,m4 ,lvy-,bruhl1 de savoir qu'en nous appliquant la science des murs nous travaillons permettre l'art moral de natre1 qu'en nous appliquant la science des murs nous travaillons aux soubassements du majestueux difice moral1 comme dit ,kant4 ,ensuite vous avez pour vous conduire la morale telle qu'elle existe en ce moment et que l'on doit considrer comme une morale provisoire3 ,l o la science ne peut pas encore diriger notre action et o la ncessit d'agir s'impose1 il faut s'arrter la dcision qui parat aujourd'hui la plus raisonnable d'aprs l'exprience passe et l'ensemble de ce que nous savons444 ,nous ne vous disons pas3 ,abstenez-vous tant que la science ne sera pas faite1 nous vous disons3 ,le mieux serait1 ici comme ailleurs1 de possder la science de la nature pour intervenir dans les phnomnes coup sr1 quand il le faut et dans la mesure o il faut2 mais1 jusqu' ce que cet idal soit atteint1 s'il doit jamais l'tre1 que chacun agisse selon les rgles provisoires les plus raisonnables possibles4--,accord4 ,seconde objection3 ,nous sommes au ,x,x,x,i,i,ie sicle4 ,la science morale est constitue1 l'art moral a commenc fonctionner4 ,la science des murs constate les murs1 l'art moral les juge1 les dirige et les amliore4 ,mais comment les juge-t-il pour les diriger et les amliorer8 ,dans quel esprit8 ,avec quel critrium8 ,sur quel principe8 ,car la science des murs ne lui fournit ni principe1 ni critrium1 ni esprit4 ,elle ne connat que des faits et des rapports entre les faits1 et elle ne fournit l'art de la moralit que des faits et des rapports entre des faits1 absolument rien de plus4 ,avec quoi l'art moral va-t-il juger les murs pour les diriger et les faire meilleures8 ,mme1 comment saura-t-il ce que c'est que le meilleur8 ,quel sens ce mot aura-t-il pour lui8 ,ce mot n'aura un sens que si l'art moral a en lui-mme1 puise en lui-mme1 une notion du bon1 du mauvais1 du meilleur1 du pire4 ,mais alors il a lui-mme un esprit1 un critrium1 un principe6 ,mais alors il est une morale thorique1 tout simplement6 ,du moment que vous instituez un art de la moralit1 c'est une morale thorique que vous instituez4 ,du moment que vous instituez quelque chose qui estime1 qui juge1 qui prfre1 qui dcide de la valeur des actes1 qui couronne les uns1 qui condamne les autres1 qui limine les uns1 qui conserve les autres et qui1 par cet ensemble d'oprations1 amliore l'tat gnral des murs ou prtend l'amliorer1 ce quelque chose1 quelque nom que vous lui donniez1 et vous avez beau l'appeler art et non dogme1 est une morale thorique comme celle de ,znon ou d'picure1 ou de ,kant4 ,et1 comme la morale la plus authentiquement du monde morale thorique1 ce quelque chose est forc d'avoir son principe1 son ide gnrale d'aprs laquelle il tablit tous ses jugements particuliers1 toutes ses leons1 tous ses prceptes4 --,il ne donnera ni leons1 ni prceptes6 --,la belle affaire6 ,qu'importe8 ,il ne prescrira pas1 mais il proscrira4 ,or proscrire c'est prescrire4 ,il ne dira pas3 il faut faire cela1 mais il dcidera que telle coutume est mauvaise2 c'est prescrire l'autre1 celle qui remplacera celle-l4 --,il y a pourtant une diffrence entre un art et un dogme1 sans cela il n'y aurait pas deux mots4 ,notre art ne commandera pas2 il n'intimera pas des ordres2 il n'organisera pas autour de lui une religion ou quasi-religion1 comme font toutes les morales qui russissent1 et mme les autres2 il procdera par lentes pressions sur l'opinion publique1 par propagande1 par exhortations et conseils444 --,autrement dit ce sera une morale persuasive et non une morale imprative1 je le reconnais parfaitement2 effaons l'assimilation que j'en faisais la morale de ,kant2 maintenons l'assimilation que j'en faisais la morale de ,znon ou d'picure4 ,ce sera une morale persuasive2 mais ce sera une morale thorique et elle ne pourra pas ne pas tre une morale thorique4 ,art tant que l'on voudra2 mais est-ce que les arts n'ont pas et ne sont pas obligs d'avoir leur thorie et leurs ides gnrales et leurs principes8 ,est-ce que la mdecine1 laquelle vous comparez trs souvent1 et avec raison1 votre art de la moralit1 n'a pas ses thories et ses ides gnrales et ses principes8 ,l'art moral sera une morale persuasive comme toutes les morales de l'antiquit1 mais ce sera trs bien et forcment une morale1 toute une morale1 avec son principe qu'elle aura tir d'elle-mme1 tout comme le stocisme1 sa voisine1 la science des murs1 tant absolument incapable de lui en fournir aucun4 ,je dirai mme que1 quoique persuasive et ne pouvant pas tre plus1 cette morale sera amene 1 du moins1 se donner des airs trs normatifs1 cause de ce voisinage de la science des murs4 ,la science des murs ne lui fournira point ses principes et ne pourra lui en fournir aucun2 mais elle l'instruira1 elle lui donnera des faits et des statistiques et1 cause de cela1 l'art moral se dclarera scientifique1 prtendra avoir reu de la science son principe1 ses ides directrices--le croira1 du reste1 trs naturellement--et se dclarera scientifique elle-mme1 se nommera art-moral-scientifique et se donnera toute l'autorit un peu insolente que se donne tout ce qui est scientifique ou qui croit l'tre4 ,l'art moral ne sera pas impratif2 mais pour rbarbatif1 je gagerais qu'il le sera4 ,en tout cas1 en appelant un art de moralit la suite--et au secours--de la science des murs1 c'est ncessairement une morale thorique que vous provoquez natre4 ,m4 ,lvy-,bruhl a prvu cette objection1 comme il les a prvues toutes1 et y rpond trs fortement1 comme toujours3 ,amliorer les murs1 me dira-t-on8 ,quel sens peut avoir ce terme dans une doctrine telle que la vtre8 ,vous jugez donc de la valeur des rgles d'action au nom d'un principe qui leur est extrieur et suprieur8 ,vous revenez donc au point de vue de ceux qui1 au nom de la morale1 distinguent de ce qui est ce qui doit tre8--,point du tout444 ,on conoit trs bien que la ralit donne puisse tre amliore sans qu'il soit ncessaire d'invoquer un idal absolu444 ,le sociologue peut constater dans la ralit sociale actuelle telle ou telle imperfection sans recourir pour cela aucun principe indpendant de l'exprience4 ,il lui suffit de montrer que telle croyance par exemple ou telle institution sont surannes1 hors d'usage et de vritables impedimenta pour la vie sociale444 ,prenons1 par exemple1 la rpression des actes criminels4 ,il y a cinquante ans1 la thorie la plus rpandue voyait dans la peine surtout une rparation du dommage apport l'ordre social4 ,aujourd'hui les thories utilitaires prdominent4 ,mais supposons que les sciences de la ralit sociale aient fait des progrs suffisants et que nous connaissions d'une faon positive les conditions physiologiques1 psychologiques et sociales des diffrentes sortes de dlits et crimes3 cette connaissance ne fournira-t-elle pas des moyens rationnels et qui ne seront plus en discussion1 non pas1 sans doute1 de faire disparatre les crimes1 mais de prendre les mesures1 soit rpressives1 soit prventives1 les plus propres les rduire leur minimum8444 ,voil qui est raisonn1 si bien que j'apporterai un autre exemple l'appui de ce raisonnement4 ,l'esclavage aurait pu tre aboli sans aucune considration morale4 ,il aurait suffi qu'un conomiste dmontrt aux propritaires d'esclaves1 ou que les propritaires d'esclaves comprissent d'eux-mmes1 que le travail libre rapporte plus et cote moins que le travail esclave1 ce qui est la vrit mme et ce qui est chose o n'entre pas un atome de moralit et ce qui est chose qui1 mme1 contient une immoralit de premier ordre4 ,et par parenthse un historien me montrerait que c'est prcisment sur des considrations de ce genre qu'en ralit l'esclavage a t aboli1 que je n'en serais pas autrement surpris4 ,l'intelligence d'un mieux matriel1 amene par des statistiques et par une interprtation sense des statistiques1 suffit donc pour raliser une amlioration matrielle1 je le reconnais1 et une amlioration matrielle qui peut concider et se confondre avec une amlioration morale1 je le reconnais encore4 ,mais une amlioration purement morale1 celle-ci par exemple3 se sacrifier pour son pays2 celle-ci par exemple1 moins ambitieuse3 prfrer sa dignit son bnfice2 celle-ci par exemple3 dire1 avec risques1 ce qu'on croit vrai2 celle-ci par exemple3 prfrer n'avoir pas une place que la devoir l'intrigue2 je voudrais bien savoir quelles statistiques trs bien faites et trs intelligemment interprtes pourront l'inspirer l'art de la moralit4 ,absolument aucune4 ,les statistiques intelligemment interprtes inspireront l'art moral rationnel des vrits sociologiques et des amliorations sociologiques1 des vrits de bonne police et des amliorations de bonne police2 des vrits morales jamais1 des amliorations morales1 jamais2 ou du moins elles lui inspireront les vrits morales dj pratiques2 mais des vrits morales nouvelles1 jamais1 et par consquent des amliorations morales1 jamais4 ,par exemple elles lui enseigneront trs bien qu'il ne faut pas tuer son pre et sa mre2 car le nombre des gens qui tuent leur pre et leur mre est sensiblement moins grand que celui des gens qui ne les tuent pas1 et voil de la statistique qui1 intelligemment interprte1 peut amener ce prcepte3 ne tuez ni votre pre ni votre mre4 ,mais les statistiques de la science des murs n'enseigneront jamais l'art moral rationnel de recommander de se sacrifier pour la vrit ou pour l'honneur2 car le nombre des gens qui ne se sacrifient point pour telles choses est un peu suprieur celui des gens qui se sacrifient pour elles4 ,l'erreur de ,m4 ,lvy-,bruhl1 qu'il a parfaitement aperue1 n'en doutez pas1 est d'avoir confondu les amliorations sociologiques1 lesquelles peuvent tre parfaitement ralises par science et intelligence1 par savoir et comprendre1 avec les amliorations morales qui ne peuvent pas tre dictes par les faits1 qui ne peuvent tre qu'claires par les faits et l'intelligence des faits4 ,voil pourquoi il a raison dans ses exemples qu'il choisit dans l'ordre des faits sociologiques1 et mme dans le mien que je choisis dans l'ordre des faits conomiques1 et tort cependant dans ses raisonnements4 ,il dit3 la ralit donne peut tre amliore sans qu'il soit ncessaire d'invoquer un idal absolu444 ,un idal absolu1 non2 mais un idal1 si1 et absolument2 car la ralit donne ne porte pas en soi son amlioration et de rien on ne tire rien4 ,il faut bien1 quand il s'agit1 non de la valeur conomique de quelque chose1 mais de sa valeur morale1 le comparer1 non lui1 qui ne donne rien1 mais un autre quelque chose qui le dpasse ou que nous trouvons qui le dpasse3 idal1 non pas idal absolu1 mais idal2 pense qui est pense propos des faits1 mais par del les faits4 ,le sociologue peut constater dans la ralit sociale actuelle telle ou telle imperfection1 sans recourir pour cela aucun principe indpendant de l'exprience4--,imperfection4 ,alors votre sociologue reconnatra une imperfection sans avoir ide du parfait8 ,comment fera-t-il8 ,sans avoir l'ide du meilleur1 qui ne lui est pas1 sans doute1 suggr par la chose amliorer8 ,comment fera-t-il8--,aucun principe indpendant de l'exprience4 ,comment prendra-t-il dans l'exprience un principe destin surmonter l'exprience et capable de la surmonter8 ,en vrit1 je ne comprends plus du tout4--,il lui suffira de montrer que telle coutume est suranne444 ,a quoi voit-on qu'une coutume est suranne8 ,en voil un critrium6 ,a ce qu'elle est antique8 ,l'habitude de nourrir ses enfants est tellement antique qu'elle doit tre suranne4--,eh6 non6 ,a ce qu'elle est en dsaccord avec les autres coutumes1 incohrentes avec elles et par consquent faisant impedimentum4 ,a la bonne heure2 mais entre deux coutumes incohrentes et impedimenta l'une de l'autre1 laquelle est l'impedimentum supprimer8 ,il y a de nos jours le suffrage universel2 sens du suffrage universel3 les chefs doivent tre choisis par les infrieurs2 et il y a l'administration1 la magistrature1 l'arme1 toutes les hirarchies2 sens des hirarchies3 les chefs sont nomms par les chefs suprieurs4 ,ces deux institutions sont incohrentes1 sont impedimenta l'une de l'autre4 ,lequel des deux impedimenta est supprimer8 ,non1 la ralit sociologique elle-mme n'a pas en elle de quoi indiquer toutes les amliorations dont elle est susceptible2 et la ralit morale n'a rien en elle qui puisse indiquer les amliorations dont elle est susceptible2 et il est ncessaire1 si l'on se fait fort d'amliorer1 d'avoir recours quelque principe1 que je ne dis nullement qui doive tre absolu1 que je ne dis nullement qui doive tre spar et coup de l'exprience1 mais qui doit en tre indpendant pour qu'il la dpasse4 ,l'art moral rationnel aura son principe lui1 ou il ne sera pas2 l'art moral rationnel sera autonome ou il ne sera pas2 l'art moral rationnel sera rationnel1 prcisment1 ou il ne sera pas4 ,et s'il a son principe il lui1 s'il est autonome1 s'il est rationnel et non uniquement exprimental1 il sera une morale thorique comme toutes celles auxquelles nous sommes habitus4 ,m4 ,lvy-,bruhl a si bien compris cela lui-mme1 subconsciemment1 qu'il assimile quelque part la conscience commune son art moral rationnel1 ce qui quivaut assimiler son art moral rationnel la conscience commune4 ,il dit3 ,la conscience commune de chaque poque ne considre pas la morale pratique comme une ralit donne1 mais comme une expression de ce qui doit tre4 ,le fait mme qu'elle se manifeste sous la forme de commandements et de devoirs prouve assez qu'elle ne croit pas simplement traduire la ralit naturelle2 mais qu'elle prtend la modifier4 ,par cette prtention elle semble vraiment tenir la place de l'art moral que nous cherchons4 ,et ce n'est pas une pure illusion2 elle en tient en effet quelque peu la place1 dans la mesure o elle exerce sur cette ralit une action qui la modifie4 ,donc votre art moral1 c'est reconnu1 ne sera pas autre chose que la conscience commune telle que nous la voyons fonctionner dans son double rle de greffier des murs et de juge des murs1 de personnage qui connat les murs et qui aussi prtend les juger pour les faire plus belles4 --,certainement1 rpond ,m4 ,lvy-,bruhl2 seulement mon art moral sera un greffier inform et un juge clair4 ,la conscience commune actuelle est un art prscientique et mon art moral sera un art postscientifique4 --,j'entends bien2 mais croyez-vous que la conscience morale actuelle ne s'claire aucunement1 sinon de la science des murs qui n'est pas encore constitue1 du moins de la connaissance des murs8 ,elle s'en sert tout autant qu'elle peut et par consquent elle est juste1 en son temps1 ce que votre art moral sera au sien4--,et d'autre part1 croyez-vous qu' votre art moral il suffira d'tre plus clair que n'est la conscience commune actuelle pour n'avoir besoin que d'tre claire en effet1 par la ralit8 ,il sera1 proportions gardes1 un degr suprieur de connaissances1 exactement dans la position de la conscience commune d' prsent par rapport la science des murs d' prsent4 ,la commune conscience d' prsent connat et1 pour dpasser ce qu'elle connat1 elle a besoin d'inventer4 ,l'art moral connatra davantage2 mais pour dpasser ce qu'il connatra il aura besoin d'inventer lui aussi4 ,votre assimilation1 trs fine et trs juste1 de la conscience commune l'art moral1 assimilant l'art moral la conscience commune1 ne sert qu' clairer d'une vive lumire ce que sera l'art moral futur4 ,il sera une morale thorique1 ayant plus ou moins le caractre et la couleur thorique1 selon le tour d'esprit de ceux qui le formuleront1 mais il sera une morale thorique se renseignant auprs de la science des murs pour savoir1 y ajoutant quelque chose qu'elle inventera1 pour juger1 pour prfrer1 pour amliorer4 ,c'est qu'il y a une lacune dans la conception trs belle et trs large dj de ,m4 ,lvy-,bruhl4 ,c'est que la morale est une science1 et un art1 et un sentiment4 ,elle est une science4 ,elle doit connatre2 elle doit connatre le plus grand nombre possible de faits moraux1 et c'est dire de faits humains4 ,si elle ne connaissait rien1 elle ne serait pas4 ,je ne dvelopperais pas ce truisme4 ,elle doit tre un art2 elle doit gurir l'humanit2 elle doit la faire plus saine1 plus forte1 plus grande et plus belle2 elle doit la sculpter dans le sens du beau3 ,et dans l'informe bloc des sombres multitudes ,la pense en rvant sculpte des nations4 ,mais avec quoi sculptera-t-elle8 ,qu'est-ce qui dirigera son ciseau1 ses mains8 ,ce qu'elle sait8 ,mais ce qu'elle sait1 c'est le bloc informe lui-mme2 elle ne sait que cela2 elle n'a que cela devant elle2 comment le bloc lui mettra-t-il dans la pense la forme de ce qu'il doit devenir1 la forme de la statue8 ,d'aucune manire4 ,la voil impuissante4 ,la morale-science est impuissante2 elle n'est que la ralit sue2 elle ne peut rien1 qu'tre satisfaite de savoir4 ,la morale-art est impuissante2 elle n'est qu'un dsir que la ralit soit autre4 ,la morale-science et la morale-art peuvent rester ternellement l'une en face de l'autre se regarder4 ,pour qu'elles aient prise l'une sur l'autre1 il faut qu'un sentiment intervienne qui mette dans la pense de la morale-art ce qu'elle veut faire du bloc1 l'ide de l'amlioration qu'elle veut poursuivre1 la forme de la statue4 ,je dis pour qu'elles aient prise l'une sur l'autre4 ,car non seulement la morale-art n'aura aucune prise sur la morale-science si un sentiment n'intervient pas dans la morale-art2 mais1 mme1 dans ce mme cas1 la morale-science n'aura aucune prise sur la morale-art4 ,je veux dire que la morale-art ne s'intressera aucunement la morale-science1 la ralit morale4 ,supposez--car cela ne s'est jamais vu--que la morale-art soit en face de la ralit morale1 avec un dsir qu'elle soit autre1 mais sans aucun sentiment la poussant vouloir que la ralit morale soit autre de telle faon ou de telle autre4 ,la morale-art ne s'occupera pas le moins du monde de la ralit morale2 elle la constatera laide et voil tout4 ,la morale-art ne s'intresse la ralit morale qu'autant qu'elle est pousse1 par tel ou tel sentiment1 la transformer4 ,le sculpteur qui n'aurait pas l'ide de faire une ,vnus1 cause de son sentiment du beau1 ne s'occuperait jamais de la terre glaise4 ,pour mieux dire1 sans un sentiment que la ralit ne peut pas lui donner1 qu'elle ne peut qu'exciter en elle1 la morale-art n'existerait pas du tout4 ,donc sans un certain sentiment1 trs puissant1 trs nergique1 trs suggestif et trs imprieux1 s'interposant en quelque sorte entre la morale-science et la morale-art1 la morale-science ne sert rien et la morale-art n'existe pas4 ,ce sentiment peut tre celui-ci ou celui-l4 ,ce peut tre le sentiment de la dignit humaine comme chez les stociens1 le sentiment de l'ordre et de la modration comme chez les acadmistes1 le sentiment du bonheur1 du souverain bonheur1 comme chez les picuriens1 le sentiment de la charit1 de l'amour comme chez les chrtiens1 le sentiment de quelque chose respecter comme chez les kantistes mais il faut qu'il y en ait un4 ,ds lors tout se tient4 ,la science morale sert quelque chose de plus qu' la satisfaction de la curiosit2 elle devient utilisable2 l'art moral s'intresse la ralit morale et mme en est furieusement avide1 car il veut savoir tout ce qu'il a rparer et l'art moral a une uvre faire1 modifier la ralit morale dans le sens du sentiment qui le possde2 la morale est science1 art et sentiment1 c'est--dire tout ce qu'il faut qu'elle soit pour qu'elle soit4 ,mon avis sur l'art moral1 c'est qu'il est faire1 presque tout entier1 je le reconnais1 n'tant qu'bauch ou esquiss soit dans la conscience commune1 soit dans les morales thoriques1 qui ne sont gure que des systmatisations1 un point de vue ou un autre1 de la conscience commune elle-mme4 ,mon avis est donc qu'il est faire1 comme ,m4 ,lvy-,bruhl le dit2 mais il se fera sur la science des murs constitue et sur un sentiment qui sera venu dans le cur de l'homme1 non pas du spectacle1 mais au spectacle de la ralit morale1 et sur une thorie nette que les penseurs auront tire de ce sentiment1 autrement dit sur ce sentiment traduit en formules prcises4 ,superposer l'art moral une thorie1 qui se sera superpose un sentiment1 lequel travaillera sur les donnes de la science des murs1 voil la pyramide4 ,l'art1 qui est habilet1 adresse1 inventions de dtail1 a besoin d'une thorie trs nette qui le guide2 c'est sa ligne2 c'est son axe2 la thorie1 en choses morales1 n'est que la rduction d'un sentiment son essentiel prcis 7abstine1 sustine72 la science n'est que le donn des faits laborer1 la prsentation des matriaux4 ,telle est mon opinion sur cette morale science-des-murs4 ,cette morale est volontairement incomplte4 ,elle limine de l'thique un lment si essentiel qu'il me parat en tre le cur2 elle limine de l'thique ce qui fait de l'thique une morale et c'est--dire ce qui la fait vivante4 ,je lis dans le ,trait d'ducation de ,schwartz cette remarque trs terre terre1 mais trs juste mon avis3 ,pour l'homme peu clair1 ce qui convient est la mesure de ce qui est bon4 ,il distingue le bien et le mal d'aprs les murs et l'opinion d'autrui2 un sentiment confus lui rend cette habitude sacre1 et quand il l'a une fois contracte1 la vertu consiste pour lui dans la soumission aux rgles tablies4 ,c'est lorsqu'il commence rflchir lui-mme sur la morale qu'il ramne ses ides de vertu des principes immuables et qu'il rectifie peu peu les dcisions de ce sentiment intrieur le respect des rgles tablies par autrui et il ne laisse pas d'prouver toujours une certaine rpugnance quand il faut en venir une action extraordinaire et dsapprouve du public4 ,c'est pour cela que1 malgr toutes les prcautions prises par ,m4 ,lvy-,bruhl2 et ne disons pas prcautions1 ce qui serait injurieux et une injure bien injuste2 c'est pour cela que malgr le complment1 jug par lui indispensable1 que ,m4 ,lvy-,bruhl1 par son art de la moralit1 donne la morale science-des-murs1 cette morale a sembl tous1 partisans et adversaires1 un simple retour ,hobbes1 dont pourtant elle diffre trs fort4 ,cela tient ce que l'insuffisance radicale de l'art moral pour remplacer les morales thoriques a clat si vidente que de l'art moral on n'a point tenu compte et qu'on a rduit la doctrine n'tre que l'intronisation pure et simple de la science des murs pure et seule4 ,le livre de ,m4 ,lvy-,bruhl est intitul la ,morale ,,et la science des murs2 et ce et est bien important2 tout le monde a traduit par la morale-science-des-murs ou par morale science des murs4 ,c'est un contresens2 mais le contresens tait facile4 ,il tait mme plus facile aprs avoir lu le livre qu'aprs avoir lu le titre4 ,le livre par l'importance1 je ne dis pas exagre1 mais prdominante1 qu'il donne la science des murs et surtout par son impuissance montrer l'art moral comme capable de remplacer1 mme dans un avenir loign1 les morales thoriques1 menait le lecteur cette conclusion accepter ou rejeter3 il n'y a que la science des murs2 et par consquent la morale relle c'est la morale tire de la ralit1 connatre les murs1 en noter la moyenne et se conformer cette moyenne4 ,c'est aussi peu que possible l'opinion de l'auteur2 mais son livre mal compris y mne et il ne pouvait gure tre que mal compris4 ,et c'est ainsi qu'une doctrine pleine de respect pour la morale telle qu'elle existe sous ses diffrentes formes1 et pleine d'aspirations une morale plus leve et plus parfaite1 a paru gnralement une dmission de la morale4 ,elle n'est qu'une faon de comprendre la morale qui prte douter qu'il soit possible de la constituer solide1 vivace1 efficace et fconde4 ,,chapitre ,,vii ,,la ,,morale ,,de ,l',,honneur ,telles sont1 depuis ,kant1 les principales philosophies morales qui se sont proposes aux hommes pour leur apprendre en quel sens ils doivent diriger leur activit ou en quel sens il est bon qu'ils la dirigent4 ,elles sont toutes en raction plus ou moins vive1 plus ou moins respectueuse ou irrespectueuse contre la doctrine de ,kant4 ,toutes elles ont trouv cette doctrine ou trop dure ou trop mystique4 ,les no-kantiens1 pour commencer par ceux qui sont le moins racteurs1 ont voulu adoucir la rigidit de l'impratif kantien en faisant entrer en lui ou en y ajoutant des mobiles de sensibilit4 ,les pragmatistes ont fait appel aux faits pour juger de la doctrine et par consquent ont rduit la doctrine1 l'ont circonscrite1 lui ont t sa vertu indfiniment productrice et fconde4 ,les penseurs de l'cole de ,guyau1 en confondant la morale avec toute la vie1 l'ont dilue et comme noye2 pour avoir trouv que ,kant l'isolait trop1 ils l'ont tendue et disperse de manire la rendre indistincte et insaisissable1 et c'est pour eux probablement que ,m4 ,delbos a crit3 ,il y a un lment proprement moral des actions humaines qui doit tre dfini pour lui-mme2 faute de cette dfinition rigoureuse1 on risque d'largir confusment et d'altrer le sens de la moralit1 de prendre pour elle ce qui n'en est que l'accompagnement plus ou moins accidentel1 la suite extrieure1 de mal reprsenter la direction de la volont dans laquelle elle consiste4 ,nietzsche a poursuivi impitoyablement dans ,kant l'esprit religieux1 l'esprit mystique1 l'esprit de commandement pour rien1 l'esprit de prescription absolue et sacre2 et aussi ce qui lui a sembl un stocisme sec1 condamnant l'expansion de la vie ardente et fire2 digne pourtant1 lui1 de comprendre ,kant et qui plutt n'a pas voulu l'entendre qu'il ne l'a pas entendu2 digne de comprendre que tu dois te surmonter est une formule aussi mystique que l'impratif kantien et contient au fond le mme sens qui est celui-ci3 il y a un idal o tu dois te hausser cote que cote4--,et pourquoi8--,parce qu'il y a un idal4 ,les penseurs qui ont conu ou renouvel la doctrine de la morale science-des-murs ont t encore plus blesss du mysticisme kantien et1 pour avoir une morale positive1 ont cherch la tirer des faits eux-mmes sans thorie pralable1 se rservant d'amliorer les faits et par consquent de donner eux aussi une rgle de conduite1 mais par des ides tires elles-mmes1 ce qu'ils croient possible1 des faits eux-mmes4 ,j'ai fait la critique aussi vigoureuse que j'ai pu la faire1 aussi impartiale aussi qu'il m'a t donn de la faire1 de ces diffrentes conceptions4 ,il me reste dire brivement comment j'essaye d'entendre moi-mme la position du problme moral4 ,il est incontestable1 et exactement tous les philosophes modernes le reconnaissent1 mme ,nietzsche confusment1 que1 comme fait1 l'impratif1 le 1 est une vrit4 ,c'est un fait psychologique vrai4 ,en nous quelque chose nous dit3 ,il y a une faon d'agir qui est bonne1 et tu dois agir de cette faon-l4 ,que1 pour affaiblir l'autorit singulire de ce commandement intrieur1 on1 nous dise qu'il n'est qu'une habitude que nous avons prise1 qu'il rsulte de l'ducation qu'on nous a donne et1 avant l'ducation1 qu'il rsulte d'une lointaine hrdit1 on n'a rien dit2 car il faut bien que ce commandement ait commenc1 et supposer que tous ses ordres actuels et tous ses ordres depuis vingt mille ans soient les rsultats de l'ducation et de l'hrdit1 il faut bien qu'un premier ordre n'ait t le rsultat ni de l'une ni de l'autre et qu'il ait t spontan4 ,et ce sera quelque chose comme ce que dit ,gthe quelque part3 le premier acte est libre2 mais le second est dj conditionn par le premier4 ,oui1 mais le premier est libre4 ,de mme le premier commandement du devoir est spontan1 tous les autres peuvent tre la suite du premier transmis par l'ducation et l'hrdit4 ,oui1 mais le premier tait spontan4 ,or1 pour que toutes les ducations et toutes les hrdits aient accept la suite des affaires du premier commandement1 il fallait bien que l'humanit tout entire ft faite pour tre sensible ce commandement et pour lui obir2 et cela revient dire que par une disposition naturelle1 par constitution naturelle1 elle est toujours sous ce commandement1 comme si ce commandement se faisait entendre pour la premire fois4 ,que l'ducation1 l'hrdit et en un mot l'habitude ajoutent beaucoup1 labentibus annis1 la force de ce commandement1 c'est quoi nous ne contredirons point2 mais sous cette forme ajoute il existe ncessairement en soi4 ,disons donc simplement que le commandement intrieur est un lment constitutif de l'humanit4 ,maintenant quel est prcisment1 si nous pouvons arriver quelque prcision en pareil sujet1 le caractre de ce commandement8 ,est-il catgorique1 c'est--dire est-il le commandement qui ne donne pas de raison1 aucune raison1 de l'ordre qu'il donne2 est-il immotiv1 im-mobile1 et1 sinon paradoxal1 du moins mtalogique8 ,tout fait1 je ne crois pas4 ,il se prsente bien1 vrai dire1 trs peu prs1 au moins1 avec ce caractre4 ,quand le devoir nous parle1 il semble affecter de ne pas donner de motifs2 il carte tous les motifs et il semble mettre son point d'honneur n'en pas donner4 ,vous lui dites3 ,j'ai toutes sortes de raisons de ne pas faire ce que tu me commandes2 mon intrt444 --,je sais bien2 mais tu dois4 --,mon repos444 --,je sais bien2 mais tu dois4 --,ma considration444 --,je sais bien2 mais tu dois4 --,l'intrt mme de mes concitoyens1 de mon pays444 --,je sais bien2 mais tu dois4 --,je te donne mes raisons2 donne-moi les tiennes4 --,je suis celui qui ne les donne pas2 qui peut-tre n'en a pas4 ,tu dois1 cote que cote4 ,pourquoi8 ,parce qu'il n'y a pas demander pourquoi4 ,c'est bien1 vritablement1 comme cela qu'il parle4 ,on dirait qu'il ne veut pas descendre plaider4 ,nous plaidons contre lui2 il n'admet pas qu'il puisse plaider contre nous4 ,plaider contre nous1 ce serait nous faire juge de la valeur de sa plaidoirie4 ,or c'est lui qui est le juge et qui veut rester juge2 et un juge1 mme1 qui ne veut pas donner de considrants1 les considrants tant encore un plaidoyer1 parfaitement destin dmontrer qu'on a raison4 ,on me dira3 ,si6 ,le devoir donne ses raisons1 il donne sa raison4 ,il nous dit1--n'est-ce pas vrai1 n'est-ce pas trs net8--il nous dit3 ,fais ceci2 si tu ne le fais pas1 tu auras des remords1 et dj1 parce que tu hsites1 ton remords commence4 --,trs exact2 mais ceci n'est pas une raison4 ,c'est le fait mme du commandement impratif4 ,le remords1 c'est l'impratif rtroactif4 ,le remords1 c'est le devoir commandant en arrire et disant non plus3 fais cela2 mais3 tu aurais d faire cela2 et qui le dit rtroactivement1 sans donner plus de raisons et motifs que quand il le disait actuellement4 ,et si1 actuellement1 au moment o vous hsitez faire quelque chose que le devoir commande1 vous entendez le devoir vous dire3 ,tu auras des remords1 ceci n'est qu'un souvenir des remords que vous avez eus autrefois pour un ordre semblable non excut4 ,par consquent1 en paraissant vous dire3 ,tu auras des remords1 le devoir ne vous donne pas de raison4 ,il vous enjoint d'agir1 simplement1 et c'est vous qui vous dites3 ,je sais bien ce qui m'attend2 il me commandera cela rtroactivement1 comme il me le commande actuellement1 et cela me sera pnible comme un ordre qu'on ne peut pas excuter4 ,donc dans aucun cas le devoir ne donne de raison4 ,il semble bien1 en effet1 qu'il en soit ainsi2 et ceci mme que le devoir1 selon toutes les apparences et selon toutes nos sensations intrieures1 nous commande ainsi d'ordinaire1 le caractrise trs nettement et lui donne un caractre vritablement part1 de quoi il faudra que nous nous souvenions toujours avec grand soin dans tout ce que nous crirons ci-dessous4 ,toutefois il faut faire attention ceci4 ,le devoir proprement dit1 le devoir d'action1 le agis de telle ou telle faon n'est pas le seul impratif dont nous entendions la voix4 ,il n'est--peut-tre1 encore--enfin il n'est1 selon les apparences les plus sensibles1 que le plus fort1 que le plus imprieux2 mais il est trs certain1 selon moi1 qu'il y a au moins trois impratifs dont l'homme entend le commandement et qui ne donnent pas plus de raisons1 pas sensiblement plus de raisons l'un que l'autre2 et donc ceux dont nous allons parler pas sensiblement plus que l'impratif d'action4 ,il y a l'impratif du bien2 il y a l'impratif du vrai2 il y a l'impratif du beau4 ,il y a l'impratif du bien qui est proprement l'impratif d'action et dont nous venons de parler4 ,il y a l'impratif du vrai qui nous commande trs rigoureusement de chercher le vrai et de le dire1 cote que cote1 dt-il nous en arriver malheur4 ,cet impratif est trs imprieux et1 ce me semble1 ne donne gure plus ses raisons que l'impratif d'action4 ,il nous dit que le vrai est sacr1 comme l'impratif d'action nous dit que le bien est sacr4 ,d'o vient que l'on trouve cynique le mot de ,fontenelle3 ,si j'avais la main pleine de vrits1 je la tiendrais soigneusement ferme8 ,d'o vient qu'un certain discrdit s'est toujours attach l'uvre du pote et du romancier8 ,d'o vient que ,platon veut exiler les potes de la ,rpublique8 ,d'o vient l'horreur de ,kant pour le mensonge8 ,d'o vient l'animadversion au moins de la socit pour le mensonge sans lequel pourtant--et elle le sait--elle ne pourrait pas vivre8 ,tout cela vient d'un commandement1 trs abstrait3 ,il faut tre vrai2 il faut chercher le vrai2 il faut dire le vrai4 --,oh6 cependant6 ,il y a des raisons pour dire le vrai2 il y a cette raison que l'association des hommes1 sinon la socit mondaine1 a besoin de vrit1 d'exactitude1 en politique1 en administration1 en commerce1 en sciences1 en sciences appliques1 en statistique1 en histoire1 en gographie1 en une foule de choses1 sans quoi elle serait chaque instant en grand danger1 en plus de dangers qu'elle n'y est naturellement et par la seule force des choses4 --,oui1 oui2 mais la vrit philosophique1 quoi sert-elle8 ,la vrit qui dtruit un prjug salutaire1 la vrit qui dtruit une religion salutaire1 quoi sert-elle8 ,plutt elle nuit4 ,or celui-l mme qui sent qu'elle ne sert de rien et qui sent qu'elle nuit1 celui-l mme1 non pas ,fontenelle1 mais un autre et plus d'un autre1 a conscience du devoir de chercher la vrit et de la dire4 ,renan a pass toute sa vie dtruire1 regretter ce qu'il dtruisait et se fliciter d'avoir obi la ncessit intellectuelle qui l'avait forc dtruire ce qu'il regrettait d'avoir dtruit4 ,il y a l une impulsion invincible4 ,et pourtant elle tourne4 ,et pourtant il faut dire la vrit et1 puisque la terre tourne1 dire qu'elle tourne4 ,on a vu que ,nietzsche a essay de ramener l'impratif du vrai l'impratif du bien1 l'impratif intellectuel l'impratif moral4 ,quand nous nous croyons obligs de dire vrit1 ne serait-ce pas1 se demande-t-il1 que nous sentons le besoin de ne pas nous tromper1 devoir envers nous-mmes1 et de ne pas tromper les autres1 devoir altruiste8 ,d'o la science prendrait-elle sa foi absolue en elle1 cette conviction qui lui sert de base que la vrit est plus importante que toute autre chose et aussi plus importante que toute autre conviction8 ,cette conviction n'a pas pu se former pour raison d'utilit1 la vrit et aussi la non-vrit affirmant toutes deux sans cesse leur utilit4 ,donc la foi en la science1 cette foi qui est incontestable1 ne peut avoir tir son origine d'un pareil calcul d'utilit2 au contraire1 elle s'est forme malgr la dmonstration constante de l'inutilit et du danger qui rside dans la volont de vrit et dans la vrit tout prix4 ,et1 tout prix1 hlas1 nous savons trop bien ce que cela veut dire lorsque nous avons offert et sacrifi sur cet autel une croyance aprs l'autre4 ,par consquent1 volont de vrit signifie3 ,je ne veux pas tromper ni moi ni autre1 et nous voici sur le terrain de la morale4 ,cela est trs ingnieux et du reste1 quoi que j'en puisse dire ci-dessous1 retiendra toujours quelque chose de vrai2 mais cependant je ne crois pas que nous soyons prcisment sur le terrain de la morale4 ,si nous tions sur le terrain de la morale1 il y aurait simplement un conflit de devoirs moraux1 un conflit entre le devoir de ne pas tromper1 ni soi ni autre1 et le devoir d'tre utile ses semblables et de ne pas leur nuire2 et le second de ces devoirs tant incomparablement suprieur au premier1 ce serait au premier1 comme auprs d'un malade qui l'on ment1 que l'on obirait4 ,objectera-t-on que quelque chose nous dit que la vrit1 tout compte fait1 en dfinitive1 plus tard1 sinon aujourd'hui1 est salutaire8 ,quelle pure hypothse6 ,quelle vanit6 ,c'est ,nietzsche encore qui le dit3 ,pourquoi ne veux-tu pas tromper1 surtout lorsqu'il pourrait y avoir apparence1 et il y a apparence1 que la vie est dispose en vue de l'apparence1 en vue de l'erreur1 de la duperie1 de la dissimulation1 de l'blouissement1 de l'aveuglement4--,donc rien1 en vrit1 ne persuade au savant1 au philosophe1 que le vrai soit salutaire2 donc1 en croyant qu'il faut chercher le vrai1 il n'est pas sur le terrain de la morale1 et l'impulsion qui le prcipite connatre la vrit n'est pas une impulsion morale4 ,c'est444 ,quoi donc8 ,c'est une impulsion4 ,c'est une impulsion sui generis1 c'est une impulsion du mme genre que celle du bien2 ,nietzsche1 quoique confusment1 arrive le dire lui-mme1 c'est une croyance mtaphysique2 c'est une foi4 ,sommes-nous donc1 nous aussi1 encore pieux8 ,certes6 ,vous tes pieux envers la vrit1 vous tes les croyants de la vrit2 vous en tes mme quelquefois les fanatiques4 ,il y a tout simplement un impratif du vrai4 ,il a tous les caractres de l'impratif du bien4 ,il est formel1 il est rigoureux1 il est inflexible1 il est superbe4 ,il a horreur de l'intrt personnel2 il a horreur des plaisirs bas2 il a horreur des transactions et des compromissions2 il fait des prtres laques1 des saints1 des hros1 des martyrs4 ,il est absolument un devoir4 ,cependant il est un peu moins imprieux1 il faut le reconnatre1 que l'impratif du bien4 ,qui que l'on soit1 ou bien peu prs1 on a moins de remords--et le remords c'est le critrium--pour avoir mis quelque ngligence chercher la vrit que l'on n'en a pour avoir manqu de parole ou pour n'avoir pas secouru un malheureux qu'on pouvait secourir4 ,l'impratif du vrai n'est pas en sous-ordre et il n'obit rien2 mais il est en second rang4 ,il semble n'intimer que des ordres qui1 dj1 ont un peu l'apparence de conseils2 il ne dit pas tout fait3 il faut1 il dit plutt3 il est beau de444 ou mieux1 c'est entre ces deux formules que se place son commandement2 c'est intermdiaire4 ,il est une impulsion forte1 non une impulsion absolument contraignante4 ,il donne l'anxit1 non pas l'angoisse3 il fait plier1 il n'crase pas4 ,d'autre part1 il n'est pas universel4 ,oh6 je confesse qu'il l'est presque6 ,il n'y a gure d'homme qui ne sente confusment que la vrit est un devoir1 qu'il faut s'instruire1 connatre1 savoir les choses1 et quand on les sait les dire aux autres2 mais c'est confus et c'est faible comme impulsion chez la plupart des hommes4 ,en prenant les choses l'inverse1 on comprendra mieux4 ,la dlectation de faire le mal et la dlectation d'tre dans le faux sont toutes les deux mala gaudia mentis2 mais la dlectation de faire le mal est assez rare et1 quoi qu'en ait dit ,mrime1 il n'est pas vrai qu'il n'y a rien de si commun que de faire le mal pour le plaisir de le faire2 il y a infiniment de faibles1 il y a1 relativement1 peu de mchants2 le plaisir de faire le mal est trop pre pour la moyenne de l'humanit4--,le plaisir d'tre dans le faux1 de mentir1 de dissimuler mme sans intrt est plus rpandu1 il est lger1 frivole1 presque gracieux2 il ne retourne pas l'me tout entire1 il lui donne seulement un faux pli1 qui l'amuse1 qui l'amuse sottement1 malignement1 mais qui ne la pervertit pas absolument2 il n'est pas une contorsion diabolique et voil pourquoi plus de gens s'y laissent aller4 ,l'impratif du vrai n'exerce fortement son action que sur un petit nombre d'hommes1 trs levs1 la vrit1 suprieurs1 mais1 et cause de cela1 minorit4 ,il l'exerce sur des hommes qui se sentent lus2 qui sentent ou croient sentir la vocation de la vrit1 de la science2 qui sentent ou croient sentir qu'il y va de la vrit s'ils donnent leur dmission de chercheurs4 ,aussi l'obissance l'impratif du vrai donne-t-elle plus d'orgueil que l'obissance l'impratif du bien1 beaucoup plus1 encore que les risques ne soient1 en gnral1 que les mmes4 ,on croit mme quelquefois que c'est justement de cet orgueil que l'impratif du vrai prend sa source4 ,c'est une erreur de gnalogie2 car il y a des chercheurs du vrai qui sont trs modestes2 mais enfin1 assez souvent1 l'orgueil est tellement le fils dmesur de l'impratif du vrai qu'il parat en tre le pre2--mettons qu'ils soient consubstantiels4 ,quant aux satisfactions 7orgueil part7 de l'obissance l'impratif du vrai1 elles sont aussi vives1 mais moins tendres1 que celles de l'obissance l'impratif du bien4 ,le grand inventeur1 le grand dcouvreur1 a1 je crois1 un plaisir aussi intense que le grand bienfaiteur ou l'homme qui a sauv son pays4 ,tous deux sentent et avec une parfaite plnitude de conviction qu'ils ont bien fait leur mtier d'homme et qu' le faire ils ont bien mrit de l'humanit2 mais le bienfaiteur ou le sauveur a1 de plus1 ce sentiment que des tres vivent parce qu'il a vcu1 et ce sentiment est celui d'une paternit et1 l'unissant comme par des liens de chair un certain nombre de ses semblables1 l'inonde d'une joie presque physique qu'il ne me parat pas possible que l'inventeur ressente1 du moins au mme degr4 ,en rsum1 l'impratif du vrai est moins fort et moins universellement rpandu que l'impratif du bien mais il a presque tous les mmes caractres et surtout il a celui-ci que1 non plus que l'autre1 il ne donne pas ses motifs et n'a pas besoin de les donner4 99 99 99 99 99 ,l'impratif du beau est encore assez fort et assez rpandu4 ,il a deux formes3 impulsion s'abstenir de faire du laid2 impulsion crer de la beaut4 ,sous forme d'impulsion s'abstenir de faire du laid1 il est aussi rpandu1 ce me semble1 que l'impratif du vrai1 peut-tre plus4 ,presque tous les hommes et femmes sentent le devoir de ne pas se rendre hideux1 mme quand ils se rendent tels2 mais en ce cas c'est qu'ils se trompent4 ,la plupart des hommes et femmes sentent le devoir de ne pas mettre du dsordre1 c'est--dire de la laideur1 autour d'eux1 dans leur maison1 dans les rues de leur ville1 dans les endroits par o ils passent4 ,le dsordre n'est signe que de paresse2 l'amour du dsordre est signe de folie2 il est la projection au dehors du dsordre des ides4 ,l'amour du dsordre est une mauvaise joie de l'me qui indique la mchancet en gnral1 mais tout particulirement la mchancet antisociale1 d'o l'on a induit1 non sans raison1 que l'amour du beau ne laisse pas d'tre une vertu sociale ou du moins de ressortir la sociabilit4 ,le dsir de ne pas faire du laid n'est pas un impratif aussi net1 aussi pur1 que l'impratif du vrai4 ,il y a tant de raisons1 de mobiles sensibles pour ne pas faire de la laideur3 dsir de plaire son entourage1 dsir d'hygine1 dsir de ne pas tre mis au poste444 ,cependant ce dsir semble bien avoir aussi quelque chose de spontan4 ,le dsordre1 la laideur choque les yeux1 comme on dit1 c'est--dire un besoin intrieur de rectitude et de symtrie1 une disposition intrieure la symtrie et la rectitude4 ,l'enfant souvent fait du dsordre1 par besoin d'activit et naissante volont de puissance2 mais que souvent aussi il range mthodiquement1 et non sans grce de correction1 ses jouets1 les petits objets son usage1 ce qui lui appartient6 ,il y a l le besoin de ne pas faire de la laideur et mme un peu celui de crer du beau ou du joli4 ,sous sa forme d'impulsion faire du beau1 l'impratif du beau est beaucoup moins rpandu2 car je n'y range pas la coquetterie du sauvage se parant de plumes d'oiseaux ou du commis de nouveauts s'ornant de savantes cravates2 il n'y a gure l que le dsir de plaire1 et l'on voit que chez les vieillards peu s'en faut qu'il n'existe plus du tout4 ,mais la vraie impulsion artistique1 ciseler des figures sur des cornes d'animaux1 tailler des statuettes1 etc41 existe depuis les temps les plus reculs chez un certain nombre d'hommes2 et il devient la passion artistique chez un certain nombre d'hommes au temps de civilisation4 ,toujours chez un certain nombre d'hommes et non pas trs grand4 ,le besoin de crer du beau ne travaille jamais qu'une minorit4 ,a l'impratif du beau sous cette forme la majorit est insensible4 ,elle favorise ceux qui y sont sensibles2 mais elle ne se sent pas appele faire comme eux4 ,remarquez cependant que cette faveur mme o elle les tient est une marque qu'elle sent que l'humanit est appele faire de la beaut1 tout entire rellement1 non1 mais tout entire dans la personne de ceux qui en sont capables et qu'on devra honorer cause de cela4 ,je ne fais pas de beau1 n'ayant pas de talent444 ,si6 ,j'en fais1 je contribue ce que le beau soit ralis1 en honorant1 protgeant1 encourageant1 couronnant ceux qui le ralisent4 ,il y a l un quasi-impratif assez net4 ,les satisfactions d'avoir obi l'impratif du beau sont extraordinaires4 ,inutile de s'tendre sur les plaisirs de l'artiste et sur son orgueil1 analogues ceux du savant4 ,mais ces satisfactions1 il faut le dire comme quand il s'agissait du savant et le dire encore plus1 ne sont pas marques d'un impratif trs net et trs pur4 ,le grand artiste est tellement glorifi1 encens1 divinis1 qu'il lui serait bien difficile de dire s'il est heureux d'avoir ralis de la beaut ou s'il l'est de goter et savourer la gloire4 ,il est vrai qu'il y a l'artiste qui n'a pas russi et qui est heureux devant son uvre et videmment de son uvre seule4 ,mais celui-ci compte toujours sur un retour de l'opinion publique1 et quand mme1 ce qui du reste n'est jamais vrai1 il ne l'esprerait que pour le temps qui suivra sa mort1 il gote la gloire par prlibation1 ce qui ne laisse pas d'tre une jouissance relle4 ,les satisfactions qui viennent de l'obissance l'impratif du beau sont donc1 moins que celles qui viennent de l'obissance l'impratif du vrai1 beaucoup moins que celles qui viennent de l'obissance l'impratif du bien1 preuves qu'il y a rellement un impratif4 ,elles sont toujours de nature mixte1 tant toujours d'origine double4 ,cependant la joie de l'enfant faire trs solitairement quelque chose de beau ou qu'il trouve tel1 la joie de l'artiste se satisfaire lui-mme1 indpendamment du succs1 ce point que le succs d'une uvre de lui1 juge par lui mdiocre1 l'irrite2 ce point que mme le succs d'une uvre de lui1 juge par lui bonne1 l'inquite en jetant quelque doute dans son esprit sur la valeur vraie de cette uvre2 tout cela indique d'une faon1 selon moi1 trs suffisante l'existence d'un impratif4 ,la diffrence de l'importance du succs aux yeux de l'artiste et aux yeux de l'homme d'affaires est trs significative en effet4 ,personne ne mprise le succs2 mais l'homme d'affaires s'en contente et l'artiste ne s'en contente pas4 ,pour l'homme d'affaires1 si l'affaire a russi il est pleinement satisfait2 pour l'artiste1 si l'uvre a russi auprs du public il n'est pas mcontent2 mais il n'est pleinement heureux que si elle a russi auprs de lui4 ,je n'ai pas besoin de dire qu'il y a des hommes d'affaires aussi qui ne sont pleinement satisfaits que si l'affaire1 outre qu'elle a russi1 leur apparat comme ayant t mene savamment et qu'il y a des artistes qui sont pleinement satisfaits quand ils ont gagn de l'argent2 et cela tient ce qu'il y a des hommes d'affaires qui sont des artistes et des artistes qui ne sont que des hommes d'affaires2 mais il est vident que le fond de ma remarque subsiste4 ,les satisfactions qui viennent de l'obissance la vocation artistique prouvent donc un peu qu'il y a un impratif du beau4 ,les remords qui viennent de la dsobissance l'impratif du beau ne sont pas affreux2 mais ils ne laissent pas d'tre considrer encore4 ,l'artiste qui a perdu son temps1 qui s'est trop attard la brasserie1 qui a trop aim une femme1 qui a sacrifi l'art industriel1 a des remords assez vifs1 quelquefois violents4 ,et remarquez qu'il n'y entre pas1 ou trs peu1 le souci du service rendre qu'il n'a pas rendu1 ce qui ressortirait l'impratif du bien4 ,non1 la beaut qui est en lui voulait sortir et cause de lui1 par sa faute1 n'est pas sortie4 ,voil surtout1 voil presque uniquement1 ce qu'il sent et ce qui l'afflige4 ,n'est-ce pas l une marque de l'existence d'un impratif8 ,je suis n pour faire le bien1 dit le bienfaiteur2 le bien veut tre par moi4--,je suis n pour chercher le vrai1 dit le savant2 le vrai veut clater par ceux qui peuvent le dmler1 et je suis de ceux-l4--,je suis n pour faire du beau1 dit l'artiste2 le beau veut tre ralis par moi et souffre en moi quand je ne le ralise pas4 ,oui2 il y a un impratif du beau1 moins imprieux que les deux autres1 mais qu'il me semble difficile de nier4 ,hirarchie des impratifs3 le bien1 le vrai1 le beau1 tous trois ayant comme un noyau1 disons mieux1 comme une me catgorique1 absolue1 mtalogique1 qui commande et qui ne donne pas ses raisons2 les deux derniers1 au moins1 ayant un mlange de persuasions motives1 une priphrie de mobiles1 une peau d'intentionnel1 comme dit ,nietzsche1 et commandant1 partie parce qu'ils commandent1 partie parce qu'ils ont des raisons de commander et les donnent4 ,or ces trois impratifs1 quelquefois sont d'accord1 souvent sont en lutte ou au moins en discordance4 ,quelquefois dans un mme homme et celui-ci est trs grand1 et il s'appelle ,platon1 ,newton1 ,pascal1 ,bossuet1 ,montesquieu1 ,gthe1 ,lamartine1 les dsirs de faire du bien1 de chercher le vrai1 de faire du beau sont d'accord1 gaux ou presque gaux1 et toujours prsents2 l'activit1 ardente ou paisible2 plus souvent paisible1 car la paix de l'me vient de l'quilibre des parties de l'me2 est triple4 ,ces hommes ne sont pas heureux1 c'est--dire n'obissent pas leur nature1 quand1 dans le mme temps1 ils ne sont pas utiles leurs semblables1 chercheurs de vrits et crateurs de valeurs artistiques4 ,et ceux-ci font servir leurs trois vocations les unes aux autres4 ,pour faire du bien1 et convaincus1 ce qui est peut-tre vrai1 que les vrits sont toujours bienfaisantes1 ils cherchent le vrai et ils mettent le vrai en beaut1 dans toute la beaut dont ils puissent le revtir pour qu'il fasse le plus d'impression possible sur les mes4 ,ils ne sont pas fchs d'tre sagaces investigateurs de la connaissance1 parce qu'ils esprent de la connaissance quelque bien pour l'humanit2 et ils ne sont pas fchs d'avoir du gnie littraire pour que la connaissance passe plus facilement et plus sductrice d'eux aux autres4 ,selon que telle ou telle des trois vocations domine en eux1 ils lui sacrifient davantage1 et par exemple celui-ci sera plus chercheur1 celui-ci plus artiste et celui-ci plus aptre2 mais toujours ils auront prsentes l'esprit leurs trois vocations1 et leur dsir secret1 cela se voit chez tous1 serait qu'elles fussent gales et que leurs actions diverses fissent faisceau4 ,on peut mesurer les hommes cet tiage1 au nombre des impratifs qu'ils ont connus et auxquels ils ont obi4 ,un ,schopenhauer1 un ,nietzsche1 admirables et vnrables1 sont dj au second rang1 parce qu'ils n'ont gure song qu' tre des hros de la connaissance et de merveilleux artistes1 et que le sort de leurs semblables1 sans leur tre indiffrent1 ne les proccupait pas outre mesure4 ,souvent les trois impratifs sont en dsaccord1 se gnent mutuellement et se plaignent d'tre gns les uns par les autres4 ,l'impratif du bien1 reconnaissons-le1 se dfie un peu1 d'ordinaire1 de l'impratif du vrai4 ,une vrit relative et provisoire existe1 qu'il juge suffisante pour le bonheur des hommes4 ,ceux-l1 toujours la recherche et au pourchas1 qui poursuivent la vrit aprs l'avoir trouve1 lui paraissent dangereux pour le repos des esprits et pour la scurit des mes et il les respecte avec quelque apprhension et avec une sourde hostilit4 ,sans doute1 les vrits444 me disait un trs honnte homme2 je suis un bon citoyen1 j'ai un peu peur des vrits4 ,il ne savait pas qu'il disait1 sa manire1 exactement comme ,nietzsche3 ,la vrit1 cette forme la moins efficace de la connaissance4 ,du ct de l'impratif du beau1 l'impratif du bien n'a gure moins de timidits2 il en a peut-tre plus4 ,il sait que l'artiste1 domin par l'amour du beau1 n'a pas de raisons suffisantes pour dsirer passionnment le rgne du bien1 qu'il y a un beau1 c'est--dire un pathtique et un tragique1 dans le dsordre moral1 dont l'artiste fait son profit2 qu'il y a un beau1 c'est--dire un comique et un burlesque1 dans le dsordre moral1 dont l'artiste fait son profit galement2 que l'artiste1 par consquent1 a un intrt qui n'est pas douteux ce que le dsordre moral1 sinon rgne1 du moins continue d'tre assez frquent pour qu'il le trouve aisment et s'tale assez pour qu'il s'en inspire2 que l'homme curieux de spectacles s'en est fait un de la peinture de ses erreurs et que c'est prcisment l'artiste qui organise ce spectacle-l2 que l'artiste1 mme trs honnte homme et mme moraliste1 comme un ,la ,bruyre1 la fois dteste les folies des hommes et probablement serait assez fchs que1 disparaissant1 elles emportassent avec elles toute la meilleure matire de son art4 ,ainsi l'homme domin par l'impratif du bien n'est pas trs loign de souhaiter vaguement qu'il n'y ait pas de philosophes et qu'il n'y ait pas d'artistes4 ,voyez ,marc-,aurle4 ,la proccupation artistique est aussi absolument absente de son ouvrage que si l'art ici-bas n'existait pas2 et pour ce qui est de la vrit philosophique1 il la juge trouve1 acquise1 dfinitive1 susceptible tout au plus de nouvelles formules1 dfinitions et ornements utiles2 mais il ne songe pas qu'on puisse encore la chercher1 et la conscience pure et troite de ce sage sur le trne1 rv par ,platon1 montre1 par les chrtiens gorgs1 qu'en un autre temps il aurait tendu la cigu ,socrate4 ,l'impratif du vrai1 pour les raisons que nous venons de voir et qui nous dispenseront d'tre long1 se dfie rciproquement de l'impratif du bien4 ,il sent toujours en celui-ci une sourde rsistance et une rsistance de souverain sujet1 de quelqu'un qui a la prtention d'tre matre quelqu'un qui en se manifestant est un rvolt4--,et l'impratif du vrai de son ct a aussi la prtention d'tre un matre et mme d'tre tout3 le vrai1 c'est ce qui est2 ce qui n'est pas vrai n'est pas2 donc le bien est dans le vrai ou n'est qu'une apparence trompeuse1 qu'une ombre sductrice1 qu'un nant habill4 ,au fond1 c'est l sa conviction absolue4 ,dans la pratique1 dans le cours des choses1 ce n'est pas tout fait cela4 ,le vrai reconnat qu'il peut tre dangereux1 soit brusquement rvl et quand sa rvlation n'a pas t assez prpare1 soit mme peut-tre en soi2 et c'est pour cela mme et parce qu'on affirme surtout quand on doute--puisque c'est alors que l'on comprend quel point les autres peuvent douter--c'est pour cela qu'il tente de persuader au bien que le vrai finit toujours par tourner au profit du bien1 qu'il n'est pas possible que ce qui est vrai ne soit pas bon au moins en puissance et par consquent dans un certain avenir4 ,par cette attitude le vrai se subordonne diplomatiquement au bien et lui fait sa cour4 ,c'est son attitude la plus frquente4 ,enfin quelquefois1 assez souvent1 le vrai relve la tte et dit quelque chose comme ceci3 ,je n'en sais rien2 mais ce m'est gal4 ,je ne sais pas si le vrai contient le bien2 je ne sais pas si la substance du bien n'est rien devant moi2 je ne sais pas si je puis1 ou tout de suite ou dans la suite de l'volution humaine1 contribuer au bien2 je sais que j'ai mon droit1 suprieur ou infrieur un autre il n'importe1 mais mon droit1 intangible1 et je sais qu'aucune considration ne doit porter l'homme me sacrifier4 ,le vrai est ce qu'il peut2 consquences bonnes ou mauvaises de lui ne le regardent pas et l'on s'en arrangera comme on pourra4 ,il est2 il veut paratre et le devoir de l'homme est de le trouver et de le manifester4 ,c'est quand il tient ce langage en coupant les rapports qui existent ou peuvent exister entre lui et les autres attractions qui s'exercent sur l'homme1 que le vrai se dclare le plus nettement comme impratif4 ,l'impratif du beau se dfie de l'impratif du bien par les raisons pour lesquelles nous avons vu que l'impratif du bien se dfie de l'impratif du beau1 ce qui nous permet encore d'abrger4 ,il sent que le bien n'a gure compter sur le beau pour faire le bien et il sent que le bien a parfaitement raison1 en gnral1 de penser ainsi4 ,une chose surtout refroidit singulirement le beau l'gard du bien1 c'est la parfaite impuissance qu'aurait sa bonne volont l'endroit du bien1 si elle existait4 ,quand l'artiste est dirig par une pense morale1 il est sr d'chouer comme artiste4 ,la proccupation qu'il a de prouver refroidit son imagination4 ,celle-ci ne s'chauffe que dans la volont conforme sa nature1 savoir dans la volont de raliser du beau4 ,l'uvre d'art conue dans le dessein de mettre une vrit morale en lumire a toujours quelque chose de tendu et aussi quelque chose de terne4 ,elle ne plat qu' ,m4 ,tolsto4 ,elle plat aussi-- l'autre extrmit--aux trs simples1 qui n'ont aucune ide de beaut et qui1 dans un livre1 ne cherchent qu'un sujet d'dification4 ,a l'immense majorit des lecteurs1 spectateurs1 regardeurs ou auditeurs1 elle ne plat pas4 ,la raison en est1 je crois1 qu'elle est hybride et que par consquent elle manque d'unit4 ,elle n'est ni assez compltement uvre d'art pour que nos facults esthtiques s'y appliquent1 ni assez entirement leon pour que nos facults et notre bonne volont de catchumnes y adhrent4 ,de l'uvre d'art nous voulons que la vrit morale1 s'il y a lieu1 se dgage d'elle-mme1 sans que l'auteur cela mette la main2 nous voulons surtout la dgager nous-mmes1 et cet gard nous sommes comme ,louis ,,xiv un peu trop directement vis par un prdicateur et disant3 ,j'aime prendre ma leon au pied de la chaire2 je n'aime pas qu'on me la fasse4 ,l'artiste sait trs bien tout cela et dit3 ,dvouez-vous donc au bien6 ,quand un artiste fait une bonne action1 c'est une mauvaise uvre4 ,l'artiste a quelque raison de ne pas se laisser sduire l'impratif catgorique du bien4 ,du ct de l'impratif du vrai l'artiste est trs sensiblement embarrass4 ,il ne doute point que le vrai ne soit sa matire premire2 que1 s'il est dessinateur1 peintre1 sculpteur1 le rel ne soit le fond mme sur lequel il travaille et d'o il y a pril pour lui s'carter2 que1 s'il est pote1 novelliste1 romancier1 la vrit des caractres et des murs ne soit de mme son modle2 mais aussi il sait que tout cela n'est rien sans got qui choisit et sans imagination qui repense1 refait et complte4 ,il sait que le vrai joue d'aussi mauvais tours l'artiste que le bien2 qu'il le refroidit1 lui aussi1 l'alourdit et le vulgarise2 qu' s'en faire l'esclave on perd la moiti de son me d'artiste2 que l'amour du vrai est la probit de l'art2 mais que l'imagination en est la magnificence2 et qu'aussi l'imagination a sa probit1 est une probit2 car l'artiste doit au public et se doit lui-mme d'exprimer1 non seulement ce qu'il a vu1 mais la manire dont il a vu1 la dformation mme1 ou malheureuse ou heureuse1 que la vrit a subie en traversant un temprament4 ,sachant tout cela1 l'artiste voit dans le vrai son ami et son ennemi indissolublement unis et mls1 son ami trs dangereux s'il prend tant d'empire qu'il s'installe1 qu'il s'impose1 qu'il ne vous quitte pas et qu'on n'oserait le quitter d'un pas2 son ennemi utile1 mais gnant1 en ce qu'il vous surveille jalousement et vous arrte dans vos lans et est toujours prt pousser les hauts cris et les pousse sitt que vous faites mine de prendre ou de ressaisir votre indpendance4 ,et ainsi1 perplexe et irrit de sa perplexit1 l'artiste rpte le clbre vers corrig3 ,rien n'est beau que le vrai2 mais il n'est pas aimable4 ,et mme il se demande si le vrai est beau1 ce qui n'est pas certain1 le vrai pouvant bien n'tre beau que senti par quelqu'un et par consquent dj dform1 et il se dit peut-tre3 ,rien n'est sr que le vrai2 le beau commence au faux1 ou1 au moins1 ce qui n'est plus vrai qu' demi4 ,on conoit qu'avec un pareil ami les relations ne peuvent tre que mles de cordialit et de prudence4 ,que le beau soit toujours camarade du vrai1 il est indniable2 mais il l'est aussi que le divorce entre eux n'est pas nouveau et qu'il est toujours imminent4 ,tels sont1 selon moi1 en lignes gnrales1 les rapports des trois impratifs entre eux4 ,ils peuvent tre trs bons2 ils peuvent tre tendus4 ,ils font voir la complexit de l'me humaine et que ses meilleurs instincts1 si bons qu'ils sont des vocations quasi universelles1 les vocations de l'homme2 si bons qu'ils commandent1 ce qui veut dire qu'ils sont des formes profondes de la personnalit elle-mme qui veut s'affirmer et de la vie qui veut tre2 si conformes notre nature et tellement notre nature elle-mme qu'ils suscitent des remords quand ils ne sont pas obis1 ce qui signifie qu'en les contrariant c'est notre nature mme que nous refoulons et meurtrissons2 entrent pourtant en contradiction les uns avec les autres1 se gnent et se heurtent1 cherchent s'accorder1 y russissent quelquefois et y chouent le plus souvent2 cherchent se prter de la force les uns aux autres et emprunter de la force les uns aux autres2 n'y russissent qu' demi2 sont videmment appels former un concert et ne font souvent qu'une cacophonie2 sont obligs enfin1 d'ordinaire1 se sacrifier les uns aux autres1 le plus fort1 dans telle complexion d'homme1 rduisant les deux autres l'abdication1 la langueur ou au silence2--exception faite pour les mes d'o il serait difficile de dire lequel est le plus absent et qui par consquent se maintiennent dans une honorable srnit4 99 99 99 99 99 ,or aprs cette digression sur les trois impratifs1 sorte de reconnaissance que l'on verra peut-tre qui n'est pas inutile1 le plus imprieux des impratifs et le plus pur1 celui qui semble bien1 seul1 ne pas donner de raison du tout1 tre minemment mtalogique1 est-il absolument pur en effet1 est-il absolument immotiv1 im-mobile1 non-intentionnel1 ou mle-t-il lui-mme quelque persuasion son absolutisme8 ,je crois que l'impratif du bien se prsente comme absolu1 trs nettement1 indiscutablement--et devient persuasif ds qu'on l'analyse4 ,il dit3 ,il faut et c'est tout1--comme du reste les deux autres2 c'est l'impulsion2 mais plus nergiquement et comme avec une treinte plus rude que les deux autres--et puis quand on l'analyse1 quand on l'ouvre1 quand on regarde ce qu'il contient1 quand on l'interroge1 il donne une raison4 ,seulement il n'en donne qu'une4 ,les deux autres impratifs d'abord commandent1 tout comme l'impratif du bien1 puis1 quand on les interroge1 donnent plusieurs raisons1 ou1 si vous prfrez1 ont plusieurs raisons donner4 ,le vrai donne pour ses motifs l'utilit sociale1 le progrs1 le plaisir aussi1 la jouissance de la conqute1 la jouissance de la supriorit sur les autres1 la satisfaction de la volont de puissance1 etc41 enfin beaucoup de raisons4 ,l'impratif du beau donne pour mobiles l'utilit sociale1 la glorification de la patrie1 le plaisir aussi1 la jouissance de la supriorit sur les autres1 la jouissance de la cration1 de la paternit intellectuelle1 de l'largissement et de l'panouissement de la personnalit1 etc41 enfin beaucoup de raisons4 ,de plus1 les deux impratifs du vrai et du beau ont une tendance que nous avons note--ce n'est qu'une tendance et contrarie1 mais c'est une tendance trs nette-- se rclamer chacun des deux autres pour se justifier4 ,l',impratif du vrai se plat dire1 quoiqu'il n'en sache rien1 qu'il est probable que la vrit sert toujours au bien1 que la vrit se ralise toujours en un bienfait pour l'humanit4 ,au fond1 malgr les grands airs d'indpendance qu'il prend quelquefois1 malgr ses bravades1 c'est quoi il tient le plus1 ou l'une des choses auxquelles il tient davantage4 ,il craint infiniment la condamnation du pragmatisme1 le mot dcisionnaire du pragmatisme3 ,une vrit qui ne fait pas de bien n'a pas le droit d'tre vraie4 ,aussi le vrai conjure-t-il le bien de lui faire crdit3 ,si la vrit n'est pas bonne aujourd'hui1 soyez certain qu'elle le sera un jour4 ,il n'est que d'attendre4 ,en rsum1 le vrai se rclame du bien comme de sa cause finale1 les jours o il n'est pas trop arrogant4 ,il se rclame aussi du beau4 ,la vrit est belle2 quand elle clate1 elle frappe les yeux1 les esprits1 les mes1 d'un clat soudain qui est essentiellement esthtique4 ,il y a une beaut du vrai qui peut dispenser de la beaut proprement dite4 ,montesquieu disait que le sens du vrai est le plus exquis de tous les sens4 ,m4 ,henri ,poincar a une page admirable sur la beaut souveraine des vrits mathmatiques4 ,la beaut du vrai est la beaut par excellence1 toute pure1 toute dgage des ralits contingentes4 ,elle met l'esprit en pleine atmosphre lumineuse4 ,elle le dlivre de ces demi-affirmations qui sont des demi-erreurs et de ces imperfections intellectuelles qui1 tant des imperfections1 sont des laideurs4 ,de mme l'impratif du beau se rclame de l'impratif du bien et de l'impratif du vrai4 ,il se vante d'tre la splendeur du vrai1 formule qu'il a invente et que1 pour l'autoriser1 il a attribue ,platon4 ,il se flatte d'tre le vrai ramen ses lignes gnrales et dlivr de l'accidentel et d'tre par consquent plus vrai que le vrai lui-mme2 et d'autre part il se rclame du bien sur cette ide1 assez raisonnable1 que1 s'il est vrai qu'il n'a d'autre office que de donner des plaisirs1 il donne du moins des plaisirs dsintresss1 les plus dsintresss de tous les plaisirs1 et qu'ainsi il apprend aux hommes le dsintressement1 lequel est l'essence mme du bien4 ,ainsi l'impratif du vrai et l'impratif du beau ne laissent pas1 en quelque sorte1 de sentir le besoin d'tre soutenus par le concours des autres vocations humaines et de donner1 outre leurs commandements1 des raisons tires des autres vocations elles-mmes par lesquelles l'homme se sent entran4 ,l'impratif du bien1 seul1 ce me semble1 ne se rclame que de lui et parat avoir pour devise3 ,moi seul et c'est assez4 ,il ne se donne pas comme vrai4 ,je veux dire ce n'est pas la vrit qu'il fait appel4 ,il ne fait appel qu' lui-mme4 ,il dit3 ,tu dois et non pas3 ,interroge ta raison1 ton sens du vrai1 pour savoir si ce n'est pas cela qui est faire4 ,ses chemins sont plus courts et pour ainsi parler il n'a pas de chemins3 il ne passe pas par quelque chose pour arriver sa dcision4 ,il est directement et immdiatement dcisionnaire4 ,il ne se donne pas comme vrai2 il se donne comme obligatoire4 ,il ne fait pas entendre que son contraire est l'erreur2 il fait entendre que son contraire est la ruine1 la mort de l'me4 ,il ne menace pas d'un obscurcissement2 il menace d'un anantissement1 d'une sorte de perdition3 ,je ne te dis pas que tu te trompes2 je te dis que tu es perdu4 ,il ne se rclame pas1 non plus1 de l'ide du beau1 ou il ne fait pas appel1 comme un auxiliaire1 l'ide du beau4 ,plutt mme il s'en dfierait4 ,toute l'argumentation de ,nietzsche1 contre la morale1 quand il est ou se croit immoraliste1 revient cette accusation1 ce grief qu'elle est laide et enlaidissante1 qu'elle persuade l'homme de chercher peut-tre les actions droites1 mais non pas les actions fortes et partant belles1 qu'elle dprime l'homme et peut-tre le rectifie1 mais le rtrcit1 qu'au moins de tout ce qui porte le caractre du beau1 expansion1 audace1 magnificence1 nergie dploye1 elle le dtourne4 ,il reste de ce rquisitoire du moins ceci que le bien ne tient pas ce que l'homme soit un modle pour artiste et un hros de pome pique2 qu'il n'a pas du ct des ateliers de sculpteurs et des cabinets de potes un regard de dsir ou d'esprance1 qu'il ne pousse pas l'homme tre un candidat la beaut4 ,aucunement4 ,il ne le pousse qu' tre satisfait de lui-mme1 fier de lui-mme1 peut-tre et tout au plus2 orgueilleux de lui-mme1 jamais4 ,toute ambition de beaut1 mme celle qui paratrait la plus naturelle et lgitime1 lui paratrait un cabotinage4 ,au fond1 l'instinct moral ne connat ni vrit ni beaut4 ,il ne connat que le bien lui-mme4 ,il ne connat que la parfaite concordance entre la conception de l'acte bon et l'acte bon4 ,donc l'impratif du bien a cela de bien particulier qu'il n'emprunte rien1 ne songe emprunter rien aux deux autres impratifs2 et ceci de bien particulier encore1 que1 tandis que les deux autres impratifs1 quand on les interroge1 leur commandement ajoutent quelques raisons1 lui1 son commandement quand on l'analyse et quand on l'interroge1 n'en n'ajoute qu'une4 99 99 99 99 99 ,mais laquelle donc8--,il ajoute la considration de l'honneur4 ,il commande et il s'en tient l1 d'ordinaire4 ,c'est en quoi il consiste1 ou c'est son caractre plus proprement distinctif4 ,mais quand on lui adresse un pourquoi8 ou simplement quand on le considre1 quand on rflchit sur lui1 quand on se retourne vers lui1 il ajoute ceci ou plutt il se traduit par ceci2 mais s'expliquer c'est encore donner une raison2 il ajoute donc ceci3 ,fais cela1 ou tu seras infme4 ,ceci c'est le devoir qui a fait parler l'honneur4 ,je dis que c'est la seule raison qu'il ajoute1 la seule absolument et qu'il a une rpugnance invincible et absolue aller plus loin4 ,car enfin les autres impratifs1 encore qu'ils commandent1 ne rpugnent point du tout1 nous l'avons vu1 s'adjoindre des motifs divers de persuasion1 et multiples4 ,l'impratif du bien les proscrit tous1 sauf le sien1 unique1 par une fin de non-recevoir qui s'applique tous4 ,il dit3 ,si tu as un motif1 tu n'as plus de mrite1 et voil bien tous les motifs proscrits1 toutes les intentions limines4 ,si tu es fier de faire le bien1 tu fais le bien pour en tre fier2 et ton mrite disparat1 et ce n'est pas le bien que tu as fait4 ,si tu prends plaisir tre honor pour avoir fait le bien1 tu fais le bien pour tre honor de l'avoir fait2 et ton mrite s'croule1 et ce n'est pas le bien que tu as fait4 ,si tu fais le bien par sympathie1 par sensibilit1 tu fais le bien pour prouver une motion2 et ton mrite s'vanouit1 et ce n'est pas le bien que tu as fait4 ,si tu prends plaisir1 simplement dans le fait mme de faire le bien1 ton mrite est douteux et ce n'est peut-tre pas le bien que tu as fait4 ,du moment que le devoir dit cela1 et nous entendons bien qu'il le dit1 non seulement il rpugne toute raison donner1 sauf la sienne1 mais il les exclut radicalement par une sorte de question pralable4 ,mais quand on l'interroge1 mon avis1 il donne bien la sienne1 l'honneur2 il dit bien3 ,ne fais pas cela ton aise2 tu seras infme4 ,il dit bien3 ,l'honneur parle2 il suffit2 ce sont l mes oracles4 ,cela1 il me parat incontestable qu'il le dit4 --,mais c'est comme s'il ne disait rien6 ,c'est comme si1 simplement1 il s'affirmait4 ,c'est comme si1 aprs s'tre affirm une premire fois1 dans le commandement1 il s'affirmait une seconde fois4 ,honneur1 devoir1 c'est mme chose4 ,qu'il dise ,le devoir est de444 ou ,l'honneur est 4441 c'est mme chose4 ,il se traduit1 il s'explique1 moins que cela1 il se nomme1 et il n'ajoute aucune raison1 aucun motif son imperium2 il continue tre mtalogique2 il n'est que lui-mme sous un autre nom4 ,revenez tout simplement au kantisme pur et dites que l'impratif moral n'est point persuasif du tout et qu'il est catgorique1 et rintgrez la foi morale4 --,j'ai dj dit1 par provision1 que si se traduire n'est pas donner une raison1 s'expliquer est dj en donner une4 ,il y a une diffrence entre le simple commandement1 sec et hautain1 et la considration propose de l'honneur2 il y a une diffrence entre le devoir lui-mme et l'honneur2 et le devoir ne se propose plus tout fait lui-mme quand il prsente l'honneur comme quivalent du devoir1 ainsi qu'aurait dit ,guyau4 ,prcisment il propose un quivalent1 non plus lui2 et1 disons mieux1 il propose un de ses caractres comme une raison d'accepter lui2 mais c'est bien une raison qu'il donne4 ,le devoir est l'hypostase de l'honneur1 soit2 mais quand il se prsente sous la personne de l'honneur1 par ce seul fait qu'il a chang de personne1 il s'est fait persuasif et c'est bien une raison qu'il donne4 ,faites cela pour moi4 ,je ne donne pas de raison4 ,faites cela pour moi qui suis votre ami4 ,j'en donne une4--,faites cela pour moi4 ,il ne donne pas de raison4 ,faites cela pour moi qui suis l'honneur4 ,il en donne une4 ,et la preuve c'est que maintenant vous pouvez rpondre2 vous pouvez discuter4 ,quand il disait3 ,fais ceci1 vous ne pouviez que dire3 ,oui1 ou3 non4 ,quand il vous parle d'honneur1 vous pouvez dire3 ,je ne sais pas si l'honneur est cela ou son contraire2 car444 ,oui1 il y a bien une diffrence entre le devoir et l'honneur1 et quand le devoir se prsente comme tant l'honneur1 il donne bien dj un motif1 il vous suggre bien dj une intention1 il est bien dj persuasif2 il ne fait pas de la mtamorale2 il est un moraliste humain2 il n'est plus tout fait ,dieu4 ,c'est cette lgre dchance que je voulais marquer4 ,il n'y a pas de contrat social2 il y a un quasi-contrat1 terme trs juridique1 disait ,m4 ,lon ,bourgeois4 ,il n'y a pas d'impratif catgorique1 dirai-je2 il y a1 si l'on veut1 un impratif quasi-catgorique1 ce qui1 malheureusement1 n'est pas un terme juridique1 ni usit2 mais il suffit de se faire entendre4 ,d'autre part1 on me dira3 ,si le devoir prsente comme sa raison1 sa raison unique1 mais enfin sa raison1 la considration de l'honneur1 il ne prsente pas une raison sui generis2 il fait ce que vous prtendiez plus haut qu'il ne fait jamais2 il emprunte une raison un autre impratif1 ou plutt il prend un autre impratif pour sa raison4 ,ne voyez-vous pas que l'honneur c'est le beau et que le devoir1 en vous conseillant l'honneur1 vous conseille simplement d'tre une belle chose et d'tre digne d'admiration ou de faire des actes beaux et dignes qu'on les admire2 et par votre souci de vous distinguer du kantisme vous faites simplement rentrer la morale dans l'esthtique4 ,je ne crois pas2 cela ne me dplairait pas horriblement2 mais enfin je ne crois pas4 ,il y a une diffrence sensible entre le beau et l'honneur4 ,le beau excite l'admiration1 l'honneur excite le respect et ,kant ne s'y est pas tromp quand il a montr le respect comme le sentiment qui accompagne la ralisation du devoir4 ,l'admiration s'attache des choses o est l'honneur1 mais par cela seul qu'elle s'attache des choses aussi o l'honneur n'est pas1 elle n'est pas le criterium de l'honneur et l'honneur n'est pas le beau4 --,il peut en tre une partie1 et pour prouver que ce n'est pas le beau que le devoir invoque en recommandant l'honneur1 vous devriez dmontrer1 non pas que l'admiration s'applique autres choses qu' lui1 mais qu' lui elle ne s'applique pas4 --,mais non2 j'ai seulement besoin de montrer que le beau moral est une chose tellement diffrente du beau proprement dit qu'il est visible que dans le beau moral s'ajoute un lment tout nouveau1 et cela suffit pour que la distinction soit trs nettement tablie4 ,l'admiration qui s'applique au beau moral est une admiration laquelle s'ajoute le respect et une manire de culte1 choses qui n'entrent pas du tout dans l'admiration pour le beau proprement dit2 et pour dire1 je crois1 beaucoup mieux1 ce n'est pas le respect qui s'ajoute l'admiration dans le sentiment qu'on a pour le beau moral1 c'est l'admiration qui s'ajoute au respect2 et le respect est le fond mme4 ,ajoutez que l'admiration ne s'ajoute que quelquefois au respect4 ,il est des choses d'honneur que l'on respecte et que l'on n'admire pas4 ,des choses d'honneur1 on n'admire que celles o il y a de l'inattendu1 de l'extraordinaire1 un grand effort1 un grand sacrifice1 de la continuit aussi et une suite sans flchissement1 qui impose2 mais pour toutes les choses d'honneur et tous les actes d'honneur1 quels qu'ils soient1 on a du respect4 ,l'homme qui obit au devoir1 ou obit purement et simplement2 ou1 s'il cde la voix du devoir en tant que voix de l'honneur1 est un homme qui cherche quelque chose respecter et qui veut le trouver en lui4 ,il ne faut donc pas faire rentrer la morale dans l'esthtique4 ,elle pourrait1 non pas s'y perdre1 mais s'y altrer1 s'y compromettre avec beaucoup de choses admirables1 mais qui1 pour admirables qu'elles sont1 ne sont pas elle4 ,les grands crimes sont admirables4 ,ce qui fait que ,guyau a tort1 c'est que1 donnant pour l'instinct moral toute la vie1 il donne malgr lui pour morales des choses qui n'ont aucun caractre de moralit4 ,je vais trop loin8 ,mettons que1 donnant pour l'instinct moral toute la vie belle1 toute la vie susceptible d'exciter l'admiration1 il donne malgr lui pour morales des choses qui n'ont aucun caractre de moralit1 parce qu'elles ne sont pas dignes de respect4 ,le tort de ,nietzsche cherchant sa morale1 car on sait qu'il la cherche1 est trs analogue4 ,il consiste prcisment juger des choses selon le criterium de l'admiration1 et par consquent donner comme rgle de vie l'imitation de choses qui1 quoique excitant l'admiration1 ne sont pas moralement belles le moins du monde2 et c'est bien obissant1 en mme temps qu' sa fougue de pote1 une secrte logique1 qu'il en arrive de temps en temps faire l'loge de la violence et du crime4 ,le tort de ,renan quand il a dit1 sans y attacher du reste la moindre importance3 ,la beaut vaut la vertu1 ce qui paraissait ,m4 ,tolsto une effroyable stupidit et ce qui n'est qu'un paradoxe un peu saugrenu1 c'est d'avoir1 un instant1 pris l'admiration pour criterium1 ce qui tout de suite l'amenait penser3 ,un saint et une belle femme2 ils sont beaux tous deux2 ils se valent4 ,il faut donc se garder de croire qu'en proposant l'honneur comme mobile1 le devoir propose de poursuivre une beaut2 il propose1 ce qui est bien diffrent1 de chercher quelque chose que l'on puisse respecter et qui peut-tre1 de plus1 sera admirable1 mais qu'il serait immoral de rechercher pour l'admiration qui pourrait vous en revenir4 ,remarquez en effet ce caractre trs particulier du respect4 ,c'est un sentiment1 on ne peut gure lui donner d'autre nom1 qui semble en dehors de la sensibilit1 sur les limites1 si l'on prfre1 de la sensibilit2 c'est un sentiment qui n'apporte avec lui ni jouissance ni souffrance2 c'est un sentiment qui laisse srieux1 grave et froid2 c'est un sentiment qui ressemble le plus qu'il soit possible une ide1 sans en tre une2 c'est un sentiment qui ne dprime ni n'exalte2 car il n'est pas l'humiliation et1 mme quand il s'adresse vous-mme1 il n'a rien qui ressemble l'orgueil2 c'est quelque chose comme un sentiment sans sensibilit4 ,a cause de cela1 ni il n'apporte ni il ne promet l'me une jouissance de sensibilit1 et par consquent il est prcisment ce que le devoir peut accepter comme auxiliaire sans crainte qu'il ne soit un mobile de sensibilit1 un attrait de plaisir4 ,l'honneur accompagn du respect des autres pour vous et du respect de vous pour vous-mme1 laisse le devoir intact comme impratif1 quasi intact1 aussi intact qu'il est possible1 aussi intact qu'un impratif qui l'on a demand ses raisons et qui en a donn une peut rester pur lui-mme1 aussi intact qu'une impulsion non intentionnelle qu'on a russi transformer en intention peut rester encore non intentionnelle4 ,le devoir qui donne pour raison l'honneur n'est plus lui-mme1 il faut l'accorder2 mais1 en vrit1 il n'est pas encore autre chose4 ,or1 l'honneur tant considr comme devenant le principe de la morale1 qu'est-ce bien que l'honneur8 ,l'honneur est un sentiment qui1 sans envisager l'utilit personnelle et mme en la mprisant1 sans envisager l'utilit sociale quoique ne la mprisant pas1 mais ne s'y arrtant point1 nous persuade que nous sommes les esclaves de notre dignit1 de notre noblesse1 de ce qui nous distingue d'tres juges par nous infrieurs nous2 et qui nous assure fermement qu' cette dignit1 qu' cette noblesse1 qu'au soin de ne pas dchoir nous devons sacrifier tout1 mme la vie4 ,ce principe de morale ne peut pas se confondre avec ceux que nous avons plus haut considrs4 ,il n'est pas l'intrt personnel gnral1 l'intrt bien compris d'une vie bien rgle sacrifiant le point l'ensemble et le moment prsent la suite des moments futurs2 puisque nous sentons qu' cette partie que l'honneur nous convie jouer nous risquons la suppression de notre tre tout entier4 ,il n'est pas l'utilit sociale1 puisque nous sentons qu'en dehors mme de toute utilit sociale nous devons faire des actes pnibles qui ne satisferont que nous1 qui sans doute pourront avoir1 titre d'exemples1 une utilit sociale1 mais lointaine et dans la considration de laquelle nous n'entrons pas1 qui ne pse pas sur les dcisions que l'honneur nous conseille4 ,il n'est pas le stocisme prcisment1 il s'en accommode1 il s'y associe2 mais il n'est pas lui2 car maintenant la lutte contre les passions n'est pas notre but1 mais un moyen et une condition de notre obissance notre principe et notre but tant plac plus loin1 consistant tre satisfaits de nous1 non point ngativement par la distinction faite en nous d'lments mauvais1 mais positivement1 par la puissance en nous de raliser des choses juges par nous belles et nobles ou au moins respectables4 ,il n'est point le sentiment de la vie belle et fconde1 quoique moins loin de ceci que de ce qui prcde2 car ce ne sont pas des choses grandes1 larges et magnifiques qu'il conseille prcisment1 mais des choses respectables1 et il n'exclut pas ou il ne risque pas1 et tant s'en faut1 d'exclure les humbles1 qui se sentiraient bien un peu exclus ou mis au second rang par une morale se confondant1 ou peu prs1 avec la magnificence de la vie4 ,il n'est point le sentiment et la volont de la vie intense et ultra-nergique2 car il conseillera1 certes1 de se surmonter1 de devenir ce qu'on est1 c'est--dire de mettre en valeur ses facults et de vivre dangereusement1 trs dangereusement1 pour lui2 mais tout cela pour lui et non pas par volont de puissance ou pour raliser de la beaut4 ,il n'est pas1 enfin1 l'impratif catgorique lui-mme2 il n'est pas sec et dur1 quoiqu'il soit trs imprieux2 il n'est pas muet pour ainsi dire et commandant du geste et du sourcil plutt que de la parole1 et il est au contraire trs loquent2 il est clair comme une ide1 il est fort comme une impulsion1 il est riche comme un sentiment4 ,il est donc trs particulier1 trs spcial1 tout fait sui generis4 ,il est--ce que ne sont pas1 comme nous l'avons vu1 quelques autres principes de moralit--tout fait tranger aux animaux 7quelques semblants d'mulation la course chez certaines btes tant faits rares dont on ne saurait tirer grande conclusion et paraissant plutt imitation rciproque qu'mulation vritable74 ,il est proprement humain1 et quand les philosophes disent que la moralit commence l'homme1 je ne les entends pas et je proteste2 mais s'ils veulent dire par l que l'honneur commence l'homme1 je les comprends et je leur dis oui4 ,il n'est point du tout tranger aux hommes du peuple1 et bien au contraire2 il est en eux extrmement net4 ,l'homme du peuple dit1 au moins1 ses enfants3 ,il ne faut pas faire cela4 ,est-ce qu'on est des animaux8 ,cela veut dire qu'il se sent oblig par quelque chose qui le distingue d'tres jugs par lui infrieurs lui1 par une dignit1 par une noblesse1 ici par sa dignit d'homme1 par sa noblesse d'homme4 ,les animaux ont t invents pour que le plus humble des hommes et quelque chose au-dessous de lui1 et au-dessus de quoi il se sentt oblig se maintenir1 et au niveau de quoi il se sentt oblig ne pas descendre4 ,l'homme est un suranimal et se sent tenu d'tre au moins un suranimal4 ,par quoi8 ,non point par la raison2 il sait bien que les animaux en ont et il faut tre philosophe pour douter de cela4 ,non point par la morale sociale2 car les animaux ont une morale sociale et1 souvent1 extrmement leve2 mais par le sentiment de l'honneur personnel et de l'honneur de l'espce4 ,c'est un sentiment essentiellement aristocratique2 aussi existe-t-il dans le peuple1 qui est tout plein de sentiments aristocratiques2 c'est un sentiment aristocratique en ce sens qu'il est insparable du dsir de se distinguer de quelqu'un estim infrieur4 ,l'homme du peuple met son honneur se distinguer des animaux1 d'abord2 ensuite de tels et tels1 de sa classe1 qui se conduisent bestialement et qui il dit3 ,tu n'as pas honte1 ce qui est le mot mme de l'honneur2 enfin de tels et tels autres1 placs plus haut que lui dans l'chelle sociale et qu'il prend plaisir constater infrieurs lui1 moins utiles1 moins probes1 moins vaillants4 ,l'honneur est toujours un sentiment aristocratique4 ,une des raisons de l'esclavage antique a t une ide morale1 trs mal comprise1 je le reconnais4 ,l'homme1 mme trs pauvre1 voulait avoir au-dessous de lui des hommes qui fussent des animaux1 pour n'tre pas comme eux1 pour se dire que commettre tels ou tels actes tait descendre au niveau des esclaves1 pour appeler serviles les ides basses1 les sentiments bas et les actions basses4 ,l'homme ancien voulait qu'il y et des esclaves1 comme ,flaubert voulait qu'il y et des bourgeois1 pour n'en pas tre un1 les mprisant1 mais en ayant videmment besoin1 puisqu'il et t dsespr qu'il n'y en et plus4 ,et de fait il dfinissait le bourgeois comme l'ancien dfinissait l'esclave3 tout tre ayant des faons basses de penser et de sentir4--,ce fut une parole vraiment nouvelle que celle de ,snque3 ,servi sunt1 immo homines3 ce sont des esclaves2 non1 ce sont des hommes4 ,il y avait dans cette parole ceci3 ,l'honneur vrai consiste1 non pas ce qu'il y ait des esclaves pour que nous puissions toujours nous considrer comme suprieurs quelqu'un2 mais ce qu'il n'y en ait point1 pour que nous soyons forcs de nous suprioriser nous-mmes et de ne plus mpriser les esclaves1 mais ceux qui seraient dignes de l'tre4 ,a ce propos1 on a dit que l'honneur est un sentiment moderne que les anciens n'ont pas connu4 ,c'est une erreur4 ,l'honneur chez les anciens s'appelait ,aids et ,pudor3 1 ' --,soyez hommes et mettez l'honneur dans vos mes 7,homre74 --,l'honneur tient beaucoup de la sagesse 7,thucydide74 ,de soldats vaincus ,tite-,live dit3 ,accendit animos pudor1 verecundia1 indignitas--,l'honneur1 la honte1 le sentiment de leur indignit1 enflamment leurs mes4 ,juvnal dit3 ,summum crede nefas vitam prferre pudori1 ce qui est la formule mme de l'honneur3 ,le dernier des crimes est de prfrer l'honneur la vie4 ,quelquefois1 le plus souvent mme1 et c'est ce qui le purifie1 car l'honneur lui-mme a besoin d'tre purifi1 l'tre infrieur dont l'honneur veut que vous vous distinguiez n'est pas rel1 n'est pas connu de vous1 est suppos4 ,le pre d',horace fut un honnte homme1 mais c'tait le pre d'un satirique4 ,pour enseigner la morale son fils il lui disait3 ,regarde un tel2 il a dissip son patrimoine2 il est trs mpris2 regarde un tel1 il a t surpris en adultre2 il a une mauvaise rputation4 ,c'tait de la mdisance morale ou de la morale mdisante4 ,nous avons en nous un ,horace le pre1 qui souvent ne fait pas intervenir de noms propres dans sa leon4 ,nous nous disons3 ,je ne sais pas s'il y en a qui font ainsi1 mais1 moi1 je ne suis pas de ceux-l4 ,ici le sentiment de l'honneur est en quelque sorte idal4 ,il sort du domaine du rel pour entrer dans celui du possible4 ,il suppose un certain nombre de possibles parmi lesquels il y en a de mprisables dont il dcide qu' tout hasard il faut se distinguer et se sparer soigneusement1 nergiquement et cote que cote4 ,et c'est ainsi que l'honneur1 tout en restant toujours un sentiment aristocratique1 ne comporte pas toujours quelqu'un mpriser1 ne comporte pas toujours le mpris de quelqu'un de rel et par consquent pourrait tre le sentiment de tous les citoyens1 de tout un peuple1 le sentiment commun de tous les membres de l'humanit1 sans qu'il en manqut un3 ils mpriseraient les possibles mprisables4 ,l'honneur ne doit pas tre confondu avec l'honorabilit qui1 sans tre le contraire1 est tout autre chose et qui rentre entirement1 selon moi1 dans la morale sociale4 ,nietzsche a fait remarquer1 avec quelque confusion1 qu'au-dessus du premier progrs1 qui consiste agir1 non en considration du bien-tre immdiat et momentan1 mais en considration des choses durables 7morale des animaux suprieurs71 l'homme a atteint un degr plus lev quand il agit selon le principe de l'honorabilit 7je traduis ,ehre par honorabilit et non par honneur1 parce que c'est bien le sens1 comme tout le contexte l'indique74 ,nietzsche entend par honorabilit le fait d'tre estim des autres et aussi d'estimer les autres3 ,il honore et il veut tre honor2 il conoit l'utile comme dpendant de son opinion sur autrui et de l'opinion d'autrui sur lui-mme4 ,or ceci n'est pas proprement1 ni mme1 quelquefois1 pas du tout1 l'honneur2 c'est les honneurs1 les marques de considration sociale et de respect social1 et cela ressortit la morale sociale4 ,c'est exactement dans ce sens que ,montaigne emploie le mot honneur4 ,quand il dit que l'honneur est le principe des monarchies1 il veut dire1 comme c'est prouv par tous ses textes1 que les distinctions honorifiques accordes par le roi1 ratifies par l'opinion publique1 sont le grand mobile des vertus sociales dans une monarchie aristocratique4 ,or ceci n'est pas l'honneur2 c'est l'honorable4 --,et par consquent c'est dj de l'honneur1 si les mots ont un sens4 --,oui1 c'est le premier degr1 si l'on veut1 de l'honneur proprement dit4 ,c'est dj de l'honneur1 puisque c'est avoir des raisons de se prfrer d'autres et se satisfaire1 en dehors de toute jouissance matrielle1 dans cette prfrence4 ,ce n'est pas l'honneur proprement dit1 puisque les raisons de se prfrer ainsi nous viennent des autres1 non de nous-mmes4 --,de nous-mmes aussi1 ,nietzsche le dit4 --,je veux bien4 ,alors trois degrs3 #a son bien-tre matriel prfrer l'estime qui nous vient des autres2 #b son bien-tre matriel prfrer l'estime qui nous vient d'autres1 mais de ceux-l seulement que nous estimons nous-mmes1 de sorte que c'est une estime contrle par nous1 ou1 pour mieux dire1 notre propre estime de nous1 rflchie avec renforcement par celle de ceux qui sont estims de nous2 #c son bien-tre matriel prfrer sa propre estime1 quand bien mme il ne se trouverait personne pour nous estimer1 ce qui devrait1 certes1 nous faire rflchir1 mais ce qui ne devrait pas nous arrter1 si1 tout compte fait1 nous nous sentions srs de l'honneur contenu dans notre acte4 ,dans le premier cas1 il y a un peu de sentiment de l'honneur2 dans le second1 il y en a beaucoup plus2 dans le troisime1 il y a honneur pur4 ,le vritable honneur consiste sentir par soi-mme que l'on est une me peu commune1 comme dit le hros de ,corneille1 et qu'il est indiffrent1 pour que cela soit1 que cela soit constat1 que quelqu'un au monde s'en aperoive et le marque au tableau4 ,on se sent alors1 en obissant sa loi1 le lgislateur4 ,aristote avait trs bien vu cela1 j'entends que l'homme suprieur est sa loi lui-mme ce point mme qu'il ne peut pas tre soumis aux lois3 ,si un citoyen ou plusieurs sont tellement suprieurs qu'on ne puisse les comparer aux autres1 il ne faudra plus les regarder comme faisant partie de la cit444 ,les lois ne sont ncessaires que pour les hommes gaux par leur naissance et par leurs facults2 quant ceux qui s'lvent ce point au-dessus des autres1 il n'y a pas de loi pour eux2 ils sont eux-mmes leur propre loi2 celui qui prtendrait leur imposer des rgles se rendrait ridicule et eux seraient peut-tre en droit de lui dire ce que les lions d',antisthne rpondirent aux livres plaidant la cause de l'galit entre les animaux444 ,et il arrive ceci qu'au plus haut degr l'on devient le concurrent de soi-mme4 ,on veut se distinguer non seulement des animaux1 c'est trop facile quoique ce soit dj trs apprciable2 non seulement des hommes que l'on voit infrieurs ce qu'on est1 c'est trop facile encore2 non seulement de ces tres supposs1 dont nous parlions1 qu'on ne voudrait pas tre2 mais encore de soi-mme tel qu'on se voit4 ,l'honneur est alors une estime de ce que l'on serait si l'on tait meilleur4 ,l'honneur consiste vouloir mriter l'estime de celui qu'on pourrait devenir4 ,l'tre infrieur de qui1 maintenant1 vous voulez vous distinguer1 c'est vous-mme et ce sera toujours vous-mme1 quelque progrs sur vous-mme que vous puissiez accomplir4 ,nous rejoignons ici les formules de ,nietzsche1 si loin que nous fussions de lui par notre principe1 parce que tout ce qu'il veut pour satisfaire la volont de puissance on peut le vouloir1 et il est naturel qu'on le veuille pour satisfaire le sentiment de l'honneur et conqurir--car l aussi il y a une conqute--l'estime1 toujours fuyant devant nous1 de nous-mmes4 ,faut-il se surmonter8 videmment1 pour se distinguer de l'homme qu'on est et mriter l'approbation de l'homme qu'on aspire tre1 et cela indfiniment4--,faut-il vivre dangereusement8 ,sans doute1 sinon tout fait comme l'entend ,nietzsche1 du moins par ce fait seul qu'on trouvera toujours des occasions o ce ne sera pas sans risques qu'on pourra pleinement satisfaire ce qu'un honneur rigoureux appelle le devoir4--,faut-il devenir celui qu'on est8 ,assurment1 sinon tout fait comme ,nietzsche le comprend1 du moins en ce sens qu'on est un homme d'honneur et qu'on ne le sera1 relativement encore et toujours relativement1 qu'aprs des efforts persvrants pour le devenir4 ,c'est dans cette morale de l'honneur1 et je veux dire chez ceux qui ont leur morale sous cette forme1 que le devoir devient une passion4 ,on sait assez que dans la morale sociale le devoir devient quelquefois et mme assez souvent une passion4 7,dvouement ses semblables3 le soldat qui meurt pour sa patrie1 le capitaine de vaisseau qui meurt pour sauver ses passagers1 le mcanicien qui meurt aprs avoir renvers la vapeur1 etc47 ,mais le devoir devient une passion surtout chez ceux1 peut-tre uniquement chez ceux1 qui ont la morale de l'honneur4 ,l'art de l'tre moral ou1 sans art1 le mouvement mme de sa nature1 consiste faire une passion de la lutte mme contre les passions1 de sorte qu'il ne reste plus chez l'homme qu'une passion forte1 celle qui combat et dompte toutes les autres4 ,voil l'art de l'tre moral1 et c'est le mrite des stociens d'avoir bien connu cet art-l4 ,mais l'art ne suffirait pas1 videmment1 produire cet effet4 ,il faut qu'une ide devenue ide fixe et cette ide fixe devenue ide-force1 mne ce combat contre les passions humaines4 ,mais encore comment une ide fixe devient-elle ide force8 ,en se pntrant1 en s'imprgnant de passion4 ,ici de quelle passion l'ide fixe se pntre-t-elle8 ,de la passion de l'honneur4 ,je ferai cela1 parce que c'est mon ide4 --,oui2 mais alors c'est une simple gageure4 --,non1 parce que je mets mon honneur faire cela4 --,votre honneur8 --,oui444 enfin1 tout le monde n'en ferait pas autant et je le fais4 ,c'est cela2 il faut que le dsir de se distinguer1 que l'ide de perfection1 et en langage humain cela veut dire l'ide d'lite1 nous soutienne dans cette lutte4 ,elle nous a inspir l'ide de cette lutte1 et dans cette lutte elle nous encourage et nous appuie4 ,alors l'honneur nous enflamme4 ,il est une passion et une passion ardente1 invincible4 ,la passion contre-passions a dtruit ou refoul toutes les passions et reste la passion matresse4 ,l'ide seule y aurait-elle russi8 videmment non4 ,il a fallu que le devoir1 ennemi des passions1 devnt1 sous forme d'honneur1 passion lui-mme4 ,et1 ds lors1 ne vous tonnez plus que le devoir pousse un homme affronter les plus grands dangers et mme accepter la mort certaine2 il y pousse exactement comme la premire venue des passions1 comme l'amour1 la jalousie1 l'ivrognerie ou le libertinage4 ,le devoir est devenu une passion enivrante et mme une passion mortelle4 ,et ce n'est qu'ainsi qu'il est puissant4 ,le devoir n'est vraiment le devoir1 le devoir n'est pleinement le devoir que quand il est la passion du devoir4 ,et il s'est produit1 ce me semble1 ce phnomne psychologique assez curieux4 ,le devoir tait une impulsion imprative4 ,on ne l'a pas accept comme impulsion4 ,on lui a demand ses raisons4 ,il n'en a donn qu'une seule1 mais il en a donn une1 l'honneur2 il est devenu persuasif4 ,mais l'honneur devenu passion est redevenu impulsif et impratif1 et c'est lui maintenant qui ne donne plus ses raisons4 ,c'est un dtour1 c'est une randonne4 ,et donc il n'y a rien de plus naturel que ceci que ,kant ait jug le devoir impratif4 --,comme si une ide pouvait tre imprative6 dit ,schopenhauer4 --,mais c'est que ,kant voit cette ide alors qu'elle s'est pntre d'un sentiment et alors que ce sentiment est devenu une passion1 laquelle1 comme toutes les passions1 est devenue imprieuse4 ,cette passion contre-passions est souvent d'une extrme violence4 ,en tant que passion1 elle a besoin son tour d'tre rprime4 ,elle devient le point d'honneur1 c'est--dire le dfaut de l'homme qui se pique d'honneur l o il n'est ni ncessaire ni utile1 soit par habitude1 soit par jactance1 soit par obissance un prjug qui est n de l'honneur mal compris ou compris troitement4 ,car il y a de faux jours d'honneur1 et il ne faut pas dire1 comme ,sertorius3 ,je ne sais si l'honneur a jamais un faux jour4 ,le point d'honneur peut devenir cette dmangeaison de grandeur d'me dont certains hros de ,corneille sont atteints1 ou cette obstination montrer de la volont sans objet1 de la volont pour l'exercice mme de la volont1 travers que certains hros de ,corneille montrent aussi4 ,c'est que1 du moment qu'une ide devient une passion1 quelque passion noble1 comme dit ,vauvenargues1 qu'elle puisse tre1 elle devient elle-mme une excitation nerveuse qui altre la sant de l'me et contre laquelle la sant de l'me doit ragir2 la sant de l'me1 c'est--dire ce que nous appelons bon sens1 sens du rel1 discernement1 mesure1 raison4 ,mais o sera le criterium8 ,il sera l'utilit ou l'inutilit de cette exaltation de l'honneur pour nous1 considrs comme pouvant tre utiles1 inutiles ou funestes nos semblables4 ,si cette exaltation de l'honneur #a n'est utile en rien1 ou pourrait tre funeste aux autres actuellement2 #b comme exercice de notre volont1 dpasse vraisemblablement la mesure o notre volont pourra jamais tre utile aux autres et mme atteint un point o elle pourrait leur tre nuisible2--alors il y a chose pour rien ou chose pour un mal1 et c'est en de que nous devons nous tenir4--,de mme que l'asctisme exagr1 qu'il soit pratique indienne1 pratique stocienne ou pratique chrtienne1 est une vanit quand il pousse jusqu' ce degr o l'endurance qu'il nous donne cesse de pouvoir tre utile qui que ce soit1 de mme le point d'honneur est une enfance quand l'intrpidit ou la magnanimit qu'il nous donne sont disproportionnes avec les services que nous pouvons rendre et quand les actes mmes qu'il nous inspire ne servent rien qu' nous montrer forts4 ,la limite est flottante1 mais elle n'est pas insaisissable aux yeux de la raison4 99 99 99 99 99 ,la morale de l'honneur a ceci de particulier qu'elle semble bien tre antinomique1 tre en contradiction logique avec toutes les morales connues4 ,la morale de l'honneur contrarie la morale utilitaire individuelle1 celle qui nous est commune avec les animaux2 car enfin si je dois me conduire conformment ce qui me distingue des autres1 c'est avant tout1 non seulement mon intrt immdiat1 mais mon intrt gnral que je dois mpriser4 ,me conduire de telle manire qu'il doive en rsulter pour moi un bien et un bien prolong et permanent1 c'est agir conformment1 non l'gosme spontan1 mais l'gosme rflchi1 qui est plutt un gosme redoubl qu'il n'est le contraire de l'gosme2 c'est agir non seulement comme un animal1 mais comme un vgtal qui1 encore qu'il ne soit pas capable de rflexion1 agit comme s'il rflchissait1 en fendant pniblement la terre pour arriver au complet dveloppement de son tre et sa plnitude1 dans les caresses de l'air et sous la bienfaisante influence du soleil4 ,l'honneur1 l'aspiration me satisfaire moi-mme par la supriorit sur les autres1 me commande de mpriser cette aspiration commune tous les tres1 la persvrance dans l'tre4 ,il y a plus d'honneur1 d'honneur lmentaire1 si l'on veut1 suivre son instinct immdiat et instantan1 qu' calculer1 d'une manire mercantile1 ce qui1 mnag1 conomis et bien plac en ce moment1 me rapportera dans un temps donn de bons et agrables bnfices4 ,la morale de l'honneur me commande de mpriser la morale bassement utilitaire de la fourmi ou de l'abeille4 ,quel honneur voyez-vous prvoir l'hiver et le moment de l'indigence8 ,c'est l'imprvoyance de la cigale1 qui ressemble1 tout au moins1 de l'honneur4 ,elle est le sacrifice du moi prvu ou qu'on pourrait prvoir1 l'expansion de l'tre et la prodigalit joyeuse de l'tre4 ,l'tourderie est de l'honneur1 en ce qu'elle est l'oppos de l'gosme cauteleux1 craintif et avare4 ,ce qu'il y a de bon dans l'tourdi1 c'est qu'il ne pense pas lui-mme4 --,comment donc6 ,il ne pense qu' lui6 --,peut-tre2 mais le rang y songe deux fois1 trois fois1 dix fois1 ce qui fait que relativement celui-ci1 l'tourdi n'y songe point4 ,il est bien plus noble4 ,la morale de l'honneur est contraire une morale qui1 en son fond et de quelque nom qu'on l'appelle1 est une sollicitude raffine1 ingnieuse1 rflchie et profondment calculatrice l'gard de soi-mme4 99 99 99 99 99 ,la morale de l'honneur parat de mme trs oppose ce qu'on appelle la morale sociale4 ,la morale sociale est le fait de se conformer aux murs ambiantes et le fait de se consacrer au bonheur des autres4 ,or la morale de l'honneur d'abord me commande surtout de ne pas me conformer aux murs ambiantes1 ensuite de ne pas me consacrer au bonheur des autres4 ,de ne pas me conformer aux murs ambiantes2 car l'honneur me commande prcisment de m'en distinguer1 d'tre quelqu'un de suprieur1 de tendre indfiniment l' 4 ,la mthode1 qui serait sans doute un peu grossire1 mais la mthode qui se prsenterait d'abord aux yeux et dont il resterait toujours quelque chose dans une mthode plus mdite1 la mthode de la morale de l'honneur consisterait en ceci3 connatre les murs des hommes pour savoir ce qu'on ne doit pas imiter3 ,tous les hommes me sont tel point odieux ,que je serais fch d'tre sage leurs yeux2 ou1 tout au moins1 tous les hommes sont tellement dignes444 d'indulgence que celui qui prcisment a pour morale de ne pas tre indulgent envers soi-mme1 doit commencer par se conformer1 non leurs murs1 mais quelque chose1 sinon de contraire1 du moins de trs diffrent4 ,aux yeux de la morale de l'honneur1 les murs des hommes ne sont pas1 sans doute1 le modle dont il faut suivre le contraire2 mais ils sont le modle ne pas suivre4 ,et le second article de la morale sociale est qu'il faut se consacrer au bonheur de ses semblables4 ,cela a trs bon air4 ,mais1 s'il vous plat1 qu'est-ce que c'est que le bonheur de mes semblables8 ,c'est ce qu'ils dsignent comme tel1 pour que je m'y consacre4 ,or ce qu'ils comprennent comme tant leur bonheur est une misre incomparable pour quelqu'un qui a la morale de l'honneur pour guide4 ,c'est leur prosprit matrielle1 c'est le succs de leurs affaires1 c'est l'avancement de leurs enfants1 toutes choses qui1 un homme qui suit la morale de l'honneur1 sont compltement indiffrentes4 ,si je me consacrais au bonheur de mes semblables tel qu'ils l'entendent1 je passerais la plus grande partie de ma vie recommander les fils de mes semblables leurs examinateurs pour qu'ils fussent reus sans le mriter4 ,la morale de l'honneur fait difficult me le permettre4 ,remarquez ceci3 ou mes semblables sont assujettis leurs intrts matriels1 et la morale sociale m'ordonne de m'asservir1 non mes intrts matriels1 il est vrai1 mais aux leurs2 cependant1 malgr cette diffrence1 c'est encore m'appliquer des intrts matriels1 ce qui est contraire la morale de l'honneur2--ou ils sont comme moi les servants de la morale de l'honneur1 et ds lors ils n'ont aucun besoin que je me consacre leurs intrts4 ,donc1 tous les gards1 la morale de l'honneur parat parfaitement en contradiction avec la morale sociale4 99 99 99 99 99 ,la morale de l'honneur ne parat pas moins en contradiction avec la morale sentimentale4 ,la morale sentimentale1 qui1 du reste1 n'est que la morale sociale un peu ennoblie de ,gemuth1 comme ,matthieu ,arnold disait que la religion est la morale adoucie de sentiment1 consiste suivre le mouvement de sympathie qui nous pousse vers nos semblables et tenir compte de la sympathie que nos semblables nous montrent jusqu' la prendre pour juge de notre moralit4 ,c'est quelque chose comme le aimez-vous les uns les autres1 avec cette addition3 et estimez-vous bon si vous tes aim4 ,cette morale1 qui est excellente en ce qu'elle commande1 mais qui risque de se tromper en son criterium1 car on peut tre aim en dehors du bien1 n'est probablement pas proche parente de la morale de l'honneur4 ,celle-ci ne vous recommande point d'tre aim et de vous faire aimer1 car ce serait un motif trs sensiblement tach d'intrt1 trs sensiblement goste2 et surtout elle ne vous dit point que la sympathie des autres soit la pierre de touche au tmoignage de quoi vous devez vous croire bon et louable4 ,l'honneur est plus haut que cela et plus hautain4 ,il vous dira que bien souvent1 que le plus souvent peut-tre1 de quoi les hommes vous savent gr1 c'est de vous montrer favorables1 non pas sans doute leurs vices1 mais du moins leurs faiblesses2 que la sympathie universelle est acquise l'tre inoffensif et conciliant1 non l'tre vritablement bienfaisant2 qu'au contraire la plupart des grands bienfaiteurs de l'humanit ont t plus tard bnis par elle1 mais1 pour commencer1 lapids par elle1 cartels et crucifis2 et il ajoutera que c'est prcisment pour cela qu'il faut suivre la voie de l'honneur comme plus difficile1 plus dangereuse et plus belle4 ,le sort qui de l'honneur nous ouvre la carrire n'est pas un sort agrable et ne jette point sur nos pas les fleurs doux-odorantes de la sympathie4 ,il n'y a rien de commun entre la morale de l'honneur et la morale sentimentale4 ,morale sentimentale1 disait ,nietzsche1 morale de brebis4 ,la morale1 et ,dieu merci1 n'est pas une idylle4 99 99 99 99 99 ,la morale de l'honneur ne parat pas non plus bien d'accord avec la morale stocienne1 et peu s'en faut qu'elle ne la mprise un peu4 ,certes1 le stocisme a son honneur4 ,son honneur consiste lutter contre les passions et les trangler2 et se sentir1 dans cette lutte1 suprieur1 d'abord elles1 et ensuite ceux qu'elles dominent4 ,mais le stocisme se borne l2 et1 bien considrer qu'il se borne l1 il se confond avec la morale utilitaire1 ou au moins il rejoint cette morale utilitaire1 commune nous et aux animaux1 par laquelle nous nous mettons simplement en garde1 en bons calculateurs1 contre ce qui pourrait nous jouer de mauvais tours4 ,au fait1 il n'y a rien de plus intress et il n'y a rien de moins hasardeux que la morale stocienne4 ,elle consiste ne rien mettre au jeu1 pour ne rien perdre4 ,il n'y a aucun dshonneur cela1 mais il n'y a aucun honneur non plus4 ,la vie est une lutte1 dit l'exprience4 ,il y a un moyen de ne pas se battre1 dit le stocisme1 c'est de ne se battre que contre soi-mme4 ,la vie est un danger1 dit l'exprience4 ,il y a un moyen de ne courir aucun danger1 dit le stocisme1 c'est de ne pas se mettre en route1 c'est de ne pas s'embarquer et de se retenir des deux mains1 de toutes ses forces1 au rivage4 ,il est vrai1 mais nous n'aurons la sensation de nous distinguer que dans l'action dangereuse1 tentatrice1 pleine de risques et pleine de piges2 la lutte contre nos passions sans que nous les prsentions aux tentations n'est que la lutte contre nos dsirs et nos rves2 en quoi l'honneur est mdiocre2 mais ce qui est vraiment capable de nous donner la rcompense de l'honneur satisfait et de l'exciter encore vouloir tre satisfait davantage1 c'est la lutte contre nos passions travers tout ce qui est de nature les tenter1 les sduire1 les caresser1 les exciter1 les aviver et les assouvir4 ,la morale stocienne est une morale de timidit en mme temps que de courage2 c'est une morale de courage au service de la timidit2 c'est une morale de patience nergique1 et ce que nous demandons c'est une morale d'nergie patiente2 c'est une morale qui consiste se soumettre et se dmettre2 ce que nous demandons c'est une morale qui consiste s'affermir pour s'affirmer2 c'est une morale d'o l'honneur se tire sain et sauf2 nous demandons une morale d'o l'on puisse tirer de l'honneur2 ,horace dit3 ,et mihi res non me rebus subjungere conor4 ,le stocisme dit plutt3 ,non mihi res1 sed me rebus subjungere disco4 ,et c'est ce qu',horace a dit1 ce jour-l du moins1 que nous rptons4 ,le stocisme est honorable plutt qu'il n'honore4 99 99 99 99 99 ,la morale de l'honneur n'est point d'accord non plus1 ce semble1 avec la morale-science-des-murs qui1 aprs tout1 n'est que la morale sociale un peu rectifie4 ,un progrs constant ralis par le bon sens sur les murs bien tudies et bien connues1 voil la morale-science-des-murs-et-art-des-murs4 ,cela est louable2 mais ce progrs ne peut que suivre les murs pas pas et leur obir en leur faisant quelques discrtes observations4 ,il nous semble voir un ,sganarelle qui1 seulement1 aurait quelque influence sur ,don ,juan1 ou un ,don ,quichotte qui irait o ,sancho voudrait aller1 mais qui lui verserait de temps en temps1 dose supportable1 un peu d'idal4 ,qu'il n'y ait morale qui puisse faire beaucoup plus sur la masse des hommes1 nous l'accordons2 mais nous en voulons une cependant qui1 tout en faisant cela sur la masse des hommes1 suscite des hros1 ou plutt--car les hros n'ont pas besoin d'tre suscits et ne se suscitent point--donne aux hros leur formule1 de quoi ils ne laissent pas d'avoir besoin ou d'avoir cure pour s'entretenir4 ,la morale-science-et-art-des-murs ne dprime pas l'instinct moral1 mais elle le stimule vraiment peu et se contente plus facilement qu'il ne se contente4 ,elle est trop modeste4 ,elle n'est pas tout fait dmocratique2 mais elle n'est pas du tout aristocratique2 elle ne dit pas que la vrit morale soit dans le suffrage universel1 mais elle la met dans le suffrage universel lgrement retouch par des sages trs respectueux du suffrage universel4 ,nous ne sommes pas dans le marcage1 comme dirait ,nietzsche2 mais nous ne sommes pas sur l',atlas1 non pas mme sur la colline ,callichore4 99 99 99 99 99 ,la colline ,callichore1 c'est peut-tre la morale-expansion-de-la-vie1 la morale de ,guyau2 c'est bien le dveloppement en beaut qu'elle recommande et qu'elle souhaite2 mais nous demandons3 en quelle beaut8 parce qu'il y a des beauts de diffrents degrs et qu'il est peut-tre dangereux que l'homme1 parce qu'il se sentira en beaut1 en pleine vie belle1 croie tre dans la morale4 ,la morale-expansion-de-la-vie est trop facile1 ou du moins1 ce qui offre le mme danger1 elle semble l'tre4 ,n'est-elle point en son fond la morale de ,montaigne1 ou n'a-t-elle pas au moins avec la morale de ce stocien des jardins d'picure un assez troit parentage8 ,certes1 il ne faut pas camper la sagesse sur un mont escarp et sourcilleux2 mais il ne faut pas non plus trop assurer aux hommes qu'on aille droit elle par des routes unies1 fleuries1 gazonnies et doux-fleurantes4 99 99 99 99 99 ,la morale de l'honneur1 quoique plus rapproche des ides ou plutt de l'tat d'me de ,nietzsche que de toute autre chose1 n'est point d'accord non plus avec ,nietzsche4 ,d'une part1 si elle accepte et prend pour elle ses formules les plus clatantes et les plus habituelles 7se surmonter1 vivre dangereusement1 devenir celui qu'on est71 elle repousse ou elle carte son principe mme3 agir par volont de puissance4 ,ce n'est pas par volont de puissance qu'agit l'homme d'honneur1 c'est par volont de respect de soi2 et quand ,nietzsche s'amuse dire que la propret est la premire des vertus et que la psychologie est une drivation du got de propret et que le progrs humain n'est pas autre chose que le progrs de la propret1 c'est1 plus ou moins confusment1 de la morale de l'honneur qu'il a l'ide1 et ce n'est plus de la sienne4 ,d'autre part1 les deux morales de ,nietzsche1 quoique drivant d'une ide trs juste1 sont limines par la morale de l'honneur1 qui n'en a pas besoin1 la morale de l'honneur s'appliquant aussi bien au plus humble des animaux de troupeau qu'au plus glorieux des animaux d'lite4 ,la morale de l'honneur enseigne au plus humble qu'il a son honneur et des devoirs qui en dcoulent2 elle reconnat seulement que ces devoirs augmentent en nombre et en grandeur et en rigueur mesure que l'homme est plac plus haut dans l'chelle sociale1 dans l'chelle intellectuelle et dans l'chelle des forces2 que par consquent il y a plusieurs morales diffremment dures1 diffremment lourdes et aussi prescrivant des devoirs en vrit trs diffrents2 mais aussi que toutes ces morales ont un principe commun et une maxime commune3 se respecter1 se faire respectable ses propres yeux2 et que par consquent ces diffrentes morales1 au point de vue de leur principe1 n'en font qu'une1 ce qui rtablit l'unit1 quoique varit1 du genre humain4 99 99 99 99 99 ,et enfin la morale de l'honneur1 sur quoi nous nous sommes assez tendu dans la partie discussive de cet essai pour n'y revenir que pour mmoire1 se spare de la morale kantienne en ce qu'elle abandonne l'impratif catgorique pour un impratif qui sans aucun doute est persuasif et conditionnel4 ,elle croit et ici elle approuve ,schopenhauer donnant assaut ,kant1 que jamais1 sauf en religion1 en tat mystique1 l'homme n'obit un pur commandement1 un commandement im-mobile1 un commandement mtalogique1 mais toujours un commandement qui raisonne1 un commandement qui se justifie1 et elle croit que la raison que donne l'impratif quand on l'interroge est un sentiment et que ce sentiment est le sentiment de l'honneur2--ou elle croit1 ce qui me parat revenir au mme1 que l'impratif se prsente sous forme d'impratif celui qui croit et sous forme persuasive d'honneur celui qui veut qu'on raisonne2 sous forme d'impratif celui qui est en tat mystique et sous forme persuasive d'honneur celui qui est en tat rationnel4 99 99 99 99 99 ,la morale de l'honneur parat donc bien en contradiction avec toutes les morales connues2 et de fait il y a entre elle et toutes ces morales des diffrences qui sont trs nettes2 mais aussi j'affirme qu'elle rejoint toutes ces morales et qu'elle va mme jusqu' les absorber par la raison qu'elle les contient4 ,toutes les morales1 aprs avoir disparu1 par hypothse1 reparaissent quand on les considre au point de vue de l'honneur1 et elles reparaissent1 mon avis1 plus pleines1 plus consistantes et plus vivantes4 ,la morale lmentaire1 commune aux hommes et aux animaux suprieurs3 sacrifier l'intrt immdiat l'intrt1 personnel encore1 mais gnral et s'tendant sur toute une vie1 est contenue dj dans la morale de l'honneur1 ou contient un principe d'honneur1 mais en tout cas ressortit la morale de l'honneur4 ,que ce soit par sentiment ou par notion de l'utile que l'animal ou l'homme sacrifie ainsi son intrt immdiat1 ce n'est pas douteux2 mais il y a dj chez l'homme un sentiment d'honneur faire ainsi4 ,la preuve1 bien frappante selon moi1 c'est que ce sacrifice1 ceux d'entre les hommes qui sont infrieurs aux animaux ne le font pas et se livrent la jouissance immdiate malgr la sollicitation de leur intrt personnel gnral4 ,ceux-l donc1 trs nombreux1 bien entendu1 qui font ce sacrifice sont guids partie par le sentiment de leur intrt1 partie par le sentiment de l'honneur1 par cette pense3 il n'est pas digne de moi--et que serais-je8 pire qu'un animal--de me tuer pour satisfaire mon got pour le manger1 le boire ou le stupre4 ,c'est de l'honneur1 de la dignit1 une dignit lmentaire1 mais c'est bien un commencement1 en de duquel quelques-uns restent4 ,et c'est prcisment en remontant d'ici1 travers toutes les morales1 la morale la plus leve1 que nous saisirons bien et les diffrents devoirs qu'imposent les diffrentes morales et ceci que toutes1 de plus en plus1 se rattachent l'honneur comme leur principe1 ou1 et cela m'est gal1 sont plus elles-mmes quand elles s'y rattachent4 99 99 99 99 99 ,la morale sociale1 commune l'homme et quelques-uns des animaux suprieurs1 est ennoblie et renforce par la morale de l'honneur1 de telle sorte qu'on se demande presque ce qu'est la morale sociale quand elle n'est pas la morale de l'honneur elle-mme et si1 quand elle ne l'est point1 elle n'est pas immorale4 ,j'ai touch plus haut ce point4 ,mais s'il est parfaitement vrai qu'il est immoral d'tre sociable1 parce que les murs des hommes sont plutt mauvaises qu'elles ne sont bonnes1 il n'est pas moins vrai1 et il l'est davantage1 qu'il faut frquenter les hommes pour ne pas leur montrer une hostilit qui est contraire la charit1 la bont1 la bienveillance et qui videmment dessche le cur4 ,or comment la fois frquenter les hommes1 c'est--dire1 en somme1 prendre leurs murs1 et rester pur8 ,il n'y a qu'un moyen1 c'est de les frquenter en leur donnant de bons exemples et pour leur donner de bons exemples4 ,et il n'y a rien qui la fois soit plus conforme l'honneur et qui le confirme et le fortifie davantage4 ,la ncessit mme de frquenter les hommes vous rengage donc dans l'honneur1 ou plutt de cette double ncessit de frquenter les hommes et de ne pas prendre leurs murs rsulte cette ncessit aussi d'tre plus ferme dans l'honneur qu'on ne le serait restant solitaire4 ,et aussi la morale sociale nous commande d'aider nos pareils1 de nous consacrer eux4 ,et c'est une chose qui serait pouvantable si elle tait ce qu'elle est1 telle qu'elle est et toute seule1 puisqu'elle consisterait aider nos semblables dans toutes les infamies1 ou au moins malproprets1 o ils ont besoin d'tre aids et demandent l'tre4 ,mais ds que1 dans cette morale sociale1 vous faites entrer comme un grain de morale de l'honneur1 tout aussitt elle change compltement4 ,vous vous mettez1 et largement1 au service de vos semblables dans les limites de ce que l'honneur vous permet et vous conseille4 ,ds lors vos semblables1 forcs de ne vous demander que ce qui est honorable1 sont obligs pratiquer l'honneur eux-mmes et dirigent leur activit du ct des rgions o ils savent que vous pouvez et voulez les aider2 de sorte que1 non seulement vous n'tes associs vos semblables que pour le bien1 mais qu'encore1 cause du concours qu'ils esprent de vous1 vous tes excitateurs de vos semblables dans le sens du bien4 ,et de tout cela il faut conclure que la morale sociale est abominablement immorale quand elle est la morale sociale1 et qu'elle ne devient morale que quand elle est sociabilit o intervient le sentiment de l'honneur4 ,et comme1 en dernire analyse1 ce dont la socit a le plus besoin1 non pour pouvoir vivre1 mais pour pouvoir vivre longtemps1 non chaque jour1 mais pour tous les jours1 c'est un certain degr d'honntet1 le vritable homme insocial1 antisocial1 c'est l'homme trop sociable et qui ne songe qu' plaire la socit2 le vritable homme social1 c'est l'antisociable1 c'est l'insociable1 condition qu'il se mle cependant un peu ses semblables pour leur donner l'exemple de l'honneur et pour les aider1 ce qu'ils remarqueront et ce qui les fera rflchir1 strictement dans les limites de l'honneur pur4 ,comme dans la morale lmentaire1 la moralit consiste prfrer son bien personnel gnral sa jouissance immdiate1 de mme1 dans la moralit sociale1 la morale consiste prfrer le bien social gnral et permanent au bien-tre social immdiat2 et cette distinction c'est l'homme d'honneur qui la fait1 et cette prfrence c'est l'homme d'honneur qui l'enseigne4 ,il en rsulte que la morale sociale sera subordonne la morale de l'honneur ou qu'elle ne sera pas4 ,donc il en rsulte que quand elle existe1 ou elle est troitement enveloppe de la morale de l'honneur1 ou elle est la morale de l'honneur elle-mme4 99 99 99 99 99 ,la fade morale sentimentale semble bien1 comme nous l'avons assez marqu1 n'avoir aucun rapport avec l'pre et virile morale de l'honneur4 ,cependant1 non seulement on peut concilier celle-ci avec celle-l2 mais encore on peut dire que celle-l n'a agr quelques philosophes que vue travers celle-ci et que1 si ce milieu avait disparu1 la morale sentimentale serait apparue dans une nudit honteuse qui et fait reculer ses partisans les plus passionns4 ,faire de la sympathie que nous montrent nos semblables le criterium du bien1 le criterium de notre moralit1 le criterium de ceci que nous sommes dans la bonne voie1 ce serait un pur cas d'alination mentale1 si nous ne nous persuadions qu'en nous aimant c'est le sentiment de l'honneur que suivent ceux qui nous aiment4 tre aim ne prouve rien1 non pas mme qu'on soit aimable1 encore moins qu'on soit digne d'tre aim1 encore bien moins qu'on soit digne d'tre aim pour ses vertus4 ,il ne prouve absolument rien du tout4 ,l'amour souffle o il veut4 ,et cette comparaison de l'amour avec un souffle venu des rgions du hasard est si juste que les ,romains appelaient la popularit aura popularis4 ,or l'amour de nos semblables pour nous c'est la popularit4 ,et la popularit est la fille mme du hasard4 ,elle nat exactement1 non pas mme d'un je ne sais quoi1 ce qui est encore quelque chose1 quelque chose qu'on n'a pas encore dfini1 mais elle nat littralement d'on ne sait quoi et d'on ne saura jamais quoi4 ,elle est un des scandales de la raison4 ,avec elle on n'a pas mme la rgle de la ngative et l'on ne peut pas dire1 ce qui serait une certitude1 que son existence est signe qu'elle est immrite4 ,elle est mrite quelquefois1 elle est immrite souvent4 ,elle porte avec elle-mme son incertitude touchant ses mrites4 ,elle est ce qui n'est signe de rien4 ,et il en faut dire autant de la popularit restreinte1 de ce que j'appellerai1 si l'on veut1 la popularit domestique4 ,un homme--rien de plus frquent--est ador de sa femme1 de ses enfants1 de sa belle-mre 7j'ai vu cela71 de quelques amis4 ,c'est le dernier des bohmes1 des fous1 des gostes et des apaches4 ,rien n'irrite davantage l'honnte homme dvou aux siens et dont toutes les vertus sont mconnues et1 qui plus est1 attribues son voisin1 le bohme et l'apache4 ,il en est ainsi1 s'il y a une providence1 prcisment pour que l'honnte homme ne tienne pas compte de la sympathie de ses semblables et pour qu'il ne donne pas dans la morale sentimentale4 ,tant y a que la morale sentimentale porte en elle un terrible germe d'erreur4 ,mais1 si l'on fait intervenir dans la morale sentimentale le sentiment de l'honneur et du respect1 comme font videmment tous ceux qui ont tenu compte de cette morale1 alors elle se transforme immdiatement4 ,si l'on suppose que l'on ne sera aim qu'en proportion de sa vertu et de son honneur1 qu'en proportion de ce qui devrait en effet vous faire aimer1 alors il n'y a rien de plus raisonnable que la morale sentimentale4 ,la morale sentimentale est fonde par des moralistes nafs sur la sympathie humaine1 non telle qu'elle est1 mais telle qu'elle devrait tre2 non telle qu'elle est1 mais telle qu'elle serait si elle avait honte de ce qu'elle est4 ,et comme1 malgr tout1 il arrive que la sympathie humaine ne se trompe pas et va en effet l o elle devrait aller toujours2 comme1 surtout1 elle se trompe sur l'application de ses sentiments et souvent aime bien par amour de la vertu et de l'honneur1 mais des gens qui en sont absolument dpourvus et qui elle les attribue1 le moraliste a t un peu autoris1 pourvu qu'il ft un peu myope1 dire3 soyez srs que la sympathie humaine tend toujours la vertu et l'honneur 7ce qui est peu prs vrai71 et si vous vous sentez l'objet de la sympathie1 concluez 7c'est ici qu'est l'erreur7 que vous tes vertueux1 et donc recherchez la sympathie de vos semblables4 ,c'est ainsi que la morale de l'honneur rejoint la morale de la sympathie1 la condition que la sympathie soit bien place4 ,on peut dire que tout le thtre de ,corneille est fond sur la morale de la sympathie1 car ce que les hros et hrones recherchent1 c'est bien d'tre aims2 seulement ils ont le culte de l'honneur et sont persuads1 et avec raison1 que ceux qu'ils aiment l'ont aussi et qu'ils ne seront aims qu'en raison de leur culte pour l'honneur1 qu'ils ne seront aims qu'en l'honneur comme d'autres ne sont aims qu'en ,dieu4 ,dans ces conditions1 morale d'honneur et morale de sympathie se confondent4 ,la morale de l'honneur est la morale de sympathie elle-mme1 supposer que les sympathies sont morales et ne vouloir que de celles qui le sont4 ,la morale de l'honneur peut encore bien s'accorder avec le stocisme4 ,elle le complte4 ,elle en accepte compltement le principe3 lutte contre toi-mme2 car il est bien vident que la premire distinction que nous devions et aussi que nous puissions chercher1 c'est celle qui consiste ne point s'aimer et n'tre point dsarm contre soi-mme par le sentiment de ses mrites4 ,de plus1 nous avons vu que la morale de l'honneur1 dans ce dsir qu'elle inspire l'homme de se distinguer d'tres infrieurs lui1 ou d'tres supposs infrieurs lui1 ne laisse pas de lui indiquer un tre particulirement dont il doit se distinguer1 savoir lui-mme1 qu'il doit dpasser1 savoir lui-mme1 qu'il doit surmonter1 savoir lui-mme et1 jusqu' ce point1 la morale de l'honneur1 non seulement donne la main au stocisme1 mais elle est le stocisme4--,pass ce point1 elle le complte et lui donne son sens4 ,car enfin pourquoi lutter contre ses passions et se surmonter soi-mme8 --,pour cela mme1 pour dompter ses passions4 --,mais1 c'est un sport6 --,c'est un beau sport4 --,c'est donc de la beaut que vous voulez faire8 ,il y a d'autres manires1 peut-tre moins sombres et moins tristes de faire de la beaut4 --,pour dompter les passions qui sont laides4 --,c'est donc de la beaut que vous voulez faire4 ,il y a d'autres manires1 et moins sombres1 et moins tristes1 de faire de la beaut1 et peut-tre mme avec ces passions que vous mprisez4 --,pour ne pas tre dvor par les passions1 ce qui rend malheureux4 --,c'est donc le bonheur que vous recherchez8 ,vous tes des picuriens4 ,ils ont pourtant raison2 seulement ils ne songent pas introduire dans la loi du devoir le vrai sentiment qui la vivifie4 ,ils connaissent trs bien ce sentiment1 mais ils ne le reconnaissent pas2 je veux dire qu'ils l'prouvent1 mais qu'ils ne le dmlent point4 ,c'est bien par honneur que vous agissez2 c'est bien pour vous distinguer d'autres tres jugs par vous infrieurs vous et de vous-mme jug par vous infrieur ce que vous pourriez devenir2 de telle sorte que1 de victoire en victoire1 d'homme surmont en homme surmont1 se ralise ce sage parfait qui est un ,dieu2 c'est bien pour cela que vous agissez1 certainement2 mais vous ne l'avez pas suffisamment dml et1 manque de cela1 votre morale parat quelque chose comme un jeu sublime4 ,elle se comprend elle-mme ds qu'elle sait qu'elle est le nisus ternel de l'humanit voulant toujours laisser quelque chose derrire elle4 ,et remarquez que le reproche1 qu'on fait avec quelque apparence de raison votre morale1 savoir d'tre trop individualiste et de ne gure pousser l'homme au dvouement envers ses semblables1 disparat aussitt quand c'est d'honneur que l'on parle et non plus seulement de vertu stoque4 ,l'homme d'honneur comprend1 il me semble1 de soi-mme1 de par le sentiment qui le remplit1 qu'il ne se distinguera et qu'il ne mritera son propre respect1 que quand1 non content d'trangler ses passions dans sa cave et de s'abstenir et de supporter et de s'isoler1 il agira sur les autres dans le sens de l'amlioration morale4 ,vous le faites1 certes1 par votre prdication2 mais il est videmment honorable de le faire par l'action1 par l'laboration des lgislations meilleures1 par la rpression et la correction et le relvement des peuples qui entraveraient le progrs de la civilisation morale1 etc4 ,et444 vous le faites par la prdication6 ,pourquoi le faites-vous8 ,je ne sais pas trop4 ,la prdication suppose qu'on veut une humanit tout entire pntre des prceptes qu'on lui prsente4 ,voudriez-vous que toute l'humanit s'abstnt et supportt1 c'est--dire ft compose d'individus isols les uns des autres1 et c'est--dire ne ft plus l'humanit8 ,votre morale1 si excellente1 conduit faire un genre humain d'asctes anachortes4 ,aussi ne visez-vous point l'humanit en prchant4 ,vous visez le petit nombre de ceux qui sont capables de vivre comme vous1 mais qui n'y ont pas encore song1 laissant volontairement de ct la majorit du genre humain4 ,je rve mieux pour vous et je dis qu'il y a au fond de vos principes mmes un principe de vie qui pourrait tre propos l'humanit tout entire3 guerre aux passions1 non pour se faire invincibles1 mais pour vaincre le mal sous toutes ses formes4 ,quel mal8 ,le mal de dchoir4 ,ainsi la morale de l'honneur replace dans le stocisme1 et je dis replace parce qu'elle y est chez elle1 fait un stocisme largi1 agrandi1 plus actif et plus vivant4 99 99 99 99 99 ,la morale de l'honneur peut rectifier et complter de mme la morale-science-et-art-des-murs4 ,il est dans votre nature1 car vous tes surtout un savant1 un studieux1 de considrer la ralit morale1 les murs des hommes1 principalement pour les tudier1 car vous tes un savant1 un studieux1 mais aussi pour en tirer une leon l'usage des hommes et mme au vtre4 ,fort bien4 ,or vous n'en tirerez aucune leon1 du moins j'ai cru le dmontrer1 si vous ne les rapportez pas1 comme une pierre de touche1 comme un instrument de contrle1 comme un instrument de jugement1 un idal de murs que vous vous serez form4 ,bon gr mal gr1 vous ferez intervenir cet idal dans tout projet1 si modeste soit-il1 d'amlioration de vos semblables ou de vous-mme1 que vous aurez fait4 ,or1 cet idal1 quel sera-t-il8 ,un des idals1 assurment1 que les diverses morales que nous avons examines ont invents et proposs aux hommes4 ,or j'ai cru montrer qu'ils ont tous quelque chose d'insuffisant2 nous voil ramens l'idal honneur comme tant celui qu'inconsciemment peut-tre vous consulterez chaque amlioration de dtail1 que vous1 trs modeste et ne voulant procder que par progrs insensibles1 vous proposerez4 ,mais je dis que1 particulirement vous1 c'est l'idal honneur que vous vous adresserez instinctivement1 et peut-tre sans le savoir1 ds que vous ferez de l'art moral4 ,car vous1 peut-tre avec raison1 vous n'tes pas un sentimental1 et vous n'tes pas un eudmoniste et ne croyez gure au bonheur2 et vous n'tes pas un pote et vous n'tes gure partisan de la vie expansive ou de la vie intense et violente2 vous tes un sage trs modr dans ses ambitions pour l'humanit et un peu sceptique sur les puissances de l'humanit4 ,soyez sr qu' quoi vous songerez1 qu' quoi vous songez plus ou moins consciemment toutes les fois que vous envisagez une amlioration possible1 c'est ceci3 plus d'humanit entre les hommes1 moins de violences1 moins de meurtrissures1 moins de cruauts4 ,comme vous tes surtout instruit des murs des hommes1 vous tes ennemi de ce que vous voyez bien qui leur fait faire le plus de sottises1 savoir de leurs passions basses et leurs passions hautes1 et c'est assurment un certain milieu et entre-deux que vous voudriez les arrter1 avec un progrs lent dans ce sens4 ,or c'est l'instinct de l'honneur que1 dans ce dessein1 vous faites appel4 ,toutes vos amliorations se ramneront ceci3 soyez corrects1 soyez dignes1 n'admettez pas des institutions qui sentent la vengeance1 c'est--dire l'animalit1 qui sentent l'ambition dsordonne1 c'est--dire la sauvagerie1 qui sentent la torpeur et l'inertie1 c'est--dire la vgtalit et mme la vgtalit infrieure4 ,tout cela c'est de l'honneur d'homme et de l'honneur que peuvent comprendre les hommes de toutes classes et de tout rang1 ce qui est prcisment ce qu'il vous faut4 ,et voyez comme aussitt que ce principe est1 je ne dirai pas introduit auprs de vous1 car vous l'avez1 mais mieux connu1 mieux saisi1 votre proccupation principale prend tout son sens4 ,certes1 on n'a jamais assez connu les murs des hommes pour adapter et ajuster chacune de leurs tendances1 dans la mesure juste1 comme correctif1 le principe de l'honneur3 ,il est digne de vous1 qui tes ambitieux1 de l'tre d'une faon qui vous distingue de l'ambitieux vulgaire2 il est digne de vous1 qui tes colrique1 de ne l'tre que contre ce qui est bas et vil1 pour vous distinguer de ceux qui le sont d'une faon purile et infantile2 etc4 ,la science des murs devient alors le diagnostic1 qui n'est jamais assez inform1 et l'art moral devient une mdication employant une panace1 mot qui fera sourire1 mais une panace a formes multiples et toujours approprie au temprament du malade4 ,l'art des murs est l'art d'introduire dans les murs autant de sentiment de l'honneur qu'elles en pourront comporter dans telle situation donne1 ce qui comporte les connatre fond et avoir mesur toutes leurs faiblesses et toutes leurs forces4 99 99 99 99 99 ,la morale de l'honneur s'accommode encore de la morale de ,guyau1 de la morale expansion de la vie1 et elle la complte heureusement4 ,la morale c'est la vie en beaut4 ,je le veux bien2 mais quoi reconnatrons-nous la beaut8 ,quel sera le criterium de la beaut8 ,c'est ce que ,guyau n'a jamais dit1 et c'est pour cela que sa morale reste flottante1 parce que ce qui semble beau est partout et par consquent tout est moral4 ,mais si nous arrivons savoir ce qui est humainement beau et si nous dmlons que ce qui est humainement beau c'est tout ce qui nous lve au-dessus de quelque chose jug par nous indigent2 comme le sens de la beaut et le sens de la vie et le sens de la vie belle se fait lumineux et presque prcis6 ,et comme alors1 oui1 je puis dire3 tre moral c'est vivre2 vivre vritablement tant augmenter en moi la valeur de la vie4 ,car maintenant1 j'ai en mains une valeur1 ce que je n'avais pas tout l'heure4 ,il a suffi de cela1 mais c'tait tout1 pour que le systme1 sans changer en soi1 et toute sa vertu4 ,il me dirigeait vraiment de tous les cts2 il me dirige maintenant de tous les cts encore1 mais avec une boussole trs exacte qui me fait viter les cueils de chaque rgion et dans chaque rgion me fait voguer par une mer sre vers des terres fcondes4 99 99 99 99 99 ,puisque ,nietzsche1 comme ,m4 ,fouille a raison de le dire1 a un point de dpart qui n'est pas trs diffrent de celui de ,guyau1 si tant est qu'il ne soit pas le mme1 de la morale de l'honneur applique au nietzschisme1 nous dirons peu prs la mme chose4 ,la morale de ,guyau devient la morale de l'honneur ds que par la beaut de la vie on entend l'honneur1 et la morale de ,nietzsche est la morale de l'honneur elle-mme si1 ce qui n'est pas certain1 mais ce qui est probable1 par hrosme il a entendu la joie de l'honneur qui se satisfait4 ,si nous rencontrions toujours les formules favorites de ,nietzsche quand nous exposions la doctrine de l'honneur comme principe de la morale1 c'est que tout ce qui est signe de force est signe de force morale1 et tout ce qui est exercice de force est exercice de force morale1 une certaine condition1 et qu'il ne reste plus savoir que pour quelle cause et dans quel dessein la force se met en action1 pour savoir si elle est morale ou si elle ne l'est pas2 et le seul tort de ,nietzsche1 considrable il est vrai1 est d'avoir cru que la force est morale en soi1 ou1 puisqu'il rcuse le mot moral1 d'avoir cru que la force est1 en soi1 la bonne rgle de notre dveloppement4 ,il a dit1 en bon ,allemand ngateur du droit3 ,vous dites que c'est la bonne cause qui justifie la guerre8 ,je vous dis que c'est la bonne guerre qui sanctifie toute cause4 ,voil ce qui nous spare2 mais s'il avait compris une fois pleinement ce qu' chaque instant il est tout prs de comprendre1 que la force se trompe sur elle-mme comme la faiblesse1 et qu'il faut la force un criterium de son bon ou mauvais emploi1 toutes ses directions gnrales le menaient prconiser et introniser la force noble1 et c'est--dire celle qui se mprise elle-mme quand elle n'est pas conforme l'honneur4 ,et c'est ce qu'il dit lui-mme le jour o sa formule3 ,l'homme est quelque chose qui doit se surmonter1 laquelle toute seule n'est encore rien1 il ajoute3 ,que votre amour de la vie soit l'amour de vos plus hautes esprances et que votre plus haute esprance soit la plus haute pense de la vie1 quation entre l'amour de la vie leve et l'amour de ce qu'on espre de la vie1 c'est--dire un progrs sur soi-mme4 ,tous les signes de noblesse de ,nietzsche sont des signes du dsir chez l'homme de se distinguer de ceux qui sont contents d'eux-mmes1 et aussi de soi-mme trop facilement content de soi4 ,et comme son stocisme est un stocisme d'action1 que ce stocisme d'action soit domin et dirig par ce sentiment que l'homme doit se dominer et dominer les autres pour l'honneur de l'humanit1 toute sa philosophie devient celle du courage au service du bien4 ,elle devient celle de ,montaigne en un jour de stocisme chrtien3 ,o la vile chose et abjecte que l'homme s'il ne s'lve au-dessus de l'humanit6--,voil un bon mot et un utile dsir1 mais pareillement absurde2 car de faire la poigne plus grande que le poing1 la brasse plus grande que le bras et d'esprer enjamber plus que l'tendue de nos jambes1 cela est impossible et monstrueux1 ni que l'homme se monte au-dessus de soi et de l'humanit2 car il ne peut voir que de ses yeux et saisir que de ses prises4 ,il s'lvera si ,dieu lui prte extraordinairement la main2 il s'lvera1 abondamment et renonant ses propres moyens et se laissant hausser et soulever par des moyens purement clestes4 ,c'est notre foi chrtienne1 non la vertu stoque de prtendre cette divine et miraculeuse mtamorphose4--,il est vrai1 dirai-je2 mais1 mme sans avoir recours la foi1 en langage philosophique1 cela veut dire3 l'homme doit se surmonter et ne peut pas se surmonter2 c'est donc d'accomplir sur lui un miracle qu'on lui demande quand on lui dit3 ,surmonte-toi1 et il est trange qu'un incrdule comme ,nietzsche l'y convie2 mais ce miracle1 si l'homme y croit1 il commence tre accompli2 s'il s'y applique avec une nergie qui sera en raison de l'intensit de sa foi1 il sera demi accompli2 et c'est--dire que1 sans se surmonter1 l'homme aura atteint ses limites1 surmontant tout ce qu'il paraissait tre et tout ce que lui-mme croyait qu'il tait4 ,or cet acte de foi1 point de dpart de toutes ces nobles dmarches et de cette mtamorphose quasi divine1 c'est un acte de foi en l'honneur1 en l'honneur1 reste peut-tre et peut-tre signe de notre cleste origine4 99 99 99 99 99 ,et enfin que la morale de l'honneur soit la morale mme de ,kant avec une sorte d'addition qui ne fait que la modifier1 qui ne fait que la ramener tre persuasive comme toutes les morales non religieuses1 qui ne fait que la laciser1 si l'on me permet ce badinage1 c'est ce que tout cet essai aura dj suffisamment mis en lumire4 ,la morale de ,kant commande1 la morale de l'honneur persuade imprativement par la bouche d'un personnage qui commande par un conseil1 mais qui trs rapidement revient lui-mme commander sans phrases4 ,la morale de l'honneur explique la morale de ,kant1 ou plutt fait qu'elle s'explique2 elle fait parler la grande muette2 elle desserre les lvres scelles de l',impratif4 ,du reste1 elle lui laisse tout son caractre4 ,il est vrai encore que toute action inspire par des mobiles intresss n'est pas morale et que ne s'achemine tre morale qu'une action inspire par des mobiles intresss et par un commencement d'amour de ,dieu1 c'est--dire du bien pour lui-mme4 ,il est vrai encore que l'chelle des valeurs des actions est tablie par cette considration que plus une action s'carte de l'intrt de l'agent et se rapproche d'une ide pure1 plus elle est morale4 ,mais il n'est plus vrai qu'elle doit se rapprocher d'un pur rien ou d'un quelque chose qui ne dit rien4 ,elle doit se rapprocher de l'ide la fois la plus leve et la plus capable de s'lever sans cesse et la plus universelle et la plus capable d'tre universelle4 ,il est vrai encore qu'une action inspire par la seule sensibilit n'est pas morale2 mais il n'est plus vrai que le sentiment mme de la piti et de la compassion tendre est charge l'homme bien intentionn quand il intervient avant l'examen de cette question3 o est le devoir8 et qu'il est le principe de la dtermination qu'on prend1 parce qu'il vient troubler l'action de ses sereines maximes2 et qu'aussi lui faut-il souhaiter d'y chapper pour n'tre plus soumis qu'a cette lgislatrice1 la ,raison4 ,non1 cela n'est pas vrai2 et ,schiller a raison en son pigramme3 ,je sers volontiers mes amis1 mais1 hlas je le fais avec plaisir2 j'ai un remords4--,eh bien1 efforce-toi de le faire avec rpugnance1 et ce sera le devoir4 ,ce qui est vrai1 c'est que l'accord entre la sensibilit et la raison est le signe du vrai et qu'il faut souhaiter1 non pas d'chapper la sensibilit1 mais qu'elle se rencontre avec la raison4 ,or cet accord ne peut tre indiqu par un commandement sec1 froid et silencieux1 mais par une instigation chaleureuse et loquente qui tienne dj un peu de la sensibilit4 ,c'est celle de l'honneur4 ,l'honneur est le mdiateur entre la sensibilit et la raison2 il est l'interprte de la raison auprs de la sensibilit4 ,au fond1 ,kant tablit bien la morale sur l'honneur quand il observe que le sentiment qui reoit1 pour ainsi parler1 la loi morale dans le cur de l'homme1 c'est le respect4 ,le respect1 c'est ce que la sensibilit a pour le commandement moral4 ,or respecte-t-on un commandement pur et simple8 ,non2 on lui obit quand on ne peut pas faire autrement4 ,ce qu'on respecte1 depuis la simple dfrence jusqu' la vnration et jusqu'au culte1 c'est la raison du commandement ou le caractre de celui qui commande4 ,ce qu'on respecte dans le commandement moral1 c'est l'honneur qu'il nous donne pour sa raison ou le personnage de l'honneur sous lequel il nous apparat4 ,c'est cela qu'on peut respecter et que l'on respecte4 ,en trouvant1 et trs bien1 le lien entre la loi morale et la sensibilit1 le levier entre la loi morale et la sensibilit1 ,kant a trouv ce quoi1 vraiment et rellement1 in actu1 nous obissons quand nous sommes moraux4 ,quand nous sommes moraux nous nous respectons1 quand nous nous respectons nous sommes moraux2 quand nous avons trouv ce qui en nous est non aimable--pour nous c'est nous tout entier--mais respectable1 et quand c'est cela que nous nous attachons1 nous sommes moraux4 ,et donc ,kant1 je ne dirai peut-tre pas a fond la morale sur l'honneur1 mais il l'a vue fonde sur lui4 ,son criterium mme est plein de cette ide2 car agir de telle manire que nous puissions vouloir que la maxime d'aprs laquelle nous agissons soit une loi universelle1 prenez garde1 il y a de la sensibilit l-dedans2 il y a un commencement de sensibilit2 c'est vouloir avoir l'honneur d'tre le lgislateur du genre humain2 je dis trop8 oui2 eh bien1 c'est vouloir avoir l'honneur de pouvoir se considrer comme lgislateur du genre humain2 c'est dire3 ,j'agis bien2 si tout le monde faisait ainsi4442 et ce n'est pas forcment de l'orgueil2 ce n'est pas ncessairement de la fiert2 mais c'est un sentiment d'honneur trs vif1 c'est le sentiment de s'tre distingu de beaucoup d'autres jugs infrieurs nous4 ,kant est tout plein de l'ide d'honneur4 ,la morale de l'honneur ne fait que prendre ,kant par un certain biais et le rendre plus accessible4 ,elle ne fait que mettre un pont entre son escarpement et nous4 99 99 99 99 99 ,la morale de l'honneur1 j'ai cru le prouver1 s'adresse tous1 tous elle fait appel et tous peuvent la recevoir4 ,mais tous elle propose de se distinguer1 de s'lever au-dessus de quelqu'un1 ft-il suppos1 de se faire prfrables4 ,elle est tout entire1 grce peut-tre une interprtation particulire1 mais enfin elle est tout entire dans le fier mot de ,nietzsche que j'ai dj cit1 mais que je veux comme saluer en finissant3 ,gardons-nous de rabaisser nos privilges tre les privilges de tout le monde2 car il s'agit d'tre privilgis1 d'tre plus haut1 d'tre les lus4 ,or nos privilges1 ce sont nos devoirs4 ,nietzsche le dit encore3 ,compter nos privilges et leurs exercices au nombre de nos devoirs4 ,nos privilges1 c'est d'tre en quelque chose plus forts1 en quelque chose plus intelligents1 en quelque chose plus vertueux que d'autres4 ,or autant de privilges1 autant de devoirs2 et plus nous avons de privilges1 plus nous avons d'obligations1 et c'est ce que l'honneur commande4 ,nous devons nous considrer1 tous tant que nous sommes1 puisque chacun de nous a son petit ct de supriorit1 nous devons nous considrer comme des privilgis du devoir4 ,remarquez que1 comme il arrive souvent1 la formule de ,nietzsche peut se retourner et rester vraie4 ,nous ne devons pas rabaisser nos privilges tre les privilges de tout le monde4 ,nous devons aussi rabaisser nos privilges tre les privilges de tout le monde2 c'est--dire vouloir que tout le monde pratique nos vertus et faire tous nos efforts pour qu'ils les pratiquent2 et c'est en effet ce que les plus saints d'entre nous veulent de tout leur cur4 ,mais pourquoi vouloir cette galit8 ,pour en sortir4 ,pourquoi vouloir que nos privilges soient rendus communs8 ,pour en chercher d'autres4 ,pourquoi vouloir que les devoirs pratiqus par nous soient pratiqus par tout le monde8 ,pour nous crer d'autres devoirs1 plus grands1 plus lourds1 plus imprieux et plus nobles1 ou les mmes pousss plus loin4 ,et ainsi de suite et toujours1 et voil la formule de ,nietzsche rintgre3 nous aurons toujours des devoirs dont nous serons toujours jaloux comme de privilges4 ,et l'humanit1 d'chelons en chelons1 se surmontera toujours1 les plus levs tendant la main ceux qui seront rests plus bas1 ayant un double dsir1 une double volont1 qui n'a rien de contradictoire1 d'tre toujours rejoints1 et d'tre toujours suprieurs4 ,ainsi le veut l',honneur1 qui est le ,devoir l'tat dynamique1 qui fut le roi des combats sanglants1 qui peut devenir le roi des combats pacifiques1 le roi des rivalits salutaires1 le roi des mulations sacres1 la conqute1 toujours faire1 jamais faite1 toujours essaye1 toujours commence1 toujours espre1 de la souveraine vertu1 qui est le souverain bien4 99 99 99 99 99 ,j'aurais peut-tre d--et aussi bien c'est peut-tre ce que je devrais toujours faire--ne pas crire ce volume2 et me contenter de transcrire cette ligne d',alfred de ,vigny3 ,l'honneur1 c'est la posie du devoir4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,i4 ,avant ,kant #a ,,ii4 ,la morale de ,kant #ch ,,iii4 ,le no-kantisme #hj ,,iv4 ,la morale sans obligation ni sanction #ajd ,v4 ,la morale de ,nietzsche #aci ,,vi4 ,la morale science-des-murs #bae ,,vii4 ,la morale de l'honneur #beg ,poitiers4--,socit franaise d'imprimerie4