,,schopenhauer ,,pens,,es1 ,,maximes ,,et ,,fragments ,i4--,,les ,,douleurs ,,du ,,monde ,,et ,,le ,,mal ,,de ,,la ,,vie ,,ii4--,l',,amour4--,,les ,,femmes4--,,le ,,mariage ,,iii4--,,aphorismes ,,sur ,l',,homme1 ,,la ,,vie1 ,,la ,,soci,t1 ,,la ,,politique1 ,l',,art1 ,,la ,,religion1 ,,etc4 ,,traduit1 ,,annot ,,et ,,pr,c,d ,d',,une ,,vie ,,de ,,schopenhauer ,par ,j4 ,,bourdeau ,,paris ,,librairie ,,germer-,,bailli,,re et ,cie #ajh1 ,,boulevard ,,saint-,,germain1 #ajh #ahhj ,tous droits rservs4 ,a la mme ,librairie4 ,,ouvrages ,,de ,,schopenhauer ,,traduits ,,en ,,fran,,ais ,le ,fondement de la morale1 #ahgi1 #a vol4 in-#ah de la ,bibliothque de philosophie contemporaine #b fr4 #ej ,essai sur le libre arbitre1 #ahgg1 #a vol4 in-#ah de la ,bibliothque de philosophie contemporaine #b fr4 #ej ,le ,monde comme volont et comme objet de reprsentation4 #b vol4 in-#h4 7,sous presse47 99 99 99 99 99 ,la philosophie de ,schopenhauer1 par ,th4 ,ribot4 #a vol4 in-#ah de la ,bibliothque de philosophie contemporaine #b fr4 #ej ,,pr,,face ,,vie ,,et ,,opinions ,d',,arthur ,,schopenhauer#a #a ,schopenhauer's ,leben von ,w4 ,gwinner4 ,leipzig4 ,brockhaus1 #ahgh4 ,s'il n'y avait chez ,schopenhauer que le crateur d'un nouveau systme de philosophie1 d'une nouvelle explication de l'inexplicable1 on pourrait certes l'admirer ou le critiquer1 mais on ne le lirait gure4 ,heureusement pour sa gloire1 il s'est tourn parfois vers le grand public1 il lui adresse quelques-uns de ses ouvrages#b et sollicite les suffrages des honntes gens qui ne se piquent pas de mtaphysique4 ,et en effet1 ct du mtaphysicien1 on rencontre dans ses crits un moraliste curieux1 un humoriste original et un crivain clair1 accessible tous1 et presque populaire4 ,les ,allemands l'admettent dans leurs bibliothques choisies1 et l'un d'eux le compare notre ,montaigne4 ,un ,montaigne1 j'y consens1 pourvu qu'il soit bien entendu que c'est un ,montaigne allemand4 ,est-il possible de concevoir un ,montaigne constructeur de systme et abstracteur de quintessence1 un ,montaigne sardonique1 irritable et sombre1 tranger aux grces riantes et aux joies lgres8 ,montaigne et ,schopenhauer n'ont de commun que leur curiosit universelle des hommes et des choses4 ,l'un et l'autre ils voient le monde travers leur esprit1 leurs gots1 leur humeur4 ,aussi1 comme pour la plupart des moralistes1 la vie de ,schopenhauer est-elle un commentaire de ses uvres1 souvent un commentaire rebours3 ses actes dmentent ce que sa doctrine a d'excessif et d'outr1 et l'auteur relve en lui ce qu'il y a de faible et de chancelant dans l'homme4 #b ,parerga und ,paralipomena4 ,c'est un vendredi1 jour nfaste1 que1 selon la remarque de ,m4 ,gwinner1 ,arthur ,schopenhauer1 le grand pessimiste1 naquit ,dantzig le #bb fvrier #aghh4 ,d'aprs la tradition de famille1 ses anctres taient ,hollandais4 ,son pre1 riche ngociant de la ville1 avait l'esprit cultiv2 il aimait les voyages et suivait en toutes choses les coutumes anglaises4 ,sa mre1 fille du conseiller ,trosiener1 se fit plus tard1 grce ses romans1 un nom dans la littrature de l'poque4 ,ds son premier ge le jeune ,arthur escorte ses parents travers l',allemagne1 la ,belgique1 la ,suisse1 la ,france et l',angleterre2 neuf ans1 on l'tablit au ,havre1 o il oublie au bout de deux annes sa langue maternelle1 puis on le laisse quelque temps ,londres4 ,les sjours l'tranger1 la frquentation des socits les plus diverses lui procurent ainsi l'exprience prcoce et pratique ncessaire aux marchands1 utile aux philosophes4 ,la mort de son pre1 survenue en #ahjd1 change le cours de ses tudes jusque-l diriges vers le commerce4 ,il ne se sent pas n pour vivre derrire un comptoir2 d'ailleurs l'hritage paternel assure son indpendance et ses loisirs4 ,a peine livr lui-mme1 il se voue aux lettres1 la science1 la philosophie surtout1 avec l'entrain juvnile et passionn que donnent les aptitudes natives4 ,il mdite ,kant et ,platon1 frquente les ,universits de ,gttingue et de ,berlin1 tudie la minralogie1 la botanique1 l'histoire des ,croisades1 la mtorologie1 la physiologie1 l'ethnologie1 la jurisprudence1 la chimie1 le magntisme1 l'lectricit1 l'ornithologie1 l'amphibiologie1 l'ichthyologie#c1 la flte1 les armes et la guitare4 ,que de chosologies une tte allemande peut contenir6 ,schopenhauer s'assimila toutes ces sciences1 hormis la guitare1 et dut1 aprs bien des annes de striles efforts1 suspendre un clou de sa chambre l'instrument rebelle4 #c ,nous abrgeons la liste officielle de tous les cours qu'il a suivis ,gttingue et ,berlin4 ,n'allez pas cependant vous le figurer sous les traits de ces jeunes pdants longue mine1 trous au coude1 et qui n'ont vu le monde que du fond des bibliothques2 ne l'imaginez pas non plus1 selon la mode des universits allemandes1 grand avaleur de bire et chercheur de duels4 ,il dtestait la bire et les duels3 nous avons mme de lui1 dans ses aphorismes1 un petit trait contre les duellistes1 o il dit joliment leur fait tous les matamores passs1 prsents et futurs4 ,pas plus que les combats singuliers il n'aimait les batailles ranges1 et1 comme ,panurge1 il craignait naturellement les coups4 ,en #ahac1 dans un lan de patriotisme1 il achte l'un de ses belliqueux camarades un sabre d'honneur2 il paie au lieutenant ,helmholtz un uniforme et un ,sophocle2 mais1 quant lui1 il se tient coi et tranquille1 et rumine loisir sa thse sur la ,quadruple racine de la raison suffisante4 ,a le juger par l'extrieur1 c'tait un jeune gentleman fort soigneux de sa mise1 d'agrable tournure et de belles manires1 quoique d'une contradiction fatigante et d'une impertinente franchise4 ,on le rencontre la comdie et l'opra1 dans les cercles aristocratiques1 les socits lettres de ,weimar et de ,dresde4 ,il a des entretiens avec ,gthe1 il observe les saltimbanques1 assiste par faveur une excution capitale1 et lit les hommes autant que les livres4 ,il n'est rien moins qu'un ennemi des plaisirs4 ,tandis qu'il mdite et compose vingt-neuf ans son grand ouvrage1 le ,monde comme volont et comme reprsentation#d1 ce livre fameux qui conclut l'asctisme en vue d'amener la fin du monde par la continence absolue des sexes1 il lui arrive mme msaventure qu' ,descartes2 un beau jour il lui nat un enfant naturel4 ,et sur ces entrefaites1 son livre tant achev1 ,schopenhauer1 d'un pas allgre1 va se dlasser en ,italie et se divertir4 ,a ,venise1 o il se trouvait en mme temps que ,byron#e1 il mne comme lui joyeuse vie1 et continue ses tudes sur la physique de l'amour1 dont il devait un jour crire la mtaphysique4 #d ,cet ouvrage parut en #ahai4 #e ,il se plaisait rpter cette boutade de ,byron3 ,the more ,i see of men1 the less ,i like them2 if ,i could say so of women too1 all would be well4 ,riche d'exprience et de connaissances1 d'observations et d'tudes1 mais auteur inconnu1 car son livre gisait encore chez le libraire sans succs et sans cho1 il a la malencontreuse ide de venir enseigner la philosophie l',universit de ,berlin4 ,hgel faisait foule3 ,schopenhauer parla devant des banquettes peu prs vides4 ,il enrage1 il s'obstine et ne trouve la fin d'inscrits son cours que trois pels et un tondu3 un matre de mange1 un changeur1 un dentiste et un capitaine en retraite4 ,de l peut-tre ses diatribes acerbes contre l'enseignement officiel des professeurs de philosophie4 ,hgel ne fut pas seul troubler son repos3 une vieille fille sa voisine1 couturire de profession1 gagna contre lui un procs en indemnit pour coups et blessures4 ,la lutte homrique du philosophe et de la commre n'occupe pas moins de vingt-cinq pages in-octavo dans la solide biographie de ,m4 ,gwinner4 ,en #ahca1 le cholra le chasse de ,berlin1 de mme qu'il chassait de ,naples ,leopardi1 le pote de l',infelicit4 ,singulier rapprochement que cette terreur presque simultane du cholra chez ces deux pessimistes6 ,c'est que1 tout en proclamant bien haut en strophes sonores ou en prose admirable que le monde est une comdie dont le jeu ne vaut pas la chandelle1 et l'homme un pitre acteur en guenilles qui balbutie un mauvais rle1 ils tiennent ces chandelles1 cette farce1 ces guenilles2 ils ont horreur1 comme vous et moi1 plus encore peut-tre que vous et moi1 du dnoment tragique4 ,a la moindre alerte1 eux de fuir toutes jambes4 ,notre cholrophobe de profession1 comme il s'intitulait lui-mme1 s'arrte enfin ,francfort#f3 il y a pass en prospre sant ses vingt-neuf dernires annes4 ,un matin1 le #bc septembre #ahfj1 comme il s'habillait1 la mort le saisit brusquement la gorge et le coucha sur le parquet4 ,il avait soixante-douze ans4 #f ,c'est l qu'il a crit et publi1 en #ahea1 l'ge de soixante-trois ans1 ses ,parerga und ,paralipomena1 sries d'essais destins au grand public4 ,sa vie de clibataire et de rentier est d'une monotonie si automatique1 qu'on la connat quand on connat une de ses journes4 ,se lever vers huit heures1 s'ponger l'anglaise1 prparer son caf1 s'attabler au travail et crire dans toute la fracheur des ides matinales1 jouer ensuite un petit air de flte avant d'endosser son habit1 d'ajuster son jabot et sa cravate blanche2 dner table d'hte1 sieste1 promenade2 lire le ,times1 puis quelques bons vieux auteurs2 souper1 thtre1 excellent sommeil4 ,il est aussi mnager de sa fortune que de l'emploi de son temps1 et double la longue son capital4 ,a ct de ce bon sens pratique1 de ces habitudes rgles1 on peut noter en lui plus d'un symptme morbide1 et ce coin de folie qui n'est pas rare chez les esprits suprieurs4 ,nullum magnum ingenium sine quadam mixtura dementi1 a dit ,snque4 ,peut-tre1 l'gard de ,schopenhauer1 la nature avait-elle un peu forc la dose4 ,il semble tenir de l'hrdit son humeur violente1 ses terreurs sans cause1 ses manies sans nombre1 ses dfiances et ses ombrages4 ,on en retrouve la trace chez ses ascendants paternels et maternels4 ,il est certain que son pre s'est tu dans une attaque de mlancolie noire4 ,lui-mme1 ds sa premire jeunesse1 est sujet d'tranges lubies4 ,reoit-il une lettre1 il s'effraie1 prvoit un malheur2 la nuit1 au moindre bruit1 il s'veille1 se jette sur ses pistolets4 ,il prend mille prcautions contre les maladies1 les accidents de toute sorte1 habite un premier tage pour mieux chapper en cas d'incendie2 il tremble au contact d'un rasoir qui n'est pas le sien2 il serre soigneusement ses tuyaux de pipe1 et dans les htels1 il a soin d'apporter son verre1 de peur que certains lpreux ne s'en servent4 ,son or est dissimul dans des cachettes2 ses billets1 fourrs par prcaution au milieu des vieilles lettres ou sous des formules d'apothicaire2 pour drouter la curiosit1 ses comptes1 ses notes d'affaires sont rdigs en grec et en latin4 ,que n'a-t-il emprunt cette devise l'un de nos vieux satiriques3 ,je ne crains rien1 fors le dangier8--,il se croyait victime d'une perscution1 et voyait une vaste conspiration du silence autour de son uvre1 ourdie par les professeurs de philosophie1 aimant mieux les supposer malveillants qu'indiffrents4 ,par une contradiction singulire il redoutait la critique des professeurs de philosophie sur ses ouvrages3 ,que dans peu de temps les vers rongent mon corps1 c'est une pense que je puis supporter2 mais que les professeurs de philosophie rongent ma philosophie1 j'en frissonne d'avance4 ,autre symptme non moins grave1 c'est la manie raisonnante3 il raisonne sur tout1 sur son grand apptit1 sur le spiritisme1 le clair de lune1 l'amour grec1 sur les songes et les prsages4 ,une nuit1 la servante rve qu'elle essuie des taches d'encre1 et ce mme matin1 par mgarde1 ,schopenhauer rpand son encrier4 trange concordance6 notre philosophe en est frapp3 ,alles was geschieht1 geschieht nothwendig6 7,tout ce qui arrive1 arrive ncessairement71 s'crie-t-il d'un ton solennel2 aussitt de cette bouteille l'encre sort tout un systme#g3 ,et le raisonnement en bannit la raison4 #g ,parerga1 #c;e dit41 vol4 ,i1 p4 #bgj4 ,des traits pareils ne donneraient-ils pas l'envie de confier aux mdecins alinistes le soin d'crire l'histoire de la philosophie4 ,on s'apercevrait alors avec tonnement que ceux qui passent parmi les hommes pour des devins et des sages se sont montrs par moments et par accs des fous plus fous que les autres4 ,comment expliquer le succs tardif mais rel1 le retentissement subit de la philosophie de ,schopenhauer8 ,c'est qu'il est possd de la folie de son temps1 cette folie que l'on a si justement appele la maladie du pessimisme#h1 ou encore la maladie du sicle1 der ,weltschmerz1 la douleur du monde1 cette folie qui compte tant de victimes1 de ,werther ,ren1 de ,childe-,harold ,rolla1 et d'illustres malades3 ,byron1 ,musset1 ,henri ,heine1 rieurs attrists1 viveurs blass1 sceptiques nuageux1 rvolts lyriques qui adorent la vie et la maudissent4 ,schopenhauer est le thoricien de cette cole de potes4 ,ce qu'il y a chez lui d'original et de piquant1 c'est que1 plac entre deux poques1 l'une de scepticisme aride1 l'autre de mysticisme et d'emphase1 il les rapproche et en apparence les concilie4 ,on avait trop ri au dix-huitime sicle1 le sicle de ,voltaire au rire sec et strident4 ,le dix-neuvime commence avec la lassitude d'un lendemain d'orgie4 ,c'est l ce qui caractrise la renaissance romantique et no-chrtienne de la ,restauration3 le diable d'hier se fait ermite4 ,faites-vous ermite1 telle est justement la conclusion dernire du systme de ,schopenhauer4 ,au lieu de laisser ,candide1 dsabus par une cruelle exprience et guri de ses illusions1 cultiver en paix son jardin1 il lui met entre les mains la ,vie de ,ranc par ,chateaubriand et lui conseille de se faire trappiste3 il arrache ,mlle ,cungonde sa ptisserie et lui propose en exemple la ,vie de sainte lisabeth de ,hongrie par ,montalembert#i4 ,pour tre surprenante1 cette conclusion n'en est pas moins fort logique4 ,car si le monde est1 comme il l'affirme1 une si profonde valle de larmes1 une si paisse fort de crimes1 il n'y a qu'une issue1 qu'un dfil pour en sortir dignement1 ainsi qu'il convient un sage2 non point par la porte sanglante du suicide1 mais par les voies austres de l'asctisme chrtien1 ou plutt de l'asctisme bouddhique#aj1 renoncement plus grandiose encore1 puisqu'il mne l'espoir du nant4 ,schopenhauer1 il est vrai1 s'avouait1 quant lui1 incapable d'atteindre par la volont jusqu' ces sublimes pratiques du trappiste ou du fakir3 affaire de grce1 comme il disait4 ,il ne fut1 en ralit1 qu'un bouddhiste de table d'hte4 #h ,voir le ,pessimisme au ,x,i,xe sicle1 par ,e4 ,caro4 ,hachette1 #ahgh4 #i ,dans les dernires pages de son ouvrage philosophique1 ,schopenhauer recommande en effet ces deux ouvrages sur ,ranc et sainte lisabeth la mditation de ses lecteurs4 #aj ,schopenhauer1 interprte loquent des ides bouddhistes1 nous offre un remarquable exemple de l'affinit trange qu'il y a entre la spculation hindoue et la spculation allemande3 ,a proprement parler1 dit ,m4 ,taine1 dans son essai sur le bouddhisme1 les ,hindous sont les seuls qui1 avec les ,allemands1 aient le gnie mtaphysique2 les ,grecs1 si subtils1 sont timides et mesurs ct d'eux2 et l'on peut dire1 sans exagration1 que c'est seulement sur les bords du ,gange et de la ,spre que l'esprit humain s'est attaqu au fond et la substance des choses4 ,peu importe l'absurdit des consquences1 ils ont pos les questions suprmes1 et personne1 hors d'eux1 n'a mme conu qu'on pt les poser4 ,schopenhauer est bien mieux dans son rle1 dans la sincrit de sa nature lorsqu'il joue le ,mphistophls4 ,a cette table de l'htel d',angleterre ,francfort1 o sa renomme attirait force plerins1 au milieu de la fume des pipes et du bruit des verres1 ceux qui visitaient ce vieillard l'il clair et plein de malice en rapportaient l'impression d'une entrevue avec ,belzbuth en personne#aa4 ,nul n'est plus propre que ce vieux cynique dniaiser un bon jeune homme et faner d'un souffle glac la fleur de son me et de ses rves4 #aa ,voir1 dans la ,revue des ,deux-,mondes du #ae mars #ahgj1 un intressant article de ,m4 ,challemel-,lacour1 o il raconte son entrevue avec ,schopenhauer4 ,ses paroles lentes et monotones1 qui m'arrivaient travers le bruit des verres et les clats de gat de mes voisins1 me causaient une sorte de malaise1 comme si j'eusse senti passer sur moi un souffle glac travers la porte entr'ouverte du nant444 ,des vertiges inconnus me gagnaient444 et il me sembla1 longtemps aprs l'avoir quitt1 tre ballott sur une mer houleuse1 sillonne d'horribles courants4--,et pourtant ,m4 ,challemel-,lacour ne saurait passer pour un esprit craintif et timor4 ,je suppose qu'un petit philosophe imberbe soit all le consulter4 ,avez-vous #bj1jjj livres de rente8 lui et demand ,schopenhauer4 ,non8 ,abandonnez alors la philosophie3 on doit vivre pour elle et non par elle4--,seriez-vous la fois rentier et apprenti philosophe8 ,il vous faut une troisime condition1 mon jeune ami1 un troisime vu1 non pas prcisment le vu de chastet 7un philosophe doit tout connatre1 tout et le reste71 mais le vu de clibat2 une pouse lgitime1 une famille influent plus qu'on ne croit sur nos jugements1 sur notre libert d'esprit4 ,mais fuyez avant tout les universits4 ,croyez-moi6 ,on y enseigne les doctrines que l'tat patronne1 et les chaires de philosophie sont devenues des succursales de l'glise4 ,or1 retenez bien ceci1 il n'y a pas plus de philosophie chrtienne qu'il n'y a une arithmtique chrtienne4 ,pensez donc par vous-mme1 aprs avoir lu ,kant et ,schopenhauer1 votre serviteur2 vous chasserez ainsi de votre esprit tous les prjugs que vingt sicles de juiverie et de ,moyen-,age y ont entasss1 et vous reconnatrez que l'ide de ,dieu n'est pas une ide inne1 qu'elle vous vient sans doute du temps o madame votre maman vous mettait genoux sur votre lit et1 vous croisant les mains1 vous faisait rciter votre prire4 ,copernic a chass ,dieu du ciel2 mais1 en ralit1 ,dieu est partout1 dans la table sur laquelle vous crivez1 dans la chaise o repose votre trs noble dos4 ,n'allez pas1 au moins1 devenir matrialiste comme les garons coiffeurs ou les lves en pharmacie2 vitez galement d'tre un pur esprit1 vous ressembleriez trop ces ttes d'anges ailes mais sans corps que l'on admire dans les tableaux de pit4 ,ne cessez d'tudier les sciences1 difiez votre philosophie sur les faits1-- ce prix vous serez philosophe#ab4 ,allez1 et que ,bouddha vous ait en sa sainte garde6 #ab ,cf4 surtout ,parerga1 t4 ,i4 ,zur ,kantischen ,philosophie4 ,ueber die ,universitts-,philosophie1 passim4 ,a un thologien frais et rose au sortir du sminaire1 ,schopenhauer et dit3 ,jeune homme1 nous ne pouvons nous entendre4 ,sans doute j'aime1 je vnre le pessimisme des trappistes1 mais je n'ai rien de commun avec la thologie4 ,je ne conteste pas vos bienfaits1 loin de l4 ,assurment1 vous et moi nous cherchons satisfaire cet ternel besoin de l'homme que vous appelez le besoin religieux et que j'appelle le besoin mtaphysique1 mais vous vous adressez la foule sous le voile de l'allgorie et du brillant symbole2 vous prenez des mines terribles et solennelles pour en imposer aux enfants dont la raison sommeille encore1 tandis que le vritable philosophe parle au petit nombre des intelligences viriles le simple et mle langage de la vrit abstraite et nue4 ,mais dites-moi1 je vous prie1 quelle diantre de ncessit vous pousse rclamer les suffrages de la philosophie8 ,n'avez-vous pas tout pour vous8 rvlations1 textes sacrs1 miracles1 prophties1 un haut rang dans l'tat1 le consentement1 le respect gnral1 mille glises1 mille chapelles2 n'tes-vous pas les intermdiaires obligs1 ds qu'on veut acheter ou mendier le ciel8 ,outre le monopole des consolations1 ne possdez-vous pas le privilge inestimable d'instruire l'enfance1 de faonner les jeunes cerveaux pour la vie entire8 ,et il vous faut encore l'approbation des philosophes6 ,et il vous la faut tout prix1 tellement que jadis1 quand vous tiez les matres1 et que cette approbation vous manquait1 vous aviez recours des arguments sans rplique1 la torture1 le bcher1 l'ultima ratio theologorum4 ,que de victimes sur l'autel de votre ,dieu1 que de sang rpandu en son nom6 ,ah6 je ne demande qu' laisser les dieux en paix1 pourvu toutefois qu'ils me rendent la pareille4 ,ergo1 pax vobiscum#ac6 #ac ,cf4 ,die ,welt1 vol4 ,,ii1 liv4 ,i1 chap4 #ag4 ,ueber das metaphysische ,bedrfniss4 ,si un jeune avocat1 orateur politique1 tout feu et flammes1 tout gonfl de phrases rondes1 d'exemples historiques1 ft venu devant lui taler son systme1 ,schopenhauer et dit en fronant le sourcil3 ,et aprs8 n'esprez pas me convaincre4 ,l'histoire1 n'est-ce pas au fond toujours la mme chose1 qu'il s'agisse de ministres et de diplomates penchs sur une carte et occups se disputer des territoires1 ou de paysans dans une auberge en querelle pour un lambeau de terre ou une partie de ds2 toujours les mmes passions1 les mmes chimres1 qu'il s'agisse de noisettes ou de royales couronnes8 ,encore si votre histoire tait vraie4 ,mais le mensonge la prostitue1 elle sert tous les partis4 ,il suffit1 pour s'en convaincre1 de lire les journaux1 dbits publics de poison autoris4 ,ce poison1 vous le proposez la canaille comme une panace1 lui promettant1 en haine du christianisme1 le bonheur sur cette terre1 odieux optimistes que vous tes6 ,vils flatteurs1 vous dites au peuple qu'il est souverain1 mais vous savez bien que c'est un souverain ternellement mineur1 dupe d'habiles filous que l'on appelle dmagogues4 ,vous m'pouvantez quand je vous vois jouer avec les passions populaires2 autant vaudrait manier la dynamite4 ,je tremble d'entendre les chanes de l'ordre lgal se briser avec fracas1 et le monstre dchan rugir4 ,ultra-ractionnaire1 oui1 je le suis par horreur de vos criailleries1 de votre vacarme1 de vos meutes qui m'assourdissent1 m'inquitent et me distraient de mes penses1 de mes travaux imprissables4 ,quand donc nous donnera-t-on nous autres philosophes un philosophe couronn1 un roi libre-penseur1 un ,frdric ,,ii8 ,en attendant1 que le diable vous emporte1 tous tant que vous tes#ad6 #ad ,cf4 surtout ,parerga1 ,,ii1 chap4 #i4 ,a un pauvre amoureux qui n'est que soupirs et que larmes444 ,mais nous ne voulons point dtromper ici les jeunes curs pris d'idal et d'horizons bleus4 ,quant aux lecteurs dsabuss1 nous les renvoyons la ,mtaphysique de l'amour et l',essai sur les femmes4 ,loin de tomber aux pieds du sexe auquel il doit sa mre1 ,schopenhauer tombe bras raccourcis sur ce malheureux sexe1 justement parce qu'il lui doit sa mre1 personne frivole1 satisfaite de vivre et fort dpensire#ae4 ,aprs une pareille satire1 il conviendrait de lire l'apologie de ,m4 ,stuart ,mill4 ,cet anglais utilitaire1 qui sous sa rigide armure de froide logique cachait un cur chaleureux1 a crit un petit livre tranchant et chevaleresque sur la sujtion des femmes3 parce qu'il a eu la fortune de rencontrer en ,mme ,mill une me d'lite1 aussitt1 s'il ne tenait qu' lui1 les femmes deviendraient lecteurs1 juges1 ministres d'tat4 ,schopenhauer1 qui n'a connu1 ce semble1 que les dames qui ne se font gure prier1 les relgue toutes au fond d'un srail4 ,il mprise la monogamie2 thoriquement il est polygame1 ttragame mme1 et ne voit qu'une objection pouser quatre femmes1 l'objection des quatre belle-mres4 #ae ,nouvel ,hamlet1 il lui reprochait encore1 tort ou raison1 son infidlit la mmoire d'un poux4 ,enfin1 c'est notre pessimiste qu'il faut adresser le bourgeois gras et jovial1 content de lui et des autres4 ,mais hlas6 l'loquence d'un ,dmosthne ne saurait nous persuader que le monde est mauvais quand nous le trouvons bon4 ,comme l'a si bien dit ,prevost-,paradol1 nos joies et nos tristesses sont bien plus rgles par les vnements de notre vie et par le tour de nos caractres1 que par la logique de nos croyances#af4 ,schopenhauer en est un remarquable exemple4 ,misanthrope revche et ddaigneux ds sa jeunesse1 crivain obscur et mcontent1 quand la fin la gloire arrive1 son front s'claircit1 son humeur s'apaise1 et il apprend sourire4 ,le bruit et le succs de sa philosophie dsenchante l'enchantent1 il ne s'en cache pas4 ,a soixante ans il s'humanise1 lui le farouche solitaire1 au sein d'une petite famille de disciples zls et dociles3 le jour de sa fte arrivent les bouquets1 les sonnets1 une coupe en argent massif et d'autres surprises4 ,au concert de louanges point d'oreilles rebelles4 ,des jeunes gens inconnus envoient des lettres enthousiastes4 ,une femme1 ,mme lisabeth ,ney1 accourt tout exprs de ,berlin pour modeler son buste4 ,trois ou quatre artistes se disputent l'honneur de faire son portrait4 ,mieux que tout cela1 ses livres ont des ditions nouvelles4 ,le ,westminster ,review1 la ,revue des ,deux ,mondes1 le ,journal des ,dbats#ag1 la ,rivista contemporanea1 etc41 tout en critiquant ses doctrines1 les rpandent travers l',europe4 ,les hommes sont ainsi faits1 je veux dire les auteurs3 qu'on publie seulement leurs noms dans les gazettes1 il ne leur en faut pas davantage2 les voil rconcilis avec le monde4 #af ,les ,moralistes franais1 p4 #bhh4 #ag ,schopenhauer crivait en #ahef1 aprs avoir lu dans le ,journal des ,dbats du #h octobre l'article de ,m4 ,franck sur sa philosophie3 ,je lui inspire une pieuse pouvante4 ,je vois qu'ils ont eu vent de moi4 7,memorabilien1 p4 #aah47 ,il disait1 non sans impertinence1 que la critique des journaux et des revues est faite non pas pour diriger le jugement du public1 mais pour attirer son attention4 ,aussi1 que ce jugement soit bon ou mauvais1 il importe peu3 ,censura perit scriptum manet4 ,au reste1 il nous semble difficile d'admettre qu'un crivain de talent puisse tre un pessimiste pratique et convaincu4 ,il est bien trop occup nous dire les choses sombres avec clat1 les choses mornes avec attrait4 ,la vraie misre profondment sentie n'est point si artiste4 ,a peindre d'une main si habile les douleurs humaines1 ,schopenhauer a d plus d'une fois finir par les oublier1 tant il se plat revtir sa philosophie de grande prose et l'orner de belles images comme ces madones laides et noires que la dvotion des fidles recouvre de riches toffes et de rares bijoux4 ,que de figures pittoresques et de sentences originales1 mais aussi que de citations1 que d'emprunts6 ,la curiosit amuse du lettr a glan travers toutes les littratures1 depuis l'espagnole jusqu' l'hindoue2 il s'est assis au banquet des anciens1 aux soupers franais du dix-huitime sicle4 ,habile ramasser tous les reliefs de ces dlicats festins1 il les sert aux ,allemands comme un plat de sa faon1 accommod une sauce mtaphysique d'aprs le got national4 ,les ides que nos auteurs franais1 en se jouant1 laissent chapper de leurs lvres1 vite il s'en empare et les rpte doctoralement4 ,d'un de leurs mots il fait un trait4 ,mais ce mot1 il ne le cite pas toujours4 ,m4 ,ribot#ah a relev un passage de ,chamfort qui contient en dix lignes toute la mtaphysique de l'amour4 ,quand il traite de l'honneur des femmes1 c'est encore un mot de ,chamfort qu'il dveloppe sans le citer3 les femmes font cause commune2 elles sont lies par un esprit de corps1 par une espce de confdration tacite4--,l'honneur des sexes1 dit ,schopenhauer1 est un esprit de corps bien entendu4 ,de mme1 telle autre de ses penses est due l'inspiration de ,pascal#ai4 ,voici un rapprochement plus frappant encore4 ,on lit dans les ,parerga 7,,ii1 #bga73 ,la forme de gouvernement monarchique est la seule naturelle3 nous en trouvons l'exemple chez les animaux mmes1 chez les abeilles444 les grues voyageuses4 ,saint ,jrme1 dans une lettre au moine ,rustique1 avait dit dans les mmes termes3 ,l'on a besoin d'un matre dans quelque art que ce soit4 ,les animaux mmes et les troupeaux ont des chefs qui les conduisent3 les abeilles ont leurs rois1 les grues en ont une leur tte4 ,on le voit1 les grues voyageuses de ,schopenhauer viennent de loin4 #ah ,voir le petit livre si intressant et si complet de ,m4 ,ribot3 la ,philosophie de ,schopenhauer 7,germer-,baillire74 ,v4 p4 #gj4 #ai ,cf4 ,die ,welt1 vol4 ,,ii1 p4 #bfa-bfb1 #d;e dit41--et ,pascal1 d4 ,havet1 vol4 ,,ii1 p4 #af-ag4 ,ds lors1 il est ais de se rendre compte d'un procd de composition familier notre crivain2 lecteur trs soigneux1 il dcoupe en petites notes les ides saillantes qu'il rencontre sur sa route1 puis il coud ces bouts de papier et les relie par un long fil philosophique4 ,il suffit de lire1 pour s'en convaincre1 son ,dialogue sur la religion1 en partie tir des auteurs anglais et franais du dix-huitime sicle4 ,quand il prend la plume1 ,schopenhauer se drape dans la toge romaine2 ,snque est son matre de style2 il se coiffe en mme temps de la perruque de ,voltaire1 ou de ,hume1 ou d',helvtius1 ou de ,chamfort1 qui s'ajuste assez mal sa tte carre4 ,mais comme sous ce costume bizarre et disparate le ,germain reparat vite avec ses boutades1 son imagination dmesure1 son ironie pre1 ses gestes violents et ses invectives dignes des loges de ,m4 ,frauenstdt#bj6 ,comme l'on voit percer travers son style le solitaire mditatif qui n'a jamais pens que par monologues1 qui ne s'est jamais retremp aux sources vives et jaillissantes des discussions et des causeries#ba1 et qui ne s'attarde que trop volontiers se commenter lui-mme1 car1 s'il a des ailes l'esprit1 il n'en a point aux talons4 #bj ,voir le passage des ,memorabilien1 o ce disciple flicite son matre de n'avoir dans la polmique rien de commun avec la biensance franaise4 #ba ,la contradiction1 l'objection mme l'agaaient au possible4 ,lire ce sujet1 dans les ,memorabilien1 p4 #eec1 une lettre bien curieuse adresse ,m4 ,frauenstdt4 ,l'ensemble de ses crits le reflte ainsi avec une nettet merveilleuse2 et si l'on admire1 travers ses contradictions et ses folies1 l'essor de son intelligence1 je ne dirai pas son gnie1 mais ses clairs de gnie1 ses lueurs soudaines et profondes1 on ne saurait non plus assez louer sa parfaite indpendance1 son tonnante sincrit4 ,je trouve en lui d'autres qualits morales1 des sentiments de piti et des actes de bienfaisance4 ,il hassait les professeurs de ,berlin1 mais il aimait les btes4 ,ayant fait la rencontre d'un orang-outang la foire de ,francfort1 il allait chaque jour visiter cet anctre prsum des hommes4 ,touch de son air triste1 il comparat le regard de cet tre arrt sur les confins de l'humanit au regard de ,mose devant la ,terre promise4 ,par testament1 il assura une retraite son chien1 comme s'il se ft agi d'un vieil ami1 d'un parent pauvre4 ,schopenhauer n'a t ni un saint ni un ascte2 les saints et les asctes auront le droit de s'en montrer scandaliss4 ,mais comme il a prch l'asctisme1 sa vie pratique ne fait pas en tous points honneur sa doctrine4 ,s'il s'tait born au rle de moraliste1 d'observateur des hommes et de peintre des murs1 on ne saurait raisonnablement exiger de lui l'austrit d'un sage4 ,de mme un pote ne doit compte au public que de ses sensations et de ses rves1 qui tiennent souvent la couleur du ciel1 au vent qui souffle1 au nuage qui passe4 ,mais quand c'est un philosophe qui est en scne1 un aptre du renoncement1 un prophte de la sombre mort1 peut-tre est-il juste que l'on sache quel homme a t le penseur svre1 peut-tre est-il permis de mesurer ses actes l'ardeur et l'nergie de sa conviction4 ,nous n'oserions donc accuser ,m4 ,gwinner1 son biographe1 d'indiscrtion ou de svrit1 lorsqu'il se livre sur les habitudes prives de ,schopenhauer une minutieuse enqute1 laquelle1 il est vrai1 bien peu de personnes rsisteraient2 il a voulu par l non pas affaiblir le got du public pour des uvres de haute valeur1 mais mettre un terme au culte malsain dont ,schopenhauer est l'objet en ,allemagne4 ,il ne semble pas que ce culte penche vers son dclin1 si l'on en juge par le nombre toujours croissant de livres1 de brochures et de dissertations sur les crits de notre philosophe4 ,de la ,russie jusqu' l',amrique sa voix veille chaque jour de nouveaux chos3 il n'a pas chapp la gloire prilleuse et parfois compromettante de possder des disciples1 cette plaie des grands hommes4 ,les uns s'efforcent de rendre ses doctrines populaires1 d'autres tirent de ses prceptes un catchisme religieux1 l'usage de ceux qui nient les religions tablies1 d'autres voient en lui un second ,lessing1 un ducateur de cette nation allemande laquelle il reproche avec tant de verve son pdantisme1 sa grossiret1 sa lourdeur2 d'autres le prsentent comme le prcurseur de ,darwin1 comme le mtaphysicien de l'volution1 d'autres discutent avec une gravit imperturbable ses boutades sur les femmes1 d'autres enfin exagrent son pessimisme jusqu' l'extravagance1 ils ne se contentent pas d'tre pessimistes1 ils sont misrabilistes4 ,mais tous ces commentateurs1 ces interprtes plus ou moins bien inspirs1 ce qui manque par dessus tout c'est le charme trange et l'humour du matre4 ,et comme si ce n'tait pas assez d'avoir des disciples1 ,schopenhauer1 pour comble d'infortune1 est maintenant expos aux traducteurs4 ,j4 ,,bourdeau4 ,nous donnons ici la liste des ouvrages o nous avons choisi les penses et fragments qui suivent4 ,en face de chaque indication bibliographique se trouvent les lettres abrviatives qui servent de renvois aux passages correspondants du texte original4 ,die ,welt als ,wille und ,vorstellung 7#d;e dition4 ,leipzig1 #ahgc74 #b vol4 ,w4 ,parerga und ,paralipomena 7#c;e dition4 ,leipzig1 #ahgd74 #b vol4 ,p4 ,aus ,a4 ,schopenhauer's handschriftlichem ,nachlass 7,leipzig1 #ahfd74 #a vol4 ,n4 ,a4 ,schopenhauer4 ,lichtstrahlen aus seinen ,werken1 von ,j4 ,frauenstdt 7#c;e dition4 ,leipzig1 #ahgd74 #a vol4 7penses dtaches1 extraites de tous les ouvrages de ,schopenhauer7 ,l4 ,a4 ,schopenhauer4 ,von ihm4 ,ueber ihn1 von ,lindner2 ,memorabilien1 von ,frauenstdt 7,berlin1 #ahfc74 #a vol4 ,m4 ,schopenhauer's ,leben1 von ,gwinner 7,leipzig1 #ahgh74 #a vol4 ,g4 ,,pens,,es1 ,,maximes ,,et ,,fragments ,i ,,douleurs ,,du ,,monde ,,le ,,mal ,,de ,,la ,,vie4--,r,,signation4--,,renoncement4-- ,,asc,,tisme ,,et ,d,,livrance4 ,i ,,douleurs ,,du ,,monde#bb4 #bb ,p4 ,,ii1 ch4 ,,xii1 p4 #cab et suiv4 ,si elle n'a pas pour but immdiat la douleur1 on peut dire que notre existence n'a aucune raison d'tre dans le monde4 ,car il est absurde d'admettre que la douleur sans fin qui nat de la misre inhrente la vie et qui remplit le monde1 ne soit qu'un pur accident et non le but mme4 ,chaque malheur particulier parat1 il est vrai1 une exception2 mais le malheur gnral est la rgle4 ,de mme qu'un ruisseau coule sans tourbillons1 aussi longtemps qu'il ne rencontre point d'obstacles1 de mme dans la nature humaine1 comme dans la nature animale1 la vie coule inconsciente et inattentive1 quand rien ne s'oppose la volont4 ,si l'attention est veille1 c'est que la volont a t entrave et qu'il s'est produit quelque choc4--,tout ce qui se dresse en face de notre volont1 tout ce qui la traverse ou lui rsiste1 c'est--dire tout ce qu'il y a de dsagrable et de douloureux1 nous le ressentons sur-le-champ1 et trs nettement4 ,nous ne remarquons pas la sant gnrale de notre corps1 mais seulement le point lger o le soulier nous blesse3 nous n'apprcions pas l'ensemble prospre de nos affaires1 et nous n'avons de penses que pour une minutie insignifiante qui nous chagrine4--,le bien-tre et le bonheur sont donc tout ngatifs1 la douleur seule est positive4 ,je ne connais rien de plus absurde que la plupart des systmes mtaphysiques qui expliquent le mal comme quelque chose de ngatif2 lui seul au contraire est positif1 puisqu'il se fait sentir4 ,tout bien1 tout bonheur1 toute satisfaction sont ngatifs1 car ils ne font que supprimer un dsir et terminer une peine4 ,ajoutez cela qu'en gnral nous trouvons les joies au-dessous de notre attente1 tandis que les douleurs la dpassent de beaucoup4 ,voulez-vous en un clin d'il vous clairer sur ce point1 et savoir si le plaisir l'emporte sur la peine1 ou si seulement ils se compensent1 comparez l'impression de l'animal qui en dvore un autre1 avec l'impression de celui qui est dvor4 99 99 99 99 99 ,la consolation la plus efficace1 dans tout malheur1 dans toute souffrance1 c'est de tourner les yeux vers ceux qui sont encore plus malheureux que nous3 ce remde est la porte de chacun4 ,mais qu'en rsulte-t-il pour l'ensemble8 ,semblables aux agneaux qui jouent dans la prairie1 pendant que1 du regard1 le boucher fait son choix au milieu du troupeau1 nous ne savons pas1 dans nos jours heureux1 quel dsastre le destin nous prpare prcisment cette heure1--maladie1 perscution1 ruine1 mutilation1 ccit1 folie1 etc4 ,tout ce que nous cherchons saisir nous rsiste2 tout a sa volont hostile qu'il faut vaincre4 ,dans la vie des peuples1 l'histoire ne nous montre que guerres et sditions3 les annes de paix ne semblent que de courtes pauses1 des entr'actes1 une fois par hasard4 ,et de mme la vie de l'homme est un combat perptuel1 non pas seulement contre des maux abstraits1 la misre ou l'ennui2 mais contre les autres hommes4 ,partout on trouve un adversaire3 la vie est une guerre sans trve1 et l'on meurt les armes la main4 99 99 99 99 99 ,au tourment de l'existence vient s'ajouter encore la rapidit du temps qui nous presse1 ne nous laisse pas prendre haleine1 et se tient derrire chacun de nous comme un garde-chiourme avec le fouet4--,il pargne ceux-l seulement qu'il a livrs l'ennui4 99 99 99 99 99 ,pourtant1 de mme qu'il faudrait que notre corps clatt1 s'il tait soustrait la pression de l'atmosphre1 de mme si le poids de la misre1 de la peine1 des revers et des vains efforts tait enlev la vie de l'homme1 l'excs de son arrogance serait si dmesur1 qu'elle le briserait en clats ou tout au moins le pousserait l'insanit la plus dsordonne et jusqu' la folie furieuse4--,en tout temps1 il faut chacun une certaine quantit de soucis1 ou de douleurs1 ou de misre1 comme il faut du lest au navire pour tenir d'aplomb et marcher droit4 ,travail1 tourment1 peine et misre1 tel est sans doute durant la vie entire le lot de presque tous les hommes4 ,mais si tous les vux1 peine forms1 taient aussitt exaucs1 avec quoi remplirait-on la vie humaine1 quoi emploierait-on le temps8 ,placez cette race dans un pays de cocagne1 o tout crotrait de soi-mme1 et o les alouettes voleraient toutes rties porte des becs1 o chacun trouverait aussitt sa bien-aime et l'obtiendrait sans difficult1--alors on verrait les hommes mourir d'ennui1 ou se pendre1 d'autres se quereller1 s'gorger et s'assassiner et se causer plus de souffrances que la nature ne leur en impose maintenant4--,ainsi pour une telle race nul autre thtre1 nulle autre existence ne sauraient convenir4 99 99 99 99 99 ,de ce caractre ngatif du bien-tre et de la jouissance oppos au caractre positif de la douleur1 il rsulte que le bonheur d'une existence donne ne doit pas tre estim d'aprs ses joies et ses jouissances1 mais d'aprs l'absence de peines1 seule chose positive4 ,ds lors le sort des autres animaux parat plus supportable que celui de l'homme4 ,examinons de plus prs l'un et l'autre4 ,sous quelques formes varies que l'homme poursuive le bonheur ou cherche viter le malheur1 tout se rduit1 en somme1 la jouissance ou la souffrance physique4 ,combien cette base matrielle est troite3 se bien porter1 se nourrir1 se protger contre le froid et les intempries1 et enfin satisfaire l'instinct des sexes2 ou bien1 au contraire1 tre priv de tout4 ,par consquent1 la part relle de l'homme dans le plaisir physique n'est pas plus grande que celle de l'animal1 si ce n'est que son systme nerveux1 plus susceptible et plus dlicat1 agrandit l'impression de toute jouissance comme aussi de toute douleur4 ,mais combien ses motions surpassent celles de l'animal6 ,a quelle profondeur et avec quelle violence incomparable son cur est agit6 pour n'obtenir la fin que le mme rsultat3 sant1 nourriture1 abri1 etc4 ,cela vient en premier lieu de ce que chez lui tout s'accrot puissamment par la seule pense du pass et de l'avenir1 d'o naissent des sentiments nouveaux1 soucis1 crainte1 esprance2 ces sentiments agissent beaucoup plus violemment sur lui que ne le peuvent faire la jouissance et la souffrance de l'animal1 immdiates et prsentes4 ,l'animal1 en effet1 n'a pas la rflexion1 ce condensateur des joies et des peines2 celles-ci ne peuvent donc s'amonceler1 comme il arrive pour l'homme1 au moyen du souvenir et de la prvision3 chez l'animal la souffrance prsente a beau recommencer indfiniment1 elle reste toujours comme la premire fois une souffrance du moment prsent1 et ne peut pas s'accumuler4 ,de l l'insouciance enviable et l'me placide des btes4 ,chez l'homme1 au contraire1 la rflexion et les facults qui s'y rattachent1 ajoutent ces mmes lments de jouissance et de douleur que l'homme a de communs avec la bte1 un sentiment exalt de son bonheur ou de son malheur qui peut conduire des transports soudains1 souvent mme la mort ou bien encore un suicide dsespr4 ,considres de plus prs1 les choses se passent comme il suit3 ses besoins qui1 l'origine1 ne sont gure plus difficiles satisfaire que ceux de l'animal1 il les accrot de parti pris dans le but d'augmenter la jouissance3 d'o le luxe1 les friandises1 le tabac1 l'opium1 les boissons spiritueuses1 le faste et le reste4 ,seul aussi il a une autre source de jouissance1 qui nat galement de la rflexion1 une source de jouissance et par consquent de douleur d'o dcouleront pour lui des soucis et des embarras sans mesure et sans fin1 c'est l'ambition et le sentiment de l'honneur et de la honte3--autrement dit1 en prose vulgaire1 ce qu'il pense de ce que les autres pensent de lui4 ,tel sera1 sous mille formes souvent bizarres1 le but de presque tous ses efforts qui tendent bien au del de la jouissance ou de la douleur physiques4 ,il a sur l'animal1 il est vrai1 l'avantage incontest des plaisirs purement intellectuels1 qui comportent bien des degrs divers1 depuis les plus niais badinages ou la conversation courante jusqu'aux travaux intellectuels des plus levs3 mais alors comme contre-poids douloureux apparat sur la scne l'ennui1 l'ennui que l'animal ignore1 du moins l'tat de nature1 car les plus intelligents parmi les animaux domestiques1 en souponnent dj les lgres atteintes3 chez l'homme1 c'est un vritable flau2 en voulez-vous un exemple8 ,voyez cette lgion de misrables gens qui n'ont jamais eu d'autre pense que de remplir leur bourse et jamais leur tte1 et pour qui le bien-tre devient alors un chtiment1 parce qu'il les livre aux tortures de l'ennui4 ,on les voit1 pour s'y soustraire1 galoper de droite et de gauche1 se glisser ici et l1 voyager de cts et d'autres1 s'informer avec angoisse des lieux de plaisir et de runion d'une ville ds qu'ils y arrivent comme le ncessiteux des endroits o il trouvera des secours1--et1 en effet1 la pauvret et l'ennui sont les deux ples de la vie humaine4 ,enfin il reste rappeler que dans les plaisirs de l'amour1 l'homme a des choix trs particuliers et trs opinitres1 qui parfois s'lvent plus ou moins jusqu' l'amour passionn4 ,c'est l encore pour lui une source de longues peines et de courtes joies444 ,pour comble de misre1 l'homme sait ce que c'est que la mort2 l'animal ne la fuit que par instinct sans la connatre1 et sans la regarder jamais en face4 ,l'homme a sans cesse devant lui cette perspective4 ,peu de btes meurent d'une mort naturelle1 et la plupart ont juste le temps de se reproduire1 et ensuite elles deviennent la proie d'une autre4 ,l'homme seul en est arriv ce point que1 dans son espce1 ce qu'on appelle la mort naturelle est devenu la rgle1 malgr quelques exceptions notables2 et pour cette raison1 l'avantage reste encore aux btes4 ,joignez cela que l'homme atteint aussi rarement que les animaux les limites naturelles de sa vie1 cause de sa manire de vivre si contraire la nature1 de ses efforts et de ses passions1 et de la dgnrescence qui en rsulte pour la race4 ,les animaux ne demandent qu' vivre et respirer2 la plante est absolument satisfaite de sa destine2 l'homme a d'autant moins d'exigences qu'il est plus stupide4 ,aussi la vie de l'animal contient-elle moins de souffrances1 mais aussi moins de joies que la vie humaine4 ,la premire raison1 c'est que l'animal reste libre de soucis1 de proccupations et de tous les tourments qui les accompagnent1 mais il est vrai que l'esprance lui manque2 il ignore cette anticipation par la pense d'un avenir joyeux1 cette fantasmagorie pleine d'heureuses promesses que cre l'imagination1 cette source la plus abondante de nos plus grandes joies et de nos plus grands plaisirs2 il est destitu d'esprance3 et cela parce que sa conscience est borne ce qui tombe sous ses sens1 c'est--dire l'instant prsent4 ,l'animal1 c'est le prsent incarn3 aussi ne connat-il qu'un degr de crainte et d'esprance limit aux objets prsents et sensibles2 l'horizon de l'homme embrasse toute la vie1 et mme la dpasse4--,mais1 justement pour ce motif1 les btes1 compares nous1 nous apparaissent jusqu' un certain point vraiment sages1 c'est--dire dans une jouissance paisible du prsent que rien ne vient troubler2 leur me si manifestement paisible1 fait souvent honte notre tat d'esprit inquiet et obsd de penses et de soucis4 ,et puis ces joies futures et espres ne nous sont pas donnes gratuitement4 ,en effet1 jouir d'avance par l'attente ou l'espoir d'une satisfaction que l'on se propose1 c'est diminuer d'autant la jouissance1 comme si l'on en avait retranch une partie4 ,l'animal lui1 est affranchi de cette jouissance anticipe et de la diminution qui en rsulte1 et jouit ainsi du prsent et du rel tout entiers et sans rduction4 ,de mme aussi les maux ne psent sur lui que de leur poids rel et vrai1 tandis que pour nous1 crainte et prvision1 1 en dcuplent souvent la charge4 ,c'est cette facult particulire qu'ont les animaux de se donner tout entiers l'impression du moment qui contribue beaucoup la joie que nous causent nos btes domestiques2 elles sont le prsent personnifi1 et nous rendent sensibles en quelque sorte les heures lgres et propices1 tandis que nos penses volent souvent au del et n'y prennent garde4 ,mais cette facult des btes d'tre plus rjouies que nous ne le sommes par le seul fait de vivre dans le prsent1 l'homme goste et sans cur en abuse et l'exploite souvent de telle sorte qu'il ne leur accorde rien autre chose que cette existence aride et dnude3 n'emprisonne-t-il pas dans un troit espace l'oiseau fait pour parcourir un hmisphre1 o la pauvre bte crie et finit par souhaiter la mort3 l'uccello nella gabbia canta non di piacere1 ma di rabbia2 et son plus fidle ami1 le chien si intelligent1 il le met la chane6 ,je n'en vois jamais un l'attache sans une intime piti pour lui et une indignation profonde contre son matre4 ,je pense avec satisfaction au fait racont par le ,times il y a quelques annes3 un lord qui tenait un grand chien l'attache1 traversant un jour sa cour1 fut tent de caresser la bte4 ,sur quoi celui-ci1 d'un coup de dent1 lui dchira le bras du haut en bas1 et c'tait bien fait6 ,il voulait dire par l3 ,tu n'es pas mon matre1 mais mon dmon perscuteur1 toi qui fais de ma courte existence un enfer4 ,puisse-t-il en arriver autant quiconque met les chiens l'attache4 ,tenir les oiseaux dans une cage1 c'est aussi torturer les btes4 ,ces tres si favoriss de la nature1 qui traversent comme une flche rapide les champs clestes1 les emprisonner dans une cage troite pour jouir de leurs cris6 99 99 99 99 99 ,ainsi c'est un degr suprieur de connaissance qui rend la vie de l'homme plus riche en douleurs que celle de l'animal2 nous pouvons rapporter ce fait une loi plus gnrale1 et arriver une vue d'ensemble beaucoup plus large4 ,la connaissance est en soi toujours exempte de douleurs4 ,la douleur n'atteint que la volont1 et consiste dans l'obstacle1 l'empchement1 la contrarit de la volont2 mais c'est une condition indispensable que cet obstacle soit accompagn de la connaissance4 ,de mme1 en effet1 que la lumire n'claire l'espace que s'il y a des objets pour la rflchir2 de mme que le son a besoin d'tre rpercut1 et que si le bruit1 en gnral1 est entendu distance1 c'est parce que les ondes vibratoires de l'air viennent se briser sur des corps durs1 si bien qu'il parat tonnamment faible sur les sommets isols des montagnes1 et que le chant produit peu d'effet l'air libre3 ainsi l'obstacle oppos la volont1 pour tre ressenti comme une douleur1 doit tre accompagn de la connaissance1 qui est pourtant1 en soi1 trangre toute douleur4 ,la douleur physique a pour condition les nerfs et leur relation avec le cerveau2 la lsion d'un membre n'est pas sentie1 quand les nerfs qui le relient au cerveau sont coups1 ou que le cerveau lui-mme est paralys par le chloroforme4 ,pour le mme motif1 ds que la conscience est teinte par la mort1 nous considrons comme sans douleur tous les tressaillements qui suivent encore4 ,quant la douleur morale1 il va de soi qu'elle a pour condition la connaissance2 elle s'accrot avec le degr de la connaissance1 cela se conoit aisment4--,nous pouvons exprimer ce rapport par une image3 la volont est comme la corde d'un instrument2 l'obstacle qui la froisse produit la vibration1 la connaissance est le fond sonore1 la douleur est le son4 ,en consquence1 non seulement le monde inorganique1 mais la plante mme est trangre toute douleur3 quels que soient les obstacles auxquels la volont puisse tre soumise dans l'un et dans l'autre4 ,au contraire1 tout animal1 mme l'infusoire1 souffre une douleur2 parce que la connaissance1 si incomplte qu'elle soit1 est le vrai caractre de l'animal4 ,a mesure qu'elle s'lve sur l'chelle animale1 la douleur crot en proportion4 ,elle est encore infiniment faible dans les espces infrieures3 de l vient par exemple que les insectes coups en deux et qui ne sont plus relis que par un intestin mangent encore4 ,chez les animaux suprieurs1 la douleur n'approche pas de celle de l'homme1 par suite de l'absence des ides et de la pense4 ,mais aussi la facult de souffrir ne devait atteindre son degr suprme que dans l'tre o1 en vertu de la raison et de ses dlibrations rflchies1 existe aussi la possibilit de nier cette volont4 ,sans cela1 c'et t une cruaut sans motif4 99 99 99 99 99 ,dans la premire jeunesse1 nous sommes placs devant la destine qui va s'ouvrir devant nous1 comme les enfants devant un rideau de thtre1 dans l'attente joyeuse et impatiente des choses qui vont se passer sur la scne3 c'est un bonheur que nous n'en puissions rien savoir d'avance4 ,car1 aux yeux de celui qui sait ce qui se passera rellement1 les enfants sont d'innocents coupables condamns non pas la mort1 mais la vie1 et qui pourtant ne connaissent pas encore le contenu de leur sentence4--,chacun n'en dsire pas moins pour soi un ge avanc1 c'est--dire un tat que l'on pourrait exprimer ainsi3 ,aujourd'hui est mauvais1 et chaque jour sera plus mauvais--jusqu' ce que le pire arrive4 99 99 99 99 99 ,lorsqu'on se reprsente1 autant qu'il est possible de le faire d'une faon approximative1 la somme de misre1 de douleur et de souffrances de toute sorte que le soleil claire dans sa course1 on accordera qu'il vaudrait beaucoup mieux que cet astre n'ait pas plus de pouvoir sur la terre pour faire surgir le phnomne de la vie qu'il n'en a dans la lune1 et qu'il serait prfrable que la surface de la terre comme celle de la lune se trouvt encore l'tat de cristal glac4-- ,on peut encore considrer notre vie comme un pisode qui trouble inutilement la batitude et le repos du nant4 ,quoi qu'il en soit1 celui-l mme pour qui l'existence est peu prs supportable1 mesure qu'il avance en ge1 a une conscience de plus en plus claire qu'elle est en toutes choses un disappointment1 nay1 a cheat1 en d'autres termes qu'elle a le caractre d'une grande mystification1 pour ne pas dire d'une duperie444-- ,quiconque a survcu deux ou trois gnrations se trouve dans la mme disposition d'esprit que tel spectateur assis dans une baraque de saltimbanques la foire1 quand il voit les mmes farces rptes deux ou trois fois sans interruption3 c'est que les choses n'taient calcules que pour une reprsentation et qu'elles ne font plus aucun effet1 l'illusion et la nouveaut une fois vanouies4-- ,il y aurait de quoi perdre la tte1 si l'on observe la prodigalit des dispositions prises1 ces toiles fixes qui brillent innombrables dans l'espace infini1 et n'ont pas autre chose faire qu' clairer des mondes1 thtres de la misre et des gmissements1 des mondes qui1 dans le cas le plus heureux1 ne produisent que l'ennui2--du moins en juger d'aprs l'chantillon qui nous est connu4-- ,personne n'est vraiment digne d'envie1 et combien sont plaindre4-- ,la vie est un pensum dont il faut s'acquitter laborieusement3 et dans ce sens1 le mot defunctus est une belle expression4-- ,imaginez un instant que l'acte de la gnration ne soit ni un besoin ni une volupt1 mais une affaire de rflexion pure et de raison3 l'espce humaine pourrait-elle bien encore subsister8 ,chacun n'aurait-il pas eu plutt assez piti de la gnration venir1 pour lui pargner le poids de l'existence1 ou du moins n'aurait-il pas hsit le lui imposer de sang-froid8-- ,le monde1 mais c'est l'enfer1 et les hommes se partagent en mes tourmentes et en diables tourmenteurs4-- ,il me faudra sans doute entendre dire encore que ma philosophie est sans consolation2--et cela simplement parce que je dis la vrit1 tandis que les gens veulent entendre dire3 le ,seigneur ,dieu a bien fait tout ce qu'il a fait4 ,allez l'glise1 et laissez les philosophes en repos4 ,du moins1 n'exigez pas qu'ils ajustent leurs doctrines votre catchisme3 c'est ce que font les gueux1 les philosophtres3 chez ceux-l vous pouvez commander des doctrines selon votre bon plaisir4 ,troubler l'optimisme oblig des professeurs de philosophie est aussi facile qu'agrable4-- ,brahma produit le monde par une sorte de pch ou d'garement1 et reste lui-mme dans le monde pour expier ce pch1 jusqu' ce qu'il se soit rachet4--,trs bien6--,dans le bouddhisme1 le monde nat par suite d'un trouble inexplicable1 se produisant aprs un long repos dans cette clart du ciel1 dans cette batitude sereine1 appele ,nirvana qui sera reconquise par la pnitence1 c'est comme une sorte de fatalit qu'il faut entendre au fond en un sens moral1 bien que cette explication ait une analogie et une image exactement correspondante dans la nature par la formation inexplicable du monde primitif1 vaste nbuleuse d'o sortira un soleil4 ,mais les erreurs morales rendent mme le monde physique graduellement plus mauvais et toujours plus mauvais1 jusqu' ce qu'il ait pris sa triste forme actuelle4--,c'est parfait6--,pour les ,grecs le monde et les dieux taient l'ouvrage d'une ncessit insondable4--,cette explication est supportable1 en ce sens qu'elle nous satisfait provisoirement4--,ormuzd vit en guerre avec ,ahriman3--on peut encore admettre cela4--,mais un ,dieu comme ce ,jhovah1 qui animi caus1 pour son bon plaisir et de gat de cur produit ce monde de misre et de lamentations1 et qui encore s'en flicite et s'applaudit1 avec son #bc4 ,voil qui est trop fort6 ,considrons donc ce point de vue la religion des ,juifs comme la dernire parmi les doctrines religieuses des peuples civiliss2 ce qui concorde parfaitement avec ce fait qu'elle est aussi la seule qui n'ait absolument aucune trace d'immortalit4 #bc ,voir la note #bh la page #fc4 ,quand mme la dmonstration de ,leibnitz serait vraie2 quand mme on admettrait que1 parmi les mondes possibles1 celui-ci est toujours le meilleur1 cette dmonstration ne donnerait encore aucune thodice4 ,car le crateur n'a pas seulement cr le monde1 mais aussi la possibilit elle-mme3 par consquent1 il aurait d rendre possible un meilleur monde4 ,la misre qui remplit ce monde proteste trop hautement contre l'hypothse d'une uvre parfaite due un tre absolument sage1 absolument bon1 et avec cela tout puissant2 et d'autre part1 l'imperfection vidente et mme la burlesque caricature du plus achev des phnomnes de la cration1 l'homme1 sont d'une vidence trop sensible4 ,il y a l une dissonance que l'on ne peut rsoudre4 ,au contraire1 douleurs et misres sont autant de preuves l'appui1 quand nous considrons le monde comme l'ouvrage de notre propre faute1 par consquent comme une chose qui ne saurait tre meilleure4 ,tandis que1 dans la premire hypothse1 la misre du monde devient une accusation amre contre le crateur et donne matire des sarcasmes1 elle apparat dans le second cas1 comme une accusation contre notre tre et notre volont mme1 bien propre nous humilier4 ,car elle nous conduit cette pense profonde que nous sommes venus dans le monde dj vicis comme les enfants de pres uss de dbauche1 et que si notre existence est tellement misrable1 et a pour dnoment la mort1 c'est que nous avons continuellement cette faute expier4 ,d'une manire gnrale rien n'est plus certain3 c'est la lourde faute du monde qui amne les grandes et innombrables souffrances du monde2 et nous entendons cette relation au sens mtaphysique et non physique et empirique4 ,aussi l'histoire du pch originel me rconcilie-t-elle avec l'ancien testament1 elle est mme mes yeux la seule vrit mtaphysique du livre1 bien qu'elle s'y prsente sous le voile de l'allgorie4 ,car notre existence ne ressemble rien tant qu' la consquence d'une faute et d'un dsir coupable444 ,voulez-vous toujours avoir sous la main une boussole sre1 afin de vous orienter dans la vie et de l'envisager sans cesse dans son vrai jour1 habituez-vous considrer ce monde comme un lieu de pnitence1 comme une colonie pnitentiaire1 a penal colony1--un 1 ainsi dj l'avaient nomm les plus anciens philosophes 7,clem4 ,alex4 ,strom4 ,l4 ,,iii1 c4 #c1 p4 #cii7 et parmi les pres de l'glise comme ,origne l'exprimait avec une hardiesse louable4 7,augustin4 ,de civit4 ,dei1 ,l4 ,,xi1 c4 #bc74--,la sagesse de tous les temps1 le brahmanisme1 le bouddhisme1 ,empdocle et ,pythagore confirment cette manire de voir2 ,cicron 7,fragmenta de philosophia1 vol4 #ab1 p4 #caf1 d4 ,bip47 rapporte que les anciens sages dans l'initiation aux mystres enseignaient1 nos ob aliqua scelera suscepta in vita superiore1 pnarum luendarum causa natos esse4 ,vanini exprime cette ide de la faon la plus nergique1 ,vanini qu'on a trouv plus commode de brler que de rfuter1 quand il dit3 ,tot1 tantisque homo repletus miseriis1 ut si christian religioni non repugnaret1 dicere auderem3 si daemones dantur1 ipsi1 in hominum corpora transmigrantes1 sceleris pnas luunt 7,de admirandis natur arcanis1 dial4 ,l1 p4 #cec74 ,mais mme dans le pur christianisme bien compris1 notre existence est considre comme la suite d'une faute1 d'une chute4 ,si l'on se familiarise avec cette pense1 on n'attendra de la vie que ce qu'elle peut donner1 et loin de considrer comme quelque chose d'inattendu1 de contraire la rgle ses contradictions1 souffrances1 tourments1 misres grandes ou petites1 on les trouvera tout fait dans l'ordre1 sachant bien qu'ici bas chacun porte la peine de son existence1 et chacun sa manire4--,parmi les maux d'un tablissement pnitentiaire1 le moindre n'est pas la socit qu'on y rencontre4 ,ce que vaut la socit des hommes1 ceux-l qui en mriteraient une meilleure le sauront sans que j'aie besoin de le dire4 ,une belle me1 un gnie1 peuvent parfois y prouver les sentiments d'un noble prisonnier d'tat qui est aux galres entour de vulgaires sclrats2 et comme lui ils cherchent s'isoler4 ,mais en gnral cette ide sur le monde nous rend capables de voir sans surprise1 plus forte raison sans indignation1 ce qu'on appelle les imperfections1 c'est--dire la misrable constitution intellectuelle et morale de la plupart des hommes que leur physionomie mme nous rvle444 ,la conviction que le monde1 et par suite l'homme sont tels qu'ils ne devraient pas exister1 est de nature nous remplir d'indulgence les uns pour les autres2 qu'attendre1 en effet1 d'une telle espce d'tres8--,il me semble parfois que la manire convenable de s'aborder d'homme homme1 au lieu d'tre ,monsieur1 ,sir1 etc41 pourrait tre3 compagnon de souffrance1 soc malorum1 compagnon de misres1 my fellow-sufferer4 ,si bizarre que cela paraisse1 l'expression est pourtant fonde1 elle jette sur le prochain la lumire la plus vraie1 et rappelle la ncessit de la tolrance1 de la patience1 l'indulgence1 l'amour du prochain1 dont nul ne pourrait se passer1 et dont par consquent chacun est redevable4 ,,ii ,,mis,,res ,,de ,,la ,,vie4 ,l',arcadie nous a vus natre1 tous tant que nous sommes1 comme le dit ,schiller2 c'est--dire que nous entrons dans le monde1 pleins de prtentions au bonheur et la jouissance1 et que nous nous attachons l'esprance insense de voir ces prtentions russir4 ,mais bientt le destin parat1 il nous empoigne rudement et il nous apprend que rien ne nous appartient1 mais que tout est lui1 qu'il a un droit incontestable non seulement sur tout ce que nous possdons et acqurons1 sur notre femme et notre enfant1 mais sur nos bras et jambes1 sur nos yeux et nos oreilles1 mme sur notre nez en plein visage4--7,p4 ,i4 #dcd47 99 99 99 99 99 ,tandis que la premire moiti de la vie n'est qu'une infatigable aspiration vers le bonheur1 la seconde moiti1 au contraire1 est domine par un douloureux sentiment de crainte1 car alors on finit par se rendre compte plus ou moins clairement que tout bonheur n'est que chimre1 que la souffrance seule est relle4 ,aussi les esprits senss visent-ils moins de vives jouissances qu' une absence de peines1 un tat en quelque sorte invulnrable4--,dans mes jeunes annes1 un coup de sonnette ma porte me remplissait aussitt de joie1 car je pensais3 ,bon6 voil quelque chose qui arrive4 ,plus tard1 mri par la vie1 ce mme bruit veillait un sentiment voisin de l'effroi2 je me disais3 ,hlas6 qu'arrive-t-il8--7,l4 #bbh47 99 99 99 99 99 ,rien de fixe dans la vie fugitive3 ni douleur infinie1 ni joie ternelle1 ni impression permanente1 ni enthousiasme durable1 ni rsolution leve qui puisse compter pour la vie6 ,tout se dissout dans le torrent des annes4 ,les minutes1 les innombrables atomes de petites choses1 fragments de chacune de nos actions1 sont les vers rongeurs qui dvastent tout ce qu'il y a de grand et de hardi444 ,on ne prend rien au srieux dans la vie humaine2 la poussire n'en vaut pas la peine4--7,g4 #ea47 99 99 99 99 99 ,a considrer la vie sous l'aspect de sa valeur objective1 il est au moins douteux qu'elle soit prfrable au nant2 et je dirais mme que si l'exprience et la rflexion pouvaient se faire entendre1 c'est en faveur du nant qu'elles lveraient la voix4 ,si l'on frappait la pierre des tombeaux1 pour demander aux morts s'ils veulent ressusciter1 ils secoueraient la tte4 ,telle est aussi l'opinion de ,socrate dans l'apologie de ,platon1 et mme l'aimable et gai ,voltaire ne peut s'empcher de dire3 ,on aime la vie2 mais le nant ne laisse pas d'avoir du bon2 et encore3 ,je ne sais pas ce que c'est que la vie ternelle1 mais celle-ci est une mauvaise plaisanterie4--7,w4 ,,ii4 #eca47 99 99 99 99 99 ,la vie de chaque homme vue de loin et de haut1 dans son ensemble et dans ses traits les plus saillants1 nous prsente toujours un spectacle tragique2 mais si on la parcourt dans le dtail1 elle a le caractre d'une comdie4 ,car le train et le tourment du jour1 l'incessante agacerie du moment1 les dsirs et les craintes de la semaine1 les disgrces de chaque heure1 sous l'action du hasard qui songe toujours nous mystifier1 ce sont l autant de scnes de comdie4 ,mais les souhaits toujours dus1 les vains efforts1 les esprances que le sort foule impitoyablement aux pieds1 les funestes erreurs de la vie entire1 avec les souffrances qui s'accumulent et la mort au dernier acte1 voil l'ternelle tragdie4 ,il semble que le destin ait voulu ajouter la drision au dsespoir de notre existence1 quand il a rempli notre vie de toutes les infortunes de la tragdie1 sans que nous puissions seulement soutenir la dignit des personnages tragiques4 ,loin de l1 dans le large dtail de la vie1 nous jouons invitablement le pitre rle de comiques4--7,l4 #ge47 99 99 99 99 99 ,si un ,dieu a fait ce monde1 je n'aimerais pas tre ce ,dieu3 la misre du monde me dchirerait le cur4--7,n4 #dda47 99 99 99 99 99 ,imagine-t-on un dmon crateur1 on serait pourtant en droit de lui crier en lui montrant sa cration3 ,comment as-tu os interrompre le repos sacr du nant1 pour faire surgir une telle masse de malheur et de tourment8--7,n4 #dda47 99 99 99 99 99 ,si l'on mettait devant les yeux de chacun les douleurs et les tourments pouvantables auxquels sa vie est continuellement expose1 cet aspect1 il serait saisi d'effroi3 et si l'on voulait conduire l'optimiste le plus endurci travers les hpitaux1 les lazarets et les chambres de torture chirurgicales1 travers les prisons1 les lieux de supplices1 les curies d'esclaves1 sur les champs de bataille et dans les cours d'assises1 si on lui ouvrait tous les sombres repaires o la misre se glisse pour fuir les regards d'une curiosit froide1 et si enfin on le laissait regarder dans la tour affame d',ugolin1--alors1 assurment1 lui aussi finirait par reconnatre de quelle sorte est ce meilleur des mondes possibles#bd4 #bd ,il n'y a que violence dans l'univers2 mais nous sommes gts par la philosophie moderne1 qui a dit tout est bien1 tandis que le mal a tout souill1 et que dans un sens trs vrai tout est mal1 puisque rien n'est sa place4 ,j4 ,,de ,,maistre4 ,o ,dante serait-il all chercher le modle et le sujet de son enfer ailleurs que dans notre monde rel8 ,et pourtant1 c'est bel et bien un enfer qu'il nous a peint4 ,au contraire1 quand il s'est agi de dcrire le ciel et ses joies1 il se trouvait en face d'une difficult insurmontable1 justement parce que notre monde n'offre rien d'analogue4 ,au lieu des joies du ,paradis1 il fut rduit nous faire part des instructions que lui donnrent l ses anctres1 sa ,batrix et divers saints4 ,par o l'on voit assez clairement quelle sorte de monde est le ntre4--7,l4 #ahi47 99 99 99 99 99 ,ce monde1 champ de carnage o des tres anxieux et tourments ne subsistent qu'en se dvorant les uns les autres1 o toute bte de proie devient le tombeau vivant de mille autres1 et n'entretient sa vie qu'au prix d'une longue suite de martyres1 o la capacit de souffrir crot en proportion de l'intelligence1 et atteint par consquent dans l'homme son degr le plus lev2 ce monde1 les optimistes ont voulu l'ajuster leur systme1 et nous le dmontrer a priori comme le meilleur des mondes possibles4 ,l'absurdit est criante4--,on me dit d'ouvrir les yeux et de promener mes regards sur la beaut du monde que le soleil claire1 d'admirer ses montagnes1 ses valles1 ses torrents1 ses plantes1 ses animaux1 que sais-je encore4 ,le monde n'est-il donc qu'une lanterne magique8 ,certes le spectacle est splendide voir1 mais y jouer son rle1 c'est autre chose4--,aprs l'optimiste vient l'homme des causes finales2 celui-l me vante la sage ordonnance qui dfend aux plantes de se heurter du front dans leur course1 qui empche la terre et la mer de se confondre en une immense bouillie1 et les tient proprement spares1 qui fait que tout ne reste pas fig dans une glace ternelle1 ou consum par la chaleur1 qui1 grce l'inclinaison de l'cliptique ne permet pas au printemps d'tre ternel et laisse mrir les fruits1 etc4 ,mais ce ne sont l que de simples conditiones sine quibus non4 ,car si un monde doit exister1 si ses plantes doivent durer1 ne ft-ce qu'un temps gal celui que le rayon d'une toile fixe loigne met pour arriver jusqu' elles1 et si elles ne disparaissent pas comme le fils de ,lessing immdiatement aprs leur naissance1 il fallait que les choses ne fussent pas charpentes assez maladroitement1 pour que l'chafaudage fondamental menat dj de crouler4 ,arrivons maintenant aux rsultats de cette uvre si vante1 considrons les acteurs qui se meuvent sur cette scne si solidement machine3 nous voyons la douleur apparatre en mme temps que la sensibilit1 et grandir mesure que celle-ci devient intelligente1 nous voyons le dsir et la souffrance marcher du mme pas1 se dvelopper sans limites1 jusqu' ce qu'enfin la vie humaine n'offre plus qu'un sujet de tragdies ou de comdies4 ,maintenant1 si l'on est sincre1 on sera peu dispos entonner l',alleluia des optimistes4--7,l4 #ahi47 99 99 99 99 99 ,la vie ne se prsente nullement comme un cadeau dont nous n'avons qu' jouir1 mais bien comme un devoir1 une tche dont il faut s'acquitter force de travail2 de l1 dans les grandes et petites choses1 une misre gnrale1 un labeur sans repos1 une concurrence sans trve1 un combat sans fin1 une activit impose avec une tension extrme de toutes les forces du corps et de l'esprit4 ,des millions d'hommes1 runis en nations1 concourent au bien public1 chaque individu agissant ainsi dans l'intrt de son propre bien2 mais des milliers de victimes tombent pour le salut commun4 ,tantt des prjugs insenss1 tantt une politique subtile excitent les peuples la guerre2 il faut que la sueur et le sang de la grande foule coulent en abondance pour mener bonne fin les fantaisies de quelques-uns1 ou expier leurs fautes4 ,en temps de paix1 l'industrie et le commerce prosprent1 les inventions font merveille1 les vaisseaux sillonnent les mers et rapportent des friandises de tous les coins du monde1 les vagues engloutissent des milliers d'hommes4 ,tout est en mouvement1 les uns mditent1 les autres agissent1 le tumulte est indescriptible4 ,mais le dernier but de tant d'efforts1 quel est-il8 ,maintenir pendant un court espace de temps des tres phmres et tourments1 les maintenir au cas le plus favorable dans une misre supportable et une absence de douleur relative que guette aussitt l'ennui2 puis la reproduction de cette race et le renouvellement de son train habituel4--7,l4 #fh47 99 99 99 99 99 ,il est vritablement incroyable combien insignifiante et dnue d'intrt1 vue du dehors1 et combien sourde et obscure1 ressentie intrieurement1 s'coule la vie de la plupart des hommes4 ,elle n'est que tourments1 aspirations impuissantes1 marche chancelante d'un homme qui rve travers les quatre ges de la vie jusqu' la mort1 avec un cortge de penses triviales4 ,les hommes ressemblent des horloges qui ont t montes et qui marchent sans savoir pourquoi2 et chaque fois qu'un homme est engendr et mis au monde1 l'horloge de la vie humaine est de nouveau monte pour rpter encore une fois son vieux refrain us d'ternelle bote musique1 phrase par phrase1 mesure pour mesure1 avec des variations peine sensibles4 ,chaque individu1 chaque visage humain et chaque vie humaine n'est qu'un rve de plus1 un rve phmre de l'esprit infini de la nature1 de la volont de vivre persistante et obstine1 ce n'est qu'une image fugitive de plus qu'elle dessine en se jouant sur sa page infinie de l'espace et du temps1 qu'elle laisse subsister quelques instants d'une brivet vertigineuse1 et qu'aussitt elle efface pour faire place d'autres4 ,cependant et c'est l le ct de la vie qui donne penser et rflchir1 il faut que la volont de vivre1 violente et imptueuse1 paie chacune de ces images fugitives1 chacune de ces vaines fantaisies au prix de douleurs profondes et sans nombre1 et d'une mort amre longtemps redoute et qui vient enfin4 ,voil pourquoi l'aspect d'un cadavre nous rend soudainement srieux4--7,w4 ,i4 #cgi47 99 99 99 99 99 ,la vie de l'homme oscille1 comme un pendule1 entre la douleur et l'ennui#be1 tels sont en ralit ses deux derniers lments4 ,les hommes ont d exprimer cela d'une trange manire2 aprs avoir fait de l'enfer le sjour de tous les tourments et de toutes les souffrances1 qu'est-il rest pour le ciel8 justement l'ennui4--7,l4 #gb47 #be 4 4 4 4 4 ,amaro e noia ,la vita1 altro mai nulla4 4 4 4 4 4 7,a se stesso7 ,nell' imo petto1 grave1 salda1 immota ,come colonna adamantina1 siede ,noia immortale4 ,leopardi 7,al conte ,pepoli47 7,note du traducteur47 ,,iii ,r,,signation4--,,renoncement4--,,asc,,t isme ,,et ,d,,livrance4 ,quand le coin du voile de ,maa#bf 7l'illusion de la vie individuelle7 s'est soulev devant les yeux d'un homme1 de telle sorte qu'il ne fait plus de diffrence goste entre sa personne et les autres hommes1 et qu'il prend autant d'intrt aux souffrances trangres qu'aux siennes propres1 et qu'il devient par l secourable jusqu'au dvouement1 prt se sacrifier lui-mme pour le salut des autres1--cet homme arriv au point de se reconnatre lui-mme dans tous les tres1 considre comme siennes les souffrances infinies de tout ce qui vit1 et doit ainsi s'approprier la douleur du monde4 ,aucune dtresse ne lui est trangre4 ,tous les tourments qu'il voit et peut si rarement adoucir1 tous les tourments dont il entend parler1 ceux mmes qu'il lui est possible de concevoir frappent son esprit comme s'il en tait lui-mme la victime4 #bf ,maa--l'illusion4--,schopenhauer entend par l cette connaissance1 borne l'espace et au temps qui empche l'individu de reconnatre sa propre essence dans les individus trangers4 7,note de ,m4 ,frauenstdt47 ,,ma,a1 desse hindoue1 pouse de ,brahma1 mre des illusions ou l'illusion personnifie4 ,insensible aux alternatives de biens et de maux qui se succdent dans sa destine1 affranchi de tout gosme1 il pntre les voiles de l'illusion individuelle2 tout ce qui vit1 tout ce qui souffre est galement prs de son cur4 ,il conoit l'ensemble des choses1 leur essence1 leur ternel coulement1 les vains efforts1 les luttes intrieures et les souffrances sans fin2 il voit1 de quelque ct qu'il tourne ses regards1 l'homme qui souffre1 l'animal qui souffre1 et un monde qui s'vanouit ternellement4 ,il s'unit dsormais aux douleurs du monde aussi troitement que l'goste sa propre personne4 ,comment pourrait-il1 avec une telle connaissance du monde1 affirmer par les dsirs incessants sa volont de vivre1 se rattacher toujours de plus en plus la vie1 et l'treindre toujours plus troitement8 ,l'homme sduit par l'illusion de la vie individuelle1 esclave de l'gosme1 ne voit des choses que ce qui le touche personnellement1 et y puise des motifs sans cesse renouvels de dsirer et de vouloir2 au contraire1 celui qui pntre l'essence des choses en soi1 qui domine l'ensemble1 arrive au repos de tout dsir et de tout vouloir4 ,dsormais la volont se dtourne de la vie2 elle repousse avec effroi les jouissances qui la perptuent4 ,l'homme arrive alors l'tat du renoncement volontaire1 de la rsignation1 de la tranquillit vraie1 et de l'absence absolue de volont4--7,l4 #agg47 99 99 99 99 99 ,l'esprit intime et le sens de la vritable et pure vie du clotre1 et de l'asctisme en gnral1 c'est que l'on se sent digne et capable d'une existence meilleure que la ntre1 et que l'on veut fortifier et maintenir cette conviction par le mpris de toutes les vaines jouissances de ce monde4 ,on attend avec calme et assurance la fin de cette vie1 prive de ses appts trompeurs1 pour saluer un jour l'heure de la mort comme celle de la dlivrance4--7,l4 #agh47 99 99 99 99 99 ,tandis que le mchant livr par la violence de sa volont et de ses dsirs des tourments intrieurs continus et dvorants1 est rduit1 quand la source de toutes les jouissances vient tarir1 tancher la soif brlante de ses dsirs par le spectacle des malheurs d'autrui2 l'homme1 au contraire1 qui est pntr de cette ide du renoncement absolu1 quel que soit son dnuement1 quelque priv qu'il soit extrieurement de toute joie1 et de tout bien1 gote cependant une pleine allgresse et jouit d'un repos vraiment cleste4 ,pour lui1 plus d'empressement inquiet1 plus de joie clatante1 cette joie prcde et suivie de tant de peines1 condition invitable de l'existence pour l'homme qui a le got de la vie3 ce qu'il ressent1 c'est une paix inbranlable1 un profond repos1 une intime srnit1 un tat que nous ne pouvons voir ou imaginer sans y aspirer avec ardeur parce qu'il nous semble le seul juste1 infiniment suprieur tout autre1 un tat vers lequel nous invitent et nous appellent ce qu'il y a de meilleur en nous1 et cette voix intrieure qui nous crie3 sapere aude4 ,nous sentons bien alors que tout dsir accompli1 tout bonheur arrach la misre du monde1 sont comme l'aumne qui soutient le mendiant aujourd'hui1 pour que demain il meure encore de faim2 la rsignation1 au contraire est comme une terre reue en hritage1 qui met pour toujours l'heureux possesseur l'abri du souci4--7,l4 #agi47 99 99 99 99 99 ,peu d'hommes1 par la seule connaissance rflchie des choses1 parviennent pntrer l'illusion du principium individuationis1 peu d'hommes remplis d'une parfaite bont d'me1 de l'universelle charit1 en viennent enfin reconnatre toutes les douleurs du monde comme les leurs propres1 pour aboutir la ngation de la volont4 ,chez celui-l mme qui s'approche le plus de ce degr suprieur1 les aises personnelles1 le charme flatteur de l'instant1 l'attrait de l'esprance1 les dsirs sans cesse renaissants sont un ternel obstacle au renoncement1 une ternelle amorce pour la volont2 de l vient qu'on a personnifi dans les dmons la multitude des sductions qui nous tentent et nous sollicitent4 ,aussi faut-il que notre volont soit brise par une immense souffrance1 avant qu'elle n'arrive au renoncement d'elle-mme4 ,lorsqu'il a parcouru tous les degrs de l'angoisse croissante1 aprs une suprme rsistance1 et qu'il touche l'abme du dsespoir1 l'homme rentre subitement en lui-mme1 il se connat1 il connat le monde1 son me alors se transforme1 s'lve au-dessus d'elle-mme et de toute souffrance1 et purifi1 sanctifi en quelque sorte dans un repos1 une flicit inbranlables1 une lvation inaccessible1 il renonce tous les objets de ses dsirs passionns1 et reoit la mort avec joie4 ,comme un ple clair1 la ngation de la volont de vivre1 c'est--dire la dlivrance1 jaillit subitement de la flamme purifiante de la douleur4 ,les criminels eux-mmes peuvent tre ainsi purs par une grande douleur2 ils sont tout autres4 ,leurs crimes passs n'oppressent plus leur conscience2 pourtant ils sont prts les expier par la mort et voient volontiers s'teindre avec eux ce phnomne passager de la volont1 qui leur est maintenant tranger et comme un objet d'horreur4 ,dans le touchant pisode de ,gretchen1 ,gthe nous a donn une incomparable et clatante peinture de cette ngation de la volont cause par une grande infortune et par le dsespoir4 ,c'est un modle accompli de cette seconde manire d'arriver au renoncement1 la ngation de la volont1 non par la pure connaissance des douleurs de tout un monde auxquelles on s'identifie volontairement1 mais par une douleur crasante dont on a soi-mme t accabl4--7,l4 #ahc47 99 99 99 99 99 ,si l'on se reprsente combien la misre et les souffrances sont la plupart du temps ncessaires pour notre dlivrance1 on reconnatra que nous devrions moins envier le bonheur des autres que leur malheur4 ,c'est pour cette raison que le stocisme qui brave le destin est pour l'me1 il est vrai1 une paisse cuirasse contre les douleurs de la vie et aide mieux supporter le prsent2 mais il est oppos au vritable salut1 car il endurcit le cur4 ,et comment le stocien pourrait-il tre rendu meilleur par la souffrance1 lorsque1 sous son corce de pierre1 il y est insensible8--,jusqu' un certain degr1 ce stocisme n'est pas trs rare4 ,c'est souvent une pure affectation1 une faon de faire mauvais jeu bonne mine3 et lorsqu'il est rel1 il provient la plupart du temps de l'insensibilit pure1 du manque d'nergie1 de vivacit1 de sentiment et d'imagination1 ncessaires pour ressentir une grande douleur4 ,le flegme et la lourdeur des ,allemands sont surtout favorables cette sorte de stocisme4--7,l4 #ahe47 99 99 99 99 99 ,quiconque se tue veut la vie1 il ne se plaint que des conditions sous lesquelles elle s'offre lui4 ,ce n'est donc pas la volont de vivre qu'il renonce1 mais uniquement la vie1 dont il dtruit en sa personne un des phnomnes passagers444 ,c'est justement parce qu'il ne peut cesser de vouloir qu'il cesse de vivre1 et c'est en supprimant en lui le phnomne de la vie qu'il affirme son dsir de vivre4 ,car c'tait justement la douleur laquelle il se soustrait qui aurait pu1 comme mortification de la volont1 le conduire au renoncement et la dlivrance4 ,il en est de celui qui se tue comme d'un malade qui1 n'ayant pas le courage de laisser achever une opration douloureuse mais salutaire1 prfrerait garder sa maladie4 ,la souffrance supporte avec courage lui permettrait de supprimer la volont2 mais il se soustrait la souffrance1 en dtruisant dans son corps cette manifestation de la volont1 de telle sorte que celle-ci subsiste sans obstacles4--7,l4 #ahf47 99 99 99 99 99 ,l'optimisme n'est au fond qu'une forme de louanges que la volont de vivre1 unique et premire cause du monde1 se dcerne sans raison elle-mme1 lorsqu'elle se mire avec complaisance dans son uvre3 ce n'est pas seulement une doctrine fausse1 c'est une doctrine corruptrice4 ,car elle nous reprsente la vie comme un tat dsirable1 et comme but de la vie le bonheur de l'homme4 ,ds lors chacun s'imagine qu'il possde les droits les plus justifis au bonheur et la jouissance2 si ces biens1 comme cela n'est que trop frquent1 ne lui choient pas en partage1 il se croit victime d'une injustice1 n'a-t-il pas manqu le but de sa vie8--tandis qu'il est bien plus juste de considrer le travail1 la privation1 la misre et la souffrance couronne par la mort comme le but de notre vie 7ainsi font le brahmanisme1 le bouddhisme et aussi le vritable christianisme7 parce que tous ces maux conduisent la ngation de la volont de vivre4 ,dans le ,nouveau ,testament1 le monde est reprsent comme une valle de larmes1 la vie comme un moyen de purifier l'me1 et un instrument de martyre est le symbole du christianisme#bg4--7,l4 #aij47 #bg ,de nos jours1 dit ailleurs ,schopenhauer1 le christianisme a oubli sa vraie signification1 pour dgnrer en un plat optimisme4 ,w4 ,i4 #dhj4 99 99 99 99 99 ,quitisme1 c'est--dire renoncement tout dsir1 asctisme1 c'est--dire immolation rflchie de la volont goste1 et mysticisme1 c'est--dire conscience de l'identit de son tre avec l'ensemble des choses et le principe de l'univers--trois dispositions de l'me qui se tiennent troitement2 quiconque fait profession de l'une1 est attir vers l'autre en quelque sorte malgr lui4--,rien de plus surprenant que de voir l'accord de tous ceux qui nous ont prch ces doctrines1 travers l'extrme varit des temps1 des pays et des religions1 et rien de plus curieux que la scurit inbranlable comme le roc1 la certitude intrieure1 avec lesquelles ils nous prsentent le rsultat de leur exprience intime4--7,l4 #ahg47 99 99 99 99 99 ,en vrit ce n'est pas le judasme avec son #bh mais le brahmanisme et le bouddhisme qui par l'esprit et la tendance morale se rapprochent du christianisme4 ,mais l'esprit et la tendance morale sont ce qu'il y a d'essentiel dans une religion1 et non pas les mythes dans lesquels elle les enveloppe4 #bh ,i4 ,mose1 #a1 #ca4 ,dieu vit toutes les choses qu'il avait faites1 et elles taient trs bonnes4 ,schopenhauer est l'ennemi personnel de ,jehovah1 qui1 selon la ,bible1 ayant cr le monde1 le triste monde1 se vante de son uvre comme d'une belle et bonne chose4 ,cet optimisme du ,dieu des ,juifs irrite et exaspre notre philosophe pessimiste4 ,ce de l',ancien ,testament est vraiment tranger au pur christianisme3 car tout le long du ,nouveau ,testament il est question du monde comme d'une chose laquelle on n'appartient pas1 que l'on n'aime pas1 d'une chose qui est sous l'empire du diable4 ,cela s'accorde avec l'esprit d'asctisme1 de renoncement et de victoire sur le monde1 cet esprit1 qui1 joint l'amour du prochain et au pardon des injures1 marque le trait fondamental et l'troite affinit qui unissent le christianisme1 le brahmanisme et le bouddhisme4 ,c'est dans le christianisme surtout qu'il est ncessaire d'aller au fond des choses et de pntrer au-del de l'corce4--7,l4 #aic47 ,le protestantisme en liminant l'asctisme et le clibat qui en est le point capital1 a atteint par l mme l'essence du christianisme1 et peut ce point de vue tre considr comme une apostasie4 ,on l'a bien vu de nos jours quand le protestantisme a peu peu dgnr en un plat rationalisme1 espce de plagianisme moderne1 qui vient se rsumer dans la doctrine d'un bon pre1 crant le monde afin qu'on s'y amuse bien 7en quoi il aurait joliment chou72 et ce bon pre1 sous certaines conditions1 s'engage procurer aussi plus tard ses fidles serviteurs un monde beaucoup plus beau dont le seul inconvnient est d'avoir une aussi funeste entre4 ,cela peut tre assurment une bonne religion pour des pasteurs protestants confortables1 maris et clairs3 mais ce n'est pas l du christianisme4 ,le christianisme est la doctrine qui affirme que l'homme est profondment coupable par le seul fait de sa naissance1 et il enseigne en mme temps que le cur doit aspirer la dlivrance qui ne peut tre obtenue qu'au prix des sacrifices les plus pnibles par le renoncement1 l'anantissement de soi-mme1 par consquent par une transformation totale de la nature humaine4--7,l4 #aic47 99 99 99 99 99 ,il semble que la fin de toute activit vitale soit un merveilleux allgement pour la force qui l'entretient3 c'est l ce qui explique peut-tre cette expression de douce srnit rpandue sur le visage de la plupart des morts4 ,il se peut que l'instant de la mort soit semblable au rveil1 aprs un sommeil lourd et troubl de cauchemars4--7,w4 ,,ii1 #ecf47 99 99 99 99 99 ,chacun sent qu'il est autre chose qu'un nant1 qu'un autre nant a un jour engendr4 ,de l nat pour lui l'assurance que la mort peut bien mettre fin sa vie1 mais non son existence#bi4--7,l4 #hd47 #bi ,schopenhauer n'entend pas l'immortalit au sens d'une permanence de la conscience personnelle aprs la mort4--,ce qui est immortel1 c'est la force1 la volont de vivre1 qui est au fond de toutes choses1 l'unique et premier principe4 ,l'individu n'en est que la manifestation phmre dans l'espace et dans le temps4 99 99 99 99 99 ,mon imagination 7surtout si j'entends de la musique7 joue souvent avec cette pense que la vie de tous les hommes et ma propre vie ne sont que des songes d'un esprit ternel1 bons et mauvais songes1 dont chaque mort est un rveil4--7,m4 #gcb47 99 99 99 99 99 ,nous avons t veills et nous le serons de nouveau2 la vie est une nuit que remplit un long rve1 souvent un cauchemar4--7,m4 #gcb47 99 99 99 99 99 ,dans la vieillesse les passions et les dsirs s'teignent les uns aprs les autres1 mesure que les objets de ces passions deviennent indiffrents2 la sensibilit s'mousse1 la force de l'imagination devient toujours plus faible1 les images plissent1 les impressions n'adhrent plus1 elles passent sans laisser de traces1 les jours roulent toujours plus rapides1 les vnements perdent leur importance1 tout se dcolore4 ,l'homme accabl de jours se promne en chancelant ou se repose dans un coin1 n'tant plus qu'une ombre1 un fantme de son tre pass4 ,la mort vient1 que lui reste-t-il encore dtruire8 ,un jour l'assoupissement se change en dernier sommeil et ses rves444 ils inquitaient dj ,hamlet dans le clbre monologue4 ,je crois que ds maintenant nous rvons4--7,w4 ,,ii1 #ecf47 99 99 99 99 99 ,nous savons que les instants o la contemplation des uvres d'art nous dlivre des dsirs avides1 comme si nous surnagions au-dessus de la lourde atmosphre de la terre1 sont en mme temps les plus heureux que nous connaissions4 ,par l nous pouvons nous figurer quelle flicit doit ressentir l'homme dont la volont est apaise1 non pas pour quelques instants comme dans la jouissance du beau1 mais pour toujours et s'teint mme tout fait1 si bien qu'il ne reste que la dernire tincelle aux lueurs vacillantes1 qui soutient le corps et s'teindra avec lui4 ,lorsque cet homme1 aprs maints rudes combats contre sa propre nature1 a fini par triompher tout fait1 il n'existe qu' l'tat d'tre purement intellectuel1 comme un miroir du monde que rien ne trouble4 ,dsormais rien ne saurait lui causer de l'angoisse1 rien ne saurait l'agiter3 car les mille liens du vouloir qui nous tiennent enchans au monde et nous tiraillent en tous sens avec des douleurs continues sous forme de dsir1 crainte1 envie1 colre1 ces mille liens il les a briss4 ,il jette un regard en arrire1 tranquille et souriant sur les images illusoires de ce monde qui ont pu un jour agiter et torturer son cur2 devant elles il est maintenant aussi indiffrent que devant les checs1 aprs une partie termine ou devant des masques de carnaval qu'on a dpouills au matin et dont les figures ont pu nous agacer et nous mouvoir dans la nuit du mardi gras4 ,la vie et ses formes flottent dsormais devant ses yeux comme une apparition passagre1 comme un lger songe matinal pour l'homme moiti veill1 un songe que la vrit transperce dj de ses rayons et qui ne peut plus nous abuser2 et ainsi qu'un rve la vie s'vanouit aussi la fin1 sans transition brusque4--7,l4 #ahb47 99 99 99 99 99 ,si l'on a considr la perversit humaine et que l'on soit prt s'en indigner1 il faut aussitt jeter ses regards sur la dtresse de l'existence humaine1 et rciproquement si la misre vous effraie1 considrez la perversit3 alors on trouvera que l'une et l'autre se font quilibre2 et l'on reconnatra la justice ternelle1 on verra que le monde lui-mme est le jugement du monde#cj4--7,l4 #aie47 #cj ,traduction du vers clbre de ,schiller4 99 99 99 99 99 ,une piti sans bornes pour tous les tres vivants1 c'est le gage le plus ferme et le plus sr de la conduite morale1 et cela n'exige aucune casuistique4 ,on peut tre assur que celui qui en est rempli ne blessera personne1 n'empitera sur les droits de personne1 ne fera de mal personne2 tout au contraire1 il sera indulgent pour chacun1 pardonnera chacun1 sera secourable tous dans la mesure de ses forces1 et toutes ses actions porteront l'empreinte de la justice et de l'amour des hommes4 ,au contraire1 qu'on essaye une fois de dire3 ,cet homme est vertueux1 mais il ne connat aucune piti1 ou bien3 ,c'est un homme injuste et mchant pourtant il est trs compatissant1 alors la contradiction devient sensible4--,tout le monde n'a pas les mmes gots2 mais je ne connais pas de plus belle prire1 que celle par laquelle se terminent les vieilles pices du thtre hindou 7comme autrefois les pices anglaises se terminaient par ces mots3 pour le roi74 ,voici quel en est le sens3 ,puissent tous les tres vivants rester libres de douleurs4--7,l4 #aff47 ,,ii ,l',,amour1 ,,les ,,femmes ,,et ,,le ,,mariage ,la nature ne songe qu'au maintien de l'espce2 et1 pour la perptuer1 elle n'a que faire de notre sottise4 ,qu'tant ivre1 je m'adresse une servante de cabaret ou une fille1 le but de la nature peut tre aussi bien rempli que si j'eusse obtenu ,clarisse aprs deux ans de soins2 au lieu que ma raison me sauverait de la servante1 de la fille et de ,clarisse mme peut-tre4 ,a ne consulter que la raison1 quel est l'homme qui voudrait tre pre et se prparer tant de soucis pour un long avenir8 ,quelle femme1 pour une pilepsie de quelques minutes1 se donnerait une maladie d'une anne entire8 ,la nature1 en nous drobant notre raison1 assure mieux son empire3 et voil pourquoi elle a mis de niveau sur ce point ,znobie et sa fille de basse-cour1 ,marc-,aurle et son palefrenier4 ,,chamfort4 ,i ,m,,taphysique ,,de ,l',,amour#ca4 #ca ,w4 ,,ii1 p4 #fjg4 ,o vous sages1 la science haute et profonde1 qui avez mdit et qui savez o1 quand et comment tout s'unit dans la nature1 pourquoi tous ces amours1 ces baisers2 vous1 sages sublimes1 dites-le moi6 ,mettez la torture votre esprit subtil et dites-moi o1 quand et comment1 il m'arriva d'aimer1 pourquoi il m'arriva d'aimer8 ,b,,rger4 ,on est gnralement habitu voir les potes occups peindre l'amour4 ,la peinture de l'amour est le sujet principal de toutes les uvres dramatiques1 tragiques ou comiques1 romantiques ou classiques1 dans les ,indes aussi bien qu'en ,europe3 il est aussi de tous les sujets le plus fcond pour la posie lyrique comme pour la posie pique2 sans parler des innombrables quantits de romans1 qui1 depuis des sicles1 se produisent chaque anne dans tous les pays civiliss d',europe aussi rguliers que les fruits des saisons4 ,tous ces ouvrages ne sont au fond que des descriptions varies et plus ou moins dveloppes de cette passion4 ,les peintures les plus parfaites1 ,romo et ,juliette1 la nouvelle ,hlose1 ,werther1 ont acquis une gloire immortelle4 ,dire avec ,la ,rochefoucauld qu'il en est de l'amour passionn comme des spectres dont tout le monde parle1 mais que personne n'a vus2 ou bien contester avec ,lichtenberg1 dans son ,essai1 sur la puissance de l'amour la ralit de cette passion et nier qu'elle soit conforme la nature2 c'est l une grande erreur4 ,car il est impossible de concevoir comme un sentiment tranger ou contraire la nature humaine1 comme une pure fantaisie en l'air ce que le gnie des potes ne se lasse pas de peindre1 ni l'humanit d'accueillir avec une sympathie inbranlable2 puisque sans vrit1 il n'y a point d'art achev4 ,rien n'est beau que le vrai2 le vrai seul est aimable4 ,,boileau4 ,d'ailleurs l'exprience gnrale1 bien qu'elle ne se renouvelle pas tous les jours1 prouve qu'une inclination vive et encore gouvernable peut1 sous l'empire de certaines circonstances1 grandir et surpasser par sa violence toutes les autres passions1 carter toutes les considrations1 surmonter tous les obstacles avec une force et une persvrance incroyables1 au point que l'on risque sans hsiter sa vie pour satisfaire son dsir1 et mme que l'on en fait bon march si ce dsir est sans espoir4 ,ce n'est pas seulement dans les romans qu'il y a des ,werther et des ,jacopo ,ortis3 chaque anne1 l',europe en pourrait signaler au moins une demi-douzaine3 ,sed ignotis perierunt mortibus illi2 ils meurent inconnus1 et leurs souffrances n'ont d'autre chroniqueur que l'employ qui enregistre les dcs1 d'autres annales que les faits divers des journaux4 ,les personnes qui lisent les feuilles franaises et anglaises attesteront l'exactitude de ce que j'avance4 ,mais plus grand encore est le nombre de ceux que cette passion conduit l'hpital des fous4 ,enfin l'on constate chaque anne divers cas de double suicide1 lorsque deux amants dsesprs tombent victimes des circonstances extrieures qui les sparent2 pour moi1 je n'ai jamais compris comment deux tres qui s'aiment1 et croient trouver dans cet amour la flicit suprme1 ne prfrent pas rompre violemment avec toutes les conventions sociales et subir toute espce de honte1 plutt que d'abandonner la vie en renonant un bonheur au del duquel ils n'imaginent rien4--,quant aux degrs infrieurs1 aux lgres atteintes de cette passion1 chacun les a chaque jour sous les yeux et1 pour peu qu'il soit jeune1 la plupart du temps aussi dans le cur4 ,il n'est donc pas permis de douter de la ralit de l'amour ni de son importance4 ,au lieu de s'tonner qu'un philosophe cherche s'emparer lui aussi de cette question1 thme ternel pour tous les potes1 l'on devrait plutt tre surpris qu'une affaire qui joue dans la vie humaine un rle si important ait t1 jusqu' prsent1 nglige par les philosophes1 et soit l devant nous comme une matire neuve4 ,de tous les philosophes1 c'est encore ,platon qui s'est le plus occup de l'amour1 surtout dans le ,banquet et dans le ,phdre4 ,ce qu'il a dit sur ce sujet rentre dans le domaine des mythes1 fables et jeux d'esprit1 et concerne surtout l'amour grec4 ,le peu qu'en dit ,rousseau dans le ,discours sur l'ingalit1 est faux et insuffisant2 ,kant dans la #c;e partie du ,trait sur le sentiment du beau et du sublime1 aborde un tel sujet d'une faon trop superficielle et parfois inexacte comme quelqu'un qui ne s'y entend gure4 ,platner1 dans son anthrophologie ne nous offre que des ides mdiocres et plates4 ,la dfinition de ,spinoza mrite d'tre cite cause de son extrme navet3 ,amor est titillatio1 concomitante idea causae externae 7,eth4 ,,iv1 prop4 #dd1 dem47 ,je n'ai donc ni me servir de mes prdcesseurs1 ni les rfuter4 ,ce n'est pas par les livres1 c'est par l'observation de la vie extrieure que ce sujet s'est impos moi1 et a pris place de lui-mme dans l'ensemble de mes considrations sur le monde4--,je n'attends ni approbation ni loge des amoureux qui cherchent naturellement exprimer par les images les plus sublimes et les plus thres l'intensit de leurs sentiments3 ceux-l1 mon point de vue paratra trop physique1 trop matriel1 tout mtaphysique et transcendant qu'il soit au fond4 ,puissent-ils se rendre compte avant de me juger que l'objet de leur amour qu'ils exaltent aujourd'hui dans des madrigaux et des sonnets1 aurait peine obtenu d'eux un regard1 s'il tait n dix-huit ans plus tt4 ,car toute inclination tendre1 quelques airs thrs qu'elle affecte1 a toutes ses racines dans l'instinct naturel des sexes2 et mme elle n'est pas autre chose que cet instinct spcialis1 dtermin1 et mme tout fait individualis4 ,ceci pos1 si l'on observe le rle important que joue l'amour tous ses degrs et dans toutes ses nuances non seulement dans les comdies et dans les romans1 mais aussi dans le monde rel1 o il est1 avec l'amour de la vie1 le plus puissant et le plus actif de tous les ressorts1 si l'on songe qu'il occupe continuellement les forces de la plus jeune partie de l'humanit1 qu'il est le dernier but de presque tout effort humain1 qu'il a une influence perturbatrice sur les affaires les plus importantes1 qu'il interrompt toute heure les occupations les plus srieuses1 que parfois il met pour un temps les plus grands esprits l'envers1 qu'il ne se fait pas scrupule d'intervenir1 pour les troubler1 avec ses vtilles1 dans les ngociations diplomatiques et les travaux des savants1 qu'il s'entend mme glisser ses billets doux et ses petites mches de cheveux jusque dans les portefeuilles des ministres et les manuscrits des philosophes1 ce qui ne l'empche pas d'tre chaque jour le promoteur des plus mauvaises affaires et des plus embrouilles1 qu'il rompt les relations les plus prcieuses1 brise les liens les plus solides1 qu'il prend pour victimes tantt la vie ou la sant1 tantt la richesse1 le rang et le bonheur1 qu'il fait de l'honnte homme un homme sans honneur1 du fidle un tratre1 qu'il semble tre ainsi comme un dmon malfaisant qui s'efforce de tout bouleverser1 tout embrouiller1 tout dtruire2--on est alors prt s'crier3 ,pourquoi tant de bruit8 pourquoi ces efforts1 ces emportements1 ces anxits et cette misre8 ,il ne s'agit pourtant que d'une chose bien simple1 il s'agit seulement que chaque ,jeannot trouve sa ,jeannette#cb4 ,pourquoi une telle bagatelle devrait-elle jouer un rle si important et mettre sans cesse le trouble et le dsarroi dans la vie bien rgle des hommes8--,mais1 pour le penseur srieux1 l'esprit de la vrit dvoile peu peu cette rponse3 il ne s'agit point d'une vtille2 loin de l1 l'importance de l'affaire est gale au srieux et l'emportement de la poursuite4 ,le but dfinitif de toute amoureuse entreprise1 qu'elle tourne au tragique ou au comique1 est rellement ce qu'il y a de plus important dans les divers buts de la vie humaine1 et mrite le srieux profond avec lequel chacun la poursuit4 ,en effet1 ce qui est en question1 ce n'est rien moins que la combinaison de la gnration prochaine4 ,les dramatis person1 les acteurs qui entreront en scne1 quand nous en sortirons1 se trouveront ainsi dtermins dans leur existence et dans leur nature par cette passion si frivole4 ,de mme que l'tre1 l',existentia de ces personnes futures a pour condition absolue l'instinct de l'amour en gnral2 la nature propre de leur caractre1 leur ,essentia1 dpend absolument du choix individuel de l'amour des sexes et se trouve ainsi tous gards irrvocablement fixe4 ,voil la clef du problme3 elle nous sera mieux connue quand nous aurons parcouru tous les degrs de l'amour depuis l'inclination la plus fugitive1 jusqu' la passion la plus violente3 nous reconnatrons alors que sa diversit nat du degr de l'individualisation dans le choix4 #cb ,je ne pouvais employer ici le terme propre1 libre au lecteur de traduire cette phrase dans la langue d',aristophane4 7,note de ,schopenhauer47 ,toutes les passions amoureuses de la gnration prsente ne sont donc pour l'humanit entire que la srieuse meditatio compositionis generationis futur1 e qu iterum pendent innumer generationes4 ,il ne s'agit plus1 en effet1 comme dans les autres passions humaines1 d'un malheur ou d'un avantage individuel1 mais de l'existence et de la constitution spciale de l'humanit future3 la volont individuelle atteint1 dans ce cas1 sa plus haute puissance1 se transforme en volont de l'espce4--,c'est sur ce grand intrt que repose le pathtique et le sublime de l'amour1 ses transports1 ses douleurs infinies que les potes depuis des milliers de sicles ne se lassent point de reprsenter dans des exemples sans nombre4 ,quel autre sujet l'emporterait en intrt sur celui qui touche au bien ou au mal de l'espce8 car l'individu est l'espce ce que la surface des corps est aux corps eux-mmes4 ,c'est ce qui fait qu'il est si difficile de donner de l'intrt un drame sans y mler une intrigue d'amour2 et pourtant1 malgr l'usage journalier qu'on en fait1 le sujet n'est jamais puis4 ,quand l'instinct des sexes se manifeste dans la conscience individuelle d'une manire vague et gnrale1 et sans dtermination prcise1 c'est la volont de vivre absolue1 en dehors de tout phnomne1 qui se fait jour4 ,lorsque dans un tre conscient l'instinct de l'amour se spcialise sur un individu dtermin1 ce n'est au fond que cette mme volont qui aspire vivre dans un tre nouveau et distinct1 exactement dtermin4 ,et dans ce cas l'instinct de l'amour tout subjectif fait illusion la conscience1 et sait trs bien se couvrir du masque d'une admiration objective4 ,car la nature a besoin de ce stratagme pour atteindre ses buts4 ,si dsintresse et idale que puisse paratre l'admiration pour une personne aime1 le but final est en ralit la cration d'un tre nouveau dtermin dans sa nature3 ce qui le prouve1 c'est que l'amour ne se contente pas d'un sentiment rciproque1 mais qu'il exige la possession mme1 l'essentiel1 c'est--dire la jouissance physique4 ,la certitude d'tre aim ne saurait consoler de la privation de celle qu'on aime2 et dans un cas pareil plus d'un amant s'est brl la cervelle4 ,il arrive au contraire que1 ne pouvant tre pays de retour1 des gens trs pris se contentent de la possession c'est--dire de la jouissance physique4 ,c'est le cas de tous les mariages forcs1 des amours vnales ou de celles obtenues par violence4 ,qu'un certain enfant soit engendr1 c'est l le but unique1 vritable1 de tout roman d'amour1 bien que les amoureux ne s'en doutent gure3 l'intrigue qui conduit au dnoment est chose accessoire4--,les mes nobles1 sentimentales1 tendrement prises1 auront beau protester ici contre l'pre ralisme de ma doctrine2 leurs protestations n'ont pas de raison d'tre4 ,la constitution et le caractre prcis et dtermin de la gnration future1 n'est-ce pas l un but infiniment plus lev1 infiniment plus noble que leurs sentiments impossibles et leurs chimres idales8 ,eh quoi6 parmi toutes les fins que se propose la vie humaine1 peut-il y en avoir une plus considrable8 ,celle-l seule explique les profondes ardeurs de l'amour#cc1 la gravit du rle qu'il joue1 l'importance qu'il communique aux plus lgers incidents4 ,il ne faut pas perdre de vue ce but rel1 si l'on veut s'expliquer tant de manuvres1 de dtours1 d'efforts1 et ces tourments infinis pour obtenir l'tre aim1 lorsque1 au premier abord1 ils semblent si disproportionns4 ,car c'est la gnration venir dans sa dtermination absolument individuelle1 qui se pousse vers l'existence travers ces peines et ces efforts4 #cc ,ces dlires sacrs1 ces dsirs sans mesure ,dchans dans vos flancs comme d'ardents essaims1 ,ces transports1 c'est dj l'humanit future ,qui s'agite en vos seins4 ,mme ,,ackermann4 7,l'amour et la mort47 ,oui c'est elle-mme qui dj s'agite dans le choix circonspect1 dtermin1 opinitre1 cherchant satisfaire cet instinct qui s'appelle l'amour2 c'est dj la volont de vivre de l'individu nouveau1 que les amants peuvent et dsirent engendrer2 que dis-je8 dj dans l'entrecroisement de leurs regards chargs de dsirs s'allume une vie nouvelle1 un tre futur s'annonce1 cration complte1 harmonieuse4 ,ils aspirent une union vritable1 la fusion en un seul tre2 cet tre qu'ils vont engendrer sera comme le prolongement de leur existence1 il en sera la plnitude2 en lui les qualits hrditaires des parents1 fusionnes et runies1 continuent vivre4 ,au contraire1 une antipathie rciproque et obstine entre un homme et une jeune fille est le signe qu'ils ne pouvaient engendrer qu'un tre mal constitu1 sans harmonie et malheureux4 ,aussi1 est-ce avec un sens profond que ,calderon reprsente la cruelle ,smiramis1 qu'il nomme une fille de l'air1 comme le fruit d'un viol1 qui fut suivi du meurtre de l'poux4 ,cette souveraine force qui attire exclusivement l'un vers l'autre deux individus de sexe diffrent1 c'est la volont de vivre manifeste dans toute l'espce2 elle cherche se raliser selon ses fins dans l'enfant qui doit natre d'eux2 il tiendra du pre la volont ou le caractre2 de la mre1 l'intelligence1 de tous les deux sa constitution physique2 pourtant les traits reproduiront plutt ceux du pre1 la taille rappellera plutt celle de la mre444 ,s'il est difficile d'expliquer le caractre tout fait spcial et exclusivement individuel de chaque homme1 il n'est pas moins difficile de comprendre le sentiment galement particulier et exclusif qui entrane deux personnes l'une vers l'autre2 au fond1 ces deux choses n'en font qu'une4 ,la passion est implicitement1 ce que l'individualit est explicitement4 ,le premier pas vers l'existence1 le vritable punctum saliens de la vie1 c'est en ralit l'instant o nos parents commencent s'aimer--to fancy each other1 selon une admirable expression anglaise1 et comme nous l'avons dit c'est de la rencontre et de l'attachement de leurs ardents regards que nat le premier germe de l'tre nouveau1 germe fragile1 prompt disparatre comme tous les germes4 ,cet individu nouveau est en quelque sorte une nouvelle ide platonicienne3 et comme toutes les ides font un effort violent pour arriver se manifester dans le monde des phnomnes1 avides de saisir la matire favorable que la loi de causalit leur livre en partage1 de mme cette ide particulire d'une individualit humaine tend avec une violence1 une ardeur extrmes se raliser dans un phnomne4 ,cette nergie1 cette imptuosit1 c'est justement la passion que les deux parents futurs prouvent l'un pour l'autre4 ,elle a des degrs infinis dont les deux extrmes pourraient tre dsigns sous le nom de l'amour vulgaire1 1 et de l'amour divin1 3--mais quant l'essence de l'amour1 elle est partout et toujours la mme4 ,dans ses divers degrs elle est d'autant plus puissante qu'elle est plus individualise1 en d'autres termes elle est d'autant plus forte que la personne aime1 par toutes ses qualits et ses manires d'tre1 est plus capable1 l'exclusion de toute autre personne1 de rpondre au vu particulier et au besoin dtermin qu'elle a fait natre chez celui qui l'aime4 ,l'amour par essence et du premier mouvement est entran vers la sant1 la force et la beaut1 vers la jeunesse qui en est l'expression1 parce que la volont dsire1 avant tout1 crer des tres capables de vivre avec le caractre intgral de l'espce humaine2 l'amour vulgaire 7 7 ne va gure plus loin4 ,puis viennent d'autres exigences plus spciales1 et qui grandissent et fortifient la passion4 ,il n'y a d'amour puissant que dans la conformit parfaite de deux tres444 ,et comme il n'y a pas deux individus absolument semblables1 chaque homme doit trouver chez une certaine femme les qualits qui correspondent le mieux ses qualits propres1 toujours au point de vue des enfants natre4 ,plus cette rencontre est rare1 plus rare aussi l'amour vraiment passionn4 ,c'est prcisment parce que chacun de nous porte en puissance ce grand amour que nous comprenons la peinture que nous en fait le gnie des potes4--,justement parce que cette passion de l'amour vise exclusivement l'tre futur et les qualits qu'il doit avoir1 il peut arriver qu'entre un jeune homme et une jeune fille1 d'ailleurs agrables et bien faits1 une sympathie de sentiment1 de caractre et d'esprit fasse natre une amiti trangre l'amour2 il se peut mme que1 sur ce dernier point1 il y ait entre eux une certaine antipathie4 ,la raison en est que l'enfant qui natrait d'eux manquerait de l'harmonie intellectuelle ou physique1 qu'en un mot son existence et sa constitution ne correspondraient pas aux plans que se propose la volont de vivre dans l'intrt de l'espce4 ,il peut arriver1 au contraire1 qu'en dpit de la dissemblance des sentiments1 du caractre et de l'esprit1 en dpit de la rpugnance et de l'aversion mme qui en rsultent1 l'amour naisse pourtant et subsiste1 parce qu'il rend aveugle sur ces incompatibilits4 ,s'il en rsulte un mariage1 ce mariage sera ncessairement trs malheureux4 ,allons maintenant au fond des choses4--,l'gosme en chaque homme a des racines si profondes1 que les motifs gostes sont les seuls sur lesquels on puisse compter avec assurance pour exciter l'activit d'un tre individuel4 ,l'espce1 il est vrai1 a sur l'individu un droit antrieur1 plus immdiat et plus considrable que l'individualit phmre4 ,pourtant1 quand il faut que l'individu agisse et se sacrifie pour le maintien et le dveloppement de l'espce1 son intelligence1 toute dirige vers les aspirations individuelles1 a peine comprendre la ncessit de ce sacrifice et s'y soumettre aussitt4 ,pour atteindre son but1 il faut donc que la nature abuse l'individu par quelque illusion1 en vertu de laquelle il voie son propre bonheur dans ce qui n'est1 en ralit1 que le bien de l'espce2 l'individu devient ainsi l'esclave inconscient de la nature1 au moment o il croit n'obir qu' ses seuls dsirs4 ,une pure chimre aussitt vanouie flotte devant ses yeux et le fait agir4 ,cette illusion n'est autre que l'instinct4 ,c'est lui qui1 dans la plupart des cas1 reprsente le sens de l'espce1 les intrts de l'espce devant la volont4 ,mais ici comme la volont est devenue individuelle1 elle doit tre trompe de telle sorte qu'elle peroive par le sens de l'individu les desseins que le sens de l'espce a sur elle3 ainsi1 elle croit travailler au profit de l'individu1 tandis qu'en ralit elle ne travaille que pour l'espce1 dans son sens le plus spcial4 ,c'est chez l'animal que l'instinct joue le plus grand rle et que sa manifestation extrieure peut tre le mieux observe2 mais quant aux voies secrtes de l'instinct1 comme pour tout ce qui est intrieur1 nous ne pouvons apprendre les connatre qu'en nous-mmes4 ,on s'imagine1 il est vrai1 que l'instinct a peu d'empire sur l'homme1 ou du moins qu'il ne se manifeste gure que chez le nouveau-n cherchant saisir le sein de sa mre4 ,mais en ralit1 il y a un instinct trs dtermin1 trs manifeste et surtout trs compliqu1 qui nous guide dans le choix si fin1 si srieux1 si particulier de la personne que l'on aime et dont on dsire la possession4 ,s'il n'y avait de cach sous le plaisir des sens que la satisfaction d'un imprieux besoin1 la beaut ou la laideur de l'autre individu serait indiffrente4 ,la recherche passionne de la beaut1 le prix qu'on y attache1 le choix qu'on y apporte1 ne concernent donc pas l'intrt personnel de celui qui choisit1 bien qu'il se l'imagine1 mais videmment l'intrt de l'tre futur dans lequel il importe de maintenir le plus possible intgral et pur le type de l'espce4 ,en effet1 mille accidents physiques et mille disgrces morales peuvent amener une dviation de la figure humaine3 pourtant le vrai type humain1 dans toutes ses parties1 est toujours rtabli nouveau1 grce ce sens de la beaut qui domine toujours et dirige l'instinct des sexes1 sans quoi l'amour ne serait plus qu'un besoin rvoltant4 ,ainsi donc il n'est point d'homme qui tout d'abord ne dsire ardemment et ne prfre les plus belles cratures1 parce qu'elles ralisent le type le plus pur de l'espce2 puis il recherchera surtout les qualits qui lui manquent1 ou parfois les imperfections opposes celles qu'il a lui-mme et les trouvera belles3 de l vient1 par exemple1 que les grandes femmes plaisent aux petits hommes1 et que les blonds aiment les brunes1 etc4--,l'enthousiasme vertigineux qui s'empare de l'homme la vue d'une femme dont la beaut rpond son idal1 et fait luire ses yeux le mirage du bonheur suprme s'il s'unit avec elle1 n'est autre chose que le sens de l'espce qui reconnat son empreinte claire et brillante et qui par elle aimerait se perptuer444 ,ces considrations jettent une vive lumire sur la nature intime de tout instinct2 comme on le voit ici1 son rle consiste presque toujours faire mouvoir l'individu pour le bien de l'espce4 ,car1 videmment1 la sollicitude d'un insecte pour trouver une certaine fleur1 un certain fruit1 un excrment ou un morceau de chair1 ou bien comme l'ichneumon la larve d'un autre insecte pour dposer ses ufs l et pas ailleurs1 et son indiffrence de la peine ou du danger quand il s'agit d'y parvenir1 sont fort analogues la prfrence exclusive de l'homme pour une certaine femme1 celle dont la nature individuelle rpond la sienne3 il la recherche avec un zle si passionn que1 plutt que de manquer son but1 au mpris de toute raison1 il sacrifie souvent le bonheur de sa vie2 il ne recule ni devant un mariage insens1 ni devant des liaisons ruineuses1 ni devant le dshonneur1 ni devant des actes criminels1 adultre ou viol1 et cela uniquement pour servir les buts de l'espce sous la loi souveraine de la nature aux dpens mme de l'individu4 ,partout en effet l'instinct semble dirig par une intention individuelle1 tandis qu'il y est tout fait tranger4 ,toutes les fois que l'individu livr lui-mme serait incapable de comprendre les vues de la nature1 ou port lui rsister1 elle fait surgir l'instinct3 voil pourquoi l'instinct a t donn aux animaux et surtout aux animaux infrieurs les plus dnus d'intelligence2 mais l'homme n'y est gure soumis que dans le cas spcial qui nous occupe4 ,ce n'est pas que l'homme ft incapable de comprendre le but de la nature1 mais il ne l'aurait peut-tre pas poursuivi avec tout le zle ncessaire aux dpens mme de son bonheur particulier4 ,ainsi dans cet instinct1 comme dans tous les autres1 la vrit se revt d'illusion pour agir sur la volont4 ,c'est une illusion de volupt qui fait miroiter devant les yeux de l'homme l'image dcevante d'une flicit souveraine dans les bras de la beaut que n'gale ses yeux nulle autre crature humaine2 illusion encore1 quand il s'imagine que la possession d'un seul tre au monde lui assure un bonheur sans mesure et sans limites4 ,il se figure sacrifier sa seule jouissance sa peine et ses efforts1 tandis qu'en ralit il ne travaille qu'au maintien du type intgral de l'espce1 la cration d'un certain individu tout fait dtermin qui a besoin de cette union pour se raliser et arriver l'existence4 ,c'est tellement l le caractre de l'instinct d'agir en vue d'une fin dont pourtant il n'a pas l'ide1 que l'homme1 pouss par l'illusion qui le possde1 a quelquefois horreur du but auquel il est conduit1 qui est la procration des tres2 il voudrait mme s'y opposer2 c'est le cas de presque toutes les amours en dehors du mariage4 ,une fois sa passion satisfaite1 tout amant prouve une trange dception2 il s'tonne de ce que l'objet de tant de dsirs passionns ne lui procure qu'un plaisir phmre1 suivi d'un rapide dsenchantement4 ,ce dsir est en effet aux autres dsirs qui agitent le cur de l'homme1 ce que l'espce est l'individu1 ce que l'infini est au fini4 ,l'espce seule au contraire profite de la satisfaction de ce dsir1 mais l'individu n'en a pas conscience2 tous les sacrifices qu'il s'est imposs1 pouss par le gnie de l'espce1 ont servi un but qui n'est pas le sien4 ,aussi tout amant1 le grand uvre de la nature une fois accompli1 se trouve mystifi2 car l'illusion qui le rendait dupe de l'espce s'est vanouie4 ,platon dit trs bien3 4 ,voluptas omnium maxime vaniloqua4 ,ces considrations jettent des clarts nouvelles sur les instincts et le sens esthtique des animaux4 ,eux aussi ils sont esclaves de cette sorte d'illusion qui fait briller leurs yeux le mirage trompeur de leur propre jouissance1 tandis qu'ils travaillent si assidment et avec un dsintressement si absolu pour l'espce2 ainsi l'oiseau btit son nid1 ainsi l'insecte cherche l'endroit propice pour y dposer ses ufs1 ou bien se livre la chasse d'une proie dont il ne jouira pas lui-mme1 qui doit servir de nourriture pour les larves futures et qu'il placera ct des ufs2 ainsi l'abeille1 la gupe1 la fourmi travaillent leurs constructions futures et prennent leurs dispositions si compliques4 ,ce qui dirige toutes ces btes1 c'est videmment une illusion qui met au service de l'espce le masque d'un intrt goste4 ,telle est la seule explication vraisemblable du phnomne interne et subjectif qui dirige les manifestations de l'instinct4 ,mais voir les choses par le dehors1 nous remarquons chez les animaux les plus esclaves de l'instinct1 surtout chez les insectes1 une prdominance du systme ganglionnaire1 c'est--dire du systme nerveux subjectif sur le systme crbral ou objectif2 d'o il faut conclure que les btes sont pousses non pas tant par une intelligence objective et exacte que par des reprsentations subjectives excitant des dsirs qui naissent de l'action du systme ganglionnaire sur le cerveau1 ce qui prouve bien qu'elles sont sous l'empire d'une sorte d'illusion3 et telle sera la marche physiologique de tout instinct4--,comme claircissement1 je mentionne encore un autre exemple moins caractristique il est vrai de l'instinct dans l'homme1 c'est l'apptit capricieux des femmes enceintes3 il semble natre de ce que la nourriture de l'embryon exige parfois une modification particulire ou dtermine du sang qui afflue vers lui3 alors la nourriture la plus favorable se prsente aussitt l'esprit de la femme enceinte comme l'objet d'un vif dsir2 l encore il y a illusion4 ,la femme aurait donc un instinct de plus que l'homme3 le systme ganglionnaire est aussi beaucoup plus dvelopp chez la femme4--,la prdominance excessive du cerveau explique comment l'homme a moins d'instinct que les btes1 et comment ses instincts peuvent quelquefois s'garer4 ,ainsi1 par exemple1 le sens de la beaut qui dirige le choix dans la recherche de l'amour1 s'gare lorsqu'il dgnre en vice contre nature2 de mme une certaine mouche 7musca vomitoria7 au lieu de mettre ses ufs1 conformment son instinct1 dans une chair en dcomposition1 les dpose dans la fleur de l'arum dracunculus gare par l'odeur cadavrique de cette plante4 ,l'amour a donc toujours pour fondement un instinct dirig vers la reproduction de l'espce3 cette vrit nous paratra claire jusqu' l'vidence1 si nous examinons la question en dtail1 comme nous allons le faire4 ,tout d'abord il faut considrer que l'homme est par nature port l'inconstance dans l'amour1 la femme la fidlit#cd4 ,l'amour de l'homme baisse d'une faon sensible1 partir de l'instant o il a obtenu satisfaction3 il semble que toute autre femme ait plus d'attrait que celle qu'il possde2 il aspire au changement4 ,l'amour de la femme au contraire grandit partir de cet instant4 ,c'est l une consquence du but de la nature qui est dirig vers le maintien et par suite vers l'accroissement le plus considrable possible de l'espce4 ,l'homme en effet peut aisment engendrer plus de cent enfants en une anne1 s'il a autant de femmes sa disposition2 la femme au contraire et-elle autant de maris1 ne pourrait mettre au monde qu'un enfant par anne1 en exceptant les jumeaux4 ,aussi l'homme est-il toujours en qute d'autres femmes2 tandis que la femme reste fidlement attache un seul homme3 car la nature la pousse instinctivement et sans rflexion conserver prs d'elle celui qui doit nourrir et protger la petite famille future4 ,de l rsulte que la fidlit dans le mariage est artificielle pour l'homme et naturelle la femme1 et par consquent l'adultre de la femme cause de ses consquences1 et parce qu'il est contraire la nature1 est beaucoup plus impardonnable que celui de l'homme4 #cd ,schopenhauer1 dans son ,trait sur les femmes1 les accuse1 au contraire1 de fausset1 d'infidlit1 de trahison1 d'ingratitude4 ,je veux aller au fond des choses et achever de vous convaincre en vous prouvant que le got pour les femmes1 si objectif qu'il puisse paratre1 n'est pourtant qu'un instinct masqu1 c'est--dire le sens de l'espce qui s'efforce d'en maintenir le type4 ,nous devons rechercher de plus prs et examiner plus spcialement les considrations qui nous dirigent dans la poursuite de ce plaisir1 quelque figure singulire que fassent dans un ouvrage philosophique les dtails que nous allons indiquer ici4 ,ces considrations se divisent comme il suit3 il y a d'abord celles qui concernent directement le type de l'espce1 c'est--dire la beaut1 il y a celles qui visent les qualits psychiques1 et enfin les considrations purement relatives1 la ncessit de corriger et de neutraliser les unes par les autres les dispositions particulires et anormales des deux individus4 ,examinons sparment chacune de ces divisions4 ,la premire considration qui dirige notre inclination et notre choix1 c'est celle de l'ge4 ,en gnral la femme que nous choisissons se trouve dans les annes comprises entre la fin et le commencement des menstrues2 nous donnons pourtant une prfrence dcisive la priode qui va de la #ah;e la #bh;e anne4 ,nulle femme en dehors des conditions prcdentes ne nous attire4 ,une femme ge1 c'est--dire une femme incapable d'avoir des enfants ne nous inspire qu'un sentiment d'aversion4 ,la jeunesse sans beaut a toujours de l'attrait3 la beaut sans jeunesse n'en a plus4--videmment l'intention inconsciente qui nous dirige n'est autre que la possibilit gnrale d'avoir des enfants3 en consquence tout individu perd en attrait pour l'autre sexe1 selon qu'il se trouve plus ou moins loign de la priode propre la gnration ou la conception4--,la seconde considration est la sant3 les maladies aigus ne troublent nos inclinations que d'une manire passagre1 les maladies chroniques1 les cachexies1 au contraire1 effraient ou loignent1 parce qu'elles se transmettent l'enfant4--,la troisime considration1 c'est le squelette parce qu'il est le fondement du type de l'espce4 ,aprs l'ge et la maladie1 rien ne nous loigne tant qu'une conformation dfectueuse3 mme le plus beau visage ne saurait ddommager d'une taille dvie2 il y a plus1 un laid visage sur un corps droit sera toujours prfr4 ,c'est toujours un dfaut du squelette qui vous frappe le plus1 par exemple une taille trapue et aplatie1 des jambes trop courtes1 ou bien encore une dmarche boiteuse quand elle n'est pas la consquence d'un accident extrieur4 ,au contraire un corps remarquablement beau compense bien des dfauts1 il nous enchante4 ,l'importance extrme que nous attribuons tous aux petits pieds se rattache aussi ces considrations2 ils sont en effet un caractre essentiel de l'espce1 aucun animal n'ayant le tarse et le mtatarse runis aussi petits que l'homme1 ce qui tient sa dmarche verticale2 il est un plantigrade4 ,jsus ,sirach dit ce propos 7#bf1 #bc1 d'aprs la traduction corrige de ,kraus17 une femme bien faite et qui a de beaux pieds est comme des colonnes d'or sur des bases d'argent4 ,l'importance des dents n'est pas moindre parce qu'elles servent la nutrition et qu'elles sont tout spcialement hrditaires4--,la quatrime considration est une certaine plnitude des chairs1 c'est--dire la prdominance de la facult vgtative1 de la plasticit2 parce que celle-ci promet au ftus une nourriture riche3 c'est pour cela qu'une grande femme maigre repousse d'une manire surprenante4 ,des seins bien arrondis et bien conforms exercent une remarquable fascination sur les hommes2 parce que se trouvant en rapport direct avec les fonctions de gnration de la femme1 ils promettent au nouveau-n une riche nourriture4 ,au contraire des femmes grasses au del de toute mesure excitent notre rpugnance2 car cet tat morbide est un signe d'atrophie de l'utrus1 et par consquent une marque de strilit2 ce n'est pas l'intelligence qui sait cela1 c'est l'instinct4--,la beaut du visage n'est prise en considration qu'en dernier lieu4 ,ici aussi c'est la partie osseuse qui frappe avant tout3 l'on recherche surtout un nez bien fait1 tandis qu'un nez court1 retrouss1 gte tout4 ,une lgre inclinaison du nez1 en haut ou en bas1 a dcid du sort d'une infinit de jeunes filles1 et avec raison3 car il s'agit de maintenir le type de l'espce4 ,une petite bouche1 forme de petits os maxillaires1 est trs essentielle1 comme caractre spcifique de la figure humaine1 en opposition la gueule des btes4 ,un menton fuyant et pour ainsi dire amput1 est particulirement repoussant2 parce qu'un menton prominent mentum prominulum est un trait de caractre de notre espce4 ,l'on considre en dernier lieu les beaux yeux et le front1 qui se rattachent aux qualits psychiques2 surtout aux qualits intellectuelles1 lesquelles font partie de l'hritage de la mre4 ,nous ne pouvons naturellement numrer aussi exactement les considrations inconscientes auxquelles s'attache l'inclination des femmes4 ,voici ce que l'on peut affirmer d'une manire gnrale4 ,c'est l'ge de #cj et #ce ans qu'elles prfrent tout autre ge1 mme celui des jeunes gens1 qui pourtant reprsentent la fleur de la beaut masculine4 ,la cause en est qu'elles sont diriges non par le got1 mais par l'instinct qui reconnat dans ces annes l'apoge de la force gnratrice4 ,en gnral1 elles considrent fort peu la beaut1 surtout celle du visage3 comme si elles seules se chargeaient de la transmettre l'enfant4 ,c'est surtout la force et le courage de l'homme qui gagnent leur cur3 car ces qualits promettent une gnration de robustes enfants1 et semblent leur assurer dans l'avenir un protecteur courageux4 ,tout dfaut corporel de l'homme1 toute dviation du type1 la femme peut les supprimer pour l'enfant dans la gnration1 si les parties correspondantes de sa constitution1 dfectueuses chez l'homme1 sont chez elle irrprochables1 ou encore exagres en sens inverse4 ,il faut excepter seulement les qualits de l'homme particulires son sexe1 et que la mre par consquent ne peut donner l'enfant2 par exemple1 la structure masculine du squelette1 de larges paules1 des hanches troites1 des jambes droites1 la force des muscles1 du courage1 de la barbe1 etc4 ,de l vient que les femmes aiment souvent de vilains hommes1 mais jamais des hommes effmins parce qu'elles ne peuvent neutraliser un pareil dfaut4 ,le second ordre de considrations qui importent dans l'amour1 concerne les qualits psychiques4 ,nous trouverons ici que ce sont les qualits du cur ou du caractre dans l'homme qui attirent la femme1 car ces qualits-l l'enfant les reoit de son pre4 ,c'est avant tout une volont ferme1 la dcision et le courage1 peut-tre aussi la droiture et la bont du cur1 qui gagnent la femme4 ,au contraire1 les qualits intellectuelles n'exercent sur elle aucune action directe et instinctive1 justement parce que le pre ne les transmet pas ses enfants4 ,la btise ne nuit pas prs des femmes3 une force d'esprit suprieure1 ou mme le gnie par sa disproportion ont souvent un effet dfavorable4 ,aussi voit-on souvent un homme laid1 bte et grossier supplanter prs des femmes un homme bien fait1 spirituel1 aimable4 ,on voit aussi des mariages d'inclination entre des tres aussi dissemblables qu'il est possible au point de vue de l'esprit3 lui par exemple brutal1 robuste et born1 elle1 douce1 impressionnable1 pensant finement1 instruite1 pleine de got1 etc42 ou encore lui1 trs savant1 plein de gnie1 elle1 une oie3 ,sic visum ,veneri2 cui placet impares ,formas atque animos sub juga anea ,saevo mittere cum joco4 ,la raison en est que les considrations qui prdominent ici n'ont rien d'intellectuel et se rapportent l'instinct4 ,dans le mariage ce qu'on a en vue ce n'est pas un entretien plein d'esprit1 c'est la cration des enfants3 le mariage est un lien des curs et non des ttes4 ,lorsqu'une femme affirme qu'elle est prise de l'esprit d'un homme1 c'est une prtention vaine et ridicule ou bien c'est l'exaltation d'un tre dgnr4--,les hommes au contraire1 dans l'amour instinctif1 ne sont pas dtermins par les qualits du caractre de la femme2 c'est pour cela que tant de ,socrates ont trouv leurs ,xantippes1 par exemple ,shakespeare1 ,albert ,drer1 ,byron1 etc4 ,mais les qualits intellectuelles ont ici une grande influence1 parce qu'elles sont transmises par la mre3 nanmoins leur influence est aisment surpasse par celle de la beaut corporelle qui agit plus directement sur des points plus essentiels4 ,il arrive cependant que des mres1 instruites par leur exprience de cette influence intellectuelle1 font apprendre leur fille les beaux-arts1 les langues1 etc4 pour les rendre attrayantes leurs futurs maris2 elles cherchent ainsi aider l'intelligence par des moyens artificiels1 de mme que le cas chant1 elles cherchent dvelopper les hanches et la poitrine4--,remarquons bien qu'il n'est ici question que de l'attrait instinctif et tout immdiat1 qui seul donne naissance la vraie passion de l'amour4 ,qu'une femme intelligente et instruite apprcie l'intelligence et l'esprit chez un homme1 qu'un homme raisonnable et rflchi prouve le caractre de sa fiance et en tienne compte1 cela ne fait rien l'affaire dont il est ici question3 ainsi procde la raison dans le mariage quand c'est elle qui choisit1 mais non l'amour passionn qui seul nous occupe4 ,jusqu' prsent1 je n'ai tenu compte que des considrations absolues1 c'est--dire de celles qui sont d'un effet gnral2 je passe maintenant aux considrations relatives1 qui sont individuelles1 parce que l le but est de rectifier le type de l'espce1 dj altr1 de corriger les carts du type que la personne mme qui choisit porte dj en elle1 et de revenir ainsi une pure reprsentation de ce type4 ,chacun aime prcisment ce qui lui manque4 ,le choix individuel qui repose sur ces considrations toutes relatives est bien plus dtermin1 plus dcid et plus exclusif que le choix qui n'a gard qu'aux considrations absolues2 c'est de ces considrations relatives que nat d'ordinaire l'amour passionn1 tandis que les amours communes et passagres ne sont guides que par des considrations absolues4 ,ce n'est pas toujours la beaut rgulire et accomplie qui enflamme les grandes passions4 ,pour une inclination vraiment passionne il faut une condition que nous ne pouvons exprimer que par une mtaphore emprunte la chimie4 ,les deux personnes doivent se neutraliser l'une l'autre1 comme un acide et un alcali forment un sel neutre4 ,toute constitution sexuelle est une constitution incomplte1 l'imperfection varie avec les individus4 ,dans l'un et l'autre sexe chaque tre n'est qu'une partie du tout incomplte et imparfaite4 ,mais cette partie peut tre plus ou moins considrable1 selon les natures4 ,aussi chaque individu trouve-t-il son complment naturel dans un certain individu de l'autre sexe qui reprsente en quelque sorte la fraction indispensable au type complet1 qui l'achve et neutralise ses dfauts1 et produit un type accompli de l'humanit dans le nouvel individu qui doit natre2 car c'est toujours la constitution de cet tre futur que tout aboutit sans cesse4 ,les physiologistes savent que la sexualit chez l'homme et chez la femme a des degrs innombrables3 la virilit peut descendre jusqu' l'affreux gynandre et l'hypospadias2 de mme qu'il y a parmi les femmes de gracieux androgynes2 les deux sexes peuvent atteindre l'hermaphrodisme complet1 et ces individus qui tiennent le juste milieu entre les deux sexes et ne font partie d'aucun sont incapables de se reproduire4--,pour la neutralisation de deux individualits l'une par l'autre1 il est ncessaire que le degr dtermin de sexualit chez un certain homme corresponde exactement au degr de sexualit chez une certaine femme2 afin que ces deux dispositions partielles se compensent justement l'une l'autre4 ,c'est ainsi que l'homme le plus viril cherchera la femme la plus femme1 et vice versa4 ,les amants mesurent d'instinct cette part proportionnelle ncessaire chacun d'eux1 et ce calcul inconscient se trouve avec les autres considrations au fond de toute grande passion4 ,aussi quand les amoureux parlent sur un ton pathtique de l'harmonie de leurs mes1 il faut entendre le plus souvent l'harmonie des qualits physiques propres chaque sexe1 et de nature donner naissance un tre accompli1 harmonie qui importe bien plus que le concert de leurs mes1 lequel souvent aprs la crmonie se rsout en un criant dsaccord4 ,a cela se joignent les considrations relatives plus loignes qui reposent sur ce fait que chacun s'efforce de neutraliser par l'autre personne ses faiblesses1 ses imperfections1 et tous les carts du type normal1 de crainte qu'ils ne se perptuent dans l'enfant futur1 ou ne s'exagrent et ne deviennent des difformits4 ,plus un homme est faible au point de vue de la force musculaire1 plus il cherchera des femmes fortes3 et la femme agira de mme4 ,mais comme c'est une loi de la nature que la femme ait une force musculaire plus faible1 il est galement dans la nature que les femmes prfrent les hommes robustes4--,la stature est aussi une considration importante4 ,les petits hommes ont un penchant dcid pour les grandes femmes et rciproquement444 ,l'aversion d'une femme grande pour des hommes grands est au fond des vues de la nature1 afin d'viter une race gigantesque1 quand la force transmise par la mre serait trop faible pour assurer une longue dure cette race exceptionnelle4 ,si une grande femme choisit un grand mari1 entre autres motifs pour faire meilleure figure dans le monde1 ce sont leurs descendants qui expieront cette folie444 ,jusque dans les diverses parties du corps chacun cherche un correctif ses dfauts1 ses dviations1 avec d'autant plus de soin que la partie est plus importante4 ,ainsi les gens au nez pat contemplent avec un plaisir inexprimable un nez aquilin1 un profil de perroquet2 et ainsi du reste4 ,les hommes aux formes grles et tires1 au long squelette1 admirent une petite personne tasse et courte l'excs4--,il en est de mme du temprament2 chacun prfre celui qui est l'oppos du sien1 et sa prfrence est toujours proportionne l'nergie de son propre temprament4--,ce n'est pas qu'une personne parfaite en quelque point aime les imperfections contraires2 mais elle les supporte plus aisment que d'autres ne les supporteraient1 parce que les enfants trouvent dans ces qualits une garantie contre une imperfection plus grande4 ,par exemple1 une personne trs blanche n'prouvera point de rpugnance pour un teint olivtre2 mais aux yeux d'une personne au teint bistr un teint d'une blancheur clatante semble divinement beau4--,il est des cas exceptionnels o un homme peut s'prendre d'une femme dcidment laide3 conformment notre loi de concordance des sexes1 lorsque l'ensemble des dfauts et irrgularits physiques de la femme sont justement l'oppos et par consquent le correctif de ceux de l'homme4 ,alors la passion atteint gnralement un degr extraordinaire444 ,l'individu obit en tout ceci1 sans qu'il s'en doute1 un ordre suprieur1 celui de l'espce3 de l l'importance qu'il attache certaines choses1 qui1 en tant qu'individu1 pourraient et devraient lui tre indiffrentes4--,rien n'est singulier comme le srieux profond1 inconscient1 avec lequel deux jeunes gens de sexe diffrent qui se voient pour la premire fois s'observent l'un l'autre2 le regard inquisiteur et pntrant qu'ils jettent l'un sur l'autre2 l'inspection minutieuse que tous les traits et toutes les parties de leurs personnes respectives ont subir4 ,cette recherche1 cet examen1 c'est la mditation du gnie de l'espce sur l'enfant qu'ils pourraient crer1 et la combinaison de ses lments constitutifs4 ,le rsultat de cette mditation dterminera le degr de leur inclination et de leurs dsirs rciproques4 ,aprs avoir atteint un certain degr1 ce premier mouvement peut s'arrter subitement1 par la dcouverte de quelque dtail jusqu'alors inaperu4--,ainsi le gnie de l'espce mdite la gnration future2 et le grand uvre de ,cupidon1 qui spcule1 s'ingnie et agit sans cesse1 est d'en prparer la constitution4 ,en face des grands intrts de l'espce toute entire1 prsente et future1 l'avantage des individus phmres compte peu3 le dieu est toujours prt les sacrifier sans piti4 ,car le gnie de l'espce est relativement aux individus comme un immortel est aux mortels1 et ses intrts sont ceux des hommes comme l'infini est au fini4 ,sachant donc qu'il administre des affaires suprieures toutes celles qui ne concernent qu'un bien ou un mal individuel1 il les mne avec une impassibilit suprme1 au milieu du tumulte de la guerre1 dans l'agitation des affaires1 travers les horreurs d'une peste1 il les poursuit mme jusque dans la retraite du clotre4 ,nous avons vu plus haut que l'intensit de l'amour s'accrot mesure qu'il s'individualise4 ,nous l'avons prouv3 la constitution physique de deux individus peut tre telle que1 pour amliorer le type de l'espce1 et lui rendre toute sa puret1 l'un de ces individus doit tre le complment de l'autre4 ,un dsir mutuel et exclusif les attire alors2 et par cela seul qu'il est fix sur un objet unique1 et qu'il reprsente en mme temps une mission spciale de l'espce1 ce dsir prend aussitt un caractre noble et lev4 ,pour la raison oppose1 le pur instinct sexuel est un instinct vulgaire1 parce qu'il n'est pas dirig vers un individu unique1 mais vers tous1 et qu'il ne cherche qu' conserver l'espce par le nombre seulement et sans s'inquiter de la qualit4 ,quand l'amour s'attache un tre unique1 il atteint alors une telle intensit1 un tel degr de passion1 que s'il ne peut tre satisfait1 tous les biens du monde et la vie mme perdent leur prix4 ,c'est une passion d'une violence que rien n'gale1 qui ne recule devant aucun sacrifice1 et qui peut conduire la folie ou au suicide4 ,les causes inconscientes d'une passion si excessive doivent diffrer de celles que nous avons dmles plus haut1 et sont moins apparentes4 ,il nous faut admettre qu'il ne s'agit pas seulement ici d'adaptation physique1 mais que1 de plus1 la volont de l'homme et l'intelligence de la femme ont entre elles une concordance spciale qui fait que seuls ils peuvent engendrer un certain tre tout fait dtermin3 c'est l'existence de cet tre que le gnie de l'espce a ici en vue1 pour des raisons caches dans l'essence de la chose en soi1 et qui ne nous sont point accessibles4 ,en d'autres termes3 la volont de vivre dsire ici s'objectiver dans un individu exactement dtermin1 lequel ne peut tre engendr que par ce pre uni cette mre4 ,ce dsir mtaphysique de la volont en soi n'a d'abord d'autre sphre d'action dans la srie des tres1 que les curs des parents futurs3 saisis de cette impulsion1 ils s'imaginent ne dsirer que pour eux-mmes ce qui n'a qu'un but encore purement mtaphysique1 c'est--dire en dehors du cercle des choses vritablement existantes4 ,ainsi donc1 de la source originelle de tous les tres jaillit cette aspiration d'un tre futur1 qui trouve son occasion unique d'arriver la vie1 et cette aspiration se manifeste dans la ralit des choses par la passion leve et exclusive des parents futurs l'un pour l'autre2 au fond1 illusion non pareille qui pousse un amoureux donner tous les biens de la terre pour s'unir cette femme1--et pourtant en vrit elle ne peut rien lui donner de plus qu'une autre4 ,telle est l'unique fin poursuivie1 ce qui le prouve c'est que cette sublime passion1 aussi bien que les autres1 s'teint dans la jouissance1 au grand tonnement des intresss4--,elle s'teint aussi quand la femme se trouvant strile 7ce qui d'aprs ,huseland peut rsulter de #ai vices de constitution accidentels71 le but mtaphysique s'vanouit3 des millions de germes disparaissent ainsi chaque jour1 dans lesquels pourtant aussi le mme principe mtaphysique de la vie aspire vers l'tre4 ,a cela point d'autre consolation1 si ce n'est que la volont de vivre dispose de l'infini dans l'espace1 le temps et la matire1 et qu'une occasion inpuisable de retour lui est ouverte444 ,le dsir d'amour1 1 que les potes de tous les temps s'tudient exprimer sous mille formes sans jamais puiser le sujet1 ni mme l'galer1 ce dsir qui attache la possession d'une certaine femme l'ide d'une flicit infinie1 et une douleur inexprimable la pense qu'on ne pourrait l'obtenir1--ce dsir et cette douleur de l'amour ne peuvent pas avoir pour principe les besoins d'un individu phmre2 ce dsir est le soupir du gnie de l'espce qui1 pour raliser ses intentions1 voit ici une occasion unique saisir ou perdre1 et qui pousse de profonds gmissements4 ,l'espce seule a une vie sans fin et seule elle est capable de satisfactions et de douleurs infinies4 ,mais celles-ci se trouvent emprisonnes dans la poitrine troite d'un mortel3 quoi d'tonnant quand cette poitrine semble vouloir clater et ne peut trouver aucune expression pour peindre le pressentiment de volupt ou de peine infinie qui l'envahit4 ,c'est bien l le sujet de toute posie rotique d'un genre lev1 de ces mtaphores transcendantes qui planent bien au-dessus des choses terrestres4 ,c'est l ce qui inspirait ,ptrarque1 ce qui agitait les ,saint-,preux1 les ,werther et les ,jacopo ,ortis2 sans cela1 ils seraient incomprhensibles et inexplicables4 ,ce prix infini que les amants attachent l'un l'autre ne peut reposer sur de rares qualits intellectuelles1 sur des qualits objectives ou relles2 tout simplement parce que les amants ne se connaissent pas assez exactement l'un l'autre2 c'tait le cas de ,ptrarque4 ,seul l'esprit de l'espce peut voir d'un seul regard quelle valeur les amants ont pour lui1 et comment ils peuvent servir ses buts4 ,aussi les grandes passions naissent-elles en gnral au premier regard4 ,who ever lov'd1 that lov'd not at first sight8 ,shakespeare1 ,as you like it1 ,,iii1 #ece4 #ce ,aima-t-il jamais1 celui qui n'aima pas au premier regard4 444 ,si la perte de la bien-aime1 soit par le fait d'un rival1 soit par la mort1 cause l'amoureux passionn une douleur qui surpasse toutes les autres1 c'est justement1 parce que cette douleur est d'une nature transcendante1 et qu'elle ne l'atteint pas seulement comme individu1 mais qu'elle le frappe dans son essentia terna1 dans la vie de l'espce dont il tait charg de raliser la volont spciale4 ,de l vient que la jalousie est si pleine de tourments et si farouche1 et que le renoncement la bien-aime est le plus grand de tous les sacrifices4--,un hros rougirait de laisser chapper des plaintes vulgaires1 mais non des plaintes d'amour2 parce qu'alors ce n'est pas lui1 c'est l'espce qui se lamente4 ,dans la grande ,znobie de ,calderon1 il y a au second acte une scne entre ,znobie et ,decius o celui-ci dit3 ,cielos1 luego tu me quieres8 ,perdiera cien mil victorias1 ,volvirame1 etc4-- ,ciel6 tu m'aimes donc8 ,pour cela1 je sacrifierais cent mille victoires1 ,je fuirais devant l'ennemi444 ,ici donc l'honneur1 qui jusqu' prsent l'emportait sur tout autre intrt1 a t battu et mis en fuite1 aussitt que l'amour1 c'est--dire l'intrt de l'espce1 entre en scne et cherche emporter l'avantage dcisif444 ,devant cet intrt seul cdent l'honneur1 le devoir et la fidlit1 aprs qu'ils ont rsist toute autre tentation1 mme la menace de la mort4--,nous trouvons de mme dans la vie prive que sur aucun point la probit scrupuleuse n'est plus rare3 les gens les plus honntes d'ailleurs et les plus droits la mettent ici de ct1 et commettent l'adultre au mpris de tout1 quand l'amour passionn1 c'est--dire l'intrt de l'espce1 s'est empar d'eux4 ,il semble mme qu'ils croient avoir conscience d'un privilge suprieur tel que les intrts individuels n'en sauraient jamais accorder de semblable2 justement parce qu'ils agissent dans l'intrt de l'espce4 ,a ce point de vue la pense de ,chamfort est digne de remarque3 ,quand un homme et une femme ont l'un pour l'autre une passion violente1 il me semble toujours que1 quels que soient les obstacles qui les sparent1 un mari1 des parents1 etc41 les deux amants sont l'un l'autre de par la nature1 qu'ils s'appartiennent de droit divin1 malgr les lois et les conventions humaines4 ,si des protestations s'levaient contre cette thorie1 il suffirait de rappeler l'tonnante indulgence avec laquelle le ,sauveur dans l'vangile traite la femme adultre1 quand il prsume la mme faute chez tous les assistants4--,la plus grande partie du ,dcamron semble tre ce mme point de l'espce sur les droits et les intrts des individus qu'il foule aux pieds4--,toutes les diffrences de rang1 tous les obstacles1 toutes les barrires sociales1 le gnie de l'espce les carte et les anantit sans efforts4 ,il dissipe comme une paille lgre toutes les institutions humaines1 n'ayant souci que des gnrations futures4 ,c'est sous l'empire d'un intrt d'amour que tout danger disparat et mme que l'tre le plus pusillanime trouve du courage4 ,et dans la comdie et le roman avec quel plaisir1 avec quelle sympathie1 ne suivons-nous pas les jeunes gens qui dfendent leur amour1 c'est--dire l'intrt de l'espce1 et qui triomphent de l'hostilit des parents uniquement proccups d'intrts individuels4 ,car autant l'espce l'emporte sur l'individu1 autant la passion surpasse en importance1 en lvation et en justice tout ce qui la contrarie4 ,aussi le sujet fondamental de presque toutes les comdies1 c'est l'entre en scne du gnie de l'espce avec ses aspirations et ses projets1 menaant les intrts des autres personnages de la pice et cherchant ensevelir leur bonheur4 ,gnralement il russit et le dnoment1 conforme la justice potique1 satisfait le spectateur1 parce que ce dernier sent que les desseins de l'espce passent bien avant ceux des individus2 aprs le dnoment il s'en va tout consol1 laissant les amoureux leur victoire1 s'associant l'illusion qu'ils ont fond leur propre bonheur1 tandis qu'en ralit1 ils n'ont fait que le donner en sacrifice au bien de l'espce1 malgr la prvoyance et l'opposition de leurs parents4 ,dans certaines comdies singulires1 on a essay de retourner la chose1 et de mener bonne fin le bonheur des individus1 aux dpens des buts de l'espce3 mais dans ce cas1 le spectateur prouve la mme douleur que le gnie de l'espce1 et l'avantage assur des individus ne saurait le consoler4 ,comme exemple1 il me revient l'esprit quelques petites pices trs connues3 la ,reine de seize ans1 le ,mariage de raison4 ,dans les tragdies o il s'agit d'amour1 les amants succombent presque toujours2 ils n'ont pu faire triompher les buts de l'espce dont ils n'taient que l'instrument3 ainsi dans ,romo et ,juliette1 ,tancrde1 don ,carlos1 ,wallenstein1 la fiance de ,messine et tant d'autres4 ,un amoureux tourne au comique aussi bien qu'au tragique3 parce que dans l'un et l'autre cas1 il est aux mains du gnie de l'espce1 qui le domine au point de le ravir lui-mme2 ses actions sont disproportionnes son caractre4 ,de l vient1 dans les degrs suprieurs de la passion1 cette couleur si potique et si sublime dont ses penses se revtent1 cette lvation transcendante et surnaturelle1 qui semble lui faire absolument perdre de vue le but tout physique de son amour4 ,c'est que le gnie de l'espce et ses intrts suprieurs l'animent maintenant4 ,il a reu la mission de fonder une suite indfinie de gnrations doues d'une certaine constitution et formes de certains lments qui ne peuvent se rencontrer que dans un seul pre et une seule mre2 cette union et celle-l seulement peut donner l'existence la gnration dtermine que la volont de vivre exige expressment4 ,le sentiment qu'il agit dans des circonstances d'une importance si transcendante1 transporte l'amant une telle hauteur au-dessus des choses terrestres et mme au-dessus de lui-mme1 et revt ses dsirs matriels d'une apparence tellement immatrielle1 que l'amour est un pisode potique1 mme dans la vie de l'homme le plus prosaque1 ce qui le rend parfois ridicule4--,cette mission que la volont soucieuse des intrts de l'espce impose l'amant se prsente sous le masque d'une flicit infinie et anticipe qu'il espre trouver dans la possession de la femme qu'il aime4 ,aux degrs suprmes de la passion cette chimre est si tincelante que1 si on ne peut l'atteindre1 la vie mme perd tout charme1 et parat dsormais si vide de joies1 si fade et si insipide1 que le dgot qu'on en prouve surmonte mme l'effroi de la mort2 l'infortun abrge parfois volontairement ses jours4 ,dans ce cas1 la volont de l'homme est entre dans le tourbillon de la volont de l'espce1 ou bien cette dernire l'emporte tellement sur la volont individuelle1 que si l'amant ne peut agir en qualit de reprsentant de cette volont de l'espce1 il ddaigne d'agir au nom de la sienne propre4 ,l'individu est un vase trop fragile pour contenir l'aspiration infinie de la volont de l'espce concentre sur un objet dtermin4 ,ds lors il n'y a d'autre issue que le suicide1 parfois le double suicide des deux amants2 moins que la nature1 pour sauver l'existence1 ne laisse arriver la folie qui couvre de son voile la conscience d'un tat dsespr4--,chaque anne plusieurs cas analogues viennent confirmer cette vrit4 ,mais ce n'est pas seulement la passion qui a parfois une issue tragique et contrarie3 l'amour satisfait conduit plus souvent aussi au malheur qu'au bonheur4 ,car les exigences de l'amour1 en conflit avec le bien-tre personnel de l'amant1 sont tellement incompatibles avec les autres circonstances de sa vie et ses plans d'avenir qu'elles minent tout l'difice de ses projets1 de ses esprances et de ses rves4 ,l'amour n'est pas seulement en contradiction avec les relations sociales1 souvent il l'est aussi avec la nature intime de l'individu1 lorsqu'il se fixe sur des personnes qui1 en dehors des rapports sexuels1 seraient haes de leur amant1 mprises1 et mme abhorres4 ,mais la volont de l'espce a tant de puissance sur l'individu1 que l'amant fait taire ses rpugnances et ferme les yeux sur les dfauts de celle qui aime3 il passe lgrement sur tout1 il mconnat tout1 et s'unit pour toujours l'objet de sa passion1 tant il est bloui par cette illusion1 qui s'vanouit ds que la volont de l'espce est satisfaite et qui laisse derrire elle pour toute la vie une compagne dteste4 ,ainsi seulement l'on s'explique que des hommes raisonnables et mme distingus1 s'unissent des harpies et pousent des mgres1 et ne comprennent pas comment ils ont pu faire un tel choix4 ,voil pourquoi les anciens reprsentaient l'amour avec un bandeau4 ,il peut mme arriver qu'un amoureux reconnaisse clairement les vices intolrables de temprament et de caractre chez sa fiance1 qui lui prsagent une vie tourmente1 il se peut qu'il en souffre amrement1 sans qu'il ait le courage de renoncer elle3 ,i ask not1 ,i care not1 ,if guilt's in thy heart2 ,i know that ,i love thee1 ,whatever thou art4 ,si tu es coupable1 peu m'importe1 je ne le demande point1 je sais que je t'aime telle que tu es et cela me suffit4 ,car au fond1 ce n'est pas son propre intrt qu'il poursuit1 bien qu'il se l'imagine1 mais celui d'un troisime individu1 qui doit natre de cet amour4 ,ce dsintressement qui est partout le sceau de la grandeur1 donne ici l'amour passionn cette apparence sublime1 et en fait un digne objet de posie4--,enfin1 il arrive que l'amour se concilie avec la haine la plus violente pour l'tre aim1 aussi ,platon l'a-t-il compar l'amour des loups pour les brebis4 ,ce cas se prsente1 quand un amoureux passionn1 malgr tous les efforts et toutes les prires1 ne peut aucun prix se faire couter4 ,i love and hate her4 ,shakespeare1 ,cymb41 ,,iii1 #e4 ,je l'aime et je la hais4 --,sa haine contre la personne aime l'enflamme alors et va si loin qu'il tue sa matresse puis se donne la mort4 ,il se produit chaque anne des exemples de cette sorte1 on les trouve dans les journaux4 ,que de vrit dans ces vers de ,gthe3 ,par tout amour mpris6 par les lments infernaux6 ,je voudrais connatre une imprcation encore plus atroce6 ,ce n'est vraiment pas une hyperbole quand un amoureux traite de cruaut la froideur de sa bien-aime1 ou le plaisir qu'elle trouve le faire souffrir4 ,il est1 en effet1 sous l'influence d'un penchant qui1 analogue l'instinct des insectes1 l'oblige malgr la raison suivre absolument son but1 et ngliger tout le reste4 ,plus d'un ,ptrarque a d traner son amour tout le long de sa vie1 sans espoir1 comme une chane1 comme un boulet de fer au pied1 et exhaler ses soupirs dans la solitude des forts2 mais il n'y a eu qu'un ,ptrarque dou en mme temps du don de posie2 lui s'applique le beau vers de ,gthe3 ,et quand l'homme dans sa douleur se tait1 ,un dieu m'a donn d'exprimer combien je souffre4 ,le gnie de l'espce est toujours en guerre avec les gnies protecteurs des individus1 il est leur perscuteur et leur ennemi1 toujours prt dtruire sans piti le bonheur personnel1 pour arriver ses fins2 et on a vu le salut de nations entires dpendre parfois de ses caprices2 ,shakespeare nous en donne un exemple dans ,henri ,,vi1 p4 #c1 act4 #c1 sc4 #b et #c4 ,l'espce1 en effet1 en laquelle notre tre prend racine1 a sur nous un droit antrieur et plus immdiat que l'individu1 ses affaires passent avant les ntres4 ,les anciens ont senti cela1 quand ils ont personnifi le gnie de l'espce dans ,cupidon1 dieu hostile1 dieu cruel1 malgr son air enfantin1 dieu justement dcri1 dmon capricieux1 despotique1 et pourtant matre des dieux et des hommes3 ' 1 6 ,tu1 deorum hominumque tyranne1 ,amor6 ,des flches meurtrires1 un bandeau et des ailes sont ses attributs4 ,les ailes marquent l'inconstance1 suite ordinaire de la dception qui accompagne le dsir satisfait4 ,comme en effet la passion reposait sur l'illusion d'une flicit personnelle1 au profit de l'espce1 le tribut une fois pay l'espce1 l'illusion dcevante doit s'vanouir4 ,le gnie de l'espce qui avait pris possession de l'individu1 l'abandonne de nouveau sa libert4 ,dlaiss par lui1 il retombe dans les bornes troites de sa pauvret1 et s'tonne de voir qu'aprs tant d'efforts sublimes1 hroques et infinis1 il ne lui reste rien de plus qu'une vulgaire satisfaction des sens3 contre toute attente1 il ne se trouve pas plus heureux qu'avant4 ,il s'aperoit qu'il a t la dupe de la volont de l'espce4 ,aussi1 rgle gnrale1 ,thse une fois heureux abandonne son ,ariane4 ,la passion de ,ptrarque et-elle t satisfaite1 son chant aurait cess1 comme celui de l'oiseau1 ds que les ufs sont poss dans le nid4 ,remarquons en passant que ma mtaphysique de l'amour dplaira srement aux amoureux qui se sont laiss prendre au pige4 ,s'ils taient accessibles la raison1 la vrit fondamentale que j'ai dcouverte les rendrait plus que toute autre capables de surmonter leur amour4 ,mais il faut bien s'en tenir la sentence du vieux pote comique3 ,qu res in se neque consilium1 neque modum habet ullum1 eam consilio regere non potes4 ,les mnages d'amour sont conclus dans l'intrt de l'espce et non au profit de l'individu4 ,il est vrai1 les individus s'imaginent travailler leur propre bonheur3 mais le but vritable leur est tranger eux-mmes1 puisqu'il n'est autre que la procration d'un tre qui n'est possible que par eux4 ,obissant l'un et l'autre la mme impulsion1 ils doivent naturellement chercher s'accorder ensemble le mieux possible4 ,mais trs souvent1 grce cette illusion instinctive qui est l'essence de l'amour1 le couple ainsi form se trouve sur tout le reste dans le plus criant dsaccord4 ,on le voit bien ds que l'illusion s'est fatalement vanouie4 ,alors il arrive que les mariages d'amour sont assez rgulirement malheureux1 parce qu'ils assurent le bonheur de la gnration future1 mais aux dpens de la gnration prsente4 ,quien se casa por amores1 ha de vivir con dolores4--,quiconque se marie par amour1 vivra dans les douleurs1 dit le proverbe espagnol4--,c'est le contraire qui a lieu dans les mariages de convenance1 conclus la plupart du temps d'aprs le choix des parents4 ,les considrations qui agissent ici1 de quelque nature qu'elles puissent tre1 ont du moins une ralit et ne peuvent disparatre d'elles-mmes4 ,ces considrations sont capables d'assurer le bonheur des poux1 mais aux dpens des enfants qui doivent natre d'eux1 et encore ce bonheur reste problmatique4 ,l'homme qui1 en se mariant1 se proccupe plus encore de l'argent que de son inclination1 vit plus dans l'individu que dans l'espce2 ce qui est absolument oppos la vrit1 la nature1 et mrite un certain mpris4 ,une jeune fille qui1 malgr les conseils de ses parents1 refuse la main d'un homme riche et encore jeune1 et rejette toutes les considrations de convenances1 pour choisir selon son got instinctif1 fait l'espce le sacrifice de son bonheur individuel4 ,mais justement cause de cela1 on ne saurait lui refuser une certaine approbation1 car elle a prfr ce qui importe plus que le reste1 elle agit dans le sens de la nature 7ou plus exactement de l'espce71 tandis que les parents conseillaient dans le sens de l'gosme individuel4--,il semble donc que dans la conclusion d'un mariage il faille sacrifier les intrts de l'espce ou ceux de l'individu4 ,la plupart du temps1 il en est ainsi1 tant il est rare de voir les convenances et la passion marcher la main dans la main4 ,la misrable constitution physique1 morale ou intellectuelle de la plupart des hommes provient sans doute en partie de ce que les mariages sont conclus habituellement non par choix ou inclination pure1 mais pour des considrations extrieures de toute sorte et d'aprs des circonstances accidentelles4 ,lorsque1 en mme temps que les convenances1 l'inclination est jusqu' un certain point respecte1 c'est comme une transaction que l'on fait avec le gnie de l'espce4 ,les mariages heureux sont1 comme on le sait1 fort rares2 justement parce qu'il est de l'essence du mariage de n'avoir pas principalement pour but la gnration actuelle1 mais la gnration future4 ,cependant ajoutons encore pour la consolation des natures tendres et aimantes que l'amour passionn s'associe parfois un sentiment d'une origine toute diffrente1 je veux dire l'amiti1 fonde sur l'accord des caractres2 mais elle ne se dclare qu'une fois que l'amour s'teint dans la jouissance4 ,l'accord des qualits complmentaires1 morales1 intellectuelles et physiques1 ncessaire au point de vue de la gnration future pour faire natre l'amour1 peut aussi1 au point de vue des individus eux-mmes1 par une sorte d'opposition concordante de temprament et de caractre1 produire l'amiti4 ,toute cette mtaphysique de l'amour que je viens de traiter ici1 se rattache troitement ma mtaphysique en gnral1 elle l'claire d'un jour nouveau1 et voici comment3 ,on a vu que1 dans l'amour des sexes1 la slection attentive1 s'levant peu peu jusqu' l'amour passionn1 repose sur l'intrt si haut et si srieux que l'homme prend la constitution spciale et personnelle de la race venir4 ,cette sympathie extrmement remarquable confirme justement deux vrits prsentes dans les prcdents chapitres3 d'abord l'indestructibilit de l'tre en soi qui survit pour l'homme1 dans ces gnrations venir4 ,cette sympathie1 si vive et si agissante1 qui nat non de la rflexion et de l'intention1 mais des aspirations et des tendances les plus intimes de notre tre1 ne pourrait exister d'une manire si indestructible et exercer sur l'homme un si grand empire1 si l'homme tait absolument phmre1 et si les gnrations se succdaient rellement et absolument distinctes les unes des autres1 n'ayant d'autre lien que la continuit du temps4 ,la seconde vrit1 c'est que l'tre en soi rside dans l'espce plus que dans l'individu4 ,car cet intrt pour la constitution spciale de l'espce1 qui est l'origine de tout commerce d'amour1 depuis le caprice le plus passager1 jusqu' la passion la plus srieuse1 est vritablement pour chacun la plus grande affaire1 c'est--dire celle dont le succs ou l'insuccs le touche de la faon la plus sensible2 d'o lui vient par excellence le nom d'affaire de cur4 ,aussi1 quand cet intrt a parl d'une manire dcisive1 tout autre intrt ne concernant que la personne prive lui est subordonn et au besoin sacrifi4 ,l'homme prouve ainsi que l'espce lui importe plus que l'individu1 et qu'il vit plus directement dans l'espce que dans l'individu4--,pourquoi donc l'amoureux est-il suspendu avec un complet abandon aux yeux de celle qu'il a choisie1 et est-il prt lui faire tout sacrifice8--,parce que c'est la partie immortelle de son tre qui soupire vers elle2 tandis que tout autre de ses dsirs ne se rapporte qu' son tre fugitif et mortel4--,cette aspiration vive1 fervente1 dirige vers une certaine femme1 est donc un gage de l'indestructibilit de l'essence de notre tre et de sa continuit dans l'espce4 ,considrer cette continuit comme quelque chose d'insuffisant et d'insignifiant1 c'est une erreur qui nat de ce que1 par la continuit de vie de l'espce1 on n'entend pas autre chose que l'existence future d'tres semblables nous1 mais nullement identiques3 et cela parce que1 partant d'une connaissance dirige vers les choses extrieures1 l'on ne considre que la figure extrieure de l'espce1 telle que nous la concevons par intuition1 et non son intime essence4 ,cette essence intrieure est justement ce qui est au fond de notre conscience et en forme le point central1 ce qui est mme plus immdiat que cette conscience3 et1 en tant que chose en soi1 affranchie du principium individuationis cette essence se trouve absolument identique dans tous les individus1 qu'ils existent au mme moment ou qu'ils se succdent4 ,c'est l ce que j'appelle1 en d'autres termes1 la volont de vivre1 c'est--dire cette aspiration pressante la vie et la dure4 ,c'est justement cette force que la mort pargne et laisse intacte1 force immuable qui ne peut conduire un tat meilleur4 ,pour tout tre vivant1 la souffrance et la mort sont non moins certaines que l'existence4 ,on peut cependant s'affranchir des souffrances et de la mort par la ngation de la volont de vivre1 qui a pour effet de dtacher la volont de l'individu du rameau de l'espce1 et de supprimer l'existence dans l'espce4 ,ce que devient alors cette volont1 nous n'en avons point d'ide et nous manquons de toutes donnes sur ce point4 ,nous ne pouvons dsigner un tel tat que comme ayant la libert d'tre volont de vivre ou de ne l'tre pas4 ,dans ce dernier cas1 c'est ce que le bouddhisme appelle ,nirvana2 c'est prcisment le point qui par sa nature mme reste jamais inaccessible toute connaissance humaine4-- ,si maintenant1 nous mettant au point de vue de ces dernires considrations1 nous plongeons nos regards dans le tumulte de la vie1 nous voyons sa misre et ses tourments occuper tous les hommes2 nous voyons les hommes runir tous leurs efforts pour satisfaire des besoins sans fin et se prserver de la misre aux mille faces1 sans pourtant oser esprer autre chose que la conservation1 pendant un court espace de temps1 de cette mme existence individuelle si tourmente4 ,et voil qu'en pleine mle1 nous apercevons deux amants dont les regards se croisent pleins de dsirs4--,mais pourquoi tant de mystre1 pourquoi ces allures craintives et dissimules8--,parce que ces amants sont des tratres1 qui travaillent en secret perptuer toute la misre et les tourments qui1 sans eux1 auraient une fin prochaine1 cette fin qu'ils veulent rendre vaine1 comme d'autres avant eux l'ont rendue vaine4 99 99 99 99 99 ,si l'esprit de l'espce qui dirige deux amants1 leur insu1 pouvait parler par leur bouche et exprimer des ides claires1 au lieu de se manifester par des sentiments instinctifs1 la haute posie de ce dialogue amoureux1 qui dans le langage actuel ne parle que par images romanesques et paraboles idales d'aspirations infinies1 de pressentiments d'une volupt sans bornes1 d'ineffable flicit1 de fidlit ternelle1 etc4 se traduirait ainsi3 ,,daphnis4--,j'aimerais faire cadeau d'un individu la gnration future1 et je crois que tu pourrais lui donner ce qui me manque4 ,,chlo4--,j'ai la mme intention1 et je crois que tu pourrais lui donner ce que je n'ai pas4 ,voyons un peu6 ,,daphnis4--,je lui donne une haute stature et la force musculaire3 tu n'as ni l'une ni l'autre4 ,,chlo4--,je lui donne de belles formes et de trs petits pieds3 tu n'as ni ceci ni cela4 ,,daphnis4--,je lui donne une fine peau blanche que tu n'as pas4 ,,chlo4--,je lui donne des cheveux noirs et des yeux noirs3 tu es blond4 ,,daphnis4--,je lui donne un nez aquilin4 ,,chlo4--,je lui donne une petite bouche4 ,,daphnis4--,je lui donne du courage et de la bont qui ne sauraient venir de toi4 ,,chlo4--,je lui donne un beau front1 l'esprit et l'intelligence1 qui ne pourraient lui venir de toi4 ,,daphnis4--,taille droite1 belles dents1 sant solide1 voil ce qu'il reoit de nous deux3 vraiment1 tous les deux ensemble nous pouvons douer en perfection l'individu futur2 aussi je te dsire plus que toute autre femme4 ,,chlo4--,et moi aussi je te dsire4--7,m4 #cia47 99 99 99 99 99 ,sterne dit dans ,tristram ,shandy 7,t4 #f4 p4 #dc73 there is no passion so serious as lust4--,en effet1 la volupt est trs srieuse4 ,reprsentez-vous le couple le plus beau1 le plus charmant1 comme il s'attire et se repousse1 se dsire et se fuit avec grce dans un beau jeu d'amour4 ,vienne l'instant de la volupt1 tout badinage1 toute gat gracieuse et douce ont subitement disparu4 ,le couple est devenu srieux4 ,pourquoi8 ,c'est que la volupt est bestiale1 et la bestialit ne rit pas4 ,les forces de la nature agissent partout srieusement4--,la volupt des sens est l'oppos de l'enthousiasme qui nous ouvre le monde idal4 ,l'enthousiasme et la volupt sont graves et ne comportent pas le badinage4--7,n4 #djf47 99 99 99 99 99 ,les caprices qui naissent de l'amour ressemblent aux feux follets3 ils donnent les illusions les plus vives1 ils nous conduisent dans le marcage et s'vanouissent4--7,n4 #djh47 ,,ii ,,essai ,,sur ,,les ,,femmes#cf4 #cf ,p4 ,,ii4 #fdi4 444 ,le seul aspect de la femme rvle qu'elle n'est destine ni aux grands travaux de l'intelligence1 ni aux grands travaux matriels4 ,elle paie sa dette la vie non par l'action mais par la souffrance1 les douleurs de l'enfantement1 les soins inquiets de l'enfance2 elle doit obir l'homme1 tre une compagne patiente qui le rassrne4 ,elle n'est faite ni pour les grands efforts1 ni pour les peines ou les plaisirs excessifs2 sa vie peut s'couler plus silencieuse1 plus insignifiante et plus douce que celle de l'homme1 sans qu'elle soit1 par nature1 ni meilleure ni pire4 99 99 99 99 99 ,ce qui rend les femmes particulirement aptes soigner1 lever notre premire enfance1 c'est qu'elles restent elles-mmes puriles1 futiles et bornes2 elles demeurent toute leur vie de grands enfants1 une sorte d'intermdiaire entre l'enfant et l'homme4 ,qu'on observe une jeune fille foltrant tout le long du jour avec un enfant1 dansant et chantant avec lui1 et qu'on imagine ce qu'un homme1 avec la meilleure volont du monde1 pourrait faire sa place4 99 99 99 99 99 ,chez les jeunes filles1 la nature semble avoir voulu faire ce qu'en style dramatique on appelle un coup de thtre2 elle les pare pour quelques annes d'une beaut1 d'une grce1 d'une perfection extraordinaires1 aux dpens de tout le reste de leur vie1 afin que pendant ces rapides annes d'clat elles puissent s'emparer fortement de l'imagination d'un homme et l'entraner se charger loyalement d'elles d'une manire quelconque4 ,pour russir dans cette entreprise la pure rflexion et la raison ne donnaient pas de garantie suffisante4 ,aussi la nature a-t-elle arm la femme1 comme toute autre crature1 des armes et des instruments ncessaires pour assurer son existence et seulement pendant le temps indispensable1 car la nature en cela agit avec son conomie habituelle3 de mme que la fourmi femelle1 aprs son union avec le mle1 perd les ailes qui lui deviendraient inutiles et mme dangereuses pour la priode d'incubation1 de mme aussi la plupart du temps1 aprs deux ou trois couches1 la femme perd sa beaut1 sans doute pour la mme raison4 ,de l vient que les jeunes filles regardent gnralement les occupations du mnage ou les devoirs de leur tat comme des choses accessoires et de pures bagatelles1 tandis qu'elles reconnaissent leur vritable vocation dans l'amour1 les conqutes et tout ce qui en dpend1 la toilette1 la danse1 etc4 99 99 99 99 99 ,plus une chose est noble et accomplie1 plus elle se dveloppe lentement et tardivement4 ,la raison et l'intelligence de l'homme n'atteignent gure tout leur dveloppement que vers la vingt-huitime anne2 chez la femme1 au contraire1 la maturit de l'esprit arrive la dix-huitime anne4 ,aussi n'a-t-elle qu'une raison de dix-huit ans bien strictement mesure4 ,c'est pour cela que les femmes restent toute leur vie de vrais enfants4 ,elles ne voient que ce qui est sous leurs yeux1 s'attachent au prsent1 prenant l'apparence pour la ralit et prfrant les niaiseries aux choses les plus importantes4 ,ce qui distingue l'homme de l'animal c'est la raison2 confin dans le prsent1 il se reporte vers le pass et songe l'avenir3 de l sa prudence1 ses soucis1 ses apprhensions frquentes4 ,la raison dbile de la femme ne participe ni ces avantages1 ni ces inconvnients2 elle est afflige d'une myopie intellectuelle qui lui permet1 par une sorte d'intuition1 de voir d'une faon pntrante les choses prochaines2 mais son horizon est born1 ce qui est lointain lui chappe4 ,de l vient que tout ce qui n'est pas immdiat1 le pass et l'avenir1 agissent plus faiblement sur la femme que sur nous3 de l aussi ce penchant bien plus frquent la prodigalit1 qui parfois touche la dmence4 ,au fond du cur les femmes s'imaginent que les hommes sont faits pour gagner de l'argent et les femmes pour le dpenser2 si elles en sont empches pendant la vie de leur mari1 elles se ddommagent aprs sa mort4 ,et ce qui contribue les confirmer dans cette conviction1 c'est que leur mari leur donne l'argent et les charge d'entretenir la maison4--,tant de cts dfectueux sont pourtant compenss par un avantage3 la femme plus absorbe dans le moment prsent1 pour peu qu'il soit supportable en jouit plus que nous2 de l cet enjouement qui lui est propre et la rend capable de distraire et parfois de consoler l'homme accabl de soucis et de peines4 ,dans les circonstances difficiles il ne faut pas ddaigner de faire appel1 comme autrefois les ,germains1 aux conseils des femmes2 car elles ont une manire de concevoir les choses toute diffrente de la ntre4 ,elles vont au but par le chemin le plus court1 parce que leurs regards s'attachent1 en gnral1 ce qu'elles ont sous la main4 ,pour nous1 au contraire1 notre regard dpasse sans s'y arrter les choses qui nous crvent les yeux1 et cherche bien au del2 nous avons besoin d'tre ramens une manire de voir plus simple et plus rapide4 ,ajoutez cela que les femmes ont dcidment un esprit plus pos1 et ne voient dans les choses que ce qu'il y a rellement2 tandis que1 sous le coup de nos passions excites1 nous grossissons les objets1 et nous nous peignons des chimres4 ,les mmes aptitudes natives expliquent la piti1 l'humanit1 la sympathie que les femmes tmoignent aux malheureux1 tandis qu'elles sont infrieures aux hommes en tout ce qui touche l'quit1 la droiture et la scrupuleuse probit4 ,par suite de la faiblesse de leur raison1 tout ce qui est prsent1 visible et immdiat1 exerce sur elles un empire contre lequel ne sauraient prvaloir ni les abstractions1 ni les maximes tablies1 ni les rsolutions nergiques1 ni aucune considration du pass ou de l'avenir1 de ce qui est loign ou absent4 ,elles ont de la vertu les qualits premires et principales1 mais les secondaires et les accessoires leur font dfaut444 ,aussi l'injustice est-elle le dfaut capital des natures fminines4 ,cela vient du peu de bon sens et de rflexion que nous avons signal1 et ce qui aggrave encore ce dfaut1 c'est que la nature1 en leur refusant la force1 leur a donn1 pour protger leur faiblesse1 la ruse en partage2 de l leur fourberie instinctive et leur invincible penchant au mensonge4 ,le lion a ses dents et ses griffes2 l'lphant1 le sanglier ont leurs dfenses1 le taureau a des cornes1 la sche a son encre1 qui lui sert brouiller l'eau autour d'elle2 la nature n'a donn la femme pour se dfendre et se protger que la dissimulation2 cette facult supple la force que l'homme puise dans la vigueur de ses membres et dans sa raison4 ,la dissimulation est inne chez la femme1 chez la plus fine1 comme chez la plus sotte4 ,il lui est aussi naturel d'en user en toute occasion qu' un animal attaqu de se dfendre aussitt avec ses armes naturelles3 et en agissant ainsi1 elle a jusqu' un certain point conscience de ses droits3 ce qui fait qu'il est presque impossible de rencontrer une femme absolument vridique et sincre4 ,et c'est justement pour cela qu'elle pntre si aisment la dissimulation d'autrui et qu'il n'est pas prudent d'en faire usage avec elle4--,de ce dfaut fondamental et de ses consquences naissent la fausset1 l'infidlit1 la trahison1 l'ingratitude1 etc4 ,les femmes aussi se parjurent en justice bien plus frquemment que les hommes1 et ce serait une question de savoir si on doit les admettre prter serment4--,il arrive de temps en temps que des dames1 qui rien ne manque1 sont surprises dans les magasins en flagrant dlit de vol4 99 99 99 99 99 ,les hommes jeunes1 beaux1 robustes1 sont destins par la nature propager l'espce humaine1 afin que celle-ci ne dgnre pas4 ,telle est la ferme volont que la nature exprime par les passions des femmes4 ,c'est assurment de toutes les lois la plus ancienne et la plus puissante4 ,malheur donc aux intrts et aux droits qui lui font obstacle4 ,ils seront1 le moment venu1 quoiqu'il arrive1 impitoyablement crass4 ,car la morale secrte1 inavoue et mme inconsciente1 mais inne des femmes1 est celle-ci3 ,nous sommes fondes en droit tromper ceux qui s'imaginent qu'ils peuvent1 en pourvoyant conomiquement notre subsistance1 confisquer leur profit les droits de l'espce4 ,c'est nous qu'ont t confis1 c'est sur nous que reposent la constitution et le salut de l'espce1 la cration de la gnration future2 c'est nous d'y travailler en toute conscience4 ,mais les femmes ne s'intressent nullement ce principe suprieur in abstracto1 elles le comprennent seulement in concreto1 et n'ont1 quand l'occasion s'en prsente1 d'autre manire de l'exprimer que leur manire d'agir2 et sur ce sujet leur conscience les laisse bien plus en repos qu'on ne pourrait le croire1 car dans le fond le plus obscur de leur cur1 elles sentent vaguement qu'en trahissant leurs devoirs envers l'individu1 elles le remplissent d'autant mieux envers l'espce qui a des droits infiniment suprieurs4 ,comme les femmes sont uniquement cres pour la propagation de l'espce et que toute leur vocation se concentre en ce point1 elles vivent plus pour l'espce que pour les individus1 et prennent plus cur les intrts de l'espce que les intrts des individus4 ,c'est ce qui donne tout leur tre et leur conduite une certaine lgret et des vues opposes celles de l'homme2 telle est l'origine de cette dsunion si frquente dans le mariage1 qu'elle en est devenue presque normale4 99 99 99 99 99 ,les hommes entre eux sont naturellement indiffrents2 les femmes sont1 par nature1 ennemies4 ,cela doit tenir ce que l'odium figulinum1 la rivalit qui est restreinte chez les hommes chaque corps de mtier1 embrasse chez les femmes toute l'espce1 car elles n'ont toutes qu'un mme mtier1 qu'une mme affaire4 ,dans la rue1 il suffit qu'elles se rencontrent pour qu'elles changent dj des regards de ,guelfes et de ,gibelins4 ,il saute aux yeux qu' une premire entrevue deux femmes ont plus de contrainte1 de dissimulation et de rserve que n'en auraient deux hommes en pareil cas4 ,pour la mme raison les compliments entre femmes semblent plus ridicules qu'entre hommes4 ,remarquez en outre que l'homme parle en gnral avec quelques gards et une certaine humanit ses subordonns mme les plus infimes1 mais il est insupportable de voir avec quelle hauteur une femme du monde s'adresse une femme de classe infrieure1 quand elle n'est pas son service4 ,cela peut tenir ce qu'entre femmes1 les diffrences de rang sont infiniment plus prcaires que chez les hommes et que ces diffrences peuvent tre modifies ou supprimes aisment2 le rang qu'un homme occupe dpend de mille considrations2 pour les femmes une seule dcide de tout3 l'homme qui elles ont su plaire4 ,leur unique fonction les met sur un pied d'galit bien plus marqu1 aussi cherchent-elles crer entre elles des diffrences de rang4 99 99 99 99 99 ,il a fallu que l'intelligence de l'homme ft obscurcie par l'amour pour qu'il ait appel beau ce sexe de petite taille1 aux paules troites1 aux larges hanches et aux jambes courtes2 toute sa beaut en effet rside dans l'instinct de l'amour4 ,au lieu de le nommer beau1 il et t plus juste de l'appeler l'inesthtique4 ,les femmes n'ont ni le sentiment1 ni l'intelligence de la musique1 pas plus que de la posie ou des arts plastiques2 ce n'est chez elles que pure singerie1 pur prtexte1 pure affectation exploite par leur dsir de plaire4 ,elles sont incapables de prendre une part dsintresse quoi que ce soit et voici pourquoi4 ,l'homme s'efforce en toute chose de dominer directement soit par l'intelligence1 soit par la force2 la femme1 au contraire1 est toujours et partout rduite une domination absolument indirecte1 c'est--dire qu'elle n'a de pouvoir que par l'homme1 et c'est sur lui seul qu'elle exerce une influence immdiate4 ,en consquence1 la nature porte les femmes chercher en toutes choses un moyen de conqurir l'homme1 et l'intrt qu'elles semblent prendre aux choses extrieures est toujours une feinte1 un dtour1 c'est--dire pure coquetterie et pure singerie4 ,rousseau l'a dit3 les femmes en gnral n'aiment aucun art1 ne se connaissent aucun et n'ont aucun gnie#cg4 ,ceux qui ne s'arrtent pas aux apparences ont pu le remarquer dj4 ,il suffit d'observer par exemple ce qui occupe et attire leur attention dans un concert1 l'opra ou la comdie1 de voir le sans faon avec lequel1 aux plus beaux endroits des plus grands chefs-d'uvre1 elles continuent leur caquetage4 ,s'il est vrai que les ,grecs n'aient pas admis les femmes au spectacle1 ils ont eu bien raison2 dans leurs thtres du moins pouvait-on saisir quelque chose4 ,de notre temps1 il serait bon d'ajouter au mulier taceat in ecclesia1 un taceat mulier in theatro1 ou bien de substituer un prcepte l'autre1 et de suspendre ce dernier en gros caractres sur le rideau de la scne4--,mais que peut-on attendre de mieux de la part des femmes1 si l'on rflchit que dans le monde entier1 ce sexe n'a pu produire un seul esprit vritablement grand1 ni une uvre complte et originale dans les beaux-arts1 ni en quoi que ce soit un seul ouvrage d'une valeur durable4 ,cela est saisissant dans la peinture2 elles sont pourtant aussi capables que nous d'en saisir le ct technique et elles cultivent assidment cet art1 sans pouvoir se faire gloire d'un seul chef-d'uvre1 parce qu'il leur manque justement cette objectivit de l'esprit qui est surtout ncessaire dans la peinture2 elles ne peuvent sortir d'elles-mmes4 ,aussi les femmes ordinaires ne sont mme pas capables d'en sentir les beauts1 car natura non facit saltus4 ,huarte1 dans son ouvrage clbre ,examen de ingenios para las sciencias1 qui date de #cjj ans1 refuse aux femmes toute capacit suprieure4 ,des exceptions isoles et partielles ne changent rien aux choses2 les femmes sont1 et resteront1 prises dans leur ensemble1 les ,philistins les plus accomplis et les plus incurables4 ,grce notre organisation sociale1 absurde au suprme degr1 qui leur fait partager le titre et la situation de l'homme quelqu'levs qu'ils soient1 elles excitent avec acharnement ses ambitions les moins nobles1 et par une consquence naturelle de cette absurdit1 leur domination1 le ton qu'elles imposent1 corrompent la socit moderne4 ,on devrait prendre pour rgle cette sentence de ,napolon ,ier3 ,les femmes n'ont pas de rang4 ,chamfort dit aussi trs justement3 ,elles sont faites pour commercer avec nos faiblesses1 avec notre folie1 mais non avec notre raison4 ,il existe entre elles et les hommes des sympathies d'piderme1 et trs peu de sympathies d'esprit1 d'me et de caractre4 ,les femmes sont le sexus sequior1 le sexe second tous gards1 fait pour se tenir l'cart et au second plan4 ,certes1 il faut pargner leur faiblesse1 mais il est ridicule de leur rendre hommage1 et cela mme nous dgrade leurs yeux4 ,la nature1 en sparant l'espce humaine en deux catgories1 n'a pas fait les parts gales444--,c'est bien ce qu'ont pens de tout temps les anciens et les peuples de l',orient2 ils se rendaient mieux compte du rle qui convient aux femmes1 que nous ne le faisons avec notre galanterie l'ancienne mode franaise et notre stupide vnration1 qui est bien l'panouissement le plus complet de la sottise germano-chrtienne4 ,cela n'a servi qu' les rendre si arrogantes1 si impertinentes3 parfois elles me font penser aux singes sacrs de ,bnars1 qui ont si bien conscience de leur dignit sacro-sainte et de leur inviolabilit1 qu'ils se croient tout permis4 #cg ,lettre d',alembert1 note ,,xx4 ,la femme en ,occident1 ce qu'on appelle la dame1 se trouve dans une position tout fait fausse1 car la femme1 le sexus sequior des anciens1 n'est nullement faite pour inspirer de la vnration et recevoir des hommages1 ni pour porter la tte plus haute que l'homme1 ni pour avoir des droits gaux aux siens4 ,les consquences de cette fausse position ne sont que trop videntes4 ,il serait souhaiter qu'en ,europe on remt sa place naturelle ce numro deux de l'espce humaine et que l'on supprimt la dame1 objet des railleries de l',asie entire1 dont ,rome et la ,grce se seraient galement moques4 ,cette rforme serait au point de vue politique et social un vritable bienfait4 ,le principe de la loi salique est si vident1 si indiscutable1 qu'il semble inutile formuler4 ,ce qu'on appelle proprement parler la dame europenne est une sorte d'tre qui ne devrait pas exister4 ,il ne devrait y avoir au monde que des femmes d'intrieur1 appliques au mnage1 et des jeunes filles aspirant le devenir1 et que l'on formerait non l'arrogance1 mais au travail et la soumission4 ,c'est prcisment parce qu'il y a des dames en ,europe que les femmes de la classe infrieure1 c'est--dire la grande majorit1 sont infiniment plus plaindre qu'en ,orient#ch4 #ch ,schopenhauer cite en cet endroit le passage suivant de lord ,byron 7,letters and journals by ,th4 ,moore1 vol4 ,,ii1 p4 #cii71 dont voici la traduction3 ,rflchi la situation des femmes sous les anciens ,grecs4--,assez convenable4 tat prsent1 un reste de la barbarie fodale du moyen ge--artificiel et contre nature4 ,elles devraient s'occuper de leur intrieur2 on devrait les bien nourrir et les bien vtir1 mais ne les point mler la socit4 ,elles devraient aussi tre instruites de la religion mais ignorer la posie et la politique1 ne lire que des livres de pit et de cuisine4 ,de la musique1 du dessin1 de la danse1 et aussi un peu de jardinage et de labourage de temps en temps4 ,je les ai vues1 en pire1 travailler l'entretien des routes avec succs4 ,pourquoi non8 ne fanent-elles pas1 ne sont-elles pas laitires8 ,les lois qui rgissent le mariage en ,europe supposent la femme gale de l'homme1 et ont ainsi un point de dpart faux4 ,dans notre hmisphre monogame1 se marier1 c'est perdre la moiti de ses droits et doubler ses devoirs4 ,en tout cas1 puisque les lois ont accord aux femmes les mmes droits qu'aux hommes1 elles auraient bien d aussi leur confrer une raison virile4 ,plus les lois confrent aux femmes des droits et des honneurs suprieurs leur mrite1 plus elles rtrcissent le nombre de celles qui ont rellement part ces faveurs1 et elles enlvent aux autres leurs droits naturels1 dans la mme proportion o elles en ont donn d'exceptionnels quelques privilgies4 ,l'avantage que la monogamie et les lois qui en rsultent accordent la femme1 en la proclamant l'gale de l'homme1 ce qu'elle n'est aucun point de vue1 produit cette consquence que les hommes senss et prudents hsitent souvent se laisser entraner un si grand sacrifice1 un pacte si ingal4 ,chez les peuples polygames chaque femme trouve quelqu'un qui se charge d'elle1 chez nous au contraire le nombre des femmes maries est bien restreint et il y a un nombre infini de femmes qui restent sans protection1 vieilles filles vgtant tristement1 dans les classes leves de la socit1 pauvres cratures soumises de rudes et pnibles travaux1 dans les rangs infrieurs4 ,ou bien encore elles deviennent de misrables prostitues1 tranant une vie honteuse et amenes par la force des choses former une sorte de classe publique et reconnue1 dont le but spcial est de prserver des dangers de la sduction les heureuses femmes qui ont trouv des maris ou qui en peuvent esprer4 ,dans la seule ville de ,londres1 il y a #hj1jjj filles publiques3 vraies victimes de la monogamie1 cruellement immoles sur l'autel du mariage4 ,toutes ces malheureuses sont la compensation invitable de la dame europenne1 avec son arrogance et ses prtentions4 ,aussi la polygamie est-elle un vritable bienfait pour les femmes considres dans leur ensemble4 ,de plus1 au point de vue rationnel1 on ne voit pas pourquoi1 lorsqu'une femme souffre de quelque mal chronique1 ou qu'elle n'a pas d'enfants1 ou qu'elle est la longue devenue trop vieille1 son mari n'en prendrait pas une seconde4 ,ce qui a fait le succs des ,mormons1 c'est justement la suppression de cette monstrueuse monogamie4 ,en accordant la femme des droits au-dessus de sa nature1 on lui a impos galement des devoirs au-dessus de sa nature2 il en dcoule pour elle une source de malheurs4 ,ces exigences de classe et de fortune sont en effet d'un si grand poids que l'homme qui se marie commet une imprudence s'il ne fait pas un mariage brillant2 s'il souhaite rencontrer une femme qui lui plaise parfaitement1 il la cherchera en dehors du mariage1 et se contentera d'assurer son sort et celui de ses enfants4 ,s'il peut le faire d'une faon juste1 raisonnable1 suffisante et que la femme cde1 sans exiger rigoureusement les droits exagrs que le mariage seul lui accorde1 elle perd alors l'honneur1 parce que le mariage est la base de la socit civile1 et elle se prpare une triste vie1 car il est dans la nature de l'homme de se proccuper outre mesure de l'opinion des autres4 ,si1 au contraire1 la femme rsiste1 elle court risque d'pouser un mari qui lui dplaise ou de scher sur place en restant vieille fille2 car elle a peu d'annes pour se dcider4 ,c'est ce point de vue de la monogamie qu'il est bon de lire le profond et savant trait de ,thomasius ,de concubinatu4 ,on y voit que chez tous les peuples civiliss de tous les temps1 jusqu' la ,rforme1 le concubinat a t une institution admise1 jusqu' un certain point lgalement reconnue et nullement dshonorante4 ,c'est la rforme luthrienne qui l'a fait descendre de son rang1 parce qu'elle y trouvait une justification du mariage des prtres1 et l'glise catholique n'a pu rester en arrire4 ,il est inutile de disputer sur la polygamie1 puisqu'en fait elle existe partout et qu'il ne s'agit que de l'organiser4 ,o trouve-t-on de vritables monogames8 ,tous1 du moins pendant un temps1 et la plupart presque toujours1 nous vivons dans la polygamie4 ,si tout homme a besoin de plusieurs femmes1 il est tout fait juste qu'il soit libre1 et mme qu'il soit oblig de se charger de plusieurs femmes2 celles-ci seront par l mme ramenes leur vrai rle1 qui est celui d'un tre subordonn1 et l'on verra disparatre de ce monde la dame1 ce monstrum de la civilisation europenne et de la btise germano-chrtienne1 avec ses ridicules prtentions au respect et l'honneur2 plus de dames1 mais aussi plus de ces malheureuses femmes1 qui remplissent maintenant l',europe6-- 99 99 99 99 99 444 ,il est vident que la femme par nature est destine obir4 ,et la preuve en est que celle qui est place dans cet tat d'indpendance absolue contraire sa nature s'attache aussitt n'importe quel homme par qui elle se laisse diriger et dominer1 parce qu'elle a besoin d'un matre4 ,est-elle jeune1 elle prend un amant2 est-elle vieille1 un confesseur4 99 99 99 99 99 ,le mariage est un pige que la nature nous tend4--7,m4 #cee47 99 99 99 99 99 ,parmi les philosophes et les potes1 ceux qui sont maris deviennent par cela seul suspects de chercher leur propre avantage1 et non l'avantage de la science et de l'art4--7,m4 #ceg47 99 99 99 99 99 ,l'honneur des femmes1 de mme que l'honneur des hommes1 est un esprit de corps#ci bien entendu4 ,le premier est de beaucoup le plus important des deux2 parce que dans la vie des femmes les rapports sexuels sont la grande affaire4--,l'honneur pour une jeune fille consiste dans la confiance qu'inspire son innocence1 et pour une femme dans sa fidlit son mari4 ,les femmes attendent des hommes et exigent d'eux tout ce qui leur est ncessaire et tout ce qu'elles dsirent4 ,l'homme au fond n'exige de la femme qu'une seule chose4 ,les femmes doivent donc s'arranger de telle manire que les hommes ne puissent obtenir d'elles cette chose unique qu'en change du soin qu'ils s'engagent prendre d'elles et des enfants futurs3 de cet arrangement dpend le bonheur de toutes les femmes4 ,pour l'obtenir1 il est indispensable qu'elles se soutiennent et fassent preuve d'esprit de corps4 ,aussi marchent-elles comme une seule femme et en rangs serrs vis--vis de l'arme des hommes1 qui1 grce la prdominance physique et intellectuelle1 possdent tous les biens terrestres2 voil l'ennemi commun qu'il s'agit de vaincre et de conqurir1 afin d'arriver par cette victoire possder les biens de la terre4 ,la premire maxime de l'honneur fminin a donc t qu'il faut refuser impitoyablement l'homme tout commerce illgitime1 afin de le contraindre au mariage comme une sorte de capitulation2 seul moyen de pourvoir toute la gent fminine4 ,pour atteindre ce rsultat1 la maxime prcdente doit tre rigoureusement respecte2 aussi toutes les femmes avec un vritable esprit de corps veillent-elles son excution4 ,une jeune fille qui a failli s'est rendue coupable de trahison envers tout son sexe1 car si cette action se gnralisait1 l'intrt commun serait compromis2 on la chasse de la communaut1 on la couvre de honte2 elle se trouve ainsi avoir perdu son honneur4 ,toute femme doit la fuir comme une pestifre4 ,un mme sort attend la femme adultre parce qu'elle a manqu l'un des termes de la capitulation consentie par le mari4 ,son exemple serait de nature dtourner les hommes de signer un pareil trait1 et le salut de toutes les femmes en dpend4 ,outre cet honneur particulier son sexe1 la femme adultre perd en outre l'honneur civil1 parce que son action est une tromperie1 un manque grossier la foi jure4 ,l'on peut dire avec quelque indulgence une jeune fille abuse on ne dit pas une femme abuse4 ,le sducteur peut bien par le mariage rendre l'honneur la premire1 il ne peut pas le rendre la seconde1 mme aprs le divorce4--,a voir clairement les choses1 on reconnat donc qu'un esprit de corps utile1 indispensable1 mais bien calcul et fond sur l'intrt1 est le principe de l'honneur des femmes3 on ne peut nier son importance extrme dans la destine de la femme1 mais on ne saurait lui attribuer une valeur absolue1 au del de la vie et des fins de la vie1 et mritant qu'on lui sacrifie l'existence mme444 #ci ,les femmes font cause commune2 elles sont lies par un esprit de corps1 par une espce de confdration tacite1 qui comme les ligues secrtes d'un tat1 prouve peut-tre la faiblesse du parti qui se croit oblig d'y avoir recours4 ,,chamfort4 ,schopenhauer n'a pas cit cette pense de ,chamfort4 ,ce qui prouverait d'une manire gnrale que l'honneur des femmes n'a pas une origine vraiment conforme la nature1 c'est le nombre des victimes sanglantes qui lui sont offertes1 infanticides1 suicides des mres4 ,si une jeune fille qui prend un amant1 commet une vritable trahison envers son sexe1 n'oublions pas que le pacte fminin avait t accept tacitement sans engagement formel de sa part4 ,et comme dans la plupart des cas elle est la premire victime1 sa folie est infiniment plus grande que sa dpravation4--7,p4 ,i4 #chh47 99 99 99 99 99 ,,iii ,,pens,,es ,,diverses ,,sur ,l',,art1 ,,la ,,religion1 ,,la ,,politique1 ,l',,homme1 ,,la ,,soci,t1 ,,etc4 ,i ,l',,art1 ,,le ,,style1 ,,la ,,litt,,rature4 ,dans la morale1 la bonne volont est tout2 mais dans l'art elle n'est rien4--7,l4 #ajd47 99 99 99 99 99 ,il faut traiter une uvre d'art comme un grand personnage2 rester debout devant elle et attendre patiemment qu'elle daigne vous adresser la parole4--7,m4 #bdc47 99 99 99 99 99 ,sur le visage de l',apollon du ,belvdre1 je lis la juste indignation profondment sentie du dieu des ,muses contre la perversit pitoyable1 absolue et incurable des ,philistins4 ,c'est contre eux qu'il a lanc ses flches1 pour anantir l'engeance des ineptes ternels4--7,m4 #bgf47 99 99 99 99 99 ,si l'antiquit nous a laiss des classiques1 c'est--dire des esprits dont les crits brillent d'une immortelle jeunesse travers les sicles1 cela vient de ce que chez eux crire des livres n'tait pas une affaire de commerce4--7,p4 ,,ii4 #dfb47 99 99 99 99 99 ,les humanits--expression trs juste pour exprimer l'tude des crivains de l'antiquit1 car c'est par eux que l'colier commence redevenir un homme1 en pntrant dans un monde encore pur de toutes les grimaces du moyen ge et du romantisme444 ,ne vous figurez pas que votre sagesse moderne puisse jamais remplacer cette virile initiation4 ,vous n'tes pas1 comme les ,grecs et les ,romains1 des tres libres par naissance1 les fils indpendants de la nature2 vous tes d'abord les fils1 les hritiers de la grossire folie du moyen ge1 de la fourberie honteuse du clerg et de la chevalerie1 moiti force brutale1 moiti niaise vanit4 ,que l'un et l'autre viennent disparatre1 vous n'en serez pas pour cela plus assurs sur vos pieds1 car1 sans l'tude des anciens1 votre littrature est destine dgnrer en bavardage vulgaire et en plate philistinerie4--7,l4 #cd47 99 99 99 99 99 ,un roman est d'un ordre d'autant plus noble et lev qu'il pntre dans la vie intrieure et qu'il y a moins d'aventures4 ,cette vrit se retrouve comme signe caractristique tous les degrs du roman1 depuis ,tristram ,shandy1 jusqu'au roman de chevalerie ou aux histoires de brigands les plus grossires1 les plus fcondes en exploits hroques et les plus basses4 ,tristram ,shandy n'a pour ainsi dire pas d'action1 et comme il y en a peu dans la nouvelle ,hlose et dans ,wilhelm ,meister6 ,don ,quichotte a une action relativement faible1 surtout plaisante et trs insignifiante3 et ces quatre romans sont l'idal du genre444 ,la tche du romancier n'est pas de nous raconter de grands vnements1 mais de rendre les petites choses intressantes4--7,p4 ,,ii4 #dgc47 99 99 99 99 99 ,la fausse route dans laquelle notre musique est engage est analogue celle o se perdait l'architecture romaine sous les derniers ,csars1 lorsque la surcharge des ornements cachait la belle simplicit des proportions essentielles et mme les dnaturait3 de mme la musique nous offre des effets bruyants1 beaucoup d'instruments1 beaucoup d'art1 mais combien peu de penses profondes1 claires1 pntrantes et saisissantes4--7,p4 ,,ii4 #dfd47 99 99 99 99 99 ,le style est la physionomie de l'esprit4 ,et celle-l trompe moins que celle du corps4 ,imiter un style tranger1 c'est porter un masque4 ,si beau que soit le masque1 son expression morte devient bientt insipide et insupportable1 tel point que le plus laid visage serait prfrable pourvu qu'il soit anim4--7,l4 #cc47 99 99 99 99 99 ,aucune prose ne se lit aussi aisment et aussi agrablement que la prose franaise444 ,l'crivain franais enchane ses penses dans l'ordre le plus logique et en gnral le plus naturel1 et les soumet ainsi successivement son lecteur1 qui peut les apprcier l'aise1 et consacrer chacune son attention sans partage4 ,l',allemand1 au contraire1 les entrelace dans une priode embrouille et archi-embrouille1 parce qu'il veut dire six choses la fois1 au lieu de les prsenter l'une aprs l'autre4--7,p4 ,,ii4 #egg47 99 99 99 99 99 ,le vritable caractre national allemand1 c'est la lourdeur3 elle clate dans leur dmarche1 dans leur manire d'tre et d'agir1 leur langue1 leurs rcits1 leurs discours1 leurs crits1 dans leur faon de comprendre et de penser1 mais tout spcialement dans leur style4 ,elle se reconnat au plaisir qu'ils trouvent construire de longues priodes1 lourdes1 embrouilles4 ,la mmoire est oblige de travailler seule1 patiemment1 pendant cinq minutes1 pour retenir machinalement les mots comme une leon qu'on lui impose1 jusqu'au moment o1 la fin de la priode1 le sens se dgage1 l'intelligence prend son lan et l'nigme est rsolue4 ,c'est ce jeu qu'ils aiment exceller1 et quand ils peuvent ajouter du prcieux1 de l'emphatique et un air grave plein d'affectation1 1 l'auteur alors nage dans la joie3 mais que le ciel donne patience au lecteur4--,en outre ils s'tudient tout spcialement trouver toujours les expressions les plus indcises et les plus impropres1 de sorte que tout apparat comme dans le brouillard3 leur but semble tre de se mnager chaque phrase une porte de derrire1 puis de se donner le genre de paratre en dire plus qu'ils n'en ont pens2 enfin ils sont stupides et ennuyeux comme des bonnets de nuit2 et c'est justement ce qui rend hassable la manire d'crire des ,allemands tous les trangers1 qui n'aiment pas ttonner dans l'obscurit2 c'est au contraire chez nous un got national4--7,p4 ,,ii4 #egh47 99 99 99 99 99 ,les ,allemands se distinguent des autres nations par leur ngligence dans le style aussi bien que dans le vtement1 et c'est le caractre national qui est responsable de ce double dsordre4 ,de mme qu'une mise abandonne trahit le peu d'estime que l'on fait de la socit o l'on se montre1 ainsi un mauvais style1 nglig1 lch1 tmoigne un mpris offensant pour le lecteur1 qui se venge bon droit en ne vous lisant pas4 ,ce qu'il y a surtout de rjouissant1 c'est de voir les critiques juger les uvres d'autrui dans leur style dbraill d'crivains gages4 ,cela fait l'effet d'un juge qui sigerait au tribunal en robe de chambre et en pantoufles4--7,p4 ,,ii4 #egf47 99 99 99 99 99 ,c'est dans notre sicle seulement qu'il y a des crivains de profession4 ,jusqu'alors1 il n'y avait que des crivains de vocation4--7,p4 ,,ii4 #ehb47 99 99 99 99 99 ,il en est de la littrature comme de la vie3 de quelque ct qu'on se tourne1 aussitt on rencontre partout l'incorrigible populace1 par lgion3 elle remplit tout1 elle salit tout1 comme les mouches en t4 ,de l ce nombre infini de mauvais livres1 cette ivraie qui pullule1 se nourrit aux dpens du bon grain et l'touffe4--7,p4 ,,ii4 #ehi47 99 99 99 99 99 ,xerxs1 au dire d',hrodote1 pleurait la vue de son arme innombrable1 en songeant qu'au bout d'un sicle1 de tant de milliers d'hommes nul ne survivrait2 et qui ne verserait des larmes1 la vue des gros catalogues de librairie1 si l'on rflchissait que1 parmi tant de livres1 au bout de dix ans pas un seul ne surnagera4--7,p4 ,,ii4 #ehi47 ,,ii ,,pens,,es ,,sur ,,la ,,religion4 ,s'imaginer que les sciences peuvent faire sans cesse de nouveaux progrs et se rpandre de plus en plus1 sans que cela empche la religion de continuer vivre et fleurir1 c'est se tromper trangement4 ,les religions sont filles de l'ignorance et ne survivent pas longtemps leur mre4--7,l4 #bc47 99 99 99 99 99 ,foi et science ne peuvent gure vivre en harmonie dans un mme esprit1 non plus que loup et brebis en une mme cage3 et c'est la science qui est le loup et menace de croquer la brebis4--7,l4 #bc47 99 99 99 99 99 ,les religions sont comme les vers luisants3 elles ont besoin de l'obscurit pour clairer4 ,un certain degr d'ignorance gnrale est la condition de toutes les religions1 c'est le seul lment dans lequel elles puissent vivre4--7,p4 ,,ii4 #cfi47 99 99 99 99 99 ,peut-tre le moment si souvent prophtis est-il proche o la religion se sparera des tats europens1 comme une nourrice de l'enfant trop g pour ses soins et prt passer aux mains du prcepteur4--7,p4 ,,ii4 #cga47 99 99 99 99 99 ,temples et glises1 pagodes et mosques1 dans tous les temps1 par leur magnificence et leur grandeur1 tmoignent du besoin mtaphysique de l'homme1 qui1 fort et indestructible1 suit pas pas le besoin physique4 ,on pourrait1 il est vrai1 si l'on tait d'humeur satirique1 ajouter que le premier besoin est un modeste gaillard qui se contente moins de frais4 ,des fables grossires1 des contes dormir debout1 il ne lui en faut souvent pas davantage3 qu'on les imprime assez tt dans l'esprit de l'homme1 et ces fables et ces lgendes deviennent des explications suffisantes de son existence et des soutiens de sa moralit4 ,considrez par exemple le ,coran3 ce livre mdiocre a t suffisant pour fonder une religion qui1 rpandue par le monde1 satisfait le besoin mtaphysique de millions d'hommes depuis #abjj ans1 sert de fondement leur morale1 leur inspire un grand mpris de la mort et l'enthousiasme des guerres sanglantes et des vastes conqutes4 ,nous trouvons dans ce livre la plus triste et la plus misrable figure du thisme4 ,peut-tre a-t-il beaucoup perdu par les traductions2 mais je n'ai pu y dcouvrir une seule pense ayant quelque valeur4 ,ce qui prouve que la capacit mtaphysique ne va pas de pair avec le besoin mtaphysique4--7,l4 #ah47 99 99 99 99 99 ,en ralit1 toute religion positive est l'usurpatrice du trne qui appartient la philosophie4 ,aussi les philosophes seront-ils toujours en hostilit avec elle2 quand bien mme ils devraient la considrer comme un mal ncessaire1 une bquille pour la faiblesse morbide de l'esprit de la plupart des hommes4--7,m4 #cdi47 99 99 99 99 99 ,la religion catholique est une instruction pour mendier le ciel1 qu'il serait trop incommode de mriter4 ,les prtres sont les intermdiaires de cette mendicit4--7,m4 #cdi47dj #dj ,que ferai-je toute ma vie8 se disait ,julien au sminaire4 ,je vendrai aux fidles une place dans le ciel4 ,comment cette place leur sera-t-elle rendue visible8 ,par la diffrence de mon extrieur et de celui d'un laque4 ,stendhal 7,rouge et noir74 99 99 99 99 99 ,non content des soucis1 des afflictions et des embarras que lui impose le monde rel1 l'esprit humain se cre encore un monde imaginaire sous forme de mille superstitions diverses4 ,celles-ci l'occupent de toutes faons2 il y consacre le meilleur de son temps et de ses forces1 ds que le monde rel lui accorde un repos qu'il n'est pas capable de goter4 ,on peut constater ce fait l'origine1 chez les peuples qui1 placs sous un ciel doux et sur un sol clment1 ont une existence facile1 tels que les ,hindous1 puis les ,grecs1 les ,romains1 plus tard les ,italiens1 les ,espagnols1 etc4--,l'homme se fabrique des dmons1 des dieux et des saints son image2 ils exigent tout moment des sacrifices1 des prires1 des ornements1 des vux forms et excuts1 des plerinages1 des prosternations1 des tableaux et des parures1 etc4 ,fiction et ralit s'entremlent leur service1 et la fiction obscurcit la ralit2 tout vnement dans la vie est accept comme une manifestation de leur puissance4 ,les entretiens mystiques avec ces divinits remplissent la moiti des jours1 ils soutiennent sans cesse l'esprance2 le charme de l'illusion les rend souvent plus intressants que la frquentation des tres rels4 ,quelle expression et quel symptme de la misre inne de l'homme1 de l'urgent besoin qu'il a de secours et d'assistance1 d'occupation et de passe-temps2 et1 bien qu'il perde des forces utiles et des instants prcieux en vaines prires et en vains sacrifices au lieu de s'aider lui-mme1 quand les dangers imprvus surgissent tout coup1 il ne cesse pourtant de s'occuper et de se distraire dans cet entretien fantastique avec un monde d'esprits qu'il rve2 c'est l l'avantage des superstitions1 avantage qu'il ne faut pas ddaigner4--7,w4 ,i4 #chj47 99 99 99 99 99 ,pour dompter les mes barbares et les dtourner de l'injustice et de la cruaut1 ce n'est pas la vrit qui est utile3 car ils ne peuvent la concevoir2 c'est donc l'erreur1 un conte1 une parabole4 ,de l la ncessit d'enseigner une foi positive4--7,m4 #cdi47 99 99 99 99 99 ,les religions sont ncessaires au peuple1 et sont pour lui un inestimable bienfait4 ,mme lorsqu'elles veulent s'opposer au progrs de l'humanit dans la connaissance de la vrit1 il faut les carter avec tous les gards possibles4 ,mais demander qu'un grand esprit1 un ,gthe1 un ,shakespeare1 accepte avec conviction impliciter1 bona fide et sensu proprio1 les dogmes d'une religion quelconque1 c'est demander qu'un gant chausse le soulier d'un nain4--7,w4 ,,ii4 #ahe47 99 99 99 99 99 ,quand on compare la pratique des fidles l'excellente morale que prche la religion chrtienne et plus ou moins toute religion et que l'on se reprsente ce qu'il adviendrait de cette morale1 si le bras sculier n'empchait pas les crimes1 et ce que nous aurions craindre1 si pour un seul jour on supprimait toutes les lois1 l'on avouera que l'action de toutes les religions sur la moralit est en ralit trs faible4 ,assurment la faute en est la faiblesse de la foi4 ,thoriquement et tant qu'on s'en tient aux mditations pieuses1 chacun se croit ferme dans sa foi4 ,mais l'acte est la dure pierre de touche de toutes nos convictions3 quand on en vient aux actes et qu'il faut prouver sa foi par de grands renoncements et de durs sacrifices1 c'est alors qu'on en voit apparatre toute la faiblesse4 ,lorsqu'un homme mdite srieusement un dlit1 il fait dj une brche la moralit pure4 ,la premire considration qui l'arrte ensuite1 c'est celle de la justice et de la police4 ,s'il passe outre1 esprant s'y soustraire1 le second obstacle qui alors se prsente c'est la question d'honneur4 ,si l'on franchit ces deux remparts1 il y a beaucoup parier qu'aprs avoir triomph de ces deux rsistances puissantes1 un dogme religieux quelconque n'aura pas assez de force pour empcher d'agir4 ,car si un danger prochain1 assur1 n'effraie pas1 comment se laisserait-on tenir en bride par un danger loign et qui ne repose que sur la foi4--7,l4 #bc47 99 99 99 99 99 ,la confession fut une heureuse pense2 car vraiment chacun de nous est un juge moral parfait et comptent1 connaissant exactement le bien et le mal1 et mme un saint1 quand il aime le bien et a horreur du mal4 ,cela est vrai de chacun de nous1 pourvu que l'enqute porte sur les actions d'autrui et non sur les ntres propres1 et qu'il s'agisse seulement d'approuver et de dsapprouver1 et que les autres soient chargs de l'excution4 ,aussi le premier venu peut-il comme confesseur prendre absolument la place de ,dieu4--7,n4 #dcc47 ,,iii ,,pens,,es ,,sur ,,la ,,politique4 ,l'tat n'est que la muselire dont le but est de rendre inoffensif cette bte carnassire1 l'homme1 et de faire en sorte qu'il ait l'aspect d'un herbivore4--7,m4 #cjb47 99 99 99 99 99 ,partout et en tout temps il y a eu beaucoup de mcontentement contre les gouvernements1 les lois et les institutions publiques2 cela vient de ce qu'on est toujours prt les rendre responsables de la misre insparable de l'existence humaine1 car elle a pour origine1 selon le mythe1 la maldiction que reut ,adam et avec lui toute sa race4 ,jamais pourtant cette tendance injuste n'a t exploite d'une manire plus mensongre et plus impudente que par nos dmagogues contemporains4 ,ceux-ci1 en effet1 par haine du christianisme1 se proclament optimistes3 leurs yeux1 le monde n'a point de but en dehors de lui-mme1 et1 par sa nature mme1 il leur semble organis dans la perfection2 un vrai sjour de la flicit4 ,c'est aux seuls gouvernements qu'ils attribuent les misres colossales du monde qui crient contre cette thorie2 il leur semble que si les gouvernements faisaient leur devoir1 le ciel existerait sur la terre1 c'est--dire que tous les hommes pourraient sans peine et sans soucis se gorger1 se soler1 se propager et crever3 car c'est l ce qu'ils entendent quand ils parlent du progrs infini de l'humanit1 dont ils font le but de la vie et du monde1 et qu'ils ne se lassent pas d'annoncer en phrases pompeuses et emphatiques4--7,p4 ,,ii4 #bge47 99 99 99 99 99 ,le roi1 au lieu du ,nous par la grce de ,dieu pourrait dire plus justement3 ,nous de deux maux le moindre4 ,car sans roi les choses ne sauraient aller1 il est la clef de vote de l'difice qui sans lui s'croulerait4--7,m4 #aih47 99 99 99 99 99 ,l'organisation de la socit humaine oscille comme un pendule entre deux extrmes1 deux ples1 deux maux opposs3 le despotisme et l'anarchie4 ,plus elle s'loigne de l'un1 plus elle se rapproche de l'autre4 ,la pense vous vient alors que le juste milieu serait le point convenable3 quelle erreur6 ,ces deux maux ne sont pas galement mauvais et dangereux2 le premier est infiniment moins craindre3 d'abord les coups du despotisme n'existent qu' l'tat de possibilit1 et quand ils se produisent en actes1 ils n'atteignent qu'un homme entre des millions d'hommes4 ,quant l'anarchie1 possibilit et ralit sont insparables3 ses coups atteignent chaque citoyen et cela chaque jour4 ,aussi toute constitution doit se rapprocher beaucoup plus du despotisme que de l'anarchie3 elle doit mme contenir une lgre possibilit de despotisme4--7,n4 #cha47 99 99 99 99 99 ,rois et domestiques ne sont dsigns que par leurs petits noms1 voil les deux extrmes de la socit4--7,n4 #chc47 99 99 99 99 99 ,les rpubliques sont en gnral faciles tablir1 mais difficiles maintenir3 pour les monarchies1 c'est juste le contraire4 7,p4 ,,ii4 #bgc47 99 99 99 99 99 ,voulez-vous des plans utopiques3 la seule solution du problme politique et social serait le despotisme des sages et des nobles d'une aristocratie pure et vraie1 obtenue au moyen de la gnration par l'union des hommes aux sentiments les plus gnreux avec les femmes les plus intelligentes et les plus fines4 ,cette proposition est mon utopie et ma rpublique de ,platon#da4--7,p4 ,,ii4 #bgc74 #da ,m4 ,renan expose une ide analogue dans ses ,dialogues philosophiques4 99 99 99 99 99 ,la race humaine est une fois pour toutes et par nature voue la misre et la ruine2 quand bien mme par le secours de l'tat et de l'histoire on pourrait remdier l'injustice et la misre au point que la terre devienne une sorte de pays de cocagne1 les hommes en viendraient s'entre-quereller par ennui et tomberaient les uns sur les autres1 ou bien l'excs de la population amnerait la famine et celle-ci les dtruirait4--7,m4 #cjb47 99 99 99 99 99 ,il est extrmement rare qu'un homme voie toute son effroyable malice dans le miroir de ses actions4 ,ou bien croyez-vous vraiment que ,robespierre1 ,bonaparte1 l'empereur du ,maroc1 les assassins que vous voyez sur la roue1 soient seuls si mauvais entre tous8 ,ne voyez-vous pas que beaucoup en feraient autant1 si seulement ils le pouvaient8--7,m4 #cjc47 99 99 99 99 99 ,bonaparte n'est pas proprement parler plus mchant que beaucoup d'hommes1 pour ne pas dire que la plupart des hommes4 ,il n'a que l'gosme tout fait commun qui consiste chercher son bien aux dpens des autres4 ,ce qui le distingue1 c'est uniquement une plus grande force pour satisfaire cette volont1 une plus grande intelligence1 une plus grande raison1 un plus grand courage2 et le hasard lui donnait en outre un champ favorable4 ,grce toutes ces conditions runies il fit pour son gosme ce que mille autres aimeraient bien faire1 mais ne peuvent faire4 ,tout mchant gamin qui1 par sa malice1 se procure un mince avantage au dtriment de ses camarades1 si faible que soit le dommage qu'il cause1 est aussi mauvais que ,bonaparte4 7,m4 #cja47 99 99 99 99 99 ,l'homme est au fond une bte sauvage1 une bte froce4 ,nous ne le connaissons que dompt1 apprivois en cet tat qui s'appelle civilisation3 aussi reculons-nous d'effroi devant les explosions accidentelles de sa nature4 ,que les verrous et les chanes de l'ordre lgal tombent n'importe comment1 que l'anarchie clate1 c'est alors qu'on voit ce qu'est l'homme4--7,l4 #aci47 99 99 99 99 99 ,l'exagration en tout genre est aussi essentielle au journalisme qu' l'art dramatique3 car il s'agit de tirer de chaque vnement le plus grand parti possible4 ,aussi tous les journalistes sont alarmistes de profession3 c'est leur manire de se rendre intressants4 ,par l ils ressemblent aux roquets1 qui1 ds que le moindre mouvement se produit1 aboient aussitt tout rompre4 ,il faut rgler l dessus l'attention que l'on prte leur trompette d'alarme afin qu'ils ne vous troublent pas la digestion4--7,l4 #acg47 ,,iv ,,pens,,es ,,sur ,l',,homme ,,et ,,la ,,soci,t4 ,les choses se passent dans le monde comme dans les drames de ,gozzi o les mmes personnes paraissent toujours1 avec les mmes intentions et le mme sort2 les motifs et les vnements diffrent assurment dans chaque pice1 mais l'esprit des vnements est le mme1 les personnages d'une pice ne savent rien non plus de ce qui s'est pass dans l'autre1 o ils taient pourtant acteurs3 aussi aprs toutes les expriences des pices prcdentes1 ,pantalone n'est devenu ni plus adroit ni plus gnreux1 ni ,tartaglia plus honnte1 ni ,brighella plus courageux1 ni ,colombine plus vertueuse4--7,w4 ,i4 #bae47 99 99 99 99 99 ,notre monde civilis n'est qu'une grande mascarade4 ,on y rencontre des chevaliers1 des moines1 des soldats1 des docteurs1 des avocats1 des prtres1 des philosophes1 et que ne rencontre-t-on pas encore8 ,mais ils ne sont pas ce qu'ils reprsentent3 ce sont de simples masques sous lesquels se cachent la plupart du temps des spculateurs d'argent 7moneymakers47 ,tel prend aussi le masque de la justice et du droit avec le secours d'un avocat1 pour mieux frapper son semblable2 tel autre1 dans le mme but1 a choisi le masque du bien public et du patriotisme2 un troisime celui de la religion1 de la foi immacule4 ,pour toutes sortes de buts secrets1 plus d'un s'est cach sous le masque de la philosophie1 comme aussi de la philanthrophie1 etc4 ,les femmes ont moins de choix3 elles se servent la plupart du temps du masque de la vertu1 de la pudeur1 de la simplicit1 de la modestie4 ,il y aussi des masques gnraux1 sans caractre spcial1 comme les dominos au bal masqu1 et que l'on rencontre partout3 ceux-l nous figurent l'honntet rigide1 la politesse1 la sympathie sincre et l'amiti grimaante4 ,la plupart du temps1 il n'y a1 comme je l'ai dit1 que de purs industriels1 commerants1 spculateurs1 sous tous ces masques4 ,a ce point de vue la seule classe honnte est celle des marchands1 car seuls ils se donnent pour ce qu'ils sont1 et se promnent visage dcouvert3 aussi les a-t-on mis au bas de l'chelle4--7,p4 ,,ii4 #bbf47 99 99 99 99 99 ,le mdecin voit l'homme dans toute sa faiblesse2 le juriste le voit dans toute sa mchancet2 le thologien1 dans toute sa btise4--7,p4 ,,ii4 #fci47 99 99 99 99 99 ,de mme qu'il suffit d'une feuille un botaniste pour reconnatre toute la plante1 de mme qu'un seul os suffisait ,cuvier pour reconstruire tout l'animal1 ainsi une seule action caractristique de la part d'un homme peut permettre d'arriver une connaissance exacte de son caractre1 et par consquent de le reconstituer en une certaine mesure1 quand bien mme il s'agirait d'une chose insignifiante2 l'occasion n'en est que plus favorable3 car dans les affaires plus importantes1 les hommes sont sur leur garde1 dans les petites choses1 au contraire1 ils suivent leur nature sans y songer beaucoup4 ,si quelqu'un1 propos d'une vtille1 montre par sa conduite absolument goste1 sans les moindres gards pour autrui1 que le sentiment de justice est tranger son cur1 il ne faut pas lui confier un centime1 sans prendre les srets suffisantes444 ,d'aprs le mme principe1 il faut briser immdiatement avec ces gens qui s'appellent les bons amis1 mme pour les moindres choses1 quand ils trahissent un caractre mchant1 faux ou vulgaire1 afin de prvenir par l les mauvais tours qu'ils pourraient vous jouer dans des affaires graves4 ,j'en dirais autant des domestiques3 plutt seul qu'au milieu de tratres4--7,l4 #aea47 99 99 99 99 99 ,laisser paratre de la colre ou de la haine dans ses paroles ou sur son visage1 cela est inutile1 dangereux1 imprudent1 ridicule1 commun4 ,on ne doit trahir sa colre ou sa haine que par des actes4 ,les animaux sang froid sont les seuls qui aient du venin4--7,p4 ,i4 #dig47 99 99 99 99 99 ,politesse est prudence2 impolitesse une stupidit3 se faire des ennemis aussi inutilement et de gat de cur1 c'est du dlire1 comme lorsque l'on met le feu sa maison4 ,car la politesse est comme les jetons1 une monnaie notoirement fausse2 tre conome de cette monnaie1 c'est un manque d'esprit2 en tre prodigue au contraire1 c'est faire preuve de bon sens4--7,l4 #bag47 99 99 99 99 99 ,notre confiance envers les autres n'a trs souvent d'autres causes que la paresse1 l'gosme et la vanit3 la paresse quand l'ennui de rflchir1 de veiller1 d'agir1 nous porte nous confier un autre2 l'gosme1 quand le besoin de parler de nos affaires nous excite lui faire des confidences2 la vanit quand nous avons quelque chose d'avantageux dire sur notre compte4 ,nous n'exigeons pas moins qu'on nous fasse honneur de notre confiance4--7,p4 ,i4 #dia47 99 99 99 99 99 ,il est prudent de faire sentir de temps en temps aux gens1 hommes et femmes1 que l'on peut fort bien se passer d'eux3 cela fortifie l'amiti2 et mme prs de la plupart des hommes1 il n'est pas mauvais de glisser de temps en temps dans la conversation une nuance de ddain leur gard2 ils font d'autant plus de cas de notre amiti3 chi non istima vien stimato1 qui n'estime pas est estim1 dit un proverbe italien4 ,si quelqu'un a beaucoup de valeur relle nos yeux1 il faut le lui cacher comme si c'tait un crime4 ,voil qui n'est pas prcisment rjouissant2 mais il en est ainsi4 ,c'est peine si les chiens supportent la grande amiti3 bien moins encore les hommes4--7,p4 ,i4 #dhj47 99 99 99 99 99 ,les amis se disent sincres2 ce sont les ennemis qui le sont3 aussi devrait-on prendre leur critique comme une mdecine amre1 et apprendre par eux se mieux connatre4--7,p4 ,i4 #dhi74 99 99 99 99 99 ,il peut arriver que nous regrettions la mort de nos ennemis et de nos adversaires1 mme aprs nombre d'annes1 presque autant que celle de nos amis1--c'est quand nous trouvons qu'ils nous manquent pour tre tmoins de nos clatants succs4--7,p4 ,,ii4 #fba47 99 99 99 99 99 ,rien ne trahit plus l'ignorance des hommes que si l'on allgue comme une preuve des mrites et de la valeur d'un homme qu'il a beaucoup d'amis3 comme si les hommes accordaient leur amiti d'aprs la valeur et le mrite6 comme s'ils n'taient pas au contraire semblables aux chiens qui aiment celui qui les caresse ou leur donne des os1 sans plus s'occuper d'eux au del6--,celui qui s'entend le mieux les caresser1 fussent-ils les btes les plus vilaines1 celui-l a beaucoup d'amis4--7,m4 #beg47 99 99 99 99 99 ,ni aimer1 ni har1 c'est la moiti de la sagesse humaine3 ne rien dire et ne rien croire l'autre moiti4 ,mais avec quel plaisir on tourne le dos un monde qui exige une pareille sagesse4--7,p4 ,i4 #dif47 99 99 99 99 99 ,la diffrence entre la vanit et l'orgueil1 c'est que l'orgueil est une conviction bien arrte de notre supriorit en toutes choses2 la vanit au contraire est le dsir d'veiller chez les autres cette persuasion1 avec une secrte esprance de se laisser la longue convaincre soi-mme4 ,l'orgueil a donc son origine dans une conviction intrieure et directe que l'on a de sa haute valeur2 au contraire1 la vanit cherche un appui dans l'opinion du dehors pour arriver l'estime de soi-mme4 ,la vanit rend bavard1 l'orgueil rend silencieux4 ,mais l'homme vain devrait savoir que la haute opinion des autres1 objet de ses efforts1 s'obtient beaucoup plus aisment par un silence continu que par la parole1 quand mme on aurait les plus belles choses dire4--,n'est pas orgueilleux qui veut1 tout au plus peut-on simuler l'orgueil1 mais comme tout rle de convention1 ce rle-l ne pourra tre soutenu jusqu'au bout4 ,car il n'y a que la conviction ferme1 profonde1 inbranlable que l'on a de possder des qualits suprieures et exceptionnelles1 qui rende rellement orgueilleux4 ,cette conviction a beau tre errone1 ou bien encore ne reposer que sur des avantages extrieurs et de convention1 cela ne nuit en rien l'orgueil1 si elle est srieuse et sincre4 ,car l'orgueil a ses racines dans notre conviction1 et il ne dpend pas1 non plus que toute autre connaissance1 de notre bon plaisir4 ,son pire ennemi1 j'entends son plus grand obstacle1 est la vanit qui ne brigue les applaudissements d'autrui que pour difier une haute opinion de soi-mme1 tandis que l'orgueil fait supposer que ce sentiment est dj entirement affermi en nous4 ,bien des gens blment et critiquent l'orgueil2 ceux-l sans doute n'ont rien en eux-mmes qui puisse les rendre fiers4--7,p4 ,i4 #cgi47 99 99 99 99 99 ,la nature est ce qu'il y a de plus aristocratique au monde3 toute diffrence que le rang ou la richesse en ,europe1 les castes dans l',inde tablissent entre les hommes1 est petite en comparaison de la distance qu'au point de vue moral et intellectuel la nature a irrvocablement fixe2 et1 dans l'aristocratie de la nature comme dans les autres aristocraties1 il y a dix mille plbiens pour un noble et des millions pour un prince2 la grande foule c'est le tas1 plebs1 mob1 rabble1 la canaille4 ,c'est pourquoi1 soit dit en passant1 les patriciens et les nobles de la nature devraient aussi peu que ceux des tats se mler la populace1 mais vivre d'autant plus spars et inabordables qu'ils sont plus levs4--7,n4 #chb47 99 99 99 99 99 ,la tolrance que l'on remarque et que l'on loue souvent chez les grands hommes1 n'est toujours que le rsultat du plus grand mpris pour les autres hommes3 lorsqu'un grand esprit est tout fait pntr de ce mpris1 il cesse de considrer les hommes comme ses semblables1 et d'exiger d'eux ce qu'on exige de ses semblables4 ,il est alors aussi tolrant envers eux qu'envers tous les autres animaux1 auxquels nous n'avons pas reprocher leur draison et leur bestialit4--7,n4 #cei47 99 99 99 99 99 ,c'est la maldiction de l'homme de gnie que1 dans la mesure mme o il semble aux autres grand et admirable1 ceux-ci lui paraissent leur tour petits et pitoyables4 ,il lui faut pendant toute sa vie rprimer cette opinion1 comme les autres rpriment la leur4 ,cependant il est condamn vivre dans une le dserte1 o il ne rencontre personne de semblable lui1 et qui n'a d'autres habitants que des singes et des perroquets4 ,et toujours il est victime de cette illusion1 qui lui fait prendre de loin un singe pour un homme4--7,n4 #cei47 ,v ,l',,homme ,,et ,l',,animal4 ,la volont dans l'homme a exactement le mme but que la volont dans la bte3 se nourrir et se reproduire4 ,mais que de prparatifs compliqus et artificiels de la part de l'homme1 quels stratagmes pour arriver aux mmes fins1 que d'intelligence1 de rflexion1 de finesse1 d'abstraction l'on applique mme dans les affaires journalires de la vie commune4 ,et pourtant le but poursuivi et atteint n'est autre que celui de l'animal4 ,c'est comme si l'on offrait le mme vin tantt dans un vase de terre1 tantt dans une coupe travaille avec art3 le vin reste le mme1 de mme que la lame de l'pe reste la mme1 que la poigne soit en or ou en cuivre4--7,m4 #ceb47 99 99 99 99 99 ,autant la bte est plus nave que l'homme1 autant la plante est plus nave que la bte4 ,dans la bte nous voyons la volont de vivre pour ainsi dire plus nue que dans l'homme qui cache ses instincts sous son intelligence1 et qui a tant de moyens de dissimulation que sa vritable nature n'apparat gure qu'accidentellement et par endroits4 ,cette volont se montre tout fait nue1 mais beaucoup plus faible dans la plante1 comme une pure impulsion aveugle vers l'existence1 sans but ni fin4 ,la plante manifeste tout son tre au premier regard1 et1 avec une innocence parfaite1 expose indiffremment tous les yeux au point le plus lev de sa tige les organes de la gnration1 qui chez toutes les btes sont placs l'endroit le plus secret4 ,cette innocence des plantes tient leur dfaut de connaissance3 ce n'est pas dans le vouloir1 mais dans le vouloir avec connaissance que rside la faute4--7,l4 #dc47 99 99 99 99 99 ,toutes les fois qu'un homme meurt1 c'est un monde qui disparat1 le monde qu'il portait dans sa tte2 plus la tte est intelligente1 plus ce monde est distinct1 clair1 important1 et vaste3 d'autant plus affreuse est sa disparition4 ,avec l'animal c'est une misrable rhapsodie ou une esquisse d'un monde qui disparat4--7,n4 #dab47 99 99 99 99 99 ,l'homme est une mdaille qui porte d'un ct cette inscription moins que rien1 et de l'autre1 tout dans tout4--7,n4 #daa47 99 99 99 99 99 ,la profonde douleur que nous prouvons la mort de tout tre ami nat de ce sentiment que dans tout individu il y a quelque chose d'inexprimable1 qui n'est qu' lui1 quelque chose d'irrparable4 ,omne individuum ineffabile4 ,c'est mme le cas de la personnalit des btes4 ,on le sentira1 si l'on a bless mort sans le vouloir une bte que l'on aime1 et reu le regard d'adieu qu'elle vous adresse2 c'est une douleur dchirante4--7,p4 ,,ii4 #fba47 99 99 99 99 99 ,le chien1 l'unique ami de l'homme1 a un privilge sur tous les autres animaux1 un trait qui le caractrise1 c'est ce mouvement de queue si bienveillant1 si expressif et si profondment honnte4 ,quel contraste en faveur de cette manire de saluer que lui a donne la nature1 quand on la compare aux courbettes et aux affreuses grimaces que les hommes changent en signe de politesse3 cette assurance de tendre amiti et de dvouement de la part du chien est mille fois plus sre1 au moins pour le prsent4--7,l4 #ec47 ,ce qui me rend si agrable la socit de mon chien1 c'est la transparence de son tre4 ,mon chien est transparent comme un verre4--7,m4 #adj47 ,s'il n'y avait pas de chiens1 je n'aimerais pas vivre4--7,m4 #agj47 99 99 99 99 99 ,la piti1 principe de toute moralit1 prend aussi les btes sous sa protection1 tandis que dans les autres systmes de morale europenne1 on a envers elles si peu de responsabilit et d'gards4 ,la prtendue absence de droits des animaux1 le prjug que notre conduite envers eux n'a pas d'importance morale1 qu'il n'y a pas comme on dit de devoirs envers les btes1 c'est l justement une grossiret rvoltante1 une barbarie de l'occident1 dont la source est dans le judasme444 ,il faut leur rappeler1 ces contempteurs des btes1 ces occidentaux judass que1 de mme qu'ils ont t allaits par leur mre1 de mme aussi le chien l'a t par la sienne4 ,la piti envers les btes est si troitement unie la bont du caractre1 que l'on peut affirmer de confiance que celui qui est cruel envers les btes ne peut tre un homme bon4--7,l4 #afi47 99 99 99 99 99 ,la bont du cur consiste dans une piti profonde universelle pour tout ce qui a vie2 mais tout d'abord pour l'homme1 parce qu' mesure que l'intelligence s'accrot1 la capacit de souffrir augmente dans la mme proportion4--7,l4 #aga47 99 99 99 99 99 ,je dois l'avouer sincrement3 la vue de tout animal me rjouit aussitt et m'panouit le cur2 surtout la vue des chiens et puis de tous les animaux en libert1 des oiseaux1 des insectes1 etc4 ,au contraire1 la vue des hommes excite presque toujours en moi une aversion prononce2 car ils m'offrent peu d'exceptions prs le spectacle des difformits les plus affreuses et les plus varies3 laideur physique1 expression morale de passions basses et d'ambition mprisable1 symptmes de folie et de perversits de toutes sortes et de toutes grandeurs2 enfin une corruption sordide1 fruit et rsultat d'habitudes dgradantes2 aussi je me dtourne d'eux et je fuis vers la nature1 heureux d'y rencontrer les btes4--7,n4 #dea47 ,,vi ,,caract,,res ,,des ,,diff,,rents ,,peuples4 ,le trait dominant dans le caractre national des ,italiens1 c'est une impudence absolue4 ,elle consiste en ce que d'une part1 l'on ne se considre comme trop mauvais pour rien1 c'est--dire qu'on est arrogant et effront2 d'autre part qu'on ne se considre comme trop bon pour rien1 c'est--dire qu'on est vil et bas4 ,quiconque1 au contraire1 a de la pudeur est pour certaines choses trop timide1 pour d'autres trop fier4 ,l',italien n'est ni l'un ni l'autre1 mais d'aprs les circonstances tour tour poltron ou insolent4--7,m4 #cdi47 99 99 99 99 99 ,le caractre propre de l',amricain du ,nord1 c'est la vulgarit sous toutes les formes3 morale1 intellectuelle1 esthtique et sociale2 et non pas seulement dans la vie prive1 mais aussi dans la vie publique3 elle n'abandonne pas le ,yankee1 qu'il s'y prenne comme il voudra4 ,il peut dire d'elle ce que ,cicron dit de la science3 nobiscum peregrinatur1 etc4 ,c'est cette vulgarit qui l'oppose si absolument l',anglais#db3 celui-ci1 au contraire1 s'efforce toujours d'tre noble en toutes choses2 et c'est pour cela que les ,yankees lui semblent si ridicules et si antipathiques4 ,ils sont proprement parler les plbiens du monde entier4 ,cela peut tenir en partie la constitution rpublicaine de leur tat1 en partie ce qu'ils tirent leur origine d'une colonie pnitentiaire1 ou qu'ils descendent de certaines gens qui avaient des raisons de fuir l',europe2 le climat peut y tre pour quelque chose4--7,n4 #che47 #db ,schopenhauer reprochait aux ,anglais leur infme bigoterie qui1 disait-il a dgrad la plus intelligente et peut-tre la premire nation de l',europe1 au point qu'il serait temps d'envoyer en ,angleterre1 contre les ,rvrends1 des missionnaires de la ,raison1 avec les crits de ,strauss dans une main1 et la ,critique de ,kant dans l'autre4 7,ribot1 ,schopenhauer1 p4 #c47--;,il traite les ,rvrends d'imposteurs1 d'hypocrites et d'hommes d'argent1 qui dvorent chaque anne #c1ejj1jjj livres sterling 7#hg1ejj1jjj francs74 7,gwinner1 p4 #bd47 99 99 99 99 99 ,les autres parties du monde ont des singes2 l',europe a des ,franais4 ,cela se compense4--7,n4 #chf47 99 99 99 99 99 ,on a reproch aux ,allemands d'imiter tantt les ,franais1 tantt les ,anglais2 mais c'est justement ce qu'ils peuvent faire de plus fin1 car1 rduits leurs propres ressources1 ils n'ont rien de sens vous offrir4--7,n4 #chg47 99 99 99 99 99 ,lichtenberg compte plus de cent expressions allemandes pour exprimer l'ivresse2 quoi d'tonnant1 les ,allemands n'ont-ils pas t1 depuis les temps les plus reculs1 fameux pour leur ivrognerie4 ,mais ce qui est extraordinaire1 c'est que dans la langue de la nation allemande1 renomme entre toutes pour son honntet1 on trouve plus que dans toute autre langue des expressions pour exprimer la tromperie et la plupart du temps elles ont un air de triomphe1 peut-tre parce que l'on considre la chose comme trs difficile4--7,n4 #chf47 99 99 99 99 99 ,en prvoyance de ma mort1 je fais cette confession que je mprise la nation allemande cause de sa btise infinie1 et que je rougis de lui appartenir4--7,m4 #cii47 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages ,prface4--,vie et opinions d',arthur ,schopenhauer #e ,,pens,,es1 ,,maximes ,,et ,,fragments4 ,i4--,douleurs du ,monde4 ,douleurs du monde #cj ,misres de la vie #dg ,rsignation1 renoncement1 asctisme et dlivrance #ef ,,ii4--,l',amour1 les ,femmes et le ,mariage4 ,mtaphysique de l'amour #ga ,essai sur les femmes #aah ,,iii4--,penses diverses4 ,l'art1 le style1 la littrature #acg ,penses sur la religion #adc ,penses sur la politique #adi ,l'homme et la socit #aec ,l'homme et l'animal #afj ,caractres des diffrents peuples #afd ,clichy4--,impr4 ,paul ,dupont1 rue du ,bac-d',asnires1 #ab4 7#hgi4 #ab-gi47