,,les ,,tudes ,c,o,n,t,e,m,p,o,r,at,n,e,s ,le ,culte de l',incomptence par ,,mile ,,faguet ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,,paris ,,bernard ,,grasset ,,diteur #g1 ,rue ,corneille1 #g #aiaj ,,les ,,tudes ,,contemporaines ,sous ce titre paratra une srie d'tudes critiques et documentaires sur ce temps4 ,par son caractre1 cette collection ne ressemble aucune de celles qui1 sous des appellations analogues1 ont paru jusqu' ce jour4 ,elle se propose d'apporter la connaissance de l'poque contemporaine une contribution mthodique1 et de susciter au profit des ides et des individus du prsent la mme curiosit historique qu'on applique aux choses du pass4 ,reconnatre dans la socit franaise d'aujourd'hui un certain nombre de tendances essentielles et de courants1 dont on s'efforce de dterminer l'origine1 la direction et les effets2 retrouver travers les diverses manifestations littraires1 scientifiques1 artistiques1 sociales1 les traits pars d'une physionomie caractristique1 qui est celle de notre temps2 discerner de la foule les individus d'lite qui la dominent et lui imposent ses ides1 ses gots1 ses modes2 observer les institutions dans leurs influence sur les murs et l'esprit public2 analyser les mentalits collectives et anonymes qui constituent ce que l'on appelle proprement les milieux1 tel est son but4 ,une synthse de ce genre ncessite la collaboration d'un grand nombre de spcialistes1 travaillant sous une direction et sous une pense communes4 ,par la varit des sujets qui y seront traits1 par l'esprit d'impartialit critique1 soucieux de comprendre plutt que de juger1 qui restera le sien1 par la solidit et l'abondance de sa documentation1 la collection des tudes ,contemporaines est destine constituer un rpertoire universel de la socit1 des lettres1 des sciences et des arts en ,france au dbut du ,x,xe ,sicle4 7,note de l'diteur47 ,,le ,,culte ,,de ,l',,incomp,,tence ,i ,,principes ,,des ,r,,gimes ,on s'est toujours demand quel est le principe des diffrents gouvernements1 chacun devant avoir le sien2 c'est--dire quelle est l'ide gnrale inspiratrice de chaque rgime politique8 ,par exemple ,montesquieu prouvait que le principe do la monarchie est l'honneur1 que le principe du despotisme est la terreur et que le principe de la ,rpublique est la vertu1 c'est--dire le patriotisme1 et il ajoutait avec beaucoup de raison1 que les gouvernements dclinent et tombent par l'excs ou par l'abandon de leur principe4 ,et cela est vrai1 quoique paradoxal4 ,on ne voit pas1 au premier abord1 comment le despotisme peut tomber pour ceci qu'il inspire trop de terreur1 la monarchie tempre pour ceci qu'elle dveloppe trop le sentiment de l'honneur et la ,rpublique pour ceci qu'elle a trop de vertu4 ,c'est pourtant trs vrai4 ,a abuser de la terreur on l'puise2 et c'est le cas de citer le mot excellent d',edgar ,quinet3 ,quand on veut faire de la terreur1 il faut tre sr qu'on en pourra faire toujours4--,il ne saurait y avoir trop d'honneur2 mais quand1 ne faisant appel qu' ce sentiment1 on multiplie les dignits1 les distinctions1 les panaches1 les galons1 les honneurs1 comme on ne peut pas les multiplier indfiniment1 on a contre soi et ceux qui n'en ont pas1 et ceux qui1 en ayant1 ne trouvent jamais en avoir assez4 ,et enfin il est bien incontestable qu'on ne peut avoir trop de vertu1 particulirement trop de patriotisme1 et c'est bien ici que les gouvernements tombent bien plutt par l'abandon que par l'excs de leur principe4 ,cependant n'est-il pas vrai qu' demander trop de dvouement au pays on finit par outrepasser les forces humaines et par lasser les vertus les plus prodigues d'elles-mmes8 ,c'est ce qui est arriv ,napolon1 qui1 peut-tre sans absolument le vouloir1 a trop demand la ,france pour l'dification de la ,france plus grande4 --,mais ce n'tait pas une ,rpublique6 --,au point de vue des sacrifices demands au citoyen pour sa patrie1 c'tait une ,rpublique analogue la ,rpublique romaine et la ,rpublique franaise de #agib2 c'tait3 tout pour la gloire du pays2 c'tait de l'hrosme encore1 de l'hrosme toujours6 ,a trop demander la vertu civique1 on l'puise4 ,il est donc trs vrai que les gouvernements ne se ruinent pas moins par l'excs de leur principe que par l'abandon de leur principe4 ,montesquieu avait sans doute puis cette pense gnrale dans ,aristote qui dit1 non sans humour3 ,ceux qui s'imaginent avoir trouv la base d'un gouvernement poussent les consquences de ce principe l'extrme3 ils ignorent que si le nez1 tout en s'cartant de la ligne droite1 qui est la plus belle1 pour devenir aquilin ou retrouss1 conserve encore une partie de sa beaut1 cependant si l'on poussait cette dviation l'excs1 on terait cette partie de la personne la juste mesure qu'elle doit avoir1 sans compter qu'en un certain cas on pourrait arriver ce rsultat qu'il n'y aurait plus de nez du tout4 ,cette comparaison s'applique tous les gouvernements4 99 99 99 99 99 ,partant de ces ides gnrales1 je me suis souvent demand quel est le principe des dmocrates pour ce qui est de leur gouvernement intrieur et il ne m'a pas fallu de trs grands efforts pour apercevoir que c'est le culte de l'incomptence4 ,considrez une maison de commerce ou d'industrie bien ordonne et qui prospre4 ,chacun y fait ce qu'il a appris faire et ce qu'il est le plus capable de faire bien2 l'ouvrier ici1 le comptable l1 l'administrateur plus loin1 le prpos aux relations extrieures sa place4 ,il ne viendrait pas l'ide de dire au comptable d'aller faire une tourne de commis-voyageur et de le remplacer pendant ce temps-l1 soit par le commis-voyageur lui-mme1 soit par un contrematre1 soit par un mcanicien4 ,considrez les animaux2 plus ils s'lvent dans l'chelle des tres organiss1 plus la division du travail physiologique est grande et plus la spcialisation des organes est prcise4 ,tel organe pense1 tel organe agit1 tel organe digre1 tel organe respire1 etc4 ,y a-t-il des animaux qui n'ont qu'un organe1 ou plutt qui ne sont qu'un seul organe respirant1 apprhendant1 digrant1 le tout la fois8 ,oui bien4 ,on cite l'amibe4 ,seulement l'amibe est au plus bas degr de l'animalit et trs infrieure mme un vgtal4 ,de mme1 sans doute1 une socit bien faite est une socit o chaque organe a sa fonction bien prcise et c'est--dire o ceux qui ont appris administrer administrent1 o ceux qui ont appris la lgislation font les lois ou rparent celles qui sont faites1 o ceux qui ont appris la jurisprudence jugent et o l'on ne confie pas les fonctions de facteur rural un paralytique4 ,la socit doit procder en prenant son modle sur la nature4 ,or la nature procde chez les tres bien faits par spcialisation des organes2 elle ne procde pas mesquinement1 dit ,aristote1 comme les couteliers de ,delphes1 dont les couteaux servent plusieurs usages2 elle procde pice par pice et le plus parfait de ses instruments n'est pas celui qui sert plusieurs travaux1 mais un seul4--,a ,carthage1 dit-il encore1 c'est un honneur de cumuler plusieurs emplois2 cependant un homme ne fait trs bien qu'une seule chose2 le lgislateur doit prvenir cet inconvnient et ne pas permettre au mme individu de faire des souliers et de jouer de la flte4--,une socit bien faite est celle encore o l'on ne confie pas toutes les fonctions tout le monde1 o l'on ne dit pas la masse elle-mme1 tout le corps social3 ,vous gouvernerez1 vous administrerez1 vous ferez les lois1 etc4 ,une socit o les choses seraient ainsi1 serait la socit-amibe4 ,une socit est d'autant plus leve dans l'chelle des socits humaines que le travail social y est plus divis1 que la spcialisation des organes y est plus prcise1 que les fonctions y sont plus exactement donnes en raison de la comptence4 99 99 99 99 99 ,or les dmocraties ont au moins une forte tendance n'tre pas de cet avis et tre de l'avis contraire4 ,il existait ,athnes un grand tribunal qui tait compos d'hommes levs connatre les lois1 qui les connaissaient et qui les appliquaient avec prcision4 ,le peuple ne pouvait pas le souffrir et mit tout son effort prolong le dtruire et le remplacer par le peuple mme4 ,le raisonnement tait le suivant3 ,je puis bien appliquer les lois1 puisque je les fais4 ,la conclusion tait juste4 ,c'est la mineure qui tait contestable4 ,on pouvait rpondre3 ,vous pouvez appliquer les lois puisque vous les faites1 mais vous avez peut-tre tort de les faire4 ,tant y a qu'il se mit les appliquer4 ,bien plus1 il se fit payer pour cela4 ,il en rsulta que ce furent les citoyens les plus pauvres qui jugrent cur de journe1 les autres ne voulant pas perdre leur jour tout entier pour six drachmes4 ,ce tribunal plbien jugea trs longtemps4 ,son arrt le plus clbre est la condamnation mort de ,socrate4 ,elle fut peut-tre regrette4 ,mais le principe tait sauv3 la souverainet de l'incomptence4 ,les dmocraties modernes semblent bien avoir le mme principe4 ,elles sont essentiellement amibiennes4 ,une dmocratie dj clbre a eu l'volution suivante4 ,elle commena par cette ide3 un roi et le peuple1 royaut dmocratique1 dmocratie royale4 ,le peuple fait la loi1 le roi excute la loi2 le peuple lgifre1 le roi gouverne1 mme avec une certaine influence sur la loi1 car il peut suspendre l'excution d'une loi nouvelle qu'il jugerait de nature l'empcher de gouverner4 ,il y avait l encore une manire de spcialisation des fonctions4 ,ce n'tait pas le mme personnage1 individuel ou collectif1 qui lgifrait et qui gouvernait4 ,cela ne dura pas longtemps4 ,le roi fut supprim4 ,resta la dmocratie4 ,mais un certain respect de la comptence subsista4 ,le peuple1 la masse1 tout le monde ne s'attribua pas le droit de gouverner directement ni de lgifrer directement4 ,il ne s'attribua mme pas le droit de nommer directement les lgislateurs4 ,il nommait les lgislateurs par lection deux degrs2 il nommait des lecteurs qui nommaient les lgifrants1 c'est--dire qu'il laissait au-dessus de lui deux aristocraties1 celle des lecteurs et1 par del celle des lecteurs1 celle des lus4 ,il tait bien loin de la dmocratie athnienne faisant exactement tout elle-mme1 sur la ,pnyx4 ,ce n'tait pas dire qu'il et prcisment le souci de la comptence4 ,les lecteurs qu'il nommait n'taient dsigns par aucune comptence comme habiles nommer des lgislateurs2 les lus que nommaient les lecteurs n'taient dsigns par aucune comptence pour tre des lgifrants4 ,mais cependant c'taient l deux pseudo-comptences1 deux comptences supposes4 ,la foule1 ou plutt la constitution supposait que des lgislateurs nomms par des dlgus de la foule taient plus comptents pour faire des lois que la foule elle-mme4 ,cette comptence un peu bizarre est ce que j'appelle la comptence par collation4 ,rien ne m'indique que tel citoyen ait la moindre comptence lgislatrice1 c'est--dire juridique1 rien2 mais cette comptence je la lui confre par la confiance que j'ai en lui et que je manifeste que j'ai en lui en le nommant2 ou je la confie des gens que je nomme pour le nommer et qui la lui confreront en le nommant4 ,la comptence par collation n'a certainement pas le sens commun2 mais elle a pour elle quelques apparences et mme un peu plus que des apparences4 ,elle n'a pas le sens commun1 puisqu'elle est une cration ex nihilo1 puisque c'est l'incomptent tirant de lui le comptent et zro faisant sortir de soi un4 ,la collation est assez lgitime1 encore que je ne l'aime nulle part1 partant d'un corps comptent4 ,a un savant qui n'est pas bachelier une universit confre les grades de bachelier1 de licenci et de docteur pour se l'adjoindre2 elle y est habile puisqu'elle est capable de savoir si c'est par la seule faute des circonstances que ce savant n'a aucun titre officiel4 ,mais que tous les non-bacheliers confrent quelqu'un le grade de docteur s-sciences mathmatiques1 cela peut paratre paradoxal et du reste trs humoristique4 ,la comptence par collation des incomptents n'a certainement pas le sens commun4 ,elle a cependant encore pour elle quelques apparences et un peu plus que des apparences4 ,remarquez que le grade de docteur s-sciences littraires1 que le grade de docteur s-sciences dramatiques sont confrs1 sont donns par collation par des incomptents1 c'est--dire par le public4 ,on peut dire au public3 ,vous ne connaissez rien en choses littraires1 en choses dramatiques4 ,il rpondra3 ,je n'y connais rien du tout2 mais je suis mu et qui m'meut je confre le grade4 ,il n'a pas tout le tort4 ,de mme le peuple confre le grade de docteur s-sciences politiques ceux qui l'meuvent1 ceux qui expriment bien les passions qu'il a4 ,les docteurs s-sciences politiques qu'il fait ce sont les reprsentants passionns de ses passions4 --,c'est--dire les pires des lgislateurs6 --,a peu prs1 sans doute1 mais non pas tout fait4 ,il est trs bon qu'au sommet des choses sociales1 autour du sommet des choses sociales1 pour mieux dire1 il y ait des reprsentants des passions populaires1 pour que l'on sache jusqu'o il est dangereux d'aller dans tel sens ou dans tel autre1 pour que l'on sache1 non pas ce que pense la foule1 puisqu'elle ne pense rien1 mais ce qu'elle sent1 afin de ne pas la contrecarrer trop violemment1 afin de ne pas lui trop obir non plus1 afin de savoir1 en un mot1 sur quoi on agit et avec quoi on peut agir4 ,un ingnieur dirait3 ,c'est la science de la rsistance des matriaux4 ,un mdium m'assure qu'il a convers avec ,louis ,,xiv et que celui-ci lui a dit3 ,le suffrage universel est une excellente chose en monarchie4 ,il est un renseignement4 ,il informe4 ,il indique1 par ce qu'il prescrit1 ce qu'on ne doit pas faire4 ,si je l'avais eu et si je l'avais consult sur la ,rvocation de l'dit de ,nantes il m'aurait1 une immense majorit1 conseill cette rvocation et j'aurais su ce que j'avais faire3 je ne l'eusse pas faite4 ,c'est parce qu'elle m'a t conseille par des ministres que je jugeais politiques habiles que j'ai pris cette mesure4--,mais aussi1 connatre l'opinion gnrale de la ,france1 j'aurais su qu'elle en avait assez des guerres1 qu'elle en avait assez des btiments1 qu'elle en avait assez des dpenses4 ,cela1 ce n'est plus les passions2 c'est les souffrances4 ,pour ce qui est des passions1 aller droit contre-fil de l'opinion populaire1 c'est l'indication et cette indication il est bon qu'elle soit donne3 suffrage universel4 ,pour ce qui est des cris de douleur1 tenir compte et grand compte2 or1 ce cri de douleur il faut qu'il ne soit pas touff3 suffrage universel4 ,le suffrage universel est ncessaire une monarchie titre de renseignement4 ,ainsi pense ,louis ,,xiv maintenant1 ce qu'on m'assure4 ,la comptence par collation est donc une absurdit pour ce qui est de faire les lois2 elle est une pseudo-comptence pour ce qui est de renseigner sur l'tat physiologique d'un peuple2 d'o il suivrait qu'elle est aussi mauvaise en rpublique qu'elle serait salutaire en monarchie4 ,enfin elle n'est pas tout fait mauvaise4 ,la dmocratie dont nous parlons1 aprs avoir t gouverne par les dlgus de ses dlgus pendant dix ans1 se soumit un dlgu unique pendant quinze ans et n'eut pas lieu finalement de s'en rjouir4 ,alors1 pendant trente ans1 elle eut recours un procd comptentiel4 ,elle supposa que les lecteurs chargs de nommer les lgislateurs ne devaient pas tre nomms par elle1 mais dsigns par leur situation sociale et c'est--dire par leur fortune4 ,seraient lecteurs ceux qui possdaient tant de drachmes4 ,quelle comptence est-ce l8--,c'en est une2 mais un peu troite4 ,c'en est une1 puisque1 d'une part1 celui qui a une certaine fortune a plus d'intrt qu'un autre la bonne gestion des affaires publiques et que l'intrt ouvre les yeux et claire2 d'autre part1 puisque celui qui a une certaine fortune et ne la perd pas n'est jamais tout fait un imbcile4 ,mais c'est une comptence trs troite2 car de ce qu'on a un certain nombre de drachmes ce n'est pas une raison pour qu'on se connaisse la plus difficile des sciences1 la lgislation et la politique2 et ce systme se ramne cet axiome trs contestable3 ,tout homme riche est sociologue4 ,c'tait donc une manire de comptence1 mais une comptence trs mal tablie et trs troite4 ,ce rgime disparut et la dmocratie1 dont nous parlons1 aprs un court interrgne1 se laissa gouverner pendant dix-huit ans1 comme elle avait fait une premire fois1 par un dlgu unique et n'eut pas lieu finalement de s'en fliciter4 ,alors elle adopta et elle pratiqua le rgime dmocratique presque pur4 ,je dis le rgime dmocratique presque pur1 parce que le rgime dmocratique pur est la nation se gouvernant elle-mme directement1 sans dlgus1 par le plbiscite continu4 ,notre dmocratie pratiqua et pratique encore le rgime dmocratique presque pur1 c'est--dire le rgime de la nation se gouvernant par des dlgus nomms directement par elle et1 strictement et exclusivement1 par ces dlgus4 ,cette fois1 c'est l'intronisation presque absolue de l'incomptence4 ,c'est la comptence par collation arbitraire4 ,comme cet vque interpellant un cuissot de chevreuil disait3 ,je te baptise carpe1 le peuple dit ses lus3 ,je vous baptise jurisconsultes1 je vous baptise hommes d'tat1 je vous baptise sociologues4 ,on verra plus bas que le baptme s'tend beaucoup plus loin4 ,si le peuple tait capable de juger de la science juridique ou de la science psychologique de ceux qui se prsentent ses suffrages1 cette collation1 comme je l'ai dit dj1 ne serait pas anti-comptentielle et pourrait donner des rsultats assez bons2 mais d'abord il n'en est pas capable2 et ensuite1 en ft-il capable1 rien ne serait gagn4 ,rien ne serait gagn parce que ce n'est pas ce point de vue qu'il se place4 ,jamais4 ,il se place au point de vue1 non de la valeur scientifique d'un homme1 mais au point de vue de sa valeur morale4 --,c'est quelque chose et voil une manire de comptence4 ,les lgislateurs ne seront pas capables de faire des lois1 il est vrai2 mais1 du moins ils seront d'honntes gens4 ,cette comptence morale me plat assez4 --,prenez garde2 d'abord ce n'est pas au plus honnte homme qu'il faut donner la direction d'une gare de chemin de fer1 mais un honnte homme qui1 de plus1 connaisse trs bien l'administration des voies ferres2 et ce n'est pas seulement d'honntes intentions qu'il faut mettre dans les lois1 mais encore des vrits juridiques1 des vrits politiques et des vrits sociologiques4 ,ensuite1 si le peuple se place au point de vue de la morale pour apprcier ceux qui se prsentent ses suffrages1 c'est d'une faon particulire4 ,il estime moralement ceux qui prouvent ses passions principales et qui les expriment plus chaudement que les autres4 ,voil pour lui les honntes gens et je ne dis pas qu'ils soient dshonntes1 je dis qu'ils ne sont pas dsigns srement1 mme comme honntes1 par ce critrium4 --,au moins sont-ils probablement dsintresss1 puisqu'ils suivent des passions gnrales et non les leurs propres1 particulires1 individuelles4 --,oui1 c'est bien ce que le peuple croit2 mais il ne rflchit pas ceci qu'il n'y a rien de plus facile que de simuler des passions gnrales pour capter la confiance populaire et se faire une fortune politique4 ,si c'est au dsintressement que le peuple tient tant1 il devrait ne nommer que ceux1 au contraire1 qui le contredisent et qui tmoignent par l qu'ils ne tiennent nullement tre lus4 ,mieux1 beaucoup mieux1 il devrait ne nommer que ceux qui ne se prsentent pas1 puisque ne pas se prsenter est le vritable signe du dsintressement4 ,or c'est ce qu'il ne fait jamais4 ,il ne fait jamais ce qu'il devrait faire toujours4 --,les corps qui se recrutent par cooptation1 ,acadmies et autres1 ne le font pas non plus4 --,et1 elles1 elles ont raison1 parce que ce n'est pas de dsintressement qu'il s'agit chez elles2 mais de valeur scientifique4 ,il n'y a pas de raison pour elles de prfrer celui qui ne tient pas en tre celui qui brle d'en faire partie4 ,c'est tout autre chose qu'elles ont considrer4 ,mais le peuple1 qui prtend se placer au point de vue moral1 devrait carter du pouvoir exactement tous ceux qui l'ambitionnent1 tout au moins ceux qui l'ambitionnent avec une pret significative4 ,et ceci nous indique bien ce que la foule entend par la valeur morale d'un homme4 ,la valeur morale d'un homme consiste pour elle prouver ou paratre prouver les sentiments qu'elle prouve elle-mme2 et c'est bien pour cela que les lus de la multitude sont excellents comme pices de renseignement1 comme pices d'information2 dtestables ou au moins inutiles1 et par consquent dtestables1 comme lgislateurs4 ,montesquieu1 qui se trompe rarement1 s'est bien tromp1 mon avis1 quand il a dit3 ,le peuple est admirable pour choisir ses magistrats4 ,c'est qu'il ne vivait pas en dmocratie4 ,comment le peuple serait-il admirable choisir ses magistrats et particulirement ses lgislateurs1 puisque ,montesquieu lui-mme1 avec pleine raison cette fois1 a pour un de ses principes que les murs doivent corriger le climat et les lois corriger les murs2 et puisque le peuple ne songe choisir pour dlgus que les hommes qui partagent le plus exactement ses manires de sentir8 ,le peuple ne ragit pas mal1 quoique incompltement1 contre le climat2 mais pour que les lois corrigeassent les murs1 il faudrait que le peuple nommt des lgislateurs en raction contre ses murs lui et c'est ce qu'il serait bien singulier qu'il ft1 et c'est ce qu'il ne fait jamais1 et c'est le contraire qu'il fait toujours4 ,donc1 incomptence intellectuelle1 incomptence morale mme1 voil ce que1 d'instinct1 le peuple recherche dans ses choix4 99 99 99 99 99 ,il y a plus1 si plus il peut y avoir4 ,le peuple chrit l'incomptence1 non seulement parce que de la comptence intellectuelle il n'est pas juge et parce qu'il apprcie la comptence morale un point de vue qui est faux2 mais encore parce qu'il aime avant tout1 ce qui est trs naturel1 que ses lus lui ressemblent4 ,il aime que ses lus lui ressemblent pour deux raisons3 ,d'abord par sentiment4 ,il aime1 comme nous avons vu1 que ses lus prouvent ses sentiments1 ses passions4 ,ces lus pourraient prouver ses sentiments et passions sans lui ressembler pour ce qui est des murs1 des habitudes1 des manires1 de l'extrieur1 etc4 ,mais1 naturellement1 le peuple n'est jamais plus sr qu'un homme prouve ses sentiments et ses passions et ne se borne pas feindre de les prouver1 que quand cet homme lui ressemble trait pour trait4 ,c'est un signe et c'est une garantie4 ,le peuple est donc instinctivement pouss lire des hommes qui ont les mmes habitudes1 les mmes manires et la mme instruction que lui1 ou une instruction un peu suprieure1 pour qu'il puisse parler2 mais suprieure seulement d'un demi-degr4 ,il a une autre raison que cette raison sentimentale et qui est extrmement importante2 car elle touche au fond mme1 l'essence mme de l'esprit dmocratique4 ,que veut le peuple quand une fois la tarentule dmocratique l'a piqu8 ,il veut d'abord que tous les hommes soient gaux et par consquent il souhaite que toutes les ingalits disparaissent1 tant artificielles que naturelles4 ,il ne veut pas des ingalits artificielles1 noblesse de naissance1 faveurs du roi1 richesse de naissance et il est pour l'abolition de la noblesse1 de la royaut et de l'hritage4 ,il n'aime pas non plus les ingalits naturelles1 c'est--dire un homme plus intelligent1 plus actif1 plus vaillant1 plus habile qu'un autre4 ,ces ingalits-ci1 il ne peut pas les dtruire1 puisqu'elles sont naturelles1 mais il peut les neutraliser1 les frapper d'impuissance en cartant des emplois dont il dispose ceux qui les possdent4 ,il est donc amen tout naturellement1 forcment pour ainsi dire1 carter les comptents prcisment comme comptents1 ou1 si vous voulez et comme il dirait1 non comme comptents1 mais comme ingaux1 ou1 comme il dirait encore1 s'il voulait s'excuser1 non comme ingaux1 mais comme suspects1 parce qu'ils sont ingaux1 d'tre antigalitaires2 et tout cela revient bien prcisment au mme4 ,c'est ce qui faisait dire ,aristote que l o il y a mpris du mrite1 c'est la dmocratie4 ,il ne s'exprime pas formellement ainsi2 mais il crit3 ,partout o le mrite n'est pas estim avant tout le reste1 il n'est pas possible d'avoir une constitution aristocratique solide1 ce qui revient dire3 l o le mrite n'est pas estim1 on entre en rgime dmocratique et l'on y reste4 ,la comptence est encore ce point de vue en mauvaise posture4 ,enfin et surtout la dmocratie1 et cela encore est bien naturel1 veut tout faire elle-mme1 est l'ennemie de la spcialisation des fonctions1 particulirement voudrait gouverner elle-mme1 sans dlgus1 sans intermdiaires2 son idal est le gouvernement direct tel qu'il existait ,athnes1 son idal est la dmocratie pour employer la terminologie de ,rousseau qui appelait ainsi le gouvernement direct et seulement le gouvernement direct4 ,force1 par les circonstances historiques et peut-tre par la ncessit1 de gouverner par des dlgus1 que lui reste-t-il faire pour gouverner directement1 ou peu prs1 quoique gouvernant par dlgus8 ,il lui reste d'abord1 peut-tre1 imposer ses dlgus des mandats impratifs4 ,les dlgus1 dans ces conditions1 ne sont plus que les commissionnaires du peuple2 ils vont1 dans le corps lgislatif1 dposer les volonts du peuple1 telles qu'ils les ont reues et le peuple1 en ralit1 gouverne directement4 ,voil le mandat impratif4 ,la dmocratie y a trs souvent song1 jamais avec persistance4 ,c'est en cela qu'elle montre beaucoup de bon sens4 ,elle souponne bien que le mandat impratif n'est jamais qu'un leurre4 ,des reprsentants du peuple se runissent2 ils discutent2 l'intrt des partis se dessine4 ,ds lors1 ils sont en proie la desse ,opportunit1 en grec 4 ,ce qu'ils ont reu mission de voter1 le voter1 en effet1 est1 tel jour1 ce qu'ils pourraient faire de plus dfavorable l'intrt de leur parti4 ,ils sont vritablement forcs d'tre infidles par fidlit et d'tre dvous en dsobissant2 et1 tout au moins1 d'avoir trahi leur mandat dans cette trs bonne et louable intention1 c'est toujours ce dont ils pourront se faire gloire1 honneur ou excuse devant leurs lecteurs et c'est sur quoi il sera trs difficile de les rfuter4 ,le mandat impratif est donc un instrument trs grossier pour des besognes trs dlicates4 ,la dmocratie1 instinctivement1 sent trs bien cela et elle se montre toujours assez indiffrente1 en somme1 au mandat impratif4 ,que lui reste-t-il donc8 ,mais quelque chose de bien plus riche1 la proie au lieu de l'ombre4 ,nommer des hommes qui lui ressemblent tellement bien1 qui ont tellement bien tous ses sentiments1 qui sont tellement elle-mme1 qu'ils feront srement1 instinctivement1 quasi mcaniquement1 ce qu'elle-mme ferait si elle formait elle-mme un immense corps lgislatif2 qui voteront sans doute1 selon les circonstances1 mais qui voteront comme elle voterait directement4 ,de cette faon1 elle est lgislative2 elle fait la loi et c'est la seule faon qu'elle ait de faire la loi4 ,la dmocratie a donc le plus grand intrt lire des reprsentants qui la reprsentent2 qui1 d'une part1 lui ressemblent le plus exactement que possible2 qui1 d'autre part1 n'aient pas de personnalit2 qui enfin1 n'ayant point de fortune1 n'aient point d'indpendance4 ,on dplore que la dmocratie s'abandonne aux politiciens4 ,mais1 au point de vue o elle se place et o il serait bien singulier qu'elle ne se plat point1 elle a absolument raison4 ,qu'est-ce qu'un politicien8 ,c'est un homme nul pour ce qui est des ides personnelles1 mdiocre comme instruction1 partageant les sentiments gnraux et les passions gnrales de la foule1 et enfin qui n'a pas d'autre mtier que de s'occuper de politique et qui1 si la carrire politique lui manque1 meurt de faim4 ,c'est prcisment tout ce qu'il faut la dmocratie4 ,il ne sera pas amen par son instruction se faire des ides personnelles2 n'ayant pas d'ides personnelles1 ses ides n'entreront pas en conflit avec ses passions2 ses passions seront1 d'abord initialement1 ensuite par influence de ses intrts1 celles de la foule elle-mme2 et enfin sa pauvret et l'impossibilit o il est de vivre d'autre chose que de politique feront qu'il ne sortira jamais du cercle troit o ses mandants l'auront enferm2 son mandat impratif sera la ncessit matrielle o il est d'obir2 son mandat impratif1 c'est son indigence4 ,la dmocratie a donc besoin de politiciens1 n'a pas besoin d'autre chose que de politiciens et a besoin qu'il n'y ait pas aux affaires d'autres gens que les politiciens4 ,son ennemi ou tout au moins l'homme dont elle se dfie parce que c'est lui qui va gouverner et non elle sous son nom1 c'est l'homme qui1 soit par influence de fortune1 soit par le prestige de son talent et de sa notorit1 russit se faire nommer quelque part4 ,celui-ci ne dpend pas d'elle4 ,supposez qu'un corps lgislatif soit tout entier compos ou soit compos en majorit d'hommes riches1 d'hommes suprieurs intellectuellement et d'hommes ayant plus d'intrt exercer leur mtier1 o ils russissent1 qu' faire de la politique2 tous ces gens-l votent selon leurs ides1 lgifrent selon leurs ides1 et alors1 quoi8 alors la dmocratie est simplement supprime4 ,ce n'est pas elle qui lgifre et qui gouverne2 c'est1 trs exactement1 une aristocratie1 une aristocratie un peu flottante peut-tre1 mais une aristocratie1 liminant l'influence du peuple sur les affaires publiques4 ,on voit bien qu'il est presque impossible la dmocratie1 si elle veut tre1 de tenir compte des comptences et qu'il lui est peu prs impossible de ne pas les carter4 ,le peuple1 donc1 ne nomme que des reprsentants exacts de lui-mme et toujours dpendants de lui-mme4 ,,ii ,,confusion ,,des ,,fonctions ,ds lors que se passe-t-il8 ,il se passe ceci1 qui est trs logique1 qui mme est trs juste si l'on se place au point de vue dmocratique1 qui est prcisment ce que la dmocratie dsire et ne peut que dsirer1 que la reprsentation nationale fait exactement ce que le peuple voudrait faire et ce qu'il ferait si l'on avait le gouvernement direct4 ,elle veut tout faire par elle-mme1 comme le peuple voudrait tout faire par lui-mme s'il possdait le gouvernement direct1 comme il faisait tout par lui-mme dans la ,pnyx d',athnes4 ,montesquieu a bien vu cela1 pleinement1 sauf comment cela se pratique en rgime de reprsentation1 en rgime parlementaire2 mais les choses sont les mmes au fond et il n'y aura pour l'interprter qu'une transposition faire3 ,le principe de la dmocratie se corrompt1 non seulement lorsqu'on perd l'esprit d'galit1 mais encore quand on prend l'esprit d'galit extrme et que chacun veut tre gal ceux qu'il choisit pour lui commander4 ,pour lors1 le peuple ne pouvant souffrir le pouvoir qu'il confie1 veut tout faire par lui-mme1 dlibrer pour le ,snat1 excuter pour les magistrats et dpouiller tous les juges4 ,le peuple veut faire les fonctions des magistrats3 on ne les respecte donc plus4 ,les dlibrations du ,snat n'ont plus de poids2 on n'a donc plus d'gards pour les snateurs444 ,transposez4 ,en gouvernement dmocratique parlementaire la reprsentation du peuple veut tout faire par elle-mme4 ,elle veut tre l'gale de ceux qu'elle choisit pour lui commander2 elle ne peut souffrir le pouvoir mme qu'elle confie2 elle veut gouverner la place du gouvernement1 excuter la place des agents du pouvoir excutif1 substituer son autorit celle de tous les juges2 faire fonction de magistrats1 n'avoir plus d'gards pour personne et ne respecter plus rien4 ,c'est l'esprit mme du peuple qui l'inspire1 du peuple qui veut tout faire par lui-mme1 c'est--dire par elle fidle et obissante4 ,ds lors la comptence est pourchasse partout et limine de partout4 ,de mme que le peuple l'a limine de son choix quand il nommait ses reprsentants1 de mme la reprsentation nationale l'limine avec patience et avec suite de toutes les fonctions du corps social1 quelles qu'elles soient4 ,le gouvernement1 pour commencer par lui1 doit tre surveill et conseill par la reprsentation nationale1 mais indpendant de la reprsentation nationale1 tout au moins ne doit pas tre confondu avec elle1 en d'autres termes la reprsentation nationale ne doit pas gouverner4 ,en rgime dmocratique c'est prcisment ce qu'elle veut faire4 ,elle nomme le gouvernement1 ce qui la rigueur peut lui tre accord2 mais1 ne pouvant souffrir le pouvoir qu'elle confie1 ds qu'elle l'a nomm elle pse sur lui pour gouverner continuellement sa place4 ,le corps lgislatif n'est pas un corps qui fait les lois1 mais un corps qui1 par une srie ininterrompue d'interpellations1 dicte au jour le jour au gouvernement ce qu'il doit faire1 c'est--dire gouverne4 ,littralement le pays est gouvern par la ,chambre des dputs4 ,il le faut bien1 pour que le peuple ne soit gouvern que par lui-mme1 ce qui est l'esprit du rgime4 ,il le faut bien1 pour qu'il n'y ait pas d'autre volont que celle du peuple1 partie de lui et revenant lui sous forme d'actes excutifs1 ce qui est l'esprit du rgime4 ,il le faut bien1 pour qu'il n'y ait pas quelque chose1 mme issu du peuple1 qui pour un temps1 qui mme un instant1 fasse fonction de souverainet1 mme en un domaine trs troitement dlimit1 sur le peuple souverain4 ,seulement gouverner est un art et suppose une science et voil le peuple gouvern par gens n'ayant ni science1 ni art1 et qu'on a choisis prcisment parce qu'ils n'en avaient pas et sur cette garantie qu'ils n'en avaient point4 ,et si1 dans une dmocratie de ce genre1 il existe1 par un effet de la tradition ou par quelque ncessit ressortissant aux relations extrieures1 un pouvoir indpendant pour un certain nombre d'annes du corps lgislatif et qui n'a pas de comptes lui rendre et qui ne peut pas tre interpell et qui ne peut pas tre renvers constitutionnellement1 ce pouvoir est une anomalie si trange et pour ainsi dire si monstrueuse1 qu'il n'ose pas s'exercer1 qu'il craint le scandale qu'il soulverait en s'exerant et qu'il est comme paralys par la terreur de paratre exister4 ,et il a raison2 car s'il s'exerait1 s'il s'en donnait mme l'apparence1 il y aurait un acte de volont qui ne serait pas un acte de la volont populaire1 ce qui est contraire l'esprit du rgime4 ,en ce rgime le chef de l'tat ne peut tre que le chef nominal de l'tat4 ,une volont de lui serait un abus de pouvoir1 une ide de lui serait un empitement1 une parole de lui serait un acte de lse-souverainet4 ,mme1 si la constitution lui a donn formellement des pouvoirs1 la constitution sur ces points est lettre morte1 parce qu'elle violait une constitution non crite et suprieure1 l'me mme de l'institution politique4 ,un de ces chefs d'tat ad honores a dit3 ,pendant toute ma prsidence1 je me suis tu constitutionnellement4 ,c'tait faux2 car la constitution lui permettait de parler et mme d'agir4 ,au fond c'tait vrai2 car la constitution1 en lui permettant d'agir et de parler1 avait un caractre inconstitutionnel4 ,en parlant il et t constitutionnel1 en se taisant il tait institutionnel4 ,il avait t silencieux institutionnellement4 ,il avait contrari la lettre de la constitution2 il en avait admirablement dml1 compris et respect l'esprit4 ,donc1 en dmocratie1 la reprsentation nationale gouverne aussi directement que possible et rellement1 dictant le gouvernement au pouvoir excutif1 neutralisant le chef suprme du pouvoir excutif qui elle ne peut rien dicter4 ,il ne lui suffit pas de gouverner1 elle veut administrer4 ,songez en effet que si les administrateurs des finances1 de la justice1 de la police1 etc41 ne dpendaient que de leurs ministres1 les ministres1 prcisment parce qu'ils dpendent du corps lgislatif et sont souvent renverss par lui1 changeant trs souvent1 les administrateurs1 plus stables que leurs chefs1 formeraient une aristocratie2 ils administreraient l'tat indpendamment de la volont populaire et selon leurs principes1 leurs rgles1 leurs traditions et leurs ides4 ,cela ne se peut pas4 ,il ne se peut pas qu'il y ait une autre volont que la volont populaire1 un autre pouvoir1 mme trs limit1 que le sien4 ,ceci fait une antinomie assez remarquable4 ,effets contraires de la mme cause4 ,parce que le corps lgislatif gouverne les ministres1 elle les renverse souvent2 parce qu'elle les renverse souvent1 ils ne gouvernent pas leurs subordonns comme un ,colbert et un ,louvois et leurs subordonns sont assez indpendants2 de sorte que l'autorit que le corps lgislatif se donne sur les ministres1 il la perd du ct des administrateurs2 et1 en dtruisant un pouvoir rival du sien1 il cre un pouvoir rival du sien4 ,mais il rsout l'antinomie assez facilement4 ,il n'admet pas qu'un administrateur soit nomm sans recevoir son visa1 et il s'arrange mme de manire nommer les administrateurs4 ,d'une part1 de sa rsidence corporative1 de son palais lgislatif et dictatorial1 il surveille attentivement les nominations d'administrateurs2 d'autre part1 chaque membre du corps lgislatif dans sa province1 dans son dpartement1 dans son arrondissement1 impose les nominations d'administrateurs1 a ses candidats qu'il fait accepter1 nomme rellement les administrateurs4 ,il le faut pour que la volont nationale rgne l aussi et que le peuple n'ait pour l'administrer que les administrateurs qu'il choisit selon son esprit1 pour qu'il nomme ses magistrats comme dit ,montesquieu4 ,il les nomme en effet par l'intermdiaire de ses reprsentants2 et jugez1 pour y revenir1 s'il faut qu'il nomme bien des reprsentants exactement pareils lui et models sur son esprit6 ,tout se rejoint4 ,voil donc le peuple qui tout au moins intervient puissamment dans les nominations de ses administrateurs4 ,il continue de faire tout par lui-mme4 ,on se plaint couramment de l'immixtion de la politique dans l'administration et du reste en toutes choses1 de la politique qui se mle tout1 qu'on retrouve partout4 ,mais qu'est-ce au fond8 ,c'est le principe de la souverainet nationale4 ,la politique1 la force politique1 c'est la volont de la majorit de la nation4 ,la volont de la majorit de la nation1 ne convient-il pas qu'elle s'exerce1 peut-on s'tonner qu'elle veuille s'exercer1 aussi bien sur l'administration et dans l'administration que partout ailleurs8 ,l'idal dmocratique c'est le peuple nommant tous ses chefs2 ou1 si ce n'est pas l'idal dmocratique1 c'est bien l'ide dmocratique4 ,c'est ce que le peuple fait1 en dmocratie encore parlementaire1 par l'intermdiaire de ses reprsentants4 ,voil qui est bien2 seulement la comptence reoit l encore un coup4 ,car ce candidat une fonction administrative que le peuple choisit par l'intermdiaire de ses mandataires1 par quoi plaira-t-il8 ,par son mrite8 ,ses chefs et ses pairs en seraient bons juges2 le peuple ou son reprsentant1 non1 ou beaucoup moins4 ,le peuple est admirable pour choisir ceux qui il doit confier quelque partie de son autorit1 dit ,montesquieu4 ,c'est le moment d'examiner cela d'un peu prs4 ,quelles sont les raisons du philosophe8 ,il n'a se dterminer que par des choses qu'il ne peut ignorer et qui tombent1 pour ainsi dire1 sous les sens4 ,il sait trs bien qu'un homme a t souvent la guerre1 qu'il y a eu tels ou tels succs3 il est donc trs capable d'lire un gnral4 ,il sait qu'un juge est assidu1 que beaucoup de gens se retirent de son tribunal contents de lui1 qu'on ne l'a pas convaincu de corruption3 en voici assez pour qu'il lise un prteur4 ,il a t frapp de la magnificence ou des richesses d'un citoyen3 cela suffit pour qu'il choisisse un dile4 ,toutes ces choses sont des faits dont il s'instruit mieux dans la place publique qu'un monarque dans son palais4 ,le passage ne me parat pas heureux4 ,comment un monarque dans son palais ne connatrait-il pas la richesse d'un financier1 la rputation d'intgrit d'un juge et les succs d'un colonel aussi bien que le peuple dans la place publique8 ,ce ne sont pas choses trs difficiles savoir4 ,le peuple sait qu'un tel fut toujours bon juge et qu'un tel fut un excellent officier4 ,donc il peut nommer un prteur et un gnral4 ,soit2 mais1 pour nommer un jeune juge et un officier dbutant1 quelles seront les lumires du peuple8 ,je ne les dmle pas trs bien4 ,par son raisonnement mme1 ,montesquieu limite l'habilet du peuple ne nommer que les grands chefs1 que les trs hauts magistrats1 et1 en dfinitive1 assigner chacun une carrire quand il l'aura acheve4 ,mais pour l'y mettre1 sur quels renseignements le peuple s'appuiera-t-il et o puisera-t-il son information8 ,montesquieu le montre trs capable de reconnatre les comptences vrifies1 mais non point capable de connatre les comptences naissantes4 ,l'argumentation de ,montesquieu est ici peu probante4 ,ce qui l'y a entran1 c'est l'antithse 7au sens logique du mot74 ,ce qu'il voulait prouver c'tait moins la vrit de la proposition qu'il avance ici que la fausset d'une autre proposition4 ,la question pour lui1 la question qu'il avait dans l'esprit tait celle-ci3 ,le peuple est-il apte gouverner l'tat1 prvoir1 suivre et rsoudre les affaires intrieures ou extrieures8 ,non4 ,l'est-il nommer ses magistrats8 ,plutt4 ,entran par cette antithse il a t jusqu' dire3 ,apte gouverner3 nullement2 apte nommer ses magistrats3 admirablement4 ,l'explication de tout le paragraphe que je viens de citer est dans sa conclusion3 ,toutes ces choses sont des faits o il s'instruit mieux dans la place publique qu'un monarque dans son palais4 ,mais saura-t-il conduire une affaire1 connatre les lieux1 les occasions1 les moments1 en profiter8 ,non1 il ne le saura pas4 ,la vrit est que le peuple est un peu plus apte choisir un magistrat qu' abaisser progressivement la maison d',autriche2 mais non pas beaucoup plus2 car il est presque galement difficile d'abaisser la maison d',autriche et de distinguer l'homme qui l'abaissera4 ,il est surtout incapable de donner les postes de dbut d'une carrire et les premiers avancements dans une carrire qui les mrite4 ,cependant1 en dmocratie c'est ce qu'il fait4 ,or ce candidat fonctionnaire qui a plu au peuple ou aux reprsentants du peuple1 par quoi plat-il8 ,par son mrite dont le peuple et son reprsentant sont trs mauvais juges1 non4 ,par quoi donc8 ,par sa conformit aux opinions gnrales du peuple1 c'est--dire par ses opinions politiques4 ,les opinions politiques d'un candidat fonctionnaire sont la seule chose qui le dsigne au choix populaire parce que c'est la seule chose dont le peuple soit bon juge4 --,mais la conformit aux opinions gnrales du peuple peut s'unir chez ce candidat un vrai mrite4--,certainement2 mais c'est un hasard4 ,le peuple1 ici du moins1 n'est pas un ennemi de la comptence1 mais il y est indiffrent ou plutt il y est tranger4 ,la comptence n'a pas se louer de cette position4 ,d'autant plus que ceci a lieu invitablement3 le candidat fonctionnaire qui ne se sent aucun mrite n'a aucune peine comprendre que c'est par ses opinions politiques qu'il arrivera et il se donne celles qu'il faut4 ,le candidat fonctionnaire qui se sent du mrite1 lui-mme1 trs souvent1 sachant trs bien ce que fait le candidat sans mrite et ne voulant pas tre vaincu1 se donne lui aussi les opinions utiles4 ,c'est la solidarit du mal dont parle si bien ,m4 ,renouvier dans la ,science de la ,morale4 ,de sorte que la plupart des candidats choisis par les mandataires du peuple sont des incapables2 et quelques-uns qui sont choisis1 quoique ayant du mrite1 sont mdiocres comme caractre4 ,or le caractre aussi1 dans la plupart des carrires1 dans presque toutes1 est une partie de la comptence4 ,reste un tout petit nombre d'hommes de mrite qui n'ont affich aucune opinion utile et qui se sont glisss dans une carrire administrative grce quelque moment d'inattention des politiciens4 ,ces intrus vont quelquefois assez loin comme par la force des choses1 sans jamais parvenir aux premiers postes1 toujours rservs1 comme il est lgitime1 ceux en qui le peuple a mis sa confiance4 ,voil comment le peuple administre par l'intermdiaire de sa reprsentation1 de mme qu'il gouverne par l'intermdiaire de sa reprsentation dictant aux ministres leurs actes de gouvernement4 --,mais je ne vois pas que le peuple administre1 je vois qu'il nomme les administrateurs4 --,d'abord c'est immense de les nommer2 car c'est faire entrer dans le corps administratif l'esprit du peuple l'exclusion de tout autre esprit et empcher que l'administration ne devienne une aristocratie1 ce qu'elle n'a1 toujours1 que trop de tendances devenir4 ,de plus le peuple ne se borne pas1 par l'intermdiaire de ses reprsentants1 nommer les administrateurs2 il les surveille1 il les guette1 il les tient du regard et il les tient en laisse1 et comme la reprsentation populaire dicte aux ministres les actes de gouvernement1 de mme et en outre elle dicte aux administrateurs leurs actes d'administration4 ,un prfet1 un procureur gnral1 un ingnieur en chef1 en rgime dmocratique1 est un homme trs cartel4 ,il fait la chouette avec son ministre et les dputs de sa rgion4 ,il doit obir son ministre2 il doit obir aussi aux dputs du pays qu'il administre4 ,il arrive mme ici des choses assez curieuses2 il y a des situations trs compliques4 ,le prfet devant obir aux dputs et son ministre et le ministre obissant aux dputs1 il semblerait que ce ft la mme volont1 une volont unique que le prfet obt4 ,mais c'est la volont gnrale de la reprsentation populaire que le ministre obit et c'est cette volont gnrale qu'il transmet son prfet2 et d'autre part le prfet se trouve en prsence de volonts particulires des dputs du pays qu'il administre4 ,il en rsulte ce que l'on pourrait appeler des conflits d'obissance qui sont trs intressants pour le psychologue4 ,ils sont moins agrables pour le prfet1 l'ingnieur en chef ou le procureur gnral4 ,remarquez1 d'autre part1 comme tout concourt rendre le reprsentant de la volont nationale aussi incomptent qu'il est omnipotent4 ,incomptent il l'est1 comme nous l'avons vu1 par ses origines2 mais ne le ft-il pas1 il le deviendrait par le mtier qu'on lui fait faire1 par la multiplicit des mtiers qu'on lui fait faire4 ,le meilleur moyen de rendre quelqu'un incomptent1 c'est de l'occuper toutes choses4 ,or le reprsentant de la volont populaire et de l'esprit populaire1 outre son mtier de lgislateur1 est occup interpeller les ministres et leur dicter leurs actes de gouvernement1 c'est--dire qu'il est occup gouverner la politique intrieure et extrieure2 il est occup administrer en choisissant les administrateurs et en surveillant1 contrlant et inspirant les actes des administrateurs4 ,sans parler des petits services particuliers qu'il est de son intrt de rendre ses lecteurs et que ses lecteurs ne se font pas faute ni scrupule de lui demander1 il est exactement prpos tout4 ,il est quelque chose comme le contrematre universel4 ,cet homme-orchestre est si occup qu'il ne peut s'appliquer rien4 ,il ne peut rien tudier1 rien mditer1 rien approfondir1 et pour ainsi parler1 et du reste pour parler exactement1 rien savoir4 ,ft-il comptent en quelque chose au moment de son entre en fonctions1 il est admirablement incomptent en toutes choses aprs quelques annes de fonctionnement4 ,ds lors1 vid1 pour ainsi parler1 de toute personnalit1 il n'a plus en lui que l'homme public1 c'est--dire l'homme reprsentant la volont populaire et ne songeant et ne pouvant songer exclusivement qu' la faire prvaloir4 ,et1 encore un coup1 c'est ce qu'il faut2 car voyez-vous un reprsentant de la volont populaire ayant conserv assez de comptence en administration des finances ou en administration judiciaire pour prfrer1 entre quelques candidats1 celui qui aurait1 non les meilleures opinions politiques1 mais le mrite1 le savoir ou la vocation1 et pour approuver1 d'un administrateur1 non l'acte tendances politiques1 mais l'acte juste et conforme aux intrts de l'tat8 ,il serait un serviteur dtestable de la dmocratie4 ,je l'ai bien connu4 ,il ne manquait pas d'intelligence1 ni mme d'esprit et il tait droit4 ,avocat de troisime ordre1 il avait naturellement vers dans la politique4 ,pour des raisons locales il n'avait russi ni se faire nommer dput1 ni se faire nommer snateur4 ,de guerre lasse1 par le crdit de ses amis politiques1 il se fit pourvoir d'une charge de judicature4 ,devenu prsident de tribunal1 il eut connatre d'un procs o l'accus1 sans tre bien recommandable1 ne tombait videmment sous aucun article du ,code4 ,mais cet accus1 ancien prfet d'un gouvernement maintenant dtest1 connu comme ractionnaire et aristocrate1 tait poursuivi de l'animosit de toute la population dmocratique de la ville et de la province4 ,le prsident de tribunal1 au milieu des rumeurs hostiles qui grondaient dans tout le palais1 acquitta net le prvenu4 ,il disait le soir1 assez humoristiquement3 ,voil6 ,cela leur apprendra ne pas m'avoir nomm snateur6 ,et c'est--dire3 ,ils m'auraient t toute ma comptence1 ou ils auraient paralys en moi toute ma comptence1 en faisant de moi un homme politique4 ,ils ne l'ont pas voulu2 reste l'homme qui connat la loi et qui l'applique4 ,tant pis pour eux6 ,en faisant d'un homme un esclave ,zeus lui t la moiti de son me disait ,homre4 ,en faisant d'un homme un homme politique1 ,dmos enlve un homme son me tout entire2 en n'en faisant pas un homme politique il commet la faute de la lui laisser4 ,voil bien pourquoi ,dmos dteste les fonctions inamovibles4 ,un magistrat inamovible1 un fonctionnaire inamovible est un homme que la constitution soustrait la prise populaire4 ,un magistrat inamovible1 un fonctionnaire inamovible est un affranchi4 ,dmos n'aime pas les affranchis4 ,c'est pour cela que1 s'il y a1 dans la nation o il rgne1 des fonctions inamovibles1 il suspend1 de temps en temps1 l'inamovibilit4 ,c'est d'abord pour purer le personnel de ces fonctions2 c'est surtout pour bien convaincre les fonctionnaires qu'il veut bien y laisser1 que leur inamovibilit n'est que trs relative et qu'ils doivent compter1 comme tous les autres1 avec la souverainet populaire qui peut se retourner contre eux s'ils s'avisent d'tre indpendants au del des limites de l'obissance4 ,il y avait en ,france1 d'aprs la constitution de #ahgc1 des snateurs inamovibles4 ,au point de vue de la bonne administration des affaires1 c'tait peut-tre assez bien vu4 ,les snateurs inamovibles devaient tre1 dans la pense de la constitution et taient en effet des vtrans de la politique et de l'administration1 faisant profiter leurs collgues de leurs lumires1 de leur comptence1 de leur exprience4 ,il et mme t bon1 si l'on se place ce point de vue1 que les snateurs inamovibles ne fussent point lus par leurs collgues1 mais fussent snateurs de droit1 devenant snateur inamovible tout ancien prsident de la ,rpublique1 tout ancien prsident de la ,cour de cassation1 tout ancien prsident de la ,cour d'appel1 tout amiral1 tout archevque1 etc4 ,mais au point de vue dmocratique c'tait une monstruosit qu'un homme reprsentant du peuple et n'ayant aucun compte rendre au peuple1 qu'un homme reprsentant du peuple et n'ayant craindre aucun accident de rlection ni aucun risque de non-rlection1 qu'un homme enfin plac l pour sa prtendue comptence et ne reprsentant point du tout le peuple et ne reprsentant que lui-mme4 ,les snateurs inamovibles furent abolis4 ,il est bien certain qu'ils constituaient une aristocratie politique fonde sur la prtendue importance des services rendus et que le ,snat lui-mme qui les lisait tombait sous l'inculpation d'aristocratisme et prenait1 le jour o il les lisait1 couleur aristocratique1 puisqu'il tait1 ce jour-l1 un corps se recrutant par cooptation4 ,cela ne pouvait gure se souffrir4 ,,iii ,,refuges ,,de ,,la ,,comp,,tence ,la comptence ainsi limine de toutes les fonctions publiques nationales se rfugiera-t-elle quelque part8 ,oui bien2 dans les mtiers privs1 et dans les mtiers que rmunrent les associations4 ,un avocat1 un avou1 un mdecin1 un industriel1 un commerant1 un crivain1 n'est pas rmunr par l'tat2 un ingnieur1 un mcanicien1 un homme d'quipe des compagnies de chemins de fer n'est pas rmunr par l'tat2 et les uns et les autres1 loin que leur comptence leur soit un obstacle ou puisse leur en tre un1 n'ont prcisment compter que sur elle4 ,il est bien vident que ce n'est pas au point de vue des opinions politiques que se placera le plaideur pour faire plaider sa cause ni le malade pour se faire soigner2 bien vident aussi qu'une compagnie de chemins de fer1 pour prendre un ingnieur1 ne s'occupera aucunement de la conformit de son esprit la mentalit gnrale du peuple1 mais uniquement de son intelligence et de son savoir4 ,c'est pour cela1 du moins c'est en partie pour cela1 que la dmocratie cherche nationaliser toutes les fonctions et du reste nationaliser tout4 ,elle cherche nationaliser toutes les fonctions4 ,par exemple elle nationalisera partiellement le mdecin en crant des fonctions de mdecin d'hospice1 de mdecin d'cole1 de mdecin de lyce1 etc4 ,elle nationalisera partiellement l'avocat1 comme professeur de droit rmunr par l'tat1 etc4 ,elle tient du reste quelque peu dj tous ces gens-l par ceci qu'il n'y en a gure qui n'aient des parents fonctionnaires et qu'ils doivent1 pour ne pas nuire ceux-ci1 ne point prendre d'attitude hostile aux opinions de la majorit des citoyens2 mais elle cherche les tenir encore davantage en multipliant les occasions et les moyens de les nationaliser et socialiser4 ,enfin elle tend dtruire les grandes associations et absorber leurs uvres4 ,racheter les chemins de fer d'une grande compagnie1 par exemple1 c'est d'abord les exploiter1 de quoi on espre toujours que l'tat retirera un bnfice2 c'est surtout supprimer toute une population de fonctionnaires et employs de cette compagnie qui n'taient pas forcs de plaire l'tat1 au gouvernement1 la majorit des citoyens1 qui n'avaient pas d'autre souci et d'autre devoir que d'tre bons fonctionnaires2 et la remplacer1 mme les individus restant les mmes1 par une population de fonctionnaires de l'tat tenus avant tout d'tre dociles et bien pensants4 ,a l'tat extrme et l'tat complet de ce rgime1 c'est--dire en rgime socialiste1 il n'y aurait que des fonctionnaires4 --,et par consquent1 disent les thoriciens socialistes1 tous les prtendus inconvnients que vous signalez seraient vits4 ,l'tat1 la dmocratie1 le parti dominant1 comme vous voudrez l'appeler1 n'aurait pas choisir ses fonctionnaires en raison1 comme vous dites qu'il le fait1 de leur docilit et de leur incomptence1 puisque tous les citoyens seraient fonctionnaires4 ,et disparatrait ainsi cette dualit sociale qui consiste en ce qu'une population vit de l'tat1 tandis qu'une autre vit par elle-mme et se targue d'tre bien suprieure l'autre1 pour les raisons que vous avez dduites1 en caractre1 en intelligence et en comptence4 ,la solution est l4 --,je doute que la solution soit l1 parce qu'en rgime socialiste le rgime lectoral subsiste et par consquent les partis subsistent4 ,les citoyens nomment les lgislateurs1 les lgislateurs nomment le gouvernement1 le gouvernement nomme les chefs du travail et les rpartiteurs des subsistances4 ,les partis subsistent1 c'est--dire des groupements d'intrt1 chaque groupement voulant avoir pour soi les lgislateurs et le gouvernement pour qu'on tire de lui les chefs du travail et les rpartiteurs des subsistances1 aristocrates de ce rgime-ci1 et pour qu'aux membres de ce groupement les chefs du travail et les rpartiteurs des subsistances fassent le travail plus doux et la provende plus large4 ,sauf que la richesse a t supprime et que ce qui pouvait rester de libert a t supprim1 rien n'est chang1 et tous les inconvnients que j'ai numrs plus haut subsistent4 ,la solution n'est pas trouve4 ,pour qu'elle le ft1 il faudrait que le gouvernement socialiste ne ft pas lectif2 il faudrait qu'il ft de droit divin1 comme tait celui des ,jsuites au ,paraguay2 il faudrait qu'il ft despotique1 non seulement dans son action1 mais dans son origine2 il faudrait qu'il ft la royaut4 ,un roi intelligent n'a aucun intrt choisir ses fonctionnaires parmi les incomptents et son intrt est mme de faire exactement le contraire4 ,on me dira qu'il est extrmement rare et qu'il est anormal qu'un roi soit intelligent1 ce que je ne me ferai pas prier pour reconnatre4 ,le roi1 sauf exception trs rare et que l'histoire enregistre avec stupfaction1 a exactement les mmes raisons que le peuple d'avoir des favoris qui ne l'clipsent pas et qui ne le contrarient pas et par consquent qui ne soient les meilleurs parmi les citoyens ni comme intelligence ni comme caractre4 ,le rgime socialiste lectif et le rgime socialiste dictatorial offrent donc les mmes inconvnients que la dmocratie telle que nous la connaissons4 ,au fond1 du reste1 le glissement1 si je puis ainsi parler1 de la dmocratie vers le socialisme n'est pas autre chose qu'une rgression vers le despotisme4 ,si le rgime socialiste s'tablissait1 il serait lectif d'abord2 et tout rgime lectif supposant1 comportant et ncessitant des partis1 ce serait le parti dominant qui lirait les lgislateurs1 qui par consquent constituerait le gouvernement et qui de ce gouvernement tirerait1 parce qu'il les exigerait1 toutes les faveurs4 ,exploitation du pays par la majorit1 comme en tout pays gouvernement lectif4 ,mais le gouvernement socialiste tant surtout une oligarchie de chefs du travail et de distributeurs des subsistances et une oligarchie trs dure1 n'ayant sous elle que des tres sans dfense1 gaux dans l'indigence et nivels dans la misre2 tant du reste une oligarchie difficile remplacer1 tant l'administration extrmement complique qu'elle aurait en mains exigerait qu'elle restt en place sans variation brusque2 tant donc une oligarchie inamovible2 se concentrerait trs vite autour d'un chef et supprimerait ou mettrait au second plan et au second rang la reprsentation nationale et ses lecteurs4 ,ce serait quelque chose d'analogue au premier ,empire en ,france4 ,sous le premier ,empire la caste des guerriers prdomine1 domine1 clipse et crase tout1 parce qu'on a d'elle un besoin constant1 que du reste elle fait renatre quand il cesse et elle se serre autour d'un chef qui lui donne l'unit et la force d'unit4 ,en rgime socialiste--plus lentement1 au bout d'une gnration--les chefs du travail et les distributeurs des subsistances1 janissaires pacifiques1 formeraient une caste1 trs lie1 trs cohrente1 trs contracte1 dont on ne pourrait pas se passer1 tandis qu'on peut toujours se passer de lgislateurs1 un ,conseil d'tat suffisant2 et se serreraient autour d'un chef qui leur donnerait l'unit et la force d'unit4 ,quand on ne connaissait pas le socialisme1 on disait toujours que la dmocratie tendait naturellement au despotisme4 ,cela a paru changer et il a sembl qu'elle tendait au socialisme4 ,rien n'a chang2 car en tendant au socialisme1 c'est au despotisme qu'elle tend4 ,elle n'en a pas conscience2 car1 consciemment1 elle ne tend qu' l'galit2 mais de l'tat galitaire c'est toujours le despotisme qui sort4 ,ceci est un peu digressif tant une considration sur l'avenir4 ,revenons4 ,,iv ,,le ,l,,gislateur ,,comp,,tent ,la dmocratie1 telle qu'elle existe de nos jours1 empite donc sur le pouvoir excutif1 l'asservit et l'absorbe1 empite sur le pouvoir administratif1 l'asservit et l'absorbe1 le tout par l'intermdiaire de ses reprsentants1 les lgislateurs1 qu'elle choisit son image et c'est--dire qu'elle choisit incomptents et passionns1 puisque aussi bien1 comme dit ,montesquieu1 se contredisant peut-tre quelque peu3 ,le peuple n'agit jamais que par passion4 ,or que devraient tre les lgislateurs8 ,tout le contraire1 ce me semble1 des lgislateurs tels que les fait la dmocratie4 ,le lgislateur idal devrait tre trs inform et tout fait dnu de passions4 ,il devrait tre trs inform1 non pas tant de ce qui est dans les livres1--quoique encore il dt avoir des connaissances juridiques assez tendues1 pour ne pas faire1 ce qui arrive chaque instant1 exactement le contraire de ce qu'il veut faire--que du temprament et de l'esprit gnral du peuple pour lequel il fait des lois4 ,car il ne faut commander un peuple que ce qu'il peut supporter de commandement et de prescriptions1 et le mot de ,solon est admirable3 ,je leur ai donn les meilleures des lois qu'ils peuvent souffrir2 et le mot du ,dieu des ,juifs est vnrable3 ,je vous ai donn des prceptes qui ne sont pas bons2 c'est--dire qui n'ont que la bont que votre mchancet peut admettre1 ce qui est l'ponge1 dit ,montesquieu1 de toutes les difficults qu'on peut faire sur les lois de ,mose4 ,le lgislateur doit donc connatre le temprament et l'esprit du peuple puisqu'il fait des lois2 il doit tre expert en psychologie des peuples1 comme disent les ,allemands4 ,et notez qu'il doit connatre le temprament1 le caractre et l'esprit gnral de son peuple1 sans avoir ce temprament1 ce caractre et cet esprit2 car en matire de passions1 d'inclinations et de tendances1 prouver n'est pas connatre et au contraire prouver est ne pas connatre et connatre a pour condition ne pas prouver4 ,le lgislateur idal1 ou simplement suffisant1 doit donc connatre les inclinations gnrales de son peuple et les dpasser et les dominer1 puisqu'il a pour mission en partie de les satisfaire1 en partie de les combattre4 ,en partie de les satisfaire ou au moins de les mnager1 puisqu'une loi qui contrarierait absolument le temprament d'un peuple serait la jument de ,roland1 aurait toutes les qualits du monde avec l'unique dfaut d'tre morte et mme morte-ne4 ,donnez aux ,romains une loi de droit des gens1 une loi prescrivant le respect des peuples vaincus1 elle ne sera jamais excute et1 de plus elle habituera1 par une sorte de contagion1 ne pas excuter les autres4 ,donnez aux ,franais une loi librale1 une loi prescrivant de respecter les droits individuels de l'homme et du citoyen1 la libert tant pour les ,franais1 comme dit le baron ,joanns1 le droit de faire ce qu'on veut et d'empcher les autres de faire ce qu'ils veulent1 cette loi ne sera jamais que mdiocrement et pniblement excute et habituera ne pas excuter les autres4 ,le lgislateur devra donc connatre les inclinations de son peuple pour savoir la limite o il devra s'arrter en les contrariant4 ,en partie de les combattre2 car la loi dans une nation--ou elle n'est qu'un rglement de police--doit tre ce qu'est la loi morale dans l'individu2 elle doit tre une contrainte prolonge en vue d'un rsultat salutaire2 elle doit tre un frein aux passions funestes1 aux vellits nuisibles et aux caprices dangereux2 elle doit combattre le moi2 pour beaucoup mieux dire1 elle doit tre le moi rationnel combattant le moi passionnel4 ,c'est ce que ,montesquieu veut faire entendre quand il dit que les murs doivent combattre le climat et les lois combattre les murs4 ,la loi doit donc combattre dans une certaine mesure les inclinations gnrales de la nation4 ,elle doit tre sa rgle1 un peu aime1 parce qu'on la sent bonne2 un peu crainte1 parce qu'on la sent dure2 un peu odieuse1 parce qu'on la sent relativement hostile2 respecte1 parce qu'on la sent ncessaire4 ,c'est cette loi-l que doit faire le lgislateur et par consquent il doit tre extrmement fin connaisseur de toute l'me du peuple pour lequel il fait des lois1 aussi bien des parties de cette me qui rsisteraient que des parties de cette me qui peuvent accepter et aussi bien de ce qu'il peut faire accepter sans rsistance que de ce qu'il ne peut hasarder sans risquer d'tre impuissant4 ,voil la comptence principale et essentielle qu'il doit avoir4 ,d'autre part1 il doit tre sans passion4 ,la modration1 cette vertu si vante par ,cicron et qui est en effet une rare vertu si on prend le mot dans son sens complet et si on entend par cela l'quilibre de l'me et de l'esprit1 doit tre le fond mme du lgislateur3 ,je le dis1 affirme ,montesquieu1 et il me semble que je n'ai fait cet ouvrage que pour le prouver1 l'esprit de modration doit tre celui du lgislateur2 le bien politique1 comme le bien moral se trouvant toujours entre deux limites4 ,rien n'est difficile l'homme comme de se dfendre contre les passions et par consquent au lgislateur comme de se dfendre contre les passions du peuple dont il est1 sans compter les siennes propres3 ,aristote1 dit ,montesquieu1 voulait satisfaire tantt sa jalousie contre ,platon1 tantt sa passion pour ,alexandre2 ,platon tait indign contre la tyrannie du peuple d',athnes2 ,machiavel tait plein de son idole1 le duc de ,valentinois4 ,thomas ,more1 qui parlait plutt de ce qu'il avait lu que de ce qu'il avait pens1 voulait gouverner tous les tats avec la simplification d'une ville grecque4 ,harrington ne voyait que la ,rpublique d',angleterre1 pendant qu'une foule d'crivains trouvaient le dsordre partout o ils ne voyaient pas de couronne4 ,les lois rencontrent toujours les passions et les prjugs du lgislateur soit siens1 soit communs lui et son peuple4 ,quelquefois elles passent au travers et s'y teignent2 quelquefois elles y restent et s'y incorporent4 ,et c'est prcisment ce qu'il ne faudrait point4 ,il faudrait que le lgislateur ft dans le peuple comme la conscience dans le cur de l'homme1 connaissant toutes ses passions1 connaissant toute leur tendue1 connaissant toute leur porte1 ne se laissant pas tromper par leurs prestiges et leurs hypocrisies et leurs dguisements2 tantt les combattant de front1 tantt les combattant les unes par les autres1 tantt favorisant un peu l'une aux dpens d'une autre plus redoutable1 tantt cdant du terrain1 tantt en regagnant2 toujours adroit1 toujours habile1 toujours modr2 mais ne se laissant1 par ses ennemies naturelles1 ni entamer1 ni intimider1 ni amuser1 ni circonvenir1 ni conduire4 ,il faudrait mme1 pour ainsi parler1 qu'il ft plus consciencieux que la conscience1 puisque la loi qu'il fait il ne peut pas tout fait oublier que1 s'il la fait pour les autres1 il la fait aussi pour lui et qu' ce qu'il dcrte aujourd'hui il va obir demain--semel jussit semper paruit4--,il doit donc tre exactement1 littralement dsintress1 ce qui lui est plus difficile qu' la conscience qui n'a aucune peine se donner pour cela4 ,il doit1 non seulement tre sans passion1 mais se dpouiller de ses passions1 qui plus est4 ,il doit tre1 figurons-nous cela par hypothse1 une passion qui deviendrait la conscience4 ,comme dit ,jean-,jacques ,rousseau3 ,pour dcouvrir les meilleures rgles de ,socit qui conviennent aux nations1 il faudrait une intelligence suprieure qui vt toutes les passions des hommes et qui n'en prouvt aucune2 qui n'et aucun rapport avec notre nature et qui la connt fond1 dont le bonheur ft indpendant de nous et qui pourtant voult s'occuper du ntre2 enfin qui1 dans le progrs des temps se mnageant une gloire loigne1 pt travailler dans un sicle et jouir dans un autre4 ,c'est pour cela que l'ingnieuse ,grce a suppos que certains lgislateurs1 aprs avoir fait adopter leurs lois leur peuple et aprs avoir fait jurer leurs concitoyens d'observer leurs lois jusqu' ce qu'ils revinssent1 se sont exils et confins au loin dans une retraite inconnue4 ,c'tait peut-tre pour enchaner leurs concitoyens par le serment ainsi prt2 mais n'tait-ce point pour ne pas obir aux lois qu'ils avaient faites2 ou plutt1 faisant leurs lois1 ne s'taient-ils pas donn toute libert de les faire rigoureuses1 en se promettant de se drober par la fuite la ncessit de leur obir8 ,proudhon disait3 ,je rve une rpublique si librale que j'y fusse guillotin comme ractionnaire4 ,lycurgue fut peut-tre un ,proudhon qui fondait une rpublique si svre qu'il savait qu'il n'y pourrait pas vivre1 mais qui faisait le ferme propos de la quitter du jour o elle serait faite4 ,solon et ,sylla sont rests dans l'tat auquel ils avaient donn des lois4 ,il faut les mettre au-dessus de ,lycurgue qui a quitt le sien1 l'excuse de ,lycurgue tant1 du reste1 que1 trs probablement1 il n'a pas exist4 ,il reste cette lgende qui signifie que le lgislateur doit tre tellement au-dessus de ses passions1 comme des passions de son peuple que1 comme lgislateur1 il fasse des lois devant lesquelles1 comme homme1 il soit1 d'une manire ou d'une autre1 trs intimid4 ,cette modration1 au sens que nous avons restitu ce mot1 inspire du reste quelquefois au lgislateur1 comme nous l'avons indiqu1 la pense d'insinuer la loi plutt que de l'imposer1 ce qui n'est pas toujours possible2 mais ce qui l'est assez souvent4 ,montesquieu rapporte ceci de ,saint ,louis1 roi3 ,voyant les abus de la jurisprudence de son temps1 il chercha en dgoter les peuples4 ,il fit plusieurs rglements pour les tribunaux de ses domaines et pour ceux de ses barons1 et il eut un tel succs que1 trs peu de temps aprs sa mort1 sa manire de juger tait pratique dans un grand nombre de cours des seigneurs4 ,ainsi ce prince remplit son objet1 quoique ses rglements n'eussent pas t faits pour tre une loi gnrale du royaume1 mais comme un exemple que chacun pourrait suivre et aurait intrt suivre4 ,il ta le mal en faisant sentir le meilleur4 ,quand on vit dans ses tribunaux1 quand on vit dans ceux de quelques seigneurs une manire de procder plus naturelle1 plus raisonnable1 plus conforme la morale1 la religion1 la tranquillit publique1 la sret de la personne et des biens1 on la prit et on abandonna l'ombre4 ,inviter quand il ne faut pas contraindre1 conduire quand il ne faut pas commander1 c'est l'habilet suprme4 ,et ,montesquieu ajoute avec1 assurment1 un peu d'optimisme1 mais enfin c'est encourageant3 ,la raison a un empire naturel3 on lui rsiste2 mais dans cette rsistance elle trouve son triomphe2 encore un peu de temps et l'on sera forc de revenir elle4 ,cet exemple est bien lointain et s'applique peu quoi que ce soit de nos jours4 ,cependant considrez la loi1 renouvele du droit ecclsiastique1 sur le repos du dimanche4 ,la mettre dans le ,code a t une faute1 parce qu'elle contrariait un trop grand nombre d'habitudes franaises et en quelque sorte la complexion nationale elle-mme2 et l'on s'exposait ce qui est arriv1 savoir3 ce qu'elle ft trs peu excute et avec des difficults infinies4 ,on pouvait l'dicter sans la mettre dans le ,code4 ,que l'tat accorde la libert du dimanche tous ses fonctionnaires1 tous ses employs1 tous ses ouvriers2 qu'il soit entendu1 ce qui pouvait l'tre par l'effet d'une simple circulaire du ministre de la ,justice1 que les infidlits des ouvriers au contrat de travail consistant en refus de travailler le dimanche ne seront jamais punies2 la loi du repos hebdomadaire existe sans tre promulgue1 existe par insinuation et persuasion et s'arrte dans ses effets l o elle doit s'arrter1 aux cas o la ncessit de travailler le dimanche est tellement vidente aux yeux des ouvriers1 comme ceux des patrons1 que les uns et les autres s'y soumettent comme la force des choses2 et1 en de1 elle a assez de force pour modifier1 sans les bouleverser1 les habitudes sculaires de la nation4 ,voyez encore tel cas o dans la loi mme1 dans la loi inscrite au ,code1 le lgislateur procde par insinuation ou recommandation4 ,le lgislateur du commencement du ,x,i,xe sicle avait dans l'esprit qu'il tait dans les biensances que le mari surprenant sa femme en flagrant dlit d'adultre la tut et aussi son complice4 ,cette ide peut tre discute2 mais enfin elle tait celle du lgislateur4 ,en a-t-il fait une prescription lgale8 ,non2 il l'a inscrite dans la loi sous forme d'insinuation1 de recommandation discrte1 d'encouragement affectueux2 il a crit ces mots3 en cas de flagrant dlit le meurtre est excusable4 ,ce n'est pas ce texte que j'approuve2 c'est cette manire d'indiquer la loi sans l'imposer1 d'indiquer ce qu'on juge d'une bonne pratique sans l'ordonner que j'estime possible1 puisqu'on en voit des cas1 et puisque1 dans d'autres cas que celui-ci1 je la trouverais excellente4 ,enfin une des qualits essentielles du lgislateur est la prudence changer les lois existantes et c'est cette prudence essentielle qui exige le plus de lui qu'il soit exempt de passions ou qu'il soit matre de celles qu'il a4 ,la loi en effet n'a d'autorit relle que quand elle est ancienne2 ou plutt il y a deux cas3 o la loi n'est qu'une coutume passe en loi et alors elle a une trs grande autorit ds sa naissance1 parce qu'elle bnficie de toute l'anciennet de la coutume d'o elle est sortie2 ou la loi n'est pas une coutume passe en loi et1 au contraire1 elle contrarie une coutume2 et alors il faut1 pour qu'elle ait de l'autorit1 que par la longueur de temps elle soit devenue coutume elle-mme4 ,dans les deux cas1 on le voit1 c'est bien rellement l'anciennet de la loi qui fait sa force d'autorit sur les hommes4 ,la loi a comme une vgtation et elle est tendre arbrisseau d'abord1 puis son corce se forme et se durcit1 et ses racines s'enfoncent profondment dans le sol et se cramponnent aux rochers4 ,il faut donc une extrme circonspection remplacer le vieux tronc par le jeune arbrisseau3 ,la plupart des lgislateurs1 dit ,usbek ,rhdi1 ont t des hommes borns que le hasard a mis la tte des autres et qui n'ont presque consult que leurs prjugs et leurs fantaisies444 ,ils ont souvent aboli sans ncessit les lois qu'ils ont trouves tablies1 c'est--dire qu'ils ont jet les peuples dans les dsordres insparables des changements4 ,il est vrai que1 par une bizarrerie qui vient plutt de la nature que de l'esprit des hommes1 il est quelquefois ncessaire de changer certaines lois4 ,mais le cas est rare et lorsqu'il arrive1 il n'y faut toucher que d'une main tremblante2 on y doit observer tant de solennit et y apporter tant de prcautions que le peuple en conclut naturellement que les lois sont bien saintes puisqu'il faut tant de formalits pour les abroger4--,montesquieu tait ici1 comme il l'est souvent1 tout fait aristotlicien2 car ,aristote crivait3 ,il est vident qu'il y a certaines lois changer1 certaines poques2 mais cela exige beaucoup de circonspection2 car1 lorsque l'avantage est peu considrable1 tant dangereux d'habituer les citoyens changer facilement les lois1 il vaut mieux laisser subsister quelques erreurs du lgislateur et des magistrats4 ,il y aura moins d'avantage changer les lois que de danger donner l'habitude de dsobir aux magistrats en considrant la loi qu'ils appliquent comme phmre1 inconstante et toujours la veille d'tre change4 ,connaissance des lois des principaux peuples2 connaissance1 et profonde1 du temprament1 du caractre1 des sentiments1 des passions1 des penchants1 des opinions1 des prjugs et des coutumes du peuple auquel il appartient1 modration d'esprit et de cur1 absence de passions1 dsintressement1 sang-froid et mme ataraxie3 telles sont les qualits du lgislateur idal et mme c'est trop dire2 telles sont les qualits qui sont presque ncessaires un homme pour faire une bonne loi2 telles sont presque1 en vrit1 les qualits lmentaires du lgislateur4 ,on a bien vu que c'est aussi presque le contraire de tout cela que la dmocratie aime chez son lgislateur et pour ainsi dire exige de lui4 ,elle nomme des incomptents1 des ignorants presque toujours1 j'ai dit pourquoi2 et elle nomme des hommes deux fois incomptents1 je veux dire des hommes chez qui la passion neutraliserait la comptence si la comptence existait4 ,il y a mme ce fait curieux observer4 ,c'est tellement cause de leurs passions1 et non malgr leurs passions1 c'est tellement parce que passionns et non quoique passionns que la dmocratie choisit ses mandataires et elle les choisit si bien pour les raisons pour lesquelles elle les devrait exclure2 que l'homme capable de modration1 de justesse d'esprit1 de vue nette du rel et du possible1 de ralisme et d'esprit pratique1 pour se faire nommer et pour arriver pratiquer toutes ces vertus1 commence par les dissimuler avec soin et par afficher bruyamment tous les dfauts contraires4 ,il a des paroles de guerre civile pour se faire nommer au poste o il compte bien dfendre et assurer la paix2 et il faut1 pour qu'il puisse devenir un pacificateur1 qu'il commence par faire figure de sditieux4 ,tous les favoris du peuple passent par ces deux phases et fournissent ces deux stades1 et il faut qu'ils parcourent tout le premier pour pouvoir s'engager dans le second4--,ne vaut-il pas mieux commencer que finir par tre conservateur8--,non pas2 car on ne peut pas tre conservateur puissant et exercer la puissance conservatrice1 qu'on n'ait commenc par tre anarchiste4 ,le peuple est tellement habitu ces volutions qu'il ne fait plus qu'en sourire4 ,il y a pourtant cet inconvnient que le conservateur qui a un pass de sditieux a une autorit toujours mle et conteste et passe une partie de sa vie expliquer les raisons du vaste dtour qu'il a dcrit et que ce lui est embarras et entraves4 ,toujours est-il que le peuple ne nomme que des passionns vrais ou faux qui1 ou bien resteront toujours des passionns et c'est le gros des lgislateurs1 ou bien deviendront des modrs trs mal entrans leur nouveau rle4 ,et ces passionns1 pour parler du gros1 de l'immense majorit1 se dchanent dans la lgislation au lieu d'y travailler avec prudence1 sang-froid et sagesse4 ,les rgles prcdemment indiques sont trs prcisment renverses4 ,ce ne sont pas les passions populaires que les lois rpriment ou refrnent2 c'est des passions populaires que la loi est l'expression mme4 ,les lois sont une suite de mesures des partis les uns contre les autres4 ,les lois proposes sont des batailles livres2 les lois votes sont des victoires2 et voil autant de dfinitions qui condamnent les lgislateurs et qui incriminent le rgime4 ,v ,,les ,,lois ,,en ,d,,mocratie ,et le signe qu'il en est ainsi c'est que toutes les lois sont des lois de circonstance1 ce qu'une loi ne devrait jamais tre4 ,loin de craindre en tout tat de cause1 comme le voulait ,montesquieu1 de toucher aux vieilles lois pour en faire de nouvelles et de dmolir la maison pour dresser une tente1 les lois nouvelles se multiplient selon tous les accidents atmosphriques1 selon tous les incidents de la politique au jour le jour4 ,semblable au guerrier barbare1 dont parle ,dmosthne1 qui se dfend toujours du ct du coup qu'il vient de recevoir1 et1 frapp l'paule1 porte son bouclier son paule1 puis frapp la cuisse1 le porte vivement sa cuisse1 le parti dominant ne fait des lois que pour se dfendre contre l'adversaire qu'il a ou qu'il croit avoir2 ou il ne fait une rforme1 prcipite et improvise1 que sous le coup d'un scandale ou d'un prtendu scandale qui vient d'clater4 ,un aspirant la tyrannie1 comme on disait ,athnes1 est-il nomm dput dans un trop grand nombre de circonscriptions1 vite une loi interdisant les candidatures multiples4 ,pour la mme raison1 par crainte du mme homme1 vite une loi remplaant le scrutin de liste par le scrutin d'arrondissement4 ,une accuse a t1 parat-il1 maltraite dans l'instruction qu'elle a subie1 mene trop vivement dans l'interrogatoire du prsident1 accuse maladroitement par le ministre public2 vite une rforme radicale de toute la procdure criminelle4 ,ainsi en toutes choses4 ,l'usine des lois est un magasin de nouveauts4 ,plutt encore c'est un journal4 ,on y interpelle une fois par jour2 c'est l'article de polmique2 on y questionne les ministres plusieurs fois par jour sur les petits faits signals ici et l2 c'est le roman-feuilleton ou le conte2 on y fait une loi propos de ce qui s'est pass la veille2 c'est l'article de fond2 et l'on s'y donne des coups de poing2 c'est le fait divers4 ,il n'y a pas de reprsentation plus exacte du pays2 c'en est l'image fidle2 tout ce qui l'occupe le matin y est trait le soir comme au caf du commerce de ,casteltartarin2 c'est le miroir grossissant du pays bavard4 ,or une chambre de lgislation ne doit pas tre l'image du pays2 elle doit en tre l'me1 elle doit en tre le cerveau2 mais pour toutes les raisons que nous avons dites1 la reprsentation nationale ne reprsentant que les passions du pays ne peut pas tre autre chose que ce qu'elle est4 ,en d'autres termes la dmocratie moderne n'est pas gouverne par des lois1 mais par des dcrets2 car les lois de circonstance ne sont pas des lois1 ce sont des dcrets4 ,une loi est un rglement ancien1 consacr par le long usage1 auquel on obit presque en ignorant si c'est une loi que l'on obit ou une coutume1 et qui fait partie d'un ensemble mdit1 cohrent1 logique et harmonieux de prescriptions4 ,une loi inspire par une circonstance n'est qu'un dcret4--,c'est une des choses qu'a le mieux vu ,aristote et cent fois il met en lumire cette diffrence essentielle1 fondamentale et que l'on court les plus grands risques mconnatre ou ignorer4 ,je cite le passage de lui qui est le plus prcis et le plus fort cet gard3 ,enfin1 il y a une cinquime espce de dmocratie o la souverainet est transporte de la loi la multitude4 ,c'est ce qui arrive quand les dcrets enlvent l'autorit absolue la loi1 ce qui est l'effet du crdit des dmagogues4 ,dans les gouvernements dmocratiques o la loi rgne1 il n'y a pas de dmagogues2 ce sont les citoyens les plus recommandables qui ont la prminence2 mais une fois que la loi a perdu la souverainet1 il s'lve une foule de dmagogues4 ,alors le peuple est comme un monarque mille ttes2 il est souverain1 non pas par individu1 mais en corps444 ,un tel peuple1 vrai monarque1 veut rgner en monarque2 il s'affranchit du joug de la loi et devient despote2 ce qui fait que les flatteurs y sont en honneur4 ,cette dmocratie est en son genre ce que la tyrannie est la monarchie4 ,de part et d'autre1 mme oppression des hommes de bien3 en monarchie les ordonnances arbitraires1 en dmocratie les dcrets arbitraires4 ,et le dmagogue et le flatteur ne font qu'un3 ils ont entre eux une ressemblance qui les confond1 avec une gale influence les uns sur les tyrans1 les autres sur les peuples qui se sont rduits l'tat de tyrans4 ,les dmagogues sont cause que l'autorit souveraine est dans les dcrets et non dans la loi1 par le soin qu'ils prennent de tout ramener au peuple2 il en rsulte qu'ils deviennent puissants parce que le peuple est matre de tout et qu'eux-mmes sont matres du peuple444 ,or on peut soutenir avec raison qu'un pareil rgime est une dmocratie et non une rpublique2 car il n'y a pas de rpublique l o les lois ne rgnent pas4 ,il faut en effet que l'autorit de la loi s'tende sur tous les objets444 ,par consquent1 si la dmocratie doit tre compte parmi les formes de gouvernement1 il est clair qu'un pareil rgime1 celui dans lequel tout se rgle par dcrets1 n'est pas mme1 proprement parler1 une dmocratie2 car jamais un dcret ne peut avoir une forme gnrale1 comme la loi4 ,cette distinction entre la loi sculaire qui est la loi et la loi de circonstance qui n'est qu'un dcret1 entre la loi qui fait partie d'une lgislation coordonne qui est la loi et la loi de circonstance qui n'est qu'un dcret2 entre la loi faite pour toujours1 qui est la loi et la loi de circonstance qui est analogue et mme toute semblable la vellit d'un tyran2 cette distinction1 le bien prendre1 c'est toute la diffrence entre les sociologues de l'antiquit et les sociologues modernes4 ,quand les sociologues anciens et les sociologues modernes parlent de la loi1 ils ne parlent pas de la mme chose et c'est ce qui fait faire tant de contre-sens4 ,quand le sociologue moderne parle de la loi il entend par l l'expression de la volont gnrale telle date1 en #aiaj par exemple4 ,pour le sociologue ancien l'expression de la volont gnrale telle date1 l'an ,,ii de #gc;e ,olympiade par exemple1 n'est pas une loi1 c'est un dcret4 ,une loi c'est un paragraphe de la lgislation de ,solon1 de ,lycurgue ou de ,charondas4 ,toutes les fois que vous verrez dans un politique grec ou dans un politique romain ces mots3 un tat gouvern par les lois1 ne traduisez pas autrement1 n'interprtez pas autrement2 cela veut dire un tat gouvern par une lgislation trs ancienne et qui ne change pas cette lgislation4 ,c'est ce qui donne son vrai sens la fameuse prosopope des ,lois dans le ,phdon1 qui serait stupide si les ,grecs avaient entendu par lois ce que nous entendons par ce mot4 ,la loi est-elle l'expression de la volont gnrale du peuple8 ,alors pourquoi ,socrate la respecterait-il1 lui qui mprise le peuple1 lui qui s'est moqu du peuple toute sa vie et jusque dans son procs criminel8 ,ce serait absurde4 ,mais les lois ne sont pas les dcrets que le peuple porte au moment o ,socrate existe2 ce sont les lois qui protgent la cit depuis qu'elle existe2 ce sont ces lois qui sont les ,dits antiques de la cit4 ,elles peuvent se tromper1 preuve qu'on tire d'elles de quoi condamner ,socrate mort2 mais elles sont respectables1 vnrables et inviolables1 parce qu'elles ont t tutlaires la cit depuis des sicles et tutlaires ,socrate lui-mme jusqu'au moment o l'on a abus d'elles contre lui4 ,donc une rpublique1 pour adopter la terminologie d',aristote1 c'est une nation qui obit des lois et qu'elle obisse des lois cela veut dire qu'elle obit aux lois crites par ses anctres4--,mais alors1 c'est une aristocratie2 car obir1 non pas ceux qui reprsentent les traditions des anctres1 c'est--dire aux nobles1 mais aux anctres eux-mmes1 en obissant leur pense qu'ils ont dpose dans une lgislation vieille de cinq sicles1 c'est bien plus aristocratique que d'obir aux aristocrates4 ,les aristocrates sont toujours moiti traditionnels1 moiti de leur temps2 la loi d'il y a quatre cents ans est de quatre cents ans et n'est rien autre chose4 ,obir la loi telle que les sociologues anciens l'entendent1 ce n'est pas obir au ,scipion que je rencontre sur la voie sacre1 c'est obir l'arrire-grand-pre de son aeul4 ,c'est ultra-aristocratique6--,prcisment6 ,la loi est aristocratique2 et il n'y a de dmocratique que le dcret1 que la loi de circonstance4 ,c'est pour cela que ,montesquieu parle toujours d'une monarchie contenue1 rprime et du reste soutenue par des lois4 ,qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire en son temps o la volont gnrale n'a pas d'expression et o1 par consquent1 la monarchie ne peut pas tre contenue par des lois1 expressions de la volont gnrale2 dans un temps1 d'autre part1 o c'est la royaut qui est pouvoir lgislatif1 qui fait les lois et o1 par consquent1 elle ne peut pas tre contenue par les lois qu'elle fait elle-mme et qu'elle peut dfaire et refaire8 ,qu'est-ce donc que cela peut bien vouloir dire8 ,cela veut dire que par loi1 comme tous les sociologues anciens o il a appris lire1 ,montesquieu entend les vieilles lois antrieures au rgime dans lequel il vit1 les vieilles lois de l'antique monarchie 7il les appelle les ,lois fondamentales7 qui lient1 qui doivent lier la monarchie actuelle1 sans quoi elle serait pareille un despotisme ou une dmocratie4 ,la loi est essentiellement aristocratique4 ,elle fait gouverner les gouverns par les gouvernants et les gouvernants par les morts4 ,c'est l'essence mme de l'aristocratie que le gouvernement de ceux qui vivent par ceux qui ont vcu en prvision de ceux qui vivront4 ,l'aristocratie proprement dite est une aristocratie charnelle2 la loi est une aristocratie spirituelle2 l'aristocratie proprement dite reprsente les morts par tradition1 par hritage1 par leons reues1 par ducation transmise1 aussi par hrdit physiologique de temprament et de caractre2 la loi ne reprsente pas les morts2 elle est eux-mmes2 elle est leur pense dpose dans un texte qui ne change pas ou qui change insensiblement4 ,est aristocratique1 est en rgime aristocratique et en esprit aristocratique1 une nation qui conserve son vieil tat-major aristocratique et qui le renouvelle discrtement1 avec mnagement1 et prcaution par des additions successives d'hommes nouveaux4 ,est aristocratique par le mme procd exactement1 mais beaucoup plus encore1 la nation qui conserve sa vieille lgislation avec la plus grande pit et qui la rajeunit1 la renouvelle discrtement1 avec mnagements et circonspection par des additions successives de lois nouvelles qui doivent toujours avoir quelque chose de l'esprit nouveau1 quelque chose de l'esprit ancien4 ,homines novi1 nov res4 ,homo novus veut dire l'homme qui n'a pas d'anctres et qu'il faut1 pour son mrite1 adjoindre ceux qui en ont4 ,nov res ce sont des choses qui n'ont pas d'antcdents et aussi cela veut dire3 rvolution4 ,les ,nov res ne doivent tre introduites que partiellement1 insensiblement et progressivement dans les choses anciennes comme les hommes nouveaux dans la corporation des hommes anciens4 ,l'aristocratie est aristocratique1 la loi est plus aristocratique encore4 ,voil pourquoi la dmocratie est ennemie naturelle des lois et ne peut souffrir que les dcrets4 ,reprsentation du pays rserve aux incomptents et aussi aux passionns qui sont deux fois incomptents2 reprsentation du pays voulant tout faire et faisant tout mal1 gouvernant et administrant et versant l'incomptence et la passion dans le gouvernement et l'administration3 voil o nous en sommes dans notre examen d'une dmocratie moderne4 ,,vi ,,incomp,,tence ,,gouvernementale ,ce n'est pas tout2 la loi de l'incomptence s'tend plus loin1 soit par consquence logique1 soit par une sorte de contagion4 ,on a remarqu en riant1 car la chose est comique comme toutes les choses tragiques que l'on prend avec bonne humeur1 qu'il est trs rare qu'un ministre soit attribu l'homme qui y serait comptent2 que gnralement le ministre de l',instruction publique est donn un avocat1 le ministre du ,commerce un homme de lettres1 le ministre de la ,guerre un mdecin1 le ministre de la ,marine un journaliste et que ,beaumarchais a donn la formule beaucoup plus de la dmocratie que de la monarchie absolue en disant3 ,il fallait un calculateur2 ce fut un danseur qui l'obtint4 ,la chose est tellement de rgle qu'elle a comme un effet rtroactif dans les ides historiques de la foule4 ,trois ,franais sur quatre sont persuads que ,carnot tait un civil et cela a t imprim bien des fois4 ,pourquoi8 parce qu'on ne peut pas s'imaginer qu'en dmocratie le ministre de la ,guerre ait pu tre donn un soldat1 que les ,conventionnels aient pu confier le ministre de la guerre un officier2 cela semblait trop paradoxal pour tre vrai4 ,cette singulire attribution des ministres en raison de l'incomptence des titulaires semble1 au premier regard1 un simple jeu1 une simple coquetterie spirituelle et raffine de la desse ,incomptence4 ,c'est un peu cela2 ce n'est pas cela1 tout fait cela4 ,les ministres sont d'ordinaire attribus ainsi parce qu'il s'agit pour celui qui les forme de donner une portion de pouvoir chacun des groupes de la majorit sur laquelle il veut s'appuyer4 ,ces groupes n'ayant pas chacun un spcialiste fournir1 le personnage politique ne peut pas s'occuper des spcialits et distribue les ministres en obissant des convenances politiques et non des convenances professionnelles2 le rsultat est celui que j'indiquais2 le seul ministre attribu d'une faon peu prs rationnelle est celui que le prsident du conseil s'est rserv et prend pour lui-mme2 encore1 trs souvent1 pour mnager une personnalit politique importante1 le cde-t-il et en prend un qui n'est pas celui o il serait son affaire4 ,consquences3 chaque ministre tant dirig par un incomptent1 est dirig par un homme qui1 s'il est consciencieux1 y apprend le mtier o il devrait tre pass matre2 qui1 s'il est moins consciencieux1 ou s'il est press1 et il l'est toujours1 dirige son ministre selon des ides gnrales politiques et non selon des ides pratiques4 ,incomptence en quelque sorte redouble4 ,il faut entendre le discours par lequel un nouveau ministre de l',agriculture se prsente son personnel3 il n'y est question que des principes de #aghi4 ,or1 dans un pays centralis1 c'est le ministre qui fait tout dans son dpartement4 ,il fait tout sous la pression de la reprsentation nationale1 mais il fait tout2 il prend toutes les dcisions4 ,on peut prvoir quelles elles peuvent tre4 ,souvent elles sont tellement en dehors de la loi et contraires elle qu'elles sont lettre morte en naissant4 ,les circulaires ministrielles ont souvent ce caractre singulier d'tre illgales4 ,il n'en est que cela et elles tombent2 mais elles ont apport un trouble profond dans l'administration tout entire4 ,quant aux nominations1 elles sont faites comme j'ai dit1 par influence politique sans qu'elles puissent tre corriges1 quand elles sont trop abusives ou trop errones1 par la comptence d'un ministre clair sur les choses et les hommes de son ministre1 qui dirait3 ,cependant1 n'allons pas jusque-l6 ,,vii ,,incomp,,tence ,,judiciaire ,ceci est l'incomptence largissant1 pour ainsi dire1 son domaine par consquence logique2 il y a d'autres rgions o elle l'largit par une sorte de contagion4 ,a-t-on remarqu que l'ancien rgime1 avec toutes ses trs graves imperfections1 avait1 par une sorte de tradition historique1 un certain respect des comptences diverses8 ,en choses de juridiction1 par exemple1 il y avait des juridictions seigneuriales1 des juridictions ecclsiastiques1 des juridictions militaires4 ,sans doute ce n'tait pas la raison1 ce n'taient pas des mditations profondes qui avaient tabli ces institutions2 c'tait l'histoire mme1 c'taient les vnements2 mais il parut juste1 mme la monarchie empitante et tournant au despotisme1 de les conserver4 ,les justices seigneuriales1 quoique tant les moins fondes en raison1 n'taient point sans utilit1 rattachant ou pouvant rattacher le seigneur sa terre et empcher qu'il perdt de vue ses vassaux et que ses vassaux le perdissent de vue et elles taient donc conservatrices de la constitution aristocratique du royaume2 j'ajoute que bien rgles1 dlimites et dfinies dans un code1 ce qui ne fut jamais fait1 elles eussent t conformes la loi de comptence3 il est des affaires qui sont proprement affaires ressortissant la comptence du seigneur du pays1 comme tant proprement locales2 dans ces affaires1 le seigneur jouait le rle que joue de nos jours le juge de paix et il n'aurait fallu que dterminer avec prcision quelles taient ces affaires-ci et toujours permettre l'appel4 ,les juridictions ecclsiastiques taient parfaitement raisonnables1 les dlits commis par les ecclsiastiques ayant un caractre trs particulier dont seuls des juges ecclsiastiques peuvent bien connatre4 ,cela parat trange aux esprits d' prsent2 mais pourquoi y a-t-il1 de nos jours mmes1 des tribunaux de commerce et des conseils de prud'hommes1 si ce n'est parce que les procs entre commerants et les contestations entre ouvriers et ouvrires et entre ouvriers et patrons ne peuvent tre jugs avec connaissance de cause que par des hommes qui sont de la partie1 toujours1 du reste1 appel une juridiction suprieure tant rserv4 ,enfin l'ancien rgime avait des tribunaux militaires1 des conseils de guerre1 exactement pour les mmes raisons4 ,en dmocratie tous ces tribunaux d'exception sont objets de vive dfiance parce qu'ils sont contraires l'uniformit1 forme et souvent caricature de l'galit1 et aussi parce qu'ils sont le domaine et le refuge de la comptence4 ,la dmocratie a aboli1 cela va de soi1 les tribunaux aristocratiques avec l'aristocratie elle-mme et les tribunaux ecclsiastiques avec l'glise elle-mme considre comme corps de l'tat2 mais elle a tendance considrer les tribunaux exceptionnels qui restent encore comme instruments d'aristocratie2 elle poursuit de sa haine les conseils de guerre parce que sur la culpabilit militaire1 sur le devoir militaire et sur l'honneur militaire ils ont des ides particulires2 mais c'est prcisment l leur comptence2 c'est ce qu'il faut qu'ils aient pour entretenir l'esprit militaire et pour maintenir dans sa force une arme forte4 ,le soldat1 l'officier qui ne serait jug et qui ne serait puni que comme un civil1 ne serait ni bien jug ni assez puni en considration des devoirs particuliers qui incombent l'arme et des services qu'elle doit rendre4 ,il y a l une question de comptence technique et une question de comptence morale dans lesquelles la dmocratie ne veut pas entrer par suite de sa conviction qu'il n'y a pas de comptence particulire et qu'en toutes choses il suffit d'avoir du bon sens2 mais le bon sens est comme l'esprit3 il sert tout et ne suffit rien2 c'est prcisment ce que la dmocratie ne veut pas comprendre ou ne peut pas concevoir4 ,son erreur est aussi grande pour ce qui est de la magistrature civile et pour ce qui est du juge criminel4 ,pour la magistrature civile elle a cru bien faire en drogeant1 jusqu' prsent1 son principe et en confiant la tche de juger des juristes4 ,voil enfin un corps qui a la comptence1 c'est incontestable et personne ne la lui conteste3 ceux qui jugent sont ceux qui savent le droit4 ,mais1 comme j'ai eu souvent l'occasion de le dire dj1 ct de la comptence technique il y a la comptence morale et la dmocratie s'est efforce de diminuer la comptence morale de la magistrature et1 faites-y bien attention1 en diminuant cette comptence morale1 de neutraliser la comptence technique elle-mme4 ,il y avait autrefois une magistrature qui tait un corps de l'tat1 un corps autonome et qui par consquent--sauf coups d'tat de temps en temps et par consquent1 chez elle1 peur des coups d'tat--avait une indpendance absolue4 ,cela lui donnait ou pour mieux dire laissait intacte chez elle la comptence morale3 la comptence morale consiste pouvoir agir selon les lumires de sa conscience4 ,on a cr une magistrature qui est une administration comme les autres1 qui est un corps de fonctionnaires4 ,l'tat nomme ces fonctionnaires1 les promeut1 leur refuse les promotions1 les paie4 ,en un mot il les a dans sa main1 comme le ministre de la ,guerre les officiers1 comme le ministre des ,finances les employs des contributions indirectes4 ,ds lors ils n'ont plus de comptence morale pour juger4 ,ils seront toujours tents1 trop tents1 de juger comme le gouvernement voudra qu'ils jugent4 ,il est vrai qu'ils ont une garantie1 qui est l'inamovibilit2 mais l'inamovibilit n'est une garantie1 bien videmment1 que pour ceux qui sont arrivs au sommet de la hirarchie ou au terme de leur carrire1 que pour ceux qui1 cause de la retraite proche1 ou parce qu'ils ne peuvent monter plus haut que l o ils sont1 n'ont aucune proccupation d'avancement4 ,le jeune magistrat qui veut avancer1 dsir lgitime1 n'est point du tout indpendant1 puisque1 s'il dplat1 il jouira d'un genre particulier d'inamovibilit3 il restera toujours son poste de dbut4 ,il n'y a de magistrat indpendant1 il n'y a de magistrat sans souci que de la justice1 d'une part que les juges chargs de quarante ans de service1 et d'autre part que le prsident de la ,cour de cassation2 j'ajoute celui qui1 pourvu des biens de la fortune1 est indiffrent l'avancement et fait toute sa carrire dans la ville de ses dbuts1 magistrat exactement pareil aux magistrats de l'ancien rgime1 extrmement rare et de plus en plus rare de nos jours4 ,du reste1 cette inamovibilit mme1 dont on fait tat1 est suspendue de temps en temps par un gouvernement ou par un autre1 de sorte que rduite l'inamovibilit comme seule garantie et comme garantie presque illusoire1 la magistrature actuelle est de plus1 comme celle de l'ancien rgime1 sous la menace continuelle des coups d'tat4 ,sa comptence morale est trs restreinte4 ,or je dis que la diminution de sa comptence morale neutralise sa comptence technique2 car de sa comptence technique il faut qu'elle fasse abstraction quand elle a juger entre le gouvernement et les particuliers et mme entre les particuliers protgs par le gouvernement et les particuliers que le gouvernement ne tient pas pour ses amis4 ,or1 qu'elle ait juger entre le gouvernement et les particuliers c'est ce qui arrive quelquefois1 et qu'elle ait juger entre les amis du gouvernement et ses adversaires c'est ce qui arrive presque tous les jours1 dans un pays o le gouvernement est un parti qui gouverne et qui est sans cesse en lutte contre tous les autres4 ,on a fait remarquer avec raison que le gouvernement parlementaire base de suffrage universel c'est la guerre civile1 rgularise1 mais en permanence2 c'est la guerre civile non sanglante1 le plus souvent2 mais c'est la guerre par insultes1 par provocations1 par calomnies1 par dnonciations1 par mchants tours et par procs entre diffrents partis et cela en permanence1 depuis le commencement de l'anne jusqu' la fin4 ,et c'est dans un pays qui se trouve en ces conditions que la magistrature devrait tre radicalement indpendante pour tre impartiale2 et c'est prcisment dans ce pays que la magistrature1 n'tant pas autonome1 est force1 tout au moins1 de ne pas dplaire un parti1 celui qui gouverne et qui est terriblement exigeant1 ayant peur que le gouvernement lui soit arrach4 --,il n'y a rien faire cela4 ,voudriez-vous en revenir la vnalit des charges de judicature8 --,d'abord ce ne serait pas une chose si monstrueuse2 ensuite on pourrait1 sans la vnalit1 avoir les avantages que cette vnalit assurait4 ,ce ne serait pas une chose si monstrueuse4 ,il en est encore ici comme tout l'heure quand on s'indignait la pense de tribunaux d'exception sans songer aux tribunaux de commerce et aux conseils de prud'hommes qui sont des tribunaux d'exception et qui sont trs bons4 ,on s'indigne contre l'achat d'une fonction de conseiller la cour et l'on ne songe pas que les huissiers1 les avous et les notaires1 de qui nous ne laissons pas de dpendre1 qui nous ne laissons pas de confier des intrts de tout premier ordre1 achtent leurs charges ou les hritent4 tre jug en rgime de vnalit des offices de judicature1 c'est tre jug par des avous ou des notaires qui on a demand des connaissances juridiques plus tendues2 c'est tre jug par des notaires et des avous suprieurs4 ,il n'y a rien l d'abominable4 ,on sait que ,montesquieu tait partisan de la vnalit des charges et que ,voltaire y tait trs oppos4 ,ils avaient tous deux bien raison1 je veux dire chacun d'eux tait bien d'accord avec ses ides gnrales4 ,montesquieu dit3 ,cette vnalit est bonne dans les tats monarchiques parce qu'elle fait faire comme un mtier de famille ce qu'on ne voudrait pas entreprendre pour la vertu1 qu'elle destine chacun son devoir et rend les ordres de l'tat plus permanents4 ,suidas dit trs bien qu',anastase avait fait de l',empire une espce d'aristocratie en vendant toutes les magistratures4 ,voltaire rpond3 ,est-ce par vertu qu'on accepte en ,angleterre la charge de juge du banc du roi8 ,c'est par vertu ou par intrt2 et s'il n'y a pas d'intrt il faut en effet une trs grande vertu pour cela4 ,quoi6 on ne trouverait pas de conseillers pour juger dans les ,parlements de ,france si on leur donnait les charges gratuitement8 ,on en trouverait2 mais il se pourrait qu'ils fussent trop reconnaissants4 ,la fonction de rendre la justice1 de disposer de la fortune et de la vie des hommes un mtier de famille6 ,mais le mtier de porter les armes et de disposer1 en temps de guerre civile de la fortune et de la vie des hommes est en #agfj un mtier de famille et je ne vous vois pas protester contre lui2 le mtier de roi est en #agfj un mtier de famille et je ne vous vois pas vous indigner contre la royaut4 ,plaignons ,montesquieu d'avoir dshonor son ouvrage par de tels paradoxes2 mais pardonnons-lui3 son oncle avait achet une charge de prsident en province et la lui avait laisse2 on retrouve l'homme partout4 ,nul de nous n'est sans faiblesse4 ,montesquieu croit que les corps aristocratiques sont une bonne chose2 ,voltaire est pour le pouvoir absolu4--,montesquieu aime que la judicature soit un mtier de famille1 c'est--dire traditionnel1 comme le mtier militaire1 ce qui rend l'ordre judiciaire permanent comme les autres ordres et il montre avec ,suidas la vnalit crant une aristocratie4 ,voltaire voudrait1 comme ,napolon ,ier1 qu'il n'y et que soldats du roi1 prtres du roi1 juges du roi1 tous hommes du roi et lui appartenant corps et mes4 ,montesquieu avait un contradicteur plus grand que ,voltaire2 c'tait ,platon4 ,platon dans sa ,rpublique avait crit1 en parlant en gnral de toutes les magistratures3 ,c'est comme si dans un navire on faisait quelqu'un pilote pour son argent4 ,serait-il possible que la rgle ft mauvaise dans quelque autre emploi que ce ft et bonne seulement pour conduire une ,rpublique8 ,montesquieu rpond trs spirituellement ,platon 7et d'avance ,voltaire73 ,platon parle d'une rpublique vertueuse et moi d'une monarchie4 ,or dans une monarchie1 o1 quand les charges ne se vendraient pas par rglement1 l'indigence et l'avidit des courtisans les vendraient tout de mme1 le hasard donnera de meilleurs sujets que le choix du prince4 ,en rsum1 ,montesquieu veut que la magistrature1 partie hrditaire1 partie recrute dans les classes riches1 soit un corps aristocratique indpendant1 analogue l'arme1 arme de la loi1 analogue au clerg1 clerg de la loi et rendant la justice avec la comptence technique que les titres universitaires tabliront et avec cette comptence morale qui est faite d'indpendance1 de dignit1 d'esprit de corps et d'impartialit4 ,mais j'ai ajout que la vnalit des offices n'tait pas ncessaire pour obtenir ces rsultats1 pour tablir ces garanties4 ,le principe1 qui tombe sous le sens1 est celui-ci3 la magistrature doit tre indpendante4 ,elle ne peut l'tre que si elle l'est par la proprit de ses fonctions1 par le fait d'tre propritaire de ses fonctions4 ,elle ne peut tre propritaire de ses fonctions que si elle les achte1 ou les hrite1 comme sous l'ancien rgime2--ou si elle n'est pas nomme par le gouvernement4 ,on n'aime point qu'elle les achte ou les hrite2 alors il faut qu'elle soit nomme autrement que par le gouvernement4 ,par qui donc8 ,par le peuple8 ,mais alors elle sera dpendante du peuple1 elle sera dpendante de ses lecteurs4 --,ce sera meilleur1 ou moins mauvais4 --,point du tout4 ,d'abord1 nomme par les lecteurs1 la magistrature sera encore moins impartiale qu'elle ne l'est nomme par le gouvernement4 ,le juge ne songera qu' se faire rlire et donnera toujours raison aux plaideurs appartenant au parti qui l'aura lu4 ,voudriez-vous tre jug par un tribunal compos des dputs de votre dpartement8 ,non1 certes1 si vous appartenez au parti le plus faible4 ,oui1 si vous appartenez au parti le plus fort2 et encore la condition que vous ayez pour partie un homme appartenant au parti le plus faible2 car si vous avez pour partie un homme appartenant comme vous au parti le plus fort1 il s'agira de savoir si vous tes lecteur plus influent que lui ou s'il est lecteur plus influent que vous4 ,ad summam1 aucune garantie d'impartialit avec une magistrature lue4 ,ajoutez qu'avec le systme des juges lus par les justiciables vous aurez une trs grande1 trs agrable du reste1 diversit de justice4 ,ce sera un bariolage4 ,dans les pays bleus les juges nomms par une majorit bleue et tenant tre rlus par elle jugeront toujours en faveur des bleus2 dans les pays blancs1 les juges nomms par une majorit blanche et tenant tre rlus par elle1 jugeront toujours en faveur des blancs4 ,le droit a ses poques6 s'crie ironiquement ,pascal4 ,le droit aura ses rgions4 ,il ne sera pas le mme dans les ,alpes-,maritimes et dans les ,ctes-du-,nord4 ,la ,cour de cassation1 la supposer impartiale1 passera son temps renvoyer les procs des pays blancs juger nouveau dans les pays bleus et les jugements des tribunaux des pays bleus corriger dans les pays blancs4 ,et ce sera l'anarchie judiciaire1 l'anarchie juridique1 et l'anarchie de la jurisprudence4 --,si la magistrature ne doit pas tre hrditaire ou acquise prix d'argent2 et ne doit pas tre nomme par le gouvernement et ne doit pas tre lue par le peuple2 par qui sera-t-elle bien nomme8 --,par elle-mme2 je ne vois pas d'autres solutions4 ,par exemple--car je ne vois qu'un systme juste2 mais il peut y avoir plusieurs mthodes--par exemple tous les docteurs en droit de ,france nomment la ,cour de cassation et la ,cour de cassation nomme tous les magistrats de la magistrature assise et les promeut4 ,c'est une mthode aristocratique-dmocratique2 la base est trs large4 ,ou bien les magistrats seulement nomment les membres de la ,cour de cassation et la ,cour de cassation nomme les magistrats et les promeut4 ,c'est une mthode oligarchique4 ,ou bien--procd de transition entre ce qui est et ce qui doit tre--pour la premire fois seulement1 tous les docteurs en droit de ,france nomment la ,cour de cassation et la ,cour de cassation nomme tous les magistrats de ,france et ensuite et dsormais ce sont les magistrats de ,france qui pourvoient aux vides de la ,cour de cassation et la ,cour de cassation1 laquelle nomme et promeut tous les magistrats de ,france4 ,le gouvernement n'a pas cess et il continue de nommer les membres de la magistrature debout4 ,dans toutes ces mthodes la magistrature forme un corps autonome1 issu d'elle-mme1 ne dpendant que d'elle-mme1 ne relevant que d'elle-mme1 capable1 cause de son absolue indpendance1 d'une impartialit absolue4 --,mais c'est une caste6 --,c'est une caste4 ,j'en suis afflig2 mais c'est une caste4 ,jamais vous ne serez bien jugs que par une caste1 parce que ce qui n'est pas caste ne peut tre que le gouvernement ou tout le monde et le gouvernement ne peut pas bien juger tant souvent juge et partie2 et1 s'il est ombrageux1 se croyant toujours partie2 et tout le monde ne peut pas bien juger1 tout le monde1 dans la pratique tant la majorit et la majorit tant un parti et un parti1 par dfinition1 pouvant difficilement tre impartial4 ,mais la dmocratie tient ne pas tre juge par une caste1 d'abord par horreur des castes1 ensuite parce qu'elle ne tient pas tre juge impartialement4 ,ne criez pas au paradoxe2 elle tient tre juge impartialement dans les petits procs1 dans le train de tous les jours1 couramment2 elle tient1 dans tous procs impliquant question politique1 dans tout procs1 aussi1 o un homme appartenant la majorit se trouve en prsence d'un homme appartenant l'opposition ce qu'il soit jug contre celui-ci4 ,elle dit la magistrature ce qu'un dput naf disait au prsident de la ,chambre3 ,votre devoir est de protger la majorit4 ,voil pourquoi elle tient cette magistrature de fonctionnaires1 qui1 bien que contenant de trs bons lments1 ne peut pas tre toujours impartiale1 cette magistrature qui par la bouche d'un de ses plus hauts dignitaires1 interroge sur une procdure peu conforme la loi1 rpondait3 il y avait l le fait du prince et jetait ainsi aux pieds du gouvernement et la magistrature et la loi2 cette magistrature qui1 dans d'assez bonnes intentions du reste et pour en finir avec une affaire interminable1 tournait la loi ou plutt la retournait1 coup sr ne l'appliquait pas et donnait ainsi un mauvais exemple1 et du reste1 permettant ainsi de contester indfiniment et trs pertinemment son arrt1 ne procurait pas l'apaisement qu'elle voulait produire et laissait l'affaire ternellement ouverte au lieu de la clore2 cette magistrature enfin qui a de la science1 du sens1 de l'intelligence1 mais qui1 son incomptence morale neutralisant sa comptence technique1 n'a pas d'autorit et ne peut pas en avoir4 ,mais la dmocratie ira plus loin et il ne se peut gure1 puisqu'elle penche de plus en plus du ct de son principe1 qu'elle n'y aille point4 ,comme son idal est le gouvernement direct1 de mme et pour la mme raison son idal1 l o il faut absolument des magistratures1 est le magistrat lu4 ,elle voudra lire ses juges4 ,notez en effet qu'elle les nomme dj1 mais au troisime degr4 ,elle nomme les dputs qui nomment le gouvernement qui nomme les juges4 ,cela est lointain4 ,elle les nomme aussi1 un peu1 au second degr1 car elle nomme les dputs qui psent sur la nomination des juges et qui psent sur leur avancement ou sur leur non avancement et qui psent encore souventes fois sur leurs dcisions2 mais cela encore est lointain4 ,et puisque1 par cette constitution1 ou plutt par cette pratique1 le principe est reconnu que c'est le peuple qui1 mdiatement1 mais rellement1 nomme les juges1 la dmocratie1 logique1 simpliste et simplificatrice comme toujours1 voudra que le principe soit appliqu sans dtours et voudra que le peuple1 directement et immdiatement nomme les juges4 ,alors interviendront les ternelles questions de la manire de voter1 de la manire de nommer4 ,si l'on vote1 si l'on nomme au scrutin unipersonnel1 le canton nommera son juge de paix1 l'arrondissement son tribunal1 la rgion sa ,cour1 tout le pays la ,cour de cassation2 et il y aura le double inconvnient signal plus haut1 jurisprudence et justice diverses selon les pays et impartialit nulle part4 ,si l'on nomme au scrutin de liste1 tout le pays nomme toute la magistrature et alors elle appartiendra tout entire au parti vainqueur et la justice sera absolument uniforme mais il n'y aura d'impartialit nulle part4 ,quant aux systmes intermdiaires ils runiront les inconvnients des deux systmes extrmes4 ,si1 par exemple1 vous faites nommer par rgions1 juges de paix1 juges1 conseillers et prsidents de ,bretagne seront tous blancs et tous partiaux1 juges de paix1 juges1 conseillers et prsidents de ,provence tous bleus et tous partiaux2 et il y aura diversit2 mais il n'y aura que diffrentes couleurs de partialit4 ,mais ceci est l'avenir1 quoique probablement assez prochain4 ,restons dans le prsent4 ,le prsent1 c'est encore le jury4 ,le jury a une parfaite comptence morale2 mais il a une parfaite incomptence technique4 ,il semble que la dmocratie veuille toujours avoir son compte d'incomptence et si ce n'est pas d'une manire que ce soit d'une autre4 ,le jury est indpendant de tout2 il l'est du gouvernement2 il l'est du peuple et de la meilleure manire qui puisse tre2 car il est le mandataire du peuple sans en tre l'lu et il ne tient pas du tout sa rlection1 trouvant dj que son lection est une aventure assez fcheuse4 ,d'autre part1 partag toujours entre deux sentiments1 celui de la piti et celui de la conservation1 celui de la tendresse humaine et celui de la ncessit de la dfense sociale1 il est galement touch par le verbiage de l'avocat et par celui du ministre public et ces deux influences se neutralisant il est dans les meilleures conditions morales pour bien juger4 ,c'est pour cela que le jury est de toute antiquit4 ,a ,athnes le tribunal des ,hliastes tait une espce de jury1 trop nombreux1 ayant le caractre d'une runion publique2 mais c'tait une manire de jury4 ,a ,rome il y avait1 mais dsign par le prteur et nous sommes ici dans une rpublique plus rgle1 des citoyens constitus comme juges des questions de fait1 et c'est--dire appels dcider si une action avait t commise ou n'avait pas t commise1 si une somme avait t paye ou non1 la question de droit tant rserve aux centumvirs4 ,en ,angleterre le jury existe et fonctionne depuis des sicles4 ,ces diffrents peuples ont pens avec raison que les jurs sont dans les meilleures conditions morales pour bien juger1 possdant la comptence morale autant que personne4 ,il est vrai2 seulement ils ne comprennent rien4 ,il arrive qu'un jury1 celui de la ,cte-d',or1 en novembre #aiji1 ayant juger un meurtrier dclare #a que cet homme n'a pas port de coups1 #b que les coups qu'il a ports ont entran la mort2 sur quoi on est bien forc d'acquitter l'homme1 dont les violences1 quoique inexistantes1 ont t meurtrires4 ,il arrive que1 dans l'affaire ,steinheil1 galement en novembre #aiji1 il ressort des dclarations du jury que personne n'a t assassin dans la maison ,steinheil et que du reste ,mme ,steinheil n'est pas la fille de ,mme ,japy1 ce qui1 si un verdict tait un jugement1 entranerait d'une part la cessation de toutes recherches des assassins de ,mme ,steinheil et de ,mme ,japy1 d'autre part de terribles complications d'tat civil4 ,mais un verdict n'est pas un jugement4 ,pourquoi8 ,c'est que le lgislateur a prvu la redoutable absurdit des verdicts4 ,il est donc de droit crit que les verdicts des jurys sont prsums absurdes2 il est d'exprience qu'ils le sont en effet trs souvent4 ,il semble que les dcisions des jurys sont tires aux ds comme celles du fameux juge de ,rabelais4 ,il est proverbial au ,palais qu'avec le jury on ne peut jamais prvoir l'issue d'une affaire4 ,on dirait que le jur raisonne ainsi3 ,je suis juge de hasard2 il est juste que mon jugement soit de hasard lui-mme4 ,on sait que ,voltaire a rclam le jury1 par horreur des ,busiris1 ainsi qu'il appelait les magistrats de son temps2 mais1 avec son tourderie habituelle1 il n'a pas le soin de cacher et au contraire il dclare plusieurs reprises que la population d',abbeville et de la rgion d',abbeville et que la population de ,toulouse et de la rgion de ,toulouse taient unanimement dchanes1 celle-l contre ,la ,barre et d'talonde1 celle-ci contre ,calas4 ,donc si l'on avait fait juger ,la ,barre et d'talonde par un jury ncessairement tir de la population d',abbeville et de la population de ,toulouse1 il est probable qu'ils auraient t condamns tout aussi bien qu'ils l'ont t par les ,busiris4 ,le jury n'est pas autre chose qu'un raffinement du culte de l'incomptence4 ,la socit1 ayant se dfendre contre les voleurs et les meurtriers1 donne le soin de la dfendre quelques citoyens1 avec une arme qui est la loi2 seulement elle choisit pour cela des citoyens qui ne connaissent pas cette arme et c'est ainsi qu'elle se croit bien dfendue4 ,le jur est un rtiaire bien et dment pourvu du filet1 mais qui n'en connat pas la manuvre et qui n'en tire autre chose que d'y rester emptr lui-mme4 ,inutile de dire que la dmocratie suivant toujours sa pointe1 car elle est merveilleuse la suivre1 fait l'heure o nous sommes1 descendre le jury d'un cran et transforme le jury bourgeois en jury ouvrier4 ,je n'y vois pour ma part aucun mal2 car en matire de lois l'ignorance et l'impritie du bourgeois et l'ignorance et l'impritie de l'ouvrier tant gales2 et du jury bourgeois au jury bourgeois-ouvrier et du jury bourgeois-ouvrier au jury ouvrier il n'y aura pas dcadence2 ceci est not seulement pour indiquer la tendance de la dmocratie vers une incomptence qui est prsume de plus en plus grande4 ,le prsent1 c'est encore les juges de paix4 ,un exemple assez intressant de la dmocratie la recherche de l'incomptence en matire judiciaire est le suivant3 ,les juges de paix sont trs souvent1 cause des frais qu'il faut que le plaideur fasse pour appeler de leur juridiction une juridiction suprieure1 des juges en dernier ressort4 ,ils sont donc des juges trs considrables4 ,il serait donc trs ncessaire qu'ils fussent instruits1 qu'ils connussent du droit et de la jurisprudence4 ,par suite on les choisissait gnralement parmi les licencis en droit1 les bacheliers en droit1 les anciens clercs de notaire pourvus du brevet de capacit4 ,tout cela1 vrai dire1 tait assez faible comme garantie4 ,par la loi du #ab juillet #aije1 le ,snat franais1 dsireux de trouver par ces fonctions une incomptence plus radicale1 dcida que pourraient tre nomms juge de paix ceux qui1 dfaut de licence ou de baccalaurat en droit1 ou de certificat de capacit1 auront exerc pendant dix ans les fonctions de maires ou adjoints ou conseillers gnraux4 ,il y avait dans cette dcision le dsir1 trs lgitime et trs honnte1 de permettre aux snateurs et dputs de rcompenser les services lectoraux qui leur seraient rendus1 par des places de juges de paix 7songez que les snateurs1 particulirement1 sont nomms par les maires et adjoints de village74 ,mais il y avait surtout l'application du principe4 ,le principe est1 comme nous savons1 celui-ci3 ,o est l'incomptence absolue8 ,c'est celui qui l'a sans contestation possible1 qu'il faut confier la fonction4 ,or les maires et adjoints rpondaient intgralement cette faon de considrer les choses4 ,les maires et adjoints1 en ,france1 doivent savoir signer2 mais il n'est nullement obligatoire qu'ils sachent lire2 et quatre-vingt fois sur cent1 ils sont de purs illettrs dont l'instituteur de la commune fait tout le travail4 ,le ,snat tait donc sr d'avoir en eux des hommes radicalement incapables d'tre juges de paix4 ,c'est ce qu'il lui fallait4 ,l'incomptence tant absolue1 la fonction lui tait due2 il la lui a donne4 ,certaines consquences de cette institution minemment dmocratique ont paru mouvoir la magistrature et les pouvoirs publics4 ,m4 ,barthou ministre de la ,justice1 sur la fin de l'anne #aiji1 s'est plaint du travail que lui donne l'institution nouvelle4 ,il a dit aux dputs3 ,nous sommes ici pour nous dire rciproquement nos vrits et1 avec toute la modration et toute la prudence qui conviennent1 j'ai le droit de mettre la ,chambre en garde contre les consquences de la loi de #aije4 ,a l'heure actuelle je suis assailli par les demandes de justices de paix4 ,je ne vous dirai pas qu'il y a quelque #i4jjj dossiers au ministre de la ,justice2 parce que je conviens que1 parmi ces dossiers il peut s'en rencontrer quelques-uns qui1 pour des raisons diverses1 ne sont pas susceptibles d'un examen2 mais il y a1 en chiffres ronds1 #e4jjj dossiers qui sont appuys1 qui sont examins4 ,ce qui veut dire qu'ils sont examins parce qu'ils sont appuys1 ceux qui ne sont apostills par aucun personnage politique tant classs sans examen1 comme il est juste et si vous prenez garde qu'il y a une moyenne annuelle de #ahj vacances1 vous apercevrez immdiatement la difficult devant laquelle je me heurte4 ,or parmi ces candidatures il en est qui se prsentent avec une force1 je ne veux pas dire avec une pret singulire3 ce sont les candidatures de ceux qui1 pendant dix ans1 ont exerc1 quelquefois dans les plus petites communes1 les fonctions de maire et les fonctions d'adjoint4 ,et le ministre de la ,justice faisait connatre ,,mm4 les dputs le rapport d'un procureur gnral sur cette question4 ,ce procureur gnral disait3 ,ce dpartement compte quarante-sept juges de paix4 ,d'un relev nominatif que je viens d'tablir il rsulte que vingt de ces magistrats taient maires au moment de leur nomination4 ,il ne faut pas tre surpris si le nombre des candidats aux fonctions de la magistrature cantonale s'lve de plus en plus parmi les chefs des municipalits4 ,il semble admis dans ce dpartement que les fonctions lectives1 en dehors de toute aptitude professionnelle1 soient la voie d'accs normale aux fonctions rtribues et spcialement aux places de juge de paix4 ,une fois nomms1 les juges de paix cumulent du reste leurs nouvelles fonctions avec leur mandat municipal4 ,leur rsidence effective est beaucoup plus dans la commune qu'ils administrent que dans le canton o ils rendent la justice et d'o ils ne doivent jamais s'absenter sans cong444 ,ces magistrats cantonaux n'hsitent pas parfois tout mettre en uvre pour arracher aux hommes politiques de l'arrondissement un appui moral qui est en somme la ranon de l'influence lectorale dont ils disposent comme magistrats municipaux4 ,ils sont beaucoup plus rassurs par l'intervention ventuelle du dput qu'inquiets des mises en demeure comminatoires du parquet4 ,les justiciables sont les intressantes victimes de ces compromissions qui portent atteinte au bon renom du rgime rpublicain4 ,les gmissements du ministre de la ,justice et de son procureur gnral me paraissent bien peu justifis4 ,m4 le ministre ne se plaint que d'avoir #i4jjj dossiers sur les bras4 ,il ne laisse pas de lui tre facile1 soit en conformit avec le principe gnral1 de nommer parmi les candidats ceux dont l'incomptence lui paratra la plus radicale2 soit1 en conformit avec les usages1 ceux qui lui paratront les plus appuys4 ,quant au procureur gnral il a des ironies qui lui paraissent spirituelles1 mais qui sont empreintes de la plus divertissante navet3 ,il semble admis que les fonctions lectives1 en dehors de toute aptitude professionnelle1 soient la voie d'accs normale aux fonctions rtribues444 ,eh bien6 ,il est minemment dmocratique que l'absence de toute capacit professionnelle dsigne aux fonctions1 puisque c'est l'esprit de la dmocratie elle-mme4 ,est-ce la capacit lgislatrice ou gouvernementale qui fait qu'on est lecteur8 ,et il est minemment dmocratique aussi que les fonctions lectives mnent aux fonctions rtribues1 puisque1 d'aprs les principes dmocratiques1 toutes les fonctions rtribues et du reste toutes les fonctions devraient tre lectives4 ,ce procureur gnral est aristocrate4 ,quant aux services rciproques rendus par le juge de paix1 en tant que maire1 au dput et par le dput au juge de paix1 tout simplement c'est tout le rgime4 ,le rgime1 c'est3 des dputs rpandant des faveurs pour tre lus et rlus2 des lecteurs influents mettant leur influence1 soit personnelle1 soit de fonctionnaires1 au service des dputs1 pour en obtenir des faveurs2 et les uns et les autres faisant bloc4 ,que voudrait donc le procureur gnral8 ,un rgime autre que celui-ci8 ,mais1 s'il vous plat1 ce rgime autre1 quel qu'il ft1 ne serait pas la dmocratie1 ou ce ne serait pas une dmocratie dmocratique4--,et je ne sais ce que ,m4 le procureur gnral entend par le bon renom du rgime rpublicain4 ,le bon renom du rgime rpublicain consiste en ceci que la ,rpublique soit rpute comme ralisant tous les principes dmocratiques2 or jamais les principes dmocratiques n'ont t plus prcisment raliss que dans l'exemple ci-dessus qu'il tait trs intressant de relever et de livrer aux mditations des sociologues4 ,,viii ,,autres ,,incomp,,tences ,j'ai dit que le culte de l'incomptence fait tache d'huile1 se propage par contagion et il est assez naturel qu'tant endmique il soit pidmique et qu'tant au centre mme et au noyau de l'tat1 savoir dans sa constitution1 il se rpande dans les coutumes et dans les murs4 ,on sait en effet que le thtre est l'imitation de la vie et que la vie est peut-tre encore plus l'imitation du thtre3 de mme les lois sortent des murs mais aussi1 sinon encore plus1 les murs sortent des lois4 ,plusieurs choses gouvernent les hommes1 dit ,montesquieu1 le climat1 la religion1 les lois1 les maximes du gouvernement1 les exemples des choses passes1 les murs1 les manires2 d'o il se forme un esprit gnral qui en rsulte2 et il y a entre ces diffrentes choses qui gouvernent les hommes des sries d'actions et de ractions rciproques4 ,le plus souvent les murs font les lois1 particulirement en dmocratie1 ce qui du reste est dplorable2 mais ,montesquieu n'a pas tort de dire aussi que les murs reprsentent les lois et les manires reprsentent les murs et que les lois peuvent au moins contribuer former les murs et les manires et mme le caractre d'une nation2 qu'une partie des murs des ,romains dater de l',empire a tenu l'existence du pouvoir arbitraire et qu'une partie des murs des ,anglais tient leur constitution et leurs lois4 ,on sait que1 par des lois1 ,pierre le ,grand modifia profondment1 sinon le caractre1 du moins les coutumes et les murs de son peuple4 ,les lois engendrent des coutumes et les coutumes engendrent des murs4 ,le caractre n'en est pas chang et je crois qu'il ne l'est jamais par rien2 mais il semble l'tre et mme il est1 du moins1 modifi1 par ce que certaines parties de lui qui taient refoules sont mises en libert et certaines parties de lui qui taient libres en leur expansion sont refoules3 il y a eu un dclanchement4 ,il est vident pour tous que la loi qui a aboli le droit d'anesse n'a point chang le caractre de la nation1 mais en a chang les murs ce qui a eu1 dans une certaine mesure1 rpercussion sur le caractre lui-mme4 ,sentir ds l'enfance1 mme au-dessous du pre1 un chef1 quelqu'un qui vous domine1 qui est plus que vous par droit de naissance2 cela vous donne une mentalit particulire4 ,il est clair que les pays o existe le droit de tester ont des murs de famille trs diffrentes de celles des pays o l'enfant est considr comme copropritaire du patrimoine4 ,on a remarqu que depuis la loi de divorce1 trs ncessaire du reste1 mais triste ncessit1 il y a beaucoup plus1 incomparablement plus de demandes de divorce qu'il n'y avait auparavant de demandes de sparation4 ,cela tient-il ce que1 la sparation ne donnant qu'une libration relative1 qu'un demi-affranchissement1 on jugeait qu'il ne valait pas la peine de se mettre en mouvement pour si peu8 ,je ne crois pas2 car lorsqu'il s'agit d'un joug insupportable il est naturel qu'on fasse autant d'efforts pour qu'il soit desserr1 largement du reste1 qu'on en ferait pour qu'il ft t4 ,la vrit1 je crois1 est que l'existence de la loi civile et son accord avec la loi religieuse donnaient aux individus une mentalit particulire relativement l'affaire du mariage1 faisaient qu'ils la considraient comme quelque chose de sacr1 comme un lien qu'il y avait une grande honte rompre et qu'on ne pouvait rompre en effet que l'on n'y ft absolument contraint et forc1 presque sous peine de la vie4 ,la loi tablissant le divorce a t ce que nos pres eussent appel une indiscrtion lgale2 elle a t une pudeur4 ,sauf quand le sentiment religieux est fort1 on n'a plus scrupule moral divorcer2 on divorce sans honte4 ,il y a eu dclanchement3 la pudeur a pris le dessous1 le dsir de la libert ou d'une nouvelle union le dessus4 ,de ce dclanchement une loi a t cause1 une loi certainement effet de murs nouvelles2 mais qui1 son tour1 a fait de nouvelles murs1 ou tendu1 rpandu celles qui taient en train de se faire4 ,c'est ainsi que la dmocratie tend et rpand cet amour de l'incomptence qui est sa caractristique et comme sa facult matresse4 'a t un jeu traditionnel chez les philosophes grecs de dpeindre avec gat les murs dmocratiques et je veux dire les murs domestiques et personnelles qu'ils considraient comme inspires et entretenues par l'tat dmocratique4 ,a cet gard ils rivalisent tous avec ,aristophane4 ,je suis content de moi1 dit un personnage de ,xnophon1 cause de ma pauvret4 ,quand j'tais riche j'tais oblig de faire ma cour aux calomniateurs1 sachant bien que j'tais plus susceptible de recevoir du mal d'eux que capable de leur en faire4 ,et puis la ,rpublique me demandait toujours quelque nouvelle somme2 et puis je ne pouvais pas m'absenter4 ,depuis que je suis pauvre1 j'ai acquis de l'autorit2 personne ne me menace2 je menace les autres2 je suis libre de m'en aller ou de rester4 ,les riches se lvent devant moi et me cdent le pas4 ,j'tais esclave2 je suis un roi2 je payais un tribut la ,rpublique2 aujourd'hui elle me nourrit2 je ne crains plus de perdre1 j'espre acqurir444 ,platon s'amuse de mme3 ,en vrit cette forme de gouvernement a bien l'air d'tre la plus belle de toutes et cette prodigieuse diversit de caractres pourrait bien paratre d'un admirable effet444 ,a juger sur le premier coup d'il1 n'est-ce pas une condition bien douce et bien commode de ne pouvoir tre contraint d'accepter aucune charge publique quelque mrite que l'on ait pour la remplir1 de n'tre soumis aucune autorit si vous le voulez et d'tre juge ou magistrat si la fantaisie vous en prend8 ,n'est-ce encore quelque chose d'admirable que la douceur avec laquelle on y traite certains condamns8 ,n'as-tu pas vu1 dans quelque tat de ce genre des hommes condamns la mort ou l'exil rester dans le pays et se promener en public avec une dmarche et une contenance de hros1 comme si personne ne faisait attention eux8 ,et ces maximes que nous traitions1 nous1 avec tant de respect en traant le plan de notre ,rpublique1 quand nous assurions qu' moins d'tre dou d'un excellent naturel1 si l'on n'a vcu ds les jeux de l'enfance au milieu du bien et de l'honntet et si l'on n'en a fait ensuite une tude srieuse1 jamais on ne deviendra vertueux2 ces maximes1 quelle condescendance gnreuse1 quelle large faon de penser montrent nos dmocrates dans le mpris qu'ils leur tmoignent6 ,avec quelle grandeur d'me ils foulent aux pieds ces maximes1 ne se mettant jamais en peine d'examiner quelle a t l'ducation de ceux qui s'ingrent dans le mouvement des affaires6 ,quel empressement1 au contraire1 les accueillir et les honorer1 pourvu qu'ils se disent pleins de zle pour les intrts du peuple6 ,cela suppose une haute gnrosit4--,tels sont avec d'autres1 analogues1 les avantages de la dmocratie4 ,c'est un gouvernement trs agrable o l'galit rgne entre les choses ingales comme entre les choses gales444 ,or lorsqu'un tat dmocratique1 dvor d'une soif ardente de la libert est gouvern par de mauvais chansons qui la lui versent toute pure et la lui font boire jusqu' l'ivresse1 alors si les gouvernants ne portent pas la complaisance jusqu' lui verser de la libert tant qu'il veut1 le peuple les accuse et les chtie sous prtexte que ce sont des tratres qui aspirent l'oligarchie444 il vante et honore l'galit qui confond les magistrats avec les citoyens4 ,se peut-il ds lors que dans un pareil tat l'esprit de libert ne s'tende pas tout8 ,se peut-il que l'esprit d'indpendance et d'anarchie ne pntre pas dans l'intrieur des familles8444 ,et ainsi les pres s'accoutument traiter leurs enfants comme leurs gaux et mme les craindre1 ceux-ci s'galer leurs pres et n'avoir pour eux ni crainte ni respect2 et les citoyens et les simples habitants et les trangers mmes aspirent aux mmes droits444 ,et les matres1 dans cet tat1 craignent et mnagent leurs disciples et ceux-ci se moquent de leurs matres et de leurs gouverneurs4 ,et les jeunes gens veulent aller de pair avec les vieillards et les vieillards descendent aux manires des jeunes gens et s'tudient copier leurs faons dans la crainte de passer pour des gens d'un caractre morose et despotique444 ,et il faut remarquer quel point de libert et d'galit sont les relations entre les hommes et les femmes4 ,et l'on aurait peine croire1 moins de l'avoir vu1 combien les animaux1 mme1 qui sont l'usage des hommes1 sont plus libres l que partout ailleurs4 ,de petites chiennes--et c'est un proverbe--y sont sur le mme pied que leurs matresses et les chevaux et les nes1 accoutums marcher tte leve et sans se gner heurtant tous ceux qu'ils rencontrent si on ne leur cde le passage4 ,aristote1 infidle sur ce point sa mthode favorite qui tait de dire toujours le contraire de ,platon1 n'a aucune tendresse1 nous l'avons dj vu1 pour l'aristocratie4 ,trs froid1 rarement humoriste1 sarcastique jamais1 il ne fonce pas sur elle1 comme ,platon1 mais il ne la mnage nullement4 ,d'abord1 il est esclavagiste trs affirmatif4 ,cela ne le distingue d'aucun philosophe ancien1 ,snque demi except2 mais il est esclavagiste avec une insistance et une nergie qui lui est1 en vrit1 particulire4 ,par lui l',esclavage n'est pas seulement une des bases1 il est la base mme1 essentielle1 absolument indispensable1 de la socit antique4 ,a un degr plus haut1 il tient les artisans pour des espces de demi-esclaves4 ,il affirme historiquement que ce ne sont que les dmocraties tombes en corruption qui leur ont accord les droits de citoyen2 et thoriquement il soutient que jamais une bonne rpublique ne leur donnera le droit de cit4 ,chez certains peuples1 les artisans n'taient point admis aux magistratures avant les excs de la dmocratie444 ,dans les temps anciens certains peuples considraient les artisans comme des esclaves ou des trangers2 et c'est pour cela qu'aujourd'hui encore la plupart des artisans sont considrs comme tels4 ,ce qu'il y a de certain1 c'est que la cit modle n'admettra jamais l'artisan au nombre des citoyens444 ,sans doute la dmocratie est la rigueur un gouvernement 7444 si l'on compte la dmocratie au nombre des gouvernements44472 sans doute il est possible que ceux qui composent la multitude1 bien que chacun d'eux ne soit pas un homme suprieur1 l'emportent quand ils sont runis sur les hommes minents1 non pas comme individus1 mais comme masse444 ,voil pourquoi la multitude juge mieux les uvres des musiciens et des potes2 car l'un apprcie une partie1 l'autre une autre et tous apprcient le tout ,notez qu'il parle toujours d'une dmocratie dont ne font partie ni les esclaves ni les artisans4 ,sans doute on peut considrer la dmocratie comme le plus tolrable des gouvernements dgnrs et ,platon quoique se plaant un autre point de vue qu',aristote a assez bien conclu en disant que la dmocratie est le plus mauvais des bons gouvernements1 mais est le meilleur entre les mauvais4 ,mais aussi1 il est difficile de ne pas la considrer comme une erreur sociologique4 ,il est faux que la cit trouve son compte ce qu'on lve au rang de citoyens tous les hommes1 mme utiles1 tous ceux dont la cit a besoin pour exister4 ,elle a ce dfaut bien sensible qu'elle ne peut pas1 en quelque sorte constitutionnellement1 supporter1 garder en son sein1 les hommes suprieurs4 ,en dmocratie ,si un citoyen a une telle supriorit de mrite1 ou si plusieurs citoyens sont tellement suprieurs qu'on ne puisse comparer ceux des autres ni le mrite ni l'influence de ce citoyen ou de ces citoyens1 on ne peut plus les regarder comme faisant partie de la cit4 ,ce serait leur faire tort que de les y admettre sur le pied de l'galit1 eux qui l'emportent tant sur les autres2 il semble qu'un tre de cette espce doive tre considr comme un ,dieu parmi les hommes4 ,on voit bien que les lois ne sont ncessaires que pour les hommes gaux par leur naissance et par leurs facults et que pour ceux qui s'lvent ce point au-dessus des autres il n'y a point de loi3 ils sont eux-mmes leur propre loi2 celui qui prtendrait leur imposer des rgles se rendrait ridicule2 et peut-tre seraient-ils en droit de lui dire ce que les lions d',antisthne rpondirent aux livres qui plaidaient la cause de l'galit entre tous les animaux4 ,c'est pour cette raison que l'ostracisme a t tabli dans les tats dmocratiques qui sont plus que tous les autres jaloux de l'galit4 ,ds qu'un citoyen semblait s'lever au-dessus des autres par son crdit1 par ses richesses1 par le nombre de ses admirateurs ou par toute influence politique1 l'ostracisme le frappait et l'loignait de la cit4 ,il tait comme ,hercule1 que les ,argonautes dlaissrent parce qu',argo1 leur navire1 dclarait qu'il tait trop lourd pour qu'il pt le porter4 ,thrasibule1 tyran de ,milet1 demanda ,priandre1 tyran de ,corinthe1 un des sept sages de la ,grce1 des conseils de gouvernement4 ,priandre ne rpondit rien2 mais nivela un champ de bl en coupant les pis qui s'levaient au-dessus des autres4 ,ce ne sont pas seulement les tyrans qui ont intrt faire cela et qui le font2 il en va tout de mme dans les tats oligarchiques et dans les tats dmocratiques3 l'ostracisme y produit peu prs les mmes rsultats en empchant les citoyens de trop s'lever et en les exilant4 ,c'est l comme une ncessit constitutionnelle de la dmocratie4 ,a la vrit1 elle n'est pas toujours force d'exiler ou de faire tomber les ttes des bls2 elle peut1 pour ainsi parler1 exiler l'intrieur1 c'est--dire refuser systmatiquement toute lvation et mme toute fonction sociale l'homme qui montrera une supriorit de quelque genre que ce soit1 de naissance1 de richesses1 de vertu ou de talent4 ,c'est l'ostracisme la muette1 comme dit le peuple4 ,j'ai quelquefois fait remarquer que sous la premire dmocratie ,louis ,,xvi avait t guillotin pour avoir voulu quitter le territoire et que sous la troisime dmocratie ses petits-neveux avaient t expulss du territoire pour avoir voulu y rester4 ,ceci c'est l'ostracisme qui se cherche et qui se contredit parce qu'il hsite4 ,il se cherchera et il hsitera encore2 mais en viendra1 rgularis1 ramener l'impuissance1 par tel ou tel systme de compression1 tout ce qui sera puissance individuelle grande ou petite1 tout ce qui s'lvera1 peu ou prou1 au-dessus du commun niveau4 ,c'est l'ostracisme2 il est un organe physiologique1 pour ainsi parler1 des dmocraties4 ,a en user1 elles mutilent le pays1 il est vrai2 s'en passer elles se mutileraient elles-mmes4 ,aristote se pose souvent cette question de l'homme minent4 ,l'homme minent1 dit-il1 diffre de l'individu pris dans la foule comme la beaut diffre de la laideur1 comme un beau tableau diffre de la ralit1 quelques fragments de beaut1 du reste1 qui existent dans le rel444 ,est-il vrai que dans toute espce de peuple la diffrence entre la foule et le petit nombre soit toujours la mme4 ,c'est ce qui est incertain mais peu importe444 ,notre observation reste juste qu'il y a la diffrence que nous avons dite4 ,aussi peut-elle servir rsoudre la question propose3 de quelle autorit doit tre investie la masse des citoyens8 ,leur donner accs aux grandes magistratures n'est pas sr2 car on doit craindre qu'ils ne commettent des injustices1 faute de probit1 ou des erreurs1 faute de lumire4 ,d'un autre ct les exclure de tous les emplois1 il y a le danger de faire l'tat trop d'ennemis4 ,il reste donc faire sa part la multitude dans les dlibrations444 ,c'est pour cela que ,solon444 ,mais1 pris part1 chaque citoyen de cette classe est incapable de juger4 ,ce n'est pas seulement l'homme minent qui gne les dmocraties2 c'est toute espce de force individuelle ou collective1 qui est en dehors de l'tat1 en dehors du gouvernement4 ,si l'on se rappelle qu',aristote a assimil la dmocratie en son tat aigu la tyrannie1 on trouvera intressant le tableau en raccourci qu'il trace des moyens de la tyrannie3 rprimer ceux qui ont quelque supriorit1 faire mourir les hommes qui ont des sentiments gnreux1 ne permettre ni les repas en commun1 ni les associations d'amis1 ni l'instruction sauf celle qu'elle donne ni rien de pareil1 viter toutes ces habitudes qui sont propres ordinairement faire natre la grandeur d'me et la confiance1 ne tolrer ni assembles1 ni aucune des runions o les hommes occupent leurs loisirs1 tout faire pour que les citoyens soient autant que possible inconnus les uns des autres4--,les conclusions d',aristote sont personnellement aristocratiques3 ,la cit parfaite nous prsente une difficult trs gnante4 ,dans le cas d'une supriorit manifestement reconnue1 non pas en fait d'avantages ordinaires tels que la force1 la richesse ou le grand nombre de partisans1 mais en vertu1 que faut-il faire8 ,car enfin on ne peut pas dire qu'il faille bannir de l'tat celui qui a une supriorit de ce genre4 ,d'un autre ct on ne peut pas non plus le soumettre l'autorit2 ce serait vouloir commander ,jupiter et partager avec lui la puissance4 ,le seul parti qui reste prendre c'est que tous consentent de bon cur1 ce qui semble naturel1 lui obir et donner l'autorit1 perptuit dans les tats1 aux hommes qui lui ressemblent4--,mais objectivement1 pour ainsi parler1 et se plaant en face des divers gouvernements qui se partagent l'humanit1 ,aristote a une autre conclusion que nous aurons l'occasion de rencontrer et de mettre convenablement en lumire4 ,chez les modernes1 ,rousseau1 qui affirmait qu'il n'tait pas dmocrate et qui avait raison parce que ce qu'il appelait ,dmocratie c'tait le rgime athnien1 le gouvernement direct1 dont il ne voulait point du tout2 ,rousseau qui a trac1 dans le ,contrat social1 le schma le plus prcis1 malgr certaines contradictions et obscurits1 du gouvernement dmocratique au sens que nous donnons ce mot1 mais de qui encore on ne peut pas savoir s'il est formellement dmocrate parce qu'on ne sait pas ce qu'il entend par citoyens et si c'est tout le monde ou si c'est seulement une classe1 nombreuse la vrit1 de la nation2 ,rousseau a1 plus que tout autre1 parl1 non point prcisment de l'influence de la dmocratie sur les murs1 mais de l'accord1 pour ainsi dire1 de la dmocratie avec les bonnes murs4 galit1 frugalit1 simplicit1 voil ce qu'on trouve selon lui dans les tats qui n'ont ni royaut1 ni aristocratie1 ni ploutocratie2 il semble que du mme fond de vertu qui fait que certains peuples aiment l'galit1 la frugalit et la simplicit sorte aussi un rgime exclusif de l'aristocratie1 de la ploutocratie et de la royaut3 aimez la simplicit1 la frugalit et l'galit et il est probable que vous vivrez en rpublique dmocratique ou sensiblement dmocratique4 ,voil le rsum le plus impartial1 je crois et le plus clair1 que l'on puisse faire de la doctrine1 toujours fuyante sous des formules rigides1 de ,rousseau4 ,en cela il n'est qu'un lve1 beaucoup plus fidle qu'il ne veut l'avouer1 de ,montesquieu4 ,tout ce que je viens de dire est littralement dans tous les chapitres de ,montesquieu qui sont relatifs la dmocratie et son fameux mot de vertu principe des rpubliques1 quand il le prend dans un certain sens1 n'est pas autre chose que la synthse de ces trois perfections3 galit1 simplicit1 frugalit4 ,car ,montesquieu prend vertu tantt dans un sens restreint1 tantt dans un sens large1 tantt dans le sens de vertu politique 7civisme et patriotisme7 tantt dans le sens de vertu proprement dite 7simplicit1 frugalit1 pargne1 galit7--et dans ce second cas1 ,montesquieu et ,rousseau sont absolument d'accord4 ,seulement ,montesquieu envisage aussi1 comme il fait tous les gouvernements1 la dmocratie dcadente et rsumant1 sans le citer1 le tableau qu'en a trac ,platon et que nous avons vu plus haut1 il crit3 ,le peuple voulant faire les fonctions des magistrats1 on ne les respecte plus2 les dlibrations du ,snat n'ayant plus de poids1 on n'a plus de respect pour les snateurs ni par consquent pour les vieillards4 ,que si l'on n'a pas de respect pour les vieillards on n'en aura pas non plus pour les pres3 les maris ne mritent pas plus de dfrence1 ni les matres plus de soumission4 ,tout le monde parviendra aimer ce libertinage2 la gne du commandement fatiguera comme celle de l'obissance4 ,les femmes1 les enfants et les esclaves n'auront plus de soumission pour personne4 ,il n'y aura plus de murs1 plus d'amour de l'ordre1 enfin plus de vertu4 ,or1 pour ce qui est de cette transition1 de ce passage des murs publiques de la dmocratie aux murs prives1 domestiques et personnelles rgnant dans l'tat dmocratique1 remarquez-vous la racine commune des dfauts publics et des dfauts privs8 ,cette racine commune c'est la mconnaissance1 c'est l'oubli1 c'est le mpris de la comptence4 ,si les lves mprisent leurs matres1 les jeunes gens les vieillards1 les femmes leurs maris1 les mtques les citoyens1 les condamns leurs condamnateurs1 les fils les pres2 c'est que l'ide de la comptence a disparu2 c'est que les lves n'ont pas le sentiment de la supriorit scientifique de leurs professeurs1 les jeunes gens1 le sentiment de la supriorit exprimentale des vieillards1 les femmes le sentiment de la supriorit de leurs maris au point de vue de la vie pratique1 les mtques le sentiment de la supriorit des citoyens au point de vue de la tradition nationale1 les condamns le sentiment de la supriorit morale de leurs juges1 les fils le sentiment de la supriorit scientifique1 exprimentale1 civique et morale de leurs pres4 ,et comment l'auraient-ils1 ou l'auraient-ils bien profond1 bien permanent et bien stable1 puisque la cit elle-mme est fonde sur l'insouci de la comptence1 si tant est qu'elle ne le soit pas sur le respect de l'incomptence elle-mme et sur le besoin continu et persistant et universel de la rechercher comme guide et comme reine8 ,et c'est ainsi que les murs publiques ont leur influence1 et considrable1 sur les murs prives1 sur les murs proprement dites et que1 dans la famille1 dans le monde1 dans les relations quotidiennes entre les citoyens se glisse peu peu ce relchement que ,platon appelle spirituellement l'galit entre les choses gales et aussi entre les choses qui ne le sont pas4--,dans la famille ce que l'tat dmocratique apporte d'abord ou ce qu'il favorise1 c'est l'esprit d'galit entre les deux sexes et par consquent c'est l'irrespect de la femme l'gard de l'homme4 ,notez qu'en son fond cette ide est trs juste2 mais c'est relativement aux questions de comptence qu'elle cesse de l'tre4 ,la femme est parfaitement l'gale de l'homme en tant que facults crbrales1 et1 en tat de civilisation o les facults crbrales comptant seules1 la femme est parfaitement l'gale de l'homme4 ,partout dans la socit elle doit tre admise aux mmes emplois que l'homme dans les mmes conditions de capacit et d'instruction2 mais dans la famille il est clair qu'il doit y avoir1 comme dans toute entreprise3 #a division du travail selon les comptences3 #b reconnaissance d'un chef selon les comptences4 ,c'est cette loi qu'en rgime dmocratique les femmes sont amenes mconnatre continuellement4 ,elles n'admettent pas le partage du travail en travail extrieur et travail domestique et prtendent s'immiscer dans le travail extrieur1 dans le mtier de l'homme1 qu'elles feraient peut-tre trs bien si elles avaient le faire et si elles n'avaient faire que lui1 qu'elles gnent et gtent en prtendant s'y mler alors qu'elles ont autre chose mener bien4--,elles n'admettent pas la direction gnrale de l'entreprise par l'homme et prtendent1 non seulement tre associes1 mais tre chefs de l'entreprise4 ,ceci est le mpris de la comptence conventionnelle ou de la comptence contractuelle4 ,la femme serait sans doute aussi bon percepteur que son mari2 mais1 du moment que l'on s'est mis deux1 l'un pour administrer une perception et l'autre pour diriger une maison1 que celui qui dirige la maison veuille s'occuper de la perception1 c'est aussi mauvais que si celui qui s'est charg d'administrer la perception s'occupait de la cuisine et de l'achat des subsistances2 il faut respecter ici la comptence conventionnelle et contractuelle1 qui devient trs vite1 par l'habitude et l'exercice1 une comptence trs vritable et trs relle1 que gne1 altre et dsorganise une intervention trangre4 ,surtout par le mpris1 non pas mme dguis1 de cette comptence contractuelle1 puis acquise et par la mconnaissance du rle de chef de famille1 les femmes habituent quotidiennement1 minutieusement1 les enfants au mpris des pres4 ,les enfants sont comme levs par la dmocratie dans le mpris de leurs pres et de leurs mres4 ,il n'y a en vrit pas d'autre mot1 quelque innocentes1 quelque bonnes mme que soient ses intentions4 ,comptez1 en effet4 ,d'abord la dmocratie nie cette premire comptence3 l'habilet des morts guider et conduire les vivants2 c'est une de ses maximes essentielles et fondamentales qu'une gnration ne saurait tre lie par celles qui l'ont prcde4 ,quelle conclusion veut-on que les enfants tirent1 soit de cette maxime1 soit de toutes les applications de cette maxime qu'ils voient autour d'eux1 si ce n'est qu'ils ne sont lis en rien la gnration qui les prcde1 c'est--dire leur pre et leur mre8 ,naturellement les enfants n'ont dj que trop1 ou ont dj assez de tendances tenir en petite estime leurs parents4 ,fiers de leur supriorit physique et de ce sentiment qu'ils montent et que leurs parents descendent1 imbus de ce prjug universel de l'humanit moderne qu'il y a toujours progrs et que par consquent ce qui est d'hier est toujours infrieur par dfinition ce qui est d'aujourd'hui2 pousss aussi1 je l'ai toujours cru1 par une certaine ,nmsis qui est persuade que la science et la puissance humaines iraient trop vite si les enfants prenaient le chanon juste au moment o leurs pres le quittent et continuaient tout simplement leur pre et ne commenaient pas par effacer tout ce que leurs pres ont fait1 pour recommencer1 ce qui fait que l'difice reste toujours prs de ses fondements2 pour toutes ces raisons les enfants ont une tendance naturelle traiter leurs parents de ,cassandres4 ,or la dmocratie y ajoute cet enseignement que les gnrations sont indpendantes les unes des autres et que les morts n'ont rien enseigner aux vivants4 ,en second lieu la dmocratie1 se fondant d'abord sur cette mme ide1 ensuite sur cette ide que l'tat est matre de tout1 soustrait l'enfant sa famille autant qu'elle le peut3 ,la dmocratie1 a d dire ,socrate1 dans quelqu'un de ses dialogues humoristiques1 est un saltimbanque voleur d'enfants4 ,elle soustrait l'enfant sa famille pendant qu'il joue2 elle l'emmne au loin et ne lui permet plus de voir sa famille2 elle lui apprend plusieurs langues trangres1 elle le disloque et le dsarticule2 elle le farde2 elle le revt d'un costume trange2 elle lui rvle tous les mystres de l'acrobatie et le rend capable de paratre devant le public et de le divertir par des tours4 ,tant y a que la dmocratie tient essentiellement soustraire l'enfant sa famille1 lui donner l'ducation qu'elle a choisie et non que les parents choisissent et lui enseigner ainsi qu'il ne faut pas croire ce que ses parents lui enseignent4 ,elle nie la comptence des parents en y substituant la sienne et en assurant que seule la sienne vaut4 ,ceci est encore une des grandes causes de la sparation des pres et des enfants en rgime dmocratique4 ,on me dira que1 dans cette mission qu'elle se donne de sparer les enfants des pres1 la dmocratie ne russit pas toujours1 parce que le mme mpris que les enfants ont1 pour tant de causes1 l'gard de leurs parents1 rien n'empche qu'ils ne l'aient l'gard de leurs professeurs4 ,rien de plus juste et les maximes gnrales de la dmocratie ne vont pas moins faire mpriser les matres par les disciples que les parents par les fils4 ,le matre1 lui aussi1 est aux yeux de l'lve le pass qui ne lie pas le prsent et le pass qui1 de par la loi du progrs1 est trs infrieur l'actuel4 ,il est vrai2 mais le fait de combattre l'cole les parents1 qui1 domicile1 combattent l'cole1 amne l'enfant tre un personnage qui1 entre ces influences contraires1 n'aura pas t lev du tout4 ,il en sera de lui comme de l'enfant qui dans sa famille mme1 aura reu les leons1 surtout l'exemple1 d'une mre croyante et d'un pre athe4 ,il n'est pas lev2 il n'a reu aucune espce d'ducation4 ,la seule ducation et c'est--dire la seule transmission aux fils des ides gnrales de leurs parents1 consiste en une ducation de famille soutenue d'une ducation donne par des matres que la famille a choisis selon son esprit4 ,c'est prcisment ce quoi la dmocratie n'aime point se rsoudre4 99 99 99 99 99 ,a plus forte raison en rgime dmocratique les vieillards ne sont ni respects ni honors4 ,encore une comptence nie formellement et formellement carte4 ,il y aurait crire un trait1 qui pourrait tre assez curieux1 sur la grandeur et la dcadence des vieillards4 ,les vieillards n'ont pas se louer de la civilisation4 ,dans les temps primitifs1 comme encore aujourd'hui chez les sauvages1 les vieillards sont rois4 ,la grontocratie est la plus ancienne forme de gouvernement4 ,cela se comprend assez1 puisque toute science1 dans les temps primitifs1 est exprience et que les vieillards ont ainsi en eux toute la science historique1 sociale et politique de la cit4 ,aussi sont-ils en trs grand honneur et couts avec le plus grand respect1 la plus grande attention1 presque avec superstition4 ,nietzsche se rappelle ces temps quand il dit3 ,signe de noblesse1 signe d'aristocratie1 le respect des vieillards4 ,et il se rappelle aussi la raison de ce prjug quand il ajoute3 ,le respect des vieillards1 c'est le respect de la tradition4 ,comme on acceptait d'instinct le gouvernement des morts sur les vivants1 ce qu'on honorait chez les vieillards1 c'tait d'tre moiti morts3 ,le vieillard qui remonte la source premire1 ,entre aux jours ternels et sort des jours changeants2 ,et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens ,mais aux yeux du vieillard on voit de la lumire4 ,plus tard le vieillard partagea avec la royaut1 ou avec l'oligarchie1 ou avec l'aristocratie1 le gouvernement des affaires civiles et conserva presque tout le gouvernement des affaires juridiques4 ,on apprciait sa comptence morale et sa comptence technique4 ,sa comptence morale consistait1 pour les hommes de ces poques1 en ce que ses passions sont amorties et son jugement aussi dsintress que peut l'tre un jugement humain4 ,son enttement mme n'est pas une mauvaise chose ou est une chose plutt bonne que mauvaise4 ,il est exclusif de versatilits1 de caprices1 de mouvement d'humeur et d'obissance trop facile aux influences4 ,sa comptence technique est considrable1 parce qu'il a beaucoup vu1 beaucoup retenu1 beaucoup compar et qu'il s'est fait1 en quelque sorte1 inconsciemment1 un rpertoire des cas4 ,or l'histoire recommenant toujours1 avec des variantes1 somme toute1 assez lgres1 chaque nouveau cas qui se prsente est pour lui un cas connu1 un cas ancien1 qui ne l'tonne point et pour lequel il a une solution qu'il s'agit seulement de modifier lgrement pour l'accommoder4 ,mais ceci se passait dans des temps trs anciens4 ,ce qui a min peu peu l'autorit du vieillard1 c'est le livre4 ,le livre renferme la science acquise1 le droit1 la jurisprudence1 l'histoire1 mieux sans doute que le vieillard ne les peut contenir4 ,les jeunes gens1 un jour1 se sont dit3 nos vieillards nous1 ce sont les livres2 et1 ayant nos livres1 nous n'avons plus besoin des vieillards4 ,c'tait une erreur3 la science livresque n'est jamais qu'une auxiliaire de la science vivante1 de la science qui est toute mle et toute combine avec la pense active qui l'assouplit et qui la vrifie en la repensant4 ,le livre est un savant paralys2 le savant est un livre qui continue de se penser et de s'crire4 ,mais ces ides ne s'imposrent point et le livre fit tort au vieillard et le vieillard ne fut plus la bibliothque nationale4 ,plus tard encore1 pour plusieurs raisons1 le vieillard glissa du respect dans le ridicule4 ,convenons de bonne grce qu'il prte cela3 il est entt1 il est maniaque1 il est verbeux1 il est conteur1 il est ennuyeux1 il est grondeur et son aspect est dsagrable4 ,ce sont les auteurs comiques qui1 en s'emparant de ces dfauts1 qui ne sont que trop rels1 lui portrent les coups les plus sensibles4 ,comme la majorit de tous les publics est compose de jeunes gens1 d'abord parce qu'il y a plus de jeunes gens que de vieillards1 ensuite parce que les vieillards frquentent peu le thtre1 les auteurs comiques taient srs de succs faciles en tournant les vieillards en ridicule ou plutt en ne montrant d'eux que les ridicules dont il est vrai qu'ils sont chamarrs4 ,a ,athnes1 ,rome1 probablement ailleurs1 le vieillard fut un des principaux personnages grotesques4 ,ces choses1 comme ,rousseau l'a bien remarqu1 ont un grand retentissement sur les murs4 ,une fois class personnage ridicule1 et traditionnel comme personnage ridicule1 le vieillard fut destitu de son autorit sociale4 ,on voit trs bien dans le de ,senectute de ,cicron que l'auteur remonte un courant1 ragit1 rhabilite et1 pour un personnage qui n'est plus sympathique1 plaide les circonstances attnuantes4 ,il est remarquable que dans les popes1 mme1 du moyen ge1 ,charlemagne lui-mme1 l'empereur la barbe fleurie1 joue assez souvent un personnage ridicule4 ,l'pope se ressent du voisinage du fabliau4 ,avec la ,renaissance1 le ,x,v,i,ie sicle et le ,x,v,i,i,ie1 le vieillard est je ne dis pas toujours1 mais le plus souvent figure nasardes4 ,successeur d',aristophane et de ,plaute plus que de ,trence1 ,molire est le flau de la vieillesse autant que le flau du ridicule2 il poursuit le vieillard comme un chien fait sa proie et jamais dans ses vers il ne les laisse en paix1 ni dans sa prose4 ,il faut rendre cette justice ,rousseau et sa fille qu'ils ont essay de rhabiliter le vieillard2 il lui fait une belle place dans ses uvres et elle lui accorde une large place1 et honorable1 dans ses crmonies publiques et ses ftes nationales4 ,les souvenirs antiques sont l1 ceux de ,lacdmone et des commencements de ,rome2 et aussi c'est l une des formes de la raction contre le temps de ,louis ,,xiv et celui de ,louis ,,xv4 ,mais la dmocratie triomphante a mis dfinitivement le vieillard au dernier rang de la considration4 ,elle a oubli le conseil que ,montesquieu lui donne quand il dit que dans une dmocratie 7,voir le contexte1 ,lois1 v4 #h47 rien ne maintient plus les murs qu'une extrme subordination des jeunes gens envers les vieillards4 ,les uns et les autres seront contenus1 ceux-l par le respect qu'ils auront pour les vieillards et ceux-ci par le respect qu'ils auront pour eux-mmes et que le respect des jeunes gens pour eux entretiendra4 ,la ,dmocratie a oubli ce conseil1 parce qu'elle ne croit pas la tradition et croit un peu trop au progrs4 ,or les vieillards sont naturellement conservateurs de la tradition et il faut convenir que leur dfaut n'est pas d'avoir une foi trop vhmente au progrs4 ,c'est prcisment pour cela que leur influence serait un excellent correctif dans un rgime et surtout dans une mentalit gnrale o le pass est trop mpris et o tout changement est considr comme un progrs4 ,mais la dmocratie n'admet gure qu'elle ait besoin de correctif et pour elle le vieillard n'est que l'ennemi4 ,outre qu'il est traditionnel et peu affam de progrs1 il aime le respect1 en gnral1 parce qu'il l'aime d'abord pour lui2 il l'aime pour la religion1 pour la gloire1 pour le pays1 pour l'histoire nationale4 ,la dmocratie n'aime pas le respect3 c'est un sentiment qu'elle craint toujours qui ne s'applique autre qu'elle4 --,mais1 qu'est-ce qu'elle rclame donc pour elle-mme8 --,point le respect2 la ferveur1 la passion1 l'amour1 le dvouement4 ,chacun aime qu'on ait pour lui les sentiments qu'il prouve lui-mme4 ,la foule ne respecte pas3 elle aime1 elle s'chauffe1 elle s'enthousiasme1 elle se fanatise2 elle ne respecte pas1 mme ce qu'elle aime4 ,au fait il est naturel que le peuple n'aime pas les vieillards2 il est un jeune homme4 ,avez-vous remarqu comme tous les traits dont ,horace peint le jeune homme s'appliquent au peuple exactement3 ,imberbis juvenis1 tandem custode remoto1 ,gaudet equis canibusque et aprici gramine campi2 ,cereus in vitium flecti1 monitoribus asper1 ,utilium tardus provisor1 prodigus ris1 ,sublimis1 cupidusque et amata relinquere pernix4 ,dbarrass de son gouverneur il ne rve que chevaux1 que chiens1 que ,champ de ,mars2 il est de cire aux impressions du vice et se raidit contre les remontrances2 s'occupant peu de provisions utiles1 prodigue d'argent1 prsomptueux1 bouillant dans ses dsirs et prompt se dtacher de ce qu'il a aim4 ,quoi qu'il en soit1 le respect est peu son fait et quand il rgne ce n'est pas du respect que son exemple donne leon4 ,le vieillard n'a pas dans la dmocratie une amie fervente4 ,il est noter que le mot grontocratie1 qui tait pris fort au srieux et avait la signification la plus honorable chez les anciens1 n'a maintenant qu'un sens ridicule et dsigne un gouvernement qui1 tant rserv aux vieillards1 sera le plus grotesque du monde4 99 99 99 99 99 ,cette disparition du respect1 signale1 nous l'avons vu1 par ,platon1 par ,aristote et par ,montesquieu comme un symptme morbide1 est tout au moins une chose assez grave4 ,kant1 se demandant quoi il faut obir1 quel critrium se reconnat ce quoi1 en nous-mmes1 nous devons obir1 a rpondu3 ce qui1 en nous1 commande le respect et ne commande rien que le respect1 ce qui1 en nous1 ne demande pas qu'on l'aime1 ou qu'on le craigne2 mais ce qui1 en nous1 nous parat respectable2 c'est le sentiment du respect qui seul1 en cela1 ne trompe pas4 ,de mme dans la vie sociale c'est aux sentiments qui commandent le respect qu'il faut obir et ce sont les hommes qui inspirent le respect qu'il convient d'honorer et d'couter4 ,c'est ce critrium qu'il faut prendre pour connatre quoi et qui doit s'appliquer1 sinon notre obissance absolue1 du moins notre attention et notre dfrence4 ,les vieillards sont la conscience de la nation4 ,c'est une conscience svre1 morose1 vtilleuse1 opinitre1 scrupuleuse1 sermonneuse et qui rpte toujours la mme chose2 enfin c'est une conscience2 mais c'est la conscience4 ,la comparaison peut se poursuivre et pour autre chose que pour le divertissement de la continuer4 ,on altre la conscience et on la corrompt ne pas la respecter4 ,elle finit par se faire petite1 humble1 timide1 retire et parler voix basse2 car on n'obtient jamais qu'elle se taise absolument4 ,elle devient mme sophistique2 elle prend le langage des passions1 non point des passions basses1 mais enfin des passions2 elle cesse d'tre imprieuse pour devenir persuasive2 elle n'a plus le doigt lev1 elle se fait une main caressante4 ,elle tombe plus bas3 elle affecte l'indiffrence1 le scepticisme1 le dilettantisme2 pour glisser une parole sage travers les sductions et les lenocinia1 elle vous dit1 ou peu prs3 il est probable que tout se vaut1 que vice et vertu1 crime et probit1 pch et innocence1 brutalit et politesse1 libertinage et puret sont des formes diverses d'une activit qui ne saurait se tromper absolument dans aucune de ses expansions2 mais c'est prcisment parce que tout se vaut qu'on n'a rien perdre tre honnte homme et peut-tre vaut-il mieux l'tre4 ,tout de mme la nation qui ne respecte pas ses vieillards les altre1 les corrompt et les enlaidit4 ,que ,montesquieu parle bien quand il dit que le respect des jeunes gens aide les vieillards se respecter eux-mmes6 ,les vieillards non respects se dsintressent de leur office naturel2 ils donnent leur dmission de conseillers2 ou bien ils ne conseillent que par dtours et comme en demandant pardon de leur sagesse2 ou bien ils affectent une morale presque relche pour glisser comme subrepticement quelque avis anodin2--et le pire encore c'est qu' voir le rle effac que dans la socit jouent les vieillards1 ils ne veulent plus consentir l'tre4 ,,ix ,m,,urs ,g,n,,rales ,si le culte de l'incomptence a un retentissement qui n'est pas trs heureux dans les murs familiales1 il en a un aussi1 qui n'est peut-tre pas meilleur sur les murs sociales1 sur les relations des hommes entre eux4 ,on se demande souvent pourquoi la politesse disparat de jour en jour et tout le monde rpond en riant3 ,c'est dmocratique4 ,sans doute2 mais il faudrait chercher un peu pourquoi c'est dmocratique4 ,montesquieu fait observer que s'affranchir des rgles de la civilit c'est chercher le moyen de mettre ses dfauts plus l'aise4 ,il ajoute1 faisant une distinction un peu subtile1 que la politesse flatte les vices des autres et que la civilit nous empche de mettre les ntres au jour3 c'est une barrire que les hommes mettent entre eux pour s'empcher de se corrompre4--,ce qui flatte les vices ne peut gure s'appeler politesse et doit se nommer adulation4 ,civilit et politesse sont mme chose avec une lgre diffrence de degr2 la civilit est un peu froide1 elle est tout respect2 la politesse est un commencement de flatterie lgante1 mais qui s'adresse aux qualits d'autrui pour les mettre gracieusement en lumire et non aux dfauts et moins encore aux vices4 ,ce qu'il y a de vrai c'est que civilit et politesse sont bien moyens adroits pour marquer son semblable un certain respect et un certain dsir d'tre respect4 ,ce sont donc barrires2 mais barrires sur lesquelles on s'appuie et qui sparent1 mais qui soutiennent2 et qui sparent sans vous tenir loigns les uns des autres4 ,et aussi il est trs vrai que s'affranchir des rgles1 soit de la civilit soit de la politesse1 est mettre ses dfauts en libert4 ,au fond de la politesse et de la civilit il y a respect des autres1 respect de soi4 ,c'est ce qui faisait dire trs bien l'abb ,barthlmy3 ,dans la premire classe des citoyens rgne cette biensance qui fait croire qu'un homme s'estime lui-mme et cette politesse qui fait croire qu'il estime les autres4 ,c'est ce qui faisait dire ,pascal3 le respect est incommodez-vous2 et en effet1 comme il l'explique1 si l'on s'incommode en restant debout quand l'autre est assis1 en restant dcouvert quand l'autre est couvert1 et cela sans aucune utilit1 cela prouve l'autre combien nous nous incommoderions pour lui tre utile puisque nous nous gnons par gard pour lui sans qu'il y ait service lui rendre4 ,la politesse est une marque de respect et une promesse de dvouement4 ,or tout cela n'est pas dmocratique1 parce que la dmocratie1 ne reconnaissant pas de supriorit1 ne connat pas de respect et ne reconnaissant pas de supriorit ne connat pas de dvouement personnel4 ,le respect c'est se mettre au-dessous de quelqu'un et la politesse envers un gal est une affectation1 excellente du reste1 de le considrer comme un suprieur4 ,cela est tout fait contraire l'esprit dmocratique3 il n'y a pas de suprieur1 en quoi que ce soit2 et quant affecter de traiter en suprieur quelqu'un qui est votre gal1 c'est une double hypocrisie2 car c'est une hypocrisie qui en rclame une autre rciproque2 et si vous louez quelqu'un de son esprit c'est pour qu'il vous flicite du vtre4 ,sans mme aller jusque-l1 la politesse est condamnable par ce seul fait que1 non contente de reconnatre des suprieurs1 elle en cre4 ,elle traite un gal en suprieur pour inventer une supriorit1 comme s'il n'y en avait pas assez4 ,c'est comme si elle disait que si l'ingalit n'existait pas il faudrait l'inventer4 ,c'est proclamer qu'il n'y a jamais assez d'aristocratie4 ,cela ne peut pas se souffrir4 ,quant la civilit considre comme promesse de dvouement1 elle est antidmocratique tout autant4 ,le citoyen ne doit de dvouement aucun individu1 il n'en doit qu' la communaut4 ,il est trs grave de se dire de quelqu'un le trs humble serviteur4 ,c'est distinguer quelqu'un parmi tous les autres et affirmer qu'on le servira4 ,c'est reconnatre en lui je ne sais quelle supriorit1 ou naturelle ou sociale et il n'y a pas de supriorits sociales ou naturelles2 et1 s'il y a des supriorits naturelles1 la nature a eu tort de les tablir4 ,c'est proclamer une espce de vassalit4 ,cela ne doit plus tre tolr4 ,quant l'absence de politesse considre comme un moyen de mettre ses dfauts plus l'aise ceci encore est essentiellement dmocratique en un certain sens4 ,le dmocrate n'est pas content de ses dfauts ou fier de ses dfauts2 point du tout2 seulement1 par dfinition1 il croit qu'il n'en a pas4 ,un dfaut est une infriorit d'un homme relativement un autre4 ,le mot mme l'indique et dfaut c'est quelque chose qui manque et par consquent quelque chose qu'un autre a et que je n'ai pas4 ,or tous les hommes sont gaux4 ,donc je n'ai pas de dfaut4 ,je n'ai donc pas pratiquer cette orthopdie morale qui consiste1 en dissimulant mes prtendus dfauts1 les contenir2 et je peux1 ce que ,montesquieu appelle impolitesse1 mettre en libert mes prtendus dfauts1 mettre au jour mes prtendus dfauts1 qui ne sont que des manires d'tre et qui trs probablement sont des qualits4 ,le dmocrate en effet1 comme les adolescents1 comme la plupart des femmes1 comme tous les humains qui commencent rflchir mais qui ne rflchissent pas beaucoup1 connat ses dfauts et les prend pour des qualits1 ce qui est tout naturel2 car les dfauts sont les traits saillants de notre caractre et quand nous en sommes encore aimer notre caractre1 ce sont nos dfauts que nous chrissons et que nous admirons4 ,or la politesse1 consistant dissimuler nos dfauts1 est insupportable un homme qui est plutt impatient de montrer ce qui1 en lui1 lui parat recommandable et plein de valeur4 ,ce qui fait que1 pour la plupart1 nous ne nous corrigeons pas de nos dfauts1 c'est que nous les prenons pour des qualits2 la mthode qui consiste refouler nos dfauts dans l'ombre nous parat donc tyrannique et absurdement tyrannique4 ,au fond1 persuad d'une part que tous les hommes sont gaux et que le dfaut considr comme infriorit n'existe pas2 d'autre part que ce que quelques-uns appellent ses dfauts sont des traits intressants de sa nature1 le dmocrate a cette ide gnrale que les dfauts sont des prjugs1 que les dfauts ont t invents par des intrigants1 prtres1 nobles1 puissants1 gouvernants1 pour inspirer au pauvre peuple l'humilit1 trs favorable leurs mauvais desseins1 pour le contenir par ce frein1 d'autant plus puissant qu'il est un frein intrieur2 pour le paralyser par ce scrupule intime et pour le dominer par ce sentiment d'infriorit qui se transforme en acceptation de la domination4 ,la politesse considre comme mthode pour refouler les dfauts ne peut donc tre tenue que pour artifice aristocratique et instrument de tyrannie4 ,de l est venu1 par exemple1 l'poque de l'explosion de la dmocratie franaise1 chez un peuple naturellement ami des bonnes manires1 cette fureur d'impolitesse qui a t si caractristique4 ,c'tait une affirmation de l'inexistence des supriorits1 quelles qu'elles fussent1 et aussi de l'excellence de la nature humaine sous quelques espces qu'elle part et en quelque individu qu'elle se montrt4 ,l'impolitesse est dmocratique4 ,x ,,les ,,habitudes ,,professionnelles ,le mpris de la comptence va assez loin mme dans le domaine des professions1 dans les habitudes professionnelles4 ,on connat le mot1 peut-tre lgendaire1 du prsident de ,chambre un avocat qui traitait consciencieusement la question de droit3 ,matre1 nous ne sommes pas ici pour faire du droit2 mais pour traiter d'affaires4 ,il n'y mettait aucune malice2 il voulait dire3 ,au ,palais on n'examine plus les affaires au point de vue du droit2 on les examine en elles-mmes et l'on juge en quit et en bon sens2 et on laisse l'tude et le dbrouillement des textes aux professeurs4 ,ne soyez pas professeur de droit la barre4 ,cette thorie1 qui1 mme adoucie comme je viens de l'adoucir1 aurait scandalis les magistrats anciens1 est trs courante au palais2 elle est ce que l'on pourrait appeler une infiltration dmocratique4 ,quelques restes de l'ancien esprit de caste qu'il conserve encore1 le magistrat moderne ne se tient pas pour li par le texte des lois1 ni par la jurisprudence1 cette tradition crite2 quand il n'est pas purement fonctionnaire obissant au gouvernement1 ce qu'il considre comme un devoir1 il est magistrat dmocrate1 c'est--dire ,hliaste d',athnes2 il juge selon sa conscience individuelle1 ne se considrant pas comme membre d'un corps savant et appliquant les dcisions de ce corps1 mais comme dpositaire du vrai1 lui1 aussi bien qu'un autre4 ,un exemple excentrique1 la vrit1 mais significatif de cette mentalit nouvelle1 a t ce juge qui s'attribua formellement le droit de ne pas juger selon la loi1 mais de la faire1 et qui invoquait dans ses considrants1 soit des ides gnrales et qui taient celles qu'il prfrait parmi toutes les ides gnrales qui courent le monde1 soit des doctrines qui devaient plus tard1 selon lui1 trouver place dans la loi4 ,il jugeait selon le ,code de l'avenir4 ,ce n'est pas qu'un si singulier magistrat ait exist qui soit signe1 marque ou symptme de quoi que ce soit2 c'est qu'il ait t pris au srieux par beaucoup de personnes1 mme demi claires2 c'est qu'il ait t populaire2 c'est qu'il ait t proclam bon juge par une partie trs considrable de l'opinion2 c'est cela qui est un signe4 ,il y en a un autre1 beaucoup plus frquent4 ,le pire de l'incomptence1 peut-tre1 c'est d'tre comptent et de ne pas croire qu'on le soit4 ,c'est1 dans les procs criminels1 du moins1 l'tat d'esprit de la plupart des magistrats4 ,il faut lire1 sur ce point1 une brochure trs curieuse d'un magistrat de province1 intitule ,le pli professionnel 7#aiji7 et signe ,marcel ,lestranger4 ,elle est trs topique4 ,on y voit fort nettement que le magistrat d'aujourd'hui1 tant de la magistrature assise que de la magistrature debout1 d'abord n'a plus confiance en lui-mme1 ensuite a la terreur de l'opinion publique 7journaux1 cafs1 loges1 cercles politiques72 ensuite sait ou croit savoir que son avancement dpend1 non de sa svrit1 comme autrefois1 mais de son indulgence4 ,en face des forces toujours coalises contre lui3 public presque toujours favorable l'accus1 presse locale et presse parisienne1 mdecine lgale1 presque constamment dispose voir des irresponsables dans tous les accuss2 ayant l'effroi de l'erreur judiciaire depuis que l'erreur judiciaire est une sorte d'hallucination universelle et que toute condamnation est considre par une fraction trs considrable de l'opinion comme une erreur judiciaire2 le magistrat debout n'ose plus requrir svrement et le magistrat assis n'ose plus interroger avec tnacit4 ,il y a des exceptions2 mais ces exceptions1 par l'tonnement qu'elles inspirent et par la raction qu'elles suscitent1 montrent assez1 montrent plus que tout1 quel point elles sont anormales1 hors de la rgle nouvelle1 hors des nouvelles habitudes4 ,le plus souvent c'est avec timidit1 rserves1 attnuations1 portes de sortie laisses entr'ouvertes1 appels demi-voix l'indulgence1 ou demi-aveux d'incertitude1 que le magistrat debout requiert4 ,il demande sa tte et craint de l'obtenir4 ,au fond ce qu'il dsire1 et le magistrat assis tout autant que lui1 c'est que l'affaire soit liquide par un acquittement1 parce qu'une affaire liquide par un acquittement est une affaire enterre4 ,elle ne revient plus2 elle ne ressuscite plus2 on n'en parle plus4 ,elle n'est pas cette affaire que toujours quelqu'un trouve mal juge et qui1 toujours releve par quelqu'un1 soit par animosit1 soit par passion politique1 soit par simple amusement1 vient obsder comme un fantme1 pendant dix ans1 quinze ans1 le magistrat qui en a connu4 ,m4 ,lestranger raconte1 ce propos1 une histoire typique1 qui1 d'aprs tous les renseignements que je reois de province et toutes les conversations dont j'ai gard le souvenir1 est la vrit mme1 est exactement figurative de mille affaires semblables4 ,un braconnier de dix-neuf ans avait violent1 puis trangl1 dans les bois1 une paysanne1 mre de famille4 ,ce qu'il y avait craindre1 ce n'tait pas1 pour cette fois1 l'erreur judiciaire ou les accusations1 toujours prtes s'lancer1 d'erreurs judiciaires4 ,l'accus ne faisait aucune difficult d'avouer4 ,grand point4 ,en ,france toute condamnation qui n'a pas pour base l'aveu de l'accus est une erreur judiciaire2 mais1 devant l'aveu de l'accus1 les incriminations d'erreur judiciaire ne se produisent pas1 encore qu'elles pussent se produire puisqu'il y a eu de faux aveux2 mais enfin elles ne se produisent pas4 ,l'affaire semblait donc tre de tout repos4 ,seulement la crainte des magistrats1 c'tait une condamnation mort4 ,le crime tait odieux1 surtout pour un jury de villageois qui ont des femmes et des filles trs souvent obliges de s'carter du village4 ,de plus1 il y avait un homme insupportable1 le veuf de la victime1 qui tait acharn la vengeance1 qui faisait l'loge de sa femme1 qui amenait1 pleurant et criant1 son fils1 fils de la victime1 pendant que lui-mme dposait4 ,prsident et ministre public taient dsols4 ,j'ai fait ce que j'ai pu1 disait le prsident au ministre public4 ,j'ai insist sur son ge4 ,j'ai rpt dix-neuf ans4 ,j'ai fait tout ce que j'ai pu4 --,j'ai fait ce que j'ai pu1 disait le ministre public au prsident4 ,je n'ai pas parl de la peine4 ,je n'ai pas dit un mot de la peine4 ,j'ai seulement accus4 ,je ne pouvais pas plaider pour4 ,j'ai fait tout ce que j'ai pu4 ,a l'issue de l'audience le capitaine de gendarmerie donne un peu de rconfort ces messieurs4 ,il n'a pas vingt ans4 ,il a eu une bonne tenue l'audience4 ,il est sympathique4 ,il est impossible qu'on l'excute4 ,une excution capitale ici1 dans une ville si paisible6 ,il ne sera pas condamn mort4 ,il ne le fut point4 ,le jury trouva des circonstances attnuantes4 ,les magistrats recouvrrent leur tranquillit4 ,les chiffres viennent l'appui des assertions de ,m4 ,lestranger4 ,les crimes susceptibles d'exciter la piti1 infanticides1 avortements1 sont de moins en moins poursuivis et ceux qui le sont1 quelque patents qu'ils soient1 sont trs souvent impunis3 moyenne1 vingt-six acquittements pour cent depuis une douzaine d'annes4 ,les magistrats contemporains sont des ,saints ,franois d'assises4 ,en somme le magistrat1 ou ne croit pas sa comptence1 ou par got de sa tranquillit1 en fait bon march4 ,il a plus souci de sa tranquillit que de la scurit publique4 ,la magistrature ne sera bientt plus qu'une faade1 imposante encore1 intimidante trs peu4 ,dj un symptme assez grave du peu de confiance qu'a la foule dans la salutaire svrit de la justice3 le criminel pris en flagrant dlit est souvent lynch ou demi lynch4 ,c'est qu'on sait que1 s'il n'est pas puni immdiatement1 il a de grandes chances pour ne jamais l'tre4 --,mais cette mme foule1 sous forme de jury1 est souvent1 presque toujours1 bien indulgente4 --,oui parce qu'entre le crime et la session d'assises il se passe six mois1 et que ce qui meut la foule au moment du crime c'est le malheur de la victime1 au moment des assises c'est le malheur de l'accus4 ,mais il reste que l'habitude du lynchage accuse formellement d'excs d'indulgence et les magistrats et le jury4 99 99 99 99 99 ,le clerg lui-mme1 beaucoup plus attach ses traditions que tout ordre de l'tat1 se dmocratise aussi1 en ce sens que1 professeur de dogme et professeur de mystres1 il n'enseigne plus que la morale4 ,il veut par l se rapprocher des humbles et1 en s'en rapprochant1 avoir prise sur eux4 videmment il n'a pas tout le tort4 ,seulement1 en ngligeant le dogme et l'interprtation des mystres1 il cesse d'tre un corps savant et d'imposer titre de corps savant2 et1 d'autre part1 il s'assimile et s'gale au premier philosophe venu1 qui enseigne la morale1 qui l'explique1 qui l'illustre d'exemples1 mme sacrs1 tout aussi bien qu'un prtre peut faire2 et il amne le peuple se dire3 ,qu'ai-je besoin des prtres1 puisque les professeurs de morale me suffisent8 ,cet amricanisme n'est pas trs dangereux et mme n'est pas trs mauvais en ,amrique o il y a trs peu de professeurs laques de morale2 il est un trs grand danger en ,france1 en ,italie1 en ,belgique1 o les professeurs laques de morale ne manquent pas4 99 99 99 99 99 ,dans toutes les professions1 du reste1 le vice radical est celui-ci3 croire que l'habilet et l'adresse sont incomparablement suprieures la connaissance1 que le savoir-faire l'emporte infiniment sur le savoir4 ,ceux qui exercent la profession le croient1 ceux qui font appel cette profession ne sont pas effrays de ce que ceux qui exercent la profession le croient4 ,et ainsi s'tablit prcisment cette galit relle laquelle tend instinctivement la dmocratie4 ,elle ne respecte pas les comptences2 mais aussi elle n'aura plus longtemps les respecter2 car justement elles s'effacent et ne tarderont pas disparatre et il n'y aura plus gure de diffrence entre un plaideur et un juge1 entre le fidle et son prtre1 entre le malade et le mdecin4 ,le mpris des comptences dtruit peu peu les comptences et les comptences1 en se renonant1 vont au-devant du mpris que l'on fait d'elles4 ,on finira par n'tre que trop d'accord4 ,,xi ,,rem,,des ,,tent,s ,on a cherch trs consciencieusement1 des dmocrates mme ont cherch trs consciencieusement1 des remdes cette maladie constitutionnelle de la dmocratie4 ,d'abord on a conserv quelques corps relativement aristocratiques1 refuges1 on le croyait1 de la comptence4 ,on a conserv un ,snat qui est nomm par le suffrage universel1 mais seulement au second degr4 ,on a conserv1 du reste1 un ,parlement 7,snat et ,chambre des dputs7 qui est une aristocratie flottante et continuellement renouvelable2 mais qui est encore une espce d'aristocratie1 puisqu'il empche le gouvernement direct et immdiat du peuple par le peuple4 ,ces remdes ne sont pas mprisables1 assurment2 mais on a vu comme ils sont faibles1 pour cette raison que la dmocratie1 pour ainsi parler1 les lude4 ,par son soin d'carter les comptences1 elle fait de la ,chambre des dputs1 sauf quelques exceptions1 un corps qui lui ressemble tellement1 tant par le caractre superficiel des connaissances que par la vhmence des passions1 que les choses sont comme si la foule gouvernait directement et immdiatement et qu'autant vaudrait1 je crois1 qu'elle gouvernt de la sorte1 par plbiscite4 ,pour ce qui est du ,snat1 c'est un peu la mme chose1 ou plutt c'est la mme chose obtenue par voie indirecte4 ,le ,snat est nomm par des dlgus du suffrage universel2 mais ces dlgus sont lus1 non pas par le suffrage universel en masse1 chaque dpartement par exemple nommant quatre ou cinq cents dlgus2 mais par les conseillers municipaux de chaque commune4 ,or ces conseillers municipaux1 ceux des communes rurales surtout1 incomparablement les plus nombreux et matres de l'lection1 sont1 pour toutes sortes de raisons1 sinon compltement du moins trs sensiblement1 sous la dpendance des prfets4 ,il en rsulte que le ,snat--et cela a t voulu par le rdacteur de la ,constitution qui tait autoritaire et qui dsirait que le pouvoir central pest sur les lections snatoriales2 et il faisait cela pour son parti1 mais cela a profit un autre1 vos non vobis--il en rsulte que le ,snat est un peu nomm par les prfets et c'est--dire par le gouvernement lui-mme comme sous le premier ,empire et sous le second ,empire4 ,on sait trs bien en ,france qu'un dput d'opposition1 sr de sa circonscription1 qui continuerait d'y tre nomm indfiniment2 mais qui1 pour des raisons de convenances personnelles1 dsire devenir snateur1 est oblig au moins de devenir demi-agrable au gouvernement1 de s'attnuer et de s'adoucir pour ne pas chouer dans sa nouvelle ambition4 ,il ne peut pas y avoir au ,snat une opposition trs forte et trs vive4 ,et cela revient quelque chose qui est analogue un ,snat nomm par le suffrage universel lui-mme4 ,le suffrage universel nomme la ,chambre des dputs1 la ,chambre des dputs nomme le gouvernement et le gouvernement1 trs peu prs1 nomme les snateurs4 ,le ,snat est donc un remde antidmocratique extrmement faible et si c'est correctif de la dmocratie qu'on a voulu qu'il ft1 on n'a pas t trop loin dans le succs4 ,si l'on avait voulu une ,chambre haute aussi comptente que possible et indpendante du pouvoir central et relativement indpendante du suffrage universel2 il aurait fallu instituer une ,chambre nomme par les grands corps constitutifs de la nation et aussi1 mon avis1 par le suffrage universel1 mais procdant de la manire suivante3 toute la nation1 partage seulement1 pour la commodit pratique1 en cinq ou six grandes rgions1 nomme cinq ou six mille dlgus qui nomment trois cents snateurs4 ,il n'y aurait ainsi ni influence gouvernementale1 ni fabrication par la foule d'une reprsentation directement son image et il y aurait une lite vritable1 charge1 pour ainsi parler1 d'autant de comptence qu'il y en aurait dans le pays4 ,c'est presque exactement le contraire qu'on a fait4 ,le ,snat franais est un remde antidmocratique extrmement faible4 ,il reprsente la dmocratie rurale conduite et guide un peu imprieusement par le gouvernement dmocratique4 99 99 99 99 99 ,un autre remde qui a t cherch1 aussi consciencieusement que le prcdent1 a t3 garanties de capacit des fonctionnaires1 recherches par un systme d'examens et de concours et constates par ces examens et ces concours4 ,examens ou concours l'entre de chaque carrire1 trs minutieux1 trs compliqus1 de nature prouver tous les gards la capacit du candidat et permettant ainsi de ne donner les places qu'au mrite et d'exclure toute faveur4 --,vous appelez cela un remde anti-dmocratique6 ,c'est dmocratique par excellence6 --,pardon6 ,ce serait anti-monarchique si nous tions en monarchie2 ce serait anti-aristocratique si nous tions sous un rgime aristocratique et c'est anti-dmocratique parce que nous sommes en dmocratie4 ,les places au concours c'est une espce de cooptation2 ce n'est mme pas autre chose qu'une cooptation4 ,quand je proposais la nomination des magistrats par les magistrats1 tous les magistrats nommant la ,cour de cassation et la ,cour de cassation nommant tous les magistrats1 j'tais certainement incrimin de paradoxe1 comme toutes les fois que l'on propose autre chose que ce qui est en usage2 je ne faisais pourtant qu'appliquer la magistrature1 avec une certaine extension1 ce qui est en usage pour les fonctionnaires4 ,dans une certaine mesure1 dans une assez large mesure1 les fonctionnaires se recrutent eux-mmes par cooptation4 ,ils ne nomment pas eux-mmes les fonctionnaires1 non2 mais ils liminent les candidats fonctionnaires dont ils ne veulent pas comme fonctionnaires4 ,les examens sont un ostracisme des incomptents4 ,n'entreront dans le corps des fonctionnaires que ceux qui auront t nomms par le gouvernement2 mais le gouvernement ne pourra nommer que ceux que nous1 fonctionnaires1 nous aurons pralablement dsigns comme pouvant l'tre4 ,c'est bien une cooptation4 ,le jury qui admet un candidat l'cole ,saint-,cyr nomme un officier4 ,le jury qui admet un candidat l'cole ,polytechnique nomme un officier ou un ingnieur4 ,et le jury qui refuse un candidat l'cole ,saint-,cyr ou l'cole ,polytechnique empite sur la souverainet nationale2 car il interdit la souverainet nationale de faire de ce jeune homme un officier ou ingnieur4 ,voil une cooptation2 voil une garantie de comptence2 voil une digue leve contre l'incomptence et contre la faveur dont l'incomptence pourrait tre l'objet4 ,je n'ai pas besoin de dire que cette cooptation est assez limite4 ,elle s'arrte au seuil de la carrire4 ,une fois le candidat sacr fonctionnaire par un jury de fonctionnaires1 il appartient1 pour ce qui est de l'avancement1 des promotions et de la destitution1 au pouvoir central tout seul1 sauf quelques cas4 ,la cooptation des fonctionnaires est une cooptation strictement liminatoire4 ,l'limination faite une fois pour toutes1 le non-limin rentre sous la prise du gouvernement1 c'est--dire de la dmocratie1 c'est--dire de la politique et peuvent se produire et se produisent tous les abus que nous avons signals plus haut4 ,mais il fallait cependant indiquer qu'il y a quelque chose au moins que l'on a invent et que l'on conserve contre l'omnipotence de l'incomptent et qui ne lui permet pas d'tre absolument souverain4 ,seulement ce systme prophylactique est assez mal organis et il ne saurait tre approuv que tourn d'autre faon1 comme dit ,boileau4 ,les examens dans notre pays sont tous fonds sur un contre-sens1 je veux dire sur la confusion entre le savoir et la comptence4 ,ils cherchent la comptence1 trs consciencieusement et ils croient la trouver dans le savoir1 ce qui est une erreur4 ,l'examen demande au candidat qu'il sache et le concours demande au candidat qu'il sache plus que les autres2 et c'est presque tout ce que demandent examens et concours4 ,de l une des plaies les plus douloureuses de notre civilisation3 la prparation aux examens4 ,la prparation aux examens est une ingurgitation de savoir1 un entassement1 un gavage1 qui1 d'abord1 rend tout passif un homme peut-tre bien dou1 l'ge qui est celui de l'activit intellectuelle la plus vive2 qui1 ensuite1 par l'effet du surmenage1 dgote du travail intellectuel et y rend impuissant pour toute sa vie le patient ainsi trait pendant cinq1 huit ou dix ans de sa jeunesse4 ,je suis persuad1 si l'on me permet de parler de moi pour m'appuyer sur un exemple qui m'est bien connu1 que si j'ai un peu travaill de vingt-cinq soixante-trois ans1 c'est parce que je n'ai jamais russi qu' moiti1 et je me flatte1 dans les examens et concours4 ,trs curieux de beaucoup de choses1 je m'intressais aux matires du programme1 mais d'autres matires aussi et le programme tait nglig4 ,j'tais reu2 j'tais refus1 plus souvent2 en dfinitive1 j'ai atteint la vingt-sixime anne1 en retard sur mes contemporains1 mais non surmen1 non fourbu et point du tout dgot du travail intellectuel4 ,je reconnais que quelques-uns de mes camarades1 qui n'ont jamais manqu un examen et qui les ont passs tous trs brillamment1 ont travaill tout autant que moi jusqu' la soixantaine mais ils sont extrmement rares4 ,chose curieuse1 les rsultats1 non point dsastreux sans doute1 mais videmment assez mauvais1 de ce systme examinatoire ne font pas qu'on l'abandonne1 ce qui1 du reste1 serait excessif2 mais ils font qu'on l'aggrave et qu'on le complique4 ,les examens de droit1 les concours d'agrgation de droit1 les concours d'internat aux hpitaux sont beaucoup plus lourds qu'autrefois1 demandent un effort matriel beaucoup plus grand1 sans demander et sans prouver une plus grande valeur intellectuelle4 ,en vrit j'en viendrai dire3 les examens ne sont plus qu'une preuve de sant2 mais ils prouvent bien la sant2 autant au moins qu'ils la dtruisent4 ,un exemple que je connais bien4 ,il faut pour tre professeur remarqu1 professeur notable1 de l'enseignement secondaire1 tre bachelier1 licenci1 agrg1 docteur4 ,c'est dj chose qui compte1 ,cela fait dix examens ou concours3 deux pour le baccalaurat premire partie1 deux pour le baccalaurat seconde partie1 deux pour la licence1 deux pour l'agrgation1 deux pour le doctorat4 ,or cela n'a point paru suffisant4 ,on a remarqu qu'entre le baccalaurat seconde partie et la licence il y a normalement1 deux ans2 qu'entre la licence et l'agrgation il y a normalement deux ans2 qu'entre l'agrgation et le doctorat il y a normalement trois ou quatre ans4 ,voyez-vous le pril6 ,entre la licence et l'agrgation1 sans aller plus loin pour le moment1 le futur professeur a deux ans lui4 ,et c'est--dire que pendant la premire de ces deux annes il travaille seul6 ,il travaille librement1 il se dveloppe comme il l'entend1 sans proccupation d'examen au bout de ses douze mois1 sans servitude de programme6 ,cela fait frmir4 ,cela fait redouter que le jeune homme1 ou se repose et souffle un peu1 ou se developpe dans le sens de ses facults personnelles ou de ses gots personnels4 ,la personnalit du candidat a une ouverture1 un moment qui lui est laiss pour intervenir6 ,il fallait empcher cela4 ,on a cr un examen intermdiaire entre la licence et l'agrgation1 examen1 sans doute1 qui porte sur un travail choisi par le candidat lui-mme1 il faut reconnatre cela2 mais examen qui porte sur un travail dont le sujet a d tre adopt par les professeurs1 examen qui porte sur un travail pour lequel le candidat a d consulter les professeurs1 examen qui porte sur un travail auquel les professeurs ont d plus ou moins collaborer1 examen1 en somme1 qui a eu1 sinon pour but1 du moins pour effet d'empcher1 pendant une anne prilleuse1 la personnalit de l'lve de se chercher1 de se trouver et de se produire4 ,un examen par an pendant dix ans1 c'est l'ide du professeur moderne l'gard des professeurs en formation4 ,entre le baccalaurat seconde partie et la licence1 comme il y a deux ans1 on s'apercevra bientt qu'il faut un examen la fin de la premire anne et l'on crera le ,certificat d'tudes intermdiaires-secondaires-suprieures4 ,entre l'agrgation et le doctorat1 comme il y a quatre ans1 on s'avisera bientt qu'il faut trois examens1 destins dmler et reconnatre o en est relativement ses thses le futur docteur et l'aider les faire et l'empcher de les faire tout seul3 premier examen1 dit de ,bibliographie de la thse de doctorat2 deuxime examen1 dit de ,mthodologie doctorale2 troisime examen dit de ,prparation la soutenance2 enfin doctorat lui-mme4 ,de la sorte1 ce qu'il fallait obtenir1 d'abord le disciple aura1 de dix-sept ans vingt-sept ou trente ans1 subi seize examens ou concours2 ensuite il n'aura jamais travaill seul2 il aura toujours travaill1 terme de douze mois1 sur un programme1 pour un examen1 en vue de plaire tel ou tel professeur1 se modelant et se composant sur leurs vues1 sur leurs conceptions1 sur leurs ides gnrales1 sur leurs manies1 aid par eux1 port par eux1 se laissant porter par eux et ne sachant jamais et ne devant pas savoir1 et ne voulant pas savoir1 et en grand risque s'il savait1 et s'habituant pour la vie ne pas savoir1 ce qu'il pense par lui-mme1 ce qu'il imagine par lui-mme1 ce qu'il cherche ou voudrait chercher par lui-mme et ce qu'il pourrait bien tre lui-mme4 ,il s'occupera de cela aprs la trentaine4 ,point de personnalit avant le moment o il est trop tard pour qu'elle apparaisse1 telle est la maxime4 ,d'o vient cette fureur8 ,d'o vient cette examinomanie8 ,d'abord1 comme bien vous pensez1 c'est une simple dandinomanie4 ,dandin disait obstinment3 ,je veux aller juger4 ,le professeur d'un certain ge veut aller examiner4 ,il n'aime plus professer2 il aime toujours examiner4 ,cela est trs naturel3 professant1 il est jug2 examinant1 il juge4 ,on aime toujours mieux l'un que l'autre4 ,suer sous le harnais et se sentir examin1 apprci1 discut1 compuls1 un peu raill par un auditoire d'tudiants et d'amateurs1 ne laisse pas1 un certain ge1 d'tre pnible2 examiner1 trner dans la majest de juge1 n'avoir qu' critiquer et n'avoir pas produire1 n'intervenir que quand le justiciable bronche et pour lui faire remarquer qu'il choppe2 il y a plus1 tenir toute l'anne l'tudiant sous la salutaire intimidation de l'examen si proche qu'il a subir et de l'aide qu'il a attendre et solliciter de vous et du besoin o il est de ne pas vous dplaire2 tout cela est agrable et compense bien des ennuis du mtier4 ,l'examinomanie se compose moiti de la terreur d'tre examin1 moiti de l'allgresse d'examiner les autres4 ,il y a cela2 il y a autre chose4 ,l'closion et le dveloppement prcoces de l'originalit1 voil ce que redoutent trangement les examinomanes4 ,ils ont horreur de l'autodidacte4 ,ils ont horreur de celui qui croit penser par lui-mme et qui cherche par lui-mme vingt-cinq ans4 ,ils veulent couver aussi longtemps que possible le jeune esprit et ne le laisser marcher de ses propres jambes que trs tard et je permets au railleur de dire3 quand ses jambes seront authentiquement atrophies4--,ils n'ont pas tout le tort4 ,l'autodidacte volontaire est le plus souvent un orgueilleux1 un esprit vain1 qui prend pour plaisir de penser par lui-mme1 la volupt de mpriser la pense des autres4 ,mais il n'en est pas moins que c'est parmi les autodidactes que se trouvent les esprits vigoureux qui aborderont vaillamment le domaine de la connaissance et qui l'tendront4 ,la question est donc de savoir s'il vaut mieux1 en favorisant les mauvais autodidactes1 mnager et conserver les bons1 ou1 en contrariant et contenant les mauvais autodidactes1 tuer les bons4 ,je suis tout fait pour le premier de ces deux partis4 ,il vaut mieux laisser aller1 un peu1 tout le monde1 moyennant quoi les esprits faussement originaux s'gareront et il ne m'importe gure2 et les esprits vritablement originaux s'panouiront et se dploieront dans leur force4 ,mais ici--voyez comme l'esprit dmocratique s'introduit partout--intervient la question numrique3 ,dix fois plus nombreux1 me dit-on1 sont les faux originaux que nous sauvons d'eux-mmes en les disciplinant que les vrais originaux qui peut-tre nous coupons les ailes4 ,je rponds qu'en choses intellectuelles les questions de chiffres ne comptent pas4 ,un esprit original touff est une perte qui n'est pas compense par dix sots prservs d'tre ultra-sots4 ,un esprit original laiss libre de l'tre vaut mieux que dix sots moiti contenus et rprims4 ,nietzsche dit trs bien3 ,l'ducation moderne consiste touffer l'exception en faveur de la rgle2 444 elle consiste diriger les esprits loin de l'exception du ct de la moyenne4 ,elle a tort4 ,je ne dis pas qu'elle devrait faire le contraire4 ,oh6 non6 ,loin de l6 ,son office n'est pas de solliciter l'exceptionnel et de l'aider natre4 ,il nat tout seul et il n'a pas besoin d'tre flatt4 ,mais son office n'est pas non plus d'avoir la terreur de l'exceptionnel et de prendre tous les moyens possibles1 mme en vrit les plus barbares ou les plus fastidieux1 pour l'empcher1 aussi longtemps que possible1 de se produire4 ,l'ducation doit tirer de la mdiocrit tout ce qu'elle peut1 respecter l'originalit autant qu'il se peut1 pousser la mdiocrit l'originalit1 jamais2 ramener l'originalit la mdiocrit1 jamais4 ,comment tout cela8 ,par une intervention discrte toujours2 par la non intervention quelquefois4 ,elle est en ce moment extrmement loin de la non-intervention et mme de l'intervention discrte4 ,et c'est ainsi que ce qu'on a invent pour sauver la comptence contribue sensiblement faire triompher son contraire4 ,ces victimes de l'examen sont des comptents comme savoir1 comme instruction1 comme technique4 ,ils sont incomptents en tant que valeur intellectuelle1--souvent mme1 quoique moins et moins souvent1--en tant que valeur morale4 ,en tant que valeur intellectuelle ils n'ont1 trs souvent1 aucune initiative crbrale4 ,la leur a t repousse1 cache1 aplatie4 ,si elle a exist elle n'existe plus4 ,ils ne sont plus1 pour toute leur vie1 que des instruments4 ,on leur a appris beaucoup de choses2 mais surtout l'obissance intellectuelle4 ,ils continuent d'obir intellectuellement1 leur cerveau est un rouage bien fait1 une courroie de transmission bien fabrique et bien installe4 ,la diffrence entre le roman et le drame1 disait ,brunetire1 c'est que dans le drame le personnage agit et que dans le roman il est agi4 ,je ne sais pas si c'est vrai2 mais du fonctionnaire on peut dire que1 le plus souvent1 il ne pense pas2 il est pens4 ,ils sont incomptents encore1 quoique moins et moins souvent1 en tant que valeur morale4 ,par l'exercice de l'obissance intellectuelle on les a habitus l'obissance morale et ils sont1 pour la plupart1 peu entrans l'indpendance4 ,et voyez comme tout s'accorde bien1 trop bien4 ,cette cooptation liminatoire1 dont j'ai parl1 des fonctionnaires1 elle s'arrte1 comme j'ai dit1 l'entre en fonctions4 ,a partir de ce moment c'est uniquement du gouvernement que dpendra le fonctionnaire2 or c'est une dpendance absolue l'gard de qui le dirige que le fonctionnaire aura t prpar pendant dix ans par son ducation4 ,c'est bien2 c'est un peu trop bien4 ,il serait bon que l'ducation du fonctionnaire lui et laiss1 avec un peu d'originalit d'intelligence1 un peu1 aussi1 d'originalit de caractre4 ,on a cherch1 trs consciencieusement aussi et mme avec une trs belle ardeur1 un autre remde aux dfauts de la dmocratie1 un autre remde son incomptence4 ,on a dit3 ,la foule est incomptente2 soit1 il faut l'clairer4 ,l'enseignement primaire largement rpandu est la solution de toutes les difficults1 est la solution mme de toutes les questions4 ,les aristocrates se divertirent un peu l-dessus3 ,comment donc1 s'crirent-ils et quelle est cette contradiction8 ,vous tes dmocrates et c'est--dire que vous attribuez l'excellence politique1 la vertu politique1 comme nous disions autrefois1 la foule1 c'est--dire l'ignorance4 ,pourquoi donc voulez-vous clairer la foule1 c'est--dire lui faire perdre la vertu qui fait selon vous son excellence8--,les dmocrates rpondirent que la foule tait dj trs prfrable aux aristocrates telle qu'elle tait et qu'elle le serait plus encore quand elle aurait de l'instruction4 ,on rsout les contradictions par des a fortiori4 ,tant y a que les dmocrates s'attelrent vigoureusement l'uvre de l'instruction du peuple4 ,le rsultat est d'abord que le peuple est beaucoup plus instruit qu'autrefois et je suis de ceux qui estiment que ce rsultat est excellent4 ,mais le rsultat est ensuite que le peuple est satur d'ides fausses et ceci est moins rjouissant4 ,les rpubliques anciennes ont connu les dmagogues1 c'est--dire les orateurs qui poussent l'extrme tous les dfauts du peuple en les parant de beaux noms et en le flattant lui-mme4 ,la grande dmocratie moderne a ses dmagogues1 ce sont les instituteurs4 ,ils sortent du peuple1 sont fiers de lui appartenir1 de quoi l'on ne peut pas les blmer1 ont pour tout ce qui n'est pas le peuple une certaine dfiance1 sont d'autant plus peuple qu'ils sont intellectuellement les premiers dans le peuple et ailleurs en rang secondaire2 et ce qu'on aime le plus ce n'est pas le groupe dont on est1 mais le groupe dont on est le chef4 ,ils sont donc profondment dmocrates4 ,jusque-l rien que d'acceptable4 ,mais ils le sont troitement1 parce qu'ils n'ont qu'une demi-instruction1 ou plutt1--car qui a une instruction complte ou mme une grande instruction8--parce qu'ils n'ont qu'une instruction rudimentaire4 ,or l'instruction rudimentaire rend peut-tre capable d'avoir une ide1 mais surtout rend incapable d'en avoir deux4 ,l'homme d'instruction rudimentaire est toujours l'homme d'une ide unique et d'une ide fixe4 ,il doute peu4 ,le savant doute souvent1 l'ignorant rarement1 le fou jamais4 ,l'homme ide unique est peu prs impermable tout raisonnement qui est tranger cette ide4 ,un auteur indien disait3 ,tu peux convaincre le docte2 tu peux convaincre1 plus difficilement1 l'ignorant2 le demi-savant jamais4 ,on ne convainc pas l'instituteur4 ,on le confirme dans sa conviction en y adhrant2 encore plus en la discutant4 ,il est prisonnier de sa doctrine4 ,il ne la possde pas toujours trs bien2 mais il est possd par elle4 ,il l'aime de toute son me comme un prtre sa religion1 parce qu'elle est la vrit1 parce qu'elle est belle1 parce qu'elle a t perscute et parce qu'elle doit sauver le monde4 ,il n'est pas fch qu'elle triomphe2 mais il serait heureux de se sacrifier pour elle4 ,il est dmocrate convaincu et dmocrate sentimental4 ,sa conviction fonde solidement son sentiment et son sentiment chauffe merveilleusement sa conviction4 ,sa conviction le fait invincible l'objection1 son sentiment le fait hostile l'adversaire4 ,pour lui1 l'homme qui n'est pas dmocrate a tort et de plus il lui est odieux4 ,il y a entre lui et l'aristocrate la distance de la vrit l'erreur et la distance plus grande du bien au mal1 de l'honnte au dshonnte4 ,l'instituteur est l'homme lige mystique de la dmocratie4 ,or1 comme il est l'homme d'une seule ide1 il est simpliste et comme il est simpliste il est logique direct et logique toute outrance1 tout droit et jusqu'au bout4 ,une ide qui n'est pas contrarie par quelques autres et qui ne veut tre contrarie par aucune va devant elle avec un lan qu'elle ne rprime pas et que rien ne rprime et ses chemins sont courts4 ,donc l'instituteur pousse jusqu' leur point d'aboutissement naturel et logique toutes les ides dmocratiques4 ,il dveloppe1 en pleine raison raisonnante1 tout ce qu'elles contiennent et il lui parat non seulement naturel1 mais salutaire de donner leur dernier dveloppement comme le but et toutes leurs consquences comme des rsultats4 ,tout ce dont le principe est bon est bon lui-mme et il n'y a que ,montesquieu pour croire qu'une institution bonne peut prir par l'excs de son principe4 ,en consquence l'instituteur dduit les suites logiques des deux principes dmocratiques3 souverainet nationale1 galit2 il les dduit rigoureusement et il arrive aux conclusions suivantes4 ,le peuple seul est souverain4 ,donc il peut y avoir des liberts individuelles et des liberts d'association2 mais il ne doit y avoir que les liberts individuelles et les liberts d'association que le peuple permet4 ,les liberts ne peuvent tre et ne doivent tre que des tolrances4 ,l'individu peut penser sa guise1 parler sa faon1 crire sa manire1 agir son gr2 mais en tant seulement que le peuple le lui permettra2 car s'il le pouvait1 soit absolument1 soit mme limitativement1 mais dans des limites qui seraient fixes par un autre pouvoir que celui du peuple1 c'est lui qui serait souverain ou c'est le pouvoir qui aurait fix ces limites qui serait souverain et ce ne serait pas le peuple et il n'y aurait plus1 il n'y aurait pas de souverainet nationale4 ,cela revient dire trs simplement que la libert est le droit de faire tout ce qu'on veut dans les limites de la loi4 ,et qui fait la loi8 c'est le peuple4 ,la libert est donc le droit de faire tout ce que le peuple permet qu'on fasse4 ,rien de plus4 ,au del c'est la souverainet de l'individu qui commence et la souverainet du peuple qui disparat4 --,mais avoir la libert de faire tout ce que le peuple permet qu'on fasse et strictement ce que le peuple permet qu'on fasse1 c'est tre libre comme sous ,louis ,,xiv2 c'est n'tre pas libre du tout4 --,soit4 ,il n'y aura pas de libert si la loi ne permet pas qu'il y en ait4 ,voulez-vous tre libre contre la loi8 --,mais la loi peut tre tyrannique2 elle est tyrannique si elle est injuste4 --,la loi a le droit d'tre injuste2 ou la souverainet du peuple serait limite2 elle ne doit pas l'tre4 --,des lois fondamentales1 constitutionnelles1 pourraient limiter cette souverainet du peuple pour garantir telles et telles liberts de l'individu4 --,et le peuple serait li6 ,et la souverainet du peuple serait supprime4 ,le peuple ne peut pas tre li4 ,la souverainet du peuple doit tre intgrale et elle doit tre intangible4 --,donc point de liberts individuelles8 --,celles que le peuple tolrera4 --,point de liberts d'association8 --,moins encore2 car une association est une limitation1 par elle-mme1 de la souverainet nationale4 ,elle a ses lois elle1 ce qui1 au point de vue dmocratique1 est un contre-sens1 une absurdit et une monstruosit4 ,l'association limite la souverainet nationale comme ferait une ville libre1 une place de sret2 elle limite la nation1 la refoule1 l'arrte une porte4 ,c'est un tat dans l'tat2 o il y a association1 il y a autre chose d'organis que le grand organisme populaire4 ,c'est comme un animal qui vivrait d'une faon indpendante dans un animal plus grand et qui vivrait indpendamment de lui1 en vivant de lui4 ,il ne peut y avoir qu'une association1 l'association nationale1 ou la souverainet nationale est borne1 c'est--dire dtruite4 ,aucune libert d'association ne peut exister4 ,existeront les associations que le peuple tolrera1 toujours rvocables1 toujours pouvant tre dissoutes et dtruites par lui2 ou ce serait la souverainet nationale abdiquant et elle ne peut jamais abdiquer4 --,il existe au moins une association sacre en quelque sorte et devant laquelle la souverainet populaire s'arrte2 c'est la famille4 ,le pre est chef de ses enfants et les lve et les dirige comme il l'entend jusqu' ce qu'ils soient des hommes4 --,mais non6 ,voil encore une limitation de la souverainet nationale4 ,l'enfant n'appartient pas au pre4 ,s'il lui appartenait1 au seuil de chaque maison la souverainet nationale s'arrterait et ce serait prcisment qu'elle n'existerait nulle part4 ,l'enfant1 comme l'homme1 appartient au peuple4 ,il lui appartient en ce sens qu'il ne doit pas faire partie d'une association qui penserait autrement que le peuple1 peut-tre contrairement la pense du peuple4 ,il y aurait mme un pril laisser un futur citoyen pendant vingt ans en dehors de la pense nationale1 c'est--dire en dehors de la communaut4 ,figurez-vous cinq ou six abeilles leves part et en dehors des lois1 des rgles1 de la constitution de la ruche2 et figurez-vous que de ces groupes d'abeilles il y en et des centaines dans la ruche4 ,ce serait la ruche dtruite4 ,la souverainet du peuple doit pntrer surtout dans la famille1 doit nier surtout la libert de l'association familiale1 doit dtruire surtout l'association familiale4 ,elle doit laisser aux parents la libert d'embrasser leurs enfants2 rien de plus2 le droit de les lever dans des ides peut-tre contraires celles de leurs parents appartient au peuple1 qui1 l autant qu'ailleurs1 peut-tre plus qu'ailleurs1 parce que l'intrt est plus grand1 doit tre souverain absolu4 ,voil ce que l'instituteur1 avec une logique qui me semble inattaquable1 dduit du principe de la souverainet nationale4 ,du principe de l'galit il dduit ceci3 ,tous les hommes sont gaux par la nature et devant la loi4 ,c'est--dire que1 pour qu'il y et justice1 tous les hommes devraient tre gaux par la nature2 et que1 pour qu'il y ait justice1 tous les hommes doivent tre gaux devant la loi4 ,or ils ne sont pas gaux devant la loi et ils ne sont pas gaux par la nature4 ,donc il faut qu'ils le deviennent4 ,ils ne sont pas gaux devant la loi4 ,ils ont l'air de l'tre1 ils ne le sont pas4 ,l'homme riche1 mme en supposant parfaitement et strictement intgres les magistrats chargs de rendre la justice1 par ce seul fait qu'il peut rmunrer largement avous1 avocats et tmoins1 par ce seul fait qu'il intimide par sa puissance tous ceux qui pourraient dposer contre lui1 n'est point du tout l'gal du pauvre devant la loi4 ,encore moins l'est-il devant la socit1 c'est--dire devant l'ensemble des forces sociales constitues4 ,a cet gard il sera l'homme influent1 l'homme relations1 l'homme de qui personne ne dpend1 mais que personne n'aime contrecarrer1 contrarier1 contreminer ni contredire4 ,il y a entre l'homme riche et l'homme pauvre1 si gaux que l'on prtende qu'ils soient devant la loi1 la diffrence de celui qui commande celui qui est forc d'obir4 ,l'galit relle1 dans la socit1 devant la socit et mme devant la loi1 n'existera que s'il n'y a ni riches ni pauvres4 ,or1 il y aura toujours des riches et des pauvres tant que l'hritage existera4 ,abolition de l'hritage4 ,mais l'hritage aboli1 il y aura encore des riches et des pauvres4 ,l'homme qui aura rapidement fait sa fortune sera homme puissant relativement celui qui ne l'aura pas faite1 et1 remarquez-le1 bien que nous ayons aboli l'hritage1 le fils de l'homme puissant1 pendant toute la vie de son pre1 sera puissant lui-mme1 si bien que1 quoique nous ayons aboli l'hritage1 un privilge1 mme de naissance1 existe encore et l'galit n'existe pas4 ,il n'y a qu'un moyen pour qu'elle existe1 c'est que personne ne possde et que personne ne puisse acqurir4 ,le seul rgime social amnag pour que personne ne puisse possder et pour que personne ne puisse acqurir1 c'est le rgime communautaire1 c'est le communisme1 c'est le collectivisme4 ,le collectivisme ce n'est rien de trs extraordinaire2 le collectivisme c'est l'galit2 et l'galit c'est le collectivisme ou ce n'est qu'un fantme d'galit et une hypocrisie d'galit4 ,quiconque est galitaire convaincu et sincre et qui a rflchi est forc d'tre collectiviste4 ,bonald disait trs spirituellement3 ,savez-vous ce que c'est qu'un diste8 ,c'est un homme qui n'a pas vcu assez longtemps pour tre athe4 ,nous disons1 nous3 ,savez-vous ce que c'est qu'un dmocrate anticollectiviste8 ,c'est un homme qui n'a pas vcu assez longtemps pour tre collectiviste1 ou qui a vcu longtemps sans rflchir et sans voir ce qu'il y avait dans ses ides4 --,mais le collectivisme est une chimre2 il est une utopie1 il est impossible4--,certainement il est impossible en ce sens que dans le pays qui l'adopterait le ressort d'action serait bris4 ,personne ne ferait d'effort pour amliorer sa situation qui ne pourrait jamais tre amliore4 ,le pays serait tout entier une de ces mares stagnantes dont a parl un ministre contemporain4 ,tout le monde tant fonctionnaire1 tout le monde raliserait l'idal du fonctionnaire ainsi dfini par les ,goncourt3 ,le bon fonctionnaire1 j'entends celui qui unit la paresse l'exactitude1 ce qui est une dfinition dfinitive4 ,et ainsi constitu le pays serait conquis au bout de dix ans par un peuple voisin plus ou moins ambitieux4 ,cela est certain2 mais qu'est-ce que cela prouve8 ,que le collectivisme n'est impossible que parce qu'il n'est possible qu'tabli dans tous les pays la fois4 ,eh bien1 pour qu'il soit tabli dans tous les pays la fois1 il ne faut qu'une chose1 c'est qu'il n'y ait plus de pays distincts1 c'est qu'il n'y ait plus de patries4 ,il ne faut certes pas tablir le collectivisme avant l'abolition des patries1 puisque1 ainsi tabli1 il ne servirait rien qu' constituer la supriorit des patries qui ne l'auraient pas adopt2 il faut1 sriant les questions1 d'abord abolir les patries1 pour pouvoir ainsi tablir le collectivisme4 ,aussi bien1 si les nations s'organisent naturellement contre nature1 si1 instinctivement1 elles s'organisent d'une manire hirarchique1 c'est--dire aristocratique2 si elles ont des chefs et des subordonns1 des puissants et des infrieurs2 c'est qu'il faut cela dans un camp et que chacune sent qu'elle est un camp4 ,si chacune sent qu'elle est un camp1 c'est tout simplement qu'il y en a d'autres et qu'elle sent et qu'elle sait qu'il y en a d'autres4 ,qu'il n'y en ait plus d'autres et elle s'organisera1 non plus contre nature1 mais naturellement1 c'est--dire galitairement1 la nature n'tant pas galitaire1 peut-tre1 mais tendant l'galit en ce sens qu'elle cre beaucoup plus1 infiniment plus d'gaux que de suprieurs4 ,ainsi l'galit exige l'abolition de l'hritage et l'galit des biens2 l'galit des biens ncessite le collectivisme et le collectivisme postule l'abolition des patries4 ,nous sommes galitaires1 donc collectivistes et par consquent anti-patriotes4 ,ainsi raisonnent avec une logique absolue1 mon avis irrfutable1 avec cette logique qui ne tient pas compte des faits et qui ne tient compte que de son principe et que d'elle-mme1 la plupart des instituteurs4 ,ainsi raisonneront-ils tous demain1 s'ils continuent1 comme il est probable qu'ils continueront1 tre de trs bons dialecticiens4 ,quant remonter et se dire que1 si la souverainet nationale et l'galit mnent logiquement et imprieusement ces conclusions1 c'est peut-tre que la souverainet nationale et l'galit sont des ides fausses et que c'est ce qui prouve qu'elles sont en effet des ides fausses2 il n'est pas trs probable que telles seront leurs dmarches1 parce que la souverainet populaire et l'galit1 en mme temps qu'elles sont des ides gnrales1 sont des sentiments4 ,ce sont des sentiments devenus ides1 comme1 sans doute1 toutes les ides gnrales2 et ce sont des sentiments trs forts4 ,la souverainet populaire est la vrit pour celui qui y croit1 parce qu'elle doit tre vraie1 parce qu'elle est une chose aussi majestueuse pour lui que ,csar dans toute sa pompe pour le romain ancien et que ,louis ,,xiv dans toute sa gloire pour l'homme du ,x,v,i,ie sicle4 ,l'galit est la vrit pour celui qui y croit parce qu'elle doit tre vraie1 parce qu'elle est la justice et parce qu'il serait infme que la justice ne ft pas la vrit4 ,pour le dmocrate le monde monte peu peu1 depuis qu'il existe1 vers la souverainet du peuple et l'galit1 celle-ci contenant celle-l et celle-l destine fonder celle-ci et ayant pour mission de la fonder1 et l'une et l'autre c'est la civilisation elle-mme et l'une et l'autre non atteintes ou refoules c'est la barbarie4 ,donc ce sont des dogmes4 ,un dogme est un sentiment puissant qui a trouv sa formule4 ,de ces deux dogmes tout ce qu'on tire sans faute de logique est vrit1 que c'est un droit et un devoir de rpandre4 ,ajoutez cela que l'instituteur est pouss dans le mme sens par des sentiments moins gnraux2 mais qui ont leur force eux-mmes4 ,il est plac dans une commune en face d'un prtre1 seul personnage1 le plus souvent1 qui soit comme lui1 dans cet endroit1 un homme un peu instruit4 ,rivalit1 lutte d'influence4 ,or le prtre1 par suite de contingences historiques1 est un partisan plus ou moins chaud1 de la monarchie quelquefois1 de l'aristocratie presque toujours4 ,il fait partie d'un corps qui a t un ordre de l'tat2 il est persuad que sa corporation est un ordre de l'tat encore1 malgr tout4 ,si le rgime est concordataire1 le rgime reconnat sa corporation comme corps de l'tat puisqu'elle la traite sur le mme pied que la magistrature ou l'arme4 ,si le rgime est celui de la sparation de l'tat et de l'glise sa corporation lui parat encore plus tre un ordre de l'tat1 puisque1 solidement organise et dpassant mme les frontires1 elle forme un personnage collectif qui1 non sans pril1 mais aussi non sans quelque succs1 entre souvent en conflit avec l'tat lui-mme4 ,comme faisant partie d'une puissance historique qui est distincte de la puissance nationale et qui n'est pas une dlgation de la puissance nationale1 le prtre ne peut pas manquer d'avoir1 plus ou moins1 plus ou moins distinctement et consciemment1 une mentalit aristocratique4 ,l'instituteur1 son rival1 s'est rejet d'autant plus du ct des principes dmocratiques et il les embrasse avec une ferveur o il entre autant de jalousie que de conviction4 ,c'est lui surtout1 plus qu'un philosophe du ,x,v,i,i,ie sicle1 parce qu'il a un plus grand intrt1 d'animadversion et d'animosit1 le croire1 qui croit que tout ce que le prtre enseigne est invention pure d'oppresseurs ingnieux qui ont voulu brider et enchaner le peuple1 pour fonder jamais leur domination2 et de l son ostentation d'ides philosophiques renouveles de ,diderot et d',holbach4 ,il est presque invraisemblable que1 pour l'instituteur1 le prtre ne soit pas un sclrat4 ,l'athisme est aristocratique1 disait ,robespierre se souvenant de ,rousseau4 ,l'athisme est dmocratique1 disent les instituteurs modernes4 ,d'o vient cette diffrence de jugement8 ,de ce que le libertinage tait la mode au ,x,v,i,i,ie sicle chez les grands seigneurs et la croyance en ,dieu unanime dans le peuple4 ,de ce que les prtres1 de nos jours1 pour les raisons que j'ai dites et par souvenir des perscutions subies par leur glise aux temps des premiers triomphes de la dmocratie1 sont rests aristocrates ou le sont devenus plus qu'ils ne l'avaient jamais t4 ,l'athisme est donc devenu dmocratique comme arme contre des distes qui sont gnralement aristocrates4 ,il s'allie du reste assez bien1 quoi que ,robespierre en ait pu croire1 avec les sentiments gnraux de la basse dmagogie4 ,n'tre li par rien1 n'tre limit par rien dans sa souveraine puissance1 voil l'ide matresse du peuple2 ou plutt que le peuple ne soit li par rien1 ne soit limit par rien dans sa puissance souveraine1 voil l'ide matresse du dmocrate4 ,or ,dieu est une limite1 ,dieu est un lien4 ,de mme que le dmocrate n'admet pas une constitution sculaire que le peuple ne puisse pas dtruire et qui lui interdise de faire des lois mauvaises2 de mme que le dmocrate n'admet pas1 pour prendre la terminologie d',aristote1 le gouvernement des lois1 le gouvernement d'une lgislation ancienne1 arrtant le peuple et le contenant dans sa fabrication quotidienne de dcrets2 tout de mme le dmocrate n'admet pas un ,dieu qui a ses commandements1 qui a sa lgislation1 antrieure et suprieure toutes les lois et tous les dcrets et qui fait limite aux vellits lgislatrices du peuple1 son omnipotence capricieuse1 en un mot la souverainet du peuple4 ,aprs ,sedan on demandait ,bismarck3 ,maintenant que ,napolon est tomb1 qui faites-vous la guerre8 ,il rpondit3 ,a ,louis ,,xiv4 ,le dmocrate1 interrog sur son athisme1 pourrait rpondre3 ,je fais la guerre ,mose4 ,de l l'athisme des dmocrates1 de l l'athisme des instituteurs4 ,de l la formule ni ,dieu ni matre1 qui pour l'anarchiste ne demande aucune correction ni supplment2 qui pour le dmocrate1 doit tre modifie ainsi3 ,ni ,dieu ni matre1 que le peuple4 ,a la fin d'un de ses grands discours politiques de #ahdi ou #ahej1 ,victor ,hugo disait3 444 et il n'y aura plus que deux puissances3 le peuple et ,dieu4 ,le dmocrate moderne croit savoir que1 s'il y a un ,dieu1 la souverainet du peuple est atteinte1 s'il y croit4 ,et enfin l'instituteur est confirm dans ses sentiments dmocratiques1 dans tous ses sentiments dmocratiques par la situation politique qu'on lui a faite en ,france4 ,c'est une chose trange1 c'est une anomalie dconcertante1 que les gouvernements du ,x,i,xe sicle 7surtout1 il faut lui rendre cette justice1 le gouvernement actuel7 ont trs grandement respect la libert des professeurs de l'enseignement suprieur et de l'enseignement secondaire et n'ont point respect le moins du monde la libert des professeurs du peuple4 ,le professeur de l'enseignement suprieur1 surtout depuis #ahgj1 peut enseigner exactement tout ce qu'il veut1 sauf l'immoralit et le mpris de la patrie et des lois4 ,il peut mme discuter les lois1 la seule condition de poser en principe qu'il faut leur obir tant qu'elles ne sont pas abroges4 ,la libert de ses opinions politiques1 sociales et religieuses est complte4 ,elle n'est entrave1 quelquefois1 que par les manifestations de ses tudiants4 ,le professeur de l'enseignement secondaire jouit d'une libert trs peu prs gale4 ,il n'est assujetti1 et encore d'une faon trs latitudinaire1 qu' un programme d'tudes4 ,sur l'esprit dans lequel il s'y meut il n'est quasi jamais inquit4 ,on lui fait confiance4 ,d'autre part1 il n'est peut-tre jamais venu l'ide d'aucun gouvernement de demander des comptes au professeur de l'enseignement suprieur ou de l'enseignement secondaire sur la faon dont il vote aux lections politiques2 encore moins de le prier de faire de la propagande en faveur des candidats agrables au gouvernement4 ,quand on passe de l'enseignement secondaire l'enseignement1 on voit tout changer4 ,d'abord l'instituteur n'est pas nomm par ses chefs naturels1 par le recteur ou le ministre de l'instruction publique1 il est nomm par le prfet1 c'est--dire par le ministre de l',intrieur1 c'est--dire par le chef politique du gouvernement4 ,en d'autres termes cette nomination des fonctionnaires par le peuple1 de quoi nous avons parl plus haut1 elle a lieu ici avec un intermdiaire de moins4 ,c'est minemment le ministre de l',intrieur qui reprsente la volont politique nationale telle date4 ,et c'est le ministre de l',intrieur qui1 par ses prfets1 nomme les instituteurs4 ,c'est donc la volont politique nationale qui choisit les instituteurs4 ,impossible de mieux leur dire1 et voil qui est bien1 car il faut prvenir les gens1 qu'ils sont choisis au point de vue politique et qu'ils doivent se considrer comme des agents politiques4 ,et en effet ils ne sont pas autre chose ou plutt ils sont autre chose2 mais ils sont surtout cela4 ,comme ils dpendent des prfets et que les prfets dpendent beaucoup des dputs1 ce ne sont pas les dputs qui les nomment1 mais ce sont les dputs qui les font dplacer1 qui les font avancer1 qui les font disgrcier1 qui1 par des dplacements multiples1 peuvent les rduire la famine1 etc4 ,oh6 ,comme1 tant donne la situation difficile et scabreuse o les met la main d'o part leur nomination1 il leur faudrait au moins la garantie trs relative et l'assurance1 trs faible du reste1 mais enfin au moins cela1 de l'inamovibilit6 ,ils ne l'ont pas4 ,les professeurs de l'enseignement suprieur l'ont1 qui n'en ont pas besoin2 les professeurs de l'enseignement secondaire l'ont1 de fait1 trs peu prs2 l'instituteur ne l'a pas4 ,il est donc livr aux politiciens1 qui en font un agent lectoral1 qui comptent sur lui comme tel et qui lui pardonnent peu s'ils ont en vain compt sur lui4 ,il en rsulte que la plupart des instituteurs sont dmagogues parce qu'ils veulent l'tre et avec un entrain et une fougue admirables2 et que ceux qui ne tiendraient pas tre dmagogues sont dmagogues sans le vouloir2 mais parce qu'il faut qu'ils le soient4 ,d'autant plus1 car ainsi vont les choses1 que ceux qui n'auraient aucunes dispositions l'tre le deviennent4 ,il n'y a pas de mercenaires dans la mle1 disait ,augier4 ,jets1 mme quelquefois malgr eux1 dans la bataille1 forcs au moins de paratre s'y mler1 ils reoivent des coups et1 ds qu'ils en ont reu1 ils sont attachs la cause pour laquelle et au nom de laquelle ils les reoivent4 ,on finit toujours par avoir les opinions qu'on vous attribue et1 tenu pour dmagogue ds qu'il arrive dans son village1 le jeune instituteur1 forc de ne pas dire le contraire et mal reu comme tel par le parti adverse1 est dmagogue avec un commencement de conviction l'anne suivante4 99 99 99 99 99 ,ainsi la dmocratie ne reoit que les enseignements qui la confirment et qui la renfoncent dans ses dfauts4 ,elle aurait besoin de ne pas se croire toute puissante1 d'avoir des scrupules sur sa toute puissance et de croire que cette toute puissance doit avoir certaines limites2 on lui enseigne sans rserve le dogme de la souverainet populaire sans limite4 ,elle aurait besoin de croire un peu que l'galit est tellement contre nature qu'on ne peut pas corriger la nature jusqu' tablir l'galit relle entre les hommes et que le peuple qui l'aurait tablie1 ce qui est possible1 subirait le sort des tres qui voudraient vivre exactement contrepied des lois naturelles2 on lui enseigne1 ce qui est vrai1 du reste1 que l'galit n'existe pas si elle n'est pas complte1 si elle n'est pas intgrale et qu'elle doit s'appliquer aux fortunes1 aux situations sociales1 aux intelligences1 aux tailles et statures peut-tre et faire tout pour que le nivellement absolu soit ralis4 ,elle aurait besoin1 puisqu'il est bien naturel qu'on ait peu de got pour les lourdes charges1 qu'on renfort en elle le sentiment patriotique2 on lui enseigne que le service militaire est un legs douloureux d'un pass odieux et barbare et doit disparatre avant peu aux rayons de la civilisation pacifique4 ,en un mot1 pour parler comme ,aristote1 on lui verse la dmocratie toute pure comme les dmagogues faisaient aux ,athniens2 et o devrait tre le remde1 de l part l'intoxication4 ,ce mme ,aristote a un mot spirituel et profond sur l'galit3 ,c'est dans les passions qu'il faut tablir l'galit plutt que dans les fortunes4 ,et il ajoute3 ,et cette galit ne peut tre que le fruit de l'ducation donne par les lois4 ,c'est bien cela4 ,l'ducation ne devrait tendre qu' un but3 ramener les passions l'galit1 l'quanimit1 un certain quilibre de l'me4 ,il se trouve que l'ducation donne la dmocratie moderne ne va pas tout fait dans ce sens mais va tout fait dans le sens contraire4 ,,xii ,,le ,r,,ve ,quels seraient donc les remdes que l'on pourrait apporter cette maladie moderne1 le culte de l'incomptence intellectuelle1 le culte de l'incomptence morale8 ,quels sont1 comme dit ,m4 ,fouille1 les principaux moyens d'viter les cueils dont les dmocraties sont menaces8 ,on pense bien que je n'en vois aucun1 puisque nous avons affaire un mal qui ne peut tre guri que par lui-mme et un mal qui se chrit4 ,m4 ,fouille#a propose une ,chambre haute aristocratique1 c'est--dire qui reprsenterait toutes les comptences du pays1 tant nomme par tout ce qui dans le pays est constitu sur une comptence particulire3 magistrature1 arme1 universit1 ,chambres de commerce1 etc4 #a ,revue des ,deux ,mondes du #ae novembre #aiji4 ,rien de mieux2 mais il faudrait que la dmocratie y consentt et c'est prcisment de ces groupements de comptence qu'elle se dfie1 les considrant1 avec pleine raison du reste1 dans un certain sens du mot1 comme des aristocraties4 ,il propose encore une intervention nergique de l'tat pour restaurer la moralit publique3 anti-alcoolisme1 anti-jeu1 anti-pornographie4 ,outre que ce discours sent la raction2 car c'est proprement le programme de l'ordre moral en #ahgc1 il faut remarquer1 comme du reste ,m4 ,fouille le reconnat lui-mme1 que l'tat dmocratique ne peut gure tuer ce qui le fait vivre1 dtruire les sources principales de ses revenus4 ,la dmocratie1 des reprsentants authentiques de la dmocratie elle-mme l'ont reconnu1 n'est pas un gouvernement bon march2 elle a toujours t institue avec cette esprance et en partie dans le dessein d'tre un gouvernement conomique et elle a toujours t ruineuse1 parce qu'elle a besoin d'un plus grand nombre de partisans qu'un autre gouvernement1 d'un moins grand nombre de mcontents qu'un autre gouvernement2 et que ces partisans1 il faut les rmunrer d'une faon ou d'une autre et que ces mcontents il faut les dsarmer en les achetant d'une manire ou d'une autre4 ,la dmocratie1 qu'elle soit ancienne ou qu'elle soit moderne1 vit toujours dans la terreur d'un tyran possible et qu'elle imagine comme imminent4 ,contre ce tyran qui gouvernerait avec une minorit nergique1 elle a besoin d'une majorit immense qu'elle doit s'assurer par des faveurs2 et ce tyran elle doit drober les mcontents qui seraient ses soutiens1 en les dsarmant par des faveurs plus grandes encore4 ,elle a donc besoin de beaucoup d'argent4 ,elle le trouvera en dpouillant la classe riche autant que possible2 mais c'est une ressource trs limite1 la classe riche tant toute petite4 ,elle le trouvera plus aisment1 plus abondamment aussi1 en exploitant les vices de tout le monde1 tout le monde tant un groupe trs nombreux4 ,de l ses complaisances ncessaires pour les cabarets1 comme dit ,m4 ,fouille1 qu'il serait beaucoup plus dangereux pour elle de fermer que de fermer les glises4 ,les besoins croissants1 nul doute1 comme le prsage encore ,m4 ,fouille1 qu'elle ne s'attribue le monopole des maisons de dbauche et des publications licencieuses1 ce qui serait faire fortune4 ,et1 aprs tout1 les tolrer pour le bnfice de quelques industriels ou se les adjuger pour en tirer bnfice soi-mme1 n'est-ce pas mme chose comme rsultat moral2 et opration financire bien meilleure dans le second cas que dans le premier8 ,m4 ,fouille assure encore que la rforme doit venir d'en haut et non pas d'en bas2 que d'en haut et non pas d'en bas peut venir le mouvement de rgnration4 ,je ne demande pas mieux2 mais je demande comment cela pourrait se faire8 ,tout1 exactement1 dpendant du peuple1 qui1 quoi1 peut agir sur le peuple except le peuple lui-mme8 ,tout dpendant du peuple1 par quoi peut-il tre m1 except par une force intime8 ,nous sommes1--puisque nous causons avec un philosophe1 nous pouvons nous servir de ces termes1--en face d'un 1 d'un moteur qui donne le mouvement mais qui ne le reoit pas4 ,un principe a disparu1 un prjug si vous voulez1 le prjug de la comptence2 on ne croit plus que ce soit celui qui sait une chose qui doive s'occuper de cette chose ou tre choisi pour s'en occuper4 ,ds lors1 non seulement mauvaise tractation de toutes choses2 mais impossibilit que l'on arrive par aucun biais les bien traiter4 ,on ne voit pas de solution4 ,nietzsche avait horreur1 bien entendu1 de la dmocratie2 seulement1 comme tous les pessimistes nergiques1 comme tous les pessimistes qui ne sont pas des pococurante1 il disait de temps en temps3 ,il y a des pessimistes1 rsigns1 lches2 de ceux-l nous ne voulons pas tre2 et1 quand il n'en voulait pas tre1 il s'entranait voir la dmocratie avec des yeux bienveillants4 ,alors1 tantt il disait1 se plaant au point de vue esthtique3 frquenter le peuple dont on ne peut se passer1 non plus que de contempler une vgtation puissante et saine2 et quoique abominablement contradictoire avec tout ce qu'il a dit de la bte de troupeau et de la bte de marcage1 cette pense a quelque sens4 ,elle signifie que l'instinct est une force et que toute force1 d'abord est intressante contempler2 ensuite doit avoir en elle une vertu d'action1 un principe de vie1 un ressort d'extension4 ,il est possible1 quoiqu'il soit vague4 ,en somme la foule n'est puissante que de nombre et parce qu'il a t dcid que ce serait le nombre qui dciderait4 ,c'est un expdient2 mais un expdient ne donne pas une force relle qui n'en a pas4 ,la force d'action est toujours celui qui a un dessein1 qui le combine1 qui le soutient1 qui le prolonge et qui le poursuit4 ,si celui-ci est prcisment limin et rduit l'impuissance ou au minimum d'efficace1 on ne voit pas bien ce que la foule1 moins lui1 aura de force d'action4 ,il faudrait s'expliquer davantage4 ,d'autres fois ,nietzsche se demandait s'il ne fallait pas respecter le droit qu'aprs tout peut avoir la multitude se diriger d'aprs un idal--il en est de plusieurs degrs--qui est le sien2 devons-nous refuser aux masses le droit de chercher leurs vrits et de croire les avoir trouves2 leurs croyances vitales1 les croyances de leur vie elles et de les avoir trouves8 ,les masses sont le fondement de toute humanit1 les assises de toute culture4 ,privs d'elles1 que deviendraient les matres8 ,ils ont besoin qu'elles soient heureuses4 ,soyons patients2 souffrons que nos esclaves insurgs et pour un instant nos matres inventent des illusions qui leur soient favorables444 ,plus souvent1 car il est revenu plusieurs fois sur cette ide1 ramen son aristocratisme coutumier1 il considrait la dmocratie comme une dcadence1 condition de l'avnement d'un aristocratisme futur3 ,une haute culture ne peut s'difier que sur un terrain vaste1 sur une mdiocrit bien portante et fortement consolide #ahhg4 ,dix ans plus tt il avait considr l'esclavage comme ayant t la condition ncessaire de la haute culture de la ,grce et de ,rome4 ,en consquence le but unique1 provisoire1 mais pour longtemps encore1 doit tre l'amoindrissement de l'homme2 car il faut d'abord avoir une vaste fondation sur laquelle pourra s'lever la race des hommes forts4 ,l'amoindrissement de l'homme europen est le grand processus que l'on ne saurait entraver2 il faudrait plutt l'acclrer encore4 ,c'est la force active qui permet d'esprer l'ascension d'une race plus forte1 d'une race qui possderait en excs ces qualits mmes qui manquent l'espce amoindrie1 volont1 responsabilit1 certitude1 facult de se fixer un but444 ,mais comment1 de la mdiocrit et de la mdiocrit sans cesse croissante--telle que ,nietzsche se la figure--de la masse1 comment1 par quel procd naturel ou artificiel1 une nouvelle race d'lite pourra-t-elle sortir8 ,nietzsche semble se rappeler la trs irrespectueuse thorie et trs dnue de pit filiale1 par laquelle ,renan expliquait son gnie lui3 une longue srie d'aeux obscurs ont conomis pour moi les vigueurs intellectuelles444 et il jette sur son carnet ces rflexions un peu informes1 d'o mane pourtant une lumire3 ,il est insens de se figurer que toute cette victoire des valeurs les valeurs basses8 puisse tre antibiologique2 il faut chercher l'expliquer par un intrt vital pour le maintien du type homme1 dt-il tre atteint par la prpondrance des faibles et des dshrits4 ,peut-tre1 si les choses allaient d'une autre manire1 l'homme n'existerait plus4--,l'lvation du type est dangereuse pour la conservation de l'espce4 ,pourquoi8--,les races fortes sont des races prodigues4 ,nous nous trouvons ici devant un problme d'conomie4 ,on entrevoit maintenant sur quoi ,nietzsche compte ou s'efforce un moment de compter2 c'est bien sur un procd naturel2 c'est sur une sorte de vis medicatri natur4 ,en s'abaissant1 en s'amoindrissant1 les races s'pargnent1 se mnagent1 s'conomisent2 et la quantit d'nergie1 de puissance intellectuelle et de puissance morale1 de valeurs humaines tant suppose toujours la mme dans l'humanit1 les races qui se traitent ainsi crent en elles-mmes une rserve qui forcment s'incarnera un jour dans une lite2 elles crent donc en leur sein une lite qui en sortira2 elles se font grosses1 inconsciemment1 d'une aristocratie qui jaillira d'elles pour les dominer4 ,nous retrouvons toujours dans ,nietzsche la thorie ,schopenhaurienne du grand trompeur qui mne le genre humain par le bout du nez et qui lui fait faire1 et comme agrable1 ce qu'il ne ferait point s'il savait o cela le mne4 ,il est possible3 cependant1 l'conomie outrance1 si elle peut mener une rserve de forces1 peut mener1 peut-tre plus srement1 l'anmie2 et d'annihiler les lites actuelles pour prparer les lites futures1 je ne sais pas si c'est un jeu inspir par le grand trompeur mais c'est un jeu qui parat dangereux4 ,il faudrait tre sr1 et qui l'est8 que le grand trompeur n'abandonne pas ceux qui s'abandonnent4 ,j'ai dit1 sans songer aucune mythologie mtaphysique et ne songeant qu'aux ambitieux qui nous entourent et ne songeant qu' leur donner un bon conseil3 ,le meilleur moyen d'arriver est de descendre4 ,il n'y a rien de plus philosophique1 me rpond ,nietzsche2 c'est bien plus vrai des peuples que des individus3 le meilleur moyen pour les peuples de devenir grands un jour1 c'est de commencer par s'amoindrir4--,je doute un peu4 ,il n'y a pas de raison solide pour que de la faiblesse persvramment cultive sorte la force4 ,ni la ,grce1 ni ,rome1 ne nous donnent un exemple l'appui et ni la dmocratie rpublicaine d',athnes1 ni la dmocratie csarienne de ,rome n'ont donn naissance une aristocratie1 par conomie prolonge de valeurs4 --,elles n'ont pas eu le temps4 --,on peut toujours dire cela4 99 99 99 99 99 ,mieux vaut peut-tre chercher enrayer la dmocratie que d'acclrer le processus de dcadence pour qu'il aboutisse une rsurrection4 ,tout au moins c'est ce qui se prsente le plus naturellement la pense et ce qui ressemble le plus au devoir4 ,quand je dis enrayer la dmocratie on pense bien que je veux dire faire en sorte qu'elle s'enraye elle-mme1 puisque rien ne peut l'enrayer une fois qu'elle a pris conscience de soi4 ,il ne faut songer qu' la persuader4 ,encore que ce soit la tentative la plus trangement tmraire que d'essayer de lui persuader autre chose que sa confiance en elle-mme1 il ne faut songer qu' la persuader1 puisque tout autre effort serait encore plus vain4 ,il faut lui rappeler que les rgimes prissent par l'abandon et aussi par l'excs de leur principe1 quoique ce soit une maxime trs suranne2 qu'ils prissent par l'abandon de leur principe parce que leur principe est la raison historique de leur naissance2 et qu'ils prissent par l'excs de leur principe parce qu'il n'y a pas un principe qui soit bon tout seul et qui suffise1 lui tout seul1 la complexit de la machine sociale4 ,qu'est-ce que le principe d'un gouvernement8 ,ce n'est pas ce qui le fait tre tel ou tel2 c'est ce qui le fait agir1 comme dit ,montesquieu2 c'est les passions humaines qui le font mouvoir4 ,or il est vident que la passion de la souverainet1 que la passion de l'galit et que la passion de l'incomptence ne suffisent pas donner un gouvernement une vie complte et une vie forte4 ,il faut faire la comptence sa part2 disons mieux1 il faut faire la comptence une part2 car je ne veux pas prtendre qu'elle ait un droit1 mais seulement qu'elle est une ncessit sociale4 ,il faut faire une part la comptence technique1 la comptence intellectuelle1 la comptence morale1 la souverainet nationale dt-elle en tre limite1 et l'galit dt-elle en souffrir4 ,un lment dmocratique est essentiellement ncessaire un peuple2 un lment aristocratique1 aussi1 est essentiellement ncessaire un peuple4 ,un lment dmocratique est essentiellement ncessaire un peuple1 pour que le peuple ne se sente pas uniquement passif1 pour qu'il sente qu'il est une partie et une partie importante du corps social1 pour que ces mots3 la nation1 c'est vous2 dfendez-la aient un sens2 et autrement le raisonnement des dmagogues anti-patriotes serait juste3 quoi bon se battre pour ces matres-ci contre ces matres-l1 puisqu'il n'y aurait aucune diffrence1 ces matres-l ayant remplac ceux-ci8 ,il faut un lment dmocratique dans le gouvernement d'un peuple pour ceci encore qu'il est trs dangereux que le peuple soit une nigme2 qu'il faut savoir ce qu'il pense1 ce qu'il sent1 ce qu'il souffre1 ce qu'il dsire1 ce qu'il craint1 ce qu'il espre2 et comme on ne peut le savoir que par lui1 il faut qu'il ait une voix quelque part et une voix qu'on n'touffe pas4 ,d'une faon ou d'une autre1 par une ,chambre qui soit lui et qui ait une grande part d'autorit2 par la prsence dans une ,chambre unique d'un nombre considrable de reprsentants du peuple2 par des plbiscites institus constitutionnellement comme ncessaires pour la rvision de la ,constitution et pour les lois d'intrt universel2 par la libert de l'imprimerie et la libert d'association et de runion1 ce qui ne serait pas suffisant mais ce qui suffirait presque2 il faut que le peuple puisse faire savoir ce qu'il souhaite et puisse peser sur les dcisions du gouvernement1 en un mot soit entendu et soit cout4 ,mais il faut un lment aristocratique dans une nation et dans le gouvernement d'une nation1 pour que ce qu'elle a de prcis ne soit pas touff par ce qu'elle a de confus2 pour que ce qu'elle a d'exact ne soit pas obscurci par ce qu'elle a de vague et pour que ce qu'elle a de volont ne soit pas brouill par ce qu'elle a de vellits capricieuses ou incohrentes4 ,cette aristocratie1 quelquefois l'histoire la fait elle-mme et dans ce cas elle n'est pas mauvaise1 ayant1 caste plus ou moins ferme1 des traditions1 et les traditions1 plus que les lois1 conservatrices des lois du reste1 tant ce qu'il y a de plus vivant1 de plus vivace et de plus fcond dans l'me d'un peuple4 ,quelquefois l'histoire ne la fait pas1 ou1 celle que l'histoire a faite ayant disparu1 il n'y en a plus2 c'est alors que le peuple doit en tirer une de lui-mme2 et c'est alors que le respect des services rendus1 le respect des services rendus mme par les ascendants de l'homme distinguer et choisir1 le respect des comptences selon la fonction donner un homme1 le respect1 quelle que soit la fonction donner1 de la valeur morale de l'homme choisir1 sont des qualits que la dmocratie doit se donner et doit savoir conserver4 ,ces qualits sont son aptitude acquise prendre part au gouvernement2 ces qualits sont son adaptation au milieu social1 la machine sociale et l'organisation sociale4 ,on peut dire que c'est par ces qualits qu'elle entre dans l'organisme dont elle est la matire4 ,comme dit trs bien ,stuart ,mill1 on ne peut pas avoir une dmocratie habile1 si la dmocratie ne consent pas ce que la besogne qui demande de l'habilet soit faite par ceux qui en ont4 ,donc ce qu'il faut1 ce qu'il faudra toujours1 mme en rgime socialiste1 o1 comme je l'ai montr1 l'aristocratie existera encore1 mais1 seulement1 sera plus nombreuse2 ce qu'il faut1 ce qu'il faudra toujours1 c'est un mlange de dmocratie et d'aristocratie2 et1 quoiqu'il soit bien vieux1 mais parce qu'il avait examin1 et en naturaliste1 cent cinquante constitutions diffrentes1 c'est toujours ,aristote qui aura raison4 ,il est aristocrate1 nettement1 on l'a vu1 mais ses conclusions dernires1 soit qu'il parle de ,lacdmone1 encore qu'il ne l'aime pas1 soit qu'il parle de ,carthage1 soit qu'il parle d'une faon gnrale1 sont bien que les meilleures constitutions sont encore les constitutions mixtes4 ,cependant il y aurait une manire d'avoir la dmocratie et l'aristocratie2 ce serait de faire en sorte que les citoyens distingus et la multitude eussent de chaque ct ce qu'ils peuvent dsirer4 ,le droit pour tous d'arriver aux magistratures est un principe dmocratique2 n'admettre aux magistratures que les citoyens distingus est un principe aristocratique4 ,c'est ce mlange de dmocratie et d'aristocratie qui fait une bonne constitution4 ,mais il ne faut pas que cette constitution mixte soit une simple juxtaposition1 ce qui ne ferait que mettre en contact des lments hostiles4 ,j'ai dit mlange et j'aurais d dire combinaison4 ,il faut que1 dans le maniement des affaires1 aristocratie et dmocratie soient combines4 ,comment8 ,il y a quelque temps que je le dis et je ne demande que d'avoir quelque temps encore pour le rpter4 ,un peuple sain est celui o l'aristocratie est dmophile et o le peuple est aristocrate4 ,tout peuple o l'aristocratie est aristocrate et o le peuple est dmocrate est un peuple qui est destin prir promptement1 parce qu'il ne sait pas ce que c'est qu'un peuple1 mais ne va pas plus loin qu' savoir ce que c'est qu'une classe et peut-tre ne va pas mme jusque-l4 ,montesquieu admire beaucoup les ,athniens et les ,romains pour la raison suivante3 ,on sait qu' ,rome1 quoique le peuple se ft donn le droit d'lever aux charges les plbiens1 il ne pouvait se rsoudre les lire2 et quoique ,athnes on pt1 par la loi d',aristide1 tirer les magistrats de toutes les classes1 il n'arriva jamais1 dit ,xnophon1 que le bas peuple demandt celles qui pouvaient intresser son salut et sa gloire4 ,les deux faits sont exacts2 seulement celui qui concerne ,athnes ne signifie rien1 parce qu' ,athnes tout1 exactement1 se dcidait par plbiscite et que par consquent les vritables magistrats d',athnes taient les orateurs en qui le peuple avait confiance1 qui entranaient ses dcisions et qui rellement administraient la cit4 ,a ,rome le mme fait est de toute importance parce que c'taient bien les magistrats lus qui gouvernaient4 ,la ,rome rpublicaine fut bien un pays gouvernement aristocratique1 mais qui avait un lment dmocratique2 et cet lment dmocratique1 jusqu'aux guerres civiles1 fut profondment aristocrate2 de mme que l'aristocratie1 toujours ouverte1 du reste1 l'accession du plbianisme1 tait profondment dmophile4 ,l'institution de la clientle1 quelque dgnrescence qu'elle dt aboutir1 est un phnomne peu prs unique je crois1 qui montre quel point les deux classes sentaient la ncessit sociale1 la ncessit patriotique de s'appuyer l'une sur l'autre et d'tre comme enracines l'une dans l'autre4 ,le peuple o la plbe est aristocrate et l'aristocratie dmophile est le peuple sain4 ,rome a russi dans le monde parce qu'elle a eu pendant cinq cents ans la sant sociale4 ,le peuple aristocrate et l'aristocratie dmophile1 j'ai cru longtemps que cette formule tait de moi4 ,je viens de m'apercevoir1 ce qui du reste ne m'a nullement tonn1 qu'elle est d',aristote encore3 ,voici le serment que les oligarques prtent maintenant dans quelques cits3 ,je jure d'tre toujours ennemi du peuple et de ne jamais conseiller que ce que je saurai lui tre nuisible4 ,c'est tout le contraire qu'il faudrait au moins affecter de dire et faire entendre4 ,c'est une faute politique qui se commet dans les oligarchies et aussi dans les dmocraties2 et l o la multitude est matresse des lois1 ce sont les dmagogues qui la commettent4 ,en combattant contre les riches ils divisent toujours l'tat en deux partis opposs4 ,il faut1 au contraire1 dans les dmocraties avoir l'air de parler pour les riches et dans les oligarchies il faut que les oligarques semblent parler en faveur du peuple4 ,c'est un conseil machiavlique4 ,aristote parat persuad que les dmocrates ne peuvent que paratre parler pour les riches et que tout ce qu'on peut demander aux oligarques c'est de sembler parler en faveur du peuple4 ,mais encore il comprend bien que pour la paix et le bien de la cit telles doivent tre les attitudes4 ,il y a plus2 il y a plus profond4 ,les aristocrates doivent non seulement paratre1 mais tre dmophiles s'ils comprennent les intrts de l'aristocratie elle-mme1 qui doit avoir une base2 les dmocrates doivent non seulement paratre1 mais tre aristocrates s'ils comprennent les intrts de la dmocratie qui doit avoir un guide4 ,cette rciprocit de bons offices1 cette rciprocit de dvouement et cette combinaison d'efforts sont ncessaires dans les rpubliques modernes autant que dans les rpubliques anciennes4 ,ce n'est pas autre chose que la synergie sociale4 ,la synergie sociale doit tre aussi forte que la synergie familiale4 ,toute famille divise prira1 tout royaume divis prira4 ,j'ai peu parl de la royaut qui n'entrait qu'indirectement dans mon sujet4 ,si l'on a vu des royauts si fortes1 c'est que le sentiment royaliste prouv en commun par l'aristocratie et par le peuple ralisait cette synergie sociale dont nous parlons2 c'est qu'tre dvou tous les deux quelqu'un se ramne tre trs dvous l'un l'autre par la convergence des volonts4 ,eadem velle1 eadem nolle amicitia est4 ,il n'est pas besoin pour cela de la royaut4 ,la royaut c'est la patrie vue dans un homme4 ,a voir la patrie en elle-mme on peut et l'on doit aboutir la mme synergie1 la mme communaut et convergence des volonts4 ,il faut que les petits aiment la patrie dans les grands et que les grands aiment la patrie dans les petits2 et que par suite les uns et les autres veuillent les mmes choses1 repoussent les mmes choses4 ,amicitia sit6 ,,table ,les tudes contemporaines #e ,i4--,principes des ,rgimes #g ,,ii4--,confusion des fonctions #cb ,,iii4--,refuges de la ,comptence #eb ,,iv4--,le ,lgislateur comptent #ei ,v4--,les ,lois en ,dmocratie #gf ,,vi4--,incomptence gouvernementale #hf ,,vii4--,incomptence judiciaire #ij ,,viii4--,autres ,incomptences #aai ,,ix4--,murs gnrales #aed ,x4--,les ,habitudes professionnelles #afa ,,xi4--,remdes tents #aga ,,xii4--,le ,rve #bab ,,mayenne4--,,imprimerie ,,de ,,charles ,,colin