,bibliothque de ,philosophie scientifique ,dr ,,gustave ,,le ,,bon ,les ,opinions et les ,croyances ,,gen,,se--,,volution ,trois ordres de vrits nous guident4 ,les vrits affectives1 les vrits mystiques1 les vrits rationnelles4 ,issues de logiques diffrentes elles n'ont pas de commune mesure4 ,,paris ,,ernest ,,flammarion1 ,,diteur #bf1 ,,rue ,,racine1 #bf #aiaa ,droits de traduction et de reproduction rservs pour tous les pays1 y compris la ,sude et la ,norvge4 ,,principales ,,publications ,,du ,dr ,,gustave ,,le ,,bon #a ,,voyages1 ,,histoire1 ,,philosophie ,voyage aux monts ,tatras1 avec une carte et un panorama dresss par l'auteur 7publi par la ,socit gographique de ,paris74 ,voyage au ,npal1 avec nombreuses illustrations1 d'aprs les photographies et dessins excuts par l'auteur pendant son exploration 7publi par le ,tour du ,monde74 ,l',homme et les ,socits4--,leurs origines et leur histoire4 ,tome ,ier3 ,dveloppement physique et intellectuel de l'homme4--,tome ,,ii3 ,dveloppement des socits4 7puis47 ,les ,premires ,civilisations de l',orient 7gypte1 ,assyrie1 ,jude1 etc474 ,grand in-#d1 illustr de #dcj gravures1 #b cartes et #i photographies4 7,flammarion47 ,la ,civilisation des ,arabes4 ,grand in-#d1 illustr de #cff gravures1 #d cartes et #aa planches en couleurs1 d'aprs les photographies et aquarelles de l'auteur4 7,firmin-,didot47 7puis47 ,les ,civilisations de l',inde4 ,grand in-#d1 illustr de #ceb photogravures et #b cartes1 d'aprs les photographies excutes par l'auteur4 #b;e dition4 7puis47 ,les ,monuments de l',inde4 ,in-folio1 illustr de #djj planches d'aprs les documents1 photographies1 plans et dessins de l'auteur4 7,firmin-,didot47 7puis47 ,lois psychologiques de l'volution des peuples4 ,in-#ah4 #i;e dition4 ,psychologie des foules4 #a vol4 in-#ah4 #ae;e dition4 ,psychologie du ,socialisme4 #a vol4 in-#h4 #f;e dition4 ,psychologie de l'ducation4 #a vol4 in-#ah4 #ac;e mille4 ,psychologie politique4 #a vol4 in-#ah4 #f;e mille4 ,les ,opinions et les ,croyances4 #a vol4 in-#ah4 #b ,,recherches ,,exp,,rimentales ,la ,fume du ,tabac4 #b;e dition augmente de recherches sur divers alcalodes nouveaux que la fume du tabac contient4 7puis47 ,la ,vie4--,trait de physiologie humaine4--#a volume in-#h illustr de #cjj gravures4 7puis47 ,recherches exprimentales sur l',asphyxie4 7,comptes rendus de l',acadmie des sciences47 ,recherches anatomiques et mathmatiques sur les lois des variations du volume du crne4 7,mmoire couronn par l',acadmie des sciences et par la ,socit d',anthropologie de ,paris47 ,in-#h4 7puis47 ,la ,mthode graphique et les ,appareils ,enregistreurs1 contenant la description de nouveaux instruments de l'auteur4 #a vol4 in-#h1 avec #fc figures dessines au laboratoire de l'auteur4 7puis47 ,les ,levers photographiques4 ,expos des nouvelles mthodes de levers de cartes et de plans employes par l'auteur pendant ses voyages4 #b vol4 in-#ah4 7,gauthier-,villars47 ,l'quitation actuelle et ses principes4--,recherches exprimentales4 #c;e dition4 #a vol4 in-#h1 avec #gc figures et un atlas de #bjj photographies instantanes4 7puis47 ,mmoires de ,physique4 ,lumire noire4 ,phosphorescence invisible4 ,ondes hertziennes4 ,dissociation de la matire1 etc4 7,revue scientifique47 ,l'volution de la ,matire1 avec #fc figures4 #ba;e mille4 ,l'volution des ,forces1 avec #dj figures4 #aj;e mille4 ,l'vanouissement de la ,matire4 #a brochure in-#ah4 7,librairie du ,mercure de ,france47 ,il existe des traductions en ,anglais1 ,allemand1 ,espagnol1 ,italien1 ,danois1 ,russe1 ,arabe1 ,polonais1 ,tchque1 ,turc1 ,hindostani1 ,japonais1 etc41 de quelques-uns des prcdents ouvrages4 ,droits de traduction et de reproduction rservs pour tous les pays4 ,copyright #aiaa1 by ,,ernest ,,flammarion4 ,a mon cher ,ami ,,gabriel ,,hanotaux ,,ancien ,,ministre ,,des ,,affaires ,,trang,,res ,,membre ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,a l'historien minent dont la pntrante sagacit sait dcouvrir sous la trame des faits visibles les forces invisibles qui les dterminent4 ,,gustave ,,le ,,bon4 ,les ,opinions et les ,croyances ,gense4 volution ,,livre ,i ,,les ,,probl,,mes ,,de ,,la ,,croyance ,,et ,,de ,,la ,,connaissance ,,chapitre ,i ,,les ,,cycles ,,de ,,la ,,croyance ,,et ,,de ,,la ,,connaissance4 #a4--,les difficults du problme de la croyance4 ,le problme de la croyance1 parfois confondu avec celui de la connaissance1 en est cependant fort distinct4 ,savoir et croire sont choses diffrentes n'ayant pas mme gense4 ,des opinions et des croyances1 drivent1 avec la conception de la vie1 notre conduite1 et par consquent la plupart des vnements de l'histoire4 ,elles sont comme tous les phnomnes rgies par certaines lois1 mais ces lois ne sont pas dtermines encore4 ,le domaine de la croyance a toujours sembl hriss de mystres4 ,c'est pourquoi les livres sur la croyance sont si peu nombreux alors que ceux sur la connaissance sont innombrables4 ,les rares tentatives faites pour lucider le problme de la croyance suffisent d'ailleurs montrer combien il a t peu compris4 ,acceptant la vieille opinion de ,descartes1 les auteurs rptent que la croyance est rationnelle et volontaire4 ,un des buts de cet ouvrage sera prcisment de montrer qu'elle n'est ni volontaire1 ni rationnelle4 ,la difficult du problme de la croyance n'avait pas chapp au grand ,pascal4 ,dans un chapitre sur l'art de persuader1 il remarque justement que les hommes3 sont presque toujours emports croire1 non par la preuve mais par l'agrment4 ,mais1 ajoute-t-il3 la manire d'agrer est bien sans comparaison plus difficile1 plus subtile1 plus utile et plus admirable2 aussi1 si je n'en traite pas1 c'est parce que je n'en suis pas capable2 et je m'y sens tellement disproportionn que je crois la chose absolument impossible4 ,grce aux dcouvertes de la science moderne1 il nous a sembl possible d'aborder le problme devant lequel avait recul ,pascal4 ,sa solution donne la clef de bien des questions importantes4 ,comment1 par exemple1 s'tablissent les opinions et les croyances religieuses ou politiques1 pourquoi rencontre-t-on simultanment chez certains esprits1 avec une intelligence trs haute des superstitions trs naves8 ,pourquoi la raison est-elle si impuissante modifier nos convictions sentimentales8 ,sans une thorie de la croyance1 ces questions et beaucoup d'autres restent insolubles4 ,la raison seule ne pourrait les expliquer4 ,si le problme de la croyance a t si mal compris des psychologues et des historiens1 c'est parce qu'ils ont tent d'interprter avec les ressources de la logique rationnelle des phnomnes qu'elle n'a jamais rgis4 ,nous verrons que tous les lments de la croyance obissent des rgles logiques1 trs sres1 mais absolument trangres celles employes par le savant dans ses recherches4 99 99 99 99 99 ,ds mes premires tudes historiques1 ce problme m'avait hant4 ,la croyance m'apparaissait bien le principal facteur de l'histoire1 mais comment expliquer des faits aussi extraordinaires que les fondations de croyances dterminant la cration ou la chute de puissantes civilisations8 ,des tribus nomades1 perdues au fond de l',arabie1 adoptent une religion qu'un illumin leur enseigne1 et grce elle fondent en moins de cinquante ans un empire aussi vaste que celui d',alexandre1 illustr par une splendide closion de monuments merveilleux4 ,peu de sicles auparavant1 des peuples demi-barbares se convertissaient la foi prche par des aptres venus d'un coin obscur de la ,galile et sous les feux rgnrateurs de cette croyance1 le vieux monde s'croulait pour faire place une civilisation entirement nouvelle1 dont chaque lment demeure imprgn du souvenir du ,dieu qui l'a fait natre4 ,prs de vingt sicles plus tard1 l'antique foi est branle1 des toiles inconnues surgissent au ciel de la pense1 un grand peuple se soulve1 prtendant briser les liens du pass4 ,sa foi destructrice1 mais puissante1 lui confre1 malgr l'anarchie o cette grande ,rvolution le plonge1 la force ncessaire pour dominer l',europe en armes et traverser victorieusement toutes ses capitales4 ,comment expliquer cet trange pouvoir des croyances8 ,pourquoi l'homme se soumet-il soudainement une foi qu'il ignorait hier1 et pourquoi l'lve-t-elle si prodigieusement au-dessus de lui-mme8 ,de quels lments psychologiques surgissent ces mystres8 ,nous essaierons de le dire4 ,le problme de l'tablissement et de la propagation des opinions1 et surtout des croyances1 a des cts si merveilleux que les sectateurs de chaque religion invoquent sa cration et sa diffusion comme preuve d'une divine origine4 ,ils font remarquer aussi que ces croyances sont adoptes malgr l'intrt le plus vident de ceux qui les acceptent4 ,on comprend aisment1 par exemple1 le christianisme se propageant facilement chez les esclaves et tous les dshrits auxquels il promettait un bonheur ternel4 ,mais quelles forces secrtes pouvaient dterminer un chevalier romain1 un personnage consulaire1 se dpouiller de leurs biens et risquer de honteux supplices1 pour adopter une religion nouvelle repousse par les coutumes1 mprise par la raison et interdite par les lois8 ,impossible d'invoquer la faiblesse intellectuelle des hommes qui se soumettaient volontairement un tel joug puisque1 de l'antiquit nos jours1 les mmes phnomnes s'observent chez les esprits les plus cultivs4 ,une thorie de la croyance ne peut tre valable qu'en apportant l'explication de toutes ces choses4 ,elle doit surtout faire comprendre comment des savants illustres et rputs par leur esprit critique acceptent des lgendes dont l'enfantine navet fait sourire4 ,nous concevons facilement qu'un ,newton1 un ,pascal1 un ,descartes1 vivant dans une ambiance sature de certaines convictions1 les aient admises sans discussion1 de mme qu'ils admettaient les lois inluctables de la nature4 ,mais comment1 de nos jours1 dans des milieux o la science projette tant de lumire1 les mmes croyances ne se sont-elles pas dsagrges entirement8 ,pourquoi les voyons-nous1 quand par hasard elles se dsagrgent1 donner immdiatement naissance d'autres fictions1 tout aussi merveilleuses1 ainsi que le prouve la propagation des doctrines occultistes1 spirites1 etc41 parmi d'minents savants8 ,a toutes ces questions nous devrons galement rpondre4 #b4--;,en quoi la croyance diffre de la connaissance4 ,essayons d'abord de prciser ce qui constitue la croyance et en quoi elle se distingue de la connaissance4 ,une croyance est un acte de foi d'origine inconsciente qui nous force admettre en bloc une ide1 une opinion1 une explication1 une doctrine4 ,la raison est trangre1 nous le verrons1 sa formation4 ,lorsqu'elle essaie de justifier la croyance1 celle-ci est dj forme4 ,tout ce qui est accept par un simple acte de foi doit tre qualifi de croyance4 ,si l'exactitude de la croyance est vrifie plus tard par l'observation et l'exprience1 elle cesse d'tre une croyance et devient une connaissance4 ,croyance et connaissance constituent deux modes d'activit mentale fort distincts et d'origines trs diffrentes4 ,la premire est une intuition inconsciente qu'engendrent certaines causes indpendantes de notre volont1 la seconde reprsente une acquisition consciente difie par des mthodes exclusivement rationnelles1 telles que l'exprience et l'observation4 ,ce fut seulement une poque avance de son histoire1 que l'humanit plonge dans le monde de la croyance dcouvrit celui de la connaissance4 ,en y pntrant1 on reconnut que tous les phnomnes attribus jadis aux volonts d'tres suprieurs se droulaient sous l'influence de lois inflexibles4 ,par le fait seul que l'homme abordait le cycle de la connaissance1 toutes ses conceptions de l'univers furent changes4 ,mais dans cette sphre nouvelle il n'a pas encore t possible de pntrer bien loin4 ,la science constate chaque jour que ses dcouvertes restent imprgnes d'inconnu4 ,les ralits les plus prcises recouvrent des mystres4 ,un mystre1 c'est l'me ignore des choses4 ,de telles tnbres la science est encore pleine et1 derrire les horizons atteints par elle1 d'autres apparaissent1 perdus dans un infini qui semble reculer toujours4 ,ce grand domaine1 qu'aucune philosophie n'a pu clairer encore1 est le royaume des rves4 ,ils sont chargs d'esprances que nul raisonnement ne saurait dtruire4 ,croyances religieuses1 croyances politiques1 croyances de tout ordre y trouvent une puissance illimite4 ,les fantmes redouts qui l'habitent sont crs par la foi4 ,savoir et croire resteront toujours choses distinctes4 ,alors que l'acquisition de la moindre vrit scientifique exige un norme labeur1 la possession d'une certitude n'ayant que la foi pour soutien n'en demande aucun4 ,tous les hommes possdent des croyances1 trs peu s'lvent jusqu' la connaissance4 ,le monde de la croyance possde sa logique et ses lois4 ,le savant a toujours vainement tent d'y pntrer avec ses mthodes4 ,on verra dans cet ouvrage pourquoi il perd tout esprit critique en pntrant dans le cycle de la croyance et n'y rencontre que les plus dcevantes illusions4 #c4--,rles respectifs de la croyance et de la connaissance4 ,la connaissance constitue un lment essentiel de la civilisation1 le grand facteur de ses progrs matriels4 ,la croyance oriente les penses1 les opinions et par consquent la conduite4 ,jadis supposes d'origine divine1 les croyances taient acceptes sans discussion4 ,nous les savons aujourd'hui issues de nous-mmes et cependant elles s'imposent encore4 ,le raisonnement a gnralement aussi peu de prise sur elles que sur la faim ou la soif4 labore dans les rgions subconscientes que l'intelligence ne saurait atteindre1 une croyance se subit et ne se discute pas4 ,cette origine inconsciente et par suite involontaire des croyances les rend trs fortes4 ,religieuses1 politiques ou sociales1 elles ont toujours jou un rle prpondrant dans l'histoire4 ,devenues gnrales1 elles constituent des ples attractifs autour desquels gravite l'existence des peuples et impriment alors leur marque sur tous les lments d'une civilisation4 ,on qualifie clairement cette dernire en lui donnant le nom de la foi qui l'a inspire4 ,civilisation bouddhique1 civilisation musulmane1 civilisation chrtienne1 sont des appellations trs justes4 ,c'est qu'en devenant centre d'attraction1 la croyance devient aussi centre de dformation4 ,les lments divers de la vie sociale3 philosophie1 arts1 littrature1 se modifient pour s'y adapter4 ,les seules vraies rvolutions sont celles qui renouvellent les croyances fondamentales d'un peuple4 ,elles ont toujours t fort rares4 ,seul1 ordinairement1 le nom des convictions se transforme4 ,la foi change d'objet1 mais ne meurt jamais4 ,elle ne pourrait mourir1 car le besoin de croire constitue un lment psychologique aussi irrductible que le plaisir ou la douleur4 ,l'me humaine a horreur du doute et de l'incertitude4 ,l'homme traverse parfois des phases de scepticisme1 mais n'y sjourne jamais4 ,il a besoin d'tre guid par un credo religieux1 politique ou moral qui le domine et lui vite l'effort de penser4 ,les dogmes dtruits sont toujours remplacs4 ,sur ces ncessits indestructibles1 la raison est sans prise4 ,l'ge moderne contient autant de foi que les sicles qui l'ont prcd4 ,dans les temples nouveaux1 se prchent des dogmes aussi despotiques que ceux du pass et comptant d'aussi nombreux fidles4 ,les vieux credo religieux qui asservissaient jadis la foule sont remplacs par des credo socialistes ou anarchistes aussi imprieux et aussi peu rationnels1 mais qui ne dominent pas moins les mes4 ,l'glise est remplace souvent par le cabaret1 mais les sermons des meneurs mystiques qui s'y font entendre sont l'objet de la mme foi4 ,et si la mentalit des fidles n'a pas beaucoup volu depuis l'poque lointaine o1 sur les rives du ,nil1 ,isis et ,hathor attiraient dans leurs temples des milliers de fervents plerins1 c'est qu'au cours des ges les sentiments1 vrais fondements de l'me1 gardent leur fixit4 ,l'intelligence progresse1 les sentiments ne changent pas4 ,sans doute la foi en un dogme quelconque n'est gnralement qu'une illusion4 ,il ne faut pas la ddaigner pourtant4 ,grce sa magique puissance1 l'irrel devient plus fort que le rel4 ,une croyance accepte donne un peuple une communaut de pense gnratrice de son unit et de sa force4 ,le domaine de la connaissance tant trs diffrent de celui de la croyance1 les opposer l'un l'autre est une tche vaine1 bien que journellement tente4 ,dgage de plus en plus de la croyance1 la science en demeure cependant trs imprgne encore4 ,elle lui est soumise dans tous les sujets mal connus1 les mystres de la vie ou de l'origine des espces par exemple4 ,les thories qu'on y accepte sont de simples articles de foi1 n'ayant pour eux que l'autorit des matres qui les formulrent4 99 99 99 99 99 ,les lois rgissant la psychologie de la croyance ne s'appliquent pas seulement aux grandes convictions fondamentales laissant une marque indlbile sur la trame de l'histoire4 ,elles sont applicables aussi la plupart de nos opinions journalires sur les tres et les choses qui nous entourent4 ,l'observation montre facilement que la majorit de ces opinions n'ont pas pour soutiens des lments rationnels1 mais des lments affectifs ou mystiques1 gnralement d'origine inconsciente4 ,si on les voit discutes avec tant d'ardeur1 c'est prcisment parce qu'elles sont du domaine de la croyance et formes de la mme faon4 ,les opinions reprsentent gnralement de petites croyances plus ou moins transitoires4 ,ce serait donc une erreur de croire qu'on sort du champ de la croyance en renonant des convictions ancestrales4 ,nous aurons occasion de montrer que le plus souvent on s'y est enliz davantage4 ,les questions souleves par la gense des opinions tant du mme ordre que celles relatives la croyance doivent tre tudies de la mme faon4 ,souvent distinctes dans leurs effets1 croyances et opinions appartiennent cependant la mme famille1 alors que la connaissance fait partie d'un monde compltement diffrent4 99 99 99 99 99 ,on voit la grandeur et la difficult des problmes abords dans cet ouvrage4 ,j'y ai rv bien des annes sous des cieux divers4 ,tantt en contemplant ces milliers de statues leves depuis #hj sicles la gloire de tous les dieux qui incarnrent nos rves4 ,tantt perdu parmi les piliers gigantesques des temples aux architectures tranges1 reflts dans les eaux majestueuses du ,nil ou difis sur les rives tourmentes du ,gange4 ,comment admirer ces merveilles sans songer aux forces secrtes qui les firent surgir d'un nant d'o aucune pense rationnelle n'aurait pu les faire clore8 ,les hasards de la vie m'ayant conduit explorer des branches assez varies de la science pure1 de la psychologie et de l'histoire1 j'ai pu tudier les mthodes scientifiques qui engendrent la connaissance et les facteurs psychologiques gnrateurs des croyances4 ,la connaissance et la croyance1 c'est toute notre civilisation et toute notre histoire4 ,,chapitre ,,ii ,,les ,m,,thodes ,d',,tude ,,de ,,la ,,psychologie4 ,pour se constituer1 la psychologie recourut successivement plusieurs mthodes4 ,nous n'aurons pas les utiliser dans l'tude des opinions et des croyances4 ,leur simple rsum montrera qu'elles ne pouvaient fournir que bien peu d'lments d'information nos recherches4 ,mthode d'introspection4--,la plus ancienne mthode psychologique1 la seule pratique pendant longtemps1 fut celle dite de l'introspection4 ,enferm dans son cabinet d'tudes et ignorant volontairement le monde extrieur1 le penseur rflchissait sur lui-mme et avec les rsultats de ses mditations fabriquait de gros livres4 ,ils ne trouvent plus de lecteurs aujourd'hui4 ,le dernier sicle vit natre des mthodes plus scientifiques sans doute1 mais non pas plus fcondes4 ,en voici l'numration4 ,mthode psychophysique4--,a ses dbuts1 cette mthode qui introduisait des mesures physiques en psychologie semblait possder un grand avenir1 mais on dcouvrit rapidement combien son champ tait limit4 ,ces mesures ne portaient que sur des phnomnes lmentaires3 vitesse de l'agent nerveux1 temps ncessaire pour les mouvements rflexes1 relation logarithmique entre l'excitation et la sensation1 etc4 ,il s'agissait1 en ralit1 d'oprations physiologiques dont la psychologie ne put tirer qu'un trs faible parti4 ,mthode des localisations crbrales4--,elle consistait chercher l'altration des fonctions psychologiques correspondantes certaines lsions nerveuses artificiellement provoques4 ,on crut pouvoir tablir ainsi une foule de localisations4 ,elles sont presque entirement abandonnes aujourd'hui1 mme celles qui parurent d'abord les mieux tablies1 telles que les centres du langage et de l'criture4 ,mthode des tests et des questionnaires4--,cette mthode obtint longtemps un grand succs et les laboratoires1 dits de psychologie1 sont encore remplis des instruments destins mesurer toutes les oprations supposes tre en relation avec l'intelligence4 ,on dita mme quantit de questionnaires auxquels voulurent bien se soumettre quelques hommes illustres4 ,celui publi sur ,henri ,poincar1 par un des derniers adeptes de cette mthode1 suffirait montrer quel minime appoint la psychologie en peut tirer4 ,elle est actuellement compltement dlaisse4 ,mthode base sur l'tude des altrations pathologiques de l'intelligence4--,cette mthode1 la dernire1 est certainement celle qui a fourni le plus de documents sur l'activit psychologique inconsciente1 le mysticisme1 l'imitation1 les dsagrgations de la personnalit1 etc4 ,quoique trs restreinte1 elle a t fconde4 ,bien que nouvelle dans son application1 la psychologie pathologique ne demeura pas ignore des grands dramaturges comme ,shakespeare4 ,leur puissant gnie d'observation les amenrent dcouvrir des phnomnes que la science ne devait prciser que plus tard4 ,lady ,macbeth est une hallucine1 ,othello un hystro-pileptique1 ,hamlet un alcoolique hant par des phobies1 le roi ,lear un maniaque mlancolique1 victime de folie intermittente4 ,il faut reconnatre d'ailleurs que si tous ces illustres personnages avaient t des sujets normaux au lieu de possder une psychologie altre et instable1 la littrature et l'art n'auraient pas eu s'occuper d'eux4 ,mthode base sur la psychologie compare4--,trs rcente encore1 cette mthode s'est borne jusqu'ici l'tude des instincts et de certaines ractions lmentaires qualifies de tropismes4 ,elle parat cependant devoir constituer une des mthodes de l'avenir4 ,pour comprendre les phnomnes psychiques des tres suprieurs1 il faut tudier d'abord ceux des cratures les plus infrieures4 ,cette vidence n'apparat pourtant pas encore aux psychologues qui prtendent tablir une distinction irrductible entre la raison de l'homme et celle des tres placs au-dessous de lui4 ,la nature ne connat pas de telles discontinuits et nous avons dpass l'poque o ,descartes considrait les animaux comme de purs automates4 ,cette tude est d'ailleurs hrisse de difficults4 ,on constate chaque jour davantage que les sens des animaux et1 par suite1 leurs sensations1 diffrent des ntres4 ,les lments qu'ils associent1 la faon dont ils les associent1 doivent aussi sans doute tre distincts4 ,la psychologie des animaux1 mme suprieurs1 est encore ses dbuts4 ,pour les comprendre1 il faut les regarder de trs prs1 et c'est une peine qu'on ne prend gure4 ,nous apprendrions vite les deviner1 cependant1 par un examen attentif4 ,j'ai jadis consacr plusieurs annes leur observation4 ,les rsultats en ont t exposs dans un mmoire sur la psychologie du cheval1 publi dans la ,revue philosophique4 ,j'en dduisis des rgles nouvelles pour son dressage4 ,ces recherches me furent trs utiles pour la rdaction de mon livre sur la ,psychologie de l'ducation4 ,mthode adopte dans cet ouvrage pour l'tude des opinions et des croyances4--,l'numration prcdente permet de pressentir qu'aucune des mthodes psychologiques classiques1 ni les enqutes1 ni la psychophysique1 ni les localisations1 ni la psychopathologie mme ne peuvent rien apprendre de la gense et de l'volution des opinions et des croyances4 ,nous devions donc recourir d'autres mthodes4 ,aprs avoir tudi le terrain rceptif des croyances3 intelligence1 sentiments1 subconscience1 etc41 nous avons analys les diverses croyances religieuses1 politiques1 morales1 etc41 et examin le rle de chacun de leurs facteurs dterminants4 ,l'histoire pour le pass1 les faits de chaque jour pour le prsent1 fournissent les lments de cette tude4 ,mais la gnralit des grandes croyances appartiennent au pass4 ,le point le plus frappant de leur histoire1 est l'absurdit vidente des dogmes au point de vue de la raison pure4 ,nous expliquerons leur adoption en montrant que dans le champ de la croyance1 l'homme le plus clair1 le savant le mieux familiaris avec les mthodes rigoureuses de laboratoire1 perd tout esprit critique et admet sans difficult des miracles merveilleux4 ,l'tude des phnomnes occultistes fournira sur ce point des dmonstrations catgoriques4 ,nous verrons des physiciens illustres prtendre avoir ddoubl des tres vivants et vcu avec des fantmes matrialiss1 un professeur de physiologie clbre voquer les morts et s'entretenir avec eux1 un autre1 non moins minent1 assurer avoir vu un guerrier casqu sortir du corps d'une jeune fille avec des organes complets1 comme le prouvait l'tat de sa circulation et l'examen des produits de sa respiration4 ,tous ces phnomnes et d'autres de mme ordre nous prouveront que la raison est impuissante contre les croyances les plus errones4 ,mais pourquoi l'esprit qui pntre dans le champ de la croyance y manifeste-t-il1 quelle que soit sa culture1 une crdulit illimite8 ,pour le dcouvrir1 nous avons t conduits largir le problme et rechercher l'origine des actes des divers tres vivants1 de l'animal le plus infrieur l'homme4 ,il nous est alors apparu clairement que les explications classiques n'taient si insuffisantes ou si nulles que par l'obstination des auteurs vouloir appliquer les mthodes de la logique rationnelle des phnomnes qu'elle ne rgit pas4 ,dans les oprations complexes de la vie1 comme dans les rflexes inconscients1 vraie source de notre activit1 apparaissent des enchanements particuliers indpendants de la raison et que ne sauraient dfinir des termes aussi imprcis que celui d'instinct4 ,continuant creuser ces questions1 nous avons t amens reconnatre diverses formes de logiques1 infrieures ou suprieures1 suivant les cas1 la logique rationnelle1 mais toujours diffrentes d'elle4 ,et c'est ainsi qu' la logique rationnelle1 connue de tout temps1 la logique affective1 tudie depuis quelques annes1 nous avons ajout plusieurs formes nouvelles de logiques qui peuvent se superposer ou entrer en conflit et donner notre mentalit des impulsions diffrentes4 ,celle rgissant le domaine de la connaissance n'a aucun rapport avec celle qui engendre les croyances4 ,c'est pourquoi le savant le plus clair pourra manifester des opinions contradictoires1 rationnelles ou irrationnelles1 suivant qu'il sera dans le cycle de la connaissance ou dans celui de la croyance4 ,ce n'est pas la psychologie classique qu'il tait possible de demander des explications sur toutes ces questions4 ,les plus minents psychologues modernes1 ,william ,james notamment1 en sont rduits constater3 la fragilit d'une science qui suinte la critique mtaphysique toutes ses articulations444 ,nous en sommes encore1 crit-il1 attendre la premire lueur qui doit pntrer l'obscurit des ralits psychologiques fondamentales4 ,sans admettre tout fait avec l'illustre penseur que les livres de psychologie contiennent uniquement3 une enfilade de faits grossirement observs1 quelques discussions querelleuses et bavardes de thories1 il faut bien reconnatre aprs lui que la psychologie classique ne renferme pas3 une seule loi1 une seule formule dont nous puissions dduire une consquence1 comme on dduit un effet de sa cause4 ,c'est donc sur un terrain trs encombr en apparence1 trs vierge en ralit1 que nous allons tenter de construire une thorie de la formation et de l'volution des opinions et des croyances4 ,,livre ,,ii ,,le ,,terrain ,,psychologique ,,des ,,opinions ,,et ,,des ,,croyances ,,chapitre ,i ,,les ,,grands ,,ressorts ,,de ,l',,activit ,,des ,,tres4 ,,le ,,plaisir ,,et ,,la ,,douleur4 #a4--,rles du plaisir et de la douleur4 ,le plaisir et la douleur sont le langage de la vie organique et affective1 l'expression d'quilibres satisfaits ou troubls de l'organisme4 ,ils reprsentent les moyens employs par la nature pour obliger les tres certains actes sans lesquels le maintien de l'existence serait impossible4 ,plaisir et douleur sont donc les indices d'un tat affectif antrieur4 ,ce sont des effets1 comme les symptmes pathologiques sont les consquences d'une maladie4 ,la facult d'prouver du plaisir et de la douleur constitue la sensibilit4 ,la vie affective et psychique des tres dpend tout entire de cette sensibilit4 ,le langage des organes1 traduit par le plaisir et la douleur1 est plus ou moins imprieux1 suivant les ncessits satisfaire4 ,il en existe1 comme la faim1 qui n'attendent pas4 ,la faim est la douleur la plus redoute2 l'amour1 le plaisir le plus recherch1 et l'on peut rpter1 avec le grand pote ,schiller1 que la machine du monde se soutient par la faim et l'amour4 ,les autres varits du plaisir et de la douleur sont des mobiles1 moins puissants parce que moins intenses4 ,c'est bien tort que ,schopenhauer soutenait3 qu'on peut ramener trois tous les principes qui font agir l'homme1 l'gosme1 la mchancet et la piti4 ,dans ces dernires annes1 quelques philosophes1 ,william ,james notamment1 ont contest le rle du plaisir et de la douleur comme mobiles de notre activit4 ,ils n'interviennent aucunement1 par exemple1 dit ce dernier1 dans les manifestations de nos motions4 ,qui fronce le sourcil pour le plaisir de froncer le sourcil8 ,on ne respire pas pour le plaisir4 ,cette argumentation n'est pas heureuse4 ,certes1 on ne respire pas pour le plaisir1 mais la douleur qu'entranerait la cessation de respirer oblige rigoureusement cette fonction4 ,on ne fronce pas les sourcils par plaisir1 mais par suite d'un mcontentement qui constitue dj une forme de la douleur4 #b4--;,caractres discontinus du plaisir et de la douleur4 ,le plaisir et la douleur ne connaissent pas la dure4 ,leur nature est de s'user rapidement1 et par consquent de n'exister qu' la condition d'tre intermittents4 ,un plaisir prolong cesse vite d'tre un plaisir et une douleur continue s'attnue vite4 ,sa diminution peut mme1 par comparaison1 devenir un plaisir4 ,le plaisir n'est donc plaisir qu' condition d'tre discontinu4 ,le seul plaisir un peu durable est le plaisir non ralis1 ou dsir4 ,le plaisir n'est gure connaissable que par sa comparaison avec la douleur4 ,parler de plaisir ternel est un non-sens1 comme l'avait justement observ ,platon4 ,les dieux ignorant la douleur ne peuvent pas1 suivant lui1 prouver de plaisir4 ,la discontinuit du plaisir et de la douleur reprsente la consquence de cette loi physiologique que le changement est la condition de la sensation4 ,nous ne percevons pas des tats continus1 mais des diffrences entre des tats simultans ou successifs4 ,le tic tac de la plus bruyante horloge finit la longue par ne plus tre entendu et le meunier ne sera pas rveill par le bruit des roues de son moulin1 mais par leur arrt4 ,c'est en raison de cette discontinuit ncessaire que le plaisir prolong n'est bientt plus du plaisir1 mais quelque chose de neutre ne pouvant redevenir vivace qu'aprs avoir t perdu4 ,le bonheur paradisiaque rv par les croyants serait bientt sans attrait pour eux1 moins de passer alternativement du paradis l'enfer4 ,le plaisir est toujours relatif et li aux circonstances4 ,la douleur d'aujourd'hui devient le plaisir de demain et inversement4 ,douleur1 pour un homme ayant abondamment dn1 d'tre condamn manger des crotes de pain dessch2 plaisir1 pour le mme individu abandonn plusieurs jours sans aliments dans une le dserte4 ,la sagesse populaire dit avec raison que chacun prend son plaisir o il le trouve4 ,le plaisir de l'ouvrier buvant et vocifrant au cabaret diffre sensiblement de celui de l'artiste1 du savant1 de l'inventeur1 du pote composant leurs uvres4 ,le plaisir de ,newton dcouvrant les lois de la gravitation1 fut sans doute plus vif que s'il avait hrit des nombreuses femmes du roi ,salomon4 ,l'importance du rle de la sensibilit au plaisir et la douleur apparat nettement si l'on essaie d'imaginer ce que pourrait tre l'existence d'un de ces purs esprits1 tels que les sectateurs de plusieurs religions les supposent4 ,dpourvus de sens et1 par consquent1 de sensations et de sentiments1 ils resteraient indiffrents au plaisir et la douleur et ne connatraient aucun de nos mobiles d'action4 ,les plus angoissantes souffrances d'individus jadis chris par eux1 ne sauraient les mouvoir4 ,ils n'prouveraient donc nul besoin de communiquer avec eux4 ,l'existence de tels tres1 on ne la conoit mme pas4 #c4--,le dsir comme consquence du plaisir et de la douleur4 ,le plaisir et la douleur engendrent le dsir4 ,dsir d'atteindre le plaisir et d'viter la douleur4 ,le dsir est le principal mobile de notre volont et1 par suite1 de nos actes4 ,du polype l'homme1 tous les tres sont mus par le dsir4 ,il inspire la volont1 qui ne peut exister sans lui1 et dpend de son intensit4 ,le dsir faible engendre naturellement une volont faible4 ,il ne faut pas cependant confondre volont et dsir1 comme le firent plusieurs philosophes1 tels que ,condillac et ,schopenhauer4 ,tout ce qui est voulu est videmment dsir1 mais on dsire bien des choses qu'on sait ne pouvoir vouloir4 ,la volont implique dlibration1 dtermination et excution1 tats de conscience qui ne s'observent pas dans le dsir4 ,le dsir tablit l'chelle de nos valeurs1 variable d'ailleurs1 avec le temps et les races4 ,l'idal de chaque peuple est la formule de son dsir4 ,un dsir qui envahit tout l'entendement transforme notre conception des choses1 nos opinions et nos croyances4 ,spinoza l'a dit justement3 nous jugeons une chose bonne1 non par jugement1 mais parce que nous la dsirons4 ,la valeur des choses n'existant pas en elle-mme1 est dtermine par le seul dsir et proportionnellement l'intensit de ce dsir4 ,l'estimation variable des objets d'art en fournit la preuve journalire4 ,pre de tout effort1 matre1 souverain des hommes1 gnrateur des dieux1 crateur de tout idal1 le dsir ne figure pourtant pas aux ,panthons antiques4 ,seul1 le grand rformateur ,bouddha comprit que le dsir est le vrai dominateur des choses1 le ressort de l'activit des tres4 ,pour dlivrer l'humanit de ses misres et la conduire au perptuel repos1 il tenta de supprimer ce grand mobile de nos actions4 ,sa loi soumit des millions d'hommes1 mais ne triompha pas du dsir4 ,c'est1 en effet1 que l'homme ne saurait vivre sans lui4 ,le monde des ides pures de ,platon pourrait possder la beaut sereine qu'il rvait1 contenir les modles ternels des choses3 n'tant pas vivifi par le souffle du dsir1 il ne nous intresserait pas4 #d4--,le plaisir en perspective4 ,l'esprance4 ,l'esprance est fille du dsir1 mais n'est pas le dsir4 ,elle constitue une aptitude mentale qui nous fait croire la ralisation d'un dsir4 ,on peut dsirer une chose sans l'esprer4 ,tout le monde dsire la fortune1 trs peu l'esprent4 ,les savants dsirent dcouvrir la cause premire des phnomnes1 ils n'ont aucun espoir d'y arriver4 ,le dsir se rapproche quelquefois de l'esprance au point de se confondre avec elle4 ,a la roulette1 je dsire et j'espre gagner4 ,l'esprance est une forme de plaisir en expectative qui1 dans sa phase actuelle d'attente1 constitue une satisfaction souvent plus grande que celle produite par sa ralisation4 ,la raison en est vidente4 ,le plaisir ralis est limit en quantit et en dure1 alors que rien ne borne la grandeur du rve cr par l'esprance4 ,la puissance et le charme de l'esprance est de contenir toutes les possibilits de plaisir4 ,elle constitue une sorte de baguette magique transformant toute chose4 ,les rformateurs ne firent jamais que substituer une esprance une autre4 #e4--,le rgulateur du plaisir et de la douleur4 ,l'habitude4 ,l'habitude est le grand rgulateur de la sensibilit1 elle engendre la continuit de nos actes1 mousse le plaisir et la douleur et nous familiarise avec les fatigues et les plus durs efforts4 ,le mineur s'habitue si bien sa pnible existence1 qu'il la regrette quand l'ge de la retraite le condamne vivre au soleil4 ,l'habitude1 rgulateur de la vie individuelle1 est aussi le vrai soutien de la vie sociale4 ,on peut la comparer l'inertie qui s'oppose1 en mcanique1 aux variations de mouvement4 ,le difficile pour un peuple est d'abord de se crer des habitudes sociales1 puis de ne pas trop s'y attarder4 ,quand le joug des habitudes s'est appesanti longtemps sur lui1 il n'en peut plus sortir que par des rvolutions violentes4 ,le repos dans l'adaptation que constitue l'habitude ne doit pas se prolonger4 ,peuples vieillis1 civilisations avances1 individus gs tendent trop subir le joug de la coutume1 c'est--dire de l'habitude4 ,inutile de disserter longuement sur son rle4 ,il a frapp tous les philosophes et est devenu un dogme de la sagesse populaire4 ,qu'est-ce que nos principes naturels1 dit ,pascal1 sinon nos principes accoutums8 ,et dans les enfants2 ceux qu'ils ont reus de la coutume de leurs pres444 une diffrente coutume donnera d'autres principes naturels4 ,la coutume est une seconde nature qui dtruit la premire4 ,la coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus crues2 elle incline l'automate qui entrane l'esprit sans qu'il y pense444 ,c'est elle qui fait tant de chrtiens1 c'est elle qui fait les turcs1 les paens1 les mtiers1 les soldats1 etc4 ,enfin1 il faut avoir recours elle quand une fois l'esprit a vu o est la vrit4 444 ,il faut acqurir une crance plus facile1 qui est celle de l'habitude1 qui1 sans violence1 sans art1 sans argument1 nous fait croire les choses1 et incline toutes nos puissances cette croyance1 en sorte que notre me y tombe naturellement4 ,quand on ne croit que par la force de la conviction444 ce n'est pas assez4 ,l'existence d'un individu ou d'un peuple serait instantanment paralyse si1 par un pouvoir surnaturel1 il tait soustrait l'influence de l'habitude4 ,c'est elle qui nous dicte chaque jour ce que nous devons dire1 faire et penser4 #f4--,le plaisir et la douleur considrs comme les certitudes psychologiques fondamentales4 ,les philosophes ont tent d'branler toutes nos certitudes et de montrer que nous ne connaissions du monde que des apparences4 ,mais nous possderons toujours deux grandes certitudes1 que rien ne saurait dtruire3 le plaisir et la douleur4 ,toute notre activit drive d'elles4 ,les rcompenses sociales1 les paradis et les enfers crs par les codes religieux ou civils se basent sur l'action de ces certitudes dont la ralit vidente ne peut tre conteste4 ,ds que se manifeste la vie1 apparaissent le plaisir et la douleur4 ,ce n'est pas la pense1 mais la sensibilit qui nous rvle notre moi4 ,en disant3 ,je sens1 donc je suis1 au lieu de3 ,je pense1 donc je suis1 ,descartes et t plus prs de la vrit4 ,sa formule1 ainsi modifie1 s'applique tous les tres et non plus seulement une fraction de l'humanit4 ,de ces deux certitudes on pourrait tirer toute une philosophie pratique de la vie4 ,elles fournissent une rponse sre l'ternelle question si rpte depuis l',ecclsiaste3 pourquoi tant de travail et tant d'efforts1 puisque la mort nous attend1 et que notre plante se refroidira un jour8 ,pourquoi8 ,parce que le prsent ignore l'avenir et que dans le prsent la ,nature nous condamne rechercher le plaisir et fuir la douleur4 ,l'ouvrier courb sur son labeur1 la sur de charit qu'aucune plaie ne rvolte1 le missionnaire tortur par les sauvages1 le savant poursuivant la solution d'un problme1 l'obscur microbe s'agitant au fond d'une goutte d'eau1 tous obissent aux mmes stimulants d'activit3 l'attrait du plaisir1 la crainte de la douleur4 ,aucune activit n'a d'autre mobile4 ,on ne saurait mme en imaginer de diffrents4 ,seuls les noms peuvent varier4 ,plaisirs esthtiques1 guerriers1 religieux1 sexuels1 etc41 sont des formes diverses du mme ressort physiologique4 ,l'activit des tres s'vanouirait si disparaissaient les deux certitudes qui sont leurs grands mobiles3 le plaisir et la douleur4 ,,chapitre ,,ii ,,les ,,variations ,,de ,,la ,,sensibilit ,,comme ,l,,ments ,,de ,,la ,,vie ,,individuelle ,,et ,,sociale4 #a4--,limites des variations de la sensibilit au plaisir et la douleur4 ,l'introduction du quantitatif dans l'tude des phnomnes physiques est la premire tape de leurs progrs4 ,tant que nous n'avions pas de thermomtre pour mesurer la temprature1 il fallait se contenter d'apprciations individuelles variables d'un sujet l'autre4 ,les progrs raliss dans le domaine du rationnel ne l'ont pas encore t dans celui de l'affectif4 ,nous ignorons le thermomtre capable de mesurer exactement les variations de la sensibilit ou la grandeur d'un sentiment4 ,il semble pourtant1 malgr les apparences1 que notre sensibilit au plaisir et la douleur ne puisse osciller que dans d'assez troites limites4 ,cette assertion n'est pas d'ailleurs une simple hypothse dnue de preuves4 ,elle a pour soutiens1 outre des observations psychologiques faiblement contestables1 les expriences des physiologistes4 ,ces dernires ont montr que les sensations ne peuvent grandir indfiniment1 et possdent une limite suprieure au-dessus de laquelle l'augmentation d'une excitation reste sans effet4 ,il y a aussi une limite infrieure au-dessous de laquelle l'excitation n'est plus produite4 ,dans le champ o les excitations sont perceptibles1 la sensation ne crot pas proportionnellement l'intensit de l'excitation qui la provoque4 ,pour que la sensation augmente en progression arithmtique1 il faut que l'excitation croisse en proportion gomtrique4 ,d'aprs ,fechner1 la sensation grandit suivant le logarithme de l'excitation4 ,ainsi1 pour doubler la sensation produite par une excitation1 celle d'un instrument de musique1 par exemple1 il faudrait dcupler le nombre des instruments2 pour la tripler1 on devrait centupler ce nombre4 ,soit un orchestre de dix excutants jouant du mme instrument4 ,pour doubler l'intensit sonore1 il faudra lever cent 7chiffre dont le logarithme est #b7 le nombre des instruments4 ,pour tripler la mme sensation1 il faudrait le porter mille 7dont le logarithme est #c74 ,appliques au plaisir et la douleur1 ces notions montrent que l'excitation doit tre considrablement augmente pour accrotre un peu l'effet produit4 ,les chiffres prcdents ne sauraient videmment avoir rien d'absolu et ils n'indiquent que le sens gnral du phnomne4 ,dans un sentiment entrent des lments beaucoup plus complexes que dans une sensation4 ,notre seul but a t de montrer combien est limite l'tendue des oscillations possibles de notre sensibilit au plaisir et la douleur4 ,et comment pourrait-il en tre autrement8 ,les organismes subissent avec lenteur toutes les adaptations1 mais sont incapables de supporter de brusques variations4 ,aussi possdent-ils des agents rgulateurs destins viter ces variations4 ,a l'tat normal1 la temprature du corps ne varie que de quelques diximes de degr1 si intense que soit le froid ou la chaleur extrieure4 ,des oscillations atteignant #b ou #c degrs ne s'observent que dans des maladies graves et ne se maintiennent jamais longtemps sans entraner la mort4 ,chaque organisme possde un niveau d'quilibre dont il ne peut gure s'carter4 ,il est aussi une autre loi1 celle de la non-accumulation des sensations1 qui joue1 dans notre vie sensitive1 un rle considrable1 bien que souvent oubli4 ,on sait que certains corps1 telle une plaque photographique1 jouissent de la proprit d'accumuler les petites impressions successives qui les frappent4 ,des impressions faibles1 mais suffisamment rptes1 produisent sur eux1 la longue1 le mme rsultat qu'une impression forte1 mais courte4 ,la plaque photographique peut1 avec une pose suffisante1 reproduire des toiles jamais invisibles pour l'il1 prcisment parce que la rtine ne possde pas la proprit d'accumuler les petites impressions4 ,ce qui est vrai pour l'il l'est galement pour les formes diverses de notre sensibilit4 ,d'une faon gnrale1 mais comportant cependant des exceptions1 elle ne peut accumuler les impressions4 ,ces dernires1 dissmines dans le temps1 ne s'additionnent pas4 ,supposons1 pour fixer les ides1 qu'un accident de chemin de fer fasse prir trois cents personnes4 ,notre sensibilit sera trs vivement affecte4 ,les colonnes des journaux abonderont en dtails terrifiants4 ,les souverains changeront des tlgrammes de condolances4 ,imaginons au contraire la mort de ces trois cents personnes produite par une srie de petits accidents rpartis dans l'espace d'une anne4 ,notre sensibilit n'ayant pas accumul les motions lgres produites par chaque accident1 l'effet final sera peu prs nul4 ,il est heureux qu'il en soit ainsi4 ,si l'organisme se trouvait construit de faon accumuler les petites douleurs1 la vie deviendrait vite insupportable4 #b4--,les oscillations de la sensibilit individuelle et leur rle dans la vie sociale4 ,nous venons de voir que les variations possibles de la sensibilit n'ont ni grande tendue1 ni longue dure4 ,mais l'observation journalire montre que1 dans ces limites restreintes1 elle oscille perptuellement4 ,sant1 maladie1 milieu1 vnements1 etc41 la modifient sans cesse4 ,elle peut tre compare au lac dont un vent lger ride la surface1 sans soulever des vagues bien hautes4 ,ces variations constantes expliquent pourquoi nos gots1 nos ides et nos opinions changent frquemment4 ,elles s'exagrent encore lorsque les coutumes et croyances ancestrales qui limitent les oscillations de la sensibilit tendent s'vanouir4 ,l'instabilit devient alors la rgle4 ,certains facteurs des opinions peuvent galement limiter les oscillations de la sensibilit4 ,telle la contagion mentale1 cratrice de modes capables de stabiliser un peu notre mobilit4 ,les sensibilits collectives1 momentanment fixes1 se traduisent alors en uvres diverses qui sont le miroir d'une poque4 ,trs affine par certaines excitations rptes1 la sensibilit finit par s'intellectualiser un peu4 ,l'esprit complte ce que devait autrefois prciser une accumulation de dtails4 ,comparez1 par exemple1 les lourds dessins de ,daumier ces sobres esquisses modernes1 o n'a t gard que le trait saillant des personnages1 laissant l'il le soin de les complter4 ,de mme1 en littrature1 les longues descriptions de paysages sont remplaces aujourd'hui par quelques lignes brves1 mais vocatrices4 ,en s'affinant1 la sensibilit s'mousse aussi4 ,la musique simple de ,lulli1 qui charmait nos pres1 nous ennuie4 ,la plupart des opras1 d'il y a seulement cinquante ans1 paraissent dmods4 ,l'harmonie a de plus en plus domin la mlodie1 et il faut maintenant1 pour exciter des sensibilits fatigues1 certaines dissonances que les anciens compositeurs auraient considres comme des fautes4 ,les uvres d'une poque1 artistiques et littraires surtout1 permettent seules de connatre la sensibilit de cette poque et ses variations4 ,c'est prcisment parce qu'elles sont la vritable expression de la sensibilit d'une poque1 que les uvres d'art sont dates facilement4 ,pour la mme raison elles sont beaucoup plus instructives que de mthodiques livres d'histoire4 ,l'historien juge le pass avec sa sensibilit moderne4 ,son interprtation1 forcment fausse1 nous apprend peu4 ,le moindre conte1 roman1 tableau1 monument de l'poque considre est d'un enseignement autrement exact et intressant4 ,les sensibilits ne se transposent ni dans l'espace1 ni dans le temps4 ,une uvre architecturale forme d'un mlange d'lments d'poques loignes ou provenant de races diffrentes nous choquera ncessairement1 parce qu'issue de sensibilits dissemblables de la ntre4 ,si1 par suite de l'volution de notre espce1 notre sensibilit se transformait1 toutes les uvres du pass1 les plus admires aujourd'hui3 le ,parthnon1 les cathdrales gothiques1 les grands pomes1 les peintures clbres seraient regardes comme des productions indignes de fixer l'attention4 ,ce n'est pas une vaine hypothse4 ,de ,louis ,,xiii au commencement du dernier sicle1 le gothique ne fut-il pas considr comme un art barbare1 objet des maldictions des crivains et des artistes1 ,j4-,j4 ,rousseau notamment8 ,une longue volution ne serait mme pas ncessaire pour amener les peuples ddaigner ce qu'ils admirent aujourd'hui4 ,il suffirait que l'ducation persistt dans sa tendance actuelle spcialiste et technique et que continut l'ascension rapide au pouvoir des multitudes4 ,toutes les formes de l'art ne reprsentent pour elles qu'un mprisable luxe4 ,la ,commune1 expression assez fidle de l'me populaire1 n'hsita pas incendier les plus beaux monuments de ,paris1 tels que l',htel de ,ville et les ,tuileries4 ,uniquement par hasard le ,louvre1 avec ses collections1 chapprent ce vandalisme4 ,quoi qu'il en soit de leur avenir1 les uvres du pass subsistent encore et1 seules1 nous font connatre sa vritable histoire4 ,sans ces lments d'information1 fournis par la littrature et l'art1 la sensibilit d'une poque resterait aussi inconnue que celle des habitants de ,jupiter4 ,nous pourrions dterminer seulement son intellectualit1 par l'tude des livres de science4 ,ces derniers sont en effet gnralement indpendants de la sensibilit de leurs auteurs4 ,un roman est toujours dat1 un trait de gomtrie pure ne l'est pas4 ,la vieille gomtrie d',euclide1 encore enseigne1 pourrait tre signe par un mathmaticien moderne4 ,son auteur la rdigea1 en effet1 avec des lments uniquement rationnels et o sa sensibilit n'eut aucune part4 ,l'intelligence sait mettre en vidence des vrits gnrales et ternelles4 ,la sensibilit cre des vrits particulires et momentanes4 #c4--,les variations d'idal et de croyances cres par les oscillations de la sensibilit collective4 ,quelle que soit la race1 ou le temps considr1 le but constant de l'activit humaine fut toujours la recherche du bonheur3 il consiste1 en dernire analyse1 je le rpte encore1 poursuivre le plaisir et fuir la douleur4 ,sur cette conception fondamentale1 les hommes tombrent constamment d'accord1 les divergences portent seulement sur l'ide qu'on se fait du bonheur et sur les moyens de le conqurir4 ,ses formes sont diverses1 mais le terme poursuivi identique4 ,rves d'amour1 de richesse1 d'ambition ou de foi1 sont les puissants facteurs d'illusions qu'emploie la nature pour nous conduire ses fins4 ,ralisation d'un dsir prsent ou simple esprance1 le bonheur est toujours un phnomne subjectif4 ,ds que les contours du rve sont un peu arrts dans l'esprit1 nous le poursuivons avec ardeur4 ,changer la conception du bonheur d'un individu ou d'un peuple1 c'est--dire son idal1 c'est changer du mme coup sa conception de la vie et1 par suite1 sa destine4 ,l'histoire n'est gure que le rcit des efforts accomplis par l'homme pour difier un idal1 puis le dtruire1 ds que1 l'ayant atteint1 il en dcouvre la vanit4 ,l'espoir de bonheur conu par chaque peuple1 et les croyances qui en sont la formule constiturent toujours le levier de sa puissance4 ,son idal nat1 grandit et meurt avec lui et1 quel qu'il soit1 dote le peuple qui l'accepte d'une grande force4 ,cette force est telle que l'idal agit1 alors mme qu'il promet peu de chose4 ,on comprend le martyr1 pour qui le bcher reprsentait la porte du ciel2 mais quel profit un lgionnaire romain1 un soldat de ,napolon pouvaient-ils retirer de leurs chevauches travers le monde8 ,la mort ou des blessures4 ,leur idal collectif tait pourtant assez fort pour voiler toutes les souffrances4 ,se sentir les hros de ces grandes popes tait un idal de bonheur1 un paradis prsent divinement enchanteur4 ,une nation sans idal disparat vite de l'histoire4 ,,chapitre ,,iii ,,les ,,sph,,res ,,des ,,activit,s ,,vitales ,,et ,,psychologiques4 ,,la ,,vie ,,consciente ,,et ,,la ,,vie ,,inconsciente4 #a4--,les sphres des activits vitales et psychologiques4 ,le but de cet ouvrage tant d'tudier la formation des opinions et des croyances1 il est ncessaire de connatre d'abord le terrain sur lequel elles peuvent germer4 ,cette connaissance est d'autant plus utile qu'avec les progrs de la science actuelle1 les explications des anciens livres de psychologie sont devenues bien illusoires4 ,les phnomnes manifests par les tres vivants peuvent se ramener plusieurs catgories superposes aujourd'hui1 mais qui se sont lentement succd dans le temps3 #a phnomnes vitaux 7nutrition1 respiration1 etc472 #b phnomnes affectifs 7sentiments1 passions1 etc472 #c phnomnes intellectuels 7rflexion1 raisonnement1 etc474 ,ces derniers apparurent trs tard dans l'histoire de l'humanit4 ,la vie organique1 la vie affective et la vie intellectuelle constituent ainsi trois sphres d'activits fort distinctes2 mais bien que spares les unes des autres elles agissent sans cesse les unes sur les autres4 ,il est impossible pour cette raison de comprendre les dernires sans tudier la premire4 ,c'est donc trs tort que les psychologues laissent de ct l'examen des phnomnes vitaux et l'abandonnent aux physiologistes4 ,nous montrerons leur rle fondamental en tudiant dans une autre partie de cet ouvrage les phnomnes rgis par la logique biologique4 ,il ne sera trait dans le prsent chapitre que de cette tape primitive de la vie psychique3 l'activit inconsciente de l'esprit4 ,son importance est prpondrante1 car dans ce terrain se trouvent les racines de nos opinions et de notre conduite4 #b4--,la psychologie inconsciente et les sources de l'intuition4 ,les sentiments n'entrent dans la conscience qu'aprs une laboration automatique accomplie dans cette trs obscure zone de l'inconscient qualifi aujourd'hui de subconsciente et dont l'exploration est peine commence4 ,les tats intellectuels conscients tant les seuls facilement accessibles1 la psychologie n'en connut pas d'abord d'autres4 ,par des voies indirectes1 mais assez sres1 la science moderne a prouv que les phnomnes inconscients jouent dans la vie mentale un rle souvent plus important que les phnomnes intellectuels4 ,les premiers sont le substratum des seconds4 ,on peut comparer la vie intellectuelle ces petits lots1 sommets d'immenses montagnes sous-marines invisibles4 ,les immenses montagnes reprsentent l'inconscient4 ,l'inconscient est en grande partie un rsidu ancestral4 ,sa puissance tient ce qu'il reprsente l'hritage d'une longue srie de gnrations qui chacune y ajoutrent quelque chose4 ,son rle1 inconnu autrefois1 est devenu si prpondrant aujourd'hui que certains philosophes1 ,w4 ,james et ,bergson notamment1 y cherchent l'explication de la plupart des phnomnes psychologiques4 ,sous leur influence1 a pris naissance un mouvement anti-intellectualiste trs marqu4 ,les adeptes de la nouvelle cole finissent mme par oublier un peu que la logique rationnelle seule permit d'difier les progrs scientifiques et industriels1 gnrateurs de nos civilisations4 ,les recherches qui sont arrives doter le subconscient d'une telle importance ne drivent pas de spculations pures1 mais de certaines expriences1 accomplies d'ailleurs dans un autre but que celui de soutenir des argumentations philosophiques4 ,je mentionnerai1 parmi elles1 les tudes sur l'hypnotisme1 la dsagrgation morbide des personnalits1 le somnambulisme1 les actes des mdiums1 etc4 ,le mcanisme des effets observs demeure d'ailleurs ignor4 ,en matire de psychologie inconsciente1 aussi bien du reste que de psychologie consciente1 il faut le plus souvent se borner de simples constatations4 ,l'inconscient nous guide dans l'immense majorit des actes de la vie journalire4 ,il est notre matre1 mais un matre pouvant devenir serviteur s'il est convenablement orient4 ,la pratique d'un mtier ou d'un art s'accomplissent aisment ds que l'inconscient1 suffisamment dress1 les dirige4 ,une morale sre1 c'est de l'inconscient bien dress4 ,l'inconscient reprsente un vaste magasin d'tats affectifs et intellectuels constituant un capital psychique qui peut s'affaiblir1 mais ne meurt jamais tout entier4 ,s'il fallait mme s'en rapporter l'observation de certains tats pathologiques1 on pourrait dire que les lments entrs dans le domaine de l'inconscient s'y maintiennent fort longtemps1 sinon toujours4 ,c'est du moins1 de cette faon seulement1 que s'expliquent certains phnomnes constats chez des mdiums ou des malades se mettant parler des langues qu'ils n'ont pas apprises1 mais entendu parler pendant leur jeunesse4 ,l'intuition1 origine des inspirations1 qui un niveau exceptionnel constituent le gnie1 sort tout entire d'un inconscient prpar par l'hrdit et une culture convenable4 ,les inspirations du grand capitaine remportant des victoires et dominant le destin1 celles du puissant artiste qui nous rvle la splendeur des choses1 du savant illustre qui en pntre les mystres1 apparaissent sous forme d'closions spontanes1 mais l'inconscient d'o elles naissent en avait lentement labor la floraison4 ,bien qu'ils puissent tre provoqus par certaines reprsentations mentales d'origine purement intellectuelle1 les sentiments se forment dans le domaine de l'inconscient4 ,leur lente laboration peut avoir pour terminaison des manifestations soudaines1 clatant comme un coup de foudre1 les conversions religieuses ou politiques1 par exemple4 ,les sentiments labors dans l'inconscient n'arrivent pas toujours la conscience ou n'y parviennent qu'aprs diverses excitations1 et c'est pourquoi nous ignorons parfois nos sentiments rels l'gard des tres ou des choses qui nous entourent4 ,souvent mme les sentiments1 et par consquent les opinions et les croyances qui en rsultent1 sont tout fait diffrents de ceux que nous supposions4 ,l'amour ou la haine existent quelquefois dans notre me1 avant d'tre souponns4 ,ils se rvlent seulement lorsque nous sommes obligs d'agir4 ,l'action1 en effet1 constitue le seul critrium indiscutable des sentiments4 ,agir1 c'est apprendre se connatre4 ,les opinions formules restent de vaines paroles tant qu'elles n'ont pas l'acte pour sanction4 #c4--,les formes de l'inconscient4 ,l'inconscient intellectuel et l'inconscient affectif4 ,on peut1 je crois1 tablir trois catgories distinctes dans le monde de l'activit inconsciente4 ,tout d'abord1 se trouve l'inconscient organique qui rgit tous les phnomnes de la vie3 respiration1 circulation1 etc4 ,stabilis depuis longtemps par des accumulations hrditaires1 il fonctionne avec une admirable rgularit et compltement notre insu1 dirige la vie et nous fait passer de l'enfance la vieillesse et la mort1 sans que nous puissions comprendre son action4 ,au-dessus de l'inconscient organique se place l'inconscient affectif4 ,de formation plus rcente1 il est un peu moins stable1 mais cependant encore beaucoup4 ,c'est pourquoi1 si nous pouvons changer les sujets sur lesquels s'exercent nos sentiments1 notre action sur eux est trs faible4 ,au sommet de cette chelle1 se trouve l'inconscient intellectuel4 ,apparu fort tard dans l'histoire du monde1 il ne possde pas de profondes racines ancestrales4 ,alors que l'inconscient organique et affectif ont fini par crer des instincts transmis par l'hrdit1 l'inconscient intellectuel ne se manifeste encore que sous forme de prdispositions et de tendances1 et l'ducation doit le complter chaque gnration4 ,l'ducation a beaucoup de prise sur l'inconscient intellectuel prcisment parce qu'il est moins fix que les autres formes de l'inconscient4 ,elle en exerce au contraire trs peu sur les sentiments1 lments fondamentaux de notre caractre1 fixs depuis longtemps4 ,l'inconscient affectif est souvent un matre imprieux1 indiffrent aux dcisions de la raison4 ,c'est pourquoi tant d'hommes trs sages dans leurs crits et leurs discours deviennent1 dans leur conduite1 de simples automates1 disant ce qu'ils ne voudraient pas dire et faisant ce qu'ils ne voudraient pas faire4 99 99 99 99 99 ,il rsulte des explications prcdentes que l'intelligence n'est pas1 ainsi qu'on l'a cru longtemps1 le facteur le plus important de la vie mentale4 ,l'inconscient labore1 et les rsultats de cette laboration arrivent tout forms l'intelligence1 comme les mots qui se pressent sur les lvres de l'orateur4 ,la grande force de l'inconscient est de marquer d'une prcision particulire tout ce qu'il excute4 ,aussi doit-on lui confier le plus de fonctions possible4 ,l'apprentissage d'un mtier ou d'un art n'est complet que lorsque des exercices rpts ont charg l'inconscient de l'excution du travail accomplir4 ,l'ducation1 je l'ai crit ailleurs1 est l'art de faire passer le conscient dans l'inconscient4 ,mais nos limites d'action sur l'inconscient ne sont pas trs tendues4 ,la biologie moderne a banni depuis longtemps avec raison la finalit de l'univers1 et cependant les choses se passent souvent comme si elle dominait leur enchanement4 ,toutes nos explications rationnelles laissent la nature pleine d'impntrable4 ,a en juger par les rsultats1 il semblerait que l'inconscient--forme moderne de la finalit--abrite de subtils gnies dsireux de nous aveugler en nous faisant sacrifier sans cesse nos intrts individuels ceux de l'espce4 ,les gnies de la finalit inconsciente sont sans doute de simples ncessits slectionnes et fixes par le temps4 ,quoi qu'il en soit1 l'inconscient nous domine souvent et nous aveugle toujours4 ,ne le regrettons pas trop car une claire vision du sort venir rendrait l'existence bien misrable4 ,le buf ne brouterait plus tranquillement l'herbe du chemin qui le conduit l'abattoir1 et la plupart des tres reculeraient d'horreur devant leur destine4 ,,chapitre ,,iv ,,le ,,moi ,,affectif ,,et ,,le ,,moi ,,intellectuel4 #a4--,le moi affectif et le moi intellectuel4 ,en recherchant les motifs dterminants de nos opinions et de nos croyances1 nous verrons qu'elles sont rgies par des formes de logiques trs distinctes bien que confondues jusqu'ici4 ,avant d'aborder leur examen1 j'insisterai sur une division fondamentale des lments psychiques qui domine toutes les autres4 ,ils se prsentent en effet sous deux formes bien diffrentes3 les lments affectifs1 les lments intellectuels4 ,cette premire classification1 facilitera la comprhension des chapitres qui seront consacrs aux diverses formes de logiques4 ,la distinction entre le sentiment et la raison dut s'tablir assez tard dans l'histoire4 ,nos lointains anctres sentaient vivement1 agissaient beaucoup1 mais raisonnaient trs peu4 ,lorsque1 parvenu une phase dj avance de son volution1 l'homme tenta de philosopher1 la diffrence entre les sentiments et la raison apparut nettement4 ,mais une poque trs rcente seulement il devint vident que les sentiments supposs rgis par nos caprices1 obissaient une logique spciale1 absolument diffrente de la logique rationnelle4 ,l'ignorance de cette distinction est une des sources d'erreur les plus frquentes de nos jugements4 ,des lgions de politiciens ont voulu fonder sur des raisonnements ce qui ne peut l'tre que sur des sentiments4 ,des historiens aussi peu clairs crurent pouvoir expliquer par la logique intellectuelle des faits compltement trangers son influence4 ,la gense des facteurs les plus importants de l'histoire1 telle que la naissance et la propagation des croyances1 reste pour cette raison fort peu connue4 ,d'illustres philosophes furent victimes de la mme confusion entre la logique affective et la logique rationnelle4 ,kant prtendait difier la morale sur la raison4 ,or1 parmi ses sources diverses1 la raison ne figure presque jamais4 ,le plus grand nombre des psychologues persiste encore dans les mmes errements4 ,ribot le fait trs justement remarquer en parlant des incurables prjugs intellectualistes des psychologues voulant tout ramener l'intelligence1 tout expliquer par elle4 ,thse insoutenable1 car de mme que physiologiquement la vie vgtative prcde la vie animale qui s'appuie sur elle2 de mme psychologiquement la vie affective prcde la vie intellectuelle qui s'appuie sur elle4 ,il tait ncessaire1 pour atteindre le but de cet ouvrage1 de bien insister sur cette diffrence entre l'affectif et le rationnel4 ,la ngliger serait se condamner ignorer toujours la gense des opinions et des croyances4 ,tche difficile1 cependant1 de dlimiter nettement la sparation du rationnel et de l'affectif4 ,les classifications indispensables dans l'tude des sciences tablissent forcment1 dans l'enchanement des choses1 des coupures que la nature ignore1 mais toute science serait impossible si nous n'avions pas appris crer du discontinu dans le continu4 ,la sparation entre l'affectif et l'intellectuel appartient une priode avance de l'volution des tres4 ,les phnomnes affectifs ayant prcd les phnomnes intellectuels1 il est probable que les seconds sont sortis des premiers4 ,les animaux possdent des sentiments souvent aussi dvelopps que les ntres1 mais leur intelligence est beaucoup plus faible4 ,c'est uniquement par son dveloppement que l'homme s'en distingue4 ,les sentiments appartiennent cette catgorie de choses connues de chacun quoique malaises dfinir4 ,on ne peut les interprter en effet qu'en termes intellectuels4 ,l'intelligence sert connatre1 les sentiments sentir2 or sentir et connatre sont des manifestations que ne saurait exprimer un mme langage4 ,l'intelligence a pu se crer une langue assez prcise1 mais celle des sentiments est trs vague encore4 99 99 99 99 99 ,le moi affectif et le moi rationnel1 bien qu'agissant sans cesse l'un sur l'autre1 possdent une existence indpendante4 ,le moi affectif voluant malgr nous et souvent contre nous1 la vie1 pour cette raison1 est pleine de contradictions4 ,il est possible quelquefois de refrner nos sentiments1 non de les faire natre ou disparatre4 ,c'est donc bien tort que nous reprochons un individu d'avoir chang4 ,ce reproche sous-entend l'ide trs fausse que l'intelligence peut modifier un sentiment4 ,complte erreur4 ,quand l'amour1 par exemple1 devient indiffrence ou antipathie1 l'intelligence assiste ce changement1 mais n'en est pas cause4 ,les raisons qu'elle imagine pour expliquer de tels revirements n'ont aucun rapport avec leurs vrais motifs4 ,ces motifs1 nous les ignorons4 ,souvent mme1 nous ne connaissons pas mieux nos vrais sentiments que les mobiles qui les font natre4 ,frquemment1 dit ,ribot1 on s'imagine ressentir pour une personne un attachement profond et solide 7amour1 amiti72 l'absence ou la ncessit d'une rupture en dmontrent la relle fragilit4 ,inversement1 l'absence ou la rupture nous rvlent une profonde affection qui semblait tide et proche de l'indiffrence4 ,il est donc impossible1 comme le fait justement remarquer le mme auteur1 de juger avec le moi intellectuel la conduite du moi affectif4 ,bien que la vie affective et la vie intellectuelle soient trop htrognes pour tre rductibles l'une l'autre1 on agit toujours sans tenir compte de la diffrence qui spare les sentiments de l'intelligence4 ,tout notre systme d'ducation latine en est une preuve4 ,la persuasion que le dveloppement de l'intelligence par l'instruction dveloppe aussi les sentiments1 dont l'association constitue le caractre1 est un des plus dangereux prjugs de notre universit4 ,les ducateurs anglais savent depuis longtemps que l'ducation du caractre ne se fait pas avec des livres4 ,le moi affectif et le moi intellectuel tant distincts il n'est pas tonnant qu'une intelligence trs haute puisse coexister avec un caractre trs bas#a4 ,sans doute l'intelligence et l'instruction montrant que certains actes malhonntes cotent plus qu'ils ne rapportent1 on verra rarement un homme instruit pratiquer de vulgaires cambriolages1 mais s'il possde une me de cambrioleur il la gardera malgr tous ses diplmes1 et l'utilisera dans des oprations aussi peu morales mais moins dangereuses et d'un profit plus sr4 #a ,parmi les nombreux exemples qu'en fournit l'histoire1 un des plus typiques est celui de l'illustre chancelier ,bacon4 ,nul homme de son temps ne possda une intelligence aussi haute1 mais bien peu rvlrent une me aussi basse4 ,il commena1 dans l'esprance d'obtenir un emploi de la reine ,elisabeth1 par trahir son unique bienfaiteur1 le comte d',essex1 qui eut la tte tranche4 ,il dut attendre1 cependant1 le rgne de ,jacques ,ier pour obtenir sur la recommandation du duc de ,buckingham1 qu'il trahit galement bientt1 la place de sollicitor gnral1 puis de chancelier4 ,il s'y montra plat courtisan et voleur impudent4 ,ses concussions furent telles qu'il fallut le poursuivre4 ,vainement tenta-t-il d'attendrir ses juges par une humble confession crite dans laquelle il avouait ses fautes1 et renonait toute dfense4 ,il fut condamn la perte de toutes ses places et une prison perptuelle4 ,visible dans la plupart des individus1 la distinction entre le moi affectif et le moi intellectuel l'est galement chez certains peuples4 ,mme de ,stal faisait remarquer que chez les ,allemands le sentiment et l'intelligence paraissent n'avoir aucune communication2 l'une ne peut pas souffrir de bornes1 l'autre se soumet tous les jougs4 ,dans les collectivits transitoires1 la mme distinction entre l'affectif et l'intellectuel est plus facilement observable encore4 ,les lments qu'elles mettent en commun et qui dictent leurs actes1 sont les sentiments et jamais l'intelligence4 ,j'en ai donn les raisons dans un autre ouvrage4 ,il suffira de rappeler ici que l'intelligence1 variant considrablement d'un sujet l'autre et n'tant pas comme les sentiments contagieuse1 ne peut jamais revtir une forme collective4 ,les individus d'une mme race possdent au contraire certains sentiments communs fusionns facilement lorsqu'ils sont en groupe4 ,le moi affectif constitue l'lment fondamental de la personnalit4 ,trs lentement labor par des acquisitions ancestrales1 il volue chez les individus et les peuples beaucoup moins vite que l'intelligence4 ,cette thse parat au premier abord contredite par l'histoire4 ,il semblerait qu' certains moments naissent instantanment des sentiments nouveaux fort diffrents1 de ceux antrieurement observs4 ,belliqueuse une poque1 une nation se montre pacifique plus tard4 ,le besoin d'galit succde l'acceptation de l'ingalit4 ,le scepticisme remplace la foi ardente4 ,nombreux sont les exemples du mme genre4 ,leur analyse montre que ces crations de sentiments nouveaux sont de simples apparences4 ,en ralit1 ils existaient1 sans se manifester2 les variations de milieux ou les circonstances n'ont fait que modifier leur quilibre4 ,tel sentiment d'abord refrn devient prpondrant une poque et domine d'une faon plus ou moins durable les autres tats affectifs4 ,l'homme en socit est bien forc de plier ses sentiments aux ncessits successives que les circonstances et surtout l'ambiance sociale lui imposent4 ,des exemples de ces transformations apparentes seront donns dans un prochain chapitre4 ,les sentiments semblent parfois changer alors qu'ils n'ont fait que s'appliquer des sujets diffrents4 ,l'esprance mystique guidant l'ouvrier moderne vers les fumeuses tavernes o des aptres d'un vangile nouveau lui promettent un paradis prochain est le mme sentiment qui conduisait ses pres dans les vieilles cathdrales o1 derrire les vapeurs de l'encens1 s'ouvraient les portes d'or de lumineuses rgions pleines d'une flicit ternelle4 #b4--,les diverses manifestations de la vie affective4 motions1 sentiments1 passions4 ,les manifestations de la vie affective sont indiffremment dsignes par les auteurs sous les noms d'motions ou de sentiments4 ,je crois plus commode pour leur description de les rpartir en trois classes3 motions1 sentiments1 passions4 ,l'motion est un sentiment instantan plus ou moins phmre4 ,elle nat d'un phnomne brusque3 accident1 annonce d'une catastrophe1 menace1 injure4 ,la colre1 la peur1 la terreur1 etc41 en sont des exemples4 ,le sentiment reprsente un tat affectif durable1 tel que l'avarice1 la bienveillance1 etc4 ,la passion est constitue par des sentiments ayant acquis une grande intensit et pouvant momentanment en annuler d'autres3 haine1 amour1 etc4 ,tous ces tats affectifs correspondent des variations physiologiques de notre organisme4 ,nous n'en connaissons que certains effets gnraux3 rougeur du visage1 altration de la circulation1 etc4 ,une modification physique ou chimique des cellules nerveuses et les sentiments qu'elle engendre reprsentent une relation dont les termes ultimes seuls sont connus4 ,la transformation en sentiment ou en pense d'un processus chimique organique est compltement inexplicable maintenant4 ,sentiments et motions varient suivant l'tat physiologique du sujet ou l'influence de divers excitants3 caf1 alcool1 etc444 ,le sentiment le plus simple est toujours trs complexe1 mais ds qu'il devient irrductible un autre par l'analyse1 nous devons1 pour la facilit du langage1 le traiter comme s'il tait simple4 ,le chimiste lui aussi1 qualifie de corps simples ceux qu'il ne sait pas dcomposer4 ,les psychologues parlent quelquefois de sentiments intellectuels4 ,ce terme1 dit ,ribot3 dsigne des tats affectifs agrables ou mixtes qui accompagnent l'exercice des oprations de l'intelligence4 ,je ne saurais admettre cette thorie qui confond une cause avec son effet4 ,un sentiment peut tre produit par des influences aussi diverses que l'action d'un aliment agrable1 ou celle d'une dcouverte scientifique1 mais il reste toujours un sentiment4 ,tout au plus peut-on dire que nos ides ont un quivalent motionnel4 ,les chiffres eux-mmes en auraient un1 comme le fait justement observer ,bergson3 ,les marchands1 dit-il1 le savent bien1 et au lieu d'indiquer le prix d'un objet par un nombre rond de francs1 ils marqueront le chiffre immdiatement infrieur1 quittes intercaler ensuite un nombre suffisant de centimes4 ,le sentiment devenu prpondrant et persistant prend1 nous l'avons dit1 le nom de passion4 ,les psychologues n'ont russi encore ni les dfinir1 ni les classer4 ,spinoza en admettait trois3 le dsir1 la joie et la tristesse1 d'o il dduisait toutes les autres4 ,descartes en admettait six primitives3 l'admiration1 l'amour1 la haine1 le dsir1 la joie et la tristesse4 ,ce sont l videmment pures formes de langage1 impuissantes rien expliquer et ne rsistant pas la discussion4 ,une passion peut natre brusquement1 comme un coup de foudre1 ou par une lente incubation4 ,constitue1 elle domine toute la vie affective1 et aussi la vie intellectuelle4 ,la raison est gnralement sans action sur elle et ne fait que se mettre son service4 ,on sait quel point les passions transforment nos opinions et nos croyances1 nous aurons y revenir bientt4 ,les grandes passions sont d'ailleurs rares4 phmres le plus souvent1 elles disparaissent aussitt atteint l'objet convoit4 ,dans la passion amoureuse1 cette rgle est assez constante4 ,les amours clbres ont gnralement eu pour hros des tres que les circonstances empchaient de trop se rencontrer4 ,les passions qui durent longtemps sont des passions constamment ravives1 les haines politiques par exemple4 ,la passion disparat le plus souvent par simple extinction1 mais quelquefois par voie de transformation1 et alors se modifient en mme temps les opinions qu'elle avait fait natre4 ,l'amour humain1 fait observer ,ribot1 peut se transformer en amour divin ou inversement444 ,l'amour du a peupl les clotres444 ,le fanatisme religieux peut se changer en fanatisme politique et social4 ,ignace de ,loyola tait un paladin qui se mit au service de ,j4-,c44 ,quand l'intelligence russit exercer une influence inhibitrice sur la passion1 cette dernire n'tait pas bien forte4 ,l'intelligence ne peut gure agir contre une passion qu'en opposant la reprsentation mentale d'un sentiment un autre4 ,la lutte existe alors1 non pas entre reprsentations intellectuelles et reprsentations affectives1 mais uniquement entre des reprsentations affectives mises en prsence par l'intelligence4 #c4--,la mmoire affective4 ,la mmoire des sentiments existe comme celle de l'intelligence1 mais un degr beaucoup moindre4 ,le temps l'affaiblit trs vite4 ,l'infriorit habituelle de la mmoire affective sur la mmoire intellectuelle est gnralement considrable4 ,la persistance de cette dernire est telle quand on l'exerce que1 pendant des sicles1 des ouvrages volumineux tels que les ,vdas ou les chants d',homre1 furent transmis de gnration en gnration l'aide seulement de la mmoire4 ,a l'poque o les livres taient rares et coteux1 au ,x,i,i,ie sicle par exemple1 les tudiants savaient retenir les cours qui leur taient dicts4 ,atkinson assure que si les classiques chinois venaient tre dtruits aujourd'hui1 plus d'un million de ,chinois pourraient les reconstituer de mmoire4 ,si la mmoire des sentiments tait aussi tenace que la mmoire intellectuelle1 le souvenir persistant de nos douleurs rendrait la vie insupportable4 ,a la thorie du peu de dure de la mmoire affective1 on pourrait objecter la persistance des haines de classes et de races perptues durant de longues gnrations4 ,cette dure apparente n'est qu'un renouvellement incessant produit par des causes toujours rptes4 ,une haine non entretenue ne subsiste pas4 ,celle des ,allemands contre les ,franais aurait disparu depuis longtemps1 si les journaux germaniques ne l'attisaient sans cesse4 ,l'aversion des ,hollandais pour les ,anglais1 qui leur prirent jadis leurs colonies1 persiste seulement parce que des faits nombreux1 notamment la guerre contre les colons hollandais du ,transvaal1 viennent la raviver et parce que la ,hollande se croit toujours menace4 ,l'alliance russe et l'entente franco-anglaise montrent avec quelle rapidit des peuples1 jadis ennemis1 oublient les haines non entretenues4 ,lorsque l',angleterre devint notre amie1 nous n'tions pourtant pas loin de la terrible humiliation de ,fachoda4 ,cette notion essentielle du peu de dure de la mmoire affective explique bien des phnomnes de la vie des peuples4 ,il ne faut gure compter sur leur reconnaissance1 mais on ne doit pas non plus trop redouter leur haine4 #d4--,les associations affectives et intellectuelles4 ,nous tudierons quelques lments caractristiques de l'intelligence dans le chapitre de cet ouvrage consacr l'examen de la logique rationnelle4 ,on ne les mentionne ici que pour montrer comment s'associent et s'influencent les lments rationnels et affectifs4 ,l'intelligence est surtout caractrise par la capacit rflchir d'o dcoule celle de raisonner1 c'est--dire de saisir1 en suivant certaines rgles1 les rapports visibles ou cachs des choses4 ,les enchanements de la logique affective ont galement leurs lois4 ,s'exerant dans une rgion inconsciente elles ne parviennent dans le conscient que sous forme de rsultats4 ,notre vie psychique se composant d'une partie affective et d'une partie intellectuelle1 comment ces deux sphres agissent-elles l'une sur l'autre8 ,nos reprsentations mentales peuvent tre d'ordre affectif ou d'ordre intellectuel4 ,il est parfois possible de se reprsenter des sentiments disparus1 mais beaucoup moins que les ides intellectuelles4 ,on sait que1 d'aprs la thorie associationniste1 les ides peuvent s'associer suivant deux procds diffrents3 #a associations par ressemblance2 #b associations par contigut4 ,dans les associations par ressemblance1 l'impression actuelle ravive les impressions antrieures analogues4 ,dans les associations par contigut1 l'impression nouvelle en fait revivre d'autres prouves en mme temps1 mais sans analogie entre elles4 ,les tats affectifs paraissent s'associer entre eux comme les tats intellectuels4 ,ils s'associent galement ces derniers1 en sorte que l'apparition des uns peut voquer celle des autres4 ,la diffrence entre les associations affectives et les associations intellectuelles est caractrise par ce fait que les associations affectives se faisant le plus souvent d'une faon inconsciente1 chappent notre action4 ,nous verrons bientt comment1 malgr leur distinction de nature1 le moi affectif et le moi intellectuel peuvent1 grce aux associations qui viennent d'tre indiques1 s'influencer4 ,,chapitre ,v ,,les ,l,,ments ,,de ,,la ,,personnalit4 ,,combinaisons ,,de ,,sentiments ,,formant ,,le ,,caract,,re4 #a4--,les lments du caractre4 ,le caractre est constitu par un agrgat d'lments affectifs auxquels se superposent1 en s'y mlant fort peu1 quelques lments intellectuels4 ,ce sont toujours les premiers qui donnent l'individu sa vritable personnalit4 ,les lments affectifs tant nombreux1 leur association formera des caractres varis3 actifs1 contemplatifs1 apathiques1 sensitifs1 etc4 ,chacun d'eux agira diffremment sous l'action des mmes excitants4 ,les agrgats constitutifs du caractre peuvent tre fortement ou1 au contraire1 faiblement ciments4 ,aux agrgats solides correspondent les individualits fortes qui se maintiennent malgr les variations de milieu et de circonstances4 ,aux agrgats mal ciments correspondent les mentalits molles1 incertaines et changeantes4 ,elles se modifieraient chaque instant sous les influences les plus lgres1 si certaines ncessits de la vie quotidienne ne les orientaient comme les berges d'un fleuve canalisent son cours4 ,si stable que soit le caractre1 il reste toujours li cependant l'tat de nos organes4 ,une nvralgie1 un rhumatisme1 un trouble intestinal1 transforment la gaiet en mlancolie1 la bont en mchancet1 la volont en nonchalance4 ,napolon malade ,waterloo n'tait plus ,napolon4 ,csar dyspeptique n'et sans doute pas franchi le ,rubicon4 ,les causes morales agissent aussi sur le caractre ou tout au moins sur son orientation4 ,a la suite d'une conversion1 l'amour profane deviendra amour divin4 ,le clrical fanatique et perscuteur finira parfois en libre penseur tout aussi fanatique et non moins perscuteur4 ,les opinions et les croyances tant moules sur notre caractre1 suivent naturellement ses variations4 ,il n'existe1 je l'ai dj montr1 aucun paralllisme entre le dveloppement du caractre et celui de l'intelligence4 ,le premier semble1 au contraire1 tendre s'affaiblir mesure que la dernire se dveloppe4 ,de grandes civilisations furent dtruites par des lments intellectuellement infrieurs1 dous de volont forte4 ,les esprits hardis et dcids ignorent les obstacles signals par l'intelligence4 ,la raison ne fonde pas les grandes religions et les puissants empires4 ,dans les socits brillantes par l'intelligence1 mais de caractre faible1 le pouvoir finit souvent par tomber entre les mains d'hommes borns et audacieux4 ,j'admets volontiers1 avec ,faguet1 que l',europe1 devenue pacifiste1 sera conquise par le dernier peuple rest militaire et relativement fodal4 ,ce peuple-l rduira les autres en esclavage et fera travailler son profit des pacifistes chargs d'intelligence1 mais dnus de l'nergie que donne la volont4 #b4--,les caractres collectifs des peuples4 ,chaque peuple possde des caractres collectifs1 communs la plupart de ses membres1 ce qui fait des diverses nations de vritables espces psychologiques4 ,ces caractres crent chez elles1 nous le verrons bientt1 des opinions semblables sur un certain nombre de sujets essentiels4 ,les caractres fondamentaux d'un peuple n'ont pas besoin d'tre nombreux4 ,bien fixs ils tracent sa destine4 ,considrons les ,anglais1 par exemple4 ,les lments orientant leur histoire peuvent tre rsums en peu de lignes3 culte de l'effort persistant qui empche de reculer devant l'obstacle et de considrer un malheur comme irrmdiable2 respect religieux des coutumes et de tout ce qui est valid par le temps2 besoin d'action et ddain des vaines spculations de la pense1 mpris de la faiblesse1 sentiment trs intense du devoir1 contrle sur soi-mme envisag comme qualit essentielle et entretenu soigneusement par une ducation spciale4 ,certains dfauts de caractre1 insupportables chez les individus1 deviennent des vertus quand ils sont collectifs1 l'orgueil par exemple4 ,ce sentiment est fort diffrent de la vanit1 simple besoin de briller en public et exigeant des tmoins1 alors que l'orgueil n'en demande aucun4 ,l'orgueil collectif fut un des grands stimulants de l'activit des peuples4 ,grce lui1 le lgionnaire romain trouvait une rcompense suffisante faire partie d'un peuple dominant l'univers4 ,l'inbranlable courage des ,japonais1 dans leur dernire guerre1 provenait d'un orgueil semblable4 ,ce sentiment est1 en outre1 une source de progrs4 ,ds qu'une nation est convaincue de sa supriorit1 elle porte son maximum les efforts ncessaires pour la maintenir4 ,le caractre et non l'intelligence diffrencie les peuples et cre entre eux des sympathies ou des antipathies irrductibles4 ,l'intelligence est de mme espce pour tous4 ,le caractre offre1 au contraire1 de fortes dissemblances4 ,des peuples distincts tant diversement impressionns par les mmes choses se conduiront naturellement de faons diffrentes dans des circonstances paraissant identiques4 ,qu'il s'agisse1 d'ailleurs1 de peuples ou d'individus1 les hommes sont toujours plus diviss par les oppositions de leur caractre que par celles de leurs intrts ou de leur intelligence4 #c4--volution des lments du caractre4 ,les sentiments fondamentaux formant la trame du caractre voluent trs lentement dans le cours des ges1 comme le prouve la persistance des caractres nationaux4 ,les agrgats psychologiques qui les constituent sont aussi stables que les agrgats anatomiques4 ,mais1 autour des caractres fondamentaux1 se trouvent1 comme pour toutes les espces vivantes1 des caractres secondaires pouvant varier suivant le moment1 le milieu1 etc4 ,ce sont surtout--je l'ai fait remarquer dans le prcdent chapitre--les sujets sur lesquels les sentiments s'exercent qui changent4 ,l'amour de la famille1 puis de la tribu1 de la cit et enfin de la patrie sont des adaptations d'un sentiment identique des groupements diffrents1 et non la cration de sentiments nouveaux4 ,l'internationalisme et le pacifisme reprsentent les dernires extensions de ce mme sentiment4 ,il y a un sicle peine1 le patriotisme allemand tait inconnu1 l',allemagne restait divise en provinces rivales4 ,si le pangermanisme actuel constitue une vertu1 cette vertu n'est que l'extension de sentiments anciens des catgories d'individus nouvelles4 ,les tats affectifs sont choses si stables que leur simple adaptation des sujets nouveaux exige d'immenses efforts4 ,pour acqurir1 par exemple1 un peu1--trs peu--cette forme d'altruisme1 qualifie de tolrance1 il fallut1 dit justement ,m4 ,lavisse3 que des martyrs mourussent par milliers dans des supplices1 et que le sang coult en fleuve sur des champs de bataille4 ,c'est un grand danger pour un peuple de vouloir crer1 au moyen de la raison1 des sentiments contraires ceux fixs par la nature dans son me4 ,semblable erreur pse sur nous depuis la ,rvolution4 ,elle a engendr le dveloppement du socialisme qui prtend changer le cours naturel des choses et refaire l'me des nations4 ,n'objectons pas la fixit des sentiments1 les brusques transformations de personnalit observes parfois4 ,tels la prodigalit devenant avarice1 l'amour chang en haine1 le fanatisme religieux en fanatisme irrligieux1 etc4 ,ces revirements constituent simplement l'adaptation de mmes sentiments des sujets diffrents4 ,bien des causes diverses1 les ncessits conomiques1 par exemple1 peuvent aussi dplacer nos sentiments sans pour cela les changer4 ,ces influences conomiques sont puissantes4 ,la diffusion de la proprit1 par exemple1 a pour consquence l'abaissement de la natalit1 par suite de l'gosme familial du propritaire1 peu soucieux de voir diviser son bien4 ,si tous les citoyens d'un pays devenaient propritaires1 la population diminuerait probablement dans d'normes proportions4 ,les sentiments constituant le caractre ne peuvent subir de changement d'orientation sans que la vie sociale soit bouleverse4 ,guerres de religions1 croisades1 rvolutions1 etc41 rsultent de pareils changements4 ,et si1 actuellement1 l'avenir apparat trs sombre1 c'est que les sentiments des classes populaires tendent subir une orientation nouvelle4 ,sous la pousse des illusions socialistes1 chacun1 de l'ouvrier au professeur1 est devenu mcontent de son sort et persuad qu'il mrite une autre destine4 ,tout travailleur se croit exploit par les classes dirigeantes et rve de s'emparer de leurs richesses au moyen d'un coup de force4 ,dans le domaine de l'affectif1 les illusions ont une puissance qui les rend fort dangereuses parce que la raison ne les influence pas4 ,,chapitre ,,vi ,,la ,d,,sagr,,gation ,,du ,,caract,,re ,,et ,,les ,,oscillations ,,de ,,la ,,personnalit4 #a4--,les quilibres des lments constitutifs du caractre4 ,nous venons de dire que la stabilit des agrgats formant le caractre est aussi grande que celle des agrgats anatomiques4 ,les premiers peuvent cependant1 comme les seconds1 subir des troubles morbides divers et mme une dsagrgation complte4 ,ces phnomnes qui ne ressortent pas exclusivement du domaine de la pathologie ont1 sur la formation des opinions et des croyances1 une influence considrable4 ,la gense de certains faits historiques est peu prs incomprhensible sans la connaissance des transformations que peut accidentellement subir le caractre4 ,nous verrons1 dans un autre chapitre1 que les mobiles crateurs de nos opinions1 de nos croyances et de nos actes1 sont comparables des poids poss sur les deux plateaux d'une balance4 ,le plus charg flchit toujours4 ,en ralit1 les choses ne se passent pas si simplement4 ,les poids1 reprsents par les motifs1 peuvent s'altrer sous l'influence de troubles divers modifiant les combinaisons qui forment le caractre4 ,alors1 notre sensibilit change1 nos chelles de valeurs se dplacent1 l'orientation de la vie devient diffrente4 ,la personnalit est renouvele4 ,de telles variations s'observent surtout lorsque1 le milieu social venant changer brusquement1 l'quilibre tabli entre les lments affectifs et ce milieu prouve une perturbation notable4 ,la notion d'quilibre entre le milieu qui nous enveloppe et les lments qui nous composent est capitale4 ,nullement spciale la psychologie1 elle domine la chimie1 la physique et la biologie4 ,un tre quelconque1 matire brute ou matire vivante1 rsulte d'un certain tat d'quilibre entre son milieu et lui4 ,le second ne saurait changer sans que se transforme aussitt le premier4 ,une barre d'acier rigide peut1 sous l'influence d'une modification de milieu convenable1 devenir une lgre vapeur4 ,le degr d'aptitude la dissociation des agrgats psychiques formant le caractre dpend de la stabilit de ces derniers comme aussi de l'importance des changements de milieu auxquels ils sont soumis4 ,elle variera galement suivant les impressions antrieurement subies4 ,les observations faites sur les agrgats anatomiques le sont aussi sur les agrgats psychologiques4 ,la diminution de sensibilit des premiers l'influence de certaines actions extrieures par des procds divers s'appelle1 on le sait1 l'immunisation4 ,l'tude future de la pathologie des caractres comprendra aussi celle de leur immunisation4 ,le vritable homme d'tat possde l'art1 encore mystrieux1 de savoir modifier au besoin l'quilibre des lments du caractre national en faisant prdominer ceux utiles aux ncessits du moment4 #b4--,les oscillations de la personnalit4 ,les considrations prcdentes tendent montrer que notre personnalit peut devenir assez variable4 ,elle dpend1 en effet1 on vient de le voir1 de deux facteurs insparables1 l'tre lui-mme et son milieu4 ,prtendre que notre personnalit est mobile et parfois susceptible de grands changements choque un peu les ides traditionnelles sur la stabilit du moi4 ,son unit fut pendant longtemps un dogme indiscut4 ,trop de faits sont venus prouver combien elle tait fictive4 ,notre moi est un total4 ,il se compose de l'addition d'innombrables moi cellulaires4 ,chaque cellule concourt l'unit du moi comme chaque soldat l'unit d'une arme4 ,l'homognit des milliers d'individualits qui la composent rsulte seulement d'une communaut d'action que de nombreuses causes peuvent dtruire4 ,inutile d'objecter que la personnalit des tres semble gnralement assez stable4 ,si elle ne varie gure1 en effet1 c'est que le milieu social reste peu prs constant4 ,qu'il vienne se modifier brusquement1 comme en temps de rvolution1 et la personnalit d'un mme individu pourra se transformer entirement4 ,c'est ainsi qu'on vit1 pendant la ,terreur1 de bons bourgeois rputs par leur douceur devenir des fanatiques sanguinaires4 ,la tourmente passe et1 par consquent1 l'ancien milieu reprenant son empire1 ils retrouvrent leur personnalit pacifique4 ,depuis longtemps1 j'ai dvelopp cette thorie et montr que la vie des personnages de la ,rvolution tait incomprhensible sans elle4 ,de quels lments se compose le moi dont la synthse constitue notre personnalit8 ,la psychologie reste muette sur ce point4 ,sans prtendre prciser beaucoup1 nous dirons que les lments du moi rsultent d'un rsidu de personnalits ancestrales1 c'est--dire crs par toute la srie de nos existences antrieures4 ,le moi1 je le rpte1 n'est pas une unit1 mais le total des millions de vies cellulaires dont l'organisme est form4 ,elles peuvent enfanter de nombreuses combinaisons4 ,des excitations motionnelles violentes1 certains tats pathologiques observables chez les mdiums1 les extatiques1 les sujets hypnotiss1 etc41 font varier ces combinaisons et1 par consquent1 engendrent1 au moins momentanment1 chez le mme individu1 une personnalit diffrente#b1 infrieure ou suprieure la personnalit ordinaire4 ,nous possdons tous des possibilits d'action dpassant notre capacit habituelle et que certaines circonstances viendront veiller4 #b ,l'action de certaines substances toxiques sur l'organisme peut avoir aussi pour rsultat de dsagrger la personnalit4 ,j'en ai jadis publi1 dans un journal de mdecine1 un curieux exemple qui fut utilis en ,amrique par un romancier4 #c4--,les lments fixateurs de la personnalit4 ,les rsidus ancestraux forment la couche la plus profonde et la plus stable du caractre des individus et des peuples4 ,c'est par leur moi ancestral qu'un ,anglais1 un ,franais1 un ,chinois diffrent si profondment4 ,mais ces lointains atavismes se superposent des lments engendrs par le milieu social 7caste1 classe1 profession1 etc471 par l'ducation et par bien d'autres influences encore4 ,ils impriment notre personnalit une orientation assez constante4 ,c'est le moi un peu artificiel ainsi form que nous extriorisons chaque jour4 ,de tous les lments formateurs de la personnalit1 le plus actif1 aprs la race1 est celui que dtermine le groupement social auquel nous appartenons4 ,coules dans un mme moule par les ides1 les opinions1 la conduite semblables qui leur sont imposes1 les individualits d'un groupe3 militaires1 magistrats1 prtres1 ouvriers1 marins1 etc41 prsentent nombre de caractres identiques4 ,leurs opinions et leurs jugements sont gnralement voisins1 parce que chaque groupe social tant trs niveleur1 l'originalit n'y est pas tolre4 ,quiconque veut se diffrencier de son groupe l'a tout entier pour ennemi4 ,cette tyrannie des groupes sociaux1 sur laquelle nous reviendrons1 n'est pas inutile4 ,si les hommes n'avaient pas les opinions et la conduite de leur entourage pour guide1 o trouveraient-ils la direction mentale ncessaire la plupart8 ,grce au groupe qui les encastre1 ils possdent une faon d'agir et de ragir assez constante4 ,grce lui encore1 les natures un peu amorphes sont orientes et soutenues dans la vie4 ,ainsi canaliss1 les membres d'un groupe social quelconque possdent1 avec une personnalit momentane1 ou durable1 mais bien dfinie1 une puissance d'action que ne rverait jamais aucun des individus qui le composent4 ,les grands massacres de la ,rvolution ne furent pas des uvres individuelles4 ,leurs auteurs agissaient en groupes3 ,girondins1 ,dantonistes1 ,hbertistes1 ,robespierristes1 ,thermidoriens1 etc4 ,ces groupes beaucoup plus que des individus se combattaient alors4 ,ils devaient donc apporter dans leurs luttes la frocit furieuse et le fanatisme born1 caractristiques des manifestations collectives violentes4 #d4--;,difficult de prvoir la conduite rsultant d'un caractre dtermin4 ,notre moi tant variable1 et dpendant des circonstances1 jamais un homme ne doit prtendre en connatre un autre4 ,il peut seulement affirmer que les circonstances ne variant pas1 la conduite de l'individu observ ne changera gure4 ,le chef de bureau1 rdigeant d'honntes rapports depuis vingt ans1 continuera sans doute les rdiger avec la mme honntet1 mais il ne faut pas trop l'affirmer4 ,des circonstances nouvelles venant surgir1 une passion forte envahissant son entendement1 un danger menaant son foyer1 l'insignifiant bureaucrate pourra devenir un sclrat ou un hros4 ,les grandes oscillations de la personnalit s'observent presque exclusivement dans la sphre des sentiments4 ,dans celle de l'intelligence1 elles sont trs faibles4 ,un imbcile restera tel toujours4 ,les variations possibles de la personnalit1 qui empchent de connatre fond nos semblables1 empchent aussi de se connatre soi-mme4 ,l'adage ,nosce te ipsum des anciens philosophes constitue un irralisable conseil4 ,le moi extrioris reprsente habituellement un personnage d'emprunt mensonger4 ,il l'est1 non pas seulement parce que nous nous supposons beaucoup de qualits et ne reconnaissons gure nos dfauts1 mais encore parce que si le moi contient une petite portion d'lments conscients1 la rigueur connaissables1 il est1 en grande partie1 form d'lments inconscients presque inaccessibles l'observation4 ,le seul moyen de dcouvrir son moi rel est1 nous l'avons dit1 l'action4 ,on ne se connat un peu qu'aprs avoir observ sa conduite1 dans des circonstances dtermines4 ,prtendre savoir d'avance comment nous agirons dans une situation donne est fort chimrique4 ,le marchal ,ney jurant ,louis ,,xviii de lui amener ,napolon dans une cage de fer tait de trs bonne foi1 mais il ne se connaissait pas4 ,un simple regard du matre suffit dissoudre sa rsolution4 ,l'infortun marchal paya de sa vie l'ignorance de sa propre personnalit4 ,plus familier avec les lois de la psychologie1 ,louis ,,xviii lui et probablement pardonn4 ,les thories exposes dans cet ouvrage relativement au caractre peuvent parfois sembler contradictoires4 ,d'une part1 en effet1 nous avons insist sur la fixit des sentiments qui forment le caractre1 et de l'autre montr les variations possibles de la personnalit4 ,ces oppositions disparaissent en se remmorant les points suivants3 #a ,les caractres sont forms d'un agrgat d'lments affectifs fondamentaux peu prs invariables1 auxquels s'ajoutent des lments accessoires changeant facilement4 ,ces derniers correspondent aux modifications que l'art de l'leveur fait subir une espce sans modifier pour cela ses caractres essentiels4 #b ,les espces psychologiques sont1 comme les espces anatomiques1 sous l'troite dpendance de leur milieu4 ,elles doivent s'adapter tous les changements de ce milieu et s'y adaptent en effet quand ils ne sont ni trop considrables1 ni trop brusques4 #c ,les mmes sentiments peuvent paratre changer quand ils s'appliquent des sujets diffrents1 et cependant leur nature relle n'a subi aucune modification4 ,l'amour humain devenant amour divin dans certaines conversions est un sentiment qui a chang de nom1 mais pas de nature4 ,toutes ces constatations ont un intrt trs pratique1 puisqu'elles sont la base mme de plusieurs problmes modernes importants1 celui de l'ducation notamment4 ,observant que cette dernire modifie l'intelligence1 ou du moins la somme des connaissances individuelles1 on en a conclu qu'elle pouvait modifier galement les sentiments4 ,c'tait oublier entirement que les tats affectifs et intellectuels n'ont pas une volution parallle4 ,plus on approfondit le sujet1 plus on est oblig de reconnatre que l'ducation et les institutions politiques jouent un rle assez faible dans la destine des individus et des peuples4 ,cette doctrine1 contraire d'ailleurs nos croyances dmocratiques1 semble parfois contredite aussi par les faits observs chez certains peuples modernes et c'est ce qui l'empchera toujours d'tre admise facilement4 ,dans l'introduction qu'il a bien voulu crire pour la traduction japonaise#c de mes ouvrages1 un des plus minents hommes d'tat de l',extrme-,orient1 le baron ,motono1 ambassadeur ,saint-,ptersbourg1 m'objecte plusieurs changements produits dans la mentalit japonaise par l'influence des ides europennes4 ,je ne crois pas cependant qu'ils prouvent une modification relle de cette mentalit4 ,les ides europennes sont simplement entres dans l'armature ancestrale de l'me japonaise1 sans modifier ses parties essentielles4 ,la substitution de la fronde au canon changerait compltement la destine d'un peuple1 sans transformer pour cela ses caractres nationaux4 #c ,publie par la ,socit qu'a fonde le comte ,okuma1 ministre des affaires trangres pour la traduction des plus clbres ouvrages classiques parus en ,europe4 ,il semble rsulter de ce chapitre que les opinions et la conduite tant dtermines par des causes assez trangres la volont1 notre libert serait trs restreinte4 ,elle l'est en effet4 ,nous verrons cependant qu'il est possible de lutter utilement contre les fatalits qui psent sur nos sentiments et nos penses4 ,,livre ,,iii ,,les ,,formes ,,diverses ,,de ,,logiques ,r,,gissant ,,les ,,opinions ,,et ,,les ,,croyances ,,chapitre ,i ,,classification ,,des ,,diverses ,,formes ,,de ,,logiques4 #a4--;,existe-t-il diverses formes de logiques8 ,la logique a t considre jusqu'ici comme l'art de raisonner et de dmontrer4 ,mais1 vivre c'est agir et ce n'est pas le plus souvent la dmonstration qui fait agir4 ,nous montrerons dans ce chapitre et les suivants que les diverses sphres d'activits vitale et psychologique1 prcdemment numres1 sont gouvernes par des formes de logiques diffrentes4 ,l'action constituant d'aprs nous le seul critrium d'une logique1 nous considrerons comme diverses les logiques conduisant des rsultats dissemblables4 ,dans un acte quelconque le psychologue ne doit rechercher isolment ni le but poursuivi1 ni les moyens employs1 ni le succs ni l'insuccs4 ,les seuls lments l'intressant sont les mobiles gnrateurs de cet acte4 ,il y a des actions vertueuses ou criminelles1 habiles ou malhabiles1 il n'y en a pas d'illogiques4 ,elles sont simplement issues de logiques diffrentes et nulle ne peut servir exclusivement juger les autres4 ,la logique rationnelle1 par exemple1 est trop diffrente des logiques mystique et affective pour pouvoir les interprter ni mme les comprendre4 ,conduisant des actes souvent opposs1 elles doivent tre spares4 ,de mme pour la logique collective et la logique affective4 ,considrer comme diverses des logiques gnratrices de rsultats dissemblables1 est simplement appliquer la rgle de classification qui fait placer dans des catgories diffrentes les phnomnes trop distincts pour tre confondus4 #b4--,les cinq formes de logiques4 ,on peut1 croyons-nous1 tablir cinq formes de logiques3 #a logique biologique2 #b logique affective2 #c logique collective2 #d logique mystique2 #e logique rationnelle4 ,nous nous bornerons maintenant en rsumer brivement les caractres1 devant consacrer des chapitres spciaux chacune d'elles4 ,logique biologique4--,les motifs qui nous ont fait tablir cette forme de logique seraient trop longs numrer ici4 ,nous les donnerons dans le chapitre consacr son tude4 ,disons simplement maintenant que la logique biologique1 qui prside l'entretien des tres et la cration de leurs formes1 ne porte nulle trace d'influence de nos volonts1 mais produit des adaptations1 diriges dans un sens dtermin1 par des forces que nous ne connaissons pas4 ,elles semblent agir1 ces forces1 comme si elles possdaient une raison suprieure la ntre et n'ont rien de mcanique puisque leur action varie chaque instant suivant le but remplir4 ,l'adjonction aux autres formes de logiques de la logique biologique1 qui domine de trs haut la plupart des autres1 ne fera que combler une lacune dissimule par les vieilles thories mtaphysiques4 ,logique affective4--,les psychologues connaissaient uniquement jadis la logique rationnelle4 ,ils commencent y ajouter la logique affective ou des sentiments1 absolument distincte de la logique rationnelle4 ,ces deux formes de logiques diffrent surtout en ceci que1 les associations intellectuelles peuvent tre conscientes1 tandis que celles des tats affectifs restent inconscientes4 ,la logique affective dirige la plupart de nos actions4 ,logique collective4--,cette forme de logique ne doit pas tre confondue avec la prcdente4 ,nous avons montr1 voici bien des annes dj1 que l'homme en foule se conduit diffremment de l'homme isol4 ,il est donc guid par une logique spciale1 puisqu'elle implique l'existence d'lments observables seulement dans les foules4 ,logique mystique4--,cette forme de logique est le rsultat d'un tat particulier de l'esprit1 dit mystique4 ,universel aux premiers temps de l'humanit il parat fort rpandu encore4 ,pour les mentalits mystiques l'enchanement des choses n'a rien de rgulier2 il dpend d'tres ou de forces suprieures dont nous subissons simplement les volonts4 ,la logique mystique a dtermin et dtermine toujours un grand nombre des actes de l'immense majorit des hommes4 ,elle diffre1 nous le verrons1 de la logique inconsciente des sentiments1 non seulement parce qu'elle est consciente et comporte une dlibration1 mais surtout parce que son influence peut engendrer des actions diamtralement contraires celles que dicterait la logique affective4 ,logique rationnelle4--,cette logique est l'art d'associer volontairement des reprsentations mentales et de percevoir leurs analogies et leurs diffrences1 c'est--dire leurs rapports4 ,elle est peu prs la seule dont se soient occups les psychologues4 ,depuis ,aristote1 d'innombrables livres lui ont t consacrs4 #c4--;,coexistence des diverses formes de logiques4 ,toutes les formes de logiques qui prcdent peuvent se superposer1 se fusionner ou se combattre chez les mmes tres4 ,suivant le temps et les races1 l'une d'elles arrive parfois prdominer1 mais sans jamais liminer entirement les autres4 ,la logique affective conduisait un gnral athnien1 jaloux de ses rivaux1 leur dclarer la guerre4 ,la logique mystique lui faisait consulter les oracles sur la date utile des oprations entreprendre4 ,la logique rationnelle guidait sa tactique4 ,pendant tous ces actes1 la logique biologique le faisait vivre4 ,l'tude qui va suivre1 des diverses formes de logiques prcdemment numres1 en fera mieux comprendre les caractres4 ,le lecteur ne devra pas s'attendre voir rvler leur mcanisme4 ,il est fort peu connu1 aussi bien d'ailleurs pour la logique rationnelle1 la plus tudie cependant1 que pour les autres4 ,l'existence des diverses formes de logiques n'est dmontre que par leurs rsultats4 ,elles reprsentent des postulats vrifis seulement par les consquences qui en dcoulent4 ,les sciences les plus exactes1 la physique par exemple1 sont obliges galement de mettre leur base de pures hypothses transformes en vrits probables quand leur ncessit est dmontre4 ,toutes les explications de la lumire1 de la chaleur1 de l'lectricit1 c'est--dire la physique presque entire1 reposent sur l'hypothse de l'ther4 ,a cette substance totalement inconnue1 il a fallu attribuer des proprits incomprhensibles et mme inconciliables1 telle par exemple une rigidit suprieure celle de l'acier1 bien que les corps matriels s'y meuvent sans difficult4 ,un phnomne nouveau oblige les physiciens donner l'ther des proprits nouvelles souvent contraires celles dj admises4 ,c'est ainsi qu'aprs lui avoir suppos une densit infiniment plus faible que celle des gaz1 on lui en accorde maintenant une des millions de fois suprieure celle des plus lourds mtaux4 ,si l'tude de sciences aussi prcises que la physique ncessite des hypothses1 on ne saurait s'tonner de nous voir procder de la mme faon dans une science beaucoup plus complique1 la psychologie4 ,le physicien n'affirme pas que l'ther existe4 ,il dit simplement que les choses se passent comme si l'ther existait et que tout phnomne resterait incomprhensible sans cette existence suppose4 ,nous n'affirmons pas davantage qu'il existe des formes de logiques constituant des entits distinctes1 nous disons seulement qu'elles sont ncessaires et que les choses se passent comme si elles existaient rellement4 ,,chapitre ,,ii ,,la ,,logique ,,biologique4 #a4--,rle de la logique biologique4 ,les phnomnes vitaux les plus simples en apparence1 tels ceux observs chez les tres vivants constitus par une seule cellule1 sont toujours d'une extrme complication4 ,leurs manifestations dpendent d'enchanements rigoureux analogues ceux auxquels on donne le nom de logique1 quand ils s'appliquent des lments intellectuels4 ,nul motif de ne pas les dsigner par le mme terme4 ,la logique biologique rgit tous les phnomnes de la vie organique4 ,les actes accomplis par les diverses cellules du corps1 en dehors de toute participation consciente1 n'ont aucun caractre de fatalit mcanique et varient suivant les ncessits journalires4 ,ils semblent guids par une raison particulire trs diffrente de la ntre et souvent beaucoup plus sre4 ,pour le montrer1 il suffira de rappeler ce que j'ai crit ce sujet1 dans mon livre sur l'volution de la ,matire3 ,les difices atomiques qu'arrivent fabriquer des cellules microscopiques comprennent non seulement les plus savantes oprations de nos laboratoires3 thrification1 oxydation1 rduction1 polymrisation1 etc41 mais beaucoup d'autres plus difficiles que nous ne saurions imiter4 ,par des moyens insouponns1 les cellules vitales construisent ces composs compliqus et varis3 albuminodes1 cellulose1 graisses1 amidon1 etc41 ncessaires l'entretien de la vie4 ,elles savent dcomposer les corps les plus stables comme le chlorure de sodium1 extraire l'azote des sels ammoniacaux1 le phosphore des phosphates1 etc4 ,toutes ces uvres si prcises1 si admirablement adaptes un but1 sont diriges par des forces dont nous n'avons aucune ide et qui agissent exactement comme si elles possdaient une clairvoyance bien suprieure notre raison4 ,l'uvre qu'elles accomplissent chaque instant de l'existence1 plane trs au-dessus de ce que peut raliser la science la plus avance4 ,le savant capable de rsoudre avec son intelligence les problmes rsolus toute heure par les humbles cellules d'une infime crature1 serait tellement suprieur aux autres hommes qu'on pourrait le considrer comme un dieu4 ,les actes de la vie biologique montrent la ncessit o ils se trouvent de varier sans cesse4 ,qu'un corps inutile ou dangereux soit introduit dans l'organisme1 il sera neutralis ou rejet4 ,l'lment utile est1 au contraire1 expdi des organes diffrents et subit des transformations physiques trs savantes4 ,ces milliers de petites oprations partielles s'enchevtrent sans se nuire1 parce qu'elles sont orientes avec une prcision parfaite4 ,ds que la rigoureuse logique directrice des centres nerveux s'arrte1 c'est la mort4 ,ces centres nerveux constituent donc ce que l'on pourrait appeler des centres de raisonnement biologique4 ,ils dirigent la vie et la protgent en crant suivant les circonstances des lments de dfense varis4 ,comme le dit trs justement le ,dr ,bonnier3 ,mieux qu'aucun physiologiste1 aucun mdecin1 ils savent ce qui convient l'organe malade4 ,rveiller leur torpeur quand elle se produit est le seul rle possible de la science la plus avance4 ,lorsqu'une cellule volue vers une certaine forme1 lorsque l'animal rgnre entirement un organe amput1 avec nerfs1 muscles et vaisseaux1 nous constatons que la logique biologique cre pour ces accidents imprvus1 une srie de phnomnes qu'aucun effort de la logique rationnelle ne saurait imiter ni mme comprendre4 ,c'est encore la logique biologique qui enseigne l'oiseau le mcanisme du vol et comment il doit le modifier suivant les circonstances4 ,de longs sicles furent ncessaires l'homme pour que sa logique rationnelle lui permt de l'imiter un peu4 ,cette prcision des actes vitaux1 leur adaptation journalire des conditions constamment changeantes1 leur aptitude dfendre l'organisme contre les atteintes imprvues du monde extrieur1 nous ont fait considrer l'expression1 logique biologique1 comme ncessaire#d4 #d ,l'adaptation constante des lments toujours variables1 la prcision des mthodes employes par les organes agissant sous l'influence de la logique biologique sont nettement marques dans le tableau du ,dr4 ,s4 ,artault1 que je rsume un peu1 de la lutte de l'organisme contre les microbes4 ,deux armes sont en prsence3 l'une dans son enceinte fortifie 7l'organisme71 l'autre qui vient l'investir 7bactries1 etc474 ,ds que les premiers ouvrages de dfense sont enlevs1 et que l'ennemi a pntr par quelque brche dans la place1 le gnral en chef 7centre sympathique7 commence par faire ses troupes une distribution de stimulants 7opsonines74 ,ainsi mises en apptit1 les troupes 7leucocytes7 se portent sur le point attaqu2 c'est alors le combat corps corps1 la destruction des envahisseurs1 dont les cadavres sont dvors sur place 7phagocytose74 ,le gnral organise alors la dfense territoriale1 en dispersant ses vtrans aguerris et avertis1 qui rduisent nant toute tentative nouvelle de cet ennemi connu 7immunisation74 ,mais parfois la lutte se prolonge1 les troupes locales plus ou moins fatigues1 se replient ou cantonnent sur place4 ,alors l'arme d'investissement reste aussi sur ses positions1 leur envoie des bordes d'obus asphyxiants 7toxines1 antignes74 ,le plus souvent1 sous cette attaque insidieuse1 les tissus ripostent par une dcharge de produits qui anantissent ou neutralisent les premiers 7antitoxines1 anticorps74 ,la logique biologique rgle la dure de l'individu et celle de l'espce laquelle il appartient4 ,la vie individuelle est trs phmre2 celle de l'espce beaucoup plus longue1 mais non ternelle1 puisqu'aucune des espces gologiques dont nous retrouvons les dbris1 n'a subsist jusqu' nos jours4 ,elles furent prcdes et suivies par d'autres1 de dure galement limite4 ,les espces semblent disparatre lorsque1 trop stabilises par un lourd hritage ancestral1 elles ne peuvent plus s'adapter aux variations de milieu4 ,cette histoire du monde vgtal et animal fut aussi celle de bien des peuples4 ,l'enfance d'une espce1 d'un individu ou d'un peuple se caractrise par une plasticit excessive lui permettant de s'adapter toutes les variations de milieu4 ,sa vieillesse s'accompagne au contraire d'une rigidit empchant l'adaptation4 ,on comprend donc1 facilement1 que les transformations de milieu capables de faire voluer un tre aux dbuts de son existence1 le fassent prir son dclin4 ,et ceci nous explique pourquoi les peuples trop vieux disparaissent lorsqu'ils ne peuvent plus changer4 ,si la logique biologique se bornait rgler les fonctions de la vie1 nous pourrions la rigueur en ngliger l'tude4 ,mais elle tient aussi sous son domaine d'importants facteurs des opinions1 des croyances et par consquent de la conduite4 ,les sentiments ayant la vie pour soutien1 on conoit que la logique biologique non seulement influence la logique affective1 mais puisse sembler parfois se confondre avec elle4 ,toutes deux n'en demeurent pas moins nettement spares1 la vie biologique tant simplement le terrain sur lequel la vie affective vient germer4 ,il reste donc inexplicable que les psychologues ignorent la logique biologique4 ,elle est la plus importante de toutes les formes de logiques parce que la plus imprieuse4 ,quand elle commande1 les autres obissent4 #b4--,la logique biologique et les instincts4 ,les diffrences des logiques biologique et affective sont rvles encore par l'tude des phnomnes varis1 confondus habituellement sous le nom d'instinct4 ,bergson a raison de sparer l'instinct de l'intelligence1 mais il n'a que partiellement raison4 ,une foule d'instincts sont des habitudes intellectuelles ou affectives accumules par l'hrdit4 ,pour les phnomnes biologiques1 non seulement les plus simples comme la faim et l'amour1 mais encore ceux fort compliqus observs chez les insectes1 la sparation avec l'intelligence semble complte4 ,l'tude de certaines formes d'instincts est extrmement difficile4 ,pour y jeter quelque lumire il faut dlaisser toutes les ides de la psychologie classique4 ,on doit admettre1 en effet1 que par des procds inconnus mais indniables puisque nous les constatons1 les cratures les plus infrieures peuvent agir dans certains cas comme le ferait l'homme guid par une raison trs haute4 ,et cette raison n'apparat pas seulement chez des tres relativement levs1 tels que les insectes1 mais dans un organisme aussi primitif que celui de ces monocellulaires1 sans sexe et sans forme1 qui marquent l'aurore de la vie4 ,une amibe1 c'est--dire un simple globule de protoplasma1 voulant s'emparer d'une proie1 excute des actes adapts au but remplir1 et variant suivant les circonstances1 comme si cette bauche d'tre pouvait effectuer certains raisonnements4 ,en constatant les soins minutieux pris par certains insectes pour protger les ufs d'o sortiront des larves d'une forme trs diffrente de la leur et que le plus souvent ils ne verront jamais1 ,darwin dclarait3 qu'il est infructueux de spculer sur ce sujet4 ,les lois de la logique biologique demeurent incomprhensibles assurment1 mais nous devons soigneusement en constater les effets pour montrer qu'ils ne sont nullement conditionns par cette sorte de force aveugle laquelle on applique le terme d'instinct4 ,rien de plus clairvoyant1 au contraire1 que les enchanements de la logique biologique4 ,son mcanisme reste ignor1 mais le sens de son effort est accessible4 ,il a toujours pour but de crer chez l'individu les moyens ncessaires soit sa perptuit1 soit son adaptation aux conditions extrieures4 ,ces moyens sont d'une ingniosit qui nous dpasse4 ,de nombreux naturalistes1 ,blanchard1 ,fabre1 etc41 ont montr la perfection des actes des insectes1 comme aussi leur discernement et leur aptitude changer de conduite avec les circonstances4 ,ils savent1 par exemple1 modifier la qualit des matires alimentaires prpares pour leurs larves1 suivant qu'elles doivent tre mles ou femelles4 ,certains insectes nullement carnivores1 mais dont les larves ne peuvent se nourrir que de proies vivantes1 les paralysent1 de faon qu'elles puissent attendre sans se dcomposer l'closion des tres qui les dvoreront4 ,dterminer une paralysie semblable serait une opration difficile pour un anatomiste exerc4 ,elle n'embarrasse cependant jamais l'insecte4 ,il sait attaquer les seuls coloptres dont les centres nerveux moteurs soient rapprochs jusqu' se toucher1 ce qui permet de provoquer la paralysie d'un seul coup d'aiguillon4 ,parmi le nombre immense des coloptres1 deux groupes seulement1 les ,charanons et les ,buprestes1 remplissent ces conditions4 ,fabre reconnat qu' l'instinct gnral de l'insecte le dirigeant dans les actes immuables de son espce se superpose quelque chose de conscient et de perfectible par l'exprience4 ,n'osant appeler cette aptitude rudimentaire intelligence1 titre trop lev pour elle1 je l'appellerai1 dit-il1 discernement4 ,ce que ,fabre qualifie discernement produit des rsultats qu'atteindrait bien difficilement le savant le plus habile4 ,aussi est-il oblig de conclure que3 l'insecte nous merveille et nous pouvante par sa haute lucidit4 ,de nombreux faits de mme ordre observs chez les fourmis et les abeilles par un savant acadmicien1 ,gaston ,bonnier1 l'ont conduit attribuer aux insectes une facult appele par lui le raisonnement collectif4 ,il montre les abeilles obissant rigoureusement aux injonctions dcrtes par le comit directeur de la ruche1 et variables suivant les renseignements rapports par les chercheuses1 dlgues tous les matins dans les environs4 ,parti de la ruche avec tel ou tel ordre1 l'insecte l'excute ponctuellement4 ,si1 par exemple1 le comit l'envoie chercher de l'eau dans un bassin1 vainement rpandrait-on ct des gouttes de sirop ou de miel1 l'insecte n'y touchera pas4 ,ceux prposs la rcolte du nectar ne s'occuperont pas de recueillir le pollen1 etc4 ,l'organisation sociale de ces petits tres est rigoureusement rgle4 ,une ruche1 dit le mme auteur1 offre un exemple parfait de la constitution galitaire du socialisme d'tat4 ,ni amour1 ni dvouement1 ni piti1 ni charit2 tout est immol la socit et sa conservation par un travail incessant4 ,pas de gouvernement1 pas de chefs1 une discipline sans subordination4 ,c'est l'idal du collectivisme ralis4 ,ces faits1 multiplis par l'observation1 embarrassent de plus en plus les adeptes de la vieille psychologie rationaliste4 ,on avait autrefois1 pour les interprter1 un mot prcieux1 l'instinct2 mais il faut bien constater que sous ce vocable us s'abrite tout un ordre de phnomnes profondment inconnus4 ,jadis1 l'instinct tait considr comme une sorte de facult immuable1 accorde par la nature aux animaux au moment mme de leur formation1 pour les guider travers les actes de la vie1 comme le berger mne son troupeau4 ,descartes jugeait les animaux de simples automates et cet automatisme merveilleux lui paraissait trs simple4 ,les animaux ayant t mieux tudis1 il fallut reconnatre la variabilit de ces instincts prtendus immuables4 ,l'abeille1 par exemple1 sait parfaitement transformer sa ruche ds que cela devient ncessaire4 ,dans une note intitule ,gradation et perfectionnement de l'instinct chez les gupes solitaires d',afrique1 insre dans les comptes rendus de l',acadmie des sciences du #ai octobre #aijh1 ,m4 ,roubaud montre entre les espces du genre synagris des diffrences des plus remarquables1 ce point qu'on y peut suivre les tapes principales d'une volution insouponne de l'instinct des solitaires vers celui des gupes sociales4 ,les nids d'abord solitaires1 avant de se rapprocher1 reprsentent sans doute la forme primitive des colonies de gupes sociales4 ,les faits observs chez les insectes1 se constatent galement chez des animaux suprieurs4 ,ils sont capables d'actes qui impliqueraient une science leve1 si la logique rationnelle devait les dicter4 ,tel par exemple l'emmagasinement d'une provision de force vive pour s'lever dans l'air sans travail4 ,ce rsultat est ralis par beaucoup d'oiseaux3 hirondelles1 faucons1 etc41 qui1 en poursuivant leurs proies1 descendent d'une grande hauteur4 ,ils replient alors leurs ailes1 se laissent tomber suivant une trajectoire parabolique et utilisent1 pour remonter dans l'atmosphre1 la force vive cre par leur chute4 ,elle est considrable1 tant reprsente par la moiti du produit de la masse par le carr de sa vitesse4 ,l'oiseau sait aussi capter l'nergie qu'il trouve dans les courants d'air descendants1 et s'adapter immdiatement par des mouvements appropris aux changements brusques de direction du vent4 ,le terme de logique biologique1 que nous avons cr1 ne saurait assurment constituer une explication1 mais il a du moins l'avantage de montrer que tous les actes1 prtendus instinctifs1 des animaux doivent tre soustraits ce domaine des forces aveugles o l'on avait essay de les enfouir jusqu'ici4 ,renoncer aux explications purement mcaniques comme celles de ,descartes1 c'est comprendre en mme temps qu'il existe une sphre immense de la vie psychique1 compltement inexplore1 et dont nous entrevoyons peine l'existence4 99 99 99 99 99 ,les faits qui prcdent semblent un peu loigns du but de cet ouvrage4 ,ils en constituent cependant une partie essentielle4 ,lorsque nous tudierons les facteurs de nos opinions et de nos croyances1 nous ne devrons pas oublier que sous la surface des choses se cache un monde de forces inaccessibles notre raison1 plus puissantes que cette raison et qui souvent la conduisent4 ,restant dans le domaine des vrits abordables1 nous rsumerons ce chapitre1 en disant que la logique biologique prcda toutes les autres et que la vie aurait t impossible sans elle4 ,si son action s'arrtait1 notre plante redeviendrait un morne dsert1 en proie aux forces aveugles de la nature1 c'est--dire aux forces non organises encore4 ,,chapitre ,,iii ,,la ,,logique ,,affective ,,et ,,la ,,logique ,,collective4 #a4--,la logique affective4 ,on a su distinguer depuis longtemps dans l'me humaine la sphre du sentiment et celle de la raison4 ,depuis une poque rcente seulement1 on parle de la logique des sentiments4 ,avant d'arriver diffrencier la logique intellectuelle et celle des sentiments1 il fallait d'abord reconnatre que la vie affective possde une existence autonome indpendante de la vie intellectuelle4 ,cette dernire apparut fort tard dans l'histoire du monde1 alors que l'existence affective et la logique qu'elle implique ont guid les tres vivants depuis les ges gologiques4 ,tous ont senti avant de connatre4 ,conduits seulement par la logique biologique et la logique affective1 les animaux ont parfaitement vcu et rempli leur destine4 ,une simple poule sait lever ses poussins1 les diriger1 leur apprendre se nourrir1 les protger contre leurs ennemis4 ,ces oprations sont un peu mprises des psychologues1 qui s'vitent ainsi les efforts ncessaires pour les comprendre4 ,lorsqu'on ne connaissait que la logique rationnelle1 tous nos jugements paraissaient d'origine purement intellectuelle4 ,il en est ainsi dans les questions scientifiques1 mais bien rarement dans les sujets usuels forms au cours de la vie journalire4 ,le plus souvent alors1 c'est la logique affective qui leur sert de base et devient ainsi notre vrai guide4 ,on constate de plus en plus l'exactitude de cette proposition fondamentale mesure que l'influence des lments affectifs est mieux comprise4 ,dans ce domaine clair par des lumires qui ne sont pas celles de la raison1 les choses s'enchanent suivant des rgles rigoureuses trs trangres notre logique rationnelle4 ,abandonne jusqu'ici aux fantaisies des romanciers et des potes1 la logique affective est destine jouer un rle prpondrant dans la psychologie de l'avenir4 ,comme le dit trs justement ,ribot1 la place des influences affectives dans la vie psychique est la premire4 ,la connaissance apparat non comme une matresse1 mais comme une servante4 #b4--;,comparaison de la logique affective et de la logique rationnelle4 ,les caractres respectifs de la logique rationnelle et de la logique affective vont tre mis en vidence par leur comparaison4 ,la logique rationnelle rgit le cycle de l'activit mentale consciente4 ,la logique affective domine celui de l'activit mentale inconsciente4 ,les enchanements de la logique affective tant inconscients1 l'volution de nos sentiments reste peu accessible4 ,nous sommes matres de notre vie intellectuelle1 non de notre vie affective4 ,sympathie et antipathie se rfrnent mais ne se commandent pas4 ,logique affective et logique rationnelle sont trop distinctes pour avoir une commune mesure4 ,il est donc impossible1 je l'ai dit dj1 d'exprimer exactement les lments affectifs en termes intellectuels4 ,la logique rationnelle ne saurait ni comprendre1 ni traduire1 ni juger les actes dicts par la logique des sentiments4 ,les mots par lesquels nous essayons de reprsenter les sentiments les traduisent fort mal4 ,ils n'y parviennent un peu que par voie d'association4 ,l'habitude de lier les sentiments au son de certains mots donne ces derniers le pouvoir d'voquer des reprsentations mentales affectives4 ,la musique1 vritable langage des sentiments1 les voque beaucoup mieux que les mots1 mais1 faute de prcision1 elle ne permet que des relations trs vagues entre les tres4 ,la logique affective ignorant la logique rationnelle1 impose le plus souvent une rsolution avant que cette dernire ait fini de dlibrer4 ,la premire ne tient compte ni des raisons1 ni des contradictions1 ni des principes4 ,la logique rationnelle s'appuie sur des lments objectifs tirs de l'exprience et de l'observation4 ,ces lments sont constitus par des faits prcis1 isols1 susceptibles de mesure4 ,la logique sentimentale n'a pour soutiens que des lments subjectifs forms en nous-mmes et dont aucune mesure ne permet d'apprcier exactement la valeur4 ,les reprsentations mentales conscientes que cre la logique affective demeurent pour cette raison toujours imprcises4 ,dans la logique rationnelle1 les ides peuvent s'associer suivant certaines rgles universellement admises4 ,dans la logique affective1 les sentiments se groupent gnralement en dehors de notre volont et selon un mcanisme prcis mais mal connu4 ,tout au plus pouvons-nous dire que certains sentiments en font surgir d'autres qui se combinent avec eux4 ,la douleur engendre la tristesse1 l'amour cre la joie1 la colre le dsir de la vengeance1 etc4 ,en raison de leur caractre objectif1 les rgles de la logique rationnelle sont appliques de la mme faon par tous les hommes arrivs un certain degr de culture4 ,c'est pourquoi1 sur les sujets scientifiques1 ils finissent toujours par s'accorder4 ,la logique affective varie au contraire d'un sujet un autre parce que les sentiments des individus sont fort diffrents4 ,dans tous les domaines qu'elle rgit3 croyances religieuses1 morales1 politiques1 etc41 l'accord est1 pour cette raison1 impossible4 ,les rgles de la logique affective ne pouvant tre universelles comme celles de la logique rationnelle1 un trait de logique affective vrai pour un individu ou une certaine catgorie d'individus ne le serait pas pour les autres4 ,un livre de logique rationnelle possde au contraire une valeur invariable pour tous4 ,les considrations prcdentes montrent que les mmes choses envisages du point de vue de la logique intellectuelle ou de la logique affective1 apparaissent ncessairement diffrentes4 ,l'erreur gnrale est de vouloir juger avec la raison des phnomnes rgis par la logique des sentiments4 ,bien que les lois de la logique affective soient trs peu connues1 l'exprience a enseign certaines rgles empiriques souvent utilises par les grands orateurs4 ,sans perdre leur temps enchaner des raisons capables tout au plus de convaincre sans faire agir1 ils veilleront progressivement des motions1 s'ingnieront les varier1 sachant fort bien que la sensibilit produite par un excitant dtermin s'puise vite4 ,par des gradations habiles1 des mots vocateurs1 des gestes1 des intonations1 ils forment l'atmosphre sentimentale o leurs conclusions pourront tre acceptes4 ,les sentiments constituant les vrais mobiles de nos actions1 il est tout naturel que leur logique nous conduise4 ,en soulevant les passions des hommes1 on change leur conduite4 ,en subjuguant les curs1 on contraint les volonts4 ,la seule utilit de la logique rationnelle pour un orateur consiste crer des cadres lui permettant d'ordonnancer ses discours4 ,les lments affectifs interviennent perptuellement dans nos conceptions du monde et sont la base de nos ides morales1 religieuses1 politiques et sociales4 ,les vrits scientifiques elles-mmes en sont imprgnes dans leurs thories4 ,la logique affective ne nous gouverne pas heureusement toujours4 ,par un mcanisme que nous tudierons bientt1 la logique intellectuelle russit dominer quelquefois ses impulsions4 ,domination peu facile d'ailleurs1 puisque aprs des accumulations de sicles elle est faible encore4 ,on voit nanmoins le chemin parcouru en constatant par l'tude des sauvages ce que furent les primitifs domins par la sentimentalit pure4 ,ces primitifs1 sur lesquels la logique intellectuelle est sans prise1 obissent toutes leurs impulsions4 ,ds que la faim les pousse1 ils se prcipitent sur leur proie4 ,inspirs par la haine1 ils se ruent sur leur ennemi4 ,telle tait l'existence des premiers hommes que les philosophes de la ,rvolution nous offraient pour modles4 #c4--,la logique collective4 ,la logique affective est un des soutiens de la logique collective4 ,nous n'tudierons pas maintenant cette dernire1 devant nous en occuper dans le chapitre consacr aux opinions et aux croyances collectives4 ,nous rappellerons seulement que logique affective et logique collective ne peuvent tre confondues1 la dernire ne se manifestant que dans les foules et pouvant provoquer des actes contraires ceux inspirs par la logique affective4 99 99 99 99 99 ,on verra plus loin comment l'me collective momentanment cre par une foule reprsente un agrgat trs spcial o l'impossible n'existe pas1 o la prvoyance est ignore1 o la sensibilit apparat toujours hypertrophie et o la logique rationnelle est entirement dpourvue d'action4 ,nous venons de montrer dans ce chapitre1 que la logique affective constitue1 avec la logique mystique qui va tre tudie maintenant1 le vrai mobile de nos actes4 ,pour agir1 il faut d'abord sentir4 ,ds que nous avons senti1 cette logique intervient4 ,son influence domina tous les ges4 ,trs tard seulement1 l'homme apprit se soustraire un peu sa puissance4 ,l'heure n'a pas sonn encore o la logique rationnelle dominera la logique affective au lieu d'tre domine par elle4 ,,chapitre ,,iv ,,la ,,logique ,,mystique4 #a4--,les caractristiques de la logique mystique4 ,la logique rationnelle est une logique consciente qui apprend raisonner1 dlibrer1 faire des dmonstrations et des dcouvertes4 ,la logique des sentiments est une logique inconsciente1 source habituelle de notre conduite et dont les enchanements chappent le plus souvent l'action de l'intelligence4 ,la logique mystique1 dont nous allons nous occuper maintenant1 correspond une tape suprieure de la vie mentale4 ,les animaux ne la connaissent pas1 alors qu'ils possdent un grand nombre de nos sentiments4 ,infrieure la logique rationnelle1 phase d'volution plus leve encore1 la logique mystique a jou cependant un rle prpondrant dans l'histoire des peuples par les croyances qu'elle engendra4 ,elle est l'origine d'interprtations1 trangres la raison1 sans doute1 mais qui constiturent de puissants mobiles d'action4 ,si la logique rationnelle avait remplac jadis la logique mystique1 le cours de l'histoire et chang4 ,ainsi que la logique affective1 la logique mystique accepte les contradictions1 mais n'est pas inconsciente comme la premire et implique souvent une dlibration4 ,le critrium qui nous a servi classer les diverses formes de la logique1 l'action1 montre nettement la distinction entre la logique mystique et la logique affective4 ,cette dernire1 en effet1 inspire souvent des actes contraires nos intrts les plus vidents1 que ne dicterait jamais la logique des sentiments4 ,l'histoire politique des peuples en contient de nombreux exemples1 et leur histoire religieuse davantage encore4 ,sans doute1 dans des cas analogues ceux auxquels je fais allusion et o l'on voit s'vanouir des tats affectifs aussi forts que la pudeur et l'amour maternel1 il est possible d'objecter que cet vanouissement peut rsulter de la simple substitution d'un sentiment un autre4 ,mais quelle est alors la cause de cette substitution8 ,il ne faut assurment pas la chercher dans la logique rationnelle1 car aucune raison ne conseillerait des actes semblables4 ,il faut la chercher moins encore dans la logique affective4 ,on doit donc forcment invoquer un mcanisme psychologique diffrent4 ,c'est ce mcanisme qui constitue la logique mystique4 ,en examinant son rle dans l'histoire de la civilisation1 nous verrons apparatre plus clairement encore les divergences qui la sparent de la logique affective4 ,dans la logique mystique1 les causes naturelles--les seules acceptes par la logique rationnelle--sont remplaces par les volonts capricieuses d'tres ou de forces suprieures intervenant dans tous nos actes et qu'il faut redouter et se concilier4 ,la logique mystique rgna exclusivement dans la phase primitive de l'humanit1 et malgr les progrs de la logique rationnelle1 son influence est trs vivante encore4 ,le pouvoir de la logique mystique s'observe surtout chez des esprits qu'on a justement qualifis de mystiques1 terme qui nous a servi dfinir leur logique4 ,la mentalit mystique se rvle par l'attribution un tre1 un objet dtermin ou une puissance ignore1 d'un pouvoir magique indpendant de toute action rationnelle4 ,les consquences de cette mentalit varieront suivant les esprits4 ,pour les uns elle servira de soutien des croyances religieuses dfinies1 aux contours prciss sous forme de divinits4 ,pour d'autres1 les forces suprieures demeureront vagues mais galement puissantes4 ,l'esprit mystique se manifestera alors par une superstition quelconque4 ,un athe peut tre aussi mystique qu'un parfait dvot4 ,il l'est mme souvent davantage4 ,on fait preuve d'esprit mystique en attribuant une amulette1 un nombre1 une eau miraculeuse1 un plerinage1 une relique1 certaines proprits surnaturelles4 ,il se manifeste encore en supposant telle ou telle institution politique ou sociale le pouvoir de transformer les hommes4 ,le mysticisme change sans cesse de forme1 mais il garde pour fond immuable le rle attribu des pouvoirs mystrieux4 ,le temps qui fait varier l'objet du mysticisme le laisse intangible4 ,indiffrent toute critique1 le mysticisme engendre chez ses adeptes une crdulit illimite4 ,beaucoup d'hommes qui se qualifient de libres penseurs parce qu'ils rejettent les dogmes religieux1 croient fermement aux pressentiments1 aux prsages1 la puissance magique de la corde de pendu ou du nombre treize4 ,pour eux1 le monde est peupl de choses portant bonheur ou malheur4 ,pas de joueurs dont la conviction sur ce point ne soit solidement tablie4 ,la foi du mystique tant sans bornes1 aucune absurdit rationnelle ne peut le choquer4 ,il est impermable la raison1 l'observation et l'exprience4 ,l'insuccs de ses prvisions ne lui prouve rien1 les puissances surnaturelles invoques tant par dfinition capricieuses et ne subissant aucune loi4 ,a mesure que l'homme se civilise1 l'esprit mystique1 universel chez tous les sauvages1 se circonscrit graduellement et se localise certains sujets4 ,pour ces derniers1 la mentalit du civilis ne se distingue gure de celle du primitif1 car aucun argument scientifique n'branle leur foi4 ,ce fait d'observation contribuera nous faire saisir la gense des croyances occultistes adoptes par certains savants minents4 ,les progrs de la raison seront sans doute impuissants branler le mysticisme car il aura toujours pour refuge le domaine de l'au del inabordable la science4 ,les esprits curieux de cet au del sont naturellement innombrables4 #b4--,le mysticisme comme base des croyances4 ,c'est dans le mysticisme que germent les croyances religieuses et toutes celles qui1 sans porter ce nom1 revtent les mmes formes1 certaines croyances politiques notamment4 ,les consquences de la logique mystique s'observent surtout chez les sauvages4 ,dnus de toute notion de lois naturelles1 ils vivent dans un monde peupl d'esprits qu'on doit sans cesse conjurer4 ,derrire chaque ralit visible1 ils supposent toujours une puissance invisible qui la dtermine4 ,chez l'homme civilis1 les croyances sont moins rudimentaires parce que la notion de lois ncessaires lui est impose par toute son ducation4 ,il ne saurait les nier mais admet cependant que des prires peuvent dterminer les puissances surnaturelles en arrter l'action4 ,la logique mystique et la logique rationnelle subsistent ainsi parfois simultanment dans le mme esprit sans se pntrer4 ,la crdulit du vrai croyant est gnralement illimite et aucun miracle ne pourrait le surprendre puisque la puissance du ,dieu qu'il invoque est infinie4 ,on voit dans la cathdrale d',oviedo un coffret1 qui1 dit la notice distribue aux visiteurs1 fut instantanment transport de ,jrusalem travers les airs4 ,il contient3 du lait de la mre de ,j4-,c42 les cheveux dont sainte ,madeleine essuya les pieds du ,sauveur1 la verge avec laquelle ,mose divisa la mer ,rouge1 le portefeuille de saint ,pierre1 etc4 ,ce document1 analogue des milliers d'autres1 montre quel point le ftichisme mystique est toujours vivant4 ,si nous considrons qu'il reste indpendant de la qualit de son objet1 nous mettrons dans la mme famille le gri-gri du ngre1 la relique enferme dans le coffret d'or d'une majestueuse cathdrale et la corde de pendu4 ,on doit les regarder avec une sympathie indulgente1 d'abord parce qu'ils sont des crateurs d'esprance de bonheur1 et ensuite parce qu'ils correspondent certains besoins indestructibles de l'esprit4 ,en suivant l'action de la logique mystique travers tous les lments de l'existence sociale1 nous la verrions s'exercer dans les arts1 la littrature1 la politique et mme jusque dans l'art de gurir4 ,l'poque littraire1 dite romantique1 en est une manifestation4 ,les artistes n'ont gure que des convictions mystiques4 ,les mthodes de l'analyse rationnelle restent gnralement ignores d'eux4 ,mais c'est en politique surtout qu'apparat l'influence de l'esprit mystique4 ,radicaux1 anticlricaux1 francs-maons1 et tous les sectaires de nuances extrmes1 vivent en plein mysticisme4 ,la classe ouvrire est domine galement par un mysticisme intense4 ,les rgions o la science a pu pntrer demeurant trs limites alors que nos aspirations sont sans bornes1 la logique mystique dominera sans doute l'humanit longtemps encore4 ,cratrice des lois1 des coutumes1 des religions1 elle fit surgir toutes les illusions qui guidrent l'humanit jusqu'ici4 ,son pouvoir est assez grand pour transformer l'irrel en rel4 ,sous son action1 des millions d'hommes connurent la joie1 la douleur ou l'esprance4 ,tout idal est sorti de son sein4 ,logique mystique1 logique sentimentale et logique rationnelle reprsentent trois formes de l'activit mentale irrductibles l'une l'autre4 ,inutile1 par consquent1 de les mettre en conflit4 ,,chapitre ,v ,,la ,,logique ,,intellectuelle4 #a4--,les lments fondamentaux de la logique intellectuelle4 ,la logique intellectuelle a fait l'objet d'crits innombrables d'utilit d'ailleurs mdiocre4 ,si nous en parlons ici1 c'est d'abord qu'elle joue quelquefois un certain rle dans la gense des opinions1 et ensuite1 pour bien prciser encore en quoi elle diffre des autres formes de logiques tudies dans les prcdents chapitres4 ,commenons par indiquer quelques-uns des lments sur lesquels est fond l'exercice de la logique rationnelle3 la volont1 l'attention et la rflexion4 ,la volont4--,elle est la facult de se dterminer un acte et comprend gnralement trois phases3 dlibration1 dtermination1 excution4 ,une dtermination s'appelle volition2 une rsolution se qualifie aussi de dcision4 ,la volont est la fois d'origine affective et rationnelle4 ,d'origine affective parce que tous les mobiles de nos actes ont un substratum affectif4 ,d'origine rationnelle parce que1 grce l'attention et la rflexion1 nous pouvons combiner dans l'esprit des reprsentations mentales capables de s'annuler4 ,contrairement ce qu'enseigne la psychologie1 nous dirons que la volont peut tre consciente ou inconsciente4 ,les volonts inconscientes sont mme les plus fortes4 ,les animaux n'en possdent pas d'autres1 et la plupart des hommes galement4 ,si l'on constate difficilement les formes inconscientes de la volont1 c'est que la raison intervenant aprs coup pour expliquer les actes accomplis1 on s'imagine qu'elle les a dicts4 ,descartes1 suivi en cela par plusieurs philosophes modernes1 faisait de la volont une sorte d'entit oppose l'intelligence et constituant le principe de nos croyances4 ,croire1 suivant lui1 c'est donner ou refuser volontairement son assentiment une ide propose par l'intelligence4 ,cette thorie1 trs dfendue encore1 sera combattue dans cet ouvrage1 o j'espre montrer que la croyance n'est presque jamais volontaire4 ,aristote se rapprochait beaucoup plus que ,descartes des ides exposes ici1 lorsqu'il fondait sa psychologie sur la distinction entre les facults sensitives et les facults intellectuelles4 ,de leur combinaison rsultait pour lui la volont4 ,elle serait ainsi un effet et non plus une cause4 ,aristote1 on le voit1 opposait la sensibilit l'intelligence alors que ,descartes dressait devant elle la volont4 ,loin de reprsenter des subtilits vaines ces distinctions sont1 au contraire1 importantes4 ,la thorie1 toujours prdominante1 que la croyance est volontaire et rationnelle repose sur des concepts analogues ceux de ,descartes4 ,l'attention4--,l'attention est l'acte par lequel1 sous l'action d'un excitant ou de la volont1 l'esprit se concentre sur un objet l'exclusion des autres1 ou sur la reprsentation mentale de cet objet1 ou encore sur les ides qu'il fait natre4 ,l'attention permet d'liminer des tats de conscience trangers et aussi d'isoler du chaos des choses le sujet qui nous intresse4 ,divers auteurs considrent l'attention comme une forme de la volont4 ,elle est srement sous la dpendance de la volont1 mais ne doit pas tre identifie avec elle4 ,l'attention ne saurait tre confondue davantage avec l'intelligence4 ,elle n'est qu'un des lments utiliss par cette dernire4 ,les objets qui nous entourent impressionnent tous nos sens4 ,si nous les percevions galement1 comme le fait l'objectif photographique par exemple1 le cerveau serait encombr d'images inutiles4 ,grce l'attention1 nous ne percevons les choses1 que proportionnellement nos besoins1 et pouvons concentrer sur un seul sujet toute notre capacit intellectuelle sans la dissminer au hasard4 ,les animaux sont capables d'attention1 mais cette facult est chez eux toujours involontaire1 alors que chez l'homme elle peut tre volontaire4 ,de son dveloppement rsulte en grande partie notre puissance intellectuelle4 ,l'enfant1 le sauvage possdent trs peu d'attention volontaire4 ,plus l'homme est susceptible d'attention1 et par consquent de rflexion1 plus sa force intellectuelle est considrable4 ,un ,newton sans grande capacit d'attention n'est pas concevable4 ,l'intuition gniale qui apparat brusquement1 a toujours t prcde d'une attention patiente et d'une longue rflexion4 ,la rflexion4--,la naissance de la rflexion engendre chez l'homme la facult de raisonner4 ,elle est constitue par l'aptitude ramener dans l'esprit et fixer au moyen de l'attention les reprsentations mentales drives des sensations ou des mots qui en sont les signes4 ,on peut alors les combiner1 les comparer et former ainsi des jugements4 ,ils nous font connatre non pas les choses en elles-mmes1 mais leurs rapports1 seul but accessible de la science4 ,l'aptitude rflchir implique toujours l'aptitude l'attention4 ,capacit d'attention faible comporte facult de rflexion mdiocre4 ,la rflexion permet de raisonner convenablement1 condition que les logiques affective et mystique n'interviennent pas4 ,ds que les sujets sur lesquels on veut raisonner tombent dans le champ de la croyance1 la rflexion perd son pouvoir critique4 #b4--,rle de la logique rationnelle4 ,la logique rationnelle procde en associant par la rflexion1 et suivant le mcanisme prcdemment indiqu1 des reprsentations mentales ou les mots qui les traduisent4 ,elle fut considre longtemps comme base de nos croyances4 ,nous admettons au contraire que la logique rationnelle n'en a engendr aucune4 ,son seul rle possible est d'achever de les branler lorsqu'elles ont t uses par le temps4 ,mais si le rle de la logique rationnelle est nul dans la gense de la croyance1 il est capital au contraire dans la constitution de la connaissance4 ,tout l'difice des sciences et le colossal dveloppement1 de l'industrie moderne qui en a t la consquence1 reposent sur elle4 ,on ne saurait donc exagrer sa puissance1 mais il faut cependant savoir reconnatre aussi les limites qu'elle n'a pas dpasses encore4 ,les phnomnes de la vie et de la pense lui demeurent toujours ferms4 ,son domaine est celui de la matire brute1 c'est--dire momentanment stabilise par la mort ou par le temps4 ,sur les phnomnes reprsentant un coulement constant comme la vie1 elle n'a projet que de trs incertaines lumires4 ,la science rgnant visiblement sans rivale dans le domaine de la connaissance1 on a cru longtemps que la logique intellectuelle d'o elle drive servirait expliquer la gense et l'volution des croyances4 ,cette erreur a persist pendant des sicles et la psychologie commence en sortir peine4 ,l'observation aurait d montrer cependant que les tres agissent avant de raisonner et de comprendre1 et1 par consquent1 qu'ils sont guids dans leurs actes par d'autres formes de logiques4 ,pntr de cette vidence1 sur laquelle je reviens souvent parce qu'elle est fort neuve encore1 on reconnat que la logique rationnelle joue un rle assez secondaire dans la vie des individus et des peuples4 ,il n'est pas ncessaire de raisonner pour agir1 et moins encore de comprendre4 ,le plus modeste insecte agit comme il le doit1 sans se proccuper de notre logique4 ,la comprhension et la raison sont des formes de l'activit des tres tout fait indpendantes de l'action4 ,elles ne font souvent que l'entraver en montrant trop ses dangers4 ,grce leurs impulsions affectives et mystiques1 les hommes les plus ordinaires peuvent agir sans rien souponner de la gense de leurs actes4 ,inutile d'essayer sur eux des arguments d'ordre intellectuel4 ,leur faible facult de comprhension les fait considrer avec un mpris catgorique tout ce qui les dpasse4 ,vouloir leur inculquer certaines ides rationnelles serait imiter l'enfant cherchant introduire une orange dans un d coudre4 ,il faut savoir mesurer la capacit1 gnralement restreinte1 du d crbral des individus et des peuples avant de chercher y introduire quelques vrits rationnelles4 ,le rle de la logique rationnelle dans le gouvernement des peuples fut toujours trs faible et ne se manifeste gure que dans les discours4 ,ce n'est pas1 je le redis1 la raison1 mais le sentiment qui les meut et par consquent qui les mne4 ,pour mouvoir1 il faut mouvoir4 ,nous montrerons bientt que1 dans la lutte entre la logique rationnelle et la logique affective1 la premire est presque toujours vaincue4 ,les psychologues arrivent le reconnatre de plus en plus3 ,supposer1 crit ,ribot1 qu'une ide toute nue1 toute sche1 qu'une conception abstraite sans accompagnement affectif1 semblable une notion gomtrique1 ait la moindre influence sur la conduite humaine est une absurdit psychologique4 ,l'heure est lointaine o le monde sera conquis par le raisonnement philosophique4 ,il a toujours t1 au contraire1 jusqu'ici boulevers par des croyances mprises de la logique rationnelle1 mais qu'elle reste impuissante combattre4 #c4--,tardive apparition de la logique rationnelle4 ,elle n'est pas l'uvre de la nature1 mais a t cre contre la nature4 ,j'ai dj fait observer que la logique rationnelle tait apparue la dernire4 ,les autres formes de logiques suffirent guider tous les tres1 des ges gologiques presque jusqu' nos jours4 ,la logique rationnelle n'est nullement uvre de la nature1 mais de l'homme contre la nature4 ,grce cette cration de son intelligence1 il subit de moins en moins les forces qui l'enveloppent et russit chaque jour davantage les asservir4 ,ce fut l une capitale conqute4 ,pour reconnatre que la logique rationnelle n'est pas un produit de la nature1 mais une cration de l'homme contre la nature1 il faut observer que ses efforts consistent surtout lutter contre les actions naturelles4 ,totalement indiffrente au sort de l'individu1 la nature ne s'occupe que de celui de l'espce4 ,devant elle tous les tres sont gaux4 ,l'existence du plus pernicieux microbe est entoure d'autant de soins que celle du plus grand gnie4 ,grce l'acquisition de la logique rationnelle1 nous avons pu combattre les lois froces de l'univers et arriver parfois en triompher4 ,le vritable but de la science est cette lutte constante contre les iniquits naturelles4 ,nous ne les subissons dj plus que jusqu'aux limites prcises o s'arrte notre connaissance4 ,le jour o les mcanismes des logiques biologique et affective seront connus1 nous saurons les dominer entirement4 ,l'homme aura alors la puissance attribue ses anciens dieux4 ,la science n'en est pas videmment encore l4 ,elle en reste mme fort loin4 ,quoique circonscrivant un peu plus chaque jour le fatal pouvoir de la nature1 nous sommes bien obligs de la subir en nous y adaptant4 ,ce pouvoir immense est peut-tre plus grand encore que la science ne le suppose4 ,nous subissons la nature1 mais ne subirait-elle pas elle-mme1 suivant le mot attribu par ,eschyle ,promthe enchan sur son rocher1 les ncessits qui rglent le destin et auxquelles les dieux eux-mmes doivent obir8 ,la ,philosophie n'est pas assez avance pour rpondre de telles questions4 ,,livre ,,iv ,,les ,,conflits ,,des ,,diverses ,,formes ,,de ,,logiques ,,chapitre ,i ,,le ,,conflit ,,des ,l,,ments ,,affectifs1 ,,mystiques ,,et ,,intellectuels4 #a4--,les conflits des diverses logiques dans la vie journalire4 ,les facteurs des opinions et des croyances sont interprts par les diverses formes de logiques que nous avons dcrites4 tant diffrentes1 elles doivent entrer souvent en conflit4 ,comment se rsout ce conflit8 ,en fait1 il ne se manifeste qu'exceptionnellement4 ,dans la vie journalire s'tablit une sorte d'quilibre entre les impulsions contraires des diverses logiques et suivant le temps1 le milieu et le moment1 notre mentalit se laisse dominer par l'une ou par l'autre4 ,l'quilibre que nous venons d'indiquer n'est pas une fusion1 mais une superposition des diverses formes de logiques conservant chacune leur action indpendante4 ,cette superposition de logiques dissemblables1 chez le mme individu1 donne immdiatement la solution d'un problme toujours embarrassant4 ,comment des esprits suprieurs1 habitus des mthodes scientifiques rigoureuses1 peuvent-ils accepter des croyances religieuses1 politiques1 spirites1 occultistes1 etc41 qui1 devant la logique rationnelle dgage de tout lment tranger1 ne supportent pas l'examen8 ,la rponse est1 en ralit1 bien simple4 ,dans leurs conceptions scientifiques1 ces esprits sont guids par la logique rationnelle4 ,dans leurs croyances1 ils obissent aux lois de la logique mystique ou de la logique affective4 ,un savant passe de la sphre de la connaissance celle de la croyance1 comme il changerait de demeure4 ,l'erreur dont il est souvent victime consiste vouloir appliquer aux interprtations des logiques mystique ou affective les mthodes de la logique intellectuelle1 afin de baser scientifiquement ses croyances4 ,l'quilibre entre les diverses formes de logiques tant rompu1 elles entrent en lutte4 ,rarement1 dans ce conflit1 la logique rationnelle l'emporte4 ,elle se laisse assez facilement torturer1 d'ailleurs1 pour se mettre au service des plus enfantines conceptions4 ,c'est pourquoi1 en matire de croyance1 religieuse1 politique ou morale1 toute contestation est inutile4 ,discuter rationnellement avec autrui une opinion d'origine affective ou mystique n'a d'autre rsultat que de l'exalter4 ,la discuter avec soi-mme ne l'branle pas davantage1 sauf quand elle est arrive un degr d'usure lui ayant retir sa force4 ,les rsultats d'une lutte entre la logique mystique et la logique rationnelle ne sauraient mieux tre mis en vidence que par l'exemple de ,pascal1 examin en dtail dans un autre chapitre de cet ouvrage4 ,il serait inutile d'y insister maintenant4 ,nous nous bornerons donc1 dans ce qui va suivre1 tudier le conflit entre la logique affective et la logique rationnelle4 ,la lutte est moins ingale que dans le cas prcdent1 l'intelligence pouvant1 par divers artifices1 non pas lutter directement contre les sentiments1 mais opposer des sentiments des sentiments pour essayer de dominer ceux qu'elle veut combattre4 #b4--;,conflit des lments affectifs et intellectuels4 ,action des ides sur les sentiments4 ,les sentiments qui nous mnent agissent beaucoup sur les ides1 alors que ces dernires agissent assez peu sur eux4 ,l'ide n'est gnralement que la conclusion d'un sentiment dont l'volution demeure inconsciente et1 par consquent1 ignore4 ,c'est justement parce que cette vie des sentiments reste inconnue que l'intelligence a une si faible action sur elle4 ,il suffit de nous observer pour connatre quel point nos facults affectives voluent en dehors de notre volont4 ,elles prsentent une sorte de germination lente1 analogue celle fort bien dcrite par le pote philosophe ,sully ,prudhomme1 dans son clbre sonnet le ,vase bris4 ,un mot1 un geste1 presque insignifiants sur le moment1 peuvent la longue transformer l'amiti en indiffrence1 quelquefois mme en antipathie4 ,le vritable rle de l'intelligence sur l'agrgat de sentiments qui forment le caractre est d'en isoler quelques-uns1 les intensifier par le moyen d'une reprsentation mentale soutenue1 et les rendre ainsi capables de dominer certaines impulsions4 ,elle peut arriver1 par cette prdominance d'un tat affectif sur un autre1 lever l'individu au-dessus de lui-mme1 au moins momentanment4 ,grce son pouvoir d'associer les reprsentations mentales affectives et intellectuelles1 l'intelligence peut donc parfois utiliser des sentiments1 comme un architecte1 avec les mmes pierres1 saura construire des difices divers4 ,cette action de l'intelligence sur les sentiments n'est pas illimite et semble mme assez restreinte4 ,l'observation montre1 en effet1 que si ces derniers sont trs intenses1 la premire perd tout pouvoir4 ,la puissance de certains sentiments peut devenir telle1 que1 non seulement l'intelligence1 mais encore les intrts les plus vidents de l'individu restent sans influence4 ,nous en donnerons plusieurs exemples dans le chapitre des croyances4 ,si les sentiments ne se transforment pas directement en ides1 ils sont cependant des crateurs d'ides1 vocatrices leur tour d'autres sentiments4 ,c'est ainsi que tout en conservant leur indpendance1 ces deux sphres de l'activit mentale agissent constamment l'une sur l'autre4 ,les ides exercent donc1 bien qu'indirectement1 une action indniable sur notre vie individuelle et collective2 mais1 je le rpte1 leur rle n'est possible qu' la condition de s'appuyer sur un substratum affectif4 ,les ides surgissant des sentiments1 les luttes entre ides ne sont1 en ralit1 que des luttes entre sentiments4 ,les peuples1 qui semblent combattre pour des ides1 luttent pour les sentiments dont ces ides drivent4 ,les tats affectifs qui n'ont pas occasion de s'extrioriser perdent1 non leur existence1 mais leur force1 comme tous les organes sans usage4 ,ainsi les fonctions1 remplies jadis par les noblesses anglaise et franaise1 maintenaient des qualits de caractre qui disparurent avec la cessation des fonctions4 ,ces classes sociales ayant perdu leurs qualits morales1 sans acqurir l'intelligence1 qu'elles n'avaient pas eu occasion d'exercer1 devinrent infrieures aux classes domines jadis4 ,il tait donc invitable que l'influence de la noblesse1 aprs avoir t dtruite en ,france par la ,rvolution1 soit aujourd'hui trs branle en ,angleterre4 ,cette loi1 trop ignore de nos ducateurs1 qu'un sentiment non exerc s'tiole1 parat d'une application gnrale4 ,l'histoire des peuples en fournit maints exemples4 ,nos instincts guerriers1 si dvelopps l'poque de la ,rvolution et de l',empire1 ont fini par faire place un pacifisme et un anti-militarisme chaque jour plus rpandu1 non seulement dans les masses1 mais encore chez les intellectuels4 ,il en rsulte cet trange contraste3 mesure que les nations deviennent plus pacifiques1 leurs gouvernements ne cessent d'augmenter les armements4 ,la raison de cette apparente anomalie est simple4 ,les individus obissent leur gosme personnel2 alors que les gouvernants sont obligs de se proccuper de l'intrt collectif4 ,mieux clairs que les foules et leurs rhteurs1 ils savent1 par de sculaires expriences1 que toute nation qui s'affaiblit est bientt envahie et pille par ses voisins#e4 ,les nations modernes n'ont pas plus chapp cette loi que leurs devancires des civilisations antiques4 ,polonais1 ,turcs1 gyptiens1 ,serbes1 etc41 n'ont vit les invasions destructives qu'en se laissant dpouiller de tout ou partie de leurs territoires4 #e ,le chancelier de l'empire d',allemagne a fort bien exprim cette vrit dans un discours prononc en mars #aiaa devant le ,reichstag et dont voici un extrait3 ,la question du dsarmement est1 pour tout observateur srieux1 insoluble1 autant que les hommes resteront des hommes et les tats des tats4 ,quoi que fassent les faibles1 ils seront toujours la proie des forts4 ,le peuple qui ne veut pas dpenser pour son armement tombe au deuxime rang et un plus fort prend sa place4 ,comme l'a trs bien fait remarquer le mme homme d'tat les dispositions d'o peuvent natre aujourd'hui la guerre ont leurs racines dans des sentiments populaires qui se laissent influencer facilement4 ,l'volution ou mieux la transposition des sentiments1 dont nous venons de montrer quelques consquences1 s'opre sous des influences varies4 ,le milieu social est une des plus importantes4 ,pour s'y adapter1 l'individu est forc de laisser sommeiller certains tats affectifs et d'en utiliser d'autres que l'exercice fortifie constamment4 ,tel devrait tre le rle d'une ducation bien entendue1 c'est--dire soucieuse de dvelopper les qualits fondamentales du caractre1 et notamment l'initiative1 le courage et la volont1 que d'autres sentiments naturels peuvent contre-balancer4 ,en s'opposant l'initiative1 la crainte des responsabilits l'annule2 entrav par l'gosme individuel1 le dvouement l'intrt collectif s'vanouit bientt1 etc4 #c4--,lutte des sentiments contre les sentiments4 ,les actions inhibitrices4 ,tous les primitifs3 sauvages1 animaux1 etc41 tendent constamment laisser agir leurs instincts4 ,cependant1 ds que les premiers vivent en tribu et que les seconds sont domestiqus1 la ncessit leur apprend en refrner quelques-uns4 ,ils n'y parviennent qu'en opposant un sentiment trs fort1--crainte du chtiment1 espoir de la rcompense1 par exemple1-- un autre sentiment dont on serait tent de suivre les impulsions4 ,l'aptitude dominer les impulsions affectives reprsente un lment fondamental de la civilisation4 ,aucune vie sociale n'est possible sans cette base essentielle de toute morale4 ,les actions inhibitrices maintenues par la coutume1 la morale et les codes reprsentent non une lutte entre les sentiments et la raison1 mais1 comme je l'ai montr1 entre des sentiments divers que la raison met en prsence4 ,les codes civils ou religieux ont toujours eu pour but principal d'exercer une action inhibitrice sur les manifestations de certains sentiments4 ,toute civilisation implique gne et contrainte4 ,en apprenant1 sous la loi rigoureuse des premires obligations sociales1 matriser un peu ses impulsions1 le primitif se dgagea de l'animalit pure et atteignit la barbarie4 ,forc de se refrner davantage1 il s'leva jusqu' la civilisation4 ,cette dernire ne se maintient qu'autant que persiste la domination de l'homme sur lui-mme4 ,pareille contrainte exige un effort de tous les instants4 ,il serait presque impossible si des habitudes que l'ducation peut fixer ne finissaient par le faciliter en le rendant inconscient4 ,suffisamment dveloppe1 la discipline interne peut arriver ainsi remplacer la discipline externe2 mais lorsqu'on n'a pas su crer l'une1 il faut se rsigner subir l'autre4 ,refuser l'une et l'autre1 c'est retourner aux ges de barbarie4 ,les sentiments nous mneront toujours1 mais aucune socit n'a pu subsister sans que ses membres apprissent les maintenir dans les limites au-dessous desquelles commencent l'anarchie et la dcadence4 ,les sentiments refrns par les ncessits sociales que codifient les lois ne sont pas pour cela dtruits4 ,dlivres de leurs entraves1 les impulsions naturelles primitives reparaissent toujours4 ,ainsi s'expliquent les violences qui accompagnent les rvolutions4 ,le civilis est retourn la barbarie4 ,,chapitre ,,ii ,,le ,,conflit ,,des ,,diverses ,,formes ,,de ,,logiques ,,dans ,,la ,,vie ,,des ,,peuples4 #a4--;,consquences de la destruction des actions inhibitrices des sentiments dans la vie sociale4 ,la ncessit de refrner les sentiments nuisibles la socit au moyen d'autres sentiments fixs par l'ducation1 la morale et les codes1 constitue1 nous venons de le dire1 le principe fondamental de la vie collective1 et jamais en vain les peuples le mconnaissent4 ,on ne libre pas des sentiments que le milieu social avait pniblement russi contenir1 sans crer de l'anarchie4 ,son premier symptme est un rapide accroissement de la criminalit1 tel que celui constat en ,france aujourd'hui4 ,il est favoris d'ailleurs par le dveloppement de l'humanitarisme1 qui paralyse la rpression et tend1 par consquent1 dtruire tous les freins4 ,notre dmocratie actuelle exprimente de plus en plus les consquences de la suppression de ces actions inhibitrices qui1 seules1 pouvaient contre-balancer les sentiments antisociaux4 ,la haine des supriorits et l'envie1 qui sont devenues ses flaux et menacent son existence1 drivent de sentiments trop naturels pour n'avoir pas subsist toujours4 ,mais1 dans les socits hirarchises du pass1 leur manifestation tait difficile4 ,ayant acquis aujourd'hui libre essor1 encourags sans cesse par des politiciens avides de popularit et des universitaires mcontents de leur sort1 ces sentiments exercent constamment leur dsastreuse tyrannie4 ,il a fallu une bien grande dissociation des actions inhibitrices1 peu prs fixes par l'hrdit1 pour qu'aient pu se produire des actes comme la rvolte des postiers1 celle des cheminots et finalement de plusieurs villes d'un grand dpartement4 ,ces dsagrgations sociales ne sont d'ailleurs devenues possibles que par les capitulations rptes de gouvernants1 domins par la faiblesse qu'engendre invitablement la peur4 ,devant l'impuissance des codes s'est progressivement cre cette notion1 qu'employer la menace et l'action directe tait un moyen sr pour faire plier des lois jadis considres comme inviolables4 ,et si les gouvernants en sont arrivs tant de lches concessions1 c'est par une mconnaissance profonde de certaines notions psychologiques qu'aucun homme d'tat ne devrait ignorer et que1 jadis1 ils n'ignoraient pas4 ,de ces notions1 une des plus fondamentales est la suivante3 ,une socit subsiste grce au maintien de cette conviction hrditaire1 qu'il faut respecter religieusement les lois sur lesquelles l'organisme social est fond4 ,la force que possdent les codes pour se faire obir est surtout morale4 ,aucune puissance matrielle ne russirait faire respecter une loi que tout le monde violerait4 ,si un gnie malfaisant voulait dtruire une socit en quelques jours1 il n'aurait qu' suggrer tous ses membres le refus d'obir aux lois4 ,le dsastre serait beaucoup plus grand qu'une invasion suivie de conqute4 ,un conqurant se borne gnralement1 en effet1 changer le nom des matres qui dtiennent le pouvoir1 mais son intrt est de conserver soigneusement les cadres sociaux dont l'action est toujours plus efficace que celle des armes4 ,dtruire la croyance dans la ncessit du respect des freins sociaux1 reprsents par les lois1 c'est prparer une rvolution morale infiniment plus dangereuse qu'une rvolution matrielle4 ,les monuments saccags se rebtissent vite1 mais1 pour refaire l'me d'un peuple1 il faut souvent des sicles4 ,nous avons dj subi de ces dsagrgations mentales divers ges de notre histoire1 et dans son livre sur ,jeanne d',arc1 ,hanotaux en a marqu une en termes frappants3 ,quand toute hirarchie est abolie1 quand le commandement a dissip lui-mme son autorit1 quand1 par ses fautes1 il a laiss se perdre le respect1 quand l'organisme social jonche la terre1 le champ est libre aux initiatives individuelles4 ,elles surgissent1 et1 selon les lois naturelles1 cherchent leur croissance et leur floraison dans la dliquescence des institutions dtruites4 ,les sectaires combattant la tradition au nom du progrs et rvant de dtruire la socit pour s'emparer de ses richesses1 comme ,attila rvait de piller ,rome1 ne voient pas que leur vie est un troit tissu d'acquisitions ancestrales sans lesquelles ils ne vivraient pas un seul jour4 ,on sait comment finissent toujours de pareilles tentatives4 ,il faudra cependant les subir encore sans doute1 puisque seule l'exprience rpte instruit4 ,les vrits formules dans les livres sont de vaines paroles4 ,elles ne pntrent profondment l'me des peuples qu' la lueur des incendies et au bruit des canons4 #b4--,les lments mystiques et affectifs dans la vie des peuples4 ,le rle de la logique rationnelle1 si prpondrant dans l'volution des sciences et parfois dans la vie des individus1 est extrmement faible dans l'existence des peuples4 ,sans doute1 n'examiner que la superficie des choses sans essayer de dcouvrir leurs ressorts cachs1 le rcit des faits parat infirmer la thse prcdente4 ,les historiens font perptuellement intervenir la raison dans leurs explications4 ,a s'en tenir uniquement aux temps modernes1 n'entend-on pas rpter partout que la ,rvolution eut pour origine les dissertations des philosophes et que son but principal fut le triomphe d'ides rationnelles8 ,a aucune poque1 en effet1 la raison ne fut tant invoque4 ,on arriva mme la difier et lui btir un temple4 ,en ralit1 il n'existe pas de priode o elle ait jou un plus faible rle4 ,on le dcouvrira srement lorsque1 dgags des atavismes qui nous aveuglent1 il deviendra possible d'crire une psychologie de la ,rvolution franaise4 ,mme ses dbuts1 la ,rvolution n'eut pour soutiens que des lments affectifs4 ,les bourgeois qui en furent les premiers instigateurs taient surtout guids par un sentiment de jalousie intense contre une classe qu'ils croyaient avoir gale4 ,sans doute1 le peuple ne songeait pas d'abord envier certaines situations trop loignes de lui pour qu'il esprt jamais les atteindre2 cependant il accueillit le mouvement rvolutionnaire avec enthousiasme4 ,sentiment bien naturel1 car la destruction lgale des contraintes sociales et les promesses qu'on faisait luire ses yeux lui ouvraient la perspective d'tre l'gal de ses anciens matres et de s'emparer de leurs richesses4 ,dans la devise rvolutionnaire1 rappele sur nos monnaies et sur nos murs1 un seul terme1 celui d'galit1 passionna les esprits comme il les passionne encore4 ,de fraternit on ne parle plus gure aujourd'hui1 la lutte des classes tant devenue la devise des temps nouveaux4 ,quant la libert1 les foules n'en comprirent jamais le sens et la refusrent toujours4 ,si les rvolutions sduisent tant les peuples1 c'est surtout parce qu'elles librent des sentiments que les ncessits sociales obligent refrner1 mais qui ne le sont jamais que pniblement et incompltement4 ,j'ai montr dans un prcdent chapitre le rle fondamental des actions inhibitrices sur les sentiments1 et leur importance4 ,elles se montrent surtout ncessaires chez les peuples impulsions vives et mobiles4 ,si l'ducation1 la tradition1 les codes ne parviennent pas canaliser ces impulsions et les actes qui en rsultent1 un tel peuple sera la proie non seulement des meneurs1 mais encore de tous les ennemis extrieurs qui sauront exploiter sa sensibilit4 ,l'histoire en fournit des preuves chaque page4 ,la guerre de #ahgj1 par exemple1 est remplie d'enseignements cet gard4 ,l',empereur malade1 le roi de ,prusse g voulaient viter tout prix le conflit4 ,dans son dsir de l'empcher1 le roi de ,prusse avait fini par renoncer la candidature de son parent au trne d',espagne et la paix paraissait assure4 ,mais1 derrire ces esprits incertains et de volont faible1 un cerveau puissant1 la volont nergique1 tenait les fils du destin4 ,en supprimant adroitement quelques mots d'une dpche1 il sut exasprer jusqu' la fureur la sentimentalit d'un peuple trop sensible et l'obligea1 sans prparation militaire1 dclarer la guerre des ennemis depuis longtemps prpars4 ,utilisant ensuite les sentiments de chaque nation1 il parvint maintenir la neutralit ncessaire ses desseins4 ,aveugle par les sentiments que ce profond psychologue avait fait vibrer1 l',angleterre refusa de s'associer un projet de congrs1 sans prvoir ce que lui coterait plus tard la formation d'une puissance militaire prpondrante1 son cauchemar aujourd'hui4 ,obir aux impulsions affectives condamne tre domin par ceux qui savent les faire surgir4 ,connatre l'art de manier les sentiments des hommes1 c'est devenir leur matre4 #c4--,les quilibres et les ruptures des diverses formes de logiques dans la vie des peuples4 ,nous avons vu qu' l'tat normal s'tablissait chez les individus une sorte d'quilibre entre les impulsions diverses issues des logiques qui les guident4 ,il en est gnralement de mme dans la vie des peuples4 ,lorsque1 sous certaines influences1 cet quilibre vient tre troubl1 des perturbations profondes se manifestent et une rvolution est proche4 ,cette dernire constitue le plus souvent une vritable maladie mentale1 rsultant du dfaut d'quilibre entre les impulsions de diverses logiques dont l'une est devenue trop dominante4 ,c'est surtout la prpondrance de la logique mystique qui produit les grands bouleversements de l'humanit4 ,croisades1 guerres de religion1 ,rvolution franaise1 en fournissent des exemples4 ,de tels mouvements reprsentent des crises de ce mysticisme toujours puissant auxquelles les peuples1 comme les individus1 ne sauraient chapper4 ,du conflit des diverses formes de la logique1 rsultent la plupart des oscillations de l'histoire4 ,quand l'lment mystique prdomine1 ce sont les luttes religieuses avec leur imprieuse violence4 ,lorsque l'lment affectif l'emporte1 on constate1 suivant le facteur sentimental dvelopp1 soit les grandes entreprises guerrires1 soit au contraire la floraison de l'humanitarisme et du pacifisme1 dont les consquences finales ne sont pas moins meurtrires4 ,les guerres civiles et religieuses sont des luttes entre logiques diffrentes1 dont l'une devient momentanment trop prpondrante4 ,lorsque la logique rationnelle prtend intervenir exclusivement dans la vie d'un peuple les bouleversements ne sont pas moins profonds4 ,la raison n'est gure alors qu'un vtement d'emprunt1 dissimulant des impulsions affectives ou mystiques4 ,de nos jours1 les foules et leurs meneurs restent1 nous l'avons montr1 aussi saturs de mysticisme que leurs plus lointains anctres4 ,des mots et des formules dous de pouvoir magique ont hrit de la puissance attribue aux divinits adores de nos pres4 ,l'hallucinant espoir de paradis enchanteurs vit toujours4 ,avec un fond invariable1 le mysticisme modifie frquemment son aspect4 ,il a pris actuellement une forme rationaliste4 ,c'est au nom de la raison pure que les aptres des fois nouvelles prtendent reconstruire les socits et les hommes4 ,le pouvoir de transformation sociale attribu aujourd'hui la raison s'explique facilement4 ,les progrs raliss par elle dans les sciences tant considrables1 il devenait naturel de supposer que des mthodes ayant engendr de tels rsultats1 pouvaient transformer les socits et crer le bonheur universel4 ,une psychologie plus claire montre malheureusement que les socits n'voluent pas avec des raisons mais sous l'influence d'impulsions affectives et mystiques sur lesquelles la raison est sans prise4 ,la tche difficile des conducteurs des peuples actuels est de concilier les impulsions des diverses logiques1 qui les mnent en ralit1 avec celles de la logique rationnelle aspirant les diriger d'une faon exclusive4 ,la traditionnelle ,angleterre elle-mme commence subir ce conflit4 ,les institutions politiques qui firent sa grandeur sont maintenant en butte aux attaques rationalistes de partis avancs prtendant rebtir l'difice au nom de la raison1 c'est--dire de leur raison4 ,le rle des grands hommes d'tat est de savoir orienter la destine des peuples1 en utilisant les impulsions affectives et mystiques qui les mnent et non en essayant de dtruire ces dernires au nom de la raison4 ,les conflits des diverses formes de logiques ne durent pas toujours4 ,ils tendent1 nous l'avons vu1 vers l'quilibre4 ,les contradictions subsistent mais on arrive ne plus les apercevoir4 ,l'lment intellectuel se rsigne le plus souvent subir les influences affectives et mystiques1 sans consentir cependant s'avouer sa dfaite4 ,c'est mme pourquoi nous renonons gnralement discuter nos affections et nos croyances4 ,leur analyse serait du reste bien difficile2 on n'est pas toujours pris aux mensonges des autres mais trs aisment ses propres mensonges4 ,l'adage antique3 ,connais-toi toi-mme1 est heureusement d'une ralisation impossible1 car nous connaissant nous-mmes1 dcouvrant les luttes perptuelles dont notre entendement est le sige1 notre existence sombrerait dans un chaos d'incertitudes4 ,s'ignorer vaut mieux parfois que se connatre4 99 99 99 99 99 ,retenons de toutes les considrations prcdentes que des lments mystiques et affectifs1 ayant leurs lois spciales1 persistent toujours dans l'esprit et servent de base la conduite des individus et des peuples4 ,bien que souvent contraires1 toutes nos impulsions finissent par s'quilibrer et agir chacune dans leur domaine si on ne les trouble pas et surtout si l'on ne tente pas entre elles d'impossibles conciliations4 ,vrits affectives1 vrits mystiques et vrits rationnelles sont filles de logiques trop diffrentes pour se fusionner jamais4 ,,chapitre ,,iii ,,la ,,balance ,,des ,,motifs4 #a4--,la balance mentale4 ,l'action4 ,les impulsions contraires des diverses logiques qui nous mnent font hsiter souvent sur la conduite suivre4 ,les cas les plus simples comportent un choix entre plusieurs solutions4 ,il faut bien choisir1 puisque les ncessits de la vie obligent agir4 ,comment s'effectue notre dtermination8 ,un exemple expliquera facilement son mcanisme4 ,plaons au hasard des objets quelconques sur les plateaux d'une balance4 ,l'opration acheve1 l'aiguille traduisant leurs mouvements s'inflchit d'un ct1 si les plateaux sont ingalement chargs1 et reste verticale s'ils le sont galement4 ,en dehors des balances matrielles1 existent des balances mentales dont le mcanisme est analogue4 ,les poids sont nos motifs d'action4 ,l'aiguille reprsente l'acte que la fixation du plateau dans sa position d'quilibre fait accomplir4 ,ces mobiles d'action peuvent tre quelquefois des raisons1 mais aux mobiles conscients d'ordre intellectuel1 s'ajoutent le plus souvent les mobiles inconscients dj dcrits et qui psent lourdement dans l'un des plateaux4 ,en dernire analyse1 les motifs sont des nergies en lutte4 ,les plus fortes l'emportent4 ,lorsque les nergies contraires sont peu prs de mme intensit1 les plateaux oscillent longtemps avant de se fixer une position dfinitive4 ,caractres incertains1 hsitants4 ,quand les nergies en conflit sont trs ingales1 un des plateaux trouve de suite son quilibre4 ,caractres dcids passant rapidement la rsolution et l'action4 #b4--,rle de la volont dans la balance des motifs4 ,les poids de la balance mentale sont souvent notre disposition1 c'est--dire que nous pouvons en ajouter ou en retrancher4 ,les hros intrpides qui1 pour la premire fois1 franchirent les ,alpes et la ,manche travers les airs1 liminrent certainement des plateaux de la balance1 les nombreux motifs rationnels capables de les arrter dans la dangereuse entreprise qu'aucun tre humain n'avait tente avant eux4 ,notre volont1 cependant1 ne se charge pas toujours de placer les poids dans la balance des motifs4 ,les lments de la vie affective ou mystique s'y introduisent tout seuls4 ,c'est ce qui arrive dans certains actes instantans rsultant d'une motion intense1 se jeter l'eau l'hiver1 par exemple1 pour en retirer un inconnu4 ,si la rflexion s'tait exerce1 son action aurait certainement contre-balanc celle des lments affectifs et l'inclinaison de l'aiguille et chang de ct4 ,voil pourquoi si les grands hrosmes spontans sont frquents1 on observe beaucoup plus rarement de petits actes d'hrosme journaliers1 tels que se priver des jouissances de la vie1 pour soigner un parent infirme4 ,c'est trs justement1 que les acadmies charges de distribuer des prix de vertu1 les accordent de prfrence aux petits hrosmes continus4 ,la volont consciente peut donc influencer les plateaux de la balance des motifs1 mais lorsque cette volont est inconsciente1 comme dans les croyances1 son rle est peu prs nul4 ,la logique mystique opre alors en dehors de nous1 au besoin malgr nous et contre nous4 ,nous sommes moins dsarms quand la logique affective intervient seule1 car si les sentiments ne sont pas trop forts1 l'intelligence peut disposer de quelques-uns des poids qui reprsentent les motifs4 ,notre faible puissance contre les impulsions de la logique affective ne doit pas tre beaucoup regrette4 ,sans doute elles ont souvent des consquences dsastreuses1 mais parfois aussi deviennent gnratrices d'actes trs utiles l'humanit4 ,quand l'homme sait associer ses impulsions affectives et mystiques aux dcouvertes que seule la logique rationnelle peut accomplir1 il parvient1 comme dans le cas des valeureux aviateurs cits plus haut1 reculer les bornes du possible4 ,dans la balance des motifs1 o s'tablit la gense des opinions1 des croyances et des actes1 se trouvent1 on le voit1 beaucoup de mobiles indpendants de notre volont4 ,s'ils l'taient toujours1 on pourrait dire1 et plusieurs coles de philosophie l'enseignent encore1 qu'un fatalisme rigide nous gouverne4 ,le fatalisme1 en effet1 domina une longue priode de l'histoire humaine4 ,impuissants se conduire eux-mmes1 les tres obissaient aux lois fatales de logiques trangres la raison4 #c4--;,comment la logique rationnelle peut agir sur la balance des motifs4 ,avec la lente apparition de la logique rationnelle1 une force nouvelle surgit dans le monde4 ,elle permit l'homme d'agir souvent sur les plateaux1 jadis inaccessibles pour lui1 de la balance des motifs4 ,en tudiant1 dans un prcdent ouvrage1 la dissociation des fatalits1 nous avons montr comment1 guide par une volont forte1 la logique rationnelle devient le grand facteur de cette dissociation4 ,grce son pouvoir1 l'homme peut influencer le cours des choses4 ,cessant d'tre domin exclusivement par les forces inconscientes qui le menaient jadis1 il apprend chaque jour davantage les matriser et rgir leur empire4 ,et si la logique rationnelle soutenue par la volont ne saurait encore fixer le destin1 c'est que la plupart des facteurs des vnements nous demeurent ignors1 et que beaucoup de nos actes portent des consquences ralisables seulement dans un avenir toujours charg d'imprvu4 ,cet imprvu condamne risquer1 c'est--dire introduire dans la balance des motifs1 des poids de valeur inconnue4 ,les vrais matres du sort des peuples1 les hommes de gnie1 dont chaque sicle vit surgir un si petit nombre1 surent accumuler le plus de chances possible dans un des plateaux1 et cependant beaucoup risquer4 ,bismarck1 que nous avons plusieurs fois cit cause de sa psychologie trs instructive1 illustre clairement cette ncessit du risque4 ,une ide matresse1 l'unit de sa patrie le guidait1 mais dans sa vie1 que de risques courus1 de chances contraires1 d'obstacles entasss dont sa volont eut subir le choc6 ,il fallait d'abord dtruire la puissance militaire de l',autriche1 laquelle un prestigieux pass confrait tant de force4 ,la victoire de ,sadowa1 en #ahff1 fut trs pniblement gagne1 et grce seulement l'incapacit excessive du gnral ennemi4 ,ce difficile triomphe obtenu1 il fallut risquer de combattre ,napolon ,,iii dont les armes passaient pour invincibles1 et qui l'eussent t peut-tre si l'alliance probable de la ,france et de l',autriche s'tait ralise4 ,un grand homme pouvait prparer toutes ces combinaisons1 mais non en affirmer le succs4 ,un caractre hardi1 une vaste intelligence1 claire par les intuitions suprieures du gnie1 permettaient seuls d'affronter de tels risques4 ,il fallait les affronter1 pourtant1 puisque les innombrables facteurs qui nous encerclent1 et dont l'ensemble constitue ce qu'on appelle le hasard1 restent inaccessibles4 ,c'est la logique affective surtout qui encourage risquer4 ,elle est le premier soutien d'une entreprise que la logique rationnelle doit guider aussi4 ,de grands risques s'offraient dans la traverse de la ,manche et des ,alpes en aroplane1 mais la logique rationnelle tayait une volont inspire par l'espoir de la gloire1 le plaisir de lutter contre des difficults1 et autres lments d'origine exclusivement affective4 ,icare qui1 au dire de la lgende1 tenta un essai analogue avec sa seule volont pour lui1 prit victime de son effort4 ,il faut tre solidement arm pour dfier la nature et les dieux4 ,les matres de l'histoire visible ou invisible1 savants minents1 profonds penseurs1 illustres capitaines1 doivent leur grandeur ce qu'ils surent utiliser1 sans en ngliger aucune1 les formes diverses de logiques qui gouvernent l'homme et manier1 grce elles1 la balance des motifs o se rgle l'avenir4 ,ce n'est pas avec les foules1 jouets aveugles de leurs instincts1 que les civilisations progressent1 mais par la petite lite qui sait penser pour elles et les orienter4 ,en essayant de mettre la logique intellectuelle au service de la logique collective1 pour justifier toutes ses impulsions1 la terrible lgion des politiciens n'a fait que crer une profonde anarchie4 99 99 99 99 99 ,rsumant ce chapitre et ceux qui le prcdent1 nous dirons que les vnements de l'histoire rsultent de l'quilibre et du conflit des diverses logiques4 ,dans la balance des motifs o se psent nos destines1 toutes ont leur rle4 ,que l'une d'elles vienne prdominer et le sort des hommes est chang4 ,trop de logique affective conduit cder sans rflexion des impulsions souvent funestes4 ,trop de logique mystique engendre les existences religieuses1 domines par l'goste proccupation de leur salut1 et sans utilit sociale4 ,trop de logique collective fait prdominer les lments infrieurs d'un peuple et le ramne la barbarie4 ,trop de logique rationnelle conduit au doute et l'inaction4 ,,livre ,v ,,les ,,opinions ,,et ,,les ,,croyances ,,individuelles ,,chapitre ,i ,,les ,,facteurs ,,internes ,,des ,,opinions ,,et ,,des ,,croyances4 7,le caractre1 l'idal1 les besoins1 l'intrt1 les passions1 etc474 #a4--;,influence des divers facteurs des opinions et des croyances4 ,le journal anglais ,commentator crivait rcemment1 propos de la psychologie politique3 ,il natra peut-tre1 un jour1 un livre merveilleux sur l'art de persuader4 ,si on suppose que la psychologie arrive tre une science aussi avance que la gomtrie et la mcanique1 il sera possible de prdire les effets d'un argument sur l'esprit de l'homme aussi srement que nous pouvons prdire maintenant une clipse de lune4 ,une psychologie dveloppe ce point possdera une srie de rgles permettant de convertir un individu une opinion quelconque4 ,le mcanisme d'un esprit sera alors comparable une machine crire1 o il suffit d'appuyer sur un levier pour voir sortir immdiatement la lettre demande4 ,une science aussi puissante1 et1 par consquent1 aussi dangereuse1 deviendrait ncessairement un monopole du gouvernement4 ,on peut admettre thoriquement l'existence de cette science future1 dont les grands hommes d'tat et les meneurs connaissent dj quelques fragments1 mais le pouvoir de la crer compltement appartiendra srement une humanit d'intelligence fort suprieure la ntre4 ,la raison en est vidente4 ,un des problmes les plus difficiles de l'astronomie1 et dont elle n'a pu donner encore qu'une solution partielle1 est celui dit des trois corps1 impliquant la dtermination des trajectoires de trois mobiles agissant simultanment les uns sur les autres4 ,or1 les lments psychologiques pouvant entrer dans une dtermination sont non seulement en nombre bien plus considrable1 mais encore leur action varie suivant la sensibilit de chacun4 ,si les prvisions de la conduite des tres ne sont pas cependant toujours impossibles1 c'est que dans l'agrgat complexe des sentiments formant le caractre1 se trouvent souvent des lments prpondrants qui orientent les autres4 ,tels l'avarice1 l'gosme1 l'amour-propre1 l'orgueil1 etc4 ,les hommes ainsi domins sont les plus faciles manier1 car on sait sur quelle touche affective il faut frapper4 ,un individu bien quilibr et n'offrant aucune note dominante1 est1 au contraire1 peu ais pntrer et conduire4 ,tous les facteurs que nous numrerons n'entrent pas dans la gense d'une opinion4 ,tel agissant sur l'un restera sans action sur l'autre4 ,ce qui passionne un peuple laissera indiffrent le peuple voisin4 ,en fait1 la formation de la plupart des opinions comprend assez peu de facteurs4 ,la race1 le milieu et la contagion pour les grandes croyances1 les impressions et l'intrt personnel pour les opinions journalires suffisent4 ,nous sommes obligs cependant d'en tudier d'autres et de les mettre presque sur le mme plan1 parce que si tous n'agissent pas toujours1 il n'en est aucun qui ne puisse1 un moment donn1 intervenir4 #b4--,le caractre4 ,sur le fond commun des caractres de races se superposent les caractres variables des individus4 ,leur rle dans la gense des opinions et des croyances est considrable4 ,le philosophe le plus sage n'chappe pas leur influence4 ,ses doctrines optimistes ou pessimistes rsultent de son caractre1 beaucoup plus que de son intelligence4 ,w4 ,james assure donc1 avec raison1 que l'histoire de la philosophie est1 dans une grande mesure1 celle du conflit des tempraments humains4 ,cette diffrence particulire des tempraments1 ajoute-t-il1 est toujours entre en ligne de compte dans le domaine de la littrature1 de l'art1 du gouvernement et des murs1 tout autant que dans celui de la philosophie4 ,s'agit-il des murs3 nous y rencontrons1 d'une part1 les gens qui font des faons1 et de l'autre ceux qui n'en font pas4 ,s'agit-il du gouvernement3 il y a les autoritaires1 et il y a les anarchistes4 ,en littrature1 il y a les puristes ou les gens pris du style acadmique1 et il y a les ralistes4 ,pntrs de cette influence du caractre individuel sur les opinions1 nous concevrons aisment pourquoi certains hommes sont conservateurs et d'autres rvolutionnaires4 ,ces derniers tendent toujours se rvolter1 uniquement par temprament1 contre ce qui les entoure1 quel que soit l'ordre des choses tabli4 ,ils se recrutent gnralement chez des caractres dont la stabilit ancestrale a t dissocie par des influences diverses4 ,ils ne sont plus1 par consquent1 adapts leur milieu4 ,beaucoup d'entre eux appartiennent la grande famille des dgnrs qui relvent surtout du domaine de la pathologie4 ,devenus inadapts l'tat social1 ils lui sont ncessairement aussi hostiles que le sauvage pli de force une civilisation4 ,l'arme des rvolutionnaires se recrute surtout1 aujourd'hui1 dans cette foule de dgnrs1 dont l'alcoolisme1 la syphilis1 le paludisme1 le saturnisme1 etc41 peuplent les grandes cits4 ,c'est un rsidu dont les progrs de la civilisation grossissent chaque jour le nombre4 ,un des plus redoutables problmes de l'avenir sera de soustraire les socits aux furieuses attaques de cette arme d'inadapts4 ,leur rle dans l'histoire fut parfois considrable1 car leur facult de persuasion s'exerce puissamment sur l'me des peuples4 ,des demi-alins comme ,pierre l',ermite et ,luther ont boulevers le monde4 #c4--,l'idal4 ,l'idal d'un peuple dtermine un grand nombre de ses opinions et de ses croyances4 ,il reprsente la synthse de ses aspirations communes1 de ses besoins et de ses dsirs4 ,cette synthse est dtermine par sa race1 son pass et bien d'autres facteurs dont je n'ai pas m'occuper maintenant4 ,j'ai montr ailleurs sa force et fait voir qu'il ne peut tre branl sans que le soient aussi les fondements de l'difice social soutenu par lui4 ,si tant d'hommes sont hsitants aujourd'hui dans leurs opinions1 leurs croyances et obissent aux impulsions les plus contraires1 c'est qu'avec une intelligence parfois trs haute1 ils n'ont plus qu'un idal trs faible4 ,la puissance des fanatiques tient prcisment ce qu'ils obissent rigoureusement leur idal dangereux4 ,on peut l'observer aujourd'hui pour l'idal socialiste1 le seul qui sduise encore les multitudes4 ,il pse sur toute notre vie nationale et engendre une foule de lois destructives de sa prosprit4 ,un idal n'est donc nullement une conception thorique1 dont on puisse ngliger l'action4 ,devenu gnral1 il exerce une influence prpondrante dans les moindres dtails de la vie4 ,ceux-l mmes qui ignorent son influence la subissent4 ,croyances religieuses1 morales ou politiques n'acquirent de pouvoir qu'aprs s'tre concrtises dans un idal universellement accept4 ,quand ce dernier s'adapte aux ncessits et aux possibilits du moment1 il dtermine la grandeur d'une nation4 ,contraire au cours naturel des choses1 il provoque sa dcadence4 #d4--,les besoins4 ,les besoins figurent parmi les grands gnrateurs de nos opinions1 de notre conduite et de toute l'volution sociale4 ,la faim est le plus puissant d'entre eux4 ,elle conduisit nos lointains anctres des primitives cavernes l'aurore de la civilisation et la trs immense majorit des hommes ne travaille que pour la satisfaire4 ,c'est elle qui1 chassant les barbares de leurs steppes1 les prcipita sur ,rome et changea le cours de l'histoire4 ,de nos jours1 son rle n'est pas moindre4 ,on a dit1 avec raison1 que le socialisme est une question d'estomac4 ,les progrs de la civilisation ajoutent sans cesse des besoins nouveaux la liste dj longue des anciens4 ,besoins de se nourrir1 de se reproduire et de se vtir1 besoins religieux1 besoins moraux1 besoins esthtiques et bien d'autres1 sont tous des expressions des ncessits biologiques et affectives1 qui nous mnent et que maintiennent les deux grands facteurs irrductibles de l'activit des tres1 le plaisir et la douleur4 ,crer des besoins nouveaux dans les foules1 c'est susciter des opinions nouvelles4 ,les hommes d'tat minents savent provoquer des besoins utiles leur pays4 ,celui de l'unit de l',allemagne1 et plus tard d'une puissante marine de guerre furent des besoins artificiellement imposs4 ,l'volution scientifique de l'industrie engendre chaque jour des besoins nouveaux devenus bientt1 comme les chemins de fer et le tlphone1 des ncessits indispensables4 ,malheureusement ces besoins ont grandi plus vite que les moyens de les satisfaire4 ,ils reprsentent une des sources du mcontentement qui dveloppe le socialisme4 ,ils sont aussi le vrai motif des armements de plus en plus ruineux de l',europe4 ,les besoins des peuples ayant considrablement grandi et la lutte pour l'existence devenant de plus en plus pre1 chacun a le secret espoir de s'enrichir aux dpens de ses voisins4 ,le ,germain d'il y a cinquante ans1 modeste mangeur de choucroute1 tait pacifique1 parce que sans dsirs4 ,ses besoins ayant soudain augment1 il est devenu guerrier et menaant4 ,sa population s'accroissant en outre rapidement et devant bientt dpasser le chiffre que le pays peut nourrir1 le moment approche o1 sous un prtexte quelconque1 et mme sans d'autre prtexte que le droit du plus fort1 l',allemagne envahira1 pour vivre1 les nations voisines4 ,cette seule raison pouvait la dcider aux crasantes dpenses ncessaires pour accrotre sa marine et son arme4 #e4--,l'intrt4 ,il ne sera pas ncessaire d'insister sur le rle de l'intrt dans la formation de nos opinions4 ,c'est un sujet sur lequel chacun est fix4 ,la plupart des choses peuvent tre considres des points de vue fort diffrents3 intrt gnral ou intrt particulier notamment4 ,notre attention1 concentre naturellement sur le ct qui nous est profitable1 empche d'apercevoir les autres4 ,l'intrt possde1 comme la passion1 le pouvoir de transformer en vrit ce qui lui est utile de croire4 ,il est donc souvent plus fort que la raison1 mme sur des questions o elle semblerait devoir tre l'unique guide4 ,en conomie politique1 par exemple1 les convictions sont tellement inspires par l'intrt personnel qu'on peut gnralement savoir d'avance1 suivant la profession d'un individu1 s'il est partisan ou non du libre change4 ,les variations d'opinions suivent naturellement les variations d'intrt4 ,en matire politique1 l'intrt personnel constitue le principal facteur4 ,tel ayant nergiquement combattu un certain moment l'impt sur le revenu1 le dfendra non moins nergiquement plus tard s'il espre devenir ministre4 ,les socialistes enrichis finissent gnralement en conservateurs et les mcontents d'un parti quelconque se transforment facilement en socialistes4 ,l'intrt sous toutes ses formes n'est pas seulement gnrateur d'opinions4 ,aiguillonn par des besoins trop intenses1 il affaiblit vite la moralit4 ,le magistrat avide d'avancement1 le chirurgien en prsence d'une opration inutile mais fructueuse1 l'avou qu'enrichira des complications de procdure qu'il pourrait viter1 verront rapidement leur morale flchir si des besoins imprieux de luxe stimulent leur intrt4 ,ces besoins peuvent constituer1 chez les natures suprieures1 un lment d'activit et de progrs1 mais chez des natures mdiocres ils engendrent souvent1 au contraire1 une dgnrescence mentale accentue4 ,l'intrt moral est frquemment un facteur d'opinions aussi puissant que l'intrt matriel4 ,l'amour-propre bless1 par exemple1 fait natre des haines intenses et toutes les opinions qui en dcoulent4 ,la haine des bourgeois de la ,rvolution contre la noblesse et leurs sanguinaires vengeances1 provenaient surtout d'humiliations jadis prouves4 ,marat se vengeait de son ancienne situation sociale4 ,hbert1 libelliste du ,pre ,duchesne1 qui fit couper tant de ttes1 fut d'abord ardent royaliste4 ,ayant assez vcu pour tre pourvus de places1 ou de titres sous l',empire1 ils fussent devenus sans doute1 comme tant de leurs mules1 de fervents conservateurs4 #f4--,les passions4 ,les sentiments fixes et forme obsdante qualifis de passions constituent1 eux aussi1 de puissants facteurs d'opinions1 de croyances et1 par consquent1 de conduite4 ,certaines passions contagieuses deviennent1 pour cette raison1 facilement collectives4 ,leur action est alors irrsistible4 ,elles prcipitrent bien des peuples les uns contre les autres aux divers ges de l'histoire4 ,les passions peuvent exciter notre activit1 mais elles altrent le plus souvent la justesse des opinions1 en empchant de voir les choses comme elles sont et d'en comprendre la gense4 ,si les livres d'histoire fourmillent d'erreurs1 c'est que1 le plus souvent1 les passions en ont dict le rcit4 ,on ne citerait gure1 je crois1 d'historien ayant impartialement racont la ,rvolution4 ,le rle des passions est1 nous le voyons1 trs considrable sur nos opinions et1 par suite1 sur la gense des vnements4 ,ce ne sont pas1 malheureusement1 les plus recommandables qui ont exerc le plus d'action4 ,kant a d constater la grande force sociale des pires passions4 ,la mchancet serait1 selon lui1 un puissant levier du progrs humain4 ,il semble malheureusement bien certain que si les hommes avaient suivi les prceptes de l'vangile ,aimez-vous les uns les autres1 au lieu d'obir celui de la ,nature qui leur dit de se dtruire les uns les autres1 l'humanit vgterait encore au fond des primitives cavernes4 ,,chapitre ,,ii ,,les ,,facteurs ,,externes ,,des ,,opinions ,,et ,,des ,,croyances4 7,la suggestion1 les premires impressions1 le besoin d'explications1 les mots et les images1 les illusions1 la ncessit1 etc47 #a4--,la suggestion4 ,la grande majorit de nos opinions et de nos croyances1 politiques1 religieuses et sociales sont le rsultat de suggestions4 ,ce terme suggestion1 crit ,james1 dsigne le pouvoir qu'exercent les ides sur les croyances et la conduite4 ,cette dfinition semble peu correcte4 ,la suggestion est1 en ralit1 le pouvoir de persuasion exerc non seulement par des ides1 mais par une cause quelconque3 affirmation1 prestige1 etc4 ,les ides seules et surtout le raisonnement ont1 au contraire1 une vertu suggestive trs faible4 ,convaincre n'est nullement suggrer4 ,une suggestion fait obir4 ,un raisonnement peut persuader1 mais n'oblige pas cder4 ,les modes de suggestion sont trs varis3 milieu1 livres1 journaux1 discours1 action individuelle1 etc4 ,la parole reprsente un des plus actifs4 ,parler c'est dj suggrer1 affirmer c'est suggrer davantage1 rpter l'affirmation avec passion1 c'est porter son maximum l'action suggestive4 ,les effets de la suggestion sont d'une intensit fort variable4 ,elle s'tend depuis l'action lgre du vendeur1 cherchant nous faire acqurir une marchandise1 jusqu' celle exerce par l'hypnotiseur sur le nvropathe1 obissant aveuglment toutes ses volonts4 ,en politique1 l'hypnotiseur s'appelle meneur4 ,son influence est considrable4 ,les effets d'une suggestion dpendent de l'tat mental du sujet qui la reoit4 ,sous une influence passionnelle intense3 haine1 amour1 etc41 rtrcissant le champ de sa conscience1 il sera trs suggestionnable et ses opinions se transformeront facilement4 ,l'esprit le plus minent n'est pas soustrait la suggestion4 ,jules ,lematre1 dans ses confrences sur ,fnelon1 nous a montr l'illustre prlat domin par une nvropathe1 ,mme ,guyon1 qui1 l'ayant pris d'abord pour directeur1 devint rapidement sa directrice4 ,elle russit lui faire admettre l'exactitude de ses rveries sur l'absurde dogme du quitisme professant l'indiffrence au salut et aux actes4 ,fnelon fut si compltement suggestionn qu'il n'hsita pas soumettre cette doctrine un congrs d'vques prsid par ,bossuet4 ,ce dernier dcouvrit bien vite la suggestion exerce sur l'illustre prlat4 ,je me retirai1 dit-il1 tonn de voir un si bel esprit dans l'admiration d'une femme dont les lumires taient si courtes1 le mrite si lger1 les illusions si palpables1 et qui faisait la prophtesse4 ,les personnes au courant de l'histoire contemporaine n'prouveront pas le mme tonnement4 ,des affaires retentissantes 7,humbert1 ,dupray de la ,mahrie1 etc47 ont prouv que des banquiers habiles1 des avocats et des hommes d'affaires retors pouvaient tre suggestionns au point d'abandonner leur fortune entre les mains de vulgaires escrocs1 n'ayant pour eux que leur puissance fascinatrice4 ,cette fascination est une irrsistible forme de suggestion4 ,on la subit comme l'oiseau celle du serpent4 ,il est incontestable que certains tres1 d'ailleurs fort rares1 possdent un pouvoir de fascination s'exerant mme sur les animaux1 comme ont pu l'observer toutes les personnes s'occupant de dressage4 ,plusieurs crimes eurent pour origine cette action fascinatrice4 ,la fameuse comtesse ,tarnowska suggrait sans difficult des meurtres ses adorateurs4 ,sa puissance tait telle qu'on dut sans cesse changer les carabiniers qui l'accompagnaient et les gardes de sa prison4 ,des exemples analogues peuvent tre rapprochs de faits prsents par certains mdiums ou des fakirs suggrant ceux qui les entourent la croyance en des phnomnes ne possdant aucune existence4 ,des savants illustres furent ainsi victimes des suggestions exerces par le clbre mdium ,eusapia1 ainsi que je le montrerai dans une autre partie de cet ouvrage4 ,le rle des foules devenant de plus en plus prpondrant et ces foules n'tant gure influenables que par suggestion1 l'influence des meneurs s'accrot chaque jour4 ,un gouvernement prtendu populaire1 n'est en ralit qu'une oligarchie de meneurs dont l'influence tyrannique se manifeste tout instant4 ,ils ordonnent des grves1 obligent les ministres leur obir et imposent des lois absurdes4 ,leur pouvoir de suggestion est assez grand pour forcer les foules une obissance servile4 ,a la dernire fte annuelle du personnel de la ,compagnie d',orlans1 son directeur fit remarquer que ses employs s'taient mis en grve au moment prcis o il venait d'accepter toutes leurs demandes d'amlioration4 ,cependant1 ajoute-t-il1 la grve eut ncessairement une cause4 ,oui1 elle eut une cause3 elle fut l'uvre d'un petit noyau d'agitateurs dont le procd1 toujours le mme1 consiste remplacer l'argument par la menace1 par l'injure et par l'outrage4 ,l'action de ces meneurs n'avait rien de dissimul1 puisque dans ce mme discours sont reproduits des passages de leurs articles4 ,une psychologie plus sre et fait comprendre au directeur l'action suggestive de ces entraneurs et il l'aurait paralyse en les expulsant de sa ,compagnie4 ,l'exemple est non seulement un frein nergique1 mais encore un moyen de suggestion puissant4 tant d'ordre affectif1 la suggestion ne peut tre combattue que par la suggestion4 ,cder aux meneurs comme on le fait sans cesse1 fortifie leur influence4 #b4--,les premires impressions4 ,les premires impressions sont celles ressenties tout d'abord en prsence d'un tre1 d'un vnement1 d'un objet inconnus4 ,l'laboration d'un jugement tant lente et pnible1 on se contente gnralement des premires impressions1 c'est--dire des suggestions de l'intuition pure4 ,les femmes1 les enfants1 les primitifs et beaucoup d'hommes trs civiliss mme1 se fient entirement leurs premires impressions4 ,dans certains lments de la vie sociale1 les impressions s'associent quelquefois des raisonnements4 ,mais il en est d'autres1 les sujets artistiques et littraires notamment1 o nos premires impressions restent peu prs les seuls guides4 ,et comme elles dpendent d'une sensibilit toujours variable1 les concepts drivs d'elles se transforment facilement4 ,on les voit1 en effet1 diffrer avec les poques1 les individus et les races4 ,les premires impressions produites par les mmes choses sur un baron fodal1 un pasteur calviniste1 un lettr1 un homme du peuple1 un savant1 etc41 ne peuvent videmment avoir rien de commun4 ,sur les questions de science pure1 qui chappent gnralement au domaine de l'affectif1 ces divergences s'observent peu1 parce que les jugements ne se forment pas sous l'influence des impressions premires4 ,canalise par d'indiscutables vidences notre sensibilit est alors oblige d'accepter ce qui parfois la choque le plus4 ,nos premires impressions sont parfois subitement dtruites par des impressions contraires1 mais il arrive aussi qu'elles soient assez fortes pour ne disparatre que lentement par simple usure4 ,les jugements fonds sur elles persistent alors trs longtemps4 ,les impressions premires devraient tre considres comme de vagues indications1 toujours vrifier4 ,s'y abandonner sans examen1 ainsi qu'on le fait trop souvent1 condamne traverser la vie dans l'erreur4 ,elles n'ont1 en effet1 pour soutiens que des sympathies et des antipathies instinctives que n'claire aucune raison4 ,et c'est pourtant sur d'aussi fragiles bases que s'difient le plus souvent nos conceptions du juste et de l'injuste1 du bien et du mal1 de la vrit et de l'erreur4 #c4--,le besoin d'explications4 ,aussi irrductible que le besoin de croire1 le besoin d'explications accompagne l'homme du berceau la tombe4 ,il a contribu crer ses dieux et dtermine journellement la gense d'un grand nombre d'opinions4 ,ce besoin intense se satisfait aisment4 ,les plus rudimentaires rponses suffisent4 ,la facilit avec laquelle il est content fut l'origine d'un grand nombre d'erreurs4 ,toujours avide de certitudes dfinitives l'esprit humain conserve longtemps les opinions fausses fondes sur le besoin d'explications et considre comme ennemis de son repos ceux qui les combattent4 ,le principal inconvnient des opinions1 bases sur des explications errones1 est que les tenant pour dfinitives on n'en cherche plus d'autres4 ,s'imaginer connatre les raisons des choses est un moyen sr de ne pas les dcouvrir4 ,l'ignorance de notre ignorance a retard les progrs des sciences pendant de longs sicles et les restreint d'ailleurs encore4 ,la soif d'explications est telle qu'on en a toujours trouv pour les phnomnes les moins comprhensibles4 ,l'esprit est plus satisfait d'admettre que ,jupiter lance la foudre que de s'avouer ignorant des causes qui la font clater4 ,plutt que de confesser son ignorance de certains sujets1 la science elle-mme se contente souvent d'explications analogues4 #d4--,les mots1 les formules et les images4 ,les mots et les formules sont de grands gnrateurs d'opinions et de croyances4 ,puissances redoutables1 ils ont fait prir plus d'hommes que les canons4 ,la force des mots tient ce qu'ils voquent les groupes de sentiments qui leur ont t longtemps associs4 ,j'ai montr dans d'autres ouvrages leur rle fondamental en politique#f4 #f ,dans un article du #bi janvier #aiaa1 le journal ,le ,temps s'exprimait ce propos de la faon suivante3 ,dans les ouvrages si profonds qu'il a consacrs l'tude de la psychologie politique et sociale1 le ,dr ,gustave ,le ,bon a signal avec une sagacit rare l'influence qu'exerce sur les foules et sur les assembles1 parlementaires ou autres1 la magie des mots4 ,la ,chambre vient de l'prouver une fois de plus4 ,depuis quelques jours1 elle s'est vue sous le charme d'un superbe projet de dcentralisation4 ,c'est propos de l'organisation des retraites ouvrires et paysannes qu'a retenti1 la tribune1 la grande formule vocatrice des ides de simplification administrative4 ,la puissance vocatrice de certaines formules est considrable sur une assemble4 ,c'est avec des mots que les politiciens veillent des sentiments4 ,prsident du conseil et paraissant alors tout-puissant1 ,m4 ,clemenceau fut instantanment renvers par un mot qui rveilla1 chez les membres du ,parlement1 les sentiments d'humiliation subis l'poque de ,fachoda4 ,son successeur faillit succomber pour la mme cause4 ,une phrase trs juste1 mais malheureuse parce qu'elle tait l'vocation d'inquitantes images1 provoqua dans l'auditoire des hurlements d'indignation devant lesquels il manqua d'tre renvers4 ,certains mots1 comme le fit exactement observer ce propos ,m4 ,barrs1 ont une sonorit mystique4 ,jouissent de cette proprit les termes favoris des politiciens3 capitalisme1 proltariat1 etc4 ,les mots sont de tels souverains des choses1 que leur empire s'exerce parfois sur les hommes les plus rflchis4 ,en prsence d'un phnomne incomprhensible1 l'esprit se satisfait en inventant une formule4 ,ignorant tout du mystre de la vie1 incapables de dire pourquoi le gland devient chne1 comment les tres se transforment1 les savants acceptent des formules tenant lieu d'explications4 ,les progrs des sciences obligent en changer souvent4 ,l'adaptation a remplac le principe vital4 ,l'inaccessible lectron s'est substitu au non moins inaccessible atome4 ,ces mots plaqus sur de l'inconnu accordent une satisfaction suffisante notre besoin d'explications4 ,les mots voquent des images mentales1 mais les images figures sont plus puissantes encore4 ,j'ai montr1 dans ma ,psychologie politique1 quelle action considrable avaient eue les affiches illustres dans les dernires lections anglaises4 ,elles prcisent les sentiments en arrtant leurs contours4 ,les industriels et les diteurs emploient chaque jour ce procd pour frapper l'attention4 ,les gouvernants eux-mmes ont fini par utiliser le rle psychologique des images dans la gense des opinions4 ,devant l'abaissement rapide des engagements volontaires dans la cavalerie1 un psychologue militaire avis eut1 il y a quelques annes1 l'ide de faire apposer partout des affiches illustres en couleurs reprsentant des cavaliers lgants1 accomplissant diverses sortes d'exercices4 ,au-dessous figurait l'numration des avantages accords aux engags et rengags4 ,les rsultats furent tels que1 dans plusieurs rgiments1 les colonels durent1 faute de place1 refuser les engagements4 #e4--,les illusions4 ,tracer le rle des illusions dans la gense des opinions et des croyances serait refaire l'histoire de l'humanit4 ,de l'enfance la mort1 l'illusion nous enveloppe4 ,nous ne vivons que par elle et ne poursuivons qu'elle4 ,illusions de l'amour1 de la haine1 de l'ambition1 de la gloire1 toutes ces formes diverses d'un bonheur sans cesse espr1 maintiennent notre activit4 ,elles nous abusent sur nos sentiments aussi bien que sur ceux des autres1 et nous voilent les durets du sort4 ,les illusions intellectuelles sont relativement rares1 les illusions affectives journalires4 ,elles s'accroissent de ce fait que nous persistons toujours vouloir interprter rationnellement des sentiments souvent encore ensevelis dans les tnbres de l'inconscient4 ,l'illusion affective persuade parfois que nous aimons des tres et des choses en ralit indiffrents4 ,elle laisse croire aussi la perptuit de sentiments que l'volution de notre personnalit condamne bientt disparatre4 ,toutes ces illusions font vivre et embellissent la route conduisant l'abme ternel4 ,ne regrettons pas qu'elles soient si rarement soumises l'analyse4 ,la raison ne russit les dissoudre qu'en paralysant du mme coup d'importants mobiles d'action4 ,pour agir il ne faut pas trop savoir4 ,la vie est pleine d'illusions ncessaires4 ,les motifs de ne pas vouloir se multiplient avec les discussions des causes du vouloir4 ,on flotte alors dans l'incohrence et l'hsitation4 ,tout voir et tout comprendre1 crivait ,mme de ,stal1 est une grande raison d'incertitude4 ,une intelligence possdant le pouvoir1 attribu aux dieux1 d'embrasser d'un coup d'il le prsent et l'avenir1 ne s'intresserait plus rien et ses mobiles d'action seraient paralyss pour toujours4 ,ainsi envisage1 l'illusion apparat comme le vrai soutien de l'existence des individus et des peuples1 le seul sur lequel on puisse toujours compter4 ,les livres de philosophie l'oublient parfois un peu4 #f4--,la ncessit4 ,au-dessus des fantaisies des despotes ou des lgislateurs1 lgifrant sans trve pour rformer la socit1 rgne un matre souverain3 la ,ncessit4 ,insoucieuse de nos dlibrations elle reprsente le destin antique auquel les dieux eux-mmes devaient se soumettre4 ,le dsaccord entre les prescriptions de lgislateurs aveugles et les ncessits qui gouvernent les choses s'accentue chaque jour4 ,la socit franaise actuelle vit malgr ses lois et non par ses lois4 ,l'illusion du pouvoir absolu qu'ils s'imaginent possder enlve aux lgislateurs le sens des possibilits4 ,il leur suffit qu'une chose paraisse juste1 pour devenir possible4 ,mais tt ou tard la ncessit carte de son bras de fer toutes les chimres4 ,ds que son action se fait sentir1 les plus solides thories humanitaires s'vanouissent4 ,on en trouvera un frappant exemple dans les mesures froces dictes en ,australie contre des grves menaant l'existence de ce pays et le conduisant la ruine4 ,son gouvernement tait cependant compos de socialistes avancs#g4 #g ,voici1 crit le ,petit ,temps du #bf mars #aiaa1 quelles mesures draconiennes le gouvernement dut recourir3 la grve et mme l'excitation la grve sous quelque forme que ce ft furent dclares non plus dlits1 mais crimes passibles d'une amende de #b1ejj francs et par-dessus le march1 de travaux forcs pour un an4 ,la police reut le droit de pntrer partout o elle souponnait des conciliabules en faveur d'une grve criminelle2 elle put saisir tous les documents qui paraissaient la concerner1 moyen facile de dsorganiser les caisses de grve en s'emparant des comptes de leurs trsoriers2 on alla jusqu' menacer d'impliquer dans les poursuites quiconque se risquait souscrire un secours en faveur des familles de grvistes2 en quelques jours les agitateurs furent matriss et les plus enrags d'entre eux en prison4 ,la ncessit reprsente sans doute la synthse des forces ignores qui nous mnent et dont nous commenons seulement savoir combattre quelques-unes4 ,quoique trs brve1 l'numration des facteurs d'opinions et de croyances prcdemment expose suffit prouver combien sont lourdes les fatalits dont l'me humaine est charge4 ,la nature semble avoir voulu canaliser troitement nos sentiments1 nos penses et par consquent notre conduite4 ,l'lite des penseurs parvenus dans le cours des ges conqurir quelque libert1 en matrisant un peu les forces invisibles qui nous rgissent1 demeura toujours trs restreinte4 ,a en juger par son histoire il ne faut pas regretter1 peut-tre1 que l'humanit ait possd si peu d'indpendance4 ,,chapitre ,,iii ,,pourquoi ,,les ,,opinions ,,diff,,rent ,,et ,,pourquoi ,,la ,,raison ,,ne ,r,,ussit ,,pas ,a ,,les ,,rectifier4 #a4--;,diffrences de mentalits crant des diffrences d'opinions4 ,sur tous les sujets o une dmonstration scientifique rigoureuse est impossible1 les divergences d'opinions surgissent innombrables4 ,bases principalement sur des lments affectifs ou mystiques1 elles dpendent uniquement de ractions individuelles que le milieu1 le caractre1 l'ducation1 l'intrt1 etc41 modifient sans cesse4 ,mais ces variations laissent cependant subsister des orientations gnrales1 poussant toujours les mmes individus vers certains groupes d'opinions4 ,d'o drivent ces ples d'orientation divers8 ,on le dcouvre en constatant qu'un peuple n'est pas seulement form d'individus1 diffrencis par l'ducation1 le caractre1 etc41 mais surtout par des hritages ancestraux dissemblables4 ,a ses dbuts une socit se compose d'tres peu diffrencis4 ,ils n'ont gure d'autre mentalit que celle de leur tribu4 ,les facteurs d'volution et de slection agissant bientt1 les individus se sparent graduellement4 ,alors que les uns progressent trs vite1 les autres avancent d'une marche ingale1 et restent des tapes diffrentes de la mme route4 ,il en rsulte qu' une certaine priode de son volution une socit contient des reprsentants de toutes les phases qu'elle a successivement franchies4 ,la mentalit de chacun d'eux ne dpassant pas celle de l'poque qu'ils synthtisent ne saurait s'adapter une autre priode4 ,en perfectionnant les hommes1 la civilisation ne les a donc pas transforms galement4 ,loin de marcher vers l'galit comme nos illusions dmocratiques actuelles tchent de le persuader1 ils tendent au contraire vers une ingalit croissante4 ,l'galit1 qui fut la loi des premiers ges1 ne saurait tre celle du prsent et moins encore de l'avenir4 ,donc1 par le seul fait de son ascension progressive1 la civilisation a ralis l'uvre d'un magicien ressuscitant au mme moment1 sur le mme sol1 des hommes des cavernes1 des seigneurs fodaux1 des artistes de la ,renaissance1 des ouvriers et des savants modernes4 ,que peuvent avoir de commun les lments du peuple form d'un mlange aussi htrogne8 ,ils arrivent rapidement1 sans doute1 parler en apparence la mme langue1 mais les mots veillent en eux des ides1 des sentiments et par consquent des opinions tout fait dissemblables4 ,la tche ardue des gouvernements modernes est de faire vivre1 sans trop de dsaccords1 tous ces hritiers de mentalits si diffrentes et par consquent si ingalement adaptes leur milieu4 ,inutile de songer les niveler4 ,ce n'est possible ni par les institutions ni par les lois1 ni mme par l'ducation4 ,une des grandes erreurs de notre temps est de croire que l'ducation galise les hommes4 ,elle les utilise mais ne les galise jamais4 ,nombre de politiciens ou d'universitaires1 chargs de diplmes1 possdent une mentalit de barbares et ne peuvent donc avoir pour guide dans la vie qu'une me de barbare4 ,sur ces mentalits trs diffrentes agiront fort ingalement les rectificateurs d'opinions dont nous allons examiner maintenant la valeur4 #b4--,les lments de rectification des opinions4 ,les opinions n'ont pas gnralement la fixit des croyances4 ,elles sont mme souvent si mobiles que leur rectification semblerait facile4 ,or le contraire s'observe4 ,les deux mthodes de rectification des opinions se prsentant tout d'abord l'esprit sont la raison et l'exprience4 ,sur la croyance solidement constitue le rle de la raison1 nous le savons1 est nul4 ,nous allons voir maintenant que si elle s'exerce parfois sur les opinions ordinaires1 son action1 sauf naturellement en matire scientifique1 est bien faible4 ,nous constaterons galement que la reconnaissance implicite de l'insuffisance de la raison pour clairer nos jugements1 a engendr les deux rgimes politiques auxquels se ramnent tous les gouvernements des peuples1 depuis les origines de l'histoire4 ,mais si la raison est insuffisante rectifier nos opinions1 que reste-t-il alors pour discerner la vrit dans une foule de questions morales1 politiques et sociales8 ,je montrerai dans le prochain chapitre que nous ne possdons qu'un seul moyen efficace3 l',exprience4 ,examinons d'abord le rle attribu la raison4 #c4--,rle de la raison dans la formation des opinions et des dcisions importantes4 ,dans toutes les opinions scientifiques ou techniques l'action de la raison est prpondrante4 ,l'erreur de la plupart des psychologues et des philosophes consiste croire que son rle est le mme dans le domaine des opinions ordinaires4 ,les idologues des divers partis ont toujours prtendu baser leurs opinions sur des raisons4 ,les conventionnels lui levaient des statues et les rhteurs modernes prtendent lgifrer en son nom4 ,l'observation prouve malheureusement--il faut le rpter toujours--que la raison exerce aussi peu d'influence dans la vie des peuples que dans notre conduite journalire4 ,taine fait justement remarquer que si nous avions besoin de croire que les crocodiles sont des dieux1 demain sur la place du ,carrousel on leur lverait un temple4 ,non seulement on l'lverait1 mais le jour mme surgirait une lgion de professeurs et d'avocats subtils pour justifier cette dification par des arguments rationnels4 ,la raison s'est constamment mise avec obissance au service de nos impulsions affectives et mystiques les moins dfendables4 ,en fait1 les opinions journalires sont difies1 non pas toujours contre la raison1 mais indpendamment de toute raison4 ,nous fiant aux impulsions mystiques et affectives qui les engendrent1 leur exactitude nous parat certaine et nous ne tolrons pas qu'on la conteste4 ,il est visible cependant que si une raison sre tait le vritable facteur de nos opinions1 il n'en existerait jamais qu'une seule sur chaque sujet4 ,dans les matires scientifiques dont toutes les donnes sont connues1 il en est toujours ainsi4 ,impossible de diffrer sur la formule d'une parabole1 la loi de la gravitation1 la trajectoire d'une plante4 ,les divergences apparaissent seulement dans les thories1 parce qu'elles sont de simples interprtations et qu'alors la logique rationnelle se laisse parfois influencer par des lments affectifs ou mystiques4 ,ds que l'on s'carte de la science pure1 c'est--dire qu'on passe du domaine de la connaissance dans celui de la croyance1 la divergence des opinions sur tous les sujets devient au contraire une loi constante4 ,elle se manifeste mme sur ceux o la raison seule1 semblerait-il1 devrait parler1 les dcisions juridiques par exemple4 ,nous allons utiliser ces cas typiques pour montrer combien il est difficile la logique rationnelle de se soustraire aux influences affectives et mystiques4 tablissons d'abord une classification entre les hommes appels en juger d'autres4 ,au plus bas chelon se trouvent les esprits dont l'opinion se forme uniquement sous l'action de la logique affective4 ,les chelons les plus levs seront composs de mentalits presque exclusivement influenables par les arguments de la logique rationnelle4 ,a la premire des catgories prcdentes appartiennent les jurs de ,cours d'assises4 ,par leur nombre1 ils constituent des foules et en possdent les caractres4 ,les arguments rationnels exercent donc peu de prise sur eux4 ,on oriente leurs convictions en agissant sur leurs sentiments4 ,une femme coupable d'un crime grave1 mais entoure d'enfants en pleurs rclamant leur mre1 est assure de l'indulgence4 ,la jolie femme qui1 dans un accs de jalousie amoureuse1 a tu son amant1 en est plus assure encore4 ,un jury anglais la ferait pendre1 un jury franais l'acquitte peu prs constamment4 ,c'est mme un de ces cas o l'influence de la race dans la gense des opinions se manifeste nettement4 ,un peu au-dessus de cette catgorie domine par la sentimentalit pure1 se trouvent les juges des tribunaux de premire instance4 ,ils sont assez jeunes encore pour que les arguments d'ordre affectif puissent les mouvoir4 ,le prestige d'un avocat clbre les impressionne toujours4 ,on peut cependant les influencer aussi par des preuves rationnelles1 mais seulement si ces dernires n'ont pas lutter contre des intrts personnels4 ,l'espoir de l'avancement1 les pressions politiques1 exercent parfois une influence prpondrante sur leurs opinions4 ,ils rendent des jugements assez incertains puisque les magistrats de ,cours d'appel en rforment prs du tiers4 ,ils se trompent donc peu prs une fois sur trois4 ,les magistrats de ,cours d'appel forment un chelon suprieur de la classification prcdente4 ,plus gs et plus instruits1 ils sont moins subordonns la logique affective qu' la logique rationnelle4 ,au sommet enfin apparaissent les juges de la ,cour de cassation4 ,vieillis1 un peu dcrpits1 n'ayant plus rien esprer1 dpouills de toute sentimentalit1 aussi indiffrents l'intrt individuel qu' la piti1 ils ignorent les cas particuliers et restent confins dans le droit strict4 ,nul avocat n'essaierait d'invoquer un argument sentimental devant eux4 ,la preuve rationnelle seule peut les toucher4 ,les mticuleuses prcisions de la loi les dominent entirement4 ,elle est devenue pour eux une sorte d'entit mystique1 isole des hommes4 ,cet excs de rationalisme n'est pas sans danger1 car le droit1 quitable au moment o il vient d'tre fix1 cesse bientt de l'tre par suite de l'volution sociale qui le dpasse rapidement4 ,c'est alors qu'on doit savoir l'interprter afin de prparer sa transformation1 comme le font quelques magistrats dont les arrts forment une jurisprudence1 fille de nouvelles coutumes et mre de lois nouvelles4 ,le duel est ainsi pass de l'tat de crime celui de dlit non poursuivi2 l'adultre entranant jadis des annes de prison pour les coupables et jug par le code comme un crime si grave que le mari tait excus de tuer sa femme1 a fini par tre rang avec les dlits tellement secondaires1 qu'un nouveau projet de loi propose de ne le punir que d'une insignifiante amende4 ,nous venons de montrer que mme chez des hommes instruits1 gnralement impartiaux et trangers aux passions1 les opinions sur des sujets bien dfinis taient souvent errones4 ,la raison s'est donc montre insuffisante les clairer4 ,si au lieu de ces hommes choisis1 nous considrions des runions1 telles que les assembles parlementaires1 dont les membres sont le plus souvent domins par des intrts individuels1 des thories prconues et des passions politiques1 nous constaterions que le rle de la raison dans leurs dcisions est peu prs nul4 ,les arguments rationnels proposs quelquefois1 ils ne les entendent mme pas4 ,les votes sont uniquement guids par les intrts de leur parti ou par ceux des lecteurs qu'ils doivent mnager4 ,sans doute la raison est constamment invoque dans les assembles parlementaires1 mais elle est1 en vrit1 le plus mince des facteurs capables de les influencer4 ,les rares meneurs qui russissent parfois modifier le vote d'une runion politique savent bien qu'ils n'agiront pas avec des raisons1 mais uniquement en faisant vibrer des sentiments violents4 ,certaines formules mystiques habilement manies sont d'un effet trs sr4 #d4--,rle de la raison dans la formation des opinions journalires4 ,nous venons de voir le faible rle de la raison dans les dcisions importantes prises par diverses catgories d'hommes choisis4 ,dans les opinions journalires1 son action est bien moins efficace encore4 ,on constate sans cesse en effet des opinions divergentes sur des sujets o la raison semblerait devoir conduire des conclusions identiques4 ,ces divergences se conoivent parfaitement quand on connat le rle des lments mystiques et affectifs dans la formation de nos opinions4 ,les divergences d'opinion ne rsultent pas1 comme nous le supposons quelquefois1 des ingalits d'instruction de ceux qui les manifestent4 ,elles se constatent1 en effet1 chez des individus d'intelligence et d'instruction voisines4 ,on peut s'en convaincre en parcourant les rponses faites aux grandes enqutes collectives ayant pour but d'clairer certaines questions bien dfinies4 ,parmi les innombrables exemples fournis par la lecture de leurs comptes rendus1 j'en mentionnerai seulement un trs typique1 publi dans l',anne psychologique de ,m4 ,binet4 ,voulant se renseigner sur les effets de la rduction du programme de l'histoire de la philosophie dans les lyces1 il envoya un questionnaire tous les professeurs chargs de cet enseignement4 ,les rponses furent nettement contradictoires1 les uns dclarant dsastreux ce que les autres affirmaient excellent4 ,comment se fait-il1 conclut ,m4 ,binet avec mlancolie1 qu'une rforme qui dsole un professeur paraisse excellente un de ses collgues8 ,quelle leon pour eux sur la relativit des opinions humaines1 mme chez des personnes comptentes6 ,des contradictions du mme ordre se sont invariablement manifestes sur tous les sujets dans tous les temps4 ,pour arriver l'action1 l'homme dut cependant choisir entre ces opinions contraires4 ,comment oprer un tel choix1 la raison tant impuissante le dterminer8 ,deux mthodes seulement ont t dcouvertes jusqu'ici3 accepter l'opinion de la majorit ou celle d'un seul choisi pour matre4 ,de ces deux mthodes drivent tous les rgimes politiques4 ,assurment1 les quelques voix de majorit1 ou mme la majorit considrable obtenue par une opinion1 ne la fera pas suprieure l'opinion contraire4 ,l'avis d'un seul1 obligatoirement impos1 ne sera pas toujours non plus le meilleur4 ,le choix de l'une ou l'autre mthode est pourtant ncessaire pour sortir des indcisions entravant la volont d'agir4 ,les philosophes eux-mmes n'ont pu en dcouvrir d'autres4 ,les opinions d'un esprit minent sont gnralement trs suprieures celles d'une collectivit1 mais si l'esprit n'est pas minent1 ses dcisions pourront tre fort dangereuses4 ,l'histoire de l',allemagne et de la ,france depuis cinquante ans fournit de nombreuses preuves des avantages et des inconvnients de ces deux mthodes3 la tyrannie individuelle et la tyrannie collective4 ,,chapitre ,,iv ,,la ,,rectification ,,des ,,opinions ,,par ,l',,exp,,rience4 #a4--,l'exprience dans la vie des peuples4 ,nous venons de voir comment sur la plupart des sujets1 autres que les questions scientifiques1 la logique rationnelle ne donnant que des indications incertaines1 on a d se rsigner prendre pour guide l'opinion de la majorit ou celle d'un seul individu choisi pour matre4 ,l'acceptation d'une opinion ne suffisant pas la transformer en vrit1 comment russir dcouvrir son exacte valeur8 ,elle n'est mise en vidence que par l'exprience1 mthode de vrification lente et coteuse1 qui ne s'applique pas d'ailleurs tous les sujets4 ,sur les croyances solidement constitues notamment1 son impuissance est aussi grande que celle de la raison4 ,sur les opinions collectives1 certaines opinions politiques par exemple1 elle finit par agir1 mais la condition d'tre trs frappante et trs rpte4 ,la vie des peuples prouve la ncessit de ces rptitions frappantes4 ,des entassements de ruines et des torrents de sang sont parfois ncessaires pour que l'me d'une race s'assimile certaines vrits exprimentales4 ,souvent mme n'en profite-t-elle pas bien longtemps1 car en raison de la faible dure de la mmoire affective1 les acquisitions exprimentales d'une gnration servent peu une autre4 ,depuis les origines du monde toutes les nations constatent que l'anarchie se termine invariablement par la dictature1 et cependant cette ternelle leon ne leur profite gure4 ,des faits rpts montrent que les perscutions sont le meilleur moyen de favoriser l'extension d'une croyance religieuse1 et pourtant ces perscutions continuent sans trve4 ,l'exprience enseigne encore que cder perptuellement des menaces populaires est se condamner rendre tout gouvernement impossible et nous voyons nanmoins les politiciens oublier chaque jour cette vidence4 ,l'exprience a montr galement que1 pour des raisons psychologiques trs sres1 tout produit fabriqu par l'tat dpasse toujours les prix de l'industrie prive1 et malgr cette preuve les socialistes obligent l'tat monopoliser constamment quelque fabrication nouvelle4 ,les expriences n'agissent rapidement1 je l'ai dit plus haut1 que si elles sont trs frappantes4 ,en voici un rcent et remarquable exemple4 ,tous les psychologues1 tous les conomistes1 tous les commerants avaient prdit que le rachat de l',ouest et sa grance par l'tat constitueraient une opration fort coteuse4 ,simplement coteuse1 le public s'en serait peine aperu1 mais l'administration tatiste de cette ligne produisit en quelques mois une telle accumulation d'pouvantables catastrophes et de morts horribles1 que la leon de l'exprience a t immdiatement comprise4 ,personne aujourd'hui n'oserait rclamer le rachat de nouvelles lignes4 #b4--;,difficult de saisir les facteurs gnrateurs de l'exprience4 ,mais si des expriences aussi visibles que la prcdente peuvent transformer l'opinion1 il ne s'en suit pas que les facteurs gnrateurs de ces expriences soient facilement compris4 ,en ce qui concerne par exemple les accidents dont je viens de parler1 le ministre des ,travaux ,publics n'a nullement aperu les causes secrtes d'une anarchie impossible nier4 ,oblig de reconnatre que les nombreuses catastrophes dues des collisions de trains provenaient surtout de l'indiscipline d'un personnel n'observant plus les rglements1 il crut y remdier par la rvocation du ,directeur du rseau4 ,son successeur n'eut d'autre ressource1 pour diminuer les accidents1 que de rduire considrablement le nombre des trains et leur vitesse1 moyen assurment peu glorieux1 mais sr4 ,qu'aurait-il pu d'ailleurs contre des effets provoqus par des causes trangres son action8 ,ni octroyer l'administration de l'tat une capacit industrielle qu'elle ne possde pas1 ni davantage crer chez les employs1 excits par d'ambitieux entraneurs1 la discipline1 le zle1 le respect des rglements indispensables leur profession4 ,comment1 crivait le ,temps1 avoir un personnel de choix dans un rseau dont les politiciens d'arrondissement n'ont vot le rachat que pour y caser leurs protgs et s'y faire une clientle8 ,comment obtenir une stricte soumission de ces cheminots1 dont toutes les incartades sont immdiatement excuses et couvertes par un groupe de dputs dmagogues8 ,en attendant1 concluait le mme journal1 l'tat1 qui patauge si misrablement sur son propre rseau1 serait sage de laisser les compagnies exploiter les leurs en toute libert et de ne point leur imposer des abus dont il a vu chez lui les dsastreuses consquences4 ,vain espoir1 l'tat1 c'est--dire les politiciens qui psent sur lui1 ne cesse de perscuter les compagnies1 de les accabler de charges et d'encourager l'indiscipline et les rclamations de leurs agents4 ,mais la fatalit des choses dominant les discours1 a donn une nouvelle leon exprimentale qui finira srement par tre comprise4 ,il y a quelques annes1 j'avais prdit dans un article de revue que le rsultat des despotiques interventions tatistes serait de faire tomber rapidement la valeur des actions des compagnies1 c'est--dire un des lments les plus stables de la richesse publique parce qu'il est rparti dans le plus grand nombre de mains4 ,cette prdiction s'est ralise rapidement4 ,la plupart des actions ont subi une baisse norme1 atteignant pour le ,lyon1 prs de #ag p4 #ajj4 ,les actions de cette compagnie1 cotes en fvrier #aiji #a4che francs la ,bourse1 tombaient #a4aej francs en fvrier #aiaa4 ,il faudra que la chute soit plus profonde encore et surtout que ses rpercussions se manifestent nettement pour que cette leon exprimentale profite4 ,les mmes causes produisant gnralement les mmes effets1 ne nous tonnons pas de rencontrer dans notre marine militaire une anarchie identique celle constate plus haut dans le rseau de l'tat4 ,le rcent travail du rapporteur du budget de la marine en fournit l'indiscutable preuve4 ,de #ahia #aijf1 dit-il1 l',allemagne a dpens pour sa marine #b4ejh millions1 tandis que la ,france en dpensait #c4hji4 ,cependant1 malgr cette diffrence de #a4cjj millions1 l',allemagne tait parvenue former une flotte sensiblement suprieure celle de la ,france4 ,ces chiffres condamnaient notre administration4 ,l'opinion publique restait indiffrente4 ,pour l'mouvoir1 et par contre-coup pour agiter la ,chambre1 il fallait plus que des mots3 des accidents1 des catastrophes1 du sang6 ,aprs le ,sully1 le ,chanzy1 la ,nive1 la ,vienne1 c'est le ,farfadet et le ,lutin qui coulent4 ,sur la ,couronne1 des canons clatent1 des servants sont ventrs2 ,toulon1 une de nos plus belles units1 l',ina1 entre en ruption comme un volcan4 ,aprs ce dernier et terrible revers1 il ne devient plus possible d'accuser le hasard seul3 une enqute s'imposait4 ,stupfaite et mue1 l'opinion publique apprit que malgr les centaines de millions qui lui avaient t consacrs1 la marine manquait non seulement de navires de guerre puissants1 mais encore de canons1 de munitions1 d'approvisionnements et de bassins de radoub4 ,elle sut qu'aprs un seul combat1 mme trs court1 aucune place1 aucun port ne pourrait ravitailler une escadre1 ni en charbon1 ni en projectiles4 ,ce n'est pas l'argent qui nous a fait dfaut4 ,nous en avons eu plus qu'il n'en fallait pour galer l',allemagne6 ,ces constatations1 conclut le rapporteur1 sont accablantes#h4 #h ,extrait du rapport publi par le ,temps du #be fvrier #aiaa4 ,accablantes en effet4 ,malheureusement1 il n'y a aucune chance d'esprer que les causes multiples ayant engendr de tels rsultats3 indiscipline croissante des ouvriers des arsenaux sous l'influence d'excitations journalires1 dsorganisation complte des services1 produite par les ingrences politiques et les rivalits de fonctionnaires qui se jalousent1 influences socialistes obligeant l'tat se charger de constructions que l',allemagne confie des industries prives etc41 puissent disparatre4 ,dans les cas prcdents1 les rsultats des expriences se sont montrs rapidement4 ,mais il arrive parfois qu'ils se manifestent avec lenteur4 ,la destruction presque instantane de la flotte russe par les grands cuirasss japonais et l'impuissance des torpilleurs ont t ncessaires pour faire comprendre la faute norme commise il y a quelques annes en abandonnant la construction des cuirasss pour les remplacer par une flotte de petits croiseurs et de torpilleurs reconnus inutiles maintenant4 ,des centaines de millions furent ainsi gaspills4 ,notre pays resta sans dfense1 jusqu'au jour o l'erreur ayant t exprimentalement dmontre1 il fallut se dcider entreprendre la construction d'une nouvelle flotte4 ,si l'exprience est souvent indispensable pour vrifier la valeur des opinions1 c'est que la plupart de ces dernires se forment en ne tenant compte que des lments superficiels des choses4 ,dans le cas qui vient d'tre cit1 on pouvait1 par des raisonnements subtils bass sur quelques apparences1 prouver que les torpilleurs conomiques dtruiraient facilement les grands cuirasss ruineux4 ,l'abandon de ces derniers semblait donc rationnel4 ,les consquences lointaines de mesures d'apparences rationnelles ne sont visibles qu' des esprits pntrants1 et ce ne sont pas souvent eux qui gouvernent4 ,j'ai montr dans ma ,psychologie politique combien furent finalement nuisibles nombre de lois paraissant dictes par d'excellentes raisons4 ,l'exprience prouva mme que la plupart de ces lois draconiennes agissaient1 gnralement1 d'une faon exactement contraire aux intrts de ceux qu'elles voulaient protger4 ,comme type des rsultats ainsi obtenus1 un des plus curieux a t fourni rcemment par la ville de ,dijon4 ,les hasards de la ccit populaire y ayant fait lire une municipalit socialiste1 ces braves gens s'imaginrent favoriser les ouvriers en remplaant l'octroi par de lourdes taxes frappant seulement les dtenteurs supposs de la richesse4 ,d'invitables rpercussions se manifestrent en trs peu de temps1 et1 loin de diminuer1 le prix de la vie augmenta considrablement pour les travailleurs4 ,les socialistes apprirent ainsi exprimentalement1 mais aux dpens de leurs administrs1 que les lois conomiques ddaignes1 quand on ne les comprend pas1 rendront toujours impossible l'tablissement d'une taxe quelconque sur une classe unique de citoyens4 ,par voie d'incidence elle se rpartit bientt sur toutes les autres et ce n'est pas celui contre lequel a t vot l'impt qui le paie4 99 99 99 99 99 ,les leons de l'exprience tant le plus souvent trs nettes1 pourquoi tant d'hommes politiques1 auxquels l'intelligence ne manque pas toujours1 les comprennent-ils si peu8 ,c'est que1 je l'ai dit dj1 l'exprience reste peu prs sans action sur la croyance4 ,or1 les conceptions politiques des partis avancs n'tant plus des opinions1 mais bien des croyances1 ont pour soutien ces lments mystiques et affectifs dont nous avons montr l'irrsistible force4 ,la raison1 invoque sans cesse par les politiciens1 n'exerce pas plus d'influence sur eux que sur les dvots d'aucune foi4 ,des certitudes exclusivement mystiques ou sentimentales dictent leur conduite4 ,ils sont matres de leurs discours1 mais non des invisibles suggestions qui les font natre4 ,connaissant ainsi la gense secrte d'opinions qui ne possdent de rationnel que l'apparence1 on ne saurait s'indigner contre l'incomprhension de leurs auteurs4 ,des vrits1 clatantes pour des esprits guids par une logique rationnelle dgage de tout lment tranger1 resteront toujours inaccessibles aux hommes que la simple croyance conduit4 ,ils sont inaccessibles la raison1 l'observation et l'exprience4 ,,livre ,,vi ,,les ,,opinions ,,et ,,les ,,croyances ,,collectives ,,chapitre ,i ,,les ,,opinions ,,form,,es ,,sous ,,des ,,influences ,,collectives4 7,la race1 le milieu1 la coutume1 les groupes sociaux1 etc47 #a4--;,influence de la race sur les croyances4 ,les influences collectives ont une part prpondrante dans la gense d'un grand nombre d'opinions et constituent leurs vritables rgulateurs4 ,l'immense majorit des hommes ne possde gure que des opinions collectives4 ,les plus indpendants eux-mmes professent gnralement celles des groupes sociaux auxquels ils appartiennent4 ,nous l'avons dit dj1 et allons le montrer plus clairement encore1 par l'examen successif du rle des influences collectives dans la gense de nos opinions et de nos croyances3 race1 milieu1 coutume1 groupe social1 etc4 ,examinons d'abord l'influence de la race4 ,des observations plusieurs fois sculaires prouvent que les peuples chargs d'un long pass prsentent une grande communaut d'opinions et de croyances sur certains sujets fondamentaux4 ,elle rsulte de la formation d'une me nationale4 ,cette me tant variable d'un peuple un autre1 les mmes vnements veilleront chez chacun d'eux des ractions diffrentes4 ,il n'existe plus gure aujourd'hui de races pures au sens anthropologique de ce terme1 mais lorsque des peuples de mme origine ou d'origines diverses1 sans tre trop loignes1 ont t soumis pendant plusieurs sicles aux mmes croyances1 aux mmes institutions1 aux mmes lois1 et parlent la mme langue1 ils constituent ce que j'ai appel ailleurs une race historique4 ,cette race possde alors en morale1 en religion1 en politique et sur une foule de sujets1 un ensemble d'ides1 de sentiments communs1 tellement fixs dans les mes1 que tout le monde les accepte sans les discuter4 ,l'me d'un peuple n'est donc pas une conception mtaphysique1 mais une ralit trs vivante4 ,elle est forme d'une stratification atavique1 de traditions1 d'ides1 de modes de penser1 de prjugs mme4 ,de leur solidit dpend la force d'une nation4 ,des hommes simplement runis par une conqute violente constituent un agrgat transitoire1 non ciment et facilement dissociable parce qu'ils ne possdent pas encore une me nationale4 ,tant qu'elle n'aura pas t acquise ils resteront une poussire de barbares4 ,dtruire les influences du pass dans l'me d'un peuple eut toujours pour rsultat invariable de le ramener la barbarie4 ,les divergences d'opinions chez un peuple1 possdant une me nationale trs forte1 portent seulement sur des sujets peu importants4 ,devant un grand intrt en jeu1 l'accord devient unanime4 ,les ,anglais en donnrent un frappant exemple dans la guerre du ,transvaal4 ,les dfaites humiliantes et rptes des troupes britanniques1 vaincues par de simples paysans boers1 fournissaient aux journaux de l'opposition une excellente occasion d'attaquer le ministre4 ,aucun n'y songea4 ,l'me nationale ne l'aurait pas permis4 ,cette me collective de la race ne se manifeste d'ailleurs que lorsqu'il s'agit d'intrts gnraux considrables4 ,elle n'entrave nullement l'existence d'mes individuelles trs vivaces1 de mme qu'en histoire naturelle1 les caractres distincts de chaque espce ne les empchent pas de possder galement ceux du genre auquel ils appartiennent4 ,nous verrons que les lments constituants des races primitives1 n'tant pas encore diffrencis1 n'ont qu'une me collective4 ,c'est seulement chez des races trs volues que les caractres individuels se superposent aux caractres collectifs4 ,il a t remarqu plus haut que la formation d'une me commune tait possible seulement chez des peuples d'origines peu dissemblables4 ,s'ils l'taient trop1 aucune fusion ne pourrait s'oprer4 ,ne possdant pas la mme me1 chaque individu est impressionn diffremment par les choses extrieures1 et il ne saurait1 par consquent1 exister d'opinions communes sur aucun sujet4 ,les ,tchques et les ,hongrois en ,autriche1 les ,irlandais en ,angleterre1 etc41 illustrent l'exactitude de cette loi4 ,la prtention d'imposer nos codes aux indignes de nos colonies prouve qu'elle est peu comprise4 ,les croisements de races trs diffrentes modifient les influences ancestrales1 mais ils enlvent en mme temps aux individus toute stabilit mentale4 ,un peuple de mtis est ingouvernable4 ,l'anarchie o vivent les rpubliques latines de l',amrique en est la preuve4 ,l'hritage mental du pass se stabilisant mesure qu'un peuple vieillit1 ce qui tait une force pour lui1 finit la longue par constituer une faiblesse4 ,son adaptation des progrs nouveaux devenant de plus en plus difficile1 sa pense et ses opinions sont de moins en moins libres4 ,il y a lutte journalire entre le conscient que la raison gouverne1 et les impulsions ancestrales qui lui chappent4 ,les rvolutions violentes par lesquelles les peuples essaient quelquefois alors de se soustraire au joug opprimant d'un pass trop lourd1 sont sans action durable4 ,elles peuvent dtruire les choses1 mais modifient trs peu les mes4 ,c'est ainsi que les opinions et les croyances de la vieille ,france psent d'un irrsistible poids sur la nouvelle4 ,les faades seules ont chang4 #b4--;,influence du milieu social et des groupes sociaux4 ,le milieu social exerce sur nos opinions et notre conduite une action intense4 ,il engendre notre insu des infrences inconscientes qui nous dominent constamment4 ,les livres1 les journaux1 les discussions1 les vnements d'une poque crent une ambiance qui1 bien qu'invisible1 nous oriente4 ,elle contient les germes de conceptions artistiques1 littraires1 scientifiques ou philosophiques que le gnie condense quelquefois en synthses lumineuses4 ,les opinions suscites par le milieu social sont tellement fortes1 que l'individu oblig de quitter ce milieu est galement forc de changer d'opinions4 ,un parfait socialiste rvolutionnaire devient aisment un conservateur troit ds son arrive au pouvoir4 ,on sait avec quelle facilit ,napolon transforma en ducs1 chambellans et barons1 les farouches conventionnels qui n'avaient pas encore eu le temps de se couper rciproquement la tte4 ,le milieu social agit d'une faon gnrale1 mais ce qui agit surtout c'est le groupe auquel nous appartenons4 ,d'opinions et de croyances individuelles1 dduites de nos propres observations et de nos raisonnements1 nous en avons gnralement fort peu4 ,la plupart des hommes ne possdent que celles du groupe3 caste1 classe1 secte1 parti1 profession auxquels ils appartiennent et les adoptent en bloc4 ,chaque classe d'un peuple3 ouvriers1 magistrats1 politiciens1 professent donc les opinions fondamentales de leur groupe professionnel4 ,elles sont le critrium de leurs jugements4 ,ils tiennent les choses pour vraies ou fausses suivant qu'elles sont conformes ou non aux opinions de ce groupe4 ,chacun forme une sorte de tribu ferme1 possdant des opinions communes si acceptes qu'elles ne se discutent mme pas4 ,qui n'adopte pas les ides de son groupe n'y saurait vivre4 ,l'volution actuelle vers le socialisme et le syndicalisme augmente tous ces groupes1 notamment ceux par lesquels l'tat administre ses monopoles4 ,ils se jalousent frocement1 et rien n'existe de commun entre eux qu'une cascade d'inimitis et de mpris4 ,aucune solidarit ne les reliant1 il en rsulte une dsorganisation progressive des services chaque jour plus nombreux assums par l'tat4 ,c'est une des causes profondes1 quoique des moins signales1 de la dcadence des monopoles tatistes1 et notamment1 de notre marine de guerre4 ,j'en ai fourni les preuves1 dans un prcdent ouvrage1 et montr que le simple passage d'un monopole entre les mains de l'tat est un dsastre pour les finances4 ,les dissentiments d'opinions entre les groupes fonctionnariss qui1 sous le bnfice de l'anonymat1 sont les vrais matres du pays1 apparaissent peu au public4 ,les opinions des groupements ouvriers sont au contraire trop bruyantes pour passer inaperues4 ,leurs haines l'gard des autres classes tendent devenir de puissants facteurs de l'volution politique actuelle4 ,s'imaginant1 sur l'affirmation de leurs meneurs1 tre les crateurs uniques de la richesse1 ils ne souponnent aucunement le rle du capital et de l'intelligence4 ,se considrant beaucoup plus les compatriotes des ouvriers trangers que des bourgeois franais1 ils sont devenus internationalistes et anti-militaristes4 ,leur vraie patrie est le groupe des gens de leur mtier1 quelque nation qu'ils appartiennent4 #c4--;,influence de la coutume4 ,la coutume1 forme de l'habitude1 fait la force des socits et des individus4 ,elle les dispense d'avoir rflchir sur chaque cas qui se prsente pour se former une opinion4 ,le milieu1 la contagion et l'ducation maintiennent en nous la coutume4 ,les lois ne font que la sanctionner et sont puissantes seulement quand elles fixent une coutume dj existante4 ,le rle de la coutume1 dont j'ai dj parl dans un autre chapitre propos de l'habitude1 a t fort bien tudi depuis longtemps1 notamment par ,montaigne1 et il suffira de reproduire ce qu'crivait ce philosophe3 ,c'est1 la vrit1 une violente et traistresse maistresse d'eschole que la coustume4 ,elle establit en nous1 peu peu1 la desrobe1 le pied de son auctorit3 mais1 par ce doulx et humble commencement1 l'ayant rassis et plant avec l'ayde du temps1 elle nous descouvre tantost un furieux et tyrannique visage1 contre lequel nous n'avons plus la libert de haulser seulement les yeulx4 444 ,mais on descouvre bien mieulx ses effects aux estranges impressions qu'elle faict en nos mes1 o elle ne trouve pas tant de rsistance444 ,les loix de la conscience1 que nous disons naistre de nature1 naissent de la coustume2 chacun1 ayant en vnration interne les opinions et murs approuves et reeues autour de luy1 ne s'en peult desprendre sans remors1 ny s'y appliquer sans applaudissement4 ,quand ceulx de ,crte vouloient1 au temps pass1 mauldire quelqu'un1 ils prioient les dieux de l'engager en quelque coustume444 les communes imaginations que nous trouvons en crdit autour de nous1 et infuses en nostre me par la semence de nos pres1 il semble que ce soyent les gnrales et naturelles3 par o il advient que ce qui est hors les gonds de la coustume1 on le croit hors les gonds de la raison2 ,dieu sait combien desraisonnablement le plus souvent6444 ,c'est par l'entremise de la coustume que chascun est content du lieu o nature l'a plant2 et les sauvages d',escosse n'ont que faire de la ,touraine1 ny les ,scythes1 de la ,thessalie444 l'usage nous desrobe le vray visage des choses444 ,nous allons examiner maintenant les caractristiques spciales1 la valeur et l'influence des opinions collectives dont nous venons d'indiquer la gense4 ,,chapitre ,,ii ,,les ,,progr,s ,,de ,l',,influence ,,des ,,opinions ,,collectives ,,et ,,leurs ,,cons,,quences4 #a4--,les caractristiques des opinions populaires4 ,l'action de plus en plus considrable des foules dans la vie politique donne une grande importance l'tude des opinions populaires4 ,interprtes par une lgion d'avocats1 de professeurs1 qui les transposent et en dissimulent la mobilit1 l'incohrence et le simplisme1 elles restent assez mal connues4 ,aujourd'hui1 le peuple souverain est aussi adul que le furent jadis les pires despotes4 ,ses passions basses1 ses apptits bruyants1 ses plus inintelligentes aspirations suscitent des admirateurs4 ,pour les politiciens1 serviteurs de la plbe1 les faits n'existent pas1 les ralits n'ont aucune valeur1 la nature doit se plier toutes les fantaisies du nombre4 ,l'me populaire1 dj tudie par nous dans d'autres ouvrages1 a pour principale caractristique d'tre entirement domine par des lments affectifs et mystiques4 ,aucun argument rationnel ne pouvant refrner chez elle les impulsions cres par ces derniers1 elle y obit immdiatement4 ,le ct mystique de l'me des foules est souvent plus dvelopp encore que son ct affectif4 ,il en rsulte un besoin intense d'adorer quelque chose3 dieu1 ftiche1 personnage ou doctrine4 ,ce besoin s'panche aujourd'hui vers la foi socialiste1 religion nouvelle dont le pouvoir surnaturel doit rgnrer les hommes4 ,le mysticisme populaire fut observ d'ailleurs tous les ges4 ,quand il ne se manifesta pas dans les croyances religieuses1 il rgna dans les conceptions politiques4 ,l'histoire de la ,rvolution le montre chaque page4 ,le point le plus essentiel peut-tre de la psychologie des foules est1 je le rpte1 l'impuissance de la raison sur elles4 ,les ides capables d'influencer les multitudes ne sont pas des ides rationnelles1 mais des sentiments exprims sous forme d'ides4 ,de telles vrits devraient tre banales depuis longtemps4 ,cependant la conduite des politiciens de race latine montre qu'ils ne les comprennent pas encore4 ,ils ne se dgageront de l'anarchie qu'aprs les avoir comprises4 #b4--;,comment1 sous la mobilit des opinions populaires1 persiste une certaine fixit4 ,parmi les caractristiques des opinions populaires1 on en rencontre deux1 la mobilit et la stabilit1 d'aspect contradictoire4 ,la mobilit parat leur loi1 et elle l'est en effet1 mais semblable aux vagues de l'ocan surmontant des eaux tranquilles1 cette mobilit de surface cache des lments trs stables4 ,on les dcouvre sous toutes les variations dont notre histoire offre depuis un sicle le tableau4 ,derrire la mobilit constante de la foule1 derrire ses fureurs1 ses enthousiasmes1 ses violences et ses haines gnratrices de tant de bouleversements1 persistent des instincts conservateurs tenaces4 ,les foules latines les plus rvolutionnaires restent trs conservatrices1 trs traditionalistes4 ,c'est pourquoi les rgimes briss par elles sont bientt restaurs sous de nouveaux noms4 ,cette double tendance1 rvolutionnaire dans les actes1 conservatrice dans les sentiments1 chappe gnralement aux meneurs de foules4 ,aussi ne les entranent-ils jamais bien longtemps dans le mme sens4 ,sur les opinions politiques journalires1 et surtout sur les sentiments pour les personnes1 on fait osciller facilement l'me populaire4 ,sur sa mentalit fondamentale1 le temps seul peut agir4 ,un des exemples montrant le mieux la fois l'incomprhension gnrale de l'me populaire1 et la fixit cache sous sa mobilit1 est fourni par une rcente exprience du ,gouvernement anglais4 ,le ,parlement lu aprs dissolution ne lui ayant pas donn1 propos de la rforme de la ,chambre des ,lords1 une majorit suffisante1 il crut1 par une campagne nergique1 pouvoir obtenir des foules anglaises les dputs dont il avait besoin1 et la ,chambre fut de nouveau dissoute4 ,malgr la plus violente pression1 les mmes dputs furent renomms4 ,avant la dissolution1 la majorit gouvernementale tait de #abd voix4 ,aprs les nouvelles lections1 de #abf voix4 ,tout cet effort norme aboutissait un insignifiant dplacement de deux voix4 ,nul besoin d'une psychologie bien savante pour prdire ce rsultat4 ,comment supposer1 qu'ayant agi une premire fois sur l'opinion populaire par tous les moyens la disposition du gouvernement1 on pourrait quelques mois de distance obtenir des rsultats diffrents8 ,les ministres le supposaient sans doute en se basant sur la mobilit bien connue des foules1 mais ils oubliaient leur fixit sur certaines questions fondamentales4 ,or1 c'tait justement sur ces points essentiels que les lecteurs devaient voter4 ,ils correspondaient des tendances traditionnelles irrductibles des diverses fractions du peuple anglais4 ,l'me collective ne peut tre dirige qu'en la pntrant4 ,j'ai bien des fois montr quel point la plupart de nos hommes d'tat en ignorent le mcanisme4 ,la loi rcente sur les retraites ouvrires l'a une fois de plus montr4 ,ils comprennent encore moins l'me collective d'autres peuples1 comme le prouvent les ides d'assimilation imposes nos colonies4 #c4--,la puissance de l'opinion populaire avant l'ge moderne4 ,l'action des opinions populaires devenue prpondrante aujourd'hui1 s'est galement exerce aux divers temps de l'histoire4 ,on ne l'aperoit pas toujours1 parce que la chronique des nations n'a gure t1 pendant longtemps1 que celle des souverains4 ,tous les actes de leurs rgnes semblaient des crations de leurs volonts4 ,bien qu'oublies des livres1 les influences populaires furent cependant considrables4 ,quand aprs avoir termin l'histoire des rois on s'occupera de celle des peuples1 il apparatra clairement que les foules furent les vraies cratrices d'vnements mmorables3 croisades1 guerres de religion1 massacre de la ,saint-,barthlemy1 rvocation de l'dit de ,nantes1 ,restauration monarchique et napolonienne1 etc4 ,aucun despote n'aurait jamais eu la puissance d'ordonner la ,saint-,barthlemy1 et1 malgr son absolu pouvoir1 ,louis ,,xiv n'aurait pu rvoquer l'dit de ,nantes4 ,sans vouloir entrer ici dans les dtails et en me bornant comme exemple au dernier des vnements que je viens de citer1 je ferai remarquer que ,louis ,,xiv ne l'ordonna que pouss par la volont gnrale4 ,il n'y eut rien de plus populaire1 crit justement ,faguet1 que la rvocation de l'dit de ,nantes2 ce fut une mesure de souverainet nationale1 ce fut une mesure d'oppression de la minorit par la majorit1 ce fut une mesure minemment dmocratique4 ,la plupart des vnements crs par les foules sont gnralement ceux qui jourent le plus funeste rle dans l'histoire4 ,les catastrophes d'origine populaire furent heureusement peu nombreuses1 grce l'action des lites qui1 si faible aujourd'hui1 russissait alors1 le plus souvent1 limiter les caprices et les fureurs du nombre4 #d4--,les progrs actuels des influences collectives dans la gense des opinions et leurs consquences4 ,l'action grandissante du pouvoir des foules tant un des facteurs invitables de la vie moderne1 il faut savoir le subir4 ,pascal s'y rsignait dj3 ,pourquoi suit-on la pluralit8 ,est-ce parce qu'ils ont plus de raison8 ,non1 mais plus de force4 ,et par le fait seul que la puissance a t confre au nombre1 ou tout au moins ceux qui conduisent le nombre1 que le nombre est persuad qu'tant tout il peut tout1 il s'ensuit que les flatteurs de ce pouvoir nouveau se multiplient chaque jour pour le servir4 ,lgislateurs et ministres sont devenus ses esclaves4 ,les hommes politiques sont bien petits aujourd'hui devant les mugissements populaires4 ,les plus pondrs cdent en tremblant4 ,ils n'hsiteront jamais1 comme on le vit avec stupeur ,brest1 signer des manifestes en faveur d'un anarchiste antipatriote1 candidat au ,parlement1 si de bas comits lectoraux le leur ordonnent4 ,cette servilit fut du reste la loi de tous les ges4 ,qu'un peuple aspire la libert1 ce qui lui arrive rarement1 ou se rue vers la servitude1 tendance beaucoup plus frquente1 il trouvera toujours des professeurs et des avocats pour donner une forme intellectuelle ses impulsions1 si dangereuses qu'elles puissent tre4 ,les opinions des foules dictent aujourd'hui aux lgislateurs les lois qu'ils doivent voter1 et1 comme ces lois correspondent des fantaisies phmres et non des ncessits1 leur rsultat final est de dsorganiser la vie industrielle1 sociale et conomique du pays4 ,quant aux gouvernants1 ils se bornent suivre les mouvements de l'opinion1 se sentant impuissants les diriger1 et laissent ainsi s'accumuler des ruines4 ,on le constate maintenant chaque jour4 ,la dernire grve des inscrits maritimes1 qui faillit anantir le commerce de l',algrie1 en a fourni un bien lamentable exemple4 ,ds qu'une grve maritime se manifeste1 la navigation tant rserve la marine franaise1 l',algrie se trouve en tat de blocus1 et ses marchandises pourrissent dans ses ports4 ,en #aijd1 les communications furent ainsi interrompues trois mois2 en #aijg1 un mois2 en #aiji1 deux mois4 ,pour remdier ce blocus il suffisait de suspendre momentanment le monopole des pavillons1 de faon permettre aux btiments trangers un commerce au moins provisoire entre la ,france et l',algrie4 ,afin de se mnager la clientle lectorale des inscrits maritimes1 on prfra faire perdre des millions l',algrie4 ,devant cette passivit rsigne1 cette obissance leurs ordres1 les foules deviennent chaque jour plus imprieuses4 ,les freins qui les maintenaient tant dtruits1 elles obligent parfois leurs reprsentants lgifrer au mpris de toute quit comme l'auraient fait des barons fodaux4 ,il faudrait entrer dans trop de dtails pour montrer comment se sont graduellement dsagrges les actions inhibitrices qui modraient jadis les fantaisies et les fureurs des foules1 et comment a t amen leur tat de rvolte permanente4 ,cet esprit de rbellion rsulte avant tout de la notion1 qu'il suffit de menacer et1 au besoin1 saccager1 comme ,narbonne et en ,champagne1 pour tre obi4 ,nombreux sont les faits mettant en vidence les phases de cette lente volution de l'me populaire1 et montrant quels changements de mentalit parvinrent branler des principes de droit sculaire1 considrs comme indestructibles4 ,je me bornerai citer comme exemple1 la gense d'une loi1 d'aspect inoffensif et humanitaire ses dbuts1 mais dont le rsultat final fut la suspension momentane de la vie nationale1 par suite de la grve des cheminots4 ,depuis longtemps1 les compagnies payaient leurs employs des retraites souvent suprieures celles des fonctionnaires4 ,d'aprs les chiffres donns la ,chambre1 alors que les ouvriers mineurs ont un maximum de pension de #cfj francs1 les instituteurs #a4ajj francs1 les professeurs de collge #a4che francs1 celles des chefs de gare et des mcaniciens peuvent atteindre et dpasser #c4ejj francs4 ,l'orateur qui donnait ces chiffres la tribune ajoutait que ce n'est pas la situation des employs des compagnies qui demanderait tre amliore4 ,rien de plus vident1 mais comme les cheminots peuvent devenir de bons agents lectoraux1 et d'ailleurs faisaient entendre1 dans les journaux qu'ils inspirent1 de violentes menaces1 les lgislateurs crurent trs simple d'user de leur souverainet absolue pour leur donner satisfaction4 ,ils s'empressrent donc de voter une norme augmentation de retraites1 payables naturellement par les actionnaires des compagnies4 ,peu de despotes auraient os employer ce procd et dclarer ainsi des actionnaires3 il me plat de rduire vos maigres dividendes pour faire des pensions une catgorie d'agents dont j'ai besoin4 ,obissez et payez4 ,les chemins de fer1 tant entreprises prives1 sont lis par des contrats qu'un seul des contractants n'a pas le droit de briser4 ,cette vrit et fait rflchir des lgislateurs moins aveugls par la thorie de la souverainet de l'tat reprsentant les foules4 ,il ne se trouva pourtant1 au ,snat1 qu'un seul snateur1 ,m4 ,raymond ,poincar1 pour montrer le caractre odieux d'une intervention ayant pour but de dpouiller une classe de citoyens au profit d'une autre4 ,c'est1 dit-il1 le fait du ,prince dans ce qu'il a de plus arbitraire4 ,nous lgifrons pour l'avenir2 on nous demandera demain de lgifrer1 sinon pour le pass1 du moins pour le prsent444 ,o irons-nous1 ,messieurs1 je me le demande8 ,nous rsisterons sans aucun doute1 mais combien1 le jour venu1 serons-nous rsister8 ,pas beaucoup1 certes1 car l'minent homme d'tat1 aprs avoir fort bien montr les redoutables dangers du projet du ,gouvernement1 n'en a pas moins vot pour lui1 contribuant ainsi violer des principes de droit fondamentaux4 ,encourags par le succs de leurs menaces1 les employs de chemins de fer exigrent immdiatement des augmentations de traitement considrables4 ,les compagnies1 ayant essay de rsister1 il en rsulta finalement la dsastreuse grve des cheminots qui dsorganisa tous nos rseaux4 ,ce n'est l d'ailleurs qu'un commencement4 ,les ouvriers auxquels on propose des pensions de deux ou trois cents francs ne s'en contentent plus depuis qu'ils ont constat que1 par des violences1 leurs collgues des chemins de fer en obtenaient deux ou trois mille4 ,a la suite du vote du ,snat1 les demandes de retraites proportionnelles commencrent naturellement pleuvoir3 cantonniers1 ouvriers des arsenaux1 des mines1 des tabacs rclamrent nergiquement4 ,mais tout cela est l'avenir1 un redoutable avenir1 que les proccupations lectorales peuvent seules empcher d'apercevoir4 ,quel sinistre aveuglement6 ,on a vu1 par la rvolte rcente de plusieurs villes d'un dpartement1 rvolte accompagne de pillage et d'incendies1 les progrs de la violence des classes populaires quand on refuse de leur obir instantanment4 ,le but poursuivi se dessine chaque jour plus nettement4 ,il consiste tcher de dpouiller ceux qui possdent4 ,cet idal1 constamment prch par les meneurs1 est au fond de toutes les revendications4 ,en attendant1 les lgislateurs sanctionnent servilement les mesures que la foule exige4 ,ils ont perdu le sens des possibilits et des ralits4 ,les plus dures expriences ne les clairent pas4 ,ils s'imaginent marcher ainsi vers le progrs et la libert1 tandis que leurs votes nous mnent vers la servitude1 la dcadence et tous les despotismes qui en sont la suite4 #e4--;,influence des collectivits dans la stabilisation de certains lments sociaux4 ,le rle destructeur des opinions des foules1 n'est qu'une des faces de leur action4 ,sous la mobilit populaire apparente1 existe1 nous l'avons dit1 un esprit traditionaliste assez difficile dtruire4 ,grce lui les foules retournent facilement au pass4 ,le ct conservateur de l'me populaire s'observe surtout dans les groupes sociaux3 classes1 congrs1 corporations1 syndicats1 acadmies1 etc4 ,l'action de ces groupes homognes est souvent fort diffrente de celle des foules htrognes dont nous nous sommes occup plus haut4 ,ni destructive1 ni cratrice elle stabilise1 en raison de l'autorit du nombre1 des opinions nouvelles cres par des lites et fixe ainsi pour quelque temps certains lments importants des civilisations3 langues1 arts1 modes1 croyances1 thories scientifiques mme4 ,l'action individuelle est certainement capitale1 et le gnie1 sa plus belle floraison1 est toujours personnel2 cependant ses crations ne peuvent pleinement s'panouir qu'aprs tre devenues collectives4 ,sans les chercheurs solitaires1 il n'y aurait jamais eu ni civilisation1 ni progrs1 mais l'uvre individuelle n'acquiert toute sa puissance que par son absorption dans l'me collective4 ,,chapitre ,,iii ,,la ,,dissolution ,,de ,l',,ame ,,individuelle ,,dans ,l',,ame ,,collective4 #a4--;,dsagrgation actuelle des grandes collectivits en petits groupements4 ,aprs s'tre pniblement dgage1 par un lent travail sculaire1 de la collectivit1 l'me individuelle tend y retourner actuellement1 sous une forme imprvue1 fort diffrente de celle imagine par certains thoriciens politiques1 rvant un nivellement gnral des conditions et des fortunes sous la direction de l'tat4 ,a ct des thories socialistes1 et bientt contre elles1 se dveloppaient de petits groupes nettement spars les uns des autres par leurs opinions et leurs intrts4 ,cette dsagrgation d'une socit en fragments sans liens communs constitue ce qu'on a nomm le mouvement syndicaliste4 ,loin de rester1 comme le socialisme1 l'uvre de thoriciens purs1 trangers aux ralits1 il reprsente une cration spontane due des ncessits conomiques qui se sont imposes partout1 ainsi que le prouve sa gnralisation1 sous des formes diverses1 chez des peuples de mentalits distinctes4 ,les seules diffrences sont que le syndicalisme1 rvolutionnaire dans certains pays1 reste pacifique dans d'autres4 ,l'volution industrielle qui a engendr ce mouvement conduit les grandes patries modernes se subdiviser en petites patries1 ne respectant que leurs lois propres1 et mprisant celles de la collectivit gnrale qui les contient4 ,l'union provisoire de ces divers groupes1 malgr des intrts distincts1 les a dous d'une force assez puissante pour faire prvaloir souvent leurs volonts4 ,cette force1 chacun en constate facilement les rsultats1 mais on s'aperoit beaucoup moins en gnral1 que l'union momentane de tous ces groupes ne saurait durer4 ,ds que l'ancien bloc social aura t entirement dissous en petits fragments solidement constitus1 leurs divergences d'intrts les conduira fatalement des luttes incessantes4 ,si chaque groupe est en effet compos d'lments homognes1 ayant des intrts et des opinions identiques1 il se trouve en conflit avec d'autres groupes1 aussi puissants1 mais d'intrts nettement opposs4 ,on peut ds maintenant pressentir ces futures luttes1 entre intrts contraires1 par l'histoire des anciennes rpubliques italiennes1 celles de ,sienne et de ,florence notamment4 ,gouvernes par des syndicats ouvriers1 leurs dissensions intestines ensanglantrent pendant des sicles toutes les cits o ils furent matres4 ,n'objectons pas qu'il s'agit de temps trs anciens4 ,les grandes lois sociales ne sont pas nombreuses et se rptent toujours4 ,les luttes de groupes ne font que commencer1 parce que le pouvoir central1 puissant encore1 refrne leurs rivalits1 mais ce pouvoir perd de plus en plus son action4 ,ds qu'il l'aura tout fait perdue on verra les conflits des groupements collectifs se manifester d'abord contre lui1 comme ,narbonne1 puis entre eux1 comme en ,champagne1 o les syndicats rivaux de deux dpartements d'intrts contraires se sont prement combattus4 ,pillages1 incendies1 massacres seront alors1 comme ils le furent toujours1 les manifestations invitables des colres populaires devant la moindre rsistance leurs volonts1 lorsqu'aucun frein ne les retient plus4 99 99 99 99 99 ,nous ne nous sommes pas autant cart du problme de la gense des opinions et des croyances que le prcdent expos pourrait le faire croire4 ,comment comprendre l'unit d'opinions d'un groupe sans avoir dtermin d'abord sous quelles influences il s'est form8 ,dans les chapitres consacrs l'tude des opinions individuelles1 nous avons souvent eu peine prciser1 parmi les facteurs pouvant agir1 ceux qui jouent un rle prpondrant4 ,rien n'est plus ais1 au contraire1 pour des groupes trs homognes1 trs circonscrits1 tels que ceux dont on vient d'indiquer la formation4 ,ils sont en effet composs d'individus ne possdant d'autres opinions que celles de leur petit milieu4 ,pour conserver sa force1 le groupe est oblig de ne tolrer aucune dissidence4 ,par l'opinion d'un de ses membres1 on connat celle de tous les autres4 ,le problme de la gense des opinions et des croyances1 encore compliqu aujourd'hui1 se simplifiera donc considrablement quand ne sera plus tolre que l'opinion du groupe dans lequel on se trouvera confin4 ,l'indpendance des ides deviendra alors de plus en plus impossible4 ,que les socits futures tombent sous le joug du socialisme1 du syndicalisme1 ou des despotes1 engendrs par les anarchies nes de ces doctrines1 elles n'en seront pas moins mentalement asservies4 #b4--;,comment l'me individuelle est sortie de l'me collective et comment elle y retourne4 ,l'volution moderne tend1 nous venons de le voir1 dsagrger les socits en petits groupes distincts1 possdant des sentiments1 des ides et des opinions identiques1 c'est--dire une me commune4 ,inutile de discuter sur la valeur de cette volution1 les raisons ne changeant pas les choses4 ,mais sans juger les faits1 on peut du moins chercher les interprter4 ,or1 il est ais de montrer que cette fusion des mes individuelles en mes collectives constitue un retour des phases extrmement lointaines de l'histoire observes encore l'tat de survivance chez les peuples primitifs infrieurs4 ,ces peuples primitifs se composent toujours en effet de petits groupes nomms tribus1 momentanment allis1 souvent en guerre4 ,le rle de l'individu s'y montre trs faible1 parce que l'me individuelle n'est pas dgage encore4 ,ils n'ont qu'une me collective1 et c'est pourquoi tous les membres d'une mme tribu sont considrs comme responsables des actes d'un seul4 ,la connaissance de cette notion caractristique est indispensable pour comprendre le droit usuel de tous les primitifs ou mme de demi-civiliss1 les ,annamites par exemple4 ,un administrateur d',indo-,chine1 ,m4 ,paul ,giran1 fait justement remarquer que le droit collectif de ce pays parat incomprhensible aux magistrats europens qu'on y envoie parce qu'ils tiennent pour une indiscutable vidence que seul l'auteur d'un dlit en est responsable4 ,l'ide qu'une personne trangre un crime puisse1 du fait de ce crime1 subir une peine quelconque1 leur parat monstrueuse4 ,elle ne l'est cependant pas pour l',annamite4 ,dans de nombreux cas1 les parents appartenant au groupe familial du coupable sont excuts4 ,et pourquoi8 ,pour la raison psychologique indique plus haut1 que les lments de chaque groupe social n'tant pas diffrencis1 sont considrs comme n'ayant qu'une me collective4 ,ce principe est gnral puisqu'il rgit le communisme politique1 religieux ou social de tous les peuples leurs dbuts4 ,le droit primitif ne distinguant pas la personnalit individuelle1 non encore diffrencie1 de son groupe1 punit le groupe tout entier ou un fragment quelconque de ce groupe4 ,comment les codes qui ne traduisent que la coutume pourraient-ils en dcider autrement8 ,le condamn ne proteste nullement1 d'ailleurs1 contre un tel droit1 inique pour le civilis1 mais quitable pour l'homme1 imprgn du sentiment trs net de son troite solidarit avec un groupe dont il ne se croit pas sparable4 ,les ,europens eux-mmes reviennent ce droit primitif en temps de guerre1 quand ils fusillent les otages1 en s'appuyant sur le principe de la responsabilit collective4 ,ils semblent destins y retourner d'une faon plus gnrale encore1 si les socits continuent se dsagrger en groupes1 comme ceux tudis plus haut4 ,la non-diffrenciation psychologique des divers membres d'une tribu1 chez les primitifs1 s'accompagne aussi d'une non-diffrenciation anatomique4 ,j'ai jadis prouv1 par des recherches faites sur des milliers de crnes1 que l'homognit anatomique d'un peuple est d'autant plus grande qu'on remonte plus haut vers ses origines1 et qu' mesure qu'il progresse les crnes de ses divers membres se diffrencient davantage4 ,ce fait est rapprocher des observations des voyageurs montrant que tous les membres d'une tribu sauvage se ressemblent tonnamment et que les sexes eux-mmes sont peine distincts4 ,l'me collective des primitifs1 les peuples civiliss la possdent galement4 ,mais des mes individuelles en limitent l'influence4 ,la premire constitue ce que nous avons appel l'me de la race4 ,elle se manifeste surtout dans les grandes circonstances intressant la destine du peuple tout entier4 ,l'me individuelle se manifeste au contraire dans les moindres circonstances habituelles de la vie quotidienne4 ,cette superposition des mes individuelles l'me collective est1 je l'ai dit dj1 un phnomne analogue celui observ chez tous les tres dont les espces possdent1 avec les caractres gnraux du genre auquel ils appartiennent1 ceux spciaux chaque espce4 ,on ne recherchera pas ici au prix de quels efforts sculaires l'me individuelle s'est lentement dgage de l'me collective1 o l'intrt social tendait la maintenir1 par l'action puissante des croyances religieuses1 du milieu1 des coutumes1 des traditions et des lois4 ,exposer cette succession d'efforts serait refaire l'histoire4 ,une pareille tude nous apprendrait que1 dans la suite des temps1 le nombre d'hommes ayant russi se dgager du poids norme de l'me collective fut toujours assez rare4 ,elle nous montrerait aussi que l'humanit leur doit tous les progrs accomplis pendant son lent essor4 ,elle nous dirait enfin que les socits qui ont vcu par eux se sont toujours cependant dresses contre eux4 ,s'ils furent tolrs quelquefois1 aux priodes de transition1 ce ne fut jamais pour longtemps4 ,les mouvements socialistes et syndicalistes actuels reprsentent de nouvelles phases de la perptuelle tentative des socits pour unifier les hommes et les maintenir dans les mmes opinions1 les mmes croyances et la mme conduite4 99 99 99 99 99 ,le plus important des faits exposs dans ce chapitre est le commencement de dsagrgation des socits actuelles en petits groupes indpendants1 rciproquement hostiles1 cherchant s'isoler de plus en plus et enlever ainsi aux nations leur unit4 ,l'me individuelle1 qui avait mis des sicles se dgager un peu de l'me collective1 y retourne actuellement4 ,nous assistons donc ce phnomne singulier1 de peuples civiliss tendant remonter vers une mentalit infrieure qui fut celle des premiers ges4 ,les grandes luttes de l'avenir seront moins souvent entre peuples diffrents qu'entre les groupes constitus au sein de chacun d'eux4 ,la dissolution de l'me individuelle dans l'me collective d'un groupe est sans doute une force pour ce groupe1 mais ne constitue srement pas un progrs1 ni pour la socit ni pour les individus4 ,on ne devient une personnalit puissante qu'en s'vadant de l'me collective4 ,,livre ,,vii ,,la ,,propagation ,,des ,,opinions ,,et ,,des ,,croyances ,,chapitre ,i ,l',,affirmation1 ,,la ,r,p,,tition1 ,l',,exemple ,,et ,,le ,,prestige4 #a4--,l'affirmation et la rptition4 ,le rle des facteurs numrs dans ce chapitre ayant dj t tudi dans plusieurs de mes ouvrages1 je me bornerai rsumer brivement leur action4 ,l'affirmation et la rptition sont des agents fort puissants de cration et de propagation d'opinions4 ,l'ducation est en partie base sur eux4 ,les politiciens et les meneurs de toute nature en font un usage journalier4 ,affirmer1 puis rpter1 reprsente mme le fond principal de leurs discours4 ,l'affirmation n'a pas besoin de s'appuyer sur une preuve rationnelle quelconque1 elle doit seulement tre brve1 nergique et impressionnante4 ,on peut considrer comme type de ces trois qualits1 le manifeste suivant1 reproduit rcemment dans plusieurs journaux4 ,qui produit le bl1 c'est--dire le pain pour tous8 ,le paysan6 ,qui fait venir l'avoine1 l'orge1 toutes les crales8 ,le paysan6 ,qui lve le btail pour procurer la viande8 ,le paysan6 ,qui lve le mouton pour procurer la laine8 ,le paysan6 ,qui produit le vin1 le cidre1 etc48 ,le paysan6 ,qui nourrit le gibier8 ,le paysan6 ,et pourtant1 qui mange le meilleur pain1 la meilleure viande8 ,qui porte les plus beaux habits8 ,qui boit le bordeaux et le champagne8 ,qui profite du gibier8 ,le bourgeois6 ,qui s'amuse et se repose volont8 ,qui prend tous ses plaisirs8 ,qui fait des voyages d'agrment8 ,qui se met l'ombre l't1 ct d'un bon feu l'hiver8 ,le bourgeois6 ,qui se nourrit mal8 ,qui boit rarement du vin8 ,qui travaille sans discontinuer8 ,qui se brle l't et se gle l'hiver8 ,qui a bien des misres et bien des peines8 ,le paysan6 ,suffisamment rpte1 l'affirmation finit par crer d'abord une opinion et plus tard une croyance4 ,la rptition est le complment ncessaire de l'affirmation4 ,rpter souvent un mot1 une ide1 une formule1 c'est les transformer fatalement en croyance4 ,du fondateur de religion au marchand de nouveauts1 firent usage de la rptition tous les hommes se proposant d'en persuader d'autres4 ,son pouvoir est tel qu'on finit soi-mme par croire aux paroles rptes1 et par accepter les opinions qu'habituellement on exprime4 ,pri par le ,snat de prendre des mesures pour la dfense de la ,rpublique1 le grand ,pompe ne cessait de rpter que ,csar n'attaquerait pas ,rome et1 remarque ,montesquieu1 parce qu'il l'avait dit tant de fois1 il le redisait toujours4 ,la conviction forme dans son esprit par ces rptitions1 l'empcha d'avoir recours aux moyens qui lui auraient permis de protger ,rome et conserver sa tte1 au moins pendant quelque temps4 ,l'histoire politique est pleine de convictions formes ainsi par rptitions4 ,avant #ahgj1 nos gnraux et nos hommes d'tat ne cessaient de rpter que les armes allemandes taient trs infrieures aux ntres4 ,a force de le rpter1 ils le crurent fermement4 ,on sait ce qu'il nous en cota4 ,le politicien ayant adopt des opinions1 simplement parce qu'elles lui sont utiles finit1 force de les soutenir1 par y croire assez pour ne plus pouvoir ensuite s'en dbarrasser facilement1 lorsqu'il devient profitable d'en changer4 ,l'habitude de louer la vertu et peut-tre fini par rendre ,tartufe un homme vertueux4 ,les convictions fortes peuvent ainsi sortir de convictions faibles ou mme simplement simules4 ,faites tout comme si vous croyiez1 disait ,pascal1 cela vous fera croire4 ,le rle de l'affirmation et de la rptition dans la formation des opinions et des croyances ne saurait tre exagr4 ,il est la base de leur existence4 ,si les rsultats obtenus par nos orateurs politiques actuels sont parfois bien mdiocres1 c'est qu'ils manquent un peu trop d'un lment dont nous montrerons plus loin la force3 le prestige4 ,l'loquence parlementaire1 crit un ancien dput ,m4 ,grard ,varet1 n'est ni une critique de tmoignage comme au ,palais1 ni une dissertation comme la ,sorbonne4 ,la foule rpugne invinciblement l'effort de la rflexion1 au souci de dmontrer et de prouver3 elle veut l'affirmation tranchante1 le dogme imprieux et dcisif4 ,et ce dogme elle le veut dans le sens de ses dsirs1 sourde aux critiques1 avide de flatterie1 ivre du sentiment de son irresponsabilit4 ,l'orateur qui la connat va droit en elle1 aux sentiments lmentaires1 aux instincts primitifs3 orgueil1 colre1 envie1 esprance4 ,il crie les misres immrites1 les iniquits1 les rparations1 invoque les ambitions messianiques1 les rves paradisiaques4 ,une harangue de tribuns1 c'est un torrent de lyrisme1 c'est une imprcation ou un hymne4 #b4--,l'exemple4 ,l'exemple est une forme puissante de la suggestion1 mais pour agir rellement il doit tre impressionnant4 ,dans l'ducation1 un seul exemple frappant est plus retenu que de faibles exemples longtemps multiplis4 ,j'ai eu occasion de vrifier ce principe en dressant des chevaux difficiles4 ,une impression forte quoique unique1 telle qu'une certaine application trs douloureuse de l'peron1 agit beaucoup plus rapidement que de faibles actions1 souvent rptes4 ,cette influence des exemples frappant vivement l'imagination1 se manifesta nettement aux dernires grandes manuvres militaires de #aiaj4 ,les aroplanes y rptrent leurs oprations habituelles sans autre exercice nouveau que le port d'une dpche1 mais cet exemple de l'utilit suppose de l'aroplane en temps de guerre1 dtermina de suite le gouvernement crer solennellement un corps d'aviateurs et le ministre de la guerre dclarer que l'aviation constituait une nouvelle arme ajouter aux trois autres3 l'infanterie1 l'artillerie et la cavalerie4 ,en politique1 la suggestion de l'exemple sur la formation et la propagation des opinions est dcisive4 ,le succs de certains candidats socialistes a dirig une foule de jeunes professeurs vers les pires formes de la doctrine4 ,m4 ,bourdeau l'a fort bien montr dans les lignes suivantes3 ,tandis qu'en ,allemagne la jeunesse universitaire1 la jeunesse bourgeoise1 intelligente et lettre1 jadis attires vers le socialisme1 s'en loignent aujourd'hui et reviennent des sentiments de patriotisme exclusif et exalt1 si bien que la social-dmocratie allemande ne fait pour ainsi dire plus de recrues parmi elles2 en ,france au contraire1 c'est une mode de s'enrler parmi les tudiants collectivistes et internationalistes4 ,l'exemple vient de haut1 des agrgs de philosophie1 des normaliens4 ,l'cole ,normale se transforme en une ppinire du socialisme4 #c4--,le prestige4 ,les traits de logique dcrivent minutieusement les divers lments de formation d'un jugement4 ,ils ont oubli cependant la contagion et le prestige4 ,or1 ce sont prcisment ceux qui dterminent la trs immense majorit de nos opinions4 ,devant consacrer un chapitre la contagion mentale1 je n'tudierai maintenant que le prestige4 ,cette tude sera sommaire1 ayant dj trait le sujet dans d'autres ouvrages4 ,sans doute1 on nous enseigne au collge que le principe d'autorit1 partie fondamentale du prestige1 a t remplac par l'exprience et l'observation1 mais la fausset d'une telle assertion est facile montrer4 ,mme en laissant de ct les opinions religieuses1 politiques et morales1 o le raisonnement n'intervient gure1 pour ne tenir compte que des opinions scientifiques1 on constate qu'elles ont1 bien souvent1 pour seule base l'autorit de celui qui les nonce et se propagent par simple contagion4 ,il ne saurait d'ailleurs en tre autrement4 ,la plus grande partie des expriences et observations scientifiques tant trop compliques pour tre rptes1 force est de croire sur parole le savant qui les nonce4 ,l'autorit du matre est souveraine aujourd'hui1 tout comme au temps o rgnait ,aristote4 ,elle devient mme de plus en plus omnipotente mesure que la science se spcialise davantage4 ,la gnralit des opinions que l'ducation nous inculque ayant uniquement l'autorit pour base1 nous nous habituons facilement admettre1 sans difficult1 une opinion dfendue par un personnage aurol de prestige4 ,sur les sujets techniques de notre profession1 nous sommes capables de jugements assez srs4 ,pour tout le reste1 nous n'essayons mme pas de raisonner1 prfrant admettre1 les yeux ferms1 les opinions qu'un personnage ou un groupe dou de prestige nous impose4 ,en fait1 la destine1 qu'on soit homme d'tat1 patron1 artiste1 crivain ou savant1 dpend surtout de la quantit de prestige possde et1 par consquent1 du degr de suggestion inconsciente qu'on peut crer4 ,c'est la domination mentale qu'un homme exerce qui dtermine son succs4 ,le parfait imbcile russit cependant quelquefois1 car1 n'ayant pas conscience de son imbcillit1 il n'hsite jamais affirmer avec autorit1 or l'affirmation nergique et rpte possde du prestige4 ,le plus vulgaire des camelots1 affirmant fortement la supriorit imaginaire d'un produit1 exerce du prestige sur la foule qui l'entoure4 ,en revenant sur ce sujet dans la partie de cet ouvrage consacre l'tude exprimentale des croyances1 nous montrerons par des exemples frappants que1 mme chez des savants minents1 le prestige est souvent un des facteurs les plus srs d'une conviction4 ,pour les esprits ordinaires1 il l'est toujours4 ,crateur d'opinions et matre des volonts1 le prestige est une puissance morale suprieure aux puissances matrielles4 ,les socits sont fondes sur lui beaucoup plus que sur la force4 ,revenu presque seul de l'le d',elbe1 ,napolon1 grce son prestige1 reconquit la ,france en quelques jours4 ,devant son aurole1 les canons du roi restrent silencieux et ses armes s'vanouirent4 ,cette influence fut si colossale qu'elle s'exerait mme sur ses ennemis4 ,marie-,caroline1 fille de ,marie-,thrse et femme d'un ,bourbon1 qui aurait d excrer cet ennemi redoutable pour elle1 l'admirait comme un ,dieu4 ,voici ce qu'elle en crivait dans une lettre3 ,c'est le plus grand homme que les sicles aient produit4 ,sa force1 son nergie1 son esprit de suite1 son activit1 son talent lui ont acquis mon admiration4 ,heureux le pays qui aurait un pareil souverain6 ,chez celui-ci tout est grand444 ,je voudrais la chute de la ,rpublique1 mais la conservation de ,buonaparte444 ,s'il mourait1 on devrait le rduire en poudre et en donner une dose chaque souverain1 deux chacun de leurs ministres6 ,la part du prestige dans la puissance des souverains fut toujours immense4 ,il faudrait1 dit justement ,pascal1 avoir une raison bien pure pour ne pas regarder comme un autre homme le grand seigneur environn1 dans son superbe srail1 de quarante mille janissaires444 ,mme notre ge de nivellement dmocratique1 le prestige a conserv sa force et les rois modernes agissent sagement en ne le laissant pas effleurer4 ,tous ceux qui assistrent aux funrailles du roi d',angleterre1 crivait le correspondant d'un important journal1 ,m4 ,nozire1 furent frapps de la grande impression que fit sur la foule l'empereur d',allemagne4 ,il s'avanait au milieu des souverains et il s'imposait l'attention de tous4 ,guillaume a le sentiment d'tre sur la terre le chevalier de ,dieu4 ,quand il exprime cette ide1 on ne peut s'empcher de sourire4 ,mais cette conviction lui prte une majest singulire et dont la foule demeure tonne4 ,c'est1 actuellement1 le monarque le plus dramatique4 ,le besoin d'adoration des foules les rend vite esclaves des individus exerant sur elles du prestige4 ,elles adorrent frntiquement tous leurs dominateurs4 ,ce n'est jamais en les flattant que l'on peut conserver son prestige4 ,elles recherchent des flatteurs mais les mprisent1 bientt4 ,longtemps encore se vrifiera l'antique adage3 ,poignez vilain1 il vous oindra1 ,oignez vilain1 il vous poindra4 ,toute la discipline militaire est fonde sur le prestige des chefs4 ,une ignorance dconcertante de la psychologie des foules ayant fait compltement oublier aujourd'hui ce principe1 on s'imagine remplacer la discipline par la persuasion4 ,il est recommand aux officiers de n'tre plus pour les soldats que des frres ans1 tchant d'obtenir l'obissance par des raisonnements4 ,l'infrieur accepte trs volontiers ces thories1 mais mprise fort les chefs qui les pratiquent et ceux-ci perdent graduellement toute autorit4 ,que deviendra l'arme quand ils l'auront entirement perdue8 ,l'anarchie actuelle rsulte en partie de ce que la mollesse des classes dirigeantes les a dpouilles de leur prestige4 ,les rois1 les peuples1 les individus1 les institutions1 tous les lments de la vie sociale en un mot1 sont condamns prir ds qu'ils n'exercent plus de prestige4 ,on peut facilement rsumer en quelques lignes l'action des divers facteurs de propagation des opinions et des croyances numrs dans ce chapitre4 ,sans le prestige aucune n'aurait pu natre1 sans l'affirmation aucune n'aurait pu s'imposer1 sans l'exemple et la rptition aucune n'aurait subsist4 ,,chapitre ,,ii ,,la ,,contagion ,,mentale4 #a4--,les formes de la contagion mentale4 ,la contagion mentale constitue un phnomne psychologique dont le rsultat est l'acceptation involontaire de certaines opinions et croyances4 ,sa source tant inconsciente1 elle s'opre sans qu'aucun raisonnement ou rflexion y participe4 ,on l'observe chez tous les tres1 de l'animal l'homme1 principalement lorsqu'ils sont en foule4 ,son action est immense1 elle domine l'histoire4 ,la contagion mentale reprsente en effet l'lment essentiel de la propagation des opinions et des croyances4 ,sa force est souvent assez grande pour faire agir l'individu contre ses intrts les plus vidents4 ,les rcits innombrables de martyrs1 de suicides1 de mutilations1 etc41 dtermins par contagion mentale en fournissent des preuves4 ,toutes les manifestations de la vie psychique peuvent tre contagieuses mais ce sont1 en particulier1 les motions qui se propagent de cette faon4 ,les ides contagieuses sont des synthses d'lments affectifs4 ,dans la vie ordinaire1 la contagion peut tre limite par l'action inhibitrice de la volont1 mais si une cause quelconque3 changement violent de milieu en temps de rvolution1 excitations populaires1 etc41 viennent la paralyser1 la contagion exercera facilement son influence et pourra transformer des tres pacifiques en guerriers hardis1 de placides bourgeois en farouches sectaires4 ,sous son influence1 les mmes individus passeront d'un parti dans un autre1 et apporteront autant d'nergie rprimer une rvolution qu' la fomenter4 ,la contagion mentale ne s'exerce pas seulement par le contact direct des individus4 ,les livres1 les journaux1 les nouvelles tlgraphiques1 de simples rumeurs mme1 peuvent la produire4 ,plus les moyens de communication se multiplient1 plus les volonts se pntrent et se contagionnent4 ,nous sommes lis davantage chaque jour ceux qui nous entourent4 ,la mentalit individuelle revt facilement une forme collective4 ,de toutes les varits de contagion mentale qui nous treignent1 une des plus puissantes est1 je l'ai dj montr1 celle du groupe social dont nous faisons partie4 ,aucune volont n'essaie de s'y soustraire4 ,il dicte mme le plus souvent nos opinions et nos jugements sans que nous nous en apercevions4 #b4--;,exemples divers de contagion mentale4 ,les sentiments1 bons ou mauvais1 sont contagieux et c'est pourquoi le rle de l'entourage dans l'ducation offre tant d'importance4 ,dis-moi qui tu hantes1 je te dirai qui tu es est un trs juste proverbe4 ,a la contagion mentale par exemple est due la formation d'une foule de jeunes criminels chasss de l'usine par des lois prtendues humanitaires4 ,sans autre occupation dsormais que de flner dans la rue1 ils y entrent en relations avec des camarades drobant aux talages de menus objets et bientt les imitent4 ,l'importance de ces vols augmente graduellement et des associations sont formes pour imiter des bandes clbres4 ,le rdeur de hasard devient bientt un voleur professionnel dont la vie s'coulera de prison en prison4 ,il acceptera d'autant plus facilement sa destine qu'aucune action inhibitrice ne viendra limiter les effets de la contagion4 ,les magistrats sont1 en effet1 pleins d'indulgence pour tous les criminels et de bons philanthropes1 un peu imbciles1 leur font construire d'lgantes prisons bien chauffes et pourvues de tout le confort moderne4 ,la contagion criminelle se produit trs souvent aussi1 grce aux rcits d'assassinats sensationnels raconts par les journaux4 ,le clbre ,jack l'ventreur eut de nombreux imitateurs dans plusieurs villes d',angleterre4 ,les faits dmontrant la contagion mentale sont si manifestes qu'il semblerait inutile d'y insister4 ,mais la fameuse mesure1 dcide en conseil des ministres1 d'introduire les apaches dans l'arme1 prouve quel point les gouvernants l'ignorent4 ,le plus modeste des psychologues aurait appris ces mdiocres hommes d'tat combien cette rsolution serait dsastreuse et qu'il faudrait y renoncer bientt4 ,c'est ce qui arriva en effet4 ,des diverses motions1 la plus contagieuse peut-tre1 est la peur4 ,on connat son rle capital1 dans la vie des individus et des peuples4 ,si elle n'a pas suffi crer les dieux1 comme le soutenait ,lucrce1 son influence fut manifeste dans leur gense4 ,aussi puissante qu'au dbut de l'histoire1 elle cre les paniques qui font perdre les batailles et peut mme conduire ses victimes au suicide4 ,la terreur de la dernire comte qui devait1 disait-on1 rencontrer la terre1 amena plusieurs personnes se tuer4 ,elle ne dirige pas seulement les individus et les foules1 mais encore les politiciens qui les mnent4 ,dans ma ,psychologie politique1 j'ai montr que la peur fut l'origine d'un grand nombre de lois1 votes depuis vingt ans1 et dont les funestes effets se droulent chaque jour4 ,on peut dire que dans les temps troubls le fantme de la peur rgne souverainement sur les assembles politiques et dtermine leurs opinions et leurs votes4 ,il provoqua les plus froces mesures de la ,convention4 ,c'est sous les griffes de la peur que ,carrier faisait prir ses victimes dans d'affreux supplices et que ,fouquier-,tinville les envoyait par centaines l'chafaud4 ,la plupart des motions sont aussi contagieuses que la peur4 ,les vrais orateurs le savent bien4 ,le vote de la ,chambre qui renversa le ministre ,clemenceau en quelques minutes1 fut1 je l'ai dj rappel1 le rsultat d'une motion contagieuse qu'un orateur de l'opposition sut provoquer4 ,les expressions1 gestes et mouvements de la physionomie traduisant les sentiments3 colre1 bienveillance1 mchancet1 gaiet1 etc41 sont galement contagieux4 ,il est sage1 quand on sollicite une faveur1 de prendre une mine souriante au lieu d'un air contraint4 ,on a ainsi la chance de disposer la bienveillance par contagion celui qui vous coute4 #c4--,puissance de la contagion mentale4 ,la contagion mentale est un phnomne absolument gnral1 observable aussi bien chez les animaux que chez l'homme4 ,un cheval a-t-il un tic1 dans une curie1 tous les autres l'acquirent bientt4 ,si l'un des chiens d'une meute aboie1 les autres l'imitent aussitt4 ,quand un mouton fuit1 tous les moutons le suivent4 ,la contagion mentale peut tre assez forte1 je le disais plus haut1 pour l'emporter sur l'instinct de la conservation et conduire l'individu sacrifier sa vie4 ,on a souvent rpt l'histoire des quinze invalides se pendant au mme crochet d'un couloir et celle des soldats qui se suicidrent dans la mme gurite4 ,les faits de ce genre sont innombrables4 ,j'en emprunte quelques-uns au ,dr ,nass3 ,qu'un suicide sensationnel soit racont par la presse dans tous ses dtails1 bientt il sera rpt1 avec le mme art1 par quelques dsquilibrs4 ,au lendemain de l'affaire ,syveton on a not plusieurs asphyxies volontaires par le gaz4 444 ,c'est surtout en ,russie1 pays de mysticisme1 que les pidmies d'auto-homicide ont caus d'immenses ravages444 ,au temps des perscutions religieuses1 les prophtes prchaient le suicide par le feu4 ,une seule fois #fjj personnes prirent du mme coup dans les flammes4 ,un historien des religions russes estime #bj4jjj le nombre des victimes de #afgc #afia4 ,m4 ,stohoukine cite un cas o un bcher dvora #b4ejj individus qui se sacrifiaient dans l'espoir d'un monde meilleur4 ,des exemples du mme ordre se continuent de nos jours4 ,c'est par contagion mentale que se propagent en ,russie les skopsy qui se soumettent une castration volontaire et une autre secte dont les membres se font enterrer vivants4 ,la contagion mentale est assez puissante pour crer dans l'esprit une reprsentation quelconque4 ,elle engendrera donc facilement l'apparence d'une maladie qui la longue pourra devenir maladie relle4 ,un savant chirurgien des hpitaux1 le ,dr ,picqu1 a rapport rcemment qu' la suite d'un cas de mort par appendicite1 #ae officiers sur #be que comptait un dtachement s'alitrent en prsentant tous les symptmes classiques de l'appendicite4 ,on les gurit par suggestion4 #d4--;,influences de la contagion dans la propagation des croyances religieuses et politiques4 ,les rflexions prcdentes font aisment pressentir le rle de la contagion mentale sur la propagation des opinions et des croyances4 ,d'une faon gnrale et sans qu'on ait citer beaucoup d'exceptions1 les croyances religieuses et politiques se rpandent surtout par voie de contagion1 notamment dans les foules4 ,elle s'exerce d'autant plus nergiquement que la foule est plus nombreuse4 ,une croyance faible sera trs vite renforce par la runion des individus qui la partagent4 ,grce la puissance de la contagion1 la valeur rationnelle de la croyance propage est sans importance4 ,la contagion s'exerant sur l'inconscient1 la raison n'y prend aucune part4 ,de la foule1 elle s'lve souvent ceux placs au-dessus d'elle2 il ne faut donc pas s'tonner que les croyances les plus absurdes et les plus funestes puissent trouver des dfenseurs parmi les gens clairs4 ,nombreux sont les exemples analogues celui de ce matre des requtes au ,conseil d'tat qui dfendait les grves de fonctionnaires au moment o celle des postiers menaait la ,france d'un dsastre4 ,par voie de contagion1 bourgeois1 lettrs1 professeurs1 etc41 finissent toujours par subir plus ou moins l'influence des opinions populaires4 ,la contagion mentale peut donc asservir toutes les intelligences4 ,de mme que la contagion par les microbes1 elle n'pargne que des natures fort rsistantes et peu nombreuses4 ,les grands mouvements religieux de l'histoire furent toujours le rsultat de la contagion mentale4 ,son action ne s'exera jamais davantage qu' notre poque1 d'abord1 parce qu'avec le progrs des ides dmocratiques le pouvoir tombe de plus en plus entre les mains des foules1 ensuite parce que la diffusion rapide des moyens de communication permet aux mouvements populaires de se rpandre presque instantanment4 ,on sait avec quelle rapidit se propagrent les grves des postiers et des cheminots1 les rvolutions de ,russie1 de ,turquie et de ,portugal4 ,les gouvernements affaiblis sont impuissants contre la contagion4 ,non seulement ils ont pris l'habitude de cder toutes les injonctions populaires1 mais encore ces injonctions sont immdiatement appuyes par des lgions d'intellectuels que la contagion mentale1 renforant les impulsions de leurs intrts1 amne considrer comme quitables les plus iniques revendications4 ,les fantaisies extravagantes des multitudes deviennent pour eux des dogmes aussi respectables que l'taient jadis1 pour les courtisans des monarchies absolues1 les volonts de leur matre4 ,les opinions propages par contagion ne se dtruisent qu'au moyen d'opinions contraires propages de la mme faon4 ,applique par des hommes d'tat1 cette rgle de psychologie leur permettrait1 grce aux moyens dont ils disposent1 de combattre la contagion par la contagion4 ,ce dernier point nous cartant un peu de notre sujet1 nous n'insisterons pas davantage ici4 ,si ce chapitre a t bien compris1 le lecteur possde une des clefs principales du mcanisme de la propagation des opinions et des croyances1 c'est--dire des facteurs fondamentaux de l'histoire4 ,,chapitre ,,iii ,,la ,,mode4 #a4--;,influence de la mode dans tous les lments de la vie sociale4 ,les variations de la sensibilit sous l'influence des modifications du milieu1 des besoins1 des proccupations1 etc41 crent un esprit public qui varie d'une gnration une autre et mme plusieurs fois dans l'espace d'une gnration4 ,cet esprit public1 rapidement tendu par contagion mentale1 dtermine ce qu'on appelle la mode4 ,elle est un puissant facteur de propagation de la plupart des lments de la vie sociale1 de nos opinions et de nos croyances4 ,le costume n'est pas seul soumis ses volonts4 ,le thtre1 la littrature1 la politique1 les arts1 les ides scientifiques mme1 lui obissent et c'est pourquoi certaines uvres ont un fond de ressemblance qui permet de parler du style d'une poque4 ,en raison de son action inconsciente1 on subit la mode sans mme s'en apercevoir4 ,les esprits les plus indpendants ne s'y soustraient gure4 ,bien rares1 les artistes1 les crivains1 osant produire une uvre trop distante des ides du jour4 ,son influence est si puissante qu'elle nous oblige parfois admirer des choses sans intrt et qui sembleront mme quelques annes plus tard d'une extrme laideur4 ,ce qui nous impressionne dans une uvre d'art1 est bien rarement l'uvre en elle-mme1 mais l'ide que les autres s'en font1 et c'est pourquoi sa valeur commerciale subit d'normes changements4 ,on voit souvent la mode imposer d'invraisemblables choses et se manifester dans celles aussi abstraites1 et d'ailleurs aussi illusoires1 que la cration d'une langue1 la rforme de l'orthographe1 etc4 ,lorsque le ,volapk parut vers #ahhj1 la mode lui cra un tel succs qu'en moins de dix ans il existait #bhj clubs et #be journaux volapkistes4 ,a ,paris seulement1 on comptait #ad cours de volapk4 ,les grands magasins en organisaient pour leur personnel4 ,puis la mode changea1 et si brusquement1 qu'on ne trouverait plus peut-tre aujourd'hui un seul individu connaissant le volapk4 ,il fut remplac par l',esperanto qui1 aprs un succs semblable1 commence cder la place une autre langue3 l',ido4 ,ces crations continueront sans doute jusqu'au jour o l'on dcouvrira que la constitution d'une langue est uvre collective trs lente et jamais improvisation personnelle4 ,les variations de la mode s'exerant sur tous les sujets1 et notre sensibilit se modifiant sans cesse sous des influences diverses1 on peut dire que notre faon de penser et surtout de traduire nos impressions se modifie rapidement4 ,il y a loin par exemple des crivains et des artistes de #ahcj ceux d'aujourd'hui4 ,un rcent article du ,gaulois marquait trs bien une des phases de ces variations frquentes4 ,il est en train1 disait l'auteur1 de se former un nouveau public1 trs curieux suivre dans ses gots et dans ses manifestations1 que ne contentent plus ni les romans purement romanesques1 ni les ouvrages de vulgarisation historique1 ni les fictions plus ou moins habiles mles d'aventures et d'hypothses4 ,il faut ce nouveau public de la ralit1 de la prcision1 et il lui faut aussi de l'idal4 ,si je dessinais ses limites1 je dirais qu'elles vont de ceux qui lisent les pomes documents de ,maurice ,mterlink ceux qui tudient ou parcourent les si curieux travaux de ,gustave ,le ,bon1 ,dastre1 etc444 ,il y a l une tendance nettement indique vers les recherches originales1 vers le groupement et la synthse des connaissances qu'a accumules le sicle dernier4 ,j'y dmle aussi la palpitation d'un no-spiritualisme bien moderne1 un effort pour s'vader hors du matrialisme et mme hors de la fatalit4 ,que des livres assez ardus sur la valeur de la science et la constitution de l'univers atteignent en peu de temps des dix et douze ditions1 voil ce qu'on n'aurait jamais imagin il y a vingt ans2 voil ce qui suppose l'arrive la lecture de nouvelles couches ivres de curiosit et de philosophie4 ,il ne s'agit pas de manuels2 il s'agit de tomes assez compacts1 exigeant un effort soutenu et un commencement de culture gnrale4 ,par la presse1 par la frquentation1 par l'ambiance1 par la diffusion des ides1 chacun de nous est devenu1 sans s'en douter1 un petit encyclopdiste4 ,la mode est assurment d'origine affective1 mais non dgage d'lments rationnels et pour le montrer je vais choisir prcisment une de ses manifestations les plus capricieuses en apparence3 le vtement fminin4 ,nous verrons que les caprices en sont troitement circonscrits4 #b4--,les rgles de la mode4--,comment elle est mlange d'lments affectifs et d'lments rationnels4 ,il peut sembler singulier de parler de rgles pour une chose aussi mobile que la mode1 mais si elle comporte1 comme expression d'lments affectifs1 la fantaisie1 celle-ci est soumise des lments rationnels qui l'orientent4 ,cette double origine de la mode est gnrale1 qu'il s'agisse de littrature1 d'art1 d'architecture1 de mobilier1 de costume1 etc4 ,les transformations d'un sujet soumis autant de fluctuations que le vtement fminin rendront cette double origine plus dmonstrative encore4 ,les lments rationnels rencontrs dans la mode fminine sont conditionns par les ncessits conomiques1 les dcouvertes1 les besoins nouveaux1 les proccupations du moment1 etc4 ,on observe notamment ces influences dans les changements de costumes imposs par l'usage de l'automobile4 ,avec la vie plus rapide1 la femme dut se masculiniser extrieurement pour suivre l'homme dans ses courses vertigineuses sur les grandes routes4 ,le costume tailleur1 d'abord rserv certains sports1 se gnralisa dans tout ce qu'il avait de commode et de seyant4 ,quant aux autres robes1 les manches larges des corsages devinrent troites pour glisser facilement dans les jaquettes4 ,mais alors l'il se trouva choqu par le buste ainsi rtrci4 ,pour corriger ce dfaut et parce qu'une transformation en appelle une autre1 on en vint diminuer l'ampleur des jupes afin de laisser les paules plus larges en affinant la silhouette1 modification qui conduisit supprimer les poches1 puis les jupons4 ,la femme1 dans son besoin de sentir autour d'elle une atmosphre de dsir1 souligna cette simplicit de mise par un collant excessif4 ,elle montra tout ce qu'il tait possible et laissa deviner le reste4 ,jupons1 dentelles et lingerie cdrent la place aux dessous dits combinaisons prservant de la poussire et du froid4 ,rationnelle aussi1 cette mode si singulire au premier abord1 de faire pour l'hiver les toilettes de ville en mousseline de soie4 ,elle rsulta du chauffage central maintenant dans les appartements une temprature leve et fut possible mme dehors grce aux longs manteaux de fourrure4 ,la mode descendant comme toujours des classes leves aux couches infrieures1 la petite bourgeoise1 se servant d'autos en location pour ses courses1 adopta toutes ces transformations4 ,elle s'enveloppa de manteaux de fourrure conomique et dans son intrieur1 grce aux poles combustion lente1 put vtir1 elle aussi1 des robes lgres4 ,nous venons de montrer les lments rationnels qui entrent dans la gense de la mode4 ,indiquons maintenant ses lments affectifs4 ,rappelons tout d'abord que la mode1 comme le langage et les religions1 est une cration collective et non individuelle4 ,nul ne peut donc l'imposer4 ,on croit gnralement1 trs tort1 que ce sont les couturires1 les actrices1 les mannequins sur les champs de courses qui la crent4 ,certains grands couturiers essayrent1 voici quelques annes1 de rditer la crinoline1 et n'y russirent pas davantage que rcemment pour la jupe-culotte4 ,les prtendus crateurs de modes ne font en ralit que traduire des tendances devenues un dsir gnral1 consquence de certains besoins1 certaines ides1 certaines proccupations du moment4 ,les modes sont videmment trs variables d'une saison l'autre1 mais les fantaisies de leurs crateurs ne peuvent se mouvoir que dans d'assez troites limites4 ,la mode plat quand elle frappe1 mais ce qui frappe n'a de succs qu' la condition de ne pas trop s'loigner de la mode prcdente4 ,les tapes de transformation sont toujours successives1 l'il ne s'adaptant que lentement aux nouveauts1 de mme qu'il se fatigue trs vite des choses vues longtemps4 ,les raisons prcdentes expliquent pourquoi une mode trop originale n'a qu'une dure phmre4 ,elle doit s'imposer graduellement4 ,les robes amples d'il y a trente ans ne sont devenues les robes collantes d'aujourd'hui que fort lentement4 ,la mode est si puissante sur les femmes qu'elles supportent pour lui obir les plus terribles gnes1 telle l'obligation1 il y a quelques annes1 de tenir constamment souleve d'une main une robe trane et1 de l'autre1 le sac destin renfermer le contenu de l'ancienne poche2 tel encore le supplice de la marche produit par les robes dites entraves1 accept de longs mois4 ,sur ce point1 les civilises rejoignent les sauvages supportant la torture d'un anneau pass dans le nez pour obir la mode4 ,cette obissance la mode est une des preuves catgoriques de la puissance de la contagion mentale4 ,la femme la plus indpendante1 la plus nergique1 la plus ardente rclamer tous les droits n'osera jamais prendre celui de porter une robe courte lorsque la mode en impose une longue1 ni mettre une poche sa jupe quand la mode l'interdit1 ni encore boutonner son corsage par devant quand les autres femmes le boutonnent par derrire4 ,la mode ne connat pas de rvoltes1 l'extrme pauvret seule peut lui ravir des esclaves4 ,aucun des dieux du pass ne fut plus respectueusement obi4 ,,chapitre ,,iv ,,les ,,journaux ,,et ,,les ,,livres4 #a4--;,influence des livres et des journaux4 ,les journaux et les livres exercent sur la naissance et la propagation des opinions une influence immense1 quoique infrieure celle des discours4 ,les livres agissent beaucoup moins que les journaux1 la foule ne les lisant gure4 ,certains cependant furent assez puissants par leur influence suggestive pour provoquer la mort de milliers d'hommes4 ,telles les uvres de ,rousseau1 vritable bible des chefs de la ,terreur1 telle encore ,la case de l',oncle ,tom1 qui contribua beaucoup la sanglante guerre de ,scession en ,amrique4 ,d'autres ouvrages comme ,robinson ,cruso et les romans de ,jules ,verne exercrent une grande influence sur les opinions de la jeunesse et dterminrent beaucoup de carrires4 ,cette puissance des livres tait surtout considrable quand on en lisait peu4 ,la lecture de la bible au temps de ,cromwell cra en ,angleterre un nombre immense de fanatiques4 ,on sait qu' l'poque o fut crit ,don ,quichotte1 les romans de chevalerie exeraient une action si pernicieuse sur toutes les cervelles que les souverains espagnols avaient fini par en interdire la vente4 ,aujourd'hui1 l'influence des journaux est bien suprieure la puissance des livres4 ,incalculables sont les personnes n'ayant jamais eu d'autres opinions que celles de leur journal4 ,la suggestion des feuilles quotidiennes se manifeste jusque dans beaucoup de grands vnements modernes4 ,il est assez gnralement reconnu maintenant que la guerre des tats-,unis avec l',espagne fut l'uvre de quelques journalistes4 ,si1 par une hypothse dont la ralisation n'est peut-tre pas impossible1 un banquier assez riche achetait tous les journaux d'un pays1 il en serait le vrai matre et provoquerait volont la paix ou la guerre4 ,on voit dj les financiers acheter la totalit des bulletins de la ,bourse de tous les journaux1 dans le but de lancer les affaires destines drainer srieusement l'pargne leur profit4 ,aucun gouvernement n'ignorant cette puissance souveraine de la presse1 le rve de chaque politicien est de possder un journal rpandu4 ,les chanceliers de l',empire allemand popularisrent la plupart de leurs entreprises avec des journaux entretenus par eux et destins suggestionner l'opinion4 ,la crdulit des lecteurs l'gard des assertions de leur journal est prodigieuse4 ,toute annonce prometteuse trouve un public pour y croire4 ,les mmes tromperies peuvent se rpter indfiniment avec le mme succs1 tant subsiste1 dans beaucoup d'mes1 une foi mystique en l'inesprable4 ,il y a quelque temps1 on arrta un escroc offrant dans ses annonces de prter sans garantie de l'argent n'importe qui4 ,tenir une telle promesse et videmment entran pour lui une ruine rapide4 ,cependant1 en quelques mois1 avec les simples versements des frais d'enqute rclams1 il gagna plus de cinquante mille francs sans avoir bien entendu prt un centime4 ,un pareil fait serait trop banal pour tre intressant si les perquisitions du juge d'instruction n'avaient dvoil parmi les dupes nombre d'hommes1 que leur culture suprieure ou leur profession1 aurait d mettre l'abri d'une pareille crdulit4 ,y figuraient en effet3 des percepteurs1 des officiers suprieurs1 des commissaires de police1 des avocats1 des notaires1 des juges de paix1 des conseillers de prfecture et mme un juge d'instruction6 ,rien ne dmontre mieux la puissance suggestive des journaux4 #b4--,la persuasion par la publicit4 ,pour dterminer avec plus de prcision et au moyen d'exemples concrets l'influence norme des journaux sur la gense des opinions1 il ne sera pas inutile d'entrer dans quelques dtails relatifs au maniement des annonces4 ,cette tude1 qui commence peine tenter les psychologues1 met en vidence des procds certains pour agir sur l'opinion4 ,nous y retrouverons d'ailleurs les grands facteurs dj dcrits dans cet ouvrage4 ,la publicit1 sous forme d'annonces1 est un des principaux moyens de persuasion collective de l'ge moderne4 ,son action sur les ventes commerciales claire le mcanisme qui dtermine l'opinion de l'acheteur4 ,les ,amricains1 ayant russi dgager nettement quelques-unes des rgles psychologiques de la publicit1 sont devenus matres en cette matire4 ,on value prs de #ejj millions par an les sommes retires par les grands journaux des tats-,unis de leur publicit4 ,un des plus rpandus touche lui seul #ae millions par an4 ,les industriels amricains consacrent beaucoup d'argent aux annonces parce qu'ils en ont exprimentalement constat l'influence4 ,m4 ,arren1 auteur d'un livre sur cette matire1 cite un simple marchand de stylographes dpensant annuellement #ejj4jjj francs de publicit1 et il assure que le fabricant d'un certain savon a sacrifi1 en quarante ans1 #fj millions de francs aux annonces4 ,toutes ces dpenses ont pour but1 naturellement1 de crer chez le client une conviction capable de le transformer en acheteur4 ,l'affirmation et la rptition sont les facteurs principaux de la gense de cette conviction4 ,l'affirmation seule ne suffit pas1 et c'est pourquoi une marque nouvelle n'est adopte qu'au bout d'un certain temps4 ,l'annonce doit tre rpte souvent4 ,alors seulement le nom du produit se prsente spontanment l'esprit1 le jour o l'on en a besoin4 ,il est indispensable aussi de varier l'aspect de l'annonce1 autrement son action s'mousserait par l'usage4 ,les projections lumineuses1 d'abord trs efficaces1 ont fini par tre sans rsultats4 ,la simple rptition d'une formule brve n'est utile que pour un produit dj connu4 ,elle agit alors par une sorte d'obsession1 mais pour un produit nouveau1 on sera ncessairement oblig d'numrer toutes ses qualits4 ,s'il s'agit d'une innovation complte qui forcerait le client changer ses habitudes1 la simple rptition de l'annonce est elle-mme insuffisante1 le mcanisme de la rptition tant moins fort que celui de l'habitude4 ,il deviendra utile alors de distribuer des chantillons du produit4 ,tel est le cas de la publicit mdicale qui se fait surtout par l'envoi d'chantillons aux docteurs4 ,a ce procd de la vue directe de l'objet1 se rattachent les expositions des magasins1 et la collaboration de mannequins envoys par les grands couturiers sur les champs de courses1 revtus des plus riches modles de la saison4 ,la difficult de lutter contre l'habitude1 qui combat l'influence psychologique de l'annonce1 est trs bien illustre par l'histoire de l'adaptation des pneumatiques aux voitures4 ,les loueurs ayant refus leur achat1 l'inventeur en distribua gratuitement une petite compagnie4 ,le succs fut si rapide que non seulement cette compagnie fit fortune1 mais que1 devant les rclamations des clients1 toutes les autres se virent obliges de munir grands frais leurs vhicules des caoutchoucs ddaigns d'abord4 ,le rve des faiseurs d'annonces est d'obtenir que les clients conservent leur nom et leur adresse4 ,pour y parvenir ils les impriment sur des objets usuels3 papier buvard1 porte-allumettes1 couvertures de livres1 de journaux1 de revues1 etc4 ,les ,amricains considrent qu'un des meilleurs moyens d'arriver ce rsultat est d'envoyer aux acheteurs ventuels des catalogues artistiquement illustrs et contenant parfois mme un roman sign d'un nom connu4 ,ce procd1 excellent mais fort coteux1 commence peine tre employ en ,france4 ,une des rgles constantes de la publicit est qu'un produit1 si ancien et connu soit-il1 voit sa vente diminuer ds que cesse la publicit le concernant4 ,la faiblesse de la mmoire affective1 dj signale dans cet ouvrage1 en est sans doute la cause4 ,l'illustration joue un grand rle dans la publicit4 ,nous avons parl plus haut de l'action exerce par les affiches illustres lors des dernires lections anglaises et dans le recrutement des volontaires pour notre cavalerie4 ,la mthode comparative par l'image est d'un usage encore meilleur4 ,s'il s'agit par exemple d'une eau prtendant faire repousser les cheveux1 le client est montr d'un ct chauve1 et de l'autre muni d'une chevelure abondante aprs emploi du produit4 ,les financiers lanceurs d'affaires utilisent les mmes procds de publicit que les industriels1 mais souvent sur une bien plus grande chelle4 ,parfois mme1 la bienveillance de la totalit des journaux est achete4 ,pour le tout petit nombre de ceux dont il est impossible d'obtenir des loges1 on se procure au moins leur silence4 ,cette double opration a toujours t pratique pour les nombreuses missions des emprunts russes4 99 99 99 99 99 ,dgageant des observations prcdentes les lments psychologiques qui les dterminent1 nous les trouverons ramenes aux facteurs dj tudis comme jouant un rle fondamental dans la gense des opinions3 affirmation1 rptition1 prestige1 suggestion et contagion4 ,les dtails dans lesquels nous sommes entrs sur la psychologie de l'annonce peuvent sembler un peu spciaux4 ,ils contiennent en ralit les lments essentiels de ce grand art de persuader1 d'o drive la domination des individus et des peuples et la fondation des croyances4 ,,chapitre ,v ,,les ,,courants ,,et ,,les ,,explosions ,d',,opinions4 #a4--,les courants d'opinions et leur cration4 ,en dehors des opinions particulires chaque groupe social1 il existe certains moments des tendances gnrales1 communes la plupart des groupes4 ,provoques par les livres1 les journaux1 les discours1 l'enseignement1 etc41 elles constituent ce qu'on appelle des courants d'opinions4 ,ils ne se manifestent avec force que dans les cas exceptionnels et deviennent alors trs puissants4 ,ces courants1 rarement soutenus par des lments rationnels1 sont presque toujours d'origine affective ou mystique4 ,ils naissent et se propagent sous les mmes influences3 suggestion produite par une impression forte ou une accumulation rapide de petites impressions1 puis contagion mentale4 ,a mesure que se dsagrgent les tais du pass et par consquent notre stabilit mentale hrditaire1 la puissance des courants d'opinions grandit chaque jour4 ,nous en avons subi beaucoup depuis un sicle3 bonapartisme1 boulangisme1 dreyfusisme1 nationalisme1 et bien d'autres4 ,il faut souvent de grands vnements pour les dterminer4 ,la bataille d',ina chez les ,allemands1 la guerre de #ahgj chez les ,franais1 furent ncessaires pour crer des courants d'opinions1 capables d'imposer le service militaire obligatoire universel4 ,un courant d'opinions analogue1 rsultant de succs maritimes clatants1 pouvait seul permettre au gouvernement japonais d'accrotre de plus d'un milliard par an les dpenses de sa marine de guerre4 ,l'homme d'tat suprieur sait enfanter ou orienter les courants d'opinions ncessaires4 ,l'homme d'tat mdiocre se borne les suivre4 ,les tyrans les plus redouts ne furent jamais assez forts pour lutter longtemps contre des courants d'opinions4 ,juvnal remarque que ,domitien put abattre impunment des personnages illustres1 mais qu'il prit lorsque les savetiers commencrent avoir peur de lui4 ,napolon lui-mme redoutait les courants d'opinions4 ,l'opinion publique1 disait-il1 ,sainte-,hlne1 est une puissance invincible1 mystrieuse1 laquelle rien ne rsiste2 rien n'est plus mobile1 plus vague et plus fort2 et toute capricieuse qu'elle est1 elle est cependant juste1 beaucoup plus souvent qu'on ne pense4 ,les grands hommes d'tat consacrrent toujours beaucoup de soins crer ou dtourner les courants d'opinions4 ,bismarck mit de longues annes constituer le mouvement populaire capable de prparer la guerre qui devait engendrer l'unit allemande1 l'unit de langue n'ayant pas suffi l'tablir4 ,j'ai dj fait remarquer ailleurs que ce fut par une action continue sur l'opinion au moyen des journaux#i1 brochures et discours1 que les hommes d'tat allemands l'amenrent accepter les sacrifices normes1 ncessits par la cration d'une grande marine de guerre4 ,les principales rformes anglaises depuis un sicle1 tel l'tablissement du libre-change1 furent obtenues en dchanant des courants d'opinions4 #i ,l'office des affaires trangres d',allemagne a un crdit annuel de #a4cjj4jjj francs pour agir sur les grands journaux europens4 ,parmi les facteurs gnrateurs de ces courants1 il faut citer surtout les journaux quotidiens1 les brochures1 les discours1 les confrences1 les congrs4 ,l'extension du socialisme en ,france et en ,allemagne a t provoque par de pareils moyens4 ,ils agissent surtout quand ils ont pour soutiens des besoins nouveaux1 des sentiments nouveaux1 des aspirations nouvelles4 ,les courants d'opinions politiques plus importants que tous les autres1 en raison de leur rpercussion sur les vnements1 ne sont pas les seuls considrer4 ,les mouvements d'opinions dterminent aussi la pense d'une poque4 ,les arts1 la littrature1 les sciences mme subissent leur action4 ,a la base de ces mouvements1 se trouvent invariablement le prestige de certaines thories ou de certains hommes1 puis cet lment fondamental de la propagation des croyances auquel il faut revenir toujours3 la contagion mentale4 ,les crivains1 les penseurs1 les philosophes et malheureusement aussi les politiciens1 contribuent1 chacun dans leur sphre1 crer les courants d'opinions qui orientent la civilisation d'une poque4 ,le rle de crateur et directeur de mouvements d'opinions appartient aux hommes d'tat dans toutes les questions intressant la vie extrieure d'un pays4 ,leur tche est fort difficile4 ,ils doivent avoir en effet une mentalit assez dveloppe pour que la logique rationnelle leur serve de guide et cependant agir sur les hommes par des influences affectives et mystiques trangres la raison1 mais seules capables de les entraner4 ,ces grands lments moraux qu'il faut savoir manier1 resteront longtemps encore les plus puissants facteurs aptes diriger les peuples4 ,ils ne crent pas les navires et les canons1 mais1 comme l'a dit l'amiral ,togo3 ,ils sont l'me des navires et des canons4 ,les influences irrationnelles provoquant les mouvements d'opinions changent sans cesse1 suivant la lumire variable qui baigne les choses4 ,on doit savoir les deviner si l'on veut les dominer et ne pas oublier qu'une opinion quelconque universellement accepte constituera toujours pour la foule une vrit4 #b4--,les explosions d'opinions4 ,une explosion d'opinions est une orientation instantane et violente d'motions dans le mme sens4 ,des vnements espacs sur une longue priode de temps amnent rarement de telles explosions4 ,il faut pour les dterminer l'influence d'vnements sensationnels brusques1 ou l'action de certains mots1 mis par des personnages influents1 capables de dclancher des groupes entiers de sentiments4 ,les grands hros de l'histoire3 ,pierre l',ermite1 ,jeanne d',arc1 ,mahomet1 ,luther1 ,napolon1 etc41 ne furent pas les seuls promoteurs de ces explosions dont quelques-unes branlrent le monde4 ,sur une moindre chelle1 chaque jour on en voit natre3 l'excution de ,ferrer1 soulevant ,paris1 par exemple1 ou un phnomne imprvu comme la premire traverse de la ,manche par un aviateur1 qui frappa vivement l',europe entire4 ,les assembles politiques sont trs sujettes aux explosions d'opinions4 ,on ne peut comprendre1 crit mile ,ollivier1 quand on n'a pas sig dans les assembles1 ces mouvements instantans qui aux jours de crise dplacent la majorit et la rejettent de l'avis qu'elle paraissait avoir adopt avec passion l'avis diamtralement oppos3 toutes les assembles sont peuple4 ,j'ai dj rappel comment1 en retranchant certains mots dans la fameuse dpche d',ems1 ,bismarck provoqua en ,france une explosion d'opinions qui dtermina la guerre4 ,j'ai montr galement comment une brusque explosion d'opinions renversa le ministre ,clemenceau4 ,les explosions d'opinions peuvent tre localises un groupe social1 mais elles n'ont alors d'influence que si ce groupe est assez fort4 ,on se souvient de la rvolte rcente d'une partie de la ,champagne entranant l'incendie de plusieurs grandes maisons de fabricants auxquels les vignerons reprochaient d'acheter au loin leurs produits4 ,elle fut possible seulement parce que les rvolts se sentaient trs nombreux et connaissaient la faiblesse du gouvernement4 ,la plupart des rvolutions modernes clatent sous forme d'explosion4 ,sans parler de celle du #d ,septembre1 manifestation facilement explicable par la nouvelle de nos dsastres1 il en est d'autres comme le renversement de la monarchie portugaise1 les meutes de ,berlin1 l'insurrection de ,barcelone1 la rvolution turque1 etc41 qui se dchanrent brusquement sous des influences fort lgres4 ,sans doute1 des causes parfois profondes les prparrent1 mais l'tincelle qui les alluma et se propagea comme une trane de poudre fut sans motifs immdiats importants4 ,ce caractre instantan de toutes les rvolutions populaires est frappant4 ,la trs immense majorit des foules y prenant part agissent par contagion mentale1 sans avoir aucune ide des motifs qui les font s'insurger4 ,l'histoire de beaucoup de rvolutions peut tre crite en une seule page1 toujours la mme4 ,elle se rsume dans le bref rcit de celle de #ahcj1 la suite des ordonnances de ,charles ,x1 racont par ,m4 ,georges ,cain4 ,l'explosion de colre qui souleva ,paris fut terrible et instantane4 ,en quelques heures1 les barricades sortirent de terre1 les attroupements des protestataires arms se formrent1 les tambours battirent le rappel de la garde nationale1 les ouvriers et les tudiants descendirent dans la rue1 les lves de l'cole polytechnique forcrent les portes et prirent le commandement des bandes d'insurgs2 tout ,parisien se transformait en militant4 ,tous se battaient aux cris de3 ,a bas ,charles ,x6 ,a bas ,polignac6 ,a bas les ordonnances6 ,vive la ,charte6 ,la presque totalit des combattants ignorant absolument1 d'ailleurs1 ce que comportait la ,charte1 et ce que contenaient les ordonnances6 ,on remarquera que les mouvements rvolutionnaires s'tendent trs vite par voie de contagion1 bien au del des classes pouvant y tre intresses4 ,les marins des cuirasss qui se rvoltrent pendant la rvolution russe1 par exemple1 ne le firent videmment que par contagion4 ,il leur tait1 en effet1 fort indiffrent que la ,russie possdt un ,parlement1 ou que les paysans obtinssent le droit d'acheter des terres4 ,une caractristique de toutes les rvolutions est donc de se propager rapidement des classes qui1 loin d'y avoir intrt1 n'ont souvent qu' y perdre4 ,les bourgeois1 devenus rvolutionnaires socialistes par simple contagion1 seraient assurs d'une ruine complte si le mouvement dont ils se font les aptres venait triompher4 ,ces explosions d'opinions populaires1 fort dangereuses parce que la raison est sans action sur elles1 sont heureusement peu durables4 ,leur rsister directement ne fait que les exciter4 ,parmi les facteurs divers des explosions de fureurs engendres par l'affaire ,dreyfus1 un des plus actifs fut l'obstination de l'tat-major braver l'opinion en contestant l'vidence de certains documents4 ,une simple erreur judiciaire n'aurait pas produit plus d'effet que tant d'autres1 commises quotidiennement1 et bientt on et cess d'y penser4 ,a ct d'vnements aussi clbres que ceux auxquels je viens de faire allusion1 se constatent facilement dans la vie journalire une foule de petites explosions d'opinions1 sans grande importance parce qu'elles s'appliquent des faits minuscules1 mais dont le mcanisme de propagation est toujours le mme4 ,il suffit pour les engendrer de trouver certains mots capables de dclancher des groupes de sentiments4 ,j'en fis moi-mme l'exprience dans une circonstance trs simple1 mais cependant typique4 ,pour des raisons d'conomie1 la direction des ,domaines avait dcid1 conformment son droit strict1 de mettre en vente la portion du parc de ,saint-,cloud connue administrativement sous le nom de bois de ,villeneuve-l'tang4 ,vrai dsastre pour la population de la banlieue dont les promenades se rduisent chaque jour4 ,comment l'empcher8 ,les affiches officielles annonant la vente taient poses sur les murs1 et le public1 ignorant le nom administratif de cette partie du parc de ,saint-,cloud1 ne s'en mouvait aucunement4 ,connaissant ce moment les rapporteurs de la commission du budget1 j'essayai de les intresser la question4 ,ils me donnrent de bonnes paroles1 mais les lecteurs exigeaient d'eux trop de dmarches pour leur laisser le loisir de se proccuper d'une question d'intrt gnral4 ,les jours passaient1 et une semaine seulement sparait de la vente4 ,ayant appris alors que l'unique acqureur srieux tait un juif allemand1 je fis passer dans un grand journal une courte note intitule3 ,vente du parc de ,saint-,cloud aux ,allemands4 ,formidable explosion6 ,une nue de reporters s'abattit sur la commune et les journaux publirent de fulgurants articles4 ,violemment interpell la ,chambre1 le ministre comptent1 qui ignorait d'ailleurs entirement de quoi il s'agissait1 dclara renoncer la vente dans le prsent et dans l'avenir4 ,pour obtenir ce rsultat1 trois mots avaient suffi4 ,ils faisaient partie de ces formules vocatrices1 susceptibles d'orienter dans une mme direction des sentiments individuels et de les transformer en une volont collective unanime4 ,,livre ,,viii ,,la ,,vie ,,des ,,croyances ,,chapitre ,i ,,caract,,res ,,fondamentaux ,d',,une ,,croyance4 #a4--,la croyance comme besoin irrductible de la vie mentale4 ,dans le premier chapitre de cet ouvrage nous avons dfini la croyance1 montr qu'elle est un simple acte de foi1 expliqu en quoi elle diffre de la connaissance et sommairement esquiss son rle4 ,ces indications1 dont le but tait de dterminer la nature des problmes rsoudre1 se sont prcises par l'examen des diverses formes de logiques et des facteurs de nos opinions4 ,nous allons maintenant les complter en tudiant la vie des croyances4 ,les lments constitutifs de notre existence se rattachent1 nous le savons1 trois groupes3 vie organique1 vie affective1 vie intellectuelle4 ,le besoin de croire appartient la vie affective4 ,aussi irrductible que la faim ou l'amour1 il est souvent aussi imprieux4 ,constituant un besoin invincible de notre nature affective1 la croyance ne peut1 pas plus qu'un sentiment quelconque1 tre volontaire et rationnelle4 ,l'intelligence ne la cre ni ne la gouverne4 ,quels que soient la race1 le temps considr1 le degr d'ignorance ou de culture1 l'homme a toujours manifest la mme soif de croire4 ,la croyance semble un aliment mental1 aussi ncessaire la vie de l'esprit que les aliments matriels l'entretien du corps4 ,le civilis ne saurait s'en passer plus que le sauvage4 ,le doute universel de ,descartes est une fiction de l'esprit4 ,on traverse quelquefois le scepticisme1 on n'y sjourne gure4 ,le philosophe ne croit pas aux mmes choses qu'un ignorant1 mais il en admet d'aussi peu dmontres4 ,la diffrence entre la croyance et la connaissance a t nettement marque ds les dbuts de cet ouvrage4 ,on a vu que la premire est un acte de foi1 labor dans l'inconscient1 et n'exigeant aucune preuve1 alors que la seconde reprsente une cration de la vie consciente difie sur l'exprience et l'observation4 ,la connaissance instruit1 et il n'y a pas de civilisation sans elle1 mais c'est surtout la croyance qui fait agir4 ,s'il fallait attendre de connatre avant d'agir1 l'inaction serait longue4 ,pendant des sicles1 les croyances furent les seuls guides de l'humanit4 ,elles lui fournirent1 avec des explications faciles pour tous les problmes1 un guide journalier de la conduite4 ,provisoires ou phmres1 les croyances constiturent toujours les grands mobiles d'action des hommes4 ,les croyances religieuses n'en forment qu'une partie4 ,le besoin de foi ne fut nullement enfant par les religions1 c'est lui1 au contraire1 qui les engendra4 ,les divinits ne font que fournir un objet notre dsir de croire4 ,ds qu'il se dtourne d'elles1 l'homme se rejette sur une foi quelconque3 chimres politiques1 sortilges ou ftiches4 #b4--,l'intolrance des croyances4 ,un des caractres gnraux les plus constants des croyances est leur intolrance4 ,elle est d'autant plus intransigeante que la croyance est plus forte4 ,les hommes domins par une certitude ne peuvent tolrer ceux qui ne l'acceptent pas4 ,vrifie tous les ges1 cette loi continue s'exercer encore4 ,on sait quel degr de fureur religieuse arrivent les croyants3 athes ou dvots4 ,les guerres de religion1 l',inquisition1 la ,saint-,barthlemy1 la rvocation de l'dit de ,nantes1 la ,terreur1 les perscutions actuelles contre le clerg1 etc41 en sont des exemples4 ,les rares exceptions cette loi sont d'une interprtation facile4 ,si les ,romains acceptrent les divinits de tous les peuples trangers1 c'est qu'elles formaient pour eux une hirarchie d'tres puissants qu'on devait tcher de se concilier par l'adoration4 ,bien qu'anim de principes diffrents le ,bouddhisme triomphant ne fut pas davantage perscuteur4 ,enseignant l'indiffrence au dsir et considrant les dieux et les tres comme de vaines illusions sans importance1 il n'avait aucune raison d'tre intolrant4 ,ces exceptions s'expliquent donc d'elles-mmes et ne contredisent nullement la rgle gnrale qu'une croyance est ncessairement intolrante4 ,les croyances politiques le sont au moins autant que les croyances religieuses4 ,on sait avec quelle ardeur les hommes de la ,convention3 ,hbertistes1 ,dantonistes1 ,robespierristes1 etc41 convaincus chacun de possder la vrit pure1 supprimaient les ennemis supposs de leur foi4 ,les sectateurs modernes de la desse ,raison sont aussi violents1 aussi intolrants1 aussi altrs de sacrifices que leurs prdcesseurs4 ,la rgle de tout vrai croyant sera toujours celle enseigne dans la ,somme de saint ,thomas3 ,l'hrsie est un pch pour lequel on mrite d'tre exclu du monde par la mort4 ,m4 ,georges ,sorel prdit donc trs justement que la premire mesure du socialisme triomphant serait de massacrer sans piti tous ses adversaires4 ,il n'aurait gure1 d'ailleurs1 d'autres moyens de se maintenir pendant quelque temps4 ,en matire de croyance1 l'intolrance et les violences qui l'accompagnent ne sont pas des sentiments exclusivement populaires4 ,ils apparaissent aussi dvelopps1 sinon davantage1 chez les gens instruits1 et1 en outre1 sont plus durables4 ,j'ai parfois admir1 crit ,michelet1 la frocit des lettrs1 ils arrivent des excs de fureur nerveuse que les hommes moins cultivs n'atteignent pas4 #c4--,l'indpendance des opinions4 ,rle social de l'intolrance4 ,examine au seul point de vue de la raison1 l'intolrance des croyances semble insupportable4 ,pratiquement1 elle l'est assez peu1 car le besoin d'indpendance permettant de se soustraire une croyance commune est tout fait exceptionnel4 ,les servitudes du milieu social circonscrivent troitement les limites de l'indpendance sans qu'on s'en plaigne4 ,le plus souvent1 on ne les aperoit mme pas4 ,pour devenir vraiment libre1 il faudrait d'abord s'affranchir des influences du milieu en vivant isol4 ,notre maximum d'indpendance possible ne consiste gure qu' opposer parfois un peu de rsistance aux suggestions ambiantes4 ,la grande masse n'en oppose aucune et suit les croyances1 les opinions et les prjugs de son groupe4 ,elle y obit1 sans en avoir plus conscience que la feuille dessche entrane par le vent4 ,chez une lite fort restreinte seulement s'observe la facult de possder quelquefois des opinions personnelles4 ,tous les progrs de la civilisation sont dus videmment ces esprits suprieurs1 mais on ne peut souhaiter leur multiplication excessive4 ,impuissante s'adapter de suite des progrs trop rapides et trop profonds1 une socit tomberait vite dans l'anarchie4 ,la stabilit ncessaire son existence est prcisment tablie grce au groupe compact des esprits lents et mdiocres1 gouverns par des influences de traditions et de milieu4 ,il est donc utile pour une socit qu'elle se compose d'une majorit d'hommes moyens1 dsireux d'agir comme tout le monde et conservant pour guides les opinions et les croyances gnrales4 ,trs utile aussi que les opinions gnrales soient peu tolrantes1 la peur du jugement des autres constituant une des bases les plus sres de notre morale4 ,la mdiocrit d'esprit peut donc tre bienfaisante pour un peuple1 surtout associe certaines qualits de caractre4 ,l',angleterre l'a instinctivement compris et c'est pourquoi1 bien que ce pays soit un des plus libraux de l'univers1 la libre pense y fut toujours assez mal vue4 #d4--,le paroxysme de la croyance4 ,les martyrs4 ,de l'opinion transitoire1 simple bauche de croyance1 la croyance complte1 dominant tout l'entendement1 s'chelonnent des tapes assez rarement franchies4 ,elles le sont cependant certaines poques4 ,alors1 les impulsions mystiques et les sentiments qu'elles font natre deviennent si puissants que tous les freins sociaux1 toutes les rpressions des lois sont incapables de les enrayer4 ,c'est ,polyeucte brisant les idoles1 c'est le martyr dfiant ses bourreaux1 le nihiliste jetant sa bombe dans une foule1 avec le chimrique espoir de tuer un principe4 ,quand la croyance arrive cette phase d'intensit1 aucune digue ne lui est opposable4 ,elle domine les intrts les plus vidents1 les sentiments les plus chers et transforme en vrits clatantes de manifestes erreurs4 ,nul sacrifice ne cote alors au croyant pour dfendre ou propager sa foi4 ,semblable aux suggestionns tudis par la science moderne1 il vit dans le domaine de l'hallucination pure4 ,de telles exaltations sont gnralement prpares par des priodes d'anarchie durant lesquelles se dsagrgent les vieilles croyances et1 par consquent1 les sentiments tays sur elles4 ,la mentalit des martyrs de tout ordre3 politique1 religieux ou social est identique4 ,hypnotiss par la fixit de leur rve1 ils se sacrifient avec joie pour assurer le triomphe de l'ide1 sans mme aucun espoir de rcompense dans ce monde ou dans l'autre4 ,l'histoire des nihilistes et des terroristes russes abonde en enseignements dmonstratifs sur ce dernier point4 ,ce n'est pas toujours l'espoir du ciel qui fait les martyrs4 ,le nombre de tels hallucins n'est heureusement pas trs considrable chaque poque4 ,devenus trop nombreux1 ils bouleversent le monde4 ,impuissantes1 les perscutions ne font que rendre leur exemple contagieux4 ,l'tude des martyrs relve surtout du domaine de la pathologie mentale4 ,les hallucins des croyances les plus varies prsentent une telle analogie1 qu'aprs en avoir examin deux ou trois1 on connat tous les autres4 ,les exemples que je vais citer ont simplement pour but de montrer que devant l'auto-suggestion de la foi1 non seulement toutes les opinions se transforment1 mais encore que s'vanouissent des sentiments aussi puissants que la crainte1 la pudeur et l'amour maternel4 ,l'histoire des martyrs est pleine de faits justifiant ces assertions4 ,ils se ramnent comme type l'exemple de ,vivia ,perpetua1 vnre par les chrtiens sous le nom de sainte ,perptue1 et qui vivait sous le rgne de ,septime ,svre4 ,fille d'un snateur trois fois consul1 prsident du ,snat de ,carthage1 la belle et riche patricienne1 secrtement convertie au christianisme1 prfra tre expose nue devant le peuple entier et dvore vivante par les btes froces que de faire le simulacre de brler un peu d'encens sur l'autel du gnie de l',empereur4 ,les croyants considrent de tels actes comme preuves de la puissance de leurs ,dieux4 ,pure illusion1 videmment1 puisque les martyrs furent aussi nombreux dans toutes les religions et dans toutes les sectes politiques4 ,comme exemples1 entre des milliers d'autres1 on peut citer ceux de la religion babyste1 dveloppe en ,perse1 il y a environ soixante ans4 ,le souverain rgnant alors s'imagina pouvoir teindre cette foi nouvelle dans les supplices4 ,voici ce qu'il en advint3 ,on vit s'avancer devant les bourreaux1 rapporte ,gobineau1 des enfants et des femmes1 les chairs ouvertes sur tout le corps1 avec des mches allumes1 flambantes1 fiches dans les blessures444 ,enfants et femmes s'avanaient en chantant un verset qui dit3 ,en vrit nous venons de ,dieu et nous retournons lui6 ,leurs voix s'levaient clatantes au-dessus du silence profond de la foule4 ,quand un des supplicis tombait1 on le faisait relever coups de fouet ou de baonnette444 il se relevait1 se mettait danser et criait avec un surcrot d'enthousiasme3 ,en vrit nous sommes de ,dieu et nous retournons lui444 ,quand on arriva au lieu de l'excution1 on proposa encore aux victimes la vie pour leur abjuration4 ,un bourreau imagina de dire un pre que s'il ne cdait pas1 il couperait la gorge ses deux fils sur sa poitrine4 ,c'taient deux petits garons1 dont l'an avait quatorze ans1 et qui1 rouges de leur propre sang1 les chairs calcines1 coutaient froidement le dialogue4 ,le pre rpondit1 en se couchant par terre1 qu'il tait prt1 et l'an des enfants1 rclamant avec emportement son droit d'anesse1 demanda tre gorg le premier4 ,on vit des babys venir se dnoncer eux-mmes3 un disciple du ,bb suspendu ses cts aux remparts de ,tbriz n'avait qu'un mot la bouche3 ,matre1 es-tu content de moi8 ,les ,skopsys en ,russie1 les ,mormons en ,amrique subirent de nos jours des perscutions analogues1 sans vouloir renoncer leur foi4 ,ces faits et tous ceux du mme ordre sont trs instructifs4 ,ils prouvent la force de l'esprit mystique1 capable de triompher de la douleur et de dominer des sentiments considrs comme la base mme de l'existence4 ,que pourrait contre lui la raison8 ,aussi n'est-ce pas avec des arguments rationnels qu'on soulve les foules4 ,avec des croyances on les dominera toujours4 ,assez puissante pour lutter contre la nature et l'asservir quelquefois1 la raison ne possde pas la force suffisante pour difier des croyances ou triompher d'elles4 ,destructrices quelquefois1 cratrices souvent1 irrsistibles toujours1 les croyances constituent les plus formidables puissances de l'histoire1 les vrais soutiens des civilisations4 ,les peuples ne survcurent jamais longtemps la mort de leurs dieux4 ,,chapitre ,,ii ,,les ,,certitudes ,d,,riv,,es ,,des ,,croyances4 ,,nature ,,des ,,preuves ,,dont ,,se ,,contentent ,,les ,,croyants4 #a4--,les certitudes drives des croyances4 ,une croyance forte inspire des certitudes que rien n'branle4 ,de telles certitudes drivent la plupart des grands vnements historiques4 ,mahomet avait la certitude que ,dieu lui ordonnait de fonder une religion nouvelle destine rgnrer le monde1 et il russit le bouleverser4 ,pierre l',ermite avait la certitude que ,dieu voulait reprendre aux infidles le tombeau du ,christ1 et pour le reconqurir1 des millions d'hommes prirent misrablement4 ,luther avait la certitude que le pape tait l',antchrist1 qu'il n'existait pas de purgatoire1 et1 au nom de vrits de cet ordre1 l',europe fut mise feu et sang pendant plusieurs sicles4 ,les prtres de l',inquisition avaient la certitude que ,dieu voulait voir brler les hrtiques1 et ils dpeuplrent l',espagne avec leurs bchers4 ,charles ,,ix et ,louis ,,xiv avaient la certitude que le crateur des mondes ne pouvait tolrer l'existence des protestants1 et pour les exterminer1 le premier eut recours la ,saint-,barthlemy et le second aux dragonnades4 ,la ,convention avait la certitude qu'il fallait couper un grand nombre de ttes pour assurer le bonheur du genre humain1 et1 comme consquence1 elle provoqua des guerres et une dictature qui firent prir en ,europe trois millions d'hommes4 ,de nos jours1 des milliers de bourgeois pntrs de la certitude que le socialisme rgnrerait le monde1 dmolissent furieusement les dernires colonnes qui soutiennent la socit dont ils vivent4 ,un des effets les plus srs de la certitude drive d'une croyance1 est de crer certains principes de morale plus ou moins provisoires1 mais fort puissants1 autour desquels se constitue une conscience nouvelle gnratrice d'une nouvelle conduite4 ,l'histoire de la ,rvolution est pleine d'actes sanguinaires commis par des individus jadis pacifiques1 mais se croyant obligs d'obir aux impulsions de leur foi rcente4 ,tels les massacreurs de ,septembre qui1 les tueries termines1 rclamrent une rcompense nationale4 ,telles encore les bandes qui ravagrent la ,vende#aj4 #aj ,leur tat d'esprit1 driv de nouvelles croyances1 est trs bien indiqu par ce fragment suivant d'une lettre du soldat ,joliclerc publie par le ,temps du #bf octobre #aiaj3 ,nous allons ravager le dpartement des ,deux-,svres et de la ,vende4 ,nous allons y porter le fer et la flamme2 d'une main le fusil1 de l'autre la torche4 ,hommes et femmes1 tout passera au fil de l'pe444 ,nous avons dj brl environ sept lieues de pays4 ,il y a des soldats qui ont dj fait leur fortune444 ,les certitudes mystiques et sentimentales s'accompagnent toujours du besoin de les imposer4 ,l'homme supporte difficilement1 et ds qu'il est le plus fort ne supporte jamais1 que d'autres ne partagent pas ses certitudes4 ,pour les imposer1 il ne reculera pas devant la plus furieuse tyrannie et de sanglantes hcatombes4 ,les possesseurs de certitudes ont toujours ravag le monde4 ,il est fort redoutable pour une nation d'tre mene par eux1 et cependant1 comme le dit justement ,ribot3 ,le gouvernement d'un peuple1 certains moments de son histoire1 est aux mains de demi-fous4 ,qu'un homme puissant ait la certitude1 comme le manifestait l'empereur d',allemagne dans un discours clbre1 de tenir son pouvoir de la divinit1 et on entrevoit o une telle certitude peut le conduire4 ,qu'il s'imagine que son ,dieu lui ordonne de faire la guerre aux incrdules pour les chtier1 et l',europe peut tre bouleverse4 ,elle le fut plus d'une fois sous l'influence de convictions semblables4 #b4--,nature des preuves dont se contente l'esprit confin dans le champ de la croyance4 ,une croyance est un acte de foi qui n'exige pas de preuves et d'ailleurs n'est vrifiable le plus souvent par aucune4 ,si la foi s'imposait seulement par des arguments rationnels1 peu de croyances auraient pu se former dans le cours des sicles4 ,les arguments invoqus par les croyants semblent souvent enfantins la raison4 ,celle-ci n'a pas cependant qualit pour les juger1 car ils drivent d'lments mystiques ou affectifs chappant son action4 ,la suggestion et la contagion mentale par lesquelles se propagent les croyances sont indpendantes de la raison4 ,aucun lment rationnel ne participant la gense des croyances1 la crdulit du croyant est infinie4 ,il ne s'imagine pas admettre les choses sans preuves puisqu'il en invoque au contraire toujours2 c'est dans la nature des preuves dont il se contente qu'apparat la profondeur de sa crdulit4 ,la lecture des ouvrages sur les moyens de dcouvrir les sorciers1 dcrits par de doctes magistrats qualifis jadis d'minents1 est extrmement instructive ce point de vue4 ,les documents de cette nature1 aussi bien que les livres des thologiens1 montrent l'abme sparant la preuve qu'exige le savant de celle satisfaisant l'esprit enferm dans le cycle de la croyance4 ,inutile de donner ici des exemples4 ,tous seraient analogues ceux rvls dans le procs intent contre l'crivain italien d',albano4 ,on prouva clairement qu'il avait appris les sept arts libraux par le secours de sept dmons1 en dcouvrant chez lui une bouteille contenant un mlange de sept drogues diffrentes dont chacune reprsentait videmment un dmon4 ,malgr ses quatre-vingts ans1 on allait le brler vif1 quand1 protg sans doute par les sept dmons capts1 il mourut brusquement4 ,les juges durent se borner le faire dterrer et brler sur une place publique4 ,sous ,louis ,,xiv1 on ne brla qu'exceptionnellement les sorciers1 mais personne ne doutait de leur puissance4 ,le procs de la sorcire la ,voisin1 rvla que les plus grands personnages du temps1 le marchal de ,luxembourg1 l'vque de ,langres premier aumnier de la reine1 etc41 avaient eu recours la puissance magique qu'ils lui supposaient4 ,l'vque ,simiane de ,gorges s'tait adress elle pour obtenir1 par l'influence du diable1 le cordon bleu du ,saint-,esprit6 ,si les tireuses de cartes et les pythonisses modernes racontaient les visites qu'elles reoivent1 on constaterait que la crdulit moderne n'a pas diminu4 ,je pourrais citer un ancien ministre1 connu par son anticlricalisme rigide1 qui ne sort jamais sans avoir dans sa poche de la corde de pendu4 ,un de nos plus minents ambassadeurs quitte immdiatement une table o se trouvent treize convives4 ,le ftichisme de ces illustres hommes d'tat est-il vraiment suprieur aux croyances religieuses qu'ils proscrivent avec tant de vigueur8 ,j'en doute un peu4 ,les croyants1 si convaincus soient-ils1 ont toujours senti la ncessit1 au moins pour convertir les incrdules1 de trouver leur foi des raisons justificatives4 ,les nombreuses lucubrations des thologiens prouvent avec quelle persvrance cette tche fut poursuivie4 ,l'argument auquel ils se sont le plus attachs en dehors des miracles et des assertions de leurs livres sacrs1 a t l'assentiment universel4 ,des hommes comme ,bossuet n'hsitrent pas utiliser une telle preuve4 ,considrant les opinions particulires mprisables et dangereuses1 l'illustre prlat leur opposait la conscience gnrale comme beaucoup plus sre4 ,une doctrine doit tre1 suivant lui1 tenue pour vrit1 ds que tous les hommes la jugent telle4 ,aux yeux de ,bossuet1 un seul tre ne pouvait avoir raison contre la totalit des autres4 ,il fallut les progrs des sciences modernes pour prouver1 que beaucoup de dcouvertes se sont ralises1 prcisment parce qu'un seul homme eut raison contre tous les autres4 ,les thologiens se sont donn1 en vrit1 un mal bien inutile pour combattre une incrdulit applique en gnral des points accessoires de doctrine4 ,la crdulit intense est au contraire un sentiment universel4 #c4--,le point irrductible du conflit de la science et de la croyance4 ,nous avons montr que les domaines rgis par les diverses formes de logiques taient trop diffrents pour pouvoir se pntrer1 et par consquent entrer utilement en lutte4 ,il est cependant un point sur lequel la science et la croyance semblent destines se trouver souvent en conflit irrductible parce qu'il touche un principe fondamental4 ,de toutes les rvolutions effectues dans la pense humaine1 la plus considrable1 peut-tre1 fut ralise lorsqu'aprs de longs ttonnements1 la science russit prouver que tous les phnomnes sont dtermins par des lois rigoureuses1 et non par les volonts capricieuses d'tres suprieurs4 ,nos conceptions de l'univers changrent du mme coup4 ,cette dcouverte capitale1 qui pour la premire fois sortait l'humanit du cycle de la croyance1 pour la faire pntrer dans celui de la connaissance1 est loin d'tre gnralise encore4 ,beaucoup d'hommes admettent toujours que des puissances surnaturelles conduisent les vnements et peuvent1 quand on les sollicite avec ardeur1 en modifier le cours4 ,une telle conception tant l'expression d'espoirs qui ne meurent jamais1 la science et la croyance seront toujours antagonistes sur ce terrain4 ,le conflit menace d'tre ternel1 car si les dieux se retirent des rgions dfriches par la science1 on ne peut dmontrer aux croyants qu'il n'existe rien dans les vastes domaines non explors encore4 ,c'est dans ces rgions impntres que se maintiendront toujours les fantmes crs par la foi4 ,abandonner la notion de ncessit dans l'enchanement d'un seul phnomne1 c'est retourner l'ide dtruite avec tant de peines1 d'vnements dpendant des volonts particulires d'tres capricieux4 ,peu importe que leurs caprices soient accidentels4 ,il suffit qu'ils se produisent une seule fois pour pouvoir se rpter toujours4 ,si les phnomnes annoncs par les thaumaturges modernes taient possibles1 la science devrait retourner docilement aux ges o les ,dieux dcidaient du sort des batailles1 et o des lgions d'esprits1 de fes et de dmons intervenaient sans cesse dans la vie journalire4 ,les conjurations1 les prires1 les sacrifices1 les formules magiques1 constitueraient alors1 aujourd'hui comme jadis1 les seuls moyens de s'assurer la faveur de ces capricieuses puissances4 ,cette rgression n'est pas redouter beaucoup4 ,une mentalit religieuse indestructible nous fera ternellement retourner au surnaturel1 mais l'tude attentive des faits miraculeux montrera toujours aussi qu'ils sont des hallucinations cres par notre esprit4 ,c'est ce que nous expliquerons dans une autre partie de cet ouvrage en essayant d'clairer1 au moyen de l'exprience1 la gense de quelques nouvelles croyances4 ,,chapitre ,,iii ,r,,le ,,attribu ,a ,,la ,,raison ,,et ,a ,,la ,,volont ,,dans ,,la ,,gen,,se ,d',,une ,,croyance4 #a4--;,indpendance de la raison et de la croyance4 ,les rares tudes1 publies sur la formation des croyances1 proclament gnralement qu'elles sont volontaires et rationnelles4 ,cette persistante erreur provient de la vieille illusion du rle de l'intelligence en psychologie4 ,nous avons spar nettement1 dans cet ouvrage1 le moi affectif du moi intellectuel et montr qu'ils sont gouverns par des formes de logiques trs diffrentes4 ,il s'en suivait1 naturellement1 que la raison1 expression de l'intelligence1 tait indpendante de la croyance1 expression des sentiments et du mysticisme qui en drive4 ,la preuve de cette indpendance s'est accentue encore quand nous avons constat que la croyance et la connaissance s'difiaient par des mthodes entirement dissemblables4 ,la plupart de nos luttes politiques et religieuses tiennent cette prtention illusoire de vouloir faire agir l'une sur l'autre des choses aussi incapables de se pntrer que la croyance et la connaissance4 ,on ne comprend bien la force des croyances qu'en reconnaissant qu'elles chappent toute influence rationnelle4 ,il pourrait sembler inutile de revenir encore sur ce sujet1 mais pour combattre des prjugs tenaces1 les arguments ne sauraient tre trop nombreux4 ,si les croyances taient accessibles l'influence de la raison1 on aurait vu disparatre depuis longtemps toutes celles qui sont absurdes4 ,or1 l'observation dmontre leur persistance4 ,on est donc bien oblig d'admettre qu'il n'y a pas d'absurdits pour un croyant et que l'homme ne reste gure libre de croire ou de ne pas croire4 ,les influences affectives et mystiques dterminant la croyance sont1 nous l'avons plusieurs fois rpt1 fort diffrentes des enchanements rationnels qui dterminent la connaissance4 ,en matire de croyance1 il n'existe pas de vrification possible4 ,en matire de connaissance1 la possibilit d'une vrification est au contraire la rgle et dtruit1 ds lors1 toute objection4 ,personne n'a jamais song contester les proprits d'un triangle ou d'une section conique4 ,pour le savant1 la vrit en de des ,pyrnes est la mme qu'au del4 ,pour les croyants1 elle change au contraire1 en franchissant les frontires ou le temps4 ,les croyances possdent la facult merveilleuse de crer des chimres1 puis d'y soumettre les esprits4 ,on se soustrait parfois la domination des tyrans mais jamais celle des croyances4 ,des milliers d'hommes sont toujours prts se faire tuer pour les dfendre4 ,aucun d'eux n'exposerait sa vie pour le triomphe d'une vrit rationnelle4 ,l'ge de la raison o les progrs des sciences ont fait entrer l'humanit n'a nullement dtruit la puissance des croyances1 ni la facult d'en forger de nouvelles4 ,aucune poque1 peut-tre1 n'en vit clore d'aussi nombreuses3 politiques1 religieuses ou sociales4 ,l',amrique et la ,russie1 notamment1 en voient natre chaque jour4 #b4--;,impuissance de la raison sur la croyance4 ,lorsque1 obissant l'volution naturelle des choses1 la croyance arrive au degr d'usure qui prcde son dclin1 la raison a quelquefois prise sur elle4 ,dans sa priode de triomphe1 la croyance ne tente mme pas de lutter contre la raison puisque cette dernire ne la conteste pas4 ,rien n'est plus rare1 en effet1 que de voir aux sicles de foi1 des esprits assez indpendants pour discuter rationnellement leur croyance4 ,l'exemple de ,pascal montre ce que peuvent tre les rsultats de cette lutte entre la logique affective et mystique d'une part et la logique rationnelle de l'autre4 ,l'illustre penseur crivait une poque o les vrits religieuses taient acceptes sans contestation1 et seul un gnie comme le sien pouvait oser soumettre ses certitudes une discussion rationnelle4 ,l'insuccs complet de sa tentative dmontre une fois de plus l'impuissance de la raison contre la croyance4 ,pascal avait une sagacit trop grande pour ne pas apercevoir l'illogisme rationnel d'une lgende supposant un ,dieu se vengeant sur son fils d'une injure commise l'origine du monde par une de ses cratures et il n'hsite pas la qualifier de sottise4 ,mais bientt1 sa logique rationnelle est oblige de s'incliner devant les impulsions de sa logique mystique4 ,hant par la crainte de l'enfer que lui suggre cette dernire1 et voulant cependant dfendre sa croyance par des raisons acceptables1 il en arrive considrer la vie future comme l'enjeu d'un pari redoutable4 ,redoutable en effet1 puisqu'il s'agit de chtiments ternels si rellement l'enfer existe4 ,dans cette incertitude1 assure-t-il1 il faut parier pour une vie future et se conduire1 par consquent1 comme si elle existait4 ,modrment satisfait1 cependant1 de cet argument1 ,pascal essaie d'utiliser encore sa logique rationnelle pour appuyer sa croyance1 mais il n'y russit gure4 ,parmi les preuves avec lesquelles le grand penseur tente de rationaliser un peu sa foi1 il cite1 naturellement1 les prophties et les miracles4 ,ces arguments s'appliquant toutes les religions qui1 elles aussi1 sont pleines de miracles1 il se trouve conduit rejeter simplement ceux des autres croyances3 ,tout homme1 assure-t-il1 peut faire ce qu'a fait ,mahomet1 car il n'a point fait de miracles1 il n'a point t prdit4 ,nul homme ne peut faire ce qu'a fait ,jsus-,christ4 ,pascal ne recherche pas1 et sa logique mystique ne le lui et pas permis1 sans doute1 pourquoi l'islamisme1 le bouddhisme finirent par compter autant de sectateurs que le christianisme4 ,malgr toutes les subtilits de sa dialectique1 l'illustre philosophe sentait bien qu'aucune raison srieuse ne permettait d'tayer sa foi4 ,d'un autre ct1 cette dernire est ncessaire pour viter l'enfer s'il existe4 ,comment y parvenir8 ,voici ses conseils3 ,vous voulez aller la foi et vous n'en savez pas le chemin444 apprenez de ceux qui ont t lis comme vous444 suivez la manire par o ils ont commenc1 c'est en faisant tout comme s'ils croyaient1 en prenant de l'eau bnite1 en faisant dire des messes1 etc444 cela vous fera croire et vous abtira4--,mais c'est ce que je crains4--,et pourquoi8 ,qu'avez-vous perdre8 ,la discussion de ,pascal montre une fois de plus l'impuissance de la raison lutter contre la croyance1 surtout quand cette dernire est devenue collective4 ,cette impuissance donne la clef de certains vnements historiques en apparence inexplicables1 tels que l'aventure de ,port-,royal1 qui troubla profondment une partie du rgne de ,louis ,,xiv4 ,a son origine1 on voit simplement quelques religieux trs vertueux1 acceptant une thorie particulire de la prdestination que sa rebutante iniquit semblait condamner n'avoir aucune influence4 ,juges uniquement au point de vue rationnel1 les dissertations sur la grce efficiente1 la frquence de la communion1 les cinq propositions de ,jansnius1 etc41 semblent de vulgaires divagations4 ,elles excitrent pourtant de si furieuses passions que ,port-,royal fut ras1 ses moines disperss1 bien qu'ils fussent des modles de vertu4 ,de pareils vnements resteraient1 je le rpte1 inexplicables si la raison avait eu la moindre part dans leur gense4 ,toutes ces croyances1 tant labores dans l'inconscient1 chappent non seulement notre raison1 mais ncessairement aussi la volont4 ,elles sont le rsultat de suggestions analogues celles que savent maintenant produire tous les hypnotiseurs4 ,sans doute1 la raison peut donner le dsir de croire1 mais elle n'aura jamais la puissance de faire croire4 ,l'on n'y parviendrait pas davantage en suivant le conseil de ,pascal1 agir comme si l'on croyait4 ,si puissante que soit la volont1 elle ne saurait crer la foi et peut tout au plus en donner le simulacre4 ,la croyance tant indpendante de la raison1 on ne peut s'tonner1 comme le remarque ,ribot1 de voir un esprit suprieur rompu aux mthodes svres des sciences1 admettre en religion1 en politique1 en morale1 des opinions d'enfant qu'il ne daignerait pas discuter un seul instant si elles n'taient pas les siennes4 ,aussi1 le plus souvent1 se borne-t-on subir les croyances sans les discuter4 ,conduite trs sage4 ,le monde vieillira longtemps1 sans doute1 avant que la raison fasse quilibre la foi4 ,,chapitre ,,iv ,,comment ,,se ,,maintiennent ,,et ,,se ,,transforment ,,les ,,croyances4 #a4--;,comment se maintiennent les croyances4 ,une vrit rationnelle est impersonnelle et les faits qui la soutiennent restent acquis pour toujours4 tant au contraire personnelles et bases sur des conceptions sentimentales ou mystiques1 les croyances sont soumises tous les facteurs susceptibles d'impressionner la sensibilit4 ,elles devraient donc1 semble-t-il1 se modifier sans cesse4 ,leurs parties essentielles se maintiennent cependant1 mais la condition d'tre constamment entretenues4 ,quelle que soit sa force au moment de son triomphe1 une croyance qui n'est pas continuellement dfendue se dsagrge bientt4 ,l'histoire est jonche des dbris de croyances n'ayant eu1 pour cette raison1 qu'une existence phmre4 ,la codification des croyances en dogmes constitue un lment de dure que ne saurait suffire4 ,l'criture ralentit seulement l'action destructive du temps4 ,une croyance quelconque1 religieuse1 politique1 morale ou sociale se maintient surtout par la contagion mentale et des suggestions rptes4 ,images1 statues1 reliques1 plerinages1 crmonies1 chants1 musique1 prdications1 etc41 sont les lments ncessaires de cette contagion et de ces suggestions4 ,confin dans un dsert1 priv de tout symbole1 le croyant le plus convaincu verrait rapidement sa foi s'affaiblir4 ,si des anachortes et des missionnaires la conservent cependant1 c'est qu'ils relisent sans cesse leurs livres religieux et surtout s'astreignent une foule de rites et de prires4 ,l'obligation pour le prtre de rciter chaque jour son brviaire fut imagine par des psychologues1 connaissant bien la vertu suggestive de la rptition4 ,aucune foi n'est durable si on la dpouille des lments fixes qui lui servent de soutien4 ,un ,dieu sans temples1 sans images1 sans statues1 perdrait bientt ses adorateurs4 ,les iconoclastes taient guids par un instinct trs sr en brisant les statues et les temples des divinits qu'ils voulaient dtruire4 ,les hommes de la ,rvolution1 cherchant annuler l'influence du pass1 avaient galement raison1 leur point de vue1 de saccager les glises1 les statues et les chteaux4 ,mais cette destruction ne fut pas assez prolonge pour agir sur des sentiments fixs par une hrdit sculaire4 ,leur dure est plus longue que celle des pierres qui les symbolisent4 #b4--;,comment voluent les croyances4 ,une croyance maintenue par le mcanisme que nous venons de dire n'est pas1 pour cela1 immobilise dfinitivement4 ,elle volue1 au contraire1 quoique ses sectateurs la supposent invariable4 ,leur illusion tient ce que les livres sacrs prtendant fixer les contours d'un dogme sont conservs avec respect1 alors mme que la pratique s'en carte chaque jour4 ,une croyance quelconque1 politique1 religieuse1 artistique ou morale n'a de rellement fixe que son nom4 ,elle est un organisme en voie d'volution incessante4 ,j'ai dj expliqu dans les ,lois psychologiques de l'volution des peuples1 comment se transforment les institutions1 les langues1 les croyances et les arts4 ,j'ai fait voir aussi que ces lments ne passent jamais d'un peuple l'autre sans subir des modifications considrables4 ,donc1 malgr la stabilit apparente des croyances formules en dogmes1 elles sont cependant obliges d'voluer pour s'adapter aux variations de mentalit de leurs sectateurs et des milieux o ils se meuvent4 ,ces transformations sont lentes1 mais quand elles ont t longtemps accumules1 on constate qu'il n'existe plus gure de parent entre les livres crits l'poque de la fondation d'une croyance et sa pratique actuelle4 ,le brahmanisme1 par exemple1 n'a plus que des rapports trs vagues avec les livres vdiques qui l'ont inspir4 ,de mme pour le bouddhisme4 ,les lois rgissant l'volution des croyances sont loin d'tre nettement dtermines4 ,on peut cependant formuler1 je crois1 les indications suivantes3 #a ,plusieurs croyances conciliables mises en prsence tendent se fusionner1 ou au moins se superposer4 ,ainsi en arriva-t-il pour les dieux et les croyances du monde paen4 #b ,si les croyances sont trs diffrentes1 la plus forte--ce qui signifie souvent la plus simple--tend liminer les autres4 ,l'islamisme convertit pour cette raison non seulement les tribus sauvages de l',afrique1 mais des peuples trs civiliss de l',inde4 #c ,une croyance triomphante finit toujours par se diviser en sectes ne conservant chacune que les lments fondamentaux de la croyance mre4 ,sur cette dernire loi seule il est utile d'insister maintenant4 ,elle suffit en effet montrer le mcanisme de l'volution des croyances4 ,leur division en sectes s'est observe toujours au lendemain mme du triomphe des grandes religions telles que le ,christianisme et l',islamisme4 ,la premire tant la plus complique1 enfanta le plus grand nombre de sectes et de schismes3 ,manichens1 ,ariens1 ,nestoriens1 ,plagiens1 etc41 ne cessrent de se disputer furieusement durant des sicles4 ,ces luttes recommencrent plus violentes encore avec la ,rforme4 ,le protestantisme1 peine formul1 se ramifia bientt1 lui aussi1 en sectes nombreuses3 anglicans1 luthriens1 calvinistes1 libraux1 etc4 ,chacune des sectes issues d'une grande croyance tant naturellement avide de dominer son tour1 devient vite aussi intolrante que la religion d'o elle est sortie4 ,considrer la ,rforme ainsi qu'on le fait si souvent1 comme un triomphe de la libre pense1 est ne rien comprendre la nature d'une croyance4 ,le protestantisme fut d'abord plus rigide que le catholicisme1 et s'il volua ensuite vers des formes parfois un peu librales1 il n'en est pas moins rest trs intolrant4 ,luther et ses successeurs professaient des doctrines fort arrtes1 dpouilles de tout esprit philosophique et imprgnes d'une intransigeance farouche4 ,calvin ayant divis les hommes en lus et rprouvs1 considrait que les premiers n'ont aucun mnagement garder envers les derniers4 ,devenu matre de ,genve1 il fit peser sur la ville la plus effroyable tyrannie et organisa un tribunal aussi sanguinaire que le ,saint-,office4 ,son contradicteur ,michel ,servet fut brl petit feu4 ,a l'poque de la ,saint-,barthlemy1 aboutissement de toutes ces querelles en ,france1 les protestants furent les massacrs1 mais dans tous les pays o ils taient les plus forts ils devinrent massacreurs4 ,des deux cts l'intolrance tait la mme4 ,la perptuelle subdivision des croyances tient ce que chacun en adopte les lments qui l'impressionnent avec force et n'est pas influenc par les autres4 ,certains fidles possdant des tempraments d'aptres essaient bientt de former une petite glise4 ,s'ils y russissent1 un schisme ou une hrsie se trouve fond et bientt la contagion mentale intervient pour le propager4 ,la division d'une croyance en sectes fut toujours favorise par l'imprcision extrme des livres sacrs4 ,chaque thologien peut ds lors les interprter son gr4 ,il est utile de parcourir des ouvrages1 comme ceux consacrs aux discussions sur la grce1 entre ,thomistes et ,congruistes1 ,jansnistes et ,jsuites1 etc41 pourvoir quel degr d'aberration peuvent descendre des mentalits illusionnes par la foi4 ,les esprits les plus minents eux-mmes semblent frapps de vertige ds qu'ils pntrent dans le champ de la croyance4 ,on peut en donner comme exemple les ,mditations du clbre ,malebranche4 ,le succs de ce livre fut tel au moment de sa publication1 en #afhd1 que #d4jjj exemplaires furent vendus en une semaine4 ,on y apprend1 d'ailleurs1 de bien stupfiantes choses4 ,suivant lui1 ,dieu sent1 pense et agit en nous1 il remue mme notre bras lorsque nous nous en servons contre ses ordres4 ,ce n'est pas ma volont qui soulve mon bras1 mais ,dieu qui le remue l'occasion de ma volont4 ,l'homme ne peut se dtacher de ,dieu1 qui lui permet cependant un peu de libert4 ,quand nous faisons le bien1 c'est ,dieu qui le fait en nous4 ,l'homme n'est pas responsable de ses bonnes actions1 mais de ses mauvaises4 ,s'il y a du mal dans le monde1 c'est que ,dieu a un peu nglig son ouvrage2 il le fallait d'ailleurs1 puisqu'il est la demeure des pcheurs4 ,de telles affirmations semblent aujourd'hui enfantines4 ,n'oublions pas1 cependant1 que des conceptions analogues branlrent le monde4 ,ces aberrations thologiques n'appartiennent pas exclusivement un pass disparu1 mais encore au prsent et bien probablement aussi l'avenir4 ,les croyances politiques actuelles1 qui nous rongent1 sont d'un ordre aussi infrieur et seront places par nos descendants au mme niveau que les prcdentes4 ,les vues trs courtes de leurs dfenseurs sont souvent soutenues par une foi identique celle des thologiens1 dont ils sont les continuateurs4 ,des impulsions sentimentales et mystiques1 seules1 les guident1 et de ce fait les rendent redoutables4 ,un pays peut vivre malgr eux mais non pas grce eux4 ,les croyants de tous les ges ont prtendu rationaliser leur foi1 sans comprendre que sa force tenait justement ce qu'aucun raisonnement n'exerait de prise sur elle4 ,la seule action possible de la raison sur la croyance religieuse est de lui faire considrer comme de simples symboles les rcits des livres saints1 en contradiction trop flagrante avec la science moderne4 ,moins enferms que les catholiques dans des dogmes rigides1 beaucoup de protestants y sont assez facilement parvenus4 ,on sait au contraire que la tentative1 dite moderniste1 de certains thologiens catholiques a compltement chou4 ,les vrais croyants ne doivent pas le regretter4 ,rien n'est absurde pour la foi et quand un ensemble de croyances forme un bloc1 il n'y faut pas trop toucher4 ,la dsagrgation d'une croyance en sectes rivales1 perptuellement aux prises1 ne saurait se produire dans les religions polythistes4 ,elles aussi ont volu1 mais par simple annexion puis fusion de dieux nouveaux1 tous considrs comme trs puissants et par consquent respects4 ,voil pourquoi les guerres de religion qui ont ravag l',europe demeurrent peu prs inconnues dans l'antiquit paenne4 ,ce fut donc un grand bienfait pour les peuples d'avoir dbut par le polythisme4 ,je considre1 contrairement une opinion assez universelle1 qu'ils auraient beaucoup gagn y demeurer4 ,loin de favoriser le progrs1 le monothisme les retarda par les luttes sanglantes dont il remplit le monde4 ,il ralentit pendant des sicles l'volution des arts1 de la philosophie et des lettres1 dvelopps par les ,grecs polythistes un point qui les fait regarder comme nos matres4 ,on ne peut mettre davantage l'actif du monothisme l'unit de sentiments qu'il finit par crer1 force de guerres1 de bchers et de proscriptions4 ,le culte de la patrie avait suffi pour doter les ,romains polythistes1 l'poque de leur grandeur1 d'une communaut de sentiments qui ne fut jamais dpasse4 ,si1 suivant le dire de tant d'historiens1 et de demi-philosophes comme ,renan1 le monothisme avait constitu une supriorit1 il faudrait mettre au-dessus de toutes les autres religions l',islamisme1 la seule peu prs monothiste4 ,je dis peu prs1 car les religions rellement monothistes n'existrent que dans les livres4 ,le ,christianisme1 par exemple1 s'annexa vite des lgions d'anges1 de saints1 de dmons1 correspondant exactement aux divinits secondaires du monde antique et vnrs ou redouts comme elles4 ,cette multiplicit de dieux secondaires dans les croyances monothistes et la division rapide de ces dernires en sectes1 montrent bien que le monothisme est un concept thorique1 ne correspondant gure nos besoins affectifs et mystiques4 99 99 99 99 99 ,les changements de croyances indiqus dans ce chapitre prsentent une grande importance historique en raison du rle qu'ils ont jou2 mais au point de vue philosophique1 leur rcit est sans intrt4 ,la croyance constitue l'aliment rclam par notre besoin de croire4 ,l'aliment a chang et changera encore1 mais le besoin restera indestructible tant que la nature humaine n'aura pas t transforme4 ,,chapitre ,v ,,comment ,,meurent ,,les ,,croyances4 #a4--,la phase critique des croyances et leur dissolution4 ,exact au sens historique1 le titre de ce chapitre l'est beaucoup moins au sens philosophique4 ,semblables l'nergie de la physique moderne1 les croyances se transforment quelquefois1 mais ne prissent jamais4 ,elles changent de nom cependant et c'est ce phnomne qui peut tre considr comme leur mort4 ,donc1 aprs avoir lentement vieilli1 les dogmes subissent la loi commune4 ,ils s'estompent et s'teignent4 ,leur disparition1 ou plutt en ralit leur transformation1 se manifeste d'abord par une phase critique1 souvent gnratrice de bouleversements4 ,les physiciens montrent que lorsqu'un corps se trouve dans le voisinage de son point critique1 une insignifiante variation de temprature le fait brusquement passer de l'tat gazeux l'tat liquide1 ou inversement4 ,ce point critique s'observe galement dans beaucoup de phnomnes sociaux4 ,un pays importateur d'or ou de certaines marchandises peut1 par exemple1 devenir soudainement exportateur1 sous des influences trs lgres4 ,ce phnomne1 si gnral en physique et en conomie politique1 se manifeste aussi dans la vie des croyances4 ,aprs des oscillations diverses et une usure prolonge1 elles arrivent parfois un point critique et peuvent tre alors transformes brusquement4 ,cette phase1 o scepticisme et foi voisinent1 se produit lorsque le temps ou d'autres motifs ont branl les croyances1 avant que celles qui les remplaceront soient encore nettement formules4 ,les derniers dfenseurs des dogmes effrits s'y rattachent dsesprment sans trop y croire4 ,ils semblent redouter cet incurable ennui1 dont parle ,bossuet1 qui fait le fond de la vie des hommes depuis qu'ils ont perdu le got de ,dieu4 ,en fait1 ils ne l'ont jamais perdu1 des dieux nouveaux venant toujours remplacer ceux qui sont morts ou vont mourir4 ,mais ce passage d'une divinit une autre ne s'opre pas sans beaucoup de difficults4 ,on put le constater1 par exemple1 au dclin du paganisme4 ,nous traversons prcisment un de ces ges d'instabilit o les peuples se trouvent tiraills entre les influences des divinits anciennes et celles en voie de formation4 ,notre poque constitue un des points critiques de l'histoire des croyances4 ,en attendant l'adoption d'une grande foi nouvelle1 l'me populaire flotte entre de petits dogmes momentans1 sans dure1 mais non pas sans force4 ,dfendus par des groupes1 des comits1 des partis1 ils exercent souvent un pouvoir considrable4 ,l'action des clubs sous la ,rvolution1 des ligues maonniques dans la bourgeoisie1 des syndicats dans la classe ouvrire1 des comits lectoraux dans les villes1 en fournissent des exemples4 ,quoique parfois assez phmres1 ces petites croyances engendrent pendant leur dure une foi robuste4 ,sur elles se trouve concentr l'irrsistible besoin de croire dont nous avons prcdemment montr la puissance4 ,elles ne peuvent remplacer dfinitivement cependant les croyances gnrales4 ,alors que les chapelles de groupes sont en rivalit incessante1 les grands dogmes ont le pouvoir de faire s'vanouir l'intrt individuel devant l'intrt collectif4 ,il est visible que nous n'en sommes pas l aujourd'hui4 ,les impratifs catgoriques gnraux de jadis sont devenus de petits impratifs de sectes1 n'ayant de commun qu'une haine intense contre l'ordre de choses tabli4 ,les tables de la loi ne sont plus les mmes pour toutes les tribus d',isral4 #b4--,transformation des croyances religieuses en croyances politiques4 ,examin sommairement1 l'ge moderne semble avoir transpos toutes les chelles de valeur4 ,en ralit1 il a surtout modifi leurs noms4 ,les fidles des vieux cultes se lamentent du peu de foi des gnrations nouvelles4 ,jamais peut-tre1 cependant1 les foules n'ont manifest un besoin de croyance plus profond qu' notre poque4 ,en devenant foi politique1 la foi religieuse a bien peu chang4 ,la croyance au miracle1 la mystique adoration de puissances surnaturelles est reste identique4 ,la providence tatiste a hrit de l'antique providence divine4 ,une croyance ordinaire est un acte de foi4 ,appliqu un tre suprieur ou une divinit1 il se complique du besoin de soumission et d'adoration4 ,croire et adorer sont souvent synonymes4 ,le croyant tend donc toujours diviniser l'objet de son adoration4 ,marat1 dont le cadavre devait tre jet peu de temps aprs l'gout1 fut difi au lendemain de sa mort1 et des litanies pieuses composes en son honneur4 ,napolon reprsentait pour ses soldats un dieu invincible4 ,les reliques des victimes des rpressions anarchistes sont adores par leurs fidles4 ,une croyance ne devient vraiment populaire qu'une l'ois concrtise sous forme d'tres ou d'objets vnrer4 ,on le vit clairement pendant la ,rvolution4 ,une de ses premires proccupations fut de trouver une divinit pour remplacer les anciennes4 ,la desse ,raison d'abord choisie1 eut son culte ,notre-,dame avec des crmonies trs voisines de celles qui s'y clbraient depuis des sicles4 ,cette poque1 je ne saurais trop le rpter1 ne peut tre comprise qu'en saisissant le rle jou alors par le mysticisme du peuple et de ses meneurs4 ,robespierre1 incarnation typique de l'troite mentalit religieuse de son temps1 se croyait un aptre ayant reu du ciel la mission d'tablir le rgne de la vertu4 ,trs diste1 trs conservateur et grand-prtre infaillible d'une thocratie nouvelle1 il jugeait un devoir sacr d'immoler impitoyablement les ennemis de la vertu1 et1 comme jadis les pontifes de l',inquisition1 n'pargnait personne4 ,ses discours faisaient sans cesse appel l'tre suprme4 ,son side ,couthon invoquait aussi chaque instant le ,trs-,haut4 ,les tribunaux rvolutionnaires eurent une parent troite avec ceux de l',inquisition4 ,ils n'adoraient pas tout fait les mmes dieux1 mais nourrissaient les mmes haines et poursuivaient un mme but3 la suppression des infidles4 ,j'ai trop montr dans de prcdents ouvrages l'volution du socialisme vers une forme religieuse pour y revenir longuement ici4 ,s'il possdait quelque divinit prcise adorer1 son succs serait beaucoup plus rapide4 ,ses aptres sentent d'instinct cette ncessit1 mais n'osant pas offrir l'adoration populaire la tte du principal thoricien de la doctrine1 le juif ,karl ,marx1 ils ont d se rejeter vers la desse ,raison4 ,j'ai reproduit1 dans ma ,psychologie politique1 un passage du journal socialiste l',humanit nous apprenant qu' la sance d'inauguration d'une cole socialiste1 le jeune professeur la ,sorbonne charg de la premire leon adressa1 comme il convenait1 une invocation la desse ,raison4 ,malheureusement1 les divinits abstraites n'ont jamais sduit les foules et c'est pourquoi la religion socialiste possde des dogmes1 mais attend encore son ,dieu4 ,il ne saurait tre attendu bien longtemps4 ,les dieux naissent toujours quand le besoin s'en fait sentir4 ,la force de la croyance nouvelle tient surtout1 je l'ai souvent rpt1 ce qu'elle est hritire des conceptions chrtiennes4 ,les dogmes socialistes ont emprunt aux premiers chrtiens1 avec leur mysticisme1 le besoin d'galit1 l'altruisme et la haine des richesses4 ,la parent des deux doctrines est telle qu'en ,belgique le catholicisme devient l'alli rsolu du socialisme4 ,il favorise ouvertement les grves et encourage la lutte des classes4 ,les aptres de la foi socialiste ont galement le ton enflamm et prophtique des premiers dfenseurs du christianisme4 ,je ne parle pas seulement des publications de vulgaires sectaires1 mais de celles d'hommes instruits4 ,j'ai eu occasion de citer1 dans mon dernier livre1 des fragments caractristiques d'un crit de cette nature1 publi par un professeur au ,collge de ,france1 converti comme jadis ,polyeucte1 la foi nouvelle et dsireux de dtruire les faux dieux4 ,leur lecture montre bien que le savant lui-mme ne peut pntrer dans le cycle de la croyance sans voir s'vanouir sa modration et son esprit critique4 ,descendu de plusieurs degrs dans l'chelle mentale1 il perd le sens des ralits4 ,absurdits1 violences1 impossibilits ne sauraient le choquer puisqu'il cesse de les voir4 ,inutile de rcriminer4 ,la croyance est un matre irrsistible et son attrait s'exerce ds qu'on approche de sa sphre d'action4 ,tenaces ou transitoires1 les croyances reprsentrent toujours1 je le rpte encore1 les grands facteurs de la vie des nations4 ,on ne gouverne pas un peuple avec des ides vraies1 mais avec des croyances tenues pour vraies4 ,pilate1 aujourd'hui1 ne poserait sans doute plus la question1 laquelle aucun philosophe n'a jamais dfinitivement rpondu4 ,il dirait que la vrit tant ce qu'on croit1 toute croyance tablie constitue une vrit4 ,vrit provisoire sans doute1 mais c'est avec des vrits de cet ordre que le monde fut toujours conduit4 ,,livre ,,ix ,,recherches ,,exp,,rimentales ,,sur ,,la ,,formation ,,des ,,croyances ,,et ,,sur ,,les ,,ph,,nom,,nes ,,inconscients ,d',o ,,elles ,d,,rivent ,,chapitre ,i ,,intervention ,,de ,,la ,,croyance ,,dans ,,le ,,cycle ,,de ,,la ,,connaissance4 ,,gen,,se ,,des ,,illusions ,,scientifiques4 #a4--,pourquoi la connaissance reste toujours mlange de croyances4 ,aucun savant ne peut se vanter d'tre sorti pour toujours du cycle de la croyance4 ,dans les phnomnes incompltement connus1 il est bien oblig de formuler des thories et des hypothses1 c'est--dire des croyances que l'autorit seule de leurs auteurs fait accepter4 ,mme pour les phnomnes trs tudis1 nous sommes forcs1 ne pouvant les vrifier tous1 de les admettre comme croyances4 ,notre ducation classique n'est qu'un acte de foi l'gard de doctrines imposes par le prestige d'un matre4 ,elle doit1 pour cette raison1 devenir exprimentale quelquefois1 afin de montrer l'lve la possibilit de vrifier les affirmations qu'on lui impose et de lui apprendre que l'observation et l'exprience sont les seules armatures de la vritable certitude4 ,l'impossibilit de vrifier l'ensemble de nos connaissances rend bien chimrique le conseil donn par ,descartes dans son ,discours de la mthode3 ,ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse videmment comme telle et rejeter comme fausses toutes celles o nous pouvons imaginer le moindre doute4 ,si ,descartes avait tent d'appliquer ses prceptes1 il n'et pas admis comme videntes des choses qui nous font sourire aujourd'hui4 ,de mme que tous ses contemporains et la gnralit de ses successeurs1 il tait domin par la croyance4 ,le scepticisme le plus tendu est en ralit toujours partiel3 ,celui1 dit ,locke1 qui1 dans les affaires ordinaires de la vie1 ne voudrait rien admettre1 qui ne ft fond sur des dmonstrations claires et directes1 ne pourrait s'assurer d'autre chose que de prir en fort peu de temps4 ,il ne pourrait trouver aucun mets1 ni aucune boisson dont il pt hasarder de se nourrir4 ,on peut ajouter galement que l'analyse critique de nos opinions et de nos certitudes rendrait l'existence d'une socit impossible4 ,le rle de la croyance est justement de nous viter de telles analyses4 ,et puisque le savant est oblig d'accepter comme croyances1 une grande partie des vrits de la science1 ne nous tonnons pas de lui voir manifester parfois autant de crdulit que les ignorants4 ,sur les sujets trangers sa spcialit1 il les dpasse peu4 ,ces considrations expliquent pourquoi des savants minents sont parfois victimes des plus normes illusions4 ,aprs l'avoir constat pour des faits scientifiques ordinaires1 dgags de toute passion1 nous serons prpars comprendre comment certaines croyances occultistes1 analogues aux pratiques de l'ancienne sorcellerie1 ont pu tre acceptes par d'illustres spcialistes4 #b4--;,gense des illusions scientifiques4 ,toutes les expriences ne pouvant tre reproduites1 le principe d'autorit reste1 je l'ai dit plus haut1 notre principal guide4 ,on croit l'auteur auquel sa position confre du prestige1 supposant1 trs justement d'ailleurs1 qu'il ne s'exposerait pas tre dmenti en mettant des assertions errones4 ,le plus souvent1 il en est ainsi4 ,un savant n'annonce jamais une chose qu'il pense inexacte4 ,mais l'influence de la suggestion est telle que1 mme sur des faits trs prcis1 un esprit minent peut s'illusionner et prendre pour des ralits les visions de son imagination4 ,la retentissante histoire des rayons ,n1 dont d'illustres physiciens mesuraient l'indice de rfraction1 alors que plus tard l'existence de ces rayons fut reconnue imaginaire1 en constitue un remarquable exemple4 ,nous allons insister sur ces faits1 car en rvlant les erreurs possibles dans l'tude de phnomnes physiques1 soumis de rigoureuses mesures1 ils font comprendre combien devient facile l'illusion en face de phnomnes susceptibles seulement d'insuffisantes vrifications4 ,pour montrer que le rle du prestige1 de la suggestion et de la contagion peuvent engendrer chez tous les esprits1 y compris les plus levs1 des croyances et des opinions errones1 nous choisirons nos exemples uniquement chez des savants4 ,un des plus saisissants est l'aventure dont furent victimes1 il y a quarante ans environ1 la presque totalit des membres de l',acadmie des ,sciences et qui inspira ,daudet son clbre roman l',immortel4 ,sur la foi d'un minent gomtre1 aurol d'un grand prestige1 l'illustre assemble insra1 comme authentiques dans ses comptes rendus1 une centaine de lettres supposes de ,newton1 ,pascal1 ,galile1 ,cassini1 etc444 ,fabriques de toutes pices par un faussaire peu lettr1 elles fourmillaient de vulgarits et d'erreurs1 mais les noms de leurs prtendus auteurs et du savant qui les prsentait firent tout accepter4 ,la plupart des acadmiciens1 et notamment le secrtaire perptuel1 ne conurent aucun doute sur l'authenticit de ces documents jusqu'au jour o le faussaire avoua sa fraude4 ,le prestige vanoui1 on dclara misrable le style des lettres1 affirm d'abord merveilleux et bien digne des crivains de gnie considrs comme leurs auteurs4 ,les vrifications1 dans l'exemple prcdent1 taient difficiles pour des savants non spcialiss1 s'en rapportant naturellement l'autorit d'un confrre4 ,en ralit1 les spcialistes de l',institut furent aussi aisment dupes que les ignorants4 ,cette objection disparat d'ailleurs devant d'autres faits plus rcents1 o les erreurs commises le furent uniquement par des spcialistes4 ,une des plus curieuses illusions collectives enfantes par le prestige et la contagion1 fut celle impose1 il y a une quinzaine d'annes1 par un clbre physicien1 ,m4 ,becquerel1 professeur de physique l'cole polytechnique4 ,il exposa longuement1 et plusieurs reprises1 dans les comptes rendus de l',acadmie des ,sciences1 des expriences minutieuses prouvant catgoriquement1 suivant lui1 que l'uranium met des radiations capables de se polariser1 de se rfracter1 de se rflchir1 et1 par consquent identiques la lumire issue des corps phosphorescents4 ,pendant trois ans1--et malgr les affirmations contraires d'un physicien franais1 que connaissent les lecteurs de cet ouvrage1--le clbre acadmicien persista dans son erreur et la fit partager par tous les savants de l',europe4 ,elle fut seulement reconnue lorsqu'un observateur amricain1 mis par la distance l'abri du prestige1 prouva1--vrification des plus faciles1--que ces rayons ne se rfractant pas et ne se rflchissant pas taient tout autre chose que de la lumire4 ,au point de vue de ses consquences scientifiques1 l'erreur tait norme1 et le fait qu'elle ait pu tre partage trois ans1 par la totalit des physiciens1 semblerait incomprhensible1 sans les explications de la psychologie4 ,l'histoire des rayons ,n1 laquelle je faisais allusion plus haut1 est encore plus typique4 ,elle rvle1 non seulement le rle du prestige1 mais encore celui de la suggestion et de la contagion mentale4 ,il ne s'agit plus ici1 comme dans le cas prcdent1 d'expriences admises de confiance par tout le monde sans vrification1 mais d'observations dclares exactes par quantit de physiciens s'imaginant les avoir vrifies4 ,bien que cette aventure soit trs connue1 nous la rappellerons sommairement4 ,un correspondant distingu de l',acadmie des ,sciences1 professeur de physique rput1 ,m4 ,blondlot1 avait cru constater qu'un grand nombre de corps mettent des rayons particuliers1 qualifis par lui rayons ,n4 ,ils taient rvlables par leur action sur la phosphorescence1 et leur longueur d'onde pouvait tre mesure avec exactitude4 ,l'auteur jouissant d'une grande autorit1 son assertion fut accepte sans contestation par la plupart des savants franais1 qui rptrent ses expriences en y voyant exactement ce qu'on leur avait suggr d'y voir4 ,pendant deux ans1 les comptes rendus de l',acadmie des ,sciences publirent d'innombrables notes de divers physiciens professionnels3 ,broca1 ,j4 ,becquerel1 ,bichat1 etc41 sur les proprits1 chaque jour plus merveilleuses1 de ces rayons4 ,m4 ,jean ,becquerel annonait mme les avoir chloroforms4 ,des savants distingus1 ,m4 d',arsonval notamment1 faisaient sur eux des confrences enthousiastes4 ,l',acadmie des ,sciences1 jugeant ncessaire de rcompenser une aussi importante dcouverte1 chargea plusieurs de ses membres1 dont le physicien ,mascart1 d'aller vrifier chez l'auteur l'exactitude de ses recherches4 ,ils revinrent merveills1 et un prix de #ej4jjj francs#aa fut dcern l'inventeur4 #aa ,il devait d'abord tre dcern exclusivement pour les rayons ,n1 mais1 au dernier moment1 par un excs de prudence1 qui parut excessif certains membres de la ,commission1 le rapport dclara attribuer le prix de #ej4jjj francs ,m4 ,b4 pour l'ensemble de ses travaux1 sans spcifier lesquels4 ,durant ce temps1 des savants trangers1 sur lesquels les physiciens franais n'exercent aucun prestige1 rptaient vainement les expriences sans les russir4 ,plusieurs se dcidrent alors aller les observer chez leur inventeur4 ,ils constatrent rapidement que ce dernier tait victime des plus compltes illusions1 continuant mesurer1 par exemple1 les dviations des rayons ,n sous l'influence d'un prisme1 bien qu'on et subrepticement retir ce prisme dans l'obscurit1 etc4 ,la ,revue scientifique ouvrit alors une vaste enqute auprs de tous les physiciens de l'univers4 ,ses rsultats furent dsastreux pour les rayons ,n4 ,on dut reconnatre qu'ils constituaient un pur produit de la suggestion mentale et de la contagion1 et n'avaient jamais eu d'existence4 ,la suggestion dtruite1 aucun des physiciens franais persuads d'avoir vu les rayons ,n ne russit une seule fois les apercevoir de nouveau4 ,les communications leur sujet1 si abondantes autrefois dans les comptes rendus de l',acadmie des ,sciences1 cessrent brusquement et totalement4 ,ainsi1 pendant deux ans1 des physiciens professionnels avaient cru1 au point de les mesurer avec minutie1 en des rayons ne possdant de ralit que dans leur imagination et crs uniquement par la suggestion4 ,cette merveilleuse histoire montre1 la fois1 la puissance du prestige1 de la suggestion et de la contagion4 ,elle claire d'une vive lueur la gense des croyances1 beaucoup d'vnements historiques1 et tous les phnomnes occultistes4 ,en cette dernire matire1 on peut dire que les observateurs vivent de suggestions1 et quand on voit ce qu'elles arrivent produire sur des sujets scientifiques1 on conoit la prpondrance de leur rle dans la gense des phnomnes merveilleux4 ,je n'ai voulu examiner ici que les illusions scientifiques clbres1 portant sur des faits d'une importance capitale4 ,s'il fallait relater les erreurs scientifiques de dtail1 dues l'influence du prestige1 un volume entier ne suffirait pas4 ,je me bornerai en citer encore une4 ,il y a quelques annes1 un lve de ,m4 ,lippmann crut avoir dcouvert1--observation d'une porte considrable1--qu'un corps lectris en mouvement ne dviait pas une aiguille aimante4 ,l'auteur tait totalement inconnu1 mais ayant fait ses expriences sous les yeux et avec le concours de ,m4 ,lippmann1 il bnficia de la grande autorit de ce dernier et fut cout par tous les physiciens jusqu'au jour o un savant tranger prouva qu'lve et professeur s'taient tromps lourdement et pourquoi4 ,sauf dans le cas des lettres du faussaire1 je n'ai fait allusion1 remarquons-le1 qu' des faits scientifiques1 susceptibles de mesures prcises1 soumis une observation rigoureuse4 ,pour cette raison1 d'ailleurs1 les erreurs scientifiques finissent toujours1 tt ou tard1 par tre reconnues4 ,dans les sciences en voie de formation1 comme la mdecine1 o les vrifications sont extrmement difficiles1--car on ne sait jamais quels rsultats attribuer la suggestion et au remde1--les erreurs se perptuent bien davantage4 ,les numrer serait faire l'histoire de la mdecine et montrer que thories1 remdes et raisonnements changent tous les quarts de sicle4 ,je ne citerai qu'un exemple parmi tant d'autres4 ,il y a une cinquantaine d'annes1 le traitement de la pneumonie par la saigne tait considr comme une des belles conqutes de l'art mdical4 ,sa valeur semblait surabondamment prouve par des statistiques1 montrant que grce lui1 on ne perdait que #cj malades sur #ajj4 ,l'emploi de ce prcieux systme continua jusqu'au jour o un mdecin sagace1 visitant un hpital homopathique de ,londres1 constata que la mortalit des pneumoniques n'y dpassait gure #e p4 #ajj1 au lieu de #cj p4 #ajj en ,france4 ,ce fut un trait de lumire4 ,puisque1 se dit-il1 les mdicaments homopathiques sont trop dilus pour agir1 le vrai traitement1 c'est de ne rien faire4 ,ce rgime appliqu en ,france fit aussitt tomber la mortalit au mme chiffre qu'en ,angleterre4 ,les mdecins tuaient donc par la saigne #be p4 #ajj de leurs malades4 ,aujourd'hui1 loin de les affaiblir par une pareille opration1 on soutient leurs forces avec de l'alcool4 ,de cette histoire pourrait tre rapproche celle de l'appendicite dont le traitement fit prir tant de personnes sous le couteau des chirurgiens1 alors qu'un simple purgatif les et guries le plus souvent1 en les dbarrassant des parasites intestinaux cause de leur maladie1 comme le prouva plus tard le professeur ,guiart4 ,la multiplication de ces exemples n'ajouterait rien ce que j'ai voulu dmontrer4 ,le lecteur est convaincu1 je l'espre1 que la plupart de nos opinions scientifiques doivent tre qualifies1 non de connaissances1 mais de croyances4 tant des croyances1 elles se forment sous certaines influences3 prestige1 affirmation1 suggestion1 contagion1 etc41 fort trangres la raison1 mais beaucoup plus puissantes qu'elle4 ,nous retrouverons bientt ces mmes mobiles gnrateurs dans la formation moderne des croyances occultistes chez quelques savants4 ,,chapitre ,,ii ,,la ,,formation ,,moderne ,d',,une ,,croyance4 ,l',,occultisme4 #a4--,utilit d'tudier exprimentalement la formation d'une croyance4 ,ds le dbut de cet ouvrage1 nous avons montr que l'explication de la formation et de la propagation des grandes croyances qui ont guid l'humanit pendant de longs sicles et la guident encore1 est un difficile problme4 ,aprs avoir essay de le rsoudre thoriquement par des voies diverses1 nous allons tenter l'application des principes exposs l'tude de croyances nouvelles1 en prenant comme exemple une religion moderne3 l'occultisme1 aussi charge de miracles que celles qui l'ont prcde4 ,si nous constatons que des faits invraisemblables1 reconnus plus tard chimriques1 furent admis d'abord sans difficults par des savants minents1 nous aurons exprimentalement prouv que l'intelligence ne joue aucun rle dans la formation des croyances et qu'elles sont bien places sous l'influence des lments affectifs et mystiques1 dcrits en examinant les diverses formes de logiques4 ,mon argumentation sera d'ailleurs indpendante de la valeur suppose des croyances occultistes1 puisque je m'attacherai surtout aux faits reconnus plus tard illusoires par leurs adeptes mmes et qui cependant furent admis comme exacts par plusieurs savants4 ,on verra ainsi qu'une fois entr dans le cycle de la croyance1 l'exprimentateur accepte facilement les plus invraisemblables normits et fait preuve d'une crdulit aussi complte que celle du sauvage l'gard des phnomnes4 ,cette dmonstration tablie fournira des preuves sres l'appui des principes exposs dans cet ouvrage et clairera exprimentalement le mcanisme de la naissance et de la propagation des croyances4 ,aucune d'elles ne surgissant de toutes pices1 comme nous l'avons montr1 il est ncessaire de rechercher d'abord les croyances antrieures d'o l'occultisme moderne drive4 #b4--,la magie dans l',antiquit et au ,moyen ,age4 ,l'homme a toujours eu soif de connatre sa destine et d'obtenir l'assistance des puissances surnaturelles dont il se croyait entour4 ,de ces besoins sont nes les formes diverses de la magie4 ,cet art se pratiqua chez tous les peuples1 tous les ges de leur histoire4 ,la ncromancie1 l'astrologie1 la divination1 qui en sont des branches1 furent d'un usage constant dans l'antiquit4 ,la divination1 par moyens divers1 et notamment par les oracles qu'interprtaient des personnages trs analogues aux mdiums modernes1 reprsente la forme la plus gnrale de l'ancienne magie4 ,la confiance dans les indications ainsi obtenues tait universelle4 ,a ,rome1 la magie constituait une religion d'tat1 dont les prtres1 chargs de commenter les phnomnes surnaturels1 se nommaient augures4 ,leur rle tait considrable2 les gnraux les consultaient avant de livrer bataille et leurs avis faisaient quelquefois annuler des lois4 ,le collge des augures ne fut supprim qu'au ,i,ve sicle de notre re par l'empereur ,thodose1 devant l'influence croissante du christianisme4 ,la foi des ,anciens dans les prdictions attribues des tres suprieurs1 analogues aux esprits des spirites modernes1 tait gnrale4 ,certains oracles1 celui de ,delphes par exemple1 jouissaient d'une autorit telle qu'on venait les consulter de tous les points du monde antique4 ,les oracles se turent1 et la magie paenne disparut avec le triomphe du christianisme4 ,elle devait renatre au ,moyen ,age sous le nom de sorcellerie4 ,on sait son rle et sa puissance4 ,brls par milliers1 les sorciers reparaissaient toujours4 ,cette force rivale de l'glise fut dompte par le temps bien plus que par les supplices4 ,la sorcellerie se pratiquait toujours avec l'assistance du diable4 ,si des tmoignages innombrables1 des affirmations obstinment rptes1 au prix mme de la vie1 suffisaient tablir l'existence d'un fait1 rien ne serait plus incontestablement prouv que l'existence du sabbat4 ,incalculable1 en effet1 est le nombre d'individus ayant confess s'y tre rendus travers les airs1 cheval sur un balai1 et y avoir eu des relations sexuelles avec les dmons4 ,les faits de sorcellerie dont le ,moyen ,age fut imprgn figurent certainement parmi les phnomnes les plus curieux et jadis les moins expliqus de la psychologie4 ,le rle de la suggestion et de la contagion mentale s'y manifeste sur une grande chelle4 ,les tmoignages recueillis au cours des procs de sorcellerie dans divers pays sont concordants1 les descriptions de ,satan identiques1 la faon de se rendre au sabbat la mme partout4 ,aucun intrt personnel ne semble avoir influenc l'me de ces hallucins4 ,le diable leur donnait vraiment bien peu en change de leur salut ternel et convaincus de sorcellerie1 ils se savaient vous aux plus terribles supplices4 ,rarement1 d'ailleurs1 on avait besoin de recourir aux tortures pour obtenir l'aveu de leurs prtendus crimes4 ,les inculps dcrivaient avec complaisance les scnes de sabbat4 ,le diable les y attendait sous des formes varies3 crapaud1 chat1 chien noir1 bouc1 etc4 ,il offrait ses fidles des repas gnralement composs de dbris de cadavres et des distractions assez peu nombreuses4 ,en dehors de danses et de relations sexuelles avec de vilains dmons ou de vieilles sorcires1 les plus frquentes occupations consistaient fouetter vigoureusement de gros crapauds pour leur faire scrter une humeur verdtre et gluante destine fabriquer les onguents et poudres magiques4 ,la sorcellerie persista des sicles et durant cette longue priode aucun doute ne s'leva dans l'esprit des magistrats sur l'existence des crmonies diaboliques qu'on leur racontait4 ,pas un ne se demanda1 quel motif entranait tant de personnes vendre leur me au diable1 pour des plaisirs aussi mdiocres que celui d'aller manger des cadavres la nuit sur une lande dserte4 ,comment le doute et-il pu d'ailleurs natre1 les coupables avouant leur crime8 ,aussi taient-ils brls sans remords4 ,dans le seul duch de ,lorraine1 #djj sorciers prirent par le feu en vingt ans4 ,il ne faudrait pas attribuer toutes ces victimes de la sorcellerie1 et de croyances analogues1 une mentalit trs distante de celle des hommes d'aujourd'hui4 ,la crdulit moderne est aussi grande1 elle a seulement chang de nature4 ,sorciers du ,moyen ,age1 sorciers politiques modernes1 prometteurs de chimres1 vocateurs d'esprits matrialiss1 tireuses de cartes1 somnambules lucides et devins de toutes sortes appartiennent la famille innombrable d'esprits confins dans le cycle de la croyance sans avoir jamais pu en sortir4 ,dans ce monde dcevant l'impossible n'existe pas1 les hallucinations qui s'y engendrent ont la ralit apparente des rves fantastiques1 dont nos nuits sont parfois hantes4 ,de ce domaine redoutable o elle fut enferme si longtemps1 l'humanit a fini par se dgager un peu1 mais cette libration est si rcente et si incomplte qu'un atavisme trs lourd l'y rejette sans cesse4 ,lorsqu'aprs de grands efforts on a russi s'vader du champ de la croyance1 il faut se souvenir qu'on ne s'en rapproche jamais sans subir sa dangereuse attraction4 ,de nombreux savants en firent l'exprience4 ,arms de leurs instruments et de leurs mthodes1 ils crurent pouvoir chapper aux influences capables d'halluciner simplement1 d'aprs eux1 des esprits borns4 ,ils furent1 en ralit1 aussi facilement tromps que les plus humbles croyants4 ,toute leur instrumentation scientifique servit seulement donner certaines illusions1 dont les fidles eux-mmes n'taient pas toujours trs srs1 une apparence de certitude qu'elles n'auraient jamais acquise autrement4 #c4--,la magie dans les temps modernes et les phnomnes de matrialisation4 ,devant les progrs des ides scientifiques1 la croyance dans la magie semblait ruine4 ,les sorciers1 dpouills de prestige1 ne trouvaient plus crdit qu'au fond de quelques obscurs villages4 ,mais l'amour du mystre1 les besoins religieux qu'une foi trop ancienne alimentait mal1 l'espoir de survivre au tombeau1 sont des sentiments si vivaces qu'ils ne sauraient mourir4 ,la magie antique devait1 une fois encore1 reparatre en changeant de nom sans se modifier beaucoup4 ,elle s'appelle aujourd'hui occultisme et spiritisme1 les augures se nomment mdiums1 les dieux inspirateurs d'oracles s'intitulent esprits1 les vocations des morts sont devenues les matrialisations4 ,longtemps1 la nouvelle croyance demeura ddaigne des savants2 mais1 depuis une vingtaine d'annes1 nous assistons ce phnomne trs imprvu3 des professeurs minents devenant dfenseurs convaincus de toutes les formes de la magie4 ,c'est ainsi qu'on entend des anthropologistes rputs1 comme ,lombroso1 assurer qu'ils ont voqu les ombres des morts et caus avec elles1 d'illustres chimistes tels que ,crookes1 affirmer avoir vcu des mois avec un esprit se matrialisant et se dmatrialisant chaque jour1 des professeurs de physiologie clbres comme ,richet prtendre avoir aperu un guerrier casqu natre spontanment du corps d'une jeune fille1 des physiciens distingus comme d',arsonval raconter qu'un mdium a pu faire varier considrablement volont le poids d'un objet4 ,nous voyons enfin d'illustres philosophes comme ,m4 ,boutroux disserter dans de brillantes confrences sur les esprits1 les communications surnaturelles et assurer que la porte subliminale est l'ouverture par o le divin peut entrer dans l'me humaine4 ,il est vrai que d'autres savants1 tout aussi illustres1 rejettent ces observations1 dues suivant eux des hallucinations et s'indignent contre ce qu'ils appellent un retour aux formes les plus basses de la sorcellerie et de la superstition4 ,devant d'aussi contradictoires affirmations1 le public instruit reste perplexe1 se demandant s'il est vraiment possible que des observateurs habiles puissent se tromper aussi lourdement1 et pourquoi des faits prtendus certains par divers observateurs n'ont jamais t vus par d'autres oprant avec les mmes sujets et dans des conditions d'apparence identiques4 ,on ne saurait le comprendre1 en effet1 qu'aprs avoir approfondi le mcanisme de la formation des croyances ainsi que le rle de la suggestion collective et de la contagion4 ,il faut enfin savoir que l'illusion devient1 dans certaines circonstances dtermines1 assez intense pour se confondre avec la ralit4 ,afin de montrer la crdulit sans bornes de certains savants minents1 ds qu'ils pntrent dans le champ de la croyance1 je vais choisir le phnomne occultiste le plus tudi par eux1 celui dit des matrialisations4 ,nous verrons des physiologistes rputs admettre sans hsiter qu'un tre vivant peut se constituer instantanment avec ses os1 ses vaisseaux1 ses nerfs1 en un mot tous ses organes4 ,dfinissons tout d'abord1 d'aprs les spirites1 en quoi consiste une matrialisation3 ,le mot matrialisation1 crit le ,dr ,maxwell1 signifie qu'un esprit1 celui d'un mort ou mme celui d'une personne vivante1 peut soustraire l'organisme du mdium du fluide1 c'est--dire une substance impondrable susceptible cependant de se condenser et de devenir matire4 ,cette substance s'agrge en matire et s'ordonne en formes varies suivant la volont de l'intelligence qui la manipule4 ,ordinairement1 c'est un corps analogue un corps vivant que cette intelligence se fabrique2 il rappelle la forme qu'avait de son vivant le dfunt s'il s'agit d'un mort4 ,de tels corps sont dits matrialiss4 ,pour les occultistes1 tous les organes sont entours d'une sorte d'enveloppe forme de cette substance subtile4 ,en dehors de notre corps matriel1 nous possderions1 en double1 un corps astral parfois sparable du premier aprs la mort4 ,il pourrait se matrialiser en empruntant des lments matriels un corps vivant1 par exemple celui du mdium4 ,naturellement1 les explications des spirites sur un tel sujet restent assez confuses et varient avec l'imagination de chaque auteur4 ,il faut uniquement en retenir que du corps d'un tre vivant pourrait instantanment surgir un autre tre1 possdant les mmes organes et non leur simple aspect4 ,la fameuse ,katy ,king de ,williams ,crookes avait en effet un cur trs rgulier1 et les poumons du fantme casqu1 matrialis devant le professeur ,richet1 scrtaient de l'acide carbonique comme ceux d'un tre ordinaire1 ainsi qu'on put le constater en lui faisant insuffler de l'air au moyen d'un tube dans de l'eau de baryte4 ,si ces illustres savants1 et ceux dont nous parlerons plus loin1 n'ont pas t victimes de fraudes--en vrit normes--ils peuvent se vanter d'avoir assist des miracles analogues celui du ,dieu de la ,gense faisant sortir ve du corps d',adam4 ,aprs la dmonstration de pareils prodiges1 on serait mal fond nier ceux de la ,bible4 ,malheureusement1 chaque fois qu'ils ont pu tre examins d'un peu prs1 ces fantmes rvlrent la prsence de fraudes tellement grossires que nous aurions certainement pass ce sujet sous silence1 si de trs minents esprits n'en avaient t dupes4 ,les illusions des savants cits plus haut ou de ceux qui1 comme ,lombroso1 assurent avoir voqu des morts et caus avec eux1 trouvent invariablement leur source dans la suggestion et les fraudes4 ,on peut juger de l'influence de ces dernires--toujours accomplies dans l'obscurit--par le cas rcent du clbre ,miller1 qui faisait apparatre successivement plusieurs fantmes causant avec les assistants et se laissant toucher par eux4 ,trop confiant dans la crdulit1 pourtant immense1 des assistants1 il finit par ngliger certaines prcautions et on le surprit en pleine fraude4 ,les journaux spirites qui l'avaient le plus ardemment soutenu furent obligs de confesser leur erreur4 ,aussi typique est le cas d',anna ,rothe1 qui fit courir tout ,berlin1 jusqu'au jour o des policiers habiles1 ayant dcouvert ses tours1 la traduisirent devant un tribunal1 o elle fut condamne dix-huit mois de prison4 ,son histoire a t longuement raconte par le ,dr ,maxwell1 qui j'emprunte les dtails suivants4 ,ce mdium donnait des sances publiques1 pendant lesquelles elle matrialisait les fleurs dans l'espace4 ,ces phnomnes tranges se passaient d'ailleurs dans les endroits les plus divers et en dehors des sances4 ,dans un caf elle matrialisa un morceau de gteau2 dans les dners1 auxquels elle assistait1 des fleurs tombaient ct d'elle1 naissaient dans ses mains1 poussaient subitement sur les paules de ses voisins4 ,les choses allrent ainsi pendant des mois1 puis des annes4 ,le nombre de gens que convertissait ,mme ,rothe s'augmentait1 le spiritisme faisait des progrs qui inquitrent la cour et qui excitrent certaines polmiques444 ,un soir1 sur l'ordre du ,prfet de police1 plusieurs agents se prcipitrent sur le mdium pendant une sance et constatrent que les fleurs supposes provenir d'une matrialisation taient simplement des fleurs naturelles caches sous la robe du mdium4 ,au cours des nombreuses sances donnes l',institut psychologique de ,paris1 le mdium ,eusapia se sentant surveill1 ne tenta que trs peu de matrialisations4 ,elle russit une fois1 cependant1 dgager ses mains de celles des contrleurs et entoura la tte d'un assistant d'un bras suppos celui d'un fantme1 mais dont on reconnut vite l'origine4 ,a ,naples1 se sachant moins observe1 et oprant devant une assistance trs confiante1 le mme mdium ralisa d'inconcevables prodiges4 ,les phnomnes que je vais citer1 se passaient en prsence du professeur ,bottazi1 un des savants les plus minents de l',italie1 assist d'observateurs distingus4 ,le rapport officiel que nous allons rsumer fut publi in extenso par les ,annales des sciences psychiques 7aot1 septembre et octobre #aijg74 ,m4 ,bottazi et ses assistants sont persuads que du corps d',eusapia peuvent sortir un bras et une main invisibles lui permettant de soulever une table de #bb kilos et de dplacer une foule d'objets4 ,le savant physiologiste admet donc1 on le voit1 la formation instantane de membres invisibles capables d'agir comme des membres ordinaires4 ,outre ces bras et ces mains invisibles1 ,m4 ,bottazi et ses assistants assurent avoir vu surgir du corps du mdium de trs visibles matrialisations1 notamment une tte4 ,tout le monde1 dit-il1 vit l'apparition1 j'en prouvai un frmissement dans tout mon corps4 ,apparurent aussi des doigts et des mains4 ,toutes ces mains visibles ou invisibles auraient effleur les assistants et dplac les touches des appareils enregistreurs4 ,elles apportrent1 sur la table1 plusieurs objets voisins du mdium1 entre autres une mandoline4 ,grce ses doigts invisibles1 ,eusapia put jouer de l'instrument plac #fj centimtres d'elle1 tracer une empreinte dans la terre glaise1 tourner le bouton d'une lampe lectrique1 etc4 ,eusapia1 ajoute l'auteur1 explore et palpe tout ce qui se trouve dans le cabinet avec ses mains mdianiques4 ,dans la mme sance1 l'auteur contempla deux apparitions de visages humains de couleur naturelle1 trs ples1 presque diaphanes4 ,d'autres savants italiens connus1 le ,dr ,venzano1 le professeur ,morselli1 etc41 annoncent avoir observ avec le mme mdium des phnomnes analogues1 notamment une figure de femme tenant entre ses bras un petit enfant avec des cheveux trs courts4 ,le regard de la femme tait tourn en haut avec une attitude d'amour pour l'enfant4 ,le mdium interrog dclara que la forme de la femme tait la mre de ,mlle ,avellino1 l'enfant qu'elle tenait dans ses bras tait son petit-fils4 ,pendant cette matrialisation1 la salle tait claire par une lumire de gaz trs intense#ab4 ,ce dernier dtail montre que la lumire n'empche pas l'apparition des fantmes1 comme le prtendent les spirites4 ,il suffit que les assistants possdent une foi assez forte4 ,je crois1 cependant1 avec les mdiums1 l'obscurit beaucoup plus favorable au dveloppement de la croyance4 #ab ,annales des sciences psychiques1 aot #aijg4 ,m4 le professeur ,morselli1 dans un trs volumineux mmoire sur les phnomnes mdiumniques#ac1 transform ensuite en gros livre1 assure avoir constat l'exactitude de tous les phnomnes prcdents et de quelques autres encore4 ,il nous parle1 notamment1 du froid intense mis quelquefois par le mdium4 ,est-ce peut-tre1 dit-il1 un symbole du froid des tombeaux qui s'ouvrent pour laisser passer les dfunts8 ,il a assist la matrialisation d'une dsincarne qui lui tait trs chre1 etc4 #ac ,annales des sciences psychiques1 avril et mai #aijg4 ,dans une interview publie par le ,matin1 le savant professeur ,lombroso affirme avoir vu1 lui aussi1 se matrialiser sa mre dfunte et caus avec elle4 ,j'ai dj fait remarquer plus haut que dans les expriences accomplies avec le mdium ,eusapia1 les rsultats varirent suivant les pays et les observateurs4 ,en ,italie1 on vient de le voir1 ils ont t merveilleux1 et jamais les magiciens des lgendes n'accomplirent de plus grands miracles4 ,en ,angleterre1 ils furent nuls1 puisque la ,commission nomme pour l'examen de ces phnomnes conclut la fraude4 ,en ,france1 le succs oscilla suivant les milieux et la mentalit des assistants4 ,considrable dans les milieux mondains1 trs faible1 au contraire1 dans les milieux savants4 ,au cours d'une interview publie par divers journaux1 ,m4 d',arsonval dclara considrer tous les phnomnes de matrialisation comme des fraudes ou des acrobaties1 et l',institut psychologique1 aprs de nombreuses sances1 n'en put observer aucun o la fraude ne jout quelque rle4 ,a cette mme conclusion est arriv ,m4 ,dastre1 membre de l',acadmie des ,sciences et professeur de physiologie la ,sorbonne4 ,nous examinmes ensemble le mdium ayant servi aux expriences de l',institut ,psychologique4 ,les sances eurent lieu dans mon domicile4 ,nous vmes1 diverses reprises1 presque en plein jour1 une main apparatre au-dessus de la tte du mdium1 mais en faisant surveiller ses paules par mon prparateur1 dont un clairage latral1 qu'elle ne pouvait souponner1 permettait de suivre tous les mouvements1 nous acqumes vite la preuve que ces mains matrialises taient simplement les mains naturelles du mdium1 libres du contrle des observateurs4 ,ds qu',eusapia se devina suspecte1 les apparitions de mains cessrent compltement et ne recommencrent que lorsque1 cdant au dsir de quelques amis crdules1 je consentis les faire assister une sance et1 gn par leur nombre1 cessai ma surveillance4 ,les conclusions de ce chapitre s'imposent trop facilement pour avoir besoin d'tre dveloppes4 ,tche1 d'ailleurs1 bien inutile4 ,les convaincus resteront convaincus et les sceptiques resteront sceptiques4 ,dans le domaine de la foi1 la raison n'intervient pas4 #d4--,raisons psychologiques de la formation des croyances occultistes4 ,on voit le rle de la suggestion et de la contagion mentale dans les phnomnes merveilleux se rattachant la magie et leur influence sur les esprits les plus minents4 ,mais cette interprtation ne saurait suffire4 ,pour saisir la gense de pratiques qui persistrent chez tant de peuples travers les ges et subsistent encore1 il faut s'lever une conception plus gnrale et ne pas tenter d'expliquer avec la raison ce qui ne dpend gure d'elle4 ,la magie1 sous toutes ses formes1 doit tre considre comme une manifestation de cet esprit mystique insparable de notre nature et dont nous avons montr la force4 ,fondateurs de religions1 sorciers1 mages1 devins1 propagateurs de tant d'illusions qui ont charm ou terroris nos pres et reparaissent toujours1 sont les prtres d'une puissante desse dominant toutes les autres et dont le culte semble ternel4 ,considrons par la pense1 travers le temps et l'espace1 les milliers d'difices sacrs dresss depuis #h4jjj ans au-dessus des grandes cits et tchons de discerner quelles forces mystrieuses conduisirent difier sans trve ces temples1 ces pagodes1 ces mosques1 ces cathdrales1 o les merveilles de l'art furent entasses4 ,on le dcouvre en recherchant ce que demandaient les hommes aux dieux1 d'aspects si varis1 qu'ils y invoquaient4 ,un sentiment identique les anima visiblement toujours4 ,les peuples de toutes les races adorrent1 sous des noms divers1 une seule divinit3 l',esprance4 ,tous leurs ,dieux n'taient donc qu'un seul ,dieu4 ,,chapitre ,,iii ,m,,thodes ,d',,examen ,,applicables ,a ,l',,tude ,,exp,,rimentale ,,de ,,certaines ,,croyances ,,et ,,de ,,divers ,,ph,,nom,,nes ,,suppos,s ,,merveilleux4 #a4--;,insuffisance des mthodes habituelles d'observation4 ,les illusions dont furent victimes les savants adonns l'tude des phnomnes spirites montrent que les mthodes d'investigation1 utilisables dans le domaine de la connaissance1 ne le sont plus dans celui de la croyance4 ,elles sont inapplicables parce que le savant se trouve alors dans des conditions tout fait exceptionnelles4 ,il doit1 en effet1 djouer des fraudes incessantes1 trangres ses expriences ordinaires et lutter contre les illusions qui lui sont suggres4 ,la mthode d'tude des phnomnes servant de base certaines croyances doit donc tre renouvele entirement pour permettre d'atteindre quelques rsultats4 ,le sujet sortant un peu du cadre de cet ouvrage1 je me bornerai indiquer brivement pourquoi les mthodes employes jusqu'ici sont sans valeur et sur quels sujets1 porterait utilement l'exprimentation4 ,on remarquera tout d'abord que les croyants aux phnomnes occultistes affirment qu'on ne les reproduit pas volont et qu'ils ne sont par consquent soumis aucun dterminisme4 ,les puissances suprieures cratrices de tels phnomnes n'ont pas obir nos caprices4 ,jupiter lance la foudre quand il lui plat1 ,neptune dchane ou calme les temptes sans attendre le souhait des navigateurs4 ,l'impossibilit de prvoir un phnomne n'empche aucunement son tude scientifique lorsqu'il se manifeste4 ,cette premire difficult n'est donc pas considrable4 ,d'autres beaucoup plus graves vont se prsenter4 #b4--,valeur du tmoignage et de l'observation dans l'tude des croyances4 ,en histoire1 la mthode d'tude est le tmoignage4 ,en matire scientifique1 l'exprience et l'observation4 ,or1 pour les phnomnes occultistes1 la premire mthode est rejeter entirement1 et l'observation ainsi que l'exprience1 utilisables seulement dans des circonstances exceptionnelles4 ,pourquoi le tmoignage est-il liminer1 mme lorsque les constatations sont nombreuses et concordantes8 ,simplement parce que l'histoire de la plupart des phnomnes merveilleux prouve que des milliers d'observateurs affirmrent l'existence de faits1 dclars plus tard hallucinations individuelles ou collectives4 ,les scnes du sabbat1 auxquelles se rendirent travers les airs des lgions de sorciers sont1 je l'ai fait remarquer1 attestes par d'unanimes tmoignages consigns dans d'innombrables procs4 ,bien peu de faits historiques s'appuyent sur une pareille documentation1 et cependant personne n'oserait soutenir de nos jours l'existence relle des phnomnes de sorcellerie4 ,les apparitions surnaturelles attestes par des centaines de spectateurs ne sont pas considres aujourd'hui comme ayant eu une existence plus certaine4 ,le tmoignage1 en tant que mthode d'tude des phnomnes merveilleux1 est donc rejeter compltement et pour la mme raison l'observation individuelle reste sans valeur4 ,en pareille matire1 la suggestion semble une loi constante4 ,elle agit surtout lorsque1 sous l'influence de l'attention expectante1 l'observateur croit avoir constat une bauche de phnomne4 ,il se droule alors un enchanement d'hallucinations1 prises facilement pour des ralits4 coutons toujours avec bienveillance les croyants1 pour ne pas les chagriner1 mais n'attachons aucune loi leurs rcits miraculeux4 ,on conoit l'extrme difficult de l'tude des phnomnes merveilleux quand on sait quel point l'observation exacte des faits les plus simples est peu aise4 ,il n'est pas si facile qu'on le croit1 crit le professeur ,beaunis1 de se borner constater un phnomne4 ,nous avons tous1 malgr nous1 une tendance dformer les faits que nous observons1 les plier nos ides1 nos habitudes mentales1 notre manire de voir4 ,chose trs rare que l'observation pure4 ,le mdecin qui interroge un malade sait combien il est difficile de lui faire dire ce qu'il prouve et rien que ce qu'il prouve4 ,prenez dix tmoins d'un mme fait1 chacun1 et de trs bonne foi1 le racontera d'une faon diffrente4 #c4--,valeur de l'exprimentation individuelle et collective4 ,le tmoignage et l'observation limins comme moyen d'tude1 reste l'exprience4 ,sur des sujets ordinaires1 son emploi serait facile1 mais exerce sur des phnomnes vus travers le prisme de la croyance1 loin d'clairer1 elle ne contribue le plus souvent qu' fixer des erreurs4 ,l'exprience peut tre bien excute1 mais applique des faits simuls ou invisibles pour l'observateur plac dans l'obscurit1 quoi peut-elle servir8 ,disposer savamment des appareils enregistreurs pour constater le dplacement sans contact d'un objet1 que le mdium cach par un rideau manipule son gr1 ne conduit aucune vrification utile4 ,en matire d'occultisme1 les conditions d'exprimentation sont si difficiles1 que les savants dsireux d'aborder cette tude se runissent dans l'espoir que leurs lumires individuelles s'additionneront1 supposition d'ailleurs fort inexacte4 ,les personnes un peu familiarises avec la psychologie des foules savent le peu d'utilit des enqutes collectives4 ,les observateurs se suggestionnent les uns les autres1 perdent tout esprit critique1 le niveau de leur mentalit s'abaisse et ils ne parviennent qu' des conclusions1 incertaines4 ,je ne crois pas qu'une seule grande dcouverte soit jamais faite par une collectivit4 ,s'il s'en ralise une dans l'occultisme1 elle le sera srement par un savant isol qui n'aura plus ensuite qu' la faire vrifier4 ,toutes les enqutes sur l'occultisme entreprises en ,angleterre1 en ,france et en ,italie1 n'ont rien appris1 et justifient amplement les rflexions prcdentes4 ,suivant la mentalit des assistants et leur degr de suggestibilit1 le mme mdium fut dclar vulgaire fraudeur ou au contraire possesseur de pouvoirs aussi merveilleux que ceux jadis attribus au diable par la sorcellerie4 ,la plus importante de ces enqutes1 autant par le temps et l'argent dpenss que par la qualit des observateurs1 fut celle organise par l',institut psychologique de ,paris4 ,les rsultats en furent peu brillants1 malgr les #be4jjj francs sacrifis et les #dc sances consacres aux expriences4 ,sur presque aucun des phnomnes les observateurs ne russirent se mettre d'accord4 ,au sujet de la lvitation seulement1 le rapporteur se montre un peu affirmatif1 mais le dtail des expriences montre que les convictions s'tablirent sur des bases en vrit bien fragiles4 ,les membres de la commission d'examen se virent obligs1 malgr leur bienveillance vidente1 de constater des fraudes innombrables4 ,quoique longue et coteuse1 cette enqute ne put faire avancer la question d'un seul pas4 ,aprs avoir assist la plupart des sances de l',institut psychologique1 l'minent physicien ,branly m'crivait3 ,ce que j'ai vu ne m'a pas apport de conviction4 #d4--,ncessit de dissocier les phnomnes et ne s'attacher qu' l'examen d'un lment isol4 ,application l'tude de la lvitation4 ,l'insuccs complet de la dispendieuse enqute de l',institut psychologique dmontre clairement1 comme je le disais en commenant1 la faible valeur des mthodes d'tude actuelles4 ,je considre qu'au lieu de dissminer son attention sur une foule de phnomnes accessoires1 l'observateur doit se consacrer un seul1 c'est--dire prendre un fait bien circonscrit1 bien isol1 et l'tudier inlassablement avec des appareils enregistreurs1 indpendants de son action1 jusqu' dmonstration complte4 ,personne n'ayant paru saisir l'utilit de ce principe1 je rsolus de l'appliquer moi-mme un cas isol nettement dfini3 le soulvement d'un corps sans contact4 ,aprs examen du mdium ,eusapia avec l'aide du professeur ,dastre1 il nous restait quelques doutes dans l'esprit sur ce point4 ,les phnomnes de lvitation n'ont rien d'ailleurs qui choque la raison4 ,un mdium pourrait possder une force particulire capable d'attirer les objets1 comme l'aimant attire le fer4 ,mais avant de disserter sur elle1 il semblait utile de dmontrer son existence4 ,pour fixer mes doutes sur la possibilit des lvitations1 je rsolus de faire appel tous les mdiums prtendant possder cette facult4 ,avec le concours du prince ,roland ,bonaparte1 membre de l',acadmie des sciences1 et du ,dr ,dariex1 directeur des ,annales des sciences psychiques1 je fondai un prix de #b4jjj francs1 destin au mdium qui dplacerait un objet sans contact4 ,pour que l'existence de ce prix parvnt la connaissance de tous les intresss1 j'eus recours la publicit d'un important journal1 le ,matin4 ,mon article fut d'ailleurs reproduit par la plupart des grands journaux de l'univers4 ,si l'exprience que je proposais se ft ralise1 elle et constitu une preuve dfinitive1 l'abri de toute discussion4 ,elle devait s'accomplir en plein jour dans le laboratoire du professeur ,dastre1 la ,sorbonne1 en prsence de deux prestidigitateurs1 d'un photographe charg de cinmatographier les dtails de l'opration1 et enfin de quatre membres de l',acadmie des sciences1 chargs simplement de constater dans quelles conditions s'taient raliss les phnomnes4 ,on ne pouvait objecter aux conditions prcdentes que les phnomnes de lvitation se produisent seulement dans l'obscurit1 la plupart des occultistes actuels ayant renonc cette exigence4 ,m4 ,maxwell ne cesse d'insister dans son livre sur la possibilit d'obtenir les phnomnes de lvitation en pleine lumire4 ,m4 ,boirac1 recteur de l',acadmie de ,dijon1 affirme aussi avoir plusieurs reprises attir le jour une table sans la toucher4 ,pourquoi1 jouissant de cette proprit si curieuse1 n'a-t-il pas tent d'obtenir le prix de #b4jjj francs8 ,l'annonce de ce prix me valut naturellement la rception de plusieurs centaines de lettres1 mais cinq mdiums seulement se prsentrent pour le gagner4 ,je leur fis connatre les conditions indiques plus haut1 garantissant d'ailleurs autant de sances qu'ils le demanderaient4 ,tous promirent de revenir4 ,aucun ne reparut4 ,bien que le mdium ,eusapia ait cess d'obtenir1 ds qu'une surveillance srieuse fut exerce1 le dplacement du plateau d'un pse-lettre1 n'exigeant qu'une force trs infrieure un gramme1 les spirites n'hsitent pas affirmer que les mdiums parviennent dplacer sans contact des poids de prs de #bjj kilogrammes4 ,le phnomne de la lvitation des tables reprsente l'a1 b1 c du spiritisme1 crit ,m4 le professeur ,morselli4 ,l-dessus il n'y a plus de doute possible666 ,la table se lve toute seule sans trucs ni tromperies et reste suspendue jusqu' #gh secondes444 ,ici ,gnes1 un jeune pote1 mdium excellent1 a fait remuer une caisse du poids de #ahj kilos4 ,il est regrettable que ce jeune pote1 qui dplace #ahj kilogrammes sans y toucher1 n'ait pas tent de remporter le prix de #b4jjj francs en soulevant seulement quelques grammes4 ,je crois avoir rendu un rel service en dmontrant combien le phnomne de la lvitation1 jug si simple par les spirites1 est rare1 en admettant qu'il puisse se produire1 ce dont nous n'avons absolument aucune preuve4 ,l',institut psychologique a voulu lui aussi vrifier les phnomnes de la lvitation4 ,il se donna pour les constater un mal norme1 malheureusement aucune des expriences excutes1 et surtout les photographies prsentes l'appui1 ne peuvent entraner de conviction4 ,les savants italiens1 plus heureux1 ont contempl ,eusapia enleve en l'air par des mains spirites4 ,lombroso1 aprs avoir obtenu la faveur spciale de causer avec l'ombre de sa mre1 se montre fort catgorique sur ce point4 ,voici comment il s'exprime dans une interview publie par le ,matin3 ,un phnomne extraordinaire est observ lorsqu',eusapia tant assise1 les mains et les pieds ligots1 s'lve trs lentement jusqu' pouvoir rejoindre le plan de la table et s'y asseoir4 ,sous ses aisselles1 on voit seulement deux mains spirites qui l'aident4 ,cette exprience a t srieusement contrle4 ,il est permis de douter du contrle1 mais non de la foi robuste des observateurs4 ,les esprits1 dont les mains spirites aidrent ,eusapia soulever si facilement son propre poids ou des tables trs lourdes1 lui refusent obstinment leur assistance sitt que de fcheux sceptiques examinent les choses de trop prs4 ,a l',institut psychologique1 elle avait souvent fait flchir un pse-lettre distance et les convictions commenaient se former1 bien qu'on l'et surprise plusieurs fois abaissant le plateau avec un cheveu tenu entre les doigts4 ,un assistant1 continuant souponner la fraude1 prit la prcaution de recouvrir de noir de fume le plateau1 ainsi que le flau et l'index du pse-lettre4 ,tout contact de fil ou de cheveu devait ainsi immdiatement se dceler par une trace laisse sur le noir de fume4 ,a partir de ce moment1 et dans toutes les expriences subsquentes1 ,eusapia ne put agir une seule fois distance sur le pse-lettre4 ,elle tenta de faire varier son poids devant l',institut psychologique1 et1 effectivement1 dit le rapporteur1 la balance indique une diminution de poids1 mais le graphique donn par l'appareil enregistreur parat tre fort incertain1 puisque le rapporteur ajoute3 ,devons-nous en conclure qu',eusapia exerait ce moment des pressions avec ses mains sur la table8 ,il est fcheux que les observateurs1 ayant tudi si longtemps ce mdium1 n'aient jamais eu l'ide de renouveler cette importante exprience1 afin de se faire une conviction positive ou ngative4 ,les tentatives des membres de la commission de l',institut psychologique pour fixer par la photographie la lvitation d'une table1 restrent sans succs1 prouvant une fois de plus la faible valeur des expriences collectives4 ,nous n'avons pas obtenu1 dit le rapporteur1 de photographies de soulvement complet o les quatre pieds de la table soient entirement visibles4 ,une seule photographie a t prise l'improviste1 en pleine obscurit4 ,la table est souleve de deux pieds seulement4 ,il parat manifeste1 d'ailleurs1 par l'examen de la position des mains du sujet1 que ce soulvement partiel est tout fait normal4 ,la paume de la main gauche d',eusapia touche l'angle du plateau de la table qu'elle semble relever1 quatre doigts de sa main droite sont fortement appuys prs du bord oppos4 ,la synergie des mains pour produire o maintenir le soulvement est visible4 ,il est en tout cas certain1 aujourd'hui1 que le plus simple des phnomnes invoqus par les spirites1 la lvitation d'un objet1 n'a pu tre nettement obtenu4 ,voici quelques passages de l'article par lequel je fis connatre les suites du concours que j'avais fond4 ,les lecteurs du ,matin savent qu'avec le concours du prince ,roland ,bonaparte1 et du ,dr ,dariex1 j'ai propos un prix de #b4jjj francs au mdium capable de soulever1 en plein jour1 sans y toucher1 un objet pos sur une table4 ,l'article contenant cette proposition ayant eu un retentissement considrable en ,france et l'tranger1 il n'est pas supposable qu'un seul spirite l'ait ignor4 ,j'ai reu d'ailleurs plusieurs centaines de lettres relatant de trs merveilleuses histoires1 mais cinq candidats seulement s'offrirent raliser l'exprience4 ,aprs avoir discut sur les conditions exposes et les avoir acceptes1 ils promirent de revenir4 ,aucun ne reparut4 ,l'exprience leur a donc videmment sembl irralisable4 ,les spirites se consolent de cet chec manifeste en assurant que les phnomnes de lvitation furent observs bien des fois4 ,l'un d'eux affirmait dans ce journal qu'il y a quarante ans on vit des esprits soulever une table charge de #ge kilogrammes de pierres4 ,cette opration indique videmment1 chez les esprits1 une grande vigueur qui console un peu de la pauvret lamentable de leurs rvlations4 ,il reste se demander cependant pourquoi les mdiums1 capables de soulever #ge kilogrammes il y a quarante ans1 ne peuvent plus soulever quelques grammes aujourd'hui8 ,gagner deux mille francs en deux minutes et fixer un point important de la science tait pourtant assez tentant4 ,le seul argument encore utilisable par les spirites est le tmoignage de savants minents qui affirment avoir observ des phnomnes de lvitation et nombre d'autres bien plus merveilleux encore4 ,ils ajoutent qu'on n'a pas le droit de rien dclarer d'avance impossible4 ,je concde volontiers ce dernier point4 ,il est possible que ,minerve soit sortie tout arme du cerveau de ,jupiter1 et que la lampe merveilleuse d',aladin ait exist4 ,on admettra cependant1 je pense1 que ces phnomnes paraissant peu probables1 des preuves srieuses seraient ncessaires avant de les admettre4 ,donc1 quand un savant comme ,lombroso assure avoir vu se matrialiser1 devant lui1 l'ombre de sa mre et caus avec elle1 lorsqu'un physiologiste clbre affirme qu'un guerrier casqu est sorti d'une jeune fille1 lorsqu'un magistrat minent prtend avoir vu se matrialiser sous ses yeux une dame d'une merveilleuse beaut1 qui lui a dclar tre simplement une fe1 lorsque1 dis-je1 tous ces phnomnes et bien d'autres sont annoncs1 nous avons le droit de rester un peu sceptiques1 si grande soit l'autorit des savants qui les affirment4 ,ce droit est mme un devoir1 ces miracles tant aussi extraordinaires que ceux de la sorcellerie du ,moyen ,age4 ,il est un peu honteux d'y revenir maintenant4 ,pour s'y rsigner1 il faudrait des preuves autrement convaincantes que celles dont se contentent les adeptes modernes de la magie4 ,notre enqute sur le spiritisme n'aura pas t inutile4 ,elle a montr la prodigieuse extension d'une religion nouvelle1 laquelle se rallient quelques minents savants incapables de vivre sans croyances4 ,les dieux meurent quelquefois1 mais la mentalit religieuse leur survit toujours4 #e4--,quels sont les observateurs les plus aptes tudier les phnomnes spirites8 ,j'arrive maintenant un point tout fait capital et sur lequel il me faut insister4 ,je veux parler de la qualit des personnes aptes contrler les phnomnes spirites4 ,une erreur trs gnrale consiste s'imaginer qu'un savant1 distingu dans sa spcialit1 possde pour cette seule cause une aptitude spciale l'observation des faits trangers cette spcialit1 notamment ceux o l'illusion et la fraude jouent un rle prpondrant4 ,vivant dans la sincrit1 habitus croire le tmoignage de leurs sens complts par la prcision des instruments1 les savants sont1 en ralit1 les hommes les plus faciles tromper4 ,je trouve un exemple bien curieux de cette facilit dans la relation suivante publie par les ,annales des sciences psychiques4 ,m4 ,davey ayant convoqu une runion d'observateurs distingus1 parmi lesquels un des premiers savants de l',angleterre1 ,m4 ,wallace1 excuta devant eux1 et aprs leur avoir laiss examiner les objets et poser des cachets o ils voulaient1 tous les phnomnes classiques des spirites3 matrialisation des esprits1 criture sur des ardoises1 etc4 ,ayant ensuite obtenu de ces observateurs distingus des rapports crits affirmant que les phnomnes observs n'avaient pu tre obtenus que par des moyens surnaturels1 il leur rvla qu'ils taient le rsultat de supercheries trs simples444 ,les mthodes inventes par ,m4 ,davey taient si lmentaires qu'on reste tonn qu'il ait eu la hardiesse de les employer2 mais il possdait un tel pouvoir sur l'esprit de la foule qu'il pouvait lui persuader qu'elle voyait ce qu'elle ne voyait pas4 ,c'est toujours l'action de la suggestion4 ,la voir s'exercer sur des esprits suprieurs1 pralablement mis en dfiance pourtant1 montre sa prodigieuse puissance4 ,les phnomnes du spiritisme ne sauraient donc tre efficacement constats par des savants4 ,les seuls observateurs comptents sont les hommes habitus crer des illusions et1 par consquent1 les djouer1 c'est--dire les prestidigitateurs4 ,il est fort regrettable que l',institut psychologique ne l'ait pas compris4 ,avec leur assistance1 une grande partie des #be4jjj francs1 inutilement gaspills dans d'insignifiantes expriences1 et t srement conomise4 ,on sait d'ailleurs la mfiance extrme professe par les croyants l'gard des prestidigitateurs4 ,ils semblent craindre la perte de leurs illusions4 ,m4 le professeur ,binet avait offert l',institut psychologique d'amener gratuitement d'habiles prestidigitateurs4 ,a partir de ce jour1 on vita soigneusement de le convoquer1 comme il me l'crivit lui-mme#ad4 #ad ,dans une interview1 ,m4 d',arsonval finit par reconnatre combien aurait t utile la prsence des prestidigitateurs mais1 dit-il1 nous nous sommes adresss en vain plusieurs d'entre eux1 ils n'ont point voulu rpondre notre invitation4 ,je puis assurer l'minent physicien que sa mmoire l'a mal servi4 ,a la dclaration prcdente de ,m4 ,binet1 je pourrais ajouter celle de plusieurs prestidigitateurs4 ,voici d'ailleurs un extrait de la lettre que j'ai reue de l'un d'entre eux1 ,m4 ,raynaly1 vice-prsident de la chambre syndicale de la ,prestidigitation4 ,permettez-moi de vous expliquer que ,m4 d',arsonval commet une erreur lorsqu'il dit que les prestidigitateurs ne se soucient pas d'assister aux sances de spiritisme alors que nous n'avons pas de plus ardent dsir4 ,ce sont les spirites qui ne veulent pas de notre prsence4 ,cela parat assez significatif4 ,on doit dplorer1 je le rpte1 que l',institut psychologique ait manifest autant de mauvaise volont l'gard des prestidigitateurs4 ,quelles raisons pouvaient motiver un refus si persistant du concours des seuls observateurs aptes djouer les fraudes8 ,comment la commission n'a-t-elle pas senti l'utilit de la collaboration d'hommes habitus provoquer les illusions8 ,les ,anglais s'taient montrs plus judicieux4 ,dans les mmorables sances de la ,society of ,psychical researches1 ce fut un prestidigitateur1 ,m4 ,maskeline1 qui dcouvrit les fraudes du mdium ayant servi aux expriences de l',institut psychologique4 ,les vrais croyants n'tant pas influenables par un raisonnement1 discuter avec eux serait inutile4 ,mais leurs cts s'agite l'immense lgion des simples curieux1 des demi-convaincus4 ,on leur a parl de faits qui les tonnent4 ,ils y croient demi1 mais avec la vague conscience d'admettre des choses douteuses affirmes par des personnes n'ayant gure que leur foi pour elles4 ,de tels esprits souhaitent ardemment voir tudier1 au moyen de mthodes certaines1 des phnomnes qui pourraient peut-tre ouvrir une porte sur l'inconnu4 ,je trouve la preuve de cet tat d'esprit dans un article judicieux publi par une revue thosophiste1 ,les ,nouveaux horizons1 et dont voici un extrait3 ,un vnement1 d'une importance primordiale dans l'histoire de l'volution humaine1 se prpare en ce moment4 ,il nous est annonc par ,m4 ,gustave ,le ,bon4 ,il ne s'agit de rien moins que de la recherche d'une mthode exprimentale spciale1 pour l'tude de la gense des croyances2 ce qui quivaut la reconnaissance1 par l'esprit scientifique1 de l'instinct indestructible de la religiosit dans la mentalit humaine1 entranant son admission1 par la science1 comme fait positif et comme objet de science1 mais ncessitant une mthode exprimentale spciale2 les lois de sa manifestation tant diffrentes de celles qui rgissent les faits physiques4 ,quels que soient les mobiles qui dterminent la science prendre cette attitude nouvelle vis--vis du sentiment religieux et de la croyance1 il n'est pas audacieux d'affirmer qu'elle marque le commencement d'une tape nouvelle dans l'histoire de l're de libert4 ,ds que l'tude de la gense des croyances est admise comme objet de science et fait positif1 et que la recherche d'une mthode exprimentale spciale l'observation des phnomnes qui s'y rapportent est commence1 il ne saurait plus tre question1 vis--vis d'eux1 ni d'opinion personnelle1 ni de parti pris4 ,c'est scientifiquement1 impartialement1 impersonnellement et objectivement1 qu'il convient de les traiter dsormais4 7,l4 ,martial47 ,les mthodes d'tude des phnomnes supposs surnaturels impliquent1 je viens de le montrer1 des conditions particulires4 ,pour les avoir ignores1 quantit d'observateurs minents furent victimes des plus lourdes erreurs4 ,n'ayant aucun moyen de vrifier exprimentalement les anciens miracles1 il tait fort intressant d'tudier scientifiquement ceux qui nous sont offerts par une religion nouvelle4 ,aprs avoir montr avec quelle facilit ils s'vanouissent1 ds qu'on les contrle un peu soigneusement1 nous allons rechercher ce qu'une exprimentation bien conduite pourrait apprendre sur certains phnomnes mritant une tude attentive4 ,,chapitre ,,iv ,,tude ,,exp,,rimentale ,,de ,,quelques-,,uns ,,des ,,ph,,nom,,nes ,,inconscients ,g,n,,rateurs ,,de ,,croyances4 #a4--;,expriences effectuer pour l'tude de la formation des opinions et des croyances4 ,les chapitres prcdents ont dvoil le rle1 dans la formation des croyances1 des suggestions1 de la contagion mentale et de divers facteurs du mme ordre1 trangers l'intelligence4 ,l'adoption de croyances chimriques par beaucoup de savants modernes claire la gense des grandes religions qui se sont succd dans l'histoire4 ,mais si les mthodes exprimentales1 que nous avons indiques1 conduisaient seulement aux constatations ngatives prcdemment formules1 leur utilit serait minime4 ,nous allons montrer maintenant que du monceau d'erreurs entasses par les sectateurs modernes de la magie1 des mthodes sres permettent d'extraire puis de complter certains renseignements aptes jeter quelques lueurs sur cette obscure rgion de l'inconscient o s'laborent nos croyances4 ,le sujet tant trs neuf encore1 nous devrons nous borner de brves indications4 ,elles auront pour but principal de jalonner la route suivre4 #b4--,les actions physiologiques et curatives de la foi4 ,parmi les sujets d'tude exprimentale relatifs l'influence des croyances1 je signalerai d'abord l'influence des reliques1 des plerinages1 des eaux miraculeuses1 etc4 ,leur efficacit1 admise par les croyants de toutes les religions1 semble atteste par les milliers d'ex-voto suspendus depuis la plus haute antiquit sur les murs des temples de tous les ,dieux4 ,il est peu prs dmontr aujourd'hui1 que les plerinages amenant des milliers de croyants aussi bien ,la ,mecque qu' ,lourdes1 ou sur les rives du ,gange1 ne leur furent pas toujours inutiles4 ,les forces mystrieuses de l'inconscient1 mises en jeu par une foi ardente1 se rvlrent souvent plus puissantes que les moyens dont la thrapeutique dispose4 ,je crois du plus haut intrt1 et pouvant ouvrir des horizons imprvus la physiologie1 de mettre nettement en vidence les limites des influences que la suggestion produite par les prires1 les reliques1 les amulettes1 etc41 arrive dterminer dans l'organisme4 ,longtemps encore1 sans doute1 cette tude capitale ne pourra tre srieusement tente4 ,les gurisons1 qualifies de miraculeuses1 ne furent examines jusqu'ici que par des sceptiques endurcis ou d'aveugles croyants4 ,or ces deux formes de mentalits paralysent au mme degr la facult d'observer4 ,et comme le sceptique en ces matires devient facilement un croyant1 parfois inconscient1 on voit qu'il n'est pas facile d'arriver des prcisions bien nettes4 ,tous ces phnomnes jadis nis ou affirms sans aucune preuve exprimentale restaient confins dans le champ de la croyance et on refusait d'en tenir compte4 ,rien ne semblait plus absurde que les promesses de ces thaumaturges prneurs d'eaux miraculeuses1 de poudres magiques1 de reliques1 de bagues enchantes1 etc4 ,cependant les tudes modernes sur l'auto-suggestion nous ont prouv que les assertions de tous ces rveurs n'taient pas vaines4 ,elles ont souvent guri1 fortifi1 encourag1 consol4 ,les prcisions scientifiques n'eurent pas toujours l'utilit de certaines erreurs4 ,existe-t-il dans l'organisme des forces inconnues mises en jeu par l'imagination8 ,il n'est pas encore possible de l'affirmer4 ,on pourrait peut-tre faire l'hypothse suivante3 puisqu'une ide1 c'est--dire une reprsentation mentale1 rsulte d'un certain tat physiologique1 la fixation prolonge d'une ide parvient peut-tre dterminer inversement l'tat physiologique qui lui correspond4 ,pour obtenir une gurison1 il suffirait alors de crer certaines reprsentations mentales trs fortes4 ,ce fait avait d'ailleurs t pressenti depuis longtemps4 ,dans son trait ,de incantationibus publi en #aebe1 le philosophe italien ,pompanazzi remarquait dj que des os d'animaux quelconques1 vendus pour reliques de saints clbres1 gurissaient aussi bien que de vraies reliques4 #c4--,les illusions cres par les suggestions individuelles et collectives4 ,on ne saurait complter par trop d'expriences sur ce sujet1 celles qui s'effectuent spontanment4 ,la puissance de la suggestion est telle1 nous l'avons vu1 que des physiciens minents crurent pendant deux ans l'existence de rayons particuliers devenus subitement invisibles pour eux1 ds qu'ils apprirent quelles illusions les avaient abuss4 ,la suggestion fait accepter les phnomnes les plus invraisemblables1 tels que les matrialisations instantanes d'tres vivants4 ,l'illustre chimiste ,crookes crut ainsi l'existence d'un fantme man du mdium1 la fameuse ,katy ,king1 et qui n'tait que le mdium lui-mme4 ,cette dernire fut plus tard prise en flagrant dlit de fraude quand elle voulut rpter ,berlin les phnomnes qui avaient illusionn le clbre savant anglais#ae4 #ae ,j'ai constat ,londres1 n'avoir plus la moindre espce de doute1 crit ,m4 ,jules ,bois1 les trucs purils et grossiers de la fameuse ,florence ,cook qui dupa si magnifiquement ,william ,crookes4 7,journal de l',universit des ,annales1 #e septembre #aiji47 ,certains individus ne possderaient-ils pas une puissance de suggestion particulire leur permettant d'exercer une grande action sur ceux qui les entourent8 ,quelques faits semblent le dmontrer4 ,ainsi s'expliqueraient les phnomnes de lvitation excuts en public1 attribus aux ,fakirs de l',inde1 et que du reste je n'ai jamais eu occasion d'observer dans mes voyages4 ,cette hypothse mettrait galement en lumire le rle de certains mdiums et la diffrence des effets qu'ils produisent1 suivant le degr de suggestibilit des assistants4 ,dans les expriences spirites1 l'influence de la suggestion est tout fait prdominante4 ,leurs auteurs le reconnaissent d'ailleurs eux-mmes4 ,les exprimentateurs1 crit ,maxwell1 se suggestionnent vritablement les uns les autres et finissent par avoir de curieuses hallucinations collectives444 ,il m'est arriv d'entendre un assistant indiquer qu'il voit une lueur dans une direction dtermine4 ,les autres regardent leur tour et voient4 ,puis l'un d'eux dclare qu'il aperoit une forme2 bientt1 d'autres personnes voient galement une forme4 ,et d'exclamations en exclamations1 la description de la forme se complte4 ,on assiste la gense d'une hallucination collective444 ,mon exprience personnelle m'a dmontr que le sens de la vue tait le plus sujet ces impressions imaginaires4 ,la puissance de ces suggestions est quelquefois prodigieuse4 ,les sorciers du ,moyen ,age taient si compltement hallucins par elles qu'ils acceptaient le bcher comme expiation de leurs fautes imaginaires4 ,la mentalit des observateurs modernes1 y compris les plus savants1 apparat sur ce point tout fait identique celle des sorciers4 ,sauf des exceptions bien rares1 ils ne reconnaissent nullement avoir t illusionns et en seraient d'ailleurs incapables4 ,on ne sort pas facilement du cycle de la croyance4 ,les suggestions s'y enchanent et finissent par envahir tout le champ de l'entendement4 ,le professeur ,grasset a fort bien dcrit cet tat d'esprit dans le passage suivant3 ,un fait curieux signaler1 c'est l'entranement que subissent les exprimentateurs1 quand une fois ils sont entrs dans ce genre d'tudes1 et l'volution que subit leur mentalit4 444 ,lombroso1 qui commence son mmoire sur des expriences trs prcises et limites avec le cardiographe1 parle ensuite1 dans le mme travail1 des fantmes et apparitions de dfunts1 des autolvitations comme celle de ,home1 qui tourne horizontalement autour de toutes les fentres d'un palais et celle des deux petits frres de ,ruvo qui parcourent #de kilomtres en #ae minutes1 des tres ou des restes d'tres qui pour prendre une complte consistance1 doivent pour s'incarner emprunter momentanment une partie de la substance du mdium1 qui est1 en ce moment1 assoupi1 presque agonisant4 444 ,le contact des phnomnes de l'occultisme fait oublier aux meilleurs les rgles lmentaires de la mthode scientifique4 ,cette rceptivit mentale particulire varie suivant les individus et les races4 ,le mme mdium observ en ,angleterre1 en ,france et en ,italie donne des rsultats trs diffrents4 ,nuls souvent en ,angleterre1 mdiocres en ,france1 tout fait merveilleux en ,italie4 ,la lecture du rapport de l',institut psychologique de ,paris sur le mdium ,eusapia montre d'une faon frappante1 par l'exemple qui va suivre1 l'action suggestive remarquable de certains mdiums sur les assistants1 y compris les plus savants4 ,eusapia1 dit le rapport1 prie ,m4 d',arsonval d'essayer de soulever le guridon1 ce qu'il fait aisment1 puis elle lui interdit de le soulever4 ,m4 d',arsonval n'y peut parvenir4 ,on le croirait clou au parquet4 ,eusapia pose de nouveau son coude sur le guridon et ,m4 d',arsonval le soulve alors sans difficult4 ,quelques instants aprs1 ,eusapia dit au guridon3 ,sois lger et ,m4 d',arsonval le soulve plus facilement encore4 ,cette exprience1 que russissent facilement dans les foires les magntiseurs professionnels1 en choisissant leurs sujets parmi les nvropathes de l'assistance1 dmontre simplement le pouvoir suggestionnant de certains mdiums4 ,je me suis demand cependant comment le savant acadmicien1 admettant qu'un individu possde la puissance miraculeuse de faire varier le poids des corps dans d'immenses proportions1 n'a pas eu l'ide de vrifier ce phnomne au moyen d'une balance4 ,les exprimentateurs de l',institut psychologique tentrent bien une fois cet essai1 mais dans des conditions telles qu'ils furent obligs eux-mmes d'en reconnatre les rsultats peu probants4 ,quand on tient un pareil phnomne1 ce n'est pas une fois1 mais mille qu'on doit le rpter4 ,il est infiniment probable que ,m4 d',arsonval1 s'imaginant1 sous l'influence de la volont d',eusapia1 constater les variations de poids d'un corps1 a t aussi fortement illusionn que jadis par les rayons ,n1 qui lui inspirrent une enthousiaste confrence1 certifiant la ralit de tous les phnomnes annoncs4 ,la facilit avec laquelle il fut alors suggestionn1 ainsi que tous les physiciens franais1 est une des preuves les plus frappantes qu'on puisse donner du rle de la suggestion dans la gense des croyances4 #d4--,transformation des mes individuelles en une me collective4 ,l'tude de la formation d'une me collective1 durable ou momentane1 est un des sujets obscurs de la psychologie1 un de ceux sur lesquels il faut se contenter d'observer4 ,nous pouvons dire seulement avec certitude que les foules mettent en commun leurs sentiments et non leur intelligence4 ,la proprit contagieuse des sentiments nous explique pourquoi des hommes runis prennent aussitt les caractres d'une foule4 ,il s'y forme immdiatement une me collective1 un meneur et des mens4 ,cette contagion a-t-elle un substratum physique1 tel que serait1 par exemple1 une sorte de rayonnement d'une nature spciale8 ,impossible de le dire4 ,il est difficile de dcouvrir la voie exprimentale conduisant la solution d'un pareil problme4 ,a peine possdons-nous quelques indices4 ,parmi eux1 peut-tre1 devons-nous placer l'tude du phnomne des tables dites tournantes4 ,on a prouv depuis longtemps que les mouvements de ces tables taient dus aux impulsions inconscientes des oprateurs4 ,mais pourquoi la table tourne-t-elle toujours dans un sens dtermin1 sans tre entrave par des impulsions pouvant tre diffrentes8 ,pourquoi1 en frappant des coups correspondant certaines lettres de l'alphabet1 la table1 place sous les mains des divers individus qui l'entourent1 s'arrte-t-elle au moment ncessaire1 comme obissant une volont unique8 ,c'est que prcisment elle obit une seule volont3 celle d'un meneur impose inconsciemment aux autres oprateurs4 ,sous son influence1 les mes individuelles se sont momentanment agrges pour former une me collective lie la sienne4 ,divers observateurs sont arrivs dj une conclusion analogue4 ,voici par exemple ce qu'crit l'un d'eux dans les ,annales des sciences psychiques#af4 #af #af dcembre #aiji4 ,la force motrice du guridon est totalement trangre toute intervention surnaturelle4 ,par la formation de la chane des mains des exprimentateurs ils dgagent une force qui fait excuter au guridon les mouvements dicts par la volont de l'un d'eux1 l'insu de tous1 par une sorte d'hypnotisme collectif1 substituant la volont consciente de chacun1 une volont collective presque inconsciente1 chacun restant en pleine possession de ses facults intellectuelles pour tout ce qui est tranger l'exprience4 ,inutile d'insister sur cette bauche d'explication4 ,le phnomne constitu par la naissance1 l'volution et la dissolution d'une me collective est une des nigmes de la psychologie4 ,elle peut assurer seulement que cette me collective exera toujours un rle essentiel dans la vie des peuples4 #e4--,les communications de penses4 ,la grande difficult de la gnralit des problmes relatifs la croyance1 numrs dans ce chapitre1 apparat quand on constate que les plus simples restent obscurs encore4 ,le phnomne de la communication de penses est justement dans ce cas4 ,en raison de son grand intrt il mriterait cependant des expriences prcises4 ,plusieurs faits1 vrifier d'ailleurs1 semblent indiquer la possibilit d'une telle transmission4 ,les deux cerveaux en relation seraient alors comparables deux diapasons vibrant l'unisson1 assimilation grossire assurment1 mais destine rendre un peu intelligible un phnomne qui ne l'est gure4 ,ce sont surtout les expriences sur les somnambules et les mdiums qui semblent indiquer le mieux la possibilit des transmissions de pense4 ,plusieurs observateurs croient avoir constat que les mdiums connaissent la pense de ceux qui les interrogent et ne donnent que les renseignements qu'ils y peuvent lire4 ,mme remarque pour les tables tournantes4 ,voici ce sujet une observation intressante faisant partie de l'article cit plus haut3 ,les rponses du guridon taient toujours trs exactes quand elles taient connues d'avance de l'un de ceux qui participaient la chane des mains2 ces rponses taient toujours confuses ou absurdes quand on demandait au guridon des choses inconnues de tout le monde4 ,toutes les fois que le choix du directeur des expriences tomba sur moi1 je constatai chaque question que la rponse qu'allait faire la table me venait en pense avant que la table ne rpondt1 et que toutes les fois que je ne pressentais pas ainsi cette rponse d'une faon prcise1 la table ne rpondait pas ou rpondait inintelligiblement4 ,je n'ai observ aucun cas o la rponse obtenue de faon sense ait t certainement inconnue de tous les exprimentateurs sans exception2 je n'ai1 au contraire1 observ que des cas de rponses sues1 supposes1 pressenties d'avance1 avant d'tre formules par la table1 par l'un des exprimentateurs1 le plus souvent par le directeur de l'exprience1 parfois aussi par un autre ne paraissant y jouer qu'un rle effac4 #f4--,la dsagrgation des personnalits4 ,j'ai dj parl de ce phnomne dans une autre partie de cet ouvrage et n'y reviens ici que pour attirer l'attention sur l'utilit de nouvelles expriences4 ,suivant mon hypothse le moi se composerait de rsidus de personnalits ancestrales plus ou moins solidement agrges4 ,sous des influences diverses1 somnambulisme1 trances des mdiums1 excitations violentes des priodes rvolutionnaires1 etc41 ces lments se dsagrgeraient1 puis formeraient des combinaisons nouvelles1 constituant une individualit momentane4 ,cette individualit se manifeste par des ides1 un langage et une conduite diffrents de ceux du sujet d'o elle drive4 ,j'ai appliqu1 je le rappelle1 cette thorie l'interprtation des actes commis par certains hommes de la ,rvolution1 que rien dans leur pass ne faisait pressentir1 et qu'eux-mmes ne comprirent plus1 la tourmente finie4 #g4--;,dissociation exprimentale des lments rationnels et affectifs de nos opinions et de nos jugements4 ,dans les lments formateurs de nos jugements figurent des influences inconscientes mystiques ou affectives4 ,il est possible quelquefois1 mais gnralement peu facile1 de les dissocier par la simple observation4 ,arrive-t-on les dissocier exprimentalement8 ,j'ai constat plusieurs fois qu'on peut y parvenir1 malheureusement1 les sujets qui se prsentent habituellement pour ces expriences n'offrent pas une mentalit trs dveloppe4 ,c'est en utilisant1 soit les procds classiques de l'hypnotisme1 soit certaines substances chimiques1 comme je l'ai expliqu dans un autre travail1 que se dissocient les lments conscients et inconscients de nos opinions et de notre conduite4 ,je vais par un exemple fort simple1 choisi dans mes cahiers d'expriences1 montrer comment s'opre cette dsagrgation et comment la raison nous sert justifier nos impulsions inconscientes4 ,cette exprience1 type de beaucoup d'autres1 fut faite sur une femme du monde trs distingue que je connaissais peine4 ,l'ayant lgrement hypnotise1 je lui suggrai de me donner rendez-vous place ,vendme cinq heures du matin1 en plein hiver1 et de joindre sa lettre un timbre pour l'affranchissement de la rponse4 ,domine par ces suggestions un peu absurdes mais non pas entirement1 la dame trouva des raisons1 la rigueur acceptables1 pour justifier la lettre qu'elle m'crivit sous une influence inconsciente4 ,elle dsirait1 expliquait sa missive1 me demander plusieurs renseignements et1 eu gard aux habitudes matinales que je devais avoir1 m'attendrait place ,vendme1 l'heure indique4 ,supposant une distraction de ma part et l'oubli possible de son adresse1 elle m'envoyait une enveloppe timbre toute prte jeter la poste4 ,l'exprience est loin d'tre aussi purile qu'elle le semble tout d'abord4 ,nous trouvons toujours des explications d'un ordre analogue1 et souvent mme infrieur1 pour justifier au moyen de la logique rationnelle les impulsions1 dictes par les logiques sentimentale ou mystique4 #h4--,la force psychique et la volont rayonnante4 ,tous les occultistes ne reconnaissent pas l'existence des esprits1 mais tous admettent la ralit d'une force particulire habituellement dsigne par eux sous le nom de force psychique4 ,je crois pouvoir dire1 crit le ,dr ,maxwell1 propos des sances de spiritisme1 qu'une force quelconque est dgage par les assistants2 qu'elle parat tre labore par le mdium2 que celui-ci refait ses pertes aux dpens des exprimentateurs2 que certaines personnes fournissent plus aisment que les autres au mdium la force dont il a besoin2 enfin1 qu'une certaine communion d'ides1 de vues1 de sentiments entre les exprimentateurs favorise l'mission de cette force4 ,les spirites assurent que la force psychique peut rester loigne du mdium1 formant quelque distance de lui1 une sorte de gaine sensible aux attouchements et aux pincements4 ,ils appellent ce phnomne l'extriorisation de la sensibilit4 ,les objets ayant touch les sujets dans un pareil tat entraneraient avec eux cette sensibilit et en piquant ces objets emports distance1 les mdiums ressentiraient la mme douleur que si on piquait leur corps4 ,opration qui rappelle tout fait l'envotement du ,moyen ,age4 ,les spirites n'ont jamais fourni d'autres preuves de cette prtendue extriorisation que leurs assertions4 ,elle parat tre le rsultat de simples suggestions4 ,les magntiseurs en tablissent eux-mmes1 d'ailleurs1 la dmonstration lorsqu'ils expliquent que cette extriorisation obtenue par leurs passes prolonges1 n'est sensible qu'aux pincements et attouchements du magntiseur et non ceux d'une autre personne4 ,c'est un peu comme si un galvanomtre sensible au courant lectrique dgag par une pile1 ne l'tait plus celui envoy par une autre pile4 ,en attendant que les spirites tayent de preuves leurs affirmations1 ce dont ils se soucient fort peu1 on ne saurait tenir aucun compte d'observations qui1 reconnues exactes1 justifieraient les pratiques de la plus antique sorcellerie4 ,il ne faudrait pas1 bien entendu1 rejeter pour cela l'existence d'une force psychique4 ,quoique des impressions ne puissent jamais tenir lieu de preuves et soient sans valeur pour tablir une conviction scientifique1 j'avouerai volontiers que1 dans tous les phnomnes spirites1 l'hypothse la moins invraisemblable est prcisment l'existence d'une force psychique rayonne par les tres vivants4 ,cette opinion ne m'a nullement d'ailleurs t suggre par les expriences des spirites1 mais seulement par mes tudes sur le dressage des animaux ainsi que sur la psychologie des foules et de leurs meneurs4 ,certains individus1 les orateurs clbres notamment1 semblent rayonner autour d'eux quelque chose de trs intense4 ,ce ne sont gure leurs discours qui impressionnent1 puisque1 le plus souvent1 on ne les entend pas4 ,leur puissance secrte est cependant indniable4 ,gambetta retournait le ,parlement avec quelques gestes4 ,s'il tait permis de crer un nom pour une force d'essence inconnue1 je la qualifierai de volont rayonnante4 ,ne pouvant m'tendre sur ce sujet1 je me bornerai reproduire1 l'appui de ce qui prcde1 le fragment biographique suivant publi sur un des rois des chemins de fer amricains1 ,m4 ,harriman4 ,il a t donn dans une confrence par un grand banquier des tats-,unis1 ,m4 ,o4 ,kahn4 ,on m'a demand parfois1 aprs que ,m4 ,harriman et accompli certaines choses dont la ralisation paraissait improbable1 pour quelles raisons ses adversaires lui avaient cd4 ,quel motif les avait pousss8 ,a quels mobiles avaient-ils obi8 ,pourquoi avaient-ils fini par faire ce qu'ils avaient dclar ne devoir jamais faire ou ce qu'ils n'avaient aucune raison de faire8 ,j'ai rpondu3 ,simplement parce que ,m4 ,harriman avait mis en uvre son cerveau et sa volont pour le leur faire faire4 ,dans tous les cas analogues1 il s'agit srement non de raisonnements accepts1 mais d'actes imposs par le mcanisme encore ignor de la volont rayonnante dont je viens de parler4 ,les influences ainsi exerces par un individu sur d'autres sont incontestables4 ,l'hypothse commence lorsqu'on tente de les expliquer au moyen d'une force psychique dont aucune exprience n'a prouv clairement l'existence4 ,il serait fort intressant de la rechercher1 ce qui implique naturellement la ncessit de dcouvrir d'abord le ractif capable de la rvler4 99 99 99 99 99 ,j'arrte ici cette numration qui finirait par m'entraner hors du cadre de cet ouvrage4 ,j'en ai dit assez1 je l'espre1 pour montrer le rle que pourra jouer l'exprience dans la formation d'une psychologie nouvelle1 destine remplacer celle dont nous vivons encore et qui a si peu clair les problmes fondamentaux de la gense et de l'volution des croyances4 ,,chapitre ,v ,,comment ,l',,esprit ,,se ,,fixe ,,dans ,,le ,,cycle ,,de ,,la ,,croyance4 ,,la ,,cr,,dulit ,a-,t-,,elle ,,des ,,limites8 #a4--,la connaissance et la croyance chez les savants4 ,afin de confirmer encore les dmonstrations contenues dans cet ouvrage1 je vais examiner brivement comment1 grce aux impulsions des formes de logiques prcdemment dcrites1 un esprit scientifique peut quitter le cycle de la connaissance et se fixer dans celui de la croyance4 ,pour comprendre que des savants de premier ordre1 habitus une exprimentation scientifique rigoureuse finissent par admettre certains phnomnes miraculeux1 tels que les matrialisations1 il ne faut jamais oublier que la logique rationnelle et la logique mystique subsistent souvent dans le mme esprit1 si positif qu'il puisse tre4 ,les sphres du rationnel1 du mystique et de l'affectif1 sont1 je le rpte1 indpendantes et1 suivant notre passage de l'une l'autre1 les sources de conviction deviennent diffrentes4 ,dans la sphre du rationnel1 l'incrdulit est la rgle et l'exprience ou l'observation les seuls guides4 ,sur le terrain de la croyance1 gouvern par la logique mystique1 les convictions se forment tout autrement et la crdulit est infinie4 ,mais comment un savant sceptique est-il amen quitter le cycle du rationnel pour pntrer dans celui de la croyance8 ,en fait1 c'est involontairement qu'il y pntre1 et mme alors ne renonce pas ses habitudes exprimentales4 ,mais comme sa conviction se forme inconsciemment avant qu'il s'en aperoive1 ses expriences sont conduites de faon corroborer ses nouvelles convictions1 et guides alors1 non par sa volont1 mais uniquement par sa croyance4 ,or1 nous savons qu'un phnomne examin travers une croyance est entirement transform par elle4 ,les rcits miraculeux1 remplissant l'histoire de toutes les religions1 en fournissent d'indubitables preuves4 #b4--,mcanisme mental de la conversion du savant4 ,supposons1 pour fixer les ides1 un savant trs sceptique prenant la rsolution d'tudier exprimentalement les phnomnes que prtendent produire les occultistes4 ,il devra d'abord se faire introduire dans un cercle d'adeptes1 les phnomnes se produisant seulement parmi eux4 ,on le conduit donc au milieu d'une runion de convaincus1 dans l'obscurit profonde4 ,aprs attente prolonge1 il entend des bruits1 des dplacements de meubles1 ses voisins affirment voir des lueurs1 des formes incertaines dues la dmatrialisation partielle du mdium1 etc4 ,le scepticisme de l'observateur que je suppose tant robuste1 il se retire sans que ses convictions ngatives soient branles4 ,quelques points1 cependant1 l'ont frapp4 ,il lui semble bien avoir entendu des bruits singuliers2 des voisins1 certainement honntes1 ont vu des lueurs et des apparitions1 des tables paraissent avoir t dplaces distance du mdium4 ,tout cela n'est pas clair4 ,dsireux de trouver la cause1 srement naturelle1 des phnomnes observs1 il revient4 ,il revient1 et1 sans le souponner1 se trouve soumis aux actions de l'attention expectante1 des suggestions collectives et de la contagion mentale4 ,des doutes commencent natre dans son esprit4 ,puisque de grands savants ont admis ces phnomnes1 il doit bien y avoir quelque chose derrire eux4 ,trs peu de chose assurment1 mais mritant nanmoins d'tre lucid4 ,et il revient encore4 ,il revient plusieurs fois4 ,les actions mentales que j'ai dites agissent de nouveau4 ,l'inconscient du sceptique est suggestionn de plus en plus et son esprit critique s'vanouit4 ,entr dans le cycle de la croyance1 il va s'y fixer4 ,sa logique rationnelle1 dj vaincue1 mais qui ne se l'avoue pas1 lutte1 cependant encore4 ,pour fixer ses derniers doutes1 il organise des expriences4 ,familiaris avec les appareils enregistreurs1 les instruments de physique dlicats1 il entreprend des recherches savantes et tend aux fantmes des piges varis4 ,les fantmes tant capricieux1 les expriences russissent rarement ou incompltement1 mais la conviction inconsciente de l'observateur se trouve dj forme4 ,les moindres apparences1 de russite suffisent1 les fraudes les plus grossires lui chappent4 ,il continue donc exprimenter jusqu'au moment o1 se croyant rationnellement convaincu par l'exprience1 il affichera hautement sa conviction1 s'indignera contre les incrdules et deviendra un adepte de la nouvelle foi4 ,sa crdulit sera dsormais sans bornes4 ,rien ne l'branlera plus4 ,l'ancien sceptique est dfinitivement fix dans le cycle de la croyance4 ,c'est par ces phases diverses1 dbutant par une incrdulit totale pour aboutir une crdulit complte que sont passs bien des savants modernes tels que le clbre ,lombroso4 ,trs sceptique au commencement de ses recherches1 il choua dans une foi nave dont son dernier livre fournit d'attristants tmoignages4 ,nous avons saisi sur des faits bien concrets le mcanisme de la conversion et montr comment la science la plus avance ne pouvait soustraire l'homme aux illusions de la croyance4 ,s'il s'tait agi d'appliquer nos raisonnements aux conversions religieuses qui remplissent l'histoire1 les explications eussent t beaucoup plus faciles4 ,nous nous fussions trouvs en prsence d'mes simples1 totalement dpourvues d'esprit critique1 peu capables de raisonner et tout fait inaptes l'observation et l'exprience4 ,sur de tels esprits1 les facteurs des convictions1 notamment le prestige et la contagion1 agissent sans qu'aucune action inhibitrice puisse leur tre oppose4 ,convertir des savants minents aux miracles de la sorcellerie moderne semblait plus difficile que de soumettre des bergers arabes la foi de ,mahomet4 ,plus difficile1 mais pas beaucoup1 peut-tre4 ,le berger et le savant diffrent immensment1 certes1 au point de vue intellectuel1 mais par leurs lments affectifs et mystiques1 ils sont souvent assez voisins4 ,les croyances religieuses1 politiques et sociales d'un savant rput ne sont pas1 quelquefois1 bien suprieures celles du plus humble berger4 #c4--,les limites de la crdulit4 ,de ce chapitre et des prcdents ressort nettement cette notion1 que dans le cycle de la croyance la crdulit est sans limite et l'esprit cultiv aussi rceptif que celui du parfait ignorant4 ,le savant qui met en doute la valeur d'une dcimale1 n'ayant pas t plusieurs fois contrle1 admettra sans difficult qu'un guerrier casqu puisse sortir du corps d'un mdium et se promener dans une salle en faisant tter son pouls par les assistants1 afin de prouver qu'il est plus qu'un vain fantme1 qu'une impalpable vapeur4 ,sur la pente de la crdulit1 on ne s'arrte pas4 ,un numro d'une grande revue spirite dirige par un clbre professeur de la ,facult de ,mdecine de ,paris1 offrait rcemment ses lecteurs3 #a l'histoire du double d'un mdium remontant les pendules distance2 #b des dessins d'esprits dsincarns2 #c une dissertation sur des fes qui habiteraient encore les forts2 #d l'histoire de quatre fantmes chantant tue-tte la ,marseillaise au clair de la lune1 etc4 ,en matire de crdulit1 le savant ne se montre donc pas1 je le rpte1 suprieur l'ignorant4 ,cette constatation1 mise en vidence par l'tude des phnomnes spirites1 est trs importante4 ,la crdulit sans bornes constitue un tat mental dont nous pouvons tous tre atteints1 et dont nous le sommes vite ds que1 sortant du cycle de la connaissance1 nous pntrons dans celui de la croyance4 ,certes1 la science sait peu de choses et n'lucide qu'un petit nombre des mystres qui nous entourent4 ,elle est sre au moins que les phnomnes sont conditionns par des lois fixes ignorant le caprice4 ,elle ne s'avance pas beaucoup en affirmant qu'aucun sorcier n'a t au sabbat1 travers les airs sur un manche balai1 et qu'aucun occultiste ancien ou moderne n'a vu fabriquer instantanment un tre vivant4 ,l'humanit n'est sortie de la barbarie mentale primitive qu'en s'vadant du chaos de ses vieilles lgendes et en ne redoutant plus la puissance des thaumaturges1 des oracles et des sorciers4 ,les occultistes de tous les sicles n'ont dcouvert aucune vrit inconnue1 alors que les mthodes scientifiques firent surgir du nant un monde de merveilles4 ,abandonnons aux imaginations maladives ce peuple de larves1 d'esprits1 de fantmes1 fils de la nuit et qu'une lumire suffisante dissipera toujours4 99 99 99 99 99 ,ces conclusions ne sont pas contestables4 ,elles laissent de ct cependant une face importante du problme4 ,puisque les hommes de tous les ges1 du plus savant au plus ignorant1 ont vers dans les mmes croyances1 il faut bien admettre qu'elles correspondent1 comme j'ai essay de le montrer1 des besoins indestructibles de l'esprit et sont par suite ncessaires4 ,la science se dfend d'aborder ce qu'elle appelle l'inconnaissable et c'est justement dans cet inconnaissable que l'me humaine place son idal et ces esprances4 ,avec une patience que des insuccs sculaires n'ont pu lasser1 elle se heurte sans cesse au monde toujours inviol du mystre afin d'y dcouvrir l'origine des choses et le secret de sa destine4 ,n'ayant pu y pntrer1 elle a fini par le peupler de ses rves4 ,ne proclamons pas trop la vanit de tant d'efforts1 les croyances qui en sont issues consolrent bien des gnrations d'hommes et illuminrent leur vie4 ,la science1 jadis un peu intolrante1 respecte de plus en plus aujourd'hui les conceptions trangres son empire4 ,science et croyance1 raison et sentiment appartiennent des domaines impuissants se pntrer1 puisqu'on n'y parle pas la mme langue4 ,j'ignore si le savant qui traitera le mme sujet dans un millier d'annes se heurtera aux mmes problmes qu'aujourd'hui et pourra dire quelque chose de prcis sur la raison premire des phnomnes4 ,il montrera sans doute des dieux nouveaux et des croyances nouvelles dominant la pense humaine qui ne peut s'en passer4 ,les croyances chimriques resteront toujours gnratrices des longs espoirs4 ,elles enfantrent les dieux travers les ges et de nos jours l'occultisme1 dernier rameau de la foi religieuse qui ne meurt jamais4 ,,conclusions ,un des problmes fondamentaux indiqus au dbut de cet ouvrage tait de rechercher1 comment des croyances1 qu'aucun argument rationnel ne saurait dfendre1 furent admises sans difficults par les esprits les plus clairs de tous les ges4 ,tant que la psychologie considra la croyance comme volontaire et rationnelle1 l'tude d'un tel problme ne pouvait tre aborde4 ,dissocier les lments gnrateurs de la croyance1 prouver qu'elle est inconsciente et forme sous l'influence d'lments mystiques et affectifs1 indpendants de la raison et de la volont1 c'tait donner dans ses grandes lignes la solution cherche4 ,mais cette explication restait incomplte4 ,si la raison ne cre pas la croyance1 elle peut au moins la discuter et en dcouvrir les cts errons4 ,pourquoi1 cependant1 malgr les dmonstrations les plus claires1 une croyance russit-elle s'imposer8 ,nous l'avons expliqu en prouvant le rle fondamental exerc sur l'inconscient par certains facteurs3 prestige1 affirmation1 rptition1 suggestion et contagion4 ,indpendants de la raison1 ils agissent facilement contre elle et l'empchent de reconnatre l'vidence mme4 ,le pouvoir de ces influences dans la gense des croyances a t prouv par les effets de leur action sur les hommes les plus cultivs4 ,nous avons vu des physiciens exercs1 tudier exprimentalement des radiations cres seulement par suggestion dans leur esprit et de savants acadmiciens voter un prix considrable pour une dcouverte vanouie brusquement le jour o les observateurs1 arrachs la suggestion1 cessrent aussitt d'apercevoir le fantme engendr par cette suggestion4 ,d'autres exemples ont montr combien taient nombreux les faits de mme ordre4 ,la seule diffrence relle entre une croyance scientifique1 impose par les facteurs dcrits1 et les croyances religieuses1 politiques ou spirites imposes par le mme mcanisme1 est qu'en matire scientifique l'erreur s'limine assez vite par substitution de la connaissance la croyance4 ,pour les certitudes bases sur des lments affectifs ou mystiques1 et o aucune vrification immdiate n'est possible1 l'observation1 la raison1 l'exprience mme1 restent au contraire peu prs sans action4 ,nous avons pu justifier1 par l'exemple de certaines croyances spirites1 qu'en matire de foi la crdulit--aussi bien du savant que de l'ignorant--ne connaissait pas de limites4 ,cette constatation rend tolrant pour toutes les superstitions enregistres par l'histoire4 ,en dmontrant au moyen de faits prcis comment des esprits minents se convertissent des croyances1 d'un niveau rationnel galant celui des plus fabuleuses fictions mythologiques1 j'ai russi1 je l'espre1 mettre en vidence un mcanisme mental que les recherches de la psychologie avaient laiss inexpliqu jusqu'ici4 ,nous sommes arrivs ainsi cette loi philosophique importante3 loin de prsenter une origine intellectuelle commune1 nos conceptions ont des sources mentales fort distinctes1 et sont rgies par des formes de logiques trs diffrentes4 ,de la prdominance de chacune d'elles et de leurs conflits naquirent les grands vnements de l'histoire4 ,en attendant que la science rvle les vrits immuables1 caches peut-tre sous les apparences des choses1 il faut nous contenter des certitudes accessibles notre esprit4 ,dans l'tat actuel de nos connaissances1 trois ordres de vrits nous guident3 les vrits affectives2 les vrits mystiques1 les vrits rationnelles4 ,issues de logiques diffrentes1 elles n'ont pas de commune mesure4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,,livre ,i ,pages ,,les ,,probl,,mes ,,de ,,la ,,croyance ,,et ,,de ,,la ,,connaissance ,chapitre ,i4--,les cycles de la croyance et de la connaissance4 #a #a4 ,les difficults du problme de la croyance1 p4 #a4-- #b4 ,en quoi la croyance diffre de la connaissance1 p4 #e4-- #c4 ,rles respectifs de la croyance et de la connaissance1 p4 #g4 ,chapitre ,,ii4--,les mthodes d'tude de la psychologie #aa ,mthode d'introspection1 p4 #aa4--,mthode psychologique1 p4 #aa4--,mthode des localisations crbrales1 p4 #ab4--,mthode des tests et des questionnaires1 p4 #ab4--,mthode base sur l'tude des altrations d'origine pathologique de l'intelligence1 p4 #ab4--,mthode base sur la psychologie compare1 p4 #ac4--;,insuffisance des mthodes classiques4 ,mthodes adoptes dans cet ouvrage pour l'tude des opinions et des croyances1 p4 #ad4 ,,livre ,,ii ,,le ,,terrain ,,psychologique ,,des ,,opinions ,,et ,,des ,,croyances ,chapitre ,i4--,les grands ressorts de l'activit des tres4 ,le plaisir et la douleur #ah #a4 ,rles du plaisir et de la douleur1 p4 #ah4-- #b4 ,caractres discontinus du plaisir et de la douleur1 p4 #ai4-- #c4 ,le dsir comme consquence du plaisir et de la douleur1 p4 #ba4-- #d4 ,le plaisir en perspective4 ,l'esprance1 p4 #bc4-- #e4 ,le rgulateur du plaisir et de la douleur4 ,l'habitude1 p4 #bc4-- #f4 ,le plaisir et la douleur considrs comme les certitudes psychologiques fondamentales1 p4 #be4 ,chapitre ,,ii4--,les variations de la sensibilit comme lments de la vie individuelle et sociale #bg #a4 ,limites des variations de la sensibilit au plaisir et la douleur1 p4 #bg4-- #b4 ,les oscillations de la sensibilit individuelle et leur rle dans la vie collective1 p4 #cj4-- #c4 ,les variations d'idal et de croyances cres par les oscillations de la sensibilit collective1 p4 #cc4 ,chapitre ,,iii4--,les sphres des activits vitales et psychologiques4 ,la vie consciente et la vie inconsciente #ce #a4 ,les sphres des activits vitales et psychologiques1 p4 #ce4-- #b4 ,la psychologie inconsciente et les sources de l'intuition1 p4 #cf4-- #c4 ,les formes de l'inconscient4 ,l'inconscient intellectuel et l'inconscient affectif1 p4 #ci4 ,chapitre ,,iv4--,le moi affectif et le moi intellectuel #db #a4 ,le moi affectif et le moi intellectuel1 p4 #db4-- #b4 ,les diverses manifestations de la vie affective4 motions1 sentiments1 passions1 p4 #dh4-- #c4 ,la mmoire affective1 p4 #ea4-- #d4 ,les associations affectives et intellectuelles1 p4 #eb4 ,chapitre ,v4--,les lments de la personnalit4 ,combinaisons de sentiments formant le caractre #ee #a4 ,les lments du caractre1 p4 #ee4-- #b4 ,les caractres collectifs des peuples1 p4 #eg4-- #c4 volution des lments du caractre1 p4 #eh4 ,chapitre ,,vi4--,la dsagrgation du caractre et les oscillations de la personnalit #fa #a4 quilibres des lments constitutifs du caractre1 p4 #fa4-- #b4 ,oscillations de la personnalit1 p4 #fc4-- #c4 lments fixateurs de la personnalit1 p4 #fe4-- #d4 ,difficult de prvoir la conduite rsultant d'un caractre dtermin1 p4 #ff4 ,,livre ,,iii ,,les ,,formes ,,diverses ,,de ,,logiques ,r,,gissant ,,les ,,opinions ,,et ,,les ,,croyances ,chapitre ,i4--,classification des diverses formes de logiques #gj #a4 ,existe-t-il diverses formes de logiques8 p4 #gj4-- #b4 ,les cinq formes de logiques1 p4 #ga4-- #c4 ,coexistence des diverses formes de logiques1 p4 #gc4 ,chapitre ,,ii4--,la logique biologique #gf #a4 ,rle de la logique biologique1 p4 #gf4-- #b4 ,la logique biologique et les instincts1 p4 #hj4 ,chapitre ,,iii4--,la logique affective et la logique collective #hf #a4 ,la logique affective1 p4 #hf4-- #b4 ,comparaison de la logique affective et de la logique rationnelle1 p4 #hg4-- #c4 ,la logique collective1 p4 #ia4 ,chapitre ,,iv4--,la logique mystique #ib #a4 ,les caractristiques de la logique mystique1 p4 #ib4-- #b4 ,le mysticisme comme base des croyances1 p4 #ie4 ,chapitre ,v4--,la logique intellectuelle #ih #a4 ,les lments fondamentaux de la logique intellectuelle1 p4 #ih4-- #b4 ,rle de la logique intellectuelle1 p4 #aja4-- #c4 ,tardive apparition de la logique intellectuelle4 ,elle n'est pas l'uvre de la nature1 mais a t cre contre la nature1 p4 #ajd4 ,,livre ,,iv ,,les ,,conflits ,,des ,,diverses ,,formes ,,de ,,logiques ,chapitre ,i4--,le conflit des lments affectifs1 mystiques et intellectuels #ajf #a4 ,les conflits des diverses logiques dans la vie journalire1 p4 #ajf4-- #b4 ,conflit des lments affectifs et intellectuels4 ,action des ides sur les sentiments1 p4 #ajh4-- #c4 ,lutte des sentiments contre les sentiments4 ,les actions inhibitrices1 p4 #aab4 ,chapitre ,,ii4--,le conflit des diverses formes de logiques dans la vie des peuples #aad #a4 ,consquences de la destruction des actions inhibitrices des sentiments dans la vie sociale1 p4 #aad4-- #b4 ,les lments mystiques et affectifs dans la vie des peuples1 p4 #aag4-- #c4 ,les quilibres et les ruptures des diverses formes de logiques dans la vie des peuples1 p4 #aai4 ,chapitre ,,iii4--,la balance des motifs #abc #a4 ,la balance mentale4 ,l'action1 p4 #abc4-- #b4 ,rle de la volont dans la balance des motifs1 p4 #abd4-- #c4 ,comment la logique rationnelle peut agir sur la balance des motifs1 p4 #abf4 ,,livre ,v ,,les ,,opinions ,,et ,,les ,,croyances ,,individuelles ,chapitre ,i4--,les facteurs internes des opinions et des croyances #abi #a4 ,influence des divers facteurs des opinions et des croyances1 p4 #abi4-- #b4 ,le caractre1 p4 #aca4-- #c4 ,l'idal1 p4 #acb4-- #d4 ,les besoins1 p4 #acd4-- #e4 ,l'intrt1 p4 #ace4-- #f4 ,les passions1 p4 #acg4 ,chapitre ,,ii4--,les facteurs externes des opinions et des croyances #aci #a4 ,la suggestion1 p4 #aci4-- #b4 ,les premires impressions1 p4 #adb4-- #c4 ,le besoin d'explications1 p4 #add4-- #d4 ,les mots1 les formules et les images1 p4 #ade4-- #e4 ,les illusions1 p4 #adg4-- #f4 ,la ncessit1 p4 #adh4 ,chapitre ,,iii4--,pourquoi les opinions diffrent et pourquoi la raison ne russit pas les rectifier #aej #a4 ,diffrences de mentalits crant des diffrences d'opinions1 p4 #aej4-- #b4 ,les lments de rectification des opinions1 p4 #aeb4-- #c4 ,rle de la raison dans la formation des opinions et des dcisions importantes1 p4 #aec4-- #d4 ,rle de la raison dans la formation des opinions journalires1 p4 #aeg4 ,chapitre ,,iv4--,la rectification des opinions par l'exprience #afj #a4 ,l'exprience dans la vie des peuples1 p4 #afj4-- #b4 ,difficult de saisir les facteurs gnrateurs de l'exprience1 p4 #afb4 ,,livre ,,vi ,,les ,,opinions ,,et ,,les ,,croyances ,,collectives ,chapitre ,i4--,les opinions formes sous des influences collectives #afh #a4 ,influence de la race et des croyances1 p4 #afh4-- #b4 ,influence du milieu social et des groupes sociaux1 p4 #aga4-- #c4 ,influence de la coutume1 p4 #agc4 ,chapitre ,,ii4--,les progrs de l'influence des opinions collectives et leurs consquences #age #a4 ,les caractristiques des opinions populaires1 p4 #age4-- #b4 ,comment1 sous la mobilit des opinions populaires1 persiste une certaine fixit1 p4 #agf4-- #c4 ,la puissance de l'opinion populaire avant l'ge moderne1 p4 #agh4-- #d4 ,les progrs actuels des influences collectives dans la gense des opinions et leurs consquences1 p4 #agi4-- #e4 ,influence de diverses collectivits dans la stabilisation de certains lments sociaux1 p4 #ahd4 ,chapitre ,,iii4--,la dissolution de l'me individuelle dans l'me collective #ahf #a4 ,la dsagrgation actuelle des grandes collectivits en petits groupements1 p4 #ahf4-- #b4 ,comment l'me individuelle est sortie de l'me collective et comment elle y retourne1 p4 #ahi4 ,,livre ,,vii ,,propagation ,,des ,,opinions ,,et ,,des ,,croyances ,chapitre ,i4--,l'affirmation1 la rptition1 l'exemple et le prestige #aid #a4 ,l'affirmation et la rptition1 p4 #aid4-- #b4 ,l'exemple1 p4 #aig4-- #c4 ,le prestige1 p4 #aih4 ,chapitre ,,ii4--,la contagion mentale #bjc #a4 ,les formes de la contagion mentale1 p4 #bjc4-- #b4 ,exemples divers de contagion mentale1 p4 #bjd4-- #c4 ,puissance de la contagion mentale1 p4 #bjg4-- #d4 ,influence de la contagion dans la propagation des croyances religieuses et politiques1 p4 #bjh4 ,chapitre ,,iii4--,la mode #baa #a4 ,influence de la mode dans tous les lments de la vie sociale1 p4 #baa4-- #b4 ,les rgles de la mode4 ,comment elle est mlange d'lments affectifs et d'lments rationnels1 p4 #bad4 ,chapitre ,,iv4--,les journaux et les livres #bah #a4 ,influence des livres et des journaux1 p4 #bah4-- #b4 ,la persuasion par la publicit1 p4 #bbj4 ,chapitre ,v4--,les courants et les explosions d'opinions #bbe #a4 ,les courants d'opinions et leur cration1 p4 #bbe4-- #b4 ,les explosions d'opinions1 p4 #bbh4 ,,livre ,,viii ,,la ,,vie ,,des ,,croyances ,chapitre ,i4--,caractres fondamentaux d'une croyance #bcc #a4 ,les croyances comme besoin irrductible de la vie mentale1 p4 #bcc4-- #b4 ,l'intolrance des croyances1 p4 #bce4-- #c4 ,l'indpendance des opinions4 ,rle social de l'intolrance1 p4 #bcf4-- #d4 ,le paroxysme de la croyance4 ,les martyrs1 p4 #bch4 ,chapitre ,,ii4--,les certitudes drives des croyances4 ,nature des preuves dont se contentent les croyants #bdb #a4 ,les certitudes drives des croyances1 p4 #bdb4-- #b4 ,nature des preuves dont se contente l'esprit confin dans le champ de la croyance1 p4 #bdd4-- #c4 ,le point irrductible du conflit de la science et de la croyance1 p4 #bdg4 ,chapitre ,,iii4--,rle attribu la raison et la volont dans la gense d'une croyance #bdi #a4 ,indpendance de la raison et de la croyance1 p4 #bdi4-- #b4 ,impuissance de la raison sur la croyance1 p4 #bea4 ,chapitre ,,iv4--,comment se maintiennent et se transforment les croyances #bee #a4 ,comment se maintiennent les croyances1 p4 #bee4-- #b4 ,comment voluent les croyances1 p4 #bef4 ,chapitre ,v4--,comment meurent les croyances #bfc #a4 ,la phase critique des croyances et leur dissolution1 p4 #bfc4-- #b4 ,transformation des croyances religieuses en croyances politiques1 p4 #bfe4 ,,livre ,,ix ,,recherches ,,exp,,rimentales ,,sur ,,la ,,formation ,,des ,,croyances ,chapitre ,i4--,intervention de la croyance dans le champ de la connaissance4 ,gense des illusions scientifiques #bfi #a4 ,pourquoi la connaissance reste toujours mlange de croyances1 p4 #bfi4-- #b4 ,gense des illusions scientifiques4 ,exemples modernes1 p4 #bga4 ,chapitre ,,ii4--,la formation moderne d'une croyance #bgh #a4 ,utilit d'tudier exprimentalement la formation d'une croyance1 p4 #bgh4-- #b4 ,la magie dans l',antiquit et au ,moyen ,age1 p4 #bgi4-- #c4 ,la magie dans les temps modernes et les phnomnes occultistes1 p4 #bhc4-- #d4 ,raisons psychologiques de la formation des croyances occultistes1 p4 #bia4 ,chapitre ,,iii4--,mthodes d'examen applicables l'tude exprimentale de certaines croyances et de divers phnomnes supposs merveilleux #bic #a4 ,insuffisance des mthodes habituelles d'observation1 p4 #bic4-- #b4 ,valeur du tmoignage et de l'observation dans l'tude des croyances1 p4 #bid4-- #c4 ,valeur de l'exprimentation individuelle et collective1 p4 #bif4-- #d4 ,ncessit de dissocier les phnomnes et ne s'attacher qu' l'examen d'un lment isol4 ,application l'tude de la lvitation1 p4 #big4-- #e4 ,quels sont les observateurs les plus aptes tudier les phnomnes spirites8 p4 #cjc4 ,chapitre ,,iv4--tude exprimentale de quelques-uns des phnomnes inconscients gnrateurs de croyances #cjh #a4 ,expriences effectuer pour l'tude de la formation des opinions et des croyances1 p4 #cjh4-- #b4 ,les actions physiologiques et curatives de la foi1 p4 #cji4-- #c4 ,les illusions cres par la suggestion individuelle et collective1 p4 #caa4-- #d4 ,transformation des mes individuelles en une me collective1 p4 #cad4-- #e4 ,les communications de penses1 p4 #caf4-- #f4 ,la dsagrgation des personnalits1 p4 #cag4-- #g4 ,dissociation exprimentale des lments rationnels et affectifs de nos opinions et de nos jugements1 p4 #cah4-- #h4 ,la force psychique et la volont rayonnante1 p4 #cai4 ,chapitre ,v4--,comment l'esprit se fixe dans le cycle de la croyance4 ,la crdulit a-t-elle des limites8 #cbc #a4 ,la connaissance et la croyance chez les savants1 p4 #cbc4-- #b4 ,mcanisme mental de la conversion du savant1 p4 #cbd4-- #c4 ,les limites de la crdulit1 p4 #cbg4 ,conclusions #ccj #dfgd4--,paris4--,imp4 ,hemmerl et ,cie4--#e-aa4