,,paul ,,val,,ry ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,,monsieur ,,teste ,illustration ,,paris ,librairie ,gallimard ,,ditions ,,de ,,la ,,nouvelle ,,revue ,,fran,,aise #c1 rue de ,grenelle 7,v,ie7 ,,uvres ,,du ,m,,me ,,auteur ,,aux ,,ditions ,,de ,,la ,,nouvelle ,,revue ,,fran,,aise ,,la ,,jeune ,,parque 7puis74 id4 deuxime dition dans la collection ,une uvre un portrait1 avec un portrait par ,picasso 7puis74 ,,odes1 avec des ornements de ,paul ,vera 7puis74 ,,le ,,serpent1 avec des ornements gravs sur bois par ,paul ,vera 7puis74 ,,la ,,soir,e ,,avec ,m4 ,,teste 7puis74 id4 deuxime dition dans la collection ,une uvre un portrait1 avec un portrait de ,m4 ,teste1 par ,b4 ,naudin 7puis74 ,,charmes1 avec des ornements typographiques dans le style du ,x,v,i,ie sicle 7puis74 ,,eupalinos ou l',architecte1 suivi de ,l',,ame ,,et ,,la ,,danse4 ,,vari,t4 ,,une ,,conqu,,te ,m,,thodique 7collection ,une uvre un portrait1 avec un portrait de ,paul ,valry grav sur bois par ,g4 ,aubert1 d'aprs un croquis de l'auteur71 ,,vers ,,et ,,prose1 dition orne d'aquarelles de ,pierre ,laprade4 ,,cahier ,b #aiaj4 ,,monsieur ,,teste1 #a vol4 in-#af ,jsus4 ,,la ,,jeune ,,parque1 #a vol4 in-#af ,jsus4 ,,album ,,de ,,vers ,,anciens1 #a vol4 in-#af ,jsus4 ,,discours ,,de ,r,,ception ,a ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise4 ,,lettre ,,sur ,,mallarm1 adresse ,jean ,royre4 ,,la ,,pr,,sente ,,dition ,a ,t ,,tir,e ,a ,,trois ,,cents ,,quarante-,,sept ,,exemplaires ,,sur ,,papier ,,de ,,hollande ,,van ,,gelder ,,sous ,,couverture ,,sp,,ciale1 ,,dont ,,trois ,,cents ,,num,,rot,s ,,de #a ,a #cjj ,,et ,,quarante-,,sept ,,exemplaires ,,hors ,,commerce ,,de ,i ,a ,,xlvii4 ,,exemplaire ,n ,,tous ,,droits ,,de ,,reproduction ,,et ,,de ,,traduction ,r,,serv,s ,,pour ,,tous ,,les ,,pays ,y ,,compris ,,la ,,russie4 ,,copyright ,,by ,,librairie ,,gallimard #aibi4 ,,pr,,face ,ce personnage de fantaisie dont je devins l'auteur au temps d'une jeunesse demi littraire1 demi sauvage ou444 intrieure1 a vcu1 semble-t-il1 depuis cette poque efface1 d'une certaine vie1--que ses rticences plus que ses aveux ont induit quelques lecteurs lui prter#a4 #a ,cette prface a t crite pour la deuxime traduction en anglais de la ,soire avec ,m4 ,teste4 ,teste fut engendr1--dans une chambre o ,auguste ,comte a pass ses premires annes1--pendant une re d'ivresse de ma volont et parmi d'tranges excs de conscience de soi4 ,j'tais affect du mal aigu de la prcision4 ,je tendais l'extrme du dsir insens de comprendre1 et je cherchais en moi les points critiques de ma facult d'attention4 ,je faisais donc ce que je pouvais pour augmenter un peu les dures de quelques penses4 ,tout ce qui m'tait facile m'tait indiffrent et presque ennemi4 ,la sensation de l'effort me semblait devoir tre recherche1 et je ne prisais pas les heureux rsultats qui ne sont que les fruits naturels de nos vertus natives4 ,c'est dire que les rsultats en gnral1--et par consquence1 les uvres1--m'importaient beaucoup moins que l'nergie de l'ouvrier1--substance des choses qu'il espre4 ,ceci prouve que la thologie se retrouve un peu partout4 ,je suspectais la littrature1 et jusqu'aux travaux assez prcis de la posie4 ,l'acte d'crire demande toujours un certain sacrifice de l'intellect4 ,on sait bien1 par exemple1 que les conditions de la lecture littraire sont incompatibles avec une prcision excessive du langage4 ,l'intellect volontiers exigerait du langage commun des perfections et des purets qui ne sont pas en sa puissance4 ,mais rares sont les lecteurs qui ne prennent leur plaisir que l'esprit tendu4 ,nous ne gagnons les attentions qu' la faveur de quelque amusement2 et cette espce d'attention est passive4 ,il me semblait indigne1 d'ailleurs1 de partager mon ambition entre le souci d'un effet produire sur les autres1 et la passion de me connatre et reconnatre tel que j'tais1 sans omissions1 sans simulations1 ni complaisances4 ,je rejetais non seulement les ,lettres1 mais encore la ,philosophie presque tout entire1 parmi les ,choses ,vagues et les ,choses ,impures auxquelles je me refusais de tout mon cur4 ,les objets traditionnels de la spculation m'excitaient si malaisment que je m'tonnais des philosophes ou de moi-mme4 ,je n'avais pas compris que les problmes les plus relevs ne s'imposent gure1 et qu'ils empruntent beaucoup de leur prestige et de leurs attraits certaines conventions qu'il faut connatre et recevoir pour entrer chez les philosophes4 ,la jeunesse est un temps pendant lequel les conventions sont1 et doivent tre1 mal comprises3 ou aveuglment combattues1 ou aveuglment obies4 ,on ne peut pas concevoir1 dans les commencements de la vie rflchie1 que seules les dcisions arbitraires permettent l'homme de fonder quoi que ce soit3 langage1 socits1 connaissances1 uvres de l'art4 ,quant moi1 je le concevais si mal que je m'tais fait une rgle de tenir secrtement pour nulles ou mprisables toutes les opinions et coutumes d'esprit qui naissent de la vie en commun et de nos relations extrieures avec les autres hommes1 et qui s'vanouissent dans la solitude volontaire4 ,et mme je ne pouvais songer qu'avec dgot toutes les ides et tous les sentiments qui ne sont engendrs ou remus dans l'homme que par ses maux et par ses craintes1 ses espoirs et ses terreurs2 et non librement par ses pures observations sur les choses et en soi-mme4 ,j'essayais donc de me rduire mes proprits relles4 ,j'avais peu de confiance dans mes moyens1 et je trouvais en moi sans nulle peine tout ce qu'il fallait pour me har2 mais j'tais fort de mon dsir infini de nettet1 de mon mpris des convictions et des idoles1 de mon dgot de la facilit et de mon sentiment de mes limites4 ,je m'tais fait une le intrieure que je perdais mon temps reconnatre et fortifier444 99 99 99 99 99 ,m4 ,teste est n quelque jour d'un souvenir rcent de ces tats4 ,c'est en quoi il me ressemble d'aussi prs qu'un enfant sem par quelqu'un dans un moment de profonde altration de son tre1 ressemble ce pre hors de soi-mme4 ,il arrive1 peut-tre1 que l'on abandonne de temps autre la vie la crature exceptionnelle d'un moment exceptionnel4 ,il n'est pas impossible1 aprs tout1 que la singularit de certains hommes1 leurs valeurs d'cart1 bonnes ou mauvaises1 soient dues quelquefois l'tat instantan de leurs gnrateurs4 ,il se peut que l'instable ainsi se transmette et se donne quelque carrire4 ,n'est-ce point l1 d'ailleurs1 dans l'ordre de l'esprit1 la fonction de nos uvres1 l'acte du talent1 l'objet mme du travail1 et en somme1 l'essence du bizarre instinct de faire survivre soi ce que l'on obtient de plus rare8 ,revenant ,m4 ,teste1 et observant que l'existence d'un type de cette espce ne pourrait se prolonger dans le rel pendant plus de quelques quarts d'heure1 je dis que le problme de cette existence et de sa dure suffit lui donner une sorte de vie4 ,ce problme est un germe4 ,un germe vit2 mais il en est qui ne sauraient se dvelopper4 ,ceux-ci essayent de vivre1 forment des monstres1 et les monstres meurent4 ,en vrit1 nous ne les connaissons qu' cette proprit remarquable de ne pouvoir durer4 ,anormaux sont les tres qui ont un peu moins d'avenir que les normaux4 ,ils sont semblables bien des penses qui contiennent des contradictions caches4 ,elles se produisent l'esprit1 paraissent justes et fcondes1 mais leurs consquences les ruinent1 et leur prsence bientt leur est funeste4 --,qui sait si la plupart de ces penses prodigieuses sur lesquelles tant de grands hommes1 et une infinit de petits1 ont pli depuis des sicles1 ne sont point des monstres psychologiques1--des ,ides ,monstres1--enfants par l'exercice naf de nos facults interrogeantes que nous appliquons un peu partout1--sans nous aviser que nous ne devons raisonnablement questionner que ce qui peut vritablement nous rpondre8 ,mais les monstres de chair rapidement prissent4 ,toutefois ils ont exist quelque peu4 ,rien de plus instructif que de mditer sur leur destin4 ,pourquoi ,m4 ,teste est-il impossible8--,c'est son me que cette question4 ,elle vous change en ,m4 ,teste4 ,car il n'est point autre que le dmon mme de la possibilit4 ,le souci de l'ensemble de ce qu'il peut le domine4 ,il s'observe1 il manuvre1 il ne veut pas se laisser manuvrer4 ,il ne connat que deux valeurs1 deux catgories1 qui sont celles de la conscience rduite ses actes3 le possible et l'impossible4 ,dans cette trange cervelle1 o la philosophie a peu de crdit1 o le langage est toujours en accusation1 il n'est gure de pense qui ne s'accompagne du sentiment qu'elle est provisoire2 il ne subsiste gure que l'attente et l'excution d'oprations dfinies4 ,sa vie intense et brve se dpense surveiller le mcanisme par lequel les relations du connu et de l'inconnu sont institues et organises4 ,mme1 elle applique ses puissances obscures et transcendantes feindre obstinment les proprits d'un systme isol o l'infini ne figure point4 99 99 99 99 99 ,donner quelque ide d'un tel monstre1 en peindre les dehors et les murs2 esquisser du moins un ,hippogriffe1 une ,chimre de la mythologie intellectuelle1 exige1--et donc excuse1--l'emploi1 sinon la cration1 d'un langage forc1 parfois nergiquement abstrait4 ,il y faut galement de la familiarit et jusqu' quelques traces de cette vulgarit ou trivialit que nous nous permettons avec nous-mmes4 ,nous ne gardons pas de mnagements avec celui qui est en nous4 ,le texte assujetti ces conditions trs particulires n'est certainement pas d'une lecture trop aise dans l'original4 ,davantage doit-il prsenter qui veut le transporter dans une langue trangre des difficults presque insurmontables444 ,,la ,,soir,e ,,avec ,,monsieur ,,teste ,vita ,cartesii res est simplicissima444 ,la btise n'est pas mon fort4 ,j'ai vu beaucoup d'individus1 j'ai visit quelques nations1 j'ai pris ma part d'entreprises diverses sans les aimer1 j'ai mang presque tous les jours1 j'ai touch des femmes4 ,je revois maintenant quelques centaines de visages1 deux ou trois grands spectacles1 et peut-tre la substance de vingt livres4 ,je n'ai pas retenu le meilleur ni le pire de ces choses3 est rest ce qui l'a pu4 ,cette arithmtique m'pargne de m'tonner de vieillir4 ,je pourrais aussi faire le compte des moments victorieux de mon esprit1 et les imaginer unis et souds1 composant une vie heureuse444 ,mais je crois m'tre toujours bien jug4 ,je me suis rarement perdu de vue2 je me suis dtest1 je me suis ador2--puis1 nous avons vieilli ensemble4 ,souvent1 j'ai suppos que tout tait fini pour moi1 et je me terminais de toutes mes forces1 anxieux d'puiser1 d'clairer quelque situation douloureuse4 ,cela m'a fait connatre que nous apprcions notre propre pense beaucoup trop d'aprs l'expression de celle des autres6 ,ds lors1 les milliards de mots qui ont bourdonn mes oreilles1 m'ont rarement branl par ce qu'on voulait leur faire dire2 et tous ceux que j'ai moi-mme prononcs autrui1 je les ai sentis se distinguer toujours de ma pense1--car ils devenaient invariables4 ,si j'avais dcid comme la plupart des hommes1 non seulement je me serais cru leur suprieur1 mais je l'aurais paru4 ,je me suis prfr4 ,ce qu'ils nomment un tre suprieur est un tre qui s'est tromp4 ,pour s'tonner de lui1 il faut le voir1--et pour tre vu il faut qu'il se montre4 ,et il me montre que la niaise manie de son nom le possde4 ,ainsi1 chaque grand homme est tach d'une erreur4 ,chaque esprit qu'on trouve puissant1 commence par la faute qui le fait connatre4 ,en change du pourboire public1 il donne le temps qu'il faut pour se rendre perceptible1 l'nergie dissipe se transmettre et prparer la satisfaction trangre4 ,il va jusqu' comparer les jeux informes de la gloire1 la joie de se sentir unique--grande volupt particulire4 99 99 99 99 99 ,j'ai rv alors que les ttes les plus fortes1 les inventeurs les plus sagaces1 les connaisseurs le plus exactement de la pense devaient tre des inconnus1 des avares1 des hommes qui meurent sans avouer4 ,leur existence m'tait rvle par celle mme des individus clatants1 un peu moins solides4 ,l'induction tait si facile que j'en voyais la formation chaque instant4 ,il suffisait d'imaginer les grands hommes ordinaires1 purs de leur premire erreur1 ou de s'appuyer sur cette erreur mme pour concevoir un degr de conscience plus lev1 un sentiment de la libert d'esprit moins grossier4 ,une opration aussi simple me livrait des tendues curieuses1 comme si j'tais descendu dans la mer4 ,perdus dans l'clat des dcouvertes publies1 mais ct des inventions mconnues que le commerce1 la peur1 l'ennui1 la misre commettent chaque jour1 je croyais distinguer des chefs-d'uvre intrieurs4 ,je m'amusais teindre l'histoire connue sous les annales de l'anonymat4 ,c'taient1 invisibles dans leurs vies limpides1 des solitaires qui savaient avant tout le monde4 ,ils me semblaient doubler1 tripler1 multiplier dans l'obscurit chaque personne clbre1--eux1 avec le ddain de livrer leurs chances et leurs rsultats particuliers4 ,ils auraient refus1 mon sentiment1 de se considrer comme autre chose que des choses444 ,ces ides me venaient pendant l'octobre de #ic1 dans les instants de loisir o la pense se joue seulement exister4 ,je commenais de n'y plus songer1 quand je fis la connaissance de ,m4 ,teste4 7,je pense maintenant aux traces qu'un homme laisse dans le petit espace o il se meut chaque jour47 ,avant de me lier avec ,m4 ,teste1 j'tais attir par ses allures particulires4 ,j'ai tudi ses yeux1 ses vtements1 ses moindres paroles sourdes au garon du caf o je le voyais4 ,je me demandais s'il se sentait observ4 ,je dtournais vivement mon regard du sien1 pour surprendre le sien me suivre4 ,je prenais les journaux qu'il venait de lire1 je recommenais mentalement les sobres gestes qui lui chappaient2 je notais que personne ne faisait attention lui4 ,je n'avais plus rien de ce genre apprendre1 lorsque nous entrmes en relation4 ,je ne l'ai jamais vu que la nuit4 ,une fois dans une sorte de b4442 souvent au thtre4 ,on m'a dit qu'il vivait de mdiocres oprations hebdomadaires la ,bourse4 ,il prenait ses repas dans un petit restaurant de la rue ,vivienne4 ,l1 il mangeait comme on se purge1 avec le mme entrain4 ,parfois1 il s'accordait ailleurs un repas lent et fin4 ,m4 ,teste avait peut-tre quarante ans4 ,sa parole tait extraordinairement rapide1 et sa voix sourde4 ,tout s'effaait en lui1 les yeux1 les mains4 ,il avait pourtant les paules militaires1 et le pas d'une rgularit qui tonnait4 ,quand il parlait1 il ne levait jamais un bras ni un doigt3 il avait tu la marionnette4 ,il ne souriait pas1 ne disait ni bonjour ni bonsoir2 il semblait ne pas entendre le ,comment allez-vous8 ,sa mmoire me donna beaucoup penser4 ,les traits par lesquels j'en pouvais juger1 me firent imaginer une gymnastique intellectuelle sans exemple4 ,ce n'tait pas chez lui une facult excessive1--c'tait une facult duque ou transforme4 ,voici ses propres paroles3 ,il y a vingt ans que je n'ai plus de livres4 ,j'ai brl mes papiers aussi4 ,je rature le vif444 ,je retiens ce que je veux4 ,mais le difficile n'est pas l4 ,il est de retenir ce dont je voudrai demain6444 ,j'ai cherch un crible machinal444 99 99 99 99 99 ,a force d'y penser1 j'ai fini par croire que ,m4 ,teste tait arriv dcouvrir des lois de l'esprit que nous ignorons4 ,srement1 il avait d consacrer des annes cette recherche3 plus srement1 des annes encore1 et beaucoup d'autres annes avaient t disposes pour mrir ses inventions et pour en faire ses instincts4 ,trouver n'est rien4 ,le difficile est de s'ajouter ce qu'on trouve4 ,l'art dlicat de la dure1 le temps1 sa distribution et son rgime1--sa dpense des choses bien choisies1 pour les nourrir spcialement1--tait une des grandes recherches de ,m4 ,teste4 ,il veillait la rptition de certaines ides2 il les arrosait de nombre4 ,ceci lui servait rendre finalement machinale l'application de ses tudes conscientes4 ,il cherchait mme rsumer ce travail4 ,il disait souvent3 ,maturare6444 ,certainement sa mmoire singulire devait presque uniquement lui retenir cette partie de nos impressions que notre imagination toute seule est impuissante construire4 ,si nous imaginons un voyage en ballon1 nous pouvons avec sagacit1 avec puissance1 produire beaucoup de sensations probables d'un aronaute2 mais il restera toujours quelque chose d'individuel l'ascension relle1 dont la diffrence avec notre rverie exprime la valeur des mthodes d'un ,edmond ,teste4 ,cet homme avait connu de bonne heure l'importance de ce qu'on pourrait nommer la plasticit humaine4 ,il en avait cherch les limites et le mcanisme4 ,combien il avait d rver sa propre mallabilit6 ,j'entrevoyais des sentiments qui me faisaient frmir1 une terrible obstination dans des expriences enivrantes4 ,il tait l'tre absorb dans sa variation1 celui qui devient son systme1 celui qui se livre tout entier la discipline effrayante de l'esprit libre1 et qui fait tuer ses joies par ses joies1 la plus faible par la plus forte1--la plus douce1 la temporelle1 celle de l'instant et de l'heure commence1 par la fondamentale--par l'espoir de la fondamentale4 ,et je sentais qu'il tait le matre de sa pense3 j'cris l cette absurdit4 ,l'expression d'un sentiment est toujours absurde4 ,m4 ,teste n'avait pas d'opinions4 ,je crois qu'il se passionnait son gr1 et pour atteindre un but dfini4 ,qu'avait-il fait de sa personnalit8 ,comment se voyait-il8444 ,jamais il ne riait1 jamais un air de malheur sur son visage4 ,il hassait la mlancolie4 ,il parlait1 et on se sentait dans son ide1 confondu avec les choses3 on se sentait recul1 ml aux maisons1 aux grandeurs de l'espace1 au coloris remu de la rue1 aux coins444 ,et les paroles le plus adroitement touchantes1--celles mme qui font leur auteur plus prs de nous qu'aucun autre homme1 celles qui font croire que le mur ternel entre les esprits tombe1--pouvaient venir lui444 ,il savait admirablement qu'elles auraient mu tout autre4 ,il parlait1 et sans pouvoir prciser les motifs ni l'tendue de la proscription1 on constatait qu'un grand nombre de mots taient bannis de son discours4 ,ceux dont il se servait1 taient parfois si curieusement tenus par sa voix ou clairs par sa phrase que leur poids tait altr1 leur valeur nouvelle4 ,parfois1 ils perdaient tout leur sens1 ils paraissaient remplir uniquement une place vide dont le terme destinataire tait douteux encore ou imprvu par la langue4 ,je l'ai entendu dsigner un objet matriel par un groupe de mots abstraits et de noms propres4 ,a ce qu'il disait1 il n'y avait rien rpondre4 ,il tuait l'assentiment poli4 ,on prolongeait les conversations par des bonds qui ne l'tonnaient pas4 ,si cet homme avait chang l'objet de ses mditations fermes1 s'il et tourn contre le monde la puissance rgulire de son esprit1 rien ne lui et rsist4 ,je regrette d'en parler comme on parle de ceux dont on fait les statues4 ,je sens bien qu'entre le gnie et lui1 il y a une quantit de faiblesse4 ,lui1 si vritable6 si neuf6 si pur de toute duperie et de toutes merveilles1 si dur6 ,mon propre enthousiasme me le gte444 ,comment ne pas en ressentir pour celui qui ne disait jamais rien de vague8 pour celui qui dclarait avec calme3 ,je n'apprcie en toutes choses que la facilit ou la difficult de les connatre1 de les accomplir4 ,je mets un soin extrme mesurer ces degrs1 et ne pas m'attacher444 ,et que m'importe ce que je sais fort bien8 ,comment ne pas s'abandonner un tre dont l'esprit paraissait transformer pour soi seul tout ce qui est1 et qui oprait tout ce qui lui tait propos8 ,je devinais cet esprit maniant et mlant1 faisant varier1 mettant en communication1 et dans l'tendue du champ de sa connaissance1 pouvant couper et dvier1 clairer1 glacer ceci1 chauffer cela1 noyer1 exhausser1 nommer ce qui manque de nom1 oublier ce qu'il voulait1 endormir ou colorer ceci et cela444 ,je simplifie grossirement des proprits impntrables4 ,je n'ose pas dire tout ce que mon objet me dit4 ,la logique m'arrte4 ,mais1 en moi-mme1 toutes les fois que se pose le problme de ,teste1 apparaissent de curieuses formations4 ,il y a des jours o je le retrouve trs nettement4 ,il se reprsente mon souvenir1 ct de moi4 ,je respire la fume de nos cigares1 je l'entends1 je me mfie4 ,parfois1 la lecture d'un journal me fait me heurter sa pense1 quand un vnement maintenant la justifie4 ,et je tente encore quelques-unes de ces expriences illusoires qui me dlectaient l'poque de nos soires4 ,c'est--dire que je me le figure faisant ce que je ne lui ai pas vu faire4 ,que devient ,m4 ,teste souffrant8--,amoureux1 comment raisonne-t-il8--,peut-il tre triste8--,de quoi aurait-il peur8--,qu'est-ce qui le ferait trembler8--444 ,je cherchais4 ,je maintenais entire l'image de l'homme rigoureux1 je tchais de la faire rpondre mes questions444 ,elle s'altrait4 ,il aime1 il souffre1 il s'ennuie4 ,tout le monde s'imite4 ,mais1 au soupir1 au gmissement lmentaire1 je veux qu'il mle les rgles et les figures de tout son esprit4 99 99 99 99 99 ,ce soir1 il y a prcisment deux ans et trois mois que j'tais avec lui au thtre1 dans une loge prte4 ,j'y ai song tout aujourd'hui4 ,je le revois debout avec la colonne d'or de l',opra1 ensemble4 ,il ne regardait que la salle4 ,il aspirait la grande bouffe brlante1 au bord du trou4 ,il tait rouge4 ,une immense fille de cuivre nous sparait d'un groupe murmurant au del de l'blouissement4 ,au fond de la vapeur1 brillait un morceau nu de femme1 doux comme un caillou4 ,beaucoup d'ventails indpendants vivaient sur le monde sombre et clair1 cumant jusqu'aux feux du haut4 ,mon regard pelait mille petites figures1 tombait sur une tte triste1 courait sur des bras1 sur les gens1 et enfin se brlait4 ,chacun tait sa place1 libre d'un petit mouvement4 ,je gotais le systme de classification1 la simplicit presque thorique de l'assemble1 l'ordre social4 ,j'avais la sensation dlicieuse que tout ce qui respirait dans ce cube1 allait suivre ses lois1 flamber de rires par grands cercles1 s'mouvoir par plaques1 ressentir par masses des choses intimes1--uniques1--des remuements secrets1 s'lever l'inavouable6 ,j'errais sur ces tages d'hommes1 de ligne en ligne1 par orbites1 avec la fantaisie de joindre idalement entre eux tous ceux ayant la mme maladie1 ou la mme thorie1 ou le mme vice444 ,une musique nous touchait tous1 abondait1 puis devenait toute petite4 ,elle disparut4 ,m4 ,teste murmurait3 ,on n'est beau1 on n'est extraordinaire que pour les autres6 ,ils sont mangs par les autres6 ,le dernier mot sortit du silence que faisait l'orchestre4 ,teste respira4 ,sa face enflamme o soufflaient la chaleur et la couleur1 ses larges paules1 son tre noir mordor par les lumires1 la forme de tout son bloc vtu1 tay par la grosse colonne1 me reprirent4 ,il ne perdait pas un atome de tout ce qui devenait sensible1 chaque instant1 dans cette grandeur rouge et or4 ,je regardai ce crne qui faisait connaissance avec les angles du chapiteau1 cette main droite qui se rafrachissait aux dorures et1 dans l'ombre de pourpre1 les grands pieds4 ,des lointains de la salle1 ses yeux vinrent vers moi2 sa bouche dit3 ,la discipline n'est pas mauvaise444 ,c'est un petit commencement444 ,je ne savais rpondre4 ,il dit de sa voix basse et vite3 ,qu'ils jouissent et obissent6 ,il fixa longuement un jeune homme plac en face de nous1 puis une dame1 puis tout un groupe dans les galeries suprieures1--qui dbordait du balcon par cinq ou six visages brlants1--et puis tout le monde1 tout le thtre1 plein comme les cieux1 ardent1 fascin par la scne que nous ne voyions pas4 ,la stupidit de tous les autres nous rvlait qu'il se passait n'importe quoi de sublime4 ,nous regardions se mourir le jour que faisaient toutes les figures dans la salle4 ,et quand il fut trs bas1 quand la lumire ne rayonna plus1 il ne resta que la vaste phosphorescence de ces mille figures4 ,j'prouvais que ce crpuscule faisait tous ces tres passifs4 ,leur attention et l'obscurit croissantes formaient un quilibre continu4 ,j'tais moi-mme attentif forcment1-- toute cette attention4 ,m4 ,teste dit3 ,le suprme les simplifie4 ,je parie qu'ils pensent tous1 de plus en plus1 vers la mme chose4 ,ils seront gaux devant la crise ou limite commune4 ,du reste1 la loi n'est pas si simple444 puisqu'elle me nglige1--et--je suis ici4 ,il ajouta3 ,l'clairage les tient4 ,je dis en riant3 ,vous aussi8 ,il rpondit3 ,vous aussi4 --,quel dramaturge vous feriez6 lui dis-je1 vous semblez surveiller quelque exprience cre aux confins de toutes les sciences6 ,je voudrais voir un thtre inspir de vos mditations444 ,il dit3 ,personne ne mdite4 ,l'applaudissement et la lumire complte nous chassrent4 ,nous circulmes1 nous descendmes4 ,les passants semblaient en libert4 ,m4 ,teste se plaignit lgrement de la fracheur de minuit4 ,il fit allusion d'anciennes douleurs4 ,nous marchions1 et il lui chappait des phrases presque incohrentes4 ,malgr mes efforts1 je ne suivais ses paroles qu' grand'peine1 me bornant enfin les retenir4 ,l'incohrence d'un discours dpend de celui qui l'coute4 ,l'esprit me parat ainsi fait qu'il ne peut tre incohrent pour soi-mme4 ,aussi me suis-je gard de classer ,teste parmi les fous4 ,d'ailleurs1 j'apercevais vaguement le lien de ses ides1 je n'y remarquais aucune contradiction2--et puis1 j'aurais redout une solution trop simple4 ,nous allions dans les rues adoucies par la nuit1 nous tournions des angles1 dans le vide1 trouvant d'instinct notre voie1--plus large1 plus troite1 plus large4 ,son pas militaire se soumettait le mien444 99 99 99 99 99 ,pourtant1 rpondis-je1 comment se soustraire une musique si puissante6 ,et pourquoi8 ,j'y trouve une ivresse particulire1 dois-je la ddaigner8 ,j'y trouve l'illusion d'un travail immense1 qui1 tout coup me deviendrait possible444 ,elle me donne des sensations abstraites1 des figures dlicieuses de tout ce que j'aime1--du changement1 du mouvement1 du mlange1 du flux1 de la transformation444 ,nierez-vous qu'il y ait des choses anesthsiques8 ,des arbres qui saoulent1 des hommes qui donnent de la force1 des filles qui paralysent1 des ciels qui coupent la parole8 ,m4 ,teste reprit assez haut3 --,eh6 ,monsieur6 que m'importe le talent de vos arbres--et des autres6444 ,je suis chez ,,moi1 je parle ma langue1 je hais les choses extraordinaires4 ,c'est le besoin des esprits faibles4 ,croyez-moi la lettre3 le gnie est facile1 la fortune est facile1 la divinit est facile444 ,je veux dire simplement--que je sais comment cela se conoit4 ,c'est facile4 ,autrefois1--il y a bien vingt ans1--toute chose au-dessus de l'ordinaire accomplie par un autre homme1 m'tait une dfaite personnelle4 ,dans le pass1 je ne voyais qu'ides voles moi6 ,quelle btise6444 ,dire que notre propre image ne nous est pas indiffrente6 ,dans les combats imaginaires1 nous la traitons trop bien ou trop mal6444 ,il toussa4 ,il se dit3 ,que peut un homme8444 ,que peut un homme6444 ,il me dit3 ,vous connaissez un homme sachant qu'il ne sait ce qu'il dit6 ,nous tions sa porte4 ,il me pria de venir fumer un cigare chez lui4 99 99 99 99 99 ,au haut de la maison1 nous entrmes dans un trs petit appartement garni4 ,je ne vis pas un livre4 ,rien n'indiquait le travail traditionnel devant une table1 sous une lampe1 au milieu de papiers et de plumes4 ,dans la chambre verdtre qui sentait la menthe1 il n'y avait autour de la bougie que le morne mobilier abstrait1--le lit1 la pendule1 l'armoire glace1 deux fauteuils--comme des tres de raison4 ,sur la chemine1 quelques journaux1 une douzaine de cartes de visite couvertes de chiffres1 et un flacon pharmaceutique4 ,je n'ai jamais eu plus fortement l'impression du quelconque4 ,c'tait le logis quelconque1 analogue au point quelconque des thormes1--et peut-tre aussi utile4 ,mon hte existait dans l'intrieur le plus gnral4 ,je songeai aux heures qu'il faisait dans ce fauteuil4 ,j'eus peur de l'infinie tristesse possible dans ce lieu pur et banal4 ,j'ai vcu dans de telles chambres1 je n'ai jamais pu les croire dfinitives1 sans horreur4 ,m4 ,teste parla de l'argent4 ,je ne sais pas reproduire son loquence spciale3 elle me semblait moins prcise que d'ordinaire4 ,la fatigue1 le silence qui se fortifiait avec l'heure1 les cigares amers1 l'abandon nocturne semblaient l'atteindre4 ,j'entends sa voix baisse et ralentie qui faisait danser la flamme de l'unique bougie brlant entre nous1 mesure qu'il citait de trs grands nombres1 avec lassitude4 ,huit cent dix millions soixante quinze mille cinq cent cinquante444 ,j'coutais cette musique inoue sans suivre le calcul4 ,il me communiquait le tremblement de la ,bourse1 et les longues suites de noms de nombres me prenaient comme une posie4 ,il rapprochait les vnements1 les phnomnes industriels1 le got public et les passions1 les chiffres encore1 les uns des autres4 ,il disait3 ,l'or est comme l'esprit de la socit4 ,tout coup1 il se tut4 ,il souffrit4 ,j'examinai de nouveau la chambre froide1 la nullit du meuble1 pour ne pas le regarder4 ,il prit sa fiole et but4 ,je me levai pour partir4 --,restez encore1 dit-il1 vous ne vous ennuyez pas4 ,je vais me mettre au lit4 ,dans peu d'instants1 je dormirai4 ,vous prendrez la bougie pour descendre4 ,il se dvtit tranquillement4 ,son corps sec se baigna dans les draps et fit le mort4 ,ensuite il se tourna1 et s'enfona davantage dans le lit trop court4 ,il me dit en souriant3 ,je fais la planche4 ,je flotte6444 ,je sens un roulis imperceptible dessous1--un mouvement immense8 ,je dors une heure ou deux tout au plus1 moi qui adore la navigation de la nuit4 ,souvent je ne distingue plus ma pense d'avant le sommeil4 ,je ne sais pas si j'ai dormi4 ,autrefois1 en m'assoupissant1 je pensais tous ceux qui m'avaient fait plaisir1 figures1 choses1 minutes4 ,je les faisais venir pour que la pense ft aussi douce que possible1 facile comme le lit444 ,je suis vieux4 ,je puis vous montrer que je me sens vieux444 ,rappelez-vous6--,quand on est enfant on se dcouvre1 on dcouvre lentement l'espace de son corps1 on exprime la particularit de son corps par une srie d'efforts1 je suppose8 ,on se tord et on se trouve ou on se retrouve1 et on s'tonne6 on touche son talon1 on saisit son pied droit avec sa main gauche1 on obtient le pied froid dans la paume chaude6444 ,maintenant1 je me sais par cur4 ,le cur aussi4 ,bah6 toute la terre est marque1 tous les pavillons couvrent tous les territoires444 ,reste mon lit4 ,j'aime ce courant de sommeil et de linge3 ce linge qui se tend et se plisse1 ou se froisse1--qui descend sur moi comme du sable1 quand je fais le mort1--qui se caille autour de moi dans le sommeil444 ,c'est de la mcanique bien complexe4 ,dans le sens de la trame ou de la chane1 une dformation trs petite444 ,ah6 ,il souffrit4 ,mais qu'avez-vous8 lui dis-je1 je puis444 --,j'ai1 dit-il1444 pas grand'chose4 ,j'ai444 un dixime de seconde qui se montre444 ,attendez444 ,il y a des instants o mon corps s'illumine444 ,c'est trs curieux4 ,j'y vois tout coup en moi444 je distingue les profondeurs des couches de ma chair2 et je sens des zones de douleur1 des anneaux1 des ples1 des aigrettes de douleur4 ,voyez-vous ces figures vives8 cette gomtrie de ma souffrance8 ,il y a de ces clairs qui ressemblent tout fait des ides4 ,ils font comprendre1--d'ici1 jusque-l444 ,et pourtant ils me laissent incertain4 ,incertain n'est pas le mot444 ,quand cela va venir1 je trouve en moi quelque chose de confus ou de diffus4 ,il se fait dans mon tre des endroits444 brumeux1 il y a des tendues qui font leur apparition4 ,alors1 je prends dans ma mmoire une question1 un problme quelconque444 ,je m'y enfonce4 ,je compte des grains de sable444 et1 tant que je les vois444--,ma douleur grossissante me force l'observer4 ,j'y pense6--,je n'attends que mon cri1444 et ds que je l'ai entendu--l'objet1 le terrible objet1 devenant plus petit1 et encore plus petit1 se drobe ma vue intrieure444 ,que peut un homme8 ,je combats tout1--hors la souffrance de mon corps1 au del d'une certaine grandeur4 ,c'est l1 pourtant1 que je devrais commencer4 ,car1 souffrir1 c'est donner quelque chose une attention suprme1 et je suis un peu l'homme de l'attention444 ,sachez que j'avais prvu la maladie future4 ,j'avais song avec prcision ce dont tout le monde est sr4 ,je crois que cette vue sur une portion vidente de l'avenir1 devrait faire partie de l'ducation4 ,oui1 j'avais prvu ce qui commence maintenant4 ,c'tait1 alors1 une ide comme les autres4 ,ainsi1 j'ai pu la suivre4 ,il devint calme4 ,il se plia sur le ct1 baissa les yeux2 et1 au bout d'une minute1 parlait de nouveau4 ,il commenait se perdre4 ,sa voix n'tait qu'un murmure dans l'oreiller4 ,sa main rougissante dormait dj4 ,il disait encore3 ,je pense1 et cela ne gne rien4 ,je suis seul4 ,que la solitude est confortable6 ,rien de doux ne me pse444 ,la mme rverie ici1 que dans la cabine du navire1 la mme au caf ,lambert444 ,les bras d'une ,berthe1 s'ils prennent de l'importance1 je suis vol1--comme par la douleur444 ,celui qui me parle1 s'il ne prouve pas1--c'est un ennemi4 ,j'aime mieux l'clat du moindre fait qui se produit4 ,je suis tant1 et me voyant2 me voyant me voir1 et ainsi de suite444 ,pensons de tout prs4 ,bah6 on s'endort sur n'importe quel sujet444 ,le sommeil continue n'importe quelle ide444 ,il ronflait doucement4 ,un peu plus doucement1 je pris la bougie1 je sortis pas de loup4 #ahie ,,lettre ,d',,un ,,ami ,,note ,,de ,l',,diteur ,quelques bons esprits ayant admis1 quoique sans preuves matrielles1 que la lettre ci-contre avait t adresse ,m4 ,teste par un crivain de ses amis1 on a cru la devoir joindre ce recueil qui pouvait se passer d'elle1 comme elle de lui4 ,mon ami1 me voici loin de vous4 ,nous nous parlions1 et je vous cris4 ,c'est1 si l'on veut1 une chose bien trange4 ,vous allez voir que je suis dans une disposition m'merveiller4 ,le retour mme ce ,paris1 aprs une assez longue absence1 m'est apparu sous quelque espce mtaphysique4--,je ne parle pas seulement du retour matriel1 noir sacrifice d'une nuit au vacarme et aux saccades4 ,le corps inerte et vivant s'abandonne aux corps morts et mouvants qui le transportent4 ,le rapide a une ide fixe qui est la ,ville4 ,on est le captif de son idal1 le jouet de sa fureur monotone4 ,il faut subir des millions de coups frapps la cantonnade1 et ces rythmes et ces ruptures de rythmes1 ces battements et gmissements mcaniques1--tout le tapage forcen de je ne sais quelle fabrique de vitesse4 ,on est ivre de fantmes qui tournent1 de visions verses au nant1 de lumires arraches4 ,le mtal que forge la marche dans l'ombre fait rver que le ,temps personnel et brutal attaque et dsagrge la dure et profonde distance4 ,surexcit1 accabl de svices1 le cerveau1 de soi-mme1 et sans qu'il le sache1 engendre ncessairement toute une littrature moderne444 ,parfois la sensation se fait stationnaire4 ,l'ensemble des cahots ne mne rien4 ,le total du dplacement se compose d'une infinit de redites2 chaque instant vient convaincre l'autre que l'on n'arrivera jamais4 ,peut-tre l'ternit et l'enfer sont-ils les naves expressions de quelque voyage invitable8 ,a force1 toutefois1 de tant d'agitation de nos os et de nos ides dans les tnbres1 le soleil et ,paris sortent enfin du jeu4 ,mais l'tre de l'esprit1--le petit homme qui est dans l'homme1--7et qui est toujours suppos dans la grossire imagination que nous nous faisons de la connaissance71 opre de son ct son changement de prsence4 ,il ne circule point comme la conscience1 dans une fantasmagorie de visions et un tumulte de phnomnes4 ,il voyage selon sa nature1 et dans sa nature mme4 ,je m'estimerais beaucoup si je savais me reprsenter son opration4 ,si je savais vous la dcrire1 cette estime pour moi grandirait en moi l'infini4 ,mais il n'en est pas question444 ,je me figure donc1 comme je puis1 que le sentiment du changement de notre sjour s'accompagne dans quelque substance inconnue1 et qui nous est essentielle1 d'un travail de dtachement et de renouement subtils4 ,c'est une classification profonde qui se transforme4 ,a peine le dpart rsolu1 et bien avant que le corps ne s'y mette1 l'ide seule que tout va changer autour de nous intime notre systme cach une modification mystrieuse4 ,de sentir que l'on s'en va1 toutes choses encore tangibles en perdent presque aussitt leur existence prochaine4 ,elles sont comme frappes dans les puissances de leur prsence1 dont quelques-unes s'vanouissent4 ,hier encore1 vous tiez prs de moi1 et il y avait en moi une secrte personne dj toute dispose ne plus vous voir de longtemps4 ,je ne vous trouvais plus dans le temps rapproch1 et cependant je vous tenais la main4 ,vous m'tiez color d'absence1 et comme condamn ne point avoir d'avenir imminent4 ,je vous regardais de prs1 je vous voyais au loin4 ,vos mmes regards ne contenaient plus de dure4 ,il me semblait qu'il y et entre vous et moi deux distances1 l'une encore insensible1 l'autre immense dj2 et je ne savais pas quelle il fallait prendre pour la plus relle des deux444 ,j'ai observ1 pendant le trajet1 s'altrer les attentes de mon me4 ,certains ressorts se dtendent1 d'autres se roidissent4 ,nos prvisions inconscientes1 nos tonnements ventuels changent leurs positions profondes4 ,si je vous rencontrais demain1 ce me serait une grande surprise444 ,tout coup je me sentis ,paris1 quelques heures avant que d'y tre4 ,je reprenais sensiblement mes esprits parisiens qui s'taient un peu dissips dans mes voyages4 ,ils s'taient rduits des souvenirs2 ils redevenaient maintenant des valeurs vivantes et des sources que l'on doit utiliser chaque instant4 ,quel dmon que celui de l'analogie abstraite6--,vous savez comme il me tourmente quelquefois6--,il me soufflait de comparer cette altration indfinissable qui se passait en moi1 un changement assez brusque de certaines probabilits mentales4 ,telle rponse1 tel mouvement1 telle action de notre visage1 qui sont ,paris les effets instantans de nos impressions1 ne nous sont plus si naturels quand nous sommes retirs la campagne1 ou plongs dans un milieu suffisamment cart4 ,le spontan n'est plus le mme4 ,nous ne sommes prts rpondre qu' ce qui est probablement voisin4 ,on en tirerait de curieuses consquences4 ,un physicien hardi1 qui ferait entrer les vivants1 et mme les curs1 dans ses desseins1 se risquerait peut-tre dfinir un loignement par une certaine distribution intrieure444 ,j'ai grande peur1 mon vieil ami1 que nous ne soyons faits de bien des choses qui nous ignorent4 ,et c'est en quoi nous nous ignorons4 ,s'il y en a une infinit1 toute mditation est vaine444 ,je me sentais donc ressaisir par un autre systme de vie1 et je connaissais mon retour comme une sorte de rve de ce monde o je revenais4 ,une ville o la vie verbale est plus puissante1 plus diverse1 plus active et capricieuse qu'en toute autre1 se prparait en moi par l'ide d'une confusion tincelante4 ,le dur murmure du train prtait ma distraction image l'accompagnement de la rumeur d'une ruche4 ,il me semblait que nous avancions vers un nuage de propos4 ,mille gloires en volution1 mille titres d'ouvrages par seconde paraissaient1 prissaient indistinctement dans cette nbuleuse grandissante4 ,je ne savais pas si je voyais ou si j'entendais cette agitation insense4 ,il y avait des critures qui criaient1 des paroles qui taient des hommes1 et des hommes qui taient des noms444 ,point de lieu sur la terre1 pensai-je1 o le langage ait plus de frquence1 plus de rsonances1 moins de rserve1 qu'en ce ,paris o la littrature1 et la science1 et les arts1 et la politique d'un grand pays sont jalousement concentrs4 ,les ,franais ont amass toutes leurs ides dans une enceinte4 ,nous y vivons dans notre feu4 ,dire2 redire2 contredire2 prdire2 mdire444 ,tous ces verbes ensemble me rsumaient le bourdonnement du paradis de la parole4 ,quoi de plus fatigant que de concevoir le chaos d'une multitude d'esprits8--,chaque pense dans ce tumulte trouve sa pareille1 son adverse1 son antcdente et sa suivante4 ,tant de similitudes1 tant d'imprvu la dcouragent4 ,imaginez-vous le dsordre incomparable qu'entretiennent dix mille tres essentiellement singuliers8 ,songez la temprature que peut produire dans ce lieu un si grand nombre d'amours propres qui s'y comparent4 ,paris enferme et combine1 et consomme ou consume la plupart des brillants infortuns que leurs destins ont appels aux professions dlirantes444 ,je nomme ainsi tous ces mtiers dont le principal instrument est l'opinion que l'on a de soi-mme1 et dont la matire premire est l'opinion que les autres ont de vous4 ,les personnes qui les exercent1 voues une ternelle candidature1 sont ncessairement toujours affliges d'un certain dlire des grandeurs qu'un certain dlire de la perscution traverse et tourmente sans rpit4 ,chez ce peuple d'uniques rgne la loi de faire ce que nul n'a jamais fait1 et que nul jamais ne fera4 ,c'est du moins la loi des meilleurs1 c'est--dire de ceux qui ont le cur de vouloir nettement quelque chose d'absurde444 ,ils ne vivent que pour obtenir et rendre durable l'illusion d'tre seuls1--car la supriorit n'est qu'une solitude situe sur les limites actuelles d'une espce4 ,ils fondent chacun son existence sur l'inexistence des autres1 mais auxquels il faut arracher leur consentement qu'ils n'existent pas444 ,remarquez bien que je ne fais que de dduire ce qui est envelopp dans ce qui se voit4 ,si vous doutez1 cherchez donc quoi tend un travail qui doit ne pouvoir absolument tre fait que par un individu dtermin1 et qui dpend de la particularit des hommes8 ,songez la signification vritable d'une hirarchie fonde sur la raret4--,je m'amuse parfois d'une image physique de nos curs1 qui sont faits intimement d'une norme injustice et d'une petite justice combines4 ,j'imagine qu'il y a dans chacun de nous un atome important entre nos atomes1 et constitu par deux grains d'nergie qui voudraient bien se sparer4 ,ce sont des nergies contradictoires mais indivisibles4 ,la nature les a jointes pour toujours1 quoique furieusement ennemies4 ,l'une est l'ternel mouvement d'un gros lectron positif1 et ce mouvement inpuisable engendre une suite de sons graves o l'oreille intrieure distingue sans nulle peine une profonde phrase monotone3 ,il n'y a que moi4 ,il n'y a que moi4 ,il n'y a que moi1 moi1 moi444 ,quant au petit lectron radicalement ngatif1 il crie l'extrme de l'aigu1 et perce et reperce de la sorte la plus cruelle le thme gotiste de l'autre3 ,oui1 mais il y a un tel444 ,oui1 mais il y a un tel444 ,tel1 tel1 tel4 ,et tel autre6444 ,car le nom change assez souvent444 ,bizarre royaume o toutes les belles choses qui s'y produisent sont une amre nourriture pour toutes les mes moins une4 ,et plus elles sont belles1 plus amrement ressenties4 ,tenez encore4 ,il me semble que chaque mortel possde tout auprs du centre de sa machine1 et en belle place parmi les instruments de la navigation de sa vie1 un petit appareil d'une sensibilit incroyable qui lui marque l'tat de l'amour de soi4 ,on y lit que l'on s'admire1 que l'on s'adore1 que l'on se fait horreur1 que l'on se raye de l'existence2 et quelque vivant index1 qui tremble sur le cadran secret1 hsite terriblement prestement entre le zro d'tre une bte et le maximum d'tre un dieu4 ,eh bien1 mon tendre ami1 si vous voulez comprendre quelque chose bien des choses1 il faut songer qu'un appareil si vital et si dlicat est le jouet du premier venu4 ,et1 sans doute1 il est des hommes tranges en qui cette aiguille cache marque toujours le point oppos de celui que l'on gagerait qu'elle indiqut4 ,ils se hassent au moment mme de l'estime universelle1 et au contraire dans le contraire4 ,mais nous savons qu'il n'est plus de lois toutes satisfaites4 ,il n'est plus que des peu prs444 ,et le train filait toujours1 rejetant violemment peupliers1 vaches1 hangars1 et toutes choses terrestres1 comme s'il avait soif1 comme s'il courait la pense pure1 ou vers quelque toile rejoindre4 ,quel but suprme peut exiger un ravissement si brutal1 et un renvoi si vif de paysages tous les diables4 ,nous approchions de la nue4 ,des noms s'illuminaient1 d'autres plissaient4 ,le ciel s'emplissait de mtores politiques et littraires4 ,les surprises crpitaient4 ,les doux blaient1 les aigres miaulaient1 les gras mugissaient1 les maigres rugissaient4 ,les partis1 les coles1 les salons1 les cafs1 tout se faisait entendre4 ,l'air ne suffisant plus1 l'ther se chargeait de messages4 ,on tait assourdi par le cliquetis d'un duel dont les pes taient des clairs1 et bien des pauvrets se propageaient jusqu'aux extrmits du monde avec la vitesse de la lumire4 ,je vous prie de m'excuser de cet abus que je fais de l'imparfait de l'indicatif2 mais il est le temps de l'incohrence1 et je m'aperois que je suis en train de vous peindre1 si c'est l une peinture1 la plus grande incohrence concevable4 ,j'y ajouterai quelques traits au moyen de quelques autres imparfaits4 ,je voyais en esprit le march1 la bourse1 le bazar occidental des changes des phantasmes4 ,j'tais occup des merveilles de l'instable1 de sa dure tonnante1 de la force des paradoxes1 de la rsistance des choses uses444 ,tout se figurait4 ,les luttes abstraites prenaient forme de diableries4 ,la mode et l'ternit se colletaient4 ,le rtrograde et l'avanc se disputaient le point d'o l'on tombe4 ,les nouveauts mme nouvelles enfantaient des consquences trs anciennes4 ,ce que le silence avait labor se vendait la crie444 ,enfin1 tous les vnements possibles spirituels se produisaient rapidement devant mon me encore demi endormie4 ,elle tait saisie de terreur1 de dgot1 de dsespoir1 et d'une affreuse curiosit1 en contemplant1 toute lasse et confuse1 le spectacle idal de cette immense activit que l'on nomme intellectuelle4 99 99 99 99 99 --,,intellectuelle8444 99 99 99 99 99 ,ce mot norme1 qui m'tait venu vaguement1 bloqua net tout mon train de visions4 ,drle de chose que le choc d'un mot dans une tte6 ,toute la masse du faux en pleine vitesse saute brusquement hors de la ligne du vrai444 ,intellectuelle8444 ,point de rponse4 ,point d'ides4 ,des arbres1 des disques1 des harpes infinies sur les fils horizontaux desquelles volaient plaines1 chteaux1 fumes444 ,je regardais en moi avec des yeux trangers4 ,je butais dans ce que je venais de crer4 ,ahuri1 au milieu des dbris de l'intelligible1 je retrouvai inerte et comme renvers1 ce grand mot qui avait caus la catastrophe4 ,il tait sans doute un peu trop long pour les courbes de ma pense4 --,intellectuelle444 ,tout le monde ma place aurait compris4 ,mais moi6444 --,vous le savez1 cher ,vous1 que je suis un esprit de la plus tnbreuse espce4 ,vous le savez par exprience1 et le savez encore mieux pour l'avoir cent fois ou dire4 ,il ne manque point de personnes1 et doctes1 et bnignes1 et bien disposes1 qui attendent pour me lire que l'on m'ait traduit en franais4 ,elles s'en plaignent vers le public1 lui exposent des citations de mes vers o je confesse qu'elles doivent s'embarrasser4 ,mme1 elles tirent une juste gloire de ne point entendre quelque chose2 ce que d'autres cacheraient4 ,modeste tamen et circumspecto judicio pronuntiandum est1 dit ,quintilien1 dans un endroit que ,racine a pris soin de traduire1--ne quod plerisque accidit1 damnent quae non intelligunt4 ,mais moi1 je suis dsespr d'affliger ces amateurs de lumire4 ,rien ne m'attire que la clart4 ,hlas1 ami de moi6 je vous assure que je n'en trouve presque point4 ,je mets ceci dans votre oreille toute proche4 ,n'allez point le rpandre4 ,gardez excessivement mon secret4 ,oui1 la clart pour moi est si peu commune que je n'en vois sur toute l'tendue du monde1--et singulirement du monde pensant et crivant1--que dans la proportion du diamant la masse de la plante4 ,les tnbres que l'on me prte sont vaines et transparentes auprs de celles que je dcouvre un peu partout4 ,heureux les autres1 qui conviennent avec eux-mmes qu'ils s'entendent parfaitement6 ,ils crivent1 ils parlent sans trembler4 ,vous sentez comme j'envie tous ces humains lucides dont les ouvrages font que l'on songe la douce facilit du soleil dans un univers de cristal444 ,ma mauvaise conscience me suggre parfois de les incriminer pour me dfendre4 ,elle me murmure qu'il n'y a que ceux qui ne cherchent rien qui ne rencontrent jamais l'obscurit1 et qu'il ne faut proposer aux gens que ce qu'ils savent4 ,mais je m'examine dans le fond1 et il faut bien que je consente ce que disent tant de personnes distingues4 ,je suis fait vritablement1 mon ami1 d'un malheureux esprit qui n'est jamais bien sr d'avoir compris ce qu'il a compris sans s'en apercevoir4 ,je discerne fort mal ce qui est clair sans rflexion de ce qui est positivement obscur444 ,cette faiblesse1 sans doute1 est le principe de mes tnbres4 ,je me mfie de tous les mots1 car la moindre mditation rend absurde que l'on s'y fie4 ,j'en suis venu1 hlas1 comparer ces paroles par lesquelles on traverse si lestement l'espace d'une pense1 des planches lgres jetes sur un abme1 qui souffrent le passage et point la station4 ,l'homme en vif mouvement les emprunte et se sauve2 mais qu'il insiste le moins du monde1 ce peu de temps les rompt et tout s'en va dans les profondeurs4 ,qui se hte a compris2 il ne faut point s'appesantir3 on trouverait bientt que les plus clairs discours sont tissus de termes obscurs4 ,tout ceci me pourrait induire en de grands et charmants dveloppements dont je vous fais grce4 ,une lettre est littrature4 ,c'est une loi troite de la littrature qu'il ne faut rien creuser fond4 ,c'est aussi le vu gnral4 ,voyez de toutes parts4 ,j'tais donc dans mon propre gouffre1--qui pour tre le mien n'en tait pas moins gouffre1--j'tais donc dans mon propre gouffre1 incapable d'expliquer un enfant1 un sauvage1 un archange1-- moi-mme1--ce mot3 ,intellectuel qui ne donne aucun mal qui que ce soit4 ,ce n'tait point les images qui me manquaient4 ,mais au contraire1 chaque consultation de mon esprit par ce terrible mot1 l'oracle rpondait par une image diffrente4 ,toutes taient naves4 ,aucune exactement n'annulait la sensation de ne point comprendre4 ,il me venait des lambeaux de rve4 ,je formais des figures que j'appelais des ,intellectuels4 ,hommes presque immobiles qui causaient de grands mouvements dans le monde4 ,ou hommes trs anims1 dont les vives actions de leurs mains et de leurs bouches manifestaient des puissances imperceptibles et des objets invisibles par essence444 ,je vous demande pardon de vous dire la vrit4 ,je voyais ce que je voyais4 ,hommes de pense1 ,hommes de lettres1 ,hommes de science1 ,artistes1--,causes1 causes vivantes1 causes individues1 causes minimes1 causes contenant des causes et inexplicables elles-mmes1--et causes de qui les effets taient aussi vains1 mais la fois aussi prodigieusement importants1 que je le voulais444 l'univers de ces causes et de leurs effets existait et n'existait pas4 ,ce systme d'actes tranges1 de productions et de prodiges avait la ralit toute-puissante et nulle d'une partie de cartes4 ,inspirations1 mditations1 uvres1 gloire1 talents1 il dpendait d'un certain regard que ces choses fussent presque tout1 et d'un certain autre1 qu'elles se rduisissent presque rien4 ,puis1 une lueur apocalyptique1 je crus entrevoir le dsordre et la fermentation de toute une socit de dmons4 ,il parut1 dans un espace surnaturel1 une sorte de comdie de ce qui arrive dans l',histoire4 ,luttes1 factions1 triomphes1 excrations solennelles1 excutions1 meutes1 tragdies autour du pouvoir6444 ,il n'tait bruit dans cette ,rpublique que de scandales1 de fortunes foudroyantes ou foudroyes1 de complots et d'attentats4 ,il y avait des plbiscites de chambre1 des couronnements insignifiants1 beaucoup d'assassinats par la parole4 ,je ne parle point des larcins4 ,tout ce peuple intellectuel tait comme l'autre4 ,on y trouvait des puritains1 des spculateurs1 des prostitus1 des croyants qui ressemblaient des impies et des impies qui faisaient mine de croyants2 il y avait de faux simples et de vraies btes1 et des autorits1 et des anarchistes1 et jusqu' des bourreaux dont les glaives dgouttaient d'encre4 ,et les uns se croyaient prtres et pontifes1 les autres prophtes1 les autres ,csars1 ou bien martyrs1 ou un peu de chaque4 ,plusieurs se prenaient1 jusque dans leurs actes1 pour des enfants ou pour des femmes4 ,les plus ridicules taient ceux qui se faisaient de leur chef les juges et les justiciers de la tribu4 ,ils ne paraissaient point se douter que nos jugements nous jugent1 et que rien plus ingnument ne nous dvoile et n'expose nos faiblesses que l'attitude de prononcer sur le prochain4 ,c'est un art dangereux que celui dans lequel les moindres erreurs peuvent toujours s'attribuer au caractre4 ,chacun de ces dmons se regardait assez souvent dans un miroir de papier2 il y considrait le premier ou le dernier des tres444 ,je cherchais vaguement les lois de cet empire4 ,la ncessit d'amuser2 le besoin de vivre2 le dsir de survivre2 le plaisir d'tonner1 de choquer1 de gourmander1 d'enseigner1 de mpriser2 l'aiguillon de la jalousie1 menaient1 irritaient1 chauffaient1 expliquaient cet ,enfer4 ,je m'y suis vu moi-mme2 et sous une figure inconnue de moi1 que mes crits1 peut-tre1 avaient forme4 ,vous n'ignorez pas1 cher rveur1 que dans les songes1 il se fait quelquefois un accord singulier entre ce que l'on voit et ce que l'on sait2 mais ce n'est point un accord qui se supporterait dans la veille4 ,je vois ,pierre1 et je sais qu'il est ,jacques4 ,je me suis donc aperu1 quoique rarement1 et sous un autre visage2 je ne me reconnaissais qu' une douleur exquise qui me perait le cur4 ,du fantme ou de moi1 il me semblait que l'un de nous dt s'vanouir444 ,adieu4 ,je n'en finirais plus si je voulais vous donner lire tout ce qui vint se colorer et me confondre dans les derniers instants de mon voyage4 ,adieu4 ,j'oubliais de vous dire que je fus tir de tout ceci par le pied d'un dur ,anglais qui m'crasa le mien sans nulle peine1 cependant que le train noir et suant stoppait4 ,adieu4 ,,lettre ,,de ,,madame ,,milie ,,teste ,monsieur et ami1 ,je vous rends grces de votre envoi et de la lettre que vous avez crite ,monsieur ,teste4 ,je crois bien que l'ananas et les confitures n'ont pas dplu2 je suis sre que les cigarettes ont fait plaisir4 ,quant la lettre1 je mentirais si je vous en disais la moindre chose4 ,je l'ai lue mon mari1 et je ne l'ai gure comprise4 ,cependant je vous avoue que j'y ai pris une certaine dlectation4 ,les choses abstraites ou trop leves pour moi ne m'ennuient pas entendre2 j'y trouve un enchantement presque musical4 ,il y a une belle partie de l'me qui peut jouir sans comprendre1 et qui est grande chez moi4 ,j'ai donc fait lecture de votre lettre ,m4 ,teste4 ,il l'a cout lire sans montrer ce qu'il en pensait1 ni qu'il y penst4 ,vous savez qu'il ne lit presque rien de ses yeux1 dont il fait un usage trange1 et comme intrieur4 ,je me trompe1 je veux dire3 un usage particulier4 ,mais ce n'est pas cela du tout4 ,je ne sais comment m'exprimer2 mettons la fois intrieur1 particulier4441 et universel666 ,ils sont fort beaux1 ses yeux2 je les aime d'tre un peu plus grands que tout ce qu'il y a de visible4 ,on ne sait jamais s'il leur chappe quoi que ce soit1 ou bien1 si1 au contraire1 le monde entier ne leur est pas un simple dtail de tout ce qu'ils voient1 une mouche volante qui vous peut obsder1 mais qui n'existe pas4 ,cher ,monsieur1 depuis que je suis marie avec votre ami1 jamais je n'ai pu m'assurer de ses regards4 ,l'objet mme qu'ils fixent est peut-tre l'objet mme que son esprit veut rduire nant4 ,notre vie est toujours celle que vous connaissez3 la mienne1 nulle et utile2 la sienne1 toute en habitudes et en absence4 ,ce n'est pas qu'il ne se rveille1 et ne reparaisse1 quand il veut1 terriblement vivant4 ,je l'aime bien ainsi4 ,il est grand et redoutable tout coup4 ,la machine de ses actes monotones clate2 son visage tincelle1 il dit des choses que bien souvent je n'entends qu' demi1 mais qui ne s'effacent plus de ma mmoire4 ,mais je ne veux rien vous cacher1 ou presque rien3 ,il lui arrive d'tre trs dur4 ,je ne pense pas que personne puisse l'tre comme lui4 ,il vous brise l'esprit d'un mot1 je me vois comme un vase manqu que le potier jette aux dbris4 ,il est dur comme un ange1 ,monsieur4 ,il ne se rend pas compte de sa force3 il a des paroles inattendues qui sont trop vraies1 qui vous anantissent les gens1 les rveillent en pleine sottise1 face eux-mmes1 tout attraps d'tre ce qu'ils sont1 et de vivre si naturellement de niaiseries4 ,nous vivons bien l'aise1 chacun dans son absurdit1 comme poissons dans l'eau1 et nous ne percevons jamais que par un accident tout ce que contient de stupidits l'existence d'une personne raisonnable4 ,nous ne pensons jamais que ce que nous pensons nous cache ce que nous sommes4 ,j'espre bien1 ,monsieur1 que nous valons mieux que toutes nos penses1 et que notre plus grand mrite devant ,dieu sera d'avoir essay de nous arrter sur quelque chose de plus solide que les babillages mme admirables de notre esprit avec soi-mme4 ,d'ailleurs1 ,m4 ,teste n'a pas besoin de parler pour rendre l'humilit et une simplicit presque animale les personnes qui l'entourent4 ,son existence semble infirmer toutes les autres1 et mme ses manies font rflchir4 ,mais n'imaginez pas qu'il soit toujours difficile ni accablant4 ,si vous saviez1 ,monsieur1 comme il peut tre tout autre6444 ,certes1 il est dur1 parfois2 mais en d'autres heures1 c'est d'une exquise et surprenante douceur qu'il se pare1 qui semble descendre des cieux4 ,c'est un prsent mystrieux et irrsistible que son sourire1 et sa rare tendresse est une rose d'hiver4 ,toutefois1 il est impossible de prvoir ni sa facilit ni ses violences4 ,c'est une chose vaine d'en attendre la rigueur ou la faveur2 il djoue par sa profonde distraction et par l'ordre impntrable de ses penses1 tous les calculs ordinaires que font les humains au caractre de leurs semblables4 ,mes prvenances1 mes complaisances1 mes tourderies1 mes petits manquements1 je ne sais jamais ce qu'ils tireront de ,m4 ,teste4 ,mais je vous avoue que rien ne m'attache plus lui que cette incertitude de son humeur4 ,aprs tout1 je suis bien heureuse de ne point trop le comprendre1 de ne point deviner chaque jour1 chaque nuit1 chaque moment prochain de mon passage sur la terre4 ,mon me a plus de soif d'tre tonne que de tout autre chose4 ,l'attente1 le risque1 un peu de doute1 l'exaltent et la vivifient bien plus que ne le fait la possession du certain4 ,je crois que cela n'est pas bien2 mais je suis ainsi1 malgr les reproches que je m'en fais4 ,je me suis confesse plus d'une fois d'avoir pens que je prfrais croire en ,dieu que de le voir dans toute sa gloire1 et j'ai t blme4 ,mon confesseur m'a dit que c'tait une btise plutt qu'un pch4 ,pardonnez-moi de vous crire sur mon pauvre tre quand vous ne souhaitez que d'apprendre quelques nouvelles de celui qui vous intresse si vivement4 ,mais je suis un peu plus que le tmoin de sa vie2 j'en suis une pice et comme un organe1 quoique non essentiel4 ,mari et femme que nous sommes1 nos actions sont composes par le mariage1 et nos ncessits temporelles assez bien ajustes1 en dpit de la diffrence immense et indfinissable de nos esprits4 ,je suis donc oblige de vous parler incidemment de celle qui vous parle de lui4 ,peut-tre que vous concevez assez mal quelle est ma condition auprs de ,m4 ,teste1 et comment je m'arrange de passer mes jours dans l'intimit d'un homme si original1 de m'en trouver si proche et si loigne8 ,les dames de mon ge1 mes amies vritables ou apparentes1 sont fort tonnes de me voir1 qui semble si bien faite pour une existence comme la leur1 et femme assez agrable1 point indigne d'un sort comprhensible et simple1 accepter une position qu'elles ne peuvent se figurer le moins du monde dans la vie d'un tel homme dont la rputation de bizarreries les choque et les scandalise4 ,elles ne savent pas que le moindre adoucissement de mon cher poux est mille fois plus prcieux que toutes les caresses des leurs4 ,qu'est-ce que leur amour qui se ressemble et se rpte1 qui a perdu depuis longtemps tout ce qui tient de la surprise1 de l'inconnu1 de l'impossible1 tout ce qui fait que les moindres effleurements sont chargs de sens1 de risques et de puissance1 que la substance d'une voix est l'unique aliment de notre me1 et qu'enfin1 toutes les choses sont plus belles1 plus significatives1--plus lumineuses ou plus sinistres1--plus remarquables ou plus vaines1--selon le seul pressentiment de ce qui se passe dans une personne changeante qui nous est devenue mystrieusement essentielle8 ,voyez-vous1 ,monsieur1 il faut ne pas se connatre aux dlices pour les dsirer sparer de l'anxit4 ,si nave que je sois1 je me doute bien de ce que perdent les volupts d'tre apprivoises et accommodes aux habitudes domestiques4 ,un abandon1 une possession qui se rpondent1 gagnent infiniment1 je pense1 se prparer par l'ignorance mme de leur approche4 ,cette suprme certitude doit jaillir d'une suprme incertitude1 et se dclarer comme la catastrophe d'un certain drame dont nous serions bien en peine de retracer la marche et la conduite depuis le calme jusqu' l'extrme menace de l'vnement444 ,heureusement1--ou non1--je ne suis jamais sre1 quant moi1 des sentiments de ,m4 ,teste2 et il m'importe moins de l'tre que vous ne croiriez4 ,tout trangement marie que je suis1 je le suis en connaissance de cause4 ,je savais bien que les grandes mes ne se mettent en mnage que par accident2 ou bien1 c'est pour se faire une chambre tide o ce qu'il peut entrer de femme dans leur systme de vie soit toujours saisissable et toujours enferm4 ,le doux clat d'une paule assez pure n'est pas dtestable voir poindre entre deux penses6444 ,les messieurs sont ainsi1 mme profonds4 ,je ne dis point ceci pour ,m4 ,teste4 ,il est si trange6 ,en vrit1 on ne peut rien dire de lui qui ne soit inexact dans l'instant mme6444 ,je crois qu'il a trop de suite dans les ides4 ,il vous gare tout coup dans une trame qu'il est seul savoir tisser1 rompre1 reprendre4 ,il prolonge en soi-mme de si fragiles fils qu'ils ne rsistent leur finesse que par le secours et le concert de toute sa puissance vitale4 ,il les tire sur je ne sais quels gouffres personnels1 et il s'aventure sans doute1 assez loin du temps ordinaire1 dans quelque abme de difficults4 ,je me demande ce qu'il y devient8 ,il est clair qu'on n'est plus soi-mme dans ces contraintes4 ,notre humanit ne peut nous suivre vers des lumires si cartes4 ,son me1 sans doute1 se fait une plante singulire dont la racine1 et non le feuillage1 pousserait1 contre nature1 vers la clart6 ,n'est-ce point l se tendre hors du monde8--,trouvera-t-il la vie ou la mort1 l'extrmit de ses volonts attentives8--,sera-ce ,dieu1 ou quelque pouvantable sensation de ne rencontrer1 au plus profond de la pense1 que le ple rayonnement de sa propre et misrable matire8 ,il faut l'avoir vu dans ces excs d'absence6 ,alors sa physionomie s'altre1--s'efface6444 ,un peu plus de cette absorption1 et je suis sre qu'il se rendrait invisible4 ,mais1 ,monsieur1 quand il me revient de la profondeur6 ,il a l'air de me dcouvrir comme une terre nouvelle6 ,je lui apparais inconnue1 neuve1 ncessaire4 ,il me saisit aveuglment dans ses bras1 comme si j'tais un rocher de vie et de prsence relle1 o ce grand gnie incommunicable se heurterait1 toucherait1 tout coup s'accrocherait1 aprs tant d'inhumains silences monstrueux6 ,il retombe sur moi comme si j'tais la terre mme4 ,il se rveille en moi1 il se retrouve en moi1 quel bonheur6 ,sa tte est lourde sur ma face1 et de toute la force de ses nerfs je suis la proie4 ,il a une vigueur et une prsence effrayante dans les mains4 ,je me sens dans les prises d'un statuaire1 d'un mdecin1 d'un assassin1 sous leurs actions brutales et prcises2 et je me crois avec terreur tombe entre les serres d'un aigle intellectuel4 ,vous dirai-je toute ma pense8 ,j'imagine qu'il ne sait pas exactement ce qu'il fait1 ce qu'il ptrit4 ,tout son tre qui tait concentr sur un certain lieu des frontires de la conscience1 vient de perdre son objet idal1 cet objet qui existe et qui n'existe pas1 car il ne tient qu' un peu plus ou un peu moins de contention4 ,ce n'tait pas trop de toute l'nergie de tout un grand corps pour soutenir devant l'esprit l'instant de diamant qui est la fois l'ide1 la ,chose1 et le seuil et la fin4 ,eh bien1 ,monsieur1 quand cet poux extraordinaire me capture et me matrise en quelque sorte1 et m'imprime ses forces1 j'ai l'impression que je suis substitue cet objet de sa volont qu'il vient de perdre4 ,je suis comme le jouet d'une connaissance musculeuse4 ,je vous le dis comme je puis4 ,la vrit qu'il attendait a pris ma force et ma rsistance vivante2 et par une transposition toute ineffable1 ses volonts intrieures passent1 se dchargent dans ses mains dures et dtermines4 ,ce sont des moments bien difficiles4 ,alors1 que faire6 ,je me rfugie dans mon cur1 o je l'aime comme je veux4 ,quant ses sentiments mon gard1 quant l'opinion qu'il peut avoir de moi-mme1 ce sont choses que j'ignore1 comme j'ignore de lui tout ce qui ne se voit ni ne s'entend4 ,je vous ai dit tout l'heure mes suppositions2 mais je ne sais vritablement en quelles penses ou combinaisons il passe tant d'heures4 ,moi1 je me tiens la surface de la vie2 je m'abandonne au fil des jours4 ,je me dis que je suis la servante de l'instant incomprhensible o mon mariage s'est dcid comme de soi-mme4 ,instant peut-tre adorable1 peut-tre surnaturel8 ,je ne puis pas dire que je sois aime4 ,sachez que ce mot d'amour si incertain dans son sens ordinaire et qui hsite entre bien des images diffrentes1 ne vaut plus rien du tout s'il s'agit des rapports du cur de mon poux avec ma personne4 ,c'est un trsor scell que sa tte1 et je ne sais s'il a un cur4 ,sais-je jamais s'il me distingue2 s'il m'aime ou s'il m'tudie8 ,ou s'il tudie au moyen de moi8 ,vous comprendrez que je n'insiste pas sur ceci4 ,en rsum1 je me sens tre dans ses mains1 entre ses penses1 comme un objet qui tantt lui est le plus familier1 tantt le plus trange du monde1 selon le genre de son regard variable qui s'y adapte4 ,si j'osais vous communiquer ma frquente impression1 telle que je me la dis moi-mme1 et que je l'ai souvent confie ,m4 l',abb ,mosson1 je vous dirais au figur que je me sens vivre et me mouvoir dans la cage o l'esprit suprieur m'enferme1--par sa seule existence4 ,son esprit contient le mien1 comme l'esprit de l'homme fait celui de l'enfant ou celui du chien4 ,entendez-moi1 ,monsieur4 ,parfois je circule dans notre maison2 je vais1 je viens2 une ide de chanter me prend et s'lve2 je vole1 en dansant de gaiet improvise et de jeunesse inacheve1 d'une chambre l'autre4 ,mais si vive que je bondisse1 je ne laisse jamais de ressentir l'empire de ce puissant absent1 qui est l dans quelque fauteuil1 et songe1 et fume1 et considre sa main1 dont il fait jouer lentement toutes les articulations4 ,jamais je ne me sens l'me sans bornes4 ,mais environne1 mais enclose4 ,mon ,dieu6 ,que c'est difficile expliquer6 ,je ne veux point dire captive4 ,je suis libre1 mais je suis classe4 ,ce que nous avons de plus ntre1 de plus prcieux est obscur nous-mmes1 vous le savez bien4 ,il me semble que je perdrais l'tre1 si je me connaissais tout entire4 ,eh bien1 je suis transparente pour quelqu'un1 je suis vue et prvue1 telle quelle1 sans mystre1 sans ombres1 sans recours possible mon propre inconnu1-- ma propre ignorance de moi-mme6 ,je suis une mouche qui s'agite et vivote dans l'univers d'un regard inbranlable2 et tantt vue1 tantt non vue1 mais jamais hors de vue4 ,je sais toute minute que j'existe dans une attention toujours plus vaste et plus gnrale que toute ma vigilance1 toujours plus prompte que mes soudaines et plus promptes ides4 ,mes plus grands mouvements de l'me lui sont de petits vnements insignifiants4 ,et cependant j'ai mon infini444 que je sens4 ,je ne puis pas ne pas reconnatre qu'il est contenu dans le sien1 et je ne puis pas consentir qu'il le soit4 ,c'est une chose inexprimable1 ,monsieur1 que je puisse penser et agir absolument comme je veux1 sans jamais1 jamais1 pouvoir rien penser ni vouloir qui soit imprvu1 qui soit important1 qui soit indit pour ,m4 ,teste6444 ,je vous assure qu'une sensation si constante et si trange donne des ides bien profondes444 je puis dire que ma vie me prsente toute heure un modle sensible de l'existence de l'homme dans la divine pense4 ,j'ai l'exprience personnelle d'tre dans la sphre d'un tre comme toutes mes sont dans l'tre4 ,mais hlas6 cette mme sensation d'une prsence laquelle on ne peut se soustraire et d'une si intime divination1 n'est pas sans m'induire quelquefois en de viles penses4 ,je suis tente4 ,je me dis que cet homme est peut-tre rprouv1 que je m'expose grandement dans son voisinage1 et que je vis sous les feuilles d'un mauvais arbre444 ,mais je m'aperois presque aussitt que ces rflexions spcieuses dissimulent elles-mmes le pril contre quoi elles me conseillent de me mettre en garde4 ,je devine dans leurs replis une suggestion bien habile de rver une autre vie plus dlicieuse1 d'autres hommes444 ,et je me fais horreur4 ,je reviens sur mon sort2 je sens qu'il est ce qu'il doit tre2 je me dis que je veux mon sort1 que je le choisis de nouveau chaque instant2 j'entends intrieurement la voix si nette et si profonde de ,m4 ,teste qui m'appelle444 ,mais si vous saviez de quels noms6 ,il n'y a pas de femme au monde nomme comme moi4 ,vous savez quels noms ridicules changent les amants3 quelles appellations de chiens et de perruches sont les fruits naturels des intimits charnelles4 ,les paroles du cur sont enfantines4 ,les voix de la chair sont lmentaires4 ,m4 ,teste1 d'ailleurs1 pense que l'amour consiste pouvoir tre btes ensemble1--toute licence de niaiserie et de bestialit4 ,aussi m'appelle-t-il sa faon4 ,il me dsigne presque toujours selon ce qu'il veut de moi4 ,a soi seul1 le nom qu'il me donne me fait entendre d'un mot ce quoi je m'attende1 ou ce qu'il faut que je fasse4 ,quand ce n'est rien de particulier qu'il dsire1 il me dit3 tre1 ou ,chose4 ,et parfois il m'appelle ,oasis1 ce qui me plat4 ,mais il ne me dit jamais que je suis bte1--ce qui me touche bien profondment4 ,m4 l'abb qui a une grande et charitable curiosit de mon mari1 et une sorte de pitoyable sympathie pour un esprit si spar1 me dit franchement que ,m4 ,teste lui inspire des sentiments bien difficiles accorder entre eux4 ,il me disait l'autre jour3 ,les visages de ,monsieur votre mari sont innombrables6 ,il le trouve un monstre d'isolement et de connaissance singulire1 et il l'explique1 quoique regret1 par un orgueil de ces orgueils qui vous retranchent des vivants1 et non seulement des actuels vivants1 mais des vivants ternels2--un orgueil qui serait tout abominable et quasi satanique1 si cet orgueil n'tait1 dans cette me trop exerce1 tellement prement tourn contre soi-mme1 et ne se connaissait si exactement1 que le mal1 peut-tre1 en tait comme nerv dans son principe4 ,il s'abstrait affreusement du bien1 me dit l'abb1 mais il s'abstrait heureusement du mal444 ,il y a en lui je ne sais quelle effrayante puret1 quel dtachement1 quelle force et quelle lumire incontestables4 ,je n'ai jamais observ une telle absence de troubles et de doutes dans une intelligence trs profondment travaille4 ,il est terriblement tranquille6 ,on ne peut lui attribuer aucun malaise de l'me1 aucunes ombres intrieures1--et rien1 d'ailleurs1 qui drive des instincts de crainte ou de convoitise444 ,mais rien qui s'oriente vers la ,charit4 ,c'est une le dserte que son cur444 ,toute l'tendue1 toute l'nergie de son esprit l'environnent et le dfendent2 ses profondeurs l'isolent et le gardent contre la vrit4 ,il se flatte qu'il y est bien seul444 ,patience1 chre dame4 ,peut-tre1 certain jour1 trouvera-t-il quelque empreinte sur le sable444 ,quelle heureuse et sainte terreur1 quelle pouvante salutaire1 quand il connatra1 ce pur vestige de la grce1 que son le est mystrieusement habite6444 ,alors j'ai dit ,m4 l'abb que mon mari me faisait penser bien souvent un mystique sans ,dieu444 --,quelle lueur6 a dit l'abb1--quelles lueurs1 les femmes quelquefois tirent des simplicits de leurs impressions et des incertitudes de leur langage6444 ,mais aussitt1 et soi-mme1 il rpliqua3 --,mystique sans ,dieu6444 ,lumineux non-sens6444 ,voil qui est bientt dit6444 ,fausse clart444 ,un mystique sans ,dieu1 ,madame1 mais il n'est point de mouvement concevable qui n'ait sa direction et son sens1 et qui n'aille enfin quelque part6444 ,mystique sans ,dieu6444 ,pourquoi pas un ,hippogriffe1 un ,centaure6 --,pourquoi pas un ,sphinx1 ,monsieur l'abb8 ,il est d'ailleurs chrtiennement reconnaissant ,m4 ,teste de la libert qui m'est laisse de suivre ma foi et de me livrer mes dvotions4 ,j'ai toute licence d'aimer ,dieu et de le servir1 et je me puis partager trs heureusement entre mon ,seigneur et mon cher poux4 ,m4 ,teste quelquefois me demande de lui parler de mon oraison1 de lui expliquer aussi exactement que je le puisse1 comment je m'y mets1 comment je m'y applique et m'y soutiens2 et il dsire de savoir si je m'y abme aussi vritablement que je le crois4 ,mais peine j'ai commenc de chercher mes mots dans mon souvenir1 il me devance1 il s'interroge soi-mme1 et se mettant prodigieusement ma place1 il me dit sur ma propre prire de telles choses1 il m'en donne de telles prcisions qu'elles l'clairent1 la rejoignent en quelque sorte dans son altitude secrte1--et qu'il m'en communique la disposition et le dsir6444 ,il y a dans son langage je ne sais quelle puissance de faire voir et entendre ce que l'on a de plus cach444 ,et cependant1 ce sont des propos humains que les siens1 rien qu'humains2 ce ne sont que les formes trs intimes de la foi reconstitues par artifice1 et articules merveille par un esprit incomparable d'audace et de profondeur6 ,on dirait qu'il a froidement explor l'me fervente444 ,mais il manque affreusement cette recomposition de mon cur brlant et de sa foi1 son essence qui est esprance444 ,il n'y a pas un grain d'esprance dans toute la substance de ,m4 ,teste2 et c'est pourquoi je trouve un certain malaise dans cet exercice de son pouvoir4 99 99 99 99 99 ,je n'ai plus grand'chose vous dire aujourd'hui4 ,je ne m'excuse pas d'avoir crit si longuement1 puisque vous me l'avez demand et que vous vous dites d'une avidit insatiable de tous les faits et gestes de votre ami4 ,il faut en finir cependant4 ,voici l'heure de la promenade quotidienne4 ,je vais mettre mon chapeau4 ,nous irons doucement par les ruelles fort pierreuses et tortueuses de cette vieille ville que vous connaissez un peu4 ,nous allons1 la fin1 o vous aimeriez d'aller si vous tiez ici1 cet antique jardin o tous les gens penses1 soucis et monologues descendent vers le soir1 comme l'eau va la rivire1 et se retrouvent ncessairement4 ,ce sont des savants1 des amants1 des vieillards1 des dsabuss et des prtres2 tous les absents possibles1 et de tous les genres4 ,on dirait qu'ils recherchent leurs loignements mutuels4 ,ils doivent aimer de se voir sans se connatre1 et leurs amertumes spares sont accoutumes se rencontrer4 ,l'un trane sa maladie1 l'autre est press par son angoisse2 ce sont des ombres qui se fuient2 mais il n'y a pas d'autre lieu pour y fuir les autres que celui-ci1 o la mme ide de la solitude attire invinciblement chacun de tous ces tres absorbs4 ,nous serons tout l'heure dans cet endroit digne des morts4 ,c'est une ruine botanique4 ,nous y serons un peu avant le crpuscule4 ,voyez-nous1 marchant petits pas1 livrs au soleil1 aux cyprs1 aux cris d'oiseau4 ,le vent est froid au soleil1 le ciel trop beau parfois me serre le cur4 ,la cathdrale cache sonne4 ,il y a1 par-ci1 par-l1 des bassins ronds et surhausss qui me viennent la ceinture4 ,ils sont pleins jusqu' la margelle d'une eau noire et impntrable1 sur laquelle sont appliques les normes feuilles du ,nympha ,nelumbo2 et les gouttes qui s'aventurent sur ces feuilles roulent et brillent comme du mercure4 ,m4 ,teste se laisse distraire par ces grosses gouttes vivantes1 ou bien il se dplace lentement entre les planches tiquettes vertes1 o les spcimens du rgne vgtal sont plus ou moins cultivs4 ,il jouit de cet ordre assez ridicule et se complat peler les noms baroques3 ,antirrhinum ,siculum ,solanum ,warscewiezii666 ,et ce ,sisymbriifolium1 quel patois6444 ,et les ,vulgare1 et les ,asper1 et les ,palustris1 et les ,sinuata1 et les ,flexuosum1 et les ,praltum666 --,c'est un jardin d'pithtes1 dit-il l'autre jour1 jardin dictionnaire et cimetire444 ,et aprs un temps1 il se dit3 ,doctement mourir444 ,transiit classificando4 ,recevez1 ,monsieur et ,ami1 tous nos remerciements1 et nos bons souvenirs4 milie ,teste4 ,,extraits ,,du ,,log-,,book ,,de ,,monsieur ,,teste ,une prire de ,m4 ,teste3 ,seigneur1 j'tais dans le nant1 infiniment nul et tranquille4 ,j'ai t drang de cet tat pour tre jet dans le carnaval trange444 et fus par vos soins dou de tout ce qu'il faut pour ptir1 jouir1 comprendre et me tromper2 mais ces dons ingaux4 ,je vous considre comme le matre de ce noir que je regarde quand je pense1 et sur lequel s'inscrira la dernire pense4 ,donnez1 ,noir1--donnez la suprme pense444 ,mais toute pense gnralement quelconque peut tre suprme pense4 ,s'il en tait autrement1 s'il en ft une suprme en soi et par soi1 nous pourrions la trouver par rflexion ou par hasard2 et tant trouve1 devrions mourir4 ,ce serait pouvoir mourir d'une certaine pense1 seulement parce qu'elle n'a point de suivante4 ,je confesse que j'ai fait une idole de mon esprit1 mais je n'en ai pas trouv d'autre4 ,je l'ai traite par des offrandes1 par des injures4 ,non comme chose mienne4 ,mais444 99 99 99 ,analogie du mot de de ,maistre sur la conscience d'un honnte homme6 ,je ne sais pas ce qu'est la conscience d'un sot1 mais celle d'un homme d'esprit est pleine de sottises4 99 99 99 ,je ne sais pas telle chose2 je ne puis pas saisir telle chose1 mais je sais ,portius qui la possde4 ,je possde mon ,portius1 que je manuvre en tant qu'homme et qui contient ce que je ne sais pas4 99 99 99 ,il y a des personnages qui sentent que leurs sens les sparent du rel1 de l'tre4 ,ce sens en eux infecte leurs autres sens4 ,ce que je vois m'aveugle4 ,ce que j'entends m'assourdit4 ,ce en quoi je sais1 cela me rend ignorant4 ,j'ignore en tant et pour autant que je sais4 ,cette illumination devant moi est un bandeau et recouvre ou une nuit ou une lumire plus444 ,plus quoi8 ,ici le cercle se ferme1 de cet trange renversement3 la connaissance1 comme un nuage sur l'tre2 le monde brillant1 comme taie et opacit4 ,otez toute chose que j'y voie4 99 99 99 ,cher ,monsieur1 vous tes parfaitement dnu d'intrt4--,mais pas votre squelette--ni votre foie1 ni lui-mme votre cerveau4--,et ni votre air bte et ni ces yeux tard venus--et toutes vos ides4--,que ne puis-je seulement connatre le mcanisme d'un sot6 99 99 99 ,je ne suis pas fait pour les romans ni pour les drames4 ,leurs grandes scnes1 colres1 passions1 moments tragiques1 loin de m'exalter me parviennent comme de misrables clats1 des tats rudimentaires o toutes les btises se lchent1 o l'tre se simplifie jusqu' la sottise2 et il se noie au lieu de nager dans les circonstances de l'eau4 99 99 99 ,je ne lis pas dans le journal ce drame sonore1 cet vnement qui fait palpiter tout cur4 ,o me conduiraient-ils1 sinon rien qu'au seuil mme de ces problmes abstraits o je suis dj tout entier situ8 99 99 99 ,je suis rapide ou rien4--,inquiet1 explorateur effrn4 ,parfois je me reconnais une vue particulirement personnelle et capable de gnralisation4 ,ces vues tuent les autres vues qui ne peuvent tre portes au gnral--soit dfaut de puissance chez le voyant1 soit par autre cause8 ,il en rsulte un individu ordonn selon les puissances de ses penses4 99 99 99 ,homme toujours debout sur le cap ,pense1 s'carquiller les yeux sur les limites ou des choses1 ou de la vue444 ,il est impossible de recevoir la vrit de soi-mme4 ,quand on la sent se former 7c'est une impression71 on forme du mme coup un autre soi inaccoutum444 dont on est fier1--dont on est jaloux444 7,c'est un comble de politique interne47 ,entre ,moi clair et ,moi trouble2 entre ,moi juste et ,moi coupable1 il y a de vieilles haines et de vieux arrangements1 de vieux renoncements et de vieilles supplications4 99 99 99 ,sorte de prire particulire3 ,je remercie cette injustice1 cet affront qui m'a rveill1 et dont la vive sensation m'a jet loin de sa cause ridicule1 me donnant aussi la force et le got de ma pense tellement qu'enfin mes travaux ont eu le bnfice de ma colre2 la recherche de mes lois a profit de l'incident4 99 99 99 ,pourquoi j'aime ce que j'aime8 ,pourquoi je hais ce que je hais8 ,qui n'aurait le dsir de renverser la table de ses dsirs et de ses dgots8 ,de changer le sens de ses mouvements instinctifs8 ,comment se peut-il que je sois la fois comme une aiguille aimante et comme un corps indiffrent8444 ,je contiens un tre moindre auquel il me faut obir sous une peine inconnue1 qui est mort4 ,aimer1 har sont au-dessous4 ,aimer1 har--paraissent moi des hasards4 99 99 99 ,c'est ce que je porte d'inconnu moi-mme qui me fait moi4 ,c'est ce que j'ai d'inhabile1 d'incertain qui est bien moi-mme4 ,ma faiblesse1 ma fragilit444 ,les lacunes sont ma base de dpart4 ,mon impuissance est mon origine4 ,ma force sort de vous4 ,mon mouvement va de ma faiblesse ma force4 ,mon dnuement rel engendre une richesse imaginaire2 et je suis cette symtrie2 je suis l'acte qui annule mes dsirs4 ,il y a en moi quelque facult plus ou moins exerce1 de considrer1--et mme de devoir considrer--mes gots et mes dgots comme purement accidentels4 ,si j'en savais plus1 peut-tre verrais-je une ncessit--au lieu de ce hasard4--,mais voir cette ncessit1 cela est encore distinct444 ,ce qui me contraint n'est pas moi4 99 99 99 ,soumets-toi tout entier ton meilleur moment1 ton plus grand souvenir4 ,c'est lui qu'il faut reconnatre comme roi du temps1 ,le plus grand souvenir1 ,l'tat o doit te reconduire toute discipline4 ,lui qui te donne de te mpriser1 ainsi que de te prfrer justement4 ,tout par rapport ,lui1 qui installe dans ton dveloppement une mesure1 des degrs4 ,et s'il est d quelque autre que toi--nie-le et sache-le4 ,centre de ressort1 de mpris1 de puret4 ,je m'immole intrieurement ce que je voudrais tre6 99 99 99 ,l'ide1 le principe1 l'clair1 le premier moment du premier tat1 le saut1 le bond hors de la suite444 ,a d'autres1 prparations et excutions4 ,jette l le filet4 ,voici le lieu de la mer o vous trouverez4 ,adieu4 99 99 99 444 ,vieux dsir 7te revoil priodique souffleur7 de tout reconstruire en matriaux purs3 rien que d'lments dfinis1 rien que de relations nettes1 rien que de contacts et de contours dessins1 rien que de formes conquises1 et pas de vague4 99 99 99 ,mditations sur son ascendance1 sa descendance4 tranget de ces chos de l',,un4 ,quoi1 ce bloc moi trouve des parties hors de lui6444 444 ,cette manire de regarder qui me contient tout entier1 qui prsage1 prpare dans un certain sourire toute mon explicite pense1--cette tenue de la ,chose entre le pli du coin gauche de ma bouche et les pressions des paupires et les torsions des moteurs de l'il - cet acte essentiel de moi1 cette dfinition1 cette condition singulire - existe sur cet autre visage1 sur ce visage de quelque mort1 sur celui-ci dj1 encore sur cet autre - en divers ges1 poques - ,eh6 je le sais bien - ces exemplaires n'ont pas prouv les mmes choses2 bien diverses leurs expriences et leurs sciences444 mais - n'importe6 - ,ils ne se trompent pas entre eux4 - ,ils se devinent4 ,admirable parent mathmatique des hommes - ,que dire de cette fort de relations et de correspondances8 7,nous n'avons pas mme la moiti des mots que les ,romains avaient pour en parler47 ,quels mlanges et quelles diffusions6 ,,ensemble ,autrui1 ma caricature1 mon modle1 les deux4 ,autrui que j'immole justement dans le silence2 que je brle sous le nez de mon--me6 ,et ,moi6 que je dchire1 et que je nourris de sa propre substance toujours re-m-che1 seul aliment pour qu'il s'accroisse6 99 99 99 ,autrui que j'aime faible2 que fort1 j'adore et bois2--je te prfre intelligent et passif444 moins que1 raret1 et jusqu' ce que1 peut-tre - un autre ,mme paraisse - une rponse prcise444 ,en attendant1 qu'importe le reste6 99 99 99 ,je sens infiniment le pouvoir1 le vouloir1 parce que je sens infiniment l'informe et le hasard qui les baigne1 les tolre1 et tend reprendre sa fatale libert1 sa figure indiffrente1 son niveau d'gale chance4 99 99 99 ,en quoi cet aprs-midi1 cette fausse lumire1 cet aujourd'hui1 ces incidents connus1 ces papiers1 ce tout quelconque se distingue-t-il d'un autre tout1 d'un avant-hier8 ,les sens ne sont pas assez subtils pour voir que des changements ont eu lieu4 ,je sais bien que ce n'est le mme jour1 mais je ne fais que le savoir4 ,pas assez subtils1 mes sens1 pour dfaire cette uvre si fine ou si profonde qui est le pass2 pas assez subtils pour que je distingue que ce lieu ou ce mur ne sont pas identiques1 peut-tre1 ce qu'ils taient l'autre jour4 ,,po,,me 7traduit du langage ,self7 ,j'allais peut-tre vous aimer1 ,o mon ,esprit6 ,mais je m'avise ,que je vous aimais tant1 dj6 ,j'allais peut-tre vous aimer1 ,o mon ,esprit6 ,mais je m'avise1 mon ,esprit1 ,que je t'aimais dj d'une tout autre sorte6 ,tu te fais souvenir non d'autres1 mais de toi1 ,et tu deviens toujours plus semblable nul autre4 ,plus autrement le mme1 et plus mme que moi4 ,o ,mien--mais qui n'es pas encor tout fait ,moi6 ,,si ,,le ,,moi ,,pouvait ,,parler ,quelle injure qu'un compliment6--,on ose me louer6 ,ne suis-je pas au del de toute qualification8 ,voil ce que dirait un ,moi1 si lui-mme osait6-- ,et si le ,moi pouvait parler 7,refrain74 ,,le ,,riche ,d',,esprit ,cet homme avait en soi de telles possessions1 de telles perspectives2 il tait fait de tant d'annes de lectures1 de rfutations1 de mditations1 de combinaisons internes1 d'observations2 de telles ramifications1 que ses rponses taient difficiles prvoir2 qu'il ignorait lui-mme quoi il aboutirait1 quel aspect le frapperait enfin1 quel sentiment prvaudrait en lui1 quels crochets et quelle simplification inattendue se feraient1 quel dsir natrait1 quelle riposte1 quels clairages4 ,peut-tre tait-il parvenu cet trange tat de ne pouvoir regarder sa propre dcision ou rponse intrieure1 que sous l'aspect d'un expdient1 sachant bien que le dveloppement de son attention serait infini et que l'ide d'en finir n'a plus aucun sens1 dans un esprit qui se connat assez4 ,il tait au degr de civilisation intrieure o la conscience ne souffre plus d'opinions qu'elle ne les accompagne de leur cortge de modalits1 et qu'elle ne se repose 7si c'est l se reposer7 que dans le sentiment de ses prodiges1 de ses exercices1 de ses substitutions1 de ses prcisions innombrables4 444 ,dans sa tte o derrire les yeux ferms se passaient des rotations curieuses1--des changements si varis1 si libres1 et pourtant si limits1--des lumires comme celles que ferait une lampe porte par quelqu'un qui visiterait une maison dont on verrait les fentres dans la nuit1 comme des ftes loignes1 des foires de nuit1 mais qui pourraient se changer en gares et en sauvageries si l'on pouvait en approcher--ou en effrayants malheurs1--ou en vrits et rvlations444 ,c'tait comme le sanctuaire et le lupanar des possibilits4 ,l'habitude de mditation faisait vivre cet esprit au milieu--au moyen--d'tats rares2 dans une supposition perptuelle d'expriences purement idales2 dans l'usage continuel des conditions-limites et des phases critiques de la pense444 ,comme si les rarfactions extrmes1 les vides inconnus1 les tempratures hypothtiques1 les pressions et les charges monstrueuses avaient t ses ressources naturelles--et que rien ne pt tre pens en lui qu'il ne le soumt par cela seul au traitement le plus nergique et ne rechercht tout le domaine de son existence4 99 99 99 ,ce got1 et parfois ce talent de la transcendance1--j'entends par l une incohrence relle1 plus vraie que toute cohrence propose1 avec le sentiment d'tre ce qui passe immdiatement d'une chose l'autre1 de traverser en quelque manire les plus divers ordres--ordres de grandeur444 points de vue1 accommodations trangres444 ,et ces brusques retours soi1 coupant quoi que ce soit2 et ces vues bifides1 ces attentions tripodes1 ces contacts dans un autre monde de choses spares dans le leur444 ,c'est moi4 99 99 99 ,mprise tes penses1 comme d'elles-mmes elles passent4--,et repassent6444 99 99 99 ,,le ,,jeu ,,personnel4 ,rgle du jeu4 ,la partie est gagne si l'on se trouve digne de son approbation4 ,si la partie gagne l'a t par calcul1 avec volont1 suite et lucidit1--le gain est le plus grand possible4 ,l',,homme ,,de ,,verre ,si droite est ma vision1 si pure ma sensation1 si maladroitement complte ma connaissance1 et si dlie1 si nette ma reprsentation1 et ma science si acheve que je me pntre depuis l'extrmit du monde jusqu' ma parole silencieuse2 et de l'informe chose qu'on dsire se levant1 le long de fibres connues et de centres ordonns1 je me suis1 je me rponds1 je me reflte et me rpercute1 je frmis l'infini des miroirs--je suis de verre4 99 99 99 ,ma solitude--qui n'est que le manque depuis beaucoup d'annes1 d'amis longuement1 profondment vus2 de conversations troites1 dialogues sans prambules1 sans finesses que les plus rares1 elle me cote cher4--,ce n'est pas vivre que vivre sans objections1 sans cette rsistance vivante1 cette proie1 cette autre personne1 adversaire1 reste individu du monde1 obstacle et ombre du moi--autre moi--intelligence rivale1 irrpressible--ennemi le meilleur ami1 hostilit divine1 fatale1--intime4 ,divine1 car suppos un dieu qui vous imprgne1 pntre1 infiniment domine1 infiniment devine--sa joie d'tre combattu par sa crature qui essaie imperceptiblement d'tre1 se spare444 ,la dvorer et qu'elle renaisse2 et une joie commune et un agrandissement4 ,si nous savions1 nous ne parlerions pas--nous ne penserions pas1 nous ne nous parlerions pas4 ,la connaissance est comme trangre l'tre mme4--,lui s'ignore1 s'interroge1 se fait rpondre444 99 99 99 ,de quoi j'ai souffert le plus8 ,peut-tre de l'habitude de dvelopper toute ma pense--d'aller jusqu'au bout en moi4 99 99 99 ,je mprise vos ides pour les considrer en toute clart et presque comme l'ornement futile des miennes2 et je les vois comme on voit en pleine eau pure1 dans un vase de verre1 trois ou quatre poissons rouges faire1 en circulant1 des dcouvertes toujours naves et toujours les mmes4 99 99 99 ,je ne suis pas bte parce que toutes les fois que je me trouve bte1 je me nie--je me tue4 99 99 99 ,dgot d'avoir raison1 de faire ce qui russit1 de l'efficacit des procds1 essayer autre chose4 ,,table ,prface #i ,la soire avec ,m4 ,teste #ba ,lettre d'un ami #ee ,lettre de ,madame milie ,teste #hc ,extraits du log-book de ,monsieur ,teste #aae ,paris4--,imprimerie ,chantenay4 #f-f-aibi