,,essai ,l',,education ,,nationale1 ,,ou ,,plan ,d',,tudes ,,pour ,,la ,,jeunesse1 ,par ,messire ,,louis - ,,ren ,,de ,,caradeuc ,,de ,,la ,,chalotais1 ,procureur - ,gnral du ,roi au ,parlement de ,bretagne4 ,m4 ,,dcc4 ,,lxiii ,du #bd ,mars #agfc1 ,chambres assembles4 ,,le ,procureur-,gnral du ,roi entr la ,cour1 les ,chambres assembles1 a dit 3 ,,messieurs1 un des principaux objets de mes ,rquisitoires du #g ,dcembre #agfa1 du #bd ,mai #agfb1 toit de vous porter reprsenter ,sa ,majest combien il est important de rformer les ,colleges du ,royaume l'ducation qu'y reoit la jeunesse 2 la supplier d'ordonner aux ,universits aux ,acadmies de dresser un ,plan d',etudes1 de composer les livres lmentaires propres le remplir4 ,il parot que la ,nation est pleinement convaincue aujourd'hui de la ncessit d'une rformation gnrale dans la mthode ordinaire des ,colleges4 ,j'avois eu l'honneur de vous dire que je me proposois de vous prsenter un ,mmoire sur ces objets 2 ils sont si importants1 que je ne cesserai jamais de les recommander votre vigilance4 ,je remplis ma promesse1 mon desir est que ce ,mmoire rponde votre attente vos esprances4 ,je ne me suis pas born des vues gnrales qui n'eussent servi qu' nous clairer sur nos abus 2 je suis entr dans quelques dtails qui m'ont paru ncessaires pour y remdier4 ,j'ai mieux aim vous offrir un ouvrage utile qu'agrable4 ,mon but est de prouver qu' la place d'une ducation qui n'toit propre tout au plus que pour l',ecole1 on peut en substituer une qui forme des ,sujets pour l',etat4 ,ce sont ici les vues d'un ,citoyen qui vous demande1 la ,nation entiere1 des claircissemens pour le bien gnral de la ,nation4 ,le ,ministere public n'est tranger rien de ce qui est utile l'ordre public1 mais il n'a que des vux former 2 c'est au ,roi qu'il appartient de prescrire ce qui doit tre fait1 c'est vous1 ,messieurs1 qui exercez la ,police en son nom1 de faire excuter1 par l'autorit qu'il vous a confie1 ce qu'il aura dispos par sa sagesse4 ,je demande acte du dpt que je fais d'un ,mmoire sur l'ducation1 intitul 3 ,essai d',education nationale1 ou ,plan d',etudes pour la ,jeunesse4 ,fait au ,parquet1 ce #bd ,mars #agfc4 ,sign1 ,,de ,,caradeuc ,,de ,,la ,,chalotais 3 ,retir1 sur ce dlibr1 ,,la ,,cour a dcern acte au ,procureur-,gnral du ,roi du dpt qu'il fait prsentement sur le ,bureau1 d'un ,mmoire sur l',education1 intitul 3 ,essai d',education nationale1 ou ,plan d',etudes pour la ,jeunesse4 ,,essai ,d',,ducation ,,nationale1 ,,ou ,,plan ,d',,tudes ,,pour ,,la ,,jeunesse1 ,dpos au ,greffe du ,parlement de ,bretagne1 par ,messire ,,louis-,,ren ,,de ,,caradeuc ,,de ,,la ,,chalotais1 ,procureur-,gnral du ,roi4 ,rflexions prliminaires sur l'utilit des ,lettres1 sur la mauvaise maniere de les enseigner1 sur la qualit des ,matres4 ,l,es ,cours ,souveraines se sont occupes1 depuis un an1 des moyens d'tablir dans les ,colleges1 des ,sujets capables d'instruire la jeunesse4 ,c'est peu de dtruire1 si on ne songe difier4 ,nous avions une ducation qui n'toit propre tout au plus qu' former des ,sujets pour l',ecole4 ,le bien public1 l'honneur de la ,nation1 demandent qu'on y substitue une ducation civile qui prpare chaque gnration naissante remplir avec succs les diffrentes professions de l',etat4 ,je me suis propos1 dans ce ,mmoire1 d'en tablir la ncessit1 d'en indiquer les moyens4 ,pour en bien juger1 il est peut-tre ncessaire de reprendre les choses de plus loin1 de faire voir l'utilit des sciences des lettres1 combien une bonne ou une mauvaise ducation influent sur le bonheur ou sur le malheur d'une ,nation1 d'examiner en mme tems ce qu'elle a droit d'exiger de ses ,instituteurs4 ,les sciences sont ncessaires l'homme 2 s'il a des devoirs remplir1 il est important qu'il les connoisse 3 les connotre1 c'est possder la plus utile de toutes les sciences 2 c'est tre fort avanc dans la carriere o se forment les ,citoyens utiles4 ,l'ignorance n'est bonne rien1 elle nuit tout4 ,il est impossible qu'il sorte quelque lumiere des tnebres1 on ne peut marcher dans les tnebres sans s'garer4 ,si les apologistes de l'ignorance ne prtendent prconiser que celle qui conduiroit un doute sens raisonnable1 qui ne dcide point1 parce qu'elle se connot elle-mme1 ils auroient d lui donner le nom de science 2 c'est en effet une science trs-relle trs-estimable1 que de savoir douter apprcier son impuissance4 ,mais je parle ici de l'ignorance proprement dite1 qui est presque toujours prsomptueuse1 qui dcide1 approuve condamne avec une gale tmrit 2 je dis que si on en compare les funestes effets avec l'abus des sciences1 la question est dcide4 ,il n'y a personne qui ne dise comme moi1 que l'ignorance nuit tout1 qui ne forme des vux pour le rtablissement des bonnes tudes1 afin de diminuer1 autant qu'il est possible1 l'abus du savoir4 ,les siecles les plus grossiers les plus ignorans ont toujours t les plus vicieux les plus corrompus4 ,laissez l'homme sans culture1 ignorant par consquent insensible sur ses devoirs1 il deviendra timide1 superstitieux1 peut-tre cruel4 ,si on ne lui enseigne pas le bien1 il se proccupera ncessairement du mal4 ,l'esprit le cur ne peuvent rester vuides4 ,abandonnons tous les paradoxes sur l'inutilit ou sur le danger des sciences 2 sparons les choses de l'abus qui peut s'y trouver 2 dirigeons les tudes vers la plus grande utilit publique 2 en attendant que l'on sache si la socit humaine telle qu'elle est1 si l'homme tel qu'il n'est pas1 pourroient s'en passer1 travaillons imprimer dans l'esprit des jeunes gens les connoissances qui leur seront ncessaires pour remplir les diffrentes professions1 y travailler leur bonheur1 celui des autres1 contribuer par consquent au bien gnral de la socit4 ,on ne craint pas d'tablir en gnral1 que dans l'tat o est l',europe1 n'ayant point redouter les invasions des ,barbares1 le peuple qui sera le plus clair 7toutes choses tant gales d'ailleurs1 ou mme ne l'tant pas entirement7 aura toujours de l'avantage sur ceux qui le seront moins 2 il les surpassera par son industrie1 il les subjuguera peut-tre par ses armes 3 toutes les professions tant mieux remplies1 les emplois mieux exercs1 les esprits plus cultivs plus solides1 les oprations publiques particulieres mieux concertes mieux excutes 2 la discipline en tous genres sera meilleure mieux observe1 l'administration intrieure extrieure plus sage1 les abus seront moindres plutt rprims4 ,il faut s'appliquer dans l'enfance dans la jeunesse1 sans quoi on devient ordinairement incapable de s'appliquer le reste de sa vie4 ,la nature met de la diffrence entre les hommes 7on n'en peut douter71 l'ducation en met peut-tre davantage4 ,le talent est un don de la nature 2 mais il entre dans le talent bien apprci1 beaucoup de ce qu'on appelle art acquis1 habitude4 ,s'il toit possible de dcomposer le talent d'un ,bossuet1 d'un ,corneille1 d'un ,racine1 d'un la ,fontaine1 on trouveroit la vrit le fonds le plus riche1 mais perfectionn par un long continuel exercice 2 la culture ajoute toujours la bont la fcondit du terroir4 ,l'application sans talent ne fera que des hommes mdiocres 2 le talent sans application ne produira jamais des hommes suprieurs4 ,supposer que la nature fait tout1 que l'exercice l'application n'ajoutent rien aux talens naturels1 c'est une maxime pernicieuse qui entretient la nonchalance des bons esprits1 augmente le dcouragement des mdiocres4 ,on reconnot1 par l'exprience1 que presque tous les hommes ne vont pas si loin qu'ils pourroient aller1 s'ils apportoient ce qu'ils sont1 une grande application4 ,il ne faut pas s'y mprendre1 tous ceux qui sont ns pour avoir de l'esprit1 ne sont pas gens d'esprit4 ,il est d'une utilit universelle1 que l'on soit convaincu dans toutes les professions qu'il est impossible de bien savoir ce que l'on n'a pas bien appris4 ,nier la force de l'ducation1 c'est nier contre l'exprience la force des habitudes4 ,que ne pourroit point une institution forme par les loix1 dirige par des exemples 6 ,elle changerait en peu d'annes les murs d'une ,nation entiere 2 chez les ,spartiates1 elle avoit vaincu la nature mme 2 il y a un ,art de changer la race des animaux 2 n'y en auroit-il point pour perfectionner celle des hommes 8 ,si l'humanit est susceptible d'un certain point de perfection1 c'est par l'institution qu'elle peut y arriver4 ,l'objet du ,lgislateur doit tre de procurer aux esprits le plus haut degr de justesse de capacit qu'il est possible1 aux caracteres le plus haut degr de bont d'lvation1 aux corps le plus haut degr de force de sant4 ,on ne doit pas esprer d'atteindre aisment ce point de perfection 2 trop d'obstacles s'y opposent1 sur-tout parmi nous 2 mais on doit toujours tendre au but1 c'est le moyen d'en approcher de plus prs4 ,les murs publiques d'une grande ,nation ne sont pas toujours bonnes 2 la dbauche trop universelle de la jeunesse1 le luxe trop rpandu1 le peu d'amour de la ,patrie du bien public1 l'inquitude naturelle de nos esprits1 la dissipation1 l'oubli des devoirs essentiels de sa profession1 une multitude de causes connues1 s'opposent la considration due au mrite la vertu1 qui en est la plus flatteuse rcompense4 ,sans la considration personnelle1 toute institution sera imparfaite1 quand mme les loix la favoriseroient4 ,quid leges sine moribus van proficiunt 8 disoit un des plus beaux des meilleurs esprits de l',antiquit4 ,horace #c1 ,od4 #bd4 ,mais le ,gouvernement peut subjuguer les murs mme 2 les titres1 les honneurs1 le blme qu'il distribue1 ont cours comme sa monnoie4 ,les tudes publiques ne sont pas diriges vers la plus grande utilit publique 2 c'est un fait dont la vrit est porte jusqu' la dmonstration 3 heureusement la possibilit de les rformer1 est aussi-bien prouve que sa ncessit4 ,il y a un nombre prodigieux de vrits connues1 parses dans une infinit de livres1 rpandues dans une infinit de ttes 2 il ne s'agit que de les recueillir de les mettre en ordre1 pour clairer les ,matres les ,instituteurs 2 mais puisque l'ducation pche dans le principe mme1 il faut reprendre l'difice ds le fondement4 ,je ne rpterai point ici tout ce qu'on a remarqu de dfectueux dans la mthode ordinaire4 ,la somme des lumires a beaucoup augment depuis deux siecles 2 ainsi il est facile de mieux faire que ceux qui nous ont prcds 2 mais nous ne devons pas oublier les services qu'ils ont rendus l'humanit4 ,l'tablissement des ,universits des ,colleges a banni l'ignorance grossiere 2 le plan d'tudes1 qu'on adopta1 toit peut-tre le meilleur qu'il ft possible de suivre alors4 ,ds le commencement du dernier siecle1 l',universit desiroit une rformation dans les tudes4 ,des circonstances plus heureuses doivent dterminer aujourd'hui corriger la mauvaise routine des ,colleges1 chercher une maniere plus utile d'enseigner d'appprendre4 ,notre ducation se ressent par-tout de la barbarie des siecles passs1 o l'on ne faisoit tudier que ceux que l'on destinoit la ,clricature 2 o l'on n'avoit de livres que ceux qui toient copis par des ,moines 2 o l'on toit oblig d'envoyer ,rome pour faire transcrire les ,ouvrages de ,ciceron 2 o les ,nobles savoient peine lire crire 2 o les guerres les pillages rendoient les livres si rares les tudes si difficiles 2 o il n'y avoit d',ecoles que dans les ,cathdrales dans les ,monasteres4 ,la ,langue maternelle des ,franois n'tait alors qu'un jargon informe incertain 3 un ,latin barbare s'toit empar des ,ordonnances1 des ,chartes des ,rois1 des ,arrts des ,cours ,souveraines4 ,la ,philosophie se rduisoit disputer sur les livres d',aristote 2 la ,morale n'instruisoit point l'homme de ses devoirs 2 la ,physique ne rapportoit qu' des causes chimriques1 des effets qu'on ne songeoit pas mme observer4 ,a la place de l',astronomie de l',histoire naturelle1 rgnoient des ,fables qui amenerent les dlires de l',astrologie des pratiques superstitieuses de ,mdecine4 ,la ,thologie la ,jurisprudence n'aboutissoient qu' des disputes d',ecoles ou des opinions de ,docteurs1 parce qu'on abandonnoit les textes1 faute de critique1 pour s'en rapporter des sommaires ou des gloses4 ,si l'on voit des vertus sublimes des talens minens briller au milieu des tnebres de ces siecles d'ignorance1 c'est par un effort de la nature seule1 qu'elle ne fait que rarement4 ,quels hommes qu'un ,abb ,suger1 un ,bertrand du ,guesclin1 un ,barbasan1 un ,bayard1 dans les tems moins reculs1 un ,conntable de ,montmorenci1 un ,colbert1 qui n'avoient pas tudi 6 ,qu'on ne s'en tonne pas 2 les ides d'honneur de vertus prdominent dans les ames suprieures1 les sentimens sont bien au-dessus des connoissances acquises 3 il doit parotre plus tonnant encore1 qu'on ait fait des dcouvertes du premier ordre dans ces tems de barbarie4 ,elles ont t le fruit du gnie dont le caractere propre est de percer les tnebres les plus paisses1 de s'lever mme au-dessus des siecles clairs4 ,la meilleure culture de l'esprit ne peut donner le gnie1 mais on doit tcher au moins d'tablir une ducation qui ne l'touffe pas4 ,au renouvellement des lettres des sciences1 les tnebres qui couvroient l',europe depuis si long-tems1 disparurent 2 l',imprimerie fut invente1 des ,colleges furent fonds1 l'mulation fut excite1 on eut honte d'tre ignorant 2 mais l'ducation fut trop concentre dans les ,colleges1 elle est reste presque toute scholastique4 ,les ,lettres ne sont qu'une partie de l'institution d'une nation 2 l'institution a des vues plus tendues 3 elle est pour un ,etat ce qu'est l'ducation pour les ,particuliers4 ,son objet est de rendre une nation plus claire en tout genre1 par consquent plus florissante4 ,les lettres sont la fois la nourriture des esprits1 l'instruction l'ornement du monde4 ,platon ,ciceron1 qui ont instruit leurs contemporains1 clairent encore aujourd'hui l'univers 2 la postrit la plus recule profitera de leurs leons4 ,on doit regarder les lettres dans un ,etat1 comme la source l'appui des vertus humaines civiles4 ,malheur aux ,nations1 chez qui l'amour des lettres viendroit s'teindre 64 ,elles ont reu en ,france les tmoignages les plus clatants de la protection de nos ,rois 2 les tablissemens qu'ils ont faits pour assurer toute espece d'instruction1 eussent t le fondement le plus solide de la prosprit publique1 si la premiere institution de la jeunesse et t bien dirige4 ,les ,universits1 les ,acadmies1 les ,chaires de ,langue1 les ,ecoles d',hydrographie1 tout sembloit concourir former des ,citoyens distingus dans tous les genres4 ,le ,monarque qui nous gouverne1 a encourag les sciences1 a excit l'mulation en envoyant des ,observateurs au ,nord1 l',equateur1 au ,cap de ,bonne- ,esprance1 en fondant une ,ecole ,militaire 2 mais malheureusement des secours si prcieux ne sont offerts qu'en sous-ordre1 si j'ose m'exprimer ainsi4 ,la premiere institution nationale est demeure la mme1 on y a tout asservi 3 elle est restreinte par-tout l'ducation des ,colleges1 cette ducation a t borne l'tude de la langue ,latine4 ,on n'acquiert dans la plpart des ,colleges aucune connoissance de notre langue 2 on n'y apprend qu'une ,philosophie abstraite qui ne peut tre d'aucun usage dans le cours de la vie 2 qui ne renferme ni les principes de ,morale ncessaires pour se bien conduire dans la socit1 ni rien de ce qu'il importe de savoir1 tant homme4 ,la ,religion n'y est pas enseigne avec plus de soin 2 ensorte que la jeunesse quitte le ,college sans avoir presque rien appris qui puisse lui servir dans les diffrentes professions4 ,j'en appelle l'exprience au tmoignage de la ,nation1 de ceux mme qui par prjug soutiendroient la mthode ordinaire4 ,les connoissances que l'on acquiert au ,college1 peuvent-elles s'appeler des connoissances 8 ,que fait-on aprs dix annes qu'on emploie1 soit se prparer y entrer1 soit se fatiguer dans les cours des diffrentes ,classes 8 ,sait-on mme la seule chose qu'on y a tudie1 les langues1 qui ne sont que des instrumens pour frayer la route des sciences 8 ,a l'exception d'un peu de ,latin qu'il faut tudier de nouveau1 si l'on veut faire usage de cette langue1 la jeunesse est intresse oublier1 en entrant dans le monde1 presque tout ce que ses prtendus ,instituteurs lui ont appris4 ,est-ce-l le fruit que la ,nation devroit tirer de dix annes du travail le plus assidu 8 ,sur mille ,etudians qui ont fait ce qu'on appelle leur cours d',humanits de ,philosophie1 peine en trouveroit-on dix qui fussent en tat d'exposer clairement avec intelligence les premiers lmens de la ,religion1 qui sussent crire une lettre1 qui pussent discerner habituellement une bonne raison d'une mauvaise1 un fait prouv de celui qui ne l'est pas4 ,les ,grecs les ,romains plus sages que nous plus vigilans sur un objet aussi important que l'ducation1 ne l'avoient pas abandonne des hommes qui eussent des vues des intrts diffrens de ceux de la patrie 2 elle toit dirige par des ,lgislateurs ou par des ,philosophes capables de l'tre4 ,solon n'et jamais confi des ,spartiates1 plus forte raison des ,ilotes991 l'ducation des ,athniens ,lycurgue n'et pas confi aux ,athniens celles des ,spartiates1 ,lorsqu',antipater demanda ces derniers cent cinquante enfans pour tage1 ils rpondirent qu'ils aimoient mieux donner le double d'hommes faits1 de peur qu'une ducation trangere ne corrompt leurs enfans4 99 ,c'toient des ,esclaves de ,sparte4 ,l'ducation devant prparer des ,citoyen l',etat1 il est vident qu'elle doit tre relative sa constitution ses loix 2 elle seroit foncirement mauvaise1 si elle y toit contraire 3 c'est un principe de tout bon ,gouvernement1 que chaque famille particuliere soit rgle sur le plan de la grande famille qui les comprend toutes4 ,comment a-t-on pu penser que des hommes qui ne tiennent point l',etat1 qui sont accoutums mettre un ,religieux au-dessus des ,chefs des ,etats1 leur ,ordre au-dessus de la ,patrie1 leur ,institut des ,constitutions au-dessus des ,loix1 seroient capables d'lever d'instruire la jeunesse d'un ,royaume4 ,l'enthousiasme les prestiges de la dvotion avoient livr les ,franois de pareils ,instituteurs1 livrs eux-mmes un ,matre tranger4 ,ainsi l'enseignement de la ,nation entiere1 cette portion de la lgislation qui est la base le fondement des ,etats1 toit rest sous la direction immdiate d'un ,rgime ,ultramontain1 ncessairement ennemi de nos ,loix4 ,quelle inconsquence1 quel scandale 6 ,sans approfondir toutes les consquences qui rsulte d'un abus si norme1 doit-on s'tonner que le vice de la ,monasticit ait infect toute notre ducation 8 ,un ,etranger qui on en expliqueroit les dtails1 s'imagineroit que la ,france veut peupler les ,sminaires1 les ,clotres des ,colonies ,latines4 ,comment pourroit-il supposer que l'tude d'une langue trangere1 des pratiques de ,clotre1 fussent des moyens destins former des ,militaires1 des ,magistrats1 des ,chefs de famille propres remplir les diffrentes professions1 dont l'ensemble constitue la force de l'tat 8 ,nous sommes imbus des notions ,monastiques qui nous gouvernent sans que nous le sachions sans qu'on s'en apperoive4 ,de petites pratiques de dvotion 7 pourquoi n'oseroit-on-pas le dire1 puisque le sage le vertueux ,abb ,fleury l'a dit7 qui ne rappellent point les grandes ides de la ,religion1 ont saisi les ,chefs des ,eglises4 ,de l ces ,congrgations1 ces ,confrairies1 ces ,conventicules1 qui dtournent les ,chrtiens des lieux o ils doivent apprendre la ,religion1 qui empchent les ,pasteurs de s'instruire assez solidement pour tre en tat d'instruire les autres4 ,s'il est question d',ecoles1 de ,collges1 dans l'instant les notions mystiques s'emparent des personnes principales1 on ne parle que de ,communauts de ,religieux ou au moins d',ecclsiastiques1 pour leur en confier la direction4 ,on doute si des ,professeurs maris peuvent instruire les enfans4 ,quand on songe que dans le quinzieme siecle il fallut une ,ordonnance1 une ,ordonnance d'un ,lgat du ,pape99 en ,france pour permettre aux ,mdecins de se marier1 que peut-on penser de l'effet des prjugs ,ecclsiastiques 8 ,on veut exclure ceux qui ne sont pas clibataires des places purement civiles4 ,quel paradoxe 6 ,il semble qu'avoir des enfans soit une exclusion pour pouvoir en lever1 que l'on prenne des prcautions pour empcher l',etat de se peupler1 ou pour qu'il ne se peuple pas trop4 ,le bien de la socit exige manifestement une ducation civile 2 si on ne scularise pas la ntre1 nous vivrons ternellement sous l'esclavage du pdantisme4 99 ,en #adeb1 le ,cardinal d',estouteville1 ,lgat en ,france1 rforma l',universit1 accorda aux ,mdecins la libert de se marier1 leur dfendit en mme temps1 comme marque de souillure1 de faire l'avenir leurs assembles dans l',eglise de ,paris1 sous les tours1 comme ils faisoient quelquefois4 ,pasquier4 ,recherches1 tom4 #a1 pag4 #bge4 ,pourquoi faut-il en effet1 que les ,colleges soient administrs par des ,moines ou par des ,prtres 8 ,sous quel prtexte l'instruction dans les lettres dans les sciences leur seroit-elle exclusivement dvolue 8 ,les ,ecclsiastiques prsenteront toujours le motif d'instruire les enfans dans la ,religion4 ,il est certain que de toutes les instructions c'est la plus importante 2 mais est-il vrai que les seuls ,ecclsiastiques puissent leur apprendre le ,catchisme1 leur enseigner le ,franois le ,latin1 expliquer ,horace ,virgile 8 ,il y a d'excellens ,catchismes imprims 2 il n'est pas ncessaire d'tre promu aux ,ordres pour lire des enfans ceux de ,bossuet ou de ,fleury 2 l'on peut demander s'il est besoin d'en faire tous les jours de nouveaux1 ou de rformer si souvent ceux qui sont faits4 ,c'est dans le sein des familles chrtiennes1 dans les instructions de la ,paroisse1 que les enfans doivent prendre les lmens du ,christianisme4 ,les ,eglises sont les vritables coles de la ,religion4 ,les ,jsuites1 qu'on nommoit ,ecoliers approuvs1 qui l'enseignoient1 n'toient pas vritablement ,ecclsiastiques1 quoiqu'ils en portassent l'habit4 ,au surplus1 employer #dj ou #ej demi-heures par an expliquer bien ou mal le ,catchisme de ,canisius1 ce n'est pas ce que des personnes instruites appelleroient enseigner la ,religion4 ,un ,aumnier ou ,chapelain dans chaque ,college pourroit suffir cette fonction1 sous prtexte de laquelle les ,ecclsiastiques prtendant l'administration des ,colleges comme un patrimoine exclusif4 ,je ne dois pas oublier une remarque importante 2 c'est que prsentement presque tous les hommes distingus dans les sciences dans les lettres1 sont des laques4 ,on ne cesse de rpter qu'il n'y a pas assez de ,prtres pour remplir les fonctions du ,ministere ,ecclsiastique 2 pourquoi donc veut-on en faire des ,professeurs de ,colleges des ,prcepteurs 8 ,une foule de ,prtres oisifs inondent les villes1 tandis que les campagnes sont dpourvues de ,ministres4 ,ils ne veulent plus les habiter 2 voil qu'on leur cherche dans les ,cits de nouvelles places dont on puisse disposer1 comme de titres de ,bnfices amovibles4 ,une des maladies de l',etat est que chacun veut avoir ses ordres des troupes qui ne soient pas ses frais4 ,pour professer les ,lettres les ,sciences1 il faut des personnes qui fassent profession des ,lettres4 ,le ,clerg ne peut pas trouver mauvais qu'on ne mette pas1 gnralement parlant1 les ,ecclsiastiques dans cette classe4 ,je ne suis pas assez injuste pour les en exclure 2 je reconnois avec plaisir qu'il y en a plusieurs dans les ,universits dans les ,acadmies qui sont trs-instruits trs-capables d'instruire4 ,je n'omettrai pas les ,prtres de l',oratoire1 qui sont dgags des prjugs de l',ecole du ,clotre1 qui sont ,citoyens 2 mais je rclame contre l'exclusion des ,sculiers4 ,je prtends revendiquer pour la ,nation une ducation qui ne dpende que de l',etat1 parce qu'elle lui appartient essentiellement 2 parce que toute ,nation a un droit inalinable imprescriptible d'instruire ses membres 2 parce qu'enfin les enfans de l',etat doivent tre levs par des membres de l'tat4 ,le droit exclusif qu'on voudroit accorder aux ,prtres sculiers rguliers1 d'instituer la jeunesse1 n'est pas le seul inconvnient qui rsulte des notions monastiques 2 on peut en remarquer de nouveaux jusques dans les dtails de l'ducation des ,colleges4 ,chez les ,rguliers1 l'objet des exercices est plutt de former les ,matres que d'instruire les ,disciples4 ,dans les premires annes1 un jeune ,rgent1 qui n'est qu'un vieil ,ecolier1 acheve le cours de ses tudes aux dpens d'autrui4 ,il surcharge ses leves de thmes qui lui coutent peu dicter1 de longues d'ennuyeuses leons4 ,toute la peine tout le travail est du ct des enfans 2 pendant ce temps il s'occupe ce qui peut lui tre utile 3 il fait des collections1 des extraits 2 il se prpare par des discours la prdication1 ou la direction par des lectures4 ,ds qu'il est form qu'il s'est mis en tat1 par les connoissances qu'il a acquises1 d'tre utile aux autres1 il abandonne cet enseignement1 va remplir la vocation laquelle il est destin pour la gloire le profit de son ,ordre4 ,l'administration des ,classes se ressent de l'uniformit des ,clotres 2 les corrections tiennent de la discipline claustrale1 semblent faites pour abaisser les curs qu'il faudroit chercher lever4 ,toute cette manutention est triste rebutante 2 son effet le plus ordinaire est de faire har l'tude pour toute la vie4 ,des hommes faits rsisteroient peine la vie sdentaire contrainte1 laquelle on assujettit les enfans4 ,il est contre la nature1 que dans un demi-jour ils demeurent assis pendant cinq ou six heures4 ,il regne d'ailleurs dans les tudes qu'on leur fait faire1 une monotonie1 qui les jette presque ncessairement dans l'indolence le dgot4 ,toujours du latin des thmes 6 ,loin d'inspirer du got pour aucune ,science1 pour aucun ,art1 l'ennui la scheresse qui accompagnent par-tout l'tude1 donnent de la rpugnance pour les lmens de toutes les ,sciences1 de tous les ,arts 3 aussi rien n'est plus ordinaire que de voir les jeunes gens abandonner toute lecture au sortir des ,colleges4 ,le premier fruit de ce qu'on nomme institution de la jeunesse1 est de la laisser sans objet d'application1 dans l'ge o il seroit plus ncessaire de l'appliquer1 pour prvenir les dangers multiplis d'un loisir1 que remplissent les assauts des passions les plus fougueuses4 ,comparons la sombre obscurit de nos classes la gaiet du ,portique du ,lice4 ,parmi nous1 un ,rgent presque enfant1 qui revient l'esprit frapp d'une extase de deux annes1 opprim par le despotisme1 opprime d'autres enfans4 ,chez les ,grecs1 les jeunes gens se promenoient 2 ils prenoient dans ces lieux1 s'il est permis de me servir de ce terme1 leurs leons leurs bats 2 ils conversoient avec les ,aristides1 les ,miltiades1 les ,platons1 les ,aristotes1 les ,xnophons1 les ,dmosthenes1 c4 ,dans nos ,colleges1 nul amusement pour des esprits lgers qu'il faudroit plutt rjouir par quelque diversit par des tudes agrables 2 les seuls divertissemens sont des ,enigmes1 des ,ballets1 des pieces dramatiques aussi ridiculement composes que dclames 2 exercices d'autant plus mprisables1 que la perte du temps se runit aux exemples du plus mauvais got4 ,des ,matres habitus aux subtilits scholastiques1 y exercent les jeunes gens qui contractent l'habitude de disputer de chicaner4 ,il y en a qui dans le reste de leur vie semblent tre toujours sur les bancs de l'cole4 ,mais le plus grand vice de l'ducation le plus invitable peut-tre1 tant qu'elle sera confie des personnes qui ont renonc au monde1 qui1 loin de chercher le connotre1 ne doivent songer qu' le fuir1 c'est le dfaut absolu d'instruction sur les vertus morales politiques4 ,notre ducation ne tient point nos murs comme celle des ,anciens4 ,aprs avoir essuy toutes les fatigues l'ennui des ,colleges1 la jeunesse se trouve dans la ncessit d'apprendre en quoi consistent les devoirs communs tous les hommes 2 elle n'a reu aucun principe pour juger des actions1 des murs1 des opinions1 des coutumes 2 elle a tout apprendre sur des articles si importans4 ,on lui inspire une dvotion qui n'est qu'une imitation de la ,religion 2 des pratiques pour tenir lieu de vertu1 qui n'en sont que l'ombre4 ,on a trop mis l'cart le soin de la sant1 les moyens de la conserver1 les exercices du corps4 ,on a nglig ce qui regarde les affaires les plus communes les plus ordinaires1 ce qui fait l'entretien de la vie1 le fondement de la ,socit civile4 ,la plupart des jeunes gens ne connoissent ni ce monde qu'ils habitent1 ni la terre qui les nourrit1 ni les hommes qui fournissent leurs besoins1 ni les animaux qui les servent1 ni les ouvriers les artisans qu'ils emploient 2 ils n'ont mme l-dessus aucun principe de connoissance4 ,on ne profite point de leur curiosit naturelle1 pour l'augmenter4 ,ils ne savent admirer ni les merveilles de la nature1 ni les prodiges des ,arts4 ,ainsi ce qu'on leur enseigne1 ce qu'on ne leur enseigne pas1 la maniere de leur donner des instructions de les en priver1 tout est marqu du sceau de l'esprit ,monastique4 ,cet esprit qui n'a pour but que d'asservir toutes les facults de l'ame l'observance d'une ,regle ,religieuse1 ne pouvoit que donner des bornes aux ,sciences1 mettre1 pour ainsi dire1 entre elles un mur de sparation4 ,ce n'est pas dans ces lieux1 o l'tude des ,sciences utiles au monde est purement accessoire1 qu'on pouvoit songer que les vrits ont toutes un rapport entre elles 2 qu'elles sont plus aises saisir lorsqu'on a des points de jonction 2 qu'il toit essentiel de les rapprocher les unes des autres1 afin de les mieux reconnotre1 puisque c'est ordinairement le caractere des erreurs1 d'tre isoles inconsquentes4 ,ce n'est pas d'une administration des ,colleges1 semblable la pratique de la ,regle d'un ,ordre ,religieux1 qui oblige galement tous les ,membres1 qu'on pouvoit esprer de diversifier l'instruction1 de la rendre quelquefois diffrente1 selon les personnes4 ,celui qui doit commander un jour des ,armes1 ou qui est destin aux premieres places de la ,magistrature1 est lev comme le fils d'un ,major de ,milice ,bourgeoise ou comme le fils d'un ,praticien de village4 ,je ne me plaindrois pas de ce que l'on donnt une bonne ducation aux petits comme aux grands4 ,je regrette de ce qu'on en donne une galement mauvaise tous4 ,ce n'est donc qu'en nous dlivrant de cet esprit ,monacal1 qui depuis plus de deux siecles embarrasse les ,etats polics1 par des entraves de toute espece1 qu'on peut parvenir tablir une base d'ducation gnrale1 sur laquelle portent toutes les instructions particulieres4 ,cette base ne peut tre fonde que sur un systme li des connoissances humaines1 comme l'a dit judicieusement1 il y a plus de quinze ans1 l',auteur des ,considrations sur les murs1 puisqu'il est indispensable que toutes les parties de l'instruction tendent au mme but4 ,du nombre des ,colleges des ,etudians4 ,tout se tient dans l'ordre moral1 comme dans l'ordre physique 2 l'ducation des ,particuliers celle des ,colleges1 sont relatives l'institution d'une ,nation1 la constitution mme de l',etat4 ,est-il ,militaire ou ,commerant 8 ,est-ce une ,monarchie1 une ,rpublique1 une ,aristocratie1 un ,etat peupl ou dgarni d'habitans 8 ,il est vident que toute police gnrale1 toute opration politique1 dpend d'un calcul exact des diffrentes professions du ,clerg1 de la ,noblesse1 du ,militaire1 des ,officiers de ,justice1 des ,commerans1 des ,laboureurs1 des ,artisans1 c4 ,par exemple1 on demande s'il y a trop1 ou trop peu de ,colleges en ,france4 ,la rsolution de cette question dpend de savoir s'il y a assez de ,laboureurs1 assez de ,soldats 2 s'il n'y a pas trop de ,praticiens1 s'il y a trop ou trop peu d',ecclsiastiques1 de ,gens de lettres 2 en un mot1 elle drive de la proportion qui regne ou qui doit regner entre les diffrentes professions combines avec leur utilit leur ncessit4 ,sans entrer dans un dtail qui seroit inutile ici1 en supposant la proportion qui parot fixe un centime pour le ,militaire1 par l'exprience des siecles des ,nations1 je rponds qu'il n'y a pas assez de ,laboureurs dans un ,pays o il y a des terres en friche1 o l'tat1 assez riche par lui-mme pour exporter ses productions naturelles1 importe souvent celles de l',etranger qu'il pourroit fournir4 ,l'excs n'est point craindre dans une profession qui nourrit les autres1 qui apporte continuellement des valeurs relles dans l',etat1 mais il est dangereux dans toutes celles qui ne crant aucune nouvelle valeur1 vivent par celle qui les cre4 ,est-il besoin pour l'instruction des ,peuples pour le bien de la ,religion1 qu'il y ait au moins deux cens cinquante mille ,prtres1 ou ,religieux ou ,religieuses dans le ,royaume 8 ,du temps du ,pape ,saint ,corneille1 il n'y avoit dans la ,ville de ,rome99 que quarante-six ,prtres1 en tout cent cinquante-quatre ,clercs1 quoiqu'il y eut un peuple innombrable 2 il y en a maintenant plusieurs milliers4 ,il n'y en avoit pas assez alors1 ou il y en a trop prsentement4 ,le nombre des ,ecclsiastiques s'est prodigieusement accru dans tous les ,pays ,catholiques4 ,quelles fonctions ont-ils donc aujourd'hui qu'ils n'eussent pas dans ces temps florissans de la ,religion 8 99 ,eusebe1 ,hist4 ,eccles4 l4 #f4 chap4 #dc4 ,fleury1 ,murs des ,chrtiens1 p4 #aib4 ,l'instruction des ,procs exige-t-elle ce nombre incroyable d',officiers de ,suppts de judicature1 qui dsolent les ,habitans des ,villes des ,campagnes4 ,seyssel1 sous ,louis ,,xii1 comptoit en ,france plus d',officiers de ,justice1 que dans tous les ,royaumes de l',europe ensemble4 ,ce calcul toit sans doute exagr 2 mais quel point ce nombre ne s'est-il pas augment depuis 8 ,n'y a-t-il pas trop d',ecrivains1 trop d',acadmies1 trop de ,colleges 8 ,autrefois il toit difficile d'tre savant1 faute de ,livres 3 maintenant la multitude de ,livres empche de l'tre4 ,on peut dire1 comme ,tacite 3 ,ut multarum rerum1 sic litterarum intemperantia laboramus4 ,il n'y a jamais eu tant d',etudians dans un ,royaume o tout le monde se plaint de la dpopulation le ,peuple mme veut tudier 2 des ,laboureurs1 des ,artisans envoient leurs enfans dans les ,colleges des petites ,villes1 o il en cote peu pour vivre 2 quand ils ont fait de mauvaises tudes qui ne leur ont appris qu' ddaigner la profession de leurs peres1 ils se jettent dans les ,clotres1 dans l',etat ,ecclsiastique 2 ils prennent des ,offices de ,justice1 deviennent souvent des ,sujets nuisibles la ,socit4 ,multorum manibus egent res human1 paucorum capita sufficiunt4 ,les ,frres de la ,doctrine ,chrtienne1 qu'on appelle ,ignorantins1 sont survenus pour achever de tout perdre 2 ils apprennent lire crire des gens qui n'eussent d apprendre qu' dessiner manier le rabot la lime1 mais qui ne le veulent plus faire4 ,ce sont les rivaux ou les successeurs des ,jsuites994 ,le bien de la ,socit demande que les connoissances du ,peuple ne s'tendent pas plus loin que ses occupations4 ,tout homme qui voit au-del de son triste mtier1 ne s'en acquittera jamais avec courage avec patience4 ,parmi les gens du ,peuple il n'est presque ncessaire de savoir lire crire qu' ceux qui vivent par ces arts1 ou ceux que ces arts aident vivre4 99 ,depuis qu'ils sont tablis ,brest ,s4 ,malo1 on a peine trouver des ,mousses ou de ces jeunes garons qui servent dans un vaisseau1 qui sont destins tre ,matelots4 ,dans trente ans d'ici1 on demandera pourquoi il manque des ,matelots dans les ,ports4 ,on sait que dans une bonne institution on ne doit pas multiplier l'espece des hommes qui vivent aux dpens des autres1 qu'il faut contenir ces professions dans les bornes du ncessaire4 ,il semble que dans la pratique on ait adopt la maxime contraire4 ,bientt nous n'aurons plus dans le ,peuple que de misrables ,artisans1 des ,miliciens des ,etudians4 ,ainsi il est plus avantageux l',etat qu'il y ait peu de ,colleges1 pourvu qu'ils soient bons1 que le cours des tudes y soit complet1 que d'en avoir beaucoup de mdiocres4 ,il vaut mieux qu'il y ait moins d',etudians1 pourvu qu'ils soient mieux instruits 2 on les instruira plus facilement1 s'ils ne sont pas en si grand nombre4 ,nous vivons de systmes1 d'inconsquences de lieux communs4 ,il faut1 dit-on1 faire le bien 2 on n'en peut trop faire1 ni trop le multiplier4 ,les ,colleges sont utiles ncessaires1 il ne peut donc y avoir trop d',etudians4 ,il est essentiel d'apprendre la ,religion1 il ne peut donc y avoir trop de ,couvens1 de ,congregations1 trop de ,retraites1 mme pour des gens de la ,campagne1 pour des peres des meres de famille1 qu'il est contre le bon ordre de faire quitter leur maison leur travail4 ,d'un autre ct1 le monde va-t-il mieux 8 la socit es-elle mieux rgle 8 la corruption n'est-elle pas aussi grande aussi universelle 8 ,comment accorder ces maux qu'on ne peut se dissimuler1 avec les lieux communs qu'on entend tous les jours sur les murs plus pures de nos peres qui ne connoissoient presqu'aucune de ces institutions 8 ,d'autre part1 on soutient que les ,colleges ne sont ni bien dirigs1 ni bien conduits1 que les sciences y sont mal enseignes1 l'on ne peut gueres s'empcher d'en convenir 3 donc on doit supprimer les ,colleges ne point enseigner les sciences4 ,les ,livres1 dit-on1 sont le flau des enfans 3 on en conclut qu'ils n'en doivent lire aucun4 ,ainsi s'tablissent les opinions extrmes4 ,la vrit n'est jamais outre1 la raison n'exagere point 2 mais il y a une infinit de personnes qui ne distinguent point la nuance des couleurs 3 tout est blanc ou noir pour eux4 ,il est bien tonnant que la politesse les lumieres du dernier siecle aient pu supporter une ducation aussi informe que la ntre1 en la critiquant sans cesse4 ,l'habitude qui conduit les hommes1 la routine des corps1 une institution du seizieme siecle1 qui n'avoit jamais t rforme qui toit irrformable par principe1 je le repete1 des ides ,monastiques en eussent ternis l'abus le vice4 ,ce que l'on fit dans les commencemens pour perfectionner l'ducation1 la rendit un peu meilleure alors4 ,c'est prcisment ce qui en a perptu les imperfections les dfauts4 ,les ,jsuites toient convaincus que le plan d'tudes 7,ratio studiorum7 dress sous ,aquaviva1 dans le seizieme siecle1 le foible opuscule de ,jouvenci1 toient des chef-d'uvres de littrature4 ,attachs de vieux prjugs1 ils toient les derniers les quitter1 ils s'opposoient toute rformation 2 ils n'admettoient de ,livres que les leurs 2 ils n'ont commenc adopter le ,cartsianisme1 que quand les autres ont commenc l'abandonner4 ,on sort plus aisment des tnebres de l'ignorance1 que de la prsomption d'une fausse science4 ,la ,russie en dix ans a plus avanc dans la ,physique dans les sciences naturelles1 que d'autres ,nations n'auraient fait en cent ans4 ,il suffit de voir les ,mmoires de l',acadmie de ,petersbourg4 ,peut-tre que le ,portugal qui rforme entirement ses tudes1 avancera beaucoup plus que nous proportion1 si nous ne songeons pas srieusement rformer les ntres4 ,dans les siecles derniers toute l'instruction toit tourne vers l'tude des ,langues 2 dans celui-ci la manie du bel-esprit s'est empar de la ,nation1 a drang toutes les professions4 ,la socit est peut-tre devenue plus aimable pour quelques ,particuliers 2 mais la socit gnrale1 l',etat y a perdu4 ,son intrt exige que toutes les professions soient exerces par des hommes capables4 ,des malades ne s'embarrassent pas que les ordonnances de leurs ,mdecins soient en pigrammes4 ,on cherche un ,avocat qui sache les ,loix1 non un bel-esprit4 ,en un mot1 le bien de l',etat demande que chacun s'attache sa profession 2 si les murs ne changent pas1 bientt on ne professera plus vritablement que les arts mchaniques4 ,le got du bel esprit devenu une mode1 a banni la science la vritable rudition1 laquelle on avoit tant d'obligation 2 sur le fonds de laquelle nos grands ,hommes s'toient forms1 qui est de beaucoup trop nglige1 pour ne pas dire mprise absolument4 ,il se peut faire qu'il y ait dans une ,nation des ,particuliers trs-habiles1 que le gros de la ,nation soit peu instruit4 ,ce sont les ,colleges compars1 qui marquent la somme des lumieres rpandues dans les diffrentes ttes des ,citoyens 2 mais ce sont les ,mmoires des ,acadmies1 les bons ,livres qui dsignent les lumieres de la ,nation4 ,que l'on compare nos ,colleges1 dont les mthodes sont vicieuses1 avec ceux d',oxfort1 de ,cambrige1 de ,leyde1 de ,gottingue1 qui ont des ,livres lmentaires mieux faits que les ntres 2 on verra qu'il est ncessaire qu'un ,allemand un ,anglois soient mieux instruits qu'un ,franois4 ,par la mme raison il toit impossible qu'un ,romain bien lev1 qui se faonnoit dans la conversation dans la socit d'un homme respectable1 qui plaidoit des causes1 qui devenoit ,edile1 ,prteur1 ,augure1 ,consul 2 qui prsidoit au ,snat commandoit des ,armes1 ne ft pas un homme suprieur nos ,anglois nos ,franois1 parce que c'est l'exprience seule qui peut former les hommes4 ,mais quand on mettra nos ,mmoires de l',acadmie des ,sciences1 en parallele avec ceux de ,londres1 de ,leipsick1 c4 nos bons ,livres avec ceux des ,etrangers1 on verra qu'un ,franois qui sera mis de bonne heure sur les bonnes voies1 est aussi habile peut-tre mieux instruit qu'un autre 2 qu'il a plus d'ordre1 de mthode de got 2 car il faut rendre justice la ,nation ,franoise 2 elle sera tout ce qu'elle voudra tre1 ou tout ce qu'on voudra qu'elle soit4 ,elle a dans tous les genres des exemples des modeles opposer ceux de l',antiquit4 ,elle a eu ses ,thmistocles1 ses ,miltiades ses ,pericls1 ses ,demosthenes1 ses ,sophocles ses ,aristophanes 2 elle les aura encore quand on le voudra srieusement4 ,c'est l',etat1 c'est la majeure partie de la ,nation qu'il faut principalement avoir en vue dans l'ducation 3 car vingt millions d'hommes doivent tre plus considrs qu'un million1 les ,paysans qui ne sont pas encore un ,ordre en ,france1 comme en ,suede1 ne doivent pas tre ngligs dans une ,institution 3 elle a galement pour but que les ,lettres soient cultives1 que les terres soient laboures 2 que toutes les ,sciences les ,arts utiles soient perfectionnes1 que la justice soit rendue1 que la ,religion soit enseigne 2 qu'il y ait des ,gnraux1 des ,magistrats1 des ,ecclsiastiques instruits capables1 des ,artistes1 des ,artisans habiles1 le tout dans une proportion convenable4 ,c'est au ,gouvernement rendre chaque ,citoyen assez heureux dans son tat1 pour qu'il ne soit pas forc d'en sortir4 ,pour remplir ces diffrens objets1 il n'est pas ncessaire que l',etat gne les ,particuliers ni la libert des ,citoyens 2 il doit seulement prsider tout1 animer tout1 lever les obstacles1 donner des facilits1 des encouragemens une ,nation industrieuse 2 1 pour dire ce que je pense1 une ,nation comme la ntre 7je parle du commun de la ,nation7 n'a besoin que d'tre instruite4 ,nous avons une infinit de ,livres excellens1 peu de ,livres classiques lmentaires4 ,qu'il en soit fait pour les enfans pour les ignorans1 qu'on laisse ensuite agir le gnie1 qu'on ne gne pas la libert des esprits1 qu'on inspire l'amour de la patrie du bien public1 que les talens ne nuisent pas ceux qui les possedent1 quand ils n'en abusent pas4 ,,ii y aura des ,savans en ,france1 quand la ,science sera honore1 qu'elle ne sera pas toute tourne vers un objet de parti1 de cabale d'intrigue1 comme nous avons vu pendant un siecle l',erudition ,ecclsiastique rduite ce qu'on nommoit l'affaire du temps 2 ou1 pour mieux dire1 celle du jour4 ,il y aura des professions quand il y aura des apprentissages rels1 que l'application les talens meneront la considration4 ,il est ais de voir que tous ces grands objets tiennent la ,lgislation1 mais il est bon de les remettre sous les yeux d'un ,gouvernement sage prudent1 pour marquer toute l'tendue qu'on doit donner une bonne ,institution4 ,ce seroit ici le lieu d'examiner quel ge on doit faire entrer les enfans dans les ,colleges 2 mais cela dpend de l'ge o l'on doit les en faire sortir pour commencer l'essai des diffrentes professions 3 c'est encore une portion de la ,lgislation qui mriteroit d'tre approfondie4 ,est-il convenable que l'on s'inscrive dix ou douze ans dans des ,rolles de ,milices de terre ou de mer1 uniquement pour gagner du tems obtenir la rcompense d'un service que l'on ne peut faire 8 ,c'est une injustice vidente contre ceux qui servent en effet4 ,les temps pour la ,clricature pour la ,magistrature1 sont fixs par les ,loix 2 il semble que l'on n'ait considr les apprentissages que par rapport ces professions1 comme-si les autres n'en avoient pas galement besoin4 ,je pense que l'on pourroit dterminer peu prs l'ge de dix ans pour entrer dans les ,colleges1 celui de dix-sept ans pour en sortir4 ,dix-sept ans accomplis est l'ge o les ,romains prenoient la robe virile4 ,on ne parle jamais de l'institution1 sans traiter la question de l'ducation publique de l'ducation particuliere 2 mais si l'on avoit de bons ,plans d'tude des ,livres lmentaires1 peut-tre verroit-on que celle-ci deviendroit aussi facile que l'autre1 en ce cas il n'y auroit pas de comparaison faire4 ,le lait de la mere vaut toujours mieux pour les enfans que celui des mercnaires4 ,un homme de beaucoup d'esprit99 a dit que le plus grand service que les ,socits ,littraires pussent rendre aux ,lettres1 aux ,sciences aux ,arts1 toit de faire des mthodes de tracer des routes qui pargnassent du travail des erreurs1 qui conduisissent la vrit par les voies les plus courtes les plus sres4 99 ,considrations sur les ,murs4 ,un jeune homme qui est sur les bonnes voies1 en saura plus vingt-cinq ans qu'un autre trente-cinq1 si celui-ci n'a pas t bien conduit4 ,les tudes sont trop longues trop difficiles1 parce qu'elles sont trop embarrasses d'inutilits 2 cela est vident pour les ,colleges 3 voil pourquoi en tudiant beaucoup on sait si peu de chose4 ,quand on n'est pas dans le vrai chemin1 plus on avance1 moins on arrive au terme 3 un bon guide pargnerait bien des longueurs4 ,ce sont les inutilits les faussets qui sont longues prolixes4 ,le vrai a encore le mrite d'tre plus aisment entendu 2 c'est le faux qui est inintelligible4 ,il parot que par rapport aux vues d'ducation1 il y a dans le ,public de l',europe mme1 une espece de fermentation qui doit naturellement faire de bons effets 2 elle en produira certainement chez nous1 si elle est soutenue mnage1 si on ne se contente pas d'une spculation inutile1 si on n'oublie pas avant six mois ce qu'il faudroit mettre en pratique ds--present4 ,il s'agit de savoir s'il est possible de tirer de nos ,colleges plus d'utilit que l'on n'en tiroit4 ,je crois qu'il est facile de prouver l'affirmative par des raisons par des exemples1 c'est l'objet que je me suis propos dans cet ,essai4 ,je n'entrerai pas dans les dtails qui seraient infinis1 j'exhorte les ,matres lire tous les bons ,livres sur l',education99 sur le choix des tudes4 ,j'tablis les principes la formule gnrale de l'ducation littraire1 les oprations principales de chaque ge 3 je marque les bons ,livres lmentaires qui manquent la socit 2 les consquences les dtails viendront s'y joindre d'eux-mmes4 99 ,locke1 l',abb ,fleury1 la ,dissertation de l',abb ,gdouin sur l'ducation 2 ,education des filles1 par ,m4 de ,fnelon 2 le ,chapitre de ,montagne sur l'institution des enfans1 qui est admirable1 il est bien tonnant qu'tant connu de tout le monde1 on n'en ait pas plus profit 3 c'est la malheureuse routine qui en a t cause 2 l',abb de ,saint-,pierre1 o il y a des choses excellentes sur les vertus morales politiques 2 le ,discours de ,m4 ,nicole sur l'ducation du ,prince 2 ,crouzas1 ,bacon1 ,milton1 uvres mles 2 ,dumarsais1 ,erasme1 le ,p4 ,lamy1 tous gnralement sans exception4 ,quel est le meilleur plan d'tudes pour l'ducation de la jeunesse quelle mthode doit-on suivre pour remplir ce plan 8 ,on voit qu'il ne s'agit point ici d'un trait entier d'ducation1 qui demanderoit des vues plus approfondies1 mais simplement du plan des tudes que l'on pourroit substituer celles des ,colleges4 ,je suppose dans tout ce ,mmoire la distinction que l',abb ,fleury a tabli des connoissances ncessaires1 utiles agrables1 de celles qui sont le plus gnralement utiles1 suivant la diffrence des personnes4 ,ces distinctions suffisent1 pourvu que l'on ait soin de proportionner les tudes la diffrence des ges1 d'en bien dsigner le but1 de ne pas confondre les moyens avec la fin1 les mots avec les choses1 l'instrument avec l'art mme 2 pourvu que l'on marque avec prcision1 en chaque genre1 les bornes des connoissances au-del desquelles l'esprit humain ne peut atteindre 2 c'est ce qui me parot le plus essentiel dans un plan d'ducation4 ,principes d'un ,plan d'tudes4 ,un plan est le dessein d'un difice dans lequel il entre plusieurs parties1 qui doivent si correspondre former un ensemble4 ,un ,plan d'tudes pour la jeunesse1 c'est l'ordre1 l'arrangement des instructions1 suivant lequel les connoissances qui prcedent1 doivent servir acqurir celles qui suivent1 concourir toutes au but aux vues qu'on s'est proposes4 ,il semble que cette mthode ne devroit pas tre un grand mystere4 ,les principes pour instruire les enfans doivent tre ceux par lesquels la nature les instruit elle-mme4 ,la mature est le meilleur des matres4 ,il suffit donc d'observer comment les premires connoissances entrent dans l'esprit des enfans1 comment les hommes faits en acquirent eux-mmes4 ,l'exprience1 contre laquelle on philosopheroit en vain1 apprend que nous n'apportons en naissant qu'une capacit vuide1 qui se remplit successivement 2 que pour introduire des notions dans les esprits1 il n'y a d'autres passages ouverts1 que la sensation la rflexion4 ,il parot certain que l'homme ne commence avoir des connoissances1 que lorsqu'il commence faire usage de ses sens 2 sa premiere sensation est sa premiere connoissance4 ,les enfans1 non plus que les personnes avances en ge1 ne sont capables de rflexions1 qu'au moyen des ides acquises 3 les ides abstraites supposent dans l'esprit1 des connoissances avec lesquelles elles puissent se lier 2 on ne les appelle abstraites1 que parce qu'elles sont tires des ides particulieres 2 elles doivent par consquent en tre prcdes dans l'ordre de l'enseignement1 comme dans l'ordre de la nature4 ,vous ne feriez jamais comprendre que le tout est plus grand que la partie une personne qui n'auroit pas auparavant une ide de la partie du tout4 ,ainsi le principe fondamental de toute bonne mthode1 est de commencer par ce qui est sensible1 pour s'lever par degrs ce qui est intellectuel 2 par ce qui est simple1 pour parvenir ce qui est compos 2 de s'assurer des faits avant de rechercher les causes4 ,le plus sr moyen d'instruire les autres1 c'est de les conduire par la route qu'on a d suivre pour s'instruire soi-mme 3 or chacun peut connotre1 par sa propre exprience1 que les ides sont plus faciles proportion qu'elles sont moins abstraites qu'elles se rapprochent davantage des sens 2 elles ont encore l'avantage d'tre dtermines par elles-mmes 3 les notions abstraites au contraire sont vagues1 n'offrent rien de fixe l'essprit1 l'objet du ,philosophe doit tre de dterminer ses ides1 de les fixer4 ,c'est donc une regle invariable d'inculquer par des exemples sensibles ritrs1 les connoissances particulieres dont les maximes gnrales les termes abstraits supposent les impressions4 ,si l'on saisissoit les progrs des connoissances1 dit un homme qui en a bien dml l'origine 7l',abb de ,condillac71 elles se suivroient dans un tel ordre1 que ce que l'une ajouteroit celle qui l'auroit immdiatement prcde1 seroit trop simple pour avoir besoin de preuves4 ,de la sorte on arriveroit aux plus compliques1 de celles-l on descendroit sans peine aux plus simples 3 peine pourroit-on les oublier1 ou du moins si cela arrivoit1 la liaison qui seroit entre elles1 donneroit la facilit de les retrouver4 ,par ce moyen1 continue cet ,auteur1 on parotroit plutt trouver des vrits nouvelles1 que dmontrer celles qui sont dj trouves4 ,on ne convaincroit pas seulement les jeunes gens1 on les claireroit 2 on les mettroit en tat de se rendre raison de tous leurs progrs1 d'en faire par eux-mmes 2 ils sauroient toujours o ils sont1 d'o ils viennent1 o ils vont 2 ils pourroient juger par eux-mmes de la route que le guide leur traceroit1 en prendre une plus sre1 s'ils trouvoient du danger la suivre4 ,on doit autant tudier pour se former que pour s'instruire4 ,comment est-ce que les hommes se forment qu'ils acquierent des connoissances 8 ,c'est en voyant diffrens objets 2 c'est en coutant les gens instruits1 en exprimentant1 en rflchissant 3 celui qui a plus vu1 plus observ1 plus rflechi1 est le plus habile 2 celui qui on a montr de meilleurs modeles1 a le got le plus sr 2 c'est l'avantage que certains enfans ont sur d'autres 3 il a pass sous leurs yeux un plus grand nombre d'objets 2 il y a plus de choix dans ceux qu'on leur a montrs 2 ils ont de meilleurs modeles1 plus d'ides exemplaires4 ,un homme qui n'auroit vu que des tableaux de ,raphal du ,titien1 ne se contenteroit pas de peintres mdiocres4 ,il s'ensuit de ces observations1 que toute mthode qui commence par des ides abstraites1 n'est pas faite pour les enfans1 qu'elle est contraire la nature de l'esprit humain 3 cette seule rflexion bannit les abstractions de tous les ,livres lmentaires de ,grammaire1 de ,rhtorique1 de ,philosophie de ,religion4 ,il s'agit de btir une maison1 on doit d'abord amasser des matriaux 3 il s'agit d'lever l'difice des connoissances humaines1 il faut avoir les ides particulieres qui composent cet difice 2 les faits1 les observations1 les expriences en sont le fondement 3 c'est donc les assembler1 se rendre ces objets familiers1 qu'on doit s'appliquer dans les commencemens4 ,que les enfans voient beaucoup d'objets1 qu'on les varie1 qu'on les montre sous plusieurs faces diverses reprises 2 on ne peut trop remplir leur mmoire leur imagination de faits d'ides utiles1 dont ils puissent faire usage dans le cours de la vie499 ,la varit plat sur-tout cet ge1 dit l',abb ,fleury 2 les enfans tudient puis volontiers deux heures durant1 quatre matieres diffrentes1 qu'une seule pendant une heure4 ,une tude sert de divertissement l'autre 2 plus elles sont diverses1 moins il est craindre qu'elles se confondent4 ,un autre grand ,matre dans l'art d'enseigner 7s',gravesande7 dit dans le chapitre #cj de sa ,logique1 que ceux qui ont pris l'habitude de ne considrer qu'une sorte d'ides1 quelque habilet qu'ils puissent y avoir acquise1 raisonnent presque toujours mal sur d'autres objets 4 ,il ajoute1 que pour acqurir de la flexibilit dans l'esprit de l'tendue1 il faut s'tre appliqu plusieurs choses diffrentes entre elles4 99 ,segnius irritant animos demissa per aures ,quam qu sunt oculis subjecta fidelibus444 ,tout ce qu'on doit savoir1 n'est pas contenu dans les ,livres 3 il y a mille choses dont on peut s'instruire par la conversation1 par l'usage et la pratique 2 mais il n'y a que des esprits dj un peu forms1 qui puissent profiter de cette instruction4 ,l'homme est fait pour agir1 il n'tudie que pour s'en rendre capable4 ,l'esprit d'tude dans le monde1 seroit oppos celui d'affaires 2 mais on entendra mal les affaires1 si on n'a pas tudi4 ,l'important est d'acqurir les grands principes des connoissances les plus ordinaires 3 l'exprience1 qui est la meilleure leon1 achvera le reste4 ,si l'on n'a pas ces principes1 le seul conseil que l'on puisse prendre1 c'est de suspendre son jugement 3 de tous les prceptes de la ,philosophie1 c'est le plus universel4 ,l'tude doit tre l'occupation de la jeunesse1 le dlassement du reste de la vie pour remplir utilement les intervalles de l'action4 ,le premier ge n'est pas la saison des rcoltes1 c'est le tems de semer de faire des provisions 3 l'objet des tudes n'est pas que les jeunes gens1 au sortir de la premiere ducation1 possedent les ides formes de toutes les ,sciences 3 ce seroit un projet chimrique1 un beau rve 2 mais il se peut faire aisment qu'ils aient une teinture des principales1 qu'ils aient acquis un grand nombre de matriaux de connoissances1 qu'ils aient l'art d'en acqurir 2 art inestimable1 peut-tre suprieur aux connoissances mmes4 ,presque toute notre ,philosophie notre ducation ne roulent que sur des mots 2 ce sont les choses mme qu'il importe de connotre4 ,revenons au vrai au rel 2 car en soi la vrit n'est autre chose que ce qui est1 ce qui existe1 dans notre esprit ce n'est que la connoissance des choses existantes4 ,ce but est certainement plus juste1 le chemin pour y arriver1 est plus droit que le chemin tortueux par lequel les jeunes gens n'arrivent qu' la connoissance de mots ou d'abstractions4 ,le moyen pour russir1 est d'exciter leur curiosit1 d'aider l'esprit le gnie1 de donner du ressort leur ame 3 c'est ce que l'on ne fera jamais par des tudes abstraites1 seches ennuyeuses4 ,que ce que vous leur prsentez soit agrable 2 piquez leur curiosit 2 flattez leur amour propre 2 entretenez-les dans la gaiet qui est naturelle cet ge1 ne joignez pas aux tudes1 l'ide de labeur de peine 2 parmi les connaissances choisissez celles dont on peut tirer plus de consquences utiles1 qui ont plus de rapport l'usage de la vie civile1 aux murs la vertu 2 celles qui lvent l'ame l'esprit 3 prfrez les oprations qui ont plusieurs utilits la fois 2 rptez approfondissez les mmes dans toute la suite de l'ducation1 de sorte que depuis le commencement jusqu' la fin ce ne soient que les mmes vrits1 les mmes choses plus dveloppes4 ,l'exprience fait voir qu'on oublie1 au sortir du ,college1 presque tout ce qu'on y a appris4 ,pourquoi 8 ,c'est que les connoissances qu'on y a acquises ne sont point lies avec les notions communes 2 c'est que l'on ne retient bien que ce qui a t souvent rpt1 qu'il n'y a que la rptition des mmes ides qui puisse former des traces assez fortes pour les conserver long-tems4 ,l'exprience fait voir galement qu'on n'oublie jamais ce qui est grav pendant l'enfance dans les fibres dlicates du cerveau1 par des actes frquens ritrs4 ,il n'y a point d'enfant qui ait oubli jouer aux cartes4 ,c'est sur ces principes simples qu'est fond le ,plan que je propose4 ,toute bonne mthode doit porter sur la nature de l'esprit humain sur des faits incontestables4 ,un ,plan court peut contenir plus de choses qu'un ,plan allong 3 ce qu'il y a de plus long1 c'est l',histoire 2 encore pourroit-on y faire beaucoup de retranchemens4 ,toutes les sciences ncessaires chaque homme peuvent tre resserres en peu de volumes4 ,une prcaution ncessaire1 c'est que l'on ne rejette pas1 comme on fait1 toute la peine tout le travail sur les enfans 2 c'est en quoi l'usage des ,colleges est le plus vicieux1 parce qu'il y a un trop grand nombre d',eleves dans une seule classe4 ,c'est aux ,matres faire travailler les enfans1 mais ils doivent se charger de ce qu'il y a de plus pnible 2 l',etat doit soulager les ,matres1 autant qu'il est possible1 en faisant composer par des gens habiles des ,livres lmentaires classiques4 ,de l',education du premier ge1 jusqu' environ dix ans4 ,les enfans n'ont point d'exprience1 parce qu'ils n'ont rien vu 2 ils n'ont point d'attention1 parce que la foiblesse de leurs organes ne rsisteroit pas une tension soutenue sur le mme objet 2 ils n'ont pas de jugement1 parce qu'ils n'ont ni assez de matriaux dans l'esprit pour les comparer1 ni assez d'exercice de force pour saisir les dtails sans lesquels toute comparaison manque de justesse4 ,ils ont des sens qui sont les portes des connoissances 2 de la mmoire qui leur rappelle les choses absentes qu'ils ont vues 2 ils ont de plus la facult de rflchir sur leurs sensations1 sur le sentiment intrieur qui ne les abandonne jamais1 non plus que les autres hommes1 sur les reprsentations des uns des autres1 c'est--dire1 sur leurs ides4 ,il ne s'agit que d'employer ces facults pour fixer leur attention1 pour perfectionner leur jugement1 leur procurer l'exprience qui manque cet ge4 ,j'avoue qu'aprs l'effort inconcevable qu'ont fait les enfans pour apprendre parler1 ce qui me parot le plus difficile dans toute l'ducation1 c'est de leur apprendre lire4 ,j'ai peine comprendre comment on y parvient1 sur-tout par la mthode qu'on emploie pour les instruire4 ,si l'on fait attention aux diffrentes combinaisons1 la multiplicit des oprations que cette tude exige1 la quantit de sons inutiles ou impropres qu'on leur fait articuler 3 on conviendra que ce n'est pas une chose aise1 quoiqu'elle soit commune1 qu'il faut ncessairement ou que ce soit presque l'effet d'une routine mchanique1 ou que leur esprit soit dj capable d'une infinit de combinaisons1 lorsqu'il s'applique des objets sensibles4 ,ce qui porteroit supposer cette capacit dans les enfans1 c'est le peu d'effort avec lequel ils apprennent des jeux qui exigent des combinaisons assez fines4 ,mais d'un autre ct on peut demander si cette facilit ne viendroit pas plutt de ce qu'ils ont les ides particulieres de la chose qu'ils font1 qu'ils font avec plaisir4 ,je remarque que tout ce que fait la nature1 quelque compliqu qu'il soit1 elle le fait aisment 2 ds que l'art survient1 la difficult nat 2 l'art est long pnible4 ,apprendre parler1 apprendre une langue par l'usage1 cela se fait naturellement facilement 3 apprendre lire1 apprendre une langue par regles par art1 c'est l'occupation de plusieurs annes4 ,ainsi ce seroit une matiere digne de la recherche des bons ,citoyens de l'attention des ,gouvernemens que de fixer une fois la mthode la plus simple d'enseigner lire d'enseigner les langues4 ,ce seroit pargner beaucoup de peine aux enfans1 d'embarras aux peres aux matres 2 ce serait mnager bien du temps pour l'acquisition des connoissances relles4 ,je crois1 d'aprs plusieurs expriences ritres1 que le ,bureau ,typographique est sans comparaison ce qu'il y a de mieux pour la lecture4 ,mais je suppose qu'un enfant sache dj lire crire 2 qu'il sache mme dessiner1 ce que je regarde comme ncessaire1 je dis que les premiers objets dont on doit l'occuper depuis cinq ou six ans jusqu' dix1 sont l',histoire1 la ,gographie1 l',histoire naturelle1 des ,rcrations physiques mathmatiques 2 connoissances qui sont sa porte parce qu'elles tombent sous les sens1 parce qu'elles sont les plus agrables1 par consquent les plus propices occuper l'enfance4 ,s'il est vrai que ces objets soient la base les matriaux de nos ides1 le fondement de la vie civile1 de toutes les sciences de tous les arts sans exception1 il est vident que c'est par-l qu'on doit commencer l'instruction4 ,de l',histoire499 99 ,m4 ,rousseau exclut les histoires de l'instruction des enfans4 ,est-il ncessaire de dire ici que les ,histoires sont la porte des enfans1 de prouver dans le dix-huitime siecle une vrit connue il y a deux mille ans4 ,mais l'esprit de paradoxe sait tout rduire en problme 3 sous prtexte de procurer aux enfans une exprience qui leur soit propre1 on prtend les priver du secours de l'exprience d'autrui1 comme s'il toit impossible d'allier l'une avec l'autre4 ,on veut qu'ils n'aient pas d'autre cole que le monde 2 on leur dfend de voir le monde 3 on veut qu'ils n'apprennent leur chemin1 qu'en s'garant4 ,le mal qu'il y a dans ces instructions1 n'est pas qu'elles soient toutes fausses 2 c'est au contraire dans le mlange du vrai1 que rside l'inconvnient4 ,personne ne peut nier ce principe incontestable1 qui n'est pas nouveau1 c'est que la premiere instruction doit commencer par les choses sensibles1 par des faits1 par ce que l'on voit1 ce que l'on touche1 ce que l'on pese1 ce que l'on mesure1 ce que l'on dpeint1 ce que l'on dcrit4 ,ce sont les faits de la nature1 ceux de l'art ceux des hommes 3 je parlerai dans un moment des premiers 2 je n'envisage maintenant que les faits des hommes1 ou ceux de l',histoire4 ,le spectacle de ce qui s'est pass dans le monde1 n'est autre1 la rigueur1 que la reprsentation de ce qui se passe tous les jours dans la place publique 2 les enfans peuvent voir l'un aussi bien que l'autre1 si l'on sait diriger leur vue 3 il n'est pas besoin d'une plus grande contention d'esprit4 ,on sait qu'ils aiment avec passion les ,contes les ,histoires 2 pourquoi les svrer entierement d'un plaisir auquel ils sont si sensibles 8 ,on ne sait que mettre entre les mains des peres1 des meres1 des gouvernantes1 pour les instruire un certain ge1 ou pour ne les pas gter 3 on leur lit des ,contes de ,fes 2 on leur en fait d'effrayans qui ont quelquefois des suites pour toute la vie 3 pourquoi ne pas chercher les instruire en les amusant 8 ,si la plupart des ,histoires sont au-dessus de leur capacit1 est-ce une raison pour ne les pas mettre leur porte 8 ,ce seroit la faute des ,ecrivains4 ,l'enfant qui entendra le ,petit ,poucet1 la ,barbe bleue1 peut entendre l',histoire de ,romulus de ,clovis4 ,ils savent1 aussi bien que les hommes avancs en ge1 qu'on ne doit faire de mal personne 2 qu'on n'en doit pas faire au public qui est compos de plusieurs personnes 2 que les mchans1 c'est--dire1 ceux qui font du mal1 sont dignes de l'excration publique4 ,ces maximes toutes simples suffisent pour entendre presque toutes les ,histoires pour en juger4 ,une autre raison dcisive pour en occuper les enfans1 est que si on les laisse jusqu' un certain ge sans en entendre parler1 ils ne pourront plus dans la suite en apprendre1 ni en retenir aucune 3 la chose deviendroit physiquement impossible4 ,ils se trouveroient l'gard de toute ,histoire1 dans le cas o nous sommes par rapport celles de la ,chine du ,japon1 qu'on a tant de peine imprimer dans la mmoire1 parce que les noms des hommes1 des villes1 des fleuves n'ont jamais frapp nos oreilles4 ,ils se trouveroient dans le cas o sont la plupart des femmes qui se plaignent de leur mmoire1 parce qu'ayant peu lu dans l'enfance1 les traces que font des objets tous nouveaux1 s'effacent presque dans l'instant4 ,qu'on essaie de faire retenir un jeune homme de la campagne1 la suite des ,rois depuis ,franois ,i1 l'on verra ce que l'on doit penser de la proposition que je combats4 ,il faut donc se rsoudre lire de l',histoire aux enfans1 ou la leur laisser ignorer pendant toute la vie4 ,il y a mme des contes des rcits d'aventures fabuleuses1 je ne les exclurois pas1 s'ils ne donnoient pas des ides d'tres ou de vertus imaginaires4 ,les ,romans nuisent en ce qu'ils ne dcrivent que les foiblesses de l'humanit1 ou en ce qu'ils peignent les hommes tels qu'ils ne sont pas4 ,on verroit mal1 si les yeux toient faits comme des ,microscopes4 ,ces narrations fausses augmentent1 diminuent1 ou affoiblissent la nature4 ,presque tous les tableaux de ,roman ne sont point de grandeur naturelle4 ,mais laissons les paradoxes mtaphysiques1 ne craignons point de leur prfrer des maximes enseignes par tous les ,philosophes de l'univers1 adoptes par tous les hommes d',etat1 consacres par la pratique de toutes les ,nations polices 2 tchons seulement de rendre les ,histoires utiles aux enfans1 d'indiquer ce qu'elles doivent contenir4 ,je voudrois que l'on compost1 pour leur usage1 des ,histoires de toutes ,nations1 de tout siecle1 sur-tout des siecles derniers 2 que celles-ci fussent plus dtailles 2 que mme on les leur ft lire avant celles des siecles plus reculs 2 qu'on crivt des vies d',hommes illustres dans tous les genres1 dans toutes les conditions dans toutes les professions 2 de ,hros1 de ,savans1 de femmes d'enfans clebres1 c4 qu'on leur ft des peintures vives des grands vnemens1 des exemples mmorables de vice ou de vertu1 de malheur ou de prosprit1 c4 ,il faudroit que l'instruction ft toute faite dans ces livres 2 qu'on n'y laisst presque rien ajouter au ,matre1 qu'il n'et1 pour ainsi dire1 qu' lire interroger4 ,je desirerois qu' la suite de chaque ,histoire1 on plat des questions pour voir ce que l'enfant auroit retenu1 pour le redresser1 s'il avoit mal entendu1 ou s'il ne s'tait pas attach au plus essentiel4 ,c'est la mthode du judicieux ,abb ,fleury1 dans son ,catchisme historique 3 il en prouve l'utilit dans une ,prface trs-philosophique1 qu'on lit peu1 parce qu'on ne lit gueres les ,prfaces1 sur-tout celle d'un ,catchisme4 ,ces ,livres ces ,histoires serviroient en mme-tems former le coeur l'esprit des enfans1 on pourroit y faire entrer une morale99 entiere leur porte1 non en tablissant1 par des principes abstraits1 les regles du juste de l'injuste 2 mais en excitant ce sentiment qui est assez vif chez eux1 qui le seroit galement chez tous les hommes1 s'il n'toit pas touff par le prjug par l'intrt4 99 ,on peut faire ensorte1 comme dit ,nicole1 qu'ils sachent toute la morale1 sans savoir presque qu'il y a une morale1 ni qu'on ait eu dessein de les en instruire 2 ensorte que lorsqu'ils l'apprendront dans le cours de leurs tudes1 ils s'tonnent de savoir par avance beaucoup plus qu'on n'y enseigne4 ,on pourroit ainsi les accoutumer de bonne heure juger les hommes les actions 3 on leur inspireroit l'humanit1 la gnrosit1 la bienfaisance1 soit par l'loge des hommes gnreux biensance1 soit par la comparaison des grands exemples1 de vertus ou de vices1 de ,ciceron de ,catilina1 de ,neron de ,titus1 de ,sully du ,marchal d',ancre4 ,des questions simples des rponses courtes indiqueroient le chemin 2 leur esprit s'ouvriroit insensiblement1 se formeroit sans effort goter ce qui est bien1 dtester ce qui est mal 3 ils apprendroient par leurs exemples mme1 par les jugemens qu'on leur feroit porter sur leurs querelles particulieres1 sur leurs actions1 qu'il ne faut pas faire autrui ce qu'on ne voudroit pas qui nous ft fait 2 que l'on n'est vritablement grand que pour le bien que l'on fait aux hommes 2 qu'il faut faire autrui tout le bien que l'on peut faire4 ,la morale des enfans1 mme celle des hommes faits1 se rduit presque ces deux points499 99 ,on trouvera sur les vertus morales politiques1 des choses excellentes dans l',abb ,fleury1 choix des tudes 2 dans la ,cyropdie de ,xnophon1 dans ,plutarque1 dans les ouvrages de l',abb de ,saint-,pierre1 dans ,nicole1 dans ,locke1 ducation des enfans1 dans le ,sethos de l',abb ,terrasson1 qui n'a pas trop russi1 quoiqu'il y ait des choses admirables pour la morale1 parce qu'il n'y a que du jugement1 de la physique de l'rudition1 qu'il faut de l'imagination pour faire un ,roman4 ,combien l'mulation des enfans ne seroit-elle pas excite par la lecture des vies d'enfans clebres 8 ,il est tonnant que depuis ,baillet1 qui en a fait un ,livre exprs1 on n'ait pas suivi cette ide pour leur inspirer l'amour si prcieux de la distinction4 ,on a dit qu'il falloit prfrer dans les tudes celles qui sont plus utiles1 celles dont on peut tirer plus de consquences pour les murs1 pour la conduite de la vie1 pour les affaires publiques particulieres 3 or il n'est pas douteux que les ,histoires modernes renferment cet gard plus d'utilits que les ,histoires anciennes 2 celles de l',europe1 plus que les ,histoires de l',egypte de la ,chine 2 les ,histoires du pays1 plus que les trangeres 3 c'est l'avis du savant ,grotius qui avoit employ un temps considrable l'tude de l'antiquit991 c'est celui de tous les gens senss4 99 ,in universum non incipere ab antiquissimis1 sed ab his qu nostris temporibus nostrque notiti propis cohrent1 ac paulatim deinde in remotiora eniti1 magis re arbitror4 ,ep4 ,hug4 ,grotii ad ,maurerium4 ,un homme1 de got pourroit extraire des ,livres des ,antiquits ,egyptiennes1 ,grecques1 ,etrusques ,romaines1 des ,monumens de la ,monarchie ,franoise1 du ,livre des ,crmonies religieuses1 des ,livres de ,mdailles1 de ceux qui traitent des murs des ,nations en gnral en particulier1 du ,dictionnaire de la ,bible1 tout ce qui mriteroit d'tre retenu 3 on montreroit le plan des ,villes clebres1 des ,ports1 des plus beaux difices 2 quelques ouvrages des meilleurs ,peintres1 si cela toit possible 2 des estampes 3 enfin on recueilleroit parmi les monumens anciens modernes1 ce qu'il y a de plus curieux 2 on pourroit y joindre une description trs-simple4 ,ces ,histoires ces ,recueils1 pour tre utiles1 devroient tre composs par des ,philosophes4 ,ce n'est pas rabaisser la ,philosophie1 que de lui faire parler le langage des enfans 2 c'est en faire l'usage le plus digne d'elle 3 quoi est-elle bonne1 si ce n'est former le jugement de tous les ges 8 ,plus il y auroit de volumes d',histoires bien faites1 plus la socit les familles seroient instruites1 plus les tudes seroient prpares 2 elles serviroient aux meres1 aux enfans toutes les gnrations4 ,duch en fit pour ,saint-,cyr1 dans le siecle dernier 2 l',abb de ,choisy1 pour ,madame la ,duchesse de ,bourgogne 3 elles sont agrables 2 mais ces ,ecrivains1 comme plusieurs du siecle pass1 avoient peu de philosophie dans la tte4 ,je suppose donc quelques volumes de pareilles ,histoires composes par des ,philosophes4 ,on les feroit lire aux enfans1 pour apprendre bien lire4 ,ils rpondroient aux questions qui y seroient contenues1 par-l ils s'accoutumeroient juger4 ,on leur feroit raconter ces mmes ,histoires1 pour leur apprendre parler4 ,ce ne sont-l que les matriaux de l',histoire 3 on rserveroit pour le second ge l'arrangement des faits par la ,chronologie1 la suite des ,empires1 les principes qui servent de fondement la certitude historique1 les usages innombrables de l',histoire4 ,de la ,gographie4 ,la ,gographie ne doit jamais tre spare de l',histoire 3 c'est l'affaire des yeux de la mmoire1 par consquent une tude faite pour les enfans4 ,mais il faudroit une ,gographie leur porte1 qui sans entrer dans un dtail sec ennuyeux 7comme la ,gographie de ,lenglet71 les ft voyager agrablement dans les diffrentes contres1 remarquant ce qu'il y a de principal de curieux1 les faits les plus frappans1 la patrie des grands hommes1 les batailles clebres1 tout ce qu'il y a de plus remarquable1 soit pour les murs les coutumes1 soit pour les productions naturelles1 pour les arts ou pour le commerce4 ,on se serviroit du ,recueil des voyages de tous les ,livres qui ont t faits jusqu'ici 3 ce travail ne seroit ni long1 ni pnible4 ,lorsque les enfans seroient plus avancs1 on leur feroit faire un second un troisieme voyage de ,gographie historique1 politique1 physique mathmatique1 comme on le dira dans la suite4 ,de l',histoire naturelle des ,rcrations physiques mathmatiques4 ,une autre tude spcialement propre aux enfans1 est l',histoire naturelle les ,rcrations physiques mathmatiques4 ,l',histoire naturelle ne demande cet ge que des yeux1 de l'exercice de la mmoire 3 c'est une des plus utiles connoissances qu'ils puissent acqurir1 tant un des fondemens de l',economie1 de la ,mdecine1 du ,commerce de la politique mme 2 elle est aussi une des plus agrables1 des plus faciles4 ,il ne s'agit point encore de raisonner ni de dcouvrir des rapports des causes 3 il ne faut cet ge que voir beaucoup revoir souvent1 comme l'a dit un grand ,matre4 ,qu'ils voient sans dessein1 mme sans explication les productions diverses1 les chantillons de tout ce qui compose la terre 3 on doit les familiariser avec tous ces objets1 dont le commun des hommes jouit sans les connotre1 qui se trouvent si souvent dans l'usage de la vie4 ,le principal est de montrer d'abord les diffrens objets1 de l',histoire naturelle1 tels qu'ils paroissent aux yeux 2 la figure1 avec une description prcise exacte1 suffit4 ,on pourroit rendre les descriptions moins seches plus agrables1 en y mlant quelques faits1 de la vie des murs des animaux1 de la culture de l'usage des plantes1 de la proprit de l'emploi des minraux 3 mais dans cette partie1 on doit tre sobre1 viter le trop grand dtail1 sur-tout carter le fabuleux1 que les ,naturalises y ont ml trop souvent4 ,pour les conduire d'abord dans cette immensit d'objets1 il ne doit point tre question de mthodes savantes1 qui ne serviroient qu' apporter de la confusion 3 il suffit de s'en tenir cette premiere grande division des trois regnes1 l'animal1 le vgtal le minral4 ,pour les dtailler1 on suivra la maxime dj pose plusieurs fois1 de s'attacher aux objets qui ont plus de rapport avec nous1 qui sont les plus ncessaires les plus utiles4 ,on donnera la prfrence aux animaux domestiques sur les sauvages1 aux animaux du pays sur les trangers4 ,dans les plantes1 on prfrera celles qui servent pour les alimens pour les remedes4 ,les enfans parviendroient insensiblement distinguer les parties d'un animal1 des oiseaux1 des poissons1 des insectes 2 savoir comment tous ces corps vivans croissent1 se nourrissent se conservent 3 mais il seroit essentiel que l'instruction n'allt point alors au-del de ce dont ils pourroient juger par la vue par le tact4 ,il en seroit de mme pour les fossiles1 les minraux1 les mtaux1 les pierres les diffrentes substances que la terre renferme4 ,on les montrera de suite1 la figure d'un ct1 la description de l'autre 3 quand on pourra y joindre les objets mmes1 l'image sera plus nette plus vive1 l'impression plus durable4 ,s'ils sont prsents avec ordre aux enfans1 ils se placeront naturellement dans leur tte1 suivant l'ordre mme dans lequel ils en auront acquis la connoissance4 ,on leur nommera en mme tems les ,hommes fameux1 tant anciens que modernes1 qui ont fait des dcouvertes dans les ,sciences relatives ces objets1 qui1 par des travaux souvent immenses1 les ont perfectionnes4 ,rendre un juste hommage aux talens1 c'est faire honneur l'humanit 2 ce seroit inspirer aux enfans de la vnration pour les bienfaiteurs des ,nations 2 une louable curiosit s'empareroit de leurs esprits 2 peut-tre feroit-elle natre un jour l'mulation d'galer de surpasser ceux qui leur auroient d'abord servi de guides4 ,ce spectacle1 quoiqu'bauch1 leur levera l'ame1 fera crotre leurs ides4 ,il viendra un tems o1 aprs avoir vu revu plusieurs fois les objets1 ils commenceront se les reprsenter en gros1 s'en faire eux-mmes des divisions 3 le got de la ,science natra1 il pourra tre aid alors par des mthodes par des rflexions 2 mais il faut toujours commencer par des faits par des descriptions qui sont elles-mmes des faits4 ,le ,dessein serviroit tous ces usages1 parce que les enfans se font un plaisir de copier ce qu'ils voient4 ,des ,observations physiques1 astronomiques 2 des ,expriences des ,mchaniques4 ,sous le titre de ,rcrations physiques1 je comprends les observations1 les expriences1 les faits de la nature les plus simples1 les plus frappans1 les plus faciles retenir4 ,je dois prvenir ici une objection facile faire1 plus facile encore tourner en plaisanterie4 ,on dira peut-tre que pour faciliter l'tude des enfans1 je veux qu'ils apprennent l',histoire naturelle1 la ,physique1 les ,arts l',astronomie4 ,je rponds que l'objection ne pourroit tre faite que par des personnes qui n'auroient aucune teinture de ces sciences 2 elle seroit fonde1 si je prtendois qu'on formt cet ge des ,physiciens1 des ,astronomes des ,mchaniciens 2 mais ce n'est pas ce que je propose 2 je prends pour exemple l',histoire naturelle1 je dis pour apprendre cette science1 il faut d'abord distinguer les objets1 les appeller par leur nom1 les reconnotre par la forme1 la grandeur1 le poids1 les couleurs1 c4 ,c'est-l une premiere opration ncessaire1 mais qui ne suffit pas pour former un ,naturaliste4 ,pour possder cette science1 il faut non-seulement connotre les qualits sensibles1 mais tout ce qui a rapport la naissance1 la production1 l'accroissement1 au dveloppement1 aux usages de chaque objet en particulier1 son histoire raisonne1 en un mot tout ce que des doctes ,acadmiciens rassemblent dans leur savante ,histoire naturelle4 ,il en est peu prs de mme dans les ,arts1 dans la ,physique1 dans l',astronomie1 c4 ,je conviens que des enfans ne sont point en tat de comprendre les secondes oprations1 ni les raisonnemens qu'elles exigent 2 mais je soutiens que toute personne qui a des sens1 est capable des premieres1 puisqu'elles ne consistent qu' distinguer les objets leurs diffrentes parties1 les peser1 les mesurer1 remarquer leurs couleurs1 dessiner leurs contours 3 tout ce qui ne demande que des yeux1 des mains un trs-simple calcul1 n'est point au-dessus de la porte de l'ge le plus tendre4 ,on ne prtend point dmontrer des enfans la divisibilit de la matiere l'infini 2 mais un enfant de sept ans peut appercevoir qu'un grain de carmin teint sensiblement dix pintes d'eau1 que par consquent il peut tre divis en autant de particules1 qu'il y a de petites gouttes de liqueur4 ,qu'un grain d'or mis en feuilles1 peut couvrir une surface de #ej pouces quarrs 2 que chaque feuille d'un pouce quarr1 peut se couper en deux cens petites bandes1 chaque petite bande en deux cens plus petites 2 de sorte que chaque feuille ainsi divise1 contient des parties presque innombrables4 ,qu'une feuille d'or couvrant un cylindre d'argent1 peut tre applatie1 alonge mise en un fil de #ddd lieues4 ,on dcouvre dans les liqueurs1 des animaux qu'on dmontre gomtriquement tre #bg millions plus petits qu'un ciron 2 ces animaux ont des veines1 des muscles1 c4 1 ce qui est plus petit encore1 des liqueurs qui y circulent qui en entretiennent le jeu4 7,hist4 de l',acad4 des ,sciences1 #agah1 p4 #i47 ,on ne demande pas que la ,mchanique soit enseigne aux enfans 2 mais on ne sauroit les accoutumer de trop bonne heure voir les machines simples qui produisent facilitent le mouvement1 remarquer les effets sensibles du levier1 des roues1 des poulies1 de la vis1 du coin des balances4 ,les femmes considerent des ciseaux par leur matiere comme un bijou 2 les ouvrieres1 comme un outil pour couper 3 y auroit-il de l'inconvnient que l'on ft considrer cet instrument aux enfans1 comme tant compos de deux leviers runis par un clou qui leur sert de point d'appui1 les deux branches tranchantes en dedans1 comme deux coins propres diviser1 lorsqu'ils prouvent l'action des leviers 8 ,qu'on leur ft remarquer que plus le point d'appui est loign de la puissance qui donne le mouvement1 plus la force est grande1 c4 ,il y a un livre assez imparfait1 intitul1 ,description abrge des principaux ,arts ,mtiers1 des instrumens qui leur sont propres1 le tout dtaill par figures4 ,l'acadmie fait imprimer la description des ,arts 3 c'est un des plus beaux monumens que la gnration prsente puisse laisser la postrit4 ,est-il au-dessus de la porte des enfans1 de feuilleter ces ,livres1 d'en dessiner quelques figures 8 ,seroit-il impossible d'avoir dans un ,college une salle o l'on mt des modeles de machines en bois ou en fer 8 ,s'il y avoit dans cette salle des armoires garnies1 de quelques morceaux d',histoire naturelle1 ne demanderoient-ils pas avec empressement les voir 6 ,ils se promeneroient1 ils agiroient acquerroient en mme temps des connoissances4 ,on ne prtend point apprendre l',astronomie des enfans 2 mais seroit-il inutile de leur dire1 par exemple1 que le soleil est environ #cd ou #ce millions de lieues de la terre 2 qu'il faudrait vingt-cinq ans un boulet de canon pour y parvenir 8 ,que le diametre du cercle que nous parcourons en un an autour du soleil est double1 ou de #gj millions de lieues4 ,que l'loignement des toiles est incomparablement plus grand4 ,qu'en supposant gale au ,soleil l'toile ,sirius1 l'une des plus grandes1 des plus clatantes1 vraisemblablement la plus proche1 il faudroit un boulet de canon1 pour y parvenir1 #bg #bh millions de fois #be ans4 ,que l'on compte avec les yeux un peu plus de #ajbb toiles 2 mais qu'avec le tlescope on en dcouvre dix vingt fois davantage1 dont chacune est vraisemblablement aussi loigne de l'autre1 que le ,sirius l'est de nous4 ,que la terre dans son mouvement journalier autour du ,soleil1 fait plus de six cens mille lieues en une heure1 quatre cens seize en une minute 2 qu'un boulet de canon ne pourroit faire que deux mille six cens lieues en vingt-quatre heures 2 qu'ainsi la terre va cent cinquante fois plus vite qu'un boulet de canon4 ,encore une fois je demande s'il y auroit de l'inconvnient frapper d'admiration d'tonnement l'esprit des enfans par ces infiniment grands ces infiniment petits4 ,quelle ide n'en rsulteroit-il pas de l',etre qui a produit toutes choses 8 faudroit-il leur demander1 quelque ge qu'ils fussent parvenus1 ,quis est qui creavit hc 8 ,seroit-il ncessaire aprs ces connoissances inculques de loin1 de les prparer comprendre la pesanteur de l'air1 son ressort1 tous les phnomnes que la ,physique dcrit1 tous ceux que la ,chymie dcouvre 8 ,y auroit-il du danger leur montrer que la viande o les mouches dposent leurs ufs1 se charge de vers 2 que celles o elles n'en dposent pas1 ne s'en charge point 8 ,ce fait1 dont les yeux sont tmoins1 ne les conduiroit-il pas penser que tout est organis a son germe 8 ,n'en concluroient-ils pas naturellement qu'un champignon est l'ouvrage de la ,sagesse de ,dieu1 ainsi que le monde 8 ,y a-t-ii dans les ,livres d',exercices spirituels des rflexions plus pieuses que celles qui rsultent de ces observations de ces expriences 8 ,il seroit desirer que les enfans fussent de bonne heure familiariss avec des globes1 des ,cartes1 des ,sphres1 des ,termometres1 des ,barometres 2 qu'ils eussent des tuis de ,mathmatique 2 qu'ils sussent faire usage de la regle1 du compas1 quand ce ne seroit que pour se procurer un divertissement 2 qu'ils apprissent qu'il y a un art de rapprocher les objets les plus loigns1 d'appercevoir ceux qui leur semblent imperceptibles4 ,ils verroient avec le microscope ce qu'ils ne souponnoient pas sur la tte d'une mouche1 dans la barbe d'une plume4 ,ces instrumens seroient de nouveaux organes qu'on ajouteroit leurs yeux1 qui leur feroient dcouvrir de nouveaux mondes 3 ils manieroient la machine pneumatique1 tous ces instrumens invents par le gnie1 employs par l'art pour dvoiler la nature 3 ils se rjouiroient avec des jeux d',optique qui leur mettraient sous les yeux les monumens des quatre parties de l',univers4 ,ils verroient les phnomnes de l',electricit qui embarrassent les ,philosophes1 qui tonnent tous les hommes4 ,on leur feroit connotre le plus grand nombre d'objets qu'il seroit possible 3 enfin tout sera bon1 pourvu que tout soit exact4 ,je ne propose de leur apprendre que des faits1 des faits dont les yeux dposent sept ans comme trente 3 je demande si ce sont l des tudes pnibles1 ou si ce sont des rcrations1 utiles agrables4 ,je passe aux ,mathmatiques4 ,des ,mathmatiques4 ,le prjug commun a attach ces ,sciences l'ide d'une grande difficult pour les enfans 3 par qui cette difficult est-elle exagre 8 ,par des gens qui ds l'ge de six ans leur mettent en main la ,grammaire1 c'est--dire1 la ,mtaphysique du langage 2 un tissu d'ides abstraites1 difficiles saisir par elles-mmes1 rendues inintelligibles par la faon dont elles sont prsentes4 ,la coutume qui rgit la multitude1 avoit renvoy les ,mathmatiques la fin des tudes1 pour en prendre une lgre teinture bientt efface4 ,les lumieres de ce siecle1 l'exemple l'autorit des gens capables ont ramen l'avis des ,anciens1 de ,pythagore1 de ,platon1 qui vouloient que personne n'entrt aux ,ecoles1 sans tre initi la ,gomtrie 3 ,socrate conseilloit d'apprendre les ,mathmatiques ds l'ge le plus tendre4 ,platon ,rp4 ,dial #g4 ,l'exprience le raisonnement prouvent que les enfans sont capables de s'appliquer ces ,sciences4 ,la ,gomtrie ne prsente rien que de sensible de palpable1 rien dont les sens ne rendent tmoignage4 ,les ,gometres mesurent ce qu'ils voient1 ce qu'ils touchent1 ce qu'ils parcourent 3 les sens sont dans un perptuel exercice 2 lorsque les sens ne suffisent pas1 la mmoire vient au secours pour conserver le souvenir d'une premiere vrit1 d'une seconde1 d'une troisieme1 c4 ,nulle science n'est plus assortie la curiosit des enfans1 leur caractere1 leur temprament1 qui les porte tre presque toujours en mouvement 3 rien ne flatte davantage l'amour-propre1 que de croire inventer soi-mme les figures que l'on construit1 ou les problmes que l'on rsout4 ,je ne parle point de leur utilit par rapport aux besoins des hommes1 la perfection de tous les ,arts1 aux secours qu'en tirent les ,sciences1 sur-tout la ,physique 2 le principal motif pour y appliquer les enfans1 c'est le grand avantage qu'elles ont de perfectionner l'esprit4 ,la premiere qualit de l'homme1 la plus ncessaire1 celle qui s'tend toutes ses actions1 tous ses emplois1 qui tant jointe la droiture du cur1 qu'elle doit mettre en uvre conduire par sa lumiere1 fait toute sa perfection 2 c'est la justesse de l'esprit4 ,pour acqurir cette qualit1 il ne suffit pas de savoir les regles qui conduisent la vrit 2 il faut y joindre l'habitude de suivre ces regles1 elle ne s'acquiert que par la pratique continuelle des actes qui la produisent 3 or il est vident que par la mthode que l'on est forc de suivre dans l'tude des ,mathmatiques1 on pratique continuellement les actes qui forment cette habitude4 ,pour apprendre raisonner1 il suffit de bien raisonner sans discontinuation1 c'est ce que l'on fait toujours ncessairement dans les ,mathmatiques4 ,il est trs-possible trs-ordinaire de raisonner mal en ,thologie1 en ,politique 2 cela est impossible en ,arithmtique en ,gomtrie si l'on n'a pas l'esprit juste1 la regle a de la justesse de l'intelligence pour celui qui la pratique4 ,les ,mathmatiques accoutument l'esprit de combinaison de calcul 2 esprit si ncessaire dans l'usage de la vie 2 elles donnent de l'aptitude lier les ides1 c'est peut-tre la plus essentielle de toutes les dispositions 2 car on ne voit ordinairement dans tout le reste de la vie1 que comme on a vu dans les commencemens4 ,d'ailleurs qu'elle comparaison entre les ides claires des corps1 de la ligne1 des angles qui frappent les sens1 les ides abstraites du verbe1 des dclinaisons des conjugaisons1 d'un accusatif1 d'un ablatif1 d'un subjonctif1 d'un infinitif1 du que retranch1 c4 ,la ,gomtrie ne demande pas plus d'application que les jeux de ,piquet de ,quadrille4 ,c'est aux ,mathmaticiens trouver une route qui n'est pas encore assez fraye4 ,on pourrait peut-tre commencer par des rcrations mathmatiques 3 mais celles d',ozanam ne sont pas si claires que les ,elmens mme1 ne sont pas si instructives4 ,m4 ,clairaut a donn des ,elmens de ,gomtrie d',algebre dans l'ordre que les inventeurs eussent pu suivre4 ,il a runi les deux avantages d'intresser d'clairer les ,commenans4 ,telles sont les oprations que je propose pour le premier ge 3 apprendre lire1 crire dessiner 2 de la ,danse1 de la ,musique qui doivent entrer dans l'ducation de toutes les personnes au-dessus du commun 2 des ,histoires des vies d',hommes illustres de tout ,pays1 de tous siecles de toute profession 2 la ,gographie 2 des ,rcrations ,physiques ,mathmatiques 2 les ,fables de la ,fontaine1 qui1 quoi qu'on en dise1 ne doivent pas tre retires des mains des enfans1 mais qu'on doit leur faire toutes apprendre par cur4 ,du reste1 des promenades1 des courses1 de la gaiet1 des exercices2 je ne propose mme les tudes que comme des amusemens4 ,education des ,enfans depuis dix ans4 ,vers l'ge de dix ans1 il seroit tems de commencer le cours de ,littrature ,franoise ,latine1 ou d',humanits1 on continueroit en mme tems les oprations du premier ge4 ,je joins ensemble l'tude des ,langues ,franoise ,latine 3 ,ciceron99 conseilloit son fils de runir l'tude du ,grec du ,latin4 99 ,tamen ut ipse ad meam utilitatem semper cum ,grcis ,latina conjunxi 2 neque id in ,philosophia solum1 sed etiam in dicendi exercitatione feci 3 idem tibi censeo faciendum ut par sis in utriusque generis oratione4 #a4 lib4 ,offici4 ,j'ajouterois pour ceux qui en auront le got1 l'tude du ,grec qu'il seroit trs-utile de ne pas abandonner comme on a fait4 ,sans ces deux ,langues1 il n'y a point de vraie ni de solide rudition4 ,je conseillerois aussi l',anglois devenu ncessaire pour les sciences1 l',allemand pour la guerre 2 mais je ne parlerai point ici de ces deux ,langues4 ,on traite les ,langues vivantes peu prs comme ses contemporains1 avec une forme d'indiffrence presque toujours dsavantageusement 3 ce sont les circonstances le got qui doivent dcider du tems 2 on renvoye ordinairement cette tude aux annes qui suivent l'ducation4 ,dans toute institution il faut donner le pas la ,langue maternelle 3 elle est la plus ncessaire dans tout le cours de la vie4 ,il est donc draisonnable de la ngliger1 sous prtexte qu'on l'apprendra toujours assez bien par l'usage4 ,l'exprience apprend qu'on ne la sait jamais parfaitement si on ne l'a pas tudie 2 il est honteux que dans une ducation de ,france on nglige la ,littrature ,franoise1 comme si nous n'avions pas des modeles dans notre ,langue4 ,les ,grecs les ,romains cultivoient la leur prfrablement aux ,langues trangeres4 ,de cent tudians il n'y en a pas cinquante qui le ,latin soit ncessaire1 peine en compteroit-on quatre ou cinq1 qui il puisse tre utile1 dans la suite1 de le parler de l'crire4 ,il n'y en a aucun qui puisse avoir besoin de parler ou d'crire en ,grec1 de faire des ,vers ,latins ou des ,vers ,grecs 3 il est donc contre la raison de dresser un ,plan d'ducation gnrale pour ce petit nombre de personnes4 ,les ,langues demandent de l'application du travail 2 quoiqu'elles ne soient qu'une disposition une tude plus solide1 il faut s'y attacher avec ardeur pendant les premieres annes1 viter le peu le peu de conduite de la plupart de ceux qui s'appliquent aux ,belle-,lettres1 qui sont contraints d'apprendre toute leur vie parler crire purement1 parce qu'il n'y ont pas donn le tems ncessaire dans les commencemens1 ou qu'ils l'ont fait sans ordre sans principe4 ,mais il n'est pas inutile de fixer ce que j'entends par ,littrature 3 c'est ce que les ,romains appelloient la ,grammaire1 ,grammatica4 ,l',abb ,gdouin dit que l'on comprenoit ,rome sous ce terme gnralement tout ce qui concerne la ,langue1 c'est--dire1 non-seulement l'habitude de bien lire1 une prononciation correcte1 une ortographe exacte1 une diction pure rgulire1 l'tymologie des mots1 les divers changemens arrivs la ,langue1 l'usage ancien l'usage moderne1 le bon le mauvais usage1 les diffrentes acceptions des termes1 mais encore la lecture l'intelligence de tout ce qu'il y avoit de bons crits dans la ,langue maternelle1 soit en prose1 soit en vers4 ,telle toit l'ide qu'on avoit ,rome ,athenes des ,matres de ,grammaire ou des ,grammairiens1 terme presque ignoble anjourd'hui1 mais qui toit alors en honneur autant que la chose qu'il signifioit4 ,voil ce que les enfans venoient apprendre leurs ,ecoles1 ce qu'ils y apprenoient en effet4 ,la ,littrature ,franoise la ,littrature ,latine doivent marcher d'un pas gal 2 ainsi il seroit bon que les coles du matin1 par exemple1 fussent pour le ,franois1 celles du soir pour le ,latin1 jusqu' la ,philosophie qui doit1 malgr le mauvais usage1 tre traite en ,franois4 ,il se trouverait des enfans qui n'ayant besoin ni de ,latin ni de ,grec1 suivroient seulement celles de ,franois 3 je ne regarderois pas comme un mal1 que cet usage pt s'introduire4 ,faut-il six ans pour apprendre deux ,langues 8 ,deux ou trois annes d',humanits suffisent 2 une anne de ,rhtorique deux de ,philosophie4 ,on pourrait ajouter une ,chaire de ,physique exprimentale de ,mathmatiques4 ,peut-tre seroit-il mieux de finir par la ,rhtorique1 ou du moins de ne pas abandonner les ,belles-,lettres pendant la ,philosophie4 ,pour remplir les objets de la ,littrature1 il faut commencer par une ,grammaire gnrale raisonne1 qui contienne les fondemens de l'art de parler1 qui donne une ide nette de toutes les parties du discours1 o l'on voie ce qui est commun toutes les ,langues1 les principales diffrences qui s'y rencontrent4 ,on a une trs-bonne ,grammaire gnrale de ,lancelot1 avec les notes d'un ,acadmicien qui a autant de nettet de justesse que de got 2 il lui seroit plus ais qu' personne de la mettre la porte des enfans4 ,on doit compter pour un avantage considrable1 d'apprendre tout par principes 3 cette pratique rend l'esprit juste accoutumeroit les enfans faire usage de leur raison dans les diffrentes fonctions de la vie2 ce qui doit tre le but de toutes les tudes4 ,aprs ce premier degr1 auquel il ne faut pas s'arrter trop long-tems1 parce que l'usage est le meilleur matre en matiere de ,langues1 on doit passer la lecture des ,auteurs1 la premiere opration seroit de faire faire aux enfans sur un ,livre ,franois qu'ils entendent1 la construction des phrases1 suivant les notions de la ,grammaire gnrale qu'ils auroient apprise1 de la ,grammaire ,franoise qu'ils apprendroient en mme-temps4 ,ce seroit-l leurs premires leons 2 les secondes seroient un abrg de ,grammaire ,latine qui en marqueroit les diffrences avec la ,grammaire ,franoise2 aprs quoi on les mettroit dans l'explication du ,latin99 car je suppose avec les personnes instruites99991 que c'est par l'explication qu'il faut commencer continuer l'tude des ,langues4 99 ,par exemple1 de ,phedre1 avec des chiffres qui marquent la construction 2 ou des ,livres o il y ait une version interlinaire4 ,ce sont des mthodes trs-utiles4 ,faire d'abord la construction des traductions littrales1 au lieu de thmes1 pour passer ensuite des traductions plus correctes4 ,je conseillerois le ,select profanis ,auctoribus ,histori4 ,c'est un ,livre agrable1 instructif1 utile aux enfans1 qu'il ne seroit pas inutile aux hommes faits de lire4 ,il ne paroit pas ncessaire d'avertir qu'on doit faire choix d'abord des ,auteurs les plus faciles1 ne lire que ceux qui ont crit1 lorsque le ,latin toit dans sa plus grande puret1 c'est--dire un peu avant1 ou un peu aprs le siecle d',auguste1 ,phedre1 ,trence1 ,saluste1 ,csar1 ,ciceron1 ,virgile1 ,horace1 ,valere-,maxime4 ,en tout genre1 il ne faut prsenter que les meilleurs modeles4 ,aprs une prparation de cinq ou six semaines1 pour apprendre la ,grammaire chercher dans les ,dictionnaires1 on peut se mettre dans la lecture de ces ,auteurs de ceux dont ,chompr ,vaniere ont donn des extraits1 avec le ,novitius qui est sans comparaison le meilleur des ,dictionnaires4 ,on a le petit ,danet ,latin par racines1 qui est un ouvrage trs-bien fait4 9999 ,scaliger1 ,tanguy1 le ,fevre1 ,m4 ,rollin1 ,m4 du ,marsais1 c4 ,il est naturel de penser que pour apprendre une ,langue morte1 on doit imiter1 autant qu'il est possible1 la maniere dont les enfans apprennent leur ,langue maternelle1 celle que nous employons pour apprendre les ,langues trangeres 2 c'est l'usage1 l'exercice l'habitude 2 avec cette diffrence1 qu'en apprenant une ,langue vivante1 les ides des objets que l'on voit1 se lient immdiatement avec les noms qu'on entend prononcer 2 au lieu qu'en tudiant une ,langue morte1 la liaison des mots ne se fait qu'avec ceux de la langue maternelle1 non avec les objets mme 3 dans l'un1 c'est le signe de la chose2 dans l'autre1 c'est le signe du signe1 ce qui cause une double contention d'esprit4 ,dans la seconde1 ou mme la troisieme anne1 il seroit tems1 si l'on veut1 de joindre l'explication la traduction des ,auteurs ,latins1 la mthode des thmes4 ,il faut entendre avant de parler4 ,on choisiroit un ,auteur bien traduit en ,franois par un homme habile dans les deux ,langues1 tels que ,phedre1 ,terence1 ,saluste1 quelques ,livres de ,ciceron 3 on feroit traduire quelques morceaux choisis1 on compareroit le ,franois avec celui du ,traducteur4 ,quelque temps aprs l'enfant mettrait la traduction en ,latin que l'on corrigeroit sur le texte original4 ,par-l le ,disciple auroit ,ciceron pour ,matre de ,latin1 l',abb ,mougaut1 par exemple1 pour ,matre de ,franois 3 ce serait le moyen d'apprendre parfaitement les deux ,langues4 ,un ,livre classique ncessaire seroit un recueil relatif l'tat actuel de notre ,langue1 extrait des ,remarques de ,vaugelas1 de ,bouhours1 de ,corneille1 de ,patru1 ,saint-,evremond1 tous ceux qui ont crit sur la ,langue1 avec les raisons de leurs dcisions4 ,ce ,recueil seroit au moins aussi utile que les ,particules de ,turcelin1 seroit d'un plus grand usage4 ,on commencerait par des ,fables1 par des ,lettres1 dont le discours est moins figur 2 on auroit soin de parcourir tous les genres de ,littrature en vers et en prose1 depuis l',epigramme jusqu' l',epope1 depuis les ,lettres jusqu'au ,discours public 2 observant1 autant qu'il seroit possible1 de joindre les ,auteurs ,franois ,latins1 comme ,phedre la ,fontaine1 ,horace ,boileau1 ,homere ,virgile1 avec le ,tasse la ,henriade1 c4 ,l'objet de cette tude1 seroit d'inspirer aux jeunes gens le got du beau du bon en chaque genre de ,littrature1 celui des beauts particulieres des ,langues1 sur-tout de la ,langue ,franoise4 ,des ,gens de ,lettres ont prouv qu'il est impossible de connotre parfaitement les beauts d'une ,langue morte 2 mais s'il est difficile d'appercevoir toutes les finesses de l'locution de ,demosthene1 de ,ciceron1 de ,virgile1 il est ais de sentir les charmes de leur loquence1 de reconnotre la maniere noble grande dont ils s'expliquent4 ,on peut imiter les ,auteurs sans parler leur ,langue1 on doit tcher de traiter les matieres dans la sienne1 de la mme faon qu'ils les traitoient dans la leur4 ,ici il manque aux enfans un ,livre de ,prceptes qui les conduisent1 dont ils fassent une continuelle application 2 ou1 pour mieux dire1 ce livre est fait1 si les ,matres savoient l'appliquer le mettre la porte des enfans 2 c'est le ,cours des ,belles-,lettres1 de ,m4 le ,batteux1 o les regles sont si bien claircies par des exemples4 ,ce que c'est que le got1 quels sont les moyens de le former4 ,l'art de parler a t form en observant ce qui persuadoit ce qui nuisoit la persuasion 3 de ces observations on a form un corps de prceptes de regles2 mais les prceptes seuls ne donnent jamais le got 3 tous ensemble ne valent pas1 pour instruire1 un ouvrage de gnie 2 comme l'a remarqu un gnie suprieur 7,m4 de ,voltaire7 il y a plus apprendre dans ,demosthene1 dans ,ciceron1 dans ,bossuet1 que dans toutes les ,rthoriques 3 ce sont-l les ,matres de l'art4 ,je citerai parmi ces grands modeles l',auteur mme de cette rflexion1 quoiqu'il soit vivant4 ,quand il est question de ,science de ,littrature1 il faut que la jalousie contemporaine se taise1 l'on doit parler le langage de la postrit4 ,les prceptes de tous les arts sont aiss simples1 ils sont pris dans la nature dans la raison 2 l'important n'est pas de les connotre1 quoique ce soit quelque chose1 mais d'en faire l'application4 ,le got est un discernement prompt1 vif1 dlicat des beauts qui doivent entrer dans un ouvrage 2 il nat de la sagacit de la justesse de l'esprit1 par consquent c'est un don de la nature 2 mais il se perfectionne par l'tude par l'exercice 3 il apperoit les beauts les dfaut 2 il les compare1 les balance les apprcie par un examen si fin si prompt qu'il parot tre plutt l'effet du sentiment d'une espece d'instinct1 que de la discussion4 ,le got peut tre regard comme un sens 2 puisqu'il agit comme les autres sens4 ,nous avons par la vue le sentiment des objets1 sans savoir comment ce sentiment est produit en nous4 ,il en est de mme de ce que l'on appelle le got 3 nous jugeons naturellement de ce qui est beau1 ce jugement naturel se forme dans notre esprit1 de mme que si nous savions la cause l'origine du plaisir que nous sentons 2 si nous avions prsentes les regles invariables du beau1 que sur toutes ces connoissances1 nous fissions en un instant une infinit de raisonnemens qui en seroient le rsultat4 ,on ne peut pas donner le sentiment de la vue un aveugle1 mais ,locke prouve que les enfans apprennent voir1 ou1 pour mieux dire1 juger par la vue1 de la distance des corps de leur figure4 ,le got ne differe pas des autres sens1 l'organe ne se peut acqurir 2 il doit tre fort grossier dans ceux qui n'en ont pas souvent fait usage 2 mais il peut tre perfectionn par l'exercice4 ,le got sans regle sans raisonnement1 seroit un mauvais guide1 le raisonnement sans got1 seroit un guide encore plus trompeur4 ,on demande si c'est par le sentiment1 ou par la discussion1 qu'on doit juger des ouvrages d'esprit 2 question qui a caus de grandes disputes1 qui pourroit bien n'tre qu'une dispute de mots4 ,le sentiment est ncessaire 2 sans lui1 on se fait des regles fausses4 ,la discussion est ncessaire aussi1 il faut du sentiment pour la bien faire 2 ainsi il parot qu'une de ces voies rentre dans l'autre4 ,tout ce que peut faire le raisonnement1 c'est de justifier le sentiment du got1 comme la ,mchanique dmontre les mouvemens d'un ,danseur de corde 3 mais la ,mchanique n'apprend point danser 2 il faut de l'usage1 de l'exercice de l'habitude4 ,le moyen de former le got1 est donc d'examiner les principes les regles1 de s'exercer juger1 comparer 2 de lire les bons ,critiques1 sur-tout d'tudier les grands ,matres4 ,veut-on donner un jeune homme le got de l',epope1 qu'il lise ,homere1 ,virgile1 le ,tasse1 la ,henriade 2 qu'il fasse d'abord l'analyse de chaque chant1 ensuite l'analyse du tout ensemble 2 il examinera le sujet du ,pome1 l'invention1 la distribution 2 il verra comment chaque partie est traite 2 il fera une attention particuliere la ,posie de style 2 il se rendra le sujet1 le plan1 l'ordre les dtails familiers 2 qu'il lise ensuite quelques rflexions sur le ,pome pique4 ,qu'il s'exerce de la mme maniere dans tous les genres1 il acquerra infailliblement du got1 ou il doit tre dclar incapable d'en avoir4 ,l',auteur de la ,henriade dit que l'on reconnot l'esprit des jeunes gens au dtail qu'ils font d'une ,piece nouvelle qu'ils viennent d'entendre 2 il ajoute avoir remarqu que ceux qui s'en acquittoient le mieux1 ont t ceux qui depuis ont acquis le plus de rputation dans leurs emplois 2 tant il est vrai1 dit-il1 qu'au fond l'esprit d'affaires le vritable esprit des lettres1 est le mme4 ,on doit appliquer cette pratique utile1 tous les ouvrages d'esprit 2 aprs un ,sermon1 un ,plaidoyer1 une ,tragdie1 une ,comdie1 faire exposer en termes clairs le sujet1 le plan1 l'ordre1 les preuves du ,discours1 l'intrigue de la ,piece 2 remarquer ce qui a paru le mieux ou le moins bien prouv 2 saisir le mrite ou le vice gnral du style 3 c'est1 ajoute le mme ,auteur1 ce qui est fort rare chez les gens de lettres mme4 ,un moyen pour connotre les beauts les dfauts des ,auteurs1 est de les comparer ensemble 2 on a imprim ,despreaux avec les passages qu'il avoit imits des anciens4 ,dans le ,thatre des ,grecs1 un du petit nombre des ouvrages de got qui soient sortis des ,colleges1 on a rapproch quelques ,tragdies modernes1 des anciennes4 ,on devroit imprimer les ,auteurs avec ces sortes d'imitations 2 ce seroient les meilleurs commentaires 2 les autres ne sont souvent que des scholies de ,grammairiens ou de ,savans sans got4 ,quand les bons ,auteurs modernes ont trait les mmes sujets en prose ou en vers1 il seroit trs-utile d'en faire la comparaison 2 ces parallles formeroient le got des jeunes-gens 2 sur-tout si on les accompagnoit de rflexions sur chaque genre de littrature4 ,on leur feroit lire avec attention toutes les bonnes critiques qui ont t faites des bons ouvrages 2 celle du ,cid1 par l',acadmie 2 celle du ,livre de ,bouhours1 par ,barbier ,daucour 2 l',examen de l',eptre ddicatoire du premier ,dictionnaire de l',acadmie1 qui est la page #abb des ,remarques de l',abb ,dolivet sur ,racine 2 ces ,remarques les ,rponses qui y ont t faites 2 celle du fils de ,racine sur les ,tragdies de son illustre pere 2 de pareilles ,remarques sur ,corneille 2 les ,examens que le grand ,corneille a faits de ses ,pices mme 2 celui que promet ,m4 de ,voltaire 2 le ,livre imprim en #agej1 intitul1 ,connoissances des beauts des dfauts de la ,posie de l'loquence dans la ,langue ,franoise 2 l',examen des trois ,eptres de ,rousseau 2 quelques ,observations de l',abb ,desfontaines 2 toutes les ,prfaces les ,dissertations de ,m4 de ,voltaire 2 les ,conseils un ,journaliste1 qui valent seuls un ,trait complet4 ,de jeunes-gens qui auroient lu ces ouvrages avec rflexion1 remarqueroient d'un coup d'il toutes les fautes de langage dans les ,auteurs qu'ils liroient1 ils n'en feroient pas4 ,savoir sa ,langue1 ce n'est pas un petit mrite 2 on ne peut ngliger la diction1 sans avoir en mme tems de l'indiffrence pour les penses mme4 ,on les sera ressouvenir que pour apprendre la ,langue1 trois choses sont ncessaires 2 le commerce des gens instruits1 la lecture des bons ,auteurs1 celle des ,livres qui ont trait de la ,grammaire4 ,ils liront les ,tropes de ,m4 du ,marsais1 ouvrage trs-philosophique de ,grammaire de ,rhtorique 2 la ,prface de la ,traduction de l',orateur de ,ciceron1 par l',abb ,collin1 qui suffit pour les prceptes 2 le ,trait des ,etudes de ,rollin1 ils en suivroient les pratiques 2 les ,livres de ,m4 de ,fnelon sur l',eloquence 2 le ,cours de ,belles-,lettres de l',abb le ,batteux 2 les ,rflexions de l',abb ,dubos 2 les ,rflexions ,remarques de ,gillet 2 la ,prosodie de ,m4 l',abb ,dolivet1 c4 ,j'ajoute une rflexion sur le got des ,lettres1 indpendamment des ,langues4 ,cette fleur de littrature est utile toute personne qui veut cultiver son esprit 2 elle ne s'acquiert que dans la jeunesse1 elle manque tous ceux qui n'ont pas t bien levs1 qui ont mal lu1 ou qui n'ont pas lu avec attention les bons modeles4 ,c'est peut-tre l',atticisme des ,grecs1 l',urbanit ,romaine le got ,franois 2 ,quintilien l'appelle une teinture d'rudition puise dans le commerce des personnes instruites 3 ,sumptam ex conversatione ,doctorum tacitam eruditionem4 ,on reconnot aisment si un homme a l'esprit cultiv1 sa faon de s'exprimer1 de juger1 de parler1 d'crire 3 souvent une allusion1 la citation d'un vers connu1 annonce la culture de l'esprit1 on distingue facilement l'homme qui a vcu dans la compagnie des bons ,auteurs1 comme dans le monde1 celui qui a vcu dans la bonne compagnie4 ,aprs ces observations1 est-il tolrable d'entendre demander par des ignorans1 ou par des imbciles1 ce que feroient des enfans1 si on ne les occupoit pas1 soir matin1 de thmes1 de particules1 de prosodies1 des vers grecs latins1 d'amplifications1 de figures de rhtorique4 ,oprations exercices du second ge4 ,les oprations de cet ge1 relatives la littrature franoise latine1 seroient1 outre celles que j'ai marques1 quelques compositions que je vais indiquer4 ,mais j'observerai auparavant une chose essentielle des plus importantes dans toute l'ducation 2 c'est de ne jamais faire faire de jeunes-gens aucune composition1 que sur des sujets dont ils aient auparavant une connoissance suffisante 2 ce seroit les faire travailler dans le vuide1 les accoutumer parler sans ides1 s'exprimer par des lieux communs1 employer beaucoup de paroles pour dire peu de chose 2 ce qui leur gte l'esprit leur corrompt le got pour toute la vie4 ,ainsi je voudrois proscrire entirement ces amplifications puriles1 ces amas de figures de commande1 ces paraphrases o l'on dit en dix vers1 ce qu',horace ou ,boileau ont dit en quatre4 ,quelles peuvent tre les ides d'un jeune-homme qui on donne pour sujet d'amplification1 la harangue de ,csar ses ,soldats dans les champs de ,pharsale 3 il ne connot ni ,csar1 ni ,pompe1 ni les ,romains1 ni les intrts1 ni la force1 ni la foiblesse des deux partis4 ,le ,rgent qui ose se mettre la place de ,csar1 ou lui prter des sentimens1 ne le connot pas mieux4 ,il ne peut sortir d'un fonds si mal prpar1 que des fruits mauvais sans got4 ,il est important que les jeunes-gens soient pleinement convaincus qu'avant d'crire on doit apprendre penser 2 qu'on peche plus souvent en disant trop1 que trop peu 2 que le seul moyen de bien parler d'un sujet1 c'est de le bien concevoir1 que quand on a dit ce qu'on doit dire sur une matiere1 tout ce qu'on ajoute est ennuyeux1 rebutant nuisible4 ,il est bon qu'ils sachent par exprience1 que les phrases les lieux communs sont insupportables lire entendre 2 scribendi recte sapere est principium fons4 ,ils feront des extraits1 des analyses 2 ils criront l'loge d'un grand homme1 des lettres1 non des ptres en l'air sur des faits soit sur des matieres qu'ils ignorent1 mais sur ce qui leur est arriv effectivement1 sur leurs occupations1 leurs divertissemens1 leurs peines 2 ils feront le rcit d'une crmonie1 d'une fte laquelle ils auront assist 2 ouvrage plus difficile peut tre qu'on ne pense 3 pour en sentir la difficult1 il suffit de l'avoir tent4 ,on les exerceroit faire des dfinitions 2 exercice infiniment utile1 capable seul de former l'esprit1 d'apprendre parler crire avec exactitude avec prcision4 ,demandez la plupart des hommes ce qu'ils entendent par un mot1 ils vous rpondront difficilement1 ou ils le feront d'une maniere si vague1 que vous appercevrez qu'ils n'en ont point de notion dtermine 3 leur langage est comme leurs ides 2 ils n'emploient des termes vuides de sens1 des lieux communs1 des circonlocutions1 que parce qu'ils ne connoissent pas la proprit des termes4 ,des ,philosophes 7l',abb de ,condillac7 ont approfondi l'analogie qui se trouve entre l'esprit des hommes leur langage1 par des discussions trs-fines1 ils ont prtendus prouver que les progrs des talens suivoient les progrs du langage4 ,les dfinitions du ,dictionnaire de l',acadmie sont exactes1 c'est un des principaux mrites de cet ,ouvrage1 si estimable d'ailleurs4 ,sous le nom de dfinition je comprends la description des choses 2 on ne peut les dfinir qu'en les dcrivant 2 dans les commencemens il suffit de dcrire de faon distinguer l'objet dont il est question1 de tout autre objet4 ,j'aimerois mieux qu'un jeune homme st faire une description nette d'une fleur1 d'une plante1 de la faon d'un vase de terre qu'il auroit vu tourner 2 qu'il st dcrire une machine1 une charrue1 un moulin1 une horloge1 c4 que de savoir faire toutes les amplifications de college autres pareilles inepties 2 cela seroit plus utile dans tout le reste de la vie4 ,un autre exercice joindre celui des dfinitions1 ce seroit de comparer les mots qui paroissent synonymes1 de marquer leurs diffrences1 comme a fait l',abb ,girard dans son ,livre des ,synonymes ,franois1 comme ,laurent ,valla avoit fait avant lui sur les ,synonymes latins dans son ,livre intitul ,elegantium latini sermonis4 ,il seroit bon aussi de marquer les vritables opposs1 quand cela se peut4 ,toutes ces oprations faites avec soin seroient d'une utilit inexprimable pour rendre l'esprit juste4 ,la justesse est prfrable tout1 mais il s'agit quelquefois d'chauffer des imaginations froides1 de faire enfanter des esprits striles4 ,un moyen presque infaillible seroit1 par exemple1 de dcomposer un acte de ,racine1 de le rduire1 pour ainsi dire1 en thme1 comme l',auteur l'avoit pu concevoir avant de se livrer sa verve 2 d'en tracer une esquisse1 comme celle que l'on a conserve d'aprs ,racine mme1 d'une tragdie d',iphignie en ,tauride qu'il n'a jamais acheve 2 faire remarquer comment ce beau gnie a su animer ce squelette dcharn1 lui donner des chairs vives des couleurs naturelles4 ,continuation des ,etudes du premier du second ge4 ,de l',histoire naturelle1 des ,rcrations physiques mathmatiques1 des ,mchaniques1 c4 ,je passe peut-tre trop rapidement sur ce qui regarde la ,littrature franoise latine4 ,mais les personnes instruites suppleront ce que je ne dis pas4 ,je reviens aux oprations du premier ge1 que j'ai indiques qu'on doit continuer jusqu' la fin de l'ducation4 ,apprendre lire1 crire1 manier le crayon1 est l'exercice du premier ge 3 apprendre bien lire1 bien prononcer1 bien crire bien dessiner est celui du second4 ,je joins toujours la ,musique1 l',histoire1 la ,gographie1 les ,mathmatiques1 l',histoire naturelle la ,littrature4 ,c'est alors qu'on doit commencer tudier la nature sur la nature mme1 les arts les manufactures dans les atteliers 2 qu'il faut joindre aux faits historiques appris dans l'enfance1 l',histoire gnrale des ,nations 2 ce qui n'est pas moins utile1 celle des sciences1 sur-tout des arts qui ont le plus de rapport nos besoins4 ,pour initier les jeunes gens dans la connoissance de ces arts prcieux1 il suffiroit de leur montrer les machines les plus simples1 qu'ils se feraient un plaisir de dmonter remonter4 ,je suis persuad qu'en allant par degrs1 on parviendrait faire assembler un enfant de douze ans tous les mouvemens d'une horloge ou les ressorts de toute autre machine1 par consquent de lui en faire comprendre le mchanisme4 ,la plupart ne demandent que des yeux du dessein1 avec quelque connoissance de ,gomtrie4 ,plusieurs articles des arts imprims dans l',encyclopdie sont des chef-d'uvres 3 ce qui concerne la ,physique les arts dans le ,spectacle de la ,nature1 est excellent1 mais le dialogue est de mauvais got4 ,il seroit souhaiter que d'habiles ,acadmiciens voulussent bien se charger de faire les livres lmentaires qui seroient ncessaires1 je rponds que des enfans de douze quatorze ans1 prpars par des rcrations mathmatiques physiques1 les entendront plus aisment que les rudimens qu'on leur enseigne 2 car ce sont des vrits sensibles4 ,croit-on qu'il ft fort difficile de leur apprendre les principes les pratiques de l'arpentage1 de la mesure des terreins1 que ce ne ft pas pour eux un grand plaisir de mesurer un jardin1 un champ1 une plaine1 de voir dessiner des fortifications1 d'en construire eux-mmes avec du carton 8 ,enfin puisque1 de l'aveu de tous les hommes1 ces connoissances sont le fondement de la vie humaine1 pourquoi ne les pas enseigner prfrablement celles que tout le monde s'accorde regarder comme inutiles1 difficiles ennuyeuses 8 ,de la ,gographie et de l',histoire4 ,je passe ce qui regarde la ,gographie l',histoire4 ,il faudroit un second tome de ,gographie qui runit l'ancienne la moderne1 l'ancien le nouveau monde1 les divisions exactes des ,empires1 suivant les derniers ,traits1 la description des ,pays1 non par un dtail ennuyeux de ,villes1 de ,bourgades1 de ,bailliages ou d'intendances1 mais par la situation1 la qualit1 la fertilit1 les productions du terrein1 la population1 les murs des peuples1 le ,gouvernement1 la ,religion1 les loix1 la force1 la puissance par mer par terre1 les richesses1 le commerce1 c4 ,on pourroit y faire entrer1 des rflexions sur la politique1 sur l'intrt des ,princes 2 en un mot1 des choses faciles apprendre1 utiles retenir1 non des dtails dont on n'a presque jamais besoin1 qu'on trouve alors dans les ,cartes dans les ,dictionnaires4 ,a la place de ces dtails1 qu'un jeune homme soit lev savoir comment vit cette multitude d'hommes qui composent la socit 2 comment de quoi ils subsistent 2 quel pain mange sur quel lit est couch un laboureur1 un journalier1 un artisan 2 le dtail des professions de quoi elles s'occupent4 ,il verra dans la suite comment on leur te ce pain qu'ils gagnent avec tant de peine 2 comment une portion des hommes vit aux dpens de l'autre4 ,de l',histoire4 ,a l'gard de l',histoire1 la matiere ayant t prpare ds le premier ge par le rcit de la vie des grands ,hommes qui ont fait quelque figure dans le monde1 des ,savans illustres1 des ,artistes clebres 2 par les tableaux des grands vnemens des grandes rvolutions1 on donneroit aux jeunes gens des histoires o la morale ft plus claircie1 les rflexions plus approfondies1 les maximes du droit des gens1 les principes du juste de l'injuste1 ceux d'une bonne administration1 plus fortement tablis 2 en s'arrtant davantage1 comme on l'a dit1 sur l',histoire moderne4 ,croiroit-on qu'un recueil des vies des ,hommes illustres de ,france1 ne ft pas un monument trs-cher la ,nation1 trs-utile pour y conserver l'honneur les sentimens1 ou pour les y faire crotre4 ,qu'il naisse un ,plutarque ,franois1 des cendres des ,hros donc il clbrera la gloire1 il natra des hommes qui feront honneur leur maison1 leur siecle1 l'humanit4 ,vers dix ou douze ans1 dit l',abb ,fleury1 il seroit tems d'arranger ces ,histoires1 sans embarrasser les enfans d'une chronologie exacte qu'il est impossible de fixer1 ni les forcer retenir des dates qui fatiguent trop la mmoire 3 je me contenterois de leur expliquer la belle ,mappe-monde historique991 qui divise les temps avant aprs ,jesus-,christ1 en remontant en descendant1 sans entrer dans de plus grands dtails de chronologie1 qui sont inutiles4 99 ,elle est imprime en #agdj1 approuve par l',acadmie des ,inscriptions4 ,je leur rpterois quelques observations gnrales qui rendent l'tude de l',histoire plus courte plus utile4 ,je leur dirais1 comme l',abb ,fleury1 que nous n'avons pas les ,histoiriens de tous les temps1 non plus que de tous les pays4 ,il y a toujours eu une infinit de ,nations ignorantes 2 de celles qui ont crit1 il y en a peu dont nous connoissions les ,livres4 ,toutes les ,histoires des anciens ,orientaux1 des ,egyptiens1 des ,syriens1 des ,chaldens des ,perses ont pri1 la plus ancienne qui nous reste1 hors celle du ,peuple de ,dieu1 est l',histoire d',hrodote1 qui a crit environ #djj ans avant ,jesus-,christ4 ,nous n'avons jusqu' ce temps que les ,livres des ,grecs des ,romains1 qui ne contiennent guere d',histoires dignes de foi1 plus anciennes que la fondation de ,rome4 ,aprs ,jesus-,christ1 pendant prs de #ejj ans1 on n'a qu'une seule ,histoire suivre1 qui est la ,romaine 2 mais depuis la ruine de l',empire d',occident1 l',espagne1 la ,france1 l',italie1 l',angleterre font chacune leur ,histoire particuliere1 quoi il faut ajouter celle d',allemagne1 de ,hongrie1 de ,suede1 de ,dannemarck1 mesure qu'elles commencent4 ,voil toute la suite de l',histoire qui nous soit connue1 si ce n'est qu'on y veuille ajouter l',histoire ,bizantine1 que nous connoissons depuis deux siecles4 ,pour celle des ,musulmans1 qui comprend tout ce qui s'est pass depuis mille ans dans l',egypte1 dans la ,syrie1 la ,perse1 l',afrique les autres ,pays o la ,religion de ,mahomet s'est tendue1 nous l'avons ignore jusqu' prsent4 ,nous savons encore que les ,chinois ont une trs-longue suite d',histoires1 dont on a donn un chantillon en ,latin4 ,les ,indiens ont une tradition trs-ancienne1 crite en une ,langue particuliere4 ,on sait quelque chose du ,mexique des ,incas1 mais qui ne remonte pas loin1 on a depuis deux cens ans une infinit de relations de voyages4 ,c'est tout ce qu'on connot d',histoires4 ,on voit combien c'est peu en comparaison de toute l'tendue de la terre de toute la suite des siecles 2 c'est particulirement en cette tude qu'on doit choisir se borner4 ,l'tude de l',histoire est celle qui a le plus besoin de guide4 ,ce qui manque d'ordinaire ceux qui l'crivent ceux qui la lisent1 c'est l'esprit philosophique4 ,on lit pour se dsennuyer1 sans but sans principes 2 on entasse dans sa mmoire des faits sans discernement sans examen 2 aprs avoir lu beaucoup d',histoires1 on ne connot ni les hommes1 ni les murs1 ni les loix1 ni les ,arts les ,sciences1 ni le monde prsent1 ni le monde pass1 ni les rapports de l'un avec l'autre4 ,l'important seroit de donner aux jeunes gens des principes des regles pour lire l',histoire avec fruit1 premirement pour savoir l'usage qu'ils en doivent faire1 le but qu'ils doivent se proposer4 ,secondement1 pour distinguer les faits prouvs de ceux qui ne le sont pas1 afin qu'ils ne deviennent pas les dupes de l'ignorance1 de la prvention de la superstition4 ,troisimement1 pour qu'ils pussent discerner les ,historiens auxquels ils doivent donner quelque confiance1 les temps qu'il est possible d'claircir4 ,de l'usage de l',histoire4 #a4 ,a l'gard de l'usage de l',histoire1 on a un petit ,livre de l',abb de ,s4 ,ral qui est bon 2 mais ce qui vaut mieux1 sans comparaison1 c'est ce qu'a dit ,m4 de ,voltaire dans son septieme tome1 dition de #ageg1 des mlanges de ,philosophie1 de ,littrature d',histoire1 chapitre #fj #fa1 ce qu'il a insr dans quelques ,prfaces4 ,quand il tablit des vrits1 personne ne les tablit mieux ne les prsente si bien 2 il n'est pas possible de redire ce qu'il a dit1 sans l'affoiblir4 ,ainsi je me contente1 sur cette partie1 d'y renvoyer les ,matres4 ,qu'ils lisent aussi la judicieuse ,prface de ,polybe dans son ,histoire1 le commencement des ,rflexions ,anecdotes de la ,reine ,christine1 de l',eloge historique de l',abb ,terrasson1 par ,m4 d',alembert1 ils seront plus instruits que par des volumes de ,mthodes de ,thomassin1 de ,possevin1 de ,rapin1 de ,menestrier1 qui tous ensemble1 ne valent pas un livre d',histoire bien fait1 celle de l',empereur ,julien1 par exemple4 ,des principes sur la certitude historique1 ou de la critique4 #b4 ,il est ncessaire d'avoir des principes sur la certitude historique1 de savoir sur quoi elle est fonde4 ,on est certain des faits que l'on voit que l'on entend4 ,on sait par relation ceux que les autres voient qu'ils entendent4 ,le tmoignage est une des voies les plus tendues de la connoissance humaine1 mais pour produire la conviction1 il doit nous mettre la place de ceux qui ont vu qui ont entendu eux-mmes4 ,c'est le point de vue o les ,historiens doivent se placer pour y placer leurs lecteurs 2 les faits qui sont appuys sur ce fondement1 sont d'une certitude exclure le plus lger doute4 ,c'est-l le principe le plus gnral de la certitude historique1 d'o drivent tous les autres principes4 ,ainsi quand on veut examiner un fait1 il faut savoir d'abord de quelle nature il est 3 est-il conforme la commune exprience au cours ordinaire des choses1 ou y est-il contraire 8 ,cet examen demande des rflexions particulieres 3 par qui est-il attest 8 par un ou par plusieurs ,historiens 8 ,ces ,historiens sont-ils tmoins1 sont-ils contemporains ou voisins du temps o le fait s'est pass 8 ,peut-on dire qu'ils le tiennent immdiatement de la premiere main 8 ,citent-ils leurs garants 8 ,ont-ils les uns les autres les qualits ncessaires pour tmoigner 8 ,on doit discuter leur tmoignage leurs rapports1 comme on discute les tmoins en ,justice 2 s'il y a d'autres ,historiens1 voir s'ils sont contraires1 lire charge dcharge1 examiner le but des ,ecrivains1 pourquoi1 quelle occasion ils ont crit1 mettre leur tmoignage la balance1 savoir s'il a pass jusqu' nous dans son intgrit1 ou s'il n'a point t corrompu 2 on peut prononcer ensuite1 soit en affirmant1 s'il y a des preuves1 soit en niant ou en doutant1 si les preuves ne sont pas suffisantes 2 car entre douter croire1 il y a des nuances diffrentes qui n'ont pas mme de nom particulier4 ,des temps o l'on peut remonter dans l',histoire4 #c4 ,quant aux temps auxquels on peut remonter1 aux ,histoires auxquelles on doit ajouter foi1 la regle la plus sre est de tenir pour suspect tout ce qui prcede les tems o chaque ,nation a reu l'usage des ,lettres4 ,un autre principe galement certain1 est que quand il y a des interruptions de grands vuides dans une ,histoire1 tout ce qui les prcede est faux ou suspect4 ,aussi rien n'est-il plus incertain que toute l',histoire ancienne1 dont les ,auteurs rapportent les faits arrivs long-tems avant eux4 ,dans les siecles postrieurs1 mme dans ceux qui sont les plus proches du ntre1 on trouve la mme incertitude1 lorsque les ,mmoires des contemporains manquent1 ou qu'ils sont dfectueux 2 ce qui exclut de la certitude presque toute l',histoire ancienne d',egypte ou d',orient1 dont peine il s'est conserv quelques vestiges 2 tout ce qui prcede les ,olympiades chez les ,grecs1 peu prs la seconde guerre ,punique chez les ,romains 2 en un mot1 les origines de toutes les ,nations1 except celle du ,peuple ,juif dont on ne perd point la trace4 ,on peut mettre dans le mme rang la plus grande partie de l',histoire du moyen ge1 non qu'elle soit dpourvue d',auteurs contemporains1 mais leurs ,mmoires sont si dfectueux1 les lacunes si grandes1 qu'il n'est pas possible de les remplir4 ,rien n'est plus juste ni plus ingnieux que ce que dit sur l',histoire ancienne ,m4 de ,fontenelle1 dans l'loge de ,m4 ,bianchini4 ,si d'un grand ,palais ruin on trouvoit les dbris confusment disperss dans l'tendue d'un vaste terrein1 qu'on ft sr qu'il n'en manqut aucun1 ce seroit un prodigieux travail de les rassembler tous1 ou du moins sans les rassembler1 de se faire1 en les considrant1 une ide juste de toute la structure de ce ,palais 2 mais s'il manquoit des dbris1 le travail d'imaginer cette structure1 seroit plus grand d'autant plus grand1 qu'il manqueroit plus de dbris il seroit fort possible que l'on ft de cet difice diffrents plans qui n'auroient presque rien de commun entr'eux4 ,tel est l'tat o se trouve parmi nous l',histoire des tems les plus anciens4 ,une infinit d',auteurs ont pri 2 ceux qui nous restent ne sont que rarement entiers4 ,de petits fragmens en grand nombre1 qui peuvent tre utiles1 sont pars l dans des lieux fort carts de routes ordinaires1 o l'on ne s'avise pas de les aller dterrer 2 mais ce qu'il y a de pis1 ce qui n'arriveroit pas des dbris matriels1 ceux de l',histoire ancienne se contredisent souvent1 il faut ou trouver le secret de les concilier1 ou se rsoudre faire un choix qu'on peut toujours souponner d'tre un peu arbitraire4 ,tout ce que des ,savants du premier ordre les plus originaux ont donn sur cette matiere1 ce sont diffrentes combinaisons de ces matriaux d'antiquit 2 il y a encore lieu des combinaisons nouvelles1 soit que tous les matriaux n'aient pas t employs1 soit qu'on en puisse faire un assemblage plus heureux1 ou seulement un autre assemblage4 ,de la ,critique4 ,les principes les regles qui doivent servir de guides dans la lecture de l',histoire1 forment ce qu'on appelle la ,critique1 j'entends par-l1 non cet art qui s'arrte restituer des passages1 vrifier les variantes d'un texte 2 mais celui qui apprend juger des faits1 en examiner les preuves1 distinguer les faits vritables de ceux qui sont supposs ou incertains1 les faits certains de ceux qui ne sont que probables 2 enfin1 cet art qui sait peser les diffrens degrs de certitude1 fixer1 s'il est permis de parler ainsi1 les diffrentes nuances du vrai du vraisemblable 2 art de la plus grande utilit d'une vaste tendue 2 c'est proprement une ,logique de faits aussi ncessaire pour diriger le jugement dans la croyance des vnemens1 que la ,logique pour conduire la raison dans la dcouverte de la vrit4 ,leur runion forme l'homme judicieux raisonnable4 ,toutes deux sont le fondement des connoissances en tout genre1 l'instrument des autres tudes4 ,de la ,critique de la ,logique4 ,l'esprit juste1 cet esprit qui sert gouverner les ,etats1 comme conduire les affaires des ,particuliers 2 qui guida ,sully1 ,turenne ,catinat 2 qui dicta les ,consultations de ,charles ,dumoulin1 les ,pareres de ,savary1 les ,essais de ,locke1 de ,nicole1 les ,discours de ,fleury 2 qui inspira dans leurs conjectures sur les vnements futurs1 ,thmistocle1 ,polybe1 ,dossat1 ,richelieu ,charles de ,lorraine 2 cet esprit1 dis-je1 n'est qu'un jugement solide qui saisit l'tat des questions1 le vritable point de vue des affaires1 fait choisir en tout les raisons dcisives 3 c'est ce bon sens si utile dans le monde 2 tandis que ce qu'on appelle esprit ne sert souvent qu' le ravager 2 aussi estimable quand il enseigne une bonne administration de ,justice de ,finance1 que quand il trace les plans d'une campagne4 ,les hommes senss dans tous les temps ont connu les principes et les regles4 ,quand ,scipion conversoit avec ,polybe1 qu'en puisant la science de gouverner1 ils prophtisoient le changement de la ,rpublique ,romaine 2 quand du fond de la ,macdoine1 ,philippe remuoit toute le ,grece 2 quand ,csar prenoit de si justes mesures pour subjuguer les ,gaulois ou pour dtruire le parti de ,pompe 2 quand ,richelieu s'occupoit des moyens d'abaisser le ,maison d',autriche 2 tous ces grands ,hommes s'appuyoient-ils sur d'autres fondements que sur une connoissance exacte des personnes1 sur des notions justes des choses1 sur des faits circonstancis1 ou sur de fideles rapports 2 croyoient-ils lgrement tous les discours1 tous les bruits populaires 8 ,le bon sens est la regle de toutes les vertus de toutes les bonnes qualits 3 il distingue l'homme raisonnable de celui qui ne l'est pas 2 le vrai savant de celui qui n'a qu'un savoir confus1 la vertu de la superstition1 le grand homme de celui qui n'est que hros4 ,avec cette facult de plus1 l',empereur ,julien ,charles ,,xii1 eussent t peut-tre les plus grands hommes de l'univers4 ,le bon sens est toujours utile sans la science1 parce qu'il sait s'arrter aux choses qui sont sa porte4 ,la science sans le bon sens1 est souvent pernicieuse toujours ridicule4 ,,ii y a des notions primitives qui servent de base toute certitude1 auxquelles il est impossible de se refuser sans renoncer au sens commun4 ,telle est en fait de tmoignage1 la notorit ou l'vidence d'une chose de fait gnralement reconnue1 qui est le rsultat d'une multitude de perceptions sensibles 2 telle est en fait de raisonnements1 la perception immdiate rsultant de la simple vue de l'esprit ou du sentiment intrieur4 ,mais les bornes de la raison ne sont pas fixes1 personne n'a droit de proposer la sienne pour regle de celle des autres4 ,la raison n'ayant donc point de mesure commune bien dtermine1 il faut des principes des regles pour la guider1 pour l'aider discerner le vrai du faux1 en matiere de raisonnements comme en matiere de faits 2 c'est ce qu'on appelle la ,logique la ,critique4 ,est-il vrai qu'il y a un art de penser de raisonner1 qu'on enseigne en cinq ou six mois de jeunes gens dans les ,ecoles de l',europe 8 on ne l'apprend point aux femmes ni aux enfants qu'on ne fait pas tudier 2 cependant il se trouve la longue que les uns raisonnent peu prs aussi-bien que les autres1 souvent ceux qui ont enseign cet art1 raisonnent le plus mal4 ,il n'est pas tonnant que cela rpande des doutes sur l'utilit des regles1 ou du moins sur celle de la mthode qu'on emploie pour les enseigner4 ,on ne commence apprendre la ,logique aux enfants qu' la fin des tudes 2 on ne leur apprend rien sur la ,critique2 on attend presque qu'ils aient l'esprit faux pour le redresser4 ,on regarde les sciences comme des pays diffrents1 o l'on fait successivement voyager les jeunes gens4 ,toutes les regles gnrales1 tous les prceptes de quelque art que ce soit1 ne servent rien1 si on n'en fait pas l'application 3 on ne retient1 proprement parler1 que les choses dont on a fait usage1 dont on a l'exprience4 ,les regles de la ,posie de la ,peinture1 sont plus connues plus parfaites que du temps d',homere de ,virgile1 de ,raphal du ,titien4 ,avons-nous de meilleurs ,potes de meilleurs ,peintres 8 ,avons-nous des meilleures ttes qu',hypocrate1 ,aristote ,platon 8 ,je connois toute l'utilit des regles mme leur ncessit 2 elles servent carter les causes des mauvais raisonnements1 dvoiler les sophismes1 mais seules1 elles n'ont jamais pouss loin les connoissances des hommes4 ,aprs le caractere naturel de l'esprit1 c'est l'application1 c'est l'exprience1 c'est la connoissance des faits1 qui font qu'un homme raisonne mieux qu'un autre homme4 ,voil l'avantage que nous avons sur les ,anciens 2 nos connoissances sont plus exactes plus tendues1 nous avons une plus grande exprience des faits des choses 2 nous sommes dtromps de quelques prjugs de quelques erreurs qu'ils avoient adopts4 ,quand ils n'ont raisonn que de ce qui toit leur porte1 ils ont jug aussi bien que nous4 ,en fait de ,politique1 de ,morale civile1 de ,loix1 je ne crois pas qu'on puisse le leur contester4 ,pourquoi par o notre siecle surpasserait-il les prcdens 8 ,c'est que depuis environ #bej ans on a fait une infinit de dcouvertes dans tous les genres 2 on a tudi toutes les ,langues 2 on a vrifi les textes des ,auteurs anciens 2 les ,livres vritables ont t distingus des ,livres supposs 2 l',histoire sacre profane1 la ,gographie1 la ,chronologie1 la ,critique1 la ,fable1 le ,droit1 les ,mdailles1 les ,inscriptions1 c4 tout a t dbrouill clairci 3 on a presque trouv les bornes des ,mathmatiques4 ,depuis les temps de ,galile de ,bacon1 on a observ avec soin tous les corps1 on les a examins dans toutes les circonstances1 on leur a fait subir tous les changemens imaginables1 par les grands agens naturels1 l'air1 l'eau le feu 2 ceux qu'on n'appercevoit pas1 sont devenus sensibles 3 avec le secours du tlescope du microscope1 les extrmes se sont rapprochs1 les corps situs une distance immense1 ceux qui sont prs de nous sont devenus des objets de curiosit1 de recherches de connoissances4 ,des voyages entrepris dans toutes les parties du monde1 ont grossi le nombre des ,observateurs1 multipli les observations4 ,l'invention de l',imprimerie1 l'tablissement des ,acadmies1 ont servi publier1 conserver les dcouvertes1 garantir leur certitude4 ,malgr les traverses les embarras de toute espece1 l'industrie le travail opinitre ont franchi les plus grands obstacles4 ,voil ce qui a perfectionn notre art de penser 2 si l'ouvrage n'est pas aussi parfait qu'il devroit tre1 c'est aux systmes de ,philosophie1 l'abus des ides arbitraires1 aux querelles ,thologiques1 qu'on doit l'imputer4 ,un homme acquiert la supriorit sur les autres hommes1 par les mmes raisons par les mmes moyens qu'un siecle devient suprieur un autre4 ,il parot donc raisonnable d'employer pour apprendre pour instruire1 les mmes principes les mmes regles4 ,on doit viter en particulier les dfauts qui en gnral avoient arrt le progrs des connoissances4 ,regles de la ,logique de la ,critique4 ,une des principales regles qui remdieroit en mme tems un de ces dfauts1 c'est d'carter les suppositions des systmes qu'on emploie pour expliquer des choses dont on ne sauroit d'ailleurs rendre raison1 c'est de ne prononcer que sur ce qui est sa porte1 sur quoi l'on a des connoissances acquises1 des lmens assurs 3 quand on n'a pas ces lmens1 ou quand on n'en a pas assez pour juger1 la raison veut que l'on suspende son jugement4 ,la seconde regle galement importante pour prvenir l'abus des abstractions1 est de fixer les ides de les dterminer 3 le moyen d'y parvenir1 est de rduire les ides abstraites1 composes1 des ides particulieres simples1 ou aux lmens qui les composent 2 c'est ce qu'on appelle dfinir1 car la dfinition n'est que l'numration des ides simples renfermes dans une ide complexe abstraite4 ,a la rigueur1 les ides simples sont indfinissables 2 on ne peut les fixer qu'en rflchissant sur la maniere dont on les a acquises1 aussi ne les dfinit-on ordinairement qu'en les rendant par des quivalens ou par des synonymes4 ,la plupart des hommes n'ont point de notions fixes dtermines1 parce qu'ils ne remontent presque jamais leur origine 2 cependant ils dcident hardiment les questions les plus obscures les plus compliques4 ,je n'en veux pour exemple que les quivoques qu'on fait tous les jours sur les mots de religion1 de vrit1 de gloire1 d'honneur1 de justice1 de devoir1 de pit de dvotion1 c4 ,pour dfinir exactement un terme qui dsigne une ide complexe1 il suffit de trouver dans la ,langue les mots qui signifient les ides simples caractristiques dont elle est forme 2 c'est dans la ,langue commune qu'il faut chercher ces mots1 parce qu'on ne doit s'carter du langage ordinaire1 que le moins qu'il est possible4 ,sous le nom de dfinition1 je comprends la description des choses naturelles qu'on ne peut dfinir qu'en les dcrivant 2 car il est impossible d'expliquer par des dfinitions la nature mme l'essence des choses4 ,ce n'est qu'en faisant des descriptions exactes des sujets1 en recherchant avec soin toutes leurs proprits1 en distinguant ce qui leur est propre ce qui n'est qu'accidentel1 qu'on peut parvenir en acqurir la connoissance4 ,la troisieme regle est de s'assurer des faits avant que d'en chercher les causes1 si on ne veut pas s'exposer1 comme on a souvent dit1 au ridicule de trouver la raison de ce qui n'est point4 ,si les faits toient assurs 2 si les termes toient exactement dfinis 2 si les sujets toient dcrits avec prcision1 la plupart des questions seroient termines4 ,on voit par-l l'utilit des dfinitions1 1 ce qui est encore plus utile1 la maniere de les faire 2 mais ce ,dictionnaire philosophique doit tre compos par des ,philosophes4 ,la quatrieme regle est d'appliquer chaque sujet la preuve qui lui est propre4 ,c'est avoir fait bien du progrs1 que de savoir en chaque matiere1 de quel genre de preuves on doit se servir1 en matiere de raisonnement1 de faits1 d'observations d'exprience4 ,tout ce qu'on peut dire crire1 se rduit l 2 de bonnes raisons1 des tmoignages irrprochables1 des expriences certaines 3 c'est le moyen le plus assur de ne pas confondre les choses les preuves 2 de ne pas employer des raisonnemens1 lorsqu'il est question de faits 2 des faits ou des autorits1 lorsqu'il s'agit de raisonnemens 2 de ne pas exiger de la dmonstration1 o l'on ne peut obtenir que de la vraisemblance 2 de ne pas se contenter de vraisemblance1 o l'on peut avoir de la dmonstration4 ,je ne parle point des querelles thologiques 2 elles sont l'opprobre de la ,religion de la raison1 le flau des ,etats1 des lettres des bonnes tudes4 ,que n'eussent point fait pour les sciences pour les arts les ,arnauds1 les ,nicoles les ,lancelots1 si des brouillons malheureusement trop puissans1 un ,annat1 un ,ferrier1 un la ,chaise1 ne les eussent perscuts cruellement forcs s'occuper de ces disputes de ces bagatelles sacres 6 ,les principes les regles qu'on vient d'tablir1 outre leur importance dans ce qu'on appelle ,logique ,critique1 servent prouver la maxime qu'on a suivie dans ce ,plan d',education1 que la base de toute mthode d'enseigner d'apprendre1 est de lier les connoissances des notions sensibles1 des perceptions immdiates1 des ides simples 2 c'est la preuve d'une regle d'arithmtique par une autre4 ,quand on est parvenu jusques-l1 on ne peut remonter plus haut1 l'examen est fini4 ,on doit en conclure que c'est acqurir ces notions1 qu'il faut appliquer les enfans1 meubler leur tte de faits utiles 2 leur procurer par l'usage l'exprience qui leur manque 2 former le caractere de leur esprit 2 appliquer les regles simples sres de la ,logique de la ,critique1 non les discuter minutieusement4 ,une bonne mthode est une application continuelle des regles d'une saine dialectique sur toutes sortes de sujets4 ,tout livre bien fait est une bonne ,logique1 tout exercice qui accoutume les jeunes-gens mettre de l'ordre de la nettet dans leurs penses 3 une bonne ,grammaire1 par exemple1 qui leur apprendroit arranger de suite les objets du discours1 concevoir nettement les raisons simples naturelles des regles1 seroit une dialectique plus utile que tout l'artifice du syllogisme4 ,voil pourquoi les ,elmens de ,gomtrie1 lus avec attention1 sont la meilleure des ,logiques4 ,c'est en lisant les bons ,critiques1 les ,grotius1 les ,petaus1 les ,sirmonds1 les ,valois1 les ,saumaises1 qu'on peut apprendre l'art critique4 ,l'art physique le plus parfait1 ou l'art de faire des expriences1 se trouve dans les ,mmoires des ,acadmies4 ,jusqu'ici on a fait des ,logiques pour des ,philosophes ou pour des ,thologiens 2 on a fait des ,critiques pour les ,savans 2 on a fait des systmes mtaphysiques4 ,il a t utile que des gens habiles aient clairci ces sciences 2 mais prsent qu'on a tant crit sur toutes sortes de matieres1 il faut des mthodes qu'on puisse appliquer l'usage de la vie 2 car tout le monde est oblig de raisonner juste1 non seulement dans les sciences1 mais dans la vie civile1 dans tous les ges1 dans toutes les professions4 ,c'est l le fondement de ce qu'on appelle savoir1 connoissance1 rudition1 raisonnement 3 possder de pareilles mthodes1 tre accoutum les bien appliquer1 c'est tre ,philosophe ,savant4 ,de la ,mtaphysique4 ,la ,logique la ,critique sont des instrumens qui apprennent penser 2 la ,mtaphysique est la science des principes 2 c'est elle qui instruit du but o tendent les facults de l'homme1 de leur tendue1 de leurs bornes de leur usage4 ,il n'appartient qu' cette science1 de fixer ce que c'est que la vrit1 en quoi consiste l'erreur1 quels sont les moyens de l'viter 3s elle dmontre par l'exprience1 que tout aboutit aux connoissances sensibles la perception immdiate 2 avec la ,logique1 elle apprend dcouvrir les vrits1 les dduire de leurs vritables principes1 les ranger par ordre 2 enfin elle est la base des autres sciences1 dont elle contient le germe l'bauche4 ,elle dmontre l'existence de ,dieu1 ses attributs 2 elle justifie sa providence 2 elle tablit la libert humaine1 les loix naturelles1 l'immortalit de l'ame4 ,elle dcouvre la foiblesse de l'esprit humain1 mais elle en apprcie les forces 3 elle prouve que la raison est l'unique moyen naturel qu'ait donn aux hommes l',auteur de leur tre1 pour les conduire 2 que tout ce qui est intelligible1 est de son ressort 2 que rien ne lui est tranger que ce qui est incomprhensible 3 que c'est elle marquer les caracteres les bornes de l'autorit1 par consquent distinguer les cas les objets de soumission1 peser les motifs de crdibilit 2 que croire1 c'est juger que la raison oblige de reconnotre sur la force des preuves externes1 l'existence1 ou la proprit d'un tre ou d'un objet 2 qu'ainsi il lui appartient de rgler les limites qui sont entre elle la ,foi1 parce qu'elle prcede1 accompagne suit toujours une soumission raisonnable4 ,une partie de cette science1 qui n'est pas la moins utile1 est celle qui apprend jusqu'o l'on peut parvenir en fait de raisonnement1 o l'on doit arrter ses recherches4 ,cette science ngative1 s'il est permis de parler ainsi1 seroit d'un aussi grand prix que les connoissances positives4 ,c'est rendre un grand service au genre humain1 que de fixer les limites qu'il ne peut passer sans s'garer4 ,plutarque1 dans la ,vie de ,thse1 dit que comme les ,gographes1 quand ils ont situ sur les ,cartes les pays habits dcouverts1 mettent au-del terres ctes inconnues1 mers inabordables1 les ,historiens devroient en user de mme pour les temps reculs1 inconnus fabuleux 2 c'est ce que j'ai essay dans les rflexions prcdentes sur l',histoire4 ,il seroit encore plus utile de poser les limites des connoissances dans le raisonnement1 de marquer jusqu'o il peut ou ne peut pas pntrer1 ce seroit le fruit le plus prcieux d'une bonne mthode4 ,c'est tendre l'esprit humain1 que d'en faire connotre les bornes 2 c'est mnager ses forces1 que de ne les pas employer inutilement 3 un fleuve qu'on reserre dans ses bords1 n'en devient que plus rapide4 ,ce principe d'une saine ,mtaphysique1 que l'vidence irrsistible la certitude ne sont attaches qu' des perceptions immdiates1 prouve manifestement l'incertitude de tout systme dans les sciences de raisonnement4 ,o la perception immdiate manque1 il est ncessaire de suspendre son jugement 3 voil la vritable regle de l'poque que les ,pirrhoniens ont si mal applique4 ,par cette seule regle la plupart des systmes sont rfuts ou renvoys dans le pays des chimeres4 ,ces opinions qui causent tant de bruit pendant un siecle1 qui dans le siecle suivant1 tombent en oubli1 sont dmontres fausses ou incertaines par cette seule raison qu'elles ne sont pas appuyes sur les principes de la connoissance4 ,la perception immdiate manque dans toutes les questions o entre l'ide de l'infini1 par exemple1 l'espace1 le vuide1 le plein infini1 l'immensit1 l'ternit1 la cration1 la prescience1 la promotion physique1 le concours1 les dcrets divins1 l'exception des faits clairement rvls 2 dans celles qui regardent la nature ou l'essence des choses existantes1 des tres ou qualits1 toutes les fois que l'objet de la question va au-del de l'exprience1 comme l'union de l'ame du corps1 les causes occasionnelles1 l'harmonie prtablie1 les monades1 c4 ,elle manque dans celles dont on n'a point d'lmens assurs1 comme l'astrologie judiciaire1 les systmes sur la divination ancienne moderne1 les imaginations de la cabale1 c4 dans toute la ,physique de pur raisonnement1 qui ne peut tre que conjecturale 2 dans tout ce qui concerne la rgion des possibles1 comme de savoir s'il y a plusieurs mondes1 quels peuvent tre leurs habitans 2 presque tout ce qui regarde la vie future1 l'exception de ce que ,dieu a rvl formellement1 ou ce qui en est une consquence ncessaire 2 enfin dans les espaces vagues des abstractions dont on n'a que des connoissances idales confuses1 telles que sont les ides de la substance unique de ,spinosa1 de l'tre en gnral1 du monde intelligible1 de la vision en ,dieu de ,mallebranche1 c4 ,dans toutes ces questions au-del des connoissances sensibles de la perception immdiate1 on peut dire1 comme ,plutarque1 terres ctes inconnues1 mers inabordables4 ,de la ,logique des vraisemblances4 ,presque tout ce que l'on a dit jusqu'ici ne doit s'entendre que des vrits ncessaires ou des consquences ncessaires de faits certains1 au-del desquelles ne sont pas encore parvenues la ,logique la ,critique ordinaire4 ,m4 de ,leibnitz1 qui connoissoit si bien le fort et le foible de la ,philosophie1 qui avoit vu les bornes des sciences1 qui toit fait pour les prescrire ou pour les tendre1 avoit dj dit qu'il manquoit une partie de l'art1 qui servit rgler le poids des vraisemblances1 qui pest les apparences du vrai du faux4 ,cette ,logique est sur-tout ncessaire dans la morale dans la pratique1 o les hommes ne pouvant pas toujours s'assurer de trouver la vrit1 sont souvent obligs de se rgler sur des indices ou sur des vraisemblances1 ce qu'on appelle en ,droit des prsomptions 2 il y en a de diffrents degrs d'une force diffrente4 ,comme elle est la base de la plupart des actions des jugements1 il seroit trs-important qu'on y apportt plus d'attention qu'on n'a fait jusqu' prsent1 qu'on tcht de la perfectionner4 ,il est vrai que l'esprit en s'accoutumant aux dmonstrations rigoureuses aux principes certains1 devient plus capable de distinguer la force ou la foiblesse des preuves1 cette partie dpend beaucoup de la connoissance des hommes1 qui ne peut s'acqurir que par l'exprience4 ,de l',esprit philosophique4 ,de la pratique continuelle d'une ,logique exacte d'une bonne ,critique1 qui seroient fondes sur les principes solides d'une ,mtaphysique claire1 natroit l'esprit philosophique4 ,cet esprit de lumiere utile tout1 applicable tout1 qui rapporte chaque chose ses vritables principes1 indpendamment des opinions de la coutume4 ,l'esprit philosophique est diffrent de la ,philosophie1 lui est autant suprieur que l'esprit gomtrique l'est la ,gomtrie 2 que la connoissance de l'esprit des loix est au-dessus de la connoissance mme des loix4 ,c'est le fruit et le but de la ,philosophie 2 elle connot discute les vrits particulieres1 l'esprit philosophique les apprcie toutes4 ,la ,philosophie est une science1 l'esprit philosophique comprend toutes les sciences4 ,s'il est question d',histoires1 il en montre les usages le but 2 il rapproche les temps les ges pour les comparer 3 plac dans une perspective leve1 il voit d'un coup d'il des termes de rapports loigns1 dont il tire ou des ressemblances singulieres1 ou des contrastes frappants4 ,s'agit-il de ,philosophie1 il sait quelles sont les vrits connues1 leur usage leurs rapports1 ce qui manque aux connoissances actuelles ce qui peut y tre ajout4 ,il voit non seulement quelques principes1 mais l'tendue des principes1 la force ou la foiblesse des preuves sur lesquelles on les appuie4 ,il observe les progrs et les retardemens de l'esprit de la raison dans les sciences spculatives pratiques1 dans les murs des hommes1 dans les diffrens siecles4 ,l'esprit philosophique est une science relle1 il est le rsultat des sciences compares 3 c'est pourquoi il ne vient ordinairement qu' leur suite4 ,le seizieme siecle fut celui de la science de l'rudition1 le dix-septieme celui-ci des talens1 le caractere du dix-huiteme siecle est la ,philosophie4 ,cujas ,dumoulin n'eussent pas vraisemblablement fait le livre de l',esprit des ,loix 2 mais peut-tre que ,m4 ,de ,montesquieu ne l'et pas fait non plus1 si ,cujas ,dumoulin n'eussent fray le chemin de la ,jurisprudence4 ,usserius ,petau ont fait des ,annales remplies des plus grandes recherches 2 ,m4 de ,bossuet a fait une ,histoire universelle trs-loquente 2 ,m4 de ,voltaire a lev sur ces fondemens une ,histoire philosophique 2 ce sont des chefs-d'uvres d'rudition1 d'loquence de philosophie4 ,cet esprit philosophique port un dgr minent1 vient de produire des lments de ,philosophie1 auxquels il ne manque que d'tre plus tendus4 ,on ne peut que recommander l'esprit philosophique1 qui doit prsider toutes les sciences1 mme aux ,belles-,lettres 2 mais l'homme doit toujours se garder des extrmes4 ,il est craindre que dans l',histoire1 dcouvrant de plus loin1 il ne distingue pas si exactement les objets intermdiaires 2 que dans la ,philosophie il ne veuille remonter trop haut1 pntrer jusqu'aux premiers principes1 qui seront toujours envelopps de nuages pais 3 que dans les ,belles-,lettres il ne donne trop une analyse qui refroidiroit le sentiment4 ,enfin on auroit de trop grands reproches lui faire1 s'il attaquoit la ,religion1 s'il abandonnoit la science l',erudition sur lesquelles il doit tre fond1 qui lui ont servi d'chelon1 s'il est permis de s'exprimer ainsi4 ,de l',art de l',invention4 ,au-del de la ,philosophie au-dessus de l'esprit philosophique s'leve1 non un art proprement dit1 car ce n'est point une mthode de faire quelque chose suivant certaines rgles 2 non une science1 car ce n'est point la connoissance des choses dans lesquelles on est instruit 2 mais un art suprieur aux regles aux instructions1 l'art d'inventer1 ce gnie crateur qui est le sublime de la raison1 1 si on peut s'exprimer ainsi1 l'ultimatum de la ,philosophie1 qui n'est donn qu' des ames privilgies 2 car on compte dans les ,annales des ,nations les inventeurs clbres4 ,je ne parle pas seulement de ceux qui ont fait des dcouvertes dans les sciences1 dont les ,mathmatiques fournissent le plus d'exemples les plus illustres 2 mais dans tous les arts dans tout ce qui peut tre utile au genre humain4 ,on a dit que celui qui inventa la charrue dans les tems grossiers et t un ,archimede dans des temps postrieurs4 ,il y a tel problme de politique qui demande plus de finesse1 plus de combinaisons que les plus forts problmes d',algebre4 ,la maladie donne1 trouver le remede1 c'est le problme de la ,mdecine4 ,des faits donns1 conclure ceux qui doivent arriver1 c'est la problme de la politique4 ,cet art de juger par avance de l'avenir1 que possdoit suprieurement ,thmistocle1 7futura callidissim prospiciebat7 est parallele l'invention4 ,il y a des gnies qui ,dieu semble avoir dparti une portion de sa prescience4 ,c'est un don de la nature seule1 tout l'art humain ne peut y atteindre 2 mais comme il n'y a aucune facult de l'esprit qui ne doive sa perfection l'art l'exercice1 toute opration qui porte sur des lmens connus1 suppose que la chose n'est pas impossible dcouvrir1 que le problme peut tre rsolu4 ,s'il y a un moyen de dvelopper ce germe prcieux dans les gnies minens o la nature l'a plac1 c'est celui d'une bonne ducation dirige suivant les principes d'une exacte ,philosophie4 ,s'il peut y avoir quelque art inventer1 il consiste dans l'habitude dans l'exercice de l'invention4 ,au lieu de rsoudre des problmes1 que l'on s'accoutume les deviner 3 voil pourquoi je prfrerois les ,elmens de ,gomtrie d',algbre1 de ,m4 ,clairaut1 qui sont trop ngligs par les ,matres1 qui meneroient les enfans par la route que la nature a indiqu elle-mme4 ,a l'gard de la conduite de la vie des affaires1 l'exprience est le premier le plus grand matre1 peut-tre le seul 2 mais il ne faut pas ngliger les aides les secours4 ,on ne les peut trouver que dans des exemples une bonne morale l'histoire prpareront les voies4 ,que celui qui voudra s'instruire dans l'art de conduire de grandes affaires1 lise1 par exemple1 les ,lettres du ,c4 d',ossat1 du ,p4 ,jeanin 2 qu'il remarque le sujet leur ngociation1 leur objet1 les moyens de russir1 les obstacles prvus1 il verra que les obstacles sont toujours venus du ct o ils les avoient annoncs1 les moyens de russir de mme 3 il ne pourra s'empcher d'admirer le gnie prophtique de ces hommes qui semblent inspirs4 ,qu'on lise le rsultat des conversations de ,scipion avec ,polybe1 sur la constitution de ,rome1 les ,epitres de ,ciceron ,atticus1 la ,lettre de ,m4 le ,marchal de ,saxe ,folard1 sur le blocus de ,prague sur les affaires de ,bohme1 on reconnotra que l'art de ces grands ,hommes a t de bien voir1 de ne rien ajoter aux faits1 d'avoir prsens1 sans en omettre aucun1 tous les ,elmens ncessaires pour prvoir4 ,une seule circonstance oublie et pu causer un paralogisme dangereux4 ,ces lectures formeroient la prudence elles seroient toujours utiles1 quand ce ne sauroit que pour connotre la maniere des grands hommes 8 si l'on veut comparer maniere maniere1 que l'on examine ,dossat ,duperron dans les ,lettres o ils rendent compte dans le mme tems de la mme ngociation1 du mme vnement1 on verra1 comme quelqu'un a dit ingnieusement de ,racine de ,pradon1 que ces deux ,ngociateurs ne sont jamais si diffrens que quand ils disent les mmes choses4 ,l'esprit inventeur celui qui discute1 est le mme 2 mais le premier franchit1 par lumiere comme par instinct1 de plus grands intervalles 2 il voit d'un coup d'il plus d'objets la fois 2 il voit la liaison de plusieurs thormes loigns les uns des autres 3 ce sont toujours les mmes vrits vues de la mme maniere4 ,c'en est sans doute trop sur une matiere1 qui n'est pas susceptible de regles1 qui ne peut tre que le fruit du gnie4 ,mais il n'est pas inutile de proposer la perfection aux hommes 2 ils n'iroient jamais si loin1 sans le desir ardent de se surpasser eux-mmes de vaincre leurs semblables4 ,de la ,morale4 ,la ,logique la ,critique ont pour but de former l'esprit de prvenir ou de corriger les erreurs 2 la ,morale a pour objet de former le cur de combattre les vices 2 mais comme tous les vices sont fonds sur de fausses options sur des erreurs1 le ,logique la ,critique servent beaucoup la ,morale mme4 ,il est vrai que l'homme ne suit pas invariablement ses principes 3 mais celui qui n'en a point ou qui en a de mauvais1 agira srement presque toujours mal4 ,celui qui a des connoissances solides ne fera pas toujours le bien qu'il voit 2 mais il le fera plus souvent1 il y reviendra plus aisment 3 c'est un tat violent1 que d'tre en contradiction avec soi-mme4 ,la lumiere conduit ordinairement la vertu1 les tnebres l'ignorance conduisent au vice4 ,dans beaucoup de sciences on peut raisonner juste sans avoir le cur droit 3 mais dans tous les cas o les intrts la passion peuvent entrer1 c'est--dire1 dans presque toutes les affaires de la vie1 la justesse d'esprit la droiture du cur sont insparables 2 comme l'esprit est souvent la dupe du cur1 le cur est aussi quelquefois la dupe de l'esprit 3 ainsi travailler se rendre l'esprit juste1 c'est travailler en mme-tems se rendre le cur droit4 ,ensorte qu'il pourroit se faire que la vertu et t bien dfinie199 la justesse de l'esprit applique la conduite de la vie aux murs4 99 ,par ,m4 ,formey4 ,les actions des hommes sont ordinairement une consquence de leurs principes1 les principes sems de bonne heure1 dans l'esprit1 produisent tt ou tard leur effet4 ,tant que l'ame gouvernera le corps1 les notions des hommes influeront sur leur conduite4 ,leur influence agit toujours1 quoiqu'elle n'entrane pas toujours1 elle agira plus ou moins mesure que les notions seront plus ou moins fortement enracines 2 elles porteront au bien ou au mal1 selon qu'elles seront bonnes ou mauvaises4 ,les notions des hommes moderent jusqu' un certain point le cours des passions4 ,il faut en convenir 3 ce monde n'est habitable1 la socit du genre humain ne se maintient que par les ides dominantes1 quoique souvent confuses1 d'ordre1 de vertus1 de devoirs4 ,dans les ,ecoles on rejette la ,morale la fin des autres parties de la ,philosophie 2 on l'a rduite quelques questions scholastiques inutiles994 ,on a oubli1 que de toutes les sciences1 c'est la plus importante1 qu'elle est autant qu'aucune autre1 susceptible de dmonstration4 99 ,en quoi consiste la batitude formelle1 la batitude objective1 la possibilit de l'tat de pure nature1 c4 ,les regles des actions tirent leur origine1 ou de la droite raison1 ou des loix divines humaines 2 la premiere partie compose les loix naturelles1 ou la ,morale proprement dite1 qui est galement divine immuable 2 car l'existence d'un ,dieu ,lgislateur1 n'est pas moins ncessaire la ,morale1 qu'est la ,physique celle d'un ,dieu ,crateur 2 mais la ,morale prcede toutes les loix positives1 divines humaines1 par consquent elle subsisteroit1 quand mme ces loix n'eussent jamais t portes4 ,il toit vrai avant ,moyse1 chez tous les ,peuples mme destitus de la lumiere de la rvlation1 qu'il faut faire aux hommes le plus de bien le moins de mal qu'il est possible4 ,il toit vrai que ,can ne pouvoit pas faire violence son frere 2 que ,sichem ne pouvoit pas prendre de force la fille de ,jacob 2 que les frres de ,joseph commettoient une injustice son gard1 lorsqu'ils attentoient sa libert2 que ,pharaon faisoit l'action d'un tyran1 en opprimant les ,hbreux1 en massacrant leurs enfans4 ,ce n'est point la ,loi crite qui a rvl aux hommes la turpitude l'injustice norme de ces actions4 ,il est une loi naturelle galement divine1 crite dans tous les curs1 dont la conscience rend tmoignage1 comme dit l',aptre1 elle est de tous les siecles1 de tous les ,pays1 de toutes les nations 1 pour ainsi dire1 de tous les mondes4 ,c'est de cette loi que ,ciceron dit qu'elle est ne avec nous1 que nous ne l'avons point reue de nos peres1 ni apprise de nos matres1 ni lue dans nos livres 2 nous l'avons prise1 tire puise du fond mme de la nature 2 une loi dont nous ne sommes pas simplement instruits1 mais dont nous sommes1 pour ainsi dire1 imbus pntrs4 ,est hc non scripta1 sed nata lex1 quam non didicimus1 accepimus1 legimus verm ex natura ipsa arripuimus1 hausimus1 expressimus 2 ad quam non docti1 sed facti 2 non instituti1 sed imbuti sumus4 ,et ailleurs1 ,lex est insita in natura qu jubet ea que facienda sunt1 prohibetque contraria4 ,seroit-il donc inutile de recommander aux hommes les vertus morales que les ,payens mme ont tant recommandes4 ,ne peut-il pas y avoir1 n'y a-t-il pas en effet un commerce de murs entre les ,peuples les plus diffrens de ,religion 8 ,qu'est-ce qu'un ,catholique1 un ,protestant1 un ,juif1 un ,mahomtan qui traitent qui trafiquent ensemble1 exigent rciproquement l'un de l'autre 8 ,et dans la ,religion mme n'est-ce pas par ces principes que l'on peut entretenir la probit l'humanit si ncessaires parmi ceux qui ont le malheur de n'tre pas assez sensibles des motifs d'un ordre suprieur 8 ,la seconde partie compose le droit positif divin1 le droit des gens1 le droit civil 2 droits qui emportent chacun leur obligation particuliere4 ,la difficult de traiter ces droits diffrens1 vient de ce que l'on a perptuellement confondu les loix diffrentes dont ils drivent4 ,les uns apportent des raisons pour preuve de faits1 les autres des faits en preuve de raisons 2 ce qui est galement contre le bon sens contre les loix d'une saine dialectique4 ,par exemple1 l'gard du mariage1 les ,thologiens les ,philosophes1 les ,jurisconsultes brouillent tous momens les loix naturelles les loix divines1 avec les loix civiles les loix ecclsiastiques4 ,un grand ,philosophe1 en distinguant la morale par rapport aux devoirs1 l'a divise en ce que les hommes se doivent1 comme membres de la socit gnrale1 en ce que les socits particulieres doivent leurs membres 2 ce qui renferme1 #a4 la loi naturelle1 ou la morale de l'homme 2 #b4 la morale des ,lgislateurs1 ou le droit politique 2 #c4 la morale des ,etats1 ou le droit des gens 2 #d4 la morale du ,citoyen1 ou le droit positif4 ,il ajoute une cinquieme branche de morale1 celle du ,philosophe1 qui n'a pour objet que nous-mmes4 ,il ne s'agit pas dans la jeunesse d'approfondir toutes ces ,sciences1 je ne prtends pas donner des leons aux prcepteurs du genre humain4 ,mais il est important que les jeunes gens connoissent les principes du droit naturel1 de la morale de la politique 2 ils les trouveront dans l',abrg de la ,morale de ,wolf par ,thumisius1 qu'on enseigne dans les ,ecoles d',allemagne1 ,livre lmentaire trs-bien fait 2 dans l',abrg de ,puffendorff 2 ces livres suffiront dans les commencements 3 ils liront reliront les ,offices du ,consul ,romain son fils1 les ,instructions du ,chancelier de ,france ses enfans99 2 s'ils ont du got1 ils perfectionneront un jour ces connoissances par la lecture de ,nicole1 de ,mallebranche1 de l',esprit des ,loix1 de l',abb de ,saint-,pierre1 de ,burlamaqui1 de ,puffendorff1 de ,grotius de ,barbeyrac1 de l',origine des ,loix des ,sciences1 par ,m4 ,goguet 2 des ,elmens de ,philosophie de ,morale4 99 ,tom4 ,i4 des uvres de ,m4 ,daguessau4 ,ce dernier livre annonce promet un ,catchisme de ,morale l'usage commun la porte des enfans 2 ce seront des leons pour le genre humain1 qu'on attendroit en vain de gens sans raison sans ,philosophie4 ,je ne m'tendrai pas davantage sur cette partie1 quoique la plus importante de l'ducation4 ,il suffit d'indiquer les sources 3 l',histoire aura servi d'cole de ,morale 2 l'exprience les lectures dvelopperont les principes1 aideront tirer les consquences 2 elles apprendront connotre les hommes 2 connoissance qui est le fondement de la ,morale de la ,politique4 ,on n'ira peut-tre jamais en morale au-del des principes inns de justice de vertu1 ni du sentiment naturel que la conscience en a grav dans le cur de tous les hommes 2 comme il y a apparence qu'on n'ira point en ,mtaphysique au-del des perceptions immdiates1 en ,physique au-del des qualit sensibles4 ,suite des ,etudes du dernier ge4 ,je joindrai la morale de ,thumisius la ,logique la ,mtaphysique de s',gravesande1 imprimes en ,franois1 dont les propositions sont dans l'ordre gomtrique 2 la ,physique du mme1 ou celle de ,keil1 traduite dveloppe 3 je crois que c'est ce que l'on peut trouver de mieux pour les commenans mme pour des personnes plus avances4 ,c'est ici le lieu le tems de perfectionner les connoissances sur la ,gographie physique1 qui commence devenir une ,science1 dont ,varnius donna1 il y a plus de cent ans1 un modle qui n'a pas t assez suivi 2 sur les ,mathmatiques1 dont il y a un assez bon abrg tir de ,wolff4 ,les cours de ,physique exprimentale1 de ,chymie de ,botanique commencent s'introduire dans les ,provinces 2 c'est un des fruits les plus marqus d'une ducation meilleure que celle des ,colleges1 ,les jeunes gens liront un jour l',histoire naturelle dans ,m4 ,buffon1 ils verront les ,arts dans les manufactures dans les boutiques 2 sur la terre mme1 le premier des arts1 l',agriculture4 ,ils apprendront l',anatomie 2 les ,elmens de la ,physiologie1 ou le ,trait de la structure de l'usage des diffrentes parties du corps humain1 par ,haller1 sont un modle de ,livre lmentaire exact profond4 ,je suppose qu'ils entretiendront toujours la connoissance qu'ils auront faite avec les bons ,auteurs ,latins ,franois1 dont plusieurs doivent tre appris par cur1 qu'ils continueront s'exercer aux oprations du premier du second ge4 ,je n'entre point dans les dtails1 ils sont connus ou faciles suppler4 ,du soin de la sant2 des affaires de la ,religion4 ,il y a trois articles essentiels qu'il ne faut pas oublier dans une institution 2 le soin de la sant1 les affaires la ,religion4 ,a l'gard de la sant1 je renvoie1 pour abrger1 aux observations judicieuses de l',abb ,fleury1 sur cet art4 chap4 #bj du ,choix des ,etudes4 ,l'ducation morale ne doit pas contredire l'ducation physique 2 car c'est l'homme entier qu'il s'agit de former4 ,j'ajoute que pour draciner les prjugs des gouvernantes des meres qui inspirent sans raison des enfans1 de l'aversion pour certains remedes1 la saigne1 par exemple1 le quinquina1 c4 il seroit propos de traduire la partie des ,institutions du clbre ,boerhaave1 qui traite de la conservation de la sant ,lugiene1 avec les ,commentaires du savant ,haller4 ,on se trompera toujours moins quand on aura de bonne ,physique1 des expriences pour guides4 ,m4 ,tissot vient de publier un ,trait de ,mdecine l'usage du peuple1 qui peut tre regard comme un ,livre lmentaire4 ,l'institution sense d'une ,nation telle que la ntre1 mriteroit bien un trait pratique de ,gymnastique1 ou d'exercices comme ceux des ,grecs 2 les ,carousels les ,tournois1 quoique plus agrables que nos jeux de hasard1 n'avoient ni le mme but1 ni la mme utilit4 ,je renvoie galement pour la connoissance des affaires1 aux ,chapitres de l',economie de la ,jurisprudence de l',abb ,fleury4 ,je dirai seulement que pour faciliter l'tude du ,droit public en ,france1 s'il y en a un1 on doit montrer en dtail l'tat de la ,france1 la diffrence des ,ordres du ,royaume1 la division des ,offices1 la comptence des ,juridictions1 ,civile1 ,militaire1 ,ecclsiastique1 dont les limites sont si connues dans la spculation1 si peu respectes dans la pratique 2 toutes matieres assez aises dterminer1 qui ne le sont le plus souvent que par la loi du plus fort1 ou par le manege du plus intrigant4 ,tout ,franois doit connotre les ,liberts de l',eglise ,gallicane4 ,c'est une des parties importantes du ,droit public de ,france4 ,on a sur cette matiere un ,livre la porte des jeunes gens1 qui devroit tre enseign dans toutes les ,ecoles4 ,il est intitul1 ,exposition des ,liberts de l',eglise ,gallicane1 par ,m4 ,dumarsais4 ,aprs avoir examin1 ce qui forme le got l'esprit dans tous les genres1 on doit rechercher encore avec plus de soin ce qui regarde les murs1 ce qui constitue la vertu1 la ,religion4 ,j'ai parl de la ,morale qui prcede toutes les loix positives1 divines humaines 2 l'enseignement des loix divines regarde l',eglise 2 mais l'enseignement de cette ,morale appartient l',etat1 lui a toujours appartenu 3 elle existoit avant qu'elle ft rvle1 par consquent elle n'est pas dpendante de la ,rvlation1 quoiqu'elle tire sa plus grande force les motifs les plus puissans1 de la confirmation qu'elle en a reue4 ,la ,rvlation est un fait4 ,la ,morale gt toute en droit4 ,la ,rvlation est un droit divin positif 2 la ,morale un droit divin1 ternel immuable4 ,la distinction de la vertu du vice1 du juste de l'injuste1 vient1 comme on a dit1 de la raison de la nature mme des choses4 ,l'amour de l'ordre ne peut pas tre absolument teint dans le cur de l'homme 2 car on ne peut pas renoncer entirement la raison4 ,la ,rvlation ajoute des motifs surnaturels1 elle promet des rcompenses1 elle annonce des peines 2 mais quand elle n'annonceroit ni peines ni rcompenses1 l'obligation morale n'en subsisteroit pas moins1 mme dans la fausse hypothese de l'incrdule4 ,saint ,paul ,saint ,augustin ont dit la foi et les prophties passeront1 l'intelligence demeurera ternellement499 99 ,corin #h #a4 #acth4 ,s4 ,aug4 de lib4 arbit4 ,il s'en suit de l 7comme dit l',abb ,gdouin7 que l'on fait trop dpendre les murs de la ,rvlation4 ,quelque soin1 dit-il1 que l'on prenne d'inspirer des sentimens de ,religion aux enfans1 il vient un ge o la fougue des passions1 le got du plaisir1 les transports d'une jeunesse bouillante1 touffent ces sentimens4 ,si on leur avoit dit que les murs sont de tout pays de toute religion 2 que l'on entend par ces mots les vertus morales que la nature a graves dans le fond de nos curs1 la justice1 la vrit1 la bonne foi1 l'humanit1 la bont1 la dcence 2 que ces qualits sont aussi essentielles l'homme1 que la raison mme1 dont elles sont une manation 2 un jeune-homme en secouant peut-tre le joug de la ,religion1 ou s'en faisant une sa mode1 conserveroit au moins les vertus morales1 qui dans la suite pourroient le rapprocher des vertus chrtiennes 3 mais parce qu'on ne lui a prch qu'une ,religion austere1 tout tombe avec cette ,religion4 ,l'exprience prouve la vrit de cette rflexion4 ,dans ce tems d'une fermentation visible qui agite les esprits1 pendant ces crpuscules d'une lumiere qui nat1 dirai-je1 ou qui s'teint1 la ,religion est attaque1 elle manque de dfenseurs 7car des condamnations vagues ne prouvent rien1 n'ont jamais convaincu personne7 2 elle est compromise par des questions interminables par des controverses futiles1 qu'on a voulu faire regarder comme l'essentiel de la ,religion4 ,a cet ge dont parle l',abb ,gdouin1 toute l'rudition acquise par un jeune-homme dans les ,congrgations dans les ,retraites1 succombe sous la moindre objection spcieuse d'un incrdule 2 malheureusement tout l'difice d'une morale mal taye1 s'croule4 ,les jeunes-gens se livrent avec une espece de scurit1 des passions qui font le malheur de leur vie4 ,ils se croient dgags de tous liens 2 tout est confondu dans leur tte avec de petites ides de dvotion1 dont ils ont honte1 qu'ils viennent mpriser4 ,je ne parle que d'aprs les faits 2 j'nonce ici la voix de presque tous les peres de famille1 ce sont des tmoins irrprochables1 de meilleurs juges que des hommes trangers la socit4 ,j'ose dire que les ,anciens1 les ,payens mme paroissent avoir t plus religieux que nous4 ,leur ,lgislation portoit toute sur la crainte des ,dieux 2 on peut avoir les ,loix de ,zleucus1 de ,minos1 celles des douze ,tables1 c4 ,platon dans ses spculations sur les ,loix1 tablit la ,religion pour premier fondement 2 il rappelle la ,divinit dans toutes les pages de ses ouvrages4 ,ciceron1 en dfinissant les principes des ,loix1 dans son premier ,livre de ,legibus1 pose pour base l'existence des ,dieux leur providence4 ,chez les ,payens c'toient les ,lgislateurs les ,philosophes qui prchoient la vertu 2 les ,prtres n'enseignoient point la regle des murs 2 les ,scribes les ,pharisiens chez les ,juifs la corrompoient par leurs traditions par leur attachement de vaines pratiques4 ,le ,philosophe ,panoetius enseignoit la vertu les devoirs1 tandis que l',augure ,scevola ordonnoit les ,sacrifices les cermonies de la ,religion 7a74 ,nous avons un ,sacerdoce des ,pontifes qui doivent enseigner toute sorte de bont1 de justice de vrit1 ce qui est agrable ,dieu 2 7b7 la douceur1 la tolrance se supporter les uns les autres 2 7c7 tout ce qui est vritable sincere1 tout ce qui est honnte1 tout ce qui est juste1 tout ce qui est saint1 tout ce qui peut rendre aimable1 tout ce qui contribue une bonne rputation1 tout ce qui est vertueux1 tout ce qui est louable4 7a7 ,eph4 c4 #e4 v4 #i #aj4 7b7 ,eph4 c4 #d4 v4 #b4 ,rom4 v4 #ad #ae4 7c7 ,philip4 c4 #d4 v4 #h4 ,au surplus il y a tout perdre pour les ,etats pour les ,particuliers chez qui se dtruit la ,religion4 ,eh 6 qu'on dise quel avantage il peut rsulter pour le genre humain d'affoiblir dans les ,citoyens les motifs de la vertu1 les principes des bonnes actions 6 n'est-ce pas autoriser le vice le crime qui n'ont jamais de digues assez fortes1 que dj des motifs plus puissans ne peuvent arrter4 ,je demande si l',histoire fournit un seul exemple de peuples dont la ,religion nationale ait t le corps entier de la ,religion naturelle1 7je dis le corps entier7 si ce n'est pas le ,christianisme seul qui l'a notifi l'univers 8 ,si les ,philosophes modernes ne sont pas redevables de leurs lumieres sur les points les plus importans de cette ,religion1 l'avantage qu'ils ont d'tre ns dans la ,religion ,chrtienne 8 ,si par les seules lumieres de la raison ils eussent t sur les points qu'ils tablissent maintenant avec tant de vrit tant de force1 moins vacillans plus affermis que ,socrate1 que ,ciceron les plus grands gnies de l'antiquit 8 ,je demande d'ailleurs1 s'il est possible de rendre nationale une ,religion purement philosophique 8 si une ,religion sans culte public ne s'aboliroit pas bientt1 si elle ne rameneroit pas infailliblement la multitude l'idoltrie 8 ,quand les incrdules auront rsolu ces questions d'une faon satisfaisante1 on pourra rpondre des objections qui sont proposes #ae siecles trop tard 2 des objections que les ,porphires1 les ,celses1 les ,juliens ont ignores1 qu'ils eussent pu faire valoir sans replique1 s'ils avoient dtruit auparavant trois ou quatre faits de l'tablissement de la ,religion ,chrtienne1 qui n'toit pas loign de leur tems4 ,la mthode d'tudier la ,religion1 comme science1 drive de la mthode gnrale des tudes4 ,il n'est pas ncessaire d'tre ,mdecin pour savoir le meilleur moyen d'apprendre la ,mdecine 2 sans usurper le droit d'enseigner la ,religion1 qui est rserv aux ,ecclsiastiques1 on peut assurer qu'on l'enseigne mal dans la plpart des ,colleges4 ,pendant les premires annes1 une simple explication du ,dcalogue1 de l',oraison ,dominicale du ,symbole1 suffit avec les ,catchismes de ,fleury ou de ,bossuet4 ,l',abrg de l',ancien ,testament o ,m4 de ,msangui a conserv1 autant qu'il est possible1 les paroles de l',ecriture1 imprim ,paris en #agcb1 l',evangile les ,actes de ,aptres4 ,le spectacle de la nature1 tel qu'il est reprsent dans ,fnelon dans ,derham 2 la nature mme que les jeunes gens connotroient en partie1 leur auroit dj prouv l',existence d'un ,dieu que ses uvres annoncent la terre4 ,je suppose que dans la ,mtaphysique ils eussent pris des notions justes des ,attributs divins de la ,providence 2 il seroit temps vers la fin des tudes1 de leur faire appliquer aux faits de la ,religion ,chrtienne1 les principes de l'art critique1 sans les embarrasser dans des discussions au-dessus de leur porte1 on pourroit leur faire lire le ,trait de la vrit de la ,religion ,chrtienne1 par ,grotius 2 ou celui qui est tir en partie de ,turretin1 traduit par ,vernet1 revu corrig par un ,thologien ,catholique1 imprim ,paris en #agec1 en #b volumes par ,garnier4 ,un jeune homme qui auroit lu ces ,livres avec attention1 seroit plus affermi dans sa ,religion mieux prpar contre les attaques des incrdules1 que par dix ans d'exercices spirituels4 ,le spectacle de la nature1 la connoissance de l',existence de ,dieu de ses ,attributs1 est le premier ,trait de toute bonne ,thologie4 ,il se prpareroit par ses lectures lire un jour les excellens ,livres qui ont t faits sur la ,religion4 ,rflexions sur deux abus dans les ,colleges4 ,l'objet d'une bonne mthode doit tre galement de draciner les abus1 comme d'indiquer de frayer le chemin4 ,je dirai deux mots sur l'abus des ,cahiers de ,rthorique de ,philosophie1 que l'on dicte dans les ,colleges 2 outre que ce sont de misrables leons que l'on fait plutt pour exercer les ,matres1 que pour instruire les enfans 2 c'est la perte d'un tems considrable qu'ils emploient crire 2 il n'y en a point qui les crive en entier1 sur mille il n'y en a pas un seul qui les ait conservs pendant deux ans1 ou qui en ait fait quelque usage dans le reste de la vie4 ,j'en appelle l'exprience4 ,autre abus sur les leons de ,mmoire 3 on fait apprendre par cur des enfans des ,rudimens1 des ,particules1 c4 des regles qu'il suffit d'entendre de concevoir 2 on les ennuie1 on les fatigue par la longueur des leons dsagrables 2 ils perdent le tems qu'ils pourroient employer utilement agrablement apprendre les plus beaux morceaux de ,littrature ,franoise ,latine4 ,tous ces morceaux joints ensemble ne seroient pas la moiti des leons qu'on oblige les enfans d'apprendre par jour1 depuis la premiere classe jusqu' la ,rthorique4 ,on ne doit faire apprendre par cur aux enfans1 que ce qu'ils doivent retenir1 ce qui peut leur servir de modele4 ,n'y a-t-il pas assez de beaux endroits dans les ,auteurs1 sans les fatiguer apprendre ce qu'ils doivent oublier 8 ,avantages de ce ,plan d',etudes4 ,tel est l'essai du ,plan des ,etudes d'une premiere ducation 2 ce ne sont que les lmens de l'institution d'une ,nation qui exigeroit des vues plus profondes1 qui demanderoit des hommes plus habiles plus clairs que moi 3 elle est rserve1 cette institution1 un ,monarque sage prudent1 dont les intentions sont droites pures 3 image de ,dieu sur la terre1 qui peut crer des esprits faonner les curs4 ,,ii ne laissera pas imparfait un ouvrage qui peut tant contribuer sa gloire au bien de ses peuples4 ,il consultera ses ,universits1 ses ,acadmies1 sa ,facult de ,mdecine mme1 afin que de ces lumieres runies il rsulte une nouvelle institution ou une rgnration si ncessaire dans les ,lettres peut-tre ailleurs4 ,je me persuade que ce plan est juste1 parce qu'il est fond sur la nature de l'esprit1 sur des faits constans sur des principes de la connoissance humaine4 ,je crois qu'un jeune homme ainsi lev1 seroit plus dispos recevoir la seconde ducation ncessaire pour la profession qu'il embrasseroit 2 s'il y avoit des plans d'instruction des ,catalogues de ,livres raisonns pour chaque profession particuliere1 comme en ,allemagne1 on lui pargnerait bien de la peine du temps qui est en pure perte994 ,il auroit l'esprit net prcis autant qu'on peut l'avoir dix-sept ou dix-huit ans 2 il se seroit rendu un grand nombre d'objets familiers1 il auroit du got quelques connoissances 2 ce qui vaut peut-tre les connoissances mme1 il auroit l'art d'en acqurir 2 il pourroit se frayer lui-mme un chemin1 juger de celui qu'on lui feroit tenir 2 il sauroit s'occuper1 science si utile si rare cet ge dans tous les ges 3 il seroit en tat de voir le monde avec fruit1 de lire les ,livres originaux1 de voyager utilement4 99 tatem quidem video 7dit ,ciceron1 #cc4 de finibus1 num #g47 sed infici tamen debet iis artibus quas si dum tenera est combiberit ad majora veniet paratior4 ,les ,vies des hommes illustres qu'il auroit lues1 serviroient indiquer ses inclinations ses talens4 ,il est impossible que dans le cours des ,etudes1 plusieurs objets tant prsents aux yeux des jeunes-gens1 il ne part pas dans ceux qui auroient du gnie quelques tincelles de ce feu qui se dcele lui-mme1 qui fit ,paschal ,gometre sans le savoir1 ,descartes ,philosophe1 ,tournefort ,botaniste1 c4 ,la sympathie se dclarera quand il y aura du rapport de la convenance dans le got4 ,ulisse la ,cour de ,lycomede1 prsente ,achille1 dguis en fille1 des armes avec des ornemens de femmes 2 la passion d',achille le trahit1 dcouvrit le plus courageux des ,grecs1 celui qui devoit tre le vainqueur des ,troyens4 ,on sait que les triomphes de ,miltiade droboient le sommeil ,themistocle4 ,combien le ,carache1 encore enfant1 toit frapp de ce qu'il entendoit dire de ,raphal 6 ,la vie d',homere ses ouvrages saisirent ,virgile dans son enfance 2 ,charles ,,xii toit transport d'enthousiasme en lisant la vie d',alexandre4 ,on distinguera les enfans qui ont du got du gnie1 d'avec ceux qui n'en ont point 2 ceux-ci resteront froids immobiles des rcits qui toucheront sensiblement les autres4 ,au sortir des tudes les jeunes gens s'occuperont suivant leur inclination 2 ils seront en tat de choisir une profession avec connoissance1 ils russiront mieux dans celle qui sera de leur got de leur choix4 ,eh quel avantage n'en rsulteroit-il pas pour la socit entire pour toutes les professions 8 ,des esprits fermes cultivs ne seroient pas occups de jeux de bagatelles 2 les ,nobles n'iroient pas dans la ,capitale dissiper le patrimoine de leurs peres 2 ils s'occuperoient avec got avec connoissance1 le rendre plus utile1 ils le feroient fructifier au quadruple4 ,ils diroient avec ,horace 3 ,beatus ille qui procul negotiis ,paterna rura bobus exercet suis4 ,ils ajouteraient avec ,virgile 3 ,me ver primum dulces ante omnia mus ,accipiant4444444444 ,ils cultiveroient dans le sein de la paix de l'abondance les arts les sciences qui auroient nourri leur enfance4 ,il est inconcevable qu'on ait tant nglig en ,france l'ducation des femmes 2 l'instruction en langue vulgaire pourroit tre presque toute entiere leur usage4 ,mieux leves plus instruites1 elles leveroient instruiroient mieux leurs enfans4 ,peut-tre aspireroient-elles un jour la gloire d'imiter une ,cornelia1 fille de ,scipion mere des ,gracches 2 une ,attia1 mere d',auguste1 qui contribuerent tant former l'esprit de ces hommes fameux4 ,avec un esprit plus cultiv1 elles n'en seroient que plus aimables 2 elles sauroient s'occuper 2 connoissant quelques remedes usuels approuvs1 elles en distribueroient gratuitement1 sauveroient la vie une infinit de malheureux4 ,le ,seigneur de ,fief accommoderait les procs 2 il deviendroit le bienfaiteur de ses ,vassaux1 entretiendroit le lien de la bienveillance que la ,loi a mis entre eux lui 2 lien us devenu sans force4 ,l'homme qui vit de ses rentes1 imiteroit le ,noble 2 il ddaigneroit la vile chicane1 ne se porteroit pas l'oppression des misrables4 ,celui qui se destine la guerre1 regarderoit le service1 comme une occupation srieuse 2 au lieu que la plupart des jeunes-gens qui s'y engagent1 ne cherchent le plus souvent que l'oisivet le libertinage4 ,il auroit acquis dans la connoissance des ,mathmatiques des dispositions la pratique des fortifications 2 la lecture des ,vies ou des ,mmoires des grands ,capitaines1 l'auroit mis en tat de profiter de leurs campagnes de leurs expditions4 ,il sauroit qu',alexandre ,csar toient savans 2 que ,csar a fait des ,commentaires 2 que ,henry de ,rohan1 ,turenne1 ,montecuculli ont crit des ,mmoires 2 que ,feuquieres a donn des prceptes sur l'art militaire4 ,il apprendroit le droit de la guerre1 dont il aura plus de besoin1 mesure qu'il sera lev de plus grandes places4 ,le ,magistrat auroit acquis dans une ducation solide1 l'habitude d'tre appliqu laborieux 2 dans l'tude de la ,philosophie1 celle d'tre judicieux raisonnable 2 dans l'tude des ,belles-,lettres1 celle de traiter les sujets avec ordre1 avec nettet avec force4 ,dans la ,vie des grands ,magistrats1 d'un ,chancelier de l',hpital1 d'un de ,thou1 d'un ,mol1 d'un ,servin1 d'un ,talon1 d'un ,bignon1 c4 il auroit vu qu'il y a un courage d'ame aussi noble aussi lev que le courage guerrier 3 ,sunt domestic fortitudines non inferiores militaribus4 ,cic4 off4 #b4 ,il rechercheroit l'esprit des loix dans les principes du droit de la nature1 dans ceux d'une vritable morale d'une sage politique 3 quoiqu'il ne soit charg que de l'excution des loix1 il se rendroit capable d'tre ,lgislateur4 ,pythagore donna des loix la grande ,grce1 ,platon quelques ,rpubliques 2 ,locke en a donn la ,caroline4 ,c'est la ,philosophie qui a produit le ,code-,frderic4 ,le ,ngociant ou le ,commerant porteroit dans les pays loigns1 en rapporterait des connoissances utiles4 ,la ,socit ,royale de ,londres donne aux ,navigateurs1 des instructions sur l',histoire naturelle des lieux o ils vont4 ,des hommes instruits avertis1 verront avec profit ce que d'autres ne voient point1 quoiqu'il soit sous leurs yeux 2 le ,dessein si utile par-tout1 leur serviroit encore davantage dans ces circonstances4 ,par o les ,ministres de la ,religion peuvent-ils tre le plus utiles au monde 8 ,par quel moyen nos ,missionnaires ont-ils pntr dans les contres les plus loignes 8 ,ce n'est ni par le secours des ,langues mortes1 ni par leurs controverses 7celles qu'ils ont eues dans les pays trangers1 n'ont fait que retarder le fruit de leurs travaux7 2 c'est par l'enseignement des connoissances utiles la socit4 ,ils n'ont franchi tous les obstacles1 qu'en apprenant aux hommes ce qui toit profitable l'humanit4 ,on croit pouvoir dire qu'un ,cur qui enseigneroit ses ,paroissiens la pratique de la ,religion1 qui est fort simple fort courte pour eux1 les devoirs les plus communs ds-l les plus essentiels 2 qui leur montreroit les moyens les plus simples d'viter de gurir les maladies ordinaires la campagne1 de mieux cultiver leur champ 2 qui sachant quelques principes des loix de la coutume du ,pays1 termineroit les procs1 les prviendroit dans leur naissance 2 qui sauroit un peu de ,physique1 de ,mdecine usuelle1 d',arpentage1 contribueroit d'avantage au bonheur des hommes1 que tous les ,curs ne le peuvent faire avec leur mauvais latin1 une inutile scholastique leurs querelles thologiques4 ,il est bon que tous les ordres de l',etat que tous les membres de chaque ,ordre sachent que la considration est attache l'avantage de faire du bien aux hommes1 de leur tre utiles 2 que la pratique de la ,religion consiste dans la bienfaisance 2 que d'tre bon1 est le principal moyen de ressembler l',etre souverainement bon1 celui qui faisoit du bien en voyageant1 pertransibat benefaciendo4 ,celui qui chercheroit remplir les devoirs d'une profession qu'il auroit choisie avec got1 ou qui seroit occup des sciences naturelles des sciences exactes1 qui connotroit les bornes de la raison celles de l'autorit1 ne seroit point un homme de parti1 un factieux1 ni un intriguant 2 il ne se laisseroit point troubler1 il ne troubleroit point les autres par les dlires de la superstition1 cette maladie pidmique1 ni par les divers fanatismes qui attaquent la tranquillit des ames innocentes 2 il ne perscuteroit jamais ses frres4 ,ne craignez point de semblables malheurs1 dit l',abb de ,saint-,pierre1 des ,descartes1 des ,leibnitz1 des ,newtons des ,derhams4 ,manire d'excuter ce ,plan4 ,on objectera peut-tre que l'ducation que je propose1 n'est pas possible 2 qu'on n'a ni les ,matres ni les ,livres ncessaires pour l'excuter 2 que les jeunes gens ne pourroient pas dans leurs premires annes apprendre tout ce qui est compris dans ce ,plan4 ,je rpondrai que l'ducation des ,grecs des ,romains toit beaucoup plus difficile 2 que des gens trs-senss ont cru possible ce que je propose ici1 il faut se garder de condamner sur des prjugs le sentiment de grands ,hommes1 ,fleury1 ,locke1 ,nicole 3 quels noms 6 quel est l'homme qui oseroit lever la voix contre leur autorit runie 8 ,je dclare que je n'ai fait dans ce ,mmoire que les commenter4 ,enfin tout projet sens doit tre appuy sur des faits1 je conviens qu'il n'y a rien de plus mauvais en morale1 que ce qui est physiquement impossible4 ,pour former une ducation1 il faut des ,matres ou des ,livres1 il faut apparemment l'un l'autre4 ,on propose de former des ,matres1 c'est un ouvrage de longue haleine1 qui ne dispenseroit pas d'avoir des ,livres tout faits4 ,je demande des ,livres aiss faire1 qui dispenseroient peut-tre d'avoir des ,matres4 ,je dis que tous ces ,livres sont faciles faire1 ou plutt qu'ils sont presque tous faits4 ,il ne s'agiroit1 pour la plpart que de compilations senses raisonnables1 qui seroient faites non par des hommes qui ne pensent point1 qui n'ont jamais rien imagin1 mais par des personnes capables de composer elles-mmes les ,livres qu'elles compileroient1 d'ouvrir des routes1 de perfectionner celles qui sont dcouvertes1 d'imaginer des mthodes1 de juger les sciences avec un esprit philosophique4 ,a l'gard de l'impossibilit prtendue d'apprendre les sciences de jeunes gens1 je remarque premierement qu'on leur apprend 7mal la vrit7 des choses plus difficiles4 ,de plus1 je suppose au moins dix ans d'ducation depuis six ou sept ans1 jusqu' dix-sept ou dix-huit4 ,et que ne pourroit-on pas apprendre en dix ans1 si l'on toit bien conduit1 que l'on et de bons ,livres lmentaires 8 ,il n'y a point d'enfant1 qui au ,college1 ou pour se prparer y entrer1 n'ait huit heures demie neuf heures de travail par jour4 ,je ne demande que quatre cinq heures de classe o la peine soit principalement pour les ,matres1 o ils fassent travailler les enfans devant eux1 ou les disciples plus avancs feroient les dmonstrations aux plus jeunes 2 des ,livres o l'instruction ft toute faite1 une ducation qui n'exige dans les commencemens que des yeux de la mmoire4 ,dans les trois ou dans les quatre premieres annes1 hors ces ,classes1 nulle tude que des leons agrables utiles retenir1 qu'ils pourroient apprendre en se promenant 2 la plus grande peine seroit d'crire1 de dessiner d'apprendre un peu de ,gomtrie4 ,des personnes instruites feront aisment l'arrangement de ce ,plan sa tablature1 s'il a le bonheur d'tre approuv du ,matre de la ,nation4 ,je le rpte1 il n'est besoin1 pour excuter un bon ,plan d'ducation littraire1 que de ,livres qui serviroient d'instruction ou de mthode d'instruction 3 ces ,livres sont aiss composer4 ,le ,roi n'a qu' ordonner 2 qu'il dise tout sera fait 2 alors l'ducation sera facile on ne demandera dans les ,matres1 les ,gouverneurs les ,gouvernantes1 que de la religion1 des murs de savoir bien lire 2 cela ramnera l'ducation domestique1 qui est la plus naturelle la plus favorable aux murs la socit4 ,j'ai conduit les jeunes gens la porte des ,sciences1 il est rserv des plumes plus savantes de les introduire dans leur sanctuaire4 ,,fin4 ,,post-,,scriptum4 ,a,prs avoir achev ce ,mmoire1 il m'est tomb entre les mains une ,brochure intitule ,de l',education publique4 ,je me suis rencontr dans le point important qui est la fixation des objets d'tudes1 avec un homme qui parot avoir des connoissances tendues dans l',encyclopdie des ,sciences1 qui sait tirer des lignes de communication de l'une l'autre4 ,ma premiere ide a t de supprimer mon ,mmoire1 comme devenant peut-tre inutile4 ,ce n'est pas la peine de faire relire deux fois les mmes choses 2 mais comme je me trouve d'un avis diffrent de cet ,auteur sur la qualit des ,matres sur des dtails essentiels1 on m'a conseill de donner cet ,ouvrage au ,public4 ,des matieres claircies son ,tribunal1 seront toujours bien juges4 ,je crois au surplus que notre ,plan est bon1 qu'il peut tre utile 2 je dis notre ,plan1 car il est peu prs 3 le mme nous ne diffrons que dans l'excution1 en ce que cet ,auteur exclut les ,sculiers que je voudrois1 o il admet beaucoup d',ecoles que je ne voudrois pas4 ,l'article le plus essentiel d'un ,plan pour les ,colleges1 est de fixer les objets des tudes 2 car s'ils sont mal fixs1 comme je crois l'avoir dmontr1 il est ncessaire d'y en substituer d'autres4 ,nous sommes d'accord en ce point1 l',auteur de l',education publique moi4 ,nous sommes mme d'accord sur ceux qu'il faut substituer 2 c'est sur cet objet qu'il est absolument ncessaire1 si l'on veut rtablir les tudes1 que le ,gouvernement prononce4 ,premirement1 parce que c'est au ,roi qu'il appartient de rgler l'instruction de la ,nation 2 en second lieu1 parce qu'il est convenable que cette instruction soit uniforme dans tout le ,royaume1 qu'il est essentiel qu'elle ne soit pas arbitraire4 ,que ,sa ,majest ait la bont de nommer une ,commission compose de cinq ou six personnes pour examiner ces deux projets1 ou tels autres que l'on pourroit prsenter4 ,son premier travail seroit de dterminer les objets d'tudes pour tous les ,colleges4 ,on croit devoir dire que cette ,commission doit tre compose principalement de quelques hommes d',etat de gens de ,lettres 2 qu'on n'y doit faire entrer aucun homme de parti4 ,le second point1 celui qui importe peut-tre le plus aujourd'hui1 est une ,mthode d'instruction pour excuter le ,plan qui auroit t agr par ,sa ,majest4 ,pour y parvenir1 il s'agit d'avoir des ,matres4 ,les uns parlent des ,communauts sculieres rgulieres 2 les autres veulent des ,clibataires 2 quelques-uns prferent des gens maris 3 il y en a qui les admettent indiffremment4 ,il est question d'ailleurs de trouver une grande quantit de ,matres tout forms1 ou les moyens de les former en peu de temps4 ,quand on voudra y rflchir1 on verra qu'il est impossible de faire tout--coup une pareille recrue dans le ,royaume 2 si l'on veut dcider la question de la qualit des ,matres1 on va ouvrir la porte des discussions sans nombre1 o l'esprit de corps1 les droits les privileges entreront ncessairement1 qui par consquent deviendront interminables4 ,chaque corps rclamera 2 on fera agir l'esprit de parti 2 les plus forts l'emporteront1 l',etat ne sera pas mieux servi ni plus clair4 ,je pense que l'objet des ,etudes tant une fois fix1 ,sa ,majest pourroit faire composer des ,livres ,classiques lmentaires1 o l'instruction ft toute faite relativement l'ge la porte des enfans depuis #f ou #g ans jusqu' #ag ou #ah4 ,ces ,livres seraient la meilleure instruction que les ,matres pussent donner1 tiendraient lieu de tout autre mthode4 ,on ne peut se passer de ,livres nouveaux1 quelque parti que l'on prenne4 ,ces ,livres tant bien faits1 dispenseroient de ,matres forms 2 il ne seroit plus question alors de disputer sur leur qualit1 s'ils seroient ,prtres ou maris1 ou clibataires4 ,tous seroient bons1 pourvu qu'ils eussent de la ,religion1 des murs1 qu'ils sussent bien lire 2 ils se formeroient bientt eux-mmes en formant les enfans4 ,il ne s'agiroit donc que d'avoir des ,livres1 je dis que c'est la chose la plus aise prsentement4 ,un mot de la part de ,sa ,majest suffiroit4 ,il y a dans la ,rpublique des ,lettres beaucoup plus de ,livres qu'il n'en faut pour composer1 avant deux ans1 tous ceux qui seraient ncessaires 2 il y a dans les ,universits dans les ,acadmies plus de ,gens de ,lettres qu'il n'en faut pour bien faire ces ouvrages 2 il n'y en a point qui ne se ft un devoir un honneur de concourir aux vues de ,sa ,majest1 au bien gnral du ,royaume4 ,un autre moyen trs-simple seroit de proposer de pareils ,livres faire pour sujets de prix de toutes les ,acadmies 3 cela produirait en peu de tems des ,mmoires excellens1 que l'on chargerait des ,gens de ,lettres de rdiger4 ,le ,gouvernement pourra tout1 quand il voudra employer le gnie l'industrie de la ,nation4 ,on feroit imprimer ces ouvrages une ,imprimerie ,royale1 sans qu'il en cott aucuns frais au ,roi 2 ces ,livres coteroient peu aux familles1 pourvu que l'impression ne se ft pas par entreprise1 que la chose ne devnt pas une affaire de finance4