,l'dition originale de cet ouvrage1 illustre de huit hliogravures1 a t tire #d #hfe exemplaires3 #afj exemplaires sur papier des manufactures impriales du ,japon1 dont #aej numrots de #a #aej1 et #aj hors commerce2 #cje exemplaires sur papier de ,hollande ,van ,gelder1 dont #cjj numrots de #aea #dej1 et #e hors commerce2 #d #djj exemplaires sur papier d'alfa4 ,exemplaire sur alfa ,,claude ,,monet ,,les ,,nympheas ,ce volume a t dpos la ,bibliothque ,nationale en #aibh4 ,illustration3 ,claude ,,monet ,,nobles ,,vies--,,grandes ,,uvres ,,claude ,,monet ,,les ,,nympheas ,,par ,,georges ,,clemenceau ,illustration ,,paris ,,librairie ,,plon ,,les ,,petits-,,fils ,,de ,,plon ,,et ,,nourrit ,,imprimeurs-,,diteurs--#h1 ,,rue ,,garanci,,re1 #f ,tous droits rservs ,copyright #aibh by ,librairie ,plon4 ,droits de reproduction et de traduction rservs pour tous pays1 y compris l',u4 ,r4 ,s4 ,s4 ,,nobles ,,vies--,,grandes ,,uvres ,,claude ,,monet ,i ,,la ,,le,,on ,d',,une ,,vie ,c'est une opinion gnralement accepte que l'exemple des hommes suprieurs est le meilleur enseignement de la vie4 ,il est moins facile qu'on ne pourrait croire de donner une bonne dfinition de l'homme suprieur4 ,on a imagin des rubans pour cela1 mais la marque n'est peut-tre pas infaillible4 ,claude ,monet avait un gros rire content quand on lui demandait pourquoi il n'tait pas dcor4 ,au vrai1 les humains se classent eux-mmes1 bien ou mal1 d'aprs leurs uvres1 et chacun de tirer la leon de la bonne ou de la mauvaise rencontre1 selon l'occasion4 ,notre vritable enseignement des activits de l'homme se fait au hasard des circonstances4 ,il n'est pas de vie1 petite ou grande1 qui ne puisse tre pour nous une leon dans l'extrmit mme de l'indulgence avec laquelle nous nous regardons vivre4 ,pour nous aider dans nos jugements1 les moralistes ont pris l'habitude de nous exposer1 titre d'exemple1 la biographie des hommes illustres4 ,je n'en mdirai pas1 bien qu'il soit1 dans notre vie courante1 trs peu de cas o nous ayons nous inspirer de ,thmistocle ou d'paminondas4 ,notre ,plutarque n'y a pas regard de si prs1 et ses grands hommes n'ont pas toujours donn le bon exemple4 ,si j'avais crire la vie de ,plutarque lui-mme1 je lui reprocherais ses faiblesses pour ,alcibiade1 et son incroyable mconnaissance d',aristote et de ,phidias1 qui fut1 d'abord1 celle de ses contemporains4 ,il est assurment un choix faire parmi les favoris de la renomme4 ,la philosophie et l'art furent les grands champs de bataille o l'hellnisme assura son hgmonie4 ,le ,chronen ne leur a donn qu'une parole en passant1 et1 de ce fait1 nous chappent les deux figures les plus hautement reprsentatives d'un idalisme d'humanit4 ,en dpit des louanges de ,philippe1 qui l'accabla du poids de son lve1 ,aristote nous offre d'tonnantes condensations d'ides4 ,phidias1 travers le prestigieux dveloppement de la sculpture hellnique1 jusqu'aux dviations de la statuaire chryslphantine1 est peut-tre le seul matre dont on puisse dire qu'il ait atteint les limites de son art1 dans l'excellence duquel il ne sera pas dpass4 ,un mot sur le ,stagyrite1 propos de ce fou d',alexandre1 qui ne sut que brasser l',orient4 ,un autre sur le ,matre de marbre parce qu'il a ctoy ,pricls--beau parleur--ce qui ne l'empcha pas de mourir en prison4 ,nous trouvons les deux hommes peine proposs pour la renomme4 ,il tait plus facile de dire le soldat4 ,que le lecteur m'excuse donc si je me laisse tenter par l'entreprise1 peut-tre vaine1 de donner le bon exemple en parlant avec sincrit de ce que j'ai senti1 de ce que j'ai vu1 de ce que j'ai aim1 d'une grande figure qui n'est plus4 ,il se pourrait qu'aux infinies diversits de l'espce humaine1 un examen attentif nous dcouvrit beaucoup plus de grandes existences qu'il n'est gnralement suppos4 ,l'incertitude est de la mesure1 et la difficult de la cote de valeurs hirarchiquement dtermines4 ,je ne sais point de drame qui soit d'une motion plus haute que le spectacle d'une vie humaine toute subordonne des fins d'idal par un irrpressible dbordement d'enthousiasme1 sous la bonne rgle d'un ordre continu de volonts4 ,quand un sceptique railleur nous annona l'homme divers1 nous avions dj pu considrer1 depuis beaucoup de sicles1 les impulsions changeantes de nos motivits discordantes1 tenues en chec par les rsistances d'un atavisme ankylos4 ,cependant1 les jeunes aspirations d'une volution de connaissances relatives en direction de l',infini1 avec les activits qui s'ensuivent1 n'ont cess de dterminer1 selon les chances1 les enchanements et les ruptures d'activits organiques dont nous nous plaisons composer l'unit de notre personnage4 ,pour juger d'un peintre1 il semble qu'il suffise de regarder4 ,nous pourrions mme en rester l1 si nous n'avions trop de raisons de savoir que les sensibilits sont diffrentes dans chaque exemplaire d'humanit4 ,nous entendons vivre socialement1 mais en sauvant de la contrainte le plus possible de notre personnalit--ce qui suppose un ensemble de qualits contraires variablement associes4 ,c'est le problme par excellence o se rencontrent l'heur et le malheur de l'espce humaine4 ,dans l'ordre des connaissances acquises1 nous en sommes encore aux questions primordiales1 et le principal progrs est peut-tre que nous n'envoyons plus personne en place de ,grve pour un oui ou un non mal placs dans l'opinion du plus grand nombre4 ,sur les questions d'art1 o l'motion seule parat en cause1 les jugements ne semblent pas moins propres nous garer selon les qualifications organiques de chacun4 ,c'est qu'il s'agit toujours l d'tats changeants de sensibilits particulires1 en raction de nos prises de contact avec le monde extrieur4 ,et1 dans ce cadre mental l'artiste rejoindra ou mme dpassera le savant1 avec la prtention de s'lever au-dessus d'une simple machine connatre1 dans l'apoge de la sensation4 ,l'art serait ainsi l'achvement de l'homme par excellence1 en ses rapports mouvants avec le monde plantaire1 aussi bien qu'avec le ciel infini4 ,mieux l'art rejoindra1 soudera1 toutes les parties des ractions de la sensibilit humaine1 plus l'homme qui aura pris en main l'uvre suprme d'une assimilation personnelle1 profitable ses compagnons de plante1 sera prs d'avoir ralis l'un des plus beaux accomplissements de l'tre passager dans l'univers permanent4 ,ami lecteur1 voil pourquoi l'audace m'est venue de te soumettre quelques aspects de ,claude ,monet4 ,l'artiste a vcu un moment suprieur de l'art1 et1 par l mme1 de la vie4 ,il ne manquera pas de bons juges pour le dire4 ,mais c'est l'tre humain que je cherche au del de l'artiste1 l'homme qui1 livr tout entier ses impulsions les plus hautes1 a os regarder en face les problmes de l'univers pour les aborder d'ensemble et les fondre dans le bloc esthtique d'une sensibilit affine1 sous l'impulsion d'une nergie de vouloir que rien n'a pu faire dvier4 ,je prends le ciel tmoin qu'un tel accomplissement n'est pas de l'ordinaire4 ,d'o l'ide m'est venue d'ajouter quelques touches au portrait de ,monet par lui-mme1 pour caractriser autant que possible la grande figure d'un homme qui fait honneur son temps1 son pays1 sa plante4 ,ce n'est pas que je me dcide sans peine risquer de ncessit quelques brves remarques sur les diffusions de lumire qui caractrisent les ,nymphas du ,jardin d'eau4 ,je ne suis ni peintre1 ni critique d'art1 pas mme pote4 ,tout au plus1 puis-je allguer que j'appartiens la congrgation anonyme du public1 de ce public franais l'intention de qui ces tableaux furent peints et qui ,monet lui-mme en a fait don4 ,un redoutable honneur1 ainsi1 nous est chu4 ,je voudrais essayer de m'en montrer digne en acceptant le legs tel qu'il m'est fait1 c'est--dire comme une reprsentation d'un tat d'motivit qui nous permet de nous assimiler de nouveaux aspects des nergies universelles1 partant1 de mieux comprendre le monde et nous-mmes avec lui4 ,aussi bien cela1 dans l'intrt de notre volution d'esthtique1 que pour notre dveloppement gnral1 puisqu'il n'est pas d'accroissement d'une de nos facults qui ne soit en correspondance invitable avec l'volution de l'organisme tout entier4 ,ce n'est pas pour la gloire de ,monet que j'entreprends le sige de ceux qui accepteront le risque de me lire4 ,il a trop bien connu l'acre misre de cette fume4 ,mort1 il est tranger dsormais aux proccupations de son passage4 ,mais parce qu'il a vcu1 il nous a laiss quelque chose de lui-mme qu'il nous importe encore de reconnatre dans l'intrt--et pour l'honneur--de nos volutions venir4 ,voil ce que je voudrais chercher4 ,une leon se dgage1 ai-je dit1 de toute vie humaine4 ,quel est l'enseignement de la vie de ,monet8 ,question d'art4 ,question d'humanit par excellence1 puisque tout l'art se ramne1 comme notre connaissance elle-mme1 des expressions de sensibilit4 ,monet fut un lyrique suprieur1 et ce lyrique fut un homme d'action4 ,les deux qualits ne sont pas ncessairement un titre de recommandation auprs de nos contemporains4 ,rien n'est plus propre1 mme1 susciter les rsistances de la foule moderne que des nouveauts qui demandent des ralisations4 ,monet n'annona point de doctrine4 ,on peut mme dire qu'il se calfeutra de silence pour laisser aux fougues de sa brosse virile toute leur libert4 ,confiant dans l'inaltrable droiture de sa vision1 il s'obstina farouchement peindre ce qu'il voyait1 et comme il le voyait1 en dehors des conventions d'atelier qui1 jusque-l1 avaient rgi son art4 ,assailli d'une implacable violence1 il douta de sa main1 certaines heures1 mais jamais de son il1 et par une hroque application d'efforts toujours mieux soutenus1 agrandit son domaine au del de ce qu'il avait rv1 pour mourir dans le plus vif clat d'un incomparable succs4 ,triomphale gageure contre l'ordinaire des destines4 ,quand les sicles auront pass sur cette aventure1 l'aurole ne manquera pas de s'en trouver accrue4 ,contentons-nous1 pour aujourd'hui1 de prparations4 ,,ii ,,claude ,,monet1 ,,peintre ,je ne puis viter de prsenter l'homme au lecteur4 ,de taille moyenne1 avec le bel aplomb d'une robuste charpente bien emmanche1 l'il d'agression souriante dans la fermet d'une voix sonore1 cela ne suffit-il pas dire un esprit sain dans un corps sain1 un caractre de droite volont8 ,harmonieux dveloppement de toutes les nergies en direction du but que l'organisme lui-mme s'est spontanment assign6 ,promthe1 le ,titan supplici1 vola le feu divin1 cach dans le creux d'une frule4 ,monet1 simple exemplaire d'humanit1 a form le dessein de conqurir la lumire du ciel pour nous faire une vision enchanteresse des choses1 en crant de nouvelles interprtations de la vie changeante nous assimiler4 ,pour le demi-dieu1 il y aura les fioritures de la lgende1 l'engendrement du merveilleux4 ,pour la simple dmonstration d'un homme en uvre humaine1 ce n'est pas assez des dfigurations du miracle4 ,il ne nous faut pas moins que la vrit4 ,regardez le puissant model de ce crne4 ,on dirait du travail de ,vauban4 ,mais d'un ,vauban d'offensive1 qui ne protge son donjon d'nergie que pour mieux canonner les semonces du monde extrieur nous interrogeant en vue de se drober4 ,ciel1 plaines1 valles1 montagnes1 eaux1 forts1 la vie universellement rpandue1 tout l'univers changeant s'offre nous1 la seule condition de se reprendre aussitt que nous prtendons le fixer4 ,d'blouissantes tapes dans les chemins d'une interprtation qui1 mme gniale1 ne sera jamais qu'approche4 ,quand j'aurai dit que ,claude ,monet naquit ,paris1 rue ,laffitte1 c'est--dire dans le quartier des marchands de tableaux--signe ventuel d'une prdestination--je n'aurai pas beaucoup avanc nos affaires4 ,mais si j'ajoute qu'il passa toute sa jeunesse au ,hvre1 et l1 s'prit des brassements de lumire que l'ocan tumultueux des ctes reoit de l'espace infini1 peut-tre s'expliquera-t-on cette familiarit de l'il avec les gymnastiques lumineuses d'une atmosphre affole qui jette toutes les nuances de tous les tons au gaspillage des vagues et des vents4 ,ds sa premire jeunesse1 ,monet s'prend des grands horizons de la mer4 ,pour un lger profit1 il fait prosaquement des croquis1 des charges de son entourage4 ,l'homme n'tait pas n pour la caricature4 ,j'avais la passion du dessin1 crit-il cependant1 et voici1 en effet1 que son crayon lui permet d'conomiser1 quinze ans1 les frais d'un voyage ,paris4 ,il fait1 ,sainte-,adresse1 la connaissance de ,boudin1 qui l'emmne peindre dans les champs4 ,ici1 ,monet rencontre la palette de la nature4 ,une flamme a jailli des profondeurs4 ,il se dcouvre une raison d'tre4 ,il ne lui ,illustration3 ,maison de ,claude ,,monet ,giverny reste plus qu' prciser la marge de ce qu'il veut ce qu'il peut4 ,troyon1 qu'il rencontre1 lui conseille bizarrement d'entrer l'atelier de ,couture4 ,il prfre une acadmie libre o il fait la connaissance de ,pissaro4 ,a ,paris1 il se reproche ingnument d'avoir trop frquent la ,brasserie des ,martyrs4 ,l1 pourtant1 il fit la connaissance d',albert ,glatigny1 de l'inoubliable ,thodore ,pelloquet qui se battit en duel l'pe pour les fleurs de l',olympia,a1 d'douard ,manet1 d'autres personnages encore3 ,alph4 ,duchne1 ,castagnary1 ,delveaux1 ,daudet1 ,courbet1 avec qui il se lia1 plus tard1 d'une troite amiti4 ,en #ahfj1 le tirage au sort l'envoie1 pour deux ans1 aux chasseurs d',afrique--ce qui1 dclare-t-il1 lui fit moralement le plus grand bien4 ,utilisant ses ressources d'art1 il faisait le portrait de son capitaine pour obtenir des permissions4 ,survient un cong de convalescence4 ,le pre1 vaincu par l'ardeur de son fils au travail1 se dcide lui acheter un remplaant4 ,et voil ,claude ,monet follement dirig sur l'atelier de ,gleyre1 mais s'attachant suivre ,jungkind et ,boudin dans la campagne1 pour voir les choses comme elles sont4 #ahfd1 ,renoir1 ,basille1 ,sisley1 rpondent au cri de ralliement4 ,aux ,salons de #ahfe et de #ahff1 mes premiers essais sont reus avec succs1 crit ,monet4 ,et voil ,courbet qui arrive pour voir le ,djeuner sur l'herbe1 grand tableau de plein air par un jeune homme qui peint autre chose que des anges4 ,ils demeurent amis1 et ,monet tient dire que ,courbet lui a prt de l'argent dans les moments difficiles4 ,l',afrique est oublie4 ,l'artiste dit le pays admirable1 mais la palette des couleurs ne l'a point retenu1 comme ,eugne ,delacroix4 ,dj1 pourtant1 s'agite en lui le monstre divin qui va prendre possession de sa chair1 de son sang1 de sa vie4 ,il semble que le sort en soit jet1 pour lui1 de demander toujours et toujours des comptes aux envoles de lumire1 et de ne jamais se lasser d'obtenir quelque rvlation du grand secret4 ,les panneaux de ,nymphas nous le montreront perdment tendu vers des ralisations de l'impossible4 ,de sa main frmissante s'lancent des fuses de transparences lumineuses qui font jaillir1 en pleine pte1 de nouveaux flamboiements de clarts4 ,le gnie n'est pas moins dans l'offensive des pinceaux sur la toile que dans les brassements de la palette multicolore o ,monet cueillera tout coup1 d'un geste rsolu1 les gouttes d'une rose de lumire dont il fera l'aumne aux lments qui n'ont souci de les garder4 ,de prs1 la toile parat en proie une bacchanale de couleurs incongrues1 qui1 du juste point de vue1 s'ordonnent1 se rangent1 s'associent pour une dlicate construction de formes interprtatives dans la justesse et la sret de l'ordre lumineux4 ,nous aurons reparler de ce prodige4 ,un jour1 je disais ,monet3 ,c'est humiliant pour moi4 ,nous ne voyons pas du tout les choses de la mme faon4 ,j'ouvre les yeux et je vois des formes1 des nuances de colorations1 que je tiens1 jusqu' preuve du contraire1 pour l'aspect passager des choses comme elles sont4 ,mon il s'arrte la surface rflchissante et ne va pas plus loin4 ,avec vous1 c'est une autre affaire4 ,l'acier de votre rayon visuel brise l'corce des apparences1 et vous pntrez la substance profonde pour la dcomposer en des vhicules de lumires que vous recomposez du pinceau1 afin de rtablir subtilement1 au plus prs de sa vigueur1 sur nos surfaces rtiniennes l'effet des sensations4 ,et tandis qu'en regardant un arbre1 je ne vois rien qu'un arbre1 vous1 les yeux mi-clos1 vous pensez3 ,combien de tons de combien de couleurs aux transitions lumineuses de cette simple tige8 ,sur quoi1 vous voil dsagrgeant toutes valeurs pour reconstituer et dvelopper1 notre intention1 l'harmonie finale de l'ensemble4 ,et vous vous tourmentez1 la recherche de la pntrante analyse qui vous donnera la meilleur approximation de la synthse interprtative4 ,et vous doutez de vous-mme1 sans vouloir comprendre que vous tes lanc en projectile dans la direction de l'infini1 et qu'il doit vous suffire d'approcher du but que vous n'atteindrez jamais compltement4 --,vous ne pouvez pas savoir1 me rpondit ,monet1 combien tout ce que vous venez de dire est vritable4 ,c'est la hantise1 la joie1 le tourment de mes journes4 ,a ce point qu'un jour1 me trouvant au chevet d'une morte qui m'avait t et m'tait toujours trs chre1 je me surpris1 les yeux fixs sur la tempe tragique1 dans l'acte de chercher machinalement la succession1 l'appropriation des dgradations de coloris que la mort venait d'imposer l'immobile visage4 ,des tons de bleu1 de jaune1 de gris1 que sais-je8 ,voil o j'en tais venu4 ,bien naturel le dsir de reproduire la dernire image de celle qui allait nous quitter pour toujours4 ,mais avant mme que s'offrt l'ide de fixer des traits auxquels j'tais si profondment attach1 voil que l'automatisme organique frmit d'abord aux chocs de la couleur1 et que les rflexes m'engagent1 en dpit de moi-mme1 dans une opration d'inconscience o se reprend le cours quotidien de ma vie4 ,ainsi de la bte qui tourne sa meule4 ,plaignez-moi1 mon ami4 ,l'il de ,monet1 il n'tait rien de moins que l'homme tout entier4 ,une heureuse table des plus dlicates sensibilits rtiniennes ordonnait toutes ractions sensorielles pour des jeux de suprme harmonie o nous trouvons une interprtation des correspondances universelles4 ,ce phnomne est apparemment la qualit premire chez tous les ,matres de la peinture4 ,ce qui nous frappe en ,monet1 c'est que tous les mouvements de la vie viennent s'y subordonner4 ,tendrement attach aux siens1 dont sa joie fut d'tendre le cercle pour y rpandre la manne de la plus gnreuse amiti1 il trouvait dans l'affection dvoue de ses fils1 de ,mme ,blanche ,monet1 sa belle-fille1 qui manie le pinceau ses heures1 toutes les attentions que pouvait commander l'ordonnance d'une vie brle4 ,ds que la brosse s'arrtait1 le peintre courait ses fleurs1 ou s'installait volontiers dans son fauteuil pour penser ses tableaux4 ,yeux clos1 bras abandonns1 immobile1 il cherchait des mouvements de lumire qui lui avaient chapp1 et sur la dfaillance1 peut-tre imaginaire1 s'exerait une pre mditation sur des thmes de labeur4 ,une plaisanterie soudaine annonait le contentement1 ou1 tout au moins1 une esprance4 ,la brutalit du propos disait l'inquitude du lendemain4 ,et la vie allait ainsi1 toutes les facults de l'tre perdment tendues vers l'anticipation indfinie des caresses de la lumire attendues de toute sa sensibilit4 ,car l'il n'tait que l'arc triomphal ouvrant accs tous les frmissements commands du dehors par toutes les exaltations de l'tre que le rve emporte au del des ractions de ses facults4 ,je ne vois pas que ,monet se soit jamais mis en tte d'expliquer sa peinture4 ,rien ne pouvait lui paratre moins ncessaire4 ,il tait n palette en main1 et ne concevait pas la vie autrement que devant une toile pour y inscrire les passages d'nergie lumineuse par lesquels l'univers protiforme se rsout1 son propre miroir1 en des apparences de fixit4 ,sentir1 penser1 vouloir en peintre4 ,dans les voies du peintre1 il n'tait rien pour l'arrter4 ,l'arc bien tendu1 la bonne flche l'encoche pour le dclic de volont4 ,il voyait1 comme doit voir un homme qui a besoin de rendre1 d'exprimer le plus possible de sa sensation et qui ne sera jamais au bout de son motivit4 ,rien n'est plus beau1 ai-je dit1 que la parfaite convergence de toutes les diversits de l'homme vers l'idalisme d'une ralisation suprieure o toutes les facults de l'tre se dploient en commune harmonie4 ,c'est1 sans doute1 ce qu'on appelle le gnie4 ,tout le mystre gt dans la totale convergence de nos synergies vers un complet panouissement de grandeur et de beaut4 ,ce spectacle1 nous gardons prcieusement les noms de ceux qui nous en ont bloui4 ,encore1 souvent1 le dbat reste-t-il ouvert sur la valeur finale d'un effet de fortune dont se drobe l'issue4 ,le nombre des peintres de talent est incommensurable4 ,beaucoup mme pourraient montrer leurs titres aux qualifications les plus envies4 ,ce qui caractrise ,monet1 c'est qu'aprs avoir cr sa manire1 il l'a dveloppe1 d'un progrs continu1 jusqu'au prodige des ,nymphas1 c'est--dire au del mme de ce que meules1 peupliers1 cathdrales1 ,tamise1 permettaient de prvoir4 ,le danger1 en cette aventure1 est que dans un tel effort d'interprtation volutive1 l'rthisme nerveux de l'interprte dpasse de trop loin les correspondances requises des sensibilits secondaires chez un public insuffisamment prpar4 ,c'est ce que voulait dire ,monet quand il rptait3 ,on s'y fera1 peut-tre1 mais je suis venu trop tt4 ,il n'avait pas fini sa phrase que deux yeux d'acier noir1 fermement enchsss dans le mortier des orbites1 mitraillaient tous les champs de l'espace1 pour ouvrir aux visions humaines un spectacle de trpidations lumineuses en voie de rapprocher de plus en plus1 dans l'unit de la sensation1 ce qui est et ce qui parat tre4 ,sous toutes les formes de son activit d'art1 c'est ce que n'a cess de manifester ,claude ,monet4 ,a cette poque de sa vie1 comment nous reprsenterons-nous le ,monet au combat pour la conqute de la lumire8 ,nous n'en sommes qu'aux premires marques d'attention1 puisque ,durand-,ruel1 expert et marchand1 n'est pas encore venu4 ,quel aspect de ce jeune lutteur sous l'treinte d'une ambition ardente trop souvent bafoue8 ,il n'y a de cette poque que le portrait de ,claude ,monet dix-huit ans1 par ,dodat de ,sverac4 ,la figure est d'une dramatique nergie4 ,le front1 qui se rvlera si fermement model dans ses portraits trop rares1 est ici dominateur4 ,le peintre commence par penser sa peinture1 par la dcomposer pour la reconstruire de ses yeux1 en lui donnant une fermet de transitions enchanes4 ,tout le visage se subordonne l'imposante audace du regard qui pousse droit au monde sans crainte et presque au del de l'espoir1 tant l'ide le soutient et l'emporte loin des contingences4 ,en somme1 nous avons le sentiment de la prise de possession d'une puissance4 ,c'est bien l l'vnement4 ,le ,claude ,monet peignant 7de #ahge71 que nous a laiss ,renoir1 n'est pas moins significatif4 ,le corps n'est pas construit4 ,adoucie l'expression du visage4 ,en revanche1 l'attitude au travail est-elle d'une jeune aisance que la virilit accentue dj de rsolution4 ,la bouche n'est plus contracte4 ,les narines boivent l'air librement4 ,et les yeux1 qui sont les flambes d'une interrogation dbordante1 se posent avec un irrsistible lan de pntration sur des passages de lumire qui dfendent leurs secrets4 ,ici1 c'est vraiment le combat qui s'engage4 ,la premire impulsion d'offensive que rien ne pourra plus arrter4 ,en #ahhd1 nous avons un portrait de ,monet par lui-mme 7quarante ans7,b1 o l'homme se rvle dans toute l'clatante force de sa simplicit4 ,rien de moins convenu1 de moins apprt1 de moins stylis que cette image de l'ouvrier l'uvre1 tout au dveloppement des sensations personnelles qu'il prtend exprimer4 ,puisqu'il ne demande la juste interprtation du monde qu' l'ultime activit des ondes lumineuses1 il ne saurait se dpartir d'une suprme conscience de rendement quand il se place lui-mme au cur du drame de l'interprtation4 ,d'une ingnuit qui s'impose par la ferme dtermination du regard1 le bon voyant se prsente1 tranquille et sr1 pour une vision d'au-del4 ,elle emporte tout l'tre1 imprgn d'une flamme sacre1 la conqute d'un monde perdu de lumire4 ,les plis du front disent l'irrsistible lan de toute une vie sans dfaillance4 ,aucune indication de geste4 ,l'homme est en pleine possession de lui-mme1 aux prliminaires de l'action4 ,il a vu1 il a compris1 il a rsolu1 il est en marche vers une fin souveraine4 ,voil notre ,monet1 plus simple et mieux quilibr que jamais1 prt au dbordement de l'action4 ,confiant dans la palette amie1 ramass sur lui-mme pour le bond de matrise1 tout au bord du dpart de volont1 il est l vraiment dans toute l'intensit1 dans l'ardeur ingnue d'un matre de la vision au combat pour la conqute de la lumire qui l'attire irrsistiblement et qu'il a rsolu de dompter4 ,a ce moment1 les premires formations de jeunesse sont accomplies4 ,toutes les puissances d'une humanit harmonieuse se sont dfinitivement agrges1 combines pour des effets acquis4 ,le vainqueur du prochain jour n'a pas encore en main le plein de sa victoire1 mais l'il1 assur de puissance1 a dj pris la mesure du champ de bataille o va se dvelopper1 se couronner1 le gnie d'un accomplissement achev4 ,il fallut l'approche de la mort pour apprendre ,auguste que la comdie tait joue4 ,monet1 sans comdie1 toujours doutant de lui-mme 7ce qui est le luxe de l'homme achev71 put voir le succs dfinitif de son drame tout en refusant de livrer ses ,nymphas au public avant sa mort4 ,dernier geste d'une gniale incertitude de lui-mme1 qui achve1 dans sa noble candeur1 le faste d'une nergie dsintresse4 ,avant les ,nymphas1 il avait fait trois autres portraits de lui-mme 7en #aiag7 dont il ne parlait qu'avec hsitation1 peut-tre parce qu'il y voyait le plus haut trait de sa vision dernire1 et ne jugeait pas qu'au cours de ce qui lui restait de vie1 il lui ft possible de le dpasser4 ,deux de ces toiles montraient le visage en pleine lumire1 mergeant sous un grand chapeau de paille4 ,quand il me les fit voir il se donna la joie d'en parler mchamment3 --,je pourrais faire autre chose que a1 s'criait-il avec ddain4 ,mais le temps ne m'en sera pas donn4 ,je prvoyais trop bien ce qui arriva4 ,il avait pris depuis longtemps la redoutable habitude de lacrer coups de rcloir1 de dchirer coups de pieds1 les morceaux qui ne lui donnaient pas satisfaction4 ,des bauches de panneaux1 dans son atelier1 nous offrent encore les blessures distribues en des accs de fureur o il ne s'pargnait lui-mme aucune injure4 ,le dernier portrait 7celui qui est au ,louvre71 je n'en puis parler de sang-froid1 tant il rend miracle le suprme tat d'me de ,monet panoui en vue du triomphe entrevu1 avant que s'abattt tragiquement sur lui l'effroyable menace de la ccit4 ,pour qui a connu la vie profonde de ,monet1 dans la pleine intensit de ses terreurs d'un insuccs final1 et de ses explosions de joie quand lui venait la sensation de la difficult vaincue1 le doute est impossible4 ,c'est la conscration intrieure du sursaut d'art qui va s'achever dans l'envole des ,nymphas4 ,les deux portraits dtruits doivent compter surtout comme des prparations1 trs pousses1 du morceau triomphal4 ,ici1 la victoire s'assure avant la bataille mme4 ,fanfare anticipe du soldat matre de sa journe4 ,la solide construction de ce front que les catapultes des ,philistins ne purent entamer1 dit toute la tragdie de cette vie glorieuse4 ,entre deux larges tempes haut montes1 les nergies crniennes ont fix l'empreinte des grandes luttes pour l'idal4 ,c'est l'assise du commandement1 le sige imprieux de l'ide1 de l'autorit4 ,les yeux mi-clos pour mieux savourer le rve intrieur4 ,les narines trpidantes1 la gorge convulse d'une explosion irrpressible1 le matre-ouvrier vient de dcouvrir tout au fond de lui-mme la claire conscience d'un achvement ultime annonce jusque dans le nimbe des reflets printaniers de la barbe fleurie1 labarum de ,charlemagne1 empereur d'un monde nouveau4 ,avec tout le monde1 j'ai dj not qu' la distance o ,monet se place ncessairement pour peindre1 le spectateur n'aperoit sur la toile qu'une tempte de couleurs follement brasses4 ,quelques pas de recul et voici que sur ce mme panneau1 la nature se recompose et s'ordonne miracle1 au travers de l'inextricable fouillis des taches multicolores qui nous dconcertaient premire vue4 ,une prestigieuse symphonie de tons succde aux broussailles de couleurs emmles4 ,comment ,monet1 qui ne se dplaait pas1 pouvait-il saisir1 du mme point de vue1 la dcomposition et la recomposition des tons qui lui permettaient d'obtenir l'effet cherch8 ,il s'agit l1 sans doute1 d'un tat de sensibilit infiniment dlicate1 prompte toutes ractions d'activits correspondantes qui font se succder sur la rtine des sries d'instantans par une agilit d'adaptations appropries4 ,c'est le don du peintre qu'il accepte le corps corps avec la lumire1 et se trouve capable de porter le poids du combat4 ,il va sans dire que ,monet n'entrait dans aucune considration de thorie ce sujet4 ,il avait reu de la nature un il la mesure de sa tche1 et n'acceptait pas d'autre arbitrage que celui de sa propre rtine dans les jugements qui le dterminaient4 ,n'est-ce pas la premire condition de l'heureuse journe8 ,il s'installait en silence devant le modle que ses yeux poignardaient d'interrogations1 tandis que de lgres contractions du visage accompagnaient le trajet de la pupille l'objet1 pour le vif retour la palette et le bond de la brosse l'cran4 ,en cette heure du drame1 il ne parlait pas vainement4 ,quelquefois une question sa belle-fille1 ,mme ,jean ,monet1 qui ne le quittait pas4 ,il s'agissait bien plus de s'interroger lui-mme que d'attendre une rponse dont il faisait rarement cas4 ,comme l'avion qui dcolle1 il fallait l'artiste une certaine coordination d'efforts pour gagner l'air et entrer superbement dans l'action4 ,c'tait alors la soudaine dtente de la brosse1 comme l'pe qui pousse droit au corps ds que l'affaire est engage4 ,sans piges de reflets1 le portrait du ,louvre1 mon sens1 doit tre tenu pour le dernier mot de ,monet4 ,un clair de joie triomphante a pass sur lui quand ses suprmes essais ont montr qu'ayant pu concevoir au plus haut de lui-mme1 il serait en tat d'excuter4 ,c'est cet clair d'ambition surhumaine1 que l'admirable portrait de la dernire heure a fix4 ,l'intrt historique de cette toile1 c'est qu'elle nous montre1 dans un ouragan de passion heureuse1 l'homme de l'achvement rv4 ,tout l'clat du labeur triomphant s'inscrit en ce visage1 convuls dans l'blouissement de la vision intrieure d'o semble enfin bannie la terreur d'un succs qui ne serait pas la mesure de ce qu'il a voulu4 ,et la destine a permis que cet clat triomphal du plus beau jour nous ft transmis dans la plus haute exaltation de lumires o rayonnt jamais le pinceau de ,monet4 ,l'ide des ,nymphas tenait ,monet depuis longtemps4 ,silencieux1 chaque matin1 au bord de son tang1 il passait des heures regarder nuages et carreaux de ciel bleu passer en feriques processions1 au travers de son ,jardin d'eau et de feu4 ,d'une tension ardente1 il interrogeait les contours1 les rencontres1 les divers degrs de pntration dans le tumulte des fuses lumineuses4 ,ce qu'il avait pu conqurir d'assimilation personnelle en vue d'une interprtation plus comprhensive1 il cherchait en fixer des moments par la dtermination des aspects1 peine sensibles1 d'une lumire des choses irradie dans l'univers sans fin4 ,de ce magnifique effort1 attest par des tudes mouvantes1 sont sortis les ,nymphas des ,tuileries4 ,c'est aprs les avoir longtemps regards1 critiqus1 confronts en mille faons1 dans son jardin d'eau1 que ,monet prit la rsolution de tenter dfinitivement l'aventure des panneaux1 et commena par faire btir son grand atelier 7#aiaf74 ,quand l'ordre fut donn1 c'est que la rsolution tait prise1 et pour que la rsolution ft prise1 il fallait que le peintre et pass1 non seulement par l'preuve de sa plus svre critique1 mais encore par la finale pierre de touche de l'excution4 ,de nombreuses toiles o s'inscrivirent les premiers nymphas inaugurrent la srie des ,miroirs d'eau qui allait prendre son plein essor dans le lchez-tout des ,tuileries4 ,pour tout dire1 les panneaux actuels attestent un degr d'accomplissement trs suprieur aux premiers essais qui virent le jour dans le grand atelier4 ,il y en eut de fort beaux1 et des plus caractriss1 qui ont t malheureusement dtruits dans les trahisons des dbuts4 ,invitablement1 il arriva parfois qu'un effet cherch ne parut pas compltement obtenu4 ,comme l'amiti permet tout1 il m'arrivait prsomptueusement de risquer un avis4 ,j'obtenais quelquefois un grognement de rponse1 qui voulait dire3 c'est voir4 ,d'autres fois le silence4 ,d'une visite l'autre1 j'observais nanmoins que des effets laborieux o le pinceau s'obstinait1 s'taient merveilleusement ars4 ,ma critique informule fut longtemps des nuages dont quelques parties me paraissaient lourdes4 ,je n'osais rien dire4 ,un jour1 quelle surprise6 ,une irruption de nuages tout de lgres vapeurs4 ,point de discours4 ,puis1 je vis peu peu se volatiliser de capricieuses nues effiloches par les vents4 ,monet regardait si intensment qu'il ne se rendait pas volontiers aux critiques d'autrui4 ,mais il ne cessait pas de reconsidrer1 de corriger1 d'affiner son texte de son propre fond4 ,par raffinement de scrupule1 n'a-t-il pas lch dans ses nuages des formes animales vaguement bauches1 comme celles que faisait dfiler ,hamlet aux yeux de ,polonius effar4 ,on ne peut pas pousser la conscience plus loin4 ,loin de cder l'attirance du premier jet1 ,monet ne cessait de reprendre ses inspirations originelles1 trouvant toujours quelque manire de maudire ses prtendues insuffisances4 ,car1 de se gourmer violemment1 il ne se faisait jamais faute1 toute heure1 jurant que sa vie tait une faillite1 et qu'il ne lui restait plus qu' crever toutes ses toiles avant de disparatre4 ,des tudes de premier ordre ont ainsi sombr dans ces accs de fureur4 ,beaucoup1 qui sont montes trs haut dans l'estime publique1 furent chanceusement sauves grce aux efforts de ,mme ,monet4 ,j'ai dj dit que deux trs beaux portraits de lui-mme1 en plein soleil1 prirent ainsi en une malheureuse journe4 ,la chance permit que celui qui est au ,louvre ft sauv4 ,un jour o quelques mauvais propos avaient t profrs par lui contre cette uvre incomparable1 il alla chercher la toile1 au moment de mon dpart1 et la jetant dans ma voiture3 ,emportez-le1 dit-il d'un ton bourru1 et qu'on ne m'en reparle plus4 ,on et dit qu'il cherchait se prmunir contre la folie d'une nouvelle excution sommaire4 ,et comme je lui annonais que le jour de l'inauguration des panneaux nous irions1 bras dessus1 bras dessous1 voir cette toile au ,louvre3 --,s'il faut attendre jusque-l1 rpliqua-t-il1 je lui dis adieu pour jamais4 ,hlas6 ,il fallut bien renoncer cette visite heureuse1 puisqu'il refusa de livrer les ,nymphas avant sa mort4 ,il nous reste ainsi deux portraits de sa main aux deux dates qui marquent les deux bonds du peintre l'apoge de sa vision3 les ,meules1 les ,nymphas4 ,alors survint l'affreuse catastrophe de la double cataracte4 ,drame indicible6 ,grce une opration suivie d'habiles soins mdicaux1 l'effroyable tragdie de la ccit absolue put tre provisoirement vite4 ,j'aurais voulu un traitement radical1 mais ,monet n'acceptait pas le risque de perdre la lumire4 ,il demeura donc dans un tat de demi-vision qui lui permit d'en finir avec les ,nymphas4 ,ce n'tait pas beaucoup moins qu'un miracle1 car tous les rapports d'clairage inscrits sur une rtine profondment modifie1 se trouvaient diffrents de ce qu'ils taient lorsque la besogne fut mise sur le chantier4 ,je n'avais qu'une crainte1 c'est qu'une toile ft totalement perdue4 ,pour des causes inexpliques1 le travail s'acheva le plus heureusement sans que le passage d'un tat rtinien l'autre et amen des malfaons4 ,il arriva que la fortune chanceuse qui contracte des dettes envers toutes les grandes existences1 s'acquitta1 par mgarde1 de son d4 ,monet1 ici1 me parat avoir t le bnficiaire d'une providentielle inadvertance4 ,encore un prodige suprieur devait-il s'accomplir4 ,tout le monde autour de ,monet le suppliait de tenir pour achev le travail des panneaux1 car il y avait vraiment trop lieu de craindre un malheureux coup de brosse qui pouvait tout gter4 ,mais il nous laissait dire1 secouant la tte sans rpondre4 ,le temps passe1 et voici qu'un jour il me prend par la main et m'amne devant l'une des toiles o se droule l'infini des spectacles de la lumire dans l'tendue d'une eau dormante1 coupe de reflets bleutres perdus dans des champs de teintes roses4 --,eh bien1 que dites-vous de ceci1 s'cria-t-il1 railleur4 ,vous n'avez pas os me faire de critiques4 ,mais moi1 je savais bien que cette eau tait pteuse4 ,on l'aurait dite coupe au couteau4 ,tout l'ensemble des lumires tait reprendre4 ,je n'osais pas4 ,et puis je me suis dcid4 ,ce sera mon dernier mot4 ,vous aviez peur que je ne gtasse ma toile4 ,et moi aussi4 ,mais je ne sais comment une confiance m'est venue dans mon malheur1 et je voyais si bien1 en dpit de mes voiles1 ce qu'il fallait faire pour rester dans l'enchanement des ,illustration3 ,claude ,,monet4--,les peupliers du bord de l',epte 7#ahij7 rapports1 que la confiance m'a soutenu444 ,maintenant1 regardez4 ,est-ce meilleur ou pire8 --,j'avais tort4 ,vous tes si parfaitement peintre que vous achevez1 avec des yeux dsaccords1 les harmonies de vision o vous avaient conduit vos yeux ouverts aux suprmes accords des couleurs4 --,c'est un accident4 --,un accident que n'a pas connu le malheureux ,turner4 --,c'est fini4 ,je suis aveugle4 ,je n'ai plus de raison de vivre4 ,cependant1 vous m'entendez bien1 tant que je serai vivant1 je n'accepterai pas que ces panneaux sortent d'ici4 ,je suis arriv un point o je redoute mes propres critiques plus que celles des yeux les plus qualifis4 ,il y a toutes les chances pour que ma tentative soit au del de mes forces4 ,eh bien1 j'accepte de mourir sans savoir l'issue de la fortune qui peut m'tre rserve4 ,j'ai donn mes toiles mon pays4 ,je m'en remets lui du jugement4 ,,iii ,,le ,,monde1 ,l',,homme1 ,,la ,,lumi,,re ,le sujet de l'art1 aussi bien que de la connaissance humaine1 est ncessairement l'univers en ses manifestations--homme compris-- exprimer par des ractions de sensibilit1 comparables celles de l'enclume sous le marteau4 ,des dfigurations d'une imagerie religieuse1 plus ou moins raffine1 nous furent longtemps offertes pour rpondre aux appels simultans de notre besoin de connatre et de nos joies d'motivits4 ,voyez l'incroyable pauvret des sujets de tableaux o s'ankylose la ,renaissance4 ,polythisme et christianisme apportent leurs lgendes qui deviendront de l'histoire4 ,la nature est ignore4 ,seul le portrait s'impose parce qu'il est impossible de se soustraire au rayonnement humain4 ,le ,balthasar de ,raphal1 l',isabelle d',este de ,lonard1 sont l pour dire l'humanit4 ,rembrandt1 plus tard1 faute d'amitis princires1 n'aura d'autre ressource que de s'affubler diversement pour chercher l'homme dans son miroir4 ,cependant1 nous sommes arrivs aujourd'hui l'tat de connaissance o la science et l'art1 profondment diffrencis1 ont1 pour point commun de dpart1 une intense culture des ractions sensorielles4 ,le savant ordonne ses sensations d'exprience pour en tirer le droit de gnraliser4 ,l'artiste s'en tient ses motions d'harmonies pour raliser1 jusqu'aux limites du possible1 les pntrations de sa sensibilit4 ,dans l'homme1 rceptacle de cette sensibilit organique1 une raction s'tablit de vibrations motives dans la mesure des chocs du dehors4 ,je ne fais tat ici que des activits lumineuses1 c'est--dire ralises par l'organisme en un ordre de sensations particulirement dtermines4 ,tout le monde sait que l'art de peindre cherche la reprsentation du monde visible par des accords de tons1 comme nous obtenons une symphonie musicale par des accords de sonorits4 ,voil dans quelles conditions1 avant d'avoir construit aucune thorie1 les hommes des cavernes ont trac leurs premires images1 et les pasteurs des ges primitifs confi leurs chants au vent qui passe1 pour rassembler leurs troupeaux4 ,ce que nous appelons lumire n'est que la transmission d'un tat vibratoire des lments qui se propage une vitesse dtermine4 ,l'univers nous apparat ainsi comme une tempte d'ondes qui s'opposent ou s'intensifient pour des rsultats fugitifs1 guetts du bienfaisant ,lth pour le perptuel coulement des esprances perdues et des dceptions sans retour4 ,cependant1 puisque tout arrive1 des discordances profondes aux amnagements d'harmonie1 il peut advenir aussi que d'heureuses correspondances organiques disposent temporairement dans l'individu un ensemble de prparations vers des fins d'activits suprieures o se conjugueront toutes les valeurs de la personnalit4 ,cela se voit dans les lgendes o l'imagination matrise l'vnement4 ,aussi dans les chants lointains de l'humanit primitive o la posie dicte la fortune des heures4 ,aussi mme--et ce n'est pas la moindre merveille--dans l'humaine ralit4 ,soit1 parmi d'autres1 l'exemple de ,claude ,monet4 ,pourquoi donc ici mettre ,claude ,monet en cause8 ,pourquoi pas ,lonard de ,vinci1 ,michel-,ange1 ,rembrandt1 par exemple1 plus familiers parce que plus anciens1 avec cet avantage que leur souveraine matrise n'est plus conteste8 ,c'est que1 ,claude ,monet1 je l'ai connu1 c'est que j'ai pu prendre et surprendre sa mesure tous moments dans l'incomparable vhmence de sa simplicit1 c'est que je l'ai aim1 c'est que je l'aime encore1 et que je voudrais le faire revivre aux frmissements de lumire dans la sphre desquels il s'est dvelopp1 comme un matre qui a voulu et fait4 ,lonard a tout vu1 tout connu1 tout compris1 presque tout ralis4 ,mais il ne semble pas que la lumire l'ait affect jusqu'au suprme enchantement du regard4 ,suivant le commun exemple1 il choisit le moment o le jour va tomber1 pour caresser de sa plus fine brosse les prcieux contours du visage de ,monna ,lisa4 ,ajoutez que la patine du temps a obscurci les parties de clarts4 ,le visage1 de plein air1 est dans la pnombre4 ,un jour1 comme nous regardions la ,femme la mandoline1 de ,corot1 l'une des plus belles choses qui soient1 ,monet1 aprs s'tre assur qu'on ne nous coutait pas1 me dit l'oreille3 --,j'aime mieux cela que la ,joconde4 ,c'est que tout le gnie de l',italien ne l'a pas suffisamment affranchi du classique clairage de l'atelier1 tandis que le rustique ,franais1 sans thorie1 sans prceptes1 je n'ose pas dire sans recherches1 s'en est tenu aux naturelles distributions de la lumire du ciel fidlement reprsentes4 ,une assez belle revanche1 pour ,lonard1 il est vrai1 dans l',isabelle d',este1 un prodigieux dessin1 o1 je ne sais comment1 la lumire1 absente1 semble intgre4 ,il y a sans doute prsomption parler de tels matres avec tant de libert4 ,on m'excusera si je n'invoque1 l'appui de mon opinion1 que ma seule qualit de spectateur4 ,je suis du public1 aprs tout4 ,c'est pour moi1 comme pour nous tous1 que ,phidias1 ,michel-,ange1 ,raphal1 ,lonard1 ,rembrandt1 ,velasquez1 ,franz ,hals1 ,goya et les plus grands matres1 se sont efforcs4 ,chacun est soumis au jugement de tout le monde4 ,tous les grands hommes de tous les temps nous ont fait confiance en nous soumettant leurs travaux4 ,quel plus grand hommage peut leur venir de nous que notre sincrit8 ,michel-,ange est ingnieur1 pote1 sculpteur1 peintre4 ,gnie incomparable1 il recherche l'effort qu'il est parfois tout prs de dpasser4 ,son ,mose ne doit rien l'hellnisme4 ,le choc reu du ,monstre ne peut tre oubli4 ,et quel jugement porter sur l'uvre de la chapelle ,sixtine qui ne soit dfaillance et misre au spectacle de cette envole de figures surhumaines qu'un souffle irrpressible emporte la sublimit des prophties6 ,l'homme s'est magnifiquement dispers dans tous les domaines4 ,il a rgn de toutes parts4 ,plus qu'un roi4 ,presque divin4 ,rembrandt1 de mme1 avec l'aurole du ,dieu mconnu1 a spontanment rassembl le plus vif d'une vision exaspre1 ainsi que les partis pris d'interprtation les plus propres les exprimer4 ,le muse de ,cassel nous offre une suite d'bauches o l'on cherche1 o l'on trouve parfois l'tincelle destine aux prochains blouissements de l'clair4 ,le portrait du bourgmestre ,six1 les syndics1 sont les tapes d'un gant1 matre du prisme astral1 qui sme du soleil au dedans comme au dehors des choses pour des clats de foudre4 ,faute de modles1 le peintre va prendre bientt sa propre figure au premier miroir1 pour se jouer1 brosse ou burin1 toutes dispositions d'clairage4 ,le gnie tonn du ,hollandais ne tremble pas devant l'inpuisable merveillement de l'infinit4 ,comme ,monet fera plus tard1 il a rpondu tout droit aux appels de la lumire1 et dans un magnifique corps corps1 il a su dompter l'indomptable4 ,mais il ne semble pas1 pour cela1 qu'il soit au bout de son rve1 et le voil ptrissant l'ombre de sa main titanesque pour la heurter aux fulgurances de la flambe solaire dont il a trouv le secret dans les oppositions de son pinceau1 pour fondre les frmissements d'une rtine merveille4 ,et puisque du plus violent contraste a jailli la pleine ardeur de la fournaise1 toutes les transparences de lumires1 distinctes ou confondues1 vont fuser en de subtiles ondes d'clairage pour des achvements de sensations que la peinture1 ce jour1 n'avait pas connues4 ,c'est un miracle1 comme le miracle des ,nymphas de ,monet1 dans le miroir du ,jardin d'eau qui les endort voluptueusement au sein des nues4 ,la rencontre d'un monde renvers qui1 par des contrastes de rapports1 sollicite de l'il un affinement des ondes colores symphoniquement fondues4 ,une nouvelle gymnastique oculaire nous donnera le plus fin rseau de sensations lumineuses par l'effort duquel s'enrichira la puissance de nos pntrations4 ,dans le coup de foudre de ses oppositions1 ,rembrandt a mis plus de sa personnalit4 ,pour le prodige des ,nymphas1 ,monet a os suivre la droite pente de l'observation la plus serre qui l'a conduit de l'clairage changeant des meules aux peupliers1 aux cathdrales1 aux ,westminster1 jusqu'au jour o les mditations de ,giverny lui ont fait dcouvrir1 dans l'eau de l',epte apaise1 des transpositions de lumires qui lui ont permis son suprme effort d'interprtation4 ,aux derniers jours1 mortellement atteint1 gardant pour ultime consolation les derniers rayons de clair-obscur o son imagination mettait encore de la couleur1 voqua-t-il son uvre1 et osa-t-il1 enfin1 se juger8 ,je ne sais4 ,il tait trop sincre pour avoir l'audace d'carter les angoisses du doute4 ,il tait trop grand pour tre jamais satisfait4 ,tout au plus se voyait-il parfois dconcert par les incohrences de la foule4 ,un jour je lui racontais que1 traversant ,vitr1 j'arrtai1 sur le trottoir1 un jeune bourgeois lgamment vtu pour lui demander le chemin des ,rochers1 le chteau de ,mme de ,svign4 --,vous devez vous tromper1 monsieur1 nous n'avons pas a ici1 fut la rponse inattendue4 --,pardonnez-moi1 monsieur1 mais je croirai plutt que c'est vous qui faites erreur1 car je sais que ,mme de ,svign a sa statue ,vitr4 --,ah6 ,vous parlez de cette femme en bronze qui est au ,jardin des ,plantes8 ,eh bien1 pour aller au ,jardin des ,plantes1 il faut prendre droite444 --,la gloire1 c'est a1 hein8 s'exclama ,monet4 --,oui1 c'est a4 ,est-ce qu'il vous faut des rcompenses8 ,il clata de rire1 et le chat de porcelaine chinoise1 endormi sur son coussin1 comprit que pas n'tait besoin de se rveiller pour si peu4 ,les pinceaux taient bientt repris1 et l'ascension aux cimes lointaines reprenait son cours4 ,aprs l'vocation de l'uvre immense o s'est lentement forme l'ducation de notre rtine moderne1 comment ne pas nous reporter vers le matre ouvrier8 ,l'homme a dpens peut-tre le meilleur de lui-mme s'exprimer par des images4 ,a ces images de nous rendre1 de lui1 ce qu'elles en ont gard4 ,car si nous pouvons inscrire notre passage1 pour un temps1 dans les tourmentes plantaires1 o nous nous trouvons la fois spectateurs et parties1 rien ne saurait nous tre plus prcieux1 pour nos dterminations de nous-mmes1 que les preuves de gestes et de penses o nos compagnons d'existence ont marqu les tapes des communes motivits4 ,du monde1 nous ne connaissons que des rsonances d'ondes aux tentacules de notre sensibilit4 ,pour ce qui est de nos essais de fixations des lumires mouvantes1 ils remontent1 comme chacun sait1 aux dessins originels de la prhistoire4 ,ce fut une de nos premires appropriations du monde extrieur1 et1 depuis ce jour1 nous n'avons pas cess d'tendre1 de dvelopper nos conqutes dans les invitations sans fin de l'espace et du temps4 ,puisque ces tableaux qui passent tous moments devant nos yeux sont la source vive de nos sensations du monde1 et de nous-mmes en retour1 nous ne cessons d'y puiser les motions subtiles d'une harmonie universelle qui couronne notre connaissance d'une aurole de beaut4 ,cependant1 des tats de lumire se succderont de toutes parts1 grce aux dcompositions et recompositions du spectre des couleurs4 ,et l'interprtation sensorielle du peintre acceptera le corps corps avec les spectacles du monde pour exprimer des formes par le moyen de lignes qui n'existent pas dans la nature1 et des tats de lumire par des juxtapositions ou des superpositions de couleurs qui ne seront jamais que de fuyantes compositions4 ,sous quelque aspect que ce soit1 les relativits de l'homme seront ternellement aux prises avec ce monstre d'absolu que notre plus haut accomplissement est de dire1 sinon de nous assimiler4 ,pour que cette prtention ft justifie1 faudrait-il1 en effet1 que nous puissions la raliser autrement que par un simple verbe indicateur1 qui trop souvent nous abuse1 au point de nous faire accepter une interprtation de relativit pour une dogmatique reprsentation d'absolu4 ,quelle somme de ralits1 connues et inconnues1 nous faut-il pour une construction d'apparence8 ,je prie qu'on veuille bien excuser ces indications au passage1 que ,monet n'tait pas tenu d'envisager parce qu'elles n'taient pas de son domaine1 et qui n'en incombent pas moins quiconque tentera de mettre les labeurs de l'art leur juste place dans l'ensemble de la production idaliste de l'humanit4 ,,iv ,,le ,,jardin ,,de ,,monet4--,l',,tang ,,du ,,jardin ,d',,eau ,l'eau attirait la brosse de ,monet4 ,la mer1 la ,seine1 la limpide surface sommeillante o la corolle rose et blanche des nymphas apporte des essaims de feux follets4 ,il y arrta quelque temps son pinceau aprs le dfil1 que nous verrons en son lieu1 des meules1 des peupliers1 des cathdrales1 des ,tamise1 par sries4 ,a la cimaise1 aujourd'hui1 les premiers nymphas de ,monet1 de sductions singulires1 paraissent bien sages auprs de l'apothose des ,tuileries4 ,un jour1 il fut question d'largir le cadre de ces eaux fleuries jusqu'aux proportions de panneaux pour quelque salle de fte4 ,monet regardait1 coutait1 ne disait rien1 mditait1 assig d'obsdantes tentations4 ,dj il avait fait son jardin dont la plus importante partie tait d'un tang de nymphas4 ,la bordure d'une grande prairie1 avec drivation d'une branche de l',epte1 avait fourni l'tendue ncessaire1 et ,monet y avait apport l'ardeur d'une imagination rsolue4 ,bientt les succs d'horticulture dpassrent toutes les esprances4 ,les indiffrents mme venaient s'merveiller au miracle--ne ft-ce que pour dire3 ,j'ai vu le jardin de ,monet4 ,le jardin de ,monet compte parmi ses uvres1 ralisant le charme d'une adaptation de la nature aux travaux du peintre de la lumire4 ,un prolongement d'atelier en plein air1 avec des palettes de couleurs profusment rpandues de toutes parts pour les gymnastiques de l'il1 au travers des apptits de vibrations dont une rtine fivreuse attend des joies jamais apaises4 ,tel le nourrisson1 peine apparu dans le monde1 ttonne vers le sein qu'il ignore1 et1 le rencontrant1 ne voudrait pas le quitter4 ,non que les artifices d'clairage fussent l'affaire de ,monet4 ,tout le plein de la pleine clart1 ce n'tait pas trop pour son il assoiff d'inconnu4 ,toute l'cole du plein air dans le sens le plus complet du mot4 ,emmener l'homme sous le ciel1 et lui proposer d'ouvrir les yeux1 cela ne parat pas une affaire4 ,mais la nature n'a rien dispos pour des effets prconus4 ,c'est la rtine1 survenue1 d'interroger les lments1 de les disjoindre afin de les grouper pour une cohrence de sensations dont l'il est le lieu de rencontre et que la fortune du peintre sera d'exprimer4 ,pour l'achvement d'une telle uvre1 il lui faut le plus possible de l'univers1 toute heure1 devant les yeux4 ,sans savoir pourquoi1 nos dsuvrs eux-mmes se dpensent en de vains dplacements1 pour dcouvrir ce qu'ils ont dj rencontr partout sans l'avoir vu1 en raison d'une insuffisance rtinienne que le problme de l'art est prcisment d'aviver4 ,l'homme qui se propose d'exprimer vritablement quelque partie du monde doit tre1 lui-mme1 d'une structure particulirement comprhensive4 ,toute la plante et tout le ciel1 et tous les mondes1 ce n'est pas trop pour lui4 ,il sent1 il sait que la diversit des choses n'a pas de mesure4 ,la merveilleuse fortune de l'il est dans l'ternel rayonnement lmentaire en contre-coup de chocs aussi rapides que lointains o l'on ne peut rencontrer1 par d'ternels enchanements1 que des moments de l'espace et du temps--houles de l',infini dans les activits simultanes de l'interdpendance universelle4 ,les ractions de nos surfaces de vision sont presque instantanes1 ce qui nous permet toutes adaptations du sujet l'objet--premire condition de l'art de peindre4 ,les harmonies de rencontre1 le hasard des heures nous en fournit des tableaux que nous clbrons sous le nom de beaux paysages1 quand nous ne passons pas tout simplement sans y rien dcouvrir4 ,cela dpend surtout de ce que nous sommes capables d'y chercher4 ,une des gloires de l'cole moderne fut d'avoir reconnu que la plaine strile elle-mme peut nous fournir1 par le jeu de ses lumires1 une fconde source des plus hautes motions de beaut4 ,bien que la mer ne lui et pas mnag les sductions de ses appels1 ,monet tait un sdentaire4 ,non qu'il ddaignt rien de la plante4 ,mais la vie est brve1 et sa besogne d'art le fixait au sol devant les problmes du chevalet4 ,cela1 c'tait le labeur en soi1 l'activit organique distribue dans de mthodiques successions d'efforts1 en qute d'une interprtation plus ou moins ardue4 ,mais la gymnastique1 naturelle ou apprise1 de la surface rtinienne fixant1 pour un temps de raison1 l'uvre de transposition par les ractions des sensibilits de partout et de toujours1 o en trouver l'occasion1 les moyens1 les mthodes en vue des ralisations de chaque journe8 --,partout1 fut la rponse de ,monet4 ,la ,renaissance mettait l'cole dans l'atelier du ,matre--ce qui facilitait tous moyens d'empirisme1 mais n'tait que trop propre la destruction de l'originalit4 ,on avait dcouvert la ,grce1 ou plutt l'hellnisme en dgnrescence4 ,on ne s'tait pas encore avis du ciel1 de la terre et des eaux1 pour interprtes de la fabrication mondiale en perptuel renouveau4 ,s'il s'agissait vraiment d'exprimer la terre et le ciel1 le temps n'tait-il pas venu de sortir d'un enclos de murailles1 pour regarder le monde1 comme on dit1 dans le fond des yeux4 ,a parler franc1 je ne crois pas que ,monet ait commenc par se poser tant de questions4 ,l'quilibre gnral de sa nature lui commandait l'esprit philosophique1 mais le temps et les moyens lui avaient manqu pour tant de gnralisations4 ,cependant1 il se campait1 en joie1 devant les problmes du dehors et les envisageait d'un il assur4 ,confiant dans la droiture de ses sensibilits1 il s'abandonnait1 sans rticences1 aux faciles pentes de sa probe conscience d'homme et d'artiste1 qui ne le trompait pas puisqu'il ne cherchait le succs que dans la vrit4 ,il aimait les champs1 les fleurs1 les bois1 la plaine et les halliers1 tous les ciels de toutes les lumires1 toutes les montagnes sous le soleil ou la neige1 tous les rivages1 toutes les eaux des mares1 des fleuves et de l',ocan calme ou boulevers1 tous les aspects de ,illustration3 ,claude ,,monet4--,waterloo ,bridge1 temps gris1 fumes 7#aijd7 l'existence humaine1 heureuse ou dolente dans tous les cadres de sa vie agite4 ,c'est son ami ,renoir1 je crois1 qui a dit3 ,un ruisseau qui fuit dans l'herbe vaut le sourire de la ,joconde4 ,l'atelier1 par malheur1 ne fournit pas de ces chantillons du dehors qui s'offrent sous le ciel tout venant1 et que l'tude va chercher o elle peut1 pour les transpositions en vase clos4 ,et puis1 la ncessit s'impose le plus souvent du labeur en vue d'un succs fructueux4 ,monet ne pouvait pas chapper cet aspect du problme gnral quand le moment vint pour lui de passer de l'tude au tableau1 c'est--dire du vase clos de l'atelier celui du salon4 ,il n'tait lui-mme qu'au plein air4 ,nous ne le verrons pas moins pour les ,nymphas1 au dclin de sa vie1 ramener l'atelier ses tudes du ,jardin d'eau pour des achvements de sensations si vivantes qu'aucun cloisonnement ne pourra plus les dformer4 ,ainsi le voulait la pratique des grands cadres4 ,et puis la familiarit de la lumire avait mis l'il de l'artiste au-dessus des dfaillances4 ,ce fut mme le plus beau moment des plus subtils raffinements de visions que ,monet rapporta du fond des eaux de son jardin4 ,car ce jardin ne fut1 en somme1 comme je l'ai dit1 qu'un atelier de plein air4 ,monet n'en avait pas fait la thorie4 ,son empirisme tait d'instinct trop sr pour que l'ide lui vnt de le doctriner4 ,a parcourir les pays1 s'abreuver partout de la nature1 il avait simplement appris ce que rclamaient les activits de son il dans les directions o l'appelait le gnie de son art en qute d'une perfection d'achvements4 ,il n'est pas besoin de savoir comment il fit son jardin4 ,il est bien certain qu'il le fit tel que son il le commanda successivement1 aux invitations de chaque journe1 pour la satisfaction de ses apptits de couleurs4 ,quand on vous aura dit que le jardin de ,monet est travers par une route automobiles1 par le chemin de fer de ,gisors et par un embranchement de la rivire l',epte1 peut-tre penserez-vous que l'unit n'en doit pas tre le trait dominant4 ,a quoi cela ressemble-t-il8 ,a tout et rien4 ,sans la route1 sans le chemin de fer1 sans la rivire qui appelle les pcheurs1 on aurait pu1 peut-tre1 y trouver l'isolement4 ,eh bien1 c'est justement le miracle3 on y est l'abri de tous les importuns4 ,de la maison la route1 des faisceaux d'arcs-en-ciel de toutes les fleurs1 de toutes les colorations de feries1 tombent de la vote cleste en un talage de cascades flambantes1 appeles de l'il du peintre1 certaines heures1 pour ses grandes douches de torrents lumineux4 ,monet aimait la fleur1 pour elle-mme1 pour les lgrets1 les envoles de sa figure1 pour le drame d'amour qu'elle irradie avec un clat d'insolence1 pour les flammches profuses de teintes tendres ou violentes qui s'talent agressivement parmi les rosiers gants o se lyrisent des yeux las des proses de la vie4 ,un mur surmont d'une grille1 des arbres et l'encaissement de la route font qu'il n'y a point redouter l'il du passant4 ,par ces petites alles bourgeoises la disposition de l'unique promeneur1 ,monet1 familier avec chaque touffe de floraison discrte ou tapageuse1 ne manquait pas d'accomplir1 chaque matin1 la crmonie du premier salut rclame par l'insatiable sollicitation des yeux4 ,une porte permet de traverser la route1 une clef de franchir le talus de la voie ferre1 que des entassements de grands rhododendrons et un haut grillage de rosiers grimpants isolent de toutes parts4 ,les voyageurs ne pouvaient pas se plaindre de ctoyer un immense bouquet de fleurs1 et ,monet1 quelques pas d'eux1 absorb dans le miroir de son tang1 n'entendait mme pas le train4 ,pour le reste du jardin1 ce n'est1 proprement parler1 qu'un silencieux tang fleuri d'clatants nymphas1 jusque sous l'arc englycin d'un pont japonais qui fait tableau--seule concession au romantisme de ces lieux4 ,du ct de la voie ferre1 les grands peupliers1 les saules dont on voit pendre les branches aux panneaux des ,tuileries1 une presqu'le de grands bambous touffus1 jungle cerne par le courant des eaux vives o serpentent des herbes joyeuses4 ,le chemin de ronde en treillages de rosiers grimpants ouvre des arceaux d'ardentes couleurs sur la verdure de l'immense prairie qui s'tend jusqu'aux coteaux de la ,seine4 ,il n'en faut pas davantage pour faire un paradisiaque sjour o l'il humain butine tour tour1 pour d'incomparables ftes1 toutes harmonies de lumires dont la terre et le soleil peuvent exalter1 jusque dans les accalmies de la terre bourdonnante1 l'heureux clair des visions les plus grandioses comme des plus tnues4 ,dans le miroir de son tang1 parmi les lourdes dalles du feuillage aquatique cernes des nuages1 sursaute un clat de ptales en proie aux reptations de la nue d'o surgira tour tour la flamme des eaux ou la splendeur des apaisements clestes4 ,c'est l que ,monet venait chercher raffinement des sensations les plus aigus4 ,pendant des heures1 il restait l1 sans mouvement1 sans voix1 dans son fauteuil1 fouillant de ses regards1 cherchant lire dans leurs reflets1 ces dessous des choses clairs1 au passage1 des lueurs insaisissables o se drobent les mystres4 ,le ddain de la parole pour affronter le silence des fugitives harmonies4 ,voir1 n'tait-ce pas comprendre8 ,et1 pour voir1 rien que d'apprendre regarder4 ,regarder au dehors1 au dedans1 regarder de toutes parts1 pour exalter les sensations de l'homme dans tous les frmissements de l'univers4 ,l'eau buvait la lumire1 et la transposait1 la sublimait au plus vif1 avant de la retourner aux sensibilits rtiniennes tonnes de ractions inconnues4 ,l git1 proprement dire1 le miracle des ,nymphas qui nous reprsente l'ordre des choses autrement que1 jusqu'ici1 nous ne l'avons observ4 ,rapports nouveaux1 lumires nouvelles4 ,aspects toujours changeants d'un univers qui s'ignore1 et cependant s'exprime en nos sensations4 ,nous admettre des motions inconnues jusque-l1 n'est-ce pas obtenir de l',infini muet de nouveaux tats d'assimilation8 ,n'est-ce pas pntrer plus avant dans le monde lui-mme1 dans le monde impntrable8 ,voil ce qu'a dcouvert ,monet en regardant le ciel dans l'eau de son jardin4 ,et voil ce qu' notre tour1 il prtend nous rvler4 ,beaucoup d'humains seront rebelles1 la plupart indiffrents4 ,un public1 dira-t-on1 n'est pas beaucoup plus qu'un bruit de mconnaissances4 ,a tout hasard1 soyons reconnaissants des silences qui sont parfois l'une des premires formes de l'admiration4 ,de l'excution1 je ne veux rien dire encore4 ,elle est ce qu'elle ne pouvait pas ne pas tre1 puisqu'elle nous donne l'extase d'un dveloppement de ralits4 ,cette motion1 qui ne l'a ressentie1 mme sans la bien comprendre tout d'abord1 devant le coup de thtre des ,nymphas8 ,dans l'ensemble1 toutes dispositions du monde universel tiennent de trop prs celles qui nous meuvent pour se manifester autrement que par des correspondances d'activits--parfois trop distantes pour que nous puissions1 aisment1 en saisir les liens4 ,il le faudrait cependant1 puisque notre conscience des choses n'est rien que l'image rflchie du monde par l'humaine sensibilit au passage des spectacles que nous figurent le jeu de nos sensations4 ,qu'en conclure1 sinon qu'il y a autant d'aspects du monde que de temps de ractivits1 qui1 d'ailleurs1 se confondent dans l'clair des ondes universelles o notre volution peut nous laisser les chances d'un discernement progressif4 ,c'est l'heureux caractre de ces images 7avec leur marge d'inconnu71 qu'elles nous rvlent les liaisons universelles des antcdences des successions de consquences qui sont ternellement en chemin4 ,ainsi recevons-nous simultanment sur notre cran visuel 7lui-mme en perptuel changement71 des indications plus ou moins coordonnes de ce qui a t et de ce qui est en voie d'tre par les relais insaisissables de l',infinit4 ,et par cette raison mme1 ne voil-t-il pas que l'il1 engag sur les plans invertis de l'eau dormante et du ciel1 en leurs agitations profondes1 poursuit imaginativement le phnomne sans jamais trouver une ventuelle fixation du temps et de l'espace dans l'ternel devenir4 ,ainsi1 ,monet a peint l'action1 l'action de l'univers aux prises avec lui-mme1 pour se faire et se continuer travers des tapes d'instantans surpris aux surfaces rflchissantes de son tang de ,nymphas4 ,ce drame couronn par l'clair d'incendie dont nous aveugle1 au dernier panneau des ,tuileries1 le soleil couchant dans les roseaux desschs du marcage hivernal1 o renatront les fleurs enchanteresses du printemps en prparation dans l'abme insondable des renouvellements ternels4 ,v ,,le ,,public ,l'art veut un public1 pour des communications1 des contagions de sensibilits1 c'est--dire une hasardeuse rencontre de juges diversement qualifis pour prononcer1 d'une souverainet provisoire1 sur des matires o beaucoup auraient besoin d'apprendre avant de dcider4 ,c'est par ce mme procd d'empirisme que s'tablit l'autorit des premires connaissances humaines4 ,depuis l'entre en jeu des vrifications d'exprience1 la question de savoir si l'on connat ou si l'on rve1 se trouve renvoye aux contrles de l'observation positive qui prononce jusqu'au prochain dveloppement d'exprience1 renforc d'un supplment de vrification4 ,pour l'motion de la nature1 ou de l'art qui prtend l'exprimer1 le cas n'est pas trs dissemblable--le problme tant moins d'une motion dtermine que de sa justification aux yeux d'un public arm du droit de dire et de se contredire indfiniment4 ,dans l'ordre du dveloppement intellectuel aussi bien qu'motif1 chacun s'arrte au point qui lui parat s'accommoder le mieux la mesure de son intelligence4 ,rvlations1 mythes1 lgendes1 doctrines plus ou moins heureusement fondes1 chacun prend1 ou est suppos prendre position dans tous les diffrends de l'humanit4 ,l'un dit oui1 l'autre non1 et ceux qui1 pour des raisons publiques ou secrtes1 prfrent ne rien dire1 sont gracieusement dispenss de la place de ,grve1 o l'on a mme renonc faire brler les livres par la main du bourreau4 ,au vrai1 nous n'empcherons jamais les hommes de diffrer1 mais des moyennes d'approximations peuvent nous permettre des accords de paix provisoire1 ncessaires nos volutions de sensibilit4 ,c'est tout le fondement de notre civilisation o l'acquisition et le dveloppement de nos connaissances et de nos motions sont simultanment impliqus4 ,les preuves de sensibilit d'o nat la connaissance nous mnent un tat de pntration des rapports positivement observs1 et bien que l soit le critrium profond de notre intelligence1 ce n'est qu' grand'peine et aprs de longs ges1 que nous arrivons1 sur quelques points1 nous accorder4 ,en revanche1 si notre sensibilit1 au lieu de s'ordonner pour suivre son cours vers des dterminations de rapports qui font la connaissance1 s'abandonne au plein de ses ractions1 justes ou fausses1 il en rsultera des tats d'motion organique qui pourront1 un jour1 runir magnifiquement les foules en des explosions d'enthousiasme commun1 mais ne soutiendront pas longtemps l'preuve de la dure4 ,c'est dans le rsidu de ces flambes d'motions passagres1 qui exercent momentanment sur nous un si puissant empire1 que pourra se manifester1 la chance des jours1 ce fond commun d'opinions mdiocres dont l'autorit est si vivement recherche par la foule titre de dcisions infaillibles4 ,qu'est-ce donc que ce public d'art1 qui ne diffre de celui de la science que parce que ce dernier est tenu d'analyser son jugement1 dans un cadre d'objectivit1 tandis que le porteur d'interprtations motives est admis n'invoquer que la simple satisfaction de sa propre sensibilit8 d'o la topique rponse de ,sainte-,beuve ,chateaubriand apologiste de la foi3 ,il ne s'agit pas de savoir ,,si ,c',,est ,,beau4 ,il s'agit de savoir ,,si ,c',,est ,,vrai4 ,l'homme primitif1 que prolonge si remarquablement notre thologie1 nous fournit encore aujourd'hui sur le monde et sur l'homme lui-mme1 des jugements prims auxquels la plupart de nos contemporains attachent plus de prix qu'aux observations positives les plus srement vrifies4 ,le prtendu juge peut tre de jugement sain4 ,il peut tre de jugement fauss4 ,il peut avoir des lments de connaissance ou en tre totalement dpourvu4 ,un jugement d'instinct peut rencontrer juste1 aussi bien que se laisser dvoyer4 ,il est soumis lui-mme1 des critiques hasardeuses dont l'accumulation1 pour beaucoup1 tiendront lieu de vrit4 ,quelles sommes d'ignorances1 de mconnaissances1 et de connaissances faut-il donc associer pour un jugement autoris8 ,le public l'intention duquel se prparait ,monet1 tait d'esprit romantique1 c'est--dire de cette sorte d'esthtes qui n'admettent pas la nature sans un apprt d'humanit4 ,il faut bien qu'il y ait de nous dans nos comprhensions de rapports lmentaires1 puisque le monde infini est l'homme ce que l'absolu est la relativit4 ,mais cela ne me parat pas ncessairement une raison pour des fioritures de subjectivit4 ,quand un nvros me propose de rgler l'univers la fantaisie de ses dcrets1 je me rfugie d'abord dans la sagesse qui me parat tre d'accepter l'univers tel qu'il est4 ,le public de ,monet avait admir de grands peintres qui1 dans l'interprtation de la lumire1 demeuraient loin des sensations de nos prsentes journes4 ,de ce public1 dont il avait besoin1 pourtant1 ,monet ne s'occupait gure--tout entier l'ide de rester fidle aux lans de son inspiration4 ,j'ai toujours prsentes la mmoire ses premires bauches du port du ,hvre1 et j'ai gard trs nette la surprise de cet tat nouveau de lumire d'o nous venait une sensation de vibrante ralit4 ,rien encore ne permettait de prvoir quels chemins allaient s'ouvrir l'anxit douloureuse du regard interrogateur4 ,puissant dans la synthse1 ,monet disposait librement de la somme d'analyse ncessaire la mise en place des matriaux de ses constructions de lumires4 ,on le vit bien ds les premires bauches hvraises que nous retrouverons bientt sous le marteau du commissaire-priseur4 ,c'est au ,quartier ,latin que je fis sa connaissance4 ,mes aventures de l'hpital ,mazas me tenaient fort occup4 ,il peignait je ne sais o4 ,nous fmes vite en sympathie4 ,mais nos rencontres n'taient pas frquentes4 ,des amis communs nous runissaient quelquefois4 ,le docteur ,paul ,dubois1 de ,nantes1 qui alla s'installer rue de ,maubeuge aussitt sa thse passe1 ,antonin ,lafont1 de ,castelsarrasin1 qui fut dput de ,paris4 ,a ces deux camarades1 il avait donn quelques marines4 ,dj l'on se disait avec une pointe d'orgueil3 ,c'est du ,monet4 ,et ces paroles avaient un sens1 car elles exprimaient l'tonnement1 l'admiration mme d'une brosse hardie1 encore inexprimente1 mais probe dans l'excution1 et prompte dans la mise au point de sa volont4 ,a la mort1 tant regrette1 de notre cher ami1 le docteur ,paul ,dubois1 le mobilier dut passer par l',htel des ,ventes1 et il me souvient qu'un frisson de surprise courut parmi les spectateurs quand un petit homme1 d'aspect bourgeois1 avec des yeux de diamant noir et un sourire d'intense satisfaction1 se fit adjuger1 sans concurrence1 deux bauches de ,monet au prix de trois cents francs l'une1 spontanment offerts avant que le commissaire-priseur en ait demand une somme qui et t certainement trs infrieure4 ,chacun de regarder cet trange ,crsus avec une vive curiosit1 tandis qu'aprs avoir rgl son compte1 il se retirait en emportant sous son bras les deux tableaux que personne ne lui disputait4 ,bientt on sut le nom du personnage4 ,ce n'tait rien de moins que ,m4 ,durand-,ruel1 bien connu comme un de nos plus fins experts en matire de peinture1 dont l'acte ne se pouvait expliquer que par le dessein de maintenir1 ds ce jour1 un tarif au-dessous duquel il avait rsolu de ne pas laisser descendre le nom d'un artiste dont il pressentait l'avenir4 ,monet avait fait sa connaissance en #ahgj ,londres1 prsent par ,daubigny4 ,conservateur passionn dans l'ordre des ides gnrales1 ,m4 ,durand-,ruel tait et demeura rsolument novateur en matire de peinture4 ,le sens aigu de la lumire qui le caractrisait avait pressenti le futur peintre des ,meules changeantes cette jeune intrpidit du pinceau qui balanait si rsolument les chemines rouges sur la houle l'entre du port4 ,entran par une incomparable sret de jugement1 ,durand-,ruel1 d'une audace qui correspondait celle de l'artiste lui-mme1 entreprit l'exploitation artistique du futur chef de l'cole dite impressionniste d'aprs un tableau du soleil couchant intitul ,impression4 ,monet1 alors1 avait trente ans4 ,l'expert et l'artiste se lirent d'amiti4 ,grce quoi ,monet put s'abandonner librement des inspirations qui devaient le porter au plus haut de son art4 ,qui sait8 ,l'obstine persvrance du peintre et peut-tre rencontr quelque coup de fortune sous la forme d'un admirateur faisant autorit4 ,mais peut-tre aussi ,monet se serait-il vu condamn entasser des chefs-d'uvre dont le mrite n'aurait t reconnu qu'aprs sa mort4 ,la confiance en soi1 qui caractrise le gnie1 n'exclut pas toujours1 comme on pourrait croire1 un besoin 7parfois maladif7 de l'approbation extrieure4 ,c'est une question de mesure4 ,monet n'avait pas besoin du public pour juger personnellement son uvre4 ,mais le plus grand peintre ne peint pas exclusivement pour lui-mme1 et1 puisque son organisme rtinien volue1 comme tous autres1 en correspondance d'un public plus ou moins clair1 il est invitable qu'une moyenne d'accords s'tablisse1 avec le temps1 sur son nom4 ,le point dcisif est que1 le temps1 c'est1 pour nous1 de la vie qui tombe1 sans compter1 au sablier de l'ternel coulement1 et que ce qui nous en chappe ne nous sera pas retourn4 ,le temps1 c'est de la joie appele qui s'enfuit au moment d'apparatre4 ,c'est de la douleur1 aussi1 qu'on n'vite1 au passage1 qu' la condition de la retrouver plus tard l o on ne l'attendait pas4 ,l'homme anxieux de vivre avant tout1 de lui-mme1 est suppos faire injure la majorit de ses contemporains1 qui1 pour la plupart1 ont besoin d'autrui pour se faire utilitairement une moyenne de vie neutre1 sans choquer ceux qui1 par de trop bonnes raisons1 n'offensent qui que ce soit de leur personnalit4 ,de quels tourments ,durand-,ruel sauva ,monet en lui permettant d'tre et de demeurer lui-mme travers toutes entreprises des coalitions de mdiocrits6 ,grces lui soient rendues4 ,par lui1 ,monet ne fut pas seulement aid d'achats4 ,au plus fort de la bataille1 quand le bon idaliste sentait ses cts l'entrain de ferme confiance qui annonait la foi en l'avenir1 un rconfort des profondeurs enhardissait la brosse merveilleuse qui ne pouvait conduire son uvre qu' la condition d'oser toujours davantage1 c'est--dire de n'atteindre jamais compltement le rsultat cherch4 ,le plus beau succs s'enveloppe souvent d'un tissu de revers4 ,le soldat qui s'attarde ses blessures a chance de ne pas connatre la plus belle victoire1 celle qu'on remporte sur soi-mme en fin de journe4 ,c'tait dj un trs remarquable succs4 ,avant que ,durand-,ruel1 l',htel des ,ventes1 jett sur le tapis ses trois cents francs pour une simple bauche1 la priode initiale nous montre1 #ej francs l'un1 le march des tableaux de ,monet4 ,la somme infime ne permettant pas qu'on y inscrivt le bnfice du marchand1 il fallait que ,monet allt offrir lui-mme sa marchandise aux amateurs4 ,y avait-il des amateurs8 ,eh oui1 ,paris est la ville des miracles4 ,il n'est pas de mouvements de la pense qui n'y rencontre1 avec de bruyants adversaires1 des adeptes prts s'assimiler des vues nouvelles1 pour se constituer1 sous quelque nom d'apparat1 en un groupe de prcurseurs4 ,le nom d'douard ,manet avait dj retenti,c4 ,d'autres noms1 qui sont devenus grands1 allaient suivre4 ,il en survivra un beau bataillon d'art qui sera l'honneur de notre pays1 ,manet1 ,boudin1 ,monet1 ,renoir1 ,pissaro1 ,sisley1 ,degas1 ,jongkind1 ,caillebotte1 ,czanne1 ,berthe ,morizot1 miss ,cassatt4 ,a noter que ,czanne eut lutter contre les rsistances de ,monet lui-mme1 qui finit par l'admettre aux honneurs de sa chambre1 o figuraient en belle place des uvres minentes de ses camarades de combat4 ,le moins qu'on puisse dire1 c'est que l'enseignement de l'cole impressionniste1 dont ,claude ,monet se trouva le chef1 domina l'ensemble des productions artistiques de ce temps4 ,personne ne se serait avis d'un tel jugement quand le peintre allait1 de porte en porte1 chez l'amateur1 promener ses panneaux hasardeux4 ,pour #ej francs1 vous aviez un ,monet4 ,il y avait aussi beaucoup de braves gens qui se refusaient la gloire de cette aventure4 ,et1 cependant1 de ces htifs morceaux de jeunesse1 quelques-uns ont survcu que les muses se disputent aujourd'hui des taux imprvus4 ,au premier rang des clients bourgeois de la jeune cole1 se trouvait ,faure1 le baryton bien connu1 qui soignait une rputation de connaisseur en peinture laborieusement acquise dans le monde qui va des abonns aux toiles de l',opra4 ,l'excellent homme en tait au point de pouvoir impunment se permettre des fantaisies1 et la plus explicable de toutes tait naturellement de quelques traits de singularit en dehors des conventions du jour4 ,il choisit l'cole impressionniste pour l'objet de son enthousiasme1 et devint le protecteur1 et mme l'ami1 des principaux matres4 ,il possdait de beaux ,manet qui ne l'avaient pas ruin1 et misait quelquefois sur de simples ,monet1 pour donner du relief sa mcnienne bienveillance4 ,a cet effet1 le bon ,claude ,monet venait1 de temps autre1 chez son clbre client lui offrir des toiles1 #ej francs l'une1 dont le grand baryton faisait emplette quand il tait dans ses bons jours4 ,un beau matin1 l'artiste se prsente sans bruit1 son tableau sous le bras1 chez le glorieux acheteur4 ,faure tait bienveillant et d'accueil aimable4 --,je suis content de vous voir1 cher ami1 surtout si vous m'apportez un chef-d'uvre4 --,je ne sais pas4 ,j'ai fait de mon mieux4 --,voyons4 ,ah6 ah6 ,mais ce n'est pas a du tout1 mon cher enfant4 ,si j'achte vos tableaux sans marchander1 c'est pour la peinture4 ,ici1 il n'y a pas de peinture4 ,vous avez oubli1 videmment4 ,rien que de la toile1 ce n'est pas assez4 ,remportez-moi a4 ,mettez-y de la peinture1 et je l'achterai peut-tre4 ,vous voyez que je suis bon garon1 hein8 ,au fait1 maintenant1 vous pouvez bien me le dire4 ,qu'est-ce que vous croyez que a reprsente8 --,je ne crois pas4 ,je sais que a reprsente le lever du soleil dans le brouillard de ,vtheuil1 sur la ,seine4 ,j'tais de bonne heure dans mon petit canot1 attendant l'effet de lumire4 ,le soleil a paru1 et moi1 au risque de vous dplaire1 j'ai peint ce que je voyais4 ,c'est peut-tre pour cela que vous ne l'aimez pas4 --,ah6 ah6 je comprends trs bien maintenant4 ,il faut savoir4 ,ah6 oui1 la ,seine1 et puis la brume qui1 aux premires fuses de lumire1 brouille la vue4 ,on ne voit pas trs bien4 ,mais c'est la faute du brouillard1 n'est-ce pas8 ,tout de mme1 il n'y a pas assez de peinture4 ,mettez un peu plus de peinture1 et je suis bien capable d'acheter le tableau4 ,monet1 philosophe1 rentre chez lui et met son panneau dans un coin1 face au mur4 ,six ans aprs1 en #ahgi1 il a un atelier o les amateurs lui rendent visite pour d'ventuelles revanches4 ,voici prcisment ,faure lui-mme1 en qute de quelque ,illustration3 ,claude ,,monet4--,vetheuil4 chose sa convenance4 ,le ,lever du soleil ,vtheuil est sur un chevalet4 --,ah6 vous avez l une assez jolie chose1 cher ami4 ,une brume de clart4 ,l'glise1 les tourelles1 les pavillons1 les corniches de blancheurs qui percent la nue444 le village1 qu'on ne voit pas1 se reflte dans le fleuve444 ,en voulez-vous six cents francs8 ,et ,monet1 redress1 tout vibrant3 --,vous avez donc oubli que vous m'en avez refus cinquante francs1 il y a six ans4 ,eh bien1 aujourd'hui1 je vais vous dire une chose4 ,non seulement vous ne l'aurez pas pour #ej francs1 ni pour #fjj1 mais si vous m'en offriez #ej #jjj francs1 vous ne l'auriez pas davantage4 ,et le baryton s'en alla1 dgonfl4 ,ce qui fait le beau de l'histoire1 c'est que le ,lever du soleil sur ,vtheuil est toujours l1 l'artiste n'ayant jamais accept de s'en dfaire4 ,il est au mur de l'atelier du rez-de-chausse1 ,giverny1 sous l'il des visiteurs1 pour attester la gloire historique de la toile rebute4 ,monet avait trente-trois ans4 ,nous possdons l l'clatant tmoignage de la voie douloureuse du nant l'apothose1 marque d'tapes cruelles1 o s'atteste l'incomprhension d'un public aveugl1 qui prtend juger en dernier ressort4 ,le plus prcieux document sur les formations de notre peinture dans ses recherches laborieuses des plus subtiles dispersions de la lumire4 ,le ,lever du soleil sur ,vtheuil1 avec ses reflets de brume et de blancheurs sur la ,seine1 se trouva le coup de clairon qui annonait le lever du rideau sur l'tang des ,nymphas4 ,,vi ,,la ,,lutte ,a ,,outrance ,aujourd'hui1 encore1 aprs la bataille acharne d'un demi-sicle1 dont l'vnement fut la rvlation des ,nymphas1 plus d'un il exerc se rencontrera peut-tre encore pour une suprme rsistance aux fanfares de la victoire gagne4 ,cela pourrait tonner quelques-uns4 ,puisque la fortune m'a permis d'en prendre mon infime part1 comme spectateur1 en quelques pripties du combat1 j'ai peut-tre le droit de rappeler ce que fut cette lutte sans merci o les hommes tels que ,monet1 ,degas1 etc41 s'engagrent1 pour la vie ou la mort1 sous le feu des canonnades sauvages d'une troupe d'aveugles-ns1 en guerre contre les rayons du soleil4 ,considrez que ,faure1 qui refusait de payer #ej francs le ,lever du soleil sur ,vtheuil1 tait couvert d'injures pour ses achats prcdents de toiles honnies4 ,on oublie trop aisment ce que fut cette impitoyable mle o longtemps il parut que la fortune ennemie devait l'emporter de haute lutte sur des novateurs injuris1 bafous1 traits avec le dernier mpris par les critiques les plus autoriss du monde officiel1 dispensateur des incongruits budgtaires4 ,il fallut une rencontre de circonstances particulires pour faire entrer l',olympia au ,louvre4 ,on n'a peut-tre pas oubli que l',enterrement d',ornans demeura longtemps cach dans l'ombre d'un rduit obscur o les visiteurs de notre grand muse se trouvaient hors d'tat de le dcouvrir4 ,un jour1 passant avec ,monet devant cet immortel chef-d'uvre1 je lui disais3 --,eh bien1 moi1 si aprs tout ce que nous venons de voir1 on me permettait d'emporter une toile1 c'est celle-ci que je choisirais4 --,et moi1 rpondit-il tout d'un trait1 ce serait l',embarquement pour ,cythre4 ,ainsi voil le chef de l'cole dnonce avec tant de virulence par la critique officielle comme le ngateur de l'art1 qui se classe1 avant tout1 parmi les fidles de la lumire thre de ,watteau1 qu'il rejoint en souriant1 sous des torrents d'injures4 ,nous dcouvrons1 aujourd'hui1 qu'il avait des raisons fondamentales pour cela4 ,voyons donc1 en courant1 quelques aspects de la bataille4 ,le rcit en a t sommairement fait par ,gustave ,geffroy1 avec pices l'appui1 dans son livre1 fortement document1 sur ,claude ,monet4 ,je ne puis qu'y renvoyer le lecteur4 ,il me sera permis de risquer simplement quelques brves citations1 afin de caractriser1 ce moment1 l'tat des esprits4 ,l'extravagance de la polmique rend la documentation ncessaire1 car1 dans le prsent triomphe de la nouvelle cole de peinture1 on a peut-tre un peu trop vite oubli par quels torrents de grossires injures furent accueillis des jeunes hommes dont la seule offense tait la recherche d'un surcrot de vrit dans les interprtations de la nature4 ,a la premire exposition des impressionnistes 7#ahgd71 suivie d'une vente l'htel ,drouot1 le ,charivari1 sans malveillance systmatique1 crivait3 ,cette peinture1 la fois vague et brutale1 nous parat tre la fois l'affirmation de l'ignorance et la ngation du beau comme du vrai4 ,nous sommes assez harcels par les fausses excentricits1 et il est trop commode d'appeler l'attention en faisant plus mauvais que personne n'osa jamais faire4 ,ce n'tait qu'une entre en matire4 ,les prix furent drisoires4 ,le commentaire du ,figaro n'tait pas fait pour prparer une revanche3 ,c'est en couleur ce que sont en musique certaines rveries de ,wagner4 ,l'impression que procurent les impressionnistes est celle d'un chat qui se promnerait sur le clavier d'un piano1 ou d'un singe qui se serait empar d'une bote couleurs4 ,dernire exposition 7#ahgf74 ,apprciation de ,m4 ,albert ,wolff dans le mme ,figaro3 ,la rue ,le ,peletier a du malheur4 ,aprs l'incendie de l',opra1 voici un nouveau dsastre qui s'abat sur le quartier4 ,on vient d'ouvrir chez ,durand-,ruel une exposition qu'on dit tre de peinture4 ,le passant inoffensif1 attir par les drapeaux qui dcorent la faade1 entre1 et ses yeux pouvants s'offre un spectacle cruel3 cinq ou six alins1 dont une femme1 un groupe de malheureux atteints de la folie de l'ambition1 s'y sont donn rendez-vous pour exposer leurs uvres444 ,ils prennent des toiles1 de la couleur et des brosses1 jettent au hasard quelques tons et signent le tout4 ,c'est ainsi qu' ,ville-vrard1 des esprits gars ramassent des cailloux sur leur chemin et se figurent qu'ils ont trouv des diamants4 ,aprs avoir expliqu qu'il ne faut parler ni de dessin1 ni de couleur ,degas1 le mme ,albert ,wolff continue3 ,et c'est cet amas de choses grossires qu'on expose en public1 sans songer aux consquences fatales qu'elles peuvent entraner4 ,hier1 on a arrt rue ,le ,peletier un pauvre homme qui1 en sortant de cette exposition1 mordait les passants444 ,les membres de ce cnacle1 sachant fort bien que l'absence complte de toute ducation artistique leur dfend jamais de franchir le foss profond qui spare une tentative d'une uvre d'art1 etc41 etc444 ,je regrette d'tre oblig de mentionner le nom de ,m4 ,huysmans 7#ahhj7 dans cette fcheuse srie4 ,il renvoie ,monet et ses amis au docteur ,charcot1 auteur d'expriences sur la perception des couleurs chez les hystriques de la ,salptrire et les malades du systme nerveux4 ,monet avait dj1 cette poque1 peint quelques-unes de ses fortes toiles4 ,m4 ,huysmans s'est suffisamment rpondu lui-mme1 en prenant part la souscription pour donner l',olympia au ,louvre4 ,enfin1 voici le jugement de ,m4 ,roger ,ballu1 inspecteur des ,beaux-,arts 7#ahgg74 ,,mm4 ,claude ,monet et ,czanne1 heureux de se produire1 ont expos1 le premier trente toiles1 le second quatorze4 ,il faut les avoir vues pour s'imaginer ce qu'elles sont4 ,elles provoquent le rire et sont lamentables4 ,elles dnotent la plus profonde ignorance du dessin1 de la composition1 du coloris4 ,quand les enfants s'amusent avec du papier et des couleurs1 ils font mieux4 ,aprs ces dbordements d'extravagances1 quelques dfenseurs1 toutefois1 se mirent en ligne4 ,mais il fallut du temps pour en faire une troupe avec laquelle les ,philistins de l'imagerie courante fussent tenus de compter4 ,ds #ahgf1 avec des prcautions de langage1 ,castagnary prenait nettement position4 ,j'ai vu poindre l'aube de ce retour la simplicit franche1 crit-il dans le ,sicle1 mais je ne croyais pas que ces progrs fussent si rapides4 ,ils sont flagrants4 ,ils clatent1 cette anne4 ,la jeunesse y est lance tout entire1 et sans s'en rendre compte1 la foule donne raison aux novateurs4 ,ce sont les tableaux excuts sur nature1 avec l'unique proccupation de rendre justice1 qui attirent444 ,eh bien1 les impressionnistes ont eu une part dans ce mouvement444 ,pour ces peintres1 le plein air est une dlectation1 la recherche de tons clairs et l'loignement du bitume un vritable acte de foi4 ,burty1 non moins bien qualifi1 rdigeait en excellents termes le catalogue de l'exposition de #ahge1 non sans faire des rserves sur les rudesses de la touche1 le sommaire des dessins1 le prcieux de certaines indications4 ,car on ne pouvait pas1 ou plutt on n'osait pas dfendre les impressionnistes sans des rectrictions destines mnager le public4 ,tout cela pour conduire cette belle jeunesse des assauts de difficults financires trop lamentablement constates par la lettre suivante 7#ahge7 d'douard ,manet ,thodore ,duret3 ,mon cher ,duret1 ,je suis all voir ,monet hier4 ,je l'ai trouv navr et tout fait la cte4 ,il m'a demand de lui trouver quelqu'un qui lui prendrait au choix dix vingt tableaux1 raison de cent francs4 ,voulez-vous que nous fassions l'affaire nous deux1 soit cinq cents francs pour chacun8 ,bien entendu1 chacun1 et lui le premier1 ignoreront que c'est nous qui faisons l'affaire4 ,j'avais pens un marchand ou un amateur quelconque1 mais j'entrevois la possibilit d'un refus4 ,il faut malheureusement s'y connatre1 comme nous1 pour faire1 malgr la rpugnance qu'on pourrait avoir1 une excellente affaire1 et en mme temps rendre service un homme de talent4 ,rpondez-moi le plus tt possible1 ou assignez-moi un rendez-vous4 ,amitis4 ,e4 ,,manet4 ,cette lettre1 si honorable pour tout le monde1 n'a pas besoin de commentaires4 ,il ne manqua pas1 d'ailleurs1 d'autres tmoignages d'amiti qui1 aux heures de doute1 dans le succs mme1 ne lui furent pas moins prcieux4 ,tmoin la lettre suivante d',octave ,mirbeau qu'il faudrait dater probablement de #ahhe #ahij3 ,voyons1 voyons1 raisonnez-vous un peu4 ,vous tes perdu parce que la neige a fondu au lieu de rester sur la terre1 comme vous l'eussiez dsir4 ,c'est de l'enfantillage4 ,il n'y a qu'une chose qui doit vous proccuper4 ,c'est votre art4 tes-vous en progrs1 ou bien tes-vous en dcadence8 ,voil les deux seules questions qui doivent se poser vous4 ,eh bien1 mon ami1 je vous le dis et croyez-moi4 ,depuis trois ans1 vous avez fait des pas de gant4 ,vous avez dcouvert des choses nouvelles4 ,votre art s'est largi2 il a embrass ce qui est possible4 ,vous tes1 de ce temps1 le seul artiste qui ayez dot la peinture de quelque chose qu'elle n'avait pas4 ,et votre vision s'largit encore4 ,vous tes en pleine puissance de vous-mme4 ,le plus fort1 et le plus subtil aussi2 celui qui laissera aprs soi le plus d'influence4 ,et vous dites que vous tes f4448 ,quand vous-mme vous me disiez l'autre jour1 propos de votre figure au soleil3 ,c'tait quelque chose que je n'avais pas fait encore2 un frisson que ma peinture n'avait pas encore donn4 ,et maintenant1 vous tes f4444 ,vous bafouillez1 mon bon ,monet1 et c'est triste qu'un homme de votre temps1 rare1 de votre talent1 unique1 en soit radoter sur ces stupidits4 ,et ce n'est pas mon avis seul4 ,c'est l'opinion de tous ceux qui vous suivent1 et qui vous aiment4 ,a chaque campagne1 dit-on1 ce diable de ,monet nous donne encore autre chose4 ,il y a encore plus de profondeur1 plus de pntration1 plus d'excution4 ,et c'est la vrit pure4 ,la vrit aussi1 c'est que vous prouvez1 sans vous en douter1 peut-tre1 un malaise purement physique et purement critique4 ,cela a des rpercussions sur le moral1 comme la plupart des affections4 ,il s'agit de faire disparatre ce malaise et le reste s'vanouira4 ,tous les hommes de votre ge ont pass et passeront par l4 douard ,manet1 pour avoir succomb trop tt1 est mort pauvre1 et ,monet1 vieillissant1 s'enrichit4 ,quand il offrait #ejj francs pour venir en aide son ami1 ,manet apportait probablement tout ce qu'il avait de disponible4 ,plus tard1 quand ,monet vendit enfin ses tableaux1 il prodigua l'aide de toutes parts autour de lui4 ,les deux curs taient dignes l'un de l'autre4 --,et la revanche8 demandait-on plus tard ,durand-,ruel4 ,et celui-ci de rpondre3 --,elle est complte4 ,un tableau que je me souviens d'avoir retir #aaj francs1 fit plus tard #gj #jjj francs en vente publique4 ,un autre1 achet #ej francs1 revendu je ne sais combien de fois--tous les amateurs successifs y perdaient leur esprit--est mont plus de #ajj #jjj francs1 ces derniers temps4 ,la revanche1 en effet1 me parat notable1 mais j'avoue qu'elle ne me suffirait pas plus qu' ,monet lui-mme1 si cette hausse de valeur montaire ne correspondait pas une apprciation sincrement enthousiaste de l'uvre accomplie4 ,je n'oublie pas que le public peut se tromper1 mme le public dit clair1 qui nous impose1 dans la grande salle du ,louvre1 l',apothose d',homre1 la ,jeanne d',arc et la ,sultane1 ct du ,portrait de ,monet par lui-mme1 de l',olympia1 de l',enterrement d',ornans1 et de tant d'autres chefs-d'uvre4 ,mais on peut attendre de ce mme public qu'il accomplisse l'volution invitable1 quand le naturel dveloppement de sa vision l'entranera vers des tats de sensibilit qui lui permettront de s'assimiler d'une faon de plus en plus approche les spectacles du monde changeant4 ,le monde est gouvern par des lois1 non1 comme on l'a cru trop longtemps1 par des fantaisies1 et la loi suprme tant d'une volution continue vers des harmonies successives1 tout ce qui concorde avec cet tat de choses peut tre provisoirement tenu pour acquis4 ,,vii ,r,,volution ,,de ,,cath,,drales ,je ne vais pas suivre ,monet d'exposition en exposition1 ni faire l'histoire des admirables peintures dont j'ai retrouv plusieurs en ,amrique1 notamment dans la belle collection ,potter ,palmer4 ,il me suffit1 pour mon sujet1 de noter les grandes tapes de ,vtheuil aux ,meules1 aux peupliers1 aux cathdrales1 la ,tamise1 au portrait du ,louvre1 aux ,nymphas4 ,j'aurais voulu dire ,monet tout au long des activits imptueuses de son ambitieux pinceau4 ,j'aurais aim grouper les toiles principales1 selon leur mrite intrinsque dans l'ordre des interprtations de la lumire qui s'y trouvent progressivement dveloppes4 ,mais je n'ignore pas qu'un tel travail dpasserait mes forces4 ,ma pense1 d'ailleurs1 n'est pas mme d'une monographie de ,monet4 ,dans les derniers sursauts des heures alourdies1 c'est un besoin pour moi de parler de ,monet4 ,je cde ce dsir trs explicable1 non pas en vue de doctriner ou de prouver quoi que ce soit1 mais simplement parce que nos vies1 si diffrentes1 se sont trouves trs proches l'une de l'autre aux deux extrmits de la carrire1 et que la course fournie par mon camarade d'idalisme s'tant triomphalement acheve1 j'prouve un grand plaisir l'acclamer dans l'pre combat pour la vrit1 que je me refuse sparer de la beaut4 ,cet opuscule est simplement de ceux o nos anciens aimaient se risquer sous le titre vague de ,considrations4 ,c'est pourquoi je n'ai vraiment besoin que du point de dpart et du point d'arrive1 avec les tapes des sries--meules1 peupliers1 cathdrales--qui nous offrent1 dans leurs magnificences1 tous degrs de liaisons ncessaires4 ,avec de tels relais sur la route de l'tang merveilleux d'o jaillit l'apothose des ,nymphas1 nous n'avons pas besoin d'un accessoire de chefs-d'uvre dtachs1 qui ne pourraient que s'aligner1 comme bornes miliaires1 jusqu'au moment fatal o s'achve la flambe suprieure de la plus noble vie4 ,qu'aurais-je dire de tant de toiles toutes vivantes dans les muses de l'tranger4 ,ne suffit-il1 d'abord1 de relever les traits les plus notables d'une si clatante carrire pour en voquer la grandeur4 ,discuterais-je1 par exemple1 la question de savoir pourquoi ,monet a dlaiss la figure pour le paysage8 ,d'admirables toiles montrent que le visage humain ne lui faisait pas peur4 ,son portrait du ,louvre1 non moins blouissant que les ,nymphas1 fut peint la veille des panneaux des ,tuileries4 ,il n'y a pas eu1 jusqu' ce jour1 de peintre dont ,monet n'ait dpass le cadre4 ,la clbration du foudroyant triomphe1 qui donc ne serait heureux d'apporter son concours o s'inclut un titre d'honneur8 ,si nos sensations d'art s'en trouvent irrsistiblement affines1 si nos motivits artistiques s'lvent la hauteur d'une assimilation des choses qui achve et couronne la connaissance positive1 et si des rencontres de l'art et de la science modernes surgit un nouveau progrs dans notre intelligence du monde1 c'est simplement que la vrit conquise sur des parties de mconnaissances entrane1 par la loi de l'interdpendance universelle1 des volutions correspondantes dans l'organisme grandissant4 ,il n'y a rien l qui ne soit pour ajouter notre gratitude envers l'artiste de totale probit qui1 par une gniale culture de son motivit1 et1 par l1 de la ntre1 enrichit1 embellit le champ de nos sensations du monde et de nous-mmes4 ,enfin1 quel plus fcond spectacle que celui de l'homme tout droit1 qui1 par la seule puissance de son motion personnelle1 et la seule vertu de son caractre1 suffit rprimer tous les aboiements des meutes d'ignorance1 pour s'installer1 aprs une vie d'preuves1 dans le triomphe d'une volont dsintresse qui n'a pas connu de compromis8 ,j'ai souvent racont comment1 un jour1 j'avais trouv ,monet devant un champ de coquelicots1 avec quatre chevalets sur lesquels1 tour tour1 il donnait vivement de la brosse mesure que changeait l'clairage avec la marche du soleil4 ,ds la jeunesse1 nous avions eu les murailles blanches de ,vtheuil1 se rflchissant1 travers le brouillard1 dans les brumes du fleuve1 et mlant l'air1 la terre et l'eau en des gammes de reflets que nous retrouverons quarante ans plus tard1 plus savantes1 sinon plus gniales1 dans le spectacle des ,nymphas4 ,c'est l'entre en scne des dveloppements1 des achvements d'clairage que vont manifester tour tour les meules1 les peupliers1 les cathdrales1 la ,tamise1 aux heures changeantes o se joue la diversit des drames de la lumire sous l'embrasement du soleil4 ,regardez l'homme la poursuite des distillations de la lumire qui change tout moment l'aspect des choses pour devenir d'incessantes transformations1 o se rvlent nous la vie de la ,nature en perptuel4 ,c'est sous l'empire de cette vue que furent commences les ,meules4 ,on chargeait des brouettes1 l'occasion mme un petit vhicule campagnard1 d'un amas d'ustensiles1 pour l'installation d'une suite d'ateliers en plein air1 et les chevalets s'alignaient sur l'herbe pour s'offrir aux combats de ,monet et du soleil4 ,c'tait une ide bien simple qui n'avait encore tent aucun des plus grands peintres4 ,monet peut en revendiquer l'honneur4 ,sur ces sries de toiles se sont rpandues1 vivantes1 les plus hautes ambitions de l'artiste la conqute de l'atmosphre lumineuse qui fait l'blouissement de notre pauvre vie4 ,aurions-nous donc t toujours rduits chercher le charme de la forme dans la sche prcision d'une ligne sans ralit objective1 et les joies de la lumire dans le sombre jour d'atelier8 ,la ligne1 dj1 est en droute sous les assauts du rayon solaire et ,monet se propose de pousser toujours plus loin les plus subtils raffinements des dispersions et des recompositions de la couleur4 ,aux ,nymphas de dire quels achvements de sensations la peinture en a su tirer4 ,au mois de mai #ahia1 ,monet exposait1 en quinze toiles1 la srie des meules toutes les heures du jour1 dans toutes les saisons4 ,ce fut le grand coup de thtre qui assura dcidment le triomphe clatant d'une rvolution de la peinture4 ,les quatre chevalets des bords de l',epte1 devant les coquelicots bords de peupliers1 avaient marqu l'entre en ligne de la lumire surprise en dshabill de mtamorphoses1 selon l'heure du jour4 ,aprs les meules1 bientt suivies des peupliers1 des cathdrales1 des ,westminster1 des ,nymphas1 il n'y avait plus de discussion possible4 ,un ,austerlitz sans ,waterloo4 ,le combat finissait faute de combattants4 ,le temps des critiques d'art forts en gueule tait pass4 ,que dis-je8 ,on ne trouva mme pas matire discuter4 ,je n'ignore pas qu'on grogne encore dans les coins4 ,mais le public y a gagn qu'on se borne grogner tout bas4 ,pour que le commentaire ft tout la gloire de ,monet1 il n'tait plus besoin que d'une doctrine positive de la lumire s'accordant avec les sensations surgies de l'interprtation nouvelle4 ,prcisment1 ,m4 ,camille ,mauclair1 dans son excellente tude sur l',impressionnisme1 a trs bien remarqu que la mise en uvre de la lumire par les impressionnistes se trouve avoir concid avec les grandes dcouvertes modernes qui nous ont rvl les modes de l'nergie lumineuse en action4 ,pour moi1 je n'y puis voir que le remarquable paralllisme de nos volutions motives et mentales simultanment exerces4 ,tout se tient dans notre organisme1 comme dans l'univers4 ,l'motion de la nature et son interprtation d'art ne seront chez nous ce qu'elles doivent tre1 que si nous arrivons concevoir et interprter le monde au plus prs d'une harmonie atteste par la concordance des uvres de la sensibilit4 ,dans le champ des sensibilits ramenes aux disciplines scientifiques1 comme dans celui des motivits soumises au contrle de la connaissance1 l'habitude organique ne cde pas aisment la place aux nouveauts qui dconcertent les esprits imprgns de traditions primes4 ,ne nous tonnons donc pas qu'un ,monet qui ne peut peindre autre chose que ce qu'il voit1 scandalise tout ce qui pense et voit sous l'empire des ankyloses d'atavisme en contradiction du dveloppement d'une nouvelle personnalit4 ,tous les rapports du monde tant d'une ternelle mobilit1 nous avons trop longtemps accept de n'y voir qu'une ternelle fixit4 ,quelle rvolution individuelle nous est soudain demande1 quand ,monet1 avec ses quatre toiles en pleine lumire pour suivre la marche du soleil1 nous apporte le pire des scandales3 celui de la vrit6 ,l1 je me trouve au cur de mon sujet1 puisqu'il s'agit des moments suprieurs d'un dveloppement d'art qui prtend nous engager en des reprsentations de plus en plus fidles des ralits4 ,pour l'excution de ce programme d'activits d'art1 rien de plus1 rien de moins que de suivre le plus fidlement possible toutes activits de lumire qu'une implacable analyse nous permet de matriser4 ,ici1 deux questions4 ,le peintre moderne doit-il donc se rsoudre oprer l'interprtation de la lumire autrement qu'il n'avait fait jusqu'ici8 ,et ,monet1 tout de confiance en sa rtine1 est-il le bon ralisateur8 ,c'est la matire d'un article intitul ,rvolution de cathdrales1 que je publiai dans la ,justice le #bj mai #ahie1 et qui fut reproduit dans le ,grand ,pan en #ahif4 ,aprs les sries des meules1 en effet1 bientt suivie de la srie des peupliers1 ce fut la srie des cathdrales 7#ahie7 qui me mit la plume la main4 ,trente ans couls1 puisqu'il arrive que je n'ai rien retrancher de mes paroles1 je cde la tentation de le reproduire1 parce qu'il y apparat clairement que mes vues d'aujourd'hui ne sont pas improvises4 ,le voici donc dans sa plus grande partie3 ,j'en demande pardon aux professionnels1 je ne puis rsister l'envie de m'tablir1 pour un jour1 critique d'art4 ,la faute en est ,claude ,monet4 ,je suis entr chez ,durand-,ruel1 pour revoir loisir les tudes de la cathdrale de ,rouen dont j'avais eu la joie dans l'atelier de ,giverny1 et voil que cette cathdrale aux multiples aspects1 je l'ai emporte avec moi1 sans savoir comment4 ,je ne puis m'en dbarrasser4 ,elle m'obsde4 ,il faut que j'en parle1 et1 bien ou mal1 j'en parlerai4 ,je me prsente tout simplement comme un de ces tres deux pieds1 dont le principal mrite est de promener sur la terre une paire d'yeux prts jouir de toutes les ftes que nous offre la divine lumire4 ,et l-dessus1 d'abord1 j'ai quelques remarques faire4 ,comment arrive-t-il que tant de gens achtent prix d'or tant de toiles bonnes ou mauvaises--plus souvent mauvaises que bonnes--et finissent probablement par en jouir1 alors qu'ils seraient incapables de s'arrter sincrement cinq minutes devant le paysage1 ou la figure dont la reprsentation les ravit d'aise8 ,je sais bien qu'on nous raconte que le peintre y met du sien4 ,mais rien n'empche le spectateur d'en faire autant1 et l',embarquement pour ,cythre lui-mme ne nous sduit que parce qu'il nous suggre des motions de ralits4 ,dans le monde multiple1 ce qui nous doit prcisment charmer1 c'est l'instable vibration de vie qui anime le ciel et la terre et la mer1 et toute la nature grouillante et toute la nature inerte4 ,eh bien1 cette mouvante merveille de toute heure qui surgit nos yeux de tous les spectacles de la plante lumineuse1 ce miracle changeant1 qui ne cesse que pour enfanter d'autres miracles1 cette intensit de vie qui nous vient de l'homme ou de la bte1 mais qui nous vient aussi de l'herbe1 du bois et de la pierre1 la terre nous en prodigue la fte sans jamais se lasser4 ,il n'est donc pas du tout besoin d'tre millionnaire pour se procurer des jouissances d'art suprieures celles du malheureux amateur condamn user1 pendant vingt annes1 les mmes pithtes striles sur les mmes toiles obstinment momifies4 ,pendant que l'infortun se rtrcit1 racornit sa facult de voir et de sentir1 paralyse1 ptrifie sa puissance d'motion1 je vais de par le monde1 j'interroge les choses1 je tche saisir leurs fuyants aspects1 me mettre l'unisson de leur harmonie1 pntrer leur inexprimable mystre1 jouir des spectacles changeants dans une acuit de joie que je laisse au monde mouvant le soin de renouveler sans cesse4 444,oui1 l'humanit vit dans un miracle1 dans un miracle vrai1 d'o elle peut incessamment tirer d'incroyables joies3 seulement1 elle n'en peroit pas1 ou1 pour parler avec plus de prcision1 elle commence peine d'en formuler la notion4 ,depuis des milliers et des milliers d'annes1 l'il humain s'oppose la plante qui lui renvoie1 toutes palpitantes1 les ondes de vie jaillies de l'incendie solaire4 ,tout ce qui nous est parvenu des monuments de l'art1 depuis la hache primitive d'une proportion heureuse et d'une coloration puissante1 depuis les profils d'ours et de mammouth qu'un ,lonard de l'ge de pierre dessina sur les os du muse de ,saint-,germain1 jusqu' la cathdrale de ,monet1 nous permet d'apprcier sommairement les phases de vision par o notre race a pass4 ,nous savons que ce qui a frapp nos aeux d'abord1 c'est la vie dans ses manifestations les plus agites4 ,la forme d'ensemble1 le modle sommaire1 une coloration moyenne1 vaguement perue1 sans prcision de tons ou de valeurs4 ,n'est-ce pas aujourd'hui mme la vision de l'enfant--qu'il dessine ou colorie8 ,nous savons que les anciens1 ,asiatiques1 gyptiens1 ,hellnes1 bien que leur mythologie tmoigne d'une vive impression des phnomnes du monde en ses aspects mouvants1 ne conurent pas au mme degr que nous le besoin d'exprimer les sensations reues du spectacle des choses4 ,interrogez les vases grecs1 dont beaucoup reproduisent quelques-unes des plus fameuses peintures de l'antiquit1 cherchez un paysage1 un arbre1 un rocher1 une mer1 une eau courante ou paisible4 ,depuis longtemps1 sans doute1 les potes avaient marqu leur vive perception de certains aspects de ce que nous rsumons aujourd'hui dans le mot comprhensif de ,nature1 mais la sensation n'tait pas suffisamment prcise pour empcher ,zeuxis de s'attarder aux natures mortes4 ,du moins1 est-ce le sujet qu'on a choisi pour le clbrer dignement4 ,polygnote1 la ,lesch de ,delphes1 a reprsent des scnes de la guerre de ,troie1 sans pousser la recherche plus loin4 ,si l'on en croit ,pausanias1 il ne disposa jamais que de moyens limits et dut mme accepter l'aide d'criteaux explicatifs pour claircir le sujet de ses tableaux4 ,faut-il parler des primitifs1 de leurs arbres1 de leurs rocs1 de leurs prairies8 ,voyez l'trange paysage que le grand ,lonard1 en pleine ,renaissance1 donne pour fond de tableau sa ,joconde4 ,la campagne prsent n'est pas beaucoup fleurie4 ,voil1 suivant la remarque de ,thophile ,gautier1 la seule impression que le gnie de ,molire nous ait jamais transmise de ses contemplations champtres4 ,il faut ,la ,fontaine et ,rousseau pour s'prendre de la terre4 ,comment apprcier aujourd'hui le laborieux paysage du ,poussin8 ,je n'ai pas faire ici l'histoire du paysage4 ,il me suffit de remarquer1 avec ,gustave ,geffroy1 que le soleil1 qui luit pour tout le monde1 longtemps n'a gure lui pour la peinture3 ,chez ,ruysdal1 ,hobbma1 si l'on veut des noms de grands paysagistes1 le feuillage persill1 mtallis1 est couleur d'encre1 le soleil s'est teint1 tout apparat clair du jour sombre de l'atelier4 ,corot1 cependant1 eut l'motion lumineuse4 ,l'ducation de l'il progressivement se faisait4 ,comme le dit justement ,geffroy dans sa belle tude de l'impressionnisme qui nous a tous si vivement frapps3 ,le sens de la lumire ne pouvait pas tre dans l'uvre d'art1 alors qu'il n'tait pas dans la connaissance444 ,la peinture1 comme le reste de l'expression humaine1 devait reflter la lente dcouverte des choses et de soi qui est le fond de la destine humaine4 ,avec l'cole impressionniste s'affirme enfin la souverainet de la lumire4 ,elle clate1 elle envahit l'tre1 elle s'impose en conqurante1 elle domine le monde1 support de sa gloire1 instrument de son triomphe4 ,qui ne comprend dsormais que l'il humain voit aujourd'hui d'autre faon que nagure8 ,aprs de longs efforts1 il a dcouvert la nature1 obscure d'abord1 maintenant claircie4 ,ce n'est pas tout4 ,qui peut dire quelles joies sont rserves ,illustration3 ,claude ,,monet4--,meules1 fin d't 7#ahia7 aux affinements du regard par l'ultrieure volution de notre facult de pntration8 ,quand je vis ,monet1 avec ses quatre toiles devant son champ de coquelicots1 changeant sa palette mesure que le soleil poursuivait sa course1 j'eus le sentiment d'une tude d'autant plus prcise de la lumire que le sujet1 suppos immuable1 accusait plus fortement la mobilit lumineuse4 ,c'tait une volution qui s'affirmait1 une manire nouvelle de regarder1 de sentir1 d'exprimer3 une rvolution4 ,de ce champ de coquelicots1 bord de ses trois peupliers1 date une poque de notre histoire dans la sensation comme dans l'expression des choses4 ,les meules1 les peupliers suivirent4 ,les mmes meules1 les mmes peupliers1 au couchant1 au levant1 au midi1 dans la brume et dans le soleil1 dans la pluie1 dans le vent1 dans la neige4 ,et puis ce fut ,vernon1 clatant de lumire ou fondu dans le brouillard4 ,l'artiste avait compris qu'il ne pouvait chapper l'analyse du phnomne1 et que si1 dans une mme journe1 le matin rejoint le soir1 par une srie de transitions infinies1 chaque moment nouveau de chaque jour variable constitue1 sous les rues de la lumire1 un nouvel tat de l'objet qui n'avait jamais t et jamais ne sera plus4 ,cet tat1 l'il parfait doit tre apte le saisir comme la main le rendre4 ,n'est-ce pas l vraiment une conception nouvelle et de la perception et de l'expression8 ,l'objet1 obscur en soi1 reoit du soleil toute vie1 tout pouvoir d'impression visuelle4 ,mais ces ondes lumineuses qui l'enveloppent1 qui le pntrent1 qui le font irradier dans le monde1 sont en perptuelle turbulence1 blouissantes lueurs d'clairs1 embruns de lumire1 temptes de clarts4 ,que sera le modle sous cette fureur d'atomes vivants travers laquelle il transparat1 par laquelle il nous est visible1 par laquelle1 pour nous1 il est1 vritablement8 ,voil ce qu'il faut savoir maintenant1 ce qu'il faut exprimer par la peinture1 ce qu'il faut dcomposer de l'il et recomposer de la main4 ,c'est1 en effet1 ce que l'audacieux ,monet entreprit de faire avec ses vingt toiles de la cathdrale de ,rouen1 rparties en quatre sries que j'appellerais3 srie grise1 srie blanche1 srie irise1 srie bleue4 ,avec vingt toiles1 d'effets divers justement choisis1 le peintre nous a donn le sentiment qu'il aurait pu1 qu'il aurait d en faire cinquante1 cent1 mille1 autant qu'il y aurait de secondes dans sa vie1 si sa vie durait autant que le monument de pierre1 et qu' chaque battement de son pouls il pt fixer sur la toile autant de moments du modle4 ,aussi longtemps que le soleil sera sur elle1 il y aura autant de manires d'tre de la cathdrale de ,rouen que l'homme pourra faire de divisions dans le temps4 ,l'il parfait les distinguerait toutes1 puisqu'elles se rsument en des vibrations perceptibles mme pour notre rtine actuelle4 ,l'il de ,monet1 prcurseur1 nous devance et nous guide dans l'volution visuelle qui rend plus pntrante et plus subtile notre perception de l'univers4 ,ainsi l'art1 en s'attachant exprimer la nature avec une prcision de plus en plus affine1 nous apprend regarder1 percevoir1 sentir4 ,et de l'expression toujours plus serre1 jaillit la sensation toujours plus aigu4 ,la merveille de la sensation de ,monet1 c'est de voir vibrer la pierre et de nous la donner vibrante1 baigne des vagues lumineuses qui se heurtent et se pulvrisent en claboussures d'tincelles4 ,c'en est fini de la toile immuable de mort4 ,maintenant la pierre elle-mme vit1 on la sent muer de la vie qui prcde en la vie qui va suivre4 ,elle n'est plus comme fige1 pour le spectateur4 ,elle passe4 ,on la voit passer4 ,je ne dis rien de la technicit des couleurs4 ,ce n'est pas mon affaire4 ,on raconte qu'un peintre de l'antiquit1 impuissant rendre l'cume d'un cheval emport1 jeta sa brosse1 de dpit1 qui1 s'crasant sur le panneau1 ralisa de hasard ce que l'art n'avait pu faire4 ,cette lgende ne fait qu'attester1 dans les antiques annales1 les dsespoirs des difficults non rsolues4 ,a regarder de prs ces cathdrales de ,monet1 il semble qu'elles soient faites de je ne sais quel mortier versicolore broy sur la toile dans un accs de fureur4 ,tout cet emportement sauvage est fait de passion1 sans doute1 mais de science aussi4 ,comment l'artiste peut-il1 quelques centimtres de sa toile1 se rendre compte d'un effet la fois prcis et subtil qu'on ne peut apprcier qu'avec le recul8 ,c'est le dconcertant mystre de son cran rtinien4 ,tout ce qui m'importe1 c'est que je vois surgir le monolithe dans son unit puissante1 dans son autorit souveraine4 ,le dessin serr1 net1 mathmatiquement prcis1 accuse1 avec la conception gomtrique de l'ensemble1 et les masses qui s'ordonnent et les vives artes du fouillis sculptural o s'enchssent les statues4 ,la pierre1 allge de lumire1 demeure dure et rsistante sous le poids des sicles4 ,la masse tient bon1 solide dans l'estompe de brume1 attendrie sous les ciels changeants1 clatant en poudreuse fleur de pierre dans l'embrasement du soleil4 ,fleur de pierre vibrante1 inonde d'une vie offrant aux baisers de l'astre ses troublantes volutes de joie1 et faisant jaillir la volupt de vivre des caresses d'un rayon d'or sur un peu de poussire4 ,habilement choisis les vingt tats de lumire1 des vingt toiles1 s'ordonnent1 se classent1 se compltent en une volution acheve4 ,le monument1 grand tmoin du soleil1 darde au ciel l'lan de sa masse autoritaire qu'il offre aux combats des clarts4 ,dans ses profondeurs1 dans ses saillies1 dans ses replis puissants ou ses artes vives1 le flot de l'immense mare solaire accourt de l'espace infini1 se brise en vagues lumineuses battant la pierre de tous les feux du prisme1 ou apaises en obscurits claires4 ,de cette rencontre se fait le jour1 le jour changeant1 le jour vivant1 le jour noir1 gris1 blanc1 bleu1 pourpr1 toutes les gammes de lumire4 ,c'est que toutes les couleurs sont brles de clart--ramenes1 suivant l'expression de ,duranty1 cette unit lumineuse qui fond ses sept rayons prismatiques en un seul clat incolore qui est la lumire4 ,accroches comme elles sont1 les vingt toiles nous sont vingt rvlations merveilleuses1 mais l'troite relation qui les lie chappe1 je le crains1 au rapide observateur4 ,ordonnes suivant leur fonction1 elles feraient apparatre la parfaite quivalence de l'art et du phnomne3 le miracle4 ,supposez-les ranges aux quatre murailles en sries de transitions de lumire3 la grande masse noire au dbut de la srie grise qui va toujours s'clairant1 la srie blanche allant de la lumire fondue aux prcisions clatantes qui se continuent et s'achvent des feux de la srie irise1 lesquels s'apaisent dans le calme de la srie bleue et s'vanouissent dans la divine brume mourant en clart4 ,alors1 d'un grand coup d'il circulaire1 vous auriez1 en blouissement1 la perception du monstre1 la rvlation du prodige4 ,et ces cathdrales grises1 qui sont de pourpre ou d'azur violentes d'or1 et ces cathdrales blanches1 aux portiques de feu1 ruisselantes de flammes vertes1 rouges ou bleues1 et ces cathdrales d'iris1 qui semblent vues au travers d'un prisme tournant1 et ces cathdrales bleues1 qui sont roses1 vous donneraient tout coup la durable vision1 non plus de vingt1 mais de cent1 de mille1 d'un milliard d'tats de la cathdrale de toujours dans le cycle sans fin des soleils4 ,ce serait la vie mme telle que la sensation nous en peut tre donne dans sa ralit la plus vivante4 ,ultime perfection d'art1 jusqu'ici non atteinte4 ,c'est pourquoi1 en post-scriptum1 je me plaignais qu'il ne se ft pas trouv un amateur pour acheter toute la srie des meules1 par exemple1 afin d'clairer l'ensemble du problme au bnfice de spectateurs qui1 passant devant un unique exemplaire1 n'en peuvent dgager la grande leon qui appelle en vain leurs regards4 ,au vrai1 tout le vif de l'impressionnisme est dans l'volution de notre vision de la lumire4 ,c'est ce qu'explique fort bien ,gustave ,geoffroy dans son tude sur ,claude ,monet4 ,non seulement1 crit-il1 l'homme a cru longtemps qu'il habitait un monde spcial1 unique1 clair seul par une rvlation d'en haut1 attendant le mot de l'nigme d'une volont suprieure la sienne1 mais il s'est mme cru un tre part dans ce monde unique4 ,il ne souponnait pas l'univers1 ne rattachait rien la plante sur laquelle il tait n4 ,il ne se rattachait pas non plus1 lui1 ce milieu d'o il tait sorti4 'a t longtemps la pense embryonnaire de l'humanit tout entire1 c'est encore la pense d'un grand nombre d'hommes4 ,mais d'autres1 dont le nombre aussi devient grand1 s'accrot sans cesse1 ont vu que leur vie se rattachait d'abord la vie immdiatement environnante1 puisque la vie de la terre faisait partie de la vie solaire1 et ds lors1 ceux qui ont senti cela ont senti palpiter en eux une parcelle de la vie universelle et dornavant ils s'emploieront de toute leur ardeur exprimer cette vie continue par laquelle ils se sentent soulevs1 emports par les ges sans fin4 ,la peinture1 comme le reste de l'expression humaine1 devait reflter la lente dcouverte des choses et de soi qui est le fond de la destine humaine4 ,l'impressionnisme1 pour sa part1 marque une ralisation plus vive et par consquent une connaissance plus approche de la posie de la lumire4 ,l'espace s'claire1 les distances sont parcourues par la pense1 le contact de la terre et du soleil apparat mieux que jamais permanent et visible4 ,l'homme se sent le produit du soleil444 c'est le soleil1 c'est son manation lumineuse et vivifiante en lointaines caresses sur les uvres des peintres depuis que la peinture existe4 ,c'est cette posie du soleil qui se rverbre1 ce sont les vibrations universelles qui viennent expirer avec un afflux plus fort1 sur l'espace restreint d'une toile4 ,dans sa clbre brochure3 la ,nouvelle peinture 7#ahgf71 ,duranty avait dj dit des impressionnistes3 ,dans la coloration1 ils ont fait une vritable dcouverte1 dont l'origine ne peut se retrouver ailleurs1 ni chez les ,hollandais1 ni dans les tons clairs de la fresque1 ni dans les tonalits lgres du dix-huitime sicle4 ,ils ne se sont pas seulement proccups de ce jeu fin et souple de colorations qui rsultent de l'observation des valeurs les plus dlicates dans les tons1 ou qui s'opposent ou se pntrent l'un l'autre4 ,la dcouverte de ceux-ci consiste proprement avoir reconnu que la grande lumire dcolore les tons1 que le soleil reflt par les objets tend1 force de clart1 les ramener cette unit lumineuse qui fond ses sept rayons prismatiques en un seul clat incolore qui est la lumire4 ,d'intuition en intuition1 ils en sont arrivs peu peu dcomposer la lueur solaire en ses rayons1 en ses lments1 et recomposer son unit par l'harmonie gnrale des irisations qu'ils rpandent sur leur toile4 ,au point de vue de la dlicatesse de l'il1 de la subtile pntration du coloris1 c'est un rsultat tout fait extraordinaire4 ,le plus savant physicien ne pourrait rien reprocher leurs analyses de la lumire4 ,on voit que ce qu'il y avait dire avait t dit4 ,il ne restait plus qu' faire4 ,ce fut la tche de ,monet4 ,,viii ,,les ,,nymph,,as ,,du ,,jardin ,d',,eau ,pour dire tout d'abord ce que j'ai sur le cur1 les ,nymphas des ,tuileries sont encore ignors du grand public parisien4 ,je n'ai pas la simplicit d'en marquer ma surprise4 ,la foule cherche d'abord ce qui est sa porte4 ,il a fallu beaucoup de temps pour l'amener aux chefs-d'uvre des muses1 et aujourd'hui encore1 si vous donnez l'ordre au chauffeur de taxi de vous conduire au ,louvre1 il ne manquera pas de vous mener aux grands magasins de ce nom4 ,il faut bien reconnatre que le muse de l',orangerie n'est pas fait pour l'il du vulgaire4 ,mais je ne vois pas pourquoi l'il de tel ,crsus de pacotille s'est accoutum tant bien que mal la peinture des grandes enchres1 tandis qu'un simple ,franais serait ncessairement rebelle aux sollicitations de ,monet4 ,la vrit est qu'il s'est institu tout doucement une conspiration passive du silence1 inconsciemment favorise de l'insouciance administrative4 ,au pan coup de la terrasse des ,tuileries1 une petite planche grise1 un peu plus grande que le fond de mon chapeau1 fait mine d'apprendre au public qu'il y a quelque chose l4 ,a quelques pas plus loin1 le mois dernier1 un gigantesque panonceau annonait superbement une assemble de chiens4 ,le public n'hsitait pas4 ,est-ce donc rendre justice une exposition d'art1 telle qu'il n'y en a pas et qu'il n'y en aura pas de longtemps dans le monde civilis8 ,la direction des ,beaux-,arts1 et l'excellent architecte1 ,m4 ,camille ,lefvre1 nous ont donn un chef-d'uvre d'amnagement digne de l'uvre et du pays qui s'en honore4 ,il ne faut plus que faire savoir au public routinier qu'il peut trouver l ample matire s'merveiller4 ,mes promenades m'ont fait connatre que les visiteurs1 une fois venus1 n'hsitent pas revenir4 ,a nos ,parisiens d'apprendre qu'ils trouveront au cur de ,paris mieux que la solution d'un simple problme de peinture1 puisqu'il y a le monde lui-mme regarder1 analyser1 comprendre4 ,il faudrait1 cet effet1 un guide l'usage du public4 ,on me dit qu'il est en prparation4 ,mais nous avons franchi le seuil1 et ds les premiers pas1 c'est un enchantement4 ,comment procder8 ,dans quel ordre aborder ces murailles qui sont des portiques de feries8 ,et d'abord1 le spectacle8 ,un champ d'eau1 charg de fleurs et de feuillages dans tous les brassements de la flambe solaire1 avec les rpercussions mutuelles de l'cran cleste et du miroir aquatique pour des diffusions de sensibilits tnues par lesquelles il semble que l'homme accde toujours plus prs de l'objectivit4 ,toutes les nergies de radiation du ciel et de la terre sont ainsi appeles comparatre simultanment devant nous pour l'indicible stupfaction d'un spectacle o se confondent les joies du rve et la fracheur de la sensation primitive4 ,une aspiration d',infini soutenue des plus subtiles sensations de ralit tangible1 et fusant1 de reflets en reflets1 jusqu'aux suprmes nuances de l'imperceptible3 voil le sujet des panneaux4 ,il y faut le miracle d'une rtine approprie par l'volution-- condition qu'il se trouve un peintre pour les compositions de lumire et les passages de tons4 ,qu'importent les hardiesses d'une brosse trpidante1 mais ferme en ses desseins1 quand le peintre nous dcouvre1 comme par l'clairage de l'ultra-microscope1 des profondeurs lmentaires que1 sans lui1 nous n'aurions pas connues6 ,ne sommes-nous pas l bien prs d'une interprtation reprsentative des mouvements browniens8 ,toute la distance de la science l'art1 c'est entendu4 ,mais1 en mme temps1 toute l'unit des phnomnes cosmiques1 dont le peintre1 au lieu de la vision directe1 nous offre une interprtation couronne d'une envahissante motion de beaut1 o la pure connaissance n'arrive qu'aprs de longs ttonnements d'observation4 ,lorsque les ,nymphas du ,jardin d'eau nous emportent de la plaine liquide aux nuages voyageurs de l'espace infini1 nous quittons la terre1 et son ciel mme1 pour jouir pleinement de l'harmonie suprme des choses1 bien au del de notre petit monde plantaire1 dans le plein vol de nos motivits4 ,l'homme de science nous a montr l'ternel mouvement lmentaire1 nous a mis en tat de l'assimiler1 de l'agir1 de le vivre dans la ,nature1 en nous laissant le soin de l'achever d'art s'il se trouve un pinceau pour l'vocation de nos motivits4 ,nous n'avons pas de choix faire entre le savant et l'artiste4 ,il ne nous faut pas moins que tous les deux1 pour tre nous-mmes compltement4 ,a la surface des eaux1 les ,nymphas1 ports par les puissantes palettes de leur feuillage1 attendent immobiles l'accomplissement des destines4 ,sujet digne des mditations4 ,comme il n'y a ni cadre1 ni commencement1 ni fin1 nous n'avons qu' prendre le spectacle au moment o il se prsente pour en retrouver le dveloppement de tableau en tableau4 ,sachons d'abord que l'ordre des tableaux fut indiqu1 voulu par ,monet lui-mme4 ,quelle pense l'a guid1 voil ce qu'il ne m'a pas dit4 ,je vais donc tout simplement suivre1 depuis l'entre1 le cours naturel de l'inspection du visiteur4 ,je ne serais pas surpris que l'ide1 toute simple1 de ,monet et t de faire progressivement un ordre d'ducation pour l'il soudainement jet dans un dbordement de lumires directes et rflchies4 ,ce ,jardin d'eau que nous venons chercher1 s'offre prcisment dans le panneau que ,monet a mis en vue1 pour le premier coup d'il du visiteur4 ,c'est le tableau tmoin1 l'expos purement classique du sujet o aucun effort n'est demand du regardant1 qui ne soit d'une rtine moyenne1 l'accoutumance des muses4 ,pas de limites1 pas de ciel1 pas de nuages4 ,des rencontres paisibles de lumires directes avec un minimum de reflets4 ,une eau limpide et lourde dans l'clairage classique 7toujours cinq heures du soir71 o une ,providence aimable a sem la plus savante distribution de corbeilles aux grandes feuilles heureuses de sertir de belles fleurs vives qui sont de douces flammes de blanc et de rose4 ,monet y a su rpandre une paix de clarts moyennes qui enveloppe1 comme une offrande destination d'en haut1 cette riche floraison d'ici-bas4 ,il n'est pas de spectacle plus facile comprendre4 ,et la posie en est si simple1 et si claire1 quoique si haute1 que toutes les cultures moyennes s'y laissent bientt gagner4 ,tableau tmoin1 ai-je dit4 ,vision moyenne de la lumire des muses1 laquelle nous rapportons ncessairement toutes autres sensations d'optique1 parce que celle-ci est de notre accoutumance4 ,mais le ciel s'obscurcit4 ,deux lourdes masses d'ombres--l'une de clair-obscur encore--envahissent la scne pour se rejoindre peut-tre tout l'heure et dchaner la tempte4 ,cependant1 l'astre1 matre encore1 jette l'inquitude des eaux1 dans une troue d'azur1 d'pais flocons de nues o triomphe je ne sais quel clair de combat1 tandis que1 palpitant1 sous la menace des choses1 le ,nympha bless nous fait pressentir les dsastres de la catastrophe prochaine4 ,pourtant ce ne sont l1 encore1 que des contrastes d'oppositions invitables4 ,aprs les suggestions de la tempte1 nous dcouvrons aux toiles qui vont suivre les splendeurs des ftes de la lumire en des magnificences de brasiers solaires4 ,il en est jusqu' quatre d'un mme thme d'blouissement dans des compositions varies de symphonies lumineuses4 ,des alignements de ,nymphas dans les clarts tranquilles des banderoles du saule ami1 qui laisse passer toutes les flches de feu dont l'ardeur va se rpandre1 entre le ciel et l'eau1 en des reflets et des reflets de reflets1 pour l'indicible extase de notre humanit blouie4 ,l'image de la nue se trouvant cerner les ,nymphas1 fleurs et feuillages paraissent ports dans l'espace par l'irrsistible pousse des eaux frmissant du ressac o toutes les fluidits confondues de la terre et du ciel1 ragissent aux appels de la floraison dans l'ivresse des suprmes volupts de la vie4 ,ainsi l'art ralise nos yeux le frmissement heureux de la pelouse liquide1 de la vote bleue1 du nuage1 de la fleur qui ont quelque chose nous dire1 mais ne nous le diraient pas sans ,monet4 ,aspects thrs du drame ternel que se joue le monde lui-mme1 avec l'homme pour partenaire et spectateur4 ,je suis all parfois m'asseoir sur le banc d'o ,monet a vu tant de choses dans les reflets du son ,jardin d'eau4 ,mon il inexpriment a eu besoin de persvrance pour suivre de loin la brosse du ,matre jusqu'aux extrmits de ses rvlations4 ,a l'inverse du singe de la fable1 il a profusment jet des torrents de lumire sur l'cran de sa lanterne magique4 ,presque trop1 dirait-on1 si l'on pouvait se plaindre d'un excs de vibrations lumineuses sous les transparences des nappes de voies lactes qui nous tentent des blouissements de l',infini4 ,a son plan1 quel qu'il soit1 le ,nympha n'est l que pour tmoin de l'univers dans l'ambiance des envoles de couleurs dont l'aile nous emporte au del des essors de l'imagination4 ,aussi1 pour tout achever1 voici qu'en des retraites de feuillages1 l'ardeur apaise d'une eau de mare dormante se dcouvre pour aiguiser le ,illustration3 ,claude ,,monet4--,les ,nymphas1 paysage d'eau 7#aije7 contraste du ,jardin d'eau incendi1 par des temptes de lumires1 du ciel blouissant la terre embrase et de la terre embrase au ciel blouissant4 ,pour la vie ou la mort1 dans la lutte qui s'engage entre le soleil et la fleur1 la sensibilit de la vgtation sera vaincue par la puissance irrsistible du flamboiement universel4 ,sous la protection des saules1 les bouquets de ,nymphas maintiennent1 pour un temps1 l'clat des floraisons triomphantes4 ,mais le fin duvet des nuages1 transperc de tous les feux de l'atmosphre1 enveloppe feuilles et fleurs de son image rflchie pour les emporter victorieusement1 comme butin suprme1 au plus haut de l'air incendi1 cependant que des taches de vgtations obscures1 au travers des symphonies de bues mauves1 bleues1 teintes de rose1 disent le combat de la douce terre d'un jour et de l'ternel brasier4 ,et l'action au travers de ce champ de bataille c'est la vie elle-mme1 lumineusement transpose1 la concurrence lmentaire pour des instantans successifs de passagres dominations4 ,l se droule le drame des ,nymphas sur la scne du monde infini1 conscient par l'homme dont les alternatives de matrise et de soumission font l'argument du livret ternel4 ,dans l'ocan de l'tendue et de la dure o se ruent tous les torrents de lumire l'assaut des rtines humaines1 des temptes d'arcs-en-ciel se heurtent1 se pntrent1 se brisent en poudres d'tincelles1 pour s'adoucir1 se fondre1 se disperser et se rejoindre en avivant l'universel tumulte o s'exaltent nos motivits4 ,cet indicible ouragan1 o par la magie du peintre1 notre il perdu reoit le choc de l'univers1 c'est le problme du monde inexprimable qui se rvle notre sensibilit4 ,ceux-l mme qui ne l'ont pas compris sont en voie de le comprendre4 ,il en sera pris acte par la suite des temps4 ,ce n'est pas tout4 ,nouveau spectacle4 ,le suprme lan du triomphe solaire nous jette l'moi de sensations indicibles dans les transparences irises d'une molle clart sans tonalit dcisive1 o le ciel et la terre1 parmi des dispersions de fleurs et de nues heureuses1 se tiennent mollement embrasss4 ,c'est le chef-d'uvre fragile1 mais irrsistible de la pleine extase du monde aux rencontres des sensations exacerbes4 ,suprme achvement d'une vision d'art o ,monet a laiss1 en souriant1 s'attacher la voluptueuse langueur de son dernier coup de pinceau4 ,et puisque nous avons rcemment appris que les ondes cosmiques ont une voix1 nous pouvons maintenant concevoir les concerts de l'oue et de la vue conjugus en des accords d'universelle symphonie,d4 ,retournez-vous1 cependant1 et voici les sombres spectacles de la nuit bleutre o des vgtations fantomatiques succdent aux triomphantes floraisons de l'apothose4 ,enfin1 la sortie1 pour apparition suprme1 les spectres de ,nymphas dchus sous les flambes du soleil couchant1 travers des dbris de roseaux1 nous annoncent de tant de cycles enchans le provisoire achvement4 ,ainsi ,monet nous apporte1 dans sa plnitude1 la nouveaut d'une vision des choses qui fait appel aux naturelles volutions de notre organisme visuel pour saisir l'adaptation du peintre aux nergies des sensibilits universelles4 ,une succession de passages subtils nous conduit de l'image directe l'image rflchie et surrflchie1 par des diffusions de lumires transposes dont les valeurs s'engagent et se dgagent en totale harmonie4 ,un incomparable champ d'changes lumineux entre le ciel et la terre1 couronns d'une motion du monde qui nous exalte au plus haut de l'infinie communion des choses1 dans le suprme achvement de nos sensibilits4 ,que ne puis-je entendre encore l'accent doucement autoritaire de cette voix amie1 devant les dmonstrations de la nature dans son ,jardin d'eau3 ,tandis que vous cherchez philosophiquement le monde en soi1 disait-il avec son bon sourire1 j'exerce simplement mon effort sur un maximum d'apparences1 en troites corrlations avec les ralits inconnues4 ,quand on est dans le plan des apparences concordantes1 on ne peut pas tre bien loin de la ralit1 ou tout au moins de ce que nous en pouvons connatre4 ,je n'ai fait que regarder ce que m'a montr l'univers1 pour en rendre tmoignage par mon pinceau4 ,n'est-ce donc rien8 ,votre faute est de vouloir rduire le monde votre mesure1 tandis que1 croissant votre connaissance des choses1 accrue se trouvera votre connaissance de vous-mmes4 ,votre main dans la mienne1 et aidons-nous les uns les autres toujours mieux regarder4 ,,ix ,,le ,,critique ,,critiqu ,avant de conclure1 il me sera permis d'admettre la conversation un distingu professionnel de la critique d'art1 grand admirateur de ,monet1 mais impitoyable mtaphysicien1 qui veut que le peintre des ,nymphas nous emmne1 par des chemins de fleurs1 aux abmes sans fond du ,nant4 ,que la peinture moderne1 en sa sensation de la lumire1 procde de ,corot1 c'est ce que je concderai sans peine ,m4 ,louis ,gillet1 auteur d'un charmant petit livre intitul3 ,trois variations sur ,claude ,monet1 o il loue de celui-ci les perceptions les plus fines dans l'ordre des nuances1 en mme temps qu'un gnie somptueux de coloriste4 ,o cela va-t-il nous conduire8 ,d'abord1 ,m4 ,louis ,gillet nous fait remonter jusqu'au principe de la technique de ,monet qui consisterait dans la thorie1 bien connue1 de la division des couleurs4 ,la couleur simple est plus intense que la teinte compose4 ,consquence3 un violet se composant de rouge et de bleu1 pour l'obtenir1 trs vif1 sans perte aucune de rayonnement1 ne mlangez vos lments ni sur la palette1 ni sur la toile2 posez pures1 auprs l'une de l'autre1 une touche bleue et une touche rouge3 il en rsultera une sensation violette4 ,le mlange s'oprera sur la rtine4 ,c'est le mlange optique4 ,cela dit1 notre auteur n'hsite pas reconnatre que ce prtendu secret est l',a ,b ,c de tout coloriste1 en concdant ,monet le mrite de l'avoir remis en usage4 ,il croit surtout que ,monet y a trouv l'inspiration d'une potique particulire1 qui l'amne dcomposer la lumire et le ton1 rsoudre l'ombre elle-mme en reflets colors1 regarder toutes choses comme baignes1 comme nageantes dans un fluide arien--ce qui nous fait envisager le spectacle de l'univers comme une ferie de l'atmosphre4 ,les contours se volatilisent1 les bords se mettent ondoyer dans un halo de lueurs ples4 ,tout se mtamorphose dans un blouissement4 ,il ne reste du monde visible que ce poudroiement impalpable1 cette ronde et ce tourbillon d'atomes qui tissent dans le vide la nappe de l'illusion4 ,jamais peintre n'a ni plus rsolument la matire4 ,ne voil-t-il pas bien des choses dans un coup de pinceau8 ,de mon il de mcrant1 ,m4 ,louis ,gillet me permettra de voir les choses d'une faon plus simple4 ,d'abord1 tout homme qui a connu ,monet pourra lui dire que notre peintre n'eut jamais de potique ni de thorie d'aucune sorte qui pt engager ou retenir son pinceau4 ,il tint pour vrai ce que lui rvlait sa vision1 et s'appliqua1 d'un effort inlassable1 le reproduire tel qu'il le voyait4 ,rien de moins4 ,rien de plus4 ,c'est assez4 ,il n'aurait pas compris qu'au nom d'une doctrine1 on lui propost de faire autre chose que ce qu'il voyait4 ,voil toute sa rgle4 ,je ne crois pas que personne lui en ait connu d'autre4 ,pour tout dire d'un mot1 il me parat mme que ce secret est celui de tous les grands peintres4 ,ils n'ont pas la mme rtine3 voil ce qui les distingue4 ,et puisque nous leur demandons d'interprter la nature1 ne leur donnons pas le mauvais exemple1 en les interprtant eux-mmes autrement que dans leurs propres donnes4 ,j'insiste d'autant plus sur ce point dlicat que le poudroiement de lumire n'est pas du tout obtenu1 comme ,m4 ,louis ,gillet parat le croire1 par le mlange optique de taches de couleur4 ,j'ai regard souvent1 d'aussi prs que personne1 les toiles des ,nymphas4 ,j'y ai vu des traits de couleur presque pure jets de-ci de-l pour obtenir certaines vivacits d'effets1 non sans fougue parfois1 mais sans prodigalit4 ,tout le reste vient de la palette4 ,si ,m4 ,louis ,gillet en doute1 qu'il veuille bien y aller voir4 ,d'o vient donc le mystre8 ,simplement de ce qu'il n'y a pas deux d'entre nous qui soient identiquement dous de la mme rtine1 et que nous n'avons rien demander au peintre digne de ce nom1 sauf de nous offrir une interprtation du monde accessible la moyenne des rtines suffisamment appropries4 ,ce qui fait le prodige de la rtine de ,monet1 c'est qu' moins d'un mtre de distance1 dans le peloton de couleurs ou de tons agglomrs1 par juxtapositions ou superpositions1 en un champ d'inextricables mlanges1 il voit la reprsentation du modle aussi justement de prs que de loin4 ,je n'en connais pas d'autre explication que l'tat rtinien du peintre qui s'accommode instantanment de point de vue en point de vue4 ,je le constate sans en fournir l'explication4 ,je prends acte de ce qui est1 savoir que le serpentement calcul du trait de couleur qui nous dconcerte de prs1 prend distance une signification de valeurs et de formes mouvantes o les nuances mmes des activits du monde se rvlent de la faon la plus inattendue4 ,l'volution des ges permettra peut-tre nos neveux d'expliquer le phnomne4 ,ne pouvons-nous pas1 ds aujourd'hui1 nous livrer d'enthousiasme au plaisir d'admirer8 ,d'autant que pour admirer l'art de ,monet dans sa plnitude1 nous n'avons pas besoin de nous arrter trop longtemps au miracle d'un fouillis de tons o les hardiesses de la main projettent des fuses d'arabesques insaisissables en vue du relief et du dessin des figurations lumineuses4 ,car il y a un surmiracle1 celui que ,m4 ,louis ,gillet explique par la survenue d'une certaine potique dont il ne nous dit rien1 consistant dans l'vocation de spectacles enchanteurs d'un monde la fois plus beau et plus comprhensible que celui 7exception faite de l',embarquement pour ,cythre7 dont on nous avait bercs jusqu'ici4 ,c'est ce point1 en effet1 que surgit le miracle des miracles1 grce auquel le monde que le pinceau nous dcouvre se trouve tre1 non pas seulement d'une fantaisie enchanteresse1 mais l'interprtation motive d'un monde que toutes les donnes de la connaissance volue nous rvlent comme une approximation suprieure des ralits inaccessibles4 ,m4 ,louis ,gillet nous parle des rondes d'atomes tissant dans le vide la nappe de l'illusion1 et il en conclut que ,monet nous prsente une ngation de la matire4 ,c'est proprement prendre les choses rebours4 ,une visite au laboratoire de ,m4 ,jean ,perrin lui permettra de voir les mouvements browniens1 ainsi que le sillage des atomes et de leurs lectrons inscrits sur une plaque de verre4 ,alors peut-tre s'tonnera-t-il moins de la grle de chocs nerveux dont se compose l'image visuelle et des danses atomiques dont il se permet de narguer la matire au profit de l'illusion4 ,alors comprendra-t-il ce poudroiement universel qu'il admire dans les panneaux de ,monet1 mais qui dans la ralit n'aboutit qu' lui faire douter de l'existence de ce qui poudroie4 ,je n'en suis pas l4 ,ce poudroiement des choses rencontr par ,monet au bout de son pinceau1 je n'y vois rien qu'une heureuse transposition des ralits cosmiques1 telles que la science moderne nous les a rvles4 ,je ne prtends pas que ,monet ait reproduit les danses des atomes4 ,je dis simplement qu'il nous a fait faire un grand pas vers la reprsentation motive du monde et de ses lments par des distributions de lumires correspondant aux ondes vibratoires que la science nous dcouvre4 ,veut-on que notre prsente conception atomique puisse changer8 ,le gnie de ,monet ne nous en aura pas moins fait faire un incomparable progrs dans nos sensations du monde1 dont il faudra toujours tenir compte quel que soit l'avenir de nos assimilations4 ,acte pris de cette fondamentale divergence de philosophie1 j'ai hte de rendre hommage aux apprciations o se rpand l'analyse littraire de ,m4 ,louis ,gillet4 ,la plume de l'crivain n'est pas indigne du pinceau des ,nymphas4 ,a dire vrai1 tous deux vont de compagnie1 travers la merveilleuse diversit des spectacles qui ont retenu tour tour le regard de ,monet4 ,il est inacceptable d'y voir simplement des mirages qui n'ont d'existence qu'en lui-mme4 ,j'entends bien que le mirage est un phnomne lumineux de subjectivit4 ,mais de quel droit infliger cette appellation aux ralits du monde qui s'en distinguent prcisment par des preuves d'objectivit8 ,l'crivain nous dit sans sourciller que ,monet se donne des ftes d'art propos de ralits indigentes4 ,peut-on ainsi parler du chef-d'uvre biblique de la ,cration8 ,jhovah1 qu'en dis-tu8 ,simple passant1 je suis dconcert du blasphme qui entrane certainement ,m4 ,louis ,gillet au del de sa pense1 lorsqu'il crit qu'on ne sent pas assez la vie dans le modle de ,monet4 ,je voudrais le tenir pendant quelques minutes devant le portrait du ,louvre4 ,en attendant1 le critique d'art s'aventure crire que l'hymne de ,monet est un des plus beaux de l'universel nant4 ,cette fois1 nous avons la suprme aventure de ,monet1 qui1 aprs le ,crateur biblique1 fait quelque chose de rien4 ,et l'ingnieux homme de lettres reproche ,monet de n'tre pas virgilien4 ,je le crois sans peine4 ,je louerai ,virgile1 aussi bien que ,raphal ou ,lonard4 ,mais je suis de mon temps1 et la vision que ,monet vient m'offrir est celle d'une rtine volue qui pntre de nouvelles profondeurs des contacts rtiniens4 ,je ne fais point de classement entre les grands potes4 ,il n'est rien de si vain4 ,je les mets leur place dans la gloire de leur temps4 ,monet n'est pas plus homrique que virgilien ou dantesque1 et l'ide ne me viendrait pas de le regretter4 ,tout au plus1 pourrais-je dire que des panneaux des ,nymphas voquent en moi des paysages shakespeariens du ,songe d'une nuit d't4 ,encore cette innocente remarque ne rapprocherait-elle pas plus ,monet de ,shakespeare que ,shakespeare de ,monet4 ,tout au plus une vocation d'apparences entre des aspects de rves et des cadres de ralits pousses jusqu'aux limites de la sensibilit4 ,mon dsaccord avec ,m4 ,louis ,gillet est de philosophie1 non d'art4 ,j'admire sincrement ses sensations des ,nymphas et l'heureuse transposition littraire qu'il veut bien nous en donner1 mais comment me rendre la simplicit tourmente de cette proposition3 ,admirer l'enchantement produit par la lumire et le crpe du temps1 regarder le voile de mensonges1 tendre sur une forme le miracle des apparences1 voil ce dont ,monet ne se lasse pas4 ,pas de conciliation possible entre cette mtaphysique de l'inconnu et l'impulsion spontane de ,monet qui est1 non pas de soutenir une thse contre laquelle l'homme et le pinceau se seraient rvolts1 mais de tout sacrifier l'expression de ce qui est1 dans la mesure o il y peut accder4 ,par bonheur1 je puis renvoyer le lecteur aux tincelantes pages o ,m4 ,louis ,gillet1 motif1 en dpit de lui-mme1 dcrit les tableaux de ,monet avec une virtuosit que j'admire4 ,consciencieux interprte1 il dit ce qu'il a vu1 et il serait vraiment bien prs d'avoir tout vu1 s'il ne se trouvait moins physicien que mtaphysicien4 ,mais les ralits de l'au-del en devenir1 qui sont l'extrme pointe du pinceau des ,nymphas1 ne sont pour lui qu'un prlude d'apparences voilant un ,x dont il n'ose parler que par des ngations4 ,c'est ce dont il se venge sur ,monet qui n'en peut mais4 ,la part faite de ces rserves obligatoires1 je ne puis qu'tre reconnaissant ,m4 ,louis ,gillet de ces potiques figurations de l'tang des ,nymphas4 ,il a excut sur ce thme de charmantes sonates qui faciliteront au public la comprhension des spectacles4 ,non seulement1 ,m4 ,louis ,gillet est1 en connaissance de cause1 un sincre et lucide admirateur de ,monet1 mais il pousse rsolument l'admiration jusqu' ne la point distinguer de la comprhension aussi loin qu'il peut la conduire4 ,c'est ce que je fais moi-mme sans m'tonner des opinions divergentes qui sont le fait de l'humanit4 ,sa conclusion est d'ailleurs assez belle puisqu'il la rsume dans la doctrine extrme-orientale du ,ta1 qu'il n'a peut-tre pas compltement claircie1 mais qu'il sait tre la recherche du chemin--conception chinoise de l'volution4 ,aussi1 est-ce pour moi le plus vif plaisir de conclure ce chapitre par la belle dfinition que nous donne ,m4 ,louis ,gillet de la prsentation des ,nymphas3 tonnante peinture sans dessin et sans bord1 cantique sans paroles444 o l'art1 sans le secours des formes1 sans vignette1 sans anecdote1 sans fable1 sans allgories1 sans corps et sans visage1 par la seule vertu des tons1 n'est plus qu'effusion1 lyrisme1 o le cur se raconte1 se livre1 chante ses motions4 ,de ces belles paroles1 j'ose dire que ,monet serait content4 ,qu'il soit bien entendu1 cependant1 que ,monet n'a jamais exprim ni senti le besoin d'une thorie de son art ou de sa personnalit4 ,il tait comme il tait1 et n'aurait pu concevoir qu'il pt tre autrement4 ,fort d'une conscience inexpugnable1 il ne se sentait vivre que dans la probit de sa vision du monde1 et dans la fidlit de son interprtation4 ,une droiture d'organisme en action4 ,pas de biais concevable4 ,il faut que nous allions tous l'ennemi3 il n'est pas dit que nous en revenions1 disait ses soldats ,brutus1 le plus victorieux des vaincus de l'histoire4 ,cet appel au total sacrifice1 ,monet n'avait besoin ni de le formuler ni de l'entendre4 ,il le vivait de tout son lan d'art et de volont dans le labeur des jours1 sans autre sensation que de se donner tout entier4 ,x ,,conclusion ,il n'est peut-tre pas ncessaire de conclure8 ,la vie de ,claude ,monet est un tmoignage de l'homme au del des rcusations4 ,j'ai dit qu'il y avait une leon pour nous dans toute existence4 ,plus l'existence sera haute1 moins elle trouvera d'accs auprs du nombre1 qui sent et s'exprime ncessairement en des moyennes de mdiocrits4 ,pour les intelligences cultives1 la leon n'est peut-tre pas moins difficile dgager1 en raison des rsistances de la personnalit4 ,c'est pourquoi je voudrais me borner quelques considrations d'une philosophie simplifie4 ,on me dit qu'au seul mot de philosophie1 le lecteur1 en gnral1 ne se fait pas faute de tourner la page4 ,il se peut4 ,mais pourquoi le lecteur1 l'exemple de l'amateur de tableaux1 n'en viendrait-il pas comprendre que vivre1 c'est changer8 ,toute philosophie ne doit tre l'preuve1 qu'une gnralisation de gnralisations vrifies4 ,il n'est rien dans notre entendement qui ne puisse et ne doive prendre place dans les dterminations d'une coordination gnrale du monde et de l'homme qui prtend l'exprimer4 ,ce qu'il y a de plus remarquable1 dans le cas de ,claude ,monet1 qui n'est jamais sorti de son cadre artistique1 c'est que les naturels dveloppements de ses sensations du monde se sont traduits en des manifestations du pinceau merveilleusement concordantes avec l'volution moderne de nos connaissances physiques dans le champ des phnomnes lumineux4 ,pour employer une expression vulgaire1 mais qui dit bien ce qu'elle veut dire3 ,il tait dans le train4 ,sa vision personnelle1 et les volutions d'activits esthtiques qui s'en sont suivies1 ont remarquablement concord avec les donnes positives o la science moderne s'est installe dans l'ordre de l'exprimentation4 ,cette concidence est probablement un phnomne unique4 ,en tout cas1 c'est la manifestation la plus philosophique de la vie de ,claude ,monet4 ,il semble que sa destine fut de faire de l'art et de la science en mme temps4 ,ce ne fut pas son programme parce qu'il n'avait d'autre programme que d'tre lui-mme4 ,ce fut1 sans ide prconue1 le rsultat et l'emploi dsintress de sa vie4 ,il fut ainsi l'un des plus hauts reprsentants de son art o tant d'hommes justement clbres se sont magnifiquement distingus4 ,mais il ouvrit encore des voies nouvelles 7et sres par les contrles de l'observation7 l o l'on pouvait croire qu'il n'y et gure qu' poursuivre obstinment l'uvre du pass4 ,il a ainsi accru notre puissance motive1 c'est--dire agrandi l'homme lui-mme1 d'un nouveau bond dans sa marche1 chancelante et merveilleuse1 l'infini4 ,monet fut donc un crateur1 au sens exprim par le mot pote4 ,un pote de lyrique simplicit1 un pote en action4 ,je conviens que ces mots1 suscits par les glissements de l'tymologie1 paraissent plus prs de discorder que de se fondre pour rsumer le caractre d'une personnalit4 ,un lyrique1 c'est--dire un superimaginatif1 ne rencontre pas souvent dans l'acte personnel l'achvement suprme de la simplicit4 ,en prose1 comme en vers1 nous avons de trs grands potes4 ,ni ,bossuet1 ni ,victor ,hugo n'eurent la pense d'tre simples1 ni ne l'ont t4 ,hommes d'action8 ,pas davantage4 ,l'un a ses dragonnades o il tait du mauvais ct1 l'autre sa rsistance au #b ,dcembre4 ,des gestes de combat4 ,hommes d'activit constructive8 ,ils l'ont pu croire4 ,mais je ne crains pas de dire que ce ne sera pas le jugement de la postrit4 ,j'ai entendu ,victor ,hugo annoncer srieusement qu'aprs sa mort il irait dans le soleil4 ,a la requte de ,mme ,drouet1 il lui promit mme de l'y emmener4 ,monet1 sans rien dire1 dissocie les rayons de ce mme soleil1 au miroir de son tang de fleurs1 et les recompose pour l'accroissement de nos sensibilits1 pour l'exaltation de tout notre tre1 notre place modeste et sublime1 dans l'univers4 ,et1 ce faisant1 le grand ouvrier1 par la conduite de sa vie1 par l'incessant labeur de l'il et de l'intelligence interprtative1 par une immuable tension de volont sans relche1 mrita pleinement le succs du pote d'action quand il descendit dans la tombe1 charg d'ans1 aprs l'uvre accomplie4 ,dans l'ordre du dveloppement humain1 aux origines de l'espce pensante1 le pote des peuples a pu revendiquer de son public une dignit suprieure4 ,disant l'homme et le monde1 il ne pouvait les construire qu' coups de mconnaissances que rectifierait plus tard l'observation vrifie4 ,d'embellir l'absolu ,monet n'a point fait son affaire4 ,il savait que l'art ne fera jamais aussi beau que le vrai1 puisqu'il n'en peut rflchir que des aspects de relativit4 ,mais pour une meilleure approximation du vrai1 si tnue qu'elle pt tre1 pour un meilleur emploi de sa comprhension1 de sa volont1 de sa vie1 il donna tout de lui-mme et mourut1 jugeant que ce n'tait pas assez4 ,on voit que l'effort de philosophie auquel je convie mes lecteurs1 n'est au-dessus des moyens de personne4 ,ce n'est pas trop d'une pense gnrale pour coordonner les aspects divers d'un bel exemplaire d'humanit4 ,au vrai1 toutes ces notes1 au courant de la plume1 sont plutt pour me faire revivre de belles heures au contact d'une inspiration servie par le plus noble effort d'une humanit acheve4 ,encore faut-il que je cherche me rendre compte des conditions du phnomne humain que j'admire4 ,je n'apporte ici aucune thorie de l'art de peindre4 ,la pratique de ,monet lui est venue directement de l'il la brosse1 sans que jamais il ait prtendu doctriner4 ,il tait peintre n3 c'est la raison suprieure qui l'a irrsistiblement pouss regarder toujours plus avant dans l'intimit des choses1 jusqu'aux rencontres de visions auxquelles nul encore ne s'tait arrt4 ,du point de dpart au point d'arrive1 la vie de ,claude ,monet n'est qu'une volution de rigoureuse conscience dans la conduite du plus beau drame d'humaine ingnuit4 ,diogne cherchait un homme1 un homme achev parmi les trop communs exemplaires d'amoindrissements que lui offrait la place publique4 ,il ne dtourna pas la tte quand ,alexandre vint parader dans son soleil4 ,l'homme1 que chercha vainement le cynique1 ne vous semble-t-il pas que nous sommes bien prs de l'avoir trouv8 ,l'homme1 au sens le plus complet du moment1 pourquoi serait-ce donc une chose si rare que1 pour la rencontre d'une telle merveille1 nous soyons tout aussitt requis de nous extasier8 ,plus l'organisme est lev dans l'ordre des existences1 plus lgitime est notre droit d'en attendre davantage4 ,qu'en arrive-t-il donc8 ,hlas6 ,nous succombons sous le poids des pithtes admiratives qui ne nous viennent d'autrui que pour tre congrment retournes4 ,rien n'est plus propre nous faire rflchir sur l'aventure de notre vie1 pour en rduire petitesses et grandeurs leurs proportions vritables4 ,il se pourrait que le surhomme ne ft pas beaucoup plus que le rve d'un malade1 et que1 pour dcouvrir le sous-homme1 il ne ft besoin que d'ouvrir les yeux4 ,il se pourrait aussi que1 dans la mdiocrit de sa condition cosmique1 l'homme moyen1 par la vertu du labeur1 se trouvt capable de produire volutivement des exemplaires d'une humanit suprieure4 ,que ne commenons-nous par faire confiance notre propre effort8 ,l'tat social nous apporte des ressources de beaux dveloppements4 ,il nous fournit1 en mme temps sans doute1 des tentations d'en abuser notre avantage4 ,et je crois pouvoir dire qu'il est plus tentant de vivre des ignorances de la foule que des connaissances positives ou des motions naturelles laborieusement conduites leurs fins organiques4 ,le plus beau de la vie ne peut tre que de nous-mmes1 si nous sommes capables de nous gouverner4 ,avec ,claude ,monet1 le cas est d'vidence4 ,assez d'quilibre mental pour une bonne ordonnance des facults convergentes vers les plus hautes fins d'activits humaines4 ,assez d'motivits suprieures pour entraner la somme des dsquilibres ncessaires l'entre de l'homme dans la dpense de lui-mme la mesure de ses moyens4 ,c'est ici que nous rencontrons en ,claude ,monet l'homme d'action1 au sens le plus lev du mot1 l'homme qui se propose de mettre quelque chose du meilleur de sa vie dans celle de ses contemporains1 et se lance1 la flamme au cur1 dans la prilleuse aventure1 sans s'arrter aux dceptions4 ,notre humanit ne manquera pas de s'en faire honneur4 ,mais alors1 d'o vient donc cet arroi des inintelligences moindres contre l'homme trop assur de son personnage pour ne pas demeurer fidle sa pense en dpit de toutes les rsistances8 ,pourquoi faut-il que trop souvent1 dans la folle mle1 le cur le plus rsolu soit le plus tourment de lui-mme et d'autrui8 ,les hommes sont ce qu'ils acceptent d'tre4 ,des heurts de bons et de mauvais moments dans l'incomprhension de soi-mme1 qui permet chacun de se surestimer1 au risque de sous-estimer autrui4 ,il s'ensuit beaucoup de discours qui ne changent pas sensiblement les faits4 ,le plus sr est de s'essayer personnellement1 tous risques1 pour dgager1 en fin de compte1 les parties de dfaites qui peuvent conditionner des parties de victoire et rciproquement4 ,monet1 humant le large1 sur les quais du ,hvre1 ne se tint certainement pas de tels discours4 ,mais il suffit de regarder la premire image de sa jeunesse pour voir que ses yeux droits1 en flches vibrantes1 faisaient dj retentir de leur choc l'airain de l'avenir1 et qu'il ne se contenterait pas du demi-succs4 ,avec le temps1 la figure profonde va s'affirmer trs vite dans le plein de l'action4 ,l'il n'est jamais satisfait4 ,il cherche la difficult1 et la trouve--heureux encore de penser qu'il va bander tous ses efforts contre l'obstacle--dt-il s'y briser4 ,seulement1 il ne s'y brise pas1 et ce qu'on n'a pas devin1 ce que n'esprait pas ,monet lui-mme1 ce qu'une minorit est encore seule comprendre1 c'est qu'il n'y a pas de dfaite1 en cette aventure1 qui ne soit une part de victoire4 ,j'en ai vu le drame1 en ses plus belles pripties1 se drouler sous mes yeux1 et ceux qu'il n'intresse pas n'ont qu' me laisser le plaisir de me le dire moi-mme1 en feignant de m'adresser eux4 ,il me suffit de la beaut de l'action pour n'avoir pas besoin de triompher trop haut du succs1 car1 pour l'idalisme vrai1 la vie est de la lutte1 tandis que la victoire1 trop prompte aux vanteries1 peut tre1 en certaines circonstances1 une source de diminutions4 ,monet mourut en doutant de lui-mme4 ,n'est-ce pas dire o il mettait le succs8 ,soit cet exemple de la plus simple et de la plus haute vie1 que j'aurais voulu faire apparatre dans l'incomparable grandeur de la plus simple vrit4 ,l'homme n'aimait pas le bruit4 ,il ne voulut jamais rien connatre des joies factices de la renomme4 ,enivr de lumire1 il se donna tout la joie d'ouvrir sa fentre1 et de regarder pour transposer ses frmissements du dehors1 et jeter sur la toile1 s'il tait possible1 quelque chose des volupts les plus aigus de la couleur4 ,le monde se meut1 malgr les conciles4 ,puisque nous sommes de simples plantaires1 notre volution nous meut nous-mmes de perptuels changements d'harmonies en tats d'interdpendance avec les mouvements du monde extrieur4 ,c'est ce qu'a compris l'instinct artistique de ,monet se refusant aux conventions de l'cole qui veut accommoder le monde notre puissance organique pour le mieux exprimer1 comme si la rtine1 au contraire1 n'tait pas sous la domination des lois cosmiques4 ,culture d'motivits1 l'art se donne pour tche le dveloppement de la sensation4 ,voil le programme de ,monet qui le mne la recherche d'une interprtation de plus en plus pousse du phnomne lumineux1 et1 par l1 des volutions de sensibilits qui font l'accroissement de l'homme sentant et pensant4 ,ds les premiers essais du ,hvre1 notre homme1 hant des fluidits de la couleur1 prtend dj saisir l'insaisissable dont nous ne pouvons obtenir qu'un temps de fixation schmatique pour exprimer l'universelle mobilit4 ,si l'entreprise est hors de son atteinte1 au moins aura-t-il1 tous risques1 gard toute droite la volont de tenter4 ,et comme il a rsolu de ne jamais accepter la dfaite1 ne nous tonnons pas qu'aux heures douloureuses d'un doute irrpressible1 aprs avoir senti passer le vent de la victoire1 la crainte d'une insuffisance lui arrache des cris de colre et lui fasse lacrer des toiles o s'tait magnifiquement inscrit son labeur4 ,monet connut l'pre angoisse qui le portait douter de lui-mme1 mais pour se redresser tout aussitt devant l'obstacle et reprendre1 sans trve1 sa course l'au-del4 ,sait-on ce qu'un tel homme est appel donner de ses concentrations d'nergie pour garder intangible1 au fond de son cur1 le droit d'esprer8 ,ce sont des palpitations de ses yeux1 des frmissements de son cur qu'il broie sur sa palette pour la vie ou la mort du plus beau de ses rves4 ,ainsi le veut la loi mme de notre idal dont la dignit nous lve au-dessus de nous-mmes dans les voies prilleuses o nous entrane la course de l'inconnu4 ,qui donc dira la juste mesure des aspirations chez les grands imaginatifs1 et les dsaccords des ralits8 ,il faut que tout cela vienne aboutir des conclusions d'activits phmres2 quand nous prtendons stabiliser des temps de notre vie dans les cyclones de l'ternelle mobilit4 ,a quels moments1 et en quelles formes1 ces questions ont-elles pu se poser l'il de ,monet8 ,j'ai not que ce n'tait certainement pas des thories qui l'avaient mis l'uvre4 ,sa destine voulut que la lumire l'impressionnt au plus profond dans tous les temps de la course solaire4 ,il essaya de faire ce qu'il voyait1 sans rien concder aux conventions de l'cole4 ,de l des renouvellements de facture1 des trouvailles d'excution qui auraient pu tre sa perte et furent son salut4 ,il conquit ainsi une palette dont les essais se trouvrent naturellement correspondre aux prestiges des ralisations de la couleur4 ,cette volution conqurante de l'organe visuel1 jusqu' l'heureuse exacerbation des ,nymphas1 fut l'incessant effort du peintre sur lui-mme dans l'incessante anxit de ne pouvoir dire si sa pente tait d'insanit ou de gnie4 --,on dira que je suis fou1 disait-il parfois4 ,en dpit de tels propos1 il ne dserta pas la tche4 ,toutefois il n'osa pas1 de son vivant1 risquer les ,nymphas4 ,leon pour lui4 ,leon pour nous4 ,l'blouissante conqute de la lumire en symphonies suprmes1 aux champs des ,nymphas1 ne pouvait apparatre qu'en coup de thtre1 mme aprs les prparations d'un long labeur4 ,il n'y fallait pas moins que le plein accord de la double matrise de l'il et de la main4 ,l'il1 d'audace gniale1 brl de tous les flamboiements des choses1 affol des prodiges du monde au point de jouer toutes les ambitions de sa vie sur un coup de pinceau l'approche de la mort4 ,la main1 dans la pleine possession de ses agilits d'art1 en tat d'obir aux lans de sa sensation1 en les modrant1 en les ordonnant1 en les liant1 en les transposant dans les enchanements de la vie universelle4 ,encore fallait-il que chaque touche de la prtendue fixit nous engaget sur la pente de ce qui tait tout l'heure ce qui sera dans un moment4 ,des jours de fureur vertigineuse1 des jours d'apaisement1 des jours d'invincible obstination4 ,surtout l'immuable dfiance d'un homme obsd d'une ide dont il ne craignait rien tant qu'une insuffisance de ralisation4 ,la crainte de rver trop haut4 ,la dfiance d'un public cherchant le rve aussi1 mais un rve dont l'envole ne pouvait tre de mme envergure4 ,ce que tenta de raliser ,monet1 il n'est pas une de ses toiles qui n'en porte l'clatant tmoignage1 parfois libralement aid des vifs commentaires de l'auteur4 ,car aucune critique ne le trouvait sans riposte1 et le ton bourru et le mot l'emporte-pice montraient assez que cet homme1 bienveillant et rieur1 avait trop donn de lui-mme son art pour en pouvoir parler avec dtachement4 ,ce qu'il se proposait1 c'tait de suivre1 en tous points1 la nature d'aussi prs que possible4 ,programme d'apparence modeste1 mais d'une exasprante ambition4 ,ce fut dj la recherche des premiers artistes de nos cavernes1 et il faut bien dire que quelques-uns1 en des tentatives de moyens primaires1 y ont assez remarquablement russi4 ,je n'ai garde de me laisser aller la critique des grands matres dont les sicles ont enrichi notre histoire4 ,tous se sont mis glorieusement leur tche1 nous laissant le tmoignage1 certains moments1 d'un lan de tendance surhumaine4 ,grces leur soient rendues6 ,il n'est besoin de diminuer personne pour essayer de grandir ,monet1 qui est venu son heure et n'a fait que s'engager plus avant dans la voie glorieuse o tant d'admirables artistes l'avaient prcd4 ,la dmonstration1 heureusement1 n'en est pas ncessaire4 ,toute aux formes mouvantes du corps humain1 la ,grce en a cherch la ralisation dans les figures de la plastique o elle pouvait mettre en ligne une incomparable cole de praticiens1 qui ne sera probablement jamais dpasse4 ,ce que nous savons de la peinture hellnique et mme hellnistique1 par les traditions de l'gypte et les fresques de ,pompi1 ne parat pas dpasser de beaucoup les communs essais de l'imagerie4 ,les tableaux de pit de nos primitifs1 renforcs des explosions d'art de la ,renaissance1 qui chercha l'homme plus que la nature1 tenue pour ennemie1 ont fait clater le cadre pour ouvrir le champ aux traditions du polythisme1 aussi bien que de la mythologie chrtienne4 ,c'est un des prodiges de l'histoire4 ,les muses sont ouverts4 ,il n'est que de s'y promener4 ,je prends donc ,monet comme il se prsente1 dans son temps et dans son pays4 ,loin que les matres de son art lui aient inspir des sentiments de critique1 ils le ravissent4 ,il ne tarit pas sur eux en exclamations admiratives4 ,ils ont vu ce qu'il voit lui-mme1 mais en un moment donn des volutions de leur sensibilit4 ,ils ont fait la peinture de leur temps1 avec des parties de convention dont ils n'ont pu se dtacher4 ,monet ne s'est propos rien que de suivre leur exemple du plus prs possible1 au risque de les dpasser4 ,sous l'influence des donnes prconues qui formaient ncessairement le premier fonds de l'intelligence humaine1 l'artiste des anciens ges a dcouvert tardivement la nature comme inspiratrice des motivits suprieures4 ,monet veut s'emparer de notre sensibilit parce qu'il n'est plus matre de la sienne qui prtend s'imposer4 ,conquis ou conqurant4 ,au sort de prononcer4 ,et puisque la victoire1 vaillamment dispute1 est au bnfice du vainqueur et des vaincus tout ensemble1 flicitons-nous d'un combat grandiose o la conqute se ralise pour le plus grand bien de tout le monde4 ,honneur aux hommes de bonne volont6 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages4 ,i4--,la ,leon d'une vie #g ,,ii4--,claude ,monet1 peintre #ae ,,iii4--,le ,monde1 l',homme1 la ,lumire #ce ,,iv4--,le ,jardin de ,monet4--,l'tang du ,jardin d'eau #de ,v4--,le ,public #ee ,,vi4--,la ,lutte outrance #fg ,,vii4--,rvolution de cathdrales #ge ,,viii4--,les ,nymphas du ,jardin d'eau #ic ,,ix4--,le ,critique critiqu #ajc ,x4--,conclusion #aac ,,notes3 ,a ,il fut mme bless au creux de la main gauche1 ce qui demanda beaucoup d'explications4 ,ce fut ,pelloquet qui fournit mile ,augier le type de ,giboyer4 ,b ,a ,giverny4 ,c ,curieusement la nouvelle cole en vint inclure douard ,manet1 qui ne fut pas sans regimber d'abord4 ,il avait la dent pointue1 et n'tait pas homme retenir un mot incisif4 ,quand on lui parla pour la premire fois des offensives du pinceau de ,monet3 ,je ne sais pas1 s'cria-t-il1 si celui-ci me volera ma peinture4 ,voil qu'en attendant1 il essaye de me voler mon nom4 ,d ,m4 ,georges ,grappe a crit3 ,claude ,monet traite les ondes lumineuses comme le musicien les ondes sonores4 ,les deux sortes de vibrations se correspondent4 ,leurs harmonies correspondent aux mmes lois inluctables1 et deux tons se juxtaposent en peinture suivant des ncessits aussi rigoureuses que deux notes en harmonie4 ,mieux mme3 les diffrents pisodes d'une srie s'enchanent comme les diffrentes parties d'une symphonie4 ,le drame pictural se dveloppe suivant les mmes principes que le drame musical4