,,un ,,africain ,,manuel ,,de ,,politique ,,musulmane ,,ditions ,,bossard #dc1 ,,rue ,,madame1 #dc ,,paris #aibe ,copyright by ditions ,bossard1 ,paris1 #aibf4 ,,avant-,,propos ,ce petit ouvrage est un livre de bonne foi2 il rsume une exprience de dix annes en terre musulmane vcues au cur des grandes villes maures du ,maghreb ou travers le rude bled berbre4 ,son seul prix rside dans son effort de clart pour tre vridique4 ,on connat mal l',islam chez nous1 et l'on dploie bien peu de soins afin de l'ignorer moins4 ,il y a bientt quatre-vingts ans qu',alexis de ,tocqueville1 dans un magistral rapport prsent la ,chambre des dputs1 au nom de la ,commission des affaires d',algrie1 crivait ces lignes3 ,jusqu' prsent1 l'affaire de l',afrique n'a pas pris1 dans l'attention des ,chambres et surtout dans les conseils du ,gouvernement1 le rang que son importance lui assigne4 ,nous croyons qu'il peut tre permis de l'affirmer1 sans que personne en particulier ait le droit de se plaindre4 ,la domination paisible et la colonisation rapide de l',algrie nous dirions1 aujourd'hui1 de l',afrique du ,nord sont assurment les deux plus grands intrts que la ,france ait actuellement dans le monde2 ils sont grands en eux-mmes et par le rapport direct et ncessaire qu'ils ont avec tous les autres4 ,notre prpondrance en ,europe1 l'ordre de nos finances1 la vie d'une partie de nos concitoyens1 notre honneur national1 sont ici engags de la manire la plus formidable4 ,on n'a pas vu jusqu'ici que les grands pouvoirs de l'tat se livrassent l'tude de cette immense question avec une proccupation constante1 ni qu'aucun en part visiblement et directement responsable devant le pays4 ,nul n'a sembl apporter1 dans la conduite des affaires d',afrique1 cette sollicitude ardente1 prvoyante et soutenue qu'un gouvernement accorde d'ordinaire aux principaux intrts du pays ou au soin de sa propre existence4 ,rien n'y a rvl jusqu' prsent une pense unique et puissante1 un plan arrt et suivi4 ,la volont claire et nergique qui dirige toujours et contraint quelquefois les pouvoirs secondaires ne s'y est pas rencontre4 ,le temps coul n'a fait que donner plus de force ces justes remarques4 ,puissent les quelques chapitres de mise au point qu'on va lire contribuer pour leur faible part la formation d'un tat d'esprit propre favoriser dans la mtropole l'tablissement d'une politique musulmane raliste1 ne de l'exprience des faits1 pratique avec continuit1 et qui1 seule1 pourrait permettre notre pays de maintenir1 au milieu d'un monde boulevers1 son rang de grande puissance africaine et mditerranenne4 ,,manuel ,,de ,,politique ,,musulmane ,,chapitre ,i ,l',,islam ,,et ,,nous ,la fermentation gnrale des esprits due une guerre qui a dtruit nombre de dogmes et d'habitudes politiques en les remplaant souvent fort mal1 et dvelopp1 de faon parfois subite et dmesure1 certaines tendances latentes ou en germe1 a t particulirement sensible dans les pays de l',islam1 dont plusieurs s'agitaient1 ds avant #aiad1 vers des volutions contradictoires ou confuses4 ,les tapes de la transformation du monde musulman ont t si rapides qu'on croit assister depuis quelque dix ans aux changements vue1 sems de pripties1 d'un assez singulier film politique4 ,rappelons sommairement1 pour fixer les ides1 les pisodes principaux de ce spectacle4 ,le dix-neuvime sicle et le commencement du vingtime ont vcu en matire de politique islamique sur la formule de l'homme malade4 ,il y a encore quinze ans1 quatre groupements islamiques faisaient encore figure1 aux yeux du monde1 d'tats indpendants4 ,c'taient le ,maroc1 la ,turquie1 la ,perse et l',afghanistan4 ,balkans1 ,russie et ,angleterre guettaient les premiers symptmes1 chez les trois derniers1 d'une agonie qu'on esprait prochaine4 ,en #aiaa1 la ,tripolitaine tait annexe l',italie2 trois ans plus tard1 le trait d',andrinople amputait gravement la ,turquie4 #aiab vit l'inauguration du ,protectorat franais au ,maroc4 ,survint la grande guerre4 ,durant qu'elle se poursuivait1 des projets d'accords ou de traits instituaient le dpcement mthodique de l'empire turc1 consacr plus tard par le trait de ,svres1 aussi dlicatement fragile que la pte de ce nom4 ,le ,protectorat de l'gypte1 proclam au dbut de la guerre1 tait solennellement ratifi4 ,sitt signe la paix de ,versailles1 le pacte anglo-persan du #i aot #aiai remettait l',angleterre le contrle de l'organisation de l'arme et des finances de la ,perse1 ce qui tait un ,protectorat dguis4 ,l',afghanistan1 o le ,foreign ,office comptait sur l'attitude anglophile de l'mir ,habibullah1 semblait virtuellement vou1 dans un avenir proche1 au mme sort que la ,perse4 ,la chute dfinitive de la puissance politique de l',islam semblait donc rvolue4 ,mais ce n'tait que sur le papier1 et les surprises aussitt commencrent4 ,sous l'influence du malheur1 des ides wilsoniennes et aussi grce l'action d'une tenace et adroite infiltration bolcheviste1 habile exploiter les fautes des ,allis1 il se manifesta un immense branlement de l',islam qu'on put suivre dans sa marche de l'est vers l'ouest1 comme une lente secousse sismique4 ,ce fut d'abord l'closion1 dans le rduit d',anatolie1 d'un nationalisme turc1 patient et fort1 durci par les preuves4 ,une nation1 disait ,renan1 ne prend d'ordinaire la parfaite connaissance d'elle-mme que sous la pression de l'tranger4 ,ce fut le cas pour la ,prusse en #ahac et pour la ,turquie de #aiai4 ,alors que ,constantinople vivait paralyse sous les canons braqus des flottes allies1 ,angora rsista et triompha4 ,le rsultat en fut une exaltation littralement extraordinaire du nationalisme ottoman dont les pripties de ,lausanne ont pu fournir une ide1 une transformation et un rajeunissement singulier du vieil empire d',abdul-,hamid et dont le moindre signe n'est pas cette mesure rvolutionnaire de politique intrieure portant suppression pure et simple du ,califat4 ,en ,perse1 le mouvement contre l'imprialisme anglais1 exploit par les bolchevistes qui envahirent le pays1 amena le retrait des troupes britanniques1 et1 en aot #aiba1 deux ans peine aprs le trait qui autorisait un espoir de mainmise absolue1 lord ,curzon dut reconnatre la ,chambre des lords l'chec complet de la politique anglaise4 ,en ,afghanistan1 l'mir ,amunallah1 qui avait succd son pre1 assassin1 dclara la guerre l',angleterre et causa de vives inquitudes au gouvernement de l',inde2 une paix fut signe ,kaboul qui affirma l'autonomie de l',afghanistan1 en dliant l'mir de son ancienne obligation de ne pas entretenir de relations diplomatiques avec d'autres pays que l',inde anglaise#a4 #a ,en consquence1 une lgation franaise a t cre en ,afghanistan4 ,en dpit de ses attaches avec ,moscou1 l'mir actuel semble trs favorable la ,france et dsireux d'entretenir avec elle des relations cordiales4 ,saurons-nous profiter de l'occasion qui nous est offerte de nous crer un puissant centre de renseignements en mme temps qu'une amiti solide en ,asie ,centrale8 ,l'gypte1 aprs des efforts douloureux1 a secou sa tutelle4 ,en ,tripolitaine1 grce au gouvernement des grands fodaux1 en qui l',italie avait plac une bien imprudente confiance1 en mme temps qu'elle promulguait1 mue par un libralisme ingnu et de faade1 une constitution inapplicable1 l'occupation effective1 se trouva bientt rduite la seule ville et aux alentours immdiats de ,tripoli4 ,cependant1 dans la ,rgence1 la publication bruyante du pamphlet antifranais ,la ,tunisie martyre1 les promenades ,paris d'une dlgation de jeunes intellectuels agits1 soutenus en sous main par de vieux turbans aigris1 les intrigues du palais beylical1 furent l'indice d'une agitation autonomiste assez srieuse1 qui atteignit son comble peu de temps avant le voyage de ,m4 ,millerand1 et contre laquelle il fallut promptement ragir4 ,en ,algrie1 l'application inopportune de la loi de #aiai sur l'lectorat permit aux fauteurs de troubles de semer du dsordre4 ,enfin1 au ,maroc1 si la zone franaise de l',empire restait calme1 la rvolte du ,riff contre les ,espagnols et la proclamation toute nominale d'une rpublique riffaine1 signala1 en mme temps1 qu'une adaptation un peu htive chez les frustes ,berbres au formulaire politique1 un singulier dsir de se rendre indpendants d'un joug aussi maladroit que pesant4 ,ces mouvements divers1 et tous peu prs concomitants1 peuvent-ils tre considrs comme le fruit passager du bouleversement que la guerre a mis dans les consciences8 ,ne manifestent-ils enfin qu'un de ces brefs sursauts d'nergie comme l',islam1 au cours de sa carrire1 en a prsent quelquefois pour mieux retomber ensuite dans son apathie coutumire8 ,ou bien s'agit-il1 sous le double choc des tribulations subies et de l'exemple fourni par l',europe1 d'une vritable renaissance1 analogue celles qui firent sortir en ,occident les temps modernes du moyen ge1 un immense risorgimento dont on ne peut prvoir encore ni calculer le dveloppement futur et les consquences infinies pour l'avenir du monde8 99 99 99 99 99 ,une opinion longtemps soutenue1 et qui paraissait dduite des faits1 tend dmontrer que l',islam est une puissance d'inertie1 hostile la civilisation occidentale1 qu'elle repousse d'instinct4 ,en dpit des apparences et de certains travestissements qui trompent les profanes non rompus la pratique de ses hommes et de ses choses1 l',islam est intransformable et incapable dans sa substance mme d'une volution normale et profitable4 ,il constitue un bloc tout jamais impuissant se mettre de pair--d'nergie et d'me--avec les nations occidentales4 ,le meilleur sort qui puisse advenir aux pays islamiques est qu'ils se placent1 de gr ou de force1 sous la tutelle de dominations trangres dont la ferme direction leur accordera le bienfait de l'ordre qu'ils sont bien empchs d'instituer par eux-mmes4 ,renan avait proclam cette thse1 qui semblait confirme par presque tous les hommes d'action ou de pense ayant vcu en terre d',islam4 ,il y a une vingtaine d'annes1 colons1 administrateurs ou officiers d',algrie ou de ,tunisie1 vieillis sous le harnais1 se trouvaient l d'accord4 ,lord ,cromer fut aussi un interprte particulirement autoris de cette manire de voir lorsqu'il disait3 ,on ne peut pas rformer l',islam1 c'est--dire que l',islam rform n'est plus l',islam1 c'est autre chose4 7,modern ,egypt1 ,,ii1 #bbi74 ,et1 l'appui de cette constatation1 les exemples semblent affluer4 ,l'histoire montre le pitoyable tat de l',afrique du ,nord durant le long interrgne entre les empires romain et byzantin et la domination franaise1 o l'autochtone et l',arabe1 livrs eux-mmes1 ne firent que piller et puiser le pays1 au milieu d'une anarchie irrductible4 ,l'observation la plus lmentaire tablissait encore nagure comme un triste privilge des pays orientaux le mpris des longs desseins1 l'absence d'idal et de vertus civiques1 la concussion admise et leve la hauteur d'une institution1 l'immense apathie traverse de courtes crises violentes et sans grande porte4 ,dans quel tat de dcrpitude et de dcomposition interne n'avons-nous pas trouv le ,maroc1 qui1 actuellement soumis notre obdience et pli nos disciplines1 sort presque trop vite de sa torpeur1 et dont demain1 peut-tre1 il faudra refrner l'essor inquiet et vite frondeur4 ,d'ailleurs1 chaque fois que l',islam a brill dans le monde d'un vif clat1 n'tait-ce point seulement lorsque le contact d'une civilisation voisine lui infusait ses vertus actives et l'levait en quelque sorte au-dessus de lui-mme4 ,la prosprit et les grces charmantes des royaumes andalous au moyen ge1 l'affinement et le got de la spculation joints celui des affaires chez la population de ,fez1 ne sont-ils pas dus l'abondante influence du gnie juif1 qui fit germer l des qualits qui sans lui ne seraient jamais venues jour8 ,l'exceptionnel rayonnement des dynasties saadiennes au ,maroc1 au dbut du dix-septime sicle1 ne provient-il pas de ce que le ,maghreb d'alors tait en contact troit et permanent avec l',europe4 ,le ,maroc tait infiniment plus ouvert1 il y a trois sicles1 tout ce qui venait d',europe qu'au dbut du vingtime4 ,l'poque des ,sultans saadiens fut incomparablement brillante par l'tendue et l'activit des relations entretenues avec les nations chrtiennes3 celles-ci fournissaient alors aux ,sultans une garde prtorienne de rengats1 des instructeurs pour les troupes1 voire de hauts fonctionnaires1 sans compter les ingnieurs1 les architectes et les artistes4 ,la fameuse bataille des ,trois-,rois ,el ,ksar1 o prit ,don ,sbastian1 roi de ,portugal1 marque l'apoge de la puissance militaire marocaine la fin du seizime sicle4 ,au point de vue maritime1 il y eut des pirates et corsaires saltins tant que la ,hollande et l',angleterre voulurent bien fournir les navires et leurs agrs1 et trs probablement aussi capitaines et subrcargues1 pour instruire les quipages et les mener1 aiguillonns par le got du pillage1 vers les chemins de l'aventure4 ,la dynastie actuelle1 ne prcisment de la raction de puritains sahariens1 borns et barbares1 contre cette infiltration chrtienne1 pourtant si bnfique1 s'opposa radicalement toute influence trangre dans les destines du ,maghreb4 ,il s'ensuivit cette dcadence profonde ou plutt cette stagnation dans laquelle sommeillait encore le ,maroc il y a quelque vingt ans4 ,si le ,maroc avait volu dans le sens o l'avaient engag les princes saadiens1 il serait rapidement devenu une ,turquie occidentale4 ,la ,turquie et l'gypte dominent incontestablement le monde musulman par leur facilit d'adaptation aux murs europennes2 la cause n'en doit-elle pas tre recherche dans le mlange extrme de races1 au cur des grandes villes du ,levant1 qui a peupl au dix-neuvime sicle les harems de nombreuses femmes d'origine chrtienne et assur ainsi un apport non ngligeable de sang occidental8 ,sans se laisser convaincre par tout cet talage de raisons1 les amis de l',islam rpondent que le monde musulman n'est pas cet organisme fig que seule une vue superficielle permet d'entrevoir4 ,la civilisation sarrazine tait1 il y a huit ou neuf sicles1 la plus florissante du monde1 et ,charlemagne un retre grossier auprs d',haroun4 ,l',islam a pu prsenter une longue priode d'clipse et de vie ralentie4 ,qui peut dmentir que1 sortant de son stade mdival1 il ne s'lance pas vers une priode nouvelle o1 tout en gardant son originalit propre1 il vivra d'une existence rgnre et dsormais sans lisire8 ,l',islam se trouvait hier au mme point que la chrtient au quinzime sicle1 au dbut de la ,rforme4 ,il y a la mme suprmatie du dogme sur la raison1 la mme adhsion aveugle aux prceptes et l'autorit1 la mme suspicion et la mme hostilit l'gard de la libert de penser et de la science4 ,cette attitude des ,vieux-,croyants n'est-elle pas celle de l'glise catholique avant le grand mouvement de la ,renaissance8 ,au demeurant1 la pure doctrine islamique est peut-tre moins ferme qu'on ne le croit au progrs1 aux transformations ncessaires4 ,en vertu du principe traditionnel de l',idjm1 le consentement de la majorit des musulmans toute proposition nouvelle a force de loi4 ,le principe de l',idjm1 a dit ,goldziher1 contient en germe la facult pour l',islam de se mouvoir librement et d'voluer4 ,il offre un correctif opportun la tyrannie de la lettre morte et de l'autorit personnelle4 ,il s'est affirm1 au moins dans le pass1 comme le facteur primordial de la capacit d'adaptation de l',islam4 ,dans l',inde1 toute une cole de libraux musulmans1 qui s'intitulrent les no-motazlites1 en vint prconiser une modernisation gnrale de l',islam4 ,rien n'est plus loign de la pense du prophte1 crit un de ses principaux reprsentants1 ,si ,kudda ,bukhsh1 que d'enchaner l'esprit ou d'imposer des lois fixes et immuables ses partisans4 ,le ,coran est un livre qui doit servir de guide aux fidles1 mais non d'obstacle dans la voie de leur dveloppement social1 moral1 lgal et intellectuel4 ,et il ajoute3 ,l',islam moderne1 avec sa hirarchie sacerdotale1 son fanatisme grossier1 son ignorance effroyable et ses pratiques superstitieuses1 est incontestablement une honte pour l',islam du prophte ,mahomet4 ,et il conclut par la profession de foi librale suivante3 ,l',islam est-il hostile au progrs8 ,je rpondrai dlibrment non4 ,dpouill de sa thologie1 l'islamisme est une religion parfaitement simple4 ,son principe cardinal est la croyance en un ,dieu unique et la croyance que ,mahomet est son prophte4 ,le reste n'est qu'addition superflue#b4 #b ,kudda ,bukhsh4 ,essays3 ,indian and ,islamic1 p4 #bj1 #bd 7,londres1 #aiab71 cit par ,lothrop ,stoddard4 ,le ,monde nouveau de l',islam1 p4 #da4 ,payot1 #aibc4 ,d'ailleurs1 la rigidit primitive de l',islam1 faite pour se garantir des atteintes que le contact d'autres religions pouvait porter sa puret1 n'est gure plus de mise aujourd'hui4 ,le temps des grandes luttes religieuses semble termin dans le monde4 ,il n'y a plus de croisades#c4 ,la chrtient est tolrante1 et l',islam galement1 qui vient de raliser en ,turquie une lacisation assez radicale#d4 #c ,elles sont remplaces par les grandes luttes conomiques et sociales1 davantage sanglantes et dvastatrices4 #d ,en gypte1 on a vu des prtres prcher dans les mosques sur le patriotisme1 des cheikhs traiter le mme sujet du haut de la chaire d'une glise1 et les fidles de tous les cultes prononcer le mme jour1 la mme heure1 la mme prire pour demander la libration de leur pays4 ,de telles manifestations auraient t nagure inconcevables4 7,,xx4 ,l',islam et son avenir4 ,revue des ,deux ,mondes1 #a;er aot #aiba74 ,le #aa dcembre #aiba1 le prince hritier de ,turquie1 entour des membres de la famille impriale et des ministres1 assist du grand-rabbin et des patriarches grecs et armniens1 inaugurait sur une des places de la capitale un monument lev la gloire du pape4 ,on lisait cette inscription sur le socle de la statue3 ,au grand pontife1 qui rgna une heure tragique du monde1 ,benot ,,xv1 bienfaiteur des peuples1 sans distinction de nationalit et de religion1 l',orient4 ,l',islam est certes davantage qu'une religion2 il est aussi une dogmatique et une lgislation2 il est enfin une civilisation qui confre tous ses adeptes dans le monde une attitude commune devant les problmes humains et divins1 d'identiques faons1 aux nuances prs1 d'imaginer1 de raisonner mtaphysiquement et de sentir4 ,or1 le ,japon possde aussi une civilisation originale et qui lui est propre2 cela ne l'a pas empch d'voluer d'une faon surprenante en un demi-sicle2 il est un exemple merveilleux d'une assimilation extrieure produite dans un laps rapide1 tout en conservant peu prs intact le patrimoine moral qui faisait sa force4 ,rien ne fait donc obstacle1 concluent les islamisants optimistes1 ce que l',islam soit semblable la chrtient1 qui a conserv sa religion en passant du moyen ge aux temps modernes et des temps modernes la ,rvolution et l'poque contemporaine2 il peut se transformer compltement dans le domaine pratique sans que soit modifi en rien l'essentiel de ses croyances et de son idologie4 ,d'ailleurs1 une religion qui compte #bej millions d'adeptes et recrute tous les ans des dizaines ou des centaines de milliers de nophytes1 possde une telle vitalit et une telle puissance d'expansion que sa doctrine ne se peut altrer1 en dpit de la modernisation des murs dans la masse des croyants4 ,a la condition expresse1 toutefois1 que ses foyers primitifs ne soient pas soumis un joug tranger et vicis pour ainsi dire dans leurs sources de rayonnement4 ,la renaissance de l',islam politique1 dans le sens de son affranchissement1 apparat donc ainsi comme une ncessit vitale pour la conservation de l',islam religieux et la continuation de son essor4 ,comme le ,japon au milieu du dix-neuvime sicle1 les tats musulmans1 plus spcialement la ,turquie qui est leur tte1 doivent s'adapter ou disparatre4 ,c'est ce qu'avaient compris1 au cours du dernier sicle1 en copiant gauchement les institutions europennes1 ,mahmoud ,,ii et ,mhmet ,ali1 puis les premiers ,jeunes-,turcs de #ahgf1 qui tentrent l'essai phmre d'un parlement4 ,comme celle de tous les prcurseurs1 l'uvre des uns et des autres1 trop prmature1 aprs avoir jet un faible clat1 choua2 elle fut reprise en #aijh par la gnration qui suivit et qui fit la rvolution la fois en ,perse et en ,turquie4 ,malheureusement l'entreprise manquait encore d'une base assez solide3 les esprits et les curs n'taient pas encore mrs pour donner un soutien efficace aux institutions nouvellement implantes4 ,les minorits turques et persanes qui dirigeaient cet effort ne s'appuyaient pas sur une opinion publique puissante1 n'taient pas soutenues par la pression d'un grand mouvement populaire4 ,il fallut l'closion d'un nationalisme1 lui-mme issu des malheurs de la guerre et des apptits non dguiss des nations europennes et se substituant au panislamisme de nagure1 pour amener la renaissance actuelle de l'activit politique de l',islam4 99 99 99 99 99 ,le panislamisme est chronologiquement le premier grand mouvement de raction qui se soit dessin en ,islam contre l'envahissement par les puissances europennes des pays orientaux tombs1 la fin du dix-huitime sicle1 dans ce profond tat d'anarchie et de caducit dont le ,maroc d'il y a vingt ans nous donnait encore une assez exacte ide4 ,l'phmre agitation wahabite1 courte dans l'espace et la dure1 mais profonde de consquences par son caractre de renaissance religieuse et de rnovation de l'esprit public1 la propagande senoussiste et la multiplication des confrries religieuses1 l'action personnelle d',abdul-,hamid et de son grand agent de publicit ,djemal-ed-,din marquent1 en un peu moins d'un sicle1 les grandes tapes du panislamisme dans le ,proche-,orient4 ,le panislamisme1 qu'il importe de bien dfinir1 est en premier lieu l'affirmation pose comme principe et l'extension admise comme but de la solidarit morale qui lie entre eux tous les musulmans2 c'est ensuite la conviction que l',islam possde en lui des forces spirituelles assez puissantes pour assurer sa rgnration matrielle et son prestige4 ,l',islam peut s'inspirer de toutes les transformations politiques1 juridiques et sociales1 ainsi que des mthodes qui font la vigueur constitutive des nations occidentales1 mais il doit se les assimiler par une laboration personnelle et non les copier servilement1 les utiliser1 mais en les pliant la forme de son gnie4 ,c'est la notion du fara da se4 ,elle est parfaitement dveloppe dans l'ouvrage ,le ,rveil des peuples islamiques au quatorzime sicle de l',hgire1 paru au ,caire quelques annes avant la guerre et dont l'auteur est un jeune gyptien1 ,yahya ,seddik1 licenci en droit de l',universit de ,toulouse1 devenu juge dans son pays4 ,quoiqu'il ait crit prs de dix ans avant le cataclysme europen1 ,yahya ,seddik avait prvu l'imminence de la guerre europenne4 ,contemplez1 crit-il1 ces grandes puissances qui se ruinent en armements effrayants1 qui comparent leurs forces rciproques d'un il de dfiance1 se menacent l'une l'autre1 contractent des alliances qu'elles rompent continuellement et qui prsagent ces chocs terribles qui mettent le monde sens dessus dessous et le couvrent de ruines1 de feu et de sang6 ,l'avenir est ,dieu1 et rien ne dure que sa volont4 ,yahya ,seddik considre le monde occidental comme dgnr4 ,cela signifie-t-il que l',europe1 notre guide clair1 ait dj atteint le sommet de son volution8 se demande-t-il4 ,a-t-elle dj puis sa force vitale en deux ou trois sicles de surmenage8 ,en d'autres termes1 est-elle dj frappe de snilit et sera-t-elle bientt rduite abandonner son rle civilisateur d'autres peuples moins dgnrs1 moins neurasthniques1 c'est--dire plus jeunes1 plus robustes1 plus sains qu'elle8 ,a mon avis1 l',europe a atteint actuellement son apoge1 et son expansion coloniale immodre est un signe non de force1 mais de faiblesse4 ,en dpit de l'aurole de tant de grandeur1 de puissance et de gloire1 l',europe est aujourd'hui plus divise et plus fragile que jamais et elle masque mal son malaise1 ses souffrances et son angoisse4 ,sa destine s'accomplit inexorablement4 ,le contact entre l',europe et l',orient nous a fait beaucoup de bien et beaucoup de mal3 beaucoup de bien au point de vue matriel et intellectuel1 beaucoup de mal au point de vue moral et politique4 puiss par de longues luttes1 nervs par une civilisation brillante1 les peuples musulmans n'ont pu que ressentir un malaise2 mais ils ne sont pas frapps au cur1 ils ne sont pas morts6 ,ces peuples vaincus par la force du canon n'ont en rien perdu leur unit1 mme sous les rgimes d'oppression auxquels les ,europens les ont longtemps assujettis444 ,j'ai dit que le contact de l',europe nous a t salutaire et au point de vue matriel et au point de vue intellectuel4 ,ce que les princes musulmans partisans de rformes dsiraient imposer de force leurs sujets est ralis cent fois aujourd'hui4 ,au cours des vingt-cinq dernires annes1 nos progrs dans les sciences1 les lettres et les arts ont t si considrables que nous pouvons parfaitement esprer tre1 dans tous ces domaines1 gaux de l',europe en moins d'un demi-sicle444 ,une re nouvelle s'ouvre pour nous avec le quatorzime sicle de l',hgire1 et ce sicle heureux doit marquer notre renaissance et notre grand avenir6 ,un nouvel esprit anime les peuples musulmans de toutes races2 tous les mahomtans se pntrent de la ncessit du travail et de l'instruction4 ,nous dsirons tous voyager1 faire des affaires1 tenter la fortune1 braver des prils4 ,on voit chez les mahomtans1 en ,orient1 une activit surprenante1 une animation inconnue il y a vingt-cinq ans4 ,il existe aujourd'hui une vritable opinion publique en ,islam4 ,l'auteur conclut ainsi3 ,tenons bon6 ,chacun pour tous1 et esprons1 esprons1 esprons6 ,nous sommes lancs sur le chemin du progrs2 profitons-en6 ,c'est la tyrannie mme de l',europe qui a opr notre transformation6 ,c'est notre contact avec l',europe qui favorise notre volution et hte l'heure inluctable de notre rveil4 ,ce n'est qu'une rptition de l'histoire1 la volont de ,dieu qui s'accomplit en dpit de toute opposition et de toute rsistance444 ,la tutelle de l',europe sur les ,asiatiques devient de plus en plus nominale4 ,les portes de l',asie se ferment aux ,europens6 ,nous entrevoyons certainement devant nous une rvolution sans parallle dans les annales du monde4 ,un nouvel ge est proche6#e #e ,cit par ,lothrop ,stoddard4 ,le ,nouveau monde de l',islam1 p4 #gi #ha4 ,payot #aibc4 ,il y a plus de quinze ans que ces lignes ont t crites4 ,l'tat d'esprit qu'elles dnotent n'a fait1 au lendemain de la guerre1 que se prciser davantage et s'tendre en cercles de plus en plus agrandis4 ,il s'est manifest trs nettement dans le mouvement gyptien en vue de l'indpendance et plus dernirement la ,confrence de ,lausanne4 ,les ,turcs vivent dans un rve de gloire militaire et d'omnipotence absolue1 crivait un journaliste accrdit prs de cette runion diplomatique2 ils mprisent l',occident1 ses coutumes1 ses lois et ses murs1 et se croient capables1 avec leurs #bjj4jjj hommes1 d'aller cette fois beaucoup plus loin que sous les murs de ,vienne4 ,un d'eux disait hier un ,europen3 ,me trouvez-vous trs diffrent d'un ,franais ou d'un ,anglais quand je vous parle8 ,croyez-vous pourtant que j'ai reu une ducation europenne8 ,tout ce que je sais1 je l'ai appris chez moi2 je suis soumis des lois turques1 une morale turque1 et vous devez convenir que je suis quand mme votre semblable4 ,qu'il s'agisse du plus humble fonctionnaire de la dlgation ou de ses chefs1 c'est la mme exaspration de l'individualisme1 le mme orgueil du1 la mme crainte d'tre traits en infrieurs1 la mme mfiance envers l',occident#f4 #f ,p4 de ,lacretelle4 ,journal des ,dbats1 dit4 hebd41 #e janvier #aibc4 ,le grand mouvement de diffusion islamique inaugur par ,djemal-el-,din-el-,afghani se poursuit1 de plus en plus vivace4 ,les circonstances l'ont aid puissamment4 ,l'extrme commodit et le bon march des communications1 le tlgraphe1 la presse#g facilitent trangement cette interpntration de toutes les parties de l',islam4 ,notre ,afrique du ,nord est cet gard un champ d'observation fort intressant4 ,l'volution s'y accomplit sous nos yeux avec une singulire rapidit4 ,on sait les turbulentes manifestations qui ont clat dans la ,rgence de ,tunis1 sitt aprs la guerre1 ainsi que les incidents qui ont marqu en #aiai la campagne lectorale en ,algrie4 ,le ,maroc tait1 avant la guerre1 profondment indiffrent au reste de l',islam1 avec lequel il ne communiquait gure qu' l'occasion des plerinages de la ,mecque4 ,l'opinion de ,stamboul le laissait froid4 ,le vieux ,maghreb vivait comme isol dans son empire du ,soleil-,couchant1 sis entre l',atlas et la mer des ,tnbres1 et les bruits du dehors ne troublaient ni mme ne sollicitaient sa curiosit4 ,or1 le voil qui sort de son sculaire ddain pour l',orient mditerranen1 s'intresse aux affaires ottomanes1 se rjouit1 avec nous d'ailleurs1 du triomphe de ,moustapha-,kmal2 et les jeunes habitants de ,fez circulent autour de ,karaouyne avec sous leurs tapis de prires les journaux de ,tunis ou du ,caire que laisse filtrer la censure1 et les autres1 plus subversifs1 venus parfois de fort loin par les mains des moqaddems ou quteurs des confrries religieuses4 #g ,en #aijj1 il n'y avait pas plus de #bjj journaux de propagande dans tout le monde musulman4 ,en #aijf1 il y en avait #ejj1 et en #aiad il y en avait plus de #a4jjj4 ,cf4 ,servier4 ,le ,nationalisme musulman1 p4 #ahb4 ,le chiffre actuel doit tre encore plus considrable4 ,beaucoup plus rcent que le panislamisme1 mais davantage fcond en rsultats positifs1 le nationalisme est venu donner des directives plus concrtes aux aspirations des peuples islamiques4 ,en gypte1 au ,hedjaz1 mais surtout en ,turquie qui tient la tte de la renaissance islamique en cours1 l'ide de patrie jusqu'alors dilue dans le concept vague d'une grande communaut islamique aux limites lastiques ou au contraire rtrcie aux limites de la tribu et du clan1 s'est constitue au cur des masses avec une vigueur insouponne4 ,l',islam turc1 menac1 a saisi d'instinct la valeur en quelque manire axiale de l'ide de patrie pour la sauvegarde de son indpendance4 ,elle seule permettait de runir toutes les forces parses1 de les intgrer dans un mme idal1 en un mot de faire front4 ,peut-tre le ,proche-,orient a-t-il eu la vision dans le pass de la tragique destine du peuple juif1 ternel opprim parce que sans patrie1 toujours brim parce que destin camper chez les autres4 ,la guerre1 partout dans le monde1 parat avoir exaspr chez les moindres groupes ethniques un dsir d'individualisme et d'indpendance4 ,les rformateurs de #aijh1 proclament les nationalistes turcs d' prsent1 taient des idologues1 s'exaltant aux ides de libert1 d'galit1 d'un progrs thorique2 nous nous inspirons1 nous1 de l'ide nationale#h4 ,dsir1 avant tout1 d'affranchissement3 il faut librer la ,turquie de la tutelle politique de l',europe1 d'abord tre matre chez soi4 ,lorsqu'on interroge les ,turcs ce sujet1 la rponse ne varie gure3 ,qu'importe la grandeur de notre pays1 pourvu que nous soyons matres chez nous6 ,les questions territoriales ont moins d'importance nos yeux que celles qui visent ces garanties financires et conomiques que vous nous demandez et qui vicient notre indpendance4 ,nous nous contenterions d'une seule province si nous tions srs d'tre dbarrasss compltement de toute capitulation4 ,cette unanimit prouve jusqu' quel point les clauses sur lesquelles la rupture s'est faite la premire ,confrence de ,lausanne constituaient pour les ,turcs un point sensible presque affectif444 ,pourquoi nous demander des garanties spciales1 ont-ils l'air de nous dire1 alors qu'on n'en exige pas d'autres tats8 ,n'est-ce pas considrer le peuple turc comme incapable et infrieur8#i #h ,maurice ,pernot4 ,la ,question turque1 p4 #db1 ,paris #aibc4 #i ,p4 ,gentizon4 ,l'tat d'esprit en ,turquie2 ,le ,temps1 fvrier #aibc4 ,c'est bien par cet ardent dsir de vivre libres et d'organiser leurs destines nationales afin de continuer faire figure dans le monde1 dsir traduit souvent par d'excessives et injustes susceptibilits1 que se manifeste chez les ,turcs le germe vivace et gros de promesses d'une renaissance qui entranerait vraisemblablement tout l',islam sa suite4 ,la ,turquie joue donc l'exprience entreprise par le ,japon il y a soixante-dix ans4 ,figurant aujourd'hui par son dveloppement et la valeur de ses lites au premier rang de l',islam1 elle peut crer chez elle1 par la vertu de son exemple et le modle de ses disciplines1 une profonde transformation de ses conditions d'existence4 ,le sort moderne de l',islam1 de ,mogador ,thran1 est suspendu tout entier aux chances de cette russite4 ,la premire dmarche de cette renaissance est dj effectue3 elle est d'ordre politique et militaire4 ,c'est beaucoup comme indice1 c'est encore peu comme ralisation effective4 ,la principale condition du relvement d'un peuple est accomplie2 l'assise est fonde2 il reste btir4 ,le lgislateur primaire et lger de #aijh a cru la vertu des rformes htives et plaques pour transformer la nation4 ,elles ne vcurent que sur le papier4 ,il y a un mot d',auguste ,comte1 que tous les rformateurs peuvent mditer1 sur l'erreur de confier aux lois le soin de solutions qui doivent tre rserves aux murs4 ,les rformes ne valent qu'autant que le terrain social et moral a t amnag suffisamment pour les rendre fcondes2 si elles n'existent que dans leur lettre seule1 leur vitalit est phmre4 ,l'uvre de volont entreprise par le ,gouvernement d',angora1 ayant triomph l'extrieur1 doit maintenant s'atteler la grande besogne de l'intrieur4 ,il ne s'agit ni plus ni moins que de construire une nation moderne2 tout demeure faire dans l'instruction publique1 la lgislation1 l'conomie sociale4 ,ce n'est pas l travail d'un jour1 d'autant qu'en adaptant la ,turquie aux exigences de la vie internationale1 il faut conserver intactes les aspirations du peuple turc et de l',islam1 ce qui constitue1 pour l'un et l'autre1 leur armature1 leur ressort et leur raison d'tre4 ,la tentative de la ,turquie1 sur laquelle est pose l'attention de l',islam tout entier1 offre pour l'avenir du monde un exceptionnel intrt4 ,il serait vain de s'tendre sur des anticipations prmatures4 ,mais est-il permis cependant de dcrter a priori comme impossible le fait de voir jamais une ,turquie fortement constitue1 aux portes de l',europe1 devenir le noyau d'un esprit fdraliste musulman s'tendant de l',atlantique au golfe ,persique8 ,et l'idal de ce fdralisme ne serait-il pas dans la formation d'tats-,unis d',islam librs de toute attache avec les anciennes nations suzeraines8 ,le ,congrs panislamique qui a eu lieu ,sivas au dbut de #aiba paratra peut-tre alors comme l'indice prcurseur de l'vnement4 99 99 99 99 99 ,une pense politique digne de ce nom se doit de suivre les aspirations et les courants qui traversent les groupes islamiques4 ,en ,france1 une telle proccupation s'impose plus que partout ailleurs4 ,notre empire nord-africain nous tient par tant de liens1 il constitue un tel point l'assise de notre puissance mditerranenne que tout ce qui touche sa conservation ou sa sauvegarde prend aujourd'hui une valeur inusite4 ,gouverner1 rpte-t-on souvent1 c'est prvoir1 et prvoir1 c'est d'abord tre attentif4 ,il faut observer pour comprendre et agir en connaissance de cause4 ,devant les prtentions qu'lvent certaines minorits1 les excitations qu'elles subissent et rpandent leur tour1 dformes1 au sein de masses ignares1 les propagandes dont elles sont sollicites1 on ne saurait trop voir clair et veiller2 un feu qui couve1 s'il se dclare brusquement1 peut enflammer des foules impulsives qui confondent une mancipation dont elles ne peuvent saisir les termes ni les bornes avec une aveugle xnophobie ou un retour l'anarchie trop naturelle leurs penchants4 ,en cette matire1 qui est srieuse1 une haute impartialit1 qui n'est pas exclusive d'une sympathie et d'une sollicitude profondes1 doit nous prmunir contre tout ce qui est tranger son dessein2 celui-ci consiste en l'adoption de points de vue et de solutions ralistes4 ,dans les chapitres de ce petit livre1 il s'agit avant tout d'une mise au point permettant tout lecteur sans parti pris d'embrasser les donnes du problme et d'en apprcier l'importance unie la souveraine actualit4 ,il nous est1 en effet1 plus que jamais ncessaire d'avoir ce qu'on est convenu d'appeler une politique musulmane4 ,et pour qu'elle ne soit pas un mot vide1 il est peut-tre opportun de la prciser4 ,tous les problmes touchant la politique musulmane ont t obscurcis la fois par des romanciers amateurs de turqueries1 des publicistes peu avertis ou exploitant une veine alimentaire1 des politiciens en mal de rclame4 ,il serait bon1 une fois pour toutes1 de ragir contre des courants d'ides aussi troubles au moyen de considrations qu'inspirent le seul examen du rel et l'lmentaire souci de la bonne foi4 ,politique musulmane est le ssame des parlementaires et des journalistes qu'intressent peu ou prou1 et pour des raisons varies1 les choses de l',afrique du ,nord1 de la ,syrie ou d'ailleurs4 ,on le prodigue mme un peu tort et travers4 ,toutefois les esprits videmment lunatiques1 que l' peu prs satisfait mal1 s'tonneront peut-tre du caractre trangement vague de ce terme et de son pithte4 ,politique musulmane1 cela sonne bien dans un discours1 mais a-t-on jamais entendu parler d'une politique protestante ou bien bouddhiste1 voire mormone8 ,la ,france est une puissance musulmane1 comme on dit1 et il y a une solidarit entre tous les musulmans1 du fait de leur religion identique2 voil qui est bien entendu4 ,mais il y a des ,espagnols1 des ,allemands1 des ,autrichiens1 des ,franais catholiques et protestants1 comme il y a des ,hindous1 des ,turcs1 des ,marocains1 des ,soudanais musulmans1 et cette tiquette confessionnelle ne constitue encore prsent entre eux qu'un lien politique nul dans un cas1 trs faible dans l'autre4 ,nous avons1 nous devons avoir1 en tout cas1 des politiques turque1 algrienne1 marocaine1 syrienne aussi1 si l'on veut bien4 ,nous n'usons pas partout de procds identiques4 ,cela va sans dire1 objectera-t-on2 certes1 mais1 comme disait un homme d'esprit1 cela irait encore bien mieux en le disant4 ,les formules toutes faites prsentent un cueil4 ,la politique est un mot dont le contenu doit tre souple et non rigide2 le seul critrium d'une bonne politique franaise1 en pays musulman comme ailleurs1 est le prestige moral et matriel de la ,france2 et si les voies de cette politique sont quelquefois dissemblables1 suivant le lieu et le moment1 c'est afin d'tre davantage prcises et mieux adaptes leur objet4 ,en vrit1 ce terme1 cette ide mme de politique musulmane est la fois concomitante et corollaire de celle qui a prsid la conception d'un ministre ou sous-secrtariat de l',afrique du ,nord4 ,le projet d'un ministre de l',afrique du ,nord a eu du succs quelque temps4 ,il subit prsent une clipse2 soyez srs qu'il s'imposera nouveau quelque jour avec force et insistance4 ,il correspond un besoin de symtrie verbale4 ,n'avons-nous pas l',afrique ,occidentale1 l',afrique quatoriale8 ,il faut l',afrique ,septentrionale1 troisime entit1 pour faire pendant1 mme si le dsir d'unification artificielle1 dans le troisime cas1 doit l'emporter sur toutes considrations d'opportunit4 ,toujours le mme apptit de gnralisation abusive autour d'une formule1 ft-ce au mpris des ralits et des faits1 qui seuls comptent#aj4 #aj ,voir note ,i la fin du volume4 ,cette rserve tablie1 il reste dterminer les notions gnrales et effectives qui peuvent se grouper sous la formule un peu trop lastique1 mais commode et qu'on adopte par suite1 de politique musulmane4 ,la politique musulmane1 les gens qui en vivent ont intrt faire croire qu'elle est une chose trs complique2 ses arcanes ne seraient familires qu'aux initis et le commun des mortels n'y entendrait rien4 ,faisons descendre la politique musulmane du ciel sur la terre1 comme un illustre le fit jadis de la philosophie4 ,dveloppements oratoires1 philosophiques et sociaux mis part1 ce qu'on nomme politique musulmane peut se rsumer en quatre propositions3 #a ,il faut d'abord connatre l',islam et les musulmans avant d'en parler et surtout d'agir leur endroit4 ,ce sera l l'objet de notre chapitre ,les ,dangers de l'islamomanie4 #b ,pour qu'une nation europenne puisse agir efficacement en ,islam1 il faut d'abord qu'elle s'impose par la force matrielle et l'clat moral la fois sur les peuples qui doivent tre mis en tutelle ou le sont dj1 et sur ceux libres ou rcemment affranchis dont elle veut acqurir des avantages ou simplement des gards4 ,le ,memento tu regere devient en l'occurrence un principe politique imprescriptible4 #c ,il faut accorder aux musulmans que nous avons charge de rgir ou de protger ce qu'ils rclament raisonnablement et correspond leurs besoins et leur mentalit4 ,le chapitre ,les ,bienfaits ncessaires sera consacr l'examen de cette simple vrit4 #d ,il ne faut pas imposer ces musulmans ce qu'ils ne demandent pas et ne correspond ni leurs besoins ni leur mentalit1 c'est--dire des bienfaits prilleux4 ,dans un chapitre de conclusion1 nous tirerons de ce rapide examen une ide gnrale de ce que doit tre ,le ,rle franais en ,islam4 99 99 99 99 99 ,la politique musulmane n'est ni ne doit tre une somme de recettes mystrieusement labore dans des bureaux parisiens par de soi-disant spcialistes1 d'aprs des donnes fournies par des informateurs parfois douteux2 elle ne rside pas non plus dans un programme aveuglment libral1 conu dans l'abstrait1 dont le seul nonc doit faire thoriquement bondir de joie les curs de tous les musulmans des colonies et protectorats2 c'est la fois plus et moins4 ,la politique musulmane n'a pas d'autres ressorts ni d'autres secrets que toute politique digne de ce nom1 passe1 prsente et future4 ,elle demande une connaissance froide et raisonne des problmes1 la comprhension de leur diversit1 l'intelligence prcise de leur porte et de leurs rsultats4 ,elle veut par surcrot de l'attention et de la prudence1 l'une et l'autre excluant toute sentimentalit1 aussi inutile que dangereuse1 tout emballement regrettable et tout jugement aventureux4 ,elle rclame en un mot ce qui est le fin mot de toute politique3 une souple adaptation au rel4 ,il y a plus de vingt-cinq ans1 le meilleur ,gouverneur gnral qu'ait peut-tre eu l',algrie1 ,m4 ,jules ,cambon1 disait ces paroles que bien de ses successeurs auraient pu mditer3 ,ne cherchez pas doter ce pays d'institutions qui se heurtent aux traditions du pass2 donnez-lui1 au contraire1 un administrateur capable de pntrer la complexit de l'uvre qui lui est confie et muni de pouvoirs qui lui permettent de tenir compte d'intrts en apparence opposs et d'approprier son action la nature diverse des hommes et des choses4 ,le seul secret de la politique musulmane gt dans ce conseil d'attitude circonspecte et d'entreprise avise que traduisent ces quelques lignes ,,chapitre ,,ii ,,les ,,dangers ,,de ,l',,islamomanie ,l',orient1 l',orient1 qu'y voyez-vous1 potes8 ,victor ,hugo4 ,le sens commun enseigne qu'il est convenable1 avant de parler d'un sujet1 de le connatre4 ,l'exprience montre1 en outre1 qu' ngliger cette prcaution1 on s'expose donner dans l'erreur et en subir de la confusion4 ,mais le domaine de la connaissance serait bien svre si des licences n'y taient permises dont le sens commun1 au profit de l'imagination ou du sentiment1 a fort souffrir4 ,nous avons1 ,franais que nous sommes1 l'habitude de parer la ralit de tous les nuages brillants ns de notre enthousiasme ou du got du moment4 ,c'est l l'histoire de nos amitis politiques4 ,nous avons chri la ,grce de ,canaris 7,en ,grce1 en ,grce1 allons1 pote1 il faut partir71 la ,pologne de #ahcj 7,nous vivons surtout en ,pologne1 disait ,louis ,blanc71 l',italie de ,garibaldi4 ,nous avons cultiv1 plus tard1 la ,russie des emprunts1 salu frntiquement l',amrique du ,prsident ,wilson4 ,le temps1 impeccable metteur au point1 nous a guris de beaucoup d'engouements passs2 notre temprament nous en rserve de futurs4 ,la ,france1 devenue grande puissance en terre d',islam1 o elle sut acqurir1 la fois dans les territoires de son empire et hors de leurs limites1 des amitis anciennes et prcieuses1 doit sa tradition1 aux ncessits de sa politique1 son rle de tutrice1 enfin sa loyaut nationale1 de manifester l',islam une gnrosit de cur sans rserve4 ,il en est bien ainsi4 ,toutefois notre sympathie1 si vive1 si justifie qu'elle soit1 ne doit pas faire tort la clairvoyance de notre intelligence politique4 ,notre bienveillance agissante pour l',islam ne peut qu'avoir gagner d'tre lucide et de se dbarrasser du brouillard fantasmagorique dans lequel le snobisme ignorant de la plupart et l'intrt de quelques-uns semblent avoir cur de la noyer4 ,en parlant ici d'islamomanie1 nous voudrions essayer de dissiper les dernires nues d'un malsain romantisme politique au profit d'une vision raliste qui1 seule1 ne saurait donner de mcomptes et permettrait une opinion avertie de s'tablir1 allge de toutes scories d'ordre sentimental ou idologique4 ,il y a un ,islam conventionnel en littrature d'imagination et en littrature politique1 comme il y a1 en peinture1 un ,orient conventionnel aux poncifs rebattus4 ,m4 ,louis ,bertrand1 dont le ferme esprit s'est le plus nettement lev contre la tournure d'esprit dformante que nous dnonons ici1 raconte quelque part qu' ,constantinople l'ambassadeur ,constans1 ,toulousain plein de malice1 rpondait un jour un touriste naf3 ,vous croyez que la mosque ,y444 vous intressera8 ,allons donc1 c'est parce que ,z444 a crit un papier l-dessus4 ,oui1 si ,z444 n'avait pas crit son papier1 personne n'irait voir la mosque ,y444 ,l'intonation1 le nasillement goguenard la ,vincent ,hyspa du fameux tombeur du boulangisme1 devaient donner cette rflexion empreinte de bon sens une saveur encore plus grande que celle qu'on en gote la simple lecture4 ,hlas6 que de gens1 s'ils n'avaient pas lu des papiers de tel ou tel1 ne trouveraient dans l',islam africain1 au clair ciel prs1 qu'un affreux mlange de masures1 d'immondices et d'indigentes vellits artistiques4 ,nous avons vu nous-mmes des gens cultivs1 et qui avaient voyag1 s'extasier avec bruit devant les gentils stucages des mdersas de ,fez et pousser des exclamations ravies qui se seraient sans doute traduites avec moins d'entrain1 mais de faon plus lgitime1 devant les tombeaux des ,mdicis ou l'glise de ,brou4 ,nous avons entendu traiter de merveille unique les jardins de l',aguedal1 ,marrakech1 grande oliveraie ceinte de remparts qui1 certes1 l'cran neigeux de l',atlas forme un beau fond de tableau4 ,mais les personnes qui s'exaltaient ainsi1 quelle pithte en rserve n'eussent-elles point garde en l'honneur des jardins ,boboli1 des terrasses des ,borromes ou du parc de ,versailles8 ,il semble bien que le mirage oriental s'impose immdiatement comme verres colors devant la vision de nombre de nos compatriotes qui mettent le pied sur la terre d',afrique4 ,un peintre qui dcrivait en une admirable langue tout ce que son pinceau ne pouvait exprimer1 ,fromentin1 nous a donn1 il y a plus d'un demi-sicle1 dans deux livres clbres1 des impressions visuelles et intellectuelles de l',afrique qui sont sobres1 justes et belles4 ,gobineau1 dans ses immortelles ,nouvelles asiatiques1 a trac de l',islam un tableau moral d'une touche toute stendhalienne1 peu appuye1 parfaite4 ,d'autres littrateurs1 qui1 il est vrai1 n'taient pas peintres ni historiens1 ne s'en sont point tenus la salutaire formule du rien de trop4 ,de grands crivains1 d'ailleurs1 potes en prose tissant de somptueuses rveries1 ont mis la mode un ,islam dcoratif et conventionnel de la mme veine1 peine dmarque1 que celle des ,orientales et de ,byron4 ,le rsultat en est1 comme l'a crit ,louis ,bertrand1 que les mots d',islam1 de ,maghreb1 de ,hedjaz1 employs tort et travers par des gens qui n'ont aucune ide de ce que c'est1 ont fini par prendre chez nous un sens quasi mystique4 ,on ne les prononce qu'avec un air bat et content de soi4 ,on s'en gargarise littralement444 ,cet ,orient de bazar1 qu'on dirait tir de mauvaises chromolithographies1 svit plus que jamais en ,france4 ,on ne saurait trop mettre en dfiance contre lui1 puisqu'il contribue installer dans les cervelles des ides et notions compltement ct4 ,on a reprsent au thtre ,antoine1 l'un de ces hivers derniers1 une assez mauvaise pice o une aimable ,parisienne1 au got clectique1 tour tour amoureuse et oublieuse d'un cad marocain ahurissant1 aprs diverses msaventures dans un palais de ,fez la comique couleur locale 7eunuques et cimeterres71 tait enfin empoisonne par ce ,maure de la place ,clichy1 chez qui les farouches instincts se rvlaient en une crise de jalousie vengeresse4 ,c'est ,othello chez la portire4 ,dans un livre rcent1 un auteur clbre1 d'ordinaire mieux inspir1 nous plante un autre seigneur africain1 sorte de ,narr',havas pour journal de modes1 invraisemblable et truqu1 qui en vient renoncer par chevalerie des profits pcuniaires srieux 7rara avis67 pour ne pas faire pleurer les beaux yeux de la femme aime par son ami1 un officier franais4 ,ces atrocits prvues ou ces berquinades font bien rire les gens avertis1 mais la grande masse des spectateurs ou lecteurs se reprsentent1 bon gr mal gr1 l',islam1 et plus spcialement l',algrie et le ,maroc1 comme peupls de pareils polichinelles1 et il n'y a vraiment aucun profit rpandre ou accrditer d'aussi absurdes fables4 ,l'admiration pour les burnous draps1 les couchers de soleil sur les palmeraies et le pltre polychrome1 ainsi que pour les conflits de beaux sentiments entre pachas et giaours1 conduit par une voie rapide l'merveillement devant la religion1 la tradition1 la science arabes4 ,cette varit de snobisme est en mme temps plus dlicate et dangereuse si elle se manifeste en terre d',islam mme4 ,un mur de sentiments et de susceptibilits spare en ce domaine l',occidental du ,musulman4 ,celui-ci s'offusque d'un dilettantisme auquel il est ferm et qui lui parat en mme temps1 chez l',europen1 constituer un reniement de sa propre foi1 chancelante devant l'blouissante lumire de l',islam#aa4 #aa ,voir note ,,ii la fin du volume4 ,bonaparte1 en gypte1 croyait bien faire en se costumant en musulman et en allant discuter avec les ulmas2 il organisait des ftes de l'tre suprme sur les bords du ,nil1 o l'on disposait sur des autels jumeaux le ,coran et la ,bible4 ,ces manifestations1 qui sont bien dans le got de la mascarade rvolutionnaire1 ne sont pas de celles1 qu'on en soit persuad1 qui ont le plus assis notre prestige sur la terre des ,pharaons4 ,la haute considration dans laquelle nous avons t toujours tenus l-bas provient de ce que nous n'avons jamais1 par la suite1 cherch nous mler de ce qui ne nous regardait pas1 sur le terrain strictement musulman1 et d'autre part et surtout de nos uvres d'assistance et de charit4 ,ce sont1 en effet1 nos qualits morales qui sduisent le mieux les musulmans de toutes classes1 notre gnrosit dans son sens le plus tendu4 ,ils n'apprcient que mdiocrement1 en leur ensemble1 nos dons intellectuels et les hommages clatants et extrieurs que nous rendons leur religion les laissent froids dans le fond de leur cur1 encore qu'ils se croient obligs par politesse de nous remercier4 ,quant la science arabe1 irrmdiablement morte et dsute1 faite de compilations d'auteurs grecs rdiges au moyen ge par des juifs1 de nos jours recueil de formules vides que rptent sans se lasser des fkihs hbts dans l'ombre des mosques1 l'intrt que nous lui portons est tout juste celui que nous avons aujourd'hui pour l'uvre de ,guillaume d',okkam ou d'rigne4 ,a tout le moins ne faut-il pas omettre qu'elle constitue un merveilleux instrument d'obscurantisme et de xnophobie troitement borne4 ,l'islamomanie littraire et artistique conduit l'islamomanie politique4 ,l'une et l'autre ont souvent un caractre alimentaire marqu et nourrissent leurs hommes4 ,ayez vcu quinze ou vingt ans en ,islam1 frl tous les milieux1 assist toutes les misres1 pntr dans tous les recoins de l'me musulmane par un commerce journalier1 puis frquentez les cercles ouverts ou ferms qui font profession en ,france de s'occuper de choses coloniales3 on coutera votre opinion d'une oreille distraite et toujours avec scepticisme4 ,amusez-vous1 au contraire1 munir de quelques lettres de recommandation pour des personnages de la presse ou du ,parlement le moindre porteur de chchia1 vaguement bachelier ou certifi de quelque chose2 serinez-lui quelque petit discours sur les aspirations ou les revendications des ,algriens1 des ,tunisiens ou des ,marocains1 et lancez-le travers ,paris1 sa leon bien apprise et le gousset garni3 notre cadet fera recette4 ,on coutera gravement ce porte-parole de l',islam nouveau2 on prendra en note ses balivernes2 on l'invitera1 on le montrera aux amis2 on le montera en pingle1 il ne trouvera point de cruelles4 ,le ,parisien1 n badaud1 s'merveille toujours que des gens puissent tre ,persans4 ,et il est aussitt dispos les croire sur parole4 ,c'est ainsi qu'un grand nombre d'hommes politiques ou d'crivains se documentent sur l',afrique du ,nord1 par des tmoignages suspects de petits arrivistes ou de rats aigris1 recherchant les places ou la notorit1 minorit reprsentant elle-mme une minorit de leurs pareils gnralement peu considre dans son pays d'origine4 ,on a eu l'exemple de ce particulier tat d'esprit lors du voyage ,paris1 il y a quatre ans1 d'une pseudo-dlgation de ,tunisiens1 parmi lesquels se trouvaient les auteurs anonymes de l'abominable pamphlet ,la ,tunisie martyre1 o toute notre uvre tunisienne tait odieusement dnigre et salie4 ,ces voyageurs1 qui faisaient leur promenade ,paris aux frais d'une souscription de bons gogos de chez eux1 furent reus avec honneur par la ,ligue des ,droits de l'homme1 la ,ligue de l',enseignement1 mme par le ,prsident de la ,chambre4 ,comment tre tonn qu'ils se soient pris eux-mmes au srieux1 du moment que la mtropole leur confrait des gards auxquels ils n'taient pas habitus dans leur pays natal ni de la part des autorits administratives1 ni de leurs pairs8 99 99 99 99 99 ,on ne sait1 au juste1 s'il est encore de mode en ,algrie1 aujourd'hui comme nagure1 de s'enqurir auprs du nouveau dbarqu sur le point de savoir s'il est arabophile ou arabophobe4 ,pareille question tait vide de sens2 on peut demander quelqu'un s'il prfre le ,graves sec au ,chablis2 on ne lui demande pas de manifester s'il est partisan ou non des lois de ,faraday2 on n'est pas pour ou contre un fait1 on le constate1 on l'admet1 on le dcrit ensuite1 et l'on en tire des conclusions2 il n'y a pas l affaire de got ou d'impression1 mais de connaissance4 ,or1 il y a d'abord un fait3 l',islam existe2 il y a des ,algriens1 ,marocains ou ,syriens et1 par le jeu de leur propre nature et des ractions amenes par la conqute1 ces musulmans offrent dans l'ensemble tels et tels caractres1 qualits ou dfauts1 le meilleur et le pire1 et il faut bien les admettre comme ils sont1 sauf tcher par des mesures appropries de faire prvaloir1 sans les mcontenter1 le meilleur sur le pire4 ,mais il est tellement plus commode--et si franais--de s'installer dans un parti pris et1 le pavillon de son opinion arbor1 de tirailler droite et gauche coups d'arguments qui renforcent la conviction de qui les met beaucoup plus qu'ils n'branlent celle des autres qu'on veut gagner4 ,pour connatre les musulmans1 une exprience rapide et presque toujours vicie par une formidable quation personnelle d'intrts en jeu ne suffit pas4 ,il faut1 de sang-froid1 et longtemps1 les avoir pratiqus1 connatre leur idiome1 leurs murs et leur religion1 acqurir ainsi de leur mentalit une familiarit vritable et suivie4 ,voici des millions d'individus qui1 dans leur langue1 n'ont qu'un mme temps verbal pour exprimer la fois le prsent et le futur1 qui crivent de droite gauche alors que nous faisons le contraire1 qui tent leurs chaussures en entrant dans le salon d'un hte quand nous enlevons notre chapeau1 qui font commencer leurs repas par les plats sucrs et les terminent par les hors-d'uvre2 tous ces dtails et cent autres qui gayaient les turqueries du dix-huitime sicle sont tout de mme un indice certain que la psychologie musulmane diffre de la ntre et qu'elle ne se laissera pas pntrer facilement4 ,ajoutons cela une religion qui inspire1 tout au moins la masse1 le mpris du changement1 la haine du chrtien1 le fatalisme1 un climat qui se prte peu aux efforts prolongs et l'activit soutenue4 ,par suite1 comment prjuger facilement des besoins1 des dsirs de pareilles gens au regard des ntres8 ,de tout cela1 politiciens et diplomates qui s'occupent des affaires de l',islam n'ont cure4 ,ils affirment qu'ils sont renseigns et que leurs avis proviennent de bonne source4 ,effectivement ils sont renseigns1 mais fort mal4 ,de quelques affirmations mal contrles1 de dtails incomplets ou errons1 en tout cas jamais situs1 la rapide facult franaise de gnralisation btit un ensemble2 elle prend feu et flamme2 elle affirme et dcrte4 ,cela est bien dangereux4 ,combien de parlementaires et de personnalits1 qui traitent avec un formidable aplomb des questions musulmanes1 ne les connaissent ainsi que par cette voie indirecte et peu sre6 ,combien peu sont alls en ,algrie6 ,et1 d'entre les hardis voyageurs qui ont fait la traverse de trente heures1 peut-on citer ceux qui ont couch de longues nuits sous la tente1 suivi dans les pistes du ,sud les traces d',isabelle ,eberhardt1 mang le couscous du ,bdouin1 parl avec les autochtones et sans tiers8 ,a dfaut de cette exprience immdiate1 en est-il qui aient longuement cout les ,europens familiers des musulmans3 explorateurs1 colons1 administrateurs1 officiers2 fait le recoupement des prcisions fournies en tenant compte des coefficients de pli professionnel2 et enfin justifi leurs avis par la confrontation1 honntement mene1 des opinions8 ,affirmons sans hardiesse que1 parmi les politiciens spcialistes des questions musulmanes1 des enquteurs aussi scrupuleux sont rares4 ,et cependant1 presque tous sont de bonne foi4 ,alors qu'en tant que juristes1 universitaires ou mdecins1 ils dploient dans l'exercice de leur mtier sens critique et conscience professionnelle1 ces docteurs en science politique et sociale africaine se livrent aux sommaires apprciations et aux vues superficielles4 ,mtaphysique1 loquence et lgret2 les trois vices du gouvernement des partis se trouvent l comme ailleurs4 ,on peut mme1 en principe1 tablir qu'en ,france les milieux parlementaires et gouvernementaux font preuve d'une ignorance complte de la psychologie musulmane4 ,qu'on se souvienne du scandale de ces sances du matin la ,chambre o taient discutes des lois pourtant capitales touchant le dveloppement de l',afrique du ,nord et qui grouprent huit dputs6444 ,c'est ainsi que sottises et contresens1 plus nfastes encore qu'une avalanche de sauterelles1 ont plu sur la malheureuse ,algrie1 qui n'est dfendue par la barrire d'aucune fiction diplomatique et o1 par suite1 toute licence lgislative peut se dployer sans frein4 99 99 99 99 99 ,on peut se tromper de bonne foi dans ses apprciations vis--vis de l',islam et se mprendre tout fait sur la nature et la porte de ses tendances et de ses dsirs profonds1 mais persvrer dans l'erreur serait nfaste1 surtout pour une nation europenne la tte d'un empire musulman4 ,l',islam est une civilisation qui brilla d'un clat magnifique dans le bassin mditerranen1 alors que nos aeux du moyen ge1 descendants de ,francs ou de ,celtes1 taient encore d'obscurs butors4 ,sa religion est pleine de grandeur1 sa morale est leve1 ses traditions sont enduites de noblesse1 certains aspects de ses murs ont gard cette couleur et cette simplicit antiques qui donnent dans notre genre d'existence frntique et dsaxe une leon constante de modration4 ,mais les faons de concevoir et de ragir dont l',islam a imprgn ses fidles1 les catgories de l'entendement et de la raison qu'il leur a imposes1 d'autant plus facilement qu'il s'adaptait lui-mme leur mentalit primitive1 toutes ces formes d'esprit sont dans un tel contraste avec les ntres que1 suivant les tempraments individuels1 les uns parmi nous1 mus par la contradiction1 s'en entichent1 et les autres1 plus rtifs et moins comprhensifs1--ou moins snobs1--s'en rebutent4 ,d'o des affirmations de part et d'autre aussi vives qu'opposes1 des enthousiasmes peu intelligibles et des dgots injustifis4 ,il y a pourtant une moyenne solution entre chrir aveuglment et har sans cause3 c'est celle de connatre et de juger sans passion4 ,cette quitable position est la seule qui ne doive pas et soit propre garantir d'irrmdiables fautes4 ,le vrai est que l',islam1 du moins dans notre ,afrique du ,nord1 ne prsente qu'une couche extrmement mince d'une lite souvent ombrageuse1 avide1 et dont l'inquitude est nourrie par le sentiment de la dsharmonie que cre en elle son europanisation rapide1 oppose par tous les bouts son atavisme et ses attaches actuelles4 ,or1 de ce que quelques reprsentants de cette gnralit plus police1 tout au moins par ses allures1 entrent en contact avec nous1 grce la langue1 et racontent ce qu'ils veulent sur eux et leurs congnres1 ou ce qu'on leur souffle1 nous concluons trop vite du particulier au gnral et croyons de bon gr qu'une volution immense s'est accomplie1 que le ,berbre et l',arabe sont mrs pour l'assimilation et que la citoyennet leur est due4 ,l'illusion est profonde4 ,grattez cette lgre surface1 ce vernis d'apparence brillante1 et vous trouverez des masses dans l'tat le plus fruste1 vivant en un amoralisme invtr 7en contradiction d'ailleurs avec leurs principes religieux71 attaches des superstitions antislamiques et qui1 follement impulsives1 sont la merci de toutes les excitations du charlatanisme#ab4 ,quelle folle prsomption de croire qu'un demi-sicle de coudoiements peut suffire abolir le pli form par le temps et dont la dure se perd4 ,et cependant1 par un paradoxe singulier1 c'est dans ces foules ignorantes et nullement dgrossies1 mais que notre puissance et nos vertus d'ordre fascinent1 que nous trouvons les sujets les plus fidles et les soldats les plus valeureux#ac4 ,a la seule condition qu'ils soient dirigs et commands1 et non pas drouts par la facult d'user d'une libert qui pour eux est licence4 #ab ,les lections faites en ,algrie1 la suite de la loi de #aiai1 en ont donn un bel exemple4 ,certains candidats1 comme le fameux capitaine ,khaled1 appel abusivement mir1 firent appel aux marabouts pour prcher en leur faveur et semrent une agitation antifranaise avec des procds qui semblaient rappeler un rveil de la guerre sainte4 #ac ,pendant la guerre1 le groupe des jeunes ,algriens ne fournissait la ,france aucun dfenseur4 7,constatation faite par le gouverneur gnral au ,conseil suprieur du ,gouvernement1 #cj juin #aiaf47 ,en ,tunisie1 tirailleurs ou spahis se recrutent uniquement parmi les paysans ou les ouvriers4 ,couverts par leur privilge1 les jeunes bourgeois tunisiens1 si ardents en ce moment monnayer en faveur de leurs propres ambitions le sang vers par leurs coreligionnaires1 se gardent bien1 en s'engageant1 d'exposer aux balles aveugles leurs prcieuses personnes4 ,parmi les protagonistes du destour1 aucun qui ait servi pendant la guerre sous les drapeaux4 7,rodd ,balek4 ,la ,tunisie aprs la guerre1 p4 #eb74 ,l',islam est une grande force la fois incohrente et homogne4 ,en dpit des apparences1 elle a peu de sympathie pour le ,latin actif1 ralisateur1 en mme temps idaliste et positif4 ,or celui-ci seul1 pourtant1 peut1 renouant la tradition de sa race1 l'apprivoiser1 puis le guider1 lui imposer des disciplines4 ,et si la ,turquie s'organise actuellement et intgre ses forces parses sous l'gide d'un nationalisme dfensif et exalt1 n'est-ce point en faisant violence sa longue inaptitude islamique prendre connaissance d'elle-mme et constituer son armature en se mettant l'cole du conqurant latin8 ,cette mauvaise faon chez quelques ,europens de s'merveiller niaisement devant l',islam1 de le surestimer1 lui semble un abandon1 d une aberration passagre et dont il interprte1 bien peu leur avantage1 les causes supposes4 ,la gnrosit1 la bont peuvent s'unir sans se diminuer une vigilante fermet4 ,ayons1 si nous voulons1 de l'amour pour l',islam1--et pour le ntre d'abord1 celui que nous protgeons et duquons1--mais un amour de frre an1 de tuteur pupille1 lucide et clairvoyant1 et o s'affirme sans cesse la supriorit d'un champ intellectuel au tour d'horizon plus tendu4 ,gurissons-nous de l'exotisme sentimental qui obscurcit si trangement notre vision des choses et nous dtourne de la ralit4 ,elle seule compte en politique2 et c'est de sa considration exclusive que naissent le dessein utile et l'action fconde4 ,,chapitre ,,iii ,,memento ,,tu ,,regere ,la conqute1 entreprise procdant la fois de buts politiques et conomiques1 est l'ensemble des dispositifs qui permettent une nation plus forte et plus avance en civilisation matrielle de s'implanter durablement chez un peuple plus faible et de prendre en main ses destines avec le minimum d'efforts1 et par les moyens les plus souples et les moins pnibles1 facilement accepts par le peuple conquis4 ,ralisant le contact immdiat d'une civilisation archaque et traditionnelle et d'une civilisation moderne1 provoquant donc sans transition le choc de deux mentalits qui ont des faons diverses de concevoir1 d'imaginer et de ragir1 la conqute europenne en ,islam est rarement reue de bon gr4 ,chez le musulman1 elle choque le plus intime du sentiment religieux4 ,n'entrane-t-elle pas la domination et le coudoiement forc d'une race d'hommes estims impurs1 qui1 par tous les dtails de la vie1 le heurtent et le froissent4 ,chez le ,berbre anarchique1 elle soulve la crainte de l'tranger4 mu par ses agitateurs1 il se figure la conqute sous la seule forme qu'il ait jamais connue3 l'accaparement des terres et des richesses1 le rapt des femmes4 ,bien pis1 men par un peuple de religion ennemie1 ce dpouillement s'accompagnera sans doute d'une subversion de tout ce qui fait le fondement de la socit existante4 ,au dsastre radical et monstrueux des habitudes qu'il doit entraner va s'ajouter l'ide d'un bouleversement prvu2 d'o la naissance de ces fables absurdes sur les murs et les coutumes du vainqueur4 ,que n'attendre point du chrtien qui vient de la mer8 ,l'pouvante du changement et la dfense d'un sol avare mais nourricier sont les deux grands mobiles qui provoquent la raction hostile du ,berbre autochtone4 ,l'tranger est un facteur de changement4 ,or1 n'est bon en ,islam primitif que ce qui demeure4 ,de ce nouveau ne peut surgir aucun bien4 ,ce qu'on appelle la pntration pacifique est la mthode dlicate et patiente d'apprivoisement des indignes effarouchs4 ,elle doit tre prcde toutefois1 pour tre efficace1 d'un certain dploiement de manifestations nergiques4 ,bourgeois1 notables1 artisans des villes1 fellahs de la plaine ou de la montagne ne cderont qu' la force1 soit par simple crainte de son appareil dploy1 soit pour en avoir prouv l'irrsistible effet4 ,l'opinion des classes dirigeantes et citadines peut se rsumer facilement ainsi3 l'invasion des chrtiens est un terrible malheur2 elle est semblable la peste2 mais comment lutter contre un flau qui dpasse nos faibles forces8 ,a l'impossible nul n'est tenu2 supportons l'invitable en gardant l'esprance que cette preuve venue de la volont de ,dieu--comme tout ici-bas--aura un jour sa fin4 ,un passage du ,kitab-el-,istiqa 7ouvrage rdig au ,maroc il y a plus d'une trentaine d'annes7 traduit merveille cet esprit fataliste et prudent3 ,on sait qu' l'heure actuelle les chrtiens sont arrivs l'apoge de la force et de la puissance et qu'au contraire les musulmans--,dieu les rassemble et rpare leur droute6--sont aussi faibles et dsordonns que possible4 ,dans ces conditions1 comment est-il possible1 au point de vue du bon sens et de la politique1 et mme de la loi1 que le faible se montre hostile au fort et que celui qui est dsarm livre combat celui qui est arm de pied en cap8 ,comment peut-on trouver naturel que celui qui est assis renverse celui qui est debout sur ses jambes ou admettre que les moutons sans cornes combattent ceux qui en ont8 ,et plus loin3 ,nous sommes1 elles 7les nations europennes7 et nous1 comme deux oiseaux1 l'un pourvu d'ailes1 qui va partout o il lui plat1 et l'autre qui aurait les ailes coupes et qui retomberait toujours terre sans pouvoir voler4 ,croyez-vous que cet oiseau sans ailes1 qui n'est pas autre chose qu'un morceau de viande sur une planchette1 puisse combattre celui qui vole o il veut8 ,de ce sentiment d'une lutte impuissante soutenir1 le loyalisme peut mme surgir par un dtour la fois singulier et logique4 ,le romancier ,maurice ,le ,glay1 qui a profondment pntr la psychologie marocaine1 place dans la bouche d'un chef berbre ces paroles vraisemblables1 tout au moins dans leur fond3 ,soyez certains1 dit le cad ,driss1 des ,beni-,mtir1 que si je croyais notre peuple capable de vivre seul et de se guider1 je ne serais pas avec vous4 ,je sais que1 pour tre en tat de gouverner1 il lui faudrait d'abord dominer l'anarchie1 unir ses forces et vaincre4 ,s'il possdait ces qualits1 vous me verriez sa tte1 vous combattre avec acharnement1 vous repousser la cte1 vous jeter la mer dont vous tes sortis4 ,mais j'ai perdu tout espoir que notre peuple puisse l'emporter4 ,vous tes trop forts1 trop disciplins1 et d'ailleurs vous n'tes pas les seuls de ce genre4 ,si ce n'tait vous1 une autre nation europenne nous subjuguerait tt ou tard4 ,c'est crit pour toujours dans ma pense4 ,la lutte sera longue1 sanglante2 inutile et douloureuse la rsistance de nos malheureux frres#ad4 #ad ,maurice ,le ,glay4--,la mort de ,mohand1 p4 #bbd1 dans ,badda1 fille berbre4 ,plon1 dit4 ,lucidit frquente dont nous smes user en la rcompensant4 ,la pense des profits obtenir d'un ralliement pas trop tardif1 qui seul permet d'avoir un pouvoir consolid et mme agrandi sous l'gide du conqurant1 a toujours1 en pays musulman1 apais beaucoup de rpugnances4 ,mais quelle dualit subsiste toujours entre ce calcul de l'intelligence qui admet l'tranger et l'appel puissant du sentiment et de l'atavisme qui voudrait l'anantir6 ,on se figure volontiers en ,france que le loyalisme indigne1 berbre ou musulman offre son origine une allure thtrale et lyrique2 on semble croire qu'un beau jour1 en contemplant l'uniforme d'un colonel ou en entendant la ,marseillaise1 les autochtones ont t touchs de la grce et que cette conversion brusque les a aussitt saisis d'une indfectible admiration pour nos vertus civilisatrices et rpublicaines4 ,conception brillante1 sommaire1 peu nuance1 ce titre utile dvelopper la fin des banquets6 ,la ralit est plus complexe1 plus humaine et1 par l1 davantage attachante4 ,il existe1 en effet1 chez le primitif vaincu ou qui va bientt l'tre1 l'attraction mystrieuse vers le conqurant qui reprsente la force et la puissance2 de ce prestige1 qui exerce une suggestion vritable1 nat la fidlit1 attachement instinctif et presque animal4 ,nous n'avons pas de tribus plus fidles que celles o nous dmes vaincre la plus courageuse opposition2 les anciens dissidents font les meilleurs partisans4 ,le dvouement aveugle et comme forcen1 c'est celui qu'on trouve chez les ,mokhraznis qui hier nous tiraient des balles et maintenant se font casser la tte pour nous4 ,ils ont subi le magntisme du vainqueur4 ,il faut l'tourdissement du coup de poing4 ,le conqurant1 le vainqueur sont des instruments de ,dieu ou du destin devant lesquels on est bien contraint de s'incliner4 ,le conqurant ne sera admis1 puis respect et obi qu'autant qu'il aura mieux tmoign de cette force mle d'quit et que l'indigne en aura davantage senti les effets et les aura jugs irrsistibles4 ,on peut mme aller plus loin et dire que toute occupation est phmre si elle n'a pu dbuter par des actes de force mesure et dnue d'inutiles violences4 ,le conqurant1 en dpit de toutes concessions bienveillantes ultrieures1 devra toujours garder l'attitude du chef1 de celui qui prvoit1 ordonne1 dirige et1 au besoin1 aprs avoir prvenu1 rprime tous les carts4 ,avec toutes les nuances que le tact et le sens des circonstances1 un long usage des musulmans et l'instinct de leur psychologie peuvent permettre de dployer afin de mnager les amours-propres lgitimes et les susceptibilits1 il ne se dpartira1 dans aucune occasion1 de son privilge d'autorit souveraine4 ,l'indulgence1 en cas de manquement grave1 est considre comme faiblesse et n'est pas apprcie2 l'important n'est point de frapper aveuglment et fort1 mais bien de frapper juste et au moment opportun4 ,ainsi nat le respect et ainsi se maintient-il4 ,comme tous les gouvernements faibles1 l'ex-beylik algrien1 le vieux makhzen au ,maroc1 avaient la main trs dure et mme cruelle2 un gouvernement mieux organis peut tre moins svre1 mieux graduer l'chelle des peines1 mais il ne doit jamais abdiquer la fermet4 ,un historien arabe1 qui passa trois annes en gypte pendant l'expdition de ,bonaparte1 raconte que lorsque les ,franais entrrent au ,caire ils demandrent d'abord que toute la population livrt les armes2 mais comme le peuple s'effrayait en murmurant que c'tait l prtexte pour entrer dans les maisons et piller1 les vainqueurs magnanimes y renoncrent4 ,peu de temps aprs1 ces armes ainsi imprudemment laisses taient employes contre eux4 ,la rvolte du ,caire n'entrana1 du reste1 qu'une rpression trs faible4 ,les habitants se complimentrent1 dit le mme historien1 mais personne ne croyait que cela pt se terminer ainsi4 ,les gens de ,fez durent prouver la mme impression aprs les ,vpres marocaines de #aiab1 lesquelles1 suivant certains1 furent mdiocrement chties2 il y eut de sommaires excutions de pillards ou de passants misreux2 mais nul obus tir comme par inadvertance sur le sanctuaire le plus vnr1 et y clatant1 ne vint suggrer la cit sclrate ce sentiment que la protection divine ne couvre pas le crime1 mme celui dont est victime l'infidle excr4 99 99 99 99 99 ,la force ayant consacr par son triomphe les droits du vainqueur1 le problme du gouvernement des masses musulmanes peut tre rsolu de deux manires3 administration directe ou protectorat4 ,l'ide d'administration directe1 qui va de pair avec celle d'assimilation1 surgit tout naturellement l'esprit du conqurant europen entrant en contact1 sans prparation1 avec une socit musulmane en dcadence4 ,pour ,bugeaud et les officiers de bureau arabe forms son cole1 il n'y a rien tirer des chefs indignes1 prvaricateurs1 fourbes1 qui trompent les foules crdules sur nos intentions et nos buts vritables1 les grugent et les abusent4 ,prenons nous-mmes en main les destines du peuple et administrons-le notre manire1 celle-ci est la bonne1 puisqu'elle est honnte et dsintresse1 tourne vers le bien public4 ,les indignes ne pourront que reconnatre qu'ils gagnent au change2 ils se rapprocheront de nous et peu peu leur mentalit se transformera1 deviendra pareille la ntre4 ,bugeaud est l-dessus trs explicite3 ,nous pourrons esprer de faire d'abord supporter notre domination aux ,arabes1 de les y accoutumer plus tard et1 la longue1 de les identifier nous1 de manire ne former qu'un seul peuple sous le gouvernement paternel du roi des ,franais#ae4 #ae ,circulaire du #ag septembre #ahdd4 ,il crit nettement dans un autre document3 ,nous ne pouvons pas plus longtemps livrer les indignes l'arbitraire de chefs avides qui semblent ne tenir au pouvoir que pour avoir la facult de spolier leurs administrs#af4 #af ,circulaire de fvrier #ahdd4 ,le nombre des officiers franais connaissant la langue1 les murs1 les affaires des ,arabes sera trop longtemps restreint pour que nous puissions songer donner gnralement aux ,arabes des aghas et des cads franais444 ,mais il ne faut pas avoir peur de placer un officier franais runissant les qualits ncessaires pour diriger les ,arabes4 ,conception gnreuse1 rvolutionnaire d'origine1 trs franaise1 puisque c'est la mme qu'on retrouve dans toutes les mesures tendant rpandre l'instruction europenne chez l'indigne1 le munir d'un droit de vote1 enfin clairer sa conscience et lui apprendre s'en servir4 ,le tort du rgime de l'administration directe et de l'assimilation est de croire qu'on peut raliser facilement un accord intellectuel et moral que le seul fait de la dissemblance des mentalits1 des croyances et des murs indique comme fort malais4 ,bonaparte l'avait clairement vu1 qui crivait ,klber3 ,il nous est impossible de prtendre une influence immdiate sur des peuples pour qui nous sommes des trangers4 ,nous avons besoin1 pour les diriger1 d'avoir des intermdiaires4 ,si nous enlevons aux indignes leurs cadres naturels1 si vermoulus soient-ils1--et leurs chefs reconnus1 si mdiocres qu'on les trouve1--ce quoi tend fatalement et par dfinition tout rgime d'administration directe 7et quelques attnuations qu'on lui suppose dans la pratique71 on arrive n'avoir en face de soi qu'une poussire d'hommes sur laquelle toute action est souvent inoprante4 ,on ralise une conomie plus grande d'efforts1 de temps et d'argent en laissant subsister les cadres naturels d'une socit1 qui sont son armature1 par le maintien judicieux des chefs indignes et des institutions qui ont fait leur preuve1 sous rserve de les contrler et les duquer4 ,a l'exprience1 la formule du ,protectorat1 qui est de faire vivre une souverainet indigne sous une suzerainet trangre1 a paru bien prfrable2 elle utilise les forces existantes2 elle est plus souple1 plus diverse1 davantage adroite2 elle se prte toutes les transformations1 suivant les circonstances de lieu et de temps4 ,voyons cette formule en action4 ,voici au ,maroc un contrleur nouvellement nomm dans le bled1 o il succde un officier du ,service des renseignements4 ,son poste est au milieu de tribus peuples de #ajj4jjj indignes que rgissent quatre ou cinq cads assists de khalifats et de cheikhs2 il y a aussi un cadi pour la justice civile4 ,le contrleur a1 pour le seconder dans sa tche1 un adjoint1 un commis aux critures1 un interprte algrien1 une vingtaine de mokhaznis1 sorte de gendarmes--plus exactement d'hommes d'armes--indignes4 ,quel personnel franais plus considrable ne faudrait-il pas pour administrer directement une telle population6 ,le rle du contrleur est de faire donner le maximum de rendement aux organismes locaux chargs de l'administration1 de la justice1 de la police1 du recensement et de la perception de l'impt1 et ce1 en les surveillant et en les stimulant sans cesse4 ,des affaires importantes assaillent le contrle3 litiges immobiliers1 crimes1 successions compliques1 contestations avec des colons4 ,tout semble d'autant plus embrouill1 que maintes fois le cad est de parti pris1 tels cheikhs ont t circonvenus2 les faux tmoins abondent1 les pots-de-vin ont circul4 ,l'agent franais1 s'il est novice1 n'y comprend goutte4 ,alors il a recours son entourage3 chaouch et mokhaznis2 l il est galement tromp4 ,les uns ont t achets par le cad1 les autres1 enfants du pays1 ont des accointances ou des intrts lointains dans l'affaire2 les troisimes font les imbciles pour ne point se compromettre4 ,c'est qui s'efforcera1 de gr ou de consentement1 de mettre sur la mauvaise piste l'agent franais et d'garer ses recherches ou ses investigations2 c'est la conspiration des tnbres4 ,qu'il ne se dcourage pas cependant1 et surtout qu'il se garde des dcisions prcipites4 ,il ira faire des tournes dans le bled1 interrogera les gens2 les langues se dlieront1 la confiance de certains ira vers lui1 surtout si1 connaissant l'arabe1 il peut s'exprimer sans interprte4 ,s'il acquiert la conviction d'avoir t mal averti ou mal renseign par les cads1 il leur exprimera son mcontentement1 crira au makhzen pour obtenir des sanctions2 il exigera la cassation des chioukhs1 l'emprisonnement des faux tmoins1 licenciera et punira les mokhaznis menteurs et vnaux4 ,grce un arbitraire modr1 quoique inflexible1 par quelques exemples bien appliqus1 il fera renatre la crainte1 qui est le commencement de la sagesse1 laquelle est la base de l'ordre4 ,sous l'aiguillon de cette attention toujours tendue1 la vieille et trs simple administration indigne fonctionnera sans trop d'abus 7sauf ceux1 vniels1 qui ne gnent personne et sont monnaie courante en ,islam71 puis elle s'amliorera peu peu et finira1 avec parfois quelques -coups1 par aller peu prs bien4 ,il n'tait cette machine que d'avoir un animateur et un bon surveillant4 ,que ferait1 en effet1 seul1 le contrleur au milieu d'une multitude de gens mfiants1 hostiles par esprit de race et qui seraient mens sourdement par les anciens chefs dpossds1 mais ayant conserv leur prestige moral1 accru par une sourde et passive opposition8 ,le cad1 seul1 connat bien sa tribu2 il y est n2 il y a pass son enfance et sa jeunesse2 il est au courant de tous les tenants et aboutissants des intrigues particulires et des conflits d'intrts2 par ses familiers1 qui composent sa clientle et nouent ses relations1 il est tenu au courant des plus petits dlits comme des moindres courants d'opinion4 ,il est inadmissible qu'un incident prmdit survienne et qu'il n'en soit pas averti4 ,il faut donc le tenir responsable de tout dsordre survenant l'improviste2 il est caution de tout vnement qui peut surgir en sa tribu4 ,le cad1 ainsi1 lie son sort au ntre2 nous consolidons son pouvoir1 nous soutenons son action1 condition qu'il agisse en conformit de nos dsirs pour l'tablissement de l'ordre et de la scurit1 qu'il se plie nos mthodes dont il lui appartient d'attnuer la rigueur quand elles s'appliquent ses administrs encore trop frustes pour les bien saisir4 ,en un mot1 il est le pont jet entre nous et la masse inculte et impressionnable des gens des tribus4 ,je ne sais plus dans quel rapport d'un agent britannique on trouve ces mots qui traduisent une des faces les plus vives de l'application d'un rgime de ,protectorat3 ,le cheikh nous aime parce que nous avons soutenu son autorit sur sa tribu1 et le fellah parce que nous le protgeons contre son cheikh4 ,la suzerainet nous demeure tout entire2 elle s'avre par les faits4 ,chez les primitifs1 les dtails ont une grande importance1 car les dtails1 lments concrets pour des esprits rebelles l'abstraction1 sont seuls retenus par eux1 dont le raisonnement procde par analogie4 ,c'est par les dtails qu'ils peuvent nous admirer1 c'est par les dtails que nous les choquons4 ,nous avons laiss aux cads du ,maroc un trs grand pouvoir1 puisque ces fonctionnaires ont le droit de condamner sans appel un an de prison et #a4jjj francs d'amende au maximum4 ,le contrle civil suit de prs les jugements1 les rforme ou les casse s'il les estime exagrs ou insuffisants4 ,en fait1 dans beaucoup de territoires o les cads sont inexpriments1 l'administration directe est dguise et c'est le contrleur qui administre et condamne1 sous le couvert du cad2 les apparences1 auxquelles un peuple traditionnaliste est toujours sensible1 sont donc sauvegardes4 ,de toutes manires1 le pouvoir minent de l'agent franais apparat aux yeux du populaire par cette particularit que1 dans tous les cas1 la gele est au sige du contrle2 c'est le contrleur qui emprisonne et fait travailler les prisonniers aux corves qu'il juge utiles2 pour le peuple1 c'est donc lui le surcad4 ,et si quelque injustice est commise1 la victime n'en rend pas responsable le contrleur2 elle dit1 quant elle3 ,il ne savait pas1 c'est le cad qui l'a tromp4 ,s'il m'a puni tort1 c'est sans le savoir4 ,l'norme avantage de tout rgime du ,protectorat1 fort lastique puisqu'il peut aller du contrle proprement dit l'administration semi-directe ou mme directe1 c'est qu'il laisse aux autorits indignes locales toute leur responsabilit4 99 99 99 99 99 ,la main qui ordonne doit tre en mme temps1 si l'ordre n'est pas suivi d'excution1 celle qui va saisir et corriger4 ,c'est pour avoir mconnu ces remarques lmentaires sur la mentalit arabo-berbre que le lgislateur franais d'avant guerre commit la lourde erreur1 en dtruisant le pouvoir disciplinaire des administrateurs d',algrie1 de saper compltement leur autorit4 ,on sait que1 jusqu' la loi du #ae juillet #aiad1 les administrateurs de commune mixte taient habilits condamner l'indigne1 sur l'heure et sans appel1 des peines disciplinaires minimes3 #a #ae francs d'amende1 un cinq jours de prison1 s'il se rendait coupable d'infractions dtermines3 propos tenus contre l'autorit1 trouble sur les marchs1 garde d'armes non dclares1 refus d'obtemprer aux rquisitions1 mauvaise volont manifeste dans le paiement de l'impt1 refus d'aide en cas de calamits publiques1 etc4 ,en somme1 l'administrateur possdait1 dans une faible proportion1 les anciens pouvoirs de justice arbitraire et expditive des cads auxquels les indignes taient sculairement habitus4 ,pratique ncessaire3 pour des populations rudes encore et qui ne peuvent comprendre ni mme concevoir nos subtilits juridiques1 la rponse une infraction doit avoir la soudainet d'un rflexe4 ,cette justice immdiate1 vraiment patriarcale d'origine1 applique avec modration1 gnait infiniment moins l'indigne1 par sa simplicit1 que sa comparution devant un tribunal souvent lointain1 la perte de temps qu'elle entrane1 les obligations d'une procdure complique et1 pour lui1 inintelligible4 ,d'ailleurs1 l'intervalle entre la faute commise et la sanction encourue affaiblit l'efficacit de celle-ci4 ,enfin l'indigne ne respecte le chef que s'il sait qu'il a le droit de svir1 et de svir sans intermdiaire ni formalits4 ,pour les esprits qui saisissent seulement le concret1 il existe ainsi une notion simple et forte de l'autorit4 ,le mot hakem 7savant1 en arabe7 en est venu exprimer par analogie l'ide d'habile statuer1 gouverner4 ,comme on l'a dit trs justement1 l'administration des masses musulmanes a toujours repos sur le concept d'autorit arbitraire1 dans de certaines limites1 du chef1 chef naturel de mme religion ou de mme race1 ou chef europen impos par la conqute4 ,jules ,ferry crivait des ,arabes1 il y a plus de vingt-cinq ans1 dans un rapport demeur fameux3 ,ils n'entendent rien la sparation des pouvoirs1 mais ils ont au plus haut degr l'instinct1 le besoin1 l'idal d'un pouvoir fort et juste4 ,ce fut cependant au nom du principe de la sparation des pouvoirs que les adversaires de ce rgime de l'indignat obtinrent la suppression de ces attributs disciplinaires dcris2 ils avaient pu donner lieu des abus autrefois1 lorsque le recrutement des administrateurs offrait moins de garanties et qu'ils taient moins contrls qu'aujourd'hui2 mais1 strictement rglements1 ils taient ncessaires4 ,il semblait que le lgislateur1 devant la vague apprhension qu'il commettait une erreur1 reculait au dernier moment devant son application1 puisque1 en votant la loi1 il spcifiait qu'elle n'entrerait en vigueur que cinq ans aprs sa promulgation4 ,l'chance arrive1 sans que le ,parlement ait eu le temps d'examiner nouveau la question1 les administrateurs furent dsarms au moment prcis o leur pouvoir et leur prestige auraient d1 plus que nagure1 tre incontests1 c'est--dire au lendemain de la guerre1 dans tout le trouble et la fermentation qui suivent les grands cataclysmes prolongs4 ,les mauvais lments de la population eurent toute licence1 au grand dam et mcontentement de la majorit honnte et paisible4 ,pour comble1 la loi du #d fvrier #aiai1 qui tendait le droit de vote plus de #djj4jjj indignes1 les assimilant aux citoyens franais1 leur permettait l'acquisition des armes sans autorisation pralable ni contrle4 ,ainsi1 par le jeu convergent de ces textes1 on armait les indignes1 dont les esprits s'agitaient la suite des vnements formidables de la guerre1 et on supprimait1 d'autre part1 la seule barrire immdiate et efficace qui pouvait1 en les surveillant de prs1 les contenir4 ,les consquences d'une exprience sociale ralise dans de telles conditions1 vu le milieu1 les hommes et les circonstances1 ne pouvaient tre que dsastreuses4 ,les indignes1 que les hauts prix d'achat des denres agricoles et les salaires levs pratiqus pendant la guerre avaient muni d'argent1 se rurent littralement sur les boutiques d'armuriers et se rendirent acqureurs de fusils1 carabines et revolvers--mirifique fruit dfendu6 ,d'autre part1 leurs compatriotes1 venus en ,france pour y travailler1 ne rentraient en ,algrie qu'avec des armes2 les dmobiliss n'oublirent pas les couteaux de tranche et les grenades4 ,enfin1 les uns et les autres pratiqurent presque ouvertement le commerce des armes1 les cdant avec bnfice ceux1 non lecteurs1 qui n'avaient pas le droit d'en possder4 ,or1 comme on l'a remarqu trs bien1 l'indigne qui a des armes n'a qu'un dsir3 celui de s'en servir1 et il s'en sert pour le plaisir1 mme quand rien ne l'y pousse1 ni la haine1 ni le dsir de vengeance1 ni la famine4 ,en lui vit la vieille mentalit atavique berbre des gens pour qui le baroud est la fois la garantie la plus sre et l'ultima ratio mme des particuliers4 ,aussi bien1 dsormais1 les querelles prives ou les rivalits de ofs se liquidrent-elles au milieu des coups de feu2 l'on teignit des rancunes ainsi de faon dfinitive4 ,enfin1 le malaise gnral caus par la grande guerre1 la faible organisation de la police rurale et la crise d'autorit gnralise et provoque1 donnrent au brigandage une extension illimite4 ,on vit les trains dvaliss aprs une attaque la grenade1 des autobus pills1 des troupeaux razzis1 des fermes enleves de haute main par des bandits masqus4 ,depuis un demi-sicle on n'avait pas assist un tel dchanement de crimes2 en #aiai1 le nombre des attentats subit une augmentation de #c4cij sur le chiffre de #aiah4 ,les indignes ne comprenaient rien cette subite carence de l'autorit4 ,a ce sujet1 une anecdote1 rapporte par ,m4 ,thomson1 est1 plus que tout commentaire1 suggestive3 ,quand les pouvoirs disciplinaires ont disparu dans la ,haute-,kabylie1 ,fort-,national1 les djemas1 le conseil des anciens des diffrentes communes1 au bout de quelques mois1 sont venues trouver l'administrateur et lui ont dit3 ,tu n'a plus d'autorit2 tes pouvoirs ont disparu4 ,les infractions et les dlits augmentent tous les jours et d'une faon absolument inquitante4 ,cela ne peut pas durer4 --,mais il y a le juge de paix1 rpond l'administrateur4 ,le juge de paix1 les tmoins2 non1 ce n'est pas cela6 ,quand une faute est commise1 il faut frapper tout de suite le dlinquant4 ,il n'est pas ncessaire de frapper trs fort1 mais il faut que la rpression soit immdiate4 ,nous te prvenons que1 puisque tu n'as pas les pouvoirs disciplinaires1 nous allons faire revivre les ,kanouns1 c'est--dire les vieux usages1 les vieilles pnalits berbres dont les djemas frappaient les dlinquants4 ,et malgr les observations et les protestations de l'administrateur disant qu'on n'avait pas le droit d'appliquer les ,kanouns1 on les a fait revivre1 et cela avec l'assentiment de la population kabyle4 ,ceux qui sont ainsi frapps s'inclinent4 ,et cela a dur tant que les pouvoirs disciplinaires n'ont pas exist6#ag #ag ,officiel1 #aibj4 ,discours ,thomson1 p4 #djgd4 ,on ne s'tonnera pas que beaucoup d'indignes1 en prsence de ces prtendues garanties qu'on leur fournissait et qui les obligeaient faire parfois #ej ou #fj kilomtres pour aller devant le juge de paix1--au lieu de verser de plano #aj francs d'amende ou de coucher deux nuits la bote1--aient cru1 dans la candeur de leur me1 qu'une telle complication inusite1 loin de constituer une rforme en leur faveur1 tait bel et bien une pratique rsultant de l'tat de sige1 une svrit du ,gouvernement#ah4 #ah ,officiel1 #aibj4 ,discours ,morinaud1 p4 #djhi4 ,ajoutons que sur #abj postes de juges1 il y eut1 en #aiai1 #fd vacances2 d'o rles encombrs1 retards dans les jugements et autres inconvnients4 ,il tait temps de ragir contre un tat de choses aussi fcheux4 ,la loi du #d aot #aibj apporta une restriction srieuse la dtention des armes2 nanmoins le mal tait fait1 car des milliers d'armes tant en circulation1 il fut bien difficile d'en rcuprer beaucoup4 ,d'autre part1 le rtablissement des pouvoirs disciplinaires1 demand non seulement par les colons mais par la partie saine de la population autochtone1 fut vite chose faite4 ,en somme1 la lgret du lgislateur avait institu une sorte d'essai en matire sociale2 on en vit les fruits3 branlement du prestige franais1 augmentation de la criminalit et1 par suite1 exode de nombreux colons fuyant le bled et vendant des indignes leurs proprits insuffisamment protges#ai2 d'o recul dangereux de la colonisation franaise dans un pays de peuplement1 la fois dommage politique et conomique1 rgression4 #ai ,dans le dpartement de ,constantine1 pour l'anne #aiai1 les ventes d'immeubles ruraux consenties par les indignes aux ,europens s'lvent #ac4eaf4jjj francs2 celles consenties par les ,europens aux indignes dpassent #cj4ejj4jjj francs4 ,les colons ont eu l'impression que leur scurit tait en pril et tout un ensemble de faits venait justifier leurs apprhensions4 ,officiel1 #aibj4 ,discours ,thomson1 p4 #djgb4 ,tels sont les rsultats d'une idologie politicienne contre laquelle le ,parlement semble1 heureusement1 et pour un temps tout au moins1 prmuni4 99 99 99 99 99 ,la souverainet appartenant de droit la race conqurante1 c'est elle de prouver1 par la valeur de ses agents1 qu'elle est digne de l'exercer4 ,le prestige est l'lment le plus sr de toute domination4 ,la mtropole doit envoyer dans les pays musulmans soumis son empire une lite de fonctionnaires4 ,le musulman1 trs sensible aux dons extrieurs1 au maintien1 l'habitus corporis1 l'est aussi trs vivement aux qualits morales et la dignit de la vie1 au dsintressement et l'quit surtout1 qu'il prise d'autant plus fort qu'il les rencontre plus rarement autour de lui4 ,c'est donc une sorte de contre-sens que d'aliner une part de cette souverainet1 en admettant mme dans de faibles proportions1 aux fonctions d'autorit et de contrle des reprsentants de la race conquise4 ,dans l',inde1 un act de #ahcc1 vot par le ,parlement1 dictait qu'aucun natif ne pouvait tre cart de n'importe quel poste4 ,la volont de la mtropole1 bien que confirme avec des modifications par une loi de #ahec1 une proclamation de la reine ,victoria de #aheh1 enfin une autre loi de #ahgj1 se heurta toujours la rsistance du ,gouverneur1 lequel1 vivant au contact de la ralit1 sentait tous les dangers qui pouvaient surgir de cette porte entre-bille4 ,le fonctionnaire europen d'autorit est avant tout l'interprte de la politique de son pays1 ce que ne sera jamais le fonctionnaire d'origine indigne1 thoriquement muni des mmes pouvoirs2 il est aussi l'intermdiaire entre le peuple conqurant et le peuple conquis1 l'minent dpartiteur entre les exigences de l'un et les aspirations de l'autre4 ,il doit donc possder le don imprial par l'effet d'une tradition devenue instinct4 ,les ,anglais sont tellement imbus de ce principe essentiel1 nonobstant la concession platonique et sans effet pratique qu'on vient de signaler1 qu'ils vont plus loin3 une rgle non crite1 mais fidlement suivie1 de leur politique--analogue celle qui a cart jusqu' ce jour chez nous les ,isralites de la carrire diplomatique--veut que les postes d'autorit du ,civil ,service ne soient dvolus qu'aux ,anglais1 sinon ns1 tout au moins levs en ,angleterre4 ,des ,anglais1 ns dans l',inde de parents anglais et ayant reu leur ducation dans la colonie1 seront toujours carts des hautes fonctions de contrle et de direction#bj4 #bj ,j4 ,chailley4 ,l',inde britannique1 p4 #dfi4 ,l'auteur1 aprs avoir signal le fait1 ajoute3 ,il leur aura manqu de vivre dans le vieux pays1 de frquenter la robuste et rude jeunesse anglaise1 de s'imprgner avec elle des antiques prjugs qui font la savoureuse originalit de la race et des fortes notions qui lui inculquent son puissant orgueil4 ,et si aigu que1 plus tard1 se rvlent leur intelligence et si tendues leurs connaissances1 l',angleterre ne les classera pas volontiers parmi ceux qui d'avance elle destine la direction des masses et remet le sort du pays2 elle se dfiera de leur conscience et de leur caractre4 ,en un mot1 la mtropole redoute la dformation morale et intellectuelle provoque par l'ambiance exclusivement coloniale et indigne4 ,cette pratique1 si elle tait adopte chez nous1 liminerait en ,afrique du ,nord des hautes fonctions administratives tous les ,franais ns en ,algrie qui n'auraient pas pass leur adolescence et une partie de leur jeunesse en ,france4 99 99 99 99 99 ,le souverain1 remarquait ,ibn-,khaldoun1 est un modrateur4 ,il est aussi un redresseur de torts4 ,c'est une autre srieuse erreur que de laisser aux chefs indignes un pouvoir et une autorit tels que notre contrle en devienne illusoire4 ,en #aiah et #aiai1 les ,italiens trouvrent opportun de combler de faveurs les grands chefs bdouins qui les avaient contraints en #aiae se rfugier sur la cte4 ,ils en furent mal rcompenss3 les grands chefs en usrent leur guise dans nombre de points et1 sans qu'aucune sanction ultrieure n'intervienne1 forcrent dcamper les rsidents locaux avec leurs garnisons4 ,c'est un art dlicat que celui d'utiliser les grands chefs1 en leur lchant la bride1 sans diminuer pour cela son prestige4 ,ce qu'on a appel politique des grands cads en ,afrique du ,nord1 et plus particulirement au ,maroc1 dans un pass rcent1 ne correspond heureusement pas un plan d'ensemble et durable1 tabli sur des donnes logiques et visant au dfinitif4 ,cette politique est une politique d'expdient1 ayant sa source dans les ncessits immdiates du moment1 qui seules la justifient 7pnurie d'effectifs1 insuffisante prparation en vue d'une occupation territoriale74 ,elle se rsume ainsi3 la nation conqurante demande aux chefs indignes locaux1 qui elle suppose de l'influence et sait des moyens d'action matriels1 une activit trs tendue dans leur rle militaire et de haute police2 en change des efforts consentis par ces chefs1 et qui les dchargent d'autant des leurs1 les reprsentants de la nation conqurante restreignent leurs pouvoirs de contrle1 se contentent d'une occupation de fait et consentent fermer les yeux sur les abus et exactions inhrents1 en ,islam1 l'exercice de tout pouvoir fort non modr par la crainte4 ,une sorte de contrat tacite--do ut des--lie le chef indigne au gouvernement protecteur2 celui-ci se relche de son rle de surveillance administrative en proportion du concours qu'il exige par ailleurs du cad2 le cad s'appuie sur le pouvoir du conqurant1 qui consolide et tend ses privilges et avantages1 et au besoin les dfend4 ,cette politique est un pis-aller dont l'emploi1 suivant le temps et le lieu1--pendant une guerre europenne1 par exemple1 dans des rgions vides de troupes1--rend de prcieux services4 ,simple mesure d'opportunit1 elle ne saurait tre rige en mthode suivie4 ,elle rompt le contact entre le peuple conqurant et la masse indigne1 devenue sans recours effectif la proie de la clientle avide qui entoure les chefs locaux4 ,elle ne justifie pas moralement la conqute4 ,au malaise que provoque la venue du chrtien s'ajoute le ressentiment venu de l'oppression qu'il tolre et fortifie4 ,une telle politique hypothque l'avenir en prparant les ferments de haine et de dsordre4 ,on a essay de lgitimer la politique des grands cads1 non pas en arguant de la ncessit o l'on se trouvait dans certains cas de ne pouvoir en pratiquer de meilleure1 mais par des considrations assez aventureuses sur le caractre fodal de ces chefs indignes4 ,si ce n'est que ces seigneurs parfois chassent au faucon et logent dans des demeures fortifies1--ce qui n'est qu'une analogie de surface1--aucun parallle possible n'est intervenir entre l'tat social o ils vivent et celui de la fodalit4 ,il manque l',afrique du ,nord l'essentiel de la structure du moyen ge3 une hirarchie degrs nombreux et complexes1 les liens de suzerain vassal avec obligations rciproques trs strictes et sanctionnes par l'glise1 organisation spirituelle puissante ct du pouvoir temporel et souvent s'opposant lui2 la chevalerie1 la naissance des institutions communales1 bref tout un chafaudage social dont l'quivalent ne s'est jamais prsent en ,berbrie4 ,ajoutons qu'en fait ces grands feudataires ont accd un pouvoir de date rcente uniquement grce l'ensemble des circonstances qui ont favoris l'anarchie du ,maroc la fin du dix-neuvime sicle et au dbut du vingtime4 ,ils sont donc des parvenus1 sinon des chefs de bande qui ont russi#ba4 ,dans la ,berbrie1 plutt dmocratique1 leur lvation est le rsultat d'un accident4 ,il serait donc tout fait regrettable de transformer un simple tat de fait en un tat de droit4 #ba ,le grand-pre de l'illustre ,hadj ,thami ,glaoui1 le trs dcoratif pacha de ,merrakech1 n'tait qu'un petit cheikh de la montagne4 ,le fameux chteau-fort de ,telouet1 ce ,coucy de l',atlas1 bti en pis1 a commenc d'tre difi il y a une cinquantaine d'annes tout au plus2 son imposante physionomie actuelle remonte environ vingt ans4 ,la politique dite des grands cads1 qui a donn de bons rsultats pendant la guerre1 doit marquer une simple priode de transition2 il serait dangereux et au demeurant parfaitement inutile de la prolonger4 ,un gouvernement avis lui substituera1 pour le plus grand bien de notre tablissement1 ces habitudes d'ordre1 de rgularit et d'honntet qui ont consacr jusqu' ce jour les ,protectorats de la ,france4 99 99 99 99 99 ,nous avons vu quel tait le premier stade de la conqute3 la manifestation de la force et son emploi dos et judicieux1 puis l'acclimatation4 ,l'indigne s'attendait au pire2 il a ragi2 la situation lui apparaissant sous un jour supportable1 il se soumet et s'accoutume4 ,le fellah cultive dans des conditions plus favorables2 point n'est besoin pour lui de laisser la charrue afin de poursuivre un djich ou de le fuir2 les tribus voisines ne viendront pas1 sous le moindre prtexte1 brler ses rcoltes ou abattre ses arbres2 les voleurs sont chtis2 il n'y a plus de coupeurs de route4 ,l'homme des villes commerce plus aisment1 ses terrains et maisons ont dcupl leur valeur4 ,tous jouissent1 aprs l'alerte premire1 des avantages de l'occupation4 ,cependant1 au fur et mesure que l'indigne est plus son aise1 son respect pour le conqurant diminue4 ,il le voit de trop prs4 ,derrire le vainqueur et le prestige de ses canons ont suivi des nouveaux venus3 mercantis qui exploitent1 petits fonctionnaires qui tracassent4 ,dlivr de sa crainte primitive et les sachant inoffensifs1 l'indigne dcle rapidement leurs ridicules1 leurs tares1 et il tche souvent d'en tirer parti4 ,le gnie observateur et critique du ,berbre est aigu et direct2 le musulman des villes1 plus retors1 n'est pas moins fin2 le juif qui le guide en dessous lui commente nos travers et nos dfauts et lui enseigne le moyen d'en jouer son profit4 ,les premiers chefs militaires qui s'est soumis l'indigne sont dj partis2 la peur des sanctions a faibli2 les sanctions elles-mmes1 en pays pacifi et du fait de la sparation des pouvoirs1 se relchent en tardant2 en devenant moins rapides et plus bnignes1 elles perdent de leur efficacit4 ,il est plus facile de s'y soustraire1 car elles chappent au caractre sommaire qu'elles offraient sous le makhzen ou la domination militaire et elles exigent tout l'attirail d'une procdure importe4 ,l'indigne1 habitu un pouvoir autoritaire et fort1 s'tonne de cette dispersion des attributions en diverses mains et l'interprte comme une faiblesse#bb4 #bb ,voir note ,,iii la fin du volume4 ,cependant une nouvelle gnration grandit4 ,on l'a leve dans des coles ou des collges dirigs ou contrls par nous1 en mlangeant les anciennes disciplines islamiques une sorte d'enseignement primaire suprieur4 ,on s'efforce de la gagner par des mesures de libralisme1 excellentes en principe1 ncessaires peut-tre1 mais dont l'emploi peut tre dangereux4 ,dans la pense de la nation conqurante1 cette jeunesse des coles1 recrute d'ailleurs parmi les fils des notables1 doit devenir une ppinire de fonctionnaires du gouvernement local ou d'agents subalternes de nos administrations4 ,ce dessein est certes excellent1 et il est bien certain qu'on ne peut faire autrement4 ,faut-il cependant fermer les yeux de parti pris sur l'ombre qu'il prsente8 ,ds qu'ils seront titulaires de petits emplois1 les jeunes gens levs dans nos collges1 qui s'estiment dj suprieurs par leur qualit de musulmans1 se figureront vite que la subordination o on les tient est abusive et injuste4 ,ils voudront se donner de l'air1 acqurir de l'influence1 car l'influence en ,islam est un capital srieux2 si on les remet comme il convient leur place1 voil des mcontents4 ,mme observation pour ceux1 plus favoriss1 qui seront institus hauts fonctionnaires1 cads1 pachas1 etc4 ,empresss1 obsquieux1 habiles flatter1 par tous les moyens1 mme les moins avouables1 les agents mtropolitains chargs de les contrler1 ils ne ngligeront pas de faire leur propre fortune4 ,que risquent-ils1 en effet8 ,on ne pratique plus les sanctions terribles d'autrefois contre les fonctionnaires musulmans qui ont cess de plaire ou abus3 on ne les charge pas de chanes1 on ne les laisse pas mourir au fond d'un silo2 surtout1 on ne confisque plus1 on rvoque seulement2 or1 la rvocation1 aprs fortune faite1 eu gard la mentalit musulmane1 c'est une retraite un peu anticipe4 ,ajoutons que pour faire excuser leur avidit prs de leurs frres de race1 ces jeunes fonctionnaires affecteront un grand rigorisme musulman1 dauberont tout bas sur le chrtien et jetteront ainsi des ferments futurs d'opposition4 ,insidieusement1 encore qu'on ait laiss la complte libert des murs1 des coutumes et de la religion1 une atmosphre nouvelle s'est cre dans les villes autour des masses musulmanes4 ,d'autres conditions de vie1 une ambiance transforme1 des besoins nouveaux et grandissants1 la dissolution lente d'infinis et tnus liens traditionnels1 peu peu1 sans que l'indigne mme s'en doute1 ont chang le rythme de son existence4 ,un malaise nat alors1 d'autant plus aigu qu'il est moins dfini et obscur4 ,faut-il s'en tonner8 ,c'est la ranon d'une volution trop rapide1 une civilisation ne se juxtapose pas une civilisation plus vieille de huit ou dix sicles sans que cette brusque diffrence de niveau moral et intellectuel n'entrane avec elle une crise d'accommodation4 ,c'est le choc en retour de la conqute1 souvent d'autant plus rapide que la conqute a t plus facile2 des habitudes mentales ne se dploient plus qu'avec gne dans leur cadre familier2 en un mot1 il s'est produit une sorte de dracinement sur place4 ,par une sorte d'instinct de conservation1 on voit alors les esprits se retenir leurs anciens cadres idologiques ou se jeter sur les plus accessibles3 les musulmans exaltent leur foi1 la pntrent davantage2 les ,berbres s'islamisent4 ,le sentiment national1 n dans les couches leves de la population1 peut se dvelopper en un tel moment1 car il trouve un terrain o crotre4 ,voyons1 par l'exemple rcent du ,maroc1 la manire dont il peut se dessiner par le jeu des circonstances4 ,le nationalisme marocain n'existe pas1 mais tout concourt le former4 ,pour le ,marocain de nagure1 le terme de ,maroc1 en tant qu'entit nationale1 n'tait mme pas conu4 ,il y avait un souverain et un gouvernement1 un sultan et un makhzen1 et l'un et l'autre rgnaient ou tendaient leur administration sur un empire aux frontires imprcises et lastiques1 rtrcies s'ils taient faibles et sans prestige1 dilates1 au contraire1 s'ils taient puissants et guerriers4 ,chacun ne connaissait que sa ville ou sa tribu1 dont les rapports avec le makhzen1 suivant le temps et les circonstances1 taient troits ou relchs4 ,le ,maroc rpondait trs exactement au type de l'tat musulman1 qui rappelle1 d'aprs ,le ,chtelier1 beaucoup plus celui d'un noyau organique1 autour duquel s'tend un dveloppement de plus en plus diffus1 que celui d'une structure gnrale et complte#bc4 ,partant1 nul patriotisme proprement parler2 la rsistance l'envahisseur est le fruit du fanatisme ou1 beaucoup mieux1 de la xnophobie4 #bc ,revue du ,monde musulman1 septembre #aiaj4 ,notre ,protectorat a forcment chang tout cela4 ,en pacifiant1 en organisant1 il a unifi et donn prcisment au ,maroc cette armature intrieure qui lui manquait4 ,le makhzen1 reconstitu1 a dvelopp ses rouages2 les limites du ,maroc sont dsormais assises et le sultan va d',ouezzan ,marrakech4 ,la route1 l'automobile1 le tlphone ont aboli les distances dans un pays o les voyages et les changes taient1 il y a seulement une dcade1 longs1 malaiss et prilleux2 et ,allah sait si le ,marocain s'est mis furieusement voyager6 ,pour ses #cj ou #dj francs1 il prend l'autocar et fait #cjj kilomtres comme nous montons en tramway4 ,les chefs et fonctionnaires indignes1 soit dans des crmonies chrifiennes1 soit dans les ntres1 c'est--dire plusieurs fois par an1 ont de multiples occasions de se rencontrer et de s'entretenir2 l'ancien particularisme succde peu peu une certaine fusion des esprits et des intrts qui les animent4 ,enfin1 la longue guerre a familiaris la mentalit indigne1 attentive en suivre les phases1 avec la notion de patrie4 ,alors que1 nagure1 la majeure partie des ,marocains1 sauf peut-tre dans les villes de la cte o existaient des consuls1 ne se reprsentait pas trs clairement les diffrences nationales entre ,europens1 l'heure actuelle1 l'ide de nation tend devenir plus claire4 ,a la eddoula1 collectivit imprcise1 s'oppose maintenant la gens ou nation2 gens est le mot latin import par les ,berbres et non dform4 ,l'intgration que nous avons fait subir l'organisme marocain1 la gnralisation de nos mthodes1 le fait aussi que le sultan1 soutenu par nous1 perd fatalement son caractre de monarque absolu et religieux et devient en pratique quasi constitutionnel2 le principe d'hrdit dont nous prparons l'adoption pour l'accession au trne1 la faade de prestige qu'on laisse un makhzen1 gouvernement sans vergogne d'ailleurs1 tout cela et bien d'autres choses encore1 font acqurir l'ensemble du ,maroc une physionomie une qu'il ne possdait pas autrefois aux yeux de ses habitants4 ,l'ide nationale peut natre au ,maroc beaucoup plus facilement et plus rationnellement qu'en ,algrie4 ,le ,maroc constituait un tat incomplet et amorphe1 mais tout de mme il avait figure d'tat4 ,l',algrie1 o derrire les garnisons du beylik s'tendait un chaos de tribus divises et anarchiques1 ne fut jamais un tat4 ,la ,tunisie1 province turque1 pas davantage4 ,le nationalisme1 qui s'avre actuellement en ,turquie1 en gypte et dans l',inde britannique1 peut fort bien surgir au ,maroc4 ,la priode de crise qui suit toute conqute1 chance plus ou moins lointaine mais certaine1 offrira sans doute l'closion de ce sentiment national1 d'abord confus et vague1 un terrain favorable4 ,prenons garde alors qu'il ne se fortifie1 en effet1 et ne s'enrichisse du sentiment1 demeur toujours vivace1 quoique assoupi1 dans les classes populaires1 de la profanation que le chrtien1 par sa prsence1 fait subir la terre d',islam4 ,le vieux mythe de son dpart inluctable reviendra sous mille formes1 y compris celle de la lgende du sabre de ,sidna ,ali qui1 jaillissant du ciel1 doit faire sauter1 d'un seul coup de revers balayant le sol1 les ttes des infidles4 ,le pays est alors mr1 si l'on n'y prend garde1 pour des troubles1 des soulvements ou tout au moins de brusques sursauts4 99 99 99 99 99 ,le deuxime stade de la conqute1 le moins brillant sans doute1 mais le plus dlicat1 c'est de prvenir cette crise presque fatale et de l'apaiser avant qu'elle ne s'envenime4 ,il ne faut pas concevoir la pacification en pays d',islam sous la forme exclusive d'une ombre teinte ou hachure qui s'avance peu peu sur la carte1 c'est--dire comme une simple occupation militaire aprs laquelle il n'y a plus qu' administrer sans pril et sans gloire4 ,la conqute est une conception dynamique2 plusieurs annes aprs le silence impos aux coups de fusil1 elle doit se poursuivre encore et se maintenir en adaptant4 ,il n'y a aucun inconvnient ce que nous fassions une large publicit notre libralisme ingnu et souvent mdiocrement heureux l'gard de l',islam4 ,il permet des discours et des manifestations2 c'est merveille4 ,mais il importe aussi que le ,memento tu regere soit une formule toujours prsente l'esprit d'un peuple colonisateur4 ,le sens et comme l'instinct de l'imperium ne doit jamais l'abandonner4 ,une tutelle peut tre souple1 bienveillante et juste1 mais ces qualits n'excluent pas la vigilance et la fermet2 elle doit aussi prvoir et diriger4 ,protger et conduire vont de pair4 ,,chapitre ,,iv ,,les ,,bienfaits ,n,,cessaires ,il se peut que vous ayez de l'aversion pour ce qui vous est avantageux et que vous dsiriez ce qui vous est nuisible4 ,dieu1 seul1 sait ce qu'il vous faut1 et vous1 vous l'ignorez4 ,coran4 ,sourate de la ,vache4 ,en gouvernant les races orientales1 la premire pense doit tre de faire ce qui est bon pour elles1 mais non pas ncessairement ce qu'elles croient qui leur est bon4 ,lord ,cromer 7,political and ,litterary ,essays1 p4 #be74 ,un voyageur se promenait un jour--c'tait avant la guerre--avec un vieux rsident du ,maroc sur le chemin de ronde entourant la citadelle de ,mazagan1 d'o l'on domine la mer1 le bled et la ville4 ,en considrant ces lourdes tours1 ces murailles formidables1 tout l'appareil puissant d'une construction fodale d',occident1 il les comparait nos baraquements de la garnison1 en planches et ttes ondules1 qu'on apercevait au loin1 si mesquins1 si fragiles1 et il disait son compagnon3 ,vous me rappeliez tout l'heure que la masse populaire du ,maroc1 ainsi d'ailleurs que tout groupement islamique encore fruste1 envisage l'installation des chrtiens sur le sol moghrbin comme une preuve envoye par ,dieu et1 comme telle1 ayant forcment son terme4 ,ne croyez-vous pas qu'elle ne fasse ici un rapprochement1 gure notre avantage1 entre ce chteau fort norme1 bti comme pour l'ternit par les ,portugais1 symbole1 semble-t-il1 d'un vritable tablissement1 et les faibles abris de nos soldats qu'un rien peut dtruire8 ,n'en tire-t-elle pas conjectures dfavorables sur la prcarit de notre occupation8 ,les ,portugais1 au bout d'un sicle1 songe-t-elle1 durent abandonner ces orgueilleux ,alcazars2 toute autre entreprise des chrtiens n'est-elle pas voue au mme sort8 --,il est possible1 rpondit l'interlocuteur1 mais remarquez aussi les diffrences4 ,les ,portugais s'accrochaient ce rivage2 ils ne pntraient pas dans le pays1 sinon pour piller et asservir2 eux1 ils campaient vraiment dans leur citadelle2 nous sommes installs dans nos baraques2 nous ne molestons pas les habitants et les laissons vivre leur guise2 en assurant la scurit qui permet l'aisance1 nous faisons qu'ils prouvent dans leur pays mme un mieux-tre qu'ils ignoraient auparavant2 les captant par les liens de l'accoutumance1 nous forons en tout cas sommeiller1 si nous ne parvenons l'effacer1 cette ide d'un exode futur de l'occupant4 ,ce qui importe avant tout1 ce n'est pas l'allure extrieure de l'tablissement1 c'est la manire dont il est conu et poursuivi444 ,pour qu'une conqute europenne en pays d',islam soit durable et vraiment fconde1 elle doit se justifier moralement par les avantages de toute sorte qu'elle apporte au pays conquis4 ,la conqute n'acquerra sur ce terrain nouveau des racines profondes qu'en ralisant chez l'indigne l'implantation d'habitudes nouvelles et en s'efforant de les maintenir4 ,la rsistance brise1 il s'agit de rendre la soumission dfinitive1 et c'est alors qu'interviennent utilement les procds de pntration pacifique2 ils sont le grand secret grce auquel l'occupant1 d'abord subi1 est jug supportable1 puis devient par sa prsence et l'effet de sa domination la source de bnfices certains4 99 99 99 99 99 ,il faut donc donner aux musulmans ce qu'ils rclament raisonnablement et qui correspond leurs besoins et leur mentalit4 ,d'abord la libert religieuse et le respect de toutes les institutions1 coutumes et rites confessionnels4 ,encore que la cause paraisse entendue1 il faut y insister pour en saisir l'norme importance4 ,la convention d',alger du #e juillet #ahcj1 signe du gnral ,bourmont1 mentionne expressment que la religion musulmane restera libre#bd4 #bd ,l'exercice de la religion mahomtane restera libre4 ,la libert des habitants de toutes classes1 leur religion leurs proprits1 leur commerce et leur industrie ne recevront aucune atteinte4 ,leurs femmes seront respectes4 ,le gnral en chef en prend l'engagement sur l'honneur4 ,au camp1 devant ,alger1 le #e juillet #ahcj4--;,hussein ,pacha1 comte de ,bourmont4 ,cet engagement fut respect la lettre1 c'est--dire que les fidles continurent comme devant se rendre la mosque4 ,mais1 dans son esprit1 on le suivit assez mdiocrement4 ,on incorpora d'office les habous ou fondations pieuses au domaine1 ce qui tait altrer de faon grave l'intention des donateurs et cra un froissement trs profond dans les mes musulmanes4 ,dernirement encore1 en ,tunisie1 on a pu voir combien la matire tait dlicate1 lorsqu'il fut question d'assurer la vivification des terres habous incultes au profit de la colonisation3 des manifestations eurent lieu1 l'opinion indigne s'mut de cette innovation pourtant discrte et entoure de mnagements et de garanties4 ,a la pense de voir toucher1 de si peu que ce soit et dans un but d'utilit publique1 la routine d'une institution sculaire1 le fanatisme s'veilla4 ,une autre atteinte dtourne la libert religieuse en ,algrie fut celle qui rduisit les pouvoirs des cadis1 juges religieux1 en faisant passer la juridiction franaise nombre de leurs attributions les plus essentielles4 ,l'indigne1 qui rclame une justice prompte1 sans complications ni formalits1 d'homme homme1 pourrait-on dire1 est la fois du et troubl par tout notre appareil judiciaire aux auxiliaires multiples et d'ailleurs onreux4 ,nous voulons tre rgis1 disent-ils1 par la loi de l',islam qui est d'essence divine4 ,la religion nous fait un devoir de nous y conformer2 nous ne pouvons accepter une loi qui porte atteinte nos croyances#be4 #be ,rapport de la mahakma d',el ,milia lors de la consultation des cadis sur la codification de la loi musulmane1 #aijf4 ,depuis #ahcj1 exposa en #aiad ,m4 ,lutaud la tribune de la ,chambre1 jusqu' ce jour1 nous n'avons pas cess une heure d'enlever aux cadis1 morceau par morceau1 toutes les attributions qu'ils avaient1 malgr les protestations et les plaintes des indignes qui veulent tre jugs par les hommes de leur race1 de leur culte1 de leur langue1 de mmes habitudes mentales4 ,vingt ans auparavant1 ,m4 ,jules ,cambon s'tait fait l'cho des mmes plaintes3 ,nous avons dit aux indignes que nous leur donnerions une justice moins coteuse et plus sre que celle des cadis1 et il se trouve qu'ils ne voient jamais la fin non seulement de leurs procs civils1 mais encore de leurs procs criminels4 ,la procdure rend souvent la justice plus coteuse que ne le pouvaient faire les concussions de certains magistrats musulmans1 et les indignes ne font pas la diffrence entre le prix d'une justice concussionnaire et le prix d'une justice procdurire#bf4 #bf ,jules ,cambon4 ,le ,gouvernement gnral de l',algrie1 #aiah1 p4 #fc4 ,les constatations de ,m4 ,jules ,cambon venaient elles-mmes quelque cinquante ans aprs celles de ,tocqueville1 dont le beau rapport du #bd mai #ahdg sur les crdits extraordinaires demands par l',algrie est empreint d'un si haut esprit politique4 ,le mal de notre opposition dangereuse1 bien que passive en apparence1 au libre exercice de l',islam1 y tait pour la premire fois nettement signal4 ,autour de nous1 crivait-il1 les lumires se sont teintes1 le recrutement des hommes de loi et des hommes de religion a cess1 c'est--dire que nous avons rendu la socit musulmane beaucoup plus misrable1 plus dsordonne1 plus ignorante et plus barbare qu'elle n'tait avant de nous connatre4 ,et il ajoutait3 ,ne forons pas les indignes venir dans nos coles1 mais aidons-les relever les leurs1 multiplier ceux qui enseignent1 former des hommes de loi et des hommes de religion1 dont la civilisation musulmane ne peut pas plus se passer que la ntre4 ,les passions religieuses que le ,coran inspire nous sont1 dit-on1 hostiles1 et il est bon de les laisser s'teindre dans la superstition et dans l'ignorance1 faute de lgistes et de prtres4 ,ce serait commettre une grande imprudence que de le tenter4 ,quand les passions religieuses existent chez un peuple1 elles trouvent toujours des hommes qui se chargent d'en tirer parti et de les conduire4 ,laissez disparatre les interprtes naturels et rguliers de la religion1 vous ne supprimerez pas les passions religieuses1 vous en livrerez seulement la discipline des furieux et des imposteurs#bg4 #bg ,tocqueville signalait dans son magistral rapport un mmoire du gnral ,bedeau faisant connatre qu' l'poque de la conqute en #ahcg il existait ,constantine des mdersas runissant de #fjj #gjj lves4 ,dix ans plus tard1 le chiffre des tudiants tait rduit #fj et celui des msids 7coles primaires musulmanes71 de #ij passait #cj4 ,on ragit contre le mal signal par ,tocqueville par le dcret du #cj septembre #ahej qui reconstituait les mdersas pour former des candidats aux emplois dpendant des services du culte1 de la justice1 de l'instruction publique et des bureaux arabes4 ,il parat donc peu prs certain que la dcadence des institutions musulmanes et1 d'autre part1 le mdiocre succs de nos tentatives pour les rorganiser sous notre gide1 ont provoqu1 dans la deuxime partie du dix-neuvime sicle et jusqu' nos jours1 une exaltation populaire du sentiment religieux d'autant plus forte que celui-ci1 sans tre perscut proprement parler1 se trouvait tout le moins comprim4 ,d'o cette extraordinaire floraison dans toute l',afrique du ,nord du culte maraboutique1 avec ses zaouas et ses khouans1 dont l'vident rsultat fut de renforcer la solidarit musulmane1 grce au rseau serr et sans cesse accru de ses relations4 ,dans le pass de l',islam1 note ,jules ,cambon1 tous les pouvoirs tablis ont t les adversaires de ces prdicateurs antisociaux1 et c'est l qu'apparat la faute que nous avons commise en dtruisant peu prs consciemment toutes les forces sociales qui pouvaient subsister dans le monde musulman1 parce que ces forces sociales1 par leur nature mme1 taient hostiles ces forces religieuses indisciplines4 ,c'est une grave erreur de croire qu' notre contact la religion musulmane disparat lentement4 ,elle a tendance1 au contraire1 se raidir dans ses rites essentiels et prendre davantage conscience d'elle-mme en s'opposant une religion voisine4 ,les lections d',alger en #aiai nous ont encore une fois montr l'influence effective des marabouts et des socits secrtes ainsi que la rpugnance de la masse musulmane dessiner la moindre manifestation oriente dans le sens d'une europanisation ventuelle4 ,les ,jeunes-,algriens ne sont encore qu'une minorit infime auprs des ,vieux-,croyants4 ,la religion musulmane est donc un fait majeur1 dominant toutes les ractions sociales des peuples o elle rgne en matresse4 ,aucune de ses manifestations ne doit tre nglige4 ,elle est une force puissante et1 en face de l',europe1 une force ennemie2 ennemie des murs1 des habitudes politiques1 de la prsence mme de l'tranger impie et excr4 ,la surveiller1 mais sans paratre y toucher1 driver habilement les tentatives et les efforts de ses fidles les plus ardents1 avec infiniment de mesure et de discrtion2 la conserver pour mieux l'endormir1 devient une ncessit imprieuse pour toute nation europenne exerant une domination en pays d',islam4 ,l'exemple de l'uvre accomplie au ,maroc peut tre utilement cit4 ,ne rien changer en apparence2 laisser subsister toutes les manifestations extrieures auxquelles le peuple des villes et des campagnes tient tant1 qu'elles soient orthodoxes ou simple vestige des anciens rites paens ou magiques 7procession d',assaouas1 carnaval de l',achoura1 moussems ou plerinages locaux72 augmenter sans ostentation l'clat des grandes ftes traditionnelles 7,ad el ,kebir1 ,ad ,seghir1 ,mouloud7 par la reviviscence des protocoles anciens1 par des gratifications donnes nos serviteurs ou nos fonctionnaires indignes2 interdire aux ,europens1 pour viter tout incident1 l'entre des mosques1 bref montrer que notre prsence ne gne en rien les traditions du pass1 mme les plus infimes2 au contraire que1 grce la paix et la scurit revenues1 les crmonies diverses attirent davantage d'adeptes et de plus loin1 en un mot et pour tout rsumer3 quieta non movere1 il y a les grandes lignes d'un programme jusqu'ici appliqu avec succs et quoi rien ne semble devoir tre chang#bh4 #bh ,voir note ,,iv la fin du volume4 ,on peut en outre s'efforcer d'acqurir1 par le jeu de l'intrt1 la neutralit1 sinon la bienveillance des personnages religieux1 professeurs ou lettrs1 au moyen d'offrandes ou de sincures adroitement distribues par l'intermdiaire d'un organisme indigne1 afin de mnager des susceptibilits d'ailleurs lgitimes4 ,par contre-partie de cette attitude favorable1 il sera opportun d'exercer un simple droit de regard sur l'enseignement musulman1 de manire qu'il ne devienne pas un foyer de fanatisme et de haine contre le conqurant4 ,la rorganisation des habous au ,maroc1 suivant les principes traditionnels en vigueur autrefois et que les malheurs des temps avaient seuls effacs1 peut tre propose comme un modle des bienfaits du ,protectorat en matire de politique religieuse4 ,durant la priode de confusion et d'extrme anarchie qui prcda l'installation du ,protectorat au ,maroc1 les biens habous furent dilapids4 ,l'exemple venait de haut3 sous le rgne des deux derniers sultans1 leur entourage immdiat1 les vizirs1 les conservateurs ou nadirs pratiqurent avec un entrain remarquable les dtournements1 les destructions d'archives et toutes collusions utiles pour s'approprier les fondations pieuses ou en trafiquer4 ,les revenus des habous destins alimenter les budgets du culte1 de la justice et les bourses d'tudiants taient devenus drisoires2 aussi les mosques tombaient-elles en ruines2 les mdersas se vidaient et les cadis1 non appoints1 se rattrapaient sur le disponible des justiciables4 ,l'objectif du ,protectorat fut1 en suivant simplement le droit lgal et coutumier indigne1 de remettre sur pied toute une administration nagure organise suivant ses principes traditionnels1 en la contrlant4 ,notre venue et notre action ayant eu pour rsultat de faire cesser la gabegie et le gchis furent considres en ce domaine comme un vnement heureux par l'opinion indigne4 ,le rle du conqurant chrtien1 en l'occurrence1 fut celui de l'esprit cach qui meut tous les ressorts2 ceux-ci agissent1 on ne voit qu'eux1 l'impulsion qui les anime est invisible4 ,certains s'tonnent que1 malgr cette attitude si amicalement librale1 davantage3 digne et respectueuse envers la religion des musulmans1 nous ne soyons pas aims d'eux1 tout au moins en ,islam primitif4 ,on oublie qu'il est dj bien beau que nous soyons tolrs4 ,dans le horm de ,moulay-,idriss1 ,fez1 il y a quelque quinze ans1 il tait de coutume de dire que les btes de somme1 les juifs et les chrtiens ne pntraient pas4 ,ces derniers ont forc la consigne2 aujourd'hui1 touristes de toute catgorie circulent librement autour du sanctuaire1 jetant de la porte vers l'intrieur un regard rapide et profane4 ,certes1 s'ils sont attentifs1 ils peuvent surprendre chez les fidles qui les coudoient des visages hostiles ou une indiffrence glaciale charge de mpris4 ,dans cette trange cuve que sont les souks de ,fez1 groups autour de ,karaouyne1 ,sorbonne du moyen ge musulman1 les plus farouches instincts de lucre se mlent aux lans de la mysticit et le bruit du trafic ne parvient pas touffer celui des prires4 ,la religion1 l'allure formelle de la vie1 l'idologie1 tout repousse l l',occidental qui passe2 sur lui pse une rprobation qu'on sent unanime4 ,mais contre lui nul prtexte n'est donn d'esquisser un geste qui soit un signe de rvolte lgitime1 encore qu'en nul autre lieu peut-tre de l',islam ne s'aperoive mieux la barrire infranchissable qui spare le vritable musulman du chrtien1 croyant ou non1 et qu'il serait folle prsomption de croire dtruire un jour prochain4 99 99 99 99 99 ,l',islam tant dans son gnie profond une puissance contraire nos dsirs1 nos aspirations1 nos tendances1 qu'on peut apaiser et calmer sans songer la rduire jamais1 il est bien vident que notre intrt est d'viter1 dans la mesure du possible1 sa propagation chez les peuples soumis notre empire4 ,cette politique dont l'usage a reconnu la sagesse ne fut pas toujours suivie4 ,au ,sngal1 ,faidherbe et ses successeurs ont cru qu'il convenait1 pour lever le niveau des socits ftichistes1 de favoriser l'expansion musulmane et la propagande de ses missionnaires4 ,l'histoire si souvent sanglante de la colonie a montr les mfaits que pouvait causer le fanatisme chez des populations primitives4 ,comme on l'a justement observ1 un marabout hostile est cent fois plus dangereux que n'est utile un marabout bienveillant4 ,la mme erreur fut suivie en ,kabylie1 trs faiblement islamise au dbut de la conqute et que nous crmes civiliser1 rapprocher de nous en y rpandant l'enseignement musulman2 or1 nous n'emes pas nous en louer4 ,l'exprience acquise nous a servis en quelque mesure au ,maroc o l'on a estim trs sagement que nous n'avions nul intrt islamiser les ,berbres des montagnes et changer leur xnophobie native en fanatisme acquis4 ,on se garda d'y rpandre l'instituteur algrien et les coles franco-arabes4 ,en dpit de cette heureuse abstention1 il faut reconnatre que l'islamisation des ,berbres se poursuit trs rapidement depuis l'occupation franaise1 par suite du contact politique que la conqute progressive du bled siba cre entre lui et l'ancien pays makhzen1 trs arabis4 ,l'extrme facilit des communications1 l'accroissement des transactions font que les ,berbres se mettent vite la langue arabe en mme temps qu' la religion musulmane1 laquelle leur est immdiatement accessible en leur qualit de peuples primitifs4 ,comme le remarque ,a4 ,comte3 ,toute religion1 surtout popularit trs prononce1 doit videmment s'apprcier en dynamique sociale1 suivant la manire dont elle tait habituellement entendue par les masses et non d'aprs le sens plus raffin qu'ont pu y attacher secrtement quelques initis4 ,depuis trois ans que je rside dans un poste de pays berbre1 nous disait un contrleur civil du ,maroc1 j'ai vu l'volution s'accomplir pour ainsi dire sous mes yeux2 le nombre des coles coraniques a quadrupl dans les douars depuis l'occupation2 celui des nophytes pratiquant toutes les obligations rituelles a augment dans les mmes proportions1 et les progrs continuent sans cesse4 ,au temps de la siba1 le ,berbre vivait en quelque sorte en vase clos dans sa tribu d'origine2 ses seules relations normales avec les citadins s'exeraient par le pillage des voyageurs4 ,actuellement1 la ncessit de vendre et d'acheter aux gens des villes1 qui circulent librement et sans danger dans les campagnes nagure infestes de bandits1 contraint le ,berbre connatre la langue et mme1 pour n'tre pas dupe dans les contrats1 l'criture arabe4 ,la religion musulmane suit naturellement4 ,elle est la religion qui est la plus proche dans l'espace et la plus proche aussi dans le domaine moral4 ,la paix franaise facilite son extension2 il y a l une volution presque fatale que nous ne pouvons songer srieusement combattre par des palliatifs drisoires3 cration d'coles purement franaises que frquente une douzaine d'enfants1 transcription en franais des dcisions de djemas sur des registres ad hoc 7ce dernier procd d'ailleurs irralisable pratiquement74 ,enfin la religion arabe constitue-t-elle aussi peut-tre pour ces autochtones qui ont lutt en vain contre l'envahissement de l'tranger une protestation intrieure1 un dernier refuge1 inviolable celui-l1 et que nul ne leur arrachera4 99 99 99 99 99 ,aprs la libert religieuse1 bienfait en quelque sorte ngatif mais capital1 puisqu'il conditionne la scurit et le maintien de notre tablissement1 la grande valeur positive qu'apporte notre venue rside dans l'instauration de l'ordre au moyen d'un gouvernement et d'une administration rguliers4 ,les populations musulmanes ont t caractrises jusqu' ce jour1 tout au moins en ,afrique du ,nord1 par leur longue impuissance se diriger elles-mmes4 ,une rorganisation administrative dans un pays musulman n'est possible1 crit lord ,milner dans son fameux rapport sur l'gypte1 que si elle est impose du dehors444 ,les puissances europennes1 en respectant les institutions sculaires pour lesquelles les populations musulmanes conservent un attachement religieux1 peuvent en obtenir1 par un contrle incessant1 un fonctionnement rgulier et honnte4 ,l'exemple du ,maroc vient encore naturellement l'esprit1 car il est le plus rcent et le plus curieux4 ,l'histoire du ,maroc est celle d'une entit gographique et politique crant l'illusion d'un empire aux yeux de l'ignorance europenne1 mais d'un empire o le dsordre intrieur1 existant comme la variole ou le typhus l'tat endmique1 compromettait sans cesse l'autorit du souverain4 ,cet tat d'anarchie n'offrait de rmission qu'autant que l'mir couronn montrait de l'activit et de la poigne4 ,les limites des territoires soumis s'tendaient alors pour se rduire aussitt que ,sa ,majest ne guerroyait plus4 ,le sultan et son makhzen 7vizirs ses cts1 cads dans les tribus7 ne faisaient qu'assurer un semblant de scurit et de justice1 d'ailleurs pay chrement4 ,l'organisation financire pouvait offrir peu prs ce tableau4 ,le cad1 institu par le sultan1 aprs hommage pcuniaire rendu en proportion de l'importance de sa charge1 tire de ses administrs le plus d'argent possible1 et par tous les moyens4 ,de l'argent ainsi rcolt1 il fait deux parts3 l'une pour lui1 l'autre1 accompagne d'une comptabilit fantaisiste1 pour le ,trsor1 dit public4 ,il est bien certain qu'une tendance vive l'incite arrondir la sienne et diminuer celle du makhzen4 ,dans ce cas constat1 ou devin seulement1 l'arbitraire tant de rgle1 la destitution1 l'emprisonnement et la confiscation des biens s'ensuivaient4 ,le sultan faisait convoquer le cad ,fez ou ,marrakech1 et1 l1 ces aimables surprises taient notifies au fonctionnaire l'excessif apptit2 l'excution suivait sans dlai2 les contribuables dpouills n'taient pas remis en possession de leurs biens1 mais ils taient fort contents tout de mme de voir la justice du sultan chtier le coupable4 ,pour viter cette disgrce lourde1 puisqu'il y perdait la fois sa fonction1 sa libert et sa fortune1 le cad s'efforait-il de satisfaire aux exigences du makhzen sans trop faire tort celles de sa propre avidit1 en pressurant un peu davantage ses administrs8 ,ceux-ci1 excds1 se soulevaient1 brlaient et pillaient la demeure du tyranneau1 lequel tait bien heureux quand1 par une fuite opportune1 il pouvait chapper un massacre certain4 ,le pouvoir d'un cad dans sa tribu sous l'ancien makhzen tait un pouvoir absolu1 tempr cependant par deux alternatives1 en cas d'abus3 la confiscation venue d'en haut1 la rvolte surgie d'en bas4 ,le makhzen1 au reu de la nouvelle d'une sdition qui le privait d'un fidle serviteur1 sans autrement s'en mouvoir1 acceptait d'un autre candidat au cadat une forte provision1 l'instituait1 et le nouveau promu recommenait ses risques et prils le jeu subtil de faire fortune sans veiller les susceptibilits de la cour et les ractions du populaire4 ,il fallait videmment du doigt4 ,le ,trsor n'tait constitu qu'au profit du sultan et de son entourage4 ,le pays n'en bnficiait nullement4 ,les travaux publics taient inexistants2 aucun plan suivi et de longue haleine1 d'amlioration ou d'utilit gnrale ne voyait jamais le jour4 ,a ce rgime1 il n'tait point surprenant que les tribus des pays de montagne1 o les faibles armes du sultan ne pouvaient s'aventurer qu'occasionnellement1 ne voyaient aucun avantage reconnatre cette autorit du makhzen dont le poids tait lourd et le bnfice fort peu certain4 ,le particularisme des groupements berbres au rudiment d'organisation mi-dmocratique1 mi-sovitique s'accommodait merveille de cette absence de joug4 ,un passage d',ibn-,khaldoun traduit bien leur tat d'esprit3 ,une tribu s'avilit qui consent payer des impts et des contributions4 ,une tribu ne consent jamais payer des impts tant qu'elle ne se rsigne pas aux humiliations4 ,les impts et les contributions sont un fardeau dshonorant qui rpugne aux esprits fiers4 ,tout peuple qui aime mieux payer ces tributs plutt que d'affronter la mort a beaucoup perdu de cet esprit de corps qui porte combattre ses ennemis et faire valoir ses droits#bi4 #bi ,prolgomnes1 #big4 ,moulay-,hassan1 le dernier grand sultan du ,maroc indpendant1 passa la moiti de sa vie cheval1 guerroyer dans tous les coins de son empire pour maintenir ses tribus dans le devoir et mater leurs vellits de dissidence4 ,aprs lui et ,ba-,ahmed1 l'extraordinaire rgent de la minorit d',abd-el-,aziz1 l'nergie dbordante et la main de fer1 tout s'croula4 ,l'argent rentrait mal ou pas du tout2 comme les besoins devenaient plus grands1 l',europe voulut bien consentir des emprunts1 mais la condition de prendre des gages et de s'implanter4 ,c'est ainsi que le ,maroc1 anachronisme tonnant au dix-neuvime sicle et aux portes de l',europe1 perdit son indpendance1 qui ne lui rapportait d'ailleurs que ruine et confusion4 ,le premier soin du ,protectorat franais fut de mettre de l'ordre dans les finances1 d'organiser l'impt sur des bases rationnelles1 de le percevoir dates fixes et de restreindre1 dans la mesure du possible1 les motifs d'exaction4 ,l'apport d'une scurit vritable alla de pair avec l'assainissement du maquis financier4 ,quand notre protectorat s'est install au ,maroc qui venait de subir une longue priode de dissolution interne et de troubles1 o les biens et les personnes taient sans cesse menacs1 l'heureux effet de notre prsence et de la police qu'elle comportait fut tel qu'il dissipa beaucoup de prventions contre la venue des chrtiens4 ,aujourd'hui1 parmi le bled siba encore rfractaire1 le seul argument1 le seul apprci en tout cas1 en faveur de notre intervention dans le pays1 est bien prcisment celui de cette scurit que nous apportons dans nos fourgons4 ,aprs la scurit vient le bien-tre matriel3 amnagement de routes1 par suite facilit extrme des communications1 forage de puits1 distribution d'eau1 soins mdicaux2 bref tous les avantages que livre1 ct de tant de maux1 la civilisation moderne4 ,l'indigne musulman1 et surtout au ,maroc1 est trs utilitaire2 il ne vise que le concret et ce qui lui sert4 ,on l'oublie trop souvent en croyant le combler de bienfaits thoriques1 dont il se moque quand il ne s'en sert pas contre nous4 ,il y a une quinzaine d'annes1 un des rares ,europens qui habitaient une ville du ,maroc1 s'avisant de sortir bicyclette1 faillit tre lynch par la population1 laquelle s'mut de cet objet plus nouveau qu'un chameau4 ,peu de temps auparavant1 un mdecin franais fut assassin dans cette mme ville1 parce qu'on croyait qu'il tait charg d'installer la tlgraphie sans fil1 suppose source de calamits4 ,a l'heure actuelle1 les ,marocains aiss ont leur auto1 qu'ils conduisent parfois eux-mmes1 usent du tlphone1 de la lumire lectrique et de toutes les commodits dues au gnie mcanique du roumi4 ,scurit1 jouissance paisible d'une paix enfin acquise et de ses divers agrments supposent l'exercice rgulier de la justice4 ,la justice en pays d',islam est un fruit rare2 d'un bout l'autre des terres musulmanes1 de ,chiraz ,mogador1 la vnalit svit et l'arbitraire et le dni de justice en vue du profit2 tant dans la justice pnale que dans la justice civile1 cads et cadis rivalisent2 tout s'arrange avec de l'argent1 au mpris de toute quit et foi jure2 ce sont combinaisons appeles l bakchich et ici fabor4 ,l'argent est un matre2 il ne laisse pas de non la parole1 dit un proverbe chleuh du ,sous4 ,aussi a-t-on vu avec quel empressement et souvent au prix de quels sacrifices les indignes en pays de capitulations se prcipitaient vers la protection trangre du roumi1 par ailleurs excr1 qui les soustrayait la manire par trop intresse de leurs juges naturels4 ,comme tous les peuples primitifs1 ,algriens et ,marocains ont le sentiment de la justice1 qu'ils sont incapables par ailleurs1 livrs eux-mmes1 d'exercer4 ,cependant1 la vraie formule n'est pas de donner aux musulmans des juges europens1 la plupart du temps ignorants la fois de la loi musulmane et de son esprit1 des coutumes locales1 de la langue4 ,il faut leur laisser leurs juges naturels1 mais soigneusement les choisir et les surveiller4 99 99 99 99 99 ,l'ensemble des avantages qu'une installation europenne apporte dans un pays musulman peut se dfinir ainsi3 faire vivre la socit indigne dans son atmosphre morale traditionnelle1 mais pure de ses misres1 y maintenir les cadres naturels1 amends et contrls en vue d'une amlioration gnrale des conditions de vie en usage4 ,cette uvre ncessite1 chez ceux qui ont la charge de la mener bien1 des qualits nombreuses et varies4 ,outre une grande aptitude aux ides gnrales par quoi l'on domine les dtails de la besogne journalire1 de la persvrance et du caractre1 il faut en mme temps une connaissance de l'indigne ne s'acqurant qu' l'usage1 une sympathie vers lui1 un effort constant de comprhension et de patience1 la fois de la bonhomie et de l'nergie2 en un mot1 une gentillesse grce laquelle se cre le lien moral et qui est une qualit bien franaise4 ,le sens de l'indigne musulman est souvent difficile acqurir2 il y a l toute une psychologie reconstituer pour savoir ce qui le touche et le sduit1 ce qui le choque et le rebute1 d'autre part1 et qui varie suivant les classes sociales1 les rgions1 les milieux ruraux ou urbains4 ,comprendre les aspirations1 les vrais besoins1 les faiblesses des populations avec qui l'on a affaire est la premire dmarche instituer1 puis faire la balance entre leurs qualits et leurs dfauts1 les tenir en main tout en vitant les tracasseries inutiles1 exige une varit de dons qu'il n'est pas donn quiconque de possder en un jour4 ,asseoir son prestige d'abord par une grande dignit d'attitude et de vie1 puis par un mlange de distance et de familiarit1 de jugement svre et de cordialit1 dosage indispensable dans des socits sommairement hirarchises1 tout cela est la marque d'un vrai chef4 ,le plus grand bienfait accorder aux indignes est de les pourvoir de chefs locaux administrateurs ou contrleurs qui les comprennent1 les aiment sans en tre les dupes et avec lesquels ils se sentent en confiance4 ,on a vu1 dans les premires annes du ,protectorat du ,maroc1 comme autrefois en ,algrie1 des populations pleurer assez sincrement le dpart de chefs militaires ou civils qui avaient su acqurir leur sympathie2 ces chefs taient en gnral les plus justes1 mais aussi les plus svres et les plus nergiques4 ,il est donc souhaitable que le chef qui russit1 demeure longtemps au mme poste4 ,le musulman n'aime pas les figures nouvelles4 ,si elles se succdent par trop1 il ne se livre plus1 se replie sur lui-mme2 le lien moral se dissout1 au grand dam de l'uvre poursuivie1 et il ne se renoue ensuite que difficilement4 ,la cause essentielle des msaventures espagnoles au ,maroc vient de ce malentendu fondamental entre l'indigne et l'occupant2 ce dernier considre l'autre comme un ennemi hrditaire2 il ne fait rien pour le gagner aprs l'avoir rduit ou bien ses avances sont maladroites et prises en mauvaise part2 il creuse le foss au lieu de l'aplanir2 il heurte sans cesse le soumis de la veille1 jusqu'au jour o du foyer mal teint l'incendie clate4 ,les expditions coloniales ne s'organisent pas aujourd'hui comme au temps de ,pizarre4 ,en mprisant son adversaire1 en ne se souciant ni de ses besoins ni de sa mentalit1 en ne faisant rien pour le gagner1 on n'aboutit qu' de graves checs4 ,cet exemple fcheux mis en parallle avec la plupart de nos russites atteste que la dure et la solidit d'un tablissement europen en terre d',islam sont en raison directe de la valeur intellectuelle et morale des hommes1 tous les degrs de la hirarchie1 qui ont la charge de l'tablir1 puis de la maintenir4 ,elles dpendent aussi de la faon dont ces hommes ont compris leur rle1 lequel est1 pour une grande part1 de rendre sans cesse visible et palpable1 aux yeux des musulmans1 l'utilit et les avantages matriels dus notre prsence et notre action1 en allgeant autant qu'il est possible les contraintes obligatoires et pnibles qui en sont la contre-partie invitable4 ,,chapitre ,v ,,les ,,bienfaits ,p,,rilleux ,caliban4--,vous m'avez appris parler et le profit que j'en retire est de savoir comment vous maudire4 ,la peste rouge vous tue6 ,shakespeare4 ,la ,tempte4 ,rien de trop1 dit la sagesse antique et de toujours4 ,et d'autre part1 ne forons point notre talent4 ,accordons aux musulmans ce qu'ils demandent et satisfaisons leurs souhaits justifis1 tacites ou exprims4 ,n'allons pas au del2 cette erreur psychologique serait une source de graves fautes politiques dont nous serions les premiers punis4 ,il ne faut pas donner aux musulmans ce qu'ils ne demandent pas et qui ne correspond ni leurs besoins ni leur mentalit4 ,or1 il est beaucoup de ces prsents d',artaxercs dont on veut toute force faire cadeau aux musulmans1 alors qu'ils les gotent mdiocrement4 ,on s'tonne qu'ils ne soient pas pleins de gratitude pour ces beaux dons inutiles4 ,on part1 comme toujours1 des gnreux et absurdes principes rvolutionnaires venus par fil spcial de ,sirius la ,terre dans la substance grise de terribles logiciens4 ,les tres humains sont partout identiques2 il n'y a entre eux que diffrences de dveloppement2 par consquent1 la mission civilisatrice des peuples volus est de faire parvenir au mme point de progrs des peuples prtendus arrirs4 ,et le meilleur moyen d'ducation1 n'est-ce point de les assimiler pour que1 du contact1 des habitudes et des ides1 de la pratique des mmes murs politiques1 surgisse la fusion dsire8 ,un principe aussi erron ne peut tre qu'une source jaillissante d'erreurs4 ,la civilisation musulmane n'est pas seulement arrire par rapport la ntre1 il n'y a pas seulement diffrence de degr ou de niveau1 un trou dans la dure combler htivement 7et quand cela serait1 quel danger encore de brler tant d'tapes672 il y a diffrence de nature dans sa forme et sa contexture mmes2 de part et d'autres1 modes de reprsentation et catgories de l'entendement ne sont pas les mmes4 ,par suite1 quels troubles profonds ne va-t-on pas apporter dans les esprits musulmans1 o tout est fix par l'usage et l'hrdit1 par le milieu1 l'tat social1 en leur imposant des faons de voir1 de juger et d'agir1 alors que1 sauf quelques rares individualits1 ils ne possdent pas la mme manire de sentir et de ragir que nous4 ,nanmoins1 nos politiciens ne sont point embarrasss de pareilles considrations1 sans doute juges ractionnaires4 ,ils se sont persuad qu'il fallait1 pour faire de nos protgs musulmans nos amis et presque des nationaux1 les instruire4 ,la clart des notions acquises dissiperait les prjugs et les erreurs1 faciliterait les rapprochements1 claircirait tous malentendus4 ,bourde crivait dans le ,temps1 en un style et avec des images dignes d',homais1 des phrases de ce genre qu'on ne peut qualifier que du nom mme de leur auteur3 ,l'enseignement des indignes est la clef de vote de notre uvre au del de la ,mditerrane4 ,de lui dpend l'avenir de notre action elle-mme1 car ce n'est que par l'instruction que la ,france peut esprer absorber les quinze millions d'indignes qu'elle va dsormais porter logs dans ses flancs4 ,et feu ,albin ,rozet1 qui fut un parlementaire digne et laborieux1 mais dont les ides sur la politique musulmane taient la fois les plus absolues et les plus saugrenues 7ce qui va assez bien ensemble71 dclarait hautement3 ,le jour o notre ,nord-,africain parlera franais1 il sera vritablement une terre franaise et un prolongement de la patrie4 ,il sentira et pensera comme la ,france4 ,ainsi l'on parsema d'coles l',afrique du ,nord4 ,il y a plus de vingt-cinq ans que ce mouvement de fureur scolaire a commenc de svir2 on peut donc en voir les consquences1 qui ne sont pas des plus fameuses4 ,l'exprience1 d'une manire gnrale1 a montr que plus les indignes avaient acquis de culture franaise et davantage ils avaient tendance1 en secret ou ouvertement1 nous har2 cette constatation1 videmment dcevante1 vient de l'avis unanime de ceux qui ont observ sans parti pris les rsultats offerts4 ,en #ahhf1 le ,gouverneur gnral de l',algrie le reconnaissait loyalement4 ,l'exprience1 disait-il1 tend dmontrer que c'est quelquefois chez les indignes qui nous avons donn l'instruction la plus tendue que nous rencontrons le plus d'hostilit4 ,et ,m4 ,louis ,vignon1 signalant le fait1 d'ajouter3 ,c'est presque toujours parmi les anciens lves des coles primaires que l',administration rencontre des opposants1 rclameurs1 fabricants de faux papiers4 ,d'autre part1 si l'on voit encore en ,algrie1 o les esprits sont murs1 donc peu curieux d'acqurir1 trs peu de jeunes1 ceux-ci1 loin d'tre rallis et srs1 sont gnralement ennemis4 ,leurs journaux en tmoignaient avant la guerre2 leur abstention1 l'heure des engagements volontaires1 l'a soulign4 ,un certain nombre d'instituteurs indignes rclament prement les droits lectoraux1 discutent l'autorit4 ,passez la frontire3 depuis longtemps on jugeait pour ennemis la plupart des ,jeunes-,tunisiens4 ,bien qu'ils fussent trs prudents et trs habiles1 ils se sont dcouverts une premire fois lors des incidents de #aiab1 une seconde fois pendant la guerre#cj4 #cj ,vignon1 ,un programme de politique coloniale4 ,plon1 #aiai1 p4 #ebf4 ,l'exprience de l',inde avec sa classe encombrante de babous ou lettrs aurait pu nous servir2 ce ne sont que des arrivistes forcens1 crivait lord ,curzon1 anims de la haine la plus profonde non seulement contre tous les ,anglais1 mais contre tous les ,europens1 prts toutes les destructions pour satisfaire leur vanit exaspre444 ,au point de vue politique1 les agitateurs professionnels sont ceux qui ont fait leurs tudes en ,angleterre et qui s'inspirent des principes de la libert politique sans tre devenus capables d'en apercevoir les difficults et d'en saisir les contradictions4 ,au ,maroc1 on a cru ou feint de croire que les interprtes et instituteurs algro-tunisiens que nous importions seraient de bons agents de pntration2 on fut bien oblig de se servir d'eux2 d'ailleurs1 on n'avait pas l'embarras du choix2 or1 on est contraint de reconnatre que1 d'une manire gnrale1 on n'a pas eu de pires ennemis de notre influence4 ,la politique musulmane fait donc1 en gnral1 fausse route dans le domaine de l'instruction4 ,qu'on nous entende bien3 on ne prche pas ici l'obscurantisme1 mais l'instruction ne doit pas tre distribue et impose larga manu1 comme la quinine2 elle doit tre offerte1 mise la disposition des musulmans1 nous dirons plus1 elle doit tre propose petites doses1 comme une prime et un honneur rservs l'aristocratie indigne2 ingurgite tort et travers1 elle peut devenir un vritable poison pour des intelligences non adaptes2 elle suscite alors la vanit1 la paresse1 cre des dclasss4 ,dans l'esprit de nos idologues islamisants1 l'acquisition des lumires doit pouvoir rendre les indignes aptes conqurir la libert1 les droits du citoyen1 l'lectorat2 le tout considr comme bien suprme4 ,on ne prend pas garde encore que nous sommes dans une socit radicalement incapable1 sauf au dire de quelques intrigants ou ambitieux qu'elle peut comprendre1 de jouir de ces prtendus avantages4 ,en pays d',islam1 on est toujours dans un monde patriarcal1 autoritaire1 ou tout au moins trs hirarchis3 il y a le popolo grasso et le popolo minuto1 les chefs et ceux qui doivent obir2 le fonctionnement de la vie sociale repose sur le principe de l'autorit dtenue par certains1 qui l'ont acquise par la naissance1 la possession d'tat rsultant de quelque coup de force ou la faveur du gouvernement4 ,quelle rvolution norme au sein de cette socit patriarcale qui n'obissait jusqu'alors qu'au chef de famille ou au chef de tribu que d'y imposer les principes libraux et individualistes6 ,cette limitation et ce contrle de l'autorit1 cette mise en question 7qui viendra vite7 de la lgitimit elle-mme de la domination du peuple conqurant1 n'est-elle pas extrmement nouvelle pour le peuple algrien1 mis part quelques agitateurs8 ,on ne peut pas mieux prparer soi-mme les verges dont on se fera fouetter4 ,nous avions l'exemple des caricatures de suffrage universel que donnent les consultations lectorales de nos vieilles colonies et de l',inde1 des scandales permanents qu'elles entranent4 ,a quoi bon transporter toute cette misre en ,algrie qui en avait t encore exempte8 ,il fallut cependant le tenter4 ,issu du sentimentalisme d'une dmagogie considrment tendue hors de ses frontires mtropolitaines et de l'ignorance exagre de trop de parlementaires touchant les choses coloniales et islamiques1 vote enfin par une poigne de dputs prsents dans une sance du matin1 la loi du #d fvrier #aiai a1 on le sait1 un objet double3 en premier lieu1 elle donne tous les indignes autres que les journaliers agricoles ou les ouvriers urbains qui n'ont pas fait de service militaire la facult d'obtenir de plein droit la naturalisation au titre de citoyen franais4 ,en un mot1 les neuf diximes des jeunes gnrations peuvent obtenir ad libitum la citoyennet franaise4 ,ce beau cadeau n'a eu aucun succs1 comme on pouvait s'y attendre2 c'est une manifestation de notre libralisme et de nos bonnes dispositions l'gard des ,algriens1 un geste noble et platonique1 et pas autre chose4 ,vous devriez comprendre1 disent les notables de la socit indigne1 qu'il y a incompatibilit absolue ce qu'un musulman fidle sa religion recherche la qualit de citoyen franais avec les obligations qui en dcoulent4 ,croyez-nous1 aucun musulman digne de ce nom n'acceptera de renoncer son statut1 c'est--dire sa loi religieuse1 divine1 qui est prendre tout entire et telle qu'elle est4 ,ce dogmatisme est peut-tre fait pour vous surprendre1 mais notre loi est d'essence divine et votre loi franaise est purement humaine4 ,vous ne pouvez les considrer un point de vue d'assimilation1 ni en rien les comparer4 ,la seconde innovation de la loi de #aiai remet aux mmes catgories d'indignes un droit lectoral trs tendu4 ,elle appelle la moiti presque des autochtones lire les conseils municipaux1 les conseillers gnraux et les dlgus nomms titre indigne4 ,or1 la masse de la population n'a jamais rien demand de pareil2 elle n'en avait ni le got ni le dsir2 l'indigne1 nullement prpar exercer le droit lectoral1 ne l'a pas rclam4 ,on ne peut confondre une minorit d'agits ambitieux ou aigris1 semi-intellectuels1 semi-primaires1 se faisant1 dessein ou non1 illusion sur la mentalit de leurs coreligionnaires avec les couches profondes de la population2 celles-ci n'ont pas la notion du contrle et la discussion de l'autorit2 elles veulent la justice du beylik1 c'est--dire du gouvernement1 mais elles n'ont jamais pens lui dicter leurs volonts4 ,a ces mentalits involues encore1 ,il fallait cependant d'urgence remettre l'arme du bulletin de vote comme rcompense l'acceptation de l'impt du sang4 ,l'immense majorit n'y comprit rien2 les joies du scrutin devaient tre sans saveur pour des gens admettant jusqu' ce jour sans discussion le principe d'autorit2 ils n'apprciaient que l'article #ad1 article qu'on fut oblig de remanier1 qui permettait aux lecteurs conscients l'achat d'armes feu4 ,cependant les lections eurent lieu4 ,elles se traduisirent d'un mot3 elles furent faites contre l'administration ou1 plus exactement1 contre les candidats supposs patronns par elle et contre toute francisation4 ,les naturaliss furent battus ,alger2 ils furent combattus comme rengats2 on les jugea trop voisins de nous1 mal qualifis par consquent pour faire triompher les pres revendications d'un programme qui ne tendait rien moins qu' amoindrir ou mme ruiner la souverainet franaise4 ,nulle part la masse des indignes n'a donn l'impression qu'elle apprciait un libralisme dpassant son entendement4 ,le parti des ,vieux-,croyants1 soutenu par les familles maraboutiques1 plutt hostiles notre influence1 l'a emport sur toute la ligne4 ,la concession du droit de vote aux indignes1 dans les conditions o il fut tabli1 avec un cadre lectoral trop large1 peut1 en temps de crise1 permettre des agitateurs de manier dangereusement les masses indignes1 cette innovation parat donc1 ds le dbut de son application1 ne servir en rien la cause franaise4 ,l'ide de donner une souverainet locale aux indignes tait bonne en soi-mme1 mais il fallait poursuivre ce but en rorganisant les djemas1 assembles communales des seuls indignes1 plutt que d'largir encore au sein des assembles mixtes la fusion de l'lment franais et de l'lment indigne4 ,il ne faut pas perdre de vue que l',algrie est directement vise par la propagande bolcheviste et le sera demain peut-tre par les menes allemandes4 ,nombre d'indignes des ports sont affilis la ,c4 ,g4 ,t41 ont fait des grves de solidarit auxquelles ils ne comprenaient rien et suivi et acclam le drapeau rouge4 ,lnine s'est flicit de sa propagande en ,afrique du ,nord4 ,le souvenir des luttes religieuses du ,donatisme qui ravagrent la ,berbrie aux premiers sicles du christianisme peut tre ici utilement rappel3 le succs de ce schisme provint pour une large part de la vive inclination des ,berbres1 en embrassant une cause d'ordre spirituel1 manifester leur impatience contre la domination romaine4 ,les indignes musulmans n'entendent rien au marxisme2 aussi bien la propagande communiste1 en s'adressant eux1 a moins pour objectif de commenter les thories du ,capital ou de dvelopper les phases du matrialisme historique que de prconiser la haine religieuse de l'tranger4 ,il s'agit d'aliner toutes les populations musulmanes contre les gouvernements capitalistes4 ,dans ce but1 tous les moyens sont bons1 mme et surtout celui d'exciter le vieux levain d'anarchie et d'insurrection de ces ,berbres qui ont support et vu disparatre aussi1 au cours de l'histoire1 tant de dominations trangres4 ,or1 ne sait-on pas que lorsque les problmes sociaux puisent leur force dans des ressentiments religieux et nationaux1 ils ont une force d'explosion incomparable8 ,attendons-nous pour l'avenir de lourdes complications1 si nous abandonnons notre vieille politique sage et prudente en ,afrique du ,nord pour nous jeter dans une politique d'utopie1 d'idologie et d'aventure qui pourrait coter cher la ,france et la mener de vritables dsastres4 ,a ce propos1 on ne saurait trop mditer ces lignes du beau rapport de ,jules ,ferry1 rdig en #ahib au nom de la commission d'enqute sur l',algrie3 ,assimiler l',algrie la mtropole2 leur donner toutes deux les mmes institutions1 le mme rgime administratif et pnal2 leur assurer les mmes lois1 c'est une conception simple et bien faite pour sduire l'esprit franais4 ,elle a1 dans l'histoire de notre colonie1 une influence tour tour bienfaisante et dsastreuse2 mme aujourd'hui1 aprs nombre d'expriences1 il faut quelque courage d'esprit pour reconnatre que les lois franaises ne se transportent pas tourdiment1 qu'elles n'ont pas la vertu magique de franciser les rivages sur lesquels on les importe1 que les milieux rsistent et se dfendent et qu'il faut1 dans tout pays1 que le prsent compte grandement sur l'avenir4 99 99 99 99 99 ,la ,france1 de tout temps1 fut le pays des beaux gestes qui servent d'illustration et de prtextes des dveloppements oratoires2 la guerre n'a pas fait changer et rien ne fera changer1 en ce domaine comme en d'autres1 le pays des ,gaulois et de la ,rvolution1 car un peuple1 encore moins qu'un individu1 ne peut chapper au fatalisme de son temprament4 ,il y a des actes politiques qui satisfont surtout ceux qui les prconisent et les mettent en uvre et trs peu ceux qui on les destine4 ,de ce nombre peut se classer l'institution d'une mosque ,paris4 ,nous avons montr plus haut de quelle circonspection1 de quelle adroite tolrance1 de quels mnagements effectifs il tait indispensable que notre domination s'inspire1 en terre d',islam1 ds qu'elle aborde ce domaine de la religion1 matresse universelle des mes4 ,mais l encore1 la formule du rien de trop peut tre opportunment invoque4 ,il nous appartient d'avoir une dfrence discrte et un peu distante vis--vis de la religion musulmane4 ,de l l'exalter et nous constituer ses proslytes1 il y a quelque nuance4 ,des islamomanes notoires ont donc prconis grands cris la cration d'un institut musulman et d'une mosque ,paris1 symbole des liens de la ,france avec sa population musulmane6 ,on voit dj tout ce que l'on peut broder de vibrant1 de gnreux ou tout simplement d'agrable sur ce thme4 ,parlementaires abuss ou publicistes gags n'y ont point failli4 ,n'insistons pas sur leurs dveloppements littraires ou oratoires d'effet facile4 coutons plutt ,m4 ,louis ,bertrand4 ,avec lui le ton change3 ,pourquoi nous vertuer organiser l',islam qui ne l'est pas1 islamiser des gens qui n'ont pas envie de l'tre1 rapprocher des fanatismes ou des ambitions politiques qui ne peuvent que se liguer contre nous8 ,comme si les musulmans n'avaient pas dj trop de tendances s'aboucher en conciliabules sditieux1 il faut que nous-mmes leur fournissions les moyens de se voir et de comploter ensemble en toute scurit1 notre barbe1 avec l'estampille administrative6444 ,il faut qu'en plein ,paris nous fondions ce qu'on appelle ridiculement une ,universit musulmane pour permettre aux gens de ,boukhara1 de ,dehli de venir prendre langue1 chez nous1 avec ceux de ,rabat ou de ,marrakech6 ,au lieu de les europaniser ,paris1 nous les convions s'y musulmaniser davantage6 ,sommes-nous fous ou imbciles8#ca #ca ,revue des ,deux-,mondes4 ,sur un livre de ,paul ,adam1 #ae juillet #aibb4 ,rude langage1 moins fleuri1 mais langage d'un esprit politique et latin4 ,il est assez comique1 en effet1 lorsque tous les peuples musulmans se cantonnent maintenant dans des nationalismes jaloux1 de nous voir pratiquer nous-mmes1 notre manire1 une sorte de panislamisme qu'ils semblent provisoirement avoir abandonn4 ,a la cration d'une mosque parisienne et d'un institut musulman applaudit grands cris une poigne de jeunes ,algriens plus habitus des boulevards que familiers de la tente ancestrale4 ,que tout ce bruit1 pour ne pas dire tout ce battage1 ne nous illusionne pas6 ,cette initiative aura dans tout l',islam le mme effet inconsistant qu'aurait provoqu au moyen ge1 dans la chrtient1 la lubie d'un ,soliman levant une glise pour les chrtiens frquentant les chelles4 ,faut-il rpter encore et toujours que1 pour saisir la mentalit de la masse islamique1 il faut se transporter par la pense notre quatorzime sicle et mme1 quand il s'agit des ,berbres1 bien plus avant dans le cours de l'histoire#cb8 #cb ,voir note ,v la fin du volume4 ,les ,algriens1 les ,marocains1 les ,tunisiens sincres qu'on mnera visiter la mosque parisienne souriront avec amnit et1 comme la politesse est la grande vertu musulmane1 ils nous loueront en termes subtils et choisis de notre geste gracieux et1 pour nous faire plaisir1 en augureront merveille4 ,mais s'ils osaient parler1 ils nous diraient3 ,ne vous occupez pas plus de notre religion que nous ne nous occupons de la vtre4 ,quand nous voyageons par le monde1 loin des terres soumises spirituellement au drapeau vert du prophte1 un bout de tapis o l'on s'agenouille1 un instant de solitude et de recueillement nous suffisent pour satisfaire notre devoir religieux2 nous n'avons pas besoin1 comme vous1 pour nous prsenter devant la divinit1 d'un prtre1 d'un temple et de tout un crmonial444 ,votre intention est bonne444 ,mais1 voyez-vous1 nous prfrerions passer inaperus ,paris et qu'on n'y cherche pas1 malgr nous1 nous y tre agrables1 plutt que de nous voir1 sur les quais d',alger1 dans les rues de ,tunis ou sur les places de ,casablanca1 traiter impunment de sale bicot par le ,maltais frachement dbarqu1 l',espagnol no-,franais ou le petit juif en jaquette4 ,si vous voulez que nous nous sentions chez nous quelque part1 eh bien6 que ce soit dans le pays de nos pres et non dans le tumulte de votre capitale1 o nous serons toujours1 certes1 des passants amis1 mais enfin des passants4 ,,chapitre ,,vi ,,le ,,role ,,fran,,ais ,,en ,,islam ,dbarrasse et comme pure de cette islamomanie dangereuse qui brouille la nettet de sa vision1 la ,france doit avoir l'gard de l',islam une attitude inspire par des raisons positives4 ,si la grande masse franaise est encore malheureusement indiffrente aux questions coloniales1 sans voir ni comprendre que le salut d'un peuple faible natalit rside dans l'utilisation de toutes les forces vives de son empire d'outre-mer1 elle est aussi ignorante de tout ce qui concerne de prs ou de loin l',islam1 autre puissance d'action susceptible de servir aux fins nationales et1 d'une manire gnrale1 la civilisation tout entire4 99 99 99 99 99 ,la politique suivre en ,afrique du ,nord et d'une manire gnrale en ,afrique musulmane franaise doit se manifester aussi prudente que ferme4 ,le rle de la ,france est l d'un tuteur et d'un guide2 il est de gouverner4 ,le memento tu regere est un principe qui s'y impose imprescriptible4 ,les applications prmatures d'un libralisme livresque y seraient infiniment dangereuses4 ,on n'est respect en ,orient qu'autant qu'on est le matre et que l'autorit dont on est investi s'y montre efficace4 ,les peuples que nous rgissons ne sont pas encore assez mrs pour diriger eux-mmes leurs destines avec sagesse et profit4 ,les masses1 trop mal dgrossies1 n'ont jamais compris l'exercice des liberts que pour satisfaire l'esprit de passion et d'intrigue ou pour opprimer les peuples plus faibles4 ,l'lite mme1 ou ce qu'on est convenu d'appeler telle1 n'envisage le pouvoir que pour les bnfices qu'il peut procurer4 ,aussi toutes les mesures de libralisme intempestif1 la fois sans utilit profonde et pour nous et pour le peuple auquel elles s'appliqueraient1 n'offriraient d'intrt que pour ceux qui formeraient le souhait d'branler notre domination4 ,la meilleure politique prconiser pour longtemps en ,afrique du ,nord sera celle qui1 tout en assurant aux indignes1 dans les plus larges proportions1 la prosprit1 la scurit1 la libert des coutumes religieuses et locales1 bienfaits ncessaires1 demeurera impitoyable pour les fauteurs de dsordre et les pcheurs en eau trouble4 ,il n'y a qu'une alternative4 ,nous devons tre les matres1 matres discrets1 attentifs ne pas froisser1 dfendant les indignes contre leurs oppresseurs naturels1 tre les matres ou nous en aller4 ,il est toutefois certain qu'au fur et mesure qu'un pouvoir effectif est susceptible d'tre confi aux peuples protgs1 il nous appartiendra de le leur accorder1 mais sans prcipitation1 avec toutes les gradations ncessaires pour en viter le mauvais emploi ou l'abus4 ,la loi de #aiai en ,algrie1 dont nous avons parl1 rpondait une louable intention2 mais1 faute d'une prparation suffisante chez les diverses classes de la population indigne qui devaient en profiter1 son application s'en trouva fausse et son rsultat d'ensemble fcheux4 ,c'est ce souci d'une transition indispensable1 d'un apprentissage graduel dans la conqute des franchises que rpondait le langage tenu par ,m4 ,millerand1 en #aibb1 lors de son voyage en ,algrie1 devant un auditoire indigne3 ,je ne serai dmenti par personne si je dis que les indignes ont vu1 au fur et mesure que la colonisation s'installait1 se fortifiait1 s'asseyait plus srement1 leur situation tous les points de vue1 intellectuel et moral1 grandir et s'amliorer4 ,nous entendons continuer dans le mme sens en les faisant eux-mmes juges des retards que certains prtendent tre apports quelques rformes4 ,ces dlais1 nous pensons qu'ils sont prudents et ncessaires1 parce que1 je l'ai dit et je le rpte1 il y aurait quelque chose de pis que de ne pas aller vite3 ce serait1 en allant trop vite1 de dchaner des rgressions redoutables dont nul ne peut mesurer la gravit4 ,les rcentes rformes de ,tunisie1 davantage opportunes en un pays plus volu1 ont fait leur part quitable aux vritables besoins d'une population dj rompue nos mthodes en mme temps qu'elles attestaient le nant des tapageuses rclamations d'une minorit d'agitateurs4 ,la cration des conseils de cadat1 l'institution du grand conseil1 ont accord aux indignes une reprsentation ayant un droit de regard et mme une initiative assez tendue4 ,au ,maroc1 le problme de l'tape se pose aussi imprieusement qu'ailleurs et1 quelle que soit la rapidit d'assimilation des ,berbres et des judo-,maures1 il ne peut tre question de leur faire franchir en une ou deux gnrations une tape de quatre ou cinq sicles4 ,notre politique devers les peuples d',islam vivant l'abri de notre pavillon et sous notre tutelle est par dfinition un problme de politique intrieure4 ,celle suivre vis--vis des nations libres1 toutes neuves dans leurs premires dmarches d'une indpendance de frache date et frmissantes d'une renaissance en action1 relve naturellement de la politique extrieure4 ,a l'gard de la ,turquie1 matresse de chur de l'actuel mouvement nationaliste en ,islam1 notre manire d'agir ne peut tre que celle d'un intrt sympathique et bienveillant1 circonspect au demeurant1 et qui considre1 bien entendu1 le bnfice d'une rciprocit sans rserve pour nous et nos ressortissants4 ,le rle constant de la ,france en ,islam mditerranen s'inspire d'un sentiment gnreux qui fut toujours vif4 ,le ,proche-,orient1 en retour1 a toujours envisag la ,france avec admiration et respect4 ,son prestige y fut longtemps ingal4 ,c'est vers elle1 sauf au temps de la germanophilie jeune-turque1 dont ,stamboul n'eut pas se louer1 c'est vers la clart franaise1 depuis ,mehemet-,ali jusqu' ,kheir-ed-,din et ,moustapha ,kemal l'gyptien1 que se sont toujours tourns les esprits des rformateurs4 ,c'est ses codes1 toute sa lgislation que la ,turquie et l'gypte ont emprunt les lments de leur refonte judiciaire4 ,c'est dans ses coles que se sont forms tant d'esprits qui y ont pris le meilleur de leur lucidit4 ,nous avons donc une ligne historique maintenir et il est bien certain que notre geste d'accord spontanment esquiss avec le gouvernement d',angora a t1 en son temps1 bien accueilli4 ,peut-tre nous aurait-on su gr davantage de cette initiative si elle avait t entreprise moins tardivement2 mais1 de toute manire1 il fut fait ce qui devait4 ,il faut poursuivre dans la voie des bonnes relations profitables aux deux pays4 ,cette cordialit ne saurait exclure la clairvoyance4 ,le sentimentalisme1 la gentillesse franaise se donnent et s'abandonnent volontiers1 en oubliant que les gosmes nationaux des peuples jeunes n'envisagent que leurs propres fins1 parfois pres et bornes1 et rservent ainsi leurs zlateurs nafs de fcheuses surprises4 ,enfin1 n'omettons point que le ,proche-,orient est le direct hritier de la foi punique et1 en tout et pour tout1 ne fait jamais entrer en ligne de compte que son intrt du moment4 ,ne fut-il pas dconcertant1 aprs toutes les avances que nous avions dployes en faveur de la ,turquie1 aprs nous tre faits les confidents de ses dolances sur l'acharnement britannique son endroit 7qu'on relise1 passim1 ,angora1 ,constantinople1 ,londres1 de ,mme ,gaulis71 ne fut-il pas d'un lugubre comique de voir la politique ottomane adopter par devers nous une attitude agressive1 peu amicale et faire ouvertement risette l',angleterre8 ,quantum mutata ab illa6 ,et cependant1 en dpit de tout1 malgr toutes les dceptions qui ne manqueront pas de l'assaillir1 en vertu de ses traditions1 la ,france1 tant puissance musulmane1 suivant le clich souvent reproduit1 doit tre lie par des liens d'entente claire avec les autres puissances musulmanes4 ,elle doit tre islamiste tout court et sans prfixe4 ,c'est la tche de ses agents accrdits prs de ses voisins d',islam de faciliter1 entre elle et eux1 par tous les moyens1 les rapports amicaux1 en mme temps qu'ils se feront les observateurs critiques et attentifs de tous les mouvements susceptibles d'agiter l'opinion et d'avoir leur rpercussion dans notre empire islamique4 ,il serait donc souhaitable d'organiser nouveau notre propagande1 assez nglige ou mal conue par des bonnes volonts videntes1 mais ignorantes de l',islam1 de sa mentalit et de ses ractions4 ,dans le ,proche-,orient1 de magnifiques jalons ont t poss autrefois2 il serait opportun de ne point les laisser disparatre4 ,disons plus3 le gnie franais est le plus apte instruire et diriger1 en vertu de sa constitution propre et de ses antcdents historiques1 les peuples qui vont faire l'apprentissage dlicat de leur libert1 du ,bosphore au plateau de l',iran2 c'est vers lui1 d'ailleurs1 plus que vers toute autre influence occidentale1 qu'ils se sentent instinctivement attirs4 ,pour l'acquisition ou la sauvegarde d'avantages immdiats et de faible rayonnement1 irons-nous dtourner de nous cette tendance naturelle de sympathie8 ,pour ne point sacrifier des positions troitement matrielles1 abandonnerons-nous les avantages d'une politique du geste large qui nous paierait plus tard au centuple8 ,il fut affligeant de constater1 au lendemain de ,lausanne1 le dchanement contre nous de toute la presse turque4 ,l'attitude anglophile rcente doit tre souligne et mdite4 ,peut-tre le fond de nos intentions tait-il mconnu1 mais n'avions-nous pas aussi donn certaines apparences1 grce quelques maladresses1 qui pouvaient justifier d'aussi fcheux malentendus8 ,ces causes d'irritation pourraient tre vites1 dans la mesure du possible1 si l'on possdait1 rptons-le1 ce souci d'une politique longue porte4 ,une entente cordiale1 mieux1 une alliance de la ,france avec la ,turquie et avec l',italie1 renouerait la grande tradition doublement historique qui fait de la ,mditerrane une mer latine et musulmane dont les innombrables bases navales assureraient une hgmonie sans contestation possible dans toute l'tendue de l'immense bassin4 ,aussi bien n'est-ce pas un rve1 tout au moins une anticipation8 ,mais si tout ce qui est rationnel n'est pas ncessairement ralisable1 il est toujours permis de le concevoir4 99 99 99 99 99 ,la ,france peut trouver dans l',islam un auxiliaire d'une qualit ingalable ou1 au contraire1 un des lments de sa ruine4 ,de l l'exceptionnel intrt qui s'attache l'laboration et la conduite d'une politique musulmane franaise1 cohrente et suivie4 ,sans paraphraser une formule clbre1 on peut hardiment dclarer que notre avenir est en ,islam1 ou tout au moins avec l',islam4 ,il est bien certain que le jour o nous aurions laiss nos provinces ou protectorats islamiques se rallier d'un consentement unanime un fdralisme musulman dont la tte serait ,stamboul ou ,angora et redevenir1 en fait sinon en droit1 ce qu'ils taient autrefois1--sauf le ,maroc1--dpendances turques1 nous n'existerions plus en ,mditerrane et ne pourrions plus prtendre au rang de grande nation4 ,ne relchons point les liens de notre tutelle2 fortifions1 au contraire1 l'armature de notre hgmonie qui restera souple1 bienveillante1 empreinte d'un libralisme adroit et prudent et1 si nous osons dire1 dos1 mais attentive aussi rprimer tous les carts et les tentatives de dissidence4 ,rome latinisa--nous dirons naturalisa--ses sujets africains1 qui lui donnrent jusqu' des consuls2 puis les ,romains se firent chasser proprement par leurs sujets1 devenus de nom leurs concitoyens4 ,or1 privs de la haute vertu de la discipline impose1 abandonns leur seule turbulence1 ceux-ci laissrent choir ou dgnrer les dons inestimables qu'ils avaient acquis auprs de leurs magnifiques instructeurs4 ,les cadres disparus1 la dliquescence et la ruine s'tablirent4 ,la ,turquie actuelle s'adosse l',asie4 ,la ,turquie devient l'ducatrice de ses voisins asiatiques1 disait un notoire intellectuel turc ,mme ,b4-,g4 ,gaulis4 ,constantinople est un centre d'instruction pour tous les musulmans1 mais surtout pour les ,turcs de ,crime1 de ,sibrie1 de ,boukhara444 ,sitt la paix conclue1 les coles d',asie ,mineure se rempliront de jeunes gens venus de l',asie ,centrale4 ,un rveil de conscience s'opre chez tous les ntres1 et cela jusqu'aux confins de la ,chine et de la ,sibrie4 ,a ,angora1 le ministre d',afghanistan faisait au mme crivain cette comparaison image3 ,l',islam est un grand corps dont la ,turquie est la tte1 l',azerbeidjan le cou1 la ,perse la poitrine1 l',afghanistan le cur1 l',inde l'abdomen4 ,l'gypte et la ,palestine1 l',irak et le ,turkestan en sont les bras et les jambes444 ,ces mtaphores baroques mises part1 il est patent que le jour o la ,turquie1 sentant derrire elle la pression formidable de l',islam asiatique et escomptant l'appui ventuel de l',afrique du ,nord1 nourrirait des desseins d'expansion vers l'ouest1 il y aurait l un gros danger pour les puissances mditerranennes et particulirement pour nous4 ,et si la ,russie lui prtait un appui ouvert ou cach1 on pourrait alors se souvenir de la phrase de ,renan1 prophtique et redoutable1 sur le ,slave1 comme le dragon de l',apocalypse1 dont la queue balaye la troisime partie des toiles1 qui tranera un jour aprs lui le troupeau de l',asie ,centrale1 l'ancienne clientle des ,gengis-,khan et des ,tamerlan4 ,au cas1 enfin1 o le ,germain s'unirait au ,slave1 ce serait toute la coalition des vaincus de la grande guerre se ruant avec acharnement sur l',extrme-,occident1 trop civilis1 prt expier chrement sa primitive inclairvoyance politique4 ,une politique bon-europenne serait de tendre rendre les intrts de la ,turquie solidaires de ceux de l',europe par de larges concessions et un esprit d'intelligente amiti4 ,un bloc islamique mditerranen1 inspir par la ,france1 pourrait constituer une barrire efficace aux vagues slavo-mongoles4 ,bonaparte eut l'ide grandiose d'utiliser l',islam pour une vaste entreprise de conqutes guerrires4 ,a l'inverse et condition que nous sachions nous servir de ces forces disponibles1 qui sait si notre ,islam africain1 o flotte le drapeau franais de ,tombouctou ,casablanca et ,tunis1 appuy un ,islam gyptien et turc1 ne serait pas d'un appoint dcisif pour la paix de l'ancien monde et le maintien de sa culture et de sa civilisation menaces8 ,,notes ,,note ,i ,contre un ,ministre de l',afrique du ,nord ,il y a cinq ou six ans1 l'ide d'un ministre--ou sous-secrtariat de l',afrique du ,nord--fut lance dans les milieux du ,parlement et de la presse4 ,il y eut mme une proposition de loi1 due ,m4 ,paul ,bluysen4 ,peut-tre1 son dbut1 ce projet ne fut-il mis que dans la seule ventualit1 nonobstant toutes autres considrations1 d'un nouveau portefeuille accrocher au mt de cocagne parlementaire4 ,toujours est-il qu'il rencontra quelque succs4 ,du moment qu'il s'agit d'unifier ou de centraliser quoi que ce soit1 au nom d'une logique sommaire1 sous couvert d'une formule rpondant une vue unilatrale de l'esprit1 on trouve toujours des lgislateurs franais prts entrer en lice4 ,il ne s'est rencontr jusqu' prsent1 par bonheur1 aucun gouvernement pour faire passer cette ide de la puissance l'acte4 ,mais on sait quel point le jeu des combinaisons de couloirs et des hasards d'antichambre dterminent quelquefois les dcisions gouvernementales4 ,il peut n'tre pas superflu de prmunir des esprits bien intentionns1 mais insuffisamment avertis1 contre le danger d'une telle innovation4 ,l'unit gographique de l',afrique du ,nord abuse les observateurs simplistes4 ,mais de l'unit gographique l'unit morale et de l l'unit historique et politique1 enfin administrative1 il y a loin4 ,et l gt le fond du dbat4 ,les trois pays qui constituent l',afrique du ,nord franaise ont t1 ds le moyen ge1 politiquement bien spars et souvent antagonistes2 alors les trois dynasties berbres des ,mrinides ,fez1 des ,zayanites ,tlemcen1 des ,hafsides ,tunis1 poursuivirent leurs destines propres4 ,d'une manire gnrale1 au cours des sicles1 la ,tunisie est toujours reste dans l'orbe de la ,turquie1 plus volontiers tourne vers l',orient classique1 sous l'influence intellectuelle de la ,syrie et de l'gypte2 l',algrie1 tombe en complte dcadence conomique aprs l'invasion hilalienne1 s'est puise en luttes intestines de ofs et de cads de grande tente1 sous le couvert1 dater du seizime sicle1 de la domination des deys1 rduite en fait une mdiocre occupation militaire2 le ,maroc1 une fois close l're des grandes randonnes almoravides et almohades1 s'est toujours cantonn entre la ,moulouya et l',atlantique1 la ,mditerrane et le ,sahara et s'isole1 l'abri des vises turques1 du reste de la ,berbrie4 ,nulle solidarit politique entre ces trois pays2 au contraire1 conflits continuels entre les deys de ,tunis et ceux de ,constantine et d',alger1 toute une histoire fastidieuse d'incursions1 de razzias et de villes pilles4 ,sourde rivalit entre l',algrie et le ,maroc2 au temps des ,saadiens 7fin du seizime sicle71 les chrifs appellent ddaigneusement les ,barbaresques les sultans des poissons et font la guerre aux ,turcs d',alger2 ils s'entendent avec les ,espagnols pour leur enlever ,tlemcen2 ,soliman rpond en mettant prix la tte du souverain marocain ,mohammed-el-,mehdi4 ,l'intervention de ,moulay-,abderrahman1 lors de la conqute de l',algrie1 et son alliance phmre avec ,abdel-,kader ne sont nullement l'indice d'une entente mrie entre l',algrie et le ,maroc2 l'initiative du sultan alaouite termine son dam par la bataille de l',isly est due la crainte de voir les chrtiens pousser vers le ,maroc et peut-tre la sourde ambition de roccuper ,tlemcen1 bien plutt qu'au dsir de prter le secours des armes au grand mir en danger sous la pression de ,bugeaud4 ,au point de vue ethnique1 diffrences trs marques et qui entranent des dissimilitudes morales accentues4 ,si1 en ,tunisie1 les traces de l'lment turc1 en ,algrie celles de l'lment proprement arabe se sont imposes et se retrouvent dans la tournure gnrale de la mentalit et du caractre1 au ,maroc l'lment berbre est presque exclusif2 aussi1 bien que l'on confonde assez facilement ces notions1 xnophobie assez vive au ,moghreb-el-,aka1 mais moindre fanatisme religieux2 entre le ,marocain1 assez ouvert1 sitt dissipe sa premire mfiance l'gard de tout tranger1 comprhensif1 adroit1 pre au gain et travailleur1 et l',algrien1 plus ferm1 parfois paresseux1 imprvoyant et vaniteux1 davantage gnreux par contre et accessible aux sentiments d'honneur1 il n'y a que peu de contacts2 le ,marocain aime peu l',algrien qui le lui rend bien2 dans tout l',orient classique1 le ,marocain est tenu en mdiocre gr3 c'est un magicien1 un jeteur de sorts1 un enfant du pch et1 dans les ,mille et une nuits1 il remplit toujours les mauvais rles4 ,sur le chapitre de la religion1 autres distinctions tablir entre les trois pays4 ,la ,tunisie demeura sous l'obdience religieuse du dey1 encore que la prire y ft dite hier encore au nom du sultan de ,stamboul2 le ,maroc est un tat thocratique o le chrif couronn1 commandeur des croyants1 est en mme temps chef spirituel et temporel1 conformment au ,coran2 c'est au ,maroc que les thologiens de la ,mecque rservaient le nom de ,dar-el-,islam 7pays du vritable ,islam7 o la puret primitive de la doctrine n'avait pas encore t altre par la civilisation europenne4 ,en ,algrie1 pas de chef religieux1 puisqu'il n'y a pas de souverain rgnant2 dans les prires1 les croyants prient pour la personnalit mythique et vague de celui qui dfend la religion musulmane et fait revivre la loi du prophte4 ,est-ce1 dans le cur du fidle1 le cheikh-ul-,islam ou un mahdi venir8 ,en revanche1 l',algrie a des centres d'influence et de propagande religieuse trs actifs dans les marabouts et les grandes confrries2 la voix des chefs d'ordre est seule obie en ,algrie2 ce tissu serr et rsistant de congrgations et d'associations qui se sont dveloppes en nombre et accrues en densit au cours du dix-neuvime sicle1 c'est la raction naturelle et pacifique des croyants blesss dans leur foi par l'envahissement de la chrtient et de toutes les abominations vritables1 aux yeux de la loi du prophte1 qu'elle entrane avec elle4 ,enfin1 la domination franaise se prsente des tapes diffrentes et sous des modalits distinctes ici et l4 ,l',algrie1 o derrire une ligne de comptoirs barbaresques se dployait une anarchie turbulente1 est devenue1 il y aura bientt cent ans1 colonie franaise2 la ,tunisie1 province turque1 tait dj parvenue un certain degr d'organisation administrative quand nous y intervnmes1 il y a une quarantaine d'annes2 en revanche1 il y a douze ans que nous sommes au ,maroc1 tat hier encore mdival1 soumis une aristocratie clricale et guerrire sous un souverain en principe absolu4 ,lorsqu'un orateur vient donc dire1 la tribune de la ,chambre1 qu'il faut tendre l'unification des mthodes administratives de l',afrique du ,nord1 parce que c'est le mme pays1 la mme production agricole1 la mme population indigne et europenne qu'on y rencontre1 et lorsqu'il ajoute3 ,ce que vous faites pour l',algrie1 vous tes appels le faire pour la ,tunisie et le ,maroc1 il rsout le problme en omettant toutes ses donnes4 ,il n'y a pas de commune mesure entre le rgime du ,protectorat tabli en ,tunisie et au ,maroc et celui de l'annexion qui rgne en ,algrie4 ,il est entendu qu'il n'entre pas dans l'esprit des rformateurs de modifier d'un trait de plume la fiction diplomatique qui fait de la ,tunisie et du ,maroc des tats thoriquement indpendants1 mais protgs1 chaque pays garderait son statut particulier2 seule la haute direction serait commune4 ,or1 qu'adviendrait-il fatalement8 ,c'est que le courant d'influences rformatrices irait1 de manire invitable1 du pays ayant le plus fort peuplement franais1 c'est--dire l',algrie1 vers ses voisins1 en dpit de la formule du ,protectorat et en tournant plus ou moins ses dispositifs tout en respectant sa lettre1 on n'aurait de cesse de tenter d'algriser le ,maroc et la ,tunisie4 ,par maintes mesures gnrales ou de dtail et sous couvert de l'intrt gnral de l',afrique du ,nord1 par la pression des parlementaires algriens auxquels nuls collgues marocains ou tunisiens ne pourraient s'opposer1 et pour cause1 on entamerait peu peu1 mais srement1 sinon les formes1 tout au moins l'esprit1 qui prside la conception et l'organisation mme du ,protectorat4 ,il en rsulterait1 de part et d'autre1 un malaise profond3 les ,marocains et les ,tunisiens considrent le rgime algrien comme d'une application chez eux insupportable2 d'autre part1 les ,algriens ne manqueraient pas de confronter le propre statut qui leur est appliqu avec les franchises assez larges dont jouissent ,marocains et ,tunisiens et saisiraient le prtexte de cette haute liaison administrative pour rclamer les mmes privilges1 incompatibles d'ailleurs avec le droit de vote qui leur est accord4 ,on assisterait donc un concert de rcriminations et une sourde atmosphre d'inquitude et de mfiance4 ,agitateurs panislamistes1 jeunes ,algriens et ,tunisiens1 bientt jeunes ,marocains1 propagandistes bolchevistes et autres pcheurs en eau trouble1 trouveraient l ample1 matire entretenir partout les mcontentements et ventuellement soulever les esprits4 ,,note ,,ii ,cette surprise scandalise chez les musulmans primitifs devant notre curiosit dans le domaine de la religion1 jointe leur mdiocre estime morale pour la tolrance dont nous nous faisons gloire1 a t bien note par le seul romancier du ,maroc qui soit connaisseur averti des hommes et des choses de ce pays d',islam1 ,m4 ,maurice ,le ,glay4 ,citons de lui ce passage o il imagine une conversation sub rosa entre un musulman et un franais3 --,une chose1 en tout cas1 subsiste3 c'est le respect indniable des ntres pour votre faon de penser et votre religion4 ,sid-,el-,beranesi ne rpondit pas4 ,on passait des oranges glaces4 ,la joie de vivre emplissait notre quitude4 ,pourtant l'alem reprit la parole4 --,je ne voudrais pas tre incorrect votre gard1 dit-il1 en se tournant vers moi1 ni paratre malveillant pour vous1 pour vos convictions religieuses4 ,voulez-vous me permettre1 sans vous offusquer1 de rpondre en musulman ce que vous venez de dire8 ,si les vtres et vous-mme avez du respect pour notre faon de penser et pour notre religion1 c'est que celle-ci vous domine ou que vous manquez de confiance en la vtre4 ,c'est dur1 n'est-ce pas8 ajouta-t-il1 en voyant mon sursaut4 ,matrisez-vous et raisonnez4 ,en tout musulman1 il y a un proslyte et un combattant4 ,la rflexion que je viens de faire est celle qui vient immdiatement notre esprit quand nous lisons1 dans les discours officiels1 votre respect profond de la conscience musulmane1 car1 sur ce terrain1 il ne peut y avoir pour nous d'ambigut4 ,quand deux religions s'affrontent1 ce n'est pas pour se comparer et se dcerner des compliments1 c'est pour se combattre4 ,jamais vous ne nous entendrez dire que nous respectons votre religion4 ,de votre part1 ce respect l'gard de la ntre nous parat une abdication2 vous renoncez nous imposer votre foi1 nous ne renoncerons jamais tendre l',islam4 ,matriellement1 vous nous avez matriss par votre force guerrire et votre puissance conomique2 du point de vue religieux1 vous tes rests les vaincus d',alcazar-,kbir1 o figuraient des combattants de mainte origine chrtienne4 ,je sais1 ajouta l'alem1 les arguments que vous prsentez l'appui de vos procds4 ,sachez qu'ils nous rjouissent et nous mettent l'aise2 ils marquent la prcarit de votre domination4 ,car rien ne se construit qui n'ait pour fondation la foi en ,dieu ,trs ,haut et durable et en la mission de son prophte--sur lui la bndiction et le salut6 --,voil une belle profession de foi1 dis-je1 et comme chrtien je comprends que notre tolrance puisse vous paratre un renoncement4 ,cessant d'agir1 notre foi1 vos yeux1 cesse d'tre sincre4 ,en notant ici la vigoureuse dclaration de l'alem1 je dois ajouter que les paroles de ,sid-,el-,beranesi m'ont mu et gn4 ,je me garderai de les commenter1 mais je pense la navet profonde de ce grand libralisme dont pourtant il ne faut pas plus se dpartir que de l'honneur mme et qui nous conduit aux immenses dceptions4 ,maurice ,le ,glay4 ,le ,chat aux oreilles perces1 p4 #aib4 ,,note ,,iii ,la bonne administration des indignes me parat devoir comporter un certain nombre de mesures ncessaires4 ,en premier lieu1 il est indispensable que nous maintenions l'esprit de discipline chez les indignes4 ,il est extrmement difficile--c'est1 dans ma tche de ,gouverneur gnral1 ce que je trouve de plus difficile--il est extrmement difficile de faire comprendre des ,franais1 je ne dis pas seulement des ,franais de ,france1 mais des ,franais d',algrie1 la diffrence fondamentale1 radicale1 essentielle1 qui existe entre les murs d'un ,arabe et celles d'un ,europen4 7,trs bien6 ,trs bien67 ,on se heurte tout propos1 chez les indignes musulmans1 une sorte d'inintelligence absolue de notre socit1 de nos murs1 de nous-mmes2 mais l'on peut dire que si les musulmans sont ferms l'esprit franais et europen1 beaucoup de ,franais le sont l'intelligence musulmane4 7,trs bien67 ,il y a l un point sur lequel j'ai insist souvent1 toutes les fois que j'ai eu l'occasion de prendre la parole en public ou de m'entretenir avec des hommes qui tenaient dans les mains les destines du pays1 un point sur lequel j'appelle l'attention du ,parlement1 c'est celui de la difficult relle que nous cre l'application de nos principes et de nos lois au gouvernement des indignes4 ,j'entends rpter tous les jours3 ,comment se fait-il que les indignes soient si bien administrs en territoire militaire1 alors qu'ils sont si mcontents et si mal administrs en territoire civil8 ,cela est surprenant2 nous avions entendu dire partout1 il y a peu d'annes1 que le gouvernement dit militaire tait un gouvernement qu'il fallait renverser tout prix4 ,la raison en est trs simple3 c'est qu'en territoire militaire les indignes trouvent un commandement et ne rencontrent pas la sparation des pouvoirs4 7,trs bien6 ,trs bien67 ,il n'y a rien qui soit plus difficile faire comprendre un musulman que ceci3 c'est que le reprsentant du pouvoir excutif peut tre en opposition avec le reprsentant du pouvoir judiciaire1 et il n'est rien qui soit de nature nuire davantage notre autorit que les conflits d'attribution1 conflits que des fonctionnaires subalternes se plaisent trop souvent entretenir4 7,applaudissements47 ,jules ,cambon4 ,discours prononc par le ,gouverneur gnral de l',algrie1 ,commissaire du ,gouvernement1 la ,chambre des dputs1 le #ba fvrier #ahie4 ,cf4 ,le ,gouvernement gnral de l',algrie1 #aiah4 ,,note ,,iv ,un exemple assez frappant de manque de psychologie en matire de politique religieuse islamique nous vient rcemment de la colonie italienne de ,cyrnaque4 ,le gouverneur de cette possession1 la suite de l'expulsion par les ,turcs du khalife ,abd-el-,mejdid1 et dlaissant toutes les traditions islamiques au profit d'un zle intempestif1 dcida de faire dire des prires dans les mosques au nom du roi ,victor-,emmanuel ,,iii4 ,ceci1 signalait-il1 dans un tlgramme officiel1 atteste loquemment le loyalisme constant de la population vis--vis de l',italie4 ,cette mesure1 prsente comme une initiative spontane des imams de ,benghazi1 produisit le dplorable effet qu'on peut deviner sur l'ensemble de la population1 dont une grande partie s'abstint d'aller la mosque le vendredi pour ne pas s'associer au rite nouvellement cr4 ,le comit excutif suprme du ,congrs islamique du ,caire adressa une protestation au gouvernement italien1 en lui faisant remarquer que le fait de pousser les imams de ,benghazi prononcer le nom d'un roi qui ne professe pas l'islamisme dtruit leur culte et viole leur prire canonique4 ,le ,gouverneur italien1 dans son dsir de trop bien faire1 n'y avait point song4 ,,note ,v ,l'glise et la ,mosque ,apologue4 ,paris possdera un institut musulman4 ,le ,conseil municipal a fait don d'un terrain aux fils de l',islam qui frquentent le boulevard et ceux qui encouragent leur entreprise4 ,si ,kaddour ben ,ghabrit1 qui est le gardien du protocole marocain et qui veille encore sur beaucoup d'autres traditions1 louait ,allah1 l'autre jour1 d'avoir donn la capitale de la ,france une djema pleine de munificence et de courtoisie4 ,j4 ,l4 ,le ,minaret ,parisien4 ,le ,temps du #bh juin #aiba4 444 ,quand ,abdessryl1 roi d',andalousie1 succda son pre1 ,el-,hassan-,el-,mostancir1 les potes de cour habiles flatter les dbuts de tout nouveau rgne annoncrent sur des rythmes ingnieux que des torrents de miel et des brises de fleurs d'oranger allaient dsormais rpandre leur douceur sur le royaume4 ,el-,mostancir1 qui son fils pieux fit ordonner des funrailles magnifiques1 tait un musulman fervent1 mais intolrant et farouche3 il perscutait les chrtiens et les juifs et l'on garda le souvenir de cette fte qu'il donna un jour dans son aguedal o les parterres taient garnis de ttes infidles frachement coupes4 ,quel plaisir1 disait-il1 que la vue d'un pareil jardin2 il me rjouit le cur davantage que le jasmin blanc et la rose pourpre frachement clos l'aurore6 ,abdessryl fit succder aux horreurs de la guerre et des massacres le charme bienfaisant de la paix4 ,il cultivait les lettres1 aimait la lecture et l'entretien des philosophes1 et des traducteurs diligents garnirent sa bibliothque de textes issus du grec ou de l'hbreu2 il fit proclamer qu'on ne molestt point les sectateurs de la loi de ,mose et de celle de ,jsus444 ,davantage1 et cela faisait parler tout bas les vieux courtisans de son pre1 il tolrait prs de lui les infidles et jusque dans son intimit4 ,pendant que les juifs1 ngociants et trafiquants1 ainsi soutenus1 contribuaient la prosprit du royaume1 des chrtiens taient admis la cour dans de petits emplois4 ,aux ministres d',el-,mostancir qui s'tonnaient d'une bienveillance1 laquelle semblait un flchissement de sa foi musulmane1 ,abdessryl rpondait3 ,je pratique comme vous l'aumne1 le jene et la prire2 je n'ai point failli la devise de ma glorieuse race3 ,l ghliba illa'llah 7il n'y a de vrai vainqueur que ,dieu72 mais je crois qu'on peut bien mieux gagner les curs notre sainte religion en usant de bont au lieu de violence1 en rpandant la parole et non le sang4 ,peu peu les bas officiers1 mdecins1 interprtes chrtiens prirent de l'influence2 l'un d'eux1 que son intelligence avait fait nommer l',amin-des-,truchements1 devint mme le confident et le favori du prince2 il lui dit un jour3 ,o roi1 si tu veux sduire toutes les mes chrtiennes et en faire comme un rempart inexpugnable autour de la loi de tes pres1 accomplis un grand geste de paix1 difie une glise o les chrtiens de la ville et du royaume puissent venir clbrer ,dieu suivant leur coutume et leurs rites2 les chrtiens dsormais soutiendront ta fortune1 aussi bien que les musulmans4 ,et l'on vit bientt s'lever une glise non loin des mosques consacres1 et le son des cloches se mlait le soir l'appel du muezzin4 ,bien que les tenants de l'ancien rgime criassent l'hrsie1 la richesse gnrale et la prosprit ayant sem chez les musulmans le scepticisme et l'indiffrence1 la plupart se bornrent sourire de l'audacieuse fantaisie de leur prince2 mais le scandale1 pour tre plus cach1 n'en fut que plus grand chez les chrtiens1 car les perscutions de nagure avaient fortifi leur foi4 ,de quoi se mle ce mcrant hypocrite8 dirent-ils4 ,nos misrables chapelles nous suffisent4 ,mieux vaut dire la sainte messe dans les caves1 comme les martyrs au temps des ,csars1 que de frquenter un temple bti par un disciple de ,mahom4 ,a chacun sa religion4 ,si vraiment il nous aimait1 le prince veillerait ce qu'en dessous et malgr ses instructions ostentatoires1 le bas peuple ne nous insulte et ses sbires ne nous tracassent de cent manires444 ,mais le prince ne sut rien de ce sentiment populaire4 ,ses conseillers chrtiens1 que leurs frres depuis longtemps considraient comme demi-rengats1 lui assuraient que l'impression produite tait immense chez les chrtiens1 tous mus1 ravis et frquentant en foule l'glise nouvelle2 la vrit1 eux seuls y faisaient apparition et1 au nombre d'une ou deux douzaines1 ils y craient par leur va-et-vient et leurs simagres l'agitation de plusieurs centaines de fidles444 444 ,des annes passrent1 et puis vinrent des jours sombres4 ,des conqurants surgis du fond du ,maghreb envahirent l',andalousie1 o ils venaient1 proclamaient-ils1 rgnrer la foi dfaillante2 mais leur but tait surtout de piller sans vergogne4 ,abdessryl vit son palais dtruit1 ses beaux jardins saccags1 ses femmes en larmes enleves par des gaillards lubriques1 et lui-mme1 charg de fers1 fut tran devant l'mir africain4 ,les seigneurs de l',atlas n'avaient pas alors la rputation de suprme lgance qu'ils acquirent dans la suite des temps1 et fort vite2 c'taient de sauvages guerriers1 vtus de laine rche et se nourrissant d'orge et de lait de chamelle2 leur politique du moment n'tait pas d'affecter le raffinement1 aux yeux des crdules1 mais l'austrit4 ,te voil1 chien immonde1 cria le ,moghrbin1 rengat1 abjurateur dans le fond de ton me de la foi de tes pres2 non seulement tu as laiss la corruption et l'incroyance s'tablir dans ton royaume puant1 mais encore tu as facilit les manigances de ces suppts de l',enfer--que ,dieu leur donne la lpre6--en osant leur lever un temple6 ,ce lieu d'erreurs est en flammes1 et tous ces manuscrits1 sans doute couverts de formules de diableries1 que mes hommes ont dcouvert dans un coin de ton palais1 serviront faire rtir les mchouis de la victoire6 ,abdessryl1 emmen en captivit en ,ar'mat1 y vcut des jours misrables et mourut4 ,on raconte qu' ses rares serviteurs fidles qui l'avaient accompagn dans l'exil il rptait parfois avec des larmes3 ,j'ai voulu le bonheur de tous les habitants de mon royaume et telle est ma rcompense ici-bas444 ,aucun de ces chrtiens que j'ai tant favoriss n'a vraiment contribu dfendre mes citadelles2 les seuls qui se firent tuer pour moi furent nombre de ces vieux croyants irrductibles1 chrtiens modestes et sages1 qui ne frquentaient pas le palais et dont j'tais loin de souponner le dvouement secret1 fait1 pour une grande part1 d'accoutumance secrte ma dynastie2 quant mes favoris1 m'ayant lchement abandonn1 ils n'ont trouv la vie sauve qu'en se rfugiant1 ,o drision6 dans le mausole de mon pre1 leur perscuteur1 lieu d'asile que l'mir pargna444 ,il est plus facile en ce monde de faire le mal que de tenter le bien4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages ,avant-,propos #g ,chapitre ,i4 --,l',islam et ,nous #aa ,chapitre ,,ii4 --,les ,dangers de l'islamomanie #dg ,chapitre ,,iii4--,memento tu regere #fg ,chapitre ,,iv4 --,les ,bienfaits ncessaires #aji ,chapitre ,v4 --,les ,bienfaits prilleux #acg ,chapitre ,,vi4 --,le rle franais en ,islam #aee ,notes #afg