,pierre ,,lasserre ,la ,morale de ,nietzsche ,,nouvelle ,,dition ,,augment,e ,d',,une ,,pr,,face ,,paris ,,librairie ,,garnier ,,fr,,res #f1 ,,rue ,,des ,,saints-,p,,res1 #f #aibc ,,du ,m,,me ,,auteur ,chez ,,garnier1 ,frres1 diteur ,le ,romantisme franais 7,essai sur la rvolution dans les sentiments et dans les ides du ,x,i,xe sicle74 ,la ,doctrine officielle de l',universit 7,critique du haut enseignement de l'tat4--,dfense et thorie des humanits classiques74 ,portraits et ,discussions4 ,les ,chapelles littraires 7,claudel1 ,james1 ,pguy74 ,les ides de ,nietzsche sur la musique4 ,henri de ,sauvelades1 roman4 ,,en ,,pr,,paration3 ,ernest ,renan 7#b volumes in-#af colombier74 99 99 99 99 99 ,chez ,,plon-,,nourrit1 diteur ,le ,crime de ,biodos1 roman4 ,cinquante ans de pense franaise4 99 99 99 99 99 ,chez ,,payot et ,cie1 diteur ,l',esprit de la musique franaise 7de ,rameau l'invasion ,wagnrienne74 ,ouvrage couronn par l',acadmie franaise4 ,frdric ,mistral1 pote1 moraliste1 citoyen 7,couronn par l',acadmie franaise74 99 99 99 99 99 ,chez ,bernard ,,grasset ,philosophie du got musical4 ,renan et nous4 7,collection ,les cahiers verts47 99 99 99 99 99 ,chez ,,cr,s1 diteur ,la ,promenade insolite1 roman4 99 99 99 99 99 ,a la ,nouvelle ,librairie ,nationale ,m4 ,alfred ,croiset1 historien de la ,dmocratie athnienne4 ,droits de traduction et de reproduction rservs pour tous pays1 y compris la ,sude1 la ,norvge et le ,danemark4 ,,nouvelle ,,pr,,face ,voici la rimpression d'un petit ouvrage paru en #aijc1 compos en #ahig1 et qui fut1 peu s'en faut1 mon dbut dans les lettres4 ,il tait puis depuis longtemps et1 si nous nous dcidons1 mon excellent diteur et moi1 en donner une dition nouvelle1 c'est tout simplement parce que les libraires n'avaient pas cess de le demander4 ,le motif de son exhumation n'est nullement fourni par les circonstances prsentes4 ,on comprendra1 cependant1 que je ne veuille point remettre dans le commerce une uvre de jeunesse qui touche de graves et passionnants problmes1 qui agite beaucoup d'ides1 sans quelques explications pralables4 ,ce petit livre est avant tout un expos de ,nietzsche1 mais c'est un expos relev de quelques accents de sympathie intellectuelle qui ont une apparence de recommandation4 ,c'est1 la vrit1 un expos fort tendancieux4 ,il n'est pas inexact le moins du monde4 ,il ne fait pas dire autre chose ,nietzsche que ce que ,nietzsche a dit rellement4 ,mais il laisse de ct toute une partie des ides nietzschennes1 celle qui m'intressait le moins4 ,je n'ai pas donn le coup de pouce mon auteur4 ,j'ai seulement dgag ce que je trouvais chez lui de bon4 ,une analyse plus complte ne contredira pas la mienne2 elle juxtaposera de nouveaux lments ceux que j'ai voulu mettre en lumire2 peut-tre montrera-t-elle aussi que ce que j'ai pris dans la philosophie de ,nietzsche en constitue bien le principal1 qu'il en forme le centre d'inspiration et comme le cur4 ,voil pourquoi1 ce petit livre1 bien qu'inspir par un dessein particulier1 garde mon sens une valeur historique et critique4 ,quel tait ce dessein8 ,et mritait-il assez d'tre approuv1 pour que1 dans la maturit de l'ge1 je publie nouveau ce qu'il m'inspira8 99 99 99 99 99 ,la matire de cet ouvrage1 crit en #ahih1 avait t publie en #ahii par l',action franaise1 qui venait de natre sous la forme d'une petite revue4 ,elle avait t divise en plusieurs articles qui portaient ce titre commun3 ,nietzsche contre l'anarchisme4 ,un crivain1 qui n'est plus de ce monde1 s'y intressa et me conseilla vivement d'en faire un volume4 ,comme j'tais sans crdit dans la librairie1 il se chargeait des dmarches4 ,je lui en fus et lui en demeure reconnaissant4 ,mais il gta1 dans une certaine mesure et sans mauvaise intention1 le service qu'il me rendait en me persuadant de rejeter le titre que j'avais choisi et qui1 ce qu'il m'affirmait1 ne russirait pas et en me proposant celui qui a t adopt4 ,j'ai dcouvert depuis que le mot d'anarchisme1 tal sur la couverture1 le chiffonnait4 ,il avait eu1 dans son temps1 quelques faiblesses 7purement littraires7 pour l'anarchisme4 ,il s'en tait dlivr1 pour revenir1 momentanment au moins1 des ides d'ordre2 il n'aimait pas que le nom de son vieux pch ft tal avec trop d'clat4 ,ma formule lui apparaissait comme une espce de vignette criarde o l'on voyait l'anarchisme ross par le puissant jouteur qu'est ,nietzsche4 ,cela ne lui plaisait qu' demi4 ,je n'ai d'ailleurs saisi ces nuances que plus tard4 ,dans ma navet1 je pris ce conseil pour argent comptant4 ,je me disais que1 dans un livre1 c'est le contenu qui importe et non le titre4 ,je ne me suis pas1 depuis ce temps1 ralli l'opinion contraire1 bien que1 sous une absurdit apparente1 celle-ci cache une espce de sagesse4 ,du moins ai-je reconnu qu'un titre qui forme contresens1 qui va jusqu' dnaturer l'objet et le genre du livre qu'il annonce1 est chose fcheuse4 ,c'est1 je l'avoue1 le cas du mien4 ,il ne m'est plus possible d'en mettre un autre4 ,mais je prierai instamment mes lecteurs de faire en pense la rectification4 ,je n'ai jamais pris ,nietzsche pour un matre de morale1 bien que je le considre comme un moraliste de grande pntration1 un de ceux qui peuvent le mieux nous aider connatre et comprendre ses compatriotes4 ,ce sont deux caractres fort diffrents4 ,on peut tre observateur aigu des murs et des mes et manquer de bon sens1 de sagesse et d'humanit dans la direction pratique des hommes4 ,la morale de ,nietzsche ne me dit rien qui vaille4 ,mais elle comprend tout au moins un article excellent3 son tude de l'anarchisme4 ,je m'en tiens ,nietzsche contre l'anarchisme4 99 99 99 99 99 ,l'ide d'anarchisme est une de ces ides trop tendues1 trop comprhensives1 qui se prtent des interprtations diverses et dont on ne saurait faire usage sans les dfinir et les limiter4 ,on verra dans quel sens il convient ,nietzsche de la prendre et l'on renoncera le quereller1 comme quereller son interprte1 sur le mot lui-mme4 ,la question est de savoir si les choses dsignes par ce mot sont expliques clairement et avec vrit1 si elles sont rapproches les unes des autres1 et soumises la mme dfinition en vertu de rapports et de ressemblances relles1 si l'analyse qui en est propose est exacte4 ,ce qu'on peut dire1 d'une manire gnrale de l'anarchisme1 c'est qu'il est la confiance en la nature sans rgle4 ,tenir la rgle pour mauvaise comme rgle1 en quelque ordre des choses humaines que ce soit1 voil l'esprit anarchique4 ,la doctrine affiche par les romantiques1 d'aprs laquelle les rgles traditionnelles des arts ne seraient que des conventions bonnes touffer le gnie et comprimer l'individualit1 mrite absolument ce rude qualificatif4 ,il convient toute philosophie politique ou sociale qui1 pour juger de la lgitimit des institutions publiques1 adopte1 je ne dirai pas comme un des points de vue o il faut se placer1 mais comme point de vue suprme1 le point de vue des droits individuels4 ,une telle philosophie prsuppose une fausse notion de l'homme1 car elle mconnat cette vrit vidente3 que dans ce qui fait la valeur intellectuelle et morale de l'individu1 lui-mme n'est que pour une part2 l'hritage national et religieux que le milieu et l'ducation lui ont transmis y est pour une part non moins essentielle4 ,en faisant abstraction de cette dpendance profonde et vitale1 on se flatte de grandir l'individu1 de relever la dignit de l'individu1 de le grandir1 d'ouvrir sa libre expansion un plus vaste espace2 mais toute pratique politique ou pdagogique inspire de cette conception contre nature ne tend et n'aboutit en ralit qu' l'appauvrir1 le rapetisser1 le dsorienter1 le dsemparer4 ,l est la source de toute anarchie4 ,proclame au nom de l'individu1 l'anarchie a sa dernire consquence dans la ruine de l'individualit et l'abaissement du type humain4 ,on n'est pas anarchiste parce qu'on s'attaque une rgle1 une autorit1 une discipline1 une tradition particulire4 ,on l'est quand on s'y attaque dans un esprit de ddain1 d'ironie ou d'amertume contre tout ce qui est rgle1 autorit et discipline en gnral4 ,il s'est trouv1 certaines poques peu loignes de nous1 d'loquents sophistes pour prter l'anarchisme de relles sductions4 ,ils n'y seraient point parvenus cependant s'ils n'avaient t servis par le manque de foi en elles-mmes dont souffraient les autorits rgnantes ce moment-l4 ,un gouvernement qui gouverne sans que son droit de gouverner soit pour lui l'objet de la certitude la plus forte1 des ducateurs qui duquent sans avoir l'esprit vigoureusement fix sur la meilleure orientation imprimer aux sentiments de la jeunesse1 sur les qualits constitutives du meilleur type d'homme former1 un professeur qui enseigne sans doctrine sur ce qu'il enseigne1 un critique dont le got est asservi tout ce qu'il lit1 tous ces dirigeants mal assurs de leur propre direction1 ou incertains mme s'il est ncessaire d'en avoir une quand on dirige1 sont les premiers fauteurs de l'anarchie4 ,immdiatement aprs eux viennent les crivains et les orateurs qui combattent l'anarchisme en plaidant pour l'autorit les circonstances attnuantes1 en la reprsentant comme un pis-aller inglorieux1 mais indispensable1 pour lequel l'indulgence des ttes libres1 des hommes temprament et des personnes d'esprit est humblement sollicite1 ,ceux-l font l'anarchisme la part trs belle et1 s'ils le rpudient quant eux1 c'est d'une manire qui ne nous invite que trop mettre cette abstention sur le compte d'une timidit dont ils ont le modeste sentiment4 ,je crois qu'on donne quelquefois cette faon de dfendre l'ordre1 le nom de libralisme4 ,mais c'est appliquer une faiblesse un nom qui est trop beau pour ne pas mriter de dsigner une force4 ,le vritable libralisme1 c'est la largeur1 largeur des vues1 largeur des sentiments1 largeur de l'action4 ,et la largeur est le fait naturel de la grande intelligence4 ,l'intelligence1 loin d'tre ennemie de la discipline1 ne saurait avoir rien de plus cher1 dans aucun genre1 qu'une discipline rellement organisatrice et rayonnant d'assez haut pour envelopper sans violence l'action de toutes les forces spontanes qui relvent d'elle4 ,l'esprit anarchique a tenu une grande place dans les mouvements d'ides franais et europens du ,x,i,xe sicle4 ,mais on peut dire que1 pendant cette priode1 il n'a le plus souvent t combattu que par les molles armes du prtendu libralisme4 ,il est arriv aussi qu'il le ft d'une manire plus nergique et tmoignant d'une autre vigueur de pense4 ,il y avait malheureusement de graves dsavantages solidariser1 comme le faisaient les thoriciens auxquels je songe1 la cause de l'autorit et de l'ordre en gnral avec des croyances1 vraies peut-tre1 vnrables assurment1 mais qui se voyaient abandonnes par un trop grand nombre d'hommes modernes pour qu'on pt les faire accepter comme fondement commun des disciplines diverses de la ,france4 ,l'esprit moderne1 tout empreint de positivisme et d'observation 7et je prends ici le positivisme dans un sens o il n'exclut pas les croyances religieuses7 se rend compte qu'il n'est pas ncessaire d'aller chercher jusqu'au sein de la religion et de la mtaphysique1 jusqu'au sein de ,dieu1 la raison d'tre et la justification 7pratique tout au moins7 des rgles les plus propres organiser la nature et la socit1 diriger l'activit intellectuelle4 ,un sain empirisme sur les donnes duquel tous les hommes de bon sens pourraient s'accorder1 suffit pour nous les faire reconnatre4 ,c'est cette mthode qui a prvalu dans l'lite des intelligences franaises partir de la seconde moiti du ,x,i,xe sicle4 ,le dbordement de chimres idologiques qui prcda1 provoqua et accompagna la rvolution de #ahdh1 dgota des sductions de l'anarchisme tout ce qui pensait4 ,sainte-,beuve1 ,renan1 ,taine1 enseignrent le positivisme politique et renourent avec clat la tradition franaise de la pense claire et mthodique4 ,mais ces grands esprits1 dont l'influence domine toute la priode littraire qui s'tend de #ahej #ahij environ et dont nous avons encore 7du premier principalement7 beaucoup apprendre1 taient surtout des naturalistes et des historiens4 ,ils faisaient de la science compare4 ,ils nous montraient des chantillons historiques d'o ressortaient1 par dmonstration exprimentale1 les conditions qui font la prosprit ou la dcadence de la civilisation1 celles qui font la force ou la faiblesse des tats1 la cohsion ou la dcomposition des socits1 la floraison ou le dprissement des lettres et des arts4 ,ce qui leur manquait1 c'tait l'esprit d'action1 l'esprit d'initiative1 je dirai presque l'esprit de vie1 la foi suffisante en l'immortelle jeunesse de la patrie et de l'humanit4 ,ce caractre est trs sensible chez ,flaubert4 ,il parle comme si tout tait fini4 ,ces hommes se ressentaient du romantisme de leur premire jeunesse4 ,ils avaient donn leur cur aux chimres4 ,elles ne le leur avaient pas rendu entirement4 ,ils ne reconquirent que leur raison4 ,la connaissance des ralits n'eut pas chez eux pour compagnes les nergies de la gat1 de l'enthousiasme et de l'amour1 sans lesquelles on ne remdie efficacement aucun mal et en particulier au mal de l'anarchisme rvolutionnaire qui1 parfois1 procde d'un amour gar4 ,c'est pourquoi on pourrait les appeler eux-mmes1 dans un sens particulier1 et en ne donnant ces mots que la porte d'une nuance1 des prophtes du pass4 ,beaucoup de jeunes gens d'aujourd'hui refusent leur confiance cette grande gnration de #ahfj1 qui a donn en ,france la dernire en date de ses grandes coles littraires 7car tout ce qui a paru depuis de plus important1 dans l'ordre de la pense1 en relve74 ,on supplie ces jeunes gens de distinguer4 ,on convient que1 dans cette gnration de physiologistes et d'anatomistes1 comme l'appelait ,sainte-,beuve1 le feu de l'me ne fut pas en proportion des lumires et de l'tendue de l'intelligence4 ,il y eut insuffisance1 atonie1 parfois mme corruption du sentiment4 ,mais les grandes maladies sont toujours suivies d'une priode de dbilit2 l'lite franaise venait de passer par cette grande maladie du sentiment qui a pour nom le romantisme2 de l1 une phase invitable de dbilit morale qui s'est prolonge jusqu'aux dernires annes du ,x,i,xe sicle4 ,au contraire1 le rveil de l'intelligence fut complet1 magnifique1 et son uvre admirable4 ,ce que nous avons faire1 ce n'est pas de rpudier cette uvre1 mais de l'tudier1 d'en retenir les leons1 de la continuer1 d'en reprendre le fil4 ,la jeunesse d'aujourd'hui a sur l'ensemble de ses ans une supriorit de sant morale qu'elle manifeste hroquement4 ,mais ceux-l la trompent de la manire la plus irritante qui s'essaient envelopper la raison elle-mme dans le discrdit justement mrit par des vacillations de cur1 dont la raison ne fut nullement responsable4 ,on avertit instamment cette jeunesse que les plus gnreuses impulsions de la vie ne sauraient suppler au dfaut de pense et de critique1 et que le plus sr moyen de faire aboutir au nant les plus gnreuses inspirations de son cur1 c'est d'entretenir et de couver en elle1 ft-ce sous le beau prtexte doctrinal d'anti-intellectualisme1 la mfiance et la peur de l'intelligence4 ,ai-je fait une digression8 ,un circuit tout au plus4 ,la critique positiviste des tendances anarchistes manquait de mouvement2 elle faisait de la thorie plutt que de l'offensive2 elle n'avait pas cette gaiet1 cette allgresse de l'esprit qu'il faut1 en ,france surtout1 opposer un ennemi qu'on veut vaincre4 ,la critique librale donnait l'anarchisme le beau rle1 elle lui laissait le prestige qui s'attache l'audace et aux mouvements d'une vie dbordante4 ,une critique nouvelle1 et enfin bien inspire1 a trouv sa voie hors de ces deux erreurs4 ,elle arbore le drapeau de l'ordre1 parce que1 pour elle1 il ne porte pas des couleurs tristes1 mais de vives et heureuses couleurs4 ,les rgles1 les disciplines1 les institutions ne lui apparaissent pas comme des limites et des restrictions imposes du dehors l'action et l'essor des forces spontanes4 ,cette antinomie de nature admise entre les uns et les autres1 ne lui semble pas vraie4 ,elle estime que l'ordre est inhrent tout ce qui mrite le nom de force1 que toute force digne de ce nom est dj pntre et imprgne d'ordre et que l o il n'y a pas prsence et prsence intime d'un ordre1 il ne saurait y avoir que faiblesse et impuissance4 ,elle refuse d'opposer l'individu la socit1 soit pour soumettre l'tat social la souverainet du droit individuel1 soit pour opprimer l'individu sous les exigences de l'tat social4 ,il ne saurait tre question des droits pour l'individu que s'il possde un minimum de valeur intellectuelle et morale2 la socit1 avec ses institutions et ses traditions1 est considre1 au point de vue que je dfinis ici1 comme la source mme o l'individu puise les lments indispensables de sa valeur4 ,c'est par une application du mme principe1 que l'on ne consent pas regarder dans les travaux de l'esprit1 l'inspiration et la rgle comme deux forces de sens contraires qui1 de leur propre mouvement1 ne tendraient qu' se diminuer l'une l'autre4 ,il n'y a qu'une inspiration pleine et vigoureuse qui puisse s'galer aux exigences de la rgle et elle y parvient1 non en comprimant son souffle1 mais en se donnant un souffle de plus4 ,la rgle exprime et pose des conditions d'ampleur1 de puissance1 d'harmonie4 ,elle ne gne que l'artiste ou l'crivain faible1 incapable de remplir la carrire qu'elle lui trace4 ,en dfinitive1 la critique dont je parle a arrach l'anarchie les prestiges de beaut et de vitalit dont elle se parait faussement et qu'une certaine badauderie intellectuelle lui accordait1 pour faire passer ces titres du ct de l'ordre4 ,elle montre dans l'anarchie le fond de misre1 de pauvret ou1 comme disent1 les thologiens1 de dficience essentielle4 ,voil le point sur lequel elle a rencontr le concours de ,nietzsche4 ,psychologie1 et pathologie minutieusement fouille des tendances anarchistes1 voil ce qu'il nous propose1 voil le point o nous parat utile entendre4 99 99 99 99 99 ,prenne qui voudra connaissance de sa pense6 ,et que chacun la discute1 selon ses propres opinions6 ,mais il existe1 l'gard de ,nietzsche1 chez beaucoup de personnes1 un tat d'esprit violent et aveugle qui ne va pas moins qu' rprouver et condamner1 sur le seul aspect de son nom1 toute ide prise chez lui1 comme s'il y avait eu chez cet homme un fond de perversit tel que tout ce qu'il a conu et crit dt en tre infect4 ,je crois discerner de cet tat d'esprit deux raisons3 l'une tient aux attaques de ,nietzsche contre le christianisme1 l'autre 7qui n'a1 il est vrai1 fait sentir ses effets que depuis la guerre7 tient sa qualit d',allemand4 ,je m'expliquerai sur l'une et sur l'autre4 ,il est trs vrai que ,nietzsche a manifest1 l'gard du christianisme1 l'animadversion la plus vive et qu'il l'a attaqu avec violence4 ,l'expression de cette passion est parseme dans plusieurs de ses crits4 ,elle est concentre dans un petit livre intitul3 l',antchrist1 consacr la personne du fondateur du christianisme4 ,l'auteur y reprsente ,jsus comme un malade et sa thse a beaucoup d'analogie avec celle que soutenait ,jules ,soury dans un livre paru vers #ahge1 et qui n'clipsa pas1 malgr le grand talent de l'crivain1 la ,vie de ,jsus1 de ,renan4 ,il ne peut y avoir pour les chrtiens de plus scandaleuse injure2 on conoit leur zle la fltrir4 ,cependant1 celui qui s'en est rendu coupable peut avoir trait avec une sagesse acceptable pour eux d'autres questions4 ,tout le monde l'admet pour ,voltaire2 certains l'admettent pour ,jules ,soury4 ,pourquoi ne l'admettrait-on pas pour ,nietzsche8 ,il a crit des centaines de pages de critique littraire1 par exemple1 qui sont d'ailleurs merveilleuses et1 qu' quelques nuances prs1 des esprits anims de tendances religieuses fort opposes aux siennes pourraient signer4 ,ce qui achve de lgitimer et de conseiller cette sparation1 dont le principe est indiscutable en soi1 c'est que la haine du christianisme tient certainement chez ,nietzsche un ct maladif de l'esprit4 ,en thse gnrale1 je ne crois pas que cette passion de haine contre le christianisme soit la marque d'un esprit tout fait matre de lui-mme4 ,il me semble qu'elle implique une grosse part de mprise sur la nature de l'objet ha et qu'elle le voit1 non tel qu'il est en lui-mme1 mais tel qu'il apparat travers un verre dformant4 7,je parle d'un sentiment dirig1 non contre telle ou telle confession chrtienne1 mais contre le fond commun du christianisme47 ,tout d'abord1 si1 pour le chrtien1 le christianisme est la religion vraie1 exclusivement vraie1 le philosophe1 qui ne lui attribue pas ce titre1 est au moins oblig d'y reconnatre une forme particulire de ce fait humain universel qui s'appelle la religion4 ,et1 comme nos modernes antichrtiens1 qui ne sont ni bouddhistes1 ni mahomtans1 ne s'en prennent pas au christianisme au nom d'une autre religion1 c'est1 qu'ils y songent ou non1 contre la religion en gnral que se dclare leur inimiti4 ,voil ce que je ne trouve pas trs philosophique4 ,qu'un esprit dans son priv et pour la direction personnelle de ses sentiments et de sa vie1 n'prouve le besoin d'aucune religion1 c'est une autre affaire1 et je ne m'en occupe pas ici4 ,mais de l s'irriter contre l'existence de la religion dans l'humanit1 il y a un abme qu'un homme en parfaite possession de son bon sens ne franchit pas4 ,on ne montre pas le poing au ,mont-,blanc4 ,j'ai connu dans la personne de mon matre1 ,victor ,brochard1 un parfait paen4 ,il tenait la morale des sages anciens pour suprieure la morale chrtienne4 ,il y puisait les inspirations de son honntet1 de sa fermet et de son courage1 vertus qui furent grandes chez lui4 ,mais jamais il ne montrait contre le christianisme d'intentions destructives1 ni mme d'animosit4 ,il se ft fait l'effet d'un dclamateur4 ,si ,brochard et vcu au temps de ,celse ou de ,lucien1 son sentiment et son attitude eussent sans doute t autres4 ,il se ft pos en adversaire de la religion nouvelle4 ,il et essay d'en empcher l'tablissement4 ,mais alors le sort du christianisme n'tait pas dcid1 il se jouait4 ,de la part d'un homme qui en considrait les principes comme moins favorables l'humanit que ceux de la vieille religion grco-romaine1 il tait raisonnable de se livrer contre elle la polmique4 ,la question se prsente aujourd'hui d'une toute autre manire4 ,il y a dix-neuf sicles ou1 si l'on veut1 seize sicles 7en comptant partir du moment o le pouvoir imprial l'adopta7 que le christianisme rgne dans le monde occidental4 ,cette longue dure constitue une exprience dont il serait bien difficile de soutenir que les rsultats soient son dsavantage4 ,l'vocation de ce qui se serait pass si444 ne constitue pas un argument srieux4 ,on peut user de ces raisonnements hypothtiques l'gard d'un fait local1 dont les consquences se limitent un petit canton du monde4 ,mais l'application qu'on en voudrait faire un mouvement historique d'une telle tendue et qui a eu un tel succs ne serait qu'un amusement de l'esprit4 ,le christianisme n'est responsable ni de la dissolution de l'empire romain ni de la priode de barbarie europenne qui a suivi cet vnement4 ,il a1 bien au contraire1 pendant cette triste priode1 pris1 autant qu'il tait possible1 la suite de l',empire romain comme mainteneur de la civilisation4 ,peut-on dire qu' partir de la ,renaissance1 lorsqu'il n'a plus eu lieu d'exercer dans l'ordre profane ce rle de tutelle universelle1 il ait gn l'humanit dans son dveloppement1 diminu par son influence l'essor des lettres1 des arts1 des sciences1 des institutions publiques8 ,il faudrait1 pour pouvoir le soutenir1 admettre que l'uvre de l'humanit moderne1 dans tous ces domaines1 demeure au-dessous de celle que nous ont laisse les anciens4 ,c'est le contraire qui est manifestement le vrai4 ,nous n'avons sur les anciens aucune supriorit de nature2 mais nous avons cette supriorit de fait qu'ils sont les anciens et que nous sommes les modernes4 ,l'exemple mme de leurs crations et la magnificence des inpuisables leons qu'elles contiennent1 comme aussi les leons de leurs erreurs1 nous ont permis de faire plus qu'eux4 ,la politique des ,romains est un chef-d'uvre qui ne sera pas dpass1 mais qui a t plusieurs fois gal4 ,et si les divines qualits de simplicit et de naturel de l'art grec n'ont jamais t atteintes1 le moins qu'on puisse dire1 c'est qu'elles ont t plusieurs fois approches de bien prs en ,italie1 en ,france et en ,espagne4 ,en revanche1 combien le domaine d'expression embrass par nos arts est plus tendu1 plus vari1 plus nuanc4 ,nous avons plus vcu1 plus senti1 plus connu que les ,grecs4 ,pour la philosophie et les sciences1 la comparaison n'est pas possible2 c'est le propre domaine du progrs4 ,on pourra allguer que la gloire de ces splendides travaux ne revient pas au christianisme1 puisqu'ils sont la continuation1 et plusieurs gards1 l'imitation de travaux commencs et dj pousss un point merveilleux avant sa venue4 ,il suffit qu'il les ait accompagns1 que son rgne ait t contemporain de leur accomplissement pour que la thse qui consiste le rendre coupable de je ne sais quel prjudice port la nature humaine se rvle inconsistante4 ,voici1 je crois1 comment cette illusion se forme dans un esprit4 ,les ides chrtiennes1 comme toutes les ides religieuses ou morales imaginables d'ailleurs1 prtent des interprtations1 des applications qui portent des marques de difformit1 de laideur1 de disgrce1 de dsordre1 et contre lesquelles le bon sens1 la saine nature protestent4 ,mais il n'est pas besoin de possder la thologie et le dogme pour savoir que ces manires de comprendre et de mettre en pratique le christianisme ne peuvent compter que comme des dviations1 des abus1 des excentricits4 ,si elles avaient rpondu aux exigences relles de la doctrine1 si elles avaient t dans le sens du grand courant1 jamais le christianisme ne ft parvenu s'entendre avec l',empire1 non plus qu'avec aucun gouvernement civil1 jamais il n'et pu coexister avec la civilisation2 il y a longtemps qu'il et pri comme tant d'autres sectes phmres qui portaient leur base quelque injure au sens commun4 ,il a pu advenir que des aberrations1 qui se paraient du nom du christianisme1 s'tablissent et prvalussent un instant dans certains milieux chrtiens2 mais jamais1 nulle part1 les autorits religieuses n'ont failli les dsavouer1 les condamner4 ,un non-chrtien pourra1 tendant la porte de cette observation et l'appliquant aux origines mmes du christianisme1 soutenir que les doctrines de l'vangile et de saint ,paul ont d relcher beaucoup de leur rigueur1 consentir bien des diminutions et des compromis pour se rendre acceptables la socit romaine et au pouvoir imprial4 ,cette thse mme 7que je repousse d'ailleurs7 prouverait que l'hostilit contre le christianisme manque de base4 ,en se rendant acceptable1 la religion de l'vangile s'est rendue viable1 et ce compromis1 ce medius terminus1 c'est le christianisme1 tel qu'il a t1 tel qu'il a dur1 tel qu'il a vcu et agi dans les socits humaines4 ,or1 quand on parle ou crit pour ou contre le christianisme1 la chose n'est intressante et srieuse que s'il s'agit de ce christianisme l1 du christianisme tel qu'il a t dans l'histoire et non tel que le construit et le dduit1 d'aprs des documents littraires lointains1 tous gards1 l'esprit raffin1 l'imagination morale subtile d'un homme de lettres4 ,la mme distinction s'impose l'gard d'autres malentendus4 ,les personnes qui pratiquent le christianisme avec dvotion ne sont pas plus exemptes que les autres des petitesses et des disgrces morales de la nature4 ,la mesquinerie d'esprit1 le manque de gnrosit dans les sentiments1 la niaiserie et la parcimonie peuvent tre leur fait4 ,qu'un homme trs sensible ces inlgances ait pass sa jeunesse1 l'ge des impressions vives1 dans un milieu dvot qui en tait marqu1 et qu'il se soit ensuite affranchi de la foi religieuse1 il tombera facilement dans l'erreur d'imputer la dvotion ce qui tait le fait des dvots eux-mmes et ce qui et trs probablement1 sans leur dvotion1 atteint un degr plus dsolant encore4 ,si pourtant la violence de ce premier dgot ne lui a pas t la facult d'observer1 il s'apercevra que les mmes misres svissent1 avec de lgres diffrences de nuances1 mais qui ne leur donnent rien de plus sympathique1 dans les milieux o rgnent les ides d'mancipation religieuse2 il lui arrivera de rencontrer la plus sincre pit chrtienne associe une nature d'homme parfaitement vivante1 ouverte1 abondante et librale4 ,il dira peut-tre qu'elle doit ces qualits ce qui subsiste en elle de la sagesse et de la civilisation antique4 ,mais1 par cette interprtation mme1 il admettra que le christianisme fait trs bon mnage avec la sagesse et la civilisation des paens4 ,pas plus qu'il n'est responsable de la tristesse de certaines personnes chrtiennes1 pas plus le christianisme ne l'est de la tristesse de certaines poques chrtiennes4 ,en de telles poques1 il parat lui-mme revtu des sombres aspects du milieu humain o il volue1 mais ce n'est pas lui qui les y apporte4 ,le ,x,i,xe sicle aura t1 au regard des artistes1 un sicle trouble et dsol4 ,le bouleversement des anciennes classes sociales1 l'augmentation norme des populations1 le dveloppement des grandes villes1 la formation d'immenses agglomrations ouvrires1 la multiplication des moyens du bien-tre matriel allant de pair avec la duret croissante de la vie1 toutes ces causes conjointes ont forc les socits modernes s'absorber dans des soins utilitaires1 des soins de mnage1 comme disait ,renan1 et y ont beaucoup affaibli la proccupation des lettres et des beaux-arts4 ,les institutions1 et plus encore l'esprit dmocratique1 ont ruin et rendu impossible le rgime de protection dont jouissaient autrefois les hommes qu'une vocation relle destinait l'tude spculative ou la cration du beau1 rgime dont les bienfaits leur taient absolument ncessaires1 s'il est vrai qu'il faille renoncer la recherche de la perfection1 seule raison d'tre des travaux de l'esprit1 quand on est oblig de demander ces travaux un gain d'argent1 les applaudissements de la multitude ou la faveur de l'tat4 ,de telles conditions n'ont pas suffi pour tuer les arts4 ,du moins ne pouvaient-elles produire qu'un art tourment et plein de tares ne remplissant pas la vraie et bienfaisante fonction de l'art1 qui est de mettre de la beaut et de la douceur dans la vie4 ,les grands crivains qui1 en ,france et ailleurs1 se sont faits les interprtes de la plainte gnrale dont je rsume ici le sujet1 un ,stendhal1 un ,renan1 un ,flaubert1 un ,baudelaire1 un ,ruskin1 un ,nietzsche 7sans oublier ,richard ,wagner1 malgr ce qu'il a de confus dans les ides71 un ,musset ses heures1 ont1 je crois1 exagr la laideur du monde moderne1 qui1 pris dans sa masse1 n'tait pas plus laid que ses ans1 s'il l'tait d'une manire diffrente4 ,mais ce qu'ils ont bien vu1 c'est l'absence1 au centre ou au-dessus de ce monde1 lourd et dispers en tous sens1 d'un foyer lumineux1 d'un asile de l'esprit et du got1 d'un lieu o la contemplation et le gnie puissent accomplir en scurit leur uvre pour le bien de tous et le rayonnement de toutes choses4 ,les mes dlicates qui ne sauraient vivre que de pense et de fantaisie1 se sont senties comme des exiles dans cet ge de plomb4 ,de l1 une tristesse maladive qui s'est si souvent ajoute chez elles la tristesse raisonne1 mais supportable1 que la condition humaine considre en elle-mme peut1 en tous temps1 inspirer la rflexion4 ,de l1 la nuance sombre1 languissante1 dsole1 qu'a pris chez elles le sentiment religieux chrtien1 qui n'est normalement appel qu' consoler l'homme des insuffisances gnrales de la vie terrestre1 mais qui se mlait ici au sentiment aigu et plus immdiat des maux particuliers un sicle et une certaine phase de l'tat social4 ,la maladie moderne a communiqu sa couleur au christianisme moderne4 ,le besoin chrtien est apparu li une oppression intrieure1 une dficience de la sant morale naturelle4 ,il est apparu solidaire des tats romantiques de la sensibilit4 ,mais1 pour tirer de ces apparences un jugement gnral sur la nature du christianisme et en conclure qu'il porte en soi quelque chose de morbide1 il a fallu gnraliser de la manire la plus illgitime des caractres tout accidentels2 il a fallu oublier qu'il avait t la religion puissante et non discute d'poques dont les hommes suprieurs1 et1 comme on dit1 reprsentatifs1 se distingurent par tous les signes d'une sant vigoureuse et d'un esprit fleurissant4 ,imaginons toutes ces causes de confusion agissant sur un esprit particulirement dispos et plac pour y cder4 ,imaginons une jeune nature d'lite1 doue la fois d'une magnifique intelligence et d'une sensibilit morale extraordinaire1 anormale2 elle a reu avec une culture trs tendue1 une ducation religieuse intensive1 ou dont l'action du moins a t rendue perturbatrice par le manque de mesure de la sensibilit qui l'a reue4 ,nous n'avons pas affaire un tre tout fait sain2 il y a du dsquilibre1 des lments ruineux dans cette personnalit2 elle porte le poids d'une de ces hrdits un peu onreuses qui apparaissent souvent lies 7nous ne dirons pas du tout3 ncessairement7 l'extrme finesse des organes intellectuels1 au gnie de l'imagination4 ,les souffrances qui naissent de l sont accrues par les milieux o elle vit et qui sont le plus faits pour offenser et insulter sa dlicatesse maladive4 ,quelle va tre1 lorsqu'elle se sera mancipe des soumissions de la premire jeunesse1 sa disposition l'gard des ides chrtiennes1 des sentiments chrtiens1 de ces ides et de ces sentiments qu'elle a pris dans un sens d'idalisme outr dont le raffinement quivaut un vritable fanatisme6 ,srement sa disposition ne sera pas le calme et la srnit4 ,ou bien1 elle persistera dans sa direction religieuse et s'y jettera corps et me perdus1 ou bien elle s'en cartera1 mais avec violence et en se rvoltant contre les objets religieux de son premier idalisme1 elle les rendra responsables des inquitudes et des exagrations qui la tourmentent2 elle les accusera de lui en avoir inocul le germe empoisonn4 ,elle imaginera le virus chrtien4 ,et1 dans ses thories1 elle abusera des facilits spcieuses qu'offrent l'histoire et la psychologie et que nous avons essay d'indiquer1 qui prtend dfinir le christianisme par les excs moraux qui se sont produits sous son nom1 par les misres morales qui ont projet sur lui leurs reflets4 ,mais cette interprtation anti-chrtienne devra se comprendre au fond comme un fanatisme chrtien retourn4 ,voil1 me semble-t-il1 l'histoire de ,nietzsche4 ,je dois rpter que1 dans le tissu de sa pense et de ses doctrines1 si l'anti-christianisme fait une tache clatante1 il n'occupe cependant qu'une place limite4 ,un autre point de ces thories1 qui ne me parat pas impliquer comme celui-ci une erreur de fond1 mais qui reoit de la brutalit tendancieuse et je dirai presque de la fureur du vocabulaire1 une apparence de violence injurieuse et repoussante1 c'est sa fameuse distinction entre la morale des matres et la morale des esclaves4 ,une tude attentive de la pense de ,nietzsche1 dgage de ses formes truculentes et de ses bravades1 montre qu'il s'agit ici moins de la distinction de deux catgories sociales d'hommes que de deux catgories de tendances qui peuvent se rencontrer chez tous les hommes4 ,les matres1 ce sont les natures aristocratiques et fires1 dpourvues de grossiret et surtout de vanit4 ,quand il leur arrive de commander1 ils le font avec une dignit naturelle1 avec le respect des personnes auxquelles ils donnent nettement des ordres4 ,et s'ils savent commander1 c'est qu'ils savent obir4 ,les esclaves ne savent ni l'un ni l'autre4 ,toute obissance1 toute subordination les humilie4 ,ils veulent toujours avoir raison4 ,ils commandent volontiers1 quand ils ont du temprament et de l'audace4 ,mais ils ne le savent faire qu' la matraque et sont incapables de faire accepter leur autorit 7c'est pourtant le grand signe de l'autorit7 un homme de caractre4 ,l'erreur et le trait comique de ,nietzsche1 c'est de se mettre en colre parce qu'il voit que le commandement n'est presque jamais reconnu ceux qui le mriteraient4 ,aussi leur compose-t-il en imagination une vengeance effroyable1 en faisant d'eux un petit bataillon de chefs impitoyables arms des engins les plus terribles avec lesquels ils font marcher le troupeau humain4 ,cette invention lui a valu un renom dtestable et1 coup sr1 elle n'honore pas son bon sens4 ,on a perdu de vue la psychologie morale dont ces images1 ces rveries1 voquant de nouveaux ,attilas intellectuels et raffins1 ne sont que l'expression plus qu'hyperbolique4 ,on a cru qu'il prconisait une morale de brigands et de tape-dur4 ,je ne doute pas que plus d'un ,allemand1 pendant la guerre1 n'ait fusill d'innocents civils en l'honneur de ,zarathustra4 ,mais vraiment il commettait un contresens dont il faut innocenter le cur de ce privat-docent1 dlicat et surexcit1 non pas certes sa raison4 99 99 99 99 99 ,il me reste m'expliquer sur la qualit d',allemand de ,nietzsche et sur le grief qui en est tir contre ceux qui font profession d'admirer chez lui1 nonobstant ses tares1 un des gnies de son sicle4 ,je suis1 quant la question de tendance1 tout fait tranquille4 ,et je crois que nul crivain contemporain n'aurait lieu de l'tre davantage4 ,j'ai toujours combattu l'influence intellectuelle de l',allemagne4 ,je l'ai combattue de toute l'nergie de mon intelligence4 ,les personnes qui ont lu le ,romantisme franais1 la ,doctrine officielle de l',universit1 le ,germanisme et l'esprit humain1 mes articles1 ma rponse l',enqute de ,m4 ,morland sur l'influence allemande1 publie en #aijc1 peuvent tmoigner que cette lutte a t un des objets les plus suivis de mon activit littraire depuis vingt ans4 ,il se peut1 qu'en fait1 je n'aie1 pour ma part1 que bien mdiocrement russi dissiper aux yeux de mes compatriotes le vieux mirage d'une ,allemagne prise de contemplation intellectuelle dsintresse et les convaincre du pragmatisme sommaire qui1 de ,kant ,fichte1 forme la commune inspiration des plus fameuses doctrines germaniques4 ,ce que je sais1 c'est que je n'ai pas attendu aot #aiad pour y dcouvrir ce caractre et que je parlais de ce que je savais1 ayant pass jadis beaucoup de temps approfondir ces grimoires1 d'ailleurs anims d'une force qui1 pour n'tre qu'en partie celle de l'esprit1 n'en est pas moins redoutable4 ,mais justement1 parce que j'ai l-dessus quelques tudes1 je ne crois pas qu'il suffise d'accumuler sur la tte de ces philosophes les pithtes injurieuses et les invectives pour dlivrer la pense franaise et la pense europenne de la servitude qu'ils ont russi leur imposer depuis un sicle4 ,il faut les connatre et les critiquer srieusement1 et c'est ce qu'on ne peut faire sans une grande et honnte application de l'intelligence1 c'est--dire sans des dispositions pralables de srnit et d'impartialit leur gard4 ,il faut tre prt leur rendre justice1 reconnatre la part de services qu'ils ont pu rendre l'esprit humain ct du tort qu'ils lui ont fait4 ,a ce prix1 les conclusions o l'on arrivera 7j'ai indiqu quelles sont les miennes7 pourront n'tre pas dpourvues d'autorit4 ,la question n'est pas simple4 ,si la pense allemande 7je parle de la pense spcifiquement allemande1 de ,kant1 de ,fichte1 de ,shelling1 de ,hegel et de son cole7 peut tre juge indigne de jouer dans la direction de la pense humaine1 le rle qui1 en d'autres temps1 a appartenu la philosophie d',aristote1 la philosophie cartsienne1 l'empirisme des ,anglais1 ce n'en est pas moins un fait1 un gros fait1 un fait norme et puissant que les choses se sont passes depuis cent ans comme si elle le mritait4 ,si elle a sduit chez nous beaucoup de ttes troubles et faibles1 elle a exerc sur un ,renan1 c'est--dire sur une des plus vastes intelligences du ,x,i,xe sicle1 un haut prestige qui a sans doute particulirement saisi sa jeunesse1 mais dont son ge mr ne s'tait pas affranchi4 ,il faut qu'il y ait eu des raisons cela4 ,il faut que ,renan ait t frapp de difficults dont les philosophies classiques ne lui semblaient pas apporter la solution et qu'il ait cru trouver dans les philosophies allemandes1 tout au moins la mthode et le rudiment de cette solution4 ,nous devons chercher s'il s'est tromp1 et1 par consquent1 nous placer en face de ces difficults elles-mmes4 ,s'il y a lieu 7et ma conviction est qu'il y a lieu7 de faire le procs des systmes allemands1 c'est par cette procdure qu'il faut passer4 ,elle demande essentiellement la tranquillit de l'esprit et doit pouvoir tre poursuivie l'abri des impatiences de la noble passion nationale4 ,telle est la raison gnrale que l'on pourrait invoquer en faveur d'une critique repose et impartiale de ,nietzsche4 ,en fait1 elle ne s'applique pas lui4 ,mais il m'a paru y avoir un intrt gnral la donner1 pour qu'on ne confondt pas avec de la germanophilie ce qui est simplement du srieux4 ,c'est une critique srieuse de l',allemagne 7critique impliquant1 hlas6 l'aveu d'un certain nombre de sottises et de faiblesses notre charge7 qui peut seule dtruire chez nous la dtestable germanophilie intellectuelle4 ,le cas de ,nietzsche est diffrent4 ,et loin que le patriotisme franais dt le maudire1 il y aurait tout lieu1 au contraire1 de faire une place part l',allemand qui a profess le got le plus passionn pour l'esprit1 la civilisation1 la littrature et les murs de la ,france4 ,nietzsche a t bien plus loin que ,gthe1 dans son estime pour la culture classique et franaise4 ,il l'a dfendue avec clat1 avec une verve et une pntration admirable1 contre les prtentions de la fausse culture de l',allemagne4 ,il nous a1 dans l'ordre des lettres et des arts1 restitu nos titres1 oublis1 mconnus1 incompris par tant d'entre nous4 ,il tait merveilleusement familier avec notre littrature et il y trouvait la vritable famille de son esprit4 ,je pourrais citer en exemple bien des uvres franaises rcentes1 uvres d'excellents ,franais d'ailleurs qui1 comparativement aux uvres de ,nietzsche1 sont d'un got tout boche et des centaines de pages de ,nietzsche d'une finesse et d'une acuit toute franaise4 ,il suffit de feuilleter ses livres pour s'en convaincre4 ,que cet ensemble de pages rayonnantes voisine avec des violences et des truculences1 des frnsies mmes qui ne peuvent plaire qu' des barbares1 ou tre reues avec gravit que par des nafs1 je serai le premier en convenir4 ,mais ce que j'ai essay de faire comprendre au sujet de l'anti-christianisme de ,nietzsche s'appliquerait d'une manire gnrale ces aspects rebutants de sa personnalit1 ces impulsions d'un dmon dont il n'tait pas le matre4 ,je n'ai pas le moindre got pour les fureurs et les visions apocalyptiques de ,zarathoustra1 bien que1 dans cet ouvrage mme1 les folies d'une forme effarante enveloppent parfois bien des grains de sagesse et1 comme il disait1 de gai-savoir4 ,au surplus1 il ne s'agit aucunement de prsenter ,nietzsche comme un ,allemand rengat sa patrie1 comme un alli spirituel de la cause que nous avons dfendue par les armes4 ,rien ne serait plus puril1 et l n'est point la question4 ,jean ,moras faisait ses dlices de ,nietzsche et lui empruntait souvent l'expression de ses penses propres qui ne se distinguaient1 je suppose1 ni par le trouble ni par le dsordre1 ni par la brutalit4 ,moras s'y connaissait4 ,il trouvait en ,nietzsche un bon auteur1 un matre1 souvent agit et convulsif1 mais suprieurement clairvoyant et ardent1 de l'humanisme4 ,il ne s'agit pas d'autre chose4 ,que l',allemagne fasse de son ,nietzsche ce qu'elle voudra6 ,je n'aurai garde pourtant de suivre un critique de haute valeur1 ,m4 ,julien ,benda1 quand il pose ,nietzsche en fauteur moral1 en approbateur anticip des bestialits commises1 sous prtexte de guerre1 par les armes impriales4 ,du moins1 faut-il distinguer4 ,m4 ,benda s'autorise de certaines maximes et dmonstrations froces contre la piti que l'on trouve en effet chez ,nietzsche4 ,et je concde pleinement que mainte brute allemande1 complique de pdantisme1 a pu s'emparer de ces thmes comme d'une lgitimation savante et d'un excitant intellectuel de son inhumanit4 ,mais ,nietzsche1 dans ces dtestables pages1 n'a rellement pas eu en vue l'action4 ,ce sont1 de sa part1 gageures littraires1 violences de cabinet1 ractions rageuses et folles d'un tre fbrile1 mais droit1 contre les hypocrisies paisses du faux sentimentalisme qui l'entoure et dont il connat les dessous4 ,n'admt-on pas cette interprtation1 il serait impossible 7car les textes sont l71 de ne pas reconnatre en ,nietzsche le peintre et le satiriste le plus terrible de la moralit allemande4 ,ces consciences honntes1 qui ne peroivent que trs obscurment la diffrence de l'honntet avec l'hypocrisie1 ces consciences idalistes chez qui les aspirations de l'idalisme se mlent si indiscernablement aux apptits d'un sensualisme grossier1 que ceci et cela a tout l'air chez elles de ne faire qu'un1 c'est ,nietzsche qui en a dress1 avec tout le feu de sa verve et l'acuit chirurgicale de son coup d'il1 l'image la plus irrcusable et la plus accusatrice qui soit4 ,le nom de l',allemand d'exception qu'il donnait ,gthe1 on pourrait plus justement1 beaucoup d'gards1 le lui dcerner lui-mme4 ,paris1 janvier #aiag4 ,,avertissement 7#aijb7 ,publi1 il y a prs de trois ans dans un recueil priodique1 mais compos il y en a plus de cinq1 c'est--dire avant que ,nietzsche ne ft encore lisible en franais1 ce travail nous avait paru perdre toute utilit la suite de la belle et complte traduction du grand psychologue donne par ,m4 ,henri ,albert et ses collaborateurs4 ,nous avions voulu initier ou plutt amorcer aux ides de ,nietzsche quelques jeunes esprits particulirement capables d'en tirer profit comme il venait de nous arriver nous-mme1 et d'en recevoir non un joug1 mais une stimulation dans leur dveloppement4 ,ayant eu cependant l'occasion de connatre quelques-uns des plus notables exposs de ,nietzsche donns dans nos revues depuis cette poque1 nous avons d cesser de croire toute lumire faite sur des conceptions qui demanderaient1 pour tre bien comprises et justement appliques1 plus de perspicacit psychologique que d'rudition philosophique4 ,le petit nombre de personnes qui avait eu l'indulgence de s'intresser cette tude1 lors de sa premire apparition1 est averti que nous l'avons amende et complte autant qu'il tait possible sans en altrer le premier accent4 ,travail dlicat6 ,car nous n'avions pas laiss passer pour parler de ,nietzsche l'heure o nous subissions de sa part un tout nouvel et assez vif entranement4 ,nietzsche nous a surtout aid1 ainsi que maint autre de notre gnration1 rentrer en jouissance de certaines vrits naturelles4 ,mais comme ces vrits sont beaucoup plus vieilles que lui1 on en arrive oublier la fivre qui accompagna cette rcupration4 ,ce qu'on ne doit pas oublier1 c'est qu'elle peut tre communique avec fruit des intelligences bien nes1 mais profondment contamines par les sophismes sur lesquels la critique de ,nietzsche exerce l'action la plus corrosive4 ,le nietzschisme est moins une doctrine en effet qu'une crise1 mais une crise salutaire4 ,il y a chez ,nietzsche un contraste entre le fond des ides1 classique1 positif1 traditionnel1 et le ton1 dont l'ardeur va souvent jusqu'au sarcasme4 ,un conservateur qui parle comme un rvolt1 un attique1 un ,franais par le got1 avec des brutalits et de rudes moqueries d',allemand3 physionomie assez nouvelle dans l'histoire et dont le secret gt peut-tre en ceci1 que ,nietzsche1 parvenu la sagesse1 en a moins joui qu'il n'a t irrit par l'erreur4 ,quand une me dlicate dcouvre dans un idal auquel elle s'tait laiss sduire par ses penchants les plus nobles1 sophistique et charlatanisme1 elle s'offense et certes sa colre est justifie4 ,mais il n'est pas bon que cette colre dure trop4 ,car elle porte moins contre le faux lui-mme que contre la navet et aussi l'orgueil qui nous en rendirent dupe4 ,c'est l une aventure personnelle dont il ne faudrait pas1 moins d'avoir le gnie d'crivain de l'auteur de ,zarathoustra1 occuper trop longtemps le monde4 ,tandis que nous errions dans d'obscures cavernes1 le soleil ne s'tait pas arrt de luire4 ,au reste1 le caractre de ,nietzsche n'est nullement l'objet de cet crit4 ,quoi qu'il ait pu y passer du ton nietzschen1 qu'on veuille bien y voir surtout un essai de systmatisation4 ,on n'y trouvera pas le dtail des thories de ,nietzsche1 mais seulement ses vues gnratrices1 les observations initiales d'o est parti et o revient toujours l'ardent mouvement de sa critique4 ,nous avions projet1 pour ce travail1 le titre suivant3 ,nietzsche contre l'anarchisme1 et il pourrait le porter trs justement4 ,toutes les conceptions de ,nietzsche se subordonnent sa critique de l'anarchie1 anarchie tant dans les murs et les sentiments de l'homme que dans l'institution sociale4 ,l'auteur de la plus profonde et vridique tude donne en ,france sur notre auteur ne l'intitule-t-il pas3 le sens de la hirarchie chez ,nietzsche#a1 reconnaissant comme nous dans ce problme d'organisation de l'autorit et de la rgle le centre de ses proccupations8 ,cette rencontre avec un esprit minent1 sans nous empcher de voir les dfauts de notre ouvrage1 est faite pour nous rassurer sur la justesse de notre interprtation4 #a ,m4 ,jules de ,gaultier1 dans la ,revue hebdomadaire1 #bc mars #aija4 ,avril #aijb4 ,p4 ,l4 ,,la ,,morale ,,de ,,nietzsche ,il y a quelques annes1 lorsque le nom de ,nietzsche fut devenu trop clbre pour que des crivains qui1 comme ,m4 de ,wyzewa ou feu ,valbert1 apportent aux lecteurs de nos grandes revues les nouvelles philosophiques de l'tranger1 gardassent plus longtemps le droit de s'en taire1 on vit une singulire aventure4 ,je devrais plutt dire qu'elle arriva1 mais qu'on ne la vit point4 ,l'auteur du ,zarathustra fut prsent la ,france comme le type le plus radical d'anarchiste1 de nihiliste1 de dmolisseur universel1 que l'idologie allemande et jamais enfant4 ,rputation fcheuse1 bien propre faire exclure ,nietzsche sans plus d'examen du nombre des esprits suprieurs4 ,car qu'y a-t-il1 la fin du ,x,i,xe sicle1 de plus rebattu que l'anarchisme1 de plus simplet1 de plus la porte de tout le monde que le nihilisme1 de plus inoffensif enfin que les audaces d'un idologue germanique8 ,ces renseignements suffirent pour dtourner de ,nietzsche l'attention des personnes pondres4 ,la question tait donc entendue4 ,et les informateurs un peu htifs dont je parlais avaient rgl leur compte avec le mtore nouveau4 ,celui-ci1 heureusement1 a reparu4 ,la traduction des uvres de ,nietzsche publie par la ,socit du ,mercure de ,france et qui honore tant son auteur principal et initiateur1 ,m4 ,henri ,albert1 est maintenant presque complte4 ,elle a au moins dissip ces mprises grossires4 ,non seulement ,nietzsche n'est pas anarchiste2 mais il serait peu prs aussi juste de lui appliquer cette pithte ou toute autre exprimant un tat d'esprit enfantin et sauvage1 que d'appeler ,joseph de ,maistre un jacobin1 ou ,michelet jsuite4 ,il est curieux qu'on lui ait prt ce qu'il excre le plus4 99 99 99 99 99 ,il existe une erreur1 erreur mchante1 louche1 souterraine1 destructrice secrte de tout ordre et de toute beaut1 ver rongeur des plus nobles uvres humaines1 que ,nietzsche hait en effet de toute la vivacit de son got pour la face brillante du monde civilis4 ,il serait bien prs de l'appeler l',erreur1 la ,ngation1 la ,malfaisance en soi4 ,et c'est peu prs en ces termes--on s'en souvient--que ,mphistophls se dfinit lui-mme dans le ,faust de ,gthe4 ,mais le flau profond et subtil auquel en a ,nietzsche n'est rien moins1 certes1 que mphistophlique4 ,le cynisme cavalier est tout ce qu'il y a de plus oppos ses allures4 ,il faudrait plutt l'imaginer comme un gigantesque ,tartufe qui aurait pris l'air de toutes les sectes de religion et de morale1 depuis le ,bouddha1 jusqu' nos jours1 et qui nous reprsenterait1 fondues ensemble1 toutes les nuances d'hypocrisie1 d'humilit1 de spiritualit1 de renoncement1 d'absorption en ,dieu ou en l'idal1 savamment inventes et exhibes au cours des sicles par une sainte rancune1 par de sombres desseins de vengeance contre la ,terre et la ,vie#b4 ,comment le dsigner ce mal1 dont l'action tout intellectuelle--mais par l mme cent fois plus redoutable que la torche d',attila ou la bombe de ,ravachol 7incendiaires1 non empoisonneurs7--dtruisit dans le monde antique et achve prsentement de dissoudre dans l',europe moderne les plus prcieux lments et jusqu' l'ide mme de civilisation8 ,mille noms lui conviendraient1 car il a mille formes4 ,mais qu'il exerce ses ravages en grand ou en petit1 dans l'institution sociale ou dans des consciences isoles1 qu'il corrompe les murs1 l'art ou la philosophie1 toujours sa prsence se rvle par ce symptme3 une anarchie4 ,on peut dire que le but de ,nietzsche1 'a t de dmasquer1 de forcer reconnatre le vice anarchique dans la plupart des principes et des sentiments dont l'poque moderne s'enorgueillit comme de ses plus nobles conqutes morales et qui en forment comme l'air respirable444 ou irrespirable4 #b ,il faut essentiellement appliquer ce passage le reproche que notre ,nouvelle prface fait ,nietzsche de ne pas distinguer entre un christianisme rgl et serein et un christianisme morbide1 entre saint ,vincent de ,paul et ,tolsto4 ,j'avoue qu'un expos o cette confusion n'est pas signale1 prte1 pour sa part1 au mme reproche4 ,mais j'tais alors tout la raction contre un certain prchi-prcha humanitaire et idaliste qui svissait de tous cts4 ,la philosophie1 ou mieux la psychologie de l'anarchisme est donc dans l'uvre de ,nietzsche plus qu'un article important4 ,elle est le centre et la source de tout4 ,elle fera l'objet propre de ces pages o l'on s'tonnera peut-tre de ne pas trouver le ton froid et impartial de l'expos critique4 ,mais pour nous1 comme pour un certain nombre d'hommes de notre gnration1 le nietzschisme fut moins une rvlation qu'un adjuvant4 ,l'audace et l'loquence de ,nietzsche1 mises au service des conclusions qu'allait nous imposer de plus en plus l'exprience des ides modernes et de leurs fruits1 ont surtout activ et enhardi notre libration intellectuelle4 ,qu'on nous excuse si1 au rcit des vues essentielles de ce grand mdecin moral1 s'est ml1 malgr nous1 l'accent de notre propre observation et la chaleur de fivres que nous traversmes aussi4 ,nous nous flattons que cette mthode toute spontane n'aura pas nui la vracit de notre interprtation4 ,nietzsche ne se comprend pas trs bien du dehors4 ,i ,le signe de toute civilisation1 d'aprs ,nietzsche1 ce sont les murs4 ,dans le vaste et confus concert d'lments que l'on a coutume de dsigner sous ce mot de civilisation1 elles donnent la note humaine4 ,elles disent ce qui est advenu de l'homme lui-mme dans les conditions d'existence que lui font1 un moment et en un lieu donns1 les accidents de l'histoire1 l'tat des sciences1 de l'industrie1 des relations de commerce1 etc4 ,c'est concevoir bien superficiellement une civilisation que de la croire dfinie par ses particularits visibles et tangibles2 et c'est aussi s'en tenir un critre bien grossier de sa valeur4 ,qu'a-t-elle fait de l'homme8 ,quelle varit1 quelle nouvelle beaut ou dformation du type humain nous donne-t-elle comprendre et apprcier8 ,voil la seule question qui intresse quand on joint une certaine hauteur de point de vue une certaine dlicatesse du got3 le rsidu psychologique d'une civilisation4 ,pour ,nietzsche1 une civilisation est1 avant tout1 une culture1 une culture d'hommes4 ,comment donc nat et se dveloppe cette fleur de toute vraie civilisation3 des murs8 99 99 99 99 99 ,l'homme est fait d'une multiplicit de tendances1 d'affections1 d'impulsions1 de mobiles1 puissances discordantes qui le dchireraient bien vite et le feraient prir de son propre dsordre1 s'il ne se les reprsentait nettement dans des rapports de subordination et de dpendance qui assignent chacune d'elles son rang1 sa dignit1 sa valeur4 ,il faut qu'il se soit assez disciplin1 rendu assez matre de lui-mme pour tre assur que l'aveugle mouvement de ses sensibilits et de ses instincts ne viendra pas1 tout instant1 briser la ferme ligne d'une tenue dont la vue du barbare1 de l'induqu1 suffirait lui faire connatre le haut prix4 ,l'homme moral1 c'est donc l'homme disciplin1 chti1 matre de soi4 ,ces donnes peuvent sembler assez banales et mme indcises4 ,on en saisira tout le sens si nous ajoutons que ,nietzsche n'accorde presque aucune part la nature dans la moralit4 ,pour lui1 toute espce de moralit est1 non seulement dans ses principes gnraux1 mais surtout dans ses particularits dlicates et vraiment distinctives1 une uvre du discernement1 de l'application et du soin1 une culture4 ,il trouve les modernes mal venus invoquer la nature1 eux dont les moindres nuances de sensibilit et d'estimation morale sous-entendent tant d'exprience humaine4 ,il n'a pas assez de railleries pour ces philosophes qui1 parce qu'ils n'ont d'yeux que pour le type moyen de l'homme duqu1 tel qu'il existe sur quelques centaines de pieds carrs autour d'eux1 attribuent la nature humaine les caractres de ce personnage spcial--appellent nature leur propre mdiocrit4 ,pour ,rousseau1 la nature ce sont les rancunes plbiennes1 les attendrissements morbides de ,rousseau solenniss1 levs une dignit quasi mystique4 ,bref1 ,nietzsche est trop pris du net1 du clair1 du fini--trop droit1 ajouterai-je1 pour ne pas expulser impitoyablement de toute controverse sur la morale1 avec cette notion de ,nature--si vague qu'on peut y mettre tout ce qu'on veut1 et gnralement ce n'est qu'un nom pompeux donn nos propres instincts--ces autres entits galement obscures et dangereuses3 ,raison pure1 ,libre arbitre1 ,autonomie1 ,conscience444 bref1 la mtaphysique4 ,il n'est pas le premier1 dira-t-on4 ,il est le premier l'avoir fait avec cette intransigeance et cette malice1 parce qu'il ne le faisait pas au nom d'une thorie1 mais par simple finesse psychologique1 par haine de toute quivoque et de tout nbuleux dans les principes de conduite1 enfin1 selon un mot qu'il aimait1 par propret morale4 ,toute morale donc1 toute rgle des murs qui a t reconnue pour bonne ici ou l1 en mme temps qu'elle marque ses directions l'nergie humaine1 est une uvre de cette nergie4 ,elle condense le rsultat de beaucoup de victoires remportes par l'homme sur lui-mme4 ,elle est le legs de beaucoup de gnrations d'anctres obstines et patientes se travailler1 et s'accentuer elles-mmes en un certain sens4 ,il en est des donnes d'une morale comme des prceptes d'un art arriv un certain point de perfection3 ceux-ci fournissent prsent des facilits au gnie1 lui pargnent bien des ttonnements et de striles efforts1 lui procurent1 en le contenant fermement1 une aisance suprieure4 ,mais combien chacun d'eux suppose-t-il d'essais maladroits et de tentatives recommences6 ,il en est d'un jugement sain et fin sur les murs comme du got4 ,le got ne se manifeste gure dans l'lite d'un peuple comme une intuition rapide et naturelle que quand toutes les faons peu prs d'tre diffus1 plat1 choquant1 insignifiant1 ennuyeux ont t pratiques par ses artistes et crivains antrieurs4 ,il rsume donc dans sa spontanit acquise de longues habitudes de vigilance sur soi-mme4 ,ainsi de tout tact moral1 de tout sentiment de devoir ou de convenance4 ,pas une vertu n'a fleuri et n'a obtenu conscration dans l'histoire1 dont des hommes n'aient t les artisans laborieux4 ,tout ce qui rehausse l'homme ou le pare--depuis les hrosmes1 les loyalismes1 les nobles et chimriques fidlits jusqu' la politesse et aux bonnes manires--est un acquis de l'art humain4 ,la premire uvre d'art de l'homme1 c'est l'homme4 ,,ii ,par cette conception gnreuse du pouvoir de l'espce humaine sur sa propre destine1 ,nietzsche se montre bien l'ennemi de la rsignation vanglique et du pessimisme chrtien4--,mais il s'oppose plus fortement encore au moderne optimisme humanitaire1 et--trait remarquable--en vertu du mme principe4 99 99 99 99 99 ,les philosophes et sociologues modernes de l'inspiration de ,rousseau se croient en effet non-chrtiens parce que1 contre l'asctisme de la morale vanglique1 ils revendiquent la libert de l'instinct4 ,mais la dangereuse folie de ces esprits c'est d'tre plus imprudemment chrtiens que l'vangile lui-mme4 ,l'vangile ne perd pas de vue l'opposition de ses prceptes la nature1 ni combien ils sont faits pour scandaliser l'homme naturel1 quand celui-ci n'en aperoit pas l'envers divin4 ,ce que nos humanitaires entendent1 eux1 par ,nature ce n'est autre chose que l'idal vanglique tout ralis4 ,leur thse de la bont primitive de l'homme signifie que l'homme portait primitivement en lui les vertus et les affections que le chrtien croit avoir t rvles la terre par ,jsus-,christ4 ,le ,christianisme--aussitt du moins qu'il se fut organis en gouvernement moral d'une partie de l'espce humaine--montra cette sagesse de ne laisser esprer la flicit gnrale que pour une autre vie4 ,il reconnut dans le mal une ncessit essentielle de la vie prsente4 ,c'est ds ce monde mme que les disciples de ,rousseau--chrtiens drgls1 masqus d'un faux naturalisme1--rvent de voir s'accomplir le parfait bonheur de l'humanit4 ,ces pontifes bourgeois1 ces juifs charnels ont matrialis1 lacis le royaume de ,dieu4 ,a supposer que leur esprance ne ft pas misrablement chimrique1 ne voient-ils pas tout ce que sa ralisation supprimerait de vertus et d'nergies8 ,la fraternit1 la douceur des murs fleuriraient4 ,mais que deviendraient les vertus de guerre et de dfense8 ,le courage des grands desseins et des grandes ambitions individuelles dprirait et1 avec lui1 la cause la plus dcisive du progrs intellectuel4 ,singuliers ennemis du christianisme1 qu'une hrdit de christianisme sans correctif a assez ptris1 assez briss pour qu'ils ne ressentent plus un tel idal comme la plus lamentable diminution de l'tre humain1 comme le plus triste affadissement de la vie6 ,contre cet idyllisme1 gnreux d'apparence1 mais par ses consquences si laid au fond1 ,nietzsche est du ct des ,montaigne1 des ,hobbes1 des ,la ,rochefoucauld1 des de ,maistre1 des clairvoyants enfin4 ,nullement brutal1 l'homme au contraire le plus dlicat1 dirai-je1 le plus fminin qui ft par la sensibilit1 il n'prouve aucun besoin d'innocenter la nature1 de prter la franchise au renard et la mansutude au loup4 ,il sait que l'homme a commenc par tre un loup et un renard1 qu'il l'est encore et que ce n'est pas dplorer absolument1 car un agneau n'est propre qu' tre mang1 et la douceur1 l'honntet de l'agneau n'ont rien d'admirable1 tant1 chez cet animal1 stupides et justement naturelles4 ,rien n'a commenc que par l'nergie4 ,et l'nergie1 jusqu' ce qu'elle ait appris de ses propres checs la ncessit de la discipline et de la modration1 ne connat d'autre loi qu'elle-mme4 ,elle est donc cynique1 impitoyable1 impudique4 ,elle est le mal4 ,sot qui professe3 le mal n'est qu'un accident4 ,il est1 au contraire1 l'origine1 le noyau de tout ce qui existe1 de tout ce qui a grandi sous le ciel4 ,il est envelopp dans le bien4 ,il y a1 la racine de la vie1 une impulsion initiale qui la pousse uniquement se faire place1 prvaloir4 ,la vie est1 en son principe1 ,volont de puissance4 ,arrtons-nous un instant sur cette formule fameuse1 cause du grave malentendu auquel elle peut prter4 ,depuis ,hegel1 les mtaphysiciens allemands sont obsds du dessein grandiose1 mais fabuleux1 de ramener toute la varit de l'univers un unique principe gnrateur4 ,ce principe1 ils s'vertuent l'atteindre par une dialectique souvent fort obscure1 o l'imagination supple la raison4 ,et ils le baptisent4 ,c'est pour l'un le ,moi1 pour d'autres l',absolu1 l',inconscient1 la ,volont4 ,on reconnat l de simples abstractions logiques ou psychologiques divinises4 ,dans la fausse vue qui fait de ,nietzsche le continuateur de ces philosophes1 et de sa doctrine la dernire tape dans le dveloppement de ce panthisme1 d'ailleurs si vain1 quelques auteurs prennent la ,volont de puissance pour une formule d'explication cosmique4 ,ainsi entendu1 ,nietzsche perdrait toute sa prcision1 tout son prix4 ,malgr des clairs parfois jets sur le domaine des ides cosmologiques1 il n'tend pas srieusement ses regards au del du rgne humain4 ,c'est dans l'homme qu'il observe la ,volont de puissance4 ,il voit en elle la cause premire de tout ce que l'industrie humaine a ajout la nature4 ,il entend qu' l'origine de tout ce qui s'est tabli de durable1 d'ordonn1 de proprement humain dans l'humanit1 il y a1 non pas suggestion de l'instinct1 non pas mme commandement de la ncessit1 mais fait de violence1 de domination1 de conqute1 quelque chose d'impos et de subi4 ,toute rgle--intellectuelle1 esthtique1 morale ou politique1--signifie des instincts et impulsions rebelles mis sous le joug4 ,tout droit est un legs de la force4 ,victorieuse1 elle a pu organiser ce qu'elle avait soumis1 faire du rsultat de la guerre la loi de la paix4 ,la ,volont de puissance est la conseillre profonde des peuples et des races4 ,c'est elle qui les met sur la voie des vertus par lesquelles ils seront forts1 deviendront grands1 uniques4 ,c'est elle qui les rend appliqus1 persvrants1 russ1 intraitables dans la dfense et l'entretien de ces vertus4 ,c'est elle qui leur suggre les expdients qui les sauvent de prir aux tournants dangereux de leur destine3 ici la cruaut1 les exterminations rapides et compltes de l'ennemi extrieur ou intrieur1 ailleurs au contraire la patience1 l'endurance1 la longanimit4 ,elle fte ses extrmes triomphes dans les belles civilisations1 les plus doux et les plus achevs dans de gracieuses et nobles murs#c4 #c ,j'expose ,nietzsche4 ,mais il y a dans mon expos un certain ton d'adhsion sur lequel je dois encore ici m'expliquer4 ,quand on est jeune1 on rebondit l'excs sous la contradiction1 on est enclin rpondre aux dclarations de l'hypocrisie par un certain cynisme d'esprit qui se plat exagrer ce que l'hypocrisie dissimule4 ,devant des idalistes affects qui opposent d'une manire absolue la justice et la force1 on se plat outrer la part originaire de la force et de la violence dans toutes les institutions de justice4 ,une force qui crase injustement d'autres forces et qui1 aprs cette victoire se montre organisatrice1 fonde un ordre de justice1 une paix qui rend la justice possible4 ,l'histoire ne nous montre qu'en trop de cas ce spectacle4 ,il est niais ou malhonnte d'dulcorer les leons de l'histoire et mieux vaut couter ,nietzsche4 ,mais le mme sens exprimental et positif1 qui nous fait voir que rien ne saurait diffrer autant d'une pastorale que le tableau vrai des vnements humains1 nous montre aussi 7et c'est ce dont je ne tenais pas assez de compte7 que le progrs gnral de la civilisation et des lumires dans les peuples de l',occident 7je dis3 de l',occident7 y te d'avance toute justification aux entreprises exterminatrices tentes soit par un peuple contre un autre1 soit1 dans un peuple1 par un parti contre un autre parti et condamne ces entreprises l'chec4 ,l'chec peut malheureusement 7nous l'avons assez vu7 ne survenir qu'aprs beaucoup de ravages accomplis4 ,il reste donc vrai1 que la premire vertu des peuples et des gouvernements1 c'est qu'ils soient forts4 ,c'est la condition primordiale pour qu'ils puissent tre doux et justes4 ,mais1 par quelque biais qu'elle dirige l'homme vers ses fins1 il est une contrainte qu'invariablement elle lui impose1 savoir3 celle qu'il a exercer sur lui-mme dans le sens des vertus d'o dpendent son salut et sa primaut4 ,,iii ,plutt n'importe quelles murs1 dit ,nietzsche1 que pas de murs du tout6 ,sans doute6 mais il y a pour l'homme bien des faons de se reprsenter l'ordre et la discipline convenables sa nature4 ,il y a eu bien des sortes d'thique1 autant que de climats1 de religions1 de patries1 de castes sociales4 ,qu'est-ce qui fait adopter l'une plutt que l'autre8 ,qu'est-ce qui1 pour une socit1 une famille humaine dtermine1 assigne chaque mode d'agir et de sentir son rang respectif dans l'chelle des valeurs morales8 ,qu'est-ce qui qualifie le bien et le mal8 ,toujours la volont de puissance4 ,tout critre d'estimation morale est au fond1 pour ceux qui l'adoptent et le prconisent1 un moyen de s'assurer la grandeur4 ,il s'inspire des conditions qu'il faut ou qu'il faudrait une certaine catgorie d'hommes pour primer2 ces conditions1 il les rige en norme1 en idal de la vie4 ,mais la morale s'tablit par des voies et des inspirations bien diffrentes1 selon que ce fondamental vouloir de primaut jouit de la puissance effective ncessaire pour raliser ses desseins1 tout au moins pour les poursuivre au grand jour--ou bien qu'il est paralys par la dbilit et le malheur4 99 99 99 99 99 ,le premier cas est1 par exemple1 celui d'un peuple militaire et organisateur comme les ,romains4 ,c'est encore1 au sein d'un peuple1 le privilge d'une classe conqurante ou mieux doue qui s'empare du pouvoir et1 en usant avec sagesse1 le garde des sicles4 ,la morale alors s'organise d'elle-mme et elle n'est1 pour ainsi dire1 que la sanction du fait4 ,les aptitudes guerrires et politiques1 la vigueur et le talent de commander1 le courage d'obir1 le mpris de la vie1 le civisme1 l'esprit patriotique1 l'esprit de caste et gnralement toutes les tendances cratrices1 organisatrices1 conservatrices1 sont mises au premier rang des vertus4 ,de mme la vracit 7les forts n'ont que faire de mentir71 la gnrosit et la magnanimit1 ce luxe de la puissance1 interdit au faible4 ,toutes les faons gnrales de penser qui tournent la dfense et la conscration de l'ordre tabli forment les bons principes4 ,la petitesse d'me1 la ruse1 la peur des responsabilits1 l'incapacit de s'mouvoir pour d'autres intrts que d'individuels sont les signes de l'homme vil4 ,les mauvaises doctrines sont toutes celles qu'inspirent l'orgueil1 l'excs de sensibilit personnelle1 une secrte rancune contre les puissances rgnantes et l'uvre de civilisation qu'elles ont cre ou qui leur a t transmise conserver4 ,en face1 ou plutt au-dessous de cette morale de la puissance1 l'histoire en effet en a toujours vu se former une autre3 la morale de l'impuissance et de la dfaite4 ,elle renverse l'ordre des valeurs tabli par la premire1 glorifie ce que celle-ci avilissait et rciproquement4 ,quand un peuple est subjugu et hors d'tat de prendre sa revanche1 il s'avise d'un dtour2 il fltrit le vainqueur qu'il ne peut craser et travaille accrditer dans le monde le mpris de la victoire4 ,s'il y russit1 il deviendra plus grand que ses matres4 ,il s'agit de faire passer les humiliations visibles pour la marque d'une supriorit444 invisible1 spirituelle1 d'une lection mystique4 ,dieu1 insinuera-t-on1 laisse frapper ses enfants pour les distinguer des enfants de la terre et montrer que leur grandeur n'est pas de ce monde4 ,plus ils seront humbles1 rsigns1 doux1 mieux cette leon se fera comprendre au vainqueur1 le troublera1 lui donnera la mauvaise conscience4 ,les ,juifs ne purent se prmunir contre les dangers dont leur nullit militaire1 les captivits1 les dispersions menaaient sans cesse leur existence nationale1 qu'en se serrant le plus fortement possible autour de leur dieu pour suppler la caducit du lien politique4 ,l'ide du royaume de ,dieu 7au sens charnel7 est juive4 ,c'est l'expdient grandiose qui1 en sauvant ce peuple de l'anantissement1 lui rvla sa vocation propre1 lui imprima son caractre4 ,sur les monuments allemands qui commmorent la guerre de #ahgj on lit3 ,gott war mit uns4 ,dieu fut avec nous4 ,en ,france on a parl trop de l'crasement du ,droit par la ,force2 on s'est exalt des principes d'o il rsulterait que nos ennemis ont t bien malheureux et presque bas de vaincre4 ,ces formules se valent4 ,les armes1 les tactiques1 les politiques ne se valaient pas4 ,la nature ne connat que vainqueurs et vaincus1 forts et faibles1 organiss et dsorganiss4 ,ces derniers en appellent la ,surnature1 la ,justice4 ,ne l'auraient-ils pas invente leur usage8 ,en tout cas1 on ne saurait srieusement continuer de rpandre que la doctrine de ,nietzsche soit malsaine4 ,son got pour la morale des puissants c'est tout simplement son antipathie pour la duplicit4 ,,iv ,la guerre n'existe pas seulement d'hommes hommes4 ,en lui-mme l'homme porte une guerre d'instincts4 ,la premire exigence de la ,volont de puissance c'est que cesse cette anarchie naturelle4 ,il y a une manire ouverte et hardie de la combattre4 ,elle distingue les races suprieures et les hommes les mieux ns4 ,il y en a une1 dissimule et misrable1 cette dernire variable l'infini comme les subtilits de l'hypocrisie et de la faiblesse4 99 99 99 99 99 ,les ,grecs 7les meilleurs du moins1 car ils ont eu leurs rvolts7 acceptent d'une humeur sereine les discordances intestines de l'animal humain et tous les maux attachs sa condition dans l'univers4 ,de ce dsordre1 ils s'industrieront tirer de l'ordre4 ,aristote rend sensible leur tour d'esprit la fois soumis et dcid par la manire dont il montre que l'tat est ncessaire4 ,l'individu organis pour vivre hors de l'tat ne serait pas un homme1 se contente-t-il de dire4 ,c'est une brute ou un dieu4 ,aux yeux des ,grecs1 rien1 d'ailleurs1 de ce qui est indispensable l'homme pour ne pas demeurer dans la sauvagerie et pour atteindre l'tat de civilis ne lui a t octroy spontanment par les dieux4 ,il est l'ouvrier de sa maison4 ,la formation et le maintien de la socit politique1 bien que commands par la nature elle-mme1 sont une uvre d'art et de raisonnement4 ,pareillement1 les maximes d'une vie juste ne sont pas dictes par l'inspiration2 mais elles expriment une conciliation entre mille ncessits et convenances ennemies4 ,rien n'est mauvais en soi1 sinon le dsordre4 ,tout ce qui est ordonn1 hirarchis1 est bon4 ,tout ce qui est ais et libre est beau4 ,morale1 on le voit1 tout oriente vers la libert et la puissance1 mais par le moyen de la discipline4 ,le signe le plus profond de bonne naissance de l'esprit1 d'aprs ,nietzsche1 se trouve l3 dans ce consentement sous-entendu aux donnes de la nature et du destin4 ,beaucoup s'en sont vants1 qui n'en avaient que la vanit ou le dsir malheureux4 ,l'indiffrence que les ,stociens prtendent montrer la douleur est quelque chose de tendu1 de travaill1 de jactancieux1 de haineux1 au fond4 ,la rsignation humble1 bnisseuse1 pieuse1 d'pictte est d'un got pire encore4 ,il faut cette sage disposition d'esprit une tranquillit et une navet qui ne s'imitent pas1 une proportion parfaite de lgret et de srieux4 ,elle est l'expression implicite d'un fonds de ralit et de vrit dont l'esprit ne perd pas le contact4 ,elle est une justesse d'humeur qui s'accommode de la varit des humeurs1 et n'exclut que l'affect1 l'excessif1 le chimrique4 ,les grands ,grecs de la ligne de ,thucydide et d',aristote en ont donn l'exemple1 ainsi que les meilleures intelligences et les meilleurs caractres de la ,france4 ,il n'y a pas plus sr indice d'une nergie vitale intacte que ce fonds de pense paisible4 ,rien n'est bon pour prserver l'homme de sombres imaginations sur l'iniquit du ciel1 comme le sentiment de son pouvoir puis dans une heureuse organisation4 ,il peut tre malheureux 7et quel peuple fut plus prouv que les ,grecs872 mais il l'est ou du fait du sort1 ou du fait de ses erreurs1 non par quelque disgrce ou dsharmonie originelle de son me4 ,il ne porte pas son ennemi en lui-mme4 ,son lasticit finit toujours par rtablir en lui le calme ncessaire l'exercice du jugement et la possession de soi4 99 99 99 99 99 ,imaginons-le1 au contraire1 ptissant de quelque dsquilibre1 de quelque impuissance inne4 ,qu'il joigne une extrme capacit de jouir et de souffrir des facults de raction dbiles6 ,qu'avec une sensibilit et des instincts surexcits par les raffinements de l'imagination et de la civilisation1 ses centres organiques1 faibles ou lss1 lui refusent l'nergie1 les plaisirs de l'industrie1 du combat6 ,voil un tre vou l'accablement et qui l'impartialit intellectuelle sera bien difficile4 ,il voit la nature et la vie sombres et cruelles4 ,qui accusera-t-il8 ,son propre ulcre qui leur donne cette couleur1 ou la mchancet du dmiurge8 ,cette infortune de naissance peut tre la caractristique de races entires1 soumises un climat qui les laisse languissantes4 ,il est probable qu'elle l'est2 les conditions de toute russite sont complexes1 donc rares4 ,le climat propice au dveloppement d'une certaine perfection totale du type humain n'existe sans doute que sur peu de points du globe4 ,dans des races d'lite1 il peut se produire1 aprs des sicles de domination1 puisement1 dcadence4 ,enfin1 des tres sains1 mais brusquement placs par les hasards des destines individuelles ou par les mouvements de l'histoire dans une condition trs loin de celle laquelle leur naissance les adaptait1 sont exposs par ce dsaccord de profondes et constantes blessures qui quivalent1 pour les faire souffrir et leur ter l'aisance d'esprit1 des tares natives4 ,dans ces positions misrables1 deux moyens s'offrent l'homme pour pallier le mal de la vie4 ,ou bien s'avouer sa dbilit1 se traiter en malade qui redoute le soleil et les vents et ne peut traner en paix ce lambeau d'existence que dans une chambre close4--,ou bien imaginer des principes religieux ou mtaphysiques qui lui permettent de voir sa souffrance sous un jour consolant1 glorieux pour lui1 humiliant surtout pour ceux qui n'y ont point part4 ,de ces deux partis1 le premier se recommande au moins par la probit et le bon got4 ,d'aprs ,nietzsche1 deux sectes surtout en ont compris l'excellence et labor la mthode3 les ,bouddhistes et les picuriens4 ,supprimer toutes les prises de la vie sur nous1 non par une rupture rvolte et violente qui nous laisserait tout haletants1 mais par un mouvement de savante et douce retraite1 se dsintresser de la cit et de la postrit1 de tout ce qui agite1 de tout ce qui nous divise contre nous-mme1 et1 au premier chef1 de notre personne2 ne se permettre que des curiosits sans angoisse et1 en fait de passions1 la plus pacifique seulement1 l'amiti entre hommes mrs2 enfin1 pousser l'indiffrentisme jusqu' un sentiment de fraternit universelle1 jusqu' tout accorder de nous au premier venu qui le demande1 c'est l le chemin du nirvna1 de l'ataraxie1 batitude pour malades444 mais cette restriction est-elle faire8 ,l'ide de la batitude1 de l'extase1 du sommeil comme terme suprme1 n'est-ce pas le symptme d'incurables tourments1 de quelque incompatibilit de l'me avec la vie8 ,cet asctisme picurien1 qui semble incliner l'homme tout entier vers la mort1 c'est lui-mme une invention de la volont de puissance4 ,a des natures brises il donne au moins l'organisation chtive que seules elles comportent4 ,malheureusement1 il est rare que la volont de puissance procde avec cette convenance qui prouve beaucoup de distinction4 ,les mal ns ne se rsignent pas l'effacement4 ,pour en sortir et donner du prix leurs activits inquites et drgles1 pour auroler leurs aspirations souffrantes1 ils bouleversent les ides naturelles4 ,nous les suivrons tout l'heure dans les mandres de ce travail4 ,marquons-en ds ici le schma4 ,la condition humaine et l'tre humain renferment1 on l'a dit1 soit originairement1 soit partir d'un certain point de l'volution de l'espce1 des antinomies4 ,incapable que l'on est d'en triompher par une nergie ordonne1 de les rsoudre en harmonie1 de crer le concert des puissances hostiles qui composent la vie1 il s'agit1 tout d'abord1 d'luder le problme que ces contradictions posent l'intelligence et l'activit de l'homme1 puis de glorifier cette solution quivoque et peu gnreuse4 ,le moyen8 dshonorer dans l'opinion de l'humanit l'un des principes antagonistes que l'individu ou la socit portent en leur sein2--par l1 justifier ceux-ci du drglement avec lequel ils se laisseront emporter l'excs du principe contraire4 ,un exemple--l'avilissement de la matire--claircira cet artifice4 ,ce qui rend irralisable pour l'homme presque la perfection de son type1 c'est la dualit de sa nature3 esprit et corps4 ,comment ne pas perdre en valeur physique1 en aptitude la vie1 en naturel1 ce qu'il gagnera en intensit mditative1 en conscience8 ,il y a mesure mme l'excellent4 ,ainsi se connatre est bon1 se trop connatre est mortel4 ,le problme de ces conciliations dlicates ne se pose pas pour des peuples encore peu loigns de la barbarie1 ni pour des classes peu conscientes4 ,mais il fait cruellement sentir sa complexit l'lite des civilisations dj avances4 ,gthe nous montre dans ,faust un fanatique de mditation qui a perdu dans cet abus l'ingnuit ncessaire toute entreprise virile4 ,encore ,faust reprend-il got au rel4 ,combien gardent au fond d'eux-mmes cette rserve de sant qui le sauve1 parmi ces jeunes gens des coles et des sectes d',athnes dclinante ou de ,paris moderne1 dont l'orgueil1 la fureur raisonnante ont dessch l'me1 fltri la grce1 fauss le sens8 ,la pense n'est pas plus que le corps la fin de l'homme4 ,la fin1 c'est l'harmonie des deux4 ,mais quand l'quilibre de l'organisation humaine est rompu en sa faveur1 quand elle ne se sent plus modre par aucune convenance1 la pense lve une sorte de prtention infinie4 ,elle veut que tout se rgle par elle4 ,elle s'rige en arbitre et inspiratrice unique de la vie4 ,elle la dsorganisera3 car elle n'est pas la cause1 mais un fruit de la vie4 ,c'est probablement le signe le plus sr des dcadences que ce doute1 ce scrupule infini et maladif dont les habitudes1 les estimations et les institutions les plus ncessaires doivent devenir l'objet1 ds que la spculation s'acharne leur demander leurs titres absolus4 ,c'est l'anxit universelle substitue l'aisance et la simplicit des poques fortes4 ,tout est remis en question par ces intellectuels qui ont perdu ou qui n'ont pas eu d'o tirer le sens des murs2 tout ce qui existe autour d'eux d'abord1 mais aussi eux-mmes1 leur caractre1 leurs traditions1 leur tre propres4 ,ils se dtruisent plus misrablement encore qu'ils ne dtruisent4 ,contre cette humiliation1 quelle ressource8 ,diviniser le principe pensant4 ,ainsi les ravages qu'il fait par ses excs deviennent beaux4 ,puis dmontrer vile la matire4 ,c'est ce qu',athnes vit excuter par ,socrate et ,platon1 philosophes de dcadence1 affirme ,nietzsche4 ,ils enseignent que l'me1 accidentellement et temporairement dchue d'une destine transcendante1 est dans le corps comme dans un lieu d'preuve1 une prison4 ,le mythe importe peu4 ,mais cette invite de l'me se dtacher de ses liens est une prime accorde toutes les frnsies spirituelles1 toutes les orgies de la sensibilit morale4 ,elle te sa triste signification physiologique l'inquitude intrieure et lui en prte une sublime4 ,elle frappe de dshonneur la srnit4 ,c'est la falsification idaliste4 ,elle se prsentera sous bien des formes au cours de l'histoire1 mais toujours pour rendre le mme service4 ,v ,une doctrine morale a donc1 d'aprs ,nietzsche1 la qualit mme de ceux qui elle apporte un secours4 ,il s'ensuit qu'une morale sage1 favorable l'ordre social-- plus forte raison1 une morale noble--ne saurait tre l'uvre et le partage que d'un petit nombre1 d'une aristocratie4 ,les vertus utiles1 les prceptes que la socit a besoin de voir adopter1 soit par tous ses membres1 soit par telles ou telles catgories1 sous peine de prir1 ne peuvent avoir t conus et imposs d'en bas4 ,ces prceptes sont l'expression de ncessits que le regard n'embrasse que d'une certaine altitude4 ,la multitude est incomptente mme l'gard de sa propre conservation4 ,elle est imprvoyante et gare4 ,elle est troupeau4 ,quant aux belles vertus1 aux maximes gnreuses du civisme et de l'hrosme1 elles appartiennent aux parties dirigeantes des socits humaines1 parce que c'est seulement cette hauteur de position que la ncessit s'en fait sentir et qu'elles jaillissent de l'gosme mme4 ,alors que ceux qui commandent au peuple ne se seraient propos d'autre fin que la possession du pouvoir1 ils ne le conserveront jamais qu'en instituant un ordre gnral dont l'entretien leur incombera4 ,dvous primitivement eux-mmes1 ils seront contraints de se faire serviteurs de la chose publique4 ,qu'importe que le subordonn1 sa tche spciale une fois accomplie1 ne pense plus qu' lui-mme et sa niche8 ,le chef1 le responsable1 doit faire passer avant tout la pense de la totalit4 ,nietzsche se moque des thories mystico-dmocratiques qui attribuent la foule on ne sait quel mystrieux pouvoir de cration inconsciente dans l'ordre potique et moral4 ,elles font partie de la dfroque romantique4 ,bien plus1 il tient toute foule pour ennemie de la morale1 d'une haute morale au moins4 ,s'il y a un inconscient en elle1 le voil4 ,comment concevoir une masse humaine o les faibles1 les manqus1 les impotents1 les malades ne domineraient pas8 ,c'est une donne lmentaire4 ,les forts1 les biens ns1 les biens centrs sont toujours un trs petit nombre4 ,et c'est le signe le plus avr de la faiblesse organique et surtout intellectuelle1 ou mieux1 c'est la faiblesse mme que l'incapacit de se gouverner1 l'inaptitude la matrise de soi1 condition commune de toute morale caractrise4 ,le faible est1 de par la nature1 esclave1 esclave d'abord de ses propres sensibilits4 ,anarchique1 il est un propagateur n d'anarchie1 de laisser-aller4 ,le laisser-aller1 les murs1 deux antipodes4 ,une morale1 comme toute culture1 demande1 pour pousser de vigoureuses racines1 un riche terrain1 de profondes rserves de vitalit4 ,elle ne saurait donc se faire reconnatre et prendre pied sur un peuple que par le ministre d'une lite4 ,qui dsignera cette lite comme matresse8 ,les effets mmes de la force et de l'intelligence2 la victoire1 la conqute1 les services rendus par des capacits hors de pair pour l'organisation et la protection commune4 ,de cette supriorit d'nergie1 prouve tout d'abord par le talent de se commander soi-mme en vue de quelque chose d'ordonn et de grand1 rsulte pour l'lite1 non seulement le devoir de commander la masse1 mais aussi celui de dfendre contre elle sa propre intgrit4 ,si indispensable que soit pour la paix et la scurit de la nation une aristocratie forte et sre de soi1 la fin essentielle de l'aristocratie1 ce n'est pas le bien gnral1 mais sa propre vertu4 ,elle a la jouissance des honneurs et seule elle fait figure4 ,mais la tche suprieure qui constitue sa raison d'tre lui impose les responsabilits les plus rigoureuses et les plus dlicates1 en mme temps que les plus incomprhensibles pour l'homme de la masse4 ,cette tche c'est l'enfantement et l'entretien de belles murs4 ,bref1 qui dit murs dit une aristocratie1 dit des matres4 ,si la multitude ne participe pas l'enfantement des belles murs ou si elle n'y participe qu'indirectement1 comme subordonne de l'aristocratie1--il s'en faut qu'elle souscrive toujours cette distribution des rles et demeure sa place#d4 ,il ne s'agit pas ici des rvoltes causes par l'oppression matrielle1 l'exploitation brutale1 les souffrances4 ,des temps viennent o1 mme pourvue de toute la scurit et de tout le bien-tre possibles par la vigilance et la justice des matres1 ne dsirant dans sa gnralit ni plus de pain ni plus de jouissances1 la plbe s'insurge contre le privilge constitutif des aristocraties3 crer la morale1 dterminer le type de l'homme4 ,elle prtend l'accaparer1 le faire descendre jusqu' elle4 ,il en rsulte en opposition avec la morale des matres une morale des esclaves4 ,laissons ,nietzsche dvelopper avec ampleur cet important parallle4 #d ,voir1 pour l'attnuation de ce qu'il y a de trop dur1 de trop tendu dans cet aristocratisme1 notre appendice ,,ii1 sur la hirarchie4 ,se reporter aussi notre avertissement4 99 99 99 99 99 ,au cours d'une excursion entreprise travers les morales dlicates ou grossires qui ont rgn dans le monde ou qui y rgnent encore1 j'ai trouv certains traits se reprsentant rgulirement en mme temps et lis les uns aux autres3 tant qu' la fin j'ai devin deux types fondamentaux et une distinction fondamentale4 ,il y a une morale de matres et une morale d'esclaves2 j'ajoute de suite que1 dans toute culture plus leve et plus mle1 apparaissent aussi des tentatives d'accommodement des deux morales1 plus souvent encore la confusion des deux et un malentendu rciproque1 parfois mme leur troite juxtaposition--et jusque dans le mme homme1 l'intrieur d'une seule me4 ,les diffrenciations de valeurs morales sont nes ou bien sous l'empire d'une espce dominante qui1 avec un sentiment de bien-tre1 a eu pleine conscience de ce qui la place au-dessus de la race domine--ou bien parmi les domins1 les esclaves et les dpendants de toutes sortes4 ,dans le premier cas1 quand ce sont les dominants qui dterminent le concept bon1 ce sont les tats d'mes sublimes et fiers que l'on regarde comme ce qui distingue et dtermine les rangs4 ,l'homme noble met l'cart et repousse loin de lui les tres en qui s'exprime le contraire de ces tats sublimes et fiers3 il les mprise4 ,qu'on remarque de suite que1 dans cette premire espce de morale1 l'antithse bon et mauvais revient celle de noble et de mprisable2 l'antithse bien et mal a une autre origine4 ,on mprise le lche1 le craintif1 le mesquin1 celui qui ne pense qu' l'troite utilit2 de mme le mfiant1 avec son regard inquiet1 celui qui s'abaisse1 l'homme chien qui se laisse maltraiter1 le flatteur mendiant1--surtout le menteur--c'est une croyance essentielle chez tous les aristocrates que le commun1 peuple est menteur4 ,nous autres vridiques1 tel tait le nom que se donnaient les nobles dans la ,grce antique6 ,il est vident que les estimations de valeur morale ont eu primitivement pour objet des hommes et n'ont t que par la suite rapportes des actions4 ,aussi les historiens de la morale commettent-ils une lourde bvue lorsqu'ils prennent comme point de dpart des problmes tels que celui-ci3 ,pourquoi des actions inspires par la piti ont-elles t juges louables8 ,les hommes de l'espce noble sentent que ce sont eux qui dfinissent les valeurs des choses1 ils n'ont pas besoin de se faire approuver1 ils jugent3 ce qui m'est nuisible est nuisible en soi4 ,ils savent en un mot qu'il n'y a d'honneur que ce qu'ils en confrent2 ils sont crateurs de valeurs4 ,tout ce qu'ils reconnaissent appartenir leur nature1 ils l'honorent4 ,une telle morale est glorification de soi-mme4 ,a son premier plan se trouve le sentiment de la plnitude de la puissance qui veut dborder1 le bonheur de la grande tension1 la conscience d'une richesse qui voudrait donner et rpandre3 l'homme noble1 lui aussi1 vient en aide au malheureux1 non pas ou presque pas par compassion1 mais plutt par une impulsion que cre la surabondance de la puissance4 ,il honore le puissant1 et non le moins1 celui qui a le pouvoir sur soi-mme1 qui s'entend parler et se taire1 qui a plaisir exercer contre soi sa svrit et sa duret1 qui a le respect de tout ce qui est svre et rigoureux4 ,wotan me plaa dans la poitrine un cur dur1 est-il dit dans une vieille ,saga scandinave444 cette sorte d'hommes s'enorgueillit justement de n'tre pas faite pour la piti3 c'est pourquoi l'auteur de la ,saga ajoute3 ,celui qui n'a pas ds sa jeunesse un cur dur ne l'aura jamais4 ,des nobles et des braves qui pensent de la sorte sont aussi loigns que possible de cette morale qui fait justement consister dans la piti ou dans le fait d'agir pour autrui1 ou dans le dsintressement 7en franais dans le texte7 le signe dcisif de la moralit444 ,les puissants savent honorer2 c'est l l'art o se dploie leur richesse d'invention4 ,respect pour la vieillesse et respect pour la tradition1 double fondement pour eux de tout le droit4 ,une foi1 une disposition d'esprit qui porte toujours juger favorablement les aeux et dfavorablement les nouvelles gnrations1 voil un trait typique de la morale des puissants2 rciproquement1 quand on voit les hommes des ides modernes croire presque par instinct au ,progrs et l'avenir et manquer de plus en plus de respect pour l'ge1 on a l un signe bien suffisant de l'origine basse de telles ides444 tre capable de longue reconnaissance et de longue vengeance-- l'gard seulement de ses pairs--et s'en sentir le devoir2 savoir nuancer le talion1 avoir des ides raffines en amiti1 prouver une certaine ncessit d'avoir des ennemis 7peut-tre comme exutoire aux humeurs d'envie1 de dispute1 de tmrit1 et au fond1 pour pouvoir tre bien ami73 autant de caractres significatifs de la morale noble1 laquelle1 on l'a dit1 n'est pas la morale des ides modernes1 raison pour laquelle il est difficile de la bien sentir1 difficile aussi de la dterrer4 444 ,il en est tout diffremment de l'autre morale1 la morale des esclaves4 ,en supposant que les asservis1 les opprims1 les souffrants1 ceux qui ne sont pas libres1 qui sont incertains d'eux-mmes et fatigus1 se mettent moraliser1 que trouveront-ils de commun dans leurs apprciations morales8 ,vraisemblablement s'exprimera une dfiance pessimiste de la position de l'homme1 peut-tre une condamnation de l'homme avec toute sa situation4 ,le regard de l'esclave est dfavorable aux vertus des puissants3 il est sceptique et mfiant1 il a la subtilit de la mfiance contre toutes les bonnes choses que les autres vnrent--il voudrait bien se persuader que le bonheur mme l n'est pas vritable4 ,par contre il met en avant1 en pleine lumire1 les qualits qui servent adoucir l'existence de ceux qui souffrent3 ici nous voyons honorer la compassion1 la main complaisante et secourable1 le cur chaud1 la patience1 l'application1 l'humilit1 l'amabilit1--car ce sont l les qualits les plus utiles1 et presque les seuls moyens pour allger le poids de l'existence4 ,la morale des esclaves est essentiellement une morale utilitaire4 ,c'est ici le foyer d'origine de la fameuse antithse bon et mal3--c'est dans le concept mal que l'on fait entrer la puissance et ce qui est dangereux1 quelque chose de formidable1 de subtil et de fort qui ne laisse pas approcher le mpris4 ,d'aprs la morale des esclaves1 c'est le mchant qui inspire la crainte2 d'aprs la morale des matres1 c'est justement le bon qui l'inspire et la veut inspirer1 tandis que l'homme mauvais est l'objet du mpris4 ,l'opposition des deux principes se rendra tout fait sensible si l'on remarque la nuance de ddain 7mme lger et bienveillant7 qui s'attache au bon selon l'acception de la morale d'esclaves parce que le bon de cette morale c'est l'homme inoffensif1 de bonne composition1 facile duper1 peut-tre un peu bte1 un bonhomme4 ,partout o la morale d'esclaves a pris le dessus1 on observe dans la langue une tendance rapprocher les mots bon et bte444 ,dernire diffrence fondamentale3 l'aspiration1 vers la libert1 l'instinct pour le bonheur et les dlicatesses du sentiment de libert appartiennent aussi ncessairement la morale et la moralit des esclaves que l'art et l'enthousiasme dans la vnration et dans le dvouement sont le symptme rgulier d'une manire de penser et d'apprcier aristocratique#e4 7,jenseits von ,gut und ,bse1 p4 #bci47 #e ,il y aurait infiniment dire sur ce morceau1 qui prendra des sens bien diffrents selon qu'il sera lu par un homme dlicat ou par un goujat audacieux4 ,il ne faut pas perdre de vue que ,nietzsche a toujours devant lui l'hypocrisie humanitaire4 ,c'tait un peu mon propre cas lorsque je le prsentais si favorablement4 ,je renvoie aux considrations gnrales de ma prface4 ,,vi ,la morale des matres est positive et cratrice4 ,elle fonde les civilisations4 ,la morale des esclaves est ngative et subversive4 ,elle est le principal agent et le grand symptme des dcadences4 ,nous allons les montrer l'une1 et l'autre l'uvre4 99 99 99 99 99 ,la morale des matres se prsente sous deux aspects bien diffrents selon qu'on la considre dans un ge barbare ou dans un ge poli4 ,c'est dans le premier cas qu'elle est le plus forte1 mais aussi le moins intressante4 ,moins des hommes sont complexes1 plus il est facile de les discipliner1 de concentrer leurs nergies en quelques vertus simples et vigoureuses4 ,on pourrait dire que le fonds d'une morale barbare1 c'est l'nergie brute1 l'nergie pour elle-mme4 ,mais1 mesure que le dveloppement de la scurit1 du bien-tre et des plaisirs1 le progrs des connaissances et des arts1 une exprience trop longue de la morale elle-mme viennent accrotre et compliquer le contenu de la conscience humaine1 l'homme se drobe de plus en plus aux prises3 il en sait1 il en veut1 il en rve trop4 ,l'tablissement de disciplines la fois puissantes et adaptes est alors l'entreprise la plus difficile4 ,nietzsche remarque que les grandes ou plutt les grosses systmatisations de la morale accrdites aujourd'hui 7kantisme1 utilitarisme1 etc47 se rapportent en fait une humanit psychologiquement fort rudimentaire 7toute thorique et abstraite au surplus71 et que tous les vrais lments de moralit1 c'est--dire les nuances et les finesses d'apprciation morale1 qui se sont dvelopps d'eux-mmes dans nos civilisations1 n'ont rien voir avec ces lourdes machines4 ,et il est certain que1 si ces fameux doctrinaires des murs sont ingnieux1 puissants mme1 puissants vide1 dans la dduction des principes gnraux1 ils se montrent1 ,kant notamment1 dans l'expos des prceptes pratiques1 d'une lourdeur1 d'une vulgarit1 d'un ridicule difficiles accorder avec ce qu'on sait parfois de leur tact personnel4 ,le problme pour l'homme moderne ne serait-il pas de joindre sa prcieuse complexit l'nergie du barbare8 ,ce problme ne sera pas rsolu par des formules1 mais par des individus444 ,dans l'ge barbare1 la morale en faveur est l'objet d'une foi si prpondrante que les croyances thologiques et les traditions lgendaires du peuple se faonnent son image et selon ses exigences4 ,de l l'invention de ces gnalogies qui1 en faisant descendre les princes des dieux1 divinisent les hautes murs elles-mmes4 ,de l1 l'imagination de ces paradis o seules les vertus qui font le chef auront leur rcompense1 les autres n'tant sans doute que vertus viles4 ,nous verrons que la morale des esclaves a1 elle aussi1 ses au-del444 ,mais on sent1 ds ici1 la diffrence profonde de signification qui existe entre un ,walhalla1 un paradis scandinave de guerriers1 et un paradis juif de misrable4 ,les cieux des peuples matres sont une exaltation de la terre4 ,ceux des peuples esclaves ont t conus en haine et en horreur de la terre4 ,une morale de barbares est tourne tout entire vers des fins de combat et de conqute4 ,il est des peuples qui ne sont jamais sortis de l'tat barbare1 soit que les circonstances ne le leur aient pas permis1 soit qu'il y et dans leur forme propre d'nergie quelque chose de trop pais et de trop court1 comme dans le cou d'un taureau4 ,d'autres1 plus heureux et mieux dous1 ont pu s'panouir1 se donner--parfois sans que la guerre cesst de les harceler--des sicles de jouissance1 exercer leur force dans tous les jeux de la civilisation4 ,ce sont les peuples artistes1 peuples de matres essentiellement4 ,un peuple est artiste quand son lite au moins n'a plus besoin de thologie1 quand il ne lui est plus ncessaire de s'appuyer sur des autorits surnaturelles pour se rester fidle lui-mme1 quand enfin sa morale lui apparat suffisamment justifie par l'ordre qu'elle met en l'homme1 par la logique et la perfection du type humain qu'elle a form4 ,il y a donc1 selon ,nietzsche1 au sommet de toute civilisation artiste1 un certain athisme#f4 ,l'amour de la perfection et de l'ordonnance pour elles-mmes est le sentiment civilis par excellence4 ,dans l'tat barbare1 la vertu tait tendue2 elle tait au prix d'une dure et vigilante contrainte1 laquelle l'imagination donnait quelque chose de sacr1 mais de sombre aussi2 maintenant elle est devenue un jeu 7ce qui ne signifie pas une facilit71 une chose belle4 ,la vigilance sur soi1 sans se relcher1 en se faisant mme plus minutieuse et plus nuance1 a perdu de sa raideur4 ,elle a pris des formes agiles et promptes4 ,elle se manifeste par le tact et le got4 ,dans les poques rudes1 la morale n'tait que joug2 sa force tait au prix d'un certain aveuglement4 ,mais c'est son plus beau triomphe d'avoir prpar une espce d'hommes assez finement matres d'eux-mmes1 pour qu'elle n'ait plus de trs grands dangers redouter de leur clairvoyance4 ,gnratrice de l'ordre1 elle fournit prsent l'aliment de hauts plaisirs intellectuels4 ,mont fort haut grce elle1 l'homme prtend jouir de son ascension1 affirmer le rapport o il se sent tre avec l'univers4 ,il a acquis1 au prix d'une discipline sculaire1 l'aisance et la libert des mouvements1 de nobles loisirs4 ,sa volont de matrise1 sans s'affaiblir1 se raffine1 se tourne vers de plus vains objets4 ,sa propre harmonie dtermine le dsir de toute son intelligence et l'objet de ses activits suprieures4 ,il s'ingnie trouver entre les lments de la nature des harmonies subtiles et profondes1 et les reprsenter dans cette ordonnance idale4 ,c'est l'origine et la raison d'tre de l'art1 glorification de l'homme--de l'homme d'une certaine culture--temple que les matres d'une civilisation lvent leur vertu4 ,si indpendant que l'art tende devenir par la suite1 si sduisant qu'il se fasse par la richesse de ses perfectionnements et de son clat propre1 si tent qu'il puisse tre un jour de se diviniser lui-mme--il ne doit pas oublier sa signification premire1 sous peine de perdre son point d'attache et sa solidit4 ,l'homme1 une certaine sorte de grandeur et de perfection humaines1 voil donc le thme fondamental de l'art1 son centre et sa mesure1 voil l'art comme chose de civilisation4 ,l'art est l'panouissement de la morale1 de la morale des matres1 la fleur qu'elle arrive enfin produire4 ,une certaine qualit d'art comme elle est une certaine qualit de morale1 au grand sens du mot3 un style4 ,l o un style rgne n'prouve-t-on pas jusqu' l'vidence que les matres ont pass8 #f ,il est plus vrai de dire que la notion de ,dieu et des choses divines1 sur laquelle l'esprit de l'homme peut travailler indfiniment1 s'pure et devient plus lumineuse mesure que la civilisation progresse4 99 99 99 99 99 ,toute morale1 dit ,nietzsche1 est1 par opposition au laisser-aller1 une sorte de tyrannie contre la nature1 aussi contre la raison3 ce n'est cependant pas encore une objection contre elle1 si ce n'est que l'on veuille dcrter soi-mme1 de par une autre morale quelconque1 que toute espce de tyrannie et de draison sont interdites4 ,l'essentiel et l'inapprciable1 dans toute morale1 c'est qu'elle est une longue contrainte2 pour comprendre le stocisme1 ou ,port-,royal1 ou le puritanisme1 il faut se souvenir de la contrainte qu'il fallut imposer toute langue1 pour la faire parvenir la force et la libert1 contrainte mtrique1 tyrannie de la rime et du rythme4 ,quelle peine les potes et les orateurs de chaque peuple se sont-ils donne1--sans excepter certains prosateurs de nos jours1 qui ont dans l'oreille une inflexible conscience1--pour une absurdit1 comme disent les maladroits utilitaires qui se croient aviss1--par soumission des lois arbitraires1 comme disent les anarchistes1 qui se prtendent ainsi libres1--libres-penseurs mme6 ,c'est1 au contraire1 un fait singulier que tout ce qu'il y a1 ou tout ce qu'il y avait sur terre de libert1 de finesse1 de hardiesse1 de lgret1 de sret magistrale1 que ce soit dans la pense1 ou dans la faon de gouverner1 dans la manire de dire ou de persuader1 dans les arts comme dans les murs1 ne s'est dvelopp que grce la tyrannie de ces lois arbitraires2 et srieusement1 il est trs probable que c'est prcisment cela qui est nature et naturel--et nullement ce laisser-aller444 ,le principal au ciel et sur la terre1 semble-t-il1 pour le dire encore une fois1 c'est d'obir longtemps et dans une mme direction3 il en rsulte toujours la longue quelque chose pour quoi il vaut la peine de vivre sur terre1 par exemple la vertu1 l'art1 la musique1 la raison1 l'esprit1--quelque chose qui transfigure1 quelque chose de raffin1 de fou et de divin4 7,par del le ,bien et le ,mal1 trad4 ,l4 ,weiskopf et ,g4 ,art1 page #ajd47 ,,vii ,hostile aux matres et jalouse de leur inimitable vertu1 la morale servile sera ncessairement ennemie de la civilisation et de l'art qui les glorifient1 du style qu'ils ont fond4 ,elle n'a rien plus cur que de ruiner des palais4 ,elle n'est pourtant pas le vandalisme4 ,les ,vandales sont des matres par leur sauvagerie mme1--au moins de la graine de matres#g4 ,de plus1 ce que l'esclave moralement rvolt hait et envie1 ce n'est pas la richesse et l'clat extrieur des aristocraties1 c'est un bien infiniment plus prcieux3 leur privilge spirituel1 leurs titres humains4 ,il ne s'agit donc pas1 pour lui1 de saccager1 mais de dprcier1 de fltrir4 ,les rvolutions des esclaves par la morale peuvent tre appeles d'immenses entreprises de dconsidration4 #g ,voil de ces outrances littraires que je laissais passer trop innocemment4 ,en ,france1 elles sont sans danger4 ,mais songez l'effet qu'elles peuvent produire sur le cerveau des incendiaires de ,louvain4 ,les ,juifs1 crit ,nietzsche1 peuple n pour l'esclavage1 comme le disent ,tacite et tout le monde antique1 peuple choisi parmi les peuples1 comme ils le disent et le croient eux-mmes1 les ,juifs ont ralis cette merveille du renversement des valeurs1 grce laquelle la vie sur terre1 pour quelques milliers d'annes1 a pris un attrait nouveau et dangereux3 leurs prophtes ont fondu ensemble les termes riche1 impie1 mchant1 violent1 sensuel1 pour frapper pour la premire fois le mot monde l'effigie de la honte4 ,c'est dans ce renversement des valeurs 7dont fait partie l'ide d'employer le mot pauvre comme synonyme de saint et d'ami7 que rside l'importance du peuple juif3 avec lui commence l'insurrection des esclaves dans la morale4 7,ibid41 p4 #aac7 99 99 99 99 99 ,on le voit3 si ,nietzsche se montre pris1 jusqu' un trange degr de passion qui est son gnie mme1 de toutes les belles formes d'ordonnance sociale1 politique ou esthtique que l'histoire nous prsente et que les esclaves ont mines1 si ces magnifiques russites lui apparaissent comme le but de la terre1 il ne s'ensuit nullement qu'il juge la morale servile sommairement1 en grand seigneur1 par l'inintelligence hautaine et le ddain4 ,il dirait presque qu'elle est1 des deux1 de beaucoup la plus intressante1 la plus tentante pour le psychologue1 la plus complex1 la plus riche en nuances4 ,assurment elle est la plus intrieure et la plus intellectuelle2 car1 au contraire de la morale aristocratique qui recherche le grand jour1 modle l'homme tout entier1 se ralise en uvres brillantes et en gestes harmonieux1 celle des esclaves nat et grandit dans le secret des mes4 ,c'est l qu'elle opre4 ,son action est invisible4 ,ses voies sont sombres et souterraines ou1 si l'on prfre1 spirituelles4 ,c'est une observation presque banale que rien ne dveloppe chez un homme une intensit plus passionne de rflexion et de critique1 ni de plus obscures puissances de rverie1 que de porter dans une condition servile un orgueil et des prtentions de matre4 ,la souffrance qu'il en prouve ne peut trouver d'adoucissement que s'il parvient se reprsenter son humiliation comme un scandale4 ,or1 ce rsultat suppose un travail mental qui n'est pas chose simple4 ,car1 en dehors du fait matriel et des signes extrieurs de la dpendance1 dont on pourrait se consoler facilement1 il y a la supriorit psychologique que le moins intelligent des matres garde pour les murs1 pour le discernement rapide et sr de tout ce qui y touche1 sur le mieux dou des hommes marqus pour servir4 ,celui-ci peut l'emporter par tel ou tel talent particulier2 mais il reste chez l'aristocrate quelque chose d'inimitable1 un art trs sr d'assigner leur vrai rang aux choses et aux personnes1 de les estimer d'un point de vue plus libre et plus haut que toutes les considrations d'utilit spciale et de mrite relatif1 d'un pur point de vue de style et de got4 ,l'aristocrate est le dpositaire n des acquts les plus prcieux et les plus impalpables de la civilisation4 ,on peut tre meilleur logicien1 meilleur grammairien1 meilleur astronome que lui1 mais on est un moindre civilis1 on est d'une moindre qualit humaine4 ,c'est cette vrit qui blesse l'esclave3 car son propre sentiment l'en avertit de faon bien plus irrcusable et cruelle que le fait--tout matriel--de sa domesticit4 ,mme devenu matre par un bouleversement de l'ordre social1 il la reconnat et en souffre encore4 ,c'est la pointe enfonce dans son amour-propre dont il brle de se dbarrasser tout prix4 ,comment8 ,il ne peut rivaliser d'aisance1 de libert1 d'eurythmie1 d'humanit avec les matres4 ,un seul moyen lui reste3 convaincre le monde que1 dans leur grandeur1 les matres sont vils et que1 dans leur avilissement1 les esclaves sont grands1 que les apparences mentent1 qu'il y a une autre beaut que la beaut visible1 d'autres vertus que les vertus triomphantes1 une autre gloire que la gloire1 une autre force que la force1 une autre mesure de la noblesse humaine que celle devant laquelle s'inclinent l'imagination et les sens misrablement blouis4 ,ainsi1 la rancune de l'esclave1 sa soif de vengeance et de primaut lui suggrent cet artifice grandiose3 en appeler de la ralit matrielle et visible une ralit invisible et immatrielle4 ,la terre donne tort aux esclaves4 ,selon la terre1 ils sont impies2 car les uvres de la civilisation sont l'ornement et l'honneur de la terre4 ,il faudra donc qu'ils tirent leurs arguments d'ailleurs que de la terre pour mettre le bon droit de leur ct4 ,comment fltrir et dshonorer1 ds ici-bas1 la superbe et la puissance des matres1 si ce n'est au nom d'une autre vie--non plus passagre1 mais ternelle1 dont l'ordre sera le renversement de l'ordre terrestre et o les dshrits seront les lus8 ,le ,paradis et tous les au-del ont t conus par la rancune1 l'orgueil et la folle esprance des esclaves#h4 #h ,tout ce qui dans les ides exposes ici apparat comme une allusion au christianisme doit tre compris et apprci d'aprs ce qui est dit dans ma nouvelle prface de l'origine des ides anti-chrtienne de ,nietzsche4 99 99 99 99 99 ,arrtons-nous un instant avec ,nietzsche devant cette falsification prodigieuse et songeons ce qu'elle implique de ruse1 d'ingniosit raffine1 de moyens sophistiques4 ,que sont les dcouvertes d'un ,copernic ou d'un ,colomb1 ces empires gagns sur une tendue que les yeux voient ou que les pieds foulent par des intelligences affames de ralit1 ct de cette conqute d'un monde invisible et impalpable1 de cette formidable captation et organisation du nant dans laquelle se lancent des mes ivres de souffrances et d'orgueil8 ,non seulement inventer un monde1 mais le rendre si croyable que les curs mmes qui n'en connurent pas le besoin doutent s'il ne serait point vrai et n'y pensent point sans vertige6 ,persuader l'homme que ce monde ne lui est pas tranger1 mais qu'il le porte en lui-mme1 qu'il y participe par une immatrielle essence6 ,plus encore3 cet au-del1 d'o personne pourtant ne revint jamais annoncer de nouvelles1 le clbrer1 le glorifier avec un enthousiasme sans vergogne1 avec une divine impudence6 ,le parer d'une dignit incomparablement suprieure celle de la terre1 afin de ravaler la terre et tout ce qui est d'elle1 par la comparaison6 ,ce n'est rien que de har4 ,et il n'est pas difficile de crier que la vie est mchante et diabolique quand on est un vaincu et un manqu de la vie6 ,mais faire taire sa rancune1 touffer des cris qui seraient un aveu1 attireraient le mpris et le courroux des forts1 perdraient jamais la cause de l'esclave1 et se rserver pour une vengeance profonde6 ,tourner lentement la civilisation et dposer dans la source o elle s'alimente1 dans la conscience et l'nergie des matres1 un poison mortel qui les paralysera3 le souci de l'invisible1 la terreur d'tre mauvais et strile peut-tre1 l o on se sentait fcond1 heureux et juste6 ,s'lever contre un ordre de grandeur et de justice terrestre qu'on ne peut souffrir 7parce qu'il est une insulte sereine l'indiscipline et l'anarchie71 non pas d'une faon sincre1 pitoyable et basse1 au nom de la vanit blesse--mais d'une faon doucereuse et svre1 les yeux levs au ciel1 au nom d'un ordre de justice et de vrit supra-terrestres6 ,et pour cela construire tout un mcanisme d'ides et de dmonstrations abstraites d'o dcoulera la ralit d'un tel ordre et sa supriorit6 ,voil qui n'est pas petit6 ,voil bien le gnie de la destruction et le grandiose du travestissement6 ,la vraie rvolution des esclaves n'est pas l'uvre de la violence1 mais celle de l'esprit4 ,a ce titre1 elle ne peut se produire que dans un tat de culture trs avanc4 ,elle suppose derrire soi tout un pass de rflexion et de spculation4 ,,viii ,or il se trouve qu'une civilisation artiste est contrainte de procurer l'ducation philosophique des esclaves et de leur mettre ainsi entre les mains l'instrument avec lequel ils la ruineront4 ,plus elle se perfectionne1 plus il lui faut d'hommes qui la servent non pas avec leurs mains1 mais avec leur cerveau2 plus relevs et plus difficiles sont les services intellectuels dont elle a besoin4 ,bref1 la science--dans la plus grande tendue du mot--devient une fonction indispensable de l'ordre social4 ,elle est sans doute la premire et la plus honorable des fonctions de subordonns4 ,mais elle est une fonction de subordonns4 ,nietzsche y tient et il ne se dissimule pas qu'une telle proposition est bien faite pour scandaliser une poque o les savants rgnent et donnent le ton4 ,elle paratra anti-civilise au premier chef4 ,ne nous ramne-t-elle pas ces temps o il ne convenait pas que les rois sussent signer8 ,mais elle dpend1 sans doute1 dans la pense de ,nietzsche1 d'une vrit plus comprhensive1 savoir3 que tout emploi spcial1 toute utilit limite et dfinissable sont1--en un sens nullement pjoratif du mot1--serviles1 c'est--dire regardent les serviteurs4 ,or1 les sciences sont des spcialits4 ,il y faut du gnie4 ,qu'importe8 ,est spcialit tout emploi de l'intelligence qui ne se rapporte pas immdiatement la morale1 l'homme4 ,les matres n'ont pas de spcialits parce qu'ils ont la charge des murs4 ,et cette charge devient d'autant plus lourde1 demande d'autant plus de finesse et d'nergie que prcisment les progrs de l'rudition--en clairant l'humanit sur l'origine des traditions religieuses ou sociales1 menacent de la rendre impatiente de toute discipline1 ou que les conqutes de l'exprience1 en accroissant son empire sur la nature1 bouleversent les conditions matrielles de son existence4 ,car il ne suffit pas que l'utilisation de la vapeur soit dcouverte ni que des locomotives soient construites4 ,il faut aussi que ces monstres ne stupfient pas l'homme par leur normit1 ne le rapetissent pas par leur voisinage1 qu'il apprenne au contraire s'en servir pour tre encore plus libre4 ,voil ce quoi les physiciens et les ingnieurs ne songent gure1 et c'est1 en effet1 souci de matres4 ,les matres manqueraient donc leur office essentiel en s'en fermant dans des laboratoires ou des bibliothques4 ,comment concilier le devoir d'une attitude modle avec l'obligation de rester pench sur des cornues et des grimoires8 ,et1 au surplus1 d'o viendrait le ddain unanimement attach la qualification de spcialiste1 si ce n'est de ce sentiment profond1 que le succs1 la grandeur mme dans une spcialit suppose des vertus ou1 si l'on veut1 des dfauts incompatibles avec une certaine aisance noble de la personne1 avec une moralit suprieure8 ,notre sicle1 qui pousse jusqu' l'idoltrie le culte des grands spcialistes1 confesse son propre errement en leur attribuant1 par une phrasologie creuse1 mais bien significative1 je ne sais quel sacerdoce gnral#i4 #i ,voici un ordre d'ides dans lequel on peut entirement sympathiser avec ,nietzsche et qui n'a pas de solidarit avec ses frnsies antichrtiennes et anti-mtaphysiques4 ,malheureusement la pratique des hautes spcialits dveloppe un genre d'intelligence qui menace de se tourner en agent de dissolution et de ruine1 si l'usage n'en est pas modr1 contenu en de justes limites par le sens des murs et par le got4 ,elle exige une grande perfection dans l'art de dfinir1 d'expliquer1 de gnraliser1 de dduire4 ,art prcieux1 mais dangereux1 quand il ne se subordonne rien1 quand il n'est pas averti de certaines choses sur lesquelles il ne doit pas entreprendre4 ,imaginons-nous1 dans les commencements de la statuaire grecque1 un praticien qui1 force d'quarrir des pierres pour un sculpteur1 et dcouvert les premiers principes de la gomtrie et de la mcanique4 ,il lui et fallu un trs srieux respect1 un amour bien fin de la beaut des ,apollons et des ,dianes pour ne pas se croire1 par la possession de ces vrits1 bien au-dessus de l'artiste qui les ignore1--pour ne pas mettre au premier rang ce qui est au second4 ,le grammairien1 qui sait rendre un compte minutieux des merveilles du langage et en voit le comment1 risque d'oublier qu'il n'a1 en comparaison avec le pote1 sans qui ces merveilles ne seraient pas1 que des vertus de domestique4 ,en gnral1 il y a danger que ceux qui ont pour fonction d'expliquer1 de tirer les consquences1 s'enivrent de leur comptence spciale jusqu' ne plus mesurer l'tendue qui les spare de ceux qui crent1 qui osent1 qui ont pris et portent les souveraines responsabilits4 ,ainsi l'habitude de dmler dans les cas obscurs les indications de la coutume et de comparer les droits1 donne au juriste1 avec une aptitude la dmonstration et la justification tout fait trangre aux aristocraties 7il n'y a rien de moins aristocratique que de vouloir toujours justifier ce qu'on est1 ce qu'on fait71 une habilet de dialectique par laquelle il peut prouver l'absurdit des plus beaux usages1 d'institutions glorieuses et en pleine force3 jeu de sophistique o il sera tent de s'essayer1 s'il perd de vue ou bien s'il n'est pas apte goter la qualit de civilisation dont est dpendante sa mission particulire4 ,les magistrats de l'ancienne monarchie franaise1 nourris pourtant aux meilleures lettres et la merveilleuse dialectique de ,rome1 nous donnent cet gard un admirable exemple4 ,grce leurs hautes murs1 ces serviteurs nous font aujourd'hui l'effet de matres et1 s'ils sont grands par la fermet et la lucidit de la raison1 ils sont uniques par une intelligence bien suprieure la raison raisonneuse4 ,quand un homme est rompu au maniement des ides et des mots1 il lui faut en effet une ducation du jugement tout fait rare et en tout cas venue d'autres sources1 pour s'attacher fortement la beaut et la justice propres d'une institution sociale donne1 et rsister aux attraits de cette justice et de cet ordre possibles1 qui se laissent si bien dduire de quelques notions absolues prises pour principes4 ,aristote1 qui semble avoir de son temps runi toutes les comptences particulires et qui avait1 pour ainsi parler1 le gnie des principes en toutes choses1 est le type le plus lev de ce bel quilibre4 ,l'esprit fut assez fort et surtout assez libre en lui pour modrer l'esprit et en rgler l'usage4 ,la mtaphysique elle-mme ne lui fit pas perdre pied et1 la lumire de l'ordre universel tel qu'il l'imagina1 l'ordonnance de la cit grecque parut plus belle et plus raisonnable1 tant ses plus hautes spculations en taient en quelque sorte imprgnes4 ,socrate1 au contraire1 c'est le raisonneur de la plbe1 le dialecticien effrn dont le gnie1 priv de la substantielle nourriture des murs1 se grise des ides pures et sme1 avec un mlange d'innocence et de malice1 les prmisses de toute anarchie4 ,socrate peut tre pris comme le type le plus imposant de l'idologue anarchique4 ,la mauvaise idologie se produit1 quand des esprits originaux peut-tre1 mais sans discipline et sans qualit1 se mettent raisonner abstraitement sur la matire des murs et du got-- juger de points de vues gnraux1 ce qui est essentiellement particulier1 unique4 ,elle consiste rclamer des justifications thoriques de ce qui ne peut se justifier que par la beaut et la saveur de ses fruits4 ,elle sent la plbe4 ,au fond1 cette prtention de mettre tout prix de la raison1 de l'absolu dans la morale1 a pour fin secrte de ruiner le privilge moral de l'aristocratie4 ,tout le monde n'est-il pas gal devant la raison1 galement apte juger d'une dduction correcte8 ,l'idologie fait tout le monde juge des murs1 elle introduit la foule dans les palais4 ,l'idologue est un spcialiste dbauch1 un homme qui1 marqu pour quelque fonction intellectuelle dpendante1 ne se contenterait pas d'y tre suprieur1 et se laisse abuser par la puissance de ses facults mentales jusqu' n'avoir plus conscience de leur caractre secondaire et servile4 ,c'est un serviteur qui a perdu les murs1 lesquelles consistent pour lui dans le respect4 ,en cessant de respecter ce qu'il devrait servir1 il cesse de se respecter lui-mme comme servant4 ,il prend honte de lui-mme4 ,par l il devient esclave4 ,et il conoit le grand dessein de vengeance des esclaves4 ,dsormais1 sa force de raisonnement ne va plus s'exercer sur des questions utiles et subordonnes1 mais sur toutes questions humaines et divines4 ,sa passion de gnraliser ne connatra plus de bornes4 ,il devient le grand rclameur de titres et de pourquoi1 l'homme de la raison pure1 le maniaque de l'ide1 de l'absolu4 ,,ix ,telle est la mentalit servile4 ,merveilleux instrument pour les desseins de l'esclave contre la civilisation4 ,des curs blesss par tout ce qui a forme sous le soleil se trouvent en complicit merveilleuse avec des cerveaux qui ne se reprsentent plus le vrai que dans l'abstraction de l'ide4 ,cette alliance d'une sensibilit offense par la terre et douloureusement avide du nant de l'au-del1 avec une intelligence dpersonnalise1 coupe de toute communication avec les sens1 l'nergie1 le corps--engendre la folie de l',esprit pur4 ,l'esprit pur6 coutez bien ces mots1 l'invention la plus raffine de l'esclave--ces mots qui ont plus fait pour la ruine de la cit antique1 que la torche du barbare4 coutez-les en psychologue1 et percevez tout ce qu'ils touffent de ple haine sous leur inoffensive apparence de prciosit mtaphysique6 ,la morale des esclaves1 c'est la revanche de l',esprit pur4 ,la rvolution des esclaves dans la morale1 crit ,nietzsche1 commence lorsque le ressentiment devient crateur4 ,qu'elle condamne la mchancet des royaumes de la terre au nom d'un royaume de ,dieu destin se raliser1 recueillir tous les bons1 tous les purs la fin des temps1 ou seulement au nom d'un ordre idal de justice inscrit dans la conscience humaine--en d'autres termes1 qu'elle s'enveloppe de mythologie ou de philosophie1 la morale servile ne change pas de mthode4 ,sa vise reste la mme4 ,son procd aussi4 ,il consiste toujours falsifier des faits1 en dnaturer la couleur et la signification par des dnominations abstraites et mtaphysiques4 ,de la sorte1 tout ce dont l'esclave souffre ou est impatient--et au premier chef sa qualit servile--se trouve transform en scandale pour le cur et la raison1 apparat comme une insulte ,dieu lui-mme4 ,en mme temps les ressentiments et les vux de l'esclave se dpouillent de leur caractre sombre et jaloux pour recevoir une aurole de dsintressement et de religion4 ,ils n'expriment plus la soif de vengeance de l'tre indisciplin et faible1 irrit par le sentiment de sa propre anarchie et par ce manque d'aisance1 de libert1 de souverainet intrieure qui l'exclut des sommets lumineux de la civilisation4 ,ils deviennent la sublime inspiration de l'homme pieux dont les regards dpassent les courts horizons de la cit terrestre et se lvent vers une ternelle justice4 ,le servile s'appelle l',opprim2 opprim1 il l'est1 en effet1 de la pire faon1 parce qu'il se sent vil et se hait lui-mme1 parce qu'il ne s'estime pas assez pour servir sans un sentiment de dchance4 ,mais voyez l'effet redoutable de cette majuscule1 de ce grand mot isol1 de ce silence sur la cause et le genre de l'oppression6 ,il semble que la responsabilit en retombe sur la terre entire et qu'il ne faudrait pas moins qu'un bouleversement total pour y mettre fin4--,l',opprim est le ,juste4 ,et la hirarchie non pas seulement formelle et sociale1 mais plus encore relle et psychologique d'o sa condition rsulte3--l',iniquit4--,de misrables timidits1 de sottes innocences1 des impuissances niaises1 se promeuvent une cleste dignit et se haussent je ne sais quel tat de puret transcendante sous le nom d',idal4 ,cette rsolution dans l'action1 qui nat de la certitude qu'on agit droit1 qu'on sait ce qu'on veut et qu'on le payera ce qu'il faut1 est rabaisse au niveau de la simple brutalit sous le nom de ,force4 ,dans la bouche de l'esclave 7qui ne comprendra jamais que toute force cratrice est force sur soi-mme d'abord1 est morale71 ce mot devient une injure4 ,a cette abstraction1 on oppose cette autre3 le ,droit4 ,mais ce droit devient lui-mme entre certaines mains une force1 toute ngative1 il est vrai1 et dcourageuse des entreprises de l',energie4 ,enfin1 comme tout ce qui offense l'esclave a son principe dans les diffrences que la nature indique1 mais que l'effort dur et artiste1 la discipline svre des privilgis1 va accentuant et lgitimant sans cesse entre les individus1 les peuples et les races--la morale servile s'est leve jusqu' l'ide d'on ne sait quelle essence pure et absolue de l',homme1 prsente dans le plus humble comme dans le plus glorieux1 au regard de laquelle toutes les humaines ingalits apparaissent comme autant d'absurdits et de vivants blasphmes4 ,ce n'est donc pas par des violences destructives1 mais en falsifiant les ides1 en corrompant les intelligences1 que la philosophie servile travaille ses fins4 ,elle est1 en ce genre1 d'une fcondit et d'une ampleur d'invention singulires4 ,a toute conception1 tout sentiment particulier et caractris d'ordre politique ou social1 d'honneur et de dignit prive1 de beaut artistique1 elle s'efforce de substituer des notions universelles qui1 en se faisant accepter de tous les hommes demi-rflchis1 de la majorit1 par les airs de grandeur qu'elles ont incontestablement pour elles1 et les apparences de vrit absolue qu'elles doivent leur abstraction mme1 amnent mpriser1 comme uvres de la convention et de l'arbitraire1 jusqu'aux plus magnifiques formes de civilisation1 de sociabilit et d'art qui aient brill dans l'histoire et les rend surtout impuissants en rver1 en chrir de nouvelles4 ,admirable faon de dvoyer et de griser les esprits et les curs que de leur tendre ainsi l'appt de l'absolu4 ,merveilleux moyen de striliser les activits que de les lancer la poursuite de l'inattingible4 ,la philosophie servile semble n'lever l'homme au-dessus de tout idal born de nation ou de race que pour lui ouvrir des horizons illimits4 ,elle lui fait prendre en dgot les devoirs1 les enthousiasmes1 les points d'honneur1 les maximes de civisme et de loyalisme1 les sensibilits artistes1 toutes ces marques intrieures de noblesse qui1 comme ,athnien1 ,romain ou ,franais1 le distinguaient du barbare et de la plbe4 ,elle le persuade qu'il ne relve raisonnablement que de ,dieu et de la nature4 ,par l1 elle donne une valeur mystique tout le monde4 ,mfiante et haineuse1 en gnral1 de toute ordonnance1 de toute norme1 de tout style1 il faut qu'elle aille jusqu'au bout de son dessein1 et glorifie l'amorphe1 lui constitue une dignit4 ,elle le nomme l',infini4 ,comment rsister au vertige de l',infini8 ,ennemie du ,temps1--du ,temps qui1 par la rapidit de sa fuite1 donne la fivre aux forts1 les stimule des crations durables--elle gagne la pense de l'homme l'illusion d'une ralit qui ne passerait point1 et l'immobilise dans le souci de l'ternel444 ,l'ternel1 l',infini1 l',intemporel1 l',impersonnel1 images grandioses et vides1 que la philosophie servile fait miroiter sur le gouffre du rien4 ,la rvolution des esclaves soulve1 par-dessus les palais de la civilisation1 une poussire qui empche d'en discerner les belles lignes4 ,dans cette poussire1 la philosophie des esclaves dessine de monstrueux et fuyants fantmes1 divinits gigantesques du nant#aj4 #aj ,il y a quelque chose de grand1 de gnreux1 disons mieux1 d'essentiellement vrai dans ce culte des belles civilisations et de tout ce qu'elles crent dans le domaine des arts4 ,mais l'effort du gnie humain pour vaincre le temps ne s'expliquerait pas sans sa foi implicite quelque chose d'absolu et d'ternel4 ,x ,il y a un art qui correspond cette philosophie3 le ,romantisme4 ,l'art classique est l'art des matres4 ,ngatrice et contemptrice de la ,terre1 on a vu de quels dehors la philosophie servile pare son nihilisme1 et on comprend la sduction qu'elle doit exercer sur l'lite des gnrations de dcadence4 ,il semble qu'elle reprsente1 en toute question1 la thse libre et gnreuse1 qu'elle ne ruine les cits particulires que pour rendre possible une cit humaine universelle1 qu'elle fasse passer sur les dcombres des civilisations le vent purificateur de la ,nature4 ,elle met la foi et l'ardeur de son ct4 ,elle veille des esprances obscures1 mais normes4 ,elle annonce de grands commencements4 ,en dtachant la partie pensante des peuples de toute discipline1 de toute tradition1 on dirait qu'elle ramne l'humanit la fracheur des origines4 ,elle est une source de lyrisme4 ,elle suscite ses potes et ses prophtes1 lesquels1 affranchis de toute loi particulire de tenue et de beaut dans leurs imaginations1 en prouvent tout d'abord une impression de libration et de rajeunissement4 ,le romantisme nat de l'enthousiasme provoqu par les idaux vides1 mais grandioses1 de la philosophie servile chez des hommes dont c'est l'ardent et secret besoin d'chapper1 tout prix1 au sentiment cruel de la dcadence qui1 par eux1 s'accomplit4 ,le premier romantique1 c'est ,rousseau1 celui des gnies modernes en qui la morale des esclaves a atteint son plus haut degr d'bullition4 ,chez ,rousseau on surprend le passage des rancunes et des sensibilits de l'esclave l'idologie qui va les magnifier en dogmes1 en vrits de raison et de sentiment4 ,il y a de la malice dans ,rousseau1 malgr qu'il s'enivrt tout le premier des fumes de cette transmutation4 ,aprs ,rousseau1 les romantiques se plongent et nagent innocemment dans l'ocan de la ,nature1 de l',infini1 de l',universel1 de l',originaire4 ,ils n'ont plus le caractre quivoque et sombre de leur pre1 si souponneux parce qu'il prtait lui-mme tant de soupon4 ,sont-ils cependant si nafs et si purs8 ,vigny1 par exemple1 dans sa tour d'ivoire8 ,il y aurait une jolie psychologie1 une fine classification des grands romantiques faire1 d'aprs ce qui s'est ml leur religieuse inspiration d'anarchique amertume1 d'esprit de vengeance contre les formes ordonnes et les bonnes murs4 ,nietzsche souligne ce trait commun la plupart d'entre eux3 l'affectation de sentiments grandioses1 l'impudeur s'attribuer de sublimes motions4 ,signe de natures sans murs et que le sentiment d'en manquer fait souffrir1 enfivre4 ,dans la morale des matres1 nous l'avons vu1 les vertus exiges de l'homme se rapportent une fin dsintresse minemment1 mais concrte et particulire4 ,c'est1 par exemple1 ,rome1 la grandeur et la prennit de la cit romaine4 ,rien n'est plus tranger cette morale que l'ide d'un ,homme absolu1 d'une nature humaine absolue4 ,or1 ceci se laisse exactement appliquer l'art4 ,dans un art de civilisation--un art classique--il est aussi des murs1 savoir3 les rgles dans lesquelles l'exprience de plusieurs gnrations d'artistes a1 non pas du tout donn les moyens de bien faire1 mais fortement trac les limites en del desquelles on ne saurait rien produire d'excellent1 de solide4 ,ce sont les grandes formes piques1 dramatiques2 lyriques1 narratives 7pour nous en tenir aux arts littraires7 qu'elle a patiemment construites1 dcouvertes au prix de ses errements mmes1 pour l'usage de sicles plus heureux4 ,quand ces rgles et ces formes rgnent1 le mrite d'un artiste est jug1 non selon la fidlit1 mais selon l'aisance avec laquelle il les observe et les rduit au service de son gnie propre4 ,l'ide d'une inspiration personnelle1 sortant de la nature toute arme comme une ,minerve1 c'est--dire capable de se crer par une espce de coup divin tout un organisme de moyens d'expression adapts et puissants1 ou seulement empruntant plus soi-mme qu' la tradition--cette ide 7bien romantique1 n'est-il pas vrai87 et paru en des temps classiques non seulement un scandale1 mais une chimre4 ,le fond du classicisme1 c'est que1 si les rgles ne valent rien sans le gnie1 il y a cependant en elles plus de gnie que dans le plus grand gnie4 ,ce trait ne montre-t-il pas bien que l'excellence dans l'art est de mme nature que l'excellence dans les murs8 ,quand celles-ci ne correspondent plus aux mes1 tout ce qui y parat encore de noblesse et de libert n'est sans doute que formalisme4 ,et cependant il y a plus de moralit dans la tradition des murs que dans l'instinct individuel de la plus belle me4 ,les vrais crateurs d'art sont ceux chez qui l'esprit des grandes formes esthtiques atteint son plus haut degr de conscience et de puissance4 ,gthe lui-mme1 que l'on vit adopter successivement la forme du drame shakespearien et celle de la tragdie grecque1 souffrit de l'errance1 de l'incertitude perptuelle quoi l'absence de hauts canons esthtiques valables pour son temps et son pays le condamnaient dans sa production4 ,son exprience lui fournissait la substance de chaque uvre4 ,mais qu'est la substance sans l'ordre qui la met en valeur1 la rend claire et majestueuse1 l'amplifie jusqu' une porte universelle8 ,il tait contraint d'essayer1 de recrer artificiellement les formes d'ordonnance d'une autre humanit1 de se faire ,grec4 ,ainsi dans une poque sans traditions1 certains hommes peuvent souffrir de ce qu'il n'existe rien de grand pour lever leurs activits une signification suprieure4 ,ils se sentent diminus d'tre des intelligences livres elles-mmes4 ,ce seront toujours1 dit ,nietzsche1 les natures fortes1 dominatrices qui1 sous ce joug1 dans cette tenue et cet achvement rsultant d'une loi qu'on s'impose soi-mme1 prouveront leurs plus fines jouissances2 la passion qui anime leur trs puissante volont prouve un soulagement la vue de toute nature soumise un style1 de toute nature dompte et faite servante2 mme lorsqu'ils ont construire des palais ou tablir des jardins1 il leur rpugne de donner la nature libre carrire4--,rciproquement1 ce sont les caractres faibles1 non matres d'eux-mmes1 qui hassent la tenue du style2 ils sentent que si ce joug si mchant leur tait impos1 il ne pourrait que les rendre vils2 ils deviennent esclaves ds qu'ils servent1 ils hassent de servir4 ,de tels esprits--ce peuvent tre des esprits de premier rang--n'ont qu'une vise3 de se modeler et de se donner comprendre eux-mmes et ce qui les entoure1 comme libre ,nature--sauvages1 sans rgles1 fantasques1 hors de tout ordre1 tonnants444 7,die frhliche ,wissenschaft1 p4 #bbj47 ,dans les sicles classiques1 une uvre d'art est d'autant plus gote qu'elle unit une plus impeccable pratique1 une science plus profonde des ordonnances traditionnelles1 plus de libert1 de jeunesse1 d'imprvu1 de fracheur4 ,cela est d'une psychologie trs sage4 ,car1 supposer que les rgles qui rsultent d'une telle exigence soient un peu lourdes et oppressives1 on n'en est que mieux assur1 voir un gnie les porter lgrement1 qu'il est plein de force et de ressources4 ,mais en fait les formes classiques sont des uvres d'art gnrales d'un peuple artiste4 ,elles signifient les diverses sortes d'arrangement sous lesquelles l'intelligence et les sens de son lite se plaisent le plus embrasser un sujet et en sont le plus capables4 ,la sduction d'un chef-d'uvre classique1 c'est donc bien moins de nous rvler une personnalit nouvelle ou un sujet nouveau que de nous faire retrouver plaisir la majest1 la grce1 aux mystres aussi d'un ordre maintes fois1 mais toujours diversement prouv4 ,le romantisme est1 en principe du moins1 la ngation de toute forme consacre4 ,a y regarder de prs1 on verrait qu'il n'a t le plus souvent qu'un usage effront et chaotique de tous les styles du pass la fois4 ,se croyant ou se rvant d'ailleurs sortie directement des entrailles de la nature1 l'uvre d'art romantique sera condamne1 par une consquence vidente1 chercher l'intrt dans la nouveaut absolue4 ,par quoi donc pourra-t-elle tre si nouvelle8 ,par le sujet tout d'abord4 ,trait caractristique du romantisme3 la poursuite de sujets extraordinaires1 de cas inous1 laquelle a pour aboutissant extrme la frnsie de l'anormal4 ,mais entre les sujets extraordinaires1 il en est un qui les dpasse tous1 le sujet des sujets1 le sujet sans fond et sans bornes4 ,comment le nommer8 ,dieu1 si l'on veut1 l',infini1 l',univers1 la nature tout entire de l'alpha l'omga4 ,fils de la nature et de la nature seule1 nouveau-ns de l',infini1 les grands artistes romantiques ne se sont pas propos une moindre matire4 ,celle-l seule les a hants1 toute autre leur apparaissant trop infrieure ce qu'ils portent en eux4--,avons-nous besoin de montrer que1 bien qu'unique 7puisqu'elle enveloppe tout71 elle est inpuisable et assure invitablement l'originalit8 ,on voit par quelle pente le romantisme1 fruit d'une mauvaise mtaphysique1 inclinait accaparer pour l'art l'objet de la mtaphysique et de la religion1 nous donner un art thogonique1 cosmogonique1 inonder l'poque moderne de conceptions du monde et de rvlations1 le tout--en raison de l'arrire-pense qu'on a comprise et qui apparat presque brutalement chez ,rousseau1--pour aboutir quelque mythologie sociale1 quelque idalisation norme de la morale des esclaves4 ,cette phrasologie aujourd'hui courante3 que l'art1 la philosophie1 la religion expriment la mme chose et accomplissent le mme office en trois langues diffrentes1 est pur romantisme4 ,pour de vritables artistes1 l'art est l'art1 et rien d'autre4 ,dans le classicisme1 les rgles1 signifiant les conditions sous lesquelles le public peut tre artistiquement touch1 imposent l'expression une certaine tenue2 elles la resserrent dans certaines limites en dehors desquelles celle-ci peut mouvoir encore et trs fortement mme1 mais non plus esthtiquement4 ,il est donc permis de dire que les rgles indiquent la qualit de l'effet produire1 du plaisir procurer1 et1 de plus1 qu'elles la mettent trs haut prix4 ,mais le romantisme est1 par dfinition1 compltement dsorient cet gard4 ,il en rsulte qu'il visera non plus la qualit1 mais la quantit1 au maximum de l'effet4 ,et1 s'il y atteint1 ce sera fort bien4 ,mais il reste savoir1 dit quelque part ,nietzsche1 sur qui cet effet s'exerce et sur qui un artiste de ce nom doit avoir cure d'en exercer4 ,pas sur la foule assurment6 ,ni sur les nervs1 les dgnrs1 les malades6 ,surtout pas sur les abrutis6 ,l'art vritable agit fortement1 mais sans violence2 il a la dcence dans l'enthousiasme2 il a la clairvoyance et l'quilibre dans l'ivresse2 il saisit1 il terrifie1 mais sans oppresser physiquement2 il a l'lan1 mais sans la frnsie2 le charme caressant et voluptueux ne lui est certes pas interdit1 mais il l'enveloppe de je ne sais quelle majest brillante2 il reste clair et serein jusque dans l'orageux et le passionn1 suave jusque dans le cruel4 ,les larmes qu'il fait couler sont des larmes du cur4 ,et c'est par l qu'il est l'art4--,dans le romantisme1 le dlicieux devient l'aphrodisiaque1 le cruel devient le hideux2 la terreur coupe la respiration1 l'enthousiasme et l'ivresse tournent l'hystrie2 on appelle noble et majestueux le mastodontal4 ,ce n'est pas bien admirable1 dira-t-on4 ,il suffit de forcer la dose6 ,justement2 mais cela mme n'est pas la porte de tout le monde4 ,fanatique de l'effet tout prix1 de l'intense pour l'intense--il y a un danger auquel ne pouvait chapper le romantisme4 ,et il s'y est prcipit avec une ardeur croissante4 ,ce danger1 c'tait de chercher provoquer l'motion par l'abus des moyens matriels de l'art1 de s'adresser violemment aux sens dans la crainte que la pense et le cur ne rendissent pas assez4 ,on arrive ses fins comme on peut4 ,l'art classique fait pleurer quand il est vraiment grand3 mais ces larmes sont un mystre2 la communication qui nous est accorde avec le beau se passe une altitude o nous n'avons pas l'habitude d'tre4 ,elle va immdiatement et par en haut au plus intime de nous-mmes4 ,si elle branle nos nerfs1 c'est secondairement4 ,l'art finit o la secousse nerveuse commence4 ,mais ne comprend-on pas quel degr de civilisation1 quelles nobles murs de l'me ce genre d'action suppose8--,il est d'autres voies pour accder au moral de l'homme2 ce sont les yeux1 les oreilles1 l'piderme4 ,le romantisme les a pratiques timidement1 et non sans rserve au dbut1 d'une faon de plus en plus exclusive mesure qu'il prenait conscience de lui-mme et qu'il entrait dans la faveur du sicle3 c'est--dire qu'il est all raffinant sans cesse sur les appts sensuels et la splendeur physique du mot1 de la couleur et du son1 jusqu' faire de la jouissance d'art une espce de jouissance de tout le corps la fois1 ce que vous observerez fort bien chez les wagnriens et wagnriennes4 ,de cette faon il est vident que l'art prend les mes1 mais en les stupfiant par un vertige sensuel4 ,conclusion singulire1 mais d'ailleurs bien prvue pour le psychologue6 ,religieux1 mtaphysique dans l'intention1 l'art romantique est grossirement matrialiste dans l'expression6 ,ce ,dieu romantique1 cet ,infini quivoque ne serait-il pas quelque chose comme la somme de toutes les excitations nerveuses8 ,ces traits originaires du romantisme1 il resterait les vrifier sur ses plus grands reprsentants au ,x,i,xe sicle4 ,mais on comprend le principe4 ,il achvera de se prciser par les lignes suivantes1 capables aussi bien de couronner toute cette tude1 car elles en rappellent le thme fondamental4 ,qu'est-ce que le romantisme8 crit ,nietzsche4 ,tout art1 toute philosophie peuvent tre considrs comme un secours1 un remde rparateur qui s'offre une vie en croissance et en lutte3 ils supposent toujours de la souffrance et des souffrants4 ,mais il y a deux sortes de souffrants3 tout d'abord ceux qui souffrent d'une surabondance de vie et qui veulent un art dionysiaque et aussi une vue tragique de la vie2--puis1 ceux qui souffrent d'un appauvrissement de la vie1 et qui par l'art ou la connaissance ne cherchent que repos1 accalmie1 dlivrance d'eux-mmes1 ou bien encore l'ivresse1 le spasme1 l'tourdissement1 la folie4 ,au double besoin de ces derniers correspond tout romantisme dans les arts et la philosophie444 7,die frhliche ,wissenschaft47 ,,xi ,la critique de ,nietzsche s'est rpandue en huit gros volumes sur tous les sujets qui intressent la philosophie sociale1 la morale et l'esthtique4 ,on jugera peut-tre que l'intrt du prsent crit est d'en avoir un peu systmatis les principes inspirateurs4 ,nietzsche avait coutume d'crire ou par aphorismes ou par grands dveloppements spars et formant chacun un tout4 ,ses ouvrages sont moins des traits distincts que l'assemblage de toutes ses penses d'une anne1 d'une priode4 ,c'tait1 je crois1 son got1 sa manire naturelle de concevoir4 ,une maladie des yeux persistante1 en l'obligeant dicter1 lui fit une ncessit de ce mode de composition4 ,on en sait les avantages3 c'est la spontanit entire1 la flamme continue de l'accent et la facult pour le lecteur de prendre et quitter le livre4 ,nietzsche se met1 pour ainsi dire1 tout entier dans chaque page4 ,mais aussi il est indispensable de ne pas rester perdu dans cette fort de thories et de sentences4 ,nous avons essay d'en dessiner les grandes avenues et les carrefours4 ,nous avons interprt notre auteur un peu la manire dont les historiens faisaient parler leurs personnages1 en s'attachant l'esprit et aux intentions plutt qu'au texte4 ,mthode qui nous tait impose pour le raccourci que nous voulions obtenir et qui peut tourner parfois une fidlit plus profonde4 ,,fin ,mars #ahig4 ,,appendice ,des trois morceaux donns dans cet appendice1 le premier est la reproduction d'un article que nous emes l'occasion d'crire pour la ,revue encyclopdique ,larousse sur la position de ,nietzsche par rapport l'esprit franais4 ,le second est moins le dveloppement d'une ide nietzschenne qu'un correctif attique et franais 7un correctif dans le sens de l'humanit1 de la cordialit gnrale et de la bienveillance7 dont nous crmes devoir temprer la doctrine de ,nietzsche sur la hirarchie dans la socit4 ,doctrine juste dans ses principes1 mais exprime parfois avec une impatience rogue1 une brutalit toute allemande4 ,hirarchie1 oui1 certes6 mais avec la bonhomie des murs4 ,i ,,nietzsche ,,en ,,france ,il y a longtemps que le nom de ,nietzsche circule en ,france4 ,a peine commence-t-on se douter de ce qu'il signifie4 ,l'excellent livre de ,m4 ,lichtenberger 7,la ,philosophie de ,nietzsche71 en excitant la curiosit de quelques intellectuels1 avait eu aussi ce mrite de couper court des lgendes et des travestissements fabuleux1 dont profitait l'instinctive hostilit de beaucoup d'autres4 ,mais il tait ncessaire qu'une bonne traduction achevt d'ouvrir aux ,franais l'accs d'une doctrine vraisemblablement destine obtenir chez eux tant de sympathie4 ,cette tche a t entreprise par ,m4 ,henri ,albert1 avec le concours de la socit du ,mercure de ,france4 ,m4 ,h4 ,albert et ses collaborateurs font parler ,nietzsche un excellent et brillant franais4 ,nietzsche est sans conteste le plus grand prosateur de son pays4 ,le premier1 il a introduit dans la prose allemande cette perfection1 ce serr qui rgnent depuis plus de trois sicles dans la prose franaise et en ont fait pendant ce temps la bonne cole1 jamais impunment nglige1 de l'esprit europen4 ,voil1 sans doute1 la cause la plus certaine du succs rserv ,nietzsche en ,france3 son style4 ,au fond1 prose ou posie1 musique mme1 c'est la grande vertu intellectuelle du ,franais de n'entendre que ce qui est bien crit1 et1 entre les mille formes du mal crire1 de rpugner surtout au mou1 au tranant1 au diffus1 cette germanique lenteur1 faite de conscience intellectuelle autant que de paresse musculaire1 qui s'pand sans cesse et de tous cts1 pour ne se ramasser jamais compltement4 ,nietzsche a resserr la prose allemande4 ,il l'a passe au feu4 ,il l'a dessche de tous les lments aqueux qui1 jusque chez ,gthe1 la rendent flasque4 ,s'il n'y avait pas d'crivain allemand qui exiget de son interprte dans une langue trangre plus de supriorit1 il n'y en avait pas non plus qui se prtt tre traduit dans la ntre avec plus de bonheur4 ,i ,nietzsche est un grand admirateur et1 bien des gards1 un disciple de l'esprit franais4 ,il le comprend4 ,ce trait seul suffirait non seulement pour le rapprocher de nous1 mais pour faire de lui une raret1 un vivant paradoxe ou1 comme il aimait le dire1 un contresens parmi ses compatriotes4 ,les ,allemands ont pourtant de grandes prtentions l'objectivit4 ,parmi les vertus intellectuelles dont ils s'honorent1 ils mettent au premier rang cette native aptitude entrer en communion avec le gnie et les ides des poques et des races les plus diverses4 ,mais on ne voit vraiment pas qu' l'exception de trois ou quatre 7ainsi le grand ,frdric1 ,gthe1 ,schopenhauer7 ils aient jamais su apprcier1 ni mme discerner ce qu'il y a de plus significatif et de plus inimitable dans notre littrature4 ,si ces facults de divination et de sympathie leur permettent de participer aux visions1 aux rves1 aux sentiments d'une humanit encore en enfance1 de lire dans l'closion de la posie populaire1 dans le mystre des traditions et des crdulits naissantes1 de ressentir avec force tout ce qui peint l'inconscient1 l'aspiration nostalgique et confuse--ils se montrent certes beaucoup moins connaisseurs quand il s'agit de goter aux fruits d'or1 aux inventions dlicates et inutiles d'une civilisation acheve4 ,nous autres1 hommes du sens historique1 nous avons comme tels nos vertus1 ce n'est pas contestable4 ,nous sommes sans prtention1 dsintresss1 modestes1 courageux1 pleinement capables de nous dominer nous-mmes1 de nous donner1 trs reconnaissants1 trs patients1 trs accueillants4 ,avec tout cela1 nous n'avons peut-tre pas beaucoup de got4 ,avouons-nous le en fin de compte3 ce qui nous est le plus difficile saisir1 sentir1 savourer1 aimer1 ce qui1 au fond1 nous trouve prvenus et presque hostiles1 nous1 hommes du sens historique1 c'est prcisment le point de perfection1 de maturit dernire dans toute culture et tout art1 la marque propre d'aristocratie dans les uvres et les hommes1 leur heure de mer lisse1 d'alcyonique contentement1 l'clat d'or1 brillant et froid qui apparat sur toute chose acheve4 ,peut-tre y a-t-il ncessairement une opposition entre cette grande vertu et le bon1 tout au moins le meilleur got4 7,jenseits von ,gut und ,bse1 p4 #agh47 ,il y a donc des terres choisies o les ,allemands ont t1 tant par leurs qualits que par leurs dfauts1 empchs d'entrer4 ,a partir d'une certaine hauteur1 la littrature franaise leur reste close4 ,en ce sicle notamment1 s'ils l'ont connue1 fte tout ensemble et mprise1 dans ses gros articles de colportage1 d',alexandre ,dumas pre ,sardou1 ils en ont totalement ignor les produits fins4 ,en vingt endroits de ses crits1 ,nietzsche a donn de notre littrature1 ou plutt de ce qu'il y sent de purement franais1 une caractristique trs curieuse dans la forme1 trs liminatrice et lective1 au fond trs raisonnable4 ,il la trouve avant tout aristocratique4 ,du moins ce mot rsume-t-il assez bien les qualits qu'il en signale comme les plus prcieuses4 ,et il ne s'agit pas seulement de ce fait banal1 que1 depuis la ,pliade1 nos grands crivains n'ont t populaires ni par le langage ni par le choix des sujets4 ,nietzsche veut dire qu'ils ne se sont propos d'autre matire exprimer1 reprsenter sans cesse sous des aspects nouveaux et rajeunis1 que celle qui ferait la principale curiosit d'un aristocrate trs intelligent1 d'un homme d'entire libert d'esprit et de got suprme1 vivant dans une socit trs police1 une poque de paix publique4 ,qu'est-ce qui intresserait1 entre toutes1 ces personnages4 ,l'tude de l'homme1 je ne veux pas dire l'homme des bois et des cavernes1 mais l'homme civilis 7correctif qu'il n'y avait pas besoin d'ajouter avant ,rousseau71 la nature humaine1 telle que l'ont1 non pas modifie ou dforme1 mais bien plutt dgage et presque cre1 en faisant des instincts les sentiments et les gots1 en raffinant1 compliquant1 intriorisant les passions1 plusieurs sicles de vie nationale et de sociabilit progressive4--,n'est-ce pas l l'unique thme de tous les bons livres franais1 de ceux qui ne pouvaient tre crits qu'en ,france8 ,de l leur caractre la fois raliste et choisi2 ils sont aussi exempts d'idalisme que de vulgarit1 deux choses parfois assez proches d'ailleurs4 ,ne l'aurore de la plus belle et longtemps la seule civilisation moderne 7le signe le plus certain d'un beau moment de civilisation1 n'est-il pas une certaine parent profonde1 je ne sais quel grand air commun entre les plus hautes et les plus originales intelligences871 la littrature franaise est toute voue une uvre de luxe et de loisir3 la peinture1 la philosophie des passions4 ,c'est en ce sens que l'art pour l'art est sa maxime fondamentale4 ,mais les passions n'tant belles que par les murs1 disons que cette littrature a des murs4 ,elle n'est pas utilitaire1 ce qui signifie ni religieuse1 ni moralisatrice1 ni patriotique4 ,elle est assez ddaigneuse du sujet2 le prestige de la grosse aventure1 plus encore celui des arrire-penses mtaphysiques ou cosmiques lui sont inutiles4 ,pour captiver et plaire1 elle a de plus fins moyens3 la particularit discrte de la vision1 le dire sobre1 ingnieux et neuf4 ,enfin1 elle est la seule littrature moderne qui et pu tre comprise par des hommes de tous les temps4 ,quand on lit ,montaigne1 ,la ,rochefoucauld1 ,la ,bruyre1 ,fontenelle 7particulirement dans les ,dialogues des morts71 ,vauvenargues1 ,chamfort1 on est plus prs de l'antiquit qu'avec n'importe quel groupe de six auteurs d'un autre peuple444 ,leurs livres s'lvent par-dessus les vicissitudes du got national et de ces couleurs philosophiques dont scintille et doit scintiller1 pour devenir clbre1 tout livre d'aujourd'hui2 ils contiennent plus de penses relles que tous les livres des philosophes allemands ensemble1 des penses de cette espce444 qui fait que ce sont des penses1 et que je suis embarrass pour dfinir2 il suffit1 je vois en eux des auteurs qui n'ont pas crit pour des enfants ni pour des enthousiastes1 ni pour des vierges ni pour des chrtiens1 ni pour des ,allemands ni pour444 me voil encore embarrass pour finir ma liste4 ,mais voici une louange bien intelligible3 crits en grec1 ils auraient aussi t compris par des ,grecs4 ,combien1 au contraire1 un ,platon lui-mme aurait-il pu comprendre des crits de nos meilleurs penseurs allemands1 par exemple de ,gthe et de ,schopenhauer6 pour ne rien dire de la rpugnance que lui et inspire leur faon d'crire444 ,gthe1 comme penseur1 a plus volontiers treint le nuage qu'on ne le souhaiterait4 ,et quant ,schopenhauer1 ce n'est pas impunment que son esprit se meut parmi des allgories des choses1 non parmi les choses elles-mmes4 ,quelle clart1 quelle charmante dcision1 au contraire1 chez ces ,franais6 ,voil un art que les plus fins d'oreille parmi les ,grecs eussent pu fter4 ,et il est une chose qu'ils eussent vue avec tonnement et adore1 la malice franaise de l'expression4 7,menschliches1 ,allzumenschliches1 ,band ,,ii1 p4 #caj47 ,je n'ai pas besoin de prvenir le lecteur que1 parmi tous nos crivains du ,x,i,xe sicle1 un trs petit nombre continuent la tradition de l'art franais1 sont franais au got de ,nietzsche4 ,la ,rvolution et le ,romantisme n'ont pas renvers1 comme on le prtend1 mais corrompu la sensibilit et l'imagination en ,france4 ,ce ne sont pas des produits nationaux1 mais plutt les drglements et les gestes fous d'une nation fine et nerveuse1 intoxique par le pesant alcool d'ides trangres demi-barbares4 ,tout ce qui1 dans les lettres1 en procde1 mme grandiose1 est frelat1 mme gnial1 est de mauvais got1 se force et ment4 ,il faut suivre dans la monumentale cohue de nos gnies littraires depuis ,rousseau1 parmi les piliers de stuc colossaux1 surchargs1 vaniteux1 emphatiques1 dont l'normit assemble la foule1 la voie de marbre pur et solide1 autrefois royale1 aujourd'hui dlaisse et presque secrte1 mais o l'on est du moins assur de cheminer avec les meilleurs4 ,il y a une ,france du got1 dit ,nietzsche1 mais il faut savoir la trouver4 ,et ailleurs3 ,il y a toujours eu en ,france le petit nombre et cela a rendu possible une musique de chambre de la littrature qu'on chercherait vainement dans le reste de l',europe1 enfin une littrature de purs psychologues4 ,de tous nos modernes1 ne devine-t-on pas que le prfr de ,nietzsche ne pouvait tre que ,stendhal1 ce ,stendhal dont l',allemagne hier encore ignorait jusqu'au nom6 ,,ii ,ces vues de ,nietzsche sur la littrature franaise et la vocation intellectuelle des ,franais sont parses dans cent endroits de son uvre4 ,il n'en est pas de plus caractristiques de son tour de pense4 ,quel accueil trouveront-elles en ,france8 ,y seront-elles comprises comme un paradoxe ou comme une leon qui vient son heure8 ,ne nous livrons pas au jeu des prvisions4 ,le lecteur nous saura sans doute beaucoup meilleur gr1 aprs lui avoir fait connatre quelque chose des jugements de ,nietzsche sur l'originalit et les traits inimitables de notre nation1 de lui prsenter les plus significatives des opinions mises sur ,nietzsche du ct franais1 l'tat de notre critique l'gard du ,nietzschisme4 ,il n'est pas brillant4 ,la gloire de ,nietzsche en ,france aura eu des commencements assez piteux4 ,je ne sais pas dans quelle gazette--grand journal ou revue jeune1--,nietzsche fut mentionn pour la premire fois4 ,mais je connais le nom d'un des premiers admirateurs franais de son gnie3 ,taine4 ,nietzsche avait adress celui qu'il proclamait le premier des historiens vivants un exemplaire de ,par del le ,bien et le ,mal4 ,et sans doute il eut lieu de se sentir compris4 ,car il pria ,taine de le mettre en relation avec une personne capable de traduire ses livres et d'initier un peu le public4 ,taine recommanda ,nietzsche un homme de lettres qui fait connatre aux lecteurs de quelques priodiques importants les nouveauts philosophiques4 ,une correspondance s'tablit entre ,nietzsche et son futur interprte2 elle doit tre bien curieuse2 un jour ce dernier reoit une lettre o l'auteur de ,zarathustra lui rvle qu'il est le ,christ et qu'il a t le monde4 ,la mme communication avait t faite en mme temps ,george ,brands1 le clbre critique danois1 et aux plus notoires amis que ,nietzsche croyait compter en ,europe4 ,nietzsche tait devenu fou4 ,il y a quelque temps1 on a pu lire au rez-de-chausse d'un grand journal le lamentable document1 suivi peu prs de ce commentaire3 ,voil le personnage dont on fait prsent tant de bruit4 ,enfin les propos de ,zarathustra devenaient intelligibles3 ils sont d'un paralytique gnral6 ,l'ide qu'on s'est faite de ,nietzsche pendant les dix ou douze annes qui sparent la premire apparition de son nom dans nos journaux des premiers propos srieux publis sur son compte1 fut gnralement celle de l'anarchiste et du nihiliste le plus forcen4 ,c'est fort curieux4 ,non seulement ,nietzsche n'est pas du tout ce personnage4 ,mais il en est l'extrme1 le violent antipode4 ,d'une aussi trange mprise je vois plusieurs causes4 ,la principale1 c'est la haine de ,nietzsche contre le christianisme4 ,pour beaucoup de personnes sans instruction 7et notamment pour les anarchistes71 christianisme1 gouvernement1 ordre public1 code pnal1 code militaire1 gendarmerie1 tout cela ne fait qu'un4 ,qui ruine l'un branle l'autre4 ,une revue libertaire1 que je crois tre--sans pouvoir l'affirmer--l',humanit nouvelle1 paraissant alors sous un autre nom1 donna la traduction de l',antchrist4 ,elle prenait l'auteur pour un des siens4 ,deux crivains considrables ont adopt fort dcidment cette interprtation de ,nietzsche et fait ce qu'ils pouvaient pour la propager4 ,auteur d'un trs beau livre sur le ,lied en ,allemagne et des premiers jugements raisonnables publis en ,france sur ,richard ,wagner1 ,m4 douard ,schur ne pouvait manquer de dire son mot sur le grand adversaire du wagnrisme4 ,il l'a fait avec plus de passion que de clairvoyance4 ,idaliste et mystique--trs noblement d'ailleurs--romantique galement1 aussi enclin croire toutes les mythologies de la conscience et du sentiment que scandalis1 je le crains1 par des dieux de marbre--on ne pouvait attendre de ,m4 ,schur une sereine apprciation4 ,il a trait ,nietzsche un peu comme les polmistes clricaux faisaient ,renan1 aprs la ,vie de ,jsus4 ,ces quelques lignes donneront l'ide de sa thse3 ,il y a dans la vie de certaines mes de brusques volte-face o1 prises d'une haine violente contre l'objet de leur culte1 elles brlent ce qu'elles ont ador et adorent ce qu'elles ont brl4 ,en pareil cas1 l'idole renverse n'est qu'une occasion qui fait clater la vraie nature et jaillir du fond de l'homme l'ange ou le dmon4 ,il y a eu un de ces points tournants dans la vie intime de ,nietzsche2 ce fut sa rupture avec ,richard ,wagner4 ,a partir de ce moment1 la maladie de l'orgueil qui couvait en lui se dveloppa en proportions gigantesques pour le conduire un athisme froce et jusqu'au suicide intellectuel4 7,l'individualisme et l'anarchisme en littrature1 ,revue des ,deux-,mondes1 #ae aot #ahie1 p4 #ggg47 ,que ,nietzsche ait pu tre sincrement dsanchant du caractre1 des ides et de la musique de ,wagner1 et cela pour des raisons qui tiennent la dlicatesse de sa nature morale1 la hauteur de sa philosophie et la perfection de son esthtique1 ,m4 ,schur n'y songe pas un instant4 ,ce fut une apostasie4 ,elle teignit chez ,nietzsche toute la lumire de la sympathie4 ,et elle l'entrana de chute en chute jusqu'au crime4 ,ce n'est pas impunment qu'on jette l'anathme aux matres auxquels on doit son initiation et ce n'est pas impunment qu'on maudit ses dieux4 ,a partir de ce moment1 ,nietzsche entre dans un dsert d'o il ne sortira plus et qu'il peuplera tantt des rves ardents de son orgueil1 tantt des fantmes troubleurs de sa mauvaise conscience4 ,il avoue lui-mme sa peur444 7,ibid47 ,cet athisme1 cette frocit1 ce sentiment d'universelle haine que ,m4 ,schur explique par la rupture de ,nietzsche avec ,wagner1 certain professeur d'universit allemande les attribue une rupture aussi1 mais diffrente4 ,nietzsche1 pendant son service militaire1 tomba assez malheureusement de cheval et se brisa la clavicule4 ,cet accident l'empcha de devenir officier de rserve4 ,il en ressentit un dsespoir et une fureur qui allrent jusqu' la frnsie4 ,mais le vritable et trop spirituel inventeur du nihilisme de ,nietzsche1 c'est ,m4 ,t4 de ,wyzewa4 ,vous prtez444 finement vos qualits aux autres6 ,dans la ,revue ,bleue du #a;er novembre #ahia1 ,m4 de ,wyzewa a publi un article sur ,nietzsche1 le dernier mtaphysicien allemand4 ,voil une erreur3 la pense de ,nietzsche tend dissoudre toute mtaphysique4 ,je m'empresse d'ajouter que ce n'est pas1 comme il est arriv trop de fois1 ,kant entre autres1 par des arguments qui font ou qui laissent passer une nouvelle mtaphysique4 ,selon ,nietzsche1 ce sont prcisment les mtaphysiciens qui1 par leur labeur construire un monde idal et leur zle y faire croire1 montrent tout ce qu'il peut y avoir au cur de l'homme de crainte et de mfiance du rel et donnent l'exemple le plus certain1 mais d'ailleurs le plus hypocrite1 du nihilisme4 ,en fait1 l'auteur de ,zarathustra est beaucoup plus voisin de ,la ,rochefoucauld et de ,stendhal que de ,hegel4 ,m4 de ,wyzewa simplifie en ces termes la philosophie de ,nietzsche3 ,au commencement tait le non-sens et le non-sens venait de ,dieu et le non-sens fut ,dieu4 ,ce rsum ne s'accorde gure avec la grande estime que ,m4 de ,wyzewa professe pour les opinions littraires de ,nietzsche1 tout fait contraires1 dit-il1 au gnie allemand et conformes au gnie franais4 ,il a connu ,nietzsche ,bayreuth et l'impression qui lui en est reste est celle d'un trange personnage--d'un chat de gouttires4--,mais il sera beaucoup pardonn ,m4 de ,wyzewa cause de cette phrase3 ,j'ai trouv dans ,nietzsche la meilleure histoire de la musique qui soit4 ,avis nos musicographes4 ,j'ai hte d'arriver aux seuls travaux vraiment srieux dont ,nietzsche ait t l'objet en ,france4 ,le livre de ,m4 ,henri ,lichtenberger1 auquel j'ai fait allusion1 se recommande toutes les personnes dsireuses de connatre cette philosophie et cette personnalit1 encore nigmatiques1 autrement que par des caricatures ou des apologies4 ,il est substantiel et clair1 inspir par une sympathie trs loyale pour le matre qui pouvait dire3 ,je ne sens pas en moi une seule goutte de sang malpropre1 en mme temps qu'empreint de la plus fine rserve4 ,m4 ,lichtenberger expose dans toute sa force et son pret la pense de ,nietzsche1 mais comme en l'interprtant tacitement par une sagesse plus calme1 ce qui rend son exposition agrable et vivante et fait son livre personnel4 ,j'y critiquerais peut-tre une tendance isoler ,nietzsche1 nous le donner comme une nature trs particulire1 bien plutt que comme fauteur d'un mouvement gnral de pense4 ,sans doute1 ,nietzsche est plus exceptionnel encore qu'on ne saurait le dire4 ,et ceci devrait refroidir un peu la jactance nietzschenne de quelques trs jeunes gens1 pareils1 eux1 beaucoup d'autres4 ,mais on peut penser que cette extrme personnalit a seulement permis ,nietzsche de donner un tour trs vif et trs surprenant des ides dj mres1 attendues en ,europe4 ,m4 ,lichtenberger ne redoute1 d'ailleurs1 nullement l'influence de ce professeur d'nergie qui1 chose assez rare parmi ses confrres1 fut une trs belle me4 ,je crois mme qu'il fait des vux sages et modrs pour que cette influence s'exerce4 7,revue encyclopdique1 #f janvier #aijj47 99 99 99 99 99 ,dans cette brve nomenclature nous ne prtendions pas du tout donner une bibliographie1 mais relever1 pour leur curieuse signification1 quelques-uns des premiers jugements mis sur ,nietzsche en ,france4 ,depuis notre article1 a paru 7,revue hebdomadaire du #bc mars #aija7 l'tude dj mentionne de ,m4 ,jules de ,gaultier sur le ,sens de la ,hirarchie chez ,nietzsche4 ,en dpit d'un titre qui semble en restreindre l'objet1 mais en ralit s'attaque l'ide centrale1 cette tude est la meilleure clef du nietzschisme que nous ayons4 ,ce travail est trop plein1 trop abondant en formules dcisives pour que nous le gtions par une analyse1 forcment sommaire4 ,signalons seulement que1 dans une conclusion dont la force logique atteint au pathtique1 ,m4 de ,gaultier1 aprs avoir observ que conservateurs et rvolutionnaires voudraient galement tirer eux cette pense nouvelle et en fortifier leur point de vue1 s'applique prciser l'attitude de ,nietzsche l'gard des uns et des autres4 ,on se dispute ,nietzsche en effet4 ,ne nous parlera-t-on pas bientt d'un ,nietzsche anarchiste et fauteur de tous les excs8 ,nous l'avons interprt dans un sens conservateur4 ,les explications de ,m4 de ,gaultier montreront jusqu' quel point nous y tions fond4 ,,ii ,,sur ,,la ,,hi,,rarchie ,les ,grecs considraient la cit comme une uvre de raison et comme une uvre d'art4 ,non pas que l'utopie les sduist4 ,athnes n'et jamais pris au srieux ces vains plans d'organisation sociale1 dduits de quelque idal tout form1 de logique et de justice absolues1 qui en imposent si facilement aux modernes4 ,dans ces phalanstres1 dans ces imaginaires ,salentes o notre navet est trop dispose reconnatre1 sinon l'effort d'une puissante raison constructive1 tout au moins le rve d'un cur gnreux1 loyalement humain1 ces naturalistes n'auraient pu voir que les aberrations pauvrement fastueuses d'intelligences disqualifies1 perverties par l'isolement ou par la rvolte4 ,platon lui-mme mle l'idalit de ses constructions un fort ingrdient de ralisme4 ,on sait comment1 dans sa ,rpublique1 la raide et chimrique gomtrie du communisme d'tat est corrige par le principe d'une hirarchie sociale fonde sur l'ingalit des hommes4 ,en mme temps qu'harmonieuse et complaisante l'ordonnance1 la conception politique des ,grecs tait donc positive et conforme la nature4 ,ils se reprsentaient la cit parfaite l'image d'un corps humain vigoureux et beau4 ,ces deux sortes d'conomies leur paraissaient avantageusement comparables4 ,l'existence du corps de l'tat dpendait leurs yeux de la mme condition essentielle que l'existence de l'organisme vivant3 savoir1 une hirarchie de fonctions internes1 gales en ncessit1 mais non pas en dignit4 ,platon dit que1 dans la rpublique1 les magistrats et les philosophes sont la tte1 les guerriers le cur1 les artisans et les laboureurs le ventre4 ,or1 si l'activit du ventre et des viscres s'emploie toute la conservation de la vie physique1 il n'en est pas de mme de l'activit de la tte1 organe noble1 dont une bonne partie est prleve par la pense1 l'art1 la philosophie1 fonctions de luxe et de loisir4 ,les parties viles de l'organisme travaillent donc la fois et pour le bien-tre du tout--d'o dpend le leur propre--et pour les plaisirs spciaux des parties suprieures4 ,a ce dvouement ncessaire les premires ne perdent rien1 car1 incapables de subsister et de se rgler par elles seules1 elles ont besoin de l'harmonie gnrale1 laquelle serait videmment compromise si l'organe dirigeant1 sentant se tarir la source de sa nourriture1 devenait inquiet et fivreux4 ,plthorique1 le cerveau ne pense gure1 mais maci1 il pense mal1 il a des visions4 ,ainsi sa bonne alimentation importe au corps tout entier4 ,les ,grecs comprirent merveille l'unit de la matire et de l'esprit dans la nature humaine4 ,en faisant de l'me la forme du corps1 ,aristote marque la relation troite de la pense1 de sa qualit1 de ses modes avec l'individualit physique2 l'me n'est pas un principe absolu1 toujours identique lui-mme1 mais un certain degr de libert1 de sagesse1 de clairvoyance1 de gnrosit1 de bonheur1 qui caractrise chaque homme et que le tact apprcie4 ,doctrine souverainement naturelle1 gale distance d'un matrialisme pesant et de la folie de l',esprit pur1 de l',esprit nant4 ,il n'y aurait qu' appliquer d'aussi heureuses intuitions de la ralit humaine au problme de l'tat pour concevoir1 comme par enchantement1 l'harmonie profonde qui existe entre les fins d'utilit gnrale dont le souci s'impose primordialement au politique1 et les fins de civilisation suprieure1 de perfectionnement humain1 dont il a l'amour4 ,nietzsche a plusieurs fois crit qu'un peuple1 une race-- les considrer matriellement1 comme suite de gnrations1 foison d'anonymes1--ne sont que la matire gche par la nature1 en travail de trois ou quatre grands hommes4 ,peut-tre cette vue trahit-elle chez ce classique et cet athe qu'est ,nietzsche un reste de romantisme1 un got de sang1 de victimes et la manie de la justification4 ,pourquoi les grandes mes1 les royales intelligences1 les socits choisies1 o s'entretient la fte des dlicates et belles murs1 ne seraient-elles pas la parure d'une nation qui ne s'est pas sacrifie1 mais a trouv son profit les produire8 ,c'est encore une ide d',aristote que le plaisir rsulte d'une activit conforme la nature1 ou plutt qu'il s'y ajoute comme la vigueur de l'adolescence sa fleur4 ,on pourrait dire pareillement que1 dans la cit1 le beau s'ajoute de lui-mme l'utile4 ,quand la prosprit et l'ordre publics sont assurs par la collaboration suffisamment bnvole de tous1 quand chaque citoyen1 ayant1 pour ainsi parler1 le naturel de sa fonction1 ne peut que trouver normal et juste un tat de choses qui1 en l'y bornant sagement1 l'y contient et l'y protge1 alors il est permis quelques esprits de jouir1 alors il y a place au sommet de la cit pour l'art et pour la philosophie4 ,que si1 au contraire1 par le fait d'une politique ou chimrique ou pas assez observatrice1 un dsaccord gnral arrive rgner entre les opinions1 c'est--dire1 au fond1 entre les caractres et les conditions1 si l'inquitude publique assure d'avance du crdit aux premiers plans venus de rforme sociale ou morale et rend l'heure propice aux prophtes1 aux dtenteurs de vrit absolue1 dans ce cas l'tat de dsintressement ncessaire pour la cration de la beaut et pour un usage picurien de la pense ne se ralisera qu' grand'peine4 ,les hommes les plus ingnieux1 les plus nettement marqus pour une vocation de luxe1 resteront sans emploi4 ,idalistes peut-tre1 mais idalistes aviss1--faut-il dire ironiques8--les ,grecs trouvaient un ordre politique fond sur la hirarchie naturelle des hommes ce double avantage de procurer le bien-tre gnral et de permettre une lite les plaisirs de la contemplation4 ,cette doctrine est assurment aristocratique1 mais non pas au sens froce ou ddaigneux4 ,une politique aussi soucieuse de ne demander chaque citoyen qu'une activit en harmonie avec son naturel et1 par une vidente consquence1 de lui assurer la conservation d'un naturel en harmonie avec le genre d'activit dont il est capable1 une telle politique mrite le nom d'humaine et de bienveillante4 ,elle semble autrement apte procurer la plus grande somme possible de bonheur public qu'un systme de gouvernement qui prtendrait appliquer la conduite des hommes quelque conception idale et conjecturale de l'humanit4 ,sans doute1 elle sanctionne des privilges2 ou plutt elle dfinit des comptences1 pareillement ncessaires1 bien qu'ingalement prcieuses4 ,mais o prend-on que des privilges ne soient que des plaisirs et non des charges8 ,c'est une dsignation fort onreuse que celle qui nous distingue publiquement1 lgalement1 comme des tres mieux ns que d'autres1 c'est--dire comme les matres de la gnrosit1 de la magnanimit1 de la bravoure1 de la hauteur de cur1 de la matrise de soi-mme1 des belles faons4 ,mais la vrit est que1 dans cette ,rpublique1 dont rvaient les penseurs grecs et qui n'tait utopique peut-tre que pour ne pas tenir assez compte de l'utopie1 de l'lment dmagogique et visionnaire1 tout tait magistre et privilge4 ,a chaque spcialit de fonctions correspondait psychologiquement le monopole de certaines vertus4 ,chaque classe sociale se distinguait par des traits non seulement matriels1 mais moraux1 humains4 ,il faut bien dire ce qui dans toute conception aristocratique et traditionnelle offense le plus les dmocrates modernes3 ce n'est pas prcisment le principe de l'ingalit politique1 mais plutt la franchise reconnatre le fondement de l'ingalit politique l o seulement il rside3 dans les ingalits naturelles4 ,ils voudraient que celles-ci fussent nies--effrontment--et que la cit1 impuissante sans doute faire passer tout le monde par les plus hautes charges1 proclamt tout au moins une sorte d'galit mtaphysique1 spirituelle1 entre les hommes1 la pareille valeur de toutes les consciences1 de toutes les mes4 ,obligs de renoncer pratiquement la folie de leurs vux purils1 ils admettraient la rigueur que toutes les fonctions ne fussent pas l'objet des mmes bonheurs1 mais la condition que chacun ft admis au mme titre se prononcer sur la religion et sur la morale4 ,or1 de toutes les prrogatives possibles1 il n'en est pas1 justement1 dont une rpartition aveugle1 une concession indiscrte1 menat l'tat et la civilisation de plus de dangers4 ,plutt prtendre tous les citoyens aptes de naissance tailler dans le marbre un bel ,apollon que de les faire indistinctement libres juges du juste et de l'injuste1 du bien et du mal1 du fondement des murs1 des origines de l'autorit et de la mission de la patrie4 ,souveraines questions rserves moins de personnes encore que la sculpture et la musique1 objet d'une plus prcieuse espce de comptence6 ,un tat o il n'y aurait que des premiers ministres serait moins expos la dissolution et l'anarchie qu'un tat dont tous les membres seraient augures ou pythonisses1 interprtes des dieux4 ,car les dieux ont toujours ressembl singulirement aux mes qui parlent sous leur inspiration4 ,et il n'est pas vrai que toutes les mes soient gales4 ,il ne l'est pas davantage qu'une socit organise ait jamais pu se passer de dieux4 ,pas de pouvoir public qui n'ait tir de quelque divinit son principal moyen de prestige et de gouvernement3 divinits de marbre et d'or1 divinits de bois444 ou divinits de mots4 ,mais l'existence d'une hirarchie sociale ne se justifie pas seulement par l'intrt politique et l'intrt matriel de la nation considre comme un tout4 ,elle est ncessaire la sant et la beaut de l'espce humaine4 ,elle profite la dignit des individus de tout rang1 je dis3 du peuple non moins que de l'aristocratie4 ,le rgime de la distinction des classes peut seul faire atteindre la gnralit des citoyens leur maximum de valeur morale et d'intelligence4 ,celui de l'galit universelle les mne au dvergondage4 ,en obligeant toujours le premier venu manifester des opinions sur les intrts les plus gnraux de la civilisation et de l'tat1 il lui fait une loi de la sottise4 ,quoi de plus ruineux pour nous-mmes que des devoirs ou des prtentions suprieurs la sphre de comptence visiblement circonscrite par notre naturel8 ,cette immodestie nous rend nuisibles l'ordre public1 comme sont tous les mal assurs1 tous les agits4 ,mais surtout elle nous dfigure2 elle dpense en creuses paroles1 en gestes impuissants et mal ordonns1 une activit qui1 concentre sur des objets adquats1 et enfant quelque chose4 ,troubler tous les hommes avec des soucis qui ne laissent de sang-froid que des ttes exceptionnellement averties6 ,le dogme fondamental de l'galitarisme1 c'est que si tous n'ont pas la science1 tous ont l'inspiration4 ,verrons-nous jamais la ralisation de ce sombre rve3 les ouvriers de ,paris penchant sur leur verre de vin des visages assombris par quelque folle esprance millnaire6 ,mais quand mme le rle d'hirophantes1 de rvlateurs du droit et la justice1 des origines et des fins dernires1 resterait en fait rserv quelques docteurs professionnels1 manieurs de mots1 la farce ajoute l'histoire par le triomphe du dogme galitaire n'en serait pas moins scandaleuse1 car la foule s'assemblerait autour des prophtes1 en qui elle se reconnatrait2 c'est d'elle qu'ils tireraient leur autorit4 ,or ce qui importe pour la qualit des produits de la conscience humaine1 c'est de savoir s'ils seront jugs d'en haut ou d'en bas4 ,otez au peuple les clarts sres et apaisantes que les traditions1 l'antique religion du pays lui fournissent sur l'ordre social et ses fondements1 et persuadez-le que l'esprit de vrit souffle en lui comme le vent dans les forts vierges1 vous le vouez aux visions1 au dlire4 ,quels seront alors ses matres8 ,ceux qui lui offriront son image enorgueillie1 des mes sans mesure qui1 sentant comme ces masses gares1 mais avec une impudeur1 une fivre extraordinaires1 avec une horrible navet1 moralement dbrailles jusqu' l'innocence et jusqu'au gnie1 lui parleront la voix de ,dieu4 ,ainsi libr1 le peuple s'appelle plbe4 ,les ,grecs avaient horreur d'une plbe4 ,mais ils ne voulaient pas un peuple de fellahs4 ,ils pensaient des forgerons sains et de forte humeur1 parleurs1 libres entre eux1 respectables par leur matrise et leur marteau1 remplis de proverbes et de malice1 srs de leurs opinions morales et se sachant seuls juges de la conduite des filles et des femmes de leur tat4 ,du moins1 ces traits peignent-ils assez l'ide d'un ,franais de bonne race qui a beaucoup de bienveillance mettre d'accord avec sa raison politique4 ,il n'importe que dans cet aperu de la belle cit grecque nous nous soyons souci d'autre chose que d'exactitude textuelle et ayons enrichi de quelques finesses psychologiques la construction are d',aristote4 ,nous montrons ici que la hirarchie des classes est une condition ncessaire de la sagesse du peuple1 non pas seulement de celle qui tranquillise1 pour un temps au moins1 le pouvoir central1 mais de celle-l plus encore dont le peuple lui-mme jouit et peut tirer fiert4 ,il faut voir dans les dialogues de ,platon avec quel srieux ces jeunes gens dlimitent le domaine du potier et du corroyeur et l'y dclarent matre4 ,qui est bon estimateur d'un vase8 demandent-ils4--,le potier habile4--,et de la chorgraphie8--,le matre danser4--,qui est bon interprte des dieux8--,les prtres et les augures8--,a qui donc1 mon fils1 dirons-nous qu'il appartienne de juger des murs1 de la religion et de l'ordre de la cit8--,aux meilleurs1 ,socrate 7 71 aux vridiques 7 71 aux hommes bien ns qui ont l'me belle 774 ,ainsi leur parole concise sculpte en passant de belles et solides figures de matres artisans4 ,des foules d'hommes de peu de saillie individuelle se trouvent pars de dignit1 leur impersonnalit mme devient une sorte de grandeur4 ,,table ,,nouvelle ,,pr,,face #a ,,avertissement #ci ,,la ,,morale ,,de ,,nietzsche #de ,,appendice #abe ,i4 ,nietzsche en ,france #abh ,,ii4 ,sur la ,hirarchie #add #ehgig-f-bc4--;,imp4 ,villain et ,bar1 ,paris 7,france74