,mgr ,,robert-,,hugh ,,benson ,,les ,,confessions ,d',,un ,,converti ,traduites de l',anglais avec l'autorisation de l',auteur ,,par ,,teodor ,,de ,,wyzewa ,,paris ,,librairie ,,acad,,mique ,,perrin ,,et ,cie1 ,,libraires-,,diteurs #ce1 ,,quai ,,des ,,grands-,,augustins1 #ce #aiad ,droits de reproduction et de traduction rservs pour tous pays4 ,,du ,m,,me ,,auteur ,le ,matre de la ,terre1 roman traduit de l'anglais1 avec l'autorisation de l'auteur1 par ,t4 de ,wyzewa1 #bj;e dition4 ,un volume in-#af #c fr4 #ej ,la ,lumire invisible1 scnes et rcits de la vie mystique1 traduits de l'anglais1 avec l'autorisation de l'auteur1 par ,t4 de ,wyzewa1 #d;e dition4 ,un volume in-#af #c fr4 #ej ,la ,vocation de ,franck ,guiseley1 roman traduit de l'anglais1 avec l'autorisation de l'auteur1 par ,t4 de ,wyzewa4 ,un volume in-#af #c fr4 #ej ,le ,christ dans l'glise1 traduit de l'anglais1 avec l'autorisation de l'auteur1 par l'abb ,f4 ,thellier et ,paul ,deron1 #b;e dition4 ,un volume in-#af #c fr4 #ej ,,il ,a ,t ,,imprim3 dix exemplaires numrots sur papier de ,hollande ,van ,gelder4 ,copyright by ,perrin et ,cie1 #aiad ,illustration3 ,robert ,hugh ,benson4 ,,au ,r4 ,p4 ,,reginald ,,buckler1 ,o4 ,p41 dont la main paternelle a bien voulu ouvrir pour moi les portes de la ,cit de ,dieu4 ,,pr,,face ,le petit livre qu'on va lire a t publi d'abord1 sous la forme d'une srie d'articles1 dans une revue amricaine1 l',ave ,maria1 au cours des annes #aijf et #aijg4 ,c'est avec l'aimable autorisation du directeur de cette revue1 le ,pre ,hudson1 que je le rimprime aujourd'hui1 un peu corrig et pourvu d'un petit nombre d'additions4 ,depuis le temps de l'apparition de mon rcit dans l',ave ,maria1 maintes personnes m'ont engag recueillir en volume cette srie d'articles3 mais j'ai longtemps hsit avant de m'y rsoudre4 ,j'ai hsit1 en partie1 parce que je me suis demand si un ouvrage comme celui-l avait chance de rendre vraiment service qui que ce ft1 et en partie parce que je me proposais d'tendre et de dvelopper considrablement ma relation primitive1 et puis d'y joindre encore une peinture de mon volution intrieure aprs ma conversion4 ,a ce dernier projet1 cependant1 j'ai vite d renoncer1 en raison de la difficult extrme que je dcouvrais tablir une comparaison dfinie entre mes anciennes impressions d'anglican1 qui s'effaaient trs rapidement de ma mmoire1 et l'effet de plus en plus profond que produisaient en moi mes croyances catholiques4 ,le cardinal ,newman a assimil quelque part les impressions d'un anglican converti celles d'un personnage d'un conte de fes qui1 aprs avoir vcu durant toute la nuit dans une ville enchante1 se retourne1 au lever du soleil1 pour jeter un regard sur la ville1 et qui a la grande surprise de constater que celle-ci a disparu3 les monuments qu'il avait admirs pendant la nuit se sont vanouis1 comme un brouillard sous la lumire de l'aube nouvelle4 ,c'est exactement ce qui m'est arriv4 ,je me sens dsormais absolument incapable de comparer les deux systmes de croyances1 ainsi que j'tais en tat de le faire durant les premiers mois de ma conversion3 car il se trouve que la croyance que j'ai quitte ne m'apparat plus du tout un systme cohrent1 une ville habitable avec les monuments et les maisons qu'il m'avait sembl y connatre nagure4 ,il me reste1 naturellement1 dans l'esprit toute sorte d'images1 de souvenirs1 et d'motions1 se rattachant mon sjour dans l'anglicanisme1 et quelques-unes de ces images sont mme parmi les plus sacres et les plus chres de mon cur1 et toujours encore je me sens heureux de compter au nombre de mes amis maintes personnes qui continuent trouver dans l'anglicanisme la liaison et la vie d'un vritable systme religieux2 mais1 quant moi1 je ne puis plus voir en lui autre chose que des fragments dtachs de leur centre primitif1 et employs aprs coup la construction d'un difice purement humain1 sans fondement stable4 ,cette impression nouvelle ne s'accompagne d'ailleurs chez moi--autant que je puis en avoir conscience--d'aucune amertume4 ,tout au plus m'arrive-t-il parfois d'prouver un mouvement d'impatience la pense d'avoir t retenu si longtemps par des ombres1 empch par elles d'entrer en possession de la substance divine4 ,mais toute comparaison quitable des deux systmes m'est dornavant compltement impossible3 comment songer tablir une comparaison entre un rve et une ralit8 ,si bien que force m'a t de renoncer tout espoir de joindre la peinture1 de plus en plus confuse en moi1 de ma priode d'anglicanisme l'histoire de mes aventures bien autrement actives et vivantes sous le plein soleil de la ,vrit ternelle4 ,et puisque nombre d'amis m'ont conseill de publier le rcit de la longue suite d'preuves qui ont constitu pour moi le passage de l'ancien demi-jour la prsente lumire1 c'est donc ce rcit que l'on va lire1 tel peu prs que je l'ai crit nagure pour les lecteurs de l',ave ,maria4 ,j'ai profondment conscience de tout ce qu'il y a de choquant dans l'gotisme ininterrompu de pages comme celles-l2 mais comment chapper cet inconvnient1 ds que l'on tente de mettre au service d'autrui les rsultats de sa propre exprience8 ,robert-,hugh ,benson4 dimbourg1 novembre #aiab4 ,,les ,,confessions ,d',,un ,,converti ,,chapitre ,,premier ,,les ,,premi,,res ,,impressions ,,religieuses ,lorsqu'un voyageur se trouve enfin parvenu sur un haut plateau1 il lui est trs difficile de se rendre compte bien exactement de la route qu'il a suivie pour y parvenir3 cette route tourne1 s'lve1 retombe1 s'largit et se rtrcit1 de telle manire que le souvenir qui en reste au voyageur lui apparat trangement confus4 ,sans compter que les explications qui lui sont cries d'en bas1 aussi bien par les amis que par des trangers1 ne sont gure faites1 non plus1 pour suppler l'insuffisance de sa propre mmoire4 ,i ,l'on m'a dit que j'tais devenu catholique parce que je me laissais abattre sous l'chec1 et parce que je me laissais exalter sous le succs2 parce que j'tais trop rempli d'imagination1 et parce que je manquais du sens de l'observation2 parce que je n'avais pas assez de confiance dans les choses1 et parce que j'en avais trop2 parce que j'tais trop ardent esprer1 et trop prompt au dsespoir2 parce que j'tais orgueilleux et pusillanime4 ,plusieurs ont mme dit1 en prsence de mes livres1 que je n'avais jamais vraiment compris l'glise d',angleterre4 ,et1 naturellement1 cela n'est pas impossible2 mais1 en tout cas1 cette inintelligence ne rsulte pas du manque d'information4 ,le fait est que1 ainsi qu'on va le voir1 j'ai t lev pendant vingt-cinq ans dans une famille ecclsiastique anglicane2 moi-mme j'ai t1 pendant neuf ans1 pasteur anglican2 dans des paroisses de ville et de campagne1 ainsi que dans une congrgation religieuse4 ,mon pre1 en sa qualit d'archevque de ,cantorbry1 se trouvait tre le chef spirituel de toute la communion anglicane2 ma mre1 mes frres et mon unique sur continuent aujourd'hui encore faire partie de cette communion1 tout de mme qu'un grand nombre de mes amis4 ,j'ai t prpar aux ordres sacrs par le thologien anglican le plus en vue de son temps2 et cette prparation a fini par faire de moi1 durant de longues annes1 un membre passionnment convaincu de la ,haute glise4 ,j'ajouterai que1 maintenant que j'ai pris la plume pour raconter mon volution religieuse passe1 je m'aperois que jamais encore jusqu'ici je n'ai srieusement tch reconstituer le dtail de cette volution2 de telle sorte que ma tentative m'apparat bien imprudente et bien dangereuse4 ,car c'est chose extrmement facile de se tromper soi-mme2 et c'est chose extrmement difficile de ne pas se complaire voir seulement ce que l'on dsire voir2 et puis1 surtout1 j'ai peur que mes propres aveux ne russissent pas tre convaincants pour d'autres personnes4 ,nul moyen1 en effet1 de dfinir en quoi a consist la direction de l',esprit de ,dieu1 ou de diagnostiquer les oprations de cet ,esprit dans les chambres secrtes de l'me444 ,tout au plus est-il possible de dcrire peu prs fidlement l'apparence extrieure des diverses rgions travers lesquelles notre me a pass1 et puis aussi d'offrir une peinture sommaire des principaux incidents de la route1 rflexions intrieures ou paroles venues du dehors4 ,la foi religieuse1 au fond1 est un travail divin accompli dans les tnbres1 mme quand ce travail nous semble incarn dans des arguments intellectuels et des faits historiques3 car il faut se rappeler que deux mes galement sincres et intelligentes peuvent rencontrer les mmes manifestations extrieures1 et en tirer des conclusions absolument opposes4 ,l'essence vritable de notre vie intrieure rside quelque part o nulle exploration psychologique ne saurait atteindre4 ,,ii ,je vais d'abord essayer de dcrire le mieux possible ma premire ducation religieuse1 et la situation intime qui en est rsulte pour moi4 ,j'ai t lev dans les sentiments et les ides de l'anglicanisme modr1 et1 naturellement1 j'ai d'abord accept celui-ci comme le mode le plus reprsentatif1 comme le plus lgitime aussi1 de toute la communion protestante4 ,j'ai appris1--autant du moins que je pouvais les comprendre1--les dogmes tablis nagure par les thologiens anglais du dix-septime sicle2 j'ai t instruit tre suffisamment respectueux de l'autorit tablie1 affranchi de tout excs d'enthousiasme1 mprisant et hostile l'gard de ,rome4 ,j'ai t instruit encore croire dans la ,prsence relle sans vouloir tenter de la dfinir2 apprcier la solennit et la beaut du culte sans lui attribuer une porte absolue4 ,enfin mes premiers matres m'ont fait tudier d'abord toute la ,bible en gnral1 et c'est seulement ensuite que j'ai abord l'tude du ,nouveau ,testament4 ,j'ai d'ailleurs l'impression1--si je puis parler ainsi sans paratre impertinent1--que mon ducation religieuse a t des plus sages4 ,je m'intressais la religion2 je suivais les crmonies du culte dans des cathdrales et des glises magnifiques1 avec permission de m'en aller avant le sermon2 j'tais nourri des allgories de ,wilberforce1 ainsi que des histoires des premiers martyrs chrtiens2 et les vertus qui m'taient recommandes comme les plus admirables taient les prcieuses vertus de la vracit1 du courage1 de l'honneur1 de l'obissance1 et du respect4 ,je ne crois pas que mon ducation m'ait amen aimer ,dieu consciemment2 mais du moins je n'ai jamais prouv cette terreur devant toute manifestation de la force divine1 ou encore devant les menaces de l'enfer1 qui souvent s'impose pour toujours des mes formes sous la discipline protestante4 ,autant qu'il me souvient1 j'acceptais ,dieu1 assez froidement1 comme un ,pre d'une prsence et d'une autorit universelles4 ,quant la personne de ,notre-,seigneur1 celle-l m'apparaissait beaucoup plus d'aprs les vangiles que d'aprs ma propre exprience spirituelle4 ,je pensais elle au pass ou au futur1 rarement au prsent4 ,l'influence de mon pre sur moi a toujours t si grande que je tcherais vainement vouloir la dfinir4 ,je n'ai pas l'ide que mon pre m'ait jamais bien compris3 mais sa personnalit tait si dominante et si pntrante que ce manque de comprhension de sa part1 mon endroit1 n'a gure amen de diffrence dans l'ensemble de son action sur moi4 ,le fait est qu'il a form et faonn mes vues en matire religieuse de telle sorte que1 aussi longtemps qu'il a vcu1 concevoir des opinions autres que les siennes m'aurait produit l'effet d'un blasphme4 ,il y avait bien ds lors1 dans son systme de croyances1 certains points qui m'embarrassaient1 et qui continuent m'embarrasser aujourd'hui encore3 mais ces points ne me causaient pas plus de doutes touchant l'excellence et la vrit de la foi de mon pre que les difficults intellectuelles que m'offre prsent la ,rvlation divine ne me causent de doutes concernant son autorit4 ,mon pre tait1 au total1 un reprsentant presque parfait de la ,haute glise d'autrefois4 ,il avait un amour profond de la dignit et de la splendeur du culte divin1 un grand sentiment de l'autorit de l'glise1 et une orthodoxie inbranlable l'gard des fondements gnraux de la foi chrtienne4 ,et cependant il avait beau rpter1 avec beaucoup de srieux sous son ton de plaisanterie1 qu'il aurait d avoir t un chanoine dans une cathdrale franaise2 il avait beau rciter scrupuleusement1 chaque jour1 les prires du matin et du soir imposes par l'glise anglicane2 il avait beau aimer infiniment l'histoire de l'glise et la connatre fond1 tout de mme que l'histoire des liturgies chrtiennes et les crits des ,pres3 tout cela ne l'empchait point1 suivant ce qui me semblait ds ce moment1 de manquer sur certains points particuliers l'application de ses principes4 ,par exemple1 il n'y a point de coutume plus fortement enracine dans l'antiquit1 ni enjointe plus explicitement dans le ,livre de ,prires anglais1 que celle du jene du vendredi2 il n'y a gure de discipline ecclsiastique plus primitive que celle qui interdit le mariage d'un homme qui a dj reu les ordres majeurs2 et il n'y a rien de plus clair1--me disais-je ce moment1--parmi les questions disputes touchant le mariage1 que le principe suivant lequel la rupture du lien matrimonial en faveur de l'un des conjoints1 avec permission pour lui de se remarier1 a simultanment pour effet de relever du mme lien l'autre conjoint4 ,or1 je me trouve encore tout fait hors d'tat de comprendre1--surtout en me rappelant l'amour enthousiaste de mon pre pour ce que j'appellerais la coutume chrtienne1--de quelle faon cet homme plein de bon sens et de foi justifiait son attitude l'gard des trois points susdits2 car je ne me souviens pas que jamais il se soit abstenu de viande un vendredi1 ni aucun autre jour1--tout en ne se faisant pas faute de se mortifier1 je le sais1 par maintes autres pratiques2--pareillement1 je ne l'ai jamais entendu soulever la moindre objection thorique en prsence de mariages contracts par des prtres ou vques anglicans2 et enfin je me rappelle que toujours1 lorsqu'un divorce avait t prononc par la loi civile1 mon pre tait d'avis que le conjoint coupable n'avait pas le droit d'obtenir de l'glise la bndiction d'un second mariage1 tandis que l'autre conjoint en avait le droit4 ,de mme je n'ai jamais pu comprendre1 depuis le dbut1 de quelle manire mon pre interprtait ces paroles de son ,credo3 ,je crois en la ,sainte glise catholique4 ,je me souviens qu'il retranchait de l'unit extrieure de cette glise les confessions chrtiennes qui n'admettaient pas la succession piscopale2 d'autre part1 comme j'aurai le raconter bientt avec plus de dtail1 il hsitait sur la question de savoir si l'glise de ,rome se trouvait ou non dchue de sa place dans le corps du ,christ2 tandis que1 par ailleurs encore1 il tmoignait de la plus grande sympathie pour certains groupes de chrtiens orientaux dont les dogmes avaient t explicitement condamns par des conciles que lui-mme1 mon pre1 reconnaissait avoir t pleinement cumniques4 ,de mme encore je n'ai jamais bien compris son attitude l'gard de doctrines telles que celle du sacrement de pnitence4 ,en thorie1 il maintenait fermement que ,jsus-,christ avait donn autorit ses ministres d'absoudre et de remettre les pchs des fidles repentants2 et lui-mme1 en pratique1 durant une certaine crise de ma vie1 m'a recommand de me confesser un discret et savant pasteur de sa connaissance2 et cependant1 autant que je sache1 jamais il n'insistait sur l'utilit de la confession en gnral1 et jamais lui-mme ne recourait la confession4 ,il croyait pleinement au pouvoir des clefs transmises par ,jsus ,pierre3 mais en mme temps il semblait estimer que ce moyen d'tre soulag ne devait tre employ que si nul autre moyen ne russissait procurer la paix de l'me4 ,en un mot1 il semblait admettre que l'autorit confre1 dans des conditions extraordinairement solennelles1 par le ,christ ses aptres n'tait aucunement ncessaire pour le pardon du pch mortel commis aprs le baptme4 ,aprs cela1 je suis tout fait sr que mon pre ne se croyait pas du tout inconsquent1 et avait des principes qui rconciliaient1 ses propres yeux1 ces apparentes contradictions4 ,mais ce qu'taient ces principes1 jamais je n'ai pu le savoir4 ,car encore que rien ne lui ft aussi agrable que d'tre consult par ses enfants sur des matires religieuses1 en fait mon vnr pre n'tait pas trs accessible des natures timides4 ,pour ma part1 j'avais toujours un peu peur de lui paratre ignorant1 et plus peur encore de le choquer4 ,pas une seule fois1 dans une difficult vritable1 je n'ai manqu le trouver infiniment tendre et attentif1 mais son intense personnalit et l'ardeur presque farouche de sa foi me donnaient toujours l'illusion qu'il jugerait irrespectueux chez moi1 et indigne d'un fils1 de ne pas acquiescer sur-le-champ tous ses jugements2 d'o rsultait que1 souvent1 je me rsignais ignorer ce que pouvaient tre ces jugements eux-mmes4 ,mais en tout cas la religion1 dans notre maison1 se trouvait toujours colore et vivifie par la puissante individualit de mon pre4 ,je me rappelle1 maintenant encore1 le sentiment de plnitude et de scurit qui en drivait4 ,les offices du matin et du soir1 d'abord dans la petite chapelle de ,lincoln1 o mon pre tait chancelier depuis ma naissance jusqu' ma cinquime anne1 puis dans son merveilleux oratoire priv de ,truro1 o il fut vque jusqu'aprs ma treizime anne1 et enfin dans les belles chapelles archipiscopales de ,lambeth et d',addington1 aprs son lvation au sige de ,cantorbry2 ces offices1 dont les moindres dtails avaient t soigneusement rgls par mon pre lui-mme1 se trouvaient observs avec une rigueur et une rvrence liturgiques incomparables1 et conservent encore dans mon cur un trange parfum qui jamais1 sans doute1 ne s'en effacera4 ,d'autres voies par lesquelles s'est impose moi l'influence religieuse de mon pre taient les suivantes3 ,le dimanche aprs-midi1 la campagne1 nous nous promenions avec lui1 lentement et posment1 pendant environ une heure et demie1 et au cours de ces promenades l'un de nous1 ou parfois mon pre1 lisait tout haut des passages d'un livre religieux4 ,ces livres1 en vrit1 ne me semblent pas avoir t trs bien choisis pour l'instruction spirituelle de jeunes garons4 ,souvent1 par exemple1 mon pre nous faisait lire les pomes de ,george ,herbert#a2 et ces mditations d'un ordre tout spcial1 subtiles et pdantesques1 me procuraient par instants un frisson soudain de plaisir1 mais bien plus communment encore elles me causaient une espce d'impatience mle de mauvaise humeur4 ,ou bien l'ouvrage que nous lisions tait une interminable vie de saint1 ou bien un volume d'histoire de l'glise1 ou encore un certain livre du doyen ,stanley sur la ,terre ,sainte4 ,une fois seulement je me rappelle avec un vritable plaisir de quelle faon mon pre m'a fascin pendant une demi-heure1 en nous lisant tout haut1 pendant que nous marchions1 le rcit du martyre de sainte ,perptue4 ,cela se passait dans mon enfance1 vers #ahhj2 et je me rappelle aussi le sentiment de respect un peu effray avec lequel je ne tardai pas dcouvrir que notre pre nous traduisait tout haut et d'improviste1 dans une langue anglaise irrprochable1 le texte latin des ,acta ,martyrum4 #a ,pote anglais du dix-septime sicle4 ,a l'issue de ces promenades du dimanche1 et quelquefois aussi les jours de semaine aprs le djeuner du matin1 nous nous rendions dans le cabinet de mon pre1 pour lire avec lui la ,bible ou le ,nouveau ,testament4 ,il m'est difficile de dcrire ces leons4 ,la plupart du temps1 mon pre se livrait un commentaire continu et trs brillant1 mais souvent bien au-dessus de ma capacit de comprendre4 ,par intervalles1 il s'arrtait pour nous poser des questions1 et tmoignait d'un grand plaisir lorsque nous avions rpondu proprement2 de mme encore il tait ravi lorsque nous lui posions notre tour des questions raisonnables2 mais au contraire son visage exprimait un dsappointement trs pnible pour nous lorsque nous lui paraissions inattentifs1 ou bien inintelligents4 ,tout cela tait infiniment stimulant pour l'esprit1 non point d'ailleurs sans lui tre aussi quelque peu fatigant3 mais je crois bien aujourd'hui que le dfaut principal de ces leons consistait dans la prdominance du raisonnement sur l'motion et sur tout l'lment spirituel4 ,le fait est que je n'ai pas souvenir que ces leons nous aient rendu plus facile d'aimer ,dieu4 ,elles taient souvent intressantes1 et quelquefois mme absorbantes2 mais1 avec toute ma rvrence pour la mmoire de mon pre1 je ne puis pas dire qu'elles aient dvelopp en moi le ct divin de la religion4 ,pour mon pre lui-mme1 avec la grande spiritualit qu'il avait en soi1 naturellement1 il suffisait que son me trouvt une activit agrable dans la sphre didactique et intellectuelle2 mais1 pour moi1 il rsultait de l une tendance fcheuse penser que l'intellectualisme constituait le fond mme de la religion4 ,en ce qui regarde l'ducation morale1 pareillement1 l'attitude de mon pre n'tait point sans m'embarrasser quelque peu4 ,il avait un trs grand sentiment du devoir d'obissance2 et j'ai l'ide que ce sentiment1 pouss l'excs dans sa froide rigueur1 tendait obscurcir en un certain degr1 mes propres yeux1 les diffrentes valeurs morales du pch effectif4 ,il y avait bien deux ou trois pchs qui m'apparaissaient comme les formes suprmes du mal3 des pchs tels que le mensonge1 le vol1 et la cruaut4 ,mais au del de ces actions minemment mauvaises1 presque tous les autres pchs me faisaient l'effet de s'quivaloir4 ,grimper par-dessus les fils de fer qui bordaient la grande alle1 ,truro1 en mettant mes pieds ailleurs que dans les endroits o lesdits fils de fer traversaient les poteaux de bois1--mon pre m'ayant ordonn de faire toujours ainsi pour viter de forcer ou de briser les fils1--cela me semblait absolument aussi coupable que de m'irriter1 de bouder1 ou mme de commettre des actes de vritable bassesse4 ,de telle sorte que mon apprciation de la moralit des actions humaines se trouvait quelque peu brouille1 ou mme touffe1 par la faute de cette ducation trop domine par le principe de l'obissance3 l'oubli d'un ordre1 ou le moindre retard l'accomplir1 nous tant reprochs par notre pre avec autant de svrit que s'il se ft agi d'une faute morale dlibre4 ,plus tard1 pendant mon sjour ,eton1 je fus un jour accus de cruaut grave l'gard d'un autre lve1 et peu s'en fallut que je fusse fouett cette occasion4 ,or1 il se trouvait que j'tais innocent1 et1 de fait1 une trs longue et minutieuse enqute de mes matres finit par aboutir ma pleine justification3 mais en attendant1 lorsque la nouvelle de l'accusation parvint mon pre1 pendant que j'tais chez lui pour les vacances1 je me sentis presque paralys d'esprit par la terrible atmosphre de l'indignation paternelle1 si bien que je ne pus mme pas essayer de me dfendre1 si ce n'est par des larmes et par un dsespoir silencieux4 ,et cependant1 en mme temps1 j'avais conscience d'un vague soulagement1 rsultant pour moi de la certitude que1 si mme j'avais t coupable1 mon pre ne m'aurait pas montr plus de colre qu'il avait coutume de m'en montrer1 par exemple1 quand je lanais des pierres sur les poissons dors de la pice d'eau1 ou bien quand je jouais avec mes doigts durant les prires4 ,telle a t1 trs brivement rsume1 l'influence de mon pre sur ma vie religieuse4 ,comme je l'ai dit1 je ne crois pas qu'il m'ait rendu facile d'aimer ,dieu2 mais incontestablement il a tabli dans mon esprit la notion jamais indracinable d'un gouvernement moral de l'univers1 d'une puissance sans limites situe derrire les phnomnes1 et de l'austre et solennelle dignit avec laquelle cette puissance morale se dployait4 ,mon pre lui-mme tait1 avec cela1 infiniment tendre de cur et affectueux1 dsireux de mon bien avec une vritable passion1 et puis aussi1 au fond1--mais malheureusement mon insu1--pntr d'un touchant dsir d'obtenir mon amour et ma confiance3 mais sa sollicitude mme mon endroit obscurcissait en partie la flamme de sa tendresse1 ou plutt me forait ressentir la chaleur de celle-ci beaucoup plus que sa lumire4 ,j'ajouterai qu'il me dominait compltement par la grande force de caractre qui tait en lui1 et que sa mort a produit sur moi une impression toute pareille celle que me dfinissait un autre homme1 en me disant que1 la mort de son pre1 il lui avait sembl que le toit du monde venait soudain d'tre enlev4 ,,iii ,dans l'cole prive de ,clevedon1 o je fus d'abord plac1 nous avions des offices religieux d'un ordre plus ritualiste que ceux auxquels j'avais t habitu chez mon pre4 ,l'cole possdait une chapelle sombre et d'atmosphre mystique2 les pasteurs revtaient des toles de couleur1 et maints offices se faisaient en chant grgorien4 ,mais je n'ai pas le moindre souvenir d'avoir prouv une impression de surprise en constatant la diffrence de l'enseignement religieux donn dans cette cole avec celui que l'on m'avait appris la maison2 simplement1 je me sentais un peu intress et alarm tout ensemble devant les menues diffrences du rituel2 et je me rappelle que l'espce de plain-chant que nous tions forcs d'employer ne laissait pas de me produire un effet dprimant4 ,a l'cole d',eton1 ensuite1 je me retrouvai tout fait dans l'atmosphre religieuse qui m'tait familire1 avec une grande solennit extrieure1 de beaux chants anglais1 et une extrme imprcision de dogme4 ,selon toute apparence1 c'tait l que j'aurais d recevoir une profonde impression religieuse4 ,mais1 en fait1 je n'en reus aucune1 non plus d'ailleurs que les autres jeunes garons de ma connaissance4 ,ma confirmation eut tre recule pendant deux ans1 en raison de l'indiffrence que l'on me souponnait d'avoir l'gard de cette crmonie1 et que j'avais pour elle en ralit4 ,le fait est que je considrais cette confirmation comme une simple formalit extrieure1 sanctionnant une espce de maturit spirituelle2 si bien que je fus fort tonn lorsque1 m'tant enfin dcid interroger mon pre sur la date o aurait lieu ma confirmation1--puisque la plupart de mes amis avaient dj depuis longtemps obtenu la leur1--je m'entendis rpondre que j'aurais d1 moi aussi1 tre confirm depuis un an ou deux1 mais que l'on avait ajourn la chose parce que je n'avais point paru la dsirer4 ,mon pre ajouta que1 puisque j'avais pris moi-mme l'initiative de le questionner ce sujet1 il m'autorisait recevoir la confirmation4 ,cette rponse veilla en moi un lger sentiment de protestation3 car je m'tais si compltement accoutum me laisser diriger par mon pre en matire de religion que jamais l'ide ne m'tait venue de la possibilit1 pour moi1 de prendre une initiative quelconque en cette matire4 ,mais la confirmation elle-mme1 et accompagne de trs tendres entretiens avec mon pre1 n'apporta aucune diffrence dans mes sentiments religieux4 ,pour me prparer la crmonie1 je m'adressai un tuteur professionnel1 qui me prit en particulier une demi-douzaine de fois1 et me parla surtout de morale1 en me recommandant l'nergie intrieure4 ,je ne me souviens pas qu'il m'ait rien dit sur le dogme3 ce genre de chose tait1 sans doute1 considr comme tabli d'avance4 ,cependant1 mon tuteur me suggra l'ide d'une sorte de confession rudimentaire1 mais naturellement sans qu'il s'agt d'absolution1 car je ne crois pas que j'aie jamais1 mme ce moment1 rflchi la possibilit d'une pareille sanction4 ,aussi bien ne voulus-je mme pas admettre ce projet d'une confession de mes pchs1 en dclarant que je n'avais rien que je souhaitasse rvler4 ,enfin mon tuteur me donna la ,religion ,personnelle de ,goulburn1 un gros livre pais et mortellement ennuyeux4 ,j'ai retrouv le volume1 il y a quelques annes1 et j'ai constat que les pages n'en taient pas coupes4 ,en vrit1 toute l'affaire de ma confirmation a eu pour moi si peu d'importance que je ne parviens mme pas me rappeler le nom de l'vque qui s'est trouv charg de me confirmer4 ,le seul incident qui se rattache ma confirmation1 dans ma mmoire1 est une consultation que j'ai eue1 ce jour-l1 avec trois amis1 touchant la question de savoir s'il serait convenable de jouer au tennis dans l'aprs-midi du jour de la fte1 ou bien s'il serait dcidment plus convenable de passer la journe entire dans une inaction respectueuse4 ,nous n'tions1 certes1 aucunement hypocrites1 ni non plus mprisants3 nous dsirions sincrement faire ce qui seyait1 dans l'espce2 et nous nous demandions simplement si notre partie de tennis pouvait ou non se concilier avec les convenances les plus irrprochables4 ,en fin de compte1 nous dcidmes que la chose tait possible1 et nous joumes notre partie1 tout au plus avec un air lgrement rserv4 ,ma mre1 de son ct1 me donna ce jour-l une petite croix de ,malte en argent1 o elle avait fait graver la date de ma confirmation1 le #bf mars #ahhg4 ,je portai cette croix attache ma chane de montre pendant quelque temps1--car dans notre cole d',eton1 ce moment1 il n'y avait pas plus d'opposition la religion que d'enthousiasme pour elle1--mais je ne tardai pas la perdre1 sans que cette perte me laisst trop de regret4 ,le jour de ma communion1 lui1 m'a produit un peu plus d'effet4 ,tout ce que je voyais autour de moi m'apparaissait inaccoutum et mystrieux3 car une fois seulement1 auparavant1 j'avais eu l'occasion d'assister un office de communion4 ,j'eus mme vaguement l'ide d'tre entr depuis lors dans un lien plus troit avec le divin ,matre2 et1 bien que je me sentisse un peu ennuy la pense que1 dsormais1 j'aurais me mieux conduire dans la vie1 je me rappelle que1 trs sincrement1 je me promis de le faire4 ,il y a encore deux autres incidents que je me rappelle comme s'tant rattachs1 durant cette priode1 mes sentiments religieux4 ,le premier a t la dcouverte que j'ai faite1 dans une chambre inoccupe1 au palais piscopal de ,lambeth1 d'un exemplaire des ,prires du docteur ,ken1 crites l'usage des coliers de ,winchester4 ,ce volume1 je ne sais trop pourquoi1 russit sduire ma fantaisie2 et je me rappelle galement que mon pre inscrivit avec grand plaisir son nom et le mien sur le livre1 lorsque je lui demandai si je pouvais le prendre pour moi4 ,je fis emploi assidment1 pendant quelques mois1 des prires de ,ken1 qui m'avaient plu par leur langue1 sans doute1 ainsi que par une certaine allure la fois lgante et solennelle4 ,puis je cessai tout fait de prier2 et je me contentai d'aller la communion aussi souvent que c'tait ncessaire pour les convenances du dehors1--mais chaque fois1 je crois bien1 avec les mmes intentions de me rendre digne de la faveur divine4 ,le second incident m'arriva ,eton1 malgr tout ce qu'il avait d'anormal dans cette maison4 ,le fils d'un haut dignitaire de l'glise vanglique avait travers une espce de crise religieuse1 chez lui1 pendant ses vacances2 et1 de retour au collge1 il s'tait mis1 avec un beau zle1 vouloir convertir ses camarades4 ,je me trouvai tre l'un d'eux1 et ce garon finit par obtenir de moi1 ainsi que de l'un de mes amis1 notre assistance rgulire des sances de lecture de la ,bible1 accompagne de prires1 qui avaient lieu dans sa chambre4 ,quatre autres lves se trouvrent assembls avec nous2 et nous nous tenions assis dans un tat d'inquitude vague1 changeant de furtifs coups d'il pendant que notre aptre nous exposait sa doctrine4 ,au moindre bruit de pas dans le corridor1 les ,bibles disparaissaient comme dans les tours de passe-passe2 et je me souviens que ces sances se terminrent jamais ds la seconde fois1 arrtes par une soudaine et irrpressible explosion de rire de la part de mon ami le plus intime4 ,le pauvre garon s'agitait sur sa chaise1 le visage carlate1 avec des larmes ruisselant sur ses joues et des clats de rire lui chappant par bouffes successives1 tandis que le reste de l'assistance se tournait alternativement vers lui et vers notre instructeur4 ,je crois1 du reste1 que toute cette affaire aurait pu devenir extrmement malsaine pour nous si elle nous avait affects le moins du monde2 mais1 fort heureusement1 elle n'y russit pas1 et nous sortmes de la seconde sance avec l'opinion toujours bien arrte qu'un zle religieux comme celui-l tait plutt commun1 et sans la moindre valeur4 ,notre vangliste1 cependant1 ne se laissa point dcourager2 et sa tentative suivante fut mme beaucoup plus srieuse4 ,il s'arrangea1 je ne sais comment1 pour dcider un ancien lve venir ,eton et y faire un grand discours1 en prsence de l'un des principaux matres de la maison1 ce qui ne laisse pas d'tre bien surprenant4 ,j'assistai naturellement la scne1 qui fut terrible4 ,l'ancien lve nous dbita une harangue pathtique1 consacre surtout confesser ouvertement le grand pch qu'avait t1 nagure1 sa propre manire de vivre au collge4 ,je ne crois pas avoir jamais vu des jeunes gens plus sincrement remplis d'horreur1 non point1 il est vrai1 cause de la substance d'un tel rcit1 mais cause de tout ce qu'il y avait de scandaleusement inlgant y faire allusion en public4 ,cette mme attitude d'indiffrence s'est encore manifeste de bien d'autres faons4 ,les offices de la chapelle1 ,eton1 comptaient vraiment pour trs peu de chose1 au point de vue religieux3 c'taient plutt des solennits artistiques1 rendant ,dieu un hommage quivalent celui que constituaient1 vis--vis de la reine ,victoria1 nos acclamations unanimes lorsqu'elle venait nous voir1 ou bien lorsque nous-mmes1 parfois1 tions conduits au chteau pour lui tre prsents4 ,chacun pouvait son gr1 personnellement1 ressentir ou non un profond enthousiasme3 l'essentiel tait seulement que tout le monde tmoignt au dehors d'une dfrence convenable4 ,quelquefois1 cependant1 l'un ou l'autre des professeurs ecclsiastiques du collge tentait bravement1 dans un sermon1 de faire un appel direct la conscience de ses auditeurs1 en particulier sur le sujet de la puret4 ,mais le fait est que ces auditeurs1 en somme1 avant comme aprs cette prdication1 n'avaient sur ce sujet aucun principe qui leur ft commun4 ,un lve pouvait tre incroyablement corrompu1 au point de vue de la puret1 ou bien au contraire scrupuleusement soucieux d'une puret absolue1 sans que cela lui alint ou lui valt le moins du monde les gards de ses camarades2 le code moral de notre collge1 du moins en ce temps-l1 regardait ces questions comme tant simple affaire de gots individuels4 ,il y avait certaines choses qui nous taient positivement dfendues3 nous ne devions pas tre sales1 ni lches1 ni dnonciateurs1 ni voleurs2 mais quant la puret1 en particulier1 chacun tait libre de choisir sa manire d'tre1 sans le moindre risque de passer pour un misrable si l'on adoptait l'un des partis1 ou d'tre accus de pruderie si l'on prfrait l'autre4 ,et aussi ces appels du haut de la chaire1 qui le plus souvent nous taient faits avec beaucoup de sincrit et d'ardeur1 nous apparaissaient-ils surtout lgrement ridicules4 ,les autorits du collge avaient leur opinion sur la matire2 nous savions cela1 naturellement1 mais n'en continuions pas moins avoir1 de notre ct1 une opinion diffrente4 ,c'est dire que nulle impression ne nous vint jamais de ces fervents discours1 et que mme jamais ceux-ci n'obtinrent de nous l'honneur d'un commentaire1 sauf peut-tre pour l'un de nous observer1 parfois1 que l'excellent ,a444 avait paru bien excit1 ce jour-l4 ,en un mot1 une chaleur aussi vidente nous parler d'un sujet sur lequel chacun de nous avait depuis longtemps son sige fait1 dans un sens ou dans l'autre1 c'tait encore l une de ces choses inlgantes dont la crainte et la dtestation formaient la plus grosse partie de notre morale scolaire4 ,il y avait l1 incontestablement1 une lacune des plus graves1 ou plutt un vritable mal2 et j'estime que la principale cause du mal tait1 de la part de nos matres1 l'absence de toute action individuelle sur nos mes4 ,je crois savoir que des efforts ont t faits rcemment pour remdier cela en une certaine mesure2 mais je suis convaincu que l'unique remde efficace se trouve1 en fait1 foncirement impraticable dans une atmosphre religieuse comme celle de ces grands collges anglais4 ,aussi longtemps que ces collges protestants n'auront pas trouv le moyen d'introduire chez eux quelque chose d'analogue au systme employ dans les coles catholiques pour l'encouragement de la dvotion prive1 quelque chose d'quivalent des confessions rgulires1 et accompagnes d'un enseignement religieux qui fasse sentir aux collgiens les avantages qui rsultent de cette pratique2 aussi longtemps que tout cela ne sera pas devenu possible dans les coles susdites1 je ne vois pas comment les formalits publiques de la religion pourront y tre rien de plus que de simples formalits4 ,seule1 la sauvegarde individuelle du confessionnal catholique aurait de quoi1 en ralit1 constituer le remde rv2 et il va sans dire que cette sauvegarde se trouve1 dans l'espce1 tout fait impossible utiliser4 ,il n'y a pas jusqu' un systme de confession purement volontaire1 comme celui que pratiquaient autrefois certaines coles anglicanes1 qui1 tout en valant beaucoup mieux que rien1 n'entrane sa suite des inconvnients invitables4 ,,iv ,ce fut aprs avoir quitt le collge d',eton1 et avant d'entrer l'universit de ,cambridge1 que je ressentis pour la premire fois une motion d'ordre religieux4 ,j'tais venu passer une anne ,londres1 et d'abord1 pendant quelques semaines1 je m'tais senti vaguement intress par la thosophie2 puis1 tout d'un coup1 je devins entirement absorb et fascin par la beaut musicale et par toute la solennit de la vie religieuse de la cathdrale de ,saint-,paul4 ,la clbration des grands offices ,saint-,paul est vraiment1 comme l'on m'a assur que le disait ,gounod1 l'une des manifestations religieuses les plus saisissantes de l',europe4 ,sous leur influence1 je commenai aller la communion toutes les semaines1 comme aussi suivre tous les autres offices que je pouvais1--parfois debout l'orgue1 observant avec bonheur les mystres des jeux et des pdales1 ou parfois assis en bas1 dans les stalles4 ,je n'apprciais pas du tout les sermons1 encore que ceux du chanoine ,liddon me fissent vaguement un certain effet4 ,au fond1 la musique seule m'attirait2 et ce fut par cette ouverture que je commenai entrevoir des lueurs du monde spirituel4 ,mais je dois reconnatre que mon sens de l'adoration religieuse fut aussi dvelopp et dirig1 vers ce mme temps1 par l'admiration passionne que m'avait inspire le roman historique et mystique de ,m4 ,shorthouse1 ,john ,inglesant#b4 ,j'avais lu et relu ce livre d'innombrables reprises1 sans me dissimuler d'ailleurs ses tendances au panthisme4 ,maintenant encore1 j'en sais des passages par cur1 en particulier ceux qui traitent de la personne du ,christ4 ,j'avais l'impression d'avoir enfin dcouvert le secret de ces crmonies religieuses dont j'avais toujours pris ma part1 jusque-l1 avec une indiffrence banale4 ,j'ajouterai qu'une ou deux amitis trs chaudes1 que j'avais contractes pendant ce sjour ,londres1 m'aidaient encore marcher dans la mme voie4 #b ,c'tait un roman historique1 la fois1 et religieux1 dont le succs avait t norme auprs du public anglais4 ,l'auteur y racontait l'histoire d'un jeune homme qui1 tout en restant fidle son anglicanisme1 avait transport dans celui-ci une foule d'aspirations et de pratiques catholiques4 ,on pourra lire1 d'ailleurs1 une longue analyse de ,john ,inglesant dans la premire srie de mes crivains trangers4 7,t4 ,w47 ,v ,a ,cambridge1 ensuite1 toutes ces impressions religieuses m'abandonnrent une fois de plus1 l'exception d'une curiosit assez vive1 mais aussi passagre que soudaine1 qui m'avait attir vers la doctrine de ,swedenborg4 ,cette petite crise passe1 je perdis de nouveau tout intrt pour les choses religieuses4 ,mes prires mme furent abandonnes1 sauf pendant un moment1 aprs que mon pre m'eut fait cadeau d'une belle dition des ,preces ,privat de l'vque ,andrews1 en grec et en latin4 ,pareillement1 j'avais renonc la communion2 et l'unique fil qui me rattacht encore un peu au surnaturel tait1 une fois de plus1 la musique4 ,m'abstenant presque toujours des offices de la chapelle de mon collge1 j'allais souvent1 d'autre part1 couter l'office du soir au ,collge du ,roi1 trs diffrent de ceux de la cathdrale de ,saint-,paul1 mais qui1 lui aussi1 m'apparaissait dans son genre d'une beaut incomparable4 ,une demi-douzaine de fois mme1 en compagnie d'un de mes anciens camarades d',eton frachement converti1 j'assistai la grand'messe du dimanche dans cette glise catholique de ,cambridge o1 plus tard1 je devais officier en qualit de vicaire2 mais je me souviens que ce spectacle ne me produisit aucune impression1 sauf peut-tre un mlange confus de mpris et de frayeur4 ,chose curieuse3 je me rappelle1 au contraire1 trs nettement la sensation agrable de surprise que j'prouvai lorsque1 l',asperges1 un jour1 une goutte d'eau bnite m'arrosa le visage4 ,mon ami m'avait prt un ,jardin de l'me1 que je ne lui ai jamais rendu4 ,douze ans plus tard1 devenu moi-mme catholique1 je lui ai crit pour lui rappeler ce prt1 en ajoutant que1 maintenant1 ce livre m'appartenait plus que jamais4 ,le peu de religion que j'avais ce moment1 cela va sans dire1 relevait tout entier de l'ordre artistique4 ,ma religion n'exerait pas la moindre influence sur mes actes1 mais avait pour moi l'utilit de me maintenir en contact1 bien superficiellement d'ailleurs1 avec des choses qui n'taient pas tout fait de ce monde4 ,mon attitude l'gard de la religion me semble aujourd'hui trs heureusement dfinie et mise en lumire par une petite aventure qui m'arriva en ,suisse1 vers ce mme temps3 ,un de mes frres et moi1 nous avions dcid de gravir le ,pizpal1 l'un des pics de la chane de la ,bernina1 dans l',engadine2 et au moment o nous atteignions le sommet du pic1 aprs une trs pnible ascension qui avait dur toute la nuit1 voici que1 soudain1 je me sentis dfaillir6 ,mon frre me fit avaler de l'eau-de-vie1 mais qui choua compltement me restaurer2 et pendant deux heures environ l'on dut me porter1 le long de l'arte de la montagne1 dans un tat d'inconscience apparente4 ,le fait est que mon frre1 pendant la plus grande partie de ce temps1 me crut mort1 ou du moins hors d'tat de me rveiller de ma torpeur4 ,or1 bien que je parusse inconscient1 et que mme je l'eusse t vraiment pendant quelques instants1 au fond je sentais fort bien que j'tais en train de mourir4 ,j'avais mme commenc me demander quel serait le premier phnomne du monde surnaturel qui allait se rvler moi1 et je m'imaginais1--sans doute sous l'influence de la suggestion produite sur moi par les immenses pics neigeux que j'avais vus au moment de fermer les yeux1--que ce phnomne initial serait une vision d'un grand trne blanc4 ,et cependant pas une minute je n'ai eu conscience de la moindre apprhension la pense de me prsenter devant ,dieu1 ni non plus le moindre dsir de faire un acte de contrition pour les fautes de ma vie passe4 ,ma religion1 telle qu'elle tait1 avait un caractre si personnel et si peu vital que1 sans jamais douter de la vrit objective de ce que l'on m'avait enseign1 je n'prouvais ni aucune crainte de ,dieu ni aucun amour pour lui2 je ne me sentais aucune responsabilit devant lui1 et la perspective de le voir ne me causait pas la moindre motion4 ,et ceci1 je crois bien1 symbolisait toute mon attitude l'gard de la religion dans la vie ordinaire4 ,intellectuellement1 j'acceptais le dogme chrtien3 mais je n'y apportais rien de ma volont1 et rien non plus de mon motion4 ,sauf pendant quelques minutes passagres d'une sorte d'excitation superficielle1 ma religion n'avait pas en soi l'ombre d'une vitalit effective4 ,aussi bien mon ami le plus intime1 ce moment1 se trouvait-il tre un athe absolu1--le seul que j'aie jamais rencontr1 je crois bien1--et je n'prouvais aucune impression d'un abme inquitant entre lui et moi4 ,un autre de mes amis1 comme je l'ai dit1 tait un nouveau catholique1 tout brlant de zle4 ,avec celui-l il m'arrivait parfois de discuter1 mais je ne crois pas qu'il me soit jamais venu l'esprit de concevoir ses croyances comme n'tant pas manifestement absurdes1 encore bien que j'aie t extrmement ennuy1 un jour1 lorsque mon ami athe1 que nous avions pris comme arbitre1 a dclar que1 si seulement l'on admettait le christianisme1 la forme catholique tait la seule manire possible d'interprter cette religion4 ,le plus souvent1 mon indiffrence religieuse tait complte4 ,je passais alors une bonne partie de mon temps tudier l'hypnotisme1 o j'avais fini par acqurir une habilet assez grande4 ,j'ajouterai que1 autant du moins que je puis me le rappeler1 aucune personne autorise n'a tent1 durant cette priode1 le plus lger effort pour m'entretenir de questions religieuses4 ,,vi ,et alors1--aujourd'hui encore je ne parviens pas comprendre pourquoi1--je me suis dcid devenir pasteur4 ,il se pourrait que la mort d'une de mes surs1 vers ce temps1 et un peu contribu ma dcision4 ,mais pour le reste1 je suppose que mes motifs drivaient surtout de ce fait1 qu'une vie clricale me semblait m'offrir la ligne de moindre rsistance4 ,certes1 je suis sr que je n'tais pas de caractre assez calculateur pour me dire que l'avantage que j'avais d'tre le fils de mon pre me vaudrait des privilges dans la carrire ecclsiastique3 car1 en toute loyaut1 je dois dclarer que ni les traitements1 ni les promotions ne me sduisaient aucun degr4 ,mais sans doute la perspective d'une vie passe dans un presbytre1 et l'absence chez moi de toute autre curiosit bien marque concouraient me dsigner la profession de mon pre comme tant1 au total1 la solution la plus simple des problmes de mon avenir4 ,je savais1 en outre1 que ma dcision causerait mon excellent pre un norme plaisir1 et j'apprciais son approbation par-dessus toutes choses4 ,j'avais d'ailleurs1 de temps autre1 quelques bouffes romantiques en matire spirituelle et1 toujours aussi1 je me figurais aimer passionnment la personne de ,notre-,seigneur1 telle qu'elle m'avait t suggre par ,john ,inglesant4 ,tout cela m'explique aujourd'hui1 en une certaine mesure1 que trs sincrement j'aie rsolu d'embrasser de tout mon cur la carrire clricale1 et de la poursuivre aussi dignement que possible4 ,depuis le jour o je pris cette rsolution1 les choses changrent un peu pour moi4 ,je commenai lire des livres de thologie1 et y porter un rel intrt1 en particulier pour ce qui concernait le dogme et l'histoire de l'glise4 ,mais il ne m'entrait pas dans la tte1 un seul instant1 que l'glise d',angleterre ne ft pas seule reprsenter l'institution originelle du ,christ4 ,je n'tais aucunement dispos admettre1 comme j'allais essayer de l'admettre plus tard1 que notre communion anglicane tait l'glise catholique pour l',angleterre1 tandis que la communion romaine constituait l'glise catholique du continent4 ,je me souviens mme d'avoir vivement reproch un jour1 en ,suisse1 des vues de ce genre une dame anglicane qui1 s'inspirant d'elles1 allait entendre la messe dans une chapelle catholique4 ,les catholiques romains1 mon sens1 taient manifestement corrompus et dchus2 les ritualistes eux-mmes m'apparaissaient teints d'hrsie1 tandis que1 d'autre part1 les protestants des sectes extrmes me faisaient l'effet de personnages bruyants1 extravagants1 et vulgaires4 ,une seule vie religieuse me semblait possible3 celle d'un tranquille pasteur de campagne1 avec un beau jardin1 une matrise bien assouplie1 et une existence ordonne de clibataire1--car je dois ajouter que le mariage1 alors comme toujours1 me faisait l'effet d'un tat inconcevable pour un prtre chrtien4 ,,vii ,je me prparai pendant dix-huit mois recevoir les ordres4 ,le matre qui me dirigeait dans cette prparation tait le doyen ,vaughan1 de ,llandaff1 homme tout fait exceptionnel1 unique en son genre2 et c'est sans doute cause du charme extraordinaire de sa personne1 comme aussi de sa haute spiritualit1 que mon pre avait dcid de me confier lui1 malgr la divergence de ses vues et de celles du doyen4 ,je crois bien que1 maints gards1 le doyen ,vaughan tait le prdicateur le plus remarquable que j'aie jamais entendu4 ,il crivait ses sermons avec un soin infini1 les laborait mot par mot1 toujours prt dtruire le manuscrit entier pour le recommencer nouveau d'un bout l'autre1 s'il se trouvait interrompu pendant sa rdaction2 aprs quoi il prononait le sermon exactement tel qu'il l'avait mis sur son papier1 presque sans aucun geste1 sauf de lgers et rapides coups d'il sur l'auditoire et quelques timides mouvements de tte4 ,sa langue anglaise tait absolument parfaite1 n'ayant d'gales1 me semble-t-il1 que celles de ,ruskin et de ,newman4 ,sa voix tait souple et polie et pntrante comme la lame d'une pe2 mais1 bien haut encore par-dessus tout cela1 il possdait une sorte de magntisme personnel qui affectait tout auditeur un peu raffin de la mme manire qu'un chant musical4 ,ses croyances taient trs nettement celles de la secte vanglique4 ,je garde encore quelque part un ou deux cahiers de notes prises par moi1 sous son influence1 touchant les sacrements du baptme et de la ,cne1 et qui dniaient expressment ces deux rites toute valeur sacramentelle4 ,et pourtant la foi du doyen ,vaughan tait d'une force si rayonnante1 et si intense son amour pour la personne de ,notre-,seigneur1 que ses lves1 quels qu'ils fussent1 n'avaient nullement conscience de ce qui pouvait manquer son enseignement pour se conformer leurs propres vues4 ,aussi longtemps que nous tions sous son charme1 c'tait comme si nous eussions eu l'impression que rien d'autre ne pouvait tre ncessaire que l'amour de ,dieu1 tel que nous le voyions au cur de notre matre4 ,la femme de celui-ci1 sur du doyen ,stanley1 tait1 elle aussi1 une personne remarquable1 et d'une grande influence sur les lves de son mari4 ,cette trange vieille dame1 qui ressemblait par le visage la reine ,victoria1 tait srement l'une des femmes les plus intelligentes de sa gnration4 ,pleine d'esprit1 elle causait et crivait avec un clat merveilleux2 et c'tait un rel plaisir de se trouver en sa compagnie4 ,lorsque trois ou quatre d'entre nous tions invits dner chez le doyen1 nous avions coutume de comparer nos billets d'invitation1 pour nous rgaler du spectacle de l'tonnante varit des expressions de ,mme ,vaughan4 ,le fait est que chacun des billets tait entirement diffrent des autres1 mais tous avec la mme vie et le mme attrait4 ,je me rappelle encore l'amusement discret du doyen lorsqu'il dcouvrit que1 pendant une grave maladie qu'il avait traverse1 sa femme1 dsesprant de sa gurison1 avait lou une maison o elle comptait se retirer ds le dbut de son veuvage4 ,il nous raconta tous les dtails de la chose en prsence de sa femme1 pendant que celle-ci faisait de vagues gestes ou grimaces de protestation4 --,non1 ma chre amie1--lui dit enfin le doyen1 avec des yeux qui brillaient comme des toiles1--vous voyez que1 tout de mme1 je ne suis pas encore mort2 et je crains bien que vous ne puissiez pas entrer dans votre nouvelle maison pour le moment6 ,nous menions ,llandaff une vie trs innocente1 lisant chaque matin le ,nouveau ,testament en grec avec le doyen1 composant toutes les semaines un sermon qu'il nous corrigeait1 jouant beaucoup au football1 et assistant tous les jours un office dans la cathdrale4 ,l'un des jours les plus orgueilleux de toute mon existence fut celui o j'eus l'honneur d'tre choisi par un club pour faire partie du petit groupe de ses membres qui allaient engager le dfi annuel contre les joueurs de football de ,cardiff4 ,mais je dois ajouter que1 pendant ce sjour ,llandaff1 et malgr le vigoureux vanglisme du doyen1 je commenai ressentir les premiers lments d'une aspiration religieuse plus catholique2 ce fut alors que1 pour la premire fois de ma vie1 notamment1 je commenai prfrer recevoir la communion avant tout repas4 ,cela me venait en partie de l'influence d'un ritualiste trs pieux1 avec qui je m'tais li d'une troite amiti2 ,john ,inglesant1 aussi1 avait repris un peu de son ancien pouvoir sur moi2 et je fis mme alors un ou deux voyages aux environs de ,llandaff pour chercher une maison o je pourrais fonder une institution ressemblant celle du ,little ,gidding de ,nicolas ,ferrar#c1 avec cette seule diffrence essentielle que les femmes seraient strictement exclues de la maison nouvelle4 ,les habitants de celle-ci auraient vivre dans une retraite profonde1 une espce de solitude rudite et potique3 mais je ne me souviens pas que le renoncement soi-mme1 sous aucune forme1 dt jouer un rle dans l'institution projete4 ,du moins l'intention premire de celle-ci tait-elle excellente3 car l'objet principal de la vie que je rvais d'organiser1 dans mon ,little ,gidding1 tait d'accrotre l'union de nos mes avec la personne de ,notre-,seigneur4 #c ,communaut anglicane du dbut du dix-septime sicle1 dcrite par ,,shorthouse1 dans son ,john ,inglesant4 ,,viii ,je fus ordonn diacre en #ahid1 aprs une trs trange retraite d'une solitude absolue1 o1 pendant une semaine environ1 tout sentiment religieux m'abandonna de nouveau4 ,cette retraite eut lieu prs de ,lincoln1 l'endroit o1 longtemps auparavant1 s'tait coule mon enfance4 ,j'avais lou deux chambres dans la loge du portier d'un vieux parc1 quatre ou cinq milles en dehors de la ville1 et aussitt j'avais arrang mes journes d'une manire qui me paraissait trs sage1 avec des heures rgulires pour l'oraison et la mditation1 pour la rcitation des ,petites ,heures en anglais1 et pour les exercices corporels4 ,c'tait l1 je le vois bien prsent1 une tentative absolument folle4 ,je me trouvais dans un tat d'excitation trs intense la perspective de ma prochaine entre dans les ordres2 et je ne savais absolument rien1 jusque-l1 du contenu de mon me1 ni des dangers de l'examen de conscience1 sans compter mon ignorance complte de la science difficile de la prire4 ,de telle sorte que le rsultat de ma retraite fut une angoisse mentale si affreuse que1 mme encore aujourd'hui1 je ne puis me la rappeler sans un frisson douloureux4 ,aprs un jour ou deux d'entire solitude1 il me sembla qu'il n'existait aucune vrit religieuse1 que ,jsus-,christ n'tait pas ,dieu1 que toute notre vie humaine n'tait rien qu'une farce vide de sens1 et que j'tais moi-mme1 sinon le pire des pcheurs1 en tout cas le plus monumental des sots4 ,je me souviens1 en particulier1 de la torture ressentie pendant le premier dimanche de l',avent4 ,ds l'aube1 je m'tais mis en route vers ,lincoln1 pied1 et sans avoir djeun4 ,a la cathdrale1 je communiai1 et puis me fis un devoir d'assister tous les offices de la journe1 assis dans un coin de la grande nef poussireuse1 avec toutes les souffrances d'une me dans l'enfer4 ,il m'est toujours impossible de lire la magnifique collecte du dimanche de l',avent dans le ,livre des prires communes1 de rentendre dans mes oreilles les phrases sonores touchant les uvres de tnbres et l'armure de lumire1 ou bien encore l'hymne puissamment rythm3 ,voyez1 ,notre ,souverain arrive1 descendant parmi des nues6 sans qu'un cho de l'horreur de ce jour-l reparaisse en moi4 ,je dois dire1 cependant1 que les choses s'amliorrent un peu vers la fin de ma retraite4 ,une espce de lueur confuse de foi m'tait revenue1 et lorsqu'enfin je m'en retournai ,addington1 pour y tre ordonn diacre1 tout au plus me sentais-je encore fortement secou1 et1 pour ainsi dire1 plong encore dans un tat d'hystrie spirituelle4 ,l'ordination elle-mme eut pour effet de me distraire profitablement4 ,ce fut mon pre qui y prsida1 dans l'glise paroissiale de ,croydon2 et le chanoine ,mason1 prsident du collge ,pembroke ,cambridge1 prcha un sermon tout fait rchauffant4 ,j'ai gard le souvenir d'une phrase particulirement subtile et spirituelle de ce sermon2 le chanoine parlait des divisions doctrinales dans l'glise d',angleterre2 et1 tchant nous rassurer sur ce point1 il avait imagin de combiner les dissensions gographiques et dogmatiques dans une mme priode d'un relief saisissant4 ,malgr toutes nos divisions1 disait-il1 nous n'en restons pas moins unis dans la vrit objective4 ,c'est une forme unique de paroles religieuses qui est prononce aujourd'hui dans tous les diocses1 de ,carlisle ,cantorbry1 de ,lincoln ,liverpool4 ,a la ,nol suivante1 j'assistai mon pre pour administrer la communion dans l'glise d',addington1 et puis1 de l1 je m'en allai tout de suite prendre mon service dans l'est de ,londres1 o je faisais partie de la mission organise par les anciens lves d',eton4 ,c'est l que1 pour la premire fois1 des vues de la ,haute glise anglicane commencrent prendre peu peu possession de moi4 ,la chose se produisit dans les circonstances suivantes3 ,un mois aprs mon ordination j'avais t invit une retraite que prsidait l'un des ,pres de la ,socit de pasteurs fonde par ,cowley4 ,je m'y rendis en haut collet et en cravate blanche2 et1 sur-le-champ1 j'prouvai l une impression des plus fortes4 ,pour la premire fois la doctrine chrtienne1 telle que la prchait le ,pre ,mathurin1 se rvlait moi comme un systme ordonn4 ,je voyais prsent de quelle manire les choses se rattachaient l'une l'autre1 de quelle manire l',incarnation avait pour consquences invitables les sacrements1 et comment la grce de ,dieu s'adressait tout ensemble au corps et l'me4 ,le prdicateur tait d'une loquence extraordinaire4 ,pendant un sermon de plusieurs heures1 c'tait comme s'il et pris dans ses mains mes fragments de penses1 mes vagues clairs d'motion spirituelle1 mes dmarches ttonnantes dans le demi-jour1 et comme s'il m'et montr tout cela illumin et transfigur1 introduit dans un immense organisme religieux dont je n'avais pas mme souponn l'existence4 ,j'ajoute qu'il toucha mon cur aussi1 et non moins profondment que mon esprit1 en me rvlant les sources et les ressorts de ma nature intime sous un jour compltement nouveau4 ,il nous recommandait1 notamment1 la confession1 en nous montrant sa place dans l'conomie divine3 mais sur ce point-l1 naturellement1 j'opposai ses paroles une rsistance nergique4 ,la retraite n'tait pas d'un ordre strict1 et je pus causer librement1 l'aprs-midi1 avec deux amis1 ce qui m'offrit l'occasion de tcher me persuader moi-mme de l'erreur de l'loquent sermonnaire au sujet de la confession1 celle-ci n'tant1 pour moi1 qu'un remde tout fait occasionnel l'usage de ceux qui en prouvaient expressment le dsir4 ,mais les paroles que je venais d'entendre n'en avaient pas moins accompli leur uvre en moi1 encore que je ne m'en rendisse aucun compte sur le moment4 ,tout au plus avais-je emport explicitement de cette retraite un profond dsir de m'approprier la religion que je venais d'entendre prcher4 ,et cela mme m'tait rendu malais par de srieux obstacles4 ,la paroisse o mon pre m'avait envoy avait un caractre minemment moyen4 ,la confession y tait nettement dconseille1 et l'on n'y clbrait la communion que le dimanche et le jeudi4 ,nous avions une trs belle chapelle1 construite par ,bodley sur le type de la ,haute glise1 avec des inscriptions latines absolument incomprhensibles pour nos paroissiens4 ,le cur prcdent1 qui maintenant tait devenu vque du ,zoulouland1 et qui appartenait catgoriquement la ,haute glise1 avait t remplac depuis peu par un ancien chapelain de mon pre1 le rvrend ,donaldson1 aujourd'hui archevque de ,brisbane1 dont les opinions se rapprochaient beaucoup plus de la nuance vanglique4 ,m4 ,donaldson tait un homme d'uvres de premier ordre3 des clubs d'adultes commenaient s'organiser1 et toute espce d'autres occupations pratiques absorbaient notre temps1 runions antialcooliques1 jeux d'enfants1 et surtout srie rgulire de visites dans toutes les maisons de la paroisse4 ,mais les mthodes antrieures du premier cur de la paroisse1 avec leurs tendances ritualistes1 avaient t grandement modifies3 le nouveau pasteur avait aboli la clbration quotidienne1 et congdi les ,surs anglicanes qui avaient t prcdemment attaches la paroisse4 ,je crois bien que le rvrend ,donaldson ne refusait pas1 l'occasion1 de confesser dans sa sacristie les deux ou trois adhrents de l'ancien systme3 mais1 coup sr1 il ne prchait ni n'encourageait aucunement la pratique de la confession4 ,et cependant1 malgr son influence sur moi1 les ides semes nagure dans mon esprit par le ,pre ,mathurin commenaient fermenter4 ,j'avais ds lors l'impression1--qui persiste en moi maintenant encore1 lorsque je me place au point de vue anglican1--que l'unique espoir de toucher rellement et de relever les mes de ceux qui vivent sous le fardeau de la misre sordide de l',est de ,londres consistait en ce qu'on pourrait appeler la matrialisation de la religion1 c'est--dire dans le dploiement d'actes et d'images capables de concentrer sur soi l'motion religieuse4 ,une manire d'agir extrmement dfinie me parat indispensable1 et cela non seulement sous la forme des dehors du culte1 que l'on doit essayer de rendre aussi brillants et impressionnants que possible1 mais aussi sous la forme des procds au moyen desquels s'opre l'union individuelle avec ,dieu4 ,certes1 les clubs d'hommes o toute conversation religieuse est contraire au rglement 7ainsi que c'tait le cas pour les ntres71 de frquentes visites aux paroissiens1 des pantomimes d'enfants1 et tous ces modes gnraux d'activit et de ferveur ne sont pas sans jouer leur rle3 mais si l'individu ne comprend pas o et comment il pourra se dcharger du poids de sa pnitence ou de son besoin d'adoration1 s'il ne connat pas une manire de se soulager non seulement comme membre d'une congrgation1 mais encore comme une me spciale que ,dieu a faite et rachete1 jamais sa pit ne pourra cesser d'tre vague et diffuse4 ,c'est de quoi j'avais obscurment la notion ds lors2 et comme l'me propre d'un homme est plus proche de lui que toute me trangre1 j'avais commenc1 ds lors1 voir que mon devoir tait d'oprer d'abord sur moi-mme4 ,la consquence de cet tat de choses fut que1 la veille de mon ordination dfinitive en qualit de prtre1 je sollicitai de mon pre l'autorisation de faire1 pour la premire fois1 une pleine confession de toute ma vie en prsence d'un pasteur4 ,celui-ci se montra extraordinairement bon et adroit2 et la joie qui suivit pour moi cette premire confession fut1 tout simplement1 indescriptible4 ,je revins chez moi1 ce jour-l1 dans une espce d'extase bienheureuse4 ,mon ordination dfinitive1 elle aussi1 fut pour moi un immense bonheur1 bien que je comprenne prsent tout ce qu'il y avait de fivreux et d'exagr dans mes motions de ce temps4 ,l'aprs-midi de l'ordination1 je m'en allai seul dans les bois d',addington1 me rptant sans arrt que j'tais dsormais un prtre1 et que je pourrais faire pour les autres ce qui avait t fait pour moi rcemment par le ,pre ,mathurin et par mon confesseur4 ,c'est avec un enthousiasme dbordant que1 quelques jours aprs1 je m'en retourna mon service de vicaire1 dans l',est de ,londres4 ,,chapitre ,,ii ,,le ,d,,but ,,de ,,la ,,crise ,vers ce mme temps1 j'avais repris mon ancienne liaison avec cet ami de ,cambridge1 converti au catholicisme1 avec qui j'avais eu nagure d'innombrables discussions1 et qui tait devenu prsent novice dans une maison d',oratoriens4 ,a plusieurs reprises j'allai lui faire visite3 mais1 avec cela1 je ne crois pas avoir admis srieusement une seule fois que sa position intellectuelle pt tre autre chose qu'une folie ridicule4 ,du moins ce novice catholique tait-il un homme charmant2 et je suis certain aujourd'hui qu'il a fait beaucoup1 ds ce moment1 pour dtruire le mur de malentendus qui sparait ma pense de la sienne4 ,sur le moment1 j'tais parfaitement confiant1 parfaitement satisfait1 et parfaitement obstin4 ,je me sentais tel point muni et arm contre l'influence de mon ami1 que je ne craignis pas mme d'aller passer quelques semaines avec lui sur la cte de ,cornouailles2 et pendant notre sjour dans une petite ville de cette rgion1 comme je n'avais pas emport de vtements religieux1 il m'arriva de lui emprunter sa robe de novice1 dont je me revtis avec une espce d'excitation joyeuse1 pour monter dans la chaire de la petite glise anglicane de l'endroit4 ,au mois d'octobre #ahif1 mon pre mourut soudain1 pendant qu'il tait genoux dans la chapelle prive de ,m4 ,gladstone1 ,hawarden4 ,j'tais en train de diriger l'cole du dimanche1 dans notre paroisse de ,londres1 lorsque l'on m'apporta un tlgramme qui m'annonait la nouvelle4 ,dans le train qui m'emmenait ,hawarden1 ce soir-l1 je rcitai comme d'ordinaire les prires du soir dsignes pour cette journe2 et je me rappelle que1 dans la seconde leon1 j'prouvai un saisissement involontaire en lisant ces paroles3 ,seigneur1 laisse-moi d'abord aller enterrer mon pre1 aprs quoi1 je viendrai te suivre6 ,les jours qui succdrent la catastrophe furent pleins1 la fois1 de tristesse et de dignit4 ,il nous semblait incroyable que mon pre ft mort4 ,il venait de rentrer d',irlande1 o il avait fait une sorte de visite demi-officielle l'glise protestante irlandaise1 et jamais il ne nous tait apparu plus riche de vitalit4 ,ses dernires paroles crites1 trouves sur la table de son cabinet de toilette1 taient le brouillon d'une lettre au ,times1 au sujet de la bulle papale1 toute rcente1 qui condamnait les ordres anglicans comme nuls et sans valeur4 ,c'est moi qui fus charg de clbrer le service de communion dans la chapelle de ,hawarden1 avant que nous partions pour accompagner le cercueil jusqu' ,cantorbry2 et j'eus ainsi l'occasion de donner la communion ,m4 ,gladstone4 ,le corps de mon pre reposait dans son cercueil devant l'autel1 recouvert du mme drap qui1 plus tard1 je crois1 a servi recouvrir le cercueil de ,m4 ,gladstone lui-mme4 ,a ,cantorbry1 ensuite1 les obsques eurent un caractre merveilleusement saisissant4 ,une grande tempte de vent1 de pluie1 et de tonnerre faisait rage au dehors1 pendant que nous dposions l'intrieur de la cathdrale1 auprs des portes de l',ouest1 le corps du premier archevque enterr l depuis la ,rforme4 ,et1 pendant notre voyage de retour vers la maison de mes parents1 il nous semblait incroyable de penser que nous ne devions pas retrouver cette mme personnalit vivante et active1 s'avanant au-devant de nous pour nous accueillir lorsque nous arriverions ,addington4 ,une semaine aprs ces obsques1 ma sant s'altra brusquement et gravement1 si bien que les mdecins m'enjoignirent de partir pour l'gypte1 sans un jour de retard1 et d'y demeurer jusqu' la fin de l'hiver4 ,je me souviens que ma dernire requte au rvrend ,donaldson1 avant d'apprendre la ncessit de mon prochain dpart1 avait t pour demander que1 dsormais1 nous eussions de nouveau un office quotidien1 dans notre glise1 au lieu des deux offices par semaine que nous prescrivait le rgime prsent4 ,mais ,m4 ,donaldson m'avait rpondu que1 son avis1 il valait mieux s'abstenir de cette innovation4 99 99 99 99 99 ,jusqu'au moment de la mort de mon pre1 je ne pense pas qu'un doute m'ait jamais travers l'esprit touchant l'inanit des prtentions du catholicisme4 ,je me rappelle qu'un jour1 comme mon pre et moi revenions1 cheval1 d'une de nos promenades1 je lui dis tout d'un coup que je n'arrivais pas comprendre cette phrase du ,credo3 ,je crois en la sainte glise catholique4 ,par exemple1 ajoutai-je1 les catholiques romains font-ils partie de l'glise du ,christ8 ,mon pre demeura un moment silencieux1 puis il me dit que ,dieu seul savait de manire certaine ceux qui taient ou qui n'taient pas membres de son glise4 ,quant lui1 mon pre1 il n'tait pas loign d'admettre que les catholiques romains avaient err assez gravement1 dans leurs croyances doctrinales1 pour avoir perdu tout droit figurer dans le corps du ,christ4 ,et sans doute cette rponse me satisfit pleinement2 car je n'ai pas souvenir d'avoir rflchi de nouveau la question durant les mois suivants4 ,mais peu de temps aprs la mort de mon pre1 les choses commencrent m'apparatre sous un jour nouveau2 et ce fut surtout durant les cinq mois de mon sjour en ,orient que les titres de l'glise catholique se rvlrent moi4 ,l'vnement se produisit peu prs de la faon que voici4 ,i ,tout d'abord1 mon contentement de l'glise d',angleterre subit un certain choc lorsque je dcouvris quelle trs petite chose1 et trs peu importante1 tait1 en ralit1 la communion anglicane4 ,nous voyagions1 en effet1 travers la ,france et l',italie1 rencontrant au passage d'innombrables glises dont les fidles ne savaient rien de notre catholicisme national4 ,souvent dj1 auparavant1 j'avais t sur le continent2 mais je n'y tais plus retourn depuis que je m'tais officiellement identifi l'glise d',angleterre4 ,a prsent1 je regardais tout ce qui m'entourait avec des yeux plus professionnels1 et grande tait ma stupeur de constater que nous n'y tenions aucune place4 ,ce vaste continent semblait tout fait ignorer notre existence6 ,moi-mme qui me croyais un prtre1 je ne pouvais pas me dire tel des trangers sans devoir ajouter des clauses distinctives6 ,enfin nous arrivmes ,louqsor1 et je dus1 l'occasion1 assister le chapelain anglican de l'htel dans la clbration des offices4 ,mais tout cela1 dcidment1 m'apparaissait bien isol et bien provincial4 ,de plus1 ce chapelain se trouvait tre de tendances fortement vangliques1 et je me rendais compte de n'avoir rien de commun avec lui4 ,jamais1 par exemple1 il n'aurait rv de s'intituler prtre4 7,j'ajouterai que ce chapelain tait destin prir bientt1 avec toute sa famille1 dans le tremblement de terre de ,messine1 o il s'en tait all remplir les fonctions de pasteur anglican47 ,,ii ,ce malaise croissant se trouva confirm un jour o1 durant une promenade cheval que je faisais dans les villages voisins1 j'tais entr1 par simple caprice1 dans la petite glise catholique de ,louqsor4 ,cette glise tait perdue au milieu des cabanes de boue du village2 il n'y avait autour d'elle aucune atmosphre de protection europenne1 et je dois avouer que son intrieur tait aussi peu engageant que possible1 avec une norme quantit de mousseline sale et de papier dcoup4 ,et cependant je suis aujourd'hui convaincu que c'est l que1 pour la premire fois1 quelque chose qui ressemblait une foi expressment catholique s'est veill en moi4 ,l'glise faisait si videmment partie de la vie du village6 ,elle tait de niveau avec les maisons arabes3 elle restait ouverte toute la journe2 et puis elle se trouvait exactement pareille toute autre glise catholique du monde entier1 sauf pour ce qui tait de l'indigence de son ornementation artistique4 ,elle n'avait rien d'une espce d'appendice la vie europenne1 emport par une certaine nation1 travers le monde 7un peu comme un tub en caoutchouc71 pour offrir aux touristes de cette nation un surcrot de confort1 ou pour leur procurer une sensation de familiarit4 ,et si mme cette glise ne possdait pas un seul converti1 du moins elle m'apparaissait accessible tous1 ce qui la distinguait encore de notre chapelle de l'htel4 ,toutes ces choses1 je ne puis pas affirmer que je les aie expressment reconnues sur-le-champ2 mais1 en tout cas1 c'est srement dans cette petite glise1 que1 pour la premire fois1 il m'est venu l'esprit de concevoir srieusement que ,rome pouvait avoir raison1 et nous avoir tort1 si bien que1 dornavant1 mon ancien mpris pour le catholicisme a commenc se mler d'une nuance de crainte respectueuse4 ,afin de me rassurer1 je me suis empress de me lier d'amiti avec le prtre schismatique copte de l'endroit2 et mme je me souviens de lui avoir envoy une paire de chandeliers en cuivre1 pour son autel1 aprs mon retour en ,angleterre4 ,une autre consquence de cette impression fut que je commenai raisonner un peu avec moi-mme1 pour me fortifier dlibrment dans ma position d'anglican4 ,pendant mon sjour au ,caire1 j'avais eu deux audiences du patriarche copte2 je lui crivis maintenant1 de ,louqsor1 pour lui demander le droit d'tre admis la communion dans les glises coptes1 tout cela par suite de mon dsir de me persuader que nous n'tions pas aussi isols que semblaient l'indiquer les apparences4 ,je ne m'inquitais nullement de savoir si les ,coptes taient teints ou non d'hrsie 7car l'on connat le proverbe anglais sur la discrtion force des habitants d'une maison de verre72 mais l'unique chose qui me proccupt tait de songer que nous autres1 anglicans1 faisions au monde l'effet d'tre tristement isols6 ,en d'autres termes1 je commenais pour la premire fois prendre conscience d'une aspiration instinctive vers la communion catholique4 ,une glise nationale1 hors de sa nation1 c'tait dcidment quelque chose de bien misrable6 ,le patriarche1 d'ailleurs1 ne daigna point me rpondre1 et je demeurai tout frmissant d'une vague honte4 ,,iii ,encore mon malaise s'accrut-il lorsque1 au sortir de ,louqsor1 je passai par ,jrusalem et par la ,terre sainte4 ,l aussi1 dans ce berceau du christianisme1 je constatai que nous tions moins que rien4 ,il est vrai que l'vque anglican de ,jrusalem me tmoigna une extrme bont1 me pria de prcher dans sa chapelle1 me fit cadeau d'une petite croix d'or1 et obtint pour moi la permission de clbrer la communion dans la chapelle d',abraham4 ,mais cette dernire faveur elle-mme fut loin d'avoir de quoi me rassurer4 ,il nous tait dfendu de nous servir de l'autel grec2 on avait d apporter du dehors une table1 ainsi que les ornements habituels1 prts par une pieuse confrrie anglicane2 et ce fut dans ces conditions que1 tout distrait et gn1 pi curieusement de la porte par un groupe de ,grecs1 je clbrai ce qu'alors je croyais tre les mystres divins1 avec une impression de solitude qui me pesait lourdement4 ,la mme chose se retrouvait dans toutes les glises4 ,chaque secte imaginable de l',orient1 hrtique ou schismatique1 avait son tour l'autel du ,saint-,spulcre3 car chacune avait au moins derrire soi la respectabilit de plusieurs sicles1 une sorte de continuit historique4 ,je pus voir1 notamment ,bethlem1 des rites bien tranges et bien invraisemblables4 ,mais l'glise anglicane1 celle que j'avais t accoutum considrer comme le tronc sain d'un arbre pourri1 celle-l n'avait de privilges nulle part4 ,c'tait comme si elle n'et pas exist2 ou plutt je la voyais reconnue et traite par le reste de la chrtient1 simplement1 comme une secte protestante d'origine toute frache4 ,par une manire d'affirmation solennelle1 je me mis porter publiquement ma soutane dans les rues1 la grande consternation de quelques protestants irlandais dont j'avais fait la connaissance1 et dont je me souviens que1 ds lors1 je me sentais fort ennuy de songer que j'tais en pleine communion religieuse avec eux4 ,j'eus mme une vritable querelle avec un marchand du pays qui m'avait dit que1 malgr ma soutane1 il supposait que je n'tais pas un prtre1 mais un pasteur4 ,il y avait d'autres pasteurs1 dans le groupe en compagnie duquel je me rendis ,damas2 et deux ou trois d'entre nous1 chaque matin avant de partir1 clbrions le service de communion dans l'une des tentes4 ,l'un de ces pasteurs1 un ,amricain trs pieux et d'un srieux profond1 non seulement rcitait tout haut son office cheval1 mais avait amen avec soi ses vtements cultuels1 ses vases1 ses chandeliers1 et ses hosties1 dont je me servais1 moi aussi1 avec une joie secrte4 ,je suis heureux d'ajouter que ce pasteur1 de mme que moi1 a t plus tard reu dans l'glise catholique1 et ordonn prtre4 ,,iv ,un coup nouveau m'attendait ,damas4 ,je lus dans le ,guardian que le prdicateur qui je devais ma notion d'une doctrine distinctement catholique1 celui-l mme qui m'avait amen faire ma premire confession1 venait de se soumettre l'glise romaine4 ,je ne saurais dcrire le choc et l'horreur que fut pour moi cette nouvelle4 ,j'crivis de ,damas au susdit prdicateur une lettre qui--ou du moins je me plais maintenant le supposer--ne contenait pas un seul mot amer3 mais le fait est que je ne reus aucune rponse4 ,le destinataire m'a simplement dit1 depuis1 que l'absence de reproches1 dans le ton de ma lettre1 l'avait tonn4 ,ce fut galement ,damas que1 une fois de plus1 je revins mon projet de fondation d'une maison religieuse2 et1 par une sorte de dfi aux sentiments qui commenaient me troubler1 je dcidai avec un ami que la constitution et le crmonial de notre fondation seraient expressment anglais4 ,nous ne devions porter aucun vtement eucharistique1 mais des surplis et charpes noires2 aprs quoi1 nous ne devions1 dans notre ordre nouveau1 rien faire de particulier1 trop heureux simplement d'appartenir une maison pieuse4 ,ce fut dans ces dispositions que je revins en ,angleterre1 avec l'espoir d'y trouver un havre de paix4 ,l1 du moins1 je le savais1 je ne serais plus agit chaque instant par des preuves trop videntes de mon isolement2 sans compter que j'y trouverais aussi1 exactement1 l'atmosphre de repos et de beaut dont j'avais besoin4 ,j'avais t nomm vicaire assistant ,kemsing1 le village mme o avait eu lieu cette inoubliable retraite qui m'avait initi pour la premire fois l'ide d'un dogme ordonn4 ,l'emploi que l'on m'avait impos tait des plus faciles3 car l'tat de ma sant m'empchait encore de me livrer tout travail un peu fatigant4 ,v ,et1 en vrit1 je vcus ,kemsing une vie extraordinairement heureuse1 pendant environ une anne4 ,la vieille glise avait t restaure avec un got exquis1 la musique tait fort belle1 le crmonial plein de dignit1 et nettement catholique4 ,le presbytre o je demeurais avec l'un de mes amis tait une maison charmante1 toujours peuple de personnes charmantes2 et1 dans cette atmosphre approprie1 mes troubles disparurent aussi compltement que possible4 ,ce fut l que1 pour la premire fois1 aprs une seconde retraite prche par le ,pre ,mathurin1 mon cur introduisit rgulirement l'usage de clbrer la communion1 chaque dimanche1 avec des surplis de toile4 ,nous n'employions cependant ces surplis1 ainsi que les lumires et les hosties1 que dans la matine du dimanche1 et non pas aux offices solennels de midi3 car nous avions considrer les vues trs anti-catholiques du chtelain du lieu1 qui1 tout en tant un vieillard des plus courtois1 apportait un vritable fanatisme affirmer sa position d'ultra-protestant4 ,j'ai souvent admir l'tonnante rserve de ce chtelain pendant qu'il nous accueillait1 mon cur et moi1 dans sa belle vieille maison3 car je savais qu'au fond de son cur il nous croyait des ennemis avrs de la croix du ,christ1 et des collaborateurs plus ou moins conscients de la ,femme carlate de ,rome4 ,j'ajouterai que je n'aimais pas beaucoup1 pour ma part1 cette faon d'adopter une certaine forme de culte le matin et une autre midi3 car je me fortifiais de jour en jour dans les principes de la ,haute glise1 et je me souviens d'avoir t flicit de mes instincts catholiques par le pasteur de ,londres qui j'allais rgulirement me confesser quatre fois par anne4 ,ce fut aussi durant cette priode que je m'affiliai trois socits ritualistes de ,londres4 ,mais l'essentiel est que1 pendant tout ce temps1 je me sentais infiniment heureux ,kemsing4 ,il m'tait redevenu tout fait possible1 en concentrant rsolument mes regards sur les seuls objets qui me convenaient1 de croire que l'glise d',angleterre tait ce qu'elle prtendait tre1 la mre spirituelle du peuple anglais et une partie authentique de l'glise universelle du ,christ4 ,je m'tais li d'amiti avec des personnes excellentes1 dont je suis heureux de pouvoir dire que leur affection m'est reste fidle jusqu' ce jour2 j'avais commenc m'occuper soigneusement de mes prdications2 et je travaillais beaucoup instruire les enfants du village4 ,les seules occasions que j'eusse de me rappeler les faits extrieurs taient1 de temps autre1 des runions ecclsiastiques1 et puis aussi1 parfois1 de petits paragraphes secs et coupants1 dans les journaux1 m'apprenant que telle ou telle personne que j'avais connue autrefois venait d'tre reue dans l'glise catholique romaine4 ,,vi ,ce n'est vraiment qu'au bout d'une anne de parfait repos que me sont revenus mes troubles de nagure1 et sans que je puisse me rappeler exactement aujourd'hui l'occasion qui les a rveills en moi4 ,il m'arrivait bien parfois1 durant cette premire anne1 d'avoir des moments de malaise1 en particulier aprs avoir chant la clbration chorale4 ,je me demandais alors si1 en fin de compte1 c'tait chose possible que je me trouvasse dans l'erreur1 et que la crmonie o je venais de prendre part1 cette fte rendue si belle et par l'art et par la dvotion1 ne ft rien autre qu'un effort subjectif de notre glise pour affirmer nos titres une qualit que nous ne possdions point4 ,il y avait1 dans le chur de notre glise1 une plaque de cuivre consacre la mmoire d'un certain ,thomas de ,hoppe1 un prtre d'avant la ,rforme2 et1 plus d'une reprise1 j'ai song malgr moi ce qu'aurait pens ce sir ,thomas de toutes nos pratiques anglicanes4 ,mais je m'tais accoutum traiter toutes les penses de ce genre comme des tentations4 ,je les confessais expressment comme des pchs2 je lisais des livres en faveur de l'glise d',angleterre1 je m'ingniais de toutes mes forces1 dans un ou deux cas1 retenir des paroissiens qui se sentaient le dsir de passer au catholicisme2 et j'achevais de tcher me rformer moi-mme par l'adoption d'un langage des plus mprisants l'gard de ce que j'appelais la mission italienne1--d'une formule qui avait t1 je crois1 imagine autrefois par mon pre4 ,je me rappelle surtout un incident qui montre bien quel point ces penses taient alors en train de me proccuper4 ,j'assistais1 dans la cathdrale de ,saint-,paul1 la crmonie organise pour fter le ,jubil de ,diamant de la ,reine ,victoria2 et1 parmi les innombrables personnages curieux qui s'offraient mes regards1 je me rappelle qu' beaucoup prs c'tait le reprsentant du pape qui m'attirait le plus4 ,je ne cessais pas de l'observer1 piant tous ses gestes1 et m'efforant de me persuader que ce prlat romain se trouvait impressionn par le spectacle de notre glise d',angleterre dans toute la plnitude de sa gloire4 ,cette crmonie tait d'ailleurs1 vraiment1 un spectacle frappant2 et j'prouvais un enthousiasme profond la vue du groupe magnifique de nos archevques et vques1 assembls sur les marches du chur1 en robes solennelles4 ,le bruit avait mme couru que ces hauts dignitaires avaient consenti porter des mitres1 et cette rumeur avait grandement mu notre monde religieux4 ,en fait1 nos vques ne portaient point de mitres3 mais c'tait un plaisir de voir l'clat fastueux des coiffures trs diverses qu'ils avaient arbores4 ,l'vque de ,londres1 que je revois encore1 portait sur la tte une sorte de toque dore qui valait presque une mitre2 et j'exultais la pense des rcits et descriptions que devrait faire le prlat papiste1 lorsqu'il reviendrait auprs de ses arrogants amis de l-bas4 ,j'eus galement plaisir apprendre1 un jour ou deux plus tard1 qu'un pasteur anglican de ma connaissance avait t pris pour un prtre catholique1 dans la foule de la sortie4 ,chose trange3 je ne fus que trs faiblement affect par la dcision papale au sujet des ordres anglicans4 ,certes1 cette dcision m'avait surpris1 d'autant plus qu'un membre du clerg anglican1 revenu de ,rome o il avait t en mesure de se bien renseigner1 m'avait assur que la dcision nous serait favorable2 mais1 encore une fois1 jamais la dception ainsi prouve ne m'a touch trs fond4 ,j'avais simplement conscience comme d'une certaine sensation de douleur sourde1 dans mon me1 toutes les fois que j'y pensais3 mais jamais1 durant tout le temps qui a prcd ma conversion1 la condamnation solennelle de nos ordres anglicans ne m'a fortement remu1 dans un sens ni dans l'autre4 ,ce fut encore pendant cette anne de ,kemsing que je reus ma premire confession1 celle d'un jeune lve d',eton qui demeurait aux environs1 et qui n'allait point tarder devenir catholique4 ,je me rappelle mon moi la pense que quelqu'un pourrait nous dranger pendant la crmonie3 car1 bien que la confession ft prche dans notre paroisse1 elle n'y tait pour ainsi dire jamais pratique4 ,je finis par fermer clef la porte de l'glise1 tout tremblant d'moi2 j'coutai la confession1 et puis je m'en revins au presbytre avec le sentiment d'avoir commis une faute la fois terrible et splendide4 ,,vii ,mes anciens troubles me revinrent donc aprs une anne de rpit1 et je finis mme par tre plong dans une inquitude pnible4 ,mais cette inquitude1 je pus le constater ds lors1 avait sa source beaucoup plus dans la rgion des sentiments que dans celle de l'intelligence4 ,j'avais beau lire des livres de controverse anglicans1 et me nourrir du recueil de sarcasmes anti-catholiques du savant ,littledale1 je sentais bien que tout cela n'atteignait pas la source profonde de mes troubles4 ,ceux-ci provenaient surtout1 me semble-t-il1 de deux choses3 tout d'abord1 de cette impression d'isolement que m'avait laisse mon voyage sur le continent1 en me faisant voir l'abme qui sparait mon anglicanisme du reste des glises chrtiennes2 et secondement ils venaient de la ncessit o j'tais de reconnatre la force des prtentions romaines continuer l'glise d'avant la ,rforme1 comme aussi la faiblesse respective de nos propres prtentions anglicanes4 ,ces deux choses me furent encore bien cruellement rappeles pendant un mois que je passai ,cadenabbia1 et pendant lequel je m'tais charg des fonctions de chapelain anglican dans cette charmante petite station italienne4 ,a ,kemsing mme1 j'ai souvenir d'une circonstance encore qui1 s'ajoutant celles que j'ai mentionnes plus haut1 tendait galement accrotre mon inquitude4 ,a quelques milles de notre paroisse se trouvait un couvent de religieuses anglicanes dont les pratiques extrieures taient absolument pareilles celles d'un couvent catholique4 ,les jours de ftes non prvues par notre ,livre de ,prires1 telles que la ,fte-,dieu et l',assomption1 l'habitude tait que certains pasteurs1 la fois de ,londres et des paroisses d'alentour1 vinssent assister aux offices du couvent2 et c'est ainsi que1 plusieurs fois1 j'eus l'occasion d'y prendre part4 ,le missel romain tait employ l avec tous ses articles2 et1 le jour de la ,fte-,dieu1 une procession s'organisait qui se conformait jusque dans le moindre dtail aux directions prcises de la liturgie catholique4 ,un reposoir tait install dans le beau jardin du couvent1 et la procession chantait le ,pange lingua4 ,or1 il faut savoir que ces nonnes ne se contentaient nullement de jouer la vie religieuse3 elles clbraient l'office de nuit toutes les nuits1 selon l'observance la plus stricte1 rcitaient naturellement le brviaire monastique1 et vivaient une vie de prire1 dans une retraite absolue4 ,mais il m'tait impossible de me persuader1 malgr tous mes efforts1 que l'atmosphre d'une telle maison et rien de commun avec celle de notre glise d',angleterre4 ,je discutais l'occasion avec le chapelain du couvent1 qui1 tout de mme que son successeur1 allaient me prcder dans l'glise catholique4 ,je critiquais certains dtails3 mais les rponses du chapelain1 toutes pleines de la science la plus sre1 avait beau vouloir me prouver que l'glise d',angleterre1 tant catholique1 pouvait prtendre tous les privilges catholiques1 ces rponses ne parvenaient pas me satisfaire4 ,loin de l1 elles m'amenaient sentir plus vivement que les privilges catholiques taient tout fait trangers au caractre essentiel de l'glise anglicane1 ce qui1 du mme coup1 paraissait impliquer comme conclusion que cette glise n'tait pas catholique4 ,aussi suis-je certain aujourd'hui que ces visites1 plus encore peut-tre que tout le reste1 ont commenc mettre en pleine lumire devant mes yeux le gouffre qui me sparait de la chrtient catholique4 ,je me souviens d'avoir fait don d'une lampe d'argent pour la statue de la ,vierge1 dans ce couvent1 par manire d'entranement1 afin d'essayer de fortifier mes droits faire partie de l'glise universelle4 ,,viii ,ainsi le temps coulait1 et mon inquitude s'aggravait4 ,je commenais rflchir sur mon cas4 ,je me disais que la vie que je menais ,kemsing tait trop heureuse pour tre sainte1 et je mditais d'autres plans d'avenir4 ,j'avais acquis1 ce moment1 une certaine habilet dans la prdication4 ,je pris part une mission paroissiale1 et fus invit par le chanoine missionnaire de notre diocse venir dcidment m'installer prs de lui pour l'aider dans son uvre4 ,mais j'avais1 depuis lors1 form le rve de me vouer la vie religieuse sous sa forme la plus pure3 et j'ajouterai que mes vellits de me rendre l'invitation du chanoine missionnaire furent encore bien rduites lorsque j'appris que1 dans la chapelle de ,cantorbry que nous aurions eue1 force nous aurait t de renoncer ce beau crmonial accoutum4 ,en toute honntet1 je ne pense pas que j'aie t1 ce moment ni jamais1 un simple ritualiste1 attachant une importance prpondrante la liturgie2 mais il me semblait vident que la foi et son expression devaient aller de front1 et que nous nous rendrions gratuitement la tche malaise en voulant prcher une religion dont les signes extrieurs et l'accompagnement liturgique indispensable se trouveraient absents4 ,je n'en finis pas moins1 cependant1 par me dcider accepter l'invitation1 si le successeur de mon pre1 l'archevque ,temple1 tait d'avis que je l'acceptasse4 ,l'archevque se montra plein de bont pour moi3 mais sa rponse1 aprs une demi-heure d'entretien1 fut tout fait premptoire4 ,elle me fit entendre que j'tais trop jeune pour une tche aussi importante2 si bien que je m'en retournai ,kemsing avec la rsolution arrte de m'offrir plutt faire partie de cette communaut anglicane de la ,rsurrection dont j'avais entendu parler bien des fois dj1 avec des loges respectueux4 ,quelques semaines aprs1 j'eus ce sujet un entretien avec le rvrend ,gore 7aujourd'hui vque d',oxford71 dans sa maison de chanoine ,westminster2 et je fus dfinitivement admis l'preuve1 dans la communaut4 ,le rvrend ,gore1 lui aussi1 me tmoigna une bont et une sympathie extrmes4 ,il semblait comprendre mes aspirations1 tandis que1 de mon ct1 je me sentais profondment mu la fois de sa propre attitude et de la calme atmosphre religieuse qui l'entourait4 ,j'avais dsormais l'impression que tous mes troubles avaient pris fin4 ,la pense de la vie nouvelle qui s'ouvrait devant moi m'excitait et me ravissait infiniment1 et il me devenait plus facile que jamais de traiter toutes les difficults romaines comme des tentations diaboliques4 ,en revoyant tout cela aujourd'hui1 je comprends que mon attention tait simplement distraite1 et mon imagination absorbe par la nouveaut du spectacle qui allait s'offrir moi2 en ralit1 mon inquitude de nagure persistait sans aucun changement4 ,mais il n'en est pas moins vrai que1 lorsque je me rendis ,birkenhaed pour assister la retraite annuelle de la communaut1 par laquelle devait commencer ma priode d'preuve1 aucune pense de pouvoir jamais abandonner la communion anglicane ne m'apparaissait concevable4 ,j'allais tre lanc parmi les flots d'une mer entirement nouvelle2 j'allais vivre comme avaient vcu les moines d'il y a cinq sicles2 j'allais raliser--d'une manire imprvue1 il est vrai--mes anciens rves de ,llandaff et de ,damas2 j'allais me consacrer ,dieu1 une fois pour toutes1 dans la plus haute des vocations accessibles l'homme4 ,,chapitre ,,iii ,,au ,,monast,,re ,,anglican ,,de ,,mierfield ,i ,il me sera toujours impossible de reconnatre exactement la dette de gratitude que je dois la communaut de la ,rsurrection1 non plus que d'exprimer l'admiration que j'ai constamment ressentie1 et continue de ressentir l'gard de l'esprit et des mthodes de cette communaut4 ,tout au plus pourrai-je essayer de dcrire l'apparence extrieure de la vie de ses membres1 en tchant de mon mieux faire entrevoir la profonde charit1 la fraternit et la dvotion chrtienne dont elle tait imprgne4 ,il est vrai que les membres de la communaut ne me permettraient plus1 aujourd'hui1 d'aller sjourner parmi eux comme j'aimerais souvent le faire2 mais1 individuellement1 ils m'ont gard pour la plupart une touchante amiti4 ,j'ai cependant l'ide qu'une telle visite1 en raison mme de ce sentiment1 risquerait de leur tre pnible1 ainsi qu' moi2 mais1 d'autre part1 il faut songer que le fait1 pour un anglican1 de devenir catholique n'a pas du tout1 aux yeux des anciens amis de cet ex-anglican1 la signification qu'aurait pour des catholiques une conversion en sens oppos4 ,car lorsqu'un catholique abandonne l'glise1 ceux dont il se spare le regardent comme un infortun qui a quitt le bercail du ,christ pour se perdre dans un dsert4 ,peu importe la congrgation religieuse nouvelle laquelle il s'est dsormais attach2 il n'en a pas moins renonc faire partie de ce que ses amis considrent comme l'unique corps du ,christ4 ,lorsqu'un anglican de la ,haute glise devient catholique1 au contraire1 tout ce qu'il fait1 au point de vue de la thorie anglicane1 est simplement de se transporter d'une rgion de l'glise universelle dans une autre4 ,d'aprs la thorie de la ,branche1 il a simplement pass d'une branche une autre2 et d'aprs la thorie de la ,province1 pour employer une phrasologie encore plus rcente1 il s'est dtach seulement de ,cantorbry1 mais non point de l'glise du ,christ1 comme l'entendent les anglicans4 ,il a bien1 aux yeux de ceux-ci1 le grave tort d'tre devenu schismatique1 et celui1 plus grave encore1 d'avoir dni la validit des ordres qu'il avait nagure accepts2 mais il n'en est pas moins impossible pour ses amis de le regarder comme un apostat1 au sens commun du mot1 et le fait est1 il faut leur rendre cette justice1 que c'est chose trs rare qu'ils le regardent comme tel4 ,assurment1 en tout cas1 mes anciens frres de la communaut de ,mierfield ne m'ont jamais tmoign d'aucune faon une opinion qui aurait t1 de leur part1 la fois discourtoise et parfaitement injuste4 ,je dois encore noter1 avant de procder une description sommaire de notre vie ,mierfield1 que tout ce que je mettrai dans cette description de l'existence et de la rgle de la communaut anglicane ne dpassera jamais ce que peut avoir observ librement tout visiteur qui a sjourn dans la pieuse maison4 ,chaque famille a ses secrets--par o j'entends simplement ses petites habitudes et mthodes de vie intime--et il ne serait ni dcent ni loyal moi d'en faire mention ici4 ,je me bornerai dire que ce ct intrieur de notre vie quotidienne1 nos relations mutuelles1 leur ton et leur atmosphre1 taient d'une douceur infinie1 et1 avec cela1 merveilleusement chrtiens4 ,je suppose qu'il doit y avoir eu1 et l1 des difficults1 insparables de l'intimit constante de tempraments aussi nombreux et varis3 mais de ces difficults je n'ai vraiment conserv aucun souvenir4 ,je me rappelle seulement l'extraordinaire bont et gnrosit dont j'ai toujours t combl4 ,,ii ,nous demeurions dans une grande maison entoure de son propre jardin1 au sommet d'une hauteur dominant la valle de la ,calder4 ,c'tait une rgion un peu enfume1 avec de hautes chemines visibles tout l'entour3 mais le large espace de terrain appartenant la maison nous garantissait de toute sensation de resserrement ou d'encombrement4 ,notre vie extrieure tait une adaptation des anciennes rgles religieuses1 o se combinaient surtout les traditions monastiques des ,rdemptoristes et des ,bndictins4 ,quelques-uns des frres employaient presque tout leur temps des travaux d'rudition1 s'occupant diter des ouvrages liturgiques1 des chants religieux1 des crits dogmatiques ou difiants2 et1 l'usage de ces frres1 la communaut possdait une riche bibliothque d'environ cinq mille volumes4 ,le reste des frres1 qui formaient la majorit1 passaient une moiti de l'anne en prires et en tudes dans la maison1 et l'autre moiti en travail de mission et d'vanglisation4 ,nos journes s'coulaient d'aprs un plan trs pratique et trs simple4 ,levs vers six heures et demie1 nous nous rendions aussitt la chapelle pour la prire du matin1 avec les psaumes de ,primes1 et pour l'office de communion2 huit heures1 nous djeunions2 neuf heures moins le quart1 nous rcitions l'office de ,tierce et faisions une mditation4 ,jusqu' une heure1 ensuite1 nous travaillions dans la bibliothque ou dans nos chambres2 et puis1 aprs l'office de ,sixte1 et les ,intercessions1 c'tait le dner4 ,l'aprs-midi commenait par des exercices corporels1 promenade ou jardinage2 quatre heures et demie1 nous gotions aprs avoir rcit ,none4 ,et puis1 de nouveau1 nous travaillions jusqu' sept heures1 o nous allions la chapelle pour chanter l'office du soir2 nous soupions la demie1 et1 aprs une petite rcration et une ou deux heures de travail1 nous rcitions les ,complies dix heures moins le quart1 aprs quoi nous rentrions dans nos chambres pour la nuit4 ,le samedi matin1 une sorte de chapitre tait tenu o1 tous agenouills1 nous faisions une confession publique de tous nos manquements extrieurs la rgle4 ,la vie de la communaut1 au moment o j'y entrai1 se trouvait quelque peu dans un tat de transition4 ,les frres se dirigeaient1 un peu ttons1 vers la cration d'une rgle plus stricte2 et le fait est que1 au moment o je me suis spar d'eux1 quatre annes plus tard1 un dveloppement considrable s'tait dj produit dans le sens d'un mode de vie plus compltement monastique4 ,le silence1 par exemple1 s'tendait de plus en plus1 tel point que1 durant les derniers temps1 nous ne pouvions plus parler depuis les ,complies jusqu'au dner du lendemain4 ,le travail manuel1 avec un nombre d'heures dtermin1 tait devenu une rgle absolue3 nous cassions et transportions du charbon1 nous cirions nos souliers1 et faisions nous-mmes nos lits4 ,ma dernire tche manuelle ,mierfield a t la construction d'un escalier1 dans la carrire attenant la maison4 ,je travaillais l tous les aprs-midi1 et1 tout en taillant mes pierres1 je roulais et retournais en moi-mme mes difficults intrieures4 ,de mme encore le costume de la communaut1 qui d'abord avait t facultatif1 voluait continuellement vers la prescription d'un vritable habit religieux1 consistant en une soutane du type bndictin accompagne d'une ceinture de cuir4 ,a l'origine1 aussi1 le chef de la communaut tait ordinairement appel notre doyen2 mais lorsque le rvrend ,gore fut nomm vque de ,birmingham1 et que nous nous fmes choisi un nouveau chef1 celui-ci fut dornavant revtu du titre de suprieur4 ,j'ajouterai que le mot de ,pre1 pour dsigner les membres de la communaut1 avait t d'abord plutt dsapprouv2 vers la fin1 au contraire1 ce mot tait devenu presque d'un emploi gnral1 encore qu'un ou deux membres continuassent ne pas goter la signification qu'il impliquait4 ,tous ces divers changements1 ardemment dsirs par une majorit dont je faisais partie1 n'taient pas admis sans quelques protestations de la part de trois ou quatre membres attachs aux vues anciennes2 et bien que jamais je n'aie aperu dans nos rapports rien qui ressemblt de l'amertume1 je me rappelle que l'un des frres1 tout au moins1 se trouva forc de quitter la communaut au moment du renouvellement annuel des vux1 faute pour lui de pouvoir s'accommoder de toutes ces innovations1 trop romaines son gr4 ,quant ces vux eux-mmes1 j'aurais plus de peine les expliquer4 ,ils ont t plus d'une fois spirituellement raills dans la presse anglaise1 et je dois bien avouer aujourd'hui que les railleries dont on les a accabls n'taient pas sans quelque raison d'tre4 ,nous tions supposs nous engager au clibat1 mais seulement jusqu'au jour o il nous plairait de nous marier4 ,en gros1 la priode de probation durait normalement une anne pleine1 de juillet juillet1 aprs laquelle le novice1 si les votes de la communaut l'y autorisaient1 se voyait admis faire sa profession4 ,celle-ci consistait en une promesse formelle d'observer les rgles de la communaut pendant treize mois1 et en une expression de l'intention dlibre d'appartenir cette communaut pour la vie entire4 ,cette profession n'tait donc pas du tout une simple preuve3 elle constituait1 en pratique1 une intention pour la vie entire1 mais avec facult de se ddire si1 pour un motif quelconque1 l'existence adopte se montrait intolrable4 ,la rgle essentielle tait fonde sur les trois vux de pauvret1 de chastet et d'obissance4 ,en un mot1 le rgime de vie tait un peu moins rigide que celui des communauts catholiques ordinaires2 mais1 coup sr1 il dpassait de beaucoup en rigueur celui de congrgations dans le genre de l',oratoire4 ,nous tions alors au nombre d'environ quatorze frres1 qui tous avaient reu les ordres de l'glise d',angleterre1 et qui tous avaient une exprience personnelle du travail paroissial4 ,nous n'avions pas de frres lais3 les tches domestiques indispensables que nous ne pouvions pas accomplir nous-mmes taient faites par trois ou quatre serviteurs pays4 ,depuis1 le nombre des membres de la communaut s'est lev une moyenne allant de vingt trente2 un vaste collge de la ,rsurrection a t lev sur les terrains dpendant de la communaut1 et pourvoit l'ducation de jeunes gens pauvres en vue du ministre ecclsiastique4 ,un prieur a t ouvert ,leeds1 et une maison de communaut ,johannesburg1 dans l',afrique du ,sud4 ,je crois savoir aussi que l'on a essay de s'ajoindre des frres lais4 ,pareillement l'on m'a dit que la communaut tait en train de se faire construire une chapelle4 ,pendant que j'tais ,mierfield1 nous nous servions pour nos offices d'une grande chambre de la maison1 trs adroitement adapte et orne pour nos crmonies4 ,celles-ci taient vraiment la fois trs pieuses et pleines de dignit1 mais ne s'levaient pas1 dans leur rituel1 au-dessus du niveau ordinaire de ce qu'on peut appeler le parti anglo-catholique4 ,nous faisions usage de vtements de toile blanche2 mais plus tard1 et tout d'abord au moyen d'un don fait par moi la communaut1 nous avions commenc substituer aux aubes blanches des vtements de couleur4 ,nous ne nous refusions pas employer l'encens1 mais sans aucune crmonie spciale2 et quant ce qui tait de notre musique1 nous chantions1 le plus souvent1 un plain-chant non accompagn1 adapt aux paroles du ,livre de ,prires anglican4 ,je dois le dire en toute franchise1 nous ne chantions pas bien2 mais du moins faisions-nous de notre mieux1 et je n'oublierai pas aisment l'impression de mystre et de beaut qui s'exhalait de nos offices chants du dimanche matin4 ,l'autel tait du type moyen anglican1 avec deux cierges sur l'autel lui-mme1 deux autres sur les piliers des rideaux1 et deux autres encore sur les cts du chur4 ,nous avions galement une lampe de sanctuaire1 mais dont la vue m'tait toujours un peu dsagrable1 tant donn que la prsence de cette lampe ne rpondait aucune signification dfinie4 ,,iii ,il m'est impossible de dcrire le profond bonheur dont je jouis ,mierfield4 ,pendant une anne environ1 je ne fis que trs peu de prdication au dehors1 et m'occupai presque entirement la prire ainsi qu'aux tudes thologiques4 ,mon matre de noviciat tait un homme singulirement habile pour la direction des mes2 et bien qu'il ne ft pas mon confesseur1 toujours je le sentais capable et dsireux de m'aider4 ,pendant un temps1 il n'y avait avec moi qu'un seul autre candidat soumis la probation3 un ,irlandais d'une loquence et d'une ferveur remarquables1 qui allait devenir un prdicateur de missions de premier ordre1 mais qui1 plus tard1 allait quitter la communaut pour se marier4 ,les circonstances nous foraient vivre beaucoup ensemble1 et je trouvais en lui un enthousiasme expansif de foi et de confiance dans l'glise d',angleterre 7alternant1 il est vrai1 avec de sombres dpressions7 qui contribuait normment me rconforter4 ,lorsque le moment de ma profession approcha1 cependant1 je commenai me mfier un peu de mon aptitude la vie de communaut4 ,ce n'tait pas que je fusse encore troubl d'un retour de mes difficults romaines de nagure1 car celles-l avaient peu prs compltement disparu6 mais je me demandais si ma position n'tait pas trop avance pour que je pusse me satisfaire pleinement de l'esprit de la maison1--et cela d'autant plus que la communaut venait alors de prendre une certaine rsolution beaucoup trop timide1 mon gr1 en vue d'une crise possible dans l'glise d',angleterre4 ,je dois dire que1 ds lors1 j'en tais venu admettre en pratique tous les dogmes de l'glise catholique1 la seule exception de celui de l'infaillibilit du pape4 ,j'avais tudi et analys respectueusement la ,thologie morale de ,lehmkuhl1 en omettant simplement toutes les sections qui traitaient de l'autorit du ,souverain ,pontife4 ,je rcitais rgulirement mon rosaire1 j'invoquais les saints2 j'estimais que le mot transsubstantiation tait celui qui exprimait le mieux la ralit de la prsence de ,notre-,seigneur dans le sacrement2 je considrais la pnitence comme le moyen normal par lequel se trouvait remis le pch mortel aprs le baptme2 enfin je n'avais aucun scrupule me servir du mot de messe pour dsigner l'office de la communion4 ,c'taient galement ces doctrines que je prchais1 dans un langage un peu voil2 et j'avais mme constat qu'elles seules me permettaient de provoquer l'enthousiasme de mes auditeurs4 ,elles seules1 tout au moins1 me permettaient de mettre en relief cette adorable personne du ,christ1 dont je m'efforais de faire le centre vivant de mon enseignement4 ,je me rappelle1 par exemple1 qu'un vicaire indign m'a reproch d'exposer une doctrine qui lui semblait un mlange de romanisme et de wesleyanisme1 accusation qui m'avait ravi au dernier point4 ,je dois ajouter que1 d'autre part1 la communaut en gnral me faisait l'effet d'tre beaucoup trop prudente1 en dsirant se dissocier du parti extrme dans l'glise d',angleterre2 pour ma part1 c'tait pleinement ce parti que je me rattachais4 ,le rsultat de ces doutes et scrupules fut que je retardai d'un an encore ma profession1 afin de me mieux prouver4 ,mais cette anne de dlai me dlivra de toutes mes difficults4 ,je commenais me sentir de plus en plus encourag dans mon travail de mission1 et reconnatre que ma calme vie ,mierfield me donnait des ressources de toute espce qu'il m'aurait t impossible d'obtenir ailleurs4 ,mes lecteurs catholiques auront peine le croire2 mais c'est un fait que1 pendant cette priode de ma vie religieuse anglicane1 je pouvais passer beaucoup plus d'heures dans le confessionnal que je l'ai pu ensuite dans l'glise catholique3 encore que cela s'explique naturellement par ce fait que1 depuis ma conversion1 je n'ai jamais prch une mission rgulire4 ,dans une certaine paroisse de ,londres1 par exemple1 quatre journes entires aprs l'achvement de notre mission furent employes1 par mon collgue et moi1 couter des confessions1 recommander des rsolutions et des rgles de vie1 cela pendant au moins douze heures chaque jour1 tandis que deux heures encore se trouvaient consacres des sermons qu'coutaient de nombreux auditoires4 ,ces pieuses tches1 toutefois1 ne devaient m'choir qu'aprs ma profession4 ,mais ds avant celle-ci il m'a sembl qu'un trs important travail devait tre accompli4 ,nous sortions de notre vie paisible de ,mierfield tout brlants de zle1 et partout nous trouvions des hommes et des femmes qui paraissaient nous attendre4 ,nous voyions de tous cts surgir des conversions2 nous apercevions des pcheurs transforms tout d'un coup1 par la puissance de ,dieu1 en des enfants veills la vie spirituelle et enflamms du dsir de s'instruire2 nous voyions les tides changs en fervents1 les obstins contraints de dposer les armes4 ,comment douter que la grce de ,dieu ft l'uvre avec nous8 ,et1 si l'glise d',angleterre tait capable d'tre employe par ,dieu comme l'instrument d'une tche si belle1 comment aurais-je dout dsormais de sa mission surnaturelle8 ,et donc1 cela tant1 et puisque par ailleurs j'avais rencontr un bonheur et une inspiration si extrmes dans ma vie monastique ,mierfield1 pourquoi aurais-je hsit davantage adopter dfinitivement cette vie8 ,,iv ,avant ma profession1 le rvrend ,gore1 notre suprieur1 me demanda1 ma grande surprise1 si je ne courais aucun danger de tomber dans le romanisme4 ,trs franchement je lui rpondis3 ,non1 autant du moins que je puis en juger6 ,et ce fut sans la moindre alarme que1 en juillet #aija1 je prononai mes vux4 ,j'eus l une journe exceptionnellement heureuse4 ,je m'tais fait faire une nouvelle soutane1 que je suis en train de porter prcisment aujourd'hui1 aprs l'avoir fait adapter la coupe romaine4 ,ma mre vint ,mierfield1 et fut prsente la crmonie1 dans le petit vestibule de la chapelle4 ,je me vis solennellement install dans la communaut3 tous les frres me baisrent la main2 je prononai mes vux1 et reus la communion comme gage de stabilit4 ,l'aprs-midi1 je fis une promenade en voiture avec ma mre1 dans une sorte d'extase bienheureuse4 ,et puis1 une fois de plus1 je me remis au travail4 ,je crois bien que la partie la plus difficile de ma tche extrieure consista dans l'trange diversit des doctrines et des rites avec lesquels il me fut donn de prendre contact parmi les paroissiens anglicans1 encore que1 d'une manire gnrale1 nous ne fussions invits conduire des missions que dans des paroisses o l'on acceptait d'avance nos vues et les principes de notre prdication4 ,j'ajouterai que1 d'ailleurs1 le parti ritualiste extrme tait loin de nous regarder comme satisfaisants1 et cela1 sans doute1 surtout cause de la position personnelle de notre suprieur4 ,le rvrend ,gore1 en effet1 tort ou raison1 passait pour faire partie de la ,haute cole librale2 il tait suppos trs rserv sur la doctrine de l',incarnation2 ses ides sur la critique biblique taient tenues pour dangereuses2 et enfin on le jugeait un peu original sur le chapitre du socialisme chrtien4 ,et il va sans dire que tout cela n'tait pas sans me causer une certaine dtresse1 attendu que1 sur ces trois derniers points notamment1 je n'tais pas du tout parmi les disciples de notre vnrable suprieur4 ,mais ce qui m'prouvait plus encore1 comme je l'ai dit1 tait l'obligation pour moi d'officier dans des paroisses beaucoup moins avances1 o1 du reste1 je n'tais invit que pour prononcer un sermon de temps autre1 le clerg de l'endroit ayant l'impression que la prsence toute passagre de l'un des frres de ,mierfield n'aurait pas de quoi le compromettre irrparablement4 ,dans ces glises1 tout de mme que dans les trois glises anglicanes de ,mierfield1 o nous suivions les offices1 notre choix1 le dimanche soir1 j'avais le chagrin de trouver des doctrines et un crmonial tonnamment divers4 ,dans l'une de ces glises1 le clerg n'avait pas le droit de revtir des vtements sacerdotaux2 dans une autre1 ces vtements n'taient de mise que pour les offices o ne devaient pas assister les gros bonnets protestants de la paroisse4 ,ici et l1 on voilait adroitement les doctrines relatives la ,prsence relle2 la pnitence n'tait mentionne qu' regret1 en passant1 et comme un simple sacrement de rconciliation2 ou bien l'on ne l'enseignait qu' un petit nombre de privilgis1 dans de petits offices de confrries1 sans compter que1 naturellement1 nous ne touchions qu'une dixime partie du profond dsaccord de pense et de sentiments dont il nous tait impossible d'ignorer l'existence dans notre glise d',angleterre4 ,du moins avais-je fini1 aprs un peu d'exprience1 par tre en tat de reconnatre aussitt1 sur un simple coup d'il l'adresse du pasteur ou de son glise1 le niveau doctrinal particulier de l'enseignement donn dans une paroisse4 ,si bien que je m'tais accoutum adopter deux ou trois plans diffrents de prdication1 en rapport avec ce niveau des paroisses o je devais prcher4 ,dans les moins avances de ces paroisses1 je prchais simplement l'amour du ,christ1 ou les joies du repentir1 ou encore la paternit de ,dieu1 avec toute la ferveur qui brlait en moi1 esprant que ces vrits produiraient leurs fruits naturels normalement1 un jour ou l'autre1 dans les mes de ceux qui m'coutaient4 ,la seule fois qu'il me fut donn de prcher dans l'abbaye de ,westminster1 je concentrai toutes mes nergies dans un effort pour montrer la personne du ,christ au centre de toute la religion chrtienne1 m'abstenant de toucher aucune doctrine plus dfinie4 ,en quoi je ne me montrais pas aussi courageux qu'un autre des membres de notre communaut qui1 dans les mmes circonstances1 avait os dnoncer les autels morts de la vnrable abbaye6 ,mais cette ncessit mme n'en tait pas moins trs pnible pour moi2 et c'est ainsi que par degrs1 sans que je m'en rendisse bien compte sur le moment1 ma confiance dans la valeur divine de l'glise d',angleterre recommenait1 une fois de plus1 s'branler4 ,j'avais l'habitude1 dans mes moments d'angoisse1 de revenir prcipitamment ,mierfield1 comme au meilleur refuge3 car l1 tout au moins1 je trouvais la paix et une unanimit suffisante4 ,et puis j'avais dcouvert un moyen qui me semblait alors tout fait premptoire4 ,je vais essayer d'indiquer brivement en quoi il consistait4 ,v ,autrefois1 en ma qualit de partisan modr de la ,haute-glise1 j'avais admis que l'glise d',angleterre1 dans sa ressemblance suppose avec l'glise primitive1 tait la confession la plus orthodoxe de toute la chrtient4 ,il me semblait alors que ,rome et l',orient1 d'un ct1 avaient err par excs1 tandis que les sectes non-conformistes1 d'autre part1 avaient err par dfaut1 sans compter que ces dernires1 en renonant la succession piscopale1 avaient expressment abandonn toute place matrielle dans le ,corps visible du ,christ4 ,mais cette position doctrinale de nagure s'tait1 depuis longtemps1 croule sous moi4 ,en premier lieu j'avais vu l'impossibilit de croire que pendant un millier d'annes environ1 entre le cinquime sicle et la ,rforme1 les promesses du ,christ eussent failli1 et que pendant tout cet espace de temps la corruption de l'hrsie et souill la puret originelle de l'vangile4 ,en second lieu j'avais commenc percevoir que1 dans l'glise du ,christ1 il devait exister une voix vivante qui1 sinon doue d'une infaillibilit positive1 devait du moins tre considre comme autorise4 ,je reconnaissais la ncessit de l'existence d'un vque ou d'un concile qui pt juger les thories nouvelles1 rpondre aux nouvelles questions4 ,chose singulire1 j'avais mme tent de trouver cette voix vivante dans notre ,livre de ,prires communes et dans les ,articles de notre glise anglicane1 c'est--dire de voir en eux un interprte dfinitif de la vieille foi apostolique6 ,mais maintenant j'avais constat l'inanit d'une telle tentative1 puisque ces formulaires eux-mmes pouvaient tre pris dans des sens tout fait diffrents4 ,le ritualiste1 par exemple1 affirme que le ,livre de ,prires nous enseigne la prsence objective et relle du ,christ dans le sacrement1 tandis que le membre de la ,basse-glise prtend n'y rien dcouvrir d'autre qu'un simple symbole spirituel4 ,et lorsque1 ensuite1 j'interrogeais avec dsespoir les seuls lments de l'glise d',angleterre qui eussent quelque ressemblance avec une voix vivante1 les dcisions de nos vques ou les rsolutions des confrences pan-anglicanes1 je constatais que celles-ci ou bien taient partages1 ou bien refusaient de rpondre1 ou bien encore rpondaient d'une manire qu'il m'tait impossible de concilier avec ce qui m'apparaissait dsormais constituer la foi chrtienne4 ,de telle faon que la thorie de la ,haute-glise modre m'tait devenue inaccessible1 et que je m'tais vu forc de me crer une thorie nouvelle1 pour mon usage propre4 ,cette thorie1 je crus momentanment l'avoir trouve l'intrieur de l'glise ritualiste1 et voici comment3 ,l'glise catholique1 d'aprs mes vues nouvelles1 consistait dans l'union de toutes les glises chrtiennes qui conservaient le ,credo et le ministre apostolique4 ,cette runion comprenait donc la fois ,rome1 ,moscou1 et ,cantorbry1 comme aussi quelques sectes dtaches1 telles que celle des vieux-catholiques1 dont les doctrines m'taient d'ailleurs fort peu connues4 ,donc1 cette glise catholique possdait une espce de voix propre3 elle parlait par son consentement tacite4 ,l o ,rome1 ,moscou1 et ,cantorbry taient d'accord1 je reconnaissais expressment la voix du ,saint-,esprit2 sur les points o les trois glises diffraient de doctrine1 le champ restait libre pour l'opinion prive4 ,or1 ,cantorbry avait parfois chancel dans son tmoignage1 mais il me semblait tout au moins que jamais notre grand sige piscopal n'avait mis une hrsie positive4 ,en consquence1 sur les points o ,cantorbry n'avait pas eu l'occasion de parler1 l'on devait admettre que ses vues taient celles du reste de la chrtient catholique4 ,c'tait l une thorie des plus commodes1 car elle me permettait d'embrasser1 en fait1 toutes les doctrines de l'glise catholique propre1 l'exception de celles de l'infaillibilit papale et de la ncessit d'une communion extrieure avec ,rome4 ,de cette manire1 je pouvais me procurer l'impression d'avoir derrire moi la tolrance muette1 sinon l'autorit explicite1 de ma communion anglicane1 et en mme temps l'autorit de l'glise tout entire du ,christ4 ,on peut voir par l combien je m'tais loign dj de l'ancienne position tractarienne1 n'admettant que l'appel l'glise non divise4 ,au contraire1 les divisions n'avaient aucune importance pour moi2 le schisme tait impossible1 en fait1 aussi longtemps que se trouvaient maintenus le ,credo et le ministre apostolique4 ,j'avais galement laiss bien loin derrire moi mes anciennes positions1 celles de mes dbuts dans le sacerdoce1 et qui consistaient regarder l'glise d',angleterre comme l'unique tronc sain d'un arbre pourri4 ,je m'tais cr dsormais une thorie beaucoup plus large1 que je serais tent d'appeler diffusive1 et qui1 vraiment1 m'a fort bien suffi jusqu'au jour o1 tout d'un coup1 je l'ai sentie son tour s'effondrer misrablement4 ,a l'ombre de cette thorie1 j'invoquais les saints1 en prsence de petites images que j'avais dessines moi-mme et cloues autour d'une statue de la ,vierge2 j'adorais le ,christ dans son sacrement1 et j'avais mme commenc m'imprgner1 pour la premire fois1 d'un certain esprit de soumission catholique4 ,ds qu'une doctrine m'tait propose qui avait en sa faveur l'autorit de l'glise diffusive--c'est--dire sur laquelle ,rome surtout s'tait prononce1 et que ,cantorbry n'avait point contredite--je l'acceptais de tout mon cur1 en cartant aussitt toutes mes prventions contre elle4 ,je fus d'abord un peu embarrass pour m'expliquer de quelle manire une telle autorit parlait aux ignorants qui se trouvaient hors d'tat de rechercher les points particuliers de dsaccord entre les trois grandes glises chrtiennes3 mais1 l encore1 je finis peu peu par me constituer une thorie4 ,tout de mme que le catholique romain ignorant s'adresse un prtre qui est en communion avec l'autorit du ,pontife romain1 de mme le lac ignorant de l'glise diffusive devait s'adresser un prtre qui reconnaissait l'autorit de la dite glise2 et c'est en effet chose certaine1 que si les lacs de cette espce recouraient ce moyen1 ils trouveraient une unanimit peu prs suffisante4 ,je proposai mme cette vue mes suprieurs1 en #aijc1 comme un mode possible pour moi d'chapper mes dernires difficults3 mais j'eus le chagrin de m'entendre affirmer qu'une telle vue n'tait pas acceptable4 ,et j'avoue que1 alors ni maintenant1 je n'ai compris pourquoi3 car il me semble que1 si seulement l'on admet mon point de dpart1 cette thorie est la seule issue logique et pratique qui en puisse rsulter4 ,,chapitre ,,iv ,,les ,,progr,s ,,de ,,la ,,crise ,et1 ainsi donc1 je demeurai pendant prs de deux ans un membre avr de la communaut4 ,pendant l'une de ces deux annes1 je me sentis trs heureux et confiant1 sauf un ou deux cas o1 brusquement1 mes anciens troubles reparaissaient1 et puis m'abandonnaient de nouveau4 ,j'avais trouv autour de moi1 comme je l'ai dit dj1 une fraternit et une amiti inapprciables4 ,maintenant encore1 dans mes rves1 il m'arrive de revenir ,mierfield1--mais jamais1 ,dieu merci1 en qualit d'anglican6 ,dans un de ces rves1 je me rappelle que le cardinal ,merry del ,val venait d'tre lu suprieur de la communaut1 et avait reu notre soumission4 ,j'tais l1 moi aussi1 tout rayonnant de joie1 clatant de rire force de bonheur4 ,une autre fois1 je revenais ,mierfield comme prtre catholique1 et m'tonnais de voir qu'il n'existt aucune barrire de gne entre mes anciens frres et moi3 nous nous tenions ensemble1 dans le grand hall1 et causions fraternellement comme autrefois4 ,en ralit1 cependant1 je ne suis jamais revenu ,mierfield1 malgr tout le plaisir que j'aurais y retourner1 mme sans la compagnie de ,mgr ,merry del ,val3 la communaut n'a point cru pouvoir m'y autoriser4 ,c'est l1 aussi1 que j'ai commenc pour la premire fois ordonner en systme mes pratiques de dvotion1 et aussi m'essayer dans l'art de la mditation2 et c'est l galement que ,dieu m'a rcompens avec abondance de mes pauvres efforts4 ,dj il me prparait1 comme je le vois bien prsent1 pour la rsolution dcisive qu'il allait bientt proposer mon libre choix4 ,i ,ce fut1 je crois bien1 durant l't et l'automne de #aijb que je commenai crire un petit livre intitul la ,lumire invisible4 ,certaines histoires que m'avait racontes mon frre an m'avaient suggr l'ide de ce livre1 et je m'tais mis l'crire peu peu1 dans mes moments de loisir4 ,les divers rcits qui formaient le volume1 et o le mysticisme se mlait volontiers d'un lment surnaturel1 se droulaient autour d'une figure principale que j'avais appele un prtre catholique2 et bien souvent1 depuis lors1 on m'a demand si mon intention avait t de faire de ce personnage un vritable catholique ou un anglican#d4 ,ma seule rponse est que je concevais mon hros comme pouvant appartenir indistinctement ces deux confessions4 ,ma thorie de l'glise diffusive m'amenait de plus en plus supprimer1 dans mes penses aussi bien que dans ma prdication1 toute sparation entre ce que je considrais simplement comme des parties diffrentes du grand ,corps mystique du ,christ2 et c'est ainsi que1 dans ma ,lumire invisible1 j'vitais soigneusement tout ce qui aurait risqu de trop spcialiser le catholicisme de mon vnrable hros4 ,ajouterai-je que ce souci m'apparat maintenant revtu d'une signification dont je n'avais point conscience sur le moment8 ,il prouve que1 ds lors1 je n'avais plus en notre glise d',angleterre la confiance parfaite qui1 naturellement1 m'aurait port reprsenter mon personnage comme un prtre anglican4 #d ,j'ai publi nagure1 la librairie ,perrin1 une traduction de cette lumire invisible1 en y intercalant quelques autres rcits d'un genre analogue1 mais qui1 ceux-l1 avaient t crits par le ,p4 ,benson aprs sa conversion dfinitive au catholicisme 7,t4 ,w474 ,avant1 pendant1 et aprs la rdaction de ce livre1 je me suis senti de plus en plus attir par le mysticisme4 ,j'avais cart de moi la contemplation froide et positive du dogme1 et m'tais efforc de cacher celui-ci sous la ralit plus chaude d'une exprience intime d'ordre spirituel4 ,dans mon livre mme1 je tchais imprgner du dogme l'essence des rcits1 bien plutt qu' l'exprimer explicitement4 ,on m'a aussi demand si les histoires que je racontais taient vraies2 cela je puis rpondre seulement que le livre1 dans son ensemble1 n'a pas d'autre prtention que d'tre une uvre du genre romanesque4 ,et je crois1 d'ailleurs1 qu'il m'a t donn l de russir assez heureusement me maintenir sur le terrain moyen entre le catholicisme et l'anglicanisme1 puisque le livre continue1 aujourd'hui encore1 trouver maints lecteurs la fois parmi les catholiques et les anglicans4 ,mais sans aucun doute j'tais encore1 cette date1 trs profondment pntr d'anglicanisme2 car1 lorsque j'ai crit l'une des histoires du livre o je montrais une religieuse en prire devant le ,saint-,sacrement1 j'avais dans l'esprit un couvent anglican o j'tais all plusieurs fois1 et je me suis galement beaucoup inspir de l'atmosphre de l'endroit mme o je demeurais pendant que j'crivais ce rcit--le presbytre anglican de ,saint-,cuthbert1 ,kensington1 o le ,saint-,sacrement est conserv nuit et jour sur l'autel4 ,,ii ,oui1 la fortune de ce petit livre--ou plutt la diffrence des personnes qui gotent ce livre et de celles qui il dplat--m'apparat1 elle aussi1 bien significative4 ,en fait1 la ,lumire invisible rencontre plus de succs auprs des anglicans qu'auprs des catholiques4 ,et1 certes1 il est naturel que certains anglicans se plaisent rechercher1 dans mon livre1 le tmoignage de ma triste dcadence1 la fois littraire et spirituelle1 depuis que j'ai quitt l'glise d',angleterre3 mais1 en dehors mme de ce point de vue particulier1 c'est chose certaine que les anglicans prfrent infiniment ma ,lumire invisible tout ce que j'ai crit depuis lors1 tandis que la plupart des catholiques1 et moi-mme avec eux1 estimons que le livre intitul3 ,richard ,raynal1 solitaire1 est beaucoup mieux crit1 et d'une porte religieuse bien suprieure4 ,j'avouerai mme que1 pour ma part1 je ressens une vive antipathie l'gard de ma ,lumire invisible1 du moins au point de vue spirituel4 ,j'ai crit ce livre dans un tat d'excitation fivreuse1 et sous l'influence de ce qui m'apparat maintenant comme une sentimentalit maladive4 ,je m'entranais me rassurer concernant la vrit de la religion1 et cela m'avait conduit prendre un ton affirmatif et catgorique qui1 plus d'une fois1 n'tait pas exempt d'affectation4 ,j'ajouterai que le livre risque mme1 sous certains rapports1 d'tre malfaisant2 car il suppose que l'intuition spirituelle1 ou mme la simple imagination1 constitue un lment essentiel de toute exprience religieuse1 et que la ralisation personnelle est un mode de croyance prfrable celui de la simple foi d'une me qui se borne recevoir la vrit divine de la main d'une autorit divine4 ,pour les catholiques il est presque indiffrent de savoir si l'me se trouve en tat de raliser1 de transformer en objets de vision personnelle1 les faits rvls et les principes de la vie spirituelle2 l'unique chose importante est que la volont y adhre1 et que la raison les approuve4 ,mais pour les anglicans1 dont la thologie ne comporte pas de fondement raisonnable1 et parmi lesquels l'autorit est1 il faut bien le dire1 inexistante1 il est beaucoup plus naturel de placer le centre de gravit dans les motions1 plutt que dans la raison unie la volont4 ,la raison1 pour eux1 doit tre continuellement touffe1 mme dans sa propre sphre lgitime1 et la volont presque toujours concentre au-dedans de soi4 ,de telle sorte que le seul mode de vie spirituelle1 pour les anglicans1 le seul royaume o opre la spiritualit1 se trouve tre l'exprience du sentiment individuel4 ,et si l'antipathie que m'inspire aujourd'hui mon premier livre peut paratre exagre1 cette exagration doit provenir d'une sorte de raction contre les erreurs et les vaines ombres au milieu desquelles j'ai eu longtemps vivre4 ,,iii ,je voudrais expliquer1 ce propos1 de quelle faon je russissais conserver ma foi dans les ordres anglicans4 ,je me disais qu'il y a deux choses dans la rception d'une grce3 le fait lui-mme et le mode de rception4 ,le fait est affaire d'intuition spirituelle1 le mode1 de perception intellectuelle4 ,pour ce qui concernait le fait1 la communication relle entre ,notre-,seigneur et mon me1 telle qu'elle se produisait surtout dans certains moments solennels1 l-dessus je n'prouvais pas le moindre doute2 non plus que je n'en prouve encore aujourd'hui4 ,sans aucune espce d'hsitation1 je continue dclarer que mes communions1 dans notre chapelle de ,mierfield et ailleurs1 les confessions que je faisais ou celles que j'entendais pendant ma priode d'anglicanisme1 demeureront toujours parmi les moments les plus sacrs de ma vie4 ,leur dnier toute ralit1 ce serait en vrit trahir ,notre-,seigneur et rpudier ,son amour4 ,mais il en va tout autrement du mode de rception4 ,pendant que j'tais dans l'glise d',angleterre1 j'acceptais1 peu prs jusqu'au dernier jour1 l'affirmation par laquelle cette glise garantissait que j'tais un prtre1 et j'en dduisais naturellement que la grce de mon ordination avait une valeur sacramentelle2 tandis que plus tard1 lorsque je me suis soumis ,rome1 j'ai accept avec une scurit bien plus grande1 avec un consentement intrieur tout autant qu'extrieur1 l'affirmation suivant laquelle je n'avais jamais t prtre si peu que ce ft4 ,rome ne m'a jamais demand de rien admettre des choses parfaitement absurdes et blasphmatoires que les anglicans l'accusent volontiers d'exiger de ses nouveaux fidles1 comme1 par exemple1 la nature diabolique1 ou mme simplement illusoire1 de la grce accorde par ,dieu ceux qui sont de bonne foi dans des croyances errones4 ,dans mes confessions anglicanes1 je faisais des actes de contrition parfaitement valables1 et tchais de mon mieux accomplir le sacrement de pnitence2 dans mes communions1 j'levais mon cur vers le ,pain de ,vie2 et1 en consquence1 ,notre-,seigneur n'aurait pas t le ,rcompenseur de tous ceux qui le servent s',il n'tait pas venu moi durant ces instants1 et n'avait pas rpondu mon appel par ,sa sainte visitation4 ,toutes ces choses que je viens d'crire1 je les ai comprises bien longtemps avant que ma soumission ,rome devnt imminente2 et lorsque mes suprieurs ou mes frres me disaient que je coupais des cheveux en quatre1 ce reproche ne parvenait aucunement me troubler4 ,je savais1 ds lors1 que l'paisseur d'un quart de cheveu pouvait parfois constituer une grande distance4 ,,iv ,pendant l't de #aijb1 je dis ma mre1 au cours d'une promenade avec elle1 que j'avais eu des troubles intrieurs touchant la validit de l'anglicanisme2 mais je lui affirmai que mes troubles s'taient de nouveau dissips1 et je lui promis que1 s'ils faisaient mine de reparatre1 je viendrais aussitt m'en entretenir avec elle4 ,or1 ds la ,nol suivante1 je me vis dans l'obligation de tenir cette dernire promesse2 et en vrit1 je ne saurais dire combien je fus touch de la manire dont ma mre accueillit ma confidence4 ,depuis lors1 elle et mon suprieur furent tenus au courant de chacune des phases de la crise que je traversais4 ,j'excutais la lettre chacune de leurs recommandations1 je lisais tous les livres que l'on me donnait1 et qui avaient pour objet de dfendre le point de vue anglican2 je consultais toutes les autorits vivantes que l'on me proposait4 ,j'ajouterai que ma mre et mon suprieur m'ont trait1 l'un et l'autre1 jusqu'au dernier jour1 avec une bont et une sympathie extrmes4 ,sous tous les rapports1 je me flicite aujourd'hui d'avoir agi leur gard comme je l'ai fait3 car tous les deux1 ma mre et mon suprieur1 lorsqu'ensuite je me suis soumis ,rome1 et que1 suivant l'usage en pareil cas1 un flot d'accusations s'est rpandu sur moi1 se sont empresss d'informer tous leurs correspondants de la fausset absolue de ces accusations1 du moins en ce qui touchait ma prtendue dissimulation4 ,v ,ce fut1 je crois bien1 au mois d'octobre de l'anne #aijb que l'abme de dtresse o j'tais plong me devint si intolrable que1 avec la permission de mon suprieur1 j'crivis une longue lettre un prtre catholique des plus en vue1 pour lui faire l'expos de toutes mes difficults4 7,je dirai tout l'heure ce qu'elles taient au juste47 ,la rponse que je reus me surprit alors infiniment3 elle m'tonne beaucoup moins aujourd'hui1 puisque le prtre en question est mort1 un peu plus tard1 tout fait en dehors de la communion catholique4 ,il me dfinissait trs soigneusement la doctrine de l'infaillibilit papale1 m'indiquait le sens prcis attach ce dogme par l'opinion gnrale de l'glise1 et1 en conclusion1 me conseillait d'attendre4 ,il me disait--chose que j'ai reconnue depuis n'tre pas vraie--que1 si les minimistes semblaient avoir triomph pour ce qui concernait la formule du dcret proclamant l'infaillibilit1 c'taient au contraire les maximistes qui avaient eu constamment le dessus depuis lors2 et il ajoutait que1 bien que pour son propre compte1 tant un minimiste1 il se sentt personnellement le droit de rester au point o il tait1 il ne se croirait pas cependant autoris recevoir personne dans l'glise sans que le nouveau converti adhrt pleinement aux termes qui prvalaient maintenant1 c'est--dire aux principes des maximistes4 ,aprs quoi il dclarait que ces principes taient parfaitement impossibles admettre pour des personnes raisonnables4 ,d'o rsultait pratiquement1 comme je l'ai dit1 la conclusion que je ferais mieux d'en rester o j'tais4 ,il y avait mme dans sa lettre une phrase qui m'a donn1 ds ce moment1 un rapide soupon de ce que j'appellerais la dloyaut objective de sa position4 ,je l'avais pri de se souvenir de moi dans sa messe2 et lui1 en rponse1 il me priait de me souvenir de lui dans la mienne6 ,aprs ma rception dans l'glise1 ce prtre notoire m'a crit de nouveau1 pour me demander de quelle manire j'avais surmont le grave obstacle qu'il m'avait indiqu4 ,je lui ai rpondu que de telles distinctions artificielles n'avaient pas pu m'empcher de vouloir m'unir ce qui m'apparaissait incontestablement dsormais le centre divin de l',unit1 et que j'avais simplement accept le dcret du ,vatican dans le sens o l'glise elle-mme l'avait promulgu et accept4 ,mais d'abord la lettre de mon correspondant1 lorsqu'elle me parvint1 me calma et me rassura pour quelque temps4 ,aussi bien n'avais-je que trop besoin d'tre rassur4 ,mon suprieur1 de son ct1 me fit observer qu'il m'aurait t impossible d'avoir plus manifestement une indication de la volont de ,dieu mon endroit1 me prouvant que celle-ci tait que je demeurasse dans la communion o il m'avait plac4 ,le fait mme que j'avais crit un prtre catholique1 et reu de lui une rponse dcourageante1 nous semblait alors1 mon suprieur et moi1 un signe vident de la vraie nature de mon devoir4 ,ce fait semblait nous prouver galement que1 mme l'intrieur de l'glise romaine1 existaient de larges divergences d'opinion1 et que1 mme l1 je chercherais vainement cette unit laquelle j'aspirais4 ,l'histoire ultrieure du prtre en question1 son excommunication1 et sa mort en dehors de l'glise1 ont d'ailleurs assez montr1 naturellement1 que tel n'tait point le cas1 et que l'glise ne souffre pas d'tre reprsente par des hommes qui1 de bonne foi ou non1 dfigurent sa doctrine4 ,toujours est-il que je me trouvai de nouveau rassur3 mais pour trs peu de temps4 ,presque immdiatement1 mes doutes reparurent4 ,je m'tais engag de divers cts des prdications qui m'auraient occup pendant tout cet hiver1 et dont la date tait toute proche4 ,je demandai la permission d'en tre dispens2 mais mon suprieur estima qu'il valait mieux ne pas m'accorder cette permission2 et le fait est qu'aujourd'hui1 en revoyant ma situation1 j'ai l'ide que le travail actif tait vraiment1 pour moi1 la meilleure chance de faire taire le vacarme douloureux de mes doutes intrieurs4 ,je prchai donc quelques missions1 allai passer la ,nol chez ma mre1 et revins de nouveau ,mierfield4 ,mais ma dtresse ne faisait que grandir4 ,j'avais mme sollicit les prires d'un converti de frache date1 qui1 plus tard1 a t comme moi ordonn prtre1 et qui tait venu demeurer chez ma mre durant les vacances2 et je lui avais expos une ou deux de mes difficults1 pour voir quelle rponse il y ferait4 ,de nouveau1 cependant1 mon angoisse s'apaisa un peu dans la bienfaisante atmosphre de ,mierfield2 et ce fut trs contre-cur que je dus m'en aller de mon cher couvent pour aller prcher une mission et diriger les offices de la semaine sainte dans une paroisse du ,sud de l',angleterre4 ,le vendredi saint1 je prchai les ,trois ,heures2 et1 le soir du jour de ,pques1 je parus pour la dernire fois dans une chaire anglicane1 o je pris pour thme de mon sermon l'accueil fait par ,notre-,seigneur ,madeleine pnitente4 ,je crois me rappeler que1 ds ce jour-l1 lorsque je redescendis les degrs de la chaire aprs mon sermon1 j'eus dj une prvision de ce qui allait m'arriver4 ,je revins ,mierfield dans un tat profond d'puisement corporel1 spirituel et mental4 ,,vi ,j'ai l'ide que les catholiques ne se rendent aucun compte de tous les obstacles que doivent franchir les anglicans avant de faire leur soumission l'glise4 ,je ne parle pas seulement des souffrances extrieures1 telles que la perte d'amis1 de revenus1 de positions1 et souvent mme des plus modestes commodits de la vie4 ,de ce genre de pertes je me trouvais garanti1 pour ma part1 encore que la ncessit d'abandonner la communaut de ,mierfield ait t1 sans aucun doute1 l'preuve la plus cruelle que j'aie eue subir jamais1 au point de vue de ma vie sociale4 ,j'ai tendrement bais1 la manire grecque1 la porte de ma chambre1 en quittant celle-ci pour la dernire fois4 ,mais enfin je ne perdais pas1 j'ose le dire1 l'amiti personnelle des membres de la communaut1 en tant qu'individus4 ,je les revois encore1 l'occasion1 et reois de leurs nouvelles4 ,aussi bien n'est-ce pas de ce ct de la lutte que je veux parler1 mais bien du conflit purement intrieur4 ,l'anglican pass au catholicisme se trouve1 pour ainsi dire1 simultanment chass de tous les chemins qu'il suivait4 ,son me est saisie d'une douleur intolrable1 et dont l'unique soulagement se trouve dans une espce de quitisme impassible4 ,se soumettre l'glise1 pour un anglican1 c'est sortir jamais de ce qui lui est familier et cher1 pour s'en aller dans un immense dsert o il est certain d'tre pi1 souponn1 raill1 chaque rencontre qu'il fera4 ,ou plutt c'est l1 certainement1 en majeure partie1 une illusion1 et les choses se rvlent sous un tout autre aspect lorsque l'ex-anglican est dcidment devenu catholique4 ,mais il n'en reste pas moins vrai qu'elles lui apparaissent d'abord sous cet aspect-l1 qui pourrait bien tre le dernier pige motif tendu par ,satan4 ,a quoi j'ajouterai que celui-ci ne laisse pas d'tre aid1 dans sa tche1 par la ngligence des crivains catholiques rassurer les nophytes sur ce point particulier4 ,deux incidents de cet ordre ont presque failli teindre en moi la lumire naissante de la foi4 ,je ne veux pas les dcrire ici2 mais1 dans les deux cas1 ils ont eu pour point de dpart une parole imprudente sortie de la bouche d'un prtre catholique trs sincre et trs bon1 dans un discours public4 ,quand une me atteint un certain degr de conflit intrieur1 elle cesse d'tre tout fait logique2 elle devient alors quelque chose de trs tendre et de trs impressionnable1 frmissant au moindre contact1 et aspirant n'tre touche que par des mains qui ont t perces de clous4 ,or cette me endolorie1 durant la crise qui prcde sa conversion1 se trouve traite rudement1 pousse imprieusement d'un ct et de l'autre par un directeur qui ne se fait pas la moindre ide de son tat1 vivant lui-mme au centre de la lumire vers laquelle l'me tremblante du converti tche s'lever parmi des souffrances indicibles4 ,quoi d'tonnant que1 plus d'une fois1 cette me misrable se laisse retomber dans la pnombre1 plutt que d'avoir en supporter davantage1 et mme se persuade qu'une demi-lumire accompagne de charit doit tre plus proche du cur de ,dieu qu'un soleil clatant au milieu d'un dsert8 ,,vii ,je vais maintenant essayer de rsumer brivement la nature de ces doutes et de ces objections qui1 depuis le mois d'octobre de l'anne prcdente1 m'avaient de plus en plus proccup4 ,parfois1 pour essayer d'y chapper1 je me rfugiais dsesprment dans la prire3 mais bientt mes angoisses me ressaisissaient1 et1 de nouveau1 je me mettais lire tous les livres qui avaient quelque chance de pouvoir me rassurer4 ,il y avait1 d'abord1 la conception gnrale du plan divin2 et en second lieu il y avait les faits rels qui m'entouraient dans le monde4 ,je vais commencer par ce second point1 qui1 moins important mes yeux que le premier1 l'a cependant prcd dans mes penses4 ,voici en quoi il consistait3 ,j'acceptais le christianisme comme la rvlation de ,dieu4 ,c'tait l1 pour moi1 un axiome dont je ne m'arrterai pas exposer les fondements4 ,j'acceptais galement la ,bible comme un rcit inspir1 et divinement garanti1 des faits positifs de cette ,rvlation4 ,mais j'en tais arriv comprendre1 comme je l'ai dj expliqu1 la ncessit de l'existence d'une glise enseignante qui ft charge de conserver et d'interprter les vrits du christianisme la srie des gnrations successives4 ,c'est seulement pour une religion morte que des documents crits peuvent suffire4 ,une religion vivante doit toujours tre en tat de s'adapter un milieu nouveau sans rien perdre de son identit propre4 ,d'o rsulte cette conclusion certaine que1 si le christianisme est1 comme je le crois1 une ,rvlation relle1 l'glise enseignante doit1 en tout cas1 avoir une opinion touchant le trsor confi ses soins1 et notamment touchant les divers points indispensables au salut de ses enfants4 ,cette glise peut rester elle-mme dans l'indcision et peut permettre des vues divergentes sur des points purement thoriques2 elle peut souffrir1 par exemple1 que ses thologiens discutent au long des sicles les modes d'action de ,dieu1 ou bien encore les meilleures manires philosophiques d'interprter les mystres du dogme2 elle peut encore autoriser la discussion sur les limites prcises de certains de ses pouvoirs1 et sur leur faon de s'exercer4 ,mais dans les choses qui affectent directement et pratiquement les mes1 comme par exemple le fait de la grce1 ses voies1 les conditions ncessaires du salut1 et le reste1 il faut que non seulement l'glise ait une opinion dfinie1 mais il faut aussi qu'elle la proclame constamment1 et que1 non moins constamment1 elle impose silence ceux qui voudraient obscurcir son opinion ou la dfigurer4 ,or1 tel n'tait pas du tout le cas pour la communion chrtienne dont je me trouvais faire partie4 ,j'tais desservant d'une glise qui ne semblait pas avoir une opinion fixe1 mme sur les matires les plus directement lies au salut des mes4 ,ainsi1 j'avais pour devoir de prcher et de pratiquer le systme de rdemption que ,dieu nous a donn par le moyen de la vie et de la mort de ,jsus-,christ1 et je savais bien que ce systme tait sacramentel4 ,or1 lorsque je regardais autour de moi1 en qute d'un clair expos de ce systme1 il m'tait impossible de le dcouvrir4 ,il est vrai que bien des individus acceptaient et enseignaient ce que j'enseignais moi-mme2 il y avait notamment les socits auxquelles j'appartenais1 l',union anglicane et la ,confrrie du ,saint-,sacrement1 qui s'accordaient de la manire la plus absolue avec moi sur ce terrain3 mais il m'tait impossible de dire que les autorits de mon glise en fussent au mme point4 ,pour m'en tenir un seul exemple1 mais capital--la doctrine de la ,pnitence--j'ignorais tout fait si mon glise me permettait ou non d'enseigner que cette pnitence tait normalement indispensable pour le pardon du pch mortel4 ,au contraire1 presque tous nos vques niaient cela1 et quelques-uns d'entre eux se refusaient mme compltement reconnatre le pouvoir de l'absolution4 ,mais1 en admettant mme que mes propres vues fussent tolres--ce qu'elles n'taient pas1 tout au moins en droit strict--le fait que des vues qui excluaient les miennes se trouvassent jouir d'une gale tolrance1 ce fait me prouvait que mes vues ne faisaient point partie de la doctrine foncire de mon glise4 ,en mettant les choses au mieux1 j'enseignais mon opinion prive sur un point qui demeurait encore1 officiellement1 indfini4 ,j'enseignais comme une certitude ce qui tait encore incertain4 ,de telle sorte que1 mesure que je me rendais un compte plus clair de cette situation1 il me devenait de plus en plus impossible de dire que l'glise d',angleterre proclamt le sacrement de la ,confession4 ,je n'ignorais pas que bon nombre de mes confrres avaient une manire trs simple d'chapper ce dilemme4 ,ils faisaient appel non pas la voix vivante de l'glise d',angleterre1 mais ses formulaires crits1 qu'ils interprtaient en accord avec leurs propres vues4 ,mais1 pour ma part1 j'avais peine suivre sincrement leur exemple1 parce que j'avais commenc comprendre qu'un formulaire crit ne peut jamais tre dcisif dans une glise o ce formulaire peut tre interprt selon plusieurs sens diffrents--ce qui tait le cas pour celui-l1 sans le moindre doute--et dans une glise o les autorits non seulement se refusent dcider de l'unique sens vritable1 mais tolrent avec une gale facilit des sens qui s'excluent et se dtruisent l'un l'autre4 ,de plus en plus1 je commenais sentir la ncessit absolue d'une autorit vivante qui pt continuer de parler au fur et mesure que plusieurs interprtations nouvelles de ses paroles anciennes se disputaient le privilge d'tre conformes son opinion4 ,et1 naturellement1 bien des personnes me conseillaient de m'en tenir mon interprtation propre1 sans m'occuper des autres3 mais cela m'tait impossible4 ,j'estimais que1 puisque mon interprtation tait conteste1 je n'avais pas le droit de l'enseigner comme valable4 ,l-dessus1 on me rappelait le cas de thologiens anglicans tels que ,pusey et ,keble1 qui avaient tranquillement soutenu comme certaines les vues les plus mystiques et les plus proches du catholicisme4 ,mais je rpondais qu'il m'tait impossible de m'appuyer sur l'autorit de tels individus particuliers1 si minents qu'ils fussent1 tant donn qu'il y avait d'autres individus non moins minents qui soutenaient des vues opposes4 ,deux ou trois de mes conseillers1 enfin1 me disaient que je m'occupais l de points secondaires1 et nullement essentiels4 ,ils m'assuraient que les dogmes gnraux du ,credo taient les seuls qui fussent ncessaires1 et que sur ceux-l l'glise anglicane se trouvait suffisamment d'accord4 ,mais je rpondais que ces points dont je m'occupais taient1 au contraire1 les plus pratiques de tous1 ne concernant pas de vagues propositions thologiques1 mais les dtails les plus actuels de la vie chrtienne4 ,pouvais-je ou ne pouvais-je pas dire mes pnitents qu'ils taient tenus de confesser leurs pchs mortels avant la communion8 ,et ce que je dis l de la ,pnitence n'est qu'un exemple entre maints autres1 car de tous cts je voyais s'lever les mmes questions4 ,je me trouvais entour d'une glise dont la pratique m'apparaissait impossible justifier4 ,ses enfants vivaient et mouraient par dizaine de milliers dans l'ignorance complte de ce que je croyais tre le dogme chrtien1 et dans une ignorance qui ne rsultait point de leur propre ngligence1 mais bien de la volont rflchie d'hommes qui taient des ministres de mon glise1 aussi pleinement accrdits que moi-mme1 et qui en outre1 tout comme moi1 n'aspiraient qu' enseigner ses prceptes et lui obir4 ,et puis1 de l'autre ct1 je voyais l'glise de ,rome4 ,j'avais1 je crois bien1 lu et entendu tous les arguments historiques ou thoriques qu'il tait possible d'apporter contre ses titres3 mais1 la regarder du point de vue pratique1 il ne pouvait point faire de doute pour moi que le systme de cette glise agissait l o le systme de mon glise anglicane demeurait impuissant4 ,on me disait que cette action tait toute machinale1 ou bien encore superstitieuse3 mais1 en tout cas1 elle tait relle1 incontestable4 ,je me souviens d'avoir1 un jour1 dans une conversation prive1 compar les deux systmes rivaux deux feux prpars de deux manires diffrentes4 ,le systme anglican tait comme si un homme approchait une allumette d'une masse de combustible entasse en bloc2 l o ce geste s'accompagnait de beaucoup de zle et de sincrit personnels1 srement une flamme jaillissait1 des mes se trouvaient chauffes et claires2 mais aussitt que cette influence personnelle disparaissait1 tout redevenait comme auparavant4 ,dans le systme romain1 au contraire1 on avait beau me dire que les individus faisaient voir moins de zle et moins de pit3 en tout cas1 le feu brlait d'une flamme sre et constante1 tout fait indpendamment de l'influence individuelle1 parce que le combustible se trouvait prpar et dispos en bon ordre4 ,qu'un prtre ft ngligent1 ou mme relch1 dans ses vues prives1 il n'en rsultait aucune diffrence essentielle3 son troupeau n'en savait pas moins ce qui tait ncessaire pour le salut1 et comment il pourrait l'obtenir4 ,le plus petit enfant lev dans l'glise catholique romaine savait1 de la manire la plus prcise1 comment il pouvait se rconcilier avec ,dieu et recevoir sa grce4 ,,viii ,en second lieu1 il y avait la question gnrale de la catholicit4 ,la thorie anglicane m'apparaissait simplement extravagante1 maintenant que je la considrais d'un point de vue moins provincial4 ,je n'avais aucune ide1 par exemple1 de celui qui se trouvait tre l'vque lgitime de ,zanzibar3 cela dpendait surtout1 dans ma thorie d'alors1 de la question de savoir quelle communion1 la romaine ou l'anglicane1 avait par hasard dbarqu la premire sur la cte d',afrique6 ,en fait1 la juridiction religieuse se prsentait moi comme une espce de course au clocher pieuse4 ,en ,irlande1 je savais fort bien que j'tais en communion avec des personnes qui1 d'aprs mes vues individuelles1 taient absolument des hrtiques1 et hors de communion avec des personnes dont les vues religieuses taient exactement les miennes4 ,au contraire1 la thorie romaine tait1 simplement1 la mme partout4 ,tout catholique romain pouvait dire avec saint ,jrme3 ,je suis en communion avec le ,christ1 reprsent par la chaire de ,pierre4 ,sur ce rocher est construite toute l'glise4 ,ici encore1 la thorie romaine tait logique et agissait1 tandis que ma thorie anglicane n'avait ni consistance1 ni action pratique4 ,aprs cela1 il va sans dire que ces considrations ne rsolvaient pas le problme4 ,on me rappelait que ,notre-,seigneur aimait parler par paraboles1 et se refusait volontiers trancher les nuds par des rponses simples et directes4 ,il n'y avait rien d'impossible ce que le fil dor de ,son plan divin passt prcisment travers ces fourrs qui me semblaient impntrables1 et que la grande route toute droite ne ft qu'un monument de l'impuissance et de l'erreur humaines4 ,aussi1 bien que ces points me prdisposassent en faveur de l'glise de ,rome1 estimais-je qu'il m'tait encore ncessaire de beaucoup lire et de beaucoup rflchir avant de me dcider4 ,sans compter que d'autres points drivaient de ceux-l1 qui exigeaient galement une lucidation minutieuse4 ,par exemple1 comment se pouvait-il que des dogmes qui contraignaient aujourd'hui la conscience des fidles ne l'eussent pas contrainte il y a cent ans8 ,que penser de dogmes nouvellement proclams1 comme celui de l',immacule-,conception--qui d'ailleurs1 comme matire d'opinion prive1 me paraissait parfaitement acceptable--et comme celui de l'infaillibilit papale8 ,et puis enfin1 il restait toujours encore le vieux problme1 vainement tudi1 des textes relatifs saint ,pierre et des commentaires patristiques leur sujet4 ,,ix ,si bien qu'il y avait une chose que je commenais voir avec une certitude de plus en plus accablante3 savoir1 qu'il tait impossible1 en raison des immenses complications de l'histoire1 de la philosophie1 de l'exgse1 de la loi naturelle1 etc41 de soutenir avec probabilit n'importe quelle thorie au monde4 ,les matriaux d'aprs lesquels je me trouvais forc de juger1 avec toute mon incomptence1 taient comme un vaste kalidoscope de couleurs4 ,chaque homme avait une inclination naturelle vers une thorie1 et tendait choisir celle-l4 ,il tait incontestablement possible de trouver des arguments en faveur de l'anglicanisme1 ou de la papaut1 ou du judasme1 ou du systme des ,quakers4 ,et c'tait dans ces conditions1 presque dsesprantes1 que je m'tais mis l'uvre6 ,mais1 avec cela1 il y avait une chose qui m'apparaissait1 par degrs1 non moins vidente3 savoir1 que l'intelligence1 rduite ses propres moyens1 ne pouvait prouver que trs peu4 ,l'nigme que ,dieu m'avait donn rsoudre consistait en des lments dont la solution avait besoin non seulement de la tte1 mais aussi du cur1 de l'imagination1 des intuitions1 en un mot de notre nature humaine tout entire4 ,c'tait chose impossible d'chapper compltement notre prvention native3 mais du moins je devais faire de mon mieux4 ,je devais me reculer un peu de la toile1 et regarder la peinture d'ensemble1 au lieu de me tenir pench sur elle avec un centimtre4 ,voil ce que je sentis de plus en plus1 mesure que j'avanais dans mon enqute6 ,mais1 avant d'en arriver l1 je m'tais plong l'aveugle dans le tourbillon affolant de la controverse4 ,j'ennuierais le lecteur en essayant de lui fournir une liste un peu complte de tous les ouvrages de controverse que j'ai lus1 pendant les huit derniers mois de ma priode anglicane4 ,je dvorais littralement tout ce que je pouvais trouver1 dans les deux camps4 ,je me nourrissais des livres du ,rvrend ,gore1 de ,richardson1 de ,pusey1 de ,ryder1 de ,littledale1 de ,puller1 de ,stone1 de ,percival1 de ,mortimer1 de ,mallock1 de ,rivington4 ,j'tudiais avec soin un manuscrit sur l'histoire du rgne d'lisabeth2 je prenais des notes en abondance2 et enfin je lisais le ,dveloppement de ,newman1 ainsi que la rponse de ,mozley4 ,je cherchais aussi l'interprtation de divers points chez les ,pres1 mais avec une espce de dsespoir1 en me sachant tout fait incomptent pour dcider1 l o de grands savants s'taient trouvs en dsaccord4 ,je dois avouer que toutes ces lectures m'ont troubl et dsol au dernier point4 ,ne valait-il pas mieux pour moi abandonner ces recherches poussireuses1 et rester paisiblement dans la situation o m'avait plac la ,providence divine8 ,aprs tout1 une renaissance extraordinaire de vie spirituelle s'tait produite1 rcemment1 dans l'glise d',angleterre1 et la nature de ma tche de missionnaire m'avait tout particulirement permis d'en constater les effets4 ,ne serait-ce pas une sorte de pch contre le ,saint-,esprit1 de tourner le dos une uvre aussi manifestement solide de la grce1 pour me mettre en qute de ce qui pourrait bien n'tre qu'un brillant et sduisant fantme8 ,,chapitre ,v ,,la ,,mont,e ,d,,cisive ,i ,par degrs1 cependant1 trois choses se dgagrent pour moi de ce bruyant tourbillon d'ides et crits4 ,la premire de ces trois choses fut une pense4 ,mon suprieur m'avait donn entendre que je m'exposais sans aucun doute au pch d'orgueil en me hasardant dresser mon opinion propre contre les vues d'hommes tels que ,pusey et ,keble1 d'hommes qui m'taient infiniment suprieurs en science1 en exprience1 et en valeur morale4 ,ces hommes avaient pntr dans toutes les questions qui m'occupaient1 les avaient explores bien plus profondment que je pouvais jamais esprer de le faire3 et ils taient arrivs la conclusion que les titres de ,rome n'taient point justifis1 et que l'glise d',angleterre formait1 tout au moins1 une partie de l'glise du ,christ4 ,or1 je compris clairement1 tout d'un coup1 ce que j'avais seulement souponn jusque-l3 savoir que si1 comme je le croyais1 l'glise du ,christ tait la voie divine du salut1 c'tait chose impossible que la dcouverte de cette voie ft une affaire d'intelligence ou d'rudition1 car1 ce prix1 le salut deviendrait plus facile pour l'homme adroit et possdant des loisirs que pour l'homme simple et n'ayant point le temps de longues rflexions4 ,et quant ce qui tait de la saintet d'hommes tels que ,pusey1 je me dis que1 somme toute1 le ,christ tait venu en ce monde pour sauver les pcheurs4 ,deux ou trois textes de l'criture commencrent m'apparatre en lettres de flamme4 ,il y aura un grand chemin1 crivait ,isae1 et le rachet y marchera4 ,celui qui s'y sera engag1 si mme il est sot1 ne risquera pas de s'garer4 ,d'autre part1 ,notre-,seigneur a dit3 ,une cit place sur une montagne ne saurait tre cache4 ,et encore3 ,a moins que vous deveniez pareils de petits enfants1 vous ne pourrez pas entrer dans le royaume des cieux6 ,ou bien encore3 ,je te remercie1 ,o mon ,pre1 de ce que tu as cach ces choses aux sages et aux prudents1 et les as rvles aux tout petits6 ,je ne saurais dcrire le soulagement que m'a apport cette pense4 ,je voyais maintenant que mes difficults intellectuelles ne constituaient pas du tout le vrai cur de l'affaire1 et que je n'avais aucun droit de me dcourager parce que je me savais infiniment infrieur d'autres qui avaient dcid contre la cause que je commenais reconnatre pour vraie4 ,l'humilit et la bonne foi1 je m'en rendais compte prsent1 avaient bien plus d'importance que toute l'rudition patristique4 ,et aussi commenai-je depuis lors1 bien plus encore qu'auparavant1 aspirer vers ces deux vertus1 et me remettre entre les mains de ,dieu4 ,tous les jours1 je pratiquais l'un des actes d'humilit recommands par saint ,ignace dans ses ,exercices spirituels4 ,en fait1 je crois mme que1 sous l'excs de la raction1 je courais un certain danger de retomber dans le quitisme4 ,mais alors deux livres vinrent mon secours1 le ,dveloppement de ,newman1 et la ,druption doctrinale de ,mallock4 ,il y eut aussi l'un des ,essais du ,pre ,carson qui me fut trs prcieux durant cette crise--celui qui traitait de la croissance de l'glise depuis son tat embryonnaire jusqu' sa pleine virilit2 car peut-tre tait-ce la doctrine de cet essai qui m'aidait le mieux rsoudre mes dernires difficults4 ,et enfin je dois citer le livre de ,m4 ,spencer ,jones sur l',angleterre et le ,saint-,sige1 ouvrage des plus remarquables1 crit par un homme qui est encore aujourd'hui pasteur de l'glise d',angleterre4 ,chacun de ces livres m'aidait sa faon1 non point peut-tre directement pour l'acquisition de ma foi nouvelle--car celle-ci se formait en moi aussi indpendamment de tout effort intellectuel que de tout attrait sentimental3 mais ces divers crits avaient pour moi l'avantage1 d'une part1 de dtruire les obstacles qui se dressaient entre ,rome et moi1 et d'autre part de dtruire les derniers vestiges de liens thoriques qui me rattachaient l'glise d',angleterre4 ,grce eux je commenais dsormais voir poindre nettement1 comme des montagnes travers une brume matinale1 les contours de ce que j'appellerai les vues gnrales des deux communions entre lesquelles je me trouvais partag4 ,,ii ,en premier lieu1 il y avait la vue gnrale de l'glise d',angleterre1 et de ses relations avec le christianisme4 ,ces relations1 comme je l'ai dit dj1 reposaient maintenant entirement sur ma thorie de l'glise diffusive4 ,or le livre de ,m4 ,mallock1 aprs avoir expos prcisment cette thorie avec une impartialit absolue1 la dmolissait de fond en comble4 ,aussitt que j'eus achev la lecture de ce livre1 je compris trop srement que je n'avais plus rien dire du point de vue anglican4 ,un seul espoir me restait dsormais1 et celui-l mme bien faible dans mon tat prsent3 l'espoir d'une retombe dans cette espce d'agnosticisme pieux qui est aujourd'hui le refuge d'un grand nombre de pasteurs anglais4 ,mais j'ai l'ide que1 avec cela1 si les autres livres que j'ai cits tout l'heure n'taient pas venus1 vers le mme temps1 me rvler trs nettement les contours de l'glise catholique1 j'aurais fait en sorte de retomber de mon mieux dans cet agnosticisme1 et en serais rest au point o j'tais1 en me confirmant par le souvenir de l'extrme confusion de l'histoire de l'glise et par ma connaissance positive des uvres incontestablement accomplies par ,dieu1 de nos jours1 dans la communion anglicane4 ,je n'ai pas dcrire tout au long l'argument de ,m4 ,mallock4 ,mais1 en un mot1 le voici3 la thorie de l'glise diffusive est bien considre par les ritualistes anglais comme le fondement de leurs croyances1 mais1 en ralit1 l'glise diffusive elle-mme repousse cette thorie4 ,rome1 ,moscou et ,cantorbry1 tout en s'accordant sur d'autres points1 sont expressment en dsaccord sur celui-l4 ,par consquent1 l'autorit laquelle ma thorie faisait appel se refuse implicitement me servir d'autorit2 et1 comme consquence dernire1 toute ma thorie n'est rien qu'une illusion4 ,plus d'une fois1 depuis lors1 j'ai sollicit une rponse cet argument de ,m4 ,mallock1 et jamais encore je n'en ai reu aucune4 ,tout au plus un savant et zl anglican a-t-il pu me dire que l'argument tait trop logique pour tre vrai1 et que le cur avait des raisons que la raison ne connaissait pas4 ,je commenai maintenant me tourner avec plus d'espoir vers les ouvrages constructifs4 ,dans celui de ,m4 ,spencer ,jones1 je trouvai une systmatisation mthodique des arguments qui m'aidait grandement claircir mes penses1 tandis que1 par ailleurs1 l',essai du ,pre ,carson m'offrait une sorte de variation brillante sur le grand thme de ,newman4 ,mais surtout c'tait le livre fameux de ,newman lui-mme qui1 comme un magicien1 effaant devant moi les derniers nuages1 me permettait d'apercevoir la ,cit de ,dieu dans toute sa force et toute sa beaut4 ,,iii ,cependant rien de tout cela ne contribua autant que la lecture des critures elles-mmes me renseigner sur la valeur positive des titres de ,rome4 ,de tous cts mes amis me disaient d'tudier la parole crite de ,dieu2 et1 en vrit1 c'tait le meilleur conseil que l'on pt me donner1 car mes amis et moi tions d'accord pour accepter les critures comme l'uvre inspire de ,dieu4 ,mais eux1 dans ces critures interprtes par ce qu'ils croyaient tre l'glise1 ils trouvaient la confirmation de leurs propres vues1 tandis que moi1 depuis que j'avais perdu confiance dans l'glise laquelle j'appartenais1 ou plutt depuis que j'avais cess de recevoir de cette glise la moindre interprtation positive qui et de quoi me satisfaire1 je me trouvais rduit aux critures toutes seules4 ,je pouvais lire indfiniment des livres de controverse1 et chouer dcouvrir les erreurs et faiblesses humaines qui les viciaient de part et d'autre2 certes1 je ferais mieux de m'adresser des crits o l'erreur n'existait pas4 ,et ainsi1 une fois de plus1 je me tournai vers le ,nouveau ,testament1 en essayant d'y trouver un fil qui rassemblerait toutes mes croyances1 une autorit vivante qui me renseignerait sur les titres authentiques de cette autre autorit que des motifs tout humains me montraient comme la plus consistante de toutes1 l'autorit du successeur de saint ,pierre prtendant au droit d'tre le ,prcepteur et le ,matre de tous les chrtiens4 ,on m'a dit alors1 naturellement1 que j'avais trouv dans le ,nouveau ,testament ce que j'esprais y trouver2 que j'avais dj accept entirement les titres de ,rome1 que1 par suite1 je m'tais entran conclure que les critures les confirmaient aussi4 ,de telle sorte que l'on me prescrivait de m'adresser de nouveau aux thologiens pour l'interprtation de l'criture1 c'est--dire1 en fait1 de revenir ce mme chaos de tmoignages qui d'ailleurs1 dans l'ensemble1 m'avaient paru plutt appuyer la position romaine1 mais dont on m'avait conseill auparavant de me dgager pour ne plus interroger que la propre parole de ,dieu4 ,et cependant que pouvais-je faire1 sinon de tcher honntement rechercher1 dans le livre divin1 les preuves des seuls titres qui me semblaient la fois cohrents1 raisonnables1 historiques1 pratiques1 et mme ncessaires d'une ncessit intrinsque8 ,aprs quoi je n'ai pas besoin de dire que j'ai trouv dans les critures une confirmation bien plus vidente et facile des titres de l'autorit du pape que de bien d'autres doctrines que j'tais pleinement dispos accepter comme m'tant affirmes par les ,saintes critures4 ,des dogmes tels que celui de la ,sainte ,trinit1 des sacrements tels que celui de la ,confirmation1 et des institutions telles que celle de l'piscopat1 toutes ces choses peuvent en vrit1 pour l'anglican aussi bien que pour le catholique1 tre dcouvertes dans l'criture1 si l'on veut creuser celle-ci pour les dcouvrir4 ,mais les titres des successeurs de ,pierre1 eux1 n'ont pas besoin que l'on creuse pour les dcouvrir3 ils s'talent devant nous comme un grand diamant1 rayonnant la surface1 pour peu que l'on ait frott ses yeux et qu'on se soit dlivr de toute prvention anti-catholique4 ,jsus dclare que sur ,pierre il btira son glise3 il enjoint ce mme ,pierre1 au lendemain de son plus grave pch1 de patre ses brebis4 ,il fait cela comme ,bon ,pasteur1 et1 comme ,porte1 il donne ,pierre les clefs de son glise4 ,j'ai trouv en tout vingt-neuf passages des critures o les prrogatives de ,pierre sont tout au moins impliques1 et je n'en ai pas trouv un seul qui leur ft contraire1 ou incompatible avec leur admission4 ,j'ai1 d'ailleurs1 reproduit ces passages dans une petite brochure1 crite peu de temps aprs ma conversion4 ,il est1 naturellement1 tout fait impossible pour moi de dsigner telle ou telle de ces diverses lectures comme tant celle qui m'a dcidment convaincu4 ,au reste1 ce n'est pas un argument qui m'a convaincu1 non plus qu'un sentiment qui m'a pouss4 ,je me suis trouv simplement conduit par l',esprit de ,dieu vers un terrain d'o il m'est devenu ais de voir les faits tels qu'ils taient4 ,mais je n'en suis pas moins forc de reconnatre que c'est surtout le livre de ,newman qui m'a indiqu les faits1 qui a transport mon regard de tel point tel autre1 et qui m'a montr de quelle manire le glorieux monument tout entier se dressait sur les fondements immuables de l'vangile1 pour s'lever de l jusque dans le ciel4 ,,iv ,dans ce livre de ,newman je voyais--pour adopter une autre image--l'pouse mystique du ,christ croissant par degrs de l'enfance l'adolescence1 grandissant la fois en taille et en sagesse1 n'acqurant point de connaissances nouvelles1 mais dveloppant celles qu'elle avait ds l'abord1 et renforant ses membres et tendant ses mains2 changeant parfois d'aspect et de langue1 recourant tantt une forme d'expression humaine et tantt une autre pour traduire de plus en plus compltement sa pense2 et tirant de son trsor des choses qui lui avaient appartenu depuis le premier jour1 et toujours pntre de l'esprit de son poux1 et toujours souffrant comme ,il l'avait fait4 ,elle aussi1 l'pouse1 elle avait t trahie et crucifie4 ,elle avait eu mourir chaque jour1 comme son poux4 ,elle avait t raille1 nie1 mprise4 ,elle avait t dpouille de ses vtements1 et n'en tait apparue que plus glorieuse1 comme une vraie fille de roi4 ,elle avait t mise au tombeau1 recouverte d'une pierre par les pouvoirs sculiers1 et puis tait ressuscite en de merveilleux jours de ,pques4 ,elle avait pass par des portes que l'on croyait fermes jamais2 elle avait tal ses banquets mystiques dans d'humbles mansardes et au bord de la mer2 et surtout elle tait monte par del les nuages1 pour aller demeurer dans le royaume cleste avec ,celui qui tait son poux et son ,dieu4 ,l'une aprs l'autre1 mes difficults s'vanouissaient mesure que je contemplais cette glise4 ,je voyais maintenant de quelle faon il tait ncessaire que ses aspects extrieurs changeassent1 et que l'enfant tortur des catacombes semblt trs diffrent de la ,mre et ,matresse rgnante des glises4 ,je voyais aussi comment il n'y avait pas jusqu' sa constitution qui ne dt subir un changement apparent2 comment ses membres1 qui d'abord s'taient mus gauchement et avec des allures spasmodiques1 avaient d devenir de plus en plus dirigs par la ,tte visible1 mesure qu'elle acqurait plus de forces2 comment les grands gestes nafs des premiers ,conciles avaient d peu peu voluer vers la voix sereine qui1 maintenant1 sortait de ses lvres2 comment le sens implicite des premiers sicles avait d s'exprimer avec de plus en plus de prcision1 mesure que l'glise avait pris l'habitude de parler aux hommes de ce qu'elle savait depuis le commencement2 et comment elle continuait de nos jours proclamer le principe sur lequel son action tait fonde de tout temps1 savoir que1 dans les matires qui concernaient le contenu vital de son message1 sa ,tte se trouvait inspire1 pour la protger1 de ce mme ,esprit de vrit qui d'abord avait form son corps dans le sein de l'humanit4 ,je ne dis pas que toutes mes difficults s'en soient alles d'un seul coup4 ,non1 et en fait1 je ne pense pas qu'il y ait aujourd'hui un seul catholique qui ose dire qu'il ne rencontre pas de difficults autour de sa foi3 mais je comprenais ds lors que dix mille difficults n'arrivent pas constituer un doute4 ,il restait toujours encore les vieux problmes ternels du pch et de la volont libre3 mais pour celui qui1 une fois1 a plong ses yeux dans ceux de la grande ,mre1 ces problmes ne sont plus rien1 car celui-l comprend que la ,mre sait1 si nous ignorons2 qu'elle sait1 mme si elle ne dit pas qu'elle sait2 et qu'au dedans d'elle1 quelque part1 tout au fond de son grand cur1 rside la science infinie de ,dieu4 ,ainsi1 pour la premire fois1 ma conception idale de l'glise du ,christ m'apparaissait prsent pleinement ralise dans ce que j'avais coutume d'appeler l'glise de ,rome4 ,et que si1 ensuite1 je me retournais et regardais de nouveau l'glise d',angleterre1 je dcouvrais une diffrence extraordinaire4 ,ce n'tait pas que mon ancienne glise et cess de me paratre aimable4 ,je continue l'aimer maintenant encore1 de la manire dont on peut aimer un ami tout en se rendant compte de ce qu'il a en soi de peu satisfaisant4 ,l'glise d',angleterre m'apparaissait doue de cent vertus1 d'une langue dlicate1 d'un esprit potique2 un parfum charmant s'exhalait d'elle2 elle tait infiniment sduisante et touchante2 elle avait l'avantage de demeurer dans la pnombre de son vague1 comme aussi d'habiter de superbes demeures1 encore qu'elle ne les et pas construites elle-mme2 elle avait certaines faons gracieuses1 certains modes d'expression d'une douceur exquise2 sa musique et sa posie me semblent1 aujourd'hui encore1 extrmement belles2 et puis1 par-dessus tout1 elle tait la mre nourricire de beaucoup de mes meilleurs amis1 et pendant plus de trente ans elle m'avait lev et nourri1 moi aussi1 avec une bont pleine d'indulgence4 ,a coup sr1 je n'avais pas l'ingratitude de mconnatre ses mrites3 mais c'tait chose entirement impossible pour moi de continuer la rvrer comme la divine matresse de mon me4 ,il est vrai qu'elle m'avait nourri des meilleurs aliments qu'elle possdt1 et que ,notre-,seigneur avait joint ces dons1 qui me venaient d'elle1 d'autres dons meilleurs encore qui ne me venaient que de ,lui2 et c'tait elle1 en outre1 qui m'avait toujours men vers ,lui1 le dsignant mon attention beaucoup plus que soi-mme4 ,mais tout cela ne suffisait pas faire d'elle ma reine1 ni non plus ma mre1 et1 en fait1 sur bien des sujets1 elle m'avait tromp1 non point par sa faute1 mais en raison de l'infortune de sa propre nature4 ,lorsque je l'avais interroge sur les fondements de la vie que je menais sous sa protection1 elle n'avait pas pu rpondre4 ,elle m'avait dit simplement de rester en repos et de l'aimer2 or1 cela n'tait pas assez pour moi4 ,une me ne peut pas se satisfaire indfiniment de pure bont1 ni d'un murmure apaisant1 ni du chant des hymnes2 et il y a une libert qui constitue un esclavage plus intolrable que la plus lourde des chanes4 ,tel que j'tais1 moi1 je ne dsirais nullement pouvoir aller d'un ct ou de l'autre selon mon propre gr2 ce que je dsirais1 c'tait de savoir dans quelle voie ,dieu voulait que j'allasse4 ,je n'avais aucun besoin d'tre libre pour pouvoir changer mon gr ma conception de la vrit3 mais plutt j'avais besoin d'une vrit qui1 elle-mme1 pt me rendre libre4 ,je n'avais pas besoin des larges chemins du plaisir1 mais du chemin troit qui est la ,vrit et la ,vie4 ,et1 pour toutes ces choses1 l'glise d',angleterre tait hors d'tat de m'aider4 ,ainsi je la voyais1 mon ancienne matresse1 aimante et touchante1 me retenant son service par tous les liens humains2 tandis que de l'autre ct1 dans un rayonnement d'aveuglante lumire1 je voyais l'pouse du ,christ1 dominante et imprieuse1 mais avec un regard dans ses yeux et un sourire sur ses lvres qui ne pouvaient natre que d'une vision cleste4 ,et celle-l m'appelait son service non point parce qu'elle avait jamais rien fait pour moi1 non point1 comme l'autre1 parce que j'tais un ,anglais pris des manires anglaises1 mais simplement et uniquement parce que j'tais un enfant de ,dieu1 et parce qu' elle ,dieu avait dit3 ,prends cet enfant et nourris-le pour moi1 et je te donnerai tes gages6 ,parce que1 simplement et uniquement1 elle tait l'pouse de ,dieu1 et que1 moi1 j'tais un fils de son divin poux4 ,si1 dans ce choix1 j'avais hsit et que je fusse revenu celle que je connaissais et aimais1 de prfrence celle que1 jusqu'alors1 je voyais seulement et redoutais de loin1 je comprenais que je serais tomb1 sans l'ombre d'un doute1 sous le poids de cette condamnation prononce par mon divin ,matre3 ,a moins qu'un homme abandonne son pre et sa mre1 et tout ce qu'il possde1 il ne peut pas tre mon disciple6 ,si bien que1 ds le dbut de l't1 j'allai trouver mon suprieur1 je lui exposai1 une fois de plus1 mon tat d'esprit1 et j'obtins de lui la permission d'aller passer quelques mois dans la maison de ma mre1 pour me reposer et pour rflchir4 ,,chapitre ,,vi ,,les ,,derniers ,,pas ,i ,je revins chez ma mre dans un tat assez trange1 mais coup sr profondment misrable4 ,pour rsumer en un mot une foule de symptmes que je ne puis songer mettre sous les yeux du lecteur1 je me sentais compltement puis au point de vue spirituel4 ,une seule chose m'apparaissait avec une clart absolue1 autant du moins que je restais capable d'une vision intellectuelle3 c'tait que j'avais le devoir de me soumettre ,rome4 ,c'est aussi ce que je fis comprendre ma mre1 pour laquelle je n'avais pas eu de secrets depuis le premier jour2 et je me rendis volontiers la proposition qu'elle me fit1 d'ajourner toute rsolution jusque vers la fin de mai1 afin de me laisser le temps et le repos ncessaires pour une raction possible4 ,pendant ce temps1 il m'est arriv plus d'une fois de clbrer encore la communion anglicane dans la petite chapelle de notre maison1 et cela pour des motifs que j'ai dj expliqus3 mais1 avec le consentement de mon suprieur1 je refusai obstinment d'aller prcher o que ce ft1 en dclarant que1 pour le moment1 je traversais une crise d'o allaient dpendre tous mes plans pour l'avenir4 ,aussi bien tait-il parfaitement exact que je me trouvais1 ce moment1 dans une priode d'indcision totale1 quant la suite de ma vie religieuse2 car ma confiance dans le jugement de mes suprieurs et dans celui de ma mre aurait dj suffi pour me faire admettre la possibilit d'un changement qui me ramnerait mon ancienne manire de voir4 ,matriellement1 j'tais toujours encore un membre de la communaut anglicane de la ,rsurrection2 je rcitais mon office avec une rgularit parfaite1 et observais les autres dtails de la rgle de notre communaut4 ,ds lors1 pourtant1 j'avais fait part quelques amis intimes de ce que je considrais comme devant m'arriver4 ,,ii ,au cours de mes lectures de l'hiver prcdent1 j'avais tudi avec un plaisir tout particulier un certain manuscrit du temps d'lisabeth dont j'ai dj fait mention1 et o se trouvaient dcrites des scnes de la vie religieuse de cette priode4 ,la peinture contenue dans ce livre m'avait laiss un souvenir trs vivant1 et maintenant1 pendant mon sjour chez ma mre1 je me demandai si je ne ferais pas bien de tenter une sorte de roman historique sur le mme sujet1 par manire de soupape de sret mes troubles intrieurs4 ,d'o rsulta que1 bientt1 je me vis plong tout entier dans la confection d'un roman publi par moi plus tard sous le titre de ,par quelle ,autorit8 ,la prparation de ce roman m'excita un degr extraordinaire4 ,je travaillais au moins huit ou dix heures chaque jour1 tantt crivant1 tantt lisant et annotant tous les livres et toutes les brochures historiques sur lesquels je pouvais mettre la main4 ,je dcouvrais des passages dans des revues1 des phrases isoles dans de vieux livres1 et je recueillais tout cela1 et m'arrangeais pour le faire figurer parmi les matriaux qui devaient me servir la mise au point de mon livre4 ,ds le dbut de septembre1 celui-ci se trouvait aux trois quarts achev4 ,j'aurais bien des dfauts relever aujourd'hui dans ce roman4 ,il est beaucoup trop long1 et d'un sentimentalisme inutile1 et beaucoup trop encombr de dtails historiques3 mais surtout l'atmosphre mentale que j'ai dpeinte dans mon rcit y est au moins d'un sicle en avance3 car ce n'est gure que sous les rgnes des deux ,charles ,stuart que les hommes ont pens et senti comme je les ai reprsents pensant et sentant sous le rgne d'lisabeth4 ,il n'y a que deux points sur lesquels mon ancien roman me satisfasse encore3 ,il a1 je crois bien1 une certaine fracheur assez agrable1 et en second lieu il est d'une exactitude tout fait irrprochable sous le rapport des faits historiques4 ,jamais1 en tout cas1 je n'ai pu dcouvrir1 sous ce rapport1 la moindre assertion errone1 ce qui s'explique d'ailleurs par le soin et le scrupule extrmes avec lesquels je m'occupais de la justesse d'une foule de dtails absolument insignifiants pour l'ensemble de la vrit historique4 ,mais surtout je suis reconnaissant ce livre d'avoir trs bien jou le rle en vue duquel je m'tais mis l'crire4 ,sa rdaction a t vraiment1 pour mon me inquite d'alors1 une soupape de sret infiniment prcieuse1 et je me demande parfois ce qui aurait pu m'arriver si je ne m'tais pas avis d'un tel moyen de m'abstraire1 en quelque sorte1 de moi-mme#e4 #e ,le roman intitul3 ,par quelle ,autorit8 a t traduit en franais1 il y a quelques annes1 et publi la librairie ,lethielleux4 ,mais j'avais beau attendre et ne plus rflchir3 de plus en plus1 ma rsolution se dessinait clairement devant moi4 ,dans tous ces livres d'histoire que je lisais1 je retrouvais les anciens fondements catholiques de l'glise d',angleterre ressortant du sol1 comme ces contours de vieux murs dmolis que l'on aperoit parmi le gazon d'une verte prairie4 ,je commenais m'tonner de plus en plus d'avoir pu imaginer jamais que ma communion anglicane ft identique la vieille glise d',angleterre4 ,c'est ainsi que1 depuis plusieurs annes dj1 j'avais prtendu dire la messe en clbrant notre office du matin1 et affirmer que le sacrifice de la messe avait toujours t regard comme l'une des doctrines essentielles de l'glise d',angleterre2 et voici que1 sous le rgne d'lisabeth1 des prtres taient punis de mort simplement pour le crime d'avoir fait ce que j'avais prtendu faire au nom de l'glise qui les perscutait6 ,j'avais suppos que nos tables de communion en bois taient des autels2 et voici que1 au temps des ,tudor1 les vieilles pierres des autels avaient t renverses et dlibrment outrages par les dignitaires de l'glise laquelle j'appartenais encore officiellement6 ,les choses qui m'taient les plus chres ,mierfield1 les vtements sacerdotaux1 les crucifix1 les chapelets1 tout cela sous lisabeth avait t solennellement dnonc comme des objets sacrilges et des emblmes de superstition6 ,je m'tonnais d'avoir pu me tromper ce point1 et le fait est que1 ds avant l'achvement de mon livre1 j'ai mme tout fait renonc clbrer l'office de communion4 ,,iii ,pendant cet t pass chez ma mre1 celle-ci avait obtenu de moi que j'allasse consulter trois membres minents de l'glise d',angleterre3 un pasteur de paroisse des plus connus1 un haut dignitaire et un lac non moins renomm4 ,tous les trois se sont montrs mon gard d'une bont touchante2 et je dois reconnatre1 par-dessus tout1 que pas un seul d'entre eux ne m'a fait le reproche de dloyaut envers la mmoire de mon pre4 ,ils comprenaient tous les trois que1 dans des circonstances comme celles qui me proccupaient1 un tel argument ne pouvait entrer en ligne de compte4 ,le pasteur de paroisse ne produisit absolument aucun effet sur moi4 ,il tenta peine de discuter1 et ne me dit presque rien que je puisse me rappeler1 cela prs qu'il attira mon attention sur l'incontestable renaissance de la vie spirituelle dans l'glise d',angleterre1 durant les derniers temps4 ,or1 comme je crois l'avoir dit1 c'tait l un argument qui1 mes yeux1 prouvait simplement que ,dieu rcompensait le surcrot de zle par un surcrot de bndiction4 ,mon interlocuteur lui-mme m'offrait un excellent exemple d'un zle ainsi rcompens4 ,et quant au fait que1 cette renaissance spirituelle s'tant accompagne de tendances une conception plus sacramentelle1 l'on pouvait trouver l un tmoignage en faveur de la validit des sacrements anglicans1 il y avait longtemps que cet argument-l avait cess de me toucher4 ,car1 en premier lieu1 la mme renaissance avait eu lieu parmi les presbytriens1 et sans que les anglicans de la ,haute-glise en tirassent argument pour accepter la validit des ordres presbytriens2 et puis1 en second lieu1 il tait naturel que la renaissance revtit cette forme parmi les anglicans1 puisque leur ,livre de prires les dirigeait expressment en ce sens4 ,le haut dignitaire1 en compagnie duquel je passai quelques jours1 et qui1 lui aussi1 me fit voir une indulgence et une amabilit extrmes1 n'tait point parvenu1 je crois1 comprendre ma vritable position religieuse4 ,il me demanda s'il n'y avait pas1 dans l'glise romaine1 des dvotions l'gard desquelles je sentisse une rpugnance4 ,je dus lui rpondre qu'en effet il y en avait quelques-unes1 et notamment les dvotions populaires la ,vierge4 ,sur quoi mon hte tmoigna d'une grande surprise la pense que je pusse srieusement envisager la perspective de me soumettre une communion o je risquais d'avoir employer des mthodes de culte dsapprouves par moi4 ,en vain j'essayai de lui expliquer que je me proposais de devenir catholique romain non point parce que j'tais attir par les coutumes de l'glise romaine1 mais parce que je croyais que cette glise tait l'glise de ,dieu2 et que1 par suite1 si mes opinions sur des dtails accessoires diffraient de celles de l'glise1 c'tait tant pis pour moi2 mais que1 en fait1 j'allais tcher touffer en moi le plus possible ces dernires rpugnances1 car j'entendais aller vers ,rome non point comme un critique ni un prcepteur1 mais bien comme un enfant et un lve4 ,mon hte me sembla juger ce point de vue quelque peu immoral4 ,a ses yeux1 videmment1 la religion tait plus ou moins une affaire de choix et de got individuels4 ,mes entretiens avec lui illustrrent en moi1 une fois de plus1 ma conviction de l'impossibilit pour l'glise d',angleterre de remplir sa mission de corps enseignant1--c'est--dire la principale mission pour laquelle le ,christ a institu son glise4 ,voici1 en effet1 que l'un des principaux directeurs de l'glise d',angleterre admettait1 presque la faon d'un axiome1 que je devais me borner n'accepter que les seuls dogmes qui1 individuellement1 se trouvaient convenir ma raison ou mon naturel6 ,d'une manire tacite1 donc1 il ne reconnaissait l'glise aucun pouvoir d'autorit1 aucun droit d'exiger une soumission intellectuelle2 tout de mme que1 dcidment1 il n'tablissait aucune distinction relle entre la religion naturelle et la religion rvle4 ,le ,christ1 selon lui1 n'avait pas rvl de vrits positives auxquelles nous fussions tenus de nous soumettre sur-le-champ1 sans hsitation1 partir du moment o nous acceptions le ,christ comme ,matre divin4 ,ou bien1 si mon expression est trop forte1 je dirai que le prlat en question niait l'existence1 ici-bas1 d'une autorit capable de proposer d'une manire formelle les vrits de la ,rvlation1 et1 du mme coup1 dpouillait celle-ci de tous titres la soumission complte des hommes4 ,enfin le lac1 chez qui j'ai galement demeur quelques jours1 tait un ami de mes parents qui1 bien des fois dj auparavant1 m'avait tmoign la plus affectueuse bont4 ,cette fois1 il a mis le comble son obligeance envers moi1 et je ne saurais assez dire combien j'ai t mu de sa sympathie4 ,avec une clart merveilleuse il a tal devant moi le plan tout entier des deux partis entre lesquels j'avais choisir4 ,il m'a dclar que1 si vraiment je croyais que le pape tait le centre ncessaire de l'unit chrtienne1 sans aucun doute j'tais tenu de me soumettre lui sur-le-champ2 mais en mme temps il m'a engag me bien assurer qu'il en tait ainsi1 et ne pas me soumettre simplement parce que je considrais le pape comme tant d'une aide trs prcieuse pour cette unit4 ,il m'a dit en outre que1 lui-mme1 il estimait que le pape tait l'aboutissement naturel du dveloppement ecclsiastique2 que1 ses yeux1 le pape tait bien le ,vicaire du ,christ jure ecclesiastico1 mais non jure divino2 et il a ajout que1 sauf le cas o je me sentirais absolument sr de ce jure divino--qu'il ne pouvait pas admettre pour son compte--je serais beaucoup plus heureux en restant dans l'glise d',angleterre1 et aurais chance d'y tre beaucoup plus utile pour les progrs de l',unit chrtienne4 ,c'taient l toutes choses infiniment sages1 me semblait-il1 et auxquelles je ne pouvais refuser mon adhsion4 ,un hasard singulier avait amen chez mon hte1 en mme temps que moi1 un prlat qui avait eu une grande influence sur ma vie passe4 ,ce prlat connaissait le motif de mon sjour chez notre ami commun3 mais je n'ai pas souvenir d'en avoir jamais caus avec lui4 ,aprs mon retour chez ma mre1 mon hte m'a envoy une nombreuse srie de documents privs des plus intressants1 toujours avec l'espoir de m'amener changer de rsolution4 ,je lus ces documents--qui ont t publis depuis lors--et les renvoyai3 mais je dois ajouter que leur lecture n'a pas russi m'affecter le moins du monde4 ,vers la fin de juillet1 je me trouvais1 une fois de plus1 profondment fatigu d'esprit et de corps4 ,j'tais en outre tout dsol de l'ultimatum qui m'tait arriv de ,mierfield1 la fois parfaitement paternel et d'une grande fermet1 me signifiant que je devais ou bien revenir pour l'assemble annuelle de la communaut1 ou bien me considrer dsormais comme ne faisant plus partie de celle-ci4 ,le frre qui avait reu la commission de m'crire cet ultimatum avait t1 autrefois1 mon compagnon de noviciat1 et j'avais vcu avec lui dans des termes d'une intimit toute particulire4 ,le ton de sa lettre laissait deviner une vritable dtresse2 et c'est galement avec une dtresse navrante que je dus lui annoncer1 en rponse1 l'impossibilit pour moi de revenir la date fixe4 ,jamais depuis lors je n'ai plus eu de nouvelles de mon ancien ami jusqu' ce que1 un jour1 le hasard nous et fait nous rencontrer dans un train4 ,nous nous sommes alors entretenus longuement de maints sujets1 et j'ai remport de cette rencontre l'espoir d'un recommencement de notre amiti de jadis4 ,mais1 depuis lors1 le frre susdit s'est de nouveau refus me connatre1 en donnant pour raison de ce refus que je montrais trop d'amertume dans les controverses publiques4 ,vers le mme temps o j'avais d rpondre ,mierfield1 j'avais aussi poursuivre une autre correspondance1 peine moins pnible4 ,un haut dignitaire de l'glise d',angleterre1 qui occupait un sige historique et avait t de tout temps l'ami de ma famille1 n'avait pu apprendre la situation o je me trouvais sans prouver le besoin de m'crire une lettre minemment bonne et tendre1 par laquelle il m'invitait venir passer quelque temps auprs de lui4 ,je lui avais rpondu qu'en effet j'tais trs troubl dans ma quitude religieuse1 mais que j'avais dj tudi la question jusqu' l'extrme limite de mes forces1 de telle manire que je ne me sentais plus capable d'entamer une discussion nouvelle4 ,or1 le ton de ma lettre1 sans doute1 aura permis de supposer que1 malgr tout1 les convictions auxquelles j'avais abouti pouvaient encore tre modifies2 car le fait est que le dignitaire susdit m'crivit une seconde lettre1 toujours aussi affectueuse2 et de l1 je ne sais trop comment1 une longue correspondance s'engagea qui me contraignit parcourir dans toute sa largeur1 une fois de plus1 le terrain que j'avais eu traverser plusieurs mois auparavant4 ,enfin je me vis forc de dclarer nettement mon vnrable correspondant que ma dcision intellectuelle tait tout fait inbranlable3 sur quoi je reus en rponse une ou deux lettres du ton le plus vif1 o le haut dignitaire anglican me disait que1 si seulement je voulais prendre la peine d'aller travailler nergiquement dans une paroisse des faubourgs de ,londres1 toutes mes difficults ne tarderaient pas disparatre4 ,il aurait pu1 tout aussi bien1 me dire d'aller enseigner la religion bouddhiste6 ,dans sa dernire lettre1 il me prophtisait que l'une des trois choses suivantes ne manquerait pas de m'arriver3 ou bien 7ce qu'il esprait7 je reviendrais bientt l'glise d',angleterre et regagnerais ma sant morale2 ou bien 7ce qu'il craignait7 je perdrais compltement ma foi chrtienne2 ou bien enfin 7ce qu'il semblait redouter bien plus encore7 je deviendrais un romaniste endurci et obstin4 ,il paraissait impossible ce membre prpondrant de l'glise anglicane que la foi et l'ouverture d'esprit d'un homme raisonnable pussent survivre sa conversion au catholicisme4 ,j'ai d'ailleurs dtruit aussitt sa lettre2 mais j'ai la conviction de ne rien dire ici qui ne traduise exactement l'tat d'esprit qu'il faisait voir4 ,,iv ,afin de me distraire de tout cela1 je partis ensuite pour une promenade solitaire de quelques jours1 bicyclette1 dans le ,sud de l',angleterre4 ,j'tais vtu en lac1 et m'arrtai d'abord la ,chartreuse de ,saint-,hugues1 ,parkminster1 o j'avais une lettre de recommandation pour l'un des moines1 qui lui-mme tait un ancien pasteur anglican converti4 ,ce moine me reut trs courtoisement3 mais ma visite eut pour effet d'ajouter encore1 si c'tait possible1 ma dpression4 ,le chartreux ne parut pas comprendre que1 en ralit1 je ne demandais qu' tre instruit1 et ne venais pas en critique1 mais bien plutt en enfant4 ,de telle sorte que je me sentis tout dsespr en reprenant mon voyage1 et fus trop heureux de pouvoir me reposer1 le dimanche suivant1 dans un htel de ,chichester4 ,ce fut l que1 dans une petite glise vis--vis de la cathdrale1 je fis pour la dernire fois ma confession d'anglican1 en avouant d'ailleurs trs franchement au confesseur que j'tais dsormais peu prs sr de devenir bientt catholique romain4 ,le confesseur ne m'en donna pas moins1 trs gracieusement1 son absolution1 aprs quoi il me conseilla de prendre sur moi4 ,pour la dernire fois aussi1 ce jour-l1 j'assistai en anglican aux offices de la cathdrale et reus la communion3 car j'estimais encore qu'il tait de mon devoir de recourir toutes les sources possibles de grce qui taient ma porte4 ,le lundi1 je couchai ,lewes1 puis me rendis ,rye1 o1 la table d'hte du ,roi ,georges1 j'eus une longue conversation avec un inconnu que je crus bien tre un certain acteur assez clbre4 ,je l'entretins presque uniquement de l'glise catholique1 qu'il me parut aussi aimer1 distance3 mais je ne lui dis rien de mes intentions1 et du reste1 en fait1 ce fut lui qui parla presque tout le temps4 ,le lendemain1 je revins chez ma mre en passant par ,mierfield1 et en jetant des regards d'une envie bien cruelle sur les murs du couvent1 pendant que mon chemin m'amenait les longer4 ,je me souviens galement de m'tre arrt quelques minutes dans une trs belle petite glise catholique1 sombre et recueillie1 que j'avais rencontre l'improviste au fond d'une valle1 par ce beau jour d't tout rayonnant de lumire4 ,pourquoi je ne m'tais pas dj soumis ,rome ds ce moment1 c'est ce qui me parat aujourd'hui assez difficile expliquer4 ,les motifs qui m'en avaient empch taient1 je crois bien1 les suivants4 ,en premier lieu1 il y avait le dsir de ma mre et de toute ma famille1 me demandant de m'accorder tous les dlais et de rechercher toutes les occasions qui auraient chance d'amener pour moi un changement d'tat d'esprit1 parmi des milieux nouveaux2 et ce dsir1 lui seul1 aurait suffi pour me retenir pendant quelque temps1 car je tchais de mon mieux tre docile et recueillir jusqu'aux moindres indications qui pouvaient me venir de ,dieu4 ,en second lieu1 il y avait mon propre tat d'esprit1 qui1 malgr la parfaite conviction intellectuelle o j'tais arriv1 n'en restait pas moins assez troubl4 ,il serait inconvenant pour moi d'essayer de le dcrire en dtail3 mais la somme totale de mes impressions d'alors tait la sensation d'un immense dsert spirituel dans lequel je me trouvais plong1 et que dominait l'horizon la ,cit de ,dieu1 aperue aussi clairement que des montagnes avant la pluie4 ,cette cit tait l devant moi1 vivante et imposante comme une rvlation1 et je me tenais en face d'elle1 et la contemplais1 tout en me demandant si ce n'tait pas un mirage1 ou parfois mme si ce n'tait pas un monument illusoire construit par le dmon pour me perdre4 ,le cardinal ,newman a une phrase qui me semble dfinir excellemment ma condition mentale de cette priode4 ,je savais que l'glise catholique tait l'glise vritable3 mais je ne savais pas encore absolument que je le savais4 ,je n'avais aucune espce d'attraction sentimentale vers cette glise1 aucune espce d'illusions personnelles son sujet4 ,je savais parfaitement qu'elle tait humaine aussi bien que divine1 et que des crimes avaient t commis l'intrieur de ses murs2 et que ses voies et coutumes1 et que la langue de ses citoyens seraient toutes diffrentes de celles de la chre cit natale que j'avais dsormais abandonne2 et que j'y trouverais de la duret1 des manires nouvelles pour moi1 mme des soupons et du blme4 ,mais1 avec tout cela1 cette glise tait divine2 elle tait construite sur la ,pierre des pierres2 ses fondements taient de diamant1 mme ses rues avaient la duret de l'or2 et je savais que l',agneau tait la lumire qui l'illuminait4 ,pourtant1 me mettre en route vers ses portes tait1 pour moi1 une tche trs pnible4 ,je n'avais aucune nergie1 aucune impression de bienvenue ni d'exaltation joyeuse2 je connaissais peine trois ou quatre des habitants de la demeure o j'aurais pntrer4 ,et je me sentais mortellement fatigu4 ,heureusement1 ,dieu eut trs vite piti de moi4 ,aujourd'hui encore1 je serais en peine de dire exactement ce qui a prcipit la dmarche finale4 ,le monde entier me semblait accabl d'une espce de paralysie2 moi-mme ne pouvais pas faire un mouvement1 et il n'y avait rien ni personne pour me suggrer de bouger444 ,et cependant1 au dbut de septembre1 j'annonai ma mre que j'allais crire un prtre catholique de ma connaissance1 pour me remettre entre ses mains4 ,ce prtre1 qui lui aussi tait un anglican converti1 se prparait entrer dans l'ordre des ,dominicains2 et c'est ainsi qu'il me recommanda l'un des moines de cet ordre1 le ,pre ,rginald ,buckler1 qui se trouvait alors ,woodchester4 ,deux ou trois jours aprs1 je reus une lettre m'apprenant que l'on m'attendait au prieur de ,woodchester2 et le lundi #g octobre1 en costume laque1 je me mis en route pour m'y rendre4 ,ma mre vint me dire adieu la gare4 ,,chapitre ,,vii ,l',,arriv,e ,i ,je ne crois pas que personne soit jamais entr dans la ,cit de ,dieu avec aussi peu d'motion que moi4 ,j'avais l'impression d'tre devenu absolument insensible2 et je n'prouvais ni joie ni tristesse1 ni crainte ni exaltation4 ,je voyais devant moi la ,vrit1 se dressant l comme un pic neigeux1 et j'avais me rendre vers elle4 ,jamais1 ft-ce une seule minute1 jamais je n'avais dout de cela depuis le moment o je m'en tais convaincu2 et je n'ai pas besoin de dire que jamais1 non plus1 je n'en ai dout dans la suite4 ,j'essayais bien de rchauffer cette froideur qui m'avait envahi3 mais tous mes efforts chouaient plat4 ,j'tais comme quelqu'un qui abandonnerait l'clat d'une lumire artificielle--au sortir d'un salon illumin et chaud1 merveilleusement agrable et commode--pour pntrer dsormais dans un monde de ple lumire naturelle4 ,j'avais chang une erreur qui m'tait familire et douce contre une certitude qui n'avait pour moi que d'tre ce qu'elle tait4 ,en un mot1 j'tais profondment apathique1 et sans ombre d'une illusion sentimentale4 ,,ii ,j'arrivai ,stroud vers le soir1 aprs avoir rcit en chemin1 pour la dernire fois1 mon office anglican4 ,puis un omnibus me conduisit lentement ,woodchester1 qui est quelques milles de l4 ,ce voyage en omnibus me parut aussi lugubre que tout le reste1 encore que la rgion soit vraiment trs belle4 ,une longue valle serpente entre des hauteurs qui1 sur les deux cts1 rappellent trangement certains paysages d',italie4 ,l'omnibus avanait lentement1 interminablement4 ,j'coutais1 presque sans comprendre1 les explications d'un vieil homme avec un visage rose1 et je me souviens d'avoir t agac par le bruit que faisaient une paire d'enfants4 ,mais rien de tout cela ne me semblait avoir la moindre importance4 ,un frre lai m'attendait1 au pied du petit sentier pierreux et abrupt qui monte de la route au ,prieur2 et ce fut en sa compagnie que je gravis le sentier4 ,prs de la porte de la chapelle1 dans la pnombre du soir1 une figure blanche se tenait debout qui1 ds qu'elle nous vit approcher1 descendit vers nous et prit mes mains dans les siennes3 aprs quoi1 presque sans nous rien dire1 nous continumes de monter et pntrmes dans la maison4 ,mais1 mme alors1 je me sentais entirement engourdi et indiffrent4 ,je ne saurais songer dcrire en dtail les trois jours qui ont suivi4 ,au fait1 je ne vois pas ce que leur rcit pourrait avoir d'intressant pour personne4 ,et je n'entreprendrai pas non plus de dcrire la bont1 la courtoisie1 et la patience infinies que j'ai trouves chez le ,pre ,rginald et chez le prieur1 ou1 plus exactement1 chez tous ceux qui j'ai eu affaire pendant mon sjour4 ,chacun des trois aprs-midi1 mon instructeur et moi nous nous promenions dans la campagne voisine1 en nous entretenant de toute sorte de choses2 et puis1 durant tous mes moments de loisir1 je m'occupais tudier le ,petit ,catchisme4 ,il y a cependant un dtail que je dois mentionner1 au risque mme d'ennuyer ce cher ,pre dominicain4 ,le jeudi1 il me demanda si je n'avais rien qui m'embarrasst4 ,je lui rpondis3 ,non6--,mais1 par exemple1 les indulgences doivent srement vous gner8 reprit-il4 ,de nouveau1 je lui dis que ni cette question-l1 ni aucune autre ne m'embarrassait le moins du monde4 ,je n'tais pas tout fait certain de les bien comprendre1 mais j'tais tout fait certain d'y croire parfaitement1 comme tout le reste de ce que l'glise proposait ma foi4 ,cependant le ,pre ne parut pas pleinement convaincu1 et se crut forc de me donner une instruction complte et dtaille sur ce point4 ,le soir1 aussi1 il venait toujours passer une ou deux heures dans ma chambre1 au premier tage4 ,le matin1 j'entendais la messe et tentais une espce de mditation4 ,j'assistais galement d'autres offices1 de temps autre2 en particulier je ne manquais jamais les ,complies1 et l'exquise crmonie dominicaine du ,salve ,regina qui les suit4 ,j'ajouterai que je fus trs frapp1 et doucement mu1 de constater la ressemblance du rite dominicain1 sur bien des points1 avec le rite anglican de ,salisbury4 ,le vendredi1 qui tait le jour fix pour ma rception1 je fis une longue promenade solitaire1 toujours dans le mme tat d'entire apathie4 ,je visitai une vieille glise1 tout l'autre extrmit de la valle4 ,je me rappelle que je fus surpris par la pluie1 et allai prendre du th dans un petit salon d'auberge o il y avait1 sur le mur1 une srie assez amusante d'instructions au visiteur touchant la manire dont l'aubergiste concevait la discipline de sa maison4 ,puis1 vers six heures1 je revins au ,prieur4 ,en vrit1 je ne sais pas trop pourquoi je note tout cela2 mais le fait est qu'il m'est impossible aujourd'hui de songer ces premires journes de ,woodchester autrement que sous la forme des menus incidents extrieurs qui m'y sont arrivs4 ,aprs quoi il va sans dire que1 si mme j'avais eu alors des expriences spirituelles mmorables1 je me croirais tenu de n'en point parler3 mais vraiment je n'en ai eu d'aucune sorte4 ,il n'y avait rien en moi1 me semblait-il1 qu'une certitude absolue d'accomplir la volont de ,dieu en entrant dans ,son glise4 ,nulle trace1 chez moi1 d'lvations mystiques1 non plus que de tentations contre la foi3 et je dois mme avouer que cet engourdissement s'est prolong non seulement jusqu' ma rception dans l'glise et ma premire communion1 mais aussi pendant les quelques mois suivants4 ,le sjour de ,rome lui-mme1 malgr l'importance des leons que j'y ai apprises1 ne m'a procur qu'un bien petit nombre d'motions profondes4 ,en fait1 je subissais alors la raction naturelle de la lutte terrible o je m'tais trouv engag durant toute l'anne prcdente4 ,durant cette anne-l1 sous des formes diverses1 j'avais vraiment travers la gamme entire de la vie spirituelle dont j'tais capable2 et la consquence avait t que mes facults avaient fini par tomber dans une espce de lthargie4 ,je me permets de faire mention de cela parce que j'ai connu plus d'un converti qui1 semblablement1 s'est trouv surpris et du de l'insensibilit qui accompagnait pour lui les dbuts de la vie catholique4 ,l'me s'tait attendue voir les cieux s'ouvrir1 en voir jaillir des flots abondants de grce1 des torrents de plaisir1 une gloire blouissante et une musique supraterrestre2 et1 au lieu de ces merveilles1 rien n'tait descendu sur cette me qu'un immense fardeau1 dans une sorte de brouillard perc seulement d'un unique rayon1--le rayon qui venait de l'toile de la foi divine1 aussi ferme et sre que ,dieu sur son trne4 ,naturellement1 il y a d'autres mes qui ont le bonheur de sentir autrement4 ,l'un de mes amis1 qui est aujourd'hui devenu prtre comme moi1 m'a dit que sa difficult suprme1 au moment de faire sa soumission1 tait la pense d'avoir rpudier son ordination anglicane4 ,cet ami avait t jusqu'alors un pasteur ritualiste1 travaillant assidment parmi les pauvres dans une de nos grandes villes anglaises1 et clbrant chaque jour1 pendant des annes1 ce qu'il croyait tre le saint sacrifice de la messe4 ,il m'a dit qu'il voyait approcher presque avec terreur sa premire communion1 parce qu'il craignait que--ne pouvant pas concevoir que ,notre-,seigneur lui tmoignt plus de grce qu'il en avait prouv nagure devant son autel anglican--il ne ft tent de mettre en doute la ralit du changement4 ,mais ds l'instant o l'hostie sacre a touch sa langue1 il a reconnu la diffrence4 ,jamais1 depuis ce moment1 il n'a dout un seul instant que ce qu'il avait reu jusque-l n'tait que du pain et du vin1 accompagns d'une grce qui n'avait rien de sacramentel1 tandis que ce nouveau don qu'il recevait n'tait rien autre que le ,corps immacul du ,christ4 ,a quoi j'ajouterai que cet ami est un homme d'ge moyen1 tout fait raisonnable1 et de l'esprit le plus positif4 ,,iii ,vers six heures et demie du soir1 environ1 le ,pre ,rginald m'emmena dans la salle du chapitre1 et l1 agenouill auprs du sige du prieur1 je rcitai ma confession1 ainsi que les actes de foi1 d'esprance1 de charit1 et de contrition1 aprs quoi le prieur me donna l'absolution4 ,l'on ne crut pas devoir m'administrer le baptme conditionnel--encore que1 naturellement1 je fusse tout dispos le recevoir--attendu que deux tmoins de mon baptme prcdent attestaient que la crmonie avait t1 sans aucun doute1 accomplie conformment aux exigences catholiques4 ,l'absolution donne1 le prieur m'embrassa1 comme un pre embrasse son fils2 et je me rendis la chapelle pour remercier ,dieu4 ,le lendemain matin1 je reus la sainte communion des mains du prieur1 dans la belle petite chapelle4 ,je prolongeai mon sjour jusqu'au lundi1 et assistai aux offices du dimanche avec une singulire espce de contentement tranquille1 qui croissait dans mon cur presque d'instant en instant4 ,le lundi1 je me mis en route vers le nord1 pour aller demeurer chez l'ami dont j'ai parl dj1 qui tait alors chapelain dans une grande maison catholique4 ,l1 une trange surprise m'attendait4 ,quelques semaines auparavant1 j'avais eu un de ces rves trs intenses qui laissent1 durant la journe suivante1 une impression la fois profonde et inexplicable4 ,j'avais rv que je marchais sur des hauteurs1 au bord de la mer1 avec une impression d'isolement assez pnible4 ,le terrain tait nu1 tout l'entour de moi3 mais1 en m'avanant1 j'avais commenc voir un bois l'horizon1 et puis1 tout coup1 je m'tais trouv sur une minence d'o m'tait apparue une grande fort1 avec la mer au del4 ,tout juste au milieu de la fort s'talait le toit d'une vaste maison2 et1 ds le moment o j'avais aperu cette maison1 j'avais eu soudain conscience d'un plaisir merveilleux1 comme celui d'un enfant qui rentre dans sa maison4 ,c'est l-dessus que je m'tais veill1 toujours encore rempli d'un bonheur extraordinaire4 ,or1 je n'tais jamais venu voir mon ami dans sa nouvelle demeure1 et jamais lui-mme ne m'avait fait la moindre description de l'endroit o il vivait4 ,je ne savais pas mme que cet endroit ft voisin de la mer1 si bien que1 lorsque j'arrivai dans la maison1 le soir1 et que j'appris que la mer tait tout proche1 je racontai mon rve mon ami1 en ajoutant que1 d'ailleurs1 je ne voyais aucune autre ressemblance entre la vision de mon rve et cet endroit4 ,mais voici que1 le lendemain matin1 il me fit monter sur une minence qui s'levait derrire la maison2 et l1 chose tonnante1 je dus reconnatre que les deux spectacles concidaient dans tous les contours gnraux6 ,je voyais mes pieds le toit de la grande maison catholique1 l'paisse fort1 et1 au del1 le long horizon de la mer4 ,dans le dtail1 cependant1 il y avait deux ou trois petites choses qui m'apparaissaient diffrentes2 et surtout je n'prouvais en aucune faon l'immense joie dont m'avait imprgn la vision de mon rve4 ,,iv ,et maintenant commencrent les consquences invitables de ce que j'avais fait4 ,je ne saurais dire combien de lettres j'ai reues pendant les quelques jours qui ont suivi l'annonce1 dans les journaux1 de ma conversion4 ,mais j'avais au moins deux amples courriers par jour4 ,a toutes ces lettres1 il me fallait rpondre2 et ce qui me rendait la chose plus pnible tait que1 parmi ces lettres1 il n'y en avait pas plus de deux ou trois qui me vinssent de catholiques4 ,cela tait d'ailleurs parfaitement naturel1 car je ne connaissais gure de catholiques ce moment4 ,il y eut1 en vrit1 un tlgramme qui me rchauffa le cur3 il venait de ce prtre qui je devais tant1 et dont la conversion m'avait tant afflig lorsque je l'avais apprise ,damas1 six ans auparavant6 ,mais tout le reste des lettres avait pour auteurs des anglicans--prtres1 lacs1 femmes1 et mme enfants--dont la plupart me regardaient ou bien comme un tratre d'action dlibre 7mais je dois dire que ceux-l taient peu nombreux71 ou bien comme un sot aveugl1 ou encore comme un bigot entt et ingrat4 ,bon nombre de ces correspondants me cachaient leurs sentiments le mieux qu'ils pouvaient1 mais sans pouvoir m'empcher de comprendre clairement ce qu'ils pensaient4 ,un pasteur1 qui tait encore trs attach ses fonctions1 m'crivit une lettre toute remplie de flicitations1 o il m'enviait d'avoir t assez heureux pour trouver le chemin de la ,cit de ,paix4 ,huit ans plus tard1 ce pasteur est entr son tour dans la mme ,cit4 ,je crois bien que j'ai rpondu toutes ces lettres1 y comprise celle d'une dame qui me suppliait de me rappeler un sermon que j'avais prch autrefois sur l',enfant ,prodigue1 et me sommait de me hter1 moi aussi1 de rentrer dans la maison de mon pre4 ,a cette lettre1 je rpondis en dclarant que1 prcisment1 c'tait l ce que j'avais fait1 et en ajoutant que1 seule1 cette conviction avait pu me dcider sortir de l'glise d',angleterre4 ,j'exprimais en outre l'esprance que ma correspondante1 un jour1 se dciderait aussi suivre mon exemple4 ,la dame transmit ma lettre son pasteur1 qui1 tout de suite1 me rpondit par une violente accusation de fourberie1 en me disant que1 lorsqu'il m'avait pri de prcher une mission dans sa paroisse1 il avait pouss l'illusion jusqu' me croire un homme loyal2 il dplorait prsent que ma perversion et si promptement dgrad mon caractre4 ,a cela je rpondis1 de mon ct1 en citant au pasteur les paroles de sa paroissienne1 afin de lui prouver qu'il m'aurait t impossible d'accueillir ces paroles autrement que je l'avais fait4 ,sur quoi le pasteur m'envoya une sorte de demi-excuse1 en me disant que la dame lui avait donn entendre que c'tait moi qui lui avais crit le premier1 si bien qu'il regrettait maintenant d'avoir employ mon endroit des expressions aussi fortes4 ,une autre des lettres que je reus me procura beaucoup de peine1 en mme temps que de surprise4 ,elle venait d'une dame assez ge que j'avais toujours crue mon amie sincre1--la femme d'un haut dignitaire de l'glise anglicane4 ,la lettre tait brve1 amre1 et farouche1 me reprochant le dshonneur que j'avais fait au nom et la mmoire de mon pre4 ,il m'a sembl incomprhensible sur le moment--et c'est encore mon impression aujourd'hui--qu'une personne vraiment et profondment religieuse1 comme l'tait sans aucun doute ma correspondante1 s'avist de m'adresser un tel reproche4 ,combien diffrente a t l'attitude gnreuse d'un certain vque anglican qui1 s'entretenant avec ma mre1 aprs mon dpart pour ,rome1 lui a dit3 ,rappelez-vous que1 au total1 votre fils a suivi sa conscience6 ,et n'est-ce point l ce que son pre aurait pu souhaiter pour lui8 ,une autre fois1 un peu plus tard1 un pasteur m'informa que des actes schismatiques1 comme celui que j'avais commis en me convertissant l'glise de ,rome1 portaient toujours des fruits amers1 et que dj dans mon cas1 tout de mme que dans maints autres1 l'honneur s'tait envol4 ,tout cela parce que1 aprs mon ordination ,rome1 j'tais venu demeurer dans la mme ville o demeurait ce pasteur1 sans m'y livrer d'ailleurs aucune uvre d'vanglisation1 et alors que1 deux ans auparavant1 contre mon gr1 j'avais t envoy pour prcher une mission anglicane dans la paroisse du susdit pasteur4 ,je lui rpondis en lui signifiant que1 s'il ne retirait point ses paroles--dont je savais qu'il ne manquerait pas les rpter de toutes parts--je me considrerais comme ayant le droit d'envoyer sa lettre aux journaux4 ,j'ajoute qu'il s'est aussitt empress de se rtracter4 ,et cependant je dois reconnatre avec la plus profonde gratitude que1 dans l'ensemble1 les membres de mon ancienne communion anglicane m'ont trait avec une charit dont j'ai t trs surpris4 ,je ne me doutais pas qu'il y et au monde autant de gnrosit4 ,quelques jours aprs mon arrive chez mon ami1 je suis all faire un sjour chez les ,bndictins d',erdington1 et1 l1 j'ai commenc constater des marques de plus en plus nombreuses de la bienvenue qui m'attendait dans ma nouvelle maison4 ,deux des ,pres1 qui taient eux-mmes des pasteurs convertis1 ont fait tout le possible pour me mettre l'aise et pour me combler de la plus touchante bont4 ,j'ai prouv galement une impression bien consolante en rencontrant ,erdington un autre pasteur anglican bien connu1 qui venait de me prcder de quelques mois dans l'glise catholique4 ,je n'ai pas besoin de dire que nous avons eu causer abondamment de la similitude de nos situations4 ,d',erdington1 je revins chez ma mre1 o j'eus la satisfaction d'achever les dernires pages de mon roman1 ,par quelle autorit8 avant de quitter l',angleterre1 le jour des ,morts1 pour aller m'installer ,rome1 o je me proposais de commencer mes tudes en vue de la prtrise4 ,un nouvel exemple de la charit anglicane se produisit mon occasion1 quelques instants aprs que mon train se fut loign de la gare de ,victoria4 ,au moment o ma mre s'apprtait sortir de la gare1 elle vit accourir vers elle un prlat de l'glise piscopale d'cosse1 partisan zl de la ,haute-glise1 trs vieil ami de mes parents4 ,il tait venu me dire adieu et me souhaiter bon voyage4 ,je n'ai jamais oubli cela1 et compte bien1 s'il plat ,dieu1 ne jamais l'oublier4 ,,chapitre ,,viii ,,la ,,nouvelle ,,demeure ,et maintenant1 je ne sais pas s'il est bien respectueux l'gard de ma sainte mre l'glise que j'essaie de dire encore ce qu'elle a t pour moi depuis le jour o je me suis jet dans ses bras1 tout aveugle et sourd et profondment misrable4 ,mais je vais1 en tout cas1 me hasarder le dire1 aprs tout ce que j'ai rappel dj de mes relations avec une autre glise1 longtemps habite et aime et vnre par moi avant qu'une voix toute-puissante m'en et fait sortir4 ,i ,tout d'abord1 certains lecteurs trouveront peut-tre trange que je me sente oblig de dire ceci3 savoir1 que l'ide de revenir jamais l'glise d',angleterre est pour moi absolument aussi inconcevable que le serait l'ide de tcher entrer dans la tribu des ,natchez4 ,et cependant1 en me plaant au point de vue anglican--autant du moins que cela m'est possible--je comprends assez comment il se fait que les anglicans aient coutume de prdire toujours1 propos de chaque nouveau converti1 qu'il ne peut manquer de revenir son ancienne foi4 ,tout d'abord1 en effet1 ces anglicans ont naturellement le dsir que toutes les personnes honorables appartiennent l'glise dont eux-mmes font partie4 ,les catholiques n'ont-ils pas1 de leur ct1 un dsir tout pareil8 ,mais1 en second lieu1 j'estime que l'erreur des anglicans susdits1 au sujet de leurs anciens frres convertis au catholicisme1 provient de ce qu'ils ne se rendent pas un compte exact de la situation4 ,ils sont si habitus la dsunion sur les matires les plus profondes de la foi1 dans leurs propres congrgations1 qu'ils conoivent malaisment la possibilit d'une glise o les choses se passent tout autrement4 ,ou bien1 se disent-ils1 ces mmes divisions doivent exister aussi dans le catholicisme1 par-dessous l'union apparente1 ou bien1 si elles n'y existent pas1 cela doit signifier que toute activit intellectuelle se trouve supprime par l'uniformit de fer du systme catholique4 ,ils n'ont absolument aucune ide de la manire dont la vrit peut nous rendre libres4 ,et j'admets combien tout ce que je vais ajouter est1 chez moi1 une impression purement personnelle3 mais1 vraiment1 j'ai de plus en plus la conviction que le petit nombre de personnes qui reviennent au protestantisme y reviennent soit par le chemin de l'incrdulit complte1 ou bien cause de quelque grave pch dans leur vie1 ou bien encore1 simplement1 parce que jamais elles n'ont bien compris leur position catholique4 ,car comment ne pas voir1 avec une vidence absolue1 que le fait de revenir de l'glise catholique l'glise anglicane signifie l'change de la certitude pour le doute1 de la foi pour l'agnosticisme1 de la substance pour l'ombre1 d'une lumire brillante pour de mornes tnbres1 d'une ralit historique et universelle pour une thorie antihistorique et toute provinciale8 ,impossible pour moi de m'exprimer dans des termes plus doux1 malgr ma certitude que ce qu'on vient de lire apparatra1 tout au moins1 d'une extravagance monstrueuse aux membres sincres et recueillis de la communion anglicane4 ,tout rcemment encore1 un jeune reprsentant de la ,haute-glise1 pourvu de l'ducation universitaire la plus releve1 m'a dclar du ton le plus srieux1 en fixant ses yeux dans les miens1 quelque chose comme ceci3 ,l'ide romaine1 cela est parfait en thorie6 ,mais1 comme systme pratique1 cette ide ne va pas1 ne s'arrange ni avec l'histoire ni avec la vie2 tandis que notre communion anglicane4446 ,,ii ,est-ce donc qu'il n'y a point de lacunes ou de dceptions qui attendent l'anglican converti au catholicisme8 ,ce converti trouvera dans sa nouvelle demeure autant de lacunes qu'il en existe dans la nature humaine2 et le nombre de ses dceptions variera d'aprs celui de ses illusions4 ,il y a d'abord1 par exemple1 une attitude assez singulire que prennent maints catholiques d'une foi bien assure1 en prsence de la conversion de non-catholiques1 et en particulier d'anglicans4 ,je veux parler de l'tat d'esprit de ces personnes qui1 tout en pratiquant elles-mmes avec ferveur leur foi religieuse1 semblent tre d'une indiffrence entire pour la tche missionnaire de l'glise4 ,j'apprends que ,b444 est devenu catholique6 disait un jour une brave dame catholique4 ,quel intrt a-t-il bien pu avoir pour se convertir8 ,une telle attitude d'esprit n'est pas seulement un dfaut3 pour moi1 personnellement1 elle a t une dception trs relle4 ,jamais je n'aurais pens d'avance qu'une attitude comme celle-l pt exister chez quelqu'un qui faisait cas de sa foi4 ,et j'ajouterai1 pour dire la vrit1 que cette attitude est loin d'tre aussi rare qu'on pourrait le supposer4 ,or1 c'est l le fait de sectaires3 car1 la religion catholique serait fausse1 si on ne la concevait point comme destine toute l'humanit4 ,cette religion doit tre catholique littralement1 universelle1 ou rien4 ,sans compter que1 ds l'enfance1 j'avais t instruit penser que les catholiques avaient la passion du proslytisme1 si bien que dans nulle autre confession religieuse on ne pouvait trouver aujourd'hui autant de cette ardeur pour convertir autrui qui est1 gnralement1 l'un des signes d'une conviction forte4 ,et voici que m'tant converti1 je dcouvrais autour de moi non seulement de l'indiffrence dans bien des cas1 mais mme une espce d'opposition plus ou moins voile contre tout mode d'activit dirig en ce sens6 ,les convertis ont trop de zle6 m'entendais-je rpter droite et gauche4 ,ils sont indiscrets et imptueux4 ,mieux vaut nous en tenir aux vieux chemins prouvs3 gardons notre foi pour nous-mmes1 et laissons les autres garder la leur6 ,il est vrai que1 depuis peu1 j'en suis arriv juger moins svrement cet tat d'esprit sectaire1 en dcouvrant qu'il tait1 bien des fois1 la consquence fatale des sicles de suspicion et d'illgalit qu'ont eu subir les catholiques anglais4 ,ceux-ci ont t si longtemps accoutums devoir cacher leurs mystres sacrs afin de protger la fois ces mystres et soi-mme1 qu'une sorte de vague tradition tacite s'est forme en eux1 leur enseignant qu'il vaut mieux pratiquer loyalement leur religion pour leur compte1 et s'exposer le moins possible n'importe quels risques4 ,si mon hypothse est fonde1 le dfaut dont je parle ne laisse pas d'avoir une excuse2 mais1 quoi qu'il en soit1 ce n'en est pas moins un dfaut4 ,et d'ailleurs1 chose curieuse1 ce n'est point surtout parmi les anciennes familles catholiques d',angleterre qu'il se rencontre2 ces familles sont mme1 en gnral1 aussi ardentes la tche missionnaire que les convertis3 c'est bien plutt parmi les parvenus spirituels1 parmi les catholiques d'une ou deux gnrations seulement1 que ce snobisme spirituel est le plus frquent4 ,un second dfaut1 proche parent du premier1 est une certaine jalousie l'endroit des convertis4 ,c'est l un dfaut sur lequel je ne me serais point permis d'insister si j'avais eu moi-mme en souffrir sensiblement3 car1 dans ce cas1 j'aurais eu me mfier de mes propres impressions4 ,mais le fait est que je n'en ai point souffert4 ,j'ai reu1 au contraire1 de toutes parts1 les marques d'une gnrosit merveilleuse1 mme touchant des sujets tels que mon privilge d'tre ordonn prtre1 ,rome1 aprs la trs courte priode de neuf mois de vie catholique4 ,naturellement1 il s'est trouv bien des personnes pour dsapprouver la rapidit avec laquelle j'ai t ainsi promu la prtrise2 mais1 dans aucun de ces cas1 je n'ai pu souponner la prsence de cette jalousie qui se traduit en un dsir de vexer le nophyte4 ,d'une manire gnrale1 j'ai t tonn de la bont que les catholiques m'ont toujours montre4 ,mais j'ai rencontr une foule de cas1 j'ai entendu une foule de paroles qui m'obligent reconnatre1 sans l'ombre d'un doute1 que bien des nouveaux convertis ont subir jalousie et suspicion de la part de certains catholiques1 et que1 mme1 c'est l une des plus grandes preuves de leur vie4 ,une telle attitude est d'ailleurs1 elle aussi1 minemment humaine et naturelle4 ,tu les as rendus gaux nous1 s'crie l'homme de la parabole1 nous qui avons d supporter la tche et la chaleur de toute la journe6 ,et puis encore cette attitude est1 souvent1 plus ou moins justifie par l'arrogance de tels ou tels convertis qui pntrent dans l'glise1 pour ainsi dire1 la bannire dploye et les tambours battants1 comme s'ils taient des conqurants au lieu d'tre des vaincus4 ,mais1 en toute honntet1 j'estime que cette arrogance parmi les convertis est chose assez peu commune4 ,la longue priode d'instruction travers laquelle ils doivent passer1 les pnibles sacrifices que beaucoup d'entre eux ont faire1 tout cela1 sans parler de l'admirable grce divine qui les a introduits dans l'glise1 tout cela a d'ordinaire pour effet de purifier et de discipliner l'me un haut degr4 ,tout compte fait1 et toutes choses d'ailleurs gales1 le converti a t appel par ,dieu pour donner un plus grand tmoignage de sincrit que l'homme qui1 tant catholique ds le berceau1 n'a jamais eu d'autre devoir que de conserver sa foi4 ,toutes choses gales1 il y a plus d'hrosme rompre avec le pass qu' lui rester fidle4 ,ici encore1 cependant1 ce n'est point parmi les vritables catholiques de toujours que se manifestent habituellement la jalousie et la suspicion l'gard des convertis3 mais1 cette fois encore1 c'est surtout parmi ceux qui dsireraient passer pour tels1 parmi ceux qui1 avec leur rsolution de bien marquer l'absence chez eux de l'esprit du converti1 se sentent conduits proclamer ce fait par le moyen d'un certain mpris ml de reproches4 ,ils ne sont entrs en possession de leur fortune qu' une date relativement rcente1 et c'est afin de cacher leurs origines religieuses qu'ils rabrouent ceux qui ne sauraient prtendre faire partie d'une telle aristocratie spirituelle4 ,il y a donc des dfauts chez les catholiques--je pourrais en citer quelques autres encore--et ce serait chose tout fait inutile de chercher les nier4 ,mais ces dfauts ne sont aucunement de l'espce que souponnent ou prtendent les non-catholiques4 ,ces dfauts rels sont ceux qui relvent communment de notre nature humaine1 les dfauts ordinaires de tous ceux des membres de l'humanit qui chouent se laisser dlivrer de leur faiblesse native par une pntration complte de leur foi religieuse4 ,mais1 au contraire1 les dfauts que les anglicans supposent tre les plus caractristiques dans l'glise romaine n'ont absolument rien de caractristique4 ,tout d'abord1 il n'y a chez les catholiques aucune trace de cette division sur les matires de la foi que l'anglican est oblig d'accepter1 un peu comme sa croix1 dans sa propre glise2 il n'existe point1 chez les catholiques1 d'coles de pense1 au sens o l'entendent les anglicans2 et l'on ne saurait dcouvrir l'ombre mme d'une diffrence dogmatique entre les deux groupes de tempraments qui se partagent plus ou moins toute l'espce humaine1 les maximistes et les minimistes1 ou1 comme disent les anglicans propos de l'glise catholique1 les ultramontains et les gallicans4 ,dans la mesure o ces deux camps existent vraiment--et encore que1 pour ma part1 en toute franchise1 je doive reconnatre l'impossibilit absolue o je suis de classer les catholiques de cette manire--j'imagine que la diffrence entre eux ne se rapporte qu'au plus ou moins d'opportunit prsente d'un certain mode d'action propos1 ou bien ne dsigne qu'un got plus ou moins fort de ce qu'on appelle les mthodes romaines1 et ainsi de suite4 ,jamais la division entre les catholiques n'atteint des questions d'ordre important3 tout au plus s'agit-il de menus dtails pratiques1 et des plus secondaires4 ,il n'existe pas non plus1 ma connaissance1 de mcontentement sourd l'intrieur de l'glise4 ,certes1 j'entends continuellement parler de quelque chose de tel1 mais toujours seulement de la part de non-catholiques4 ,il n'existe aucune rvolte intellectuelle1 du moins que je sache1 chez les esprits les plus vigoureux de la communion romaine1 et jamais je n'en ai entendu parler que par des non-catholiques4 ,il n'existe aucune trace de ce que l'on a appel l'alination du sexe fort4 ,au contraire1 dans notre pays tout de mme qu'en ,italie et en ,france1 je ne cesse pas de m'tonner de la prdominance extraordinaire des hommes sur les femmes1 pour tout ce qui est de l'assistance la messe et des autres pratiques1 dans nos glises4 ,le desservant d'une paroisse suburbaine1 qui je parlais tout rcemment de cela1 m'a dit que1 la veille encore1 il avait eu le loisir d'observer le nombre et l'espce des personnes qui avaient assist un salut du soir2 et il m'a assur que la proportion des hommes1 par rapport aux femmes1 avait t de deux pour un4 ,j'ajoute que ceci1 cependant1 ne constitue qu'une exception3 mais le fait qu'elle illustre n'en est pas moins incontestable4 ,toutes ces accusations1 que l'on se plat lancer librement contre nous1 m'apparaissent dpourvues de fondement4 ,certes1 il y a parmi les catholiques1 comme ailleurs1 des tempraments chauds et froids1 des natures apostoliques et d'autres qui seraient plutt diplomatiques4 ,certes il peut se faire1 l'occasion1 qu'une petite rvolte surgisse1 comme elle surgirait dans n'importe quelle socit humaine4 ,certes il peut arriver que des mes pleines de soi se dissocient de la vie catholique1 ou bien1 chose plus triste encore1 tchent rester catholiques de nom tout en n'ayant plus rien de catholique dans l'esprit4 ,mais ce que je nie nergiquement1 c'est que ces divers incidents puissent tre considrs1 si peu que ce soit1 comme des tendances1 et plus encore que1 les tenir pour des tendances1 ces incidents puissent tre regards1 si peu que ce soit1 comme caractristiques du catholicisme4 ,il n'est pas vrai que le calme merveilleux que l'on voit la surface de l'glise se trouve1 en fait1 recouvrir d'ardents conflits intrieurs4 ,je le nie de la faon la plus formelle3 car1 simplement1 cela n'est point4 ,pareillement il est tout fait faux que la religion catholique ait pour trait distinctif un formalisme qui ne se retrouve pas1 au mme degr caractristique1 dans les confessions protestantes4 ,tout au plus cette accusation1 souvent rpte1 repose-t-elle sur une ombre de vrit3 en effet1 c'est chose certaine que1 parmi les catholiques1 l'excs d'motion et la sentimentalit violente sont gnralement dcourags1 et que l'on est communment enclin faire consister plutt l'essence de la religion dans l'adhsion et l'obissance de la volont4 ,d'o rsulte que1 naturellement1 des personnes d'une nature relativement peu dvote1 lorsqu'elles sont catholiques1 continuent pratiquer leur religion en n'accomplissant que le plus strict minimum de leurs obligations1 et cela1 parfois1 dans des conditions assez mdiocres et prosaques2 tandis que les mmes personnes1 si elles appartenaient l'anglicanisme1 renonceraient compltement toute pratique religieuse4 ,si bien que1 peut-tre1 il serait vrai de dire que le niveau motionnel moyen d'une runion de catholiques est plus bas que le niveau correspondant d'une runion de protestants3 mais de cela ne drive en aucune faon que les catholiques soient plus formalistes que les protestants4 ,ces mes froides et peu dvotes adhrent leur religion simplement par obissance2 et il y aurait en vrit quelque chose de singulier vouloir les condamner pour un tel motif6 ,l'obissance la volont de ,dieu--ou mme ce que l'on croit tre la volont de ,dieu--n'est-elle pas en ralit plus mritoire1 et non pas moins1 lorsqu'elle ne se trouve pas accompagne de consolations motionnelles et de ferveur sentimentale8 ,en rsum1 donc1 je serais port dclarer ceci3 que1 en juger par une exprience de neuf annes de sacerdoce anglican et huit annes de sacerdoce catholique1 il y a des dfauts aussi bien dans la communion anglicane que dans la communion catholique2 mais que1 dans le cas des anglicans1 ces dfauts sont essentiels et radicaux1 puisqu'ils constituent des fissures dans ce qui devrait tre divinement intact1 c'est--dire dans des choses telles que la certitude de la foi1 l'unit des croyants1 l'autorit de ceux qui devraient tre les pasteurs au nom de ,dieu2 tandis que1 dans le cas de l'glise catholique1 ces dfauts sont simplement ceux de la faiblesse humaine1 insparables de l'tat d'imperfection o tout homme est plong4 ,les dfauts de l'anglicanisme1 et de tout le protestantisme en gnral1 sont des preuves tablissant que le systme entier n'est point de porte divine2 les dfauts dans le systme catholique nous montrent seulement que ce systme a un ct humain en mme temps qu'un ct divin1 et c'est l ce que pas un catholique n'a jamais song nier4 ,,iii ,a ,rome1 j'ai appris une leon minemment importante1 parmi cent autres4 ,on a fort bien dit que l'architecture gothique reprsente l'me aspirant ,dieu1 et que l'architecture romane1 ou encore celle de la ,renaissance1 reprsentent ,dieu s'unissant aux hommes4 ,ces deux aspects de la religion sont galement vrais1 mais aucun des deux n'est complet sans l'autre4 ,d'une part1 il est vrai que l'me doit toujours tcher percer du regard les tnbres pour dcouvrir un ,dieu qui se cache1 toujours se rappeler que l'infini dpasse le fini et qu'une norme quantit d'ignorance doit tre un lment ncessaire de toute croyance4 ,les contours de ce monde1 pour ainsi dire1 sont noys dans l'obscurit3 la lueur qui scintille devant nous suffit pour nous faire avancer sur notre route1 mais ne peut gure nous aider rien d'autre4 ,c'est en silence que ,dieu est connu1 et parmi des mystres qu'il se manifeste4 ,dieu est esprit1 un esprit sans forme1 sans limites1 invisible et ternel2 et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vrit4 ,voil1 donc1 d'une part1 la mystique et profonde obscurit de l'exprience spirituelle6 ,mais voici1 d'autre part1 que ,dieu est devenu homme1 et que le ,verbe s'est fait chair6 ,l'inconnaissable nature divine est venue habiter parmi nous1 sous un vtement de chair1 et nous avons contempl sa gloire4 ,ce qui tait cach a t rvl4 ,ce n'est pas seulement nous qui avons soif et qui cherchons3 c'est ,dieu qui1 ayant soif de notre amour1 est mort sur la croix afin de pouvoir ouvrir le royaume des cieux tous les fidles1 et qui a dchir le voile du temple sous le contre-coup de son soupir d'agonie1 et qui1 maintenant encore1 se tient et frappe la porte de tout cur humain1 afin de pouvoir entrer et s'attabler avec l'homme4 ,le dme rond des cieux s'est abaiss sur la terre2 les murs du monde sont devenus visibles2 l'immense lumire de la ,rvlation ruisselle de tous cts1 par des fentres claires1 sur un sol resplendissant2 et les anges et les hommes frmissent dans une mme ivresse d'amour divin2 le matre-autel se dresse en pleine vue1 parmi une gloire d'or et de cierges2 et1 au-dessus de lui1 la tente de ,dieu fait homme se montre tous1 pour que tous puissent galement voir et adorer4 ,or1 cet aspect de la religion chrtienne n'avait eu jusque-l1 pour moi1 presque aucune importance4 ,j'tais un homme du ,nord1 lev dans les voies des races du ,nord4 ,j'aimais la pnombre1 et la musique mystrieuse1 et l'ombrage des profondes forts2 je dtestais les espaces amplement ensoleills1 et les trompettes l'unisson1 et les formes rondes et carres en architecture4 ,je prfrais la mditation la prire vocale1 ,mme ,guyon saint ,thomas1 le treizime sicle--tel que je l'imaginais--au seizime4 ,jusque vers la fin de ma vie anglicane1 j'aurais t prt avouer cela franchement2 plus tard1 si l'on m'avait affirm que tels taient mes gots1 je m'en serais attrist1 car je commenais comprendre que le monde tait la fois matriel et spirituel1 et que les croyances dfinies taient aussi ncessaires que les aspirations4 ,mais1 en arrivant ,rome1 je dus reconnatre dcidment combien peu j'avais compris jusque-l4 ,je voyais autour de moi une ville qui n'tait que ,renaissance1 tale sous un ciel limpide et un brlant soleil2 et la religion1 dans cette ville1 tait l'me demeurant dans le corps4 ,c'tait l'assertion de la ralit du principe humain incarnant le divin4 ,mme les dogmes les plus exclusivement chrtiens m'taient exprims en des images paennes4 ,la ,rvlation parlait sous les formes de la religion naturelle2 ,dieu se manifestait ouvertement en pleine lumire2 les prtres officiaient1 rpandaient l'eau lustrale1 allaient en longues processions avec de l'encens et des cierges1 et parfois mme donnaient au ciel le nom d',olympe4 ,sacrum ,divo ,sebastiano1 je voyais cela inscrit sur un autel de granit4 ,j'avais couter les leons de prtres professeurs qui criaient1 riaient1 procdaient leur enseignement avec une bonne humeur expansive4 ,je voyais l'image du pre des princes et des rois expose dans les rues1 le jour de la fte du ,pontife1 entoure de fleurs et de lumires1 tout fait la faon dont on avait coutume d'honorer autrefois les souverains temporels4 ,je descendais dans les catacombes1 le jour de ,sainte-,ccile1 et j'y respirais une odeur de myrte qui venait de branches semes sur le sol1 rendant la mmoire de la sainte le mme hommage qui jadis avait t rendu des vainqueurs de combats tout profanes4 ,en un mot1 je commenais comprendre que le ,verbe s'tait fait chair et avait habit parmi nous2 et que1 de mme qu'il avait pris la substance cre d'une ,vierge pour se pourvoir d'un corps naturel1 de mme aussi il continuait de prendre la substance cre des hommes--leurs penses1 leurs expressions1 et leurs manires d'agir--pour se pourvoir de ce corps mystique au moyen duquel il est toujours avec nous4 ,est-ce donc que le catholicisme est matriel8 ,oui1 certes2 il l'est tout fait comme la ,cration et l',incarnation1 ni plus1 ni moins4 ,je ne saurais songer dcrire ce que signifie cette dcouverte1 pour une me de nos races du ,nord4 ,a coup sr1 elle signifie le plissement de quelques-unes des anciennes lumires qui1 jadis1 nous avaient paru merveilleuses1 dans la demi-obscurit de l'exprience individuelle2 ou plutt la dcouverte signifie pour nous la disparition de ces lumires1 dans le puissant clat du plein jour de midi4 ,placez1 ct d'une pompe romaine1 le plus exquis des offices anglicans3 combien vous le verrez devenir provincial1 local1 individualiste6 ,a ct d'un professeur romain enseignant des auditeurs de toutes les races les devoirs des citoyens envers l'tat1 placez un thologien anglican occup expliquer les ptres de saint ,paul de jeunes tudiants de ,cambridge2 ct d'un frre italien de ,san-,carlo le plus passionn des missionnaires de l'glise anglicane6 ,mettez cte cte les paysans de la ,campagne romaine chantant des hymnes ,saint-,jean-de-,latran1 avec des branches d'olivier dans les mains1 et une pieuse compagnie d'anglicans rassembls pour les cantiques du soir2 juxtaposez un des officiants de ,sainte-,marie-,majeure et le ritualiste le plus parfaitement entran2 en costume de messe6 ,comparez n'importe quel aspect du culte catholique1 tel qu'il se montre ,rome1 un aspect correspondant du culte anglican6 ,tout de suite la diffrence apparatra1 une diffrence qui aura pour effet de rvler la pauvret1 l'insuffisance timide et mdiocre des imitations anglicanes4 ,et ainsi1 il se trouve qu'un sjour ,rome produit forcment1 chez un homme de ma sorte1 une expansion de vues dpassant toutes paroles4 ,tandis que1 jusqu'alors1 j'avais t accoutum me reprsenter le christianisme comme une fleur dlicate1 divine en raison mme de sa fragilit surnaturelle1 je voyais maintenant que c'tait un arbre dans les branches duquel tous les oiseaux des airs pouvaient loger l'aise1 un arbre divin par cela seul que l'amplitude de ses branches et la force de ses racines ne pouvaient s'expliquer d'aucune manire humaine4 ,auparavant1 je m'tais fait du christianisme l'image d'un doux et subtil parfum1 demandant tre got dans le recueillement2 et maintenant je voyais que le christianisme tait le levain cach dans les lourdes mesures du monde1 et ayant pour effet de faire lever la pte dans des proportions incalculables4 ,,iv ,ainsi1 de jour en jour1 l'enseignement de ,rome se poursuivait pour moi4 ,j'tais comme un jeune garon introduit pour la premire fois dans un grand dpt de machines4 ,autour de moi1 les roues mugissaient1 d'immenses mouvements se prolongeaient2 le fracas et la puissance m'tourdissaient2 et cependant1 peu peu1 je commenais apprendre qu'il y avait quelque chose qui jusque-l m'tait rest inconnu1 quelque chose que je n'aurais jamais pu dcouvrir dans mon calme demi-jour du ,nord4 ,c'taient ici les bureaux du monde spirituel2 ici la grce tait distribue1 le dogme dfini1 les provisions faites pour les mes de l'univers entier4 ,ici ,dieu avait choisi son sige pour rgner sur son peuple1 dans ce lieu o autrefois ,domitien1 ,dominus et ,deus ,noster1 ce singe de ,dieu1 avait rgn concurremment avec le vicaire de ,dieu1 encore cach dans l'ombre4 ,le vendredi saint1 sous les ruines du ,palatin1 j'entendais lire3 ,si tu laisses cet homme en libert1 tu n'es pas l'ami de ,csar6 ,or1 prsent1 cet homme est roi1 et ,csar n'est plus rien4 ,c'est ici en vrit1 infiniment plus que partout ailleurs1 c'est ici que le levain plong il y a dix-neuf sicles par la main de ,dieu dans la pte pesante de l',empire romain s'est exprim en degrs1 en lois1 et en dogmes2 c'est ici que le sang de ,pierre1 qui a arros le sol au-dessous de l'oblisque du ,vatican1 continue de circuler1 plus vivant que jamais1 dans les veines de ,pie ,x1 ,pontifex maximus et ,pater ,patrum1 cent pas de distance de ce mme oblisque6 ,voil l'une des choses que j'ai apprises ,rome2 et cette chose-l valait dix mille fois le conflit qui se livrait en moi son sujet4 ,je comprenais enfin que rien d'humain n'tait tranger ,dieu2 que les efforts des nations prchrtiennes les avaient amenes trs prs de la ,porte de ,vrit2 que leurs petits systmes et tous leurs travaux n'avaient pas t mpriss par ,celui qui les avait permis2 et que ,dieu1 ayant parl en diverses occasions et de diverses manires1 dans les temps passs1 nos pres par les prophtes1 nous avait enfin parl directement par son ,fils1 qu'il avait proclam l'hritier de toutes choses1 et par lequel aussi il avait cr le monde1 et qui1 tant la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance1 et faisant purgation de nos pchs1 se trouve assis la droite de la ,majest ,suprme4 ,v ,et aprs avoir appris cela ,rome1 j'ai appris une fois de plus1 de retour en ,angleterre1 que l'glise est aussi tendre qu'elle est forte4 ,pareille son poux divin1 elle voit toutes les choses et tous les hommes1 rgissant des forces immenses2 et cependant1 dans sa divinit1 elle ne ddaigne pas le moindre de ces petits4 ,pour le monde1 elle est une reine1 rigide1 hautaine1 imprieuse1 revtue d'or et de joyaux3 mais pour ses propres enfants elle est une mre1 bien plus encore qu'une reine4 ,elle cicatrise les plaies des plus humbles de ses enfants1 elle coute leurs dolances peine perceptibles1 elle leur enseigne patiemment leurs leons1 et dsire passionnment de les voir crotre comme autant de princes4 ,mais surtout elle connat la manire de leur parler de leur ,pre1 de leur interprter ,sa volont1 de leur raconter l'histoire de ,ses exploits4 ,elle insuffle en eux quelque chose de son propre amour et de son propre respect2 elle les encourage tre francs et sans crainte1 la fois vis--vis d'elle et vis--vis de ,lui4 ,elle les prend par la main et1 par un sentier secret1 les introduit en ,sa prsence4 ,tout ce que j'avais trouv nagure de direction et d'encouragement dans mon ancienne maison1 je l'ai retrouv prsent de la part des prtres de cette glise1 et en les dcouvrant dous de science aussi bien que d'amour4 ,toute cette libert de foi et de pense individuelles1 que quelques-uns se figurent tre le privilge des confessions non-catholiques1 j'ai trouv tout cela expressment procur et garanti dans nos temples1 et j'en ai us dsormais avec bien plus de confiance1 sachant que l'il infaillible de l'glise tait sur moi1 et que1 sans faute1 elle m'avertirait d'abord1 et enfin me frapperait1 s'il m'arrivait de me hasarder trop loin4 ,ses bras sont aussi ouverts ceux qui veulent servir ,dieu dans le silence et la solitude qu' ceux qui dansent devant lui de toutes leurs forces4 ,car1 pareille la charit1 dont elle est l'incarnation1 l'glise est patiente1 elle est bonne1 elle supporte toutes choses4 ,en elle nous savons en partie et en partie nous prvoyons2 nous sommes assurs de ce que nous avons reu1 et nous attendons avec espoir ce qui est encore venir4 ,c'est en elle que je comprends suprmement que1 lorsque j'tais un enfant1 je parlais comme un enfant1 j'entendais comme un enfant1 je pensais comme un enfant2 mais que1 lorsque je suis devenu un homme1 j'ai dpouill les choses de l'enfant4 ,ainsi donc1 tout ce qui se rencontre dans les autres systmes1 pour individuels qu'on les suppose1 tout cela se retrouve dans l'glise3 le mysticisme du ,nord1 la patience de l',orient1 la confiance joyeuse du ,sud1 et l'entreprise hardie de l',ouest4 ,l'glise comprend et rchauffe le cur aussi bien qu'elle guide et informe la tte4 ,elle regarde la virginit comme l'tat le plus honorable1 et1 en mme temps1 regarde le mariage comme un sacrement trs saint et indissoluble4 ,elle seule reconnat explicitement la vocation de l'individu et1 en mme temps1 les idals de la race1 avec un respect pour la foi subjective gal sa fidlit envers la vrit objective4 ,elle seule1 en effet1 est parfaitement familire et tendre avec l'me isole1 comprenant ses besoins1 supplant ses lacunes1 traitant soigneusement ses faiblesses et ses pchs2 simplement parce qu'elle est grande comme le monde1 et vieille comme les ges1 et infinie de cur comme ,dieu4 ,,vi ,si bien qu'aujourd'hui1 en relisant les premires pages de ces ,confessions1 je vois le plan de ,dieu mon gard se dessiner comme un fil d'or travers toutes les rgions montueuses parmi lesquelles j'ai eu marcher1 depuis les aimables prairies de la maison paternelle et de l'cole1 et les hauteurs abruptes et accidentes du travail paroissial1 jusqu' ce plateau fortifi d'o1 pour la premire fois1 le monde m'est apparu tel qu'il est rellement1 et non pas tel que j'avais pens qu'il tait4 ,je comprends maintenant qu'il y existe une cohsion entire dans tout ce que ,dieu a fait2 qu'il n'y a pas une seule aspiration du fond des tnbres qui ne trouve son chemin jusqu' ,lui2 pas un systme de pense qui ne reflte au moins un rayon de ,sa gloire ternelle2 pas une me qui n'ait sa place dans l'conomie totale de ,son uvre4 ,d'un ct1 il y a soif1 et dsir1 et inquitude2 de l'autre1 satisfaction et paix4 ,mais il n'y a pas un instinct qui n'ait son objet1 pas une mare qui ne reflte le soleil2 pas un lieu dsol sur la terre qui n'ait le ciel au-dessus de soi4 ,et1 travers ce dsert plein de ruines1 ,sa bont infinie m'a conduit jusqu' l'endroit o ,jrusalem est descendue d'en haut2 elle m'a lev1 de ces sentiers tournants qui ne mnent nulle part1 jusque sur la large route qui mne droit ,lui4 ,c'est sur cette route que je dois marcher maintenant1 et le jour est prochain o mes pas s'arrteront4 ,mais il n'y a rien craindre pour ceux qui s'avancent sur cette route-l2 plus de montagnes gravir1 ni de torrents traverser4 ,dieu a rendu toutes choses aises pour ceux qu'il a admis passer sous la ,porte du ,ciel qu'il a btie sur la terre2 le fleuve mme de la mort n'est pour eux qu'un cours d'eau sans dangers1 sem de ponts et garni de parapets de chaque ct2 et l'ombre de la mort n'est que comme un demi-jour1 pour ceux qui la contemplent dans la lumire de l',agneau4 ,voici la tente de ,dieu avec les hommes2 et il va demeurer avec eux1 et il essuiera toutes les larmes de leurs yeux1 et la mort cessera d'tre444 ,la cit n'a pas besoin de soleil ni de lune1 car la gloire de ,dieu l'a illumine1 et c'est l',agneau qui est la lampe qui l'claire4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages4 ,prface ,,vii ,,chapitre ,,premier ,les premires impressions religieuses #a ,,chapitre ,,ii ,le dbut de la crise #fa ,,chapitre ,,iii ,au monastre anglican de ,mierfield #ie ,,chapitre ,,iv ,les progrs de la crise #abe ,,chapitre ,v ,la monte dcisive #afa ,,chapitre ,,vi ,les derniers pas #ahc ,,chapitre ,,vii ,l'arrive #bjg ,,chapitre ,,viii ,la nouvelle demeure #bbe ,,tours ,,imprimerie ,e4 ,,arrault ,,et ,cie #cgfa