,,adolphe ,,rett ,,le ,,soleil ,,int,,rieur #b;e dition ,,bloud ,,gay ,,diteurs1 #c1 ,rue ,garancire1 ,,paris ,,succursales ,,barcelone ,,dublin ,calle del ,bruch1 #ce #bj1 ,south ,anne ,street #aibb ,tous droits rservs4 ,,du ,m,,me ,,auteur ,du diable ,dieu4--,rcit d'une conversion4 ,le rgne de la ,bte4--,roman4 ,un sjour ,lourdes4--,journal d'un plerinage pied2 impressions d'un brancardier4 ,sous l'toile du ,matin4--,essai de psychologie religieuse4 ,dans la lumire d',ars4--,rcit d'un plerinage4 ,au pays des lys noirs4--,souvenirs politiques et littraires4 ,quand l',esprit souffle4--,rcits de conversions4 ,ceux qui saignent4--,notes de guerre4 ,sainte ,marguerite-,marie4--,vie de la rvlatrice du ,sacr-,cur1 d'aprs les documents originaux4 ,lettres un ,indiffrent1 apologtique raliste4 ,notes sur la psychologie de la conversion4--,brochure4 ,les miracles de ,lourdes4--,brochure4 ,,pr,,face ,au chapitre ,,xiv de l'vangile selon saint ,jean1 il est rapport que ,jsus1 parlant ses disciples1 leur dit3 ,l',esprit de vrit que le monde ne peut recevoir parce qu'il ne le connat point1 vous1 vous le connatrez1 parce qu'il sera en vous444 ,et plus loin3 ,si quelqu'un m'aime1 il gardera ma parole et mon ,pre l'aimera2 et nous viendrons lui et nous ferons en lui notre demeure444 ,pntre de cette divine prsence1 sainte ,trse compare l'me o elle se manifeste un cristal limpide au centre duquel ,dieu rayonne comme un soleil4 ,elle tablit la ralit sensible de cet astre qui1 par essence et par puissance1 vivifie de sa flamme les contemplatifs humbles et souffrants dont le cur est pareil celui d'un enfant4 ,le faux sage se dtourne du ,soleil intrieur pour chercher des clarts parmi les marais dcevants o croupissent les sciences humaines4 ,les phosphores de la dcomposition l'hallucinent2 ses regards se saturent de mirages2 il en poursuit les prestiges travers des brumes o les feux follets livides de son orgueil dansent1 s'clipsent1 se rallument1 l'entranent toujours plus loin du foyer de grce et finissent par l'garer dans ces tnbres extrieures dont il est dit qu'elles ne comprennent pas la lumire4 ,alors1 quel trouble en lui6 ,quel tumulte de notions contradictoires6 ,le doute universel s'infiltre dans ses veines4 ,sa raison tourbillonne comme une feuille sche1 au souffle de l',esprit de ngation4 ,les systmes et les doctrines qu'il chafaude croulent l'un aprs l'autre4 ,il erre en trbuchant parmi des ruines vtues de mousses aux nuances cadavreuses4 ,et mille fantmes l'escortent4 ,il s'crie1 avec le douloureux ,baudelaire3 ,mon me est un palais hant par la cohue6444 ,bientt il se diluera dans la nuit sans toiles du dsespoir1 si ,dieu ne lui envoie une grce de conversion qui l'oblige de rebrousser chemin vers le ,soleil mconnu4 ,les trop prudents1 ceux qui s'efforcent d'tablir une cote mal taille entre le service de ,dieu et celui de ,satan1 cherchent se tenir la limite entre la rgion qu'illumine l'astre aux clarts de foi1 d'esprance et de charit1 et la contre o se bousculent les nues inquites de l'amour-propre4 ,ils usent leurs jours tenter un bizarre mlange d'ombres et de lumire4 ,ils n'aiment pas ,dieu1 mais1 comme ils le craignent1 ils calculent la mesure dans laquelle ils lui obiront sans trop dplaire au ,dmon4 ,l',aptre a beau leur dire3 ,ne vous conformez pas ce sicle1 ils lui rpondent3 ,il faut tre de son temps4 ,mais si ce temps1 ainsi que le fait le ntre1 s'enfonce dans un matrialisme pais et noir comme poix8--,tant pis pour ,dieu6 ,ils s'y englueront en multipliant les excuses et en promettant de se repentir aprs qu'ils auront lch1 pendant des annes1 le cambouis des portes de la ,ghenne4 ,cependant1 comme le dit encore sainte ,trse1 les puissances de leur me qui remplissent les fonctions d'alcade1 d'intendant et de matre d'htel font trs mal leur office4 ,prives du principe rgulateur1 elles s'entre-heurtent dans l'anarchie4 ,a cause de leur mauvaise conscience1 ils vivent dans l'incertitude et le chagrin444 ,mais les ,simples1 les vritables enfants de ,dieu qui demeurent1 avec une tranquille confiance1 fondus dans le rayonnement du ,soleil intrieur1 ceux-l connaissent les joies de la paix dans la certitude4 ,mme lorsque la croix pse sur leurs paules1 ils se flicitent de souffrir avec ,notre-,seigneur4 ,et c'est pourquoi1 selon la promesse du ,bon ,matre1 ils sont entirement dans la lumire sans aucun mlange d'obscurit4 ,tout est lumineux en eux4 ,ils sont clairs comme par une lampe toute brillante4 99 99 99 99 99 ,dans les pages qui vont suivre1 on essaya d'voquer quelques-unes de ces mes solaires4 ,durant leur existence terrestre1 elles subirent bien des tribulations2 souvent elles eurent savourer le mpris des personnes--positives4 ,mais1 en compensation1 divers amoureux de ,jsus vinrent se rchauffer leur flamme4 ,aujourd'hui1 o1 mme chez beaucoup de fidles1 il est de bon ton de rduire le sens surnaturel de la vie un minimum1 o la lanterne fumeuse du sens commun est trop souvent considre comme une toile de premire grandeur1 certains ne goteront gure les exagrations des prdestins dont l'histoire va tre rapporte4 ,toutefois1 peut-tre se trouvera-t-il un certain nombre d'mes chrtiennes pour apprcier ces lus de la vraie ,lumire parce qu'ils n'aimrent que ,dieu1 ne vcurent que pour ,dieu1 ne connurent que cette seule sagesse3 la folie de la ,croix1 et ne voulurent rien savoir de plus4 ,,saint ,,joseph ,,de ,,cupertino ,i ,il y a des ,saints dont la trace de clart1 en ce monde fuligineux1 se marque pour l'action4 ,ils sont fondateurs d'ordres1 rformateurs1 promoteurs de dvotions nouvelles4 ,mais d'autres se manifestent si vibrants1 si sensibles au moindre souffle de l',esprit1 que leur existence se rsume en un cri d'adoration perptuelle4 ,ils sont tellement ivres de ce vin de l'amour de ,dieu dont parle sainte ,trse1 qu'ils titubent travers la vie en trbuchant contre tous les cailloux de la route1 en se heurtant l'angle de tous les murs4 ,les choses de la matire ne les touchent que pour les faire souffrir4 ,les gens de pit formaliste les envisagent avec mfiance cause de leurs allures dcousues4 ,les abstracteurs de quintessence thologique dissquent leurs propos sans bienveillance1 s'offusquent de leurs gestes1 blment les excs de leur charit1 concluent fort souvent1 qu'une saintet aussi scandaleuse devrait tre rprime au nom de la discipline commune4 ,cependant1 comme une flamme insolite rgne autour de ces exalts1 les ,simples qui1 d'instinct1 s'y rchauffent1 les vnrent et se lamentent lorsqu'on leur enlve ces ,irrguliers dont le verbe ardent verse du soleil dans les mes ingnues4 ,saint ,joseph de ,cupertino fut l'un de ces ,bienheureux hors-la-loi4 ,son originalit lui valut la prison1 peut-tre parce que son exemple aurait multipli ces fous cause de ,jsus-,christ qui saint ,paul rserve des loges sans restriction4 ,il apparut une poque o1 sous prtexte de ,renaissance1 le paganisme ressuscitait dans les esprits et dans les murs4 ,en apparence1 sa place et t parmi ces premiers disciples de saint ,franois d',assise qui s'intitulaient eux-mmes les jongleurs du ,bon ,dieu4 ,mais1 au commencement du ,x,v,i,ie sicle1 il produisit beaucoup l'effet d'un anachronisme1 d'un survivant tardif du moyen ge gar dans un temps peu propice au miracle4 ,or il semble bien que la ,providence l'ait suscit afin d'avrer1 une fois de plus1 qu'elle demeure la matresse de dmentir1 quand il lui plat1 les conjectures o la pauvre raison humaine voit des axiomes4 ,pour sa part1 ,joseph dmontra que les lois de la pesanteur ne sont pas toujours faites pour les ,saints4 ,parmi les dires des contemporains sur l',homme-,volant de ,cupertino1 on trouve des lgendes baroques dues l'imagination populaire et aussi des railleries base de scepticisme mises par des mtaphysiciens goguenards ou trop subtils4 ,c'taient de ces ,florentins lettrs qui jugeaient l'vangile par trop fruste au regard des rveries chatoyantes qu'ils aimaient cultiver dans les jardins de ,platon4 ,si l'on carte ces gauches enluminures et ces persiflages de raffins1 il reste une srie de tmoignages prcis provenant de prlats pondrs qui furent les admirateurs du ,saint et qui1 aprs l'avoir tudi1 devinrent ses amis les plus fervents4 ,il reste aussi les faits1 vrifis avec prudence et minutie1 dont l'glise s'autorisa pour placer ,joseph sur ses autels4 ,de l'ensemble se dgage une figure tout imprgne de lumire surnaturelle4 ,dans les lignes qui vont suivre on essaiera d'en donner une esquisse4 ,,ii ,joseph naquit ,cupertino1 petit village du royaume de ,naples1 le #ag juin #afjc1 dans des circonstances fort tristes4 ,son pre1 menuisier1 ayant fait de mauvaises affaires1 les gens de justice vinrent pratiquer une saisie et expulser la famille au moment mme o sa mre ressentait les premires douleurs de l'accouchement4 ,elle se rfugia dans une table dlabre et mit au monde son enfant sur quelques brins de paille demi pourris4 ,le pre1 de temprament jovial et insoucieux1 ne s'affecta pas beaucoup de ce revers1 qui lui valut1 d'ailleurs1 l'emploi de concierge du chteau4 ,car le seigneur du pays voulut l'avoir sous la main pour se divertir de ses saillies4 ,par la suite1 ce philosophe rustique ne s'occupa gure de sa progniture4 ,la mre offrait un caractre tout diffrent4 ,morose1 aigrie par l'indigence1 elle se montrait d'une dvotion troite et littrale4 ,joseph tant encore tout petit1 elle le chtiait avec rigueur1 la moindre tourderie1 comme s'il se ft agi de fautes graves4 ,donc1 entre cet homme qui riait toujours et cette femme qui ne riait jamais1 l'enfant grandit1 priv de toute affection humaine4 ,il ne parat point en avoir souffert1 ,dieu l'ayant prdestin la vie intrieure la plus intense4 ,en effet1 ce qui le particularise d'une faon minente c'est ce fait que1 ds l'ge de quatre ans1 il plongea dans l'oraison au point d'ignorer peu prs compltement ce qui se passait autour de lui4 ,ses sens prenaient peine contact avec l'univers4 ,son me1 imprgne du soleil d'amour qui rayonnait et brlait au centre le plus profond de son tre1 n'tait qu'effleure par les impressions venues de l'extrieur4 ,celles-ci ne pntraient pas2 il les cartait sans mme s'en apercevoir et demeurait noy dans un ocan d'or fluide qui absorbait toutes ses puissances4 ,ce qu'il contemplait en lui c'tait la ,sainte-,face tout clatante de tendresse infinie2 ce qu'il entendait1 c'taient des paroles que nul dialecte humain ne saurait traduire4 ,lorsque1 des intervalles loigns1 il s'arrachait douloureusement de son union perptuelle ,jsus1 il promenait sur le monde un regard tonn4 ,mme alors1 il n'en percevait pas le mcanisme social4 ,il le dcouvrait comme un lieu de tnbres o furetaient des chacals1 o s'agitaient des ombres plaintives4 ,pour la nature1 elle lui apparaissait un grand rve peupl de symboles qui reproduisaient1 sous des formes moins parfaites1 les images merveilleuses dont il avait coutume en ses ravissements4 ,seule1 la musique religieuse russissait l'mouvoir3 les accords de l'orgue1 le chant liturgique le faisaient tressaillir4 ,il se mettait pleurer1 sa bouche murmurait des mots mystrieux qui se scandaient bientt en un vague pome d'adoration jusqu' ce que l'entourage1 qui n'y comprenait rien1 lui impost silence4 ,on comprend que1 fondu de la sorte en ,dieu1 ,joseph et de la peine s'assimiler les rudiments de l'instruction4 ,sa mre constatant qu'il n'apprenait qu'avec la plus grande difficult le texte du catchisme et qu'il ne pouvait presque rien retenir par cur1 se rcriait sur sa btise4 ,d'autres fois1 l'accusant de paresse et de mauvaise volont1 elle le rouait de coups4 ,elle m'a tellement battu1 disait-il plus tard1 en souriant1 que les preuves du noviciat ne me furent pas grand'chose en comparaison4 ,a l'cole1 ce fut pis4 ,incapable de fixer son attention1 l'enfant n'entendait1 pour ainsi dire1 rien du tout4 ,le matre avait beau le fustiger avec fureur1 le traiter de bourrique et d'idiot1 taxer de dissipation ses extases1 ,joseph n'apprit lire qu'au prix d'un pre tourment4 ,son criture demeura toujours fort incorrecte4 ,quant au calcul1 ce demeura pour lui la plus impntrable des nigmes4 ,ses camarades1 le surprenant1 toute minute1 l'il carquill1 les lvres entr'ouvertes1 en admiration devant des spectacles qui leur restaient invisibles1 l'avaient surnomm3 gueule bante4 ,ils lui jouaient mille tours cruels et le bafouaient sans trve4 ,mais lui ne semblait point s'en chagriner4 ,il prenait ses rcrations l'cart2 elles consistaient cueillir des fleurs de pissenlit ou des primevres2 puis se glissant dans le chur de l'glise paroissiale1 il les dposait sur une marche de l'autel1 s'agenouillait et grenait un chapelet1 pendant des heures1 sans rien dire4 ,parfois1 le sacristain survenait1 lui reprochait d'apporter des salets dans le sanctuaire et le mettait la porte en lui tirant les oreilles4 ,la saintet se paie4 ,c'est pourquoi ,dieu qui1 comme le dit ,job1 crucifie admirablement ses lus1 lui envoya la maladie4 ,joseph comptait un peu plus de sept ans quand il fut gratifi d'un abcs de l'intestin qui1 perant au dehors et mal soign par un chirurgien ignare1 menaa de tourner la gangrne4 ,en mme temps1 il attrapa la pelade2 son crne s'excoria2 ses cheveux tombrent par plaques2 et il en garda les marques toute sa vie4 ,l'enfant endurait de telles tortures qu'il lui arrivait de jeter quelques cris et de se plaindre un peu4 ,alors sa mre le secouait rudement et lui interdisait le plus lger soupir en disant que c'tait un pch4 ,mais le pauvre petit la suppliait3--,maman1 portez-moi tout de mme la messe1 disait-il un jour1 je ne me sens bien que l4 ,c'tait vrai1 cette femme--si dure mais trs pieuse en somme--avait admir maintes fois son recueillement depuis l'introt jusqu'au dernier vangile4 ,elle s'attendrit1 le prit dans ses bras1 et fit ce qu'il demandait4 ,pendant toute la dure du ,saint ,sacrifice1 elle remarqua qu'il ne semblait plus souffrir4 ,et1 de fait1 il ne souffrait plus4 ,son me allait se blottir dans le tabernacle et son corps devenait insensible au mal qui le rongeait4 ,les actes de canonisation rapportent que ,joseph fut guri par un ermite qui1 invoquant ,notre-,dame de ,grce1 lui fit une onction d'huile bnite4 ,mais la maladie s'tait prolonge pendant quatre annes au cours desquelles il fut charcut1 scarifi l'aveuglette par le mdicastre4 ,ds que l'enfant fut guri1 l'on tint conseil pour examiner ce qu'on pouvait tirer de lui4 ,sa vocation1 c'tait de vivre entre ciel et terre1 mais personne ne s'en doutait4 ,le pdagogue dclara qu'il renonait infuser la science dans ce cerveau rebelle4 ,la mre1 qui aurait souhait le faire tudier pour la prtrise1 dplorait la ruine de son ambition4 ,le pre promulgua3--,il est stupide444 ,tchons de lui mettre un mtier dans les mains2 peut-tre la longue1 arrivera-t-il gagner sa vie4 ,on le colloqua donc en apprentissage chez un cordonnier4 ,jamais exprience n'choua d'une faon aussi totale4 ,joseph n'apprit ni manier l'alne1 ni battre le cuir1 ni poisser le fil4 ,il gchait l'ouvrage et1 malgr les coups de tire-pied que son patron lui prodiguait1 il ne russit jamais faire tenir ensemble une semelle et une empeigne4 ,ou bien1 absorb en ,dieu1 il demeurait1 les bras ballants1 trs loin de sa tche4 ,ou bien1 comme1 d'aprs une clause de son contrat1 stipule sur sa demande1 il allait la messe tous les matins1 il s'y enfonait dans la contemplation au point de ngliger parfois de se rendre la boutique4 ,c'est qu'alors son me revivait la ,passion du ,sauveur ou pntrait dans le mystre de la ,sainte ,trinit4 ,il s'identifiait1 dit son biographe1 aux personnes divines et les communications merveilleuses qu'il en recevait se prolongeaient aussi longtemps que ses oraisons4 ,inepte en apparence1 il ralisait ainsi la vie intrieure la plus riche et la plus fconde qui se puisse concevoir4 ,si rien ne s'en manifestait au dehors1 c'est parce qu' cette poque l'influx surnaturel dominait avec tant de despotisme toutes ses facults qu'il lui tait impossible d'expliquer ce qui se passait dans son esprit et dans son cur4 ,au surplus1 qui se serait-il confi8--,pas au desservant de la paroisse qui1 par ignorance ou par incurie1 ne sut jamais distinguer la voie extraordinaire o ,dieu engageait cet enfant4 ,et pourtant1 ,joseph possdait une intelligence trs nette puisque1 plus tard1 dans le milieu monastique o il se dveloppa1 il sortit de la stupeur adorante o l'avait tenu si longtemps l'action divine sur son me pour dfinir avec prcision la ligature dont il avait t l'objet jusqu' son adolescence4 ,mais le brave cordonnier ne vit en lui qu'un bousilleur pas mme bon rapetasser des savates4 --,et puis1 ajoutait cet homme positif1 il ne veut manger que des fruits1 du pain et de la soupe aux herbes4 ,il ne boit que de l'eau4 ,de l'eau1 je vous demande un peu6444 ,comme si le vin n'tait pas l'ami de l'ouvrier6 ,plusieurs fois1 il est rest deux ou trois jours sans se mettre table4 ,quand je lui en ai demand la raison1 il a pris son sourire niais pour me rpondre3 ,j'ai oubli4 ,le rsultat1 voil6 ,et il brandissait un croquenot difforme1 en rvolte contre toutes les rgles de la cordonnerie4 --,je le garderais vingt ans comme apprenti1 conclut le patron1 qu'il ne ferait pas mieux4 ,qu'on me dlivre de ce nigaud6444 ,joseph fut donc rendu sa famille4 ,il avait alors dix-sept ans4 ,il se demandait que devenir quand il reut intrieurement l'ordre de se faire religieux4 ,dj1 il avait pens au clotre1 mais d'une faon vague et avec le sentiment qu'il convoitait une chimre4 ,or1 cette fois1 le ,bon ,matre1 dont il distinguait sans cesse la prsence au fond de son me1 qu'il aimait autant qu'il en tait aim1 le ,roi de lumire1 qui lui avait prescrit le jene et l'abstinence1 lui indiquait formellement la route suivre4 ,plein de joie1 il demanda tout de suite ses parents la permission d'endosser le froc4 ,ils la lui accordrent sur-le-champ1 la mre parce qu'elle tait trs pieuse1 le pre1 parce que1 comme beaucoup de gens1 il estimait que le monastre est un refuge tout indiqu pour les faibles d'esprit4 ,il se trouva que deux oncles de ,joseph1 ,francisco ,desa et ,giovanni ,donato1 appartenaient la congrgation des ,frres ,mineurs de l'ordre de ,saint ,franois d',assise4 ,il et t normal que leur neveu entrt dans le couvent o ils avaient fait profession et s'y formt sous leurs auspices4 ,mais l'humilit ne comptant pas au nombre de leurs vertus1 ils eurent honte d'un parent dont la rputation d'hbtude les offusquait4 ,ils ne voulurent mme pas l'examiner3 ,c'est un illettr1 un balourd1 qu'il sera impossible d'lever jamais au sacerdoce1 s'crirent-ils4 ,et ils inculqurent leur prvention au ,suprieur qui refusa tout net et sans examen d'admettre le postulant4 ,,iii ,cet chec ne dcouragea point le jeune homme4 ,au contraire1 l'impulsion irrsistible qui le portait la vie conventuelle ne cessa de s'accrotre4 ,s'il ne parvenait gure exprimer ce qui se passait en lui1 c'tait avec lucidit qu'il obissait la ,volont toute-puissante qui avait pris le gouvernement de son me4 ,il concevait qu'au monastre seulement les grces dont il se sentait combl s'panouiraient dans toute leur splendeur4 ,sans perdre de temps1 il alla trouver le ,pre provincial des ,capucins de ,martina et le supplia de l'accepter comme convers puisqu'on le jugeait inapte au chur4 ,pour la premire fois de sa vie1 il dploya de l'loquence1 disant son horreur du monde et son dsir passionn de s'incarcrer dans l'amour de ,jsus-,christ4 ,son humilit1 son esprit d'abngation1 la flamme mystrieuse qui brillait dans ses prunelles murent le provincial4 ,il fut convenu qu'on l'essaierait1 si piteuse que ft sa renomme4 ,joseph prit donc l'habit en aot #afbj sous le nom de frre tienne4 ,mais ses tribulations ne faisaient que commencer4 ,dieu1 le maintenant sans cesse au sommet de la vie unitive1 entendait l'imposer aux moines1 comme aux laques1 ainsi qu'un tre d'exception de qui la seule prsence serait un dfi aux principes les plus avrs du sens commun4 ,a peine le ,saint fut-il entr au noviciat1 que la contemplation le ressaisit tout entier4 ,souvent1 du matin au soir1 il semblait aveugle et sourd1 de sorte que ses confrres1 ne comprenant rien son tat1 l'avaient surnomm le cadavre ambulant4 ,le ,suprieur souponnait bien que cette infirmit pouvait avoir une cause d'ordre surnaturel4 ,mais1 d'autre part1 la vie de communaut exigeait que chaque religieux se rendt utile d'une faon ou d'une autre4 ,peut-tre qu'en dsignant ,joseph pour un emploi facile remplir1 on tirerait de lui quelques services sans entraver son oraison4 ,il le donna donc comme adjoint au frre charg du rfectoire1 en recommandant de ne lui passer aucune ngligence4 ,ce faisant1 il esprait se rendre compte s'il avait affaire au plus trange des contemplatifs ou un paresseux de carrire qui simulait l'idiotie pour s'pargner tout effort4 ,l'exprience eut un rsultat propre susciter le courroux du ,pre conome4 ,maladroit au plus haut degr1 ,joseph ne mit jamais le couvert sans casser deux ou trois plats et cinq ou six assiettes4 ,par punition1 on lui enguirlanda le cou avec les dbris4 ,mais il ne parut pas s'en apercevoir4 ,et il allait1 tout cliquetant d'un bruit de vaisselle entrechoque1 sans mme se douter qu'il tait un sujet de drision pour l'entourage4 ,a plusieurs reprises1 il mit du pain noir au lieu de pain blanc sur les tables4 ,comme on lui signifiait de donner plus d'attention ce qu'il faisait1 il rpondit1 avec navet1 qu'il tait incapable de distinguer l'un de l'autre4 ,c'tait parfaitement exact2 mais le frre rfectorier crut que ,joseph se moquait de lui4 ,il porta plainte et le pauvre extatique reut une rude pnitence1 qu'il accepta sans le moindre murmure4 ,puis on le changea d'office3 on lui confia le soin de balayer les clotres4--,joseph accepta joyeusement cette besogne quasi machinale et il s'y mit avec ardeur4 ,la bonne volont ne lui faisait pas dfaut2 seulement il arriva ceci que1 neuf fois sur dix1 au bout d'une minute1 il tait ravi en ,dieu4 ,laissant alors tomber son balai1 il s'agenouillait sur les dalles et oubliait tout jusqu' ce qu'on vnt le secouer4 ,enfin on le chargea uniquement de tirer l'eau d'un puits pour la transvaser dans un rcipient qui servait aux ablutions de la communaut4 ,cette tche ne demandait qu'une heure par jour4 ,or pas une seule fois le ,saint ne russit remplir le tonneau4 ,pendant un mois on le vit errer1 le seau la main1 l'air absent3 il ne se rappelait plus ce qu'il avait faire4 ,ainsi de tout4 ,parmi les convers laborieux1 il semblait une cigale chez les fourmis4 ,quant la formation religieuse1 il fut impossible de la lui donner4 ,aux exercices1 il troublait ses voisins et rompait la psalmodie par de grands soupirs ou des cris d'amour sans rapport avec le rituel4 ,aux instructions1 il paraissait couter le ,pre ,matre4 ,mais si celui-ci lui posait une question1 il balbutiait quelques phrases confuses ou gardait le silence4 ,humble1 du reste1 trs convaincu de son ignorance1 un jour qu'un de ses compagnons lui reprochait de n'tre propre ni aux travaux matriels ni la vie spirituelle1 il lui demanda3 --,par charit1 mon ,frre1 apprenez-moi ce que signifient ces mots3 la vie spirituelle8 --,la vie spirituelle1 rpondit l'autre1 c'est d'arriver au chur le premier et d'en sortir le dernier4 ,cette dfinition sommaire tait offerte de bonne foi1 le convers possdant un de ces esprits limits pour qui observer la rgle d'une faon mcanique c'est raliser la perfection4 ,mais ,joseph y vit une rprimande mrite1 car il avait fait cent fois sa coulpe pour des retards invraisemblables4 ,il baissa la tte et ne rpliqua rien4 ,cependant le ,saint dprissait vue d'il4 ,d'abord le feu divin qui lui embrasait l'me minait ses organes4 ,cette vie spirituelle dont1 sans en avoir la notion1 il prsentait un modle achev1 l'puisait4 ,ensuite1 les railleries des autres novices1 les observations ritres de ses suprieurs le suppliciaient2 il sentait qu'on ne supporterait pas toujours ses manquements continuels la discipline4 ,l'inquitude le rongeait1 car il ne parvenait pas comprendre comment ,dieu1 lui ayant octroy la vocation1 le laissait inapte la vie monastique4 ,en effet1 quel contraste3 au centre de son me1 la lumire absolue--tout autour1 d'opaques tnbres6 ,la catastrophe qu'il redoutait se produisit enfin4 ,considrant1 au bout de neuf mois d'essai1 que ,joseph ne s'adaptait nullement la rgle commune1 excd de rapports et de rcriminations1 le ,provincial jugea qu'il tait sage d'arrter l'exprience4 ,quelques religieux1 plus perspicaces que leurs collgues1 et1 entre autres1 le ,pre ,matre lui reprsentrent pourtant que les excentricits de ,joseph constituaient peut-tre l'indice de grces extraordinaires et que ses vertus tant videntes1 il y aurait lieu de patienter encore4 ,mais la majorit rprouvait toute indulgence1 blmait tout dlai3 la porte1 l'original qui ne se conduisait pas comme tout le monde6 ,il en va parfois ainsi dans les monastres1 quand les hommes de la lettre prdominent et non les hommes de l'esprit4 ,quiconque s'y diffrencie de la masse routinire1 tranche sur le milieu incolore par l'clat d'une personnalit anormale1 suscite de l'antipathie et des malveillances4 ,il gne1 et1 d'instinct1 le troupeau des mdiocres cherche l'liminer4 ,on doit reconnatre que chez ,joseph la saintet se manifestait d'une faon si particulire qu'il constituait un embarras pour une communaut4 ,toutefois1 si les ,capucins de ,martina avaient brl de cette ,charit que recommande saint ,paul1 ils auraient peru la crise d'incubation mystique que subissait leur frre4 ,se plaant au point de vue du surnaturel1 ils l'auraient chri et mnag en vnrant l'opration divine sur cette me4 ,malheureusement1 ils raisonnrent selon la nature4 ,ds lors1 ils ne virent en lui qu'un dsquilibr bon expulser ou enfermer4 ,la prison viendra bientt4 ,pour le moment1 ce fut l'viction4 ,lorsqu'on lui ta l'habit religieux1 rapporte son premier biographe1 il eut un sentiment1 si vif de son incapacit1 de sa faiblesse1 de ce qu'on nommait son extravagance1 que1 depuis1 au seul souvenir de cette scne on l'a vu s'vanouir tant il en restait frapp4 ,dans un ge plus avanc1 il racontait qu'en cette minute1 il s'tait senti comme arracher la peau de la chair4 ,pour comble de misre1 une partie de ses vtements laques1 le chapeau1 les bas1 la casaque s'taient gars4 ,on le mit dehors demi-nu4 ,ces moines taient de sinistres pingres1 car enfin ils auraient pu1 au moins1 lui faire l'aumne d'un bonnet1 d'une paire de sabots et d'une veste6 ,ce ne fut pas encore le point extrme de l'preuve4 ,le monde rservait au ,saint un accueil semblable une fondrire hrisse de ronces farouches et d'orties hargneuses4 ,il avait rsolu de gagner ,vetrara1 petite ville o son oncle ,francisco prchait le carme1 afin de lui exposer sa dtresse et de mendier un abri4 ,il suivait la route quand il fut attaqu par des chiens qui mirent en loques les haillons dont il tait couvert4 ,il eut grand'peine fuir leurs morsures4 ,il boitillait1 tout meurtri1 lorsque1 un peu plus loin1 des bergers le prirent pour un espion des brigands qui ravageaient1 pour lors1 la contre et fondirent sur lui en hurlant des menaces et en brandissant leurs triques4 ,ils l'auraient assomm si l'un d'entre eux ne l'avait reconnu et ne s'tait interpos4 ,joseph gisait sur le talus1 trs ple et tout dfaillant1 car il avait quitt le monastre jeun4 --,je meurs de faim1 rpondit-il leurs questions4 ,pris de piti1 ils lui donnrent un quignon de pain qui le rconforta un peu4 ,a ,vetrara1 l'oncle le reut comme avec une fourche4 --,tu n'es qu'un imbcile et un propre rien1 s'cria-t-il1 qu'est-ce que tu vas devenir prsent8 ,ne compte pas sur moi3 je me ferais scrupule d'assister un rebut de clotre tel que toi444 ,dans ta maison c'est l'indigence et pire1 car je t'apprends que ton pre est mort insolvable4 ,il t'a laiss pour hritage trois mille cus de dettes dont tu devras rpondre4 ,je te prviens que les cranciers te cherchent pour te fourrer en prison4 ,que vas-tu faire8 ,joseph1 blme comme un linceul1 se tenait devant lui1 sans rien dire4 ,l'oncle insistant d'une voix tonnante1 il se signa puis fit un geste d'abandon total2 et deux grosses larmes coulrent lentement sur ses joues4 ,francisco eut quelque peu vergogne de sa duret3 --,je te garderai ici jusqu' ,pques1 reprit-il1 aprs je te reconduirai ,cupertino1 et l1 tu te dbrouilleras comme tu pourras4 ,a ,cupertino1 ds que sa mre apprit son renvoi1 elle entra dans une furieuse colre4 ,elle vocifra3--,tu as trouv le moyen de te faire chasser de la sainte maison o l'on avait eu tant de mal obtenir ton admission4 ,dieu sait quelles sottises tu as d commettre6444 ,mais je t'en avertis1 je n'entends pas nourrir ton oisivet4 ,sors d'ici1 vagabond1 va-t'en o il te plaira2 ou bien qu'on t'emprisonne2 cela m'est fort gal444 ,cependant le ,saint ne suppliait ni ne cherchait se justifier4 ,courb sous l'invective maternelle1 les yeux clos1 il voyait1 au-dedans de lui-mme1 ,jsus-,christ saigner sur la croix4 ,il participait l'agonie du ,matre et il se sentait si compltement identifi ,lui qu'il ne parvenait pas fixer son attention sur les choses de la terre4 ,car il ne faut pas oublier qu'au stade de la vie unitive o il se trouvait alors1 chacune de ses souffrances se confondait avec celles que ,notre-,seigneur eut subir au cours de sa ,passion4 ,le ,joseph apparent semblait de pierre aux outrages et aux svices4 ,le ,joseph intrieur prouvait des tortures indicibles sur la ,voie douloureuse4 ,mais cela1 il ne pouvait l'exprimer1 les puissances de son me demeurant lies l'gard du monde4 ,quand la mre fut bout de reproches et de lamentations1 elle considra son fils dplorable et ses entrailles s'murent4 --,c'est un idiot1 murmura-t-elle1 mais aprs tout1 c'est mon enfant6444 ,l'ide lui vint de courir au monastre de la ,grottella o l'autre oncle1 ,giovanni ,donato1 remplissait les fonctions de ,matre des novices4 ,a la ,grottella il y avait une chapelle o l'on honorait l'image d'une ,madone miraculeuse et1 de ce fait1 le sanctuaire possdait droit d'asile4 ,joseph s'y rfugiant chapperait aux poursuites des cranciers4 ,donato ne voulut d'abord rien entendre4 ,ses prventions contre son neveu taient trop ancres pour qu'il l'admt au noviciat4 ,sur ce point1 il se montra irrductible4 ,puis comme la mre insistait en sanglotant et lui reprsentait que l'arrestation de ,joseph les dshonorerait tous1 par amour-propre familial1 il trouva un biais3 le jeune homme porterait l'habit du tiers-ordre sous le vocable d'oblat et1 en cette qualit1 il aurait la charge de soigner la mule de la maison4 ,la mre consentit tout4 ,le jour mme1 elle amena ,joseph au monastre et prit cong de lui en lui signifiant de faire bien attention sa conduite1 car ce serait la dernire fois qu'on lui viendrait en aide4 ,ce qui fut confirm par le ,pre ,donato4 ,,iv ,c'est alors que prit fin l'preuve impose au ,saint pendant toute son enfance et la premire partie de sa jeunesse4 ,son esprit se dnoua1 il put1 sans trop de distractions1 remplir son emploi1 suivre un dialogue1 donner quelques preuves d'intelligence et manifester sa vocation4 ,l'allgresse de se voir de nouveau sous clture le transfigurait4 ,sa gat1 son empressement rendre service1 son amour de la rgle1 son adaptation rapide aux coutumes monastiques firent augurer qu'on pourrait peut-tre utiliser son bon vouloir4 ,ce n'est point1 d'ailleurs1 qu'il ft exempt de peines1 car cette mme poque1 le ,mauvais1 flairant en lui un adversaire qui deviendrait redoutable1 l'attaqua par les sens en l'obsdant d'images luxurieuses4 ,joseph ne se laissa pas dconcerter par ces fangeuses manigances4 ,pour vaincre la chair1 la nudit des pieds1 la rudesse du cilice1 il joignit une troite chane de fer qui ceignait ses reins et ses paules4 ,il jenait tous les jours et ne donnait que quelques heures au sommeil1 consacrant le reste de la nuit l'oraison4 ,il couchait l'curie1 auprs de la mule qu'il avait prise en affection et qu'il soignait fort bien4 ,son lit se composait de trois planches avec une peau d'ours comme couverture et un sac de paille pour oreiller4 ,par surcrot1 quand le ,dmon le tourmentait avec persistance1 il se flagellait en se servant d'une discipline garnie de molettes d'perons si bien que les murs taient tout clabousss de son sang4 ,l'oncle ,donato1 surpris de son changement et voulant l'observer de plus prs1 prit l'habitude de l'emmener avec lui lorsqu'il allait prcher ou quter dans les villages des environs4 ,chemin faisant1 il l'interrogeait sur la religion4 ,joseph rpondait avec simplicit4 ,mais ce qui frappa le ,pre c'est que les propos de son neveu1 d'un ton naf et imprvu1 rvlaient une connaissance approfondie des ,mystres4 ,il ignorait le vocabulaire thologique2 il employait1 pour dcrire sa parfaite union au ,bon ,matre1 un langage primesautier1 des termes rustiques1 des comparaisons familires4 ,tel quel1 il dbordait de science infuse4 ,on aimerait donner quelques exemples l'appui2 malheureusement les relations contemporaines se bornent constater le fait sans rapporter ses propres paroles4 ,bref1 ,donato reconnut avec stupfaction que1 durant sa longue priode d'apparente torpeur1 le jeune homme avait ralis les tats d'oraison de l'ordre le plus lev et que ,jsus-,christ lui-mme avait pris soin de verser la ,lumire en son me4 ,selon qu'il est dit dans l'vangile1 des choses qui sont caches aux prudents et aux sages furent montres ce tout-petit-- cet humble qui ne se doutait mme pas de son privilge4 ,a la suite de cette enqute1 le ,pre1 tout fait revenu de ses prventions1 estima que1 pour le bien de la communaut1 il serait sage d'admettre au noviciat un sujet aussi exceptionnel4 ,d'aprs son avis1 ,joseph fut conduit ,altamira1 au mois de juin #afbe4 ,une congrgation provinciale y tait runie qui examina le postulant et reconnut son aptitude la clricature4 ,de retour la ,grottella1 ,joseph reut donc l'habit religieux et commena son anne de probation4 ,pour la pit1 le zle1 l'obissance1 il fut irrprochable4 ,de plus1 son humeur enjoue et son extrme douceur le faisaient aimer de tout le monde4 ,mais quant aux tudes il y choua d'une faon totale4 ,il semble vident que ,dieu se rservait l'action directe sur cette me et n'entendait pas que les mthodes ordinaires lui fussent appliques4 ,en effet1 comme on le prparait recevoir les ordres1 ,joseph eut beau faire effort pour s'assimiler les matires prescrites1 c'tait comme s'il et vers de l'eau dans un crible4 ,il n'apprit qu'avec la plus grande difficult les lments du latin et ne parvint jamais lire correctement le brviaire ni le missel4 ,il croyait avoir beaucoup fait lorsqu' grand'peine il russissait en articuler distinctement quelques syllabes4 ,d'aprs ce dtail1 on devine que la scolastique lui demeura une rbarbative trangre4 ,le ,pre ,donato1 matre des novices1 ne savait que rsoudre4 ,d'une part1 il y avait cette vidence3 ,joseph irradiait le ,surnaturel divin autour de lui4 ,d'autre part1 comment canaliser1 plier au ministre une saintet qui restait impermable l'enseignement traditionnel8 ,le temps du noviciat s'coula parmi ces incertitudes4 ,elles ne furent pourtant pas un obstacle pour la profession4 ,les vertus de ,joseph se manifestaient si clatantes que1 malgr sa nullit comme tudiant1 il y fut admis par un suffrage unanime4 ,restait le plus malais1 c'est--dire l'accession au sacerdoce4 ,joseph considrait en tremblant les in folio formidables dont il lui fallait absorber la substance2 il en pelait quelques lignes puis1 n'y comprenant goutte1 il s'criait1 les larmes aux yeux3--,appelez-moi ,frre ,ane6444 ,c'est1 du reste1 le surnom sous lequel il se dsigna durant toute son existence4 ,il s'y reprit cent fois pour se meubler l'esprit de dfinitions abstraites et de formules dogmatiques4 ,toujours en vain4 ,vrifiant que1 par ses moyens naturels1 il n'obtenait aucun rsultat1 il eut recours la ,sainte ,vierge1 tout comme un enfant qui demande sa mre de lui seriner l'alphabet4 --,aidez le petit ne porter son fardeau6 lui dit-il4 ,ensuite1 a-t-il racont plus tard1 je m'adonnai la pnitence et la mditation des merveilles de ma bonne ,mre et je ne restai plus une heure sans avoir prsente l'esprit cette bienheureuse ,vierge de la ,grottella qui me faisait des grces continuelles et attirait en elle toute mon me4 ,marie lui donna un signe indubitable de sa prdilection4 ,voici comment le biographe de ,joseph rapporte le miracle3 ,il est de fait qu'il ne russit jamais expliquer aucun des vangiles de l'anne sauf celui qui commence par les mots3 ,beatus venter qui te portavit 7,st ,luc1 ,,xi74 ,la ,mre de ,dieu qui voulait lever si haut l'intelligence de son serviteur1 prit plaisir lui rvler le sens d'un texte dont elle est l'objet et l'introduire elle-mme dans le sanctuaire4 ,joseph apprit donc uniquement les paroles de cet vangile2 il en comprit la signification et la porte et se prsenta hardiment l'examen4 ,l'vque de ,nardo1 ,jrme de ,franchis1 qui pressentait sa saintet1 lui confra sans difficult les ordres mineurs et le sous-diaconat4 ,il tait dispos l'ordonner diacre lorsqu'on lui rappela qu'aux termes des canons1 l'examen pralable tait de rigueur4 ,l'vque prit le livre des vangiles et l'ouvrit au hasard4 ,mais il semble qu'un ange ait dirig sa main1 car le passage qu'il rencontra fut prcisment celui qui commence par ,beatus venter4 ,il ordonna ,joseph de l'expliquer4 ,le ,saint se prit sourire et1 les yeux fixs au ciel1 il commenta le texte comme s'il et t un matre en thologie4 ,en consquence1 il fut reu au diaconat4 ,pour la prtrise1 l'examen devait tre pass ,bogiardo par ,baptiste ,deti1 vque de ,castro1 prlat qu'on surnommait1 cause de sa svrit1 la terreur des ordinands4 ,joseph se prsenta en compagnie de quelques-uns de ses confrres1 sujets d'lite dont la science pouvantait1 par comparaison1 le pauvre ,frre ,ane4 ,les premiers interrogs rpondirent1 en effet1 d'une manire fort brillante4 ,l'vque1 supposant que les autres taient tous aussi bien prpars1 arrta l'preuve et dclara qu'il recevait tous les candidats4 ,ainsi ,joseph1 qui devait passer le dernier1 fut admis sans avoir t interrog4 ,l'ordination eut lieu le #d mars #afbh4 ,v ,le voici prtre4 ,la question se posait maintenant de l'emploi lui donner4 ,il ne fallait pas compter sur lui pour la rcitation des offices car1 disent les actes de la canonisation1 pendant plus de trente-cinq ans1 les suprieurs durent exclure frre ,joseph des crmonies du chur et des processions1 attendu que1 par ses extases et ses ravissements1 il troublait les exercices4 ,de mme1 il lui fut toujours impossible de dire rgulirement le brviaire4 ,ou bien il s'vadait dans la contemplation sitt qu'il en avait lu quelques lignes4 ,ou bien1 il feuilletait le volume1 comme au hasard1 poussant des cris d'amour et versant des larmes chaque fois qu'il rencontrait le nom de ,jsus4 ,on dut renoncer galement l'appliquer au ministre de la confession3 neuf fois sur dix1 peine assis au confessionnal1 il entrait en ravissement et n'entendait pas les pnitents qui se pressaient autour de lui4 ,or le ,suprieur remarqua qu'il possdait un genre d'loquence tout personnel et que quand il parlait de ,dieu1 c'tait en des termes si frappants1 avec des images si mouvantes qu' l'entendre on se sentait pntr d'une foi plus vive et d'un zle plus ardent pour la religion4 ,il rsolut donc de vouer le ,saint la prdication4 ,il lui commanda de parcourir la province et de parler au peuple partout o il se trouverait4 ,joseph obit quoiqu'il et bien prfr le silence et le recueillement dans sa cellule4 ,tout de suite1 le succs fut norme1 mais non pas auprs des doctes et des mondains4 ,ceux-ci1 en gnral1 s'offusquaient des verdeurs de sa diction ou lui reprochaient de ngliger les prceptes de l'art oratoire4 ,mais les gens du peuple taient transports et aussi maintes mes ferventes de toutes conditions4 ,il conquit encore nombre de dbauchs que sa parole arrachait leurs vices et prcipitait1 tout sanglotants de repentir1 aux pieds de ,jsus4 ,il est malais de donner un exemple de sa manire4 ,d'abord on ne peut rendre le feu de son regard1 le rayonnement de sa face1 l'ampleur de ses gestes1 le son de cette voix qui retentissait tantt comme une cloche de bronze tantt comme une flte de cristal4 ,un de ses auditeurs a dit3 ,avant d'entendre le frre ,joseph1 j'avais l'me froide et dure comme un bloc de glace4 ,tandis qu'il parlait1 je la sentis fondre et devenir pareille de l'eau bouillante2 et je me mis aimer ,dieu comme jamais je n'avais eu la moindre ide de le faire4 ,ce qui s'oppose aussi l'expos de son loquence c'est que la plupart de ses harangues ne sont venues nous que fragmentaires et fort souvent dulcores par des chroniqueurs pieux mais timides4 ,ces scribes1 trs amis de la priphrase et de l'euphmisme1 s'effaraient cause de la rudesse et de la nettet des discours du ,frre4 ,ils les ont gauchement dlays en ce style mucilagineux--comme disait ,huysmans--o trop d'crivains pieux ont coutume d'engluer le ,verbe dont ils ont reu le dpt4 ,voici1 cependant1 un passage d'un des sermons prononcs par le ,saint o il semble que ses expressions aient t peu prs conserves3 ,eh bien1 gens de toute petite foi1 vous me montrez vos coffres-forts et vos magasins bonds de marchandises6 ,vous en tes trs fiers et c'est l que vivent vos mes4 ,mais moi1 je vous dis que vos mes1 comme ces boutiques et ces trsors1 sont pleines de vermine et d'ordure4 ,au contraire1 il y a dans les magasins de ,dieu des provisions que nul dgotant insecte n'oserait attaquer4 ,si vous aviez la foi1 ,dieu prendrait plaisir vous prodiguer ses richesses incorruptibles et vous auriez part sa puissance4 ,car l'homme fidle peut ce qu'il veut pourvu qu'il veuille ce qu'il doit4 ,dieu l'a dit4 ,oseriez-vous supposer qu'il a quelque raison pour nous mentir8444 99 99 99 99 99 ,le sermon termin1 la foule escortait ,joseph comme s'il l'avait enchane sa suite4 ,les uns pleuraient et confessaient tout haut leurs fautes4 ,d'autres lui demandaient des conseils pour mieux vivre4 ,il rpondait tous et ne malmenait que ceux qui s'adressaient lui ms par un sentiment de curiosit profane4 ,a ceux-l1 il rpondait3 ,allez voir ,polichinelle4 ,le frre ,ane n'a rien vous dire6 ,mais la multitude le poursuivait quand mme1 l'acclamait et ne pouvait se dprendre de lui4 ,c'est parce qu'il tait en quelque sorte un accumulateur de divinit3 la ,grce manait de lui par effluves2 l'approcher1 le toucher1 il semblait qu'on s'imprgnt d'une lumire purifiante dont les rayons pntraient profondment dans les mes pour les renouveler et les sanctifier4 ,nul orgueil ne lui venait de ces triomphes4 ,les ovations le mettaient au supplice4 ,ds qu'il lui tait possible1 il donnait sa bndiction en ces termes3 ,potentia ,patris1 sapientia ,filii1 virtus ,spiritus sancti defendat vos ab omni malo#a4 ,puis il se drobait et courait s'enfermer dans sa cellule4 ,et il fallait un ordre exprs de son suprieur pour qu'il en sortt et reprt sa tche d'illuminateur des consciences obscurcies4 #a ,que la puissance du ,pre1 la sagesse du ,fils1 la force du ,saint-,esprit vous dfende de tout mal4 ,,vi ,c'est l'poque de ces prdications que ,joseph reut les deux privilges qui constituent sa marque spciale parmi les ,saints et qui lui valurent autant de souffrances que de clbrit3 le don d'tre lev au-dessus de terre par une explosion d'amour de ,dieu et le don de lire dans les mes comme si c'taient des manuscrits drouls soudain devant ses regards4 ,rappelons-nous d'abord que le ravissement en ,dieu lui tait habituel4 ,il ne se passait gure de jours sans que1 pendant plusieurs heures1 il ne s'clipst de l'univers prissable pour monter se fondre1 en esprit1 dans l'essence incre4 ,en ces occasions1 son corps semblait ananti4 ,ses yeux restaient ouverts mais privs de la facult de voir4 ,ses oreilles ne percevaient aucun bruit sauf les ordres du ,suprieur4 ,ses membres devenaient rigides et insensibles4 ,en cet tat1 certains religieux qui le jalousaient et prtendaient que1 simulant l'extase1 il jouait une comdie1 le piquaient avec des aiguilles4 ,plusieurs mme prenaient un plaisir barbare lui appliquer des charbons ardents sur la peau4 ,or1 soumis un traitement aussi cruel1 il ne donnait pas signe de vie4 ,exactement1 il ne le sentait pas4 ,c'est seulement lorsque l'extase avait pris fin qu'il commenait souffrir des blessures ainsi faites4 ,il n'adressait1 d'ailleurs1 aucun reproche personne4 ,le cardinal ,lauria1 qui l'observa de prs et publia une relation dtaille de son enqute1 rapporte ce sujet le propos suivant du ,saint3 ,il me dit3--,compatriote1 sais-tu ce que me font les ,frres quand me viennent mes tourdissements#b8 ,ils me lardent avec des pointes1 me brlent les mains et me tordent les doigts4 ,et me montrant ses paumes couvertes d'ampoules il ajouta3--,voil leur ouvrage6 ,puis il se mit rire sans manifester la moindre rancune de ces abominations4 #b ,il appelait ainsi1 par humilit1 ses ravissements et ses extases4 ,le mme prlat note que lui avant demand ce qu'il voyait dans l'extase1 ,joseph lui rpondit3 ,c'est assez difficile expliquer4 ,je suis comme transport dans une galerie1 qui resplendit de choses nouvelles et belles1 devant une glace o1 d'un seul regard1 j'embrasse les merveilles qu'il plat ,dieu de me montrer4 ,un autre jour1 il prcisa un peu davantage3 ,quelquefois1 dit-il1 je vois les attributs de ,dieu d'ensemble runis sans que mon esprit les puisse diffrencier ni diviser4 ,d'autres fois1 je les vois spars et distincts4 ,je leur dcouvre des beauts toujours nouvelles4 ,mes regards plongent dans des merveilles dont chaque partie1 aussi bien que le tout1 tonne mon intelligence4 ,c'est un des phnomnes les plus admirables de la vie unitive que cette vision intellectuelle de la ,trinit4 ,on comprend que ,joseph ne pouvait qu'en affirmer la prsence en lui et que toute dissertation aurait t vaine car pour exprimer le mystre le plus impntrable de la religion1 les mots humains font dfaut4 ,aspir peu peu par la ,divinit1 le corps du ,saint ne tarda pas suivre l'envole de son me4 ,ses pieds quittaient le sol d'un lan irrsistible2 il poussait un grand cri et demeurait suspendu en l'air1 les bras en croix1 la face lumineuse1 ou bien il traversait l'espace avec rapidit comme s'il et t soutenu par des ailes invisibles4 ,les tmoignages surabondent qui attestent ce miracle4 ,les plus probants ont t retenus pour les actes de la canonisation4 ,voici des exemples3 ,en ma qualit de berger1 dpose un ptre1 je gardais les troupeaux proche de la ,grottella4 ,la veille de ,nol1 ,frre ,joseph nous vint trouver1 moi et mes camarades1 et nous dit3--,ne voulez-vous pas1 la nuit prochaine1 venir jouer de vos musettes dans l'glise1 en signe de joie pour la naissance de ,jsus-,christ8 ,sur cette invitation1 nous nous runmes en grand nombre1 avec nos musettes et nos fifres4 ,frre ,joseph1 d'un air joyeux1 vint notre rencontre4 ,nous entrmes dans l'glise tous ensemble1 lui en tte1 nous derrire1 vers onze heures du soir1 et1 dans la nef1 nous commenmes jouer de tous nos instruments4 ,nous vmes alors ,frre ,joseph1 tant il tait joyeux1 se mettre danser au son de notre musique4 ,mais1 tout coup1 il soupira et poussa un grand cri4 ,en mme temps1 il s'leva au-dessus des dalles et1 du milieu de l'glise1 il vola1 comme un oiseau1 sur le matre-autel o il embrassa le tabernacle4 ,or de la place o il s'envola au matre-autel1 il y a bien cinquante mtres4 ,mais le plus beau de l'affaire1 c'est que l'autel tant couvert de flambeaux allums1 ,frre ,joseph ne renversa ni une bougie ni un chandelier4 ,il resta ainsi genoux sur l'autel un quart d'heure environ2 aprs quoi1 il reprit terre1 sans l'assistance de personne et sans rien dranger4 ,il nous dit alors3--,mes enfants1 c'est assez2 soyez bni pour l'amour de ,dieu6444 ,nous tions fort effrays de dvotion et tout stupfaits4 ,et je dis3--,srement1 c'est un miracle444 99 99 99 99 99 ,en une autre occasion1 l'amirante de ,castille1 ambassadeur d',espagne1 voulut voir ,joseph4 ,il l'entretint au parloir4 ,a la suite de la confrence1 il alla trouver sa femme l'glise et lui dit3--,je viens de parler un autre saint ,franois4 ,l'ambassadrice prouvait un vif dsir de voir1 elle aussi1 le serviteur de ,dieu4 ,elle sollicita cette faveur4 ,le custode fit commander ,joseph1 dont il connaissait la rpugnance s'approcher des femmes1 d'aller dans l'glise1 en vertu de la sainte obissance et d'y confrer avec l'ambassadrice et les dames de sa suite4 ,le ,saint rpondit en souriant3--,je pratiquerai l'obissance1 mais je ne sais si je parlerai4 ,il sortit donc de sa cellule et se rendit l'glise par une petite porte situe en face d'un autel o il y avait une statue reprsentant ,marie conue sans pch4 ,entrer1 voir la statue1 pousser un cri1 s'lever en l'air1 passer sur la tte de l'amirante et des dames et franchir en volant une distance de douze pas pour aller embrasser les pieds de la ,madone1 tout cela ne fut que comme une seule et mme chose4 ,le ,saint resta1 un bon moment dtach de terre1 et en ravissement4 ,puis1 poussant un nouveau cri1 pareil au premier1 il revint en volant l'endroit d'o il tait parti4 ,il salua la ,madone1 baisa la terre et1 ensuite1 le visage cach dans son capuchon1 la tte baisse1 regagna sa cellule444 ,le prtre qui dposa du fait ajoute3 ,quelques jours aprs1 j'allai la cellule du frre4 ,nous confrions de choses spirituelles4 ,le discours tomba sur son aversion traiter avec les femmes4 ,je lui demandai comment il s'tait dcid voir l'ambassadrice et ses dames4 ,il me rpondit qu'il ne s'tait rendu l'glise qu' contre-cur et par obissance4--,mais1 dit-il avec un sourire1 la ,bienheureuse ,vierge m'a obtenu la grce que ces dames n'ont rien pu me dire ni moi leur parler4 ,la machine s'est dtraque de sorte que je ne les ai pas mme aperus444 ,par l1 il indiquait le ravissement qui1 en effet1 l'avait empch de voir et de parler4 ,la raison de son loignement pour les dvotes intempestives ne provenait pas d'un manque de charit mais de la confusion et de la gne que lui avaient causs1 en maintes circonstances1 les empressements1 les gesticulations et les clameurs des assistantes ses sermons4 ,le sexe fminin se montre parfois aussi envahissant qu'indiscret4 ,joseph en avait souffert et c'est pourquoi il le tenait distance4 ,il arrivait aussi que le ,saint emportait quelqu'un de ceux qui se trouvaient sa porte au moment de son envol4 ,le fait se produisit lors de son sjour au monastre d',assise4 ,les actes de canonisation le rapportent en ces termes3 ,le jour de la fte de l',immacule ,conception de l'an #afdb1 les novices chantrent en musique les vpres de la solennit4 ,le serviteur de ,dieu voulut assister la crmonie4 ,aprs vpres1 survint dans la chapelle le custode du couvent1 le pre ,palma qui lui demanda3--,frre1 que fais-tu l8 ,frre ,joseph1 ravi en extase durant l'office et tout illumin encore des rayons de la gloire divine1 regarde le custode et du doigt indiquant l'image de la ,madone3--,pre ,palma1 dit-il1 ,marie est belle6444 ,aprs un moment1 d'un accent de joie et de bonheur1 il reprit3--,pre custode1 dis avec moi3 ,belle ,marie6 ,en prononant ces mots1 le ,saint1 dont l'ardeur croissait par degrs1 se rapproche du ,pre1 embrasse1 l'treint1 puis crie toute voix3--,belle ,marie6 ,belle ,marie6444 ,au mme instant ses pieds se dtachent du sol1 il s'lve dans l'espace1 entranant avec lui le custode qu'il tient enlac4 ,on vit alors les deux hommes voler vers le ciel1 jusqu' la hauteur du plafond1 l'un par lui-mme1 l'autre par l'effet d'un ravissement qui n'tait pas le sien4 ,lorsque les deux religieux furent redescendus1 le custode s'en alla et je ne sais ce qui dominait en lui de la dvotion ou de la frayeur4 ,les novices1 muets d'tonnement1 regardaient ,joseph en tremblant4 ,le serviteur de ,dieu1 d'un air confus1 leur dit3--,mes petites brebis1 prenez patience1 j'ai longtemps dormi444 ,et ayant baiss son capuchon sur son visage1 il retourna dans sa cellule4 99 99 99 99 99 ,on a not plus de soixante-dix envols du ,saint en public durant son dernier sjour ,cupertino4 ,ailleurs1 ils furent innombrables si bien que son biographe a pu dire1 sans exagration1 que ,joseph passa la moiti de son existence entre ciel et terre4 ,et cela est d'autant plus exact que1 la plupart du temps1 lorsqu'il disait sa messe1 le ,saint s'levait quelques pouces du plancher aprs la ,conscration et ne reprenait pied qu'au dernier vangile4 99 99 99 99 99 ,on aura remarqu cette phrase du berger releve au procs de canonisation3 ,nous vmes alors ,frre ,joseph1 tant il tait joyeux1 se mettre danser au son de notre musique4 ,or ce ne fut pas la seule fois que le ,saint tmoigna d'une allgresse aussi dbordante4 ,de passage ,naples1 on le vit1 dans l'glise ,saint-,grgoire1 dcrire un cercle rapide en dansant sur ses genoux et chanter pleine voix3--,vierge bienheureuse6 ,vierge bienheureuse6 ,plus tard1 ,osimo1 le matin de ,nol1 il construisait une crche dans sa cellule et invitait les ,pres et les novices danser et chanter avec lui devant l',enfant-,jsus4 ,oubliant que ,david a dans devant l',arche1 les religieux se scandalisaient1 comme le firent les lvites autour du ,roi ,psalmiste1 et refusaient de s'associer ces pieuses cabrioles4 ,mais il n'avait cure de leurs mines renfrognes et il se laissait aller sans fausse honte la joie qui le transportait4 ,ces danses1 ces envoles1 comme les extases et les ravissements du ,saint1 montrent combien la sensation profonde de la prsence divine en lui l'affranchissait des liens terrestres4 ,la splendeur des aspects du ,paradis qui lui remplissaient l'imagination1 le mettait tout hors de lui au point qu'il perdait le contrle de ses actes4 ,le soleil intrieur flamboyait d'une faon si ardente1 le pntrait d'une telle chaleur et d'un tel rayonnement qu'il devenait pareil un sylphe s'battant travers les magnificences d'un beau jour d't4 ,mme s'il avait tent de se contenir1 il n'y serait point parvenu4 ,mais il n'y songeait gure4 ,aussi spontan qu'un enfant1 il obissait l'action surnaturelle avec d'autant moins de scrupule que toujours elle le conduisait manifester le miracle permanent dont il tait le thtre4 ,car ce n'tait pas seulement l'glise qu'il s'enlevait de terre1 c'tait partout o le menaient ses pas4 ,on rapporte qu'un prtre ,dom ,antonio ,chionello1 se promenant avec lui dans un jardin1 lui montra l'azur sans nuages et lui dit3--,frre ,joseph1 que ,dieu a fait un beau ciel6444 ,a ces mots1 comme si ,dom ,antoine l'et invit monter au ciel1 le ,saint pousse un grand cri1 s'lve dans l'air et1 d'un seul vol1 va se poser genoux sur la cime d'un olivier4 ,la branche se balanait comme sous le poids d'un oiseau4 ,il resta l1 ravi en ,dieu1 une demi-heure environ4 ,puis1 revenu lui1 il demanda1 d'un air embarrass1 ,dom ,antonio comment il ferait pour descendre4 ,l'ecclsiastique alla chercher une chelle et ,joseph descendit4 ,une phrase du ,saint rvle la violence de l'impulsion qu'il subissait chaque fois qu'il tait projet dans l'espace4 ,comme le cardinal ,lauria lui demandait pourquoi il poussait une grande clameur en quittant le sol1 il rpondit3 ,la poudre de guerre1 lorsqu'elle s'embrase dans l'arquebuse1 clate en un vaste bruit2 ainsi clate mon cur embras de l'amour divin4 ,on comprend aussi que1 favoris d'une vue directe immdiate1 presque continuelle de la ,sainte ,trinit1 de la ,vierge et des ,saints1 il ne pouvait se rendre attentif aux uvres humaines4 ,pendant un sjour qu'il fit ,rome1 l'vque de ,potenza1 ,mgr ,claver le conduisit dans les sanctuaires clbres et voulut lui faire admirer les tableaux et les statues qui les ornaient4 ,mais1 raconte ce prlat1 il marchait les yeux baisss au point de ne pas voir le pav qu'il foulait4--,frre ,joseph1 lui dis-je1 regardez donc toutes les merveilles qui nous entourent6444 ,il garda les paupires baisses et me rpondit3--,je crois1 je crois1 je ne veux pas autre chose que ma foi444 ,non1 le ,saint n'tait ni un esthte ni un amateur d'art4 ,il tait mieux que cela3 un grand pote vivant des odes sublimes au lieu de les crire4 ,possdant le ,paradis dans son me1 en quoi des peintures1 mme accomplies1 des marbres1 mme suprieurement taills1 l'auraient-ils intress8 ,au regard des images blouissantes qui se succdaient en son esprit1 les inventions les plus radieuses d'un ,michel-,ange ou d'un ,vinci ne pouvaient lui tre que les volutes d'un brouillard importun4 ,il regardait sans cligner cet astre absolu3 la ,face de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ4 ,il n'avait donc pas besoin d'effigies forcment imparfaites pour s'en suggrer l'incomparable beaut4 99 99 99 99 99 ,le don de lire dans les mes se manifestait chez ,joseph de deux faons3 ou bien1 d'un coup d'il jet sur le visage de ses interlocuteurs1 il dcouvrait ce qui se passait dans leur conscience1 les penses les plus secrtes--celles dont on a honte vis--vis de soi-mme--les tares les mieux dissimules1 les pchs d'habitude4 ,ou bien1 constatant1 en une seconde1 l'tat de pch mortel o ces mes croupissaient1 il sentait une puanteur se dgager d'elles1 si virulente1 qu'elle le suffoquait4 ,dans l'un et l'autre cas1 il prvenait1 sans mnagement1 les coupables et les sommait de se purifier4 ,mille rcits avrent cette clairvoyance redoutable4 ,voici le rsum de quelques-uns4 ,un jour1 en voyage1 ,joseph rencontra1 fort l'improviste1 dans une auberge1 un gentilhomme trs satisfait de lui-mme et qui1 menant une vie assez rgulire1 suivant les ides du monde1 n'prouvait pas1 disait-il1 le besoin de se confesser1 sauf ,pques4 ,a dner ce personnage expliquait1 avec complaisance1 qu'il tait l'ordre mme et se targuait d'une grande aptitude aux rangements4 ,joseph se lve1 fait le tour de la table1 vient se rasseoir tout contre le vaniteux et1 lui dardant un regard aigu dans les prunelles1 lui dit3 ,mon ami1 tes affaires ne sont pas bien ranges444 ,l'autre se rcrie4 ,mais le ,saint hochant la tte3 ,crois-moi1 mets de l'ordre dans ta valise6444 ,il n'ajouta rien4 ,mais le gentilhomme se sentit perc jour4 ,il comprit1 d'une intuition brusque1 que sa quitude orgueilleuse n'tait pas justifie et il courut au plus prochain confessionnal4 ,une autre fois1 ,joseph croisa1 sur une route1 un garon d'une vingtaine d'annes1 connu pour tre un grand coureur de filles4 ,le ,saint ne l'avait jamais vu1 auparavant4 ,nanmoins1 il s'arrta1 saisit le paillard au bras et lui dit l'oreille3 ,frre1 tu as la figure trs sale1 va te laver4 ,aussitt1 comme dans un miroir1 le jeune luxurieux dcouvrit la malpropret dgotante de son me4 ,il saisit le symbole1 fit pnitence et mena1 par la suite1 une vie rgulire4 ,le ,saint ne montrait pas toujours autant de mnagement4 ,souvent1 c'tait haute et intelligible voix qu'il dnonait le pch d'impuret4 ,sur quoi1 quelqu'un lui ayant demand ce qu'il entendait au juste par cette comparaison de la figure sale1 il rpondit3 ,ce n'est pas une image2 les sensuels1 je vois rellement leur visage noir comme du charbon4 ,leur salet me fait souffrir et j'ai si fort envie de les voir blancs devant le ,seigneur que je suis oblig de les avertir4 ,en un cas du mme genre1 il nettoya de son ordure un domestique du cardinal ,facchinetti qui tait venu lui apporter une lettre de son matre4 ,l'ayant envisag1 il lui appliqua un lger soufflet en criant3 ,tu n'as pas honte1 attach comme tu l'es un excellent cardinal1 d'avoir la figure aussi sale8 ,vite1 trotte te dbarbouiller4 ,le messager alla se confesser et revint4 ,a la bonne heure1 dit le ,saint1 te voil net1 ne recommence plus4 99 99 99 99 99 ,quand c'tait par l'odeur qu'il dcouvrait le pch1 il dissimulait encore moins le dgot qui lui soulevait le cur4 ,un dignitaire qui1 sous des apparences de grande correction1 s'adonnait un vice contre nature1 entra1 un jour1 dans sa cellule pour l'entretenir d'intrts ecclsiastiques4 ,a peine eut-il pass le seuil que ,joseph se leva d'un bond et cria d'une voix terrible3 ,tu pues6 ,tu pues6 ,au bain6 ,au bain6444 ,et il ouvrit la fentre au large1 en faisant signe l'autre de s'loigner et en se bouchant les narines4 ,l'interpell qui avait prcisment coutume d'observer une propret raffine sur son corps1 s'offensa4 ,il se mit protester4 ,mais ,joseph le chassant du geste3 ,comment veux-tu que je parle8 ,tu m'empoisonnes6444 ,outr de colre1 le sodomite se retira4 ,il mditait d'abord de se plaindre au ,suprieur et de faire punir ce chtif moine qui lui avait manqu de respect4 ,mais la rflexion lui vint2 la grce opra4 ,il se sentit pntr de terreur et de contrition et il rforma ses murs4 ,comme nous l'avons vu1 la seule tribulation que le ,saint tentt d'carter de lui1 c'tait la curiosit profane4 ,il lui dplaisait dj beaucoup d'avoir1 sans qu'il le chercht1 de pieux tmoins de ses envoles et de ses ravissements4 ,il s'y rsignait parce qu'on lui avait dit que la publicit de ces merveilles procurait souvent la gloire de ,dieu4 ,mais il ne tolrait pas d'tre visit comme une bte curieuse ou comme un phnomne bizarre4 ,quand le fait se produisait1 il savait trs nettement rabrouer ceux ou celles qui1 par futilit1 troublaient son recueillement et violaient sa retraite comme ils seraient entrs dans une baraque de la foire pour y contempler un veau six pattes ou y admirer un charlatan expert aux tours de passe-passe4 ,c'est ainsi que1 pendant son sjour au monastre d',assise1 il donna une leon quelques patriciennes aussi frivoles que chatoyantes4 ,la marquise de ,mdicis s'tait forme une socit d'un certain nombre de caillettes particules4 ,d'habitude1 ces dames vapores papotaient comme la pluie sur les toits4 ,entre elles1 il n'tait question que de fanfreluches la mode ou des mrites langoureux de leurs sigisbes4 ,mais1 je ne sais comment1 certaine aprs-midi1 le nom du frre ,joseph fut prononc4 ,toutes alors se mirent cacouler ainsi que le font les oies la picore4 ,ma chre1 dit l'une1 c'est parat-il1 on ne peut plus amusant regarder la suspension de ce moine4 --,si nous faisions la partie d'aller le voir8 proposa la marquise4 --,oui1 oui1 c'est cela6 ,ce sera charmant6 --,seulement1 afin d'tre sres de ne pas nous dranger pour rien1 nous essaierons de provoquer son ravissement4 ,on dit que c'est facile4 ,on n'a qu' prononcer le nom de ,jsus ou celui de ,marie et1 tout de suite1 le frre s'envole4 --,oh6 que c'est drle444 ,vite1 courons l-bas6 ,aussitt fait que dit4--,mais peine la folle compagnie eut-elle franchi le seuil de l'glise o le ,saint se tenait en oraison que celui-ci1 se retournant soudain1 perut1 d'un regard1 la niaiserie dsuvre de ces mes lgres4 levant la voix1 il les apostropha d'un ton svre3 ,croyez-vous que je sois une grenouille qu'on fait sauter en lui tendant un chiffon rouge8 ,n'tes-vous pas honteuses de venir ici par dissipation8 ,dehors1 dehors6 ,et que ,dieu vous pardonne6444 ,la marquise de ,mdicis1 dposant du fait1 ajouta que cette algarade si justifie l'avait convertie et termina son rcit par ces mots3 ,j'tais confuse comme une poule mouille et je conclus de l'incident que ,frre ,joseph pntrait le secret des curs4 ,il le pntrait1 en effet1 si bien que1 parfois1 quand les autres religieux sortaient de l'office--d'o1 comme on l'a vu1 son exubrance d'amour de ,dieu l'exilait--il arrtait l'un ou l'autre1 disant celui-ci3 ,toi1 tu as dormi pendant plus d'un quart d'heure4 ,a celui-l3 ,toi1 tu as pens que toutes ces rcitations taient insipides4 ,a un troisime3 ,pourquoi t'es-tu permis de feuilleter l'antiphonaire en billant au lieu de louer le ,seigneur8 ,il ne se trompait jamais1 dclarent les actes4 99 99 99 99 99 ,enfin1 pour souligner quel degr d'acuit se portait sa clairvoyance touchant la vie intrieure de ceux qui venaient l'entretenir1 citons un dernier fait4 ,le ,pre ,francisco1 des ,mineurs ,observants1 rapporte3 ,la premire fois que j'allai confrer avec le ,frre ,joseph1 quoiqu'il ne m'et jamais vu1 il me dcrivit1 point par point1 tous les actes ou vnements de mon existence et notamment des choses de conscience qui ne pouvaient tre connues que de ,dieu seul4 ,et il m'annona1 selon la plus exacte vrit1 beaucoup de choses qui m'arrivrent par la suite4 ,je puis ajouter qu'un de mes pnitents m'a confi1 en dehors de la confession1 qu'tant li d'amiti avec le ,frre ,joseph1 il prouvait1 en sa prsence1 une vive confusion1 sentant que ce frre devait connatre un pch de sa jeunesse dont il s'tait confess depuis longtemps4 ,un jour1 frre ,joseph lui dit3--,si tu veux tre sincre1 je te dirai quelque chose4 ,l'autre ayant autoris parler1 le frre lui raconta la faute dont il s'agit1 lui dit qu'il avait omis de s'en confesser d'abord1 qu'il l'avait dclare ensuite et que c'tait cause de ce souvenir qu'il avait honte en sa prsence4 ,cet homme n'avait cependant confi son secret personne4 ,il dclara ,joseph que tout cela tait vrai444 ,,vii ,un homme qui tutoie tout le monde1 qui morigne les grandes dames1 qui expose la lumire les profondeurs fangeuses de certaines mes1 qui ne mnage aucun amour-propre1 suscite forcment des haines et des rancunes4 ,de plus1 certains de ses confrres ne digrent pas qu'il les reprenne pour leurs ngligences l'office ou pour leur dextrit tourner1 plus ou moins subtilement1 la rgle4 ,d'autres le jalousent cause de son action irrsistible sur les foules4 ,des piocheurs d'in-folio virent1 avec mauvaise humeur1 son pouvoir de ramener1 en un tour de main1 au bercail de l'glise force brebis vagabondes que les arguments de thologiens patents n'avaient pu convaincre4 ,parce que le feu d'amour divin qui le brle le fait danser de joie devant le ,saint-,sacrement1 des ,pharisiens s'encolrent4 ,des esprits pointus1 qui contesteraient volontiers ,dieu le droit de se mler des affaires de ce monde1 lui font un grief de ses envoles et les tiennent pour des prestiges diaboliques4 ,enfin il froisse les uns par sa franchise1 scandalise les autres par sa rusticit1 inquite les mes routinires par les outrances de son zle4 ,nous l'avons dj dit3 trancher sur l'ensemble2 c'est ce que n'importe quelle runion d'hommes pardonne le plus difficilement aux grandes mes et surtout celles o habite l',esprit-,saint4 ,toutes ces malveillances1 toutes ces rancunes1 tous ces aveuglements1 toutes ces vanits corches vives se coalisrent et finirent par trouver un interprte4 ,ce fut un vicaire piscopal dont ,joseph avait eu l'occasion de flairer l'me4 ,il la trouva malodorante et ne sut cacher l'impression pnible qu'il en ressentit4 ,le vicaire furieux rdigea une dnonciation o l'injure alternait avec la calomnie4 ,les faits et les gestes du saint taient prsents sous le jour le plus dfavorable4 ,le libelle se terminait par ces mots3 ,en rsum1 on voit circuler dans la province un braillard de trente-trois ans4 ,il se donne pour un autre ,messie1 trane les populations aprs lui et les charme par de soi-disant prodiges que cette plbe1 incapable de discernement1 accueille comme authentiques4 ,j'ai cru qu'il fallait empcher le mal de devenir incurable444 ,le vicaire cacheta sa lettre et l'envoya aux ,inquisiteurs de ,naples4 ,or1 peine la missive fut-elle partie que sa raison s'gara2 en mme temps il tomba gravement malade4 ,pendant plusieurs jours1 il divagua d'une telle force qu'on le jugea tout fait alin4 ,dieu vengeait son serviteur4 ,a l'article de la mort1 par une grce de misricorde1 le calomniateur recouvra son bon sens4 ,il confessa ses fautes1 dit ses remords1 avoua ses mensonges touchant le ,saint et ne passa de vie trpas qu'aprs avoir reu les derniers sacrements4 ,depuis assez longtemps1 l',inquisition tenait ,joseph l'il4 ,il courait tant de rcits contradictoires sur la personne du ,saint1 sur sa doctrine1 ses actes et les merveilles dont il tait l'instrument que les gardiens officiels de la foi en vinrent le souponner d'hrsie et mme de possession diabolique4 ,la diatribe du vicaire leur fournit un motif d'examiner un personnage aussi dconcertant4 ,ils lancrent un mandat d'information par lequel ils lui ordonnrent de comparatre devant leur tribunal4 ,tandis qu'on l'examinerait1 il serait dtenu chez les ,mineurs conventuels de ,naples4 ,le ,suprieur du monastre de la ,grottella se montra trs afflig de cette mesure2 ayant eu le loisir d'prouver la saintet du ,frre1 il avait toujours ferm l'oreille aux insinuations des envieux et il admirait la blancheur absolue de cette me qu'une grce spciale soulevait au-dessus des contingences humaines4 ,aprs avoir atermoy1 il communiqua la dcision des ,inquisiteurs ,joseph1 il lui parla de temporiser4 ,j'crirai au ,saint-,office1 conclut-il1 et peut-tre obtiendrai-je un contre-ordre4 ,mais ,joseph1 dont la soumission l'glise n'admit jamais de rserves1 refusa tout dlai4 ,il accueillit avec respect1 dit son biographe1 l'ordre du tribunal et1 pein qu'on en contestt la justice1 il chercha1 autant qu'il tait en lui1 compenser l'hsitation du ,suprieur par son empressement se mettre en route4 ,les murmures de ceux qui soutenaient que l'offense faite sa personne lsait la congrgation entire le trouvrent insensible4 ,il quitta donc ,cupertino1 qu'il ne devait jamais revoir1 le #ba octobre #afch4 ,toute la bourgade et le pays environnant s'murent4 ,on s'abordait en pleurant et en criant3--,quelle perte nous faisons6444 ,cependant ,joseph restait aussi calme que s'il ft all un triomphe4 ,a ,naples1 les ,mineurs ,conventuels l'accueillirent assez mal4 ,d'abord1 le fait que l',inquisition s'occupt de lui1 le leur rendait suspect4 ,ensuite son tranget leur dplaisait comme un signe d'indpendance et presque comme un blme des pratiques troites o se confinait leur dvotion4 ,joseph1 tant d'une extrme sensibilit1 souffrit de leurs rebuffades4 ,il ne se plaignit1 ni ne rcrimina4 ,mais il avait le cur affreusement serr et il prouvait un sentiment d'extrme solitude qui allait jusqu' l'angoisse d'autant que1 par surcrot1 le soleil intrieur semblait avoir sombr dans des tnbres irrmissibles4 ,ne plus sentir en lui la prsence de ,jsus c'tait le pire malheur qu'il pt concevoir4 ,il se crut abandonn de ,dieu4 ,et il passa des heures verser des larmes silencieuses dans un coin de sa cellule4 ,mais comme il tchait de balbutier une formule de rsignation1 saint ,antoine de ,padoue lui apparut dans une gloire et lui dit3--,rjouis-toi1 ,frre ,joseph1 ,dieu t'aidera1 la ,mre de ,dieu t'aidera1 notre ,pre saint ,franois t'aidera galement6444 ,ds lors1 il reprit sa gat coutumire2 rassur par cette apparition1 il se prsenta hardiment devant le tribunal4 ,il eut subir trois interrogatoires dont le secret n'a pas t rvl2 on sait seulement qu'ils furent minutieux et prolongs et que les juges furent tmoins d'un ravissement et d'une envole qui portrent dans leur esprit la conviction que l'inculp soumis leur enqute n'avait rien de commun avec le ,mauvais ,esprit4 ,ils proclamrent donc1 sans restriction1 l'innocence de ,joseph4 ,mais1 en mme temps1 ils ordonnrent qu'on lui ft quitter la rgion et qu'on le tnt dsormais le plus possible l'cart du monde4 ,cette sentence permet de conjecturer que les policiers du ,saint-,office ne tenaient pas beaucoup favoriser la clairvoyance du ,saint en ce qui touche l'tat des mes2 qu'elle continut de se manifester l'gard des laques1 ils n'y auraient peut-tre pas trouv trop d'inconvnients4 ,mais comme elle n'pargnait point le clerg1 ils estimrent1 sans doute1 que la hirarchie1 la discipline et le dcorum auraient en ptir4 ,dieu avait choisi ,joseph comme dnonciateur des pchs qui se dissimulent dans les consciences obscurcies4 ,les ,inquisiteurs ne lui contestaient pas sa mission4 ,seulement1 par l'effet d'une prudence peut-tre trop--humaine1 et aussi1 par esprit de corps1 ils firent le possible pour en entraver l'exercice--pour mettre la lumire sous le boisseau4 ,ils envoyrent le ,saint ,rome2 il se prsenterait au ,pre ,larina1 gnral de l',ordre et lui remettrait une lettre qui contenait probablement des instructions dpourvues de mansutude4 ,en effet1 le ,pre ,larina reut le ,saint d'une faon trs sche1 lui parla d'un ton svre et le traitant comme un coupable1 lui assigna une troite rclusion en attendant qu'on dispost de lui4 ,le ,saint1 qui gotait fort les humiliations1 y trouvant un remde l'amour-propre1 ne pronona pas un mot pour son apologie4 ,sr d'aimer ,dieu et d'tre aim de ,lui1 il accepta joyeusement son incarcration4 ,quelques privilgis ayant obtenu permission de le visiter1 le plaignaient et s'tonnaient de sa soumission4 ,j'obis1 j'obis1 rpondit-il1 tout va bien puisque ,dieu fait que je me laisse guider par l'obissance comme l'aveugle par son chien4 ,cependant le bruit de ses vertus se rpandait de plus en plus dans ,rome4 ,c'est en vain qu'on paississait les murailles entre les mes et lui1 ,dieu se jouait de ces vaines prcautions et faisait filtrer la lumire surnaturelle travers les moellons qu'on lui opposait4 ,c'est ainsi qu'un prlat de la cour pontificale1 ,nicolas ,albergati1 eut occasion de vrifier qu'entre autres dons extraordinaires1 le ,saint possdait celui de prophtie4 ,voici son tmoignage3 tant venu aux ,saints-,aptres dans la pense de visiter le frre ,joseph1 je ne trouvai personne pour me conduire lui1 mais j'appris qu'il logeait prs du clocher4 ,je montai un escalier et je me rencontrai en face avec un religieux qui1 sans m'avoir jamais vu1 me salua en ces termes1 que je reproduis textuellement3--,eh6 comment un cardinal vient-il visiter un pauvre moine bon rien8 ,l'humilit du langage de mon interlocuteur me fit supposer que ce pouvait tre le frre ,joseph4 ,en effet1 c'tait lui4 ,je l'avertis que je n'tais pas cardinal4 ,mais il me rpondit en riant3--,c'est bon6 ,c'est bon6 ,nous nous entretnmes environ une demi-heure et je me retirai trs difi4 ,le mme jour1 aprs dner1 j'tais chez moi4 ,un conventuel se fit introduire et se prsenta comme le compagnon du frre ,joseph4 ,il m'apprit que celui-ci venait de lui dire3--,un prlat1 avec qui j'ai parl ce matin1 a sembl prendre en plaisanterie quelques mots de cardinalat4 ,nous verrons bientt si je me suis tromp ou non4 ,je congdiai le religieux de la manire qu'et fait ma place tout homme sens4 ,la prdiction s'est pourtant vrifie4 ,en effet1 quelques mois plus tard1 ,albergati fut promu cardinal par le pape ,innocent ,x4 ,il ne s'y attendait nullement4 ,les faits de ce genre se comptent en grand nombre dans l'histoire du ,saint4 ,cependant1 quelque soin qu'on mt le tenir au secret1 ,rome commenait s'occuper de lui4 ,les cinq ou six ecclsiastiques qui parvinrent jusqu' lui et qui l'entretinrent ne cachaient pas leur tonnement et leur admiration4 ,d'autres l'avaient vu s'lever de terre l'glise4 ,on en parlait dans tous les coins de la ville4 ,ces rumeurs et les commentaires qu'ils suscitaient arrivrent aux oreilles du ,pape qui voulut le voir4 ,c'tait alors ,urbain ,,viii1 pontife trs occup de politique et qui montrait du got pour les choses de la guerre4 ,il aimait tracer des plans de fortifications1 tablissait des manufactures d'armes1 fondait de l'artillerie1 accumulait des munitions et recrutait des soldats4 99 99 99 99 99 ,soit dit en passant1 lorsque1 au cours des ges1 on rencontre de ces ,papes guerriers que le soin d'accrotre le domaine du ,saint-,sige ou de le militariser absorbe ce point1 on ne peut s'empcher d'prouver quelque surprise4 ,car enfin passer des revues1 conduire des siges1 livrer des batailles1 tenir la poudre sche et les sabres bien affts1 est-ce un rle qui convienne au reprsentant de celui qui a dit3 ,je laisse ma paix avec vous1 je vous donne ma paix8 ,si ,notre-,seigneur avait approuv les armes et les combats1 aprs que saint ,pierre eut coup l'oreille droite de ,malchus1 il aurait peut-tre prescrit l'aptre de lui trancher aussi l'oreille gauche4 ,au contraire1 il fait remettre le glaive au fourreau1 et il dclare3 ,celui qui tire l'pe1 prira par l'pe4 ,pourquoi tels de ses ,vicaires se sont-ils conduits comme si cette parole de l'vangile tait lettre morte8 ,je sais3 il y avait le pouvoir temporel et1 par suite1 un domaine sauvegarder4 ,mais prcisment ces territoires il fallut les administrer1 les dfendre contre les convoitises des empereurs1 des rois et des rpubliques2 certains papes cdrent mme l'ambition de l'arrondir aux dpens du voisin4 ,or si l'on rcapitule l'histoire de l'glise1 on s'apercevra tout de suite qu'elle relate une srie de catastrophes et d'humiliations1 provenant1 presque toutes1 du fait que le ,souverain ,pontife assumait une double tche3 d'une part1 mener au salut ternel les mes de bonne volont selon la tradition apostolique1 d'autre part1 guerroyer et politiquer comme si le royaume de ,jsus-,christ et t de ce monde4 ,je me trompe peut-tre mais il me semble que les dsastres infligs sans cesse au pouvoir temporel et finalement le rapt des tats romains par la maison de ,savoie dmontrent que ,dieu n'approuvait gure ce dualisme4 ,le pouvoir temporel n'existe plus4 ,la ,papaut s'en trouve-t-elle diminue8 ,nullement1 car libr du souci d'agir en prince de la terre vis--vis des princes de la terre1 le successeur des ,aptres peut se donner1 dsormais1 tout entier sa mission surnaturelle4 ,il y eut ,jules ,,ii qui endossait la cuirasse1 prenait des villes d'assaut1 excommuniait tour tour le ,roi de ,france et les ,vnitiens selon qu'il disputait celui-l1 ou ceux-ci des provinces sur lesquelles ni lui ni ses comptiteurs n'avaient beaucoup de droits4--,et il y eut ,pie ,x1 le saint ,pape1 objet de notre vnration fidle4 ,mprisant les finasseries diplomatiques1 foudroyant l'hrsie1 dnu de biens terrestres1 riche de l',esprit ,saint il rpandit un si large rayonnement sur l'univers spirituel que1 depuis son dcs1 nous portons encore son deuil4 99 99 99 99 99 ,pour en revenir ,urbain ,,viii1 on doit reconnatre que1 tout en donnant de l'attention la stratgie1 il ne ngligeait pas entirement le ministre des mes4 ,la rforme des ordres monastiques l'occupa4 ,c'est pourquoi quand il apprit que ,joseph tait considr par certains comme un lment de trouble dans la famille franciscaine1 par d'autres1 comme un modle de saintet que ses frres feraient bien d'imiter1 il voulut examiner lui-mme l'homme qui suscitait ces opinions contradictoires4 ,il commanda donc au ,pre ,larina de le lui amener4 ,le ,gnral tait bien revenu de sa mfiance l'gard du ,saint4 ,c'est qu'en effet1 un esprit droit ne pouvait le frquenter un peu de temps sans rendre justice aux vertus incomparables que ,dieu manifestait en cette me4 ,excellent religieux1 le ,pre se flicitait donc qu'un tel foyer d'amour divin flambt auprs de lui4 ,le jour fix pour l'audience arriva4 ,le ,pape1 entour de deux prlats1 se tenait assis dans l'une des salles du ,vatican o ,joseph et le ,gnral furent introduits sitt entrs4 ,comme le ,saint se prosternait pour baiser les pieds du saint ,pre1 un de ces ravissements imptueux dont il avait coutume s'empara de lui4 ,il poussa un grand cri1 quitta le plancher1 et resta les bras tendus1 les yeux au ciel1 la hauteur du chapiteau des colonnes qui supportaient la vote4 ,pntr d'une religieuse terreur1 rapportent les actes1 le ,souverain ,pontife se tourna vers le ,gnral et lui dit3--,si frre ,joseph meurt sous mon rgne1 je dposerai du prodige dont je suis tmoin4 ,joseph ne redescendit sur le plancher que quand le ,pre ,larina le lui eut command au nom de la sainte obissance4 ,le ,pape1 toujours fort mu1 le congdia sans lui poser de questions4 ,mais1 peu aprs1 il ordonna de garder le ,saint en rclusion dans un couvent de l',observance1 ailleurs qu' ,rome4 ,quoique trs pein de perdre le ,frre1 le ,gnral se hta d'obir et1 donnant des instructions pour que sa clture demeurt trs troite1 il l'envoya dans un monastre d',assise4 ,,viii ,j'espre1 dans les lignes prcdentes1 avoir fix les principaux traits de la physionomie du ,saint4 ,je ne m'tendrai donc pas sur les incidents qui marqurent sa rclusion ,assise d'abord1 puis ,petra ,rubea1 ,fossombrone et enfin ,osimo o il passa les dernires annes de sa vie4 ,notons seulement que1 partout1 on le maintint en clture et que1 partout aussi1 malgr les prcautions prises pour le drober l'empressement des fidles1 les ,grands comme la multitude venaient lui1 attirs par un aimant mystrieux1 et rompaient toutes les barrires4 ,ses ravissements1 ses envoles persistaient1 soit devant tmoins1 soit qu'il ft seul dans sa cellule4 ,il continuait faire des miracles1 lire dans les mes4 ,il obtenait des conversions d'hrtiques--par exemple celle d'un duc de ,brunswick1 luthrien opinitre qui avait dconcert la dialectique des thologiens les plus autoriss et qui fut conquis la vraie foi par l'loquence brlante du prisonnier4 ,tant de merveilles que ,dieu oprait par l'humble moine auraient d convaincre ses gardiens qu'ils n'avaient pas affaire un possd et les dterminer lui rendre le libre exercice de sa mission4 ,mais point3 ils reconnaissaient volontiers l'empreinte divine sur ses prodiges2 ils louaient l'orthodoxie de ses propos2 ils rendaient justice sans restrictions ses vertus2 et1 cependant1 ils redoublaient d'efforts pour que l'teignoir ne cesst de coiffer cet irrductible luminaire4 ,le biographe de ,joseph ne sait trop comment s'y prendre pour expliquer un aussi trange enttement4 ,faute de mieux1 afin de ne froisser personne1 il emploie des termes vagues et courtois4 ,il crit3 ,le tribunal de l',inquisition1 qui avait constat la saintet de ,joseph ,naples1 et le pape ,urbain ,,viii avaient1 dans leur sagesse1 jug convenable et ncessaire de tenir un si riche trsor en rserve pour ,dieu qui saurait manifester les uvres de son serviteur4 ,fort bien4 ,seulement1 lorsque mille faits eurent dmontr cette saintet jusqu' l'vidence1 pourquoi ne pas lui donner carrire8 ,pourquoi prolonger pendant vingt-cinq ans une preuve dont rien ne semble lgitimer la rigueur8 ,avec quelque scrupule qu'on tudie les documents contemporains1 on en revient toujours la mme conjecture3 la facult redoutable que ,joseph possdait de lire dans le fond des curs gnait beaucoup de dignitaires du clerg1 sans doute parce qu'ils savaient que leur propre trfonds ne fournirait rien d'difiant la clairvoyance du ,saint4 ,par suite1 ne pouvant dissimuler ,dieu l'tat de leur conscience1 ils s'vertuaient1 du moins1 le cacher aux hommes4 ,cette hypothse s'appuie sur l'histoire2 en effet1 les chroniques nous apprennent qu'au temps o vcut ,joseph1 le sel de la terre1 en ,italie et surtout ,rome1 s'tait fort affadi4 ,,ix ,la clture que ,joseph subit ,osimo fut encore plus stricte que les prcdentes4 ,des cardinaux et des prlats irrprochables1 qui l'aimaient tendrement1 le vnraient et rpondaient de sa doctrine1 taient intervenus pour qu'on lui rendt sa libert4 ,mais le ,pape alors rgnant1 ,innocent ,x1 ne crut pas devoir les couter4 ,il ordonna que le ,saint et une chapelle et un jardin part1 ft mis sous la surveillance d'un compagnon spcialement choisi et qu'on ne le laisst voir personne sauf quelques religieux du monastre d'une discrtion et d'une sagesse prouves1 disent les ,actes4 ,ce rgime insolite le laissa on ne peut plus paisible4 ,comme il l'avait toujours fait1 il se soumit sans se plaindre ni demander le motif de sa captivit4 ,tous les matins1 il se confessait1 se prparait au saint sacrifice par une longue mditation puis disait sa messe avec un incomparable recueillement4 ,elle durait environ une heure non compris le temps des extases4 ,le reste du jour tait employ tout entier l'oraison1 soit qu'il se tnt dans sa cellule1 soit qu'il se proment dans l'enclos qui lui tait rserv4 ,on lui apportait sa nourriture aprs le repas des ,frres4 ,comme depuis longtemps son estomac ne supportait plus la viande1 il avalait1 debout1 un peu de soupe maigre1 trois bouches de pain et quelques lgumes cuits sans assaisonnement4 ,vu son tat de faiblesse1 le suprieur lui avait prescrit l'usage du vin4 ,par obissance1 il en prenait donc2 mais il ne put se rsoudre le boire pur et il le coupait largement d'eau4 ,son gardien ne semble pas s'tre beaucoup proccup de lui1 car on a not qu' plusieurs reprises1 deux jours de suite1 il oublia de lui apporter manger4 ,le ,saint ne lui fit1 d'ailleurs1 aucune observation4 ,trs probablement1 il ne s'tait mme pas aperu de cette ngligence4 ,tel quel1 il s'estimait on ne peut plus heureux4 ,a un religieux qui lui demanda s'il ne s'ennuyait point1 il rpondit3 --,j'habite une ville1 mais je me sens comme au fond d'une fort ou plutt je suis en paradis4 ,a un autre qui l'interrogea sur l'emploi de son temps3 --,je me tiens en ,dieu4 ,cette brve indication suffit3 il se tenait en ,dieu1 c'est--dire que1 fondu1 par anticipation1 dans les splendeurs et les ferveurs de la ,batitude1 il ne percevait plus les choses du monde que comme un amas de nues confuses formant un cercle brumeux autour du lac de lumire o son me demeurait immerge4 ,il accueillait avec un sourire amical ses visiteurs mais il ne leur parlait pas beaucoup4 ,certains jours1 il se contentait mme de les inviter chanter avec lui de petits cantiques ingnus qu'il avait composs4 ,il avait alors la voix merveilleusement claire et douce4 ,ceux qui l'ont entendue disent qu'elle voquait le tintement d'une cloche de cristal4 ,ils ajoutent3 ,son chant faisait pleurer1 excitait l'amour de ,dieu et rvlait1 on ne sait comment1 l'infinie puret de son cur4 ,affable avec tous1 le ,saint avait pourtant un favori4 ,c'tait un chardonneret dont on lui fit cadeau4 ,il se garda de le mettre en cage3 ,va1 lui dit-il1 jouis de la libert que ,dieu t'a donne4 ,je n'exige de toi qu'une chose3 quand je t'appellerai1 tu viendras et nous louerons ensemble le ,seigneur4 ,il en fut ainsi2 l'oiseau voltigeait son gr dans le jardin1 se posait tantt sur un arbuste1 tantt sur la fentre de la cellule4 ,ds que ,joseph l'appelait1 il venait se poser sur son paule et accompagnait de ses roulades les hymnes entonns par le ,saint4 ,x ,c'est dans ce recueillement extrme1 dans ce dtachement de toutes choses que le saint passa les six dernires annes de son existence4 ,au mois d'aot #affc1 il tomba malade d'une fivre d'abord intermittente1 bientt continue qui eut promptement raison de son corps que la flamme d'amour insatiable qui brlait en lui avait min4 ,on fit venir un mdecin qui le tourmenta de saignes et de remdes saugrenus4 ,joseph les acceptait docilement mais il avait un certain sourire qui signifiait qu'il ne se faisait pas d'illusion sur leur efficacit4 ,quand on lui demandait comment il se sentait1 il rpondait1 au dbut de sa maladie3--,le petit ne commence gravir la montagne4 ,plus tard1 quand le mal s'aggrava3--,le petit ne a gravi la moiti de la montagne4 ,la veille de sa mort1 il dit d'un ton enjou3--,le petit ne est arriv au sommet de la montagne2 il ne peut plus se traner2 c'est ici qu'il va laisser sa pauvre dpouille4 ,le #ah septembre il entra en agonie4 ,la communaut se runit dans sa cellule et voici comment les ,actes rapportent sa fin3 ,il voulut recevoir le saint viatique1 ce qu'il fit avec une pit anglique et des transports d'amour4 ,il demanda ensuite l'extrme-onction2 quand l'huile sainte toucha ses membres1 il s'cria1 d'une voix forte et sonore1 malgr sa faiblesse3--,mon ,dieu1 quelle musique1 quels parfums dans votre paradis444 ,je suis heureux6444 ,il se fit lire ensuite la profession de foi et demanda ses frres le pardon de ses fautes envers eux4 ,mais tous versaient des larmes car nul n'avait rien lui reprocher4 ,a mesure que l'agonie faisait des progrs1 le dsir de quitter la terre s'accroissait chez le saint1 car il rpta plusieurs fois la parole de ,saint ,paul3--,je dsire tre dissous1 et tre avec le ,christ6444 ,aprs on rcita1 en langue vulgaire1 l',ave maris ,stella4 ,le malade1 qui avait toujours tant aim la ,madone1 parut en prouver du contentement et il chanta tout doucement un des cantiques qu'il avait composs3 ,salut ma ,reine1 ma rose sans pines2 prie pour moi1 fille d'amour1 que je ne meure pas dans le pch6 ,il s'abandonna ensuite des mouvements et des transports trs anims4 ,interrog si c'taient des effets de l'amour de ,dieu1 il rpondit que oui et il se mit sourire avec une telle expression de ravissement que sa joie se communiqua aux assistants4 ,alors une splendeur blouissante illumina son visage et1 dans ce mme moment il rendit sa grande me son ,crateur4 ,c'tait quelques minutes avant minuit4 ,joseph avait soixante ans et trois mois4 ,un jour1 prchant sur la ,trinit1 le ,saint pronona ces mots3 ,de mme que le feu1 substance une1 produit continuellement la lumire et la chaleur2 de mme la nature divine du ,pre produit continuellement la lumire qui est le ,fils et en mme temps la chaleur qui est l',esprit4 ,cette phrase rsume toute son existence4 ,parce que cette chaleur et cette lumire rgnaient en lui1 rayonnaient autour de lui1 des mes1 qu'enveloppaient les glaces et les tnbres du pch1 le mconnurent et le perscutrent4 ,la prudence humaine disposa des crans entre ce foyer d'amour et la multitude accourue pour se rchauffer son contact4 ,joseph souffrait tout sans une plainte1 sans un reproche4 ,il possdait ,dieu2 que lui importait le reste8 ,au surplus1 ds qu'il eut quitt la terre1 ainsi qu'il arrive si souvent dans l'histoire des ,saints1 les mfiances1 les rancunes et les prventions fondirent comme de la neige au soleil4 ,a peine quelques annes s'taient coules que l'glise le plaait sur ses autels4 ,et parmi ceux qui instruisirent le procs de canonisation1 l'on retrouve quelques-uns de ses plus acharns contradicteurs de nagure4 ,note ,i ,il y a dans la lgende du ,saint un gracieux pisode qui semble une page dtache de la ,lgende dore ou des ,fioretti4 ,on s'en voudrait de ne pas le rapporter4 ,du temps o ,frre ,joseph vivait la ,grottella1 il tait souvent appel au monastre des ,pauvres ,clarisses de ,cupertino pour les besoins spirituels de la maison4 ,un jour1 il dit1 en souriant1 aux ,surs qu'il leur enverrait un petit oiseau afin de stimuler leur zle4 ,et1 en effet1 le lendemain1 elles virent un passereau d'espce inconnue se poser sur la fentre du chur4 ,il reparut tous les soirs et tous les matins2 il ne manquait aucun office4 ,et il accompagnait le chant des religieuses par une mlodie qui provoquait en elles la ferveur et l'mulation4 ,l'office achev1 l'oiseau disparaissait4 ,il revint ainsi1 tous les jours1 aux mmes heures1 durant cinq annes4 ,une insulte qui lui fut faite par une religieuse le mit en fuite4 ,les ,surs s'en plaignaient4 --,l'oiseau a eu raison de s'en aller1 dit ,joseph1 pourquoi l'avoir menac8444 ,le ,saint promit pourtant que le fugitif reviendrait4 ,et1 en effet1 l'oiseau reparut4 ,non seulement il se montra au chur mais il y tablit sa demeure4 ,il se perchait tantt sur le cadre d'un tableau1 tantt sur un prie-,dieu et il se laissait caresser4 ,une des ,surs lui ayant attach un grelot la patte1 il resta encore deux mois dans le couvent2 mais le jeudi saint1 il disparut et ne se montra ni le vendredi ni le samedi4 ,nouvelles plaintes au ,frre ,joseph4 ,le ,saint rpondit3--,je vous l'avais donn comme musicien2 il ne fallait pas en faire un sonneur de cloche4 ,maintenant il est all veiller prs du tombeau de ,notre-,seigneur4 ,je le ferai revenir mais plus de grelot1 n'est-ce pas8 ,comme il l'avait promis le passereau revint le jour de ,pques et il n'abandonna le monastre que quand le ,saint quitta lui-mme ,cupertino4 ,note ,,ii ,voici le physique du ,saint d'aprs son biographe3 ,joseph tait d'une taille leve et d'une conformation rgulire4 ,sa charpente osseuse tait trs forte1 ses muscles vigoureux4 ,son visage1 aux traits fortement accentus1 offrait1 d'habitude1 une expression de gat presque enfantine4 ,il avait les yeux noirs1 perants et lumineux4 ,ses cheveux et sa barbe1 d'une teinte fonce dans sa jeunesse1 blanchirent de bonne heure4 ,on ne connat de lui nul portrait authentique1 mais tant donn cet aspect robuste et viril1 on espre que l'imagerie religieuse du ,x,xe sicle s'abstiendra d'infliger ,joseph une de ces physionomies de crtin anmique et doucereux dont elle a pris la navrante habitude d'outrager les ,saints4 ,note ,,iii ,la fte de saint ,joseph de ,cupertino se clbre le #ah septembre4 ,l'office est celui des confesseurs non-pontifes avec un introt1 une oraison1 un offertoire et une communion propres4 ,l'oraison fait allusion aux envoles du ,saint et commence ainsi3 ,o ,dieu qui1 aprs que votre ,fils unique eut t lev de terre1 avez voulu attirer tout ,lui444 ,l'offertoire se rapporte ses prisons2 le voici3 ,pour moi1 pendant qu'ils me tourmentaient1 j'tais couvert d'un cilice2 j'humiliais mon me par le jene et je rpandais ma prire dans mon sein4 ,on invoque saint ,joseph de ,cupertino pour le succs des examens4 ,,catherine ,,de ,,cardonne ,i ,il y a quelques annes1 je fus attir vers ,catherine de ,cardonne par sainte ,trse qui1 au ,x,x,v,i,i,ie chapitre du ,livre des ,fondations1 en parle avec de grands loges et rapporte qu'elle lui apparut1 en vision intellectuelle1 une poque o la ,rformatrice du ,carmel subissait de fortes entraves sa mission4 ,la ,sainte rsume1 en quelques traits saillants1 la vie de cette solitaire puis elle ajoute3 ,je la vis sous la forme d'un corps glorieux1 entoure de plusieurs anges4 ,elle me dit de ne pas me lasser de fonder des monastres et de continuer mon uvre4 ,je me sentis remplie de joie et du dsir de travailler pour ,dieu4 ,ce qui m'avait particulirement frapp1 dans ce rcit1 c'tait la fuite de ,catherine au dsert et1 aussi1 le fait que1 vtue en homme1 elle avait eu la part principale dans la fondation d'une communaut de ,carmes dchausss4 ,je voulus en savoir plus long4 ,mais1 tout d'abord1 j'eus beau m'enqurir1 interroger l'un1 l'autre1 parmi les experts en histoire ecclsiastique1 personne ne se trouva pour me procurer les renseignements dont j'tais avide4 ,dans ces cas-l1 on dirait que les documents mettent une sorte de malice se drober aux recherches4 ,je commenais me dcourager et je n'y pensais presque plus1 lorsqu'ils me furent mis sous la main d'une faon tout fait fortuite4 ,je sjournais alors dans une abbaye de ,cisterciens mitigs dressant son clocher pointu1 cern de pins et de cyprs1 au centre de cette le ,saint-,honorat qui dsigne l'entre du golfe de ,cannes4 99 99 99 99 99 ,il y avait l une bibliothque fort bien garnie o1 grce l'obligeance des bons religieux1 j'avais reu l'autorisation de pratiquer des fouilles4 ,se plaire aux livres cela console d'tre oblig de frquenter les hommes4 ,je passais donc des matines fureter de rayons en rayons4 ,parfois je me tenais quatre pattes pour dchiffrer les titres des in-folio massifs qui s'alignaient dans la pnombre au ras du plancher4 ,plus souvent1 grimp au sommet d'une chelle roulante1 je cueillais un volume sur une tablette du haut4 ,si le contenu m'intressait1 je restais perch des heures1 comme un merle sur une branche4 ,l'chelle craquait et oscillait2 mais je ne m'avisais pas qu'il serait beaucoup plus confortable de descendre1 emportant ma trouvaille1 et de m'asseoir sur l'une des quatre chaises qui se miraient dans le parquet luisant de cire de la longue salle4 ,a cette poque1 le forat de la plume que je suis1 ayant conquis quelque loisir1 n'tait point tracass par le souci de prendre des notes ni de jeter des lambeaux palpitants de ses penses en pture aux rotatives voraces4 ,je lisais1 sans mthode1 pour mon plaisir1 happant six lignes ici1 un chapitre l1 ouvrant un livre1 le balayant d'un coup d'il1 le remettant en place pour passer un autre1 puis un troisime1 selon le caprice du moment ou le hasard des rencontres4 ,comme j'tais tranquille6 ,la vie1 cette chape de plomb qui pse sur nous d'un poids si rude1 s'allgeait4 ,le ,pre bibliothcaire1 retenu par des offices frquents1 ne faisait que de rares apparitions4 ,il s'occupait1 bouche close1 des rangements et ne m'adressait la parole que s'il me trouvait le nez en l'air1 les mains ballantes1 rvassant dans le vide4 ,alors1 il m'indiquait1 en quelques mots1 tel mouvant recueil fleuri de lgendes o il estimait que je dcouvrirais de quoi me parfumer l'me4 ,en dehors de ces brves apparitions1 je demeurais l'unique habitant de la cit des bouquins4 ,ainsi que le recommande l',imitation1 je me tenais in angello cum libello1 dans un petit coin1 avec un petit livre heureux d'oublier les vaines agitations du sicle et ses tapages ridicules4 ,le silence bienfaisant m'enveloppait d'une atmosphre veloute1 peine rompu par de graves sonneries de cloches appelant la communaut tierces ou sexte ou par une grosse mouche absurde qui1 furieuse de s'tre fourvoye l1 bourdonnait travers la salle et se cognait contre les vitres1 la recherche d'une issue4 ,trois larges fentres donnaient sur la mer4 ,mais je ne m'y accoudais pas souvent car je gote peu cette ,mditerrane dont l'inertie et l'azur invariable semblent bien monotones qui connut les mares grandioses et les nuances sans cesse changeantes de l',ocan4 ,ce ne fut pas du temps perdu celui que je consumai dans cette chre bibliothque3 force d'en feuilleter les livres1 je me formai un petit muse intrieur o s'alignaient1 graves l'eau-forte1 d'austres physionomies de ,saints1 de fines miniatures l'aquarelle1 enleves sur fond d'or1 de ,bienheureuses suaves et de ces tableaux des vieux ges o le sang des martyrs ruisselle en pourpre glorieuse4 ,un jour1 j'aperus dans un coin une armoire panneaux pleins que je n'avais pas encore explore4 ,je l'ouvris et je tombai sur un ple-mle de livres dbrochs1 entasss l pour la reliure4 ,un in-quarto gris1 tout poussireux1 tout fripp faisait saillie au-dessus du tas4 ,je le tirai1 j'essuyai la poudre qui le dshonorait et je lus ce titre3 ,histoire gnrale des ,carmes et des ,carmlites de la rforme de sainte ,trse1 compose par le ,r4 ,p4 ,franois de ,sainte-,marie1 carme dchauss4 ,il y avait cinq tomes1 tous plus dlabrs les uns que les autres4 ,j'en ouvris un l'aventure et1 la premire page1 je trouvai ceci3 livre quatrime contenant la vie de ,catherine de ,cardonne et la fondation du couvent de la ,roda4 ,c'tait une aubaine1 tant donn que1 depuis longtemps1 je battais les buissons1 en qute de dtails sur cette femme extraordinaire4 ,tout content de ma dcouverte1 j'emportai les volumes dans ma cellule et je me mis1 sans retard1 les lire--non seulement celui qui traitait de la ,solitaire mais les autres1 parce qu'ils parlaient longuement de sainte ,trse4 ,car j'ai une telle prdilection pour la lumineuse vierge d',avila1 je dois tant ses uvres que je m'assimile avec joie tout ce qui se rapporte son existence et son action4 ,d'ailleurs1 l'crit du bon ,pre ,franois de ,sainte-,marie est d'une lecture fort attrayante4 ,cet ,espagnol raconte avec une exquise bonhomie des choses admirables et1 de plus1 comme il est imprgn d'humanisme1 il maille ses phrases d'allusions aux potes grecs et latins1 de comparaisons empruntes la ,fable qui leur donne une saveur toute particulire4 ,cela fait que sa narration ressemble un peu un eucologe dont les pages seraient navement encadres de nymphes et de muses d'aprs l'antique4 ,voici un exemple de sa manire4 voquant la ,mre ,anne de ,saint-,augustin1 religieuse minente du ,carmel de ,villeneuve de la ,xara1 il s'crie3 ,si ,thocrite a pu crire que ,lacdmone1 aprs avoir donn le jour ,hlne1 qui cependant fut la cause de la ruine de ,troie1 n'avait plus besoin d'autre gloire1 que ne nous est-il pas permis de dire de celle qui a si merveilleusement difi l',espagne8 ,je vous le demande1 ,thocrite appel en tmoignage de la saintet d'une moniale ne fournit-il pas1 en effet1 un argument dcisif8 ,il faudrait tre afflig d'une dvotion bien revche pour n'en point convenir4 ,tel quel1 le pieux1 docte et ingnu biographe m'enchanta de tous points4 ,c'est donc d'aprs les notes que je pris sur sa relation1 sur quelques autres documents et aussi d'aprs mes songeries alentour que je vous offre une esquisse--au fusain--de cette amoureuse un peu farouche de ,notre-,seigneur3 ,catherine de ,cardonne4 ,,ii ,catherine de ,cardonne naquit ,naples en #aeai4 ,elle tait la fille illgitime d'un seigneur ,raymond marquis de ,padul et d'une demoiselle dont la chronique a cru devoir taire le nom1 tout en mentionnant qu'elle tait proche parente de la princesse de ,salerne4 ,l'enfant perdit sa mre de trs bonne heure2 le pre ne se souciant pas de la reconnatre1 elle fut recueillie par la princesse qui lui donna une gouvernante et la fit lever dans un coin de son palais4 ,franois de ,sainte-,marie1 aprs avoir cit ,euripide et ,platon1 qu'on ne s'attendait pas rencontrer en cette histoire1 rapporte que ds son bas ge1 elle montra ce got de la solitude qu'elle devait manifester si largement plus tard4 ,contemplative et doue dj pour l'oraison1 elle fuyait les runions et les ftes et passait volontiers les nuits assise au bord de la mer4 ,elle admirait le reflet des toiles sur les eaux4 ,peu peu1 force de s'absorber dans cette ombre murmurante o tremblaient des lueurs argentes1 son me se dtachait de la terre pour monter se perdre amoureusement en ,dieu4 ,dans le courant de l'existence1 c'tait une petite fille trs silencieuse chez qui l'on remarquait une grande dvotion la ,vierge1 un attrait caractris pour les crmonies de l'glise et une extrme charit l'gard des indigents4 ,elle avait huit ans lorsque ,dieu lui donna un premier signe des grces qu'il lui rservait4 ,elle se tenait en prire dans son oratoire4 ,soudain1 son pre1 mort depuis peu1 lui apparut tout envelopp des flammes du ,purgatoire et paraissant souffrir beaucoup4 ,l'enfant le reconnut tout de suite4 ,elle eut d'abord si peur qu'elle voulut s'enfuir4 ,mais alors une voix intrieure lui dit qu'il n'y avait l1 ni trouble de son imagination1 ni prestige diabolique et que la vision tait vritable4 ,rassure1 elle se remit genoux et demanda3 ,mon pre1 que dsirez-vous que je fasse pour vous8 ,l'me1 levant une voix lamentable1 lui rpondit3 ,ma fille1 j'endure un cruel tourment et je le subirai jusqu' ce que tu aies satisfait pour mes pchs4 ,catherine1 toute brlante1 elle-mme1 de compassion promit de le faire4 ,et1 en effet1 s'tant procure secrtement la clef du grenier1 elle alla s'y cacher plusieurs jours de suite et s'infligea des disciplines si rudes qu'elle se mit le corps tout en sang4 ,la douleur lui arrachait parfois des cris4 ,mais1 comme elle l'avait calcul1 l'endroit tait trop retir pour que personne vnt mettre opposition sa pnitence4 ,aussi1 corroborant son martyre de ferventes prires1 elle obtint la dlivrance de son pre4 ,un soir de la semaine suivante1 il lui apparut de nouveau1 tout resplendissant de lumire et lui dit3 ,ne fais plus rien pour moi1 ma fille2 ,dieu accepte tes souffrances et je vais maintenant au ciel jouir de sa gloire4 ,ensuite1 il lui prdit qu'elle serait fiance mais qu'elle ne se marierait pas et qu'elle se donnerait toute au service de ,jsus-,christ qui ressentait pour elle une tendresse particulire4 ,a la suite de cette uvre de rachat1 ,catherine sentit que son amour de ,dieu allait augmentant sans cesse4 ,elle s'y donna d'une faon si gnreuse que son dtachement du monde et sa facult d'oraison mentale s'en accrurent4 ,vis--vis du prochain1 elle se montrait si prvenante et si douce que tout le monde l'aimait4 ,on lui reprochait seulement son got de la retraite1 ses habitudes taciturnes et le peu de cas qu'elle faisait de la toilette4 99 99 99 99 99 ,comme elle touchait sa treizime anne1 elle fut demande en mariage4 ,certes ses avantages extrieurs n'y entraient pour rien1 car elle tait de complexion chtive et disgracieuse quant la dmarche4 ,en outre1 elle offrait aux regards un teint basan1 de petits yeux en ppins de pomme1 un long nez assez pareil un bec de flte1 des dents ternes et mal ranges et des bras maigres qui ressemblaient assez aux fuseaux des filandires4 ,mais le gentilhomme qui sollicita sa main1 la voyant en faveur auprs de la princesse1 estimait que1 par cette union1 il se pousserait la cour du vice-roi et obtiendrait quelque emploi lucratif4 ,catherine refusa d'abord son consentement4 ,la princesse s'en irrita4 ,par son ordre1 l'entourage et particulirement la gouvernante du palais poursuivaient la jeune fille de reprsentations excessives4 ,on lui peignit sa rpugnance pour le mariage comme une ingratitude l'gard de sa bienfaitrice2 on lui servit l'argument que1 btarde1 laide et pauvre1 elle devait s'estimer trs heureuse du mari fort imprvu qui s'offrait elle4 ,bref on l'obsda d'une faon si opinitre que1 de guerre lasse1 elle finit par cder4 ,elle a dit depuis que1 suivant l'assurance qui lui avait t donne par son pre dans la vision rapporte ci-dessus1 elle esprait que le mariage n'aurait pas lieu4 ,et mme si elle devait en passer par l1 elle pensait persuader son mari qu'ils vcussent ensemble comme sainte ,ccile le fit avec son poux4 ,elle ajoutait en riant3 ,ce n'aurait pas t un grand sacrifice pour lui car voyez ma figure6444 ,mais les choses n'allrent pas si loin4 ,le fianc1 dit le ,pre ,franois1 ne se possdait pas de satisfaction4 ,sa joie fut de courte dure4 ,peu aprs1 ,dieu lui envoya une douleur de ct4 clair d'en haut1 il comprit que son mal tait grave1 se rsigna chrtiennement et fit une sainte mort que les mrites et les prires de sa vertueuse fiance ne contriburent pas peu lui obtenir4 99 99 99 99 99 ,a la suite de ce dcs1 ,catherine1 craignant de nouvelles sollicitations matrimoniales et sentant s'augmenter son aversion pour le monde1 obtint de sa protectrice la permission d'entrer dans un couvent de ,capucines comme rsidente laque4 ,elle ne voulut1 d'ailleurs1 pas prendre le voile4 ,car1 cette poque1 la vocation religieuse ne la sollicitait nullement4 ,et elle prouvait dj cet loignement pour les communauts de femmes qui1 plus tard1 comme nous le verrons1 fit d'elle non une ,carmlite mais--un ,carme4 ,chez les ,capucines1 sa vie spirituelle devint de plus en active2 ses journes et souvent ses nuits taient toutes d'oraison4 ,elle demeurait si perdue en ,dieu que1 quand les circonstances l'obligeaient de donner quelque attention aux choses de l'extrieur1 ce n'tait qu'avec un pnible effort qu'elle parvenait y fixer sa pense4 ,un prodige montra bientt quel point le ciel la favorisait4 ,un soir de ,nol1 les moniales chantaient matines dans le chur du haut de leur glise4 ,selon ses habitudes d'indpendance1 durant cet office1 ,catherine se retira dans le chur d'en bas et s'agenouilla devant un autel que surmontait une statue de la ,vierge l',enfant4 ,tandis qu'elle priait1 il lui vint un tel ravissement d'amour qu'il lui sembla qu'elle allait dfaillir4 ,tout coup1 dit son biographe1 la sainte ,mre dtacha son ,fils de son sein virginal et1 l'ayant pos sur la table de l'autel1 elle joignit les mains en signe d'adoration1 puis inclina sa tte royale pour exprimer le mme sentiment4 ,a cette vue1 interdite1 transporte d'tonnement1 ,catherine se mit pousser des cris si forts que les religieuses interrompirent les matines et descendirent en toute hte4 ,quand1 leur tour1 elles aperurent l',enfant sur l'autel et la ,mre en adoration1 elles unirent leurs voix celle de ,catherine et remplirent le saint lieu de louanges et de bndictions4 ,catherine aurait souhait qu'on gardt le secret sur ce miracle4 ,mais les religieuses ne l'coutrent pas et se htrent d'en rpandre le bruit dans la ville4 ,a partir de ce moment1 les ,napolitains tinrent la jeune fille pour leur mdiatrice auprs de ,dieu et ils furent persuads que sa prsence parmi eux leur portait bonheur4 ,,iii ,catherine serait peut-tre reste jusqu' sa mort dans ce monastre1 si la politique n'tait venue modifier le cours de son existence4 ,le royaume de ,naples se trouvait alors sous la domination espagnole4 ,l'homme le plus influent du pays tait le prince de ,salerne4 ,croyant avoir se plaindre des procds de la ,cour de ,madrid son gard1 il entrana quelques membres de la noblesse dans une conjuration pour manciper sa patrie4 ,afin d'accrotre ses chances de russite1 il demanda au roi de ,france une aide en troupes et en argent1 lui affirmant qu'en retour1 ,naples et son territoire accepteraient volontiers sa suzerainet4 ,le complot fut dcouvert presque aussitt que form4 ,le prince de ,salerne1 averti de son arrestation imminente1 prit la fuite et se rfugia en ,france4 ,ses domaines furent confisqus et une condamnation mort prononce contre lui4 ,les rigueurs ne s'arrtrent pas l4 ,comme la princesse de ,salerne1 femme de beaucoup d'esprit et d'une rare beaut1 runissait autour d'elle une socit nombreuse et choisie1 on insinua au roi d',espagne qu'elle formerait sans doute le dessein de continuer les intrigues de son mari4 ,la suggestion n'tait pas justifie car la princesse n'avait cure de politique4 ,mais ,philippe ,,ii tait d'un caractre trop ombrageux pour ne pas accueillir ces soupons4 ,c'est pourquoi il lui donna l'ordre de se rendre ,valladolid en lui faisant entendre que ,naples ne la reverrait jamais plus4 ,rsister la volont royale1 il n'y fallait pas songer4 ,or l'exil semblait d'autant plus dur la princesse que1 parmi les nombreux gentilshommes1 dames d'honneur et domestiques qui constituaient sa maison1 elle n'en distinguait aucun qui ft d'esprit assez judicieux pour l'aider se diriger dans le milieu nouveau o force piges l'attendaient4 ,l'ide lui vint alors d'emmener ,catherine avec elle4 ,ayant eu lieu d'apprcier le jugement droit et l'esprit de dcision qui constituaient les qualits principales de sa protge1 elle n'hsita pas lui proposer de la suivre en ,espagne4 ,mais ,catherine refusa tout net3 ,il n'est pas propos1 dit-elle1 que je sorte de cette sainte maison1 o je vis retire1 comme c'est ma vocation pour m'en aller la cour4 ,ce serait1 pour moi1 retomber tristement du ciel sur la terre4 ,madame1 la manire de vivre qu'il me faut moi1 c'est la solitude d'un ermite1 loin du monde4 ,parmi les tumultes des courtisans1 je vous serais un embarras plutt qu'un appui car l-bas1 c'est l'art de mentir qui est en faveur et moi1 je ne sais pas dissimuler mes impressions4 ,souffrez donc que je reste ici4 ,j'ai tenu citer les propres paroles de ,catherine en cette occurrence parce qu'elles ouvrent un jour significatif sur sa personnalit4 ,on y sent une me volontaire1 prise d'indpendance1 rebelle aux conventions sociales4 ,dj l'on peut pressentir qu'elle ne reculera devant rien lorsqu'il s'agira d'assurer sa solitude en ,dieu4 ,la princesse ne se tint pas pour battue4 ,elle revint la charge avec les plus vives instances3 ,considrez1 dit-elle1 ma jeunesse1 les dangers de la cour1 la licence des courtisans1 la malignit des langues4 ,votre compagnie me sera un soutien dans mes chagrins et une sauvegarde pour mon honneur4 ,votre rputation de vertu me mettra bien dans l'esprit du ,roi4 ,voyant auprs de moi une personne telle que vous1 il comprendra que je ne mdite aucune entreprise contre son pouvoir4 ,des raisons aussi pressantes ne laissrent pas d'branler ,catherine4 ,d'autre part1 de bons prtres et des dames pieuses de l'entourage ayant joint leurs sollicitations celles de la princesse1 la recluse finit par admettre qu'elle avait un devoir de conscience remplir4 ,sans argumenter davantage1 elle accepta le rle difficile de chaperon d'une jeune femme en butte toutes sortes de convoitises et de jalousies4 ,le voyage se fit aussitt2 et les deux exiles arrivrent ,valladolid dans le courant de l'anne #aeeg4 ,catherine avait donc alors trente-huit ans4 ,,iv ,aussitt installe la cour1 la princesse dploya le plus grand luxe4 ,la richesse de ses ameublements1 l'abondance de sa table1 ses profusions la firent considrer comme une sorte d'arbitre des lgances4 ,c'tait1 dit le ,pre ,franois1 le culte de l'or et de la pourpre4 ,comme1 en outre1 elle tait doue d'une beaut piquante et qu'elle montrait beaucoup de brillant dans la conversation1 force galantins de la noblesse et mme les princes de la maison royale s'empressrent autour d'elle4 ,ds lors1 ce ne furent que rceptions1 festins1 promenades1 gambades1 srnades et roucoulades4 ,catherine blmait cette existence dissipe et ne mnageait pas les reproches sa parente1 lui rappelant qu'elle tait la femme d'un banni et que sa situation commandait de la rserve4 ,mais la princesse1 gte par les flatteries de ses adulateurs1 prit assez mal la rprimande4 ,j'ai soin de vous tenir toujours auprs de moi1 dit-elle1 et vous m'accompagnez chaque fois que je sors2 cela ne vous suffit-il pas8 ,voudriez-vous que je me confine dans un coin de mon palais1 sans voir personne8 ,je mourrais d'ennui s'il me fallait partager les austrits o vous vous complaisez6 ,au surplus1 je ne fais rien de mal et je n'entends pas me donner le ridicule de rabrouer ceux qui me trouvent bien et qui me le disent avec politesse4 ,ayez donc l'obligeance1 l'avenir1 de garder vos observations pour vous444 ,ce n'tait pas ainsi que ,catherine avait envisag leur sjour ,valladolid4 ,certes elle n'avait jamais conu le dessein de transformer la princesse en une de ces affoles de dvotion qui collent aux confessionnaux comme de la glu et qui se croiraient sur la pente de la damnation si elles cessaient une minute d'grener des patentres4 ,mais elle estimait que la rputation et peut-tre aussi la vertu de sa jeune1 jolie et inconsquente cousine couraient bien des risques parmi les godelureaux qui jabotaient et faisaient la roue dans ses salons4 ,rebuffe1 elle n'insista point4 ,cependant1 elle redoubla de vigilance1 car1 dsesprant d'inculquer la princesse l'-propos d'une vie plus retire1 elle apprhendait quelque tourderie qui la perdrait auprs du ,roi4 ,c'est pourquoi elle se promit de se mettre en travers chaque fois que les madrigaux lveraient leur temprature l'excs4 ,le cas se produisit de frquentes reprises4 ,et1 toujours1 ,catherine assna aux soupirants quelqu'une de ces phrases en coup de trique dont elle avait coutume4 ,si bien que les seigneurs la traitaient1 entre eux1 de vilaine corneille croassante4 ,mais ils n'osaient pas le lui dire parce qu'il y avait dans l'attitude de ce bout de femme un je ne sais quoi d'imposant qui les obligeait de baisser le nez ds qu'elle les regardait seulement en face4 99 99 99 99 99 ,parmi les empresss autour de ,mme de ,salerne1 on remarquait un jeune prtre nomm ,augustin ,cazalla4 ,il tait fort bien fait de sa personne et possdait une grande rputation comme prdicateur4 ,par contre1 des gens bien informs l'accusaient de murs dissolues et les thologiens suspectaient1 non sans motif1 l'orthodoxie de sa doctrine4 ,le fait est qu'il avait adopt1 en secret1 les principes de l'hrsie luthrienne et qu'il s'appliquait1 sous des formes prudentes1 la propager4 ,il dveloppait le plus souvent en chaire cette proposition de ,luther3 ,la foi nous sauve sans les uvres et le corollaire3 le pch nous domine2 quoi que nous fassions1 nous ne saurions nous abstenir de le commettre2 mais la loi morale 7cause de notre chute1 parce que nous ne pouvons l'observer7 le ,christ l'a accomplie pour nous4 ,il suffit donc de croire en lui pour tre sauvs4 ,on voit tout de suite quelle corruption peut mener ce sophisme4 ,c'tait bien sur quoi comptait ,cazalla qui1 au fond1 n'avait pour objectif que de dpraver ses admiratrices afin d'en faire les jouets de sa sensualit4 ,bien entendu1 dans ses sermons comme dans ses entretiens particuliers1 il se gardait d'afficher crment ses opinions4 ,il les dissimulait sous une phrasologie pompeuse ou les diluait en mtaphores melliflues4 ,par exemple1 dit le ,pre ,franois1 il exagrait la misricorde de ,dieu1 le bonheur et les avantages de la foi qui ne raisonne pas avec les passions4 ,sans cesse1 il exaltait les mrites de ,jsus-,christ et les satisfactions qu'il a offertes pour nous4 ,il exagrait les fruits de la ,rdemption et soutenait qu'elle nous a librs de tous nos pchs et de toutes les peines qui leur sont dues4 ,a l'entendre1 le christianisme n'tait plus qu'affranchissement et licence4 ,en outre1 jamais il ne soufflait mot de l'obligation de faire pnitence1 de la ncessit de la confession1 de la soumission aux commandements de ,dieu1 aux lois de son glise4 ,toute sa doctrine n'tait qu'un poison prsent dans une coupe d'or4 ,et avec cet appt1 il sduisit tous ceux qui prtendent largir la voie troite et sont toujours la recherche de directeurs complaisants au vice4 ,comme ,cazalla tait fort la mode auprs des dames de la ,cour dont un grand nombre ne juraient que par lui1 la princesse1 moins verse en fait de religion qu'en pratiques mondaines1 s'engoua de l'adroit hrtique4 ,celui-ci s'aperut rapidement de l'influence qu'il prenait sur cette tte lgre4 ,il multiplia ses visites et1 sous couleur de haute spiritualit1 enguirlanda la jeune femme de propos mignards o ses charmes extrieurs taient vants comme le symbole des perfections de son me4 ,la princesse1 enchante de ce marivaudage rotico-thologique1 n'en apercevait point les prils4 ,mais ,catherine veillait4 ,tout d'abord1 son sens droit et surtout les lumires que ,dieu lui donnait1 lui avaient fait distinguer l'impit foncire et la malfaisance de la doctrine que prchait ,cazalla4 ,mais elle se tint encore bien plus en garde quand elle eut dml quelles sales convoitises aboutissaient tant de discours fleuris4 ,aussi1 chaque fois que l'hypocrite venait au palais1 elle se tenait assise ct de la princesse1 ne la quittait pas d'une minute1 rfutait1 en quelques mots secs et mprisants1 les aphorismes quivoques1 et dardait sur le rhteur un regard si aigu que celui-ci s'en trouvait tout dconcert4 ,la pauvre princesse fort peu clairvoyante n'aperut dans la faon d'agir de ,catherine qu'un manque aux convenances mondaines4 ,se piquant1 elle-mme1 de politesse raffine1 elle prit un jour part sa cousine et lui reprocha vivement ses mauvaises manires l'gard d'un si minent docteur4 ,mais ,catherine ne se laissa pas intimider4 --,madame1 dit-elle la princesse1 un loup se cache sous la peau de cette brebis4 ,prenez garde1 on vous recommande l'amour de ,dieu sans la crainte2 cela conduit l'abme4 ,rappelez-vous que si1 une fois1 ,notre-,seigneur a dcouvert sa gloire1 toute sa vie ne fut qu'abngation1 croix1 pnitences1 pauvret4 ,quand on cherche vous persuader le contraire1 on vous trompe par un calcul ignoble4 ,ce malheureux prtend flatter le corps de ,votre ,excellence et moi je veux le bien de votre me4 ,puisque vous m'avez arrach ma retraite pour cet office1 souffrez que j'y travaille4 ,je ne me tairai pas1 car un sentiment intrieur m'avertit que cet homme porte la marque de ,satan4 ,bon gr1 mal gr1 il faut que je le crie2 et puiss-je vous garantir de ses entreprises6444 ,la princesse qui1 trs sincrement1 ne se croyait pas en danger1 taxa de bigoterie intolrante la mfiance de ,catherine4 ,puis sans insister davantage1 elle haussa les paules et rompit l'entretien4 ,mais ,cazalla en voulait terriblement cette matresse-femme qui l'avait perc jour4 ,il rsolut de se venger4 ,a cet effet1 le lendemain1 en chaire1 il prit pour texte la parole de saint ,paul3 ,taceat mulier in ecclesia et la dveloppa non d'aprs l'enseignement traditionnel mais pour invectiver contre les impudentes qui osaient se mler d'enseignement religieux4 ,il appuya longuement l-dessus2 et comme1 tout en dfilant ses priodes1 il ne quittait pas ,catherine des yeux1 nul ne douta de son intention de lui administrer une humiliante leon4 ,durant tout le sermon1 ,catherine tait demeure impassible4 ,mais quand1 le mme soir1 ,cazalla se prsenta au palais1 elle eut un mouvement de rpulsion tellement accus que l'hrtique1 qui pensait l'avoir mate1 lui demanda1 d'un ton goguenard1 si elle avait peur de lui4 ,catherine le considra un bon moment avec une expression de physionomie qui marquait autant d'horreur que de piti4 ,puis1 comme il renouvelait sa question1 elle lui dit1 en dtachant ses mots3 ,vous tes perdu6 ,tandis que vous parliez1 ,dieu m'a montr des tourbillons de feu sortant de votre bouche et j'ai senti l'odeur de l'enfer444 ,l'hrtique1 prenant cet avertissement terrible pour une expression de rancune arrache l'orgueil bless1 reprit avec drision3 ,bah6 bah6 si vous avez rellement vu des flammes sortir de ma bouche1 ce devaient tre celles du ,saint-,esprit6 ,ce blasphme ne rduisit pas ,catherine au silence4 ,elle joignit les mains et1 les yeux fixes comme si quelque vision formidable se refltait en ses prunelles1 d'une voix basse mais trs distincte1 elle rpta3 ,c'tait le feu de l'enfer444 ,vous tes perdu6 ,a ce coup1 ,cazalla se sentit envahi d'une terreur insurmontable4 ,il se leva en s'criant3 ,madame1 taisez-vous6 ,mais peine avait-il pouss cette clameur qu'il plit1 chancela1 balbutia et1 soudain prit la fuite comme si le ,mauvais tendait dj sa griffe sur lui4 ,aussitt la princesse et les dames prsentes firent cent reproches ,catherine4 ,et mme les domestiques la blmaient la sourdine4 ,mais la voyante ne se laissa pas mouvoir4 ,on eut beau lui dire qu'elle tait bien ose de vilipender ainsi un docteur applaudi par le grand monde1 elle secoua la tte en rptant3 ,il ne prchera plus2 il brle et il brlera4 ,toutes ces femmes1 crit le ,pre ,franois1 furent mcontentes2 dans leur simplicit1 elles criaient au scandale4 ,nanmoins1 l'vnement ne tarda pas sanctionner la prdiction de ,catherine4 ,depuis un certain temps1 l',inquisition menait1 en grand secret1 une enqute sur ,cazalla4 ,non seulement la preuve fut acquise de ses mauvaises murs mais encore on dcouvrit qu'il avait form1 avec deux de ses frres et trente autres personnes1 une intrigue pour faire pntrer l'hrsie luthrienne en ,espagne4 ,des mesures avaient t prises en consquence4 ,le samedi suivant1 ,cazalla fit annoncer qu'il prcherait4 ,l'glise o le sermon devait tre prononc tait pleine de ses admirateurs4 ,pendant la messe1 ,mme de ,salerne et ses amies raillaient ,catherine entre elles et lui donnaient entendre1 par des clignements d'yeux et de petits mots aigres-doux1 qu'elles n'taient pas loin de la tenir pour une illusionne4 ,catherine1 sans rien perdre de son calme1 se contenta de rpondre3 ,j'ai vu et vous verrez4 ,au moment o l'on pensait que ,cazalla allait sortir de la sacristie pour monter en chaire1 on vit arriver1 sa place1 un familier de l',inquisition annonant1 haute voix1 qu'il tait inutile d'attendre le prdicateur parce que le ,saint-,office venait de l'arrter4 ,le redoutable tribunal donna1 par la suite1 une grande publicit aux raisons de doctrine et d'ordre social qui motivaient l'arrestation4 ,il en rsulta que les partisans de ,cazalla s'aperurent avec effroi que1 par ignorance ou tourderie1 ils avaient failli se compromettre en soutenant un ennemi de l'glise4 ,ils se htrent de le renier avec ensemble4 ,le renom de ,catherine s'en accrut4 ,les gens du palais1 dit le biographe1 prouvaient un peu de confusion2 ils apprenaient reconnatre la faveur que ,dieu leur avait faite en plaant1 parmi eux1 une personne qui avait l'esprit de prophtie4 ,quant la princesse1 comprenant enfin quel danger elle venait d'chapper1 elle ne cessait de remercier ,catherine et la suppliait de lui pardonner d'avoir mpris ses avertissements4 ,remercions ,dieu seul2 il m'a fait voir ce qui allait arriver1 rpondit ,catherine1 et prions pour ce malheureux444 ,le procs de ,cazalla et de ses complices dura plus d'un an4 ,a la fin1 ils furent condamns1 livrs au bras sculier et brls vifs sur la grande place de ,valladolid1 le #ba mai #aeeh4 ,ainsi s'accomplit1 point par point1 la prdiction de ,catherine3--il brle 7dj du feu de l'enfer71 et il brlera 7bientt sur le bcher74 ,en ce temps-l1 on ne badinait point avec l'hrsie4 ,n'empche qu'on peut tenir pour atroces et rpugnants les procds de l',inquisition4 ,elle et enferm ,cazalla1 dont les erreurs se prouvaient gnratrices d'anarchie et de corruption1 la chose aurait t fort admissible4 ,mais le faire cuire1 c'tait prparer un sujet de dclamation aux sectateurs de la desse ,raison qui aiment fort guillotiner leurs adversaires mais qui s'indignent quand ceux-ci les mettent en grillades4 ,en rsum1 la barbarie obtuse des rtisseurs comme celle des coupeurs de tte apparaissent1 j'imagine1 galement abominables au regard de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ4 ,v ,l'engouement prolong de la princesse de ,salerne pour la faconde de l'hrtique l'avait desservie auprs de ,philippe ,,ii4 ,d'autre part1 l'esprit de mfiance qui caractrisait ce roi lui faisait voir d'un mauvais il l'empressement des grands seigneurs autour d'une jeune femme dont la beaut1 le charme et l'entrain lui semblaient des moyens d'intrigue contre les prrogatives de sa couronne4 ,comme en outre1 elle s'estimait lse par la confiscation des biens de son mari et qu'elle ne s'en taisait pas1 il craignit qu'elle ne se formt un parti de ,napolitains sditieux et de ,castillans frondeurs qui ne tarderait pas nouer quelque complot4 ,trs probablement1 primesautire et versatile1 la princesse ne songeait rien de pareil4 ,mais pour ,philippe ,,ii1 souponner et svir c'tait tout un4 ,c'est pourquoi1 un jour qu'elle tait venue lui rendre hommage1 il lui dclara1 d'un ton rogue1 qu'il fallait qu'elle quittt1 sur-le-champ1 ,valladolid et se rendt1 pour n'en plus sortir1 ,tolde4 ,il ajouta qu'il se chargeait lui-mme de veiller sur ses intrts et qu'il prendrait soin d'expliquer que la cause de cet exil n'entachait en rien son honneur4 ,cette sentence1 dit le biographe1 malgr le vernis d'or dont elle tait revtue1 frappa la princesse d'un coup mortel qui1 en peu de temps1 la conduisit au tombeau4 ,la langue d'un roi est un glaive acr et le souffle de sa bouche tue ceux qui placent leur flicit en ce qu'on appellerait mieux leur malheur4 ,avant de mourir1 la princesse fit un testament o elle recommandait au roi les personnes de sa maison4 ,philippe pourvut1 d'une faon convenable1 au sort des subalternes4 ,quant ,catherine de ,cardonne1 il la tenait depuis longtemps en grande estime et il n'avait pas oubli la clairvoyance surnaturelle dont elle avait fait preuve contre ,cazalla4 ,dsireux de s'attacher une personne aussi avant dans la faveur divine1 il lui commanda de quitter ,tolde et il la plaa1 comme surintendante1 chez son ministre favori don ,rui ,gomez de ,silva4 ,non seulement elle y aurait la haute main sur la domesticit mais encore elle dirigerait l'ducation des deux infants3 don ,juan d',autriche--frre naturel de ,philippe et futur vainqueur de ,lpante--et le prince hritier don ,carlos4 ,catherine avait espr que1 la mort de la princesse la librant d'obligations subies contre-cur1 elle pourrait se retirer dans quelque monastre4 ,mais elle n'osa se drober aux ordres du roi4 ,rui ,gomez1 homme fort pieux et qui admirait l'extrme ferveur de ,catherine1 constata bientt que les pratiques de la dvotion ne l'empchaient nullement d'administrer1 avec un ferme bon sens1 la fortune dont elle avait reu le soin4 ,il la pria donc d'ordonner toutes les dpenses du palais et de veiller aux revenus4 ,catherine accepta moyennant trois conditions3 on lui attribuerait un logement l'cart o elle pt se crer une retraite loin du mouvement de la ,cour2 le ministre lui laisserait prendre1 sur les fonds dont elle assurerait la grance1 de quoi faire l'aumne aux hpitaux1 soulager les malades1 marier des orphelines indigentes et donner aux pauvres des aliments2 enfin1 elle arrangerait sa propre existence sa guise1 sans qu'on lui ft d'observations4 ,le ministre souscrivit tout4 ,il n'eut pas lieu de s'en plaindre1 car sa fortune prospra4 ,il avait coutume de dire que depuis que ,catherine exerait l'intendance de sa maison1 ses biens s'accroissaient chaque jour4 99 99 99 99 99 ,libre de ses actes1 et tout en remplissant avec une parfaite exactitude son office1 ,catherine s'organisa la vie asctique et pnitentielle o la portait son amour de ,dieu4 ,sa nourriture se rduisait peu prs rien4 ,elle ne mangeait jamais de viande1 jenait quatre fois par semaine1 se contentant1 ces jours-l1 de quelques feuilles de chou cuites l'eau avec une pince de sel4 ,souvent mme1 elle ne prenait rien4 ,d'autres fois1 elle ptrissait un peu de farine qu'elle faisait cuire sous la cendre4 ,elle couchait sur une paillasse peu garnie et ne portait que des chemises de bure rousse4 ,en dessous1 un cilice rude comme rpe ou une chane de fer noue autour des reins4 ,chaque jour1 elle rcitait les psaumes de la pnitence1 l'office des morts1 celui de la ,sainte ,vierge et celui du ,saint-,esprit4 ,elle s'tait fabriqu une discipline crochets dont elle se dchirait les paules4 ,un soir1 elle se flagellait si rudement que ,rui ,gomez1 entendant le sifflement des lanires1 crut qu'elle allait se mettre en pices4 ,il vint sa chambre pour la prier de se mnager4 ,mais1 comme il avait la main sur la poigne de la porte1 il se rappela la promesse qu'il avait faite de ne jamais entraver la pnitente dans l'exercice de son zle4 ,il s'en retourna chez lui1 plein d'pouvante et de vnration4 ,cet exemple1 crit le ,pre ,franois1 fit sur lui une impression si salutaire que1 depuis ce moment1 il s'attacha imiter son intendante pour la discipline et pour la vertu4 ,ceci fut cause que ,catherine lui voua beaucoup d'amiti4 ,ce qu'elle aima surtout en lui1 ce fut son inpuisable charit4 ,elle disait souvent que les aumnes du ministre lui servaient de sauvegarde contre les embches de ceux qui sa grande lvation inspirait de la jalousie et que1 plus tard1 elles lui abrgeraient les peines du purgatoire1 ce qui arriva en effet4 99 99 99 99 99 ,ce fut une tche assez ardue pour ,catherine que celle de former le caractre des jeunes princes4 ,don ,juan se montrait d'une turbulence excessive4 ,quant don ,carlos1 sa faiblesse d'esprit confinait presque l'imbcillit4 ,a force de soins et par un habile mlange de douceur et de fermet1 elle russit pourtant leur inculquer des habitudes religieuses4 ,elle avait surtout combattre en eux l'orgueil du rang que les flatteries de l'entourage tendaient sans cesse dvelopper4 ,si1 dans ce sens1 elle obtint quelques rsultats1 ce fut par la franchise un peu bourrue de ses rprimandes4 ,une anecdote rvlera sa mthode4 ,elle gardait1 dans une armoire1 des ptisseries sches et des confitures qu'elle leur donnait pour leur goter4 ,or un jour1 pousss par la gourmandise et profitant de son absence1 les princes s'entendirent pour piller la cachette4 ,la trouvant ferme1 ils enfoncrent la porte avec une telle violence qu'ils brisrent les pots et les assiettes4 ,il s'ensuivit un gchis de marmelades et de sirops o s'enlisaient les biscottes et les gaufrettes4 ,ils contemplaient1 tout effars1 le dgt lorsque ,catherine survint4 ,d'un coup d'il1 elle saisit ce qui venait de se passer4 ,alors1 sans lever la voix mais sur un ton svre qui fit trembler et rougir les enfants1 elle leur dit3 ,je m'tonne que ,vos ,altesses1 qui auront un jour commander les hommes1 se soient conduits comme des valets sournois4 ,j'espre que ceci vous servira de leon et qu' l'avenir le souci de votre dignit vous empchera de vous ravaler de la sorte444 ,comme1 lorsqu'ils se conduisaient bien1 les princes la trouvaient pleine de tendresse et de sollicitude1 ils la prirent en affection4 ,ils l'appelaient mama1 dit1 avec bonhomie1 le biographe4 ,,vi ,par tout ce qui prcde1 nous pouvons maintenant nous reprsenter la personne morale de ,catherine en ses traits essentiels3 une volontaire exempte des faiblesses habituelles son sexe2 une intelligence droite en qui le bon sens s'alliait ce don d'ordre surnaturel3 le discernement des esprits4 ,sans doute1 quelques-uns la jugeront malgracieuse1 un peu trop444 virago4 ,mais il ne faut pas demander un pommier sauvage et qui repousse la greffe de porter des pches d'espalier4 ,et l'on verra bientt qu'tant prdestine fournir un exemple d'asctisme1 elle n'et jamais ralis ce que ,dieu attendait de son nergie si elle avait souffert que le contact du monde brcht l'acier bien tremp de son me4 ,apprcie du ,souverain1 possdant la confiance du premier ministre1 gouvernante des ,infants1 on l'enviait et on l'adulait4 ,mais elle avait un sens trop aigu de la ralit pour se laisser prendre aux surfaces4 ,sous la politesse des gens de cour1 elle apercevait de bas calculs et des abmes de vilenie4 ,pleine d'un ddain viril--qui n'allait pas sans quelque piti--elle jugeait sa valeur la socit chatoyante qui bruissait autour d'elle4 ,ici1 se disait-elle1 sous l'corce de la douceur1 les paroles cachent le fiel de la haine4 ,ceux qui se prtendent amis sont autant de tratres occups se nuire les uns aux autres4 ,on se baise mutuellement les mains et l'on voudrait se sucer le sang4 ,on reoit un affront comme une faveur1 avec l'espoir de le rendre au double4 ,quiconque ne dguise sa pense doit s'attendre aux pires iniquits4 ,il n'est pas de turlupin juch sur des trteaux hasardeux qui gale ces courtisans dans l'art de feindre des sentiments qu'ils n'prouvent pas4 ,et leur religion6444 ,un masque d'hypocrisie sur des visages que ronge une lpre de vices4 ,et le roi1 lui-mme3 avec toute la puissance dont il est investi1 son lvation lui devient une chane qui en fait l'esclave de ses flatteurs4 ,il se repat de fumes et de vent2 mais1 au fond1 il sait bien que personne ne l'aime444 ,ah6 l'horrible existence que celle de tous ces malheureux3 quelques annes papilloter dans l'illusion1 puis le cercueil et la pourriture6444 ,ils pourrissent dj4 ,et quelles mes ils vous apporteront juger1 ,seigneur6 ,cependant1 le soleil divin1 qui rayonnait dans son me1 lui prodiguait sans cesse de nouvelles lumires pour la dtacher du monde4 ,de plus en plus1 il lui dessillait les yeux2 de plus en plus il embrasait son cur1 l'illuminait et l'inclinait vers la vie dans la retraite2--souvent1 il lui montrait1 environn d'une gloire blouissante1 ,jsus au dsert4 ,si violemment qu'elle se sentt sollicite de fuir la cour1 ,catherine prouvait de l'loignement pour la clture dans un monastre de femmes4 ,d'une faon indicible1 elle se rendait compte que ,dieu la voulait ailleurs4--,o cela8 ,elle ne parvenait pas le distinguer4 ,et puis1 du point de vue purement humain1 que de barrires franchir pour se dgager du labyrinthe o elle ttonnait encore6 ,obtenir l'agrment du prince ,ruy ,gomez1 il n'y fallait pas songer2 en parler au roi1 elle n'osait4 ,consulter des amis8 ,elle ne s'en connaissait point qui fussent assez sincres pour lui donner un conseil dsintress4 ,parmi ses relations1 chacun craindrait de dplaire au matre en l'encourageant au dpart4 ,c'est ainsi que1 suivant ses propres termes la lumire qui brillait en elle lui devenait une cause d'incertitudes et une source de tnbres4 ,dans cette angoisse1 un jour qu'elle se sentait encore plus triste que de coutume1 elle se prosterna devant ,dieu1 en un transport de larmes et de prire1 et le supplia1 d'une faon si vhmente1 de l'clairer1 que la divine ,charit se laissa mouvoir4 ,notre-,seigneur lui rpondit par la bouche d'un ,crucifix qu'elle portait sur elle3 ,va1 je t'aiderai4 ,quitte la cour4 ,refugie-toi dans une caverne o tu vaqueras librement l'oraison et la pnitence4 ,ces paroles si nettes lui remplirent tout d'abord l'me de consolation4 ,mais le ,dmon1 qui dteste tout hrosme1 intervint alors et1 selon sa tactique coutumire1 se servit de son imagination1 comme d'une loupe1 pour lui grossir les obstacles et la pousser au dcouragement4 ,sous son influence1 elle balana3 ,vivre en ermite1 se dit-elle1 jamais je n'en aurai la force4 ,et puis je suis femme et1 par consquent1 expose toutes sortes de dangers si je me retire dans une campagne isole4 ,ensuite1 o entendre la messe8 ,a qui me confesser8 ,prendre un parti aussi extraordinaire sans consulter serait imprudent4 ,or si je consulte1 on me refusera l'autorisation car quelle apparence qu'on me permette de rsider toute seule au dsert8 ,si je ne consulte pas1 on pourrait1 juste titre1 m'accuser de tmrit4 ,aprs bien des alternatives1 elle dcida enfin de tout dire son confesseur habituel4 ,celui-ci tait un prtre mondain1 routinier1 inapte diriger les mes gnreuses et que toute aspiration d'ordre lev offusquait comme un outrage au sens commun4 ,en ce temps1 crit le biographe1 le clerg sculier tait devenu d'une telle timidit1 il avait mis si compltement en oubli les grandes grces dont ,dieu s'est plu combler les saints et les saintes qui ont men la vie rmitique1 qu'un pareil dessein parut une folie au confesseur4 ,ni la puret d'me de ,catherine1 ni ses hautes vertus1 ni la droiture de ses intentions1 ni les miracles que ,dieu avait faits en sa faveur1 ni mme la rponse qu'elle avait reue de la bouche de ,jsus-,christ ne firent impression sur lui4 ,il dclara qu'il y avait l une illusion diabolique4 ,d'autres prtres1 qui ,catherine soumit son projet1 conclurent de mme4 ,aucun n'admit qu'elle prfrt la solitude la situation brillante qu'elle occupait4 ,catherine1 ainsi blme1 faillit renoncer son projet4 ,mais elle ne recouvra point la paix3 son me restait trouble car les appels de ,dieu se faisaient toujours plus pressants4 ,elle eut alors l'inspiration de consulter le ,pre ,franois de ,torrs1 de l',ordre des ,frres mineurs1 qui avait une grande rputation de ferveur et de sagesse4 ,assur de la volont divine par des entretiens prolongs avec ,catherine1 il approuva son dessein1 laissant son choix et aux circonstances que le temps amnerait le moyen de l'excuter4 ,a la mme poque1 elle eut l'heureuse fortune de rencontrer saint ,pierre d',alcantara qui1 pntrant dans les immensits de la lumire du ,seigneur1 ddaignait les clarts vacillantes de la fragile raison humaine4 ,non seulement le ,saint entra dans ses vues mais encore il l'encouragea raliser son projet sans retard et lui promit de l'aider de ses prires4 ,alors ,catherine n'hsita plus4 ,,vii ,lorsqu'elle avait pris un parti1 elle n'tait point femme en diffrer l'excution4 ,elle dcida d'abord de se couper les cheveux et de revtir un habit masculin4 ,sainte ,eugnie et sainte ,euphrosyne ont fait ainsi1 se disait-elle2 si1 grce ce dguisement1 elles ont pu vivre1 sans pril1 parmi les hommes1 pourquoi ne serais-je pas garantie comme elles dans les montagnes8 ,et quand il lui revenait de lgers doutes sur le genre de vie o ,dieu l'appelait1 elle ajoutait3 ,ces inspirations si fortes1 si continues1 si pressantes que je ressens ne peuvent venir du dmon1 elles sont trop contraires ses intrts4 ,elles ne viennent point non plus de la chair qui a tout perdre dans ce projet1 ni du monde dont elles me poussent fuir la frivolit4 ,mon ,dieu1 puisque c'est vous qui me parlez1 et puisque je fais mon possible pour vous obir1 prenez-moi par la main et conduisez-moi dans la solitude o il vous plaira que je vous serve444 ,elle fut exauce et voici comment4 ,don ,rui ,gomez venait d'acheter une bourgade nomme ,estrmra et il fut oblig de s'y rendre afin d'en rgler l'administration4 ,catherine lui demanda de l'accompagner dans le but de prendre quelque repos car l'ducation des infants la fatiguait beaucoup4 ,le ministre1 qui gotait fort sa compagnie1 ne manqua pas d'acquiescer d'autant que1 la sachant d'esprit judicieux1 il comptait qu'elle lui donnerait des conseils pratiques pour l'organisation de son nouveau domaine4 ,pendant ce sjour ,estrmra1 ,don ,rui reut la visite d'un ,pre ,pia1 prtre de grande vertu qui1 aprs avoir fait le plerinage de ,rome1 menait une existence retire dans la montagne au-dessus du village4 ,on le disait trs clair en ce qui concerne les voies extraordinaires4 ,catherine le connaissait un peu1 lui ayant jadis fait l'aumne ,valladolid4 ,son arrive en ce moment lui persuada que ,dieu l'envoyait pour l'aider dans l'accomplissement de ses dsirs4 ,aussitt1 elle lui demanda un entretien particulier4 ,ds qu'il fut auprs d'elle1 elle se sentit toute pleine de confiance en lui4 ,elle lui conta sa vie et lui dcrivit son oraison4 ,ensuite elle lui exposa son dessein sans oublier de faire valoir que le ,pre ,franois de ,torrs et saint ,pierre d',alcantara l'approuvaient4 ,elle conclut3 ,les difficults qui me restent vaincre ne sont pas insurmontables4 ,il ne me manque plus qu'une chose1 c'est qu'un homme de ,dieu me prte son appui et consente m'accompagner dans la recherche d'un endroit solitaire parce que je ne connais pas le pays4 ,une voix intrieure me dit que c'est vous qui devez tre mon guide dans cette entreprise4 ,pour cela1 il me faut une tunique de bure semblable celle que vous portez vous-mme et un capuce comme celui des religieux4 ,mon visage maigre1 brun et assez laid m'aidera dissimuler mon sexe4 ,j'ai la voix forte la dmarche masculine1 de la suite dans les ides1 de l'nergie2 tout cela n'est pas d'une femme et contribuera certes mon dguisement4 ,d'ailleurs ,dieu lui-mme1 qui me sollicite d'une faon si puissante1 nous aplanira la route#c4 #c ,le plus souvent1 ici comme ailleurs1 je reproduis les propres expressions de ,catherine dans le rcit qu'elle fit par la suite de sa vocation4--,ce qui la spcialise1 c'est l'opinion peu favorable qu'elle se donnait des femmes4 ,on l'aura remarqu1 et nous aurons l'occasion de le constater encore4 ,le ,pre ,pia1 si expriment qu'il ft quant aux effets de la ,grce sur les mes de bonne volont1 admira cette intrpidit jointe tant de confiance en ,dieu4 ,toutefois1 pour ne rien hter1 il fit quelques objections que ,catherine rfuta sans peine4 ,alors1 plus qu' demi convaincu1 il lui demanda trois jours afin de rflchir et de prier4 ,ce dlai peine coul1 il revint et dit ,catherine qu'il se tenait son entire disposition4 ,par son conseil1 un ancien chapelain de ,rui ,gomez nomm ,martin ,alonso fut mis dans le secret4 ,celui-ci1 natif de la ,roda1 au diocse de ,cuenca1 indiqua1 dans son pays1 certains endroits qui conviendraient une anachorte et promit1 avec joie1 son aide pour assurer la fuite de ,catherine4 ,il fut dcid que les deux prtres1 aprs l'avoir accompagne la laisseraient1 dguise en homme1 dans la solitude et s'en retourneraient chacun chez soi en gardant un parfait silence sur l'expdition4 ,par la suite1 ,martin ,alonso viendrait la voir de temps en temps et lui apporterait quelques provisions4 ,,viii ,le soir du jour fix pour son dpart1 ,catherine crivit une longue lettre au prince ,rui ,gomez4 ,elle lui exposa les motifs qui l'obligeaient de quitter la cour2 elle s'effora surtout de lui faire comprendre que ce n'tait pas un caprice qui dictait sa rsolution mais qu'elle obissait l'appel de ,dieu4 ,elle termina en le conjurant1 au nom de leur amiti et des services qu'elle lui avait rendus1 de ne point faire de recherches pour la retrouver1 le prvenant que1 mme si l'on dcouvrait son refuge1 elle ne consentirait jamais revenir et irait se cacher ailleurs4 ,la lettre fut place en un endroit o il tait facile de l'apercevoir4 ,ensuite1 la nuit tant tout fait venue et tout le monde dormant dans le palais1 elle se disposait rejoindre ses deux confidents qui se tenaient blottis1 sous un porche dans une rue voisine1 quand un obstacle se prsenta auquel la fugitive n'avait pas pens2 les portes de la maison taient fermes double tour et elle n'en possdait point les clefs4 ,elle rsolut alors de passer par une des fentres du rez-de-chausse2 mais voici que des barreaux de fer les garnissaient4 ,comme elle restait perplexe1 elle vit soudain le ,crucifix qu'elle portait suspendu au cou s'lever devant ses yeux et elle l'entendit lui dire3 ,suis-moi4 ,et en mme temps1 sans qu'elle pt se rendre compte de la faon dont le miracle s'oprait1 elle se trouva dehors4 ,ravie d'admiration1 dbordante de reconnaissance1 elle s'encourut toutes jambes vers ses deux compagnons de route4 ,ceux-ci1 en l'attendant1 avaient t partags entre la crainte et l'esprance4 ,prtres de bonnes murs1 inexpriments quant aux enlvements1 ils avaient pass deux heures trembler au moindre bruit4 ,le craquement des chaussures d'un passant attard1 les vocalises d'un chat en escapade galante1 le friselis de la chute d'une feuille1 tout leur donnait l'alerte4 ,ils ne respirrent l'aise que quand ils virent ,catherine poindre dans l'ombre4 ,ds qu'elle eut repris haleine1 elle leur raconta le prodige dont elle venait d'tre favorise4 ,ils se rcrirent d'allgresse1 disant qu'il y avait srement l un nouveau signe que ,dieu approuvait sa fuite4 ,a la clart de l'aube naissante1 ils lui couprent les cheveux et l'aidrent s'habiller en ermite4 ,puis se partageant le bagage sommaire de ,catherine1 ils prirent1 en hte1 le chemin de la solitude cependant que l'vade murmurait cette prire3 ,seigneur1 puisque ma retraite est l'uvre de votre droite1 puisque vous m'avez exempte des faiblesses de la femme1 gardez-moi une me virile afin que je reste toute vous1 jamais4 99 99 99 99 99 ,aprs quelques heures de marche1 ils arrivrent la chapelle de ,notre-,dame d',altamira1 desservie par un prtre duquel ,catherine1 s'tant confesse1 reut la communion4 ,de l1 ils gagnrent ,cuenca et demandrent l'vque d'autoriser l'anachorte se fixer dans son diocse4 ,le prlat1 qui prit ,catherine pour un homme glabre et assez vilain d'aspect1 donna son consentement sans difficult4 ,s'tant ainsi mis en rgle1 les voyageurs reprirent la route de la ,roda4 ,ils commenaient gravir la pente d'une montagne1 quand ,catherine s'arrta net en disant3 ,c'est ici que ,dieu m'ordonne d'tablir ma demeure4 ,n'allons pas plus loin4 ,martin ,alonso fit d'abord un peu d'opposition1 allguant qu'on n'tait pas arriv l'endroit qu'il avait en vue4 ,mais ,catherine refusa de poursuivre et le ,pre ,pia l'appuya4 ,il faut1 affirma-t-il1 qu'elle suive son inspiration4 ,alonso en tomba d'accord et mit fin ses objections4 ,ils cherchrent quelque caverne o la solitaire pt s'abriter des intempries4 ,mais ils ne dcouvrirent1 au milieu d'un pais taillis de cistes1 de lentisques et de chnes verts1 qu'une excavation plus propre servir de tanire un renard que de logis un ermite4 ,l'entre en tait fort basse et l'intrieur si exigu en hauteur comme en largeur qu'il y avait peine la place pour une personne mme d'une taille aussi petite que celle de ,catherine4 ,or elle dclara que ce terrier lui convenait de tous points4 ,les prtres tressrent alors1 avec des tiges de gents flexibles1 une claie qu'ils appliqurent contre l'ouverture de faon dissimuler l'entre aux passants4 ,puis cette sorte de tombeau ainsi accommod1 ils prirent cong de ,catherine en la bnissant et en lui laissant trois pains4 ,trois pains1 s'crie le pre ,franois1 voil donc toute la provision de celle qui avait connu les mets de la table du roi6 ,eh bien1 elle prouva plus de satisfaction les manger avec des fruits sauvages que devant les plats raffins de nagure4 ,la tanire tait situe sur le territoire de ,vala de ,rei1 deux lieues de la ,roda1 une petite distance de la rivire du ,jugar et une demi-lieue du monastre de la ,fuen-,santa difi quelques annes auparavant1 par les religieux ,trinitaires dans cette solitude#d4 #d ,on trouvera l'emplacement de ces diverses localits et de la tanire de ,catherine sur la carte place dans le livre des ,fondations1 tome ,,iv des uvres compltes de sainte ,trse1 dition des ,carmlites de ,paris 7#aiji74 ,c'est en l'an #aefb que ,catherine s'tablit de la sorte au dsert4 ,,ix ,une fois seule mi-cte de cette montagne dserte1 ,catherine se sentit tout inonde de joie4 ,son me baignait dans la chaude lumire intrieure qui lui faisait sentir la prsence de ,dieu4 ,il lui sembla que la nature se transfigurait autour d'elle2 et parce que ,notre-,seigneur lui permettait de souffrir son exemple pour le rachat des pchs qui dforment la pauvre humanit1 sa gratitude s'exhala en un cantique vhment dont voici peu prs les versets3 ,o monde1 je te donne un libelle de divorce6 ,adieu1 hommes d'autant plus acharns vous nuire que vous vivez plus prs les uns des autres4 ,adieu l'gosme1 l'avarice1 l'envie1 la luxure dont la puanteur me suffoquait pendant que je dprissais parmi vous4 ,avec l'aide de la ,vierge1 des anges et des saints1 je ferai une telle pnitence que ,dieu l'acceptera peut-tre en compensation de vos garements2 et si ,jsus m'octroie la couronne d'pines1 les fouets de sa flagellation1 les clous rdempteurs je ne cesserai pas de les lui offrir pour le salut du troupeau des mes qui courent vers le feu de l'enfer comme les moutons vers l'abreuvoir4 ,vous1 arbres qui frmissez doucement1 qui ployez sous l'treinte frache des brises1 vous m'apprendrez m'incliner au souffle du ,saint-,esprit4 ,oiseaux harmonieux1 c'est selon vos cadences que je chanterai notre ,crateur4 ,rivire1 tu seras mon amie et mon institutrice4 ,tu m'apprendras chercher l'amour divin comme tu cherches la mer1 ton principe et ton centre4 ,je me perdrai en ,dieu comme tu te perds dans l'ocan pour y mourir et y trouver une nouvelle vie4 ,terre qui1 toujours foule aux pieds1 ne cesse malgr cela de nous prodiguer tes dons1 comme toi je rendrai aux hommes le bien pour le mal qu'ils m'ont fait4 ,toi1 ,soleil1 de mme que tu rpands ta clart sur tous les mortels sans distinction1 tu me verras prier pour les bons comme pour les mchants4 ,seigneur1 rends-moi docile tes lois immuables1 fais que je te serve avec autant d'innocence que ces cratures de ta bont3 le soleil glorieux1 la rivire miroitante1 les oiseaux diaprs comme un arc-en-ciel1 les arbres pleins d'ombres transparentes et d'ors mouvants4 ,jsus1 je suis toi1 je suis avec toi1 je suis en toi comme tu es moi1 avec moi1 en moi6444 99 99 99 99 99 ,cette effusion passionne montre que ce ne fut point une misanthropie hargneuse qui poussa ,catherine au dsert mais bien la plus ardente charit4 ,elle fuyait les hommes pour mieux les aimer4 ,appliquant cette grande loi de compensation qui1 comme nous l'apprennent les ,mystiques inspirs1 rgle toutes choses en ce bas monde1 elle souffrait pour ceux qui se rvoltent contre la souffrance4 ,l'esprit dont se nourrissait sa pnitence est indiqu par ceci que1 d'aprs son propre tmoignage1 son oraison portait d'habitude sur la retraite de quarante jours que ,notre-,seigneur fit au dsert et sur son abandon au ,jardin des ,olives4 ,je le voyais si seul1 dit-elle plus tard1 si afflig sous la rsille de sang qui lui couvrait la figure1 que je me blottissais ses pieds1 que je fondais en larmes et que je lui demandais de me faire souffrir comme ,lui afin qu'il me ft permis d'expier le lche sommeil des disciples444 ,et pour ce qui regarde la ,sainte ,quarantaine1 j'tais heureuse d'avoir faim parce qu'il avait faim et je lanais des pierres ,satan qui osait tourmenter mon ,matre ador4 ,on voit qu'elle possdait le sens exact de la vie asctique4 ,pour l'ascte1 le temps n'est qu'une fiction2 la ,passion de ,jsus-,christ dure toujours et la perversit humaine ne cesse d'en renouveler les tortures4 ,s'identifier ,lui au point de partager constamment son sacrifice1 tel est le dsir qui cra les ,carmels et les ,trappes4 ,folie pitoyable au regard des gens pratiques1 hrosme sans pareil1 et qui conduit la saintet au regard du ,rdempteur4 ,et c'est pour avoir acquis1 par leur bravoure1 la science totale de l'abngation que les ,saints sont comme des flammes blanches dans la nuit noire de la vie1 comme le dit si bien ,pierre van der ,meer de ,walcheren#e4 #e ,voir son beau livre ,journal d'un ,converti1 page #ajf4 ,x ,l'installation de la ,solitaire dans son terrier ne lui demanda pas beaucoup de soins4 ,son mobilier comprenait en tout et pour tout le ,crucifix qu'elle avait port sur elle et un sac contenant quelques livres de pit1 des disciplines1 des cilices de rechange et une ceinture de fer hrisse de pointes l'intrieur dont1 certains jours1 elle se ceignait les reins4 ,quand elle voulait dormir1 elle s'tendait1 sans couverture1 mme sur le sol raboteux et se servait1 en guise d'oreiller1 d'une grosse pierre apporte du dehors4 ,son sommeil ne durait jamais plus de trois ou quatre heures4 ,de l'entre de son logis au sommet de la montagne1 elle planta quatorze croix de buis sommairement faonnes qui lui furent les stations de la monte au ,calvaire4 ,la question des repas fut rgle de la faon la plus simple4 ,quand elle eut consomm les trois pains laisss par ses compagnons1 elle se nourrit des vgtaux qu'elle trouvait autour de son logis4 ,suivant la saison1 elle mangeait des mres1 des fanes1 de l'oseille sauvage1 les jeunes pousses de fougres4 ,parfois aussi1 elle se mettait quatre pattes et broutait les gramens4 ,comme elle s'tait interdit d'allumer du feu1 jamais elle ne fit cuire quoi que ce soit4 ,elle s'tait si bien habitue cette alimentation sommaire que1 plus tard1 elle eut beaucoup de peine en supporter une autre4 ,encore son estomac ne digrait-il facilement que le pain noir ml de beaucoup de son4 ,et un jour que1 la voyant puise1 son directeur voulut l'obliger d'absorber une sardine1 elle fut si malade qu'on se garda de recommencer l'exprience4 ,les jours de fte et les dimanches1 elle allait entendre la messe et recevoir les sacrements la ,fuen ,santa et souvent elle faisait sur les genoux la demi-lieue qui sparait la colline du monastre4 ,elle choisit pour confesseur un religieux du couvent qui elle ne rvla point son identit4 ,en lui parlant1 quoi qu'elle et la voix naturellement forte1 elle la grossissait encore pour mieux dissimuler son sexe4 ,a l'glise1 elle se mettait dans un coin obscur de manire ne pas se faire remarquer4 ,cependant son recueillement tait si profond que quoiqu'elle ne frayt avec personne1 elle finit par veiller l'attention4 ,les campagnards1 dit le ,pre ,franois1 et tous ceux qui venaient aux offices1 observrent l'ermite et1 comme ils n'en avaient jamais vu d'autre ni mme entendu parler de rien de semblable1 elle excita leur curiosit4 ,a la sortie1 quelques-uns voulurent l'interroger2 mais elle ne rpondait pas4 ,quand elle regagnait sa solitude1 certains cherchaient la suivre pour dcouvrir le lieu de sa retraite4 ,alors elle se mettait courir1 faisait mille dtours et prenait une route si oppose qu'ils taient bientt forcs de renoncer leur entreprise4 ,mais ce n'tait pas sans de grandes souffrances qu'elle se drobait de la sorte parce que1 marchant nu-pieds1 elle s'ensanglantait en passant travers les ajoncs et autres plantes pineuses4 99 99 99 99 99 ,mais si ,catherine vitait les hommes1 elle ne manquait cependant pas de socit4 ,les animaux1 qui peuplaient les halliers autour de sa retraite1 prirent l'habitude de lui rendre visite4 ,l'instinct leur faisait sentir qu'elle tait incapable de les maltraiter ou de verser leur sang4 ,la vertu d'innocence qui manait d'elle les attirait comme un mystrieux aimant4 ,aussi1 bientt1 les lapins de garenne et les perdrix accoururent en bandes2 pour la divertir ils formaient des rondes ou bien se culbutaient par jeu1 avec mille attitudes comiques4 ,elle les regardait en souriant et n'intervenait que pour les rprimander avec douceur quand ils se prenaient de querelle4 ,ils lui obissaient parfaitement4 ,elle accueillait de mme les couleuvres qui1 par les temps froids1 se glissaient dans le terrier et se serraient contre elle afin de se dgourdir la chaleur de son corps4 ,les ramiers roucoulants se perchaient sur les branches voisines et lui donnaient des concerts4 ,une odeur exquise--dont il sera parl plus loin--se dgageant d'elle1 les abeilles la prenaient pour une grande fleur1 se posaient sur sa figure mais se gardaient de la piquer4 ,elle eut aussi un renard familier qui venait la voir heures fixes et qui observait la loi qu'elle lui imposa de ne faire aucun mal aux btes inoffensives de son entourage4 ,toutes ces cratures lui devinrent des symboles de la vie en ,dieu et lui fournirent des thmes pour l'oraison perptuelle o son me demeurait absorbe4 ,comme les arbres1 les buissons1 la rivire tincelante1 le paysage entier prenaient galement en ses contemplations une valeur d'allgorie correspondant ses tats intrieurs et un sens mystique1 elle vivait un vaste pome la gloire de ,dieu1 un hymne essentiel dont elle se sentait elle-mme l'une des strophes4 ,toutefois1 c'tait surtout par les belles nuits d't que son me se dilatait par del les forces humaines et atteignait au ravissement4 ,souvent1 ds que la rougeur incendie du crpuscule avait fini de s'teindre1 la ,solitaire montait s'asseoir au sommet de la colline4 ,l1 respirant les effluves qui s'levaient de la terre1 calcine par tout un jour de soleil torride1 et l'arome rsineux des pins1 elle prtait l'oreille aux vagues chuchotements des feuillages assoupis1 aux crpitements sourds des gents brls2 et ces rumeurs diffuses lui rendaient plus sensible le silence infini des espaces nocturnes4 ,alors elle levait les yeux vers le znith et frissonnait d'admiration considrer le scintillement innombrable des toiles4 ,peu peu elles lui apparaissaient comme des pierreries incrustes aux portes de saphir sombre des palais du ,trs-,haut4 ,puis les astres se rapprochaient d'elle en traant des sillages de feu2 leurs flamboiements de pourpre et d'azur se mlaient1 formaient des tourbillons aux nuances de nacre1 d'argent en fusion et d'or vermeil4 ,puis ils devenaient des anges volant grandes ailes sous les arches de diamant de la ,voie ,lacte4 ,ensuite sa vision se transformait et d'imaginative devenait intellectuelle4 ,elle concevait1 dans le temps d'un clair1 l'ordre sublime qui rglait le mouvement de toutes ces sphres1 qui traait leur gravitation autour de la ,sainte-,trinit radieuse4 ,puis son me montait encore davantage et allait se perdre dans l'abme de la ,lumire incre444 ,les mots font dfaut pour exprimer ce qu'elle ressentait ce point culminant de son extase444 ,d'autres fois1 la nuit se passait1 pour ,catherine1 en colloques avec ,dieu et les ,saints4 ,malheureusement1 on ne possde que peu de dtails sur ces entretiens dont elle gardait le secret par humilit4 ,voici ce que le biographe en crit3 ,elle en a pourtant fait part certaines personnes pour qui elle n'avait rien de cach4 ,parmi ces rares confidents fut le ,pre ,barthlemy du ,saint-,sacrement1 fervent religieux que la ,mre ,catherine vnrait comme un grand serviteur de ,dieu et aimait comme un frre4 ,il atteste lui avoir entendu raconter qu'elle avait t souvent visite par ,notre-,seigneur1 sa trs sainte ,mre et d'autres saints1 en particulier le prophte lie4 ,seulement1 lorsqu'il fut interrog1 il ne se rappelait plus que l'ensemble de ces diffrentes visions1 ce qui fut cause qu'il ne put les indiquer que d'une manire gnrale4 ,,xi ,l'me de ,catherine tait si purifie de toute souillure terrestre1 son corps1 tellement rduit en esclavage que les tentations n'avaient plus de prise sur elle4 ,la ,solitaire tait1 en effet1 parvenue ce degr suprme de la vie unitive qu'on nomme le mariage spirituel2 c'est--dire que1 totalement imprgne des rayons du soleil intrieur1 elle demeurait impermable aux noirs nuages chargs de pchs que le dmon poussait contre elle4 ,la prsence de ,dieu se manifestant d'une faon permanente dans tout son tre1 c'est travers ,lui1 en ,lui1 et par ,lui que sa volont1 son entendement1 son imagination remplissaient leur office4 ,mais afin qu'elle ne tombt point dans la prsomption1 le ,seigneur permit ,satan d'exercer sur elle des svices d'ordre physique4 ,l',esprit pervers ressentait une haine formidable contre cette pnitente qui1 par la vertu de son oraison1 formait bouclier entre ses attaques et les mes qu'elle avait en charge4 ,quand il eut constat que toute sa malice ne parvenait pas l'induire au mal1 il rsolut de la vaincre par la terreur4 ,souvent1 la nuit1 lorsqu'elle prenait un peu de sommeil ou lorsqu'elle se tenait en prires1 il remplissait le hallier de sifflements aigus et de blasphmes qui semblaient vocifrs par des voix d'hommes ivres4 ,d'autres fois1 il grognait comme un troupeau de porcs ou se mettait braire1 pendant des heures1 comme un ne en folie4 ,une nuit1 comme elle regagnait sa tanire1 aprs une longue contemplation la cime de la montagne1 il se dressa devant elle sous la forme d'un spectre de taille gigantesque qui fixait sur elle un regard plein de lueurs sulfureuses4 ,catherine1 sans s'mouvoir1 lui prsenta son ,crucifix et articula1 d'une voix calme1 le nom de ,jsus4 ,a l'instant1 le fantme se dissipa dans l'ombre1 comme une brume chasse par le vent4 ,en une autre occasion1 ,satan lui apparut sous la figure d'un crapaud d'une grosseur monstrueuse4 ,malgr cette taille insolite1 ,catherine crut qu'elle avait affaire un crapaud vritable parce que les animaux de cette espce pullulaient sur la colline4 ,elle prit le balai dont elle usait pour approprier son logis et jeta le batracien dehors4 ,mais en culbutant sur lui-mme1 il la heurta d'une telle force qu'elle roula jusqu'au bas de la pente avec lui et se dchira le corps parmi les rocs pointus et les ronces4 ,sans profrer une plainte1 elle se releva et traa dans l'air le signe de la croix4 ,aussitt1 le batracien clata comme une bombe et disparut en rpandant une odeur infecte4 ,parfois aussi1 le dmon l'entourait de btes froces dont la multitude semblait emplir la contre jusqu' l'horizon4 ,il y avait des tigres1 des lions1 des hynes qui rugissaient et glapissaient en grinant des dents et en tendant leurs griffes comme pour la mettre en pices4 ,mais ,catherine1 devinant que c'tait la milice de l'enfer qui l'assaillait de la sorte1 leur prsentait le ,crucifix et leur disait3 ,lches valets1 croyez-vous que votre nombre m'pouvante8 ,oserez-vous attaquer ,celui-ci qui vous a vaincus d'avance8 ,grce ,lui seul1 je resterai aujourd'hui la mme qu'hier et1 pourvu qu',il daigne me conserver sa grce1 je le serai encore demain4 ,sous sa sauvegarde1 ,o btes absurdes1 je me moque de vous6444 ,le mpris qu'on fait de ses prestiges tant la parade que le ,prince de l'orgueil craint le plus1 ,satan et sa bande se htaient alors de disparatre444 ,ayant ainsi chou dans sa tentative pour rduire la ,solitaire par la frayeur1 le ,dmon essaya des mauvais traitements4 ,certaines nuits1 il la roua de coups depuis le crpuscule jusqu' l'aube4 ,ces attaques1 raconta plus tard ,catherine1 se sont produites surtout avant que ma retraite ft dcouverte4 ,dans ce temps1 le diable me battait d'une faon si opinitre que j'tais toute meurtrie et que je restais parfois couche une journe entire dans la pense que j'allais mourir4 ,mais ,dieu ne tardait pas me donner de nouvelles forces pour braver l'enfer4 ,elle garda1 nanmoins1 longtemps les marques de la fureur o son hrosme jetait le ,maudit4--,apollonie de ,tobar et ses surs1 pieuses femmes des environs1 ont dpos1 qu'ayant eu soigner ,catherine1 elles dcouvrirent sur ses paules des tumeurs violaces du volume d'une orange et douloureuses au toucher4 ,elles lui en demandrent la cause4 ,la ,solitaire leur rpondit en riant3 ,ce n'est rien2 c'est le ,dmon qui m'a pince pour que je dguerpisse d'ici4 ,mais il a t bien attrap car j'offrais ces contusions mon ,jsus1 en mmoire de la plaie que la croix imprima sur son paule pendant la monte du ,calvaire4 ,en retour1 il m'a donn l'nergie de tenir tte au ,puant sans reculer d'un pas444 ,et elle ajouta en hochant la tte3 ,ah6 s'il n'y avait eu que moi1 j'aurais t bien vite mise en droute4 ,mais il y avait mon ,matre aim4 ,je me rfugiais en lui et je ne craignais plus rien4 ,commentant ces paroles1 sainte ,trse en dit au ,livre des ,fondations3 ,dans le rcit de ses combats1 ,catherine se montrait d'une simplicit et d'une humilit admirables4 ,comprenant qu'elle n'avait rien pu par elle-mme1 elle demeurait fort loigne de toute ide de vaine gloire4 ,elle ne se plaisait manifester les grces qu'elle avait reues de ,dieu que pour faire louer et bnir son saint nom4 ,,xii ,il y avait trois ans et quelques mois que ,catherine vivait dans la solitude lorsque sa retraite fut dcouverte et sa personnalit relle divulgue aux habitants du pays4 ,dieu1 ayant fait d'elle un chef-d'uvre d'asctisme1 voulut dsormais qu'elle ft offerte ceux de ses contemporains qui aspiraient la perfection de la vie religieuse comme un modle qu'il leur serait profitable d'imiter4 ,voici l'incident qui la remit en contact avec la socit4 ,un berger1 du nom de ,bnitez1 homme trs simple et d'une pit nave1 flnait un jour sur la colline4 ,soudain1 au dtour d'un sentier1 il se trouva nez nez avec ,catherine qui ramassait des glands sous les chnes4 ,la rencontre fut si brusque que1 tout d'abord1 la ,solitaire dconcerte ne songea pas fuir4 ,ds qu'elle se fut reprise1 elle fit un mouvement pour s'carter4 ,mais ,bnitez1 posant la main sur son bras1 lui tint le langage suivant3 ,frre ermite1 je te reconnais bien4 ,dans mon village et dans toute la montagne on souhaite beaucoup te mieux connatre parce qu'en te voyant1 l'glise de la ,fuen ,santa1 si recueilli et si cach sous ta capuce1 on t'a pris en amiti4 ,mais tu ne t'es jamais laiss joindre444 ,maintenant que je te tiens1 laisse-moi te dire que nous serions tous heureux de t'tre utiles4 ,dis-moi o tu loges1 parce que je veux partager avec toi ce qu'on me donne pour ma nourriture4 ,et certainement que si je parle mon matre1 comme il est trs dvot et qu'il a un grand dsir de te venir en aide1 il trouvera bon que je t'assiste4 ,pour commencer1 laisse ces glands aux btes1 voici un morceau de pain2 demain je t'en apporterai encore444 ,catherine se sentait toute trouble et toute chagrine de cette rencontre4 ,considrant la bonne intention de ,bnitez1 elle fit effort sur elle-mme et lui rpondit1 avec douceur1 qu'elle acceptait le pain mais qu'ayant rsolu de n'avoir aucun rapport avec le monde1 elle refusait de lui indiquer le lieu de sa retraite ni un endroit o il pourrait l'aborder de nouveau4 ,ayant dit1 elle s'enfuit dans une direction oppose celle de son terrier4 ,quand elle fut hors de vue1 elle commena de manger le pain dont elle avait d'ailleurs un extrme besoin car elle jenait depuis plusieurs jours4 ,ce ne fut pas sans peine qu'elle parvint le mcher3 depuis si longtemps qu'elle se sustentait d'herbes et de fruits1 ses gencives taient devenues tendres et dlicates et la crote dure et grossire lui mettait la bouche en sang4 ,rapportant cette tribulation1 elle ajouta3 ,j'tais bien contente d'imposer cette pnitence mon corps tout en lui donnant sa rfection4 ,ensuite1 elle se mit rflchir4 ,elle se doutait que ,bnitez ne manquerait pas d'explorer la colline sa recherche4 ,cette ventualit la dcida se tenir enferme quelque temps dans la tanire dont elle esprait qu'il ne dcouvrirait pas l'emplacement4 ,tout de suite1 elle s'y tapit et ramenant la claie contre l'ouverture1 elle la fixa1 par les cts1 avec des liens de jonc tresss nagure en prvision d'une msaventure de ce genre4 ,cependant ,bnitez jugea que la retraite de ,catherine ne pouvait tre trs loigne de la clairire o la rencontre s'tait produite4 ,ayant marqu l'endroit1 il y revint le lendemain et1 le prenant pour point de dpart1 se mit battre les buissons tout alentour4 ,ce furetage le mena sur un versant o il dcouvrit que l'herbe foule dessinait une piste troite qui aboutissait un monticule4 ,il la suivit et arriva devant la claie4 ,sr de ne pas se tromper1 il secoua cette clture fragile4 ,comme les verrous improviss lui opposaient un peu de rsistance1 tant un homme d'esprit pacifique1 il ne voulut pas employer la force pour arriver jusqu' la ,solitaire4 ,mais1 levant la voix1 il la supplia de lui ouvrir4 ,catherine1 d'abord1 s'y refusa4 ,mais le berger insista et dclara qu'il ne bougerait point avant de l'avoir vue4 ,de guerre lasse1 elle finit par cder4 ,quand ,bnitez la dcouvrit1 accroupie dans l'obscurit de ce trou1 il tmoigna une grande joie1 disant que son matre et les gens du village seraient on ne peut plus satisfaits d'apprendre qu'il avait enfin trouv le refuge de l'anachorte que tous vnraient4 ,mais ,catherine dsole3 --,je vous le demande en grce1 s'cria-t-elle1 gardez-moi le secret6444 --,je ne puis1 rpondit ,bnitez1 j'ai promis mon matre de l'avertir au cas o je russirais vous joindre4 ,et pour viter des instances plus pressantes1 il s'esquiva non sans avoir dclar ,catherine qu'il reviendrait lui apporter du pain4 ,une fois seule1 la ,solitaire clata en sanglots3 son cur se brisait la pense qu'il faudrait rompre son tte tte avec ,dieu et1 par-dessus toutes choses1 elle redoutait les louanges que son genre de vie allait lui attirer4 ,elle se prosterna1 le front sur les cailloux1 et supplia ,jsus de lui pargner cette amertume4 ,mais aussitt ,notre-,seigneur lui rpondit3 ,prends courage4 ,le temps est venu o je veux qu'on connaisse ce que j'ai fait de toi4 ,et ainsi1 pour ma gloire1 tu procureras le bien d'un grand nombre d'mes4 ,ds qu'elle eut reu cette lumire1 elle se sentit toute fortifie2 et elle attendit avec calme et rsignation que le bon ,matre lui dsignt le nouveau mode d'existence auquel il la vouait4 ,le patron de ,bnitez ne garda pas le silence4 ,de par lui1 le bruit se rpandit rapidement dans la contre environnante que la retraite de l'ermite tait enfin dcouverte4 ,on ne parla plus que de cela dans tous les villages4 ,et mme1 certains1 qui l'avaient pie1 publirent que ,catherine pourrait bien tre une femme dguise en homme4 ,quelques prtres des paroisses voisines s'murent de ces propos4 ,ils craignirent qu'on ne ft en prsence d'une aventurire qui1 sous prtexte de vie rmitique1 s'adonnait peut-tre des choses peu difiantes4 ,la pauvre ,catherine aurait eu beau leur allguer l'exemple de sainte ,eugnie et de sainte ,euphrosyne1 il est probable qu'elle n'aurait pu russir les convaincre4 ,afin de rprimer le scandale1 ils se rendirent donc au terrier un matin que la ,solitaire tait la messe et ils y dcouvrirent des papiers qui levrent leurs doutes quant son sexe4 ,c'taient des lettres de don ,juan d',autriche apportes par ,martin ,alonso qui1 selon sa promesse1 tait venu rendre deux ou trois visites ,catherine4 ,avec l'approbation de celle-ci1 il avait confi au prince les raisons de sa fuite1 son travestissement et sa pnitence1 en lui demandant le secret absolu4 ,don ,juan l'avait promis et observ4 ,il lui suffisait d'tre rassur sur le sort de sa gouvernante4 ,cependant1 comme il lui portait une grande affection et gardait le vif souvenir des soins qu'elle lui avait prodigus1 sans demander connatre l'endroit o elle s'tait retire il lui crivit ces lettres trs tendres o il lui donnait le nom de mre4 ,les prtres1 les ayant lues1 s'bahirent4 ,d'une part1 ils voyaient maintenant qu'ils avaient affaire une femme de bien et non une gourgandine4 ,d'autre part1 interprtant le texte la lettre1 ils s'imaginrent que ,catherine tait rellement la mre de don ,juan et ils se demandrent quelle conduite tenir l'gard d'une personne qu'ils croyaient de sang royal4 ,perplexes1 ils allrent demander conseil aux religieux de la ,fuen ,santa4 ,le confesseur de ,catherine dclara qu'homme ou femme1 noble ou roturire1 il la tenait pour une merveille de saintet et il recommanda de la laisser tranquille1 ajoutant que sa prsence tait une bndiction pour le pays4 ,tous se rendirent son avis4 ,cependant un ,pre ,vga1 dignitaire du couvent1 rsolut de poursuivre l'enqute4 ,a cet effet1 il se rendit au terrier o ,catherine l'accueillit avec dfrence4 ,elle se montra trs humble mais-- son insu--il y avait en elle quelque chose de si imposant que le ,trinitaire n'osa pas la questionner4 ,leur entretien porta seulement sur l'oraison de la pnitente4 ,or1 tout en causant1 le moine feuilletait1 d'un doigt machinal1 le livre d',heures de ,catherine qui se trouvait pos sur le sol1 ct de lui4 ,a un moment1 il y jeta les yeux et y lut ces mots tracs l'encre sur la feuille de garde3 la princesse d',eboli a donn ces ,heures doa ,catherine de ,cardonne4 ,or1 le ,pre ,vga avait prch diverses fois ,madrid dans le temps de la fuite de ,catherine2 il tait au courant de la position qu'elle avait occupe la ,cour et du mystre qui pesait sur sa disparition4 ,ne voulant pas affliger la ,solitaire en la prvenant tout de suite que son incognito tait perc1 il ne lui dit rien4 ,mais1 de retour au monastre1 il raconta sa dcouverte qui voulait l'entendre4 ,puis il conclut1 comme le confesseur1 qu'il fallait la laisser en repos et mme lui permettre de conserver son habit masculin4 ,cela convient1 dit-il1 au mle courage qu'elle a montr en se retirant dans ce dsert4 ,mais le branle tait donn4 ,catherine ne connatra plus la solitude3 pendant plusieurs annes elle sera le flambeau sur la montagne vers qui s'orienteront des multitudes empresses4 ,,xiii ,le renom que sa pnitence extraordinaire valut ,catherine ne demeura pas limit au diocse de ,cuenca mais s'tendit une grande partie de l',espagne1 de sorte que de vritables plerinages s'organisrent l'intention d'obtenir des miracles par son entremise4 ,il y avait des jours1 crit le biographe1 o les routes taient couvertes d'hommes et de femmes1 de btes de somme et de chariots4 ,des tmoins oculaires affirment qu'il tait besoin alors que des hommes trs robustes se tinssent autour d'elle pour la garantir contre la presse et empcher qu'elle ft touffe4 ,on prit aussi l'habitude de la faire monter sur un lieu lev d'o elle dominait la foule et lui donnait sa bndiction4 ,on verra plus loin que ce geste insolite attira de grands ennuis ,catherine4 ,parmi ces visiteurs1 il n'en manquait pas qui taient venus par curiosit plutt que par dvotion4 ,mais l'amour de ,dieu dont ce corps chtif constituait le foyer rayonnait autour de la ,solitaire d'une faon si intense qu' l'approcher ils se sentaient transforms1 versaient des larmes et se mettaient prier pour obtenir le pardon des fautes de leur vie passe4 ,ce n'tait d'ailleurs pas que ,catherine leur tnt de longs discours4 ,elle se contentait de faire le signe de la croix et elle disait tous3 ,que ,jsus-,christ vous donne la foi6 ,ensuite elle les envoyait se confesser et communier la ,fuen ,santa4 ,et ils s'en retournaient chez eux convertis4 ,elle agissait de mme avec les malades qu'on ne tarda pas d'apporter sur la colline4 ,elle obtint1 parat-il1 de nombreuses gurisons4 ,au rapport du ,pre ,franois1 ces faits n'ont pas t constats juridiquement mais ils n'en sont pas moins certains1 ayant t attests1 sous serment1 par des personnes dignes de toute crance4 ,on pense bien que les villageois des environs redoublaient de zle pour tmoigner leur vnration celle qu'ils appelaient1 avec simplicit1 la bonne femme#f4 ,si elle les avait laisss faire1 ils l'auraient comble de nourritures diverses4 ,son confesseur lui ayant donn l'ordre de renoncer aux herbes et aux fruits sauvages1 elle obit mais elle n'acceptait que du pain4 ,encore exigea-t-elle qu'il ft noir et rassis4 ,les jours de grande fte et les dimanches1 elle le trempait dans un peu d'huile d'olives4 #f ,buena ,mujer4 ,on l'appelait aussi la madre ,cardona3 la mre ,cardonne4 ,mais ,catherine elle-mme prenait toujours le nom de mujer pecadora3 la femme pcheresse4 ,et c'est ainsi qu'elle signait ses lettres4 ,voir livre des ,fondations1 page #aae1 note #b4 ,a la mme poque1 un accident la fit changer de logis4 ,un soir1 tant dans son terrier1 elle s'aperut que les parois1 dtrempes par de longues pluies1 s'affaissaient et s'croulaient autour d'elle4 ,elle prit la fuite en toute hte pour ne pas tre ensevelie sous les dbris4 ,mais quelque diligence qu'elle ft1 elle ne put chapper compltement au danger3 atteinte par la masse de terre humide elle fut renverse et demeura prise jusqu' la ceinture dans la boue4 ,elle fit effort pour se dgager mais elle n'y put russir parce que ses forces taient puises4 ,elle passa toute la nuit dans cette position1 offrant ,dieu le sacrifice de sa vie et n'ayant d'autre dsir sinon que sa sainte volont s'accomplt sur elle dans la manire qu'il lui plairait4 ,le matin1 des bergers1 qui passaient par l1 la retirrent de cette fange et ayant ensuite fouill la terre ils retrouvrent les cilices et les disciplines dont elle faisait usage4 ,pour rparer l'accident1 les villageois lui creusrent une grotte plus spacieuse et mieux abrite contre les vents et les averses4 ,ils y mirent une porte plus solide que la claie et y placrent une planche pour lui servir de lit4 ,dans cette demeure1 crit le ,pre ,franois1 qui aime les images pompeuses1 elle tait moins plaindre que la reine ,smiramis dans ses palais superbes4 ,,xiv ,catherine tait installe depuis peu dans la caverne due l'industrie dvote des paysans quand elle reut la visite d'un ,pre ,augustin qui s'tait dtourn de sa route pour se rendre compte de ce que pouvait tre au juste cette ,solitaire dont tout le monde parlait4 ,ce religieux venait elle plein de mfiance4 ,il s'agit probablement1 pensait-il1 d'une bohmienne qui1 par des simagres et des jongleries1 a surpris la bonne foi des gens de ce pays4 ,ou peut-tre est-ce simplement une femme mal quilibre et pleine d'orgueil qui cherche s'attirer des louanges par l'apparence d'une vie extraordinaire4 ,quoi qu'il en soit1 je saurai bien la dmasquer4 ,ds qu'il fut en tte--tte avec ,catherine1 il lui dclara1 d'un ton rude1 qu'elle ne lui en imposait pas1 qu'il la considrait comme une prsomptueuse1 prise de vaine gloire et qu'elle ferait mieux de se retirer dans un village o elle ne ferait plus parler d'elle4 ,catherine lui rpondit avec tant de douceur et montra tant d'humilit que1 tout de suite1 l',augustin sentit ses prventions s'affaiblir4 ,il se mit alors l'interroger sur son oraison4 ,elle lui en dcrivit1 d'une faon si prcise1 les diffrentes phases et1 ce faisant1 elle rvla un tel amour de ,dieu1 que bientt1 le moine plein d'admiration1 fut convaincu qu'il tait en prsence d'une me exceptionnelle dont le mode d'existence correspondait des grces d'un ordre tout fait suprieur4 ,catherine termina son expos par ces mots3 ,il me semble1 mon ,pre1 que ,notre-,seigneur a voulu cette retraite4 ,je n'ai rien fait pour provoquer l'affluence des plerins vers moi4 ,loin de m'en rjouir1 j'en souffre beaucoup et je serais heureuse de m'y soustraire4 ,si je la supporte1 c'est1 comme je viens de vous le confier1 parce que mon ,matre ador me l'imposa444 ,du moins1 je le crois4 ,si1 plus clair que moi1 vous en jugez autrement1 je suis toute prte disparatre car j'aimerais mieux mourir que de risquer le salut de mon me par infatuation4 --,non1 non1 rpondit l',augustin1 ,dieu vous a visiblement conduite dans cette solitude4 ,je comprends maintenant qu'il serait tmraire de mettre obstacle ses desseins2 restez ici1 puisque le voisinage de la ,fuen ,santa vous donne la facilit de recevoir les sacrements4 ,c'est moi qui me suis tromp4 ,je retire tout ce que je vous ai dit de blessant et je me recommande vos prires4 ,puis il la bnit et se retira4 ,et il publia partout les vertus de la pnitente4 99 99 99 99 99 ,cependant cet entretien laissa des traces dans l'esprit de ,catherine d'autant plus qu'il concidait avec certaines ides que ,dieu lui envoyait1 avec persistance1 depuis quelque temps4 ,elle se disait3 ,j'ai maintenant l'impression que si je continue vivre dans l'isolement1 je cesserai de mriter la faveur divine4 ,quelqu'un me dit intrieurement qu'il faut que je me fasse religieuse1 que je prenne dsormais la voie de l'obissance et que je soumette ma volont celle d'autrui4 ,si c'est ,jsus qui me parle1 je suis toute prte entrer dans un monastre444 ,mais alors pourquoi m'inspire-t-il tant d'loignement pour les communauts de femmes8 ,chaque fois que ma pense se porte de ce ct1 je me peins1 malgr moi1 mille faiblesses inhrentes au sexe1 des rgles mal observes ou mitiges l'excs2 et la socit fminine1 qui ne me plut jamais beaucoup1 m'apparat davantage encore inconciliable avec ce que ,dieu attend de moi444 ,j'entrerais volontiers dans une communaut d'hommes4 ,mais ce n'est plus possible puisque j'ai perdu le bnfice de l'incognito4 ,dans cette incertitude1 la pense lui vint d'un moyen terme qui pourrait tout concilier3 rester dans sa grotte et fonder1 ct1 un monastre de religieux4 ,elle prononcerait ses vux entre leurs mains1 les reconnatrait pour ses suprieurs et se mettrait sous leur direction4 ,ainsi1 sans abandonner la vie rmitique1 elle suivrait une rgle et joindrait au mrite de l'obissance une garantie contre les illusions du sens propre4 ,avec l'esprit de dcision qui la caractrisait1 elle s'occupa tout de suite de raliser son projet4 ,elle proposa d'abord la fondation des ,pres ,franciscains qui taient venus la voir4 ,ceux-ci l'approuvrent fort et en parlrent leurs suprieurs4 ,mais quand on en vint l'excution1 toutes sortes de difficults surgirent1 la chose trana en longueur4 ,catherine comprit alors que ,dieu rservait d'autres qu'aux fils de ,saint-,franois l'accomplissement de l'uvre qu'elle mditait4 ,mais qui8--,elle eut beau rflchir1 sa pense ne se fixa sur aucun ,ordre connu d'elle4 ,ne sachant que rsoudre1 un jour qu'elle se sentait encore plus presse de suivre la volont divine1 elle se prosterna en s'criant3 ,seigneur1 je vous en conjure1 montrez-moi ce qui est le plus conforme votre bon plaisir4 ,aussitt1 elle eut une vision3 ,notre-,seigneur lui apparut tout resplendissant de lumire et de beaut et lui prsenta l'habit des ,carmes dchausss4 ,croyant qu'il voulait l'en revtir tout de suite1 elle tendit la main pour le prendre4 ,mais1 dans le mme moment1 ses forces l'abandonnrent4 ,inonde d'une joie surhumaine par la prsence de ,jsus1 elle tomba sur le sol et perdit connaissance4--,quand elle revint elle1 la vision avait disparu4 ,catherine en garda nanmoins le souvenir trs prcis de l'habit qui lui avait t montr4 ,seulement1 de quelle congrgation tait le vtement8 ,elle l'ignorait1 parce qu' l'poque o elle quitta la cour1 la rforme du ,carmel n'tant pas encore commence1 les ,carmes de la ,mitigation s'habitaient d'une faon beaucoup moins austre4 ,dans son incertitude1 elle redoubla de prires et de supplications4 ,sa divine ,majest1 dit le ,pre ,franois1 l'claira de la manire suivante4 ,par son ordre1 notre ,pre saint lie se montra elle revtu d'un habit semblable celui qu'elle avait discern entre les mains de ,notre-,seigneur4 ,la vue du prophte1 qu'elle reconnut pour avoir joui de sa prsence en des visions antrieures1 lui fut une manifestation plus claire de la volont divine et lui confirma l'assurance qu'il existait dans l'glise des religieux portant cet habit4 ,elle en ressentit une joie extrme444 ,cette allgresse ne dura pas4 ,notre-,seigneur1 afin de la garantir contre l'amour-propre1 lorsqu'il la renverrait dans le monde pour vaquer la fondation dont il lui avait inspir la pense1 lui retira le sentiment de sa prsence4 ,le soleil intrieur s'clipsa4 ,elle sentit son me affreusement dserte et sombra dans cette nuit obscure qui constitue l'preuve la plus rude de la vie unitive4 ,en mme temps1 la nature1 que ne transfigurait plus la lumire surnaturelle dont elle avait pris l'habitude1 lui sembla terne et dsole4 ,l'oraison lui apparut comme une tendue sablonneuse o s'absorbaient les eaux vives de la ,grce4 ,tout exercice de pit lui devint pnible1 presque ennuyeux4 ,elle passa des jours se rpter3 ,mon ,dieu pourquoi m'avez-vous abandonne8 ,dans cet tat de drliction1 elle en vint se persuader que toutes les faveurs dont ,jsus l'avait nagure comble taient illusoires1 que le ,dmon avait fait d'elle son jouet et s'tait complu l'garer en lui dsignant1 par de fausses visions1 une tche qu'elle ne pourrait jamais accomplir4 ,errant ainsi dans des tnbres absolues1 elle perdit le got de vivre2 elle frla les confins du dsespoir4 ,son corps maci1 que ne soutenait plus son me dbilite1 flchit son tour4 ,elle tomba gravement malade4 ,le bruit s'en rpandit dans la contre4 ,et c'est alors que des villageoises pieuses vinrent la soigner et dcouvrirent sur ses paules les marques des assauts diaboliques dont il a t parl plus haut4 ,mais les soins et les remdes ne purent rien contre le mal dont ,catherine souffrait ni mme les encouragements de son confesseur dont les discours lui semblaient un bourdonnement dpourvu de signification4 ,telle fut l'opration que ,notre-,seigneur pratiqua sur la ,solitaire pour incruster dfinitivement dans son esprit la persuasion que1 par elle-mme1 elle n'tait qu'impuissance et misre4 ,de la sorte elle acquit cette humilit totale et qui merveillait tout le monde lorsqu'elle se retrouva parmi les laques4 ,quand il la vit au point d'abaissement o il la voulait1 le bon ,matre mit fin l'preuve4 ,un jour1 l'aube1 ,catherine se sentit si faible qu'elle crut que l'agonie allait commencer4 ,elle joignit les mains1 fit un acte d'abandon puis murmura ces mots3 ,seigneur1 je vais donc mourir sans savoir si c'est vous qui m'avez inspir le dsir de vous glorifier comme religieuse soumise l'obissance6444 ,elle achevait peine la phrase que ,notre-,seigneur lui apparut1 ayant ses cts deux ,carmes dchausss4 ,il sourit ,catherine3 aussitt l'obscurit se dissipa2 l'astre vivifiant se ralluma dans son me2 la sant revint d'un seul coup4 ,elle se leva2 tout heureuse1 elle rendit grces et se sentit une vigueur nouvelle pour mener bien son projet d'un monastre d'hommes btir auprs de sa grotte4 ,toutefois1 elle ignorait encore o s'adresser pour dcouvrir les moines qui lui avaient t montrs dans ses visions4 ,mais1 sre d'tre dans la voie de ,dieu1 elle avait le pressentiment qu',il ne tarderait pas lui donner assistance4 ,et1 en effet1 quelques jours aprs elle reut la visite d'un de ses amis rcents1 ,jean de ,villoria1 homme d'oraison trs leve qui ne connaissait pas ce qu'elle avait rsolu d'accomplir4 ,sans autre prambule1 il lui dit3 ,mre ,cardonne1 j'ai vu souvent--est-ce des yeux du corps ou de l'me1 je ne sais--une procession de religieux1 qui gravissaient cette montagne1 tenant des cierges la main et vtus d'un habit de grosse bure de couleur tanne1 avec un manteau blanc1 l'un et l'autre courts et austres4 ,ils avaient les pieds nus4 ,tout en eux respirait le recueillement et l'union ,dieu4 ,je suis incapable de deviner ce que cela signifie4 ,mais j'ai vu et c'est la vrit que je dis444 ,ces paroles1 crit le biographe1 persuadrent ,catherine qu'il devait s'agir d'un ,ordre encore inconnu que ,dieu se disposait1 avec un soin tout particulier1 instaurer dans le monde1 si dj il n'existait4 ,ce fut pour elle un sujet de grande consolation de penser qu'elle en ferait partie1 puisque la vision de ,villoria concordait si parfaitement avec les siennes propres4 ,a partir de ce moment1 elle commena de s'informer auprs de tous ceux qui la venaient voir s'ils connaissaient un endroit o se trouvaient des religieux vtus de bure rousse avec un manteau blanc4 ,tous lui rpondirent que non4 ,mais elle1 sre de son fait1 reprenait3 ,il y en a1 et vous l'ignorez1 ou il y en aura car cette caverne doit leur appartenir et ils fonderont ici un monastre o ,dieu sera trs fidlement servi4 ,quelques jours aprs1 survint un paysan qui frquentait les foires de la province et qu'elle avait charg de s'informer4 ,il lui dit3 ,bonne femme1 ma mre ,cardonne1 je viens de voir ,pastrana des religieux tout semblables ceux que vous m'avez dcrits4 ,le prince ,rui ,gomez leur btit un couvent en dehors de la ville1 sur la montagne ,saint-,pierre4 ,et ils habitent1 en attendant1 des grottes pareilles la vtre4 ,catherine fut transporte de joie la pense que c'tait son ami ,rui ,gomez qui faisait cette fondation4 ,elle rsolut1 sans perdre de temps1 de se mettre en rapport avec lui4 ,,xv ,voici1 brivement rapporte1 l'origine du monastre de ,pastrana4 ,un certain ,pre ,ambroise ,mariano s'tait adjoint1 auprs de la ville1 quelques compagnons qui1 pris comme lui de solitude et d'oraison1 s'adonnrent la vie rmitique dans les cavits de cette montagne ,saint-,pierre mentionne ci-dessus4 ,au bout de quelques mois1 ,mariano1 craignant que ce petit groupe d'anachortes1 qui ne relevait d'aucune congrgation rgulire1 ne ft dissous par les autorits ecclsiastiques1 rsolut de faire le voyage de ,rome pour y solliciter du ,pape une approbation et une rgle4 ,dans ce but1 il se rendit d'abord ,madrid afin d'obtenir un passeport4 ,il y rencontra sainte ,trse qui1 aprs quelques entretiens1 jugeant que ces hommes de bonne volont feraient d'excellents ,carmes dchausss1 lui proposa d'entrer dans la ,rforme du ,carmel avec ses frres4 ,mariano1 conquis par l'ascendant de la ,sainte1 abandonna son premier projet et consentit d'enthousiasme4 ,rui ,gomez1 mis au courant1 approuva tout1 car il tait grand admirateur de ,trse et1 depuis longtemps1 son ami4 ,les travaux pour l'dification des btiments conventuels commencrent sans retard4 ,ils taient peu prs achevs l'poque o ,catherine de ,cardonne eut ses visions touchant les ,carmes dchausss4 ,la communaut fonctionnait sous la rgle du ,carmel et tait dirige par le ,pre ,antoine de ,jsus qui fut un des premiers embrasser la ,rforme et que sainte ,trse dsigna comme suprieur#g4 #g ,pour plus de dtails sur la communaut de ,pastrana1 voir le ,livre des ,fondations1 chapitre ,,xvii4 ,c'est un rcit dlicieux comme tout ce qui sort de la plume de sainte ,trse4 99 99 99 99 99 ,mariano tenant une place importante dans la vie nouvelle o ,catherine allait s'engager1 il n'est pas hors de propos de donner un aperu des circonstances qui amenrent sa vocation et un croquis de son caractre4 ,ambroise ,mariano de ,azaro naquit1 au royaume de ,naples1 d'une famille trs riche appartenant la noblesse4 ,ds son enfance il montra du got pour les sciences1 tudia1 dans plusieurs universits1 la jurisprudence et les mathmatiques et devint1 de bonne heure1 un gomtre expert et un ingnieur habile4 ,encore jeune1 il fut charg d'une mission en ,pologne par les ,pres du ,concile de ,trente4 ,la reine de ce pays le distingua et se l'attacha comme intendant de son palais4 ,mariano s'acquitta fort bien de ses fonctions4 ,mais il y avait en lui une inquitude d'esprit qui l'empchait de demeurer longtemps la mme place4 ,il quitta donc bientt ,varsovie pour entrer dans l'ordre de ,saint-,jean de ,jrusalem4 ,pourvu d'une commanderie1 des gots belliqueux lui vinrent4 ,il suivit les gnraux de ,philippe ,,ii la guerre contre la ,france et prit une part brillante la bataille de ,saint-,quentin4 ,a la suite de cette campagne1 il se crut destin faire sa carrire aux armes4 ,mais ,dieu en ordonna autrement4 ,il fut1 dit sainte ,trse1 accus faussement d'avoir tremp dans un meurtre4 ,on le tint deux ans dans une prison sans qu'il voult prendre d'avocat ni permettre que personne dfendt sa cause1 s'en remettant ,dieu de son bon droit4 ,deux faux tmoins soutenaient qu'ils avaient t chargs par lui de commettre le crime4 ,mais il leur arriva peu prs la mme chose qu'aux vieillards accusateurs de ,suzanne4 ,on leur demanda sparment o ,mariano se trouvait alors4 ,l'un rpondit qu'il tait assis sur un lit4 ,l'autre1 qu'il se trouvait une fentre4 ,enfin1 ils avourent leur imposture4 ,le ,pre ,mariano m'assura qu'il lui en avait cot beaucoup d'argent pour leur pargner le chtiment qu'ils mritaient4 ,de plus1 celui-l mme qui avait tram cette intrigue contre lui tant tomb entre ses mains dans une circonstance o il pouvait faire une information contre lui1 il avait pargn et lui avait pardonn4 ,cette gnrosit et d'autres vertus encore--car c'est un homme chaste1 ennemi de tout commerce avec les femmes--lui mritrent sans doute de ,notre-,seigneur la grce de voir le nant du monde et de chercher en sortir4 7,livre des ,fondations1 pages #bbf et #bbg47 ,libr1 ,mariano retourna en ,italie o il resta1 quelque temps1 dans le dsuvrement4 ,puis il passa en ,espagne o ,philippe ,,ii le chargea d'un travail de canalisation pour rendre le ,guadalquivir navigable4 ,l'entreprise choua4 ,mortifi de cet insuccs1 ,mariano prit le monde en dgot4 ,il venait de faire la connaissance d'un ,pre ,mathieu qui gouvernait une socit d'ermites au dsert del ,tardon1 prs de ,sville4 ,aprs avoir fait ,cordoue les exercices de saint ,ignace1 il dcida de se joindre eux4 ,il entra1 ds lors1 rsolument dans la voie de la pnitence et de la prire4 ,mais1 en #aefh1 un ordre de ,philippe ,,ii l'appela ,aranjuez pour y rectifier1 comme ingnieur1 le cours du ,tage4 ,cette mission remplie1 il revint auprs des ermites et les tablit ,pastrana dans les conditions rapportes plus haut4 ,de retour la montagne ,saint-,pierre1 aprs une entrevue avec sainte ,trse1 il prit l'habit de ,carme dchauss1 en qualit de frre convers1 sous le nom d',ambroise de ,saint-,benoit4 ,de caractre1 il tait emport1 brusque1 imaginatif l'excs1 sujet des dcouragements avec de soudains retours d'nergie qui le faisaient foncer sur des obstacles et1 parfois1 dpasser le but4 ,ses manires de soldat et ses outrances donnrent souvent bien du tintouin sainte ,trse4 ,du reste1 de grandes qualits compensaient les dfauts dus la chaleur de son sang3 une extrme bont1 une franchise totale1 le got joyeux de la pnitence et1 surtout1 un amour de ,dieu qui se traduisait par un zle sans limites pour le service de la religion4 ,quant aux formes de sa pit1 ,napolitain1 il y mettait l'exubrance des gens de son pays4 ,il devait ressembler un peu ces plerins de ,sicile que je vis ,lourdes se coller contre la pierre de la ,grotte1 l'embrasser avec frnsie1 y frotter leurs mains et leurs joues1 peut-tre mme la lcher4 ,ensuite1 ils clataient en sanglots1 bramaient et gesticulaient1 fous de contrition1 aux harangues de leurs prtres4 ,ou encore1 aux intervalles de leurs exercices1 ils bondissaient sur les vques qui traversaient l'esplanade et les assaillaient1 avec des cris sauvages1 afin de leur baiser l'anneau4 ,le frre ,ambroise ne se montrait sans doute pas tout fait aussi agit4 ,cependant1 je crois que1 dans les manifestations extrieures de sa foi1 il ne gardait gure de mesure4 ,c'est1 du moins1 ce que sainte ,trse laisse souponner dans plusieurs passages de ses crits4 ,cela ne l'empche pas d'apprcier les mrites de l'excellent ,mariano et de lui pardonner1 avec un sourire d'indulgence maternelle1 ses faons originales de glorifier ,notre-,seigneur4--,et1 au surplus1 on peut admettre que ,dieu prfre les ,marianos qui dbordent d'emballements gnreux aux mes molles et froides qui se tranent parmi les pratiques d'une dvotion languissante comme le font les limaces dans ces potagers funestes o s'tiolent des choux malingres et peu charnus4 ,,xvi ,pour en revenir ,catherine1 elle crivit donc ,rui ,gomez une longue lettre o elle lui indiquait le lieu de sa retraite1 le genre de vie qu'elle menait et le dessein qu'elle avait form4 ,en terminant1 elle le priait de lui envoyer tout de suite des religieux pour prendre possession de sa grotte4 ,le prince1 enchant d'avoir retrouv sa grande amie1 n'hsita pas la servir comme elle le dsirait4 ,il se rendit au monastre et ayant fait assembler les religieux dans la salle du chapitre1 il leur lut la missive de la ,solitaire4 ,puis1 les trouvant disposs excuter un projet si conforme aux intrts du ,carmel rform1 il ajouta3 ,je suis oblig d'aller la ,cour2 mais je compte sur ,vos ,rvrences pour qu'elles envoient quelqu'un la ,roda4 ,il nous amnera doa ,catherine4 ,et elle venant ici1 tout ira bien4 ,le ,prieur approuva et dsigna ,mariano comme son dlgu4 ,sans perdre une minute1 le ,frre ,ambroise1 dj plein de vnration pour une aussi admirable pnitente1 se mit en route4 ,a mesure qu'il approchait de ,roda1 il entendait partout l'loge de la ,bonne ,femme et constatait sa popularit4 ,il se rjouit des impressions qu'il recueillait de la sorte mais il se garda de manifester son contentement parce qu'il lui avait t recommand de garder le secret sur le but de son voyage4 ,il ne fut pas plutt en prsence de ,catherine que celle-ci s'cria3 ,voil1 voil l'habit que j'ai vu6 ,mariano se prsenta comme l'envoy de ,ruy ,gomez et des religieux de ,pastrana4 ,la ,solitaire le fit asseoir et1 peine eurent-ils commenc s'entretenir qu'ils s'aperurent--sans doute l'accent--qu'ils taient compatriotes1 ce qui leur causa un notable plaisir4 ,la conversation se poursuivit en dialecte napolitain4 ,mariano lui demanda ce que signifiait la phrase qu'elle avait prononce en l'apercevant4 ,alors elle lui raconta en dtail toute son existence et comment le dsir lui tait venu d'riger un monastre1 dont elle relverait1 auprs de sa grotte4 ,elle lui exposa aussi les visions que ,dieu lui avait envoyes pour lui dsigner1 comme fondateurs1 les ,carmes dchausss dont1 jusque-l1 elle ignorait l'existence4 ,mariano admira la faon dont la ,providence avait conduit toute chose4 ,il lui dcrivit ensuite l'uvre de rforme entreprise par sainte ,trse et conclut par ces mots3 ,certainement1 vous tes appele y concourir4 --,si c'est la volont de ,dieu1 rpondit ,catherine1 je le ferai de bon cur4 ,mais comment raliser d'abord notre fondation ici mme8 --,il faut1 reprit ,mariano1 que vous m'accompagniez ,pastrana4 ,c'est le dsir du prince et j'ai reu mandat de mon suprieur pour vous y dcider4 ,mais ,catherine montra tout d'abord une vive rpugnance4 ,je ne veux point quitter ma chre solitude1 dit-elle1 car j'ai pris la ferme rsolution de ne plus jamais rentrer dans le monde4 ,qu'irais-je faire ,pastrana8 ,je vous serais un embarras plutt qu'une aide et vous serez plus mme que moi de mener bien le projet que ,dieu m'inspira4 ,durant cette drobade1 ,mariano1 dont la patience n'tait jamais trs longue1 s'anima3 ,comment1 s'cria-t-il1 vous me dclarez que vous entendez vous placer1 dsormais1 sous l'obissance et ds la premire minute qu'il faut le faire1 vous vous rebiffez8 ,c'est une singulire faon de comprendre votre devoir6444 ,catherine1 comprenant qu'elle errait1 par abus du sens propre1 reconnut sa faute et promit de se soumettre4 ,mariano continua3 ,ce dplacement est d'autant plus ncessaire que vous seule pouvez runir les fonds pour btir le monastre4 ,le prince ,ruy ,gomez a fourni l'argent pour celui de ,pastrana2 le solliciter de nouveau serait indiscret et d'ailleurs1 il se trouve1 en ce moment1 fort gn4 ,nous autres1 ,carmes1 nous n'avons pas le sou4 ,par vos relations la ,cour1 vous obtiendrez les aumnes qui remdieront notre pnurie4 ,mais1 cet effet1 il faut que l'on vous voie et mme vous devrez probablement vous rendre ,madrid4 --,soit1 rpondit ,catherine en soupirant1 je ferai tout ce qu'on me dira et je quitterai1 pour un temps1 mon dsert bien-aim4 ,les choses ainsi convenues1 tous deux attendirent la nuit1 car ils craignaient1 s'ils prenaient de jour le chemin de ,pastrana1 de susciter de l'moi parmi les paysans qui ne verraient1 certes1 pas d'un bon il l'loignement de la ,bonne ,femme qu'ils considraient comme leur protectrice devant ,dieu4 ,ce fut en pleurant que la ,solitaire abandonna sa colline4 ,elle y avait vcu pendant huit ans et davantage--trois annes et quelques mois totalement inconnue--cinq annes depuis que ,bnitez eut dcouvert sa retraite4 ,mais enfin elle fit son sacrifice et suivit ,mariano sans autre objection4 ,de la ,roda ,pastrana1 on compte environ vingt lieues qu'ils couvrirent en trois tapes4 ,de la premire1 ,mariano envoya un messager son ,prieur pour l'avertir du jour o ils arriveraient au monastre4 ,ils furent reus par ,ruy ,gomez1 revenu de ,madrid1 sa femme1 leurs enfants et toute la communaut sortie leur rencontre4 ,c'tait1 crit le ,pre ,franois1 le #c mai1 fte de l',invention de la ,sainte-,croix1 ce qui fut considr comme un heureux prsage4 ,aprs une courte prire l'glise1 ,catherine parla aux princes et aux religieux mais avec une telle simplicit et des manires de s'exprimer si diffrentes de celles d'autrefois1 qu'elle semblait appartenir un autre monde4 ,ce n'tait pas seulement l'tiquette et les termes de civilit en usage chez les grands qu'elle avait oublis1 mais le nom mme des choses les plus communes lui chappait4 ,comme en elle tout sortait de l'ordinaire1 on ne se lassait pas de la regarder4 ,la plupart observrent que1 malgr la grossiret de son habit et quoique les austrits l'eussent tellement consume que son corps paraissait un tissu de racines d'arbres1 on voyait s'panouir autour d'elle un je ne sais quoi de divin qui lui donnait une grce infinie4 ,ils furent aussi frapps de l'extrme mlodie de sa voix qui sonnait comme une musique aux notes de fin cristal4 ,,xvii ,ruy ,gomez avait fait prparer ,catherine une chambre dans son palais4 ,elle n'y passa qu'une seule nuit4 ,le lendemain1 la princesse d',eboli1 femme du ministre1 la conduisit au couvent des ,carmlites de la ,rforme installes ,pastrana1 dans le mme temps que s'tait faite la fondation du monastre des ,carmes dchausss1 et envoyes1 comme eux1 par sainte ,trse#h4 #h ,plus tard1 les ,carmlites durent abandonner ce monastre par suite des mauvais procds leur gard de la princesse d',eboli4 ,celle-ci1 aprs la mort de ,ruy ,gomez1 mit tout sens dessus dessous dans la communaut2 les pauvres moniales1 sur l'ordre de la ,sainte1 durent se rfugier au monastre de ,sgovie4 ,voir le rcit de cette tribulation dans l'excellente ,histoire de ,sainte ,trse 7dite d'aprs les ,bollandistes7 par une ,carmlite de ,caen 7#aije74 ,les religieuses firent fte la ,solitaire de qui elles avaient entendu dire tant de bien4 ,tout d'abord1 son habit masculin et ses allures assez tranges les intimidaient4 ,mais comme elle se montrait fort affable et leur racontait volontiers les incidents de sa vie au dsert1 elles s'enhardirent peu peu4 ,quelques-unes voulurent en savoir plus long et lui posrent des questions sur les grces intrieures dont ,dieu l'avait favorise4 ,a ce coup1 ,catherine se replia sur elle-mme et leur fit comprendre trs nettement que c'tait l un sujet rserv sur lequel il ne fallait pas l'interroger4 ,les religieuses se turent1 toutes confuses1 et ne s'avisrent plus de revenir la charge4 ,cependant1 la ,prieure la sollicita d'entrer dans la communaut1 lui reprsentant que puisqu'elle dsirait faire partie de l',ordre1 c'tait le moyen le plus simple de s'y affilier4 ,catherine ne l'entendait pas ainsi4 ,ds son arrive1 elle avait stipul qu'elle prendrait l'habit de ,carme et qu'elle ne se mettrait pas en clture parmi des moniales4 ,elle rpondit donc la ,prieure qu'elle s'estimait indigne de se placer sous son obdience4 ,c'tait une dfaite polie1 car1 selon le ,pre ,franois1 sa raison vritable c'tait que sa grande me ne s'accommodait pas l'ide de vivre avec des femmes4 ,trois jours aprs1 la prise d'habit eut lieu en une crmonie o assistaient le prince1 la princesse1 leur famille et l'lite de la noblesse locale4 ,on la revtit de la bure de l',ordre avec le scapulaire et le capuce de couleur tanne4 ,on complta le costume par le manteau blanc qu'on crut devoir lui accorder parce que c'tait ainsi que le prophte lie lui tait apparu4 ,elle garda aussi les pieds nus1 la tte dcouverte et les cheveux ras1 comme elle l'avait dsir4 ,vtue de la sorte1 elle resta chez les ,carmlites jusqu' l'poque o elle se rendit ,madrid avec l'intention de quter l'argent dont elle avait besoin pour sa fondation de la ,roda4 ,ce sjour dut se prolonger1 car il est rapport que1 l'anne suivante1 elle pronona les trois vux dans ce monastre4 ,le biographe fait remarquer que ce n'taient pas des vux solennels mais des vux simples1 les seuls qu'elle pt faire1 ne voulant point vivre en clture4 ,en somme1 elle devint une ,oblate du ,carmel1 loge provisoirement chez les religieuses mais n'en suivant point la rgle puisqu'elle gardait la facult d'aller et de venir avec la permission de son directeur4 99 99 99 99 99 ,pendant son sjour ,pastrana1 ,catherine partagea son temps entre le palais du prince1 l'glise des ,carmes et le monastre des religieuses4 ,autant qu'il lui fut possible1 elle ne changea rien son genre de vie3 du pain et de l'eau pour sa subsistance1 le sommeil par terre sans couverture1 le cilice perptuel et les disciplines frquentes4 ,les ,carmlites admiraient sa vaillance4 ,mais ce qui les tonnait le plus c'tait l'odeur dlicieuse que leur nouvelle compagne rpandait autour d'elle et qui se dgageait de ses vtements comme de tout son corps4 ,au dbut1 on ne pouvait croire que ce parfum ft d'origine surnaturelle4 ,quelques-unes la souponnrent de possder une essence aromatique dont elle se frottait en cachette4 ,pour s'claircir de ce doute1 elles la firent changer de tunique4 ,quoiqu'elle ft tout imprgne de sueur et de crasse1 la bure continua d'embaumer2 or1 si elle avait t asperge d'une essence subreptice1 celle-ci une fois vapore1 elle n'aurait certes plus senti que le vieux suint4 ,non contentes de cette exprience1 les ,carmlites sous diffrents prtextes obtinrent que ,catherine se dpouillt de tous ses vtements pour vrifier si elle n'y dissimulait point quelque sachet4 ,elles ne trouvrent rien4 ,il leur fallut donc admettre que nulle cause naturelle n'expliquait ce mystrieux parfum4 ,beaucoup de prtres1 de religieux et de laques ont constat cette odeur miraculeuse4 ,aprs la mort de ,catherine ils en tmoignrent par crit et sous serment4 ,c'tait1 disent-ils1 un parfum qui rappelait celui des violettes et des roses1 mais plus intense2 il ne portait pas la tte2 au contraire1 il soulageait et fortifiait4 ,et il suffisait de toucher la main de la sainte femme pour l'emporter avec soi4 ,relatant les faits1 le bon ,pre ,franois est pris d'une crise d'rudition4 ,il cite ,plutarque1 ,thophraste1 ,clius ,rhodiginus pour dmontrer que si certains organismes sentent bon par nature1 ce ne pouvait tre le cas de la ,solitaire4 ,sa conclusion parat fort judicieuse4 ,il dit3 ,une odeur suave1 forte1 pntrante1 diffrente de tous les parfums d'ici-bas1 s'exhalant d'un corps puis1 d'un sang affaibli1 d'une sueur ancienne1 de vtements qui ne furent jamais lavs1 c'est l une chose contraire toutes les lois de la nature4 ,que1 d'ailleurs1 ces exhalaisons ne fussent point naturelles chez doa ,catherine1 il suffit pour s'en convaincre de se reporter au temps qui prcda sa retraite au dsert3 jamais personne ne les a senties avant cette poque4 ,d'o l'on doit admettre que ce parfum venait de ,dieu qui en gratifia1 par faveur1 ce corps que sanctifiaient la pnitence et la virginit4 ,au surplus1 les exemples abondent de personnages vivant en ,dieu et rpandant l'odeur de saintet4 ,il y a sainte ,catherine de ,sienne1 sainte ,lydwine et bien d'autres encore4 ,,viii ,quoique en fort bons termes avec les ,carmlites1 ,catherine s'ennuyait dans leur monastre parce que1 si rgulires qu'elles fussent1 aprs tout1 c'taient--des femmes4 ,elle prouvait aussi la nostalgie de sa chre solitude et elle avait hte de commencer ses qutes pour y retourner au plus vite4 ,nanmoins1 il lui cotait de reparatre dans le monde parce qu'elle savait qu'elle y serait en butte des curiosits plus frivoles que pieuses2 cette pense lui tait insupportable4 ,c'est pourquoi elle montra beaucoup de rpugnance obir lorsque le ,roi et les infants1 ayant appris sa prsence ,pastrana1 lui mandrent qu'ils voulaient la voir4 ,le ,prieur des ,carmes eut beaucoup de peine la dcider au voyage4 ,il n'y parvint1 qu'en lui reprsentant1 avec insistance1 que c'tait le moyen le plus rapide d'obtenir des aumnes importantes pour sa fondation4 ,rsigne1 mais toujours fort chagrine1 elle partit donc pour ,madrid4 ,mariano et deux autres religieux l'accompagnaient4 ,ainsi qu'elle l'avait redout1 son arrive dans la capitale1 o elle logea chez ,rui ,gomez1 produisit une grande sensation4 ,dans les rues1 on se bousculait pour voir cette femme habille en moine1 cette dame de haute noblesse rduite1 par sa propre volont1 la condition de mendiante4 ,au palais du ministre1 cent pronnelles titres affluaient qui obsdaient ,catherine de questions indiscrtes ou saugrenues4 ,certaines se plaaient devant elle1 bouche bante1 puis mettaient des rflexions ineptes sur sa maigreur et la fatigue de son visage4 ,d'autres l'importunaient de balivernes superstitieuses4 ,de sorte qu'elle n'avait plus une minute pour faire oraison ou vaquer ses exercices spirituels4 ,pour chapper ce supplice1 elle se rfugia chez un de ses amis le seor ,pierre ,nino et tenta de se confiner dans sa chambre4 ,mais la cohue l'y suivit et fora toutes les barrires4 ,aussi1 ce lui fut une dlivrance quand elle reut l'ordre de venir l',escurial o la ,cour rsidait alors4 ,elle s'y rendit sans retard4 ,les princes et particulirement doa ,jeanne d',autriche1 sur du ,roi1 la reurent avec dfrence et lui marqurent beaucoup d'affection4 ,la princesse la prit dans son appartement pour la soustraire aux obsessions des courtisans qui1 la voyant en faveur1 se htaient de solliciter ses apostilles auprs des puissances4 ,jeanne d',autriche avait avec ,catherine de longues conversations o elle lui ouvrait son me sans restriction et elle en obtint les plus prcieux avis pour son salut4 ,cependant les dames d'honneur jalousaient ,catherine4 ,de dpit1 elles feignirent de se scandaliser parce que1 devenue fort rustique dans la solitude1 elle avait oubli la morne tiquette et le langage empes de la ,cour4 ,quelque chose de leurs propos malveillants revint ,catherine qui1 tout de suite1 rsolut de s'en expliquer avec la princesse4 ,vois-tu1 ma fille1 lui dit-elle1 il ne faut pas m'en vouloir si j'oublie1 la plupart du temps1 de t'appeler ,altesse royale4 ,sur ma montagne1 le crmonial m'est sorti de la tte2 et puis tiens compte de ceci que1 pendant des annes1 je n'ai caus qu'avec des bcherons et des ptres4 ,si tu ne peux pas supporter mes manires villageoises ou si je t'ennuie1 renvoie-moi et laisse-moi retourner ma grotte2 je m'y entends trs bien avec mes voisins4 ,cette dclaration si franche plut la princesse4 ,moins sotte que ses camrires1 elle embrassa l'ermite en lui disant qu'elle lui faisait trs volontiers grce de tous les titres1 pourvu qu'elle l'en ddommaget par un redoublement d'amiti4 ,elle ajouta3 ,traitez-moi comme une de vos voisines2 rien ne peut me faire plus de plaisir444 ,peu aprs1 la ,cour retourna ,madrid o ,catherine la suivit4 ,la sur du ,roi la garda auprs d'elle et s'en faisait souvent accompagner lorsqu'elle sortait en carrosse4 ,le populaire s'empressait autour et prodiguait les acclamations l'adresse de la ,bonne ,femme4 ,et navement1 celle-ci distribuait des bndictions1 comme elle en avait pris l'habitude au dsert4 ,d'ailleurs ce geste lui tait devenu peu prs machinal4 ,le nonce du ,pape ,ormtano1 rcemment arriv de ,rome1 ignorait l'histoire de la ,solitaire4 ,certains envieux se servirent de cette circonstance pour l'indisposer contre elle4 ,ils vinrent le trouver et lui rapportrent qu'on voyait sans cesse dans les rues1 un carme dchauss en voiture avec des dames et qui donnait des bndictions comme s'il et t un vque4 ,ormtano1 ,napolitain lui aussi1 connaissait depuis longtemps ,mariano4 ,il le manda sur-le-champ et lui ordonna1 d'un ton irrit1 de lui amener ce singulier religieux qui se permettait de semblables irrgularits4 ,mariano essaya de donner quelques claircissements4 ,mais le nonce lui coupa la parole en rptant3 ,je vous dis de le faire comparatre devant moi et tout de suite1 et sans chercher des excuses6444 ,mariano transmit l'ordre ,catherine mais voulant voir de quelle faon1 elle affronterait la colre du nonce1 il se garda de lui dire que le prlat tait fort mont contre elle4 ,dans l'intervalle1 ,ormtano avait appris qu'il s'agissait d'une femme habille en religieux2 et1 bien entendu1 les malveillants lui avaient prsent les choses de manire le courroucer encore davantage4 ,aussitt que ,catherine l'aperoit1 ne voil-t-il pas qu'elle lui donne sa bndiction6--,ormtano1 de temprament fort irascible1 croit qu'elle veut le braver4 ,comment1 dit-il ,mariano1 c'est vtue d'un froc de moine que tu as eu l'audace de conduire ici cette folle8444 ,puis se tournant vers ,catherine3 ,et toi1 femme honte1 dis-moi donc un peu de quel droit tu te permets de donner des bndictions comme un vque444 ,sur cette apostrophe1 ,catherine s'agenouilla devant le nonce et rpondit1 avec beaucoup d'humilit1 que1 si elle avait pch par ignorance1 elle tait prte s'amender et subir une punition4 ,cette marque de soumission tonna le prlat car on lui avait affirm que ,catherine tait une orgueilleuse qui ne supportait aucune critique4 ,un peu radouci1 il la fit relever et lui ordonna de s'expliquer4 ,alors la ,solitaire1 conservant la simplicit de langage dont elle avait coutume mme vis--vis des ,grands3 ,mon fils1 dit-elle1 quand j'tais dans mon ermitage1 aprs que j'eus t dcouverte1 quelques personnes vinrent me trouver et me demandrent de prier pour que ,dieu les dlivrt de leurs maladies ou de leurs chagrins4 ,je le fis1 par charit1 puis1 comme je sais la vertu du signe de la croix1 afin que ces infortuns ne m'attribuassent pas leur gurison1 je les bnissais4 ,il a plu ,dieu d'oprer des miracles par ce moyen4 ,depuis1 sans y rflchir1 je bnis tous ceux que je rencontre1 pour qu'ils aient tous part aux mrites de la sainte croix4 ,si c'est une mauvaise habitude1 et si tu me dfends de continuer1 je prierai ,notre-,seigneur de me donner la force de t'obir2 et je le ferai de bien bon cur car1 je te le jure1 je te tiens pour son reprsentant sur terre444 ,quant mon habit1 permets-moi de te confier ceci3 comme je dsirais fonder prs de ma grotte1 un monastre de religieux1 ,jsus-,christ m'apparut avec ce vtement entre les mains et notre pre saint lie m'a visit1 portant ce mme costume4 ,par l1 j'ai cru comprendre que c'tait la volont de ,dieu que je le prisse4 ,mais si tu me commandes de le quitter1 je t'obirai sans hsiter une minute444 ,a ce coup1 le nonce fut touch3--,passe pour les bndictions1 reprit-il1 mais toi1 ,mariano1 tu aurais d la faire habiller en femme avant de l'introduire en ma prsence4 --,h1 monseigneur1 rpondit ,mariano1 si tu m'avais laiss le temps de parler1 je t'aurais tout expliqu et aprs tu aurais pu me donner tes ordres4 --,j'ai peut-tre t un peu prompt1 reconnut ,ormtano4 ,sur quoi1 tous trois se mirent causer amicalement en dialecte napolitain4 ,de ce colloque il rsulta que le nonce dpouilla ses prventions contre ,catherine4 ,il sentit sa saintet1 admira son zle pour le service de ,dieu1 et la prit tout fait en gr4 ,de sorte qu'il termina l'entretien par ces mots3 ,il ne convient pas d'introduire des nouveauts dans l'glise4 ,cependant1 ,bonne ,femme1 puisque tu n'y mets point de malice1 j'autorise provisoirement les bndictions et mme1 je permets que tu gardes ton habit4 ,aprs les avoir congdis1 il rassembla d'autres informations4 ,le bien qu'il apprit de ,catherine lui fit rsoudre de la laisser agir sa guise4 ,il ne lui donna pas d'autorisation officielle mais il imposa silence aux ennemis de la ,solitaire lorsque ceux-ci renouvelaient leurs insinuations4 ,la ,mre ,cardonne est une sainte femme1 disait-il1 elle m'a promis de prier pour moi et j'en suis trs content4 ,,xix ,cet incident fit comprendre ,catherine qu'il tait urgent d'entamer les dmarches pour la fondation1 car elle se rendit compte que si elle s'attardait la ,cour1 les malveillants reviendraient la charge et russiraient peut-tre entraver ses projets4 ,d'autre part1 elle ne cessait de soupirer aprs la solitude4 ,elle se mit donc la besogne et avec un tel esprit de suite que bientt toutes les formalits pour l'acquisition du terrain autour de sa grotte furent remplies4 ,le ,roi1 lui-mme1 qui l'apprciait fort1 prit soin de lui aplanir les difficults4 ,ds qu'elle eut en main les titres de proprit du territoire entre ,vala de ,rei et la ,roda1 elle s'occupa de runir les fonds pour la construction du monastre4 ,chacun s'empressa de les lui fournir1 crit le biographe1 la famille royale1 les princes1 les seigneurs et les dames de la ,cour lui apportrent de l'argent et aussi des perles de grand prix1 de riches toffes pour les ornements d'glise et des chasubles magnifiques et des calices d'argent4 ,tant de cadeaux suscitrent de la jalousie dans le clerg de ,madrid4 ,un grand vicaire de la cathdrale ne put en prendre son parti4 ,il me semble1 disait-il1 que pour des religieux dchausss1 qui se rclament d'une pauvret rigoureuse1 des calices de plomb et des chasubles de laine seraient bien suffisants6444 ,mais ,catherine sut relever cette observation saugrenue4 ,comment1 s'cria-t-elle1 en dardant sur le prtre envieux un regard foudroyant1 toi qui n'es qu'un vermisseau1 tu manges dans de la vaisselle en vermeil et tu voudrais qu'on prt du plomb pour le service du ,roi des ,rois6 ,l'autre1 dconcert1 battit en retraite4 99 99 99 99 99 ,tout tant rgl selon les lois du royaume et les ordonnances ecclsiastiques1 ,catherine1 toujours accompagne de ,mariano1 prit le chemin de la solitude4 ,le voyage se passa sans incidents notables4 ,c'est au mois d'avril #aegb1 qu'elle revit sa grotte4 ,dire sa joie en retrouvant son ancienne demeure et la colline o elle avait remport tant de victoires sur l',ennemi c'est ce que nulle parole humaine ne saurait faire1 crit le ,pre ,franois4 ,les religieux1 qui taient venus sa rencontre1 en purent bien voir la manifestation extrieure mais non le sentiment intime4 ,quant eux1 lorsqu'en arrivant l'humble rduit1 ils le virent si troit et si effrayant d'austrit1 ils en prouvrent un tel saisissement qu'ils dclarrent ensuite n'avoir jamais rien imagin de semblable4 ,les travaux furent mis en train tout de suite et ,catherine dcida que l'on commencerait btir l'glise du monastre sur l'emplacement de son terrier4 ,en sa qualit d'ingnieur1 ,mariano dirigea la construction4 ,comme il avait runi un grand nombre d'ouvriers--peut-tre un peu plus qu'il n'tait besoin--tandis qu'on ouvrait la tranche pour les fondations1 il employa une quipe creuser une nouvelle grotte o ,catherine s'isolerait et reprendrait ses exercices4 ,cette cavit s'ouvrait quatre cents pas de l'glise4 ,on lui donna quatre pieds en largeur et douze en long1 sur lesquels1 la demande de la ,solitaire1 on en prit huit qui furent occups par un groupe en pltre reprsentant ,jsus au tombeau entour de la ,sainte ,vierge1 de sainte ,madeleine et des ,aptres4 ,l'espace restant servit de cellule4 ,malgr les observations de ,catherine1 qui aurait voulu qu'on se bornt au plus strict ncessaire1 ,mariano fit garnir le sol et les parois de boiseries contre l'humidit4 ,c'est sur ce plancher1 enveloppe dans son manteau blanc1 que ,catherine prit son sommeil4 ,pour oreiller1 elle avait une petite marche de pltre qui sparait la cellule de l'oratoire o s'rigeait le ,tombeau4 ,mais ,mariano1 qui aimait avec passion saper les montagnes et vivre sous terre1 ne s'en tint pas l4 ,il pera un couloir1 avec des soupiraux de distance en distance1 et il y fit placer des sculptures reprsentant des sujets tirs de la ,passion4 ,c'tait1 dit-il1 afin que la ,mre pt se rendre de sa grotte l'glise sans avoir souffrir des intempries4 ,ce travail cota fort cher4 ,mais ,mariano n'en avait cure4 ,il continua de dpenser l'argent sans compter et1 de plus1 il talait1 pour l'glise et le monastre1 des plans tellement gigantesques et luxueux que ,catherine crut enfin devoir mettre une borne aux imaginations excessives du bouillant religieux4 ,elle fut appuye en cela par les autres ,carmes qui n'entendaient nullement se loger dans un palais4 ,mais ,mariano n'accepta pas facilement ces entraves son exubrance4 ,il se rpandit en un flot de paroles acrimonieuses1 et soutint que limiter son zle c'tait lsiner avec ,dieu4 ,mais ,catherine tint bon contre ses reproches4 ,et d'abord1 elle prit l'administration de la caisse fort diminue par les prodigalits et les fantaisies de ,mariano4 ,dsormais elle rgla1 elle-mme1 le salaire des ouvriers1 se mit en rapport avec les entrepreneurs et empcha tout gaspillage dans l'achat ou dans l'emploi des matriaux4 ,grce son conomie et son sens de l'ordre1 grce aussi aux aumnes qui vinrent en abondance ds qu'on vit la ,mre substituer son autorit aux caprices du ,frre ,ambroise1 les btiments gardrent les proportions modestes qui convenaient et s'achevrent sans trop de dlai4 ,ici une rflexion s'impose4--,des personnes superficielles se figurent volontiers qu'un ,mystique1 c'est un individu mal quilibr1 en proie une exaltation morbide et chez qui n'existe pas l'ombre d'esprit pratique4 ,or1 le vrai ,mystique ne prsente pas la moindre ressemblance avec ces nvross de la ,foi auxquels les ignorants ont coutume de l'assimiler4 ,au contraire1 tout fait dtach des intrts humains1 faisant abngation de lui-mme1 il voit toutes choses en ,dieu et il chappe de la sorte aux erreurs de jugement o nous entranent nos passions et les illusions de notre amour-propre4 ,il possde le suprme bon sens et1 par l1 il agit toujours de la faon la plus judicieuse lorsque les ncessits de sa mission le mettent en contact avec les ralits sensibles4 ,c'est ce don qui fit de tous les ,saints1 en lutte avec les murs et les prjugs de leur temps1 d'excellents diplomates et des organisateurs incomparables4 ,voyez sainte ,trse qui1 pour l'instauration de sa ,rforme1 joignit une parfaite prudence l'esprit d'initiative le plus dlibr4 ,et1 dans la sphre plus humble qui nous occupe1 voyez ,catherine de ,cardonne qui1 constatant que son architecte verse dans l'extravagance1 se substitue lui1 rpare ses incartades et ralise1 avec mesure1 l'uvre que de folles rveries auraient mene la ruine#i4 #i ,charles ,maurras1 quoique incroyant1 a fort bien dfini les qualits d'ordre pratique qui caractrisent le vrai ,mystique4 ,il a crit3 ,sainte ,trse1 saint ,franois d',assise1 saint ,dominique1 saint ,ignace1 ces mystiques suprieurs furent1 non seulement d'instinct1 mais de propos dlibr et conscient1 des positivistes certains4 ,ils s'aidaient tout en appelant le ciel leur aide et la prudence humaine n'tait bannie de leurs conseils qu'en apparence4 ,en prchant le sublime1 ces grands esprits eurent l'horreur de l'absurde444 ,le dilemme de ,marc ,sangnier1 page #aj4 ,,xx ,le monastre tant enfin construit1 les ,carmes dchausss en prirent possession et y observrent1 avec exactitude1 la rgle de la ,rforme telle que sainte ,trse l'avait tablie4 ,catherine se retira dans sa grotte4 ,comme de grandes infirmits lui taient venues1 elle dut modrer quelque peu la rigueur de ses pnitences4 ,mais1 en revanche1 elle donna tout son temps l'oraison4 ,elle ne parlait que sur l'ordre des suprieurs1 quand ceux-ci envoyaient quelques religieux la visiter afin qu'elle les instruist touchant les pratiques de l'asctisme4 ,elle le faisait par obissance car1 partir du jour o son rle de fondatrice eut pris fin1 elle se garda soigneusement d'intervenir dans le gouvernement de la communaut4 ,moi1 femme pcheresse1 rpondait-elle ceux qui tentaient d'obtenir son avis sur quelque point d'administration1 je prie pour la communaut1 je lui demande ses prires2 pour le surplus1 je ne suis que poussire et je n'ai rien dire4 ,elle ne sortit de sa retraite qu'en deux occasions4 ,au printemps de #aegc1 elle fit un court voyage ,madrid pour demander au ,roi la grce d'un gentilhomme condamn mort4 ,elle l'obtint4 ,au mois d'octobre de la mme anne1 ,rui ,gomez tant mort1 elle se rendit ,pastrana1 afin de porter des consolations sa veuve1 la princesse d',eboli4 ,a part ces deux brves absences1 elle ne quitta plus sa grotte que pour aller l'glise par le couloir que ,mariano avait trac dans le but de lui pargner la pluie et le vent4 ,ce n'tait qu' regret qu'elle usait de ce passage1 estimant qu'il y avait en cela une complaisance envers son corps4 ,pour lever son scrupule1 le ,prieur lui fit remarquer que ,mariano avait tabli cet ouvrage malgr elle4 ,et comme elle ne se trouvait pas convaincue par cet argument et qu'elle allguait que c'tait du luxe1 il lui ordonna d'user du souterrain par obissance4 ,alors1 rassure1 elle ne prsenta plus d'objections4 ,cinq annes passrent de la sorte4 ,au mois de mai #aegg1 ,catherine1 puise par les austrits1 tomba gravement malade4 ,ds le dbut1 ayant eu rvlation que c'tait la fin de son existence sur terre1 elle prdit qu'elle mourrait dans l'octave de l',ascension4 ,le ,prieur la fit transporter dans une petite maison de domestiques proche du monastre4 ,on mit auprs d'elle deux femmes de ses amies qui lui prodigurent leurs soins et l'on dressa1 dans sa chambre1 un autel o la messe fut dite et o elle communiait tous les jours4 ,enfin1 le #aa mai1 sentant venir la mort1 elle fit prier la communaut de se runir autour de son lit4 ,tous accoururent4 ,ils pleuraient et sanglotaient et lui demandaient sa bndiction4 ,elle n'y voulut d'abord pas consentir disant que c'tait plutt eux de la bnir parce qu'ils taient des saints et elle1 une misrable pcheresse4 ,elle finit par triompher de leur rsistance2 et quand tous lui eurent donn leur bndiction1 elle leur donna la sienne de bonne grce4 ,ensuite1 elle eut un ravissement et parla de ,dieu en des termes d'amour si brlants que tous se sentirent comme levs au-dessus d'eux-mmes l'entendre4 ,puis elle entra dans un profond recueillement et1 la nuit tombante1 sans agonie et sans marques de souffrance1 elle rendit le dernier soupir4 ,deux tmoins affirment avoir vu1 au moment o elle expirait1 une croix forme d'toiles blouissantes se dessiner au-dessus de sa tte4 ,ds qu'on apprit la ,roda et dans les villages d'alentour que la ,bonne ,femme tait morte1 laques et prtres accoururent en si grand nombre que la campagne tait couverte de peuple4 ,les funrailles furent clbres en grande pompe et le cercueil enterr dans une chapelle ddie ,notre-,dame du ,mont-,carmel4 ,en #afjc1 les ossements furent mis dans deux chsses et transports au monastre des ,carmes dchausss de ,villeneuve de la ,xara4 99 99 99 99 99 ,ainsi vcut et mourut ,catherine de ,cardonne4 ,terminant sa relation1 le bon ,pre ,franois s'crie3 ,sa vie sera la condamnation rigoureuse de notre lchet4 ,de notre temps1 beaucoup de catholiques1 amis de leurs aises1 objecteront sans doute que3 ,dieu n'en demande pas tant et ils estimeront que ,catherine--exagrait444 ,c'est une opinion2 mais il est loisible de ne point la partager4 ,,une ,,carm,,lite ,,sous ,,la ,,terreur ,i ,il y a plusieurs manires d'envisager la ,rvolution4 ,les dnombrer toutes serait fastidieux et d'ailleurs ce n'est pas l'objet que je me suis propos dans ce chapitre4 ,rappelons-nous seulement qu'au point de vue religieux1 la ,rvolution eut et continue d'avoir pour but de substituer le rgne de l'homme au rgne de ,dieu4 ,de l1 ce caractre satanique que ,joseph de ,maistre dnonait en elle4 ,de l aussi1 cette rage qui pousse le dmocrate1 logique avec ses principes1 traquer1 billonner1 supprimer quiconque prfre la tiare du ,pape au bonnet rouge de ,marat1 l'amour du ,crucifix au culte de la guillotine4 ,certains esprits1 dont la navet dconcerte1 tentent de mnager un accord entre ces inconciliables et d'tablir des distinctions4 ,ils vnrent les bavards illusionns de la ,constituante mais rprouvent les massacreurs de septembre2 et pourtant ceux-ci procdaient de ceux-l comme le poussin sort de l'uf4 ,avec une inconscience stupfiante1 ils s'efforcent de coudre au manteau de l'glise la loque dont ,sanson se servait pour essuyer le rasoir national4 ,ce faisant1 ils s'imaginent prouver leur libralisme et mriter un sige au conseil de ces dmagogues qui1 sous couleur de ,rpublique1 nous mnent l'enlisement rapide dans le marcage du socialisme intgral4 ,cependant1 pour peu qu'on tudie1 la clart de la ,rvlation1 la priode qui commence #aghi et qui dure encore1 on s'aperoit trs vite que les promoteurs du dlire humanitaire dont nous ne cessons de subir les accs1 furent tout simplement--des possds4 ,or1 l'une des poques o cette fivre chaude tourna en frnsie meurtrire1 c'est--dire sous la ,terreur1 il y eut un certain nombre de dvous pour assumer les blessures dont l'athisme rvolutionnaire criblait le corps mystique de ,jsus-,christ4 ,les uns confessrent joyeusement leur foi sur l'chafaud4 ,d'autres1 errant parmi la boue sanglante dont s'empoissait le pav des rues1 maintinrent1 par l'oraison et le sacrifice1 un peu de ,lumire incre dans les tnbres qui couvraient la face de la ,france en folie4 ,au nombre de ces derniers1 on compte une ,carmlite3 la ,mre ,camille de l',enfant-,jsus1 ne de ,soyecourt1 dont j'essaierai d'voquer la figure4 ,je ne donnerai pas sa vie entire4 ,elle est raconte dans un volume1 d'un style un peu clapotant1 rdig par une ,carmlite1 annot par l'abb ,lescur et publi en #ahig4 ,d'aprs ce livre et quelques crits postrieurs1 je m'efforcerai seulement de profiler la ,mre ,camille telle qu'elle se montra1-- savoir paisiblement nergique-- travers les gambades1 les grimaces et les grincements de canines des anthropodes sanguinaires chapps de leur cage que les ,michelet1 les ,hugo et autres rveurs romantiques nomment3 les gants de #ic4 ,,ii ,marie-,trse-,franoise-,camille de ,soyecourt naquit ,paris1 le #be juin #ageg1 d'une famille trs ancienne dont la biographe tale1 avec complaisance1 la gnalogie depuis le temps des ,croisades4 ,on peut supposer que1 devenue ,carmlite1 ,mlle de ,soyecourt faisait bon march de ses parchemins et qu'elle se rptait la phrase de sainte ,trse3 ,disputer sur la noblesse de l'origine c'est dbattre si telle sorte de terre vaut mieux que telle autre pour faire des briques ou du torchis444 ,nous passerons rapidement sur les premires annes de cette existence4 ,ce qu'il nous importe seulement de connatre ce sont les circonstances o se dveloppa la vocation religieuse de la ,mre ,camille4 ,enfant1 elle se montra d'abord assez vaniteuse des larges yeux noirs qui lui clairaient toute la figure2 en outre1 d'aprs son propre tmoignage1 elle manifestait un caractre imprieux et une force de volont qui serait alle jusqu' l'enttement si ses parents--fort rpandus dans le grand monde et1 nanmoins1 fort pieux--n'avaient pris soin de la corriger sans faiblesse4 ,elle avait huit ans quand elle fut mise pensionnaire la ,visitation4 ,cette entre au couvent dplut fort la petite fille4 ,l'esprit d'indpendance tant fort dvelopp en elle1 il arriva que ds la premire minute o elle fut confie aux soins des ,religieuses par sa mre1 elle entra en courroux4 ,trpignant1 sanglotant1 poussant les hauts cris1 elle demandait sortir1 refusait de coucher au dortoir et de revtir la robe d'uniforme4 ,il fallut toute la diplomatie de la ,suprieure pour obtenir d'elle un semblant de rsignation4 ,mme quand elle parut soumise1 en son intrieur1 elle demeurait indigne contre la discipline et ne rvait que d'escalader le mur du monastre pour retourner dans sa famille4 ,peu peu1 sous l'influence de sa matresse de classe1 ,mme de ,nollant1 qui savait joindre la douceur la fermet1 elle devint plus docile4 ,puis elle prit got aux exercices de pit que1 d'abord1 elle considrait comme de fastidieuses obligations4 ,une petite flamme d'amour de ,dieu commena de s'allumer dans son cur4 ,ds lors1 le changement opr chez ,camille fut si notable que1 trois ans aprs son entre la ,visitation1 elle tait juge digne d'tre prpare la confirmation qui1 cette poque1 prcdait souvent la premire communion4 ,elle avait donc onze ans la date de la crmonie4 ,lorsque le ,saint-,esprit descendit en elle1 il lui sembla qu'un flot de lumire inondait son me et qu'une voix mystrieuse la sollicitait de se dtacher du monde pour tre toute ,dieu4 ,presque dfaillante de bonheur sous le souffle ardent qui la pntrait1 elle s'cria mentalement3 ,seigneur1 je me donne vous2 me voici prte accomplir votre volont entire4 ,le moment venu de quitter la chapelle1 l'enfant resta immobile4 ,elle tait si ravie1 hors d'elle-mme1 que deux religieuses1 la croyant indispose1 l'emportrent dans leurs bras4 ,cette touche de la ,grce sanctifiante lui laissa une empreinte ineffaable2 de ce jour1 ,camille comprit qu'elle serait religieuse4 ,elle ne dviera plus de sa voie4 ,si des dfaillances surviennent1 elles seront courtes2 si les luttes se multiplient1 elle les comptera par des victoires4 ,ses projets d'avenir s'tant fixs de la sorte1 elle prit tche d'carter tout ce qui aurait pu la distraire de sa vocation4 ,elle rechercha les occasions de briser son amour-propre1 d'anantir les vellits de rvolte contre la rgle qui lui revenaient par intervalles4 ,songeant au vu de pauvret1 qu'elle comptait prononcer le plus tt qu'il se pourrait1 elle fit cadeau ses compagnes des petits bijoux contenus dans une cassette qu'elle avait apporte au monastre4 ,elle refusa de prendre des leons de danse et1 quoique elle et la voix trs belle naturellement1 elle russit viter qu'on la cultivt4 ,le professeur de chant s'en plaignait4 ,mais elle lui rpondit3 ,je ne veux pas apprendre chanter des romances4 ,bref1 pendant ces annes de pension1 comme elle l'a dit plus tard1 elle fit son possible pour viter d'affaiblir le rayonnement de l',esprit-,saint qu'elle sentait rsider1 d'une faon permanente1 au centre de son me4 99 99 99 99 99 ,camille se trouvait fort heureuse la ,visitation lorsque son pre1 le comte de ,soyecourt1 dont elle tait la prfre1 l'en retira pour la garder quelque temps auprs de lui4 ,mais au ,x,v,i,i,ie sicle1 il n'tait gure de coutume que les jeunes filles achevassent leur ducation au foyer domestique4 ,c'est pourquoi1 l'poque de sa premire communion approchant1 on la conduisit1 avec ses surs1 chez les ,bndictines de ,tresnel4 ,une preuve des plus douloureuses l'attendait dans cette maison4 ,non seulement la communaut suivait une rgle trs austre mais elle s'tait contamine de jansnisme et les religieuses mettaient un zle farouche modeler l'esprit de leurs lves d'aprs cette morne doctrine4 ,sous leur influence1 ,camille sentit comme une cendre froide touffer peu peu la flamme d'amour divin qu'elle entretenait dans son me4 ,comme on ne cessait de lui rpter que ,jsus-,christ est un ,matre implacable qui prdestine la plupart des hommes la damnation et ne sauve que quelques lus arbitrairement choisis1 elle vcut dans le tremblement et dans l'effroi4 ,elle se demandait1 chaque instant1 si1 malgr son ardent dsir de la ,grce efficace et son ferme propos de tout entreprendre pour mriter son salut1 elle n'tait pas une rprouve4 ,elle se torturait de scrupules dont on trouve l'cho dans les notes o elle tchait de s'expliquer1 elle-mme1 ses tats d'me4 ,elle crivait par exemple3 ,seigneur1 parlez votre petite servante abattue et dsole2 relevez son courage2 rendez la paix son cur agit4 ,dites mon me qu'il lui est n un ,sauveur444 ,mais tes-vous n pour moi1 ,dieu de justice8 ,je voudrais le croire3 naissez donc dans mon pauvre cur et achevez de vous y former4 ,cependant1 nul secours ne lui venait de l'entourage4 ,courbes1 elles aussi1 sous le joug crasant de l'implacable ,divinit que l'hrsie leur imposait1 les ,bndictines renchrissaient sur la doctrine des prtres aberrants qui les dirigeaient4 ,rassurer les enfants dont elles avaient pris la charge leur aurait sembl une coupable faiblesse4 ,a peine un atome d'esprance dans un ocan de crainte1 telle tait la matire de leur enseignement4 ,camille1 tant d'une sant assez dlicate1 finit par succomber sous le bloc de glace dont on l'crasait4 ,elle tomba si gravement malade que les mdecins jugrent qu'elle n'en reviendrait pas4 ,dieu pourtant lui rendit la sant d'une faon tellement inopine qu'on crut y voir un miracle4 ,mais elle continua d'ignorer la paix de l'me car peine fut-elle rtablie que le ,dmon l'attaqua par la tentation de dsespoir4 ,aux suggestions infernales1 dit le biographe1 s'ajouta l'influence de lectures hasardes contenant des enseignements aussi faux que terrifiants1 sur la prparation aux sacrements4 ,en proie de mortelles angoisses1 n'entrevoyant1 pour l'avenir1 que de dsolantes perspectives1 livre surtout l'isolement le plus complet1 elle perdit peu peu ses forces et donna des chances de succs au tentateur4 ,une taciturnit morose s'empara d'elle et c'est avec peine qu'elle russissait dissimuler sa tristesse4 ,ce fut dans cet tat qu'elle fit sa premire communion4 ,selon les principes du jansnisme1 la crmonie avait t diffre le plus possible4 ,camille avait quinze ans et demi lorsqu'elle s'approcha1 pour la premire fois1 de la ,sainte ,table4 ,toujours domine par le sentiment qu'elle tait indigne de recevoir son ,dieu1 elle communia sans joie--cependant avec la ferme volont de le servir sans partage et sans dfaillance4 ,j'esprais seulement1 a-t-elle dit plus tard1 que cette communion me sanctifierait et me maintiendrait dans l'aversion pour le pch4 ,elle rentra ensuite dans sa famille o de nouvelles preuves l'attendaient4 ,,iii ,l'empreinte du jansnisme sur son me avait t si forte1 qu'elle persista lorsque ,camille se trouva dans un milieu o les sombres impressions reues au monastre auraient pu se dissiper4 ,c'est ainsi qu'elle conserva cette crainte de la communion qui caractrise la secte et qu'elle laissa couler bien des jours avant d'oser recevoir de nouveau le sacrement4 ,elle souffrait d'autant plus de la contrainte qu'elle s'imposait de la sorte que son me aurait voulu se dilater hors des tnbres o elle languissait4 ,nanmoins1 si paisse que ft cette ombre o elle demeurait comme prostre1 elle voyait toujours1 au plus intime d'elle-mme1 briller une petite tincelle du feu d'amour divin qu'elle avait reu lors de sa confirmation et elle entendait parfois une voix mystrieuse lui chuchoter qu'elle prendrait le voile1 si indigne qu'elle s'en juget4 ,c'tait sa vocation qui subsistait malgr les subterfuges employs par le ,mauvais pour la maintenir sur la route de la dsesprance4 ,elle vivait donc dans cet tat d'angoisse perptuel et d'incertitude peine attnu par un rudiment de lumire intrieure lorsque un vnement se produisit qui l'obligea de prendre un parti dcisif en lui fournissant une preuve que son penchant vers la vie religieuse constituait sa raison d'tre au regard de ,dieu4 ,quoiqu'elle n'et que dix-sept ans1 ses parents dcidrent de la marier avec un vieux gentilhomme1 des plus frips1 violemment asthmatique1 cacochyme et brche-dents mais chez qui force sacs d'cus compensaient--d'aprs les gens pratiques1--la dcrpitude4 ,au ,x,v,i,i,ie sicle1 il n'tait pas tolr qu'une mineure manifestt de l'opposition un mariage voulu par ses pre et mre4 ,camille ne concevait mme pas qu'elle pt refuser le parti qu'on lui proposait4 ,tout ce qu'elle osa1 ce fut de prier1 ardemment et avec larmes1 ,notre-,seigneur1 de lui pargner la catastrophe matrimoniale dont la seule pense lui faisait horreur4 ,elle fut exauce car le prtendant surann mourut avant mme que les fianailles eussent t dclares4 ,cette alerte tira la jeune fille de son engourdissement4 ,sans trop savoir o la mnerait sa rsolution1 dit la biographe1 elle dclara sa famille que1 depuis plusieurs annes1 son dsir tait de se consacrer ,dieu4 ,cette dtermination plongea ses parents dans la douleur4 ,le comte de ,soyecourt1 surtout1 malgr sa foi profonde et son estime de la vie religieuse1 ne pouvait entrevoir un pareil sacrifice4 ,il signifia sa fille qu'elle n'aurait jamais son consentement4 ,camille rpondit avec fermet qu'elle attendrait1 s'il le fallait1 ses vingt-cinq ans1 poque de sa majorit4 ,ds lors1 elle se montra aussi ferme dans sa rsolution qu'elle avait paru indcise la premire proposition4 ,son tat intrieur n'tait pourtant pas chang4 ,mais ,dieu lui avait octroy1 sans la lui faire sentir1 la grce qui devait l'aider suivre le chemin trac par ,lui de toute ternit4 ,il lui restait encore plus de neuf ans passer dans le monde4 ,on verra combien sa vocation tait solide quand on se rappellera que rien1 au dedans d'elle ni au dehors1 ne venait plus l'encourager4 ,le combat se prsentait sous toutes les formes4 ,dans son me1 la stupeur1 la crainte continuelle1 la nuit la plus obscure4 ,dans son entourage1 l'affection des siens qui mettaient tout en uvre pour la dtourner du clotre en lui donnant le got des plaisirs mondains4 ,briser son cur pour l'offrir ,dieu lui et sembl peu de chose si la confiance et l'amour l'eussent aide dans son sacrifice4 ,mais cette double lutte1 aggrave par une attente si prolonge1 fit de la priode qui suivit un martyr continuel4 ,c'tait une prparation la carrire de sacrifice et de gnrosit que ,dieu l'appelait fournir dans l',ordre du ,carmel4 ,c'tait aussi une cole d'nergie4 ,sa volont s'y dveloppa4 ,et ainsi1 elle acquit cette endurance et cette vigueur d'me dont elle allait avoir besoin pour traverser la tempte rvolutionnaire4 ,,iv ,la jeune fille avait gard un appartement l'abbaye de ,tresnel pour y faire de longues retraites4 ,mais ses parents ayant exig qu'elle passt plusieurs mois1 chaque anne1 dans leur htel de la rue de ,verneuil1 elle se voyait oblige d'assister des rceptions brillantes et des ftes qui troublaient son recueillement4 ,si jeune encore1 elle ne laissait point1 par moments1 de subir un peu l'attrait de la socit frivole et chatoyante qui bruissait autour d'elle4 ,elle crit dans des notes qui ont t conserves3 ,il me fallait bien souvent lutter contre moi-mme pour rsister l'entranement4 ,je n'aimais pas le monde parce que j'avais compris sa vanit2 j'avais subi sa fascination parce que tout1 en moi1 avait besoin de vie et d'affection4 ,et plus loin3 ,au milieu de tant de relations que je me trouvais force d'entretenir mme avec les personnes de la cour1 je pris peu peu leurs habitudes et me laissait aller une si grande recherche de mes aises qu'vitant les moindres incommodits1 j'en tais venue au point de faire lever ma femme de chambre la nuit1 lorsque le moindre pli venait heurter ma dlicatesse4 ,avec le dsir de quitter le monde je commenais arborer ses enseignes4 ,j'aimais que tout ce que je portais ft de bon got et je n'tais pas indiffrente aux murmures flatteurs que ma prsence provoquait4 ,cependant1 au milieu de ces futilits1 le son d'une cloche de couvent venait-il frapper mes oreilles1 un saisissement involontaire s'emparait de tout mon tre4 ,portant mes regards vers le ciel1 je conjurais le ,seigneur d'avoir piti de moi4 ,quand ,dieu appelle une me la vie religieuse et que celle-ci ne cde pas tout d'abord la vocation1 il se fait en elle un ddoublement4 ,d'une part son imagination et sa sensibilit tentent sans cesse d'chapper aux invitations de la voix surnaturelle qui les presse d'obir4 ,d'autre part1 quoiqu'elle cherche se donner le change1 son entendement et sa volont sont1 bon gr mal gr1 ramens1 ds qu'elle rentre en elle-mme1 la persuasion qu'elle fera le sacrifice que le ,matre lui demande4 ,tel fut le cas de ,mlle de ,soyecourt4 ,enfin1 il arriva un moment o toute rsistance se fit impossible4 ,elle rsolut alors de vaincre sa famille en lui opposant le fait accompli4--,elle se rendit1 sous prtexte d'y faire une retraite1 chez les ,bndictines du ,saint-,spulcre4 ,mais le temps de la retraite termin1 avec l'agrment de l'abbesse1 elle envoya sa mre une lettre o elle lui demandait l'autorisation d'entrer au noviciat4 ,au reu de cette missive1 ,mme de ,soyecourt ne fut pas matresse d'un mouvement d'indignation4 ,elle monta sur-le-champ en voiture1 sans mme prendre le temps de remdier au nglig de sa toilette1 et se rendit en hte au monastre4 ,sans mnager l'abbesse le tmoignage des sentiments de son cur profondment afflig1 elle fit sa fille de svres reproches pour un tel manque de soumission4 ,celle-ci essaya de protester1 assurant qu'elle retarderait ses vux jusqu' sa majorit4 ,elle eut beau prier1 conjurer1 la comtesse demeura inflexible et l'obligea de quitter la clture en lui dfendant de parler l'avenir de sa vocation4 ,c'tait demander la chose impossible4 ,pendant les dix-huit mois que ,camille eut encore passer dans le monde1 toutes les objurgations1 elle rpondit1 avec une ferme douceur1 qu'elle tait sre de sa vocation et que rien ne la ferait varier4 ,a la longue1 les parents cdrent4 ,leur chagrin tait norme mais1 comme aprs tout1 c'taient de pieuses gens1 ils finirent par comprendre qu'en s'obstinant1 ils contrarieraient les desseins de ,dieu sur l'me de leur fille4 ,ils donnrent donc leur consentement avec la promesse de laisser ,camille choisir l',ordre o elle prendrait le voile4 ,camille avait en vue les ,bndictines4 ,mais avant de se dcider1 elle consulta le ,pre ,rufin1 son directeur1 qui l'avait assiste avec zle et clairvoyance1 dans la crise qu'elle venait de traverser4 ,au cours de l'entretien o ,mlle de ,soyecourt lui soumit son projet d'entrer dans l'ordre de ,saint-,benoit1 elle lui dit3 ,j'prouve1 nanmoins une rpugnance fort grande pour un des usages de cette congrgation4 --,et lequel8 demanda le religieux4 --,les relations avec le monde y sont frquentes1 mon ,pre1 surtout avec les dames pensionnaires et je voudrais tant rompre d'une faon totale avec le monde6 --,vous trouverez cet inconvnient partout1 reprit le ,pre ,rufin1 sauf chez les ,carmlites4 ,a ces mots1 ,camille sentit en elle une illumination2 ce fut comme si une existence pressentie depuis longtemps et pour laquelle tout son tre tait prpar venait de lui tre rvle4 ,de grce1 mon ,pre1 s'cria-t-elle avec vivacit1 allez vite me proposer au ,carmel4 ,le directeur y consentit4 ,il se rendit auprs de la ,prieure des ,carmlites de la rue de ,grenelle1 lui exposa en dtail l'histoire de sa pnitente et formula l'opinion que le ,carmel rpondait parfaitement aux aspirations de cette me assoiffe de sacrifice4 ,la ,prieure1 bien dispose par ce prliminaire1 voulut voir ,camille qui vint la trouver aussitt et1 dans un long entretien1 lui dcrivit1 sans rticence1 les grces qu'elle avait reues1 ses angoisses1 ses luttes1 et enfin son dsir de se donner ,dieu dans la clture la plus stricte4 ,la ,prieure reconnut tous ces traits les marques d'une sincre vocation4 ,mais elle ne voulut pas prendre cong de la jeune fille sans lui laisser entrevoir quelques-unes des mortifications en usage au ,carmel4 ,savez-vous quelque chose de notre genre de vie1 lui dit-elle1 et votre sant pourra-t-elle s'y faire8 --,je compte sur ,dieu1 rpondit la postulante4 --,aimez-vous le poisson8 --,je le hais6 --,et les ufs8 --,je les dteste6 ,je fais maigre le vendredi mais1 trs souvent1 j'ai la migraine le samedi4 --,comment pouvez-vous donc tre ,carmlite8 --,je ferai pnitence2 c'est l tout mon dsir4 ,vaincue par tant de rsolution1 la ,prieure dclara qu'elle admettrait ,camille comme postulante4 ,on tait au mois d'octobre #aghc2 l'entre fut fixe au #b fvrier de l'anne suivante1 fte de la ,purification de la ,sainte ,vierge4 ,la biographe ajoute3 ,il s'agissait de prparer le dpart et d'annoncer la rsolution la famille4 ,la nouvelle fut donc donne par ,mlle de ,soyecourt ses parents4 ,l'alarme fut grande et1 malgr la certitude o l'on tait de la sparation1 le choix de l',ordre vint s'ajouter la douleur gnrale4 ,pour la mre surtout1 le ,carmel tait le dernier mot de l'pouvante4 ,cette fille si aime1 de sant si frle1 allait entrer dans un ,institut o tout est fait pour crucifier la nature4 ,elle ne pouvait s'habituer cette pense4 ,on tait l'entre de l'hiver dont les rigueurs s'annonaient dj et la mre s'exagrait les souffrances que sa fille aurait endurer ds le dbut4 ,c'est insens1 disait-elle son mari1 je crois1 en vrit1 que nous aurions le droit d'empcher notre fille de commettre une pareille folie6444 ,mais ,m4 de ,soyecourt ne voulut pas revenir sur la parole donne4 ,en outre1 il possdait1 plus que sa femme1 le sens du surnaturel4 ,vous avez raison1 lui rpondit-il1 c'est une folie1 mais cette folie se nomme la folie de la croix4 ,puisque cet ,ordre est ancien et fort approuv par l'glise1 je ne vois aucun motif d'interdire ma fille d'y entrer4 ,quel que soit mon chagrin1 si ,dieu l'y appelle et si c'est sa vocation1 je m'incline4 ,mme de ,soyecourt fut longue se rsigner2 elle fit encore plusieurs tentatives pour dterminer sa fille choisir un ,ordre moins austre4 ,mais le parti de ,camille tait bien pris4 ,elle repoussa toutes les obsessions avec douceur mais avec nettet4--,et elle entra1 tout heureuse1 au ,carmel1 le jour fix par la ,prieure1 c'est--dire le #b fvrier #aghd4 ,v ,le postulat de ,camille dura trois mois au cours desquels sa vocation ne cessa de s'affirmer4 ,le courage qu'elle montra dans les preuves corporelles que ne lui mnageait pas une rgle attentive vaincre la nature fit bien augurer de sa persvrance4 ,comme les premiers temps1 la ,prieure avait voulu que1 pour dormir1 elle et un matelas sur la paillasse grossire qui constituait la seule couche de ses compagnes1 elle se rcria et voulut refuser cet adoucissement4 ,ce ne fut que sur un ordre formel qu'elle l'accepta4 ,il est vrai1 disait-elle plus tard1 que ce pauvre matelas tait si dur que la paillasse1 assurment1 ne m'aurait pas fait souffrir davantage4 ,au point de vue spirituel1 la jeune fille sentit s'largir l'horizon de sa vie intrieure4 ,la contrainte terrifie1 qui pesait sur son me depuis l'poque o elle avait subi une formation imbue de jansnisme1 se dissipa pour ne plus revenir4 ,elle commena de se dilater au soleil de l'amour divin4 ,grce la direction aussi perspicace qu'affectueuse de ses suprieures1 elle en vint sentir que ,notre-,seigneur n'est pas un tyran farouche et impossible satisfaire mais1 pour ceux qui se donnent ,lui avec une simplicit gnreuse1 un ,grand ,ami plein de sollicitude et d'indulgence4 ,bientt elle put crire dans le cahier o elle notait ses impressions quotidiennes1 ces lignes significatives3 ,mon ,dieu1 par vous je gote prsent combien vous tes doux et aimable4 ,le monde n'imagine pas cette sorte de bonheur et vous ne m'avez faite ,carmlite que pour en convaincre le monde4 ,oui1 mon ,dieu1 vous me tenez lieu de tout4 ,je perdrais tout le reste que rien ne pourrait plus me sparer de votre amour4 ,dans le ciel1 je ne dsire que vous4 ,sur la terre1 je ne vois rien qui mrite mon amour si ce n'est vous4 ,vous m'aimez1 je n'en puis douter4 ,mais1 moi aussi1 ,seigneur1 je vous aime et je me repose en paix dans votre amour4 ,cette effusion1 o se retrouve l'esprit de sainte ,trse1 montre bien que l'hrsie n'avait fait que ravager l'me de ,camille la surface1 sans la desscher en ses profondeurs puisque1 ds qu'elle eut repris contact avec la ,vrit unique1 toutes ses puissances s'panouirent1 dans l'amour1 comme les fleurs splendides d'un den reconquis4 99 99 99 99 99 ,le trimestre du postulat tant accompli1 ,camille fut juge apte poursuivre sa probation comme novice4 ,la crmonie de la prise d'habit fut fixe au #bd juillet4 ,mme de ,soyecourt fut la seule de la famille y assister1 le pre1 quoiqu'il et fait son sacrifice1 n'ayant pu se rsoudre sanctionner1 par sa prsence1 un acte qu'il considrait presque comme la mise au tombeau de son enfant4 ,par contre1 une nombreuse assistance remplissait la chapelle des ,carmlites4 ,les plus grandes familles de ,france y taient reprsentes4 ,la haute noblesse du faubourg ,saint-,germain n'avait pas oubli la jeune fille souvent admire dans ses ftes et semblait dsireuse de constater1 par elle-mme1 si rellement la joie du sacrifice rsidait dans son cur4 ,on possde sur les sentiments de cette frivole assemble un tmoignage assez inattendu3 celui du roi ,louis-,philippe4--,duc de ,chartres l'poque1 il avait t conduit1 avec sa sur1 ,adlade1 par ,mme de ,genlis1 leur gouvernante commune1 la prise d'habit de la ,sur de ,soyecourt4 ,le souvenir de la crmonie lui tait demeur si prsent1 qu'un soir1 en #ahdg1 au chteau de ,neuilly1 le nom de la ,carmlite ayant t prononc par hasard1 il en donna le dtail avec une prcision qui prouvait l'excellence de sa mmoire4 ,il y avait l1 dit-il1 une runion de gens fort titrs mais on ne peut moins recueillis4 ,on se passait des lunettes d'opra pour examiner l'hrone4 ,en grand costume de cour1 avec paniers1 falbalas1 coiffes1 dentelles et piquets de roses1 elle venait de s'agenouiller devant ,mgr de ,juign1 archevque de ,paris1 assis juste au milieu de l'assistance1 entour d'vques et de chanoines4 ,la novice tait si mue qu'elle semblait prte crouler sous le poids de ses jupes4 ,le ,pre ,le ,guay1 jsuite1 pronona le sermon de vture qu'on n'entendit gure cause du flic-flac des ventails1 du bourdonnement des conversations et des sanglots de ,mme de ,soyecourt4 ,l'opinion gnrale tait que la jeune fille ne rsisterait pas plus de six mois au dur rgime du ,carmel et que cette prise de voile quivalait un suicide4 ,bref1 ce fut un vnement mondain et l'on en parla pendant plusieurs jours4 ,quelqu'un demanda ce qu'tait devenue la ,carmlite4 ,je ne sais1 rpondit le roi1 elle a d succomber en peu de temps car elle paraissait bien frle1 moins que la ,rvolution444 ,d'un geste coupant1 il acheva sa pense--et l'on parla d'autre chose#aj4 #aj ,voir ,g4 ,lenotre3 ,vieilles maisons1 vieux papiers1 #b;e srie1 page #cdd4 99 99 99 99 99 ,l'anne de noviciat permit ,camille d'avancer allgrement dans ce chemin de la perfection dont sainte ,trse a si admirablement marqu les tapes4 ,le #ah aot #aghe1 elle pronona ses vux solennels4 ,et maintenant1 dans cette clture d'o il paraissait assur qu'elle ne sortirait jamais plus1 elle gotait cette joie dont les mondains ne peuvent souponner les douceurs3 vivre dans le renoncement soi-mme1 dans la pnitence pour les pchs d'autrui1 dans une radieuse union avec ,jsus-,rdempteur4 ,il ne fallait pas moins que l'atmosphre surnaturelle o son me baignait de la sorte pour que sa sant dlicate supportt les rigueurs de la rgle4 ,mme les dtails de la vie quotidienne lui demandaient un effort sans cesse renouvel4 ,par exemple1 chaque matin1 au moment de revtir la lourde robe de bure1 elle devait la suspendre un clou et se placer dessous pour s'y introduire car son peu de forces physiques ne lui aurait pas permis de la soulever4 ,afin1 dit-elle1 de dvelopper ses muscles1 elle demanda d'tre applique aux travaux pnibles4 ,on le lui permit2 et1 ds lors1 elle se donna les tches d'une femme de peine4 ,elle monta au grenier des corbeilles remplies de linge2 elle fendit du bois1 tira de l'eau du puits1 arrosa le jardin4 ,quant la couture1 elle n'y russit gure4 ,elle a dit plus tard1 racontant des novices ses dbuts dans la vie religieuse3 ,fort peu habile1 j'en accusais la raideur de mes doigts4 ,je redoublais d'nergie mais je n'ai jamais russi qu' constater mes maladresses4 ,entre temps1 suivant la tradition du ,carmel1 elle composait de petits cantiques qu'elle chantait la rcration ou dont elle mditait les vers aux heures d'oraison4 ,en la dernire strophe d'un de ces nafs pomes1 elle a fort bien rsum l'esprit de son ordre3 ,n'coutant plus1 ,seigneur1 que ta tendresse1 ,tu viens moi1 qui ne suis que faiblesse3 ,puisque l'amour devient notre aliment1 ,vivons d'amour et mourons en aimant4 ,c'est ainsi qu'elle vivait toute ,dieu1 toute en ,dieu1 lorsqu'clata la tempte qui la rejeta dans le monde de la faon la plus douloureuse4 ,,vi ,la ,rvolution commence2 et l'une des premires mesures prises par les sectaires qui dchanent ce flau sur la ,france1 c'est la destruction des communauts religieuses4 ,l'opration est double3 d'abord1 on dresse l'inventaire de leurs biens pour les confisquer2 ensuite1 en vertu de ce rpertoire d'inepties3 la table des droits de l'homme1 on interdit aux moines et aux moniales de vivre en commun dans le renoncement perptuel et de se vouer l'obissance1 sous prtexte que cette abngation offusque l'esprit de libert qui doit1 dsormais1 rgir toutes les mes4 ,le #ac fvrier #agij1 l',assemble nationale dcrte que la loi cesse de reconnatre les vux solennels4 ,en consquence1 les ordres dans lesquels ces vux existent1 sont et demeurent supprims4 ,ceux et celles qui en font partie sont invits se disperser dans le plus bref dlai4 ,en compensation1 l',assemble leur promettait une pension de l'tat qui ne fut1 d'ailleurs1 presque jamais paye4 ,la mesure fut applique avec rigueur4 ,aux visites et informations dans les maisons religieuses succdrent les enqutes sur le personnel1 les charges et les revenus4 ,enfin l'avertissement fut donn que l'expulsion ne tarderait pas4 ,les pauvres ,carmlites ne comprenaient rien cette rage de destruction4 ,de bonne foi1 elles crurent que1 ne nuisant personne1 elles obtiendraient1 sans peine1 de l',assemble l'autorisation de rester ensemble et de conserver les quelques sous qui leur permettaient d'assurer leur chtive alimentation4 ,les ,prieures des quatre monastres de ,paris se concertrent et rdigrent une adresse o1 avec une simplicit touchante1 elles exposaient leur dsir de poursuivre en commun leur existence de prire et de sacrifice4 ,voici les principaux passages de cette supplique3 444 ,les richesses des ,carmlites n'ont jamais tent la cupidit2 leurs besoins n'importunent pas la bienfaisance4 ,notre fortune est cette pauvret vanglique qui1 en acquittant toutes les charges de la socit1 trouve encore moyen d'aider les malheureux1 de secourir la patrie et nous rend pourtant heureuses de nos privations4 ,la libert la plus entire prside nos vux2 l'galit la plus parfaite rgne dans nos maisons2 nous ne connaissons ici ni riches ni nobles et nous n'y dpendons que de la loi commune444 ,daignez vous informer de notre vie2 n'en croyez ni les prventions de la multitude1 ni les craintes de l'humanit4 ,on aime publier1 dans le monde1 que les monastres n'enferment que des victimes lentement consumes par les regrets4 ,mais nous protestons devant ,dieu que1 s'il est sur la terre une vritable flicit1 nous en jouissons l'ombre du sanctuaire et que1 s'il nous fallait opter entre le sicle et le clotre1 il n'est aucune de nous qui ne ratifit son premier choix444 ,non1 vous ne nous arracherez pas cette retraite o nous trouvons la source de toutes les consolations4 ,vous penserez que des femmes1 volontairement engages dans un tat qui fait le bonheur de leur vie1 rclament de tous les droits le plus inviolable quand elles vous conjurent de les y laisser mourir en paix444 ,nous osons le dire3 nous regarderions comme l'oppression la plus cruelle et la plus injuste1 celle qui troublerait des asiles que nous avons toujours regards comme inviolables444 ,certes1 rien de plus pathtique que cet humble appel l'quit4 ,mais il s'agissait bien d'quit4 ,il s'agissait de dtruire l'glise de ,france4 ,les ,carmlites ignoraient que tel tait l'objectif des soi-disant ,pres de la ,patrie auxquels s'adressait leur requte4 ,comme on leur rpondit par une vague promesse de les laisser mourir dans leur maison1 condition qu'il ne s'y ferait plus de nouvelles professions1 elles se crurent l'abri4 ,leur scurit alla si loin qu'elles chantrent un ,te ,deum en action de grces4 ,l'vnement ne tarda pas leur prouver qu'elles n'avaient connu encore que les prludes de la perscution4 ,en effet1 la ,rvolution poursuivait sa marche dvastatrice4 ,le #aj aot #agib1 le palais des ,tuileries fut enlev d'assaut par une bande d'nergumnes1 la monarchie renverse et la famille royale enferme au ,temple4 ,les prisons s'emplissaient d'ecclsiastiques qui1 par horreur du schisme1 avaient refus le serment d'adhsion la constitution civile du clerg4 ,aux premiers jours de septembre commencrent les massacres4 ,cent vingt prtres1 trois vques incarcrs au couvent des ,carmes furent tus1 coups de piques et de sabres1 le #b de ce mois4 ,comme la maison de la rue de ,grenelle se trouvait proximit1 les religieuses furent averties presque aussitt qu'elles taient en danger car des voisins avaient entendu les gorgeurs dire3 ,demain1 ce sera le tour des religieuses4 ,la ,prieure runit toutes ses filles et leur apprit le danger qu'elles couraient4 ,elle leur annona la prochaine visite des massacreurs4 ,elle ajouta3 ,toute permission nous est donne de sortir de notre clture1 non pas seulement par les lois nouvelles qui ne reconnaissent plus nos vux mais par nos suprieurs qui ne veulent pas nous contraindre subir la violence et la mort4 ,quelques religieuses lui demandrent si elle-mme comptait s'enfuir4 ,non1 dit la ,prieure1 d'un ton paisible1 je prfre m'abandonner entre les mains de ,dieu4 ,j'attendrai pour m'en aller d'y tre oblige par la force4 ,sur ce propos1 les ,carmlites1 aussi intrpides que leur ,mre1 s'crirent d'un mme lan et d'un mme cur3 ,nous resterons avec vous6 ,puis toutes se runirent dans la chapelle1 pour y passer la nuit en prires devant le ,saint ,sacrement4 ,vers onze heures du soir1 une cinquantaine de forcens1 brandissant des armes ruisselantes de sang1 se prsentrent la porterie et demandrent l'entre sous prtexte de saisir un prtre1 chapp des ,carmes1 et qu'on avait vu traverser le jardin du monastre4 ,il fallut leur ouvrir4 ,ils fouillrent partout1 mais n'ayant trouv personne1 ils finirent par se retirer non sans avoir dclar qu'ils reviendraient et que1 cette fois1 les religieuses apprendraient danser sous le tranchant de leurs sabres4 ,quelques amis de la communaut1 coururent la section et supplirent qu'on envoyt des gardes nationaux afin de protger les religieuses4 ,mais les commissaires leur rpondirent tranquillement qu'ils n'y pouvaient rien4 ,d'ailleurs1 toute la populace du quartier s'tait mise d'accord pour envahir la maison1 la saccager et la piller4 ,les blanchisseuses des rues avoisinantes1 avec qui faisaient chorus une tourbe d'ivrognes et de filous1 criaient1 par-dessus les murs qu'il fallait chasser ces aristocrates dont la proprit leur appartenait par droit d'galit4 ,le jour de la ,nativit1 donc le #h septembre1 un groupe de sectaires fora la clture et donna l'ordre aux religieuses de quitter l'habit monastique4 ,on leur obit4 ,mais cette soumission immdiate ne les apaisa point4 ,ce qu'ils voulaient c'tait chasser les ,carmlites et s'emparer des trsors qu'on leur attribuait4 ,ils revinrent le #aa signifier son expulsion la communaut4 ,ils lui accordrent trois jours pour se disperser4 ,mais sans attendre la fin de ce dlai1 ils ouvrirent toutes les portes et dirent la foule qu'elle pouvait entrer librement et drober les objets sa convenance4 ,aussitt un flot d'hommes1 de femmes et d'enfants envahit1 ple mle1 la maison4 ,ils raflrent tout ce qui leur tomba sous la main1 dvorrent ou gaspillrent les provisions1 brisrent les meubles4 ,l'autorit laissait faire et applaudissait aux exploits des plus frntiques4 ,inutile de dire que1 durant ce ravage1 les religieuses taient copieusement insultes4 ,les mmes orgies se renouvelrent le lendemain et le surlendemain4 ,les surs restaient habilles de leurs dfroques laques et passaient la nuit sur des chaises pour tre prtes1 en cas d'gorgement4 ,enfin1 le #ad1 deux commissaires de la section se prsentrent munis d'un mandat de confiscation4 ,ils mirent en pices les reliquaires1 s'emparrent des vases sacrs en or ou en argent4 ,un tableau de la ,sainte ,face tait conserv dans un cadre enrichi de diamants4 ,la pieuse image fut d'abord jete terre1 comme insignifiante1 tandis que ses ornements taient enlevs4 ,puis l'un des commissaires la ramassa et la remit entre les mains de la ,prieure stupfaite d'un tel procd au moment o l'on se prparait la chasser avec ses religieuses4 ,la spoliation termine1 les ,carmlites furent ranges deux par deux et on les fit dfiler devant la populace qui poussait des hues1 leur crachait la figure et les bousculait avec de grands clats de rire4 ,elles taient trente et une dont la plus ge comptait quatre-vingts ans4 ,paisibles sous les outrages1 s'unissant par l'oraison ,jsus sur la ,voie douloureuse1 elles sortirent par petits groupes et s'loignrent dans la nuit4 ,la maison fut ferme1 et peu aprs1 dmolie4 ,comme les trois autres communauts de ,paris avaient subi un sort analogue1 le ,dmon eut lieu de se rjouir car il semblait bien que le ,carmel ft jamais aboli4 ,,vii ,ayant prvu la dispersion1 la ,prieure des ,carmlites de la rue de ,grenelle avait lou et fait arranger en ville plusieurs appartements entre chacun desquels ses filles furent rparties4 ,ainsi se reformrent de petites communauts rue du ,regard1 rue ,cassette1 rue ,coppeau1 rue de la ,harpe et rue ,mouffetard4 ,sur ,camille fit partie de cette dernire avec six autres religieuses4 ,elles taient obliges de porter des vtements laques1 mais elles n'en suivaient pas moins leur rgle aussi exactement que possible4 ,toutefois les ,suprieurs leur avaient permis de se visiter4 ,elles l'auraient fait souvent si la surveillance ombrageuse des agents rvolutionnaires le leur avait permis4 ,faute de mieux1 elles s'crivaient4 ,une converse1 la ,sur ,chrtienne cachait les lettres au fond d'une hotte1 les recouvrait de mouron pour les petits oiseaux et faisait la navette entre les divers logis4 ,une msaventure lui advint qui mit un terme cette correspondance4 ,un jour1 oubliant que1 pour la vraisemblance1 elle aurait d crier sa marchandise1 elle courait1 tte baisse1 vers l'un des refuges1 quand1 au coin d'une rue1 une femme l'arrte en l'empoignant par son fichu4 ,dites donc1 ma petite1 s'crie-t-elle1 vous me semblez une drle de commerante1 vous6 ,vous ne voulez donc pas vendre votre mouron8 ,puis d'un coup de poing en pleine poitrine1 elle renverse la ,sur sur le pav4 ,le mouron et les lettres s'parpillent et l4 ,l'autre s'en empare1 rosse la ,sur d'importance et s'loigne en emportant les papiers4 ,il ne rsulta rien de cette alerte4 ,mais les ,carmlites n'osrent plus employer le subterfuge4 ,l'abb de ,launay1 leur directeur1 se chargea ds lors de transmettre les missives4 ,dguis1 il allait d'une communaut l'autre4 ,et mme il russit leur dire parfois la messe4 ,a cet effet1 se donnant pour professeur de dessin1 il circulait dans ,paris1 un carton modles qui contenait une pierre d'autel sous le bras et1 la main1 un tui estampes renfermant un calice dmont4 ,il leur avait permis de garder le ,saint-,sacrement dans une armoire1 avec recommandation expresse de consommer les ,saintes-,espces1 au moindre soupon d'une visite domiciliaire4 ,jour et nuit1 crit la biographe1 le divin prisonnier tait ador dans l'humble chambre transforme en chapelle4 ,il rsidait dans un petit tabernacle1 continuant tre leur force et leur esprance4 ,si momentanment il paraissait sommeiller1 c'tait afin de recevoir l'hommage de leur foi invincible et de leur confiance sans bornes4 ,sous l'gide du ,sauveur1 les ,carmlites rcitaient le brviaire en commun ou sparment1 veillaient1 priaient1 se mortifiaient--bref tchaient d'observer sans trop de lacunes le coutumier de l'ordre4 ,cette existence d'oraison et d'entier abandon ,dieu acheva1 pour ainsi dire1 la formation de ,sur ,camille4 ,elle y acquit ce calme imperturbable et cette fermet d'esprit dont elle devait donner tant de preuves par la suite4 ,le petit groupe ne possdant aucune ressource1 les religieuses se mirent confectionner des broderies qu'elles vendaient dans le voisinage4 ,elles tiraient de cette industrie quelques assignats qui leur procuraient une chtive nourriture4 ,pour ce travail1 ,camille ne les aidait gure4 ,j'y tais si peu apte1 a-t-elle dit plus tard1 que1 pendant que mes surs profitaient des dernires lueurs du jour pour tirer l'aiguille1 je me rfugiais tout prs de notre cher ,tabernacle et je priais4 ,elle se donna aussi pour objectif de soutenir le moral de la communaut4 ,aux rcrations1 elle montrait de la bonne humeur1 elle savait par des propos enjous faire rentrer dans les curs alarms la fire nergie dont le sien dbordait4 ,que ferons-nous1 demandait une des ,surs1 si l'on nous mne devant les tribunaux8 --,ce que ,dieu voudra1 rpondit-elle2 n'a-t-il pas dit que son ,esprit se tiendra lui-mme sur nos lvres pour nous donner les paroles qui conviendront4 ,comptons sur ,lui444 99 99 99 99 99 ,cependant la quitude relative du petit cnacle ne dura gure4 ,elles taient espionnes de prs et bientt les zls de la section acquirent la certitude qu'elles recevaient des prtres inserments4 ,en ce temps1 cela constituait un crime capital4 ,au nom de la libert1 on avait le droit de rendre hommage des gourgandines reprsentant la desse ,raison et hisses sur les autels des glises profanes4 ,mais rester fidle l'glise1 accueillir ses ministres proscrits1 c'tait se vouer la guillotine1 la prison ou la dportation4 ,un ,polonais1 prsident de la section1 s'tait jur de perdre les ,carmlites contre lesquelles il nourrissait une haine dmocratique4 ,il les dnona et obtint un mandat de perquisition suivi de l'ordre d'arrter ces suspectes4 ,le jour du ,vendredi ,saint1 #bj mars #agic1 vers dix heures du matin1 il se prsente la maison de la rue ,mouffetard1 suivi de trente sectionnaires en armes4 ,l'appartement est fouill1 retourn de fond en comble4 ,chaque pice1 chaque meuble est l'objet d'une investigation minutieuse et de questions pressantes--le tout assaisonn d'injures et de brutalits4 ,on mit la main sur une correspondance adresse la citoyenne ,soyecourt et dont les termes prouvaient que celle-ci se tenait en relation avec des prtres rfractaires4 ,les lettres n'taient d'ailleurs pas signes4 ,camille et ses compagnes--moins deux qui avaient russi s'enfuir--furent emmenes par les sectionnaires et1 le soir mme1 croues la prison de ,sainte-,plagie4 ,elles furent jetes parmi des femmes de mauvaise vie qui les accueillirent par des quolibets fangeux et les plus ignobles blasphmes4 ,dans ce milieu abominable1 elles reurent pourtant les consolations d'un prtre intrpide1 l'abb de ,lalande qui trouva le moyen de parvenir jusqu' elles4 ,voici comment il s'y prenait4 ,chaque semaine1 vtu en garon marchand de vins1 il se prsentait la porte de la prison1 avec un panier de bouteilles sur la tte4 ,il amadouait les geliers1 leur versait boire1 parlait haut et fort2 puis les intressant son commerce1 il obtenait d'eux de parcourir toute la prison1 o il vendait ses liquides1 encourageait les dtenues1 entendait les confessions1 se chargeait des lettres pour le dehors et repassait le guichet en fumant sa pipe et en emportant les bouteilles vides4 ,cependant1 la sur ,camille1 tenue pour la plus dangereuse des fanatiques arrtes rue ,mouffetard1 subissait chaque jour1 devant les commissaires de la section du ,panthon1 des interrogatoires prolongs4 ,ils avaient lieu gnralement le soir et duraient souvent de cinq heures minuit4 ,soutenue par l'oraison1 elle y montrait beaucoup de sang-froid et de prsence d'esprit4 ,attentive ne compromettre personne1 elle mesurait ses rponses1 ou1 lorsqu'il y aurait eu danger dire la vrit1 dclarait d'une voix ferme1 qu'elle ne dirait rien4 ,dans ce cas1 ni instances ni menaces ne russissaient lui arracher un mot4 ,parfois les enquteurs possdaient quelque culture2 la plupart du temps1 c'taient des illettrs1 qui1 ne comprenant rien aux missives saisies1 s'imaginaient que toute phrase dissimulait des complots4 ,la chose devenait presque comique1 quand ils s'aheurtaient des passages o il tait question de spiritualit ou de vie intrieure4 ,c'est ainsi que l'un d'eux1 dchiffrant avec peine une lettre de direction crite par l'abb de ,floirac1 crut y dcouvrir cette phrase3 ,il faut faire mourir la nation4 ,a ce coup1 il crut bien tenir l'indice d'une conjuration liberticide4 ,comment1 s'cria-t-il1 dtestable aristocrate1 tu admets qu'on souhaite de faire prir la nation6 ,sur ,camille demanda le papier1 examina le texte incrimin et rpondit avec un sourire assez malicieux3 ,vous avez mal lu2 il ne s'agit pas de la nation mais de la nature4 ,mon correspondant m'crivait ceci3 ,il faut faire mourir la nature et quand elle se rvolte1 la comprimer quoi qu'il en cote444 ,cela s'adresse ma personne morale et n'a rien voir avec la politique4 ,mais l'autre n'tait pas convaincu4 ,il hocha la tte et mit la lettre de ct comme trs suspecte4 ,on saisit combien1 mens par des tres aussi obtus1 les interrogatoires devenaient prilleux4 ,il ne faut pas oublier que1 dans la plupart des cas1 les inculpes se trouvaient en prsence d'imbciles froces du mme acabit4 ,aussi l'on partage l'indignation de ,taine quand relatant une sance de ce genre1 il s'crie3 ,le soi-disant conspirateur est livr des btes grossires1 colriques et despotiques1 qui n'coutent rien1 qui ne comprennent rien1 qui n'entendent mme pas les mots usuels1 qui trbuchent dans leurs quiproquos1 et qui1 pour singer l'intelligence1 pataugent dans l'nerie4 ,soumise au gouvernement rvolutionnaire1 la ,france ressemble une crature humaine que l'on forcerait marcher sur sa tte et penser avec ses pieds4 7,origines de la ,france contemporaine47 99 99 99 99 99 ,en une autre occasion1 ,sur ,camille montra que si elle usait de prudence ou gardait bouche close quand ses rponses auraient pu servir contre autrui1 elle ne mnageait rien ds qu'il s'agissait de confesser sa foi4 ,on avait mis la main1 lors de la perquisition1 sur un certain nombre d'images du ,sacr-,cur4 ,cet emblme1 plus que tout autre1 avait le privilge de faire entrer en fureur les rvolutionnaires4 ,ils y voyaient la fois un symbole de la superstition romaine et un signe de ralliement pour les aristos4 ,interroge dans ce sens1 ,sur ,camille s'cria3 ,le ,sacr-,cur de ,jsus1 oh6 ici1 je ne crains de compromettre personne2 je puis rpondre en toute libert6 ,vous me reprochez d'avoir dessin ces images1 eh bien1 je m'en fais gloire et si1 cause de cela1 vous me condamnez1 j'aurai le bonheur de mourir pour ma foi6 ,le ,sacr-,cur de ,jsus m'est plus cher que la vie et si1 au prix de mon existence1 j'obtenais qu'il soit plus connu et plus aim1 je m'estimerais trop heureuse6 --,combien avez-vous fabriqu de ces images8 demanda l'un des juges4 --,j'en ai tant fait et tant donn1 rpliqua tranquillement la ,sur1 que je ne m'en rappelle plus le nombre444 99 99 99 99 99 ,malgr leur acharnement1 les commissaires ne parvinrent runir que des prsomptions4 ,il faut croire qu'ils conservaient quelque scrupule d'quit car leur rapport ne conclut pas l'envoi des religieuses devant le ,tribunal rvolutionnaire4 ,d'autre part1 la famille de ,soyecourt avait multipli les dmarches pour sauver la ,sur et ses compagnes4 ,on a lieu de supposer galement que quelques-uns des enquteurs mirent prix leur indulgence4 ,bref1 le #aa mai1 ils dclarrent les preuves insuffisantes et firent remettre en libert les ,carmlites4 ,la ,prieure1 estimant que ,sur ,camille restait la plus compromise1 dcida qu'elle rentrerait provisoirement la maison paternelle4 ,la courageuse fille en prouva beaucoup de chagrin2 mais elle tait trop soumise la ,suprieure pour prsenter quelques objections4 ,elle se soumit humblement4 ,,viii ,avant de suivre la ,sur ,camille travers les remous du cyclone rvolutionnaire1 il n'est peut-tre pas hors de propos de rapporter la faon dont quelques-unes de ses ,surs appartenant la petite communaut de la rue ,cassette et arrtes peu aprs1 tinrent tte aux sectaires4 ,cette digression prsentera un double avantage4 ,on y verra que l'nergie et la grandeur d'me manifestes par la ,sur ,camille ne lui taient pas spciales1 puisque d'autres religieuses1 formes1 comme elle1 selon l'esprit du ,carmel1 l'galrent en intrpidit4 ,ensuite1 elle fournira un document de plus sur cette horrible poque o le seul fait de rester fidle l'glise1 en rprouvant le schisme1 constituait un dlit qui1 au regard des possds de la ,rvolution1 mritait les pires chtiments4 99 99 99 99 99 ,de par la constitution civile du clerg1 le gouvernement rvolutionnaire avait rompu avec ,rome et il avait t dcrt que tout prtre qui refuserait le serment de se conformer l'organisation nouvelle de l'glise serait mis en tat d'arrestation1 condamn sans dlai1 incarcr ou dport4 ,un trop grand nombre se soumit2 mais d'autres obirent au ,pape qui1 par deux brefs1 en date des #aj mars et #aa avril #agia1 avait interdit le serment1 dclar nulles les lections laques de curs aux paroisses et les lections piscopales1 sacrilges les ordinations4 ,tout jureur qui ne se serait pas rtract dans l'espace de quarante jours1 tait suspendu et s'il persistait1 retranch de l'glise comme schismatique4 ,aux religieux non-prtres et aux religieuses1 les sectaires voulurent imposer le serment d'galit qui impliquait l'adhsion au rgime4 ,sur ce point1 les brefs du ,pape ne se prononaient pas4 ,mais les prtres rfractaires1 rests les directeurs secrets des religieuses1 estimaient qu'un tel acte de soumission aux principes promulgus par des athes constituerait une faute grave et ils avaient interdit leurs ouailles de le commettre4 ,les ,carmlites de la rue ,cassette1 au nombre de neuf1 avaient obi2 et de l1 leur arrestation4 ,on les conduisit d'abord la section o on les somma de prter le serment4 ,sur leur refus unanime1 on dlibrait de les envoyer au ,tribunal rvolutionnaire--autant dire la guillotine--lorsque quelqu'un fit observer que ces filles tant fanatises par de perfides imposteurs1 il suffirait peut-tre de les tenir dans la prison de la section le temps que se dissipassent les effets de l'influence superstitieuse dont elles avaient t les victimes4 ,ce plan fut adopt et la petite communaut verrouille la prison de ,port libre#aa4 #aa ,c'tait l'ancien couvent de ,port-,royal1 clbre l'poque la plus effervescente du ,jansnisme4 ,les administrateurs de police venaient1 peu prs tous les jours1 visiter les prisonnires et leur demandaient1 chaque fois1 si elles taient disposes jurer4 ,celles qui rpondaient ngativement taient charges d'injures et de menaces4 ,celles qui gardaient le silence taient recluses pour vingt-quatre heures1 dans une salle o l'on avait enferm des folles4 ,aucune des ,carmlites ne faiblit4 ,elles avaient d'ailleurs pour les soutenir les visites de l'abb de ,lalande qui1 toujours dguis en garon marchand de vins et muni de son panier bouteilles1 russit s'introduire auprs d'elles une ou deux fois par semaine4 ,l'abb remit l'une d'elles1 ,sur ,victoire1 un crit portant ce titre3 ,avis aux religieuses o un prtre inconnu exposait les raisons qu'il y avait1 au point de vue spirituel1 de refuser le serment4 ,c'tait une imprudence car les prisonnires subissaient des fouilles frquentes qui ne respectaient mme pas leur vtement le plus intime4 ,au cours de l'une d'elles1 le papier fut dcouvert4 ,grand moi parmi les zls de la section4 ,sur ,victoire comparut aussitt devant les commissaires4 ,voici son interrogatoire4 ,je le reproduis tel quel car il montre la fois l'tat d'esprit des inquisiteurs et la trempe d'me de leurs victimes4 ,le ,commissaire3 --,connaissez-vous cet crit8 ,sur ,victoire3--,je le connais4 ,le ,c43--,l'approuvez-vous8 ,s4 ,v43--,oui je l'approuve4 ,le ,c43--,quelle raison nous donnerez-vous de ne pas faire le serment8 ,s4 ,v43--,il est contraire mes vux et ma conscience s'y refuse4 ,le ,c43--,tu veux donc tre esclave8 ,s4 ,v43--,non des hommes mais de ,dieu4 ,le ,c43--,cependant ,dieu t'a cre libre8 ,s4 ,v43--,oui1 de faire le bien ou le mal4 ,or ce que vous me demandez est le mal pour moi4 ,le ,c43--,ce sont tes prtres qui t'ont mont la tte6 ,s4 ,v43--,non1 c'est la ,convention elle-mme qui m'apprend ce que j'ai faire puisqu'elle dclare que la libert1 comme elle l'entend1 est la suppression de tout engagement indissoluble4 ,comme mes vux sont indissolubles1 je ne puis faire un serment qui les anantirait4 ,le ,c43--,alors tu prfres ne pas obir aux lois8 ,s4 ,v43--,je ne demande pas mieux que d'obir tant que les lois ne seront pas contraires ma conscience4 ,le ,c43--,ta conscience te dit donc que tu es plus leve que moi qui reprsente la loi8 ,s4 ,v43--,non1 en ce moment1 je vous regarde comme au-dessus de moi puisque vous tes mon juge et qu' ce titre1 vous avez le droit de m'interroger4 ,le ,c43--,tu crois donc que1 devant ,dieu1 il y a des hommes plus grands que les autres8 ,s4 ,v43--,non1 je sais que nous sommes tous gaux devant ,dieu et devant la loi4 ,mais je ne veux pas faire le serment parce que la loi de ,dieu1 qui passe avant la loi humaine1 me dfend de jurer en vain4 ,le ,c43--,ce n'est pas jurer en vain1 puisque c'est pour sauver ta vie4 ,s4 ,v43--,j'aime mieux mourir4 ,le ,c43--,eh bien on se dlivrera de toi et de cent mille comme toi6 ,s4 ,v43--,je vous pardonne d'avance ma mort4 ,vous me rendrez mme un vritable service car1 depuis que la force m'a fait sortir de mon couvent o j'tais par ma volont1 je mne dans le monde une vie malheureuse4 ,le ,c43--,alors fais donc le serment puisque tu es libre4 ,s4 ,v43--,prcisment1 parce que je suis libre1 je ne le ferai pas4 ,le ,c43--,soit1 puisque tu t'enttes1 tu comparatras devant le ,tribunal rvolutionnaire et tu verras ce qui t'arrivera4 ,s4 ,v43--,tout ce qu'il plaira ,dieu444 99 99 99 99 99 ,donnons encore quelques passages des interrogatoires subis par les autres ,carmlites4 ,ils sont instructifs et mme ne manquent pas d'actualit4 ,en effet si1 de nos jours1 on n'exige plus le serment d'adhsion la ,rpublique des religieuses chasses de leurs monastres1 dpouilles de leur bien et obliges1 pour vivre en commun1 de s'exiler1 on leur explique encore volontiers qu'au nom de la libert1 elles ne sont pas libres de se tenir en clture pour prier ,dieu4 ,moins sanguinaire1 plus hypocrite1 la ,rvolution graisse de sophismes le cordeau dont elle les trangle4 ,lorsque comparut la seconde religieuse ,sur ,louise-,trse1 le juge voulut entamer une controverse avec elle4 ,il lui fit d'abord1 en style du ,contrat social1 un long expos de la libert telle que l'entendaient les rvolutionnaires4 ,puis il lui demanda si elle ne jurerait pas maintenant obissance des principes aussi sublimes4 ,la ,sur1 que ces tautologies pteuses influenaient fort peu1 lui rpondit3 ,je ne puis jurer de maintenir une libert aussi444 indfinie que celle-l4 ,le commissaire lui reprsenta alors que le serment tait exig par la loi et il ajouta3 ,tu voudrais donc une ,rpublique sans lois8 ,mais la ,sur avait de l'esprit2 elle rpondit du tac au tac3 ,supposez que je sois chez les ,turcs2 est-ce que je ne pourrais pas vivre ,constantinople sans jurer de maintenir le ,coran8 ,le juge1 clou1 se mit en colre3 ,de quoi vivras-tu1 s'cria-t-il1 si tu tombes la charge de la nation8 ,et la ,sur3 ,je puis travailler et en tout cas1 si ma pauvret me met la charge de la nation1 qui s'en prendre8 ,la maison1 laquelle j'appartenais1 n'avait-elle pas des ressources8 ,n'avais-je pas une dot8 ,vous avez tout confisqu4 ,sur ce coup droit1 le commissaire chercha une diversion3 ,o as-tu lu les brefs du ,pape qui condamnent le serment8 --,lorsque j'tais encore dans mon couvent4 --,mais1 au fait1 dis-moi un peu1 qu'est-ce que c'est que ce ,pape8 --,il n'y a pas si longtemps que vous tiez catholique pour ignorer ce que c'est que le ,pape8 --,tu es l'esclave d'un homme et tu dfres1 en aveugle1 ses sentiments4 --,je dfre aux sentiments du ,pape parce que je le regarde comme le chef de l'glise et le vicaire de ,jsus-,christ4 --,quelle fanatique6444 ,eh bien on te chassera du pays4 ,tu n'aimes donc pas ta patrie8 ,tu lui prfres ,rome1 l',italie ou l',espagne8 --,j'ai toujours aim ma patrie3 je ne l'ai jamais quitte4 ,je ne puis donc dsirer vivre dans un autre pays4 ,si l'on m'y force1 qui sera la faute8 ,voyant que ,sur ,louise-,trse tait d'intelligence trop alerte pour se laisser surprendre1 le juge la fit reconduire en prison4 ,sur ,rosalie lui succda4 ,son interrogatoire fut bref4 ,a la question3 ,pourquoi ne veux-tu pas faire le serment8 elle rpondit3 ,il est dit dans l'vangile qu'on juge l'arbre par ses fruits4 ,comme je constate que les fruits de l'arbre de l'galit et de la libert ne tendent qu' dtruire la religion catholique dont je fais hautement profession1 je ne veux pas m'attacher1 par serment1 cet arbre4 ,a ,sur ,philippine on voulut faire avouer qu'elle avait t retenue au monastre par contrainte4 ,comme elle se rcriait1 le juge lui demanda3 ,pourquoi donc y es-tu venue8 ,elle rpondit3 ,parce que j'aime le ,carmel et que je ne conois point de loi qui interdise de se runir plusieurs ensemble pour prier4 ,sur ,anglique fut particulirement sollicite de dnoncer le prtre qui lui avait remis l'avis aux ,religieuses et les ecclsiastiques qui venaient rue ,cassette4 ,pendant plus de trois heures1 elle fut retourne sur le gril de questions toujours pareilles2 elle ne livra aucun nom4 ,d'ailleurs1 il en alla de mme pour toute la communaut4 ,unanimes refuser le serment1 les ,carmlites ne le furent pas moins garder le silence sur leurs directeurs4 ,n'esprant plus rien obtenir de ces enttes1 les commissaires de la section prononcrent un arrt de renvoi devant le ,tribunal rvolutionnaire4 ,les ,religieuses1 le soir mme1 furent transfres la ,conciergerie4 ,l'acte d'accusation fut rdig1 dans le style boursoufl de l'poque1 par le pourvoyeur habituel de la guillotine3 ,fouquier-,tinville4 ,les ,carmlites y sont prvenues de rassemblement et de machination tendant troubler l'tat et provoquer la guerre civile par le fanatisme444 ,au lieu de vivre paisiblement sous la protection 7867 de la ,rpublique1 elles ont fait de leur maison un repaire de prtres fourbes et fanatiques avec lesquels elles complotaient contre les principes immortels de libert et d'galit4 ,il y avait l de quoi les vouer la boucherie4 ,elles comparurent devant le ,tribunal le lendemain4 ,l'interrogatoire fut une reproduction des prcdents4 ,toutes persistrent dans leur refus de nommer les prtres qui les avaient assistes et de prter le serment4 ,un incident gaya d'une faon assez inattendue la sance4 ,le prsident ,dumas cherchait persuader l'une d'elles1 ,sur ,chrtienne1 converse1 qu'elle avait fait des aveux1 par mgarde1 pendant l'instruction4 ,l'accuse qui1 depuis vingt-cinq ans n'avait parl d'autre homme qu' son confesseur1 s'cria3 ,non1 mon ,pre1 ce n'est pas vrai3 je n'ai rien dit6444 ,un rire gnral1 auquel les religieuses et les juges eux-mmes ne purent s'empcher de se joindre1 clata4 ,aprs le plaidoyer fort insignifiant de dfenseurs officieux et le rquisitoire ampoul de ,fouquier1 trois questions furent poses aux jurs4 ,il est instructif de les reproduire3 #a ,est-il constant qu'il a t form un rassemblement de huit femmes auxquelles des prtres criminels ont inspir1 par des crits1 des discours et des pratiques superstitieuses1 un fanatisme qui gara leurs victimes8 #b ,les ci-devant religieuses sont-elles convaincues d'avoir fait partie de ce rassemblement fanatique et d'avoir refus le serment8 #c ,l'ont-elles fait dans le dessein de troubler l'tat par une guerre civile en armant les citoyens les uns contre les autres et contre l'autorit lgitime8 ,la rponse affirmative sur les trois points emportait la peine de mort4 ,mais le jury1 peut-tre impressionn par l'attitude des religieuses1 peut-tre travaill par quelque scrupule de conscience1 rpondit3 ,oui aux deux premires questions et non la troisime qui tait la plus dangereuse4 ,sur quoi1 ,fouquier-,tinville se leva et requit l'application de la loi4 ,pour prambule1 il qualifia les religieuses de vierges folles1 puis il ajouta que puisqu'il tait jug qu'elles vivaient loin des affaires publiques1 elles n'auraient subi que la peine de la rclusion1 comme suspectes1 mais que1 n'ayant pas voulu dire la demeure et les noms des prtres rfractaires qui venaient chez elles1 c'tait comme si elles les avaient cachs dans leur maison 7sic74 ,en consquence1 elles taient condamnes la dportation et leurs biens confisqus au profit de la nation4 ,le tribunal pronona donc la peine de la dportation4 ,et l'auditoire1 convaincu qu'en exilant des ,carmlites fidles l'glise1 on sauvait d'un grand danger le rgime1 cria3 ,vive la ,rpublique6 ,en attendant qu'on les transportt ,cayenne1 les ,carmlites furent incarcres la ,salptrire1 maison de dtention rserve d'habitude aux prostitues clandestines et aux voleuses4 ,le #i ,thermidor1 qui mit fin la ,terreur1 ne leur donna cependant pas la libert4 ,on les transfra d'abord ,bictre1 parmi les folles1 puis la prison des ,anglaises1 rue des ,fosss-,saint-,victor4 ,enfin en #agif sur les dmarches pressantes d'un ami inconnu1 elles furent exiles en ,belgique et trouvrent un refuge au ,carmel de ,termonde4 ,,ix ,sur ,camille1 retire chez ses parents1 y observa autant que possible1 la vie claustrale4 ,elle pouvait librement vaquer ses exercices et jouir d'une profonde retraite4 ,on la servait en maigre aux mmes heures qu' son couvent et ,mme de ,soyecourt prfrait souvent se priver de la prsence de sa fille plutt que de troubler sa solitude4 ,malgr ce respect de sa vocation1 la ,carmlite souffrait d'tre spare de ses ,surs et se sentait d'autant plus isole que1 par prudence1 elle n'osait que rarement rendre visite la ,prieure et aux petits groupes disperss et l4 ,pour reprendre la clture1 elle forma1 un moment1 le projet d'aller jusqu' ,rome pied et en demandant l'aumne3 ,je me serais prsente1 disait-elle1 comme une pauvre inconnue aux ,carmlites de cette ville et je leur aurais demand l'entre de leur solitude4 ,elles auraient certainement eu piti de moi2 chez elles j'aurais retrouv le milieu sans lequel il me semblait que je ne pourrais plus vivre4 ,elle avait dj fait ses prparatifs et le jour du dpart tait fix4 ,mais sa mre qui1 de toute sa tendresse1 s'opposait ce dessein1 lui montra une lettre d'un cardinal qui1 consult1 condamnait absolument un exode aussi prilleux4 ,camille se rsigna4 ,elle esprait1 du moins1 pouvoir continuer vivre en religieuse dans l'htel familial quand1 le #ab fvrier #agid1 son pre et sa mre furent arrts par ordre du ,comit de sret gnrale sous l'inculpation de complot contre la ,rpublique et de menes liberticides4 ,m4 de ,soyecourt fut enferm aux ,carmes encore ensanglants des massacres de septembre et sa femme la prison de ,sainte-,plagie o vinrent bientt la rejoindre deux de ses filles3 ,mmes d',hinnisdal et de la ,tour4 ,les frres et beaux-frres de ,camille avaient migr1 de sorte que la religieuse se trouva toute seule4 ,elle s'attendait suivre sans grand dlai ses parents en prison4 ,mais probablement la police estima qu'en lui laissant la libert et en surveillant toutes ses dmarches1 on arriverait1 par elle1 dcouvrir la retraite de quelqu'un des prtres rfractaires qui se cachaient un peu partout dans ,paris4 ,ce calcul fut tromp3 la ,sur1 souponnant qu'on lui rservait le rle d'indicatrice involontaire1 se garda bien d'aller voir ses directeurs dont elle n'ignorait pourtant pas la retraite4 ,pour plus de sret1 elle dcida de quitter l'htel de ,soyecourt et de se drober1 si possible1 l'espionnage des agents du ,comit4 ,l'arrestation de sa famille1 crit la biographe1 la prvision de ce qui allait suivre lui taient une manifestation de la voie qui s'ouvrait devant elle4 ,il tait vident que ,dieu voulait lui demander plus qu'il n'a coutume de faire mme ses pouses4 ,l'hrosme lui tait offert1 mais l'hrosme dpouill de gloire1 l'hrosme petite journe1 c'est--dire non tel ou tel acte passager dont la promptitude rend l'excution facile1 mais l'hrosme qui lutte pied pied contre les cueils du chemin1 qui soutient1 avec nergie1 des combats quotidiens et renouvels sous les formes les plus pnibles444 ,il lui fallut accepter la lutte dans la solitude du cur et de l'me1 vivre de ,dieu seul1 sans secours spirituels1 parmi des inquitudes constamment renouveles1 et dans le dnuement4 ,cet hrosme1 elle l'accepta4 ,les preuves se multiplirent4 ,le #be mars1 ,mme de ,soyecourt mourut en prison d'une fivre infectieuse4 ,peu aprs ,m4 de ,soyecourt et ,mme d',hinnisdal comparurent devant le ,tribunal rvolutionnaire1 furent condamns mort presque sans dbats et guillotins le jour mme4 ,mme de la ,tour1 remise en libert1 alla se cacher en province4 ,des autres parents de ,camille1 aucune nouvelle4 ,la ,sur1 accompagne d'une ,carmlite de ,pontoise qu'elle avait recueillie sur le pav1 quitta donc la maison paternelle4 ,afin de djouer les recherches dont elle tait l'objet1 pendant plusieurs semaines1 elle se transporta de taudis en taudis1 dnue de linge et de vtements de rechange4 ,quant aux ressources pcuniaires1 au moment de sa fuite1 elle possdait six francs4 ,dcrivant cette priode de son existence1 elle a dit plus tard3 ,que de fois j'ai pass la journe sans nourriture6 ,le jene du ,carmel si rigoureux n'approche pas de celui qui m'tait impos cette poque4 ,quand j'avais pu1 grce un peu de travail ou la charit d'autrui1 obtenir quelques aliments1 mon inhabilet les apprter les rendait presque inutiles4 ,ma compagne n'tait gure plus adroite que moi4 ,si bien que1 habituellement1 nous n'obtenions que d'tranges ragots4 ,par exemple1 il leur arrivait d'acheter un hareng saur4 ,ne sachant de quelle faon l'accommoder1 elles le faisaient cuire dans de l'eau chaude et trempaient un peu de pain dans le bouillon4 ,mon estomac1 dit-elle1 avait bien de la peine garder ce potage4 ,mais ce n'est pas tout2 une fois nous avions rserv le poisson pour notre repas du lendemain1 quand un malencontreux chat1 peu soucieux de nos msaventures1 y ajouta celle de dvorer1 la nuit mme1 notre rserve4 ,c'tait un dsastre1 car dans son ignorance de la vie pratique1 elle avait espr ne dpenser qu'un sou par jour pour sa subsistance4 ,une autre fois1 entendant le cri d'un marchand de lait dans la rue1 elle descendit aussitt de sa mansarde1 avec une petite tasse1 pour s'en procurer4 ,comme elle passait les bras travers les barreaux de la charrette1 le laitier remarquant la blancheur et la finesse de ses mains souponna une aristocrate4 ,h l1 sacr petite ci-devant1 s'cria-t-il1 avec un gros rire1 on a donc oubli de te couper le cou8 ,et en mme temps1 le malotru fit mine de lui prendre la taille4 ,camille pouvante s'enfuit avec sa tasse vide4 ,ce jour-l1 elle ne mangea rien4 ,certain jour o des travaux de couture lui avaient rapport une pince d'assignats1 elle voulut faire des provisions4 ,ayant acquis des ufs1 quelques lgumes et un quarteron de beurre1 elle en avait rempli un petit panier qu'elle emportait chez elle1 lorsque chemin faisant1 l'ide lui vint de rendre visite quelques-unes de ses ,surs runies rue du ,regard4 ,les religieuses ignoraient sa dtresse4 ,souffrant1 elles-mmes de la faim1 d'une faon peu prs continuelle1 elles crurent que ,camille leur apportait du secours4 ,elles l'embrassent et lui expriment1 les larmes aux yeux1 leur reconnaissance4 ,devant cette explosion de gratitude1 la visiteuse se garde bien de les dtromper4 ,elle leur abandonne le panier dont le contenu devait la faire vivre plus d'une semaine4 ,elle se retire1 s'gayant part soi de la plaisante aventure et on ne peut plus heureuse d'avoir pu leur dissimuler cet acte de charit4 ,quand elle souffrait par trop de la famine1 elle se glissait dans le jardin de l'htel de ,soyecourt o un domestique avait t laiss comme gardien des scells apposs par la police4 ,cet homme levait quelques poules4 ,la ,sur s'informait si elles avaient pondu4 ,dans l'affirmative1 elle demandait un uf1 le gobait cru sur place--et cela faisait le repas d'une journe4 ,quelquefois1 elle reut l'aumne4 ,c'est ainsi qu'un matin o sa fortune se montait trois sous1 elle les offrit une vieille marchande de pommes contre une demi-douzaine de ces fruits4 ,la bonne femme considre sa maigreur et ses traits tirs1 et aussitt elle lui met dans les mains une livre de ses plus belles pommes en lui disant d'une voix amicale3 ,tenez1 ma mignonne1 fourrez tout cela dans vos poches et gardez vos trois sous4 99 99 99 99 99 ,elle n'tait pas au bout de ses peines1 car le #af avril #agid1 la ,convention vota un dcret interdisant aux ci-devant nobles d'habiter ,paris4 ,camille dut obir4 ,ne voulant pas trop s'loigner de ses compagnes1 elle se rfugia aux ,moulineaux1 dans une ferme qui appartenait ses parents4 ,un rgisseur malhonnte s'y tait habitu considrer le domaine comme son bien propre et s'en attribuait le revenu au dtriment des propritaires lgitimes4 ,il reut assez mal la fugitive mais il n'osa point lui refuser abri et nourriture4 ,quoique avec mauvaise grce1 il souffrit que la ,sur s'occupt de la vente des denres et en tirt quelques ressources2 mais en compensation1 il exigea qu'elle ft la besogne d'une fille de ferme4 tant sous la surveillance de la police1 elle devait se prsenter1 chaque jour1 la municipalit4 ,lorsqu'elle voulait se rendre1 pour quelques heures ,paris1 il lui fallait solliciter une permission spciale qui ne lui tait accorde qu'aprs cent formalits malveillantes4 ,elle n'en continuait pas moins suivre sa rgle aussi exactement que possible2 c'tait sa seule joie et elle ne craignait qu'une chose1 c'tait de manquer de ferveur4 ,on jugera combien sa fidlit fut mritoire par ce passage d'une de ses lettres3 ,le soir1 lorsqu'aprs une journe de labeur tel que je n'en avais jamais connu1 il me fallait rciter ,matines aprs neuf heures1 le violent effort que je devais faire pour vaincre ma lassitude me donnait une fivre qui m'empchait de dormir toute la nuit4 ,dans le mme temps1 ,dieu lui envoya un directeur3 ,m4 ,jalabert1 ancien archidiacre de ,notre-,dame1 qui avait trouv une cachette dans une maison de l'le ,saint-,louis4 ,ce fut un grand rconfort pour ,camille que de se rendre1 tous les huit jours environ1 auprs de lui4 ,elle se confessait2 recueillait prcieusement les consolations du bon prtre et1 parfois aussi1 assistait une messe clandestine o elle recevait la sainte communion4 ,pour traverser les rues de ,paris sans tre remarque1 elle s'affublait du costume que presque toutes les femmes du peuple revtaient cette poque3 une jupe blanche raye de rose ou de bleu1 un grand fichu nou dans le dos1 un bonnet de mousseline piqu d'une cocarde tricolore et des sabots4 ,cette tenue ne lui plaisait gure4 ,aussi pour la subir le moins longtemps possible1 elle partait des ,moulineaux1 vtue de la robe de bure brune qu'elle portait la ferme et avec son dguisement--comme elle dit--dans une serviette1 sous son bras4 ,arrive dans la plaine de ,grenelle1 elle s'arrtait derrire un buisson1 changeait de vtements et entrait en ville1 pareille tout le monde4 ,au retour1 elle se rhabillait en paysanne la mme place4 99 99 99 99 99 ,ce qu'il faut retenir de cette existence au jour le jour1 c'est la srnit parfaite avec laquelle ,sur ,camille en supporta les souffrances et les angoisses4 ,elle avait endurer un maximum de tribulations3 le chagrin que lui avait caus la mort tragique de ses parents lui dchirait l'me2 elle vivait dans la misre1 parmi les outrages1 les soupons et les svices2 d'un moment l'autre1 elle pouvait tre arrte1 jete en prison1 guillotine2 enfin les motions terribles ressenties depuis le commencement de la ,rvolution lui avaient inflig une maladie de cur si grave que1 quelques annes aprs1 les mdecins disaient qu'elle en mourrait de bonne heure4 ,or1 malgr le prsent si sombre et l'avenir si incertain1 elle demeurait tellement unie la croix du bon ,matre1 elle gardait1 selon sa vocation1 une conscience si nette de sa fonction de victime expiatoire pour les pchs et les folies sacrilges de ses contemporains1 qu'une paix radieuse manait d'elle4 ,ah6 c'est que le soleil intrieur ne cessait de rayonner travers les nues qu'accumulait l'orage rvolutionnaire4 ,quelque chose de cette illumination surnaturelle apparaissait dans son regard limpide4 ,tous ceux qui l'approchaient en taient impressionns4 ,l'influence tait si formelle que le maire des ,moulineaux1 sans-culotte effervescent1 s'bahissait de la subir3 ,cette petite nonnain dfroque1 disait-il1 quand elle me regarde avec son air tranquille1 elle me ferait faire tout ce qu'elle veut444 ,o sang lumineux de ,jsus1 comme tu empourpres l'me qui se voue revivre ta ,passion6 ,mme ceux qui t'outragent ou te nient reoivent tes effluves et les splendeurs de ta ,charit intarissable444 ,x ,la vie errante de ,sur ,camille n'tait pas encore termine4 ,la ferme des ,moulineaux fut mise en vente et la pauvre vagabonde involontaire dut chercher un autre asile4 ,l'employ de la mairie1 charg de la surveillance des ci-devant nobles1 la prit en piti et la logea dans une maison abandonne du village d',issy4 ,c'tait une masure en ruines mais ,camille se jugeait trop heureuse d'avoir un toit pour s'abriter car toutes ressources lui faisant alors dfaut1 elle ne possdait pas de quoi payer la location mme d'une mansarde4 ,dans ce dnuement1 une aubaine lui vint4 ,une ancienne ,sur converse de la rue de ,grenelle1 ,catherine de la ,rsurrection apprit sa dtresse et vint vivre avec elle4 ,la bonne fille possdait deux cents francs qu'elle avait gagns en se plaant comme servante depuis l'poque de la dispersion4 ,cette somme minime suffit faire subsister les deux religieuses pendant plus de trois mois4 ,dans l'humble rduit o elles vivotaient de la sorte1 elles russirent disposer une chapelle et des prtres rfractaires1 cachs dans les carrires et les bois des environs1 y vinrent dire de temps en temps la messe en grand secret4 ,les ,carmlites reurent d'une faon assez suivie la ,sainte ,eucharistie dont elles taient prives depuis si longtemps4 ,et1 comme on le pense bien1 ce divin fortifiant leur fit oublier toutes les privations4 ,sur ces entrefaites1 arriva la raction de ,thermidor3 ,robespierre et sa bande furent mis hors la loi par l'initiative de quelques-uns de leurs complices qui1 rompant avec la lchet propre aux nergumnes de la ,convention1 guillotinrent l'affreux ,petdeloup pour viter qu'il les guillotint4 ,le rgime de la ,terreur s'effondra dans la boue et dans les flaques de sang4 ,les prisons s'ouvrirent et les proscrits respirrent4 ,comme l'a trs bien dit ,m4 ,pierre de la ,gorce1 dans sa belle ,histoire religieuse de la ,rvolution 7,t4 ,,iii in fine73 ,on tuera encore4 ,il y aura encore dans l'ordre politique bien des violences1 dans l'ordre religieux bien des perscutions4 ,cependant1 pour qui ne s'applique pas aux dtails mais voit les vnements par masses1 on a touch le fond de l'abme4 ,maintenant c'est la remonte qui commence4 ,elle commence par la socit civile4 ,encore quelques mois1 et bien qu'avec de tenaces pratiques d'intolrance1 bien qu'avec le maintien de lois iniques1 elle commencera aussi pour la socit religieuse444 ,il tait temps pour ,sur ,camille que la ,terreur prt fin4 ,en effet elle venait d'tre prvenue que son dossier avait t remis ,fouquier-,tinville4 ,on la cherchait pour la traduire1 la semaine suivante1 au ,tribunal rvolutionnaire o sa condamnation tait certaine4 ,car1 suivant l'expression de sa biographe1 la demi-libert dont elle avait joui ressemblait assez celle que la bte fauve laisse sa proie1 lorsqu'aprs l'avoir mise dans l'impuissance de s'chapper1 elle la rserve pour l'heure de son caprice4 ,le #ae octobre #agid1 ,sur ,camille obtint la permission de rentrer ,paris4 ,elle se logea dans un petit appartement de la rue des ,postes1 voisin de la maison o1 sous l'ancien rgime1 il y avait un sminaire4 ,la chapelle n'en avait pas t profane mais seulement dpouille de ses ornements4 ,la ,carmlite eut l'ide d'y rtablir le culte4 ,a cet effet1 elle s'abouche avec l'abb ,baudot1 ancien suprieur du sminaire1 qui entre avec joie dans son projet4 ,quelques mes dvoues se joignent eux4 ,la chapelle est nettoye1 pare tant bien que mal1 et1 un jour de la fin de janvier #agie1 on y dit1 pour la premire fois1 la messe4 ,il y eut ensuite un salut du ,saint-,sacrement4 ,l'abb ,baudot y bnit1 avec motion1 une foule de chrtiens prosterns dans un recueillement qu'interrompaient seuls les larmes et les sanglots444 ,l'allgresse de ,sur ,camille fut si grande et si vif le souvenir qui lui en resta qu'elle ne pouvait en parler qu'avec attendrissement3--,si le sentiment que j'prouvais alors1 disait-elle1 avait dur quelques instants de plus1 je ne sais si j'aurais pu y rsister4 ,heureuse mille fois si la joie de revoir mon ,dieu glorifi m'et fait mourir alors6 99 99 99 99 99 ,les preuves supportes avec une si hroque constance1 depuis quelques annes1 par la ,sur ,camille avaient dvelopp les qualits d'nergie et d'initiative que ,dieu avait mises en elle4 ,sa premire pense fut de reconstituer1 au moins partiellement1 la communaut4 ,quelques ressources lui tant venues1 elle obtint de sa prieure1 la ,mre ,nathalie1 l'autorisation d'entamer des dmarches cet effet4 ,trouver un local tait le plus urgent4 ,elle s'y employa sans dlai et ne tarda pas dcouvrir1 rue ,saint-,jacques1 une maison assez spacieuse qui avait longtemps servi d'auberge1 sous l'enseigne de la ,vache noire4 ,elle en fit l'achat1 des conditions peu onreuses1 et s'y installa1 tout de suite avec neuf de ses compagnes chappes la guillotine ou l'exil4 ,la ,mre ,nathalie ne tarda pas les rejoindre en compagnie de six autres religieuses4 ,ds mars #agie1 on put reprendre les exercices rguliers et organiser l'existence conventuelle4 ,tandis que le rez-de-chausse fournissait quelques pices destines au service extrieur et aux travaux en commun1 les tages suprieurs formaient une salle de communaut1 un rfectoire et des cellules improvises4 ,il ne manquait que la clture qu'on n'osa rtablir car le gouvernement rvolutionnaire demeurait ombrageux et et considr un local ferm ses investigations comme un foyer de complots contre la ,rpublique4 ,au centre de la maison1 les ,carmlites rigrent une chapelle o bientt1 de toutes parts1 des prtres rfractaires vinrent clbrer les offices4 ,ils taient si nombreux que les messes se succdaient1 sans arrt1 de cinq heures du matin midi4 ,l'abb de ,dampierre1 ancien grand-vicaire de l'archevque de ,paris se montra l'un des plus assidus4 ,les fidles accoururent en foule de tout le voisinage4 ,leur empressement s'explique par le fait que la paroisse1 ,saint-,jacques du ,haut-,pas1 tait occupe par le clerg constitutionnel et que les vrais catholiques1 obissant aux instructions du ,pape1 fuyaient les intrus4 ,voyant cette affluence1 ,m4 de ,dampierre fit placer des fonts baptismaux4 ,on donna le baptme2 on clbra des mariages4 ,et ainsi1 la petite chapelle devint un centre o1 chaque dimanche1 on chantait la grand'messe et les vpres1 on prononait des sermons4 ,en #agif1 un dcret autorisa les nobles non migrs rentrer dans leurs biens mis sous squestre depuis plus de trois ans4 ,ceux de la famille de ,soyecourt taient considrables2 outre l'argent liquide1 il y avait des maisons ,paris et des terres en ,picardie4 ,sur ,camille s'en trouva propritaire en partage avec sa sur ,mme de la ,tour et son neveu1 le jeune comte d',hinnisdal4 ,elle se rjouissait de ce retour de fortune qui allait lui permettre non seulement de placer sa communaut l'abri du besoin mais aussi de secourir d'autres maisons de l',ordre quand un scrupule lui vint3 son vu de pauvret ne constituait-il pas un obstacle une prise de possession de l'hritage paternel8 ,elle se rappelait qu'au temps o l',assemble nationale supprima les vux1 ,pie ,,vi avait dclar qu'aucune puissance civile ne pouvait dlier les consciences4 ,pour rien au monde ,sur ,camille n'aurait pass outre cette dcision4 ,elle consulta ses directeurs4 ,ceux-ci lui suggrrent d'adresser une demande au ,pape l'effet d'obtenir la permission d'accepter sa part dans la succession de ses parents4 ,l'humble ,carmlite hsita1 dit la biographe4 ,il lui semblait voir crouler le rempart qu'elle avait voulu placer entre elle et le monde4 ,hlas1 s'criait-elle1 est-ce qu'il me faudra ne plus tre pauvre8 ,mais l'assurance lui fut donne que rien1 en fait1 ne serait chang son dnuement4 ,alors elle se rsigna rdiger une supplique o elle exposait au ,pape les motifs de sa dmarche et la tristesse que son cur en prouvait4 ,pie ,,vi rpondit immdiatement par un ,bref qui permettait ,sur ,camille d'acqurir1 nonobstant son vu de pauvret1 des biens meubles et immeubles et d'en disposer tant pour son propre intrt que pour le soulagement des religieux de l'un et de l'autre sexe et d'autres personnes ecclsiastiques qui se trouveraient dans le besoin1 dclarant d'ailleurs que la permission accorde ne prjudiciait aucunement la substance du vu solennel de pauvret4 ,ainsi rassure et autorise1 ,sur ,camille se lana dans les courses1 sollicitations et paperasses ncessaires pour recouvrer son d4 ,comme cette poque1 la bureaucratie svissait dj d'une faon intense1 multipliait les formalits1 et fondait la tradition de traiter le public comme un ennemi personnel1 la ,carmlite connut tous les tracas des infortuns que des intrts vitaux obligent d'affronter les minuties et les rebuffades de la gent administrative4 ,aussi calme qu'active1 elle ne se laissait pas dconcerter4 ,on nous la montre ple1 mince1 douce1 jamais impatiente ni fivreuse malgr les difficults de la tche entreprise4 ,vtue d'une robe de laine noire1 dit ,m4 ,lenotre1 coiffe d'un bonnet blanc1 elle courait les bureaux1 les notaires1 les hommes de loi4 ,elle obtenait1 peu peu1 la restitution presque intgrale des biens immenses de sa famille4 ,et c'tait pour les clercs et les ronds-de-cuir une stupeur d'entendre cette pauvresse1 avec son petit cabas sous le bras1 parler de millions1 de ventes de terres1 d'achats d'immeubles en un temps o les plus riches manquaient du ncessaire4 ,la bataille contre les potentats du papier timbr et les hauts gardiens des grimoires lgaux dura environ un an4 ,a force de persvrance1 ,sur ,camille obtint la victoire4 99 99 99 99 99 ,ds qu'elle fut en possession de sa fortune1 sans prendre une minute de repos1 elle se mit en devoir d'acqurir le couvent des ,carmes1 o1 l'on s'en souvient1 son pre avait t dtenu jusqu'au moment de comparatre devant le ,tribunal rvolutionnaire qui s'empressa de l'envoyer l'chafaud4 ,tout1 aux ,carmes1 se trouvait en piteux tat4 ,le clotre tait lou un marchand de bois qui en avait fait un dpt de planches4 ,dans le jardin1 un entrepreneur de plaisirs publics avait install une tente et un orchestre sous cette enseigne3 le bal des ,marronniers2 on y dansait chaque dcadi4 ,de l'ancien monastre1 les pierres seules subsistaient2 on balayait la neige dans l'intrieur comme dans la rue et1 sauf le mur o se voyaient encore les traces des balles et les claboussures de sang des massacres de septembre1 toute clture avait disparu4 ,le propritaire actuel tait un nomm ,foreson qui1 ne sachant que faire de ces vastes btiments1 projetait de les dmolir et de vendre les matriaux4 ,sur ,camille eut de longues ngociations mener avec cet homme qui lui demandait un prix excessif de la ruine4 ,enfin le march fut conclu2 la ,sur et ses compagnes prirent possession le #bi aot #agig4 ,aussitt1 l'on s'occupa de tout rparer et d'approprier le local aux obligations de la vie monastique4 ,par une pense touchante la ,sur choisit1 pour sa cellule1 la petite chambre o son pre avait vcu cinq mois avant de monter l'chafaud4 ,l'installation eut lieu sans trop d'obstacle4 ,toutefois1 un peu plus tard1 maints rvolutionnaires1 qui voyaient d'un mauvais il cette renaissance d'un foyer de superstition1 entreprirent de chasser les ,carmlites4 ,des articles de journaux hostiles et des pamphlets parurent qui dversaient sur les religieuses l'outrage et la calomnie4 ,entre autres diatribes1 on y lisait qu'une aristocrate impudente1 la citoyenne ,soyecourt prtendait lever en ce lieu un monument la mmoire du dernier tyran4 ,on disait aussi qu'elle formait un ramassis de bigotes et de pontifes sanguinaires pour prparer des attentats contre le rgime des ,droits de l',homme4 ,parfois aussi1 la populace du quartier se rassemblait autour de la maison et tmoignait l'intention de la mettre sac4 ,peu peu1 force de douceur et de charit l'on russit dissiper les prventions4 ,il y eut pourtant encore une alarme4 ,un matin1 un dtachement d'artilleurs envahit la rue de ,vaugirard et braque une pice de canon contre la porte du monastre4 ,la ,sur ,camille1 informe de ce qui se passe1 rassure la communaut4 ,je vais1 dit-elle1 me placer moi-mme la porte et si l'on tire1 je recevrai le boulet4 ,et en effet1 elle va s'asseoir sur une marche du perron1 face aux artilleurs4 ,elle ne leur dit rien1 se contentant de les regarder avec beaucoup de calme4 ,dconcerts par tant de sang-froid1 admirant1 malgr eux1 le courage de cette frle petite femme1 les sectaires battent en retraite4 ,en #agih1 la ,prieure1 ,mre ,nathalie mourut4 ,camille la remplaa par le suffrage unanime de ses ,surs4 ,vinrent enfin le #ah brumaire1 la dictature de ,bonaparte1 le ,consulat et l',empire4 ,la petite communaut vcut des jours moins troubls4 ,mais la ,mre ,camille devait personnellement subir encore la perscution4 ,il n'entre pas dans le cadre de cette tude de rapporter1 tout au long1 ses dmls avec la police impriale4 ,voici les faits brivement rsums d'aprs ,m4 ,lenotre4 ,en juillet #ahaa1 la police apprit1 par une lettre ouverte au cabinet noir et adresse ,mgr de ,grgori1 l'un des cardinaux tenus en surveillance sur l'ordre de l'empereur qu'une certaine dame ,camilla1 habitant le couvent des ,carmes1 s'occupait activement de faire copier et distribuer la bulle d'excommunication contre ,napolon fulmine par ,pie ,,vii aprs son arrestation ,rome et promulgue en secret pendant sa dtention ,savone4 ,le prfet de ,police1 baron ,pasquier1 fit une enqute et apprit sans difficult que cette dame ,camilla tait certainement la ,mre ,camille de ,soyecourt4 ,deux agents vinrent arrter la ,carmlite et la menrent la prfecture de police o elle fut mise au secret4 ,on lui fit subir de longs et minutieux interrogatoires desquels il ressortit qu'elle avait1 en effet1 pris une certaine part la diffusion de la ,bulle#ab4 #ab ,on trouvera le dtail de ces interrogatoires et leur texte officiel dans un appendice la ,vie de la ,mre ,camille4 ,on y admirera la fermet que montra la ,carmlite et comment elle sut mnager ses rponses de faon ne compromettre personne4 7,pices justificatives1 p4 #ef et suivantes47 ,l'instruction termine1 comme l'empereur avait interdit de donner de la publicit cette affaire1 ,camille1 par raison d'tat1 fut envoye en exil ,guise4 ,elle y logea chez les ,surs de l'hpital et1 tout aussitt les visites et les tmoignages de vnration se multiplirent1 ce qui mettait en grand souci le prfet du dpartement4 ,l',empire s'inquitait de cette femme aussi intrpide que douce2 la police surveillait le couvent des ,carmes o l'on assurait qu'elle venait quelquefois de ,guise sous un travestissement4 ,le fait tait exact4 ,la ,mre ,camille n'abandonnait pas sa chre communaut4 ,a diverses reprises1 elle fit le trajet pied1 affuble d'une jupe d'indienne carreaux bleus1 d'un corsage bis et d'un bonnet noir4 ,en outre1 chemin faisant1 elle contrefaisait la boiteuse4 ,grce ce subterfuge1 elle passait1 sans tre reconnue1 travers les mailles du rseau policier et parvenait rsider quelques jours auprs de ses filles4 99 99 99 99 99 ,la ,restauration mit fin son exil4 ,la ,mre ,camille1 de retour ,paris1 pouvait esprer la tranquillit4 ,mais aprs avoir support tant de traverses et de dmnagements1 il lui restait subir un dernier exode4 ,l'administration rclama le couvent des ,carmes pour y tablir une cole ecclsiastique4 ,la ,mre1 non sans chagrin1 fit un sacrifice sur les instances de l'archevque et transporta sa communaut dans une maison de la rue de ,vaugirard qui avait appartenu aux ,bernardines avant la ,rvolution4 ,c'est l que se termina son existence4 ,,xi ,tant que la ,mre ,camille possda quelques forces1 elle les employa au service de sa communaut4 ,suivant la rgle1 elle avait dpos sa charge de ,prieure en #ahad4 ,la religieuse qui lui succda1 ayant contract de graves infirmits pendant la ,rvolution1 ne put aller jusqu'au bout de son triennat et donna sa dmission4 ,la ,mre ,camille fut rlue sa place et assuma le gouvernement jusqu'en #ahde4 ,a cette poque1 il lui fallut dposer le pouvoir4 ,depuis longtemps1 sa sant priclitait4 ,percluse de rhumatismes1 afflige de crampes d'estomac opinitres1 elle souffrait1 en outre1 d'une maladie de cur4 ,lorsqu'elle en fut atteinte1 sous la ,rvolution1 les mdecins avaient dclar qu'elle n'y rsisterait pas plus de deux ou trois ans4 ,vanit des diagnostics humains3 malgr cette condamnation1 elle n'en atteignit pas moins une vieillesse trs avance4 ,pendant les dernires annes1 une paralysie des jambes l'immobilisa sur son fauteuil de paille4 ,elle y passait la journe1 pleine de srnit1 s'intressant tous les dtails de la vie conventuelle1 donnant des conseils1 encourageant les novices1 distribuant toutes les ,surs les fruits de sa longue exprience4 ,on a conserv plusieurs de ses propos4 ,citons-en quelques-uns qui achvent de peindre cette me exceptionnelle4 ,on avait t tonn1 dans son enfance1 de son immobilit l'glise1 malgr son extrme vivacit4 ,je ne rpondais rien1 disait la ,mre dans sa vieillesse1 quand on faisait cette rflexion devant moi mais je me disais3--,comment remuer quand le bon ,dieu me regarde8444--,vous regarde-t-il toujours de mme8 lui demanda une ,sur4--,oh6 ma fille1 lui rpondit la vnrable ,prieure1 c'tait alors le lait de l'enfance4 ,la foi nous donne bien mieux encore son divin regard4 ,maintenant1 il m'arrive de ne lui dire que ces mots3 ,mon ,dieu1 je crois444 ,mais parce que je crois1 j'adore profondment444 et il sait bien tout ce que je veux lui dire par l6444 ,elle aimait tant le travail que1 malgr les infirmits1 elle ne consentit jamais rester oisive4 ,jusqu'au dernier jour1 elle dfila de la laine pour faire des oreillers aux pauvres4 ,il faut travailler toujours1 disait-elle1 c'est une habitude prendre1 cela garde de mille imperfections et cela maintient l'esprit de pauvret444 ,d'ailleurs1 voyez si la pauvret abrge la vie4 ,malgr toutes les fois que j'ai eu faim et o tout me manquait1 me voici arrive quatre-vingts ans444 ,donc pauvret en tout1 pauvret partout1 pour soi-mme1 gne pour soi1 mais largeur pour autrui et magnificence pour ,dieu4 ,malgr les instances de ses filles1 elle ne voulait rien ajouter ou modifier l'alimentation plus que frugale du ,carmel4 ,l'ordinaire1 disait-elle1 rien que le petit ordinaire de la rgle4 ,j'aime tant nos pures l'eau et ce mets me va si bien qu'un bouillon me serait moins salutaire4 ,et elle employait d'innocentes ruses pour observer les grands jenes1 de sorte que la ,sur cuisinire s'criait3 ,notre ,mre mange comme un petit oiseau4 ,tout fait la fin1 on russit pourtant lui faire accepter parfois une grappe de raisin ou quelques gorges de lait4 ,mais il ne fallait pas les lui offrir trop souvent1 car alors1 elle refusait d'un ton si net qu'il n'y avait pas y revenir4 ,c'est qu'elle avait cet amour profond de la rgle qui fait les communauts ferventes4 ,la rgle avant tout1 disait-elle1 la rgle partout1 sans adoucissement et sans trve444 ,j'aimerais mieux voir la communaut dtruite que la rgle s'y affaiblir4 ,cette austrit ne l'empchait pas de se montrer enjoue aux heures de dtente4 ,a la rcration1 sur la demande des plus jeunes parmi ses filles1 elle improvisait de petites chansons qu'elle fredonnait d'une voix chevrotante1 semblable au tintement d'une sonnette d'autel assourdie4 ,ce couplet1 par exemple3 ,la vieillesse me gne1 ,j'ai quatre-vingt-dix ans2 ,je chante encore sans peine ,malgr mes maux cuisants444 ,ou encore3 ,dans ma longue carrire ,j'ai eu bien des tourments3 ,j'ai vu dessus la terre ,des bons et des mchants3 ,chacun meurt son tour ,et moi1 je vis toujours444 videmment ce n'est point l de la grande posie4 ,mais comme on trouve1 dans ces innocentes amusettes1 l'indice d'une me en paix avec elle-mme et qui1 en rcompense de son amour1 ,dieu confre la simplicit joyeuse de l'enfance6 ,son union ,dieu tait si intime qu'elle disait un jour3 ,jsus est toujours avec moi4 ,nous habitons1 l'un et l'autre1 dans la mme maison4 ,il se donne souvent moi et1 moi aussi1 je me suis donne tout entire lui4 ,je ne lui demande pas quelle rcompense il me donnera2 je suis paye d'avance4 ,je goterai dans le ciel plus de douceur et de consolation sans doute4 ,mais1 au fond1 je n'aurai rien de plus puisque1 ds cette vie1 ,il se donne moi4 99 99 99 99 99 ,en #ahdh1 elle s'affaiblit beaucoup et ne put gure quitter le lit4 ,pendant l'hiver de #ahdi1 il devint visible que la fin approchait4 ,a partir d'avril1 les symptmes de la maladie de cur s'aggravrent4 ,suffoquant d'une faon presque continuelle1 ne dormant plus1 elle passait les nuits rciter des psaumes4 ,elle avait fait placer en face d'elle deux images reprsentant la ,sainte ,vierge et sainte ,trse3 ,voyez1 disait-elle1 comme la ,sainte ,vierge me regarde4 ,elle semble me dire3--,demande-moi ce que tu voudras1 je te l'obtiendrai de mon ,fils444 ,ce sera elle et sainte ,trse qui remettront mon me entre les mains de ,dieu4 ,la dernire nuit fut agite mais aussi fervente que les autres4 ,elle chanta d'une voix forte encore le psaume3 ,cantate ,domino canticum novum4 ,puis elle s'cria3--,sainte ,vierge1 intercdez pour moi6444 ,ce furent peu prs ses paroles suprmes4 ,dans la journe qui suivit1 elle perdit connaissance4 ,l'aumnier lui confra l'extrme-onction et l'absolution sans qu'elle donnt signe qu'elle prenait part la crmonie4 ,a cinq heures du soir1 elle rendit le dernier soupir1 tandis que la ,communaut fondait en larmes autour de son lit4 ,c'tait le #i mai #ahdi4 ,la ,mre ,camille avait quatre-vingt-douze ans4 ,selon son dsir1 elle fut enterre dans la crypte de l'glise des ,carmes1 parmi les victimes des massacres de septembre4 ,aprs avoir subi l'preuve de la crainte desschante au temps o l'aberration jansniste pesa sur son me1 cette ,sainte ,religieuse s'panouit enfin dans le rayonnement du ,soleil d'amour qui habite les mes de bonne volont4 ,c'est pourquoi1 comme le dit sa biographe1 elle demeura vaillante et paisible au contact des vnements les plus redoutables2 c'est pourquoi elle possda cette charit forte et gnreuse qui fait qu'on se donne passionnment ,dieu pour sa gloire et celle de son glise4 ,nous vivons une poque de bolchevisme en croissance o rien ne prouve que des catastrophes semblables celles que la ,mre ,camille eut subir ne se reproduiront pas4 ,les enseignements fournis par son intrpidit dans la lutte contre le mal nous montrent comment une me1 qui aime vraiment son ,dieu1 se sauvegarde dans l'preuve4 ,saint ,paul a dit3 ,si nous n'avons d'esprance que pour cette vie seulement1 nous sommes les plus malheureux des hommes4 ,mais si1 l'exemple de la ,mre ,camille1 nous plaons toute notre esprance dans la vie venir1 quand viendra la tribulation1 quand les hritiers de la dmence rvolutionnaire se jetteront de nouveau1 la hache la main1 sur les fidles1 nous confesserons hautement notre foi et nous connatrons le bonheur de mourir pour ,notre-,seigneur ,jsus-,christ et nous obtiendrons la grce d'accomplir1 comme le dit encore saint ,paul1 ce qui manque sa ,passion4 ,,la ,,charit ,,du ,,malade ,i ,un petit livre m'est parvenu que je crois bon de signaler parce qu'il montre comment une me chrtienne1 qui s'ouvre gnreusement aux rayons du soleil intrieur1 peut faire abngation de ses propres souffrances pour se vouer la consolation des peines du prochain4 ,il s'agit1 dans ce volume#ac1 d'un jeune homme qui1 atteint d'un mal incurable1 non seulement usa ses forces dclinantes soigner les tuberculeux d'un sanatorium1 mais encore conut l'ide touchante de tresser sous le titre d',union catholique des malades1 un lien de prires entre le plus grand nombre possible de personnes affliges de maladies graves et disposes offrir par l'oraison1 leurs preuves comme un bouquet de roses rouges sur l'autel de ce ,sacr-,cur qui nous enseigne l'amour par la douleur4 #ac ,l',apostolat du malade3 ,louis ,peyrot 7#ahhh-aiaf71 par ,j4 ,p4 ,belin1 #a vol4 chez ,bloud et ,gay4 ,le plus simple1 pour faire saisir l'action vanglique de ,louis ,peyrot sera de raconter sa vie et de citer des extraits de son journal et de sa correspondance avec ses amis et avec quelques-uns de ceux qui suivirent avec lui la voie douloureuse et mirent leurs pas dans les pas de ,jsus montant au ,calvaire4 ,,ii ,louis ,peyrot1 fils d'un mdecin1 naquit ,nris-les-,bains1 petite ville d'eaux du ,bourbonnais1 le #aa janvier #ahhh4 ,il fit ses tudes ,paris1 au collge ,stanislas d'abord puis l'cole ,bossuet d'o il suivit les cours du lyce ,louis-le-,grand4 ,sa formation religieuse avait t commence dans la famille profondment catholique laquelle il appartenait4 ,elle se dveloppa et s'affermit encore sous l'influence des matres qui instruisirent sa premire jeunesse4 ,il tait1 du reste1 d'autant plus prdispos la subir1 que ,dieu l'avait dou d'un esprit srieux1 enclin la mditation1 une me prise de la vie intrieure et porte y conformer ses actes4 ,pour preuve1 cette phrase qu'il crivait l'ge de quinze ans3 ,il me semble que la vie consiste tudier avec rflexion l'ombre de l',infini qui plane sur nous1 la deviner autant qu'il est possible puis conformer notre existence cet idal entrevu4 ,ce qui caractrise galement ,peyrot c'est1 ds cette poque1 l'amour des humbles4 ,il tait de ceux qui la socit contemporaine1 imprgne de matrialisme1 pourrie par le got du luxe et les jouissances grossires1 procure un dgot irrmdiable4 ,l'gosme et la bassesse de pense des classes dites dirigeantes l'curaient4 ,il est probable aussi qu'il eut maintes occasions d'observer la bourgeoisie catholique et de constater que1 trop souvent1 chez elle1 l'esprit religieux s'est fig en des pratiques de convenance1 en un pharisasme rogue et glacial dont les asprits feraient fuir plusieurs centaines de kilomtres les aptres les plus intrpides4 ,toujours est-il que son penchant vers les pauvres s'affirma de bonne heure4 ,il prouvait1 crit son biographe1 un imprieux besoin de se rapprocher des faibles1 non pas pour tudier curieusement leur cas ou pour proposer des remdes leurs misres mais parce qu'il souffrait lui-mme directement de leur abandon1 parce qu'il se sentait rellement leur frre4 ,lui-mme a not ce sentiment dans une lettre un ami4 ,il lui crit3 ,c'est vrai1 j'aime profondment les pauvres4 ,je me plais mieux dans leur socit que dans le monde444 ,je vous assure que je ne suis pas fier d'tre bourgeois4 ,c'est un titre et un rang que j'abandonnerai bien volontiers si le bon ,dieu le veut6 ,son got pour les milieux populaires ne se bornait pas aux paroles4 ,en ses moments de loisir1 il allait parfois dner dans les restaurants sans faste o se nourrissent les ouvriers4 ,il y frquentait sans col ni cravate1 vtu d'un maillot de cycliste1 coiff d'une casquette4 ,c'est curieux1 disait-il1 comme dans ce costume1 je me trouve plus l'aise dans la rue4 ,voici son impression un soir o il tait entr1 par hasard1 en ce thtre ,montparnasse o les petites gens du quartier de la ,gat aiment se saturer de mlodrames fracas4 ,on donnait1 dit-il1 le ,chiffonnier de ,paris1 pice assez insignifiante et qui n'a rien de trs empoignant4 ,mais c'tait la salle que je considrais4 ,on se sent chez soi2 on y est venu sans crmonie1 en vtements de travail4 ,les femmes sont en cheveux2 les hommes restent couverts1 contrairement ce qui se passe ailleurs4 ,mais tout cela est gai1 d'une gat franche et qu'aucune tiquette ne contraint4 ,peu aprs1 il passa son baccalaurat et rsolut de se faire mdecin4 ,cette carrire le sduisait par cette possibilit indfinie de dvouement qu'il y entrevoyait4 ,il estimait qu'aprs celle du prtre1 c'tait la plus belle qu'on pt choisir4 ,tandis qu'il commenait ses tudes pour le ,p4 ,c4 ,n41 l'ide grandissait en lui de donner une part de son existence l'ducation chrtienne de la classe ouvrire4 ,et justement1 cette poque il dcouvrit le ,sillon4 ,pour un esprit qui aspire se donner1 pour un adolescent sans exprience et en qui l'enthousiasme du sacrifice dborde1 le socialisme1 premire vue1 offre par ses parades d'quit bien des aspects sduisants4 ,mais1 comme en ralit1 c'est une doctrine brutalement matrialiste et que le sophisme galitaire mne ses adeptes la haine1 l'envie et au got de la violence1 on doit conclure que l'arbre est mauvais et ne peut donner que des fruits dtestables4 ,l'erreur du ,sillon fut de tenter une conciliation entre ces thories destructives et le principe chrtien4 ,il y avait en outre1 chez certains ,sillonnistes1 une tendance anarchique plus ou moins consciente2 et de l leur condamnation par ,pie ,x4 ,louis ,peyrot se sourit sans faire de restrictions4 ,il crivait un ami3 ,il faut bien reconnatre que le ,sillon avait des torts4 ,l'quivoque cre par notre volont de faire uvre ducatrice1 tout en restant indpendants de l'glise1 a fait tout le mal444 ,nous n'avons qu' obir1 car le ,pape est seul juge de la tactique gnrale suivant laquelle il veut utiliser ses troupes444 ,et plus loin3 ,je ne pense pas que tu sois de ceux qui ont pens que la soumission du ,sillon prouvait que les catholiques mettent leur respect de l'autorit au-dessus de leur conscience4 ,les journaux protestants ne se font pas faute de rpter ce sophisme4 ,mais nous croyons que le ,pape a sur les questions de foi et de morale une comptence renforce par des grces uniques2 d'o notre confiance dans ses directions4 ,cette droiture dans l'obissance1 ce respect des dcisions pontificales1 cette rentre dans la discipline--qui constitue l'une des plus grandes forces de l'glise--valurent ,peyrot un redoublement d'nergie pour l'accomplissement du devoir chrtien4 ,il en eut la conscience trs nette4 ,l'essentiel1 disait-il1 est de suivre la voie o le ,seigneur nous appelle4 ,il ne peut vouloir que notre bien4 ,nous sommes donc certains1 en aimant ,dieu1 de nous aimer nous-mmes4 ,je veux dire3 nous sommes certains en obissant rigoureusement ,dieu1 de travailler notre bonheur4 ,notre bonheur1 c'est de vouloir ce qu'il veut1 de har ce qui est oppos ses desseins4 ,ds qu'il se fut ancr dans une conviction aussi louable1 il fut mr pour l'apostolat auquel la grce divine le rservait4 ,nous allons voir avec quelle vaillance il y rpondit4 ,,iii ,bnficiant de l'ancienne loi militaire1 en #aijf ,louis ,peyrot s'engagea dix-huit ans au #aba;e de ligne ,clermont-,ferrand1 afin de ne faire qu'un an de service de par la dispense du ,p4 ,c4 ,n4 ,ses classes termines1 comme tudiant en mdecine1 il fut employ l'infirmerie rgimentaire4 ,il chercha bientt se faire affecter l'hpital o il esprait travailler plus librement et tudier des cas intressants4 ,mais ce ne fut pas comme infirmier qu'il y entra4 ,en janvier #aijg1 il tomba malade de la grippe2 une bronchite succda et sans doute commenceront se dvelopper en ses poumons fragiles les germes de la tuberculose4 ,on le transporte ,paris1 on lui octroie des congs4 ,mais le mal ne cde pas et1 la fin de l'anne1 il est oblig de se rendre compte qu'il est gravement atteint et qu'il lui faudra se soumettre une cure de longue dure4 ,tout d'abord la perspective de l'inaction qui le menaait le consterna4 ,je n'avais jamais eu pareille preuve et celle-ci m'a trouv sans courage pour la subir444 ,mais cet tat de dpression ne persista point4 ,par la prire et l'abandon sincre la volont divine1 il ne tarda pas ragir3 ,cette longue inaction est bien pnible1 crit-il4 ,mais puisqu'elle tait utile aux desseins que ,dieu a sur moi1 il faut l'accepter avec joie4 ,le plus triste1 dans une maladie comme celle-l1 c'est qu'on ne peut plus former de projets qui aient chance de se raliser4 ,mais il fallait bien apprendre que ,dieu seul dispose entre tout ce que l'homme propose et je dois comprendre que l'on ne vit pas pour soi1 que l'on ne s'arrange pas une vie mais que l'on va o ,dieu a besoin de nous444 ,j'ai appris en mme temps qu'on ne doit jamais s'exagrer sa propre valeur1 se croire indispensable4 ,dieu a assez le moyen de nous remplacer4 ,on admirera cette vaillance dans la rsignation4 ,parce qu'elle se corroborait d'un grand esprit de foi1 ,peyrot en acquit un surcrot de ferveur religieuse4 ,et c'est alors qu'une lumire lui fut donne sur les moyens d'utiliser la maladie pour le bien des mes4 ,voici en quelles circonstances4 ,aprs un sjour ,nris o1 malgr les soins familiaux1 son tat ne s'amliora pas1 il consulta des spcialistes qui l'engagrent essayer d'une cure d'air au sanatorium de ,leysin dans le pays de ,vaud4 ,docile leur avis1 ,peyrot se mit aussitt en route4 ,il arriva ,leysin le #ba novembre #aijg4 ,il acceptait courageusement la situation sans1 toutefois1 s'illusionner l'excs sur ses chances de gurison4 ,car1 disait-il1 on voit ,leysin des hommes qui se sont dj soigns1 il y a dix ans1 qui se sont crus guris et qui sont forcs d'y revenir maintenant plus malades que jamais4 ,enfin1 la grce de ,dieu6444 ,au sanatorium1 il se lia d'amiti avec plusieurs jeunes gens1 aussi atteints ou plus atteints que lui-mme4 ,il leur donnait l'exemple de la patience2 il les remontait par sa gat et par les effusions discrtes du feu d'amour divin qui allait toujours s'accroissant dans son me4 ,plusieurs en subirent les effets et1 sous cette influence1 revinrent ,dieu4 ,jusqu'en #aiac1 son existence se partage en sjours alterns ,nris et ,leysin4 ,parfois le mal reste stationnaire4 ,peyrot chafaude alors des plans d'tudes mdicales et d'activit sociale1 publie des articles dans divers journaux et revues4 ,mais bientt1 la fivre et la toux reviennent1 plus implacables4 ,il passe par des priodes de dcouragement o il ne trouve presque plus la force de prier4 ,toutefois1 jamais il ne cessa de prononcer le ,fiat consolateur4 ,il s'ensuivit une paix intrieure et un accroissement de confiance en ,dieu qui se sont exprimes en des colloques d'une grande beaut dont il importe de citer quelques passages4 ,il s'crie3 ,mon ,dieu1 je ne demande pas monter trs haut4 ,je me serais content des chemins faciles de la plaine o l'on a des compagnons qui rient4 ,mon ,dieu1 ayez piti6444 ,et il poursuit1 prenant conscience que ,dieu1 par la souffrance1 l'attire vers les sommets de la ,charit3 ,la main qui me tire et qui me guide1 resserre son treinte et m'entrane4 ,j'entends une voix qui me dit3--,aie du courage6 ,sois humble4 ,si tu savais les cimes radieuses auxquelles je te conduis6 ,si tu savais quel soleil tu retrouveras aprs ces brumes phmres6444 ,tu te plains que tu es seul1 que tu ne rencontres que des amis peu nombreux4 ,mais c'est de quoi tu devrais me savoir gr4 ,je t'ai choisi du milieu de la foule4 coute3 tantt tu penses aux joies immondes que tu as quittes1 et tu murmures contre l'austrit de la voie o je te dirige4 ,tantt l'esprit du mal1 qui cherche te reprendre et te dtacher de ,moi1 te souffle du mpris pour ceux que tu as un peu dpasss1 grce mon aide4 ,tu oscilles entre la nostalgie de la boue sensuelle et l'orgueil du progrs que tu me dois4 ,reconnais que j'ai eu raison en enveloppant ta voie de brouillard4 ,abandonne-toi humblement moi2 celui qui me suit ne marche pas dans les tnbres4 ,viens1 je suis ta force et ta lumire4 ,tu n'es pas seul puisque tu es avec moi et que je t'aime1 moi1 ton ,dieu4 ,ainsi fortifi il ne tarda pas dmler que ,dieu ne lui demandait pas seulement l'acceptation personnelle de la souffrance1 mais lui inspirait d'appliquer aux malades ce dogme de la communion des saints qui constitue l'une des plus sublimes croyances de l'glise4 ,et peu peu se forma en lui le projet de cette ,union catholique des malades1 o se dpensrent gnreusement ses dernires forces4 ,,iv ,afin de bien montrer la faon dont l'ide naquit des mditations de ,peyrot et se ralisa1 je citerai un peu longuement certains passages de son journal et de sa correspondance qui rvleront mieux que toute analyse1 comment il s'oublia lui-mme pour assister autrui4 ,il commena par spcifier la valeur surnaturelle de la maladie3 ,dieu nous envoie la maladie1 crivait-il3 #a pour1 nous frappant dans nos forces1 nous ter le moyen de cder nos passions4 ,si votre il1 si votre main1 si votre pied vous scandalisent1 arrachez-les et jetez-les au feu4 ,dieu fait l'opration que nous n'aurions pas eu le courage de faire4 ,si ta vigueur te scandalise1 dtruis-la4 ,car il vaut mieux pour toi entrer dans l'ternit sans yeux1 sans mains1 avec des cavernes dans tes poumons1 infirme et sans muscles1 que d'avoir un corps sain et bien dvelopp et aller au feu ternel4 #b ,pour nous enlever de la vie active1 du monde1 o nous tions emports1 rouls dans le fleuve des occupations2 pour nous donner le temps de rflchir4 #c ,pour nous obliger penser la mort1 cet vnement si proche et si peu attendu1 si effrayant1 et si oubli1 si important et auquel nous n'attachons pas d'importance4 ,et pour que1 ayant pens notre mort1 nous apprenions faire le dpart en toutes choses entre celles qui meurent et celles qui sont immortelles2 entre ce qui passe et ce qui demeure1 entre le contingent et ce qui est ncessaire4 ,de faon ce que nous comprenions enfin le sens de la vie4 ,ensuite1 s'tant appliqu ces principes1 m par ce besoin de se dvouer aux autres qui fut la caractristique de sa belle me1 il se demande comment il pourra le faire par l'oraison1 ne pouvant plus le faire par l'action4 ,et il se rpond3 ,le malade peut tre utile aux autres3--#a ,par la valeur surnaturelle de ses souffrances1 utilises par la communion des ,saints4--#b ,parce qu'il peut exercer un apostolat spcial auprs des autres malades1 et en gnral de ceux qui souffrent1 tant seul au courant de leurs tats d'me4--#c ,il peut accomplir les uvres de misricorde l'gard de ses compagnons 7visiter les malades1 vtir et nourrir et dsaltrer ceux de ses compagnons qui sont dans le besoin1 donner des conseils1 encourager1 prier pour les autres3 vivants1 agonisants ou morts74--,la maladie est un privilge1 coup sr1 puisqu'elle nous mne progressivement l'union intime avec ,dieu1 en nous tant tout autre souci1 toute proccupation autre que celle de ,dieu4 ,j'en reviens la comparaison du sauvageon greff dont on coupe les rejetons pour que la greffe prospre en absorbant toute la sve4 ,alors l'ide se prcisa4 ,soutenu d',en-,haut1 ,peyrot se dit qu'une association de prires1 une mise en commun des ressources d'nergie morale que procure l'acceptation joyeuse de la maladie1 donneraient1 aux catholiques qui se grouperaient de la sorte1 des fortifiants d'me4 ,il fut1 ce moment1 sollicit de correspondre avec un malade qui se trouvait dans l'isolement4 ,il vit l une concidence providentielle et aussitt1 il conut l'ide d'un groupement autonome4 ,les malades y changeraient des cahiers o ils noteraient leurs mditations1 leurs oraisons et les rflexions que leur suggreraient leurs luttes1 en ,dieu1 contre le dcouragement et les mauvais conseils de la ,malice4 ,les cahiers ne sont pas seulement un exutoire1 un journal intime2 ce n'est pas non plus une tribune d'o l'on donne des conseils en pontifiant4441 crivait-il alors son ami ,jean ,g4 ,supposez--cela vous est dj arriv moult fois--qu'on vous prie de rendre visite un malade de votre sanatorium qui s'ennuie et a besoin d'tre rconfort4 ,vous imaginez parfaitement ce que vous lui direz pour le distraire d'abord1 lui faire voir les bons cts de la maladie1 lui faire esprer sa gurison1 l'inviter dans tous les cas la patience et1 l'occasion1 adroitement lui montrer le ,ciel et les raisons surnaturelles de souffrir4 ,cela1 vous savez trs bien le faire4 ,et vous concevez facilement qu'on puisse le faire par crit quand la distance interdit les visites4 ,encourag par de premiers rsultats assez favorables1 il s'assura du concours de quelques amis1 se mit en relations avec des malades disperss un peu partout et lana le premier cahier le #d mars #aiad4 ,il attendait l'effet produit avec une certaine anxit4 ,mais il fut vite rassur car1 ds la fin du mois1 le cahier lui revint accompagn de lettres qui prouvaient que son uvre serait fconde4 ,les sept premiers messages1 crivait-il1 sont trs bons1 tout fait ce qu'on pouvait esprer de mieux au point4 ,la varit des tempraments se combine heureusement avec l'unit de vues4 ,on sent dj quelle sera l'atmosphre3 chaude et simple1 courageuse et joyeuse444 ,je ne sais pas si c'est parce que cette ,union est un peu mon enfant1 mais je la vois d'un il enthousiaste6 ,dieu veuille la bnir et la conduire4 ,dieu la bnit en effet1 puisqu'elle compte aujourd'hui #aaj membres rpartis en #ab groupes1 #e en ,france et #g en ,suisse4 ,les relations entre tous ces malades1 entretenus dans leur ferveur par son initiative1 se soutenant1 s'exhortant les uns et les autres1 devinrent tout fait intimes4 ,peyrot1 pour resserrer encore le lien qui les unissait1 dcida de publier un livre d'or contenant des notices sur les membres disparus de l',u4 ,c4 ,m4 et quelques-unes de leurs lettres choisies parmi les plus mouvantes4 ,il crivit pour ce livre d'or une prface o il dfinissait admirablement cette amiti1 en quelque sorte surnaturelle1 qui attachait les uns aux autres tous les membres de l',union4 ,mes chers ,amis1 y disait-il1 nous ne nous sommes1 pour la plupart1 jamais vus2 tout au plus connaissons-nous1 par des photographies1 plus ou moins fidles1 et sans vie1 nos physionomies respectives444 ,nanmoins l'intimit de l',union catholique des malades est l'une des plus troites qui soient1 parce qu'elle est faite d'une communaut d'preuves et de vocation1 d'un difficile effort partag1 d'entr'aide1 et de compassion rciproque4 ,nous faisons de compagnie le mme voyage4 ,dans la foule o nous tions disperss1 nos infirmits nous ont servi de signe de ralliement3 qui se ressemble1 surtout par l'infortune1 s'assemble4 ,et puis1 comme nous avions les mmes certitudes divines1 comme nous marchions dans le mme espoir de l'incorruptible ,sant1 nous avons compris que nous tions frres et nous avons uni nos faiblesses pour mieux traner le lourd bagage de nos peines4 ,notre amiti1 c'est la rencontre de nos mes souffrantes dans la mme foi1 la mme esprance1 et la mme charit4 ,c'est pourquoi rien ne peut atteindre notre amiti1 puisqu'elle ne repose pas sur un attrait physique inconstant1 mais qu'elle est faite de raisons surnaturelles4 ,rien1 si ce n'est l'abandon volontaire de la collective ascension4 ,pas la mort1 en tout cas2 au contraire--puisque la mort1 c'est l'ascension termine1 les risques de chute dfinitivement abolis1 les raisons surnaturelles1 dont nous parlions tout l'heure1 claires1 multiplies1 fortifies par l',infini4 ,rien ne nous spare de vous1 chers amis dj parvenus ,dieu6 ,nous continuons nous prter mutuellement l'appui de nos intercessions2 vos messages ne viennent plus nous rconforter1 mais vous vous faites maintenant nos inspirateurs1 les auxiliaires de nos anges gardiens2 en change1 nos prires terrestres augmentent votre gloire dans le ,paradis2 et nos mes1 tous1 vivent toujours dans la mme communion des ,saints4 ,cinq mois aprs la mise en circulation du premier cahier1 la guerre clata4 ,peyrot souffrit d'abord cruellement de ne pouvoir courir aux armes pour la dfense de la ,patrie4 ,quoi1 s'criait-il1 rester tendu sur une chaise longue pendant que les autres se battent6 ,mais il ne tarda pas se reprendre et1 se tournant vers ,dieu1 il conut bientt la faon dont ses frres de souffrance et lui pourraient assister les combattants4 ,il crivait en octobre #aiad3 ,qu'allons-nous faire1 nous autres malades8--,prier1 c'est vident4 ,mais aussi prendre notre part de l'expiation ncessaire afin de hter la rdemption de notre pauvre patrie4 ,offrons tout de bon cur4 ,mortifions-nous au besoin4 ,faisons pnitence avec une ardeur inquite3 la ,france1 en attendant1 souffre tant4 ,et1 quelques jours plus tard1 il ajoutait3 ,la guerre continue1 la guerre sera longue et je vois bien1 mes chers amis1 que nous nous posons la question3 ,comment nous mettre1 nous aussi1 en campagne8 ,par quel biais collaborer1 malgr nos infirmits1 cet effort immense de notre patrie8 ,eh bien6 je crois que le rle des malades pourrait tre de faire dans leur milieu du courage1 de la confiance et de la joie4 ,nous devrions tre des foyers d'idalisme1 quelque chose comme des soldats l'intrieur combattant le pessimisme1 les fausses nouvelles1 les oiseaux de mauvais augure qu'il y a partout4 ,il nous reste la tche qu'avait si splendidement entreprise ,a4 de ,mun qui1 tous les jours1 par ses articles de l'cho de ,paris1 s'appliquait tourner les mes vers ,en-,haut1 unir les curs et tendre les volonts4 ,il y a et il y aura toujours davantage de blesss grivement1 amputs1 infirmes pour le reste de leur vie4 ,et nous sommes videmment dsigns pour tre les appuis de ces pauvres gens qui vont avoir faire le douloureux apprentissage de l'infirmit444 ,en l'absence d'une foule d'hommes utiles1 je me demande aussi s'il ne se trouvera pas de menus rles de la vie sociale et conomique que nous pourrions tenir4 ,il se trouvait alors dans sa famille1 ,nris4 ,l'hpital y tait rempli de blesss et1 dans un dsir de se dvouer1 il avait obtenu d'tre employ1 titre gratuit1 aux critures4 ,mais ce faible appoint la dfense nationale ne lui suffisait pas4 ,son zle patriotique1 son besoin de sacrifice intgral lui firent dsirer d'tre envoy au front pour y couper les fils de fer barbels qui dfendaient l'accs des tranches ennemies4 ,il crivit ,maurice ,barrs1 esprant obtenir1 par son intermdiaire1 qu'on l'acceptt pour ce volontariat hroque4 ,pourquoi1 disait-il1 ne pas employer1 dans ces missions prilleuses et meurtrires1 des gens comme nous1 vous en tout cas la mort1 mais qui seraient aussi capables1 transports immdiatement au lieu de l'action1 de tenir bon quelques jours et ainsi d'pargner d'autres vies4 ,barres lui rpondit que la chose tait impossible et termina sa lettre en l'engageant tout faire pour se gurir afin d'aider la reconstitution de la ,france aprs la victoire4 ,se gurir1 il ne l'esprait gure1 car il se savait profondment atteint4 ,du moins1 il voulut employer ce qu'il lui restait de forces au service des tuberculeux rforms de la guerre4 ,il obtint d'tre envoy ,cambo o l'on crait un sanatorium4 ,c'est l qu'il passa les derniers mois de sa vie4 ,il y arriva au printemps de #aiae et se mit vaillamment au travail4 ,sans entrer dans le dtail de son activit1 disons qu'il russit organiser le sanatorium d'une faon si pratique qu'il en fit une installation modle4 ,non seulement1 il disciplina les valtudinaires placs sous ses ordres et leur rendit le got de l'existence1 mais encore il en ramena beaucoup la pratique religieuse4 ,en mme temps il ne ngligeait point l',u4 ,c4 ,m4 et poursuivait sa correspondance avec ses adeptes anciens et nouveaux4 ,cependant son mal progressait4 ,pendant l't de #aiaf1 il se sentit bout d'nergie4 ,il crivait le #c juillet3 ,nous continuons de recevoir des malades et1 cette fois1 la maison est au complet4 ,il devient ennuyeux que je doive garder le lit car il y a des choses qui restent en souffrance4 ,aussi je suis dcid me retirer et laisser place quelqu'un de valide4 ,mais cela ne me sourit pas du tout de reprendre la vie d'inactivit444 ,mon ,dieu1 je ne comprends pas du tout vos vues mais j'accepte et j'obis4 ,donnez-moi la force1 ayez piti de moi6444 ,son dpart tait fix au #ah aot4 ,il avait fait ses adieux aux malades qui lui tmoignrent le grand chagrin qu'ils prouvaient de le perdre4 ,il comptait prendre un train du matin et rien dans son tat ne faisait souponner une aggravation subite de son tat4 ,mais1 dans la nuit il fut pris d'un vomissement de sang si prolong qu'il se rendit compte du danger qu'il courait4 ,cette fois-ci1 je crois que c'est la fin1 dit-il sa sur qui se trouvait prs de lui4 ,grce des soins empresss1 l'hmoptysie fut enraye4 ,mais ce n'tait qu'un rpit4 ,son biographe va nous dire sa fin3 ,vers minuit1 quand il fut calm1 il nous dit3 ,demain matin1 il faudra prvenir ,m4 le cur4 ,on le rassura2 tout danger immdiat semblait cart4 ,de nouveau seul avec sa sur1 il lui fit quelques recommandations1 voix basse ou par signes1 puis resta immobile et silencieux jusqu'au matin1 suant de petits morceaux de glace4 ,m4 le cur vint le voir 7l'aumnier avait d partir quelques jours avant71 mais lui refusa l'extrme-onction2 il n'tait pas en danger4 ,aprs avoir t assoupi toute la journe1 il fut trs agit la nuit suivante1 voulant que rien de ce qu'avaient conseill les mdecins ne ft nglig3 comme si une ardente volont de vivre avait succd la premire secousse4 ,le lendemain fut meilleur2 il remerciait gracieusement chacun de l'empressement amical qu'on lui tmoignait2 il ne voulait mme pas qu'on loignt les hommes de la maison par crainte du bruit1 mais ils aimaient trop ,peyrot pour n'tre pas parfaitement silencieux4 ,quelques-uns d'entre eux1 qui lui taient plus spcialement dvous1 demandaient comme une grce la faveur de le veiller4 ,le dimanche1 il allait bien4 ,il tait trs gai1 comme s'il voulait laisser les siens sur cette impression de belle humeur4 ,il riait de si bon cur qu'il lui fallait de temps en temps reprendre son srieux pour ne pas tousser4 ,l'inquitude se dissipait2 ce serait long1 sans doute2 ce n'est plus un mois de vacances qu'il faudrait1 il prendrait tout le temps ncessaire1 sans se soucier de la maison4 ,comme on avait laiss la porte entr'ouverte1 les malades1 qui ne l'avaient pas vu depuis trois jours1 en passant1 demandaient affectueusement de ses nouvelles4 ,aprs l'angoisse des derniers jours1 c'tait une dtente4 ,cette dernire nuit1 son ami ,d4 devait la passer prs de lui4 ,ils bavardrent encore1 ,louis toujours plein de flamme pour son projet de colonie du travail4 ,au matin1 il eut une lgre quinte de toux puis une seconde4 ,a peine le temps de serrer la main de son ami1 il perdit connaissance4 ,c'tait cette fois une hmorragie interne4 ,il eut peine vingt minutes d'agonie4 ,louis ,peyrot avait vingt-huit ans lorsqu'il mourut2 il avait si bien utilis sa maladie pour l'amour de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ qu'en recevant la ,lumire ternelle1 il pouvait s'crier avec le serviteur de l'vangile3 ,domine1 quinque talenta tradidisti mihi2 ecce enim quinque alia superlucratus sum4 ,v ,jsus-,christ achve sa ,passion en nous1 a dit ,pascal4 ,cette conviction que1 par les souffrances de son corps mystique1 qui est l'glise1 ,notre-,seigneur ne cesse de poursuivre la rdemption du monde1 constitue l'essence mme du dogme de la communion des ,saints4 ,aussi lorsque prouv par la maladie1 la gne1 les mille tribulations de l'existence1 le catholique1 s'oubliant lui-mme1 offre ses peines pour le soulagement d'autrui1 lorsqu'il prie pour ses frres douloureux comme ses frres prient pour lui1 lorsqu'il renforce son abngation d'un appel la misricorde divine pour le soulagement des mes du ,purgatoire1 il prend conscience de participer au sacrifice sans cesse renouvel de ,celui qui verse son sang1 chaque jour1 sur les autels pour notre salut4 ,alors1 si intenses1 si prolongs que soient les maux qui l'accablent1 une paix lumineuse s'panouit dans son cur4 ,son front saigne sous la couronne d'pines1 ses paules meurtries saignent sous la croix faite de tous les pchs de l'univers2 les tnbres psent sur sa tte4 ,les ennemis de ,dieu sifflent1 ricanent1 blasphment autour de son supplice4 ,mais lui leur rpond3 ,je souffre volontiers pour que1 quand vous serez vous-mmes dans la souffrance1 vous appreniez lever des yeux implorateurs vers le ,bon ,matre qui meurt et qui ressuscite chaque jour afin de nous dlivrer du ,mal1 afin que vos larmes ne soient point perdues444 ,cette solidarit avec ,notre-,seigneur montant au ,calvaire1 cette union de l'glise militante et de l'glise souffrante1 c'est par elles que nous trouvons la force de gravir le chemin hriss de cailloux aigus et de ronces qui aboutit au seuil de l'glise triomphante4 ,tous les fidles savent qu'il leur est salutaire de s'en pntrer et de les mettre en pratique4--,peut-tre1 cependant1 n'est-il pas superflu de nous rappeler combien elles nous sont ncessaires au temps o nous sommes condamns vivre4 ,le prsent est sombre2 l'avenir menaant4 ,la guerre horrible qui vient de finir apparat beaucoup comme le prologue de cataclysmes encore plus pouvantables4 ,qui sait si1 par la recrudescence de matrialisme o le monde s'entte chercher le bonheur1 nous ne verrons pas bientt ce ,rgne de la ,bte dont les barbares de ,germanie furent les prcurseurs1 dont les sauvages de ,russie tissent dj la pourpre sanglante et fangeuse8 ,peut-tre qu'il va surgir l',enfant de ,perdition dont saint ,paul a dit3 ,cet ennemi de ,dieu s'lvera au-dessus de tout ce qui est appel ,dieu tel point qu'il trnera lui-mme dans le temple de ,dieu1 en se faisant passer pour un tre divin4 ,et le mystre d'iniquit est en train de s'accomplir ds prsent2 et il faut que ceux qui sont fidles maintenant persvrent dans la fidlit4 ,car ce personnage1 qui doit arriver accompagn de la puissance de ,satan1 avec toutes sortes de signes1 de miracles et de prestiges trompeurs1 est orn de toutes les sductions qui porteront l'iniquit ceux qui sont destins prir1 parce qu'ils n'auront pas accept la ,vrit qui les aurait sauvs444 ,seigneur ,jsus-,christ1 c'est vous qui tes la ,vrit unique1 la ,lumire dans les tnbres1 et que les tnbres n'ont point comprise4 ,octroyez-nous la grce de ne point sombrer dans cette nuit sans toiles de l'apostasie o il est crit que beaucoup se perdront4 ,faites que nous souffrions avec allgresse selon que vous nous le demandiez lorsque vous nous avez rvl votre ,sacr-,cur4 ,souffrance par amour2 amour par la souffrance1 tel est le sens de votre enseignement4 ,faites que nous soyons rendus dignes de participer votre perptuel sacrifice4 ,qu'il ne s'teigne pas le soleil allum par vous dans nos mes6 ,donnez-nous des ,saints car la ,saintet seule peut nous sauver en ce monde qui se dtourne de plus en plus de votre ,face pour se prosterner devant les sombres lueurs du ,crpuscule irrmdiable o commence se dessiner la figure de l',antechrist444 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages ,saint ,joseph de ,cupertino #g ,catherine de ,cardonne #gg ,une ,carmlite sous la ,terreur #ahb ,la ,charit du malade #bea #ejhd4--;,imprimerie spciale de la ,maison ,bloud et ,gay4