,m4 ,,renan ,l',,allemagne ,,et ,l',,ath,,isme ,,au ,x,i,xe ,,si,,cle ,,par ,,ernest ,,hello ,,paris ,,charles ,,douniol1 ,,libraire1 diteur du ,correspondant1 ,rue de ,tournon1 #bi4 #ahei ,droits de traduction et de reproduction rservs4 ,,propri,t ,charles ,douniol ,,paris4--,,imprimerie ,,de ,w4 ,,remquet ,,et ,cie1 #e1 ,,rue ,,garanci,,re4 ,omnia in ipso constant4 7,saint ,paul47 ,la doctrine que je vais combattre nous adresse la parole au nom de quatre puissances3 la religion1 la socit1 la science et l'art4 ,je vais la montrer telle qu'elle est4 ,elle contient quatre choses3 ngation de la religion1 ngation de la socit1 ngation de la science et ngation de l'art1 en d'autres termes1 athisme et barbarie4 ,cette affirmation1 qui doit tre prise la lettre1 va devenir vidente4 ,cet ouvrage sera divis en deux parties4 ,la premire sera consacre l'athisme franais1 la seconde l'athisme allemand1 d'o dcoule le premier4 ,nous allons tudier l'athisme franais dans le plus illustre de ses reprsentants actuels1 ,m4 ,renan4 ,nous reconnatrons son magnifique talent2 mais nous l'admirerons sans nous laisser blouir par lui4 ,nous nous tiendrons en garde contre le charme de cette parole humaine qui s'est tourne contre la parole ternelle1 au lieu de la servir4 ,nous tendrons ce noble gar une main fraternelle2 nous lui offrirons dans nos rangs une place digne de lui4 ,c'est donc pour lui1 non contre lui que nous allons crire2 mais nous prouverons lui-mme et tous qu'il a lanc sur le monde ces quatre ngations4 ,,premi,,re ,,partie4 ,,chapitre ,,premier4 ,n,,gation ,,de ,,la ,,religion4 ,il y a deux manires d'tre athe4 ,on peut dire3 ,je suis athe2 ,dieu n'est pas4 ,on peut dire comme ,m4 ,renan3 ,je crois en ,dieu1 je l'adore2 mais il n'existe pas4 ,celui-l est athe qui nie ,dieu3 ceci est lmentaire4 ,or1 voici les paroles de ,m4 ,renan3 ,a ceux qui1 se plaant au point de vue de la substance1 me demanderont3 ,ce ,dieu est-il ou n'est-il pas8 ,ce ,dieu1 rpondrai-je1 c'est lui qui est1 et tout le reste qui parat tre4 ,suppos mme que1 pour nous1 philosophes1 un autre mot ft prfrable1 outre que les mots abstraits n'expriment pas assez clairement la relle existence1 il y aurait un immense inconvnient nous couper ainsi toutes les sources potiques du pass1 et nous sparer par notre langage des simples qui adorent si bien leur manire4 ,le mot ,dieu tant en possession des respects de l'humanit1 ce mot ayant pour lui une longue prescription et ayant t employ dans toutes les belles posies1 ce serait renverser toutes les habitudes du langage que de l'abandonner4 ,dites aux simples de vivre d'aspirations la vrit1 la beaut1 la bont morale1 ces mots n'auront pour eux aucun sens4 ,dites-leur d'aimer ,dieu1 de ne pas offenser ,dieu1 ils vous comprendront merveille4 ,dieu1 ,providence1 ,immortalit1 autant de bons vieux mots1 un peu lourds peut-tre1 que la philosophie interprtera dans des sens de plus en plus raffins1 mais qu'elle ne remplacera jamais avec avantage4 ,sous une forme ou sous une autre1 ,dieu sera toujours le rsum de nos besoins supra sensibles2 la catgorie de l'idal 7c'est--dire la forme sous laquelle nous concevons l'idal71 comme l'espace et le temps1 sont les catgories des corps 7c'est--dire les formes sous lesquelles nous concevons les corps74 ,en d'autres termes1 l'homme plac devant les choses belles1 bonnes ou vraies1 sort de lui-mme1 et1 suspendu par un charme cleste1 anantit sa chtive personnalit1 s'exalte1 s'absorbe4 ,qu'est-ce que cela1 si ce n'est adorer8 ,j'ai cit cette page pour aller1 ds le premier mot1 au fond de la question4 ,m4 ,renan veut habiller l'athisme1 parce que1 nu1 ce monstre fait horreur4 ,je veux dshabiller l'athisme1 parce que1 nu1 ce monstre apparat comme il est4 ,je veux montrer que la raison est en cause comme la foi1 attaque comme elle1 menace comme elle4 ,c'est l'arme du nant qui s'avance la conqute du monde1 pour dtrner l'homme et pour dtrner ,dieu4 ,l'ennemi veut dtrner ,dieu par la ngation1 la seule arme qu'il ait sous la main2 arme impuissante et pourtant chrie1 la ngation4 ,il veut dtrner l'homme par le renversement des lois constitutionnelles de sa raison et de sa pense4 ,dieu1 c'est l'tre4 ,or1 la personnalit tant une condition essentielle de l'tre absolu1 admettre l'tre et lui refuser la personnalit1 c'est dire3 l'tre n'est pas4 ,si l'tre n'est pas1 tous les tres sont impossibles1 et le nant est ncessaire4 ,le ,dieu de ,m4 ,renan1 le ,dieu abstrait1 n'est pas l'tre1 puisque l'ide de l'tre absolu implique ncessairement vie1 personne1 conscience4 ,donc1 si le vrai ,dieu tait ce ,dieu1 l'tre ne serait pas4 ,il est vrai que ce blasphme1 contenant une ngation absolue de l',ide1 contient une ngation absolue de la parole1 et le langage humain recule devant lui4 ,pour que l'tre soit parl1 il faut d'abord que l'tre soit4 ,l'homme ne peut nier l'tre sans l'affirmer au mme moment1 puisque son nom1 qu'il faut prononcer avant de le nier1 implique et contient dj son affirmation4 ,dieu n'est pas2 traduisez3 l'tre n'est pas1 ou3 l'tre est n'tant pas2 ou bien encore3 ,celui qui ,est n'est pas4 ,tchez donc1 pour nier ,dieu rellement1 de fuir dans un monde o vous puissiez parler et chapper au verbe3 tre4 ,a ceux qui se plaant au point de vue de la substance1 dites-vous4 ,mais comment voulez-vous qu'on ne se place pas au point de vue de la substance8 ,le nom de ,dieu1 ce bon vieux mot un peu lourd1 ne mrite-t-il pas qu'on demande s'il reprsente pour vous l'tre1 ou s'il reprsente le nant8 ,je suppose que ,m4 ,renan ne songera mme pas voir dans mes paroles une attaque personnelle1 ni rien qui ressemble cette misre4 ,a cette hauteur-l1 les personnes disparaissent devant les principes4 ,il m'coutera l'esprit libre1 et le cur calme4 ,s'anantir1 sortir de soi1 qu'est-ce que cela1 si ce n'est adorer8 ,mais1 pour adorer1 il faut adorer quelqu'un4 ,or qu'adore ,m4 ,renan8 ,un idal abstrait4 ,quel tre vivant a jamais pu adorer ce qui ne vit pas8 ,en faisant votre ,dieu1 vous n'avez oubli qu'une chose1 c'est que ,dieu est ncessairement la vie essentielle4 ,et pourtant vaincu par la ncessit de votre nature1 par la force des choses1 vous tombez genoux1 parce que l'homme ne peut pas faire autrement4 ,votre parole n'a pu viter l'invitable3 tre2 votre me n'vite pas l'invitable3 aimer4 ,vous tes celui qui n'est pas1 celui qui a besoin 7ego1 egeo74 ,donc vous adorez4 ,mais qui adorez-vous8 ,je vais vous le dire3 vous adorez le nant4 ,un ,dieu sans vie1 c'est le nant pur4 ,votre poids1 c'est votre amour1 et votre amour vous entrane toutes les ngations4 ,la critique1 entre vos mains1 au lieu d'tre une arme1 devient une divinit3 elle ne cherche pas pour trouver4 ,elle cherche pour chercher4 ,car1 si une fois elle avait trouv1 il lui faudrait adorer autre chose qu'elle-mme2 elle cherche pour chercher3 de cette faon-l elle s'adore pour toujours1 et son investigation n'aura pas de fin4 ,si la vrit demandait la critique3 ,quelle rcompense veux-tu8 dit ,m4 ,renan4 ,nulle autre que de t'avoir cherche1 rpondrait la critique4 ,voil la rponse officielle4 ,mais voici la rponse vraie3 ,nulle autre que moi-mme4 ,je n'ai que faire de toi4 ,c'est moi qu'il s'agit de glorifier4 ,je te dfends d'apparatre1 tu m'effacerais4 ,et ainsi triomphante1 la critique attire en faisant le vide4 ,elle veut rgner sur les ruines du monde1 non pour construire un nouvel univers1 mais pour se dire3 ,j'ai dtruit l'ancien4 ,cette reine du vide a des moments d'enthousiasme qui font peur4 ,ses enthousiasmes sont des lans vers la mort4 ,le plaisir de nier va chez elle jusqu'au vertige1 et je crois donner sa formule1 quand je dis3 le nant est son idal4 trange passion1 n'est-ce pas8 ,une passion qui a pour objet ,rien6 ,cette passion existe-t-elle dans l'humanit8 ,a-t-elle un sens8 ,a-t-elle un nom8 ,le nant peut-il inspirer quelque chose8 ,non4 ,mais voici le secret3 l'amour du nant1 c'est la haine de l'tre4 ,mais l'tre1 c'est le vrai1 le beau3 c'est le centre ador vers qui les tres se tournent1 et dans leur lan vers lui1 ,platon leur voyait pousser des ailes4 ,comment donc har l'tre8 ,prenez garde3 les tres aiment l'tre1 s'ils consentent suivre sa loi2 car l'tre est ncessairement la souverainet absolue4 ,mais s'ils veulent placer en eux la souverainet1 s'ils changent leur mouvement d'aspiration vers lui1 en un mouvement de rotation sur eux-mmes1 ils se prennent pour dieux1 et hassent le vrai ,dieu qui les gne4 ,le rayon1 qui veut se faire centre1 dteste le centre1 qui reste centre en dpit de tout4 ,le dtestant1 il le nie4 ,nier ,dieu1 ce n'est pas une doctrine3 c'est un cri de colre4 ,la ngation1 c'est la haine qui se dguise1 et l'criture place l'athisme non dans l'esprit mais dans le cur3 ,dixit insipiens in corde suo3 ,non est ,deus4 ,quand la haine s'est dguise sous la ngation1 l'ouvrage n'est pas termin4 ,il s'agit de dguiser la ngation sous les apparences du respect2 la rhtorique se charge de cette affaire dlicate1 et l'athe furieux vous parle en termes polis de son respect pour toutes les religions4 ,ce pluriel est une perfidie6 ,la religion1 c'est la religion unique et absolue4 ,c'est celle-l qui s'appelle la ,religion4 ,les religions qui ne sont pas le catholicisme1 ce sont les altrations de la religion4 ,mais si1 passant sous silence la religion1 je vous parle seulement des religions1 je les assimile toutes1 et je vous les prsente comme des formes diverses de la mme erreur4 ,je conois trs-bien que l'homme qui hait la religion aime les religions4 ,la religion est pose par ,dieu4 ,donc nous n'y pouvons toucher4 ,s'agit-il des religions8 ,l'orgueil les aime1 parce qu'il sent que l c'est l'homme qui s'adore1 sous prtexte d'adorer ,dieu3 car ces religions sont l'ouvrage de l'homme1 et l'auteur d'une religion en est ncessairement le ,dieu4 ,toute adoration vraie reconnat que ,dieu c'est l'tre1 et que l'homme est par lui-mme un nant4 ,toute adoration fausse tend affirmer que l'homme est l'tre et que ,dieu est le nant4 ,sous quel discours voile-t-elle sa pense8 ,ceci varie1 comme l'habilet des crivains4 ,dieu tant le nant1 l'homme lui est trs-suprieur2 aussi l'athisme adore-t-il l'humanit qui est1 pour lui1 la plus haute expression de l'tre4 ,le ciel supprim1 il faut que la terre prenne sa place4 ,seulement l'orgueil ne peut pas ajuster le monde la supposition qu'il fait4 ,il est moins fort pour agir que pour parler4 ,il est moins puissant que subtil4 ,il n'a pas encore pu1 en proclamant que l'homme est ,dieu1 rendre ce ,dieu immortel et invulnrable4 ,les religions1 en ce qu'elles ont de faux1 sont poses par l'homme qui les fait et les dfait suivant le caprice du moment4 ,or1 l'homme ne hait la religion que parce qu'il n'a pas de prise sur elle3 elle le domine2 elle le gouverne4 ,la religion est intraitable4 ,mais les religions sont commodes1 flexibles1 maniables4 ,on les travaille comme on veut4 ,de l la sympathie de tous les athes pour toutes les hrsies4 ,le rationalisme fait comme l'empire romain4 ,il reoit volontiers un ,dieu nouveau qui demande droit de cit1 ct des autres1 dans le ,panthon4 ,il repousse le vrai ,dieu qui est ncessairement unique1 exclusif et immuable4 ,l o une histoire des variations n'est pas possible1 l'orgueil se cabre1 parce qu'il a horreur de tout ce qui ne vient pas de lui4 ,or1 le caractre propre de la religion1 c'est de ne pas venir de l'homme4 ,dieu est la fois cach et vident au fond d'elle4 ,aveugle qui ne le voit pas4 ,la religion est le point de rencontre1 le point d'intersection entre le mystre et la lumire4 ,comme la colonne qui guidait les ,hbreux dans le dsert1 elle est lumineuse d'un ct1 obscure de l'autre1 et l'homme en la contemplant1 est dans l'impossibilit de dire3 ,voil mon uvre4 ,dieu1 s'il est le nant1 n'a pas de verbe4 ,jsus-,christ n'a pas de raison d'tre4 ,jsus-,christ6 voici le fond3 voici la racine1 voici l'intime de la question4 ,jsus-,christ6 voil o vise l'amour1 voil o vise la haine6 ,notre sicle1 qui va au cur de tout1 va droit ,jsus-,christ pour l'adorer ou le crucifier3 il sait que c'est en lui que ,dieu est touch au cur4 ,l'tre suprme de #ic1 l'orgueil ne le hait pas4 ,robespierre tolrait le ,dieu de ,luther et de ,calvin4 ,il sentait dans ce ,dieu la part de l'homme4 ,le ,dieu ha1 le ,dieu perscut1 le ,dieu maudit1 le ,dieu ador1 c'est le ,dieu vivant1 qui est celui qui est comme il l'a dclar jadis ,mose2 le grand ennemi1 le grand ami1 c'est le verbe1 auquel1 quand on l'a vu en chair et en os1 les hommes ont prfr ,barrabas3 voil l'objet de la fureur1 sourde ou clatante1 parce que voil l'tre qui tait avant que vous ne fussiez1 avant qu',abraham ne ft1 celui qui tait in principio1 au commencement1 avant tout commencement1 celui qui tait dans le ,pre et qui disait au ,pre en retournant lui3 ,clarifica me tu1 ,pater1 apud temetipsum claritate quam habui1 priusquam mundus esset1 apud te6444 ,ah6 voil votre immense ennemi4 ,il tait la lumire avant que le monde ft4 ,dieu1 comme l'homme1 a sa parole publique et sa parole intime4 ,sa parole intime1 c'est le mysticisme4 ,tout tre intelligent et libre tend se communiquer2 mais il est diffrentes natures1 diffrents degrs de communication4 ,plus l'homme est lev1 plus il est profond4 ,plus il est profond1 plus profonds sont en lui ses secrets4 ,l'homme vulgaire jette ses paroles au hasard1 comme s'il sentait qu'elles ne sont d'aucun prix1 l'homme profond les rserve1 parce qu'il les respecte4 ,il ne les livre qu' une me dispose les recevoir4 ,pour parler il a besoin que celui qui coute soit un ami1 et que cet ami fasse silence1 qu'il attende1 qu'il demande4 ,un cur profond ne se verse pas dans un cur lger4 ,si nous sommes fiers de l'amiti d'un grand homme1 c'est que nous sentons1 au moins instinctivement1 sa gloire rayonner sur nous1 quand nous avons eu l'honneur d'arracher une parole intime celui dont la parole publique claire le monde4 ,ces vrits ne nous surprennent pas1 si nous nous les appliquons nous-mmes4 ,mais s'il s'agit de ,dieu1 de sa parole publique et de sa parole intime1 nous nous tonnons1 nous sommes prts douter4 ,pourquoi donc8 ,c'est que nous croyons vraiment notre vie1 notre libert1 tandis que nous doutons de la vie et de la libert de ,dieu2 c'est que nous nous sentons matres de nos paroles1 de nos actes2 c'est que nous nous sentons libres dans les choix que nous faisons4 ,mais la sophistique1 dont la tendance est d'annihiler ,dieu1 nous engage le considrer comme n'tant pas1 alors mme qu'en apparence elle convient qu'il est4 ,elle veut bien qu'il soit1 mais elle ne veut pas qu'il agisse2 elle consent le laisser dans son ciel1 pourvu qu'il y reste et qu'il lui abandonne la terre4 ,elle lui donne1 quelquefois du moins1 la permission d'exister1 pourvu qu'il n'en use pas vis--vis de nous4 ,elle se rsignerait un ,dieu purement abstrait1 un ,dieu neutre dans tous les combats1 un ,dieu qui n'engaget rien les cratures1 un ,dieu condamn par je ne sais qui je ne sais quelle impuissance2 elle admettrait l'tre enfin1 pourvu que l'tre ft le nant4 ,a la honte de notre poque1 ,rousseau1 ce reprsentant de la mdiocrit1 vit encore parmi nous4 ,il n'est pas rare d'entendre ses derniers et malheureux enfants rpter ses enseignements glacs4 ,les saints gnent ,m4 ,renan comme ils gnaient ,rousseau1 parce que les saints sont les preuves vivantes d'un ,dieu vivant1 parce que leur histoire est en mme temps l'histoire de la vie extrieure du ,dieu qui les habite4 ,jsus-,christ docteur1 quelques-uns le supportent1 en s'efforant de fermer les yeux sur la divinit de la doctrine4 ,ils consentiraient l'admirer comme homme 7car ce serait encore admirer l'humanit dont ils font partie71 pourvu qu'ils ne fussent pas forcs de l'adorer comme ,dieu4 ,mais ,jsus-,christ thaumaturge leur fait horreur1 parce que1 dans le miracle1 ,dieu se rvle en acte2 la toute-puissance se dclare1 et l'humanit ne peut plus rapporter elle la victoire4 ,otez les miracles de l'vangile1 et toute la terre est aux pieds de ,jsus-,christ1 disait ,rousseau4 ,jamais un miracle ne s'est pass l o il a pu tre constat1 examin1 dit ,m4 ,renan4 ,ces deux esprits se touchent par une horreur commune du surnaturel et une commune adoration de la critique qui cherche le dtruire4 ,m4 ,renan est au ,x,i,xe sicle ce qu'taient ,voltaire et ,rousseau au ,x,v,i,i,ie4 ,la proportion est la mme4 ,il est aussi suprieur eux que notre poque est suprieure leur poque2 mais au fond1 ces trois hommes n'en font qu'un4 ,jsus-,christ considr comme personne vivante relle1 ,jsus-,christ dans son action sur nous1 ,jsus-,christ et les saints1 voil ce qui les soulve tous1 parce que1 dans ces manifestations clatantes de sa vie1 ,dieu se montre tout prs et ne permet pas de l'oublier4 ,l'article que ,m4 ,renan a consacr la vie des saints est un chef-d'uvre d'habilet4 ,on ne peut se moquer plus poliment4 ,le monde actuel1 qui ne supporte pas le grand amour1 ne supporterait pas non plus la grande haine2 il lui faut une haine accommode sa froideur4 ,les faits qui servent de fondement la mystique chrtienne peuvent tre attaqus de deux faons4 ,ils peuvent tre contests en dtail1 un un1 au nom de la critique historique2 ils peuvent tre nis en masse1 rsolument et absolument1 au nom de cette assertion qui se croit philosophique3 ,les lois naturelles sont immuables2 tablies par ,dieu1 ou plutt tablies par leur propre vertu1 elles ne peuvent tre changes par personne4 ,si la sophistique entrait dans la premire discussion1 dans la discussion des dtails1 et si nous l'y suivions1 notre devoir serait de lui prsenter les faits mystiques1 entours1 au point de vue historique1 des mmes garanties que les faits les plus incontests4 ,nous lui demanderions alors pourquoi elle admet les uns et repousse les autres1 quand les uns et les autres prsentent1 au nom de l'histoire1 les mmes titres la croyance4 ,mais la sophistique abandonnerait alors la premire question et aborderait la seconde1 celle qu'elle pose toujours1 je me trompe1 celle qu'elle tranche toujours1 sans l'avoir jamais pose4 ,elle me rpondrait3 ,je repousse les faits surnaturels1 les miracles1 les extases1 parce que ces faits sont impossibles2 la croyance que vous me proposez est contraire ma raison4 ,peut-tre ajouterait-elle3 ,c'est ,dieu qui les a poses ces lois 7le ,dieu impersonnel1 le ,dieu qui n'est pas74 ,pourquoi les dtruirait-il8 pourquoi aurait-il chang d'avis8 ,ici l'athisme se cache derrire un certain air de respect4 ,puisque ,dieu existe1 rpondrais-je1 il a cr le monde et il en a pos les lois4 ,puisque ,dieu existe1 il a agi de cette sorte avec intelligence et libert1 et puisque cela est ainsi1 pourquoi ,dieu1 qui n'est susceptible d'aucune diminution1 perdrait-il ses droits8 ,pourquoi1 puisqu'il a pu crer1 ne pourrait-il plus agir sur la cration8 ,pourquoi son uvre lui deviendrait-elle ou indiffrente ou trangre8 ,il a t ,dieu3 donc il l'est toujours2 s'il ne l'tait plus1 il ne l'aurait jamais t2 puisqu'il a cr1 il maintient1 en d'autres termes1 il continue la cration4 ,il a pens1 il a parl1 il a voulu les choses2 il continue les penser1 les parler1 les vouloir4 ,pourquoi ne pourrait-il pas1 son heure1 les vouloir autrement8 ,ces lois1 sur lesquelles vous vous appuyez pour le braver aussi firement que si elles taient votre ouvrage1 il les a poses librement1 dans le jeu de sa puissance4 ,pourquoi ne pourrait-il pas les suspendre librement8 ,quelle valeur scientifique a donc cette ngation3 l'ordre naturel ne peut jamais tre interverti8 ,ngation purement gratuite1 qui1 sans tre fonde sur rien1 se dresse contre ,dieu1 contre la raison1 contre l'histoire1 pour tout attaquer et tout dtruire8 ,oui1 tout cela est vrai du ,dieu qui existe2 celui-l agit4 ,mais quand la sophistique parle de ,dieu1 elle parle du ,dieu impersonnel1 du ,dieu qui n'existe pas4 ,de l vient entre nous le malentendu4 ,nous parlons de notre ,dieu1 elle parle du sien1 et comme celui-l n'existe pas1 il ne peut rien faire1 j'en conviens4 ,quiconque limite ,dieu1 le nie2 donc vous le niez4 ,pourtant vous prononcez chaque instant son nom2 donc vous prononcez un nom qui dans votre esprit ne reprsente rien4 ,vous parlez de la vrit2 vous la cherchez1 dites-vous4 ,or1 la vrit c'est ,dieu1 c'est l'tre4 ,mais si l'tre n'est pas1 la vrit n'est pas3 donc vous cherchez ce qui n'est pas4 ,avant de discuter les qualits ou les puissances qui peuvent tre dvolues aux saints1 il faudrait savoir ce que c'est qu'un saint4 ,m4 ,renan leur reproche d'tre terribles1 absolus 7comme si ,dieu ne l'tait pas671 vindicatifs4 ,a l'appui de cette dernire assertion1 quelques exemples n'eussent pas t inutiles4 ,m4 ,renan les omet4 ,il parat que ces saints1 force d'tre vindicatifs1 ont fait le malheur du monde2 car1 propos de saint ,vincent de ,paul1 qui ne connut d'autre thologie que la charit1 ,m4 ,renan s'crie3 ,plt ,dieu1 pour le bonheur de l'humanit1 que tous les saints eussent ressembl celui-ci6 ,le saint ,vincent de ,paul bonasse et ignorant que ,m4 ,renan se figure1 le console des saints fanatiques1 dont il aurait peur1 s'il en voyait4 ,telle est l'ide qu'il se fait du saint en gnral4 ,d'autres voient dans le saint un moine superstitieux et idiot4 ,que faut-il voir en lui8 ,il faut voir en lui l'homme difi4 ,la cration est pose sur un plan inclin4 ,toute crature aspire monter4 ,place un degr quelconque de l'chelle des tres1 elle aspire au degr suprieur4 ,mais voici la loi2 c'est celle du monde naturel1 et celle du monde surnaturel3 nul ne pourra conqurir la vie suprieure qu'en abandonnant la vie infrieure4 ,tel est le sacrifice4 ,les tres inanims le font et ne le sentent pas4 ,les tres anims le font1 le sentent et ne le comprennent pas4 ,l'homme le fait1 le sent et le comprend4 ,en gnral ceux qui parlent du sacrifice voient en lui la mort4 ,qu'est-il rellement8 ,sa forme symbolique est la forme de la croix4 ,la croix est forme de deux lignes qui se coupent angles droits3 la ligne verticale et la ligne horizontale4 ,la ligne verticale est la ligne de vie1 la ligne horizontale est la ligne de mort4 ,dans la croix et dans le sacrifice la vie et la mort se coupent angles droits4 ,la mort y a sa place puisque le sacrifice implique l'abandon de la vie infrieure4 ,mais la mort est le moyen1 non pas la fin2 elle prpare3 la vie couronne et termine4 ,celui qui a pass par la mort comme initiation1 est transsubstanti1 par le sacrifice1 une forme de vie plus haute4 ,ceux qui1 n'ayant pas travers le sacrifice1 le voient d'en bas1 ne distinguent en lui que la mort4 ,ceux qui1 l'ayant travers1 le voient d'en haut1 reconnaissent en lui la vie glorifie4 ,ceux qui le traversent actuellement sentent le choc des deux puissances4 ,le saint est celui qui a travers le dernier sacrifice4 ,en lui la vie divine a absorb1 brl la vie humaine4 ,la vie morale1 comme la vie physique1 n'est-elle pas une combustion8 ,le saint est celui qui n'existe plus4 ,dieu vit en lui4 ,qu'est-ce donc qui vous tonne dans le miracle ou dans l'extase8 ,dieu a pris la place de l'homme3 voil toute l'explication4 ,la loi universelle1 la loi de l'ascension1 s'est accomplie dans sa forme la plus haute4 ,l'obstacle l'action divine est dans la volont de l'tre sur qui l'action s'exerce et qui rsiste librement4 ,aussi l'action de ,dieu sur la nature inanime est souveraine et absolue4 ,rien n'empche le soleil de se lever et de se coucher1 parce que1 dans cette opration1 ,dieu agit seul et ne nous demande pas notre concours4 ,mais pour agir dans l'homme1 ,dieu demande l'homme son aide4 ,si l'homme dit3 ,non1 ,dieu respecte son refus4 ,si l'homme dit3 ,oui1 pourquoi dfendez-vous ,dieu d'investir1 d'embrasser1 de couronner et de ceindre celui qui s'est plac dans son sein1 dans son centre8 ,si ,dieu a vers dans l'homme difi son esprit1 l'esprit de puissance1 l'esprit qui fait les miracles1 pourquoi lui refuserait-il les miracles eux-mmes8 ,pourquoi l'effet serait-il plus trange que la cause8 ,si vous avez chang votre vie contre la vie de ,dieu1 ce qui est une sorte d'extase permanente et insensible1 pourquoi lui dfendriez-vous de vous visiter son tour par une sorte d'extase accidentelle et sensible8 ,si l'esprit de ,dieu exerce en vous une action intrieure1 pourquoi n'exercerait-il pas de temps en temps par vous une action extrieure8 ,la vie infrieure est tous les jours1 sous nos yeux1 absorbe par la vie suprieure1 sans que nous songions nous en tonner4 ,l'herbe mange la terre1 le mouton mange l'herbe2 l'homme mange le mouton2 la chair du mouton devient la chair de l'homme3 nous trouvons cela tout simple4 ,nous voulons bien qu'il en soit ainsi1 pourvu que ,dieu reste l'cart4 ,oui1 mais il ne reste pas l'cart6 il aime trop sa cration pour la tenir distance4 ,il s'est introduit par la ,rdemption dans la solidarit universelle4 ,il a cr1 pour avoir1 a dit un saint1 une occasion de mriter4 ,au lieu d'admirer cette effusion1 les hommes s'en irritent4 ,ils se cabrent1 ils se persuadent que la raison leur ordonne la rvolte4 ,pourquoi donc se soumettent-ils tous les autres mystres1 tant que ,dieu n'y figure pas nominativement8 ,je crois avoir indiqu la solution du problme quand j'ai parl de la haine que le nant rvolt conoit pour l'tre1 surtout pour les manifestations surnaturelles de l'tre4 ,rsumons-nous4 ,puisque ,dieu est1 il est personnel4 ,puisqu'il a cr le monde1 il le cre encore4 ,puisqu'il l'a voulu1 il le veut1 et l',univers ne subsiste qu'en vertu de sa parole continue4 ,puisque ,dieu a cr1 il a pu crer3 puisqu'il a pu1 il peut encore4 ,il a tabli librement les lois du monde3 donc il peut les suspendre librement4 ,il les suspend d'une faon digne de sa grandeur1 quand il se donne qui s'est donn lui1 quand il visite sensiblement ceux qui insensiblement passent leur vie dans son sein1 et se substitue eux dans l'acte extrieur et accidentel comme ils l'ont substitu lui dans leur vie intrieure et permanente4 ,mtaphysiquement1 cela est possible4 ,historiquement1 cela est4 ,la ngation historique est impossible4 ,on ne l'entreprend pas1 et on se borne rpter3 ,assurment ce fait n'est pas3 car il n'est pas possible4 ,nous voil donc renvoys la ngation mtaphysique1 et nous l'avons montre comme elle est1 gratuite et irrationnelle4 ,si ,m4 ,renan a pour les saints cette haine curieuse tudier1 cette haine polie1 mais profonde et intelligente1 c'est qu'il reconnat en ceux celui qui les habite rellement1 son ennemi capital et personnel1 ,jsus-,christ4 ,jsus-,christ1 celui qui relie et aussi celui qui distingue1 ,jsus-,christ in quo omnia constant4 ,jsus-,christ montre leur place respective ,dieu et l'homme1 le fini et l'infini4 ,il est la lumire1 et la lumire exclut la confusion4 ,aussi la sophistique tend effacer la notion du verbe1 et par l effacer la distinction4 ,la distinction des personnes divines1 la distinction du fini et de l'infini1 toutes les vrits prcises1 sauvegardes par la vrit du verbe1 dplaisent la sophistique4 ,elle aime confondre toutes choses dans un vague respect qui1 portant sur tout1 ne porte sur rien1 et exclut la foi laquelle est dtermine4 ,la sophistique parle de l'union1 mais elle repousse le ,saint-,esprit qui est l'union substantielle4 ,elle parle de l'infini1 mais elle veut l'infini moins ,dieu1 un infini qui rside dans la cration1 ou plutt en elle-mme3 car elle est le principe et la fin de sa propre adoration4 ,donc1 en vrit1 l'clectisme1 que je combats1 contient la ngation fondamentale1 radicale1 absolue de la religion4 ,passons la seconde ngation4 ,,chapitre ,,ii ,n,,gation ,,de ,,la ,,soci,t4 ,un trait caractristique du christianisme1 c'est sa connaissance profonde du cur humain4 ,lui qui est si fort1 il connat toutes nos faiblesses3 il les a prvues4 ,dcouvrez un saint le fond de vos misres1 vous ne l'tonnerez jamais4 ,calme comme un tre en qui ,dieu vit1 il comprendra vos agitations1 vous qui n'tes qu'un homme1 et le remde qu'il vous proposera sera toujours la porte de vos bras faibles3 il ne vous demandera pas l'impossible4 ,vous lui avez dcouvert l'abme de votre nant4 ,il l'a sond4 ,il a tenu compte de sa profondeur4 ,dcouvrez-le maintenant un sophiste 7je ne dis pas un philosophe73 au lieu de regarder au fond1 il argumentera au dehors4 ,il s'en tiendra des gnralits4 ,sa morale sera sans application4 ,s'il vous propose un remde1 le remde sera inacceptable4 ,dans aucun cas vous ne tirerez de lui une parole relle1 vivante1 pratique4 ,son intelligence aura peut-tre t en rapport avec votre intelligence3 vos deux mes seront restes profondment trangres4 ,en effet le caractre propre de la sophistique1 c'est l'ignorance profonde du cur humain4 ,elle peut analyser avec une finesse incontestable les oprations de l'entendement4 ,la vie lui glisse entre les mains3 l'homme lui chappe4 ,peut-tre cette nature si complexe1 si charge d'lments multiples ne se rend-elle qu' la simplicit absolue4 ,peut-tre cette me surcharge1 complique1 obscure1 veut-elle1 pour devenir lisible1 tre regarde et dchiffre par un il simple4 ,quoi qu'il en soit1 la sophistique ne s'aperoit pas1 force d'ignorer l'homme1 qu'elle nie la socit4 ,si quelque chose est vident dans la nature morale et dans la nature physique1 dans l'histoire et dans la conscience de l'homme1 c'est l'impossibilit radicale o se trouve chaque espce et chaque individu de subsister par ses propres forces et de se nourrir de sa substance4 ,tout ce qui vit1 s'alimente4 ,toute nature cre s'assimile1 sous peine de mort1 une nature trangre la sienne et qui devient la sienne4 ,la loi des corps est aussi la loi des mes4 ,la nutrition visible est l'image de l'autre nutrition4 ,l'homme1 puisqu'il est esprit et corps1 a besoin de pain3 il a besoin de l',ide4 ,l',ide est l'aliment de son me1 comme le pain est l'aliment de son corps4 ,anantissez les moissons4 ,que la terre vous refuse subitement son fruit prcieux2 le rgne de la mort arrive4 ,vous le comprenez1 je pense8 ,comment donc ai-je besoin de vous prouver que vous fermez l'humanit1 et bien plus absolument1 les sources de la vie1 si vous lui arrachez l'autre pain8 ,car vous lui arrachez du mme coup la vrit naturelle et la vrit surnaturelle2 vous lui arrachez ,dieu4 ,vous lui arrachez la vie et vous lui dites3 ,vivez4 ,je crains de comprendre4 ,vous reconnaissez la ncessit de l'alimentation pour tout ce qui existe rellement4 ,vous ne supprimez pas la nourriture des corps parce que vous croyez aux corps4 ,vous laissez quelque chose aux intelligences1 l'exercice dans le vide1 parce que vous ne les niez pas tout fait4 ,vous supprimez la nourriture des mes1 parce que vous ne croyez pas aux mes4 ,vous en parlez1 je le sais4 ,mais vous en parlez comme vous parlez de ,dieu4 ,la sophistique a une rponse toute prte1 mais aussi mauvaise et aussi vulgaire que facile4 ,nous laissons au peuple la religion1 et nous gardons pour nous la critique4 ,un signe distinctif de ,m4 ,renan1 c'est mme l'absence totale de l'esprit de proslytisme4 ,ce monde1 dit-il1 est un si curieux spectacle tel qu'il est1 que la critique1 quand elle en aurait le pouvoir1 n'aurait peut-tre pas le courage de le changer4 ,ainsi la critique ne voudrait pas faire la vrit une place plus grande1 tant il est amusant de la voir en occuper une si petite6 ,la critique ne voudrait pas gurir les malades ou clairer les aveugles1 car les malades et les aveugles sont vraiment curieux tels qu'ils sont4 ,mais alors pourquoi donc travaillez-vous8 ,si vous disiez la vrit1 vous risqueriez d'agrandir sa place4 ,vous devez cependant aux autres et vous-mme de croire que vous la dites2 ds lors vous risquez de modifier cet tat de choses1 si joli qu'il ne faut pas l'amliorer4 ,ailleurs1 ,m4 ,renan pousse encore plus loin la sincrit des aveux3 ,on s'est habitu prsenter comme une des qualits de l'esprit franais cette rigueur de logique en vertu de laquelle les thories ne restent jamais chez nous l'tat de spculation1 et aspirent trs-vite se traduire dans les faits4 ,c'est l sans doute un des traits de l'esprit franais2 mais j'hsite beaucoup1 pour ma part1 y voir une qualit4 ,il n'est pas de plus grand obstacle la libert de la pense4 ,en ,allemagne1 au contraire1 la pense nat inoffensive1 trangre aux choses de ce monde444 ,elle ne demande que le royaume de l'air3 on le lui abandonne4 ,si vos thories sont vraies1 me dira-t-on1 elles doivent tre bonnes appliquer4 ,oui1 si l'humanit en tait digne et capable4 ,la thorie est toujours un idal4 ,il sera temps de la raliser le jour o il n'y aura plus dans le monde de sots ni de mchants4 ,ainsi1 tant qu'il y aura dans le monde des sots et des mchants1 ceux qui ne seront ni mchants ni sots auront nanmoins la permission d'agir comme s'ils l'taient4 ,vous tes honnte1 vous tes intelligent1 vous connaissez la vrit1 vous l'aimez2 vous pourriez la servir1 mais vous dites3 ,a quoi bon8 ,il y a encore des mchants et des sots dans le monde2 donc1 imitons-les4 ,mais il y a aussi des menteurs2 donc vous n'tes pas tenu la bonne foi4 ,il y a mme des voleurs et des assassins2 donc1 etc41 etc4 ,il est vrai qu'ailleurs ,m4 ,renan nous dclare que la critique ne doit pas reculer devant la crainte d'branler le christianisme1 et flicite les premiers chrtiens de n'avoir pas recul devant la crainte d'branler le paganisme4 ,ces deux manires de voir se concilieront entre elles comme elles pourront4 ,s'il faut nous attacher la premire doctrine1 celle qui interdit le proslytisme1 je vous rpondrai3 ,vos lecteurs vous demanderont-ils la permission de vous croire8 ,vous crivez pour n'tre pas cru2 vous exposez des thories que vous trouvez dangereuses1 et vous vous rassurez en pensant qu'on ne les adoptera pas4 ,mais si par hasard on les adoptait6 ,ah6 si on les adoptait vous seriez avec nous victime de votre imprudence6 ,il ne serait plus temps de vous repentir4 ,paris1 la ,france et le monde criraient dans leurs ruines une vrit que j'annonce1 avant que la cloche n'ait sonn l'universelle agonie3 ,le peuple est srieux1 si les sophistes ne le sont pas4 ,un homme d'esprit se met sa table4 ,il rdige quelques phrases dont il est content4 ,elles sont bien faites1 elles ont du succs4 ,dans ces phrases1 il nie agrablement la diffrence du bien et du mal4 ,il offense la raison et la conscience4 ,le monde est lger3 l'homme d'esprit le savait4 ,le livre fait son chemin4 ,il a d'abord amus les gens de lettres3 il n'tait crit que dans ce but4 ,mais un jour vient o le peuple l'ouvre1 le peuple qui se mle de tout et qui prend tout au srieux4 ,votre voix a plus de porte que vous ne l'aviez cru2 elle arrive au peuple malgr vous4 ,il vous coute1 et peut-tre il vous croit1 car ses passions le lui conseillent4 ,vous tes perdu alors1 et vous reconnaissez trop tard ce que je vous annonce d'avance1 appuy sur l'histoire des ides et sur celle des faits4 ,le peuple est srieux1 si les sophistes ne le sont pas4 ,vous faites devant lui l'apologie du mal dans une page que je veux transcrire3 ,beau comme toutes les cratures nobles1 plus malheureux que mchant1 le ,satan de ,m4 ,scheffer signale le dernier effort de l'art pour rompre avec le dualisme et attribuer le mal la mme source que le bien1 au cur de l'homme444 ,de tous les tres autrefois maudits1 que la tolrance de notre sicle a relevs de leur anathme1 ,satan est sans contredit celui qui a le plus gagn au progrs des lumires#a et de l'universelle civilisation4 ,il s'est adouci peu peu dans son long voyage1 depuis la ,perse jusqu' nous2 il a dpouill toute sa mchancet d',ahrimane4 ,le moyen ge1 qui n'entendait rien la tolrance1 le fit plaisir laid1 mchant1 tortur1 et1 pour comble de disgrce1 ridicule4 ,milton comprit enfin ce pauvre calomni1 et commena la mtamorphose que la haute impartialit de notre temps devait achever4 ,un sicle aussi fcond que le ntre en rhabilitations de toutes sortes ne pouvait manquer de raisons pour excuser un rvolutionnaire malheureux1 que le besoin d'action jeta dans des entreprises hasardes4 ,on pourrait faire valoir1 pour attnuer sa faute1 une foule de motifs contre lesquels nous n'aurions pas le droit d'tre svres4 #a ,donc1 pour nous1 ,satan est la lumire6 444 ,il 7le ,satan de ,scheffer7 a perdu ses cornes et ses griffes2 il n'a gard que ses ailes1 appendice qui seul le rattache encore au monde surnaturel1 et ne semble conserv que pour faire ressortir le triomphe de la forme humaine pure1 reprsente par le ,christ1 sur la forme hybride de l'tre mythologique4 ,il manque de vigueur peut-tre1 et je m'en rjouis4 ,permis au moyen ge1 qui vivait continuellement en prsence du mal1 fort1 arm1 crnel1 de lui porter cette haine implacable qui se traduisait dans l'art par une sombre nergie4 ,nous sommes obligs aujourd'hui moins de rigueur4 ,on nous reproche parfois notre optimisme en esthtique2 on nous blme de n'tre pas plus svres pour le mal1 plus exclusifs dans notre got de la beaut4 ,mais en ralit c'est l une dlicatesse de conscience4 ,c'est par amour du bien et du beau que nous sommes si timides1 parfois si faibles dans nos jugements moraux4 ,les sicles absolus tranchaient1 fauchaient un champ pour en arracher l'ivraie4 ,nous1 qui respectons l'tincelle divine partout o elle reluit1 et qui1 habitus une manire plus tendue d'envisager les choses humaines1 savons que le bien et le mal se mlent ici-bas dans des proportions indiscernables1 nous hsitons prononcer des arrts exclusifs1 de peur d'envelopper dans notre condamnation quelque atome de beaut4 ,elle tait ncessaire1 cette longue citation4 ,nous n'aurions jamais compris sans elle l'tendue de notre tolrance et de notre impartialit4 ,voici la pense de ,m4 ,renan traduite dans un style plus clair3 il y a du bon et du mauvais partout1 dans chaque personne1 dans chaque chose1 et bien audacieux sera celui qui tracera entre ces deux principes1 puisqu'on parle de deux principes1 une ligne de dmarcation4 ,satan se rvolte contre ,dieu4 7,m4 ,renan croit parler un langage mtaphorique47 ,satan a-t-il tort8 ,ne serait-ce pas un acte de noble indpendance8 ,ne reprsente-t-il pas l'affranchissement des opprims8 ,dieu n'est-il pas un tyran8 ,le moyen ge pouvait donner raison ,dieu4 ,mais nous1 qui avons fait la dclaration des droits de l'homme1 n'avons-nous pas le droit de maudire ce matre1 au nom de la fraternit moderne1 et de rhabiliter celui qui nous a donn l'exemple1 le premier-n entre les rvolts1 notre chef1 notre vrai ,dieu1 ,satan qui a lev avant nous l'tendard que nous portons8 ,le jour est venu o ce pauvre calomni reprend ses droits aux respects des hommes4 ,approchez donc aussi1 vous tous1 ses enfants1 ses disciples4 ,nous vous ferons une place dans notre admiration6 ,mais pourquoi le crime ne serait-il beau que dans le pass8 ,pourquoi perdrait-il1 dans les temps modernes1 sa splendeur8 ,pourquoi le ,x,i,xe sicle1 qui1 dans sa haute impartialit1 le rhabilite1 le repousserait-il de son sein avec une intolrance digne de ce sicle aveugle et barbare o le manteau de saint ,franois montait avec lisabeth sur le trne de ,hongrie8 ,non1 non6 nous avons l'esprit large6 ,place aux rvolts6 ,place aux assassins6 ,honneur la mort6 son jour est arriv4 ,vous tous qui1 anims de la haine universelle1 voulez la ruine universelle1 la ruine de ,dieu1 la ruine de l'homme1 la ruine de la socit1 venez1 fils de ,satan1 les sophistes vous convoquent1 et s'ils sont plus logiques dans leurs actes que dans leurs paroles1 ils feront place vos fureurs1 comme ils ont fait place vos thories3 car en vous condamnant1 ils envelopperaient peut-tre dans cette condamnation quelque atome de beaut4 ,venez donc1 et puisque nous avons l'esprit large1 dvorez-nous4 ,les sicles de chevalerie1 les sicles d'enthousiasme suivaient saint ,bernard sur la montagne1 ,godefroy de ,bouillon ,jrusalem1 et allaient1 la croix en tte1 faire la veille des armes prs du saint spulcre reconquis4 ,mais les sicles de critique1 les sicles de tolrance1 n'accordent plus la socit le droit de se dfendre2 car qui sait si1 tout compte fait1 les agresseurs n'ont pas aussi leurs bonnes raisons dont il faut tenir compte8 ,saint ,louis pouvait prendre les armes au nom du ,dieu vivant qui s'appelle le ,dieu des armes4 ,mais que peut-on faire au nom du nant8 ,rien n'est absolument vrai1 rien n'est absolument faux4 ,on veut nous massacrer4 ,mais1 aprs tout1 ces fils de ,satan ont autant de droits que leur pre4 ,comme lui1 ils ont leur beaut1 si nous avons la ntre4 ,il y a du pour et du contre3 tous sont gaux devant le nant4 trange socit que celle qui serait rgie par la sophistique6 ,voudriez-vous en faire partie8 ,le passant attaqu dans la rue demande secours la force arme qui rpond3 ,non pas6 mon intervention tait bonne au moyen ge4 ,dsormais1 entre l'assassin et la victime1 je suis impartiale4 ,d'ailleurs ce monde est un si curieux spectacle et votre supplice est si amusant regarder que je ne me priverais pas volontiers de ce plaisir dlicat4 ,rien n'est triste comme le dlire4 ,pourtant il amne quelquefois des combinaisons de mots si tranges que les spectateurs sourient quelquefois1 malgr eux1 en coutant le malade4 ,c'est ce qui vient de nous arriver4 ,voil donc o vous allez au nom de la raison6 ,entre l'tre et le nant1 entre la socit et la barbarie1 force d'impartialit1 vous tenez la balance gale6 ,triomphez1 si vous l'osez6 vous ne survivrez pas votre triomphe4 ,du reste1 je l'espre comme vous1 vous resterez dans votre solitude4 ,l'humanit ne vivra pas de vous4 ,car pour vivre il lui faut quelque chose1 et vous lui offrez le rien dont elle a horreur4 ,il lui faut le pain et l',ide3 vous ne lui apportez ni le pain ni l',ide4 ,l'humanit veut vivre1 et votre critique c'est la mort4 ,il est vrai que vous prenez en piti le besoin de vivre4 ,c'est une grossiret digne du bas peuple auquel vous permettez la certitude1 parce qu'il n'est pas assez fin1 assez distingu pour se passer d'elle4 ,ce bonheur est rserv aux esprits dlicats4 ,ceux-ci cherchent toujours la vrit1 avec l'intention de ne la trouver jamais4 ,et o est-elle cette vrit que les plus fins chercheurs ne trouveront jamais8 ,o est-elle cette vrit qui n'est pas4 ,m4 ,renan va vous le dire4 ,la vrit est tout entire dans les nuances4 ,dans quelles nuances1 s'il vous plat8 ,dieu dtruit1 l'homme dtruit1 la socit dtruite1 quand rien ne s'appuie plus sur rien1 quand la vie n'a plus de fondements1 quand ce qui est n'a plus sa raison d'tre1 quand l'univers est le cauchemar d'une divinit malade 7vous auriez d dire d'une divinit chimrique71 la vrit naturelle et la vrit surnaturelle disparues1 toute ide teinte1 toute chose anantie1 dans quelles nuances trouverons-nous cette vrit introuvable pour deux raisons1 d'abord parce qu'elle n'est pas1 ensuite1 parce que1 ft-elle1 nous voudrions la chercher toujours1 et ne la trouver jamais8 ,les nuances de la pense supposent une affirmation gnrale qui leur serve de fond1 de support4 ,mais1 puisque vous n'affirmez rien1 que veulent dire ces nuances1 qui sont les nuances du nant8 ,o ,dieu6 o en sommes-nous8 ,la tte tourne au fond de cet abme1 et quand on l'a explor un instant pour en mesurer la profondeur1 il est temps de se dgager et de se tourner vers la lumire6 ,le peuple a besoin de ,dieu1 dites-vous8 ,pourquoi donc1 si ,dieu n'est pas8 ,l'erreur c'est le nant4 ,si ,dieu est le nant1 comment le peuple a-t-il besoin de lui8 ,et s'il est l'tre1 comment1 vous1 n'en avez-vous pas besoin8 ,est-ce qu'il y a dans le monde des tres si dlicats que leur dlicatesse leur tienne lieu de pain6 ,donnez-nous donc le secret de cette dlicatesse qui dguste ternellement les nuances d'une vrit ternellement inconnue et absolument chimrique6 ,l'homme est vivant4 ,il a faim1 il a soif4 ,que voulez-vous qu'il fasse de vos nuances8 ,chose remarquable6 la sophistique1 parce qu'elle a perdu le sens du vrai1 ddaigne ceux qui l'ont gard1 et comme elle n'a plus la force de porter ,dieu1 elle mprise ceux qui le portent encore4 ,il semble voir un mourant1 qui1 incapable de recevoir aucune nourriture1 ddaignerait1 dans son dlire1 l'infirmier qui le soigne1 et lui dirait3 ,vous tes donc bien faible1 vous qui avez besoin de manger8 ,les nuances dlicates ont deux avantages2 d'abord elles font illusion aux esprits faibles qui pensent que cette doctrine est quelque chose puisqu'elle est dlicate1 et qu'elle contient quelque chose puisqu'elle contient tant de nuances4 ,ensuite elle donne l'auteur les apparences du calme et de la modration4 ,un homme qui tient la balance gale entre toutes choses peut sembler quelques-uns dominer toutes choses3 on ne s'aperoit pas toujours que l'impartialit entre la vrit et l'erreur est le plus radical de tous les non-sens4 ,la doctrine de ,m4 ,renan pourrait se caractriser ainsi3 une apologie dlicate et finement nuance du nant4 ,la modration de ,m4 ,renan est une prcaution oratoire4 ,elle cache un profond mpris pour la faiblesse de ceux qui l'obligent tre modr4 ,il a pour les prjugs une piti douce2 mais ne vous fiez pas sa douceur4 ,la traduction pratique et sociale de sa doctrine serait la destruction de tout ce qui existe4 ,car rien n'existe qu'en vertu d'une prfrence accorde l'tre sur le ,nant4 ,comme la religion1 la socit est une affirmation vivante de l'tre1 et si ,satan a les mmes droits que ,dieu1 toutes deux sont galement impossibles4 ,aprs les ngations de la religion et de la socit1 coutons la ngation de la science4 ,,chapitre ,,iii ,n,,gation ,,de ,,la ,,science4 ,le christianisme a relev la raison humaine4 ,le ,x,v,i,i,ie sicle l'a dracine4 ,voltaire a pass sur la ,france4 ,il l'a souille de son venin4 ,son rgne finit1 il est vrai4 ,l'humanit le maudit1 la science se moque de lui2 l'art le repousse1 et pourtant la queue du serpent s'agite encore au milieu de nous4 ,le ,x,i,xe sicle est une arme en marche4 ,mais toute arme a son arrire-garde4 ,la raison est la lumire humaine4 ,la science est le dveloppement de la raison4 ,or1 je dclare que la science est radicalement nie par ,m4 ,renan et je vais le prouver4 ,la science est le dveloppement de la raison1 la synthse de nos connaissances4 ,tout dveloppement suppose un germe4 ,toute route suppose un dpart4 ,tout progrs suppose un premier pas4 ,or1 ,m4 ,renan supprime le point de dpart1 il nie le premier pas3 il parle ensuite de voyager4 ,toute science est comprise dans l'ide tre1 et il doute de l'tre4 ,toute la philosophie est dans le mot substance1 et il doute de la substance premire1 de la substance ncessaire1 de la substance ternelle1 sans laquelle toutes les substances seraient ternellement impossibles4 ,il sape le fondement1 il te la premire pierre et parle de construire un monument4 ,aussi1 rduit l'impuissance d'affirmer1 puisqu'il est priv de la grande affirmation1 principe et fin de toutes les autres1 l'affirmation de l'tre1 il ne peut plus que rpter sa premire ngation qui contient toutes les autres1 la multiplier1 la reproduire sous mille formes1 la diviser en mille ngations partielles1 appeler les ngations de faits1 les ngations de dtail1 les ngations d'analyse au secours de la ngation synthtique qui est la base de son systme1 de sa doctrine4 ,pour la caractriser1 cette doctrine laquelle aucun mot connu ne convient1 parce que tous les mots tendent exprimer l'tre1 et que cette doctrine tend le nier1 il faut crer un mot aussi affreux que la chose1 un mot qui ne dise rien1 un mot qui signifie le rien3 ce mot serait3 nihilisme4 ,dieu et la socit supprims1 le bien et le mal confondus1 le vrai et le faux1 qui ne sont que le bien et le mal dans leur principe1 sont naturellement confondus4 ,si le vrai et le faux sont identiques1 ou seulement indiffrents l'homme1 que devient la science qui n'existe qu' la condition de distinguer l'un de l'autre1 et de prfrer l'un l'autre8 ,dieu est le support de la science1 comme il est le support de la cration4 ,omnia in ipso constant1 le monde idal1 et le monde rel4 ,tous les tres visibles et invisibles peuvent rpter la parole de l',aptre3 ,in ipso vivimus1 movemur et sumus4 ,tous les verbes sont l'cho du verbe tre3 toutes les penses sont l'cho de la pense par laquelle l'homme pense l'tre4 ,si vous voulez l'difice solide1 donnez-lui un fondement inbranlable4 ,un inexplicable prjug1 qui est n de l'ignorance1 qui s'appuie sur l'ignorance1 qui grandit par l'ignorance attache l'ide de progrs l'ide de ngation4 ,on dirait1 entendre certains hommes1 que l'affirmation est un mouvement rtrograde et que l'avenir est ceux qui ne croient plus rien4 ,s'il y a pourtant au monde une vrit vidente et d'une vidence niaise1 c'est que le progrs est le dveloppement des principes connus1 et non leur oubli1 que le progrs est l'expansion de la vie1 et non la mort4 ,cependant voyez le nihilisme6 ,il marche le front haut comme s'il tait matre du monde4 ,on dirait1 le voir1 que l'tre tait le ,dieu du pass1 mais que le nant sera le ,dieu de l'avenir4 ,le ,x,v,i,i,ie sicle a dracin la raison3 les principes les plus lmentaires du sens commun ressemblent aujourd'hui des paradoxes4 ,la pense chancelante besoin d'effort pour se tenir debout sur sa base4 ,la doctrine oppose au nihilisme1 c'est la doctrine de l'tre1 l'ontologie4 ,entre ces deux doctrines se place le psychologisme4 ,l'ontologie est la science des lois de l'tre4 ,elle place le point de dpart de la pense l o est le point de dpart de toute chose4 ,elle donne la premire place la premire ide2 elle construit sur la pierre angulaire de toute construction2 elle pose la science sur l'inbranlable1 et1 ainsi pose1 la science pourra marcher sans inquitude4 ,elle ne se retournera plus chaque pas pour regarder1 tremblante1 derrire elle4 ,les principes sont assurs1 et voil la loi de tout progrs4 ,les esprits trop faibles pour l'ontologie dbutent par la psychologie4 ,ceux-ci1 au lieu d'tudier avant tout l'tre1 tudient avant tout l'homme2 au lieu d'asseoir la science sur ,dieu1 ils l'associent sur eux-mmes4 ,je ne nie pas l'intrt de leurs travaux et la somme de vrits qu'il leur est permis de voir ou d'entrevoir3 je dis seulement que1 si ma vue ne me trompe pas1 le psychologisme est un pas fait par l'homme pour s'loigner de l'tre et s'approcher du nant4 ,toutes les paroles sont l'cho de la premire parole1 et la somme d'tre que possde la science se mesure la somme d'tre que possde son point de dpart4 ,descartes1 comme tous les chefs d'cole1 est un esprit vigoureux1 mais troit1 qui appuie sur une formule4 ,l'cole cartsienne1 que nous avons sous les yeux1 reprsente par des hommes lesquels se croient des hommes de progrs1 a recul de plusieurs sicles la pense humaine4 ,ils seront tonns1 le jour o ils comprendront que la devise qui flotte sur leur bannire1 la devise de la pense moderne1 de la pense affranchie1 de la pense hardie1 est le mot d'ordre de la timidit1 de la routine1 le point d'arrt qui a tenu l'ide en suspens pendant trois sicles4 ,le cogito ergo sum est en retard sur la philosophie qui l'a prcd1 puisque celle-ci partait de ,dieu et que celui-l part de l'homme4 ,or1 je le demande1 o est la libert1 o est la grandeur1 o est la source de l'tre1 et par consquent du progrs1 sinon dans l'tre8 ,serait-il le pre du progrs1 celui qui1 possdant un levier pour soulever le monde1 briserait l'instrument que lui ont lgu ses pres et restreindrait sa puissance la force de son bras8 ,non in arcu meo sperabo et gladius meus non salvabit me1 disent la fois l'homme et la science4 ,qu'on le sache bien6 nul n'a le droit de rester indiffrent aux ides2 elles n'ont pas besoin1 pour tre importantes1 d'tre traduites en faits extrieurs et crites dans l'histoire de ce monde4 ,nanmoins cette conscration dernire ne leur manque jamais4 ,l'espoir de ,m4 ,renan1 qui voudrait placer la thorie dans un lieu inaccessible et la soustraire toute tentative de ralisation1 trahit l'erreur profonde d'un esprit exerc1 mais gar4 ,isoler la science de la vie1 c'est mconnatre pleinement la nature de la science et de la vie4 ,elles se rejoindront malgr vous4 ,les annes ne sont pas logiques peut-tre1 les sicles le sont toujours1 et si nous chappons aux consquences de vos penses1 c'est que nous aurons chapp vos penses elles-mmes4 ,dmembrez l'espce humaine2 crez certains hommes qui n'aient que des ttes1 et certains autres qui n'aient que des bras1 peut-tre les ttes ne feront-elles que penser2 mais1 tant que vous n'aurez pas modifi ainsi la cration1 il faut vous rsoudre voir les hommes se prcipiter l ou vous leur aurez montr un attrait quelconque4 ,la ralisation de vos souhaits dtruirait la socit1 nous l'avons dit2 mais1 sachez-le1 elle dtruirait aussi la science4 ,la science est une force qui ne trouve pas en elle-mme sa satisfaction4 ,l'homme qui sait qu'une chose doit tre1 dsire invinciblement qu'elle soit4 ,vous avez tu la science en lui arrachant son principe et sa fin dernire1 qui est la vrit2 vous la tuez une seconde fois en ne voulant pas qu'elle se tourne1 comme dit ,bossuet1 aimer et agir4 ,je sais bien que ,m4 ,renan et quelques esprits du mme genre aiment la recherche pour elle-mme1 et craindraient de trouver1 parce que1 pensent-ils1 quand on a trouv on ne cherche plus4 ,ils ignorent que la vrit1 infiniment profonde1 rserve aux vrais chercheurs de telles lumires que plus l'homme la cherche plus il la trouve1 et plus il la trouve plus il la cherche4 ,que restera-t-il donc cette science vaine et strile qui n'aura ni principe ni fin1 et qui sera frappe1 au point de dpart1 d'une impuissance absolue d'arriver8 ,il est en un sens plus important1 dit ,m4 ,renan1 de savoir ce que l'esprit humain a pens sur un problme1 que d'avoir un avis sur ce problme2 car1 lors mme que la question est insoluble1 le travail de l'esprit humain pour la rsoudre constitue un fait exprimental qui a toujours son intrt1 et1 en supposant que la philosophie soit condamne n'tre jamais qu'un ternel et vain effort pour dfinir l',infini1 on ne peut nier du moins qu'il n'y ait l pour les esprits curieux un spectacle digne d'attention4 ,je prends note de cet aveu4 ,souvenons-nous1 ce propos1 que le rationalisme affecte de prendre1 contre le christianisme1 la dfense de la science et de la philosophie4 ,il accuse quelquefois l'vangile d'tre contraire la raison4 ,pris en lui-mme1 et considr thoriquement1 ce reproche est vide de sens2 il ne reprsente rien l'esprit4 ,craindre que la foi ne soit incompatible avec la raison1 c'est craindre que la lumire ne fasse schisme avec elle-mme1 et que la vrit ne se contredise4 ,cette incompatibilit est un non-sens2 elle est inintelligible2 elle ne peut pas tre pense4 ,a la lumire de la pense1 cette crainte est absurde4 ,considrons-la la lumire de l'histoire4 ,qui donc1 du christianisme ou de la sophistique1 a estim l'homme et sa lgitime raison8 ,le christianisme a lev tous les grands monuments philosophiques qui ont vu le jour depuis dix-huit sicles4 ,les sciences physiques l'ont attendu pour natre1 comme si elles avaient eu peur de livrer l'homme la clef de la nature1 avant l'apparition humaine du ,crateur1 qui a livr saint ,pierre la clef du ciel4 ,le christianisme compte parmi ses enfants saint ,denis1 saint ,anselme1 saint ,thomas1 et tant de grands inconnus qui ont agi sans se montrer1 qui ont vivifi le monde1 sans lui permettre de les apercevoir1 comme la sve invisible qui fait la beaut des fleurs et la douceur des fruits4 ,le christianisme1 c'est l'union hypostatique elle-mme1 c'est le ,verbe uni la nature de l'homme4 ,donc1 la raison divine ne rside pas seule dans nos tabernacles2 la raison humaine est sur l'autel catholique1 en tant qu'elle est la raison de l',homme-,dieu4 ,voil la conduite du christianisme vis--vis de notre intelligence4 ,il l'emploie1 il la dirige1 il la consacre2 il la touche de ses mains divines2 il l'illumine de ses regards divins4 ,voulez-vous savoir maintenant comment la sophistique traite cette mme raison1 comment elle traite la philosophie4 ,ce n'est pas moi qui vous le dis1 c'est elle-mme2 je ne commente pas1 je cite3 ,en supposant que la philosophie soit condamne n'tre jamais qu'un ternel et vain effort pour dfinir l',infini444 ,voil les deux places qui sont offertes la raison3 choisissez au nom de ,dieu et choisissez au nom de l'homme4 ,que vous restera-t-il1 si vous choisissez la sophistique8 ,la recherche strile1 dsespre1 absurde1 de l'introuvable1 la critique isole4 ,mais la critique1 cette dernire vivante1 est-elle assure de sa vie8 ,non2 elle prira sous ses propres coups4 coutez-la elle-mme3 ,qui sait1 dit-elle par la bouche de ,m4 ,renan1 qui sait si la finesse d'esprit ne consiste pas s'abstenir de conclure8 ,vous l'entendez3 elle a perdu mme le droit de conclure1 cette souveraine isole et dsole d'un monde o il n'y a plus rien1 cette reine du vide6 ,elle ne peut que raconter6 ,voil le pouvoir unique que lui laissent ses glorificateurs6 ,la critique n'a sa raison d'tre que l o il y a quelque chose critiquer4 ,mais quand la finesse d'esprit a chass toute conclusion1 quand le vrai et le faux sont devenus indiffrents1 aussi curieux1 mais aussi inutiles l'un que l'autre1 la critique n'a plus que faire de son discernement1 de sa sagacit1 de sa profondeur4 ,il faut que la socit ait encore une croyance1 il faut au moins qu'elle en cherche une1 avec l'espoir de la trouver1 pour que le critique ait encore un travail1 un but1 une mission4 ,mais s'il renonce mme discerner 771 s'il se borne dtruire1 s'il n'ose pas conclure1 le jour o il aura russi1 il deviendra lui-mme aussi inutile1 aussi impossible que ses victimes4 ,le jour o il aura tout dtruit1 il ne lui restera plus qu' terminer par un suicide l'universelle destruction4 ,il a ouvert les cataractes1 tout a t submerg4 ,le critique voguera quelque temps dans l'arche qu'il se sera construite1 puis les eaux grandiront et enseveliront bientt1 avec le reste du monde1 l'unique et solitaire nautonnier de l'abme6 ,arrive l1 la parole1 qui se refuse elle-mme le droit de rien savoir1 de rien croire1 de rien affirmer1 doit1 comme l'ide1 s'abmer dans le nant4 ,mais alors aussi la contradiction vient son secours4 ,si le nihilisme ne se contredisait pas1 si cette ressource lui tait enleve1 il ne pourrait ni penser ni parler4 ,mais la nature le soutient1 comme dit ,pascal1 et l'oblige affirmer quelquefois malgr lui4 ,ainsi1 ,m4 ,renan parle de la ncessit o nous sommes de connatre la vrit presque aussi souvent que la ncessit o nous sommes de ne la connatre pas4 ,il blme ceux qui dtruisent les religions tablies2 il blme ceux qui les respectent et sacrifient un vain scrupule les intrts de la vrit4 ,quelle vrit1 s'il vous plat8 ,tantt il parle d'elle comme s'il la connaissait1 tantt comme s'il ne la connaissait pas1 tantt comme s'il tait impossible de la connatre1 tantt comme si elle n'tait pas4 ,tantt3 ,la critique ne dtruit pas l'admiration1 elle la dplace4 ,ici ,m4 ,renan se regarde comme possesseur de la vrit4 ,tantt il rpond avec ,mahomet3 ,l'me est une chose dont la connaissance est rserve ,dieu4 ,il n'est donn l'homme de possder qu'une bien faible lueur de science4 ,ici ,m4 ,renan se regarde comme ne possdant pas la vrit1 mais semble croire qu'elle existe4 ,ailleurs enfin3 ,si le monde est le cauchemar d'une divinit malade4 ,en ce cas la vrit n'existe plus4 ,dans un autre endroit3 ,le critique1 exclusivement occupe de la vrit1 est rassur d'ailleurs sur les consquences1 parce que les rsultats de ses recherches ne pntrent pas dans les rgions o les illusions sont ncessaires4 ,ici la vrit existe2 mais heureusement elle est ignore1 car1 si elle tait connue1 elle serait fatale la socit4 ,tantt les religions sont pour ,m4 ,renan la forme la plus respectable de la pense4 ,la civilisation a des intermittences1 dit-il2 la religion n'en a pas4 ,tantt il affirme que l',europe doit propager son dogme1 qui est la civilisation4 ,il n'y a donc plus de dogme en dehors de la civilisation8 ,que deviennent ces religions qui tout l'heure n'avaient pas d'intermittences1 tandis que la civilisation en avait8 ,enfin1 quelquefois ,m4 ,renan lve le masque et montre le visage de ,proudhon4 ,par exemple1 aprs avoir discut les origines de l'islamisme1 il ajoute3 ,j'ai longtemps insist sur l'infirmit native de l'islamisme4 ,il y aurait injustice ne pas ajouter qu'aucune religion et aucune institution ne rsisterait l'preuve que nous pouvons faire subir celle-ci4 ,et cependant ,m4 ,renan semble professer pour les religions1 si fausses qu'elles soient1 un respect inexplicable dans son esprit4 ,la logique accompagne et rcompense naturellement la vrit4 ,elle droule sans effort les anneaux de la grande chane4 ,l'erreur est naturellement contradictoire4 ,ayant le faux pour principe et pour fin1 tantt elle entre courageusement dans les consquences de ses principes1 tantt recule devant elle et se cache derrire les mots4 ,quelquefois ,m4 ,renan parle des religions avec une indulgence profondment mprisante qui mrite d'tre remarque3 ,les religions1 dit-il1 tant les uvres les plus compltes de la nature humaine1 celles qui l'expriment avec le plus d'unit1 participent aux contradictions de cette nature et excluent les jugements simples et absolus4 ,peut-on dire aux religions avec plus de politesse qu'elles sont absolument humaines1 et1 par consquent1 absolument fausses8 ,pour rfuter le sophiste1 il suffirait de rapprocher les textes qu'il nous prsente loigns1 dissmins1 gars1 mlangs4 ,dans le premier chapitre de ce travail1 j'ai montr la ngation pure et simple de la religion4 ,j'ai rserv les contradictions relatives cette ngation au troisime chapitre1 au chapitre de la science1 parce qu'elles constituent un attentat contre les lois essentielles de la raison4 ,mais c'est surtout sous la pression du christianisme que ,m4 ,renan semble en proie je ne sais quelle fivre4 ,quelquefois ,jsus-,christ lui semble presque avoir mrit la mort3 ,l'intrt de la puret religieuse de l'histoire exige de rpter sous toutes les formes que l'cole chrtienne n'est nullement acceptable1 quand elle a ramen ce qui regarde le conseil suprme des ,juifs1 dans ce conflit solennel1 une question de basse jalousie1 une affaire de tribunal1 quand elle a accabl la nation juive1 qui elle devait la naissance et dont elle s'appropriait les plus beaux ornements1 sous prtexte du crime volontaire que ses anciens auraient commis en prononant contre ,jsus un arrt qui avait t annonc d'avance et provoqu par toute la thorie du matre sur l'accomplissement des critures4 ,ces paroles sont de ,m4 ,salvador3 ,m4 ,renan les cite avec une complaisance qui quivaut1 dans sa bouche1 l'approbation4 ,a l'en croire1 ajoute-t-il1 le sanhdrin n'aurait fait qu'appliquer les lois existantes4 ,jsus lui-mme avait cherch la mort1 et ds qu'on ne l'envisageait que comme citoyen 7tel devait tre ncessairement le point de vue des ,juifs71 il la mritait444 ,pour nous1 ,dieu nous garde d'mettre sur une telle question un autre avis que celui de ,jsus lui-mme3 il fallait que le fils de l'homme mourt4 ,sans cela1 il n'et pas reprsent l'idal du sage1 odieux aux superstitieux comme aux politiques1 et payant de sa vie sa beaut morale4 ,une mort vulgaire pour couronner la vie de ,jsus6 ,quel blasphme6 ,quant rechercher ce qui se passa dans l'me de ceux qui le condamnrent1 c'est l une question vaine et strile1 lors mme qu'elle ne serait pas insoluble4 ,qui sait s'il est digne d'amour ou de haine8 ,qui peut bien analyser ce qui se passe au fond de son cur8 ,celui qui dit comme ,caphe3 ,expedit unum hominem mori pro populo1 est certes un dtestable politique et pourtant1 chose triste dire1 ce peut tre un honnte homme4 ,ces paroles lgantes et obliques1 qui se tranent en spirales1 dcouvrent la pense de ,m4 ,renan1 tout en la cachant dans leurs replis4 ,mais tout coup ,jsus-,christ lui apparat immense4 ,il approuve le saint qui peignait genoux la face du ,verbe fait chair1 et dans un transport vraiment trange1 il crit ces belles paroles3 ,sorti d'un petit canton trs-exclusif quant la nationalit et trs-provincial quant l'esprit1 il est devenu l'idal universel3 ,athnes et ,rome l'adoptrent2 les barbares tombrent ses pieds1 et aujourd'hui encore le rationalisme n'ose le regarder un peu fixement qu' genoux devant lui4 ,glorieusement vaincu par la vrit1 ,m4 ,renan vient d'avouer que ,jsus-,christ n'a pay aucun tribut ni une nation ni une poque3 mais tout coup revenu lui-mme1 il ajoute3 ,dans le ,christ vanglique une partie mourra2 c'est la forme locale et nationale1 c'est le ,juif1 c'est le ,galilen3 mais une part restera1 c'est le grand matre de la morale4 ,le thaumaturge et le prophte mourront2 l'homme et le sage resteront4 ,et ce sont deux passages d'un mme article4 ,ce ,jsus mystrieux contre qui les coups n'ont pas de prise1 excite chez ,m4 ,renan une colre qui change chaque instant de forme et de couleur1 une colre mouvante1 et quel hommage que cette colre6 ce ,jsus inexplicable l'irrite3 quel plaisir1 s'il tait possible de le nier tout fait6 ,du moins faut-il n'en pas tenir compte2 car1 pour ,m4 ,renan1 l'inexplicable est simplement l'inexpliqu4 ,certes1 dit-il1 il faut dsesprer d'arriver jamais la complte intelligence d'apparitions surprenantes1 que le manque de documents bien plus encore que leur nature mystrieuse couvrira pour nous d'une ternelle obscurit4 ,dans la solution des problmes d'un ordre aussi lev1 et l'hypothse surnaturelle et les hypothses naturelles trop simples1 celles du ,x,v,i,i,ie sicle par exemple o tout est rduit aux proportions ordinaires d'un fait d'imposture ou de crdulit1 doivent tre galement rejetes4 ,on me proposerait une analyse dfinitive de ,jsus1 au del de laquelle il n'y aurait plus rien chercher1 que je la rcuserais4 ,sa clart serait la meilleure preuve de son insuffisance4 ,l'essentiel n'est pas ici de tout expliquer1 mais de se convaincre qu'avec plus de renseignements tout serait explicable4 ,cherchons la pense2 dpouillons-la des mots4 ,que trouvons-nous8 ,nous trouvons l'intention bien arrte de chercher toujours1 et de ne savoir jamais4 ,en effet1 en face d'un phnomne mystrieux1 il faut de deux choses l'une1 lui attribuer une cause surnaturelle1 ou lui chercher une explication naturelle4 ,m4 ,renan repousse ces deux procds2 il repousse la cause surnaturelle gratuitement1 sans motif1 sans discussion1 il l'carte parce qu'il l'carte1 et quant la cause naturelle1 il l'carte encore1 parce que l'admettre ce serait conclure1 ce serait manquer au devoir qu'impose la finesse d'esprit1 enfin et surtout1 parce qu'admettre une explication ce serait se soumettre soi-mme la critique4 ,on me proposerait une analyse dfinitive de ,jsus que je la rcuserais4 ,pourquoi donc8 ,comment6 vous dclarez qu'il y a une explication naturelle1 et vous en rejetez une qui semblerait bonne1 par cela seul qu'elle serait claire6 ,cette explication est donc condamne tre obscure8 ,mais si l'on vous en prsente une qui soit obscure1 vous la rejetterez parce qu'elle est obscure4 ,par ce procd trs-habile1 vous renverrez les esprits une explication naturelle qui n'est pas encore venue1 qui ne viendra jamais1 et qui aura ainsi sur toutes les autres l'avantage de ne pouvoir tre juge1 puisqu'elle sera toujours dans l'avenir et toujours dans l'inconnu4 ,si vous proposiez vous-mme votre explication1 nous sentirions l'insuffisance de cette explication1 comme des autres4 ,car toute explication naturelle de ,jsus est une explication qui n'explique rien4 ,mais cette explication inconnue1 dont vous affirmez l'existence sans la prouver1 chappe la discussion4 ,elle vous permet de vous passer de ,dieu1 et vous dispense de dire comment vous faites pour vous en passer4 ,au point de vue de la science historique1 examinons la situation que ,m4 ,renan nous fait1 vis--vis du miracle4 ,l'histoire nous offre une srie de faits surnaturels4 ,nous1 qui les admettons1 nous leur faisons leur place4 ,ils ne drangent en rien les sciences naturelles4 ,ils les dominent1 ils ne les dtruisent pas4 ,une gurison miraculeuse ne contient aucune ngation de la mdecine4 ,ce sont deux applications diffrentes de la force qui gurit4 ,l'une est conforme l'ordre naturel1 l'autre ne l'est pas4 ,voil toute la diffrence4 ,immatrielle en elle-mme dans les deux cas1 cette force agit pourtant sur la matire4 ,que la prire ou le pain empche un homme de mourir1 le mystre qui le ramne la vie1 est dans les deux cas immatriel1 comme la vie vers laquelle il revient1 comme la loi qui ordonne ce retour4 ,le pain matriel excute une loi qui n'est pas matrielle4 ,la vie est l'action de la forme sur la matire4 ,ce n'est donc jamais dans la matire mme qu'il faut chercher la cause de la vie ou celle de la mort4 ,il ne faut lui demander aucun secret4 ,elle n'est que l'occasion manifestatrice de la vie4 ,la matire est un instrument qui prte son secours l'harmonie3 c'est le bois du violon qui porte les cordes4 ,mais c'est toujours une force immatrielle qui fait la vie ou qui fait la mort1 la maladie ou la gurison4 ,naturelle ou miraculeuse1 la vie a sa raison d'tre dans l'immatriel4 ,donc l'admission des faits surnaturels ne gne ni la raison ni l'histoire4 ,la raison conoit que la cause souveraine agisse souverainement4 ,l'histoire admet tous les faits prouvs1 et les faits d'un certain ordre ne gnent en rien les faits d'un autre ordre4 ,mais si vous refusez ,dieu le droit d'agir surnaturellement1 alors de deux choses l'une1 ou vous niez absolument tous les faits mystrieux1 ou vous les faites rentrer de force dans le domaine des faits naturels4 ,si vous les niez1 vous dtruisez la certitude historique4 ,elle mourra de ce coup3 car ces faits sont aussi bien attests que les autres1 mme au point de vue de l'histoire pure4 ,donc1 les rejetant1 vous n'avez plus de raison pour admettre quoi que ce soit4 ,la certitude historique n'existe plus4 ,les affirmations motives ne gnent en rien les affirmations d'un autre genre2 mais une ngation gratuite dtruit tout1 car si vous niez une chose1 pourquoi n'en nierais-je pas une autre8 ,si1 admettant peu prs les faits1 vous les faites entrer dans les sciences naturelles1 malgr eux1 et malgr elles1 vous dtruisez ces sciences4 ,car les lois connues ne sont plus domines1 mais dtruites par cette foule de lois du mme ordre1 qui se croisent avec elles capricieusement4 ,mais si ces lois sont d'un autre ordre1 les sciences naturelles sont sauves4 ,la mdecine ne souffre pas1 si1 miraculeusement1 ,jsus-,christ ,homme-,dieu ouvre avec un peu de boue l'il d'un aveugle4 ,la mdecine et t dtruite si naturellement1 un jour1 en vertu de je ne sais quelle faveur1 la boue avait guri un il malade4 ,admettez l'extase1 vous ne dtruisez pas la vie normale4 ,sainte ,thrse ne nuit personne1 et sainte ,thrse extatique ne nuit pas sainte ,thrse femme et chrtienne4 ,mais niez l'intervention surnaturelle1 vous ne pouvez plus dire o la vie naturelle commence1 o elle finit2 elle est bouleverse de fond en comble4 ,si vous attribuez au magntisme tout ce qui est extraordinaire1 le magntisme prend une telle place qu'il dtruit les autres sciences force d'empiter sur elles4 ,il n'y a plus de limites2 il trouble l'univers sans que vous puissiez savoir jusqu' quel point1 et lui marquer sa place4 ,si vous ne voulez pas du magntisme1 vous tes dans un autre genre d'ignorance4 ,les lois naturelles n'ont dans les deux cas rien de fixe4 ,vous leur attribuez des phnomnes qui ne dpendent pas d'elles1 qui relvent de plus haut4 ,les exceptions dtruisent les lois1 et l o il n'y a plus de lois1 il n'y a plus de science4 ,niez l'intervention divine1 vous rencontrez un mystre absurde2 admettez-la1 vous rencontrez un mystre lumineux4 ,l'entre triomphante de ,jsus ,jrusalem est peut-tre une indication1 un souvenir1 un rappel de l',incarnation1 telle qu'elle se ft accomplie1 sans le pch1 dans la gloire et dans la joie4 ,le miracle et l'extase ne sont-ils pas des souvenirs du paradis terrestre1 o l'esprit ne subissait jamais les colres de la matire rvolte8 ,pourquoi l'homme ne reprendrait-il pas1 dans une certaine mesure1 par la saintet1 cet empire qu'il a perdu par le dfaut de saintet8 ,l'extase des saints me semble un souvenir des sommeils d',adam4 ,le sommeil est le temps des rvlations4 ,peut-tre l'me1 destitue alors1 au moins en apparence1 de son activit propre1 est-elle plus capable de recevoir et de subir l'activit trangre1 l'activit divine8 ,nous aimons tous parler1 sans trop savoir pourquoi1 du sommeil de l'enfance4 ,l'innocence nous semble plus auguste et plus puissante que jamais1 quand elle nous apparat dsarme par le sommeil4 ,mais qui de nous connat le sommeil8 nous a-t-il dit ses mystres8 ,dans le monde dchu1 il n'veille qu'une ide d'obscurit et de nuit4 ,mais1 grce au mystre de la saintet 7la saintet ressemble toujours plus ou moins au retour du paradis terrestre71 grce au mystre de la saintet1 un sommeil apparent ne pourrait-il pas devenir l'instant de la vrit1 l'instant de la lumire1 le rveil enfin8 ,l'me1 qui1 dans le sommeil ordinaire1 semble s'affaisser sous le poids du corps1 ne pourrait-elle1 dans un tat extrieurement semblable au sommeil1 mais rellement contraire lui1 se dgager des liens du corps8 ,le ravissement matriel est une drogation aux lois de la pesanteur1 o plutt la loi de la pesanteur produit un effet particulier1 quand l'me l'emporte sur le corps4 ,mon poids1 c'est mon amour1 a dit saint ,augustin4 ,quand notre amour est au ciel1 pourquoi le corps ne nous prouverait-il pas1 par un ravissement matriel1 qu'il est emport par l'me1 et que l'homme pse en haut1 parce qu'en haut est plac son centre d'attraction8 ,la preuve ne nous est pas toujours donne par un fait sensible4 ,mais en rsulte-t-il qu'elle ne nous soit donne jamais8 ,pourquoi l'extase ne nous parlerait-elle pas1 par la bouche des saints1 des communications que l'homme sans pch et gardes avec ,dieu1 dans la splendeur immacule du paradis terrestre8 ,le sommeil n'est pas tout fait dpourvu de conscience2 il n'est pas aveugle1 sourd et muet4 ,notre sommeil est souill par le rve4 ,le rve1 cette maladie normale de l'homme dchu et endormi1 le rve avec ses divagations1 ses terreurs1 ses folies1 ses horizons lointains ordinairement affreux1 quelquefois magnifiques1 ne ressemble-t-il pas l'extase1 comme le singe ressemble l'homme8 ,ne ressemble-t-il pas un peu une contre-preuve mal tourne de l'extase1 une parodie satanique qui en aurait gard jusqu' un certain point l'apparence1 mais qui en a perdu l'esprit1 l'ide1 la vie8 ,ainsi1 ces lumires particulires se fondent dans la lumire gnrale1 au lieu d'en changer la nature4 ,elles attestent de leur grande voix la libert de ,dieu et la majest premire de l'homme4 ,elles embellissent le monde sans le troubler1 et illuminent la nature au lieu de la dtruire4 ,niez le surnaturel1 si vous voulez1 mais vous allez recevoir une admirable punition6 ,vous allez arriver cette ignorance que ,m4 ,renan attribue aux poques naves3 ,alors1 dit-il1 le miracle ne se prsentait pas comme surnaturel2 le miracle tait l'ordre habituel1 ou plutt il n'y avait plus ni lois ni nature pour ces hommes4 ,profond enseignement6 la sophistique nous ramne cette ignorance d'o elle prtend nous tirer4 ,vous niez le miracle-exception1 le miracle surnaturel4 ,comme les faits rsistent vos ngations1 vous avez le miracle-rgle1 le miracle naturel1 et vous n'avez plus de lois4 ,ainsi de deux choses l'une3 si vous admettez le surnaturel1 il intervient sans rien dtruire3 l'ordre naturel est sauv2 si vous niez le surnaturel1 l'ordre naturel est confondu et boulevers4 ,cette destruction est si profonde qu'il est difficile de l'analyser avec ordre4 ,les points de vue se pressent au point de se confondre4 ,nous avons dj vu la science et la raison nies plusieurs fois1 car elles supposent l'existence de la vrit et la possibilit de la certitude humaine2 nous avons vu la ngation contradictoire avec elle-mme1 contradictoire avec une affirmation prcdente1 contradictoire avec l'intention de l'auteur4 ,rsumons-nous4 ,voici1 quant la religion1 la socit1 la science1 le ,credo que nous avons dcouvert au fond de cette doctrine3 ,je crois en ,dieu1 je l'adore1 mais il n'existe pas4 ,je crois en l'humanit1 je l'adore2 mais l'humanit est une folle qui ronge un os de mort pour essayer de s'en nourrir4 ,son pain quotidien1 son pain ncessaire1 c'est le nant1 c'est l'erreur4 ,je crois en l'me humaine1 je l'adore2 mais on a bien fait de dclarer que nous n'en savons pas assez pour affirmer son existence4 ,je crois en la science humaine1 je l'adore2 mais la notion de l'me lui chappe comme celle de ,dieu4 ,j'adore le bien2 mais peut-tre le mal1 reprsent par ,satan1 a-t-il autant de droit que lui mon adoration4 ,je veux sortir de moi-mme1 m'anantir1 vivre dans un autre que moi1 adorer2 mais l'humanit est le seul ,dieu vritable#b1 et je suis mille fois au-dessus de l'humanit1 qui vit d'erreur1 puisque moi je dcouvre son erreur4 ,mais comme je n'aperois pas de vrit qui puisse remplacer les erreurs humaines1 il me reste adorer en moi1 sans rien conclure1 la critique toute seule1 c'est--dire la ngation universelle divinise4 #b ,il n'a pas exist1 dit ,m4 ,renan1 un individu form par un privilge unique de l'essence divine et de l'essence humaine1 dominant la nature1 faisant des miracles1 ressuscit corporellement2 il n'a pas exist un individu plus exclusivement ,dieu qu'on ne l'avait t avant lui et qu'on ne le sera aprs lui444 ,l'humanit est la runion des deux natures1 le ,dieu fait homme444 ,elle est l'enfant de la mre visible et du pre invisible1 de l'esprit et de la nature4 ,elle est celui qui fait des miracles4 ,car1 dans le cours de l'histoire humaine1 l'esprit s'assujettit de plus en plus la matire4 ,elle est l'impeccable1 etc41 etc4 ,et c'est cette mme humanit1 cauchemar d'une divinit malade1 qui ne sait pas si elle a une me1 tant elle possde une faible lueur de science6 ,,chapitre ,,iv ,n,,gation ,,de ,l',,art4 ,j'arrive la quatrime ngation1 la ngation de l'art4 ,l'art est l'expression de l'ide par un signe sensible4 ,mais l'ide s'exprime une condition1 et cette condition1 c'est l'amour4 ,l'amour est la vie de l'art4 ,l'amour procde de la connaissance4 ,pour aimer la vrit1 il faut la voir4 ,vous la contemplez1 elle est belle4 ,le beau vous appelle1 vous allez lui1 et si vos pieds sont lents1 les ailes qu'entrevoyait ,platon vous poussent d'elles-mmes4 ,l'amour1 c'est le fruit mr qui tombe4 ,mais qu'aimerez-vous1 ,si vous ne croyez rien8 ,supprimez la religion et la raison1 vous aurez dracin l'enthousiasme4 ,la ngation exclut l'art1 qui est affirmatif par essence4 ,toute uvre d'art est un acte de foi4 ,l'empire de la ngation est un empire vide1 c'est l'empire de la mort4 ,au moins la ngation y devrait rgner en silence1 car la parole suppose une affirmation4 ,mais le silence serait logique1 et rien ne le sera dans cette destruction pouvantable4 ,credidi1 propter quod locutus sum3 celui-l seul qui croit a le droit de parler4 ,le nihilisme ne croit ni n'aime4 ,il ne voudrait pas corriger le monde1 parce que les dfauts du monde sont amusants444 ,je suis malade1 et vous ne voulez pas me gurir1 parce que ma maladie est curieuse4 ,mais pourquoi donc alors me parlez-vous8 ,vous qui n'avez rien m'apprendre1 et qui ne voulez rien me donner1 de quel droit1 au milieu de l'humanit qui a besoin et qui espre1 levez-vous votre voix ennemie8 ,le nihilisme devrait tre muet comme la tombe1 puisqu'il est froid comme elle1 et cependant il parle6 ,de quel droit8 ,je vous le demande au nom de l'art4 ,il parle1 et il parle de l'art6 ,cette contradiction suprme1 dont l'absence serait une ombre de grandeur1 et cacherait sous un manteau de deuil les autres contradictions1 cette contradiction suprme ne lui est pas pargne4 ,il parle1 et pourtant voici sa devise3 ,vous qui entrez1 laissez ici la joie6 ,la joie1 don de l'amour1 la joie1 jeunesse et splendeur de l'me6 la joie1 triomphe de l'art1 soulvement radieux qui rend lger le poids de la vie6 la joie1 qui fait la beaut du matin1 le calme de la journe1 la clart des nuits et la solennit des soirs6 ,piti pour ceux qui ont dessch chez eux-mmes et chez les autres la source sacre de la joie6 ,la ngation est froide et triste6 ,ils ont renonc au ravissement6 ,ils ont renonc l'art6 ,l'art est la splendeur royale de l'ide4 ,l'amour est si ncessairement la base de l'art1 que l'artiste qui est pouss par un autre mobile n'a pas mme le triste honneur d'tre un coupable srieux4 ,l'artiste qui n'aime pas est ridicule4 ,l'art affirme la fois la raison et l'amour2 sa grandeur nous est parfaitement inconnue2 nous en avons fait je ne sais quel misrable et mauvais passe-temps4 ,parmi les hommes vulgaires1 les uns croient que l'art est un exercice soumis certaines rgles1 et dont on vient bout au moyen de certaines formules2 les autres le prennent pour un fou qui a le dsordre mme pour condition1 pour essence4 ,or voici la vrit3 la posie et la musique1 qui vivent d'amour1 ont leurs racines dans les mathmatiques1 inflexibles et absolument exactes1 comme si l'amour et l'ordre1 qui quelquefois nous semblent ennemis1 mettaient je ne sais quelle intention1 je ne sais quelle affectation se proclamer unis dans ces hautes manifestations d'eux-mmes4 ,pour les hommes vulgaires1 l'art1 ou plutt1 pour parler leur langage1 les arts sont compltement spars de la science1 laquelle est elle-mme spare de la vie4 ,cette sparation des choses le plus profondment unies ressemble une sorte de folie et de mort universelle4 ,la folie et la mort1 n'est-ce pas la perte complte1 l'oubli radical de l'unit8 ,voulez-vous mesurer la porte intellectuelle d'un homme1 ne vous demandez pas s'il est dou de tel ou tel talent3 les aptitudes spciales sont souvent dvolues aux hommes mdiocres4 ,demandez-vous quelle est sa conception de l'unit2 la rponse donnera sa mesure4 ,je ne veux pas faire ici une thorie de l'art1 mais je dois dire en un seul mot le sens de ce grand mot4 ,l'art est le balbutiement de l'homme qui1 chass du ,paradis terrestre et non arriv au ,paradis cleste1 clbre encore et clbre dj la beaut perdue4 ,il est tomb2 le lieu de la beaut est ferm pour lui2 mais l'exil trace sur la terre trangre une esquisse de la patrie4 ,peut-tre l'art occupe-t-il dans l'ordre intellectuel la mme place que l'esprance dans l'ordre moral4 ,l'art est une initiation1 un essai1 un ttonnement2 c'est un coup de main que l'homme tente pour saisir l'idal1 un pressentiment1 un souvenir4 ,la beaut est la forme que l'amour donne aux choses4 ,dieu est le pote suprme2 il est aussi l'amour absolu4 ,il y a un tre qui est la contradiction vivante de l'art1 c'est le premier ngateur du dieu pote et amour1 celui qui ne fait rien1 puisqu'il fait le mal1 celui que l'il humain fait pour la beaut ne pourrait contempler dans sa forme vritable1 celui qui a arrach la grande extatique cette exclamation extraordinaire3 ,le malheureux6 il n'aime pas6 ,son nom impersonnel est laideur1 son nom personnel est ,satan4 coutons maintenant ,m4 ,renan parler de l'art4 ,ici1 comme presque toujours1 ,m4 ,renan parle au nom d'un autre4 ,il ne dit pas3 ,voil ma pense1 il se met couvert derrire quelqu'un et propose quelques restrictions4 ,dans un article fort travaill sur ,feuerbach et la nouvelle cole hglienne1 ,m4 ,renan dclare et expose1 au nom de l',allemagne1 la supriorit de l'esthtique paenne sur l'esthtique chrtienne4 ,paen par nature et surtout par systme littraire1 ,gthe1 dit ,m4 ,renan1 devait peu goter l'esthtique qui a substitu la gausape de l'esclave la toge de l'homme libre1 la vierge maladive la ,vnus antique1 et la perfection idale du corps humain1 reprsente par les dieux de la ,grce1 la maigre image d'un supplici tiraill par quatre clous4 ,inaccessible la crainte et aux larmes1 ,jupiter tait vraiment le dieu de ce grand homme1 et on n'est pas surpris de le voir placer devant son lit1 expose au soleil levant1 afin qu'il puisse le matin lui adresser sa prire1 la tte colossale de ce dieu4 ,il a fallu toute la haine qu'inspire ,m4 ,renan le supplici tiraill par quatre clous1 pour lui dicter ces lignes indignes de lui4 ,il semble descendre ici jusqu' prendre l'art pour l'imitation de la beaut matrielle1 et lui assigner pour fin la copie d'un buste bien proportionn4 ,cette pense est loin de lui3 elle conviendrait ,voltaire1 elle ne convient pas ,m4 ,renan1 et jamais un esprit si distingu n'aurait pu s'y complaire1 s'il n'et t gar par l'aspect du crucifix4 ,la question de l'art est la mme que la question de la vie4 ,o est l'ombre1 o est la lumire8 ,la vrit premire est-elle le visible ou l'invisible8 ,la ,grce regardait la cration1 telle qu'elle nous apparat1 comme l'expression suprme de la beaut1 aussi ne dsirait-elle rien au del3 ds lors l'aspiration tait un non-sens4 ,dans leurs ,champs-lyses1 les hros regrettent cette terre1 cette vie1 cette lumire4 ,les hros sont des ombres2 la lumire pour eux est en ce monde-ci2 l'ombre est l-haut ou plutt l-bas3 voil le fondement de leur socit1 de leur art1 de leur posie4 ,avez-vous jamais entendu ,achille dsirer et demander un clat de jour suprieur8 ,au contraire3 vous l'entendez1 au sjour des ombres1 regretter sa force et sa valeur d'autrefois6 ,si tel tait l'clat de leur atmosphre que le ciel bleu1 aperu travers les colonnes du ,parthnon1 ne leur laisst plus1 en fait de splendeur1 rien dsirer1 si la plus haute expression de la beaut divine tait pour eux la beaut humaine 7,hrodote raconte qu'un jeune homme1 le premier venu1 fut mis pour sa beaut au rang des dieux71 si ,jupiter n'tait rien de plus qu'un beau ,grec1 si le temps et l'espace contenaient la lumire vritable1 comment le monde invisible et-il t pour eux autre chose qu'une ombre8 ,or l'esprit humain a t directement retourn4 ,l'humanit moderne sait que le monde visible 7ombre et figure1 figura mundi7 est taill sur le modle du monde invisible1 suprme et idale ralit4 ,ainsi l'art moderne1 logique comme l'ancien1 ne voyant plus dans la nature qu'un miroir et qu'une nigme 7per speculum et in enigmate71 la perce jour pour dcouvrir travers elle ce qu'elle cache4 ,de l le type idal manifest par la forme matrielle2 de l la poursuite et le dsir4 ,possession de la beaut satisfaite et jouissant d'elle-mme1 tel est le fondement du ,parthnon4 ,aspiration immense de l'amour non satisfait1 tel est le fondement de la cathdrale de ,cologne4 ,voil la pense grecque et la pense moderne4 ,je ne veux pas dire3 voil la pense chrtienne et la pense paenne4 ,sous l'action du christianisme1 le monde a chang de souverain2 mais ne l'oublions pas1 jamais l'homme n'a vcu totalement priv de raison et de lumire4 ,le paganisme n'a t qu'un accident2 au fond du paen vivait l'homme1 et la lumire naturelle n'a jamais t absente de la cration4 ,l'cho des traditions premires a t altr1 mais non pas touff4 ,d'ailleurs la ,grce n'est pas la vritable antiquit4 ,les pyramides d'gypte avaient t construites avant elle2 la mythologie grecque est une mythologie infrieure4 ,platon a rsolu la question dans le sens moderne2 mais ,platon est plutt ,chalden que ,grec2 il a dclar le monde visible figure et image du monde invisible le jour o les yeux fixs sur l'idal qu'il aimait1 il aperut dans l'extase de son gnie les prisonniers de la caverne4 ,si le christianisme a assis sur d'autres fondements1 sur des fondements surnaturels1 le trne de l'invisible1 n'oublions pas que l'homme a toujours t pourvu naturellement du don de croire l'me1 d'aimer l'idal et d'adorer un seul ,dieu6 ,nous blesserions ,dieu mme si nous portions atteinte notre grandeur1 et toute l'conomie de la vrit si nous en arrivions1 gars par l'amour du surnaturel1 mconnatre l'ordre naturel4 ,le caractre de l'art grec1 qui est l'art classique1 mais qui n'est pas le vritable art antique1 est un rapport d'quation entre l'ide et la forme4 ,la beaut est le but1 la beaut est l'instrument2 l'idal de l'artiste est ralis4 ,il n'tait pas trop haut pour tre atteint4 ,l'art exprime compltement une beaut que l'artiste trouve dans son me1 mais qu'il peut mettre la porte de son bras4 ,le marbre n'est pas bris2 il est faonn lgamment4 ,l'horizon ne s'tend pas derrire l'uvre2 le temple ne s'lve pas4 ,la colonne lgante et rgulire dtermine le caractre de l'esprit qui a lev cet difice sans grandeur4 ,la prire entrane avec elle vers le ciel tout ce qu'elle touche1 parce que l'ascension est de son essence4 ,mais le temple grec1 sans voix1 sans dsir1 trahit1 par l'aplatissement de son sommet1 la limite de sa pense4 ,le temple grec ressemble une habitation humaine1 comme le dieu qu'on y adore ressemble lui-mme l'homme4 ,l',olympe est une montagne sur laquelle on se promne4 ,les ,grecs risquaient d'y coudoyer ,jupiter1 ,mars et ,vnus4 ,du reste1 c'taient de vieux amis et de vieux ennemis avec lesquels on s'tait mesur au sige de ,troie4 ,les dieux vivaient au milieu des ,grecs comme des concitoyens ou des gaux4 ,il faut insister sur ce fait1 particulier la ,grce1 et qui n'est pas le fait de l'antiquit tout entire1 pour comprendre le caractre de cet art1 n au pied du mont ,parnasse1 et qui n'imagine rien de plus beau que la valle de ,temp4 ,aussi le sublime lui est-il interdit1 car si le beau est un rapport adquat de perfection entre l'ide et la forme1 le sublime est une disproportion4 ,dans le sublime l'ide crase la forme et l'engloutit en elle4 ,la forme humilie s'anantit1 afin de ne pas nous troubler dans la contemplation de l'immense4 ,la cathdrale de ,cologne1 qui respire l'infini1 n'est pas finie4 ,le temple grec est parfaitement fini1 dans tous les sens du mot1 et le caractre gnral de tout l'art classique1 grec1 latin1 franais1 peut se dterminer par un mot3 l'absence de l'infini4 ,l'art moderne1 s'il est vraiment moderne1 travaille la matire1 presque sans la regarder2 il s'en sert comme d'un moyen3 il a pour principe et pour fin l'ide4 ,l'art grec au contraire1 part de la matire et vise elle2 s'il frappe l'esprit1 s'il veille en nous l'harmonie1 c'est que la forme1 par sa perfection propre1 s'lve au-dessus d'elle-mme1 et touche les confins du monde invisible4 ,s'panouissant dans les splendeurs de la forme1 l'art grec atteint la posie de la ligne4 ,la ligne est le point de contact entre l'ide et la matire4 ,aussi l'homme seul la comprend et l'admire4 ,si le lion poursuivant la lionne dans le dsert1 admirait la beaut de ses lignes1 il lui faudrait une me immortelle2 car il aurait aperu l'ombre de l'infini projete sur une crature4 ,mais l'art grec1 au moment o1 emport par la beaut1 il va toucher l'esprit1 s'arrte1 vaincu par la forme1 dans une espce de cristallisation de la pense4 ,car voici une loi naturelle3 toute chose tend son point de dpart1 l'art moderne l'ide1 l'art grec la forme4 ,d'o vient que l'aurole accorde aux saints par la socit moderne1 l'art antique ne l'avait pas invente pour ses dieux8 ,c'est parce que l'aurole est le rayonnement visible d'une vertu invisible1 la traduction de l'me en lumire4 ,l'aurole suppose une splendeur cache dont elle devient la parole4 ,c'est la joie qui se fait visible4 ,c'est le caillou qui dclare l'tincelle latente en lui4 ,mais si la forme dit tout1 si elle ne cache rien au fond d'elle1 si ,jupiter apparat tout entier1 si la beaut s'offre aux yeux tout entire1 si le souffle invisible ne la pntre pas1 si le mystre n'a pas sa place en elle1 l'aurole n'a pas de sens1 puisqu'elle n'est le reflet de rien1 puisque le feu intrieur est absent4 ,l'art grec a encore pour caractre l'inflexibilit4 ,il y a quelque chose de fatal dans la beaut mme de la ligne grecque4 ,elle ne s'incline pas vers la faiblesse4 ,elle ne sourit pas4 ,sa puret est rigoureuse1 svre4 ,sa sculpture est sans douceur1 sans piti4 ,on dirait que le marbre a peur de rien relcher de ses droits4 ,la fatalit semble peser sur la ,grce1 et il y a quelque chose d'impitoyable au fond de cette majest sophoclenne4 ,chez les ,grecs1 ,apollon tue le serpent ,python4 ,il ne respire que la force calme et solennelle4 ,chez les gyptiens1 ,mercure arrache les nerfs de ,python1 qui s'appelle ici ,typhon1 pour en faire les cordes de la lyre divine4 ,quelle immense supriorit6 ,l'art grec est reprsent par la sculpture qui n'a rien de transparent4 ,la sculpture c'est la matire son maximum de densit4 ,l'art moderne tend rapprocher la matire de la transparence1 pour la faire entrer dans la libert de l'esprit4 ,or la prsence intrieure du feu est la condition ncessaire la matire pour que le don de transparence lui soit confr4 ,de l l'aurole des saints4 ,comme toute cration de l'art elle est symbolique4 ,l'art a sa raison d'tre dans le symbolisme des formes1 et sans entrer dans cette question immense1 je dois l'indiquer4 ,les formes ont avec les ides des relations symboliques4 ,l'art est symbolique par essence4 ,toute chose qui n'est pas symbolique peut appartenir la science2 elle n'appartiendra jamais l'art4 ,dans l'art moderne1 l'ide drange la forme4 ,ne pouvant tre contenue par elle1 elle la brise en clatant1 et la forme brise laisse apercevoir derrire ses ruines un horizon immense4 ,quand le sublime apparat1 toute chose aspire autour de lui une sorte d'anantissement4 ,les mots voudraient mourir devant l'ide4 ,l'idal1 parce qu'il a conscience d'tre ineffable1 se rfugie dans sa hauteur4 ,plac trop haut pour recourir la beaut extrieure1 il renonce elle1 il s'abstient presque de la forme2 il ne lui demande que le signe rigoureusement ncessaire sa manifestation intelligible4 ,il apparat seulement3 il nglige de resplendir4 ,l'indiffrence est le caractre propre de cette beaut suprme qui1 abdiquant l'habitude humaine1 abdiquant la limite jusqu' un certain point1 s'abdique elle-mme pour se retrouver dans les rgions suprieures o se retrouvent les puissances qui ont abdiqu en bas4 ,m4 ,renan semble prfrer l'art grec1 l'art classique l'art moderne4 ,il prfre de beaucoup la beaut placide de ,jupiter la maigre image d'un supplici tiraill par quatre clous4 ,c'est qu'en effet le crucifix est sur la terre une terrible apparition4 ,c'est le brisement de la forme qui clate sous les coups de l'ide4 ,la puissance terrible qui1 plus impondrable que la lumire1 plus subtile que le glaive1 pntrant usque ad divisionem anim et spiritus1 a tout dtruit1 tout boulevers1 tout cr1 tout renouvel1 l'art1 la science1 la vie1 celle qui a tout remu de fond en comble1 sans paratre toucher rien1 cette puissance n'a pas apport la paix1 mais la guerre6 ,cette puissance1 voulez-vous savoir avec quelle profondeur ,m4 ,renan la dteste8 ,voulez-vous savoir comment ,m4 ,renan hait l'vangile8 coutez-le3 ,hgel1 dit-il1 ne s'est pas prononc moins dcidment que ,gthe en faveur de l'idal religieux des ,hellnes et contre l'intrusion des lments syriens ou galilens4 ,la lgende du ,christ lui semble conue dans le mme systme que la biographie alexandrine de ,pythagore2 elle se passe1 selon lui1 dans le domaine de la ralit la plus vulgaire1 et nullement dans un monde potique4 ,c'est un mlange de mysticit mesquine et de chimres ples comme on en rencontre chez les gens fantasques qui n'ont pas une belle imagination4 ,l',ancien et le ,nouveau ,testament n'ont ses yeux aucune valeur esthtique4 ,sous le voile de ces mots3 l'intrusion des lments galilens1 le christianisme est peine reconnaissable4 ,quelques lignes plus tard3 ,un temple ancien1 dit-il1 est incontestablement d'une beaut plus pure qu'une glise gothique1 et pourtant nous passons des heures dans celle-ci sans fatigue1 et nous ne pouvons sans ennui rester cinq minutes dans celui-l4 ,l'homme qui se contredit chaque instant possde dans la discussion un avantage assez bizarre4 ,si vous l'attaquez par une de ses pages1 il vous rpondra par une autre page o il dit exactement le contraire4 ,dans son article sur ,scheffer1 ,m4 ,renan ne s'attache qu' la beaut morale4 ,il renverse directement la thorie qu'il a sembl poser propos de ,gthe et de ,hgel4 ,mais il renverse malheureusement les notions les plus lmentaires de l'esthtique et de la logique4 ,l'art1 dit-il1 est le plus haut degr de la critique4 ,concevez-vous l'art rduit aux proportions de la critique8 clairons ceci par un exemple4 ,vous reprsentez sur la toile sainte ,thrse4 ,il faudra1 pour tre fidle la critique de ,m4 ,renan1 la discuter1 la nier en tant que sainte4 ,la caricature et la satire1 voil les proportions que prendra l'art4 ,si cette proposition que je viens de citer est inintelligible en elle-mme1 elle va le devenir bien plus encore si nous la rapprochons de celles qui l'accompagnent4 ,toute philosophie1 dit ,m4 ,renan1 est ncessairement imparfaite1 puisqu'elle aspire renfermer l'infini dans un cadre limit4 ,comment l'esprit humain saisirait-il1 comment la parole rendrait-elle ce dont l'essence est d'tre ineffable8 ,l'art seul est infini4 ,l'art1 allant chercher dans l'me ce qu'il y a de bon et de pur1 nous fait atteindre l'indubitable4 ,comment l'art est-il une des expressions de la critique1 puisqu'il est ainsi oppos la critique et toute la philosophie8 ,comment est-il infini1 tandis que la critique est finie1 puisqu'il n'est qu'une forme de la critique8 ,il semblerait1 d'aprs ,m4 ,renan1 que la philosophie essaie de nous rvler l'infini par une manifestation infinie elle-mme4 ,cette prtention1 la philosophie ne l'a pas4 ,elle sait que la parole ne peut rendre ce dont l'essence est d'tre ineffable4 ,la philosophie est une science qui parle de l'infini2 mais cette science1 nous ne la possdons pas infiniment4 ,l'art seul est infini1 dit ,m4 ,renan4 ,ou cette phrase n'a pas de sens1 ou elle signifie que l'art est infini dans les manifestations qu'il nous offre de lui-mme4 ,la philosophie est finie1 parce que la parole ne peut rendre l'ineffable4 ,mais si l'art est infini1 j'en conclus que la peinture1 la sculpture1 la posie1 rendent l'ineffable1 qu'elles sont infinies en elles-mmes et dans leurs manifestations4 ,ainsi la philosophie est rduite ne pas atteindre l'indubitable1 parce qu'elle est finie4 ,il parat que la parole n'atteint l'indubitable qu' la condition d'tre infinie4 ,si j'affirme cette proposition3 ,dieu est1 je n'atteins donc pas l'indubitable2 il faudrait1 pour l'atteindre1 vous montrer l'essence mme de l'infini4 ,telle est1 ce qu'il parat1 la doctrine de ,m4 ,renan4 ,mais l'art1 puisqu'il atteint l'indubitable1 doit1 d'aprs la mme doctrine1 nous montrer l'infini lui-mme dans sa splendeur absolue4 ,je ne serais pas fch de contempler les uvres d'art dont parle ici ,m4 ,renan4 ,rapprochons cette page de celle o ,m4 ,renan semble regarder ,jupiter comme l'expression suprme de l'art4 ,serait-ce dans la beaut plastique d'un jeune homme grec que ,m4 ,renan contemple l'infini8 ,peut-tre4 ,la conclusion de ces choses est jusqu' un certain point consolante3 le doute absolu1 qui exclut la religion1 la socit1 la science1 exclut aussi l'art qui ne peut qu'affirmer4 ,l'art1 qui n'est qu'une des formes de la critique1 cesse d'tre4 ,de l rsulte1 ainsi que je l'avais annonc1 la ngation radicale de l'art4 ,voici1 du reste1 comment peut se traduire la thorie que j'essaie d'exposer4 ,la forme plastique est la fin dernire de l'art4 ,or1 la forme plastique est le fini par excellence4 ,donc l'art est infini4 ,l'art est une des formes de la critique4 ,or1 la critique est elle-mme une des formes de la philosophie1 qui est finie et imparfaite4 ,donc l'art est infini4 ,l'art est une des formes de la critique4 ,or1 la critique nie toujours4 ,elle ne peut atteindre l'indubitable3 elle ne peut exprimer l'ineffable4 ,donc l'art1 qui est une des formes de la critique1 est l'affirmation par excellence2 il atteint l'indubitable1 il exprime l'ineffable4 ,telle est l'uvre de ,m4 ,renan4 ,rsumons sa pense3 ,la religion est une belle chose3 mais il n'y a pas de ,dieu4 ,le ,christ ne vivra qu'en tant qu'homme4 ,jusqu' ce qu'il soit remplac par un idal suprieur1 l'humanit continuera1 en le contemplant1 de s'enivrer de sa propre image4 ,voil le ,dieu vivant1 voil celui qu'il faut adorer4 ,il nous reste donc adorer l'humanit4 ,seulement la socit humaine est fonde sur l'ignorance gnrale4 ,si l'abrutissement universel diminuait1 on comprendrait l'galit de l'tre et du nant1 et la socit serait impossible4 ,il ne faut pas que les recherches du savant pntrent dans les rgions o les illusions sont ncessaires4 ,l'humanit n'a donc de valeur qu'en tant qu'elle est reprsente par les savants4 ,il nous reste donc la science adorer4 ,la science est divine4 ,elle est le seul but digne de l'homme4 ,seulement la philosophie est peut-tre condamne n'tre jamais qu'un vain et ternel effort pour dfinir l'infini4 ,il n'est accord l'homme de possder qu'une bien faible lueur de science4 7,il ne peut savoir s'il a une me47 ,la philosophie ne peut atteindre l'indubitable4 ,mais l'art est infini4 ,il nous reste donc l'art adorer4 ,seulement il n'est qu'une des formes de la critique4 ,il est rduit la satire1 la caricature1 ou1 si je lis une autre page1 la forme plastique1 ou1 si je lis une autre page1 il est l'auxiliaire d'une religion qui n'existe pas4 ,que nous reste-t-il donc adorer8 ,le nant4 ,c'est du nant que ,m4 ,renan affirme ce que nous affirmons du ,verbe3 ,omnia in ipso constant4 99 99 99 99 99 ,si les contradictions abondent dans ,m4 ,renan1 nous n'avons pas le droit de nous en tonner4 ,dans son travail sur ,averros3 ,il ne faut pas1 dit-il1 demander une extrme rigueur la doctrine d',ibn-,roschd4 ,nous nous garderons de lui en faire un reproche4 ,la logique mne aux abmes4 ,l'inconsquence est un lment essentiel de toutes les choses humaines4 ,m4 ,renan vite la logique3 c'est qu'il craint les abmes4 ,cette seule parole contient et explique tout la fois la contradiction universelle de son uvre1 savoir l'amour d'une vrit qui n'est pas1 la recherche de ce qui ne peut tre trouv1 et les contradictions de dtail1 qui rsultent tantt de son respect1 tantt de son mpris1 tantt de son indiffrence vis--vis de toutes les doctrines4 ,m4 ,proudhon est l'enfant terrible de la famille dont ,m4 ,renan est l'avocat et l'acadmicien4 ,celui-l dit avec de gros mots ce que celui-ci voile sous des formes lgantes4 99 99 99 99 99 ,pris en lui-mme1 ,m4 ,renan serait une nigme sans mot4 ,que penser d'un savant qui fait autorit dans le monde savant1 et qui n'affirme ni ne nie rien1 qui n'est ni dogmatique ni sceptique1 qui est seulement contradictoire8 ,a quelle classe appartient ,m4 ,renan8 ,qui est-il8 ,il est1 dit-on1 le vulgarisateur de la philosophie allemande4 ,nous ne le connatrons1 nous ne saurons son secret1 nous ne nous expliquerons le mystre de sa naissance et de sa fortune1 que quand nous saurons au juste dans quelle relation il est avec elle1 comment il procde d'elle4 ,,deuxi,,me ,,partie4 ,,chapitre ,v4 ,l',,allemagne ,,et ,,le ,,christianisme4 ,omnia in ipso constant4 7,saint ,paul47 ,ici l'horizon s'agrandit devant moi2 je vais adresser la parole une grande nation que j'aime4 ,depuis que je vis1 depuis que je pense1 elle a occup ma pense et ma vie4 ,j'ai regard vers elle depuis que mes yeux sont ouverts2 son nom a toujours remu en moi quelque chose d'intime et de mystrieux4 ,j'aime sa grandeur sereine et sa svrit4 ,pleine de ruines et de souvenirs1 simple et solennelle1 la terre d',allemagne ressemble aux penses et aux uvres que pourraient produire ses enfants4 ,a la lecture des pages que je vais discuter et combattre1 je me suis senti arrt quelquefois1 arrt par les battements de mon cur1 et les larmes me venaient aux yeux quand je me demandais ce qu'auraient fait dans l'intrieur de l'glise les hommes qui ont tent de si grandes choses1 mais qui n'ont pu les raliser parce qu'ils taient en dehors d'elle4 ,dieu sait avec quel immense dsir je me transportais l'heure solennelle o ces gars rentreraient dans l'assemble une et universelle vers laquelle ils aspirent sans s'en apercevoir4 ,cette proccupation me remplissait l'me1 et je contemplais intrieurement l'idal de l',allemagne chrtienne4 ,chre et illustre sur1 ma parole ira-t-elle jusqu' vous8 ,l',orient1 berceau du monde1 fut le thtre de la premire scission1 de la premire catastrophe4 ,large1 mditative et profonde ainsi que lui1 vous tes dans l',europe comme un autre ,orient4 ,c'est vous aussi qui avez fait le grand malheur1 le pch originel de la socit moderne1 le protestantisme4 ,vous avez ouvert la source de l'erreur2 vous avez t le thtre de la rvolte2 vous serez1 si vous voulez1 celui de la rconciliation4 ,par vous la science et la vie1 l'ide et la foi vont1 si vous le permettez1 s'unir dans une harmonie qui s'augmentera des discordances passes4 ,je vous adjure de m'entendre4 ,rendre justice ceux qu'on va combattre1 respecter en eux tout ce qui est respectable1 telle est1 dit-on quelquefois1 la meilleure tactique1 le mode de discussion le plus habile1 et cela est vrai2 mais1 ainsi entendue1 la justice ne serait qu'une finesse1 un calcul4 ,elle est trop au-dessus de ces considrations pour se plier elles4 ,il faut rendre justice1 parce que la justice est un droit et un devoir4 ,il y a dans l'quit une force que chacun sent1 une force salutaire et conciliatrice4 ,celui qui se prive volontairement de cette sainte puissance1 ne manque pas seulement d'habilet1 il manque de grandeur et d'lvation4 ,si1 ayant aspir de grandes vrits1 l',allemagne s'est radicalement trompe dans l'application qu'elle en a faite1 il est digne d'elle de le savoir1 de le comprendre et de le reconnatre4 ,je vais exposer sommairement la pense d',hgel et l'opposer au christianisme4 ,le christianisme s'affirmera lui-mme en s'nonant2 ,hgel se rfutera1 se niera lui-mme en s'exprimant1 et peut-tre ses disciples comprendront-ils la parole que je leur adresse3 cette vrit une1 immense1 synthtique1 que leur matre a cherche sans la trouver1 parce qu'il la cherchait hors du ,verbe fait chair1 le christianisme l'offre au genre humain4 ,quelle est la pense d',hgel8 ,a-t-il dit1 comme quelques ,franais le croient3 ,le oui et le non sont prcisment la mme chose2 je suis ici et je n'y suis pas2 ,paris et ,nantes sont la mme ville8 ,si ,hgel et lanc dans le monde cette absurdit pure et simple1 au lieu de remuer l',allemagne1 il et t enferm dans une maison de fous4 ,voici1 en un mot1 la pense-mre de sa doctrine3 ,l'affirmation porte en soi une limite qui est le germe d'une ngation4 ,la philosophie tire cette ngation de l'affirmation1 mais elle poursuit son mouvement4 ,elle nie la ngation elle-mme1 et par cette ngation de la ngation retourne au concept primitif4 ,mais ce concept n'est plus ce qu'il tait tout l'heure3 il a dvelopp ce qu'il contenait virtuellement2 il est devenu l'unit suprme et l'quation entre la premire affirmation et la ngation oppose4 ,exemple3 dans la clart absolue1 sans ombre ni couleur1 ou ne distinguerait absolument rien4 ,la clart absolue est donc identique sa ngation1 l'obscurit absolue2 mais ni l'une ni l'autre n'est complte2 il faut l'une et l'autre4 ,en les runissant1 vous avez la clart mle l'obscurit1 qui est la lumire4 ,l'lectricit signale dans la nature cette attraction des contraires4 ,l'lectricit tant la vie1 cette tendance devient celle des corps eux-mmes4 ,l'tre en soi1 l'tre autre1 le retour l'tre1 voil la thorie4 7,thse1 antithse1 synthse47 ,par cette thorie de l'identit des contraires1 o ,hgel a-t-il t conduit8 ,nul ne le sait4 ,ses disciples les plus assidus1 les plus intelligents1 aprs l'avoir entendu dix annes conscutives1 se sont demand si le matre croyait l'existence de ,dieu1 et n'ont pas pu se rpondre4 ,c'est qu'en effet ,hgel n'attachait aucune importance aux conclusions4 ,toute la science pour lui consistait dans la mthode4 ,indiffrent au combat1 il fournissait des armes tous les combattants1 sans souhaiter personne ni la victoire ni la dfaite4 ,peut-tre cette indiffrence1 qui est la ngation mme de la philosophie1 rsulte-t-elle de sa mthode4 ,si1 en effet1 l'affirmation et la ngation sont identiques1 toutes les doctrines deviennent gales et indiffrentes4 ,la dcouverte de cette identit est alors la seule dcouverte qu'on puisse faire en philosophie4 ,pour qui possde la mthode1 toutes les doctrines sont vraies1 car celui-l sait de quelle manire elles le sont2 pour qui ne la possde pas1 toutes les doctrines sont fausses1 car celui-l ne sait pas de quelle manire elles le sont4 ,toutes les doctrines en effet sont vraies1 d'aprs ,hgel1 mais incompltes4 ,de l il tir sa philosophie de l'histoire et son histoire de la philosophie4 ,l'histoire de la philosophie c'est l'histoire de l'homme cherchant l'absolu et ne le trouvant pas1 jusqu'au jour o ,hgel lui rvle la mthode4 ,ainsi il y a du vrai dans tous les systmes1 mais le systme d',hgel est seul absolument vrai1 d'aprs ,hgel1 puisqu'il embrasse tous les autres4 ,par exemple3 l'ide correspond l'cole late qui nie tout1 sinon l'tre4 ,a la ngation de l'ide correspond l'cole des bouddhistes1 pour qui l'tre c'est le nant4 ,chaque systme ne contient qu'un ct de la vrit2 le droit du contraire n'y est pas reconnu4 ,la philosophie absolue dmontre l'identit de tous les contraires4 ,hgel proclame l'galit1 l'identit de l'tre et du nant4 ,il contient ainsi1 d'aprs son systme1 la vrit complte4 ,si cette mthode avait une conclusion1 cette conclusion serait le panthisme1 qui affirme l'unit absolue de toute substance1 et le fatalisme1 qui est la ngation absolue du devoir1 le bien et le mal n'tant plus pour lui qu'une seule et mme chose4 ,voil l'erreur radicale1 fondamentale1 immense de ce sicle-ci2 voil la ngation-mre2 voil le panthisme2 voil la porte ouverte au nant2 voil le doute absolu1 qui est l'absence mme de philosophie1 rig en philosophie absolue4 ,pourquoi cette erreur est-elle capitale8 ,c'est que la vrit dont elle abuse est une vrit capitale4 ,cette vrit1 c'est la synthse4 ,schelling et ,hgel ont eu faim et soif de synthse4 ,ils ont voulu se placer en face d'un tre1 le regarder et dire3 ,omnia in ipso constant4 ,mais ils l'ont dit de la cration et ils ont affirm l'identit des contraires4 ,de qui fallait-il dire3 ,omnia in ipso constant1 et dans quel sens fallait-il le dire8 ,il fallait le dire de celui de qui le ,saint-,esprit l'a dit par la bouche de saint ,paul1 de celui sur qui ,dieu a prononc cette parole3 ,la misricorde et la vrit se sont rencontres1 la justice et la paix se sont embrasses4 ,et ailleurs3 ,tout a t cr par ,jsus-,christ dans le ciel et sur la terre3 les choses visibles et les invisibles1 soit les trnes1 soit les dominations1 soit les principauts1 soit toutes les puissances4 ,tout a t cr par lui et pour lui2 il est avant tout1 et toutes choses subsistent par lui2 il est le chef et la tte du corps de l'glise2 il est le prenier-n d'entre les morts1 afin qu'il soit le premier en tout1 parce qu'il a plu au ,pre que toute plnitude rsidt en lui1 et de rconcilier toutes choses avec soi par lui1 ayant pacifi par le sang qu'il a rpandu sur la croix tant ce qui est sur la terre que ce qui est au ciel4 ,il y a un tre in quo omnia constant1 c'est ,notre-,seigneur ,jsus-,christ4 ,est-ce dire qu'en lui se trouve l'identit des contraires1 de l'tre et du nant1 de la vrit et de l'erreur1 du bien et du mal8 ,non pas6 ,mais il est la voie1 la vrit1 la vie4 ,il est aussi la rsurrection4 ,le monde1 cr par lui1 a t rachet par lui4 ,vainqueur de la ngation1 si relle qu'elle soit1 il ramne la vie et la mort1 l'erreur et la vrit1 le bien et le mal1 non pas l'identit1 mais cet ordre nouveau1 cet ordre immense qui embrassant jusqu'au dsordre1 le rduit par la justice ou la misricorde un ordre suprieur4 ,ainsi toute chose apparatra quand apparatra ,celui en qui tout a sa raison d'tre3 ,quum ,christus apparuerit1 vita vestra1 et vos apparebitis4 ,le bien et le mal apparatront1 profondment divers et diversement traits1 mais semblablement traits en ce sens que chacun obtiendra la place qui convient4 ,le ciel et l'enfer apparatront1 profondment diffrents en ce sens qu'ils manifesteront ,dieu diversement1 profondment semblables en ce sens qu'ils manifesteront le mme ,dieu4 ,hgel1 et voici une observation que je recommande ses disciples1 ,hgel confond deux ides qui ne se ressemblent pas4 ,cette confusion est capitale1 et la distinction que nous allons lui opposer claire la question4 ,hgel confond les oppositions qui sont dans l'ordre1 les deux ples de l'lectricit1 par exemple1 et les contradictions qui constituent le dsordre1 par exemple le mal1 ngation du bien4 ,il confond ces diversits lgitimes qui rentrent toutes dans l'unit de la vie avec cette contradiction qui est la mort4 ,les jeux de la vie peuvent rester dans l'ordre1 mais la mort est un dsordre qui ne peut rentrer que par un circuit dans l'ordre immense4 ,or1 pour contempler l'harmonie suprme1 il fallait s'lever au-dessus de ce monde relatif1 il fallait remonter l'essence infinie4 ,la justice et la misricorde1 oppositions relatives1 trouvent directement dans l'essence de ,dieu leur solution4 ,le bien et le mal1 contradictions absolues1 trouvent indirectement par le ciel et l'enfer leur solution1 sans jamais s'identifier4 ,les contradictions absolues rencontrent une solution relative4 ,les oppositions relatives rencontrent une solution absolue4 ,l'homme est un dans son essence1 mais il est sujet se rpandre facilement sur la matire1 qui est le multiple2 il se laisse dissoudre par elle1 et alors1 multiple lui-mme1 il a besoin d'un effort de la volont pour revenir l'unit d'o il est parti4 ,cet effort1 c'est la libert4 ,la libert est le passage de l'unit spontane l'unit rflchie4 ,hgel se trompe sur la nature de l'harmonie4 ,il croit qu'elle existe dj dans le monde que nous voyons4 ,il croit que l'ordre est cette cration que nous avons sous les yeux4 ,il regarde le mal comme une ncessit aussi absolue que le bien4 ,par l mme le mal n'est plus le mal2 il est la forme naturelle de certaines choses1 forme oppose la forme du bien1 mais qui1 unie celle-ci1 complte l'harmonie et l'ordre au lieu de les troubler4 ,hgel oublie1 dans cette construction arbitraire de l'ordre1 plusieurs lments graves qui se mlent tout1 entre autres le pch originel1 la libert de l'homme1 la diffrence du temps et de l'ternit4 ,l'harmonie en effet1 non pas telle qu'il la conoit1 mais telle qu'elle est1 l'harmonie1 c'est--dire l'ordre vainqueur du dsordre1 c'est--dire le bien qui ne nie pas le mal1 mais qui en triomphe en le mettant sa place3 cette harmonie-l est le secret et la rserve de l'ternit4 ,en affirmant que l'ordre est dj achev et visible1 en posant l'tre et le nant comme deux ennemis qui resteront en face l'un de l'autre1 et qui ne font qu'un tre identique lui-mme1 ,hgel nie ,dieu1 la raison1 et rend inutile l'ternit1 car l'ordre absolu est dj pour lui dans le temps4 ,en affirmant que le bien et le mal sont les efflorescences ncessaires d'une tige unique qui fleurit fatalement1 ,hgel nie la vrit1 la libert de ,dieu1 celle de l'homme1 la morale1 la religion et la philosophie4 ,s'il et dit qu' travers la vie et la mort rconcilies1 les hommes devaient arriver une seconde naissance1 une rsurrection1 suprme et ternelle harmonie1 il et proclam la vrit2 mais il l'a nie1 parce qu'il a confondu l'opposition actuelle mais accidentelle o nous sommes plongs1 et l'ordre absolu dans lequel nous vivrons quand nous vivrons tout fait4 ,quand ,schelling a affirm l'identit de l'esprit et de la matire1 ,schelling s'est tromp radicalement1 et son erreur a t immense1 car il aspirait une vrit immense4 ,pour lui1 la nature n'est que l'organisme visible de notre entendement2 aussi elle produit des formations rgulires1 et elle les produit avec ncessit1 de sorte que l'idalisme transcendental et la philosophie de la nature sont deux sciences identiques qui ne se distinguent que par la direction oppose de leurs recherches4 ,ensemble elles constituent le systme complet de la science4 ,le monde est pour lui un aimant dont les diffrences n'excluent pas l'unit4 ,l'esprit et la matire sont dans ce systme les deux ples de l'absolu4 ,toute erreur est une ngation qui se prsente sous la forme d'une affirmation4 ,supprimons la ngation1 et nous dirons3 ,l'esprit humain conoit la symtrie1 l'harmonie1 la gomtrie1 parce qu'il est en rapport avec la vrit4 ,la matire subit la rgularit1 la gomtrie qui rgne dans la nature4 ,les oprations de l'esprit sont rgulires et soumises ses lois4 ,les oprations de la matire sont rgulires et soumises ses lois4 ,en effet1 l'esprit humain et l'univers matriel ont tous deux leur raison d'tre et leur loi dans la loi souveraine1 qui est en mme temps le type2 dans le ,verbe en qui ,dieu contemple les tres et les lois2 et pourtant l'esprit humain et l'univers matriel sont parfaitement distincts4 ,c'est toujours dans l'infini que rside cette harmonie1 que l',allemagne cherche dans la cration4 ,l'univers1 bien que son type rside dans le ,verbe1 est une substance distincte de la substance divine4 ,son archtype est en ,dieu2 mais l'univers cr n'est pas ,dieu4 ,l'me humaine est aussi la ralisation d'une ide contemple par ,dieu dans le ,verbe4 ,son archtype est en ,dieu1 mais l'me n'est pas ,dieu4 ,les cratures visibles et les cratures invisibles ayant toutes leur archtype dans le mme ,verbe1 cette relation commune explique les relations mystrieuses qui unissent les deux mondes4 ,les combinaisons inoues de l'un et de l'autre1 puis de l'un avec l'autre1 sont quelques volutions de la sagesse qui se complat dans la beaut de son uvre4 ,la rgularit1 l'harmonie1 la gomtrie1 la beaut1 la musique1 sont crites dans un monde1 sont crites dans l'autre1 et sont crites dans la combinaison des deux mondes4 ,le mme ,verbe qui est leur archtype tous deux est aussi leur loi tous deux4 ,il prside leur volution comme il a prsid leur naissance4 ,mais voici1 entre l'homme et la nature1 une grande diffrence qu'a mconnue l',allemagne4 ,cette loi adhre la nature2 elle n'adhre pas l'homme3 elle s'impose la cration inanime qui obit toujours2 elle se propose l'homme qui peut dsobir et qui dsobit4 ,la libert met entre la nature et nous l'abme qu'a oubli ,schelling4 ,l'volution de la nature est ncessite1 la ntre est libre4 ,le pch est l'infidlit de l'tre cr vis--vis du type idal de lui-mme1 que ,dieu contemple dans son ,verbe4 ,l'ordre est dans nos mains3 nous le troublons quand nous voulons1 et alors ,dieu1 qui nous respecte trop pour assujettir nos volonts l'ordre1 mais qui se respecte trop pour assujettir l'ordre nos volonts1 fait jaillir un ordre nouveau du dsordre introduit par nous4 ,notre libert tient en veil l'activit divine2 aussitt l'univers visible et l'univers invisible deviennent fconds en combinaisons nouvelles d'o sort1 avec un ordre nouveau1 la conciliation facile et merveilleuse de notre libert et de la volont divine4 ,sduits par la pense de l'absolu1 ,schelling et ,hgel ont oubli les diversits1 les oppositions qui1 loin de nuire l'harmonie1 la font resplendir d'un clat nouveau4 ,ils ont mconnu la grandeur vraie1 celle qui rsulte des choses telles qu'elles sont1 pour adopter une hypothse gigantesque en apparence1 mais inconsistante en ralit1 qui ruine l'ordre et l'homme avec la prtention de les glorifier tous deux4 ,un enfant de douze ans qui sait son catchisme les avertirait de leur erreur4 ,chose remarquable1 cette doctrine dtruit absolument l'amour dans sa racine2 l'amour s'adresse la vie4 ,quel tre a jamais pu aimer un mcanisme8 ,donnez-nous un dieu machine1 un homme machine1 un univers machine1 personne n'aimera plus personne4 ,aussi le panthisme1 froid comme la tombe1 crit-il la racine de l'homme1 sur la premire page de l'me1 sa condamnation en lettres noires2 il apporte la tristesse4 ,entrons dans le dtail de quelques oppositions1 et1 avant d'insister sur la solution absolue du problme1 essayons de trouver quelque bauche de synthse4 ,que deux voyageurs montent la mme montagne1 l'un par le versant de gauche1 l'autre par le versant de droite1 ils apercevront deux paysages tout fait diffrents1 et celui-l seul aura le secret de leur dsaccord qui aura atteint la dernire crte et domin l'horizon droite1 gauche1 en avant1 en arrire4 ,les lanternes sourdes n'clairent qu'un point du paysage2 mais tout dissentiment ne s'apaiserait-il pas si la lumire pouvait se placer assez haut pour illuminer perte de vue8 ,jetons donc sur nos uvres un coup d'il prparatoire4 ,quand l'ordre tend apparatre1 les oppositions tendent se concilier4 ,il est rserv l'art de nous prsenter ds ce monde des crations accomplies1 bauches d'harmonie qui promettent la grande harmonie4 ,le sentiment de l'harmonie n'est-il pas un pressentiment de l'ternit8 ,c'est lui qui manifeste dj le beau1 tandis que1 partout ailleurs1 nous ne faisons que le prparer4 ,c'est lui qui anticipe dj sur l'ternit1 ralisation suprme de l'art absolu4 ,c'est lui que nous nous adresserons d'abord pour surprendre les secrets de la cration et saisir1 s'il est possible1 la lumire en travail4 ,il ne nous prsentera aucune harmonie parfaite4 ,l'art est un essai qui nous rjouit4 ,quelle est donc cette joie qu'il nous apporte8 ,cette joie est un commencement de dlivrance4 ,l'art est l'opposition que prsentent l'ide et la forme se rsolvant dans l'harmonie o elles se pntrent l'une par l'autre4 ,l'harmonie n'est jamais l'identit des deux termes1 mais leur conciliation4 ,le drame1 c'est l'opposition entre l'idal et le rel1 manifeste par la lutte du devoir et de la faiblesse1 manifeste par l'preuve4 ,dans le dnouement doit apparatre l'harmonie1 la conciliation2 le dnouement c'est la part de ,dieu4 ,la force humaine qui pousse l'opposition vers l'harmonie1 c'est le sacrifice4 ,la misricorde et la justice ternelles oprent la conciliation4 ,l'histoire et la vie offrent des instants de lumire et de bonheur2 ce sont les invasions de l'art dans la ralit2 ce sont les apparitions de l'idal qui1 par instant1 fond sur le rel et l'embrasse4 ,il semble alors que la ,providence1 qui a l'habitude de se cacher1 intervienne sensiblement4 ,notre joie dans ces moments suprmes de la ralit1 notre joie dans les grandes apparitions de l'art1 vient de cette conscience intime qui nous rvle une opposition vaincue4 ,au lieu de nous apparatre dans leur isolement et leur obscurit1 les choses nous apparaissent relies les unes aux autres et transfigures dans la lumire qui donne tout la beaut4 ,au coucher du soleil1 un objet par lui-mme dpourvu de beaut1 une maison1 une curie1 devient beau dans le coup d'il gnral1 grce aux flots de lumire dont il est inond4 ,ainsi1 la chose qui nous semblait laide quand nous la regardions en elle-mme et dans la nuit1 illumine ds que nous la voyons d'en haut1 participe aux splendeurs de l'universel rayonnement4 ,dans l'art1 miroir magique o la vrit se reflte l'tat symbolique1 sensible1 et1 si je puis le dire1 prophtique1 on nomme inspiration l'intuition de l'accord et travail1 la rflexion par laquelle l'opposition cherche se rsoudre4 ,l'inspiration est l'action de l'ide dans l'artiste2 le travail est l'action de l'artiste dans l'ide4 ,par l'inspiration1 l'ide saisit l'artiste et lui apparat dans son essence1 dans son type1 dans son unit4 ,par le travail1 l'artiste saisit l'ide et l'labore2 il lui prpare un moule o elle doit prendre forme4 ,la forme concrte1 c'est ce qui la dtermine1 ce qui la dfinit2 c'est la puissance en vertu de laquelle l'uvre est ce qu'elle est1 et non pas autre chose4 ,par l'inspiration1 une ide apparat dans son rapport avec l',ide absolue4 ,par le travail1 elle se fait particulire1 s'oppose l'absolu et revt une forme qui lui est propre4 ,or1 cette opposition1 qui pse sur l'artiste en travail de l'ide1 se rsout dans une harmonie d'autant plus haute qu'elle a cot plus cher4 ,cette harmonie1 c'est la cration artistique2 la cration1 c'est la rsultante des deux forces2 la cration artistique1 c'est l'ide particulire revtue de sa splendeur1 et dclarant par sa vie montre au dehors l'union en elle de l'absolu et du relatif1 du gnral et du particulier1 proclamant la fois1 dans le temps et dans l'espace1 par la parole et par la lumire1 son essence1 qui est son rapport avec l',ide absolue1 et sa forme1 qui est sa vie particulire4 ,l'inspiration est positive1 l'excution est ngative2 elle est ngative1 puisqu'elle est une limite1 une restriction 7le sacrifice a sa place dans l'art74 ,la cration est harmonique4 ,c'est donc perdre son temps que de se demander si le gnie est la persvrance1 comme ,buffon n'a pas eu honte de le dire1 ou s'il serait par hasard une inspiration aveugle et dsordonne4 ,le gnie n'est pas telle ou telle face de l'opposition4 ,il est la force qui la rsout4 ,vu d'en bas1 il apparat au vulgaire comme une folie inquitante qui n'inspire pas mme de piti4 ,car toute souffrance suprieure trouve les hommes impitoyables4 ,le gnie est la facult de crer4 ,il conoit1 et comme tel1 il est passif4 ,puis l'ide conue fait en lui son travail secret4 ,il la porte4 ,il subit son opration latente et mystrieuse4 ,il ragit1 il est actif3 c'est la terre qui a ouvert son sein la semence fconde et qui attend en silence que le soleil1 l'heure marque1 fasse natre la rose qui rjouit et embaume la cration4 ,l'action de l'ide sur l'homme c'est l'action de la lumire sur la matire terrestre4 ,elle opre dans la plus vile poussire4 ,mais il faut que la terre ait t ouverte1 fconde1 meurtrie1 et que le cur de l'homme ait t dchir4 ,tout est conu dans la joie et enfant dans la douleur4 ,telle est la loi4 ,cette activit et cette passivit du gnie1 ces clats de lumire qui l'invitent et ces tnbres qui le repoussent1 cette force et cette faiblesse qui lui font une vie si trange1 ces grands espoirs et ces grands accablements1 ces antinomies immenses qui voquent en lui la vie et la mort1 que deviendront ces choses8 ,quel sera le sort de ces puissances mystrieusement spares1 mystrieusement combines qui ont l'une pour l'autre une invincible horreur et une invincible affinit8 ,une cration sera faite1 et le gnie ne se souviendra plus de l'enfantement douloureux parce qu'une uvre d'art aura paru dans le monde4 ,il se sentira ravi dans une harmonie inconnue4 ,comme il n'aura pas observ certaines rgles convenues dans les potiques1 on dira qu'il est indisciplin4 ,pendant que vous observez vos rgles et que vos adversaires1 aussi esclaves que vous1 les violent systmatiquement1 lui1 sans penser ni eux ni vous1 il a observ la loi4 ,les yeux fixs sur le type invisible1 il l'a exprim suivant qu'il convenait4 ,il n'est le gnie que parce qu'il est l'expression de la loi plus haute par laquelle il cre1 et devant laquelle disparaissent abmes les petites difficults qui vous agitent4 ,vous ne voyez de lui que le ct ngatif4 ,vous voyez ce qu'il n'est pas4 ,vous ne voyez pas ce qu'il est4 ,le talent n'a pas cette puissance1 parce qu'il n'a pas cette faiblesse4 ,il n'est ni si actif ni si passif4 ,il n'habite ni les sommets ni les abmes4 ,le gnie est entran4 ,le talent marche son pas4 ,il fait comme il veut4 ,le gnie fait comme il peut4 ,le gnie cre suivant les lois de la cration4 ,le talent fabrique quelquefois suivant les lois de l'industrie4 ,c'est parce qu'il est de l'essence du gnie d'tre oppos lui-mme qu'il est dans ses habitudes d'tre blasphm4 ,quiconque ne parle pas la langue commune est mis hors la loi4 ,c'est pour ne pas s'tre trempe dans la source vive que la littrature franaise1 dans beaucoup de productions qu'elle tale comme modles classiques1 est reste une lettre morte1 une forme vide1 sans vie1 c'est--dire sans idal et sans ralit4 ,la vie de l'homme est un incessant combat2 les mouvements de l'automate chappent toute opposition4 ,la rose qui s'panouit offre au soleil le spectacle d'un combat1 celui de la lumire et du fumier4 ,mais la mort rgne sans inquitude dans la fleur faite avec des coquillages4 ,il y a entre le grand pote et le versificateur la mme distance qu'entre le savant qui fait appel aux lois de la nature pour produire une action organique1 vivante1 et le faiseur de tours qui cherche tonner par certains artifices manuels1 mcaniques4 ,l'escamoteur1 si adroit qu'il puisse tre1 inspirera toujours une sorte de dgot4 ,le mcanisme par lequel il opre n'a pas la vie en lui et ne s'adresse pas au sens de la vie chez le spectateur4 ,l'art classique1 dans beaucoup de ses reprsentants1 avait raval la posie au rang de l'escamotage qui a pour premier mrite une difficult matrielle vaincue1 ou lude d'aprs certaines rgles4 ,pourquoi le cur nous bat-il au rcit d'une grande bataille1 sinon parce que notre esprit s'assimile avec bonheur cette forme de l'universelle opposition8 ,et pourquoi la lutte1 qui n'est pas un bien en soi1 trouverait-elle un cho dans notre me1 avide de paix1 sinon parce qu'elle conduit l'harmonie1 terme de nos dsirs8 ,pourquoi aimons-nous la guerre8 ,c'est que nous aimons la paix4 ,l'art organique est une harmonie conquise4 ,l'art mcanique est une symtrie qui n'a pas fait verser de sang4 ,il y a deux sortes de simplicit1 l'une vraie1 l'autre fausse4 ,la simplicit fausse1 celle qui plat au plus grand nombre1 n'offre qu'un terme l'esprit1 ne prsente qu'un ct des choses4 ,le ,x,v,i,i,ie sicle avait cette apparence de simplicit4 ,voil pourquoi ,voltaire passe gnralement pour un auteur clair1 bien qu'en ralit il soit absolument inintelligible4 ,mais pour s'apercevoir qu'il est inintelligible1 il faut avoir soi-mme de l'intelligence4 ,quand on n'en a pas1 et qu'on rentre ainsi dans la grande majorit des hommes1 on le croit clair1 parce qu'il ne fait ni n'exige aucune rflexion4 ,la simplicit vraie prsente l'esprit trois termes1 deux termes qui s'opposent1 et le troisime en qui ils s'harmonisent4 ,mais comme cette simplicit-l est vraie et profonde1 elle demande des mes vivantes qui puissent se l'assimiler4 ,elle parat obscure ceux qui hassent la lumire4 ,qu'est-ce que le coup de foudre1 sinon le choc des deux lectricits8 ,jetons un coup d'il sur l'histoire4 ,elle nous prsentera un commencement d'harmonie4 ,la vie humaine est-elle seulement l'uvre de la libert humaine8 ,non4 ,nous sommes matres de nos dterminations1 mais nous n'en tenons pas dans nos mains les consquences4 ,la vie humaine est-elle entirement l'uvre d'une force trangre1 et notre libert est-elle sans puissance sur notre destine8 ,non4 ,l'homme dpend de sa libert4 ,il dpend aussi de ce qui n'est pas lui4 ,une mouche qui vole empche un homme de penser4 ,un grain de sable a fait mourir ,cromwell4 ,l'homme dsire4 ,la nature rsiste4 ,elle ne se prte pas4 ,la libert veut4 ,la nature ne veut pas4 ,elle manque essentiellement de complaisance4 ,nos combinaisons les plus savantes1 les plus profondes sont djoues par l'accident le plus simple1 le plus facile prvoir et pourtant le plus inattendu4 ,cependant1 toute seule1 que peut la libert8 ,tout comme intention1 rien comme rsultat4 ,d'o vient donc que l'homme commence1 entreprend8 ,il n'entreprendrait pas1 s'il n'esprait pas terminer4 ,or il sent que tout seul1 il ne peut rien mener terme1 qu'il ne peut se passer du concours des choses extrieures1 qu'il ne peut les soumettre par son propre pouvoir1 que la nature est un ennemi ncessaire1 la fois obstacle et moyen4 ,si la libert et la nature taient irrconciliables1 si ces deux quantits restaient ternellement incommensurables entre elles1 un invincible dcouragement s'emparerait de l'homme4 ,il n'agirait plus1 n'osant plus esprer la fin de son action4 ,et cependant il agit4 ,comment se fait-il que l'homme agisse8 ,il agit en vertu d'une croyance sous-entendue dont il n'a pas toujours conscience4 ,il agit1 parce que la voix intrieure lui dit tout bas3 la nature n'est pas autonome1 n'est pas aveugle4 ,la nature a ses lois comme l'homme a les siennes4 ,tous deux ont le mme matre1 quoique l'homme ait le pouvoir de dsobir1 refus la nature4 ,plus l'homme est plac haut1 plus il a confiance dans le dernier secret4 ,cette confiance s'appelle des deux plus beaux noms qu'il y ait dans notre langue3 saintet1 gnie4 ,je puis tout en celui qui me fortifie1 dit la saintet4 ,le gnie a confiance1 sans tre tout-puissant1 parce qu'il a le sentiment profond des oppositions de ce monde et le pressentiment de l'harmonie qui les rsoudra4 ,le talent calcule1 le gnie regarde et voit4 ,son organe est l'intuition2 cette intuition est la conviction qu'il n'agira pas seul1 qu'il est instrument1 qu'il est surveill1 que le matre qui l'emploie ne l'abandonnera pas en route2 aussi part-il sans crainte4 ,il sait qu'il arrivera1 car il se sent pouss4 ,christophe ,colomb n'avait pas tout prvu quand il posa le pied sur le navire bni4 ,et s'il et tout calcul1 il et manqu son but4 ,il n'et eu que du talent4 ,comme il avait du gnie1 il eut confiance dans la complicit divine4 ,il se connaissait1 il se sentait2 il entendait jour et nuit la voix qui appelle2 il est parti sur parole4 ,sentir l',amrique1 c'tait pour lui se connatre4 ,il savait qu'il tait1 lui1 incapable de la dcouvrir2 qu'un souffle de vent pouvait l'carter de la terre promise2 mais il savait aussi que les vents et la mer entendraient la mme voix que lui et obiraient la mme parole4 ,quand un homme de talent se prpare livrer bataille1 il examine1 il discute1 il pse le pour et le contre4 ,l'homme de gnie voit le champ de bataille et se sent vainqueur3 il a la parole du ,dieu des armes4 ,le gnie actif affirme ,dieu d'une affirmation positive1 en ce sens qu'il affirme quelque chose de ce que ,dieu est4 ,le gnie passif affirme ,dieu d'une affirmation ngative3 ,silentium laus4 ,il se tait devant lui1 et ce silence mme est une affirmation surminente1 puisqu'il affirme l'tre comme dpassant infiniment toutes les affirmations de l'tre4 ,portons plus haut nos regards4 ,il faut maintenant les appliquer sur celui qui est crucifi entre le ciel et la terre1 celui en qui rside toute plnitude1 in quo omnia constant4 ,la vrit est une1 l'erreur est multiple4 ,le paganisme est l'adoration des forces extrieures1 des forces animales ou vgtatives1 de la nature1 du non-moi de l'homme4 ,le rationalisme1 trs-bien reprsent par ,fichte1 est l'adoration du moi1 de la force intellectuelle et morale de l'homme2 c'est une forme plus leve de l'idoltrie4 ,le panthisme1 reprsent par ,schelling1 est l'adoration simultane des forces animales et des forces morales de l'homme1 de l'animal et de la plante1 l'adoration simultane de l'homme et de la nature1 comme puissances identiques quant leur essence et quant leur dveloppement4 ,le panthisme d',hgel n'est que le panthisme de ,schelling systmatis4 ,hgel n'a invent que la mthode4 ,l'erreur d',hgel occupe dans le dsordre intellectuel cette premire place qui est celle de l'orgueil dans le dsordre moral4 ,l'orgueil dit3 ,le ,nant c'est l'tre1 ,hgel ne parle pas autrement2 ,satan non plus4 ,et la formule de l'orgueil est la formule de l'absurde4 ,le panthisme reprsente l'erreur dans sa forme suprme1 dans sa forme absolue4 ,de toutes les erreurs il est la plus complte2 par l mme il est prs peut-tre de revenir la vrit1 puisqu'il a parcouru le cercle de l'erreur2 il en a fait le tour1 il ne peut plus dsormais se convertir qu' ,dieu4 ,le christianisme ne place l'absolu qu'en ,dieu1 n'adore que ,dieu1 spare ,dieu de la cration2 mais reliant avec autant de force qu'il distingue1 il affirme que l'incarnation du ,verbe unit ,dieu l'homme1 et par lui la nature1 sans jamais les confondre4 ,omnia vestra sunt2 vos autem ,christi1 ,christus autem ,dei4 ,le panthisme est la synthse de l'erreur4 ,le christianisme est la synthse de la vrit4 ,le christianisme1 distinguant le fini de l'infini1 et les reliant la fois par ,celui qui rconcilie toutes choses en sa personne immense1 humanisant ,dieu1 divinisant l'homme1 sans confondre un seul instant l'homme et ,dieu1 faisant la distinction d'autant plus immense qu'il fait l'union plus intime1 tablissant la diversit des substances1 et la fois posant le dogme de la transsubstantiation1 le christianisme seul a le droit de prononcer sur ,dieu l'affirmation suprme qui rsume ma pense tout entire3 ,omnia in ipso constant4 ,schelling a voulu parler de la mme manire2 cette affirmation suprme1 ,schelling a voulu la poser4 ,mais le panthisme1 qui aspire cette parole1 est trop petit pour la prononcer4 ,il veut s'lever1 les ailes lui manquent2 il retombe de tout son poids sur la terre2 il s'attache la cration1 il l'embrasse1 il l'adore4 ,il veut dire propos d'elle la parole qui n'est vraie que de ,dieu2 mais la cration n'entend pas son cri1 elle ne rpond pas4 ,celui que saint ,jean et saint ,paul appellent ,ipse1 le principe et la fin de tout1 ipse ipsissima vita1 comme parle saint ,athanase1 le grand ,ipse1 celui-l est le seul de qui la parole humaine1 avide de proclamer l'universelle union et l'universelle distinction1 puisse dire sans mensonge en face de ,dieu1 de l'homme et de la nature3 ,omnia in ipso constant4 ,cette vrit1 tellement ancienne qu'elle est ternelle1 est en mme temps plus jeune que ce qu'il y a de plus jeune4 ,l'humanit a tout us1 except le christianisme4 ,elle ne l'a pas us parce qu'elle ne l'a pas fait4 ,le christianisme est la vrit2 je veux dire qu'il est la ,religion4 ,ceci n'est pas un plonasme4 vitons cette confusion redoutable qui couvre le monde d'erreurs4 ,le ,x,i,xe sicle est trs-poli envers le christianisme4 ,mais ce n'est pas la politesse que le christianisme rclame4 ,presque tous les inventeurs de systmes se donnent comme les successeurs de ,jsus-,christ4 ,ils croient1 bien entendu1 l'avoir dpass2 mais enfin ils consentent relever de lui4 ,leur christianisme est une sorte de philosophie humanitaire1 fille de ,rousseau1 ou de ,socinius1 ou de ,fourier1 une religion sans dogme qui adore l'homme et oublie ,dieu4 ,d'autres sont plus gais3 ils font du christianisme une mlodie sans ide2 ils lui permettent de bercer doucement le cur de l'homme pendant que la philosophie nous formera l'esprit4 ,leur christianisme est un rve sentimental qui vous endort comme le bruit d'une cascade4 ,les uns se disent chrtiens parce qu'ils sont mcontents1 parce qu'ils abritent derrire le nom du christianisme leurs utopies humanitaires1 les autres parce que le ciel est bleu et qu'ils abritent derrire le nom du christianisme leurs rves mdiocres4 ,le christianisme vrai est la ,religion4 ,la premire prparation pour qui veut le recevoir1 c'est le sentiment profond de l'impuissance de l'homme le fonder4 ,il contient dans ses profondeurs1 non pas une srie de phrases creuses et vagues1 mais des vrits rvles1 les plus srieuses des choses connues1 et la science des sciences1 la thologie4 ,il contient non pas des rves1 mais des dogmes4 ,il est la vrit absolue rvle dans le temps et dans l'espace par la parole absolue4 ,il n'est pas un dveloppement naturel du progrs humain4 ,cette erreur est une des plus funestes qui soient au monde4 ,il est un don de ,dieu1 ce don libre et gratuit qui et pu n'tre pas1 et que ,jsus-,christ annonait la ,samaritaine4 ,quiconque l'accepte comme un progrs naturel1 comme le produit de l'ordre naturel1 comme une efflorescence de la tige humaine1 le mconnat pleinement4 ,jamais l'homme dchu ne ft remont vers ,dieu4 ,c'est ,dieu qui est descendu vers l'homme4 ,quelques-uns ont voulu d'un christianisme humain4 ,ils ont supprim la grce3 ils ont supprim ,dieu4 ,leur christianisme a eu le sort de toutes leurs uvres4 ,il est mort avec eux et mme avant eux4 ,le christianisme qui ne meurt pas1 c'est le catholicisme4 ,c'est la religion divine4 ,altre par vous dans l'hrsie1 elle vous plat1 parce que vous vous reconnaissez dans son altration qui est votre ouvrage et qui vous ressemble4 ,le catholicisme1 lui1 ressemble ,dieu4 ,il en porte la marque4 ,complet1 absolu1 absolument divin1 muni de ses dogmes et de ses sacrements1 il vous est en horreur1 parce que vous n'avez pas prise sur cette chose part qui n'est absolument pas votre ouvrage4 ,voil le christianisme1 non pas complaisant et maniable1 mais puissant1 immuable et divin1 non tel que le voudraient les hommes1 non tel qu'ils l'auraient fait1 s'ils l'avaient fait1 mais tel qu'il est1 tel que l'glise l'a reu1 le conserve et l'enseigne aux nations4 ,l'hrsie porte la signature de l'homme4 ,elle est une transaction3 elle permet les transactions4 ,l'homme lui a communiqu quelque chose de son infirmit1 de sa dfaillance4 ,le catholicisme est tout d'une pice4 ,il est divin tout entier1 on s'agenouille ou on se dtourne4 ,sachons-le donc1 car il faut claircir les points de vue3 en abordant le christianisme1 nous abordons la grce1 l'ordre surnaturel3 nous abandonnons les domaines que l'effort humain pouvait conqurir4 ,oublier cette distinction1 c'est troubler dans leurs fondements la science et la vie2 car elle domine la science et la vie4 ,je vous demande qu'elle soit prsente votre pense comme la mienne1 pendant l'tude que nous faisons ensemble4 ,,chapitre ,,vi4 ,l',,incarnation4 ,dieu a sa vie interne3 il est4 ,il a sa vie externe3 il se manifeste4 ,depuis sa chute1 l'homme sent en lui les mouvements d'une nature contradictoire qui penche vers la crature1 sans pouvoir se passer du crateur4 ,il est inclin vers la multiplicit2 mais il ne se rassasie que dans l'unit4 ,il est si petit qu'il se complat en lui2 il est si grand qu'il ne se satisfait qu'en ,dieu4 ,avant la venue du ,christ1 l'humanit se divisait en deux parties distinctes1 le peuple juif et les autres nations4 ,la philosophie grecque1 pour ne parler que d'elle1 chercha la sagesse4 ,elle constitue une philosophie4 ,elle n'est pas une religion4 ,le culte manque4 ,la philosophie grecque ne s'adresse qu' la vie interne de ,dieu1 cette vie qui s'appelle dans l'criture ,sapientia4 ,elle oublie sa vie externe1 sa force1 sa vertu3 ,virtus4 ,le culte juif1 quoique divinement institu1 ne dut raliser que des figures4 ,ces figures cependant1 voulues de ,dieu1 renfermaient l'ide en germe4 ,l'animal immol tait la figure de la grande victime4 ,jsus-,christ n'avait pas encore dit aux hommes3 ,mes enfants1 mes amis4 ,saint ,paul n'avait pas encore clbr la libert joyeuse des fils de lumire4 ,le judasme tait une religion3 mais cette religion tait provisoire2 elle s'adressait surtout cette vie externe de ,dieu que l'criture appelle ,virtus4 ,en parlant de la philosophie grecque et de la religion juive1 n'oublions pas la distance qui les spare4 ,la premire tait une chose humaine1 la seconde une chose divine4 ,n'oublions1 en les considrant1 ni la diffrence de leur origine1 ni celle de leur destine4 ,ainsi seraient restes en face et en guerre les oppositions1 les thses et les antithses1 si l'unit mme n'tait venue tout simplifier1 par un mystre formidable4 ,le ,verbe se fit chair4 ,ainsi les deux choses que nous avons appeles de ces deux noms ,sapientia1 ,virtus1 se runirent dans un tre visible4 ,ainsi le ,verbe s'offrit l'intelligence de l'homme1 et ses yeux donnant un corps au qu'avait rv ,platon1 substituant l'ide aux figures ,judaques1 et l'homme entier put adorer ,dieu1 tel qu'il est4 ,judi signa petunt 7thse74 ,grci sapientiam qurunt 7antithse74 ,nos ,christum prdicamus crucifixum1 ,judis quidem scandalum1 gentibus autem stultitiam1 ipsis autem ,judis vocatis atque ,grcis ,christum ,dei virtutem et ,dei sapientiam4 7,synthse47 7,saint ,paul47 ,le christianisme est l'occupation de la chair par le ,verbe4 ,or1 quel est l'objet de cette incarnation8 ,c'est de mettre ,dieu en rapport avec nous par toutes les parties de nous-mmes1 par toutes nos facults1 par tout ce qui nous fait hommes4 ,le ,dieu fait chair entre dans l'homme par tous les pores4 ,le ,dieu vritable est donc la fois une ide et un fait1 un principe immatriel et un signe sensible3 protestants et catholiques nous en convenons4 ,mais l'uvre est-elle termine la mort du ,christ8 ,oui1 dans un sens4 ,non1 dans l'autre4 ,jsus-,christ n'est rest sur terre1 sous forme humaine1 qu'un instant et dans un endroit4 ,il n'a occup qu'un point imperceptible du temps et de l'espace4 ,et cependant il a vcu1 il est mort pour tous les hommes4 ,il est venu pour nous qui ne l'avons pas vu marcher1 parler1 boire1 manger1 dormir8 ,et alors1 que nous reste-t-il1 puisqu'il est mort8 ,la doctrine1 direz-vous8 mais une doctrine1 c'est une ide1 ce n'est pas un fait4 ,et puisque nous avons besoin du fait avec l'ide1 du signe avec le principe1 puisqu'il convient la bont de ,dieu de satisfaire les besoins qu'il a mis en nous1 son uvre resterait incomplte si1 aprs le dpart de ,jsus1 rien de sensible et de divin la fois ne persistait sur la terre dshrite4 ,si au contraire ,jsus-,christ1 ide et signe1 a laiss une ide et un signe1 cette merveille de spiritualit et de plasticit est en tous points digne de lui4 ,or1 la chose est faite4 ,il a laiss l'ide1 il a laiss le fait suprme1 l'assemble universelle que nous appelons en grec glise catholique4 ,le ,dieu un a fond l'glise une1 universelle1 immuable4 ,toute parole qui a une fois vari n'est pas la sienne1 et il n'y a qu'une parole qui n'ait jamais vari4 ,consommer l'unit de tous1 et garder l'individualit de chacun1 tel tait le problme4 ,l'individu tire lui1 c'est la force centrifuge1 l'assemble universelle tire elle1 c'est la force centripte1 bonne et utile l'humanit comme l'agrgation molculaire la matire inorganique4 ,le fait sur terre est le gardien de l'ide4 ,nous ne brlons pas le portrait de nos pres morts4 ,le peuple dit que les petits cadeaux entretiennent l'amiti4 ,rien n'est plus vrai4 ,l'glise est le grand cadeau fait par ,dieu aux hommes pour entretenir l'amiti entre le ciel et la terre4 ,jsus-,christ a dit3 ,je serai avec vous jusqu' la consommation des sicles4 ,je btirai mon glise sur une pierre4 ,dieu a donn sa parole au monde1 et l'glise est lgitime dpositaire de la parole donne4 ,l'homme est un tre pensant3 il a la doctrine4 ,l'homme est un tre pratique3 il a le culte et les uvres4 ,les sacrements administrs par l'glise sont les canaux dont elle se sert pour que l'ide soit verse en nous4 ,mais nous sommes toujours libres de nous garer1 et deux grandes sources d'erreurs s'ouvrent devant l'homme3 #a ,embrasser le fait seul1 s'attacher au signe1 et oublier l'ide4 ,ainsi font les superstitieux1 qui1 ardents aux pratiques1 oublient la vrit elle-mme4 ,le signe1 chose merveilleuse6 au lieu de leur rappeler la chose signifie1 les aide l'oublier4 ,ainsi font les schismatiques qui ont retenu certaines pratiques aussi1 certaines formes chrtiennes1 sans retenir la vie circulante4 ,ils sont tombs striles1 comme la feuille morte1 qui ne communie plus la sve du tronc4 #b ,embrasser l'ide seule et ngliger le fait4 ,ceux-ci oublient que l'homme a un corps4 ,et les hrtiques1 se promenant de ruines en ruines1 les hrtiques1 niant l'glise1 ont fait la guerre toute la matire4 ,ils ont ni les sacrements1 la prsence relle du ,christ dans l'hostie1 enfin ils ont chass du temple les tableaux et les statues1 formes sensibles de l'art donnes sur terre l'homme pour s'lever au beau invisible4 ,l'hrsie1 en gnral1 continue l'uvre de la philosophie grecque1 et en ce sens ,tertullien avait vu bien avant dans les choses1 quand il a appel ,platon le patriarche des hrtiques4 ,l'hrsie a la haine du signe extrieur3 et les hrtiques deviennent aisment grossiers et charnels3 ,luther et beaucoup d'autres nous offrent ce profond enseignement3 quiconque se vante de mpriser trop la matire1 et veut se passer d'elle1 l'adore pour sa punition4 ,incrdulit4 ,superstition4 ,voil les erreurs humaines4 ,incarnation du ,verbe3 assemble universelle4 ,voil la vrit4 ,l'glise catholique possde le ,verbe fait chair dans sa plnitude et dans son tendue4 ,comme1 en attaquant le culte extrieur1 les sacrements1 l'art1 le protestantisme attaquait1 sans s'en rendre compte1 l'incarnation mme du ,verbe1 la pratique1 qui ne pardonne jamais1 a conduit quelques esprits cette seconde ngation qui dpasse les projets des fondateurs4 ,la chair du ,verbe mange par l'homme suit dans les desseins de ,dieu la chair du ,verbe1 prise par lui pour l'homme4 ,calvin avait attaqu la chair mange2 ,socinius plus hardi a attaqu la chair prise4 ,calvin avait attaqu la socit des mes1 l'unit dans l'amour1 la communion des saints2 ,socinius a attaqu la divinit mme du ,christ1 en qui s'associent les mes1 en qui s'aiment les hommes1 en qui communient les saints4 ,a la victime absente le protestantisme n'en a substitu aucune4 ,il a offert au monde le spectacle inconnu d'une religion sans sacrifice1 et d'un temple sans autel4 ,seulement suivez et admirez4 ,calvin et ,luther1 spars de l'unit1 n'ont pu crer une unit4 ,excommunis de la socit catholique1 leur socit brise n'a pu se tenir debout1 attendu qu'elle avait pour base la ngation mme de l'unit4 ,calvin a brl un de ses amis2 il l'a brl inutilement2 ses descendants ne se souviennent plus de lui2 son uvre est morte3 les assassinats se terminent souvent par des suicides4 ,le protestantisme1 ce corps dcompos d'avance1 tombe maintenant en pourriture1 afin qu'un grand spectacle soit donn au monde4 ,ceci se passe sous les yeux de l',europe inattentive1 qui devrait regarder et qui ne regarde pas4 ,si elle regardait la carte du monde intellectuel1 elle comprendrait pourquoi la socit humaine s'est dsorganise1 en rflchissant la dsorganisation de la socit religieuse1 et peut-tre1 avertie par le sang et par le feu1 elle s'habituerait traiter srieusement les crimes de la pense4 ,nous assistons aujourd'hui au dsossement du protestantisme4 ,ayant ni le fait de l'glise1 il a ni le fait de l'incarnation4 ,ceux qui taient distes il y a dix ans sont athes aujourd'hui4 ,il ne restera bientt plus que deux camps dans la plaine3 la vrit et l'erreur1 le oui et le non1 le catholicisme et l'athisme4 ,la lutte du bien et du mal1 mesure que les sicles marchent1 se fait plus gigantesque4 ,les vrits se serrent1 les erreurs se serrent1 toute chose aspire la synthse4 ,les intermdiaires s'effacent peu peu1 afin qu'il reste un jour deux athltes seulement en face l'un de l'autre1 visibles et nus3 l'glise catholique1 la cit de ,dieu1 l'affirmation1 l'amour1 et1 en face1 la cit de ,satan1 la ngation1 la ruine1 la mort et la haine4 ,et quand les temps seront finis1 selon que chacun aura adhr la vie ou adhr la mort1 il ira vivre dans l'amour ou mourir dans la haine1 et subira pendant l'ternit le sort qu'il se sera prpar dans le temps4 ,de cette grande scission faut-il conclure que l'homme1 qui ne voit pas la vrit rvle1 ne peut rien voir2 qu'il est ncessairement vou la nuit absolue s'il refuse la lumire chrtienne2 qu'en dehors de la foi la raison n'a pas d'existence2 qu' celui qui ignore la rdemption1 la notion de ,dieu1 la notion de l'me1 la notion du bien et du mal chappent ncessairement8 ,rien ne serait plus faux4 ,cette erreur effacerait la distinction fondamentale de l'ordre naturel et de l'ordre surnaturel4 ,cette affirmation1 la fois fausse et maladroite1 tournerait contre elle-mme3 elle attaquerait le christianisme en voulant le glorifier contre-sens4 ,voici comment s'explique la grande sparation qui s'opre sous nos yeux4 ,le pch que l'homme porte en lui est un poids qui l'entrane incessamment vers l'abme4 ,le pch est la ngation pratique2 il est la force centrifuge qui tend sans relche carter l'homme de son centre4 ,a la force centrifuge du pch1 l'glise oppose la force centripte de la prire et des sacrements1 force immense dont l'action frquemment rpte lutte contre la puissance dissolvante du mal1 et tend retenir l'homme dans la sphre active de l'aimant4 ,mais qu'arrive-t-il si l'homme repousse volontairement la planche de salut8 ,spar de la grande unit extrieure1 il perd bientt l'unit intrieure de son tre2 il entre dans l'empire des tnbres1 et entran non pas par la ncessit intrinsque et logique des principes qui lui commanderaient encore de rester homme1 mme s'il renonce devenir ,dieu1 mais bien par la pesanteur spcifique de sa propre personne1 il roule d'abme en abme et finit par abandonner la loi naturelle comme il a abandonn la foi catholique4 ,cet homme pourrait rester debout sur le bord du prcipice2 il le pourrait rigoureusement1 il ne le fera pas3 le vertige qui le saisit n'est pas une ncessit logique de sa situation1 c'est une infirmit de sa nature4 ,l'homme n'est pas un point mathmatique2 c'est un tre vivant1 compliqu1 multiple1 qui est en relation avec ,dieu1 non par sa pense isole1 mais par toutes ses facults3 la vrit est en mme temps la vie4 ,l',europe1 qui a reni l'glise catholique1 aurait pu1 dans le sens absolu et abstrait1 garder la loi naturelle2 mais elle ne l'a pas fait parce que l'homme ne fait pas tout ce qu'il peut1 parce qu'elle a obi la force centrifuge du pch originel2 aussi la foi et la raison1 blesses par les mmes ennemis1 ont contract dans ce sicle une alliance plus troite qu'autrefois4 ,le panthisme allemand est une des formes les plus compltes que puisse prendre l'erreur4 ,il est fils cependant du protestantisme1 qui1 en toute chose1 est timide et incomplet4 ,il descend de ,luther1 et quoiqu'il ait reni son pre1 chose remarquable1 il ne le dteste pas4 ,il garde sa colre pour les choses divines4 ,l'clectisme franais est une ple imitation du panthisme allemand4 ,son dieu la fois dieu1 nature et humanit1 est le dieu de ,schelling amoindri4 ,pour comprendre l'tat de la ,france1 il faut connatre l'tat de l',allemagne4 ,pour comprendre le langage de ,vert-,vert chez les ,visitandines1 il faut savoir quels gens avait frquents l'oiseau avant de pntrer si mal propos dans le couvent#c4 #c ,je crois que le ,r4 ,p4 ,ventura a dit ce propos un mot charmant1 mais je ne saurais indiquer au juste le passage4 ,quoi qu'il en soit1 notre panthisme est un pauvre panthisme d'emprunt4 ,la doctrine de ,m4 ,renan consiste n'en avoir pas1 comme la doctrine de plusieurs autres consistait faire des phrases4 ,m4 ,renan1 lui1 est un soldat1 un tirailleur adroit4 ,s'il n'a pas de doctrine1 il a au moins une intention3 il veut attaquer ,dieu au cur4 ,la ,france1 qui ignore la philosophie1 et croit sur ce sujet tout ce qu'on veut bien lui dire1 amalgam les insinuations de ,m4 ,renan avec la btise sentimentale reprsente par ,rousseau1 pre de l'opra comique1 et la btise mchante reprsente par ,voltaire1 pre de la chanson4 ,au point de vue de l'exgse1 la ,france en est encore ,strauss1 cet enfant malveillant1 qui est oubli depuis longtemps de l'autre ct du ,rhin4 ,l',allemagne a us et rong ses propres erreurs3 il est temps qu'elle vienne la vrit qui ne s'use pas4 ,il faut qu'elle recommence4 ,elle ne peut recommencer que par le germe des germes4 ,elle cherche la synthse4 ,l'glise universelle1 unit vivante1 lui tend les bras4 ,si ,platon tait la prface humaine de l'vangile1 ,mose en tait la prface divine3 mais l'glise possde seule le ,verbum caro factum dans sa plnitude1 ,dei virtutem et ,dei sapientiam3 et cette synthse est fidle elle-mme4 ,vous savez que nul homme n'a jamais eu un disciple fidle1 et pas mme lui-mme2 vous connaissez l'homme1 ce monstre d'inconstance1 ce prodige de faiblesse2 vous avez contempl1 ne ft-ce qu'un instant dans votre vie1 la dfaillance de toute crature2 vous savez quoi tiennent les hommes1 les institutions et ce qu'il faut de vent pour renverser tout ce qui est debout ici-bas2 pourtant vous voyez trois choses3 #a ,l'existence relle des saints4 #b ,l'existence relle de l'unit4 ,un homme dans l'glise est d'accord avec lui-mme et avec tous4 #c ,l'existence d'un fait social1 l'glise1 qui survit tous les faits1 sans aucun moyen connu d'existence et de dure1 ne cdant rien de son esprit et de sa doctrine1 faisant tout cder sa doctrine et son esprit4 ,pouvez-vous voir ces trois choses1 demeurer calme en face d'elles1 et dire avec assurance3 ,cela ne signifie rien8 ,les hros sont l pour nous avertir que les saints ne sont pas possibles humainement4 ,luther est l1 comme type du rformateur4 ,il est l1 racontant aux gnrations ce que devient une doctrine1 livre ses aptres1 livre son aptre1 son inventeur4 ,toutes les institutions doctrinales sont l1 ou plutt ne sont plus l2 mais l'histoire nous dit combien de temps elles durent dans les pays civiliss4 ,pourtant les saints sont l4 ,pourtant l'unit du dogme est l4 ,pourtant l'unit de l'glise est l4 ,le christianisme est naturellement impossible4 ,or il est4 ,donc il est surnaturellement4 ,aucun progrs ne le dpasse1 et il dpasse tous les progrs4 ,il est assimilable tout1 et il n'est semblable rien4 ,sa prsence et son absence produisent dans l'me d'autres effets que la prsence ou l'absence d'une pense scientifique4 ,aussi n'est-il pas une opinion4 ,il est une foi1 et la foi est une vertu2 ce seul fait tablit entre le christianisme et toute autre doctrine une diffrence que j'indique en passant4 ,regardez le monde des ides4 ,le christianisme triomphe en lui-mme4 ,regardez le monde des faits4 ,il triomphe par ses amis1 qui atteignent l o l'homme ne peut atteindre1 et qui1 sans jamais se ressembler1 sont fondus dans le mme esprit4 ,il triomphe par ses ennemis qui le glorifient leur manire1 et semblent mettre je ne sais quelle affectation nous montrer ce qu'on devient sans lui4 ,aucun hommage ne lui manque2 mais l'hommage de la haine est un des plus significatifs4 ,il agit avec la perfection infaillible de l'instinct4 ,il est aveugle et par l mme clair4 ,cette haine a un caractre particulier3 c'est une fureur d'un genre part1 laquelle ses plus doux ennemis chappent rarement2 c'est la haine d'un obstacle que l'on sent invincible4 ,c'est la colre du buf qui se casse les cornes contre un mur4 ,or1 l'hommage de cette haine prcieuse ne s'adresse qu'au catholicisme4 ,le catholicisme est le point central3 tous les coups frappent sur lui4 ,tout ce qui a horreur du surnaturel a horreur de lui4 ,tous les esprits puissants ont besoin de synthse4 ,il leur faut une doctrine complte qui rende compte de tout ,plutt que de s'en passer1 ils abordent hardiment l'absurde1 si l'absurde systmatis leur offre l'apparence du repos4 ,magnifique dmonstration6 ,nous avons tant besoin de croyance que nous nous jetterions dans les bras de ,fourier1 plutt que de tomber dans le vide4 ,ames agites en ce sicle terrible1 mes altres1 qui ne voulez pas puiser la source ouverte1 jetez les yeux sur vous et sur l'univers4 ,deux routes vous sont ouvertes1 la route des systmes1 celle de la vrit4 ,les systmes singent la vrit2 ils veulent tout embrasser1 parce qu'elle embrasse tout4 ,ils veulent tre immenses1 parce qu'elle est immense4 ,mais ils sont absurdes1 et elle est raisonnable4 ,creusez dans le systme1 vous allez trouver le fond1 vous apercevrez l'orgueil d'un homme qui a gar quelques esprits faibles4 ,mais le fond de la vrit1 vous ne le trouverez pas4 ,elle vous plongera dans un abme fcond dont les richesses se multiplieront devant vous1 mesure que vous vous en approprierez davantage4 ,plus vous chercherez1 plus vous trouverez1 et plus vous trouverez1 plus vous chercherez2 car l'avidit de l'infini grandit dans l'homme avec sa jouissance4 ,la loi de l'infini1 contraire la loi du fini1 c'est de nous apparatre d'autant plus dsirable que dj nous avons plus got de lui4 ,les systmes trompent pour un jour votre inquitude de l'absolu4 ,le christianisme la reposerait vraiment4 ,mais vous prfrez le mensonge la vrit pour deux raisons4 ,d'abord1 la vrit oblige1 et le mensonge n'oblige pas4 ,aussi l'ternel cri de la foule retentit de sicle en sicle3 ,qu'on dlivre ,barrabas6 ,ensuite1 le christianisme vous apparat comme un fait accompli1 tandis que les systmes1 par cela mme qu'ils sont inapplicables1 gardent le charme de la nouveaut et semblent le secret des sicles futurs4 ,retournez votre raisonnement3 le christianisme a eu le pass2 donc il aura l'avenir4 ,est-ce que l'univers va changer de ,dieu8 ,pensez-vous que le ,crateur fatigu remette ses pouvoirs un successeur quelconque8 ,or1 si ,dieu ne change pas1 la religion ne changera pas4 ,celle qui a t vraie une minute sera vraie tant que ,dieu sera ,dieu4 ,craignez-vous que l'homme ne dpasse ,dieu1 que nos progrs ne l'touffent et que l'infini ne soit plus assez grand pour nous8 ,mais non3 le christianisme irrite l'homme autant qu'il l'attire1 tandis que l'erreur1 qui n'est rien1 n'agit pas sur lui4 ,il n'est pas rare d'entendre un homme1 raisonnable d'ailleurs1 mais ennemi de ,jsus-,christ1 draisonner en approchant de lui et abjurer le bon sens1 s'il entrevoit l'glise dans le lointain4 ,c'est l1 c'est au centre des mystres que les aveugles voient et que les voyants ne voient plus4 ,le ,verbe se fait chair3 il prend place dans notre monde2 vous abordez un homme et vous lui dites3 ,quel accueil lui sera-t-il fait8--,dieu1 nous rpondra-t-on1 est l'ternel vainqueur4 ,il se servira1 pour sa gloire1 de la nature et de l'humanit4 ,les hommes seront des saints2 ils feront des miracles que la cration subira1 et la terre sera transforme4 ,vous quittez cet interlocuteur1 vous en abordez un autre1 et vous lui posez la mme question3 ,dieu1 vous rpondra-t-on1 est l'ternel vaincu2 on va le railler1 le battre1 le crucifier4 ,un troisime passe2 vous l'abordez encore et vous lui citez les deux rponses3 ,voil ce que deux hommes m'ont assur1 dites-vous2 lequel des deux dois-je croire8--,tous les deux1 rpondra le troisime1 et le troisime aura raison4 ,c'est qu'en effet ,dieu1 qui par son attraction runit dans l'amour les tres le plus naturellement faits pour ne pas s'entendre1 qui triomphe de toute race1 de toute haine1 de tout prjug1 ,dieu1 par sa force de rpulsion1 unit aussi dans la haine de lui-mme1 s'il est permis d'appeler union la communaut de la mort1 les tres les plus faits pour ne pas s'entendre4 ,et certes ils ne s'entendent pas4 ,mais ils se pardonnent toutes leurs dissidences1 en faveur d'un seul accord1 la haine de ,dieu4 ,leur nom est toujours lgion2 mais ce point donne la lgion je ne sais quelle unit horrible1 parodie de l'autre4 ,gthe aime ,voltaire1 que certes il est digne de har2 mais il l'aime1 parce que tous deux hassent le christianisme4 ,pourtant ils ne le hassent pas de la mme faon4 ,la position de ,voltaire1 vis--vis du christianisme1 est franche2 c'est l'aveuglement complet4 ,c'est la tranquillit qui vient de la stupidit absolue4 ,n'entrevoyant rien1 il vite jusqu'au trouble4 ,d'ailleurs1 son cur aide son esprit3 ,voltaire1 pour le dfinir en passant1 est un imbcile malpropre4 ,gthe1 au contraire1 est un homme intelligent4 ,aussi est-il conduit1 chaque instant1 dans la direction du christianisme2 mais comme la main de ,dieu est la seule qui introduise dans le temple1 ,gthe1 qui veut se rduire ses propres forces1 n'entre pas4 ,par l il proclame deux choses1 la tendance des grands esprits1 et la punition des volonts mauvaises4 ,a chaque instant1 il constate une vrit qui serait comme le pressentiment du christianisme4 ,mais il est condamn par la haine ne pas avancer dans la connaissance4 ,il commence la route et ne pousse pas jusqu' ,dieu4 ,cette situation d'esprit ne lui est pas particulire4 ,elle est commune tous les hommes intelligents qui volontairement ne sont pas chrtiens4 ,frapps tout moment par quelque ide qui les rapproche du christianisme1 ils s'abjurent eux-mmes et s'arrtent dans leur lan plutt que d'aller vers lui4 ,ils repoussent toute lumire qui menacerait de devenir la lumire chrtienne4 ,ils s'interdisent les horizons qui attireraient la vue de ce ct4 ,le christianisme rayonne de tous cts4 ,ils sentent son approche inquitante4 ,car les vrits naturelles lui servent de prlude1 d'introduction1 et l'me est naturellement chrtienne4 ,il semble voir des exils volontaires qui touffent sur la terre trangre4 ,l'air respirable pour eux1 c'est l'air de la patrie4 ,mais1 dans cette patrie1 il faut tre citoyens4 ,or1 ils veulent tre rois et dtestent le seul roi lgitime4 ,ils s'loignent pour ne pas le voir1 mais ils touffent en s'loignant4 ,rappels par l'intelligence1 ils sont carts par la haine4 ,ils rdent alors1 comme des malfaiteurs1 autour des murs qu'ils se sont ferms1 ont peur et besoin de la lumire1 font un pas en avant1 un pas en arrire1 aspirent une bouffe d'air1 la rejettent et s'enfuient4 ,ce qui ressemble la cit habitable leur plat4 ,la cit elle-mme leur dplat2 car elle impose tous ses lois4 ,dans leur course folle1 ils se heurtent de temps en temps le front contre les murs sacrs des palais qui pourraient tre eux1 puis s'cartent pouvants1 reviennent encore et regardent avec une haine mle de dsir les douze grandes portes de la ville qui pourrait devenir leur patrie6 ,si le christianisme est d'une ncessit vidente pour l'immense majorit des hommes qui n'ont pas le temps de chercher leur croyance1 et qui pourtant ont besoin de croire1 il n'est pas moins ncessaire au penseur qui a besoin de croire aussi1 qui est un homme aussi1 un enfant quelquefois1 et qui1 livr lui-mme1 peut s'attendre tout1 de la part de lui-mme4 ,hgel en est un solennel exemple4 ,nous ne l'avons pas quitt1 mme quand nous avons prononc d'autres noms que le sien4 ,il reprsente la synthse de l'erreur moderne2 il est l'aboutissant des erreurs prcdentes2 nous allons le rsumer en le quittant1 et rsumer nos vues sur l',incarnation1 considre comme synthse de la vrit4 ,la contradiction1 en tant qu'elle est le mal et le nant1 ,hgel la regarde comme ternelle1 ncessaire et dfinitivement victorieuse4 ,il affirme l'identit du bien et du mal1 la ncessit1 la fatalit de tous les deux4 ,il appelle harmonie cette chose qui ne devrait pas avoir de nom1 et ,dieu la substance qui supporte cet accident pouvantable2 aussi promet-il au mal un rgne ternel comme au bien4 ,hgel croit que la collision dont nous sommes les acteurs et les victimes est l'tat dfinitif et ncessaire des tres4 ,ayant oubli la libert de l'homme1 il croit le pch ncessaire4 ,il lui te son nom1 et par consquent son caractre2 il en fait une des formes du dveloppement universel4 ,ayant oubli ,dieu1 il oublie1 en mme temps que la diffrence du bien et du mal1 la victoire de l'un sur l'autre1 et le triomphe ternel de l'tre4 ,par exemple3 ,nous avons sous les yeux le vice et la vertu4 ,hgel croit que tous deux constituent l'ordre1 le constituent ncessairement1 ternellement1 titres gaux4 ,hgel1 chrtien1 et vu la vrit et l'et vue de bien haut4 ,non1 le pch n'est pas semblable son contraire4 ,il est le mal4 ,l'homme qui le commet librement sera puni4 ,non1 le pch n'est pas dans l'ordre1 mais il sera rduit l'ordre dans l'ternit par le moyen de la justice et de la misricorde4 ,si la contradiction devait toujours durer telle qu'elle est aujourd'hui1 loin de constituer l'harmonie telle que ,dieu la veut1 elle en serait la ngation dfinitive4 ,mais rsolue un jour dans l'unit par la sagesse absolue qui encadre le dsordre dans un ordre plus large que lui1 elle deviendra un accent de l'harmonie immense4 ,il est faux que le bien et le mal soient identiques2 il est vrai que tous deux peuvent trouver place dans l'ordre absolu4 ,l'enfer sera dans l'ordre o le pch n'tait pas1 et chaque chose fera sa partie dans le grand concert4 ,le jour o les oppositions relatives seront leves nos yeux1 le jour o l'ternelle justice et l'ternelle misricorde trahiront leur unit en dvoilant leur essence1 les contradictions relles absolues trouveront en ,dieu leur destine crite1 et1 sans s'identifier entre elles1 s'accorderont avec l'ordre absolu1 prenant chacune leur place dans l'harmonie universelle par la vertu une et active de l'infini4 ,les oppositions relatives rencontrent une solution absolue4 ,les contradictions absolues rencontrent une solution relative4 ,rflchissant ces choses desquelles dpendra mon avenir humain et mon avenir ternel1 sous le regard de ,dieu que je ne tromperai pas1 engag dans la chane des tres1 appel faire un choix1 considrant que je suis cr pour la vie et non pas pour la mort1 pour la vrit et non pas pour l'erreur1 pour l'amour et non pas pour la haine1 considrant qu'incapable d'arriver par moi-mme au but o je tends1 j'ai besoin d'une main qui m'y conduise1 je m'adresse l'glise ternelle4 ,cette glise a parl une parole toujours la mme1 parce que divine4 ,de saint ,pierre ,pie ,,ix elle n'a pas vari3 elle ne variera pas4 ,que les trnes croulent ou s'lvent1 elle parle et parle d'une voix immuable4 ,par o que je regarde1 en avant1 en arrire1 je suis envelopp par la continuit de la parole4 ,je suis d'accord avec mes ,pres de ,nice1 avec mes ,pres de ,tolde1 avec mes ,pres de ,laodice1 avec mes ,pres de ,trente4 ,je suis d'accord avec l'humanit1 d'accord avec moi1 d'accord avec ,dieu qui est plus prs de moi que moi-mme4 ,je communie saint ,thomas et saint ,athanase1 et saint ,denis l',aropagite et ,hirothe son matre1 et saint ,anselme1 qui ont cru1 comme ,isaac1 ,jacob1 ,abraham1 qui attendaient1 comme aux enfants chinois que nos missionnaires baptisent4 ,je salue la science et la foi qui s'allient dans l'unit4 ,je prends parti pour la vie contre la mort4 ,je salue ,rome et le ,saint-,sige apostolique4 ,je me prosterne devant l'hritier des promesses faites saint ,pierre1 devant le vieillard ternel dpositaire des clefs trois fois saintes1 reprsentant de la lumire incre et son organe infaillible4 ,j'adhre sans restriction l'unit de l'glise ternelle4 ,je lui soumets mon uvre4 ,je lui soumets les paroles que je prononce en son honneur4 ,,chapitre ,,vii4 ,,la ,r,,demption4 ,nous avons tudi la synthse dans l',incarnation4 ,il est temps de l'tudier dans la ,rdemption4 ,rien n'est isol dans ce monde ni dans l'autre4 ,le courant lectrique de la solidarit fait frmir toute la chane des tres chaque vibration du moindre anneau4 ,tout donne et tout reoit4 ,tout agit et tout ragit4 ,toute langue humaine a un verbe actif et un verbe passif4 ,dans l'ordre primitif sans doute toute crature touche et rendu1 comme un instrument d'accord1 un son harmonieux1 et la raction et t douce comme l'action4 ,depuis la chute la nature rvolte a plus de durets que de douceurs4 ,rien ne se donne3 tout se vend4 ,dans l'ordre primitif peut-tre et-il fallu appeler passions les douces sensations de l'homme heureux1 le parfum que faisait respirer la rose au roi innocent qui s'approchait de sa corolle4 ,aujourd'hui elle a des pines pour couronner le roi coupable4 ,alternativement matre et esclave1 roi et sujet1 grand et petit1 fort et faible1 vainqueur et vaincu1 selon que ,dieu lui communique ou lui retire un peu de sa force1 l'homme tourne dans une spirale d'actions et de ractions qui lui rappellent tour tour sa grandeur et sa misre4 ,qui trouvera le joint entre ces choses8 ,qui dira l'action3 ,sois humble1 passive8 ,qui dira la passion3 ,sois glorieuse1 active1 conqurante8 ,le suprme accablement est peut-tre l'lvation suprme8 ,la douleur est la chose humaine la plus voisine de ,dieu4 ,je ne connais qu'une parole qui puisse ainsi parler3 c'est la croix4 ,en connaissez-vous d'autres8 ,les bras et les jambes tendus1 en se laissant faire1 ,jsus-,christ a sauv le monde4 ,la passion suprme a t l'action par excellence1 et la messe1 qui reproduit la passion1 se nomme l'action4 ,la farce est joue1 disait en mourant ,octave ,auguste1 empereur du monde4 ,il avait raison4 ,qu'avait t la vie d',auguste1 sinon une srie d'actes isols1 sans rsultat1 une dpense inutile1 et qu'est-ce qu'une farce1 sinon un fait sans but8 ,tout est consomm1 disait la vrit en mourant1 et la vrit disait vrai4 ,la vie de ,jsus-,christ avait t l'acte par excellence2 elle avait rconcili toutes choses avec ,dieu4 ,elle est la note suprme de la grande harmonie4 ,la croix a consomm l'uvre4 ,jsus-,christ sacrement devait se dilater multiple sur la terre4 ,jsus-,christ sacrifice devait se contracter dans l'unit de ,dieu4 ,la croix conciliatrice a rsolu le double problme et l'a fondu4 ,en livrant le corps de ,jsus-,christ aux hommes1 elle l'a par l mme rendu ,dieu4 ,elle a permis au ciel et la terre la mme communion la mme victime1 sacrement ici-bas1 sacrifice l-haut4 ,elle est la clef de la ,jrusalem ternelle o resplendit dans son unit le corps de l',homme-,dieu1 lumire sans fin d'o partent les rayons qui claireront les lus1 l'ternit durant4 ,elle est la clef qui a ouvert le spulcre o devait fermenter trois jours le grain de froment pour multiplier ensuite sur la terre4 ,la ,rdemption est accomplie4 ,tout est consomm4 ,la dette est paye au ciel1 et paye l'enfer4 ,satan n'a pas le droit de se plaindre4 ,il a eu son heure de puissance4 ,nunc est hora vestra1 et potestas tenebrarum4 ,les tnbres ont triomph leur manire4 ,la lumire l'a bien voulu4 ,dieu et l'homme sont deux aimants qui s'attirent d'un ct et se repoussent de l'autre4 ,dieu appelle l'homme et l'carte4 ,il l'carte1 parce qu'il l'aime4 ,il l'carte1 parce qu'il veut tre conquis4 ,la vie et la mort1 dans leur tte--tte ternel1 expliquent le systme du monde4 ,vis fugere a ,deo1 fuge ad ,deum4 ,le ,dieu qui vous appelle vous fournira l'arme destine vaincre le ,dieu qui vous rsiste4 ,lui rsister passivement1 tel est le secret de la grandeur4 ,de tout temps1 l'homme a rv une bataille dans laquelle il vaincrait ,dieu4 ,et certes il ne s'est pas tromp compltement4 ,la vie est cette bataille4 ,seulement l'homme a mal vu le tableau4 ,il n'a pas trouv le point4 ,la lumire ne venait pas d'en haut4 ,il a choisi pour champ de bataille la haine1 au lieu de choisir l'amour4 ,les ,titans1 voulant escalader le ciel1 n'avaient pas compltement tort4 ,jsus-,christ invite la violence et ne promet ,dieu qu' son vainqueur4 ,celui qui voit tout du mme coup d'il dit de la mme voix3 ,devenez semblables ces petits enfants2 et3 ,escaladez le ciel4 ,promthe n'avait pas russi4 ,c'est qu'il avait oubli de s'allier ,dieu1 cet adversaire ador qu'il faut supplier en le combattant4 ,les efforts des hommes1 grands et petits1 qui ont voulu la conqute sans vouloir le sacrifice1 ,manfred1 ,faust1 don ,juan1 ont abouti l'inutile1 au crime1 au ridicule4 ,mais un enfant de douze ans1 qui fait sa premire communion1 peut tre utile aux hommes et forcer ,dieu se rendre4 ,le point qui spare les deux espces de conqurants1 le point qui dtermine la victoire1 c'est l'acceptation du sacrifice4 ,hoc signo vinces4 ,il y a une telle gloire cder1 que ,dieu mme ne se manifeste jamais plus glorieusement qu'en se laissant vaincre3 de l le miracle4 ,les fautes sont-elles personnelles8--,oui4 ,chacun se sent personnellement responsable4 ,personne n'a de remords des fautes d'autrui2 cependant chacun se sent fier ou honteux des gloires ou des ignominies de ce qui le touche4 ,d'o viennent chez l'homme ces convictions intimes1 naturelles1 et en apparence contradictoires8 ,l'humanit1 qui hait l'injustice1 aime pourtant l'ide du juste souffrant et mourant pour tous4 ,vous pouvez ne pas comprendre2 mais vous ne pouvez pas ne pas voir4 ,dieu frappe son ,fils innocent1 qui reprsente les hommes coupables1 et voil la solidarit4 ,dieu pardonne aux hommes coupables pour l'amour de son ,fils innocent1 et voil1 avec la solidarit1 le triomphe personnel de l'individu4 ,je n'explique pas1 je constate4 ,et que faisait au moment dcisif cette victime8 ,frappait-elle un grand coup8 ,non2 elle le recevait4 ,et que font les religieux1 que font les carmlites8 ,rien1 n'est-ce pas8 ,les paratonnerres aussi perdent leur temps sur les monuments4 ,supprimons ces pointes de fer4 ,que faisait ,jsus-,christ sur la croix8 ,il avait les jambes cloues et immobiles4 ,je le rpte1 l'action par laquelle l',homme-,dieu a ferm le combat et vaincu son ,pre a t la ,passion4 ,cette attitude de crucifi1 signe sensible de l'extrme impuissance1 symbole de la ,passion1 a t l'attitude de la victoire choisie par le triomphateur doux et terrible dont les coups visaient ,dieu4 ,je ne sais pas si je finirais4 ,la croix est entre le ciel et la terre2 la croix est au centre du temps1 au centre de l'espace1 au centre mme du mouvement4 ,on allait elle pendant #d1jjj ans1 on revient elle depuis #a1hjj ans4 ,les regards de la terre et ceux du ciel se tournent vers la montagne qu'elle a couronne4 ,elle est la base de tout1 le centre de tout1 le sommet de tout2 elle a fondu la science et la vie dans l'unit immense d'une thorie divine ralise entre le ciel et la terre par un ,homme-,dieu4 ,comme1 dans l'humanit1 l'homme reprsente la libert et la femme la nature1 ainsi1 sur le globe habit1 l',orient est la terre de la nature1 et l',occident celle de la libert4 ,jsus-,christ1 qui fait appel la libert pour redresser et reconqurir la nature1 meurt en ,orient et meurt tourn vers l',occident4 ,c'est l',occident qu'il tend les bras2 c'est l',occident que va son regard2 c'est l',occident qu'il a construit ,rome4 ,dans le monde ancien1 ,rome et la ,grce avaient dj1 au nom de la libert1 vaincu l',asie1 ,troie1 la ,perse1 qui reprsentaient la nature4 ,la nature avait pli sous la force conqurante4 ,c'est en ,occident qu',alexandre avait dompt ,bucphale pour vaincre ensuite le monde4 ,le cheval1 c'est la nature ardente et indompte que l'homme dresse1 assouplit1 excite ou calme comme il veut4 ,plus tard1 la chevalerie est ne en ,occident4 ,c'est l',occident que la victime expirante laisse la croix2 c'est l',occident qui le premier arborera cet tendard4 ,la civilisation et la science ont t lgues d'abord cette ,europe qui devait1 la premire1 recevoir la croix1 et les nations qui possdent la croix sont les seules qui possdent le paratonnerre6 ,o altitudo6 ,l',occident est le champ de bataille2 mais quand la libert humaine aura vaincu la nature1 alors viendra l'ge de l'intuition4 ,l',orient viendra sans doute alors et arborera la croix son tour4 ,enfin1 l',orient et l',occident seront runis dans la valle de ,josaphat1 et la croix apparatra triomphante1 ouvrant le rgne ternel de ,dieu4 ,plus un homme est plac haut1 plus il demeure seul4 ,l'ange de l'isolement frappe tout ce qui s'lve4 ,aux lvations de la pense correspondent souvent les dchirements du cur4 ,et pourtant les grands hommes1 les grands isols deviennent les liens qui unissent entre eux les hommes ordinaires4 ,du fond de leur solitude1 ils lancent dans la socit humaine les grandes dcouvertes1 les grandes uvres qui en deviennent le ciment4 ,transportez cette vrit naturelle dans l'ordre surnaturel et dans le domaine de l'infini4 ,la croix est l'isolement absolu4 ,pourtant le crucifi rconcilie toutes choses entre elles et attire tout lui4 ,si exaltatus fuero1 omnia ad me traham4 ,il est la synthse universelle4 ,par une lgret et une ignorance dont les causes mriteraient d'tre recherches1 quelques-uns en sont venus adopter la morale chrtienne1 du moins en thorie1 et rejeter le dogme chrtien4 ,ils ont oubli que la morale chrtienne tant l'expression pratique des vrits dont le dogme est l'expression thorique1 admettre l'une et rejeter l'autre1 c'est admettre la consquence et rejeter le principe4 ,ici encore ,jsus-,christ apparat comme conciliateur4 ,la contemplation de cet tre immense ferait fondre les tnbres4 ,le dogme de l',incarnation est la dmarche de ,dieu vers l'homme4 ,la morale chrtienne est la rponse complte de l'homme qui retourne ,dieu4 ,jsus-,christ comme lumire de ,dieu est la raison et la substance mme du dogme4 ,jsus-,christ1 comme lumire de l'homme1 est la raison et la substance mme de la loi4 ,en tant qu'il est l'art divin1 il prside la conduite de ,dieu4 ,en tant qu'il est la fin dernire1 il prside la conduite de l'homme4 ,or1 sur la croix ,jsus-,christ ralise et consomme absolument les desseins de ,dieu1 et1 la fois il ralise le salut du monde4 ,il apparat comme sacrifice4 ,il apparat comme sacrement4 ,il apparat comme ,dieu3 ,il est le dogme de la ,rdemption4 ,il apparat comme homme4 ,il est la saintet absolue4 ,prtre et victime en mme temps1 il est la vrit absolue1 vrit la fois dogmatique et morale4 ,omnia in ipso constant4 ,il est remarquer que ,dieu se rserve1 en gnral1 la science de l'quilibre4 ,livr lui-mme1 l'homme est le paysan ivre de ,luther1 qui penche tantt gauche1 tantt droite4 ,jsus-,christ a le secret de l'quilibre1 et son nom de pontife en est le signe4 ,en dehors de lui1 l'homme penche4 ,je demande la permission de signaler1 propos de la croix1 comme type de l'quilibre1 une analogie que je trouve frappante4 ,l'attraction est la loi du monde4 ,l'attraction est une loi1 elle n'est pas une force4 ,le mot force impliquerait une puissance attache aux corps1 inhrente eux2 le mot loi indique l'tre absolu comme source de toute-puissance4 ,l'attraction est la loi du monde4 ,les corps s'attirent en raison directe de leur masse1 et en raison inverse du carr des distances4 ,la terre est attire par le soleil4 ,mais comme la force centrifuge1 laquelle n'est encore qu'une loi1 contre-poids naturel de la force centripte1 maintient dans l'ordre de l'univers le systme de la pondration1 la terre prend un terme moyen1 et tourne autour de l'astre qui l'attire au lieu de se jeter sur lui4 ,l'homme est attir par ,dieu4 ,il crie1 il hennit vers lui3 c'est la force centripte4 ,de l'autre ct1 la matire1 le fini1 le limit l'attire aussi4 ,il est tomb3 sa chute rclame ses droits4 ,ainsi embarrass et tir en sens contraire1 que fera l'homme8 ,il ira vers ,dieu1 et la matire sera sa voie2 non pas la matire victorieuse et indompte1 celle-l l'carterait du but1 mais la matire soumise1 la chair du ,verbe1 le mdiateur4 ,sans figure de style1 au bord de l'abme1 il rencontrera le pontife4 ,dans l'ordre primitif1 l'homme innocent et travers sans douleur4 ,mais l'homme dchu paye le passage1 et le pont est une croix4 ,l'obstacle devient un moyen1 suivant l'usage de ,dieu4 ,poursuivons4 ,l'homme1 ayant dcouvert la loi de notre rotation1 s'est dit3 ,si deux forces peuvent s'unir pour en composer une qui soit la rsultante des deux autres1 une force peut sans doute aussi se dcomposer en deux forces qui1 runies1 quivalent la force unique dont elles procdent4 ,puisqu'il y a synthse1 il peut y avoir analyse4 ,voici un pont suspendu4 ,posons sur lui une force que nous nommerons x1 et ne divisons pas la charge4 ,le pont sera trop faible4 ,il ne supportera pas son preuve4 ,mais si1 profitant de la loi que nous avons constate1 nous pouvons dcomposer la force qui tire en bas et faire peser non plus sur un point1 mais sur plusieurs1 si nous pouvons partager l'preuve entre les diverses forces de rsistance devenues solidaires de l'effort commun1 peut-tre l'quilibre que nous cherchons sera-t-il ralis4 ,de l la merveille des ponts suspendus1 sublime image de la solidarit4 ,c'est ici que je fais appel l'attention de ceux qui croient que le monde visible manifeste et reflte le monde invisible qui en est le type et l'explication4 ,j'aime mieux indiquer le mystre que de porter la main sur le voile qui le couvre4 ,souvenons-nous que le pontife1 charg de son preuve1 charg de sa croix1 n'a pas ddaign un secours humain4 ,simon le ,cyrnen n'a pas t inutile4 ,et nous1 qui marchons ensemble1 cte cte1 sur la route1 regardons ,celui en qui rside substantiellement la loi de l'quilibre1 ,celui qui nous a dit de porter les fardeaux les uns des autres1 et qui a promis de se trouver l o deux ou trois mes le prieraient runies ensemble4 ,rattachons cette pense aux penses que la croix fait natre4 ,qu'est-ce que l'preuve des justes8 ,c'est la lutte du bien et du mal qui se manifeste en eux4 ,avec leur fardeau1 ils portent celui des autres4 ,si nous fixions nos regards sur la rversibilit1 l'aspect du monde changerait pour nous4 ,on dit souvent que les mchants prosprent1 que tout leur succde1 et que les bons sont traverss dans leurs entreprises4 ,mais qui russit8 ,qui ne russit pas8 ,savons-nous ce que c'est que russir8 ,qu'est-ce qu'agir8 ,qu'est-ce que perdre son temps8 ,au moment o vous dites3 ,je travaille1 et cet homme ne fait rien1 peut-tre c'est vous qui ne faites rien1 malgr le mouvement que vous vous donnez3 peut-tre cet homme immobile vous sauve de la mort et de la damnation3 peut-tre1 pendant que vous dormez1 c'est lui qui veille1 peut-tre il agit comme mdiateur4 ,qui sait si le succs des mchants ne s'explique pas quelquefois par l'absence de la croix6 ,absorbs tout entier par le rel1 ils ne sont pas traverss par l'idal4 ,mais il n'est pas inutile de dire aux hommes bons et mauvais la vrit que voici3 ,la douleur n'est pas la souffrance1 et le plaisir n'est pas la joie4 ,la douleur et le plaisir sont deux accidents qui se passent dans notre me1 mais qui ne l'atteignent pas toujours dans sa racine1 dans ses derniers retranchements4 ,la joie et la souffrance la pntrent et l'branlent dans ce fond intime que la main de ,dieu se rserve peut-tre le pouvoir de remuer3 ce sont des attouchements profonds1 intrieurs et redoutables1 suprieurs aux choses sensibles qui leur servent quelquefois d'occasion4 ,ce sont les mystres de l'me1 ils se passent dans un sanctuaire o l'il humain ne pntre pas1 et la parole humaine ne peut pas les raconter4 ,la joie est le transport idal dont a parl le prophte quand il a dit3 ,exaltationes ,domini in gutture eorum1 et la souffrance a arrach la grande ,victime ce cri suprme3 ,mon ,dieu1 mon ,dieu1 pourquoi m'avez-vous abandonn8 ,or1 voici un fait que je crois incontestable3 ,ceux-la seuls connaissent la joie1 qui ont travers la souffrance2 la souffrance c'est l'opposition sentie1 la joie c'est l'harmonie pressentie4 ,enfin les saints dclarent 7et si leur tmoignage nous tonne1 qu'importe871 les saints dclarent qu'ils trouvent la joie dans la souffrance4 ,cette opposition1 si insoluble en apparence1 est leve au fond des mes3 elle est leve par la croix1 en faveur de ceux qui sont entrs dj dans le domaine de l'harmonie4 ,et ce mot terrible1 ,croix1 y avez-vous rflchi8 ,la contrarit n'est-elle pas l'preuve8 ,si les glises de pierre ont1 depuis dix-huit sicles1 la forme visible de la croix1 les mes humaines1 que saint ,augustin appelle des temples1 n'ont-elles pas la forme idale de la croix8 ,saint ,paul dclare qu'il accomplit ce qui manque aux souffrances de ,jsus-,christ4 ,il leur manque donc quelque chose8 ,nous entendons dire tous les jours que ,jsus-,christ est la tte1 et que l'glise est le corps2 mais nous y pensons peu4 ,nous sommes pourtant en vrit les membres d'un mme corps4 ,cela est ainsi3 ce n'est pas1 comme vous le croyez peut-tre1 une phrase1 c'est une ralit4 ,nul homme ne fait mal un autre homme1 sans se faire mal lui-mme4 ,si la solidarit nous disait quelques-uns de ses secrets1 nous tomberions la face contre terre4 ,nous nous voyons quelquefois agir sur un homme4 ,mais nous agissons continuellement sur tous les hommes1 sans y penser4 ,nous apercevons quelquefois une des consquences de l'une de nos actions4 ,mais cette consquence1 pour tre la seule visible1 est-elle la seule relle8 ,pensons-nous ce rayonnement universel de nous-mmes1 de notre me1 de notre corps1 de notre action1 de nos paroles8 ,l'univers est une immense plaque photographique1 et tout exerce sur tout un reflet mystrieux4 ,dans l'ordre physique1 nous ne saisissons notre rayonnement que dans le point prcis o une plaque prpare le fixe sensiblement4 ,il est partout cependant1 moins visible mais aussi vrai4 ,chacun de nous remplit l'univers de son image1 et si nous ne nous voyons pas partout1 c'est que la chimie ne dresse pas partout d'appareil photographique3 l'image est toujours l1 c'est la plaque seule qui manque4 ,l'acide pyrogallique rvle le rayonnement2 mais il existe sur la plaque avant lui3 il le constate1 il ne le cre pas4 ,dans l'ordre moral1 nous ne croyons aux rayons qui partent de nous que l o nous les voyons s'arrter et agir sensiblement4 ,nous ne pensons pas que nos mes1 victorieuses des lieux et des sicles1 apportent un peu de vie ou un peu de mort l'autre extrmit du temps et de l'espace1 et que des mes innombrables1 qui n'ont avec nous aucun commerce sensible1 profiteront de nos victoires ou souffriront de nos dfaites4 ,les effets de l'lectricit1 les rservoirs1 les dcharges1 les chocs1 les chocs en retour1 toutes ces choses qui1 souponnes plutt que connues1 nous remplissent dj d'une admiration mystrieuse et terrifie1 ne reproduisent-elles pas ces courants d'une espce part1 ces courants absolument immatriels qui remplissent le monde8 ,ne symbolisent-elles pas ces combats de la lumire qui1 incessamment reue1 repousse1 envoye1 renvoye1 cherche1 vite1 reflte1 opre dans le monde des esprits et marche o il lui plat1 suivant les angles qu'elle choisit8 ,le tlgraphe lectrique1 pour ne citer que lui1 et paru il y a quelques annes l'impossible3 ne semble-t-il pas symboliser et indiquer sensiblement certaines choses qui paraissent encore aujourd'hui aux esprits arrirs l'impossible8 ,le progrs1 dans toutes les directions1 consiste reculer les limites de l'impossible1 et pour reculer les limites de l'impossible1 la disposition la plus favorable1 c'est la croyance au mystre4 ,l'unit radicale du corps du ,christ est une chose profondment ignore4 ,elle remplit l'criture et nous ne l'y remarquons pas4 ,celui qui accomplit tout en toutes choses doit1 selon toute apparence humaine1 tre complet lui-mme1 puisqu'il est la plnitude2 mais toute vrit est mystrieuse1 et toute doctrine qui ne s'appuie pas sur le mystre est par l mme condamne4 ,aussi l'homme porte-t-il en lui deux dispositions qui semblent contradictoires et qui ne le sont pas3 l'amour de l'vidence et l'amour du mystre4 ,or1 ,jsus-,christ en qui rside substantiellement la plnitude de ,dieu1 selon saint ,paul1 attend lui-mme1 selon le mme saint ,paul1 sa plnitude de l'humanit4 ,ne dira-t-il pas1 au jour du jugement3 ,j'ai eu faim et vous m'avez nourri4 ,il a donc faim encore6 ,le pch1 dit l'criture1 dissout le ,christ4 ,en effet1 il arrte la formation de son corps1 et voici comment4 ,le corps de l',homme-,dieu1 mis en terre1 comme le grain de froment1 doit ressusciter multiple1 parce qu'il est mort2 mais les frres du ,rdempteur1 premier-n entre tant de frres1 sont hritiers de la rdemption4 ,que l'homme donc renonce son rle de ,rdempteur1 qu'il refuse de prendre part l'uvre1 qui est la fois ,passion et ,action1 qu'il refuse de subir ,dieu pour s'assimiler lui1 cet homme refuse d'entrer dans le corps du ,christ2 il s'oppose sa formation2 il le dissout dans la mesure de son pouvoir4 ,l'ancien monde1 ombre et figure1 avait pour but1 sous le rgne de la loi1 de former le corps matriel du ,christ2 le nouveau monde1 plein de vie et de grce1 a pour fin dernire la mission de former le corps idal du ,christ1 qui attend de la libert humaine son achvement et l'intgrit de ses membres4 ,toutes les cratures appartiennent l'homme1 tendent l'homme1 et l'homme tend ,dieu par ,jsus-,christ4 ,ainsi1 ,jsus-,christ1 ,dieu et homme1 est la fin dernire de tout ce qui existe1 et l'opration de l'univers apparat simplifie2 il s'agit de le faire1 de l'accomplir1 dans un sens trs-rel4 ,veritatem facientes in charitate1 faisant la vrit dans l'amour4 ,raliser l'ide par des signes sensibles1 continuer l'uvre de la ,vierge ,marie1 donner naissance au mme ,verbe par des paroles qui sont des actes1 par des actes qui sont des paroles1 lever l'opposition1 prparer l'harmonie3 telle est la loi chrtienne4 ,qu'ils soient consomms en un1 comme mon ,pre et moi nous sommes un6 ,quand ce cri sortit de la poitrine de ,jsus1 un instant aprs1 il allait tre livr aux bourreaux2 un instant avant1 il venait d'instituer l',eucharistie4 ,il prononce alors le cri suprme de l'harmonie absolue1 proclame au sein de l'opposition absolue4 ,celui qui allait tre trahi par ses amis1 crucifi par ses ennemis1 abandonn de tous1 reni par le chef de son glise1 et1 dans un certain sens1 dlaiss par ,dieu son ,pre1 celui qui allait perdre la figure d'un homme et prendre celle d'un ver de terre1 celui dont les soldats allaient se moquer1 proclame1 en face de ,dieu et de l'humanit1 la paix faite4 ,il proclame son unit avec ,dieu le ,pre1 l'unit des hommes entre eux1 seconde unit1 image de la premire4 ,il est un seul ,dieu avec son ,pre1 et1 afin de se faire un avec les hommes unis1 il vient de fonder l',eucharistie4 ,il veut tre un avec les hommes de la mme unit qu'il possde vis--vis de ,dieu4 ,mais comment faire8 ,tout ,dieu qu'il est1 comment fera-t-il8 ,je vous le dis3 il vient de fonder l',eucharistie1 comme pour rpondre la dernire objection2 ce sera le sang de l',homme-,dieu qui circulera dans les veines des hommes4 ,commencez-vous entrevoir1 vous qui parlez d'unit1 ce que l'union hypostatique a fait du monde8 ,cette harmonie immense1 proclame au sein de l'opposition immense1 est la fondation de la religion chrtienne4 ,aussi le mdiateur domine de si haut la situation qu'il proclame dj son uvre faite1 comme s'il oubliait qu'il lui reste mourir1 ,opus consummavi4 ,et nunc clarifica me tu1 ,pater1 apud temetipsum claritate quam habui1 priusquam mundus esset apud te4 ,le condamn mort1 qui voit dress devant lui le gibet des esclaves1 rclame de ,dieu le ,pre la splendeur ternelle qu'il possdait dans son sein avant que le monde ft4 ,en face de l'opposition immense et de l'immense harmonie1 je ne connais de rponse possible que le ,credo et l',amen de l'glise4 ,je crois la parole de ,dieu fait homme1 parole condamne par les hommes1 qui fondera l'unit et le royaume venir4 ,je crois la vertu de son sang2 je crois la prire exauce de la vie ternelle qui va la mort2 je crois la prire exauce de la lumire glorieuse qui1 prs de subir la nuit du jardin des ,olives1 promet ses cohritiers les splendeurs de l'ternelle union et de la vision batifique4 ,omnia in ipso constant4 ,,chapitre ,,viii4 ,,la ,,croix4 ,ai-je tout dit8 ,non4 ,saint ,paul n'a pas cru avoir tout dit au moment o il venait de faire sa profession de foi et sa profession de science1 dclarant qu'il ne voulait savoir que ,jsus-,christ4 ,jsus-,christ1 principe et fin dernire des choses1 ne lui suffit pas4 ,le ,thabor ne lui suffit pas4 ,il demande une autre montagne4 ,il ajoute au nom de ,jsus-,christ un autre mot2 il veut savoir ,jsus-,christ crucifi4 ,jetons un coup d'il sur le monde idal4 ,il est1 depuis #ahjj ans1 inform1 domin par un signe trange qui s'appelle le signe de la croix4 ,jetons un coup d'il sur la terre habite1 sur la plante4 ,le temps et l'espace sont diviss en deux parties4 ,dans l'une la croix est prsente2 dans l'autre1 elle est absente4 ,le signe de la croix est la distinction entre le ciel et l'enfer4 ,il est le premier effort de la main de l'enfant1 le dernier effort de la main du vieillard1 et partout o cela n'est pas ainsi1 le ciel n'est pas4 ,bientt aprs1 en vertu de cette habitude humaine que j'ai dj constate1 la terre cde la place l'enfer1 et la civilisation meurt devant la barbarie4 ,les contres o la croix ne domine pas les paysages1 o nul clocher n'apparat au voyageur sur la montagne1 sont habits par des hommes qui gnralement se mangent entre eux4 ,la croix greffe un ,dieu sur un homme1 et nulle parole1 mme la plus exagre en apparence1 ne pourra dire ce qu'elle est4 ,nanmoins1 puisque la parole nous est donne1 disons d'elle quelque chose4 ,le monde a t cr suivant les lois mathmatiques aperues par ,dieu dans le ,verbe4 ,le monde a t cr in numero1 in mensur1 in pondere4 ,in numero4 ,arithmtique1 temps4 ,in mensur4 ,gomtrie1 espace4 ,in pondere4 ,poids1 mouvement1 attraction4 ,il a t rachet par le mme ,verbe et suivant les mmes modes4 ,il y aurait probablement entre les jours de la semaine cratrice et ceux de la semaine rdemptrice des analogies que ,dieu sait4 ,in numero4 ,sciens quia tempus venit1 nunc es hora vestra4 ,voici le temps1 l'heure4 ,la ,rdemption s'accomplit dans le nombre1 in numero4 ,mais cette heure est l'heure par excellence4 ,elle est l'heure centrale4 ,mon heure n'est pas encore venue1 avait dit le ,verbe au moment o il ne faisait encore qu'un miracle4 ,cette heure est place au milieu des heures1 au centre du temps4 ,elle rsume le temps4 ,l',,agneau a t gorg ds l'origine du monde1 et le sacrifice doit se renouveler sur l'autel jusqu' la fin des temps4 ,in pondere4 ,quand je serai l-haut1 j'attirerai tout moi 7omnia et non pas seulement omnes4 ,homines et jumenta salvabis74 ,je serai devenu le centre et par l l'attraction elle-mme1 la loi de l'attraction et le fait de la suprme attraction1 l'aimant universel4 ,in mensur4 coutons la gomtrie nous parler de la croix4 ,la gomtrie1 qui est la rigueur mme1 et qui par l semble ne rien devoir indiquer sans en faire l'instant l'objet d'un thorme1 a encore une fentre ouverte sur l'infini4 ,examinons rapidement la synthse universelle4 ,quelle est la forme absolue de l'opposition morale8 ,c'est l'tre infiniment parfait maudit de ,dieu4 ,c'est le juste portant le fardeau du pch humain dans sa totalit4 ,mais voici une parole de la vrit ternelle3 ,il est entr une seule fois dans le sanctuaire1 non avec le sang des boucs et des veaux1 mais avec son propre sang1 nous ayant acquis une rdemption ternelle4 ,c'est pourquoi il 7,jsus-,christ victime sans tache7 est le mdiateur du ,nouveau ,testament afin que1 par la mort qu'il a soufferte pour expier les iniquits qui se commettaient sous le premier ,testament1 ceux qui sont appels de ,dieu reoivent l'hritage qu'il leur a promis4 ,quelle est la forme absolue de l'opposition mtaphysique8 ,c'est la vie ternelle subissant la mort4 ,exanimavit semetipsum4 ,la vie humaine tait dj pour lui un anantissement4 ,or1 il s'anantit jusqu' la mort humaine4 ,car voici une autre parole3 ,il a plu au ,pre que toute plnitude rsidt en lui1 et de rconcilier toutes choses avec soi par lui1 ayant pacifi par le sang qu'il a rpandu tant ce qui est sur la terre que ce qui est au ciel4 ,jsus-,christ1 poussant un grand cri1 baissa la tte et expira4 ,tout tait consomm4 ,quelle est la forme absolue de l'opposition gomtrique8 ,c'est la rencontre de deux parallles4 ,un jour1 par ordre du proconsul romain1 un arbre fut abattu dans une fort4 ,c'tait un sycomore4 ,les ouvriers galilens reurent l'ordre de le tailler4 ,ils ne le taillrent pas sans peine4 ,il leur fallait raliser le plan gomtrique aperu par ,dieu dans le ,verbe qui allait tre clou sur ce morceau de bois4 ,sur ce bois en effet fut clou le ,verbe fait chair4 ,le corps fut dress verticalement3 ligne de vie2 les bras furent tendus horizontalement3 ligne de mort4 ,ainsi se rsuma le sacrifice qui contient la vie et la mort rconcilies4 ,toutes choses s'embrassrent dans un baiser immense4 ,car le bois du sycomore fut crois4 ,ses lignes1 parallles tant que l'arbre avait vcu1 tant que les racines avaient t en terre1 se couprent angles droits1 angles gaux4 ,l'arbre prit la forme d'une croix et fut transport sur la montagne4 ,la vie et la mort se traversrent1 et1 se coupant angles droits1 chantrent une musique infinie qui entrana dans le mme accord l'essence ternelle et les choses cres1 ,dieu1 l'homme et la nature4 ,dieu le ,pre1 revenu de sa fuite infinie1 ne se repentant plus d'avoir fait l'homme1 atteignit et embrassa la cration sur cet pouvantable sommet4 ,il trouva encore une fois son uvre bonne4 ,or1 voici un postulatum de mathmatique transcendante3 ,,les ,,parall,,les ,,se ,,rencontrent ,a ,l',,infini4 ,omnia in ipso constant4 ,je le dis avec une sorte de terreur3 la vie et la mort se tiennent debout ensemble1 cum stant1 constant1 sur la terre et sous les cieux4 ,le panthisme n'a pas de croix4 ,sa ligne1 c'est la ligne horizontale4 ,la terre s'tend aux regards1 isole et dsole4 ,l'infini est absent4 ,les cratures sont ensemble1 mais elles ne se tiennent pas debout1 et aucun ,dieu ne les redresse4 ,du mot chrtien1 du grand mot si simple et si complet1 constant1 peut-tre le panthisme peut-il prononcer la premire syllabe cum1 avec1 stant lui est refus4 ,la croix jansniste1 qui reprsente ,jsus-,christ les mains leves1 viole l'angle droit1 ferme les bras du crucifi et l'isole de la nature4 ,la croix jansniste est debout1 stat4 ,mais elle est seule1 le cum lui est interdit4 ,le panthisme n'a pas de tte1 le jansnisme n'a pas de bras4 ,l'un embrasse sans s'lever1 l'autre s'lve sans embrasser4 ,dans la croix catholique1 ,omnia constant4 ,la vie soulve la mort et l'entrane avec elle aux cieux dans sa course triomphante4 ,tout s'embrasse1 tout s'lve1 tout se distingue1 tout s'unit4 ,unit1 reconstruction1 plnitude1 synthse1 consommation en un1 cris de l'homme et cris de ,dieu6 ,au moment o le ,verbe1 hypostatiquement uni la nature humaine1 fut attach la croix1 ,dieu continuait voir dans ce ,verbe la ,vrit6 ,au moment o le ,verbe attirait lui toute crature1 consommant dans l'unit toute division1 cette croix sur laquelle les hommes clouaient son corps humain figurait gomtriquement cette rencontre suprme1 cette plnitude1 cette fusion qui apercevait ,dieu le ,pre1 satisfait dans sa justice1 dans sa misricorde1 dans toute sa personne infinie1 et se rconciliant avec l'univers en la personne de ce ,fils qu'il faisait semblant d'abandonner4 ,l'opposition absolue tait ralise3 par elle se prparait l'harmonie absolue4 ,trois jours aprs1 celui qui avait consomm sur la montagne l'harmonie du temps et de l'espace par un sacrifice idal et rel1 ressuscita4 ,il alla s'asseoir la droite du ,pre4 ,c'est l que les lus le contempleront4 ,la foi aura fait place la vision4 ,le ,credo sera remplac par l'ternel ,alleluia1 et du symbole que nous chantons en exil il ne restera que la dernire parole3 ,amen4 ,nous verrons face face ,dieu tel qu'il est4 ,nous verrons face face l'tre1 le ,principe1 ,celui qui ,est1 ,celui dont le nom est ineffable et ne s'crit qu'en tremblant1 ,dieu le ,pre4 ,nous verrons face face ,dieu le ,fils1 le ,verbe1 la distinction dans l'unit1 ,celui en qui ,dieu le ,pre contemple ternellement les exemplaires de tous les mondes crs et possibles1 le ,verbe par qui celui qui ,est communique avec ceux qui ne sont pas1 le ,dieu fait homme1 le ,dieu fait enfant1 le ,dieu qui a dormi#d1 le ,dieu qui a eu une mre1 le ,dieu qui a pri ,dieu1 le ,dieu qui a pleur1 le ,dieu qui s'est inclin vers le nant1 le ,dieu qui s'est pench sur l'abme1 le ,dieu qui a trouv moyen de faire connaissance avec l'infirmit1 avec la peur1 avec l'ennui1 le moyen de s'anantir2 enfin nous verrons face face le ,saint-,esprit1 l'union du ,pre et du ,fils1 leur repos dans l'amour1 ,celui qui se laisse symboliser par l'huile et qui a dit de frotter d'huile les malades en priant pour que l'harmonie qui s'appelle la sant leur soit rendue1 la paix et la joie incomprhensible du ,seigneur1 l'harmonie immense1 infinie1 ternelle1 absolue1 absolument inexprimable1 absolument suradorable1 l'harmonie enfin1 l'harmonie1 l'harmonie1 l'harmonie4 #d ,le sommeil est le signe caractristique de la nature sensible4 ,,chapitre ,,ix4 ,,adresse ,,aux ,,universit,s ,,allemandes4 ,il me reste exprimer une esprance4 ,ce livre dit certaines choses4 ,il en sous-entend certaines autres4 ,les plus grandes1 ce sont les sous-entendues4 ,son but sera atteint1 s'il runit quelques hommes dans une affirmation prcise de la vrit1 et il sera atteint surabondamment s'il inspire ces mmes hommes1 ces amis dont j'ignore le nom1 le sentiment des choses suprieures4 ,o lumire mystrieuse6 lumire vidente6 chose sublime6 ,dieu de ,dieu1 lumire de lumire1 ,deum de ,deo1 lumen de lumine4 ,o vous qui savez tout1 faites-nous savoir quelque chose6 ,o ,verbe en qui tout est vie1 essence infiniment infinie en qui toute vrit est comprise1 lumire1 je vous adore6 lumire1 brillez sur nous6 ,nous vivons dans une poque o la hardiesse du mal autorise la hardiesse du bien4 ,les esprits troubls se promnent sans repos1 d'une extrmit l'autre1 dans le champ de leurs penses4 ,les grands troubles sont favorables aux grands mouvements4 ,les lments en fusion se pntrent mieux4 ,le jour o l',allemagne et la ,france1 o la science et la vie se rencontreront dans le christianisme sera un grand jour dans l'histoire du monde4 ,messieurs les professeurs des universits allemandes1 ,dieu vous demande votre coopration4 ,dites vos matres1 dites vos lves1 dites vos concitoyens1 que l'ternel ,exil1 celui qui n'a pas o reposer sa tte1 le ,christ1 demande l'hospitalit au peuple germanique4 ,vrit absolue prte s'assimiler toutes les vrits1 il les transfigurera dans sa lumire1 au lieu de les anantir4 ,il sera votre vie et la vie de votre science4 ,vous avez bris l',europe en scindant l'unit4 ,une ide germe dans l'intelligence de l',allemagne4 ,le bras de la ,france la traduit en faits4 ,le monde civilis imite la ,france et l',allemagne4 ,jusqu'ici vous avez lanc la ngation sur le monde2 mais vous l'avez puise1 et1 sous peine de mort1 vous rentrerez dans le domaine de l'tre4 ,vous rparerez les maux que vous avez faits4 ,vous montrerez au monde un peuple catholique1 une science catholique4 ,la ,france vous suivra dans la vie comme elle vous a suivis dans la mort4 ,la science et la foi s'embrasseront4 ,en face des grandes choses qui vous attendent pour clater1 vous ne serez pas retenus1 messieurs1 par une contrainte indigne de vous1 la contrainte de l'habitude1 du prjug1 du parti pris4 ,mandataires de l',europe1 rflchissez devant ,dieu dans la libert de vos mes4 ,l'glise vous attend4 ,elle porte1 depuis la catastrophe qui vous a spars d'elle1 le deuil ternel des mres4 ,elle rpte sur vous les paroles du prophte-roi sur son fils perdu3 ,absalon1 fili mi1 fili mi1 ,absalon6 zchiel tait en prsence d'ossements briss et glacs1 quand il entendit cette parole3 ,souffle sur eux1 fils de l'homme2 souffle et prophtise4 ,il souffla1 la vie revint et les morts se levrent4 ,votre science est un monceau de ruines gigantesques qui demandent la vie1 le souffle de l',esprit-,saint4 ,vous changerez en cathdrale le caveau spulcral o dorment les froides dpouilles de vos aeux4 coutez-les4 ,ils vous disent de leur grande voix que la science et la foi veulent se runir1 que l'avenir du monde est cette condition1 que par vous le ,x,i,xe sicle doit racheter les crimes du ,x,v,ie1 que les petits-fils de ceux qui s'garrent ont une uvre accomplir1 digne de leur gnie et digne de leur courage4 ,schelling est mort1 ,hgel est mort1 l',allemagne meurt si elle ne se laisse treindre dans les bras de l'universel amour1 si elle ne rchauffe sa science contre le cur de la mre universelle1 si vous ne levez le drapeau de l'unit dans les mtropoles de votre philosophie4 ,tout s'abat autour de vous4 ,l'arbre que le rvolt planta en entrant ,worms a exauc la prire de cet homme3 il a grandi comme sa doctrine1 il est tomb comme elle2 l'ormeau de ,luther est foudroy4 ,worms a entendu le bruit du tonnerre4 ,schelling a salu de ses derniers regards l'espoir qui se ralisera4 ,voulez-vous qu'un cri de paix retentisse de ,notre-,dame de ,paris ,notre-,dame de ,cologne6 ,cologne1 la ville catholique6 ,les murs tant de fois sculaires de sa mtropole inacheve ignoreraient peut-tre l'apparition du protestantisme1 s'ils n'avaient entendu ,frdric ,schlegel1 clbrant son retour l'unit catholique1 rciter1 avec la profession de foi de ,pie ,,iv1 le ,te ,deum de la rconciliation6 ,par ces ides et par ces souvenirs1 par les aspirations de vos plus illustres anctres1 par la mmoire des grands hommes et par la mmoire des saints1 par ce ,verbe ternel qui est le lieu des esprits1 et qui rend raisonnables les intelligences1 j'ose vous prier1 messieurs1 de rsoudre enfin dans l'harmonie cette grande dissonance qui retarde la science et qui dsole les mes4 ,,extrait ,,des ,l,,ments ,,de ,,th,,ologie ,,du ,,bienheureux ,,hi,,roth,e4 ,la divinit du ,seigneur ,jsus est la cause et le complment de tout2 elle maintient les choses dans un harmonieux ensemble1 sans tre ni tout ni partie2 et pourtant elle est tout et partie1 parce qu'elle comprend en elle et qu'elle possde par excellence et de toute ternit le tout et les parties4 ,comme principe de perfection1 elle est parfaite dans les choses qui ne le sont pas2 et en ce sens qu'elle brille d'une perfection suprieure et antcdente1 elle n'est pas parfaite dans les choses qui le sont4 ,forme suprme et originale1 elle donne une forme ce qui n'en a pas2 et dans ce qui a une forme1 elle en semble dpourvue1 prcisment cause de l'excellence de la sienne propre4 ,substance auguste1 elle pntre toutes les substances1 sans souiller sa puret1 sans descendre de sa sublime lvation4 ,elle dtermine et classe entre eux les principes des choses1 et reste minemment au-dessus de tout principe et de toute classification4 ,elle fixe l'essence des tres4 ,elle est la dure1 elle est plus forte que les sicles et avant tous les sicles4 ,sa plnitude apparat en ce qui manque aux cratures2 sa surabondance clate en ce que les cratures possdent4 ,indicible1 ineffable1 suprieure tout entendement1 toute vie1 toute substance1 elle a surnaturellement ce qui est surnaturel1 et surminemment ce qui est surminent4 ,de l vient 7et puissent nous concilier misricorde les louanges que nous donnons ces prodiges qui surpassent toute intelligence et toute parole671 de l vient qu'en s'abaissant jusqu' notre nature1 et prenant en ralit notre substance1 et se laissant appeler homme1 le ,verbe divin fut au-dessus de notre nature et de notre substance1 non-seulement parce qu'il s'est uni l'humanit sans altration ni confusion de sa divinit1 et que sa plnitude infinie n'a pas souffert de cet ineffable anantissement2 mais encore1 ce qui est bien plus admirable1 parce qu'il se montra suprieur notre nature et notre substance dans les choses mmes qui sont propres notre nature et notre substance1 et qu'il possda d'une manire transcendante ce qui est nous1 ce qui est de nous4 7uvres de saint ,denis l',aropagite1 traduites du grec2 prcdes d'une introduction par l'abb ,darboy1 p4 #cfa47 ,,table4 ,introduction #e ,,premi,,re ,,partie4 ,chapitre premier4 ,ngation de la religion #g ,chap4 ,,ii4 ,ngation de la socit #bg ,chap4 ,,iii4 ,ngation de la science #da ,chap4 ,,iv4 ,ngation de l'art #ff ,,deuxi,,me ,,partie4 ,chap4 ,v4 ,l',allemagne et le christianisme #hg ,chap4 ,,vi4 ,l'incarnation #aaf ,chap4 ,,vii4 ,la rdemption #aci ,chap4 ,,viii4 ,la croix #aeh ,chap4 ,,ix4 ,adresse aux ,universits allemandes #aff ,extrait des lments de thologie du bienheureux ,hirothe #aga ,,paris4--,,imprimerie ,,de ,w4 ,,remquet ,,et ,cie1 #e1 ,,rue ,,garanci,,re4