,,henri ,,gh,,on ,l',,homme ,n ,,de ,,la ,,guerre ,t,,moignage ,d',,un ,,converti 7,,yser-,,artois #aiae7 ,,quatri,,me ,,dition ,,paris ,,ditions ,,de ,,la ,,nouvelle ,,revue ,,fran,,aise #ce #cg1 ,,rue ,,madame ,,du ,m,,me ,,auteur ,,po,,mes ,,chansons ,d',,aube 7puis7 ,,mercure ,,de ,,france ,,alg,,rie ,,mercure ,,de ,,france ,,foi ,,en ,,la ,,france ,nelle ,,revue ,,fran,,aise ,,foi ,,en ,,dieu 7,en prparation7 ,,romans ,,le ,,consolateur ,,fasquelle ,l',,poux ,,de ,,la ,,femme ,,adult,,re 7,en prparation7 ,,th,,atre ,,le ,,pain ,nelle ,,revue ,,fran,,aise ,l',,eau ,,de ,,vie ,,les ,,trois ,,myst,,res de ,ste ,c,,cile 7,en prparation7 ,,apolog,,tique ,,et ,,critique ,,nos ,,directions ,nelle ,,revue ,,fran,,aise ,l',,homme ,n ,,de ,,la ,,guerre ,nelle ,,revue ,,fran,,aise ,,ii4 ,,politique ,d',,abord 7,en prparation7 ,,iii4 ,,palinodies 7,en prparation7 ,,il ,a ,t ,r,,impos ,,et ,,tir ,a ,,part ,,sur ,,papier ,,lafuma ,,de ,,voiron ,,au ,,filigrane ,,de ,,la ,,nouvelle ,,revue ,,fran,,aise ,,six ,,exemplaires ,,hors ,,commerce ,,num,,rot,s ,,de ,i ,a ,,vi ,,et ,,soixante-,,quatre ,,exemplaires ,,num,,rot,s ,,de #a ,a #fd ,,tous ,,droits ,,de ,,traduction ,,et ,,de ,,reproduction ,r,,serv,s ,,pour ,,tous ,,les ,,pays ,y ,,compris ,,la ,,russie4 ,,copyright ,,by ,,gaston ,,gallimard #aiai4 ,,avertissement ,les difficults du moment ont retard la publication de ces pages4 crites dans la guerre et pour la guerre1 elles garderont nanmoins toute leur vertu dans la paix4 ,ceux qui ont vu la mort en face devront ne plus l'oublier de leur vie et demeurer jamais pntrs de cette vrit si durement conquise et qui suffit tout3 le but de la vie est la mort4 ,c'est ce prix qu'ils ressusciteront au jour tant de camarades tombs qui n'ont pas eu sur la terre leur compte et qu'il serait trop douloureux et trop injuste d'abandonner leur nant4 ,c'est ce prix qu'ils pourront leur montrer une fidlit et une reconnaissance efficaces1 en les aidant par la prire parachever leur salut4 ,c'est ce prix qu'il leur sera permis d'esprer un jour les rejoindre dans l'ternelle amiti de ,dieu4 ,pour bien mourir1 ils s'efforceront de bien vivre et la qualit de leur vie dcidera de celle de leur mort4 ,il est certes plus malais de bien vivre et de bien mourir en temps de paix qu'en temps de guerre4 ,grce au ciel1 cette ambition ne passe pas les forces du chrtien4 ,devant ,metz1 le #ae novembre #aiah4 ,h4 ,g4 ,je m'adresse mes frres dtachs de l'glise et aux compagnons de ma vie mauvaise4 ,je leur dis humblement3 ,voici l'uvre de ,dieu2 ,dieu a fait pour moi ce miracle4 ,ouvrez vos curs6 ,vos curs n'en sont pas plus indignes que n'en tait le mien4 ,dieu veut le refaire pour vous4 ,et je ddie le rcit de ma conversion ,,dominique-,,pierre ,,dupouey ,h,,ros ,,et ,,saint qui m'apparut un matin de bataille2 qui changea quelques paroles et quelques regards avec moi3 qui tomba sur l',yser la veille de ,pques en l'anne sanglante #aiae1 pour participer pleinement la ,rsurrection de son ,matre et1 m'entranant dans son sillage lumineux1 me rapprendre la prire aprs plus de vingt ans d'oubli et changer dans ma bouche le got de la vie4 ,nol #aiae4 ,,chapitre ,i ,premire ducation religieuse4 ,la prire1 la messe1 les processions4 ,au lyce3 ma premire communion4 ,comment je reniai ma foi4 ,sur les lacunes de l'instruction religieuse donne alors aux jeunes gens4 ,je vis sans ,dieu4 ,j'ai t lev dans la foi catholique4 ,je n'ai jamais perdu le souvenir du petit ,christ en ivoire jauni1 clou sur une croix d'bne1 devant lequel1 matin et soir1 genoux dans la chambre rouge1 ma mre1 ma sur et moi1 nous dvidions la file le ,pater1 l',ave ,maria1 le ,credo1 le ,confiteor et le nom des parents dfunts4 ,il y avait aussi1 au-dessus du lit maternel1 une reproduction colore de la clbre ,assomption de ,murillo1 d'une suavit si fade1 et ma mre aimait me reconnatre dans la figure d'un des ,anges qui soulevaient la ,vierge au manteau bleu1 tandis que ma sur1 moins docile1 ressemblait plutt1 disait-elle1 celui du coin droit1 envelopp de pourpre et d'ombre et que1 bien sr1 le dmon tirait par les pieds4 ,plus loin encore1 je vois1 mais force sans doute de me l'tre entendu conter1 un tout petit enfant sur les genoux de sa sainte grand'mre et s'amusant avec son chapelet4--,je songe aux matins de dimanche4 ,on avait mis ses habits neufs et on se rendait l'glise comme au spectacle4 ,ah6 l'orgue1 le chantre1 le serpent6 le suisse en baudrier brod et en bicorne6 le cur en dentelles et en brocart6 les buissons de cierges6 l'encensoir fumant6 les rayons d'or de l'ostensoir6 ,c'tait le luxe de chaque semaine4 ,et au retour1 on achetait rue des pouss des clairs4 ,pour la procession de la ,fte-,dieu1 toute la grand'rue se revtait de draps blancs piquets de fleurs3 sous les tendres tilleuls des promenades tait le plus beau reposoir1 et ma sur1 couronne de reines-marguerites1 une petite corbeille au cou1 semait des ptales de roses roses1 d'un geste court1 comme on donne manger aux petits oiseaux4 ,ma premire communion et ma confirmation dans la foi comptent vraiment comme des actes d'importance4 ,dans la vieille ville de ,s444 qui possdait un cardinal1 la chapelle de notre lyce longeait une rue tranquille et glace4 ,elle s'ouvrait par sa petite porte sur le clotre en arcades de la cour des grands4 ,l1 l'loquence ardente de l'archiprtre ,dizien qui devint vque d',amiens et dort maintenant sous les dalles de la cathdrale parfaite1 tonnait une fois chaque anne4 ,notre aumnier tait un homme fin et grave2 il portait lunettes2 nous l'aimions bien4 ,nous faisions retraite dans une salle d'tude entoure d'un jardin de roses1 qui tait partie rserve dans la cour des petits et o n'avaient le droit de circuler que les premiers communiants4 ,j'y suis encore ds que j'y pense4 ,o douceur1 sage tendresse6 silence1 fracheur de la semaine consacre6444 les soirs surtout1 sous les tilleuls4 ,comme je me donnais6 ,quelle garde attentive je montais devant mon bonheur6 ,sous quels scrupules enfantins j'abritais mon me nouvelle6 ,car je connaissais dj le pch4 ,la veille de la communion1 aprs la confession gnrale1 comme je me promenais avec mon frre en compagnie de ,dieu1 je dcouvris dans un recoin de ma conscience une faute vnielle qui m'avait chapp4 ,je la voyais avec pouvante grandir comme une tache d'huile sur la nappe4 ,elle semblait devoir me souiller tout entier4 ,je courus l'aumnier lui en porter l'aveu et solliciter une pnitence4 ,je ne dormis pas bien tranquille4 ,mais le lendemain me rcompensa4 ,le plus beau jour de la vie1 vous dit-on4 ,c'tait vrai4 ,ma mre faisait mon orgueil3 elle portait une robe de soie et de peluche couleur hliotrope4 ,les roses embaumaient4 ,on me couvrait de compliments4 ,mon extase purile qui du premier coup atteignait la flicit divine1 joignait1 tressait ensemble toutes mes impressions1 le faste des prtres et de l'assistance1 la gloire du soleil1 des fleurs et du paradis entr'ouvert444 sans oublier certain contentement de moi-mme4 ,je ne m'explique pas encore comment je pus rsilier si tt ce pacte solennel avec la joie4 ,fut-ce deux ou trois ans aprs8 ,je ne veux rien affirmer4 ,peu importe4 ,je revois la scne en tous ses dtails4 ,cela se passe ,b4441 pendant les vacances de ,pques4 ,ma mre s'habille pour la messe dans la chambre du haut2 je suis en bas1 je lis4 ,ai-je bien rflchi ce que je vais faire8 ,elle m'appelle1 je ne lui rponds pas4 ,viens t'apprter1 ,henri1 nous sommes dj en retard6 ,quand je me dcide monter--elle est l devant moi prs de l'armoire glace1 son chapeau sur la tte1 achevant de mettre ses gants3 elle me dit3 ,voyons1 tu vas manquer la messe6 ,j'entends sa chre voix444 ,et je m'entends lui rpondre1 sans lever les yeux1 honteux de moi peut-tre1 mais rsolu3 ,je n'y vais pas4 ,la pauvre femme n'a pas le temps de faire face2 j'ajoute sans tarder3 ,qu'est-ce que tu veux1 maman8 je ne crois plus6444 ,je n'tais pas mchant1 j'aurais pu feindre4 ,ah6 quel pardon ne lui dois-je pas demander6444 ,mais non3 ,je ne crois plus6 le couteau dans le cur4--,je disais vrai4 ,je n'y mettais ni fronde1 ni libertinage4 ,la source tait dj tarie4 ,et mme au prix de sa souffrance1 je refusais de me mentir444 ,elle prit tout sur elle1 sans rien rpondre1 le pch de mon reniement et le souci de mon salut4 ,entre la mre bonne croyante et le pre impie--et combien d'excellents mnages s'accommodent de vivre unis dans deux univers opposs1 qui selon le prince des ,cieux1 qui selon le prince du ,monde6--le jeune homme hsite1 balance444 il a deux exemples et un seul chemin4--,mon pre n'et pas dit un mot pour m'arracher la foi maternelle et ,dieu sait1 je puis l'avouer1 quelle prfrence secrte m'attirait vers ma mre3 c'est pourtant mon pre que je suivais4 ,le lent travail de dsaffection qui m'avait men ce point n'a laiss dans mon souvenir aucune trace4 ,et ds lors--avais-je quinze ans8--j'ai vcu sur la terre sans ,dieu et sans besoin de ,dieu4 99 99 99 99 99 ,mystre de la grce4 ,mais la grce peut tre aide4 ,je ne veux pas attnuer une faute dont j'assume compltement le remords et la pnitence4 ,mais j'ai le droit1 sans offenser l'glise1 le droit et le devoir d'examiner1 si l'insuffisance notoire de l'enseignement religieux que les enfants reoivent aprs la communion solennelle n'a pas facilit le flchissement de ma foi4 ,voici un jeune esprit avide et curieux auquel on ouvre toutes la fois les routes de la connaissance humaine4 ,voici les arts1 les lettres1 les sciences1 les mtiers1 voici l'histoire4 ,que de pays nouveaux6 ,il y progresse vite1 un peu gris4 ,toutes ses forces d'attention sont requises1 tout son temps occup444 ,et qu'en rserve-t-on ,dieu8 ,que fait-on pour l'information de son me8 ,je parle de ce qui se passait de mon temps et dans un collge laque2 mais on me dit qu'il en allait de mme alors dans les maisons religieuses#a3 une ou deux heures d'instruction1 la semaine1 qui nous ennuyaient tous1 je m'en souviens1 trangement6 ,notre bon aumnier n'essayait pas d'entrer en concurrence1 par cet attrait vivant qui capte les jeunes esprits1 avec nos professeurs d'humanits ou de sciences4 ,en regard des vies de ,plutarque1 nous offrait-il la vie des ,saints1 la vie mme du ,divin ,matre8 ,mais non4 ,dans l'histoire des nations1 rendait-il l'histoire du peuple lu1 celle des aptres1 des papes1 de l'glise1 la premire place qui est la leur8 ,mais non4 ,il nous parlait abstraction4 ,alors que la philosophie1 rserve aux esprits plus mrs est reporte la fin des tudes1 il nous faisait entrevoir ds treize ans les hauts sommets de la thologie4 ,il dissertait1 savamment je le crois1 sur le pch originel1 sur les vertus thologales1 sur la grce4 ,ah6 s'il nous avait lu les ,actes de sainte ,ccile1 le rcit de la ,passion dans ,anne-,catherine ,emmerich ou mme les ,fioretti lgendaires6 ,en vrit nous ne savions quoi nous prendre et nous cessions de l'couter4 ,notre connaissance de ,dieu ne sortait de l ni plus claire1 ni plus profonde et ni seulement rafrachie4 ,sur notre petit champ sacr1 les connaissances purement humaines empitaient un peu davantage chaque jour4 ,foul partout1 bientt1 nous n'en retrouvions plus mme la place4--,que dites-vous de ces chrtiens qu'on pousse au baccalaurat et qu'on arrte au catchisme8 ,j'entends3 au catchisme de l'enfance4 ,certes1 toutes les vrits et toutes les beauts1 issues des ,livres et de la ,tradition1 y sont incluses4 ,mais il serait bon de les cultiver avec autant de soin1 d'-propos1 de persvrance que les vrits de la science et que les beauts de la posie6 ,il faut apprendre au jeune homme sa foi4 ,que si le collge n'y suffit pas1 c'est l'affaire de la famille4 ,je n'avais pas1 quant moi1 ce recours444 ,rien1 rien6 que ma paresse aux sacrements et la tideur de ma prire6 ,car je n'aurai lutt1 mon ,dieu1 ni pour ,vous perdre444 ni pour ,vous ravoir4 #a ,a l'heure actuelle1 de grands efforts sont faits pour rendre plus vivant cet enseignement1 parat-il4 ,,chapitre ,,ii ,dialogue entre un chrtien et un artiste4 ,comment l',art me tient lieu de tout et premirement de principes4 ,la gratuit de l',art4 ,nietzschisme1 dreyfusisme1 patriotisme2 spiritualisme malgr tout4 ,l'preuve de ,florence4 ,angelico et l'lan de ma joie vers ,dieu4 ,mort de ma mre4 ,j'apprends la douleur4 ,mon blasphme4 ,voici la guerre4 --,vous aurez donc vcu dans ce dsert vingt ans8 ,sans ,dieu et sans besoin de ,dieu6 --,qui plus est1 sans inquitude1 dans une sorte de plnitude paenne444--tant le prince du ,monde excelle endormir la conscience1 farder et enguirlander le pch4 --,sur quels principes viviez-vous8 --,le sais-je8444 ,sur les principes moyens et faciles qui sont la loi de nos socits1 les btards de la ,sainte ,loi4 ,mes dsirs1 au reste1 taient modrs4 ,quand1 d'aventure1 l'un d'eux se heurtait la rgle1 je la frondais pour lui ou je la tournais son avantage4 ,incapable1 sans doute1 d'un tort matriel1 moins soucieux du tort moral4 ,o il n'est pas de murs1 l chacun rgne4 ,a charge de revanche1 personne n'ayant rien perdre1 ni le prochain1 ni soi6#b #b ,en ce temps-l mes amis vantaient mon cynisme4 ,j'aurais refait le monde mon image pour justifier mes erreurs4 --,mais quelle vie dfaite meniez-vous8 --,me le suis-je jamais demand8 ,au jour le jour1 en voyageur4 --,est-ce possible8 ,tout entier tourn vers ce monde1 il vous suffisait d'tre4 --,c'est cela4 --,et jamais dans le cur aucun lan spirituel8 --,tout au contraire4 ,dupouey disait en parlant de lui-mme3 ,nous qui avons ador la ,beaut4 ,je fus de ces adorateurs4--,autour de sa vingtime anne1 bienheureux le jeune homme qui rencontre l',art6 ,l',art1 prenant le pas sur l'amour1 ramasse le sceptre de ,dieu qui est tomb en dshrence4 ,dans le culte de l',art1 nous pensons chapper au monde1 la fuite des jours1 et surmonter un mdiocre destin4 ,le vritable artiste va placer son ambition1 sur terre ncessairement1 mais par del sa vie terrestre1 dans le profond des sicles venir4 ,indiffrents aux succs du prsent1 du moins autant qu'homme peut l'tre1 nous rvons en secret de laisser aprs nous1 de lguer nos descendants1 non une patrie bien assise1 non un idal prouv1 mais quelques morceaux russis1 une uvre1 un livre1 moins3 un pome1 moins3 une strophe harmonieuse1 capable de chanter sur les lvres des hommes longtemps aprs que nous nous serons tus4 ,en un mot1 nous nous efforons de gagner1 par un labeur qui n'est pas sans mrite1 une faon d'ternit terrestre444 ,o vanit6 --,ainsi peu vous importait d'tre utile8 --,est-ce que la ,beaut ne l'est pas8 ,nous n'acceptions de l'tre que par la ,beaut4 ,nous nous targuions d'un art tout gratuit1 gratuit pour nous qui n'en attendions pas de rcompense1 gratuit pour le prochain que nous nous refusions rformer4 ,fi d'un lyrisme ou d'une prose utilitaires6 ,il s'agissait de mettre en forme partie du monde et partie de nous-mme1 en nous gardant bien de juger4 --,mais cela suffit-il8 --,l',art se suffit4 --,mais vit-on sur une esthtique8 ,du moins la vtre tait-elle double d'une philosophie8 --,peut-tre pas6 ,entre ,descartes et ,kant1 ,spinoza et ,leibniz1 ,hegel et ,renouvier1 ,spencer et ,darwin1 passionnment tudis au lyce1 sans compter ,hartmann et ,bchner1 est-ce qu'on choisit cet ge8 ,un systme chasse l'autre444 ,et du reste1 pourquoi choisir8 ,autour de mes vingt ans1 je croyais fermement en l',homme et en la ,vie1 comme peu prs tous ceux de ma gnration4 ,c'est tout4 --,et au progrs1 sans doute8 --,au progrs de l',individu4 ,avec le temps1 il avait pris toute la place4 ,nous l'hrosions plaisir4 --,dans le mal comme dans le bien1 je vois cela444 --,notre art ne faisait pas de diffrence4 --,et vous avez fini par donner dans le nietzschisme1 avouez-le donc6 --,nietzsche ne nous a pas forms4 ,il est venu point pour tayer notre religion flottante4 ,ce n'est pas une mtaphysique et encore moins une morale que la doctrine nietzschenne--si tant est qu'elle tienne d'ensemble--formule expressment2 disons plutt3 une dramaturgie4 ,une vie dangereuse1 le libre lan laiss l'entre-choc des passions1 quelle aubaine pour le dramaturge1 pour le romancier ou pour le pote qui a dcid de ne pas conclure6 ,les besoins de notre art nous ont dict notre philosophie2 infuse dans une uvre d'art1 nous l'estimions sans danger4 --,vous placiez la charrue devant les bufs6 --,je m'en rends compte4 ,comment faire autrement aprs ce que je vous ai dit8 --,et avec a1 vous gardiez bonne conscience8 --,comme ,adam dans le paradis des dlices et le pch n'existait plus#c4 #c ,exemple significatif3 malgr mon admiration pour le matre crivain1 je n'entrais pas dans ,baudelaire2 cette lutte constante entre ,satan et ,dieu1 ,ormuzd et ,ahriman1 qui fait la trame de son uvre1 me paraissait le comble de l'artificiel4 --,je vous entends4 ,je ne parviens cependant pas croire que les soins de votre art ou plus simplement de votre mtier aient touff en vous tous les autres soucis4 ,car vous tiez bon fils1 bon parent1 bon ami8 --,ni meilleur ni pire qu'un autre4 --,bon citoyen et bon ,franais8 --,arrtons-nous4 ,l vous touchez le point sensible444 ,oui1 depuis mes plus tendres jours1 je nourrissais pour ma patrie une jalouse passion--os-je dire mon insu8--et sans doute m'imaginais-je avoir assez fait pour la ,france1 quand j'avais servi de mon mieux ses belles-lettres et sa langue4 ,la ralit politique offusquait ma dlicatesse4 ,je laissais les choses aller4 ,plutt rpublicain que monarchiste1 plutt droits de l'homme1 en dpit de ,nietzsche1 que nationaliste intgral1 j'eus la rvlation inopine de ma foi franaise l'occasion de l'affaire ,dreyfus4 ,je combattis avec une pret inattendue dans le camp des rvisionnistes4 ,et pourquoi8 ,non1 par anarchisme1 non par pure quit humaine1--par chauvinisme1 c'est le mot4 ,pour les mmes raisons que1 dans l'autre camp1 ,droulde4 ,je me rendis compte soudain du prix que j'attachais au bon renom de ma patrie1 sa gloire dans le monde444 ,c'est cela que je dfendais avec tout l'excs de mon ge4 ,et1 le soir de l'arrt de ,rennes1--ne riez pas6--j'ai pleur sur son dshonneur4--,aussi bien je suivis l'volution de ,pguy2 comme lui1 peu de temps aprs1 je rpudiai les sectaires2 mes amis de la veille devinrent mes ennemis2 et depuis lors je n'ai plus ouvert le journal sans le tremblement de celui qui aime et qui ressent vif la moindre des blessures dont va souffrir l'objet de son amour4 ,peu vers dans la politique1 trop timide pour m'y mler1 trop faible aussi pour secouer le joug de mes proccupations esthtiques et aborder le problme vital1 j'assistais au combat comme un partisan dsarm2 mais je tenais frocement pour ceux qui dfendaient l'existence morale et matrielle de la ,france444 l'exception de ,maurras4 ,que pouvais-je faire de plus1 moi1 pote8 ,si1 j'entrepris de la chanter#d4 #d ,foi en la ,france 7,prludes dans la paix1 #aiji74 --,oh6 oh6 vous manquiez gravement vos principes8 --,peut-tre bien444 ,je ne manquais pas mon cur4 ,et puis1 je me berais de l'illusion que les contraires pouvaient cohabiter dans le mme homme1 sans se gner ni le gner#e4 ,quand je rentrais dans mon travail familier1 sous la discipline que l'art exige1 je me sentais en sret et retrouvais l'quilibre de mon esprit4 #e ,vous avouerai-je qu'au plus fort de mon exaltation patriotique1 le jour de la dclaration de guerre1 j'ai fait le mal1 sans honte4 ,je refusais de distinguer4 ,et que l'ignoble ctoyt le noble1 j'aimais cela4 ,l'homme complet4 --,et toujours nul appel d'en haut8 --,je mentirais si je vous disais non4 ,a certains jours1 le cur demandait davantage4 ,il ressentait un vague espoir444 ,il gotait une vague extase4 ,il s'arrtait devant le gouffre de la mort4 ,et puis1 quel pote lyrique ne lve pas les mains au ciel8 ,il se baigne dans l'infini1 mais en aveugle2 il lui suffit de bien chanter1 il ne tient pas y voir clair4 ,quand mon lyrisme personnel me refusait ces grandes joies religieuses et vagues1 le trsor des matres de l'art me les dispensait magnifiquement4 ,o ,parthnon1 quilibre des nombres6 ,o sculpture hellnique1 regret du paradis perdu o le corps de l'homme tait beau6 ,o musique1 battement du plus noble des curs1 sons imprcis qui en disent plus que les mots1 danse sacre qui dlivre du poids et de l'attraction terrestre6 ,quels espaces nous franchissions sur les ailes de la ,beaut1 dans l'extase quasi-divine de ce soulvement qui ne vous conduit nulle part6444 ,de quoi nous ne songions pas nous plaindre3 l'ivresse du voyage nous faisait oublier le but4 --,qu'arrivait-il pourtant quand vous redescendiez8 --,nous avions vers de si bonnes larmes que nous ne dsesprions pas de l'infini4 ,mais au lieu de louer et de remercier ,dieu qui rendait un tel art possible en dcouvrant un rayon de sa gloire1 nous clbrions le gnie des hommes et le privilge de l',art tout court4 --,et vous n'tiez jamais tent de pousser plus avant1 de solliciter de quelqu'un des clarts moins diffuses1 de mettre votre spiritualisme ou votre panthisme au point8 ,je ne dis mme pas d'interroger les ,livres1 vos prtres ou ceux d'un autre ,dieu4 ,car vous croyiez en ,dieu1 la chose est claire8 --,je respectais1 mais je ngligeais la ,parole#f1 moi1 curieux de tout1 je n'en avais pas apptit2 je lisais tout et gardais ferm l'vangile4 ,cette exclusive volontaire a scandalis mme mes amis4 ,mais un pareil refus n'est pas incompatible avec certain tourment de ,dieu4 ,dans mon livre le plus rcent1 lisez la pice antrieure la guerre que j'intitule ,cloches4 ,elle exprime comment je me flattais alors d'apaiser cette nostalgie que rveille en nous l',angelus3 par le mysticisme de la ,patrie444--,et puis j'ai tort de parler de tourment4 ,notez-le bien1 je n'eus jamais tendance croire qu'en tat de bonheur3 tmoin ma crise d',italie4 ,vous permettrez que j'y insiste2 c'est le prologue de ma conversion4 #f ,il importe de remarquer que le mouvement catholique qui se dessinait alors dans les lettres n'eut pas d'influence sur moi4 ,tout en les admirant1 je ne suivais ni ,jammes1 ni ,claudel1 ni ,pguy4 ,ils m'accoutumaient simplement un point de vue qui me restait cependant tranger4 99 99 99 99 99 ,au printemps de #aiab1 il m'est donn pour la premire fois d'aborder l',italie et de l'aborder par ,florence--non prcisment en jeune homme1 dj en homme fait et qui se croit fix1 bien qu'il accorde ses penses toute licence4 ,je suis conduit par le meilleur des guides1 mon ami ,andr ,g444--,j'ai dit ailleurs#g la surprise inoue de ce tte--tte avec des chefs d'uvre dont on ne prend ide que l1 ceux du moyen ge sa fin et de la prime ,renaissance4 ,mes thories sur la peinture1 sur ses modes1 sur ses limites et sur ses vertus expressives1 s'croulent comme chteaux de cartes au premier choc4 ,j'admire tout1 de ,giotto ,botticelli1 la multiplicit d'un art1 tant paen que chrtien1 qui semble ramasser d'un seul coup de filet toute la vie1 contenter la fois et sans en excepter aucune1 nos plus diverses aspirations4 ,rien de beau1 rien de noble1 rien de doux au cur1 rien de charmant aux yeux qui n'y soit renferm6 ,or1 au centre1 il y a l'esprit4--,j'admire tout1 oui6 ,mais mon choix est fait3 et c'est1 quoi que j'en aie1 celui que dsignent mes larmes3 c'est ,giotto1 c'est ,angelico1 c'est le ,masaccio de l',aptre ,pierre2 tout le reste gravite autour4 ,j'essaie bien de me raccrocher au paganisme3 mais le matre de mon amour1 ds prsent1 c'est l',art le plus rapproch de la ,foi--si rapproch qu'on l'en distingue peine6 ,l'uvre d'art qui n'est pas prire me doit4 #g ,l'preuve de ,florence 7,nouvelle ,revue ,franaise74 ,irrsistible aimantation de l'tre4 ,combien la lumire tait belle sur les terrasses de fves en fleur et sur les cyprs noirs6 ,nous sortions de ,santa-,croce o mourait saint ,franois d',assise1 de ,san-,marco o le ,christ expirait en croix et o la ,vierge attendait l',ange dans un couloir nu et silencieux4 ,mme nos sens avaient une me6444 ,l'art m'avait dj transport1 mais jamais aussi haut4 ,je touchais la limite indfinissable entre l'humain et le divin1 entre le terrestre et le sraphique1 entre ce qui est du monde et ce qui est du ciel444 ,comment cela8 ,a force de bonheur4--,l'ai-je fait entendre mon compagnon1 quand je me refusais l'entendre moi-mme8 ,j'tais tout prs de croire et d'adorer4 ,prcisons3 j'adorais sans croire4 ,mais quoi8 mais qui8444 ,l'esprit qui avait anim d'un tel amour l'me de simples hommes et guid leur main sur le mur4 ,mais encore quel esprit8 ,l',esprit ,saint1 pour tout dire3 je ne lui donnais pas de nom4 ,aprs une preuve si claire1 il semble bien que la simple logique1 si j'eusse consenti lui prter l'oreille1 et d me convaincre aussitt de la vrit4 ,ces miracles de l'art1 qui surpassaient l'entendement1 taient les fruits non d'un rve individuel1 mais d'une religion nettement formule et celle-ci avait un nom et celle-ci tait la mienne4 ,il m'et suffi d'un pas pour y faire retour4--,non1 je me contentais d'avoir largi mes vues esthtiques1 me laissant flotter1 pour le reste1 au doux zphir de mon vague bonheur4 --,dieu vous prenait par votre faible4 ,il exalte ceux-ci1 il console ceux-l4 ,il dclenche selon le cas la supplication ou l'action de grces444 ,mais une question8 ,dans l'tat nouveau de votre me1 que faisiez-vous de la douleur8 --,je l'incorporais ma joie444 ,elle fondait dans mon optimisme incurable4 --,dites plutt que vous n'aviez jamais souffert8 --,c'est vrai4 ,j'avais perdu mon pre tant fort jeune et le pauvre homme je ne l'avais pas bien longtemps pleur4 ,j'avais1 dans ma vie1 remplac l'amour par le plaisir sans lendemain1 afin de m'pargner la gne d'une sujtion trop stricte1 le traversant tout juste assez pour le connatre1 dans son vertige et dans son dsespoir4 ,quant la vie matrielle1 elle ne m'avait impos que des sacrifices ma mesure2 j'avais pris un mtier1 celui de mdecin1 pour m'assurer l'indpendance2 je l'avais exerc huit ans1 sans passion1 mais avec loyaut4 ,grce au dvouement de ma mre1 mon oncle et mes amis1 les ennuis ne me duraient gure2 tout finissait toujours par s'arranger4 ,je m'tais entran la mdiocrit ds mon enfance et je la supportais gaiement4 ,ajoutez que la ,providence m'avait donn une famille sans que j'eusse la peine de la fonder1 ma sur tant reste veuve avec deux fillettes4 ,tous les ennuis passs s'taient couls sans laisser de trace4 ,enfin j'avais le refuge de l',art4 ,or1 la souffrance vint4 ,en pleine extase florentine1 je fus rappel d',italie par ma mre alarme3 l'ane de mes enfants 7des enfants de ma sur71 la suite d'une rougeole1 se trouvait en danger de mort4 ,elle gurit--sans que j'eusse pri pour elle2 mais deux mois aprs1 devant moi1 ma mre qui m'aimait plus que tout au monde1 ma compagne depuis toujours1 se tua dans un accident4--,o brutalit de la mort1 laideur6 ,je tiens entre mes bras un corps dfigur et d'o la chaleur se retire4 ,transport de ma douleur6 ,filiale pit6 ,je l'ensevelis de mes mains4 ,on fit venir le prtre et j'assistai aux sacrements1 froid1 ironique1 rvolt444 ,mais vous connatrez mon pire blasphme4 ,a la crmonie funbre1 presque tous mes amis taient autour de moi3 je vois encore ,pguy1 le plus diffrent de nous tous1 en prire4 ,lorsque le prtre entre ses doigts leva l'hostie mince et blanche o s'incorporait le ,sauveur1 moi1 le fils1 donnant seul l'exemple du scandale1 aux cts de ma mre morte qui n'avait plus recours qu'en ,dieu1 je tins jusqu'au bout le dfi2 je fixai sur l',eucharistie des yeux qui disaient3 ,tu n'es pas4 ,et mon cur ajoutait3 ,non6 tu ne peux pas tre6 tu ne m'aurais pas pris ce que j'aimais1 aprs l'avoir ainsi meurtri444 ,jsus6 ,jsus6 ,ah6 que n'avez-,vous brl mes regards quand je ,vous niais face face6 ,pardonnez-moi1 mon bon ,seigneur6 ,je ne pouvais pas concevoir alors1 que ,vos dons fussent mls d'ombre et ,votre vin parfois amer4 ,je n'attendais de ,vous que joie et que magnificence4 ,mes pleurs me voilaient ,votre ciel4--,et puis1 mon ,dieu3 ,vous le savez1 je ne ,vous aurais pas ni1 si je n'avais t si prs de croire4 ,a la profondeur de ma chute1 ,vous jugez de quelle hauteur je retombais4 ,adieu donc1 le rve des anges au paradis bleu et dor du bienheureux frre ,anglique6 ,littrature que tout cela4 ,l'arche frle du pont jet sur l'espace s'tait rompue3 je redevenais l'esclave du sol4 ,esclavage cent fois plus lourd et plus aride1 il comportait prsent la douleur4 --,notre ,seigneur1 soyez-en sr1 fut moins scandalis de votre dfi que vous-mme4 ,c'tait le geste de colre d'un enfant trop gt et qui ramne tout soi4 ,vous tiez orgueilleux1 vous tiez goste4 ,car1 en fait1 vous abandonniez votre mre un nant total dont votre amour et d frmir4 ,acceptiez-vous de l'avoir perdue toute entire8 ,votre devoir n'tait-il pas plutt de rserver pour elle au del de ce monde une chance d'ternit8 --,expliquez comme vous pourrez la contradiction de mon cur et de ma pense4 ,mme en niant son ,dieu1 je continuais de croire en elle cependant444 --,c'est donc que le chemin qui mne la patrie cleste ne vous tait pas tout fait ferm8 --,il se peut bien4 ,en tout cas1 mon esprit rebelle vita de donner une solution au problme de l'autre vie que le fait posait devant lui et je me retrouvai pareil3 un compos paradoxal de tendances mal accordes1 s'efforant d'accomplir leur unit dans l',art#h4 ,je revis ,florence sans dception4 ,je visitai ,rome et la ,grce4 ,je revenais d',athnes quand la guerre clata4 ,a dater de la fin juillet1 n'y en eut plus que pour la patrie4 ,impossible d'errer6 ,le ,franais le plus tide avait perdu le droit de disposer de lui4 #h ,cet expos1 crit dans la ferveur1 paratra sans doute sommaire4 ,je brle ce que j'ai ador4 ,la question esthtique sera plus posment et largement traite dans un volume spcial4 ,,chapitre ,,iii ,dans une ambulance du ,nord4 ,la menace de ,charleroi4 ,premier contact avec la guerre3 une nuit d'alerte4 ,comment je me tiendrais en face de la mort4 ,a ,paris au temps de la ,marne4 ,la procession des reliques de sainte ,genevive4 ,je vais au front4 ,vous ai-je dit que j'avais eu une enfance assez maladive et que j'en avais conserv certaine dbilit de corps8 ,sans que j'y fusse pour rien1 je vous le jure1 le conseil de revision de ma classe m'avait exempt du service4 ,au #b aot #aiad1 quel regret6 quelle confusion6 ,quand je veux m'engager1 on me rpond qu'on n'acceptera pas d'engagement avant des semaines6 ,c'est donc comme mdecin de la ,croix-,rouge1 dans une petite ambulance du ,nord1 que je prends contact ds les premiers jours avec la nouvelle ralit4 ,n'attendez pas de moi que j'entreprenne la peinture des jours d'attente1 d'angoisse et de retraite qui prcdrent et qui suivirent ,charleroi4 ,je ne veux vous parler que de ma toute dernire nuit3 seule elle a trait l'ordre de choses qui nous occupe4 ,cette nuit-l1 j'ai vu venir sur moi un danger grave et je me suis lev en hte pour recevoir ce qui pouvait tre la mort4 ,depuis cinq ou six jours1 la canonnade d'abord indistincte ne cessait gure de hausser le ton4 ,nous tions suspendus au roulement mystrieux et nous tchions d'en interprter le langage4 ,ah6 les silences6 ,ah6 les reprises6 ,avance-t-on8 recule-t-on8 ,le #bb1 les troupes anglaises sont parties prcipitamment du ct de ,mons4 ,des renforts d'artillerie franaise montent et montent4 ,le #bc1 un avion ennemi est signal2 un des ntres survient1 qui le dmonte4 ,le communiqu du repli est le dernier que nous lisions dans le journal de ,lille et nous voici coups du monde4 ,le soir1 une auto venant de ,namur1 qui fait son plein d'essence sur la place1 nous donne l'alarme3 des gens hagards qui ne savent que s'crier3 ,ils sont trop1 ils sont trop6 ,vous ne pouvez rien1 pauvres ,franais6 ,alors nous sommes submergs par le flot d'un peuple en exode3 les hautes charrettes flamandes quatre roues1 portant plusieurs ranges de chaises o sont tasses des paysannes1 qui ont mis leur plus beau chapeau2 les voitures bras charges d'objets htroclites3 la chane lamentable de ceux qui vont pied4 ,ils ont fui devant le canon et l'incendie1 devant les atrocits des ,barbares1 dont ils ont la preuve saignante sur eux2 ils ne savent ce qu'ils emportent1 ni pourquoi ils l'ont emport4 ,nous voyons les petits qui pleurent1 la mre qui pousse une voiture d'enfant depuis trois jours1 le vieillard impotent qu'on soutient de chaque ct sous les aisselles et qui a fait ainsi tout le chemin1 ceux qui sont malades1 ceux qui sont blesss1 ceux qui ont perdu la raison444 ,comment chapper leur pouvante8 ,demain1 ce sera l'arme en retraite4 ,j'apprends de source sre que le receveur des postes du bourg voisin a reu l'ordre de partir et de mettre l'abri la caisse4 ,c'est bien4 ,je rentre me coucher4 ,dans l'ambulance isole du village1 en lisire de la fort1 j'occupe une petite chambre1 au-dessus de la salle unique o mes blesss et mes malades seront veills par deux vieilles femmes du pays4 ,o souvenirs6 ,une belle et chaude nuit d'aot4 ,j'ai laiss ma fentre ouverte3 ce n'est pas pour jouir du balancement des feuillages1 ni du chant inlassable des rossignols qui peuplent la fort3 c'est pour entendre le canon1 pour ne pas cesser de l'entendre4 ,jamais il n'a tonn si fort1 ni d'une voix si proche4 ,c'est tout juste1 sans doute1 si nous en sommes hors d'atteinte444 et puis1 la nuit agrandit tout4 ,dans sa caisse de rsonance terrible1 le moindre bruit fait mal4 ,mon oreille tendue n'en laisse pas perdre une vibration4 ,vers la mi-nuit1 sous la voix obsdante qui ne s'interrompt plus1 soudain une fusillade crpite1 et quelle fusillade pour l'angoisse de l'insomnieux6 ,c'est1 au plus loin1 dans le village6 ,une norme rumeur de cris se dchane bientt1 comme un torrent qui tombe dans un gouffre2 des notes plus perantes la dchirent et1 couvrant le tout d'un appel sinistre1 un battement sonore3 le tocsin4 ,sont-ils dj dans le village8 ,si cela est1 ils peuvent tre dans quelques instants ici-mme--et je suis seul pour faire face avec mes soldats dsarms444 ,mon imagination me reprsente tout le possible2 et le pire ncessairement3 les uhlans en patrouille poussant la grille1 se ruant dans la salle que protgent notre fanion et la croix-rouge de ma manche1 et se livrant1 en dpit de tous les contrats1 pour le plaisir et la terreur1 telle extrmit sanglante1 de celles dont la ,belgique a t dj le thtre1 nous le savons et c'est un fait4 ,je dois donc tre prt tout le possible et au pire4 ,je saute de mon lit1 je m'habille1 je passe mon brassard et descends rassurer les vieilles1 ainsi que mes malades qui s'veillent et parlent dj de saisir leur fusil4 ,je les retiens et j'attends1 auprs de la porte4 ,un galop sur la route1 des pas et la grille qui grince444--,oh6 j'en puis rire maintenant1 puisque rien n'est venu1 que c'tait une fausse alerte1 l'attaque d'un petit poste dans un village assez lointain4 ,la seule chose qui importe pour nous1 c'est que j'aie cru la ralit de l'aventure que me faisait envisager comme imminente l'illusion de mon cur craintif4 ,si ridicule que cela paraisse1 cette nuit-l1 je le rpte1 j'ai attendu venir la mort4 ,cette nuit-l1 je me suis vu dans la situation du condamn qui n'a plus qu'un instant vivre et je me demande avec vous3 comment mon me d'incrdule1 promise dans l'avenir ,dieu1 s'est-elle comporte alors8 ,vous l'avouerais-je6 ,en incrdule4 ,j'ai ressenti certain regret444 ,a peine ai-je song mes parents4 ,mais je puis l'affirmer1 pas le plus petit coin du voile qui nous cache ,dieu et l'ternit ne s'est soulev devant moi4 ,pas l'ombre d'une pense religieuse1 qu'elle ft de crainte ou d'espoir1 n'est descendue dans mon cerveau4 ,je me disais3 a y est6 et n'avais qu'un souci1 avant d'entrer dans le nant3 celui de me tenir bien jusqu'au bout4 ,souci de vanit et1 si je puis dire1 esthtique4 ,je ruminais ce que j'allais avoir leur rpondre1 je composais mon visage et mon attitude et pour le reste1 du haut en bas de l'me1 je tremblais4 ,de quoi8 ,simplement de quitter la vie1 cette vie-ci1 la seule avec laquelle j'eusse compter4 ,j'oubliai sur-le-champ mon apptence d'infini et la spiritualit dont je nourrissais mes pomes4 ,j'oubliai que ma mre m'avait prcde au tombeau et que je n'avais pas perdu l'espoir d'une rencontre444--,la nuit fut longue4 ,puis l'aurore parut4 ,les convois de l'arme franaise en retraite roulaient interminablement4 ,le soir1 nous descendions la mme route4--,le village ne fut attaqu et incendi que la nuit suivante3 mais il le fut4 ,par de nombreuses transes et traverses1 je ramenai ,paris mon espoir4 ,oui1 mon espoir6 ,ma foi en la patrie n'avait pas un instant flchi4 ,si nanmoins la ville souveraine devait tre viole1 je serais ici pour l'preuve4 ,c'est ainsi qu'au temps de la ,marne1 je me trouvai un dimanche1 l'aprs-midi1 sur le parvis de ,notre-,dame1 plein d'une norme foule noire4 ,la chsse prcieuse de sainte ,genevive1 notre palladium1 et les reliques de nos saints allaient sortir du porche et1 sans passer la grille1 processionner devant le peuple chrtien4 ,j'tais prt participer la communion de l'instance et de la supplique1 dans un esprit purement national444 ,ce fut trs beau4 ,suivant les bannires de soie brode1 les reliquaires et les figures d'or couronnes ou mitres s'avanaient hors du gouffre d'ombre1 o scintillaient les cierges et les sombres saphirs1 les sombres grenats d'un vitrail4 ,rois et saints1 ils apparaissaient dans le grand soleil comme de vivants protecteurs qu'aucune adversit ne change1 immobiles1 luisants1 parfaits3 et l'archevque cardinal ,amette1 montant sur une petite chaire adosse au portail1 harangua et bnit la foule4 ,avec sa franche et solide figure1 digne de tenter le ciseau d'un matre ouvrier des vieux ges1 il ressemblait ces images de mtal4 ,quelle grandeur6 quelle certitude6 ,on sentait vingt sicles derrire lui4 ,il s'appuyait sur le rocher4 ,alors la foule mue1 d'une seule voix dchirante1 rpta le cri de3 ,vive la ,france6 ,moi avec elle4 ,vive la ,france chrtienne6 ,et je ne croyais pas4 ,mais j'tais une goutte d'eau dans la masse dont la vague me soulevait4 ,de toutes parts alors1 les cantiques montrent3 ,nous voulons ,dieu1 c'est notre ,pre 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,sauvez1 sauvez la ,france ,au nom du ,sacr-,cur6 et1 tout contre moi1 un monsieur bien mis s'cria tue-tte dans mes oreilles3 ,vive saint ,michel1 protecteur de la ,france6 ,vive sainte ,genevive1 patronne de ,paris6 ,vive la bienheureuse ,jeanne d',arc6 ,en un instant1 le charme fut rompu4 ,je me sentis distinct des autres1 spar d'eux par les rites1 par les formules1 par les cadres mme de leur dvotion et1 si mon cur priait1 soudain il n'eut plus en lui de prire4--,on sait comment la ,france fut sauve3 je n'en remerciai pas le ,seigneur#i4 #i ,ici se place la mort glorieuse de ,pguy3 des regrets1 oui6 mais surtout de l'envie4 ,le spectacle indiscontinu de la souffrance et de la mort1 auquel j'assistai chaque jour1 l'ambulance militaire o je pris bientt du service1 ne modifia aucunement les dispositions de mon esprit4 ,et tel je partis pour le front vers les derniers jours de dcembre1 dans un groupe d'artillerie1 en qualit d'aide-major4 ,cette premire preuve avait t sans bnfice4 ,,chapitre ,,iv ,mes raisons de partir4 ,a ,nieuport-,bains1 dans un groupe d'artillerie4 ,les joies du mess4 ,les risques4 ,la mer1 la dune1 les obus4 ,le plus beau des mois de janvier4 ,prire suppose du panthiste4 ,pourquoi j'allais au front1 quand je pouvais n'y pas aller et peut-tre rendre l'arrire plus de services8 ,par curiosit4 ,par vanit aussi1 je pense3 pour pouvoir dire3 ,j'y tais6 ,il y a un peu plus3 je voulais en quelque faon partager les risques des autres1 de tout ce peuple1 de tous ces jeunes gens dont je me sentais solidaire et qui1 ds le premier moment1 ne faisaient plus qu'un sang1 qu'une chair1 qu'une me avec moi4 ,et puis1 comment ne pas participer une guerre que j'avais salue comme la dlivrance trop attendue de notre franaise fiert et dans laquelle je sentais latent1 avec l'accomplissement des hautes destines de la patrie1 l'accomplissement de mon propre destin8 ,depuis le dbut1 en effet1 je ne vivais de cur que dans et par et pour la guerre4 ,j'avais tout plac sur la guerre4 ,m'y voici donc4 ,mais n'allez pas surfaire mon courage6 ,je suis plutt poltron4 ,je perds tout mon sang-froid dans le danger et je souffre plus que quiconque de la moindre menace de violence suspendue au-dessus de moi4 ,je ne partais pas de gat de cur1 mais malgr moi1 pouss par une force intime qui ne me demandait pas mon avis2 elle ne me cachait pas que j'en aurais peut-tre du regret et que l-bas je ferais sans doute piteuse mine3 je partais cependant4 ,combien j'attristais ma famille6 mon oncle1 ma sur et mes petites nices4 ,sur le quai de la gare1 ce fut une explosion de larmes3 moi--d'ordinaire trop sensible--je n'en trouvais pas une1 indiffrent et comme possd4 ,avant de partir1 ma sur me remit une photographie des deux enfants2 par une pieuse rouerie1 elle y avait suspendu la pauvre mdaille que j'avais achete pour elle devant l'glise infrieure d',assise1 mon second voyage d',italie1 et qu'elle avait sans doute fait bnir3 le portrait ferait passer le ftiche1 je porterais l'un et l'autre sur moi4 ,elle voyait juste4 ,et tant qu' tre protg1 elle devinait que1 dans mon cur1 j'accepterais plus aisment de l'tre par l'image du ,poverello1 que ,florence m'avait appris aimer4 ,c'est avec un jeune officier du vingtime corps que je fais le voyage jusqu' ,dunkerque4 ,il a dj t deux fois bless1 mais il a confiance1 ajoute-t-il3 il croit4 ,il me plaisait2 je n'ai pas retenu son nom2 son gai regard sourit-il encore la vie8 ,ils sont un certain nombre ainsi1 officiers ou soldats1 qui marchaient la mort et dont j'ai capt au passage le vivant souvenir3 ma nouvelle famille qui ne cessera de s'accrotre4 ,des avions bombardent ,dunkerque quand j'y passe4 ,la gare de ,furnes1 o je dbarque1 vient d'encaisser de gros obus4 ,j'entre dans le front de ,belgique en longeant le canal1 par une matine superbe2 l'avant-veille encore ,paris1 je me trouve sans transition dans le grenier-observatoire d'un grand htel de ,nieuport-,bains1 sur le bord de l',yser1 en face de la grande dune et des ,boches4 ,il n'y a pas se le dissimuler3 la guerre impitoyable est tout autour de nous4 ,si ,dieu me le permet1 je peindrai un jour en dtail mes camarades et leur vie guerrire4 ,nulle part celle-ci ne me parut plus capiteuse que dans la villa ,s444 o l'on ftait1 quand j'arrivai1 le nouvel an4 ,une sorte d'entrain gnreux1 de crnerie inconsciente et de gat fouette par le pril1 rgnait autour de notre table4 ,auprs du commandant1 d'un ou deux capitaines d'un certain ge1 on ne comptait gure que des enfants4 ,tous1 du moins1 paraissaient si jeunes6 ,il y avait du foie gras1 du champagne1 des gteaux et un phonographe1 qui1 tout le long de nos repas1 nous droulait son rpertoire3 musique facile1 chansonnettes et tyroliennes1 mauvais airs d'opra1 solis de xylophone1 et la ,patrouille ,turque qui avait la faveur de tous4 ,eh bien6 cela n'tait point laid ici1 parmi tous ces jeunes gens braves1 qui ne s'tonnaient pas de vivre1 comme s'ils eussent t aux bains de mer1 en avant mme de leurs batteries1 sans aucun abri efficace et sous le feu constant de l'ennemi1 dont les obus de #aej encadraient les villas qu'on voyait crouler une une4 ,la sonnerie du tlphone grinait parmi les rires sans interrompre le concert2 tombant qui sur la plage1 qui sur la rue1 les grosses marmites branlaient la maison2 un lieutenant1 une semaine auparavant1 avait t tu par un clat presque ma place4 ,qui s'en ft dout les voir8 ,aucun d'eux n'avait-il de vie intrieure8 ,je ne songeai pas1 je l'avoue1 me le demander4 ,celui-ci rentrait des tranches1 celui-l de l'observatoire1 cet autre venait de poser une ligne sous le bombardement1 impatients d'y retourner4 ,ils taient charmants1 sympathiques1 ils faisaient simplement d'admirables choses4 ,comment ne pas se mettre au ton de leur folie8 ,fervent de la vie et de l'homme1 jamais pareille intensit de vie1 jamais pareille allgresse de l'homme ne s'taient rvles moi4 ,ah6 que ,dieu tait loin6 ,mais qui pensait ,dieu8 ,je passais vite dans la rue dangereuse1 en essayant de ne pas trop tendre le dos4 ,j'allais aux batteries de la dune1 au pont ,joffre4 ,le long du bois triangulaire1 sous une averse de petits obus1 je gagnai un jour ,nieuport-,ville et autour de l'glise toute bante1 je fis connaissance avec les #baj4 ,chaque nuit1 dans ma chambre situe au second tage1 je me confiais mon lit--car nous avions des lits--au bon hasard1 sans doute aussi ,vous1 ,seigneur1 mais je ne m'en rendais pas compte444 pour gagner le matin dans un sommeil tranquille1 sous mon toit1 pargn tort3 il abritait tant de pchs dans l'illusion d'une bonne conscience6 ,parfois l'croulement d'un mur voisin me rveillait2 puis je rentrais dans l'ingnu sommeil4 ,premiers obus qui vous cherchent--et qui vous manquent4 ,on ne mesure pas encore tout le danger4 ,l'me est cependant en tat d'alerte4 ,mais le pote ne veut rien laisser perdre et son matre souci dans une aventure nouvelle qu'il doit subir passivement1 consiste bien ouvrir ses yeux et ses oreilles pour enregistrer au complet l'aspect imprvu du dehors et les sentiments qui lui naissent1 intarissablement444 ,j'ai vu bien des coins du front depuis lors1 mais jamais d'aussi beau4 ,la mer du ,nord et la dune saharienne2 toute mon ,algrie qui me revient3 ,biskra1 ,tolga1 ,el ,oued ,souf4 ,les plis voluptueux du sable1 qui est blond1 blanc et rose1 avec des ombres bleues1 des ombres vertes et un perptuel mouvement4 ,le vent l'arrondit1 le ratisse1 le fait fuser au bord des crtes et couler dans les fonds2 il le soulve en trombes aveuglantes2 il l'abandonne au givre qui le veloute et au soleil qui le vt de scintillements4 ,il n'y manquait mme pas les bons petits nes1 ni les ,arbis draps de peu3 le secteur de la dune tait tenu par le 444e tirailleurs4 ,parfois les goumiers marocains caracolaient sur le rivage4 ,et la mer impressionnable1 qui n'tait pas celle d',alger1 prolongeait l'horizon3 elle avait toutes les couleurs4 ,ajoutez cela la musique des trajectoires2 le vieux #ij nous sonnant dans le dos comme une cloche1 moins pleinement pourtant que le #aej de ,westende1 notre ennemi jur1 que l'on surnommait ,caroline1 et qui avertissait trop tard2 les #aee du polder2 la meute aboyante des #ge qui donnaient toute la journe1 tissant au-dessus de la dune une sorte de velum sonore1 nous tressant un berceau de feuillage chantant--chant de la soie caresse1 chant d'abeilles--o l'on se sentait l'abri2 le sifflement de flte1 le piaulement d'oiseau des arrives3 le coup de grosse caisse des clatements444 ,et je ne parle pas des feux d'artifice multicolores444 ,pour celui qui a cultiv ses sens plus que sa pense--c'est le cas de tous les artistes d'aujourd'hui--vous pouvez juger de la fte4 ,elle touffe1 annihile les vilains dtails1 les incidents fcheux1 mme la souillure du sang sur les linges et la destruction des uvres de paix4 ,il faut dire que l'artillerie de l'ennemi n'avait dtruire en ce lieu qu'un luxe horrible1 que des difices sans got et de sotte vanit4 ,il faut dire que tout d'abord elle n'atteignit que nos canons1 sans faire de victimes parmi nos hommes4 ,oui6 notre vie toujours tait en question1 mais toujours parvenait s'chapper entre les mailles4 ,enfin1 nous avions le pied sec et nous jouissions d'un radieux mois de janvier4 ,lorsque je regarde derrire moi1 j'ai de la peine concevoir l'aveuglement d'un tel vertige4 ,il devait comporter je ne sais quelle aspiration panthiste exalte par l'vnement4 ,si j'avais t tent de prier1 moi paen1 prvoyant la conversion de mon me1 quelle et donc t ma prire8 ,a peu prs celle-ci3 ,seigneur1 en qui je ne crois pas1 pourquoi avez-vous fait si beau le monde8 ,pourquoi nous avez-vous faits si avides1 si aptes1 si joyeux et si glorieux devant lui8444 ,voici peut-tre le temps de ma mort et je n'ai d'yeux que pour la terre4 ,chaque instant que je vis me promet de ne vivre plus4 ,et je le sais et j'oriente tout mon tre vers la vie et non vers la mort4 ,jamais la vie ne me parut si bonne1 quand je la sentais longue1 profonde et sre sous mes pas4 ,seigneur1 je ne m'explique pas ma joie4 ,c'est l'hiver1 c'est la guerre4 ,mais non1 la vie ne fait que sommeiller4 ,o moment entre le sommeil et l'veil o la germination se dcide6 ,le monde n'est pas sa fin1 il recommence6 et mon amour s'en veut rassasier4 ,j'ouvre mes yeux et tous mes sens444 j'entonne une louange enthousiaste pour ce qui ne m'est plus de rien1 si je le quitte1 hlas6444 et j'adore ce trop beau jour1 sur quoi il ne m'est plus permis de rien construire4 ,je ne songe pas demain1 la tnbre qui m'attend4 ,je me donne au plaisir qui va m'tre repris1 au monde dont le glas se fait entendre4 ,et plus je sens l'un et l'autre prcaires1 provisoires et condamns1 plus je m'entte les treindre1 moins j'aspire les remplacer4 ,l'instant me comble et me transporte4 ,je veux m'anantir en lui4 ,seigneur6 pour me faire une me si assure au milieu du pire danger1 n'est-ce pas que la splendeur de ce jour dj me rpond de la vtre8--et mon me dj ne vous a-t-elle pas rejoint8 ,confusion de sentiments1 me dira-t-on2 c'est bien possible4 ,mais j'essaie d'expliquer mon cas4 ,,chapitre ,v ,l'ami de mon ami3 ,lieutenant de vaisseau ,dupouey4 ,une offensive en vue4 ,les fusiliers-marins sont l4 #bh janvier1 attaque de la ,grande ,dune4 ,dans un grenier-observatoire3 le paysage1 le concert4 ,apparition de ,dupouey4 ,son portrait1 ses mots4 ,notre promenade4 ,ses ,jean le ,gouin4 ,l'assaut4 ,mon ami ,andr ,g444 m'avait dit avant mon dpart3 ,puisque tu vas sur le front de ,belgique1 tche donc de trouver ,dupouey4 ,il a quitt ,cattaro pour ,dixmude4 ,lis plutt4 ,la carte postale1 d'un tour hroque1 me parut mouvante1 mme voir4 ,a tout hasard1 je pris l'adresse3 ,lieutenant de vaisseau ,pierre ,dupouey1 #a;er rgiment de marins1 #c;e bataillon1 #ab;e compagnie#aj4 ,qui tait ,dupouey8 ,je savais de lui peu de chose4 ,qu'il avait recherch ,andr aprs la lecture d'un de ses livres4 ,qu'ils s'taient lis d'amiti4 ,qu'il aimait ce que nous aimions1 les pays lointains1 le dsert1 la posie et l'aventure4 ,qu'il me plairait4 ,mais jamais le hasard ne l'avait plac sur ma route2 jamais1 mme par lettre1 nous n'avions chang un mot4 ,il avait lu quelques-uns de mes vers1 et1 ami d'un trs cher ami1 j'aurais t heureux de le connatre4 ,l'occasion avait tard dix ans4 ,avait-il fallu cette guerre pour qu' la fin elle se prsentt6--,mais non6 les fusiliers-marins ne se trouvaient pas ,nieuport4 #aj ,ce rcit tait achev quand je pus lire la prface crite par ,andr ,g444 pour la correspondance de ,dupouey2 il y a fait entrer de longs extraits des lettres que je lui adressais du front la suite de mes rencontres avec son ami4 ,les mmes faits y sont narrs1 mais tout chauds et d'enthousiasme4 ,les deux versions1 qui concordent1 ne feront cependant pas double emploi4 ,vers la mi-janvier on commena parler d'une attaque4 ,en novembre on avait manqu la premire1 et nos territoriaux1 lancs bravement sur ,westende1 s'taient fait hacher et noyer1 l'ennemi les ayant rejets jusqu' l',yser4 ,en dcembre1 nos alpins1 reprenant l'opration1 avec des objectifs moins lointains et moins vastes1 nettoyaient proprement la rive droite du canal et enlevaient une partie de la ,grande ,dune1 position dominante dont les ,boches1 hlas6 surent conserver les contre-pentes et le sommet4 ,depuis lors on dmolissait coups de #ge les ouvrages prcaires que la patience inlassable de l'ennemi difiait dans une matire friable4 ,quand on avait bien travaill tout le long du jour--je vois dans son grenier le commandant ,doigneau1 l'il sans cesse fix la lunette de marine--on s'apercevait au matin que les boucliers de mtal1 les sacs terre1 les crneaux qu'on avait fait danser la veille1 se retrouvaient en place1 intacts--et1 que voulez-vous8 on recommenait4 ,le gnral de ,m444 dcida d'en finir2 on avalerait le morceau2 s'il n'tait pas trop dur1 on pousserait plus loin4 ,qui sait8 ,on irait peut-tre ,ostende4 ,ostende1 port visible de nos espoirs1 dont la jete1 la digue et la masse cubique se profilaient sur l'horizon4 ,l'attaque serait mene par le rgiment mixte de tirailleurs et de zouaves sur la plage1 sur le polder et sur la dune4 ,dans l'motion de la nouvelle1 j'appris en mme temps que nos chers fusiliers-marins devaient exploiter le succs4 ,tous ces soirs-l nos plaisirs enfantins#aa autour de la table du mess cdaient le pas une agitation plus grave4 ,les notes suivaient les notes4 ,on mandait les sous-officiers1 les tlphonistes1 les claireurs3 on rglait les signaux de convention qui devaient nous relier avec l'infanterie3 un feu de paille1 telle heure bien prcise1 dclencherait l'assaut et commanderait l'allongement de notre tir2 ah6 parmi nos poilus1 c'tait qui craquerait l'allumette6 ,je songe la lecture haute voix du plan d'attaque dans un silence recueilli4 ,il s'agissait vraiment de vivre un drame1 dont on connaissait le scnario1 dont on tenait les ficelles entre ses doigts4 ,cependant dans l'obscurit de la rue1 passait un moutonnement de relve444 ,les fusiliers-marins peut-tre1 qui devaient prendre les tranches un ou deux jours avant le choc8 ,quand j'allais voir1 ils avaient toujours disparu444 #aa ,pour vous donner ide de l'ingnuit de nos jeux1 sachez que nous nous amusions comme des fous faire tourner sur la table1 avec aiguillages1 draillements1 rencontres de trains et ce qui s'ensuit1 deux chemins de fer mcaniques4 ,le premier que je rencontrai sur la chausse de pavs et de sable qui conduisait ,oost-,dunkerque1 prs du camp pittoresque des tirailleurs1 ce fut un petit gars breton tranant la jambe4 ,il tait de son rgiment1 il tait de son bataillon4 ,est-ce que tu connais le capitaine ,dupouey8--,je crois bien1 c'est mon capitaine4 ,je fis un bout de chemin avec lui4 ,j'appris que l'ami inconnu tait depuis la veille aux tranches de la plage et qu'il y resterait jusqu'au lendemain soir4 ,il va bien8--,non6 il est beaucoup chang2 je crois qu'il doit tre malade4 ,il ne veut pas le dire1 mais nous1 ses hommes1 nous le voyons4 ,c'est tout ce que je pus tirer du camarade4--,arrtons-nous4 ,nous sommes le #be janvier4 ,le soleil illumine sans se montrer le plafond transparent des blancs nuages2 tout est doucement gris1 l'eau et le sable2 les chevelus d'herbe parse aigrement verts et la bruyre toute noire4 ,dupouey n'est pas loin d'ici et je sais dj que ses hommes ont pour lui de l'affection4 ,irai-je le surprendre dans son trou de sable8 ,n'est-ce pas indiscret1 la veille d'un assaut8 ,non1 je fais porter un mot1 j'attendrai4 ,a la relve du #bf1 je le manque encore2 je me morfonds d'impatience1 quand sa rponse me parvient4 ,coxyde1 le #bg janvier #aiae4 ,monsieur1 ,si un lieutenant d'artillerie ne m'avait pas jur hier que votre ambulance tait ,oost-,dunkerque1 je n'aurais certainement pas travers ,nieuport sans venir vous serrer la main et prendre des nouvelles de notre cher ,g444 ,je me rjouis vivement d'tre quelques heures de vous connatre4 ,de vous aussi1 ,g444 m'a si souvent parl4 ,pouvez-vous rellement venir jusque ,coxyde-,bains o nous sommes cantonns1 villa les ,ajoncs8 ,sinon1 mon bataillon devant retourner dans les dunes demain soir1 nous ne nous manquerons pas cette fois-ci4 ,mais cependant nous causerions bien mieux un peu plus loin de leurs marmites et des ntres et si vous pouvez venir jusqu'ici--ce sera tout bnfice puisque j'aurai le plaisir de vous voir un jour plus tt4 ,a bientt donc et trs cordialement vous4 ,dupouey4 ,il peut sembler que je m'arrte des dtails sans importance1 en transcrivant un mot de simple cordialit4 ,la seule lettre1 songez-y1 que je possde crite de sa plume3 comme j'y tiens6 ,et puis1 elle prcise nos distances1 notre quant--soi rciproque1 le ton de nos rapports qui ne deviendront jamais plus intimes--en ce monde du moins--avant d'entrer dans l'ternel4 ,l'imminence d'une grande attaque m'interdisait de voler sur-le-champ cette invite4 ,j'attendrais une fois de plus le passage du bataillon4 ,le #bh janvier#ab4 ,je suis debout ds avant l'aube4 ,temps assez clair1 mer calme4 ,sur l'tendue blanchtre1 le feu tournant de la boue et quelques points de lumire intermittents3 la flotte doit donner4 ,je gagne dans la nuit la prtentieuse villa quatre tages1 saccage et souille--mais je n'en ai pas de regret6--dans le toit de laquelle est install l'observatoire4 ,c'est le n #b4 ,j'y serai seul ou presque4 ,on le rserve pour le cas o le n #a serait dtruit ou bien deviendrait intenable4 ,derrire une porte qui fut vitre1 imaginez une mansarde basse et sombre2 dans le toit une tabatire ouvrant sur l'horizon marin2 dans le pignon de briques tourn vers l'ennemi1 deux meurtrires tailles en long qui laissent passer le regard2 pour tout mobilier1 deux chaises de paille1 une table de caf1 un appareil tlphonique2 enfin une grosse lunette de cuivre sur son trpied2 avec cela la chambre est pleine4 ,nous ttonnons4 #ab ,l'opration devait avoir lieu le #bg1 mais le #bf au soir1 sur le pont ,joffre1 une passerelle de fortune jete l'embouchure du canal1 le commandant de tirailleurs ,m444 et deux de ses capitaines furent gravement touchs3 ils devaient conduire l'attaque4 ,tout semblait remis sine die4 ,le lendemain arrivait l'ordre impratif3 on attaquerait malgr tout1 le #bh1 la premire heure4 ,trop de silence3 il pse2 depuis cinq heures nos canons font les morts3 le gnie a d sortir des tranches et cisailler les fils de fer4 ,l'ennemi ne doit pas avoir vent nos projets4 ,l'attente est longue4 ,quand le rideau de la nuit se soulve1 on met l'il la meurtrire4 ,un paysage norme1 perte de vue et tout proche3 nous dominons la scne du combat4 ,de gauche droite3 la mer2 les tranches de la plage o le flot monte2 le labyrinthe chaotique des boyaux et des trous de la ,grande ,dune1 une gigantesque taupinire sur laquelle les hautes maisons de ,westende semblent poses comme des constructions d'enfants2 mi-cte1 un cheval de frise boulevers dessine sur le sable blanc une croix noire2 ces petites taches sombres qui bougent peine1 ce sont des tirailleurs tapis3 enfin le bas polder qui descend des lisires de ,lombaertzyde jusque sur ,nieuport-,ville3 masures blanches1 haies1 saules1 coupant le bled marcageux4 ,au del1 l'il s'gare1 trop de choses fourmillent1 ,middelkerque1 ,ostende1 ,slype1 etc41 et tant d'autres crtes de sable et tant de pointes de clochers1 qui sur le pays plat font signe4 ,irons-nous8 ,que va-t-il sortir de ce silence et de ce paysage8444 ,une heure avant l'assaut1 l'artillerie prlude4 ,tumulte encore incohrent1 celui de l'orchestre avant l'ouverture1 quand chacun accorde son instrument4 ,le spectateur pitine1 s'enivre de bruit et s'impatiente de ne pas voir le chef d'orchestre taper sur le pupitre et lever le bton4 ,mais plus le tumulte s'accrot1 plus on dirait qu'il tende l'harmonie4 ,les trajectoires rasent le toit qui nous abrite2 la mansarde bourdonne comme l'intrieur d'un violon4 ,tutti6 ,a ce moment la porte s'ouvre4 ,le lieutenant ,dr444 un de mes rcents camarades1 m'amne un visiteur3 c'est ,dupouey#ac4 #ac ,ce fut ainsi1 et je n'arrange pas pour les besoins de ma cause1 une sorte d'entre de grand opra4 ,la main tendue1 la main serre4 ,je ne l'attendais pas ici4 ,il me fait plaisir et il me drange2 mais le plaisir est le plus fort4 ,je suis surpris de sa petite taille1 mais instantanment il m'en impose1 ce petit homme carr1 rbl1 emmitoufl dans un surot1 la casquette bien enfonce1 ceinturonn de tout un attirail de guerre1 la barbe sombre et l'il profond2 trs loup de mer en somme2 tellement diffrent de celui que j'imaginais6 ,je le voyais long1 glabre et mince4 ,ah6 pardon de toucher la sainte figure6 ,je dis la vrit1 c'est ainsi qu'elle m'apparut3 et dcide1 et dcisive1 mais dans un sens tout imprvu4 ,on ne s'entendait pas dans cette chambre de bonne3 ,descendons1 me dit ,dupouey4 ,nous causerons mieux dans la rue4 ,vous me reconduirez jusqu' mon bataillon6 ,quitte manquer le premier acte1 je le suivis4 ,l'escalier fastueux n'en finit pas444 ,sur tous les paliers billent et s'ennuient de grandes pices vides salies de dbris et d'ordures1 de pltras1 d'excrments4 ,je ne vois que l'ironie du sourire1 non sa piti1 quand ,dupouey me montre1 gisant devant le pristyle1 naufrages1 fracasses1 le ventre plein de sable1 deux horribles potiches ornes de roses en relief3 ,quelle consolation6 ,quelle revanche6 ,je suis tellement de son avis2 la guerre a l'air tellement faite pour nous venger de la laideur6 ,si du moins elle y regardait deux fois quand elle rencontre une chose belle4 ,je me suis demand depuis1 si c'tait seulement l'artiste qui parlait et non surtout l'ami des pauvres1 cur de faux luxe et de vain confort4 ,il me dit3 ,j'ai crit ,g4443 ,il faut que vous voyiez cela6 ,si vous n'avez pas connu la vie de tranches1 vous n'aurez rien connu2 venez6 ,ah6 on enfonce dans la boue6 on se vautre6 on vit sur soi-mme6 comme c'est bon6 ,il ajoute3 ,g444 me doit4 ,je ne vois pas qu'il avance8 ,je veux protester4 ,g444 a toujours couru aprs sa propre jeunesse3 il ne veut pas y renoncer4 ,la voix est brve1 nette2 elle formule sans cesse1 en quelques mots frappants1 une pense d'arrire-fond qui va plus loin que la parole4 ,tantt le ton du dilettante1 tantt celui du dogmatique3 et dans ce cas1 raccourcis puissants1 chappes soudaines1--nul homme ne m'a paru plus assur de ce qu'il dit4 ,nous remontons sous le chant des marmites la grand'rue de ,nieuport-,bains1 coupe de dmolitions1 de cabines de bain entasses1 de barricades de pavs et de sable4 ,on dirait que je la dcouvre avec mon nouveau compagnon4 ,je croise un capitaine de cavalerie1 attach l'tat-major1 qui venait quelquefois rendre visite notre groupe3 un joli ,gascon de la vieille ,france1 qui n'a pas peur et qui sait plaisanter2 il va aux tranches de la dune pour surveiller de prs l'excution de notre plan2 il est drap dans une toile jaune serin1 d'une matire glace toute luisante2 en guise d'pe ou de canne1 il tient une de ces petites bches munies d'une poigne de bois1 telle qu'on en voit aux mains des enfants sur les plages2 celle-ci vient sans doute de la boutique de jouets que nous venons de dpasser et qui n'est plus pour les poupes qu'un champ de mort4 ,il va trs posment1 trs doucement1 mais absorb4 ,en le dsignant ,dupouey1 je le salue de ma plus envieuse sympathie3 mais il ne me remarque pas4 ,nous arrivons ainsi la hauteur de nos canons1 de la chapelle en briques rouges et du malheureux petit cimetire4 ,dj nous sortons de ,nieuport4 ,vous m'emmenez bien loin en arrire8--,excusez-moi1 dit-il1 mais je dois rejoindre mes ,jean le ,gouin2 ils sont l en rserve1 dans un creux1 derrire la route de ,grondyke6444 ,tant pis3 ,je veux le voir au milieu d'eux4 ,l-bas1 dans une vaste cuvette de sable vierge1 bien dfils aux vues de l'ennemi1 ses ,jean le ,gouin1 comme il dit1 vont et viennent1 fument1 bavardent1 se reposent1 sous la calotte pompon rouge et dans la capote du fantassin4 ,pour les mieux regarder1 nous nous asseyons sur la pente1 derrire un buisson pineux et noir qui bourgeonne dj4 ,des ,provenaux1 des ,bretons1 des ,parisiens2 le teint et l'accent nous renseignent vite4 ,tous jeunes et quelques-uns invraisemblablement4 ,nous ne les gnons pas4 ,mais que leur jeunesse est troublante dans le moment qu'on la jette au combat6 ,o moment de repos unique2 douceur du sable qui se modle au corps4 ,dj nous ne songions plus parler1 peine ayant fait connaissance4 ,est-ce beau cette prparation d'artillerie6 murmure ,dupouey4 ,elle avait atteint son comble3 la flotte au large2 un peu partout les grosses pices2 devant nous1 l'innombrable chant des #ge2 derrire nous1 tirant fleur de dune1 le ptement du bonhomme #ij1 qui achevait de nous casser la tte1 pour que l'ivresse y entrt mieux4 ,le ciel s'tait tellement dpouill1 le soleil ruisselait avec une telle magnificence qu'on et dit que c'tait lui-mme qui chantt2 ce tonnerre guerrier1 c'tait le son de sa lumire4 ,en vrit1 on n'aurait pas de peine vaincre4 ,la grande dune1 ils n'ont qu' y sauter1 elle est eux6 ,le bataillon de marins attendrait ici1 pour aller occuper les secondes lignes et si a marchait1 pousser de l'avant4 ,nous irons peut-tre ,ostende6 ,il ne doute de rien1 le capitaine ,dupouey2 la mort est l et il caresse la victoire6 ,je serais bien rest avec lui1 avec eux2 mais le spectacle de l'assaut m'attire4 ,je les quitte regret et je regagne mon grenier4 ,de tant d'motions hroques et sensuelles1 quelle est la principale8 ,on ne sait plus4 ,on se laisse porter444 ,entre la mer des eaux et la mer des sons1 comme suspendu1 j'ai vu par la petite fente1 aprs deux terribles rafales qui faisaient l'enfer sur la dune--fumes de partout jaillissantes1 geysers de sable1 projection sauvage de dbris--les tirailleurs et les zouaves1 baonnette au canon1 bondir et se perdre dans un nuage4 ,j'en ai vu cinq ou six1 au moment de passer la crte1 conduits par un hros sans armes qui les appelait et qui les pressait444 ,j'ai vu la riposte ennemie qui s'tendait jusqu'au polder1 posant partout d'normes ballons de fume qui taient roux1 blancs1 jaunes1 noirs444 ,j'ai vu dboucher pour la contre-attaque la file gristre des ,boches1 balanant le fusil au bout du bras2 avant de se risquer dcouvert1 ils hsitaient1 reculaient1 puis sautaient le pas4 ,j'ai vu quelques tranches se regarnir1 des combattants par un couloir de sable refluer au point de dpart2 l'un d'eux1 bless1 soutenait son bras gauche3 il contait son histoire tout venant4 ,j'ai vu clairement1 sans comprendre4 ,et quand je suis descendu aux nouvelles1 que de blesss rentraient par le boyau du pont1 portant aussi leur bras1 tirant leur jambe ou ramens sur des brancards6 ,mais dj les fusiliers de ,dupouey se dirigeaient vers l',yser en colonne2 ils vous souriaient au passage4 ,un obus clata sur la cour de notre villa1 vers midi4 ,ne croyez pas que je dvie4 ,le principal personnage est en scne et rien de ce qui le regarde ne doit passer inaperu4 ,sans s'en douter il a charge d'me3 la mienne2 je me peins ct de lui4 ,notez qu'il ne devra y avoir entre nous aucun fait dcisif1 aucune conversation capitale1 avant son sacrifice ,dieu4 ,nous causerons1 nous ignorant l'un l'autre1 et continuerons de nous ignorer4 ,l'attaque n'a point russi1 ou bien n'a-t-on pas su exploiter l'avantage8 ,en tout cas les marins ne sont pas entrs dans l'action4 ,j'ai le dessein d'aller djeuner avec notre ami dans trois jours1 c'est--dire le prochain dimanche1 son cantonnement de coxyde4 ,,chapitre ,,vi ,notre dception4 ,nos morts4 ,la journe de ,coxyde-,plage4 ,dupouey me parle de l'attaque4 ,son fils4 ,ses ,jean le ,gouin dans la villa4 ,un mot sublime du lieutenant ,illiou4 ,prestige de ,dupouey2 son mystre4 ,deux hommes tus dans notre cour4 ,voici l'homme4 ,nous quittons ,nieuport-,bains pour ,wulpen et pour ,ramscapelle4 ,au jour le jour2 la messe chez les ,belges4 ,notre troisime et dernire rencontre4 ,histoire d'une patrouille4 ,a ,furnes4 ,le got immodr de ,dupouey pour les ruines4 ,nous nous quittons4 ,cependant1 notre chec m'a laiss de troubles penses4 ,je n'ai pas appris sans motion que le capitaine de ,junillac1 le capitaine la petite bche1 tait tomb dans le combat1 victime de son enthousiasme4 ,il n'tait pas l pour combattre2 il n'a pu se tenir au moment de l'assaut2 c'est lui que j'ai vu sur la crte3 il n'est pas mort mais peu s'en faut4 ,nous avons perdu1 nous1 un de nos hommes1 d'un clat en plein cur2 on l'a plac sous notre toit1 dans une petite pice de derrire4 ,avant de me coucher1 j'ai voulu poser sur son corps un regard et une pense4 ,je lis sur mon carnet cette date3 ,jamais je n'ai tant pens la mort--pas la mienne4 ,au fait1 qu'avais-je risqu de plus en ce grand jour8 ,je passe sur les jours qui suivent1 sur les rcits horribles et contradictoires des survivants1 sur l'enterrement de deux officiers de dragons qui eut lieu ma porte1 et auquel j'assistai de prs#ad4 ,et j'arrive au dimanche #ca janvier1 notre journe de ,coxyde-,plage4 #ad ,le 444e rgiment de dragons 7dmont7 tenait les tranches de deuxime ligne4 ,au moment de l'absoute1 arrosage de #gg et de marmites2 les officiers firent se garer leurs hommes1 mais restrent nu-tte auprs de l'aumnier4 ,parmi les villas dsastreuses1 celles-ci tout fait intactes1 plantes dans tous les sens et gtant sans recours un beau paysage mouvement de dunes chauves1 ,dupouey avait choisi pour cantonner la plus modeste4 ,sur la digue1 face la mer1 une salle manger large comme la main et une cuisine4 ,quand j'entre1 un enfant balaie le couloir2 il salue d'un clignement d'il1 la mode de son pays3 c'est un petit rfugi belge2 ses parents et ses surs tiennent la maison4 ,dpouill de ses vtements de combat1 en veste courte1 ,dupouey m'apparat plus frle1 plus fin2 ses mains sont longues1 blanches et belles1 avec une bague et un anneau d'or4 ,il me prsente son second1 un lieutenant blond qui a bon sourire et dont les yeux sont toujours suspendus au regard de son capitaine2 il me prsente aussi son quartier-matre1 un rude marin sympathique1 l'image mme de la fidlit2 un jeune mousse rose et balourd fait le service4 ,familiarit et obissance4 ,une famille d'hommes o je me sens intrus4 ,autour de deux petites tables accoles on s'assied comme on peut1 genou contre genou4 ,dupouey a reu un colis de ,bretagne auquel on fait honneur3 du beurre frais1 un pt de sardines au beurre et des dattes4 ,avec un bifteck un peu dur et des petits pois1 c'est parfait4 ,au dessert1 on boit le tafia que fournit le ravitaillement4 ,j'aime ce rhum jeune qui sent la canne1 dit mon hte4 ,causerie btons rompus dont l'attaque fait tous les frais4 ,il en parle sans dception3 oublie-t-il ses illusions de la veille8 ou est-il si docile l'imprvisible destin qui a chang nos joies en peines8 ,il voit de haut sans doute2 l'artiste1 le blas1 le dilettante 7je ne disais pas le chrtien7 remonte dj dans sa tour4 ,il s'est port au moment de l'assaut auprs du commandant ,jacquot dont les tirailleurs attaquaient4 ,je l'ai vu un jour dans sa cave1 ce vieux colonial la barbe de fleuve2 sous la vote claire par une lampe fumeuse1 il tait install au centre d'une longue table3 un superbe spahi drap auprs de lui1 le drapeau dploy au mur1 il commandait4 ,lui qui connaissait le terrain1 il considrait1 parat-il1 cette attaque comme une folie4 ,dupouey le montre au tlphone1 recevant d'instant en instant les bonnes et mauvaises nouvelles1 rclamant des renforts qu'on lui refusait2 la mort dans l'me1 ordonnant de tenir2 enfin1 prenant sur lui de faire replier ses hommes4 ,il a pleur ses pauvres tirailleurs4 ,et de ,junillac8--,il est mort4 ,o dtresse6 ,autre tableau1 autre rcit4 ,un capitaine de cuirassiers#ae1 un de ces beaux cavaliers qui ont de la race1 accourt dans la cagna2 il a t touch en mme temps que son chef d'escadron2 il vient pour qu'on le panse1 et vite6 ,au moment de partir1 il ajoute3 ,enlevez-moi a6 j'ai la cervelle du commandant de ,l444 sur le dos1 a me dgote6 ,et il retourne au feu4 ,dupouey est ravi de ce mot2 il le rpte444 ,pour moi1 je ne l'entends pas bien4 ,chez celui qui l'a prononc1 comme chez celui qui l'admire1 il rgne videmment un mpris total de la mort physique4 ,o paen que je suis1 il me dplat d'entendre blasphmer le corps6 ,et pourtant ,dupouey semble aimer cette vie4 ,quand je lui avoue1 bien timidement1 que je ne me vois pas1 quant moi1 continuant de vivre aprs la guerre1 que la guerre est pour moi une fin suffisante qui me ferme tout l'horizon4 ,moi pas1 dit-il4 ,voulez-vous voir mon fils8 ,son fils6 je ne le savais ni mari1 ni pre6 ,il tire de sa poche une photographie3 elle reprsente un gros bb aux bonnes joues1 model tout en rond dans une chair de lait1 qui veut faire clater la peau4 ,il ne s'attendrit pas2 il admire1 il est fier4 ,comme c'est beau1 un visage d'enfant6 ,il le contemple mme avec une sorte d'impartialit suprieure1 et comme s'il n'tait pas le sien4 ,je m'explique aujourd'hui ce calme3 il rend hommage la cration4 ,mais comme il a peu renonc une vie1 qu'il risque ici tout instant6 #ae ,je l'ai vu conduire1 le bras en charpe1 le deuil de son commandant1 sous les obus4 ,aprs le djeuner nous allons voir nos ,jean le ,gouin4 ,on leur a laiss tout le luxe3 ils occupent un grand chalet1 proprit d'un clbre tnor4 ,dans le salon du bas est un piano queue avec quelques partitions oublies4 ,mettez-vous l6 jouez-moi du ,chopin6 ,je m'excuse4 ,sur le palier1 nous rencontrons un petit marin1 un vrai gosse1 que ,dupouey saisit par le menton3 ,voil le plus beau de tous6 me dit-il4 ,ah6 on n'en fait plus comme celui-l6 ,l'enfant1 tout honteux1 rit et se dgage4 ,a-t-il un joli regard1 cet enfant6 ,il continue3 ,j'avais un petit ordonnance4 ,il s'appelait ,simon444 ,il est tomb dans mes bras ,steentstraete2 je l'aimais bien#af4 ,dans les chambres du haut1 d'un modern style attnu1 les ,jean le ,gouin sont assis1 couchs ou vautrs1 en un nglig pittoresque1 sur une litire de paille blonde qui couvre toute l'tendue du parquet4 ,l'un recoud sa vareuse1 un autre lit1 celui-l griffonne une lettre sur un bidet ferm qui lui sert de pupitre4 ,leurs yeux demandent s'il faut se mettre au garde vous4 ,ne vous drangez pas6 ,son pouvoir sur ses hommes est sans limites2 mais sa bont aime y renoncer4 ,pour le moment1 leur sans-gne1 bien tal dans ce cadre cossu1 l'amuse4 ,en enjambant quelques dormeurs1 il me conduit dans un coin rserv1 o sont restes pendues la muraille des estampes d',outamaro et d',hokousa4 ,il en caresse les contours flexibles1 avec un vident plaisir4 ,ainsi1 son esprit est toujours prsent1 prompt bondir sur ce qui s'offre4 ,il passe d'un sujet l'autre1 comme insoucieux de se dcentrer4 ,c'est surtout cette libert qui me frappe1 non la matrise de soi qu'elle suppose1 non la certitude qu'elle sous-entend#ag4 ,de l'officier et de l'artiste1 j'choue faire la synthse4 ,il y a quelque chose de mystrieux ici3 pas un instant je n'imagine que cela puisse tre la saintet4 ,dans tous les cas1 il me domine4 ,dj je ne sais plus que faire cho ses paroles4 ,j'hsite lui rpondre4 ,je me sens devant lui tout petit garon4 #af ,je me sentais son grand frre1 disait-il l'abb ,pouchard4 #ag ,j'crivais ,andr3 ,un homme juste1 un homme libre1 qui comprend tout1 mme le bien4 ,nous terminons notre aprs-midi dans la dune en poussant jusqu' la villa-forteresse1 que les ,boches avaient construite1 avec cave1 ascenseur1 route entretenue leurs frais1 pour tirer un jour sur ,dunkerque4 ,dupouey admire la puissance de nos ennemis2 mais tout ce qu'il espre pour la ,france6 ,que donnera la guerre aprs8 ,il parle de ,claudel avec enthousiasme--sans quitter le terrain de l'art4 ,il n'aime pas ,pguy4 ,on ne peut dnier1 me dit-il1 que nous ne soyons soulevs par une vague de spiritualisme4 ,il a l'impression que l'influence de ,barrs a beaucoup grandi depuis quelque temps1 etc4 ,mais l'homme est tellement attach au bien-tre6 ,il revient pour la troisime fois sur ce sujet4 ,on mettra dix mille francs pour un mobilier444 on refusera d'en donner deux cents pour un beau rtable4 ,n'importe6 il y aura du changement chez quelques-uns4 ,la guerre a dj fait des choses admirables4 ,tenez6 il faut que je vous cite un mot4 ,je le tiens de notre aumnier qui me l'a rapport sans m'en nommer l'auteur4 ,aprs les combats de ,dixmude1 un officier vient le trouver pour se mettre en rgle4 ,l'aumnier le croyait parfaitement athe4 ,comment venez-vous si tard1 lui dit-il4 ,mais vous pouviez mourir vingt fois dans ce massacre6--,oh6 je le savais bien1 rpond l'officier1 et ds le premier jour1 j'tais dcid me rendre2 mais je me refusais faire un march avec ,dieu1 lui donner ma foi en ranon de ma vie ou de mon me4 ,est-ce assez noble et dlicat6 et humble1 au fond1 sous l'apparence de l'orgueil6444 ,dupouey racontait le fait sans passion2 comme le reste1 avec distance4 ,moi1 j'admirais le mot de tout mon cur2 mais non1 hlas6 avec plus d'allgresse que le spectacle de l'aprs-midi qui tait merveilleux sur la mer et le sable4 ,a ce moment1 j'aurais pu forcer la consigne1 obtenir peut-tre de notre ami l'aveu le plus cher son me4 ,j'tais timide1 obsd de plaisir1 aveugle4 ,n'ayant fait qu'entrevoir la vraie clart qui le guidait1 je passai outre4 ,et puis1 il devait mettre une sorte de pudeur se montrer si diffrent de moi4 ,je me serais pench sur son secret que dj il et referm le tabernacle4 ,l'admirable parole tait du lieutenant de vaisseau ,illiou1 qui tomba un mois aprs ,dupouey1 aux mmes tranches4 ,elle lui fut1 devant tous1 solennellement attribue1 par l'aumnier du #a;er rgiment qui prcha ses funrailles3 ,l'homme qui l'a pense est sauv par avance1 ajoutait celui-ci4 ,mais dans l'instant o je l'appris1 elle ne me rvla rien ni sur mon compagnon1 ni sur moi-mme4 ,je l'enregistrai et je la classai1 parmi les souvenirs1 certes1 les plus frappants de notre journe de ,coxyde1 mais sans lui accorder sur les autres la primaut4 ,j'tais si peu aiguill dans le sens chrtien que je ne songeai mme pas me demander si ,dupouey tait croyant ou incrdule1 catholique ou bien rform4 ,c'tait l'ami de mon ami ,g4441 protestant et auteur de l',immoraliste1 un homme suprieur et prodigieusement artiste en mme temps que beau soldat4 ,pendant le th1 on discuta d'un dbarquement possible des ,boches sur la cte flamande2 la petite fille des rfugis vint jouer auprs de nous2 ,dupouey lui donna un bonbon444 ,nous prmes rendez-vous1 deux jours de l1 aux tranches1 o j'irais partager avec lui le singe et le pain4 ,j'adore cette vie mme le sable1 disait-il de sa belle voix2 la mer vient jusqu' vous3 le soleil reflt vous baigne de toutes parts4 ,dommage que les ,boches vous jettent la tte leurs petites salets4 ,il nommait ainsi leurs grenades4 ,nous nous quittmes avant le soir sans nous connatre#ah4 ,je ne l'ai revu qu'une fois4 #ah ,je quittai ,dupouey sous un beau nuage de grle qui occupait la moiti du ciel pur1 dans un tat d'ivresse singulire4 7,lettre cite par ,andr ,g4447 ,il ne retourna pas aux tranches de la dune et nous fmes relevs en mme temps que lui4 ,la veille du dpart1 comme on se rjouissait de se tirer avec un minimum de pertes d'un endroit rput mauvais et o ,caroline ne chmait gure1 la dite ,caroline qui gtait ,westende1 au-dessous de l'affiche bleue et se moquait de nos obus1 plaa un superbe explosif devant la cuisine1 au moment mme o nous allions sortir4 ,on reflue dans la salle2 le cuisinier tend le dos2 on se tte4 ,personne n'est touch6 ,c'est toujours par le rire qu'en ces cas-l le soulagement se traduit4 ,mais nous ne rions pas longtemps4 ,deux hommes agonisent dans la courette3 ,segers1 un de nos bons tlphonistes1 et un fantassin dtach1 qui ont t surpris en train de charger leur voiture4 ,quel spectacle6 ,avant mme d'tre tout fait morts1 les voici transforms en deux pauvres choses meurtries1 toutes salies de boue et de poussire1 sans nom humain4 ,ce tas de bouillie et de vtements1 d'o le sang ruisselle1 fait encore entendre un rle angoiss4 ,voici l'homme6 ,moi1 mdecin1 n'ai-je donc jamais vu la mort--je songe aussi toi1 ma pauvre mre6--la mort qui dtruit et qui souille1 pour perdre la tte devant ceux-ci8 ,je ne connaissais gure que l'un d'eux1 il avait une brave figure2 la minute d'avant1 il tait entr dans la salle pour y prendre quelques objets4 ,mais non6 ma douleur n'est pas personnelle2 elle s'adresse l'homme tout court4 ,je rentre dans ma chambre et spontanment me jette genoux2 pour prier qui1 mon ,dieu8 pas vous6 ,je ne saurais dire ni qui1 ni quoi2 la ,force1 le ,destin qui prside notre existence4 ,je crie de toute mon me naufrage3 ,piti pour eux6 piti pour eux6 ,deux jours plus tt dj1 j'aurais le noter1 le mme mouvement du cur m'a courb devant l'inconnu1 propos du hros la petite bche#ai4 ,dans un cercueil construit en hte on place le corps de notre canonnier4 ,comme on ne peut le faire passer par la porte1 on le laisse dans notre cour4 ,comment ne pas penser au malheureux8 ,nous accrochons la bote dans toutes nos alles et venues1 le soir en rentrant nous coucher1 le lendemain au petit jour en prparant notre dpart4 ,j'ai souffert1 cette nuit1 de le savoir tout seul sous les toiles4 #ai ,seigneur6 ,c'tait des hommes--et qu'en avez-vous fait8 qu'en ferez-vous8--,si je priais1 ce serait pour les autres444 ,on est si peu goste ici1 quand on vit444 ,je ne sais plus au juste ce que je pense4 ,aprs l'enthousiasme de la guerre1 j'en ralise prsent toute l'horreur4 ,et dans cet enfer1 qui s'en remettre4 7,lettre ,andr ,g4441 #a;er fvrier47 ,il repose prsent de l'autre ct de la rue1 la lisire de la dune1 ml aux tirailleurs et au menu sable qui bouge1 sous une croix peut-tre dj dplante par le vent et par les obus4 ,et comme j'eus tt fait de l'oublier6 99 99 99 99 99 ,en vrit1 tout cela a gliss sur moi sans pntrer plus loin que l'enveloppe4 ,a quelques kilomtres de ,nieuport1 mais dans le pays bas1 derrire ,ramscapelle1 je me suis bientt refait une vie1 menace de moins de prils et qui est douce4 ,je suis l'chelon1 avec un compagnon de choix1 le lieutenant ,d444 ,il nous vient quelquefois des obus2 on les compte4 ,on fait de temps en temps une expdition jusqu'aux batteries1 qui1 elles1 encaissent royalement4 ,le plus souvent on travaille tranquille4 ,j'ai perdu de vue ,dupouey3 il est si difficile de communiquer6 ,il a pris le secteur entre ,lombaertzyde et ,saint-,georges4 ,a dire vrai1 je ne fais gure effort pour le revoir4 ,nous sommes installs dans une grande ferme flamande dont les fermiers parlent un langage inconnu3 il y a dans la cour un fumier gigantesque1 hant de monstrueux cochons4 ,toute l'aprs-midi je reste install dans la salle4 ,l'arme belge s'amuse1 s'puce1 s'pouille sur le pr2 c'est un plaisir4 ,chez le sacristain o je couche1 je pianote sur un vieux meuble1 j'cris1 je lis3 j'ai entrepris une traduction d'lectre4 ,aprs dner1 ,d444 et moi nous faisons un tour1 sur le chemin capricieux plant de saules1 qui continue jusqu' ,pervyse4 ,nous voyons sans nous dranger les #baj tomber sur ,ramscapelle et sur ,nieuport-,ville les #dbj4 ,ou bien nous nous portons au passage de la relve sur les bords du canal1 o les estaminets ne manquent pas4 ,dupouey ne doit pas suivre cette route2 je vois d'autres officiers1 jamais lui4 ,la musique militaire belge qui nous assourdit toute la semaine quand ce ne sont pas les trompettes1 joue le dimanche la grand'messe4 ,j'y vais pour faire comme les autres1 par dsuvrement et curiosit2 mais sous le porche ruin o les soldats flamands s'entassent1 le moment o toutes les ttes s'inclinent1 o les trompettes sonnent aux champs1 est riche d'motion patriotique3 la ,belgique est foule1 qui la dlivrera8 ,c'est tout4 ,un matin pluvieux1 le #bd fvrier1 ,dupouey me surprend la ferme4 ,j'ai vraiment plaisir le voir2 il a peu de temps devant lui4 ,nous causons4 ,je lui dis ma vie1 il me dit la sienne3 il passe deux jours aux tranches prs de ,saint-,georges1 un tas de pierres empiles flottant sur l'eau2 il reste deux jours en rserve dans les caves de ,nieuport-,ville1 puis quatre jours l'arrire ,oost-,dunkerque2 mais le dernier bombardement ayant fait des victimes1 ses hommes occuperont dans les dunes des baraquements4 ,ah6 il regrette les tranches de la plage6 ,ici c'est une guerre de patrouilles1 on se tte toutes les nuits4 ,le pays bas n'tant qu'un lac1 sur une route entre deux eaux1 qui seule affleure1 ils se risquent quelques-uns1 un premier-matre et quatre fusiliers2 ils marchent pas pas1 sans bruit2 il s'agit de surprendre la sentinelle boche qui barre le chemin2 pour couvrir la distance1 ils mettent quelquefois des heures4 ,les derniers qui y sont alls ont d demeurer plat ventre une partie de la nuit2 la sentinelle1 tant de face1 et pu les voir venir4 ,elle ne bougeait pas1 la gueuse6 7,c'est un marin qui parle47 ,enfin1 arrive un grain4 ,la sentinelle1 qui reoit la pluie en pleine figure1 rabat d'abord son capuchon1 puis se retourne4 ,ah6 son affaire est vite faite2 ils ne sont plus qu' deux mtres3 un seul bond6444 ,elle tombe gorge1 mais en tombant1 donne l'alarme4 ,coup de feu4 ,tous ne rentrent pas4 ,le plus plaindre1 voyez-vous1 me disait ,dupouey1 c'est l'officier derrire son crneau1 qui ne sait rien1 qui compte les minutes comme des heures1 qui tend l'oreille au moindre bruit et qui attend1 anxieux1 le retour4 ,dans ces cas-l1 je ne supporte pas l'attente4 ,mais il doit me quitter1 il a quelques achats faire ,furnes4 ,je vous emmne et vous ramne4 ,j'ai une auto4 ,la pauvre petite ville si jolie1 sur laquelle hlas6 trop souvent1 je vois clater les obus qui passent par-dessus nos ttes1 est plus dserte que jamais4 ,sur la place dsaffecte qui a perdu quelques faades1 une ou deux boutiques restent ouvertes4 ,l'htel de la ,noble-,rose n'est plus2 l'htel de ville1 peine un peu cribl1 garde son charme4 ,l1 sous la pluie et le silence1 il faut se taire1 n'est-ce pas8 ,dupouey fait emplette de quelques objets et d'une bouteille d'eau de ,cologne2 la puanteur est telle sur l',yser o la mare fait osciller tant de cadavres6444 ,mais nous ne posons pas4 ,il faut venir djeuner avec moi dans ma cave4 ,quand venez-vous8 ,nous nous promnerons dans ,nieuport-,ville3 j'y passe tout mon temps444 ,je suis en train de prendre un got immodr pour les ruines444 ,n'est-ce pas inquitant1 dites-moi8 ,il rit2 je ris4 ,oh6 je connais l'endroit3 la halle1 la tour des ,templiers1 le port2 l'glise qui n'avait dj plus de porche1 voici deux mois1 et qui s'ouvrait comme une rose4 ,en vrit l'intrieur de la nef1 qui ignorait les outrages du temps1 semblait tout neuf en s'veillant la lumire1 et il tait d'un rose doux de rose-th4 ,elle va tomber peu peu1 il ne restera plus debout que les piliers1 les murs et les arcades4 ,cependant auprs d'elle1 le cimetire s'agrandira4 ,sur les tombes nouvelles1 on continuera de poser1 en guise de monuments funraires1 les dbris de l'glise1 statues et chapiteaux4 ,j'imagine ,dupouey s'attardant fouiller1 dans une triste maison que je sais1 les tas d'objets1 de papiers1 de lettres1 qui s'chappent d'un secrtaire d'acajou2 restituer en esprit ces intimits ravages444 ,il me semble tantt plus gai1 tantt plus grave que l'autre dimanche ,coxyde4 ,il y a un beau vers dans le dernier livre de ,verhaeren1 vous en souvenez-vous8 ,tout est repos1 fracheur1 balancement1 murmure4 ,quand il le chante1 on sent l'homme qui aime les mots4 ,puis il se tait1 seul avec ses penses4 ,il ne sait plus que je suis l4 ,o va son tonnant regard8 ,dans le fond1 reprend-il1 pour moi1 jamais voyage ne m'aura autant exalt4 ,oui1 venez me voir dans ma cave6 ,l'auto qui longeait le canal me ramne au point de dpart4 ,nous nous serrons la main comme gens de revue4 ,ne dois-je pas aller djeuner avec lui demain8 ,hlas6 une raison de service me retiendra4 ,adieu1 notre mditation dans les ruines6 ,le contact est encore rompu1 quand peut-tre allait natre une amiti4 99 99 99 99 99 ,j'ai mis trop de chaleur dans la relation de nos trois rencontres#bj3 les suites qu'elles ont eues ont tant augment leur prix mes yeux6 ,j'ai exagr1 je le sens1 l'effet qu'avait produit sur moi1 dans le moment1 l'annonciateur de la grce4 ,qui me l'et prsent pour tel n'et rcolt de ma part qu'ironie4 ,oh6 ds le premier jour1 le processus divin fut merveilleux6 ,mais le plus singulier miracle1 c'est que je ne m'en doutais pas4 ,notre pome n'a pris forme qu' l'instant o il s'achevait3 dans la mort444 ,il n'y a jusqu'ici que l'change cordial--je donnais peu1 lui tout le reste--de deux hommes de mme culture1 qui ont eu plaisir se voir dans des circonstances exceptionnelles3 sans le dcor de guerre1 rien que de tout banal4 ,dupouey me tient si peu au cur que je vais rester six semaines sans m'inquiter de lui1 sans chercher le voir1 et sans penser lui1 peut-tre8444 j'entends3 consciemment4 ,cependant1 par-dessous1 l'inconscient--ou ,dieu--fait son uvre4 #bj ,non4 ,j'ai relu depuis1 dans la prface d',andr ,g4441 les lettres que je lui crivais sous le coup de l'motion4 ,elles dbordent d'une sorte de dlire dont je n'avais pas conscience alors4 ,j'tais dj plus possd que je ne me le figurais444 ,n'importe6 ,,chapitre ,,vii ,incidents quotidiens4 ,vendredi saint3 j'entre l'glise4 ,une messe aux batteries le ,samedi saint4 ,on m'annonce la mort d'un officier de marine4 ,quinze jours aprs1 la nouvelle3 c'tait ,dupouey4 ,exaltation immodre de ma douleur4 ,au cimetire de ,coxyde-,ville4 ,ma visite aux marins4 ,le milieu4 ,de quoi il est mort4 ,rvlations de l'aumnier3 c'tait un saint4 ,de quelle ardeur il voulait fter ,pques4 ,il l'a ft au ciel4 ,mon transport4 ,donc le temps a pass4 ,un mois encore4 ,nous n'avons pas chang de place4 ,sous l'il des saucisses et des avions1 la mme vie4 ,non pas vide1 tant s'en faut6 ,ah6 si pleine au contraire que je dois renoncer noter tous les incidents1 accidents et vnements1 d'ordre extrieur1 intrieur1 particulier et gnral1 qui s'y succdent4 ,on s'intresse tout1 aux nuages dmesurs qui sont si beaux sur la plate tendue des ,flandres1 aux propos des poilus1 leur vie1 leur cur1 aux travers de nos chefs et leur hrosme#ba1 aux dtails curieux de la gurilla immobile qu'on mne dans le secteur1 aux blesss et aux morts4 ,nous avons eu un coup dur comme on dit1 l'usine gaz de ,nieuport-,ville4 ,un de nos capitaines1 un petit homme dcid1 le calme et la volont mmes1 a vu tomber ses cts le lieutenant ,r444 et trois hommes2 lui-mme1 la mchoire brise1 est en danger mortel4 ,notre vieux capitaine d'active1 qui reprsentait la bont a d quitter aussi sa batterie2 il avait le cur trop sensible4 ,mais le souci de la guerre domine tout2 entre ,d444 et moi1 c'est un sujet constant d'changes4 ,et les ,russes8 ,et les ,anglais8 ,il y a ,neuve-,capelle et il y a ,przemysl444 ,a quand notre grande offensive8 ,un petit soldat belge qui vient souvent boire la ferme nous amuse par sa candeur1 ses rcits bourrs de mensonge et son accent wallon4 ,entre temps1 nous faisons la chasse aux espions1 qui dans les environs pullulent4 ,on ne s'ennuie jamais4 ,je sais que ,d444 est bon chrtien1 bon catholique4 ,mon esprit est si peu proccup de foi que1 vivant tout le jour ensemble1 jamais nous n'abordons la question4 ,et voici ,pques4 ,je continue frquenter la messe1 en spectateur4 #ba ,puiss-je peindre un jour toutes ces figures que j'aime6 ,je me souviens que le ,vendredi saint1 le soleil tait chaud2 que la brume de mer talait une sorte de crpe noir sur l'horizon de dunes4 ,c'tait le temps o l'ennemi tchait d'craser les cluses coups de #dbj4 ,j'avais t trs irrit d'entendre1 l'enterrement du lieutenant ,r4441 un aumnier de fusiliers-marins1 habile profiter des circonstances1 sommer en quelque sorte nos soldats d'avoir s'approcher des sacrements2 je jugeais l'exhortation dplace4 ,le nouveau commandant 7,je le surnommais dans mes notes--qu'il me pardonne--un ,bidel mtin de ,loyola64447 s'ingrait aussi1 tort selon moi1 dans nos affaires de conscience2 il s'indignait de ne trouver en tout1 dans l'une de nos batteries1 que deux poilus disposs faire leurs ,pques4 ,et pourquoi pas8 ,un tel abus d'autorit1 voil le vrai moyen1 pensais-je1 de faire tort une religion--que je respecte4 ,qu'elle respecte donc aussi la libert des dissidents6 ,il n'en est pas moins vrai que ce jour-l1 passant devant l'glise1 je ne pus me tenir d'y entrer un moment4 ,le tabernacle tait ouvert et vide2 il n'y avait pas de tombeau4 ,c'tait dans mon esprit 7il fallait bien m'expliquer ma dmarche7 une visite de politesse que je rendais l'ancien ,dieu de mon pays4 ,le ,samedi saint1 rien d'important signaler1 sinon quelques obus anodins sur notre village444 ,le lieutenant ,s444 dont l'air de sant fait ma joie1 passe chez nous en se rendant aux funrailles d'un jeune enseigne de vaisseau tu avant-hier l',yser-sud444 ,les ,boches ont crev les digues et l'inondation couvre dj la route2 on travaille la contenir4 ,le lieutenant ,h4441 autre gosse1 nous raconte la messe de communion qui eut lieu le matin sa position de batterie4 ,c'tait au bois triangulaire--endroit sinistre--on avait install une table en plein air entre deux caissons d'artillerie1 et lui-mme a servi l'office4 ,malgr sa dissipation1 il a un visage candide2 j'aurais aim de le voir en enfant de chur4 ,tout l'tat-major tait l et le commandant ,b444 a prononc une allocution regrettable2 il s'est dclar bien heureux de commander des chrtiens4 ,pas aux autres alors8 ,j'cris dans mon carnet3 ,ces gens-l ont ce qu'ils mritent2 ils perdent ce qu'ils croient servir4 ,a dner1 nous avons le cousin du lieutenant ,d4441 qui est mitrailleur chez les ,belges4 ,a peine1 cette nuit-l1 si j'ai entendu un coup de fusil4--,il faudra pourtant retenir la date4 ,aprs la grand'messe de ,pques 7la musique a jou du ,franck et1 comme d'habitude1 la ,brabanonne71 nous sortons par le cimetire en conversant4 ,tous nos officiers sont venus4 ,on parle du marmitage quotidien de ,ramscapelle1 des exploits de ,garros qui est l'arme de ,belgique2 je l'ai souvent rencontr autrefois4 ,j'entends dire aussi qu'au cours de la nuit1 un officier de marine1 un encore6 est tomb devant l'ennemi1 mais cette fois dans le secteur voisin4 ,on me donne un nom vague444 ,si c'tait ,dupouey8 ,je dcide que non4 ,on parle d'autre chose4 ,il fait tide1 mais gris4 ,le ciel est vide de canon4 ,si je me sens tout dmont1 c'est que mon compagnon de chaque jour1 le lieutenant ,d444 doit quitter l'chelon pour la batterie4 ,il part demain4 ,pour me faire son remplaant 7le pauvre garon--que ,dieu ait son me67 il faudra quelque temps4 ,passons4 ,c'est de l'arrire que la nouvelle me revient1 quinze jours de l4 ,je suis plein de pressentiments quand je me lve4 ,vous connaissez cette mlancolie qu'aggrave le beau temps4 ,je tiens tre seul4 ,j'erre l'aprs-midi1 dans la direction de ,boitschoute4 ,pour m'tourdir1 je raconte aux amis que je retrouve dans la salle toute ma retraite aprs ,charleroi4 ,arrivent les lettres6 ,notre amie ,marguerite d',h444 dont la belle-sur habite ,lorient1 m'annonce que la famille de ,dupouey est dans les larmes3 le capitaine est mort4 ,ce devait tre le ,samedi saint4 ,elle rclame des renseignements4 ,quel choc6 ,on sent en soi un gouffre qui se creuse4 ,on est pench dessus1 on n'en voit pas le fond3 on reste l1 pris de vertige4 ,comment puis-je rire au dner8 ,la bonne humeur du lieutenant ,dr4441 qui s'est joint nous depuis peu1 l'emporte encore4 ,a peine rentr dans ma chambre1 je fonds en pleurs4 ,il est mort6 ,il est mort sans que je le revoie6 sans que je sache mme qu'il est mort6 ,depuis bientt quinze jours qu'il est mort1 j'ai vcu comme s'il vivait6 ,il est mort et je vis moi-mme6 ,qui8 ,il8--,cet ami de mon ami ,g444 que j'ai rencontr trois fois dans ma vie6 ,j'ai mme djeun avec lui une fois6 ,cet officier vaillant1 cet homme gai et grave1 artiste et beau causeur1 qui n'a fait que passer1 sans me laisser un mot de confidence4 ,il est mort prs de moi1 quelques kilomtres1 sans doute aux tranches de l',yser444 et je ne l'ai pas relev6 ,mais j'ai continu de rire1 de boire1 de contempler tout ce que j'aime1 de vivre et de me plaire vivre1 comme si de rien n'tait6 ,comme s'il ne m'tait de rien6--,que m'tait-il8 ,ah6 sommes-nous inconscients ce point du trsor cach de notre me et ne savons-nous pas qui nous aimons8 mes larmes ne s'arrtent pas2 mon dsespoir est sans limites4 ,jamais je n'ai ainsi pleur que sur ma pauvre mre4 ,non1 jamais6 ,questions aprs coup formules4 ,a ce moment de crise1 je ne songe point me les poser4 ,je ne m'tonne pas de ma douleur2 elle est matresse2 je trouve naturel de pleurer ainsi l'inconnu4 ,nuit mauvaise2 demi-sommeil2 rves bizarres3 ,j'imagine de terribles mines ariennes barrant le ciel aux avions ennemis4 ,le matin1 on m'apprend que notre commandant est dcor2 je suis injuste3 ,tout pour ceux-l6 ,comment ne pas dtester ceux qui restent1 lorsque je vois les bons mourir8 ,c'tait bien de ,dupouey que l'on m'avait parl la sortie de la messe de ,pques4 ,il doit tre enterr ,coxyde-,ville4 ,j'y vais pied4 ,derrire le camp ,r444 des paysans labourent4 ,je m'en veux d'avoir encore des regards pour la campagne et pour les hommes4 ,a l'entre du village1 voici l'glise neuve1 la plus laide de la contre1 et son clocher trop effil4 ,le cimetire est autour de l'glise4 ,je n'ai pas de mal trouver4 ,entre la tombe du jeune enseigne ,perroquin et du lieutenant d'artillerie ,anquetin1 la sienne4 ,la certitude du fait accompli4 ,sur une croix de bois son nom et une date3 #c avril #aiae4 ,mort au champ d'honneur4 ,le tertre argileux est cach par de grandes couronnes de perles et de fleurs fausses4 ,sur la plus grande1 on lit3 ,a notre capitaine4 ,tout d'un coup je songe ses hommes1 ses ,jean le ,gouin4 ,une nouvelle vague de doux dsespoir me submerge3 je n'ai pas partag leur deuil6 ,je m'loigne2 je reviens2 je ne sais plus m'arracher de sa tombe4 ,j'avise des marins du #a;er rgiment venus rendre visite la dpouille de leurs camarades qui sont nombreux ici4 ,ils ont bien entendu parler de ,dupouey2 mais il y a longtemps dj2 les morts vont vite3 il a d tre touch la relve par un clat d'obus444 ,c'est bon4 ,ai-je dit que ma sur m'avait gliss dans une lettre une petite branche de buis1 bnie aux tout derniers ,rameaux8 je l'avais conserve sur moi4 ,j'eus la pense d'en dtacher un brin dj jauni que je fixai la croix funraire2 je n'avais rien d'autre donner4 ,j'arrtai l un instant encore ma pense1 ah6 ma plus profonde pense6--tait-ce l prier8#bb1 et je sortis4 #bb ,je trouve1 dans une lettre que j'adressais ,andr ,g444 7#ag avril7 cet aveu singulier3 ,ai-je pri pour lui8 je le crois bien ou c'est tout comme444 ,dans l'exaltation o je suis1 je suis capable de prier sans croire444 de croire pour les autres1 ne croyant pas pour moi4 ,voici ce que j'appris des compagnons de notre ami1 lorsque je pus les joindre au cantonnement de la dune4 ,c'est par un temps brumeux1 on enfonce au sable jusqu'aux genoux2 chaque pli de la dune est pareil3 on s'gare444 ,je me trane l comme en songe1 haletant vers la vrit444 ,je trouve enfin la baraque en planches des officiers et1 plus insouciante que jamais1 la vie1 qui dj continue4 ,vais-je entrer8 ,ils redescendent des tranches2 ils ont tous leurs membres2 ils sont gais4 ,ils vont prendre du th avec des gteaux2 ils m'invitent et je me fais l'effet leur table d'un croque-mort4 ,combien de minutes et de paroles daigneront-ils donner1 pour me faire plaisir1 une mmoire si chre8 ,ah6 ne les jugeons pas2 comprenons-les4 ,chez eux chaque jour la mort fait brche4 ,hier encore1 l'enseigne de vaisseau ,tarade a eu le bras emport par un #aej4 ,eh bien6 il plaisantait quand mme2 il a refus de partir avant d'avoir tendu l'autre main son lieutenant4 ,cependant survient le commandant ,b4441 haut comme une botte3 il a l'il vif1 la barbe en pointe toute paillete d'argent3 un camarade6 il n'est pas de trop dans la fte444 ,on boit1 on potine1 on plaisante4 ,tout le monde parle la fois et uniquement pour parler4 ,je suis perdu4 ,je prends part le lieutenant ,v444h444 qui fut de notre repas de ,coxyde et tout de suite la mle gravit que j'ai connue reparat sur son franc visage3 je l'aime ainsi4 ,excusez-nous1 dit-il1 de vous avoir tenu dans l'ignorance2 nous n'avions plus tous nos moyens6 ,la chose eut lieu le samedi1 vers dix heures du soir1 avant la relve4 ,il faisait son tour en premire ligne3 il voulait comme d'habitude laisser la tranche bien en ordre4 ,nous avions eu justement1 ce jour-l1 un bouclier arrach par une marmite3 on venait de le rparer4 ,tandis que ,dupouey l'examine1 une balle aveugle tire sur le crneau1 le frappe en plein front et il tombe444 ,il ne reprit pas connaissance et1 comme nous le transportions vers ,nieuport-,ville1 mi-chemin il finit de mourir4 ,quel ami6 quel homme6 quel officier6 ,d'ailleurs1 demandez quiconque4 ,moi1 je l'ai connu de plus prs4 ,trs malade depuis longtemps1 il ne voulut jamais le reconnatre2 du ct de ,dixmude1 je l'ai vu faire tape avec toute sa charge au dos1 sans sourciller444 ,brave comme pas un1 mnager de ses hommes1 point tmraire1 il envisageait tous les risques4 ,mais il avait accept son destin4 ,le lieutenant ,v444h444 n'est pas causeur3 ce qu'il dit est bref1 simple et il le pense4 ,un jeune enseigne ajoute haute voix1 pour nous3 ,c'tait une intelligence d'lite6 ,je n'en obtiens pas plus4 ,mme les plus intimes ont-ils pntr jusqu'au fond1 jusqu' la source de cette force d'me8 ,je qute en vain le mot du prcieux secret4 ,il y a l un aumnier1 petite figure pommele1 joues vermeilles et barbiche brune1 qui semble fin et jovial plutt que saint4 ,c'est du moins mon impression3 comme si ,dieu n'avait pas donn le rire l'homme pour signe de l'innocence du cur6 ,il est trs entour2 dans le tumulte des rpliques1 je perois les taquineries dont les plus jeunes officiers le criblent4 ,toujours mauvaise langue1 monsieur l'aumnier6 ,il rit et se dfend444 ,je voudrais pourtant lui parler3 celui-l doit savoir6 ,enfin on me prsente2 c'est un autre homme qui me rpond4 ,vous tiez ami de ,dupouey8 7ami6444 mon trouble et l'intrt que je lui porte pourraient le faire croire--et l'aumnier le croit4447 ,ah6 monsieur1 quelle perte sur nous6 ,certes1 nous devons le regretter4 ,mais peut-tre vous tonnerai-je si je vous dis que sa mort nous console4 ,quelle perte6 mais quelle mort6 ,quels regrets6 cher ,monsieur1 mais quel exemple6 ,j'ai visit beaucoup de consciences1 c'est mon tat2 j'ai connu beaucoup d'mes et de belles mes2 elles ne sont pas rares chez les marins6 jamais nulle part1 la pareille4 ,dans les derniers mois de sa vie1 j'ai assist1 je puis le dire1 sa transfiguration4 ,il montait chaque jour plus haut444 il acqurait chaque jour un mrite444 ,il ne faisait plus un pas sur la terre1 qui ne l'en dtacht pour l'amener un peu plus prs du ciel4 ,il songeait sans cesse la mort3 il la voyait marcher sa rencontre1 et plus elle approchait1 moins il semblait la redouter4 ,non qu'il la presst de venir6 si impatient qu'il en ft1 il respectait la volont cleste4 ,disons plutt qu'il tait arriv cet tat parfait d'indiffrence o vivre et mourir ne sont qu'un2 il se tenait la disposition de ,dieu4 ,d'un mot3 ,il tait prt4 ,et qui peut se vanter de l'tre8 ,la dernire fois que je l'ai vu1 c'tait avant de partir aux tranches et la ,semaine sainte commenait4 ,nous faisions les cent pas ensemble1 allant1 venant1 prolongeant indfiniment la causerie2 on et dit qu'il ne voulait plus me quitter4 ,il ne cessait pas de parler1 dans une sorte d'exaltation mystique et notez bien que ce n'tait pas de la mort4 ,en entrant dans les ftes anniversaires de l'agonie et de la croix de son ,sauveur1 qu'il allait passer au feu1 dans la boue1 dans l'odeur des cadavres1 il ne songeait qu' ,pques1 la rsurrection1 au retour4 ,il pensait justement rentrer dans la nuit de ,vigile1 entre samedi et dimanche4 ,quelle joie il se promettait3 ,ah6 la belle fte que la fte de ,pques6 s'criait-il4 ,nous la clbrerons ensemble1 n'est-ce pas1 monsieur l'aumnier8 ,et je vous servirai la messe8 ,ce ne sera pas le pre ,x4441 ce sera moi6 ,nous chanterons l',alleluia1 de toute notre voix1 de toute notre me6 ,ah6 que ce sera beau6 ,il me quitta sur ces paroles4 ,l',alleluia1 il devait le chanter au ciel4--,le ,samedi saint1 dix heures1 au moment prcis de rentrer444 ah6 quelle tait sa joie sans doute6 enfin1 il y tait1 il la tenait1 sa fte444 ,mais vous savez ce qu'il advint4 ,aprs un moment de silence1 tandis que mon cur soulev d'admiration et de joie--de joie6--poussait un flot de larmes mes yeux1 l'aumnier ajouta3 ,dans cet instant1 son allgresse tait si forte1 et le don de soi si complet1 rclamait en change une telle fte de ,dieu1 que ,dieu ne put rsister au plaisir de la lui donner toute entire4 ,c'est ainsi1 j'imagine1 qu'il nous le prit4 ,que voulez-vous que mon ravissement objecte8 ,comment ne pas accepter le miracle1 si j'accepte la saintet8444 ,vous me semblez si mu1 reprit l'aumnier1 que je puis vous faire confiance4 ,ce n'est pas violer un secret que de vous lire1 vous1 ce que m'crivait ces jours-ci la compagne de ,dupouey4 ,nous sommes assez haut1 ds maintenant1 pour la comprendre4 ,ils ne faisaient qu'une me dans le mariage3 elle l'admirait comme un saint444 ,voyons6 est-ce qu'on pleure un saint8 ,lisez sa lettre4 ,je la lus fond1 d'un regard avide2 j'en incorporai tout le suc divin#bc444 ,heureux les curs pour qui la mort est le contraire du nant et dont l'amour passe la tombe6444 comme ils renversent toutes nos humaines valeurs6 ,je me rsigne mal celer au lecteur la rvlation seconde qui acheva de mouvoir mon me vers ,dieu444 ,il comprendra3 j'ai promis de me taire4 #bc ,tous deux nous avions fait le sacrifice4 ,quant au petit1 il n'a plus de pre1 il n'a plus rien2 je le remets au ,pre444 7,cit par ,andr ,g444 dans la prface aux ,lettres1 d'aprs une lettre de moi47 ,o faisceau de clarts6 ,il n'y a plus l devant d'esprit fort4 ,l'enthousiasme rompt ses digues4 ,un feu divin ruisselle et on ne lui fait pas sa part4 ,non6 sans dfense ici1 comme on est devant un chef-d'uvre1 on ne peut qu'ouvrir ses yeux et son cur4 ,ainsi qu' ,san-,marco de ,florence nagure1 devant la grande ,crucifixion1 je pleure1 j'adore1 je plie1 par excs de bonheur1 sous l'excs de beaut4 ,voyez-vous1 murmure l'abb1 la vie de tous les jours ne convient pas aux grandes mes2 la vie est par essence chose moyenne2 il faut ces immenses bouleversements pour que l'homme donne sa mesure4 ,qu'ils sont plaindre ceux qui ne sont pas ici avec nous6 ,au creux d'un repli de sable noirtre1 feutr d'alfa et de bruyre1 un bataillon de fusiliers dfile au loin1 musique en tte4 ,ah6 ne parlons pas de douleur1 de regrets1 ni de mort6 ,dans cette surhumaine ivresse qui ne connat plus le pril1 jusqu'o1 ,seigneur1 n'irais-je pas8 ,,chapitre ,,viii ,retour sur l'vnement4 ,analyse rtrospective de mes penses3 logique du cur4 ,la saintet existe2 j'accepte le miracle3 un fait d'amour4 ,antinomie4 ,l'homme ancien et l'homme nouveau4 ,deux anecdotes4 ,penses1 penses444 ,au soir de ma visite1 c'est tout ce que je trouvais crire1 sur les petites feuilles volantes1 que je garde enfermes dans une enveloppe1 et dont le tmoignage immdiat ne m'est pas suspect4 ,faut-il mme appeler penses1 ces aspirations rveuses qui passaient et passaient travers mon cerveau1 comme des nuages que le vent chasse8 ,le sentiment les pousse2 elles gonflent1 foisonnent1 s'chappent2 la raison renonce les modeler#bd444 #bd ,lettre ,andr ,g444 ,pour moi1 je sors de l extasi4 ,j'ai peine en sortir4 ,a deux ans de distance dans la paix du bercail1 s'il ne m'est pas permis de leur donner une figure1 une logique1 de rendre clair ce qui voulait rester obscur1 prcis ce qui flottait sans contours dans l'espace1 conscient ce qui s'ignorait plaisir1 je puis1 tout le moins1 dnombrer un un les faits d'exprience nouvellement acquis sur lesquels mon exaltation travaille1 peser chaque moment1 chaque priptie de l'aventure mystrieuse qui vient1 en moins d'une semaine1 de transporter mon me si loin de son champ familier4 ,du jour de la triste nouvelle au jour de la rvlation1 qu'ai-je appris des autres et sur les autres8 qu'ai-je appris de moi et sur moi8 ,o en tais-je et o en suis-je8 ,voil ce qu'il importe de dmler sans retard1 avant de continuer mon rcit4 ,on se souvient du fol excs de ma tristesse quand je reois le premier choc4 ,dupouey est donc mort sans que je le revoie6 ,non1 ni mon affection fraternelle pour ,andr ,g444 par qui je le connus1 ni le regret d'interrompre si tt des relations d'amiti peine noues1 ni mon motion devant un fils de ,france1 un de plus1 mort l'ennemi1 ne suffisent expliquer que je pleure cet homme avec les mmes larmes que ma mre444 ,tel est pourtant le fait initial4 ,le second n'est pas moins trange3 je laisse ma douleur dmesure toute licence1 je n'en suis pas mme tonn4 ,n'est-ce pas que je pressens obscurment quelle fut cette mort et qui je viens de perdre8 ,et ne dirait-on pas que j'ai la certitude de la prochaine justification de mon transport8 ,c'est bien cela que je m'en vais chercher au camp des dunes3 le rcit d'une fin ncessairement admirable1 le secret d'un cur de hros4 ,il semble que ce beau visage dont le souvenir me devient plus doux et plus frappant que n'tait mme sa prsence1 rayonne dsormais d'un clat surhumain4 parse dans mes pleurs il y a de la joie444 ,quelle rvlation suprme appelle irrsistiblement mon cur8 ,la ralit est plus simple4 ,si je me suis mont la tte1 il faudra en rabattre4 ,voici ce qu'il en est4 ,dupouey est mort en soldat1 mais sans panache1 pour ainsi dire sans faits d'armes4 ,et non pas l'assaut1 bravant pour entraner ses hommes la faux de la mitraille et le barrage des obus444 ,non pas mme dans le corps corps d'une patrouille aventureuse ou d'un tnbreux coup de main6 ,sans attaquer1 sans se dfendre4 ,derrire un bouclier1 dans le simple exercice de son devoir quotidien de chef4 ,il est mort d'accident1 en somme1 obscurment1 d'une mort qui n'ajoute rien sa vie1 rien au ,de ,viris de la grande guerre3 elle reste en de de ce que j'ai rv444 ,pensez-vous que je m'en contente8 ,non1 non6 je sais que je ne sais pas tout4 ,mon culte ne dsarme pas2 ma foi s'obstine4 ,je veux le mot de cette mort1 de cette vie1 et je l'aurai4 ,on sait comment l'aumnier me le livre1 on sait quel est ce mot4 ,le mot est ,saintet4 ,quoi que j'en aie1 je dois l'entendre4 ,ah6 ,dieu le sait1 si je souponnais un trs haut mystre derrire ces yeux clairs qui regardaient si loin1 je ne lui donnais pas de nom et celui-l moins qu'aucun autre4 ,j'ignorais mme la religion de notre ami2 j'ignorais mme qu'il ft de cur religieux444 ,n'avais-je pas salu en lui un esprit libre1 parl son propos d'un dilettantisme suprieur8444 ,mais songer la saintet6 ,dans mon paradis la ,carlyle1 je n'avais pas prvu les saints3 les hros de la ,vie les laissaient la porte4 ,sans nier cependant que1 dans certaines conditions1 elle pt clore en ce monde1 je repoussais la saintet au fond des ges4 ,a travers ,giotto et ,angelico qui m'avaient entr'ouvert furtivement le ciel1 travers l'art mdival1 elle m'apparaissait comme une valeur rvolue1 sans attache avec notre temps1 cent fois plus inimaginable que cette beaut hellnique dont un moderne athlte peut la rigueur tmoigner4 ,j'acceptais et je respectais le chrtien1 mais mon saint tait le stoque4 ,j'admirais passionnment tous les excs de l'amour et du sacrifice1 mais sur terre1 dans l'ordre humain4 ,devant la rvlation de l'ineffable1 je vais1 vous semble-t-il1 tre du1 tout le moins dconcert4 ,que dites-vous8 ,saisi1 transport au contraire1 dpass dans mon esprance444 ,j'attendais tout4 ,je n'attendais pas tant1 faute de concevoir un idal plus grand que l'homme6 ,mon me est ce point comble de ce qu'elle ignorait hier1 qu'en vrit aucune autre rponse n'et suffi la contenter4 ,elle plane1 elle s'envole et sans abdiquer sa raison4 ,car1 voyez ce que c'est6 ,mme la raison trouve ici son compte4 ,j'ai connu un saint1 j'ai pleur un saint et tout s'explique justement par sa saintet3 le prestige de ,dupouey1 ma timidit devant lui1 mes pleurs tranges quand il meurt1 ma certitude intime de sa gloire1 tous mes pressentiments d'hier et toute ma joie d'aujourd'hui4 ,je tiens le mot sacr1 la cl unique4 ,ainsi1 mon horizon trop born se desserre4 ,ainsi sur le haut lieu o le meilleur de moi a coutume de se prosterner1 sur le haut lieu o l'on admire1 un nouveau temple resplendit1 portes bantes4 ,a ct du temple de l',art et des chefs-d'uvre1 ct du temple de l',hrosme et des sublimes actions1 le temple de la ,saintet4 ,un saint l'habite4 ,un saint que j'ai connu1 que j'ai pleur4 ,c'tait hier un homme de chair et d'os comme vous et moi4 ,comment douterai-je8 ,et je n'ai pas puis tout l'vnement6 ,ce saint est mort en saint1 et non pas seulement dans le don de soi et dans la prire1 7car jamais l'un ni l'autre ne chmaient chez lui74 ,en saint3 avec tout l'appareil mystique qui convient pareille mort4 ,en saint3 une heure choisie1 selon le choix de son me et de ,dieu4 ,derrire un mur de sacs terre1 sous le couvert de la plus sombre nuit1 la veille de la fte pascale vers quoi tendait son allgresse1 il se prsente un instant au crneau1 un seul instant--et la petite balle dcisive1 point nomm1 vole au-devant de son dsir4 ,concidence1 direz-vous4 ,mon cur1 sans hsiter1 vous rpond3 ,providence4 ,mon adhsion enthousiaste ne saurait plus s'arrter en chemin4 ,loin de m'achopper au miracle1 en acceptant la saintet1 j'en accepte1 j'en exige les consquences et tous les privilges surhumains2 avec le fait de l'me sainte1 le fait du dessein providentiel2 ils sont lis3 le mrite la sanction et la prire la rponse4--,vous me demandez si1 vraiment1 j'y crois8 ,mon cur sait ce qu'il fait en l'occurrence3 il dfend son bien1 rien de moins1 sa joie1 son merveillement4 ,convenez-en6 sans l'intervention de ,dieu1 le conte incroyable1 mais vridique que la vie mme me propose1 reste en suspens1 inachev1 absurde4 ,sans ,dieu1 mon saint n'est plus qu'un fou1 sa foi qu'illusion1 sa saintet qu'garement444 ,qu'ai-je faire de ces nues8 ,le plus petit soupon d'erreur ruine l'admiration que je ressens1 avec mon amour sans objet que soudain la piti remplace444 ,mon amour n'est pas pitoyable1 mais exalt2 son exaltation persiste4 ,dans ce cas1 il lui faut la merveille complte3 oui1 un vrai saint1 un vrai miracle1 et un pome qui s'achve1 toutes parties harmonises1 au sein de ,dieu qui l'a conu4 ,voulez-vous briser le chef-d'uvre o ,dieu et l'homme collaborent8 dtruisez d'abord le fait de mon cur4 ,ainsi depuis la premire heure1 le sentiment a men mes penses4 ,ma volont n'y est pour rien4 ,il fait la loi4 ,par le dtour d'un miraculeux labyrinthe1 il est le fil qui me conduit au but4 ,je me sens perdu quand ma main le quitte4 ,il est l'appel silencieux1 mais fort comme l'aimant1 auquel on ne peut rsister4 ,il est la pierre d'angle qui supporte tout l'difice4 ,fait d'amour1 de grce ou de foi1 qu'on le nomme comme on voudra1 un fait1 qui prte sa ralit tous les autres4 ,n en moi et matre de moi1 une ncessit1 mais aussi une ivresse1 il me montre la saintet1 me fait assister au miracle1 me transporte sans transition dans un monde o je me sens bien et qui n'est pas le monde auquel j'avais vou toute ma vie4 ,voil le nouveau trsor que je serre2 vous ne me le reprendrez point4 99 99 99 99 99 ,celui-ci me dira3 ,je reconnais l le pote toujours prt s'prendre1 s'enivrer de tout4 ,mais il se dprend aussi vite3 c'est la toquade d'un moment4 ,je jurerais que la vtre n'aura pas de suite4 ,et celui-l3 ,je vous attends au retour de ce beau voyage1 toutes fumes clestes dissipes1 quand vous recouvrerez l'usage de votre raison4 ,vous tcherez de vous excuser auprs d'elle en accusant votre impressionnable cur4 ,mais son jugement vous sera svre4 ,vous classerez la chose en bonne place--une pice de plus dans vos collections--et passerez d'autres aventures2 si vous n'en tirez un livre1 romancier6 ,eh bien6 l'un et autre se trompent4 ,quant au troisime qui s'crie3 ,miracle1 vous croyez6 il fait erreur galement4 ,a ce dtour de mon chemin mystique1 l'homme de la veille est en pleine vie1 l'homme du lendemain tout juste n4 ,lorsque je me retrouve dans la salle de ferme o va reprendre mon traintrain semi-guerrier1 je suis enrichi1 non chang et les deux hommes cohabitent4 ,sans se gner1 sans se combattre1 ils vont cohabiter longtemps4 ,ma conscience endolorie se refuse intervenir pour les opposer l'un l'autre1 pour sacrifier l'un l'autre1 pour choisir dlibrment entre les habitudes et les nouveauts de mon cur4 ,ni mon transport ne faiblira1 ni ma raison ne fera grise mine2 je ne songe pas davantage confesser la foi du capitaine ,dupouey4 ,expliquez comme il vous plaira ce paradoxe3 je crois pour lui1 je ne crois pas pour moi4 ,mes notes me font me souvenir que1 ds le lendemain1 je racontai la merveilleuse histoire au lieutenant ,d4441 mon ami1 qui vint des batteries me visiter4 ,nous causions en marchant1 selon notre douce habitude1 dans la direction de la ferme o mne une belle alle de htres2 les arbres sont si rares dans le pays6 ,pour la premire fois1 je parlais un peu son langage2 il me sembla touch1 mais la guerre l'accaparait4 ,je relve au cours de la causerie deux traits qui donneront ide de la confusion de mes sentiments et de mes penses1 de la persistance de mes erreurs4 ,a peine achev-je1 les larmes aux yeux1 le rcit de mon aventure1 que me voici saisi d'une indignation444 comment dire8444 laque1 en entendant le mot affreux que ,d444 avec tristesse me rapporte3 ,aprs la guerre8 il n'y aura rien de chang444 ,nos jeunes gens1 tous des chenapans444 levs par l'instituteur6 ,c'est un officier suprieur qui parle4 ,il a grand tort de gnraliser2 mais dans l'ordre de la morale1 du patriotisme1 de la religion1 il ne se trompe qu' demi3 chez nous1 le mal primaire est grave444 ,pour moi1 mon sang ne fait qu'un tour3 ,des chenapans6 mme ceux qui donnent leur vie cette heure8 ,qui a dit cela8 ,je le hais4 ,l'autre mot n'est pas de moindre porte1 quant l'accueil que je lui fis4 ,c'est la rponse d'un capitaine de vaisseau un de ses hommes qui1 aux caves de ,nieuport-,ville1 vient de dcouvrir un magot3 ,comment1 tu as trouv cinq mille francs en or444 et tu me les rapportes8 ,notez qu'il ne le dit pas par plaisanterie et que lui-mme et tout gard1 en s'en vantant444 ,eh bien6 tandis que ,d444 se scandalise1 moi je souris2 incapable sans doute1 de m'adjuger le bien d'autrui1 je me sens plutt amus et flatt dans mon anarchisme3 je n'ai pas encore reni mes mauvais dieux4 ,malgr les nouveaux espoirs qui se forment1 le fond est demeur paen4 ,oui1 je continue de me plaire tout ce que m'offre le monde de permis et de dfendu2 la question du pch n'effleure pas ma joie444 ,pourtant1 je m'endormirai chaque soir1 dans la pense de l'assomption de notre ami4 ,,chapitre ,,ix ,l'affaire des gaz ,langemarck 7avril74 ,notre angoisse4 ,prsence obsdante du saint4 ,le ct esthtique de l'aventure4 ,nouvelle figure de ,dupouey4 ,le conte bleu de notre rencontre4 ,je crois pour lui1 sans croire encore pour moi4 ,j'cris ,adieu4 ,nouvelle attitude devant la mort4 ,l'intercesseur4 ,j'cris ,recours4 ,on a tir toute la nuit4 ,les ,belges auraient perdu une tranche4 ,il y a un bless chez nous4 ,on sent de tous cts une nervosit insolite4 ,au pont du ,plican qui est voisin de ,nieuport-,ville1 joyeux dner avec toutes sortes de chansons4 ,a la clart intermittente des lueurs de dpart et des fuses bleutres1 en se heurtant aux troupes de relve1 on s'en revient mystrieusement4 ,c'est le #bb avril4 ,nous entrons dans un temps d'alerte4 ,le canon du sud lve la voix4 ,de toutes leurs inventions1 nos ennemis dchanent la plus diabolique4 ,pour la premire fois le gaz empoisonn s'avance1 coulant ras de terre et surprenant ,franais1 ,belges1 ,canadiens1 dans l'innocence de leur loyaut4 ,le front est perc1 ,langemarck est pris1 l'ennemi atteint le bord du canal1 rafle des hommes et des pices444 ,s'il passe1 tout le dispositif du front nord1 dont nous tenons l'extrme gauche1 va s'crouler4 ,l'arme d'aile1 la ntre1 coupe du gros1 risque d'tre cerne3 elle n'aura plus qu' choisir1 ou de se rendre ou d'tre jete la mer4 ,une de nos batteries a t dpche au point critique1 les zouaves de la dune aussi4 ,par contre-coup1 notre secteur s'agite4 ,les nouvelles prcises et contrles sont rares4 ,notre commandant semble soucieux3 il ne nous cache pas que la situation est grave4 ,deux soirs de suite1 nous sommes alerts1 en tenue de route1 les hommes en selle4 ,comme le cur bat6 ,mais on ne part point4--,j'ai entendu souvent1 en ces trois ans de guerre1 le tonnerre lointain des grandes offensives1 des grandes dfensives1--celles dont1 notre regret1 nous n'tions point4 ,il est moins angoissant de prs1 au cur mme de la bataille4 ,a distance1 on le suit dans ses lans soudains1 dans ses pauses1 dans ses reprises1 ou dans sa sourde continuit1 comme un pome symphonique dont on ne connat pas le sens4 ,sonne-t-il notre victoire ou notre chec1 notre avance ou notre recul1 notre joie ou notre dsastre8 ,ah6 celui-ci qui1 nuit et jour1 retentissait notre droite1 sur le champ sans obstacle de la plaine flamande1 nul d'entre nous ne l'oubliera4 ,car il tenait nuit et jour en veil1 non pas seulement l'anxit et l'espoir de ,france1 communs alors tous les curs1 mais1 par surcrot1 une angoisse toute personnelle3 le salut de l'arme de ,flandre tait en jeu4--,comme un clou chasse l'autre1 cette motion de premier plan a pris dans mon souci toute la place4 ,sitt le coup par1 mon cur l'oublie2 on oublie si vite la guerre6 c'est ce qui permet de durer4 ,le souvenir de ,dupouey1 lui1 ne passera pas2 je le retrouve aprs l'alerte1 plus vivace1 plus occupant1 plus indiscret4 ,qu'on ne s'y trompe pas1 il n'est point ma seule pense2 je continue de lire1 d'crire1 d'observer1 de remplir mes devoirs d'tat1 de cultiver mes amitis et mes camaraderies1 de bavarder1 de rire1 de ressentir passionnment les horreurs et les hrosmes qui m'entourent et de tout rapporter au drame national1 que dis-je universel1 dont je ne laisse point passer l'incident le plus ngligeable4 ,mais dans la complexit de la symphonie1 entremlant ses grandes lignes mlodiques1 les surchargeant de variations1 imaginez la basse une note1 rpte chaque mesure1 qui fait sentir tout le long du morceau1 sa prsence sourde1 obstine2 on trouve cela dans certaines pices de ,chopin4 ,ainsi sous toutes mes penses1 avec la pense de la ,france1 chante et s'impose la plus grave4 ,quand je croirai ne pas l'entendre1 sa persistance mme l'ayant fait oublier1 elle ne se sera point tue4 ,elle veille et maintient sous les broderies une fixe tonalit1 en attendant de monter par degrs et d'entrer dans le chant pour couvrir toutes les parties4 ,c'est dessein que je me sers ici d'une comparaison musicale3 nous demeurons1 je le rpte1 dans l'ordre informul du sentiment--et aussi dans le plan de l'art4 ,car1 je n'ai point le cacher 7pourquoi la grce ne nous prendrait-elle pas par notre faible87 dans mon cas personnel1 le point de vue esthtique a gard ses droits4 ,je me trouve ml une histoire merveilleuse qui peu peu prend forme de pome3 une uvre d'art1 non plus enferme1 dessche dans le cercueil des mots1 du marbre1 de la couleur ou des sons1 mais modele dans la substance palpitante de la vie1 mme l'homme1 en pleine chair4--,si je m'agenouille devant un livre1 une statue ou un tableau1 devant le chef-d'uvre anim1 que ferai-je8 ,je le considre sous toutes ses faces3 je tourne autour de lui sans m'en rassasier2 je l'enveloppe de mon respect et de ma joie2 tous mes besoins inconscients s'en vont lui et y sont contents4 ,le capitaine est l4 ,la haute figure morale que sa mort m'a tardivement rvle1 claire le visage humain que j'aurai peine entrevu4 ,ah6 comme je m'en veux de ne l'avoir pas assez regard1 assez cout1 assez frquent6 ,je ne sais mme pas la couleur de ses yeux4 ,je les vois cependant4 ,ils rayonnaient d'une surprenante clart1 d'une radieuse certitude4 ,je comprends mieux l'affirmation de ses traits o n'entrait aucune mollesse2 l'affirmation de ses gestes1 souples mais surtout dcids2 de son front et de sa carrure2 l'affirmation de sa voix1 pourtant si chantante2 de ses mots444 et comme j'ai peur d'en avoir laiss perdre un seul6 ,tout ce qui me reste de lui1 tout ce que j'ai retenu au passage1 ma mmoire exalte en ressasse le souvenir4 ,oui1 la moindre de ses paroles prend un sens profond1 absolu4 ,le personnage se dessine dans sa ralit sublime4 ,o noble ami1 comment l'ai-je cru dtach8 ,il ne l'tait que de la terre1 et non par scepticisme1 mais bien par assurance de la vrit qu'il tenait4 ,je n'en doute plus maintenant3 dans ce pauvre change incomplet1 o nous nous ignorions l'un l'autre1 se fondait entre nous une amiti vritable4 ,je n'ai pas connu mon bonheur et je n'en ai pas profit444--,quels regrets6444 et pourtant1 ce que j'ai reu me contente4 ,pouvais-je esprer davantage8 ,ce que j'ai reu est sans prix4 ,ah6 revivons l'idylle hroque de notre rencontre1 visiblement prmdite par ,dieu6 ,depuis dix ans1 j'aurais pu le connatre3 c'est en guerrier qu'il m'apparat1 au fate mme de sa courbe4 ,songez6 un matin de bataille1 au point le plus tendu de mon motion1 il est l6--,je veux l'aborder de plus prs3 nous avons loisir de causer ensemble4 ,il se retire dans une sorte de mystre4 ,il sera dit que je ne l'aurai qu'effleur4--,sa mort mme1 quinze jours me restera cache4 ,mais1 disparu1 il me rapparat plus proche4 ,quand je l'ai perdu1 je le trouve1 et je le trouve tout entier4 ,la mort a fix son image3 ,dieu me la livre en son achvement parfait4--,quelle conomie de moyens6 quelle progression6 quel rythme6 ,le hasard n'a pas de ces russites4 ,penser que dans ce conte bleu1 sublime et vrai1 j'aurai tenu le moindre rle1 certes1 mais un rle444 ,oh6 le surprenant privilge6 ,j'en suis ivre1 fier1 bloui444 ,voil le thme quotidien de mes rveries4 ,chaque regard jet sur un pass rcent renforce en moi la ralit du miracle1 m'enfonce dans mon paradoxe1 aveuglment1 allgrement4 ,rptons-le1 je crois pour ,dupouey1 sans croire encore pour moi-mme3 je rebtis son usage un ciel4 ,plus que cela1 me dira-t-on1 c'est l'difice catholique1 dont vous aviez tout jet bas1 que vous restaurez pour un homme4 ,souponnez-vous au moins o votre sympathie vous mne8 sur quel chemin vous-mme vous vous engagez8--,je ne me le demande pas4 ,mon amiti se refuse admettre qu'en vain1 au del de la tombe1 ,dupouey ait cherch son ,dieu4 ,j'exige pour lui cette joie1 je l'imagine444 je l'pouse444 ,les contradictions de mon cas ne tourmentent point ma logique4 ,il s'lucidera sans elle1 par la force du sentiment4--,aux premiers jours de ,mai1 celui-ci me dicte un petit pome1 qu' titre explicatif je me permettrai de citer4 ,,adieu ,notre amiti naissait si pleine1 ,ami d'un jour1 mais de quel jour6 ,vous n'tes plus3 le don suprme ,vous l'avez fait votre tour4 ,je vous vois descendre aux tranches1 ,calme et fier1 ferme autant que doux2 ,dj vous ramassiez en vous ,tout votre lan pour l'envole4 ,ce sera mon plus beau voyage1 ,me disiez-vous gaiement3 ,vous sembliez inconscient ,du risque et de votre courage4 ,la jeunesse alerte de vos marins1 ,la petite ville tout en dcombres1 ,l'eau qui sent la mort et l'embrun1 ,la dune et le souffle des bombes4 ,quel pome6 ,n'aimiez-vous pas ,trop ces pauvres chambres blesses ,d'o l'me innocente s'en va ,comme une hirondelle chasse8 ,non6 vous tiez grave1 point triste ,de voir mourir1 ,et vous mliez au sacrifice ,tant de dsir6444 ,voici la mort1 voici la vie3 ,vous ne choisissez pas1 vous marchez ,devant vous1 sans rien prfrer1 ,pour le salut de la patrie4 ,que s'il tarde1 au fate des cieux ,vous irez forcer la victoire ,et vous la recevrez de ,dieu1 ,au matin mme de sa gloire4 ,miracle de la guerre6 nommez-le1 ,l',ange voil qui vous inspire ,l',esprit qui souffle ce dlire ,dont me voici tout envieux4 ,je croirai pour vous1 si je ne puis croire ,pour moi1 misrable paen2 ,il vous faut un tombeau moins vain ,que notre mortelle mmoire4 ,pques dans le ciel6 et soit6 ,puisque vous y tes4 ,mon me incertaine a soif ,du ,dieu qui vous fte4 ,en songeant vous1 je sens ,me pousser des ailes2 ,dans le suave ouragan ,des joies ternelles ,j'entre444 ,et je vous tends les mains1 ,et je veux un lendemain ,a notre belle rencontre --,et la vie ne m'est plus de rien444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,j'aime la vie1 mais je sais ,qu'il y a plus beau que de vivre1 ,c'est de la perdre sans regret ,pour mieux survivre4 ,j'aime la terre1 mais1 ami1 ,il y a plus beau que la terre1 ,puisque vous en tes parti1 ,l'me plus claire4 ,dites-moi que votre me morte1 ,n'est morte qu' nos douleurs6 ,montrez-moi l',ange rieur ,qui vous attendait sur la porte4 ,dites3 je suis heureux1 j'ai vu4 ,dites3 le ,fils m'est apparu4 ,dites3 ,a la droite du ,pre444 ,je ne pourrais plus soutenir ,le miraculeux souvenir ,de votre regard1 mon frre1 ,si je savais qu'il s'est teint ,ds avant le petit matin ,sans avoir touch la ,lumire4 #c mai #aiae4 ,ce morceau1 ruisselant du cur1 dit peut-tre mal ce qu'il dit1 mais il dit tout et il faut le prendre la lettre3 dans ses affirmations1 dans ses aspirations1 dans ses insolubles antinomies4 ,il atteste un tat lyrique qui est dj religieux4 ,emport dans ce vent nouveau1 vais-je courir en hte l'initiation du ,christ1 aborder l'examen des ,dogmes1 feuilleter les ,livres8 ,mais non1 je ne fais pas un seul geste pour m'clairer3 cela ne me vient pas1 comme on dit1 l'ide4 ,inconsciemment1 je compte sur la grce et laisse faire ,celui qui est le matre de nos actes1 auquel je ne rends point hommage1 mais que dj je ne songe plus nier4 ,l'vnement qui m'a port me porte encore2 il continuera1 j'en suis sr4 99 99 99 99 99 ,si je reste le mme dans le courant des jours1 il est1 en guerre1 certaines circonstances pressantes o je serai bien contraint de changer4 ,pareil devant la vie1 soit6 ,devant la mort1 est-ce possible8 ,je ne puis l'affronter avec la mme inconscience4 ,elle n'est dj plus le gouffre de mystre o tout l'tre s'abme1 s'abandonne1 renonce4 ,je sais qu'au del de la tombe1 ,dupouey a trouv une vie et des splendeurs4 ,qu'elles ne soient pas pour moi qui ne sais pas les mriter1 n'importe6 ,elles sont1 puisqu'elles sont pour lui4 ,cette immortalit que me voilaient l'clat du monde et la joie immodre de mes yeux1 que mon cur pressentait et appelait lui-mme1 quand1 tourn vers mes disparus1 il rclamait3 ,piti6 pour les morts de la guerre444 cette immortalit prend corps4 ,je n'entre plus dans une impasse1 un rayonnement perce la paroi4 ,le pas saut1 rien n'est fini3 on ne s'arrte point1 on s'engage aussitt sur une autre route4 ,comme on y sera seul6 comme on s'y sentira perdu6444 ,de grce1 un intercesseur et un guide6 ,mon ,dieu6 qui m'en remettrai-je si je ne m'en remets au saint qui vit l-haut1 ma seule amiti supraterrestre1 le seul tre qui me rponde de la ralit de l'au-del8 ,puisqu'il ne s'agit plus de fin et de nant1 devant la porte de la mort1 je sens monter en moi je ne sais pas quel trouble1 tout irradiant d'esprance444 ,dsormais je ne courrai plus le moindre risque1 sans suspendre mes yeux la vision lumineuse de notre bienheureux ami au ciel4 ,je dois me citer encore une fois4 ,on m'en excusera1 ce ne sera pas la dernire4 ,a cette poque de ma vie1 je n'ai pas loisir de m'analyser1 je me chante3 c'est dans mes pomes qu'il faut me chercher4 ,ainsi1 aprs l',adieu que l'on a lu1 j'crivis aussi ce ,recours3 ,ami1 vous tes ma pense3 ,lorsque le danger m'entr'ouvre la route1 ,je vous y suis1 ,et c'est votre image qui luit ,au ciel que j'aime et dont je doute4 ,ami1 vous tes ma dure ,et lorsque mon me dfaille1 au bord ,du fleuve dont l'onde ternelle ,entrane en silence mes frres morts1 ,elle sent la vtre immortelle4 ,ami1 vous tes mon courage ,dans le moment de tremblement1 ,o l'homme lui-mme se ment ,qui se dit brave1 ,dans le moment de renoncer ,a ce que la main peut serrer ,et de tter l'insaisissable4 ,ami1 vous tes mon sourire ,a l'heure des larmes d'angoisse3 ,je vous entends1 extasi1 ,me dire3 ,oh6 vas-tu balancer ,entre ce monde et tout l'espace8 ,ami1 vous tes le reflet ,de ,dieu dans mon me terrestre3 ,je vous garde1 comme un secret1 ,comme un talisman1 ,comme une promesse6 ,ce que de vous j'attends ,le sais-je8 ,attendrais-je ,si je le savais8 ,ami1 vous tes mon attente1 ,mon recours et ma dernire heure3 ,je l'ai trop peu mrit1 ce bonheur ,qui m'inquite et qui me tente2 ,la pense du vtre est douce et mon cur1 ,ami1 s'en contente4 ,ami1 le peu que j'ai de foi ,je vous l'offre1 priez pour moi4 #g mai #aiae4 ,j'ai vcu longtemps sur ces deux pomes et j'y attachais un grand prix4 ,c'tait mon testament mtaphysique en cas d'improbable accident4 ,ils devaient rpondre de moi1 peut-tre devant ,dieu1 certainement devant les hommes4 ,je faillis1 un soir de danger1 les envoyer ,andr ,g4441 pour qu'il n'ignort pas quel changement s'tait opr dans mon me4 ,ils valent ce qu'ils valent4 ,mais je le dis1 jamais cri plus sincre1 plus spontan1 plus impossible contenir1 n'tait sorti de moi4 ,c'est pour cela que je les aime4 ,,chapitre ,x ,une lettre de la villa ,clmence4 ,je rponds4 ,textes sacrs de l'image mortuaire4 ,le printemps dans les ruines de ,ramscapelle4 ,contre-coup de l'offensive d',artois 7#i mai74 ,attaque de ,w1 de l',union1 des fermes ,terstyl et ,violette4 ,seconde lettre4 ,pierre prie pour moi4 ,grand bouillonnement de l't4 ,anniversaire de mon deuil 7#ac juillet74 ,le don de soi suffit4 ,seconde lettre de rponse4 ,mon paradis4 ,adieu aux ,flandres 7aot74 ,la grande patience de ,dieu4 ,entre temps1 j'ai crit nos amis communs1 la messagre de la nouvelle1 ,andr ,g444 qui fut notre intermdiaire et sans lequel rien ne se ft pass4 ,par eux1 la femme de notre saint ami a connu mon enthousiasme4 ,je respectais trop son silence pour m'adresser directement elle1 malgr tout le dsir que j'en avais4 ,c'est elle qui m'crira la premire1 pour me remercier6 ,dupouey1 dans une lettre1 parle de la paix de ,clmence4 ,ainsi s'appelait la villa1 petite et humble1 qui abrita le saint bonheur d'un mnage selon le ,christ1 dans un faubourg populeux de ,toulon1 en haut d'un raidillon austre4 ,derrire elle1 la haute montagne de pierre grise1 tache de sombre vert2 devant elle1 la mer brillante1 forte en couleur1 lourde et profonde1 qu'on dcouvre de la terrasse3 l dormait le petit enfant l'ombre de ces mimosas1 o chantait fidlement tous les ts le mme rossignol4 ,coin retir1 silencieux et tendre2 j'y suis all pleriner hier4 ,l aussi1 entre les deux piliers de cette porte1 sur l'un desquels1 mon passage1 un beau chat se pelotonnait au soleil1 le malheur un jour est entr2 je dis malheur pour parler le commun langage444 ,de l me viennent1 prvenant mon souhait1 ces lignes confiantes et rserves4 ,elles rappellent le joyeux djeuner de ,coxyde2 elles fondent en actions de grces pour quatre annes de mariage qui couvriront de leur bndiction toutes les annes de veuvage venir2 elles demandent au saint hros qu'il prie pour moi1 pauvre incrdule4 ,c'tait une me lumineuse et haute4 ,aucune parole assez pure ne saurait peindre la srnit et le dtachement de son cur444 ,ainsi je pensais rester seul ou presque seul avec mon souvenir vivant1 condamn garder pour moi le secret que scellaient mes lvres4 ,une voix me rpond3 la voix la moins indiffrente l'ami que je pleure et son salut ternel6 ,bouleversement1 soulagement2 les deux ensemble4 ,de quelle ardeur vainement bride je rponds6 ,je dis tout1 je ne puis rien taire3 mon amiti posthume ignorante de ses raisons1 irrsistible2 la couleur de songe1 de conte1 de miracle que la rencontre prend dans ma mmoire4 ,j'aurai connu un homme qui dpassait l'homme6 ,ces vers que personne n'a lus1 l'pouse de ,dupouey sera la premire les lire4 ,elle y verra 7je cite7 le tourment de mon me4 ,je n'ai pas le bonheur de croire1 mais ,dupouey a fait ce miracle qu'il m'a dj rouvert les portes de la foi4 ,je crois passionnment son ternit et sa glorification cleste4 ,je communique avec lui1 et par lui1 avec un au-del qui se prcise mal encore1 que mon esprit ne ralise pas ainsi que le voudrait mon cur1 selon ce qui nous est enseign4 ,mais de cette espce de grce1 incomplte et dj si douce1 je voue une reconnaissance mue au cher grand ,dupouey4 ,ainsi me laissai-je aller la confidence de mon prcieux et vague secret444 ,quant la petite image mortuaire que contenait la lettre je la garde prcieusement4 ,recopions les beaux textes qui l'accompagnent et que sur le moment j'ai trop peu mdits4 ,ils me prcisaient trop mon but1 sans doute4 ,je n'y puisais qu'une chaleur abstraite et sans effet4 ,magnificat anima mea ,dominum et exsultavit spiritus meus in ,deo salutari meo4 ,auxilium nostrum in nomine ,domini qui fecit caelum et terram4 ,pretiosa in conspectu ,domini mors sanctorum ejus4 7,ps4 #aae74 ,dirupisti vincula mea3 tibi sacrificabo hostiam laudis et nomen ,domini invocabo4 7,ps4 #aae74 ,quoniam melior est misericordia tua super vitas1 labia mea laudabunt te4 7,ps4 #fb74 ,os meum aperui1 et attraxi spiritum3 quia tua mandata desiderabam4 7,ps4 #aah74 ,aspice in me1 et miserere mei secundum judicium diligentium nomen tuum4 7,ps4 #aah74 ,mihi autem adhaerere ,deo bonum est1 ponere in ,domino ,deo spem meam4 7,ps4 #gb74 ,dominus illuminatio mea et salus mea3 quem timebo8 7,ps4 #bf74 ,credo videre bona ,domini in terra viventium4 7,ps4 #bf74 ,sit nomen ,domini benedictum ex hoc nunc1 et usque in saeculum4 7,ps4 #aab74 ,jesu1 spes pnitentibus1 ,quam pius es petentibus6 ,quam bonus te quaerentibus6 ,sed quid invenientibus6 7,hymne3 ,jesu dulcis memoria47 ,sursum corda6 ,laus tibi1 ,christe4 ,en tout cela1 pas un mot de tristesse4 ,dans la prsence du ,seigneur de quel prix est la mort de ,saints6 ,que vous tes bon ceux qui vous cherchent1 et combien ceux qui vous trouvent6--,jsus6 je vous cherchais encore1 mais comme quelqu'un qui trouvera4 ,lentement1 lentement1 il fallait carter tant de folles herbes pour dcouvrir le droit sentier444 99 99 99 99 99 ,ce mois de ,mai eut des jours merveilleux4 ,ai-je song que c'tait le mois de ,marie8 ,les saules passaient par toutes les nuances4 ,les arbres fruitiers1 dans les vergers de ,furnes1 treignaient doucement le clocher de ,sainte-,walburge4 ,nous avions perdu quelques hommes4 ,au cimetire de ,coxyde1 j'assistai l'enterrement du lieutenant de vaisseau ,illiou1 salu par les fortes paroles du commandant de ,k444 qui appelait ses marins3 mes garons4 ,il tait d',illiou le mot dlicat et splendide que m'avait cit ,dupouey1 celui du march avec ,dieu4 ,l'abb ,p444 le rvle en chaire4 ,ah6 combien j'en suis remu6 ,un saint de plus au paradis4 ,ineffable printemps4 ,la mort mme transfigure1 dans l'abondance et la clart des floraisons4 ,je me souviens d'un soir1 ,ramscapelle1 dans les petits jardins que leurs murs crouls faisaient communiquer entre eux2 un lilas violet1 insolent de fcondit1 des girofles jaunes et brunes1 enchantaient ce coin de ruines1 o presque plus un pignon ne restait debout4 ,chambres vides1 papiers dteints4 ,sur la place1 un arbre superbe1 dracin par un obus1 s'appuyait de l'paule contre un vieux mur4 ,la tour de l'glise et son porche formaient une montagne blanche de pltras2 les arcades intrieures ne soutenaient plus que le ciel et se dcoupaient au soleil couchant1 avec une grce plus dessine4 ,un saint de bois1 violemment peint1 restait paisible dans sa niche4 ,les spultures du cimetire massacres1 ouvraient sous les morceaux de marbre1 des trous noirs4 ,le ,christ1 enfin1 arrach de cette croix sombre reste seule debout sur la plaine inonde1 reposait mme le sol1 blme et froid1 les bras tendus4 ,il partageait le sort commun de nos soldats4 ,mais la lumire tait si belle1 dans le ciel immense et dans l'eau6 ,a dner1 dans le bas gourbi du capitaine ,l4441 on ne cessait de chanter et de rire4 ,la grande offensive d',artois tait en cours4 ,autre occasion de tremblement4 ,on sait qu'en face de ,souchez le front faillit tre perc2 il s'en fallut d'un peu d'audace4 ,nous avions mission entre ,nieuport-,ville et ,pervyse d'excuter une action diversive1 toute locale1 mais pleine d'alas4 ,les marins devaient prendre l'ouvrage ,w1 la ferme de l',union1 le pont aussi peut-tre3 les ,belges leur droite avaient pour objectif la ferme ,terstyl et la ferme ,violette1 lots de ruines fortifies1 mergeant peine de l'eau4 ,ici et l1 bataille dans un lac1 sillonn de vagues chemins et de passerelles branlantes4 ,le matin mme1 c'tait le #h1 les ,boches1 dbouchant de ,lombaertzyde1 essayrent de nous prvenir4 ,l'affaire n'en eut pas moins lieu la tombe du jour1 aprs un feu d'artifice superbe4 ,ah6 le moment o se fait le silence1 o1 l'artillerie se taisant1 les vaillants sortent des tranches et o le feu des mitrailleuses ennemies nous renseignera sur leur sort4 ,on claque des dents dans la nuit2 on tend toutes ses forces d'amour pour les aider de loin et attirer sur eux la protection de l'invisible4 ,l'ouvrage ,w1 la ferme de l',union1 sont enlevs par nos marins sans coup frir2 trois jours aprs1 crass de marmites1 ils les reperdent1 et ceux qui restent sont contraints de se replier sur le tas de pierres qui fut ,saint-,georges4 ,quant aux ,belges1 sitt sortis1 sitt fauchs1 et nous entendons le tac-tac4 ,a un petit ,wallon bless on dit3 ,par ici l'ambulance6 ,il rpond en riant3 ,oui6 mais par l les ,boches6 ,et tournant le dos1 court se faire tuer4 ,o mort1 belle mort1 quel vertige6 ,je ne puis rien pour lui1 pour eux1 que les recommander ,dupouey4 ,le jour s'tait si bien lev6 ,c'tait hier la fte de ,jeanne d',arc1 la sainte guerrire4 ,de nouveau le calme et l'attente4 ,dj nous voici en ,juin4 ,on va remettre a sur le front d',artois1 parat-il4 ,quant nous1 nous aurions min la grande dune2 nous rattaquerons l'ouvrage ,w avec la tranche #ahjj4 ,ni ici1 ni l-bas1 a ne marche trs fort4 ,on retombe encore de son haut4 ,et puis1 de nouvelles victimes6 ,j'ai vu pleurer un vaillant capitaine sur un de ses canonniers1 le plus brave1 abattu ct de lui4 ,a ,coxyde1 ,wulpen1 les enterrements se succdent444 ,nous plongeons jusqu'au cou dans la mort--et vivons4 ,a la date du #aa1 anniversaire de naissance de ma pauvre mre--et je songe le remarquer--la villa ,clmence m'crit4 ,on a reu mes deux pomes4 ,on est touch par la concidence qui fait que j'crivis le premier le #c mai1 quatre annes jour pour jour aprs leur mariage4 ,vous avez raison1 me dit-on1 il 7,dupouey7 n'a pas choisi4 ,il s'est offert2 et c'est toute ma fiert1 chaque jour1 depuis le #a;er novembre o je vis pour la dernire fois son merveilleux regard de joie1 de tendresse et de courage4 ,je puis vous le dire3 il s'tait livr ,dieu4 ,avec quel transport dcrivait-il dans ses lettres la douceur qu'il gotait dans ce cheminement aux bras de la ,providence1 dans l'amoureuse socit de l',absolu1 de l',immense et ,fidle ,seigneur4 ,il fixait son destin avec clairvoyance3 ,si l'utilit de la femme est de protger1 de conserver 7le meilleur71 de durer et d'endurer1 l'utilit de l'homme est de donner sa vie pour ce qui dpasse la vie et de rendre tmoignage cette ,lumire qui fait fleurer la vie4 ,est-ce assez calme et beau6 ,ses lettres sa femme sont pleines1 m'crit-elle1 de penses de cette hauteur4 ,elle me promet de m'en transcrire encore4 ,mais il faudra changer dans mon pome le terme de paen 7misrable paen7 que je m'applique4 ,vous l'tes si peu6 ,plus qu'elle ne le croit6 ,elle ajoute enfin3 ,pierre prie pour vous4 ,l o il nous faut arriver cote que cote1 le cur de ,dieu vous appelle grands cris par la voix de votre tourment intrieur444 ,pierre est encore votre ami et tellement plus et mieux qu'il ne le fut jamais4 ,je me permets de vous le dire1 car je le sens si prs4 ,vaines paroles8 non6 ,je m'abandonne4 ,elles ont libre accs en moi4 ,elles embellissent de nouveaux traits l'image sacre que je vnre4 ,elles flattent le chrtien qui dort ou qui fait semblant de dormir4 ,j'y rpondrai4 ,et tout d'abord le misrable paen du pome se sacrifie3 il cdera la place un peu fidle chrtien4 ,c'est me flatter6 n'importe3 mes vers ne m'appartiennent pas2 ils sont celui qui sait mieux que moi ce que je suis au fond de l'me4 ,quand sa femme s'adresse moi1 c'est lui-mme encore que j'entends3 sa voix je me sens infiniment docile4 ,pourtant j'attendrai des semaines1 avant d'crire une rponse dans laquelle il faudra engager l'avenir4 99 99 99 99 99 ,durant tout l't commenant1 il rgne un grand bouillonnement dans mes penses1 dans mes dsirs1 dans mes travaux4 ,le nouveau commandant de groupe1 qui vient d',afrique1 apporte avec lui et ravive en moi je ne sais quel ferment de trouble sensuel4 ,il aime trop ce qu'il y a de dlectable sur la terre4 ,a l'appel quotidien de l'hrosme1 se mle intimement l'appel quotidien de la volupt4 ,je m'enivre de plus en plus de l'aventure de la guerre4 ,entendre deux pas des canons la ,mort d',yseult et la ,sarabande de ,debussy et trouver au retour1 les marins pittoresques poussant vers les tranches leurs voitures bras charges du plus trange paquetage444 ,composer un pome et soudain courir djeuner dans la maison du crime 7c'est ainsi que nous appelions le ,p4 ,c47 frle chaque instant par la soyeuse trajectoire des marmites444 ,suis-je encore ce dilettante6 ,un dilettante passionn4 ,le grand vnement a rouvert la source lyrique4 ,j'exprime tout ce que je contiens avec une sorte de rage1 tout ce qui m'a tenu au cur dans ma jeunesse qui s'en va4 ,en fonction de la guerre1 je chante l',acropole4 ,je chanterai bientt ,pguy2 je chanterai ,nietzsche1 duquel je ne me dprends pas4 ,au nom de ses blasphmateurs1 j'accole le nom de ,dieu1 sans dcence4 ,dieu est entr dans l'homme ancien1 mais l'homme ancien est plein de sang et ne l'admet qu'en visiteur4 ,ainsi1 ma permission1 quand je conte ma sur la sublime aventure1 avec tout le feu de l'amour1 je coupe court son allgresse prmature qui me voit dj converti3 ,non1 non1 il n'y a rien de fait6 ,il n'en est pas moins vrai que lorsque est revenue la date anniversaire de la mort de ma mre1 j'ai voulu faire acte de prsence l'glise et que j'ai compos d'un lan1 le jour mme1 le pome du #ac ,juillet3 ,je n'ai pas1 ma mre1 me demander ,qui te portera ma pense ,en ce troisime soir d't1 ,veille de fte et veille amre4 ,car la fte de nos drapeaux ,se prpare au ciel comme sur la terre1 ,et cent mille hros1 l-haut ,mlent la ,france leurs prires4 ,l-haut1 tu vois venir toi ,tout un peuple d'hommes et de jeunes hommes ,de qui la ,france fut la foi ,et qui pour la ,france se donnent4 ,ceux qui se donnent1 ,dieu les prend1 ,a quelque dmon que se livre ,leur me en son dernier instant3 ,a l'ombre1 la mort1 au nant1 ,et malgr eux1 il les fait vivre4 ,au bord de son trne1 pench1 ,il a guett leur cri suprme1 ,l'a recueilli comme un ave1 ,l'a revers comme un baptme ,qui les lave de tout pch4 --,oh6 parmi la foule des rachets1 ,avant la revue glorieuse3 ,de quel regard tu dois chercher1 ,pour lui inquite et pour toi joyeuse1 ,ton fils6444 ,ce n'est celui-l444 ,ni celui-ci444 tu le reconnatrais1 sans doute2 ,et tu les interrogeras3 ,l'ont-ils rencontr sur la route6 ,pourvu qu'ils te disent1 surtout3 ,il saura mourir1 comme nous1 ,s'il doit mourir dans cette guerre2 ,c'est par l qu'il viendra1 s'il vient1 ,et la mort le fera chrtien1 ,s'il ne l'tait444 ,le suis-je1 mre8444 ,et le plus saint1 mon rpondant1 ,se prosternera en tendant ,son front ton baiser tremblant4 ,effusion toute personnelle qui ne regarde pas aux termes de la ,loi4 ,on dirait1 m'entendre1 que le don et le sacrifice peuvent tenir lieu de prire2 c'est ma cause que je dfends4 ,je me sens ainsi dispens d'invoquer le vrai ,dieu et d'adhrer sa parole4 ,mais suis-je dans le fond aussi sr de mon fait1 aussi exempt d'inquitude que je le pense8 ,le mme jour1 j'prouvais le besoin d'crire1 pour la compagne de mon rpondant1 cette lettre tant diffre4 ,entre autres choses1 j'y disais3 ,l o est votre ,pierre1 o il nous faut1 me dites-vous1 arriver cote que cote1 je m'puise y parvenir4 ,sans doute dans le but d'encourager ses esprances1 exagrais-je mes efforts444 ,j'ajoutais donc3 ,mais je ne veux point de mensonge et je sais bien que je n'y parviendrai qu'en restant franc1 loyal avec moi-mme4 ,je laisse aller l'effusion1 mais je ne puis pas la contraindre4 ,il suffit que je sache ma plus haute pense1 celle que le sacrifice de votre mari444 a cultive en moi1 toujours l et riche des mmes promesses4 ,j'attends et j'aime4 ,je rclamais ensuite de nouvelles paroles de ,dupouey1 ne dsirant entendre rien tant aujourd'hui4 ,je parlais aussi de ma pauvre mre4 ,aprs la messe basse1 j'tais all porter au cimetire de ,coxyde un bouquet de lys et de roses pour fleurir la tombe de notre ami et pour lui confier mon amour1 ma pense1 dont il serait devant elle garant#be4 #be ,je reus en rponse le numro du #bf juin de la ,semaine ,religieuse de ,frjus qui contenait un bel article crit la mmoire de ,dupouey par son confesseur4 ,ce sera l'aliment de ma fidlit4 ,j'en dtache pour le lecteur une partie du discours prononc par l'aumnier du #a;er rgiment marin1 au cimetire de ,coxyde4 ,en m'envoyant ces admirables pages1 ,mme ,dupouey ajoutait3 ,que deviennent maintenant ceux dont le cur est sans esprance8 ,mais coutez l'abb ,p4443 ,oui1 mes frres1 c'est vrai6 ,dieu seul est grand6 ,mais au-dessous de cette grandeur unique et incomparable1 ce qui s'en rapproche le plus1 ce qui le plus en donne l'ide1 non6 ce n'est pas1 nous l'accordons l'orateur sacr1 non1 ce n'est pas la puissance et la magnificence royale1 c'est un grand cur1 c'est une grande me d'homme et de chrtien6 ,voil pourquoi devant ce cercueil1 treints tous de cette motion virile que nul hommage ne vaut1 nous nous inclinons comme devant une majest4 ,je l'atteste pour l'avoir su3 celui dont la dpouille s'en va dans ce drapeau n'eut rien de petit2 il tait grand1 il avait les qualits solides et les brillantes1 et cette autre3 qu'il savait les ignorer4 ,il possdait ces noblesses qui donnent du prix la vie3 l'esprit1 les connaissances1 le talent1 le got1 l'autorit1 l'honneur1 et il n'en faisait pas de cas1 ou du moins n'y voyait-il que des degrs ou des paliers dans une ascension qui les dpasse4 ,il tait de ceux qui croient aux trois ordres comme ,pascal3 celui de la matire qui toute ne vaut pas une seule pense1 de toutes les penses qui ne valent pas runies un acte de charit pure4 ,dupouey disait de la ,france3 ,nous lui referons une me4 ,nous lui redonnerons toutes ses intgrits1 mme si nous mourons1 oui6 surtout si nous mourons6 ,quelle splendide et inespre occasion de mourir1 quels chanceux nous sommes6 ,nous mourrons peut-tre debout4--,mon ami1 mon ami6 quelle grce6 penser qu'on va au ciel et mourir pour la ,france6 ,il me parlait ainsi1 ajoute l'aumnier1 la sortie de la messe o il avait communi et qu'il m'avait servie4 ,l'glise honore la dpouille mortelle de tous ses enfants sur qui a coul l'eau du baptme1 en qui est descendue l'hostie des communions1 mais rarement je vis avec plus d'motion les cierges brler autour d'un cercueil2 rarement j'aurai1 avec plus de foi respectueuse1 entour un corps humain des honneurs de l'encensement4 ,il rapporte ensuite l'enthousiasme de ,dupouey la pense de fter ,pques et il conclut en termes magnifiques3 ,votre mort1 chrtien1 passe votre esprance4 ,ce n'est pas sous la vote ventre de l'glise d',oost-,dunkerque ou devant notre pauvre autel des dunes1 c'est dans le ciel mme1 aux pieds du ,divin ,ressuscit1 contempl face face et vu tel qu'il est1 que votre me s'envolant avec les cloches a chant nos belles hymnes4 ,mais je veux que votre corps lui-mme1 vous mort d'une mort vraiment pascale1 participe cette joie et que1 sous cette gloire du drapeau1 vos oreilles mortelles entendent le message triomphal4 ,jsus1 notre espoir est ressuscit6 ,nous le verrons en ,galile6 ,surrexit ,christus1 spes mea1 videmus eum in ,galilea1 c'est la vrit1 le ,christ est ressuscit d'entre les morts1 nous le savons1 nous l'avons vu6 ,scimus ,christum surrexisse a mortuis vere6 ,que tout dans cette fte1 la plus sainte de toutes1 soit la louange et la jubilation4 ,bni1 bni soit le ,seigneur6 ,in hoc festo sanctissimo sit laus et jubilatio6 ,benedicamus ,domino6 ,alleluia6 ,quelle joie de lier ainsi ces deux mmoires6 ,mon ciel n'est plus si vide4 ,j'y fonde une socit fraternelle qui runit ceux que j'aurai le plus aims aux jeunes hros de la guerre dont je ne puis accepter la totale mort4 ,cette idale compagnie se tient je ne sais o1 par-dessus les superbes nues de ,flandre1 que pousse dans un azur frais le vent d't4 ,je sais qu'il y fait beau1 plus beau encore que sur la mer et que sur les dunes dores2 mais la beaut des choses de la terre m'aide trangement l'imaginer4 ,entre cette terre et ce ciel1 l'lan1 paen encore1 de mon cur ne se laisse pas interrompre#bf4 #bf ,c'est cette poque que j'bauchai la fois les pices intitules ,prsence de la ,mort et ,statue4 ,il faudra quitter ce pays1 le lieu lu de la passion de notre ami et de la transfiguration de mes penses4 ,a la mi-aot1 on nous dirige sur l',artois o nous prparerons le grand choc automnal4 ,on n'entendra plus parler des marins1 de l',yser-sud1 de la ,vache creve1 du pont du ,plican1 ni de la ,grande ,dune4 ,je ne quterai plus au cabaret les rcits des fusiliers en gat1 dans l'espoir1 vain du reste1 d'apprendre d'eux un dtail nouveau sur leur capitaine4 ,ils passent travers le filet de la guerre sans perdre leur insouciance et si souvent qu'ils en rchappent1 ils continuent de vivre au jour le jour3 tout en eux pourtant m'tait sympathique444 ,adieu la route couronne de fusants1 la maison du crime qui vient de crouler1 la chemine transperce de la briqueterie1 la silhouette encore puissante de la tour des ,templiers1 quand le #dbj1 autour d'elle1 fait lever sur ,nieuport d'normes nuages saumons6 ,adieu les tendues d'eau et de pr et les pentes lisses du sable6 ,adieu les lignes grles des peupliers mourants et les touffes grises des bas saules6 ,adieu la grande armoire de la salle1 sous laquelle se rfugiait mon jeune chien1 et l'pinette rouille de ma chambre6 ,adieu les pourceaux de la cour1 les jeux des soldats belges au gazon6 ,adieu tous ceux que nous laissons au fond du sanglant marcage6 ,adieu surtout le tertre saint du cimetire de ,coxyde1 o dort l'ami auquel je dois tout ce qui vaut en moi6 ,ah6 si du moins j'emportais son exemple6 ,une fois sorti de cette lgende dore1 ne rentrerai-je pas dans un monde dsenchant et impuissant alimenter ma nouvelle flamme8 ,la mort au cur1 je m'loigne de cette tombe1 sans un mot de prire1 sans un signe de croix4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,o mon ,seigneur1 quelle patience est la vtre6 ,allez-vous encore longtemps vous satisfaire de si peu8 ,de tout cela1 ce que je quitte avec le moins de regret1 c'est ,votre glise4 ,je m'y plaisais pourtant quand j'y venais en spectateur1 pour occuper une heure de mes matines de dimanche et faire comme mes camarades1 auxquels je n'ouvrais pas mon incrdulit4 ,on y entrait tout droit1 par les murs crouls du porche1 en plein soleil1 sous le chant des aroplanes et sous le glissement des martinets4 ,ne croyez pas que la fanfare belge qui jouait indiffremment l',arlsienne1 le ,roi d',ys1 une valse lente ou quelque galop d'oprette1 y troublt mon recueillement4 ,l'tranger que j'tais1 gar parmi les fidles1 n'a gure chang devant ,vos ,mystres1 depuis la rvlation4 ,s'il fut mu parfois1 au moment o le pain sacr1 chang en ,votre corps1 s'lve sur la foule1 ce fut par sympathie pour les soldats1 cause des clairons qui sonnent1 des tambours qui battent aux champs1 et afin de communier1 lui aussi1 dans la patrie et dans ses enfants hroques4 ,son respect s'est accru1 sans doute2 il incline presque le front1 rendant hommage avec moins de rserve1 de raidissement et d'orgueil la merveille inconcevable en laquelle a cru son ami4 ,mais il ne se rend pas4 ,quand il voit au passage1 contre le mur extrieur de ,votre glise1 cette image crucifie qui1 chaque jour1 devrait lui rappeler ,votre douleur1 il n'a pas un regard de charit pour elle2 ,vous n'aurez pas un de ces pleurs dont il n'est point avare pour les hommes6 ,au fond1 il ne sait pas s'il avance ou recule sur le chemin que ,votre amour lui prparait si gnreusement4 ,suffit-il d'aimer son semblable et d'en avoir piti pour tre aim de ,vous1 mon ,dieu8 ,vous lui demandez un effort facile1 un pas1 un geste1 un mot de bonne volont4 ,il ne ,vous entend pas ou1 s'il ,vous entend1 il ,vous les refuse4 ,vous avez fait devant lui1 pour lui1 un miracle4 ,qu'espre-t-il encore de l'inpuisable ,bont8 ,,chapitre ,,xi ,rentre en ,france4 ,l'glise de ,dival4 ,au pays noir4 ,danger du got sensible4 ,la guerre sans beaut3 ,nux-les-,mines et ,bully-,grenay4 ,l'animalit se dchane4 ,le front d',artois vu du haut d'un crassier4 ,les petits chasseurs de ,lorette4 ,nos grands espoirs4 ,a l'observatoire des vieux corons4 ,tte tte avec ,dupouey4 ,l'image de sainte ,anne d',auray4 ,a la grand'messe3 une leon d'irrespect humain4 ,bouffes mystiques4 ,cela trane4 ,c'est quelque chose de rentrer en ,france6 ,la guerre1 sur notre propre sol aura un autre got3 plus de srieux et moins de fantaisie2 plus d'amertume et moins d'ivresse4 ,n'importe6 sur une belle route toute droite1 dans une belle colonne d'artillerie1 il est gai de caracoler4 ,on s'est mis en selle au soleil levant2 midi on embarque en gare de ,dunkerque et on se retrouve le soir1 dans un doux village feuillu1 loin du prsent1 loin du massacre1 o l'on se sent chez soi1 ,franais4 ,par deux fois1 je rentre l'glise4 ,c'est bien celle de nos campagnes1 intime comme une chambre et range avec tant d'amour4 ,voyez cela6 ,ces chaises blanches et noires qui reluisent1 ces grilles contournes1 sans un grain de poussire1 ces deux autels draps de bleu lavande et portant1 sous globe1 des bouquets bleus4 ,je ne me lasse pas de regarder le baptme de ,jean1 le ,seigneur marchant sur les ondes et vingt autres sujets sacrs1 taills gauchement dans la boiserie par un artisan villageois tonn de vivre au grand sicle4 ,mon ami le lieutenant ,d444 qui m'accompagne1 prie d'abord avant d'admirer4 ,il me semble que je l'envie4 ,seigneur1 dit ,pierre1 il est bon pour nous d'tre ici2 si vous voulez1 faisons trois tentes444 ,mais je n'ai pas encore mrit ce repos4 ,nous repartons1 nous quittons ,dival et ses arbres1 notre but sans attrait est le pays noir4 ,hersin1 ,barlin1 ,nux1 ,mazingarbe4 ,des noms rudes ou tristes1 des horizons salis4 ,partout brique et charbon1 charbon et brique1 les mmes cits pullulantes de bas corons2 partout1 dans la mme muraille1 exactement aux mmes intervalles1 la mme fentre et la mme porte1 ouvertes sur le mme intrieur4 ,un rouge faux1 tout encrass de suie1 donne le ton du morne et du vilain tout2 il tue mme les champs et ce qu'ils gardent de verdure1 autour des chemines gantes1 des tours de mtal et des crassiers4 ,a cette laideur sans recours que pourrait ajouter la guerre8 ,elle y perdra les fausses grces que lui prtaient le sable1 le ciel chatoyant et la mer4 ,nous la verrons telle qu'elle est1 brutale et sombre1 sans pittoresque1 sans couleur1 et1 nouveaut6 mle au travail sourd qui l'alimente4 ,car la mine ne chme point4 ,a ct du canon1 sous le canon1 elle gronde1 elle fume4 ,a deux de jeu1 sur le mme terrain1 voici la houille qui fondra l'acier1 voil l'acier qui bombarde la fosse4 ,on peine sous terre1 on se bat dessus4 ,c'est la lutte affreuse de la matire4 ,eh6 soit1 l'me se repliera4 ,je m'en rends compte maintenant1 elle se gtait dans un rve o les yeux avaient trop de part4 ,le beau chemin qui mne ,dieu ctoie un redoutable prcipice qui peut au moindre faux pas1 vous saisir4 ,mfions-nous6 ,que nos sens ne gardent point pour eux un don qui tait destin l'me1 et que la splendeur du spectacle ne nous fasse point oublier notre rle dans l'action6 ,sous cette nouvelle tnbre qui nous couvre1 nous verrons bien si la clart nous venait vraiment du dedans4 ,ai-je donc t amen en ,artois pour faire retraite8 ,cela se peut3 mais j'y devrai mettre du mien4 ,de l'arrire1 aux lignes1 dans les lignes mme1 jamais en aucun point du front1 pareil bruit1 pareil grouillement1 pareille intensit de foule4 ,le danger la fouette1 l'anime4 ,entre deux voles de marmites1 on la voit remonter des caves1 se bousculer autour des batteries1 s'obstiner dans des coins meurtris1 comme l',alouette ou le ,maroc1 et rire et boire4 ,le soir1 la cit des ,brebis est aussi populeuse que ,belleville1 et sur la place de ,bully1 cercle de dcombres1 on trouve encore de mauvais lieux4 ,la guerre a dpouill son masque1 mais l'animalit aussi4 ,observez-les1 ces gamins excits1 ces galibots et ces gaillettes plus noirs que l'enfer la semaine1 et le dimanche plus blmes que leur linge blanc2 ces matrones mal embouches2 ces vieux qui aiment la boutelle1 et suivez-les1 si vous osez4 ,depuis qu'ils ne croient plus rien1 la famille est lieu de passage1 succursale du cabaret3 quand les uns en sortent1 d'autres y rentrent1 commencer par nos soldats4 ,nous aussi1 rderons parfois1 tournerons comme des phalnes autour de ces lumires jaunes1 refltes sur le pav gras1 qui convient au plaisir tant d'ombres en qute qui passent4 ,dissipation sans excuse3 aurons-nous la faiblesse d'y succomber8444 ,dtournons-nous de ces -ct misrables dont il faut tenir compte1 hlas6 ,si la foi ne nous garde pas1 nous avons encore la patrie4 ,nous sommes venus l pour participer de grandes choses et1 croyez-le1 c'est notre principal souci4 99 99 99 99 99 ,un tour d'horizon nous fera du bien4 ,j'ai choisi pour observatoire ce qu'on appelle en ,artois un crassier3 sorte de mont de scories mal teintes1 de rsidus charbonneux et de cendres1 qui chauffent nos semelles quand nous l'escaladons4 ,vu d'ensemble et de haut1 ce pays sans beaut a de la grandeur et du style4 ,les crtes sont minces1 mais longues3 elles se poursuivent comme des vagues qui porteraient des mailles d'cume leur flanc3 le rseau de craie des tranches4 ,le regard les dpasse et glisse dans le bleu4 ,le vent qui souffle est le vent de l'histoire4 ,la solidarit des sicles s'tend sur l'immense champ clos4--,derrire nous1 la vieille ,bthune1 dj blesse1 mais son beffroi carr debout4 ,sur notre gauche1 au del de ,vermelles1 les fourneaux de ,pont--,vendin1 la ,basse2 par temps clair1 on dcouvre ,lille1 nous dit-on4 ,a nos pieds1 la plaine de ,lens1 l'ombre du grand ,cond qui veille1 et la cit prisonnire s'effaant derrire ,livin4 ,mais l n'est pas le principal4 ,notre regard se heurte sur la droite un long mur bois qui commande tout le pays1 une mince et dure pine dont meurt la pointe aux bas-fonds des ouvrages blancs4 ,ceci1 c'est la colline de ,lorette1 tombeau de nos petits chasseurs4 ,tout ce dernier hiver1 ils se sont accrochs aux pentes avec les pieds1 avec les mains1 avec les dents4 ,rejets1 ils mordaient plus dur1 tenaient plus ferme4 ,grce eux1 de l'humble chapelle de ,notre-,dame1 dtruite mais conquise1 o l'on plerinait jadis1 les jeunes vagues de ,ptain purent au mois de ,mai1 dbouler sur la plaine1 inonder les boyaux marneux1 tout un labyrinthe gluant4 ,encore un peu1 elles dpassaient l'autre crte1 la crte de ,vimy1 que nous apercevons au del du creux de ,souchez1 dans la vapeur4 ,les ,allemands bouclaient leurs malles2 le cur des malheureux envahis exultait4 ,la perce manqua1 faute de rserves4 ,elle manqua encore en ,juin4 ,l'illusion de la victoire dcisive avait t sur le moment si forte que la dception pse encore sur les habitants4 ,et dire qu'il nous revient l'honneur de rparer et de conclure6 l o d'autres ont chou de russir6 ,on ne sait trop quand ce sera3 on parle du #ae ,septembre2 les ,anglais frapperont gauche1 ils sont fin prts444 ,ah6 taisons-nous6 ,dj nous voyons en esprit toutes les barrires qui tombent1 la plaine libre1 ,lille1 ,douai444 ,incurable optimisme du sang de ,france3 le plus morne poilu1 en face de la terre promise1 ne se tient plus d'impatience et perd le souvenir de toutes ses dsillusions4 ,septembre vient1 pas assez vite4 ,la canonnade parle un peu plus haut4 ,dans sa zone joyeuse1 aux corons de ,bully 7c'est plaisir de tirer1 je vous le jure1 quand on a le cur plein d'espoir71 le repas de midi rveille la bonne gat de ,belgique4 ,nos batteries1 disperses sur un terrain vague1 aboient autour de la maison4 ,on dirait salves de commande et la formidable voix d'une pice anglaise sonnera pour les invits au dessert4 ,quand nous aurons bu le mousseux1 nous irons en reconnaissance l'observatoire des vieux corons1 au diable vauvert4 ,maisons de briques1 tas de briques1 poussire de briques4 ,cour de gare dsaffecte aux poteaux ruisselants de fils4 ,en fait de route1 entre deux hauts remblais qui nous abritent1 nous empruntons la voie mme du chemin de fer4 ,une saucisse ennemie nous regarde2 elle rit sans doute de nous voir trbucher sur les rails et sur le ballast1 sauter de traverse en traverse444 ,pas un obus3 elle a piti de nous4 ,nous passons sous un premier pont3 au second un barrage de sacs terre2 alors commence le jeu de cache-cache des boyaux4 troits1 profonds et zigzaguant1 la craie d'azur l'ombre1 d'or brlant au soleil1 leur serpentement donne le vertige2 la brise que nous ne sentons pas1 courbe au-dessus de nous des herbes folles4 ,un souterrain1 un escalier1 une courette2 nous revoici de plain-pied avec le vrai monde3 ah6 respirons6 ,non1 on replonge encore1 cette fois1 non plus dans la terre3 mais1 la lettre1 dans le mur4 ,on croirait qu',aladin nous mne1 les briques s'cartent devant nous2 nous suivons un indescriptible couloir1 perc tout droit et couvert1 travers les petites chambres1 toutes pareilles1 d'une cit monotone et sans fin3 une porte1 puis une brche2 mme chambre et mme chambre3 presque partout le mme papier fleurettes roses1 gris ,vuillard et triste pleurer4 ,des fantassins1 derrire les fentres condamnes1 lisent la bougie1 crivent ou bricolent4 ,de temps en temps1 un objet oubli nous rappelle qu'on vcut l3 c'est un cheval de bois dcroch d'un mange1 c'est une couronne de mariage sur son coussin de velours rouge1 encadr de mtal dor4 ,pauvres reliques6 ,enfin1 nous y voil3 un tlphone dans une cave1 une chaise sous un toit crev3 cela suffit4 ,notre masure1 au milieu des tranches1 fait vis--vis une masure toute semblable1 sise un peu plus de cent mtres de l et qui est boche4 ,a l'abri des poutres1 des lattes dchires et du peu qui reste de tuiles sur les lattes1 nous guettons2 et il est probable que l'ennemi1 dans le toit oppos1 nous guette4 ,c'est prcisment dans ce toit que nos batteries vont taper4 ,allo6 ,allo6 ,les ordres sont donns1 transmis1 avec les corrections successives3 ,court6 long6 tant de millimes droite1 gauche444 au but6444 ,et pan6 dans la fentre444 pan6 dans la porte6 pan6 dans le toit444 ,la baraque troue vomit la fume de nos explosifs et une poussire rougetre3 c'est fait4 ,maintenant une autre6#bg #bg ,le jeu est douloureux parfois4 ,tirerons-nous dans cette cour o nous voyons une brave femme tendre son linge--la femme du pointeur peut-tre8 les gars du ,nord ne manquent pas chez nous4 ,un scrupule sentimental fera-t-il pargner un repaire de mitrailleuses qui peut nous coter demain cent poilus8 ,dfions-nous ici du moindre petit mur6 dfions-nous de notre cur6 ,nous rglerons aussi de la fosse n #aa1 nichs comme des hirondelles au haut de la carcasse sans vitrage d'un grand hall dcharn1 qui s'emplira d'un cho terriblement clair4 ,on s'incruste en rampant dans une loge en sacs terre2 on est comme au thtre1 la jumelle la main2 on dclenche soi-mme les entres de ballet sur ,lens et la cit ,saint-,pierre4 ,c'est l que le sous-officier ,p444 sera cras en dcembre444 ,et voici ce qu'il adviendra de l'observatoire des vieux corons3 on aura beau de nuit y raccrocher des tuiles1 quand le toit sera devenu trop ajour1 il faudra se hisser dans la chemine1 comme un ramoneur savoyard2 jusqu'au jour o la chemine elle-mme sera dcapite par un obus2 le gai lieutenant ,l444 viendra justement d'en descendre2 je suis sr qu'il en rit encore4 ,ainsi l'change continue3 les ,boches rendent nos tranches et nos batteries ce dont nous les gratifions4 ,sous l'entre-croisement des projectiles1 je me prends songer au petit grenier de ,nieuport444 ,nous viterons ,bully au retour2 il touche sa troisime ration de marmites4 ,l-bas1 une mlope nasillarde s'tonne de ne point chanter dans la ,bruyre des hauteurs3 c'est la cornemuse d'cosse4 ,htons-nous3 il va faire nuit4 ,le quartier britannique1 autour de l'glise1 s'claire2 l'odeur du tabac blond et sucr est partout444 ,au mess nous allons trouver les journaux1 haleter aux pripties de la grande retraite russe1 soigner un jeune galibot bless dans sa maison par un culot d'obus1 crire une lettre444 et1 s'il nous en reste le temps1 songer au salut ternel4 ,mais voyez-vous1 sitt que le front se ranime et que l'offensive est dans l'air1 ce souci-l cde le pas1 dans nos penses1 au salut de notre pays4 ,au fait1 c'est peut-tre tout un4 99 99 99 99 99 ,quand mon cur en ressentira le besoin1 je rouvrirai le numro de la ,semaine ,religieuse#bh qui contient le pangyrique du capitaine4 ,il faut de temps en temps que je rafrachisse mes souvenirs1 que je fasse rentrer dans la ralit terrestre sa figure trop anglique1 dpayse ici et qui1 en s'idalisant1 s'efface4 ,il ne m'est pas indiffrent que ,dupouey1 au cours de sa vie1 ait travers l'erreur et des tats moins purs1 plus voisins de mon propre tat4 ,je relis la phrase terrible1 mlancolique cependant1 qui porte condamnation de son pass de dilettante4 ,nous qui avons ador la ,beaut444 ,comment a-t-il pu s'en dprendre8 ,il admirait les mmes uvres1 il cultivait la socit spirituelle des mmes crivains que moi2 il se baignait la mme musique2 il avait fait1 d'un libre esprit1 le tour des mmes joies et des mmes penses2 il a conclu en se liant ,dieu d'un acquiescement absolu4 ,mihi adhaerere ,deo bonum est4 ,adhrer ,dieu6 ,plus je me sens pareil celui qu'il fut autrefois et son frre dans le mensonge1 plus je me sens capable de plier ma vie la mme loi4 ,revenu de si loin1 il n'est pas impossible de le suivre2 il a d surmonter les mmes objections444--,soudain1 je me le reprsente dans ses exercices dvots1 pratiquant comme une bonne femme1 un tmoin nous le dit1 la rcitation du chapelet et du petit office de la ,sainte ,vierge4 ,alors mes prjugs se cabrent1 et mon orgueil rtracte l'acceptation de mon cur4 ,pour cultiver en moi certaine religiosit potique1 je suis son homme4 ,mais1 tout prix1 je tiens rester dans le vague4 ,quand il prtendra m'entraner des extrmits qui me rpugnent1 des gestes1 des mots1 des actes prcis1 halte-l6 je romps net4 ,je me refuse convenir qu'il ait gravi la pente du parfait bonheur en suivant ce chemin mdiocre2 j'exige la foudre et l'clair et l'ascension sur les nues2 je n'ai aucune humilit444--,hlas6 vais-je le perdre et renoncer dj la vision exaltante de sa mort qui n'est pas la mort1 de sa transfiguration dans la vie8444 ,non1 non6 ,pour me jeter plus chaud dans son treinte1 il me suffira d'un mot de sa bouche1 de cette inflexion prenante de la voix dont est marque la moindre de ses phrases et de l'autorit de ses affirmations4 ,il crivait de ,nieuport-,ville 7#ag fvrier73 ,que de belles vieilles vrits le coup de charrue de cette guerre ramne au jour et qu'elle est une grande grce pour ceux qui l'auront traverse6 ,faudra-t-il ensuite redevenir futiles8 n'avoir l'esprit occup que de cette fragile beaut et n'tendre notre souci qu' ces prissables semaines1 dont ,dieu dispose l'encontre de notre inquitude8 ,que ,dieu conserve dans nos curs et dans nos esprits les grandes leons de ce temps et que tous les grands saints srieux nous assistent contre nous-mmes et nous obtiennent d'employer nous corriger la paix que ,dieu nous aura rendue4 ,a moi aussi1 c'est mon souhait1 mais en moi que corrigerai-je8 de quoi au fond suis-je honteux8 ,puisque j'ai un saint 7 dfaut d'un ,dieu7 qu'auprs de ,dieu il intercde1 pour que soit dissip mon aveuglement ingnu6 ,dcidment1 il est grand temps que me parviennent les fragments du journal intime que ma correspondante m'a promis4 ,avec le petit mot par lequel elle me les annonce1 je trouve une charmante image qui vient de ,sainte-,anne d',auray1 portant les invocations traditionnelles qu'on adresse l-bas l'aeule vnrable des ,bretons4 ,je n'en suis pas rciter des litanies2 je ne sais pas mme l',ave ,maria2 il faut que la femme de notre ami s'illusionne singulirement sur mon compte1 pour que sa discrte sollicitude se manifeste de cette faon6 ,pourtant1 je ne me braque point1 je me rserve2 je serre prcieusement1 sans avoir lu le texte1 le ftiche sur moi3 ,le temps viendra4 ,qui sait8 ,que sais-je8 #bh ,citons encore une ou deux lignes1 qui prcisent en quoi ,dupouey se convertit3 ,conversion paratra peut-tre un bien grand mot4 ,mais si on regarde quel sommet de perfection il doit dsormais aspirer et atteindre1 on sera oblig de convenir que ce mot rpond exactement la ralit4 ,il s'est pass la grand'messe un fait qui m'ouvre sur moi-mme1 sur le versant secret de mes aspirations1 une fentre que je pensais condamne4 ,notez d'abord que1 depuis peu1 par un entranement obscur1 et sans en avoir pris consciemment la rsolution formelle1 je me fais un devoir d'assister l'office chaque dimanche et que je prfre m'y rendre seul3 je cherche en quelque sorte le tte--tte avec l',esprit4 ,a l'ancienne glise du lieu1 situe dans le quartier anglais1 je suis certain de ne pas rencontrer mes camarades2 ils vont l'glise neuve des corons4 ,la nef gothique a des vitrages blancs2 elle est vaste1 chaule1 trs claire1 sans grande beaut1 sans nulle hideur2 sur un fond tout dor1 on officie4 ,il y a des civils1 des femmes1 des enfants et un grand nombre de soldats anglais en laine fauve4 ,ceux-ci paraissent trs fervents1 peut-tre bien des ,irlandais4 ,l'un se prosterne sur la dalle et jusqu' la fin reste prostern2 un autre1 jeune comme le printemps1 bien coiff1 svelte1 grand1 garde toute sa taille2 mais l'lvation1 il prend sa tte dans ses mains4 ,il m'meut1 j'entends sa prire2 il confie ,dieu sa vie commenante1 l'me qu'il vient de recevoir et que demain il devra rendre4 ,ah6 pour qu'il vive1 en ce monde ou dans l'autre1 je donnerai ce qu'on voudra6 ,subitement1 un officier anglais qui vient seulement d'entrer dans l'glise1 et qui se tenait ct de moi contre la porte1 se dtache de notre groupe et marche droit l'autel1 d'un pas noble et vif4 ,seul1 la vue de tous1 il traverse la longue nef1 et vient s'agenouiller devant la grille4 ,l'officiant n'avait pas prvu ce convive la sainte table3 ce n'est pas une messe de communion4 ,mais quand il s'est repris1 rendu l'vidence1 pour un seul il ouvre le tabernacle1 saisit le saint ciboire et un seul porte le pain sacr4 ,plein de ,dieu1 l'officier revient sa place3 il est par pour le combat4 ,on sourira de ce sans-gne britannique qui n'abdique pas mme dans la pratique de la foi4 ,on sourira1 aprs2 mais d'abord on l'admire de braver ce point le respect humain4 ,quant moi1 je ne vois que la beaut du geste1 l'lan irrsistible de la crature la rencontre de son ,dieu4 ,je n'y tiens plus1 je fonds en larmes et pour un peu je le suivrais6 ,qu'est-ce qui m'empche de le suivre8 ,seigneur1 j'ai faim de ,vous1 nourrissez-moi6 ,dans les chants liturgiques et les grandes orgues voiles1 mon dsir se calme et s'endort4 ,je sors1 peine surpris de moi-mme1 et le soir j'ai dj oubli le divin appel4 ,bouffes mystiques1 l'instant dissipes2 chaleur d'amour1 refroidie aussitt4 ,quand mme1 cela laisse une trace4 ,lorsque je les attends1 et qu'elles manquent1 ces marques mystrieuses de la protection du ciel1 je suis consciemment du4 ,n'est-ce donc rien d'en avoir le regret dans l'me8 ,le dimanche d'aprs1 la messe ne me procure pas ce got sensible1 dont ,fnelon1 avec les plus grands confesseurs1 prtend qu'on doit se dfier4 ,le suivant1 je me laisse prendre la douceur pastorale de l'orgue qui est tenu par un vritable musicien1 l'accord tonnant d'ardeur que cre au fond du chur dor1 le voisinage d'une chasuble vert-meraude avec les robes rouges des enfants de chur3 le tout compose une faon de paradis dont j'analyse les savoureuses dlices444 ,mais1 l'entre de ,dieu1 le mirage s'envole1 je me sens le cur vide et je pousse un soupir4 ,je pose la question sur mon petit carnet3 ,ah6 pourquoi aujourd'hui ai-je si peu la grce8 ,oh6 je ne m'en prends pas moi6 ,je ne fais pas tat de mon ingratitude6 comme si ,dieu jamais ne dt s'arrter de donner et que je n'eusse1 moi1 qu' recevoir4 ,un mois a pass et je flotte encore4 ,que faudra-t-il pour me fixer8444 ,pardon6 je sens que le lecteur se lasse d'un rcit qui n'avance pas4 ,mais comment faire8 ,le respect de la vrit m'interdit de lui pargner les temps morts1 les espaces neutres2 il ne s'agit pas d'un roman4 ,s'il trouve que je tarde trop1 qu'il imagine la patience de ,dieu vis--vis de mon indocile personne6 ,je l'ai dj invoque1 je l'invoque encore4 ,ce retard1 cet ennui1 tourneront du moins ,sa gloire4 ,,chapitre ,,xii ,grande offensive de ,septembre4 ,le plan4 ,nos allis anglais4 ,nos chasseurs4 ,un bel automne4 ,la prparation de l'attaque4 ,soir de vigile3 des rgiments anglais dfilent dans l'ombre4 ,notre ami le sous-officier et sa fiance cossaise4 ,devant la mort et devant la victoire4 ,mon ,pater4 ,la journe du #be ,septembre et les nouvelles de ,champagne4 ,les soubresauts de l'offensive4 ,funrailles d'un officier4 ,la dception4 ,j'ai dit quels espoirs nous fondions sur l'offensive de ,septembre4 ,fixe au #ae1 puis au #bj1 elle n'aura lieu que le #be4 ,le long de ces dlais1 il n'est1 autour de nous1 rien que nous n'y rapportions2 elle nous tient debout1 sur le qui-vive1 qutant les moindres bruits1 les plus vagues indices1 accrochs cet ,x1 le grand inconnu de demain4 ,inconnu quant au jour1 inconnu quant l'heure1 non quant au fait3 nous l'appelons dj victoire2 qui semblerait en douter serait mal venu4 ,on parle mots couverts du formidable plan4 ,foch attaque en ,artois1 ,castelnau en ,champagne4 ,devant ,livin front fixe2 mais double mouvement sur ,souchez et ,vimy droite1 sur ,loos gauche4 ,les ,franais dborderont ,lens par le sud1 les ,anglais par le nord4 ,salut aux deux armes amies6 ,les plus beaux athltes du monde1 highlanders aux genoux forts1 sous la petite jupe verte et rouge1 ,irlandais bruns1 hommes du comt d',york la sveltesse dcide2 ils marchent tous du mme pas1 lent1 gal1 appuy1 selon la discipline naturelle qui fait d'eux des soldats1 ds avant d'entrer dans le rang2 ce n'est pas la machine boche1 mais un peuple sain d'hommes libres qui ont appris des sicles user au mieux de la libert1 dans l'ordre1 le calme1 la puissance4 ,que diront-ils de nos petits chasseurs1 maigriots1 nerveux et sans apparence1 rendus leur naturel turbulent ds qu'ils prennent le pas de route1 peu soucieux de la tenue quand ce n'est plus le temps de parader1 et soudain1 sur un ordre bref1 rassembls en une seule onde1 emports dans une cadence du diable1 dans un scherzo irrsistible1 o chaque note1 je veux dire chaque pas1 s'entend2 la nettet dans la furie2 quel sang1 quels yeux et quel esprit6444 ,ne poussons pas plus loin le parallle4 ,anglais1 ,franais1 c'est un beau mariage o les poux se valent et se complteront4 ,chacun sa manire1 chacun sa tche3 on peut compter sur eux4 ,il en passe1 il en passe1 de jour1 de nuit1 des kakis et des bleus4 ,combien j'ai cueilli de regards de jeunesse et de confiance6 ,ils voient le but2 je n'admets pas qu'ils soient dus4 ,est-ce une attention du ciel ou l'illusion de la fable hroque8 pour eux l'automne a rpandu sur toutes choses son miel le plus blond1 le plus doux4 ,sa lumire trs colore entre dans la matire la plus vile et la force vivre1 vibrer2 elle dcrasse les corons de briques1 harmonise les puits et les ruines atones aux bois de la colline de ,lorette qui dj commence rougir2 mon crassier mme et ses vilaines escarbilles prend un air de ,fushi-,hama4 ,tandis que les corons s'emplissent1 j'y monte encore1 pour admirer dans son entier le spectacle d'avant-bataille4 ,tout l'arrire est en mouvement4 ,comme la fort de ,dunsinane1 les routes marchent1 troupes1 camions1 caissons1 charrois4 ,une charpe de cavaliers flotte sur un coteau1 se replie sous un bouquet d'arbres4 ,dans le moindre creux dfil1 il pousse des camps vue d'il1 comme des champignons de couche blancs et tendres4 ,un fourmillement de minuscules taches vertes s'agite autour de ,mazingarbe1 s'grne dans les boyaux mystrieux4 ,enfin1 sept avions1 que touche le soleil1 volent haut dans le bleu1 comme un essaim de mouches de feu des tropiques4 ,et cette artillerie6 ,il fait si pur et si brillant que les lueurs sont invisibles1 tandis que les panaches de fume ne se lassent pas de jaillir4 ,ils couronnent tout l'horizon1 tous les bastions de la forteresse ennemie1 qu'il s'agit d'abord d'craser1 de la ,basse jusqu' ,vimy4--,entrons un peu dans la fte sonore2 revivons un moment au milieu du concert qui berait nos espoirs le matin de la grande dune6 ,la grosse maman des ,anglais1 qui pulvrise un hameau en trois coups1 ray de la carte6 humilie notre #ge2 elle a la taille1 il a le nombre2 elle a le creux1 il a la vitesse et le souffle2 elle dfonce l'atmosphre1 il la dchire en soupirant4 ,sifflements1 frlements1 fracas4 ,les trajectoires d'arrive et de dpart s'embrouillent au-dessus de nos ttes2 on ne sait plus distinguer ce qui est pour nous de ce qui est pour l'ennemi4 ,les murailles semblent casser1 les toits danser1 la terre tremble4 ,et devant la fentre du poste de commandement1 un arbre aux feuilles dcoupes1 sans souci1 balance sa cime et chuchote distinctement4 ,un brouillard de poussire1 de poudre et de fume se lve4 ,encore un jour qui meurt4--,et les lueurs1 la nuit2 les clairs de nos pices2 les fuses d'argent et les fusants d'or2 et encore1 ce pourpre incendie qui tient tout le ciel au-dessus de ,lens444 ,mais surtout1 les mots glisss l'oreille3 ,ce sera pour demain4 ,nous attendons les obus spciaux6 ,la chimie infernale qu'ils ont inaugure en ,flandre se retourne contre eux3 le matin de l'attaque nous les inondons de poison4 ,a demain6 ,mais ce demain n'est pas demain1 il fuit encore4 ,le temps se gte1 il commence pleuvoir444 ,j'ai justement reu le cahier des pages intimes1 sous une couverture de toile cire noire4 ,avant de m'endormir1 je le feuillette vaguement4 ,c'est l'heure du mieux et du pire4 ,je suis dans un tat d'esprit tout accepter cette heure2 l'orthodoxie ne m'effarouche point4 ,il y avait longtemps que la pense de ,dupouey ne m'avait t si prsente4 ,son destin rejoint et rsume1 en somme1 celui des jeunes combattants que j'ai vu dfiler tantt4 ,j'ai le cur gonfl de prire2 ne sachant pas prier4 ,j'cris ce que j'ai sur le cur#bi4 ,et ainsi1 le pire s'envole4 #bi ,foi en la ,france3 ,nuit de veille4 99 99 99 99 99 ,le vendredi #bd septembre1 le ciel fut nuageux et bas4 ,il y eut par trois fois recrudescence de tonnerre4 ,l'ennemi inquiet a voulu tter le terrain2 il fut reconduit en vitesse4 ,la proclamation de ,joffre a rsonn dans tous les bataillons4 ,nous ne nous trompions pas3 c'est la grande rue4 ,le signal ne tardera plus4 ,ah6 l'nervement de l'attente1 le cur qui s'arrte de battre3 nous y sommes donc6 ,les cabarets regorgeaient de soldats anglais1 plus libres et plus bruyants que de coutume2 les auto-camions s'entassaient bout bout1 le long du long mur de la mine3 o les porteraient-ils demain8 ,on allait1 on venait1 personne ne tenait plus en place4 ,je pus serrer la main de mon calme ami1 le lieutenant ,d4442 il fait bon ces moments-l d'changer l'aveu de sa passion2 ma ,france6444 ,sur le soir1 accalmie1 puis une rumeur aux tnbres4 ,sans cesse masque1 dmasque1 la lune ne nous rvlait que par instants les rgiments anglais en train de se former en colonne dans notre rue4 ,on se comptait1 on se rangeait3 les officiers corrects portaient cousu au dos1 un petit morceau de calicot blanc avec le numro de l'unit qu'ils devaient mener l'attaque2 c'est dire qu'ils marcheraient devant2 en tte de la compagnie1 un homme tenait haut le disque signaleur au bout d'un long bton1 comme l'aigle romaine2 moins de correction1 mais une sourde ardeur qui se traduisait en des chants tranges1 chansonnettes en vogue de music-hall londoniens1 gigues curieuses et comme disloques1 scies hurlantes ramenant un obsdant refrain2 l'air qu'une voix essaie1 propose1 toutes l'acceptent et le portent aux nues444 ,un autre1 encore un autre444 ,le pas n'a plus qu' suivre1 ils sont lancs6--,des formes1 des formes indistinctes1 et des voix2 le flot canalis s'coule2 de temps en temps un rayon gar ou la braise d'une cigarette satisfait notre curieuse sympathie3 nous voudrions les voir1 tous ces braves garons2 les voir et qu'ils nous voient1 qu'ils sachent qu'on est avec eux de toute l'me4 ,un arrt3 devant nous une compagnie stationne4 ,la gigue qui fuyait s'est perdue au loin des corons444 ,dans le repos1 derrire le faisceau des baonnettes1 un choral s'lve1 lent1 et large1 et noble1 plusieurs parties bien fondues1 religieux4 ,on ne peut pas ne pas pleurer1 mes compagnons eux-mmes1 moins sensibles3 nous n'osons pas nous regarder4--,un grand garon bien quip quitte le rang et nous aborde3 il veut causer4 ,en un balbutiement franco-anglais un peu comique1 charmant de bonne volont1 il s'adresse nous pour nous dire3 ,c'est bon1 hein8 ,il s'agit du chur et il dit bon pour beau4 ,nous approuvons4 ,demain1 ,franais attaquent1 neuf heures4 ,il nous fait une gracieuset en parlant d'abord des ,franais4 ,mais vous aussi8--,nous aussi4 ,il est simple et calme4 ,il se prsente3 ,moi1 sergent-mitrailleur4 ,irlandais1 moi6 ,mon pre1 sergent-major de la cavalerie4 ,et aussitt3 ,finish1 la guerre444 ,aprs444 moi1 fianc444 ,fiance cossaise444 ,il rit1 il n'est plus au combat3 il sort tranquillement de sa poche son portefeuille et tire une photographie qu'il est heureux de nous faire admirer4 ,a la lueur de la fentre1 nous entrevoyons le portrait d'une jolie miss en robe blanche1 sous un vaste chapeau bergre444 ,nous n'osons pas dire au brave garon que sa fiance est jolie2 mais nous le manifestons par des signes dont on voit qu'il saisit le sens4 ,finish6 la guerre4 ,comme il est sympathique6 ,j'aurais voulu graver dans mon esprit son franc visage444 ,mais le voil qui court4--,la colonne s'est branle au moment o mourait le chur4 ,il nous serra la main d'une poigne solide3 il cria1 en se retournant3 ,vive la ,france6 et disparut4 ,il est parti heureux et peut-tre bien vers la tombe4 ,quel souvenir6444 ,des pas1 des chants444 il passera des troupes toute la nuit4 ,rentrons4 99 99 99 99 99 ,o nuit de toutes les exaltations6 ,on ne peut ni penser1 ni lire4 ,un autre que vous1 en vous-mme1 parle1 agit1 se fait obir3 il est l prsent1 il vous juge444 ,il faut veiller sur vos penses3 ah6 n'allez pas dmriter6 ,la ,france toute entire attend2 c'est la vigile6 et le destin va dcider4 ,sur toute l'tendue du front d'assaut1 en ,pas-de-,calais et l-bas en ,marne1 la mme cause en jeu1 la mme hcatombe sacre1 les mmes victimes sans peur et couronnes de leur seule jeunesse1 mes frres en la mme patrie et mes frres en le mme ,dieu6 ,ah6 si je ne puis partager1 affronter d'aussi prs les mmes risques1 plonger dans la mle sanglante1 les imiter1 les secourir1 au moment qu'accrochs aux ronces ils dfaillent1 que je sois au moins digne d'eux6 ,la mort et la victoire sont lies2 la terre avec le ciel1 la patrie d'ici1 celle de l-haut4 ,je ne puis entrer en communion avec ceux qui abdiquent1 pour faire une seule me1 leur me frivole de chaque jour1 et qui s'embarquent tous pour le double voyage1 la mort et la victoire1 les yeux dans les yeux du destin1 si je ne consens pas faire appel en moi ce que j'ai de plus pur1 de plus noble444 ,ah6 je n'ai pas besoin de me forcer6 ,quelque chose de neuf1 de doux1 de saint1 monte et dborde1 quelque chose que je reconnais et que j'envisage lucidement1 l'irrsistible lan de la prire4 ,je dois une prire mes frres les combattants1 une prire la patrie4 ,il ne suffira pas d'un cri4 ,je veux des mots prcis1 plus beaux que ceux que mon amour pourrait trouver dans son langage1 plus efficaces que ne sont les mots humains4 ,je cherche au fond de mon pass et j'y retrouve intacts1 ternels1 les mots mmes de ma premire prire d'enfant4 ,oui6 je retrouve un ,notre ,pre1 et je le dis6 ,notre ,pre qui tes aux cieux4 ,que ,votre nom soit sanctifi1 que ,votre rgne arrive1 que ,votre volont soit faite sur la terre comme aux cieux2 donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien2 pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons ceux qui nous ont offenss2 ne nous laissez pas succomber la tentation1 mais dlivrez-nous du mal4 ,ainsi soit-il4 ,je l'ai dit mot mot3 j'en suis tout confondu4 ,aprs vingt-cinq ans de silence6 il se rveille1 il renat1 il persiste2 il ne m'avait donc pas quitt8 ,nous sommes loin du temps de ma petite enfance1 de l'insouci et de la paix4 ,le mal est venu1 puis la guerre4 ,le monde est sens dessus dessous4 ,tous les grands problmes se dressent devant le dmon de la connaissance1 qui a pris possession de cet enfant naf4 ,comme autrefois1 je demande1 interroge3 et les mmes mots me contentent1 et les mmes mots rpondent tout4--,ai-je fait assez pour vous1 camarades8 ,oh6 je n'y ai pas de mrite2 il le fallait4 ,mais c'est vous que je remercie3 votre hrosme est ma ranon4 ,au ciel o j'aspirais sans croire1 je n'avais encore qu'un saint et qu'un ami--et j'y ai maintenant un ,pre1 votre ,pre vous4 ,c'est en ,lui que je me repose4--,telle fut la vigile du grand jour4 ,j'ai vu1 et de plus prs1 de puissantes batailles1 celle de l',aisne au pied de la cote #ajh1 celles de ,verdun en aot et septembre1 dans la nue asphyxiante qui n'empcha pas nos poilus d'atteindre les lisires de ,beaumont4 ,a moins d'tre soi-mme dans la vague d'assaut1 et encore ne sait-on que ce qu'on fait1 tout juste1 et rien du reste de l'action1 moins d'appartenir un tat-major qui concentre les renseignements1 et qui en fait tat1 quand c'est temps qu'ils lui parviennent1 on est toujours un peu dans la situation de ,fabrice qui demande ce qui se passe quand il assiste ,waterloo3 plus forte raison sur les immenses fronts de cette guerre4 ,on participe la vie de son unit1 et sur les ordres qu'elle reoit1 on brode1 on raisonne et on rve4 ,quant y voir de ses yeux quelque chose1 la fume du canon et l'immensit du terrain l'interdisent formellement4 ,a peine peut-on recueillir quelques signes dont on connat le sens1 une fuse d'appel1 un marmitage obstin sur tel point1 mais surtout les on-dit de ceux qui vont et viennent1 les agents de liaison1 les blesss1 les renforts4 ,du reste1 ce n'est pas un panorama de bataille que j'ai peindre ici3 simplement nos motions4 ,oui6 le grand jour4 ,ds #e heures j'ouvre ma fentre2 il pleut2 le vent contraire emporte la voix du canon4 ,a #f heures1 en alerte2 on s'quipe1 on attelle4 ,a #i heures1 je me risque sur le terri3 seule la silhouette biscornue de l'glise ruine des corons du ,maroc sort de la brume2 pas une crte ne parat4 ,un escadron anglais ramass dans un fond prend la route de ,mazingarbe4 ,a #aj heures1 une rumeur gagne3 les ,anglais ont pris ,loos1 la cote #gj444 ils ont dpass ,la ,basse4 ,le grand ,q4 ,g4 tlgraphie3 ,en ,champagne les premires lignes sont enleves4 ,et voici des blesss anglais4 a va6 ,a midi1 cris1 tumulte et joie3 on signale une colonne de prisonniers444 ,ils sont jeunes1 solides et d'une laideur bestiale4 ,un mineur n'y tient pas et1 djouant la surveillance de l'escorte1 envoie un coup de pied dans le derrire du dernier3 il a souffert6 ,les blesss lgers qui circulent1 en attendant les autos d'ambulance1 commencent seulement se dtendre2 le masque effrayant du combat1 blme1 dur1 gar1 s'efface1 et la joie d'en tre sorti et sorti vainqueur1 dissipe les ombres4 ,la boue qui les couvre a sch1 ils sont vtus de plaques d'or1 et un sang rouge vif perce la gaze blanche qui emmaillote leurs blessures444 ,ils mangent des grappes de raisin1 avec la gourmandise du malade en convalescence2 elles doivent avoir le got de la vie et du soleil qu'ils vont revoir4 ,je cherche en vain au milieu d'eux le brave sergent de la veille4 ,mais on ne songe gure aux morts1 tandis que la victoire court1 et tout en eux sent la victoire4 ,l'aprs-midi est longue4 ,l'ordre d'avancer ne vient toujours pas4 ,a #c heures1 une nouvelle dpche de ,champagne3 ,front enfonc sur une tendue de #aj kilomtres4 ,cavalerie poursuit4 ,ivresse4 ,mais ici1 o en sommes-nous maintenant8 ,la crte dsembrume de ,vimy fume encore sous les marmites444 ,on ne sait pas grand'chose des ,franais444 ,on prtend qu'ils sont arrts dans le bois en hache par les mitrailleuses des corons d',angres qui les assassinent de flanc4 ,le soir vient3 revoici la pluie4 ,on ne veut pourtant qu'esprer4 ,mais l'me des morts se lve avec l'ombre4 ,je n'ai mme pas dbattre1 si je dois faire ma prire ou non4 ,je la fais444 comme l'habitude--cette fois pour les soldats morts1 de la mme faon qu'hier1 je l'ai faite pour eux en vie4 ,merci1 mon ,dieu6 ,comment peindre les jours qui suivent8 ,les soubresauts de notre cur1 les hauts1 les bas1 les illusions effrnes1 les brutales dceptions8 ,il faut savoir ce que c'est pour les hommes quand on attelle4 ,quelle fivre6 quel entrain6 ,on va se porter en avant6 ,ah6 dans ces moments-l1 ils ne regarderont pas aux marmites6444 ,les heures passent4 ,l'ordre est venu de dteler4 ,quoi qu'il en soit de la lutte1 c'est le dsastre4 ,nous avons connu a1 plus d'une fois1 hlas6 ,au matin du #bf1 tout feu1 tout flamme4 ,le quartier de l'glise tait encombr de blesss1 debout1 assis1 couchs1 sur les trottoirs et contre les murailles1 le masque au cou1 des casques boches sur la tte1 quantit de dpouilles accroches leur fourniment et toujours1 gardant le sourire4 ,j'ai le droit de prier1 maintenant1 la messe3 c'est dimanche et j'ai fait ma paix4 ,ma ferveur n'est plus disperse2 nouveaut dlicieuse1 ma ferveur sait parler6 ,plus elle parle1 plus je crois4 ,le combat continue4 ,le dploiement des renforts lilliputiens dans le paysage aux mouvements amples1 sous un ciel trs charg1 avec des coups de lumire soudains1 rappelle les tableaux de bataille de ,parrocel ou de ,van der ,meulen4 ,le nombre des prisonniers augmente4 #ab4jjj1 rien que pour la ,champagne2 ils seront #bj4jjj demain4 ,mais il n'est plus question de la perce4 ,pourquoi8--,ici l'avance et le recul alternent444 ,souchez et ,loos dcidment sont pris1 la cote de ,vimy peut-tre444 ,les ,anglais tiennent ferme la cote #gj4 ,mais le #bg1 on apprend qu'ils l'ont reperdue4 ,ce jour-l nous aurions atteint le ,tlgraphe et les vergers de la ,folie444--,les anecdotes pleuvent3 on a vu un ,anglais bless1 revenir du combat1 le casque en tte1 mais pour le reste nu et n'en paraissant pas gn2 on dpeint le dlire1 la terreur et la joie de la population de ,loos embrassant ses librateurs2 des traits sublimes1 quelques hontes aussi444 ,le #bh1 le #bi1 on pitine et la pluie redouble4 ,les ,anglais se sont cramponns aux carrires et aux lisires du village d',hulluch4 ,tout coup1 la grande nouvelle3 ,la seconde ligne de dfense a t perce en ,champagne3 trois divisions sont passes4 ,sign3 ,castelnau4 ,cette fois on voudrait embrasser tout le monde2 je suis ivre de reconnaissance et de foi et1 sous le coup1 je ne puis retenir une prire4 ,le #cj1 il faudra dchanter et je suis tout prs du blasphme4 ,ce pauvre cur la merci de tous les vents6 ,un cortge trange passe dans la rue3 les cossais portent en terre1 sur un pavois couvert du drapeau de l',union ,jack1 la dpouille hroque de leur colonel2 deux compagnies de fusiliers2 des croix de fleurs claires3 un chant agreste1 peine triste et tout humain1 vite achev1 repris sans cesse par les cornemuses en chur2 le clergyman vtu d'un surplis blanc dit les prires1 ramasse une poigne de craie1 et la rpand sur le cercueil1 en s'adressant directement au mort4 ,les soldats font la haie1 renversant leur fusil1 le canon tourn vers la terre6444 ,on enfouit tous nos espoirs4 ,la vrit est celle-ci3 nos divisions de perce en ,champagne1 sont prisonnires4 ,en ,artois1 il ne s'agit plus que de garder ce qu'on a pris4 ,nous passerons l'hiver ici1 dit le joyeux lieutenant ,dr444 ,le coup est dur1 bien qu'il soit appel victoire4 ,nous mettrons du temps nous rsigner4--,je prie contre-cur3 je prie quand mme4 ,,chapitre ,,xiii #a;er octobre4 ,nous changeons de place4 ,les corons de la fosse #aj4 ,mon logis et mes htes4 ,mon cur en progrs1 mon esprit rebelle4 ,premier contact avec le cahier noir4 ,procs de l'individualisme4 ,mon individu qui fait tte4 ,je veux la foi sans les principes4 ,aimons1 prions1 ne pensons pas4 ,chez les chasseurs pied4 ,un prche qui m'incommode4 ,je vis par le cur dans la guerre4 ,retour au cahier noir4 ,je m'apprivoise4 ,troisime lettre ,mme ,d444 ,faire maison nette4 ,les concessions de mon esprit4 ,le dpart prcipit de nos chelons1 au matin du #a;er octobre1 nous donnerait1 si nous y consentions1 l'illusion de la joyeuse guerre de campagne4 ,sans que nos batteries se dplacent1 nous nous avanons de trois kilomtres1 pour occuper les corons de la fosse #aj1 entre ,sains-en-,gohelle et ,aix-,noulette1 prs de la voie du chemin de fer4 ,il vaut mieux changer d'air aprs de grands dboires2 le lieu de retraite que je cherchais1 le voici donc4 ,la fosse #aj s'tend sur un norme espace3 les petits logements de briques ne s'accotent que deux deux3 ils ont tous1 devant et derrire1 un double jardin potager et de larges voies croises les sparent4 ,on voit le ciel4 ,on a la route pour marcher4 ,pour le regard1 la vaste tendue ondule1 droite vers ,lorette1 gauche vers ,bully4 ,le risque est plus proche1 mais on respire2 on n'est plus dans la foule3 on pourra s'isoler4 ,un seul bruit1 celui de la mine2 je ne compte pas le canon4 ,notre popote se fera dans une salle manger de gens l'aise1 chez la femme d'un porion mobilis4 ,j'aurai ma chambre1 deux ranges de corons plus loin1 chez une bonne veuve1 qui a encore les prjugs des anciens ges1 je veux dire l'honntet1 l'amour pour le travail1 la religion de la famille3 une raret dans le pays4 ,son fils an qui a dix-sept ans la fait vivre2 il travaille la mine une partie de la nuit1 dort un peu1 et s'occupe tout le reste du temps2 il est srieux1 ingnieux et brave1 le fils modle qu'on ne rencontre--et je me demande pourquoi--que dans les plus mauvais romans2 le petit frre va encore l'cole4 ,j'aime causer avec eux en passant1 car je dois1 pour rentrer chez moi1 traverser la salle4 ,j'occupe la chambre du grenier1 basse et petite1 badigeonne de chaux bleute1 une vraie cellule1 avec un lit1 une table1 une chaise1 quelques chromos-rclames de chez l'picier1 et la vue sur la mine par une fentre minuscule4 ,je l'ai habite quatre mois2 je n'y songe pas sans regret4 ,jamais nulle part1 aprs ni avant--sinon cette anne au bois d',esne1 devant la cote #cjd1 au fond d'un trou occup par une paillasse--je n'ai vcu si heureux1 si pacifi4 ,c'est l que je voudrais finir ma vie4 ,j'y apporte un cur en progrs1 puisqu'il prie et n'en a pas honte1 mais un esprit encore si plein de trouble et si lent se mettre au pas6 ,il n'a pas mme encore la curiosit de s'enqurir de la lettre du dogme2 il n'a pas le courage de confronter ses penses avec les penses qu'il devrait avoir et que l'acte de la prire suppose4 ,je dis3 ,dlivrez-nous du mal6 ,je reconnais donc le pch4 ,or je ne songe pas rformer mes murs1 ni me donner des lisires4 ,quand mon esprit aborde1 froid1 les trsors de sagesse et d'exprience contenus dans le cahier noir#cj1 il se dfend comme un beau diable de devoir acquiescer jamais des propositions qui ruineraient ses prventions intresses1 ses faiblesses coupables et tout ce qu'il avait difi l-dessus4 ,il se dlecte par instants1 dans ,candide et dans l',ingnu1 que j'ai acquis rcemment ,bthune2 une singulire nourriture pour un homme en train de se convertir6 ,mais c'est ainsi4 ,ceux qui ferment les yeux de peur de voir1 et les oreilles de peur d'entendre1 ne voulant pas suivre la parole de ,celui qui parle dans l'me1 ceux-l seront maudits par le ,dieu tout-puissant4 ,ainsi parle ,angle de ,foligno que le cahier noir me rvle4 ,je ne bouche pas mes oreilles1 mais j'y laisse aussi chanter d'autres voix et1 dans le fond1 je suis bien aise qu'elles couvrent la voix de la ,vrit--,ah6 les dures1 les cres paroles6 ,est-ce mon ,dupouey qui s'crie1 avec la vhmence d'un prophte3 #cj ,je citerai le titre des mditations et des tudes que renfermait le prcieux cahier3 les ,deux ,prudences1 ,ivresse et ,temps2 les ,voix de la ,grce2 les ,voix de la chair2 le ,double attrait2 ,art et ,saintet2 ,ordinatio ,doloris2 tudes sur l',individualisme4 ,il faudra qu'elles voient le jour pour l'dification de nos paens esthtes4 ,mme ,d444 y avait joint des fragments du ,journal et quelques fragments des lettres intimes 7d'une suprieure beaut7 qui toutes paratront bientt1 pour la plus grande gloire de ,dieu et de l'glise4 ,plaisirs des sens1 antique terreur des mes saintes444 valle tant de fois foudroye par les clairs de la scolastique1 c'est vous et non pas une autre que l'esprit moderne prend tant de peine rhabiliter4 ,c'est pour vous rendre ces rayons d'honneur et de posie que l'loquence sacre vous avait arrachs pour en parer la pauvret1 la mansutude et la pnitence1 c'est pour vous exalter nouveau comme vous le ftes jadis1 que le prince de ce monde se donne tant de peine4 ,n'osant vous nommer cause de ces lettres d'infamie que les ,pres de la ,doctrine ont traces au fer rouge sur votre front1 il est men grand train autour de la ,vie1 autour de la ,beaut1 autour de l',art--et la ,passion qui ne sert qu'elle-mme1 en versant son sang tous les carrefours1 est reue avec les plus grands honneurs444 ,basses petites habitudes1 tnbreuses petites complaisances1 c'est vous qu'il s'agit de ne plus effaroucher1 c'est bien vous le ,deus ignotus de tous ces porte-lyre4 ,il continue3 ,o ,catherine de ,sienne1 ,benot-,joseph ,labre1 ,franois d',assise1 ,vincent de ,paul1 ,angle de ,foligno1 ,thrse d',avila1 ,catherine de ,gnes1 ,jean-,baptiste ,vianney1 grandes mes humaines1 filles de la terre1 humbles1 sres1 fidles1 besogneuses4 ,vous en saviez plus long que les potes et les philosophes4 ,vous avez su que le vin vaut plus que le vase prcaire o il se laisse enfermer4 ,combien m'apparaissent sages1 vos jenes1 vos veilles1 votre chastet1 vos aumnes et votre crainte de cette facile flicit qui s'empare de tout l'esprit et par son inconstance en absorbe tout le souci4 ,quel anathme3 et qu'est-ce dire8444 il ne suffit pas de prier8 ,il faudra tout remettre en question8 l'homme ancien1 condamn1 devra cder toute la place8 rien n'tait bon de ses penses1 de ses dsirs8444 ,devant ces exigences1 je me glace1 je me rebelle1 je me cramponne mes potes1 mon ,stendhal et mon ,nietzsche2 autrement dit mon orgueil1 mon plaisir2 mon individu qui rclame ses droits et qui fait tte4 ,je ne connais1 hlas6 ni ,catherine de ,sienne1 ni ,angle de ,foligno1 ni ,jean-,baptiste ,vianney1 et peine ,franois d',assise444 ,n'importe6 je prononce4 ,ce sont de grands saints1 il se peut3 je suis prt leur rendre hommage4 ,mais ils ne feront pas que j'abandonne pour les suivre mes matres intellectuels4 ,ils auront accs auprs d'eux dans mon ,empyre4 ,mais qu'on ne me demande pas de choisir6--,parfaite soumission du corps et plus parfaite soumission de l'esprit1 insiste notre saint4 ,non6 quittons ce terrain aride6 ,je garderai la libert de ma pense et de mes actes1 et sur le reste on s'entendra4 ,voici3 je veux la foi sans les principes4 ,comme s'ils pouvaient tre spars6 ,quand je tourne la page et que je trouve l'homme1 non plus le catchiste1 je me donne et suis consol4 ,non1 ce n'est pas aux thories1 c'est l'exemple vivant que je veux boire4 ,ces fragments de lettres sont ineffables4 ,vous les lirez bientt4 ,je cite3 ,si je venais disparatre 7pour d'en haut t'entourer plus incessamment71 ne te proccupe pas de l'avenir4 ,n'oublie pas qu'un peu d'incertitude du lendemain est le meilleur aiguillon de cette confiance1 de cet abandon ,dieu4 ,le grand malheur des riches1 c'est que leur or les met l'abri de la ,providence1 de ses merveilleuses1 tendres et paternelles prvenances4 ,ils combinent toute leur vie dans leur cervelle et n'ont pas avec ,dieu partie lie comme les autres4 ,est-ce beau6 ,le mme homme crit3 ,il faut penser contre nous-mmes4 ,non1 de grce1 ne pensons pas6 ,aimons1 prions6 la pense aura bien son heure4 ,il faut compter aussi avec le dsappointement4 ,j'avais demand ,dieu la grande victoire et chaque jour confirme que nous ne l'avons pas1 malgr l'tendue du terrain conquis et l'normit de nos prises4 ,en ,champagne comme en ,artois1 autour d',hulluch1 de ,vimy1 de ,tahure1 on est pied pied avec l'ennemi qui a su s'accrocher temps2 aprs la vaine perce1 la morne usure4 ,je fais comme un enfant1 je boude1 et pour oublier ma sourde rancune1 il me faudrait quelque regain d'espoir4 ,un chemin creux abritant des batteries lourdes me mne un jour ,bouvigny1 puis ,boyeffles o je trouve1 dans un grand clos1 une parade de chasseurs pied2 ils reviennent du feu1 on les dcore4 ,devant le fanion mi-parti noir et jaune1 un jeune colonel au centre du carr1 attache les insignes sur la poitrine d'une quinzaine de braves4 ,ah6 l'accolade est chaude2 le baiser claque sur les joues2 et ce discours1 en deux phrases3 ,chasseurs1 vous avez bien mrit de la patrie4 ,il n'y a pas un lche parmi vous4 ,criez tous avec moi3 ,vive la ,france6 ,je m'chappe1 dissimulant ma trop visible motion4 ,a dfaut de victoire1 j'ai besoin d'hrosme4 ,c'est eux qui ont tout fait et je me sens meilleur4 ,autre moment4 ,il faut aller chercher la messe derrire les corons1 au village de ,sains4 ,j'voquerai souvent l'glise qui devint la mienne3 ses piliers ronds1 aux chapiteaux romans1 sa modestie444 ,passons4 ,devant quelques dames1 des officiers et une foule compacte de soldats franais1 le prtre parle3 ,la foi qu'on avait cru voir refleurir1 au premier contact avec le danger et dans le premier feu de l'enthousiasme1 semble dj lasse4 ,l'homme rduit lui-mme se fait tout1 mme la mort4 ,si nous n'avons pas la victoire1 eh bien6 c'est notre faute4 ,nous ne l'avons pas encore mrite4 ,ces mots parfaitement conformes la foi1 soulvent dans mon tre une rvolte irrductible4 ,quoi6 n'est-ce rien1 la souffrance1 le don de la vie1 cet hrosme justement1 renouvel jour aprs jour depuis des mois8 ,ils sont morts sans avoir pri1 et cette mort est inutile8 ,le mot de ,pguy est plus juste et combien plus humain2 peu prs celui-ci1 si je ne me trompe3 ,celui qui meurt pour sa patrie va droit au ciel4 ,je dplace la question1 car il ne s'agit pas du salut de leur me2 mais bien du prix dont nous devons payer la paix4 ,mais mon cur est bless1 pein3 ma foi regimbe--et pour pouvoir prier1 je fais comme si l'aumnier n'avait rien dit4 ,a la fin de l'office1 je m'tonne et me rjouis d'entendre rsonner1 comme dans mon enfance1 le ,domine salvam fac rempublicam444 ,oui6 ,seigneur1 sauvez mon pays6 ,tous ces petits faits le confirment1 la spculation ne me vaut rien en ce temps-ci4 ,de si loin que je voie la guerre1 de trop loin encore mon gr1 en dpit du risque courant1 des ouragans de #baj dont la fosse est souvent meurtrie et des petites averses de shrapnells qui nous trouvent sans le moindre abri1 c'est dans la guerre que je vis1 que je sens1 et que je respire1 c'est dans la guerre que je travaille1 c'est dans la guerre que j'aime prier1 sous la pression et dans l'ivresse d'un drame qui se joue sans arrt et auquel pas un jour1 pas une heure1 pas une minute1 je ne cesserai de me passionner4 ,mais je ferai grce au lecteur des incidents qui alimentent mon lyrisme1 dans ce secteur toujours en mouvement1 des attaques et contre-attaques1 sur le double crassier1 aux carrires d',hulluch1 la croise des cinq chemins et aux vergers de la ,folie1 qui occuperont tout notre automne et une partie de notre hiver3 combats locaux1 mais qui m'enfivrent1 comme feraient de grandes batailles4 ,chaque fois1 en petit ou en grand1 la mme question est pose3 ,vaincre et mourir4 ,unique sujet de ces pomes que j'crivais de jet1 avec une hte dsespre1 comme si j'avais craint de n'avoir pas le temps de les finir4 ,il faut parler et le temps presse4 ,pourquoi parler8 pour soulager mon cur4 ,o petite chambre sans feu1 pleine d'moi et de recueillement1 o la grce invisible opre1 d'o je vois les drachen1 les combats d'avions et les fuses multicolores1 o je reois en plein visage le souffle de flamme du train blind qui tire moins de deux cents mtres1 o j'entends jour et nuit retentir le canon et le tac-tac des mitrailleuses1 o je puis mme tre cras6 ,quand il y fait trop froid1 je m'lance sur la grand'route2 un temps de marche et je reviens mon travail3 la guerre1 la mort1 ce ,dieu encore si vague444 ,n'allez pas croire cependant que ma bonne humeur s'assombrisse2 au contraire1 mes camarades1 qui ne sont pas dans le secret1 ne voient gure en moi que sourire1 et je compose1 en pleine crise1 de petites chansons pour eux444 ,il faut en revenir au cahier noir2 je le redoute et il m'attire1 en attendant les ,penses de ,pascal que je vais me faire envoyer4 ,le nouveau contact est moins rticent2 il semble que je m'apprivoise1 que je m'efforce de bon cur n'tre point scandalis4 ,c'est comme un breuvage trop fort auquel le palais s'accoutume4 ,bientt1 sans adhrer tout ce que j'y lis1 je suis heureux de ne plus rejeter d'emble ce qui contredit mon pass1 et de souscrire certaines formules qui m'eussent fait pousser des cris huit jours avant4 ,je ne saurais mieux faire entendre ce qu'il va devenir pour moi1 qu'en citant un fragment de la lettre tardive1 par laquelle je remerciais ma correspondante de son envoi4 ,jaillie spontanment1 crite sans ratures1 elle m'avait sembl fixer de faon si exacte l'tat de mes penses d'alors1 ignores de moi avant de l'crire1 que je ne la mis pas sous enveloppe sans avoir pris la peine de la recopier4 ,sur certains points1 il se peut que je m'y rpte2 ces points sont assez importants pour trouver double place dans mon rcit4 ,hlas6 disais-je1 comme je suis indigne6444 ,heureux celui qui peut lier intimement le souci de la cause humaine qui nous tient palpitants et nous porte dj bien haut1 un ordre divin qui est suprieur encore6 ,l'un achemine l'autre1 et je me sens un peu monter4 ,je puis vous le dire vous1 sans orgueil1 comme je le dirais ,dupouey3 je crois1 ces derniers mois1 avoir fait quelques progrs dans le bien4 ,je ne me soumets pas encore2 je ne veux rien forcer4 ,mais je sens natre une sorte de grce4 ,spontanment1 j'ai retrouv sur mes lvres une prire1 et une prire qui jaillit ainsi du cur est quelque chose de si beau1 de si saint1 qu'on aurait honte de la faire cohabiter avec de mauvaises penses4 ,non par vertu encore1 mais par pudeur1 par sentiment de ce que l'on doit au ,divin d'gards et de prvenances1 on s'efforce la puret4 ,dieu est entr en vous1 ft-ce furtivement et pour en ressortir bien vite444 ,n'importe6 on veut le recevoir comme il convient et ne pas taler devant lui sa misre4 ,on fait la maison nette444 ,c'est ainsi444 que je commence avoir prouv le miracle intime de la prire4 ,les belles paroles que ,dupouey aura prononces l-dessus6444 ,je les saurai bientt force de les lire444 ,et puis1 je trouve dans ses notes tant de rponses aux questions que nous nous posons tous1 nous qui avons partag les mmes admirations d'ordre esthtique et qui1 amis du ,beau1 savons bien que le ,beau ne se suffit pas4 ,il garde1 comme dit votre mari1 l'empreinte des grandes mes4 ,voil sa raison d'exister4 ,ah6 faire en soi1 de soi1 sinon une grande me1 une me1 digne de ce beau nom444 ,on le sent1 je n'ai pas encore puis le suc des pages admirables qui me furent confies444 ,mon orgueilleux esprit ne dit plus3 ,non6 je ne crois pas6 dans le mme temps que mon cur se livre4 ,il ne dit pas non plus encore3 ,je veux croire6 ,il ne sait clairement ni s'il veut croire1 ni s'il croit4 ,mais sa curiosit des mystres s'aiguise4 ,quand par hasard1 il interroge1 il aime bien qu'on lui rponde1 et mme qu'on ait raison contre lui4 ,il n'entre pas1 pieds et poings lis1 dans la doctrine2 il n'ose mme pas l'aborder de trop prs2 mais quand un rayon de clart vient rvler un pan de mur du prodigieux et sombre difice1 il le contemple d'un regard qui s'y plat4 ,il en est de mme1 pour la morale3 il ne veut pas connatre les commandements--et malgr lui1 il obit leur fantme1 pour ne pas gter son cur la douce prire du soir4 ,entre ce mal qu'il n'abjure pas tout fait et le bien qu'il aime1 il a beau dclarer qu'il ne choisira pas2 il se rend compte qu'ils s'excluent l'un l'autre et il s'arrange pour qu'ils ne se rencontrent pas4 ,c'est cela4 ,par pudeur1 par gards et par convenance6 ,n'en doutez pas1 quand la maison sera bien nette1 en lettres d'or au-dessus de la porte1 d'eux-mmes les prceptes saints s'y graveront--et l'esprit n'aura plus qu' lire4 ,,chapitre ,,xiv ,effusions4 ,le lieutenant ,d444 perd son jeune frre4 ,le chapelet et l'adoration l'glise de ,sains4 ,rponse du frre ,matteo4 ,je lis ,pascal4 ,plerinage ,notre-,dame-de-,lorette4 ,les tombes militaires4 ,je fais ma prire genoux4 ,l'invite la communion3 je la repousse4 ,ma petite chapelle4 ,la ,toussaint et le jour des ,morts4 ,nous approchons de la ,toussaint4 ,a la grand'messe on nous a lu en chaire un mandement de l'vque d',arras sur la fte des ,morts4 ,j'ai toute heure sous les yeux ce joli coteau de ,lorette1 cimetire de nos soldats4 ,tarderai-je le visiter8 ,j'y songe avec tant de pit1 dans le moment o la clochette sonne1 que j'incline la tte plus bas que de coutume et que je prie comme jamais4 ,l'aprs-midi1 on m'apprend la mort hroque d'un jeune frre de mon ami le lieutenant ,d444 et je comprends que j'ai pri aussi pour lui4 ,le pre crivait son fils3 tienne nous a quitts1 il a t bless mortellement en ,champagne1 avant l'offensive qu'il n'a pu voir4 ,sa fin a t admirable4 ,o calme ami qui souffre1 doublement mon ami6 ,il m'avait parl de ses jeunes frres3 ils s'taient lancs1 l'assaut1 le #i mai1 sur le front de ,neuville-,saint-,vast2 l'an entranait le petit1 son chapelet autour du bras2 il lui faisait promettre1 si lui-mme tombait1 de ne pas s'arrter en route2 mais sans regarder en arrire1 d'aller dans le mme lan le venger4 ,c'est le petit qui fut bless et c'est l'autre aujourd'hui qui tombe4 ,admirablement1 je n'en doute pas2 en chrtien1 ncessairement4--,comment n'ai-je jamais confi au lieutenant1 qui a connu la fin de ,dupouey1 les proccupations de mon me8 il tait fait pour me comprendre et peut-tre pour me guider4 ,il semble que mon drame intrieur doive se jouer sans paroles1 dans le silence1 tte tte avec ,dieu et que tout le secours permis doive me venir de mon saint et de sa compagne4 ,et puis1 j'ai peur du monde et de la moindre intrusion des hommes1 de ceux-l mme qui me sont le plus chers3 ma sur et mes amis ne connaissent que mes pomes4 ,comme un enfant qui vient de natre1 ma foi est tellement fragile1 susceptible1 exigeante encore1 dans son insuffisance et ses restrictions6 ,elle rclame trop ou trop peu2 trop des autres1 trop peu d'elle-mme4 ,la dsinvolture toute cavalire d'un prtre brancardier qui dit la messe en bottes1 la va-vite1 me plongera dans une consternation indigne3 comme le souhaitait ,dupouey1 je veux--et de quel droit1 pcheur8--que le prtre l'autel prie sans exception tous les mots de la liturgie1 ces mots magiques dont j'ignore le sens1 puisque je n'ai pour les suivre aucun livre et que je n'prouve pas1 du reste1 le dsir d'en possder un4 ,si vous me demandez comment j'entends la messe1 je vous rponds3 passivement1 port par le chant successif du ,kyrie qui est la supplication1 du ,gloria qui est la joie1 du ,credo qui est l'assurance1 de l',agnus ,dei qui est la douleur1 avec un temps de silence au milieu1 qui est l'adoration et quelquefois l'obissance4 ,au fond1 je l'entends moins en moi qu'en tous ceux qui sont l prsents1 qui croient mieux que moi1 qui prient mieux que moi1 officiers et soldats peine sortis du carnage et qui vont y rentrer demain4 ,par sympathie1 je les imite1 je tche ma mesure d'pouser leur moi profond2 sans tre tout fait de leur confession1 j'y participe4 ,ainsi j'abreuve de leurs larmes mon amour encore rticent4 ,ce n'est pas trop de ce cordial1 le matin de chaque dimanche4 ,un soir1 passant devant l'glise1 je m'arrte1 j'hsite1 je fais enfin ce que jamais il ne m'est arriv de faire1 en dehors des offices et en semaine1 j'entre prier4 ,elle ne m'a jamais paru si resserre1 si hospitalire1 si maternelle4 ,sur les deux autels latraux brlent quelques bougies2 les beaux piliers ronds et trapus se modlent en blanc et noir2 ils sont solidit1 mystre2 pas un reflet dans la grotte du chur2 rien que l'toile jaune et sans rayonnement de la veilleuse1 clignotant au bord d'une nuit o fond le bleu des drapeaux tricolores1 o le blanc se devine1 o le rouge luit sourdement4 ,soudain une rumeur s'lve et je discerne devant moi1 plus immobiles que les chaises1 deux ranges de femmes agenouilles qui rcitent tout haut leur chapelet4 ,je pensais venir l pour la solitude et pour le silence4 ,vais-je m'enfuir8--,une voix dit3 ,je vous salue1 ,marie1 pleine de grce1 le ,seigneur est avec vous1 vous tes bnie entre toutes les femmes1 et ,jsus1 le fruit de vos entrailles1 est bni4 ,aussitt les autres achvent3 ,sainte ,marie mre de ,dieu1 priez pour nous1 pauvres pcheurs1 maintenant et l'heure de notre mort4 ,ainsi soit-il4 ,la voix seule reprend3 ,je vous salue1 ,marie444 et le mme salut appelant la mme requte1 les autres redisent encore3 ,sainte ,marie1 mre de ,dieu444 ,une fois1 deux fois et dix fois444 ,chur altern1 monotone1 insistant1 simple1 sans accent pathtique1 et qui sait8 machinal3 il suffit que les mots soient dits4 ,que je suis loin de ces pratiques1 de ces attentions envers la ,vierge ,mre1 de cette humilit qui ne recherche pas l'effet1 qui mprise le got sensible1 qui fait peut-tre cela comme une corve1 sans y penser1 mais qui le fait pourtant6444 ,je ne me retirerai pas2 l'onde de la prire commune m'enveloppe4 ,j'ai auprs de moi deux soldats1 effacs derrire un pilier1 qui comptent sagement les petits grains de leur rosaire et qui rpondent dans leurs dents4 ,si notre saint ami tait l1 il ferait comme eux4 ,ah6 s'agenouiller1 rpter ensemble1 longuement1 ternellement les mmes phrases de recours1 d'oubli et de batitude6444 ,on connat la rponse de frre ,matteo1 le disciple de saint ,franois1 au frre ,jacques de ,fallerone qui lui demandait humblement pourquoi il ne changeait jamais de ton dans l'expression de sa joie4 ,quand on a trouv son plaisir dans une chanson1 on n'prouve pas le besoin de changer l'air4 ,j'ignorais alors ces paroles1 mais j'en touchais dj la merveilleuse vrit4--,or1 voil que le chur de l'glise s'claire2 l'ostensoir dans les mains1 le prtre monte vers l'autel2 il dcouvre le ,saint des ,saints et place la fragile hostie au centre des rayons dors2 puis s'agenouillant devant elle1 il adore4 ,le ,veni creator1 puis le ,tantum ergo1 chants autour de l'orgue par de jeunes voix fraches1 descendent de la tribune sur moi4 ,puis l',ave ,maria encore1 qui n'est pas un chant1 mais un cri1 un cri de louange populaire3 traditions de la paroisse1 enfants de ,marie1 blanches processions444 je subirai donc tout ce soir8 et sans rvolte8 ,bni soit ,dieu qui m'attira dans ce guet-apens adorable et qui m'amne sa ,mre si tendrement6 ,je lis1 en rentrant1 dans ,pascal3 ,il y a trois moyens de croire1 la raison1 la coutume1 l'inspiration2 la religion chrtienne1 qui seule a la raison1 n'admet pas pour ses vrais enfants ceux qui croient sans inspiration2 ce n'est pas qu'elle exclue la raison et la coutume1 au contraire2 mais il faut ouvrir son esprit aux preuves1 s'y confirmer par la coutume1 mais offrir ses humiliations aux inspirations qui1 seules1 peuvent faire le vrai et le salutaire effet4 ,ne evacuetur crux ,christi4 ,j'ajoutai dans mes notes3 ,j'aime quand j'aime4 ,je ne sais rien de moi que mes effusions4 ,demain1 avant-veille de la ,toussaint1 j'irai pleriner ,notre-,dame-de-,lorette4 99 99 99 99 99 ,non pas la chapelle3 il n'en reste plus rien4 ,c'est la colline qui m'attire1 la ncropole agreste de nos nouveaux saints4 ,depuis si longtemps qu'on m'invite aller djeuner l'observatoire1 qui1 tout prs de la pointe1 est l'il de nos batteries lourdes sur l'ennemi1 je profite d'un jour exquis3 il fait clair1 lger et splendide4 ,village de ,bouvigny1 mi-ruin1 plein de chasseurs pied1 leurs frres1 si jeunes et si crnes sous le casque ou sous le bret2 son glise ogivale assise sur un tertre tout vid par les obus4 ,fosse abandonne de ,marqueffe1 sinistre dans son abandon1 avec tant de murs bouls1 de portes bantes1 de chambres vides1 autour desquelles de hautes herbes blondes1 jamais fauches1 croissent ou schent depuis un an4 ,a travers le bled1 on fait vite pour rejoindre le bois2 on est vu6 et des entonnoirs respectables jalonnent rgulirement le terrain4 ,sous les premiers couverts du bois nat la colline4 ,arbres de taillis1 de haut jet1 moins claircis par le vent que par les marmites1 qui en chassent sans cesse1 avec les feuilles1 les oiseaux4 ,un bouleau d'or parmi la rouille sombre1 la pourpre violtre et le noir fusain d'un rideau toujours referm4 ,on arrache ses pas une boue affreuse1 une pte de craie et d'argile qui retient des branches et des broussailles1 qui pourrit les feuilles et aussi les morts4 ,en vitant les trous pleins d'eau1 les tranches qui sont des canaux1 les fils barbels mls aux lianes1 et les rondins des ouvrages bouleverss1 on bute chaque instant dans une tombe2 et combien d'autres que l'on foule sans le savoir6 ,elles sont disperses1 sans ordre1 chacune oriente dans le sens mme o s'tendit le soldat pour mourir1 o le jeta la secousse fatale1 o ses camarades pieux jugrent le terrain facile creuser et propice4 ,ainsi chacune vit pour soi et parat1 au milieu des autres1 solitaire2 chacune ou presque a reu des soins empresss4 ,ici un entourage de baguettes courbes1 plantes par les deux bouts comme dans les jardins1 limite une plate-bande dfleurie4 ,l1 un encadrement de pierres simples1 les pierres mme du sentier4 ,plus loin1 de petits morceaux de craie blanche1 minutieusement assembls1 dessinent sur le sol une jolie croix de mosaque4 ,quelques plantes des bois1 dracines aux alentours1 un pied de violettes1 une touffe de fougre1 essaient timidement de reprendre et de reverdir2 cette terre est la leur2 elles auront t peine dranges4 ,et partout1 droite ou vacillante1 la croix de bois qui porte le nom et la date1 ou seulement3 un soldat franais tu l'ennemi2 parfois aussi un kpi ou une bouteille contenant les papiers du mort444--,heureux encore ceux-l2 d'autres1 l'ennemi les retue2 gardons-nous de fouiller ces pauvres trous6 ,une belle couronne de perles1 insolite1 enleve par le vent d'une explosion1 se balance au sommet d'un arbre4 ,la guerre1 le bois1 la terre mangeront tout6--,je pourrais voquer1 avec les romantiques1 la victoire de la nature sur ce qu'on appelle la mort4 ,je songe la rsurrection de l'me4 ,la ,vierge ,mre que j'entendais louer la veille1 je sens que1 chasse de son sanctuaire1 elle va et vient sous ce bois et continue sa protection invisible tous ceux qu'il abrite4 ,l'ide de la filiation divine1 de la maternit sacre tendue du ,sauveur tous les fils de l'homme1 chante douloureusement en moi4 ,marie se penche1 elle console1 elle relve et je ne songe plus lui refuser mon amour4--,au-dessus du bois d',aix-,noulette1 les trajectoires de nos gros obus chantent comme un ouragan dans les feuillages4 ,on lit l'heure distinctement au cadran du clocher de ,lens4 ,dans une rue de la ville occupe1 passe une femme du peuple1 son panier au bras4 ,la lumire du soir coule comme une mlodie1 sur les mouvements lents et imperceptibles du sol4 ,aujourd'hui1 avant de m'tendre1 pour la premire fois1 je fais ma prire genoux4 ,or1 rouvrant ,pascal1 je trouve ces lignes3 ,j'ai appris d'un saint homme444 qu'une des plus solides et des plus utiles charits envers les morts est de faire les choses qu'ils nous ordonneraient s'ils taient encore au monde et de pratiquer les saints avis qu'ils nous ont donns1 et de nous mettre pour eux en l'tat o ils nous souhaitent prsent4 ,par cette pratique1 nous les faisons revivre en nous en quelque sorte puisque ce sont leurs conseils qui sont encore vivants et agissants en nous4 99 99 99 99 99 ,je suis un tournant peut-tre dcisif4 ,le #ca octobre qui se trouve un dimanche1 un jeune aumnier barbu1 aprs avoir lu l'vangile1 s'avance au bord du chur2 en quelques paroles trs simples il vient inviter les fidles communier pour les morts4 ,communier6 ,on se souvient de mon lan irrflchi1 quand1 voyant bondir la table sainte un officier anglais qui bravait le respect humain1 je me sentis prt le suivre4 ,j'ai ma tte aujourd'hui et j'envisage posment une obligation de foi qui ne me semble pas m'tre applicable4 ,est-ce indignit ou timidit8 crainte respectueuse ou crainte intresse8 ai-je honte ou bien mfiance8 ,je ne veux point sauter le pas4 ,pourtant ces mots d'invitation du prtre1 s'ils sont pour tous les autres1 ils sont aussi pour moi4 ,ou bien alors1 qu'est-ce que je fais dans cette glise1 hrtique ou paen au milieu des croyants1 acceptant d'tre confondu avec eux1 et profanant de mon doute leur temple8 ,leur devoir n'est-il pas le mien8 ,existe-t-il un privilge pour les demi-chrtiens et pour les amateurs de saintet8 ,a qui me demandera si je crois1 rpondrai-je cyniquement3 ,je crois1 mais j'en prends et j'en laisse4 ,je suis venu librement parmi vous et je suis libre de choisir entre les pratiques qui me conviennent et celles dont je n'ai pas le got4 ,je sais ce qu'il me faut3 un saint me guide4 ,dans la commune glise1 je me suis fait une chapelle moi2 on n'y connat ni la confession1 ni la communion1 ni aucun des sacrements qui obligent4 ,je suis ,kant la messe et seule ma conscience dcidera4 ,autrement dit mon bon plaisir4--,mais oui6 ce moment1 je rpondrais ainsi2 c'est exactement ma pense4 ,s'il me fallait la formuler tout haut1 j'hsiterais peut-tre444 ,il n'est ici personne1 avec qui je me trouve en change spirituel1 pour me mettre d'autorit au pied du mur4 ,tel que je suis1 je me sens bien l'aise3 avec une me dj quelque peu nettoye1 o le pch passe regret1 sans s'attarder1 mais sans laisser aprs lui de remords durable2 avec un cur qui se contente bon march d'une prire au soir1 d'une messe le dimanche1 de quelques pages de ,pascal ou du saint ami ,dupouey2 avec un esprit dj moins ferm aux vrits suprieures1 mais qui refuse de tout apprendre et de tout voir1 de pousser bout sa logique2 et enfin1 avec un orgueil aveugl qui n'admet pas de me voir rentrer dans le rang1 comme un simple soldat du ,christ et1 pour le peu que je concde ,dieu1 m'admire4 ,l'ide de m'approcher d'un prtre1 de l'couter1 de m'agenouiller devant lui1 n'a mme pas le temps de prendre forme3 je l'carte d'avance comme un pouvantail4 ,mes prjugs y sont pour quelque chose2 ma vanit aussi1 hlas6 ,voyons1 j'ai mieux qu'un prtre sur la terre1 j'ai un saint dans le ciel et il dfend ma cause devant ,dieu6--,durant la messe qui suivra cette vaine invite1 je repasserai dans mon souvenir toutes les tapes de ma foi1 je reverrai tout ce que ,dieu a fait pour moi et conclurai en m'obstinant dans mes rserves1 insignifiantes mon gr4 ,si mes morts m'ont prescrit la consommation totale1 sur ce point-l1 je ne les entends pas4 ,toussaint1 odeur d'automne et de feuilles brles4 ,jour des morts pluvieux4 ,le gnral ,m444 parle au cimetire2 mais il n'a pas un seul regard1 me semble-t-il1 pour les stles de nos soldats musulmans3 est-ce chrtien8444 ,j'arrte ma pense sur les hros sans ,dieu3 mon amour n'excepte personne444 ,mais devant nos tombes nous1 les ombres de ma mre et de mon saint ami surgissent1 jeunes et relles1 et je songe au discours prononc le matin1 sur le cercueil symbolique orn du drapeau1 par un aumnier militaire que j'entendais pour la premire fois et qui devra bientt me prter ses lumires4 ,comme il faisait sonner le thme3 ,ce ne sont pas des morts1 mais des vivants6 ,je songe aussi l',ave rpt en chur qui acheva de prendre pour moi sa valeur humaine1 en ce jour glorieux o toutes les mres qui pleurent recommandent leurs fils la mre de ,dieu4 ,ainsi je commence novembre4 ,encore un deuil dj1 sans compter le courant banal3 le jeune frre du lieutenant ,g4441 si sympathique1 mort en ,champagne aussi1 avant l'assaut4 ,g444 est sombre1 il se tait2 je voudrais forcer son silence2 prvoit-il dj son propre destin8444 ,je lis le soir la ,jrusalem de ,loti4 ,c'est le livre d'un inquiet4 ,j'aspire au calme4 ,laissons cela4 ,voici qu'on me rapporte de ,paris le ,nouveau ,testament que j'avais demand4 ,je vais enfin connatre la ,parole1 aprs avoir vcu six mois sur les miracles qu'elle a faits6 ,,chapitre ,,xv ,je lis le ,nouveau ,testament4 ,catholicisme et protestantisme4 ,le pch selon ,michel-,ange4 ,figure de ,notre ,seigneur4 ,sa passion et la ntre4 ,les prches du pre ,g444 ,quatrime lettre de ,mme ,d4443 l'amour des pauvres chez ,dupouey4 ,novembre la fosse #aj4 ,en permission4 ,mot d',andr ,g444 ,la messe du dernier dimanche de l',avent4 ,je communierai ,nol4 ,c'tait une ,bible complte que je dsirais possder4 ,les citations admirables contenues dans le cahier noir1 les commentaires fulgurants de ,pascal sur les anciennes prophties m'avaient donn le dsir de lire les ,psaumes444 ,je m'en consolerai en accrochant au mur quelques photographies de la ,sixtine que me remet le mme messager4 ,il y a zchiel1 ,daniel1 ,jrmie1 ,isae1 la ,cration de l',homme et de la ,femme1 le ,pch et la ,dchance3 ainsi1 j'aurai toujours prsentes les raisons et les voix qui rclamaient de ,dieu son ,christ4 ,mon messager est protestant1 et convaincu4 ,aussi bien est-ce une dition protestante des vangiles qu'il a acquise mon intention4 ,je n'en prouve aucun ennui4 ,nos frres spars restent pourtant nos frres et les textes restent les textes dans la ,vulgate ou dans ,oswald4 ,qui s'aviserait de les altrer au profit de l'orthodoxie ou de la ,rforme8 ,personne1 j'en suis sr2 une voix si douce et si pure n'admet pour auditeurs que gens de bonne foi4 ,est-ce dire que je balance entre les deux confessions8 ,oh6 nullement6 ,je comprends aujourd'hui pourquoi la curiosit des ,saints ,livres m'a t refuse au temps de mon indiffrence envers ,dieu4 ,je connais par exprience cet amour-propre de l'intellectuel1 qui met ce qui lui plat dans ses lectures et est tent de se considrer comme le premier qui lise ce qu'il lit et qui le lise bien4 ,depuis dix-neuf cents ans que le ,christ a prch et que l'on interprte sa doctrine1 j'arrive et je dclare que1 durant dix-neuf sicles tout ce monde-l s'est tromp2 la parole fausse1 c'est moi qui la redresse2 on n'attendait que moi6 ,quand les plus tonns de ma conversion confessent qu' tout prendre1 ils auraient compris de ma part une adhsion rflchie au protestantisme et1 bien entendu1 au plus libral1 ils s'crient1 indigns3 ,n'tes-vous plus un esprit libre1 vous8 ,lou soit ,dieu qui ne m'a point parl1 avant que j'eusse rsign cette libert vaniteuse6 ,non1 mes amis1 je ne suis plus libre de moi et je m'en rjouis au fond de l'me4 ,dieu m'a donn un interprte de son choix2 je lirai ,dieu avec les yeux d'un autre1 comme le lit l'glise1 comme le fait ,dupouey1 selon la raison catholique4 ,me croyez-vous si peu reconnaissant de ses bienfaits8 ,vous ne voudriez pas que je quitte la main qui m'a men au sanctuaire1 qui a dchir pour moi les nuages et sans laquelle l'vangile me serait demeur ferm6 ,que si je la rejette1 du mme coup1 il me faut rejeter le ,livre2 je n'en ai plus besoin1 il me redevient tranger4 ,foin d'une religion qui exorcise le miracle6 ,consentez-y ou non1 mais c'est en partant d'un miracle que ma foi neuve en est venue couter la voix qui vous prche l'amour4 ,comme me l'crira1 dans sa prochaine lettre1 la compagne de notre saint1 en parlant de la merveilleuse rencontre qui dposa dans mon cur le germe sacr1 oui1 le ,divin y jouait un grand rle2 ,dieu l'avait prpare dans ses moindres dtails4 ,comment admettre que ce ,dieu ne soit pas celui des ,saints ,livres8 ,a qui m'objectera mes contradictions1 ma faon d'entendre la messe1 de m'exempter des sacrements qui m'incommodent1 je rpondrai d'abord que tout espoir n'est pas perdu1 et que je ne dis pas3 jamais1 mais3 pas encore2 que1 pour rpter un mot personnel1 je ne veux rien forcer1 mais souhaite au fond qu'on me force444 ,mon esprit aucun moment n'a prtendu se donner une loi1 se substituer son matre4 ,que son matre lve le ton1 il lui obira sur l'heure4 ,ses manquements et ses refus sont provisoires2 il s'en excuse comme il peut2 mais tout cela lui sera pardonn l'heure dite4 ,il est trop sr de demain pour se rebeller4 ,je me souviens que j'abordai les vangiles1 dans le joli petit volume au texte fin1 le jour du plus puissant bombardement de notre fosse2 le premier #baj1 avec son bruit de chemin de fer1 nous manqua1 ,d444 et moi1 dans la cour de la mine4 ,quand le calme se fait1 j'entre dans saint ,matthieu3 ,elle enfantera un fils que vous appellerez du nom de ,jsus1 car il sauvera son peuple de ses pchs4 ,de ses pchs6 ,comme la lumire de la ,doctrine1 toutes les obscurits se dissipent4 ,je ne m'tais jamais encore demand pourquoi1 dans la fresque de ,michel-,ange qui runit en un diptyque1 spares par l'arbre du ,mal1 la ,tentation et la ,chute1 ,adam et ve taient reprsents si beaux dans le dsir1 au moment que l'homme cueille la pomme et que l'attend la femme1 couche mollement ses pieds1 et d'autre part1 chargs d'une telle misre1 affligs tout coup d'une si frappante laideur1 dans leur fuite perdue devant l'pe vengeresse de l',ange4 ,je m'tais content de juger1 en artiste1 que la partie gauche de la peinture avait plus de plnitude et plus d'harmonie que n'en avait la partie droite3 c'tait tout4 ,et voici que soudain1 de cette dformation volontaire1 m'apparat la sublime et claire intention4 ,le peintre n'a eu garde d'oublier que le pch gte la crature2 d',adam pcheur il a fait un pais manuvre et d've pcheresse une femelle sans beaut4 ,laideur1 pch1 il faut que dsormais ces deux mots soient insparables1 et leur quivalence est article de foi4 ,dupouey crivait3 ,la beaut 7chez les grandes mes7 n'est que le reflet de leur vertu1 qui s'appelle aussi ,force et qui est une victoire4 ,la premire de toutes les uvres d'art est d'ailleurs une belle vie1 mme silencieuse1 mme maladroite1 si elle n'est pas vaincue par l'impuret4 ,lui-mme en a donn l'exemple2 et voici la vie de son ,matre4 ,j'ai tout y apprendre1 hlas6 ,je l'avoue douloureusement1 la figure de ,notre ,seigneur m'tait jusqu'alors inconnue4 ,j'en avais saisi un rayon sur l'homme2 pour le reste1 j'avais mes lointains souvenirs1 les traits simplifis du catchisme4 ,je ne mesurais pas la profondeur de son amour1 de sa pauvret1 de sa puret1 et ni surtout de sa souffrance4 ,je rvais trop des couronnes promises1 et j'chappais aux humaines angoisses devant la douleur et la mort1 force de m'hypnotiser sur les rcompenses clestes4 ,ce qu'il en cote d'tre juste1 je le souponnais demi1 mais je songeais moins1 pour moi-mme1 payer ma dette qu' recevoir4 ,et surtout1 le ,dieu que j'aimais tait un ,dieu de gloire et de triomphe et non un ,dieu de dtresse et d'humilit4 ,je ne l'voquais pas sur terre2 ses plaies ne me faisaient point mal444 ,dire qu'il a souffert1 et au centuple1 ce que je vois mes frres souffrir autour de moi3 celui-ci cras sous les sacs terre1 celui-l bastonn1 dchiquet par les obus1 cet autre qui a soif dans un trou de marmite et qui appelle sa mre vainement6 ,hier c'taient encore trois de nos hommes qui tombaient2 j'apprendrai demain que les beaux enfants1 que je voyais jouer dans mon petit pays1 sont morts comme eux1 restent mutils ou aveugles444 ,un ,dieu a souffert tout cela6 ,comment devant ,lui qui m'enseigne1 os-je encore donner accueil ces dsirs qui entrent par les yeux et qui dtraquent toute l'me8 et comment devant ,lui1 puis-je tenir cette guenille du corps8444 ,plus je touche ,sa chastet1 plus mes vellits charnelles me semblent laides1 odieuses1 promises la damnation4--,un soir1 je me sens trop indigne de prier2 privation insoutenable6 ,je retombe pourtant444 ,mais il faut si peu de ,sa part1 tant ,sa misricorde est gnreuse1 pour se sentir d'aplomb et rentrer en plein ciel4 ,quand le pre ,g4441 notre aumnier divisionnaire1 vient lire l'vangile au bord du chur1 de plain-pied avec ses soldats et le commente pour eux en peu de phrases1 on dirait qu'il commande4 ,la barbe poivre et sel est courte2 derrire ses lunettes1 un regard plein de feu scintille2 les gestes sont simples et francs et la parole sans recherche dit ce qu'elle dit1 fortement4 ,c'est une joie de songer que1 chaque dimanche1 il enfoncera dans nos mes la parole du ,christ4 ,il suffira qu'il paraphrase l'allgorie du grain de snev et du levain1 pour qu'on voie l'glise grandir et tous les oiseaux son ombre3 comme on se sent heureux de l'habiter6 ,le ferment travaille1 la pte gonfle et l'on pse le pain dor dont le peuple se nourrira2 qu'on se sent heureux d'tre de ce peuple6 ,j'en ai fait le serment3 rien ne m'en sparera jamais plus4 ,l'admirable ,credo chant par toutes ces voix d'hommes a plus de certitude aprs que le pre ,g444 a parl4 ,et il confond si bien la cause de ,dieu et la ntre6 ,ah6 avec lui on n'oublie pas la guerre1 non6 ,a l'autel1 c'est le grand sacrificateur3 ,dieu l'habite4 ,et lorsque je relis1 au soir1 les textes dont il a exprim la sve divine1 je leur trouve une autre vertu4 ,c'est bien d'entendre et d'approuver2 mais encore faudrait-il agir8 ,la puret1 l'humilit1 la charit ne sont pas des abstractions1 des rveries1 ni seulement des intentions4 ,comment les mettrai-je en pratique8 ,mme ,d444 a prvenu ma question2 elle m'crit3 ,cet amour de la pauvret n'tait pas une sorte de dilettantisme4 ,non6 ,pierre chrissait les pauvres1 les visitait1 les entourait moralement et matriellement autant que possible4 ,a mon dernier sjour ,x4441 j'ai revu ces humbles familles qui venaient lui sans hsiter et qui pleurent maintenant1 tous ces petits enfants qui escaladaient ses genoux1 et1 tout le temps de sa visite1 y demeuraient sagement1 se sentant protgs et choys4 ,un jour o je lui disais3 ,si le ,christ te rend au centuple ce dont tu auras combl les siens1 quelle batitude et quels trsors tu recueilleras au ciel6 ,il me rpondit en m'arrtant d'un air presque fch3 ,ne sens-tu pas que je suis mille fois rcompens dj par la joie que j'y trouve et que de cette joie mme je suis redevable ,dieu comme d'un bienfait sans prix8 ,o dlicatesse admirable6 ,mais une telle joie1 le paradis sur terre1 est rserv aux seuls lus4 ,si je n'ose y prtendre1 je tcherai du moins d'couter dsormais1 avec plus d'attention et de patience1 tous ces pauvres gens de la mine qui ont si souvent recours mes soins et qui drangent mon labeur intime4 ,je m'efforcerai dsormais de quitter sans regret1 pour eux1 mes livres1 mes papiers1 ma mditation4 ,ils ne sont pas tous1 on le sait1 d'une moralit irrprochable2 souvent chez eux1 une semaine de misre suit une semaine de noce et de banquets1 pour ne pas dire davantage2 partout les enfants naturels pullulent1 que la grand'mre lve sans y trouver de mal444 ,je fermerai les yeux pour ne songer qu' leur souffrance et je me rjouirai de ce qu'ils se montrent ingrats2 car selon eux tout leur est d1 et selon le ,christ1 c'est justice4--,encore une semaine de chmage2 les #baj ont dtruit les machines2 on ne peut plus descendre dans les puits2 et un nouveau bombardement menace444 ,hier1 ,bouvigny1 un vieux a retrouv sous les ruines de sa maison1 sa femme1 sa bru1 tous ses petits-enfants sans vie2 il n'a pas voulu s'en aller3 il croupit dans la cave sous les pltras1 n'accepte plus aucune nourriture et maudit tout le long du jour444 quelle piti6 ,o triste brume de novembre1 boue glace1 combats incertains4 ,pourtant je me trouve heureux dans mon blanc refuge1 avec les quatre vanglistes1 ,pascal1 notre ami saint et ,michel-,ange au mur4 ,mme ,d444 m'a demand timidement1 si j'accepterais d'elle le petit livre qu'elle allait envoyer son mari1 au moment mme o elle apprit sa mort3 ce sont les ,mditations sur l'vangile crites par ,bossuet pour les religieuses de ,meaux444 ,j'ai rpondu poste pour poste4 ,ma foi devient avide1 elle veut tout savoir--et cependant ne se rsout pas se rendre4 ,pourquoi changer1 ,seigneur8 ne suis-je pas tout prs de vous ainsi8 n'ai-je pas dj fait des efforts mritoires8 ,que vous faut-il encore8 ,la joie que je tiens est si grande1 que tout l'effort de mon dsir tend la confirmer telle qu'elle est1 sans plus4 99 99 99 99 99 ,or1 voici que le temps de ma seconde permission approche4 ,ah6 cette fois1 ils sauront tout6 mes intimes amis1 si diffrents de moi encore1 ma sur et mes nices qui n'attendent rien de si doux4 ,j'entends ma petite nice1 la plus jeune1 faire part sa maman1 tout bas1 d'une dcouverte inoue3 ,sais-tu8 mon oncle ,henri a le ,nouveau ,testament dans son sac6 ,aprs quelques hsitations1 qui sont le fait de la pudeur entretenue en moi par de longs mois de solitude1 je raconte en dtail l'aventure miraculeuse de mon cur4 ,est-ce possible8 ,ma sur est trop discrte pour m'engager pousser plus avant1 consommer le sacrifice2 elle a peur qu'un geste prmatur ne compromette pour moi l'avenir2 le prsent est dj si beau1 et tellement inespr6 ,elle se contentera de prier en secret1 en demandant ,dieu qu'il veuille bien achever son ouvrage4 ,mais sa joie1 leur joie me transporte3 car les enfants en ont leur part4 ,vivre comme elles1 penser comme elles1 et faire une famille une et harmonieuse entre les bras du ,christ444 ,une famille o ,dieu n'est pas1 la pauvre chose6 ,il fallait bien s'y rsigner jusqu' prsent1 mais aujourd'hui6--,mon ami ,andr ,g444 m'coute2 il n'a pas les mmes scrupules2 sa logique n'abdique pas2 il me dit carrment3 ,au point o tu en es1 tu me parais impardonnable de ne pas encore t'tre mis en rgle444 ,cela se peut4 ,je n'ai pas de mal1 quant moi1 me pardonner cette inconsquence4 ,ne me parlez plus de cela6--,j'ai vu ,jacques4 ,j'ai fait lecture haute voix de mes pomes1 si pleins de mes nouvelles aspirations4 ,en me serrant la main1 au moment du dpart1 ,mme ,g444 m'a dit3 ,que ,dieu vous garde6 ,je pensais voir ,v444 ,g444 mais il ne viendra pas4--,que de mauvais contacts1 aussi6 ,la politique pourrit tout l'arrire3 nos dputs en sont attendre1 de jour en jour1 le dsastre de ,salonique1 pour avoir eu raison et pour changer de personnel444 curement444 ,cependant1 comme de coutume 7c'est le droit des vacances7 je cde mon dmon1 par hygine et par plaisir4 ,je vous l'ai dit1 le pch--que j'abhorre--cesse dj de me peser1 un jour aprs avoir t commis4 ,quand je retourne au front1 peu prs la mi-dcembre1 je puis me croire le mme qu'en partant4 ,je rentre dans mes habitudes1 dans mes travaux1 dans mes illusions de joie parfaite4 ,j'ai atteint un palier o je songe1 sans doute1 m'installer pour un hivernage ternel4 ,je soigne un enfant de mineur en danger de mort1 avec toute la tendresse dont je suis capable1 et il gurit4 ,son prnom est ,voltaire4 ,rien de nouveau chez nos soldats4 ,au prne du dimanche qui prcde ,nol1 le pre ,g4441 ayant comment l'vangile1 clbre par avance la grande fte de demain4 ,c'est la plus grande fte de l'glise4 ,un ,sauveur nat1 le mal est rpar4 ,il engage tous les soldats participer de toute leur me la glorification de l',enfant-,dieu2 il leur recommande instamment de se prsenter la ,sainte-,table et de sanctifier l'anne qui vient1 en remerciant ,dieu de celle qui finit4 ,j'tais venu sans arrire-pense1 sans pressentiment1 sans inquitude1 sans que la moindre question se post au fond de mon me1 comme si1 ds alors il n'y en et plus rsoudre1 tout heureux du peu que je possdais4 ,le pre ,g444 parla4 ,il n'y eut ni dbat1 ni tentative de rvolte1 ni mme tonnement4 ,le mot d',andr ,g444 me revint3 ,au point o tu en es1 tu es impardonnable444 ,c'est dit3 je communierai ,nol4 ,ce fut l'affaire d'une seconde2 l'abondance des grces qui ruisselaient sur moi depuis un an1 emporta ma rsolution avant que mon esprit l'et seulement examine1 que ma raison en et mme pris conscience2 et une fois de plus1 mon cur me signifia son arrt4 ,il n'tait pas possible1 en vrit1 que l'anne la plus tendre et la plus belle de ma vie demeurt sans couronnement3 ,je communierai ,nol4--,non1 il n'est plus de crainte ni de timidit1 plus de prtre ni de confession qui tiennent2 plus d'excuse d'indignit1 plus d'orgueil1 plus de prventions3 tous les obstacles sont tombs d'eux-mmes1 devant l'effusion irrsistible1 de l'amour1 de la joie1 de la reconnaissance1 et j'ajouterai1 du devoir4 ,je communierai ,nol4--,tandis que le pre ,g444 entonne le ,credo1 dj1 le front baiss1 je me prpare444 ,or1 telle fut pour moi1 indigne1 la grce suprme de ,dieu4 ,,chapitre ,,xvi ,dieu le veut4 ,chez le pre ,g444 ,dception4 ,sagesse du saint homme4 ,je prpare ma confession4 ,le pre ,g444 teint encore ma flamme4 ,je m'accuse4 ,l'allgement4 ,bonheur de l'me pure2 le contrle de soi4 ,ombres au tableau4 ,ma communion sans amour4 ,apaisement du soir4 ,a la messe de minuit3 la salle1 les fidles1 le baptme du roi ,clovis1 la communion vanglique4 ,je sens ,dieu4 ,un jour1 deux jours444 ,je vivrai dans l'impatience1 tant que je n'aurai pas pu joindre le pre ,g444 ,je ne me reprends pas3 j'ai fait promesse4 ,je n'atermoie pas3 droit au but4 ,bien loin de me remettre en tat de raison1 je reste en tat de dsir mystique4 ,une insatisfaction1 pre comme la soif1 a remplac ma suffisance2 un besoin neuf m'est n qui n'attend pas4 ,je ne me rends nullement compte de l'engagement que j'assume1 de la grandeur de l'acte auquel je me suis dcid2 et je ne ralise pas dans ma pense les gestes1 les attitudes1 les paroles qu'il entrane avec lui et qui devront tre les miens4 ,tte baisse1 sans regarder au risque1 je fonce1 comme on fonce au combat1 pour arracher le laurier d'or de l'indispensable victoire4 ,c'est le cri des croiss3 ,dieu le veut6 en avant6 ,ah6 ces alles et ces venues1 nuit tombe1 sur le chemin pierreux1 gluant1 qui1 courant derrire la fosse1 derrire le cimetire de nos soldats1 coupe les tristes champs pour rejoindre ,sains-en-,gohelle1 avec son parc1 son chteau1 son glise4 ,j'avais raison d'aimer ce village ancien1 qui garde encore figure de village1 malgr la brique et le charbon3 c'est ma paroisse6444 ,je revois tout3 les fuses du front m'clairaient1 les cailloux criaient sous mes pas2 il fallait viter les attelages2 ou bien on tait seul1 tout seul4 ,les derniers jours1 quand j'arrivais au mur du parc1 mon cur battait plus fort2 je poussais la petite porte1 puis je toquais la maison du garde o habitait le pre ,g444 ,il venait m'ouvrir1 me faisait asseoir1 demandait la permission d'achever une lettre1 puis me regardant bien en face1 il m'coutait4 ,je l'avais manqu le lundi1 accroch le mardi aprs la prire commune1 qu'il faisait prcder d'une instruction familire aux soldats2 il m'avait donn rendez-vous chez lui pour six heures4 ,m'y voici donc4 videmment son regard m'intimide2 il est ardent et ptillant d'esprit1 mais fixe et dur2 on voit au fond2 il ne vous cache rien2 il ne vous cache pas qu'il juge2 et il a ceci de commun avec le regard de ,dupouey qu'on n'y surprendrait pas l'ombre d'un doute2 sans avoir sa grande tendresse1 il est plein comme lui de la lumire de la vrit4 ,c'est moins un saint qu'un docteur que j'affronte4 videmment non plus1 il ne s'attend pas au rcit lyrique que je me mets en devoir d'entamer4 ,je commence timidement et1 malgr moi1 peu peu je m'anime4 ,il ne m'interrompt pas2 il ne me calme pas2 mais il ne semble pas participer4 ,quand j'ai fini1 il tousse et sans se dpartir de son impassibilit sacerdotale3 ,si je vous comprends bien1 dit-il1 vous tes venu ,dieu en artiste4 ,il ne raille pas1 il constate4 ,c'est cela mme4 ,alors1 toujours pos3 ,mon cher enfant1 ,dieu est raison444 ,mais je serais incapable aujourd'hui de restituer avec fidlit la belle et froide leon de doctrine qu'il administre mon cur exalt4 ,il me prouve par a plus b que la foi catholique est imbattable sur le terrain de la logique et de l'exprience des sicles2 il m'explique pourquoi ,dieu est1 et ,dieu tant1 pourquoi notre ,dieu est le vrai4 ,ne nous laissons pas garer par le sentiment6 videmment c'est une chose respectable1 utile en son temps1 7et j'en suis la preuve71 mais sujette aux dfections4 ,il faut croire avec son esprit4 ,que me dit-il8 ,et moi qui venais tout amour6 ,non1 non6 je n'ai pas besoin de ses preuves444 je n'en fais pas tat444 il n'y a rien me prouver1 je crois444 ,une douche glace ne m'et pas saisi davantage4 ,j'ai hte de partir1 je pars bientt444 non sans avoir pris rendez-vous pour ma confession gnrale4 ,inutile1 n'est-ce pas1 de vous dpeindre mon retour6 ,sagesse admirable de ,dieu4 ,il veut des serviteurs lucides2 il se mfie des fausses exaltations2 il donne la grce et il la retire pour prouver le cur humain1 quand celui-ci pourrait concevoir de l'orgueil de la grce qui lui est faite2 il rappelle la modestie l'esprit du pcheur converti et le ramne ses limites qui sont1 non point l'horizon sans fin de l'extase1 mais les lois troites de la raison4 ,le pre ,g4441 que j'ai mal jug tout d'abord1 assumait strictement ici son rle de prtre1 qui est de rchauffer les tides1 mais de rabattre les illusions des ardents4 ,il se disait sans doute1 en me reconduisant3 ,nous verrons bien si sa foi est une chimre3 s'il supporte l'preuve de la dception et s'il revient ici1 sa cause est bonne4 ,j'y revenais le lendemain4 ,non1 je ne pouvais pas ne pas y revenir4 ,je sortais mcontent1 mais non dcourag4 ,j'accusais l'abb ,g444 de ne pas me comprendre4 ,ah6 le prtre idal qui m'et tendu les ras en s'criant3 ,venez mon fils1 ,dieu vous appelle6 ,j'en dois faire mon deuil4 ,mais cela n'empchera rien2 j'irai ,dieu1 malgr ses prtres4 ,je n'ai plus ds lors qu'un souci3 prparer ma confession4 ,il faut entrer dans le cloaque1 le fouiller1 le vider1 le gratter jusqu'au fond4 ,une me de pcheur1 plus de vingt ans de pchs sur une me1 de pchs conscients et inconscients1 de pchs fiers d'eux-mmes et de pchs joyeux1 de pchs secrets1 oublis1 mls intimement la texture de la vie6 ,je fais cela comme un enfant1 comme douze ans1 au temps de mes scrupules4 ,je prends un petit catchisme1 j'inscris sur une feuille tout le mal dont l'homme est capable1 de l'homicide la luxure1 de l'indlicatesse l'incrdulit1 de la duret du cur au blasphme4 ,horreur6 je trouve tout en moi2 il n'est peut-tre pas un commandement de l'glise ou de ,dieu auquel1 de prs ou de loin1 je n'aie manqu dans mon existence sans rgle4 ,le bel individu et si infatu de soi6--,j'inscris tout cela mesure et tout cela je le dirai4 ,je ne crains pas de trop en dire1 mais plutt pas assez4 ,je prie tant que je peux1 pour stimuler ma clairvoyance4 ,le jour qui tombe2 l'heure qui vient444 ,en m'lanant au rendez-vous1 je tremble comme un condamn1 et non la pense de ce que je vais faire1 mais de ce que1 hier encore1 je faisais4 ,le pre ,g444 m'attend dans sa chambre encombre de livres4 ,vous tes toujours1 me dit-il1 dans les mmes dispositions8--,oui1 mon pre4 ,il n'en marque ni tonnement ni plaisir4 ,nous convenons d'abord du jour de ma communion4 ,c'et t trs beau1 sans nul doute1 dramatique1 voire thtral1 de faire ma grande paix avec ,dieu la messe militaire de minuit1 au milieu des soldats que j'aime et dans le cri de ,christ est n6 ,j'ai peur du faste1 des chants et de la foule444 et aussi du rveillon qui suivra4 ,j'ai peur de me montrer devant mes camarades3 je n'ai rien dit encore1 il faudrait tout leur expliquer4--,je tiens la solitude1 au silence2 le sacrifice aura lieu le #bd dcembre la messe basse et je rentrerai au matin1 dans ma petite chambre1 plein de ,dieu4 ,ces prcautions lmentaires semblent inquiter mon confesseur sur ce que j'attends de la ,sainte-,table4 ,mon cher enfant1 ne croyez pas qu'en recevant en vous ,notre ,seigneur1 vous alliez tre transport dans une sorte de batitude6 ,ces joies clestes sur la terre il les rserve ses grands saints4 ,le plus souvent la vertu de l',eucharistie n'est pas sensible4 ,il faut la prendre simplement1 modestement1 comme le commun des mortels4 ,c'est la nourriture de tous les jours1 le pain quotidien2 ce n'est pas une gourmandise1 mais un mets solide1 sans got1 dont l'effet est lent mais durable4 ,il n'enivre pas1 il nourrit4 ,pour moi1 je n'en suis pas aussi convaincu que lui-mme et je ne lui sais aucun gr d'aller ainsi au-devant de ma dception4 ,nous verrons bien6 ,dans ma ferveur que rien ne dcourage1 je me mets genoux et je m'apprte m'accuser4 ,la tte dans les mains1 je parle1 je parle1 je parle2 je laisse couler d'abondance le flot innombrable de mes pchs4 ,en les voyant passer1 plus aucun d'eux ne me parat aimable1 digne d'excuse ou de compassion4 ,mais mesure que je les confesse1 ils s'en vont1 ils me quittent2 sitt avous1 aussitt remis2 je sens une lie1 paisse et amre1 grumeau par grumeau1 dgorger mon cur2 avec tout ce poids mort1 tout ce poison entre ses fibres1 comment pouvait-il encore battre et battre la joie comme la douleur8 ,o dlices sans nom d'un cur qui s'ouvre et se renonce2 dgot de soi o se complat la conscience--car elle sait qu'il va finir444 ,j'ai tout confi un homme et ,dieu m'entend3 ,allez en paix6 ,quand je me relve1 baign de pleurs1 que je me retrouve dehors1 dans une nuit tissue de brume1 j'ai vingt ans de moins1 vingt ans de pch4 ,une allgresse inconnue me transporte4 ,je cours1 je vole1 je ne sens plus mon corps4 ,d'o vient cette soudaine dlivrance d'un fardeau ancien et tous les jours accru1 la veille encore impondrable8 ,eh6 ne serait-ce pas que ,dieu a rtabli pour moi dans leur vrit toutes choses1 et qu'il m'a1 d'un signe de croix1 exorcis du mauvais ,ange1 qui pensait pouvoir toujours m'abuser1 par ses sophismes et ses charmes1 sur leur valeur et sur leur poids rel8444--,quand j'aurai accompli passionnment ma pnitence1 je mlerai mes actions de grces1 la pense de l'ami d'un jour1 qui1 suivant l'exemple du ,divin ,matre1 paya de sa vie mon salut4 444 ,sans doute1 c'est une grande nouveaut et on ressent une fracheur toute cleste habiter une cellule blanche et nue1 o aucun ornement superflu ou suspect n'arrte le regard glissant sur la muraille unie3 je parle de mon me dont ma chambre est l'image4 ,mais il s'agit de la garder intacte maintenant4 ,le moindre geste y peut ramener le dsordre2 un livre drang sur la table1 c'en serait assez2 comme un pas boueux sur le carrelage3 l'ombre d'une ombre fait tache sur le blanc4 ,je m'observe1 je suis au guet2 il semble que j'aie hrit une volont et une conscience4 ,hier j'tais conduit par le dehors et par mon humeur instinctive2 je m'abandonnais au courant et baptisais du nom de libert ma passivit et ma dpendance4 ,depuis que je dpends de ,dieu1 et seulement depuis1 je dpends de moi-mme2 dans ma soumission1 je me sens libre et dgag4 ,j'prouve un plaisir inconnu1 sans commune mesure avec aucun plaisir1 me trouver au mess1 devant mes camarades1 en tat de dfense et de lucidit1 contrlant chaque mot avant d'ouvrir la bouche1 chaque pense qui nat avant de lui donner asile1 et je puis dire1 chaque bouche de nourriture avant de m'accorder licence de manger4 ,je ne suis plus un animal1 je suis un homme4--,combien de temps durera cet tat parfait8 ,pendant combien de temps me mfierai-je d'un regard jet la rue444 de l'adultre d'une seconde1 que l'vangile nous dfend de commettre1 mme dans notre cur8 ,heures privilgies du nophyte1 qui sa rnovation toute frache prte les forces d'un martyr et l'illusion d'une victoire sans mlange6444 ,dt-il connatre des rechutes1 le jour marqu du caillou blanc durera ternellement dans sa mmoire2 c'est de l que repart sa vie2 il pourra s'en prendre lui-mme de tout ce qui la ternira dans l'avenir4 99 99 99 99 99 ,je ne cacherai pas les ombres du tableau3 ma joie les dissipa si vite1 qu'elles ne russirent qu' mettre en valeur les clarts2 mais j'eus l de tristes moments444 ,aprs ma nuit d'effusion1 je partis ds l'avant-matin1 dans l'aurore artificielle des clairs de barrage du front anglais4 ,je marchais sans penser rien1 comme engourdi d'indiffrence4 ,au lieu d'une maison de silence et de paix1 je trouvai une glise trop habite o1 sans se rgler l'un sur l'autre1 chacun sa petite table1 plusieurs prtres brancardiers disaient leur messe en mme temps4 ,je ne parvenais pas1 dans ces chuchotements1 fixer mon esprit distrait1 humecter de pleurs ma scheresse dsole1 me donner vraiment1 de cur4 ,je dus1 froid1 arracher ma volont un consentement difficile3 toute grce se retirait au moment d'approcher de ,dieu4 ,je croyais sans plaisir1 j'acceptais sans reconnaissance444 ,ce fut une communion dcevante1 rduite au fait matriel4 ,le pre ,g444 m'avait pourtant bien mis en garde2 je ne l'avais pas cout4 ,quelle torture de se dire3 ,dieu est descendu dans mon cur1 et de n'y sentir que mlancolie6 ,il faut prier1 prier4 ,dieu est l1 mais ,il dort2 tchons de l'veiller au chant de nos prires6 ,le merveilleux apaisement qui descendit sur moi la tombe du jour1 tandis que je lisais les ,mditations sur l',eucharistie dans le petit volume de tranches destin mon saint ami1 m'avisa doucement de la prsence intrieure2 et minuit1 l'heure de ,sa naissance humaine1 ,dieu clbrait sa fte en moi et me parlait4 ,a dfaut de l'glise1 rserve aux fidles de la paroisse1 nous disposions d'un norme hangar qui servait d'ordinaire des reprsentations thtrales4 ,vous voyez ce que c'est3 des murs nus1 des chaises1 des bancs1 au fond quelques gradins et en face un plancher de scne1 entre deux portants de toile dcors par un amateur4 ,un escabeau de quelques marches descendait jusque dans la salle4 ,au centre1 sur la scne1 on avait dress un petit autel2 il se dtachait pur et blanc sur une panoplie de drapeaux neufs1 o chantaient toutes les couleurs de l',entente4 ,du lierre noir accroch aux murailles ajoutait au charme trange et rustique de notre temple improvis444 ,une glise8 non1 une crche4 ,sur la modeste scne1 pour un moment sacre1 va se jouer le vrai mystre de la ,naissance de ,jsus4 ,au premier rang1 le gnral de corps d'arme2 le nommerai-je8 aujourd'hui gnral d'arme1 une victoire clatante et soudaine vient prcisment d'illustrer son nom4 ,avec lui1 son tat-major4 ,derrire lui1 les officiers en trs grand nombre et la foule presse de nos soldats1 artilleurs1 fantassins1 jeunes et vieilles classes4 ,chacun n'avait soi qu'un petit coin2 mais plus serrs1 on se sentait plus fraternels et le fluide souverain circulait mieux de l'un l'autre4 ,la voix du prophte l'annonce3 ,laetantur caeli1 et exsultet terra ante faciem ,domini3 quoniam venit6 ,que les cieux se rjouissent et que la terre exulte devant la face du ,seigneur3 car il vient6 ,il vient1 il nat6 ,o nouvelle naissance de mon me6 actions de grces confondues pour le bienfait commun et pour le bienfait personnel1 pour le bienfait permanent de vingt sicles et pour le bienfait de ce jour6 ,l'aumnier1 dans un prche ardent1 largit encore le champ de ma joie4 ,c'est ,nol1 dans la basilique primitive de ,reims1 l'endroit mme o ,dieu1 hlas6 n'a plus de toit pour s'abriter1 que ,clovis1 pre de la ,france1 courba la tte devant saint ,rmi et reut le trs saint ,baptme4 ,c'est ,nol que fut scell le pacte entre ,dieu et notre pays4 ,france ne avec ,dieu1 ,france ne en ,dieu1 prodige6 c'est ta grande misre qui m'a men o me voici2 et aujourd'hui je puis confondre les deux amours et les deux causes et1 en servant ,dieu1 te servir4--,seigneur1 que tout renaisse ensemble6 ,voici l',enfant1 voici le gage1 il va natre en chair sur l'autel4 ,ce n'est pas un symbole1 un mythe3 la poignante ralit4 ,il nat en chair et nos pchs l'immolent pour en faire notre aliment4 ,ah6 que m'importe ce qu'on chante1 ce ,minuit1 chrtiens6 pauvre et thtral1 qui prend du reste un accent populaire force d'tre ressass6 ,quand il fait pleurer tout ce peuple1 pourquoi ne pleurerai-je pas8--,voici maintenant les bergers3 ils dansent au son de la vielle4 ,il est n le ,divin ,enfant6 dit le cantique agreste en entranant toutes les voix4 ,communion des curs4 ,l'aumnier descend de l'estrade et1 entrant dans la foule respectueuse1 il distribue de bouche en bouche l'indivisible ,agneau3 au gnral1 aux officiers1 aux hommes1 tous confondus et tous gaux en ,dieu2 et tous1 faute de place pour se mettre genoux1 ,le reoivent debout1 les bras croiss1 la tte haute4 ,scne admirable de simplicit1 de dignit et d'allgresse4 ,tous mes doutes s'envolent et dans cette joie unanime1 ma communion de l'aube reoit sa conscration4 ,ainsi ,nol moissonne ce qu'avait sem ,pques et mon saint martyr n'est pas mort en vain4 ,ce qui m'avait t promis1 et sans conditions1 je le possde enfin1 et sans mrite4 ,c'est trop peu en retour de m'tre donn au ,seigneur4 ,o vous qui ,le verrez demain1 vous que j'ai le droit d'appeler mes frres1 ayant un mme ,pre au ciel1 soldats franais du ,christ1 entonnez avec moi le chant de louanges3 ,cantate ,domino canticum novum quia mirabilia fecit4 ,,pilogue ,l'impratif du sentiment4 ,louange et justification de l'glise4 ,aimer et croire1 pour comprendre4 ,quand vient le temps de la raison4 ,le cur et l'esprit satisfaits4 ,condamnation du plaisir4 ,rforme et unification de la vie4 ,servir4 ,notre faiblesse4 ,pourquoi j'ai crit ce rcit4 ,rendre tmoignage4 ,ce que peut l'exemple d'un saint4 ,aux indcis1 aux incrdules4 ,leon de sympathie humaine4 ,gloire ,dieu4 ,deux ans ont pass et la guerre dure4 ,je l'ai vue de plus prs et dans son paroxysme sur l',aisne et sous ,verdun2 j'ai perdu de bons camarades2 la mort n'a pas cess d'tre prsente et de poser le grand problme qui veut aussitt tre rsolu4 ,rien n'a pu altrer les dispositions de mon me4 ,elle est certitude et fidlit4 ,que l'on donne mon aventure morale le nom divin de miracle ou humain de crise1 le fait indniable est qu'elle m'a conduit la possession d'un absolu4 ,ceux qui se targuent d'obir la raison peuvent railler ma soumission sans dfense un impratif d'ordre sentimental3 soit qu'au premier jour j'eusse reconnu la saintet d'un homme et l'vidence d'un miracle2 soit que le malheur et l'espoir de ,france1 la veille d'un grand combat1 eussent arrachs mes lvres les mots oublis du ,pater2 soit enfin1 qu'un appel secret m'et jet dans l'instant aux pieds de notre ,sainte-glise et m'et soumis me et corps sa loi4 ,je n'avais pas le choix4 ,lorsque le sentiment commande1 toute la logique du monde tombe en poussire et s'parpille au vent4 ,bni ce sentiment et bni le hros qui l'a suscit dans mon me6 bni ,celui qui a mis ce hros sur mon chemin6--,dieu rclamait de moi obissance2 ,il ne se lassait pas de mes lenteurs2 ,il ne cessait de me fournir l'occasion de lui obir avec joie2 quand retombait ma ferveur puise1 aux moments de pire dtresse1 ,il me gardait du dmon raisonneur444 ,d'abord aimer1 et d'abord croire1 et le reste viendra tout seul4 ,le reste en effet est venu4 ,toute use qu'elle soit1 une comparaison s'impose4 ,lorsque vous visitez pour la premire fois une de nos grandes cathdrales1 ,notre-,dame de ,chartres1 d',amiens ou de ,paris1 subjugu par sa masse1 par la carrure et le jet de ses tours1 la richesse de ses portails1 l'blouissement de ses roses1 par l'lan des votes aigus sur les piliers minces et forts1 avant de chercher les raisons qui font qu'elle se tient1 qu'elle est belle et hardie1 vous l'acceptez d'emble1 dans toute l'tendue et dans tout le dtail du dessein cach de son constructeur4 ,il sera toujours temps ensuite1 d'tudier et de vrifier les lois de l'quilibre et de la symbolique qui ont dict le plan1 les proportions des parties1 le choix et la varit des ornements2 soyez-en sr1 tout se justifiera2 et votre sentiment dj vous garantit que la raison aura son compte4 ,il en est ainsi de l'glise1 mais d'abord il faut y entrer4 ,l',ancien ,testament la soutient et le ,nouveau ,testament la couronne4 ,est-ce tout8 ,non4 ,les cent chapelles adventices qui se groupent autour du chur et de la nef1 vous surprendront d'abord1 si vous faites la faute de les dtacher du total2 les contreforts extrieurs1 qui s'appuient dans le monde et ne s'en cachent point1 vous sembleront fcheux ou inutiles1 si vous perdez de vue la pousse de la vote et la hauteur vertigineuse du vaisseau4 ,le ,christ n'a pas difi pour quelques-uns de petits temples de fortune disperss sur la terre et destins prir avec eux4 ,il a bti pour tous les hommes1 rservant chacun sa place et d'abord aux pauvres d'esprit1 les plus nombreux1 ceux qui n'ont que leur cur pour le comprendre1 que leur habitude pour le servir4 ,les hauts sommets de la thologie seront pour vous1 les humbles pratiques pour eux--et vous n'avez qu' gagner vous-mme les suivre4 ,croyez bien qu'il n'est pas un dogme1 le plus loin de vos faons de penser1 le plus nouvellement promulgu par l'glise1 pas un petit culte particulier#ca qui n'ait sa raison suffisante1 inscrite dans la loi premire et qui n'en puisse tre dduit4 ,non seulement le miracle nous les impose1 mais la seule logique humaine1 si elle veut bien tenir compte des ralits de l'histoire1 des besoins de l'homme travers les sicles1 que tous la foi doit contenter4 ,comme la foi1 d'un ge l'autre1 ajoute une cathdrale1 d'un ge l'autre elle ajoute la religion1 sans la moindre altration de la ,doctrine4 ,l'glise est pour les saints1 pour les clercs et pour les lacs1 pour les mondains et pour les pauvres1 pour les pcheurs et pour les justes1 pour les anciens et les modernes1 pour les vivants et pour les morts4 ,si vous ne rejetez aucun d'entre vos frres1 vous devrez souscrire sans rticence1 sous peine de leur faire tort1 tout ce qu'elle aura prescrit4 #ca le dogme de l',immacule ,conception et le culte du sacr-,cur4 ,soumettez-vous d'abord2 tchez que ce soit dans la joie3 vous aurez tt fait de comprendre aprs4 ,c'est la conclusion de mon histoire4 ,si je l'ai arrte mon acte de foi1 c'est que j'avais tout dit de l'volution mystrieuse de mon me1 puis le surnaturel4 ,le jour o je m'crie3 ,je crois6 o je le prouve1 ma raison a trouv son guide1 ses limites1 un terrain ferme o prendre appui2 alors elle redevient libre d'elle-mme et son labeur commence3 ce fut l'effort volontaire de ces deux ans4 ,j'ai frquent les ,saints et les ,apologistes1 les aptres et les ,mystiques1 mon saint fut saint ,franois1 mon docteur ,bossuet2 j'ai appris d'eux ce qu'tait l'glise romaine4 ,je ne suis pas au bout de l'merveillement4 ,je ne m'en cache pas1 il y eut des heurts et des froissements1 des hsitations1 des rpugnances4 ,quand un point de doctrine me rebutait1 je ne m'enttais point longtemps2 je fermais les yeux et je passais outre4 ,lorsque j'y revenais1 muni de documents plus srs1 le point dlicat se trouvait toujours1 divinement1 humainement1 logiquement justifi4 ,c'est que depuis vingt sicles1 tandis que les philosophies s'lvent1 se succdent1 se contredisent et finissent toutes par s'crouler1 la parole du ,christ se transmet comme un hritage1 des ,aptres aux ,pres1 des ,pres aux ,docteurs1 sous le contrle saint du successeur de ,pierre4 ,c'est que l'glise catholique n'avance rien qui n'ait t tudi--discut1 prouv1 pes--par la sagesse de vingt sicles fidles4 ,l'acte de foi pos1 plant1 pareil au rocher de ,mose1 toute la doctrine en ruisselle comme une eau transparente et salutaire tous4 ,celui qui en boira ne trouvera plus de tnbres1 non seulement en ,dieu1 mais non plus en lui-mme1 et ni dans le destin de l'homme1 et ni dans l'histoire des peuples1 et ni dans l'immense cration4 ,je le dis comme je le sais1 aucun ouvrage n de l'homme n'est capable de procurer aussi parfaite1 aussi complte satisfaction de l'esprit4 ,o prire6 sagesse6 ,notre tre sentant et pensant trouve une double plnitude dans l'amour et la connaissance4 ,pour protester1 il n'y a plus que nos plaisirs4 ,c'est l'achoppement vritable4 ,quelle preuve1 ,seigneur1 et qui se vantera de n'tre plus jamais esclave de son corps6 ,du moins ses ruses sont-elles ventes1 et quand ce sera lui qui parle1 il ne nous fera plus croire que c'est l'esprit4 ,mais1 les sens condamns1 le temple du paradoxe s'effondre2 tout est reconstruire4 ,voici l'autre labeur de l'homme qui se donne ,dieu4 ,il devra tout remettre en question1 passer impitoyablement au crible son humeur1 ses opinions1 sa conduite quotidienne 7dans la famille1 dans la cit1 dans l'univers7 sa vanit d'auteur et son idal de pote4 ,a peine essaiera-t-il de sauver1 s'il en a le droit1 ce qui dans son pass garde comme un air de noblesse et qu'il aimait d'un amour pur4 ,il n'admet plus d'exception1 de fissure1 d'incohrence et toutes les dmarches de sa vie rayonneront d'un point central1 qui est le ,vrai4 ,je sais trop1 quant moi1 quelles contradictions intimes comportait l'unit factice de mon mysticisme de la ,beaut4 ,le membre que le nouveau cur ne saurait dcemment nourrir1 retranchons-le du corps4 ,en art1 en politique1 notre dilettantisme plus ou moins avou a fait son temps#cb4 #cb ,l'tude des devoirs du citoyen chrtien et la rvision de nos buts esthtiques feront l'objet de deux petits traits1 complments indispensables de ce rcit2 ce seront les deux volets du triptyque4 ,un tel homme n'est plus le caillou sur la pente1 qui amasse en roulant de belle neige qui fondra1 mais la fixe pierre de l'difice1 solidaire de toutes les autres1 coupable envers toutes les autres si elle vient leur manquer4 ,il ne vit plus sur la terre pour son plaisir1 ni pour le plaisir de ses frres--et c'est trop peu de leur laisser une chanson--mais pour des fins utiles1 utilitaires1 pour son salut et pour le leur1 en cette vie d'abord1 plus forte raison dans l'autre4 ,servir4 ,par la prire et par les actes4 ,telle est la loi de ,dieu4 ,et c'est desservir que pcher4 ,que voulez-vous de moi1 ,seigneur8 demande le chrtien fidle1 comment vous servirai-je et comment mon prochain8 ,dans le clotre ou bien dans le monde8 ,en cachant mon exemple aux hommes ou en le portant parmi eux8 ,mais il n'insiste pas toujours pour obtenir une rponse4 ,il laissera passer1 peut-tre1 en feignant de ne pas entendre1 l'instant furtif o ,dieu songeait faire de lui un grand saint4 ,il ne veut pas donner assez3 la terre est belle444 ,une autre fois1 ,seigneur1 patientez encore6 ,je suis si bien o je me trouve1 dans cette foi solide1 dans cet amour gal1 oh6 j'en conviens1 parfois volage1 mais non jusqu' se dmentir1--dans le cadre dfinitif de mes devoirs1 de mes pratiques et des certitudes que je ,vous dois6--,en vrit1 si nous n'avions parfois la crainte d'avoir sciemment rsist aux inspirations de ,dieu1 nous serions trop heureux dans ,son glise4 ,pauvres de nous1 nous ,le servons au jour le jour4 99 99 99 99 99 ,je me suis consult1 j'ai consult des prtres et j'ai connu qu'un de mes plus pressants devoirs tait de communiquer mes frres le secret des grandes merveilles que la grce de ,dieu venait d'oprer dans mon cur4 ,je me sentais d'abord honteux d'avoir tant parler de moi4 ,mais l'humilit vritable tait de faire front au reproche d'orgueil qu'on ne pourrait manquer de m'adresser1 de l'autre bord4 ,vraiment1 j'avais trop reu du ,seigneur2 quoi qu'il advnt1 je devais rendre tmoignage4 ,c'est fait4 ,l'individu s'efface2 le chrtien rentre dans le rang4 ,s'il a inquit la paix des incrdules1 rconfort les faibles et les hsitants1 en leur montrant1 sans mme parler de miracle1 ce que peut sur nous l'exemple d'un saint1 sous le rgne ardent de la guerre1 de la souffrance et de la mort444--il a dj sa rcompense4 ,il leur dit3 ,htez-vous6 profitez du dsastre et du sacrifice6 ,si vous songez de toute l'me au jour dernier de nos soldats1 vous serez plus prs d'eux et plus prs1 avec eux1 de croire4 ,car vous n'admettrez pas longtemps1 si peu que vous leur portiez de tendresse1 qu'ils soient dus dans l'espoir ternel4 ,vertu sublime de l'exemple3 il faut les voir prier1 il faut les voir mourir4--,c'est la seule leon que je tienne tirer d'une histoire toute personnelle1 o ne fut pour rien ma personne444 ,non nobis ,domine1 non nobis4 ,la gloire en soit ,vous1 mon ,dieu1 et ,vous seul6 crit devant ,verdun et en ,lorraine1 de juillet dcembre #aiag4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages ,,avertissement #g ,,appel ,,et ,d,,dicace #i ,,chapitre ,i ,premire ducation religieuse4 ,la prire1 la messe1 les processions4 ,au lyce3 ma premire communion4 ,comment je reniai ma foi4 ,sur les lacunes de l'instruction religieuse donne alors aux jeunes gens4 ,je vis sans ,dieu4 #aa ,,chapitre ,,ii ,dialogue entre un chrtien et un artiste4 ,comment l'art me tient lieu de tout et premirement de principes4 ,la gratuit de l'art4 ,nietzschisme1 dreyfusisme1 patriotisme2 spiritualisme malgr tout4 ,l'preuve de ,florence4 ,angelico et l'lan de ma joie vers ,dieu4 ,mort de ma mre4 ,j'apprends la douleur4 ,mon blasphme4 ,voici la guerre4 #ai ,,chapitre ,,iii ,dans une ambulance du ,nord4 ,la menace de ,charleroi4 ,premier contact avec la guerre3 une nuit d'alerte4 ,comment je me tiendrais en face de la mort4 ,a ,paris au temps de la ,marne4 ,la procession des reliques de sainte ,genevive4 ,je vais au front4 #cc ,,chapitre ,,iv ,mes raisons de partir4 ,a ,nieuport-,bains1 dans un groupe d'artillerie4 ,les joies du mess4 ,les risques4 ,la mer1 la dune1 les obus4 ,le plus beau des mois de janvier4 ,prire suppose du panthiste4 #da ,,chapitre ,v ,l'ami de mon ami3 ,lieutenant de vaisseau ,dupouey4 ,une offensive en vue4 ,les fusiliers-marins sont l4 #bh janvier1 attaque de la ,grande ,dune4 ,dans un grenier observatoire3 le paysage1 le concert4 ,apparition de ,dupouey4 ,son portrait1 ses mots4 ,notre promenade4 ,ses ,jean le ,gouin4 ,l'assaut4 #di ,,chapitre ,,vi ,notre dception4 ,nos morts4 ,la journe de ,coxyde-,plage4 ,dupouey me parle de l'attaque4 ,son fils4 ,ses ,jean le ,gouin dans la villa4 ,un mot sublime du lieutenant ,illiou4 ,prestige de ,dupouey2 son mystre4 ,deux hommes tus dans notre cour4 ,voici l'homme4 ,nous quittons ,nieuport-,bains pour ,wulpen et pour ,ramscapelle4 ,au jour le jour2 la messe chez les ,belges4 ,notre troisime et dernire rencontre4 ,histoire d'une patrouille4 ,a ,furnes4 ,le got immodr de ,dupouey pour les ruines4 ,nous nous quittons4 #fc ,,chapitre ,,vii ,incidents quotidiens4 ,vendredi saint3 j'entre l'glise4 ,une messe aux batteries le ,samedi saint4 ,on m'annonce la mort d'un officier de marine4 ,quinze jours aprs1 la nouvelle3 c'tait ,dupouey4 ,exaltation immodre de ma douleur4 ,au cimetire de ,coxyde-,ville4 ,ma visite aux marins4 ,le milieu4 ,de quoi il est mort4 ,rvlations de l'aumnier3 c'tait un saint4 ,de quelle ardeur il voulait fter ,pques4 ,il l'a ft au ciel4 ,mon transport4 #gi ,,chapitre ,,viii ,retour sur l'vnement4 ,analyse rtrospective de mes penses3 logique du cur4 ,la saintet existe2 j'accepte le miracle3 ,un fait d'amour4 ,antinomie4 ,l'homme ancien et l'homme nouveau4 ,deux anecdotes4 #ic ,,chapitre ,,ix ,l'affaire des gaz ,langemarck 7avril74 ,notre angoisse4 ,prsence obsdante du saint4 ,le ct esthtique de l'aventure4 ,nouvelle figure de ,dupouey4 ,le conte bleu de notre rencontre4 ,je crois pour lui1 sans croire encore pour moi4 ,j'cris ,adieu4 ,nouvelle attitude devant la mort4 ,l'intercesseur4 ,j'cris ,recours4 #ajc ,,chapitre ,x ,une lettre de la villa ,clmence4 ,je rponds4 ,textes sacrs de l'image mortuaire4 ,le printemps dans les ruines de ,ramscapelle4 ,contre-coup de l'offensive d',artois 7#i mai74 ,attaque de ,w1 de l',union1 des fermes ,terstyl et ,violette4 ,seconde lettre3 ,pierre prie pour moi4 ,grand bouillonnement de l't4 ,anniversaire de mon deuil 7#ac juillet74 ,le don de soi suffit4 ,seconde lettre de rponse4 ,mon paradis4 ,adieu aux ,flandres 7aot74 ,la grande patience de ,dieu4 #aag ,,chapitre ,,xi ,rentre en ,france4 ,l'glise de ,dival4 ,au pays noir4 ,danger du got sensible4 ,la guerre sans beaut3 ,nux-les-,mines et ,bully-,grenay4 ,l'animalit se dchane4 ,le front d',artois vu du haut d'un crassier4 ,les petits chasseurs de ,lorette4 ,nos grands espoirs4 ,a l'observatoire des vieux corons4 ,tte--tte avec ,dupouey4 ,l'image de sainte ,anne d',auray4 ,a la grand'messe3 une leon d'irrespect humain4 ,bouffes mystiques4 ,cela trane4 #ace ,,chapitre ,,xii ,grande offensive de septembre4 ,le plan4 ,nos allis anglais4 ,nos chasseurs4 ,un bel automne4 ,la prparation de l'attaque4 ,soir de vigile3 des rgiments anglais dfilent dans l'ombre4 ,notre ami le sous-officier et sa fiance cossaise4 ,devant la mort et devant la victoire4 ,mon ,pater4 ,la journe du #be septembre et les nouvelles de ,champagne4 ,les soubresauts de l'offensive4 ,funrailles d'un officier4 ,la dception4 #aea ,,chapitre ,,xiii #a;er octobre4 ,nous changeons de place4 ,les corons de la fosse #aj4 ,mon logis et mes htes4 ,mon cur en progrs1 mon esprit rebelle4 ,premier contact avec le cahier noir4 ,procs de l'individualisme4 ,mon individu qui fait tte4 ,je veux la foi sans les principes4 ,aimons1 prions1 ne pensons pas4 ,chez les chasseurs pied4 ,un prche qui m'incommode4 ,je vis par le cur dans la guerre4 ,retour au cahier noir4 ,je m'apprivoise4 ,troisime lettre ,mme ,d444 ,faire maison nette4 ,les concessions de mon esprit4 #afe ,,chapitre ,,xiv ,effusions4 ,le lieutenant ,d444 perd son jeune frre4 ,le chapelet et l'adoration l'glise de ,sains4 ,rponse du frre ,matteo4 ,je lis ,pascal4 ,plerinage ,notre-,dame-de-,lorette4 ,les tombes militaires4 ,je fais ma prire genoux4 ,l'invite la communion3 je la repousse4 ,ma petite chapelle4 ,la ,toussaint et le jour des ,morts4 #agg ,,chapitre ,,xv ,je lis le ,nouveau ,testament4 ,catholicisme et protestantisme4 ,le pch selon ,michel-,ange4 ,figure de ,notre ,seigneur4 ,sa passion et la ntre4 ,les prches du pre ,g444 ,quatrime lettre de ,mme ,d4443 l'amour des pauvres chez ,dupouey4 ,novembre la fosse #aj4 ,en permission4 ,mot d',andr ,g444 ,la messe du dernier dimanche de l',avent4 ,je communierai ,nol4 #ahi ,,chapitre ,,xvi ,dieu le veut4 ,chez le pre ,g444 ,dception4 ,sagesse du saint homme4 ,je prpare ma confession4 ,le pre ,g444 teint encore ma flamme4 ,je m'accuse4 ,l'allgement4 ,bonheur de l'me pure3 le contrle de soi4 ,ombres au tableau4 ,ma communion sans amour4 ,apaisement du soir4 ,a la messe militaire de minuit3 la salle1 les fidles1 le baptme du roi ,clovis1 la communion vanglique4 ,je sens ,dieu4 #bja ,,pilogue ,l'impratif du sentiment4 ,louange et justification de l'glise4 ,aimer et croire pour comprendre4 ,quand vient le temps de la raison4 ,le cur et l'esprit satisfaits4 ,condamnation du plaisir4 ,rforme et unification de la vie4 ,servir4 ,notre faiblesse4 ,pourquoi j'ai crit ce rcit4 ,rendre tmoignage4 ,ce que peut l'exemple d'un saint4 ,aux indcis1 aux incrdules4 ,leon de sympathie humaine4 ,gloire ,dieu4 #bac ,,table ,,des ,,mati,,res4 #bbc ,,achev ,d',,imprimer ,,par ,l',,imprimerie ,,bellenand ,a ,,fontenay-,,aux-,,roses ,,le ,,vingt ,,avril #aiai