,c4 ,,wagner ,,jeunesse ,ouvrage couronn par l',acadmie franaise ,,vingt-,,septi,,me ,,dition ,,paris ,,librairie ,,fischbacher 7,,soci,t ,,anonyme7 #cc1 ,,rue ,,de ,,seine1 #cc ,tous droits rservs ,,du ,m,,me ,,auteur3 ,l',ami4 ,dialogues intrieurs4--#c;e dit4 #a vol4 in-#ab #c fr4 #ej ,justice4 ,huit discours4--#g;e dit4 #a vol4 in-#ab #c fr4 #ej ,jeunesse4--#bg;e dition4 #a vol4 in-#ab #c fr4 #ej 7,ouvrage couronn par l',acadmie franaise74 ,vaillance4--#ah;e dit4 #a vol4 in-#ab #c fr4 #ej ,la ,vie simple4--#f;e dit4 #a vol4 in-#ab #c fr4 #ej ,auprs du foyer4--#c;e dit4 #a vol4 in-#ab #c fr4 #ej ,l'vangile et la ,vie4 ,sermons4--#d;e dit4 #a vol4 in-#ab #c fr4 #ej ,sois un homme6 ,simples causeries sur la conduite de la vie4--#b;e dit4 #a volume in-#ab1 broch #a fr4 #be2 reli #b fr4 -- ,l'me des choses4--#b;e d4 #a vol4 in-#ab #c fr4 #ej ,le long du chemin4--#d;e dit4 #a vol4 in-#ab #c fr4 #ej ,il existe de ces ouvrages des traductions en ,anglais1 ,russe1 ,italien1 ,sudois1 ,norvgien1 ,hollandais4 ,droits de traduction et de reproduction rservs pour tous les pays1 y compris la ,hollande1 la ,sude et la ,norvge4 ,a ,,la ,,jeunesse ,,et ,a ,,tous ,,ceux ,,qui ,l',,aiment ,,pour ,,elle-,m,,me ,,pr,,face ,ce livre est n des circonstances4 ,en l'crivant1 j'avais constamment prsents mon souvenir une quantit de jeunes hommes1 appartenant des milieux trs diffrents1 et qui me rattache un mme lien d'affection4 ,leur compagnie1 leur genre de vie1 leurs confidences m'ont inspir4 ,j'ai pu me convaincre1 en les frquentant familirement1 que malgr les diffrences que constituent entre eux les situations sociales1 la nature des tudes1 l'ingalit d'ducation et de valeur morale1 ils avaient de nombreux traits communs dans le bien et dans le mal4 ,ce qui frappe le plus dans la jeunesse d' prsent1 c'est qu'elle semble faire la vie un accueil assez rserv4 ,je sais qu'il est convenu de le lui reprocher4 ,on tablit des comparaisons peu flatteuses entre elle et la jeunesse de certaines poques difficiles1 o l'on allait vers l'avenir le cur plein d'entrain1 et comme souriant la fortune svre4 ,mais quelque spcieuses qu'elles soient1 ces comparaisons ne sont pas justes4 ,la part de vrit qu'elles renferment disparat dans l'exagration d'un jugement sommaire4 ,je ne puis1 pour ma part1 accuser la nouvelle gnration1 en bloc1 d'ingratitude envers le temps exceptionnel dont elle est l'hritire1 ni surtout1 comme le font plusieurs1 la souponner de maladie imaginaire4 ,notre jeunesse souffre positivement4 ,le malaise qui la travaille n'a rien de commun avec l'ingratitude ou la pose purile2 ,il est rel et du plus grave intrt pour quiconque ne s'est pas habitu dire3 aprs nous le dluge4 ,l'origine de ce malaise est chercher dans la crise gnrale que traverse notre poque4 ,le scepticisme1 le ralisme1 la vie factice1 rsultats transitoires de la civilisation moderne1 constituent un triste milieu pdagogique4 ,la plante humaine n'y prospre pas4 ,elle y est condamne des privations matrielles et spirituelles qui l'tiolent1 lui font une jeunesse terne et une vieillesse prcoce4 99 99 99 99 99 ,l'existence anormale que nous menons a produit un abaissement de la vitalit humaine4 ,parmi les formes multiples de ce mal j'ai essay de dcrire celles qui m'ont plus particulirement frapp4 ,en mme temps j'ai signal les efforts tents pour les combattre4 ,tous ces efforts1 de quelque nom qu'on les dsigne1 se rsument en ceci3 ,retour l'existence normale1 l'quilibre humain1 au respect des lois de la vie4 99 99 99 99 99 ,nous nous sommes carts des sources1 il faut y revenir3 voil l'ide-mre de ce livre4 ,si je devais le rsumer en un seul avis1 je dirais aux jeunes hommes3 ,soyez jeunes et soyez des hommes6 99 99 99 99 99 ,ce n'est pas sans regret que je me spare de ces pages4 ,je les eusse voulues plus dignes de la cause qu'elles sont destines servir4 ,mais le moment me semblait venu de les publier4 ,tout mon dsir est que l'un ou l'autre de mes jeunes contemporains y trouve une de ces paroles qu'il fait bon entendre quand on a vingt ans et qu'on emporte comme viatique pour le reste du voyage4 ,c4 ,,wagner ,paris1 #ae novembre #ahia4 ,,livre ,,premier ,l',h,,ritage ,a quoi servirait-il l'homme de gagner le monde s'il perdait l'me8 ,jsus4 ,il y a plus de choses entre le ciel et la terre que n'en souponne votre sagesse d'cole4 ,shakespeare4 ,i ,,les ,,conqu,,tes ,,du ,,si,,cle ,on voit parfois1 sur la fin de l'hiver1 le jardinier soucieux de son jardin1 se promener le long des espaliers et des treilles4 ,il examine l'tat des bourgeons et du bois1 interroge d'un il attentif les mystrieuses enveloppes que va gonfler et dchirer bientt la sve du printemps4 ,ces promenades o l'anxit se mle toujours l'esprance1 me rappellent par analogie1 une autre promenade1 plus troublante encore et plus intressante1 celle que peut faire travers la jeunesse le penseur proccup de l'avenir4 ,l aussi dort1 enveloppe et pourtant apparente dj sous le voile qui la recouvre1 la grande question de demain4 ,il germe et grandit dans le cur des jeunes1 il fermente sous leur front des choses plus significatives que celles qu'essaie de deviner le jardinier sous l'corce des bourgeons4 ,intressante toujours1 et toujours digne de la plus sympathique attention1 la jeunesse mrite surtout de nous attirer aux poques critiques1 o des changements d'orientation s'annoncent4 ,ne semble-t-il pas que tel soit le cas la fin de ce sicle8 ,sans doute1 c'est une erreur grossire que de confondre les priodes de l'volution humaine avec ces divisions chronologiques factices qu'on appelle des sicles4 ,on attribue aux sicles une jeunesse et une vieillesse1 on parle de leur aurore et de leur dclin4 ,rien ne rpond moins la ralit4 ,des mouvements puissants ont marqu la fin de certains sicles2 d'autres ont commenc dans le marasme et la snilit4 ,il n'en est pas moins vrai qu'il peut se produire une concidence entre le terme d'une priode historique et le terme d'un sicle4 ,tel est1 je crois1 le cas l'heure prsente4 ,nous avons derrire nous tout un vaste dveloppement1 dans lequel on peut remarquer1 aprs les enthousiasmes juvniles et les efforts virils d'une brillante maturit1 les hsitations et les symptmes de lassitude ordinaires la vieillesse4 ,mais1 comme l'humanit se renouvelle sans cesse et renat de ses cendres1 c'est au moment o les choses anciennes sont arrives leur maximum de dcrpitude1 que les choses neuves se prparent4 ,qu'un instant comme celui que nous traversons soit gros de problmes d'avenir1 personne n'en doute2 que ces problmes se posent avec plus d'insistance ceux qui entrent dans la vie qu' ceux qui y sont dj engags ou ceux qui vont en sortir1 c'est vident4 ,rien de plus naturel1 par consquent1 que de se tourner vers la jeunesse1 et dans son intrt et dans le ntre4 ,que fera-t-elle8 ,comment va-t-elle pouvoir s'installer dans le monde que lui lguent ses prdcesseurs8 ,quels sont ses prils1 ses esprances1 ses devoirs pressants8 ,certes1 voil de quoi exciter les plus lgitimes curiosits4 ,pour arriver voir clair dans ces diverses questions1 il convient d'abord de dresser une sorte d'inventaire et de caractriser brivement l'hritage qui choit notre jeunesse4 ,il nous faudra ensuite essayer de comprendre cette jeunesse elle-mme et quelques-uns des courants qui s'y distinguent4 ,nous nous efforcerons1 aprs cela1 de tracer un idal pratique capable d'inspirer une lite de la jeunesse contemporaine dans la grande mission qui lui incombe1 et qui est de profiter du bien que lui laisse le sicle qui s'en va1 en s'efforant de combler les lacunes et de rparer les fautes4 99 99 99 99 99 ,il est toujours trs malais de ramener l'unit et de grouper sous un seul point de vue1 les lments si divers de l'activit humaine4 ,mais1 en gnral1 le trait saillant d'un sicle n'est pas difficile dcouvrir1 et c'est ce trait qui en dtermine la physionomie1 les tendances1 les beauts et les taches4 ,en la dsignant d'aprs son stigmate personnel jamais indlbile1 on ne saurait appeler la priode dont nous sortons autrement que3 l'ge de la science inductive4 ,la science y est arrive peu peu1 et1 pour la premire fois depuis qu'il y a des hommes1 tre la puissance dirigeante4 ,quoique cela puisse paratre vident1 il n'est pas superflu de l'affirmer1 cause de l'ide superficielle qu'on se fait souvent du grand travail humain1 et de ce qu'il est convenu d'appeler le progrs4 ,on se reprsente communment l'humanit en marche sur une route de longueur infinie o chaque gnration marque son tape4 ,il y aurait ainsi1 sauf les diffrences d'allure1 avancement constant sur toute la ligne4 ,cette conception est fausse et dangereuse4 ,non seulement il y a1 dans la marche des socits1 de longs arrts et des reculs1 mais il y a des changements de direction essentiels4 ,ce qui est l'idal certaines poques1 peut tre1 d'autres1 nglig1 foul aux pieds mme1 et pourtant ces deux poques collaborent1 chacune sa faon1 l'accomplissement des fins de l'histoire4 ,il y a des priodes de cration et des priodes de destruction2 il en est qui sont voues l'analyse et aux oprations de dtail1 d'autres qui arrivent la synthse4 ,celles-ci sommeillent1 celles-l se prcipitent comme un torrent4 ,certains sicles sont religieux1 potiques1 artistiques1 d'autres commerants1 industriels1 guerriers4 ,il en est d'effmins et de dissolus1 comme il en est d'nergiques et de vertueux4 ,et tous amnent sur la scne leurs hommes particuliers1 enfants prfrs faits leur image1 et remettent l'honneur et la puissance1 tour tour1 aux rveurs1 aux diplomates1 aux beaux parleurs1 aux violents1 aux sages1 aux fous1 aux favoris1 aux courtisans4 ,mais l'volution humaine est si vaste et si complique qu'elle n'embrasse jamais tout la fois3 elle procde par pousses successives dans les directions les plus varies4 ,malgr la richesse de ses aspirations ou son effort pour tout treindre1 chaque priode d'activit ne fait que sa pousse particulire laquelle tout se subordonne1 on peut mme dire1 se sacrifie4 ,il se constate alors comme une sorte de polarisation du travail total de l'humanit autour d'un centre de prdilection4 ,dans la sphre particulire qu'il cultive avec amour1 un sicle dpasse1 en gnral1 les prcdents4 ,cela n'implique pas qu'il les ait dpasss ni mme gals pour le reste4 ,au contraire1 les avantages qu'il ralise en concentrant toute son nergie sur un point1 se traduisent par un dficit dans d'autres domaines4 ,les sicles1 comme les individus1 ont les dfauts de leurs qualits4 ,il y a l une loi gnrale dont il faut se souvenir4 ,grce elle1 on comprend mieux comment1 par exemple1 les anciens qui taient nos matres pour tant de choses1 n'taient que des enfants en science1 comparativement nous4 ,mais la mme loi nous expliquera1 par un juste retour1 certaines lacunes douloureuses de la civilisation actuelle4 ,nous avons donc fait1 nous1 notre pousse du ct de la science inductive1 non par un effet de la fantaisie humaine1 mais guids par la ncessit4 ,sous la lente usure du temps les vieilles bases sociales et les antiques croyances devenaient caduques et craquaient4 ,il tait urgent de les raffermir en soumettant un contrle svre les faits et les notions qui entraient comme matriaux dans ce vnrable difice4 ,cela ne pouvait se faire qu'en reprenant l'humble sentier de l'exprience4 ,avec une patience l'preuve de tous les labeurs1 l'homme s'y est rsign et a entrepris de reviser le monde par le menu dtail4 ,petit et faible1 en face de la cration gante1 phmre en face du temps que rien ne mesure1 il ne s'est laiss rebuter ni par la mdiocrit de ses moyens1 ni par l'tendue de la tche4 ,simplement1 courageusement1 se servant de ses yeux pour voir1 de ses doigts pour toucher1 de son cur pour prouver1 il s'est mis l'uvre4 ,or il s'est rencontr que cette mthode qui consiste se laisser guider d'un fait l'autre1 allant de ce qui est prs et connu vers ce qui est loin et inconnu1 tait la plus merveilleuse des trouvailles4 ,elle faisait parcourir1 tout petits pas trs srs1 des distances prodigieuses4 ,les travailleurs se succdaient dans leur tche souvent obscure1 o il fallait1 pour commencer1 souffrir mille privations4 ,mais lorsque l'un d'eux tombait1 un autre embotait le pas4 ,que de peines oublies et de dcouvertes ignores6 ,jamais l'humanit ne fut plus admirable que sur cette route escarpe o nous la voyons marcher1 lasse1 meurtrie1 mais non rebute1 tenant en main le fil d'or qui doit la guider travers les tnbres1 vers l'aube de vrit4 ,grce cette somme prodigieuse de travail1 nous possdons des avantages qu'il n'est pas permis d'numrer sans motion et sans reconnaissance4 ,les astronomes nous avaient rvl l'immensit de l',univers1 et mis notre porte des faits dont la grandeur dpasse l'imagination mme4 ,les gographes et les explorateurs nous ont mieux fait connatre le globe que nous habitons4 ,les gologues nous en ont racont l'histoire tourmente et dmesurment ancienne4 ,les sciences naturelles ont commenc nous initier aux formes sans nombre que revt la vie dans le monde vgtal et animal1 et nous ont rvl un infini plus admirable que celui que nous montraient les astronomes1 je veux dire l'infiniment petit4 ,les mdecins et les physiologistes ont pntr plus avant dans l'exploration si dlicate et si difficile du corps humain1 afin de nous enseigner mieux nous connatre et lutter plus efficacement contre les souffrances et la maladie4 ,la mcanique et la chimie ont acclr les relations1 rduit les distances1 centupl la production industrielle et augment le bien-tre4 ,l'lectricit enfin1 cette allie de la dernire heure1 qui garde son secret et nous sert sans se faire connatre1 a ralis des progrs qui semblaient appartenir au domaine de l'impossible4 ,pendant ce temps les historiens ressuscitaient le pass avec une infatigable activit1 pice pice1 oubliant parfois de vivre dans le prsent pour s'enfouir dans les archives1 les catacombes1 les ruines exhumes d'autrefois4 ,ils ont remis dans leur lumire vraie et replac dans leur cadre historique1 les lgendes1 les traditions religieuses des pres4 ,ils ont fait justice d'erreurs sculaires1 veng les martyrs1 rhabilit de nobles mmoires1 fltri les crimes1 et surtout rendu leur grande et lgitime place aux humbles et aux petits dont les longues misres et les rudes corves avaient t ngliges trop longtemps1 au profit des guerres et des intrigues des grands de la terre4 ,bienfaits immenses trop longs numrer1 mais qui sont dans toutes les mmoires4 ,si nous pouvions ramener parmi nous un homme des gnrations disparues et le promener travers les merveilles que notre ge doit la science1 il marcherait d'blouissement en blouissement et trs certainement il nous dirait3 ,c'est ainsi que nous rvions l'ge d'or4 ,sans nul doute1 l'homme aujourd'hui doit se sentir plus heureux qu'autrefois et tre devenu meilleur et plus matre de lui-mme4 ,connaissant mieux les lois de la nature1 il ne doit pas manquer d'y conformer sa vie4 ,les maladies de jadis lui sont inconnues1 ainsi que la pauvret et la misre4 ,il rgne avec srnit sur des forces dociles4 ,ce qui l'crasait autrefois1 le porte aujourd'hui4 ,le feu s'est attel son char1 la foudre est sa messagre4 ,comme cette royaut doit l'ennoblir6 ,en mme temps l'histoire des hommes lui a donn de grandes leons de sagesse1 de tolrance1 de clmence4 ,sur les frontires des patries doit rgner la bienveillance4 ,la justice gouverne les individus et les socits4 levs ds leur jeunesse dans le sentiment de leur dignit1 les hommes doivent faire fleurir la paix et la fraternit sur cette terre que leurs aeux souillaient de sang4 ,heureuse la jeunesse hritire d'un tel monde6 ,et cet ancien raisonnerait juste4 ,pourquoi faut-il que les faits contredisent des conclusions si naturelles8 ,c'est ici que nous sommes amens considrer l'envers de la mdaille1 ce qu'en langage de droit on appellerait le passif de la succession4 ,,ii ,,les ,,pertes ,,du ,,si,,cle ,rappelons-nous la loi mentionne plus haut1 ,l'humanit n'avance pas d'un mouvement gal dans toutes les directions1 mais elle procde par pousses4 ,en se jetant avec tant d'ardeur du ct de la science1 elle a ncessairement perdu de vue d'autres domaines4 ,d'immenses territoires faisant partie intgrante du patrimoine humain ont t insensiblement ngligs4 ,en outre1 la science elle-mme a subi le contre-coup de la loi qui l'amenait au premier rang4 ,trop vaste pour tre cultive dans toutes ses ramifications1 elle s'est dveloppe dans certaines branches de prfrence et mme l'exclusion de certaines autres4 ,ainsi voyons-nous1 parfois1 un ou plusieurs rameaux d'un arbre attirer eux presque toute la sve du tronc et ne laisser aux autres qu'une nourriture diminue4 ,il tait invitable que l'entreprise gigantesque de conqurir le monde par le menu dtail et de repasser au crible les faits et les ides1 s'appliqut d'abord aux bases lmentaires de toutes choses4 ,les sciences mcaniques et mathmatiques1 tout l'ensemble des sciences naturelles1 devaient se dvelopper les premires4 ,mais comme partout o nous abordons l'univers pour le sonder1 nous sommes en face de l'infini1 les sciences du commencement devinrent si vastes qu'elles parurent bientt elles seules la totalit du monde4 ,au bout d'un certain temps1 ni les forces ni la vie des chercheurs ne suffirent plus pour les embrasser4 ,chacun alors1 sur ce champ illimit o les chemins bifurquaient sans cesse1 s'engagea dans un sentier spcial4 ,les travailleurs se dispersaient et1 de plus en plus1 se perdaient de vue4 ,en mme temps tous ensemble1 force de vivre dans les rudiments matriels1 finirent par ne plus accorder le titre de faits qu'aux faits tangibles1 et le titre de science qu' ce qu'ils appelrent d'un nom aussi faux que significatif les sciences positives4 ,pendant ce temps l'humanit continuait de vivre et avait besoin de subsistance4 ,elle avait suivi dans leur marche les hardis pionniers du monde renouvel et s'tait1 sans s'en douter1 loigne de sa base de ravitaillement4 ,on quittait la vieille maison1 avant que la nouvelle ne ft prte4 ,c'est alors que le sentiment de la brivet de l'existence1 l'impatience de conclure1 le besoin d'interprter la vie1 fit natre prmaturment une philosophie1 qui1 s'emparant des rsultats actuels du travail scientifique1 se flatta de reconstruire1 avec leur aide1 le monde et l'homme1 en faisant1 de propos dlibr1 abstraction de toute la sagesse et de toute la foi accumules du pass4 ,hlas1 les matriaux de cette reconstruction1 merveilleux au point de vue du travail qui les avait colligs1 n'en taient pas moins presque gaux rien pour btir un monde4 ,pouvait-on expliquer toute la vie avec ce qui suffisait peine pour expliquer un grain de poussire ou un brin d'herbe8 ,entreprise tmraire entre toutes6 ,mais les hardis ont toujours raison1 du moins pour un temps4 ,ce temps est coul aujourd'hui4 ,nous nous apercevons que nous avons t trop presss4 ,aprs avoir commenc pratiquer la mthode inductive1 nous l'avons laisse l2 nous avons laiss l galement la tradition o il y a tant de bien solide conserver1 et nous avons fait un saut prodigieux dans l'hypothse1 tablissant des conclusions qu'il et fallu rserver au plus lointain avenir4 ,en un mot1 nous avons jet notre vieux pain pour faire du pain nouveau avec du bl en herbe4 ,en rduisant ainsi la ralit aux proportions de ce que nous en connaissons1 nous nous sommes appauvris et1 circonstance bien remarquable1 aprs avoir vu tant de choses que nos pres ignoraient1 nous avons en somme rtrci notre horizon4 ,l'homme est diminu ses propres yeux4 ,voil le grand rsultat ngatif du dveloppement scientifique tel que nous venons de l'esquisser4 ,mais ds prsent1 prvenons un malentendu4 ,nous ne sommes pas de ceux qui accusent certains hommes de la tournure qu'ont prise les choses4 ,personne ne dirige la vie des socits dans son ensemble4 ,chacun de nous s'agite dans sa sphre1 le total ne dpend pas de sa volont4 ,on ne peut nous demander de faire que ce qui nous parat bon4 ,si le rsultat ne correspond pas l'attente1 ce n'est pas notre affaire4 ,nous n'accusons donc personne4 ,cependant il est toujours utile de constater un fait et d'essayer de se rendre compte d'une situation1 afin d'en tirer des leons pour l'avenir4 ,encore moins accusons-nous la science4 ,ce serait de la folie et de l'ingratitude4 ,nous dsirons seulement que la science devienne de jour en jour plus respectueuse de tous les faits1 qu'elle retrouve son quilibre et restitue aux ralits intrieures l'attention qu'elles mritent4 ,souvenons-nous d'ailleurs que1 dans ce mouvement de la science du ct du matrialisme1 les plus rapides courir n'taient pas les savants4 ,beaucoup d'entre ceux-ci se sont bien gards de donner dans ce qu'on pourrait appeler la superstition scientifique4 ,mais s'ils taient rservs1 d'autres ont parl en leur nom4 ,ce sont les philosophes et les littrateurs qui spculent avec les donnes scientifiques admises en bloc1 comme on spcule la bourse avec les valeurs4 ,la diminution de l'homme ses propres yeux s'est ncessairement fait sentir dans tous les domaines de l'existence1 se traduisant par un affaissement de la vie spirituelle4 ,par une sorte de fatalit1 les doctrines fondes sur le matrialisme scientifique ont envahi les arts et la littrature1 se sont rpandues de l dans la vie journalire1 y crant peu peu ce ralisme infrieur o nous semblons nous tre enliss en cette fin de sicle4 ,c'est l'gosme qui1 par un contraste pnible1 a profit le plus largement des conqutes scientifiques que le sacrifice et le dvouement avaient ralises4 ,entre ses mains1 elles ont dvi de leurs intentions premires1 et plusieurs ont fait plus de mal que de bien4 ,en pdagogie voici d'autres consquences3 l'instruction utilitaire1 qui est le dressage de l'homme gagne-pain1 et l'intellectualisme1 qui porte le centre de gravit de la vie sur le terrain du savoir1 comme si tout l'homme tait l4 ,l'instruction a t considre comme un moyen suffisant de moralisation1 et exagre aux dpens de la culture du caractre1 comme aux dpens de la discipline et de la sant physique4 ,si le monde des ides et des sentiments s'est rtrci par le dveloppement anormal du ralisme scientifique et sa prtention suffire tout1 il semble au contraire que la vie matrielle ait largement profit4 ,il est peu de dcouvertes scientifiques en effet qui n'aient abouti une application industrielle4 ,et de fait1 le bien-tre matriel a augment dans des proportions considrables4 ,nous sommes1 en gnral1 mieux nourris1 mieux clairs1 mieux chauffs1 mieux et plus vite renseigns et transports1 mieux soigns quand nous tombons malades1 mieux arms4 ,malheureusement il y a un revers la mdaille4 ,une des ombres les plus noires du temps actuel rsulte du progrs mme de l'industrie4 ,les moyens de production1 capital et outillage1 sont devenus si prodigieux qu'ils chappent au calcul et la direction4 ,des rsultats sociaux compltement imprvus se dclarent partout4 ,l'industrialisme se dresse devant nous avec toutes ses consquences1 l'industrialisme qui crase l'homme sous la machine1 le travail sous le capital1 et qui est devenu une source de souffrances et de haines1 autant par les misres physiques et morales des classes laborieuses que par l'incertitude et l'agitation o il a jet le commerce et l'industrie productive4 ,la centralisation outrance qui est une autre consquence du dveloppement industriel et scientifique1 nous a dots des cits-monstres1 centres de vie artificielle1 o s'est dvelopp le pauprisme d'une part1 de l'autre le luxe exagr1 voisins dangereux1 dont la cohabitation est rendue plus funeste encore1 par la recherche des plaisirs faciles et la cration d'une foule de besoins factices4 ,toutes ces causes runies ont contamin la sant publique4 ,sur le terrain international enfin1 la lutte pour l'existence dote par la science de moyens infiniment perfectionns1 a engendr le militarisme1 mal pire que la guerre4 ,on pourrait appeler le militarisme la solution scientifique du problme suivant3 tant donnes toutes les forces humaines et toutes les sciences runies1 ainsi que les plus claires ressources du travail des nations1 trouver le moyen de les neutraliser1 voire mme d'en tirer le plus de mal possible4 ,nos moyens de locomotion semblent l'heure prsente beaucoup moins servir rapprocher les peuples qu' en accentuer les rivalits4 ,de mme que l'accumulation des richesses et de la puissance industrielle a spar l'homme de l'homme et augment l'pret de la concurrence et les distances sociales1 de mme le perfectionnement de l'outillage de guerre a rendu les nations plus mfiantes4 ,elles correspondent bien plus pour se surveiller1 se jalouser et se nuire1 que pour mieux se connatre et s'allier sur le terrain commun des intrts humains4 ,l'impression que nous voudrions faire natre parat suffisamment prpare par ces considrations4 ,ne semble-t-il pas1 regarder notre civilisation sous un certain jour1 qu'un mauvais gnie ait fait tourner au mal toutes les forces nouvelles dont la science a enrichi l'homme8 ,pourquoi en sommes-nous arrivs l8 ,la mthode scientifique serait-elle mauvaise8 ,aurions-nous fait fausse route en voulant fonder la vie sur l'exprience1 au lieu de continuer vivre dans le vieux monde autoritaire et dogmatique8 ,nullement4 ,mais notre tort a t de croire que le savoir et le pain suffisent l'humanit1 et de nous laisser glisser1 du ralisme scientifique qui absorbe l'humanit dans le savoir dit positif1 au ralisme pratique qui croit qu'tre nourri1 vtu et couvert est la somme de l'existence4 ,les meilleures choses peuvent devenir funestes quand elles sortent de leurs limites4 ,entrons dans quelques dtails pour mieux nous expliquer1 car l est le nud de la situation4 ,chacun sait ce que furent1 certaines poques historiques1 les pouvoirs exclusifs qui s'arrogeaient le droit de diriger et de faonner l'humanit au gr de leurs besoins et parfois de leurs caprices4 ,tantt c'est la religion qui1 dpassant les limites de son influence lgitime1 fait driver d'elle les arts1 les sciences1 le gouvernement4 ,tantt c'est le pouvoir financier ou le mercantilisme1 qui s'empare d'une socit et rduit tous les intrts humains des questions d'argent4 ,tantt c'est l'influence militaire qui domine au point de refouler l'arrire-plan tout ce qui ne pse rien dans la balance de la force4 ,tous ces pouvoirs1 lgitimes dans leur essence1 parce qu'ils reprsentent une parcelle de l'intrt humain1 deviennent calamiteux ds qu'ils se font exclusifs4 ,destins servir la cause gnrale1 ils finissent par en tre les pires ennemis4 ,chacun d'eux devient un organisme redoutable sous lequel se cache et se dfend un gosme collectif monstrueux1 auprs duquel l'gosme individuel est peu de chose4 ,je veux parler de l'gosme des grandes institutions1 de celui des corporations1 des castes ou des classes1 de tous les clricalismes et de tous les particularismes4 ,nous reconnaissons l de vritables coalitions d'intrts particuliers1 qui dgnrent en entreprise envers et contre tous et qui aboutissent paralyser la vie autour d'elles4 ,souvenez-vous du scribe au temps de ,jsus1 du confesseur une autre poque1 et1 de mme1 selon les milieux et les temps1 du sophiste d',athnes1 du mdecin1 de l'astrologue1 des hommes de loi1 de guerre1 des usuriers4 ,a certains moments de l'histoire1 il semble que la terre soit cre pour le plus grand profit de l'un ou l'autre de ces personnages et des institutions qu'ils reprsentent4 ,ils deviennent les tyrans de l'homme1 son ombre4 ,on ne peut1 sans eux1 ni marcher1 ni s'arrter1 ni vivre1 ni mourir4 ,tout leur appartient4 ,l'humanit est leur chose1 leur victime sacrifie4 ,et dire que le point de dpart de ces atroces tyrannies a toujours t pos par les services rendus leur origine4 ,pourquoi cette dcadence qui fait qu' la longue elles deviennent la pire caricature de ce qu'elles furent au dbut8 ,voici3 ,elles ont pch contre la grande loi qui marque sa limite toute force comme toute institution humaine3 ,servir l'humanit et non l'asservir4 ,je crains que cette loi n'ait t gravement enfreinte en ce qui concerne la science4 ,en effet1 quoi assistons-nous maintenant8 ,a la continuation de ce labeur admirable qui doit un jour reprsenter la loyale enqute de l'homme sur son bagage de faits et d'ides8 ,cette enqute sans doute continue1 et aucune puissance ne l'arrtera4 ,mais nous assistons la prtention de certaines sciences reprsenter1 elles seules1 tout le savoir humain d'abord4 ,et comme en dehors du savoir1 il n'y a plus1 aux yeux de la science ainsi rduite1 aucun autre moyen1 pour l'homme1 de communiquer avec la ralit1 nous assistons en somme la prtention1 leve par quelques-uns1 de rduire toute la ralit et toute la vie ce qu'ils en ont constat4 ,en dehors de cela 7et quelque vaste qu'il soit1 ,dieu sait combien ce domaine est misrable comparativement l'infinie richesse de la vie71 il n'y aurait que rves et illusions4 ,voil qui est exorbitant6 ,ce n'est plus de la science1 mais de l'absolutisme scientifique4 ,il n'y aurait pas lieu de s'en affliger1 si cette prtention n'avait pas trouv dans le monde un cho prodigieux4 ,donnons la parole aux hommes autoriss pour ne pas tre taxs d'exagration4 ,dans un discours qui a fait le tour du monde3 ,culturgeschichte und ,naturwissenschaft1 le professeur berlinois ,du ,bois-,reymond disait en #ahgg1 et ses paroles expriment le sentiment d'une foule de gens trs srieux1 mais imbus du mme prjug3 ,l'histoire des sciences naturelles est la vritable histoire de l'humanit4 ,ce qu'on appelait ainsi jusqu' prsent n'est que l'histoire des guerres d'une part1 et d'autre part des folles conceptions de quelques peuples civiliss4 ,de la part d'un homme qui a1 mieux que nul autre1 tabli et confess les limites de la connaissance humaine1 et qui estime d'ailleurs que le commerce avec l'antiquit classique est le seul moyen de nous sauver du plus plat utilitarisme1 un tel propos est bien significatif4 ,c'est tout un symptme4 ,dj on ne dit plus3 ,la science et la philosophie doivent suffire un jour l'humanit4 ,la philosophie est alle rejoindre la religion et la posie dans le coin des vieilles ferrailles4 ,on dit3 ,la science doit suffire l'humanit1 et dpassant d'un bond stupfiant la boutade assez forte dj du savant allemand1 un de nos savants franais contemporains nous a laiss ces six mots qui seront pour l'avenir un document de l'tat d'esprit de toute une srie de gnrations3 ,il n'y a plus de mystre 7,berthelot74 ,rien n'gale le succs que ces ides ont eu dans la socit tous ses degrs4 ,elles se sont rpandues par des milliers de canaux dans toutes les classes4 ,pour beaucoup de gens1 pour l'immense majorit1 le rsultat de la science1 dment constat et contrl1 c'est que ce que nous appelons les ralits suprieures1 n'existe pas4 ,l'homme est un animal comme les autres4 ,la conclusion pratique est facile tirer4 ,a pas de gant1 ce temps a march dans la voie du ralisme scientifique d'abord1 pratique ensuite1 semant tourdiment sa route de ce qui constitue le bien suprme de l'humanit4 ,il a remplac la conception d'un monde vivant1 par la conception d'un monde mort4 ,sur toute la ligne1 la mcanique a supplant l'me4 ,la science matrialiste n'en attribue ni au monde1 ni l'homme4 ,pour elle1 il n'y a rien au fond des choses4 ,l'univers est un immense feu d'artifice qui se ramne1 en dernire analyse1 au fait lmentaire du choc des atomes4 ,il y a des jours o certains savants parlent comme s'ils savaient tout4 ,quant aux ignorants1 ils ont plus d'assurance encore1 et le plus grand nombre de nos contemporains sont rongs par cette conception rabougrie de l'univers o ils ne peuvent plus loger ni leurs croyances1 ni leurs principes de conduite1 ni mme leurs sentiments4 ,qu'est-ce en effet que tout cela aux yeux du ralisme scientifique8 ,rien4 ,dans un monde pareil1 le sort de l'homme est de descendre lui-mme au rang d'une mcanique et d'tre selon l'occasion3 machine travailler1 machine tudier1 machine jouir1 machine tuer2 chair plaisir ou chair canon4 ,et voil pourquoi1 aprs avoir plus travaill1 plus cherch1 que n'importe quel ge1 nous sommes menacs de sombrer en plein nant4 ,la secrte faiblesse1 le dfaut de la cuirasse de cette grande poque a t d'oublier qu'il y avait plus de ralits entre le ciel et la terre que les sciences dites positives1 voire mme toute la science humaine ne peut en constater4 ,nos uvres ont grandi1 nous avons diminu4 ,l'homme est amoindri ses propres yeux1 dans sa dignit et dans son esprance4 ,un crime de lse-humanit est au fond de toutes les souffrances de ce temps4 ,la civilisation repose d'aplomb sur l'homme4 ,atteignez l'homme1 toute l'immense machine se disloque4 ,c'est parce que la base1 l'homme1 est affaiblie1 que toute notre civilisation menace de crouler sur nos ttes6 ,et ce n'est pas ce qu'il y a de plus saisissant dans le spectacle de l'hritage que vont recueillir nos enfants4 ,ce qui y frappe davantage encore1 mais ce qui sera le salut1 si nos successeurs le comprennent1 c'est que le monde o nous vivons est radicalement contradictoire4 ,nous allons essayer de le montrer4 ,,iii ,,les ,,contradictions ,,du ,,si,,cle ,la conception matrialiste du monde et les parties de notre civilisation qui en sont le rsultat momentan nous apparaissent en conflit avec l'esprit moderne sur tous les points4 ,l'esprit moderne reprsente1 aprs tout1 le patrimoine rsum des sicles4 ,l'pithte de moderne indique seulement sa tendance et sa mthode1 mais non pas son contenu1 venu de partout4 ,on peut fort bien dfinir son genre en se servant de la belle parole de ,trence3 ,homo sum2 humani nihil a me alienum puto4 ,l'esprit moderne est la somme condense de ce que l'humanit a abstrait de meilleur de tout l'immense labeur et de toutes les souffrances du pass4 ,c'est1 du ct de la pense1 une large ouverture sur toutes choses1 une prmditation de ne rien exclure1 de ne rien ngliger1 d'y voir clair1 et de trouver la vrit en elle-mme1 sans aucune arrire-pense1 le vrai esprit scientifique en un mot4 ,c'est du ct du cur une disposition bienveillante dcide ne mpriser personne1 ne frustrer personne1 respecter surtout le faible et avoir piti de tout ce qui souffre4 ,il est encore la glorification du travail comme de la grande puissance libratrice et moralisatrice4 ,en politique1 l'esprit moderne est l'esprit dmocratique dans sa plus haute acception1 reconnaissant comme rgulateurs d'une socit le droit1 la loi1 la justice1 la solidarit4 ,s'il y avait d'un ct toute la force1 toutes les armes runies1 l'immense et formidable coalition des puissances qui psent le plus dans la balance1 et de l'autre1 la ,justice dsarme1 l'esprit moderne exigerait de nous de faire baisser toutes les armes et taire tous les intrts devant la ,justice4 ,s'il y avait1 d'une part1 toutes les foules avec leurs cris et leurs emportements et de l'autre1 un seul homme sage avec la vrit pour lui1 l'esprit moderne serait avec cet homme1 contre le nombre4 ,voila ce que c'est que l'esprit moderne4 ,le ralisme scientifique et pratique est au contraire la ngation de tout cela4 ,du ct de la pense1 le ralisme est le provincialisme le plus troit que l'on puisse imaginer1 vrai esprit de clocher1 exclusif de tout ce qui sort de ses limites4 ,l'immense orchestre des mondes et des vies se ramne pour lui un petit son mince1 produit monotone d'une corde unique4 ,du ct du cur1 le ralisme est l'gosme absolu1 dcid ne tenir compte de personne et considrer comme une imbcillit toute concession autrui qui ne serait pas le rsultat d'un calcul4 ,il n'y a qu'un droit1 celui du plus fort1 une loi1 celle du combat4 ,le faible est celui qui doit disparatre4 ,la solidarit n'est qu'un mot1 la conscience une chimre4 ,il n'y a pas assez de place pour tout le monde4 ,pour que les uns vivent1 il faut que les autres disparaissent3 ,beati possidentes6 ,jouir est le but de la vie4 ,on peut bien admettre le travail comme une corve qui procure la jouissance1 ,mieux vaudrait jouir sans travailler4 ,en politique le ralisme est la dification de la force brutale4 ,au sommet des socits1 il est la tyrannie2 en bas1 il est la licence effrne2 partout1 le conflit sauvage des intrts et des passions4 ,il est condamn osciller entre le despotisme du nombre et celui du pouvoir personnel1 s'entre-dvorant tour tour4 ,aussi1 toujours et partout il a tu la libert4 ,une dmocratie raliste serait un non-sens4 ,le ralisme et l'esprit moderne sont en conflit au fond de la socit actuelle4 ,c'est ce qui rend la situation si tragique et nous fait paratre notre vie si riche en contrastes1 si profondment et si noblement tourmente4 ,si nous pouvions difier la brute et organiser1 dans toute son horrible beaut1 la barbarie civilise1 nous n'prouverions pas les dchirements qui nous torturent4 ,mais sous les dehors que le ralisme1 un instant triomphant1 nous a imposs1 vit et souffre un meilleur nous-mmes4 ,devant chaque cration hideuse dont la brutalit encombre le monde1 l'esprit moderne lve la voix et proteste4 ,et cet esprit n'est pas le dernier souffle d'un monde expirant4 ,c'est une force toujours plus puissante quoique impalpable1 et qui1 sans appartenir personne en particulier1 sait se traduire au sein mme des hontes et des dfaillances par mille manifestations4 ,plus la force brutale qui agit dans la bte par les griffes et les ongles1 s'organise1 se dveloppe au sein de l'humanit1 et devient la forteresse1 le canon1 la dynamite ou encore la tyrannie impudente du nombre et de l'argent1 plus aussi grandit cette puissance invisible1 insaisissable4 ,on a beau crier3 la ,force prime le droit1 prendre toute la nature infrieure tmoin1 et fournir la dmonstration par des actes de violence pour lesquels on affecte de dire qu'il n'y a pas de juge sur la terre3 le droit n'en est pas moins une puissance contre laquelle on ne peut rien4 ,a son heure il clate1 s'empare des esprits1 rayonne travers les curs1 claire et frappe comme la foudre1 et les uvres de la ,force sont dtruites4 ,vous essayez en vain de vous rendre compte de quelle faon1 dans cette lutte ingale1 c'est le mieux arm qui succombe4 ,mais vous sentez1 en voyant les effets1 qu'une cause grande et mystrieuse a pass par l4 ,je n'ai qu' faire allusion la question sociale pour faire comme toucher du doigt1 un des terrains sur lesquels l'esprit moderne est en conflit aigu avec le ralisme4 ,qu'est-ce que le socialisme dans la noble et large acception de ce mot8 ,c'est l'affirmation du prix de la vie et du principe de la solidarit4 ,inviolabilit de l'individu et son union indissoluble avec le corps social3 ,tous pour un1 un pour tous4 ,pour tre socialiste1 il faut avoir le souci des autres1 surtout des faibles1 de l'enfant1 de la femme1 de tout ce qui est nglig1 outrag1 opprim4 ,ce qu'on leur fait1 on le fait nous-mmes1 bien plus1 l'humanit1 bien plus1 ,dieu4 ,vous devez1 comme tre social1 sentir les rapports ncessaires qui unissent1 les uns aux autres1 les membres de la socit1 toutes les phases de son dveloppement1 et nourrir de la bienveillance pour toutes les formes de la vie humaine1 afin d'apprcier les rapports des personnes et des situations les plus diverses4 ,qu'est tout ceci au point de vue raliste8 ,le raliste dit3 ,chacun pour soi4 ,quand il a mang et bu1 le monde est en liesse1 tout va pour le mieux4 ,quand il a faim tout va mal1 il faut tout dtruire4 ,or ces deux faons de comprendre l'existence sont en prsence dans notre socit4 ,c'est trop peu dire3 elles coexistent trs souvent dans les mmes individus4 ,parmi nos contemporains1 il en est beaucoup qui se sont assimil la conception matrialiste de l'existence et qui1 pour leur morale mme1 sont ralistes4 ,mais entendez-les proclamer le droit1 invoquer la justice1 exalter la solidarit6 ,semblables des gens qui feraient soigneusement le vide sous une cloche1 pour y faire vivre ensuite un oiseau1 ils ne se rendent pas compte qu'il y a incompatibilit entre leur conception du monde et de l'homme et les choses qu'ils veulent y loger4 ,on pourrait trouver matire aux mmes observations dans les sphres trs diffrentes4 ,une foule incalculable de gens vivent aujourd'hui1 au jour le jour1 d'expdients et de contradictions4 ,ils nous rappellent ces crations de l'imagination artistique1 dragons1 sphynx et chimres o se combinent en un seul animal fantastique1 l'aigle1 le lion1 le serpent1 l'homme4 ,ne croyez pas que ces amalgames tranges se rencontrent surtout dans le peuple inculte4 ,ils sont partout4 ,on a beau faire1 on est un enfant de son temps4 ,les traces de l'antagonisme1 qui traverse le fond mme de notre civilisation actuelle1 sont dans presque tous les esprits4 ,dans les discours des professeurs1 des hommes d'tat1 des ducateurs religieux mme1 on les rencontre4 ,tel homme d'tat faisant un discours1 commence par se rclamer des sciences positives1 ou par poser des axiomes utilitaires2 mais entran par son sujet sur le terrain de l'ducation1 de la morale1 de l'ordre public1 il termine en plein idalisme4 ,les choses se compliquent d'ailleurs d'un autre facteur d'une importance considrable1 savoir le mouvement ractionnaire4 ,de ce ct on met la charge de l'esprit moderne lui-mme tous les maux de la socit actuelle et les difficults au sein desquelles elle se dbat4 ,on prtend tout remettre en tat par le retour pur et simple au statu quo du quinzime sicle4 ,comme on voit1 c'est une grosse affaire1 et nous en reparlerons4 ,or ce mouvement a des ramifications nombreuses1 et bien des esprits en sont affects1 des degrs divers4 ,ractionnaires pour une part1 imbus de l'esprit moderne pour une autre1 et par-dessus le march un peu matrialistes1 nous sommes beaucoup dans ce cas4 ,en vrit1 l'tat d'esprit de plusieurs rappelle les dmnagements3 ,une portion des meubles est dj l-bas dans le local nouveau1 une autre est dans la rue1 cahote1 ple-mle1 expose aux intempries et aux accidents1 une autre est encore tranquillement installe dans l'ancienne demeure4 ,tout cela constitue un tat de crise et de transformation des plus compliqus4 ,en un temps de murs simples1 la souffrance qu'une telle crise fait natre1 serait amoindrie par les circonstances extrieures4 ,mais elle est aggrave de nos jours par la complication de notre culture4 ,en un mot1 elle est dans tous les domaines spirituels et matriels la fois4 ,les hommes de ce temps ont t surpris par un trop brusque changement des conditions de l'existence4 ,les vnements les ont dpasss et dsorients4 ,les effets accumuls des causes que nous avons mises en jeu1 sans en connatre la porte1 nous troublent et nous effraient4 ,plus un organisme est compliqu1 plus il est capable de souffrir4 ,un homme meurt d'une blessure1 tandis que certains tres infrieurs1 coups en morceaux1 vivent quand mme4 ,un chariot peut perdre une roue sans grand danger2 pour une locomotive1 c'est une catastrophe4 ,a l'heure actuelle la civilisation est devenue une immense machine dont le fonctionnement chappe aux prvisions des plus sages4 ,elle va son train d'enfer1 et au milieu de ses grincements1 l'homme crie et se sent cras4 99 99 99 99 99 ,le pass rcent nous laisse une uvre grandiose mais tronque4 ,il y manque l',unit d'esprit1 l'me4 ,au sein du prodigieux amoncellement de force matrielle1 de richesses1 de connaissances1 nous nous sommes progressivement appauvris en nergie morale1 en fraternit1 en foi4 ,ce qui fait dfaut partout1 c'est l'homme4 ,il faut reforger des hommes1 qui sachent se gouverner eux-mmes et puissent devenir les matres du monde nouveau afin d'en tirer le bien4 ,nous pourrions atteindre ce but par le retour la pense normale1 l'application de la mthode inductive tous les faits humains et surtout aux ralits oublies du monde intrieur2 ,par le retour la vie normale1 au respect1 la solidarit1 au travail1 la simplicit2 ,en fortifiant1 en un mot1 l'esprit moderne1 tel que nous l'avons dfini1 et en mettant son service toutes les ressources dont la science nous a dots4 ,mais1 une entreprise pareille est-elle possible8 ,la jeunesse1 qui elle incombera en grande partie1 est-elle sa hauteur8 ,en a-t-elle conscience8 ,si le proverbe3 tels pres tels fils1 est vrai2 si l'hrdit1 les ornires traces1 le milieu sont les grandes influences dterminantes d'une jeunesse1 qu'attendre de celle d'aujourd'hui1 si ce n'est qu'elle continue nos errements8 ,les fils sont-ils plus sages que les pres8 ,c'est infiniment rare4 ,cela s'est vu cependant4 ,mais ne prsumons rien4 ,,livre ,,deuxi,,me ,,les ,h,,ritiers ,les ,pres ont mang du raisin vert1 et les fils en ont eu les dents agaces4 zchiel4 ,i ,,le ,,monde ,,de ,,la ,,jeunesse ,dans toute socit1 la jeunesse est le milieu o se discernent le mieux les qualits et les dfauts de l'ensemble4 ,ils y apparaissent1 comme les rayons rfracts par le prisme1 plus saisissants dans leur isolement et dans les contrastes du groupement spectral4 ,toute la gamme des couleurs est l1 avec une nergie de tons qui exclut les nuances intermdiaires4 ,la jeunesse chante par les rues l'loge d'un temps1 et en crie les travers sur les toits4 ,c'est l que l'on rencontre les plus graves excs dans le mal et les plus puissants lans vers le bien4 ,il doit en tre ainsi1 ncessairement4 ,avec son ardeur native1 sa hte de conclure et de courir aux consquences1 la jeunesse pousse l'extrme l'uvre de ses prdcesseurs4 ,pure thorie de dire que les disciples suivent le matre4 ,les disciples vont trop vite pour cela4 ,en gnral1 le matre les suit et essaie en vain de les retenir4 ,cela s'applique non seulement la jeunesse studieuse1 mais toute la jeunesse4 ,nous sommes tous l'cole ou l'universit un certain ge1 et ce ne sont pas toujours les meilleures leons qui sont les plus coutes4 ,la puissance de l'exemple et de l'entranement est peut-tre plus grande dans la jeunesse populaire que dans celle des coles4 ,les doctrines qui s'emparent des sommets intelligents descendent dans les foules plus vite qu'on ne le croit4 ,par quelles secrtes fissures les ides s'infiltrent-elles jusqu'au cur des masses illettres8 ,nul ne le sait4 ,mais il est de fait que peu d'annes suffisent quelquefois1 pour faire pntrer certains courants nouveaux1 depuis les milieux universitaires jusqu'au fond des plus humbles hameaux4 ,quand l'ide est dltre1 ses effets sont plus apparents1 mesure qu'elle gagne un milieu plus simple4 ,elle agit alors comme l'alcool sur les peuples sauvages4 ,la jeunesse populaire est peut-tre le terrain sur lequel les ravages des leons malsaines peuvent s'observer le plus srement4 ,nous trouvons l des traductions en langue vulgaire1 des illustrations pratiques capables de faire dresser les cheveux sur la tte4 ,on ne saurait assez suivre ni assez tudier la jeunesse4 ,sans s'en douter1 elle donne autant de leons qu'elle en reoit4 ,d'aucuns1 il est vrai1 n'en parlent qu' voix basse ou en haussant les paules4 ,pour eux la jeunesse est le manque de respect1 l'outrecuidance1 l'ignorance satisfaite qui critique tout ce qu'elle ne comprend pas4 ,c'est l'ge profane1 cervel et bruyant1 qui promne1 sans gards pour personne1 son existence de casse-cou travers les murs paisibles des bourgeois4 ,d'autres encore ne parlent de la jeunesse qu'en cyniques1 avec un rire de connivence qui rappelle les vieux augures4 ,pour ceux-l1 jeunesse est synonyme d'excs et de dsordre4 ,viveurs1 qui considrent l'existence non comme un dpt sacr1 mais comme une provision d'argent de poche dpenser en foire tort et travers2 ils trouvent que les jeunes gens ont bien de la chance d'tre au dbut1 alors qu'ils ont1 eux1 atteint depuis longtemps le fond du sac4 ,une troisime catgorie de gens1 enfin1 considre les jeunes comme des gneurs1 avec la malveillance d'un vieux parent qui sait que son hritage est attendu4 ,ils en veulent la jeunesse parce qu'elle est dcide vivre et prendre sa place au soleil1 et que probablement elle leur survivra4 ,c'est avoir mauvais caractre et montrer au printemps qui arrive le front maussade de l'hiver qui s'en va4 ,cela n'empche pas l'herbe de pousser et les fleurs d'clore4 ,bien sr1 ces diffrentes attitudes l'gard de la jeunesse sont1 en une certaine mesure1 justifies par celle-ci4 ,il y a une jeunesse irrvrencieuse1 il y a une jeunesse de noceurs1 il y a une jeunesse trop presse d'hriter1 manquant de tact envers ceux qui terminent la vie1 et de gratitude pour les services qu'ils ont rendus4 ,il y a de ces jeunes prsomptueux qui se figurent btement que les affaires ne commenceront bien marcher qu'avec eux2 et ,dieu sait s'ils sont irritants6 ,mais toutes ces extravagances ne sont qu'une face du monde de la jeunesse4 ,je veux bien admettre que la jeunesse1 dans certaines de ses catgories1 est ce qu'il y a de pire1 qu'elle fait les dlices des brouillons et le dsespoir des sages2 mais malgr cela j'affirme qu'elle est aussi ce qu'il y a de meilleur4 ,on l'oublie beaucoup trop1 et cet oubli1 ce manque de confiance1 ce manque d'exprience est un grand malheur4 ,je n'ai jamais regard la tte de l'enfant1 un certain moment gracieux de son dveloppement1 sans tre frapp de la richesse d'esprance et de promesses qui entoure cette jeune vie4 ,elle est la touchante et vridique prophtie de l'humanit parfaite4 ,oh1 qui nous donnerait de raliser ce que contient cette petite tte1 de faire prosprer et mrir tout ce qui1 en elle1 attend et s'annonce6 ,eh bien1 il y a quelque chose de plus saisissant que le spectacle d'un bel enfant sain et robuste1 c'est la figure de l'adolescent ce moment de la vie o l'on est tout la fois encore enfant et dj homme1 en possession de cette virginit de tout l'tre qui fait que1 sans s'tre donn rien d'une faon exclusive1 on est bienveillant pour tous et srieusement curieux de tout4 ,assurment1 cet ge-l1 on vaut mieux que plus tard1 et ce que l'homme mr peut faire de mieux1 c'est de rester fidle cette premire impression de sa jeunesse et d'en garder toujours le fcond souvenir4 ,a certains moments de force et d'inspiration1 le jeune homme est au-dessus de tout par le cur2 il possde des trsors en lui-mme1 il est roi de l'esprance4 ,mais c'est un roi souffrant4 ,la jeunesse est l'ge des plus cruelles et des plus violentes douleurs4 ,ceux qui parlent de sa lgret ne l'ont jamais connue ou l'ont depuis longtemps oublie4 ,car c'est une royaut douloureuse et qui porte au front sa couronne d'pines4 ,d'abord la jeunesse ressent en elle-mme1 plus vivement que personne1 le contraste du bien entrevu1 aim et du mal possible1 rel souvent4 ,ensuite elle se froisse le cur tous les jours au contact de la vie4 ,a la fois magnifique et misrable elle connat1 dans toute leur profondeur1 l'amertume de ces dsillusions qui viennent du contraste de ce qu'on a dans le cur avec ce qui se passe dans le monde4 ,et cette douleur de jeunesse n'est pas un enfantillage1 comme affectent de le dire des hommes soi-disant positifs1 mais qui ne sont que plats4 ,elle est la chose la plus sainte1 car elle contient l'esprance de quelque chose de meilleur4 ,le salut vient de l4 ,le monde a beau tre vieux et communiquer mme aux gnrations nouvelles sa dcrpitude1 par l'hrdit et l'exemple1 cela ne peut pas empcher1 de loin en loin1 la naissance et le dveloppement d'tres dous d'une exquise fracheur d'impressions4 ,mettez ces tres1 pleins de toutes les saines curiosits1 de toutes les ardeurs gnreuses1 dans le cadre d'une tradition mesquine1 un clricalisme1 un particularisme1 un utilitarisme1 une tyrannie quelconque2 dans ce milieu rarfi1 ils souffriront le martyre2 il leur viendra au cur des nostalgies de grand air et de libert1 comme il en vient aux oiseaux captifs2 leur douleur sera rvlatrice2 ils feront appel tout instinct meilleur1 toute me semblable la leur dans le pass1 toute force sympathique de la nature et des hommes1 pour lutter contre ce qui les crase2 ils briseront leurs fers1 moins qu'ils ne soient eux-mmes briss par les fers4 ,dans les deux cas1 quelle souffrance6 ,le nombre des martyrs de toutes causes1 morts jeunes1 est l pour en tmoigner4 ,mais je ne parle pas de ceux-l seulement4 ,je parle de tous ceux qui1 jeunes1 se sont laiss railler et bafouer pour le rve de beaut qui vivait en eux4 ,ils sont lgion1 et il y en aura toujours4 ,plus le monde s'carte du sentier normal1 plus il retombe lourdement sur les paules des jeunes4 ,accabls de chanes qu'ils n'ont pas forges1 ceux-ci prparent alors1 dans la peine1 une libert dont peut-tre ils ne profiteront pas4 ,je dis que cette jeunesse-l est ce qu'il y a de plus beau4 ,elle est immortelle4 ,sans cesse elle renat du meilleur sang de l'humanit1 hritire respectueuse et fidle des trsors du pass1 pour les augmenter et les transmettre l'avenir4 ,son mot d'ordre est3 recommencer1 recommencer toujours6 ,n'oublions jamais cela4 ,en nous avanant travers la jeunesse contemporaine1 ses faiblesses1 ses dfauts1 souvenons-nous-en pour nous rconforter4 ,il y a l une source intarissable de courage1 de gurison1 d'apaisement1 vraie fontaine de ,jouvence dont l'origine est cache aux replis obscurs d'un sol que la main de l'homme n'atteindra jamais4 ,,ii ,,orientation ,,intellectuelle ,ce n'est pas une mince affaire que l'orientation1 en gnral4 ,pour que cette chose multiple1 riche1 incommensurable qu'on appelle la vie1 trouve1 dans l'esprit de l'homme1 une reprsentation1 non pas complte1 mais suffisante1 et surtout harmonique1 quel ensemble d'efforts ne faut-il pas6 ,la vie est toujours un problme1 tous les ges2 mais il est des poques o la solution en parat plus ou moins trouve4 ,les fils alors n'ont qu' emboter le pas derrire les pres4 ,tel n'est pas le cas de nos jours4 ,les pres finissent dans l'incertitude4 ,sous presque toutes ses formes1 le grand problme de la vie a revtu maintenant un caractre aigu4 ,de quelque ct de l'horizon que l'on regarde1 un sphinx est assis1 muet4 ,voil dans quelles conditions arrive notre jeunesse4 ,encore si elle n'tait sollicite que par les circonstances1 si on la laissait se dbrouiller librement6 ,mais les hommes s'en mlent pour interprter les circonstances leur faon1 les fausser au besoin1 et exercer sur les jeunes gnrations une influence troublante4 ,c'est donc une entreprise difficile1 d'essayer de caractriser un tel tat de choses4 ,autant vaudrait entreprendre de fixer l'image mouvante des flots4 ,nous l'essayerons cependant1 avec le sentiment1 il est vrai1 de rester fatalement insuffisants1 mais aussi de ne dire que des choses vues et vcues4 ,nous commencerons par nous occuper du large courant1 de celui o l'on rencontre le plus de monde et qui est comme la suite logique de la situation cre par le sicle qui s'en va4 ,ce n'est qu'aprs cela que nous examinerons le mouvement de raction1 pour finir par la constatation de certains signes d'une orientation nouvelle4 ,lorsque le jeune homme1 prpar par des tudes particulires1 a doubl le cap de ses premiers examens et qu'il arrive l',universit1 deux grandes besognes l'attendent3 s'assimiler un programme1 se crer une conception du monde4 ,la premire lui est indispensable pour aboutir une carrire2 la seconde pour devenir un homme4 ,de ces deux tches1 l'une est aussi strictement dlimite1 aussi mticuleusement rglemente que l'autre est abandonne au hasard4 ,parlons de la premire d'abord4 ,c'est l'tude proprement dite4 ,ce qui distingue sous ce rapport notre jeunesse studieuse1 est son ardeur scientifique4 ,il y a aujourd'hui une quantit de jeunes gens trs laborieux1 dans tous les domaines4 ,on travaille rude et fort dans ce qu'on pourrait appeler l'lite intellectuelle4 ,s'enfermer dans sa chambre1 condamner sa porte et se crer pour quelque temps une existence de clotr1 cela n'est point rare4 ,la ncessit1 d'ailleurs1 y pousse4 ,pour arriver un rsultat1 il ne suffit pas d'avoir des moyens1 il faut cette application soutenue1 cette rsignation que rclame l'assimilation de la matire scientifique4 ,autrefois le travail personnel1 les recherches1 l'initiative avaient une plus grande part1 parce que tout tait faire4 ,chaque domaine prsentait en masse les coins inexplors4 ,maintenant cette part d'activit s'est restreinte1 et l'autre1 l'tude rceptive1 a augment4 ,avant d'en arriver chercher soi-mme et penser par soi-mme1 ce qui fait la joie de la vie intellectuelle1 il faut se frayer un chemin laborieux travers des montagnes de connaissances amasses par les autres4 ,on est plein d'ardeur pour partir et pour explorer1 plein de curiosit de toutes choses1 mais halte-l6 il y a tant de renseignements recevoir1 tant de provisions emporter1 qu'on vieillit dans les prparatifs et qu'on y dpense ses meilleures forces4 ,il se livre dans la jeunesse intellectuelle de ces obscurs combats contre l'impossible1 qui sont tragiques regarder4 ,le premier rsultat de ce genre de labeur est le surmenage1 une sorte d'hyperesthsie des facults rceptives1 avec crasement de l'initiative individuelle sous la matire trangre et1 comme suite1 la scheresse morale4 ,l'autre rsultat est la spcialisation croissante4 ,la force des choses oblige chacun se confiner dans son domaine4 ,cela est vrai surtout pour les sciences exactes et naturelles1 aux frontires nettement dlimites4 ,en littrature1 en histoire1 etc41 il est plus difficile de ne pas regarder de temps autre au del de l'enclos1 et pourtant1 l aussi1 l'abondance des matires vous oblige vous borner et1 ds qu'on aspire une comptence quelconque1 vous enfermer comme en cellule dans une poque prcise4 ,ainsi1 peu peu1 la vue des domaines circonvoisins se perd4 ,avec un maximum de peine1 on arrive un minimum de satisfaction1 et l'horizon se restreint4 ,ce n'est pas l un dommage propre notre pays4 ,il est la consquence de l'tat momentan du savoir humain4 ,le matriel amass est prodigieux1 et la synthse n'est pas faite4 ,la science n'existe que par lambeaux4 ,personne n'est capable d'en concevoir l'unit1 ni surtout de marquer avec nettet son rle dans l'ensemble des choses humaines4 ,on en arrive ainsi se dsintresser de ce qui n'est pas notre spcialit4 ,il y a longtemps que la permission d'ignorer les faits trangers son ressort est un des privilges du savant4 ,la jeunesse profite ncessairement de ce privilge4 ,le moyen de faire autrement6 ,mais la consquence force de ce rgime intellectuel est la disparition des ides gnrales et la difficult1 l'impossibilit1 pour ainsi dire1 de se crer une conception du monde4 ,nous arrivons ici la deuxime partie de la tche qui incombe la jeunesse4 ,bon gr1 mal gr1 chacun se fait une philosophie4 ,quand elle ne peut pas tre positive1 elle est ngative1 et ce n'est pas un mince dommage pour un homme que d'tre oblig d'inscrire3 nant1 dans la case o il est question de ce qu'on pense de la vie4 ,en ce point le sort de la jeunesse studieuse d'aujourd'hui se spare considrablement de celui de ses prdcesseurs4 ,ceux-ci avaient reu une autre ducation4 ,ils plongeaient par de nombreuses racines dans les vieilles traditions et les anciennes croyances4 ,le large souffle humanitaire du dernier sicle les effleurait encore4 ,ils vivaient en partie de cet hritage complexe1 tout en s'imaginant qu'ils ne vivaient que de ce qu'ils savaient4 ,ainsi1 au sein des grandes agglomrations urbaines1 beaucoup de travailleurs enferms dans un air insuffisant doivent leur vigueur et leur sant la robuste constitution qu'ils ont apporte des champs4 ,leurs successeurs de la deuxime et troisime gnration vivront plus difficilement et succomberont peut-tre dans le milieu o eux-mmes se maintiennent grce leurs antcdents hyginiques4 ,il en est de mme de la jeunesse actuelle4 ,ses prdcesseurs ont fait table rase de tout ce qui constitue le domaine des ides gnrales1 vaste capital spirituel que des milliers et des milliers d'annes de pense humaine avaient lentement dpos au fond de l'esprit1 comme des lgions de faunes et de flores ont condens leurs formes disparues dans les couches gologiques4 ,aussi manque-t-il ces derniers venus une foule d'avantages dont les pres profitaient sans s'en douter1 et c'est pour cela que ceux-ci trouvent parfois cette jeunesse trange4--,mais qu'on y regarde de prs1 et l'on ne s'tonnera pas4 ,notre travail s'est accru et compliqu1 et la conception du monde et des hommes1 telle qu'elle est sortie de la science matrialise1 ne permet plus d'assigner ce travail un but satisfaisant4 ,pourquoi tant de labeur pour orner1 gouverner1 scruter une vie qui n'est que nant8 ,pourquoi tant de peines si1 aprs tout1 le ,bien1 la ,justice1 la ,vrit ne sont que des entits vides de sens1 et si l'universelle vanit enveloppe aussi bien notre savoir que notre ignorance1 nos plus nobles efforts que nos plus indignes paresses8 ,a cela il faut ajouter l'incertitude qui s'est empare des esprits l'endroit de la science elle-mme4 ,les gnrations qui nous ont prcds avaient remplac les vieilles croyances par une foi nouvelle1 la foi la science4 ,ce que ,renan crivait en #ahdh peut bien servir d'expression l'opinion d'une foule d'hommes encore vivants et qui ont donn le ton pendant de longues annes3 ,pour moi je ne connais qu'un seul rsultat la science1 c'est de rsoudre l'nigme1 c'est de dire dfinitivement l'homme le mot des choses1 c'est de l'expliquer lui-mme1 c'est de lui donner au nom de la seule autorit lgitime qui est la nature humaine tout entire1 le symbole que les religions lui donnaient tout fait et qu'il ne peut plus accepter4 ,oui1 il viendra un jour o l'humanit ne croira plus1 elle saura2 un jour o elle saura le monde mtaphysique et moral comme elle sait dj le monde physique4 ,comme ces choses sonnent trangement dans la jeunesse actuelle6 ,un demi-sicle peine nous en spare1 et elles semblent venir du fond du plus lointain pass4 ,c'est qu'il y a un abme entre les hommes gs et mrs et les nouvelles gnrations scientifiques4 ,celles-ci aiment la science1 mais comme elles sont loin de supposer que nous sachions le monde physique et plus loin encore de penser que nous puissions savoir le monde moral1 ou mme mtaphysique6 ,plusieurs de nos jeunes contemporains1 dfaut de mieux1 ont adopt la philosophie de l'inconnaissable1 laissant subsister ainsi1 du moins1 une catgorie ngative1 pour marquer la place de ces horizons effrayants et magnifiques qui s'tendent l'infini1 au del du savoir humain4 ,une distinction plus sre entre les divers domaines ne leur permet plus de classer dans le savoir toutes les formes par lesquelles le rel nous est accessible4 ,il y a l le point de dpart d'une foule de proccupations nouvelles auxquelles nous reviendrons1 car elles sont encore le bien d'une minorit4 ,le grand nombre a tir1 lui1 une autre conclusion4 ,les contradictions scientifiques1 les systmes opposs dduits des mmes faits1 l'analyse1 aussi exagre que contestable1 applique la pense humaine1 ont branl en lui la base mme de la science qui1 aprs tout1 n'est que la foi la raison de l'homme et la raison des choses4 ,il n'est plus sr de rien1 pas plus de la science que de la conscience4 ,c'est pour cela qu'en gnral nos jeunes travailleurs1 s'ils sont ardents1 ne sont pas enthousiastes4 ,leur ardeur a sa source dans ce fonds inconnu d'o viennent l'homme ses meilleures aspirations et qui le rattache la ralit1 malgr ses ignorances et mme ses dpouillements volontaires4 ,l'enthousiasme serait cette mme ardeur1 ayant pris conscience d'elle-mme et de son but idal4 ,mais c'est l une opration que la science positive ne peut permettre ses disciples4 ,combien est-il de ces jeunes vies laborieuses la fois et indigentes6 ,asctes nouveaux qui1 force de cultiver en eux cette seule chose3 le savoir1 finissent par se condamner1 pour tout le reste1 l'inanition4 ,quand un jour l'avenir aura consomm la synthse du vaste ensemble dont nous prparons les matriaux1 et que nos descendants entreront dans une de ces priodes de vie large et complte o l'humanit1 en possession de sa formule pour un temps1 poursuit sa marche en paix et en scurit1 il sera d une grande reconnaissance ces travailleurs qui peinrent dans le dtail sans oser ni pouvoir s'lever l'ensemble4 ,leur mrite est d'autant plus grand qu'ils ont moins d'esprance4 99 99 99 99 99 ,combien de temps peut-on vivre ainsi en pleine anarchie spirituelle1 sans base ferme1 sans direction homogne8 ,des symptmes significatifs et nombreux indiquent que l'inquitude rgne dans les meilleures ttes4 ,la jeunesse arrive1 demande sa route4 ,on lui dit3 il n'y en a qu'une1 la science4 ,elle s'y lance2 mais peine partie1 dix chemins se prsentent au lieu d'un4 ,toujours au nom de la science1 elle est sollicite dans les directions les plus opposes4 ,elle entend refuser le nom de science la morale1 l'histoire1 la psychologie4 ,dsoriente1 elle se met douter de sa route4 ,c'est l une situation grave4 ,les meilleurs se butent et perdent courage la longue4 ,les esprits superficiels ou mdiocres s'en tirent meilleur compte4 ,ils dclarent au bout de trs peu de temps que le pour et le contre se valent1 et1 pour les uns comme pour les autres1 le scepticisme est n4 ,des matres1 des hommes comptents1 ont dclar plusieurs reprises1 ces derniers temps1 que le scepticisme n'avait pas atteint la jeunesse franaise1 que notre esprit national tait rfractaire cette maladie comme celle du pessimisme4 ,hlas1 on a beau tre ,franais et ,gaulois1 on n'en est que plus homme pour cela1 expos aux dangers que les tendances exclusives font courir la nature humaine4 ,quand on rige une facult humaine en seule norme et loi suprme1 on peut tre sr que non seulement on fait du tort toutes les autres1 mais qu'on compromet en outre gravement1 celle qu'on veut tablir sur leurs ruines4 ,pour que l'homme vive1 il faut qu'il vive tout entier4 ,certains rgimes excessifs et dbilitants amnent l'esprit la lassitude1 au scepticisme1 n'importe sous quelles latitudes et entre quelles frontires4 ,la vrit est que la jeunesse qui pense1 qui cherche se rendre compte des choses et dsire arriver la clart sur elle-mme1 a beaucoup souffert depuis nombre d'annes4 ,elle a bel et bien connu le scepticisme et1 dans son ensemble1 est encore loin de la gurison4 ,cet tat d'esprit s'est largement traduit dans la littrature des jeunes4 ,on reconnat1 travers ces produits1 des esprits ayant subi de profondes mutilations et qui1 pour cela1 peuvent parcourir la double immensit de l'histoire et de l'me sans y rencontrer autre chose que le nant4 ,cette littrature par contre1 pour tout ce qui concerne le mcanisme extrieur1 est en gnral extraordinaire4 ,il est naturel de voir la jeunesse mettre dans ses uvres une me ardente et si sre d'elle-mme1 si absorbe dans son enthousiasme qu'elle en nglige la forme4 ,nous avons sous les yeux tout le contraire3 ,beaucoup d'habilet1 peu de souffle et encore moins de certitude4 ,c'est ce que constate1 pour la posie en particulier1 ,m4 ,sully-,prudhomme1 dans la prface un livre de jeune1 qui fait prcisment exception la rgle d' prsent3 ,jeunesse pensive1 posies de ,a4 ,dorchain4 ,il ne s'est peut-tre jamais publi plus de vers en ,france que dans ces dernires annes1 et ces vers sont pour la plupart bien faits4 ,presque tous les dbutants vous tonnent par une exprience singulirement prcoce2 les plus secrtes ruses de la versification leur sont familires2 ce sont des virtuoses accomplis2 en un mot ils savent leur mtier4 ,mais aussi jamais le mtier ne s'est plus nettement distingu de l'art vritable1 car il faut l'avouer1 le nombre des habiles passe de beaucoup celui des inspirs4 ,formes sduisantes jetes sur un abme de dsillusion4 ,en vrit1 partout o nous tournons les regards1 en littrature comme en art1 nous sommes en prsence du mme phnomne navrant4 ,on ne rencontre qu'expressions exquises et dlicates1 du sentiment de gens revenus de tout4 ,dans la philosophie1 les sciences1 les arts1 le dlabrement des principes est complet4 ,la jeunesse arrive sur le terrain comme les troupes de volontaires dans les longues guerres1 quand les affaires sont bien compromises4 ,sur tous les chemins o elle voudrait avancer1 elle voit revenir des gens qui ont jet leurs armes et dclarent qu'il n'y a rien faire4 ,il faut beaucoup moins d'nergie pour aller vers l'inconnu1 mme le plus formidable1 avec une lueur d'esprance au cur1 que pour reprendre des routes de l'esprit o l'on croise chaque instant des vaincus et des blesss4 ,aussi les grands horizons sont-ils bien dlaisss4 ,je ne mentionne qu'en passant un certain dilettantisme qui s'intresse tout et ne s'attache rien4 ,et celui-l1 comment le prendre au srieux sans devenir l'objet de l'indulgente ironie de ses adeptes8 ,cette prcieuse et malsaine tournure d'esprit n'en a pas moins eu une grande influence sur la jeunesse4 ,ils n'ont t que trop nombreux en ce temps1 les hommes jeunes d'annes1 mais gagns par une dcadence prcoce1 qui1 sans affirmer1 sans nier1 sans croire ni douter1 se sont assis au bord de l'arne pour se donner le spectacle des vanits de la pense humaine1 de tout ce que nous faisons1 de tout ce que nous sommes1 dpensant un sourire satisfait o d'autres mettent leur cur1 leur vie1 leur sang4 99 99 99 99 99 ,on conoit ce que doit tre dans un pareil tat de choses l'orientation religieuse4 ,chez ceux qui n'ont pas reu dans leur jeune ge de direction particulire1 il y a en gnral table rase4 ,d'autres ont vu leurs croyances d'enfant se dissiper au premier contact des ngations scientifiques4 ,en ceux qui ont conserv des traces d'une ducation religieuse1 c'est plutt par la persistance des impressions et des habitudes qu'elles se traduisent1 que par un tat intellectuel4 ,partags entre une certaine faon de sentir et les procds de la science dite positive1 ils vivent dans deux mondes4 ,c'est un modus vivendi entre le cur rest fidle aux souvenirs1 et l'intelligence qui ne s'y retrouve plus4 ,il y a ce sujet dans beaucoup de jeunes esprits un mlange incroyable1 mais touchant1 de choses contraires4 ,quelquefois ce mlange htrogne entre en fermentation et fait prouver ceux qui en ont fait le contenu de leur vie spirituelle1 des secousses profondes et des souffrances cruelles4 ,pourtant1 en gnral1 on peut dire que l'esprit voltairien a disparu4 ,c'est une spcialit rserve aujourd'hui quelques sides de la libre pense et malheureusement au peuple4 ,il s'est dbit une si prodigieuse quantit de sottises au nom de la libre pense que les gens qui se piquent de culture redoutent d'en tre souponns4 ,la religion est un fait capital1 individuel et social1 et non une imposture ou une maladie1 cela commence tre acquis4 ,nous remontons la pente et pourrons mme nous donner la satisfaction de signaler1 sous ce rapport1 un courant nouveau dans le chapitre o nous nous occuperons des ,sentiers de demain4 ,il est naturel que cette partie de la jeunesse qui s'adonne aux tudes religieuses par vocation ou par carrire occupe ici une situation d'exception4 ,contentons-nous d'y marquer plusieurs courants4 ,le premier se mfie de la pense moderne1 en gnral1 et se retranche dans les traditions respectives des glises2 il peut tre class dans la raction4 ,l'autre1 violemment travaill par les ngations contemporaines1 dvie de leur ct1 perd de vue1 peu peu1 les ralits intrieures1 dsespre de sauver quelque chose de la tradition et de la foi et finalement1 s'enlise dans le doute4 ,le troisime se fraie laborieusement un chemin vers une certitude nouvelle1 o l'hritage du pass se combine avec les conqutes et les besoins du temps actuel4 ,c'est l que s'accomplit1 dans une minorit svre avec elle-mme1 prise de vrit et de justice1 l'volution intressante de l'heure prsente1 celle dont sortira la pense religieuse de demain4 ,puis ici comme partout1 trop nombreux hlas6 sont les tides1 les passifs et les habiles qui vont o le vent et les influences les poussent4 ,,iii ,,orientation ,,morale ,si telle est la situation dans le domaine intellectuel1 que sera l'orientation morale8 ,c'est en vain que l'on essaie de sparer l'ide morale des tendances intellectuelles4 ,il n'y a pas de morale indpendante4 ,rien dans l'homme n'est indpendant de l'ensemble des choses humaines4 ,tout se conditionne et s'influence rciproquement4 ,a une certaine poque les esprits forts se flattaient de suspendre la morale dans le vide4 ,ils supprimaient les croyances pour maintenir la morale4 ,c'est qu'ils croyaient la morale et la transformaient en dogme4 ,le bien1 le mal1 les droits de l'homme restaient pour eux les colonnes du monde4 ,ils avaient la fois tort et raison4 ,raison d'admettre que le monde moral a ses lois ternelles dcouvertes et ratifies par la conscience et peu peu mieux discernes par l'humanit dans sa lente ascension vers la lumire4 ,tort d'admettre que la conscience puisse communiquer avec la ralit1 si du ct de l'intelligence tout est dclar vain4 ,si l'homme est incapable de connatre la vrit dans une certaine mesure1 il l'est aussi de distinguer le bien du mal4 ,si la raison1 si les dogmes qui1 aprs tout1 sont l'expression que l'intelligence essaie de donner aux ralits suprieures1 ne sont que fantasmagories vides1 si elles ne renferment pas sous une forme dialectique ou symbolique des parcelles de ce qui est1 la conscience elle aussi est impuissante4 ,et voil bien la conclusion logique que nous avons tire4 ,a la ruine des ides gnrales dans le domaine intellectuel1 a correspondu tout d'abord la ruine des principes de morale4 ,dans ce temps qui n'a pas connu1 comme d'autres1 d'clatantes personnalits reprsentant aux yeux de la jeunesse le rsum de tout un temps1 et leur apportant dans la chaire universitaire une sorte de verbe et de mot d'ordre gnral1 il s'est trouv des docteurs extra-universitaires pour remplir cette mission1 mais d'une faon1 hlas6 bien diffrente4 ,ces leaders du jour sont les crivains1 plus particulirement1 les romanciers1 qui se sont le plus largement assimil la conception raliste de l'univers et sont devenus parmi nous les docteurs du fatalisme4 ,plus affirmatifs que les savants1 comme tous ceux qui tiennent le savoir de seconde main1 ils ont chafaud sur les donnes rudimentaires d'une physiologie naissante toute une psychologie1 toute une sociologie4 ,avec des prtentions au positivisme absolu1 ils ont tout tranch1 pes1 mesur4 ,imperturbables1 ayant coup1 croyaient-ils1 le cur humain par tranches minces1 comme d'autres avaient coup et photographi le cerveau1 ils en exposaient le dtail1 en dmontraient le mcanisme1 en tiquetaient les fibres4 ,leurs crits o se disaient avec tant de talent et d'assurance les choses du monde les plus sujettes caution1 devenaient leur tour des sources4 ,aprs les vulgarisateurs du premier degr1 venaient ceux du second1 du troisime1 du dixime1 toujours plus affirmatifs4 ,la jeunesse a beaucoup lu et beaucoup accept cette littrature qui lui semblait tre le dernier mot de la science applique l'humanit4 ,jusqu' l'heure actuelle1 malgr certains indices nouveaux et heureux1 elle en est reste trs imprgne dans sa masse4 ,non seulement la libert1 la responsabilit1 le bien et le mal1 dans l'ancienne acception de ces mots1 n'ont plus de sens1 mais toute part personnelle de l'homme dans sa destine1 est considre comme problmatique4 ,d'autres la nient premptoirement4 ,on entend trs couramment raisonner sur l'inconscience1 l'irresponsabilit1 l'hrdit1 les crimes passionnels1 toutes choses dont il conviendrait de parler avec la plus extrme rserve1 en raison de leur gravit et de leur obscurit1 et qui circulent dans les jeunes ttes comme on a fait circuler dans nos veines une certaine lymphe allemande1 avant mme de savoir si elle n'tait pas le pire des poisons4 ,il est rsult de tout cela un tat moral pnible1 dangereux1 surtout l'ge o se contractent ces plis du caractre qui restent pour toujours dans notre physionomie morale4 ,personne ne peut nier que le sentiment de la responsabilit1 cette base de la conduite personnelle1 ne soit gravement atteint4 ,cependant le point de vue d'une morale franchement matrialiste est dpass1 et les ides morales ont travers une phase plus scabreuse encore1 savoir celle du dilettantisme et du scepticisme1 suivant un mouvement parallle aux conceptions intellectuelles4 ,nous avons subi successivement toutes les dislocations4 ,aprs la ngation brutale1 nette1 sre d'elle-mme1 est venue la priode d'indiffrence1 de doute1 enfin de curiosit dtache4 ,pourquoi nier plutt qu'affirmer8 ,qu'en savons-nous8 ,se demander si les choses sont bonnes ou mauvaises est une purilit comme de se demander si elles sont vraies ou fausses4 ,un esprit suprieur ne s'embarrasse pas de ces vulgarits4 ,il assiste en spectateur aux phnomnes moraux extrieurs et intrieurs1 ne se juge ni soi-mme ni personne et s'enveloppe de ce sentiment vague dont on ne sait s'il est la bienveillance universelle ou l'universelle indiffrence4 ,un de ces esprits dtachs des futilits pour lesquelles tant de pauvres et braves martyrs se sont fait jadis et se font encore tuer disait3 ,il nous faut avoir pour l'vangile une grande reconnaissance1 car en affinant nos consciences il a donn au pch tout l'attrait du fruit dfendu4 ,d'autres1 parlant des phnomnes d'immoralit et de dcadence les plus navrants disent3 ,ce temps devient intressant et gai4 ,les drleries divertissantes s'offrent en foule notre indulgente curiosit4 ,inutile d'insister davantage sur ces propos trs connus de tout le monde4 ,notre jeunesse intellectuelle1 selon l'ge1 le degr de culture1 la carrire particulire laquelle elle se destine1 a plus ou moins travers les tapes que nous signalons et malgr les modifications incessantes qui sont le signe des temps inquiets et chercheurs1 elle offre des reprsentants de tous les tats d'esprit par lesquels ont pass ses littrateurs prfrs4 99 99 99 99 99 ,la double dislocation intellectuelle et morale dont nous venons de nous occuper a eu pour rsultat l'affaiblissement du sens de la ralit et le ralentissement de l'activit4 ,parlons d'abord du premier4 ,le sens du rel consiste bien voir ce qu'on voit1 bien sentir ce que l'on sent1 bien comprendre ce que l'on comprend1 en s'y attachant1 en y prenant part1 en croyant que c'est arriv--il n'y a pas de meilleure expression pour dire ma pense que celle-ci4 ,croire que c'est arriv1 qu'il s'agisse de la constatation d'un fait matriel1 intellectuel ou moral1 d'une couleur1 d'un parfum1 d'un bon verre de vin1 d'une belle musique1 ou d'une bonne action1 c'est le signe de la parfaite sant et de l'intgrit vitale4 ,toutes les perturbations physiques ou morales diminuent cette facult mre4 ,mais elle s'altre surtout1 lorsqu' force de tourner et de retourner les choses1 de les analyser tous les points de vue1 de se mfier de tout1 de chercher midi quatorze heures1 de jongler avec nos penses1 nos sentiments et nos tats de conscience1 nous nous sommes inflig une sorte de vertige de tout l'tre4 ,il est absolument contre nature qu'une intelligence ou une conscience d'homme regarde le pour et le contre1 sans s'intresser plus l'un qu' l'autre4 ,elle se dtraque fatalement ce jeu1 et1 force de s'adapter tous les contraires1 se dforme et radote4 ,ce qui est naturel1 c'est que l'homme s'intresse ce qui se passe en lui1 non pas comme un jeu vide1 mais comme un vnement ferme et important4 ,il faut qu'il y mette du sien1 et qu'il en soit4 ,autrement il ne lui reste pas davantage de tout ce qu'il a reflt1 qu' un miroir4 ,il perd tout d'abord le sens de la ralit1 le droit bon sens4 ,mais il perd aussi le respect qui est la consquence directe de notre faon d'apprcier la ralit4 ,le dilettante1 le sceptique1 le sophiste perdent le respect4 ,toute leur politesse1 tous leurs sourires aux phnomnes dont ils s'offrent le spectacle1 ne sont qu'une forme de mpris4 ,mais celui qui perd le respect des choses1 perd davantage encore celui des mots1 qui ne sont que le reflet des choses4 ,il jonglera avec les mots comme avec les ides4 ,o alors est la vrit8 ,si la parole ne compte plus1 qui se fier8 ,nous serons entre gens qui trouvent aussi spirituel de changer de parole que d'ides1 et se transforment incessamment4 ,du monde artistique1 cette disposition passera rapidement dans la vie4 ,notre socit1 vieille et jeune1 commence tre grandement affecte du manque de respect et du manque de vrit4 ,on n'a qu' regarder la presse1 cette photographie en laid de notre monde1 pour y voir1 par mille exemples1 quels abus peuvent descendre les hommes de parole et de plume lorsque1 dans l'absence complte de principes srs1 rgulateurs du jugement et de la conduite1 les mots ne sont plus que l'ombre d'une ombre4 ,a la vrit1 l'intrt qui s'attache ces camlons qui changent de couleur volont1 et selon le besoin du moment1 disent blanc ou noir1 prsentent un fait l'endroit ou l'envers1 est pour la jeunesse d'un exemple dtestable4 ,n'avoir qu'une couleur et qu'une parole devient monotone2 cela dnote un esprit sans ressource4 ,quiconque sait vivre1 a plusieurs cordes son arc et sait se ddoubler1 se tripler1 se multiplier4 ,aussi l'antique duplicit n'est-elle plus qu'un jeu d'enfant en comparaison d'hommes qui sont eux seuls toute une socit anonyme dont aucun membre n'est responsable4 ,tout cela se tient et se succde comme les anneaux d'une chane et les dents d'un engrenage4 ,mais nous ne sommes pas au bout4 ,aprs la dsagrgation du sens droit des choses1 vient la dsagrgation de l'activit et de l'nergie comme suite invitable4 ,lorsque1 travers la ngation1 l'incertitude1 l'instabilit1 l'incohrence1 l'acrobatie spirituelle et morale1 on a gagn le suprme degr dans l'irrel1 l'ide perd toute force4 ,il faut1 pour tre dtermin l'action1 une certaine fixit de pense1 une identification de l'homme avec ses ides4 ,l'action est incompatible avec une trop grande mobilit d'esprit4 ,une pense qui vibre tour tour1 avec un intrt gal toutes les impressions1 est comme le champ o l'on ferait tous les huit jours un nouveau labour et des semailles nouvelles4 ,point n'est besoin de se proccuper de la moisson4 ,un labour dtruit l'autre4 ,mais non seulement la volont se strilise4 ,de degr en degr nous en arrivons mpriser la vie relle et l'action4 ,plus rien n'est attrayant que cette mue perptuelle de l'tre intrieur1 sur lequel nous avons l'il fix comme sur un kalidoscope4 ,le monde de l'action est le milieu grossier o s'agitent les tres borns4 ,les qualits des hommes d'action les plus admirs ne sont au fond qu'un certain genre de mdiocrit4 ,en formulant ce prodigieux axiome1 ,m4 ,renan a exprim le sentiment de bien des contemporains1 jeunes surtout1 distingus ou non4 ,on peut objecter ces penseurs dlicats qu'on est naturellement toujours une mdiocrit pour quelqu'un4 ,un bon soldat peut1 je m'imagine1 tre un mdiocre comdien2 un athlte coup sr ferait un pitre acrobate1 et1 jug par un de ces phnomnes de dislocation qu'on appelle hommes serpents1 ,miton de ,crotone serait1 lui aussi1 une mdiocrit4 ,la volont s'atrophie encore quand on n'y croit plus4 ,il suffit de bien persuader un tre qu'il est incapable1 pour qu'il se comporte comme tel4 ,combien de jeunes enfants richement dous ont t abrutis1 annihils par des ducateurs qui les traitaient sans cesse d'imbciles6 ,a force de rabrouer et de dcourager les gens1 on finit par les faire douter d'eux-mmes4 ,il en est de mme de toutes les aptitudes humaines4 ,la volont a subi des influences dplorables dans la jeunesse actuelle1 influences de tout genre et dont le concours nfaste a eu pour rsultat de l'affaisser et de l'nerver4 ,l'une de ces causes dltres est le vent de fatalisme qui a souffl sur nous4 ,pourquoi s'efforcer1 lutter8 ,il n'y a pas d'initiative personnelle4 ,l'inluctable ncessit gouverne l'me et le monde4 ,se rformer1 entreprendre le combat contre ses passions1 ses penchants1 ou s'insurger contre le mal qui est dans la socit1 c'est de la folie4 ,passe encore pour les pauvres d'esprit4 ,laissons-leur l'innocente manie de se faire brler et crucifier pour le salut des autres1 mais de grce n'allons pas les imiter6 ,des ides semblables sont du poison pour la jeunesse4 ,il est dans l'ordre des choses que les impressions de cet ge soient vives1 saines1 qu'on s'y attache avec imptuosit1 qu'on s'prenne d'idal1 qu'on s'emballe pour les belles causes et les hommes gnreux et que l'on coure l'action avec cette ardeur qui nous fait aimer1 dans la jeunesse1 mme les exagrations et les imprudences4 ,sous ce rapport les choses ont bien chang4 ,au lieu de ces jeunes ttes qui promenaient jadis leurs chevelures arborescentes1 symbole de tant de juvniles excentricits1 nous rencontrons maintenant trop de cheveux plats sur des fronts trop dsabuss4 ,notre meilleure jeunesse apparat si rserve1 si hsitante que d'aucuns la trouvent trop sage4 ,sans doute il convient ici de faire grandement la part des circonstances4 ,en omettant mme les problmes d'ordre intellectuel et moral en face desquels nous les laissons1 il leur reste sur les bras trop de grosses affaires pour qu'ils ne soient point soucieux4 ,mais il n'en est pas moins vrai que l'orientation intellectuelle et morale des dernires gnrations est de celles qui paralysent l'action4 ,le malheur est double1 se produisant une poque comme celle-ci4 ,quand on songe la vie qui attend cette jeunesse1 tout ce qu'elle devra fournir de labeurs et d'efforts1 on se sent pris au cur d'une haine invincible contre ces doctrines de nant qui ont t pendant des annes sa grosse part de nourriture4 ,assez de ngations1 assez surtout de jongleurs et d'histrions6 ,donnez-nous des hommes de foi et d'action1 d'amour et de haine1 l'il clairvoyant1 la poitrine mue1 au bras vigoureux1 des hommes qui1 dtachs des vains spectacles de la fantaisie et du cliquetis vide des mots1 se taisent1 mettent la main la charrue et tracent1 comme dmonstration1 leur sillon en pleine vie6 ,,iv ,l',,cole ,,de ,,la ,,vie ,les questions d'ordre intellectuel et moral ne sont pas les seules qui sollicitent une jeunesse4 ,on pourrait mme dire que le plus grand nombre en reste loign3 toute la jeunesse populaire1 par exemple1 pour laquelle ces choses n'existent que de loin4 ,nous aurons l'occasion d'en parler4 ,mais parmi la jeunesse studieuse elle-mme1 ce n'est pas la masse que ces questions proccupent4 ,et la minorit1 trouble et travaille par les graves problmes de ce temps1 se trouve de son ct envahie par la pratique4 ,bien au del des sphres universitaires1 les enveloppant de toutes parts comme les flots enveloppent une le1 s'tend la grande cole de la vie4 ,pour les chercheurs et les penseurs1 aussi bien que pour ceux que la recherche effraie ou laisse froids et qui se brassent une philosophie sommaire avec les miettes ramasses au hasard1 le monde positif est l qui s'empare d'eux1 leur impose ses conditions et ses exemples4 ,les thories philosophiques1 les systmes de morale1 les doctrines religieuses sont une chose1 et la vie en est une autre4 ,ses leons sont plus puissantes que les thories en bien comme en mal4 ,ce qui se passe dans la politique1 la finance1 l'industrie1 dans le va-et-vient journalier du monde1 dans les relations entre camarades et amis1 dans la famille1 ne peut manquer d'avoir une influence sur des esprits en pleine formation4 ,ceux-ci sont1 d'autre part1 travaills par l'esprit de parti ou du moins recherchs par lui4 ,la jeunesse est une ppinire o pousse l'avenir4 ,il est de bonne guerre de se mler de ce qui s'y passe et d'essayer de faire tourner son dveloppement dans le bon sens4 ,ce sens pour les hommes en pleine lutte est le leur4 ,au milieu de leurs batailles1 ils regardent du ct de demain et y cherchent du renfort4 ,il en rsulte parfois une action si directe et si nergique qu'elle va jusqu' la violence morale4 ,cette irruption de la vie1 dans l'esprit de la jeunesse1 se fait sentir surtout dans les questions d'avenir4 ,de jour en jour augmente le nombre des jeunes gens dirigs vers les carrires pratiques1 et ces carrires s'encombrent sans cesse davantage4 ,la proccupation d'arriver devient si pressante1 en raison de la concurrence1 qu'elle finit par tout dominer4 ,c'est une prparation en petit au grand combat pour l'existence qui se livre partout sur le terrain conomique4 ,il semble difficile de penser autre chose quand on est entr dans cet engrenage des intrts matriels4 ,mais ceux-l mme que leurs tudes ne mettent pas tous les jours en face des chiffres et des calculs conomiques et qui se prparent aux carrires librales1 n'chappent pas au souci du lendemain4 ,la vie matrielle et tout l'ensemble des complications et des besoins qu'elle entrane1 s'impose leur attention et vient se mler constamment aux ides qu'ils se font sur les choses et les hommes4 ,l'adage primo vivere deinde philosophari est de ceux auxquels un jeune homme d'aujourd'hui s'habitue malgr lui4 ,le dsir d'arriver est cette aspiration lgitime de chaque tre d'avoir sa place au soleil et son existence garantie4 ,il est du devoir d'un jeune homme sain d'esprit de s'en proccuper1 et ce n'est pas sans de graves inconvnients qu'on est lev au-dessus de ces menus tracas1 par sa situation de fortune4 ,mais il y a une grande diffrence entre le dsir d'arriver1 subordonn aux intrts de science et de conscience1 un but suprieur enfin1 et ce mme dsir devenu le seul guide et le seul objectif4 ,l'acuit des questions conomiques1 la tournure raliste de l'esprit contemporain1 le train de vie dont la jeunesse est entoure1 ont rompu en elle l'quilibre entre la question d'idal et la question matrielle4 ,pour un grand nombre de jeunes hommes il n'y a qu'une question3 arriver4 ,parmi ceux-ci1 les uns sont modestes1 se contentent de peu2 les autres sont pres et demandent beaucoup4 ,arriver ne suffit pas1 il faut se pousser1 dpasser les autres1 dominer4 ,on y parvient en jouant hardiment de la dent et des ongles1 comme les animaux infrieurs4 ,on y parvient encore1 et plus srement et plus proprement1 en usant de fins stratagmes4 ,cette dernire mthode est celle pratique par ce que nous appellerons les jeunes diplomates4 ,suspendons ici leur mdaillon3 ,plus ambitieux qu'affams1 ils mprisent la lutte grossire4 ,a l'acharnement des loups1 ils prfrent la tactique des renards4 ,de ce sicle raliste1 ils ont retenu surtout qu'il faut de l'habilet pour arriver4 ,aussi en ont-ils fait provision4 ,leur pense est un arsenal o il y a de tout1 et ils savent l'en tirer propos4 ,toujours de l'avis de chacun et1 selon l'heure1 lgers ou graves1 honntes ou fripons1 ils traitent les hommes selon leurs cts faibles4 ,la vie pour eux est une affaire1 mieux3 un chiquier4 ,sentiments1 ides1 intrts1 les leurs1 comme ceux des autres1 sont les pions qu'il convient de manier sans motion4 ,s'emballer nuirait4 ,ce qu'on appelle entre braves curs tout simplement une vilenie est pour eux un acte d'intelligent sang-froid4 ,ils ont soin toutefois de cultiver chez les autres des scrupules1 dont l'absence fait toute leur force eux4 ,ces jeunes vieillards sont impassibles1 ils ne rient jamais--le rire dnote de la faiblesse d'esprit--mais ils connaissent la piti et la rservent tout entire pour les pauvres camarades1 atteints de sincrit1 qui ne veulent devoir leur avancement dans le monde qu'au travail et au mrite4 ,cependant1 au besoin1 le jeune diplomate fera son possible pour supplanter ces excellents camarades4 ,il ne nglige rien1 lui1 pour se pousser1 soigner sa petite rputation1 se faire bien voir des dames influentes4 ,discrtement1 il sait entretenir autour de sa personne un murmure de rclame1 qui fait pressentir en lui un personnage4 ,il est annonc pour demain sur la scne du monde1 comme s'annoncent certains artistes en tourne en faisant afficher sur les murs3 ,x viendra6 ,vous pensez bien que ce n'est pas lui qui affiche1 il s'tonne et se plaint de ce brouhaha de renomme qui effarouche sa modestie4 ,quant aux sentiments tendres1 le jeune diplomate s'en mfie4 ,s'il lui arrive jamais d'aimer1 ce sera un amour de tte4 ,le cur est plein de surprises qui droutent les calculs4 ,il n'en faut pas4 ,m'est avis que voil quelqu'un qui fera son chemin dans le monde4 ,du moins il est de ceux que l'on commence dcorer du titre de trs forts1 et il possde d'ailleurs un point lev le courage du sacrifice3 ,pour arriver1 il sacrifiera mme les plus chers intrts444 des autres4--,vous russirez1 jeune seigneur1 ou je m'y connais mal444 ,mais je ne t'envie pas1 va6 99 99 99 99 99 ,occupons-nous maintenant de cette troupe1 hlas imposante1 dont fourmillent les abords des carrires et qui demande tre case tout bonnement4 ,on leur dit3 pour tre cass1 mes amis1 il faut travailler1 bcher mme4 ,et les voil qui travaillent1 bchent s'il le faut4 ,ils distinguent entre ce qui est utile et ce qui ne l'est pas4 ,ne perdons pas de temps3 ,time is money6 ,leur monde n'est pas la ,cration1 c'est un programme4 ,que l'infini tourmente quelqu'un1 cela leur parat contre nature2 leur curiosit1 eux1 n'a rien d'angoissant4 ,leur ambition d'ailleurs n'a rien de froce4 ,ils ne demandent pas mieux que de voir arriver tout le monde ex quo4 ,il faut bien que chacun vive6 ,c'est l'utilitarisme infiltr du domaine industriel et commercial dans celui des tudes4 ,pour tre celui d'un grand nombre de jeunes gens1 pas mchants1 le point de vue n'en est pas moins misrable4 ,aussi me dclarerai-je toujours du ct de ceux1 fussent-ils peu1 qui ont un idal4 ,heureusement il y en a plus qu'on ne le supposerait4 ,eh oui1 il faut vivre1 nous le pensons tous4 ,vivre c'est la grande affaire4 ,nous sommes mme tellement de cet avis que nous demandons plus que vous1 car nous n'appelons pas cela vivre4 ,quoi1 la destine humaine s'arrondirait en cette phrase3 ,apprendre un tat en change d'un morceau de pain4 ,nous viendrions au monde avec un cur1 une intelligence1 une conscience1 et nous ferions des mathmatiques1 de l'histoire1 de la mdecine1 du latin1 de la thologie1 que sais-je encore1 pourquoi8 pour le vivre et le couvert6 ,vous appelez cela une vie6 et c'est pour cela que vous suez sur l'algbre1 les cornues1 les textes et les archives2 que vous promenez le scalpel dans les chairs mortes et le microscope sur les infiniment petits2 que vous passez des examens en pleine canicule6 ,mieux vaudrait dormir de l'ternel sommeil1 dans l'eau1 le feu1 ou sous la terre1 n'importe o1 que de vivre ainsi2 car dcidment ce ne serait pas la peine4 ,l'homme ne vit pas de pain seulement4 ,il n'est pas seulement un fonctionnaire1 actif ou retrait1 ou tout autre travailleur qui touche un salaire4 ,il est cela sans doute1 et mme il ne lui est pas permis de ne fonctionner d'aucune faon2 mais pour que les choses aillent bien1 il faut d'abord qu'il soit un homme4 ,malheur aux socits o chacun n'aspire qu' se caser pour vivre6 ,elles rduisent la vie ses proportions infrieures et en font une cure d'apptits ou une formalit banale4 ,il faut vivre1 et1 pour vivre quand on est un homme1 la premire chose c'est d'avoir un but1 un amour et une haine1 un idal enfin4 ,si vous ne cherchez pas vous procurer cela tant jeunes1 vous ne l'aurez jamais et vous ne connatrez pas la vie4 ,c'est pour cela qu'un souci plus lev doit dominer le souci de la carrire1 non pas seulement dans les fonctions consacres aux choses de la science et de l'esprit1 mais dans toutes4 ,vous tudiez la philosophie1 l'histoire1 les arts4 ,trs bien1 soyez d'abord un homme1 et vous aurez l'toffe dont se font les philosophes1 les historiens1 les artistes4 ,mais vous songez devenir ingnieur1 commerant agriculteur1 chef d'usine4 ,excellent1 si vous commencez par tre des hommes4 ,si vous ngligez cela1 vous ne serez que de misrables esclaves ou des oppresseurs1 selon l'occasion4 ,l'utilitarisme dtruit l'homme2 il trique toutes nos conceptions de la vie pratique4 ,pour lui il n'y a ni sentiment1 ni droit1 ni noblesse1 ni beaut1 ni saintet1 rien enfin de ce qui est humain1 il n'y a que des chiffres4 ,ce qui ne vaut pas d'argent ou n'en fait pas gagner1 ne vaut rien1 en gnral4 ,c'est la plus pouvantable erreur qui puisse s'emparer d'un homme ou d'une socit1 car ce qui vaut prcisment le plus dans la vie humaine1 c'est ce qui ne saurait ni s'acheter ni se vendre4 ,aussi je considre l'utilitarisme dans la jeunesse comme une calamit4 ,cette soi-disant brave disposition de bon bourgeois rang et goste est pire que tous les vices4 ,une jeunesse terre terre1 ,dieu nous en prserve6 ,le beau nom de jeunesse ne lui conviendrait plus4 ,la jeunesse n'est-elle pas faite de tous les lans et de toutes les ardeurs qui nous engagent mpriser l'utilitarisme8 ,en tre atteint c'est tre en proie la snilit1 entrer dans l'existence avec un stigmate de dcrpitude4 ,de mme que natre aveugle est pire que de le devenir1 puisque le souvenir mme de la lumire vous manque1 de mme commencer dans l'utilitarisme est plus affreux que d'y finir1 car il peut rester au moins un reflet des choses suprieures celui qui s'en est dtach par la lente usure de la vie4 ,l'autre au contraire1 l'utilitaire prcoce1 ne garde rien4 ,ds lors tout est possible jusqu' la honte inclusivement1 pourvu que cela profite6 99 99 99 99 99 ,nous nous trouvons l sur un terrain peu difiant1 mais encore fort vaste parcourir1 et cet ordre d'ides nous amne nous occuper en gnral de l'idal tout ngatif qui s'est empar d'une grande masse de nos contemporains et qui ne dteint que trop sur la jeunesse4 ,je veux parler de ce que j'appellerai le bonheur passif4 ,la recherche de ce bonheur est le rsultat de l'avilissement des volonts2 mais elle est aussi une consquence du bien-tre que nous a procur le progrs4 ,la civilisation1 en augmentant le pouvoir de l'homme1 diminue son effort1 l'habitue aux aises et lui fait fuir les labeurs rudes4 ,c'est un rsultat contradictoire sans doute1 puisque la domination sur la nature n'est obtenue qu'au prix des plus longs et des plus pnibles efforts4 ,mais1 ces efforts accomplis par quelques-uns procurent d'autant plus de tranquillit aux autres4 ,s'il est vrai que ce temps a travaill plus qu'aucun autre1 il a aussi produit une classe toujours plus nombreuse de privilgis qui ne travaillent que peu ou point4 ,le ralisme pratique1 acclimat un peu partout1 y aidant1 le repos1 l'absence de lutte est devenu le rve caress par une foule d'hommes4 ,une vie commode1 l'abri des secousses1 une vie de rentier1 que de gens n'ont pour eux et leurs enfants que cette aspiration-l6 ,il en est rsult toute une catgorie de jeunesse commode porte aux habitudes effmines1 prise de vie sdentaire1 voue aux langueurs et aux paresses du corps et de l'esprit4 ,comme tous ceux qui sont habitus se faire servir1 cette jeunesse est impatiente1 et surtout impatientante4 ,il n'y a de tels que ceux qui ne font rien1 pour trouver que les autres ne travaillent pas assez4 ,habitue aux merveilles de la science et de l'industrie dont elle profite1 sans savoir le mal qu'elles ont cot1 cette jeunesse ne sait plus attendre4 ,il lui faut tout1 trs rapidement1 si possible tout de suite4 ,elle a remplac l'imptuosit juvnile par une nervosit de petite dame trs difficile contenter4 ,c'est ainsi que nos moyens acclrs1 notre habitude de forcer et de violenter la nature1 nous ont cr des murs factices4 ,qu'il faille du temps aux arbres pour pousser1 cela parat d'aucuns un reste de vieille barbarie que le progrs supprimera4 ,volontiers ils mettraient toute la vie l'allure des trains-clairs1 pourvu qu'ils aient dans le train leur sleeping et leur restaurant6 ,ainsi se prsente dans notre socit un phnomne souvent observ dans les familles4 ,les pres laborieux ont des fils nonchalants1 voire mme fainants4 ,c'est la division du travail3 ,les pres se sont fatigus pour les fils1 les fils se reposent pour les pres4 99 99 99 99 99 ,ceci nous rapproche tout doucement de cette classe de jeunes hommes que j'appellerai les ,inutiles4 ,on les rencontre surtout dans les conditions aises ou brillantes1 toujours pleines de pril4 ,il est d'autant plus honorable de se soustraire ces prils par l'nergie et le labeur4 ,l'exemple de bien des jeunes gens riches et travailleurs nous console ici du triste spectacle que donnent leurs compagnons4 ,mais parlons de ceux-ci3 ,ils sont trs solennels4 ,tout dans leur physionomie et leur toilette la fois correcte et ddaigneuse1 rvle le ,monsieur revenu de tout4 ,une expression de pacha assoupi indique que le monde pass et prsent est l pour eux4 ,entrons dans leur chambre et empruntons-en la description ,legouv3 c'est bien toujours cela4 ,il n'y a pas de quoi s'y asseoir1 il n'y a plus que de quoi s'y coucher4 ,ce ne sont que fauteuils renverss1 fauteuils bascule1 fauteuils oreillers1 larges divans larges coussins1 rideaux ouats1 chemine double de calorifre1 tapis pais comme une toison6 ,et quel cabinet de toilette6 ,suis-je chez une princesse du quartier ,brda1 ou chez le fils d'un prsident de tribunal8 ,un outillage pour les mains se croire devant la vitrine d'un coutelier6 ,vingt flacons d'essences diverses6 ,un systme de brosses aussi ingnieux que compliqu3 il y en a de recourbes en creux1 il y en a de recourbes en relief6 ,il y en a de longues1 il y en a de larges6 il y en a de dures1 il y en a de moelleuses6 ,toute la simplicit de la maison est rfugie dans la chambre du pre1 voire de la fille6 ,mme recherche pour la table4 ,certes1 nous ne ddaignions pas jadis un bon dner1 et nous savions faire fte une bouteille de vin2 mais au moins nous ne nous y connaissions pas6 ,aujourd'hui1 les jeunes gens sont gourmets1 dlicats1 difficiles4 ,ils font de l'amour du confort un dilettantisme6 ,o est le mal8 dira-t-on4 ,le mal1 c'est qu'on ne travaille pas dans un fauteuil renvers6 ,le mal1 c'est qu'on devient esclave d'un bon tapis et d'un bon mets6 ,le mal1 c'est qu'on hsite entreprendre un voyage dur1 mais utile1 parce qu'on ne peut pas traner tout son attirail de coiffeur avec soi6 ,le mal1 enfin1 c'est qu'on en arrive sacrifier mme sa conscience son cher confort1 et que dans toutes les questions de mariage1 de profession1 d'emplois publics1 c'est--dire d'avenir1 d'amour1 de considration1 de dignit1 d'honneur1 parfois1 le bien-tre1 le tyrannique bien-tre entre en lutte avec les plus strictes obligations1 et qu'il en triomphe1 car il s'appelle d'un nom plus puissant que le nom de la passion mme1 il s'appelle l'habitude4 ,oui6 l'habitude1 cette ple compagne de la vieillesse1 cette triste sur de la manie1 l'habitude rgne parmi beaucoup de jeunes gens comme n'y rgne pas l'amour4 ,de l1 des pres aux fils1 mille reproches lgitimes repousss par mille rponses souvent amres2 de l enfin mille dbats incessants1 sur le vrai champ de bataille de la famille1 sur la question d'argent6 ,et puisque cette citation nous amne sur la question1 marquons ici1 en passant1 un gros paragraphe de l'cole de la vie3 l'importance pour la jeunesse connatre la valeur de l'argent4 ,le grand malheur de la fortune des parents1 surtout de celle qui a t gagne rapidement1 ou hrite1 et ne repose plus sur aucun travail actuel1 est de faire perdre aux enfants le respect de l'argent4 ,respecter l'argent1 et mme quand on en a beaucoup1 ne jamais le dpenser mal propos1 n'est pas une qualit ordinaire4 ,c'est une qualit sociale des plus complexes1 car elle suppose non seulement de la conscience1 du tact1 bref le sentiment que possder est une fonction sociale1 mais elle demande encore s'entretenir par l'exprience4 ,en un mot1 pour possder cette qualit1 il faut savoir combien l'argent est dur gagner et que d'efforts il reprsente4 ,celui qui ne sait pas cela le mprise1 et s'il y attache quelque valeur1 ce n'est que pour le plaisir qu'il peut procurer4 ,j'insiste sur ce point dans un intrt de morale suprieure et non1 ,dieu m'en garde1 pour servir l'gosme de certains parents pour qui le mal consiste dpenser de l'argent1 le bien le garder1 et qui mesurent la moralit de leurs fils leur parcimonie4 ,le vice cote cher1 c'est pour cela qu'il faut le fuir2 la vertu est bon march1 il faut la cultiver1 et ainsi on ne cultive souvent que l'avarice1 le plus sordide de tous les vices4--,mais revenons nos inutiles et ne les lchons pas6 ,point n'est besoin d'appartenir une classe privilgie pour avoir l'toffe d'un inutile4 ,cette existence de roi fainant a1 parat-il1 tant d'attraits que d'aucuns ne pouvant la mener dans le luxe1 la mnent dans la mdiocrit ou la misre4 ,et voici ce que demandent ces prcieux parasites3 ,se coucher dans l'existence comme un tronc d'arbre sur l'eau4 ,flotter au gr de la vague1 avancer1 reculer1 monter1 descendre selon le hasard des heures4 ,pourvu que cela marche tout seul6 ,au milieu des influences contraires qui travaillent les socits1 parmi les labeurs1 les tudes1 les souffrances d'autrui1 jouir d'une sereine indiffrence1 tant nourri1 vtu1 amus et ingrat1 par-dessus le march2 se laisser traner aujourd'hui par l'intrt1 demain par la passion1 la colre1 la haine ou la peur1 une autre fois par la volupt et les apptits grossiers2 puis certains jours1 agrable diversion1 subir le charme de la vertu1 tre emport par un souffle sur les hauteurs1 en attendant qu'on en soit enlev pour tre jet dans quelque bourbier3 ,la belle vie que voil6 ,quand on s'approche d'un de ces passifs pour l'exhorter se ressaisir1 il faut toujours s'attendre tre pris par lui en grande piti4 ,le mieux qu'on puisse en esprer dans ses bons jours1 est qu'il vous rponde3 ,que voulez-vous1 je suis ainsi fait1 je n'y puis rien6 ,peut-tre1 s'il vous juge digne d'un tel effort1 vous dira-t-il en citant ,montaigne3 ,je ne gte rien1 je n'use que du mien2 et si je fais le fol c'est mes dpens1 et sans l'intrt de personne1 car c'est une folie qui meurt en moi1 qui n'a point de suite4 ,mais si vous tombez sur un mauvais jour1 prenez bien garde3 ,il se fchera trs fort1 comme une bte contrarie dans son repos ou ses emportements passionnels4 tre drang6 cela peut-il se supporter8 ,s'il y a une action mchante au monde c'est de troubler les gens1 qui1 sans vouloir nuire personne1 se laissent glisser doucement du ct de la pente4--,mais je m'aperois que c'est prendre bien de la peine pour qui s'en donne si peu4 99 99 99 99 99 ,et pourtant j'ai cur de crier gare plusieurs1 qui sans tre des inutiles1 se laissent aller vers la vie facile4 ,il y a l un engrenage qui vous saisit et vous lche difficilement4 ,la vie molle engendre la lchet4 ,la lchet produit le mensonge et la duplicit4 ,on est oblig de recourir aux expdients et de quitter les chemins droits4 ,une fois entr dans cette voie1 le plus clairvoyant est perdu4 ,en particulier il faut mentionner la passion du jeu1 comme un des plus tristes piges o tombent tant de jeunes vies4 ,la jeunesse d'aujourd'hui joue beaucoup trop4 ,c'est une des maladies du temps1 une des formes de sa fivre4 ,on parie aux courses1 on joue entre soi1 tantt grand jeu tantt petit1 et dans toutes les classes de la socit4 ,augmenter son avoir1 ou son gain1 par un coup de hasard1 ou mme1 dans les cas extrmes1 demander ce hasard qu'il vous fasse vivre sans travailler1 c'est un objectif beaucoup trop poursuivi4 ,que de gens s'endorment le soir en prononant le nom du cheval sur lequel ils ont pari6 ,moins condamnable en apparence que l'ivrognerie ou la dbauche1 le jeu est d'une immoralit plus subtile4 ,il fait partie de tout un ensemble de phnomnes et peut tre considr comme le symptme de profonds troubles psychologiques4 ,un homme qui joue perd pied dans la ralit4 ,l'enchanement simple et laborieux des causes lui chappe4 ,il se trouve jet en pleine aventure4 ,comme les gnrations de l'an mille1 il attend qu'un coup de baguette transforme le monde4 ,aussi1 pourquoi travaillerait-il8 ,bientt la fortune viendra toute seule4 ,en attendant1 il emprunte ou prend4 ,le jeu en effet donne le vertige et rend possibles des actes dont on tait auparavant incapable4 ,ds lors l'homme est vau l'eau4 ,voyez si l'on a raison de crier casse-cou6 ,j'ajouterai que le jeu tue la conversation1 un des charmes et des grands besoins de la jeunesse4 ,c'est un isolateur4 ,il escamote le monde autour de vous1 faisant disparatre hommes et choses4 ,dans un des plus beaux sites de la ,suisse1 o l'on regrette toujours d'avoir trop peu de temps pour admirer1 je rencontrai un jour deux jeunes touristes4 ,ils taient environ mi-cte d'une ascension fort intressante et semblaient prendre quelque repos4 ,de loin1 les voyant assis1 le dos tourn au paysage1 cela m'avait paru trange4 ,en m'approchant1 je compris3 ils jouaient aux cartes4 ,quatre heures plus tard1 en redescendant1 je les retrouvai la mme place1 jouant toujours4 ,la nuit tombait6 ,ils rentrrent alors continuer leur partie l'htel4 99 99 99 99 99 ,il est enfin un point capital1 important toujours et partout1 mais plus srieux encore pour la jeunesse que pour les autres ges1 j'ai indiqu les choses de l'amour4 ,c'est l qu'on peut le mieux voir apparatre l'tat gnral d'une socit1 les qualits et les dfauts de sa conception de la vie4 ,dites-moi comment vous aimez1 je vous dirai qui vous tes4 ,la valeur d'un temps se mesure au respect dont il entoure l'amour4 ,le criterium de la valeur d'un homme n'est pas son credo religieux1 intellectuel ou moral2 mais c'est le degr de respect qu'il a pour la femme4 ,quand l'homme perd la foi et l'esprance1 il dprcie la vie4 ,dt-il s'y cramponner comme la seule chose certaine et qu'il faut exploiter vite1 il l'amoindrit par l mme1 et sa conception rabougrie du monde et des hommes1 l'absence d'idal1 de posie relle1 d'nergie1 tout cela trouve dans sa faon d'aimer un long cho1 un commentaire loquent et pratique4 ,l'amour sans doute est immortel et renatra toujours de ses cendres4 ,on a beau le traner dans la boue1 il vient un jour o il ressuscite plus jeune et plus beau que jamais4 ,mais il n'en est pas moins vrai qu'individuellement nous pouvons le ternir en nous4 ,o en sommes-nous pour les choses de l'amour8 ,comment aime notre jeunesse8 comment parle-t-elle de l'amour8 comment le chante-t-elle8 ,hlas1 on peut constater sans peine que sur ce point notre jeunesse est extrmement rserve4 ,nous touchons l un endroit douloureux4 ,il y a de la mfiance1 du scepticisme1 des ruines intrieures4 ,maintenant il devient ordinaire de raisonner sur l'amour1 l'entre de la vie1 comme les plus dsabuss des hommes4 ,volontiers on croirait qu'il est parmi les bonnes vieilles choses disparues et que1 pour l'prouver encore1 nous soyons venus trop tard dans un monde trop vieux4 ,rgle gnrale1 ce qui manque1 c'est le respect de la femme1 je dirais volontiers ce culte de la femme qui est le signe de l'intgrit vitale4 ,sans doute on ne la regarde pas1 l'instar de certaines poques asctiques1 comme un tre impur1 pernicieux1 dont il faille fuir le commerce4 ,on la trouve au contraire dsirable2 mais en mme temps bizarre et1 la longue1 gnante4 ,elle est un instrument de plaisir1 condition qu'on n'en fasse pas sa socit et qu'on vite ses liens4 ,les chanes de l'amour sont remplaces avantageusement par l'amour libre4 ,en somme1 ce qu'on appelle le plus couramment amour1 ne ressemble pas plus au vrai amour que la constellation de l',ourse ne ressemble au quadrupde du mme nom4 ,quand l'amour authentique existe1 et les prcautions sont prises pour qu'il ne puisse prir1 il se cache plutt4 ,ainsi1 il est assez rare de rencontrer des chansons d'amour composes par de tout jeunes gens et plus rare encore d'entendre chanter en socit cette sorte de posie4 ,on n'entend gure non plus les vieux chants d'amour du rpertoire national4 ,par contre on chante et rechante satit l'amour vulgaire4 ,vnus ,uranie est moins loue que ses homonymes infrieures4 ,impossible de ne pas dire ici ce que je pense des chansonnettes du jour4 ,mais cela ne s'adresse aucun auteur particulier4 ,c'est le genre que je vise1 le milieu qui les fait clore1 et ceux qui vont les rptant tel point que du dehors on pourrait s'imaginer qu'il n'y a plus que cela4 ,je trouve donc aux chansonnettes le plus en vogue pour le moment1 et o l'on chante l'amour1 un arrire-got de libertinage snile4 ,cela sent la dcadence1 le dtraquement1 et lorsque cette note persiste travers une srie et se reproduit dans des productions similaires renvoyes par tous les chos1 cela finit par devenir horriblement ennuyeux4 ,loin de moi de reprocher ce genre de littrature son immoralit4 ,on se mprendrait sur mes intentions4 ,peut-tre m'accuserait-on d'tre un atrabilaire1 un rabat-joie1 un philosophe boutonn1 se donnant ainsi contre moi le beau rle de quelqu'un qui revendique pour la jeunesse le droit de s'amuser4 ,h1 moi aussi1 je revendique ce droit et le proclame2 et pourvu que la compagnie soit de celles o l'on peut s'asseoir en se respectant1 je ne permettrai personne de chanter de meilleure humeur que moi3 ,gaudeamus igitur6 ,mais quand nous en viendrons au fameux couplet du pereat1 o le joyeux vacarme atteint des proportions inquitantes pour les voisins1 je crierai de toutes mes forces3 pereat diabolus4441 atque irrisores6 et je songerai1 ce moment1 tout ce qui tue la joie1 la gat macabre qui consume dans son feu ce qui doit tre sacr1 l'esprit de moquerie1 enfin1 qui fait trop souvent les frais de ces chansonnettes4 ,comment1 en ce temps1 dans ce pays lorsque la jeunesse d'un grand peuple s'assemble et qu'elle veut chanter l'amour1 ce seraient ces choses-l qui lui viendraient l'esprit1 et de prfrence1 et presque exclusivement6 ,non1 vous vous calomniez vous-mmes4 ,vous avez mieux que cela dans le cur4 ,il n'est pas possible que vous manquiez de tout ce qui manque ces produits1 savoir3 la posie1 le naturel1 la fracheur1 la jeunesse6 ,mais1 je me hte de le dire1 la jeunesse est en grande partie innocente d'un tat de choses que la vrit nous oblige reprsenter sous des couleurs sombres4 ,rien n'a t nglig pour nous en faire venir l4 ,la socit actuelle a de grands torts se reprocher4 ,comment qualifier la lgret avec laquelle1 en public comme en famille1 on parle de l'amour1 de la chastet1 du mariage1 surtout lorsqu'on s'adresse des jeunes gens8 ,il semble que leurs oreilles soient faites exprs pour couter les railleries et les jeux d'esprit douteux4 ,on leur a donn les conseils les plus pernicieux1 en ce qui concerne le respect de la femme et d'eux-mmes1 comme si toute la sagesse des sicles1 si chrement acquise sur ce point et condense en deux ou trois rgles qu'on ne violera jamais impunment1 n'tait que du radotage4 ,aussi les consquences se font-elles sentir4 ,dans les choses de l'amour notre jeunesse est douloureusement atteinte4 ,ses ans lui laissent un hritage funeste dans les murs1 les ides courantes1 la littrature4 ,cette dernire surtout en est arrive travers tous les degrs du relchement moral jusqu' la licence effrne4 ,sous prtexte d'art et de plastique1 la luxure la plus crue s'tale communment dans les livres des jeunes gens#a4 ,et le livre est dpass4 ,c'est qui1 dans des brochures ou des feuilles volantes1 renchrira sur lui1 afin de frapper la curiosit4 ,comment la jeunesse peut-elle tre1 sans le plus grave danger1 expose de pareilles influences8 ,l'colier dj est contamin4 ,a l'ge o les sens s'veillent on n'a plus besoin de rechercher les mauvaises lectures4 ,elles viennent au-devant mme de qui ne les cherche pas4 ,quel avenir cela nous prpare-t-il8 ,n'est-il pas temps de se lever pour dfendre l'enfant1 la famille1 l'amour1 la jeunesse1 les sources de la vie1 et de tendre la main cette vaillante ligue pour le relvement de la moralit publique1 qui1 aprs avoir prch longtemps dans le dsert1 commence convaincre les moins clairvoyants de son utilit8 #a ,jules ,lematre1 ,dbats1 #af mars #ahia4 99 99 99 99 99 ,tout ce que nous venons de dire a eu pour but de montrer comment les exemples1 les murs ambiantes influencent la jeunesse dans l'orientation pratique de sa conduite et exercent sur elle une pression aussi forte1 plus forte parfois1 que les ides et l'cole4 ,nous n'avons pourtant envisag la question que par son ct ngatif4 ,mais il y a un grand ct positif4 ,enferme dans le bois sacr des muses1 dans le calme parfait de ses contemplations et de ses recherches1 la jeunesse risquerait de s'isoler et de se dsintresser de la vie4 ,il est bon qu'elle en entende les chos1 et que la grande voix de l'humanit qui lutte et souffre arrive jusqu' elle4 ,le meilleur correctif des thories est encore la vie pratique4 ,si elle est remplie de dangers1 de mauvais entranements1 de scandales1 elle est pleine aussi d'enseignements austres et de salutaires avertissements4 ,la vie d'ailleurs a sur les thories et les livres le grand avantage qu'elle se laisse moins tordre et moins subtiliser4 ,elle est l4 ,ce n'est plus un peu de blanc ou un peu de noir1 interprtation fugitive d'une fantaisie ou d'un calcul1 c'est grav dans le roc des choses relles1 cela grince1 crie1 hurle ou chante1 c'est du sang1 ce sont des larmes1 c'est de la joie1 et il y a quelque chance que celui qui en est tmoin en garde le souvenir4 ,cette vrit ne s'est peut-tre jamais mieux vrifie que durant les vingt dernires annes4 ,tout le monde connat l'tat de notre littrature et de notre politique intrieure4 ,il s'en faut de peu qu'en certains de ses excs dplorables1 cette dernire ait accompli1 pour le patriotisme1 ce qu'a fait la premire pour les principes de pense et de vie4 ,l'esprit de parti est aussi funeste la patrie que l'analyse outrance la vitalit morale et spirituelle4 ,le grand danger de ces luttes entre compatriotes1 de cet esprit de calomnie et de dnigrement qui a empoisonn notre vie publique1 est de produire une jeunesse sceptique l'endroit du patriotisme4 ,pourquoi ce danger a-t-il t conjur8 ,d'abord parce que les spectacles curants repoussent au lieu d'entraner et que les folies des ans rendent souvent leurs successeurs pensifs4 ,le mal1 arriv un certain degr1 secoue les plus rservs et les fait sortir de leur indiffrence4 ,exemple3 la triste quipe boulangiste qui a rveill toute la jeunesse des coles4 ,ensuite parce que la vie corrige la vie et que1 si les politiciens y ont leur place bruyante et largement mesure1 il y a autre chose1 le grand et silencieux travail national4 ,a ct de ce qui remplit les journaux1 de ce qu'une publicit malsaine grossit et annonce au monde entier1 se trouvent les fconds labeurs dont on parle peu1 mais qui sont loquents en eux-mmes4 ,les enfants de ce pays de ,france1 n'ont pas pu voir la ,patrie se relever lentement1 depuis vingt ans1 par des efforts continus et un travail persvrant1 sans ressentir en eux-mmes les suites d'un pareil exemple4 ,rien n'est beau comme de voir la vie lutter contre ses ennemis4 ,le moindre tre qui rpare ses pertes et ranime son courage est intressant4 ,les fourmis qui reconstituent leur demeure disperse par le pied du passant1 l'arbre mme qui1 dchir par l'orage1 pousse des rameaux nouveaux1 nous touchent et gagnent notre sympathie4 ,a plus forte raison un homme abattu qui se ramasse1 un peuple vaincu qui bande ses blessures1 refait ses finances1 son arme1 ses coles1 son commerce1 son industrie4 ,pendant que les ngations de la science matrialiste et les thories littraires nous talaient l'impuissance de la volont humaine1 tout un peuple en labeur donnait ces thories malsaines le plus universel dmenti4 ,pendant que les politiciens dans leurs luttes striles discrditaient jusqu' la ,libert1 la ,france dmocratique apportait ses institutions naissantes1 l'esprit moderne tout entier1 le magnifique tmoignage de sa patiente rsurrection4 ,la jeunesse a le cur magnanime4 ,elle ne pouvait pas rester insensible ces preuves du fait4 ,il lui est venu l1 des profondeurs de la vie nationale1 un grand courant d'air vivifiant qui a balay bien des miasmes thoriques et bien des maladies inocules par la littrature4 99 99 99 99 99 ,enfin la jeunesse a t saisie par la vie1 d'une faon plus directe encore1 par sa collaboration la dfense nationale4 ,j'estime que le mtier des armes est trs salutaire et fait le plus grand bien la jeunesse1 pour mille raisons4 ,mais il y a surtout plusieurs choses devenues rares qu'on apprend cette grande cole4 ,l'obissance d'abord1 chose prcieuse1 qui ne court pas les rues et qui est indispensable une dmocratie1 car elle est la mre de toutes les liberts4 ,ensuite l'galit dont on parle avec aisance1 mais qu'il est si difficile de pratiquer4 ,puis l'effort1 effort de volont1 effort physique4 ,un peu de misre est un excellent remde contre les tendances effmines4 ,il y a toute une philosophie dans les longues marches sac au dos1 et au fond des gamelles4 ,d'ailleurs1 si vous n'tes pas convaincus1 regardez ceux qui reviennent du service4 ,quel il vif1 quel teint hl1 quel sommeil et quel apptit6 ,on devrait envoyer l'cole de guerre tous les sceptiques1 tous les dilettantes1 tous les inutiles4 ,ces pratiques viriles leur ouvriraient des horizons jusqu'alors inconnus4 ,je n'en dirai pas plus sur le sujet1 car je m'y installerais4 ,a bas le militarisme1 vive le soldat6 ,le vrai soldat1 est une des plus belles figures que l'humanit ait produites4 ,et quiconque aime quelque chose doit tre1 bon gr mal gr1 un peu soldat4 ,il faut en effet qu'il ait du cur au ventre et le fer la main4 ,je ne mentionnerai qu'en passant1 pour m'y arrter d'autant plus dans la suite1 l'influence bienfaisante que les questions sociales commencent exercer sur les jeunes gnrations studieuses4 ,nulle part plus que l1 elles ne pourront trouver de salutaires diversions1 d'austres leons capables de secouer les utilitaires1 les volonts molles et les intelligences trop exclusivement tournes vers les spculations4 99 99 99 99 99 ,c'est ainsi que la vie1 avec ses ncessits1 ses exemples bons ou mauvais1 agit sur la jeunesse1 la dprimant ou la fortifiant tour tour4 ,et ce qui est vrai du vaste monde l'est aussi de ce microcosme qu'on appelle la famille4 ,l aussi1 ceux qui cherchent leur chemin sont constamment l'cole4 ,malheureusement que de blessures1 d'avaries graves1 d'incertitude dans ces milieux intimes1 o les grandes voix du dehors et les tendances individuelles qui en rsultent1 ont toutes leur cho4 ,la famille est en souffrance et les enfants s'en ressentent3 ,vie factice1 manque d'autorit d'une part1 de respect de l'autre1 rapports tendus entre l'homme et la femme si diversement orients1 relchement des liens entre poux1 des murs domestiques1 irruption de la vie publique1 de la rue mme et du ruisseau1 dans l'ducation6 ,le bien est toujours l sans doute1 mais le mal est si grand1 si envahissant6 ,que de peine n'a pas la jeunesse1 avec son ignorance de la vie1 son besoin d'tre srement guide1 dmler le chemin droit parmi tant d'cueils6 ,il n'est pas tonnant qu'elle s'gare souvent4 ,la faute en est surtout au milieu1 et nous aurons bien des travers rformer1 pour arriver raliser1 vis--vis des nouveaux venus dans la vie1 le desideratum contenu dans le prcepte3 maxima debetur puero reverentia4 ,v ,,les ,,moutons ,,de ,,panurge ,dans tous les mouvements1 ct des hommes en qui ils se condensent1 il y a la foule de ceux qui vont comme on les pousse1 inconscients1 suivant un courant ou un autre1 au hasard des rencontres1 sans s'expliquer ce qui leur arrive4 ,l'esprit d'imitation et l'inertie sont d'importants facteurs dans le monde1 surtout dans celui de la jeunesse4 ,il se trouve dans chaque gnration une masse molle1 et le plus grand nombre1 toujours et partout1 est troupeau#b4 ,cette tendance suivre les chemins battus est plutt accentue que diminue de nos jours4 ,parmi les erreurs grossires1 qui encombrent notre cerveau et que nous changeons entre nous comme des vrits indubitables1 se trouve1 entre autres1 celle que le pass se caractrise par son immobilit1 sa rigidit et sa pauvret de formes1 l'absence d'esprit critique1 la monotonie de la pense et des murs4 ,nous1 au contraire1 nous sommes les hommes de la diversit1 du mouvement1 de l'examen4 ,rien n'est plus faux4 ,ces poques anciennes qui nous apparaissent avec un caractre marqu de stabilit1 n'en avaient pas moins1 au sein de leur cadre solide1 une merveilleuse richesse de formes1 d'usages1 de coutumes1 d'originalits locales4 ,elles possdaient la varit dans l'uniformit4 ,nous1 au contraire1 nous possdons la monotonie dans le changement4 ,plus cela change1 plus c'est la mme chose4 ,a aucune poque de l'histoire la mode n'a jou le rle qu'elle joue maintenant4 ,les mille formes par lesquelles se manifestent la vie et la pense se propagent et s'imposent avec rapidit4 ,la foule les accepte sans discernement4 #b ,lavisse3 ,la gnration de #ahij4 ,bulletin de l',association gnrale des tudiants1 mai #ahij4 ,un des travers de ce temps dsabus et sans foi est l'engouement4 ,spontanment un courant nat1 grandit1 se rpand et emporte les masses dsempares4 ,rien de plus gobeur que les gens revenus de tout4 ,leur besoin de croire1 sans cesse rprim1 se porte subitement sur des objets que le hasard et le caprice dterminent seuls et qui sont destins tre lchs un jour comme ils ont t adopts1 sans raison apparente4 ,tout1 dans ce sicle si riche en inventions1 a contribu amener l'uniformit4 ,la science nous a mis mme de multiplier l'infini les formes une fois trouves et de les jeter dans le monde avec une profusion qui les avilit4 ,la rage de la vulgarisation a raval les arts4 ,surgit-il quelque part un chef-d'uvre1 immdiatement il est copi en myriades d'exemplaires2 on en met si bien partout qu'au bout de quelques mois la fatigue s'ensuit4 ,c'est l'histoire des plus beaux airs d'opra devenus des airs d'orgue de barbarie4 ,pendant six semaines une mlodie s'empare du public1 tout le monde la chante1 la siffle4 ,aprs cela1 c'est le tour d'une autre4 ,il en est de mme de la plupart des manifestations de l'art ou de la vie sociale4 ,la grande ville en possession de tous les engins de la civilisation moderne1 a inond le pays de ses produits1 et engag partout une lutte ingale avec les particularits locales4 ,a force de centraliser1 nous n'avons pas seulement supprim ce que le particularisme avait de malsain et d'troit1 mais nous en avons supprim la sve et la vigueur4 ,le grand laminoir de l'industrialisme1 de la bureaucratie et de la mode a pass sur le monde et y a cras l'originalit4 ,le nivellement des vies et des tres en est rsult4 ,murs locales1 costumes1 chants et idiomes provinciaux sont alls s'effaant4 ,maintenant on a beau voyager1 les lignes de chemin de fer1 les gares1 les htels et les thtres se ressemblent comme des frres4 ,la province extnue et vide1 dsesprant d'elle-mme n'offre plus la grande ville que son image rduite et affaiblie4 ,il y aurait long dire sur ce sujet4 ,mais voici o j'en veux venir4 ,o le caractre1 l'originalit1 le dsir de se frayer des chemins nouveaux peuvent-ils se nicher dans un monde ainsi constitu8 ,comment voulez-vous que la jeunesse y arrive se former une physionomie individuelle8 ,remarquez-le bien1 c'est presque une hrsie de n'tre pas comme tout le monde4 ,la crainte de se distinguer apparat dj dans l'habillement4 ,personne ne suit plus passivement la mode que certains jeunes gens4 ,il leur faut le mme chapeau1 le mme nud de cravate1 la mme coupe d'habit1 etc4 ,ce ne sont plus des individus qui passent1 mais des exemplaires1 par dizaines1 par grosses comme on dit dans la fabrication4 ,et de fait1 on a une vague impression de fabrique et de choses postiches en voyant circuler un si grand nombre d'tres identiques4 ,ce monocle1 cette canne1 ces gestes1 ce parler strotype rappellent l'automate4 ,on ne serait pas tonn de trouver quelque part une estampille de provenance1 une signature1 soit par exemple3 ,grevin fecit4 ,les murs se conforment au rgime de l'habillement1 et les ides suivent4 ,lentement une ornire se dessine1 et se creuse toujours plus profonde4 ,on s'y engage en foule les uns la suite des autres4 ,c'est un monome dans le domaine de la pense4 ,alors la vie en troupeau devient l'lment prfr4 ,sortez-les de l1 ils sont comme poissons sur terre1 et poules l'eau4 ,ils perdent le fil et le jugement4 ,ils n'attachent plus de prix qu' ce qu'ils ont vu1 entendu1 got en masse4 ,c'tait mauvais1 il n'y avait personne2 c'tait superbe1 on s'crasait6 ,avouons-le1 voil un tat de choses srieux et grave au point de vue de l'avenir4 ,l'cole pourrait y remdier4 ,o1 plus que l1 l'indpendance devrait-elle tre cultive et prise8 ,mais l'cole s'est ressentie des influences ambiantes4 ,je cde1 pour dire cela1 la parole ,m4 ,lavisse3 ,notre infriorit est peut-tre un effet de l'abus o nous sommes tombs1 de l'ducation uniforme4 ,nous avons multipli les collges1 nous les avons placs sous la mme discipline2 nous avons rgl l'emploi du temps1 minute par minute2 nous avons crit1 article par article1 des programmes qui s'allongent sans cesse4 ,afin que personne ne pt chapper nos rgles et qu'aucune fantaisie ne ft permise qui que ce ft1 nous avons tabli1 l'entre de toutes les avenues de la vie intellectuelle1 des examens qui barrent la route aux indpendants4 ,notre libert d'enseignement n'a rien de commun avec la libert de l'intelligence4 ,elle est rduite au choix du matre1 l'option entre la redingote et la soutane4 ,c'est un des phnomnes de notre sicle que la mainmise de l'cole sur les esprits4 ,notre uvre scolaire1 nous devions la faire1 et nous avons raison de nous enorgueillir de l'avoir faite2 mais prenons garde6 ,la culture scolaire comme nous la comprenons aujourd'hui est dangereuse4 ,ses prtentions encyclopdiques sont un leurre3 elle veut tre universelle1 mais cause de cela mme elle est limitative4 ,l'colier qui doit tout apprendre apprend peu2 l'esprit que l'on sature perd l'apptit2 la monotonie des rgles absolues touffe toute originalit#c4 #c ,e4 ,lavisse3 tudes et tudiants1 p4 #bae4 ,pour devenir quelqu'un au sein de pareilles conditions1 il faut avoir un cur d'airain et une tte de diamant4 ,on a quelquefois reproch la ,france de ne pas dvelopper l'esprit colonisateur4 ,cet esprit1 en somme1 est celui de la puissante initiative personnelle4 ,pour sortir des milieux accoutums1 il faut du courage4 ,il en faut tout autant pour coloniser dans le domaine de l'esprit1 des murs1 de l'action1 pour se sparer du grand nombre et aller son chemin1 la suite d'un idal nouveau4 ,aussi quelle ardente sympathie ne devons-nous pas tmoigner toute jeune force qui essaie de s'affranchir du pesant esclavage de la routine6 ,la meilleure esprance1 pour nous tirer de l'ornire o nous sommes engags1 repose sur les jeunes gens1 coup sr rares1 qui auront assez de courage pour vivre comme des colons et des explorateurs1 pour sortir du troupeau guid1 gard et tondu1 pour marcher seuls ou se crant1 dans l'amiti avec des esprits dcids comme eux1 un refuge dans les jours difficiles4 ,,vi ,,quelques ,,mots ,,sur ,l',,esprit ,,de ,,parti ,chemin faisant nous avons rencontr cet esprit diffrents dtours de notre route4 ,il mrite une page spciale4 ,ainsi dcrit-on avec un soin particulier la forme1 les habitudes et les dprdations de certains animaux malfaisants4 ,dans la part modeste d'influence que l'homme a sur sa vie1 un des meilleurs principes suivre est celui-ci3 ,prendre les choses telles qu'elles sont1 et tcher d'en tirer le meilleur parti possible4 ,l'homme imbu de l'esprit de parti pratique ce prcepte l'envers1 et il russit ainsi tirer le mal mme du bien4 ,il exagre chez l'adversaire le mal et dnigre le bien4 ,du mme coup il neutralise le bien qu'il pourrait faire lui-mme1 par l'intention mauvaise qu'il y joint4 ,l'incurable travers de l'esprit de parti est qu'il contrarie la grande loi humaine de la solidarit4 ,il cre une humanit dans l'humanit1 trace autour de cette minorit d'lection1 des limites strictes1 s'y retranche et s'y barricade et ne laisse apparatre au dehors que des murs pais1 hrisss d'armes4 ,ds lors il n'y a plus d'intrt gnral1 de justice1 de bien1 il n'y a que des intrts de parti1 une justice de parti1 etc4 ,tout ce qu'il fait1 lui et les siens1 est bien4 ,que d'autres fassent identiquement de mme1 mais ailleurs et en dehors de son patronage1 ce sera trs mal4 ,qu'est-ce qu'une mauvaise herbe8--,toute herbe qui n'a pas pouss dans notre jardin4--,mais on cultive chez le voisin la mme plante1 identiquement4--,impossible4 ,si le voisin la cultive1 c'est donc qu'il est contrefacteur4 ,nous sommes les seuls et les uniques4 ,voil l'esprit de parti4 ,le meilleur cheval1 quand il ne consent pas s'atteler son char1 n'est plus qu'une bourrique4 ,l'or des autres est de l'or faux2 leurs vertus des vices brillants1 leurs croyances des impostures4 ,il s'agit bien de s'inquiter de l'adversaire pour dmler le bien du faux dans sa conduite6 ,supposer l'ennemi capable d'un bien quelconque1 c'est1 dans une certaine mesure1 passer l'ennemi4 ,ce n'est pas un des moindres signes du temps que cet esprit dltre se soit dvelopp paralllement au scepticisme4 ,il n'est souvent que le manteau dont se couvre ce dernier4 ,pour masquer le vide intrieur1 on se garantit derrire un appareil formidable4 ,on peint en fer le roseau fragile d'une conviction creuse et vermoulue4 ,ainsi les plus sceptiques des hommes1 moqueurs1 railleurs1 insulteurs1 dpourvus de cette base lmentaire de toute conviction qu'on nomme le respect1 se sont montrs de nos jours les plus intransigeants4 ,et cela1 au fond1 est logique4 ,il est rare que celui qui a suivi1 vers la vrit1 l'humble chemin de l'exprience personnelle1 cesse de pratiquer ce chemin4 ,il continue d'y avancer au contraire et se mnage la possibilit d'tre clair1 mme par l'adversaire4 ,mais celui qui n'est rien et ne croit rien1 ni de divin ni d'humain1 qui est mort1 enfin1 la vrit1 a tout gagner en prenant l'attitude impassible de l'esprit de parti4 ,sa rigidit alors1 qui n'est que celle des cadavres1 donne l'illusion de la fermet4 ,voil sans doute une des grandes raisons pour lesquelles l'esprit de parti a1 de nos jours1 infest la politique1 la religion et la science elle-mme4 ,il a produit des merveilles4 ,grce lui par exemple1 en certains jours de dfaite1 des gens qui gisent par terre les reins casss1 chantent victoire dans les journaux1 se disent plus forts que jamais et enterrent leurs vainqueurs sur le papier4 ,grce lui1 des fanatiques soi-disant religieux dclarent douteux des actes de dvouement qui ne sont pas inspirs par un sentiment identique au leur2 et vice versa les fanatiques de l'irrligion taxent d'hypocrisie les preuves les moins quivoques de dsintressement1 quand la religion y a eu quelque part4 ,c'est le mme esprit qui fait rver1 en pleine tranquillit publique1 de dsordre et d'anarchie1 parce qu'on est infod aux rgimes de gouvernement dchus1 ou qui fait dclarer d'autres que la ,france monarchique n'a connu que terreurs1 rapines et tyrannies4 ,celui-ci dclare ex cathedra3 depuis trois cents ans l'histoire est une vaste entreprise contre la vrit4 ,cet autre compte le temps partir de la ,rvolution4 ,tout ce qui s'est fait avant1 est nul et non avenu4 ,quelle belle cole pour la jeunesse que celle qu'un matre pareil prside et sous le rgime duquel on peut dire avec raison3 ,je sais que je vis en des jours d'intolrance1 o je n'ai rien attendre de quiconque ne pense pas exactement comme moi#d6 #d ,edgar ,quinet3 ,l'esprit nouveau4 ,que cet esprit renfrogn1 hargneux1 oublieux de ce qui rapproche les hommes1 et qui n'a de mmoire que pour ce qui les divise1 se dclare sur le tard dans les existences dsempares2 qu'il svisse dans l'ge mr1 ou achve de durcir le cur des vieillards1 envenimant les passions1 dtruisant la fois l'agrment de la vie et son fruit1 c'est triste4 ,mais il est des difformits qui semblent plus naturelles chez ceux que la vie a maltraits4 ,autre chose est de rencontrer ces mmes laideurs dans la jeunesse4 ,l elles sont hideuses4 ,un jeune homme rong par l'esprit de parti devient un tre incomparablement odieux4 ,car pour prendre la tournure et la physionomie d'un homme de parti1 cet air rbarbatif et intraitable1 il lui a fallu rprimer1 de propos dlibr1 sa bienveillance native1 toutes les saines curiosits1 tous les bons mouvements4 ,certains ducateurs de pauvres btes ont des cruauts rvoltantes4 ,ils crvent les yeux aux jeunes rossignols pour qu'ils chantent mieux et taillent les oreilles des chiens pour leur donner un air plus froce4 ,oh les pauvres btes et les mchantes gens6 ,mais que dire de ceux qui traitent ainsi la jeunesse1 ou de la jeunesse qui s'inflige elle-mme des mutilations pareilles6 ,et pourtant l'esprit de parti est un des facteurs qui influent le plus puissamment sur les annes o l'homme s'oriente et cherche son chemin4 ,sa timidit1 son ignorance1 son inertie1 tout prdestine la jeunesse en devenir la proie4 ,les milieux mollasses et moutonniers dont nous parlions plus haut sont l'lment convoit des meneurs de profession4 ,c'est l qu'on peut ptrir et manipuler l'aise6 ,malheur aux jeunes gens qui subissent ces influences et ne savent pas se dfendre6 ,ils sont pour longtemps1 pour jamais peut-tre1 rduits en esclavage1 moins qu'ils ne deviennent eux-mmes1 ce qui est pire1 des nergumnes4 ,quel merveilleux produit alors le monde est admis contempler6 ,les plus forts ici sont les nophytes4 ,leur zle fait la joie de leurs pres spirituels4 ,ceux-ci taient froces1 ceux-l sont enrags4 ,moins ils connaissent les hommes et les causes1 mieux ils peuvent les malmener1 les juger1 les condamner4 ,c'est qui commettra le plus d'excs de langage et s'attaquera avec le moins de vergogne aux adversaires les plus respectables4 ,une telle jeunesse est incapable de rien apprendre4 ,elle entre dans la vie par la petite porte basse des prjugs1 s'y enferme1 s'y rtrcit le cur et la pense1 tous les jours davantage1 et devient finalement sourde et aveugle l'vidence mme6 ,heureusement qu'ici l'excs mme du mal est quelquefois un bien4 ,l'esprit de parti a si bien rempli ce temps de scandales1 a si bien strilis les plus honntes et les plus courageux efforts1 que son crdit est en baisse4 ,je vois venir une jeunesse qui1 pour mieux se garer de lui1 semble avoir pris pour devise3 ,l'esprit de parti voil l'ennemi6 ,,vii ,,comment ,,on ,,se ,,porte ,,et ,,comment ,,on ,s',,amuse ,il y a eu de longues priodes dans l'histoire o les hommes dveloppaient leur vigueur physique au dtriment de toutes les autres aptitudes1 et vivaient comme s'ils n'avaient pas d'esprit4 ,puis sont venus des temps o ils vivaient comme s'ils n'avaient pas de corps4 ,sous un certain rapport on pourrait dire que notre temps s'est parfois comport comme si nous n'avions ni l'un ni l'autre4 ,en effet1 la science matrialiste qui nie l'esprit a prtendu fermer pour jamais une foule de sources o l'me se retrempe et se fortifie1 et d'autre part nous avons galement1 pendant longtemps1 nglig l'ducation physique4 ,le savoir est le tout de l'homme4 ,pour l'acqurir1 il convient de sacrifier le reste4 ,nous avons produit ainsi des phnomnes d'hypertrophie crbrale1 des cerveaux1 des paquets de nerfs4 ,d'autre part la civilisation actuelle1 avec sa hte enfivre1 la multitude de sensations qu'elle nous communique et d'motions qu'elle excite continuellement1 le raffinement de jouissance qu'elle procure1 a exerc sur notre systme nerveux une action fatale4 ,la vie1 telle qu'elle est faite maintenant1 exaspre la sensibilit1 tend les nerfs outrance1 brise l'nergie et dtruit le sang4 ,notre nourriture elle-mme contribue entretenir cette action4 ,on recherche par-dessus tout les viandes et les liqueurs fortes4 ,par une de ces contradictions1 si nombreuses en ce temps qu'on ne pourra jamais les signaler toutes1 notre ge de conqutes sur la nature et de sciences naturelles a loign l'homme de la nature4 ,la vie artificielle s'est dveloppe4 ,tous les moyens de transport et de circulation ont servi surtout prcipiter vers les grands centres urbains la vie rpandue sur de vastes territoires4 ,les grandes villes ont absorb le plus pur de l'intelligence et de l'nergie des nations4 ,notre pays est rentr dans cette voie de la centralisation outrance avec une rare imptuosit4 ,un tat de plthore1 d'apoplexie1 s'est peu peu dclar dans les grands centres4 ,la montagne1 la fort1 les champs se sont dpeupls au contraire4 ,une portion d'hommes toujours plus nombreuse a consomm le divorce le plus funeste qui puisse s'accomplir jamais1 le divorce de l'homme avec la nature1 avec la terre4 ,or1 quel est le cadre ordinaire de l'existence de notre jeunesse studieuse1 quelle que soit d'ailleurs son origine premire8 ,c'est presque toujours le milieu factice et nervant des grandes villes4 ,la nature y disparat bien loin horizon par del les pavs1 les chemines et les murs4 ,il est impossible1 avec la meilleure volont1 que dans un pareil milieu la sant physique ne souffre pas4 ,chacun sait que la grande ville est une mangeuse d'enfants4 ,elle fait en gnral une consommation effrayante de vies et de forces et se dpeuplerait rapidement1 livre elle-mme4 ,aucun milieu hyginique ne pourrait tre plus dplorable pour la jeunesse4 ,tout y est sdentaire1 le plaisir comme l'tude1 et en mme temps excessif4 ,le double surmenage des distractions malsaines et du travail exagr y a vite raison des plus robustes sants4 ,l'existence en chambre1 les longues veilles1 le mauvais air1 tout l'ensemble de cette vie noctambule soumettent l'tre physique des tours de force que tt ou tard l'on paie4 ,mais le plus triste rsultat de la vie artificielle1 si ruineuse pour le cerveau et le systme nerveux1 a t de supprimer presque totalement la seule chose capable de nous rendre l'quilibre perdu1 savoir l'exercice physique1 le travail manuel4 ,pendant des annes1 ces deux choses sont alles diminuant4 ,une sorte de mpris stupide s'y attachait4 ,les exercices du corps1 comme certains sports excellents1 ont recommenc trouver grce1 ces derniers temps2 le travail manuel1 surtout le travail de la terre1 le plus sain de tous et le plus normal1 sont toujours en discrdit4 ,la jeunesse moissonne aujourd'hui ce que ses ans ont sem4 ,chaque gnration nouvelle montre des signes plus frappants d'nervement4 ,et dj des voix nombreuses se sont leves pour crier au danger6 ,on commence les couter4 ,mais il est dur de remonter les pentes4 ,comment lutter la fois contre les hrdits1 les gots1 les obstacles du milieu8 ,le mal saute aux yeux1 mais le remde est moins vident4 ,en somme1 notre jeunesse souffre1 dans son ensemble1 des suites de la vie factice et anormale4 ,il devient mme commun maintenant de trouver des jeunes gens qui ont de l'existence une impression pnible et qui tiennent mdiocrement la vie1 tout en ne se souciant d'ailleurs ni de souffrir ni de mourir4 ,et je ne veux pas parler ici de ces blass qui ont puis la gamme des jouissances1 comme d'autres celle des motions ou des conceptions intellectuelles1 et en sont sortis sceptiques en plaisir1 comme ceux-l le sont en philosophie4 ,je pense ces sensibles1 ces hyperesthsis1 pour qui le rythme mme de la vie nerveuse est devenu douloureux1 et ne ressemble pas plus l'tat normal1 que ne ressemble au son calme et ample d'une belle cloche1 le bruit irritant d'un timbre lectrique4 ,dans ces conditions la gat et la joie1 ces trsors sacrs de la jeunesse1 ne peuvent que ptir4 ,on arrive insensiblement tre inamusable4 ,la cause en est d'ailleurs aussi au genre de plaisirs choisis4 ,presque tous nos amusements excitent les nerfs au lieu de les calmer4 ,s'amuser c'est s'agiter4 ,la joie laquelle on se hausse ainsi est factice et trs fatigante4 ,au lieu de vous amener goter ce que la vie a de bon et de vous verser cette douce ivresse qui fait que la jeunesse saine et robuste entend tinter l'azur et chanter les toiles1 elle vous prdispose plutt1 par ses ractions forces1 sentir ce qu'il y a d'amer au fond du calice4 ,oh1 je sais bien qu'on s'amuse encore et l1 et je m'en flicite6 ,on s'amusera toujours tant qu'il y aura du soleil1 des fleurs et de braves jeunes compagnons au cur non fltri4 ,mais en grand1 la joie a diminu et j'ai les oreilles pleines du refrain3 ,on ne sait plus s'amuser4 ,il est grand temps qu'on se proccupe srieusement de ces symptmes4 ,a mon avis1 la sant et la joie sont aussi ncessaires cultiver dans la vie que n'importe quelle connaissance et quelle qualit4 ,mais je reviendrai ce sujet4 ,hlas6 comment m'empcher de penser que pour plusieurs le mal est incurable4 ,qu'il me soit permis au moins de donner une vraie larme tant de pauvres vies jeunes et perdues1 victimes d'anomalies psychologiques1 fanes avant l'ge1 cette jeunesse prdestine tomber de l'arbre de vie1 comme se dtachent les fruits maladifs4 ,triste moisson de tant de semailles d'erreurs et de vices6 ,ceux-l sont plaindre4 ,ils paient des dettes qu'ils n'ont pas contractes4 ,on peut les appeler les enfants de douleur du sicle4 ,mais malheur nous1 si la piti qu'ils nous inspirent n'veille pas en mme temps dans nos curs la haine de tout ce qui a caus leur martyre6 ,,viii ,,la ,,jeunesse ,,populaire ,la vie populaire est une des bonnes choses qu'on ne connat pas4 ,ce qui en parat au grand jour ne renseigne que peu ou mal sur le fond4 ,et cependant elle aurait besoin d'tre largement connue1 cause du bien qui est en elle et des maux dont elle souffre4 ,l'un et l'autre ont leur reflet dans la jeunesse populaire4 ,son sort est essentiellement diffrent de celui de la jeunesse studieuse4 ,elle n'a ni le loisir ni la culture ncessaires pour se renseigner dans le domaine des ides et des thories4 ,le souci du pain1 les dures exigences du travail l'arrachent constamment elle-mme et ne lui permettent pas de s'couter1 de s'ausculter4 ,l'analyse des ides et des impressions lui est inconnue4 ,aprs les courtes annes d'cole primaire1 son cole c'est l'atelier1 l'usine1 le bureau ou les champs1 et puis surtout c'est l'exemple d'en haut et la presse bon march4 ,malgr l'ge tendre o l'cole possde l'enfant du peuple et les adieux trop prcoces1 il est impossible d'exagrer l'influence de cette institution4 ,par sa base large1 le nombre d'individus auxquels elle s'adresse1 elle est une grande puissance4 ,le souci que notre poque a apport l'cole populaire sera un de ses mrites aux yeux de la postrit4 ,l'cole primaire est par excellence l'instrument de l'ducation nationale4 ,je compte y revenir dans la suite de ce livre4 ,pour le moment1 je me contente de la signaler comme un des facteurs qui influent sur la jeunesse populaire et ses ides4 ,chacun connat la tnacit des impressions d'enfance4 ,elles sont encore plus durables chez le peuple que dans la classe cultive o les lectures1 les coles successives1 des influences varies1 viennent les contrarier et quelquefois les effacer4 ,une autre part d'influence revient ici aux glises4 ,une fraction considrable de la jeunesse chappe1 il est vrai1 cette direction1 surtout dans les grands centres4 ,mais l'influence religieuse n'en reste pas moins incontestable sur un grand nombre4 ,combien dure-t-elle8 ,dans quelle mesure est-elle entrave par l'indiffrence1 supprime par l'antipathie1 cela est difficile tablir nettement4 ,mais si1 dans sa masse1 le peuple n'chappe pas au contact religieux1 il ne faudrait pas en conclure qu'il soit religieux4 ,il l'est infiniment moins qu'autrefois4 ,certaines recrudescences de pratiques extrieures1 encourages et provoques dans un but souvent tranger la religion1 ne doivent pas nous faire illusion sur ce sujet4 ,le peuple a conu de la mfiance l'endroit de la religion1 dont le caractre miraculeux l'loigne1 et qui il attribue des arrire-penses politiques et sociales4 ,vaguement ou distinctement1 beaucoup se demandent si l'glise n'est pas du ct des puissants de la terre et des bourgeois fortuns1 contre les petits8 ,que le soi-disant mouvement de conversion ait commenc1 dans la socit contemporaine1 par l'aristocratie et soit descendu de l la bourgeoisie pour essayer de gagner le peuple1 c'est un indice grave4 ,quoi qu'il en soit1 l'orientation pratique de la jeunesse populaire commence trs tt4 ,elle se fait pendant ces annes d'apprentissage qui sont l'universit populaire4 ,la diffrence ici est grande entre les facults4 ,ce n'est pas la mme chose d'tre l'atelier1 dans les bureaux ou aux champs4 ,les annes d'apprentissage d'un jeune ouvrier d'industrie sont en gnral des annes trs dures4 ,qu'est l'enfant1 cet ge1 pour tre livr tout seul cet ensemble formidable d'hommes et de machines que nous prsente la grande industrie8 ,il est si petit1 si faible1 et les forces1 les influences personnelles1 les intrts matriels qui l'environnent1 sont si grands6 ,dans cette salle d'usine o les mtiers tournent avec un bruit assourdissant1 o l'attention la plus absorbante est ncessaire pour viter des accidents1 o toute l'intelligence est concentre sur l'excution de trois ou quatre mouvements1 l'enfant se sent insensiblement devenir un rouage parmi les autres4 ,il se mcanise1 car la machine ne peut s'humaniser4 ,et lorsqu'il est admis contempler cette machine o aboutissent les cbles et les arbres de couche qui font tourner les mtiers sous ses yeux1 cette prcieuse machine enferme dans un lieu particulier1 propre1 surveille1 soigne et surtout redoutable par sa force et les dangers qu'elle fait courir1 comme l'enfant se sent petit ct du monstre de fer qui mange du feu et souvent broie ceux qui le nourrissent6 ,comme il se sent nglig ct des mcaniques toujours reluisantes1 qui rien ne doit manquer et qui cotent si cher6 ,que vaut-il1 lui1 comparativement elles et aux richesses dont elles sont les instruments8 ,puis1 ce sont les rencontres avec les grands1 les coudoiements brusques1 les ordres brefs1 la brutalit des conversations o il y a de tout1 bien et mal1 renseignements concis et impitoyables sur les hommes et les choses1 qui font travailler les jeunes ttes et dont le ple-mle forc est si difficile coordonner dans un jugement de jeune homme4 ,la forme de notre industrie moderne1 son dveloppement1 les ateliers et les usines colossales1 les grandes socits anonymes1 l'loignement progressif des patrons et des ouvriers1 autrefois collaborateurs1 tout cela contribue rendre la situation de cette jeunesse des ateliers aussi difficile qu'intressante4 99 99 99 99 99 ,la jeunesse des bureaux a la vie moins dure1 ,elle sort du peuple et appartient par ses fonctions cette classe toujours grossissante d'intermdiaires entre l'ide et l'excution matrielle1 le capital et la main-d'uvre1 le patronat et le proltariat1 que la forme de notre socit a rendue ncessaire4 ,comme tous les intermdiaires1 ceux-ci participent des qualits et des dfauts d'en haut et d'en bas4 ,le plus grave inconvnient pour les jeunes employs est leur existence sdentaire1 presque cellulaire1 circonscrite une chaise et un coin de table1 et la nature limite de leur travail4 ,les fonctions sont tel point divises que chacun en est rduit une besogne spciale1 et tourne comme un cheval en mange4 ,cela tue l'esprit4 ,le corps ne s'en porte pas mieux4 99 99 99 99 99 ,sous les deux rapports1 le jeune ouvrier des champs est mieux partag4 ,ses travaux changent avec les saisons3 il est prs de la nature et1 quoique livr aux occupations manuelles1 il exerce davantage sa rflexion1 par le spectacle qu'il a sous les yeux1 par l'attention toujours nouvelle qu'il est oblig d'apporter ses occupations changeantes4 ,alors que le travail artistique a presque partout disparu de l'industrie sous la terrible pression de la concurrence conomique1 et que les artisans les plus habiles en sont rduits devenir peu peu des machines1 le jeune laboureur est rest dans des conditions plus normales4 ,il collabore avec la vie gnrale1 met sa main dans le grand ensemble de la cration et1 de plus1 est entour de choses qui chappent au calcul et la prvision des hommes4 ,bien qu'il soit1 lui aussi1 troitement serr dans les mailles du filet conomique1 il ne voit pas partout ce fatal chiffre qui mesure si misrablement les hommes et leur travail4 ,son champ vaut tant sans doute1 prix d'achat ou de vente1 mais il vaut encore bien plus pour lui4 ,il y trouve le plaisir de voir verdir et mrir la moisson1 le souvenir du pre qui a cultiv et soign la mme terre1 une masse de choses enfin qui donnent souvent tant de valeur aux plus petits riens4 ,puis il n'est pas perdu dans la foule1 il est quelqu'un et non un numro1 comme le jeune apprenti des grandes usines et mme le jeune employ4 ,mais d'autre part il subit de loin l'influence croissante1 la fascination de la grande ville4 ,c'est l son danger1 car il risque d'y perdre ce qui le soutient1 l'amour de la terre1 sentiment puissant et profond1 source d'nergie et de vertu4 ,c'est ici le lieu de runir quelques considrations d'ensemble sur le bagage intellectuel et moral de la jeunesse populaire en gnral et sur sa conception de la vie1 telle qu'elle nous apparat dans la gnration actuelle4 ,les masses populaires1 n'importe o on les tudie1 sont profondment atteintes par le courant raliste4 ,les deux ou trois points fondamentaux qui ont constitu pendant des sicles la base rudimentaire de la religion et de la morale sont branls chez les uns1 ruins chez les autres4 ,dieu1 l'me1 la survie1 la libert humaine et la responsabilit444 ceux qui ont gard ces principes les possdent un degr affaibli4 ,parmi ceux qui y restent attachs et le tmoignent par des pratiques extrieures1 quand on a fait la part de la routine ou de l'intrt1 il reste un bien faible contingent pour les fortes convictions4 ,du grand mouvement scientifique de ce temps1 il est rest au peuple un bien-tre matriel plus grand1 de plus larges besoins et la conviction qu'il ne faut compter que sur ce qu'on voit et touche4 ,en gnral la jeunesse entre dix-sept et vingt-cinq ans se distingue par le dveloppement des apptits et la diminution des aspirations4 ,c'est une chose triste dire1 mais plus j'ai parcouru ce monde particulier1 plus je me suis convaincu du vide immense qui s'est peu peu creus dans l'me populaire4 ,il y a des jours o ce qu'on entend et ce qu'on voit vous amne presque conclure qu'il n'y a plus rien4 ,une demi-douzaine de formules ngatives1 rsultat condens des ngations accumules1 servent occuper la catgorie du mystre et de l'infini4 ,la morale fait pendant cette philosophie2 elle est utilitaire1 en thorie4 ,comment pourrait-elle ne pas l'tre8 ,ceux qui donnent le ton dans la socit1 en montrent-ils une autre dans leurs actes8 ,le peuple n'a-t-il pas journellement sous les yeux le spectacle de cette morale du succs qui est une de nos hontes8 ,ne voit-il pas absoudre1 mme par ceux qui font profession de morale et de religion1 les hommes et les causes qui russissent8 ,comme si le bien tait ce qui triomphe1 le mal ce qui succombe6 ,ne constate-t-il pas1 chaque fois qu'il ouvre les yeux1 que presque partout l'argent malpropre1 quand il y en a beaucoup1 est plus honor que l'argent honnte1 quand il y en a peu8 ,cela seul suffirait pour lui faire concevoir des doutes l'endroit de la religion et de la morale qu'on s'efforce de lui enseigner4 ,il vous laisse vos avis et vos principes et vous emprunte vos vices4 ,il est tent de prendre les premiers pour une invention des gens malins l'usage des gens simples4 ,la morale qui compte n'est pas celle qu'on enseigne1 c'est celle qu'on pratique4 ,le peuple se rend compte de cela1 et il se fait dans sa conscience de vritables effondrements1 chaque fois que ceux sur qui il a l'il ouvert lui font comprendre par leurs actes qu'au fond ils ne croient plus rien4 ,car1 il ne faut pas s'y tromper1 il y a toujours des classes dirigeantes4 ,on a beaucoup parl de notre temps de leur disparition4 ,on nous les a montres s'teignant faute de descendants1 glissant de leur rang par leur propre faute ou sous la pression de l'esprit galitaire4 ,il y a du vrai dans tout cela4 ,mais il est tout aussi vrai que ce qui faisait le prilleux privilge des anciennes classes dirigeantes1 savoir l'ascendant moral et l'exemple autoris1 ne peut pas disparatre4 ,le mot d'ordre est une ncessit sociale si urgente qu'on le prend toujours quelque part1 et il vient forcment des minorits lettres et aises4 ,on regarde ceux qui sont en vue par le savoir ou la fortune4 ,l'orientation du peuple diffre de celle des classes instruites en ce qu'elle s'attache plus nergiquement aux hommes qu'aux ides1 aux actes et aux faits qu'aux paroles4 ,les nuances et les distinctions lui chappent4 ,il accorde difficilement son attention2 mais une fois qu'il l'accorde1 c'est srieusement1 et il se renseigne alors en bloc et porte des jugements sommaires malaiss rformer4 ,cet tat de choses est encore plus facile remarquer dans la jeunesse populaire qu'ailleurs4 ,et pourtant1 malgr cela1 l'utilitarisme dont je parlais n'est pas son aise dans ce milieu4 ,cette morale reoit tous les jours1 dans la vie mme de ceux qui la professent1 les plus catgoriques dmentis4 ,dans le peuple1 plus qu'ailleurs1 sous l'imprieuse ncessit de l'existence1 la pression de la souffrance ou des malheurs communs1 l'humanit se rveille1 et il s'accomplit sans cesse des actes touchants de solidarit et de fraternit4 ,malheureusement ils se remarquent peu la surface4 ,pour les trouver1 il faut vivre de la mme vie4 ,le mal au contraire s'tale et se voit de loin4 ,je me suis beaucoup appliqu remarquer dans le monde de la jeunesse populaire deux points qui permettent de tirer bien des conclusions1 savoir la faon de se comporter vis--vis des parents gs et vis--vis de la femme4 ,j'ai le regret de dire que les exemples de cynisme en actes et en paroles1 de dpravation des murs1 de mpris de la femme abondent4 ,quant l'irrespect1 l'ingratitude vis--vis des vieux parents1 mme quand la misre ne vient pas en attnuer la gravit1 ils sont si frquents qu' certains moments obscurs on se dirait en pleine dcomposition morale4 ,et ici1 propos de ces deux respects1 de la femme et des parents1 il convient de signaler la diminution du respect en gnral4 ,le respect qu'un tre est capable de ressentir1 grandit ou diminue avec l'ide qu'il se fait de sa dignit4 ,plus l'homme vaut ses propres yeux1 plus il s'incline volontiers devant les hommes ou les institutions qui personnifient la nature humaine et la socit4 ,quand l'homme a perdu la foi en son caractre suprieur1 sa valeur d'tre moral1 d'me en un mot1 la base du respect lui manque4 ,plus rien ne lui parat vnrable4 ,le nant intrieur qui s'est fait en lui1 ronge le monde entier4 ,nous sommes l en prsence d'un fait grave4 ,d'aucuns accusent l'esprit moderne lui-mme d'avoir dtruit le respect par sa tendance galitaire4 ,examinons cela1 car il vaut la peine d'tre fix ce sujet4 ,nul temps n'a dtruit plus de grandeurs d'apparat et de convention1 nul temps n'a sond plus cruellement le vide des nullits brillantes4 ,il n'a voulu accorder son respect qu' bon escient4 ,et quiconque est touch par l'esprit moderne1 ft-il empereur ou pape1 et ,dieu merci6 ces choses arrivent1 vous apparat au fond convaincu de ceci3 ,plus rien n'est grand que ce qui est vrai4 ,et ces hommes1 au centre de puissantes situations traditionnelles1 cherchent plutt se recommander par la justice1 la sollicitude pour les petits1 tout ce qui nous rappelle qu'ils sont hommes comme nous1 que par l'affirmation d'une autorit absolue4 ,ils se rclament du titre de serviteurs plutt que de celui de matres1 titre dont s'honorent les chefs de nos dmocraties4 ,un autre les avait devancs en ceci4 ,cet autre est le ,christ4 ,c'est lui en somme que remonte la nouvelle conception de l'autorit4 ,quel mal y a-t-il cela8 ,est-ce ainsi qu'on diminue le respect8 ,je dis au contraire qu'un esprit pareil est ce qu'il y a de plus grand1 et de plus auguste au monde1 puisqu'il nous enseigne ne rien craindre1 ne rien respecter au-dessus de la loi sainte et immortelle qui domine toutes les ttes1 et chercher la grandeur dans notre valeur intrieure et dans cette disposition secourable qui fait que le plus grand1 force de respecter la vie1 en devient le plus humble serviteur4 ,mais cet esprit1 comme toutes les belles choses1 a sa caricature1 et cette caricature est l'esprit de dnigrement4 ,celui-ci ne consiste pas n'accorder son respect qu' bon escient1 et ne proclamer grand que ce qui l'est en vrit2 il consiste ne rien respecter du tout1 et surtout il se plat avilir et traner dans la boue tout ce qui est vnrable et saint4 ,il ne veut pas dmasquer les grandeurs d'emprunt et rechercher la vraie1 afin de s'incliner devant elle2 non1 toute grandeur1 toute supriorit l'irrite6 ,il est dmolisseur1 insulteur1 profanateur par essence4 ,il a transform l'absence de crainte humaine et le mpris des grandeurs factices1 cette disposition royale des mes fortes1 en l'absence de pit1 cet tat d'me de la canaille4 ,l'autre esprit conduit l'affranchissement1 celui-ci aux pires servitudes4 ,l'homme qui ne respecte plus rien1 retombe au rgime de la contrainte et de la force brutale4 ,d'o vient le souffle irrespectueux qui trouble si fort la jeunesse8 ,il vient des exemples dltres partis de plus haut4 ,il vient encore des ducateurs rebours1 des prophtes de nant et de boue1 grands et petits1 dont les doctrines se sont rpandues par mille fissures jusqu'au cur des masses4 ,il vient des exploiteurs de scandale et des calomniateurs de profession qui se sont appliqus avec persvrance faire entrevoir un voleur1 un assassin ou au moins un hypocrite derrire toute personnalit mise en relief par ses fonctions ou son talent4 ,quelque chose est plus dangereux auprs du peuple que de dmolir les principes et de tirer en ridicule les choses saintes et respectables1 ou de souiller les imaginations par des rcits impurs1 c'est de dtruire la foi l'honntet1 au dsintressement1 toute vertu4 ,et sous ce rapport1 un travail norme de dsagrgation s'est accompli4 ,l'influence personnelle a t grossie jusqu' des proportions illimites par la propagande de la presse au rabais4 ,pas n'est besoin de lire un mauvais livre ou d'tre renseign par le dtail2 un article de journal1 une ligne de feuilleton1 une mchante caricature suffisent pour veiller un ordre d'ides et faire franchir le seuil d'un monde4 ,il y a dans la nature humaine certaines tendances infrieures qui vont au-devant des mauvais conseils4 ,on peut toujours compter sur elles quand on veut dsorganiser et battre monnaie en mme temps4 ,mais ce n'est pas tout4 ,lorsque le respect s'en va1 la confiance disparat aussi4 ,le peuple1 aujourd'hui1 et la jeunesse populaire se mfient de tout et de tous1 mme de ces ducateurs de rencontre qui leur ont sophistiqu l'esprit4 ,il fut un temps peu loign o tout ce qui est imprim1 affiche1 proclamation1 journal1 tait lu et admis comme parole d'vangile4 ,nous avons tous besoin de confiance1 et ceux qui ont le moins de lumires1 plus que les autres4 ,on peut tout faire1 pour le bien1 de cette bonne disposition1 qui en somme n'est qu'une des formes de la foi l'humanit et la vrit1 et un des symptmes de la droiture4 ,mais la confiance meurt de l'abus4 ,le peuple a t si souvent tromp que la parole et la chose imprime ne valent plus rien pour un grand nombre4 ,c'est du scepticisme aussi1 et sous une des pires formes4 ,la jeunesse a hrit de ce scepticisme4 ,une chane prcieuse1 entre ceux qui doivent renseigner et diriger et ceux qui ont besoin de l'tre1 est ainsi rompue1 et la masse de la jeunesse populaire s'en va1 livre elle-mme1 n'ayant plus1 pour s'orienter1 ni la foi aux principes ni la confiance humaine4 ,une des consquences de cet tat d'esprit est le manque de cohsion qui se remarque mme sur le terrain des plus srieux intrts4 ,ainsi1 il et sembl naturel de voir la jeunesse populaire1 celle des villes surtout1 s'intresser en masse aux questions sociales4 ,c'est plutt le contraire qui se prsente4 ,le gros nombre ne bouge pas4 ,une minorit seulement se passionne1 et il est rare que celle-ci s'lve au-dessus des affaires de parti ou des questions purement matrielles4 ,il n'y a gure qu'une faible lite pour comprendre que la discipline1 l'esprit de corps et de sacrifice sont des bases morales indispensables tout progrs mme conomique4--,l'ducation sociale de la jeunesse populaire en est ses rudiments4 ,de ce ct1 notre jeunesse instruite trouvera1 si le cur et la bonne volont ne lui font pas dfaut1 d'importants services rendre4 99 99 99 99 99 ,le grand point noir l'horizon est l'alcoolisme4 ,sans doute son influence se fait sentir dans toutes les classes de la socit2 mais c'est surtout un flau populaire4 ,flau rcent1 devenu sensible depuis trente ou quarante ans4 ,l'alcoolisme est un parvenu de la dernire heure et un parvenu cosmopolite4 ,on ne peut en effet lui attribuer de patrie4 ,il s'acclimate un peu partout4 ,depuis que1 par l'hrdit1 il a pntr dans le sang et la moelle du peuple et qu'il s'est rpandu la campagne comme la ville1 il a commenc effrayer d'abord les mdecins et les hommes de loi1 et peu peu tous ceux qui rflchissent4 ,a l'heure actuelle1 il monte et prend les proportions d'un danger universel4 ,la race est atteinte dans ses uvres vives4 ,les hpitaux1 les maisons de sant1 les prisons rendent tous les jours tmoignage ses progrs4 ,dans certaines contres on ne compte plus les alcooliss1 mais ceux qui ne le sont pas4 ,ajoutez cela que ce que l'on boit maintenant diffre infiniment de ce que l'on buvait autrefois4 ,ce n'est pas seulement dans le domaine des ides que notre temps a connu la fraude4 ,ses vivres sont empoisonns comme sa nourriture intellectuelle et morale4 ,ce qu'il absorbe surtout ce sont des boissons bon march frelates avec des eaux-de-vie de betterave et de pommes de terre dont les gros industriels de certains pays inondent le globe4 ,on peut bien dire qu'il boit sa mort et celle de ses enfants4 ,il empoisonne l'avenir et prdestine les gnrations futures au rachitisme1 la folie1 au crime4 ,on ne calculera jamais les consquences de l'alcoolisme3 conomiques1 hyginiques1 morales1 politiques1 sociales4 ,dans les neuf diximes des ruines1 des maladies1 des accidents1 des crimes1 dans beaucoup d'emportements d'opinions1 de dsordres populaires1 on peut bien dire3 cherchez l'alcool6 ,l'alcoolisme ravage la jeunesse populaire d'une faon effrayante4 ,il n'y a presque plus de distraction laquelle il ne se mle4 ,il vient troubler et tuer la joie saine1 gter les efforts de l'ducation physique1 neutraliser les bons effets des runions o l'on veut entretenir la sociabilit et chercher le dlassement4 ,toute assemble1 toute excursion1 quel qu'en soit le but1 risque de se terminer en beuverie4 ,les murs deviennent grossires et le langage brutal ainsi que les chants4 ,jadis la grande ville comptait1 pour se refaire1 sur le flot de sang pur venu des champs et de la montagne4 ,ces rserves elles-mmes sont atteintes4 ,il y a dans nos ,vosges1 pour ne citer qu'elles1 des valles recules o l'eau de source coule flots1 o l'air est pur1 o de mmoire d'homme n'a rgn aucune pidmie4 ,mais l'alcoolisme y rgne en matre4 ,le nombre d'enfants rachitiques augmente sans cesse4 ,le dsordre est dans les murs1 les bourses1 les mnages4 ,le fruit de la vie et du travail s'en va en fume4 ,l'alcool est plus terrible que la peste1 la guerre ou n'importe quel flau naturel4 ,on peut rparer les dsastres extrieurs1 on peut mme rparer les ruines dans le monde des ides4 ,mais comment remdier un mal qui dvore le sang1 le cerveau1 le systme nerveux et dtruit la base mme de la vie8 ,parfois1 en regardant notre civilisation1 plusieurs se sont demand ce qui pourrait la menacer4 ,elle ne peut pas succomber en effet comme celle de l'antiquit sous une invasion de barbares4 ,ses ennemis cependant ne sont pas loin4 ,ils n'accourront pas du bout de l'horizon comme les ,huns ou les ,vandales4 ,ils sont dans notre sein1 et l'alcool en est un des plus terribles4 ,qu'esprer pour demain d'une jeunesse qui s'alcoolise8 ,une dmocratie repose sur le bon sens public1 sur la sagesse et l'nergie des citoyens1 sur l'esprit d'ordre1 de travail1 d'conomie4 ,pour tous ces biens on peut tout redouter1 tant que progressent l'absinthe et l'eau-de-vie4 ,nos barbares nous1 les voil6 99 99 99 99 99 ,vous me direz maintenant que j'ai mal commenc un chapitre si sombre en disant que la vie populaire tait une des bonnes choses trop peu connues4 ,je tiens justifier mon dire4 ,ce que je viens de signaler1 ce sont les verrues1 les excroissances1 les maladies qui dparent et rongent la vie populaire4 ,oui1 il est malheureusement vrai que dans le peuple sain et robuste quelque chose a flchi4 ,les meilleurs s'en rendent compte et le disent autour de la table de famille1 ou vous le confient dans l'intimit1 quand la conversation tombe sur ces graves sujets4 ,mais malgr tout1 la vie du peuple demeure la grande source d'nergie1 de courage1 d'esprit de sacrifice1 d'o vient sans cesse la socit un renouveau de force4 ,ce qui sauve le peuple du nant1 c'est la vie dure1 le travail1 la peine mme4 ,son existence pratique entretient en lui le bon sens4 ,quand on se donne la peine d'y regarder de prs1 on est tous les jours tmoin de miracles de patience et de fermet4 ,les femmes surtout sont admirables4 ,il y en a qui portent des fardeaux surhumains avec un courage simple qui ferait honte aux hommes les plus endurcis la souffrance4 ,certaines mres associent leurs devoirs de mnage avec des travaux d'ailleurs peu rmunrateurs et n'ont tout le long de l'anne d'autre rpit qu'un peu de sommeil4 ,presque jamais une distraction4 ,une sortie1 si petite qu'elle soit1 est un vnement4 ,quand la maladie ou un vice du mari vient compliquer l'existence1 on peut se figurer ce qu'elle devient4 ,en vrit que sont les charges des gens aiss comparativement celles-l6 ,quelle vie6 ,comparez-y les murs frivoles1 la morale o tout est superficiel et facile1 non pas seulement des gens oisifs1 mais des hommes de pense lgre1 qui prennent leur vie pour une promenade travers les choses6 ,comparez-y mme la vie repose et satisfaite du bourgeois rang4 ,quel jugement que cette comparaison6 ,il y a telles faons d'tre et de penser qui fondent comme beurre au soleil au contact de la vie populaire avec son austre ralit4 ,le milieu populaire est pour la jeunesse une leon de choses perptuelle1 trs leve4 ,bon gr mal gr1 ceux qui ont un peu de cur y deviennent srieux4 ,et c'est prcisment parce que la vie du peuple contient ces prcieux lments qu'il faudrait la garantir et la sauvegarder4 ,c'est un trsor1 ne l'oublions pas6 ,nous en rapprocher serait un des meilleurs moyens de lutter contre ce monde factice qui nous treint et nous tue4 ,il faut fraterniser avec la jeunesse populaire1 pour son bien et pour le ntre4 ,,ix ,,la ,,jeunesse ,r,,actionnaire ,en face des difficults trs relles que nous traversons dans les choses de l'esprit et que des phnomnes analogues dans les domaines multiples de la vie pratique rendent plus poignantes encore1 les dtracteurs de l'esprit moderne crient au naufrage et conseillent les ractions4 ,car l'esprit moderne a ses dtracteurs acharns qui considrent la crise actuelle comme la condamnation de toute une srie de sicles4 ,ils accusent la fois la science1 la libert civile et religieuse1 tous les mouvements indpendants de l'humanit1 dans l'ide comme dans le fait1 et n'esprent de salut que dans un retour pur et simple au pass4 ,les hommes qui partagent ce point de vue groupent autour d'eux une partie de la jeunesse et1 avec une grande nergie et un dvouement admirable chez quelques-uns1 ils essaient de la dtacher du prsent1 de ses aspirations1 pour l'engager s'inspirer dans le pass et le faire revivre4 ,c'est une entreprise titanesque1 quand on envisage la somme des efforts ncessaires et l'tendue du but4 ,car voici de quoi il s'agit3 ,considrer tout le dveloppement moderne tel qu'il est sorti de la ,renaissance1 de la ,rforme1 de la ,rvolution et de la ,science1 comme une erreur colossale1 ,effacer cette erreur de l'histoire1 avec toutes ses consquences1 et ramener la socit au statu quo ante4 ,rien de ce qui est humain ne doit nous tre tranger4 ,une raction est une chose humaine1 lgitime parfois et utile1 condition qu'elle soit maintenue dans ses limites qui ne sont autres que le droit commun4 ,je dclare donc que je n'ai aucune antipathie prconue contre le mouvement dont je parle4 ,le bien n'est jamais afferm en monopole une seule tendance de l'esprit2 il est rpandu un peu partout4 ,et le bien qu'il y a dans les ractions1 c'est de nous donner rflchir4 ,en gnral ce qui n'a plus aucune raison d'tre1 meurt4 ,lorsque beaucoup d'esprits1 parmi lesquels des hommes d'une grande valeur morale1 s'entendent pour une certaine direction prendre1 il y a1 dans l'tat de choses o ils vivent1 des motifs profonds qui dterminent cette coalition4 ,que d'autres viennent mler l'entreprise des arrire-penses de domination ou d'intrt matriel1 cela ne doit pas nous empcher de reconnatre la sincrit des premiers4 ,pour trouver la vrit1 il faut rester juste4 ,je trouve donc naturel qu'aux poques de crise caractrises par une incessante inquitude1 nous soyons hants par ce grand pass o l'humanit semblait avoir trouv son verbe qu'elle remettait comme un viatique tous ses enfants2 o la pense comme la vie venaient se couler d'elles-mmes dans les formes stables d'un moule d'airain4 ,tant de solidit et de paix dans la scurit1 tente des gnrations qui sont1 comme la ntre1 aux prises avec tous les vents et tous les flots4 ,je conois les lassitudes mortelles qui jettent les penseurs aux abois dans les bras d'un dogme immuable4 ,je conois mieux encore les regrets et les indignations qui saisissent les hommes de foi attachs aux saintes traditions1 aux esprances1 aux consolations1 l'adoration que la religion rsume1 lorsqu'ils voient toutes ces choses traites de vieux rebut et foules sous des pieds stupides ou profanes4 ,et ces regrets je les concevrais encore en face des ngations1 mme respectueuses1 d'une science matrialiste4 ,au fond il y a l de grands trsors dfendre et sauvegarder4 ,il faudrait se mettre de propos dlibr en dehors des faits1 en dehors de l'humanit et de tous ses intrts1 pour le mconnatre4 ,la grosse affaire est de savoir si l'entreprise ne dpasse pas le but et les forces humaines4 ,je crois pour ma part qu'elle dpasse le but et par consquent se nuit elle-mme en niant les progrs et le bien sortis de l'esprit de tolrance1 de justice1 de science qui est l'esprit moderne2 qu'elle commet une grande injustice en confondant cet esprit avec l'athisme1 le ralisme et le dsordre4 ,d'autre part je suis persuad qu'aucune puissance humaine individuelle ou collective ne peut ressusciter le pass tel quel4 ,c'est avec de grandes apprhensions pour elle-mme et l'avenir des ides qui lui sont chres1 que je vois une jeunesse nombreuse se laisser enrler dans une uvre qui consisterait supprimer quatre sicles de vie humaine et leur substituer un tat de choses disparu4 ,d'abord il faudrait nous empcher d'tre les fils de ce temps que nous voulons effacer4 ,son sang coule dans nos veines1 ses maux sont les ntres1 nous profitons de son bien4 ,c'est travers lui que nous nous rattachons au pass par la filire des successions4 ,nous ne pouvons pas descendre des aeux de nos aeux directement4 ,entre eux et nous1 il y a les gnrations intermdiaires dont nous portons les traces dans chaque fibre de notre corps et dans chaque parcelle de notre pense4 tre un homme du pass est aussi impossible que d'tre le fils de son arrire-grand-pre4 ,il nous est dj fort difficile de nous mettre tant soit peu la place des anctres afin de les comprendre et de les apprcier4 ,nous avons d'autres rgles de jugement1 d'autres moyens d'observation1 d'autres hrdits intellectuelles4 ,le monde pour nous1 en bien des points1 est autre que pour nos anciens4 ,mais revivre leur vie maintenant1 rentrer dans leurs cadres de murs1 d'ides1 d'imagination1 quivaudrait reconstituer1 avec ce qui nous en reste1 une faune disparue1 pour la faire vivre et l'acclimater parmi nous4 ,plus j'y pense1 plus il me parat vident que vivre dans le quatorzime sicle est aussi difficile un homme du ntre que de vivre dans le vingt-deuxime4 ,nous sommes l en prsence d'un ensemble trs complexe de problmes dont le moindre rclamerait1 pour sa solution1 des puissances plus qu'humaines4 ,mais il y a surtout un trs intressant et trs grave problme psychologique troitement li la gense des convictions et de la foi4 ,lorsqu'on dit la jeunesse actuelle3 ,le monde se perd depuis plusieurs sicles1 il faut retourner sur nos pas4 ,revenons au giron de l'glise1 seule dpositaire de la vrit1 de l'autorit spirituelle1 et par consquent aussi du pouvoir extrieur1 voici ce qu'on lui demande3 ,un effort de volont pour admettre en bloc la somme de saint ,thomas d',aquin4 ,c'est peut-tre dur1 dit-on1 mais que voulez-vous1 nous sommes si malades1 et cela seul peut nous gurir6 ,je nous suppose dcids suivre le conseil4 ,nous faisons un effort de volont pour croire en bloc2 nous avalons le remde malgr nos rpugnances4 ,cela suffit-il8 ,non4 ,cette foi que nous adoptons ainsi1 va rester inerte4 ,aucune certitude1 aucune vie n'en jaillira4 ,elle n'agira pas plus qu'une mdecine qui resterait dans l'estomac telle quelle1 sans tre assimile et digre4 ,si donc cet ensemble de doctrines qu'on nous prsente adopter1 doit servir1 il ne suffit pas de l'absorber1 il faut nous l'assimiler4 ,en pntrant dans un organisme intellectuel et moral comme le ntre1 le pass y subira une vraie digestion4 ,notre pense le traitera d'aprs ses mthodes1 ses lois intimes1 le soumettra l'exprience1 l'examen1 lui demandera en un mot de se justifier4 ,oh6 loin de nous l'ide d'exiger une foi dmontrable6 ,une ide pareille ne peut venir quiconque possde le moindre sens du mystre et de l'infini4 ,autant vaudrait demander une montagne de poche ou un ocan portatif4 ,mais si les ralits de la foi ne sont pas de celles que l'intellect mesure1 pse et aligne comme des quantits arithmtiques1 il faut du moins que celui qui veut les possder entre en communion avec elles4 ,la foi n'est pas comme une monnaie qu'on met dans sa bourse4 ,pour nous appartenir1 elle a besoin de renatre travers notre vie1 travers notre conscience1 et de se transformer en conviction personnelle4 ,autrement elle reste dans l'esprit l'tat de corps tranger4 ,il ne suffit pas de dire3 ,tout va mal4 ,si nous pouvions croire1 esprer1 adorer comme nos pres1 tout irait bien1 donc reprenons leurs croyances4 ,ce qu'il faut1 c'est d'tre convaincu comme ils l'taient1 et pour tre convaincu il faut avoir t gagn librement par des motifs de l'me et de la conscience2 il faut que la vrit ait trouv en nous un terrain pour y reposer4 ,en un mot1 la foi volontaire est un leurre4 ,on ne croit pas parce qu'on veut1 mais parce qu'on ne peut autrement4 ,la foi volontaire repose tout entire sur un effort de l'homme1 comme le monde de l'antique mythologie sur les paules d',atlas4 ,ce n'est pas l la foi qui sauve et vivifie et laquelle1 en somme1 nous demandons de nous porter nous-mmes4 ,celle-ci ne peut tre que le rsultat de l'exprience4 ,supposons un homme absolument dvou1 convaincu que le monde est perdu1 s'il ne rentre pas avec sa pense et sa conduite pratique dans le cadre serr des traditions autoritaires1 mais un homme dtach intrieurement de la vieille foi4 ,que cet homme convaincu de l'utilit pratique d'une foi qu'il respecte mais qu'il ne peut pas s'assimiler1 adopte cette foi pour la forme1 souffre mme pour la dfendre et finisse par mourir pour elle1 dans l'espoir que son sacrifice fera au moins croire d'autres ce qu'il n'a admis1 lui1 que d'une faon mcanique4 ,a quoi ces efforts et ce martyre serviront-ils8 ,on croira la bont1 au triomphe de l'amour1 aux choses saintes et humaines qui ont fait affronter la mort un homme de bien2 on croira peut-tre la personne du martyre1 mais non sa doctrine4 ,pour communiquer celle-l1 il et fallu qu'elle vct en lui3 ,le feu seul allume le feu4 ,voil le secret de l'impuissance de bien des champions du pass4 ,d'ailleurs la raction qui s'offre pour remplacer l'esprit moderne1 dpasse de beaucoup la limite de ce qu'il est permis de dire quand elle parle au nom du pass4 ,elle n'est1 ni tout le pass1 ni tout le pass religieux1 ni tout le pass chrtien4 ,ses champions reprsentent quelques tapes de ce pass condenses en rgles de vie1 et quelques formes de la pense religieuse condenses en doctrine4 ,mais il s'est dvelopp1 dans les vastes rgions de la vie religieuse1 des flores d'une richesse inoue que l'glise n'a pas cultives4 ,dans son propre jardin1 il a pouss des arbres qu'elle a essay d'arracher1 et d'autres auxquels1 aprs les avoir mutils d'abord1 elle a fini par emprunter leurs fruits4 ,l'humanit devra-t-elle se priver de tout le bien que le pass spcial dont il est question n'a pas fait8 ,et le mal que ce pass a fait1 faudra-t-il l'oublier et s'y rsigner de nouveau8 ,si la question se prsentait ainsi3 ,d'une part le matrialisme scientifique1 le scepticisme1 l'ensemble des ngations qui dpouillent l'humanit de sa noblesse1 le dsordre et l'incertitude2 d'autre part toute la foi1 toute l'esprance1 toutes les vertus1 ce serait diffrent4 ,il ne faudrait pas hsiter un instant4 ,ces rsultats pratiques seraient eux seuls les preuves les plus irrcusables de la vrit d'une tradition4 ,mais la question ne saurait se poser ainsi4 ,que si1 nanmoins1 on se permet de la poser ainsi1 on commet une mauvaise action4 ,on manque de respect d'abord la jeunesse qu'on duque et qui vous croit sur parole4 ,on manque de respect ensuite la vrit1 en ne reconnaissant pas le bien qu'ont fait les autres4 ,en somme1 pour se grandir on diminue l'humanit1 et par consquent on se diminue soi-mme4 ,plus de modestie et d'impartialit rendrait les champions du pass infiniment plus forts4 ,que ne prennent-ils auprs de ce pass qui est leur fief hrditaire une grande et salutaire leon8 ,ce monde aujourd'hui cristallis1 momifi1 a t le plus vivant1 le plus changeant1 le plus susceptible d'adaptation dont l'histoire nous conserve l'exemple4 ,il a su se mettre au niveau le plus lev de la culture antique1 et descendre aux plus humbles comme aux plus ignorants4 ,les ,grecs et les ,barbares l'ont trouv galement familier4 ,il tait son aise dans la domination comme dans la servitude2 dans l'opulence comme dans la misre4 ,il a parl toutes les langues1 march sur toutes les routes1 et son cur a battu pour tout ce qui fait vibrer l'me des hommes4 ,aussi quelle vie1 quelle popularit1 quelle incomparable puissance sociale6 ,il n'a commenc de perdre une partie de son influence que lorsqu'il s'est enferm dans l'gosme1 la routine1 l'immobilit4 ,a mesure qu'il s'est isol de la grande vie des peuples1 la vie s'est retire de lui4 ,aussi n'y a-t-il qu'une esprance pour ceux qui admirent et aiment sincrement ce grand pass1 c'est de l'imiter dans ce qu'il avait de meilleur et de plus humain4 ,il faut vous largir1 vous transformer1 pratiquer le renoncement dans une large mesure1 cesser d'tre l'arrire-garde des ides1 mme religieuses1 et aller de l'avant1 rsolument1 la main dans la main1 avec quiconque aime les hommes et prie sur la terre4 99 99 99 99 99 ,tout ceci est dit avec la supposition qu'une raction soit srieuse et loyale4 ,mais il y a d'abord une raction qu'il nous est impossible de considrer comme srieuse4 ,c'est cette sorte de dilettantisme religieux qui fait que certains jeunes esprits se complaisent maintenant dans toutes sortes de vieux symboles1 sans tre pour cela plus croyants1 et surtout sans songer faire de leur religiosit un principe de sanctification et de bonne vie4 ,ils cherchent dans la religion des jouissances esthtiques1 archologiques4 ,ils suspendent dans leur chambre de vieilles chasubles1 des figurines de saints1 jouent la vie monacale1 s'imprgnent dlicieusement du parfum de l'encens1 du murmure des prires1 de la musique sacre1 de la douce et paisible lumire que tamisent les vitraux des cathdrales1 et croient faire grand honneur aux hommes religieux en leur disant qu'ils possdent des vangiles et des livres d'heures relis en trs vieux parchemin1 portent des crucifix cachs sur leur poitrine et trempent leurs doigts dans l'eau bnite4 ,on appelle cela aussi1 en roulant des yeux mystrieux1 une raction4--,une raction cela6 ,ne jouons pas avec les mots ni surtout avec les choses saintes6 ,il ne suffit pas de manger dans de la vaisselle d'vque ou de boire son vin dans un calice pour se rclamer du christianisme4 ,la religion pour vous est comme ces vieux meubles graves et svres dans lesquels notre temps1 par un singulier contraste1 aime parfois encadrer la lgret de ses murs et la futilit de ses conversations4 ,c'est un bibelot1 voil tout4 ,m'est avis qu'on l'honore davantage en la combattant qu'en lui rendant de si bizarres hommages4 99 99 99 99 99 ,mais que dire d'un autre genre de raction1 de celle qui ne serait qu'une manuvre politique sous le manteau de la morale et de la religion8 ,il faudrait la stigmatiser comme la pire des profanations et la dernire hypocrisie4 ,autant toute conviction sincre et mme toute foi volontaire nous est sympathique1 autant cette spculation impie avec les choses sacres nous inspire d'horreur4 ,car la foi ici n'est qu'une servante1 une esclave1 expose aux pires traitements4 ,si quelque chose peut contribuer la faire mpriser1 c'est bien cette promiscuit dshonorante avec les intrigues et les roueries des politiciens4 ,une jeunesse qui serait leve dans cet esprit ne pourrait au fond tre que sceptique4 ,la foi ne peut tre vnrable que lorsqu'elle est dsintresse1 misricordieuse1 et que celui qui la professe1 est prt1 pour elle1 tous les sacrifices4 ,le jour o l'ambitieux s'en sert pour se pousser dans le monde1 et o l'homme du peuple lui fait tendre la main pour un morceau de pain1 ce n'est plus la foi1 c'est quelque chose qui n'a plus de nom1 mais qui est plus triste et plus affreux que le nant4 99 99 99 99 99 ,il nous reste nous expliquer sur une raction purement politique1 sans arrire-pense religieuse ni philosophique1 sorte de restauration du pouvoir arbitraire1 rgime de sabre et de crosse1 destin maintenir les apptits en respect1 et prn par certains jeunes nergumnes que les prtentions dmocratiques agacent4 ,oderint dum metuant1 disent-ils1 citant une parole clbre qu'a traduite en action pendant plus de vingt ans1 celui qu'il est convenu d'appeler le vieil aptre de la ,force4 ,je ne crois pas au succs d'une raction de ce genre1 ni en ,france ni ailleurs4 ,la premire condition d'un despotisme fort1 c'est qu'il croie en lui-mme4 ,il faut que1 sans broncher ni sourciller1 il aille jusqu'au bout1 marchant sur les volonts et les curs avec l'allure impitoyable d'un rouleau d'airain4 ,or1 la secrte faiblesse des pouvoirs despotiques de ce temps est qu'ils ont perdu la foi en eux-mmes4 ,l'esprit moderne les a contamins malgr eux4 ,il a branl de mme le cur des masses4 ,prive ainsi de son double appui2 discrdite auprs de ceux qui l'exercent et de ceux qu'elle doit rduire1 la ,force perd du terrain de jour en jour4 ,cette grande contemptrice des ralits immatrielles dpend aprs tout de l'tat des esprits4 ,et cet tat1 personne ne peut le modifier son gr1 car il n'est pas le rsultat de l'arbitraire1 mais de la ncessit4 ,il faut bien que chacun soit pntr de ceci3 ,le trne des puissances de chair s'est croul dans le monde depuis qu'il s'est croul dans l'me humaine4 ,le grand fait qui s'accomplit1 des degrs divers au fond des socits civilises1 peu importe la forme de leur gouvernement1 et que n'arrteront ni les regrets des uns ni les excs des autres1 est l'volution du pouvoir extrieur qui repose sur la coercition1 vers le pouvoir intrieur qui est l'autorit morale et repose sur le respect et la conviction4 ,toutes les fonctions sociales humbles ou leves1 depuis la paternit jusqu'aux postes gouvernementaux les plus minents1 subissent une lente transformation4 ,une fonction ne suffit plus pour honorer un homme1 il faut que l'homme honore la fonction4 ,peut-on revenir sur cette volution de l'esprit public qui ne consiste pas en quelques phnomnes variables et de surface1 mais touche l'essence mme et se fait sentir dans tous les domaines8 ,pour l'admettre1 il ne faudrait avoir aucune notion de la ,force des ides4 ,il serait plus facile de saisir une montagne par sa base et de la soulever bras tendus1 que de faire bouger une ide assise d'aplomb sur la conscience et le bon sens de l'humanit et dpose l1 grain de sable grain de sable1 par le travail sculaire de l'exprience4 ,nous concluons donc4 ,le salut ne saurait tre dans une raction contre l'esprit moderne4 ,au lieu de faonner1 de passionner toute une belle jeunesse1 de l'isoler du monde dans des intrts particularistes1 de chercher l'opposer comme un blier au temps qui marche et qui marchera quand mme1 concluez plutt alliance avec ce que ce sicle a de bon1 pour lutter contre ce qu'il a de funeste4 ,si vous avez quelque chose lui apporter1 faites-le avec dsintressement4 ,ce sera la meilleure faon de conserver au monde le bien qui est en vous et pour lequel vous combattez1 et j'ajoute1 ce sera la faon la plus chrtienne de remplir votre importante mission4 ,x ,,sentiers ,,de ,,demain ,je crains que le travail du vingtime sicle ne consiste retirer du panier une foule d'excellentes ides que le dix-neuvime sicle y avait tourdiment jetes4 ,e4 ,renan#e4 #e ,rception de ,m4 ,jules ,claretie4 ,l'impression de trouble que nous avions prouve en essayant de dresser le bilan de la socit actuelle n'a fait que s'accentuer mesure que nous nous avancions travers notre jeunesse4 ,confusion et anarchie semblent les termes les mieux faits pour caractriser l'tat des esprits4 ,il n'y a gure1 dans tout ce que nous avons vu1 que la continuation et l'aggravation d'un tat de choses prcdent4 ,si nous n'avions que cela dire de la jeunesse contemporaine1 ce livre serait en somme bien triste4 ,nous ne l'aurions pas crit4 ,a quoi bon constater que la dcadence marche et que nous descendons d'un mouvement toujours plus rapide8 ,heureusement ce n'est pas tout4 ,ce que nous avons constat jusqu'ici est le ct sombre de la situation4 ,mais il y a autre chose de tout aussi rel et que1 de propos dlibr1 nous avons rserv pour la fin4 ,un premier point important relever est le dsenchantement qui de plus en plus devient le fond des dispositions4 ,ils sont bien peu nombreux1 ceux qui se rjouissent de vivre dans un monde sans foi1 sans esprance et sans amour4 ,les cyniques eux-mmes ont leurs jours de mlancolie4 ,le monde tel qu'il est devenu1 ne plat qu' bien peu de gens4 ,ce n'est pas mauvais signe4 ,sans doute le dsenchantement lui tout seul ne mne pas loin4 ,mais c'est toujours autant que cet aveu presque gnral d'insuffisance4 ,il est permis d'y voir1 aprs tout1 la forme ngative de l'aspiration vers un tat meilleur4 ,cette aspiration arrive devenir consciente chez ceux qui1 avertis par leur dsenchantement1 se demandent si nous n'avons pas fait fausse route4 ,or1 cette petite question1 que d'hommes1 surtout dans la jeunesse1 se la sont pose depuis quelque temps6 ,d'autres1 plus avancs1 reconnaissent que positivement nous avons fait fausse route4 ,pour eux l'exprience de la science matrialiste et du ralisme est concluante dans tous les domaines4 ,l'arbre est jug par les fruits1 il est mauvais4 ,notre vie spirituelle et notre vie matrielle languissent parce que des lois saintes et profondes ont t violes4 ,mais il ne suffit pas d'tre dsenchant1 ni mme de demander du changement4 ,nous avons essay de l'indiquer en parlant de la jeunesse ractionnaire4 ,a quoi servirait-il la socit de se jeter subitement d'un excs dans un autre8 ,ce serait vouloir se gurir d'une mutilation par une mutilation d'un genre diffrent4 ,le monde o la raction nous invite entrer1 pour nous reconstituer une sant1 a fait ses preuves1 lui aussi4 ,l'humanit n'a pas attendu ce sicle pour dcouvrir qu'elle s'y trouvait l'troit1 et mme qu'elle y touffait4 ,il est impossible que les leons de l'histoire soient oublies par la jeunesse intelligente1 au point de rendre probable un mouvement gnral de raction4 ,il suffit d'ailleurs d'observer ce qui se passe1 pour se convaincre que les tendances ractionnaires proprement dites ne se rencontrent qu' l'tat d'exception1 en dehors des milieux spcialement crs pour les faire natre et les cultiver4 ,les jeunes gens indpendants1 profondment travaills par les questions actuelles1 en cherchent une solution moins troite et moins illusoire4 ,quelques-uns1 de jour en jour plus nombreux1 commencent comprendre que1 s'il y a un moyen de nous sauver1 c'est de nous rapprocher de la vie normale1 de retourner aux bases1 aux choses lmentaires1 en prenant le bien au prs et au loin1 dans le prsent et le pass1 partout o il s'en trouve une parcelle1 en renonant aux tendances exclusives et aux intrts de parti1 pour redevenir simplement des hommes4 ,dans cette voie qu'une partie de notre jeunesse se dispose choisir1 elle a eu ses devanciers4 ,il tait impossible que l'tat de choses qui s'tale dans le monde1 depuis tant d'annes1 n'et pas frapp certains esprits4 ,pouvait-il1 la longue1 chapper ceux qui pensent et vont au fond des phnomnes1 que le matrialisme scientifique1 l'industrialisme1 le militarisme1 l'utilitarisme1 tout cet ensemble de produits que la raction affecte de mettre sur le compte de l'esprit moderne1 en taient la plus brutale ngation8 ,ce n'tait pas possible4 ,il est arriv ce qui devait arriver4 ,des hommes1 par qui les contradictions de ce sicle ont t ressenties avec une grande nergie1 n'ont pas cess un instant de les signaler1 de fltrir les excs dans l'ide et dans le fait1 et de maintenir au sein des heures les plus difficiles le drapeau de la dignit humaine1 de la saintet des choses de l'me1 de la haute autorit de la conscience1 de toutes ces ralits que la conception soi-disant positive de l'existence1 aussi bien que le vieil autoritarisme traitent de chimres4 ,pour ne citer1 parmi cette phalange1 que deux grands noms1 je choisirai ceux d',edgar ,quinet et de ,michelet1 vritables prophtes de l'esprit moderne4 ,un flot de littrature de toutes nuances a couvert leurs voix2 mais ce qu'ils ont dit est aussi vrai que de leur temps1 plus vrai mme1 car il semble que la vrit devienne plus clatante mesure qu'on fait des progrs dans le faux4 ,ces hommes1 moins que personne suspects de dnigrer la science ou la dmocratie1 n'ont cess pourtant d'en signaler les abus et les carts1 tout en s'insurgeant contre le vieux monde autoritaire4 ,ils avaient appris l'cole de l'histoire le respect de l'me humaine1 dans l'intgrit de ses aspirations et de ses droits1 la haine de toutes les tyrannies1 et c'est pour cela que leur parole respire une sorte de haute quit1 rsultat de l'harmonie qui s'tait faite en eux4 ,ils avaient trouv ce chemin d'or du milieu1 si malais tenir1 autour duquel terreur et les excs font sans cesse osciller les socits1 du scepticisme la foi aveugle et de l'anarchie au despotisme4 ,la direction qu'ils ont indique est celle o il faut chercher la solution des problmes qui nous tourmentent4 ,il va sans dire que je parle de la direction gnrale1 et ne viens pas proposer ici de jurer sur les paroles de quelqu'un4 ,voici d'abord une parole d',edgar ,quinet1 bien touchante comme proccupation d'avenir3 ,l'abeille prpare d'avance la pture la larve prs d'clore4 ,faisons comme l'abeille4 ,prparons la substance du monde qui va natre et mettons-la ct de son berceau4 ,dans le mme livre1 l',esprit nouveau1 nous lisons3 ,quand je vois la tempte qui emporte les gnrations actuelles1 et l'espce de dlire dont toute me est saisie1 je me dis que ce n'est pas l'effet d'une trop grande ambition de dsirer rendre quilibre tant d'esprits dchans4 ,l'poque qui contient de si grands maux1 en contient certainement aussi le remde4 ,il existe1 il est sans doute prs de nous1 peut-tre l1 cach sous l'herbe4 ,celui qui navigue dans la tempte1 se fait quelquefois attacher au grand mt du navire1 pour ne pas tre emport par les vents4 ,moi aussi je me suis attach ce que j'ai trouv de plus solide autour de moi1 aux ides1 aux vrits qui nous survivront tous444 ,que nous faut-il aujourd'hui pour achever de sortir de l'abme8 ,une heure de sincrit4 ,copions encore une page de ,michelet qui semble tre crite d'hier1 tant elle rsume bien la situation actuelle3 ,un fait est incontestable4 ,au milieu de tant de progrs matriels1 intellectuels1 le sens moral a baiss4 ,tout avance et se dveloppe2 une seule chose diminue1 c'est l'me4 ,au moment vraiment solennel o le rseau des fils lectriques1 rpandu sur toute la terre1 va centraliser sa pense et lui permettre d'avoir enfin conscience d'elle-mme1 quelle me allons-nous lui donner8 ,et que serait-ce si la vieille ,europe dont elle attend tout1 ne lui envoyait qu'une me appauvrie8 ,l',europe est vieille et elle est jeune1 en ce sens qu'elle a contre sa corruption les rajeunissements du gnie4 ,elle seule sait1 voit et prvoit4 ,qu'elle garde la volont1 et tout est sauv encore4 99 99 99 99 99 ,cet esprit1 heureusement1 sans avoir jamais cess d'y agir1 recommence souffler avec une vigueur nouvelle dans notre enseignement national1 tous ses degrs4 ,il se fait l un travail lent et profond dont les signes heureux vont en s'accentuant4 ,je n'en veux pour preuve que certains passages de discours que je citerai1 en faisant tous mes vux pour qu'ils deviennent fconds dans la pratique4 ,voici1 en premier lieu1 des extraits de deux discours de concours gnraux1 #ahij et #ahia1 du ministre de l'instruction publique1 ,m4 ,lon ,bourgeois4 ,dans le premier de ces discours1 l'orateur1 aprs avoir caractris les diffrents systmes pdagogiques de notre pass national1 s'exprime ainsi3 ,notre pdagogie sera certainement plus large4 ,rien de ce pass ne lui est ni tranger ni inutile4 ,un grand philosophe franais dfinissait ainsi1 il y a quelques jours peine1 le but de notre enseignement3 ,il doit transporter l'volution humaine1 en ce qu'elle a de meilleur1 dans l'esprit de l'individu4 ,tous les tats philosophiques1 dont nous avons rappel la succession1 ont prpar l'esprit de l'humanit moderne2 tous les procds de culture ont eu de mme leur utilit partielle1 et notre tche doit tre de reconnatre et de conserver ce que chacun d'eux peut avoir encore de profitable pour la formation et le dveloppement d'un esprit contemporain4 ,le discours de #ahia accentue le prcdent1 marquant ainsi la fixit et l'nergie de la tendance4 ,ayez un idal6 ,un idal1 ce n'est pas seulement1 au milieu de l'atmosphre touffante de l'gosme des hommes1 un souffle d'air pur qui ranime et vivifie1 au-dessus des doutes de l'existence quotidienne1 une lumire qui guide et qui sauve1 c'est quelque chose de plus que tout cela et que je voudrais dire d'un seul mot3 avoir un idal c'est avoir une raison de vivre4 ,messieurs1 nous prparons cette jeunesse1 non pour telle ou telle carrire1 mais pour la vie4 ,si donner l'homme un idal1 c'est donner une orientation toute son existence1 une raison et un ressort tous ses actes1 nous reconnaissons l le but dernier de l'ducation1 le devoir le plus haut du matre444 ,messieurs1 il y a un an j'essayais de vous montrer combien il est ncessaire l',universit d'avoir une pense commune1 une unit de doctrine pour la formation de l'intelligence de la jeunesse franaise4 ,combien plus ncessaire encore est cette unit de doctrine dans l'uvre de l'ducation morale1 si l',universit veut rpondre son objet vritable1 si elle veut tre ce qu'elle doit tre1 ce que le pays lui demande d'tre1 le foyer o viennent se concentrer tous les mouvements de la conscience nationale1 pour se rflchir sur chaque gnration nouvelle et donner ainsi impulsion et la vie la conscience de chacun de ses enfants4 ,quand je parle de cette unit de doctrine1 ai-je besoin d'ajouter qu'il ne s'agit point d'imposer aux esprits un systme philosophique et de promulguer je ne sais quel dogme mtaphysique sur la nature du bien et du mal8 ,l',universit rpublicaine respecte toutes les croyances et donne l'exemple de la tolrance ses adversaires les plus intolrants4 ,mais quelque opinion que l'on professe sur les problmes ternellement poss l'esprit limit de l'homme1 l'ide du bien existe1 et1 comme l'a dit un grand philosophe franais1 cette ide est un fait1 et ce fait est une force4 ,et depuis que les hommes sont en socit1 cette force n'a cess d'agir sur le monde pour adoucir la violence1 abaisser les ingalits1 substituer la justice l'arbitraire1 la libert la contrainte1 la solidarit l'hostilit1 largissant sans cesse la sphre des devoirs de chacun des tres conscients vis--vis de tous1 et1 malgr les retours en arrire1 malgr les dfaites partielles de la vrit et du droit1 malgr les apothoses passagres de la force1 rapprochant chaque jour l'humanit d'un tat suprieur de paix1 d'quilibre et de rconciliation4 ,c'est le souci lgitime de l'avenir qui perce partout dans ces paroles4 ,quand on est aux prises avec les problmes de l'ducation1 le vide de certaines doctrines vous apparat mieux qu'ailleurs4 ,pour exprimenter la qualit d'un systme de philosophie1 ou mme de n'importe quels principes de pense et de conduite1 il suffit de se rendre compte de leur vertu ducatrice4 ,tout ce qu'il est impossible d'enseigner hardiment la jeunesse ne vaut rien4 ,il tait donc trs naturel que les hommes chargs de la responsabilit d'une forte ducation nationale finissent par se poser des questions comme celle-ci3 ,de quoi vivront nos successeurs1 s'ils ne croient plus rien1 n'esprent plus rien1 ne respectent plus rien8 ,qu'est-ce qui les maintiendra1 les consolera1 leur donnera la force de vivre et de mourir en paix8 ,nous sommes des hommes comme l'taient nos pres4 ,malgr tous les changements extrieurs1 notre cur a les mmes besoins que le leur4 ,est-il possible que ce qui les inspirait ait disparu du monde8 ,sans doute les formes des conceptions ont chang1 l'interprtation de l'univers s'est modifie4 ,en face de certaines croyances nous sommes obligs1 au nom de l'exprience1 de protester et de nous rcuser4 ,nous aussi nous avons notre non possumus4 ,mais sous les formes caduques d'autrefois1 n'y a-t-il pas des ralits permanentes dont nous pourrions faire notre profit8--,rien ne rend industrieux comme la ncessit1 ni chercheur comme la faim4 ,la maigreur effrayante de notre vie spirituelle nous a inspir des rflexions salutaires4 ,on a donc recommenc regarder vers le pass1 non plus dans un esprit servile1 mais pour en saisir l'me et le voir vivre4 ,et ce pass qui semblait disparatre dans les brumes1 s'est soudain clair d'un jour nouveau4 ,en le voyant1 lui aussi1 arriver la vrit par dtours et par ttonnements1 se constituer pice pice sa patrie spirituelle1 nous l'avons mieux compris que ceux qui nous en prsentent en bloc la figure hraldique et aprs tout froide4 ,sous ces formes rigides nous avons retrouv la vie1 la chaleur1 la fracheur des choses qui naissent et se dveloppent4 ,ainsi rapprochs de nous1 par ce commerce intime auquel l'histoire nous initiait1 les pres nous donnaient le conseil qui rsume toute paternit spirituelle3 ,joignez le meilleur de ce que vous avez conquis ce que nous vous avons lgu de meilleur1 et vous vivrez et reconstituerez une patrie l'esprit4 99 99 99 99 99 ,des proccupations analogues celles que nous venons de signaler travaillent une lite de notre jeunesse4 ,tandis que la masse continue se laisser aller la drive du courant raliste1 quelques-uns en sont sortis et regardent vers d'autres horizons4 ,la vie actuelle est dure la jeunesse qui pense4 ,elle lui offre tant de choses pour la dconcerter et si peu pour l'affermir4 ,sur les ruines des vieilles choses et parmi les matriaux encore inachevs de l'difice futur1 au milieu du choc discordant des tendances1 entoure de souffrances sociales1 de phnomnes de barbarie que ce temps trane derrire lui comme des lambeaux hideux sous un manteau de roi1 cette jeunesse a connu de bonne heure l'anxit du lendemain4 ,le spectacle des hontes1 des folies1 des troitesses1 des abus de la force brutale1 des intrts en conflit1 de toute la grande bataille des hommes et des choses1 lui a inspir de nobles dgots et lui a laiss au cur un immense dsir d'quit et d'apaisement4 ,ce dsir se manifeste dans l'orientation intellectuelle par une curiosit ardente et bienveillante de toutes les manifestations de l'esprit humain4 ,ils sont arrivs--chose bien rare1 je crois1 chez les jeunes gens1 mais qui est un signe des temps-- ne plus croire que la vrit puisse tre enferme dans une formule1 mais qu'il y a un peu partout o l'homme a pens1 cherch et souffert1 des choses intressantes et des choses vraies4 ,sans doute cette tournure d'esprit rappelle les curiosits multiformes du dilettantisme2 mais elle est tout aussi souvent un indice de cette rserve discrte1 de cette soif de s'clairer qui est la disposition la plus favorable la recherche de la vrit4 ,dans un toast rcent1 le prsident actuel de l',association des tudiants a dit un mot qui caractrise cette manire d'tre et qui tranche d'une faon si rjouissante sur l'esprit de parti4 ,notre association n'est point de celles o l'on voit s'enrler sous des drapeaux phmres des ambitions de coterie et des passions de parti4 ,elle poursuit lentement1 mais srement une uvre qui est toute de paix et de science4 ,elle a au plus haut point le respect de la conscience individuelle2 elle laisse chacun l'intgrit de son trsor moral intime1 de ses croyances politiques ou religieuses4 ,elle n'est rallie aucun parti1 aucune secte4 ,elle tient rester avant tout1 sans distinction d'tiquette1 la jeunesse franaise et1 dans la jeunesse franaise1 la jeunesse universitaire4 ,nous sommes et voulons rester des tudiants1 c'est--dire des jeunes gens fidles l'esprit scientifique1 qui est un esprit de tolrance dsintresse1 et l'esprit dmocratique1 qui est un esprit de justice et de bont4 ,nous n'avons que deux grands soucis qui nous soient communs3 le souci du plus grand dveloppement intellectuel possible et le souci de l'amlioration sociale1 car le premier forme l'individualit et le second la purifie4 ,au-dessus des croyances qui divisent1 il y a les aspirations qui rapprochent3 ce sont celles-l que nous prfrons#f4 #f ,h4 ,brenger1 ,banquet de l',association #ahia4 ,pour dessiner davantage le trait dominant de cette jeunesse qui est une respectueuse indpendance1 je dirai qu'elle aime la science1 qu'elle la considre comme une des colonnes de l'humanit1 qu'elle sait ce que nous lui devons et ce qu'on peut esprer de la sret de ses mthodes4 ,volontiers elle applaudit des paroles comme celle-ci3 ,sans doute le temps revisera1 il ruinera peut-tre de fond en comble quelques-uns des rsultats acquis par la science contemporaine2 nos systmes de synthse ne dureront peut-tre pas plus que n'ont dur ceux de nos devanciers4 ,mais nos mthodes d'analyse1 notre vue rationnelle du monde1 l'orientation gnrale de l'esprit scientifique1 ce sont l des acquisitions qui ne peuvent dsormais prir que dans un effondrement total de la civilisation4 ,cette conviction est devenue le fond mme de notre entendement2 tout ce que nous rebtirons1 nous le rebtirons sur ce tuf inattaquable#g4 #g ,m4 de ,vog1 ,banquet de l',association #ahij4 ,mais1 en mme temps1 elle se rend compte des limites de la science et de ses impuissances3 ,il faudra avant tout reconnatre que ni la science ni la dmocratie ne se suffisent elles-mmes1 que1 prives d'un principe suprieur qui les concilie1 elles ne sont que des forces barbares et aveugles4 ,la science ne se suffit pas elle-mme3 quoi aboutissent en effet les suprmes gnralisations scientifiques si ce n'est cette notion du mouvement1 incomprhensible elle-mme sans la mystrieuse notion de force1 c'est--dire sans une notion purement psychologique8 ,il y a l'origine de toute la science moderne un postulat emprunt l'esprit lui-mme4 ,la dmocratie1 elle non plus1 ne se suffit pas elle-mme3 elle ne serait qu'une lutte sauvage de classes et d'intrts1 si elle n'tait domine par l'esprit de justice et de charit4 ,c'est donc1 en dernire analyse1 l'esprit qui doit diriger l'volution moderne1 et dans l'esprit1 son principe suprme1 le plus actif et le plus fcond3 l'amour#h4 #h ,h4 ,brenger1 ,bulletin de l',association1 fvr4 #ahij4 ,il y a au fond de cela une grande sincrit et un grand esprit de justice4 ,des entretiens nombreux1 des coups de sonde donns dans toutes sortes de milieux studieux1 ainsi que la lecture de ces productions phmres et varies qui remplissent les journaux et les revues des jeunes1 m'ont fait constater que ces tendances n'taient pas isoles4 ,une orientation nouvelle s'accuse nettement4 ,on peut entendre maintenant1 entre jeunes gens proccups des choses de l'esprit1 railler ces deux desses terribles1 l'analyse et la critique4 ,non pas que l'esprit de discernement soit honni et qu'aprs avoir mconnu le mystre on tombe dans l'excs contraire qui est de mconnatre les droits de la raison et du jugement4 ,mais on se rend compte que la critique pratique au point de vue des sciences positives et applique1 tort et travers1 tous les domaines de l'esprit1 devient une aberration4 ,pratiquer le jugement de cette faon c'est manquer de jugement4 ,il faut ouvrir chaque serrure avec la clef qui lui convient4--,une certaine critique arriverait tout simplement supprimer l'histoire par sa faon de concevoir la certitude historique1 comme elle arrive supprimer les ralits intrieures par son obstination n'appeler un fait1 que ce qui tombe sous le sens matriel4 ,cette grande vrit si magistralement proclame par ,h4 ,lotze3 ,le rle du mcanisme dans le monde est aussi universel qu'absolument subalterne#i1 se fait lentement jour dans les esprits4--,l'analyse outrance qui avait fini par provoquer dans la jeunesse de vritables maladies1 voit diminuer son prestige4 ,elle a beau s'appeler inexorable1 son charme est rompu pour plusieurs4 ,ils ne se sentent plus en face d'un monstre aux cent yeux1 qui voit tout1 scrute la moelle et les os1 mais en face d'une prtention gratuite et quelquefois ridicule4 ,ils ont l'irrvrence de trouver que ces analyses o l'on aligne en formules et par quantits1 de quoi nous sommes faits1 comment nous sentons1 pensons1 vivons1 ne sont la plupart du temps que du dchiquetage ou de la prestidigitation4 ,ainsi nos enfants analysent leurs polichinelles1 ainsi d'habiles artistes font sortir des montagnes de choses d'un chapeau4 ,pour avoir le droit de dire qu'on nous a analyss1 il faudrait pouvoir nous refaire aprs nous avoir dcomposs4 #i ,h4 ,lotze3 ,mikrokosmos4 ,le temps n'est plus o une connaissance sommaire de notre tre matriel suffisait pour nous expliquer l'homme4 ,des problmes sont ns dont ceux qui appellent la pense une scrtion du cerveau1 n'avaient aucune ide1 et dont ne se doutent pas les esprits pour qui la psychologie semble se confondre avec la physiologie4 ,ce petit mot1 je sais1 jadis encore si sr de lui-mme et si satisfait1 rencontre des incrdules partout4 ,le sens du mystre1 qui n'est en somme qu'une des formes du sens de la ralit1 s'est rveill en face de l'inconnu4 ,que nul ne puisse expliquer la vie1 que nul ne puisse jeter un pont sur l'abme qui spare le mouvement matriel de la pense1 de la plus simple sensation mme1 qu'il y ait dans le domaine de tous les jours1 o nous nous agitons pourtant avec aisance des mystres sans nombre1 voil qui maintenant frappe tous ceux qui rflchissent4 ,le respect pour la science n'en est pas diminu2 mais le respect pour l'homme1 pour les ralits invisibles1 y a gagn4 99 99 99 99 99 ,sans doute1 il serait puril de s'abandonner trop facilement l'esprance4 ,on remonte pniblement ces ctes d'o l'on tait si vite descendu4 ,mais le mouvement existe1 il est positif1 et ce n'est pas la jeunesse seulement qui en est touche4 ,partout des hommes qui cherchent et pensent1 tentent de soulever la chape de plomb sous laquelle l'humanit ne peut plus se rsigner vivre4 ,ce n'est pas un des moindres symptmes de cette recherche des sentiers nouveaux1 que l'attention toute spciale que les esprits les plus divers donnent au sentiment religieux nagure ddaign4 ,il y a dans ce domaine une grande varit d'apprciations1 souvent un grand manque de comptence historique4 ,les uns confondent le catholicisme avec le christianisme et y voient le salut de l'avenir1 les autres parlent d'une renaissance de l'vangile dans le sens de l'esprit moderne1 d'autres se passionnent pour l'sotrisme1 la thosophie1 l'tude compare des religions1 d'autres encore s'attendent voir surgir des horizons absolument nouveaux et d'une telle tendue que nous y verrons enfin la synthse laborieusement poursuivie de tout le pass et de tout le prsent4 ,une des marques de la jeunesse d'aujourd'hui1 j'entends de celle qui pense1 est la nostalgie du divin#aj4 ,nous recueillons avec bonheur ces tmoignages4 ,si incompltes que soient les manifestations en elles-mmes1 il convient de s'en fliciter3 ce qui importe surtout1 c'est l'tat d'esprit qui leur a donn naissance4 ,il est trs intressant d'observer comment cet tat d'esprit arrive se manifester dans les milieux plus particulirement vous aux tudes religieuses4 ,nous y rencontrons journellement un plus grand nombre de jeunes gens dtachs des extrmes4 ,alors que leurs prdcesseurs s'taient retranchs dans l'orthodoxie ou le rationalisme et que ces tiquettes archaques continuent servir la masse1 nous les voyons1 eux1 se frayer rsolument un chemin nouveau4 ,ils ont dpass le point de vue troit des orthodoxies intransigeantes1 dpass de mme celui de la critique ngative1 deux exagrations galement impuissantes apprcier les choses de l'me4 ,leur but est de ne rien laisser perdre de la tradition et de ne rien sacrifier des droits du prsent1 de s'appliquer dcouvrir la vrit n'importe o elle se trouve1 de lui rendre hommage et de la traduire en un langage aussi simple et aussi pratique que possible4 ,l'esprit de parti qui a t pendant longtemps l'me des milieux religieux et qui1 hlas6 continue en tre le dmon1 leur est en horreur4 #aj ,e4 ,lavisse3 ,la gnration de #ahij4 99 99 99 99 99 ,la toute jeune littrature se teinte graduellement de nuances nouvelles4 ,un mysticisme tantt sain1 tantt maladif1 mais qui1 sous n'importe quelle forme1 contraste avec le ralisme de la priode prcdente1 se rvle dans une quantit de posies et d'essais divers4 ,nous lisons maintenant assez ordinairement des pages de jeunesse qui eussent paru bien tranges1 impossibles mme1 il y a peu d'annes encore1 et qui annoncent une autre flore littraire4 ,la fermentation s'tend et gagne continuellement en nergie4 ,sans se connatre1 ni s'tre concerts1 des jeunes gens studieux se rencontrent dans des aspirations analogues1 et leur donnent souvent une expression identique4 ,en un mot il y a du nouveau dans l'air4 99 99 99 99 99 ,mais1 plus que les symptmes d'une pense qui cherche des rgles nouvelles et d'une morale proccupe d'un nouveau fondement1 nous saluons un autre mouvement qui parat s'accentuer dans la jeunesse depuis quelques annes4 ,il est trs faible encore1 si nous regardons aux rsultats pratiques 7d'ailleurs ils commencent se montrer72 mais il est rel4 ,je veux parler du mouvement social4 ,ma conviction profonde1 en effet1 est que ce mouvement sera le pivot de la pense et de l'action humaines dans l'ge qui va venir4 ,c'est sous cette forme particulire que les problmes philosophiques1 religieux1 scientifiques1 internationaux qui travaillent le monde actuel arriveront leur solution temporaire4 ,ils se posent de plus en plus comme les parties spares du mme grand problme humain1 et culminent tous dans la question de l'organisation de la vie4 ,toutes les sphres de gouvernement moral ou matriel du monde contemporain ont eu compter avec les questions sociales4 ,elles ont acquis une telle vigueur qu'elles se posent aux grands comme aux petits4 ,les pouvoirs matriels et spirituels les plus anciens1 les plus habitus faire bon march de l'opinion du grand nombre1 de son bonheur ou de son malheur1 et poser le talon sur toutes les ttes1 se sont subitement abaisss accorder leur attention aux questions si mprises jadis4 ,on peut bien dire qu'une fois de plus la pierre rejete par les maons est devenue la pierre angulaire4 ,les hommes habitus voir la jeunesse studieuse l'avant-garde des choses nouvelles s'tonnaient de voir la ntre si longtemps inerte1 impassible en face de la question sociale4 ,pour beaucoup elle n'existait pas1 il y a peu d'annes4 ,aujourd'hui heureusement elle s'est empare des meilleurs1 et il faut dire que l elle est en bonnes mains4 ,la jeunesse prend en effet ces questions dans un sens largement humain et telles qu'elles demandent tre prises4 ,elles ont beaucoup perdu tre traites autrement4 ,des intrts impurs1 des ambitions inavouables se sont trop souvent empars des questions sociales pour les exploiter et les striliser en mme temps4 ,du ct de la foule elles dgnrent facilement en questions matrielles4 ,rien ne contribuera autant que l'accession de notre jeunesse studieuse1 sur ce terrain1 lui rendre toute son tendue et ramener dans ce problme social si compliqu tous les lments qu'il comporte en sa qualit de problme total4 ,je reparlerai plus loin de ce sujet4 ,qu'il me suffise de constater quels fruits excellents a dj ports le mouvement social dans la jeunesse4 ,il a rveill son esprit de corps1 l'a pousse se solidariser1 s'unir1 s'organiser4 ,il a rapproch les professeurs des tudiants et les tudiants des professeurs1 leur faisant entrevoir1 dans des agapes dont le souvenir ne s'effacera plus1 le bonheur qui consiste dcouvrir un jour qu'on est frres les uns des autres1 membres d'un mme corps4 ,dire que des gnrations peuvent vivre et mourir sans exprimenter dans son charme puissant cette vieille et sainte banalit6 ,je considre la fondation de notre association gnrale des tudiants1 et des socits analogues1 comme un des plus heureux vnements dans la jeunesse contemporaine4 ,en mme temps la jeunesse studieuse s'est sentie attire vers le peuple4 ,on s'ignore encore rciproquement1 mais il suffit que d'un ct le dsir de fraterniser s'veille1 pour que le rapprochement puisse se prparer4 ,des hommes de cur et d'action indiquent ce terrain comme un de ceux sur lesquels il faudra marcher4 ,je ne puis m'empcher de citer ici les paroles de ,m4 ,jules ,ferry au banquet de l',association des tudiants en #ahij3 ,et vous avez encore autre chose aimer2 vous avez aimer ces grandes souffrances dont vous parlait tout l'heure si loquemment votre prsident2 vous avez aimer ce proltariat1 dont nous1 tant que nous sommes1 nous avons peut-tre le tort de rester trop loigns1 non par les sympathies1 car elles sont ardentes en nous1 non par les uvres1 car nous avons fait beaucoup pour lui1 et beaucoup plus qu'il ne croit et qu'on ne le laisse croire1 mais par l'action personnelle1 la frquentation individuelle et quotidienne4 ,les proccupations sociales se sont traduites dans la jeunesse par une tendance l'action et une sorte de prdilection pour les hommes d'action et les crivains qui1 l'exemple de ,m4 ,melchior de ,vogu1 nous apportent dans leurs crits une conception gnreuse de la vie1 et des raisons nouvelles de lutter et d'esprer4 ,certains tats intellectuels si haut estims nagure ne paraissent plus qu'une paresse et une dsertion4 ,l'homme est l pour payer de sa personne et mettre la main la pte4 ,on recommence croire l'effort1 la force morale et sa prminence sur toute autre puissance4 ,des optimistes succdent des pessimistes et des sociologues des gotistes4 ,mais quelles que soient les raisons de l'actuelle transformation1 il est clair qu'il faut s'en rjouir4 ,d'o que soit revenue la confiance aux jeunes1 elle est la bienvenue4 ,je sais qu'ils sont svres pour leurs devanciers1 et jusqu' l'injustice4 ,ceux qui portent aujourd'hui1 et non sans superbe1 les panaches de la politique seraient trs surpris de s'entendre juger par leurs successeurs de demain1 aux yeux desquels ils semblent des personnages d'une autre poque1 presque d'une autre faune4 ,les doctrines des partis1 la subtilit des distinctions entre quelques-uns1 mainte question aujourd'hui capitale1 tous ces combats autour de minuties1 et1 ct1 cette incapacit de renouvellement1 c'est1 pour eux1 autant de phnomnes d'une civilisation trs ancienne4 ,les jeunes romantiques de #ahcj n'avaient point plus de sarcasmes pour les classiques1 que nos jeunes sociologues n'en ont pour les politiques4 ,la pratique de la vie corrigera ces exagrations2 mais c'est chose rassurante de savoir que des jeunes gens se proposent de pratiquer la vie2 qu'ils la prennent trs au srieux2 qu'ils y voient clairement des devoirs2 qu'ils s'appliquent dcouvrir1 par l'tude et par la rflexion1 les voies et moyens d'accomplissement2 que leur jeune raison se rchauffe des sentiments1 et que les vues de leur esprit ne sont point courtes1 ni les aspirations de leurs curs limites#aa4 #aa ,e4 ,lavisse3 ,la gnration de #ahij4 ,on peut se demander d'o vient le revirement dont nous numrons les symptmes4 ,doit-on seulement y voir une raction naturelle provoque par les tendances de la priode prcdente8--,certes1 il y a de cela1 et beaucoup4 ,mais n'est-il pas tonnant que1 d'une gnration l'autre1 il se remarque un tel contraste8 ,je ne puis1 quant moi1 m'empcher de faire hommage de l'esprit nouveau la patrie elle-mme4 ,si la foi l'nergie renat1 nous le devons ce grand acte d'nergie o sont venues se condenser tant de bonnes volonts et d'esprances opinitres et qu'on appelle notre relvement4 ,ce fait constitue lui seul un superbe dmenti tout l'ensemble des puissances fatales et grossires en mme temps qu'il fournit un argument l'esprit moderne4 ,la jeunesse a t empoigne par la leon4 ,rien d'tonnant cela4 ,pour qui n'est pas aveugle1 cette leon est la plus grande qu'on puisse contempler4 ,elle n'agit pas seulement sur la jeunesse4 ,ne voyons-nous pas1 paralllement avec le rveil de la foi au mystre1 la dignit humaine1 la justice sociale1 un autre mouvement se dessiner bien au del des limites de ce pays8 ,l'me humaine commence frmir sous la lourde chane du matrialisme1 dans le domaine des ides et de la force brutale1 dans le domaine du fait4 ,le droit se lve1 la force est en baisse4 ,partout la foi aux puissances purement matrielles chancelle4 ,au sortir d'une priode comme la ntre o il semblait parfois que la justice et l'amour fussent rduits au silence ternel1 que les curs se surprennent tressaillir leur seul nom1 quel signe des temps6 ,il dgle en ,europe1 et ce que la jeunesse ressent1 c'est la sve printanire4 ,en vrit1 cette heure o plusieurs s'attardent prner l'ancien rgime aux dpens de l'esprit moderne et nous offrent de nous gurir de tous les maux en change de notre libert1 voici ce que je vois de plus clair3 l'toile de la ,france dmocratique1 un instant obscurcie par la force brutale et raille l'envi par les sectaires du vieux despotisme ou de la barbarie nouvelle1 remonte l'horizon comme la messagre d'un temps meilleur4 99 99 99 99 99 ,mais quelle influence le mouvement que nous voyons se dessiner1 peut-il avoir sur la jeunesse populaire8 ,c'est ce qu'il est difficile de dterminer l'heure actuelle4 ,on peut toujours poser en principe que c'est dans le peuple que les vieilles choses durent le plus4 ,virgile a dit3 444 ,extrema per illos ,justitia excedens terris vestigia fecit4 ,c'est dans le peuple qu'on retrouve1 des annes1 des sicles plus tard1 les traces des bonnes vieilles coutumes disparues4 ,on y rencontre de mme des modes antdiluviennes1 de vieux livres que personne ne lit plus1 et de vieux raisonnements uss ailleurs4 ,il faut donc s'attendre ce que1 pendant longtemps encore1 les ides dont nous signalons le rveil ne fassent que lentement leur chemin parmi le peuple en gnral4 ,mais elles y descendront comme les ngations y sont descendues1 par cette mme puissance de l'exemple et du rayonnement dont nous avons signal la fatalit4 ,elles circuleraient plus vite dans la jeunesse et de l travailleraient la masse populaire1 si le rapprochement si dsirable entre la jeunesse instruite et la jeunesse populaire pouvait s'organiser4 ,la ,france d'aujourd'hui a besoin de constituer de jour en jour avec plus de fermet et de clairvoyance un haut idal dmocratique et d'en pntrer l'esprit public4 ,sans cet idal1 malgr ses prrogatives et ses liberts1 une dmocratie tombe rapidement au rgime des abus et s'achemine par le dsordre la servitude4 ,en attendant que la jeunesse reconnaisse et pratique dans toute leur tendue ses devoirs d'intermdiaire entre les sommets intellectuels et le peuple1 nous compterons un peu sur la bonne presse1 les bons livres1 toutes les bonnes influences en un mot1 et beaucoup sur un auxiliaire nouveau1 d'une porte immense quand il s'agit de la jeunesse populaire3 l'cole4 ,en raison de l'extrme importance du sujet1 je demande m'expliquer un peu en dtail4 99 99 99 99 99 ,il y a des institutions qui rappellent le vieux bouc missaire qu',isral chargeait de toutes ses iniquits et qui1 lorsqu'enfin il s'chappait de leurs mains1 maudit1 rou de coups1 s'enfonait au dsert1 ayant derrire lui1 pour l'aiguillonner dans sa course mort1 l'horrible cho des clameurs et des imprcations de tout un peuple4 ,l'cole laque est de ce nombre4 ,dans certaines bouches1 son nom sonne peu prs comme cole diabolique4 ,pour eux l'cole laque est l'antichambre du bagne4 ,au lieu d'y prier1 les matres1 sans doute1 y jurent1 et dans leurs fameuses leons de choses1 ils doivent enseigner la jeunesse de vritables abominations4 ,l'une des rgles de prudence en ce temps habile dnaturer les faits1 est de se renseigner scrupuleusement sur les personnes ou les institutions attaques avec acharnement4 ,je me conforme cette rgle depuis longtemps dans l'intrt de la justice et1 trs souvent1 j'ai d constater que c'est des meilleures choses qu'on disait le plus de mal4 ,ma mthode me prescrivait donc une excursion dans l'cole primaire4 ,pourquoi tant de cris1 tant d'accusations1 tant de haine obstine8 ,ayons-en le cur net1 et renseignons-nous fond6 ,le meilleur moyen de me renseigner et t de me faire recevoir lve4 ,mais je me heurtai la limite d'ge4 ,d'ailleurs1 lve1 je l'avais t autrefois pendant toute une srie d'annes4 ,on faisait le catchisme1 il est vrai1 mais si peu et si mal qu'il et gagn tre enseign en dehors4 ,mais part ses leons de catchisme1 le matre tait un brave homme et disait des choses fort honntes1 pleines de bon sens1 de tact1 et que je me rappellerai toujours4 ,certainement cela avait d changer depuis4 ,pour m'en rendre bien compte1 je me mis donc tudier les programmes1 les mthodes1 le personnel enseignant suivant sa hirarchie1 afin de voir dans ses instruments1 son organisation1 son esprit1 cette entreprise qui m'tait dnonce comme corruptrice au premier chef4 ,de plus1 non content de regarder du ct des matres1 je regardai du ct des coliers4 ,je m'insinuai dans l'me de quelques-uns de ces jeunes patients1 mes amis trs particuliers1 je leur ttai le pouls1 j'coutai battre leur cur pour bien suivre en eux les effets de l'enseignement qu'on leur donnait4 ,enfin je pus me dclarer suffisamment difi1 et voici ce que je pense sur ce sujet4 ,l'cole laque est un des coins du monde o l'on a fait sans bruit le plus de besogne depuis vingt ans4 ,elle est le vritable organe de l'ducation nationale1 l'intermdiaire modeste1 mais d'une porte incalculable entre les sommets o s'labore la pense moderne1 dans le sens lev de ce mot1 et le peuple4 ,intermdiaire srieux1 prudent1 dsintress1 elle s'applique condenser toutes les choses humaines en quelques donnes bien simples qui puissent tre une base ferme l'esprit public dans la conduite pratique de la vie1 comme dans l'orientation intellectuelle et morale4 ,mais elle a un grand tort1 je l'avoue3 c'est de vouloir servir tout le monde et de rester dans ces limites d'quit gnrale et d'unit humaine qui la rendent absolument impropre satisfaire l'esprit de parti4 ,non seulement elle est impropre le servir1 mais si quelque chose peut le contaminer et l'affaiblir1 c'est elle4 ,que l'cole soit laque1 libre d'attache avec telle ou telle religion1 indpendante en un mot1 au point de vue confessionnel1 c'est un grand bien4 ,vous sentez le besoin de dire aux enfants1 ds les bancs de l'cole1 qu'il y a diffrentes faons de croire et d'adorer1 qu'il y a entre les hommes des dissemblances profondes qu'il convient d'accentuer1 afin de ne pas tre tent d'en faire abstraction4 ,quant moi1 je connais un autre besoin1 c'est de leur laisser ignorer cet tat de choses aussi longtemps que possible et de les lever d'abord comme des frres4 ,en posant ainsi une base humaine commune1 respectueuse1 il me semble qu'on favorise les dispositions o il faut tre pour dire3 ,notre pre qui es aux cieux4 ,au contraire1 en les isolant avec soin pour leur donner part des enseignements religieux diffrents1 on risque de fortifier en eux les sentiments qui font dire3 ,seigneur1 je te remercie de n'tre pas comme les autres6 ,je persiste donc considrer la lacit de l'cole comme favorable1 cette condition toutefois1 c'est qu'elle n'appartienne pas non plus une secte antireligieuse4 ,or1 cette dernire supposition1 ne des excs de zle de quelques laciseurs fanatiques1 et exploite d'ailleurs par la malveillance1 est mise nant par toute sa pratique et tout son esprit4 ,non1 l'cole laque n'est pas l'cole athe1 ,elle a quitt le terrain particulariste pour remonter vers des rgions plus vastes4 ,les choses de l'me qu'on y enseigne sont du domaine universel1 de ce domaine o l'on fraternise ensemble au-dessus des diffrences particularistes4 ,en religion comme en politique1 en morale individuelle et sociale1 l'cole laque est avant tout humaine4 ,je la vois s'inspirer de plus en plus des quelques principes sobres et robustes indispensables1 qui sont la quintessence de la sagesse pratique et la base d'une socit4 ,nous vivons en un temps o il faut rechercher les terrains communs1 afin de s'y fortifier et de marcher vers l'avenir la main dans la main4 ,quelle que soit la religion laquelle nous appartenons1 et mme si nous n'appartenons aucune1 tous1 tels que nous sommes1 chefs et soldats nous avons besoin de nous convertir l'humanit4 ,c'est l la grande aspiration qui traverse les meilleures mes de ce temps miett et inquiet4 ,quelque chose de cette aspiration trs moderne1 trs largement ouverte tout ce qui est quitable et vrai1 a pass dans l'cole primaire4 ,puisse-t-elle y grandir et s'tendre6 ,aussi1 depuis que je sais cela1 j'ai vu l'humble toit de l'cole1 ses murs1 ses bancs1 ses tableaux1 les labeurs silencieux et patients de ses matres et de ses lves prendre mes yeux une importance immense1 et lorsque je vois les maux qui rongent cette nation1 les passions qui la divisent1 les crises qu'elle traverse1 tout l'ensemble enfin de ce qu'on redoute quand on aime son peuple et quand on aime les hommes1 une de mes esprances et de mes consolations1 c'est la petite cole populaire4 ,il nous faut l'aimer1 la respecter1 la soutenir6 ,nous devrions y aller tous ensemble pendant nos premires annes1 afin d'y laisser se former bien au fond de notre tre une base solide et commune qui nous resterait comme un souvenir prcieux1 mme aprs que chacun aurait march sur les chemins divers de la vie et de la pense vers les horizons les plus loigns6 ,pour aider frayer le chemin aux ides rparatrices et la vie nouvelle qui doit nous sauver peu peu des maux dont nous souffrons1 nous avons en outre un alli au plus profond du cur populaire4 ,le peuple a le cur gnreux1 et il souffre4 ,ni sa gnrosit ni sa douleur ne pourront s'accommoder longtemps du monde sans entrailles qu'a enfant le ralisme4 ,plus celui-ci fait de progrs1 plus sa laideur est frappante1 plus il se rend odieux1 et dj un obscur pressentiment rvle l'homme du peuple qu'en perdant l'esprance1 la dignit1 la foi en sa destine1 il perd le plus prcieux trsor2 et qu'en perdant le respect1 il travaille son extermination4 ,croyons au bien et luttons pour lui1 vivons pour lui1 et plus vite peut-tre que nous n'osons l'esprer1 il gagnera les masses4 ,je conclus3 malgr les nuages noirs dont notre horizon reste charg1 malgr les misres1 les erreurs1 les fautes dont nous portons les consquences1 il y a lieu de se rassurer1 de prendre courage4 ,quelque chose de nouveau est n au cur de notre jeunesse4 ,mystrieuse encore1 mais prochaine et peut-tre grandiose1 une volution s'labore#ab4 ,ceux qui veillent dans la nuit et scrutent l'horizon avec anxit respirent enfin4 ,en vrit1 nous sortons comme d'un cauchemar sombre4 ,placs au bord du nant1 nous en avons mesur la profondeur4 ,nous avons senti l'esprance1 la certitude se mourir en nous2 mais le rve se termine1 et dj du ct de la nuit qui parat transparent se dessine aux yeux la ligne blanchissante de l'aube4 ,ce n'est qu'une ligne encore1 une mince frange argente sur le manteau opaque et pesant de la nuit2 mais sa vue1 l'esprance se rveille3 il y a des jours encore dans l'avenir2 ce n'est pas fini d'aimer et de croire6 ,du courage maintenant1 en haut les curs6 ,en face de la loi brutale de l'gosme envahisseur2 en face du sophisme dans l'ide et dans la vie1 il faut s'prendre de justice1 de vrit1 de simplicit4 ,mais1 pour tre plus forts et pour mieux y voir--car l'avenir est aux croyants qui voient clair--retrempons-nous aux sources et gagnons les sommets6 #ab ,h4 ,brenger3 ,la jeunesse intellectuelle et le roman franais contemporain4 ,,livre ,,troisi,,me ,,vers ,,les ,,sources ,,et ,,les ,,sommets ,lucem in alto qurens1 vitam in profundis4 ,i ,,le ,,monde ,,est-,,il ,,vieux8 ,je suis venu trop tard dans un monde trop vieux4 ,a4 de ,musset4 ,die unbegreiflich hohen ,werke ,sind herrlich wie am ersten ,tag4 ,gthe4 ,le monde est-il vieux8 ,l',ecclsiaste le pense4 ,il n'y a rien de nouveau sous le soleil1 dit ce vieillard dsabus1 et l'impression de lassitude snile qu'il traduit par ces mots1 laisse derrire elle un cho prolong dans les sicles finissants et les vies uses4 ,tout est vieux3 tout a t dit et redit1 vu et revu4 ,plus rien de frais1 plus rien d'indit4 ,les mots3 tonnant1 imprvu1 admirable1 ou simplement le mot neuf1 sont des termes d'un vocabulaire hors d'usage4 ,les qualits qu'ils expriment ont cess d'exister4 ,vieux est ce soleil1 ce monde1 ces monts pels1 ces rochers crevasss2 vieille la vie humaine avec tout ce qu'elle contient2 vieille la misre2 vieux l'amour2 vieilles toutes nos uvres2 art et littrature1 vieilleries retapes4 ,si vieille est la socit que les nouveaux venus naissent vieux4 ,ils sont uss avant d'avoir vcu1 fatigus avant d'avoir travaill2 un signe de dcrpitude est sur leur front4 ,et cette impression de marasme et de caducit1 notre sicle n'a fait que l'accentuer encore par ses excs1 sa vie enfivre1 sa rage de tout voir1 de tout classer1 de tout tiqueter4 ,tous les chemins sont des chemins battus4 ,partout on marche sur la trace de quelqu'un4 ,la terre et l'histoire1 le monde extrieur et le monde intrieur1 tout est pitin6 ,que si1 pour chapper cette impression horrible de vivre de choses rchauffes1 nous essayons de nous rfugier au sein du pass1 les vieilles religions nous communiquent la mme impression sous une forme plus accentue4 ,pour elles1 en effet1 tout est connu1 fix1 contrl d'avance1 depuis un temps immmorial4 ,nous vivons pour la dix-millime fois la mme vie1 et nous devons rpter les mmes formules que d'autres viendront rpter aprs nous1 et il en sera de mme jusqu' la consommation des sicles4 ,la carte de l'infini est dresse4 ,plus de dcouvertes faire4 ,plus de rvlation1 car ,dieu lui-mme1 ,dieu surtout est vieux3 il y a longtemps qu'il a cess de crer4 99 99 99 99 99 ,ne croyez pas un mot de tout cela4 ,ce sont raisonnements et impressions de gens qui confondent le monde avec leur pauvre petite existence4 ,il est des temps o l'on vieillit plus vite qu'en d'autres4 ,dans les ges sceptiques1 les mes vieillissent promptement1 parce qu'elles ne savent o se retremper4 ,jamais une conversation intrieure ni un souffle des hautes rgions6 ,l'homme se fait poussire1 longtemps avant sa mort1 et il ne s'en aperoit pas4 ,l est le danger de notre temps1 la scheresse morale4 ,cherchons donc des sources nouvelles pour nous y abreuver1 pendant que la soif nous reste encore6 7,edgar ,quinet3 ,l',esprit nouveau47 ,certes1 il est des choses respectables par leur dure1 d'autres qui se sont vues souvent2 mais si cela est vrai d'une vrit relative1 il est beaucoup plus vrai et d'une vrit absolue que rien n'est vieux sous le soleil1 pas mme le soleil4 ,tout est nouveau4 ,ce qui est le plus nouveau peut-tre1 ce sont les quelques banalits qui ont de tout temps rempli la vie humaine et devant lesquelles les nouveauts du jour si vite fltries et fanes comptent aussi peu que la minute qui s'enfuit dans l'ternit4 ,tout serait vieux1 rabch1 archiconnu6 il faut tre ignorant l'excs pour dire cela4 ,la vrit est que nous ne savons presque rien1 que nous n'avons que des vestiges de connaissances et qu'au del s'tend l'immense inconnu d'o surgissent chaque instant les plus tonnantes surprises4 ,pour quelques ornires pitines1 il y a des profondeurs sans fin o nul pied d'homme ne s'est pos4 ,dans l'univers extrieur comme dans la vie de l'me1 comme dans la socit humaine1 si grande est la terre vierge que celle que nous connaissons compte peine4 ,et encore6 comment la connaissons-nous8 ,que reprsenterait dans l'immensit des espaces et des mondes la proportion de terre que l'homme a remue avec la pelle ou la charrue8 ,c'est exactement ce que reprsente notre savoir et notre exprience compars la ralit des choses4 ,toutes les distances que nous avons parcourues sont comme un pas d'enfant sur l'abme des cieux4 ,nos vices1 mme les plus affreux1 sont impuissants souiller la cration4 ,qu'est la petite quantit d'air vici o nous enfermons nos existences anormales en comparaison du souffle de vie qui enveloppe les cimes neigeuses et couvre les ocans8 ,on a trop rpt le prcepte de l',ecclsiaste1 ,la jeunesse se l'est assimil4 ,la premire condition d'une renaissance la vie vraie est de jeter par-dessus bord cette boutade d'octognaire blas et revenu de tout4 ,heureux ceux qui peuvent comprendre cela1 c'est le commencement du salut4 ,malheureusement il en est qui ont perdu ce qu'il faut pour le comprendre4 ,il y a des gens pour qui tout est positivement vieux4 ,ce sont les socits mres pour l'croulement1 et les hommes mrs pour le nant3 ,prodromes de mort1 symptmes de catastrophes prochaines que tout cela6 ,laissons parler ainsi ceux qui sont la fin d'un monde1 et prenons hardiment pour nous la devise de ceux qui sont au commencement6 ,le premier bien et le premier devoir pour un jeune homme1 c'est d'tre jeune4 ,aux vrais jeunes tout est jeune4 ,la fracheur de leur me et de leur vie est pour eux la capacit de sentir et de dcouvrir la nouveaut et la fracheur du monde4 ,ils sont curieux de tout2 tout les frappe1 et sur les choses du corps comme sur celles de l'me flotte pour eux cette aurole qui fait pressentir l'infini travers les choses finies4 ,la vie est une rvlation4 ,rvlation en grand l'humanit1 rvlation aussi en particulier chaque tre4 ,nous dcouvrons le monde travers la conscience de l'humanit et la ntre4 ,on a beau aimer1 har1 prier1 chercher1 souffrir1 mourir depuis d'innombrables sicles2 pour ceux qui passent par l1 qui vivent par eux-mmes1 non par procuration1 amour1 haine1 prire1 recherches1 souffrance et mort sont neuves comme au premier jour4 ,les prcautions sont prises pour que ces choses-l ne vieillissent pas4 ,toutes les souillures1 les crimes1 les impostures1 tous les mensonges humains ne peuvent empcher qu'il y ait constamment des tres qui font la dcouverte de l'amour1 de la religion du cur1 du bonheur d'apprendre et de chercher1 comme si personne avant eux n'avait prouv les mmes choses4 ,rien n'est plus vrai que cela4 ,la cration est prodigieusement riche4 ,pour la trouver pauvre il faut tre soi-mme strilis4 ,la vie anormale et factice produit cet effet4 ,mais les hommes ont beau dire1 crire1 imprimer1 chanter ou pleurer en proclamant sur tous les tons que le monde est vieux1 us1 banal2 les oiseaux chantent le contraire1 l',ocan qui rugit renchrit sur les oiseaux1 et les soleils et les mondes tant du mme avis1 le proclament plus haut encore1 et la conclusion est que le fond des choses est l'ternel devenir et la jeunesse ternelle4 ,,ii ,,la ,,vie ,,comment ,,il ,,faut ,,la ,,prendre ,qu'est-ce que la vie8 ,certains potes l'ont appele un rve4 ,beau pour les uns1 pour les autres mauvais1 mais sans autre consistance4 ,on l'a aussi appele un fardeau1 un combat4 ,la science matrialiste a voulu expliquer la vie par une succession d'assimilations et de dsassimilations2 pour elle la vie est un phnomne de chimie organique4 ,les philosophes cherchent des raisons mtaphysiques et les hommes religieux des raisons religieuses3 ,cur simus conditi8 7,melanchthon74 ,au fond personne ne l'a explique1 et personne jamais ne l'expliquera4 ,la ,bible dit dans son langage d'une incomparable beaut3 ,au commencement ,dieu cra le ciel et la terre1 mais elle n'indique pas les raisons ni les procds4 ,toutefois nous vivons4 ,je ne sache pas que mme les plus curieux attendent1 pour continuer vivre1 qu'ils connaissent le secret de l'existence4 ,le plus sage est de prendre cette question au point de vue humain1 tout simplement4 ,or voici comment elle se prsente3 ,la vie est un fait4 ,ce fait prcde notre raison4 ,nous vivons avant de le savoir1 de le constater4 ,quand nous finissons par nous apercevoir que nous sommes l1 le fait est accompli depuis longtemps1 et il n'y a plus y revenir4 ,l'homme en effet peut tout aussi peu se dtruire que se crer4 ,le nant comme l'tre sont en dehors de sa porte4 ,mais une fois que nous avons constat que nous vivons1 il est essentiel d'appliquer notre rflexion ce fait1 afin d'en tenir le compte voulu4 ,tout en ne l'expliquant pas1 il y a en effet mille moyens d'apprcier ou de dprcier l'existence1 de l'employer ou d'en abuser4 ,la vie que nous portons en nous1 nous apparat comme la fleur de la vie sur le globe1 et la vie sur le globe1 tous les degrs de son volution1 se prsente comme le rsultat suprieur de tous les labeurs obscurs des nergies en activit4 ,la vie est un rsultat prcd d'une quantit incommensurable d'efforts4 ,pour nous le dire1 les couches gologiques de la terre dvoilent leurs mystres nos yeux et nous racontent travers des formes successives la mme tendance monter vers plus de perfection4 ,les archives de l'histoire humaine nous reprsentent les mmes efforts un degr plus lev et sous des dehors plus saisissants1 parce qu'ils sont plus prs de nous4 ,notre vie est donc un rsultat2 mais il est impossible d'en saisir1 par la pense1 la ligne infinie remontant dans la nuit des temps1 sans tre oblig de prolonger cette ligne dans l'avenir4 ,en effet1 si la vie est un rsultat1 elle est une promesse aussi4 ,elle est la forme la plus loquente de l'aspiration et du dessein4 ,or de mme que nous vivons de par une puissance qui n'est pas entre nos mains1 nous portons en nous le rsultat de luttes auxquelles nous n'avons pas assist1 et nous contenons virtuellement l'avenir4 ,emports tout entiers dans cette marche qui1 selon l'heure1 nous tonne par sa rapidit ou sa lenteur1 nous sommes comme envelopps malgr nous dans l'intention premire qui est au fond des choses1 les fait telles qu'elles sont1 et les mne1 travers les transformations de toute nature1 vers le but qui est indiqu dans leur essence mme4 ,en mme temps nous sentons que1 dans une certaine mesure1 nous pouvons nous sparer de cette intention ou nous y associer4 ,nous jouissons d'une sorte de choix limit par notre nature mme et qui constitue la base de notre libert et de notre responsabilit4 ,en un mot1 notre vie rsume un long labeur et prdit tout un avenir4 ,nous pouvons nous associer ce labeur et collaborer cet avenir1 ou les contrarier4 ,si nous nous levons jusqu' la conception religieuse1 nous pouvons donner cette certitude la forme suivante3 ,notre vie est le grand labeur combin de ,dieu et de l'humanit1 et leur grande attente4 ,l'homme est une esprance de ,dieu4 ,en parlant ainsi1 nous affirmons la valeur de la vie1 vis--vis de tous ceux qui la mprisent ou la dprcient4 ,nous l'affirmons non seulement vis--vis des disciples du nant1 mais encore de certains asctes religieux qui confondent dans le terme vanit du monde et la vie factice1 rsultat de nos erreurs et de nos fautes1 et la vie elle-mme4 ,avec leurs mornes apprciations de la misrable existence o nous sommes1 ils ont l'air de vrais cranciers de ,dieu1 ayant dclar le monde prsent en faillite4 ,du moins d'aprs eux la terre ne serait qu'une sorte de colonie mal venue1 d'entreprise manque1 qui ne se soutient qu'aux dpens de la mre patrie et fait peu d'honneur son fondateur4 ,je vais insister encore sur cette faon de prendre la vie1 et mon dsir est de faire natre l'impression qu'elle n'est pas le produit d'une fantaisie1 mais bien de la nature des choses4 ,la ,fontaine a dit3 ,on a souvent besoin d'un plus petit que soi4 ,pour apprcier la vie1 l'homme a besoin d'un plus petit que lui1 et je dirai surtout3 l'homme civilis1 l'homme lettr1 le jeune homme studieux habitu vivre par l'intelligence et chercher la base raisonnable des choses1 ont besoin de plus petits qu'eux pour bien apprcier l'existence4 ,a mesure en effet que l'homme soumet sa vie l'analyse et l'examen rationnel1 il est tent de la confondre avec ce qu'il en a compris1 et de n'y trouver que ce qu'il a vu ou cru y voir4 ,pour bien nous pntrer du fait de la vie1 de la puissance1 de l'obstination1 de l'invincible entrain qui est en elle1 il convient de l'observer chez les tres simples qui s'y attachent avec toute l'nergie de l'inconscience4 ,lorsqu'on est arriv poser au commencement de sa vie un syllogisme et dduire de certaines raisons l'existence et son but1 on s'est confi une base bien fragile4 ,avez-vous vu parfois les petits enfants jouer au pied des grands rochers et les tayer de quelque brin de paille ou de quelque morceau de bois mort8 ,la vie repose sur nos arguments comme les rochers sur ces brins fragiles4 ,si elle n'avait que ces soutiens-l1 il y a longtemps qu'elle aurait sombr dans le nant et le dsespoir4 ,les raisons que l'homme se donne de la vie sont toujours insuffisantes4 ,il importe entre toutes choses de s'avouer cela1 car ce n'est pas une faiblesse1 c'est une force4 ,la vie veut tre prise comme les rochers1 les montagnes1 comme les toiles des cieux1 c'est--dire comme les ralits contre lesquelles1 ,dieu merci1 nous ne pouvons rien et qui se tiennent debout toutes seules4 ,c'est d'ailleurs ainsi que la prennent les petits auxquels je fais allusion2 je veux parler des btes1 des enfants1 et de cette partie saine et robuste du peuple en qui repose la rserve de la vie comme la rserve des fleuves dans les flancs des glaciers4 ,nous avons l'habitude de dire que ces tres sont sous l'impression du moment1 que le prsent les domine4 ,nous pourrions dire avec plus de raison encore qu'au moment des impressions fortes1 il n'y a pour eux ni pass1 ni prsent1 ni avenir4 ,ils possdent la vie sub specie terni4 ,et en cela je pense particulirement aux enfants et au peuple tel que je le caractrisais tout l'heure1 et qui se fait rare1 je l'accorde4 ,ceux-l sont vraiment vivants1 car ils ont des impressions d'une nergie extraordinaire1 et ils les traduisent de mme4 ,tout pour eux est rel1 stable4 ,j'en appelle vos souvenirs d'enfance1 ce toit paternel1 la figure du pre et de la mre1 au moindre arbre1 la moindre pierre et surtout1 dans le monde moral1 cette distinction sre1 catgorique entre le bien et le mal qui caractrise l'enfant et fait souvent honte aux grandes personnes4 ,plus tard1 on peroit tout travers l'ide du temps1 du relatif1 travers une foule de souvenirs qui ternissent les impressions2 mais cette poque de la vie1 tout ce que l'on voit1 l'on entend et l'on touche a un caractre dfinitif4 ,l'tre avec sa fixit1 sa ncessit1 sa ralit sculpturale apparat l'enfant et l'homme rest simple1 en chacune de leurs perceptions1 comme une vision d'ternit4 ,c'est pour cela que leurs pleurs sont si touchants1 si vrais1 si dsols et leurs rires si joyeux4 ,ce n'est pas l'enfant1 ce n'est pas le peuple qui a trouv ce mot mlancolique et malsain3 la vie est un rve4 ,il n'y a qu'un mot pour dsigner leur tat d'esprit1 mais ce mot est parfait3 ,ils croient que c'est arriv4 ,et voici que nous nous rencontrons avec le plus vivant des hommes1 avec celui qui disait3 ,je suis la ,vie4 ,n'a-t-il pas dit3 ,regardez les oiseaux et les fleurs8 ,n'a-t-il pas dit3 ,soyez comme les enfants8 ,et c'est en effet notre conclusion cette question3 ,comment faut-il prendre la vie8 ,saisir la vie comme un fait1 le fait primordial1 la considrer comme une ralit importante dans toutes ses parties1 la prendre au srieux de mme qu'un enfant au cur puissant1 la nature saine et prime-sautire1 de mme que le peuple qui n'a pas senti nos dislocations intellectuelles2 voil ce qu'il faut s'efforcer de faire pour en ressentir encore le flot intarissable et puissant1 pour tre jeune en un mot6 ,voil le roc fondamental6 ,,iii ,l',,id,,al ,l'amour instinctif de l'existence peut s'garer4 ,il peut dgnrer en ce quelque chose d'excessif qui1 en tout1 d'une qualit fait un dfaut4 ,lorsque nous disons qu'il faut aimer la vie1 s'y attacher de tout cur1 la considrer comme le plus grand des biens1 nous ne voulons pas parler de cet amour lche et goste qui se cramponne l'existence personnelle et ses agrments4 ,c'est de la vie en gnral1 dans toute son tendue et avec tout son contenu1 que nous entendons parler4 ,on peut aimer la vie comme la brute1 l'tre vil qui n'estime en elle que la facult de manger1 de boire1 de dormir1 de jouir4 ,on peut l'aimer encore en lche qui a surtout peur de souffrir1 et qui n'est inspir dans ses actes que par la peur4 ,aimer ainsi la vie est misrable4 ,ce n'est pas la connatre1 c'est s'attacher la surface1 laisser le fond nous chapper4 ,quoique beaucoup en soient l1 malheureusement1 cette faon de comprendre la vie n'a jamais t celle de la totalit des hommes4 ,il s'est toujours trouv des tres qui aimaient la vie pour le bien auquel elle peut tre consacre1 pour ce qu'on en peut faire1 en un mot4 ,c'est dans ce sens que1 stigmatisant l'amour infrieur de l'existence1 les ,grecs attachaient une nuance de fltrissure l'adjectif 4 ,c'est dans ce sens que ,schiller a dit3 ,der ,gter grsstes ist nicht dieses ,leben1 ,der ,uebel grsstes aber ist die ,schuld4 ,le bien suprme n'est pas cette vie1 mais le mal suprme c'est la faute4 ,ces paroles ne prchent nullement le mpris de la vie1 au contraire4 ,si l'esprit de dvouement et de sacrifice est possible 7et ,dieu sait que l'humanit en a fourni et en fournit journellement les preuves les moins contestables71 si l'homme peut se donner pour une cause1 ce n'est pas parce qu'il mprise la vie4 ,au contraire1 c'est parce qu'il est anim d'une conception suprieure et d'un autre amour que celui que nous repoussons4 ,l'amour infrieur nous fait perdre la vie1 force de nous river ce qui n'en est que l'enveloppe2 l'amour suprieur au contraire nous la sauve1 mme en nous poussant la sacrifier4 ,et1 en somme1 cela est trs simple1 quoique ce soit1 aprs tout1 la plus grande chose du monde et la plus difficile pratiquer4 ,la vie1 telle que l'aiment l'goste et le lche1 n'est pas toute la vie1 elle n'en est qu'une parcelle4 ,ils substituent l'existence particulire l'existence en gnral1 et dans cette existence particulire1 ils choisissent1 pour s'y attacher exclusivement1 ce qu'il y a de plus troit et de plus fragile4 ,quoi d'tonnant si la fin d'un tel amour est le nant et le dgot8 ,en aimant au contraire toute la grande vie humaine dont la ntre est une partie1 et par del la vie humaine1 la vie dont son tour l'humanit n'est que la rvlation--en aimant la ,bont1 la ,vrit1 la ,justice1 nous dpassons notre tre particulier et nous devenons les hritiers d'une vie plus noble1 plus digne d'tre possde4 ,nous franchissons le seuil des choses transitoires pour poser le pied sur celles qui demeurent1 et l'on peut dire que les plus vivants sont ceux qui savent le mieux se sacrifier1 renoncer1 mourir mme4 ,la plus grande vrit de l'histoire1 c'est que l'humanit vit par la douleur1 le sacrifice et la mort de ses meilleurs enfants4 ,on ne saura jamais quel point nous sommes dans la vrit lorsque nous disons que les plus vivants1 ce sont ces morts-l4 ,la vie1 ce n'est pas ce pain qu'on mange1 cet air qu'on respire1 ce sang qui circule dans nos veines4 ,tout cela n'est que le vase extrieur2 c'est l'esquif fragile qui nous porte vers les rivages de ,beaut1 de ,vrit1 de ,justice1 de ,force4 ,ceux qui ont salu ces rives de la grande vie1 peuvent dire l'autre3 nunc dimittis4 ,le mme ,ecclsiaste qui a trouv le monde si vieux1 a estim aussi qu'un chien vivant valait mieux qu'un lion mort4 ,dans aucun livre du monde il ne se trouve une plus merveilleuse devise pour le ralisme4 ,persuade-toi bien du contraire1 jeune ami1 qui poses le pied sur les premiers degrs de la vie4 ,un lion mort vaut mieux1 lui seul1 que tous les chiens vivants4 ,remplis-toi l'me de cette vrit4 ,tu seras alors mme de te forger un idal4 99 99 99 99 99 ,l'idal n'est pas un monde de fantaisie1 situ bien loin dans les nues inaccessibles1 et si diffrent de la ralit qu'il faille jamais dsesprer de l'atteindre4 ,l'idal est la vive reprsentation des ralits dont nous portons en nous le germe4 ,dans le germe des plantes et des tres vivants1 on peut reconnatre au microscope de dlicats linaments peine indiqus1 marquant le point de dpart des organes futurs4 ,ainsi se trouve indiqu dans l'homme tel qu'il est1 ce qu'il doit devenir1 s'il veut obir sa destine et la volont qui est au fond de la vie4 ,vivre tout entier par toutes les parties de soi-mme1 raliser les virtualits qui sont en nous1 faire ce que nous pouvons faire1 devenir ce que nous sommes capables de devenir1 voil le but de la vie4 ,voil notre part2 le reste n'est pas nous4 ,fac tua1 sua ,deus faciet4 ,l'idal d'un tre humain doit tre modestement limit la nature humaine4 ,il y a1 qu'on en soit sr1 assez de grandeur dans cette humilit4 ,si la graine jete au sol avait conscience d'elle-mme1 elle rverait1 sous les sillons obscurs d'un beau champ dor o des milliers d'pis s'inclinent au soleil2 si l'uf immobile et semblable au caillou pouvait avoir la notion des forces latentes qu'il recle en lui1 il aurait pour idal un libre oiseau secouant ses ailes aux vastes plaines de l'azur4 ,que l'homme donc1 dans sa jeunesse1 se sonde1 se connaisse1 se mette face face avec lui-mme1 et l'humanit lui apparatra dans sa beaut sublime4 ,le chemin qu'il doit suivre lui sera indiqu par sa nature mme1 par ses joies et ses souffrances1 par tout ce qu'il est et par tout ce qu'il prouve4 99 99 99 99 99 ,a une poque comme la ntre o l'on a surtout souffert de la dispersion1 de la division extrieure et intrieure1 il faut aspirer l'harmonie et l'unit4 ,le manque d'quilibre est le grand mal individuel et social4 ,rechercher l'quilibre en nous et hors de nous doit tre1 par consquent1 comme le mot d'ordre d'orientation gnrale4 ,l'homme est d'abord un tre individuel4 ,dire que l'individu n'est rien est aussi faux que de dire qu'il est tout4 ,la solidit avec laquelle chacun de nous est riv sa vie personnelle nous montre bien que l'individualit n'est pas une illusion4 ,a chaque minute de la vie1 tout ce que nous prouvons1 peine ou plaisir1 nous rappelle que nous sommes l1 que nous sommes quelqu'un et quelqu'un de distinct4 ,rien de plus lgitime par consquent que le souci du dveloppement individuel4 ,chacun de nous1 dans sa jeunesse1 s'apparat lui-mme comme une personne inacheve dont il faut complter les traits et la stature4 ,c'est en cela que consiste l'ducation humaine4 ,notre vie1 qu'elle soit extrieure ou intrieure1 se compose sommairement de deux larges parts dont l'quilibre est du plus haut intrt4 ,ces parts sont la rceptivit et l'activit4 ,la rceptivit concerne l'intelligence1 le sentiment1 les influences de climat et de milieu1 la nourriture physique ou morale4 ,elle est l'organe multiple par lequel le monde1 tout ce qui n'est pas nous-mme1 agit sur nous4 ,l'activit comprend le mouvement1 l'effort1 le travail1 tout dploiement d'nergie1 toute manifestation de notre volont4 ,elle est la rponse l'action extrieure1 notre raction personnelle1 notre contribution au vaste domaine de la vie4 99 99 99 99 99 ,ce que nous avons pu constater jusqu' prsent1 un peu partout1 est que nous sortons d'un ge o1 malgr un dploiement colossal d'activit1 l'homme a t dvelopp dans sa rceptivit plus que dans son nergie4 ,notre ducation a culmin dans l'instruction1 et celle-ci dans l'ameublement de l'esprit plutt que dans sa culture et dans le dveloppement de son originalit4 ,dans la pratique1 notre recherche du bonheur a vis la satisfaction qui vient des impressions et des jouissances1 soit de l'esprit soit du corps1 plus qu' celle qui vient de l'action4 ,il faut que ce travers soit bien rpandu1 puisqu'on le constate universellement4 ,je lis dans une pice du pote sudois ,ibsen1 intitule3 ,ligue de la ,jeunesse3 ,la faute capitale de notre ducation est d'avoir mis tout le poids sur ce qu'on sait au lieu de le mettre sur ce qu'on est4 ,aussi voyons-nous quoi cela aboutit4 ,nous le voyons par l'exemple de centaines d'hommes capables qui manquent d'quilibre et se montrent tout autres dans leurs sentiments et leurs dispositions que dans leurs actes6 ,nous avons relgu l'nergie et la volont au second plan4 ,un homme tait surtout une intelligence1 un cerveau1 au lieu d'tre un caractre4 ,cette lacune se remarque jusque dans les sciences psychologiques1 o tout ce qui se rapporte l'intelligence a t beaucoup plus approfondi que ce qui se rapporte la volont4 ,nous sommes l en prsence d'une grave lacune4 ,a quoi servent l'esprit1 l'intelligence1 quand ce rgulateur qu'on appelle la volont est absent8 ,la volont est debout au gouvernail de la barque1 quand elle chancelle et se droute1 le vaisseau a beau tre bien construit1 le naufrage est redouter4 ,que la jeunesse porte donc son attention de ce ct-l4 ,que la culture de l'nergie personnelle1 de l'action1 de la force physique et morale devienne un but particulier1 ardemment poursuivi4 ,il y a autant de formes d'activit que de formes de rceptivit4 ,celui qui s'observe1 aura remarqu que le monde et les hommes produisent sur lui des impressions d'ordre physique1 intellectuel1 moral1 esthtique1 religieux1 selon qu'ils agissent sur telle ou telle forme de sa sensibilit4 ,quoique ces formes diverses doivent avoir une racine commune1 il est impossible de les confondre ou de les remplacer l'une par l'autre sans errer gravement4 ,on n'est vraiment homme que lorsqu'on accorde leur valeur chacun des lments de son tre tout entier4 ,notre sens religieux et moral a t nglig1 mconnu4 ,nous commenons nous apercevoir qu'il fait partie de notre rceptivit normale aussi bien que le sens esthtique1 par exemple4 ,le ngliger c'est se mutiler1 le nier c'est s'insurger contre des faits positifs4 ,il est vident que l'activit s'en ressentira1 recevant ainsi de nouvelles excitations et des motifs nouveaux4 ,l'homme religieux ou moral obit des mobiles que finit par ignorer celui qui nglige de cultiver en soi le sens du bien et celui du divin4--,je m'attacherai surtout dans ce qui va suivre rappeler ce qui risque d'tre oubli1 et insister sur ce qu'on a le plus besoin d'entendre4 ,je ne m'attarderai pas parler de l'instruction1 des recherches scientifiques1 des tudes proprement dites1 des programmes1 de tout l'ensemble enfin de la culture intellectuelle ou esthtique4 ,ces choses ont t dites par les hommes spciaux4 ,mais je m'arrterai d'autant plus l'ducation de la volont et aux sujets connexes de la discipline1 du travail ainsi que de leur contre-partie1 le loisir et les distractions1 o je crois avoir des ides personnelles exprimer4 ,de mme je rserve une place d'honneur au sentiment religieux4 99 99 99 99 99 ,mais l'homme n'est pas un individu seulement4 ,mieux il se connat dans ses origines1 ses attaches innombrables avec les anctres et les contemporains1 mieux il sent qu'il fait partie d'un tout4 ,ce qu'il a et ce qu'il est1 il le tient en majeure partie d'autrui4 ,il est comme une maille de filet1 distinct1 mais indissolublement attach l'ensemble4 ,en un mot l'homme est un individu social4 ,la solidarit l'environne et le pntre tel point qu'il ne voit plus qu'elle ds que ses yeux se sont ouverts ce fait immense4 ,donc il faut qu'il soit initi la vie sociale et qu'il s'y lve par degrs travers la famille1 l'amiti1 l'amour1 la patrie4 ,a ce compte seulement il est un homme4 ,nous consacrerons le reste de ce livre dtailler quelques traits de cet idal afin de faire entrevoir toute la richesse de vie qu'il renferme4 ,,iv ,l',,action ,esto vir6 #a4 ,discipline4 ,je voudrais prcher l'action la jeunesse pour tant de raisons que je dsespre de les numrer toutes4 ,mais voici la premire3 ,la parole est avilie4 ,loin de moi de la mpriser4 ,mais il faut se mettre face face avec la vrit4 ,la parole qui est parmi les hommes le lien par excellence1 la grande arme et le grand outil de l'esprit1 a perdu sa puissance force d'tre un instrument de mensonge4 ,on se mfie de toute parole4 ,qui nous prouve qu'elle soit sincre8 ,et si elle est sincre1 qui nous prouve qu'elle durera8 ,d'habiles jongleurs de mots et de penses ont si bien dnatur les uns et les autres que d'ailleurs on a souvent beau parler3 les termes ont perdu leur sens4 ,enfin1 force d'entendre exposer des systmes et des doctrines1 nous sommes blass4 ,cela ne mord plus4 ,que faire alors pour rvler ce qui est en nous1 rpandre nos ides1 exercer cet apostolat de la vrit et de l'idal qui est le plus noble besoin de ceux qui ont quelque chose dans le cur8 ,je rponds3 ,parler moins et agir davantage4 ,les ,arabes mprisent l'homme qui parle beaucoup1 et en dduisent qu'il pense peu et qu'il est faible d'esprit4 ,l'homme srieux leur sens est trs sobre de paroles4 ,chez nous la parole est en grand honneur4 ,avoir dit ou crit de belles choses1 c'est un mrite4 ,les chevaliers de la plume et de la parole vont de pair avec ceux du glaive et de l'outil1 et souvent passent avant eux4 ,mais nous sommes trop spirituels1 pour les prendre au srieux4 ,nous voyons l'pe de la parole tracer dans les airs un cercle blouissant1 et nous rentrons chez nous sans blessure4 ,aussi que de bonnes choses n'a-t-on pas dites en pure perte6 ,donc il faut recourir un autre moyen4 ,les charlatans ayant gt le mtier des honntes gens1 il faut de moins en moins mettre son me dans les livres et les discours3 elle risque d'y rester enfouie4 ,mettons la main la pte1 prenons la bche1 le marteau1 la trique1 le fouet1 et au lieu de tracer des caractres sur le papier1 burinons-les sur les curs vivants6 ,au lieu de crier3 ,en avant6 ,au feu6 ruons-nous les premiers l'attaque6 ,le chef qui se prcipite l'assaut n'a pas besoin de soigner son style ou de citer ,csar2 un cri1 un geste suffit1 et la contagion de l'exemple emporte le rgiment sur ses pas4 ,imitez-le4 ,lorsque vous connatrez quelque chose de beau1 de bon1 de juste1 de droit1 ne le dites pas1 faites-le6 et cela non seulement pendant un jour1 mais avec l'obstination des longues patiences4 ,et lorsque vous verrez quelque chose d'inique1 de mauvais1 ne perdez pas votre temps lever les mains au ciel et exciter l'indignation des autres1 quitte1 peut-tre1 vous croiser les bras aprs4 ,non1 saisissez vous-mme le taureau par les cornes et payez de votre personne6 ,le renfort viendra tout seul6 ,mais avant d'exercer une action quelconque1 il faut se persuader de la ncessit d'une discipline4 ,une force quelle qu'elle soit est comparable au feu et l'eau4 ,est-elle bonne1 est-elle mauvaise1 je ne sais4 ,tout dpend de la discipline4 ,elle peut tre un flau dvastateur ou une nergie salutaire1 selon qu'elle est lche ou dompte4 ,elle peut encore se dpenser en pure perte ou en rsultats fconds1 selon qu'elle est irrgulire et brouillonne ou docile et sre4 ,il rgne sur la discipline des ides trs diffrentes qui se groupent sous deux conceptions principales4 ,d'une part1 on entend par discipline un ensemble de moyens par lesquels on arrive mater une vie pour la remettre comme un instrument passif entre les mains d'une volont trangre4 ,d'autre part1 on entend par discipline une srie de moyens par lesquels on arrive rendre une vie forte1 matresse d'elle-mme1 tablir entre ses diverses nergies un quilibre tel que1 loin de se contrarier1 elles s'harmonisent4 ,ce deuxime genre de discipline amne l'homme se possder et se gouverner soi-mme1 en vue du but qui est celui de toute sa vie1 et auquel il arrive peu peu se consacrer tout entier4 ,nous ne voulons pas parler ici du premier genre de discipline4 ,cette discipline-l ne mrite pas de faire partie de l'ducation humaine3 elle est inhumaine4 ,elle emploie les mmes procds qui russissent rendre les chevaux savants1 rprimer la gloutonnerie native des chiens pour leur apprendre rapporter le gibier au chasseur4 ,c'est admirable pour les animaux1 c'est dtestable pour les hommes4 ,ce n'est plus de la discipline1 mais du dressage4 ,un tel systme anantit la volont et fait d'un homme une chose4 ,cette discipline ralise si peu le but de la vie1 qu'elle le supprime au contraire1 et qu'il convient de tout souffrir et de tout endurer1 plutt que de l'accepter4 ,mais il faut bien se garder de rejeter la discipline en gnral1 comme cela arrive souvent sous prtexte de libert et de dignit humaine4 ,l'homme qui n'a ni frein1 ni loi1 ni respect1 qui ne connat pas l'obissance et ne sent pas l'autorit des lois qui sont au fond des choses et que la conscience doit reflter1 descend plus bas que la brute4 ,en prsence de certains dsordres dont la vie humaine donne le lamentable spectacle1 on se surprend parfois dsirer que les hommes qui vivent ainsi aient subi quelque vigoureux dressage4 ,il y a des jours et des heures o le mal et la honte des hommes nous semblent si effrayants qu'on est tent de faire appel la violence pour les ramener l'ordre ou du moins pour les empcher d'taler leur ignominie6 ,mais ce serait choir de ,charybde en ,scylla4 99 99 99 99 99 ,la discipline1 dans le bon sens de ce mot1 a toujours t ncessaire et salutaire4 ,ni dans l'tat1 ni dans l'arme1 ni dans l'cole1 ni dans la famille1 on n'est arriv rien fonder de durable sans elle4 ,la discipline est l'nergie ce que la logique est l'intelligence1 ce que l'conomie est la finance4 ,il faut avoir pass par l et y repasser sans cesse1 sous peine de tomber dans le gchis1 l'incohrence et la strilit4 ,malheureusement tout le monde ne semble pas en tre bien pntr4 ,il y a1 dans la jeunesse1 beaucoup d'esprits forts qui pensent pouvoir se passer des petits moyens1 et arriver au sommet de la montagne sans s'tre fatigus gravir les chemins pas pas4 ,le manque de discipline vraie est un des flaux de ce temps4 ,nous avons d'une part la licence1 ou le laisser-aller1 et de l'autre la rigidit mortelle des systmes autoritaires4 ,mais trs peu d'hommes connaissent cette obissance volontaire qui est mre de la libert4 ,c'est pourtant en elle qu'est le secret de la force morale4 ,je voudrais pouvoir faire sentir tout jeune homme l'horrible tat de dpravation et de misre dans lequel se jettent les tres au cur mou1 qui redoutent toute rgle virile1 ne savent rien se refuser1 ni rsister rien1 et appartiennent au premier venu1 dsir1 passion1 vellit de hasard1 ou aux influences et aux caprices des vnements et des volonts trangres4--,je voudrais pouvoir le faire sentir1 afin de susciter dans le cur de ceux qui entrevoient l'abme d'indignit o l'on descend ainsi1 le dsir ardent d'une vie toute diffrente4 ,peut-tre se mettraient-ils soupirer aprs une svrit salutaire8 ,car enfin si cette svrit parat redoutable1 les rsultats auxquels elle conduit sont si beaux6 ,l'nergie est un tel bien qu'il faut prfrer le coup de fouet qui la rveille la caresse qui l'endort4 ,malgr tout1 nous n'en sommes pas arrivs ne plus sentir sa grandeur4 ,mme les curs mous et avilis gardent pour elle une secrte admiration4 ,un tre qui se possde lui-mme est comme un phare dans le monde moral4 ,rien ne se recommande d'emble et ne s'impose comme la force d'me4 ,quand elle passe1 on sent que c'est la royaut qui passe1 et quelque chose au fond de nous nous fait souhaiter de possder cette royaut4 ,le spectacle de l'avilissement des volonts nous remplit de dgot pour les autres et pour nous-mmes4 ,il y a des jours et des heures o le sentiment de l'indignit universelle nous crase4 ,tout au contraire le spectacle de la virilit est rconfortant4 ,il suffit que son pur rayonnement ait une seule fois clair notre conscience pour qu'il nous en reste un souvenir indestructible4 ,tel jour1 en telles circonstances1 j'ai vu un homme l'uvre1 l'uvre de courage1 de piti1 ou de vrit1 et je l'ai trouv si beau que je donnerais tout pour lui ressembler444 ,comme je voudrais que beaucoup de nos jeunes contemporains pensent ainsi6 ,de mme qu'il y a de la joie voir un enfant vif1 entreprenant1 mprisant la douleur1 de mme on aime rencontrer un jeune homme ayant pour idal d'tre fort1 et souhaitant avant toute chose de ne rien craindre1 si ce n'est la bassesse1 ,celui-l1 certes1 doit tre dispos recourir la discipline pour raliser ses nobles aspirations1 et il n'en mprisera pas les petits moyens4 ,car c'est par eux qu'il faut commencer4 ,qu'on se persuade bien d'une chose1 c'est que l'nergie1 comme toutes les facults humaines1 est soumise aux lois du dveloppement4 ,elle a sa culture comme l'intelligence1 et comme elle1 s'lve des choses les plus simples aux plus difficiles4 ,l'entranement progressif de l'nergie a une grande analogie avec l'cole de guerre4 ,le soldat est un homme disciplin1 qui sait endurer et combattre et s'est prpar par une srie d'exercices4 ,edgar ,quinet a dit qu'il y avait dans la guerre deux choses3 le ct humain et le ct divin4 ,le ct humain c'est l'ensemble du mcanisme matriel2 le ct divin c'est l'esprit qui anime les soldats1 la cause pour laquelle ils combattent4 ,dans le beau combat auquel l'homme se prpare1 il en est de mme4 ,les petits moyens1 ici1 sont l'ensemble des procds par lesquels on assouplit et fortifie l'outil3 la volont4 ,on peut tous les ramener un principe que voici3 ,dans les dtails de sa vie1 s'appliquer constamment tre actif plutt que passif4 ,manger1 boire1 dormir1 se divertir1 travailler1 tout ce que l'on entreprend1 peut s'accomplir passivement4 ,on peut tre couch dans son lit1 parce qu'il doit en tre ainsi et qu'on le veut bien2 mais on peut y tre1 parce qu'on est vaincu par sa paresse4 ,chacun sait cela4 ,il en est de mme pour tous les actes de la vie1 et rien n'est plus simple remarquer4 ,le travail qui parat tre l'action par excellence peut1 lui aussi1 avoir un caractre passif qui lui enlve presque toute sa valeur morale4 ,travailler1 parce qu'on y est forc1 pouss par la faim1 la soif1 c'est tre passif4 ,c'est notre faim1 notre soif qui est le ressort1 et nous ne faisons que suivre l'impulsion4 ,la vie demande tre conquise en dtail sur les fatalits et les influences extrieures1 sur les dsirs1 les apptits1 les passions1 la force d'inertie qui est en chacun de nous4 ,que d'tres ont vcu et sont morts sans jamais se douter que la grande affaire dans une vie humaine tait de vivre sa vie et non pas de se laisser emporter et dominer par elle6 ,ce sont l choses recommander aux jeunes conscrits qui veulent se mettre l'cole de guerre4 ,il faut s'emparer de sa vie1 se surveiller1 et s'appliquer y gagner peu peu du terrain sur cette passivit qui nous surprend et nous lie malgr nous1 ds que la garde intrieure s'endort4 ,un bon moyen pour arriver exercer cette vigilante action qui fait que notre vie tombe peu peu au pouvoir de notre volont rflchie1 c'est de se fortifier1 en gnral1 par toutes sortes de mles pratiques4 ,rien ne vaut1 pour s'endurcir1 un peu de misre1 de privation1 de souffrance mme4 ,en gnral les curs forts ont t tremps dans les luttes et dans la vie difficile4 ,les vnements ont constitu pour eux une cole svre et salutaire4 ,suivons cette indication de la vie et soyons durs pour nous-mmes4 ,recherchons les fatigues1 les efforts1 tout ce qui tend les muscles et solidifie les os1 tout ce qui rend le sang plus rouge1 tout ce qui exerce la patience et l'endurance de quelque nature que cela puisse tre4 ,et cela avec mthode1 comme on arrive peu peu soulever1 en s'y appliquant jour aprs jour1 des poids que les mains inactives ne pourraient mme pas remuer4 ,l'entranement physique est une des conditions de la vigueur morale4 ,montaigne a dit3 ,pour leur durcir l'me1 il faut leur durcir les muscles4 ,pour un homme qui aspire au gouvernement de soi-mme1 l'engourdissement des forces doit tre un sentiment insupportable1 ,il se sent le devoir d'entretenir toutes celles qui sont en lui1 dans le corps comme dans l'esprit1 de les dvelopper par un soin constant et de les fourbir journellement comme on fait d'une arme prcieuse1 afin que la rouille et la poussire ne l'atteignent pas4 ,lorsque1 par ces mles pratiques1 l'homme sera parvenu tre matre de lui comme un bon cavalier l'est d'un bon cheval1 les conditions humaines de la lutte seront remplies4 ,il s'agira alors du ct divin1 savoir de l'esprit qui doit l'animer et au nom duquel il va porter son arme au combat4 ,qu'il ne puisse servir qu'un matre1 c'est l le premier point6 ,ce matre c'est la volont qui est au fond des choses1 et cette volont nous la servons en nous inspirant des intentions qu'elle nous dcouvre dans la vie de l'humanit4 ,faire grandir et progresser la vie1 la rendre juste1 forte1 pure1 saine1 joyeuse1 l'aimer et le lui prouver en la servant1 voil le but4--,mais quand on aime la vie dans son essence divine et son intgrit1 que de choses ne faut-il pas har8 ,nous dirons donc ceci3 ,le rsultat de la discipline doit tre de former1 d'assouplir1 d'apprivoiser notre nature entire de telle sorte qu'avec toutes les nergies qui sont en elle1 elle se mette1 comme un glaive docile et vaillant1 au service de la vie qu'il faut aimer1 contre tous ses ennemis qu'il faut har1 combattre et attaquer sans trve ni merci4--,la haine du mal est le complment indispensable de l'amour de la vie4 ,celui qui ne sait pas har ne sut jamais aimer4 ,qui dit3 j'aime1 et ne ment pas1 dit du mme coup3 je hais4 ,ces belles et fortes passions sont le nerf des combats4 ,tous les grands amis des hommes les ont connues par cette seule raison qu'ils taient d'une pice1 comme les rochers sur lesquels on peut btir sa maison ou se briser la tte4 ,aimer et har1 avec tout ce qu'on est et tout ce qu'on a1 jusqu'au sacrifice1 jusqu' la mort1 c'est ce qui constitue le degr le plus lev de la discipline virile4 ,a ce point1 travers les commencements humbles1 la fidlit dans les petites choses1 l'obissance consentie est devenue la libert suprme1 et j'ajouterai1 le bonheur le plus lev et le plus pur4 ,foin du bonheur lche et passif qui aprs tout vous amollit et vous expose ensuite dsarm tous les coups1 mme les moindres6 ,quelle misre que ce bonheur6 ,la vraie flicit est dans l'action1 la lutte4 ,oh6 vivre1 combattre1 souffrir pour ce qu'on aime et pour ce qu'on adore6 pour la justice1 la libert1 la patrie1 pour ceux qu'on outrage et qu'on opprime2 tre un cur d'homme1 un rempart1 comme disaient les ,grecs1 une borne irrductible2 n'avoir qu'une parole aussi ferme pour dire oui que pour dire non1 et sur laquelle on peut compter comme sur le soleil levant2 emboter le pas dans l'immortelle phalange qui passe au champ d'honneur de l'humanit dans un blouissement de soleil6 ,jeune ami qui lis cette page1 sens-tu le feu courir dans tes veines en te reprsentant ce sort8 ,il sera le tien4 ,mais pour y arriver1 il faut avoir le courage et la patience de te laisser morigner par un matre d'escrime6 #b4 ,travail4 ,le travail est la forme calme et continue de l'action4 ,on rpte3 ,le travail est la vie1 l'oisivet la mort4 ,si cela est vrai1 et je n'en doute pas1 nous sommes rongs par la mort4 ,comment1 dira quelqu'un1 vous trouvez qu'on ne travaille pas assez8 ,d'autres estiment qu'on travaille trop4 ,entendons-nous4 ,aucun sicle n'a plus travaill que celui-ci1 mais qui a fait le travail8 ,quelques-uns4 ,pour un inventeur qui s'est us en recherches et en veilles1 combien de gens qui se reposent et profitent de son labeur8 ,dans l'industrie1 le travail repose sur certaines paules surtout4 ,les autres en profitent sans savoir aucun gr ceux qui peinent4 ,l',amricain ,bellamy a fort bien compar la socit une diligence3 ,une partie de l'humanit y est attele1 l'autre se dispute les places de l'intrieur et se fait traner4 ,le travail est mal compris1 et mme mpris par beaucoup trop de gens4 ,il est surtout considr comme une corve laquelle on se soumet pour gagner le pain4 ,celui qui a du pain n'a pas besoin de travailler4 ,quant l'autre1 il travaille par ncessit4 ,tous les deux font mal4 ,je distingue deux espces de fainants1 ceux qui paressent et ceux qui travaillent en grognant4 ,donc il y a lieu de rhabiliter le travail4 ,comment arriver cela8 ,en travaillant tous1 sans exception4 tant donn que le travail est une loi de la vie1 on ne saurait1 sous aucun prtexte1 admettre que quelqu'un s'en exempte4 ,quiconque ne travaille pas est1 dans l'esprit mme de cette loi suprme1 condamn prir4 ,il prit de marasme intrieur1 dvor par l'nergie prisonnire qui se transforme en poison4 ,tout ce qui ne remue pas1 ne fonctionne pas1 se rouille et se corrompt4 ,vous ne faites rien1 jeune homme8 ,il suffit4 ,je prfrerais entendre dire que vous avez le cholra1 car il ne tue et ne contamine que le corps4 ,le mal d'oisivet qui vous ronge1 dtruit tout l'homme4 ,vous tes non seulement infect1 mais vous constituez un foyer d'infection4 ,dans une socit bien organise1 celui qui est atteint de votre mal devrait tre condamn mort3 mort par le mpris public1 mort par la faim4 ,que l'homme ait du pain en abondance et vive sans travailler1 du travail d'autrui1 ou qu'il n'ait pas de pain1 mais que1 paresseux1 il le mendie ou le vole de n'importe quelle faon1 il n'y a pas de place pour lui dans un monde soumis la loi du travail et de la solidarit4 ,il tombe de l'arbre comme la feuille morte4 ,surtout nous qui aimons le travail et qui comprenons quel point il est bon1 salutaire1 respectable1 nous qui sentons qu'il est un grand librateur et un grand pacificateur1 ne le cachons jamais4 ,ce sicle de labeur cache le travail2 c'est une de ses lgances4 ,dans nos villes1 les talages clatent aux yeux1 les ateliers sont masqus4 ,on voit les rsultats1 mais non l'effort4 ,comme c'est malsain pour la jeunesse et pour tout le monde6 ,ne pas savoir la peine que les choses ont cote6 ,ne pas voir la petite main ple qui a fabriqu cette fine dentelle1 le poing noir qui a forg ces appareils et ces machines2 mais c'est tre induit en erreur et dispos l'injustice6 ,on en arrive croire que les choses se font aisment1 toutes seules peut-tre4 ,montrons le travail2 c'est une ncessit sociale1 un hommage la vrit4 ,faisons davantage encore1 honorons-le dans notre personne1 afin d'apprendre la jeunesse l'honorer4 ,jamais nous ne l'exalterons assez4 ,ne cachez pas vos mains quand elles prsentent les traces du travail1 ce serait une mauvaise action4 ,voyez comme le mal s'tale6 ,n'ajoutez pas son impudence votre fausse honte4 ,pourquoi brosser avec tant de soin cette poussire de labeur qui vous honore8 ,le soldat n'est jamais plus beau que lorsqu'il est noir de fume6 ,qu'est la grande tenue des jours de parade auprs de la livre des batailles6 ,le vieux ,diogne que personne ne connat et que l'pithte de cynique dfinit si mal tait un trs grand philosophe pratique et un excellent prcepteur4 ,il enseignait entre autres aux jeunes disciples qui se confiaient sa direction affronter certains sots prjugs du public et circuler en portant des fardeaux1 des outils1 ou des objets de consommation4 ,que n'est-il encore parmi nous pour enseigner ces rudes prceptes certains jeunes seigneurs qui se soucieraient fort peu d'tre aperus en mauvaise compagnie1 mais rougiraient d'tre surpris dans l'accomplissement de telle besogne modeste et honorable6 ,les coutumes les plus absurdes et les ides les plus fausses sont journellement inculques la jeunesse des deux sexes par cette manire de cacher le travail4 ,vous vous excusez1 madame1 de ce que je vous surprenne travaillant1 les mains la pte1 ou occupe soigner vos enfants4 ,votre embarras n'est flatteur1 ni pour moi1 ni pour vous4 ,serions-nous de ceux qui mprisent le travail8 ,faire la cuisine ou le mnage1 soigner ses enfants1 quoi de mieux8 ,une mre est-elle jamais plus touchante qu' son poste8 ,quel plus bel exemple donner la jeunesse8 ,sans doute1 il ne faut rien exagrer1 ni se noircir les mains et la figure de propos dlibr4 ,la vertu elle-mme n'est estimable que par le tact et la discrtion4 ,mais nous nous comprenons1 n'est-ce pas8 ,on rpte souvent maintenant que les jeunes ne veulent plus travailler1 et ceux qui parlent ainsi sont les auteurs directs de l'inertie qu'ils blment4 ,en se faisant les serviteurs de leurs enfants1 en leur vitant tout effort1 ne les ont-ils pas eux-mmes habitus la paresse8 ,et puisque nous voici parler de travaux manuels1 consacrons une attention spciale cette forme trs dlaisse de l'activit4 ,je reconnais dans leur rhabilitation un des grands moyens curatifs que rclame l'tat de notre poque4 ,tout d'abord cet quilibre perdu par l'exagration des oprations intellectuelles1 par l'exaspration de nos facults reprsentatives1 serait rtabli par une pousse du ct de l'activit musculaire4 ,l'activit musculaire tonifie1 repose des efforts d'attention et de raisonnement et amne une certaine pondration dans l'tre surmen4 ,a ce point de vue le travail manuel est un des plus nergiques moyens thrapeutiques4 ,il enrichit le sang1 augmente l'nergie1 entretient la bonne humeur quand elle existe1 et la ramne quand elle a disparu4 ,on vit bien plus gament et plus largement quand le corps a son activit normale1 et la pense1 loin d'y perdre1 y gagne4 ,l'tude sdentaire nerve1 altre les impressions et les ides1 diminue la clart des conceptions et dispose aux exagrations et aux excentricits4 ,on ne quitte pas impunment la base de la vie4 ,on tient mieux sa plume et on s'en sert mieux aprs avoir rabot1 sci1 lim1 martel1 car rien n'active la circulation crbrale et l'closion des penses comme une occupation physique modre et1 d'autre part1 en nous rapprochant de la vie relle1 des choses qu'on voit1 touche1 et qui sont du domaine essentiellement pratique1 on assemble au fond de son tre comme un lest prcieux qui empche la pense de s'garer et de se perdre dans le vide4 ,que de politiciens auraient chapp au danger des formules creuses et la rage strile de lgifrer1 s'ils s'taient initis par le travail aux besoins pratiques du peuple6 ,mais parmi tous les travaux manuels il n'en est aucun qui1 pour sa merveilleuse influence1 soit comparable au travail des champs4 ,c'est un des moins accessibles la jeunesse studieuse en temps ordinaire2 mais il y a les vacances4 ,heureux celui qui1 alors1 peut s'enfuir aux champs1 et qui possde un coin de terre familier ou quelque parent et ami auquel il peut demander de l'initier au secret rural6 ,il y a une me des champs1 qui vit sur les sillons et dans les moissons1 dans les haies et les prairies1 me bienfaisante1 calmante1 pleine de doux enseignements et de mles lans4 ,virgile l'a comprise4 ,l'antiquit en tait imprgne4 ,mais pour se rvler1 cette me demande chacun sa part d'effort4 ,la terre parle aux promeneurs1 sans doute1 elle est bonne tous1 mais il est des choses qu'elle ne dit qu' ceux qui la cultivent et la travaillent1 qui l'aiment en un mot4 ,j'estime que le plus grand malheur d'une socit est de consommer le divorce avec la terre et d'en arriver1 comme cela se produit malheureusement dans les grandes villes1 au sein de la vie factice1 ne plus la considrer que comme de la boue4 ,comme il est vrai1 le vieux mythe du gant ,ante1 ranimant ses forces chaque fois qu'il touchait la terre1 sa mre1 et vaincu enfin parce que son adversaire l'en avait violemment arrach6 ,il faut rechercher la terre1 se retremper son sein robuste4 ,jeunesse fatigue1 surmene d'tudes1 anmie et nerve par la grande ville1 prends la clef des champs6 ,parle aux paysans1 fais mieux1 demande-leur du travail4 ,apprends conduire cette charrue1 manier cette pioche1 cette faux6 ,dans quelques jours tu seras tonn du nombre de choses nouvelles que tu auras dcouvertes1 tu auras appris quel mal donne la culture de ce pain mang avec ingratitude par une foule de gens1 et que tu ne pourras plus toucher dsormais sans attendrissement1 te souvenant que l'homme y a mis sa peine1 et ,dieu son soleil4 ,celui qui dchire le sol et y jette la graine te sera apparu comme le symbole mme de l'humanit qui sme et espre4 ,prs de ce laboureur1 si la vie t'a sembl jadis irrelle et pleine de vanits1 tu diras tout bas avec le pote3 ,on sent quel point il doit croire ,a la fuite utile des jours6 ,obscurment tu percevras la saintet du travail et le srieux profond de la vie1 et tu verras les derniers rayons du soleil d'octobre largissant jusqu'aux toiles ,le geste auguste du semeur6 ,fais cela1 jeune homme1 crois-moi2 avant de te le conseiller1 je l'ai pratiqu4 ,j'ai fauch plus d'un champ d'avoine et de froment1 berc pendant de longues heures sous le ciel d'aot1 par la lente cadence de l'outil qui va1 qui vient1 abattant chaque coup les pis jaunes et lourds3 j'ai entendu chanter les cailles dans les champs profonds et par del les flots dors des bls et des bois qui bleuissent au-dessus des vignes2 j'ai song aux rumeurs humaines1 aux fournaises des grandes cits1 aux problmes qui tourmentent ce temps1 et j'y ai vu plus clair4 ,oui1 j'en ai la certitude1 l'un des grands remdes nos maux1 nos maladies sociales1 intellectuelles et morales1 serait le retour la terre et la rhabilitation du travail des champs4 ,je ne puis m'empcher de citer ici une page de mon ami ,t4 ,fallot1 ,ides d'un rural1 et je les recommande aux jeunes hommes en gnral1 mais en particulier ceux qu'une conception errone de la vie pourrait engager renoncer cultiver leurs terres et donner ainsi un exemple funeste3 ,c'est aux classes cultives donner l'exemple du retour la campagne et du retour la terre4 ,elles ont fait le mal1 elles de le rparer4 ,n'est-ce pas elles qui ont enseign aux paysans le ftichisme de la ville1 de tout ce qui en vient1--articles et ides de pacotille8 elles1 qui ont rpandu le culte de l'argent qu'on y gagne sans peine1 la soif des plaisirs frelats qu'on y gote1 et le reste8 ,aprs avoir enlev au paysan le respect de la terre et du travail qui la fconde1 il ne sera pas ais de le lui rendre2 et pourtant il faut1 cote que cote1 lui faire comprendre qu'il n'y a pas d'existence prfrable la sienne4 ,sinon1 la dsertion des campagnes continuera4 ,mais les raisonnements ont peu de prise sur le cultivateur2 les leons de choses seules le font rflchir4 ,le jour o il verra les familles aises et les hommes instruits venir habiter avec lui et travailler comme lui1 ,jacques ,bonhomme finira par comprendre qu'on l'avait bel et bien tromp en l'assurant qu'il y a plus de pices d'or gagner en ville que de pierres dans sa vigne1 et1 tout mu de cette dcouverte1 il recommencera racler joyeusement sa terre au grand soleil de ,dieu et lui faire produire son fruit4 ,du reste1 point de malentendu2 ce n'est ni une uvre de dvouement1 ni un apostolat que je prche aux hommes cultivs1 mais une entreprise fort raisonnable dont ils seront les premiers bnficier4 ,l'honorable corporation des pharmaciens aura beau aligner formule aprs formule et composer pilule aprs pilule1 elle ne retrouvera jamais de reconstituant pareil celui que fournit l'homme le travail de la terre4 ,les anciens taient plus sages que nous en imposant leurs enfants l'apprentissage d'un mtier manuel1 quelle que ft leur condition sociale4 ,ce genre d'ducation pratique est le complment indispensable de toute culture virile4 ,le travail manuel1 mon avis1 outre les avantages que je viens d'noncer1 en a un autre4 ,il nous fournit un terrain de rapprochement social4 ,tant que ce travail est mpris par la partie lettre ou aise d'une nation1 il subsiste une source de malentendus et de ressentiments4 ,malgr toutes les protestations et tous les tmoignages en l'honneur de ceux qu'on nomme les travailleurs1 ceux-ci se persuadent que leur travail est aprs tout un esclavage auquel personne ne voudrait se soumettre librement4 ,de l la haine du travail manuel1 il n'y a qu'un pas4 ,quant aux travaux de l'esprit1 qui se font en gnral dans des conditions extrieures de propret et de confort1 le peuple les dprcie facilement et n'y voit qu'un agrable passe-temps ou une fainantise dguise4 ,qu'on puisse peiner1 lutter1 se fatiguer1 remuer de lourds fardeaux1 et gravir des sentiers ardus1 tout en restant assis tranquillement sur une chaise1 l'ombre1 cela n'est pas ais comprendre pour celui qui supporte le soleil1 les intempries1 les miasmes des mines4 ,les malentendus qui rsultent de cet tat de choses sont un grave obstacle au progrs social4 ,pour les faire diminuer il est ncessaire que les classes lettres se familiarisent avec les travaux des autres classes et fassent les premiers pas vers la rhabilitation des plus humbles besognes4 ,le travail l'heure actuelle est surtout devenu un moyen de se procurer la nourriture matrielle1 ou encore le plaisir1 le luxe1 la rputation4 ,nous l'avons fait descendre un rle subalterne4 ,comme la plupart des forces humaines1 si belles dans leur libert1 il a contract dans l'esclavage une srie de difformits4 ,il est1 comme l'amour et la religion1 mconnaissable force d'avoir dgnr4 ,nous ne connaissons presque plus que le travail vnal4 ,mme les travaux de l'esprit se vilipendent et se vendent4 ,qui donc se souvient que le travail est une des plus pures sources de bonheur et que jamais il n'est plus saint que lorsqu'il est dsintress8 ,de tous les moyens que possde l'homme de se mettre en rapport avec le fond des choses1 la vrit1 la justice1 tout ce qui est vnrable et permanent1 il n'y en a aucun qui vaille le travail4 ,il semble que1 pour tablir entre nous et le grand mystre de la vie ce contact qui fait qu'on reoit la secousse lectrique vivifiante1 il faille mettre ses mains une uvre utile4 ,c'est en travaillant1 en s'oubliant dans le labeur aim que l'homme se sent de la race de l'ternel ,ouvrier4 ,le travail est le grand librateur1 le pacificateur1 le consolateur par excellence4 ,mais pour le connatre tout entier1 il faut se souvenir qu'il s'appelle quelquefois la peine4 #c4 ,peine4 ,pour les jongleurs de mots1 un mot ne vaut pas plus que ne vaut un sou pour le financier spculateur4 ,l'un et l'autre remuent la pelle le rsultat du travail d'autrui4 ,mais pour celui qui le gagne la sueur du front1 l'argent a sa vraie valeur2 il voit ce qu'il cote gagner4 ,il en est de mme des mots4 ,que n'ont-ils cot faire1 ces mots que l'un promne1 s'en ornant comme d'une breloque1 et sous lesquels l'autre apparat1 affubl comme un barbet en uniforme4 ,les mots sont de longues histoires condenses1 des flores entires de vie et de penses ramasses en un seul bouquet4 ,voyez ce mot labor qui signifie la fois travail et peine6 ,c'est toute une philosophie et toute une morale4 ,il unit en une mme pense l'activit cratrice de l'homme1 et cette loi de peiner1 de souffrir1 laquelle nous sommes tous soumis4 ,n'indique-t-il pas1 ce mot1 que la douleur s'unit au travail dans la longue et lente volution humaine1 et que cette volution est un travail d'enfantement1 un douloureux labeur8 ,voil ce dont le jeune homme doit bien se pntrer1 afin de se faire une ide juste de la peine1 et de ne pas rechercher seulement cette forme de l'activit qui est bonheur et plaisir et qui panouit tout l'tre dans la volupt de crer1 mais d'accepter l'effort pnible et de transformer en activit1 par la libre acceptation1 mme la douleur passive4 ,l'homme est rebelle la peine et la douleur4 ,sa nature l'exige ainsi4 ,la douleur le prserve en l'avertissant4 ,quand l'homme s'gare1 elle surgit devant lui pour le lui faire comprendre4 ,il est donc naturel que nous recherchions ce qui augmente la vie et lui agre1 et que nous vitions ce qui la diminue et la fait souffrir1 ,mais par cela mme1 ne devons-nous pas quelque reconnaissance la douleur8 ,l'homme est un apprenti1 la douleur est son matre ,et nul ne se connat avant d'avoir souffert4 ,a4 de ,musset4 ,la douleur ne remplit pas seulement auprs de nous l'office ngatif d'un avertisseur qui crie gare aux endroits prilleux2 elle nous rend attentifs nous-mmes1 nous rvle nous4 ,que de choses que l'homme ne voit bien qu' travers les larmes6 ,et quelles larmes plus sincres1 plus touchantes que celles de la jeunesse8 ,quand ce cur frais1 gnreux1 sensible est mis en contact avec la vie rude1 souvent impitoyable1 comme il souffre6 ,quelles preuves il traverse6 ,la jeunesse de ce temps pre et positif en sait quelque chose4 ,nous lui dirons3 ,aimez-la1 cette douleur1 qui vient du contact de la vie avec votre idal4 ,descendez avec elle jusqu'au plus profond de votre me et interrogez son soupir4 ,partout o1 dans ce monde1 vous vous sentirez froiss1 bless dans un sentiment profond et vrai1 contrari dans une aspiration lgitime1 ayez le courage de votre souffrance4 ,qu'elle soit le cri d'alarme qui vous excite la rsistance1 au combat1 la recherche de quelque chose de meilleur4 ,vous connatrez alors la douleur libratrice4 ,elle forge des armes avec des chanes4 ,dans cette sainte peine de jeunesse1 opprims1 souffrant des injustices que le plus fort fait subir au plus faible1 apprenez mieux aimer la justice4 ,ne faites pas comme les derniers venus de certaines coles1 qui1 tourments par leurs ans1 se promettent de tourmenter un jour les jeunes leur tour4 ,que la douleur vous instruise dans la piti et vous rapproche de ceux qui souffrent et peinent1 des petits1 du peuple1 de tous ceux qu'on oublie4 ,ainsi elle vous dvoilera des choses grandes et caches4 ,mais elle fera davantage pour vous4 ,elle vous rapprochera des morts1 comme elle vous aura rapproch des vivants4 ,les grandes souffrances de l'histoire ne vous resteront point trangres4 ,vous communierez avec ceux qui ont vcu avant vous1 dans le sacrifice et la peine4 ,l'humanit que mprisent ceux qui ne la connaissent pas et ne font rien pour elle1 vous apparatra belle de tout ce qu'elle a souffert1 et vous l'en aimerez davantage4 ,vous vous serrerez autour d'elle comme les enfants se serrent autour de la mre en pleurs1 et elle vous apprendra le secret de puissance1 d'esprance1 de foi1 qui est rvl au sanctuaire des grandes douleurs4 ,ne craignez pas que votre jeunesse y perde de sa gat4 ,comme le travail1 la douleur entretient la facult d'tre heureux4 ,il crot1 sur les sentiers escarps qu'elle nous fait gravir1 des fleurs au doux sourire1 que les profanes n'ont jamais connues4 99 99 99 99 99 ,la peine est encore un aiguillon1 un ressort puissant4 ,une existence trop facile nerve1 une jeunesse molle prpare mal la vie4 ,il est bon de se soumettre au joug tant qu'on est jeune4 ,le fardeau des jours heureux est bien lourd supporter avant que l'exprience soit venue notre aide4 ,souhaitons-nous un peu de misre plutt1 c'est plus salutaire4 ,cela trempe la volont1 durcit l'piderme et prpare la libert4 ,puis1 c'est plus mle1 plus conforme ce que doit dsirer un jeune homme1 c'est--dire un tre qui est jeune et qui veut devenir un homme4 ,regardez les meilleurs de ce temps et les meilleurs du temps pass4 ,ils ont tous mang un peu de vache enrage1 et ils s'en vantent4 ,aprs tout1 c'est bien plus intressant raconter plus tard4 ,meminisse juvat4 ,sans doute1 un bon lit1 une bonne table1 c'est apprcier4 ,ne mprisons rien et1 l'occasion1 profitons-en mieux que personne4 ,mais ce n'est pas l ce qui marque et se grave le plus avant dans le souvenir4 ,on se rappelle plus volontiers les jours o l'on a mang maigre et couch sur la dure1 voire mme la belle toile4 ,je ne souhaite personne de souffrir de la faim1 du froid1 de ptir enfin1 mais un peu de misre et d'austrit1 c'est le sel de la jeunesse4 ,c'est pour cela qu'il faut se fliciter d'tre n dans une situation modeste1 et quand il en est autrement1 il convient de rechercher la simplicit de gots et de besoins4 ,je voudrais qu'il y et un plus grand nombre de jeunes gens riches1 pris de labeurs1 d'efforts1 de privations1 de pauvret volontaire enfin1 et moins de jeunes gens1 issus de conditions humbles1 honteux de leur sort et de leur origine1 toujours appliqus paratre plus fortuns qu'ils ne sont et arrivant dpenser1 pour leur superflu1 le ncessaire de leurs parents6 ,pour conclure1 j'estime que la douleur est une amie1 qu'il faut la saluer comme une majest1 tre bien persuad que sans elle l'humanit serait reste confine dans la barbarie1 et que les plus beaux progrs lui sont dus4 ,tout jeune homme de cur doit la respecter1 la vnrer au-dessus de n'importe quelle grandeur1 l'aimer et baiser dans la poussire les traces de ses pas sanglants4 #d4 ,recueillement et repos4 ,ceux qui mditent de sortir des chemins battus ont besoin de se constituer une forte vie intrieure4 ,pour retrouver constamment la ligne juste1 impartiale1 il leur est ncessaire d'chapper de temps en temps aux sollicitations extrieures1 aux entranements des tendances et des partis1 aux cris discordants qui dchirent l'air autour d'eux4 ,je rclame une large part pour le recueillement1 dans la vie de notre jeunesse4 ,o la trouver1 c'est une autre question4 ,l'autre jour1 en passant sur un de ces champs de foire o1 avec les moyens perfectionns de la civilisation moderne1 on organise de si beaux vacarmes1 j'ai vu ceci3 ,un petit jeune homme aux cheveux boucls1 aux traits fins1 faisant partie1 sans doute1 d'une famille de forains et rentr1 pour les vacances dans la voiture paternelle1 se tenait accroupi sur un pliant1 les coudes sur les genoux1 les pouces dans les oreilles1 les yeux plongs dans un livre4 ,a droite criait un bateleur1 gauche ronflait un trombone1 une grosse caisse battait son plein1 plusieurs orgues rivalisaient sur des airs diffrents au souffle assourdissant de leurs trompettes d'airain4 ,des chiens aboyaient1 des passants chantaient1 criaient1 se battaient3 le petit1 lui1 restait imperturbable4 ,longtemps je le regardai4 ,il m'apparut ce moment comme un symbole3 ,si l'on veut arriver maintenant se recueillir1 c'est un peu comme lui qu'il faudra s'y prendre4 ,imitons ce vaillant enfant qui1 force de volont1 tablit le silence en plein tumulte4 ,il faut avouer que cette puissance de concentration n'est pas donne tout le monde4 ,encore arriverions-nous peut-tre l'acqurir si nous connaissions la valeur du recueillement4 ,mais1 en gnral1 on le redoute plutt qu'on n'y aspire4 ,chacun1 au sortir du cours1 des bureaux1 du laboratoire1 de l'usine1 croit de son devoir de prendre des mesures contre les dangers qu'il court de rester en tte tte avec lui-mme4 ,les auditeurs de ,jean-,baptiste1 touchs de sa parole1 lui demandaient3 ,que faire pour chapper la colre venir8 ,leur question me rappelle1 par analogie1 celle d'une multitude de nos contemporains4 ,ceux-ci demandent3 ,que faire1 qu'entreprendre pour chapper nous-mmes8 ,ont-ils peur d'tre en mauvaise socit en demeurant face face avec leur propre personne8 ,on le dirait4 ,ils prfrent la solitude la compagnie la moins intressante et la plus malsaine4 ,certains aiment mieux payer pour s'ennuyer en masse que de s'ennuyer tout seuls gratuitement4 ,rien n'est intressant comme de voir toutes les combinaisons1 toutes les ingnieuses roueries dployes dans cette lutte contre le recueillement4 ,on s'assure contre lui1 comme contre la grle ou l'incendie4 ,le sou dpens par les plus pauvres pour acheter un journal1 dont parfois ils ne lisent que le feuilleton1 n'est-il pas trs souvent une sorte de prime d'assurance8 ,vous connaissez ces gens prvoyants qui portent toujours des sels sur eux pour s'en servir en cas de malaise4 ,il y en a mme qui emportent toute une pharmacie3 c'est plus prudent4 ,dans un but diffrent1 d'autres ont toujours sur eux une feuille publique1 un roman1 un jeu de cartes ou de patience4 ,aussitt qu'il se prsente un instant et qu'ils risquent de rflchir1 ou de rentrer en eux-mmes1 vite1 ils sortent leur remde4 ,ils lisent un bulletin financier1 un fait divers1 ou font une russite444 le pril est conjur1 et quel pril6 ils avaient failli se recueillir4 ,c'est l'horreur de la vie intrieure pousse jusqu'au ridicule4 ,le rsultat est que beaucoup d'hommes deviennent des trangers pour eux-mmes4 ,toute l'intensit de vie s'est porte la surface4 ,channing disait3 ,il vit et meurt des multitudes d'hommes aussi trangers eux-mmes que nous sont nous les pays peine connus de nom1 mais qu'un pied humain n'a jamais fouls4 ,a certaines poques de l'histoire1 la contemplation solitaire avait fait perdre aux croyants le chemin du monde force de les tourner tout entiers vers les choses intrieures4 ,le chemin perdu maintenant1 c'est le petit sentier qui conduit dans notre propre cur4 ,nous avons grand tort de ngliger ce sentier4 ,on peroit1 dans le silence de ses dtours oublis1 des voix douces et puissantes dont nos oreilles se sont dshabitues4 ,la solitude que nous fuyons est bonne1 et le recueillement est salutaire4 ,il faut des haltes dans la vie1 et comme dit sae1 il convient parfois de s'asseoir dans le silence4 ,vous me direz que ce que j'avance l est en contradiction avec l'action que je prsente comme un des traits essentiels de l'idal nouveau4 ,nullement4 ,la source de l'action calme et sre est dans le recueillement4 ,en quoi consiste l'nergie d'une volont1 la fermet d'une conscience et sa sret8 ,c'est dans la facult de savoir tre seul1 de rsister l'envahissement des influences du dehors et de s'affermir contre elles dans une forte vie intrieure4 ,se recueillir n'est pas fuir le monde et s'amollir dans un isolement maladif ou dans la strile contemplation du moi4 ,dans ce sens nous disons au contraire3 ,v soli6--,se recueillir c'est forger et fourbir ses armes l'cart pour les reporter au combat avec une nergie nouvelle4 ,c'est reculer pour mieux sauter4 ,a ct de toute grande activit extrieure1 il faut une vie intrieure intense4 ,partout o celle-ci manque1 l'activit dgnre en agitation4 ,la retraite1 la solitude1 le dsert ont jou un rle dans toutes les existences fcondes4 ,partout o1 dans ce monde1 s'lve une voix capable d'veiller un cho1 elle sort d'une bouche qui sait se taire4 ,le secret des paroles puissantes et des actes hroques est dans les grands silences de l'me4 ,dans le recueillement toutes les nergies se concentrent et se prparent1 et quand arrive leur heure1 elles se manifestent avec un lan vigoureux4 ,on dirait que l'esprit a1 comme la terre1 ses longs hivers o tout se tait et sommeille1 ses printemps avec leur rveil1 leur germination et puis ses moissons4 ,il y a l des lois contre lesquelles on ne peut s'insurger sans se heurter l'impossible4 ,cela est vrai pour l'tude et l'assimilation du savoir d'autrui qui a besoin de se tasser et de se digrer4 ,cela est vrai surtout pour le travail de production personnelle4 ,tous les travailleurs de l'esprit devraient s'en souvenir constamment1 sous peine de produire des uvres phmres1 sans porte ni vigueur4 ,la maldiction des carrires qui obligent l'homme d'crire ou de parler jour fixe1 est d'exciter la production artificielle4 ,plus on est jeune plus ce genre de travail fait de mal4 ,quand on se presse trop1 on ne travaille plus1 on fabrique4 ,j'engagerai toujours un jeune homme respectueux de son individualit produire sans hte4 ,mieux vaut laisser son encrier se scher et sa plume se rouiller1 que de s'en servir pour mettre au monde des penses non mres4 ,pour les actes1 il en est de mme4 ,il ne faut pas que l'action extrieure devance l'action intrieure4 ,tout ce qui vient avant son heure est faux et ne peut durer4 ,d'o vient la vertu particulire1 l'immortelle beaut des chefs-d'uvre classiques1 qu'ils s'appellent posie1 peinture ou sculpture8 ,elle est pour une bonne part dans la patiente gestation d'une uvre venue son heure sans fivre et sans artifice4 ,que de mauvais travail nous faisons parce que nous ne connaissons pas la force du recueillement ni le secret de tendre longtemps l'arc afin que le coup porte plus loin6 99 99 99 99 99 ,le recueillement est une force encore parce qu'il assure l'unit de la vie4 ,est-ce un cavalier que celui qui va o veut le cheval8 ,non1 n'est-ce pas8--,ceux qui ne savent pas revivre leur pass1 se ressaisir1 et mettre de l'unit dans leurs aspirations1 sont comme ces cavaliers en zigzag qui se laissent emporter la fantaisie de leur monture4 ,sans le savoir ils obissent mille impressions trangres1 et se modifient selon les vnements4 ,ce ne sont pas des individualits1 ce sont des rsultats4 ,pour chapper cette indigne servitude o tant d'hommes se voient amens dfaire aujourd'hui ce qu'ils ont fait hier et perdre tout le fruit de la vie1 il n'y a qu'un remde3 le recueillement4 ,il faut que le jeune homme repense son enfance et l'homme1 sa jeunesse4 ,les meilleurs parmi nous sont ceux en qui le jeune homme se souvient de l'enfant et l'homme mr1 de l'adolescent4 ,quelle belle vie que celle o1 malgr toutes les fluctuations extrieures1 il s'est peu peu constitu1 dans le silence du cur1 un pacte de fidlit entre les ges diffrents3 o le jeune homme a su garder la navet1 l'homme la joie et l'enthousiasme1 le vieillard la confiance et la srnit1 et o toutes ces vies rsumes en une seule s'accordent pour dire3 nous maintiendrons6 ,la triste existence1 par contre1 o l'on se voit soi-mme l-bas dans le pass mort1 comme un inconnu qui dit1 qui chante1 qui aime des choses que nous ne comprenons plus6 ,malheur aux peuples qui oublient leur histoire et aux hommes qui oublient leur pass4 ,le roi ,ahasvrus n'avait pas plutt commenc couter la lecture de sa propre histoire qu'il y dcouvrait plusieurs injustices rparer4 ,laissons parfois ce chroniqueur impartial qu'on nomme la conscience1 dchiffrer aux tablettes des jours vanouis ce que nous fmes alors1 ce que nous avons souffert1 accompli ou nglig4 ,soyons respectueux pour cette sollicitation intrieure qui nous dit avec tant d'instance et d'autorit3 ,sta viator4 ,plerin arrte-toi1 fais une halte6 souviens-toi6 ,que ce soit pour pleurer ou pour sourire1 les deux sont salutaires4 ,on en sort toujours meilleur et plus fort parce qu'on en sort plus fidle4 ,une vie sans souvenir est une chane brise4 ,le plus prcieux d'elle-mme est perdu1 elle n'a plus de prix4 ,a quoi bon peiner1 s'efforcer1 courir et se hter pour laisser tout prir ensuite au gouffre de l'oubli6 ,sta viator6 ,ne dis pas que tu es press4 ,a quoi sert la vitesse quand elle mne aux abmes6 ,or1 celui qui ne dresse jamais son bilan moral1 celui qui ne revit pas sa vie1 celui qui accomplit ses uvres et s'en va1 les oubliant comme les oiseaux stupides qui oublient leurs ufs dans le sable1 court sa perte certaine4 ,quand il s'y attendra le moins1 il se brisera le front contre quelque pierre qu'il a lui-mme pose4 ,non1 il n'y a ni excuse1 ni prtexte acceptable1 il n'y a aucune bonne raison possible allguer contre cette ncessit morale de s'arrter et de faire son examen de conscience4 99 99 99 99 99 ,la mme ncessit existe pour quiconque tient avoir une vie intellectuelle de quelque valeur4 ,si vous ne voulez pas que votre intelligence dgnre1 finisse dans l'incohrence1 dans le plus invraisemblable mlange du pour et du contre1 il faut vous arrter quelquefois1 contrler le travail qui s'est fait1 et en prouver la solidit4 ,en un mot1 il est urgent de faire cesser les bruits du dehors et les suggestions de la pense d'autrui pour revenir la coutume dmode de penser par soi-mme4 ,autrement il ne reste bientt1 comme fruit d'une vie intellectuelle dsordonne1 qu'une existence pratique strile4 ,les actions se dtruisent les unes les autres1 comme les penses4 99 99 99 99 99 ,que dire de la foi religieuse8 ,peut-on encore donner ce nom l'assemblage bizarre1 htrogne1 de pices neuves et vieilles de toute provenance qui constitue si souvent l'difice de nos conceptions religieuses8 ,l'incurie seule semble avoir prsid cette construction chancelante1 et c'est l l'abri qui doit nous protger6 ,plus que partout ailleurs1 il faut ici du silence et du recueillement4 ,jeunes croyants1 demandez-vous ce que vous croyez1 et si c'est bien vous qui croyez4 ,votre foi est-elle vivante1 transforme en suc et en sang1 ou bien n'est-elle qu'un amalgame de corps trangers qui encombrent votre vie intrieure8 ,il est si dur de voir ses affirmations les plus catgoriques se rsoudre en fume1 et ses protestations courageuses faire place1 au moment critique1 la crainte et aux incertitudes4 ,pour s'viter l'affreuse solitude dans les rencontres suprmes1 o les croyances d'emprunt tombent en poussire au choc de l'preuve1 il faut souvent se retirer dans le silence4 ,l1 en face de ,dieu seul et de la ralit1 la foi s'pure et se fortifie en devenant plus simple et plus vraie4 ,elle se dbarrasse des scories qu'y mlent1 pour notre malheur1 la routine et la crainte des hommes2 et de cette cole austre o la sainte vrit nous chtie1 nous sortons avec un cur plus ferme4 99 99 99 99 99 ,je ne me contenterai pas de recommander le recueillement2 mais je prcherai le repos4 ,ne riez pas4 ,s'il y en a qui flnent trop1 il y en a aussi qui ne flnent pas assez4 ,trop travailler1 hlas6 ne profite pas4 ,fermez-moi ce livre1 teignez cette lampe6 ,et jam tempus equum fumantia solvere colla4 ,vous n'avez pas de temps perdre1 dites-vous4 ,se reposer n'est pas perdre du temps1 c'est en gagner4 ,vous travaillerez beaucoup mieux aprs4 ,il y a une limite tout3 force de bcher on finit par s'abrutir4 ,j'en appelle tous ceux qui ont pass des examens4 ,donc je suis pour les haltes6 ,par une journe d't1 clatante de soleil1 lorsque1 touriste1 on a mesur les grandes routes poudreuses et les chemins escarps o la rocaille blesse le pied1 comme il fait bon jeter le sac et le bton et s'asseoir l'ombre6 ,c'est ce qu'il y a de meilleur dans les excursions4--,rflexion de tranard6 direz-vous1 maxime de ceux qui1 parmi les beauts de la nature1 gotent surtout les oreillers de mousse et laissent volontiers d'autres la gloire des grands efforts et des ascensions pnibles4 ,cela rappelle le fameux3 ,suave mari magno de ,lucrce444 ,pas le moins du monde6 ,cette rflexion est inspire par la ncessit mme1 par les lois inhrentes aux choses humaines4 ,celui qui ne sait pas s'arrter ne sait ni marcher ni profiter de ses marches4 ,il faut quelquefois s'asseoir1 regarder en arrire et devant soi1 se souvenir et prvoir1 examiner ses forces et son temps1 couter ce que disent au plerin1 un instant arrt1 les brins d'herbe1 les fourmis1 les oiseaux4 ,il faut s'asseoir pour percevoir travers les sons et les formes des choses qui passent1 la voix de ,dieu et le soupir de l'me4 ,celui qui ne sait pas s'arrter ainsi ne rapportera que bien peu de ses promenades1 dussent-elles prendre les proportions d'un tour du monde4 ,il en est de mme de la vie4 ,pour la juger1 l'apprcier1 en reprendre le got1 en sonder le sens1 il faut s'asseoir quelquefois sur ses bords et la regarder couler4 ,le meilleur de la vie et le plus utile1 ce sont les haltes4--,que nous soyons harasss de corps ou d'esprit1 que nos courbatures aient pour sige l'chine1 le cerveau ou le cur1 il fait toujours bon se souvenir qu'on n'est ni un esclave ni une bte de somme4 ,la fatigue trouble la vue1 au physique et au moral4 ,a mesure que nous peinons et que la lassitude ou la fivre nous gagne1 la vue claire des choses nous chappe4 ,la tche semble d'autant plus difficile qu'on s'y acharne davantage et sans discontinuer4 ,comme ces fardeaux1 d'abord lgers1 mais qui paraissent plus pesants mesure qu'on les porte et finissent par vous devenir insupportables1 les labeurs ininterrompus se changent en corves4 ,il arrive alors des moments terribles o nous nous sentons engags dans une impasse sans issue1 nous heurter le front contre des obstacles insurmontables4 ,cela est vrai pour le travail matriel comme pour celui de l'esprit4 ,l'un et l'autre se rduisent aprs tout une application de la mme nergie4 ,cette nergie augmente par l'exercice modr1 mais se rebute et peut s'anantir par l'excs4 ,la dmoralisation s'empare facilement de celui qu'un effort dmesur a puis4 ,on dirait qu'elle guette le travailleur1 mme le plus courageux1 pour se jeter sur lui au moment o il plie sous le faix4 ,autant qu'il est en nous1 il nous faut donc songer en temps utile nous donner quelque rpit4 ,parmi les plus sacrs des droits de l'homme1 il y a le droit au repos4 ,celui qui n'en use pas1 ou empche les autres d'en user1 pche contre l'humanit4 ,mais aussitt que dans une vie se produisent les intervalles rguliers de calme et de rflexion1 tout l'tre se renouvelle4 ,un homme au repos est comme celui qui fait une cure4 ,moralement1 il change d'air et de milieu4 ,il considre les choses un autre point de vue4 ,il passe comme spectateur prs de ce champ de travail o il agissait et1 le regardant de plus loin et de plus haut1 il comprend mieux son uvre4 ,en y travaillant il voyait le dtail2 maintenant il voit l'ensemble et les alentours4 ,la vie des autres et leur uvre lui apparaissent dans leurs rapports avec son activit personnelle4 ,il tablit des comparaisons et prend des leons4 ,tout cela lui servira quand il reprendra sa place accoutume4--,mais surtout en se reposant il prouve du bien-tre4 ,la fatigue est une maladie dont le repos nous gurit1 et les plus heureux des mortels ce sont les convalescents4 ,les contrastes qu'ils mesurent en chappant aux puissances de mort et de destruction pour renatre la vie1 sont pour eux une source infinie de jouissances que nul autre ne peut souponner4 ,si les paresseux savaient ce qu'prouve le travailleur en se reposant1 ils s'empresseraient de travailler1 c'est indubitable4 ,des annes de fainantise donnes ce qu'il est convenu d'appeler le plaisir1 ne valent pas une heure de repos des vrais travailleurs4 ,c'est pour ceux-ci que ,dieu dvoile1 quand ils prennent leurs aises1 tout un monde de beaut et de richesse que nul autre ne peut connatre4 ,il leur dit1 dans les crpuscules et les soleils couchants1 dans le silence rparateur des soirs clments1 des choses ternelles qu'on ne peut entendre que lorsqu'on a support la chaleur du jour4 ,v ,,joie ,wer nicht liebt ,wein1 ,weib und ,gesang ,der bleibt ein ,narr sein ,leben lang4 ,luther4 ,vivez joyeux6 ,rabelais4 ,ne prenez pas un air sombre comme les hypocrites4 ,jsus4 6 7salut grec74 #a4 ,plaisirs et distractions4 ,il y a trois sortes de gens hostiles au plaisir4 ,plus1 sans doute2 mais ce serait leur faire trop d'honneur que de les numrer tous4 ,cela aurait l'air d'un dfil de jours de pluie4 ,trois suffisent4 ,les utilitaires1 les asctes1 les pessimistes4 ,les premiers proscrivent le plaisir parce qu'il est inutile1 et selon eux fait perdre du temps sans rien rapporter3 ,comme on voit1 la raison est premptoire4 ,les autres le condamnent parce qu'il est dangereux leurs yeux et compromet le salut4 ,il a exist de tout temps une vaste conception religieuse o dominent les couleurs sombres4 ,dieu lui-mme y est triste1 et l'homme fait cette morne majest1 qui trne impassible au sein d'un silence ternel1 le sacrifice de sa joie1 de son pauvre sourire phmre1 de peur d'offenser celui qui ne sourit jamais4 ,enfin les pessimistes nient le plaisir parce qu'il drange leur systme4 ,c'est toujours la mme chose4 ,en philosophie1 lorsque quelque chose vous gne ou ne cadre pas avec votre petite thorie1 on le supprime4 ,ayant parler d'un sujet mal vu par de si graves autorits1 je n'ai pas voulu rester seul1 j'ai cherch du renfort4 ,ils sont l plusieurs dont j'ai cit les propos1 et je les crois assez connus et assez respectables pour me couvrir4 ,enfin j'ai pris un de ces mots qui ne sont d'aucun homme1 mais de tout le monde et incarnent toute une me de peuple3 1 le salut grec4 ,cela rappelle la bonne vieille exclamation de nos pres3 ,gai6 ,aprs cela1 c'est de bonne conscience et en excellente compagnie que nous allons nous engager sur le terrain4 ,je dsire d'abord parler des plaisirs et des distractions et ensuite1 descendant des profondeurs plus grandes1 de la joie en elle-mme4 99 99 99 99 99 ,quand on parle de plaisirs et de distractions1 il convient d'en indiquer l'origine4 ,de mme qu'il n'est pas exact de dire que ce sont les prtres qui ont invent la religion1 les mdecins la maladie1 les cuisiniers la faim1 ou les vignerons la soif1 de mme il serait absurde de prtendre que les distractions ont t inventes par les saltimbanques1 les pitres1 les industriels de tout genre dont la distraction d'autrui est le gagne-pain1 mais qui servent souvent tout aussi mal la cause par eux exploite1 que les mauvais prtres1 les charlatans et les dbitants de produits alimentaires frelats4 ,l'origine des distractions est chercher dans un besoin trs rel et trs lgitime1 le besoin de diversion4 ,le repos ne suffit pas4 ,c'est peine s'il satisfait la brute4 ,les animaux eux-mmes1 surtout les animaux suprieurs1 ont leurs jeux et leurs divertissements4 ,a plus forte raison l'homme en a-t-il besoin1 surtout le jeune homme4 ,nous sommes ainsi faits que la rptition prolonge1 mme d'impressions agrables1 nous nerve et nous fatigue4 ,qu'en sera-t-il des travaux rudes1 de ces occupations absorbantes qui usent la longue les plus robustes facults8 ,la jeunesse se dforme et se lasse plus vite encore que l'ge mr4 ,l'tudiant1 le jeune ouvrier1 le jeune employ1 qui n'aurait jamais ou qui aurait trop rarement l'occasion de se distraire ne tarderait pas ptir de cette privation4 ,son sort ne se distinguerait gure de celui de l'esclave4 ,mais1 si le plaisir est un besoin1 voire un devoir2 si les divertissements subsistent et renaissent1 malgr leurs dtracteurs1 il convient de leur accorder la plus srieuse attention4 ,nous avons faire l1 non un phnomne secondaire et ngligeable1 mais un des facteurs les plus actifs de la vie4 ,la question de l'emploi de nos loisirs et de la nature de nos plaisirs est une question capitale4 ,en effet1 les moyens de se distraire varient l'infini1 et s'il en est de salutaires1 il en est de funestes4 ,dans une certaine mesure le fruit de l'activit entire dpend de l'emploi qu'on fait de ses loisirs4 ,les bonnes distractions rendent l'homme meilleur et le fortifient2 les distractions malsaines ruinent l'individu et deviennent un lment dissolvant dans la socit4 ,il ne suffit pas de savoir travailler1 il faut savoir se distraire4 ,or1 avouons-le sans dtours1 notre temps n'est pas de ceux qui ont su donner au besoin natif que l'homme a de se distraire et de se dlasser1 des satisfactions vritables1 solides1 et une heureuse direction4 ,le sicle est viveur1 jouisseur outrance1 il a invent des plaisirs et des distractions que nos pres ne connaissaient pas1 mais on resterait dans la vrit stricte en disant qu'on ne sait plus s'amuser4 ,art perdu1 recette oublie1 comme celle du feu grgeois et du ciment romain4 ,l'histoire du loisir et de son emploi est bien instructive et bien intressante quoique1 sur bien des points1 les matriaux en soient difficiles runir4 ,mais il y a un certain nombre de rgles qui se retrouvent partout4 ,a la jeunesse des peuples1 leur force1 leur vertu1 leur puissance d'expansion correspondent des moyens de distractions robustes1 des plaisirs mles4 ,c'est la course1 la gymnastique1 la natation1 la lutte1 les jeux au grand air1 tout ce qui dgourdit et assouplit le corps1 tout ce qui active la joie de vivre4 ,a la vieillesse1 la dcrpitude1 la dcadence des peuples correspondent les distractions effmines1 les plaisirs raffins et souvent honteux1 tout ce qui chatouille les sens1 engourdit le corps et en favorise la paresse4 ,la vie en chambre succde la vie en plein air4 ,nous assistons cette volution chez les anciens3 ,les ,grecs de la dcadence dsertaient les salutaires et viriles pratiques de la palestre o leurs anciens s'taient distingus et tremps1 pour le vin1 le jeu et les plaisirs corrupteurs4 ,les jeunes ,romains des temps de l'empire ne pouvaient pas mme soulever les disques que leurs anctres lanaient jadis d'un bras nerveux4 ,mais en rgle gnrale et malgr les alternatives de grandeur et de dcadence des peuples1 on peut remarquer1 des temps anciens vers les temps modernes1 une sorte de progression dans les distractions sdentaires4 ,les dlassements ayant pour forme l'exercice corporel vont en diminuant4 ,au moyen ge1 l'influence de l'glise et de la morale asctique se fait1 il est vrai1 fortement sentir4 ,le corps est mpris1 trait de guenille ou d'entrave pour l'me4 ,l'affaiblir et le ngliger autant que possible est un idal trs rpandu4 ,mais le mal que l'asctisme fait d'une part la socit par son mpris pour les exercices du corps1 et mme pour les distractions en gnral qui sont traites de profanes1 est contrebalanc par l'influence de la chevalerie o l'ducation tout entire repose sur le vigoureux dveloppement physique4 ,on corrigeait un excs par l'autre4 ,le peuple1 lui1 quoique bien malheureux1 et la jeunesse conservent mme pendant les sicles les plus sombres cette volont d'tre heureux qui se traduit par les distractions souvent bruyantes1 les excentricits et les folies4 ,les divertissements en plein air sont nombreux4 ,a mesure qu'on s'approche de la ,renaissance une pdagogie plus saine1 inspire par une autre conception de la vie1 rend la distraction une place dans l'ducation mme4 ,les jeux1 les divertissements sont rhabilits aux yeux des hommes qui pensent4 ,qu'on se souvienne de ,rabelais et de ,montaigne4 ,leurs ides ne sont pas seulement l'cho des proccupations d'une lite1 elles refltent leur temps tout entier4 ,la ,rforme est1 elle aussi1 par tout un vaste ct de sa morale une rhabilitation de la joie4 ,les rigueurs de ,calvin ,genve sont bien plutt une protestation ncessaire1 une mesure de rpression indispensable contre le libertinage1 qu'une condamnation de la joie4 ,il faut lire ,luther1 le voir vivre et l'entendre chanter1 l'entendre faire le procs de la tristesse et l'apologie de la gat1 nommer la premire un vice1 une sorte de malpropret de l'me1 la seconde une vertu1 pour se rendre compte de la position de la ,rforme cet gard4 ,au dix-septime sicle nous sommes partout en pleine raction4 ,c'est la vie factice1 artificielle1 qui reprend le dessus1 vie de salons et de cour concidant avec une poque de raideur dogmatique presque sans prcdents et avec de longues calamits publiques4 ,la joie alors subit des clipses bien faciles comprendre4 ,l'heure de pleurer1 pour le peuple1 vient plus souvent que l'heure de rire4 ,mais nous avons hte d'en venir notre temps4 ,un simple coup d'il jet sur nos distractions1 compares1 en gnral1 celles des temps passs1 suffit pour tablir qu'elles ont le caractre de plus en plus sdentaire4 ,cette tendance peut se constater travers toutes les couches de la socit4 ,quand on songe la vie recluse des travailleurs de l'esprit1 ou de la population ouvrire des grandes villes1 on ne peut que dplorer cet tat de choses4 ,d'autant plus que ces distractions sdentaires1 quelle qu'en soit d'ailleurs la forme1 depuis les plus innocentes jusqu'aux plus corruptrices1 ont l'inconvnient d'exciter le systme nerveux4 ,au sortir de l'exaspration crbrale o nous jette le labeur enfivr1 nous aurions plus que jamais besoin d'air1 de mouvement1 d'exercices corporels sains1 capables de rparer en partie le mal occasionn par la mauvaise atmosphre1 les attitudes accroupies et homicides des ateliers1 des bureaux ou des coles4 ,or que faisons-nous8 ,nous allons au spectacle1 dans les lieux o l'on fume1 boit1 joue1 ou encore nous faisons1 et c'est du grand nombre que je parle1 une lecture aussi excitante que possible4 ,la dose d'motion que l'on met dans certaines lectures et certains spectacles est calcule pour des nerfs mousss et qu'il faut exciter artificiellement pour les faire vibrer encore4 ,c'est de la galvanisation4 ,mais cette lecture serait-elle excellente1 lorsqu'elle accapare le plus clair de nos loisirs1 elle devient funeste4 ,c'est tout autre chose qu'il nous faudrait4 ,et en disant cela je pense tout le monde sans exception4 ,mais c'est la jeunesse populaire surtout qui me fait piti parce qu'elle se fait le plus de mal4 ,quand fatigue1 harasse1 extnue1 elle a soif d'un peu de dlassement1 de bonheur1 d'oubli1 il ne lui reste presque que des distractions malfaisantes et des plaisirs qui empoisonnent4 ,l'alcool1 les dsordres sexuels1 les mauvaises lectures4 ,nous sommes l en prsence d'un mal d'une extrme gravit et qui1 parmi d'autres trs fcheuses consquences pour la morale1 la sant publique et la paix sociale1 aboutit celle-ci1 plus regrettable que toutes les autres3 ,la joie se meurt4 ,que sont la vie et la jeunesse sans la joie8 ,troublez-nous cette source1 aprs cela vous nous donneriez la terre et tout ce qu'elle contient1 sans parvenir rparer le mal4 ,sans la joie tout est creux1 insipide1 mort4 99 99 99 99 99 ,j'ai salu avec enthousiasme la renaissance des distractions en plein air1 des jeux de force et d'adresse1 dans la jeunesse des coles1 et je fais des vux pour que ces tendances se dveloppent tous les jours davantage et se rpandent dans le peuple4 ,la jeunesse a tout gagner1 pour son ducation gnrale et pour son bonheur1 d'une rforme dans l'emploi de ses loisirs et l'organisation de ses plaisirs4 ,il y a cent faons d'tre heureux1 sans grands frais et de se divertir royalement tout en rtablissant en soi-mme l'quilibre perdu4 ,revenir la simplicit1 aux impressions saines1 fortes1 qui apaisent1 calment et font aimer l'existence1 voil ce qu'il nous faut1 au lieu de ces plaisirs factices qui engendrent le dgot de la vie4 ,il est entre autres une distraction toujours nouvelle1 runissant l'agrment de l'esprit l'exercice du corps et condensant en elle une somme inpuisable de surprises dlicieuses1 c'est la grande course pdestre1 sac au dos1 travers le pays4 ,jeune ,franais1 prends le bton des vieux compagnons du tour de ,france et mesure la terre natale1 pas pas1 comme eux1 la semelle de tes souliers1 afin de mieux l'aimer pour l'avoir mieux connue6 ,le premier imbcile venu peut dormir en chemin de fer4 ,mais qu'a-t-il vu dans les cent lieues de parcours8 ,deux ou trois buffets1 voil tout4 ,aussi finissons-nous par ne plus connatre la patrie4 ,si la jeunesse s'prenait de ces tournes de plusieurs jours de marche1 faites par dix ou douze gais et solides camarades1 quel bien elle se ferait elle-mme1 tout en donnant l'exemple le meilleur6 ,il faut nous sortir tout prix des ornires et reconqurir la joie4 ,la fort avec ses senteurs capiteuses1 ses voix1 sa sve2 la montagne avec son haleine et ses vastes horizons2 la mer avec sa puissance et sa posie sont surs de la jeunesse4 ,c'est l qu'il faut aller pour se nourrir de force et de vie4 ,wem ,gott will rechte ,gunst erweisen1 ,den schickt er in die weite ,welt6 ,eichendorff4 99 99 99 99 99 ,mais j'ai hte d'en venir un point qui me proccupe particulirement3 le chant4 ,la dcadence du chant parmi la jeunesse et le peuple est notoire4 ,j'en espre le relvement dans l'intrt du bonheur1 de la bonne vie et de l'esprit public4 ,je rve une renaissance du chant populaire laquelle la jeunesse instruite pourrait contribuer beaucoup4 ,ce qu'elle chante1 le peuple le rpte4 ,faites-nous un beau recueil de chansons d'tudiant sur tout ce qui fait vibrer le cur des hommes1 cho de tous les coins du pays1 et de tous les temps de notre histoire1 un recueil l'allure populaire o chante l'me mme de la ,france4 ,nous avons besoin de cela parce que nous avons besoin de chanter et que1 faute de mieux1 on chante n'importe quoi4 ,dans nos villes mme1 au sein de la cacophonie de tous les bruits conjurs contre l'oreille et la voix humaine1 la jeunesse populaire trouve moyen de donner jour ce dsir de chanter4 ,je les vois1 jeunes garons et jeunes filles1 se grouper dans les cours et les carrefours1 partout o l'on ne risque pas d'tre cras1 et prter une attention presque religieuse ce joueur de guitare ou de violon1 qui chante en s'accompagnant lui-mme4 ,vingt fois il rpte le mme refrain4 ,enfin1 quelques-uns le savent et le chantent avec lui4 ,ils lui achtent sa chanson et s'en vont1 la fredonnant1 la bchant ferme4 ,c'est quelquefois trs laid1 mais pas toujours1 et je remarque1 avec un plaisir infini1 qu'on chante avec beaucoup de cur et de conviction certaines braves chansonnettes1 pauvres de rimes mais o il est question d'amour1 de peine1 de choses humaines4 ,souvent1 enferm dans ce cercle improvis d'avides lves d'un professeur de rencontre1 tmoin de cette ardeur du peuple vouloir chanter1 j'ai mieux qu'ailleurs compris le vide que le chant1 en mourant sur les lvres1 laisse dans les curs1 et j'ai fait un rve aussi srieux qu'il vous paratra excentrique4 ,le voici3 ,celui qui1 nouveau troubadour1 parcourrait la ,france avec n'importe quel instrument et qui apprendrait au peuple chanter l'amour1 la joie1 la douleur1 la mort1 la patrie1 la nature1 tout ce qui est vieux et toujours nouveau1 tout ce qui dort dans chaque cur et ne demande qu' s'veiller1 serait un bienfaiteur de l'humanit digne de figurer dans le cortge des hros et des saints6 ,quand on voit ce besoin de chanter1 si noble1 si lgitime et la plupart du temps si mal satisfait1 si indignement gar et exploit1 on ressent la fois de la piti et de l'indignation4 ,vieille terre de ,france1 terre du doux parler1 toi qui1 au seuil des temps nouveaux1 dans ton idiome harmonieux et naf1 apprenais chanter aux nations1 terre d'amour1 de vin et de soleil1 verrais-tu le concert chapp d'ge en ge de ton cur gnreux1 se tarir et se taire devant des produits ineptes et malsains4 ,non1 ce ne sera pas4 ,ta vieille me invaincue ressuscitera ton vieux chant1 et le troubadour que j'attends1 ce sera toute la jeunesse6 99 99 99 99 99 ,malgr moi1 il faut bien que j'arrive toucher un point trs douloureux1 que l'on ne saurait viter quand on traite cette matire4 ,je veux parler du discrdit o les amusements sont tombs par l'abus4 ,il y a1 hlas6 un grand nombre de choses1 innocentes en elles-mmes1 qu'on ne peut presque plus se permettre parce que l'abus s'en est empar4 ,la danse1 par exemple4 ,quelle distraction plus ancienne et plus charmante6 ,en plein air elle runit tant d'heureux avantages pour la jeunesse que c'est dommage de la voir devenir le monopole des compagnies douteuses4 ,oh les bonnes vieilles danses de noces o les gens les plus graves dansaient au milieu de la jeunesse et du peuple6 ,je n'ai plus gure rien vu de pareil de nos jours1 si ce n'est dans quelque recoin de province1 ou et l1 le soir d'un quatorze ,juillet2 et toujours en face d'une de ces occasions si difficiles rencontrer1 o des hommes de toutes les classes de la socit se divertissent ensemble paisiblement1 j'ai ressenti une motion d'un genre particulier4 ,sur tous ces visages o se lisent1 graves1 tant de destines diverses1 il fait si bon voir passer la joie comme un rayon de soleil6 ,mais les murs publiques sont devenues telles que ce genre de coup d'il nous est refus4 ,sauf dans les sauteries de famille o l'on suffoque de chaleur et de poussire1 la danse prsente une masse d'inconvnients1 que nos grands-pres et nos grand'mres ne connaissaient pas4 ,il en est de mme pour une foule de braves vieilles coutumes4 ,c'est une chose triste dire1 mais vraie1 et qu'il faut signaler afin d'organiser la lutte3 ,la terre est l'abus1 ce grand meurtrier1 ce destructeur de l'usage lgitime4 ,lorsque ce misrable a empoisonn les sources1 l'eau de roche elle-mme devient suspecte d'impuret4 ,c'est pour cela que la bonne vie et la vertu sont refoules dans les terrains neutres et deviennent cette chose terne et efface qui consiste surtout s'abstenir et quelquefois faire la bte force de vouloir faire l'ange4 ,aprs avoir dfigur l'humanit par le vice1 nous faisons grimacer la vertu elle-mme4 ,nous ne la connaissons plus1 pour ainsi dire1 que sevre de joies et1 disons le mot1 ennuyeuse4 ,au point de vue de la jeunesse c'est l une calamit4 ,qui nous rendra cet ensemble de distractions saines1 fortes et heureuses dans lesquelles la joie de vivre s'incarne1 comme le rayon de soleil dans les fleurs8 ,les ans1 ici1 peuvent beaucoup pour la jeunesse4 ,je conjure les gens graves1 les vieillards1 les parents1 les professeurs1 le clerg de toutes les religions1 quiconque s'intresse au bien et la vie normale1 quiconque n'a pas le cur dessch1 de venir au secours de la jeunesse4 ,il n'est pas bon que pour nos plaisirs nous soyons toujours spars les uns des autres4 ,la plus belle fte de famille est celle o la vieillesse sourit la jeunesse o1 depuis l'aeul jusqu'aux enfants1 travers l'ge mr et la jeunesse1 tout le monde est reprsent4 ,c'est toute la vie alors1 et combien belle en ses contrastes6 ,ce qui est vrai de la famille l'est aussi de la socit en gnral4 ,frdric ,frbel rptait volontiers3 vivons pour les enfants6 ,empruntons-lui sa devise3 ,vivons pour la jeunesse1 et elle vivra pour le bien1 et sa joie sera pure6 ,nos pres ont dlivr la terre sainte des infidles4 ,il est une autre terre sainte1 que les brigands1 les voleurs1 les profanateurs1 souillent tous les jours4 ,c'est la terre du sourire et du plaisir4 ,ils l'ont si bien ravage et dfigure qu'elle en est mconnaissable4 ,mais de par le ,dieu des printemps et des toiles1 de par la clmente bont qui mit le rire frais aux lvres de l'enfant et la douce ivresse du plaisir au cur de la jeunesse1 la terre sainte ne restera pas aux infidles4 ,elle nous appartient1 et nous la reprendrons6 #b4 ,la ,joie4 ,les distractions et les divers genres de plaisir1 ne sont aprs tout que la forme4 ,le vin pur qu'on verse dans ces verres1 c'est la joie4 ,et de mme que la vigne trouve dans la terre1 dans la pluie1 dans le soleil1 les lments de la sve qui la fait mrir1 de mme la joie est le fruit mr de la bonne vie4 ,c'est une conqute des vaillants et des forts4 ,n'a pas la joie qui veut4 ,creusons un peu cette vrit4 ,la jeunesse a grand besoin de s'en pntrer4 ,le baromtre monte ou descend4 ,cette simple modification d'un niveau de mercure dans un tube de verre nous fournit des renseignements prcieux et nous permet de tirer une foule de conclusions sur l'tat de l'atmosphre4 ,souvent1 en regardant ces indications3 ,pluie1 vent1 tempte1 calme1 beau temps1 beau fixe1 je me suis surpris oublier tout coup le monde extrieur et penser au monde intrieur1 ce changement incessant qui le caractrise1 se reflte dans nos dispositions1 et dont toute la prodigieuse varit aboutit comme rsultat un tat de tristesse ou de joie4 ,l aussi1 selon les jours et les priodes1 il y a pluie ou beau temps1 calme ou tempte2 l aussi le baromtre monte ou descend4 ,et ce qui se passe1 en dtail1 dans la vie individuelle1 nous pouvons l'observer dans la vie des socits1 avec des proportions plus larges et plus frappantes4 ,la vie a ses hauts et ses bas1 ses lans et ses dpressions4 ,au cur et sur la figure tout l'ensemble se traduit par de la joie ou de la tristesse4 99 99 99 99 99 ,il y a une tristesse qui provient de la vie difficile1 spirituelle ou matrielle4 ,elle est l'homme ce qu'est la plante cette couleur tiole qui rvle les privations4 ,cette tristesse-l nous est au plus haut point sympathique4 ,souvent elle est salutaire4 ,mais il en est une autre qu'il faut combattre mort1 c'est la tristesse des dgots1 et une autre laquelle il faut remdier en s'amendant1 car elle provient de mal vivre ou de mal penser4 ,a bas les dgots6 ,ce sont en somme les enfants gts de l'existence4 ,ils touchent aux mets du bout des lvres1 gtent leur pain1 ou mme le jettent1 et trouvent bien rustres ceux qui mangent de bon apptit4 ,on trouve peu de dgots parmi les chiffonniers1 les mineurs1 les laboureurs1 les matelots1 les chercheurs1 les travailleurs de tout genre sur qui tombe la pluie et souffle le vent4 ,ils se recrutent parmi ceux qui ont le dos au feu et le ventre la table1 et ne travaillent que peu entre les repas4 ,leurs fatigues consistent danser longtemps dans un bal1 jouer tard au cercle1 ou tuer le temps en lisant des romans4 ,pour se remettre de tant d'efforts ils dorment tout le long des matines4 ,ils ont cela de commun avec les oiseaux de nuit que la lumire du jour les blesse4 ,on leur trouve alors je ne sais quoi de fan1 de frip4 ,ils demandent tre vus dans un rayon de gaz ou de lumire lectrique4 ,ces prcieux dgots promnent par le monde un vague ennui de toutes choses4 ,mais ils ne renoncent pas cette vie mchante et insipide4 ,une mission les y retient3 celle de dgoter les autres4 ,ceux d'entre eux qui sont littrateurs ont lev cette mission la hauteur d'un sacerdoce4 ,ils s'appliquent extraire la quintessence de leurs mornes penses et de leurs impressions navrantes et la sceller en bouteilles l'usage du public4 ,la jeunesse use quelquefois de leurs produits4 ,mais que le dgot de vivre soit puis dans la contagion du mal d'autrui ou dans notre propre fond1 on peut hardiment le qualifier de microbe malfaisant dont la culture prospre dans la vie factice et anormale4 ,il faut lui dclarer une guerre sans merci4 ,le dgot de vivre est l'insurrection contre tout l'univers qui a pour mission d'organiser la vie4 ,celui qui nous prend la vie est moins coupable que celui qui nous en dgote4 ,a bas les dgots6 ,souriants ou tragiques1 la vie vous condamne et vous dment1 ouvriers de nant sur qui flotte le sourire du dgot comme le feu follet sur la pourriture des marais6 99 99 99 99 99 ,une autre tristesse est celle qui vient de mal penser4 ,c'est un cri d'alarme que la nature maltraite en notre personne donne notre raison4 ,il est absurde que la rflexion sur notre vie nous amne dsesprer de cette vie4 ,toute philosophie de pessimisme ou de dsespoir1 toute religion qui tue la joie est une erreur4 ,son fruit la condamne4 ,si le pessimisme avait raison1 les fleurs cesseraient d'clore et les astres s'teindraient1 la source de vie se tarirait4 ,tant que l'univers ne se suicide pas1 il n'y a pas lieu de dsesprer de la vie humaine4 ,donc il faut se mfier des doctrines qui ravissent la joie4 ,des vrits partielles peuvent tre tristes1 la vrit totale1 non4 99 99 99 99 99 ,quant la tristesse qui vient de mal vivre1 elle trace sur les visages ples et tirs une monotone et lamentable histoire4 ,vous tes tristes parce que vous n'avez pas respect les sources de la vie4 ,un parasite vous ronge1 un vice se nourrit sur les racines de votre existence2 il prospre1 et vous diminuez4 ,partout o cette tristesse apparat1 elle rvle un mal cach4 ,quelque chose manque ou cloche l-bas au plus profond de l'tre4 ,la vie mconnue1 souille1 trouble1 saigne de mille blessures1 et la joie ne peut plus exister4 ,la joie s'enfuit encore1 de ces sphres raides et conventionnelles o la vie et les mouvements sont rgls comme un papier musique4 ,abandonnant ces milieux aux sectateurs du dieu terrible qui se nomme l'ennui1 elle ouvre ses ailes et s'envole4 ,comme les fleurs des bois et des montagnes1 elle affectionne l'air libre1 l'indpendance et un peu de rudesse4 ,mentionnons ici1 en passant1 le mal que les gots luxueux et prtentieux ont fait aux plaisirs de famille et par consquent la jeunesse4 ,la sociabilit est en souffrance4 ,au lieu de rceptions simples et cordiales souvent rptes1 on s'offre de loin en loin des distractions coteuses1 o l'ambition et le dsir puril de se surpasser les uns les autres dtruisent tout plaisir d'avance4 ,qui en souffre le plus8 ,la jeunesse oblige de se divertir ailleurs4 99 99 99 99 99 ,je signale comme un des pires destructeurs de la joie1 l'esprit de moquerie4 ,il y a un rire qui fltrit ce qu'il touche et dessche le cur pour jamais4 ,c'est celui qui se plat tirer les choses vnrables et saintes en ridicule4 ,victor ,hugo a dit avec une profonde pntration psychologique que les plus mornes des esprits taient les railleurs4 ,railler n'est pas rire4 ,la raillerie tue le rire au contraire4 ,pour s'amuser franchement1 il est ncessaire d'avoir gard une certaine navet d'impression4 ,ne sacrifions pas le bon vieux rire de notre ,france1 son ironie joviale et bienveillante et sa gat authentique1 au genre d'esprit douteux et profane qui fait gaiement la plus triste besogne et sent son ,mphisto de loin4 99 99 99 99 99 ,en rsum1 pour conserver la facult d'tre heureux1 il faut rechercher le travail et la simplicit1 respecter la vie et en observer les lois4 ,que dis-je8 il faut aimer la vie4 ,il semble superflu de prcher cet amour la jeunesse4 ,c'est une erreur4 ,s'il y a une chose qui ne vient pas toute seule1 c'est celle-l4 ,ce n'est pas l'uvre d'un jour que de s'lever ce grand amour et d'largir son cur jusqu' ce qu'il embrasse tout l'ensemble4 ,une des plus mdiocres conceptions de la joie est celle qui en fait l'apanage de la seule jeunesse et considre tout le reste de l'existence comme une coquille vide1 dont on a mang l'amande4 ,il est une joie de jeunesse1 sans doute1 lie la fracheur mme des impressions1 et qu'on peut perdre le long de sa route par la lente dformation de la vie1 ses fautes ou ses souffrances4 ,en ce sens on peut dire des jeunes gens comme des enfants3 laissez-les se rjouir1 les soucis ne viendront que trop tt1 on n'est jeune qu'une fois4 ,mais ce n'est l qu'une face de la ralit4 ,il y a des existences qui commencent dans la mlancolie et finissent dans la joie4 ,tel ne s'est jamais trouv plus dispos ni plus jeune que vers la quarantaine1 aprs la victoire sur une srie de difficults extrieures et intrieures1 et je n'hsite pas dire que la joie qu'il prouve alors1 est plus solide que celle des vingt ans4 ,bien plus1 c'est chez certains vieillards1 admirables et rares1 je l'avoue1 mais nullement introuvables1 que j'ai rencontr la joie sous sa forme la plus pure4 ,je veux parler de cette srnit ne de la souffrance accepte et vaincue1 du travail aim1 de la longue fidlit au devoir1 de la conviction toujours plus profonde du but de la vie et de sa valeur4 ,et quand je dis la jeunesse d'apprendre aimer la vie1 je lui indique ces vieillards-l et ceux qui leur ressemblent1 comme les docteurs de cette haute sagesse4 ,j'estime en effet que la connaissance de la joie pure est un grand bonheur au seuil de la vie4 ,il faut l'admirer chez ceux qui l'ont conquise de haute lutte1 la priser comme un bien inestimable et aspirer y participer un jour4 ,d'ailleurs1 la joie de la jeunesse elle-mme1 cette heureuse disposition qui1 certains moments1 nous fait trouver tout bon et beau1 a ses conditions4 ,il faut la mriter pour la ressentir4 ,la joie est une trs grande dame2 elle ne se rend pas l'invitation du premier venu4 ,telle compagnie a beau se battre les flancs1 crier1 se mettre en frais pour provoquer la joie1 elle n'arrive pas3 le bruit reste vide1 et le rire sonne faux4 ,rien n'est plus beau que la joie6 ,c'est une tincelle divine1 une fille des cieux4 ,elle lve le cur1 elle illumine la pense4 ,elle nous fait dcouvrir1 en un seul clair brillant1 des secrets sur lesquels1 les jours ordinaires1 notre pense obscure s'est fatigue en vain4 ,elle supprime les distances1 rapproche l'homme de l'homme1 nous incline la piti1 nous rend plus forts et meilleurs4 ,elle est si bonne et vaut tant qu'il faut1 sans hsiter1 sacrifier tout ce qui la diminue et rechercher tout ce qui l'augmente4 ,la joie a ses grands jours4 ,au temps o la nature s'veille1 o tout germe1 o le laboureur sme1 avez-vous vu l'alouette s'lancer du sillon et chanter1 en montant vers la lumire1 emportant dans son hymne toute l'me des champs1 toutes les floraisons1 tout le labeur et tout l'amour8 ,a certains jours o les mains se touchent d'elles-mmes1 o les poitrines vibrent l'unisson1 la joie est comme cette alouette4 ,elle monte1 et dans son chant qui rsume toute la vie1 elle semble lui dire3 ,je t'aime1 dans ton matin et dans ton soir1 dans tes pleurs et ton sourire1 dans tes efforts virils et tes repos paisibles2 je t'aime sous tous les cieux1 dans tous les temps1 dans tous les yeux ferms qui dorment sous la terre1 et quel que soit mon sort1 je suis heureux de vivre1 et je m'abandonne avec reconnaissance la volont clmente par qui nous sommes et qui nous enveloppe jamais6 ,,vi ,,la ,,solidarit #a4 ,la ,famille4 ,la solidarit humaine est comme condense en une srie de leons de choses dans la famille4 ,on a quelquefois considr la famille comme un cadre troit qu'il fallait briser pour substituer ses liens intimes1 mais restreints1 le grand lien de la solidarit sociale4 ,ce serait dtruire dans l'uf cette solidarit mme4 ,il faut avoir prouv les sentiments de la famille pour les transporter ensuite1 agrandis1 dans la cit1 la famille nationale et la grande famille humaine4 ,la famille est une de ces coles heureusement combines o l'on apprend les choses presque spontanment4 ,je ne sais si on y apprend davantage par l'intelligence1 le cur ou les entrailles1 mais en tout cas l'homme est pris de toutes parts la fois1 par les cts faibles et les cts forts4 ,il est assimil1 li1 incorpor par les hrdits d'abord1 par les affections ensuite et en dernier lieu par la rflexion et la reconnaissance4 ,on sent si bien1 dans ce chaud milieu familial1 qu'il vous prcde1 vous entoure et vous dpasse4 ,et ce n'est pas le petit enfant seulement qui se sent envelopp1 protg2 ce sont les grands1 les forts1 les vieux4 ,une main plus grande que celle de l'homme passe sans cesse dans la famille4 ,les choses humaines et surhumaines s'y entrelacent tel point qu'on a peine les distinguer4 ,s'il y a un sanctuaire qui n'est pas fait de main d'hommes1 c'est bien la famille4 ,dieu s'y fait doux1 paternel2 il se fait annoncer par tous la fois4 ,le pre le reprsente auprs de l'enfant1 et l'enfant le prche au pre4 ,les traits des anctres1 rappels par les derniers venus1 nous donnent des pressentiments de mystrieuse survie4 ,soyez donc ralistes1 matrialistes1 utilitaires1 en famille6 ,vous l'essayez1 je le sais bien1 mais vous vous arrtez toujours un certain endroit4 ,soudain1 en une heure1 quand vous vous y attendez le moins1 votre cur se serre1 les larmes montent aux yeux4 ,vous dites alors1 hommes positifs1 que c'est absurde6 et vous dites vrai1 car la folie vous a gagns et vous tient1 mais c'est une sainte folie4 ,un clair de bont et de tendresse1 un clair de douleur ou de piti vous a rvl un monde que vous ne connaissiez pas4 ,ah6 vous parlez de supprimer la famille1 de renoncer ses liens1 les uns pour le plus grand honneur de ,dieu1 les autres pour le plus grand bien de la socit4 ,mais si les tnbres du commencement pouvaient redescendre sur l'humanit par notre faute1 si ,dieu pouvait disparatre de notre horizon1 si toutes les traditions1 toutes les bibles1 tout ce que l'homme a grav sur la pierre pouvait se perdre et s'oublier2 si le dsordre et l'anarchie ramenaient les socits au chaos1 un jour deux tres qui s'aiment retrouveraient le germe d'un monde nouveau prs du berceau d'un enfant4 ,ne touchez pas la famille6 ,et je dirai aux jeunes hommes3 repliez-vous sur la famille6 99 99 99 99 99 ,pres et mres1 quelle que soit votre position et quelles que soient vos fonctions dans le monde1 rservez le meilleur de vous-mmes la famille4 ,soyez srs qu'en la ngligeant vous ngligez l'essentiel1 et que les services que vous rendez ailleurs sont neutraliss par le mal que vous faites chez vous4 ,c'est pour cela que nous sommes attachs la famille par des liens dlicats de bonheur et de souffrance4 ,rendez la famille douce aux enfants4 ,faites le nid chaud et austre en mme temps4 ,soyez bons et svres1 aims et respects4 ,pas de violence et pas de mollesse6 ,pas d'amour tyrannique qui touffe l'initiative et tue la volont4 ,que la famille et le foyer gardent toute leur puissance d'attraction et d'incubation4 ,gardez la confiance de vos fils aussi longtemps que possible4 ,entretenez en eux le besoin et le plaisir de tout dire1 par le tact que vous mettez les couter4 99 99 99 99 99 ,comme il faut plaindre ceux qui n'ont pas de famille1 ou envers qui la famille n'a pas fait son devoir6 ,mais ne soulevons pas ce voile3 nous aurions sous nos yeux un monde trop dsespr6 ,jeunes gens1 repliez-vous sur la famille4 ,restez aussi longtemps que possible les petits enfants de pre et de mre1 mme lorsque vous serez vous-mmes devenus des pres4 ,il est si bon de se sentir enfant1 et plus on grandit1 plus on vieillit1 plus cela fait de bien4 ,les hommes les plus forts sont ceux qui ont le mieux aim leur mre4 ,quand on aime et respecte bien la femme qui vous a mis au monde1 on est bien prs du respect de la femme en gnral4 ,et quand on respecte en son pre l'autorit morale1 heureux de pouvoir lui tmoigner des sentiments de pit filiale1 on a un bon fonds pour entretenir en soi le respect de toute autorit4 ,honore ton pre et ta mre6 dans la solidarit humaine1 dans la vie bonne et juste1 cette double loi du respect de la femme dans sa maternit et de l'homme dans sa prminence morale1 sont considrer comme une base indispensable4 ,retrempons nos mes au contact de ces prceptes lmentaires1 vrits simples et saintes1 qui deviennent plus vastes mesure que le regard porte plus loin1 et que1 mme sous les cheveux blancs1 il faudrait couter genoux1 les mains jointes comme de petits enfants6 ,seriez-vous peut-tre1 jeune lecteur1 de ceux qui prennent le respect pour une vertu d'enfance laquelle il convient de dire adieu lorsque la barbe vous pousse8 ,permettez-moi de vous faire observer ceci3 ,une loi qui domine toute l'histoire fait voluer la puissance dans le monde du despotisme asiatique fond sur la crainte1 l'autorit des lois fonde sur le respect4 ,chacun de nous traverse les diverses tapes de cette volution4 ,petits1 nous obissons sur parole par crainte1 grands1 nous pratiquons l'obissance volontaire issue du respect4 ,affermissons cette faon d'obir dans la famille1 pour en donner l'habitude autour de nous4 ,c'est de cette libre obissance que notre temps1 notre pays dmocratique a le plus besoin4 ,en faisant acte de bon fils1 vous ne savez pas quel point vous faites dj acte de bon citoyen4 ,l'mancipation consiste pratiquer le respect par conviction et prmditation4 ,sans respect1 pas d'homme libre6 ,la libert est le gouvernement de soi-mme d'aprs la loi intrieure4 ,il faut refrner en nous-mmes avec la dernire nergie la tendance purile qui consiste critiquer d'instinct1 railler1 trancher de haut4 ,c'est l un travers de gamin4 ,devenir un homme1 c'est trouver tous les jours1 dans les hommes et les choses1 plus de motifs de les prendre au srieux4 ,entre les pres et les enfants doit se rsoudre la grande question de la tradition et du prsent1 de l'autorit et de la libert1 qui fait tant de bruit dans le monde4 ,entre les pres et les enfants1 dans le cercle de famille1 doit se rsoudre encore cette grosse affaire des droits de l'individu et des droits de la collectivit1 sans que ni l'un ni l'autre soit ls4 ,jamais ni universit1 ni livre ne vous renseigneront sur tout cela aussi bien que la famille4 ,je vous dis qu'elle est le monde en raccourci4 ,c'est la plus humble cole1 et la plus grande qui soit4 ,on y enseigne trs simplement une foule de choses trs difficiles4 ,en vous appliquant rsoudre avec patience1 respect et fraternit les difficults de famille1 vous prludez l'uvre que vous devez remplir dans la socit o vous rencontrerez ces mmes difficults agrandies4 #b4 ,l',amiti4 ,amiti de jeunesse6 ,comme les anciens offraient en sacrifice une mche de cheveux sur les autels des dieux1 je voudrais t'offrir en hommage quelque chose de ce que j'ai de mieux4 ,mme quand ceux qu'on aimait alors dorment depuis longtemps sous la terre1 ils vivent pour nous parmi les souvenirs d'un ge vanoui1 et nous nous surprenons parfois1 dans le silence des solitudes1 converser avec eux familirement1 leur disant la peine et la joie que nous avons rencontres le long de la vie1 depuis qu'un jour il a fallu les coucher dans la tombe au bord du chemin6 ,il y a des poques pour l'amiti1 dans la vie des individus1 comme dans celle des socits4 ,certaines poques ont une sociabilit toute juvnile1 se lient volontiers4 ,d'autres ont la prudence et la rserve des vieillards misanthropes4 ,quand les intrts matriels dominent1 que la lutte pour l'existence s'accentue1 et que les nerfs se tendent et se surexcitent1 la socit des semblables devient pnible4 ,elle donne surtout lieu des frottements1 des rencontres d'apptits1 des froissements d'ambitions4 ,on aime alors abriter ses susceptibilits derrire un rempart de solitude comme les mollusques se retranchent dans leur coquille4 ,mais peu importe les poques variables2 pour chacun de nous le temps des bonnes et chaudes amitis est la jeunesse4 ,je plaindrai toujours trs sincrement un jeune homme qui n'a pas d'ami1 et s'il est lui-mme la premire cause de son isolement1 je lui en ferai un reproche grave4 ,il nous faut des camarades1 et un certain nombre1 pour nous exercer la vie en commun1 user les angles de notre caractre aux angles du leur1 comme on arrondit les cailloux en les secouant ple-mle dans des sacs4 ,il nous faut encore des camarades pour poursuivre un but commun1 dvelopper l'esprit de corps et de solidarit1 chanter et rire2 mais parmi cette troupe de bons compagnons1 il est essentiel que nous cultivions des relations plus intimes3 des amitis4 ,c'est un besoin4 ,notre dveloppement intellectuel le rclame4 ,deviser1 converser1 parler ensemble1 mettre dans la plus absolue familiarit ses ides sur toutes choses1 en causeries interminables et dlicieuses1 soit en dambulant cte cte1 soit le soir sous le manteau de la chemine1 quel bienfait pour une intelligence qui se dveloppe6 ,ce bienfait est plus sensible encore aux poques o l'orientation est1 comme aujourd'hui1 longue et laborieuse4 ,a qui dire toutes ses penses8 ,qui1 mieux qu'un ami de notre ge1 expos aux mmes difficults1 peut nous comprendre1 supporter nos questions1 endurer nos objections8 ,on m'offrirait en change toutes les jouissances intellectuelles les plus dlicates1 que je n'hsiterais pas un instant les donner pour ce genre de promenade amicale travers les choses1 o deux penses neuves1 curieuses de tout1 s'abandonnent au charme d'explorer1 tout en gotant celui de l'affection4 ,il n'y a peut-tre dans ce genre qu'une satisfaction encore plus rare et plus prcieuse1 c'est celle de se retrouver aprs des annes de sparation avec un ami de jeunesse et de renouveler avec lui en une heure de mlancolique ou de joyeuse douceur ces beaux temps de jadis1 en rptant sans se lasser jamais3 te souviens-tu8 te souviens-tu8 ,les amitis de jeunesse ont un autre avantage1 celui-l pour le cur1 le caractre1 la conduite4 ,de bonnes amitis remplissent bien des lacunes dans une jeune vie1 chassent bien des rves malsains et nous aident marcher droit1 sur les sentiers o la jeunesse facilement trbuche4 ,cela arrive surtout lorsqu'on est parvenu cette entire franchise qui consiste tout se dire4 ,il y a des jours o plus personne ne peut intervenir utilement si ce n'est l'ami4 ,quand on n'coute plus celui-l1 la surdit morale1 momentanment du moins1 est complte4 ,aussi faudrait-il cultiver l'amiti1 ne ft-ce que dans un but de perfection morale et d'ducation1 d'change de bons procds dans les circonstances difficiles4 ,le verre d'eau de tendresse1 de bont que l'ami nous offre aujourd'hui en supportant nos misres et en nous aidant les surmonter1 il en aura peut-tre besoin demain et nous le lui offrirons d'un cur pareil4 99 99 99 99 99 ,en ce temps de duplicit et d'hypocrisie1 l'amiti doit de plus en plus devenir un pacte de loyaut1 de vrit4 ,par qui se la laisserait-on dire plus volontiers que par un ami8 ,c'est un frre d'lection1 il est plus que de notre famille4 ,quand la vrit revt ses traits et emprunte sa voix1 nous ne pouvons pas dire qu'elle procde d'une trogne trop imprieusement magistrale#ac4 #ac ,montaigne4 ,une autre grande ressource de l'amiti1 c'est qu'elle nous fortifie dans ces luttes pres et redoutables que la jeunesse est appele soutenir pour les causes qui lui tiennent le plus cur1 et qui souvent ne sont pas bien vues dans le monde4 ,pour s'affranchir des routines et des servitudes1 pour ne pas succomber mille fois dans les rencontres hostiles qui dcouragent les meilleurs1 pour ne pas douter de soi-mme force de se buter contre les obstacles1 il faut renouveler de temps autre sa provision d'audace et de foi au sein de l'amiti4 99 99 99 99 99 ,je n'ajouterai qu'un mot4 ,non seulement il me parat possible1 mais dsirable que la jeunesse cultive1 en dehors de ces intimits que l'ge pareil amne1 des relations familires et affectueuses avec des hommes d'ge mr1 ou des vieillards qui ont gard de l'intrt pour ceux qui commencent la vie4 ,un jeune homme qui ne manque pas la plus belle grce d'tat1 se trouve toujours heureux d'avoir quelqu'un de suprieur aimer et1 ajoutons-le1 admirer4 ,il ne s'agit pas de jurer in verba magistri1 mais de s'attacher quelqu'un1 de regarder quelqu'un4 ,rgle gnrale3 les esprits les mieux faits1 les plus capables d'indpendance1 un certain ge1 cherchent un matre1 et ne demandent pas mieux que d'tre disciples4 ,je n'admets pas que les hommes graves1 occups1 distingus1 n'aient pas le temps de se consacrer la jeunesse1 non seulement en gnral pour l'instruire1 mais en dtail pour la conseiller1 apprendre la connatre et lui tre utiles4 crivez quelques livres de moins1 messieurs1 et jetez d'autant plus de bonnes paroles vivantes sur les sillons si reconnaissants des jeunes esprits6 ,il y a l un intrt humain et patriotique de premier ordre4 ,comme je suis ais de voir que ces choses si longtemps oublies commencent se faire jour de nouveau de tous cts4 ,fraternisons6 c'est la grande devise de la solidarit gnrale4 ,que la ,france d'aujourd'hui et celle d'hier fraternisent avec la ,france de demain6 ,en vrit la jeunesse est bonne1 se contente de peu de chose et garde tant de reconnaissance de ce qu'on fait pour elle que c'est toujours plaisir et profit de l'obliger4 ,et j'oubliais le meilleur3 on redevient jeune en sa compagnie4 ,tous les lixirs de la terre ne valent pas celui-l pour les gens qui redoutent de vieillir4 #c4 ,l',amour4 ,flambeau sublime et pur mais qui tremble souvent1 ,pour te bien abriter de la pluie et du vent ,et faire rayonner ta clart souveraine1 ,heureux qui peut passer sans s'interrompre un jour ,de l'amour de sa mre l'amiti sereine ,et de l'amiti sainte son premier amour6 ,a4 ,dorchain4 ,un bon et sympathique mdecin1 un de ceux qui n'ont pas trouv dans la frquentation du cadavre le mpris de l'humanit1 mais qui ont1 au contraire1 entrevu travers le peu que l'intelligence humaine peut dcouvrir dans nos pauvres restes1 la saintet de la vie1 se plaignait que la vie humaine ft traite ngligemment ses dbuts4 ,on possde1 disait-il1 des renseignements plus srs sur la meilleure manire de soigner les jeunes animaux domestiques1 que sur celle de soigner les enfants4 ,ce que ce docteur disait m'est souvent revenu l'esprit propos de l'amour4 ,s'il est un point sur lequel les bons conseils soient ncessaires l'entre de la vie1 c'est celui-l4 ,s'il est un point sur lequel ils fassent dfaut1 c'est encore celui-l4 ,chacun trouve la chose dlicate4 ,les ducateurs pensent que les parents seuls sont comptents1 les parents s'en rapportent aux ducateurs4 ,ainsi les uns et les autres s'abstiennent le plus souvent4 ,la jeunesse arrive l'ge le plus critique1 sans boussole et sans direction4 ,je me trompe4 ,l'uvre pdagogique1 toujours diffre par les parents et les ducateurs1 s'accomplit en dehors d'eux4 ,il est impossible que la curiosit des enfants ne rencontre pas un jour ou l'autre son aliment4 ,un vilain camarade1 une de ces lectures qu'il devient si difficile d'viter1 remplissent auprs d'un tre encore pur l'office d'initiation ce qu'il est convenu d'appeler le secret de la vie4 ,a partir de ce moment1 il se fait un travail redoutable dans l'imagination novice4 ,la confiance dans les parents et les matres subit un coup trs rude2 l'ascendant des ducateurs sans mandat se substitue au leur1 quelque chose de nouveau1 de prilleux1 est entr dans l'existence1 et il sera bien difficile de l'en liminer4 ,nous touchons l au premier point grave et douloureux de cette question si complexe de l'amour4 ,quoique nous crivions pour la jeunesse adulte1 il a fallu commencer par l4 ,l'amour1 par ses nombreuses ramifications1 s'tend en effet toute la vie1 et ce que l'enfant innocent a entendu1 aux alentours de ce monde qui lui est encore ferm1 dtermine fort souvent sa conduite ultrieure4 ,je ne peux donc pas m'empcher de dplorer ici que nous soyons de prfrence renseigns en cette matire intime et sainte1 par des trangers profanes1 et qu'une heure de brutale indiscrtion1 vienne remplir auprs de nous1 en nous troublant pour longtemps1 pour jamais peut-tre1 un office pour lequel ce ne serait pas trop de toute la prcaution1 de toute la maternelle sagesse de ceux qui nous aiment le plus4 99 99 99 99 99 ,toutefois je me contenterai d'avoir ainsi effleur le sujet en ce qui concerne l'ge prcdant immdiatement l'adolescence1 et1 sans plus tarder1 je pose la question sur son terrain actuel3 ,comment un jeune homme qui n'est pas mari1 et sans doute pas fianc1 doit-il se gouverner au point de vue des choses de l'amour8 ,le premier point ici consiste possder le respect de la vie1 de sa prminence1 de sa valeur1 de sa saintet et par consquent de l'obligation que nous impose la qualit d'hritiers de la vie4 ,le sentiment fondamental qui doit sans cesse traverser tout l'ensemble des faits et gestes d'un jeune homme est le sentiment de sa dignit virile4 ,s'il a ce sentiment1 la vie lui apparatra comme un dpt et non comme un bien personnel1 et il aura constamment prsente en lui-mme une force allie1 trs noble et trs efficace pour l'aider se garder et se diriger4 ,sans doute le sentiment de la dignit virile et le respect de soi-mme peuvent tre assists ou contraris par une srie de moyens secondaires4 ,a l'ge o les sens s'veillent1 et o leur nouveaut mme1 leur caractre troublant et imprvu1 constituent un pril1 il est tout aussi possible de diminuer ce pril que de l'augmenter4 ,la part du rgime1 de la nourriture1 et du milieu est tout au moins aussi grande ici1 si ce n'est plus1 que celle de la nature4 ,les travaux exagrs de l'esprit1 le rgime sdentaire1 les lectures malsaines1 le dsuvrement peuvent transformer en tourment et en obsession1 ce qui ne serait sans cela qu'une sollicitation facile matriser4 ,au contraire1 un rgime sain1 des habitudes nergiques1 des distractions1 des fatigues corporelles1 sont des diversions si utiles1 que1 grce elles1 les annes les plus critiques passent quelquefois presque inaperues4 ,tout cela est de la dernire importance4 ,pour qu'un tre mne une conduite normale1 il lui faut une vie normale4 ,dtruisez l'quilibre de sa vie1 aussitt vous troublez celui de sa conduite4 ,les causes individuelles et sociales de la plupart des garements se trouvent dans une srie de manquements hyginiques4 ,malgr cela1 le point fondamental est toujours l'ide qu'un tre se fait de sa vie1 de sa dignit et par consquent de son but4 ,c'est pour cela que la grande chose dans la jeunesse est le respect de soi-mme4 ,un grand idal1 une conception leve de la vie dans son ensemble1 et de l'uvre que chacun de nous est appel y remplir est le meilleur conseiller dans les choses de l'amour4 ,et tout d'abord1 il nous prserve des sophismes et des prceptes cyniques1 dont les gens au cur rabougri ont sem toute cette matire4 ,car il est presque inutile de le dire3 si quelque part sur sa route1 la jeunesse rencontre des sottises et des maximes criminelles accumules1 c'est ici4 ,au nom de ce qu'on appelle un besoin physique1 on l'engage ne se faire aucune violence et suivre son dsir3 ,faire ainsi est bien4 ,faire le contraire est idiot1 mauvais mme4 ,dans un pays o la virginit d'un garon de vingt ans est un sujet de plaisanteries traditionnelles et presque nationales#ad1 il est bon qu'on possde en soi-mme un contre-poids opposer tant d'normits4 ,il est vrai qu'un simple coup d'il jet sur notre jeunesse1 en gnral1 suffirait pour nous faire comprendre que1 si elle a besoin de quelque chose1 c'est de garder sa force et de la mnager4 #ad ,jules ,lematre4 ,ce soi-disant besoin qu'on fait sonner si haut est dans les imaginations surexcites par les mauvaises lectures1 les mauvaises conversations1 et par les mauvais exemples bien plutt qu'ailleurs4 ,mais enfin1 admettons ce besoin comme un fait rel4 ,encore faut-il que notre nature tout entire1 dans ses instincts nobles et ses besoins suprieurs1 soit respecte4 ,des actes qui affaiblissent notre estime pour nous-mmes et pour les autres1 qui nous font droger notre dignit1 sont mauvais1 dussent-ils tre provoqus par une sollicitation trs lgitime4 ,combien est-il de choses1 en elles-mmes indiffrentes1 qu'il convient de s'interdire parce que1 pour les obtenir1 il faudrait les payer trop cher8 ,dans une foule d'occasions1 lorsque des devoirs d'ensemble pressants sont l1 il devient honteux de songer son repos1 sa faim1 ou sa soif1 quoique parmi les droits incontestables de l'homme il y ait celui de se reposer1 de manger et de boire4 ,un homme qui a un idal1 de l'nergie et des principes de conduite1 se distingue d'un homme de rien par le rang qu'il sait accorder1 dans sa vie1 aux diffrents besoins de son tre1 et par la clairvoyance et la fermet avec laquelle il sait les subordonner les uns aux autres4 ,voici pourquoi je pose en principe que la premire chose en amour1 c'est d'avoir un idal1 parce que cet idal nous aide nous gouverner nous-mmes4 ,or pour celui qui apprcie sa vie1 sa dignit1 et celle des autres1 cder ses sens1 dans certaines conditions1 c'est trahir ce qu'il y a de plus noble en nous1 pour satisfaire un simple dsir4--,par consquent1 tout en reconnaissant la lgitimit de ce dsir1 en soi1 il prfre le sacrifier1 et ainsi le premier hommage qu'il rend sa nature et l'amour1 c'est celui de la chastet4 ,la chastet a une foule d'ennemis4 ,j'carte les cyniques et les railleurs dont nous n'avons que faire ici4 ,il nous est permis de partir1 comme d'une base1 de l'ensemble de conception de la vie que nous avons tablie dans ce livre4 ,mais il convient de rpondre une objection spcieuse1 srieuse mme1 qui se base sur le danger d'une trop parfaite sagesse4 ,ils ont bien vite fait de vous lancer la tte comme un argument sans rplique3 ,qui veut faire l'ange1 fait la bte4 ,certainement1 il y a du vrai dans ce vieil adage1 et ce n'est pas moi qui le contesterai4 ,mais on verra1 par la suite1 que ce n'est pas de faire l'ange qu'il s'agit ici4 ,seulement1 je ferai observer que beaucoup font la bte qui n'ont pas essay de faire l'ange4 ,ils ne sont pas tombs dans la boue parce qu'ils ont voulu voler trop haut1 mais parce qu'ils ont commenc trop bas4 ,le meilleur moyen pour devenir l'esclave de ses dsirs n'est pas de les matriser1 mais de leur obir4 ,et quant la dformation du caractre qui peut rsulter de la chastet monacale1 elle a bien son pendant et largement hlas1 dans la triste dcadence de tant de gens qui n'ont jamais eu d'autre rgle que ce qui leur plat4 ,mme sur ce terrain-l je me sentirais l'aise4 ,s'il n'y avait que l'excs du relchement d'un ct et l'excs de svrit de l'autre1 je choisirais ce dernier1 croyant moins sacrifier de mon humanit4 ,toutefois je ne prche pas le monachisme en parlant de la chastet4 ,je n'exhorte pas au mpris de la virilit1 mais son respect et sa sauvegarde4 ,tout ce que nous venons d'examiner jusqu' prsent n'est que le petit ct de la question1 le ct aride1 ngatif4 ,beaucoup n'en sortent pas4 ,des socits et des sicles entiers s'y sont dbattus sans trouver d'issue4 ,les extrmes s'appellent et se provoquent l'un l'autre4 ,notre socit actuelle1 comme beaucoup de celles qui l'ont prcde1 subit cette loi4 ,dans les choses de l'amour1 elle est la fois lgre et prude1 dprave et froce4 ,tout cela est logique4 ,une socit qui permet et conseille le laisser-aller aux jeunes gens1 avilit l'amour4 ,ds lors1 la tentation de le considrer comme une chose douteuse ou infrieure devient naturelle4 ,la corruption des uns a pour pendant la pruderie ou l'asctisme des autres1 et du mlange confus de ces tendances nat l'hypocrisie4 ,tartufe est ascte pour la forme et viveur au fond4 ,hlas6 ce sont l des travers dans lesquels on ne donne qu'en disloquant toute une socit1 principes et institutions4 ,nous sommes1 en effet1 dans une rgion sensible d'o la rpercussion se propage au loin4 ,pchez contre l'amour sa base1 dans la jeunesse1 et la vie de toute une nation vous rpond par des dchirements et des souffrances incalculables4 ,je rsume donc3 ,la rgle de conduite1 ici1 est la chastet4 ,toute infraction est une faute4 ,quelque difficile et dure que paraisse cette loi1 c'est la seule bonne4 ,en dehors de l1 il n'y a place que pour une morale de camelote4 ,il est difficile aussi d'tre loyal et honnte3 on n'en a jamais tir la consquence que le mensonge et le vol soient permis4 ,que celui qui tombe1 s'gare de quelque faon que ce soit et manque au respect de soi-mme et de l'amour1 sache qu'il a fait le mal6 ,dans les circonstances morales pnibles c'est encore l le meilleur espoir de salut4 ,mais appeler le mal1 bien1 parce que le mal est difficile viter1 c'est pire que de manquer de conduite1 c'est fausser sa conscience4 ,voil un principe qui doit tre nonc avec une absolue autorit4 99 99 99 99 99 ,le principe une fois nonc1 il s'agit d'entrer dans la vie des jeunes gens qui essaient de le pratiquer4 ,nous assisterons l la lutte la plus sympathique4 ,il ne saurait y avoir1 pour celui qui a gard le sens exquis des choses morales1 de spectacle plus captivant4 ,les murs en ,france1 o l'on ne connat pas les vraies fianailles1 rendent trs difficile1 depuis la pubert jusqu'au mariage1 la condition des jeunes gens qui se respectent4 ,le jeune homme est peu prs abandonn lui-mme1 pour rsoudre le cruel problme qu'impose sa conscience notre tat social4 ,de l des scrupules pleins d'angoisse1 des dfaillances et des luttes hroques1 tout un drame intrieur minemment potique4 ,c'est ainsi que s'exprime ,sully ,prudhomme dans sa prface aux posies de ,m4 ,a4 ,dorchain3 ,la jeunesse pensive4 ,et il continue3 ,en lisant ces vers o les combats et les douleurs de la vingtime anne trouvent leur expression discrte1 mais bien sincre1 plus d'un sentira se raviver dans son me les cicatrices anciennes444 ,nous ne saurions assister en froids spectateurs la tourmente qu'il 7le jeune homme7 subit444 nous nous penchons vers lui du rivage1 pour lui tendre une main amie6 ,suivant les natures et les tempraments1 cette lutte est plus ou moins violente4 ,il y a des tres privilgis qu'une certaine noblesse inne garantit en leur donnant une rpugnance instinctive pour tout ce qui est bas et trivial4 ,le mal ne mord pas sur eux4 ,on pourrait dire d'eux3 ,le moule en est d'airain si l'espce en est rare ,elle sait ce que vaut son marbre de ,carrare ,et que les eaux du ciel ne l'entament jamais4 ,a4 de ,musset4 ,mais d'autres1 prcisment parmi les meilleurs1 sont mis ici dans un tat d'intriorit par leur sensibilit1 leur puissance imaginative1 leurs qualits mme4 ,enfant1 dans la lutte ternelle ,tu crois avoir dompt ton cur2 ,dj tu veux ouvrir ton aile ,et t'envoler1 libre et vainqueur4 ,tu crois la force bnie1 ,a la vertu que rien n'abat444 ,va1 la lutte n'est pas finie1 ,ce n'est que le premier combat4 ,ton me n'est point d'un ascte ,hors de la matire emport1 ,mais d'un amant et d'un pote ,ivre de forme et de beaut4 ,ton cur est plus chaud que le ntre1 ,tu le sens bondir nuit et jour1 ,tu souffriras donc plus qu'un autre ,par le ,dsir et par l',amour4 ,a4 ,dorchain4 ,mais il convient ici de se mouvoir en pleine ralit et d'envisager les situations telles qu'elles sont4 ,or1 dans la lutte dont nous parlons1 et qui1 plus ou moins pre1 n'est vite personne1 l'important n'est pas d'tre toujours le plus fort1 mais de ne jamais capituler4 ,dans le grand livre de la sagesse de vivre1 il est un chapitre tout aussi important que celui de prendre garde soi pour ne pas tomber1 c'est celui o il est parl de se relever quand on est par terre4 ,pour qu'un homme traverst l'existence sans jamais offenser d'aucune faon la loi de conscience1 en ce point comme en d'autres1 il faudrait qu'il ft parfait4 ,nous ne le sommes point4 ,attendons-nous par consquent des heures obscures o la vue se trouble1 o le combat oscille1 o surviennent les lassitudes et le dcouragement1 les dfaillances peut-tre4 ,ce sont les moments les plus douloureux et les plus prilleux4 ,n'importe1 un homme par terre n'est pas un homme mort1 il est bless seulement1 ou encore il a simplement trbuch4 ,la grande affaire est qu'il ne reste pas l1 qu'il ne se rsigne pas1 ne perde pas l'espoir1 et surtout ne renie pas son but4 ,que l'idal reste intact1 et l'esprance de sortir un jour vainqueur demeure entire4 ,pourvu que le mal continue tre appel le mal1 franchement1 et que celui qui est tomb le reconnaisse4 ,pas de sophismes1 pas de mensonges1 avant tout6 ,ici l'intervention d'amis srs et expriments est toute marque4 ,il y aurait grand danger voir un jeune tre droit1 et en somme pur de cur1 en arriver se mpriser ou dsesprer de lui-mme cause de telle ou telle dfaite morale4 ,relevons-les et encourageons-les avec une tendresse inflexible6 ,hlas qui se soucie de cela6 ,rien n'gale l'incohrence de conduite du monde l'gard de la jeunesse4 ,on n'est l que pour lui donner le mauvais exemple ou alors pour la maltraiter quand elle s'gare1 et la maintenir plus srement par terre lorsqu'elle est tombe4 ,tour tour lgers ou rigides1 nous ignorons la piti qui relve et gurit1 et bien peu connaissent cette clmence des justes qui consiste har le mal et aimer ceux qui en sont atteints4 ,nous sommes l dans un sentier difficile et peu pratiqu4 ,on se dirait une grande distance des choses humaines1 quoique l'on y soit en plein4 ,rparer les erreurs n'est-ce pas la grosse part de la vie8 ,la meilleure arme n'est pas celle qui n'a jamais t battue3 on ignore en effet comment elle se comporterait dans la dfaite4 ,savoir tre vaincu1 couvrir sa retraite1 se ramasser1 rparer ses pertes1 bander ses blessures1 relever les courages abattus et revenir au combat avec une nergie nouvelle1 voil la grande preuve1 la preuve suprme du courage4 ,et si quelque pharisien me blmait et me taxait d'une prvoyance par trop indulgente1 je lui rpterais la parole de ,celui qui fut la fois si svre et si bon et qui proclama l'vangile du pardon o le pch est condamn et le pcheur sauv3 ,que celui d'entre vous qui est sans pch1 jette la premire pierre6 99 99 99 99 99 ,il est temps cependant de sortir de ces rgions prliminaires pour nous acheminer vers celles de l'amour dans sa plnitude et sa dignit4 ,c'est cause de lui en somme1 et pour en tre plus dignes que nous engageons une lutte sans merci contre ce qui pourrait le ternir ou le compromettre4 ,pour nous dfendre de toutes les basses caricatures de l'amour1 rien n'est plus puissant que l'amour vrai4 ,cet amour1 la jeunesse doit s'y prparer1 elle doit le ressentir dans ce qu'il a de plus lev et de plus pur4 ,en un mot1 la chastet que nous prchons n'est pas celle des eunuques1 mais celle des hommes4 ,je ne fais pas grand cas d'une chastet toute la surface et toute ngative2 elle n'offre aucune garantie pour l'avenir4 ,la vraie chastet est celle qui a son sige dans l'me aussi bien que dans le corps4 ,un cur vide n'est jamais chaste2 il faut que la femme y occupe la place sacre qui lui revient#ae4 #ae ,t4 ,fallot3 ,lettre du #be aot #ahia4 ,le respect de la femme est le complment du respect de soi-mme4 ,de mme que le respect de soi-mme repose sur la conception qu'on se fait de la vie et de sa valeur1 de mme le respect de la femme est la forme rflchie d'un instinct qui se rattache aux plus profonds secrets de la vie4 ,partout o celle-ci nous apparat dans le monde1 elle rsulte de l'union de ces deux lments fminin et masculin qui en sont comme les parts disjointes4 ,il semble que l'tre parfait se soit spar en parcelles incapables de vivre par elles seules1 afin de les obliger se rechercher pour se complter et reconstituer l'unit4 ,l'attrait qui pousse l'homme vers la femme dpasse de beaucoup les bornes troites d'une satisfaction passagre et charnelle4 ,il y a l une puissance mystrieuse de la plus vaste porte1 la puissance de l'ternel fminin4 ,et c'est prcisment pour lui donner toute sa vertu qu'il faut s'inspirer du double respect de soi-mme et de la femme1 formes diverses de la mme vnration pour le mystre de la vie4 ,de mme que le respect de nous-mmes a pour base la haute ide que nous avons de la virilit et drive ainsi d'une source plus leve que notre personnalit particulire1 de mme notre respect de la femme en gnral prcde celui de telle femme en particulier4 ,et si l'amour doit arriver en nous sa vraie dignit et sa porte entire1 une large base impersonnelle lui est indispensable4 ,nous nous trouvons ainsi1 pour les choses de l'amour1 dans les mmes conditions que pour la plupart de celles qui attirent et intressent la jeunesse1 ,elles commencent par un sentiment gnral pour se fixer ensuite sur un objet particulier1 ,de mme qu' l'entre de la vie le jeune homme est curieux de tout1 sympathique tout1 et que peu peu il s'attache des objets prcis1 de mme son amour revt d'abord un caractre gnral4 ,on ne commence pas par aimer une femme1 ni surtout les femmes1 ce qui ne peut tre que le rsultat d'une longue dcadence et quivaut au dilettantisme en morale et en philosophie1 mais on commence par aimer la femme ou plutt par prouver ce sentiment la fois irrsistible1 doux1 lev et enthousiaste qu'on peut juste titre dsigner sous le nom de3 culte de la femme4 ,le culte de la femme est l'origine et la source de l'amour2 il doit exister avant lui1 se maintenir ses cts1 et durer toute la vie4 99 99 99 99 99 ,mais1 je me garderai bien d'en rester l4 ,autant que la femme idale1 il faut connatre et cultiver la femme relle4 ,nous ne voulons pas qu'elle soit loigne du jeune homme1 cache1 clotre1 entoure du nimbe prilleux du fruit dfendu4 ,qu'elle soit au contraire recherche1 frquente4 ,notre socit a un trs grand tort4 ,non seulement elle n'encourage pas dans la jeunesse le culte idal de la femme1 mais elle fait encore tout son possible pour loigner les sexes et les empcher ainsi de se connatre dans la ralit4 ,c'est un mal immense4 ,comment viter alors les amours faciles8 ,comment empcher surtout le mpris de la femme1 cette calamit sociale1 de se rpandre dans une jeunesse qui ne connat que le pire monde fminin8 ,les jeunes gens des deux sexes sont faits pour se voir et se frquenter4 ,il leur faut des distractions communes1 des plaisirs communs naturellement sous les yeux des parents et1 surtout dans un monde comme le ntre1 entours des prcautions ncessaires4 ,en vrit1 quand nous regardons la vie qui est faite notre malheureuse jeunesse1 nous sommes obligs de dire qu'elle est sevre des plus pures joies4 ,quand on est jeune1 on a un grand besoin d'une foule de choses auxquelles personne ne semble penser4 ,besoin d'affection1 d'change de sentiments avec des femmes aimables et respectables1 de franche et bonne gat1 partage avec des jeunes filles de mme ge4 ,ce besoin1 chez un jeune homme qui n'a pas t pralablement tiol et corrompu1 est bien plus fort que les tendances infrieures dont on nous rebat les oreilles4 ,oui1 dans cette vie errante et crpusculaire1 cette vie ttons1 qui est celle de la jeunesse1 nous avons besoin d'amitis claires et bienveillantes1 de sourires et de lumire pour dissiper les ombres de notre pense1 de regards encourageants pour bannir loin de nous les ides tristes ou mauvaises4 ,nous avons un cur1 et ce qui me navre c'est qu'en gnral personne ne semble s'en douter4 ,est-il tonnant alors que nous cherchions lui donner satisfaction dans les sentiers dfendus puisque partout ailleurs nous sommes repousss8 ,hlas6 nous avons beau chercher1 nous ne trouvons qu'illusion1 dgot1 et nous sentons bientt que l'amour facile est comme les mirages du dsert4 ,oh6 bien fou qui prendrait pour clairer ses pas ,ces lueurs trompeuses ou feintes6 ,ne te retourne pas6 ne les regarde pas6 ,ce sont des toiles teintes4 ,a4 ,dorchain4 99 99 99 99 99 ,le pire rsultat de la vie mchante et anormale o nous sommes1 de notre incurable lgret dans les choses de l'amour1 de notre corruption1 c'est de nous avoir fait perdre ce monde de charme et de beaut1 que j'appellerai l'aurore de l'amour4 ,il est une terre matinale1 pleine de fleurs fraches closes1 baigne de rose et de soleil1 une terre vierge et pure1 o nul pied ne s'est pos1 o nulle poussire et nulle souillure n'ont pass4 ,c'est la terre d'closion de l'amour1 travers les amitis de jeunesse1 les sourires et les jeux4 ,on n'y connat encore du sentiment que sa douceur1 sans entrevoir sa profondeur de souffrance4 ,l'amour sans doute est bon1 mme quand il nous a fait pleurer4 ,il ne faut rien en regretter1 mme nos larmes et nos chagrins4 ,mais la terre dont je parle ne les connat pas encore4 ,elle est au seuil de nos jours comme un paradis radieux o le bonheur de vivre1 de se voir1 de s'adorer de loin et avec respect1 le plus souvent sans le dire1 suffit4 ,nous avons ferm ce paradis4 ,il faut le rouvrir et commencer en rendre le got la jeunesse4 ,elle reconnatra bientt qu'il y a plus de plaisir et de charme dans cette fleur de sentiment que dans tous les plaisirs factices4--,une jeunesse sans amour est comme un matin sans soleil4 ,si notre jeunesse est si morose1 c'est que beaucoup sont devenus sceptiques en amour4 ,ils ont suivi surtout les chemins qui en loignent4 ,la vie rejette celui qui en a troubl la source4 ,dsormais elle se refuse lui4 ,jamais plus il ne peut la saisir dans sa beaut robuste4 ,ni le ciel bleu1 ni les fleurs1 ni l'eau qui murmure ne lui rvlent plus leur secret4 ,il se sent exclu de la vie4 ,voil l'excommunication la plus terrible4 ,a son me fltrie1 le monde apparat fltri4 ,celui qui se respecte et respecte l'amour connat des joies intenses1 des joies d'enfant inconnues aux autres4 ,il a gard intacte la facult d'tre heureux4 ,la vie saine et forte court dans ses artres comme la sve au tronc des chnes1 et sa jeunesse lui communique cette ivresse divine qui fait que le monde entier chante dans son cur4 ,toutes les existences des viveurs runies ne valent pas une heure de la sienne4 ,l'enthousiasme juvnile n'est qu'une autre forme de l'amour4 ,il grandit et diminue avec celui-ci4 ,a mesure que diminue en nous la facult d'aimer et la qualit de notre amour1 l'enthousiasme lui aussi baisse ou s'altre4 ,l'amour respect est une source non seulement de posie1 de joie1 d'entrain1 mais aussi de force et de vaillance4 ,a ceux qui observent la chastet virile appartient au plus haut point le secret de la vertu4 ,la vertu n'est autre chose que le rsum de toutes les mles qualits qui fleurissent dans ce monde de beaut et de fidlit4 ,c'est l que sont les curs fermes1 indomptables1 les yeux clairvoyants1 les bras capables de frapper de grands coups4 ,a mon avis1 cette concentration de vigueur1 cette fire conscience de sa dignit et de sa force sont la plus haute des rcompenses4 ,je ne veux pas trop insister sur cette autre rcompense qui consistera plus tard entrer sain de corps et jeune de cur dans l'union du mariage avec la femme de notre choix4 ,si lev qu'il soit1 ce but pourrait paratre un peu lointain1 en raison surtout des dures exigences de la socit actuelle4 ,et cependant1 si l'on songe sa carrire future1 et si l'on s'y prpare1 ne doit-on pas aussi songer au temps o la qualit de chef de famille1 de protecteur d'une femme1 de pre1 nous cre de si hautes responsabilits4 ,celui qui n'a jamais remerci ses pres d'avoir vcu de telle sorte qu'ils lui aient laiss une bonne sant1 un sang pur1 une vitalit entire1 ne sait pas ce que c'est que la solidarit de la chair et du sang1 ni quels devoirs austres nous avons remplir envers ceux qui un jour sortiront de nous4 ,parmi tous les crimes qui se commettent sous le soleil de ,dieu1 celui dont je voudrais le moins avoir charg ma conscience1 est d'altrer en ma personne la source de vie1 et de lguer d'autres une existence amoindrie1 accable de maux1 un corps misrable et une me use6 ,ces choses-l sont bonnes mditer1 et la jeunesse est le seul ge o il ne soit pas trop tard pour y songer4 99 99 99 99 99 ,mais voici le point o l'amour confine la cit4 ,il est temps de porter nos regards plus haut et plus loin4 #d4 ,patrie et rle social de la ,jeunesse4 ,au del de la famille1 des amitis1 de l'amour1 mondes intimes et sacrs o l'individu s'initie la solidarit1 s'tend1 les enveloppant tous1 la patrie4 #af;,dans son essence1 le patriotisme est la joyeuse communion avec le milieu dont nous sommes issus4 ,la fleur rit au soleil natal2 le chne1 d'une treinte puissante1 enserre le sol et en aspire le suc2 l'homme sourit la maison paternelle1 aux horizons prochains1 son pre1 sa mre3 il s'en imprgne1 il s'y attache1 d'abord sans le savoir1 et peu peu d'une manire consciente4 ,a travers la famille1 cette premire forme de tous les amours1 l'homme s'lve un amour plus large1 plus riche1 celui de la patrie4 ,par un change d'influences et une compensation de bienfaits1 la patrie1 sans cesse1 enfante la famille1 la nourrit de sa sve1 la forme et l'inspire1 et la famille refait la patrie1 la renouvelle et la perptue4 #af ,justice1 par ,c4 ,wagner1 p4 #aac4 ,le patriotisme est donc un ensemble de sentiments1 d'hrdits1 d'affinits1 qui nous font entrevoir au del de la vie individuelle1 au del de la vie de famille1 une grande et large vie commune laquelle nous prenons part4 ,la patrie est dans le sang1 dans le rythme particulier de notre vie nerveuse1 dans notre pense1 dans notre langue1 et jusque dans les inflexions de notre voix4 ,elle est moule dans nos os et chante sur nos lvres4 ,la patrie1 c'est encore ce ciel1 ces montagnes1 ces champs1 cette vaste mer qui frappe nos rivages4 ,tout cela n'est pas hors de nous seulement1 c'est en nous4 ,nous portons dans notre nature physique comme un cho de la terre maternelle1 et dans nos curs le souvenir rayonnant1 ineffaable de son image4 ,la patrie c'est encore tout ce qui dort dans les tombeaux1 les pres de nos pres4 ,c'est le flambeau de vie pass de main en main travers les ges et que nous tenons notre tour2 c'est tout ce qu'on a souffert1 pens1 lutt1 pri2 tout le patrimoine d'preuves et de gloire1 de vertus ou de dfauts1 de forces vives ou de blessures gurir4 ,la patrie1 ce sont les aeux1 mais aussi c'est l'enfant4 ,c'est la tte frle et gracieuse qui vient demander sa place au foyer2 c'est celui qui1 couch sur les genoux de sa mre1 porte1 sommeillant en lui1 tout le pass et tout l'avenir4 ,certainement1 la patrie est plus que l'individu et plus que la famille4 ,elle est une des grandes tapes dans cette vie mystrieuse qui va de la personne une existence plus pleine1 plus leve1 et qui appelle1 justifie1 impose tous les sacrifices1 mme celui de notre vie particulire4 ,l'amour rel et puissant de la patrie peut exister l'tat presque instinctif2 mais il a tout gagner devenir conscient et rflchi4 ,a ce degr1 il devient l'initiation la vie nationale et l'me nationale4 ,l'ge de cette initiation est la jeunesse4 ,celui qui traverse cette priode o le gnie de son peuple lui est rvl1 sent s'accomplir en lui une nouvelle naissance4 ,plus cet vnement intrieur est profond et srieux1 plus la qualit d'amour dont chacun aime son pays est pure et leve4 ,il faut nous dfendre d'un patriotisme bruyant1 phraseur et tapageur1 pour nous pntrer toujours davantage de celui qui est silencieux1 vrai1 actif4 ,je souhaite surtout la jeunesse de ne jamais donner dans le chauvinisme1 qui est la caricature du patriotisme4 ,la meilleure manire d'aimer son pays est d'en cultiver en soi le gnie et de se garder avec soin des travers et des dfauts qui risquent de le ternir4 ,a ce titre1 le devoir de la jeunesse franaise est aussi beau que simple discerner4 ,toute la marche de notre histoire nous l'indique4 ,la ,france dmocratique telle qu'elle rsulte de la collaboration des volonts humaines avec la force des choses1 voit de plus en plus son idal se confondre avec l'idal mme du progrs humain4 ,aucun pays du monde n'a plus que le ntre dpens ses ressources1 son gnie1 son sang pour des biens immatriels3 la libert1 la justice1 la vrit4 ,ces biens1 il les a poursuivis1 non seulement pour lui-mme1 mais pour les autres1 parfois pour ses ennemis de la veille ou du lendemain4 ,notre histoire est la plus clatante rfutation de l'utilitarisme national4 ,ce n'est pas nous qui avons fait de la patrie un agglomrat d'gosmes1 une entreprise contre humanit4 ,la grande tradition d'hrosme et de gnrosit qui rsulte d'un tel pass est tout fait de nature lever l'amour instinctif du sol natal jusqu' ce sentiment la fois rflchi et enthousiaste o le culte de la patrie confine celui de l'humanit4 ,quel plus bel idal pour enflammer et former de jeunes caractres1 pour inspirer de nobles vies6 ,je ne dduirai nullement de l que la jeunesse franaise doive aspirer aux douteuses dispositions de ces cosmopolites qui se remplissent la bouche du mot humanit et traitent le patriotisme de prjug4 ,sans les patries1 l'humanit n'est qu'une entit vide4 ,de mme que celui qui remplit fidlement ses devoirs de famille1 rend les plus grands services la patrie1 de mme en se consacrant son devoir de citoyen d'un pays particulier1 on sert l'humanit4 ,pour nous1 la vraie manire de servir l'humanit1 c'est d'entretenir avec le plus grand amour la sainte flamme de l'idal national1 de nous en rchauffer toujours davantage nous-mmes4 ,la cause de la libert1 de la justice1 de l'galit telle que notre dmocratie s'efforce de les raliser1 est en grande partie lie1 dans le monde1 au sort qu'elle aura chez nous4 ,nous pouvons la gagner ou la perdre par la faon d'organiser notre vie nationale4 ,plus je vois les vnements marcher et mieux je comprends qu'en faisant nos affaires1 et en nous y appliquant1 nous accomplissons en mme temps une mission gnrale4 ,j'en dduis donc trs simplement ceci3 ,il y a un intrt humain ce que la dmocratie franaise soit forte et sage4 ,elle le deviendra toujours davantage par l'union4 ,donc il y a un intrt humain ce que chacun de nous soit aussi aimable que possible avec ses compatriotes1 et les traite avec bienveillance et justice1 comme des frres en un mot4 ,est-ce assez vident8 ,pourtant il suffit d'noncer ces choses pour faire entrevoir tout un vaste programme4 ,car il y a faire1 et beaucoup1 pour mettre largement en pratique notre bel idal national4 ,il ne faut pas confondre l'idal d'une nation avec le spectacle journalier que donne sa vie4 ,en effet1 si cette vie est en marche vers l'idal1 elle peut en tre encore fort loigne4 ,tel est le cas1 avouons-le sincrement4 ,dans sa masse1 notre peuple est assez loign encore de l'ducation dmocratique et des murs de la libert4 ,par son nergie1 son activit1 la merveilleuse souplesse de son gnie1 nous l'avons vu se relever d'une dfaite extrieure sans prcdent4 ,il n'a rien redouter l'extrieur4 ,pourvu qu'il soit vigilant1 il peut se reposer dans la conscience de sa force et de sa dignit reconquises4 ,le moment est venu de tourner tous nos efforts sur la vie intrieure pour nous lever par nos murs civiques1 tout l'ensemble de la vie nationale1 la hauteur de notre idal dmocratique4 ,ici apparat avec clart le devoir et le rle de la jeunesse4 ,je vais essayer de l'indiquer brivement et je dirai chacun de mes jeunes compatriotes3 si vous aimez votre patrie1 voil ce qu'il faut faire4 99 99 99 99 99 ,par une sorte de fatalit1 que subissent d'ailleurs toutes les nations des degrs divers1 nous en sommes arrivs un miettement social trs regrettable4 ,les intrts1 les situations sociales1 les tendances politiques1 les opinions philosophiques1 les croyances1 tout nous divise4 ,nul besoin de dcrire le dtail3 ,lisez les journaux et regardez la vie4 ,depuis que nous avons le droit de tout crire et de tout dire1 combien s'est-il pass de jours sans que des compatriotes se soient maltraits les uns les autres de la pire faon8 ,il faut que le gnie suprieur d'une nation soit bien puissant pour triompher d'un pareil tat de choses4 ,si malgr cela nous marchons sans cesse1 quelle foi inbranlable cela ne doit-il pas nous inspirer dans nos principes6 ,a plus forte raison pourrions-nous avancer1 si au lieu d'tre diviss nous marchions la main dans la main4 ,la grande uvre tenter est celle de la concentration nationale4 ,le moment est propice4 ,je sais que la jeunesse souffre du triste spectacle de tant de luttes striles et de tant d'antagonismes2 qu'elle est anime des meilleures intentions4 ,on peut d'autant mieux lui parler1 ayant un alli dans son cur4 ,voici ce que je lui dirai3 ,vous avez trs bien fait de vous rechercher les uns les autres depuis un certain nombre d'annes1 de vous organiser et de vous associer1 et j'applaudis toutes les crations issues de cette inspiration salutaire4 ,associations ou cercles d'tudiants1 unions de jeunes gens1 de quelque couleur et de quelque tendance qu'elles soient1 ont ceci de bon qu'on y cultive l'esprit de corps4 ,hlas6 quelquefois on y cultive aussi le particularisme et l'esprit de parti1 ce qui est s'associer pour une mauvaise action4 ,mais je ne veux mentionner ce triste travers qu'en passant4 ,en gnral s'associer entre semblables est excellent4 ,cela apprend vivre et considrer un intrt plus lev4 ,seulement je demande davantage4 ,vous vous recherchez entre semblables selon le proverbe3 qui se ressemble s'assemble4 ,cela ne rpond qu' un besoin1 celui de se toucher les coudes entre gens du mme monde et du mme esprit4 ,si vous ne vous proccupez que de ce besoin-l1 vous arriverez l'troitesse infailliblement4 ,l'troitesse engendre l'esprit de coterie1 et nous revoil en plein dans le mal4 ,il faut se souvenir que l'homme a besoin de voir et d'entendre autre chose que les produits du milieu accoutum4 ,sortez de vos unions1 de vos cercles1 de vos clans et allez voir ce qui se passe ailleurs4 ,mlez-vous aux esprits qui n'ont pas votre couleur4 ,ce sera bigarr1 mais aussi combien intressant et instructif6 ,dans un pays dmocratique o toute opinion a droit de se faire entendre1 il faut cultiver la facult d'couter4 ,nous savons parler1 crier mme2 mais nous ne savons pas couter l'adversaire4 ,au fond nous gardons un trs vilain levain autoritaire4 ,aussitt que des opinions contraires aux ntres se manifestent1 un dmon secret nous incite crier3 assez6 ,il en rsulte que nous avons bien la libert de nous runir et de parler1 mais ce que la loi nous accorde est souvent compromis par notre faute4 ,neuf fois sur dix1 une runion publique dgnre en vacarme ou en pugilat4 ,ce n'est pas dmocratique1 cela--,donc il faut apprendre couter les contradictions4 ,le moyen3 ,se rechercher entre jeunes compatriotes d'opinions1 de religions1 d'tudes diffrentes et faire en commun l'apprentissage de la libert et de la tolrance que j'aimerais mieux appeler de la justice4 ,quand on est jeune1 on n'est en gnral pas mchant4 ,mme les btes fauves sont gentilles au dbut de la vie4 ,leurs instincts sanguinaires ne se rveillent que plus tard4 ,il en est de mme pour l'homme4 ,a condition de profiter de cette heureuse disposition naturelle1 on peut arriver de trs beaux rsultats4 ,je connais en ,suisse des socits d'tudiants o les diffrences politiques ne jouent pas de rle4 ,ces socits sont assez restreintes pour que la camaraderie s'tablisse entre leurs membres1 et souvent l'amiti4 ,celle-ci1 comme l'amour1 trouve se nicher parfois entre gens d'origine bien diverse1 et dure bien au del des annes d'tude4 ,souvent ces amis de jeunesse se trouvent dans des camps politiques rivaux1 ou spars par d'autres distances que cre la vie4 ,mais leurs souvenirs communs laissent subsister un terrain neutre sur lequel on se rencontre1 et cette circonstance enlve aux luttes beaucoup de leur amertume4 ,sans doute ces choses arrivent partout1 chez nous aussi4 ,mais ce sont des exceptions trop rares4 ,on nous lve par troupeaux spars et l'intrt du parti exige souvent que la jeunesse elle-mme soit enrle et dresse la bataille4 ,sainte-,beuve a dit3 ,il existe1 en un mot1 chez les trois quarts des hommes1 ,un pote1 mort jeune1 qui l'homme survit4 ,dans un certain sens cela est vrai4 ,mais on pourrait dire1 avec beaucoup plus de raison1 que ce qui meurt jeune dans les trois quarts d'entre nous1 c'est prcisment l'homme4 ,a cet homme1 mort depuis longtemps1 survit un notaire1 un avocat1 un professeur1 un politicien1 un financier1 un manuvre1 un homme d'glise4 ,et lorsque1 ces survivants1 ces tristes restes1 pourrait-on dire1 on vient parler d'humanit1 de devoirs humains1 d'intrts humains1 ils rpondent de bien haut3 ,ce n'est pas notre affaire6 ,ne pourrait-on pas ainsi1 en se promenant travers ce pays1 y rencontrer une foule de gens en qui le ,franais est mort bien jeune1 pour cder la place un radical1 un anarchiste1 un monarchiste1 un clrical1 etc41 etc48 ,pour l'amour de cette belle patrie1 nourrissons si bien en nous le ,franais qu'il survive toutes les pithtes dont la vie viendra l'affubler plus tard1 et crons des milieux bien accueillants o nous pourrons nous rencontrer entre hommes de bonne volont venus des quatre coins de l'horizon intellectuel4 99 99 99 99 99 ,mais cela ne suffit pas1 il faut franchir les barrires sociales4 ,la jeunesse studieuse et la jeunesse populaire auraient beaucoup apprendre l'une de l'autre4 ,lors des belles ftes de l'universit de ,toulouse en mai #ahia1 ,m4 ,jaurs1 professeur de philosophie1 disait ceci3 ,il faut que le progrs de quelques-uns dans la vrit se traduise par le progrs de tous dans la justice1 et1 de mme qu'en ces jours de mai1 le beau jardin qui enveloppe ces demeures1 envoie jusque dans les laboratoires et les bibliothques les souffles et les parfums de la terre renouvele1 il faut que la haute science et la haute pense soient comme pntres par le renouveau fraternel des socits humaines4 ,ce sont l des sentiments de la plus pure beaut et qu'il est urgent de mettre en pratique4 ,j'ai parl dj1 plusieurs reprises1 de certains ducateurs rebours qui corrompent le peuple et lui vendent leurs dtestables leons prix d'argent4 ,si la jeunesse studieuse tout entire comprenait ses devoirs en cette matire1 il y aurait bientt une lutte salutaire organise contre ces influences dltres4 ,les efforts faits dans ce sens par un certain nombre de socits ,paris comme en province mritent d'tre imits4 ,toutefois qu'on ne s'imagine pas que ce soit le seul avantage d'un rapprochement que je dsire et appelle de mes vux4 ,le peuple y apporterait autant que vous lui offririez4 ,mais pour cela il ne faut pas seulement le haranguer1 il faut le rechercher1 le frquenter1 se lier avec de jeunes ouvriers1 et1 si possible1 fonder mme des socits o l'on se rencontrerait entre tous les lments qui forment une patrie4 ,pour organiser un esprit public et une pense commune dans la nation1 c'est par ces petits moyens trs laborieux et souvent pnibles mettre en pratique qu'il faut commencer4 ,la rencontre habituelle et bienveillante des diffrents lments sociaux dtruit une foule de mauvais prjugs habilement entretenus4 ,on ne se connat pas les uns les autres1 c'est pour cela qu'on ne s'entend pas4 ,et ce n'est pas par une action d'ensemble sur les masses qu'on pourra remdier l'miettement social et la mfiance universelle4 ,la confiance demande tre reconquise par le dtail4 ,il y a l tout un monde nouveau dans lequel on commence seulement marcher4 ,je n'oublierai jamais le bien que j'ai constamment rapport du commerce familier avec le peuple1 ville ou campagne1 ainsi que des bonnes runions d'aide fraternelle et d'tudes sociales fondes1 il y a dix ans1 ,paris1 par ,m4 ,t4 ,fallot1 et qui mriteraient d'tre mieux connues1 afin d'tre frquentes davantage4 99 99 99 99 99 ,il nous reste indiquer encore une autre voie4 ,pour celle que nous venons d'indiquer1 de la bonne volont suffit2 mais pour entrer dans l'ide que nous allons mettre maintenant1 c'est de l'esprit de sacrifice1 de l'hrosme qu'il faut4 ,il ne s'agit de rien moins que de voyages d'exploration dans les divers domaines de la vie populaire4 ,celle-ci est pleine de dessous1 de dtails douloureux ou admirables qu'on ne peut apercevoir du dehors4 ,le peuple1 qui se connat mal lui-mme et se juge mal1 ne peut pas nous renseigner4 ,nous sommes en prsence d'un monde ferm1 non par la mfiance ou la volont des hommes seulement1 mais par la force des choses4 ,pour s'en procurer la clef1 il faut se rsoudre vivre de la vie des humbles4 ,de mme que d'autres prennent le train ou le transatlantique pour aller explorer les pays lointains1 on peut quitter pour un temps le monde o l'on vit et1 sans parcourir de distances matrielles1 franchir de grandes distances sociales4 ,a telle heure1 tel jour vous cessez d'tre celui que vous tiez4 ,sous d'autres vtements1 parmi des inconnus1 vous vous engagez comme ouvrier1 domestique1 simple soldat1 en vous interdisant rigoureusement de vous souvenir de vos privilges1 ou de les faire valoir d'aucune faon4 ,vous entrez dans le rang1 et vous acceptez d'tre trait comme tout le monde4 ,il n'y a pas de livre1 pas d'homme1 le plus expriment mme1 qui puisse nous ouvrir les yeux comme ce genre d'exploration4 ,quand on se prpare exercer une influence quelconque1 diriger n'importe quoi1 tenir dans sa main une partie de la destine d'autrui1 comme c'est le cas pour la plupart des jeunes gens instruits1 il est bon d'avoir pass un certain temps parmi les administrs1 les petits1 les ignors1 afin d'apprendre deviner1 en souffrant1 le secret de la justice4 ,rien ne forme au commandement comme l'obissance2 rien n'est utile celui qui parle1 ordonne1 dcide de haut1 que d'avoir entendu jadis tomber sur sa tte des ordres bons ou mauvais1 quitables ou iniques1 sous lesquels il fallait plier en silence4 ,pour le mdecin1 une seule petite maladie o il est oblig de se laisser traiter ou maltraiter par un confrre1 quivaut une anne des meilleures tudes4 ,nos anciens dans certains pays avaient cette piquante coutume d'intervertir une fois par an les rles des matres et des serviteurs4 ,c'tait ,nol1 en souvenir de l'vangile4 ,une telle coutume1 prise au srieux1 pouvait donner lieu aux plus spirituelles et aux plus svres leons de choses4 ,se mettre la place les uns des autres1 c'est en effet la condition mme de la solidarit4 ,du ct de l'enclume on voit la vie d'un autre il que du ct du marteau4 ,il est bon d'avoir t de l'un et de l'autre ct4 ,l'avantage des explorations que nous recommandons la jeunesse1 ne consiste pas seulement dans les dcouvertes qu'on fait sur le terrain nouveau4 ,attendons le retour6 ,l'ancienne existence alors prsente des particularits qu'on n'avait jamais remarques2 on est mieux mme de l'apprcier et de la juger4 ,en un mot1 on a fait une cure salutaire o le vieil homme troit et goste s'est noy pour laisser vivre d'autant mieux l'homme nouveau4 ,on ne saurait assez se rapprocher des petits1 ni s'clairer trop sur les assises qui supportent l'difice social1 allant partout au fond et aux sources4 ,a une certaine poque de la vie1 il est trop tard pour se lancer dans les entreprises dont nous parlons4 ,ce sont l escapades dignes de tenter la jeunesse1 qui elles donneraient le moyen de passer des vacances trs peu banales4 ,qu'elle ne craigne pas de s'abaisser en entrant dans cette voie4 ,bien au contraire4 ,l'homme est comme le chne4 ,plus ses racines s'enfoncent et plus s'lance la cime6 #e4 ,un mot sur le rle international de la ,jeunesse4 ,l'cart entre les principes modernes et la civilisation raliste n'a trouv nulle part d'expression plus frappante que dans l'tat de nos relations internationales4 ,pendant de longues annes l',europe1 ramene la barbarie sous les dehors du progrs1 a vcu en plein anachronisme4 ,nous avons assez dit ce que nous pensions du patriotisme1 pour ne pas tre suspect de tideur son gard4 ,il nous sera d'autant plus facile de parler avec franchise maintenant4 ,le principe des nationalits est susceptible d'exagrations qui dtruisent les effets bienfaisants du patriotisme et font de la patrie une entreprise contre l'humanit4 ,a ce degr une nation cesse d'tre une grande cole de fraternit qui vous largit le cur et vous mrit pour la solidarit universelle4 ,elle devient un foyer d'gosme o se fomentent l'hostilit1 la haine1 l'envie1 tous les sentiments qui dsagrgent la socit et dtruisent la solidarit4 ,cet tat de choses est si malheureux qu' lui seul il parvient neutraliser tous les progrs rels de l'homme dans la justice et dans l'affranchissement4 ,notre ,europe maussade et mfiante nous en a fourni des preuves videntes4 ,l aussi l'esprit moderne avec sa puissance d'quit et d'apaisement a une uvre faire1 et l'instant actuel nous y invite4 ,mille raisons premptoires empchent les hommes mrs1 chargs du maniement des affaires publiques1 de travailler cette uvre4 ,de tragiques ncessits1 des situations plus fortes que les volonts humaines leur lient les mains4 ,l'expectative et la rserve leur sont imposes par leur dignit mme et la grandeur des intrts confis leur vigilance4 ,mais la jeunesse1 ici1 la jeunesse studieuse peut beaucoup4 ,la ,rpublique des lettres1 des arts et des sciences n'existe plus4 ,il faut la ressusciter et crer ainsi1 peu peu1 un terrain commun suprieur4 ,si cette haute cit de l'esprit a t possible dans la vieille ,europe fractionne en cent petits tats sans cesse guerroyants1 comment dsesprer de la refaire aujourd'hui8 ,tout ce que nous avons de meilleur en nous1 semble se conjurer pour une si belle entreprise4 ,les bases sont en somme poses1 il n'y a qu' s'emparer de tous les lments de solidarit1 de paix1 de travail1 de lumire1 de bont pars dans le monde pour crer un ensemble merveilleux4 ,toutefois1 une des conditions essentielles de succs1 c'est la venue de gnrations qui ont pratiqu la vie internationale dans leur jeunesse4 ,par cela mme qu'on est jeune1 on a un terrain commun1 et des meilleurs4 ,walter ,scott a dit qu'il existait entre les jeunes gens de tous pays une sorte de franc-maonnerie4 ,il y a beaucoup de vrai dans cette observation4 ,notre jeunesse peut pratiquer la fraternisation dont nous parlons1 au cur mme de la patrie et sans faire un pas au dehors4 ,il est vrai que les temps sont bien changs o la ,france tait la seconde patrie de tout homme cultiv4 ,mais il en subsiste toujours quelque chose4 ,il reste de nombreuses occasions de rencontrer des camarades venus de prs et de loin pour faire ou complter leurs tudes en ,france4 ,on a eu beau leur dire3 n'allez pas en ,france2 ils y viennent quand mme4 ,auprs de ces trangers1 notre jeunesse a une belle mission remplir4 ,si j'tais tudiant1 comme je ferais la cour aux tudiants trangers6 ,je serais aimable avec eux jusqu' la coquetterie4 ,je leur ferais les honneurs de la bonne hospitalit franaise4 ,s'ils vivent entre eux comme ils font d'ordinaire1 je trouverais bien moyen d'aller jusqu' eux et de leur faire aimer ma compagnie4 ,puis je les attirerais dans les groupes franais1 je les gaierais au contact de notre gat4 ,je leur parlerais de leur pays et du mien1 des choses qu'ils voient et qu'ils ne voient pas en ,france4 ,je plaiderais devant eux notre cause1 et je la gagnerais#ag4 #ag ,ernest ,lavisse3 tudes et tudiants1 page #bhg4 ,on ne saurait assez insister sur l'importance de pareils avis4 99 99 99 99 99 ,mais il faut faire un pas de plus1 le grand pas pour un jeune ,franais3 il faut se rsigner aller vivre et tudier quelque temps l'tranger1 afin d'apprendre connatre et apprcier ce qui se passe au dehors4 ,j'avoue que dans cette voie les commencements sont trs durs4 ,il y a de la glace briser1 des chemins frayer et dblayer1 et une provision de courage et de patience emporter4 ,n'importe1 il faut passer par l4 ,l',europe de la ,renaissance tait sillonne dans tous les sens par des tudiants qui souvent voyageaient pied et pieds nus pour ne pas user leurs souliers4 ,nous ne pourrons pas refuser de faire en chemin de fer la moiti du trajet qu'ils faisaient au milieu des difficults et des privations4 ,il faut qu'il y ait bientt des tudiants franais dans toutes les principales ,universits d',europe1 et rciproquement4 ,nous attendons de ces jeunes gens une uvre de rparation et de justice internationale4 ,personne n'ignore que la calomnie internationale pratique sur une large chelle a t un des flaux de ce temps4 ,l'uvre infernale de haine et de mensonge a pu s'accomplir en paix1 grce l'ignorance publique4 ,nous nous sommes dshabitus de voir et de contrler par nous-mmes1 abandonnant la presse le soin de nous renseigner4 ,or il s'est trouv qu'une certaine presse nous a si bien renseigns qu'on ne sait plus qui se fier et que les nations ne se connaissent plus4 ,le pays le plus maltrait1 et par ses ennemis et par ses propres enfants1 hlas6 c'est la ,france4 ,pour effacer les traces d'une si laide besogne1 il faudra du temps2 mais aucune peine ne doit tre pargne4 ,il n'y aura de meilleurs jours en ,europe que lorsque la jeunesse des coles et des universits aura peu peu amen un courant nouveau dans l'esprit public4--,comme on le voit c'est un monde crer2 mais aussi que de puissants motifs pour y aller avec enthousiasme6 ,jamais labeur plus beau n'attendit des ouvriers de bonne volont6 ,,vii ,,la ,,foi ,la vrit morale et sociale est comme une de ces inscriptions tumulaires sur lesquelles tout le monde passe en allant ses affaires1 et qui de jour en jour s'effacent davantage1 jusqu' ce qu'un ciseau secourable vienne en approfondir les traits dans cette pierre use1 tellement que tout le monde est forc de l'apercevoir et de la lire4 ,ce ciseau est entre les mains d'un petit nombre d'hommes qui se tiennent obstinment baisss vers l'inscription antique1 au risque d'tre heurts et fouls sur le marbre par les pieds inattentifs des passants4 ,vinet4 ,der religise ,glaube ist einfach durch sein ,vorhandensein im ,gemth1 der im ,menschengeist selbst gefhrte ,thaterweis des gttlichen ,geistes6 ,lipsius4 ,la foi6 ,n'est-ce pas par elle qu'il et fallu commencer8 ,ne dtermine-t-elle pas toute la vie8 ,c'est l'entre1 le regard fix sur le but suprme1 que nous nous la figurons le plus volontiers6 ,sans doute1 cette manire de voir est en partie juste1 et tous1 tant que nous sommes1 nous rencontrons l'entre de la vie1 sous une forme ou une autre1 une interprtation des choses qui s'offre nous pour nous guider4 ,mais cette interprtation est le fruit de l'exprience d'autrui et en somme le rsultat de leur vie4 ,en disant donc qu'on ne commence pas par la foi1 mais qu'on s'y achemine1 on reste sur un terrain trs ferme4 ,c'est l que nous dsirons nous placer1 autant par gard pour ce temps1 que par gard pour la jeunesse laquelle nous nous adressons4 ,pour se reconstituer une foi1 ce temps a besoin de se rendre compte comment nat la foi1 et c'est l aussi un des besoins les plus srieux et les plus profonds de la jeunesse4 ,on entend communment par foi l'adhsion un corps de doctrine qui se prsente nous avec un caractre d'autorit4 ,dieu une certaine poque aurait rvl la vrit aux hommes1 une fois pour toutes4 ,la rvlation ainsi faite constitue un bloc dont certains hommes et certaines socits sont les dpositaires4 ,reprsentant la vrit divine1 ils rclament la mme soumission que ,dieu4 ,il ne s'agit pas de peser1 d'examiner1 de discuter ce qu'elles nous apportent1 mais de le recevoir genoux au milieu du silence impos notre tre tout entier1 malgr ses rpugnances ou ses rvoltes4 ,dieu a parl1 cela doit suffire4 ,toutes les vieilles croyances autoritaires en sont l4 ,ce premier point d'o elles partent et qui entrane le reste1 est le gros point litigieux sur lequel elles se sparent de l'esprit moderne4 ,mais htons-nous d'ajouter que l'esprit moderne se rencontre ici avec le ,christ et l'vangile4 ,jsus ne recherche pas la soumission1 mais la conviction1 et il donne ceux qui l'coutent comme critrium de sa parole3 ,celui qui voudra faire la volont de mon ,pre qui est aux cieux1 reconnatra si ma doctrine vient de ,dieu ou si je parle en mon nom4 ,en disant cela1 il indique que la foi nat de l'exprience et que1 pour nous mettre dans les meilleures conditions possibles d'exprimentation1 il faut essayer d'tre des hommes4 ,vouloir faire la volont du ,pre signifie en effet3 sonder sa vie1 afin de raliser ce qui est en elle et d'accomplir la volont dont elle est issue4 ,celui qui veut remplir sa destine d'homme et lui tre en tout point fidle1 constitue en lui-mme la base la plus solide pour arriver possder la vrit humaine et pour juger les doctrines4 ,on a reproch ces ides d'ouvrir la porte la fantaisie individuelle et de manquer de respect la vrit4 ,elles supposent au contraire le plus grand respect de l'homme et de la vrit divine1 que l'on puisse atteindre jamais4 ,l'homme y est respect dans sa libert et sa nature4 ,il ne doit tre amen rien ni par la violence ni par la sduction2 mais pas pas1 comme l'enfant apprend lire1 sa conscience doit apprendre peler la vrit4 ,dieu lui-mme se soumet son jugement1 il se montre1 il ne s'impose pas1 il cherche se faire accepter4 ,je sais que ce sont l choses graves dire1 o l'on sent le besoin de s'abriter derrire un plus grand1 et je suis bien aise qu'elles aient t proclames par le ,fils de l',homme4 ,d'ailleurs1 si l'homme est respect1 ,dieu l'est aussi4 ,sa vrit1 pour tre admise1 ne rclame pas des yeux ferms1 mais des yeux grands ouverts4 ,quand le ,christ1 se sentant tout pntr d'elle1 l'annonce aux hommes1 il leur dit3 ,recueillez-vous1 ceci est saint1 ceci est grand4 ,le premier venu ne saurait le saisir1 il faut de l'effort et de la peine4 ,ramassez toutes les puissances qui sont en vous1 faites appel toute lumire1 tout secours1 essayez d'tre des hommes par l'intelligence1 le cur1 la volont1 de ne vous rduire et vous mutiler en rien1 par aucun asctisme et par aucun vice1 et il vous sera donn de saisir dans ma parole1 non pas le son fragile d'une voix qui s'veille et s'teint1 mais l'cho mme des ralits ternelles4 ,ceci dit1 nous pouvons tranquillement poser notre base que voici3 ,le monde entier des faits intrieurs et extrieurs1 y compris l'histoire avec ses traditions1 constituent le champ de l'exprience1 qui est la base de la foi4 ,la foi est le sommet de la vie1 de toute la vie1 la synthse totale de l'induction humaine6 ,toutes nos expriences et celles du pass vivifies travers notre me se condensant ensemble et constituant pour nous la rvlation personnelle que nous a fait la vie3 voil la foi4 ,c'est dire qu'on y arrive par des centaines et des milliers de chemins1 souvent bien diffrents les uns des autres2 mais ces chemins ont tous ceci de commun3 ce sont des tapes vers l'infini4 ,l'homme est en volution1 et avec lui la nature entire1 de l'atome et de la cellule vers la vie parfaite4 ,sa loi c'est le devenir4 ,et quand il prend conscience de ce fond de sa destine1 aucun phnomne ne lui apparat plus comme isol4 ,tout se tient1 se lie1 se ramne l'ensemble1 tend plus loin et plus haut4 ,chaque pas annonce le pas suivant4 ,ce sens qui prend la vie dans son ensemble1 remonte son origine1 pousse au del de son terme1 la rattache un point de dpart et un but1 enveloppe en un mot tout ce dtail dont nous sommes faits1 dans la grande volont qui est au fond des choses1 est le sens religieux4 ,il est essentiel d'insister sur la forme primordiale que revt le sens religieux1 lorsqu'il commence agir et qu'il n'a pas abouti encore cette conclusion leve1 fleur dernire et sublime que nous appelons la foi4 ,cette forme se nomme la pit1 et elle est elle-mme une manifestation ennoblie du respect4 ,la pit est le respect confinant l'au-del4 ,je la compare cette ligne de l'horizon marin o le bleu des mers se confond avec le bleu du ciel4 ,nulle part l'intime pntration des choses humaines et surhumaines ne se sent mieux que dans la pit4 ,elle pressent et vnre dans chaque ralit humble1 la ralit suprieure4 ,la pit est1 avec le respect1 le phnomne humain le plus important4 ,pour notre temps1 et pour notre jeunesse en particulier1 on ne saurait s'en exagrer la valeur4 ,ces deux sentiments se mlent constamment l'attitude de l'homme en face des choses4 ,ils donnent le ton sa vie morale1 et en marquent l'intensit4--,un tre qui vit mal perd le respect et perd la pit4 ,l'impit est un crime complexe o se rsume le mal que nous avons commis en dtail4 ,il se peut que l'homme n'arrive pas croire la vie1 nul ne peut lui en faire un reproche1 s'il a gard la pit4 ,mais si le manque de foi est le rsultat de l'impit1 nous sommes en face d'un suicide moral4 ,ce que l'on peut observer de plus trange dans ce domaine1 c'est la foi sans la pit2 foi raide1 hautaine1 antipathique1 dpourvue de ce parfum d'humanit sans lequel rien ne vaut4 ,une foi qui ne pratique pas le respect1 a le verbe haut et dur et mme se moque au besoin de la foi d'autrui4 ,il faut se mfier de ce genre de foi4 ,ce n'est qu'une apparence vaine4 ,l'arbre est rest debout1 mais les racines sont coupes3 regardez-y de prs1 il est mort4 ,mieux vaudrait tre pieux et incroyant4 ,si j'insiste tant sur le respect et la pit1 je sais pourquoi4 ,pour nous reconstituer une foi vivante1 ce sont l les conditions premires4 ,or c'est bien d'une reconstitution qu'il s'agit aujourd'hui1 non seulement pour ceux qui ont rompu avec le pass1 mais aussi pour ceux qui ne savent plus comment accorder des traditions vnres avec des convictions personnelles tout aussi respectables4 ,l'humanit en est arrive une de ces poques o il faut1 pour pouvoir continuer1 qu'elle se retrempe la source de vie et d'esprance4 ,nous le ferons d'autant mieux que nous serons plus pntrs de pit filiale vis--vis du grand pass religieux dont les symboles1 les murs1 les ides contiennent tant de trsors1 et que nous nous approcherons d'autre part plus respectueusement de la vie actuelle et de ses ralits4 ,ainsi l'histoire comme la vie nous montreront sous des formes diverses la mme humanit toujours la recherche du verbe qui doit l'expliquer elle-mme et lui donner la paix4 ,il s'est fait1 dans ce sicle domin par tant de bruits1 un travail modeste1 travail d'avenir s'il en fut1 mais compltement ignor du plus grand nombre4 ,c'est celui qui a consist remonter partout au berceau des traditions religieuses4 ,ce travail nous permet d'assister leur gense et de les comprendre mieux quelquefois que les contemporains immdiats4 ,il a t surtout men avec une infatigable activit1 pour tout ce qui concerne le ,christ et son uvre4 ,et plus nous nous replongeons dans cette tude1 plus il apparat1 en premier lieu1 que le ,christ est un inconnu1 non seulement dans le monde1 mais encore dans les glises qui se rclament de lui4 ,si quelque chose est obstru1 terni1 dvi de sa direction premire1 c'est bien le vieil vangile4 ,ce sera l'ternel honneur de la thologie historique1 d'avoir rapproch l'vangile primitif de la conscience du temps prsent4 ,faute de cette clef1 nous tions jamais spars par le cur et la pense d'une poque lointaine dont les formules intellectuelles et les murs nous taient devenues lettre close4 ,mais maintenant le fil de l'volution humaine est renou4 ,dgages de ce qu'elles ont de local1 de transitoire1 dbarrasses des superftations ultrieures1 les grandes vrits fondamentales de l'vangile nous apparaissent dans leur porte relle4 ,dans sa pense1 comme dans sa pratique1 dans sa faon d'interprter le monde comme dans sa manire de rgler l'activit humaine1 l'vangile dpasse tel point toutes les glises qui se sont rclames de lui1 qu'il est dans l'avenir bien plutt que dans le pass4 ,et plus on fixe son attention sur ce sujet1 moins on peut s'empcher de constater une grande affinit entre cet vangile oubli et les meilleures aspirations de l'esprit moderne4 ,nous sommes faits pour nous comprendre1 et cela pour une multitude de raisons dont je me contenterai d'indiquer quelques-unes4 ,notre temps a rompu avec les ides gnrales1 surtout en ce qui concerne la mtaphysique4 ,il lui serait bien difficile sinon impossible de s'assimiler la religion1 mme la plus pure et la plus leve1 si elle se prsentait sous la forme d'une doctrine mtaphysique4 ,or la sobrit de ,jsus pour tout ce qui concerne le monde transcendental est extrme4 ,il a fait descendre la religion du ciel sur la terre1 des grandes proccupations cosmiques dans la conscience humaine4 ,ce qui nous frappe surtout en lui1 c'est ce caractre d'humanit dont sa personne et sa doctrine sont imprgnes4 ,il a montr l'homme la grandeur de son humble mission2 ce chemin troit qui va vers les sommets divins travers les longues patiences et les labeurs obscurs4 ,en mme temps il a humanis ,dieu4 ,le mot de ,vinet est bien vrai3 ,cette belle parole d'un paen3 ,je suis homme et rien d'humain ne m'est tranger1 l'vangile l'a mise dans la bouche de ,dieu4 ,cela n'est pas vrai seulement parce que ,jsus a prch la ,piti ternelle qui souffre de nos douleurs1 la rparation1 par le sacrifice1 et par le pardon de ce pch qui tue la pauvre humanit1 mais encore parce qu'il a fait sentir que pour l'homme1 la plus pure rvlation de ,dieu et la plus familire1 c'tait l'homme4 ,cette grande vrit psychologique1 qu'un tre ne peut atteindre par l'intelligence et le cur que les ralits dont il a le commencement en lui1 clate chaque pas dans l'vangile4 ,elle en fait l'humilit1 puisqu'elle le fait descendre vers toutes les misres2 mais elle en fait aussi la hardiesse et la puissance1 puisque travers ces misres mmes nous remontons de degr en degr jusqu' la source de vie1 pour nous entendre dire3 vous tes de la race de ,dieu4 ,jsus a fait plus qu'annoncer ,dieu1 il l'a fait sentir et rendu en quelque sorte plus vident que le monde4 ,a travers cette vie sainte1 le ,dieu inconnu et cach se traduit en langue humaine1 ,dieu est l1 on le voit1 on le sent1 son esprit passe travers les curs qui s'aiment et se rveillent la justice3 c'est une aurore de ,dieu sur l'humanit4 ,cette nostalgie du divin1 cette soif de vie permanente1 cet ardent dsir de tremper nos lvres la source mme1 de ne plus croire sur la foi des autres et par procuration1 mais de voir1 toucher1 d'entrer nous-mmes au saint des saints et d'y adorer1 ce n'est que sous cette forme que nous pourrons la satisfaire4 99 99 99 99 99 ,une autre raison qui nous recommande l'vangile est celle-ci3 ,il faut que la foi de ce temps soit trs humble4 ,nous ne pouvons pas compter1 comme certaines grandes poques de synthse1 de dcouvrir dans cette gnration le verbe qui rponde toutes nos questions et soit la formule adquate de notre pense entire4 ,cieux et terre1 tout est chang1 et les mondes ne se refont pas en si peu de temps4 ,nous contenter du pain quotidien1 du verre d'eau qui ranime et permet de marcher encore1 voil notre lot4 ,pour nous donner cela1 le ,christ est merveilleux4 ,il est venu l'heure o les dieux se mouraient1 o les temples se crevassaient1 o dans la majest sculaire des vieux cultes1 du culte juif comme des autres1 l'me inquite trouvait un fardeau de plus1 au lieu d'un soulagement4 ,par del les coutumes vieillottes et les formalismes dcrpits1 par del l'orgueil sacerdotal et les finesses des scribes1 il a renou l'antique et humaine tradition des prophtes humbles devant ,dieu et fraternels avec les misrables1 grands en face des matres de la terre et redoutables pour les mchants4 ,il a dit tous ceux qui cherchaient et travaillaient3 ,une chose est ncessaire3 ,se confier au ,pre1 se donner aux ,frres4 ,il a dit en outre cette parole qui est le centre de toute justice3 ,l'me vaut plus que le monde4 ,il a recherch les petits1 ceux qu'on crase et qu'on oublie1 le peuple1 l'enfant1 les grands labeurs et les souffrances profondes1 la simplicit1 le sacrifice4 ,ne disant que le strict ncessaire pour ne pas multiplier les paroles1 il s'est jet tout entier dans l'action et a recommand la fidlit dans les petites choses1 et par l encore il est comme fait pour nous4 cartez tous les commentaires tendanciels1 tous les accaparements de sa personne et de sa doctrine1 mettez-vous en face de cette croix du ,calvaire et vous le verrez bien3 ,du fond de votre conscience1 travers les douleurs saintes des justes de tous les temps1 travers ce sentiment de justice si vivace dans l'me moderne1 vous entendrez quelque chose vous dire3 ,la vrit1 la voil pour l'homme3 ,se confier1 se donner4 ,le salut du monde vient de ceux qui ont pratiqu cette loi jusqu' la mort4 99 99 99 99 99 ,et qu'on ne se figure pas que cette simplicit de foi qui tient en trois mots soit de la pauvret4 ,toutes les grandes poques de foi ont t sobres de paroles2 elles taient d'autant plus riches en tout ce qu'aucune parole ne saurait exprimer1 en amour1 en puissance1 en joie4 ,les systmes viennent sur le tard1 quand l'esprit s'est enfui4 ,ils se multiplient alors1 ils pullulent1 et les gros volumes s'entassent4 ,au commencement il y a autre chose1 et je prfre bien cela4 ,j'ajoute que c'est l ce qui convient le mieux la jeunesse4 ,il y a dans cette folie divine de l'vangile de confiance1 de svrit1 de simplicit et d'amour1 quelque chose qui s'empare d'emble des curs jeunes4 ,certaines religions sont bonnes pour abriter les vieux gosmes1 les snilits1 les purilits1 ou encore pour soustraire aux bruits du dehors les curs dus1 ou encore pour endormir doucement les consciences et les intelligences4 ,celle-ci est surtout faite pour la vie et les vivants4 ,elle nous jette en pleine action1 en pleine mle2 elle nous fait faire un beau dpart avec vaisseaux brls derrire nous4 ,point de regard en arrire6 ,c'est nergique1 viril1 joyeux4 ,cela sonne et vous enlve comme le clairon des batailles6 ,il est enfin un point d'une importance considrable et qui doit fixer l'attention de tout penseur srieux4 ,l'vangile est si humain que mme ceux qui ne le connaissent pas ou en rejettent certaines parties1 ne peuvent s'empcher de se rencontrer avec lui ds qu'ils veulent pratiquer la bonne vie4 ,il est bien difficile de respecter l'homme dans son intelligence1 sa conscience et ses droits1 sans arriver1 je ne dis pas croire au ,pre1 l'ternelle ,justice et la ,vie ternelle1 mais du moins se conduire comme si l'on y croyait4 ,or celui qui en est arriv l a dj lev1 dans son cur et son activit1 un autel au ,dieu inconnu4--,jsus lui dirait3 tu n'es pas loin du royaume des cieux4 ,dans une rcente tude sur ,alexandre ,vinet1 un de nos historiens contemporains dit3 ,cette humanit1 cette universalit de la doctrine et de l'esprit de ,vinet1 lui assure un accueil sympathique et une influence srieuse1 mme sur ceux qui ne croient point aux dogmes chrtiens1 mais qui croient la conscience et l'existence de ralits invisibles que la conscience pressent et rvle#ah4 ,applique l'vangile lui-mme1 une pareille remarque serait plus juste encore4 #ah ,gabriel ,monod3 ,,alexandre ,,vinet 7,revue chrtienne1 mars #ahia74 99 99 99 99 99 ,je voudrais1 en parlant de la ,foi et de sa reconstitution1 insister sur l'indpendance4 ,respectez-vous vous-mmes1 jeunes gens qui cherchez et peinez dans le domaine des ides6 ,aimez votre pauvret6 ,n'ayez pas peur de commencer avec peu de chose et de l'augmenter lentement et srement4 ,c'est la loi inluctable des conqutes spirituelles4 ,n'coutez pas les spculateurs qui vous parleront de richesses acquises subitement4 ,ce sont les pires tentateurs4 ,plus que la virginit du corps1 gardez celle de l'esprit4 ,la ,foi est sur de la ,libert4 ,en cage1 elle meurt toujours4 ,ne vous asservissez jamais pour mieux vivre4 ,vous y perdriez le peu que vous possdez4 ,mais en revendiquant ainsi et en pratiquant l'indpendance spirituelle1 en l'accordant aux autres autant que vous la rclamez pour vous-mmes1 souvenez-vous que l'homme est un tre social4 ,il l'est en religion comme ailleurs4 ,la ,foi1 certes1 est personnelle2 mais elle a cela de commun avec l'amour qu'elle est un lien d'autant plus nergique qu'il est moins impos4 ,il est indispensable de rechercher la confraternit religieuse et de cultiver en commun ce que l'on espre et croit1 ce que l'on adore1 enfin4 ,d'ailleurs la forme religieuse de demain se rapprochera de celle du christianisme primitif3 elle sera le temple vivant des frres unis par le mme amour4 ,en outre1 il convient de respecter la solidarit hrditaire et traditionnelle dans ce qu'elle a de meilleur1 sous peine de perdre tout le fruit de l'histoire4 ,lorsque l'on appartient par la naissance un milieu religieux1 c'est un devoir de lui vouer une grande reconnaissance4 ,aimer son glise est bon comme aimer sa famille et son pays4 ,mais ici se prsente un cueil3 l'esprit de parti en religion1 l'esprit exclusif4 ,jeunes croyants1 fuyez-le comme la peste6 ,mieux vaudrait tre seul que de cultiver en commun l'esprit d'exclusion et l'orgueil spirituel4 ,comme en toutes choses1 ce temps-ci demande1 sur le terrain de la foi1 une grande largeur4 ,le devoir de l'heure prsente est de fraterniser1 et les glises particulires1 quelle que soit leur raison d'tre1 ne sont bonnes qu' condition de nous prparer l'glise universelle4 ,il y a des heures dans l'histoire o il faut tre l'homme d'une cause particulire1 dfinie1 o il y a en un mot un trou faire dans un certain sens1 et o il convient de s'enrgimenter4 ,aujourd'hui le devoir pressant est de franchir les murs de sparation et de se tendre les mains par-dessus les cltures4 ,retrouver l'humanit1 redevenir des hommes1 si cela est le mot d'ordre en pdagogie1 en politique1 sur le terrain social1 combien plus ne devrait-on pas s'en souvenir sur le terrain religieux1 le plus large de tous1 et que l'troitesse d'esprit parvient morceler et rtrcir d'une si lamentable faon4 ,que la jeunesse le comprenne6 ,honneur tout attachement sincre qui nous lie la famille religieuse dont nous sommes issus6 ,mais voil1 le temps est revenu o1 vues des hauteurs de l'esprit1 les collines ingales de ,morijah et de ,garizim se valent1 et ceux qui les habitent font bien de saisir le bton du plerin et de remonter plus haut vers un horizon moins born4 ,l ils entendront des choses qui leur feront dire avec les vieux plerins de la premire ,pentecte3 ,quoi1 nous venons des quatre coins du monde1 et nous entendons parler ici chacun sa langue maternelle1 et transports de joie en se dcouvrant frres1 eux qui se croyaient spars1 ils prouveront des sentiments que ce monde intolrant et disputeur ne connat plus2 travers la pure humanit1 ils retrouveront ce contact avec les ralits ternelles qui soulve l'homme de la poussire2 et une mme prire rsumera tous leurs curs3 ,notre ,pre qui es aux cieux6 ,nous voici au point culminant3 ,a force d'tre fraternels1 arriver dcouvrir le ,pre2 force de fidlit1 arriver pressentir les choses ternelles travers celles qui passent1 c'est le but de la vie4 ,ici convergent tous les sentiers sur lesquels nous avons march4 ,ici l'idal trouve sa couronne4 ,ici se constitue l'unit suprme4 ,c'est pour cela que les fleurs sont belles1 que brillent les toiles1 que l'ternelle nigme de l'amour renat tous les printemps4 ,c'est pour cela que l'homme peine1 travaille1 pleure4 ,heureux s'il lui est donn d'extraire de toute l'existence1 comme un pur parfum1 ce credo filial qui est l'amour instinctif de la vie1 ce qu'est l'impression obscure un sentiment merg en pleine conscience1 ce qu'est au premier sourire de l'enfant la dclaration du jeune homme lorsque dans un lan de tendresse il s'crie3 ma mre6 99 99 99 99 99 ,telle est la voie o nous t'invitons marcher1 lite aime de notre jeunesse6 ,du sein de tes labeurs1 de tes douleurs1 des luttes de ton intelligence avec les tnbres1 et de ta volont avec le mal1 lve ton cur vers ces vrits si vieilles et si neuves1 si familires et si oublies6 ,laisse souffler sur ta tte le vent de l',esprit6 ,connais du mystre et l'pouvante et la tendresse1 et puisses-tu1 sur ta route confondue avec celle de l'humanit1 voir monter l'aube attendue6 ,ainsi tu vaincras le mal que tu recueilles avec l'hritage de tes ans4 ,quant au bien qu'ils ont fait1 tu le feras fructifier au centuple4 ,en mettant cet esprit dans leur vaste outillage scientifique1 dans les merveilleuses conqutes qu'ils te laissent1 quelle uvre tu pourras accomplir6 ,puisses-tu devenir ainsi1 en ce temps divis1 fatigu1 us1 cette force dont parle quelque part notre ,michelet en disant3 ,qu'un jour elle enlvera le vieux monde dans un souffle de ,dieu6 ,,table ,,analytique ,,des ,,mati,,res ,,livre ,i ,l',h,,ritage ,pages ,i4 ,les conqutes du sicle4--,ide et plan du livre4 #c-f ,pour comprendre la jeunesse actuelle1 il faut d'abord tudier le sicle dont elle sort4 ,caractristique du sicle3 ,la science inductive4 ,son but1 ses labeurs1 ses rsultats bienfaisants4 #f-ab ,,ii4 ,les pertes du sicle4--,l'envers de la mdaille4 ,la science spcialise et matrialise4 ,triomphe des sciences dites positives4 #ac-af ,ngations et conclusions htives3 ,matrialisme4 ,l'homme diminu4 #ag ,consquences de cet tat de choses dans la philosophie1 les arts1 la littrature1 la pdagogie1 les relations sociales et internationales4 #ah-bi ,,iii4 ,les contradictions du sicle4--,dfinition du ,ralisme et de l',esprit moderne4 ,leur incompatibilit4 ,leur coexistence dans les mmes esprits4 ,crise qui en rsulte1 complique encore par le mouvement ractionnaire4 #cj-ch ,comment sortir de la crise8 ,par le retour la pense normale et la vie normale1 c'est--dire l'esprit moderne4 ,ce serait l'uvre de la jeunesse4 ,en a-t-elle conscience8 #dj ,,livre ,,ii ,,les ,h,,ritiers ,i4 ,le monde de la jeunesse4--,la jeunesse en gnral4 ,sa tendance exagrer l'uvre des prdcesseurs4 ,ses travers4 ,l'ternelle querelle des vieux et des jeunes4 #dc-df ,la jeunesse1 ce qu'il y a de pire et ce qu'il y a de meilleur4 ,jeune vie1 esprance et douleur4 ,ceux qui souffrent des fautes des ans et se disposent les rparer4 #df-ej ,,ii4 ,orientation intellectuelle4--,sa difficult actuelle rsulte de l'absence d'ides gnrales et de l'amoncellement des connaissances de dtail4 #ea-ei ,rsultats de cet tat de choses3 ,spcialisation outrance4 ,rtrcissement de l'horizon4 ,incertitude et doute s'tendant la science elle-mme3 on ne croit plus en elle comme les gnrations prcdentes4 ,anarchie spirituelle1 scepticisme1 dilettantisme4 #eg-fe ,orientation religieuse4 #fe-fg ,,iii4 ,orientation morale4--,ruine des principes4 ,les romanciers et la jeunesse4 ,dterminisme1 scepticisme1 dilettantisme en morale4 #fh-gc ,affaiblissement du respect et de la volont4 #gc-hj ,,iv4 ,l'cole de la vie4--,les livres et l'cole sont une chose1 la vie en est une autre4 ,influence de la vie sur l'orientation de la jeunesse4 ,proccupations pratiques4 #ha-hd ,les ,jeunes diplomates4 #he ,les ,utilitaires4 #hg-ia ,le ,bonheur passif et la jeunesse commode4 #ia-ic ,inutiles4 #ic-ii ,vie facile4 ,jeu4 #ajj-aja ,amour et chansons d'amour4 #aja-ajh ,le beau ct de l'influence de la vie4 ,notre vie nationale et notre jeunesse4 #ajh-aaa ,le service militaire4 #aaa-aac ,v4 ,les moutons de ,panurge4--,l'esprit moutonnier dans la jeunesse4 ,effets de notre civilisation sur l'originalit de la pense et de la vie4 ,la mode1 les ornires et les chemins battus4 ,difficult de ragir4 #aae-abb ,,vi4 ,quelques mots sur l'esprit de ,parti4 #abc ,,vii4 ,comment on se porte et comment on s'amuse4 ,effets de la vie factice sur la sant et la joie de vivre4 #acj-acf ,,viii4 ,la jeunesse populaire4--,sa situation particulire4 ,les sources de son orientation4 ,l'cole4 ,l'glise4 ,l'atelier4 ,les champs4 #acg-add ,le ,ralisme dans le peuple4 ,l'exemple d'en haut4 ,il y a toujours des classes dirigeantes4 #add-adg ,diminution du respect4 ,est-ce la faute l'esprit moderne8 #adg-aea ,les vrais coupables4 #aea-aeb ,confiance branle4 ,scepticisme du peuple4 #aec ,l',alcoolisme4 #aed-aeg ,la vie du peuple est un trsor prcieux et menac3 comment le prserver8--en fraternisant4 #aeg-afj ,,ix4 ,la jeunesse ractionnaire4--,but de la raction4 ,sauver la socit en supprimant trois sicles d'histoire4 ,motifs de l'entreprise4 ,son caractre gigantesque1 mais illusoire4 #afa-afd ,critique de l'entreprise4 #afd-agh ,x4 ,sentiers de demain4--,indices d'une orientation nouvelle4 ,le ralisme et la raction galement impuissants nous faire vivre4 ,l'esprit moderne essayant de se dgager des entraves des tendances exclusives pour chercher le bien et la vrit partout o il s'en trouve4 ,prcurseurs de ce mouvement4 ,ses traces dans l'enseignement national4 ,un retour la tradition dans un esprit nouveau4 #agi-aib ,fermentation de ces ides dans la jeunesse4 ,une lite qui se spare du courant raliste4 ,caractristique de cette minorit4 ,son point de vue large et gnreux1 ses aspirations intellectuelles1 morales1 religieuses1 sociales4 #aib-bjh ,comment s'expliquer l'origine de ces tendances8 #bjh-bji ,pourront-elles avoir une prise sur le peuple8 ,ncessit d'un idal dmocratique lev et moyens de le propager4 ,part de la jeunesse dans cette uvre4 #baj-bab ,le grand organe de l'ducation nationale3 l'cole primaire4 #bab-bag ,conclusion4 #bah-bai ,,livre ,,iii ,,vers ,,les ,,sources ,,et ,,les ,,sommets ,i4 ,le monde est-il vieux8 #bbc ,,ii4 ,la ,vie4 ,comment il faut la prendre4--,la vie est un fait1 un rsultat et une esprance4 ,elle est la grande affaire4 ,elle ne repose pas sur nos arguments1 mais sur la volont qui est au fond des choses4 ,sa valeur4 ,il faut la prendre simplement1 l'exemple des tres qui s'y attachent avec toute l'nergie de l'inconscience4 #bcj-bch ,,iii4 ,l',idal4--,des deux faons d'aimer la vie4 ,l'amour infrieur et l'amour suprieur4 ,la grande vie3 l',idal4 ,l',idal n'est pas la fantaisie4 ,c'est la vive reprsentation des ralits dont nous portons en nous le germe4 #bci-bdd ,grandes lignes de l',idal nouveau4 #bdd-bdi ,,iv4 ,l',action4--#a4 ,discipline4 ,dressage ou ducation8 ,le but de la discipline est de rendre un homme matre de lui-mme4 ,ncessit de la discipline4 ,passivit et activit4 ,entranement de l'nergie4 ,l'cole de guerre4 ,le soldat prpar et la cause qu'il va dfendre4 ,amour de la vie4 ,haine de tous ses ennemis4 #bej-bfc #b4 ,travail4 ,le travail est mal compris1 mpris mme4 ,il faut le rhabiliter en l'honorant et en le pratiquant4 ,ne pas cacher le travail3 le montrer1 au contraire4 #bfc-bfh ,travaux manuels4 ,leur influence salutaire et rparatrice4 ,aux champs6 ,porte sociale du travail manuel exerc par les classes instruites et aises4 #bfh-bgg #c4 ,peine4 ,du rle de l'effort et de la souffrance dans la vie individuelle et gnrale4 ,l'preuve salutaire et la douleur libratrice4 #bgg-bhb #d4 ,recueillement et repos4 ,difficult du recueillement dans notre monde enfivr4 ,la peur du tte--tte avec soi-mme4 ,le recueillement salutaire4 ,son rle dans toute activit fconde4 ,sta viator6 ,examens de conscience4 #bhc-bid ,le repos ncessaire et sacr4 #bid-bih ,v4 ,joie4--#a4 ,plaisirs et distractions4 ,les dtracteurs du plaisir4 ,lgitimit et ncessit des distractions4 ,le loisir dans la vie humaine4 ,de l'importance de son emploi4 ,on ne sait plus s'amuser4 #bii-cjc ,un mot sur les distractions diverses poques de l'histoire4 ,a mesure qu'on approche de notre temps1 elles prennent un caractre plus sdentaire4 ,nos plaisirs factices et excitants4 #cjc-cjh ,une rforme s'impose4 ,de la renaissance des distractions en plein air1 des jeux de force et d'adresse4 ,la marche4 ,a la dcouverte de la terre natale4 #cjh-caj ,le chant et sa dcadence dans la jeunesse et le peuple4 ,du besoin de chanter4 ,un rve4 #caj-cac ,du discrdit o les amusements sont tombs par l'abus4 ,guerre l'abus6 ,rhabilitation des plaisirs4 ,du rle de tous les hommes srieux dans cette uvre4 ,vivons pour la jeunesse6 #cac-caf #b4 ,la ,joie4 ,les sources de la joie4 ,hauts et bas de la vie intrieure4 ,la tristesse4 ,ses formes et ses causes4 ,les dgots4 ,tristesse qui vient de mal penser ou de mal vivre4 #caf-cbb ,il faut aimer la vie4 ,la joie de vivre et les moyens de l'acqurir4 #cbb-cbf ,,vi4 ,la ,solidarit4--#a4 ,la ,famille4 ,elle est la grande cole de solidarit et la base sociale par excellence4 ,son importance incalculable4 ,la ,jeunesse et la ,famille4 ,honore ton pre et ta mre4 ,le respect1 condition premire de la libert4 #cbg-ccc #b4 ,l',amiti4 ,les amitis de jeunesse1 leur beaut1 leur solidit1 leur vertu ducatrice4 ,des rapports affectueux entre l'ge mr et la jeunesse4 #ccd-cdj #c4 ,l',amour4 ,notre incurie l'endroit de l'amour4 ,la jeunesse arrive l'ge le plus critique sans boussole et sans direction4 ,comment le jeune homme doit-il se gouverner dans les choses de l',amour8 ,le respect de la vie et de soi-mme est la meilleure sauvegarde et le meilleur conseiller4 ,il fait contrepoids aux sottises et aux maximes relches4 ,la ,chastet4 ,la condition difficile et intressante des jeunes gens qui se respectent4 ,heures troubles4 ,dfaites morales4 ,ne jamais cesser d'appeler le mal3 le mal4 #cdj-cee ,la place sacre de la femme dans le cur du jeune homme4 ,le culte de la femme4 ,l'ternel ,fminin4 #cee-ceh ,jeunes gens et jeunes filles4 ,leur isolement regrettable4 ,suites de cet isolement4 ,une jeunesse sans amour est comme un matin sans soleil4 ,l'amour et l'enthousiasme4 #ceh-cfc ,la solidarit de la chair et du sang4 #cfd #d4 ,patrie1 et rle social de la ,jeunesse4 ,dfinition de la patrie4 ,de l'initiation au gnie national4 ,la meilleure manire d'aimer son pays est d'en cultiver en soi le gnie4 ,l'idal national de la ,france se confondant avec l'idal mme du progrs humain4 ,vanit du cosmopolitisme4 ,pas d'humanit sans patrie4 ,notre faon nous de servir l'humanit en faisant nos propres affaires4 #cfe-cgj ,de l'uvre de concentration nationale tenter par la jeunesse4 ,l'miettement social1 divisions1 partis4 ,remde ce mal3 ,se rechercher entre jeunes gens d'opinions diffrentes4 ,fraterniser4 ,franchir les barrires sociales4 #cgj-cgh ,vivre de la vie des humbles pour apprendre la justice en souffrant4 #cgh-chb #e4 ,un mot sur le rle international de la ,jeunesse4 #chb-chg ,,vii4 ,la ,foi4--,pourquoi nous en parlons la fin et non au commencement4 ,foi autoritaire et ,foi libre4 ,soumission et conviction4 ,l'vangile et la ,foi3 ,pour croire1 il faut commencer par tre des hommes4 ,la foi nat de la vie et de l'exprience4 ,le sens religieux3 ,le ,respect et la ,pit1 conditions indispensables de la ,foi4 #chh-cie ,la reconstitution de la ,foi travers la ,pit envers le pass et envers le prsent4 ,la thologie historique et la place d'honneur qui lui revient4 ,l'vangile rapproche de la conscience du prsent4 #cie-cig ,l'vangile oubli4 ,l'vangile de ,jsus et l'esprit moderne4 ,l'vangile est plus prs de nous que nous ne le pensons4 ,pourquoi8 ,le ,dieu humain et l'humanit divine4 ,simplicit et hardiesse de l'vangile4 ,l'vangile et les petits3 ,se confier1 se donner4 #cig-dja ,l'vangile et la ,jeunesse4 ,l'vangile et tous ceux qui essaient de pratiquer la bonne vie4 #dja-djc ,de l'indpendance de la ,foi4 ,il faut aimer sa pauvret et se mfier de tout joug humain4 #djc-djd ,le lien de confraternit religieuse et l'attachement aux traditions particulires4 ,leur ncessit4 ,se garder de l'esprit exclusif4 ,les petites glises ne sont bonnes que pour nous prparer la grande4 ,l'glise universelle4 ,les sommets de la ,foi4 ,notre ,pre qui es aux cieux4 #djd-djg ,,conclusion4 #djh ,,impr4 ,,alsacienne ,a,n,ct ,g4 ,,fischbach1 ,,strasbourg4--#beee