,j4-,k4 ,,huysmans ,en ,route ,convolate ad urbes refugii1 ad loca videlicet religiosa1 ubi possitis de prteritis agere pnitentiam1 in prsenti obtinere gratiam et fiducialiter futuram gloriam prstolari4 7,st ,bonaventure1 du ,mpris du monde74 ,,dix-,,septi,,me ,,dition ,,augment,e ,d',,une ,,pr,,face ,illustration3 ,mdaille de ,saint ,benot ,,paris ,p4-,v4 ,,stock1 ,,diteur 7,ancienne ,librairie ,,tresse ,,stock7 #h1 #i1 #aj1 #aa1 ,,galerie ,,du ,,th,,atre-,,fran,,ais ,,palais-,,royal #ahig ,l'auteur et les diteurs dclarent rserver leurs droits de traduction et de reproduction pour tous pays1 y compris la ,sude et la ,norwge4 ,ce volume a t dpos au ,ministre de l',intrieur 7section de la librairie7 en fvrier #ahie4 ,,du ,m,,me ,,auteur ,,romans ,marthe4 ,bruxelles1 ,jean ,gay1 #ahgf4 ,paris1 ,dervaux1 #ahgi4 ,les ,surs ,vatard4 ,paris1 ,charpentier1 #ahgi4 ,en ,mnage4 ,paris1 ,charpentier1 #ahha4 ,a ,rebours4 ,paris1 ,charpentier1 #ahhd4 ,en ,rade4 ,paris1 ,tresse ,et ,stock1 #ahhg4 ,l-,bas4 ,paris1 ,tresse et ,stock1 #ahia4 ,en ,route4 ,paris1 ,tresse ,et ,stock1 #ahie4 ,,nouvelles ,sac au dos 7dans les soires de ,mdan74 ,paris1 ,charpentier1 #ahhj4 ,a ,vau l',eau4 ,bruxelles1 ,kistemaeckers1 #ahhb4 ,paris1 ,tresse et ,stock1 #ahid4 ,un ,dilemme4 ,paris1 ,tresse et ,stock1 #ahhc4 ,,croquis1 ,,po,,mes ,,en ,,prose ,le ,drageoir aux pices4 ,paris1 ,dentu1 #ahgd4 ,paris1 ,maillet1 #ahge4 ,croquis ,parisiens 7,eaux fortes de ,forain et de ,raffalli74 ,paris1 ,vaton1 #ahhj4 ,paris1 ,vanier1 #ahhf4 ,la ,bivre4 ,paris1 ,genonceaux1 #ahij4 ,,critiques ,d',,art ,l'art ,moderne4 ,paris1 ,charpentier1 #ahhc4 ,certains4 ,paris1 ,tresse et ,stock1 #afcj4 ,,pantomime ,en collaboration avec ,lon ,hennique 7dessins en couleur de ,chret74 ,pierrot ,sceptique4 ,paris1 ,rouveyre1 #ahha4 ,,mile ,,colin--,,imprimerie ,,de ,,lagny ,,explication ,,des ,,lettres ,,grav,,es ,,sur ,,le ,,revers ,,de ,,la ,m,,daille ,,de ,,saint ,,beno,t ,en haut de la mdaille le chiffre de ,jsus ,i4 ,h4 ,s4 7,jesus hominum ,salvator1 ,jsus sauveur des hommes71 puis dans les vides1 dessinant quatre triangles sphriques au-dessus et au-dessous des deux bras de la croix1 ces lettres inscrites dans de minuscules ronds1 ,c4 ,s4 ,p4 ,b41 initiales de ces mots ,crux ,sancti ,patris ,benedicti1 croix du saint ,pre ,benot4 ,sur les deux branches de la croix1 les caractres sont ainsi rangs3 ,c ,s ,n4 ,d4 ,s4 ,m4 ,d4 ,m ,l ,traduction de la ligne verticale3 ,crux ,sacra ,sit ,mihi ,lux1 que la croix sainte soit lumire4 ,traduction de la ligne horizontale3 ,non ,draco ,sit ,mihi ,dux1 que le ,dmon ne soit pas mon guide4 ,enfin sur la bordure du cercle1 dans l'exergue1 en commenant par le haut et en descendant droite1 on lit ces lettres3 ,v4 ,r4 ,s4 ,n4 ,s4 ,m4 ,v4 ,s4 ,m4 ,q4 ,l4 ,i4 ,v4 ,l4 ,initiales de ce distique3 ,vade ,retro1 ,satana1 ,non ,suade ,mihi ,vana ,sunt ,mala qu ,libas2 ,ipse1 ,venena ,bibas4 ,retire-toi1 ,satan1 ne me conseille point les choses vaines4 ,ce que tu nous verses1 c'est le ,mal2 bois1 toi-mme1 tes poisons4 ,je n'aime ni les avant-propos1 ni les prfaces et1 autant que possible1 je m'abstiens de faire devancer mes livres par d'inutiles phrases4 ,il me faut donc un motif srieux1 quelque chose comme un cas de lgitime dfense1 pour me rsoudre ddicacer de ces quelques lignes cette nouvelle dition d',en ,route4 ,ce motif le voici3 ,depuis la mise en vente de ce volume1 ma correspondance1 dj trs dveloppe par les discussions dont ,l-,bas fut cause1 s'est accrue de telle sorte que je me vois dans la ncessit ou de ne plus rpondre aux lettres que je reois1 ou de renoncer tout travail4 ,ne pouvant me sacrifier cependant1 pour satisfaire aux exigences de personnes inconnues dont la vie est sans doute moins occupe que la mienne1 j'avais pris le parti de ngliger les demandes de renseignements suscites par la lecture d',en ,route2 mais je n'ai pu persvrer dans cette dlectable attitude1 parce qu'elle menaait de devenir odieuse1 en certains cas4 ,ils peuvent1 en effet1 se scinder en deux catgories1 ces envois de lettres4 ,la premire mane de simples curieux2 sous prtexte qu'ils s'intressent mon pauvre tre1 ceux-l veulent savoir un tas de choses qui ne les regardent pas1 prtendent s'immiscer dans mon intrieur1 se promener comme en un lieu public dans mon me4 ,ici1 pas de difficults1 je brle ces pistoles et tout est dit4 ,mais il n'en est pas de mme de la seconde catgorie de ces lettres4 ,celle-l1 de beaucoup la plus nombreuse1 provient de gens tourments par la grce1 se battant avec eux-mmes1 appelant et repoussant1 la fois1 une conversion2 elle procde souvent aussi de dolentes mres rclamant pour la maladie ou pour l'inconduite de leurs enfants le secours de prires d'un clotre4 ,et tous me demandent de leur dire franchement si l'abbaye que j'ai dcrite dans ce livre existe et me supplient1 dans ce cas1 de les mettre en rapport avec elle2 tous me requirent d'obtenir que le frre ,simon--en admettant que je ne l'aie pas invent ou qu'il soit1 ainsi que je l'ai racont1 un saint--leur vienne1 par la vertu de ses puissantes oraisons1 en aide4 ,c'est alors que1 pour moi1 la partie se gte4 ,n'ayant pas le courage d'carter de telles suppliques1 je finis par crire deux billets1 l'un au signataire de la missive qui me parvint et l'autre1 au couvent2 plus1 quelquefois1 si des points sont prciser1 si des informations plus tendues sont ncessaires4 ,et1 je le rpte1 ce rle de truchement assidu entre des laques et des moines m'absorbe1 m'empche absolument de travailler4 ,comment s'y prendre alors pour contenter les autres et ne pas trop se dplaire8 ,je n'ai dcouvert que ce moyen1 rpondre en bloc1 ici1 une fois pour toutes1 ces braves gens4 ,en somme1 les questions qui me sont le plus ordinairement poses se rsument en celles-ci3 --,nous avons vainement cherch1 dans la nomenclature des ,trappes1 ,notre-,dame-de-l',atre2 elle ne se trouve sur aucun des annuaires monastiques2 l'avez-vous donc imagine8 ,puis3--le frre ,simon est-il un personnage fictif ou bien1 si vous l'avez dessin d'aprs nature1 ne l'avez-vous pas exalt1 canonis1 en quelque sorte1 pour les besoins de votre livre8 ,aujourd'hui que le bruit soulev par ,en ,route s'est apais1 je crois pouvoir me dpartir de la rserve que j'avais toujours observe propos de l'asctre o vcut ,durtal4 ,je le dis donc3 ,la ,trappe de ,notre-,dame-de-l',atre s'appelle1 de son vrai nom1 la ,trappe de ,notre-,dame-d',igny1 et elle est situe prs de ,fismes1 dans la ,marne4 ,les descriptions que j'en rapportai sont exactes1 les renseignements que je relate sur le genre de vie que l'on mne dans ce monastre sont authentiques2 les portraits des moines que j'ai peints sont rels4 ,je me suis simplement born1 par convenance1 changer les noms4 ,j'ajoute encore que l'historique de ,notre-,dame-de-l',atre1 qui figure la page #cba de cet ouvrage1 s'applique de tous points ,igny4 ,c'est elle1 en effet1 qui1 aprs avoir t fonde en #aabg par saint ,bernard1 eut sa tte de vritables saints1 tels que les ,bienheureux ,humbert1 ,guerric dont les reliques sont conserves dans une chsse sous le matre-autel1 l'extraordinaire ,monoculus que vnrait ,louis ,,vii4 ,elle a langui1 comme toutes ses surs1 sous le rgime de la ,commende2 elle est morte pendant la ,rvolution1 est ressuscite en #ahge4 ,par les soins du ,cardinal-,archevque de ,reims1 une petite colonie de ,cisterciens vint1 cet poque1 de ,sainte-,marie-du-,dsert1 pour repeupler l'antique abbaye de saint ,bernard et renouer les liens de prires rompus par la tourmente4 ,quant au frre ,simon1 j'ai pris de lui un portrait net et brut1 sans enjolivements1 une photographie sans retouches4 ,je ne l'ai nullement exhauss1 nullement agrandi1 ainsi qu'on semble l'insinuer1 dans l'intrt d'une cause4 ,je l'ai peint d'aprs la mthode naturaliste1 tel qu'il est1 ce bon saint6 ,et je songe ce doux1 ce pieux homme que je revis1 il y a quelques jours encore4 ,il est maintenant si vieux1 qu'il ne peut plus soigner ses porcs4 ,on l'occupe plucher les lgumes la cuisine1 mais le ,pre ,abb l'autorise aller rendre visite ses anciens lves2 et ils ne sont pas ingrats1 ceux-l1 car ils se dressent en de joyeuses clameurs lorsqu'il s'approche des bauges4 ,lui1 sourit de son sourire tranquille1 grogne1 un instant1 avec eux1 puis il retourne se terrer dans le mutisme bienfaisant du clotre2 mais quand ses suprieurs le dlient1 pour quelques moments1 de la rgle du silence1 ce sont de brefs enseignements que cet lu nous donne4 ,je cite celui-ci au hasard3 ,un jour que le ,pre ,abb lui recommande de prier pour un malade1 il rpond3--,les prires faites par obissance1 ayant plus de vertu que les autres1 je vous supplie1 mon ,trs ,rvrend ,pre1 de m'indiquer celles que je dois dire4 --,eh bien1 vous rciterez trois ,pater et trois ,ave1 mon frre4 ,le vieux hoche la tte et comme l',abb1 un peu surpris1 l'interroge1 il avoue son scrupule4 ,un seul ,pater et un seul ,ave1 fait-il1 bien profrs1 avec ferveur1 suffisent2 c'est manquer de confiance que d'en dire plus4 ,et ce cnobite n'est pas du tout1 ainsi que l'on serait tent de le croire1 une exception4 ,il y en a de pareils dans toutes les ,trappes et aussi dans d'autres ordres4 ,j'en connais personnellement un autre qui me reporte1 lorsqu'il m'est permis de l'aborder1 au temps de saint ,franois d',assise4 ,celui-l vit1 en extase1 le chef ceint comme d'une aurole1 par un nimbe d'oiseaux4 ,les hirondelles viennent nicher au-dessus de son grabat1 dans la loge de frre-portier qu'il habite2 elles tournoient gaiement autour de lui et les toutes petites qui s'essaient voler se reposent sur sa tte1 sur ses bras1 sur ses mains1 tandis qu'il continue de sourire1 en priant4 ,ces btes se rendent videmment compte de cette saintet qui les aime et les protge1 de cette candeur que1 nous les hommes1 nous ne concevons plus2 il est bien certain que1 dans ce sicle de studieuse ignorance et d'ides basses1 le frre ,simon et ce frre-portier paraissent invraisemblables2 pour ceux-ci1 ils sont des idiots et pour ceux-l1 des fous4 ,la grandeur de ces convers admirables1 si vraiment humbles1 si vraiment simples1 leur chappe6 ,ils nous ramnent au ,moyen ,age1 et c'est heureux2 car il est indispensable que de telles mes existent1 pour compenser les ntres2 ils sont les oasis divines d'ici-bas1 les bonnes auberges o ,dieu rside1 alors qu',il a vainement parcouru le dsert des autres tres4 ,n'en dplaise aux gens de lettres1 ces personnages sont aussi vridiques que ceux qui se profilent dans mes prcdents livres2 ils vivent dans un monde que les crivains profanes ne connaissent pas1 et voil tout4 ,je n'ai donc rien exagr lorsque j'ai parl dans ce volume de l'efficace de prires inou dont disposent ces moines4 ,j'espre que mes correspondants seront satisfaits par la nettet de ces rponses2 en tout cas1 mon rle d'intermdiaire peut1 sans lser la charit1 prendre fin1 puisque maintenant le nom et l'adresse de ma ,trappe sont connus4 ,il ne me reste plus qu' m'excuser auprs de ,dom ,augustin1 le ,t4 ,r4 ,p4 ,abb de la ,trappe de ,notre-,dame-d',igny1 d'avoir ainsi enlev le pseudonyme sous lequel je prsentai1 l'an dernier1 au public1 son monastre4 ,je sais qu'il dteste le bruit1 qu'il dsire qu'on ne le mette1 ni lui1 ni les siens1 en scne2 mais je sais aussi qu'il m'aime bien et qu'il me pardonnera1 en pensant que cette indiscrtion peut tre utile beaucoup de pauvres mes et m'assurer du mme coup le moyen de travailler un peu ,paris1 en paix4 ,aot #ahif4 ,,premi,,re ,,partie ,i ,c'tait pendant la premire semaine de novembre1 la semaine o se clbre l'octave des morts4 ,durtal entra1 le soir1 huit heures1 ,saint-,sulpice4 ,il frquentait volontiers cette glise parce que la matrise y tait exerce et qu'il pouvait1 loin des foules1 s'y trier en paix4 ,l'horreur de cette nef1 vote de pesants berceaux1 disparaissait avec la nuit2 les bas cts taient souvent dserts1 les lampes peu nombreuses clairaient mal2 l'on pouvait se pouiller l'me sans tre vu1 l'on tait chez soi4 ,durtal s'assit derrire le matre-autel1 gauche1 sous la trave qui longe la rue de ,saint-,sulpice2 les rverbres de l'orgue de chur s'allumrent4 ,au loin1 dans la nef presque vide1 un ecclsiastique parlait en chaire4 ,il reconnut la vaseline de son dbit1 la graisse de son accent1 un prtre1 solidement nourri1 qui versait1 d'habitude1 sur ses auditeurs1 les moins omises des renganes4 ,pourquoi sont-ils si dnus d'loquence8 se disait ,durtal4 ,j'ai eu la curiosit d'en couter un grand nombre et tous se valent4 ,seul1 le son de leurs voix diffre4 ,suivant leur temprament1 les uns l'ont macr dans le vinaigre et les autres l'ont marin dans l'huile4 ,un mlange habile n'a jamais lieu4 ,et il se rappelait des orateurs choys comme des tnors1 ,monsabr1 ,didon1 ces ,coquelin d'glise et1 plus bas encore que ces produits du conservatoire catholique1 la belliqueuse mazette qu'est l'abb d',hulst6 ,aprs cela1 reprit-il1 ce sont ces mdiocres-l que rclame la poigne de dvotes qui les coute4 ,si ces gargotiers d'mes avaient du talent1 s'ils servaient leurs pensionnaires des nourritures fines1 des essences de thologie1 des coulis de prires1 des sucs concrets d'ides1 ils vgteraient incompris des ouailles4 ,c'est donc pour le mieux1 en somme4 ,il faut un clerg dont l'tiage concorde avec le niveau des fidles2 et certes1 la ,providence y a vigilamment pourvu4 ,un pitinement de souliers1 puis des chaises dranges qui crissrent sur les dalles l'interrompirent4 ,le sermon avait pris fin4 ,dans un grand silence1 l'orgue prluda1 puis s'effaa1 soutint seulement l'envole des voix4 ,un chant lent1 dsol1 montait1 le ,de ,profundis4 ,des gerbes de voix filaient sous les votes1 fusaient avec les sons presque verts des harmonicas1 avec les timbres pointus des cristaux qu'on brise4 ,appuyes sur le grondement contenu de l'orgue1 tayes par des basses si creuses qu'elles semblaient comme descendues en elles-mmes1 comme souterraines1 elles jaillissaient1 scandant le verset ,de profundis ad te clamavi1 ,do1 puis elles s'arrtaient extnues1 laissaient tomber ainsi qu'une lourde larme la syllabe finale1 mine2--et ces voix d'enfants proches de la mue reprenaient le deuxime verset du psaume ,domine exaudi vocem meam et la seconde moiti du dernier mot restait encore en suspens1 mais au lieu de se dtacher1 de tomber terre1 de s'y craser telle qu'une goutte1 elle semblait se redresser d'un suprme effort et darder jusqu'au ciel le cri d'angoisse de l'me dsincarne1 jete nue1 en pleurs1 devant son ,dieu4 ,et1 aprs une pause1 l'orgue assist de deux contrebasses mugissait1 emportant dans son torrent toutes les voix1 les barytons1 les tnors et les basses1 ne servant plus seulement alors de ganes aux lames aigus des gosses1 mais sonnant dcouvertes1 donnant pleine gorge1 et l'lan des petits soprani les perait quand mme1 les traversait1 pareil une flche de cristal1 d'un trait4 ,puis une nouvelle pause2--et dans le silence de l'glise1 les strophes gmissaient nouveau1 lances1 ainsi que sur un tremplin1 par l'orgue4 ,en les coutant avec attention1 en tentant de les dcomposer1 en fermant les yeux1 ,durtal les voyait d'abord presque horizontales1 s'lever peu peu1 s'riger la fin1 toutes droites1 puis vaciller en pleurant et se casser du bout4 ,et soudain1 la fin du psaume1 alors qu'arrivait le rpons de l'antienne ,et lux perpetua luceat eis1 les voix enfantines se dchiraient en un cri douloureux de soie1 en un sanglot affil1 tremblant sur le mot eis qui restait suspendu1 dans le vide4 ,ces voix d'enfants tendues jusqu' clater1 ces voix claires et acres mettaient dans la tnbre du chant des blancheurs d'aube2 alliant leurs sons de pure mousseline au timbre retentissant des bronzes1 forant avec le jet comme en vif argent de leurs eaux les cataractes sombres des gros chantres1 elles aiguillaient les plaintes1 renforaient jusqu' l'amertume le sel ardent des pleurs1 mais elles insinuaient aussi une sorte de caresse tutlaire1 de fracheur balsamique1 d'aide lustrale2 elles allumaient dans l'ombre ces brves clarts que tintent1 au petit jour1 les angelus2 elles voquaient1 en devanant les prophties du texte1 la compatissante image de la ,vierge passant1 aux ples lueurs de leurs sons1 dans la nuit de cette prose4 ,c'tait incomparablement beau1 ce ,de profundis ainsi chant4 ,cette requte sublime finissant dans les sanglots1 au moment o l'me des voix allait franchir les frontires humaines1 tordit les nerfs de ,durtal1 lui tressailla le cur4 ,puis il voulut s'abstraire1 s'attacher surtout au sens de la morne plainte o l'tre dchu1 lamentablement1 implore1 en gmissant1 son ,dieu4 ,et ces cris de la troisime strophe lui revenaient1 ceux1 o suppliant1 dsespr1 du fond de l'abme1 son ,sauveur1 l'homme1 maintenant qu'il se sait cout1 hsite1 honteux1 ne sachant plus que dire4 ,les excuses qu'il prpara lui paraissent vaines1 les arguments qu'il ajusta lui semblent nuls et alors il balbutie3 si vous tenez compte des iniquits1 ,seigneur1 ,seigneur1 qui trouvera grce8 ,quel malheur1 se disait ,durtal1 que ce psaume qui chante si magnifiquement1 dans ses premiers versets1 le dsespoir de l'humanit tout entire1 devienne1 dans ceux qui suivent1 plus personnel au ,roi ,david4 ,je sais bien1 reprit-il1 qu'il faut accepter le sens symbolique de ces plaintes1 admettre que ce despote confond sa cause avec celle de ,dieu1 que ses adversaires sont les mcrants et les impies1 que lui-mme prfigure1 d'aprs les docteurs de l'glise1 la physionomie du ,christ1 mais1 c'est gal1 le souvenir de ses boulimies charnelles et les prsomptueux loges qu'il ddie son incorrigible peuple1 rtrcissent l'empan du pome4 ,heureusement que la mlodie vit hors du texte1 de sa vie propre1 ne se confinant pas dans les dbats de tribu1 mais s'tendant toute la terre1 chantant l'angoisse des temps natre1 aussi bien que celle des poques prsentes et des ges morts4 ,le ,de ,profundis avait cess2--aprs un silence--la matrise entonna un motet du ,x,v,i,i,ie sicle1 mais ,durtal ne s'intressait que mdiocrement la musique humaine dans les glises4 ,ce qui lui semblait suprieur aux uvres les plus vantes de la musique thtrale ou mondaine1 c'tait le vieux plain-chant1 cette mlodie plane et nue1 tout la fois arienne et tombale2 c'tait ce cri solennel des tristesses et altier des joies1 c'taient ces hymnes grandioses de la foi de l'homme qui semblent sourdre dans les cathdrales1 comme d'irrsistibles geysers1 du pied mme des piliers romans4 ,quelle musique1 si ample ou si douloureuse ou si tendre qu'elle ft1 valait le ,de ,profundis chant en faux-bourdon1 les solennits du ,magnificat1 les verves augustes du ,lauda ,sion1 les enthousiasmes du ,salve ,regina1 les dtresses du ,miserere et du ,stabat1 les omnipotentes majests du ,te ,deum8 ,des artistes de gnie s'taient vertus traduire les textes sacrs3 ,vittoria1 ,josquin ,de ,prs1 ,palestrina1 ,orlando de ,lassus1 ,haendel1 ,bach1 ,haydn1 avaient crit de merveilleuses pages2 souvent mme1 ils avaient t soulevs par l'effluence mystique1 par l'manation mme du ,moyen ,age1 jamais perdue2 et leurs uvres gardaient pourtant un certain apparat1 demeuraient1 malgr tout1 orgueilleuses1 en face de l'humble magnificence1 de la sobre splendeur du chant grgorien et aprs ceux-l 'avait t fini1 car les compositeurs ne croyaient plus4 ,dans le moderne1 l'on pouvait cependant citer quelques morceaux religieux de ,lesueur1 de ,wagner1 de ,berlioz1 de ,csar ,franck1 et encore sentait-on chez eux l'artiste tapi sous son uvre1 l'artiste tenant exhiber sa science1 pensant exalter sa gloire et par consquent omettant ,dieu4 ,l'on se trouvait en face d'hommes suprieurs1 mais d'hommes1 avec leurs faiblesses1 leur inalinable vanit1 la tare mme de leurs sens4 ,dans le chant liturgique cr presque toujours anonymement au fond des clotres1 c'tait une source extraterrestre1 sans filon de pchs1 sans trace d'art4 ,c'tait une surgie d'mes dj libres du servage des chairs1 une explosion de tendresses surleves et de joies pures2 c'tait aussi l'idiome de l'glise1 l'vangile musical accessible comme l'vangile mme1 aux plus raffins et aux plus humbles4 ,ah6 la vraie preuve du ,catholicisme1 c'tait cet art qu'il avait fond1 cet art que nul n'a surpass encore6 ,c'tait1 en peinture et en sculpture les ,primitifs2 les mystiques dans les posies et dans les proses2 en musique1 c'tait le plain-chant2 en architecture1 c'tait le roman et le gothique4 ,et tout cela se tenait1 flambait en une seule gerbe1 sur le mme autel2 tout cela se conciliait en une touffe de penses unique3 rvrer1 adorer1 servir le ,dispensateur1 en lui montrant1 rverbr dans l'me de sa crature1 ainsi qu'en un fidle miroir1 le prt encore immacul de ses dons4 ,alors1 dans cet admirable ,moyen ,age1 o l'art1 allait par l'glise1 anticipa sur la mort1 s'avana jusqu'au seuil de l'ternit1 jusqu' ,dieu1 le concept divin et la forme cleste furent devins1 entr'aperus1 pour la premire et peut-tre pour la dernire fois1 par l'homme4 ,et ils se correspondaient1 se rpercutaient1 d'arts en arts4 ,les ,vierges eurent des faces en amandes1 des visages allongs comme ces ogives que le gothique amenuisa pour distribuer une lumires asctique1 un jour virginal1 dans la chsse mystrieuse de ses nefs4 ,dans les tableaux des ,primitifs1 le teint des saintes femmes devient transparent comme la cire paschale et leurs cheveux sont ples comme les miettes ddores des vrais encens2 leur corsage enfantin renfle peine1 leurs fronts bombent comme le verre des custodes1 leurs doigts se fuslent1 leurs corps s'lancent ainsi que de fins piliers4 ,leur beaut devient1 en quelque sorte1 liturgique4 ,elles semblent vivre dans le feu des verrires1 empruntant aux tourbillons en flammes des rosaces la roue de leurs auroles1 les braises bleues de leurs yeux1 les tisons mourants de leurs lvres1 gardant pour leurs parures les couleurs ddaignes de leurs chairs1 les dpouillant de leurs lueurs1 les muant1 lorsqu'elles les transportent sur l'toffe1 en des tons opaques qui aident encore par leur contraste attester la clart sraphique du regard1 la dolente candeur de la bouche que parfume1 suivant le ,propre du ,temps1 la senteur de lys des cantiques1 ou la pnitentielle odeur de la myrrhe des psaumes4 ,il y eut alors entre artistes1 une coalition de cervelles1 une fonte d'mes4 ,les peintres s'associrent dans un mme idal de beaut avec les architectes2 ils affilirent en un indestructible accord les cathdrales et les ,saintes2 seulement1 au rebours des usages connus1 ils sertirent le bijou d'aprs l'crin1 modelrent les reliques d'aprs la chsse4 ,de leur ct1 les proses chantes de l'glise eurent de subtiles affinits avec les toiles des ,primitifs4 ,les rpons de ,tnbres de ,vittoria ne sont-ils pas d'une inspiration similaire1 d'une altitude gale celles du chef-d'uvre de ,quentin ,metsys1 l'ensevelissement du ,christ8 ,le ,regina ,cli du musicien flamand ,lassus n'a-t-il pas la bonne foi1 l'allure candide et baroque de certaines statues de retables ou des tableaux religieux du vieux ,brueghel8 ,enfin le ,miserere du matre de chapelle de ,louis ,,xii1 de ,josquin de ,prs1 n'a-t-il pas1 de mme que les panneaux des ,primitifs de la ,bourgogne et des ,flandres1 un essor un peu patient1 une simplesse filiforme un peu roide1 mais n'exhale-t-il point1 comme eux aussi1 une saveur vraiment mystique1 ne se contourne-t-il pas en une gaucherie vraiment touchante8 ,l'idal de toutes ces uvres est le mme et1 par des moyens diffrents1 atteint4 ,quant au plain-chant1 l'accord de sa mlodie avec l'architecture est certain aussi2 parfois1 il se courbe ainsi que les sombres arceaux romans1 surgit1 tnbreux et pensif1 tel que les pleins cintres4 ,le ,de ,profundis1 par exemple1 s'incurve semblable ces grands arcs qui forment l'ossature enfume des votes2 il est lent et nocturne comme eux2 il ne se tend que dans l'obscurit1 ne se meut que dans la pnombre marrie des cryptes4 ,parfois1 au contraire1 le chant grgorien semble emprunter au gothique ses lobes fleuris1 ses flches dchiquetes1 ses rouets de gaze1 ses trmies de dentelles1 ses guipures lgres et tnues comme des voix d'enfants4 ,alors il passe d'un extrme l'autre1 de l'ampleur des dtresses l'infini des joies4 ,d'autres fois encore1 la musique plane et la musique chrtienne qu'elle enfanta1 se plient de mme que la sculpture la gaiet du peuple2 elles s'associent aux allgresses ingnues1 aux rires sculpts des vieux porches2 elles prennent ainsi que dans le chant de la ,nol1 l',adeste fideles1 et dans l'hymne pascal l',o filii et fili1 le rythme populacier des foules2 elles se font petites et familires telles que les vangiles1 se soumettent aux humbles souhaits des pauvres1 et leur prtant un air de fte facile retenir1 un vhicule mlodique qui les emporte en de pures rgions o ces mes naves s'battent aux pieds indulgents du ,christ4 ,cr par l'glise1 lev par elle1 dans les psallettes du ,moyen ,age1 le plain-chant est la paraphrase arienne et mouvante de l'immobile structure des cathdrales2 il est l'interprtation immatrielle et fluide des toiles des ,primitifs2 il est la traduction aile et il est aussi la stricte et la flexible tole de ces proses latines qu'difirent les moines1 exhausss1 jadis1 hors des temps1 dans des clotres4 ,il est maintenant altr et dcousu1 vainement domin par le fracas des orgues1 et il est chant ,dieu sait comme6 ,la plupart des matrises1 lorsqu'elles l'entonnent1 se plaisent simuler les borborygmes qui gargouillent dans les conduites d'eaux2 d'autres se dlectent imiter le grincement des crcelles1 le hiement des poulies1 le cri des grues2 malgr tout1 son impermable beaut subsiste1 sourd quand mme de ces meuglements gars de chantres4 ,le silence subit de l'glise dispersa ,durtal4 ,il se leva1 regarda autour de lui2 dans son coin1 personne1 sinon deux pauvresses endormies1 les pieds sur des barreaux de chaises1 la tte sur leurs genoux4 ,en se penchant un peu1 il aperut en l'air1 dans une chapelle noire1 le rubis d'une veilleuse brlant dans un verre rouge2 aucun bruit1 sauf le pas militaire d'un suisse1 faisant sa ronde1 au loin4 ,durtal se rassit2 la douceur de cette solitude qu'aromatisait le parfum des cires ml aux souvenirs dj lointains cette heure des fumes d'encens1 s'vanouit d'un coup4 ,aux premiers accords plaqus sur l'orgue1 ,durtal reconnut le ,dies ir1 l'hymne dsespre du ,moyen ,age2 instinctivement1 il baissa le front et couta4 ,ce n'tait plus1 ainsi que dans le ,de ,profundis1 une supplique humble1 une souffrance qui se croit entendue1 qui discerne pour cheminer dans sa nuit un sentier de lueurs2 ce n'tait plus la prire qui conserve assez d'espoir pour ne pas trembler2 c'tait le cri de la dsolation absolue et de l'effroi4 ,et1 en effet1 la colre divine soufflait en tempte dans ces strophes4 ,elles semblaient s'adresser moins au ,dieu de misricorde1 l'exorable ,fils qu' l'inflexible ,pre1 ,celui que l',ancien ,testament nous montre1 boulevers de fureur1 mal apais par les fumigations des bchers1 par les incomprhensibles attraits des holocaustes4 ,dans ce chant1 il se dressait1 plus farouche encore1 car il menaait d'affoler les eaux1 de fracasser les monts1 d'ventrer1 coups de foudre1 les ocans du ciel4 ,et la terre pouvante criait de peur4 ,c'tait une voix cristalline1 une voix claire d'enfant qui clamait dans le silence de la nef l'annonce des cataclysmes2 et aprs elle1 la matrise chantait de nouvelles strophes o l'implacable ,juge venait1 dans les clats dchirants des trompettes1 purifier par le feu la sanie du monde4 ,puis1 son tour1 une basse profonde1 vote1 comme issue des caveaux de l'glise1 soulignait l'horreur de ces prophties1 aggravait la stupeur de ces menaces2 et aprs une courte reprise du chur1 un alto les rptait1 les dtaillait encore et alors que l'effrayant pome avait puis le rcit des chtiments et des peines1 dans le timbre suraigu1 dans le fausset d'un petit garon1 le nom de ,jsus passait et c'tait une claircie dans cette trombe2 l'univers haletant criait grce1 rappelait1 par toutes les voix de la matrise1 les misricordes infinies du ,sauveur et ses pardons1 le conjurait de l'absoudre1 comme jadis il pargna le larron pnitent et la ,madeleine4 ,mais1 dans la mme mlodie dsole et ttue1 la tempte svissait nouveau1 noyait de ses lames les plages entrevues du ciel1 et les solos continuaient1 dcourags1 coups par les rentres plores du chur1 incarnant tout tour1 avec la diversit des voix1 les conditions spciales des hontes1 les tats particuliers des transes1 les ges diffrents des pleurs4 ,a la fin1 alors que mles encore et confondues1 ces voix avaient charri1 sur les grandes eaux de l'orgue1 toutes les paves des douleurs humaines1 toutes les boues des prires et des larmes1 elles retombaient extnues1 paralyses par l'pouvante1 gmissaient en des soupirs d'enfant qui se cache la face1 balbutiaient le ,dona eis requiem1 terminaient1 puises1 par un amen si plaintif qu'il expirait ainsi qu'une haleine1 au dessus des sanglots de l'orgue4 ,quel homme avait pu imaginer de telles dsesprances1 rver de tels dsastres8 ,et ,durtal se rpondait3 personne4 ,le fait est que l'on s'tait vainement ingni dcouvrir l'auteur de cette musique et de cette prose4 ,on les avait attribues ,frangipani1 ,thomas de ,celano1 saint ,bernard1 un tas d'autres1 et elles demeuraient anonymes1 simplement formes par les alluvions douloureuses des temps4 ,le ,dies ir semblait tre tout d'abord tomb1 ainsi qu'une semence de dsolation1 dans les mes perdues du ,x,ie sicle2 il y avait germ1 puis lentement pouss1 nourri par la sve des angoisses1 arros par la pluie des larmes4 ,il avait t enfin taill lorsqu'il avait paru mr et il avait t trop branch peut-tre1 car dans l'un des premiers textes que l'on connat1 une strophe1 depuis disparue1 voquait la magnifique et barbare image de la terre qui tournait en crachant des flammes1 tandis que les constellations volaient en clats1 que le ciel se ployait en deux comme un livre6 ,tout cela n'empche1 conclut ,durtal1 que ces tercets trams d'ombre et de froid1 frapps de rimes se rpercutant en de durs chos1 que cette musique de toile rude qui enrobe les phrases telle qu'un suaire et dessine les contours rigides de l'uvre ne soient admirables6--,et pourtant ce chant qui treint1 qui rend avec tant d'nergie l'ampleur de cette prose1 cette priode mlodique qui parvient1 tout en ne variant pas1 tout en restant la mme1 exprimer tour tour la prire et l'effroi1 m'meut1 me poigne moins que le ,de ,profundis qui n'a cependant ni cette grandiose envergure1 ni ce cri dchirant d'art4 ,mais1 chant en faux-bourdon1 ce psaume est terreux et suffoquant4 ,il sort du fond mme des spulcres1 tandis que le ,dies ir ne jaillit que du seuil des tombes4 ,l'un est la voix mme du trpass1 l'autre celles des vivants qui l'enterrent1 et le mort pleure1 mais reprend un peu de courage1 quand dj ceux qui l'ensevelissent dsesprent4 ,en fin de compte1 je prfre le texte du ,dies ir celui du ,de ,profundis1 et la mlodie du ,de ,profundis celle du ,dies ir4 ,il est vrai de dire aussi que cette dernire prose est modernise1 chante thtralement ici1 sans l'imposante et ncessaire marche d'un unisson1 conclut ,durtal4 ,cette fois1 par exemple1 c'est dnu d'intrt1 reprit-il1 sortant de ses rflexions1 pour couter1 pendant une seconde le morceau de musique moderne que dvidait maintenant la matrise4 ,ah6 qui donc se dcidera proscrire cette mystique grillarde1 ces fonts l'eau de bidet qu'inventa ,gounod8 ,il devrait y avoir vraiment des pnalits surprenantes pour les matres de chapelle qui admettent l'onanisme musical dans les glises6 ,c'est1 comme ce matin la ,madeleine o j'assistais par hasard aux interminables funrailles d'un vieux banquier2 on joua une marche guerrire avec accompagnement de violoncelles et de violons1 de tubas et de timbres1 une marche hroque et mondaine pour saluer le dpart en dcomposition d'un financier6444 ,c'est rellement absurde6--,et1 sans plus couter la musique de ,saint-,sulpice1 ,durtal se transfra1 en pense1 la ,madeleine1 et repartit1 fond de train1 dans ses rveries4 ,en vrit1 se dit-il1 le clerg assimile ,jsus un touriste1 lorsqu'il l'invite1 chaque jour1 descendre dans cette glise dont l'extrieur n'est surmont d'aucune croix et dont l'intrieur ressemble au grand salon d'un ,continental ou d'un ,louvre4 ,mais comment faire comprendre des prtres que la laideur est sacrilge et que rien n'gale l'effrayant pch de ce bout-ci1 bout-l de romain et de grec1 de ces peintures d'octognaires1 de ce plafond plat et ocell d'ils-de-buf d'o coulent1 par tous les temps1 les lueurs avaries des jours de pluie1 de ce futile autel que surmonte une ronde d'anges qui1 prudemment perdus1 dansent1 en l'honneur de la ,vierge1 un immobile rigaudon de marbre8 ,et pourtant1 la ,madeleine1 aux heures d'enterrement1 lorsque la porte s'ouvre et que le mort s'avance dans une troue de jour1 tout change4 ,comme un antiseptique supraterrestre1 comme un thymol extrahumain1 la liturgie pure1 dsinfecte la laideur impie de ces lieux4 ,et1 recensant ses souvenirs du matin1 ,durtal revit1 en fermant les yeux1 au fond de l'abside en hmicycle1 le dfil des robes rouges et noires1 des surplis blancs1 qui se rejoignaient devant l'autel1 descendaient ensemble les marches1 s'acheminaient1 mls jusqu'au catafalque1 puis1 l1 se redivisaient encore1 en le longeant1 et se rejoignaient1 se confondant nouveau1 dans la grande alle borde de chaises4 ,cette procession lente et muette1 prcde par d'incomparables suisses1 vtus de deuil1 avec l'pe en verrouil et une paulette de gnral en jais1 s'avanait1 la croix en tte1 au-devant du cadavre couch sur des trteaux et1 de loin1 dans cette cohue de lueurs tombes du toit et de feux allums autour du catafalque et sur l'autel1 le blanc des cierges disparaissait et les prtres qui les portaient semblaient marcher1 la main vide et leve1 comme pour dsigner les toiles qui les accompagnaient1 en scintillant au-dessus de leurs ttes4 ,puis1 quand la bire fut entoure par le clerg1 le ,de ,profundis clata1 du fond du sanctuaire1 entonn par d'invisibles chantres4 --a1 c'tait bien1 se dit ,durtal4 ,a la ,madeleine1 les voix des enfants sont aigres et frles et les basses sont mal dcantes et sont blettes2 nous sommes videmment loin de la matrise de ,saint-,sulpice1 mais c'tait quand mme superbe2 puis quel moment que celui de la communion du prtre1 lorsque1 sortant tout coup des mugissements du chur1 la voix du tnor lance au dessus du cadavre la magnifique antienne du plain-chant3 ,requiem ternam dona eis1 ,domine1 et lux perpetua luceat eis4 ,il semble qu'aprs toutes les lamentations du ,de ,profundis et du ,dies ir1 la prsence de ,dieu qui vient1 l1 sur l'autel1 apporte un soulagement et lgitime la confiante et solennelle fiert de cette phrase mlodique qui invoque alors le ,christ sans alarmes et sans pleurs4 ,la messe se termine1 le clbrant disparat et1 de mme qu'au moment o le mort entra1 le clerg1 prcd par les suisses1 s'avance vers le cadavre1 et1 dans le cercle enflamm des cierges1 un prtre en chape profre les puissantes prires des absoutes4 ,alors1 la liturgie se hausse1 devient plus admirable encore4 ,mdiatrice entre le coupable et le ,juge1 l'glise1 par la bouche de son prtre1 adjure le ,seigneur de pardonner la pauvre me3--,non intres in judicium cum servo tuo1 ,domine444--2 puis1 aprs l',amen1 lanc par l'orgue et toute la matrise1 une voix se lve dans le silence et parle au nom du mort3 ,libera me444 ,et le chur continue le vieux chant du ,xe sicle4 ,ainsi que dans le ,dies ir qui s'appropria des fragments de ces plaintes1 le ,jugement dernier flamboie et d'impitoyables rpons attestent au trpass la vracit de ses transes1 lui confirment qu' la chute des temps1 le ,juge viendra1 dans le hourra des foudres1 chtier le monde4 ,et le prtre fait grands pas le tour du catafalque1 le brode de perles d'eau bnite1 l'encense1 abrite la pauvre me qui pleure1 la console1 la prend contre lui1 la couvre1 en quelque sorte1 de sa chape et il intervient encore pour qu'aprs tant de fatigues et de peines1 le ,seigneur permette la malheureuse de dormir1 loin des bruits de la terre1 dans un repos sans fin4 ,ah6 jamais1 dans aucune religion1 un rle plus charitable1 une mission plus auguste1 ne fut rserv un homme4 lev au-dessus de l'humanit tout entire par la conscration1 presque difi par le sacerdoce1 le prtre pouvait1 alors que la terre gmissait ou se taisait1 s'avancer au bord de l'abme et intercder pour l'tre que l'glise avait ondoy1 tant enfant1 et qui l'avait sans doute oublie depuis1 et qui l'avait peut-tre mme perscute jusqu' sa mort4 ,et l'glise ne dfaillait point dans cette tche4 ,devant cette boue de chairs1 tasse dans une caisse1 elle pensait la voirie de l'me et s'criait3 ,seigneur1 des portes de l'enfer1 arrachez-la2 mais1 la fin de l'absoute1 au moment o le cortge tournait le dos et s'acheminait vers la sacristie1 elle semblait1 elle aussi1 inquite4 ,recensant peut-tre1 en une seconde1 les mfaits commis pendant son existence par ce cadavre1 elle paraissait douter que ses suppliques fussent admises1 et ce doute1 que ses paroles n'avouaient point1 passait dans l'intonation du dernier amen1 murmur la ,madeleine1 par des voix d'enfants4 ,timide et lointain1 doux et plaintif1 cet amen disait3 nous avons fait ce que nous pouvions1 mais444 mais444 ,et1 dans le funbre silence que laissait ce dpart du clerg quittant la nef1 l'ignoble ralit demeurait seule de la coque vide1 enleve bras d'hommes1 jete dans une voiture1 ainsi que ces rebuts de boucherie qu'on emporte1 le matin1 pour les saponifier dans les fondoirs4 ,quand on voque1 en face de ces douloureuses oraisons1 de ces loquentes absoutes1 une messe de mariage1 comme cela change6 continua ,durtal4 ,l1 l'glise est dsarme et sa liturgie musicale est quasi nulle4 ,il faut bien alors qu'elle joue les marches nuptiales des ,mendelssohn1 qu'elle emprunte aux auteurs profanes la gaiet de leurs chants pour clbrer la brve et la vaine joie des corps4 ,se figure-t-on--et cela se fait pourtant--le cantique de la ,vierge servant magnifier l'impatiente allgresse d'une jeune fille qui attend qu'un monsieur l'entame1 le soir mme1 aprs un repas8 s'imagine-t-on le ,te ,deum chantant la batitude d'un homme qui va forcer sur un lit une femme qu'il pouse parce qu'il n'a pas dcouvert d'autres moyens de lui violer sa dot8 ,loin de ce fermage infamant des chairs1 le plain-chant demeure parqu dans ses antiphonaires1 comme le moine dans son clotre2 et quand il en sort1 c'est pour faire jaillir devant le ,christ la gerbe des douleurs et des peines4 ,il les condense et les rsume en d'admirables plaintes et si1 las d'implorer1 il adore1 alors ses lans glorifient les vnements ternels1 les ,rameaux et les ,pques1 les ,pentectes et les ,ascensions1 les piphanies et les ,nols2 alors1 il dborde d'une joie si magnifique1 qu'il bondit hors des mondes1 exubre1 en extase1 aux pieds d'un ,dieu6 ,quant aux crmonies mmes de l'enterrement1 elles ne sont plus aujourd'hui qu'un train-train fructueux1 qu'une routine officielle1 qu'un treuil d'oraisons qu'on tourne1 machinalement1 sans y penser4 ,l'organiste songe sa famille et rumine ses ennuis pendant qu'il joue2 l'homme qui pompe l'air et le refoule dans les tuyaux pense au demi-setier qui tarira ses sueurs2 les tnors et les basses soignent leurs effets1 se mirent dans l'eau plus ou moins ride de leurs voix2 les enfants de la matrise rvent d'aller galopiner1 aprs la messe2 d'ailleurs1 ni les uns1 ni les autres1 ne comprennent un mot du latin qu'ils chantent et qu'ils abrgent1 du reste1 ainsi que dans le ,dies ir dont ils suppriment une partie des strophes4 ,de son ct1 la bedeaudaille suppute les fonds que le trpass rapporte et le prtre mme1 excd par ces prires qu'il a tant lues et press par l'heure du repas1 expdie l'office1 prie mcaniquement du bout des lvres1 tandis que les assistants ont hte1 eux aussi1 que la messe1 qu'ils n'ont pas coute d'ailleurs1 s'achve pour serrer la main des parents et quitter le mort4 ,c'est une inattention absolue1 un ennui profond4 ,et pourtant1 c'est effrayant ce qui est l1 sur des trteaux1 ce qui attend l1 dans l'glise2 car enfin1 c'est l'table vide1 jamais abandonne1 du corps2 et c'est cette table mme qui s'effondre4 ,du purin qui ftide1 des gaz qui migrent1 de la viande qui tourne1 c'est tout ce qui reste6 ,et l'me1 maintenant que la vie n'est plus et que tout commence8 ,personne n'y songe2 pas mme la famille1 nerve par la longueur de l'office1 absorbe dans son chagrin et qui ne regrette1 en somme1 que la prsence visible de l'tre qu'elle a perdu1 personne1 except moi1 se disait ,durtal1 et quelques curieux qui s'unissent1 terrifis1 au ,dies ir et au ,libera dont ils comprennent et la langue et le sens6 ,alors1 par le son extrieur des mots1 sans l'aide du recueillement1 sans l'appui mme de la rflexion1 l'glise agit4 ,et c'est l le miracle de sa liturgie1 le pouvoir de son verbe1 le prodige toujours renaissant des paroles cres par des temps rvolus1 des oraisons apprtes par des sicles morts6 ,tout a pass2 rien de ce qui fut surlev dans les ges abolis ne subsiste4 ,et ces proses demeures intactes1 cries par des voix indiffrentes et projetes de curs nuls1 intercdent1 gmissent1 implorent1 efficacement1 quand mme1 par leur force virtuelle1 par leur vertu talismanique1 par leur inalinable beaut1 par la certitude toute-puissante de leur foi4 ,et c'est le ,moyen ,age qui nous les lgua pour nous aider sauver1 s'il se peut1 l'me du mufle moderne1 du mufle mort6 ,a l'heure actuelle1 conclut ,durtal1 il ne reste de propre ,paris que les crmonies presque similaires des prises d'habit et des enterrements4 ,le malheur1 c'est que1 lorsqu'il s'agit d'un somptueux cadavre1 les ,pompes ,funbres svissent4 ,elles sortent alors un mobilier faire frmir1 des statues argentes de ,vierges d'un got atroce1 des cuvettes de zinc dans lesquelles flambent des bols de punch vert1 des candlabres en fer-blanc1 supportant au bout d'une tige qui ressemble un canon dress1 la gueule en l'air1 des araignes renverses sur le dos et dont les pattes emmanches de bougies brlent1 toute une quincaillerie funraire du temps du premier ,empire1 frappe en relief de patres1 de feuilles d'acanthe1 de sabliers ails1 de losanges et de grecques6--,le malheur aussi1 c'est que1 pour rehausser le misrable apparat de ces ftes1 l'on joue du ,massenet et du ,dubois1 du ,benjamin ,godard et du ,widor1 ou pis encore1 du bastringue de sacristie1 de la mystique de beuglant1 comme les femmes affilies aux confrries du mois de ,mai en chantent6 ,et puis1 hlas6 l'on n'entend plus les temptes des grandes orgues et les majests douloureuses du plain-chant1 qu'aux convois des dtenteurs2 pour les pauvres1 rien--ni matrise1 ni orgue--quelques poignes d'oraisons2 trois coups de pinceau tremp dans un bnitier et c'est un mort de plus sur lequel il pleut et qu'on enlve6 ,l'glise sait pourtant que la charogne du riche purule autant que celle du pauvre et que son me pue davantage encore2 mais elle brocante les indulgences et bazarde les messes2 elle est1 elle aussi1 ravage par l'appt du lucre6 ,il ne faut pas cependant que je pense trop de mal des crevs opulents1 fit ,durtal1 aprs un silence de rflexions2 car enfin1 c'est grce eux que je puis couter l'admirable liturgie des funrailles2 ces gens qui n'ont peut-tre fait aucun bien1 pendant leur vie1 font1 au moins1 sans le savoir1 cette charit1 quelques-uns1 aprs leur mort4 ,un brouhaha le ramena ,saint-,sulpice2 la matrise partait2 l'glise allait se clore4 ,j'aurais bien d tcher de prier1 se dit-il2 cela et mieux valu que de rvasser dans le vide ainsi sur une chaise2 mais prier8 ,je n'en ai pas le dsir2 je suis hant par le catholicisme1 gris par son atmosphre d'encens et de cire1 je rde autour de lui1 touch jusqu'aux larmes par ses prires1 pressur jusqu'aux moelles par ses psalmodies et par ses chants4 ,je suis bien dgot de ma vie1 bien las de moi1 mais de l mener une autre existence il y a loin6 ,et puis444 et puis444 si je suis perturb dans les chapelles1 je redeviens inmu et sec ds que j'en sors4 ,au fond1 se dit-il1 en se levant et en suivant les quelques personnes qui se dirigeaient1 rabattues par le suisse vers une porte1 au fond1 j'ai le cur racorni et fum par les noces1 je ne suis bon rien4 ,,ii ,comment tait-il redevenu catholique1 comment en tait-il arriv l8 ,et ,durtal se rpondait3 je l'ignore1 tout ce que je sais1 c'est qu'aprs avoir t pendant des annes incrdule1 soudain je crois4 ,voyons1 se disait-il1 tchons cependant de raisonner si tant est que1 dans l'obscurit d'un tel sujet1 le bon sens subsiste4 ,en somme1 ma surprise tient des ides prconues sur les conversions4 ,j'ai entendu parler du bouleversement subit et violent de l'me1 du coup de foudre1 ou bien de la foi faisant la fin explosion dans un terrain lentement et savamment min4 ,il est bien vident que les conversions peuvent s'effectuer suivant l'un ou l'autre de ces deux modes1 car ,dieu agit comme bon lui semble1 mais il doit y avoir aussi un troisime moyen qui est sans doute le plus ordinaire1 celui dont le ,sauveur s'est servi pour moi4 ,et celui-l consiste en je ne sais quoi2 c'est quelque chose d'analogue la digestion d'un estomac qui travaille1 sans qu'on le sente4 ,il n'y a pas eu de chemin de ,damas1 pas d'vnements qui dterminent une crise2 il n'est rien survenu et l'on se rveille un beau matin1 et sans que l'on sache ni comment1 ni pourquoi1 c'est fait4 ,oui1 mais cette manuvre ressemble fort1 en somme1 celle de cette mine qui n'clate qu'aprs avoir t profondment creuse4 ,eh6 ,non1 car1 dans ce cas1 les oprations sont sensibles2 les objections qui embarrassaient la route sont rsolues2 j'aurais pu raisonner1 suivre la marche de l'tincelle le long du fil et1 ici1 pas4 ,j'ai saut l'improviste1 sans avoir t prvenu1 sans mme m'tre dout que j'tais si studieusement sap4 ,et ce n'est pas davantage le coup de foudre1 moins que je n'admette un coup de foudre qui serait occulte et taciturne1 bizarre et doux4 ,et ce serait encore faux1 car ce bouleversement brusque de l'me vient presque toujours la suite d'un malheur ou d'un crime1 d'un acte enfin que l'on connat4 ,non1 la seule chose qui me semble sre1 c'est qu'il y a eu1 dans mon cas1 prmotion divine1 grce4 ,mais1 fit-il1 alors la psychologie de la conversion serait nulle8 ,et il se rpondit3 a m'en a tout l'air1 car je cherche vainement me retracer les tapes par lesquelles j'ai pass2 sans doute1 je peux relever sur la route parcourue1 et l1 quelques bornes3 l'amour de l'art1 l'hrdit1 l'ennui de vivre2 je peux mme me rappeler des sensations oublies d'enfance1 des cheminements souterrains d'ides suscites par mes stations dans les glises2 mais ce que je ne puis faire1 c'est relier ces fils1 les grouper en faisceau2 ce que je ne puis comprendre1 c'est la soudaine et la silencieuse explosion de lumire qui s'est faite en moi4 ,quand je cherche m'expliquer comment1 la veille1 incrdule1 je suis devenu1 sans le savoir1 en une nuit1 croyant1 eh bien je ne dcouvre rien1 car l'action cleste a disparu1 sans laisser de traces4 ,il est bien certain1 reprit-il1 aprs un silence de pense1 que c'est la ,vierge qui agit dans ces cas-l sur nous2 c'est elle qui vous ptrit et vous remet entre les mains du ,fils2 mais ses doigts sont si lgers1 si fluides1 si caressants que l'me qu'ils ont retourne n'a rien senti4 ,par contre1 si j'ignore la marche et les relais de ma conversion1 je puis au moins deviner quels sont les motifs qui1 aprs une vie d'indiffrence1 m'ont ramen dans les parages de l'glise1 m'ont fait errer dans ses alentours1 m'ont enfin pouss par le dos pour m'y faire entrer4 ,et il se disait sans ambages1 il y a trois causes3 ,d'abord un atavisme d'ancienne famille pieuse parse dans des monastres2 et des souvenirs d'enfance lui revenaient1 de cousines1 de tantes1 entrevues dans des parloirs1 des femmes douces et graves1 blanches comme des oublies1 qui l'intimidaient1 en parlant bas1 qui l'inquitaient presque lorsqu'en le regardant1 elles demandaient s'il tait sage4 ,il prouvait une sorte de peur1 se rfugiait dans les jupes de sa mre1 tremblant quand1 en partant1 il fallait apporter son front au-devant de lvres dcolores pour subir le souffle d'un baiser froid4 ,de loin1 alors qu'il y songeait maintenant1 ces entrevues qui l'avaient tant gn dans son enfance lui semblaient exquises4 ,il y mettait toute une posie de clotre1 enveloppait ces parloirs si nus d'une odeur efface de boiseries et de cire2 et il revoyait aussi les jardins qu'il avait traverss dans ces couvents1 des jardins embaumant le parfum amer et sal du buis1 plants de charmilles1 sems de treilles dont les raisins toujours verts ne mrissaient point1 espacs de bancs dont la pierre ronge gardait des anciennes ondes des ils d'eau2 et mille dtails lui revenaient de ces alles de tilleuls si tranquilles1 de ces sentiers o il courait dans la guipure noire que dessinait sur le sol l'ombre tombe des branches4 ,il conservait de ces jardins qui lui paraissaient devenir plus grands mesure qu'il avanait en ge un souvenir un peu confus o tremblait l'image embrouille d'un vieux parc aulique et d'un verger de presbytre1 situ au ,nord1 rest1 mme quand le soleil l'chauffait1 un peu humide4 ,il n'tait pas surprenant que ces sensations dformes par le temps eussent laiss en lui des infiltrations d'ides pieuses qui se creusaient alors qu'il les embellissait1 en y songeant2 tout cela pouvait avoir sourdement ferment pendant trente annes et se lever maintenant4 ,mais les deux autres causes qu'il connaissait avaient d tre encore plus actives4 ,c'tait son dgot de l'existence et sa passion de l'art2 et ce dgot s'aggravait certainement de sa solitude et de son oisivet4 ,aprs avoir autrefois log ses amitis au hasard des gens et essuy les pltres d'mes qui n'avaient aucun rapport avec la sienne1 il s'tait1 aprs tant d'inutile vagabondage1 enfin fix2 il avait t l'intime ami d'un ,dr des ,hermies1 un mdecin pris de dmonomanie et de mystique et du sonneur de cloches de ,saint-,sulpice1 du breton ,carhaix4 ,ces affections-l n'taient plus comme celles qu'il avait connues1 tout en superficie et en faade2 elles taient spacieuses et profondes1 bases sur des similitudes de penses1 sur des lignes indissolubles d'mes2 et celles-l avaient t brusquement rompues2 deux mois de distance1 des ,hermies et ,carhaix mouraient1 tus1 l'un par une fivre typhode1 l'autre par un refroidissement qui l'alita1 aprs qu'il eut sonn l'anglus du soir1 dans sa tour4 ,ce furent pour ,durtal d'affreux coups4 ,son existence qu'aucun lieu n'amarra plus partit la drive2 il erra1 dispers1 se rendant compte que cet abandon tait dfinitif1 que1 pour lui1 l'ge n'tait plus o l'on s'unit encore4 ,aussi vivait-il seul1 l'cart1 dans ses livres1 mais la solitude qu'il supportait bravement quand il tait occup1 quand il prparait un livre1 lui devenait intolrable lorsqu'il tait oisif4 ,il s'acagnardait des aprs-midi dans un fauteuil1 s'essorait dans des songes2 c'tait alors surtout que des ides fixes se promenaient en lui2 elles finissaient par lui jouer derrire le rideau baiss de ses yeux des feries dont les actes ne variaient gures4 ,toujours des nudits lui dansaient dans la cervelle1 au chant des psaumes2 et il sortait de ces rveries1 haletant1 nerv1 capable1 si un prtre s'tait trouv l1 de se jeter en pleurant ses pieds1 de mme qu'il se ft ru aux plus basses ordures si une fille et t prs de lui1 dans sa chambre4 ,chassons par le travail tous ces phantasmes1 se criait-il1 mais travailler quoi8 ,aprs avoir fait paratre une histoire de ,gilles de ,rais qui avait pu intresser quelques artistes1 il demeurait sans sujet1 l'afft d'un livre4 ,comme il tait1 en art1 un homme d'excs1 il sautait aussitt d'un extrme l'autre1 et1 aprs avoir fouill le ,satanisme au ,moyen ,age1 dans son rcit du marchal de ,rais1 il ne voyait plus d'intressant forer qu'une vie de sainte et quelques lignes dcouvertes dans les tudes sur la ,mystique de ,grres et de ,ribet l'avaient lanc sur la piste d'une bienheureuse ,lydwine1 en qute de documents neufs4 ,mais en admettant mme qu'il en dterrt1 pouvait-il ouvrer une vie de sainte8 ,il ne le croyait pas et les arguments sur lesquels il tayait son avis semblaient plausibles4 ,l'hagiographie tait une branche maintenant perdue de l'art2 il en tait d'elle ainsi que de la sculpture sur bois et des miniatures des vieux missels4 ,elle n'tait plus aujourd'hui traite que par des marguilliers et par des prtres1 par des commissionnaires de style qui semblent toujours1 lorsqu'ils crivent1 charger leurs ftus d'ides sur des camions2 et elle tait1 entre leurs mains1 devenue un des lieux communs de la bondieuserie1 une transposition dans le livre des statuettes des ,froc-,robert1 des images en chromo des ,bouasse4 ,la voie tait donc libre et il semblait tout d'abord ais de la planer2 mais pour extraire le charme des lgendes1 il fallait la langue nave des sicles rvolus1 le verbe ingnu des ges morts4 ,comment arriver exprimer aujourd'hui le suc dolent et le blanc parfum des trs anciennes traductions de la ,lgende dore de ,voragine8 comment lier en une candide gerbe ces fleurs plaintives que les moines cultivrent dans les pourpris des clotres1 alors que l'hagiographie tait la sur de l'art barbare et charmant des enlumineurs et des verriers1 de l'ardente et de la chaste peinture des ,primitifs8 ,on ne pouvait cependant songer se livrer de studieux pastiches1 s'efforcer de singer froidement de telles uvres4 ,restait alors la question de savoir si1 avec les ressources de l'art contemporain1 l'on parviendrait dresser l'humble et la haute figure d'une ,sainte2 et c'tait pour le moins douteux1 car le manque de simplesse relle1 le fard trop ingnieux du style1 les ruses d'un dessin attentif et la frime d'une couleur madre transformeraient probablement l'lue en une cabotine4 ,ce ne serait plus une ,sainte1 mais une actrice qui en jouerait plus ou moins adroitement le rle2 et alors1 le charme serait dtruit1 les miracles paratraient machins1 les pisodes seraient absurdes6444 puis444 puis444 encore faudrait-il avoir une foi qui ft vraiment vive et croire la saintet de son hrone1 si l'on voulait tenter de l'exhumer et de la faire revivre dans une uvre4 ,cela est si exact que voici ,gustave ,flaubert qui a crit d'admirables pages sur la lgende de ,saint ,julien-,l',hospitalier4 ,elles marchent en un tumulte blouissant et rgl1 voluent en une langue superbe dont l'apparente simplicit n'est due qu' l'astuce complique d'un art inou4 ,tout y est1 tout1 sauf l'accent qui et fait de cette nouvelle un vrai chef-d'uvre4 tant donn le sujet1 il y manque1 en effet1 la flamme qui devrait circuler sous ces magnifiques phrases2 il y manque le cri de l'amour qui dfaille1 le don de l'exil surhumain1 l'me mystique6 ,d'un autre ct1 les ,physionomies de ,saints d',hello valent qu'on les lise4 ,la ,foi jaillit dans chacun de ses portraits1 l'enthousiasme dborde des chapitres1 des rapprochements inattendus creusent d'inpuisables citernes de rflexions entre les lignes2 mais quoi6 ,hello tait si peu artiste que d'adorables lgendes dteignent dans ses doigts quand il y touche2 la lsine de son style appauvrit les miracles et les rend inermes4 ,il y manque l'art qui sortirait ce livre de la catgorie des uvres blafardes1 des uvres mortes6 ,l'exemple de ces deux hommes1 opposs comme jamais crivains ne le furent1 et n'ayant pu atteindre la perfection1 l'un1 dans la lgende de saint ,julien1 parce que la ,foi lui faisait dfaut et l'autre parce qu'il possdait une inextensible indigence d'art1 dcourageait compltement ,durtal4 ,il faudrait tre en mme temps les deux1 et rester encore soi1 se disait-il1 sinon quoi bon s'atteler de telles tches8 ,mieux vaut se taire2 et il se renfrognait1 dsespr1 dans son fauteuil4 ,alors le mpris de cette existence dserte qu'il menait s'acclrait en lui et1 une fois de plus1 il se demandait l'intrt que la ,providence pouvait bien avoir torturer ainsi les descendants de ses premiers convicts8 ,et s'il n'obtenait pas de rponse1 il tait pourtant bien oblig de se dire qu'au moins l'glise recueillait1 dans ces dsastres1 les paves1 qu'elle abritait les naufrags1 les rapatriait1 leur assurait enfin un gte4 ,pas plus que ,schopenhauer dont il avait autrefois raffol1 mais dont la spcialit d'inventaires avant dcs et les herbiers de plaintes sches l'avaient lass1 l'glise ne dcevait l'homme et ne cherchait le leurrer1 en lui vantant la clmence d'une vie qu'elle savait ignoble4 ,par tous ses livres inspirs1 elle clamait l'horreur de la destine1 pleurait la tche impose de vivre4 ,l',ecclsiastique1 l',ecclsiaste1 le livre de ,job1 les ,lamentations de ,jrmie attestaient cette douleur chaque ligne et le ,moyen ,age avait1 lui aussi1 dans l',imitation de ,jsus-,christ1 maudit l'existence et appel grands cris la mort4 ,plus nettement que ,schopenhauer1 l'glise dclarait qu'il n'y avait rien souhaiter ici-bas1 rien attendre2 mais l o s'arrtaient les procs-verbaux du philosophe1 elle1 continuait1 franchissait les limites des sens1 divulguait le but1 prcisait les fins4 ,puis1 se disait-il1 tout bien considr1 l'argument de ,schopenhauer tant prn contre le ,crateur et tir de la misre et de l'injustice du monde1 n'est pas1 quand on y rflchit1 irrsistible1 car le monde n'est pas ce que ,dieu l'a fait1 mais bien ce que l'homme en a fait4 ,avant d'accuser le ciel de nos maux1 il conviendrait sans doute de rechercher par quelles phases consenties1 par quelles chutes voulues1 la crature a pass1 avant que d'aboutir au sinistre gchis qu'elle dplore4 ,il faudrait maudire les vices de ses anctres et ses propres passions qui engendrrent la plupart des maladies dont on souffre2 il faudrait se dire que si ,dieu nous infligea l'excrment1 l'homme y a par ses excs ajout le pus2 il faudrait vomir la civilisation qui a rendu l'existence intolrable aux mes propres et non le ,seigneur qui ne nous a peut-tre pas crs1 pour tre pils coups de canons1 en temps de guerre1 pour tre exploits1 vols1 dvaliss1 en temps de paix1 par les ngriers du commerce et les brigands des banques4 ,ce qui reste incomprhensible1 par exemple1 c'est l'horreur initiale1 l'horreur impose chacun de nous1 de vivre2 mais c'est l un mystre qu'aucune philosophie n'explique4 ,ah6 reprenait-il1 quand je songe cette horreur1 ce dgot de l'existence qui s'est1 d'annes en annes1 exaspr en moi1 comme je comprends que j'aie forcment cingl vers le seul port o je pouvais trouver un abri1 vers l'glise4 ,jadis1 je la mprisais1 parce que j'avais un pal qui me soutenait lorsque soufflaient les grands vents d'ennui2 je croyais mes romans1 je travaillais mes livres d'histoire1 j'avais l'art4 ,j'ai fini par reconnatre sa parfaite insuffisance1 son inaptitude rsolue rendre heureux4 ,alors j'ai compris que le pessimisme tait tout au plus bon rconforter les gens qui n'avaient pas un rel besoin d'tre consols2 j'ai compris que ses thories1 allchantes quand on est jeune et riche et bien portant1 deviennent singulirement dbiles et lamentablement fausses1 quand l'ge s'avance1 quand les infirmits s'annoncent1 quand tout s'croule6 ,je suis all l'hpital des mes1 l'glise4 ,on vous y reoit au moins1 on vous y couche1 on vous y soigne2 on ne se borne pas vous dire1 en vous tournant le dos1 ainsi que dans la clinique du ,pessimisme1 le nom du mal dont on souffre6 ,enfin ,durtal avait t ramen la religion par l'art4 ,plus que son dgot de la vie mme1 l'art avait t l'irrsistible aimant qui l'avait attir vers ,dieu4 ,le jour o1 par curiosit1 pour tuer le temps1 il tait entr dans une glise et1 aprs tant d'annes d'oubli1 y avait cout les ,vpres des morts tomber lourdement1 une une1 tandis que les chantres alternaient et jetaient1 l'un aprs l'autre1 comme des fossoyeurs1 des pelletes de versets1 il avait eu l'me remue jusque dans ses combles4 ,les soirs o il avait entendu les admirables chants de l'octave des trpasss1 ,saint-,sulpice1 il s'tait senti pour jamais capt2 mais ce qui l'avait pressur1 ce qui l'avait asservi mieux encore1 c'taient les crmonies1 les chants de la semaine sainte4 ,il les avait visites les glises1 pendant cette semaine6 ,elles s'ouvraient ainsi que des palais dvasts1 ainsi que des cimetires ravags de ,dieu4 ,elles taient sinistres avec leurs images voiles1 leurs crucifix envelopps d'un losange violet1 leurs orgues taciturnes1 leurs cloches muettes4 ,la foule s'coulait1 affaire1 sans bruit1 marchait par terre1 sur l'immense croix que dessinent la grande alle et les deux bras du transept et1 entre par les plaies que figurent les portes1 elle remontait jusqu' l'autel1 l o devait poser la tte ensanglante du ,christ et elle baisait avidement1 genoux1 le crucifix qui barrait la place du menton1 au bas des marches4 ,et cette foule devenait1 elle-mme1 en se coulant dans ce moule crucial de l'glise1 une norme croix vivante et grouillante1 silencieuse et sombre4 ,a ,saint-,sulpice o tout le sminaire assembl pleurait l'ignominie de la justice humaine et la mort dcide d'un ,dieu1 ,durtal avait suivi les incomparables offices de ces jours luctueux1 de ces minutes noires1 cout la douleur infinie de la ,passion1 si noblement1 si profondment exprime ,tnbres par les lentes psalmodies1 par le chant des ,lamentations et des ,psaumes2 mais quand il y songeait1 ce qui le faisait surtout frmir1 c'tait le souvenir de la ,vierge arrivant le jeudi1 ds que la nuit tombait4 ,l'glise jusqu'alors absorbe dans son chagrin et couche devant la croix se relevait et se mettait sangloter1 en voyant la ,mre4 ,par toutes les voix de sa matrise1 elle s'empressait autour de ,marie1 s'efforait de la consoler1 en mlant les larmes du ,stabat aux siennes1 en gmissant cette musique de plaintes endolories1 en pressant sur la blessure de cette prose qui rendait de l'eau et du sang comme la plaie du ,christ4 ,durtal sortait1 accabl1 de ces longues sances1 mais ses tentations contre la foi se dissipaient2 il ne doutait plus2 il lui semblait qu' ,saint-,sulpice1 la grce se mlait aux loquentes splendeurs des liturgies et que des appels passaient pour lui dans l'obscure affliction des voix2 aussi prouvait-il une reconnaissance toute filiale pour cette glise o il avait vcu de si douces et de si dolentes heures6 ,et cependant1 dans les semaines ordinaires1 il ne la frquentait point2 elle lui paraissait trop grande et trop froide et elle tait si laide6 ,il lui prfrait des sanctuaires plus tides et plus petits1 des sanctuaires o subsistaient encore des traces du ,moyen ,age4 ,alors1 il se rfugiait1 les jours de flne en sortant du ,louvre o il s'tait longuement vagu devant les toiles des primitifs1 dans la vieille glise de ,saint-,sverin1 enfouie en un coin du ,paris pauvre4 ,il y apportait les visions des toiles qu'il avait admires au ,louvre et il les contemplait nouveau1 dans ce milieu o elles se trouvaient vraiment chez elles4 ,puis c'taient des moments dlicieux qu'il y coulait1 emport dans ces nues d'harmonie que sillonne l'clair blanc de la voix enfantine jailli du tonnerre roulant des orgues4 ,l1 sans mme prier1 il sentait glisser en lui une langueur plaintive1 un discret malaise2 ,saint-,sverin le ravissait1 l'aidait mieux que les autres se suggrer1 certains jours1 une indfinissable impression d'allgresse et de piti1 quelquefois mme1 alors qu'il songeait la voirie de ses sens1 se natter l'me de regrets et d'effroi4 ,souvent1 il y allait2 surtout1 le dimanche matin1 dix heures1 la grand'messe4 ,l1 il s'installait derrire le matre-autel1 dans cette mlancolique et dlicate abside plante1 ainsi qu'un jardin d'hiver1 de bois rares et un peu fous4 ,on et dit d'un berceau ptrifi de trs vieux arbres tout en fleurs1 mais dfeuills1 de ces futaies de piliers carrs ou taills larges pans1 creuss d'entailles rgulires prs de leurs bases1 ctels sur leurs parcours comme des pieds de rhubarbe1 cannels comme des cleris4 ,aucune vgtation ne s'panouissait au sommet de ces troncs qui arquaient leurs rameaux dnuds le long des votes1 les rejoignaient1 les aboutaient1 assemblant leurs points de suture1 leurs nuds de greffe1 d'extravagants bouquets de roses blasonnes1 de fleurs armories et fouilles jour2 et depuis prs de quatre cents ans ces arbres immobilisaient leur sve et ne poussaient plus4 ,les hampes jamais courbes restaient intactes2 la blanche corce des piliers s'effritait peine1 mais la plupart des fleurs taient fltries2 des ptales hraldiques manquaient2 certaines clefs de vote ne gardaient plus que des calices stratifis1 ouvrs comme des nids1 trous comme des ponges1 chiffonns comme des poignes de dentelles rousses4 ,et au milieu de cette flore mystique1 parmi ces arbres lapidifis1 il en tait un1 bizarre et charmant1 qui suggrait cette chimrique ide que la fume droule des bleus encens tait parvenue se condenser1 se coaguler en plissant avec l'ge et former1 en se tordant1 la spirale de cette colonne qui tournoyait sur elle-mme et finissait par s'vaser en une gerbe dont les tiges brises retombaient du haut des cintres4 ,ce coin o se rfugiait ,durtal tait peine clair par des verrires en ogive1 losanges de mailles noires1 serties de minuscules carreaux obscurcis par la poussire accumule des temps1 rendus plus sombres encore par les boiseries des chapelles qui les ceinturaient jusqu' mi-corps4 ,cette abside1 elle tait bien1 si l'on voulait1 un massif gel de squelettes d'arbres1 une serre d'essences mortes1 ayant appartenu la famille des palmifres1 voquant encore le souvenir d'invraisemblables phnix1 d'inexacts lataniers1 mais elle rappelait aussi1 avec sa forme en demi-lune et sa lumire trouble1 l'image d'une proue de navire plonge sous l'onde4 ,elle laissait1 en effet1 filtrer au travers de ses hublots1 aux vitres treillisses d'une rsille noire1 le murmure touff--que simulait le roulement des voitures branlant la rue1--d'une rivire qui tamiserait dans le cours saumtre de ses eaux des lueurs ddores de jour4 ,le dimanche1 l'heure de la grand'messe1 cette abside restait dserte4 ,tout le public emplissait la nef devant le matre-autel ou s'parpillait plus loin dans une chapelle ddie ,notre-,dame4 ,durtal tait donc peu prs seul2 et les gens mme qui traversaient son refuge n'taient ni hbts1 ni hostiles1 ainsi que les fidles des autres glises4 ,c'taient dans ce quartier de gueux1 de trs pauvres gens1 des regrattires1 des surs de charit1 des loqueteux1 des mioches2 c'taient surtout des femmes en guenilles1 marchant sur la pointe des pieds1 s'agenouillant sans regarder autour d'elles1 des humbles gnes mme par le luxe piteux des autels1 hasardant un il soumis et baissant le dos quand passait le suisse4 ,touch par la timidit de ces misres muettes1 ,durtal coutait la messe que chantait une matrise peu nombreuse1 mais patiemment dresse4 ,mieux qu' ,saint-,sulpice o pourtant les offices taient autrement solennels et exacts1 la matrise de ,saint-,sverin entonnait cette merveille du plain-chant1 le ,credo4 ,elle l'enlevait1 en quelque sorte1 jusqu'au sommet du chur et le faisait planer1 les ailes grandes ouvertes1 presque immobiles1 au-dessus des ouailles prosternes1 lorsque le verset et homo factus est prenait son lent et respectueux essor dans la voix baisse du chantre4 ,c'tait1 la fois1 lapidaire et fluide1 indestructible1 ainsi que les articles du ,symbole mme1 inspir comme le texte que l',esprit ,saint dicta1 dans leur dernire assemble1 aux aptres runis du ,christ4 ,a ,saint-,sverin1 une voix de taureau clamait1 seule1 un verset1 puis tous les enfants1 soutenus par la rserve des chantres1 lanaient les autres et les inaltrables vrits s'affirmaient mesure1 plus attentives1 plus graves1 plus accentues1 un peu plaintives mme dans la voix isole de l'homme1 plus timides peut-tre1 mais aussi plus familires1 plus joyeuses1 dans l'lan pourtant contenu des gosses4 ,a ce moment-l1 ,durtal se sentait soulev et il se criait3 mais il est impossible que les alluvions de la ,foi qui ont cr cette certitude musicale soient fausses6 ,l'accent de ces aveux est tel qu'il est surhumain et si loin de la musique profane qui n'a jamais atteint l'impermable grandeur de ce chant nu6 ,toute la messe tait d'ailleurs ,saint-,sverin exquise4 ,le ,kyrie eleison sourd et somptueux2 le ,gloria in excelsis divis entre le grand et le petit orgue1 l'un chantant seul et l'autre dirigeant et soutenant le chur1 exultait d'allgresse2 le ,sanctus emball1 presque hagard alors que la matrise criait l'hosanna in excelsis1 bondissait jusqu'aux cintres2 et l',agnus ,dei s'levait peine en une claire mlodie suppliante1 si humble qu'elle n'osait monter4 ,en somme1 part des ,salutaris de contrebande dtaills l1 ainsi que toutes les glises1 ,saint-,sverin conservait1 les dimanches ordinaires1 la liturgie musicale1 la chantait presque respectueusement avec des voix fragiles mais bien teintes d'enfants1 avec des basses solidement btonnes1 remontant de leurs puits de vigoureux sons4 ,et c'tait une joie pour ,durtal que de s'attarder dans cet adorable milieu du ,moyen ,age1 dans cette ombre dserte1 parmi ces chants qui s'levaient derrire lui1 sans qu'il ft troubl par les manigances des bouches qu'il ne pouvait voir4 ,il finissait par tre pris aux moelles1 suffoqu par de nerveuses larmes et toutes les rancurs de sa vie lui remontaient2 plein de craintes indcises1 de postulations confuses qui l'touffaient sans trouver d'issues1 il maudissait l'ignominie de son existence1 se jurait d'touffer ses mois charnels4 ,puis1 quand la messe tait termine1 il errait dans l'glise mme1 s'exaltait devant l'essor de cette nef que quatre sicles btirent et scellrent de leurs armes1 en y apposant ces extraordinaires empreintes1 ces fabuleux cachets qui s'panouissent en relief sous le berceau renvers des votes4 ,ces sicles s'taient runis pour apporter aux pieds du ,christ l'effort surhumain de leur art et les dons de chacun taient visibles encore4 ,le ,x,i,i,ie sicle avait taill ces piliers bas et trapus dont les chapiteaux se couronnent de nymphas1 de trfles d'eau1 de feuillages grandes ctes1 voluts en crochets et tourns en crosse4 ,le ,x,i,ve sicle avait lev les colonnes des traves voisines sur le flanc desquelles des prophtes1 des moines1 des saints1 soutiennent de leurs corps tendus la retombe des arcs4 ,le ,x,ve et le ,x,v,ie avaient cr l'abside1 le sanctuaire1 quelques-uns mme des vitraux ouverts au sommet du chur et1 bien qu'ils eussent t rpars par de vrais gnaffs1 ils n'en avaient pas moins gard une grce barbare1 une navet vraiment touchante4 ,ils paraissaient avoir t dessins par les anctres des imagiers d'pinal et bariols par eux de tons crus4 ,les donateurs et les ,saints qui dfilaient dans ces clairs tableaux encadrs de pierre1 taient tous maladroits et pensifs1 vtus de robes gomme-gutte1 vert bouteille1 bleu de prusse1 rouge de groseille1 violet d'aubergine et lie de vin qui se fonaient encore au contact des chairs omises ou perdues1 restes1 en tout cas1 comme leur piderme de verre1 incolores4 ,dans l'une de ces fentres1 le ,christ en croix semblait mme limpide1 tout en lumire1 au milieu des taches azures du ciel et des plaques rouges et vertes que formaient les ailes de deux anges dont le visage paraissait aussi taill dans le cristal et rempli de jour4 ,et ces vitraux1 diffrents en cela de ceux des autres glises1 absorbaient les rayons du soleil1 sans les rfracter4 ,ils avaient sans doute t privs volontairement de reflets1 afin de ne pas insulter par une insolente gaiet de pierreries en feu la mlancolique dtresse de cette glise qui s'levait dans l'atroce repaire d'un quartier peupl de mendiants et d'escarpes4 ,alors des rflexions assaillaient ,durtal4 ,dans ,paris1 les basiliques modernes taient inertes2 elles restaient sourdes aux prires qui se brisaient contre l'indiffrence glace de leurs murs4 ,comment se recueillir dans ces nefs o les mes n'ont rien laiss d'elles1 o lorsqu'elles allaient peut-tre se livrer1 elles avaient d se reprendre1 se replier1 rebutes par l'indiscrtion d'un clairage de photographe1 offusques mme par l'abandon de ces autels o aucun ,saint n'avait jamais clbr la messe8 ,il semblait que ,dieu ft toujours sorti1 qu'il ne rentrt que pour tenir sa promesse de paratre au moment de la conscration et qu'aussitt aprs1 il se retirt1 mprisant1 de ces difices qui n'avaient pas t crs expressment pour lui1 puisque1 par la bassesse de leurs formes1 ils pouvaient servir aux usages les plus profanes1 puisque surtout ils ne lui apportaient point1 dfaut de la saintet1 le seul don qui pt lui plaire1 ce don de l'art qu'il a1 lui-mme1 prt l'homme et qui lui permet de se mirer dans la restitution abrge de son uvre1 de se rjouir devant l'closion de cette flore dont il a sem les germes dans les mes qu'il a tries avec soin1 dans les mes qu'il a1 aprs celles de ses ,saints1 vraiment lues4 ,ah6 les charitables glises du ,moyen ,age1 les chapelles moites et enfumes1 pleines de chants anciens1 de peintures exquises et cette odeur des cierges qu'on teint1 et ces parfums des encens qu'on brle6 ,a ,paris1 il ne restait plus que quelques spcimens de cet art d'antan1 que quelques sanctuaires dont les pierres suintaient rellement la ,foi2 parmi ceux-l1 ,saint-,sverin apparaissait ,durtal comme le plus exquis et le plus sr4 ,il ne se sentait chez lui que l2 il croyait que s'il voulait enfin prier pour de bon1 ce serait dans cette glise qu'il devrait le faire1 et il se disait3 ici1 l'me des votes existe4 ,il est impossible que les ardentes prires1 que les sanglots dsesprs du ,moyen ,age n'aient pas jamais imprgn ces piliers et tann ces murs2 il est impossible que cette vigne de douleurs o jadis des ,saints vendangrent les grappes chaudes des larmes1 n'ait pas conserv1 de ces admirables temps1 des manations qui soutiennent1 des effluves qui sollicitent encore la honte des pchs1 l'aveu des pleurs6 ,de mme que sainte ,agns demeurant immacule dans les bordeaux1 cette glise restait intacte dans un milieu infme1 alors que tout autour d'elle dans les rues1 au ,chteau rouge1 la crmerie ,alexandre1 l1 deux pas1 la tourbe moderne des sacripants combinaient leurs mfaits1 en cuvant1 avec des prostitues1 les boissons de crimes1 les absinthes cuivres et les trois six6 ,dans ce territoire rserv du ,satanisme1 elle mergeait1 dlicate et petite1 frileusement emmitoufle dans les guenilles des cabarets et des taudis2 et1 de loin1 elle dressait encore1 au-dessus des toits1 son clocher frle1 pareil une aiguille pique1 la pointe en bas et ajourant en l'air son chas au travers duquel on apercevait1 surplombant une sorte d'enclume1 une minuscule cloche4 ,telle elle apparaissait1 du moins1 de la place ,saint-,andr-des-,arts4 ,symboliquement1 on et dit d'un misricordieux appel toujours repouss par des mes endurcies et marteles par les vices1 de cette enclume qui n'tait qu'une illusion d'optique et de cette trs relle cloche4 ,et dire1 songeait ,durtal1 dire que d'ignares architectes et que d'ineptes archologues voudraient dgager ,saint-,sverin de ses loques et la cerner avec les arbres en prison d'un square6 ,mais elle a toujours vcu dans son lacis de rues noires6 ,elle est volontairement humble1 en accord avec le misrable quartier qu'elle assiste4 ,au ,moyen ,age1 elle tait un monument d'intrieur et non l'une de ces imptueuses basiliques que l'on dressait en vidence sur de grandes places4 ,elle tait un oratoire pour les pauvres1 une glise agenouille et non debout2 aussi serait-ce le contre-sens le plus absolu que de la sortir de son milieu1 que de lui enlever ce jour d'ternel crpuscule1 ces heures toutes en ombre1 qui avivent sa dolente beaut de servante en prire derrire la haie impie des bouges6 ,ah6 si l'on pouvait la tremper dans l'atmosphre embrase de ,notre-,dame des ,victoires et adjoindre sa maigre psallette la puissante matrise de ,saint-,sulpice1 ce serait complet6 ,se criait ,durtal2 mais hlas6 ,ici-bas1 rien d'entier1 rien de parfait n'existe6 ,enfin1 au point de vue de l'art1 elle tait encore la seule qui le ravissait1 car ,notre-,dame de ,paris tait trop grande et trop sillonne par des touristes3 puis les crmonies s'y faisaient rares2 on y dbitait juste le poids des prires exiges et la plupart des chapelles demeuraient closes2 enfin les voix de ses enfants taient en coton repriser2 tous coups1 elles cassaient1 pendant que graillonnait l'ge avanc des basses4 ,a ,saint-tienne du ,mont1 c'tait pis encore2 la coque de l'glise tait charmante1 mais la matrise tait une succursale de la maison ,sanfourche2 on se serait cru dans un chenil o grognait une meute varie de btes malades2 quant aux autres sanctuaires de la rive gauche1 ils taient nuls2 l'on y supprimait d'ailleurs autant que possible le plain-chant1 et partout l'on y embrenait avec des fredons libertins la pauvret des voix4 ,et c'tait cependant encore sur cette rive que les glises se respectaient le mieux1 car le district religieux de ,paris s'arrte ce ct de la ,seine1 cesse aprs que l'on a franchi les ponts4 ,en somme1 en se rcapitulant1 il pouvait croire que ,saint-,sverin par ses effluves et l'art dlicieux de sa vieille nef1 que ,saint-,sulpice par ses crmonies et par ses chants l'avaient ramen vers l'art chrtien qui l'avait son tour dirig vers ,dieu4 ,puis1 une fois aiguill sur cette voie1 il l'avait parcourue1 tait sorti de l'architecture et de la musique1 avait err sur les territoires mystiques des autres arts et ses longues stations au ,louvre1 ses incursions dans les brviaires1 dans les livres de ,ruysbroeck1 d',angle de ,foligno1 de ,sainte ,trse1 de ,sainte ,catherine de ,gnes1 de ,madeleine de ,pazzi1 l'avaient encore affermi dans ses croyances4 ,mais ce bouleversement d'ides qu'il avait subi tait trop rcent pour que son me encore dsquilibre se tnt4 ,par instants1 elle semblait vouloir se retourner et il se dbattait alors pour l'apaiser4 ,il s'usait en disputes1 en arrivait douter de la sincrit de sa conversion1 se disait3 en fin de compte1 je ne suis emball l'glise que par l'art2 je n'y vais que pour voir ou pour entendre et non pour prier2 je ne cherche pas le ,seigneur1 mais mon plaisir4 ,ce n'est pas srieux6 ,de mme que dans un bain tide1 je ne sens point le froid si je reste immobile et que si je remue1 je gle1 de mme aussi l'glise mes lans chavirent ds que je bouge2 je suis presque enflamm dans la nef1 moins chaud dj sous le parvis et je deviens absolument glac lorsque je suis dehors4 ,ce sont des postulations littraires1 des vibrations de nerfs1 des chauffoures de penses1 des bagarres d'esprit1 c'est tout ce que l'on voudra1 sauf la ,foi4 ,mais ce qui l'inquitait plus encore que ce besoin d'adjuvants pour s'attendrir1 c'tait que ses sens dvergonds s'exaspraient au contact des ides pieuses4 ,il flottait1 comme une pave1 entre la luxure et l'glise et elles se le renvoyaient1 tour de rle1 le forant ds qu'il s'approchait de l'une retourner aussitt auprs de celle qu'il avait quitte et il en venait se demander s'il n'tait pas victime d'une mystification de ses bas instincts cherchant se ranimer1 sans mme qu'il en et conscience1 par le cordial d'une pit fausse4 ,en effet1 combien de fois l'avait-il vu se raliser l'immonde miracle1 alors qu'il sortait presque en larmes de ,saint-,sverin8 ,sournoisement1 sans filiation d'ides1 sans gradation1 sans soudure de sensations1 sans mme qu'une tincelle crpitt1 ses sens prenaient feu et il tait sans force pour les laisser se consumer seuls1 pour leur rsister4 ,il se vomissait aprs1 mais il tait bien temps6 ,et alors le mouvement inverse se produisait2 il avait envie de courir dans une chapelle1 de s'y laver et il tait si dgot de lui que1 s'il allait quelquefois jusqu' la porte1 il n'osait entrer4 ,d'autres fois1 au contraire1 il se rvoltait et se criait1 furieux3 c'est bte1 la fin1 je me suis gt le seul plaisir qui me restait1 la chair4 ,jadis1 je m'amusais et ne me rpugnais point2 aujourd'hui1 je paye mes pauvres godailles par des tourments4 ,j'ai ajout un ennui de plus dans mon existence2 ah6 si c'tait refaire6 ,et vainement1 il se mentait1 tentait de se justifier1 en se suggrant des doutes4 ,et si tout cela n'tait pas vritable8 ,s'il n'y avait rien8 ,si je me trompais8 ,si les libres-penseurs avaient raison8 ,mais il tait bien oblig de se prendre en piti1 car il sentait trs distinctement1 au fond de lui1 qu'il possdait l'inbranlable certitude de la vraie ,foi4 ,ces discussions sont misrables et ces excuses que je cherche mes salets sont odieuses1 se disait-il3 et une flambe d'enthousiasme jaillissait en lui4 ,comment douter de la vracit des dogmes1 comment nier la puissance divine de l'glise1 mais elle s'impose6 ,d'abord elle a son art surhumain et sa mystique1 puis n'est-elle donc pas surprenante la persistante inanit des hrsies vaincues8 ,toutes1 depuis que le monde existe1 ont eu pour tremplin la chair4 ,logiquement1 humainement1 elles devaient triompher1 car elles permettaient l'homme et la femme de satisfaire leurs passions1 soi-disant en ne pchant pas1 en se sanctifiant mme comme les gnostiques1 en rendant par les plus basses turpitudes hommage ,dieu4 ,que sont-elles devenues8 ,toutes ont sombr4 ,l'glise1 si inflexible sur cette question1 est demeure entire et debout4 ,elle ordonne au corps de se taire1 l'me de souffrir et1 contre toute vraisemblance1 l'humanit l'coute et balaie1 tel qu'un fumier1 les sduisantes allgresses qu'on lui propose4 ,n'est-elle pas dcisive aussi cette vitalit que conserve l'glise1 malgr l'insondable stupidit des siens8 ,elle a rsist l'inquitante sottise de son clerg1 elle n'a pas mme t entame par la maladresse1 par le manque de talent de ses dfenseurs6 c'est cela qui est fort6 ,non1 plus j'y songe1 s'criait-il1 plus je la trouve prodigieuse1 unique6 ,plus je suis convaincu qu'elle seule dtient la vrit1 qu'hors d'elle1 ce ne sont plus que des luxations d'esprit1 que des impostures1 que des esclandres6--,l'glise1 elle est le haras divin et le dispensaire cleste des mes2 c'est elle qui les allaite1 qui les lve1 qui les panse2 elle1 qui leur notifie1 quand le temps des douleurs est venu1 que la vie relle ne commence pas la naissance1 mais bien la mort4 ,l'glise1 elle est indfectible1 elle est suradmirable1 elle est immense444 ,oui1 mais alors1 il faudrait suivre ses prescriptions et pratiquer les sacrements qu'elle exige6 ,et ,durtal1 en hochant la tte1 ne se rpondait plus4 ,,iii ,comme tous les incrdules il s'tait dit1 avant sa conversion3 moi1 si je croyais que ,jsus est ,dieu et que la vie ternelle n'est pas un leurre1 je n'hsiterais point renverser mes habitudes1 suivre autant que possible les rgles religieuses1 demeurer1 en tout cas1 chaste4 ,et il s'tonnait que des gens qu'il avait connus et qui se trouvaient dans ces conditions n'eussent pas une attitude suprieure la sienne4 ,lui1 qui s'accordait depuis si longtemps d'indulgents pardons1 devenait d'une singulire intolrance1 ds qu'il s'agissait d'un catholique4 ,il comprenait maintenant l'iniquit de ses jugements1 se rendait compte qu'entre croire et pratiquer l'abme le plus difficile franchir existe4 ,il n'aimait pas se disputer sur cette question1 mais elle revenait et l'obsdait quand mme et il tait bien oblig de s'avouer alors la mesquinerie de ses arguments1 les mprisables raisons de ses rsistances4 ,il tait encore assez franc pour se dire3 je ne suis plus un enfant2 si j'ai la ,foi1 si j'admets le ,catholicisme1 je ne puis le concevoir1 tide et flottant1 continuellement rchauff par le bain-marie d'un faux zle4 ,je ne veux pas de compromis et de trves1 d'alternances de dbauches et de communions1 de relais libertins et pieux1 non1 tout ou rien2 se muer de fond en comble ou ne rien changer6 ,et aussitt1 il reculait pouvant1 essayait de fuir devant ce parti qu'il s'agissait de prendre1 s'ingniait se disculper en ergotant pendant des heures1 invoquait les plus pitres motifs pour demeurer tel qu'il tait1 pour ne pas bouger4 ,comment faire8 si je n'obis pas des ordres que je sens s'affirmer1 de plus en plus imprieux1 en moi1 je me prpare une vie de malaises et de remords1 car je sais trs bien que je ne dois pas m'terniser ainsi sur le seuil1 mais pntrer dans le sanctuaire et y rester4 ,et si je me dcide444 ah6 ,non1 par exemple444 car alors il faudra s'astreindre un tas d'observances1 se plier des sries d'exercices1 suivre la messe le dimanche1 faire maigre le vendredi2 il faudra vivre en cagot1 ressembler un imbcile6 ,et il se rappelait soudain1 pour s'aider la rvolte1 la dgane1 la tte1 des gens assidus dans les glises2 pour deux hommes qui avaient l'air d'tres intelligents1 d'tres propres1 combien1 n'en pas douter1 taient des cafards et des pleutres6 ,presque tous avaient l'aspect louche1 la voix huileuse1 les yeux rampants1 les lunettes inamovibles1 les vtements en bois noir des sacristains2 presque tous grenaient d'ostensibles chapelets et1 plus stratgiques1 plus fourbes encore que les impies1 ils ranonnaient leur prochain1 en quittant ,dieu4 ,et les dvotes taient encore moins rassurantes2 elles envahissaient l'glise1 s'y promenaient ainsi que chez elles1 drangeaient tout le monde1 bousculaient les chaises1 vous cognaient sans mme demander pardon2 puis elles s'agenouillaient avec faste1 prenaient des attitudes d'anges contrits1 marmottaient d'intarissables patentres1 sortaient de l'glise encore plus arrogantes et plus aigres4 ,comme c'est encourageant de se dire qu'il faudra se mler la clique de ces pcores pieuses6 s'criait-il4 ,mais aussitt1 sans mme qu'il le voult1 il se rpondait3 tu n'as pas t'occuper des autres2 si tu tais plus humble1 ces gens te paratraient sans doute moins hostiles2 ils ont dans tous les cas le courage qui te manque2 eux n'ont pas honte de leur foi et ils ne craignent pas de s'agenouiller en public devant leur ,dieu4 ,et ,durtal restait penaud1 car il devait bien s'avouer que cette riposte frappait juste4 ,l'humilit lui faisait dfaut1 cela tait sr1 mais ce qui tait peut-tre pis encore1 il ne pouvait se soustraire au respect humain4 ,il apprhendait de passer pour un sot2 la perspective d'tre aperu1 genoux1 dans une glise1 l'horripilait2 l'ide1 si jamais il devait communier1 de se lever1 d'affronter les regards pour s'acheminer vers l'autel1 lui tait intolrable4 ,s'il vient jamais1 ce qu'il sera dur subir ce moment-l6 se disait-il2 et pourtant1 c'est idiot1 car enfin je n'ai que faire de l'opinion de personnes que je ne connais point6 mais il avait beau se rpter que ses alarmes taient absurdes1 il ne parvenait pas les surmonter1 se dissuader de la peur du ridicule4 ,enfin1 reprenait-il1 quand mme je me dciderais sauter le foss1 me confesser et communier1 il resterait toujours rsoudre la terrible question des sens2 il faudrait se dterminer fuir les emprises de la chair1 renoncer aux filles1 accepter un ternel jene4 a1 je n'y parviendrai jamais6 ,sans compter que1 dans tous les cas1 le moment serait mal choisi si je tentais ds maintenant cet effort1 car je n'ai jamais t si tourment que depuis ma conversion2 ah6 ce que le catholicisme suscite d'immondes rumeurs lorsque l'on rde dans ses alentours1 sans y entrer6 ,et cette exclamation une autre rpliquait aussitt3 ,eh bien mais alors1 il faut y entrer6 ,il s'irritait tourner ainsi sur lui-mme1 sans changer de place et il essayait de dvier cette conversation1 comme s'il se ft entretenu avec une autre personne dont les questions l'embarrassaient2 mais il y revenait quand mme et1 agac1 runissait toute sa raison1 l'appelait l'aide4 ,voyons1 il faut tcher de se reprer pourtant6 ,il est vident que depuis que je me suis approch de l'glise1 mes persuasions d'ordures sont devenues plus frquentes et plus tenaces2 un autre fait est certain encore1 c'est que je suis suffisamment us par vingt ans de noce pour n'avoir plus de besoins charnels4 ,je pourrais donc parfaitement1 en somme1 si je le voulais bien1 demeurer chaste2 mais il faudrait ordonner ma misrable cervelle de se taire et je n'en ai pas la force6--,c'est effrayant tout de mme1 dire que je suis plus attis que dans ma jeunesse1 car maintenant mes dsirs voyagent et1 las de l'abri coutumier1 ils partent la recherche du mauvais gte6 ,comment expliquer cela8 ne s'agirait-il pas alors d'une sorte de dyspepsie d'me1 ne digrant plus les sujets coutumiers1 cherchant pour se nourrir des ravigotes de songeries1 des salaisons d'ides2 ce serait donc cette inapptence des repas sains qui aurait engendr cette convoitise de mets baroques1 cet idal trouble1 cette envie de s'chapper hors de moi1 de franchir1 ne ft-ce que pendant une seconde1 les lisires tolres des sens4 ,dans ce cas1 le ,catholicisme jouerait tout la fois le rle d'un rvulsif et d'un dprimant4 ,il stimulerait ces souhaits maladifs et il me dbiliterait en mme temps1 me livrerait1 sans vigueur pour rsister1 l'moi de mes nerfs4 ,a force de s'ausculter1 en errant ainsi1 il finissait par s'acculer dans une impasse1 aboutissait cette conclusion3 je ne pratique pas ma religion parce que je cde d'ignobles instincts et je cde ces instincts parce que je ne pratique pas ma religion4 ,mais ainsi au pied du mur1 il regimbait1 se demandant si cette dernire observation tait bien juste2 car enfin1 rien ne prouvait qu'aprs s'tre approch des ,sacrements1 il ne serait pas attaqu plus violemment encore4 ,c'tait mme probable1 car le dmon s'acharnait surtout sur les gens pieux4 ,puis il se rvoltait contre la lchet de ces remarques1 se criait3 je me mens1 car je sais bien que si je faisais seulement mine de me dfendre1 je serais l-haut puissamment aid4 ,habile se tourmenter1 il continuait se pitiner l'me1 toujours sur la mme piste4 ,admettons1 se disait-il1 que1 par impossible1 j'aie mat mon orgueil et rduit mon corps1 admettons qu'il ne me reste plus1 l'heure actuelle1 qu' aller de l'avant1 eh bien1 je suis encore arrt1 car le dernier obstacle franchir m'effare4 ,jusqu'ici1 j'ai pu marcher seul1 sans une aide terrestre1 sans un conseil2 j'ai pu me convertir1 sans l'appui de personne1 mais aujourd'hui1 je ne puis plus faire un pas sans avoir un guide4 ,je ne puis m'approcher de l'autel1 sans le secours d'un truchement1 sans le renfort d'un prtre4 ,et une fois de plus1 il reculait1 car il avait autrefois frquent un certain nombre d'ecclsiastiques et il les avait trouvs si mdiocres1 si tides1 surtout si hostiles la ,mystique1 qu'il se rvoltait rien qu' l'ide de leur exposer le bilan de ses postulations et de ses regrets4 ,ils ne me comprendront pas1 se disait-il1 ils me rpondront que la mystique tait intressante au ,moyen ,age1 qu'elle est maintenant dsute1 qu'elle est1 en tout cas1 en parfait dsaccord avec le modernisme4 ,ils croiront que je suis fou1 m'assureront d'ailleurs que ,dieu n'en demande pas tant1 m'engageront1 en souriant1 ne pas me singulariser1 faire comme les autres1 penser comme eux4 ,je n'ai certes pas la prtention d'aborder1 de moi-mme1 la voie mystique1 mais enfin qu'ils me laissent au moins l'envier1 qu'ils ne m'infligent pas leur idal bourgeois d'un ,dieu6 ,car1 il n'y a pas se leurrer1 le ,catholicisme n'est point seulement cette religion tempre qu'on nous propose2 il ne se compose pas seulement de petites cases et de formules2 il ne rside pas en entier dans d'troites pratiques1 dans des amusettes de vieille fille1 dans toute cette bondieusarderie qui s'pand le long de la rue de ,saint-,sulpice2 il est autrement surlev1 autrement pur2 mais alors il faut pntrer dans sa zone brlante1 il faut le chercher dans la ,mystique qui est l'art1 qui est l'essence1 qui est l'me de l'glise mme4 ,en usant des puissants moyens dont elle dispose1 il s'agit alors de faire le vide en soi1 de se dnuder l'me1 de telle sorte que1 s'il le veut1 le ,christ puisse y descendre2 il s'agit de dsinfecter le logis1 de le passer au chlore des prires1 au sublim des sacrements2 il s'agit1 en un mot1 d'tre prt quand l'hte viendra et nous ordonnera de nous transvaser en lui1 tandis que lui-mme se fondra en nous4 ,je sais1 parbleu bien1 que cette alchimie divine1 que cette transmutation de la crature humaine en ,dieu est1 la plupart du temps1 impossible1 car le ,sauveur rserve d'habitude ces extraordinaires faveurs ses lus1 mais enfin1 si indigne qu'il soit1 chacun est prsum pouvoir atteindre ce but grandiose1 puisque c'est ,dieu seul qui dcide et non l'homme1 dont l'humble concours est seulement requis4 ,je me vois raconter cela des prtres6 ,ils me diront que je n'ai pas m'occuper d'ides mystiques et ils me prsenteront en change une religionnette de femme riche2 ils voudront s'immiscer dans ma vie1 me presser sur l'me1 m'insinuer leurs gots2 ils essaieront de me convaincre que l'art est un danger2 ils me prneront des lectures imbciles2 ils me verseront pleins bols leur bouillon de veau pieux6 ,et je me connais1 au bout de deux entretiens avec eux1 je me rvolterai1 je deviendrai impie6 ,et ,durtal hochait la tte1 et demeurait pensif1 puis il reprenait3 ,il importe nanmoins d'tre juste2 le clerg sculier ne peut tre qu'un dchet1 car les ordres contemplatifs et l'arme des missionnaires enlvent1 chaque anne1 la fleur du panier des mes2 les mystiques1 les prtres affams de douleurs1 ivres de sacrifices1 s'internent dans des clotres1 ou s'exilent chez des sauvages qu'ils catchisent4 ,ainsi crm1 le reste du clerg n'est videmment plus que le lait allong1 que la lavasse des sminaires444 ,oui1 mais enfin1 continuait-il1 la question n'est pas de savoir s'ils sont intelligents ou borns2 je n'ai pas dpecer le prtre pour chercher dcouvrir1 sous l'corce consacre1 le nant de l'homme2 je n'ai pas mdire de son insuffisance puisqu'elle s'ajuste en somme la comprhension des foules4 ,ne serait-ce pas1 d'ailleurs1 plus courageux et plus humble de s'agenouiller devant un tre dont la misre de cervelle vous serait connue8 ,et puis444 et puis444 je n'en suis pas rduit l2 car enfin1 j'en sais un1 ,paris1 qui est un vrai mystique4 ,si j'allais le voir8 ,et il repensait un abb ,gvresin avec lequel il avait jadis entretenu des relations2 il l'avait rencontr1 plusieurs fois1 chez un libraire de la rue ,servandoni1 le pre ,tocane1 qui possdait d'introuvables livres sur la liturgie et les vies de ,saints4 ,apprenant que ,durtal cherchait des ouvrages sur la ,bienheureuse ,lidwine1 ce prtre s'tait aussitt intress lui et ils avaient1 en sortant1 longuement caus4 ,cet abb tait trs vieux et marchait avec peine2 aussi s'tait-il volontiers appuy sur le bras de ,durtal qui l'avait accompagn jusqu' sa porte4 --,c'est un sujet magnifique que l'existence de cette victime des pchs de son temps1 disait-il2 vous vous la rappelez1 n'est-ce pas8 ,et il en avait1 grands traits1 retrac1 tout en cheminant1 les lignes4 ,lidwine tait ne vers la fin du ,x,i,ve sicle1 ,schcida1 en ,hollande4 ,sa beaut tait extraordinaire1 mais elle tomba malade vers quinze ans et devint laide4 ,elle entre en convalescence1 se rtablit et un jour qu'elle patine avec des camarades sur les canaux glacs de la ville1 elle fait une chute et se brise une cte4 ,a partir de cet accident1 elle demeure tendue sur un grabat jusqu' sa mort2 les maux les plus effrayants se ruent sur elle1 la gangrne court dans ses plaies et de ses chairs en putrfaction naissent des vers4 ,la terrible maladie du ,moyen ,age1 le feu sacr1 la consume4 ,son bras droit est rong2 il ne reste qu'un seul nerf qui empche ce bras de se sparer du corps2 son front se fend du haut en bas1 un de ses yeux s'teint et l'autre devient si faible qu'il ne peut supporter aucune lueur4 ,sur ces entrefaites1 la peste ravage la ,hollande1 dcime la cit qu'elle habite2 elle est la premire atteinte2 deux pustules se forment1 l'une1 sous un bras1 l'autre1 dans la rgion du cur4 ,deux pustules1 c'est bien1 dit-elle au ,seigneur1 mais trois seraient mieux1 en l'honneur de la ,trinit ,sainte2 et aussitt un troisime bouton lui crve la face4 ,pendant trente-cinq annes1 elle vcut dans une cave1 ne prenant aucun aliment solide1 priant et pleurant2 si transie1 l'hiver1 que1 le matin1 ses larmes formaient deux ruisseaux gels le long de ses joues4 ,elle s'estimait encore trop heureuse1 suppliait le ,seigneur de ne point l'pargner2 elle obtenait de lui d'expier par ses douleurs les pchs des autres2 et le ,christ l'coutait1 venait la voir avec ses anges1 la communiait de sa main1 la ravissait en de clestes extases1 faisait s'exhaler1 de la pourriture de ses plaies1 de savants parfums4 ,au moment de mourir1 il l'assiste et rtablit dans son intgrit son pauvre corps4 ,sa beaut1 depuis si longtemps disparue1 resplendit2 la ville s'meut1 les infirmes arrivent en foule et tous ceux qui l'approchent gurissent4 ,elle est la vritable patronne des malades1 avait conclu l'abb2 et1 aprs un silence1 il avait repris3 --,au point de vue de la haute ,mystique1 ,lidwine fut prodigieuse1 car l'on peut vrifier sur elle la mthode de substitution qui fut et qui est encore la glorieuse raison d'tre des clotres4 ,et comme1 sans rpondre1 ,durtal l'avait interrog du regard1 il avait poursuivi3 --,vous n'ignorez pas1 ,monsieur1 que1 de tout temps1 des religieuses se sont offertes pour servir de victimes d'expiation au ciel4 ,les vies des ,saints et des ,saintes qui convoitrent ces sacrifices et rparrent par des souffrances ardemment rclames et patiemment subies les pchs des autres1 abondent4 ,mais1 il est une tche encore plus ardue et plus douloureuse que ces mes admirables envient4 ,elle consiste1 non plus purger les fautes d'autrui1 mais les prvenir1 les empcher d'tre commises1 en supplantant les personnes trop faibles pour en supporter le choc4 ,lisez1 cette occasion1 ,sainte ,trse2 vous verrez qu'elle obtint de prendre sa charge les tentations d'un prtre qui ne pouvait les endurer1 sans flchir4 ,cette substitution d'une me forte1 dbarrassant celle qui ne l'est point de ses prils et de ses craintes1 est une des grandes rgles de la ,mystique4 ,tantt1 cette supplance est purement spirituelle et tantt1 au contraire1 elle ne s'adresse qu'aux maladies du corps2 sainte ,trse se subrogeait aux mes en peine1 la sur ,catherine ,emmerich succdait1 elle1 aux impotentes1 relayait1 tout au moins1 les plus malades2 c'est ainsi1 par exemple1 qu'elle put souffrir les tortures d'une femme atteinte de phtisie et d'une hydropique1 pour leur permettre de se prparer la mort en paix4 ,eh bien6 ,lidwine accaparait toutes les maladies du corps2 elle eut la concupiscence des douleurs physiques1 la gloutonnerie des plaies2 elle fut1 en quelque sorte1 la moissonneuse des supplices et elle fut aussi le lamentable vase o chacun venait verser le trop plein de ses maux4 ,si vous voulez parler d'elle1 autrement que les pauvres hagiographes de notre temps1 tudiez d'abord cette loi de la substitution1 cette merveille de la charit absolue1 cette victoire surhumaine de la ,mystique2 elle sera la tige de votre livre et1 naturellement1 sans efforts1 tous les actes de ,lidwine se grefferont sur elle4 --,mais1 avait questionn ,durtal1 cette loi subsiste encore8 --,oui1 je connais des couvents qui l'appliquent4 ,au reste1 des ordres1 tels que les ,carmlites et les ,clarisses acceptent trs bien qu'on leur transfre les tentations dont on souffre2 alors ces monastres endossent1 pour ainsi dire1 les chances diaboliques imposes des mes insolvables dont ils paient de la sorte intgralement les dettes4 --,c'est gal1 avait fait ,durtal1 en hochant la tte1 pour consentir attirer ainsi sur soi les attaques destines au prochain1 il faut tre joliment certain de ne pas sombrer8 --,les religieuses choisies par ,notre ,seigneur1 comme victimes expiatoires1 comme holocaustes1 sont1 en somme1 assez rares1 avait repris l'abb2 elles sont1 gnralement1 dans ce sicle surtout1 obliges de se runir1 de se coaliser1 afin de supporter sans faiblir le poids des mfaits qui les tentent1 car1 pour qu'une me puisse subir1 elle seule1 les assauts sataniques qui sont parfois atroces1 il faut qu'elle soit vraiment assiste par les anges et lue par ,dieu444 et aprs un silence1 le vieux prtre avait ajout3 --,je crois pouvoir parler avec une certaine exprience de ces questions1 car je suis l'un des directeurs des religieuses rparatrices dans les couvents4 --,et quand on pense que le monde se demande quoi servent les ordres contemplatifs6 s'tait cri ,durtal4 --,ils sont les paratonnerres de la socit1 avait dit1 avec une singulire nergie1 l'abb4 ,ils attirent sur eux le fluide dmoniaque1 ils rsorbent les sductions des vices1 ils prservent par leurs prires ceux qui vivent dans le pch comme nous2 ils apaisent enfin la colre du ,trs-,haut et l'empchent de mettre en interdit la terre4 ,ah6 ,certes1 les surs qui se vouent la garde des malades et des infirmes sont admirables1 mais combien leur tche est aise1 en comparaison de celle qu'assument les ordres clotrs1 les ordres o les pnitences ne s'interrompent jamais1 o mme les nuits alites sanglotent6 ,il est tout de mme plus intressant que ses confrres1 ce prtre-l1 s'tait dit ,durtal1 au moment o ils s'taient quitts2 et comme l'abb l'avait invit venir le voir1 il y tait plusieurs fois all4 ,il avait toujours t cordialement reu4 ,a diverses reprises1 il avait habilement tt ce vieillard sur quelques questions4 ,il rpondait vasivement lorsqu'il s'agissait de ses confrres4 ,il ne paraissait point1 cependant1 en faire grand cas1 si l'on en jugeait par ce qu'il avait rpliqu1 un jour1 ,durtal qui lui reparlait de cet aimant de douleurs que fut ,lidwine4 --,voyez-vous1 une me faible et probe a tout avantage se choisir un confesseur1 non dans le clerg qui a perdu le sens de la mystique1 mais chez les moines4 ,eux seuls connaissent les effets de la loi de substitution et s'ils voient que1 malgr ses efforts1 le pnitent succombe1 ils finissent par le dlivrer1 en prenant leur compte ses tentations ou en les expdiant dans un couvent de province o des gens rsolus les usent4 ,une autre fois1 la question des nationalits tait discute dans un journal que lui montrait ,durtal2 l'abb avait hauss les paules et repouss les balivernes du chauvinisme4 ,pour moi1 avait-il affirm placidement1 pour moi1 la patrie1 c'est o je prie bien4 ,qu'tait ce prtre8 ,il ne le savait1 au juste4 ,par le libraire1 il avait appris que l'abb ,gvresin tait incapable1 cause de son grand ge et de ses infirmits1 d'exercer rgulirement le sacerdoce4 ,je sais que1 lorsqu'il le peut1 il clbre encore la messe1 le matin1 dans un couvent2 je crois aussi qu'il confesse chez lui quelques confrres2 et ,tocane avait ddaigneusement ajout3 il a peine de quoi vivre et il ne doit pas tre bien vu l'archevch1 cause de ses ides mystiques4 ,l s'arrtaient ses renseignements4 ,il est videmment un trs bon prtre1 se rptait ,durtal2 sa physionomie mme le dtermine et c'est une contradiction de la bouche et des yeux qui avre cette certitude d'une bont parfaite2 ses lvres1 un peu grosses et violettes1 toujours humides1 sourient d'un sourire affectueux1 mais presque triste1 que dmentent ses yeux bleus d'enfant1 des yeux qui rient1 tonns1 sous d'pais sourcils blancs1 dans son visage un peu rouge1 piquet sur les joues tel qu'un abricot mr1 de points de sang4 ,en tout cas1 conclut ,durtal qui sortit de ses rveries1 j'ai eu bien tort de ne pas continuer les relations que j'avais entames avec lui4 ,oui1 mais voil1 rien n'est plus difficile que d'entrer dans la relle intimit d'un prtre2 d'abord1 par l'ducation mme qu'il reut au sminaire1 l'ecclsiastique se croit oblig de se dissminer1 de ne pas se concentrer en des affections particulires2 puis il est1 ainsi que le mdecin1 un homme harass d'occupations et introuvable4 ,on les voit1 quand on les joint1 l'un et l'autre1 entre deux confessions ou deux visites4 ,l'on n'est pas avec cela bien certain du bon aloi de l'accueil empress du prtre1 car il est le mme pour tous ceux qui l'approchent2 enfin ne visitant pas l'abb ,gvresin pour rclamer des secours ou des soins1 j'ai eu peur de l'embarrasser1 de lui faire perdre son temps et je me suis par discrtion abstenu d'aller le voir4 ,j'en suis maintenant fch2 voyons1 si je lui crivais ou si j'y retournais1 un matin2 mais pour quoi lui dire8 ,encore faudrait-il savoir ce que l'on veut pour se permettre de le relancer4 ,si j'y vais seulement pour geindre1 il me rpondra que j'ai tort de ne pas communier1 et que lui rpliquerai-je8 ,non1 ce qu'il faudrait1 ce serait le croiser comme par hasard sur les quais o il bouquine parfois ou chez ,tocane1 car alors je pourrais l'entretenir d'une faon plus intime1 en quelque sorte moins officielle1 de mes oscillations et de mes regrets4 ,et ,durtal se mit battre les quais et n'y rencontra pas une seule fois l'abb4 ,il se rendit chez le libraire sous le prtexte de feuilleter ses livres1 mais1 ds qu'il eut prononc le nom de ,gvresin1 ,tocane s'cria3 je suis sans nouvelles de lui2 il y a deux mois qu'il n'est venu6 ,il n'y a pas tergiverser1 il va falloir le dranger chez lui1 se dit ,durtal1 mais il se demandera pourquoi je reviens1 aprs une si longue absence4 ,outre la gne que j'prouve retourner chez les personnes que j'ai dlaisses1 il y a encore cet ennui de penser qu'en m'apercevant l'abb souponnera aussitt un but intress ma visite4 ,ce n'est vraiment pas commode2 si j'avais seulement un bon prtexte2 il y aurait bien cette vie de ,lidwine qui l'intresse2 je pourrais le consulter sur divers points4 ,oui1 mais lesquels8 ,je ne me suis pas occup de cette sainte depuis longtemps et il faudrait relire les indigents bouquins de ses biographes4 ,au fond1 il serait plus simple et il serait plus digne d'agir franchement1 de lui dire3 voici le motif de ma venue2 je vais vous demander des conseils que je ne suis pas rsolu suivre1 mais j'ai tant besoin de causer1 de me dbrider l'me1 que je vous supplie de me faire la charit de perdre pour moi une heure4 ,et il le fera certainement et de bon cur4 ,alors est-ce entendu8 ,si j'y allais1 demain8--et aussitt il s'broua4 ,rien ne pressait2 il serait toujours temps2 mieux valait rflchir encore2 ah6 mais j'y pense1 voici ,nol2 je ne puis dcemment importuner ce prtre qui doit confesser ses clients1 car l'on communie beaucoup ce jour-l4 ,laissons passer son coup de feu1 nous verrons aprs4 ,il fut d'abord ravi de s'tre invent cette excuse2 puis1 il dut intrieurement s'avouer qu'elle n'tait pas trop valide1 car enfin rien ne prouvait que ce prtre1 qui n'tait pas attach une paroisse1 ft occup confesser des fidles4 ,ce n'tait gures probable1 mais il essaya de se convaincre qu'il pouvait nanmoins en tre ainsi2 et ses hsitations recommencrent4 ,exaspr1 la fin1 par ces dbats1 il adopta un moyen terme4 ,il n'irait1 pour plus de sret1 chez l'abb qu'aprs ,nol1 seulement il ne dpasserait pas la date qu'il allait se fixer1 et il prit un almanach et jura de tenir sa promesse1 trois jours aprs cette fte4 ,,iv ,ah6 ,cette messe de minuit6 ,il avait eu la malencontreuse ide de s'y rendre ,nol4 ,il tait entr ,saint-,sverin1 y avait trouv install1 la place de la matrise1 un externat de demoiselles qui tricotaient avec des voix en aiguilles la laine fatigue des cantiques4 ,il avait fui jusqu' ,saint-,sulpice1 tait tomb dans une foule qui se promenait et causait comme en plein vent2 il y avait cout des marches d'orphons1 des valses de guinguettes1 des airs de feux d'artifice1 et1 indign1 il tait sorti4 ,il lui avait sembl superflu de faire escale ,saint-,germain-des-,prs1 car il avait cette glise en horreur4 ,outre l'ennui que dgage sa lourde coque si mal rafistole et les mornes peintures dont la chargea ,flandrin1 le clerg y tait d'une laideur spciale1 presque inquitante1 et la matrise y tait vraiment infme4 ,c'tait un ramas de gte-sauces1 d'enfants qui crachaient de la vinaigrette et de vieux chantres qui mitonnaient dans le fourneau de leur gorge une sorte de panade vocale1 une vraie bouillie de sons4 ,il ne songeait pas non plus se rfugier ,saint-,thomas d',aquin dont il redoutait et les aboiements et les flons-flons2 restait ,sainte-,clotilde o la psallette tient au moins debout et n'a point1 ainsi que celle de ,saint-,thomas1 perdu toute vergogne4 ,il y pntra1 mais1 l encore1 il se heurta un bal d'airs profanes1 un sabbat mondain4 ,il avait fini par se coucher1 furieux1 se disant3 tout de mme1 ,paris1 quel singulier baptme musical on rserve au ,nouveau-,n6 ,le lendemain1 en se rveillant1 il se sentit sans courage pour affronter les glises2 les sacrilges de cette nuit vont continuer1 pensa-t-il2 et comme le temps tait peu prs beau1 il sortit1 erra dans le ,luxembourg1 rejoignit le carrefour de l',observatoire et le boulevard de ,port-,royal et1 machinalement1 il enfila l'interminable rue de la ,sant4 ,cette rue1 il la connaissait de longue date2 il y faisait souvent de mlancoliques promenades1 attir par sa dtresse casanire de province pauvre2 puis elle tait accessible aux rveries1 car elle tait borde1 droite1 par les murs de la prison de la ,sant et de l'asile des alins de ,sainte-,anne1 gauche par des couvents4 ,l'air1 le jour1 coulaient dans l'intrieur de cette rue1 mais il semblait que1 derrire elle1 tout devnt noir2 elle tait1 en quelque sorte1 une alle de prison1 ctoye par des cellules o les uns subissaient de force de temporaires condamnations et o les autres souffraient1 de leur plein gr1 d'ternelles peines4 ,je me la figure assez bien1 peinte par un ,primitif des ,flandres1 se disait ,durtal2 le long de la chausse que pavrent de patients pinceaux1 des tages de maisons ouvertes1 du haut en bas1 ainsi que des armoires2 et1 d'un ct1 des cachots massifs avec couchettes de fer1 cruche de grs1 petit judas ouvert dans des portes scelles de puissants verrous2 l-dedans1 de mauvais larrons1 grinant des dents1 tournant sur eux-mmes1 les cheveux droits1 hurlant tels que des btes enchanes dans des cages2 de l'autre ct1 des logettes meubles d'un galetas1 d'une cruche de grs1 d'un crucifix1 fermes1 elles aussi1 par des portes bardes de fer1 et1 au milieu1 des religieuses ou des moines1 genoux sur le carreau1 la face dcoupe sur le feu d'un nimbe1 les yeux au ciel1 les mains jointes1 envols1 dans l'extase1 prs d'un pot o fleurit un lys4 ,enfin1 au fond de la toile1 entre ces deux haies de maisons1 monte une grande alle au bout de laquelle1 dans un ciel pommel1 ,dieu le ,pre assis1 avec le ,christ sa droite1 et1 tout autour d'eux1 des churs de ,sraphins jouant de l'anglique et de la viole2 et ,dieu le ,pre immobile sous sa haute tiare1 la poitrine couverte par sa longue barbe1 tient une balance dont les plateaux s'quilibrent1 les saints captifs expiant mesure1 par leurs pnitences et leurs prires1 les blasphmes des sclrats et des fous4 ,il faut avouer1 se disait ,durtal1 que cette rue est bien particulire1 qu'elle est mme probablement1 ,paris1 unique1 car elle runit1 sur son parcours1 les vertus et les vices qui1 dans les autres arrondissements1 se dissminent1 d'habitude1 malgr les efforts de l'glise1 le plus loin qu'ils peuvent1 les uns des autres4 ,il tait arriv1 en devisant1 prs de ,sainte-,anne2 alors la rue s'ara et les maisons baissrent2 elles n'eurent plus qu'un1 que deux tages1 puis1 peu peu1 elles s'espacrent1 ne furent plus relies1 les unes aux autres1 que par des bouts dpltrs de murs4 ,c'est gal1 se disait ,durtal1 si ce coin de rue est dnu de prestige1 il est1 en revanche1 bien intime2 au moins ici1 on est dispens d'admirer le dcor saugrenu de ces modernes agences qui exposent dans leurs vitrines1 ainsi que de prcieuses denres1 des piles choisies de bches et1 dans des compotiers de cristal1 les drages des anthracites et les pralines des cokes4 ,et puis voici une ruelle vraiment cocasse et il regardait une sente qui descendait en pente roide dans une grande rue o l'on apercevait le drapeau tricolore en zinc d'un lavoir2 et il lut ce nom3 rue de l',ebre4 ,il s'y engagea3 elle mesurait quelques mtres peine1 tait arrte dans toute sa longueur1 droite1 par un mur derrire lequel on entrevoyait des masures clopes1 surmontes d'une cloche4 ,une porte cochre treillisse d'un guichet carr s'enfonait dans ce mur qui s'levait mesure qu'il descendait et finissait par se trouer de croises rondes1 par s'lever en une petite btisse que dpassait un clocher si bas que sa pointe n'atteignait mme pas la hauteur de la maison de deux tages1 situe en face4 ,de l'autre ct1 c'tait une glissade de trois bicoques1 colles les unes contre les autres2 des tuyaux de zinc rampaient1 en montant comme des ceps1 se ramifiaient comme les tiges d'une vigne creuse1 le long des murs2 des fentres billaient sur des caisses rouilles de plomb4 ,l'on discernait dans de vagues cours d'affreux taudis2 dans l'un1 tait un galetas o dormaient des vaches2 dans les deux autres1 s'ouvraient une remise de voitures bras et une bibine derrire les barreaux de laquelle apparaissaient des goulots capsuls de litres4 ,ah mais1 c'est une glise1 se dit ,durtal1 en regardant le petit clocher et les trois ou quatre baies rondes qui semblaient dcoupes dans le papier d'meri que simulait le mortier noir et rugueux du mur2 o est l'entre8 ,il la dcouvrit1 au tournant de cette sente qui se jetait dans la rue de la ,glacire4 ,un porche minuscule donnait accs dans la btisse4 ,il poussa la porte1 pntra dans une grande pice1 une sorte de hangar ferm peint en jaune1 au plafond plat1 travers de poutrelles de fer badigeonnes de gris1 liseres de filets d'azur et ornes de becs de gaz de marchand de vins4 ,au fond1 un autel en marbre1 six cierges allums1 des fleurs en papier et des colifichets dors1 des candlabres plants de bougies et sous le tabernacle1 un tout petit ,saint-,sacrement qui scintillait en rverbrant le feu des cierges4 ,il faisait peine clair1 les vitres des croises ayant t peinturlures cru de bandes d'indigo et de jaune serin2 on gelait1 le pole n'tant pas allum et l'glise1 pave de carreaux de cuisine1 ne possdant aucun paillasson1 aucun tapis4 ,durtal s'emmitoufla de son mieux et s'assit4 ,ses yeux finirent par s'habituer l'obscurit de cette salle2 ce qu'il apercevait devant lui tait trange2 sur des ranges de chaises1 en face du chur1 des formes humaines1 noyes dans des flots de mousseline blanche1 taient poses4 ,aucune ne bougeait4 ,soudain1 par une porte de ct1 une religieuse1 galement enveloppe1 de la tte aux pieds1 dans un grand voile1 entra4 ,elle longea l'autel1 s'arrta au milieu1 tomba par terre1 baisa le sol et1 d'un effort de reins1 sans mme s'aider des bras1 se mit debout2 elle s'avana1 muette1 dans l'glise1 frla ,durtal qui discerna sous la mousseline une magnifique robe d'un blanc de crme1 une croix d'ivoire pendue au cou1 une cordelire et un chapelet blancs la ceinture4 ,elle alla jusqu' la porte d'entre et1 l1 monta par un petit escalier dans une tribune qui dominait l'glise4 ,qu'est-ce que cet ordre si somptueusement vtu1 install dans la misrable chapelle de ce quartier1 se demandait-il8 ,peu peu1 maintenant1 la salle s'emplissait2 des enfants de chur en rouge avec des plerines bordes de poils de lapin allumrent les candlabres1 sortirent1 ramenrent un prtre1 habill d'une chape d'occasion1 grandes fleurs1 un prtre maigre et jeune1 qui s'assit et1 d'un ton grave1 chanta la premire antienne des vpres4 ,et subitement1 ,durtal se retourna4 ,dans la tribune1 un harmonium soutenait les rpons d'inoubliables voix4 ,ce n'tait plus la voix de la femme1 mais une voix tenant de celle de l'enfant1 adoucie1 monde1 pointe du bout1 et de celle de l'homme1 mais corce1 plus dlicate et plus tnue1 une voix asexue1 filtre par les litanies1 blute par les oraisons1 passe aux cribles des adorations et des pleurs4 ,le prtre1 toujours assis1 chanta le premier verset de l'immuable psaume ,dixit ,dominus ,domino meo4 ,et ,durtal vit en l'air1 dans la tribune1 de longues statues blanches1 tenant en main des livres noirs1 chantant lentement1 les yeux au ciel4 ,une lampe claira l'une de ces figures qui1 pendant une minute1 se pencha un peu et il aperut1 sous le voile relev1 un visage attentif et dolent1 trs ple4 ,les vpres alternaient maintenant leurs strophes1 chantes1 les unes par les religieuses1 en haut1 les autres1 par les moniales1 en bas4 ,la chapelle tait presque pleine2 un pensionnat de jeunes filles voiles de blanc emplissait un ct2 des petites bourgeoises tristement vtues1 des gosses qui jouaient avec leurs poupes1 occupaient l'autre4 ,a peine quelques femmes du peuple en sabots et pas un homme4 ,l'atmosphre devenait extraordinaire4 ,positivement le brasier des mes tidissait la glace de cette pice2 ce n'taient plus ces vpres opulentes1 telles qu'on les clbre1 le dimanche1 ,saint-,sulpice1 c'taient les vpres des pauvres1 des vpres intimes1 en plain-chant de campagne1 suivies par les fidles avec une ferveur prodigieuse1 dans un recueillement de silence inou4 ,durtal se crut transport1 hors barrire1 au fond d'un village1 dans un clotre2 il se sentait amolli1 l'me berce par la monotone ampleur de ces chants1 ne discernant plus la fin des psaumes qu'au retour de la doxologie1 au ,gloria ,patri et filio qui les sparait les uns des autres4 ,il eut un lan vritable1 un sourd besoin de supplier l',incomprhensible1 lui aussi2 environn d'effluves1 pntr jusqu'aux moelles par ce milieu1 il lui parut qu'il se dissolvait un peu1 qu'il participait mme de loin aux tendresses runies de ces mes claires4 ,il chercha une prire1 se rappela celle que ,saint ,paphnuce enseigna la courtisane ,thas1 alors qu'il lui cria3 ,tu n'es pas digne de nommer ,dieu1 tu prieras seulement ainsi3 qui plasmasti me1 miserere mei1 toi qui m'as cre1 aie piti de moi4 ,il balbutia l'humble phrase1 pria1 non par amour ou par contrition1 mais par dgot de lui-mme1 par impuissance de s'abandonner1 par regret de ne pouvoir aimer4 ,puis il songea rciter le ,pater1 s'arrta cette ide que cette prire tait la plus difficile de toutes prononcer1 lorsqu'on en pse au trbuchet les phrases4 ,n'y dclare-t-on pas1 en effet1 ,dieu1 qu'on pardonne les offenses de son prochain8 ,or1 combien parmi ceux qui profrent ces mots pardonnent aux autres8 ,combien parmi les catholiques qui ne mentent point1 lorsqu'ils affirment ,celui qui sait tout qu'ils sont sans haine8 ,il fut tir de ses rflexions par le silence subit de la salle4 ,les vpres taient termines2 l'harmonium prluda encore et toutes les voix des nonnes s'levrent1 en bas1 dans le chur1 en haut dans la tribune1 chantant le vieux ,nol3 ,il est n le divin enfant4 ,il coutait1 mu par la navet de ce cantique et1 soudain1 en une minute1 brutalement1 sans y rien comprendre1 la posture de petites filles genoux sur leurs chaises1 devant lui1 lui suscita d'infmes souvenirs4 ,il se rebiffa1 dgot1 voulut repousser l'assaut de ces hontes et elles persistrent4 ,une femme1 dont les perversions l'affolaient1 revint le trouver l4 ,il revit1 sous les chemisettes de dentelles et de soie1 renfler les chairs2 ses mains tremblrent et1 fivreusement1 elles ouvrirent les abjectes et les dlicieuses cassolettes de cette fille4 ,tout coup1 cette hallucination cessa2 machinalement1 son il tait attir vers le prtre qui le regardait en parlant bas un bedeau4 ,il perdit la tte1 s'imagina que ce prtre devinait ses penses et le chassait1 mais cette ide tait si folle qu'il haussa les paules et plus sagement se dit que l'on ne recevait sans doute pas d'hommes dans ce couvent de femmes1 que l'abb venait de l'apercevoir et lui dpchait le bedeau pour le prier de sortir4 ,il venait en effet droit lui2 ,durtal s'apprtait prendre son chapeau1 quand1 d'un ton tout fait persuasif et docile1 cet employ lui dit3 la procession va commencer2 il est d'usage que les ,messieurs marchent derrire le ,saint-,sacrement2 bien que vous soyez le seul homme ici1 ,monsieur ,l',abb a pens que vous ne refuseriez pas de suivre le cortge qu'on va former4 ,ahuri par cette demande1 ,durtal eut un geste vague dans lequel le bedeau crut discerner une adhsion4 ,mais non1 se dit-il1 lorsqu'il fut seul2 je ne veux pas du tout me mler la crmonie2 d'abord1 je n'y connais rien et je gafferais1 ensuite je ne veux pas me couvrir de ridicule4 ,il s'apprtait filer sans bruit1 mais il n'eut pas le temps d'excuter son projet2 l'huissier lui apportait un cierge allum et l'invitait l'accompagner4 ,il fit alors contre fortune bon cur et tout en se rptant3 ce que je dois avoir l'air couenne6 ,il s'achemina derrire cet individu jusqu' l'autel4 ,l le bedeau l'arrta et le pria de ne plus bouger4 ,toute la chapelle tait maintenant debout2 le pensionnat de jeunes filles se divisait en deux files prcdes d'une femme portant une bannire4 ,durtal s'avana devant le premier rang des religieuses4 ,les voiles baisss devant les profanes1 dans l'glise mme1 taient levs devant le ,saint-,sacrement1 devant ,dieu4 ,durtal put examiner ces surs pendant une seconde2 sa dsillusion fut d'abord complte4 ,il se les figurait ples et graves comme la nonne qu'il avait entrevue dans la tribune et presque toutes taient rouges1 taches de son1 et croisaient de pauvres doigts boudins et crevs par les engelures4 ,elles avaient des visages gonfls et semblaient toutes commencer ou terminer une fluxion2 elles taient videmment des filles de la campagne2 et les novices reconnaissables leurs robes grises1 sous le voile blanc1 taient plus vulgaire encore2 elles avaient certainement travaill dans des fermes2 et1 pourtant1 les regarder ainsi tendues vers l'autel1 l'indigence de leurs faces1 l'horreur de leurs mains bleuies par le froid1 de leurs ongles crnels1 cuits par les lessives1 disparaissaient2 les yeux humbles et chastes1 prompts aux larmes de l'adoration sous les longs cils1 changeaient en une pieuse simplesse la grossiret des traits4 ,fondues dans la prire1 elles ne voyaient mme pas ses regards curieux1 ne souponnaient mme point qu'un homme tait l qui les piait4 ,et ,durtal enviait l'admirable sagesse de ces pauvres filles qui avaient seules compris qu'il tait dment de vouloir vivre4 ,il se disait3 l'ignorance mne au mme rsultat que la science4 ,parmi les ,carmlites1 il est des femmes riches et jolies qui ont vcu dans le monde et l'ont quitt1 convaincues jamais du nant de ses joies1 et ces religieuses-ci1 qui ne connaissent videmment rien1 ont eu l'intuition de cette vacuit qu'il a fallu des annes d'exprience aux autres pour acqurir4 ,par des voies diffrentes1 elles sont arrives au mme rond-point4 ,puis1 quelle lucidit rvle cette entre dans un ordre6 car enfin1 si elles n'avaient pas t recueillies par le ,christ1 elles seraient devenues quoi1 ces malheureuses8 ,maries des pochards et marteles de coups2 ou bien servantes dans des auberges1 violes par leurs patrons1 brutalises par les autres domestiques1 condamnes aux couches clandestines1 voues au mpris des carrefours1 aux dangers des retapes6 ,et1 sans rien savoir1 elles ont tout vit2 elles demeurent innocentes1 loin de ces prils et loin de ces boues1 soumises une obissance qui n'est plus ignoble1 disposes par leur genre de vie mme prouver1 si elles en sont dignes1 les plus puissantes allgresses que l'me de la crature humaine puisse ressentir6 ,elles restent peut-tre encore des btes de somme1 mais elles sont les btes de somme du bon ,dieu1 au moins6 ,il en tait l de ses rflexions quand le bedeau lui fit un signe4 ,le prtre1 descendu de l'autel1 tenait le petit ostensoir2 la procession des jeunes filles s'branlait maintenant devant lui4 ,durtal passa devant le rang des religieuses qui ne se mlrent pas au cortge et1 le cierge la main1 il suivit le bedeau qui portait derrire le prtre un parasol tendu de soie blanche4 ,alors1 de sa voix tranante d'accordon grandi1 l'harmonium1 du haut de la tribune1 emplit l'glise1 et les nonnes1 debout ses cts1 entonnrent le vieux chant rythm tel qu'un pas de marche1 l',adeste fideles1 tandis qu'en bas les moniales et les fidles scandaient1 aprs chaque strophe1 le doux et pressant refrain ,venite adoremus4 ,la procession tourna1 plusieurs fois1 autour de la chapelle1 dominant les ttes courbes dans la fume des encensoirs que les enfants de chur brandissaient1 en se retournant1 chaque halte1 devant le prtre4 ,eh bien mais1 je ne m'en suis pas trop mal tir1 se dit ,durtal1 lorsqu'ils furent revenus devant l'autel4 ,il croyait que son rle avait pris fin1 mais1 sans lui demander1 cette fois1 son avis1 le bedeau le pria de s'agenouiller1 la barre de communion1 devant l'autel4 ,il se sentait mal l'aise1 gn de se savoir ainsi1 derrire le dos1 tout ce pensionnat1 tout ce couvent2 puis il n'avait pas l'habitude de cette posture2 il lui sembla qu'on lui enfonait des coins dans les jambes1 qu'on le soumettait1 comme au ,moyen ,age1 la torture4 ,embarrass par son cierge qui coulait et menaait de le cribler de taches1 il remuait doucement sur place1 tentant d'mousser1 en glissant le bas de son paletot sous ses genoux1 le coupant des marches2 mais il ne faisait1 en bougeant1 qu'aggraver son mal2 ses chairs refoules s'insraient entre les os et son piderme froiss brlait4 ,il finit par suer d'angoisse1 craignant de distraire la ferveur de la communaut par une chute2 et la crmonie s'ternisait6 la tribune1 les religieuses chantaient1 mais il ne les coutait plus et dplorait la longueur de cet office4 ,enfin1 le moment de la bndiction s'apprta4 ,alors1 malgr lui1 se voyant l1 si prs de ,dieu1 ,durtal oublia ses souffrances et baissa le front1 honteux d'tre ainsi plac1 tel qu'un capitaine la tte de sa compagnie1 au premier rang de la troupe de ces vierges2 et1 lorsque1 dans un grand silence1 la sonnette tinta et que le prtre1 se retournant1 fendit lentement l'air en forme de croix et bnit1 avec le ,saint-,sacrement1 la chapelle abattue ses pieds1 ,durtal demeura1 le corps inclin1 les yeux clos1 cherchant se dissimuler1 se faire petit1 passer inaperu1 ,l-haut1 au milieu de cette foule pieuse4 ,le psaume ,laudate ,dominum omnes gentes retentissait encore1 quand le bedeau vint lui enlever son cierge4 ,durtal fut sur le point de jeter un cri1 alors qu'il fallut se mettre debout2 ses genoux engourdis craquaient et leurs charnires ne manuvraient plus4 ,il finit nanmoins par regagner1 cahin-caha1 sa place2 il laissa s'couler la foule1 et1 s'approchant du bedeau1 il lui demanda le nom de ce couvent et l'ordre auquel appartenaient ces religieuses4 ,ce sont des franciscaines missionnaires de ,marie1 rpondit cet homme1 mais ce sanctuaire n'est pas leur proprit1 comme vous semblez le croire2 c'est une chapelle de secours qui dpend de la paroisse de ,saint-,marcel de la ,maison-,blanche2 elle est seulement relie par un couloir la maison que ces surs occupent l1 derrire nous1 dans la rue de l',ebre4 ,elles suivent1 en somme1 les offices au mme titre que vous1 que moi1 et elles tiennent1 pour les enfants du quartier1 cole4 ,elle est attendrissante cette petite chapelle1 se dit ,durtal1 lorsqu'il fut seul4 ,elle est vraiment apparie l'endroit qu'elle abrite1 la triste rivire des tanneurs qui coule1 en de de la rue de la ,glacire1 dans les cours4 ,elle me fait l'effet d'tre ,notre-,dame de ,paris ce que sa voisine la ,bivre est la ,seine4 ,elle est le ruisselet de l'glise1 la panne pieuse1 la misrable banlieue du culte6 ,et elles sont aussi indigentes et exquises1 les voix au sexe indcis ou fondu de ces pauvres nonnes6 et ,dieu sait pourtant si j'excre la voix de la femme dans le lieu saint1 car elle reste quand mme impure4 ,il me semble que la femme apporte toujours avec elle les miasmes permanents de ses malaises et qu'elle fasse tourner les psaumes4 ,puis1 quand mme1 la vanit1 la concupiscence sourdent de la voix mondaine et ses cris d'adoration auprs de l'orgue ne sont que les cris de l'instance charnelle1 ses plaintes mme dans les hymnes liturgiques les plus sombres ne s'adressent que des lvres ,dieu1 car1 au fond1 la femme ne pleure que le mdiocre idal du plaisir terrestre qu'elle ne peut atteindre4 ,aussi1 comme je comprends que l'glise l'ait rejete de ses offices et qu'elle emploie1 pour ne pas contaminer l'tole musicale de ses proses1 la voix de l'enfant et de l'homme1 voire mme celle du castrat4 ,et cependant dans les couvents de femmes1 cela change2 il est certain que la prire1 que la communion1 que les abstinences1 que les vux1 purent le corps et l'me et l'odeur vocale qui s'en dgage4 ,leurs effluves donnent la voix des religieuses1 si crue1 si mal quarrie qu'elle puisse tre1 ses chastes inflexions1 ses naves caresses d'amour pur2 ils la ramnent aux sons ingnus de l'enfance4 ,dans certains ordres1 ils semblent mme l'monder de la plupart de ses branches et concentrer les filets de sve qui restent sur quelques tiges2 et il songeait un monastre de carmlites o il tait parfois all1 se rappelait leurs voix dfaillantes1 presque mortes1 dont le peu de sant s'tait rfugi dans trois notes1 des voix ayant perdu les couleurs musicales de la vie1 les teintes du grand air1 ne conservant plus1 dans le clotre1 que celles des costumes qu'elles semblaient reflter1 des sons blancs et bruns1 des sons chastes et sombres4 ,ah6 ces ,carmlites1 il y repensait maintenant1 tandis qu'il descendait la rue de la ,glacire2 et il voquait une prise de voile dont le souvenir l'emballait1 chaque fois qu'il rvait des couvents4 ,il se revoyait1 un matin1 dans la petite chapelle de l'avenue de ,saxe1 une chapelle de style ogival1 espagnol1 perce d'troites fentres tendues de vitraux si foncs que la lumire sjournait dans leurs couleurs1 sans clairer4 ,au fond1 se dressait1 dans l'ombre1 le matre-autel1 surlev de six marches2 sa gauche1 une grande grille de fer en forme d'ogive tait voile d'un rideau noir et1 du mme ct1 mais presque au bas de l'autel alors1 une petite ogive trace sur un mur plein1 s'allongeait en lancette1 troue1 au milieu1 d'une ouverture simulant une sorte de chatire carre1 un cadre sans panneau1 vide4 ,ce matin-l1 cette chapelle1 froide et obscure1 rutilait1 incendie par des taillis de cierges et l'odeur d'un encens non altr1 comme celui des autres glises1 par des benjoins et des gommes1 l'emplissait d'une fume sourde2 elle regorgeait de monde4 ,tapi dans un coin1 ,durtal s'tait retourn1 et avait1 ainsi que ses voisins1 suivi du regard le dos des thurifraires et des prtres qui se dirigeaient vers l'entre4 ,et la porte s'tait brusquement carte et il avait eu1 dans une explosion de jour1 la vision rouge du ,cardinal ,archevque de ,paris1 traversant la nef1 branlant une tte chevaline prcde d'un grand nez lunettes1 votant sa haute taille1 la penchant tout d'un ct1 bnissant d'une longue main tordue1 telle qu'une patte de crabe1 les assistants4 ,il tait mont avec sa suite l'autel1 s'tait agenouill sur un prie-dieu2 puis on lui avait enlev sa plerine1 on lui avait pass une chasuble de soie1 croix claire1 tisse d'argent1 et la messe avait commenc4 ,un peu avant la communion1 le voile noir avait t doucement tir1 derrire la haute grille1 et dans un jour bleutre pareil une nuit de lune1 ,durtal avait entrevu des fantmes blancs qui glissaient et des toiles qui clignotaient en l'air et1 tout contre la grille1 une forme de femme1 agenouille1 immobile sur le sol1 tenant1 elle aussi1 une toile au bout d'un cierge4 ,la femme ne bougeait pas1 mais l'toile tremblait2 puis quand le moment de la communion avait t proche1 la femme s'tait leve1 avait disparu et sa tte1 comme dcapite1 tait venue remplir le cadre du guichet ouvert dans la lancette4 ,pench en avant1 il avait alors aperu1 pendant une seconde1 une figure morte1 les paupires tombes2 blanche1 sans yeux1 de mme que les statues en marbre de l'antique4 ,et tout s'tait effac avec le ,cardinal1 courb1 le saint ciboire la main1 sur la chatire4 ,ce fut si prompt qu'il se demanda s'il n'avait pas rv2 la messe s'tait acheve4 ,l'on entendait1 derrire la claire-voie de fer1 des psalmodies lamentables1 des chants lents1 trans1 pleurs toujours sur les mmes notes2 des lueurs vagabondes et des formes blanches passaient dans l'azur fluide des encens4 ,mgr ,richard s'tait alors assis1 mtre en tte1 et il interrogeait la postulante1 revenue sa place1 agenouille devant lui1 derrire la grille4 ,il parlait voix basse2 on ne pouvait l'entendre4 ,toute la chapelle se penchait pour couter la novice prononcer ses vux1 mais l'on ne percevait qu'un long murmure4 ,durtal se rappelait qu'il avait jou des coudes1 qu'il tait parvenu s'approcher du chur et que1 l1 au travers des barres croises de la herse1 il avait aperu la femme en blanc1 tendue plat ventre1 dans un cadre de fleurs2 et tout le couvent dfilait1 en se courbant sur elle1 entonnait le chant des trpasss1 l'aspergeait d'eau bnite1 comme une morte6 ,c'est admirable6 s'cria-t-il1 soulev dans la rue par le souvenir de cette scne1--et il se disait3 la vie6 la vie de ces femmes6 coucher sur une paillasse pique de crins1 sans oreiller ni draps2 jener sept mois de l'anne sur douze1 sauf les dimanches et les jours de ftes2 toujours manger1 debout1 des lgumes et des aliments maigres2 rester sans feu1 l'hiver2 psalmodier pendant des heures1 sur des dalles glaces2 se chtier le corps1 tre assez humble pour1 si l'on a t douillettement leve1 accepter avec joie de laver la vaisselle1 de vaquer aux besognes les plus viles2 prier1 ds le matin1 toute la journe jusqu' minuit1 jusqu' ce que l'on tombe en dfaillance1 prier ainsi jusqu' la mort6 ,faut-il qu'elles aient piti de nous et qu'elles tiennent expier l'imbcillit de ce monde qui les traite d'hystriques et de folles1 car il est inapte comprendre les joies supplicies de telles mes6 ,on ne se sent pas trs fier de soi1 quand on songe aux ,carmlites et mme ces humbles ,franciscaines qui sont cependant plus vulgaires4 ,il est vrai que celles-l n'appartiennent pas un ordre contemplatif1 mais1 c'est gal1 leurs rgles sont assez rigides1 leur existence est assez dure pour qu'elles puissent1 elles aussi1 compenser par leurs oraisons et par leurs uvres les excs de la ville qu'elles protgent4 ,il s'exaltait1 en pensant aux monastres4 ,ah6 tre terr chez eux1 l'abri des mufles1 ne plus savoir si des livres paraissent1 si des journaux s'impriment1 ignorer pour jamais ce qui se passe1 hors de sa cellule1 chez les hommes6--et parfaire le bienfaisant silence de cette vie mure1 en se nourrissant d'actions de grces1 en se dsaltrant de plain-chant1 en se saturant avec les inpuisables dlices des liturgies6 ,puis1 qui sait8 force de bonne volont1 de suppliques ardentes1 parvenir ,l'approcher1 ,l'entretenir1 ,le sentir prs de soi1 presque content de sa crature1 peut-tre6 ,et il voquait les allgresses de ces abbayes o ,jsus vivait4 ,il se rappelait cet tonnant couvent d',unterlinden1 prs de ,colmar1 o1 au ,x,i,i,ie sicle1 ce n'tait pas une1 deux nonnes1 c'tait le monastre tout entier qui surgissait1 perdu1 devant le ,christ dans des cris de joie3 des religieuses s'levaient au-dessus de terre1 d'autres entendaient des chants sraphiques ou scrtaient de leurs corps puiss des baumes2 d'autres encore devenaient diaphanes ou se nimbaient d'toiles2 tous les phnomnes de la vie contemplative taient visibles dans la haute cole de ,mystique que fut ce clotre4 ,emball comme il l'tait1 il se trouva devant sa porte1 sans mme se souvenir de la route qu'il avait prise et1 une fois dans sa chambre1 il eut une distension et un clat d'me4 ,il avait envie de remercier1 de demander misricorde1 d'appeler1 il ne savait qui1 de qurir il ne savait quoi4 ,et soudain ce besoin de s'pancher1 de sortir de lui-mme1 se prcisa et il tomba genoux1 disant la ,vierge3 --,ayez piti1 coutez-moi2 j'aime mieux tout plutt que de rester ainsi1 que de continuer cette existence ballotte et sans but1 ces tapes vaines6 ,pardonnez1 ,sainte ,vierge1 au salaud que je suis1 car je n'ai aucun courage pour commencer les hostilits1 pour me combattre6 ah6 si vous vouliez6 je sais bien que c'est fort d'oser vous supplier1 alors que l'on n'est mme pas rsolu retourner son me1 la vider comme un seau d'ordures1 taper sur son fond1 pour en faire couler la lie1 pour en dtacher le tartre1 mais444 mais444 que voulez-vous1 je me sens si dbile1 si peu sr de moi1 qu'en vrit1 je recule6 ,oh6 tout de mme ce que je voudrais m'en aller1 tre hors d'ici1 mille lieues de ,paris1 je ne sais o1 dans un clotre6 ,mon ,dieu6 c'est fou ce que je vous raconte1 car je ne resterais pas deux jours dans un couvent et l'on ne m'y recevrait pas d'ailleurs6 ,et il se fit cette rflexion4 ,pour une fois que je suis moins sec1 moins malpropre que de coutume1 je ne trouve dire la ,vierge que des insanits et des niaiseries1 alors qu'il serait si simple de solliciter son pardon1 de l'implorer pour qu'elle ait piti de ma vie dserte1 pour qu'elle m'aide rsister aux sommations de mes vices1 ne plus payer1 ainsi que je le fais1 les redevances des nerfs1 l'impt des sens6 ,c'est gal1 reprit-il1 en se relevant1 en voil assez4 ,je ferai au moins le peu que je puis2 sans plus tarder1 j'irai chez l'abb1 demain1 je lui expliquerai mes litiges d'me et nous verrons bien aprs6 ,v ,il prouva un vritable soulagement lorsque la bonne lui rpondit3 ,monsieur ,l',abb est chez lui4 ,il entra dans un petit salon et attendit que le prtre1 qu'il entendait converser avec une personne dans une autre chambre1 ft seul4 ,il regardait cette petite pice et constatait que rien n'tait chang depuis sa dernire visite4 ,elle restait meuble d'un divan de velours dont le rouge jadis incarnat tait devenu de ce rose fan qu'a la confiture de framboise bue par du pain4 ,il y avait1 en outre1 deux fauteuils ,voltaire1 placs de chaque ct d'une chemine que paraient une pendule ,empire et des vases de porcelaine remplis de sable dans lequel s'enfonaient des tiges de roseaux secs4 ,en un coin1 contre le mur1 sous un ancien crucifix de bois1 on apercevait un prie-,dieu o la place des genoux tait marque2 une table ovale1 au milieu2 quelques gravures pieuses le long des murs2 et c'tait tout4 a sent l'htel et le logis de la vieille fille1 se dit ,durtal4 ,la vulgarit des meubles1 des rideaux en damas dteint1 des cloisons tapisses d'un papier de tenture1 sem de bouquets de pavots1 et de fleurs des champs aux teintes inexactes1 rappelait1 en effet1 les chambres garnies au mois1 mais certains dtails1 d'abord la mticuleuse propret de la pice1 les coussins de tapisserie poss sur le divan1 les ronds de sparterie sous les chaises1 un hortensia semblable un chou-fleur peint1 plac dans un cache-pot couvert d'une dentelle1 voquaient1 d'autre part1 l'intrieur futile et glac d'une dvote4 ,il n'y manquait alors qu'une cage serins1 des photographies dans des cadres de peluche1 des coquillages et des pelotes4 ,durtal en tait l de ses rflexions quand l'abb survint1 lui tendit la main1 tout en lui reprochant doucement son abandon4 ,durtal s'excusa de son mieux1 prtexta des occupations inaccoutumes1 de longs ennuis4 --,et notre ,bienheureuse ,lydwine1 qu'en faites-vous8 --,ah6 ,je n'ai mme pas commenc sa vie2 je ne suis vraiment point dans un tat d'me qui me permette de l'aborder4 ,l'accent dcourag de ,durtal surprit le prtre4 --,voyons1 qu'est-ce qu'il y a8 puis-je vous tre utile8 --,je ne sais1 ,monsieur l'abb2 j'ai un peu honte de vous entretenir de semblables misres2 et subitement1 il se dbonda1 pandant1 au hasard des mots1 ses plaintes1 avouant l'inconscience de sa conversion1 ses dbats avec sa chair1 son respect humain1 son loignement des pratiques ecclsiales1 son aversion pour tous les rites exigs1 pour tous les jougs4 ,l'abb l'coutait sans broncher1 le menton dans sa main4 --,vous avez plus de quarante ans1 dit-il1 lorsque ,durtal se tut2 vous avez franchi l'ge o avant toute impulsion d'ides1 c'est l'veil de la chair qui suscite les tentations2 maintenant1 vous en tes cette priode o ce sont les penses lubriques qui se prsentent d'abord l'imagination1 avant que les sens ne tressaillent4 ,il s'agirait donc de combattre moins votre corps endormi que votre me qui le stimule et le trouble4 ,d'autre part1 vous avez des lots arrirs de tendresses placer2 pas de femme1 pas d'enfants qui les puissent prendre2 de sorte que1 les affections refoules par le clibat1 vous finissez par les reporter l o elles eussent d tout d'abord aller2 votre faim d'me1 vous tentez de la contenter dans les chapelles et1 comme vous hsitez1 comme vous n'avez pas le courage de vous arrter une dcision1 de rompre une bonne fois1 avec vos vices1 vous en tes arriv cet trange compromis3 rserver votre tendresse pour l'glise et les manifestations de cette tendresse pour les filles4 ,voil1 si je ne me trompe1 votre bilan exact4 ,eh bien6 ,mais1 mon ,dieu1 il ne faut pas trop vous plaindre2 car1 voyez-vous1 l'important1 c'est de n'aimer que corporellement la femme4 ,quand le ,ciel vous a dparti cette grce de n'tre pas pris par les sentiments1 avec un peu de bonne volont tout s'arrange4 --,il est indulgent1 ce prtre1 pensa ,durtal4 --,oui1 mais1 reprit l'abb1 vous ne pouvez rester toujours entre deux selles2 le moment va venir o il faudra enjamber l'une et repousser l'autre444 ,et regardant ,durtal qui baissait le nez sans rpondre4 --,priez-vous seulement8--,je ne vous demande pas si vous faites oraison le matin1 car tous ceux qui finissent par s'engager dans la voie divine1 aprs avoir vagabond1 pendant des annes1 au hasard des routes1 n'invoquent pas le ,seigneur1 ds leur rveil4 ,l'me se croit mieux portante au lever du jour1 elle s'estime plus solide et elle profite aussitt de cette passagre nergie pour oublier ,dieu4 ,mais il en est d'elle ainsi que du corps lorsqu'il est malade4 ,ds que la nuit vient1 les affections s'aggravent1 les douleurs assoupies se rveillent1 la fivre qui dormait se ranime1 les ordures ressuscitent et les plaies ressaignent1 et alors elle songe au divin ,thaumaturge1 elle songe au ,christ4 ,priez-vous le soir8 --,parfois444 et c'est difficile pourtant6 ,les aprs-midi sont encore possibles1 mais1 vous le dites justement1 quand le jour disparat1 les maux svissent4 ,c'est toute une chevauche d'ides obscnes qui me passe alors dans la cervelle6 ,allez donc vous recueillir dans ces moments-l4 --,si vous ne vous sentez pas la force de rsister1 dans la rue ou chez vous1 pourquoi ne vous rfugiez-vous point dans les glises8 --,mais elles sont fermes lorsqu'on a le plus besoin d'elles1 le clerg couche ,jsus aussitt que la nuit tombe6 --,je le sais2 mais si la plupart des glises sont closes1 il en est quelques-unes pourtant qui restent entrebilles assez tard4 ,tenez1 ,saint-,sulpice est du nombre2 puis1 il en est encore une qui demeure ouverte tous les soirs et qui1 par tous les temps1 assure les prires et les chants du ,salut ses visiteurs3 ,notre-,dame des ,victoires2 vous la connaissez1 je pense4 --,oui1 ,monsieur l'abb4 ,elle est laide faire pleurer1 elle est prtentieuse1 elle est baroque et ses chantres y barattent une margarine de sons vraiment rances6 ,je ne la frquenterais donc pas comme ,saint-,sverin et ,saint-,sulpice1 pour y admirer l'art des anciens ,logeurs du bon ,dieu1 ou y couter1 mme falsifies1 les amples et les familires mlodies du plain-chant4 ,notre-,dame des ,victoires est1 au point de vue esthtique1 nulle1 et j'y suis all quelquefois pourtant1 parce que1 seule1 ,paris1 elle possde l'irrsistible attrait d'une pit sre1 parce que1 seule1 elle conserve intacte l'me perdue des ,temps4 ,a quelque heure qu'on y aille1 dans un silence absolu1 des gens prosterns y prient2 elle est pleine lorsqu'on l'ouvre et elle est encore pleine quand on la ferme2 c'est un va-et-vient continu de plerins1 issus de tous les quartiers de ,paris1 dbarqus de tous les fonds de la province et il semble que chacun d'eux alimente1 avec les prires qu'il apporte1 l'immense brasier de ,foi dont les flammes se renouvellent1 sous ses cintres enfums1 ainsi que ces milliers de cierges qui se succdent1 en brlant1 du matin au soir1 devant la ,vierge4 ,eh bien1 moi1 qui recherche dans les chapelles les coins les plus dserts1 les endroits les plus sombres1 moi qui excre les cohues1 je me mle presque volontiers aux siennes4 ,c'est que1 l1 chacun s'isole et que nanmoins chacun s'entr'aide2 l'on ne voit mme plus les corps humains qui vous environnent1 mais l'on sent le souffle des mes qui vous entourent4 ,si rfractaires1 si humide que l'on puisse tre1 l'on finit par prendre feu ce contact et l'on s'tonne de se trouver tout coup moins vil2 il me semble que les prires qui1 autre part1 lorsqu'elles me sortent des lvres1 retombent1 puises et presque froides sur le sol1 s'lancent dans ce lieu1 sont emportes1 soutenues par les autres1 et qu'elles s'chauffent et qu'elles planent et qu'elles vivent6 ,a ,saint-,sverin1 j'ai bien prouv dj cette sensation d'une assistance s'pandant des piliers et coulant des votes1 mais1 tout bien considr1 ces secours taient plus faibles4 ,peut-tre que1 depuis le ,moyen ,age1 cette glise use1 force de ne pas les renouveler1 les clestes effluves dont elle est charge2 tandis qu' ,notre-,dame1 cette aide qui jaillit des dalles est continuellement vivifie par la prsence ininterrompue d'une ardente foule4 ,dans l'une1 c'est la pierre imprgne1 c'est l'glise mme qui vous rconforte1 dans l'autre c'est surtout la ferveur des multitudes qui l'emplissent4 ,et puis1 j'ai cette impression bizarre que la ,vierge1 attire1 retenue par tant de foi1 ne fait que sjourner dans les autres glises1 qu'elle n'y va qu'en visite1 tandis qu'elle est installe demeure1 qu'elle rside rellement ,notre-,dame4 ,l'abb souriait4 --,allons1 je vois que vous la connaissez et que vous l'aimez2 et pourtant1 cette glise n'est pas situe sur notre rive gauche1 hors de laquelle il n'est point de sanctuaire qui vaille1 m'avez-vous dit1 un jour4 --,oui1 et cela m'tonne--d'autant qu'elle se dresse en plein quartier commerant1 deux pas de la ,bourse dont elle peut entendre les cris ignobles6 --,et elle fut elle-mme une ,bourse1 rpliqua l'abb4 --,comment8 --,aprs avoir t baptise par des moines et avoir servi de chapelle aux ,augustins dchaux1 elle a1 pendant la ,rvolution1 subi les derniers outrages2 la ,bourse s'est installe dans ses murs4 --,j'ignorais ce dtail1 s'cria ,durtal4 --,mais1 reprit l'abb1 il en fut d'elle comme de ces ,saintes qui1 si l'on en croit leurs biographes1 recouvrrent dans une vie d'oraisons la virginit qu'elles avaient autrefois perdue4 ,notre-,dame s'est lave de son stupre et1 bien qu'elle soit relativement jeune1 elle est aujourd'hui sature d'manations1 injecte d'effluences angliques1 pntre de sels divins2 elle est pour les mes infirmes ce que certaines stations thermales sont pour le corps4 ,on y fait des saisons1 on y accomplit des neuvaines1 on y obtient des cures4 ,eh bien6 ,revenons nos moutons1 je vous disais donc que vous agiriez sagement1 en allant1 les mauvais soirs1 assister au ,salut dans cette glise2 je serais surpris si vous n'en sortiez pas mond et vraiment calme4 --,s'il n'a que cela m'offrir1 c'est peu1 pensa ,durtal4 ,et1 aprs un silence dcourag1 il reprit3 --,mais1 ,monsieur l'abb1 quand mme je frquenterais ce sanctuaire et suivrais les offices des autres glises1 alors que les tentations m'assaillent2 quand mme je me confesserais et m'approcherais des ,sacrements1 quoi cela m'avancerait-il8 ,je rencontrerais1 en sortant1 une femme dont la vue me tisonnerait les sens1 eh bien ,ce serait1 comme aprs mes dparts nervs de ,saint-,sverin2 l'attendrissement mme que j'aurais eu dans la chapelle me perdrait1 je suivrais la femme4 --,qu'en savez-vous8--,et subitement le prtre se leva et arpenta la chambre4 --,vous n'avez pas le droit de parler ainsi1 car la vertu du ,sacrement est formelle2 l'homme qui a communi n'est plus seul4 ,il est arm contre les autres et dfendu contre lui-mme2 et se croisant les bras devant ,durtal1 il s'exclama3 --,perdre son me pour le plaisir de projeter un peu de boue hors de soi1 car c'est cela votre amour humain6 ,quelle dmence6--,et depuis le temps que vous vous rprouvez1 cela ne vous dgote point8 --,si1 je me dgote--mais aprs que mes porcheries sont satisfaites4--,si seulement je pouvais arriver au vrai repentir444 --,soyez tranquille1 fit l'abb qui se rassit1 vous l'avez444 ,et voyant que ,durtal hochait la tte4 --,rappelez-vous ce que dit ,sainte ,trse3 une peine des commenants1 c'est de ne pouvoir reconnatre s'ils ont un vrai repentir de leurs fautes2 ils l'ont pourtant et la preuve en est de leur rsolution si sincre de servir ,dieu4 ,mditez cette phrase1 elle s'applique vous1 car cette rpulsion de vos pchs qui vous excde tmoigne de vos regrets et vous avez le dsir de servir le ,seigneur1 puisque vous vous dbattez1 en somme1 pour aller lui4 ,il y eut un instant de silence4 --,enfin1 ,monsieur ,l'abb1 que me conseillez-vous8 --,je vous recommande de prier chez vous1 l'glise1 le plus que vous pourrez1 partout4 ,je ne vous prescris aucun remde religieux1 je vous invite tout bonnement mettre profit quelques prceptes d'hygine pieuse2 nous verrons aprs4 ,durtal restait indcis1 mcontent de mme que ces malades qui en veulent aux mdecins lorsque1 pour les contenter1 ceux-ci ne leur ordonnent que de ples drogues4 ,le prtre se mit rire4 --,avouez1 fit-il1 en le regardant bien en face1 avouez que vous vous dites3 ce n'tait pas la peine de me dranger1 car je ne suis pas plus avanc qu'avant2 ce brave homme de prtre pratique la mdecine expectante2 au lieu de me couper par des mdicaments nergiques mes crises1 il me lanterne1 me recommande de me coucher de bonne heure1 de ne pas attraper froid444 --,oh6 ,monsieur l'abb1 protesta ,durtal4 --,je ne veux cependant pas vous traiter comme un enfant ou vous parler comme une femme2 entendez-moi donc4 ,la faon dont s'est opre votre conversion ne peut me laisser aucun doute4 ,il y a eu ce que la ,mystique appelle un attouchement divin2 seulement--et ceci est remarquer--,dieu s'est pass de l'intervention humaine1 de l'entremise mme d'un prtre1 pour vous ramener dans une voie que vous aviez depuis plus de vingt ans quitte4 ,or1 nous ne pouvons raisonnablement supposer que le ,seigneur ait agi la lgre et qu'il veuille laisser maintenant inacheve son uvre4 ,il la parfera donc1 si vous n'y mettez aucun obstacle4 ,en somme vous tes1 l'heure actuelle1 ainsi qu'une pierre d'attente entre ses mains2 qu'en fera-t-il8 je l'ignore1 mais puisqu'il s'est rserv la conduite de votre me1 laissez-le agir2 patientez1 il s'expliquera2 ayez confiance1 il vous aidera2 contentez-vous de profrer avec le ,psalmiste3 ,doce me facere voluntatem tuam1 quia ,deus meus es tu4 ,je vous le rpte1 je crois la vertu prventive1 la puissance formelle des ,sacrements4 ,je comprends trs bien le systme du pre ,milleriot qui forait communier des gens qu'il apprhendait de voir retomber dans leurs pchs1 aprs4 ,pour toute pnitence1 il les obligeait recommunier encore et il finissait par les purer avec les ,saintes ,espces prises de hautes doses4 ,c'est une doctrine tout la fois raliste et surleve444 ,mais1 rassurez-vous1 reprit l'abb1 en regardant ,durtal qui paraissait gn1 mon intention n'est pas d'exprimenter sur vous cette mthode2 au contraire1 mon avis est que1 dans l'tat d'ignorance o nous sommes des volonts de ,dieu1 vous vous absteniez des ,sacrements4 ,car il faut que vous les dsiriez1 il faut que cela vienne de vous ou plutt de ,lui2 cette soif de la ,pnitence1 cette faim de l',eucharistie1 vous l'aurez1 dans un temps plus ou moins rapproch1 soyez-en sr4 ,eh bien6 ,quand1 n'y tenant plus1 vous rclamerez le pardon et supplierez qu'on vous laisse approcher de la ,sainte ,table1 alors nous verrons1 nous ,lui demanderons de quelle manire il conviendra de s'y prendre pour vous sauver4 --,mais1 il n'y a pas1 je prsume1 plusieurs manires de se confesser et de communier444 --videmment1--aussi n'est-ce point cela que je veux dire2 non444 mais444 ,et le prtre hsita1 chercha ses mots4 --,il est bien certain1 reprit-il1 que l'art a t le principal vhicule dont le ,sauveur s'est servi pour vous faire absorber la ,foi4 ,il vous a pris par votre ct faible444 ou fort1 si vous aimez mieux4 ,il vous a imprgn de chefs-d'uvre mystiques2 il vous a persuad et converti1 moins par la voie de la raison que par la voie des sens2 et dame1 ce sont l des conditions trs spciales dont il importe de tenir compte4 ,d'autre part1 vous n'avez point une me humble1 une me simple2 vous tes une sorte de sensitive que la moindre imprudence1 que la moindre maladresse d'un confesseur fera se replier sur elle4 ,pour que vous ne soyez pas la merci d'une impression fcheuse1 il y aurait donc certaines prcautions prendre4 ,dans l'tat de faiblesse1 de dfaillance o vous tes1 il suffirait1 pour vous mettre en droute1 de si peu de chose1 d'une figure dplaisante1 d'un mot malheureux1 d'un milieu antipathique1 d'un rien444 est-ce vrai8 --,hlas6 soupira ,durtal1 je suis bien oblig de vous rpondre que vous voyez juste3 mais1 ,monsieur l'abb1 il me semble que je n'aurais pas de telles dsillusions craindre1 si1 quand le moment que vous annoncez sera venu1 vous me permettiez de me confesser vous4 ,le prtre resta silencieux4 --,sans doute1 fit-il1 si je vous ai rencontr1 c'est que1 probablement1 je dois vous tre utile1 mais j'ai l'ide que mon rle se bornera vous dsigner la route2 je serai un trait d'union et rien de plus3 vous finirez comme vous avez commenc1 sans aide1 seul2 l'abb demeura rveur1 puis il secoua la tte2--au fait1 reprit-il1 laissons cela1 car nous ne pouvons prjuger les desseins de ,dieu2 je vais me rsumer plutt3 tchez d'touffer vos crises charnelles dans la prire2 il s'agit moins pour l'instant de n'tre pas vaincu1 que de faire tous vos efforts pour ne l'tre point4 ,et1 doucement1 afin de remonter ,durtal qu'il voyait abattu1 le prtre ajouta3 --,si vous succombez1 ne dsesprez pas1 ne jetez pas1 aprs la cogne1 le manche4 ,dites-vous qu'aprs tout1 la ,salacit n'est point la plus impardonnable des fautes1 qu'elle figure au nombre des deux dlits que la crature humaine paie au comptant et qui sont1 par consquent1 expis1 en partie au moins1 avant la mort4 ,dites-vous que la ,luxure et la ,cupidit refusent tout crdit et n'attendent point2 et1 en effet1 celui qui commet indment l'acte de chair est presque toujours1 de son vivant1 puni4 ,pour les uns1 ce sont des btards lever1 des femmes infirmes1 de bas concubinages1 des carrires brises1 d'abominables duperies de la part de celles qu'ils aiment4 ,de quelque ct que l'on se tourne avec la femme1 on souffre1 car elle est le plus puissant engin de douleur que ,dieu ait donn l'homme6 ,et il en est de mme de la passion du ,lucre4 ,tout tre qui se laisse envahir par cet odieux pch le rpare gnralement avant qu'il meure4 ,tenez1 prenez le ,panama4 ,des cuisinires1 des concierges1 des petits rentiers qui jusqu'alors vivaient tranquilles1 ne cherchaient pas des gains dmesurs1 des profits par trop illicites1 se sont rus1 tels que des fous1 sur cette affaire4 ,ils n'ont plus eu qu'une pense1 gagner de l'argent2 le chtiment de leur avidit fut1 vous le savez1 brusque6 --,oui1 fit ,durtal en riant1 les de ,lesseps ont t les agents de la ,providence1 lorsqu'ils ont drob les conomies des gogos qui les avaient acquises par de probables larcins1 du reste6 --,enfin1 reprit l'abb1 j'insiste sur cette dernire recommandation3 ne vous dcouragez point1 si vous sombrez4 ,ne vous mprisez pas trop2 ayez le courage d'entrer dans une glise1 aprs2 car c'est par la lchet que le dmon vous tient2 la fausse honte1 la fausse humilit qu'il vous insinue1 ce sont elles qui nourrissent1 qui conservent1 qui solidifient1 en quelque sorte1 votre luxure4 ,allons1 sans adieu2 revenez bientt me voir4 ,durtal se retrouva1 un peu ahuri1 dans la rue4 ,il est vident1 murmura-t-il1 en marchant grands pas1 que l'abb ,gvresin est un habile horloger d'me4 ,il m'a dextrement dviss le mouvement de mes passions et fait sonner mes heures de lassitude et d'ennui2 mais1 en somme1 tous ses conseils se rduisent celui-ci3 cuisez dans votre jus et attendez4 ,au fait1 il a raison1 si j'tais point1 je ne serais pas all chez lui pour bavarder1 mais bien pour me confesser2 ce qui est trange1 c'est qu'il ne semble pas du tout croire que c'est lui qui me passera la lessive2 et qui veut-il donc que je m'adresse8 ,au premier venu qui me dvidera sa bobine de lieux-communs1 qui me frottera1 avec de grosses mains1 sans y voir clair4 ,tout a444 tout a444 voyons1 quelle heure est-il8 ,il regarda sa montre3 six heures2 je n'ai pas envie de rentrer chez moi1 qu'est-ce que je vais faire jusqu'au dner8 ,il tait prs de ,saint-,sulpice4 ,il fut s'y asseoir afin de mettre un peu d'ordre dans ses ides2 il s'installa dans la chapelle de la ,vierge qui tait presque vide cette heure4 ,il ne se sentait aucun dsir de prier1 restait l1 regardant cette grande rotonde de marbre et d'or1 cette scne de thtre o1 seule claire1 la ,vierge s'avance au-devant des fidles comme du fond d'un dcor de grotte1 sur des nues de pltre4 ,deux petites surs des ,pauvres vinrent1 sur ces entrefaites1 s'agenouiller non loin de lui et se recueillirent1 la tte entre les mains4 ,il se prit rvasser en les regardant4 ,elles sont enviables1 se dit-il1 ces mes qui peuvent s'abstraire ainsi dans l'oraison2 comment font-elles1 car enfin ce n'est pas ais1 lorsque l'on songe aux misres de ce monde1 d'aduler la misricorde si vante d'un ,dieu8 ,on a beau croire qu'il existe1 tre certain qu'il est bon1 on ne le connat pas1 en somme1 on l'ignore2 ,il est1 et en effet1 il ne peut tre qu'immanent et permanent1 inaccessible4 ,il est on ne sait quoi et l'on sait tout au plus ce qu'il n'est point4 ,essayez de vous l'imaginer et aussitt le bon sens chavire1 car il est au-dessus1 au dehors1 au dedans de chacun de nous4 ,il est trois et il est un1 il est chaque et il est tout2 il est sans commencement et il sera sans fin2 il est surtout et jamais incomprhensible4 ,si l'on tente de se le figurer1 de lui attribuer une enveloppe humaine1 on aboutit la nave conception des premiers ges2 on se le reprsente sous les traits d'un anctre1 d'un vieux modle italien1 d'un papa ,tourguneff longue barbe et l'on ne peut s'empcher de sourire1 tant ce portrait de ,dieu le ,pre est enfantin6 ,il est en somme si rsolument au-dessus de l'imagination1 au-dessus des sens qu'il demeure presque l'tat vocal dans les oraisons et que les lans de l'humanit vont surtout au ,fils qui est seul vocable1 parce qu'il s'est fait homme1 parce qu'il a pour nous quelque chose d'un grand frre1 parce qu'ayant pleur sous la forme humaine1 nous pensons qu'il sera plus exorable1 qu'il compatira mieux nos maux4 ,quant la troisime ,personne1 elle est plus dconcertante encore que la premire4 ,elle est1 par excellence1 l',incogniscible4 ,comment s'imaginer ce ,dieu amorphe et asome1 cette ,hypostase gale aux deux autres qui l'effluent1 qui l'expirent1 en quelque sorte2 on se la figure comme une clart1 comme un fluide1 comme un souffle et l'on ne peut mme lui prter ainsi qu'au ,pre la face virile1 car les deux fois qu'elle revtit un corps1 elle se montra sous les espces d'une colombe et de langues de feu et ces deux aspects si diffrents n'aident point nous suggrer l'ide de la nouvelle apparence qu'elle pourrait prendre6 ,dcidment1 la ,trinit est effrayante2 elle est le vertige mme2 ,ruysbroeck l'admirable l'a du reste crit3 ,que ceux qui voudraient savoir ce qu'est ,dieu et l'tudier sachent que c'est dfendu1 ils deviendraient fous4 ,aussi1 reprit-il1 en regardant les deux petites surs qui grenaient maintenant leur rosaire1 ce qu'elles ont raison les braves filles de ne pas chercher comprendre et de se borner prier de tout leur cur et la ,mre et le ,fils6 ,d'ailleurs dans toutes les vies des ,saints qu'elles ont pu lire1 elles ont constat que c'taient toujours ,jsus et ,marie qui apparaissaient ces lus pour les consoler et les affermir4 ,au fait1 que je suis bte1 implorer le ,fils c'est implorer les deux autres1 car en priant l'un d'entre eux1 l'on prie en mme temps les trois1 puisqu'ils ne font qu'un6--,et cependant les ,hypostases sont quand mme spciales1 puisque si l',essence divine est une et simple1 elle l'est dans la triple distinction des ,personnes1 mais1 encore une fois1 quoi bon sonder l',impntrable8 ,c'est gal1 poursuivit-il1 se remmorant cette entrevue qu'il venait d'avoir avec ce prtre1 comment tout cela finira-t-il8 ,si l'abb voit juste1 je ne m'appartiens dj plus2 je vais entrer dans un inconnu qui m'effraie2 si seulement les rumeurs de mes vices consentaient se taire1 mais je les sens qui montent furieusement en moi4 ,ah6 cette ,florence1--et il pensait une fille aux aberrations de laquelle il tait riv1--elle continue se promener dans ma cervelle2 elle se dshabille derrire le rideau baiss de mes yeux2 et je suis envahi d'une affreuse lchet lorsque j'y songe4 ,il essaya1 une fois de plus1 de l'loigner1 mais elle riait1 tendue1 ouverte1 devant lui1 et sa volont s'affaissait rien qu' la voir4 ,il la mprisait1 l'excrait mme1 mais la dmence de ses impostures le rendait fou2 il la quittait1 dgot et d'elle et de lui2 il se jurait de n'y plus retourner et il y revenait quand mme1 sachant qu'aprs celle-l1 toutes les autres seraient monotones4 ,il se rappelait mlancoliquement des femmes d'un cru plus recherch1 bien suprieur celui de ,florence1 des femmes passionnes1 elles aussi1 et voulant tout1 mais comme1 en comparaison de cette fille dont le terroir tait pour le moins inavouable1 elles taient1 au goter1 de bouquet plat et d'arome fade6 ,non1 plus il y pensait et plus il devait s'avouer qu'aucune d'elles ne savait apprter d'aussi dlicieuses immondices1 conditionner d'aussi terribles plats4 ,et il la voyait maintenant avancer vers lui sa bouche1 tendre la main pour le saisir4 ,il eut un recul4 ,quelle ordure6 se cria-t-il1 mais sa rverie se continua2 seulement elle dvia sur l'une des surs dont il apercevait le doux profil4 ,il la dshabilla lentement1 se plaisant des haltes1 fermant les yeux1 sentant sous la pauvre robe les formes retrouves de ,florence4 ,du coup1 il s'broua1 revint la ralit1 se vit ,saint-,sulpice1 dans la chapelle4 ,ah6 c'est dgotant de venir souiller par de monstrueuses visions l'glise6 non1 mieux vaut partir4 ,et il sortit1 perdu4--,je suis chaste depuis quelque temps1 c'est peut-tre pour cela que je divague1 se dit-il1 si j'allais chez ,florence puiser toutes les fraudes de mon cerveau1 tous les mfaits de mes nerfs1 si je vidais ainsi le dsir1 si je tuais enfin la hantise de son corps1 en m'en gavant6 ,et il tait bien oblig de se rpondre qu'il devenait idiot1 car il savait1 par exprience1 que l'obscnit ne se tarit pas et que la luxure s'affame1 mesure qu'on l'alimente4 ,non1 l'abb a raison1 il s'agit de devenir1 de rester chaste4 ,mais comment faire8 ,prier8 est-ce que je le puis1 alors qu' l'glise mme des nudits m'assaillent6 les turpitudes m'avaient dj suivi la ,glacire2 ici1 elles m'apparaissent encore et me terrassent4 ,comment se dfendre8 car enfin1 c'est affreux d'tre ainsi seul1 de ne rien savoir1 de n'avoir aucune preuve1 de sentir les prires qu'on s'arrache choir dans le silence1 dans le vide1 sans un geste qui rponde1 sans un mot d'encouragement1 sans un signe4 ,on ne sait vraiment pas s',il est l et s',il vous coute6 ,et l'abb qui veut que j'attende1 de l-haut1 une indication1 un ordre2 mais c'est d'en bas qu'ils me viennent1 hlas6 ,,vi ,plusieurs mois s'coulrent2 ,durtal continua son train-train d'ides libertines et d'ides pieuses4 ,sans force pour ragir1 il se regardait couler4 ,ce n'est pas clair1 tout cela1 s'cria-t-il rageusement1 un jour1 o1 moins apathique1 il s'efforait d'apurer ses comptes4--,voyons1 ,monsieur l'abb1 qu'est-ce que cela signifie8 chaque fois que mes hantises sensuelles flchissent1 mes obsessions religieuses se dbilitent4 --,cela signifie1 rpondit le prtre1 que votre adversaire vous tend le plus sournois de ses piges4 ,il cherche vous persuader que vous n'arriverez rien1 tant que vous ne vous livrerez pas aux plus rpugnantes des dbauches4 ,il tche de vous convaincre que c'est la satit et le dgot seuls de ces actes qui vous ramneront ,dieu2 il vous incite les commettre pour soi-disant hter votre dlivrance2 il vous induit au pch sous prtexte de vous en prserver4 ,ayez donc un peu d'nergie1 mprisez ces sophismes et repoussez-le4 ,il allait voir l'abb ,gvresin1 chaque semaine4 ,il aimait la patiente discrtion de ce vieux prtre qui le laissait aller lorsqu'il tait en humeur de confidence1 l'coutait avec soin1 ne tmoignait aucune surprise de ses rduplications charnelles et de ses chutes4 ,seulement1 l'abb en revenait toujours ses premiers conseils1 insistait pour que ,durtal prit rgulirement et se rendt autant que possible1 chaque jour1 dans les glises4 ,il ajoutait mme maintenant3 l'heure n'est pas indiffrente la russite de ces pratiques4 ,si vous voulez que les chapelles vous soient propices1 levez-vous temps pour assister1 ds l'aube1 la premire messe1 la messe des servantes et ne ngligez pas non plus de frquenter les sanctuaires1 quand la nuit tombe4 ,ce prtre s'tait videmment trac un plan2 ,durtal ne le pntrait pas encore en son entier1 mais il devait constater que ce rgime de temporisation et que cette alerte de penses toujours ramenes vers ,dieu par des visites quotidiennes dans les glises1 agissaient la longue sur lui et lui malaxaient peu peu l'me4 ,un fait le prouvait2 lui qui n'avait pu pendant si longtemps se recueillir1 le matin1 il priait maintenant ds son rveil4 ,dans l'aprs-midi mme1 il se sentait1 certains jours1 envahi par le besoin de causer humblement avec ,dieu1 par un irrsistible dsir de lui demander pardon1 d'implorer son aide4 ,il semblait alors que le ,seigneur lui frappt l'me de petites touches1 qu'il voult attirer ainsi son attention et se rappeler lui2--mais quand1 attendri1 gn1 ,durtal voulait descendre en lui-mme pour le chercher1 il errait1 vagabondant1 ne savait plus ce qu'il disait1 pensait autre chose1 en lui parlant4 ,il se plaignait de ces garements1 de ces distractions1 au prtre qui lui rpondait3 --,vous tes sur le seuil de la vie purgative2 vous ne pouvez prouver encore la douce et la familire amiti des oraisons2 ne vous attristez pas parce que vous ne pouvez refermer sur vous la porte de vos sens2 veillez en attendant2 priez mal1 si vous ne pouvez faire autrement1 mais priez4 ,mettez-vous bien dans la tte aussi que ces troubles qui vous affligent1 tous les ont connus2 croyez bien surtout que nous ne marchons pas l'aveuglette1 que la mystique est une science absolument exacte4 ,elle peut annoncer d'avance la plupart des phnomnes qui se produisent dans une me que le ,seigneur destine la vie parfaite2 elle suit aussi nettement les oprations spirituelles que la physiologie observe les tats diffrents du corps4 ,de sicles en sicles1 elle a divulgu la marche de la grce et ses effets tantt imptueux et tantt lents2 elle a mme prcis les modifications des organes matriels qui se transforment quand l'me tout entire se fond en ,dieu4 ,saint ,denys l',aropagite1 saint ,bonaventure1 ,hugues et ,richard de ,saint-,victor1 saint ,thomas d',aquin1 saint ,bernard1 ,ruysbroeck1 ,angle de ,foligno1 les deux ,eckhart1 ,tauler1 ,suso1 ,denys le ,chartreux1 sainte ,hildegarde1 sainte ,catherine de ,gnes1 sainte ,catherine de ,sienne1 sainte ,madeleine de ,pazzi1 sainte ,gertrude1 d'autres encore ont magistralement expos les principes et les thories de la mystique2 elle a1 enfin1 trouv1 pour rsumer ses exceptions et ses rgles1 une psychologue admirable1 une ,sainte qui a vrifi sur elle-mme les phases surnaturelles qu'elle a dcrites1 une femme dont la lucidit fut plus qu'humaine1 sainte ,trse4 ,vous avez lu sa vie et ses chteaux de l'me8 ,durtal fit signe que oui4 --,alors1 vous tes renseign2 vous devez savoir qu'avant d'aborder les plages de la ,batitude1 avant d'arriver la cinquime demeure du chteau intrieur1 cette oraison d'union o l'me est veille l'gard de son ,dieu et compltement endormie toutes les choses de la terre et elle-mme1 elle doit passer par les plus lamentables aridits1 par les plus douloureuses preintes2 consolez-vous donc2 dites-vous aussi que les scheresses doivent tre une source d'humilit et non une cause d'inquitude2 faites enfin comme le veut ,sainte ,trse1 portez votre croix et ne la tranez pas6 --,elle m'pouvante cette magnifique et terrible ,sainte1 soupira ,durtal2 j'ai lu ses uvres1 eh bien1 savez-vous1 elle me fait l'effet d'un lys immacul1 mais d'un lys mtallique1 d'un lys forg de fer2 avouez que ceux qui souffrent n'ont que peu de consolations attendre d'elle6 --,oui1 en ce sens qu'elle ne s'occupe pas de la crature1 hors de la voie mystique6 ,elle suppose les champs dj dfrichs1 l'me dj affranchie des plus fortes tentations et l'abri des crises2 son point de dpart est encore trop haut et trop loign pour vous1 car elle s'adresse1 en somme1 des religieuses1 des femmes clotres1 des tres qui vivent hors le monde et qui sont par consquent dj avancs dans les routes asctiques o ,dieu les mne4 ,mais1 sautez1 par l'esprit1 au-dessous de vos boues2 rejetez pour quelques instants le souvenir de vos imperfections et de vos peines1 et suivez-la4 ,voyez alors comme1 dans le domaine du surnaturel1 elle est experte6 ,comme1 malgr ses rptitions et ses longueurs1 elle explique savamment1 clairement1 le mcanisme de l'me voluant ds que ,dieu la touche4 ,dans des sujets o les mots se dlitent1 o les expressions s'miettent1 elle parvient se faire comprendre1 montrer1 faire sentir1 presque faire voir cet inconcevable spectacle d'un ,dieu tapi dans une me et s'y plaisant4 ,et elle va plus loin encore dans le mystre1 elle va jusqu'au bout1 bondit d'un dernier lan jusqu' l'entre du ciel1 mais alors elle dfaille d'adoration et1 ne pouvant plus s'exprimer1 elle s'essore1 dcrit des cercles telle qu'un oiseau affol1 plane hors d'elle-mme1 dans des cris d'amour6 --,oui1 ,monsieur l'abb1 je le reconnais1 sainte ,trse a explor plus fond que tout autre les rgions inconnues de l'me2 elle en est1 en quelque sorte1 la gographe2 elle a surtout dress la carte de ses ples1 marqu les latitudes contemplatives1 les terres intrieures du ciel humain2 d'autres saints les avaient parcourues avant elle1 mais ils ne nous en avaient laiss une topographie ni aussi mthodique1 ni aussi exacte4 ,n'empche que je lui prfre des mystiques qui ne s'analysent pas ainsi et raisonnent moins1 mais qui font1 tout le temps1 dans leurs uvres1 ce que ,sainte ,trse fait la fin des siennes1 c'est--dire qui flambent de la premire la dernire page et se consument1 perdus1 aux pieds du ,christ2 ,ruysbroeck est de ceux-l2 quel brasier que le petit volume qu'a traduit ,hello6 et tenez pour citer une femme alors1 prenons sainte ,angle de ,foligno1 moins dans le livre de ses ,visions qui demeure parfois inerte1 que dans la merveilleuse vie qu'elle dicta au frre ,armand1 son confesseur4 ,elle aussi explique1 et bien avant sainte ,trse1 les principes et les effets de la mystique1 mais si elle est moins profonde1 moins habile fixer les nuances en revanche1 quelles effusions et quelles tendresses6 quelle chatte caressante d'me6 quelle ,bacchante de l'amour divin1 quelle ,mnade de puret6 ,le ,christ l'aime1 l'entretient longuement et ses paroles qu'elle a retenues1 dpassent toute littrature1 s'affirment comme les plus belles qu'on ait crites4 ,ce n'est plus le ,christ farouche1 le ,christ espagnol qui commence par fouler sa crature pour l'assouplir1 c'est le ,christ si misricordieux des vangiles1 c'est le ,christ si doux de saint ,franois1 et j'aime mieux le ,christ des ,franciscains que celui des ,carmes6 --,que diriez-vous alors1 reprit en souriant l'abb1 de saint ,jean de la ,croix8 ,vous compariez tout l'heure sainte ,trse une fleur forge de fer2 lui aussi en est une1 mais il est le lys des tortures1 la royale fleur que les bourreaux imprimaient jadis sur les chairs hraldiques des forats4 ,de mme que le fer rouge1 il est la fois ardent et sombre4 ,a certains tournants de pages1 sainte ,trse se penche sur nos misres et nous plaint2 lui1 demeure impermable1 terr dans son abme interne1 occup surtout dcrire les peines de l'me qui1 aprs avoir crucifi ses apptits1 passe par la ,nuit obscure1 c'est--dire par le renoncement de tout ce qui vient du sensible et du cr4 ,il veut que l'on teigne son imagination1 qu'on la lthargise de telle sorte qu'elle ne puisse plus former d'images1 que l'on claquemure ses sens1 que l'on anantisse ses facults4 ,il veut que celui qui convoite de s'unir ,dieu se mette comme sous une cloche pneumatique et fasse le vide en lui1 afin que1 s'il le dsire1 le ,plerin puisse y descendre et achever lui-mme de l'purer1 en arrachant les restes des pchs1 en extirpant les derniers rsidus des vices6 ,et alors les souffrances que l'me endure dpassent les limites du possible2 elle gt perdue en de pleines tnbres1 elle tombe de dcouragement et de fatigue1 se croit pour toujours abandonne de ,celui qu'elle implore et qui se cache maintenant et ne lui rpond plus2 bien heureuse encore lorsqu' cette agonie ne viennent pas se joindre les affres charnelles et cet esprit abominable qu',isae appelle l'esprit de ,vertige et qui n'est autre que la maladie du scrupule pouss l'tat aigu6 ,saint ,jean vous fait frissonner quand il s'crie que cette nuit de l'me est amre et terrible1 que l'tre qui la subit est plong vivant dans les enfers6--mais quand le vieil homme est mond1 quand il est racl sur toutes les coutures1 sarcl sur toutes les faces1 la lumire jaillit et ,dieu parat4 ,alors l'me se jette1 ainsi qu'une enfant1 dans ses bras et l'incomprhensible fusion s'opre4 ,vous le voyez1 saint ,jean fore plus profondment que les autres le trfonds du dbut mystique4 ,lui aussi traite comme ,sainte ,trse1 comme ,ruysbroeck1 des noces spirituelles1 de l'influx de la grce et de ses dons1 mais1 le premier1 il ose dcrire minutieusement les phases douloureuses que l'on n'avait jusqu'alors signales qu'en tremblant4 ,puis1 s'il est un thologien admirable1 il est aussi un saint rigoureux et clair4 ,il n'a pas la faiblesse naturelle de la femme1 il ne se perd point dans des digressions1 ne revient pas continuellement sur ses pas2 il marche droit devant lui1 mais souvent on l'aperoit1 au bout de la route1 terrible et sanglant1 et les yeux secs6 --,voyons1 voyons1 s'cria ,durtal2 toutes les mes que le ,christ veut conduire dans les voies mystiques ne passent point par ces preuves8 --,si1 plus ou moins1 presque toujours4 --,je vous avouerai que je croyais la vie spirituelle moins aride et moins complexe2 je m'imaginais qu'en menant une existence chaste1 en priant de son mieux1 en communiant1 l'on parvenait sans trop de peine1 non pas goter les allgresses infinies rserves aux ,saints1 mais enfin possder le ,seigneur1 vivre au moins prs de lui1 l'aise4 ,et je me contenterais fort bien de cette liesse bourgeoise1 moi2 le prix dont sont payes d'avance les exultations que nous dcrit saint ,jean me dconcerte444 ,l'abb qui souriait ne rpondit pas4 --,mais savez-vous que s'il en est ainsi1 reprit ,durtal1 nous sommes bien loin du ,catholicisme tel qu'on nous l'enseigne4 ,il est si pratique1 si bnin1 si doux1 en comparaison de la ,mystique8 --,il est fait pour les mes tides1 c'est--dire pour presque toutes les mes pieuses qui nous entourent2 il vit dans une atmosphre moyenne1 sans trop de souffrances et sans trop de joies2 seul il est assimilable aux foules et les prtres ont raison de le prsenter ainsi car1 sans cela1 les fidles ne comprendraient plus ou prendraient1 pouvants1 la fuite4 ,mais si ,dieu juge que la religion tempre suffit amplement aux masses1 croyez bien qu'il exige de plus pnibles efforts de la part de ceux qu'il daigne initier aux suradorables mystres de sa ,personne2 il est ncessaire1 il est juste qu'il les mortifie1 avant de leur faire goter l'ivresse essentielle de son union4 --,en somme1 le but de la ,mystique1 c'est de rendre visible1 sensible1 presque palpable1 ce ,dieu qui reste muet et cach pour tous8 --,et de nous prcipiter au fond de ,lui1 dans l'abme silencieux des joies6 ,mais afin d'en parler proprement1 il faudrait oublier l'usage sculaire des expressions souilles4 ,nous en sommes rduits1 pour qualifier ce mystrieux amour1 chercher nos comparaisons dans les actes humains1 infliger au ,seigneur la honte de nos mots4 ,il nous faut recourir aux termes d'union1 de mariage1 de noces1 des vocables qui puent le suint6 mais aussi1 comment noncer l'inexprimable1 comment1 dans la bassesse de notre langue1 dsigner l'ineffable immersion d'une me en ,dieu8 --,le fait est1 murmura ,durtal4441 mais1 pour en revenir sainte ,trse444 --,elle aussi1 interrompit l'abb1 a trait de cette ,nuit obscure qui vous apeure2 seulement elle n'en a parl qu'en quelques lignes2 elle l'a qualifie d'agonie de l'me1 de tristesse si amre qu'elle essaierait en vain de la dpeindre4 --,sans doute1 mais je l'aime mieux que saint ,jean de la ,croix1 car elle ne vous drange pas comme cet inflexible saint4 ,avouez qu'il est vraiment par trop1 celui-l1 du pays des grands ,christs qui saignent dans des caves6 --,et ,sainte ,trse1 de quelle nation est-elle donc8 --,oui1 je sais bien1 elle est espagnole1 mais si complique1 si trange1 que sa race1 elle1 s'oblitre1 semble moins nette4 ,qu'elle soit une admirable psychologue1 cela est sr2 mais quel singulier mlange elle montre aussi1 d'une mystique ardente et d'une femme d'affaires froide4 ,car enfin elle est double fond2 elle est une contemplative hors le monde et elle est galement un homme d'tat2 elle est le ,colbert fminin des clotres4 ,en somme1 jamais femme ne fut et une ouvrire de prcision aussi parfaite et une organisatrice aussi puissante4 ,quand on songe que1 malgr d'invraisemblables difficults1 elle a fond trente-deux monastres1 qu'elle les a mis sous l'obdience d'une rgle qui est un modle de sagesse1 d'une rgle qui prvoit1 qui rectifie les mprises les mieux ignores du cur1 on reste confondu de l'entendre traite par les esprits forts d'hystrique et de folle6 --,l'un des signes distinctifs des mystiques1 rpondit1 en souriant1 l'abb1 c'est justement l'quilibre absolu1 l'entier bon sens4 ,ces conversations remontaient ,durtal2 elles dposaient en lui des germes de rflexions qui levaient quand il tait seul2 elles l'encourageaient se fier aux avis de ce prtre1 suivre ses conseils et il se trouvait d'autant mieux de cette conduite1 que ces frquentations de chapelles1 que ces prires1 que ces lectures occupaient sa vie dsuvre et qu'il ne s'ennuyait plus4 ,j'y aurai toujours gagn des soirs pacifiques et des nuits calmes1 se disait-il4 ,il connaissait maintenant les attendrissantes aides des soires pieuses4 ,il visitait ,saint-,sulpice1 ces heures o1 sous la morne clart des lampes1 les piliers se ddoublent et couchent sur le sol de longs pans de nuit4 ,les chapelles qui restaient ouvertes taient noires et devant le matre-autel1 dans la nef1 un seul bouquet de veilleuses s'panouissait en l'air dans les tnbres comme une touffe lumineuse de roses rouges4 ,l'on entendait1 dans le silence1 le bruit sourd d'une porte1 le cri d'une chaise1 le pas trottinant d'une femme1 la marche hte d'un homme4 ,durtal tait presque isol dans l'obscure chapelle qu'il avait choisie2 il se tenait alors si loin de tout1 si loin de cette ville qui battait1 deux pas de lui1 son plein4 ,il s'agenouillait et restait coi2 il s'apprtait parler et il n'avait plus rien dire2 il se sentait emport par un lan et rien ne sortait4 ,il finissait par tomber dans une langueur vague1 par prouver cette aise indolente1 ce bien-tre confus du corps qui se distend dans l'eau carbonate d'un bain4 ,il rvait alors au sort de ces femmes parses1 autour de lui1 et l1 sur des chaises4 ,ah6 les pauvres petits chles noirs1 les misrables bonnets ruches1 les tristes plerines et le dolent grnelis des chapelets qu'elles gouttaient dans l'ombre6 ,d'aucunes1 en deuil1 gmissaient1 inconsoles encore2 d'autres1 abattues1 pliaient l'chine et penchaient1 tout d'un ct1 le cou2 d'autres priaient1 les paules secoues1 la tte entre les mains4 ,la tche du jour tait termine2 les excdes de la vie venaient crier grce4 ,partout le malheur agenouill2 car les riches1 les biens portants1 les heureux ne prient gure2 partout1 dans l'glise1 des femmes veuves ou vieilles1 sans affection1 ou des femmes abandonnes ou des femmes tortures dans leur mnage1 demandant que l'existence leur soit plus clmente1 que les dbordements de leurs maris s'apaisent1 que les vices de leurs enfants s'amendent1 que la sant des tres qu'elles aiment se raffermisse4 ,c'tait une vritable gerbe de douleurs dont le lamentable parfum encensait la ,vierge4 ,trs peu d'hommes venaient ce rendez-vous cach des peines2 encore moins de jeunes gens1 car ceux-l n'ont pas assez souffert2 seulement quelques vieillards1 quelques infirmes qui se tranaient1 en s'appuyant sur le dos des chaises1 et un petit bossu que ,durtal voyait arriver tous les soirs1 un dshrit qui ne pouvait tre aim que par ,celle qui ne voit mme pas les corps6 ,et une ardente piti soulevait ,durtal1 la vue de ces malheureux qui venaient rclamer au ,ciel un peu de cet amour que leur refusaient les hommes3 il finissait1 lui1 qui ne pouvait prier pour son propre compte1 par se joindre leurs exorations1 par prier pour eux6 ,si indiffrentes dans l'aprs-midi1 les glises taient1 le soir1 vraiment persuasives1 vraiment douces2 elles semblaient s'mouvoir avec la nuit1 compatir dans leur solitude aux souffrances de ces tres malades dont elles entendaient les plaintes4 ,et le matin1 leur premire messe1 la messe des ouvrires et des bonnes tait non moins touchante2 il n'y avait l ni bigotes1 ni curieux1 mais de pauvres femmes qui venaient chercher dans la communion la force de vivre leurs heures de besognes onraires1 d'exigences serviles4 ,elles savaient1 en quittant l'glise1 qu'elles taient la custode vivante d'un ,dieu1 que ,celui qui fut sur cette terre l'invariable ,indigent ne se plaisait que dans les mes mansardes2 elles se savaient ses lues1 ne doutaient pas qu'en leur confiant1 sous la forme du pain1 le mmorial de ses souffrances1 il exigeait1 en change1 qu'elles demeurassent douloureuses et humbles4 ,et que pouvaient leur faire alors les soucis d'une journe coule dans la bonne honte des bas emplois8 ,je comprends pourquoi l'abb tenait tant ce que je visse les glises ces heures matinales ou tardives1 se disait ,durtal2 ce sont les seules1 en effet1 o les mes s'ouvrent4 ,mais il tait trop paresseux pour assister souvent la messe de l'aube2 il se contenta donc de faire escale1 aprs son dner1 dans les chapelles4 ,il en sortait1 mme en priant mal1 mme en ne priant pas1 apais1 en somme4 ,d'autres soirs1 au contraire1 il se sentait las de solitude1 las de silence1 las de tnbres et alors il dlaissait ,saint-,sulpice et allait ,notre-,dame des ,victoires4 ,ce n'tait plus1 dans ce sanctuaire trs clair1 cet abattement1 ce dsespoir de pauvres hres qui se sont trans jusqu' l'glise la plus proche et s'y sont affaisss dans l'ombre4 ,les plerins apportaient ,notre-,dame une confiance plus sre et cette foi adoucissait leurs chagrins dont l'amertume se dissipait dans les explosions d'espoirs1 dans les balbuties d'adoration1 qui jaillissaient autour d'elle4 ,deux courants traversaient ce refuge1 celui des gens qui sollicitaient des grces et celui des gens qui1 les ayant obtenues1 s'pandaient en des remerciements1 en des actes de gratitude4 ,aussi cette glise avait-elle une physionomie spciale1 plus joyeuse que triste1 moins mlancolique1 plus ardente1 en tout cas1 que celle des autres glises4 ,elle prsentait enfin cette particularit d'tre trs frquente par les hommes2 mais elle abritait moins des cafards aux regards en fuite ou aux yeux blancs1 que des gens de tous les monde dont une fausse pit n'avait pas avili les traits2 l1 seulement1 on voyait des visages clairs et des faces propres2 l'on n'y voyait point surtout l'horrible grimace de l'ouvrier des cercles catholiques1 de l'affreux blousard dont l'haleine dment l'onction mal arrte des traits4 ,dans cette glise couverte d'ex-voto1 plaque jusqu'en haut de ses votes d'inscriptions de marbre clbrant la joie des prires accueillies et des bienfaits reus1 devant cet autel de la ,vierge o des centaines de cierges dardaient dans l'air bleu des encens les fers dors de leurs lances1 la prire en commun avait lieu1 huit heures1 tous les soirs4 ,un prtre en chaire dbitait le chapelet1 puis quelquefois les litanies de ,marie taient chantes sur un air bizarre1 sur une sorte de centon musical1 fabriqu avec on ne savait quoi1 trs rythm et changeant continuellement de ton2 tour tour1 preste et grave1 amenant1 pendant une seconde1 une vague rminiscence de vieux airs du ,x,v,i,ie sicle1 puis tournant brusquement un coude1 en une mlodie d'orgue de barbarie1 en une mlodie moderne1 presque canaille4 ,et il tait quand mme captivant ce salmis biscornu de sons6 ,aprs le ,kyrie eleison et les invocations du dbut1 la ,vierge entrait en scne comme une ballerine sur une mesure de danse1 mais lorsque dfilaient certaines de ses qualits1 lorsque s'annonaient certains de ses symboles1 la musique devenait singulirement respectueuse2 elle se ralentissait1 s'attardait1 solennelle1 rptant1 par trois fois1 sur le mme motif1 quelques-uns de ses attributs1 le ,refugium ,peccatorum entre autres1 puis elle reprenait sa marche1 et recommenait ses grces en sautillant4 ,et quand la chance voulait qu'il n'y et point de sermon1 le ,salut avait lieu aussitt aprs4 ,on y clbrait1 avec des raclures de matrise1 avec une basse catarrhale et un ou deux enfants qui reniflaient1 les chants liturgiques3 l',inviolata1 cette prose languissante et plaintive1 la mlodie blanche et trane1 si convalescente1 si dbile qu'elle semblerait ne devoir tre chante que par des voix d'hospices1 puis le ,parce ,domine1 cette antienne si suppliante et si triste1 enfin ce morceau dtach du ,pange lingua1 le ,tantum ergo1 humble et rflchi1 admiratif et lent4 ,quand l'orgue plaquait ses premiers accords1 quand cette mlodie de plain-chant commenait1 la matrise n'avait plus qu' se croiser les bras et se taire4 ,ainsi que ces cierges que l'on allume par des fils de fulminate relis entre eux1 les fidles prenaient feu et1 conduits par l'orgue1 ils entonnaient eux-mmes l'humble et le glorieux chant4 ,ils taient alors agenouills sur les chaises1 prosterns sur les dalles et1 lorsque aprs l'change des antiennes et des rpons1 aprs l'oremus1 le prtre montait l'autel1 les paules et les mains enveloppes de l'charpe de soie blanche1 pour saisir l'ostensoir1 alors1 aux sons grles et prcipits des timbres1 un vent passait qui fauchait d'un seul coup les ttes4 ,et c'tait dans ces groupes embrass d'mes une plnitude de recueillement1 une rpltion de silence inou1 jusqu' ce que les timbres retentissant encore invitassent la vie humaine interrompue s'envelopper d'un grand signe de croix et reprendre son cours4 ,le ,laudate n'tait pas termin que ,durtal sortait1 avant que la foule ne se ft coule de l'glise4 --,vraiment1 se disait-il1 en rentrant chez lui1 la ferveur de ces fidles qui ne sont plus1 ainsi que dans les autres paroisses1 des clients de quartier1 mais des plerins venus de partout et d'on ne sait o1 dtonne dans la goujaterie de ce sot temps4 ,puis on coute au moins ,notre-,dame des chants curieux2 et il resongeait ces tranges litanies qu'il n'avait jamais entendues que l2 et il en avait pourtant subi de toutes les sortes1 dans les glises6 ,a ,saint-,sulpice1 par exemple1 elles se dbitaient sur deux airs4 ,quand la matrise fonctionnait1 elles se droulaient sur une mlodie de plain-chant1 mugie par le gong d'une basse auquel rpondait le fifre pointu des gosses2 mais1 pendant le mois du ,rosaire tous les jours1 sauf le jeudi1 l'on confiait des demoiselles le soin de les grener1 le soir1 et c'tait alors1 autour d'un harmonium enrhum1 une troupe de jeunes et de vieilles oies qui1 dans une musique de foire1 faisaient tourner la ,vierge sur ses litanies comme sur des chevaux de bois4 ,dans d'autres glises1 ,saint-,thomas d',aquin1 par exemple1 o elles taient galement gouttes par des femmes1 les litanies taient poudres frimas et parfumes la bergamote et l'ambre4 ,elles taient1 en effet1 adaptes un air de menuet et elles ne dparaient pas ainsi l'architecture d'opra de cette glise1 en prsentant une ,vierge qui marchait petits pas1 en pinant de deux doigts sa jupe1 s'inclinait dans de belles rvrences1 se reculait dans de grands saluts4 ,cela n'avait videmment rien voir avec la musique religieuse1 mais ce n'tait pas au moins dsagrable entendre2 il et seulement fallu1 pour que l'accord ft complet1 substituer un clavecin l'orgue4 ,mais ce qui tait autrement intressant que ces fredons laques1 c'tait le plain-chant qu'on chantait plus ou moins mal1 ainsi que partout ailleurs1 mais enfin qu'on chantait1 lorsqu'il n'y avait pas de crmonie de gala1 ,notre-,dame4 ,on ne s'y conduisait pas de mme qu' ,saint-,sulpice et dans les autres glises1 o1 presque toujours1 on habille le ,tantum ergo de flons-flons imbciles1 de mlodies pour fanfare militaire et pour banquet4 ,l'glise ne permettait pas de toucher au texte mme de saint ,thomas d',aquin1 mais elle laissait le premier matre de chapelle venu supprimer ce plain-chant qui l'avait envelopp ds sa naissance1 qui l'avait pntr jusqu'aux moelles1 qui adhrait chacune de ses phrases1 qui faisait corps et me avec lui4 ,c'tait monstrueux2 et il fallait rellement que les curs eussent perdu1 non pas le sens de l'art1--puisqu'ils ne l'ont jamais eu--mais le sens le plus lmentaire de la liturgie1 pour accepter de semblables hrsies1 pour supporter de pareils attentats dans leurs glises6 ,ces souvenirs exaspraient ,durtal2 mais il revenait peu peu ,notre-,dame des ,victoires et se calmait4 ,celle-l1 il avait beau l'examiner sur toutes ses faces1 elle n'en restait pas moins mystrieuse1 pas moins1 ,paris1 unique4 ,a la ,salette1 ,lourdes1 il y avait eu des apparitions4--,qu'elles aient t authentiques ou controuves1 peu m'importe1 se disait-il1 car1 en supposant que la ,vierge n'y ft pas au moment o l'on proclamait sa venue1 elle y fut attire et elle y demeure maintenant1 lie par l'afflux des prires1 par les effluences jaillies de la foi des foules2 des miracles s'y sont produits2 il n'est pas tonnant1 ds lors1 que des masses pieuses s'y rendent2 mais1 ici1 ,notre-,dame des ,victoires1 il n'y eut aucune apparition2 aucune ,mlanie1 aucune ,bernadette n'y ont vu et dcrit l'apparence lumineuse d'une belle ,dame4 ,il n'y a ni piscines1 ni services mdicaux1 ni gurisons publiques1 ni cimes de montagne1 ni grotte2 il n'y a rien4 ,en #ahcf1 un beau jour1 le cur de cette paroisse1 l'abb ,dufriche ,des ,genettes1 affirme que1 pendant qu'il clbrait la messe1 la ,vierge lui a manifest le dsir que ce sanctuaire ,lui ft spcialement consacr et cela seul a suffi4 ,cette glise qui tait alors dserte n'a plus dsempli depuis lors et des milliers d'ex-voto attestent les grces que depuis cette poque la ,madone accorde aux visiteurs6 ,oui1 mais en somme1 conclut ,durtal1 tous ces qumandeurs ne sont pas des mes bien extraordinaires1 car enfin1 la plupart sont semblables moi2 ils y sont dans leur intrt1 pour eux1 et non pour ,elle4 ,et il se rappela la rplique de l'abb ,gvresin auquel il avait dj fait cette rflexion3 --,vous seriez singulirement avanc dans la voie de la ,perfection1 si vous n'y alliez que pour ,elle4 ,soudain1 aprs tant d'heures passes dans les chapelles1 une dtente eut lieu2 la chair teinte sous la cendre des prires se ralluma et l'incendie1 jailli des bas-fonds1 devint terrible4 ,florence revint trouver ,durtal1 chez lui1 dans les glises1 dans la rue1 partout2 et il resta constamment en vigie devant les appas rapparus de cette fille4 ,le temps s'en mla2 les firmaments pourrirent2 un t orageux svit1 charriant tous les nervements1 affadissant toutes les volonts1 dcageant dans de fauves moiteurs la troupe rveille des vices4 ,durtal blmit devant l'horreur des soires longues1 devant l'abominable mlancolie des jours qui ne meurent point2 huit heures du soir1 le soleil n'tait plus couch et trois heures du matin1 il semblait veiller encore2 la semaine ne faisait plus qu'une journe ininterrompue et la vie ne s'arrtait point4 ,accabl par l'ignominie des soleils en rage et des ciels bleus1 dgot de baigner dans des ,nils de sueur1 las de sentir des ,niagaras lui couler sous le chapeau1 il ne sortit plus de chez lui2 mais alors1 dans la solitude1 les immondices l'envahirent4 ,ce fut l'obsession1 par la pense1 par l'image1 par tout1 la hantise d'autant plus terrible qu'elle se spcialisait1 qu'elle ne s'garait pas1 qu'elle se concentrait toujours sur le mme point2 la figure de ,florence1 le corps1 le gte mme des bats avous s'effaaient2 il ne restait plus devant lui que l'obscure rgion o cette crature transfrait le sige de ses sens4 ,durtal rsistait1 puis1 affol1 prenait la fuite1 essayait de se briser par de grandes marches1 de se distraire par des promenades1 mais l'ignoble rgal le suivait quand mme dans ses courses1 s'installait devant lui au caf1 s'interposait entre ses yeux et le journal qu'il voulait lire1 l'accompagnait table1 se prcisait dans les taches de la nappe et dans les fruits4 ,il finissait1 aprs des heures de luttes1 par chouer1 vaincu1 chez cette fille1 et il en partait1 accabl1 mourant de dgot et de honte1 sanglotant presque4 ,et il n'prouvait aucun allgement de ces fatigues2 c'tait mme le contraire2 loin de fuir1 le charme excr s'imposait plus violent encore et plus tenace4 ,alors1 ,durtal en arrivait se proposer1 accepter de singuliers compromis4 ,si j'allais visiter1 se disait-il1 une autre femme que je connais et que les caresses rgulires dcident encore1 peut-tre arriverais-je me briser les nerfs1 chasser cette possession1 m'assouvir1 sans ces ennuis et ces remords2 et il le fit1 tchant de se persuader qu'il serait plus pardonnable1 qu'il pcherait moins1 en agissant ainsi4 ,le rsultat le plus clair de cette tentative fut de ramener1 par la comparaison force des joutes1 le souvenir de ,florence et de proclamer l'excellence de ses vices4 ,il continua donc de se vautrer chez elle1 puis il eut1 pendant quelques jours1 une telle rvolte de ce servage1 qu'il se hissa hors de l'gout et reprit pied4 ,alors il parvint se rcuprer1 se runir1 et il se vomit4 ,il avait un peu dlaiss1 pendant cette crise1 l'abb ,gvresin auquel il n'osait avouer ces turpitudes2 mais1 prsageant1 certains indices1 de nouvelles attaques1 il s'apeura et s'en fut le voir4 ,il lui expliqua ses crises1 mots couverts2 et il se sentait si dsarm1 si triste1 que les larmes lui venaient aux yeux4 --,eh bien6 tes-vous sr maintenant de l'avoir1 ce repentir que vous m'assuriez ne pas prouver jusqu'ici8 dit l'abb4 --,oui1 mais quoi bon8 ,lorsqu'on est si faible que1 malgr tous ses efforts1 l'on est certain d'tre culbut au premier assaut6 --,ceci1 c'est une autre question4--,allons1 je vois que vous vous tes au moins dfendu et qu' l'heure actuelle vous vous trouvez1 en effet1 dans un tat de fatigue qui exige une aide4 ,rassurez-vous donc2 allez en paix et pchez moins2 la plus grande part de vos tentations va vous tre remise2 vous pourrez1 si vous le voulez bien1 supporter le reste2 seulement1 faites attention1 si vous succombez dsormais1 vous serez sans excuse et je ne rponds pas alors qu'au lieu de s'amliorer1 votre situation ne s'aggrave444 ,et comme ,durtal1 stupfi1 balbutiait3 vous croyez444 --,je crois1 fit le prtre1 la substitution mystique dont je vous ai parl2 vous l'exprimenterez sur vous-mme d'ailleurs2 des saintes vont1 pour vous secourir1 entrer en lice2 elles prendront le surplus des assauts que vous ne pouvez vaincre2 sans mme qu'ils connaissent votre nom1 du fond de leur province1 des monastres de ,carmlites et de ,clarisses vont1 sur une lettre de moi1 prier pour vous4 ,et le fait est qu' partir de ce jour-l1 les attaques les plus lancinantes cessrent4 ,cette accalmie1 cette trve1 la dut-il l'intercession des ordres clotrs ou au changement de temps qui se produisit1 la dfaillance du soleil qui se submergea sous des flots de pluie2 il ne le sut2 une seule chose tait certaine1 c'est que les tentations s'espacrent et qu'il put impunment les subir4 ,cette ide de couvents le tirant par compassion de la bourbe o il s'enlisait1 le ramenant par charit sur une berge1 l'exalta4 ,il voulut aller1 avenue de ,saxe1 prier chez les surs de celles qui souffraient pour lui4 ,plus de lumires1 plus de foules1 comme ce matin o il avait assist une prise de voile2 plus d'odeur de cire et d'encens1 plus de dfil de robe pourpre et de chape d'or2 c'tait le dsert et la nuit4 ,il se tenait l1 seul1 dans cette chapelle sombre et humide1 sentant l'eau qui dort2 et1 sans dvider le tournebroche des chapelets ou rpter les oraisons apprises1 il rvassait1 cherchant voir un peu clair dans sa vie1 se rendre compte4 ,et tandis qu'il se colligeait1 des voix lointaines arrivaient derrire la grille et elles s'approchaient peu peu1 passaient par le noir tamis du voile1 tombaient brises autour de l'autel dont la masse confuse se dressait dans l'ombre4 ,ces voix des ,carmlites aidaient ,durtal s'effondrer dans le dsespoir4 ,assis sur une chaise il se disait3 ,lorsqu'on est ainsi que moi incapable de dsintressement quand on ,lui parle1 il est presque honteux de l'oser prier1 car enfin si je songe ,lui1 c'est pour demander un peu de bonheur--et cela n'a aucun sens4 ,dans l'immdiat naufrage de la raison humaine voulant expliquer l'effrayante nigme du pourquoi de la vie1 une seule ide surnage1 au milieu des dbris des penses qui sombrent1 l'ide d'une expiation que l'on sent et dont on ne comprend pas la cause1 l'ide que le seul but assign la vie est la ,douleur4 ,chacun aurait un compte de souffrances physiques et morales puiser et alors quiconque ne le rgle pas1 ici-bas1 le solde aprs la mort2 le bonheur ne serait qu'un emprunt qu'il faudrait rendre2 ses simulacres mmes s'assimileraient des avances d'hoirie sur une future succession de peines4 ,qui sait1 dans ce cas1 si les anesthsiques qui suppriment la douleur corporelle n'endettent point ceux qui s'en servent8 ,qui sait si le chloroforme n'est pas un agent de rvolte et si cette lchet de la crature souffrir n'est point une sdition1 presque un attentat contre les volonts du ciel8 ,s'il en est ainsi1 ces arrirs de tortures1 ces dbets de dtresse1 ces warrants de peines vites1 doivent produire de terribles intrts1 l-haut2 cela justifie le cri d'armes de sainte ,trse3 ,seigneur1 toujours souffrir ou mourir6 cela explique pourquoi1 dans leurs preuves1 les saints se rjouissent et supplient le ,seigneur de ne les point pargner1 car ils savent1 ceux-l1 qu'il faut payer la somme purificatrice des maux pour demeurer1 aprs la mort1 indemne4 ,puis1 soyons justes1 sans la douleur1 l'humanit serait trop ignoble1 car elle seule peut1 en les dpurant1 exhausser les mes6 ,mais tout a1 ce n'est rien moins que consolant1 reprit-il4--,et quel accompagnement pour ses tristes songeries que les voix en deuil de ces nonnes6 ah6 c'est vraiment affreux4 ,et il finissait par fuir1 par chouer1 pour dissiper son navrement1 dans le monastre voisin situ au fond de l'impasse de ,saxe1 dans une alle de banlieue1 pleine de rduits qui prcdent des jardins o des serpents en cailloux de rivire se droulent autour de pastilles d'herbes4 ,c'tait l que rsidaient les pauvres ,clarisses humilies de l',ave ,maria1 un ordre encore plus rigide que celui des ,carmlites1 mais plus indigent1 moins comme il faut1 plus humble4 ,on pntrait dans ce clotre par une petite porte pousse contre2 l'on montait1 sans rencontrer personne1 jusqu'au deuxime tage et l'on dcouvrait une chapelle dont les fentres laissaient voir des arbres qui se balanaient dans des ppiements de moineaux fous4 ,c'tait encore une spulture2 mais ce n'tait plus1 comme en face1 la tombe1 au fond d'un caveau noir2 c'tait plutt un cimetire avec des nids chantant1 au soleil1 dans des branches2 l'on se serait cru1 plus de vingt lieues de ,paris1 la campagne4 ,le dcor de cette claire chapelle essayait pourtant d'tre sombre2 il ressemblait celui de ces boutiques de marchands de vins dont les cloisons simulent des murs de caves1 avec de chimriques pierres peintes dans les raies imites d'un faux ciment4 ,seulement1 la hauteur de la nef sauvait l'enfantillage de cette imposture1 relevait la vulgarit de ce trompe-l'il4 ,au fond1 se dressait au-dessus d'un parquet cir glace un autel1 flanqu1 de chaque ct1 d'une grille de fer voile de noir4 ,ainsi que le prescrit saint ,franois1 tous les ornements1 le crucifix1 les chandeliers1 le tabernacle1 taient en bois2 il n'y avait aucun objet de mtal expos1 aucune fleur2 le seul luxe de cette chapelle consistait en des vitraux modernes dont l'un reprsentait saint ,franois d',assise et l'autre sainte ,claire4 ,durtal jugeait ce sanctuaire ar et charmant1 mais il n'y sjournait que quelques minutes1 car ce n'tait point ainsi que dans le ,carmel un isolement absolu1 une paix noire2 l1 toujours1 deux ou trois ,clarisses trottinaient dans la chapelle1 le regardaient en rangeant les chaises1 semblaient tonnes par sa prsence4 ,elles le gnaient et il avait peur1 lui aussi1 de les gner1 si bien qu'il se retirait1 mais cette courte halte suffisait pour effacer ou tout au moins pour amoindrir la funbre impression du couvent voisin4 ,et ,durtal s'en revenait1 la fois trs apais et trs inquiet2 trs apais au point de vue lubrique1 trs inquiet sur le parti qu'il devait prendre4 ,il sentait monter1 grandir1 de plus en plus1 en lui1 ce souhait d'en finir avec ces litiges et avec ces transes et il plissait ds qu'il songeait renverser sa vie1 renoncer jamais aux femmes4 ,mais s'il avait encore des hsitations et des craintes1 il n'avait dj plus la ferme intention de rsister2 il acceptait en principe maintenant l'ide d'un changement d'existence1 seulement il tchait de retarder le jour1 de reculer l'heure1 il tentait de gagner du temps4 ,puis1 de mme que les gens qui s'exasprent dans l'attente1 il dsirait1 certains autres jours1 ne plus diffrer l'invitable instant et il se criait3 que a se termine6 ,tout plutt que de rester ainsi6 ,et1 ce souhait ne paraissant pas s'exaucer1 il se dcourageait aussitt1 voulait ne plus songer rien1 regrettait le temps pass1 dplorait de se sentir charri par un courant pareil6 ,et quand il se ranimait un peu1 il essayait encore de s'ausculter4 ,au fond1 je ne sais plus du tout o j'en suis1 se disait-il2 ce flux et reflux de vux diffrents m'effarent2 mais comment en suis-je venu l et qu'est-ce que j'ai8 ,ce qu'il ressentait1 depuis que sa chair le laissait plus lucide1 tait si insensible1 si indfinissable1 si continu pourtant1 qu'il devait renoncer comprendre4 ,en somme1 chaque fois qu'il voulait descendre en lui-mme1 un rideau de brume se levait qui masquait la marche invisible et silencieuse d'il ne savait quoi4 ,la seule impression qu'il rapportait1 en remontant1 c'est que c'est bien moins lui qui s'avanait dans l'inconnu1 que cet inconnu qui l'envahissait1 le pntrait1 s'emparait peu peu de lui4 ,quand il entretenait l'abb de cet tat tout la fois lche et rsign1 implorant et craintif1 le prtre se bornait sourire4 --,terrez-vous dans la prire et baissez le dos1 lui dit-il un jour4 --,mais je suis las de tendre l'chine1 en pitinant toujours sur la mme place1 s'cria ,durtal4 ,j'en ai surtout assez de me sentir pouss par les paules et conduit je ne sais o2 d'une faon ou d'une autre1 il est vraiment temps que cette situation finisse4 --videmment4--,et1 le regardant dans les yeux1 l'abb1 debout1 dit d'un ton grave3 --,cette marche vers ,dieu que vous trouvez si obscure et si lente1 elle est au contraire si lumineuse et si rapide qu'elle m'tonne2 seulement1 comme vous ne bougez point1 vous ne vous rendez point compte de la vitesse qui vous emporte4 ,allez1 avant qu'il ne soit longtemps1 vous serez mr et1 sans qu'il soit besoin de secouer l'arbre1 vous vous dtacherez seul4 ,la question qui reste maintenant rsoudre est celle de savoir dans quel rceptacle il faudra vous mettre1 lorsque vous tomberez enfin de votre vie4 ,,vii ,mais444 mais4441 s'cria ,durtal1 il va pourtant falloir s'expliquer2 la fin1 avec ses sous-entendus tranquilles1 l'abb m'embte6 ,son rceptacle o il devra me mettre6--,il n'a pas1 je prsume1 l'ide de faire de moi un sminariste ou un moine2 le sminaire est1 mon ge1 dnu d'intrt1 et quant au couvent1 il est sduisant au point de vue mystique et mme capiteux au point de vue de l'art1 mais je n'ai pas les aptitudes physiques et encore moins les prdispositions spirituelles pour m'interner jamais dans un clotre2 laissons donc cela1 mais alors que veut-il dire8 ,d'autre part1 il a tenu me prter les uvres de saint ,jean de la ,croix1 me les faire lire2 il a donc un but1 car il n'est pas homme marcher ttons et il sait ce qu'il veut et o il va2 s'imagine-t-il que je suis destin la vie parfaite et veut-il me mettre en garde par cette lecture contre les dsillusions que1 suivant lui1 les dbutants prouvent2 son flair me semble s'garer quand il en arrive l4 ,j'ai bien l'horreur du bigotisme et des maniques pieuses1 mais je ne me sens pas attir1 tout en les admirant1 vers les phnomnes de la mystique4 ,non1 cela m'intresse regarder chez les autres2 je veux bien voir cela de ma fentre1 mais je me refuse descendre2 je n'ai pas la prtention de devenir un saint2 tout ce que je dsire1 c'est atteindre l'tat intermdiaire entre le bondieusardisme et la saintet4 ,c'est un idal affreusement bas1 mais1 dans la pratique1 c'est le seul que je me crois capable d'atteindre1 et encore6 ,puis1 allez donc vous frotter ces questions6 ,si l'on se trompe1 si l'on obit de fausses impulsions1 on ctoie la folie1 ds qu'on s'avance4 ,comment1 moins d'une grce toute particulire1 savoir si l'on est bien dans le chemin ou si l'on ne se dirige pas dans la nuit1 vers les abmes8 ,voici1 par exemple1 les entretiens de ,dieu avec l'me qui sont si frquents dans la vie mystique2 eh bien1 comment tre sr que cette voix intrieure1 que ces paroles distinctes que l'on n'entend pas avec les oreilles du corps et qui sont perues par l'me d'une faon beaucoup plus claire1 beaucoup plus nette que si elles lui arrivaient par les conduites des sens1 sont vridiques8 ,comment s'assurer qu'elles manent de ,dieu et non de notre imagination ou du diable mme8 ,je sais bien que sainte ,trse traite longuement cette matire dans ses ,chteaux intrieurs et qu'elle indique les signes auxquels on peut reconnatre l'origine de ces paroles2 mais ses preuves ne me paraissent pas toujours si faciles qu'elle le croit discerner4 ,si ces phrases viennent de ,dieu1 dit-elle1 elles sont toujours accompagnes d'effet et portent avec elles une autorit laquelle rien ne rsiste2 ainsi une me est dans la peine et le ,seigneur profre simplement en elle ces mots ne t'afflige pas et aussitt la bourrasque dvie et la joie renat4 ,en second lieu1 ces paroles laissent l'me dans une indissoluble paix2 enfin elles se gravent dans la mmoire et souvent mme ne s'effacent plus4 ,dans le cas contraire1 reprend-elle1 si ces paroles proviennent de l'imagination ou du dmon1 aucun de ces effets ne se produit2 mais une sorte de malaise1 d'angoisse1 de doute vous torture2 de plus1 ces phrases s'vaporent en partie1 fatiguent l'me qui s'efforce1 en vain1 de les reconstituer dans leur entier4 ,malgr ces points de repre1 l'on se tient1 en somme1 sur un terrain mouvant o l'on peut s'enfoncer chaque pas2 mais saint ,jean de la ,croix intervient son tour1 et1 lui1 vous ordonne de ne pas bouger4 ,que faire alors8 ,l'on ne doit pas1 dit-il1 aspirer ces communications surnaturelles et s'y arrter et cela pour deux motifs3 d'abord1 parce qu'il y a humilit1 abngation parfaite se refuser d'y croire2 ensuite1 parce qu'en agissant de la sorte1 on se dlivre du travail ncessaire pour s'assurer si ces visions vocales sont vraies ou fausses2 on se dispense ainsi d'un examen qui n'a d'autre profit pour l'me que perte de temps et inquitudes4 ,bien--mais si ces paroles sont rellement prononces par ,dieu1 on se rebelle contre sa volont1 en demeurant sourd6 ,et puis1 ainsi que l'affirme sainte ,trse1 il n'est pas en notre pouvoir de ne point les couter et l'me ne peut penser qu' ce qu'elle entend1 quand ,jsus lui parle6--,d'ailleurs tous les raisonnements sur cette question vacillent1 car l'on n'entre pas1 de son plein gr1 dans la voie troite1 comme l'appelle l'glise2 on y est men1 projet1 malgr soi souvent1 et la rsistance est impossible2 les phnomnes se succdent et rien au monde n'est de force les enrayer1 exemple sainte ,trse qui1 bien qu'elle se dfendt par humilit1 tombait en extase sous le souffle divin et s'enlevait du sol4 ,non1 ces tats surhumains m'effraient et je ne tiens pas1 par exprience1 les connatre4 ,quant saint ,jean de la ,croix1 l'abb n'a pas tort de le dclarer unique1 mais bien qu'il taraude les couches les plus profondes de l'me et atteigne l o jamais la tarire humaine n'a pntr1 il me gne quand mme1 dans mon admiration1 car son uvre est pleine de cauchemars qui m'interdisent2 je ne suis pas bien certain avec cela que ses ghennes soient exactes2 enfin certaines de ses affirmations ne me convainquent pas4 ,ce qu'il appelle la ,nuit obscure est incomprhensible2 les souffrances de cette tnbre dpassent le possible1 s'crie-t-il1 chaque page4 ,ici1 je perds pied4 ,je m'imagine bien1 pour les avoir ressenties1 des douleurs morales1 atroces1 des dcs de parents ou d'amis1 des amours dues1 des espoirs effondrs1 des misres spirituelles de toute sorte1 mais ce martyr-l qu'il dclare suprieur aux autres1 m'chappe car il est hors de nos intrts humains1 hors de nos affections2 il se meut dans une sphre inaccessible1 dans un monde inconnu et si loin de nous6 ,j'ai dcidment peur qu'il n'y ait abus de mtaphores et gongorisme d'homme du ,midi1 chez ce terrible ,saint6 ,au reste1 voici encore un point o l'abb m'tonne4 ,lui qui est si doux1 tmoigne d'un certain penchant pour le pain sec de la mystique3 les effusions de ,ruysbroeck1 de sainte ,angle1 de sainte ,catherine de ,gnes1 le touchent moins que les raisonnements des ,saints ergoteurs et durs2 et pourtant1 ct de ceux-l1 il m'a recommand la lecture de ,marie d',agrda qu'il ne devrait pas choyer1 car elle n'a aucune des qualits que1 dans les uvres de sainte ,trse et de saint ,jean de la ,croix1 l'on aime4 ,ah6 il peut se flatter de m'avoir inflig une incomparable dsillusion1 en me prtant sa ,cit mystique6 ,sur le renom de cette ,espagnole1 je m'attendais des souffles prophtiques1 de formidables empans1 d'extraordinaires visions et pas du tout1 c'est simplement bizarre et pompeux1 pnible et froid4 ,puis la phrasologie de son livre est insoutenable4 ,toutes ces expressions dont ces tomes normes fourmillent3 ma divine ,princesse1 ma grande ,reine1 ma grande ,dame1 alors qu'elle s'adresse la ,vierge qui la traite son tour de ma trs chre2 cette faon qu'a le ,christ de l'appeler mon pouse1 ma bien-aime1 de la citer continuellement comme l'objet de ses complaisances et de ses dlices2 cette manire qu'elle adopte de nommer les anges les courtisans du grand ,roi1 m'agacent et me lassent4 a sent les perruques et les jabots1 les rvrences et les ronds de jambes1 a se passe ,versailles1 c'est une mystique de ,cour dans laquelle le ,christ pontifie1 affubl du costume de ,louis ,,xiv4 ,sans compter1 reprit-il1 que ,marie d',agrda se rpand en de bien extravagants dtails4 ,elle nous entretient du lait de la ,vierge qui ne pouvait tourner1 des misres fminines dont elle fut exempte2 elle explique le mystre de la ,conception par trois gouttes de sang qui jaillirent du cur de ,marie dans sa matrice o le ,saint-,esprit s'en servit pour former l'enfant2 elle dclare enfin que saint ,michel1 que saint ,gabriel remplirent les fonctions de sages-femmes et assistrent1 vivants1 sous une forme humaine1 aux couches de la ,vierge6 ,c'est tout de mme un peu fort6--,je sais bien ce que rpond l'abb1 qu'il n'y a pas tenir compte de ces trangets et de ces erreurs1 mais qu'il faut lire la ,cit mystique au point de vue de la vie intrieure de la ,sainte ,vierge4--,oui1 mais alors le livre de ,m4 ,olier1 qui traite le mme sujet1 me parat autrement curieux1 autrement sr6 ,ce prtre forait-il la note1 jouait-il un rle8 ,durtal se le demandait1 en voyant sa tnacit ne pas s'carter pendant un certain temps des mmes questions4 ,il essayait quelquefois1 pour le tter1 de dtourner la conversation1 mais doucement l'abb souriait et la ramenait l o il voulait qu'elle ft4 ,quand il crut avoir satur ,durtal d'uvres mystiques1 il en parla moins et il parut ne plus s'prendre que des ordres religieux1 surtout de l'ordre de saint ,benot4 ,trs habilement1 il incita ,durtal s'intresser cet institut1 l'interroger1 et1 une fois bien install sur ce terrain1 il n'en dmarra plus4 ,cela commena un jour o ,durtal causait avec lui du plain-chant4 --,vous avez raison de l'aimer1 dit l'abb1 car mme en dehors de la liturgie et de l'art1 ce chant1 si j'en crois saint ,justin1 apaise les attraits et les concupiscences de la chair1 affectiones et concupiscentias carnis sedat2 mais laissez-moi vous l'assurer1 vous ne le connaissez que par ou-dire2 il n'y a plus maintenant de vrai plain-chant dans les glises2 ce sont1 ainsi que pour les produits de la thrapeutique1 des frelatages plus ou moins audacieux qu'on vous prsente4 ,aucun des chants peu prs respects par les matrises--le ,tantum ergo par exemple--n'est dsormais exact4 ,il demeure presque fidle jusqu'au verset ,prstet fides et l il draille2 il ne tient pas compte des nuances trs perceptibles pourtant que la mlodie grgorienne impose ce moment o le texte avoue l'impotence de la raison et l'aide toute-puissante de la ,foi2 ces adultrations sont plus sensibles encore si vous coutez1 aprs l'office des ,complies1 le ,salve ,regina4 ,celui-l1 on l'abrge de plus de moiti1 on l'nerve1 on le dcolore1 on l'ampute de ses neumes1 on en fait un moignon de musique ignoble2 si vous aviez entendu ce chant magnifique dans les ,trappes1 vous pleureriez de dgot1 en l'coutant braill ,paris1 dans les glises4 ,mais en dehors mme de l'altration du texte mlodique qui est maintenant acquise1 la faon dont on beugle le plain-chant est partout absurde6 ,l'une des premires conditions pour le bien rendre1 c'est que les voix marchent ensemble1 qu'elles chantent toutes en mme temps1 syllabe pour syllabe et note pour note2 il faut l'unisson1 en un mot4 ,or1 vous pouvez le vrifier1 la mlodie grgorienne n'est pas ainsi traite3 chaque voix fait sa partie et s'isole2 ensuite1 la musique plane n'admet pas d'accompagnement3 elle doit se chanter1 seule et sans orgue2 tout plus1 peut-elle tolrer que l'instrument donne l'intonation et accompagne1 en sourdine1 juste assez1 s'il est besoin1 pour maintenir la ligne trace des voix2 est-ce ainsi qu'on l'admet dans les glises8 --,oui1 je sais bien1 rpondit ,durtal4 ,quand je l'coute ,saint-,sulpice1 ,saint-,sverin1 ,notre-,dame des ,victoires1 je n'ignore pas qu'elle est sophistique1 mais avouez qu'elle est encore superbe ainsi6 ,je ne dfends pas la supercherie1 l'adjonction des fioritures1 la fausset des csures musicales1 l'accompagnement dlictueux1 le ton de concert profane qu'on lui inflige ,saint-,sulpice1 mais que voulez-vous que je fasse8 dfaut de l'original1 je dois bien me contenter d'une copie plus ou moins vile et1 je le rpte1 mme excute de la sorte1 cette musique est encore si admirable qu'elle m'enchante6 --,mais1 fit tranquillement l'abb1 rien ne vous oblige couter du faux plain-chant1 alors que vous pouvez en entendre du vrai2 car1 ne vous dplaise1 ,paris mme1 il existe une chapelle o il est intact et servi d'aprs les rgles dont j'ai parl4 --,tiens6 et o a8 --,chez les ,bndictines du ,saint-,sacrement1 rue ,monsieur4 --,et tout le monde peut s'introduire dans ce couvent et assister aux offices8 --,tout le monde1--pendant la semaine1 on y chante les ,vpres trois heures1 tous les jours1 et la grand'messe se clbre1 le dimanche1 neuf heures4 ,ah6 si j'avais connu cette chapelle plus tt1 s'cria ,durtal1 la premire fois qu'il en sortit4 ,le fait est qu'elle runissait toutes les conditions qu'il pouvait souhaiter2 situe dans une rue solitaire1 elle tait d'une intimit pntrante2 l'architecte qui l'avait construite n'avait rien innov et rien tent2 il l'avait btie dans le style gothique1 sans y ajouter aucune fantaisie de son cru4 ,elle figurait une croix1 mais l'un des bras tait peine tendu1 faute de place1 tandis que l'autre s'allongeait en une salle1 spare du chur par une grille de fer1 au dessus de laquelle un ,saint ,sacrement tait ador par deux anges agenouills dont les ailes lilas se repliaient sur des dos roses4 ,sauf ces deux statues1 d'une excution vraiment coupable1 le reste tait au moins teint dans l'ombre et ne choquait pas par trop la vue4 ,la chapelle tait obscure et toujours1 aux heures des offices1 une jeune sacristine1 longue et ple1 un peu vote1 entrait1 telle qu'une ombre1 et chaque fois qu'elle passait devant l'autel1 elle tombait1 un genou par terre1 et inclinait profondment la tte4 ,elle tait trange1 peine humaine1 glissait sur les dalles1 sans bruit1 le front baiss1 le bandeau descendu jusqu'aux sourcils et elle semblait s'envoler comme une grande chauve-souris1 alors que1 vous tournant le dos1 debout devant le tabernacle1 elle levait les bras et remuait ses larges manches noires pour allumer les cierges4 ,durtal avait1 un jour1 aperu ses traits maladifs et charmants1 ses paupires enfumes1 ses yeux d'un bleu las1 et devin un corps fusel par les prires1 sous la robe noire serre par une ceinture de cuir1 orne d'un petit ,saint ,sacrement de mtal dor1 au-dessous de la guimpe1 prs du cur4 ,la grille de clture1 situe gauche de l'autel tait ample1 trs claire par derrire1 de sorte que lorsque mme les rideaux taient ferms1 l'on pouvait facilement entrevoir tout le chapitre1 chelonn dans des stalles de chne1 surmontes1 au fond1 d'une stalle plus haute o se tenait l'abbesse4 ,un cierge allum tait plant au milieu de la salle et1 jours et nuits1 une religieuse priait devant lui1 la corde au cou1 pour rparer les insultes que1 sous la forme ,eucharistique1 ,jsus subit4 ,la premire fois qu'il avait visit cette chapelle1 ,durtal s'y tait rendu1 le dimanche1 un peu avant l'heure de la messe et il avait pu assister ainsi l'entre des ,bndictines1 derrire la claire-voie de fer4 ,elles s'avanaient1 deux par deux1 s'arrtaient au milieu de la grille1 faisaient vis--vis l'autel et le saluaient1 puis se regardant elles s'inclinaient l'une devant l'autre2 et ce dfil de femmes noires o n'clatait que la blancheur du bandeau et du col et la tache dore du petit ostensoir plac sur la poitrine1 se continuait jusqu' ce qu' la fin1 les novices apparussent leur tour1 reconnaissables au voile blanc qui leur couvrait la tte4 ,et quand un vieux prtre1 assist d'un sacristain1 commenait la messe1 doucement1 au fond du chapitre1 un petit orgue donnait l'intonation aux voix4 ,alors ,durtal avait pu s'tonner1 car il n'avait pas encore entendu une seule et unique voix faite d'une trentaine peut-tre1 d'un diapason aussi trange1 une voix supra-terrestre qui brlait sur elle-mme en l'air et se tordait en roucoulant4 ,cela n'avait plus aucun rapport avec le lamento glac1 ttu des ,carmlites1 et cela ne ressemblait pas davantage au timbre asexu1 la voix d'enfant1 cache1 arrondie du bout1 des ,franciscaines2 c'tait autre chose4 ,a la ,glacire1 en effet1 ces voix crues1 bien qu'adoucies et moires par les prires1 gardaient quand mme un peu de l'inflexion tranante presque commune du peuple dont elles taient issues2 elles taient bien pures1 mais elles n'en restaient pas moins humaines4 ,ici1 c'tait une tendresse sraphise de sons2 cette voix1 sans origine dfinie1 longuement blute dans le tamis divin1 patiemment modele pour le chant liturgique1 se dpliait en s'embrasant1 flambait en des bouquets virginaux de sons blancs2 s'teignait1 s'effeuillait en des plaintes ples1 lointaines1 vraiment angliques1 la fin de certains chants4 ,ainsi interprte1 la messe accentuait singulirement le sens de ses proses4 ,debout1 derrire la grille1 le monastre rpondait au prtre4 ,durtal avait alors entendu1 aprs un ,kyrie eleison dolent et sourd1 pre1 presque tragique1 le cri dcid1 si amoureux et si grave1 du ,gloria in excelsis du vrai plain-chant2 il avait cout le ,credo1 lent et nu1 solennel et pensif et il avait pu s'affirmer que ces chants diffraient absolument de ceux que l'on entonnait partout1 dans les glises4 ,saint-,sverin1 ,saint-,sulpice lui semblaient maintenant profanes2 la place de ces molles ardeurs1 de ces frisures et de ces boucles1 de ces angles de mlodies lims1 de ces terminaisons toutes modernes1 de ces accompagnements incohrents rdigs pour l'orgue1 il se trouvait en face d'un chant la maigreur effile et nerveuse des ,primitifs2 il voyait la rigidit asctique de ses lignes1 la rsonance de son coloris1 l'clat de son mtal martel avec l'art barbare et charmant des bijoux ,goths2 il entendait sous la robe plisse des sons palpiter l'me nave1 l'amour ingnu des ges et il observait cette nuance curieuse chez les ,bndictines3 elles finissaient les cris d'adoration1 les roucoulements de tendresse1 en un murmure timide1 coup court1 comme reculant par l'humilit1 comme s'effaant par modestie1 comme demandant pardon ,dieu d'oser l'aimer4 ,ah6 vous avez eu bien raison de m'envoyer l1 dit ,durtal l'abb quand il le vit4 --,je n'avais pas le choix1 rpondit1 en souriant1 le prtre1 car l'on ne respecte le plain-chant que dans les abbayes soumises la rgle ,bndictine4 ,ce grand ordre de saint ,benot l'a restaur4 ,dom ,pothier a fait pour lui ce que dom ,guranger a fait pour la liturgie4 ,au reste1 en sus de l'authenticit du texte vocal et de la faon de le traduire1 il existe encore deux conditions essentielles et qui ne se rencontrent gure que dans les clotres1 pour restituer la vie spciale de ces mlodies1 c'est d'abord d'avoir la ,foi et ensuite de connatre le sens des mots qu'on chante4 --,mais1 interrompit ,durtal1 je ne prsume pas que les ,bndictines sachent le latin4 --,pardon1 parmi les moniales de saint ,benot1 et mme parmi les surs clotres des autres ordres1 il en est un certain nombre qui tudient assez cette langue pour comprendre le brviaire et les psaumes4 ,c'est un srieux avantage qu'elles ont sur les matrises qui ne sont composes1 la plupart1 que d'artisans sans instruction et sans pit1 que de simples ouvriers de voix4 ,maintenant1 sans vouloir rabaisser votre enthousiasme pour la probit musicale de ces religieuses1 je dois vous dire que1 pour bien saisir1 dans son altitude1 dans son ampleur1 ce magnifique chant1 il faut l'entendre non pas vann par des bouches mme dsexues de vierges1 mais sorti sans apprts1 tout vif1 des lvres d'hommes4 ,malheureusement1 s'il existe ,paris1 rue ,monsieur et rue ,tournefort1 deux communauts de ,bndictines1 il ne s'y trouve pas1 en revanche1 un vritable couvent de ,bndictins444 --,et1 rue ,monsieur1 elles suivent la rgle intgrale de saint ,benot8 --,oui1 mais en sus des vux habituels de pauvret1 de chastet1 de stabilit en clture1 d'obissance1 elles prononcent encore le vu de rparation et d'adoration du ,saint-,sacrement1 tel que le formula sainte ,mechtilde4 ,aussi mnent-elles l'existence la plus austre qui soit parmi les nonnes4 ,presque jamais de viande2 lever deux heures du matin pour chanter l'office de ,matines et les ,laudes1 et1 jours et nuits1 ts et hivers1 elles se relaient devant le cierge de la rparation et devant l'autel4 ,il n'y a pas dire1 reprit l'abb1 aprs un silence1 la femme est plus courageuse et plus forte que l'homme2 aucun asctre masculin ne pourrait1 sans dprir1 supporter1 dans l'air dbilitant de ,paris surtout1 une vie pareille4 --,ce qui me stupfie peut-tre plus encore1 fit ,durtal1 c'est lorsque je songe la qualit d'obissance qu'on doit exiger d'elles4 ,comment une crature doue de volont peut-elle s'anantir un tel point8 --,oh6 dit l'abb1 l'obissance est la mme dans tous les grands ordres2 elle est absolue1 sans rticences2 la formule en a t excellemment rsume par saint ,augustin4 coutez cette phrase que je me rappelle avoir lue dans un commentaire de sa rgle3 ,on doit entrer dans les sentiments d'une bte de charge et se laisser conduire comme un cheval et un mulet qui n'ont point d'entendement ou plutt1 afin que l'obissance soit encore plus parfaite1 parce que ces animaux regimbent sous l'peron1 il faut tre1 entre les mains du suprieur1 comme une bche et un tronc d'arbre qui n'a ni vie1 ni mouvement1 ni action1 ni volont1 ni jugement4 ,est-ce clair8 --,c'est surtout effarant6--,j'admets bien1 reprit ,durtal1 qu'en change de tant d'abngation1 les religieuses sont l-haut puissamment aides1 mais enfin n'y a-t-il pas des moments de dfaillance1 des accs de dsespoir1 des instants o elles regrettent l'existence naturelle au plein air1 o elles pleurent cette vie de mortes qu'elles se sont faite2 n'y a-t-il pas enfin des jours o les sens rveills crient8 --,sans doute2 dans la vie en clture1 l'ge de vingt-neuf ans est1 pour la plupart1 passer1 terrible2 car c'est alors que la crise passionnelle surgit2 si la femme franchit ce cap--et presque toujours elle le franchit--elle est sauve4 ,mais la sdition charnelle n'est pas encore1 proprement parler1 l'assaut le plus douloureux qu'elles supportent4 ,le vritable supplice qu'elles endurent1 dans ces heures de trouble1 c'est le regret ardent1 fou1 de cette maternit qu'elles ignorent2 les entrailles dlaisses de la femme se rvoltent et si plein qu'il soit de ,dieu1 son cur clate1 l'enfant ,jsus qu'elles ont tant aim leur apparat alors si inaccessible et si loin d'elles6 puis sa vue mme les consolerait peine1 car elles rveraient de le tenir dans leurs bras1 de l'emmaillotter1 de le bercer1 de lui donner le sein1 de faire1 en un mot1 uvre de mre4 ,d'autres nonnes ne subissent1 elles1 aucune attaque prcise1 aucun sige que l'on connaisse2 seulement sans cause dfinie1 elles languissent1 meurent tout coup comme un cierge sur lequel on souffle4 ,c'est l'acedia des clotres qui les teint4 --,mais savez-vous1 monsieur l'abb1 que ces dtails sont peu encourageants444 ,le prtre haussa les paules4--,c'est le mdiocre revers d'un endroit sublime1 dit-il2 les rcompenses qui sont accordes1 mme sur cette terre1 aux mes conventuelles sont si suprieures6 --,enfin1 je ne suppose pas que lorsqu'une religieuse s'abat1 frappe dans sa chair1 on l'abandonne4 ,que fait alors une mre abbesse8 --,elle agit suivant le temprament corporel et suivant la complexion d'me de la malade4 ,remarquez qu'elle a pu la suivre pendant les annes de la probation2 qu'elle a forcment pris un ascendant sur elle2 elle doit donc1 dans ces moments1 surveiller de trs prs sa fille1 s'efforcer de dtourner le cours de ses ides1 en la brisant par de pnibles travaux et en lui occupant l'esprit2 elle doit ne pas la laisser seule1 diminuer au besoin ses prires1 restreindre ses heures d'office1 supprimer les jenes1 la nourrir1 s'il le faut1 mieux4 ,dans d'autres cas1 au contraire1 elle peut recourir de plus frquentes communions1 pratiquer la minution ou la saigne1 lui faire ingrer des aliments auxquels sont mles des semences froides2 mais elle doit surtout prier1 ainsi que toute la communaut1 pour elle4 ,une vieille abbesse de ,bndictines1 que j'ai connue ,saint-,omer et qui tait une incomparable rgisseuse d'mes1 limitait surtout alors la dure des confessions4 ,aux moindres symptmes qu'elle voyait poindre1 elle accordait deux minutes1 montre en main1 la pnitente2 et quand ce temps tait coul1 elle la renvoyait du confessionnal et la mlait ses compagnes4 --,et pourquoi cela8 --,parce que1 dans les clotres1 mme pour les mes bien portantes1 la confession est l'amollissement le plus dangereux2 c'est1 en quelque sorte1 un bain trop prolong et trop chaud4 ,l1 les moniales dbordent1 se dploient inutilement le cur1 s'appesantissent sur leurs maux1 les exasprent en s'y complaisant2 elles en sortent plus dbilites1 plus malades qu'auparavant4 ,deux minutes doivent1 en effet1 suffire une religieuse pour noncer ses peccadilles6 ,puis444 puis444 il faut bien l'avouer1 le confesseur est un pril pour le monastre--non que je suspecte son honntet1 ce n'est point cela que je veux dire--mais comme il est gnralement choisi parmi les protgs de l'vque1 il existe de nombreuses chances pour qu'il soit un homme qui ne sache rien et qui1 ignorant absolument le maniement de telles mes1 achve de les dtraquer1 en les consolant4 ,ajoutez encore que si les attaques dmoniaques1 trs frquentes dans les clotres1 se produisent1 le malheureux reste bouche bante1 conseille tort et travers1 entrave l'nergie de l'abbesse qui est autrement forte que lui sur ces matires4 --,et1 fit ,durtal qui chercha ses mots1 voyons1 je prsume que des histoires dans le genre de celles que ,diderot raconte dans ce sot volume qu'est la ,religieuse sont inexactes8 --,a moins qu'une communaut ne soit pourrie par une suprieure voue au ,satanisme--ce qui1 ,dieu merci1 est rare1--les ordures narres par cet crivain sont fausses1 et il y a1 d'ailleurs1 une bonne raison pour qu'il en soit ainsi1 c'est qu'il existe un pch qui est l'antidote de celui-l1 le pch de zle4 --,hein8 --,oui1 le pch de zle qui fait dnoncer sa voisine1 qui satisfait les jalousies1 qui cre l'espionnage pour contenter ses rancunes2 c'est l le vrai pch du clotre4 ,eh bien1 je vous assure que si deux surs s'avisaient de perdre toute vergogne1 elles seraient aussitt dnonces4 --,mais je croyais1 ,monsieur l'abb1 que la dnonciation tait permise par la plupart des rgles d'ordres4 --,oui1 mais peut-tre serait-on port en abuser un peu1 surtout dans les couvents de femmes1 car vous pensez bien que si les clotres renferment de pures mystiques1 de vritables saintes1 ils tiennent aussi des religieuses moins avances dans les voies de la ,perfection et qui conservent bien encore quelques dfauts444 --,voyons1 puisque nous sommes sur ce chapitre des dtails intimes1 oserai-je vous demander si la propret n'est pas tant soit peu nglige par ces braves filles8 ,je l'ignore2 tout ce que je sais1 c'est que1 dans les abbayes de ,bndictines que j'ai connues1 chaque moniale tait libre d'agir comme bon lui semblait2 dans certaines constitutions d',augustines1 le cas est au contraire prvu2 dfense est faite de se laver1 sinon tous les mois1 le corps4 ,en revanche1 chez les ,carmlites1 la propret est exige4 ,sainte ,trse hassait la crasse et aimait le linge blanc2 ses filles ont mme1 je crois1 le droit d'avoir une fiole d'eau de ,cologne dans leurs cellules4 ,vous le voyez1 cela dpend des ordres et probablement aussi1 quand les rgles n'en font pas expressment mention1 des ides que la suprieure professe ce sujet4 ,j'ajouterai que cette question ne doit pas tre seulement envisage au point de vue mondain2 car la salet corporelle est pour certaines mes une souffrance1 une mortification de plus qu'elles s'imposent4 ,voyez ,benot ,labre6 --,celui qui ramassait sa vermine lorsqu'elle le quittait et la remettait pieusement dans sa manche6 ,je prfre des mortifications d'un autre genre4 --,il en est de plus dures1 croyez-le1 et je doute que celles-l vous conviennent plus4 ,voudriez-vous imiter ,suso qui1 pour chtier ses sens1 trana pendant dix-huit ans1 sur ses paules nues1 une norme croix plante de clous dont les pointes lui foraient les chairs8 ,il s'tait de plus emprisonn les mains dans des gantelets de cuir hrisss1 eux aussi1 de clous1 de peur d'tre tent de panser ses plaies4 ,sainte ,rose de ,lima ne se traitait pas mieux2 elle s'tait ceint le corps d'une chane si serre qu'elle avait fini par entrer sous la peau1 par disparatre sous le bourrelet saignant des chairs2 elle portait1 en outre1 un cilice de crin de cheval garni d'pingles et couchait sur des tessons de verres2 mais toutes ces preuves ne sont rien en comparaison de celles que s'infligea une ,capucine1 la vnrable mre ,passide de ,sienne4 ,celle-l se fustigeait tour de bras avec des branches de genivre et de houx1 puis elle inondait ses blessures de vinaigre et les saupoudrait de sel2 elle dormait1 l'hiver1 dans la neige2 l't sur des touffes d'orties1 sur des noyaux1 sur des balais2 se mettait des drages de plomb chaud dans ses chaussures1 s'agenouillait sur des chardons1 sur des pines1 sur des rpes4 ,en ,janvier1 elle rompait la glace d'un tonneau et se plongeait dedans ou bien elle s'asphyxiait moiti1 en se faisant pendre1 la tte en bas1 au tuyau d'une chemine1 dans laquelle on allumait de la paille humide1 et j'en passe2 eh bien fit l'abb1 en riant1 je crois que si vous aviez choisir1 vous aimeriez encore mieux les mortifications que s'imposait ,benot ,labre4 --,j'aimerais surtout mieux rien du tout1 rpondit ,durtal4 ,il y eut un instant de silence4 ,durtal repensait aux ,bndictines2--mais1 reprit-il1 pourquoi font-elles insrer dans la ,semaine religieuse1 aprs leur titre de ,bndictines du ,saint-,sacrement1 cette mention3 ,monastre de ,saint ,louis du ,temple4 --,parce que1 rpliqua l'abb1 leur premier couvent a t fond sur les ruines mmes de la prison du ,temple qui leur furent concdes par ordonnance royale1 lorsque ,louis ,,xviii revint en ,france4 ,leur fondatrice et leur suprieure fut ,louise ,adlade de ,bourbon ,cond1 une malheureuse et nomade princesse dont presque toute la vie s'tait coule dans l'exil4 ,chasse de ,france par la ,rvolution et par l',empire1 traque dans presque tous les pays de l',europe1 elle erra au hasard des monastres1 cherchant abri1 tantt chez les ,annonciades de ,turin et chez les ,capucines du ,pimont1 tantt chez les ,trappistines de la ,suisse et chez les surs de la ,visitation de ,vienne1 tantt encore chez les ,bndictines de la ,lithuanie et de la ,pologne4 ,elle avait fini par chouer chez les ,bndictines du comt de ,norfolk1 lorsqu'elle put rentrer en ,france4 ,c'tait une femme singulirement aguerrie dans la science monastique et trs experte diriger les mes4 ,elle voulut que1 dans son abbaye1 chaque sur s'offrt au ciel en rparation des crimes commis et qu'elle acceptt les plus pnibles privations pour racheter ceux qui pourraient se commettre2 elle y installa l',adoration perptuelle et y introduisit galement dans toute sa puret et1 l'exclusion de tout autre1 le plain-chant4 ,il s'y est1 vous avez pu l'entendre1 conserv intact2 il est vrai que1 depuis elle1 ses religieuses ont reu des leons de ,dom ,schmitt1 l'un des moines les plus doctes en cette matire4 ,enfin1 aprs la mort de la princesse1 qui eut lieu en #ahbd1 je crois1 on reconnut que son cadavre exhalait l'odeur de saintet et1 bien qu'elle n'ait pas t canonise1 son intercession est invoque par ses filles1 dans certains cas4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que les ,bndictines de la rue ,monsieur s'adressent elle lorsqu'elles ont perdu un objet et l'exprience dmontre que leur prire n'est jamais vaine1 que presque aussitt l'objet gar se retrouve4 ,mais1 continua l'abb1 puisque vous aimez tant ce monastre1 allez-y1 surtout lorsqu'il resplendit4 ,et le prtre se leva et prit une ,semaine religieuse qui tranait sur sa table4 ,il la feuilleta4 ,tenez1 dit-il1 et il lut3 ,dimanche1 trois heures1 vpres chantes2 crmonie de vture1 prside par le ,rvrendissime ,pre ,dom tienne1 abb de la ,grande ,trappe1 et ,salut4 --,le fait est que voil une crmonie qui m'intresse6 --,j'irai probablement aussi4 --,alors1 nous pourrions nous rejoindre dans la chapelle4 --,parfaitement4 --,les prises d'habits n'ont plus aujourd'hui la gaiet qu'elles avaient au ,x,v,i,i,ie sicle1 dans certains instituts de ,bndictines1 entre autres dans l'abbaye de ,bourbourg1 en ,flandre1 reprit l'abb1 en souriant1 aprs un silence4 ,et comme ,durtal l'interrogeait du regard4 --,mais oui1 c'tait sans tristesse ou c'tait du moins d'une tristesse bien spciale1 jugez-en4 ,la veille du jour o la postulante devait prendre l'habit1 elle tait prsente l'abbesse du ,bourbourg par le gouverneur de la ville4 ,on lui offrait du pain et du vin et elle y gotait dans l'glise mme4 ,le lendemain1 elle se rendait1 vtue d'habits magnifiques1 dans un bal o se tenait toute la communaut des religieuses et1 l1 elle dansait1 puis elle demandait ses parents de la bnir et elle tait conduite1 au son des violons1 dans la chapelle o l'abbesse prenait possession d'elle4 ,elle avait1 pour la dernire fois1 vu1 dans ce bal1 les joies du monde1 car elle tait ensuite enferme1 pour le restant de ses jours1 dans le clotre4 --,c'est d'une allgresse macabre1 fit ,durtal2 il dut y avoir autrefois des coutumes monacales et des congrgations bizarres1 reprit-il4 --,sans doute1 mais cela se perd dans la nuit des temps4 ,il me revient la mmoire pourtant qu'au ,x,ve sicle1 il existait1 sous l'obdience de saint ,augustin1 un ordre en effet trange qui s'appelait l'ordre des filles de saint ,magloire et habitait1 dans la rue ,saint-,denys1 ,paris4 ,les conditions d'admission taient au rebours de celles des autres chartes4 ,la postulante devait jurer sur les saints vangiles qu'elle avait perdu sa virginit et l'on ne s'en rapportait pas son serment2 on la visitait et si elle tait sage1 on la dclarait indigne d'tre reue4 ,on s'assurait galement qu'elle ne s'tait pas fait dflorer exprs pour pntrer dans le couvent1 mais qu'elle s'tait bel et bien livre la luxure1 avant de venir solliciter l'abri du clotre4 ,c'tait1 en somme1 une troupe de filles repenties et la rgle qui les assujettissait tait farouche4 ,on y tait fouett1 jet au cachot1 soumis aux jenes les plus durs2 l'ordinaire1 on pratiquait la coulpe trois fois par semaine2 on se levait minuit2 on tait surveill sans relche1 accompagn mme aux endroits les plus secrets2 les mortifications y taient incessantes et la clture absolue4 ,je n'ai pas besoin d'ajouter que cette nonnerie est morte4 --,et qu'elle n'est pas prs de renatre1 s'cria ,durtal2 enfin1 ,monsieur l'abb1 dimanche1 rue ,monsieur1 n'est-ce pas8 ,et1 sur l'affirmation du prtre1 ,durtal partit1 ruminant1 propos des ordres monastiques1 des ides baroques4 ,il faudrait1 se disait-il1 fonder une abbaye o l'on pourrait travailler dans une bonne bibliothque1 l'aise2 on y serait quelques-uns1 avec une nourriture possible1 du tabac volont1 la permission d'aller faire un tour sur le quai1 de loin en loin4 ,et il rit2 mais ce ne serait pas un couvent alors6 ,ou ce serait un couvent de dominicains1 avec les dners en ville et le flirt de la prdication en moins6 ,,viii ,en se dirigeant1 le dimanche matin1 vers la rue ,monsieur1 ,durtal se remchait des bribes de rflexions sur les monastres4 ,il n'y a pas dire1 ruminait-il1 dans l'immondice accumule des temps1 eux seuls sont rests propres et ils sont vraiment en relations avec le ciel et servent de truchement la terre pour lui parler4 ,oui1 mais encore1 faut-il s'entendre et spcifier qu'il s'agit seulement ici des ordres en clture et demeurs autant que possible pauvres444 ,en resongeant aux communauts de femmes1 il murmura1 tout en pressant le pas3 voici encore un fait surprenant et qui prouve1 une fois de plus1 l'ingalable gnie dont est doue l'glise2 elle est arrive faire vivre1 cte cte1 sans qu'elles s'assassinent1 des ruches de femmes qui obissent1 sans regimber1 aux volonts d'une autre femme2 a c'est inou6 ,enfin m'y voici1--et ,durtal qui se savait en retard se prcipita dans la cour des ,bndictines1 gravit1 quatre quatre1 le perron de la petite glise et poussa la porte4 ,il demeura hsitant sur le seuil1 bloui par le brasier de cette chapelle en feu4 ,partout des lampes taient allumes et1 au-dessus des ttes1 l'autel flamboyait dans sa futaie incendie de cierges sur le fond de laquelle se dtachait1 comme sur l'or d'un iconostase1 la face empourpre d'un vque blanc4 ,durtal se glissa dans la foule1 joua des coudes1 entrevit l'abb ,gvresin qui lui faisait signe2 il le rejoignit1 s'installa sur la chaise que le prtre lui avait rserve et il examina l'abb de la ,grande ,trappe1 entour de prtres en chasubles1 d'enfants de chur habills1 les uns en rouge et les autres en bleu1 suivi par un trappiste au crne ras1 cercl d'une couronne de cheveux1 tenant la crosse de bois1 dans le tournant de laquelle tait sculpt un petit moine4 ,vtu de la coule blanche1 longues manches avec gland d'or au capuchon1 la croix abbatiale sur la poitrine1 la tte coiffe d'une mitre mrovingienne de forme basse1 ,dom tienne1 avec sa large carrure1 sa barbe grisonnante et la joie de son teint1 lui fit tout d'abord l'effet d'un vieux ,bourguignon1 cuit par le soleil dans les travaux des vignes2 il lui parut1 de plus1 tre un brave homme1 mal l'aise sous la mitre1 intimid par ces honneurs4 ,un parfum cre qui brlait l'odorat ainsi qu'un piment brle la bouche1 le parfum de la myrrhe flottait dans l'air2 il y eut un remous de foule2 derrire la grille dont le rideau noir fut tir1 le couvent1 debout1 entonna l'hymne de saint ,ambroise1 le ,jesu corona ,virginum1 tandis que les cloches de l'abbaye sonnaient toute vole2 dans la courte alle menant du parvis au chur et borde par une haie penche de femmes1 un crucifre et des porte-cierges entrrent1 puis1 derrire eux1 la novice1 en costume de marie1 parut4 ,elle tait brune et lgre1 toute petite1 et elle s'avanait confuse1 les yeux baisss1 entre sa mre et sa sur2 d'un premier coup d'il1 ,durtal la jugea insignifiante1 peine jolie1 vraiment quelconque2 et instinctivement il chercha l'autre1 gn quand mme dans ses habitudes1 par cette absence de l'homme dans un mariage4 ,se roidissant contre son motion1 la postulante franchit la nef1 pntra dans le chur1 s'agenouilla gauche1 sur un prie-,dieu1 devant un grand cierge1 assiste de sa mre et de sa sur1 lui servant de paranymphes4 ,dom tienne salua l'autel1 monta ses degrs1 s'assit dans un fauteuil de velours rouge1 install sur la plus haute marche4 ,alors1 l'un des prtres vint chercher la jeune fille et elle s'agenouilla1 seule1 devant le moine4 ,dom tienne gardait l'immobilit d'un ,bouddha et il en eut le geste2 il leva un doigt et1 doucement1 il dit la novice3 --,que demandez-vous8 ,elle parla si bas qu'on l'entendit peine3 --,mon pre1 me sentant presse d'un ardent dsir de me sacrifier ,dieu1 en qualit de victime en union avec ,notre-,seigneur ,jsus-,christ immol sur nos autels et de consommer ma vie en ,adoration perptuelle de son divin ,sacrement1 sous l'observance de la rgle de notre glorieux ,pre saint ,benot1 je vous demande humblement la grce du saint habit4 --,je vous l'accorderai volontiers1 si vous croyez pouvoir conformer votre vie celle d'une victime voue au ,saint-,sacrement4 ,et elle rpondit d'un ton plus assur3 --,je l'espre1 appuye sur les infinies bonts de mon ,sauveur ,jsus-,christ4 --,dieu vous donne1 ma fille1 la persvrance1 dit le prlat2 il se leva1 fit face l'autel1 s'agenouilla1 la tte dcouverte1 et commena le chant du ,veni creator que continurent1 derrire la natte ajoure de fer1 toutes les voix des nonnes4 ,puis il remit sa mitre1 pria1 tandis que le chant des psaumes surgissait sous les votes4 ,la novice1 que l'on avait pendant ce temps reconduite sa place1 sur le prie-,dieu1 se leva1 salua l'autel1 vint s'agenouiller1 entre ses deux paranymphes1 aux pieds de l'abb de la ,trappe qui s'tait rassis4 ,et ses deux compagnes dfirent le voile de la fiance1 trent la couronne de fleurs d'oranger1 droulrent les torsades des cheveux1 tandis qu'un prtre tendait une serviette sur les genoux du prlat et que le diacre lui prsentait sur un plat de longs ciseaux4 ,alors1 devant le geste de ce moine s'apprtant1 tel qu'un bourreau1 tondre la condamne dont l'heure de l'expiation est proche1 l'effrayante beaut de l'innocence s'assimilant au crime1 se substituant aux consquences de fautes qu'elle ignorait1 qu'elle ne pouvait mme comprendre1 apparut ce public venu par curiosit dans la chapelle1 et1 constern par l'apparent dni de cette justice plus qu'humaine1 il trembla lorsque l'vque saisit pleine main1 ramena sur le front1 tira lui la chevelure4 ,et ce fut comme un clair d'acier dans une pluie noire4 ,l'on entendit1 dans le silence de mort de l'glise1 le cri des ciseaux peinant dans cette toison qui fuyait sous ses lames1 puis tout se tut4 ,dom tienne ouvrit la main et1 sur ses genoux1 en de longs fils noirs1 cette pluie tomba4 ,il y eut un soupir de soulagement lorsque les prtres et les paranymphes emmenrent la marie1 trange dans sa robe trane1 avec sa tte dpare et sa nuque nue4 ,et presque aussitt le cortge revint4 ,il n'y avait plus de fiance en jupe blanche1 mais une religieuse en robe noire4 ,elle s'inclina devant le trappiste et se remit genoux1 entre sa mre et sa sur4 ,alors1 tandis que l'abb priait le ,seigneur de bnir sa servante1 le crmoniaire et le diacre prirent sur une crdence1 prs de l'autel1 une corbeille o1 sous des ptales effeuills de roses1 taient plis une ceinture de cuir mort1 symbole du terme de cette luxure que les ,pres de l'glise logeaient dans la rgion des reins1 un scapulaire qui allgorise la vie crucifie au monde1 un voile qui signifie la solitude de la vie cache en ,dieu2 et le prlat nonait le sens de ces images la novice1 saisissait enfin le cierge allum dans le flambeau plac devant elle et il le lui tendait1 divulguant en un mot l'acception de cet emblme3 accipe1 charissima soror1 lumen ,christi444 ,puis ,dom tienne reut le goupillon que lui prsentait1 en s'inclinant1 un prtre et1 ainsi qu' l'absoute des trpasss1 il dessina une croix d'eau bnite sur la jeune fille2 ensuite1 il se rassit et1 doucement1 tranquillement1 sans mme faire un geste1 il parla4 ,il s'adressait la postulante seule et glorifiait devant elle l'auguste et l'humble vie des clotres4 ,ne regardez pas en arrire1 dit-il1 et ne regrettez rien1 car1 par ma voix1 ,jsus vous rpte la promesse qu'il fit autrefois ,madeleine3 votre part est la meilleure et elle ne vous sera pas te4 ,dites-vous aussi1 ma fille1 qu'enleve dsormais l'ternel enfantillage des labeurs vains1 vous accomplirez1 sur cette terre1 une uvre utile2 vous pratiquerez la charit dans ce qu'elle a de plus lev1 vous expierez pour les autres1 vous prierez pour ceux qui ne prient point1 vous aiderez1 dans la mesure de vos forces1 compenser la haine que le monde porte au ,sauveur4 ,souffrez et vous serez heureuse2 aimez votre poux et vous verrez combien il est faible pour ses lues6 ,croyez-moi1 son amour est tel qu'il n'attendra mme pas que vous soyez purifie par la mort1 pour vous rcompenser de vos misrables mortifications1 de vos pauvres peines4 ,il vous comblera1 avant l'heure1 de ses grces et vous le supplierez de vous laisser mourir1 tant l'excs de ces joies dpassera vos forces6 ,et1 peu peu1 le vieux moine s'chauffait1 revenait sur les paroles du ,christ la ,madeleine1 montrait qu' propos d'elle1 ,jsus avait promulgu la prexcellence des ordres contemplatifs sur les autres ordres1 et il donnait brivement des conseils1 appuyait sur la ncessit de l'humilit1 de la pauvret qui sont1 ainsi que l'nonce sainte ,claire1 les deux grands murs de la vie claustre4 ,il bnit enfin la novice qui vint lui baiser la main et lorsqu'elle fut retourne sa place1 il pria1 les yeux au ciel1 le ,seigneur d'accepter cette vierge qui s'offrait1 comme hostie1 pour les pchs du monde1 puis il entonna debout le ,te ,deum4 ,tout le monde se leva et1 prcd par la croix et les cierges1 le cortge sortit de l'glise et se tassa dans la cour4 ,alors ,durtal put se croire transport loin de ,paris1 rejet tout coup dans le fond des ges4 ,la cour entoure de btiments tait barre1 en face de la porte cochre1 par une haute muraille au milieu de laquelle rentrait une porte deux vantaux2 de chaque ct1 six pins maigres balayaient l'air2 des chants s'entendaient derrire le mur4 ,la postulante1 en avant1 seule1 prs de la porte close1 tenait1 tte baisse1 son cierge4 ,l'abb de la ,trappe1 appuy sur sa crosse1 se tenait immobile quelques pas d'elle4 ,durtal examinait les visages2 la petite si banale en costume de marie tait devenue charmante2 maintenant le corps s'effilait en une grce timide2 les lignes trop loquaces sous la robe mondaine s'taient tues2 sous le suaire religieux1 les contours n'taient plus qu'une nave bauche2 il y avait eu comme un recul d'annes1 comme un retour aux formes devines de l'enfance4 ,durtal s'approcha pour la mieux observer2 il tenta de scruter cette figure1 mais dans le linceul glac de sa coiffe1 elle restait muette1 semblait absente de la vie1 avec ses yeux ferms1 ne vivait plus que par le sourire des lvres heureuses4 ,et1 vu de prs1 le moine1 massif et rougeaud1 dans la chapelle1 tait1 lui aussi1 chang2 la charpente demeurait robuste et le teint brlait2 mais les yeux d'un bleu d'eau1 jaillie de la craie1 d'eau sans reflets et sans rides1 les yeux incroyablement purs1 changeaient la vulgaire expression des traits1 lui enlevaient cette allure vigneronne qu'il avait au loin4 ,il n'y a pas dire1 pensa ,durtal1 l'me est tout dans ces gens-l et leurs physionomies sont modeles par elle4 ,il y a des clarts saintes dans ces prunelles1 dans ces bouches1 dans ces seules ouvertures au bord desquelles l'me s'avance1 regarde hors du corps1 se montre presque4 ,subitement1 derrire le mur1 les chants cessrent2 la petite fit un pas1 frappa avec ses doigts replis la porte et1 d'une voix qui dfaillait1 elle chanta3 ,aperite mihi portas ,justiti3 99 ,ingressa in eas1 confitebor ,domino4 ,et la porte s'ouvrit4 ,une autre grande cour1 sable de cailloux de rivire1 apparut1 limite au fond par une btisse1 et toute la communaut1 formant une sorte de demi-cercle1 des livres noirs la main1 clama3 ,hc porta ,domini3 99 ,justi intrabunt in eam4 ,la novice fit un pas encore jusqu'au seuil et elle reprit de sa voix lointaine3 ,ingrediar in locum tabernaculi admirabilis 99 usque ad domum ,dei4 ,et le chur impassible des moniales rpondit3 ,hc est domus ,domini1 firmiter dificata3 99 ,bene fundata est supra firmam petram4 ,durtal contemplait la hte ces figures qui ne pouvaient tre vues que pendant quelques minutes et l'occasion d'une crmonie pareille4 ,c'tait une range de cadavres1 debout1 dans des suaires noirs4 ,toutes taient exsangues1 avaient des joues blanches1 des paupires lilas et des bouches grises2 toutes avaient des voix puises et trfiles par les privations et les prires1 et1 la plupart se votaient1 mme les jeunes4 ,ah6 l'austre fatigue de ces pauvres corps6 se cria ,durtal4 ,mais il dut interrompre ses rflexions2 la marie1 maintenant agenouille sur le seuil1 se tournait vers ,dom tienne et chantait tout bas3 ,hc requies mea in sculum sculi3 99 ,hic habitabo quoniam elegi eam4 ,le moine dposa sa mitre et sa crosse et dit3 ,confirma hoc1 ,deus1 quod operatus es in nobis4 ,et la postulante murmura3 ,a templo sancto tuo quod est in ,jerusalem4 ,alors1 avant de se recoiffer et de reprendre sa crosse1 le prlat pria le ,dieu tout-puissant d'infondre la rose de sa bndiction sur sa servante1 puis dsignant la jeune fille une moniale qui se dtacha du groupe des surs et s'avana1 elle aussi1 jusqu'au seuil1 il lui dit3 ,nous remettons entre vos mains1 ,madame1 cette nouvelle fiance du ,seigneur2 maintenez-la dans la sainte rsolution qu'elle vient de tmoigner solennellement1 en demandant se sacrifier ,dieu1 en qualit de victime et consommer sa vie en l'honneur de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ1 immol sur nos autels4 ,conduisez-la dans la voie des divins commandements1 dans la pratique des conseils du saint vangile et dans les observances de la rgle monastique4 ,prparez-la pour l'union ternelle laquelle le cleste poux la convie et1 dans cet heureux accroissement du troupeau confi vos soins1 puisez un nouveau motif de sollicitude maternelle4 ,que la paix du ,seigneur demeure avec vous6 ,et ce fut tout2 les religieuses1 une une1 se retournrent et disparurent derrire le mur1 tandis que la petite les suivait comme un pauvre chien qui accompagne1 tte basse1 distance1 un nouveau matre4 ,la porte replia ses battants4 ,durtal restait abasourdi1 regardait la silhouette de l'vque blanc1 le dos des prtres qui remontaient pour clbrer le ,salut dans l'glise2 et derrire eux venaient1 pleurant1 la figure dans leur mouchoir1 la mre et la sur de la novice4 --,eh bien8 ,lui dit l'abb1 en glissant son bras sous le sien4 --,eh bien1 cette scne est1 coup sr1 le plus mouvant alibi de la mort qui se puisse voir2 cette vivante qui s'enfouit elle-mme dans la plus effrayante des tombes--car dans celle-l la chair souffre encore--est admirable6 ,je me rappelle ce que vous m'avez vous-mme racont sur l'treinte de cette observance et je frmis1 en songeant l',adoration perptuelle1 aux nuits d'hiver o une enfant1 telle que celle-ci1 est rveille1 au milieu de son premier sommeil1 et jete dans les tnbres d'une chapelle o elle doit1 sans s'vanouir de faiblesse et de peur1 prier seule1 pendant des heures glaces1 genoux sur une dalle4 ,qu'est-ce qui se passe dans cet entretien avec l'inconnu1 dans ce tte tte avec l'ombre8 ,parvient-elle se quitter1 s'vader de la terre1 atteindre1 sur le seuil de l'ternit1 l'inconcevable poux1 ou bien1 impuissante prendre son lan1 demeure-t-elle l'me rive au sol8 videmment1 on se la figure1 la face tendue1 les mains jointes1 s'appelant1 se concentrant au fond d'elle-mme1 se runissant pour mieux s'effuser et on se l'imagine aussi malade1 bout de forces1 tentant dans un corps qui grelotte de s'allumer l'me4 ,mais qui sait si1 certaines nuits1 elle y arrive8 ,ah6 ,ces pauvres veilleuses aux huiles puises1 aux flammes presque mortes qui tremblent dans l'obscurit du sanctuaire1 qu'est-ce que le bon ,dieu en fait8 ,enfin il y a la famille qui assistait cette prise d'habit et si l'enfant m'enthousiasme1 je ne puis m'empcher de plaindre la mre4 ,songez donc1 si sa fille mourait1 elle l'embrasserait1 elle lui parlerait peut-tre2 ou bien alors1 si elle ne la reconnaissait plus1 ce ne serait pas de son plein gr du moins2 et1 ici1 ce n'est plus le corps1 c'est l'me mme de sa fille qui meurt devant elle4 ,exprs1 son enfant ne la reconnat plus2 c'est la fin mprisante d'une affection4 ,avouez que pour une mre c'est tout de mme dur6 --,oui1 mais cette soi-disant ingratitude1 acquise au prix de ,dieu sait quelles luttes1 n'est--la vocation divine mise part--qu'une plus quitable rpartition de l'amour humain4 ,pensez que cette lue devient le bouc missaire des pchs commis2 ainsi qu'une lamentable ,danade1 intarissablement1 elle versera l'offrande de ses mortifications et de ses prires1 de ses veilles et de ses jenes1 dans la tonne sans fond des offenses et des fautes6 ,ah6 rparer les pchs du monde1 si vous saviez ce que c'est6--,tenez1 je me rappelle1 ce propos1 qu'un jour l'abbesse des ,bndictines de la rue ,tournefort me disait3 comme nos larmes ne sont pas assez saintes1 comme nos mes ne sont pas encore assez pures1 ,dieu nous prouve dans notre corps4 ,il y a1 ici1 des maladies longues et dont on ne gurit pas1 des maladies que les mdecins renoncent comprendre2 nous expions pour les autres beaucoup ainsi4 ,mais si vous recensez la crmonie de tout l'heure1 il ne sied pas de vous attendrir devant elle outre mesure et de la comparer au spectacle connu des funrailles2 la postulante que vous avez vue n'a pas encore prononc les vux de sa profession2 elle peut donc1 si elle le dsire1 se retirer du couvent et rentrer chez elle4 ,a l'heure prsente1 pour la mre1 elle est une fille exile1 une fille en pension1 mais elle n'est pas une fille morte6 --,vous direz ce qui vous plaira1 mais cette porte qui se referme sur elle est tragique6 --,aussi1 chez les ,bndictines de la rue ,tournefort1 la scne a-t-elle lieu dans l'intrieur du couvent et sans que la famille y assiste2 la mre est pargne1 mais ainsi mitige1 cette crmonie n'est plus qu'une tiquette banale1 qu'une formule presque penaude dans ce huis clos o la ,foi se cache4 --,et elles sont galement des ,bndictines de l',adoration perptuelle1 ces nonnes-l8 --,oui1 connaissez-vous leur monastre8 ,et ,durtal faisant signe que non1 l'abb reprit3 --,il est plus ancien1 mais moins intressant que celui de la rue ,monsieur2 la chapelle y est mesquine1 pleine de statuettes de pltre1 de fleurs en taffetas1 de grappes de raisins1 d'pis en papier d'or2 mais l'antique btisse qui abrite le clotre est curieuse4 ,elle tient1 comment dirai-je1 d'un rfectoire de pension et aussi d'un salon de maison de retraite2 elle sent en mme temps la vieillesse et l'enfance444 --,je connais ce genre de couvents1 fit ,durtal2 j'en ai autrefois frquent un1 alors que j'allais visiter1 ,versailles1 une vieille tante4 ,pour moi1 il voquait surtout l'ide d'une maison ,vauquer tombe dans la dvotion1 il fleurait tout la fois la table d'hte de la rue de la ,clef et la sacristie de province4 --,c'est bien cela1 et l'abb reprit1 en souriant3 --,j'ai eu1 rue ,tournefort1 plusieurs entrevues avec l'abbesse2 on la devine plutt qu'on ne la voit1 car on est spar d'elle par une herse de bois noir derrire laquelle s'tend un rideau qu'elle ouvre4 ,je la vois trs bien1 moi1 pensa ,durtal qui1 se rappelant le costume des ,bndictines1 aperut1 en une seconde1 une petite face brouille dans un jour neutre1 puis1 plus bas1 sur le haut de la robe1 l'clat d'un ,saint-,sacrement de vermeil1 maill de blanc4 ,il se mit rire et dit l'abb3 --,je ris1 parce qu'ayant eu des affaires rgler avec cette tante religieuse dont je vous ai parl et que je ne discernais1 ainsi que votre abbesse1 qu'au travers de la treille1 j'avais dcouvert la faon de lire un peu dans ses penses4 --,ah6 et comment8 --,voici4 ,ne pouvant observer sa physionomie qui se reculait derrire le lattis de la cage et disparaissait sous son voile1 ne pouvant non plus1 si elle me rpondait1 me guider sur les inflexions de sa voix toujours circonspecte et toujours calme1 j'avais fini par ne me fier qu' ses grandes lunettes1 rondes et cercles de buffle1 que presque toutes les nonnes portent2 eh bien1 la vivacit rfrne de la femme clatait l2 subitement1 dans un coin des verres1 une flammche s'allumait2 je comprenais alors que l'il avait pris feu et qu'il dmentait l'indiffrence de la voix1 la quitude voulue du ton4 ,l'abb se mit1 son tour1 rire4 --,et la suprieure qui dirige les ,bndictines de la rue ,monsieur1 vous la connaissez8 reprit ,durtal4 --,j'ai caus avec elle1 une fois ou deux2 l1 le parloir est monastique2 il n'a point le ct provincial et bourgeois de la rue ,tournefort2 il se compose d'une loge sombre occupe dans toute la largeur1 au fond par une grille enchevtre de fer2 derrire cette grille se dressent encore des barreaux de bois et un volet peint en noir4 ,l'on est en pleine nuit et l'abbesse peine claire1 vous apparat1 telle qu'un fantme444 --,l'abbesse est cette religieuse1 ge1 toute frle1 toute petite1 laquelle ,dom tienne a remis la novice8 --,oui1 elle est une remarquable bergre d'mes et qui plus est1 une femme fort instruite et d'une distinction de manires rare4 --,oh6 pensa ,durtal1 je me figure bien qu'elles sont d'exquises1 mais aussi de terribles femmes1 les abbesses6 sainte ,trse tait la bont mme1 mais lorsque1 dans son ,chemin de la ,perfection1 elle parle des nonnes qui se liguent pour discuter les volonts de leur ,mre1 elle se dcle inexorable1 car elle dclare qu'il faut leur infliger la prison perptuelle et le plus tt qu'il se peut et sans faiblir2 et1 au fond1 elle a raison1 car toute sur discole pourrirait le troupeau1 donnerait la clavele aux mes6 ,ils taient arrivs1 en causant1 au bout de la rue de ,svres2 l'abb s'arrta pour reposer ses jambes4 --,ah6 fit-il1 comme se parlant lui-mme1 si je n'avais pas eu1 pendant toute mon existence1 de si lourdes charges1 d'abord un frre puis des neveux soutenir1 j'eusse fait1 depuis bien des annes1 partie de la famille de saint ,benot4 ,j'ai toujours eu l'attirance de ce grand ordre qui est l'ordre intellectuel de l'glise1 en somme4 ,aussi1 quand j'tais plus valide et plus jeune1 tait-ce dans l'un de ces monastres que j'allais faire mes retraites1 tantt chez les moines noirs de ,solesmes ou de ,ligug qui ont conserv les savantes traditions de saint ,maur1 tantt chez les ,cisterciens1 chez les moines blancs de la ,trappe4 --,c'est vrai1 fit ,durtal1 la ,trappe est une des grandes branches de l'arbre de saint ,benot2 mais pourtant est-ce que ses ordonnances ne diffrent pas de celles que laissa le ,patriarche8 --,c'est--dire que les ,trappistes interprtent la rgle de saint ,benot qui est trs souple et trs large1 moins dans son esprit que dans sa lettre1 tandis que les ,bndictins font le contraire4 ,en somme la ,trappe est un rejeton de ,cteaux et elle est bien plus la fille de saint ,bernard qui fut pendant quarante ans la sve mme de cette tige1 que la descendante de saint ,benot4 --,mais1 autant que je puis me le rappeler1 les ,trappes sont elles-mmes divises et ne vivent point sous une discipline uniforme4 --,si1 maintenant2 depuis qu'un bref pontifical dat du #ag mars #ahic a sanctionn les dcisions du chapitre gnral des ,trappistes runis ,rome et dict la fusion en un seul ordre et sous la direction d'un seul suprieur des trois observances de ,trappes qui taient1 en effet1 rgies par des constitutions en dsaccord4 ,et voyant que ,durtal l'coutait1 attentif1 l'abb poursuivit3 --,parmi ces trois observances1 une seule1 celle des ,trappistes ,cisterciens1 laquelle appartenait l'abbaye dont j'tais l'hte1 suivait intgralement les prescriptions du douzime sicle1 menait l'existence monastique du temps de saint ,bernard4 ,celle-l ne reconnaissait que la rgle de saint ,benot1 prise dans son acception la plus stricte et complte par la ,charte de ,charit et les us et coutumes de ,cteaux2 les deux autres avaient adopt la mme rgle1 mais rvise et modifie au ,x,v,i,ie sicle par l'abb de ,ranc2 et encore1 l'une d'elles1 la congrgation de ,belgique1 avait-elle dnatur les statuts imposs par cet abb4 ,aujourd'hui1 toutes les ,trappes ne forment plus1 je viens de vous le dire1 qu'un seul et mme institut plac sous le vocable d'ordre des ,cisterciens rforms de la ,bienheureuse ,vierge ,marie de la ,trappe1 et toutes reprennent les rglements de ,cteaux et revivent la vie des cnobites au ,moyen ,age4 --,mais si vous avez frquent ces asctres1 dit ,durtal1 vous devez alors connatre ,dom tienne8 --,non1 je n'ai jamais sjourn la ,grande ,trappe2 j'ai prfr les pauvres et les petits couvents o l'on est ml avec les moines1 aux imposants monastres qui vous isolent dans une htellerie et vous tiennent l'cart1 en somme4 ,tenez1 il en est une1 celle o je m'enfermais1 ,notre-,dame de l',atre1 une petite ,trappe quelques lieues de ,paris1 qui est bien le plus sduisant des refuges4 ,outre que vraiment le ,seigneur y rside1 car elle a parmi ses enfants de vritables saints1 elle est encore charmante avec ses tangs1 ses arbres sculaires1 sa lointaine solitude1 au fond des bois4 --,oui mais1 fit observer ,durtal1 l'existence doit y tre quand mme implacable1 car la ,trappe est l'ordre le plus rigide qui ait t impos aux hommes4 ,pour toute rponse1 l'abb lcha le bras de ,durtal et lui prit les mains4 --,savez-vous1 lui dit-il1 en le regardant bien en face1 savez-vous1 c'est l que vous devriez aller pour vous convertir4 --,parlez-vous srieusement1 monsieur l'abb8 ,et comme le prtre lui serrait les mains plus fort1 ,durtal s'cria3 --,ah6 non1 par exemple2 d'abord1 je n'ai pas la robustesse d'me et j'ai encore moins1 s'il est possible1 la sant corporelle qu'exigerait un tel rgime2 je tomberais malade en arrivant et puis444 et puis444 --,et puis quoi8 ,je ne vous propose pas de vous interner jamais dans un clotre444 --,j'aime le croire1 fit ,durtal1 d'un ton presque piqu4 --,mais bien d'y rester une huitaine1 juste le temps ncessaire pour vous y curer4 ,or1 huit jours sont bien vite passs2 ensuite1 croyez-vous donc que si vous preniez une semblable rsolution1 ,dieu ne vous soutiendrait point4 --,c'est joli dire1 mais444 --,parlons hygine1 alors444--,et l'abb eut un sourire de piti un peu mprisante4--,je puis vous attester tout d'abord que vous ne serez pas tenu1 en votre qualit de retraitant1 de mener la vie du trappiste1 dans ce qu'elle a de plus austre4 ,vous pourrez ne pas vous lever deux heures du matin pour suivre l'office de ,matines1 mais bien trois ou mme quatre heures1 selon les jours4 ,et souriant devant la grimace de ,durtal1 l'abb poursuivit3--quant votre nourriture1 elle sera meilleure que celle des moines2 vous n'aurez naturellement ni poisson1 ni viande1 mais l'on vous accordera certainement un uf par repas si les lgumes ne vous suffisent point4 --,et les lgumes sont cuits l'eau et au sel1 sans assaisonnement444 --,mais non1 ils ne sont accommods au sel et l'eau que dans les temps de jene2 les autres jours vous les aurez cuits dans un lait coup d'eau ou d'huile4 --,merci bien1 s'cria ,durtal4 --,mais tout cela est excellent pour la sant1 continua le prtre2 vous vous plaignez de gastralgies1 de migraines1 de maux d'entrailles6 ,eh bien1 ce rgime-l1 la campagne1 au plein air1 vous gurira mieux que les drogues qu'on vous fait prendre4 ,puis laissons1 si vous le voulez bien1 de ct1 votre corps1 car1 en pareil cas1 c'est ,dieu qu'il appartient de ragir contre ses dfaillances2 je vous le dis1 vous ne serez pas malade la ,trappe1 car ce serait absurde2 ce serait le renvoi du pcheur pnitent et ,jsus ne serait plus le ,christ alors6--mais parlons de votre me4--,ayez donc le courage de la toiser1 de la regarder bien en face2 la voyez-vous8 ,reprit l'abb1 aprs un silence4 ,durtal ne rpondit pas4 --,avouez donc1 s'cria le prtre1 qu'elle vous fait horreur6 ,ils firent quelques pas dans la rue et l'abb reprit3 --,vous affirmiez tre soutenu par les foules de ,notre-,dame des ,victoires et les effluves de ,saint-,sverin4 ,que sera-ce donc alors1 dans l'humble chapelle o vous serez ple-mle1 par terre1 avec des saints8 je vous garantis1 au nom du ,seigneur1 une aide telle que jamais vous n'en etes et--poursuivit-il en riant--j'ajoute que l'glise se fera belle pour vous recevoir2 elle sortira ses parures maintenant omises3 les authentiques liturgies du ,moyen ,age1 le vritable plain-chant1 sans solos1 ni orgues4 --coutez1 vos propositions m'ahurissent1 fit pniblement ,durtal4 ,non1 je vous assure1 je ne suis pas du tout dispos m'emprisonner dans un lieu pareil4 ,je sais bien qu' ,paris1 je n'arriverai rien2 je ne suis ni fier de ma vie1 ni content de mon me1 je vous le jure1 mais de l444 444 ou alors1 je ne sais pas1 moi2 il me faudrait au moins un asile mitig1 un couvent doux4 ,il doit pourtant y avoir1 dans ces conditions1 des lazarets d'mes8 --,je ne pourrais que vous envoyer chez les ,jsuites qui ont la spcialit des retraites d'hommes2 mais1 vous connaissant comme je crois vous connatre1 je suis sr que vous n'y resteriez pas deux jours4 ,vous vous trouveriez avec d'aimables et de trs habiles prtres1 mais on vous assommerait de sermons1 on voudrait se mler votre vie1 s'immiscer dans votre art2 on surveillerait vos penses la loupe2 et puis1 vous seriez l en traitement avec de bons jeunes gens dont l'inintelligente pit vous ferait horreur3 vous fuiriez1 exaspr1 de l6 la ,trappe1 c'est le contraire4 ,vous y serez sans nul doute le seul retraitant et il ne viendra l'ide de personne de s'occuper de vous2 vous serez libre2 vous pourrez1 si vous le voulez1 partir de ce monastre tel que vous y serez entr1 sans vous tre confess1 sans vous tre approch des ,sacrements2 votre volont y sera respecte et aucun moine ne tentera1 sans votre autorisation1 de la sonder4 ,c'est vous seul qu'il appartiendra de dcider1 si1 oui ou non1 vous voulez vous convertir444 ,et je serai franc jusqu'au bout1 n'est-ce pas8 vous tes1 je vous l'ai dj dclar du reste1 un homme sensitif et mfiant2 eh bien1 le prtre1 tel qu'il se prsente ,paris1 le religieux mme non clotr vous semblent444 comment m'exprimerai-je8 des mes subalternes444 pour ne pas dire plus444 ,durtal protesta vaguement1 d'un geste4 --,permettez-moi de poursuivre4 ,une arrire-pense vous viendrait sur l'ecclsiastique auquel cherrait le soin de vous laver2 vous seriez trop sr qu'il n'est pas un saint1--c'est peu thologique1 car ft-il le dernier des prtres que son absolution n'en serait pas moins valable1 si vous la mritiez--mais enfin1 il y a l une question de sentiment que je respecte--vous penseriez de lui1 en somme3 il vit ainsi que moi1 il ne se prive pas plus que moi1 rien ne me prouve que sa conscience soit bien suprieure la mienne2 et1 de l1 perdre toute confiance et tout quitter1 il n'y a qu'un pas4 ,a la ,trappe1 je vous dfie bien de raisonner ainsi1 de ne point devenir humble4 ,quand vous verrez des hommes qui1 aprs avoir tout abandonn pour servir ,dieu1 mnent une vie de privations et de pnitence telle qu'aucun gouvernement n'oserait l'infliger ses forats1 vous serez bien oblig de vous avouer que vous n'tes pas grand'chose ct d'eux6 ,durtal se taisait4 ,aprs la stupeur qu'il avait prouve s'entendre proposer une issue pareille1 il s'tait sourdement irrit contre cet ami qui1 si discret jusqu'alors1 s'tait subitement ru sur son tre et l'avait violemment ouvert4 ,il en avait sorti la dgotante vision d'une existence dpareille1 use1 rduite l'tat de poussier1 l'tat de loque6--,et ,durtal se reculait de lui-mme1 convenait que l'abb avait raison1 qu'il fallait pourtant bien tancher le pus de ses sens et expier leurs apptits inexigibles1 leurs convoitises abominables1 leurs gots caris2 et il tait pris alors d'une peur irraisonne1 intense4 ,il avait le vertige du clotre1 la transe attirante de cet abme sur lequel ,gvresin le faisait pencher4 nerv par cette crmonie d'une prise de vture1 tourdi par le coup que lui avait1 en sortant1 assn le prtre1 il ressentait maintenant une angoisse presque physique dans laquelle tout finissait par se confondre4 ,il ne savait plus quelles rflexions entendre1 ne voyait surnager1 dans ce remous d'ides troubles1 qu'une pense nette3 que le moment tant redout de prendre une rsolution tait venu4 ,l'abb le regarda1 s'aperut qu'il souffrait rellement et sa piti s'accrut pour cette me si malhabile supporter les luttes4 ,il saisit le bras de ,durtal et doucement dit3 --,mon enfant1 croyez-moi1 le jour o vous irez de vous-mme chez ,dieu1 le jour o vous frapperez sa porte1 elle s'ouvrira deux battants et les anges s'effaceront pour vous laisser passer4 ,l'vangile ne ment pas1 allez1 lorsqu'il affirme qu'il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pcheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont que faire de pnitence4 ,vous serez d'autant mieux accueilli qu'on vous attend2 enfin1 soyez assez mon ami pour penser que le vieux prtre que vous laisserez ici ne demeurera pas inactif et que lui et que les couvents dont il dispose prieront de leur mieux pour vous4 --,je verrai1 rpondit ,durtal1 vraiment mu par l'accent attendri de l'abb1 je verrai444 je ne puis me dcider ainsi1 l'improviste1 je rflchirai444 ,ah6 ce n'est pas simple6 --,priez surtout1 fit le prtre qui tait arriv devant sa porte4 ,j'ai1 de mon ct1 beaucoup suppli le ,seigneur pour qu'il m'claire et je vous atteste que cette solution de la ,trappe est la seule qu'il m'ait donne4 ,implorez-le humblement votre tour1 et vous serez guid4 ,a bientt1 n'est-ce pas8 ,et il serra la main de ,durtal qui1 demeur seul1 finit par se reprendre4 ,alors1 il se rappela les sourires stratgiques1 les phrases ambigus1 les silences songeurs de l'abb ,gvresin2 il comprit la mansutude de ses conseils1 la patience de ses mnagements et1 un peu dpit quand mme d'avoir t1 sans le vouloir1 si savamment gr1 il s'exclama1 tout en maugrant3 voil donc le dessein que mrissait1 avec son air de n'y pas toucher1 ce prtre6 ,,ix ,il prouvait ce rveil douloureux du malade qu'un mdecin berne pendant des mois et qui apprend1 un beau matin1 qu'il n'a plus qu' se faire transporter dans une maison de sant pour y subir une opration de chirurgie devenue pressante4--,mais on n'agit pas ainsi1 se cria ,durtal2 on prvient1 peu peu1 les gens1 on les accoutume par des prcautions oratoires1 l'ide qu'il faudra se laisser dcouper sur l'tal1 on ne les frappe pas de la sorte l'improviste6 ,oui1 mais qu'importe1 puisque je sens trs bien1 au fond de moi1 que cet ecclsiastique a raison2 je dois1 si je veux m'amender1 quitter ,paris2 c'est gal1 le traitement qu'il m'inflige est vraiment dur suivre1 comment faire8 ,et il vcut1 depuis ce moment1 des jours hants par les ,trappes4 ,il rumina la pense d'un dpart1 la retourna sur toutes ses faces2 il se remcha le pour et le contre1 finit par se dire3 classons nos rflexions et ouvrons un compte2 tablissons1 pour nous y reconnatre1 un ,doit et ,avoir4 ,le ,doit est terrible4--,ramasser sa vie et la jeter dans l'tuve d'un clotre6 ,mais encore faudrait-il savoir si le corps est en tat de supporter un remde pareil2 le mien est fragile et douillet1 habitu se lever tard2 il tombe en faiblesse quand il n'est pas rconfort par le sang des viandes et des nvralgies surviennent1 aussitt que les heures des repas changent4 ,jamais je n'arriverai tenir l-bas avec des lgumes cuits dans de l'huile chaude ou dans du lait2 d'abord1 je dteste la cuisine l'huile et j'excre d'autant plus le lait que je le digre mal4 ,ensuite1 je me vois genoux1 par terre1 pendant des heures1 moi qui ai tant souffert la ,glacire pour tre rest dans cette posture pendant un quart d'heure peine sur une marche4 ,enfin1 j'ai une telle habitude de la cigarette qu'il me serait absolument impossible d'y renoncer2 or1 il est peu prs certain qu'on ne me laissera pas fumer dans un couvent4 ,non1 vritablement1 au point de vue corporel1 ce dpart est insane2 dans l'tat de sant o je suis1 il n'y a pas un mdecin qui ne me dissuaderait de tenter un semblable risque4 ,si je me place maintenant au point de vue spirituel1 je dois bien reconnatre aussi qu'une entre la ,trappe est effrayante4 ,il est craindre1 en effet1 que ma scheresse d'me1 que mon dfaut d'amour ne persistent2 alors que deviendrai-je dans un tel milieu8 ,puis il est galement probable que1 dans cette solitude1 dans ce silence absolu1 je m'ennuierai mourir et1 s'il en est ainsi1 quelle existence que celle qui consistera arpenter une cellule1 en comptant les heures6 ,non1 il faudrait pour cela tre certain d'tre afferm par ,dieu1 d'tre habit tout entier par lui4 ,enfin1 il existe deux redoutables questions sur lesquelles je ne me suis jamais appesanti1 parce qu'il m'tait pnible d'y songer1 mais maintenant qu'elles se dressent devant moi1 qu'elles me barrent la route1 il sied que je les envisage3 ce sont les questions de la confession et de la sainte ,table4 ,se confesser8 oui1 j'y consens2 je suis si las de moi1 si dgot de ma misrable vie que cette expiation m'apparat comme mrite1 comme ncessaire2 je dsire m'humilier1 je veux bien demander sincrement pardon1 mais encore faudrait-il que cette pnitence me ft assigne dans des conditions possibles6--,a la ,trappe1 si j'en crois l'abb1 personne ne s'occupera de moi2 autrement dit1 personne ne m'encouragera1 ne m'aidera subir la douloureuse extraction des hontes2 je serai un peu ainsi qu'un malade qu'on opre l'hpital1 loin de ses amis1 loin des siens6 ,la confession1 reprit-il1 elle est une trouvaille admirable1 car elle est la pierre de touche la plus sensible qui soit des mes1 l'acte le plus intolrable que l'glise ait impos la vanit de l'homme4 ,est-ce trange6--,on parle aisment de ses fredaines1 de ses turpitudes des amis1 voire mme1 dans la conversation1 un prtre2 cela ne parat pas tirer consquence et peut-tre qu'un peu de vantardise se mle aux aveux des pchs faciles1 mais raconter la mme chose genoux1 en s'accusant1 aprs avoir pri1 cela diffre2 ce qui n'tait qu'une amusette devient une humiliation vraiment pnible1 car l'me n'est pas dupe de ces faux semblants2 elle sait si bien1 dans son for intrieur1 que tout est chang1 elle sent si bien la puissance terrible du sacrement1 qu'elle1 qui tout l'heure souriait1 tremble maintenant1 ds qu'elle y pense4 ,eh bien1 si je me tiens en face d'un vieux moine qui sortira d'une ternit de silence pour m'couter1 d'un moine qui ne m'adjuvera1 qui ne me comprendra peut-tre point1 ce sera affreux6 ,jamais je n'arriverai au bout de mes peines1 s'il ne me tend pas la perche1 s'il me laisse touffer sans me donner de l'air l'me1 sans me porter secours6 ,quant l',eucharistie1 elle me semble1 elle aussi1 terrible4 ,oser s'avancer1 oser ,lui offrir comme un tabernacle son gout peine clarifi par le repentir1 son gout drain par l'absolution1 mais encore peine sec1 c'est monstrueux6 ,je n'ai pas du tout le courage d'imposer au ,christ cette dernire insulte2 alors quoi bon s'enfuir dans un monastre8 ,non1 plus j'y rflchis1 plus je suis forc de conclure que je serais fou si je m'aventurais dans une ,trappe6 ,l',avoir1 maintenant4 ,la seule uvre propre de ma vie serait justement de faire un paquet de mon pass et de l'apporter1 pour le dsinfecter1 dans un clotre2 et si cela ne me cotait pas d'ailleurs1 o serait le mrite8 ,rien ne me dmontre1 d'autre part1 que mon corps1 si dbilit qu'il soit1 ne supportera pas le rgime des ,trappes4 ,sans croire1 ou feindre de croire1 avec l'abb ,gvresin1 que ce genre de nourriture puisse m'tre propice1 je dois compter sur une allgeance surhumaine1 admettre1 en principe1 que si je suis envoy l1 ce n'est point pour m'y aliter ou pour tre oblig1 ds mon arrive1 d'en partir4--,a moins pourtant que ce ne soit le chtiment prpar1 l'expiation voulue2 et encore non1 car ce serait prter ,dieu d'impitoyables ruses et c'est absurde6 ,quant la cuisine1 peu importe qu'elle soit inhumaine si mon estomac la digre2 mal manger1 se lever dans la nuit1 ce n'est rien1 pourvu que le corps l'endure2 je trouverai bien moyen aussi de fumer des cigarettes1 en contrebande1 au fond des bois4 ,enfin huit jours sont bien vite couls et je ne suis mme pas forc1 si je me sens dfaillir1 d'y rsider huit jours6 ,au point de vue spirituel1 je dois bien encore tabler sur la misricorde divine1 croire qu'elle ne m'abandonnera pas1 qu'elle me dbridera les plaies1 qu'elle me modifiera le fond de l'me4 ,oui1 je sais bien1 ce sont des arguments qui ne reposent sur aucune certitude terrestre2 mais pourtant si j'ai des preuves que dj la ,providence s'est immisce dans mes affaires1 je n'ai pas de raisons pour juger que ces arguments sont plus dbiles que les motifs purement physiques qui servent tayer mon autre thse4 ,or1 il faut se rappeler cette conversion si en dehors de ma volont1 il faut enfin tenir compte d'un fait qui devrait m'encourager1 de la faiblesse des tentations que maintenant j'prouve4 ,il est difficile d'avoir t plus rapidement et plus compltement exauc4 ,que je doive cette grce mes propres prires ou celles des couvents qui m'ont dfendu1 sans me connatre1 toujours est-il que1 depuis quelque temps dj1 ma cervelle se tait et que ma chair est calme4 ,ce monstre de ,florence m'apparat bien encore1 certaines heures1 mais elle ne s'approche plus1 elle demeure dans la pnombre et la fin du ,pater1 le ,ne nos inducas in tentationem la met en fuite4 ,voil un fait insolite et prcis pourtant2 pourquoi douter alors que je puisse tre mieux soutenu la ,trappe1 que je ne le suis ,paris mme8 ,restent la confession et la communion4 ,la confession8--,elle sera ce que le ,seigneur voudra qu'elle soit2 c'est lui qui me choisira le moine2 moi1 je ne peux que me laisser servir2 et puis1 plus ce sera rche et mieux a vaudra2 si je souffre bien1 je me croirai moins indigne de communier4 ,le point le plus douloureux1 reprenait-il1 c'est celui-l3 communier6--,raisonnons pourtant2 il est certain que je serai turpide1 en proposant au ,christ de descendre ainsi qu'un puisatier dans ma fosse2 mais si j'attends qu'elle soit vide1 jamais je ne serai en tat de le recevoir1 car mes cloisons ne sont pas tanches et toujours des pchs s'y infiltrent par des fissures6 ,tout bien considr1 l'abb tait dans le vrai lorsqu'il me rpondit un jour3 mais1 moi non plus1 je ne suis pas digne de ,l'approcher2 ,dieu merci1 je n'ai pas ces cloaques dont vous me parlez1 mais1 le matin1 quand je vais dire ma messe et que je songe aux poussires de la veille1 pensez-vous donc que je n'aie point de honte8 ,il convient1 voyez-vous1 de toujours se reporter aux vangiles1 de se rpter qu',il est venu pour les infirmes et les malades1 qu'il veut visiter les pagers et les lpreux2 enfin1 il faut se convaincre que l'eucharistie est une vigie1 est un secours1 qu'elle est accorde comme il est crit dans l'ordinaire de la ,messe3 ad tutamentum mentis et corporis et ad medelam percipiendam2 elle est1 lchons le mot1 un mdicament spirituel2 on va au ,sauveur de mme qu'on se rend chez un mdecin2 on lui apporte son me soigner et il la soigne6 ,je suis en face de l'inconnu1 poursuivait ,durtal2 je me plains d'tre sec1 d'tre extravagu1 mais qui m'affirme que si je me dterminais communier1 je resterais ainsi8 ,car enfin si j'ai la ,foi1 je dois croire l'occulte travail du ,christ dans le ,sacrement6 ,enfin1 j'apprhende de m'ennuyer dans la solitude2 avec cela que je m'amuse ici6 ,je n'aurai toujours plus1 la ,trappe1 ces tergiversations de toutes les minutes1 ces continuelles transes2 j'aurai le bnfice d'tre assis en moi-mme1 au moins2 et puis444 et puis444 la solitude1 mais je la connais6 ,est-ce que depuis la mort de des ,hermies et de ,carhaix1 je ne vis pas l'cart2 car enfin je frquente qui8 ,quelques diteurs1 quelques hommes de lettres et les relations avec ces gens-l n'ont rien qui me plaisent2 quant au silence1 c'est un bienfait2 je n'entendrai pas dbiter de sottises dans une ,trappe1 je n'couterai pas de minables homlies1 d'indigents sermons2 mais je devrais exulter d'tre enfin isol loin de ,paris1 loin des hommes6 ,il se tut et il se fit encore une sorte de revirement en lui2 et1 mlancoliquement1 il se dit3 ce que ces litiges sont inutiles1 ce que ces rflexions sont vaines6 ,il n'y a pas tenter de se faire le comptable de son me1 d'tablir des doit et avoir1 tcher de balancer ses comptes2 je sais1 sans savoir comment1 qu'il faut partir2 je suis pouss en dehors de moi par une impulsion qui me monte du fond de l'tre et laquelle je suis parfaitement certain qu'il faudra cder4 ,a ce moment-l1 ,durtal tait dcid1 mais1 dix minutes aprs1 cet essai de rsolution s'effondrait2 il se sentait repris par sa lchet1 il se remchait1 une fois de plus1 des arguments pour ne pas bouger1 concluait que ses preuves1 pour demeurer ,paris1 taient palpables1 humaines1 sres1 tandis que les autres taient intangibles1 extranaturelles1 par consquent sujettes des illusions1 peut-tre fausses4 ,et il s'inventait la peur de ne pas obtenir une chose dont il avait peur1 se disait que la ,trappe ne l'accueillerait pas ou bien qu'elle lui refuserait la communion et alors il se proposait un moyen terme3 se confesser ,paris et communier la ,trappe4 ,mais alors il se passait en lui un fait incomprhensible2 toute son me s'insurgeait cette ide et l'ordre formel lui tait vraiment insuffl de ne pas ruser2 et il se disait3 non1 le chicotin doit tre bu jusqu' la dernire goutte1 c'est tout ou rien2 si je me confessais l'abb1 ce serait une dsobissance des prescriptions absolues et secrtes2 je serais capable de ne plus aller ,notre-,dame de l',atre aprs6 ,que faire8--,et il s'accusait de dfiance1 appelait son aide1 une fois de plus1 le souvenir des bienfaits reus1 ce dessillement des yeux1 cette marche insensible vers la ,foi1 la rencontre de ce prtre unique1 du seul peut-tre qui pouvait le comprendre et le traiter d'une faon si bnigne et si souple2 mais il essayait vainement de se rconforter2 alors1 il se suscitait le rve de la vie monacale1 la souveraine beaut du clotre2 il s'imaginait l'allgresse du renoncement1 la paix des folles oraisons1 l'ivresse intrieure de l'esprit1 la joie de n'tre plus chez soi dans son propre corps6 ,quelques mots de l'abb sur la ,trappe servaient de tremplin ses songeries et il apercevait une vieille abbaye1 grise et tide1 d'immenses alles d'arbres1 des ciels filants confus sous le chant des eaux1 des promenades muettes dans les bois1 la tombe du jour2 il voquait les solennelles liturgies du temps de saint ,benot1 il voyait la moelle blanche des chants monastiques monter sous l'corce peine taille des sons6 ,il parvenait s'emballer1 se criait3 tu as rv pendant des annes1 sur les clotres1 rjouis-toi car tu vas enfin les connatre6 ,et il et voulu partir aussitt1 y habiter et1 brusquement1 d'un coup1 il dgringolait dans la ralit et se disait3 c'est facile de dsirer vivre dans un monastre1 de raconter ,dieu qu'on voudrait bien s'y abriter1 quand l'existence de ,paris vous pse1 mais lorsqu'il s'agit d'y migrer pour tout de bon1 c'est autre chose6 ,il se ruminait ces penses1 partout1 dans la rue1 chez lui1 dans les chapelles4 ,il faisait la navette d'une glise l'autre1 esprant soulager ses transes1 en les changeant de place1 mais elles persistaient1 lui rendaient tous les endroits insupportables4 ,puis c'tait toujours1 dans les lieux consacrs1 cette siccit d'me1 ce ressort cass des lans1 ce silence qui se faisait soudain en lui1 alors qu'il et voulu se consoler en ,lui parlant4 ,ses meilleurs moments1 ses haltes dans ce boulevari1 c'taient certaines minutes de torpeur absolue2 il avait alors comme de la neige dans l'me2 il n'y entendait plus rien4 ,mais cet assoupissement de penses ne durait gures et la bourrasque soufflait nouveau et les prires qui eussent pu l'apaiser se refusaient encore sortir2 il sollicitait la musique religieuse1 les proses dsoles des psaumes1 les crucifixions des ,primitifs pour s'exciter1 mais les oraisons couraient1 en se brouillant sur ses lvres2 elles se dpouillaient de tout sens1 devenaient des mots dsemplis1 des coques vides4 ,a ,notre-,dame des ,victoires o il se tranait dans l'esprance qu'il se dglerait au feu des prires voisines1 il se dgourdissait1 en effet1 un peu2 il lui semblait alors qu'il se lzardait1 fuyait goutte goutte en des douleurs informules qui se rsumaient dans une plainte d'enfant malade o il disait tout bas la ,vierge3 ce que j'ai mal l'me6 ,puis1 de l1 il retournait ,saint-,sverin1 s'installait sous cette vote tanne par la patine des prires1 et1 hant par son ide fixe1 il se plaidait les circonstances attnuantes1 s'exagrait les austrits de la ,trappe1 tchait presque d'exasprer sa peur pour excuser1 dans un vague appel la ,madone1 ses dfaillances4 ,il faut pourtant que j'aille voir l'abb ,gvresin1 murmurait-il1 mais le courage lui manquait pour aller prononcer ce oui que lui demanderait srement le prtre4 ,il finit par dcouvrir un joint pour le visiter1 sans se croire oblig s'engager encore4 ,aprs tout1 pensa-t-il1 je ne possde aucun renseignement prcis sur cette ,trappe2 je ne sais mme pas s'il ne serait point ncessaire1 pour s'y rendre1 de faire un voyage coteux et long2 l'abb raconte bien qu'elle n'est pas loigne de ,paris1 mais enfin je ne puis1 sur cette simple affirmation1 me dcider2 il serait bien utile aussi de connatre les murs de ces cnobites1 avant que d'aller sjourner chez eux4 ,l'abb sourit quand ,durtal lui soumit ces objections4 --,le voyage est bref1 rpondit-il2 vous prenez la gare du ,nord1 #h heures du matin1 un billet pour ,saint-,landry2 le train vous y dpose #aa heures trois quarts1 vous djeunez dans une auberge prs de la gare2 l1 tandis que vous buvez votre caf1 on vous prpare une voiture et1 aprs quatre heures de galop1 vous arrivez ,notre-,dame de l',atre pour dner2 est-ce difficile8 ,quant au prix1 il est modique4 ,autant que je puis me le rappeler1 le chemin de fer cote une quinzaine de francs2 ajoutez deux ou trois francs pour le repas et six ou sept francs pour la voiture444 ,et ,durtal se taisant1 l'abb reprit3--eh bien8 --,ah6 tout a1 tout a4441 si vous saviez444--je suis dans un tat faire piti2 je veux et je ne veux pas2 je sais bien que je dois m'y rfugier1 mais1 malgr moi1 je voudrais gagner du temps1 retarder l'heure du dpart4 ,et il continua3--,j'ai l'me dtraque2 ds que je veux prier1 mes sens s'pandent au dehors1 je ne puis me recueillir et1 du reste1 si je parviens me rassembler1 cinq minutes ne s'coulent point que je me dsagrge2 non1 je n'ai ni ferveur1 ni contrition vritables2 je ne ,l'aime pas assez1 l1 s'il faut vous le dire4 ,enfin1 depuis deux jours1 une affreuse certitude s'est implante en moi2 je suis sr que1 malgr ma bonace charnelle1 si je me trouvais en face de certaine femme dont la vue m'affole1 je cderais2 j'enverrais la religion au diable2 je reboirais mon vomi pleine bouche2 je ne tiens que parce que je ne suis pas tent2 je ne vaux pas mieux que lorsque je pchais4 ,avouez que je suis dans un bien misrable tat pour me retirer dans une ,trappe4 --,vos raisons sont pour le moins fragiles1 rpondit l'abb3 ,vous me dites d'abord que vous tes distrait dans vos prires1 inapte ne point disperser vos sens2 mais vous tes comme tout le monde1 en somme6 ,sainte ,trse1 elle-mme1 dclare que bien souvent elle ne pouvait rciter le ,credo sans s'vaguer3 c'est l une faiblesse dont il sied de prendre humblement son parti2 il convient surtout de ne pas s'appesantir sur ces maux1 car la crainte de les voir revenir en assure l'assiduit2 on se distrait de ses oraisons par la peur mme de ces distractions et par le regret de les avoir eues2 allez plus de l'avant1 cherchez le large1 priez du mieux que vous pourrez et ne vous inquitez pas6 ,vous m'affirmez1 d'autre part1 que si vous rencontriez une personne dont les attraits vous troublent1 vous succomberiez2 qu'en savez-vous8 pourquoi prendre souci de sductions que ,dieu ne vous inflige pas encore et qu'il vous pargnera peut-tre8 pourquoi douter de sa misricorde8 pourquoi ne pas croire au contraire1 que s'il jugeait la tentation utile1 il vous aiderait assez pour vous empcher de sombrer8 ,dans tous les cas1 vous n'avez pas apprhender par anticipation le dgot de votre faiblesse2 l',imitation l'atteste3 quoi de plus insens et de plus vain que de s'affliger de choses futures qui n'arriveront peut-tre jamais4 ,non1 c'est assez de s'occuper du prsent1 car1 chaque jour suffit sa peine3 sufficit diei malitia sua4 ,vous prtendez enfin que vous n'avez pas l'amour de ,dieu1 je vous rpondrai encore3 qu'en savez-vous8--,vous l'avez cet amour1 par cela seul que vous dsirez l'avoir1 que vous regrettez de ne pas l'avoir2 vous aimez ,notre ,seigneur par ce seul fait que vous voulez l'aimer6 ,oh6 ,c'est spcieux1 murmura ,durtal4--,enfin1 reprit-il1 et si1 la ,trappe1 le moine1 rvolt par l'outrage prolong de mes fautes1 me refuse l'absolution et m'empche de communier8 ,du coup1 l'abb se mit rire4 --,vous tes fou6 ah 1 mais quelle ide vous faites-vous du ,christ8 --,du ,christ1 non1 mais de son mdiateur1 de l'tre humain qui le remplace444 --,vous ne pouvez choir qu' l'homme dsign d'avance1 l-haut1 pour vous juger2 vous avez d'ailleurs1 ,notre-,dame de l',atre1 toutes les chances pour vous agenouiller aux pieds d'un saint2 ds lors1 ,dieu l'inspirera1 sera l2 vous n'avez rien craindre4 ,quant la communion1 la perspective d'en tre cart vous effraie2 mais n'est-ce pas encore une preuve de plus que1 contrairement votre opinion1 ,dieu ne vous laisse pas insensible8 --,oui1 mais l'ide de communier ne m'effraie pas moins6 --,je vous rpterai encore3 si ,jsus vous tait indiffrent1 il vous serait bien gal de consommer ou de ne pas consommer les ,espces ,saintes6 --,tout cela ne me convainc gure1 soupira ,durtal2 je ne sais plus o j'en suis2 j'ai peur du confesseur1 des autres1 de moi-mme2 c'est insens1 mais c'est plus fort que moi2 je ne parviens pas prendre le dessus6 --,l'eau vous pouvante2 imitez ,gribouille1 jetez-vous bravement dedans2 voyons1 si j'crivais la ,trappe aujourd'hui mme que vous y arrivez2 quand8 --,oh6 s'cria ,durtal1 attendez encore4 --,le temps d'avoir une rponse1 comptons deux fois vingt-quatre heures2 voulez-vous vous y rendre dans cinq jours8 ,et comme ,durtal1 abasourdi1 se taisait4 --,est-ce entendu8 ,alors ,durtal prouva1 dans ce moment1 une chose trange2 ce fut1 ainsi que plusieurs fois ,saint-,sverin1 une sorte de touche caressante1 de pousse douce2 il sentit une volont s'insinuer dans la sienne1 et il recula1 inquiet de se voir ainsi gmin1 de ne plus se trouver seul dans ses propres atres2 puis il fut inexplicablement rassur1 s'abandonna1 et ds qu'il eut prononc ce oui1 un immense allgement lui vint2 et1 sautant alors d'un excs un autre1 il s'broua l'ide que ce dpart n'aurait pas lieu tout de suite et il regretta de passer encore ,paris cinq jours4 ,l'abb se mit rire4--,mais encore faut-il que les trappistes soient prvenus2 c'est une simple formalit1 car avec un mot de moi1 vous serez aussitt reu1 mais attendez au moins que je l'envoie1 ce mot6 ,je le mettrai la poste ce soir1 n'ayez donc aucune inquitude et dormez en paix4 ,durtal rit1 son tour1 de son impatience4--,avouez1 dit-il1 que je deviens bien ridicule6 ,le prtre haussa les paules4--,voyons1 vous m'avez questionn sur ma petite ,trappe2 je vais m'efforcer de vous satisfaire4 ,elle est minuscule si on la compare la grande ,trappe de ,soligny ou aux tablissements de ,sept-,fonds1 de ,meilleray ou d',aiguebelle1 car elle ne se compose que d'une dizaine de pres de chur et d'une trentaine de frres-lais ou convers4 ,il y a aussi avec eux un certain nombre de paysans qui travaillent leurs cts et les aident cultiver la terre ou fabriquer leur chocolat4 --,ils font du chocolat6 --,cela vous tonne8 et avec quoi voulez-vous qu'ils vivent8 ,ah dame6 ,je vous prviens1 ce n'est pas dans un somptueux monastre que vous irez6 --,j'aime mieux cela4--,mais1 propos des lgendes sur les ,trappes1 je suppose que les moines ne se saluent pas d'un frre1 il faut mourir et qu'ils ne creusent pas1 chaque matin1 leur tombe8 --,ce sont des histoires dormir debout4 ,ils ne s'occupent nullement de leur tombe et ils se saluent silencieusement1 puisqu'il leur est interdit de parler4 --,mais alors1 comment ferai-je1 moi1 si j'ai besoin de quelque chose8 --,l'abb1 le confesseur1 le pre htelier ont le droit de converser avec les htes2 vous n'aurez affaire qu' eux seuls2 les autres s'inclineront devant vous lorsqu'ils vous rencontreront1 mais si vous les interrogez1 ils ne vous rpondront pas6 --,c'est toujours bon savoir4--,et comment sont-ils habills8 --,avant la fondation des ,cteaux1 les ,bndictins portaient1 on le croit du moins1 le costume noir de saint ,benot2 les ,bndictins proprement dits s'en revtent encore2 mais ,cteaux la couleur fut change et les ,trappes1 qui sont un rejeton de cette branche1 ont adopt la robe blanche de saint ,bernard4 --,vous me pardonnez1 n'est-ce pas1 toutes ces questions qui doivent vous paratre puriles8 ,mais puisque je suis sur le point de frquenter ces religieux1 encore faut-il que je sois un peu renseign sur les coutumes de leur ordre4 --,je suis votre entire disposition1 rpliqua l'abb4 ,et ,durtal le questionnant sur la situation de l'abbaye mme1 il reprit3 --,le monastre actuel date du ,x,v,i,i,ie sicle1 mais vous verrez dans ses jardins les dbris de l'ancien clotre qui fut rig du temps de saint ,bernard4 ,il y eut1 au ,moyen ,age1 une succession de ,bienheureux dans ce couvent2 c'est une terre vraiment bnie1 apte aux mditations et aux regrets4 ,l'abbaye est situe dans le fond d'une valle1 suivant les prescriptions de saint ,bernard1 car vous savez que si saint ,benot aimait les collines1 saint ,bernard recherchait les plaines basses et humides pour y fonder ses cnobies4 ,un vieux vers latin nous a conserv les gots diffrents de ces deux saints3 ,benedictus colles1 valles ,bernardus amabat4 --tait-ce par attrait personnel ou dans un but pieux que saint ,bernard btissait ses ermitages dans des lieux malsains et plats8 --,c'tait pour que ses moines1 dont la sant se dbilitait dans les brumes1 eussent constamment sous les yeux la salutaire image de la mort4 --,diantre6 --,j'ajoute tout de suite que le val o s'lve ,notre-,dame de l',atre est maintenant sans marcage et que l'air y est trs pur2 vous y longerez de dlicieux tangs et je vous recommande1 la lisire de la clture1 une alle de noyers sculaires o vous pourrez faire d'mollientes promenades1 au point du jour4 ,et1 aprs un silence1 l'abb ,gvresin reprit3 --,marchez beaucoup l-bas1 parcourez les bois dans tous les sens2 les forts vous instruiront mieux sur votre me que les livres1 aliquid amplius invenies in sylvis quam in libris1 a crit saint ,bernard2 priez et les journes seront courtes4 ,durtal partit1 rconfort1 presque joyeux1 de chez ce prtre2 il se sentait au moins l'allgement d'une situation tranche1 d'une rsolution enfin prise4 ,il ne s'agit plus maintenant que de se prparer de son mieux cette retraite1 se dit-il2 et il pria1 se coucha1 pour la premire fois depuis des mois1 l'esprit tranquille4 ,mais1 le lendemain1 ds son rveil1 il dchanta2 toutes ses proccupations1 toutes ses transes revinrent2 il se demanda si sa conversion tait mre pour la brancher et la porter dans une ,trappe2 la peur du confesseur1 l'apprhension de l'inconnu l'assaillirent nouveau4 ,j'ai eu tort de rpondre si vite1 et il s'arrta3 ,pourquoi ai-je dit oui8 ,le souvenir de ce mot prononc par sa bouche1 pens par une volont qui tait encore la sienne et qui tait cependant autre1 se rappelait sa mmoire4 ,ce n'est pas la premire fois que pareil fait m'arrive1 rumina-t-il1 j'ai dj subi1 seul1 dans les glises1 des conseils inattendus1 des ordres muets1 et il faut avouer que c'est vraiment atterrant de sentir cette infusion d'un tre invisible en soi1 et de savoir qu'il peut presque vous exproprier1 s'il lui plat1 du domaine de votre personne4 ,eh non1 ce n'est point cela2 il n'y a point substitution d'une volont extrieure la sienne1 car l'on conserve absolument intact son franc-arbitre2 ce n'est pas davantage une de ces impulsions irrsistibles qu'endurent certains malades1 puisque rien n'est plus facile que d'y rsister et c'est moins encore une suggestion puisqu'il ne s'agit1 dans ce cas1 ni de passes magntiques1 ni de somnambulisme provoqu1 ni d'hypnose2 non1 c'est l'irrsistible entre d'une vellit trangre en soi2 c'est la soudaine intrusion d'un dsir net et discret1 et c'est une pousse d'me tout la fois ferme et douce4 ,ah6 je suis encore inexact1 je bafouille1 mais rien ne peut rendre cette attentive pression qu'un mouvement d'impatience ferait vanouir2 on le sent et c'est inexprimable6 ,toujours est-il que l'on coute avec surprise1 presque avec angoisse cette induction1 qui n'emprunte pour se faire entendre aucune voix mme intrieure1 qui se formule sans l'assistance des mots--et tout s'efface1 le souffle qui vous pntra disparat4 ,l'on voudrait que cette incitation vous ft confirme1 que le phnomne se renouvelt pour l'observer de plus prs1 pour tenter de l'analyser1 de la comprendre1 et c'est fini2 vous restez seul avec vous-mme1 vous tes libre de ne pas obir1 votre volont est sauve1 vous le savez1 mais vous savez aussi que1 si vous repoussez ces invites1 vous assumez pour l'avenir d'indiscutables risques4 ,en somme1 poursuivit ,durtal1 il y a l influx anglique1 touche divine2 il y a l quelque chose d'analogue la voix interne si connue des mystiques1 mais c'est moins complet1 moins prcis1 et pourtant c'est aussi sr4 ,et1 songeur1 il conclut3 ce que je me serais rong1 ce que je me serais collet avec moi-mme1 avant de pouvoir rpondre ce prtre dont les arguments ne me persuadaient gure1 si je n'avais eu ce secours imprvu1 cette aide6 ,mais alors1 puisque je suis men par la main1 qu'ai-je craindre8 ,et il craignait quand mme1 ne parvenait pas se pacifier2 puis1 s'il avait profit du bien-tre d'une dcision1 il tait min pour l'instant par l'attente d'un dpart4 ,il essayait de tuer les journes dans des lectures1 mais il devait constater1 une fois de plus1 qu'il n'y avait de consolations attendre d'aucun livre4 ,nul ne se rapprochait1 mme de loin1 de son tat d'me4 ,la haute ,mystique tait si peu humaine1 planait de telles altitudes1 loin de nos fanges1 qu'on ne pouvait esprer d'elle un souverain appui4 ,il finissait par se rejeter sur l',imitation1 dont la ,mystique mise la porte des foules1 tait une tremblante et plaintive amie qui vous pansait dans les cellules de ses chapitres1 priait et pleurait avec vous1 compatissait1 en tout cas1 au veuvage plor des mes4 ,malheureusement1 ,durtal l'avait tant lue et il tait si satur des vangiles1 qu'il en avait temporairement puis les vertus pargoriques et les calmants4 ,las de lectures1 il recommena ses courses dans les glises4 ,et si les trappistes ne veulent pas de moi8 se disait-il1 que deviendrai-je8 --,mais puisque je vous affirme qu'ils vous accueilleront1 rpliquait l'abb qu'il allait voir4 ,il ne fut tranquille que le jour o le prtre lui tendit la rponse de la ,trappe4 ,il lut3 ,nous recevrons trs volontiers1 pour huit jours1 notre htellerie1 le retraitant que vous voulez bien nous recommander2 je ne vois1 pour le moment1 aucun empchement ce que cette retraite commence mardi prochain4 ,dans l'espoir1 monsieur l'abb1 que nous aurons galement bientt le plaisir de vous revoir dans notre solitude1 je vous prie d'agrer l'assurance de mes sentiments les plus respectueux4 ,f4 ,m4 tienne1 htelier4 ,il la lut et la relut1 enchant et terrifi la fois4 ,il n'y a plus douter1 c'est irrvocable1 fit-il4 ,et il s'en fut en hte ,saint-,sverin1 ayant moins1 peut-tre1 le besoin de prier que de se rendre prs de la ,vierge1 de se montrer elle1 de lui faire une sorte de visite de remerciement1 de lui exprimer1 rien que par sa prsence1 sa gratitude4 ,et il fut pris par le charme de cette glise1 par son silence1 par l'ombre qui tombait dans l'abside1 du haut de ses palmiers de pierre1 et il finit par s'anonchalir1 par s'acagnarder sur une chaise1 par n'avoir plus qu'un dsir1 celui de ne pas rentrer dans la vie de la rue1 de ne pas sortir de son refuge1 de ne plus bouger4 ,et le lendemain1 qui tait un dimanche1 il s'arrta chez les bndictines pour entendre la grand'messe4 ,un moine noir la clbrait2 il reconnut un bndictin1 quand ce prtre chanta3 ,dominous vobiscoum1 car l'abb ,gvresin lui avait appris que les bndictins prononaient le latin l'italienne4 ,bien qu'il n'aimt gure cette prononciation qui enlevait au latin la sonorit de ses mots et faisait1 en quelque sorte1 des phrases de cette langue1 des attelages de cloches dont on aurait cotonn les battants ou toup les vases1 il se laissait aller1 poign par l'onction1 par l'humble pit de ce moine qui tremblait presque de respect et de joie1 alors qu'il baisait l'autel2 et il avait une voix fonce laquelle rpondaient1 derrire la grille1 les claires envoles des nonnes4 ,durtal haletait1 coutant ces tableaux fluides de primitifs se dessiner1 se former1 se peindre dans l'air2 il tait saisi aux moelles ainsi qu'il l'avait t jadis pendant la grand'messe de ,saint-,sverin4 ,perdue dans cette glise o la fleur des mlodies se fanait pour lui depuis qu'il connaissait le plain-chant des bndictines1 il la retrouvait1 cette motion1 ou plutt il la rapportait avec lui1 de ,saint-,sverin dans cette chapelle4 ,et pour la premire fois1 il eut un dsir fou1 un dsir si violent qu'il lui fondit le cur4 ,ce fut au moment de la communion4 ,le moine1 levant l'hostie1 profrait le ,domine1 non sum dignus4 ,ple et les traits tirs1 les yeux dolents1 la bouche grave1 il semblait chapp d'un moutier du ,moyen ,age1 dcoup dans un de ces tableaux flamands o les religieux se tiennent debout au fond1 alors que1 devant eux1 des moniales agenouilles prient1 les mains jointes1 prs des donateurs1 l'enfant ,jsus auquel la vierge sourit1 en baissant1 sous un front bomb1 de longs cils4 ,et lorsqu'il descendit les marches et communia deux femmes1 ,durtal frmit1 jaillit en un lan vers le ciboire4 ,il lui parut que s'il tait aliment avec ce pain1 tout serait fini1 ses scheresses et ses peurs2 il lui sembla que ce mur de pchs qui avait mont1 d'annes en annes1 et lui barrait la vue1 s'croulerait et qu'enfin il verrait6 ,et il eut hte de partir pour la ,trappe1 de recevoir1 lui aussi1 le corps sacr des mains d'un moine4 ,cette messe le renfora comme un tonique2 il sortit de cette chapelle1 joyeux et plus ferme1 et quand l'impression s'affaiblit un peu avec les heures1 il demeura moins attendri peut-tre1 mais aussi rsolu1 plaisantant avec une douce mlancolie1 le soir1 sur sa situation2 se disant3 il y a bien des gens qui vont ,barges ou ,vichy faire des cures de corps1 pourquoi n'irais-je pas1 moi1 faire une cure d'me dans une ,trappe8 ,x ,je me constituerai prisonnier dans deux jours1 soupira ,durtal2 il serait temps de songer aux prparatifs du dpart4 ,quels livres emporterai-je1 pour m'aider l-bas vivre8 ,et il fouillait sa bibliothque1 feuilletait les ouvrages mystiques qui avaient peu peu remplac les uvres profanes sur ses rayons4 ,sainte ,trse1 je n'en parle pas1 se dit-il2 ni elle1 ni saint ,jean de la croix ne me seraient assez indulgents1 dans la solitude2 j'ai vraiment besoin de plus de pardon et de rconfort4 ,saint ,denys l',aropagite ou l'apocryphe dsign sous ce nom8 ,il est le premier des ,mystiques1 celui qui1 dans ses dlinations thologiques1 s'est peut-tre avanc le plus loin4 ,il vit dans l'air irrespirable des cimes1 au-dessus des gouffres1 au seuil de l'autre monde qu'il entrevoit dans les clairs de la grce2 et il reste lucide1 inbloui1 dans ces coups de lumire qui l'environnent4 ,il semble que1 dans ses ,hirarchies ,clestes o il fait dfiler les armes du ciel et dmontre le sens des attributs angliques et des symboles1 il ait dj dpass la frontire o s'arrte l'homme et pourtant1 dans son opuscule des ,noms ,divins1 il hasarde un pas de plus en avant et alors il s'lve dans la superessence d'une mtaphysique tout la fois calme et hagarde6 ,il surchauffe le verbe humain le faire clater1 mais lorsque bout d'efforts il veut dfinir l'infigurable1 prciser les immiscibles personnes de la ,trinit qui se pluralise et ne sort point de son unit1 les mots dfaillent sur ses lvres et la langue se paralyse sous sa plume2 alors1 tranquillement1 sans s'tonner1 il se refait enfant1 redescend de ses sommets parmi nous et1 pour tcher de nous lucider ce qu'il comprit1 il recourt aux comparaisons de la vie intime2 il en vient1 afin d'expliquer cette ,triade unique1 citer plusieurs flambeaux allums dans une mme salle et dont les lueurs1 bien que distinctes1 se fondent en une seule1 ne sont plus qu'une4 ,saint ,denys1 rvassait ,durtal1 il est un des plus hardis explorateurs de ces rgions ternelles444 oui1 mais quelle lecture aride il me fournirait la ,trappe6 ,ruysbroeck8 reprit-il--peut-tre et encore cela dpend2 je puis serrer dans ma trousse1 ainsi qu'un cordial1 le petit recueil qu' distill ,hello2 quant aux ,noces ,spirituelles1 si bien traduites par ,maeterlinck1 elles sont dcousues et sans clart2 l'on y touffe2 ce ,ruysbroeck-l m'emballe moins4 ,il est curieux tout de mme1 cet ermite1 car il ne s'enferme pas au-dedans de nous1 mais il parcourt plutt les dehors2 il s'efforce1 comme saint ,denys1 d'atteindre ,dieu1 plus dans le ciel que dans l'me2 mais vouloir voler si haut1 il se fausse les ailes et balbutie on ne sait quoi1 quand il descend4 ,laissons-le donc4--,voyons maintenant4--,sainte ,catherine de ,gnes8 ,ses dbats entre l'me1 le corps et l'amour-propre sont anodins et confus1 et lorsque1 dans ses ,dialogues1 elle traite des oprations de la vie interne1 elle est si au-dessous de sainte ,trse et de sainte ,angle6 ,en revanche1 son ,trait du ,purgatoire est dcisif4 ,il avre que1 seule1 elle a pntr dans les espaces des douleurs inconnues et qu'elle en a dgag et saisi les joies2 elle parvient1 en effet1 accorder ces deux contraires qui paraissent jamais inalliables2 la souffrance de l'me se purifiant de ses pchs et l'allgresse de cette mme me qui1 au moment o elle endure d'affreuses peines1 prouve un immense bonheur1 car elle se rapproche petit petit de ,dieu et elle sent ses rayons l'attirer de plus en plus et son amour l'inonder avec de tels excs qu'il semble que le ,sauveur ne veuille plus que s'occuper d'elle4 ,sainte ,catherine expose aussi que ,jsus n'interdit le ,ciel personne1 que c'est l'me mme qui1 s'estimant indigne d'y pntrer1 se prcipite1 de son propre mouvement1 dans le ,purgatoire1 pour s'y modifier1 car elle n'a plus qu'un but1 se rtablir dans sa puret primitive2 qu'un dsir1 atteindre ses fins dernires1 en s'anantissant1 en s'annihilant1 en s'coulant en ,dieu4 ,c'est une lecture probante1 grogna ,durtal1 mais ce n'est pas celle-l qui me referait la ,trappe1 passons4 ,et il atteignit d'autres livres dans ses casiers4 ,en voici un1 par exemple1 dont l'usage est tout indiqu1 poursuivit-il1 en prenant la ,thologie ,sraphique de saint ,bonaventure1 car il condense en une sorte d'of meat des modes d'tudes pour se scruter1 pour mditer sur la communion1 pour sonder la mort2 puis il y a1 dans ce select1 un trait sur le ,mpris du monde dont les phrases comprimes sont admirables2 c'est de la vritable essence de ,saint-,esprit et c'est aussi une gele d'onction vraiment ferme4 ,mettons-le part1 celui-l4 ,je ne trouverai pas1 pour remdier aux probables dtresses des solitudes1 de meilleur adjuvant1 murmurait ,durtal1 tout en bousculant de nouvelles ranges de volumes4 ,il regardait des titres3 ,la vie de la ,sainte ,vierge1 par ,m4 ,olier4 ,il hsitait1 se disant3 il y a pourtant sous l'eau peine dgourdie du style d'intressantes observations1 de savoureuses gloses2 ,m4 ,olier a1 en quelque sorte1 travers les mystrieux territoires des desseins cachs et il y a relev ces inimaginables vrits que parfois le ,seigneur se plat rvler aux ,saints4 ,il s'est constitu l'homme lige de la ,vierge1 et1 vivant prs d'elle1 il s'est fait aussi le hraut de ses attributs1 le lgat de ses grces4 ,sa vie de ,marie est1 coup sr1 la seule qui paraisse rellement inspire1 qui se puisse lire4 ,l o l'abbesse d',agrda divague1 lui demeure rigoureux et reste clair4 ,il nous montre la ,vierge existant de toute ternit en ,dieu1 engendrant sans cesser d'tre immacule comme le cristal qui reoit et renvoie hors de lui les rayons du soleil1 sans rien perdre de son lustre et qui n'en brille1 au contraire1 qu'avec plus d'clat1 accouchant sans douleurs1 mais souffrant1 la mort de son ,fils1 la peine qu'elle et d supporter sa naissance4 ,il s'tend enfin en de doctes analyses sur ,celle qu'il nomme la ,trsorire de tout bien1 la ,mdiatrice d'amour et d'imptration4--,oui1 mais pour s'entretenir avec elle1 rien ne vaut l',officium parvum beat ,virginis que je dposerai avec mon paroissien dans ma valise1 conclut ,durtal2 ne drangeons donc point le livre de ,m4 ,olier4 ,mon fonds commence s'puiser1 reprit-il4 ,angle de ,foligno8 certes1 car elle est un brasier autour duquel on peut se chauffer l'me4 ,je l'emmne avec moi2--puis quoi encore8 les ,sermons de ,tauler8 ,c'est tentant--car jamais on n'a mieux que ce moine trait les sujets les plus abstrus avec un esprit plus lucide4 ,a l'aide d'images familires1 d'humbles rapprochements1 il parvient rendre accessibles les plus hautes spculations de la ,mystique4 ,il est et bonhomme et profond2 puis il verse un peu dans le quitisme1 et ce ne serait peut-tre pas mauvais d'absorber1 l-bas1 quelques gouttes de ce looch4 ,au fait1 non1 j'aurai surtout besoin de ttaniques4 ,quant ,suso1 c'est un succdan bien infrieur saint ,bonaventure ou une sainte ,angle1--je l'carte ainsi que sainte ,brigitte de ,sude1 car celle-l me semble1 dans ses entretiens avec le ciel1 assiste par un ,dieu morose et fatigu1 qui ne lui dcle rien d'imprvu1 rien de neuf4 ,il y a bien encore sainte ,madeleine de ,pazzi1 cette ,carmlite volubile qui procde dans toute son uvre par apostrophes4 ,c'est une exclamative1 habile aux analogies1 experte en concordances1 une sainte affole de mtaphores et d'hyperboles4 ,elle converse directement avec le ,pre1 et bgaie1 dans l'extase1 les explications des mystres que lui divulgua l',ancien des jours4 ,ses livres contiennent une page souveraine sur la ,circoncision1 une autre magnifique1 construite toute en antithses1 sur le ,saint-,esprit1 d'autres tranges sur la dification de l'me humaine1 sur son union avec le ciel1 sur le rle assign dans cette opration aux plaies du ,verbe4 ,elles sont des nids habits2 l'aigle qui reprsente la ,foi gte dans l'aire du pied gauche2 dans le trou du pied droit rside la gmissante douceur des tourterelles2 dans la blessure de la main gauche1 niche la colombe1 symbole de l'abandon2 dans la cavit de la main droite1 repose l'emblme de l'amour1 le plican4 ,et ces oiseaux sortent de leurs nids1 viennent chercher l'me pour la conduire dans la chambre nuptiale de la plaie qui saigne au ct du ,christ4 ,n'est-ce pas aussi cette ,carmlite qui1 ravie par la puissance de la grce1 mprise assez la certitude acquise par la voie des sens pour dire au ,seigneur3 ,si je vous voyais avec mes yeux1 je n'aurais plus la ,foi1 parce que la ,foi cesse l o se trouve l'vidence4 --,tout bien considr1 fit-il1 avec ses dialogues et ses contemplations1 ,madeleine de ,pazzi ouvre d'loquents horizons1 mais l'me1 lute par la cire des pchs1 ne peut la suivre4 ,non1 ce ne serait pas cette sainte-l qui me rassurerait dans un clotre6 ,tiens1 poursuivit-il en secouant la poussire qui couvrait un volume couverture grise1 tiens1 c'est vrai1 je possde le ,prcieux ,sang du ,p4 ,faber2 et il rva1 en feuilletant1 debout1 les pages4 ,il se remmorait l'impression oublie de cette lecture4 ,l'uvre de cet oratorien tait pour le moins bizarre4 ,les pages bouillonnaient1 coulaient en tumulte1 charriant de grandioses visions telles qu'en conut ,hugo1 dveloppant des perspectives d'poques1 telles que ,michelet en voulut peindre4 ,dans ce volume1 s'avanait la solennelle procession du prcieux ,sang1 partie des confins de l'humanit1 de l'origine mme des ges1 et elle franchissait les mondes1 dbordait sur les peuples1 submergeait l'histoire4 ,le ,p4 ,faber tait moins un mystique proprement dit qu'un visionnaire et qu'un pote2 malgr l'abus des procds oratoires transfrs de la chaire dans le livre1 il dracinait les mes1 les emportait au fil de ses eaux1 mais lorsqu'on reprenait pied1 lorsqu'on cherchait se souvenir de ce qu'on avait entendu et vu1 l'on ne se rappelait plus rien2 l'on finissait1 en rflchissant1 par se rendre compte que l'ide mlodique de l'uvre tait bien filiforme1 bien mince pour tre excute par un aussi fracassant orchestre2 puis il restait de cette lecture quelque chose d'intemprant et de fivreux qui vous mettait mal l'aise et faisait songer que ce genre d'ouvrages n'avait que de bien lointains rapports avec la cleste plnitude des grands mystiques6 ,non6 pas celui-l1 fit ,durtal4 ,voyons1 rentrons notre rcolte3 je retiens le petit recueil de ,ruysbroeck1 la ,vie d',angle de ,foligno et saint ,bonaventure1 et le meilleur de tous pour mon tat d'me1 reprit-il en se frappant le front4 ,il retourna sa bibliothque et saisit un petit livre qui gisait seul en un coin4 ,il s'assit et le parcourut1 disant3 voil le tonique1 le stimulant des faiblesses1 la strychnine des dfaillances de la ,foi1 le coup d'aiguillon qui vous jetterait en larmes aux pieds du ,christ4 ,ah6 la ,douloureuse ,passion de la sur ,emmerich6 ,celle-l n'tait point un chimiste de l'tre spirituel1 comme sainte ,trse2 elle ne s'occupait pas de notre vie intrieure2 dans son livre1 elle s'oubliait et nous omettait1 car elle ne voyait que ,jsus crucifi et voulait seulement montrer les tapes de son agonie1 laisser1 ainsi que sur le voile de ,vronique1 l'empreinte1 marque sur ses pages1 de la ,sainte ,face4 ,bien qu'il ft moderne--car ,catherine ,emmerich tait morte en #ahbd--;ce chef-d'uvre datait du ,moyen ,age4 ,c'tait une peinture qui semblait appartenir aux coles primitives de la ,franconie et de la ,souabe4 ,cette femme tait la sur des ,zeitblom et des ,grnewald2 elle avait leurs pres visions1 leurs couleurs emportes1 leur odeur fauve2 mais elle paraissait relever aussi1 par son souci du dtail exact1 par sa notation prcise des milieux1 des vieux matres flamands1 des ,roger ,van ,der ,weyden et des ,bouts2 elle avait runi en elle les deux courants issus1 l'un de l',allemagne1 l'autre des ,flandres2 et cette peinture1 brosse avec du sang et vernie par des larmes1 elle la transposait en une prose qui n'avait aucun rapport avec la littrature connue1 une prose dont on ne pouvait1 par analogie1 retrouver les antcdents que dans les panneaux du ,x,ve sicle4 ,elle tait d'ailleurs compltement illettre1 n'avait lu aucun livre1 n'avait vu aucune toile2 elle racontait tout bonnement ce qu'elle distinguait dans ses extases4 ,les tableaux de la ,passion se droulaient devant elle1 tandis que1 couche sur un lit1 broye par les souffrances1 saignant par les trous de ses stigmates1 elle gmissait et pleurait1 anantie d'amour et de piti1 devant les tortures du ,christ4 ,a sa parole qu'un scribe consignait1 le ,calvaire se dressait et toute une fripouille de corps de garde se ruait sur le ,sauveur et crachait dessus2 d'effrayants pisodes surgissaient de ,jsus1 enchan une colonne1 se tordant tel qu'un ver1 sous les coups de fouets1 puis tombant1 regardant de ses yeux dfaits des prostitues qui se tenaient par la main et reculaient1 dgotes1 de son corps meurtri1 de sa face couverte1 ainsi que d'une rsille rouge1 par des filets de sang4 ,et lentement1 patiemment1 ne s'arrtant que pour sangloter1 que pour crier grce1 elle peignait les soldats arrachant l'toffe colle aux plaies1 la ,vierge pleurant1 la figure livide et la bouche bleue2 elle relatait l'agonie du portement de croix1 les chutes sur les genoux1 s'affaissait1 extnue1 lorsque arrivait la mort4 ,c'tait un pouvantable spectacle1 narr par le menu et formant un ensemble sublime1 affreux4 ,le ,rdempteur tait tendu sur la croix couche par terre2 l'un des bourreaux lui enfonait un genou dans les ctes1 tandis qu'un autre lui cartait les doigts1 qu'un troisime frappait sur un clou tte plate1 de la largeur d'un cu et si long que la pointe ressortait derrire le bois4 ,et quand la main droite tait rive1 les tortionnaires s'apercevaient que la gauche ne parvenait pas jusqu'au trou qu'ils voulaient percer2 alors ils attachaient une corde au bras1 tiraient dessus de toutes leurs forces1 disloquaient l'paule1 et l'on entendait1 travers les coups de marteaux1 les plaintes du ,seigneur1 l'on apercevait sa poitrine qui se soulevait et remontait un ventre travers par des remous1 sillonn par de grands frissons4 ,et la mme scne se reproduisait pour arrter les pieds4 ,eux aussi n'atteignaient pas la place que les excuteurs avaient marque4 ,il fallut lier le torse1 ligotter les bras pour ne pas arracher les mains du bois1 se pendre aprs les jambes1 les allonger jusqu'au tasseau sur lequel ils devaient porter2 du coup1 le corps entier craqua2 les ctes coururent sous la peau1 la secousse fut si atroce que les bourreaux craignirent que les os n'clatassent en crevant les chairs2 et ils se htrent de maintenir le pied gauche sur le pied droit2 mais les difficults recommencrent1 les pieds se rvulsaient2 on dut les forer avec une tarire pour les fixer4 ,et cela continuait ainsi jusqu' ce que ,jsus mourt et alors la sur ,emmerich1 terrifie1 perdait connaissance2 ses stigmates ruisselaient1 sa tte crucifie pleuvait du sang4 ,dans ce livre1 l'on regardait grouiller la meute des ,juifs1 l'on coutait les imprcations et les hues de la foule1 l'on contemplait une ,vierge qui tremblait la fivre1 une ,madeleine hors d'elle-mme1 devenue effrayante avec ses cris1 et1 dominant le lamentable groupe1 un ,christ hve et enfl1 s'emptrant les jambes dans sa robe1 alors qu'il monte au ,golgotha1 crispant ses ongles casss sur la croix qui glisse4 ,voyante extraordinaire1 ,catherine ,emmerich avait galement dcrit les alentours de ces scnes1 des paysages de ,jude qu'elle n'avait jamais visits et qui avaient t reconnus exacts2 sans le savoir1 sans le vouloir1 cette illettre tait devenue une solitaire1 une puissante artiste6 ,ah6 l'admirable visionnaire et l'admirable peintre6 s'cria ,durtal1 et aussi quelle admirable sainte6 ajouta-t-il en parcourant la vie de cette religieuse qui figurait en tte du livre4 ,elle tait ne1 en #aggd1 dans l'vch de ,munster1 de paysans pauvres4 ,ds son enfance1 elle s'entretient avec la ,vierge1 et elle possde le don qu'eurent galement sainte ,sibylline de ,pavie1 ,ida de ,louvain et plus rcemment ,louise ,lateau1 de discerner1 en les considrant1 en les touchant1 les objets bnits de ceux qui ne le furent point4 ,elle entre1 comme novice1 chez les ,augustines de ,dulmen1 prononce1 vingt-neuf ans1 ses vux2 sa sant est ruine1 d'incessantes douleurs la torturent2 elle les aggrave1 car de mme que la ,bienheureuse ,lydwine1 elle obtient du ,ciel la permission de souffrir pour les autres1 d'allger les malades en prenant leurs maux4 ,en #ahaa1 sous le gouvernement de ,jrme ,bonaparte1 roi de ,westphalie1 le couvent est supprim et les nonnes disperses4 ,infirme1 sans le sou1 elle est transporte dans une chambre d'auberge1 o elle endure toutes les curiosits1 toutes les insultes4 ,le ,christ ajoute son martyre1 en lui accordant les stigmates qu'elle implore2 elle ne peut plus ni se lever1 ni marcher1 ni s'asseoir1 ne se nourrit plus que du jus d'une cerise1 mais elle est ravie dans de longues extases4 ,elle voyage ainsi en ,palestine1 suit pas pas le ,sauveur1 dicte1 en gmissant1 cette uvre affolante1 puis rle3 laissez-moi mourir dans l'ignominie avec ,jsus sur la croix1 et meurt1 perdue d'allgresse1 remerciant le ciel de cette vie de supplices qu'elle a subie6 ,ah6 oui1 j'emporte la ,douloureuse ,passion6 s'cria ,durtal4 --,emportez aussi les vangiles1 fit l'abb qui arriva1 sur ces entrefaites2 ce seront les clestes ampoules o vous puiserez l'huile ncessaire pour panser vos plaies4 --,ce qui serait galement bien utile et vraiment en accord avec l'atmosphre d'une ,trappe1 ce serait de pouvoir lire1 dans l'abbaye mme1 les uvres de saint ,bernard1 mais elles se composent d'immaniables in-folios et les rductions et les extraits que l'on insra dans des tomes de format commode sont si mal choisis1 que jamais je n'eus le courage de les acqurir4 --,ils ont saint ,bernard la ,trappe2 on vous prtera ses volumes si vous les demandez2 mais o en tes-vous au point de vue me1 comment allez-vous8 --,je suis mlancolique1 mal attendri et rsign4 ,j'ignore si la lassitude m'est venue de tourner toujours ainsi qu'un cheval de mange sur la mme piste1 mais enfin1 l'heure actuelle1 je ne souffre pas2 je suis persuad que ce dplacement est ncessaire et qu'il serait inutile de ronchonner4--,c'est gal1 reprit-il aprs un silence1 c'est tout de mme drle1 quand je pense que je vais m'incarcrer dans un clotre1 non1 vrai1 j'ai beau faire1 cela m'tonne6 --,je vous avouerai1 moi aussi1 fit l'abb1 en riant1 que je ne me doutais gure1 la premire fois que je vous rencontrai chez ,tocane1 que j'tais indiqu pour vous diriger sur un couvent2--ah6 voil1 je devais videmment appartenir cette catgorie de gens que j'appellerai volontiers les gens-passerelles2 ce sont1 en quelque sorte1 des courtiers involontaires d'mes qui vous sont imposs dans un but que l'on ne souponne pas et qu'eux-mmes ignorent4 --,permettez1 si quelqu'un servit de passerelle en cette circonstance1 ce fut ,tocane1 rpondit ,durtal1 car c'est lui qui nous abouta et que nous repoussmes du pied quand il eut accompli son inconsciente tche2 nous tions videmment dsigns pour nous connatre4 --,c'est juste1 fit l'abb qui sourit2 allons1 je ne sais si je vous reverrai avant votre dpart1 car je serai demain1 ,mcon1 o je resterai cinq jours1 le temps de revoir mes neveux et de donner des signatures exiges par un notaire2 en tout cas1 bon courage1 ne ngligez point de m'envoyer de vos nouvelles1 n'est-ce pas8 crivez-moi1 sans trop tarder1 pour que je reoive1 en rentrant ,paris1 votre lettre4 ,et comme ,durtal le remerciait de sa diligente affection1 il prit sa main et la retint dans les siennes4 --,laissons cela1 fit-il2 vous ne devez remercier que ,celui dont la paternelle impatience a interrompu le sommeil ttu de votre ,foi2 vous ne devez de reconnaissance qu' ,dieu seul4 ,rendez-lui grce en dguerpissant le plus tt possible de votre nature1 en ,lui laissant le logis de votre conscience vide4 ,plus vous mourrez vous-mme1 et mieux il vivra en vous4 ,la prire est le moyen asctique le plus puissant pour vous renoncer1 pour vous vacuer1 pour vous rendre ce point humble2 priez donc sans relche la ,trappe4 ,implorez la ,madone surtout1 car1 semblable la myrrhe qui consume la pourriture des plaies1 elle gurit les ulcres d'mes2 de mon ct1 je la prierai de mon mieux pour vous2 vous pourrez ainsi1 dans votre faiblesse1 vous appuyer pour ne point tomber sur cette ferme1 sur cette tutlaire colonne de l'oraison dont sainte ,trse parle4 ,allons1 encore une fois1 bon voyage et bientt1 mon enfant1 adieu4 ,durtal demeura inquiet4 ,c'est embtant1 se dit-il1 que ce prtre s'en aille de ,paris avant moi1 car enfin si j'avais besoin d'un subside spirituel1 d'une assistance1 qui m'adresserai-je8--,il est dcidment crit que je finirai1 tel que j'ai commenc1 seul2 mais444 mais444 la solitude1 dans ces conditions1 c'est consternant6 ,ah6 je ne suis pas gt6 bien que l'abb en dise4 ,le lendemain matin1 ,durtal se rveilla malade2 une nvralgie furieuse lui vrillait les tempes2 il tenta de la rduire avec de l'antipyrine1 mais ce mdicament1 pris haute dose1 lui dtraqua l'estomac sans amortir les coups de vilebrequin qui lui trbraient le crne4 ,il erra chez lui1 dambulant d'une chaise l'autre1 s'affalant dans un fauteuil1 se relevant pour se recoucher1 sautant du lit dans des hauts de cur1 chavirant par moments le long des meubles4 ,il ne pouvait assigner aucune cause prcise cette attaque2 il avait dormi son saoul1 ne s'tait livr1 la veille1 aucun excs4 ,la tte dans les mains1 il se dit3 encore deux jours1 en comptant aujourd'hui1 avant de quitter ,paris2 eh bien6 ,je suis propre6 ,jamais je ne serai en tat de prendre un train2 et si je le prends1 avec la nourriture de la ,trappe1 je suis sr de mon affaire6 ,il eut presque une minute de soulagement1 l'ide que1 sans qu'il y et de sa faute1 il allait peut-tre viter la pnible oblation et rester chez lui2 mais la raction fut immdiate2 il comprit que1 s'il ne bougeait pas1 il tait perdu2 c'tait1 l'tat permanent1 le tangage d'me1 la crise du dgot de soi-mme1 le regret lancinant d'un effort pniblement consenti et soudain rat2 c'tait enfin la certitude que ce ne serait que partie remise1 qu'il faudrait repasser par ces alternances de rvolte et d'effroi1 recommencer se battre pour se convaincre6 ,en admettant que je ne sois pas en tat de voyager1 j'aurai toujours la ressource de me confesser l'abb quand il reviendra et de communier ,paris1 pensa-t-il1 mais il hochait la tte1 s'affirmait encore et toujours qu'il sentait1 qu'il savait que ce n'tait point cela qu'il devait faire4--,mais alors1 disait-il ,dieu1 puisque vous m'enfoncez cette ide si violemment que je ne puis mme la discuter1 malgr son parfait bon sens1--car1 aprs tout1 il n'est pas indispensable pour se rconcilier avec vous de se claquemurer dans une ,trappe6--alors1 laissez-moi partir6 ,et doucement1 il ,lui parlait3 ,mon me est un mauvais lieu2 elle est sordide et mal fame2 elle n'a aim jusqu'ici que les perversions2 elle a exig de mon malheureux corps la dme des dlices illicites et des joies indues2 elle ne vaut pas cher1 elle ne vaut rien2 et1 cependant1 prs de vous1 l-bas1 si vous me secouriez1 je crois bien que je la materais2 mais mon corps1 s'il est malade1 je ne puis le forcer m'obir6 c'est pis que tout1 cela6 je suis dsarm1 si vous ne me venez en aide4 ,tenez compte de ceci1 ,seigneur1 je sais1 par exprience1 que1 ds que je suis mal nourri1 je nvralgise2 humainement1 logiquement1 je suis assur d'tre horriblement souffrant ,notre-,dame de l',atre et nanmoins1 si je suis peu prs sur pied1 aprs-demain1 j'irai quand mme4 ,a dfaut d'amour1 c'est la seule preuve que je puisse vous fournir que vraiment je vous dsire1 que vraiment j'espre et que je crois en vous2 mais alors1 ,seigneur1 assistez-moi6 ,et1 mlancoliquement1 il ajouta3 ah6 dame1 je ne suis pas ,lydwine ou ,catherine ,emmerich qui1 lorsque vous les frappiez1 criaient3 encore6--vous me touchez peine et je rclame2 mais que voulez-vous1 vous le savez mieux que moi1 la douleur physique m'abat1 me dsespre6 ,il finit par s'endormir1 par tuer la journe dans son lit1 sommeillant1 se rveillant en sursaut d'affreux cauchemars4 ,le lendemain1 il avait la tte vague1 le cur chancelant1 mais les nvralgies taient moins fortes4 ,il se leva1 se dit que1 bien qu'il n'et pas faim1 il fallait tout prix manger1 de peur de voir se raviver ses maux4 ,il sortit1 erra dans le ,luxembourg1 se disant3 il s'agit de rgler l'emploi de notre temps2 je visiterai aprs le djeuner ,saint-,sverin1 je rentrerai ensuite chez moi pour prparer mes malles2 aprs quoi je finirai la journe ,notre-,dame des ,victoires4 ,la promenade le remit2 la tte tait plus dgage et le cur libre4 ,il entra dans un restaurant o1 cause de l'heure matinale1 rien n'tait prt2 il s'usa devant un journal sur une banquette4 ,ce qu'il en avait tenu des journaux ainsi1 sans jamais les lire6 que de soirs il s'tait attard dans des cafs1 en pensant autre chose1 le nez sur un article6 ,c'tait au temps surtout o il se colletait avec ses vices2 ,florence apparaissait et il hennissait car1 malgr l'meute ininterrompue de sa vie1 elle gardait le clair sourire d'une gamine qui s'en va1 les yeux baisss1 les mains dans les poches de son tablier1 l'cole4 ,et soudain1 l'enfant se changeait en une goule qui tournait furieusement autour de lui1 le mordait1 lui faisait silencieusement comprendre1 en se tordant1 l'horreur de ses souhaits444 ,elles lui coulaient dans tout le corps1 cette langueur affreuse de la tentation1 cette dissolution de la volont qui se traduisaient par une sorte de malaise au bout des doigts2 et il cdait1 suivant l'image de ,florence1 allait la rejoindre chez elle4 ,que tout cela tait loin6 presque du jour au lendemain le charme s'tait rompu2 sans luttes relles1 sans efforts vritables1 sans rixes intrieures1 il s'tait abstenu de la revoir1 et maintenant1 quand elle relanait sa mmoire1 elle n'tait plus1 en somme1 qu'un souvenir odieux et doux4 ,c'est gal1 murmura ,durtal1 en dcoupant son bifteck1 je me demande ce que celle-l doit penser de moi2 elle me croit videmment mort ou perdu2 heureusement que je ne l'ai jamais croise et qu'elle ignore mon adresse6 ,allons1 reprit-il1 il est inutile de remuer ma boue2 il sera temps de la touiller quand je serai dans une ,trappe2--et il frmit1 car l'ide du confesseur s'implantait nouveau en lui2 il avait beau se rpter1 pour la vingtime fois1 que rien n'arrive comme on le pense1 s'affirmer qu'il trouverait un brave homme de moine pour l'couter1 il s'effara1 mettant les choses au pire1 se voyant1 de mme qu'un chien lpreux1 jet dehors4 ,il expdia son djeuner et s'en fut ,saint-,sverin2 l1 la crise se dcida2 ce fut la fin de tout2 l'me surmene s'boula1 frappe par une congestion de tristesse4 ,il gisait sur une chaise1 dans un tel tat d'accablement1 qu'il ne songeait plus2 il restait inerte1 sans force pour souffrir2 puis1 peu peu1 l'me1 anesthsie1 revint elle et les larmes coulrent4 ,ces larmes le soulagrent2 il pleura sur son sort1 s'estima si malheureux1 si digne de piti qu'il espra davantage en une aide2 et il n'osait cependant s'adresser au ,christ qu'il jugeait moins accessible1 mais il parlait tout bas la ,vierge1 la priant d'intercder pour lui1 murmurant cette oraison o saint ,bernard rappelle la ,mre du ,christ que1 de mmoire humaine1 l'on a jamais ou dire qu'elle abandonne aucun de ceux qui implorent son assistance4 ,il quitta ,saint-,sverin1 consol1 plus rsolu et1 rentr chez lui1 il fut distrait par les prparatifs du dpart4 ,apprhendant de manquer de tout1 l-bas1 il se dterminait bourrer sa valise2 il tassait dans les coins du sucre1 des paquets de chocolat1 pour essayer de tromper1 s'il tait besoin1 les angoisses de l'estomac jeun2 emportait des serviettes1 pensant qu' la ,trappe elles seraient rares2 prparait des provisions de tabac1 d'allumettes2 et c'tait1 en sus des livres1 du papier1 des crayons1 de l'encre1 des paquets d'antipyrine1 une fiole de laudanum qu'il glissait sous les mouchoirs1 qu'il calait dans des chaussettes4 ,quand il eut boucl sa malle1 il se dit1 regardant la pendule3 cette heure-ci1 demain1 je cahoterai dans une voiture et mon internement sera proche2 c'est gal1 je ferai bien1 en prvision d'une dfaillance corporelle1 d'appeler1 ds mon arrive1 le confesseur2 en supposant que a s'annonce mal1 j'aurai ainsi le temps de parer au ncessaire et je reprendrai aussitt le train4 ,n'empche qu'il y aura tout de mme un fichu moment passer1 murmurait-il1 en entrant ,notre-,dame-des-,victoires1 le soir2 mais ses soucis1 ses mois s'effacrent1 quand l'heure du ,salut vint4 ,il fut pris par le vertige de cette glise et il se roula1 s'immergea1 se perdit dans la prire qui montait de toutes les mes dans le chant qui s'levait de toutes les bouches et1 lorsque l'ostensoir s'avana1 en signant l'air1 il sentit un immense apaisement descendre en lui4 ,et le soir1 en se dshabillant1 il soupira3 demain1 je coucherai dans une cellule2 c'est quand mme tonnant1 lorsqu'on y songe6 ,ce que j'aurais trait de fou celui qui m'aurait prdit1 il y a quelques annes1 que je me rfugierais dans une ,trappe6 ,si encore je m'y rendais de mon plein gr1 mais non1 j'y vais1 pouss par une force inconnue1 j'y vais ainsi qu'un chien qu'on fouette6 ,au fond1 quel symptme d'un temps6 reprit-il4 ,il faut que1 dcidment1 la socit soit bien immonde1 pour que ,dieu n'ait plus le droit de se montrer difficile1 pour qu'il en soit rduit ramasser ce qu'il rencontre1 se contenter1 pour les ramener lui1 de gens comme moi6 ,,deuxi,,me ,,partie ,i ,durtal se rveilla1 gai1 alerte1 s'tonna de ne point s'entendre gmir1 alors que le moment de partir pour la ,trappe tait venu2 il tait incroyablement rassur4 ,il tenta de se recueillir et de prier1 mais il se sentit plus dispers1 plus nomade encore que d'habitude2 il demeurait indiffrent et inmu4 ,surpris de ce rsultat1 il voulut s'ausculter et palpa le vide2 tout ce qu'il put constater1 c'est qu'il se dtendait ce matin-l1 dans une de ces subites dispositions o l'homme redevient enfant1 incapable d'attention1 dans un de ces moments o l'envers des choses disparat1 o tout amuse4 ,il s'habilla la hte1 monta dans une voiture1 descendit en avance la gare2 l1 il fut pris d'un accs de vanit vraiment purile4 ,en regardant ces gens qui parcouraient les salles1 qui pitinaient devant des guichets ou accompagnaient1 rsigns1 des bagages1 il ne fut pas loign de s'admirer4 ,si ces voyageurs qui ne s'intressent qu' leurs plaisirs ou leurs affaires se doutaient o1 moi1 je vais6 pensa-t-il4 ,puis il se reprocha la stupidit de ces rflexions et1 une fois install dans son compartiment o il eut la chance d'tre seul1 il alluma une cigarette1 se disant3 profitons du temps qui nous reste pour en fumer2 et il se mit vagabonder1 rvasser dans les parages des clotres1 rder dans les alentours de la ,trappe4 ,il se rappelait qu'une revue avait jadis valu deux cent mille1 pour la ,france1 le nombre des religieuses et des moines4 ,deux cent mille personnes qui1 dans une semblable poque1 ont compris la sclratesse de la lutte pour la vie1 l'immondice des accouplements1 l'horreur des gsines1 c'est1 en somme1 l'honneur du pays sauf1 se dit-il4 ,puis1 sautant des mes conventuelles aux bouquins qu'il avait rangs dans sa malle1 il reprit3 c'est tout de mme curieux de voir combien le temprament de l'art franais est rebelle la ,mystique6 ,tous les crivains surlevs sont trangers4 ,saint ,denys l',aropagite est un grec2 ,eckhart1 ,tauler1 ,suso1 la sur ,emmerich sont des allemands2 ,ruysbroeck est originaire des ,flandres2 sainte ,trse1 saint ,jean de la ,croix1 ,marie d',agrda sont espagnols2 le pre ,faber est anglais2 saint ,bonaventure1 ,angle de ,foligno1 ,madeleine de ,pazzi1 ,catherine de ,gnes1 ,jacques de ,voragine1 sont italiens444 ,tiens1 fit-il1 surpris par ce dernier nom qu'il venait de citer1 j'aurais d emporter sa ,lgende ,dore dans ma valise2 comment n'y ai-je pas pens1 car enfin cette uvre tait le livre de chevet du ,moyen ,age1 le stimulant des heures alanguies par le malaise prolong des jenes1 l'aide nave des vigiles pieuses4 ,pour les mes plus mfiantes de notre poque1 la ,lgende ,dore apparat au moins encore1 telle que l'un de ces purs vlins o de candides enlumineurs peignirent des figures de saintes1 l'eau de gomme ou au blanc d'uf1 sur des fonds d'or4 ,jacques de ,voragine est le ,jehan ,fouquet1 l',andr ,beauneveu de la miniature littraire1 de la prose mystique6 ,c'est dcidment absurde d'avoir oubli ce volume1 car il m'et fait passer d'anciennes et de prcieuses journes la ,trappe6 ,oui1 c'est bizarre1 poursuivit-il1 retournant sur ses pas1 revenant sa premire ide2 la ,france compte des auteurs religieux plus ou moins clbres1 mais trs peu d'crivains mystiques proprement dits1 et il en est de mme aussi pour la peinture4 ,les vrais ,primitifs sont ,flamands1 ,allemands ou ,italiens1 aucun n'est ,franais1 car notre cole ,bourguignonne est issue des ,flandres4 ,non1 il n'y a pas le nier1 la complexion de notre race n'est videmment point ductile suivre1 expliquer les agissements de ,dieu travaillant au centre profond de l'me1 l o est l'ovaire des penses1 la source mme des conceptions2 elle est rfractaire rendre1 par la force expressive des mots1 le fracas ou le silence de la grce clatant dans le domaine ruin des fautes1 inapte extraire de ce monde secret des uvres de psychologie1 comme celles de sainte ,trse et de saint ,jean de la ,croix1 d'art1 comme celles de ,voragine ou de la sur ,emmerich4 ,outre que notre champ est peu arable et que le sol est ingrat1 o trouver maintenant le laboureur qui l'ensemence1 qui le herse1 qui prpare1 non pas mme une moisson mystique1 mais seulement une rcolte spirituelle1 capable d'alimenter la faim des quelques-uns qui errent1 gars1 et tombent d'inanition dans le dsert glac de ces temps8 ,celui qui devrait tre le cultivateur de l'au-del1 le fermier des mes1 le prtre1 est sans force pour dfricher ces landes4 ,le sminaire l'avait fait autoritaire et puril1 la vie au-dehors l'a rendu tide4 ,aussi1 semble-t-il que ,dieu se soit cart de lui et la preuve est qu'il a retir tout talent au sacerdoce4 ,il n'existe plus de prtre qui ait du talent1 soit dans la chaire1 soit dans le livre2 ce sont les laques qui ont hrit de cette grce si rpandue dans l'glise au ,moyen ,age2 un autre exemple est probant encore2 les ecclsiastiques n'oprent plus que trs rarement les conversions4 ,aujourd'hui1 l'tre qui plat au ,ciel se passe d'eux et c'est le ,sauveur qui le percute1 qui le manipule1 qui manuvre directement en lui4 ,l'ignorance du clerg1 son manque d'ducation1 son inintelligence des milieux1 son mpris de la ,mystique1 son incomprhension de l'art1 lui ont enlev toute influence sur le patriciat des mes4 ,il n'agit plus que sur les cervelles infantiles des bigotes et des mmiers2 et c'est sans doute providentiel1 c'est sans doute mieux ainsi1 car s'il devenait le matre1 s'il parvenait hisser1 vivifier la dsolante tribu qu'il gre1 ce serait la trombe de la btise clricale s'abattant sur un pays1 ce serait la fin de toute littrature1 de tout art en ,france6 ,pour sauver l'glise1 il reste le moine que le prtre abomine1 car la vie du clotre est pour son existence lui un constant reproche1 continua ,durtal2 pourvu que je ne perde pas encore des illusions1 en voyant de prs un monastre6--mais non1 je suis protg1 j'ai de la chance2 j'ai dcouvert1 ,paris1 l'un des seuls abbs qui ne ft ni un indiffrent1 ni un cuistre2 pourquoi ne serais-je pas en contact1 dans une abbaye1 avec d'authentiques moines8 ,il alluma une cigarette1 inspecta le site par la portire du wagon2 le train dvalait dans des campagnes au-devant desquelles dansaient1 dans des bouffes de fume1 des fils de tlgraphe2 le paysage tait plat1 sans intrt4 ,durtal se renfrogna dans son coin4 ,l'arrive dans le couvent m'inquite1 murmura-t-il2 puisqu'il n'y a pas profrer d'inutiles paroles1 je me bornerai prsenter au pre htelier sa lettre2 ah6 ,et puis a s'arrangera tout seul6 ,il se sentait1 en somme1 une placidit parfaite1 s'tonnait de n'prouver aucune soleur1 aucune crainte1 d'tre mme presque rempli d'entrain2--allons1 mon brave prtre avait raison de me soutenir que je me forgeais des monstres d'avance444 et il resongea l'abb ,gvresin1 fut surpris1 depuis qu'il le frquentait1 de ne rien savoir sur ses antcdents1 de n'tre pas plus entr dans son intimit qu'au premier jour2 au fait1 il n'aurait tenu qu' moi de l'interroger discrtement1 mais l'ide ne m'en est jamais venue2 il est vrai que notre liaison s'est exclusivement confine dans des questions de religion et d'art2 cette perptuelle rserve ne cre pas des amitis bien vibrantes1 mais elle institue une sorte de jansnisme de l'affection qui n'est pas sans charme4 ,dans tous les cas1 cet ecclsiastique est un saint homme2 il n'a mme rien de l'allure tout la fois pateline et rserve des autres prtres4 ,sauf certains de ses gestes1 sa faon de se couler le bras dans la ceinture1 de se fourrer les mains dans les manches1 de marcher volontiers reculons quand on cause1 sauf son innocente manie d'entrelarder de latin ses phrases1 il ne rappelle ni l'attitude1 ni le parler dmod de ses confrres4 ,il adore la mystique et le plain-chant2 il est exceptionnel2 aussi1 comme il me fut1 l-haut1 soigneusement choisi6 --,ah 6 ,mais1 voyons1 nous devons aborder1 soupira-t-il1 en consultant sa montre1 je commence avoir faim2 allons1 cela va bien1 dans un quart d'heure nous serons ,saint-,landry4 ,il tapota les vitres du wagon1 regarda courir les champs et s'envoler les bois1 fuma des cigarettes1 ta sa valise des filets1 atteignit enfin la station et descendit4 ,sur la place mme o s'levait la minuscule gare1 il reconnut l'auberge que lui avait indique l'abb4 ,il aborda dans une cuisine une bonne femme qui lui dit3 c'est bien1 ,monsieur1 asseyez-vous1 on attellera pendant le repas4 ,et il se reput d'incomestibles choses1 se vit apporter une tte de veau oublie dans un baquet1 des ctelettes mortifies1 des lgumes noircis par le jus des poles4 ,dans les dispositions o il tait1 il s'amusa de ce djeuner infme1 se rabattit sur un petit vin qui limait la gorge1 but1 rsign1 un caf qui dposait de la terre de bruyre au fond des tasses4 ,puis1 il escalada un tape-cul que conduisait un jeune homme et1 ventre terre1 le cheval fila travers le village et s'engagea dans la campagne4 ,chemin faisant1 il demanda au conducteur quelques renseignements sur la ,trappe2 mais ce paysan ne savait rien2--j'y vais souvent1 fit-il1 mais je n'entre pas2 la carriole reste la porte2 alors1 vous comprenez1 je ne saurais pas vous raconter444 ,ils galoprent pendant une heure sur les routes2 puis le paysan salua du fouet un cantonnier et s'adressant ,durtal3 --,on dit que les fourmis leur mangent le ventre4 ,et comme ,durtal rclamait des explications4 --,b oui1 c'est des faignants2 ils sont toujours couchs1 l't1 le ventre l'ombre4 ,et il se tut4 ,durtal ne pensait plus rien2 il digrait1 en fumant1 abasourdi par le roulis de la voiture4 ,au bout d'une autre heure1 ils dbouchrent en plein bois4 --,nous approchons8 --,oh1 pas encore6 --,on l'aperoit de loin la ,trappe8 --,que non6--il faut avoir le nez dessus pour qu'on la voie2 elle est dans un bas-fond1 au sortir d'une alle1 tenez1 on dirait celle-l1 fit le paysan1 en montrant un chemin touffu qu'ils allaient prendre4 ,et1 en v'l un qui en vient1 fit-il1 en dsignant une espce de vagabond qui coupait1 travers les taillis1 grands pas4 ,et il exposa ,durtal que tout mendiant avait le droit de manger et mme de coucher la ,trappe2 on lui servait l'ordinaire de la communaut dans une pice ct de la loge du frre concierge1 mais il ne pntrait pas dans le couvent4 ,et ,durtal le questionnant sur l'opinion des villages environnants au sujet des moines1 le paysan eut sans doute peur de se compromettre1 car il rpondit3 --,il y en a qui n'en disent rien4 ,durtal commenait s'ennuyer1 quand1 enfin1 au dtour d'une alle1 il aperut une immense btisse1 au-dessus de lui4 --,la v'l1 la ,trappe6 fit le paysan qui prpara ses freins pour la descente4 ,de la hauteur o il tait1 ,durtal plongeait par-dessus les toits1 considrait un grand jardin1 des bois et devant eux une formidable croix sur laquelle se tordait un ,christ4 ,puis la vision disparut1 la voiture reprenait travers les taillis1 descendait par des chemins en lacets dont les feuillages interceptaient la vue4 ,ils aboutirent enfin1 aprs de lents circuits1 un carrefour au bout duquel se dressait une muraille perce d'une large porte4 ,la carriole s'arrta4 --,vous n'avez qu' sonner1 dit le paysan qui indiqua ,durtal une chane de fer pendant le long du mur2 et il ajouta3 --,faudra-t-il que je revienne vous chercher demain8 --,non4 --,alors vous restez8--et le paysan le regarda stupfi et il tourna bride et remonta la cte4 ,durtal demeurait ananti1 la valise ses pieds1 devant cette porte2 le cur lui battait grands coups2 toute son assurance1 tout son entrain s'effondraient2 il balbutiait3 qu'est-ce qui va m'arriver l-dedans8 ,en un galop de panique1 passait devant lui la terrible vie des ,trappes3 le corps mal nourri1 extnu de sommeil1 prostern pendant des heures sur les dalles2 l'me1 tremblante1 presse pleines mains1 mene militairement1 sonde1 fouille jusque dans ses moindres replis2 et1 planant sur cette droute de son existence choue1 ainsi qu'une pave1 le long de cette farouche berge1 le mutisme de la prison1 le silence affreux des tombes6 ,mon ,dieu1 mon ,dieu1 ayez piti de moi1 dit-il en s'essuyant le front4 ,machinalement1 il jetait un coup d'il autour de lui1 comme s'il attendait une assistance2 les routes taient dsertes et les bois vides2 l'on n'entendait aucun bruit1 ni dans la campagne1 ni dans la ,trappe4 ,il faut pourtant que je me dcide sonner2--et1 les jambes casses1 il tira la chane4 ,un son de cloche1 lourd1 rouill1 presque bougon1 retentit de l'autre ct du mur4 ,tenons-nous1 ne soyons pas ridicule1 murmurait-il1 en coutant la claquette d'une paire de sabots derrire la porte4 ,celle-ci s'ouvrit et un trs vieux moine1 vtu de la bure brune des capucins1 l'interrogea du regard4 --,je viens pour une retraite et je voudrais voir le ,pre tienne4 ,le moine s'inclina1 empoigna la valise et fit signe ,durtal de le suivre4 ,il allait1 courb1 petits pas1 au travers d'un verger4 ,ils atteignirent une grille1 se dirigrent sur la droite d'un vaste btiment1 d'une espce de chteau dlabr1 flanqu de deux ailes en avance sur une cour4 ,le frre entra dans l'aile qui touchait la grille4 ,durtal enfila aprs lui un corridor perc de portes peintes en gris2 sur l'une d'elles1 il lut ce mot3 ,auditoire4 ,le trappiste s'arrta devant1 souleva un loquet de bois1 installa ,durtal dans une pice et l'on entendit1 au bout de quelques minutes1 des appels rpts de cloche4 ,durtal s'assit1 inspecta ce cabinet trs sombre1 car la fentre tait moiti bouche par des volets4 ,il y avait pour tout mobilier3 au milieu1 une table de salle manger couverte d'un vieux tapis2 dans un coin un prie-,dieu au-dessus duquel tait cloue une image de saint ,antoine de ,padoue berant l'enfant ,jsus dans ses bras2 un grand ,christ pendait sur un autre mur2 et l1 taient rangs deux fauteuils voltaire et quatre chaises4 ,durtal ta de son portefeuille la lettre d'introduction destine au pre4 ,quel accueil va-t-il me faire8 ,se demandait-il2 celui-l peut parler1 au moins2 enfin1 nous allons voir1 reprit-il1 en coutant des pas4 ,et un moine blanc1 avec un scapulaire noir dont les pans tombaient1 l'un sur les paules1 l'autre sur la poitrine1 parut2 il tait jeune et souriait4 ,il lut la lettre1 puis il prit la main de ,durtal1 tonn1 l'emmena silencieux au travers de la cour jusqu' l'autre aile du btiment1 poussa une porte1 trempa son doigt dans un bnitier et le lui prsenta4 ,ils taient dans une chapelle4 ,le moine invita d'un signe ,durtal s'agenouiller sur une marche1 devant l'autel1 et il pria voix basse2 puis il se releva1 retourna lentement jusqu'au seuil1 offrit encore ,durtal l'eau bnite et1 toujours sans desserrer les lvres et le tenant par la main1 il le ramena d'o ils taient venus1 l'auditoire4 ,l1 il s'enquit de la sant de l'abb ,gvresin1 saisit la valise et ils montrent dans un immense escalier menaant ruine4 ,en haut de cet escalier qui n'avait qu'un tage1 s'tendait1 trou d'une large fentre au centre1 un vaste palier1 born1 chacune de ses extrmits1 par une porte4 ,le ,p4 tienne pntra dans celle de droite1 franchit un spacieux vestibule1 introduisit ,durtal dans une chambre qu'une tiquette1 imprime en gros caractres1 plaait sous le vocable de saint ,benot1 et dit3 --,je suis confus1 ,monsieur1 de ne pouvoir mettre votre disposition que ce logement peu confortable4 --,mais il est trs bien1 s'cria ,durtal4--,et la vue est charmante1 reprit-il1 en s'approchant de la fentre4 --,vous serez au moins en bon air1 dit le moine1 qui ouvrit la croise4 ,au-dessous s'talait ce verger que ,durtal avait travers1 sous la conduite du frre concierge1 un clos plein de pommiers rabougris et perclus1 argents par des lichens et dors par des mousses2 puis au dehors du monastre1 par-dessus les murs1 grimpaient des champs de luzerne coups par une grande route blanche qui disparaissait l'horizon dentel par des feuillages d'arbres4 --,voyez1 monsieur1 reprit le ,p4 tienne1 ce qui vous manque dans cette cellule et dites-le-moi bien simplement1 n'est-ce pas8 ,car autrement1 vous nous rserveriez tous deux des regrets1 vous qui n'auriez pas os rclamer ce qui vous tait utile1 moi qui m'en apercevrais plus tard et serais pein de mon oubli4 ,durtal le regardait1 rassur par ces allures franches2 c'tait un jeune pre1 d'une trentaine d'annes environ4 ,la figure1 vive1 fine1 tait strie de fibrilles roses sur les joues2 ce moine portait toute sa barbe et autour de la tte rase courait un cercle de cheveux bruns4 ,il parlait un peu vite1 souriait1 les mains passes dans la large ceinture de cuir qui lui ceignait les reins4 --,je reviendrai tout l'heure1 car j'ai un travail press finir1 dit-il2 d'ici-l1 tchez de vous installer le mieux possible2 si vous en avez le temps1 jetez aussi un coup d'il sur la rgle que vous aurez suivre dans ce monastre444 elle est inscrite sur l'une de ces pancartes444 l1 sur la table2 nous en causerons1 aprs que vous en aurez pris connaissance1 si vous le voulez bien4 ,et il laissa ,durtal seul4 ,celui-ci fit aussitt l'inventaire de la pice4 ,elle tait trs haute de plafond1 trs peu large1 avait la forme d'un canon de fusil1 et l'entre tait l'un de ses bouts et la fentre l'autre4 ,au fond1 dans un coin1 prs de la croise1 tait un petit lit de fer et une table de nuit ronde1 en noyer4 ,au pied du lit couch le long de la muraille1 il y avait un prie-,dieu en reps fan1 surmont d'une croix et d'une branche de sapin sec2 en descendant1 toujours le long de la mme paroi1 il trouva une table de bois blanc recouverte d'une serviette1 sur laquelle taient placs un pot l'eau1 une cuvette et un verre4 ,la cloison oppose ce mur tait occupe par une armoire1 puis par une chemine sur le panneau de laquelle tait plaqu un crucifix1 enfin par une table plante vis--vis du lit1 alors prs de la fentre2 trois chaises de paille compltaient l'ameublement de cette chambre4 --,jamais je n'aurai assez d'eau pour me laver1 se dit ,durtal1 en jaugeant le minuscule pot l'eau qui mesurait bien la valeur d'une chopine2 puisque le ,p4 tienne se montre si obligeant1 je vais lui demander une ration plus lourde4 ,il vida sa valise1 se dshabilla1 substitua sa chemise empese une chemise de flanelle1 aligna ses outils de toilette sur le lavabo1 plia son linge dans l'armoire2 puis il s'assit1 embrassa la cellule d'un regard et la jugea suffisamment confortable et surtout trs propre4 ,il alla ensuite vers la table sur laquelle taient distribus une rame de papier colier1 un encrier et des plumes1 fut reconnaissant de cette attention au moine qui savait sans doute1 par la lettre de l'abb ,gvresin1 qu'il faisait mtier d'crire1 ouvrit deux volumes relis en basane et les referma2 l'un tait l',introduction la vie dvote de saint ,franois de ,sales1 l'autre tait intitul ,manrse ou les ,exercices spirituels d',ignace de ,loyola et il rangea ses livres lui1 sur la table4 ,puis il prit1 au hasard1 une des pancartes imprimes qui tranait sur cette table et il lut3 ,,exercices ,,de ,,la ,,communaut ,,pour ,,les ,,jours ,,ordinaires--,,de ,,paques ,a ,,la ,,croix ,,de ,,septembre4 ,lever #b heures1 ,prime et messe #e heures #a_/d1 ,travail aprs le chapitre1 ,fin du travail #i heures et intervalle1 ,sexte #aa heures1 ,angelus et le dner #aa heures #a_/b1 ,mridienne aprs le dner1 ,fin de la mridienne #a heure #a_/b1 ,none et travail1 #e minutes aprs le rveil1 ,fin du travail #d heures #a_/b et intervalle1 ,vpres suivies de l'oraison #e heures #a_/d1 ,souper #f heures et intervalle1 ,complies #g heures #be minutes1 ,retraite #h heures4 ,il retourna cette pancarte2 elle contenait1 sur une autre face1 un nouvel horaire1 intitul3 ,,exercices ,d',,hiver--,,de ,,la ,,croix ,,de ,,septembre ,a ,,paques4 ,le lever tait le mme1 mais le coucher tait avanc d'une heure2 le dner tait report de #aa heures #a_/b vers #b heures2 la mridienne et le souper de #f heures supprims2 les heures canoniales recules1 sauf les ,vpres et les complies qui passaient de #e heures #a_/d et de #g heures #be #d heures #a_/b et #f heures #a_/d4 ,ce n'est pas rjouissant de se tirer du lit en pleine nuit1 soupira ,durtal1 mais j'aime croire que les retraitants ne sont pas soumis ce rgime d'alerte et il saisit une autre pancarte4 ,celle-ci doit m'tre destine1 fit-il1 en parcourant l'en-tte de ce carton3 ,r,,glement ,,des ,,retraites ,,de ,,paques ,a ,,la ,,croix ,,de ,,septembre4 ,voyons-l de prs cette ordonnance4 ,et il examina ses deux tableaux runis1 celui du matin et celui du soir3 ,,matin ,,soir heures heures #d ,lever au son de l',angelus4 #a #a_/b ,fin du repos1 chapelet4 #d #a_/b ,prire et mditation4 #b ,vpres et ,complies4 #e #a_/d ,prime1 messe4 #c #c;e mditation4 #f #g ,examen4 #c #a_/d ,lecture spirituelle4 #g ,djeuner 7on ne s'attend #d #a_/d ,matines et ,laudes4 pas74 #g #a_/b ,chemin de la ,croix4 #e #a_/d ,rflexions1 ,vpres du chur4 #h ,sexte et none4 #e #a_/b ,examen et oraison4 #h #a_/b #b;e mditation4 #f ,souper et rcration4 #i ,lecture spirituelle4 #g ,litanies1 grand silence4 #aa ,adoration et examen1 #g #a_/d ,assister ,complies4 tierce4 #aa #a_/b ,angelus1 dner1 rcration4 #g #a_/b ,chant du ,salve ,regina1 ,angelus4 #ab #a_/d ,mridienne1 grand silence4 #g #c_/d ,examen particulier1 retraite4 ,c'est au moins plus pratique1--#d heures du matin1 c'est une heure presque possible6--mais je n'y comprends rien1--les heures canoniales ne concordent pas sur ce tableau avec celles des moines et puis pourquoi ces ,vpres et ces ,complies doubles8--,enfin1 ces petites cases o l'on vous incite mditer pendant tant de minutes1 lire pendant tant d'autres1 ne me vont gure6 ,je n'ai pas l'esprit suffisamment mallable pour le couler dans ces gaufriers6--,il est vrai qu'aprs tout1 je suis libre de faire ce que je veux1 car personne ne peut vrifier ce qui se manigance en moi1 savoir1 par exemple1 si je mdite444 ,tiens1 il y a encore un rglement derrire1 poursuivit-il1 en renversant le carton3 c'est le rglement de ,septembre1 je n'ai pas m'en inquiter2 il diffre1 du reste1 peu de l'autre2 mais voici un post-scriptum qui concerne les deux horaires4 ,nota3 #a ,ceux qui ne sont pas tenus au ,brviaire diront le ,petit ,office de la ,sainte ,vierge4 #b ,,mm4 les ,retraitants sont invits faire leur confession ds les premiers jours1 afin d'avoir l'esprit plus libre dans les mditations4 #c ,aprs chaque mditation1 il faut lire un chapitre de l',imitation analogue4 #d ,le temps propice pour les confessions et le chemin de croix est de #f heures #i heures du matin1--#b heures #e heures du soir1 en t1 et de #i heures du matin #b heures du soir2 #e ,lire le tableau des avertissements2 #f ,il est bon d'tre exact aux heures des repas1 pour ne pas faire attendre2 #g ,le ,p4 htelier est seul charg de pourvoir aux besoins de ,,mm4 les htes2 #h ,on peut demander des livres de retraite si l'on n'en a pas4 ,la confession6 il ne voyait plus que ce mot dans cette srie d'articles4 ,il allait pourtant falloir y recourir6 et il se sentit froid dans le dos2 je vais en parler au ,p4 tienne quand il viendra1 se dit-il4 ,il n'eut pas longtemps se dbattre avec lui-mme1 car presque aussitt le moine entra et lui dit3 --,avez-vous remarqu quelque chose qui vous manque et dont la prsence vous serait utile8 --,non1 mon pre2 pourtant si vous pouviez m'obtenir un peu plus d'eau444 --,rien n'est plus simple2 je vous en ferai monter1 tous les matins1 une grande cruche4 --,je vous remercie444 voyons1 je viens d'tudier le rglement444 --,je vais vous mettre tout de suite votre aise1 fit le moine4 ,vous n'tes astreint qu' la plus stricte exactitude2 vous devez pratiquer les offices canoniaux1 la lettre4 ,quant aux exercices marqus sur la pancarte1 ils ne sont pas obligatoires2 tels qu'ils sont organiss1 ils peuvent tre utiles des gens trs jeunes ou dnus de toute initiative1 mais ils gneraient1 mon sens du moins1 plutt les autres2 d'ailleurs1 en thse gnrale1 nous ne nous occupons pas1 ici1 des retraitants1--nous laissons agir la solitude1--c'est vous qu'il appartient de vous discerner et de distinguer le meilleur mode pour employer saintement votre temps4 ,donc1 je ne vous imposerai aucune des lectures dsignes sur ce tableau2 je me permettrai seulement de vous engager dire le ,petit ,office de la ,sainte ,vierge2 l'avez-vous8 --,le voici1 dit ,durtal1 qui lui tendit une plaquette4 --,il est charmant1 votre volume1 dit le pre tienne qui feuilleta les pages luxueusement imprimes en rouge et noir4 ,il s'arrta l'une d'elles et lut tout haut la troisime leon des ,matines4 --,est-ce beau6 s'cria-t-il4--,la joie jaillissait soudain de cette figure2 les yeux s'illuminaient1 les doigts tremblaient sur la plaquette4--,oui1 fit-il1 en la refermant1 lisez cet office1 ici surtout1 car1 vous le savez1 la vraie patronne1 la vritable abb des ,trappes1 c'est la ,sainte ,vierge6 ,aprs un silence1 il reprit3 j'ai fix huit jours la dure de votre retraite1 dans la lettre que j'ai envoye l'abb ,gvresin1 mais il va de soi que si vous ne vous ennuyez pas trop ici1 vous pourrez y demeurer autant que vous le croirez bon4 --,je souhaite de pouvoir prolonger mon sjour parmi vous1 mais cela dpendra de la faon dont mon corps supportera la lutte2 j'ai l'estomac assez malade et je ne suis pas sans crainte2 aussi1 pour parer tout vnement1 vous serai-je oblig si vous pouviez me faire venir1 le plus tt possible1 le confesseur4 --,bien1 vous le verrez demain2 je vous indiquerai l'heure1 ce soir1 aprs ,complies4 ,quant la nourriture1 si vous l'estimez insuffisante1 je vous ferai allouer un supplment d'un uf2 mais1 l1 s'arrte la discrtion dont je puis user1 car la rgle est formelle1 ni poisson1 ni viande1--des lgumes1 et1 je dois vous l'avouer1 ils ne sont pas fameux6 ,vous allez en juger1 d'ailleurs1 car l'heure du souper est proche2 si vous le voulez bien1 je vais vous montrer la salle o vous mangerez en compagnie de ,m4 ,bruno4 ,et1 tout en descendant l'escalier1 le moine poursuivit3 ,m4 ,bruno est une personne qui a renonc au monde et qui1 sans avoir prononc de vux1 vit en clture4 ,il est ce que notre rgle nomme un oblat2 c'est un saint et un savant homme qui vous plaira certainement2 vous pourrez causer avec lui1 pendant le repas4 --,ah6 fit ,durtal1 et avant et aprs1 je dois garder le silence8 --,oui1 moins que vous n'ayez quelque chose demander1 auquel cas1 je serai toujours votre disposition1 prt vous rpondre4 ,pour cette question du silence1 comme pour celle des heures du lever1 du coucher1 des offices1 la rgle ne tolre aucun allgement2 elle doit tre observe la lettre4 --,bien1 fit ,durtal1 un peu interloqu par le ton ferme du pre2 mais1 voyons1 j'ai vu sur ma pancarte un article qui m'invite consulter un tableau d'avertissement et je ne l'ai pas1 ce tableau6 --,il est pendu sur le palier de l'escalier1 prs de votre chambre2 vous le lirez1 tte repose1 demain2 prenez la peine d'entrer1 fit-il1 en poussant une porte situe dans le corridor en bas1 juste en face de celle de l'auditoire4 ,durtal se salua avec un vieux ,monsieur qui vint au-devant de lui2 le moine les prsenta et disparut4 ,tous les mets taient sur la table3 deux ufs sur le plat1 puis une jatte de riz1 une autre de haricots et un pot de miel4 ,m4 ,bruno rcita le ,benedicite et voulut servir lui-mme ,durtal4 ,il lui donna un uf4 --,c'est un triste souper pour un ,parisien1 dit-il1 en souriant4 --,oh6 du moment qu'il y a un uf et du vin1 c'est soutenable2 je craignais1 je vous l'avoue1 de n'avoir pour toute boisson que de l'eau claire6 ,et ils causrent amicalement4 ,l'homme tait aimable et distingu1 de figure asctique1 mais avec un joli sourire qui clairait la face jaune et grave1 creuse de rides4 ,il se prta avec une parfaite bonne grce l'enqute de ,durtal et raconta qu'aprs une existence de temptes1 il s'tait senti touch par la grce et s'tait retir de la vie pour expier1 par des annes d'austrits et de silence1 ses propres fautes et celles des autres4 --,et vous ne vous tes jamais lass d'tre ici8 --,jamais depuis cinq annes que j'habite ce clotre2 le temps1 dcoup tel qu'il est la ,trappe1 semble court4 --,et vous assistez tous les exercices de la communaut8 --,oui2 je remplace seulement le travail manuel par la mditation en cellule2 ma qualit d'oblat me dispenserait cependant1 si je le dsirais1 de me lever deux heures pour suivre l'office de la nuit1 mais c'est une grande joie pour moi que de rciter le magnifique psautier ,bndictin1 avant le jour2 mais vous m'coutez et ne mangez pas4 ,voulez-vous me permettre de vous offrir encore un peu de riz8 --,non1 merci2 j'accepterai1 si vous le voulez bien1 une cuillere de miel4 ,cette nourriture n'est pas mauvaise1 reprit-il1 mais ce qui me dconcerte un peu1 c'est ce got identique et bizarre qu'ont tous les plats2 a sent1 comment dirai-je4441 le graillon ou le suif4 --a sent l'huile chaude avec laquelle sont accommods ces lgumes2 oh6 vous vous y accoutumerez trs vite2 dans deux jours1 vous ne vous en apercevrez plus4 --,mais en quoi consiste1 au juste1 le rle de l'oblat8 --,il vit d'une existence moins austre et plus contemplative que celle du moine1 il peut voyager1 s'il le veut1 et1 quoiqu'il ne soit pas li par des serments1 il participe aux biens spirituels de l'ordre4 ,autrefois1 la rgle admettait ce qu'elle appelait des familiers4 ,c'taient des oblats qui recevaient la tonsure1 portaient un costume distinct et prononaient les trois grands vux2 ils menaient en somme une vie mitige1 mi-laque1 mi-moine4 ,ce rgime1 qui subsiste encore chez les purs ,bndictins1 a disparu des ,trappes depuis l'anne #abic1 poque laquelle le ,chapitre gnral le supprima4 ,il ne reste plus aujourd'hui dans les abbayes ,cisterciennes que les pres1 les frres lais ou convers1 les oblats quand il y en a1 et les paysans employs aux travaux des champs4 --,les convers1 ce sont ceux qui ont la tte compltement rase et qui sont vtus1 ainsi que le moine qui m'a ouvert la porte1 d'une robe brune8 --,oui1 ils ne chantent pas aux offices1 et se livrent seulement des besognes manuelles4 --,a propos1 le rglement des retraites que j'ai lu dans ma chambre ne me semble pas clair4 ,autant que je puis me le rappeler1 il double certains offices1 met des ,matines quatre heures de l'aprs-midi1 des ,vpres deux heures2 en tout cas1 son horaire n'est pas le mme que celui des trappistes2 comment dois-je m'y prendre pour les concilier8 --,vous n'avez pas tenir compte des exercices dtaills sur votre pancarte2 le pre tienne a d vous le dire1 d'ailleurs2 ce moule n'a t fabriqu que pour les gens qui sont incapables de s'occuper et de se guider eux-mmes4 ,cela vous explique comment1 pour les empcher de demeurer oisifs1 on a en quelque sorte dcalqu le brviaire du prtre et imagin de leur distribuer le temps en petites tranches1 de leur faire dbiter1 par exemple1 les psaumes des ,matines des heures qui ne comportent aucun psaume4 ,le dner tait termin2 ,m4 ,bruno rcita les grces et dit ,durtal3 --,vous avez1 d'ici ,complies1 une vingtaine de minutes libres2 profitez-en pour faire connaissance avec le jardin et les bois4--,et il salua poliment et il sortit4 ,ce que je fumerais bien une cigarette1 pensa ,durtal1 lorsqu'il fut seul4 ,il prit son chapeau et quitta1 lui aussi1 la pice4 ,la nuit tombait4 ,il traversa la grande cour1 tourna droite1 longea une maisonnette surmonte d'un long tuyau1 devina l'odeur qu'elle exhalait une fabrique de chocolat et il s'engagea dans une alle d'arbres4 ,le ciel tait si peu clair qu'il ne pouvait discerner l'ensemble du bois o il entrait2 n'apercevant personne4 ,il roula des cigarettes1 les fuma lentement1 dlicieusement1 consultant1 la lueur de ses allumettes1 de temps en temps1 sa montre4 ,il restait tonn du silence qui se levait de cette ,trappe2 pas une rumeur1 mme efface1 mme lointaine1 sinon1 certains moments1 un bruit trs doux de rames2 il se dirigea du ct d'o venait ce bruit et reconnut une pice d'eau sur laquelle voguait un cygne qui vint aussitt lui4 ,il le regardait osciller dans sa blancheur sur les tnbres qu'il dplaait en clapotant1 quand une cloche sonna des voles lentes2 voyons1 dit-il2 en interrogeant nouveau sa montre1 l'heure des ,complies approche4 ,il se rendit la chapelle2 elle tait encore dserte2 il profita de cette solitude pour l'examiner son aise4 ,elle avait la forme d'une croix ampute1 d'une croix sans pied1 arrondie son sommet et tendant deux bras carrs1 percs d'une porte chaque bout4 ,la partie suprieure de la croix figurait1 au-dessous d'une coupole peinte en azur1 une petite rotonde autour de laquelle se tenait un cercle de stalles adosses aux murs2 au milieu1 se dressait un grand autel de marbre blanc1 surmont de chandeliers de bois1 flanqu1 gauche et droite1 de candlabres galement en bois1 placs sur des fts de marbre4 ,le dessous de l'autel tait creux et ferm sur le devant par une vitre derrire laquelle apparaissait une chsse de style gothique qui refltait1 dans le miroir dor de ses cuivres1 des feux de lampes4 ,cette rotonde s'ouvrait en un large porche1 prcd de trois marches1 sur les bras de la croix qui s'allongeaient en une sorte de vestibule servant tout la fois de nef et de bas-cts ce tronon d'glise4 ,ces bras vids1 leurs extrmits1 prs des portes1 reclaient deux minuscules chapelles enfonces dans des niches teintes1 ainsi que la coupole1 en bleu2 elles contenaient au-dessus d'autels en pierre1 sans ornements1 deux statues mdiocres1 l'une de saint ,joseph1 l'autre du ,christ4 ,enfin1 un quatrime autel ddi la ,vierge tait situ dans ce vestibule1 vis--vis des marches accdant la rotonde1 en face par consquent du grand autel4 ,il se dcoupait sur une fentre dont les vitraux reprsentaient1 l'un1 saint ,bernard en blanc et l'autre saint ,benot en noir et il paraissait se reculer dans l'glise1 cause des deux ranges de bancs qui s'avanaient1 sa gauche et sa droite1 au-devant des deux autres petites chapelles1 ne laissant que la place ncessaire pour cheminer le long du vestibule ou pour aller1 en ligne droite1 de cet autel de la ,vierge dans la rotonde1 au matre-autel4 ,ce sanctuaire est d'une laideur alarmante1 se dit ,durtal1 qui s'en fut s'asseoir sur un banc1 devant la statue de saint ,joseph2 en juger par les quelques sujets sculpts le long des murs1 ce monument date du temps de ,louis ,,xvi2 fichue poque pour une glise6 ,il fut distrait de ses rflexions par des sons de cloches et en mme temps toutes les portes s'ouvrirent2 l'une1 sise dans la rotonde mme1 gauche de l'autel1 donna passage une dizaine de moines1 envelopps dans de grandes coules blanches2 ils se rpandirent dans le chur et occuprent1 de chaque ct1 les stalles4 ,par les deux portes du vestibule1 pntra1 son tour1 une foule de moines bruns qui s'agenouilla devant les bancs1 des deux cts de l'autel de la ,vierge4 ,durtal en avait quelques-uns prs de lui2 mais ils baissaient la tte1 les mains jointes1 et il n'osa les observer2 le vestibule tait1 d'ailleurs1 devenu presque noir2 la lumire se concentrait dans le chur o taient allumes les lampes4 ,il dvisagea les moines blancs installs dans la partie de la rotonde qu'il pouvait voir et il reconnut parmi eux le ,p4 tienne genoux prs d'un moine court2 mais un autre1 plac au bout des stalles prs du porche1 presque en face de l'autel et en pleine clart1 le retint4 ,celui-l tait svelte et nerveux et il ressemblait dans son burnous blanc un arabe4 ,durtal ne l'apercevait que de profil et il distinguait une longue barbe grise1 un crne ras1 ceint de la couronne monastique1 un front haut et un nez en bec d'aigle4 ,il avait grand air avec son visage imprieux et son corps lgant qui ondulait sous la coule4 ,c'est probablement l'abb de la ,trappe1 se dit ,durtal1 et il ne douta plus lorsque ce moine tira une cliquette dissimule devant lui sous son pupitre et dirigea l'office4 ,tous les moines salurent l'autel2 l'abb rcita les prires du prlude1 puis il y eut une pause--et1 de l'autre ct de la rotonde1 l o ,durtal ne pouvait regarder1 une voix frle de vieillard1 une voix revenue au cristal de l'enfance1 mais avec en plus quelque chose de doucement fl1 s'leva1 montant mesure que se droulait l'antienne3 ,deus in adjutorium meum intende4 ,et l'autre ct du chur1 l o se tenaient le ,p4 tienne et l'abb1 rpondit1 scandant trs lentement les syllabes1 avec des voix de basse-taille4 ,domine ad adjuvandum me festina4 ,et tous courbrent la tte sur les in-folios poss devant eux et reprirent3 ,gloria ,patri et ,filio et ,spiritui sancto4 ,et ils se redressrent tandis que l'autre partie des pres prononait le rpons3 ,sicut erat in principio1 etc4 ,l'office commena4 ,il n'tait pas chant1 mais psalmodi1 tantt rapide et tantt lent4 ,le ct du chur1 visible pour ,durtal1 faisait de toutes les voyelles des lettres aigus et brves2 l'autre1 au contraire1 les muait en des longues1 semblait coiffer d'un accent circonflexe tous les ,o4 ,on et dit1 d'une part1 la prononciation du ,midi1 et1 de l'autre1 celle du ,nord2 ainsi psalmodi1 l'office devenait trange2 il finissait par bercer tel qu'une incantation1 par dorloter l'me qui s'assoupissait dans ce roulement de versets interrompu par la doxologie revenant1 en ritournelle1 aprs la dernire strophe de chacun des psaumes4 ,ah 6 mais1 je n'y comprends rien1 se dit ,durtal qui connaissait ses ,complies sur le bout du doigt2 ce n'est plus du tout l'office romain qu'ils chantent4 ,le fait est que l'un des psaumes manquait4 ,il retrouva bien1 un moment1 l'hymne de saint ,ambroise1 le ,te lucis ante terminum1 clam alors sur un air ample et rugueux de vieux plain-chant et encore la dernire strophe n'tait-elle plus la mme6 ,mais il se perdait nouveau1 attendait les ,leons brves1 le ,nunc dimittis qui ne vinrent pas4 ,les ,complies ne sont pourtant point variables1 comme les ,vpres1 se dit-il2 il faudra que je demande1 demain1 des explications au ,p4 tienne4 ,puis il fut troubl dans ses rflexions par un jeune moine blanc qui passa1 en s'agenouillant devant l'autel1 et alluma deux cierges4 ,et subitement tous se levrent et1 dans un immense cri1 le ,salve ,regina branla les votes4 ,durtal coutait1 saisi1 cet admirable chant qui n'avait rien de commun avec celui que l'on beugle1 ,paris1 dans les glises4 ,celui-ci tait tout la fois flbile et ardent1 soulev par de si suppliantes adorations1 qu'il semblait concentrer1 en lui seul1 l'immmorial espoir de l'humanit et son ternelle plainte4 ,chant sans accompagnement1 sans soutien d'orgue1 par des voix indiffrentes elles-mmes et fondues en une seule1 mle et profonde1 il montait en une tranquille audace1 s'exhaussait en un irrsistible essor vers la ,vierge1 puis il faisait comme un retour sur lui-mme et son assurance diminuait2 il avanait plus tremblant1 mais si dfrent1 si humble1 qu'il se sentait pardonn et osait alors1 dans des appels perdus1 rclamer les dlices immrites d'un ciel4 ,il tait le triomphe avr des neumes1 de ces rptitions de notes sur la mme syllabe1 sur le mme mot1 que l'glise inventa pour peindre l'excs de cette joie intrieure ou de cette dtresse interne que les paroles ne peuvent rendre2 et c'tait une pousse1 une sortie d'me s'chappant dans les voix passionnes qu'exhalaient ces corps debout et frmissants de moines4 ,durtal suivait sur son paroissien cette uvre au texte si court et au chant si long2 l'couter1 la lire avec recueillement1 cette magnifique exoration paraissait se dcomposer en son ensemble1 reprsenter trois tats diffrents d'me1 signifier la triple phase de l'humanit1 pendant sa jeunesse1 sa maturit et son dclin2 elle tait1 en un mot1 l'essentiel rsum de la prire tous les ges4 ,c'tait d'abord le cantique d'exultation1 le salut joyeux de l'tre encore petit1 balbutiant des caresses respectueuses1 choyant avec des mots de douceur1 avec des cajoleries d'enfant qui cherche amadouer sa mre2 c'tait le--,salve ,regina1 ,mater misericordi1 vita1 dulcedo et spes nostra1 salve4--,puis cette me1 si candide1 si simplement heureuse1 avait grandi et connaissant dj les dfaites volontaires de la pense1 les dchets rpts des fautes1 elle joignait les mains et demandait1 en sanglotant1 une aide4 ,elle n'adorait plus en souriant1 mais en pleurant2 c'tait le--,ad te clamamus exsules filii ,hev2 ad te suspiramus gementes et flentes in hac lacrymarum valle4--,enfin la vieillesse tait venue2 l'me gisait1 tourmente par le souvenir des avis ngligs1 par le regret des grces perdues2 et1 devenue plus craintive1 plus faible1 elle s'pouvantait devant sa dlivrance1 devant la destruction de sa prison charnelle qu'elle sentait proche2 et alors elle songeait l'ternelle inanition de ceux que le ,juge damne et elle implorait1 genoux1 l',avocate de la terre1 la ,consule du ciel2 c'tait le ,eia ergo1 ,advocata nostra1 illos tuos misericordes oculos ad nos converte et ,jesum benedictum fructum ventris tui nobis post hoc exsilium ostende4 ,et1 cette essence de prire que prpara ,pierre de ,compostelle ou ,hermann ,contract1 saint ,bernard1 dans un accs d'hyperdulie1 ajoutait les trois invocations de la fin3 ,o clemens1 o pia1 o dulcis ,virgo ,maria1 scellait l'inimitable prose comme avec un triple sceau1 par ces trois cris d'amour qui ramenaient l'hymne l'adoration cline de son dbut4 ,cela devient inou1 se dit ,durtal1 lorsque les trappistes chantrent ces doux et pressants appels2 les neumes se prolongeaient sur les ,o qui passaient par toutes les couleurs de l'me1 par tout le registre des sons2 et ces interjections rsumaient encore1 dans cette srie de notes qui les enrobait1 le recensement de l'me humaine que rcapitulait dj le corps entier de l'hymne4 ,et brusquement1 sur le mot ,maria1 sur le cri glorieux du nom1 le chant tomba1 les cierges s'teignirent1 les moines s'affaissrent sur leurs genoux2 un silence de mort plana sur la chapelle4 ,et1 lentement1 les cloches tintrent et l',angelus effeuilla1 sous les votes1 les ptales espacs de ses sons blancs4 ,tous1 maintenant prosterns1 le visage dans les mains1 priaient et cela dura longtemps2 enfin le bruit de la cliquette retentit2 tout le monde se leva1 salua l'autel et1 en une muette thorie1 les moines disparurent par la porte perce dans la rotonde4 --,ah6 le vritable crateur de la musique plane1 l'auteur inconnu qui a jet dans le cerveau de l'homme la semence du plain-chant1 c'est le ,saint-,esprit1 se dit ,durtal1 malade1 bloui1 les yeux en larmes4 ,m4 ,bruno qu'il n'avait pas aperu dans la chapelle vint le rejoindre4 ,ils traversrent1 sans parler1 la cour1 et quand ils furent rentrs dans l'htellerie1 ,m4 ,bruno alluma deux bougeoirs1 en remit un ,durtal et gravement lui dit3 --,je vous souhaite une bonne nuit1 monsieur4 ,durtal grimpa l'escalier derrire lui4 ,ils se resalurent sur le palier et ,durtal pntra dans sa cellule4 ,le vent soufflait sous la porte et la pice1 peine claire par la flamme couche de la bougie1 lui parut sinistre2 le plafond trs haut disparaissait dans l'ombre et pleuvait de la nuit4 ,durtal s'assit1 dcourag1 prs de sa couche4 ,et cependant1 il tait projet par l'une de ces impulsions qu'on ne peut traduire1 par une de ces jaculations o il semble que le cur enfle et va s'ouvrir2 et1 devant son impuissance se dliter et se fuir1 ,durtal finit par redevenir enfant1 par pleurer sans cause dfinie1 simplement par besoin de s'allger de larmes4 ,il s'affala sur le prie-,dieu1 attendant il ne savait quoi qui ne vint pas2 puis devant le crucifix qui cartelait au-dessus de lui ses bras1 il se mit ,lui parler1 ,lui dire tout bas3 ,pre1 j'ai chass les pourceaux de mon tre1 mais ils m'ont pitin et couvert de purin et l'table mme est en ruine4 ,ayez piti1 je reviens de si loin6 ,faites misricorde1 seigneur1 au porcher sans place6 ,je suis entr chez vous1 ne me chassez pas1 soyez bon hte1 lavez-moi6 ,ah6 fit-il soudain1 cela me fait penser que je n'ai pas vu le ,p4 tienne qui devait m'indiquer l'heure laquelle le confesseur me recevrait demain2 il aura sans doute oubli de le consulter2 tant mieux1 au fond cela me reculera d'un jour2 j'ai l'me si courbature que j'ai vraiment besoin qu'elle repose4 ,il se dshabilla1 soupirant3 il faut que je sois debout trois heures et demie1 pour tre dans la chapelle quatre3 je n'ai pas de temps perdre1 si je veux dormir4 ,pourvu que je n'aie pas de nvralgies1 demain1 et que je m'veille avant l'aube6 ,,ii ,il vcut la plus pouvantable des nuits2 ce fut si spcial1 si affreux1 qu'il ne se rappelait pas1 pendant toute son existence1 avoir endur de pareilles angoisses1 subi de semblables transes4 ,ce fut une succession ininterrompue de rveils en sursaut et de cauchemars4 ,et ces cauchemars dpassrent les limites des abominations que les dmences les plus prilleuses rvent4 ,ils se droulaient sur les territoires de la luxure et ils taient si particuliers1 si nouveaux pour lui1 qu'en se rveillant1 ,durtal restait tremblant1 retenait un cri4 ,ce n'tait plus du tout l'acte involontaire et connu1 la vision qui cesse juste au moment o l'homme endormi treint la forme amoureuse et va se fondre en elle2 c'tait ainsi et mieux que dans la nature1 long1 complet1 accompagn de tous les prludes1 de tous les dtails1 de toutes les sensations2 et le dclic avait lieu1 avec une acuit douloureuse extraordinaire1 dans un spasme de dtente inou4 ,et1 fait bizarre et qui semblait marquer la diffrence entre cet tat et le stupre inconscient des nuits1 c'tait1 en outre de certains pisodes o des caresses qui ne pourraient que se succder dans la ralit taient runies1 au mme instant1 dans le rve1 la sensation nette1 prcise1 d'un tre1 d'une forme fluidique disparaissant avec le bruit sec d'une capsule ou d'un coup de fouet1 d'auprs de vous1 ds le rveil4 ,cet tre1 on le sentait distinctement prs de soi1 si prs1 que le linge1 drang par le souffle de sa fuite1 ondulait et que l'on regardait1 effar1 la place vide4 ,ah mais1 se dit ,durtal1 quand il eut allum la bougie2 cela me reporte au temps o je frquentais ,mme ,chantelouve2 cela me rfre aux histoires du ,succubat4 ,il restait1 ahuri1 sur son sant1 scrutait avec un vritable malaise cette cellule noye d'ombre4 ,il consulta sa montre2 il n'tait que onze heures du soir4--,mon ,dieu1 fit-il1 si les nuits sont ainsi que celles-l dans les clotres6 ,il recourut1 pour se remettre1 des affusions d'eau froide1 ouvrit la fentre pour renouveler l'air et1 glac1 se recoucha4 ,il hsitait souffler la bougie1 inquiet de ces tnbres qui lui paraissaient habites1 pleines d'embches et de menaces4 ,il se dcida enfin teindre et rpta la strophe des ,complies que l'on avait chante1 le soir mme1 la chapelle3 ,procul recedant somnia ,et noctium phantasmata1 ,hostemque nostrum comprime1 ,ne polluantur corpora4 ,il finit par s'assoupir1 rva encore d'immondices1 mais il se reprit temps pour rompre le charme1 prouva encore cette impression d'une ombre s'vaporant temps pour qu'on ne puisse la saisir dans les draps et il interrogea sa montre4 ,il tait deux heures4 ,si cela continue1 je serai bris demain1 se dit-il2 il parvint tant bien que mal1 en somnolant et en se dtirant toutes les dix minutes1 atteindre trois heures4 ,si je me rendors1 je ne me rveillerai pas au moment voulu1 pensa-t-il2 si je me levais8 ,et il sauta en bas du lit1 s'habilla1 pria1 mit de l'ordre dans ses affaires4 ,d'authentiques excs l'eussent moins abattu que cette fausse quipe1 mais ce qui lui semblait surtout odieux1 c'tait l'inassouvissement que laissait le viol termin de ces larves4 ,compares leurs avides manigances1 les caresses de la femme n'pandaient qu'une volupt tempre1 n'aboutissaient qu' un faible choc2 seulement dans le succubat l'on restait enrag de n'avoir treint que le vide1 d'avoir t la dupe d'un mensonge1 le jouet d'une apparence dont on ne se rappelait mme plus les contours et les traits4 ,on en arrivait forcment dsirer de la chair1 souhaiter de presser contre soi un vritable corps et ,durtal se mit songer ,florence2 elle vous dsaltrait au moins1 ne vous quittait pas ainsi1 pantelant et fivreux1 en qute d'on ne savait quoi1 dans une atmosphre o l'on tait environn1 pi1 par un inconnu qu'on ne pouvait discerner1 par un simulacre que l'on ne pouvait fuir4 ,puis ,durtal se secoua1 voulut repousser l'assaut de ces souvenirs4 ,je vais toujours1 se dit-il1 aller respirer de l'air frais et fumer une cigarette1 nous verrons aprs4 ,il descendit l'escalier dont les murs paraissaient ne pouvoir tenir en place et dansaient avec la lueur de la bougie1 enfila les corridors1 souffla et dposa son lumignon prs de l'auditoire et s'lana dehors4 ,il faisait nuit noire2 la hauteur d'un premier tage1 un il de buf ouvert dans le mur de l'glise trouait les tnbres d'une lune rouge4 ,durtal tira quelques bouffes d'une cigarette1 puis il s'achemina vers la chapelle4 ,il tourna doucement le loquet de la porte2 le vestibule o il pntrait tait sombre1 mais la rotonde1 bien qu'elle ft vide1 tait illumine par de nombreuses lampes4 ,il fit un pas1 se signa et recula1 car il venait de heurter un corps2 il regarda ses pieds4 ,il entrait sur un champ de bataille4 ,par terre1 des formes humaines taient couches dans des attitudes de combattants fauchs par la mitraille2 les unes plat ventre1 les autres genoux2 celles-ci1 affaisses les mains par terre1 comme frappes dans le dos1 celles-l tendues les doigts crisps sur la poitrine1 celles-l encore se tenant la tte ou tendant les bras4 ,et1 de ce groupe d'agonisants1 ne s'levaient aucun gmissement1 aucune plainte4 ,durtal contemplait1 stupfi1 ce massacre de moines2 et il resta soudain bouche bante4 ,une charpe de lumire tombait d'une lampe que le pre sacristain venait de dplacer dans la rotonde et1 traversant le porche1 elle clairait un moine genoux devant l'autel vou la ,vierge4 ,c'tait un vieillard de plus de quatre-vingts ans2 il tait immobile ainsi qu'une statue1 les yeux fixes1 pench dans un tel lan d'adoration que toutes les figures extasies des ,primitifs paraissaient1 prs de la sienne1 efforces et froides4 ,le masque tait pourtant vulgaire2 le crne ras1 sans couronne1 hl par tous les soleils et par toutes les pluies1 avait le ton des briques2 l'il tait voil1 couvert d'une taie par l'ge2 le visage pliss1 ratatin1 culott tel qu'un vieux buis1 s'enfonait dans un taillis de poils blancs et le nez un peu camus achevait de rendre singulirement commun l'ensemble de cette face4 ,et il sortait1 non des yeux1 non de la bouche1 mais de partout et de nulle part1 une sorte d'anglit qui se diffusait sur cette tte1 qui enveloppait tout ce pauvre corps courb dans un tas de loques4 ,chez ce vieillard1 l'me ne se donnait mme pas la peine de rformer la physionomie1 de l'ennoblir2 elle se contentait de l'annihiler1 en rayonnant2 c'tait1 en quelque sorte1 le nimbe des anciens saints ne demeurant plus autour du chef1 mais s'tendant sur tous ses traits1 baignant1 apli1 presque invisible1 tout son tre4 ,et il ne voyait ni n'entendait rien2 des moines se tranaient sur les genoux1 venaient pour se rchauffer1 pour s'abriter auprs de lui et il ne bougeait1 muet et sourd1 assez rigide pour qu'on pt le croire mort1 si1 par instant1 la lvre infrieure n'et remu1 soulevant dans ce mouvement sa grande barbe4 ,l'aube blanchit les vitres et1 dans l'obscurit qui commenait se dissiper1 les autres frres apparurent leur tour1 ,durtal2 tous ces blesss de l'amour divin priaient ardemment1 jaillissaient hors d'eux-mmes1 sans bruit1 devant l'autel4 ,il y en avait de tout jeunes genoux et le buste droit1 d'autres1 les prunelles en extase1 replis en arrire et assis sur leurs talons1 d'autres encore faisaient le chemin de croix et souvent ils taient poss1 les uns devant les autres1 face face et ils se regardaient sans se voir1 avec des yeux d'aveugles4 ,et parmi ces convers1 quelques pres1 ensevelis dans leurs grandes coules blanches1 gisaient1 prosterns1 baisaient la terre4 ,oh6 prier1 prier comme ces moines6 s'cria ,durtal4 ,il sentait son malheureux tre se dtendre2 dans cette atmosphre de saintet1 il se dnoua et il s'affaissa sur les dalles1 demandant humblement pardon au ,christ de souiller par sa prsence la puret de ce lieu4 ,et il pria longtemps1 se descellant pour la premire fois1 se reconnaissant si indigne1 si vil1 qu'il ne pouvait comprendre comment1 malgr sa misricorde1 le ,seigneur le tolrait dans le petit cercle de ses lus2 il s'examina1 vit clair1 s'avoua qu'il tait infrieur au dernier de ces convers qui ne savait peut-tre mme pas peler un livre1 comprit que la culture de l'esprit n'tait rien et que la culture de l'me tait tout1 et peu peu1 sans s'en apercevoir1 ne pensant plus qu' balbutier des actes de gratitude1 il disparut de la chapelle1 l'me emmene par celles des autres1 hors du monde1 loin de son charnier1 loin de son corps4 ,dans cette chapelle1 l'lan tait enfin consenti1 la projection jusqu'alors refuse tait enfin permise2 il ne se dbattait plus de mme qu'au temps o il parvenait si difficilement s'vader de sa gele1 ,notre-,dame-des-,victoires et ,saint-,sverin4 ,puis il rintgra cette chapelle o son animalit tait demeure seule et il regarda1 tonn1 autour de lui2 la plupart des frres taient partis2 un pre restait prostr devant l'autel de la ,vierge2 il le quitta son tour et regagna la rotonde o les autres pres entraient4 ,durtal les observa2 il y en avait de toutes les tailles1 de toutes les sortes1 un gros1 chauve1 longue barbe noire et besicles1 des petits blonds et bouffis1 de trs vieux1 hrisss de poils de sanglier1 de trs jeunes ayant de vagues airs de rveurs allemands1 avec leurs yeux bleus1 sous des lunettes3 et presque tous1 sauf les trs jeunes1 avaient ce trait commun3 le ventre gonfl et les joues sillonnes de vermicelles roses4 ,et soudain par la porte ouverte1 dans la rotonde mme1 le grand moine qui conduisait1 la veille1 l'office1 parut4 ,il renversa sur sa chasuble un capuchon de toile qui lui couvrait la tte et1 assist de deux moines blancs1 il monta au matre-autel pour clbrer la messe4 ,et ce ne fut pas une de ces messes gargotes comme l'on en cuisine tant ,paris1 mais une messe lente et mdite1 profonde1 une messe o le prtre consacre longuement1 abm devant l'autel1 et quand il leva l'hostie1 aucune sonnette ne tinta1 mais les cloches du monastre pandirent des voles espaces1 des coups brefs1 sourds1 presque plaintifs1 tandis que les trappistes disparaissaient1 tapis quatre pattes1 la tte cache sous leurs pupitres4 ,quand la messe prit fin1 il tait prs de six heures2 ,durtal refit le chemin de la veille au soir1 passa devant la petite fabrique de chocolat qu'il avait longe1 avisa au travers des vitres des pres qui enveloppaient des tablettes dans du papier de plomb1 puis1 dans une autre pice1 une minuscule machine vapeur que modrait un convers4 ,il gagna cette alle o il avait fum des cigarettes dans l'ombre4 ,si triste1 la nuit1 elle tait maintenant charmante avec ses deux ranges de trs vieux tilleuls qui bruissaient doucement et le vent rabattait sur ,durtal leur languissante odeur4 ,assis sur un banc1 il embrassait1 d'un coup d'il1 la faade de l'abbaye4 ,prcd d'un long potager o1 et l1 des rosiers s'panouissaient au-dessus des vasques bleutres et des boules veines des choux1 cet ancien chteau1 bti dans le got monumental du ,x,v,i,ie sicle1 s'tendait1 solennel et immense1 avec ses dix-huit fentres d'affile et son fronton dans le tympan duquel tait loge une puissante horloge4 ,il tait coiff d'ardoises1 surmont d'un jeu de petites cloches et l'on y accdait par un perron de plusieurs marches4 ,il arborait une altitude d'au moins cinq tages1 bien qu'il n'et en ralit qu'un rez-de-chausse et un premier1 mais en juger par l'lvation inattendue des fentres1 les pices devaient se plafonner des hauteurs dmesures d'glise2 somme toute1 cet difice tait emphatique et froid1 plus apte1 puisqu'on l'avait converti en un couvent1 abriter des adeptes de ,jansnius que des disciples de saint ,bernard4 ,le temps tait tide1 ce matin-l2 le soleil se tamisait dans le crible remu des feuilles2 et le jour1 ainsi blut1 se muait au contact du blanc1 en rose4 ,durtal1 qui s'apprtait lire son paroissien1 vit les pages rosir et1 par la loi des complmentaires1 toutes les lettres1 imprimes l'encre noire1 se teindre en vert4 ,il s'amusait de ces dtails1 s'panouissait1 le dos au chaud1 dans cette brise charge d'aromes1 se reposait1 dans ce bain de lumire1 des fatigues de la nuit1 quand1 au bout de l'alle1 il aperut quelques frres4 ,ils marchaient1 silencieux1 les uns1 portant sous un bras de grands pains ronds1 les autres1 tenant des botes au lait ou des mannes pleines de foin et d'ufs2 ils dfilrent devant lui et le salurent respectueusement4 ,tous avaient la mine joyeuse et grave4 ,ah6 les braves gens1 se dit-il1 ce qu'ils m'ont1 ce matin1 aid1 car c'est eux que je dois d'avoir pu ne pas me taire1 d'avoir pu prier1 d'avoir enfin connu la joie de l'oraison qui n'tait pour moi ,paris qu'un leurre6 eux et surtout ,notre-,dame de l',atre qui a eu piti de mon pauvre tre6 ,il bondit de son banc1 dans un lan d'allgresse1 s'engagea dans des alles latrales1 atteignit la pice d'eau qu'il avait entrevue1 la veille2 devant elle se dressait la formidable croix qu'il avait distingue de loin du haut de la voiture1 dans les bois1 avant que d'arriver la ,trappe4 ,elle tait plante en face du monastre mme et tournait le dos l'tang2 elle supportait un ,christ du ,x,v,i,i,ie sicle1 grandeur nature1 en marbre blanc2 et l'tang affectait1 lui aussi1 la forme d'une croix1 telle qu'elle figure sur la plupart des plans des basiliques4 ,et cette croix brune et liquide tait granule de pistache par des lentilles d'eau que dplaait1 en nageant1 le cygne4 ,il vint au-devant de ,durtal1 et il tendit le bec1 attendant sans doute un bout de pain4 ,et pas un bruit ne surgissait de ce lieu dsert1 sinon le craquement des feuilles sches que ,durtal froissait en marchant4 ,l'horloge sonna sept heures4 ,il se rappela que le djeuner allait tre servi et il se dirigea grands pas vers l'abbaye4 ,le ,p4 tienne l'attendait2 il lui serra la main1 lui demanda s'il avait bien dormi1 puis3 --,qu'allez-vous manger8 ,je n'ai que du lait et du miel vous offrir2 j'enverrai aujourd'hui mme au village le plus proche pour tcher de vous procurer un peu de fromage2 mais vous allez subir une triste collation1 ce matin4 ,durtal proposa de substituer du vin au lait et dclara que ce serait pour le mieux ainsi2 j'aurais1 dans tous les cas1 mauvaise grce me plaindre1 fit-il1 car enfin1 vous1 maintenant1 vous tes jeun4 ,le moine sourit4--,pour l'instant1 dit-il1 nous faisons1 cause de certaines ftes de notre ordre1 pnitence4 ,et il expliqua qu'il ne prenait de nourriture qu'une fois par jour1 deux heures de l'aprs-midi1 aprs ,none4 --,et vous n'avez mme pas pour vous soutenir du vin et des ufs6 ,le ,p4 tienne souriait toujours4--,on s'y habitue1 dit-il4 ,qu'est-ce que ce rgime1 en comparaison de celui qu'adoptrent saint ,bernard et ses compagnons1 lorsqu'ils vinrent dfricher la valle de ,clairvaux8 ,leur repas consistait en des feuilles de chne1 sales1 cuites dans de l'eau trouble4 ,et aprs un silence1 le pre reprit3 ,sans doute la rgle des ,trappes est dure1 mais combien elle est douce si nous nous reportons ce que fut jadis1 en ,orient1 la rgle de saint ,pacme4 ,songez donc1 celui qui voulait accder cet ordre restait dix jours et dix nuits la porte du couvent et il y essuyait tous les crachats1 tous les affronts2 s'il persistait vouloir entrer1 il accomplissait trois annes de noviciat1 habitait une hutte o il ne pouvait se tenir debout et se coucher de son long2 il ne se repaissait que d'olives et de choux1 priait douze fois le jour1 douze fois le soir1 et douze fois la nuit2 le silence tait perptuel et les mortifications ne cessaient pas4 ,pour se prparer ce noviciat et s'apprendre dompter la faim1 saint ,macaire avait imagin d'enfoncer du pain dans un vase au col trs rtrci et il ne s'alimentait qu' l'aide des miettes qu'il pouvait retirer avec ses doigts2 quand il fut admis dans le monastre1 il se contenta de grignoter des feuilles de choux crus1 le dimanche4 ,hein1 ils taient plus rsistants que nous1 ceux-l6 nous n'avons plus1 hlas6 ni l'me1 ni le corps assez solides pour supporter de tels jenes4--,mais que cela ne vous empche pas de goter2 allons1 bon apptit2--ah6 pendant que j'y pense1 reprit le moine1 soyez dix heures prcises l'auditoire1 c'est l que le pre prieur vous confessera4 ,et il sortit4 ,durtal aurait reu un coup de maillet sur la tte qu'il n'et pas t mieux assomm4 ,tout l'chafaudage si rapidement exhauss de ses joies croula4 ,ce fait trange avait lieu2 dans cet lan d'allgresse qui le portait depuis l'aube1 il avait compltement oubli qu'il fallait se confesser4 ,et il eut un moment d'aberration4 ,mais je suis pardonn6 se dit-il2 la preuve est cet tat de bonheur que je n'ai jamais connu1 cette dilatation vraiment merveilleuse d'me que j'ai ressentie dans la chapelle et dans les bois6 ,l'ide que rien n'tait commenc1 que tout tait effectuer1 l'effara2 il n'eut pas le courage d'avaler son pain2 il but une goutte de vin et1 dans un vent de panique1 il se rua dehors4 ,il allait1 affol1 grands pas4--,se confesser6 le prieur8 qui tait le prieur8 il cherchait vainement parmi les pres dont il se rappelait le visage celui qui allait l'entendre4 ,mon ,dieu1 fit-il tout coup1 mais je ne sais mme pas comment l'on se confesse6 ,il chercha un coin dsert o il pt se recueillir4 ,il arpentait alors1 sans mme savoir comment il y tait venu1 une alle de noyers que bordait un mur4 ,il y avait l des arbres normes2 il se dissimula derrire le tronc de l'un d'eux et1 assis sur la mousse1 il feuilleta son paroissien1 lut3 ,en arrivant au confessionnal1 mettez-vous genoux1 faites le signe de la croix1 demandez la bndiction du prtre en disant3 ,bnissez-moi1 mon pre1 parce que j'ai pch2 rcitez ensuite le ,confiteor jusqu' mea culpa444 et444 ,il s'arrta et sans mme qu'il et besoin de la sonder1 sa vie bondit en des jets d'ordures4 ,il recula1 il y en avait tant1 de toutes sortes1 qu'il s'abma dans le dsespoir4 ,puis il eut un effort de volont1 se reprit1 voulut canaliser ces sources1 les endiguer1 les rpartir pour s'y reconnatre1 mais un affluent refoulait les autres1 finissait par tout absorber1 devenait le fleuve mme4 ,et ce pch se montrait d'abord simiesque et sournois1 au collge o chacun s'attentait et cariait les autres2 puis c'tait toute une jeunesse avide1 trane dans les estaminets1 roule dans les auges1 vautre sur les viers des filles et c'tait un ge mr ignoble4 ,aux besognes rgulires avaient succd les avaries des sens et de honteux souvenirs l'assaillaient en foule2 il se rappelait la recherche de monstrueuses fraudes1 la poursuite d'artifices aggravant la malice de l'acte2 et les complices1 les agentes de ses dchances dfilaient devant lui4 ,c'tait1 entre toutes1 un moment1 une ,mme ,chantelouve1 une adultre dmoniaque qui l'avait prcipit dans d'affreux transports1 qui l'avait li aux crimes sans nom des mfaits divins1 aux sacrilges4 ,comment raconter cela ce moine8 se dit ,durtal1 terrifi par ce souvenir2 comment mme s'exprimer pour se faire comprendre1 sans devenir immonde8 ,les pleurs lui jaillirent des yeux4 ,mon ,dieu1 mon ,dieu1 soupira-t-il1 c'est vraiment trop4 ,et1 son tour1 ,florence parut1 avec son sourire de petit voyou et ses hanches de garonne4 ,je ne peux pourtant pas narrer au confesseur ce qui se brassait dans l'ombre parfume de ses vices1 s'cria ,durtal2 je ne peux pourtant pas lui faire gigler la face ces filets de pus6 ,et dire qu'il va falloir faire cela pourtant6 et il s'appesantissait sur les turpitudes de cette fille trempe ds l'enfance dans les incestes1 baratte ds sa pubert par des passions de vieillard1 sur les canaps dsosss des marchands de vins4 ,quelle honte que d'avoir t riv celle-l1 quelle dgotation que d'avoir satisfait aux abominables exigences de ses vux6 ,et derrire cette sentine1 d'autres s'tendaient4 ,tous les districts des pchs qu'numrait patiemment le paroissien1 il les avait traverss6 il ne s'tait jamais confess depuis sa premire communion et c'tait1 avec l'entassement des annes1 de successives alluvions de fautes2 et il plissait l'ide qu'il allait dtailler un autre homme toutes ses salets1 lui avouer ses penses les plus secrtes1 lui dire ce qu'on n'ose se rpter soi-mme1 de peur de se mpriser trop4 ,il en sua d'angoisse2 puis une nause de son tre1 un remords de sa vie le souleva et il se rendit2 le regret d'avoir si longtemps vcu dans ce cloaque le crucifia2 il pleura longtemps1 doutant du pardon1 n'osant mme plus le solliciter1 tant il se sentait vil4 ,enfin il eut un sursaut2 l'heure de l'expiation devait tre proche2 sa montre marquait1 en effet1 dix heures moins le quart4 ,a se laminer ainsi1 il avait agonis pendant plus de deux heures4 ,il rejoignit prcipitamment la grande alle qui conduisait au monastre4 ,il marchait1 la tte basse1 en refoulant ses larmes4 ,il ralentit un peu le pas1 lorsqu'il atteignit le petit tang2 il leva des yeux suppliants vers la croix et1 les baissant1 il rencontra un regard si mu1 si pitoyable1 si doux qu'il s'arrta2 et le regard disparut avec le salut du convers qui continua son chemin4 ,il a lu en moi1 se dit ,durtal4--,oh6 il a raison de me plaindre1 le charitable moine1 car vraiment ce que je souffre6 ah6 ,seigneur1 tre comme cet humble frre6 cria-t-il1 se rappelant avoir remarqu1 le matin mme1 ce jeune et grand garon1 priant1 dans la chapelle1 avec une telle ferveur qu'il semblait s'effuser du sol1 devant la ,vierge4 ,il arriva dans un tat affreux l'auditoire et s'effondra sur une chaise2 puis1 ainsi qu'une bte traque qui se croit dcouverte1 il se dressa et1 perturb par la peur1 emport par un vent de droute1 il songea fuir1 aller chercher sa valise1 s'lancer dans un train4 ,et il se retenait1 indcis1 tremblant1 l'oreille aux aguets1 le cur lui battant grands coups2 il coutait des bruits lointains de pas4--,mon ,dieu6 fit-il1 piant ces pas qui se rapprochaient1 quel est le moine qui va entrer8 ,le pas se tut et la porte s'ouvrit2 ,durtal1 terrifi1 n'osa fixer le confesseur1 en lequel il reconnut le grand trappiste1 au profil imprieux1 celui qu'il croyait tre l'abb du monastre4 ,suffoqu1 il recula sans profrer un mot4 ,surpris de ce silence1 le prieur dit3 --,vous avez demand vous confesser1 ,monsieur8 ,et1 sur un geste de ,durtal1 il lui dsigna le prie-,dieu pos contre le mur et lui-mme s'agenouilla1 en lui tournant le dos4 ,durtal se roidit1 s'boula sur ce prie-,dieu et perdit compltement la tte4 ,il avait vaguement prpar son entre en matire1 not des points de repre1 class peu prs ses fautes2 il ne se rappelait plus rien4 ,le moine se releva1 s'assit sur une chaise de paille1 se pencha sur le pnitent1 l'oreille ramene par la main en cornet1 pour mieux entendre4 ,et il attendit4 ,durtal souhaitait de mourir pour ne pas parler2 il parvint cependant prendre le dessus1 rfrner sa honte2 il desserra les lvres et rien ne sortit2 il resta accabl1 la tte dans ses mains1 retenant les larmes qu'il sentait monter4 ,le moine ne bougeait pas4 ,enfin1 il fit un effort dsespr1 bredouilla le commencement du ,confiteor et dit3 --,je ne me suis pas confess depuis mon enfance2 j'ai men1 depuis ce temps-l1 une vie ignoble1 j'ai444444 ,les mots ne vinrent pas4 ,le trappiste demeurait silencieux1 ne l'assistait point4 --,j'ai commis toutes les dbauches4441 j'ai fait tout4441 tout444 ,il s'trangla et les larmes contenues partirent2 il pleura1 le corps secou1 la figure cache dans ses mains4 ,et comme le prieur1 toujours pench sur lui1 ne bronchait point4 --,mais je ne peux pas1 cria-t-il1 je ne peux pas6 ,toute cette vie qu'il ne pouvait rejeter l'touffait2 il sanglotait1 dsespr par la vue de ses fautes et atterr aussi de se trouver ainsi abandonn1 sans un mot de tendresse1 sans un secours4 ,il lui sembla que tout croulait1 qu'il tait perdu1 repouss par ,celui-l mme qui l'avait pourtant envoy dans cette abbaye6 ,et une main lui toucha l'paule1 en mme temps qu'une voix douce et basse disait3 --,vous avez l'me trop lasse pour que je veuille la fatiguer par des questions2 revenez neuf heures1 demain1 nous aurons du temps devant nous1 car nous ne serons presss1 cette heure1 par aucun office2 d'ici l1 pensez cet pisode du ,calvaire3 la croix qui tait faite de tous les pchs du monde pesait sur l'paule du ,sauveur d'un tel poids que ses genoux flchirent et qu'il tomba4 ,un homme de ,cyrne passait l1 qui aida le ,seigneur la porter4 ,vous1 en dtestant1 en pleurant vos pchs1 vous avez allg1 vous avez dlest1 si l'on peut dire1 cette croix du fardeau de vos fautes et1 l'ayant rendue moins pesante1 vous avez ainsi permis ,notre-,seigneur de la soulever4 ,il vous en a rcompens par le plus surprenant des miracles1 par le miracle de vous avoir attir de si loin ici4 ,remerciez-le donc de tout votre cur et ne vous dsolez plus4 ,vous rciterez aujourd'hui pour pnitence les ,psaumes de la ,pnitence et les ,litanies des ,saints4 ,je vais vous donner ma bndiction4 ,et le prieur le bnit et disparut4 ,durtal se releva bout de larmes2 ce qu'il craignait tant tait arriv1 le moine qui devait l'oprer tait impassible1 presque muet6 hlas6 se dit-il1 mes abcs taient mrs1 mais il fallait un coup de lancette pour les percer6 --,aprs tout1 reprit-il1 en grimpant l'escalier pour aller se rafrachir les yeux dans sa cellule1 ce trappiste a t compatissant la fin1 moins dans ses observations que dans le ton dont il les a prononces2 puis1 il convient d'tre juste1 il a peut-tre t ahuri par mes larmes2 l'abb ,gvresin n'avait sans doute pas crit au ,p4 tienne que je me rfugiais la ,trappe pour me convertir2 mettons-nous alors la place d'un homme vivant en ,dieu1 hors le monde1 et auquel on dcharge tout--coup une tinette sur la tte6 ,enfin nous verrons demain2 et ,durtal se hta de se tamponner le visage1 car il tait prs de onze heures et l'office de ,sexte devait commencer4 ,il se rendit la chapelle2 elle tait peu prs vide1 car les frres travaillaient1 ce moment1 dans la fabrique de chocolat et dans les champs4 ,les pres taient leur place1 dans la rotonde4 ,le prieur tira la cliquette1 tous s'envelopprent d'un grand signe de croix et gauche1 l o il ne pouvait voir1--car ,durtal s'tait install la mme place que le matin1 devant l'autel de saint ,joseph1--une voix monta3 --,ave1 ,maria1 gratia plena1 ,dominus tecum4 ,et l'autre partie du chur rpondit3 --,et benedictus fructus ventris tui1 ,jesus4 ,il y eut une seconde d'intervalle et la voix pure et faible du vieux trappiste chanta comme avant l'office des ,complies1 la veille3 --,deus1 in adjutorium meum intende4 ,et la liturgie se droula1 avec ses ,gloria ,patri1 etc41 pendant lesquels les moines courbaient le front sur leurs livres1 et sa srie de psaumes articuls sur un ton bref d'un ct1 et long de l'autre4 ,durtal agenouill se laissait aller au bercement de la psalmodie1 si las qu'il ne pouvait parvenir prier lui-mme4 ,puis quand ,sexte se termina1 tous les pres se recueillirent et ,durtal surprit un regard de piti chez le prieur qui se tourna un peu vers son banc4 ,il comprit que le moine implorait le ,sauveur pour lui1 suppliait peut-tre ,dieu de lui indiquer la manire dont il pourrait1 demain1 s'y prendre4 ,durtal rejoignit ,m4 ,bruno dans la cour2 ils se serrrent la main1 puis l'oblat lui annona la prsence d'un nouveau convive4 --,un retraitant8 --,non1 un vicaire des environs de ,lyon2 il reste un jour seulement2 il est venu visiter l'abb qui est malade4 --,je croyais d'abord que l'abb de ,notre-,dame de l',atre tait ce grand moine qui conduit l'office444 --,mais non1 c'est le prieur1 le ,p4 ,maximin2 quant l'abb1 vous ne l'avez pas vu et je doute que vous puissiez le voir1 car il ne sortira sans doute pas de son lit avant votre dpart4 ,ils arrivrent l'htellerie1 trouvrent le ,p4 tienne s'excusant1 auprs d'un prtre gros et court1 de l'indigent rgal qu'il apportait4 ,ce prtre aux traits forts1 models dans de la graisse jaune1 tait hilare4 ,il plaisanta ,m4 ,bruno qu'il semblait connatre de longue date sur le pch de gourmandise qui devait se commettre si frquemment dans les ,trappes1 puis il huma1 en simulant des gloussements d'allgresse1 l'inodore bouquet du pauvre vin qu'il se versa2 enfin lorsqu'il divisa avec une cuiller l'omelette qui composait le plat de rsistance du dner1 il feignit de dcouper un poulet1 s'extasiant sur la belle apparence de la chair1 disant ,durtal3 je vous affirme1 ,monsieur1 que c'est un poulet de grain2 oserai-je vous offrir une aile8 ,ce genre de plaisanterie exasprait ,durtal qui n'avait avec cela aucune envie de rire1 ce jour-l2 aussi se borna-t-il rpondre par un vague salut1 tout en souhaitant part lui que la fin du repas ft proche4 ,la conversation continua entre ce prtre et ,m4 ,bruno4 ,aprs s'tre dissmine sur divers lieux communs1 elle finit par se concentrer sur une invisible loutre qui dvastait les tangs de l'abbaye4 --,mais enfin1 disait le vicaire1 avez-vous au moins dcouvert le lieu o elle gte8 --,jamais2 l'on distingue aisment dans les herbes froisses les chemins qu'elle parcourt pour se jeter dans l'eau1 mais toujours1 un endroit1 on perd ses traces4 ,nous l'avons guette avec le ,p4 tienne1 pendant des journes2 et jamais elle ne s'est montre4 ,l'abb expliqua divers piges qu'il convenait de tendre4 ,durtal rvait cette chasse la loutre si plaisamment raconte par ,balzac en tte de ses ,paysans1 quand le dner s'acheva4 ,le vicaire rcita les grces et dit ,m4 ,bruno3 --,si nous allions faire un tour2 le bon air remplacera le caf que l'on omet de nous servir4 ,durtal regagna sa cellule4 ,il se sentait vid1 dtrit1 fourbu1 rduit l'tat de filaments1 l'tat de pulpe4 ,le corps concass par les cauchemars de la nuit1 nerv par la scne du matin1 demandait s'asseoir1 ne pas bouger et si l'me n'avait plus cet affolement qui l'avait brise dans des sanglots aux pieds du moine1 elle restait dolente et inquite2 elle aussi demandait se taire1 se reposer1 dormir4 ,voyons1 dit ,durtal1 il ne s'agit pas de se dserter1 secouons-nous4 ,il lut les ,psaumes de la ,pnitence et les ,litanies des ,saints2 puis il hsita entre deux de ses volumes1 entre saint ,bonaventure et sainte ,angle4 ,il se dcida pour la ,bienheureuse4 ,elle avait pch1 s'tait convertie1 elle lui semblait moins loin de lui1 plus comprhensible1 plus secourable que le ,docteur ,sraphique1 que le ,saint toujours demeur pur1 l'abri des chutes4 ,n'avait-elle pas t1 elle aussi1 une sclrate charnelle1 n'tait-elle pas galement arrive de bien loin vers le ,sauveur8 ,marie1 elle pratique l'adultre et elle se dvergonde2 les amants se succdent et1 quand ils sont taris1 elle les rejette comme des cales4 ,soudain la grce fermente en elle et lui fait clater l'me2 elle va se confesser1 n'ose avouer les plus vhments de ses pchs au prtre1 et elle communie1 greffant ainsi le sacrilge sur ses autres fautes4 ,elle vit1 jours et nuits1 torture par le remords1 finit par supplier saint ,franois d',assise de la sauver4 ,et1 la nuit suivante1 le saint lui apparat3--,ma sur1 dit-il1 si vous m'aviez appel plus tt1 je vous aurais exauce dj4--,le lendemain1 elle se rend l'glise1 coute un prtre qui parle en chaire1 comprend que c'est celui-l qu'elle doit s'adresser et elle s'ouvre pleinement1 se confesse entirement lui4 ,alors commencent les preuves d'une vie purgative atroce4 ,elle perd1 coup sur coup1 sa mre1 son mari1 ses enfants2 elle subit des tentations charnelles si violentes qu'elle en est rduite saisir des charbons allums et cautriser par le feu la plaie mme de ses sens4 ,pendant deux annes1 le dmon la tisonne4 ,elle distribue ses biens aux pauvres1 revt l'habit du tiers-ordre de saint ,franois1 recueille les malades et les infirmes1 mendie dans la rue pour eux4 ,un jour1 un haut-le-cur lui vient devant un lpreux dont les crotes souleves infectent2 pour se punir de son dgot1 elle boit l'eau dans laquelle elle a lav ces crotes2 des nauses la reprennent2 elle se chtie encore en se forant avaler une caille que cette eau n'a pu entraner et qui lui est reste dans le gosier1 sec4 ,pendant des annes elle panse des ulcres et mdite sur la ,passion du ,christ4 ,puis son noviciat de douleurs prend fin et le jour radieux des visions l'claire4 ,jsus la traite en enfant gte1 la cajole1 la nomme ma trs douce1 ma trs aime fille2 il la dispense du besoin de manger1 ne la nourrit qu'avec les ,espces ,saintes2 il l'appelle1 l'attire1 l'absorbe dans la lumire incre1 lui permet1 par une avance d'hoirie1 de connatre1 vivante1 les joies du ciel4 ,et elle est si simple1 si timide1 que1 malgr tout1 elle a peur1 car le souvenir de ses pchs l'alarme4 ,elle ne peut se croire pardonne et elle dit au ,christ3--ah6 ,je voudrais me mettre un collier de fer et me traner sur la place publique pour crier mes hontes6 ,et il la console et lui rpte3 rassure-toi1 ma fille1 j'ai compens tes pchs par mes souffrances2 et comme elle s'accuse encore d'avoir vcu dans l'opulence1 qu'elle se reproche d'avoir raffol de toilettes et de bijoux1 ,il lui dit en souriant3 pour racheter tes richesses1 j'ai manqu de tout2 il te fallait un grand nombre de robes et1 moi1 je n'eus qu'un vtement et les soldats m'en dpouillrent et le tirrent au sort2 ma nudit fut l'expiation de ta vanit dans les parures444 ,et tous les entretiens du ,christ sont sur ce ton2 il passe son temps rconforter cette humble que ses bienfaits accablent2 et elle est pourtant avec cela la plus amoureuse des saintes6 son uvre est une srie de libations spirituelles et de caresses2 il semble qu' ct d'elle1 les volumes des autres mystiques charbonnent tant le foyer de ce livre est vif6 ,ah6 se disait ,durtal1 en feuilletant ces pages1 c'est bien le ,christ de saint ,franois1 le ,dieu de misricorde qui parle cette franciscaine6--et il reprenait3 cela devrait me donner du courage1 car enfin ,angle de ,foligno a pch autant que moi et toutes ses fautes lui furent cependant remises6 oui1 mais aussi1 quelle me elle avait1 tandis que la mienne n'est bonne rien2 au lieu d'aimer1 elle raisonne6 ,il est juste de noter pourtant que la ,bienheureuse tait dans de meilleures conditions que moi pour se rdimer4 ,elle vivait au ,x,i,i,ie sicle1 avait moins de chemin faire pour aborder ,dieu1 car depuis le ,moyen ,age1 chaque sicle nous loigne de ,lui davantage6 elle vivait dans un temps plein de miracles et qui regorgeait de ,saints et1 moi1 je vis ,paris1 une poque o les miracles sont rares1 o les ,saints ne foisonnent gure4--,puis1 une fois parti d'ici1 je vais m'amollir1 me diluer encore dans l'infme tuve1 dans le bain de pchs des villes1 quelle perspective6 ,a propos444 il regarda sa montre et tressauta2 il tait deux heures--j'ai manqu l'office de ,none1 se dit-il2 dcidment1 il faut que je simplifie l'horaire compliqu de ma pancarte1 sans cela je ne m'y reconnatrai jamais3 et il le traa en effet1 en quelques lignes3 ,matin--,lever #d heures ou plutt #c heures #a_/b--;,djeuner #g heures--,sexte #aa heures1 dner #aa heures #a_/b--,none #a heure #a_/b--,vpres #e heures #a_/d--,souper #f et ,complies #g heures #be minutes4 ,l1 c'est clair au moins et facile retenir4--,pourvu maintenant que le ,p4 tienne n'ait pas remarqu mon absence la chapelle6 ,il quitta sa chambre4--,ah6 voici le fameux rglement1 se dit-il1 en considrant un tableau encadr1 pendu sur le palier4 ,il s'approcha et il lut3 ,r,,glement ,,de ,,messieurs ,,les ,h,,tes4 ,il se composait de nombreux articles et dbutait par ces mots3 ,on prie humblement ceux que la ,divine ,providence conduira dans ce monastre d'agrer qu'on les avertisse des choses suivantes3 ,on vite1 en tout temps1 la rencontre des religieux et des frres convers2 on n'approche pas du lieu o ils travaillent4 ,il est interdit de sortir de la clture pour aller la ferme ou aux environs du ,monastre4 ,puis venait une srie de recommandations qui figuraient dj dans le nota des ,horaires imprim sur les pancartes4 ,durtal sauta plusieurs paragraphes et lut encore3 ,,mm4 les htes sont pris de ne rien crire sur les portes1 de ne pas frotter d'allumettes au mur1 de ne pas jeter d'eau sur le plancher4 ,on ne peut aller d'une chambre l'autre pour visiter son voisin ou lui parler4 ,on ne peut fumer dans la maison4 ,et dehors non plus1 pensa ,durtal1 j'ai pourtant bien besoin d'allumer une cigarette4 ,et il descendit4 ,il se heurta dans le couloir au pre tienne qui lui fit aussitt observer qu'il ne l'avait pas vu sa place pendant l'office4 ,durtal s'excusa de son mieux4 ,le moine n'insista pas1 mais ,durtal comprit qu'il tait surveill et se rendit compte que1 sous ses allures bon enfant1 l'htelier devait1 ds qu'il s'agissait de discipline1 vous serrer la gorge dans un garrot de fer4 ,il n'en douta plus lorsqu' l'heure des ,vpres1 il s'aperut que le premier regard du moine en entrant dans la chapelle tait pour lui1 mais il tait si veule1 si endolori1 ce jour-l1 qu'il ne s'en occupa gure4 ,ce changement brusque d'existence1 ces heures de sa vie habituelle si compltement transformes l'ahurissaient et1 de sa crise du matin1 il avait conserv une sorte de torpeur qui lui brisait tout ressort4 ,il vcut cette fin de journe la drive1 ne pensant plus rien1 dormant debout2 et quand le soir fut venu1 il s'croula sur son lit comme une masse4 ,,iii ,il se rveilla en sursaut onze heures1 avec cette impression de quelqu'un qui se sent regard pendant qu'il dort4 ,il fit craquer une allumette1 ne vit personne1 vrifia l'heure et1 retombant sur sa couche1 dormit d'un trait jusqu' prs de quatre heures4 ,il s'habilla en hte et courut l'glise4 ,le vestibule1 obscur la veille1 tait clair1 ce matin-l1 car un vieux moine clbrait une messe l'autel de saint ,joseph1 un moine chauve et cass1 avec une barbe blanche fuyant de toutes parts1 en coup de vent1 volant en de trs longs fils4 ,un convers l'assistait1 un petit homme au poil noir et au crne ras1 pareil une boule peinte en bleu2 il ressemblait un bandit1 avec sa barbe en dsordre et son sac us de bure4 ,et ce bandit avait l'il doux et tonn des gosses4 ,il servait le prtre avec un respect presque craintif1 avec une joie contenue vraiment touchante4 ,les autres1 genoux sur les dalles1 priaient1 concentrs1 ou lisaient leur messe4 ,durtal distingua le trs vieux de quatre-vingt ans1 immobile1 la face tendue en avant et les yeux clos2 et le jeune1 celui dont le regard misricordieux l'avait secouru prs de l'tang1 mditait attentivement sur son paroissien l'office4 ,il devait tre g de vingt ans1 tait grand et robuste2 la figure un peu fatigue tait tout la fois mle et tendre1 avec ses traits macis et sa barbe blonde qui rebroussait sur la robe1 en pointe4 ,durtal s'abandonna dans cette chapelle o chacun mettait un peu du sien pour l'adjuver et1 songeant la confession qu'il allait faire1 il supplia le ,seigneur de le soutenir1 il l'implora pour que le moine voult bien le dplier4 ,et il se sentit moins apeur1 plus matre de soi1 plus ferme4 ,il se collationnait et se groupait1 prouvait une douloureuse confusion1 mais il n'avait plus ce dcouragement qui l'avait abattu1 la veille4 ,il se remontait avec cette ide qu'il ne se dlaissait pas1 qu'il s'aidait de toutes ses forces1 qu'il ne pouvait1 dans tous les cas1 se rassembler mieux4 ,il fut distrait de ces rflexions par le dpart du vieux trappiste qui avait fini d'offrir le sacrifice1 et par l'entre du prieur qui monta entre deux pres blancs dans la rotonde1 au matre-autel1 pour dire la messe4 ,durtal s'absorba dans son eucologe1 mais aprs que le prtre eut consomm les ,espces1 il cessa de lire1 car tous se levaient et il ba1 confondu1 devant un spectacle dont il ne se doutait mme pas1 une communion de moines4 ,ils s'avanaient1 un un1 muets et les yeux bas1 puis arriv devant l'autel1 celui qui marchait le premier se retournait et embrassait le camarade qui venait aprs lui2 celui-ci1 son tour1 serrait dans ses bras le religieux qui le suivait et il en tait ainsi jusqu'au dernier4 ,tous1 avant que d'aller recevoir l',eucharistie1 changeaient le baiser de paix1 puis ils s'agenouillaient1 communiaient et ils revenaient encore1 un un1 en tournant dans la rotonde derrire l'autel4 ,et le retour de ces gens tait inou2 les pres blancs en tte1 ils s'acheminaient trs lentement1 les yeux ferms et les mains jointes4 ,les figures avaient quelque chose de modifi2 elles taient claires autrement1 en dedans2 il semblait que1 refoule par la puissance du sacrement contre les parois du corps1 l'me filtrt1 au travers des pores1 clairt l'piderme de cette lumire spciale de la joie1 de cette sorte de clart qui s'pand des mes blanches1 file ainsi qu'une fume presque rose le long des joues et rayonne1 en se concentrant1 au front4 ,a considrer l'allure mcanique et hsitante de ces moines1 l'on devinait que les corps n'taient plus que des automates1 excutant par habitude leur mouvement de marche1 que les mes ne se souciaient plus d'eux1 taient ailleurs4 ,durtal reconnaissait le vieux convers maintenant si courb que son visage disparaissait dans sa barbe releve par la poitrine et ses deux grosses mains noueuses tremblaient1 en s'treignant2 il apercevait aussi le jeune et grand frre1 les traits tirs dans une face dissoute1 glissant petits pas1 sans yeux4 ,fatalement1 il dlibra sur lui-mme4 ,il tait le seul qui ne communiait pas1 car il voyait1 sortant le dernier derrire l'autel1 ,m4 ,bruno qui rejoignait1 les bras croiss1 sa place4 ,cette exclusion lui faisait si clairement comprendre combien il tait diffrent1 combien il tait loign de ce monde-l6 ,tous taient admis et1 lui seul1 restait4 ,son indignit s'attestait davantage et il s'attristait d'tre mis l'cart1 trait1 ainsi qu'il le mritait1 en tranger1 spar de mme que le bouc des critures1 parqu1 loin des brebis1 la gauche du ,christ4 ,ces remarques lui furent saines1 car elles dissiprent la terreur de la confession qui s'affirmait encore4 ,cet acte lui parut si naturel1 si juste1 dans sa ncessaire humiliation1 dans son indispensable souffrance1 qu'il et voulu l'accomplir tout de suite et pouvoir se reprsenter dans cette chapelle1 mond1 lav1 devenu au moins un peu plus semblable aux autres4 ,quand la messe prit fin1 il se dirigea vers sa cellule pour y chercher une tablette de chocolat4 ,en haut de l'escalier1 ,m4 ,bruno1 envelopp d'un grand tablier1 s'apprtait nettoyer les marches4 ,durtal l'examinait1 surpris4 ,l'oblat sourit et lui serra la main4 --,c'est une excellente besogne pour l'me1 fit-il1 en montrant son balai2 cela vous rappelle aux sentiments de modestie que l'on est trop enclin oublier1 lorsqu'on a vcu dans le monde4 ,et il se mit frotter vigoureusement et recueillir sur une pelle la poussire qui remplissait1 comme une poudre de poivre1 les salires creuses dans les carreaux du sol4 ,durtal emporta sa tablette dans le jardin4 ,rflchissons1 se dit-il1 en la grignotant2 si je longeais une autre route1 si j'allais me promener dans la partie du bois que j'ignore4 ,et il n'en eut aucun dsir4--,non1 dans l'tat o je suis1 j'aime mieux hanter le mme endroit1 ne point quitter les lieux o j'ai fix mes habitudes2 je suis dj si peu coordonn1 si facilement pars1 que je ne veux pas risquer de me dsunir dans la curiosit de nouveaux sites4 ,et il s'en fut prs de l'tang en croix4 ,il remonta le long de ses rives et quand il eut atteint le sommet1 il s'tonna de rencontrer1 quelques minutes de l1 un ruisseau mouchet de pellicules vertes1 creus entre deux haies qui servaient de clture au monastre4 ,plus loin1 s'tendaient des champs1 une vaste ferme dont on entrevoyait les toits dans des arbres1 et1 partout1 l'horizon1 sur des collines1 des forts qui semblaient arrter la marche en avant du ciel4 --,je me figurais ce territoire plus grand1 se dit-il1 en revenant sur ses pas et lorsqu'il eut regagn le haut de l'tang en croix1 il contempla l'immense crucifix de bois1 dress en l'air et qui se rverbrait dans cette glace noire4 ,il s'y enfonait1 vu de dos1 tremblait dans les petites ondes que plissait le vent1 paraissait descendre en tournoyant dans cette tendue d'encre4 ,et l'on n'apercevait de ce ,christ de marbre dont le corps tait cach par son bois1 que les deux bras blancs qui dpassaient l'instrument de supplice et se tordaient dans la suie des eaux4 ,assis sur l'herbe1 ,durtal regardait l'obscur miroir de cette croix couche et1 songeant son me qui tait1 ainsi que cet tang1 tanne1 salie1 par un lit de feuilles mortes1 par un fumier de fautes1 il plaignait le sauveur qu'il allait convier s'y baigner1 car ce ne serait mme plus le martyre du ,golgotha1 consomm1 sur une minence1 la tte haute1 au jour1 en plein air1 au moins6 mais ce serait1 par un surcrot d'outrages1 l'abominable plongeon du corps crucifi1 la tte en bas1 la nuit1 dans un fond de boue6 --,ah6 il serait temps de l'pargner1 en me filtrant1 en me clarifiant1 se cria-t-il4--,et le cygne1 demeur jusqu'alors immobile dans un bras de l'tang1 balaya1 en s'avanant1 la lamentable image1 blanchit de son reflet tranquille le deuil remu des eaux4 ,et ,durtal songea l'absolution qu'il obtiendrait peut-tre et il rouvrit son eucologe et dnombra ses fautes2 et lentement1 ainsi que la veille1 il se tarauda1 parvint1 en se sondant1 faire sortir du sol de son tre un jet de larmes4 ,il s'agit de se contenir1 se dit-il1 tremblant l'ide qu'il suffoquerait encore1 qu'il ne pourrait parler2 et il rsolut de commencer rebours sa confession1 d'numrer d'abord les petits pchs1 de garder les gros pour la fin1 de terminer par l'aveu des mfaits charnels2 si alors je succombe1 j'arriverai quand mme m'expliquer en deux mots4--,mon ,dieu6 pourvu nanmoins que le prieur ne se taise pas comme hier1 pourvu qu'il me dlie6 ,il secoua sa tristesse1 quitta l'tang1 rejoignit son alle de tilleuls et il se plut inspecter de prs ces arbres4 ,ils rigeaient des troncs normes1 frotts d'orpin roux1 gouachs d'argent gris par des mousses2 et plusieurs1 ce matin-l1 taient envelopps ainsi que d'une mantille couture de perles1 par des fils de la ,vierge que la rose attachait avec les nuds clairs de ses gouttes4 ,il s'assit sur un banc1 puis craignant une onde1 car le temps tournait la pluie1 il se retira dans sa cellule4 ,il ne se sentait aucune envie de lire2 il n'avait plus qu'une hte1 atteindre1 tout en la redoutant1 la neuvime heure1 en finir avec le lest de son me et s'en dcharger1 et il priait mcaniquement1 sans savoir ce qu'il marmottait1 pensant toujours cette confession1 repris d'alarmes1 retravers de transes4 ,il descendit un peu avant l'heure--et le cur lui manqua1 lorsqu'il pntra dans l'auditoire4 ,malgr lui1 ses yeux se braquaient sur ce prie-,dieu o il avait si cruellement souffert4 ,dire qu'il allait falloir se remettre sur cette claie1 s'tendre encore sur ce chevalet de torture6 ,il essaya de se colliger1 de se rsumer--et il se cabra brusquement2 il entendait les pas du moine4 ,la porte s'ouvrit et1 pour la premire fois1 ,durtal osa dvisager le prieur2 ce n'tait plus du tout le mme homme1 plus du tout la figure qu'il discernait de loin2 autant le profil tait hautain1 autant la face tait douce2 et c'tait l'il qui moussait l'altire nergie des traits1 un il familier et profond o il y avait1 la fois1 de la joie placide et de la piti triste4 --,allons1 dit-il1 ne vous troublez pas1 car c'est ,notre ,seigneur seul qui connat vos fautes que vous allez parler4 ,et il s'agenouilla1 pria longuement et vint1 ainsi que la veille1 s'asseoir prs du prie-,dieu2 il se pencha sur ,durtal et tendit l'oreille4 ,un peu rassur1 le pnitent commena sans trop d'angoisses4 ,il s'accusait de toutes les fautes communes aux hommes1 manque de charit envers le prochain1 mdisance1 haine1 jugements tmraires1 injures1 mensonges1 vanit1 colre1 etc4 ,le moine l'interrompit1 un moment4 --,vous avez dclar1 je crois1 tout l'heure1 que1 dans votre jeunesse1 vous aviez contract des dettes2 les avez-vous payes8 ,et sur un signe affirmatif de ,durtal1 il fit3 ,bien--et poursuivit3 --,avez-vous fait partie d'une socit secrte8 vous tes-vous battu en duel8--je suis oblig de poser ces questions1 car ce sont des pchs rservs4 ,non8--,bien--et il se tut4 --,envers ,dieu1 je m'accuse de tout1 reprit ,durtal2 comme je vous l'ai avou1 hier1 depuis ma premire communion1 j'ai tout quitt1 prires1 messe1 enfin tout2 j'ai ni ,dieu1 je l'ai blasphm1 j'avais entirement perdu la ,foi4 ,et ,durtal s'arrta4 ,il arrivait aux forfaits des chairs4 ,sa voix faiblit4 --,ici1 je ne sais plus comment m'expliquer1 fit-il1 en refoulant ses larmes4 --,voyons1 dit doucement le moine1 vous m'avez affirm1 hier1 que vous aviez commis tous les actes que comporte la malice spciale de la ,luxure4 --,oui1 mon pre4--,et1 tremblant1 il ajouta3--,dois-je entrer dans des dtails8 --,non1 c'est inutile4 ,je me bornerai vous demander1 parce que cela change la nature du pch1 s'il y a eu1 dans votre cas1 des fautes personnelles et des fautes commises entre personnes du mme sexe8 --,depuis le collge1 non4 --,s'il y a eu adultre8 --,oui4 --,dois-je comprendre1 que dans vos relations avec les femmes1 aucun des excs possibles ne fut omis8 ,durtal eut un signe affirmatif4 --,bien1 cela suffit4 ,et le moine se tut4 ,durtal touffait de dgot2 l'aveu de ces turpitudes lui cotait affreusement2 et cependant1 bien qu'il ft encore accabl de honte1 il commenait dj respirer quand1 tout coup1 il se replongea la tte dans ses mains4 ,le souvenir du sacrilge1 auquel ,mme ,chantelouve l'avait fait participer1 lui revenait4 ,il raconta1 en balbutiant1 qu'il avait assist1 par curiosit1 une messe noire et qu'aprs1 sans le vouloir1 il avait souill une hostie que cette femme1 sature de ,satanisme1 cachait en elle4 ,le prieur coutait sans broncher4 --,avez-vous continu frquenter cette femme aprs8 --,non1 cela m'avait fait horreur4 ,le trappiste rflchit et3 --,c'est tout8 --,je crois avoir tout avou1 rpondit ,durtal4 ,le confesseur garda le silence pendant quelques minutes1 puis d'une voix pensive1 il murmura3 --,je suis plus qu'hier encore frapp par l'tonnant miracle que le ciel a opr en vous4 ,vous tiez malade1 si malade que vraiment l'on pouvait dire de votre me ce que ,marthe disait du corps de ,lazare3 ,jam ftet6--,et le ,christ vous a1 en quelque sorte1 ressuscit4 ,seulement1 ne vous y trompez pas1 la conversion du pcheur n'est pas sa gurison1 mais seulement sa convalescence2 et cette convalescence dure quelquefois plusieurs annes1 est souvent longue4 ,il convient donc que vous vous dterminiez1 ds prsent1 vous prmunir contre les rechutes1 tenter ce qui dpendra de vous pour vous rtablir4 ,ce traitement prventif se compose de la prire1 du ,sacrement de ,pnitence1 de la sainte communion4 ,la prire8--vous la connaissez1 car1 aprs une vie agite telle que fut la vtre1 vous n'avez pu vous dcider migrer ici1 sans avoir auparavant beaucoup pri4 --,ah6 si mal6 --,peu importe1 puisque votre dsir tait de prier bien6--,la confession8--,elle vous fut pnible2 elle le sera moins maintenant que vous n'aurez plus avouer des annes accumules de fautes4 ,la communion m'inquite davantage2 l'on pourrait en effet craindre que dans le cas o vous triompheriez de la chair1 le ,dmon ne vous attendt l et qu'il ne s'effort de vous en loigner1 car il sait fort bien que1 sans ce divin ,magistre1 aucune gurison n'est possible4 ,vous aurez donc porter sur ce point toute votre attention4 ,le moine rflchit une minute1 puis il reprit3 --,la sainte ,eucharistie444 vous en aurez plus qu'un autre besoin1 car vous serez plus malheureux que les tres moins cultivs1 que les tres plus simples4 ,vous serez tortur par l'imagination4 ,elle vous a fait beaucoup pcher et1 par un juste retour1 elle vous fera beaucoup souffrir2 elle sera la porte mal ferme de votre personne et c'est par l que le ,dmon s'introduira et s'pandra en vous4--,veillez donc de ce ct et priez ardemment pour que le ,seigneur vous vienne en aide4 ,dites-moi1 avez-vous un chapelet8 --,non1 mon pre4 --,je sens1 reprit le moine1 dans le ton dont vous avez prononc ce nom1 percer une certaine hostilit contre le chapelet4 --,je vous avouerai que ce moyen mcanique pour rciter des oraisons me gne un peu2 je ne sais pas1 mais il me semble qu'au bout de quelques secondes1 je ne pourrais plus penser ce que je rpte2 je bafouillerais1 je finirais certainement par balbutier des btises444 --,vous avez connu1 fit tranquillement le prieur1 des pres de famille4 ,leurs enfants leur bredouillaient des caresses1 leur racontaient n'importe quoi et ils taient cependant ravis de les entendre6 ,pourquoi voulez-vous que ,notre ,seigneur1 qui est un bon pre1 n'aime pas couter ses enfants mme lorsqu'ils nonnent1 mme lorsqu'ils dbitent des btises8 ,et1 aprs une pause1 il poursuivit3 --,je flaire un peu de ruse diabolique dans votre avis1 car de grandes grces sont attaches cette couronne d'oraisons4 ,la ,trs ,sainte ,vierge a elle-mme rvl ce moyen de prier aux ,saints2 ,elle a dclar s'y complaire2 cela doit suffire pour nous le faire aimer4 ,faites-le donc pour ,elle qui a puissamment aid votre conversion1 qui a intercd auprs de son ,fils pour vous sauver4 ,rappelez-vous aussi que ,dieu a voulu que toutes les grces nous vinssent par ,elle4 ,saint ,bernard le dclare expressment3 ,totum nos habere voluit per ,mariam4 ,le moine fit une nouvelle pause et il ajouta3 --,le chapelet met1 du reste1 les sots en fureur et c'est l un signe sr4 ,vous voudrez bien1 comme pnitence1 rciter une dizaine1 pendant un mois1 chaque jour4 ,il se tut1 puis lentement1 il reprit3 --,nous gardons tous1 hlas6 cette cicatrice du pch originel qu'est le penchant au mal2 chacun la mnage plus ou moins2 vous1 depuis l'ge de discrtion1 vous l'avez constamment ouverte1 mais il suffit que vous excriez votre plaie pour que ,dieu la ferme4 ,je ne vous parlerai donc pas de votre pass1 puisque votre repentir et votre ferme propos de ne plus pcher l'effacent4 ,demain1 vous recevrez le gage de la rconciliation1 vous communierez2 aprs tant d'annes1 le ,seigneur s'engagera dans la route de votre me et s'y arrtera2 abordez-le avec grande humilit et prparez-vous d'ici l1 par la prire1 ce mystrieux cur cur que sa bont dsire4 ,dites maintenant votre acte de contrition1 je vais vous donner la sainte absolution4 ,le moine leva les bras et les manches de sa coule blanche volrent ainsi que deux ailes au-dessus de lui4 ,il profrait1 les yeux au ciel1 l'imprieuse formule qui rompt les liens2 et trois mots prononcs1 d'une voix plus haute et plus lente3 ,ego te absolvo tombrent sur ,durtal qui frmit de la tte aux pieds4 ,il s'affaissa presque sur le sol1 incapable de se runir1 de se comprendre1 sentant seulement et cela d'une faon trs nette1--que le ,christ tait en personne prsent1 tait l1 prs de lui dans cette pice1--et1 ne trouvant aucune parole pour le remercier1 il pleura1 ravi1 courb sous le grand signe de croix dont le couvrait le moine4 ,il lui sembla sortir d'un rve1 alors que le prieur lui dit3 ,rjouissez-vous1 votre vie est morte2 elle est enterre dans un clotre et c'est aussi dans un clotre qu'elle va renatre2 c'est un bon prsage2 ayez confiance en ,notre ,seigneur et allez en paix4 ,et le pre ajouta1 en lui serrant la main3 n'ayez aucune crainte de me dranger1 je suis votre entire disposition2 non seulement pour la confession1 mais encore pour tous les entretiens1 pour tous les conseils qui pourraient vous tre utiles2 c'est bien entendu1 n'est-ce pas8 ,ils quittrent ensemble l'auditoire2 le moine le salua dans le corridor et disparut4 ,durtal hsitait entre aller mditer dans sa cellule ou dans l'glise1 quand ,m4 ,bruno survint4 ,il s'approcha de ,durtal et lui dit3 --,hein8 c'est un fameux poids de moins sur l'estomac6 ,et ,durtal le regardant1 tonn1 il rit4 --,pensez-vous donc qu'un vieux pcheur tel que moi n'ait pas dcouvert mille riens1 ne ft-ce qu' vos pauvres yeux qui maintenant s'clairent1 que vous n'tiez pas encore rconcili lorsque vous tes dbarqu ici4 ,or1 je viens de surprendre le rvrend pre qui retourne dans le clotre et1 vous1 je vous rencontre sortant de l'auditoire2 il n'est pas ds lors ncessaire d'tre bien malin pour deviner que le grand lavage vient d'avoir lieu6 --,mais1 fit ,durtal1 le prieur que vous n'avez pu voir avec moi1 puisqu'il tait parti quand vous tes entr1 aurait pu accomplir une autre tche4 --,non1 car il n'tait pas en scapulaire2 il avait la coule4 ,et comme il n'endosse cette robe que pour se rendre l'glise ou confesse1 j'tais bien certain1 tant donne cette heure-ci qui ne comporte aucun office1 qu'il venait de l'auditoire4 ,j'avanai encore que les trappistes n'tant pas confesss dans cette pice1 deux personnes seulement pouvaient s'y entretenir avec lui1 vous ou moi4 --,vous m'en direz tant1 rpliqua ,durtal1 en riant4 ,le ,pre tienne les accosta sur ces entrefaites et ,durtal lui rclama un chapelet4 --,mais je n'en ai pas1 s'cria le moine4 --,j'en possde plusieurs1 fit ,m4 ,bruno1 et je serai trs heureux de vous en offrir un4 ,vous permettez1 mon pre444 ,le moine acquiesa d'un signe4 --,alors si vous voulez bien m'accompagner1 reprit l'oblat1 en s'adressant ,durtal1 je vous le remettrai1 sans plus tarder4 ,ils montrent ensemble l'escalier et ,durtal connut alors que ,m4 ,bruno demeurait dans une pice situe au fond d'un petit corridor1 pas bien loin de la sienne4 ,cette cellule tait trs simplement meuble d'un ancien mobilier bourgeois1 d'un lit1 d'un bureau d'acajou1 d'une large bibliothque pleine de livres asctiques1 d'un pole de faence et de fauteuils4 ,ces meubles appartenaient videmment l'oblat1 car ils ne ressemblaient en rien au mobilier des ,trappes4 --,asseyez-vous1 je vous prie1 dit ,m4 ,bruno1 en montrant un fauteuil1 et ils causrent4 ,aprs s'tre d'abord engage sur le ,sacrement de ,pnitence1 la conversation se fixa sur le ,p4 ,maximin et ,durtal avoua que la haute mine du prieur l'avait terrifi tout d'abord4 ,m4 ,bruno se mit rire4--,oui1 fit-il1 il produit cet effet sur ceux qui ne l'approchent point1 mais quand on le frquente1 on discerne qu'il n'est rigide que pour lui-mme1 car nul n'est1 pour les autres1 plus indulgent2 c'est un vrai et un saint moine1 dans toute l'acception du terme2 aussi a-t-il de grandes lumires444 ,et comme ,durtal lui parlait des autres cnobites et s'tonnait qu'il y et1 parmi eux1 de trs jeunes gens1 ,m4 ,bruno rpondit3 --,s'imaginer que la plupart des trappistes ont vcu dans le monde est une erreur4 ,cette ide1 si rpandue1 que les gens se rfugient dans les ,trappes aprs de longs chagrins1 aprs des existences dsordonnes1 est absolument fausse2 d'ailleurs1 pour pouvoir endurer le rgime dbilitant du clotre1 il faut commencer jeune et surtout ne pas apporter un corps us par des abus de toute sorte4 ,il convient aussi de ne pas confondre la misanthropie et la vocation monastique2--ce n'est pas l'hypocondrie1 mais l'appel divin1 qui conduit dans les ,trappes4 ,il y a l une grce spciale qui fait que de tout jeunes gens1 qui n'ont jamais vcu1 aspirent pouvoir s'interner dans le silence et y souffrir les privations les plus dures2 et ils sont heureux ainsi que je vous souhaiterais de l'tre2 et cependant leur existence est encore plus rigoureuse que vous ne la supposez2 prenons les convers1 par exemple4 ,songez qu'ils se livrent aux labeurs les plus pnibles et qu'ils n'ont mme pas comme les pres la consolation d'assister tous les offices et de les chanter2 songez que leur rcompense qui est la communion ne leur est mme pas trs souvent concde4 ,reprsentez-vous maintenant l'hiver ici4 ,le froid y est terrible2 dans ces btiments dlabrs1 rien ne ferme et le vent balaie la maison du haut en bas2 ils y glent sans feu1 couchent sur des grabats2 et ils ne peuvent se soutenir1 s'encourager entre eux1 car ils se connaissent peine1 puisque toute conversation est interdite4 ,pensez aussi que ces pauvres gens n'ont jamais un mot aimable1 un mot qui les soulage ou qui les rconforte4 ,ils travaillent de l'aube la nuit et jamais le matre ne les remercie de leur zle1 jamais il ne dit au bon ouvrier qu'il est content4 ,considrez encore que1 l't1 lorsque pour faucher la moisson1 l'on embauche1 dans les villages voisins1 des hommes1 ceux-l se reposent quand le soleil torrfie les champs2 ils s'assoient l'ombre des meules1 en manches de chemise et ils boivent s'ils ont soif et ils mangent2 et le convers les regarde dans ses lourds vtements2 et il continue sa besogne et il ne mange pas et il ne boit point4 ,allez1 il faut des mes fortement trempes pour rsister une vie pareille6 --,mais enfin1 dit ,durtal1 il doit y avoir des jours de dtente1 des moments o la rgle se relche4 --,jamais2 il n'y a mme pas1 ainsi que dans des ordres bien austres pourtant--chez les ,carmlites1 pour en citer un1--une heure de rcration o le religieux peut parler et rire4 ,ici1 le silence est ternel4 --,mme lorsqu'ils sont ensemble au rfectoire8 --,on lit alors les confrences de ,cassien1 l'chelle sainte de ,climaque1 les vies des ,pres du ,dsert1 ou quelque autre volume pieux4 --,et le dimanche8 --,le dimanche1 on se lve une heure plus tt2 mais c'est en effet leur bon jour1 car ils peuvent suivre tous les offices1 passer tout leur temps dans l'glise6 --,l'humilit1 l'abngation1 exacerbes jusqu' ce point1 sont surhumaines6 s'cria ,durtal4--,mais1 pour qu'ils puissent se livrer1 du matin au soir1 aux travaux reintants des champs1 encore faut-il qu'on leur accorde1 en quantit suffisante1 une nourriture assez forte4 ,m4 ,bruno sourit4 --,ils consomment tout bonnement des lgumes qui ne valent mme pas ceux qu'on nous sert et1 en guise de vin1 ils se dsaltrent avec une boisson aigre et doucetre qui dpose une moiti de lie par verre4 ,ils en ont la valeur d'une hmine ou d'une pinte1 mais ils peuvent l'allonger avec de l'eau1 s'ils ont soif4 --,et ils font combien de repas8 --,cela dpend4--,du #ad ,septembre au ,carme ils ne mangent qu'une fois par jour1 #b heures #a_/b--;et1 durant le ,carme1 ce repas est recul jusqu' #d heures4 ,de ,pques au #ad ,septembre o le jene ,cistercien est moins rigide1 le dner a lieu vers #aa heures #a_/b et l'on peut y ajouter le mixte1 c'est--dire une lgre collation le soir4 --,c'est effrayant6 travailler et1 pendant des mois1 ne s'alimenter qu' deux heures de l'aprs-midi1 alors qu'on est debout depuis deux heures du matin et que l'on n'a pas dn la veille6 --,aussi est-on1 parfois1 oblig d'largir un peu la rgle et lorsqu'un moine tombe en faiblesse1 on ne lui refuse pas un morceau de pain4 ,il faudra bien1 du reste1 continua ,m4 ,bruno d'un ton pensif1 que l'on desserre davantage encore l'treinte de ces observances1 car cette question de la table devient une vritable pierre d'achoppement pour le recrutement des ,trappes2 des mes qui se plairaient dans ces clotres sont forces de les fuir1 parce que le corps qu'elles tranent aprs elles ne peut s'accoutumer ce rgime#a4 #a ,l'opinion de ,m4 ,bruno a t rcemment adopte par tous les abbs de l'ordre4 ,dans un chapitre gnral des ,trappes tenu1 du #ab au #ah septembre #ahid1 en ,hollande1 ,tilburg1 il a t dcid qu'en dehors des temps de jene1 les moines goteraient le matin1 dneraient onze heures et souperaient le soir4 ,l'article ,,cxvi des nouvelles constitutions1 votes par cette assemble capitulaire et approuves par le ,saint ,sige1 est1 en effet1 ainsi conu3 ,diebus quibus non jejunatur a ,sancto ,pascha usque ad ,idus ,septembris1 ,dominicis per totum annum et omnibus festis ,sermonis aut feriatis extra ,quadragesimam1 omnes monachi mane accipiant mixtum1 hora undecima prandeant et ad seram cnent4 --,et les ,pres mnent la mme existence que les convers8 --,absolument1 ils donnent l'exemple2 tous avalent la mme pitance et couchent dans le mme dortoir1 sur des lits pareils2 c'est l'galit absolue4 ,seulement1 les pres ont l'avantage de chanter l'office et d'obtenir des communions plus frquentes4 --,parmi les convers1 il en est deux qui m'ont particulirement intress1 l'un1 tout jeune1 un grand blond qui a une barbe allonge en pointe1 l'autre un trs vieux1 tout courb4 --,le jeune est le frre ,anaclet2 c'est une vritable colonne de prires que ce jeune homme et l'une des plus prcieuses recrues dont le ciel ait dot notre abbaye4 ,quant au vieux ,simon1 il est un enfant des ,trappes1 car il a t lev dans un orphelinat de l'ordre4 ,celui-l est une me extraordinaire1 un vritable saint1 qui vit dj fondu en ,dieu4 ,nous en causerons plus longuement1 un autre jour1 car il est temps que nous descendions2 l'heure de ,sexte est proche4 ,tenez1 voici le chapelet que je me suis permis de vous offrir4 ,laissez-moi y joindre une mdaille de saint ,benot4--,et il remit ,durtal un petit chapelet de bois et l'trange rondelle1 grave de lettres cabalistiques1 qu'est l'amulette de saint ,benot4 --,vous connaissez le sens de ces signes8 --,oui1 je l'ai lu autrefois dans une brochure de ,dom ,guranger4 --,bon4--,et1 propos1 quand communiez-vous8 --,demain4 --,demain1 c'est impossible6 --,pourquoi est-ce impossible8 --,mais parce que1 demain1 l'on ne clbrera qu'une seule messe1 celle de cinq heures et que la rgle empche d'y communier isolment4 ,le ,p4 ,benot1 qui en dit d'habitude une autre avant1 est parti1 ce matin1 et il ne reviendra que dans deux jours4 ,il y a donc erreur4 --,enfin le prieur m'a positivement dclar que je communierais demain6 s'cria ,durtal4--,tous les pres ne sont donc pas prtres1 ici8 --,non1 en fait de prtres1 il y a l'abb qui est malade1 le prieur qui offrira1 demain1 le sacrifice cinq heures1 le ,p4 ,benot dont je vous ai parl1 un autre que vous n'avez pas vu et qui voyage4 ,au reste1 si cela avait t possible1 je me serais approch1 moi aussi1 de la ,sainte ,table4 --,alors1 s'ils ne sont pas tous consacrs1 quelle diffrence existe-t-il entre les pres qui n'ont pas obtenu le sacerdoce et les simples convers8 --,l'ducation4--,pour tre pre1 il faut avoir fait ses tudes1 savoir le latin1 n'tre pas1 en un mot1 ce que sont les frres lais1 des paysans ou des ouvriers4--,dans tous les cas1 je verrai le prieur et je vous rendrai1 pour la communion de demain1 rponse aprs l'office4 ,mais c'est ennuyeux2 il aurait fallu que vous pussiez vous mler ce matin nous6 ,durtal eut un geste de regret4 ,il s'en fut la chapelle1 ruminant sur ce contre-temps1 priant ,dieu de ne pas retarder plus longtemps sa rentre en grce4 ,aprs ,sexte1 l'oblat vint le rejoindre4--,c'est bien comme je pensais1 fit-il1 mais vous serez nanmoins admis la consomption du sacrement4--,le pre prieur s'est entendu avec le vicaire qui dne auprs de nous4 ,il dira1 demain matin1 avant son dpart une messe et vous y communierez4 --,oh6 gmit ,durtal4 ,cette nouvelle lui crevait le cur4 tre venu la ,trappe pour recevoir l',eucharistie des mains d'un prtre de passage1 d'un prtre jovial tel qu'tait celui-l6--,ah non1 j'ai t confess par un moine et je voudrais tre communi par un moine6 se cria-t-il4--,il vaudrait mieux attendre que le ,p4 ,benot ft rentr--mais comment faire8 ,je ne puis cependant exposer au prieur que ce soutanier inconnu me dplat et qu'il me serait vraiment pnible1 aprs avoir tant fait1 de finir par tre rconcili1 dans un clotre1 ainsi6 ,et il se plaignit ,dieu1 lui dit que tout le bonheur qu'il pouvait avoir1 d'tre dcant1 d'tre enfin clair1 tait maintenant gt par ce mcompte4 ,il arriva au rfectoire1 la tte basse4 ,le vicaire tait dj l4 ,voyant la mine contrite de ,durtal1 il tenta charitablement de l'gayer1 mais les plaisanteries qu'il essaya produisirent l'effet contraire4 ,pour tre poli1 ,durtal souriait1 mais d'un air si gn1 que ,m4 ,bruno1 qui l'observait1 dtourna la conversation et accapara le prtre4 ,durtal avait hte que le dner prt fin4 ,il avait mang son uf et il absorbait pniblement une pure de pommes de terre l'huile chaude qui ressemblait s'y mprendre1 comme aspect1 de la vaseline2 mais la nourriture1 il s'en souciait peu maintenant6 ,il se disait3 c'est terrible d'emporter d'une premire communion un souvenir irritant1 une impression pnible--et je me connais1 ce sera pour moi une hantise4 ,parbleu1 je sais bien qu'au point de vue thologique1 il importe peu que j'aie affaire un prtre ou un trappiste2 l'un et l'autre ne sont que des truchements entre ,dieu et moi1 mais enfin1 je sens trs bien aussi que ce n'est pas du tout la mme chose4 ,pour une fois au moins1 j'ai besoin d'une garantie1 d'une certitude de saintet et comment l'avoir avec un ecclsiastique qui colporte les plaisanteries d'un placier en vins8--,il s'arrta1 songeant que l'abb ,gvresin l'avait prcisment1 par crainte de ces mfiances1 envoy dans une ,trappe4--,quelle dveine6 se dit-il4 ,il n'coutait mme point l'entretien qui se tranait1 ct de lui1 entre le vicaire et l'oblat4 ,il se battait1 tout seul1 en mchant1 le nez dans son assiette4 --,je n'ai pas envie de communier demain1 reprit-il2 et il se rvolta4 ,il tait lche et il devenait imbcile la fin4 ,est-ce que le ,sauveur ne se donnerait pas lui1 quand mme8 ,il sortit de table1 agit par une angoisse sourde et il erra dans le parc et dvala au hasard des alles4 ,une autre ide s'implantait maintenant1 l'ide d'une preuve que lui infligeait le ,ciel4 ,je manque d'humilit1 se rptait-il2 eh bien1 c'est pour me punir que la joie d'tre sanctifi par un moine m'est refuse4--,le ,christ m'a pardonn1 c'est dj beaucoup4--,pourquoi m'accorderait-il davantage1 en tenant compte de mes prfrences1 en exauant mes vux8 ,cette pense l'apaisa pendant quelques minutes2 et il se reprocha ses rvoltes1 s'accusa d'tre injuste envers un prtre qui pouvait tre1 aprs tout1 un saint4 ,ah6 ,laissons cela1 se dit-il2 acceptons le fait accompli1 tchons pour une fois d'tre un peu humble2 en attendant j'ai mon chapelet rciter2 il s'assit sur l'herbe et commena4 ,il n'en tait pas au deuxime grain1 qu'il tait nouveau poursuivi par son mcompte4 ,il recommena son ,pater et son ,ave1 continua1 ne songeant mme plus au sens de ses prires1 ruminant3--,quelle malchance1 il faut que justement un moine1 qui clbre la messe tous les jours1 s'absente pour que1 demain1 je subisse une dception pareille6 ,il se tut1 eut une minute d'accalmie et soudain un nouvel lment de trouble fondit sur lui4 ,il regardait son chapelet dont il avait gren dix grains4 ,mais1 voyons1 le prieur m'a command d'en dbiter une dizaine1 tous les jours1 une dizaine de grains ou une dizaine de chapelets8 ,de grains1 se rpondit-il--et presque aussitt il se rpliqua3 de chapelets4 ,il demeura perplexe4 --,mais c'est idiot1 il n'a pu m'ordonner de dfiler dix chapelets par jour2 cela ferait quelque chose comme cinq cents oraisons1 la suite2 personne ne pourrait1 sans drailler1 parfaire une semblable tche2 il n'y a donc pas hsiter1 il s'agit de dix grains1 c'est clair6 --,eh non6 car enfin si le confesseur vous impose une pnitence1 on doit admettre qu'il la proportionne la grandeur des fautes qu'elle rpare4 ,puis1 j'avais une rpugnance pour ces gouttes de dvotion mises en globules1 il est donc naturel qu'il m'ingurgite le rosaire1 haute dose6 ,pourtant444 pourtant444 cela ne se peut6 je n'aurais mme pas ,paris le temps matriel de l'nonner2 c'est absurde6 ,et l'ide qu'il se trompait revint1 lancinante1 la charge4 ,il n'y a pas barguigner1 cependant2 dans le langage ecclsiastique1 une dizaine dsigne dix grains2 sans doute444 mais je me rappelle fort bien qu'aprs avoir prononc le mot chapelet1 le pre s'est exprim ainsi3 vous direz une dizaine1 ce qui signifie une dizaine de chapelets1 car autrement il et spcifi une dizaine444 d'un chapelet4 ,et il se riposta aussitt3--le pre n'avait pas mettre les points sur les i1 puisqu'il employait un terme convenu1 connu de tous4 ,cet ergotage sur la valeur d'un mot est ridicule6 ,il essaya de chasser cette tourmente en faisant vainement appel sa raison2 et subitement1 il se sortit un argument qui acheva de le dtraquer4 ,il s'inventa que c'tait par lchet1 par paresse1 par dsir de contradiction1 par besoin de rvolte1 qu'il ne voulait pas dvider ses dix bobines4 ,entre les deux interprtations1 j'ai choisi celle qui me dispensait de tout effort1 de toute peine1 c'est vraiment trop facile6--,cela seul prouve que je me leurre lorsque j'essaie de me persuader que le prieur ne m'a pas prescrit d'grapper plus de dix grains6 ,puis un ,pater1 dix ,ave et un ,gloria1 mais alors ce n'est rien2 ce n'est pas srieux comme pnitence6 ,et il dut se rpondre3 c'est pourtant beaucoup pour toi1 puisque tu ne peux parvenir les profrer1 sans t'vaguer6 ,il pivotait sur lui-mme1 sans avancer d'un pas4 --,je n'ai jamais prouv une pareille hsitation1 se dit-il1 en tchant de se reprendre2 je ne suis pas fou et pourtant je me bats contre mon bon sens1 car il n'y a pas en douter1 je le sais1 je dois goutter une dizaine d',ave et pas un de plus6 ,il demeura interloqu1 presque effray de cet tat qui tait nouveau pour lui4 ,et1 pour se dbarrasser1 pour se faire taire1 il s'imagina une nouvelle rflexion qui conciliait vaguement les deux parties1 qui parait au plus press1 qui prsentait au moins une solution provisoire4 ,dans tous les cas1 reprit-il je ne puis communier demain si je n'ai pas accompli aujourd'hui ma pnitence2 dans le doute1 le plus sage est de s'atteler aux dix chapelets2 plus tard nous verrons2 je pourrais1 au besoin1 consulter le prieur4 ,il est vrai qu'il va me croire imbcile1 si je lui parle de ces chapelets6 je ne puis cependant lui demander cela6 --,mais alors1 tu vois bien1 tu l'avoues toi-mme1 il ne saurait tre question que de dix grains6 ,il s'exaspra1 se rua1 pour obtenir son propre silence1 sur le rosaire4 ,il avait beau fermer les yeux1 tenter de se ramasser1 de se grouper1 il lui fut impossible1 au bout de deux dizaines1 de suivre ses oraisons2 il bafouillait1 oubliait les bols du ,pater1 s'garait dans les granules des ,ave1 pitinait sur place4 ,il s'avisa1 pour se rprimer1 de se transporter en imagination1 chaque dose1 dans une des chapelles de la vierge qu'il aimait frquenter ,paris1 ,notre ,dame des ,victoires1 ,saint-,sulpice1 ,saint-,sverin2 mais ces vierges n'tant pas assez nombreuses pour qu'il pt leur ddier chaque dizain1 il voqua les ,madones des tableaux des ,primitifs et1 recueilli devant leur image1 il tourna le treuil de ses exorations1 ne comprenant pas ce qu'il marmottait1 mais priant la ,mre du ,sauveur d'accepter ses patentres1 comme elle recevrait la fume perdue d'un encensoir1 oubli devant l'autel4 ,je ne puis me forcer davantage1 se dit-il2 il sortit de ce labeur1 harass1 moulu1 voulut souffler2 il lui restait encore trois chapelets puiser4 ,et aussitt qu'il se fut arrt1 la question de l',eucharistie1 qui s'tait tue1 reprit3 --,mieux valait ne pas communier que de communier mal2 et il tait impossible qu'aprs de tels dbats1 qu'avec de pareilles prventions1 il pt aborder proprement la ,sainte ,table4 ,oui1 mais alors comment faire8--au fond1 n'tait-ce pas dj monstrueux que de discuter les ordres du moine1 que de vouloir oprer sa guise1 que de rclamer ses aises6--,je vais1 si cela continue1 si bien pcher aujourd'hui que je serai oblig de me reconfesser1 se dit-il4 ,pour rompre cette obsession1 il s'lana encore sur son rouet1 mais alors1 il s'assotit compltement2 l'artifice dont il s'tait servi pour se tenir au moins devant la ,vierge tait us4 ,quand il voulut s'abstraire1 puis se susciter un souvenir de ,memling1 il ne put y parvenir et ses oraisons purement labiales1 en l'excdant1 le dsolrent4 ,j'ai l'me extnue1 pensa-t-il1 j'agirai sagement en la laissant reposer1 en demeurant tranquille4 ,il erra autour de l'tang1 ne sachant plus que devenir4 ,si j'allais dans ma cellule8--,il s'y rendit1 essaya de s'absorber dans le ,petit ,office de la ,vierge et il ne saisit pas un seul mot des phrases qu'il lisait4 ,il redescendit et recommena rder dans le parc4 --,il y a de quoi devenir fou6 se cria-t-il--et1 mlancoliquement1 il se rpta3 je devrais tre heureux1 prier en paix1 me prparer l'acte de demain et jamais je n'ai t si inquiet1 si boulevers1 si loin de ,dieu6 --,il faut pourtant que j'achve cette pnitence6 ,le dsespoir l'abattit1 il fut sur le point de tout lcher2 il se mata encore1 s'astreignit peler ses grains4 ,il finit par les expdier2 il tait bout de forces4 ,et aussitt il trouva un nouveau moyen de se torturer4 ,il se reprocha d'avoir geint ces prires1 ngligemment1 sans mme avoir srieusement tent d'agrger ses sens4 ,et il fut sur le point de recommencer tout le chapelet2 mais devant l'vidente folie de cette suggestion1 il se cabra1 se refusa de s'couter1 puis il se harcela encore4 --,il n'en est pas moins vrai que tu n'as pas exactement rempli la tche assigne par le confesseur1 puisque ta conscience te reproche ton manque de recueillement1 tes diversions4 ,mais je suis crev6 se cria-t-il1 je ne puis1 dans cet tat1 ritrer ces exercices6--et1 cette fois encore1 il aboutit1 pour se dpartager1 s'inventer un nouveau joint4 ,il pourrait compenser par une dizaine1 rflchie1 prononce avec soin1 toutes les boules du rosaire qu'il avait marmonnes1 sans les comprendre4 ,et il essaya de remettre la manivelle en marche1 mais ds qu'il eut extrait le ,pater1 il divagua2 il s'entta quand mme vouloir moudre les ,ave1 mais alors son esprit se dispersa1 s'enfuit de toutes parts4 ,il s'arrta1 songeant3 quoi bon8 du reste1 une dizaine1 mme bien dite1 quivaudrait-elle cinq cents oraisons rates8 et puis1 pourquoi une dizaine et pas deux1 pas trois2 c'est absurde6 ,la colre le gagnait2 la fin du compte1 conclut-il1 ces rcidives sont ineptes2 le ,christ a positivement dclar qu'il ne fallait pas user de vaines redites dans les prires4 ,alors quel est le but de ce moulinet d',ave8 --,si je m'appesantis sur cet ordre d'ides1 si j'ergote sur les injonctions du moine1 je suis perdu1 se dit-il1 tout coup2 et d'un effort de volont il touffa les rvoltes qui grondaient en lui4 ,il se rfugia dans sa cellule2 les heures s'allongeaient interminables2 il les tuait se ressasser toujours les mmes objections1 toujours les mmes rponses4 ,cela devenait un rabchage dont il avait1 lui-mme1 honte4 ,ce qui est certain1 c'est que je suis victime d'une aberration1 reprit-il2 je ne parle pas de l',eucharistie2 l1 mes penses peuvent n'tre point justes1 mais elles ne sont pas dmentielles au moins1 tandis que pour cette question des patentres6 ,il s'ahurit si bien1 se sentir martel tel qu'une enclume1 entre ces deux hantises1 qu'il finit par s'assoupir sur une chaise4 ,il atteignit ainsi l'heure des ,vpres et le souper4 ,aprs ce repas1 il retourna dans le parc4 ,et alors les litiges en lthargie se ranimrent et tout revint4 ,ce fut une mle furieuse dans tout son tre4 ,il restait l1 immobile1 s'coutait1 atterr1 quand un pas rapide s'approcha et ,m4 ,bruno lui dit3 --,prenez garde1 vous tes sous le coup d'une attaque dmoniaque6 ,et comme ,durtal1 stupfait1 ne rpondait pas4 --,oui1 fit-il2 le bon ,dieu m'accorde parfois des intuitions1 et je suis certain1 l'heure qu'il est1 que le diable vous travaille les ctes4 ,voyons1 qu'avez-vous8 --,j'ai444 que je n'y comprends rien moi-mme2 et ,durtal narra l'tonnante bataille qu'il se livrait depuis le matin1 propos du chapelet4 --,mais c'est fou1 s'cria l'oblat2 c'est dix grains que le prieur vous a command de dire2 dix chapelets sont impossibles rciter6 --,je le sais444 et cependant je doute encore4 --,c'est toujours la mme tactique1 fit ,m4 ,bruno2 arriver vous dgoter de la chose qu'on doit pratiquer2 oui1 le diable a voulu vous rendre le chapelet odieux1 en vous accablant4 ,puis qu'y a-t-il encore8 vous n'avez pas envie de communier demain8 --,c'est vrai1 rpondit ,durtal4 --,je m'en doutais1 lorsque je vous observai pendant le repas4 ,ah6 dame1 aprs les conversions1 le ,malin s'agite2 et ce n'est rien1 il m'en a fait voir moi de plus dures que cela1 je vous prie de le croire4 ,il glissa son bras sous celui de ,durtal1 le ramena l'auditoire1 le pria d'attendre et disparut4 ,quelques minutes aprs1 le prieur entrait4 --,eh bien6 dit-il1 ,m4 ,bruno me raconte que vous souffrez4 ,qu'y a-t-il1 au juste8 --,c'est si bte que j'ai honte de m'expliquer4 --,vous n'tonnerez jamais un moine1 fit le prieur1 en souriant4 --,eh bien1 je sais pertinemment1 je suis sr que vous m'avez donn dix grains de chapelet dbiter1 pendant un mois1 chaque jour1 et1 depuis ce matin1 je me dispute1 contre toute vidence1 contre tout bon sens pour me convaincre que c'est de dix chapelets quotidiens que se compose ma pnitence4 --,prtez-moi votre chapelet1 dit le moine1 et regardez ces dix grains2 eh bien6 c'est tout ce que je vous avais prescrit et c'est tout ce que vous aurez rciter4 ,alors1 vous avez gren dix chapelets entiers1 aujourd'hui8 ,durtal fit signe que oui4 --,et1 naturellement1 vous vous tes embrouill1 vous vous tes impatient et vous avez fini par battre la campagne4 ,et voyant que ,durtal souriait piteusement4 --,eh bien6 entendez-moi1 dclara le pre1 d'un ton nergique1 je vous dfends absolument1 l'avenir1 de jamais recommencer une prire2 elle est mal dite1 tant pis1 passez1 ne la rptez pas4 ,je ne vous demande mme point si l'ide de repousser la communion vous est venue1 car cela va de soi2 c'est l o l'ennemi porte tous ses efforts4 ,n'coutez donc pas la voix diabolique qui vous la dconseille2 vous communierez demain1 quoi qu'il arrive4 ,vous ne devez avoir aucun scrupule1 car c'est moi qui vous enjoins de recevoir le ,sacrement2 d'ailleurs je prends tout sur moi4 ,autre question maintenant1 comment sont les nuits8 ,durtal lui relata l'abominable nuit de son arrive la ,trappe et cette sensation d'tre pi qui l'avait rveill1 la veille4 --,ce sont des manifestations que nous connaissons de longue date1 elles sont sans danger imminent2 ne vous en inquitez donc point4 ,toutefois1 si elles persistaient1 vous voudriez bien m'en aviser1 car nous ne ngligerions pas alors d'y mettre ordre4 ,et le trappiste sortit tranquillement1 tandis que ,durtal restait songeur4 ,que les phnomnes du ,succubat soient sataniques1 je n'en ai jamais dout1 pensa-t-il1 mais ce que j'ignorais1 ce sont ces attaques de l'me1 cette charge fond de train contre la raison qui demeure intacte et qui est vaincue nanmoins2 a c'est fort2 il sied seulement que cette leon me serve et que je ne sois plus ainsi dsaronn la premire alerte6 ,il remonta dans sa cellule2 une grande paix tait descendue en lui4 ,a la voix du moine tout s'tait tu2 il n'prouvait plus que la surprise d'avoir draill pendant des heures2 il comprenait maintenant qu'il avait t assailli l'improviste et que ce n'tait pas avec lui-mme qu'il avait lutt4 ,il pria1 se coucha4 ,et1 soudain1 par une nouvelle tactique qu'il ne devina point1 l'assaut reprit4 ,sans doute1 se dit-il1 je communierai1 demain1 mais444 mais444 suis-je bien prpar un pareil acte8 j'aurais d me recueillir1 dans la journe1 j'aurais d remercier le ,seigneur de m'avoir absous1 et j'ai perdu mon temps des sottises6 ,pourquoi n'ai-je pas avou cela tout l'heure au ,p4 ,maximin8 comment n'y ai-je pas song8--,puis j'aurais d me reconfesser4--,et ce prtre qui doit me communier1 ce prtre6 ,l'horreur qu'il ressentit pour cet homme s'accrut subitement1 devint si vhmente qu'il finit par s'tonner4 ,ah mais1 voil que je suis encore roul par l'ennemi1 se dit-il et il s'affirma3 --,tout cela ne m'empchera pas de consommer1 demain1 les clestes ,apparences1 car j'y suis bien dcid2 seulement1 n'est-ce pas affreux de se laisser ainsi preindre et harceler sans rpit par l',esprit de ,malice1 de n'avoir aucun indice du ciel qui n'intervient pas1 de ne rien savoir8 ,ah6 ,seigneur1 si j'tais seulement certain que cette communion vous plaise6--donnez-moi un signe1 montrez-moi que je puis sans remords m'allier ,vous2 faites que1 par impossible1 demain1 ce ne soit pas ce prtre1 mais bien un moine444 ,et il s'arrta1 confondu lui-mme de son audace1 se demandant comment il osait solliciter1 en le prcisant1 un signe4 ,c'est imbcile6 se cria-t-il2 d'abord1 on n'a pas le droit de rclamer de ,dieu de semblables faveurs2 puis comme il n'exaucera pas ce vu1 j'y aurai gagn quoi8 d'aggraver encore mes angoisses1 car j'augurerai quand mme de ce refus que ma communion ne vaut rien6 ,et il supplia le ,seigneur d'oublier son souhait1 s'excusa de l'avoir formul1 voulut se convaincre lui-mme qu'il devait n'en tenir aucun compte1 et1 abti par les transes de cette journe1 il finit1 en priant1 par s'endormir4 ,,iv ,il se rptait1 quand il descendit de sa cellule3 c'est ce matin que je communie et ce mot1 qui et d le percuter et le faire vibrer1 n'veillait en lui aucun zle4 ,il restait assoupi1 n'ayant de got rien1 las de tout1 se sentant froid dans le fond de l'tre4 ,une crainte le dgourdit pourtant1 lorsqu'il fut dehors4 ,j'ignore1 se dit-il1 le moment o il faudra quitter mon banc et aller m'agenouiller devant le prtre2 je sais que la communion des fidles a lieu aprs celle de l'officiant2 oui1 mais quel instant au juste dois-je bouger8 ,c'est vraiment une dveine de plus que d'tre oblig de se diriger1 seul1 vers l'inquitante ,table2 autrement1 je n'aurais qu' suivre les autres et je ne risquerais pas au moins d'tre inconvenant4 ,il scruta1 en y pntrant1 la chapelle2 il cherchait ,m4 ,bruno qui et peut-tre pu1 en se plaant son ct1 lui viter ces soucis1 mais l'oblat ne s'y trouvait point4 ,durtal s'assit1 dsempar1 songeant ce signe qu'il avait implor la veille1 s'efforant de rejeter ce souvenir1 y pensant quand mme4 ,il voulut se compulser et se runir et il priait le ,ciel de lui pardonner ces alles et venues d'esprit1 quand ,m4 ,bruno entra1 et s'en fut s'agenouiller devant la statue de la ,vierge4 ,presque la mme minute1 un frre1 qui avait une barbe en varech plante au bas d'une figure en poire1 apporta prs de l'autel de saint ,joseph une petite table de jardin1 sur laquelle il posa un bassin1 un manuterge1 deux burettes et une serviette4 ,devant ces prparatifs qui lui rappelaient l'imminence du sacrifice1 ,durtal se roidit et parvint1 d'un effort1 renverser ses anxits1 culbuter ses troubles et1 s'chappant de lui-mme1 il supplia ardemment ,notre-,dame d'intervenir pour qu'il pt1 pendant cette heure au moins1 sans s'extravaguer1 prier en paix4 ,et quand il eut termin son oraison1 il leva les yeux1 eut un sursaut1 examina1 bant1 le prtre qui s'avanait1 prcd du convers1 pour clbrer la messe4 ,ce n'tait plus le vicaire qu'il connaissait1 mais un autre1 plus jeune1 d'allure majestueuse1 trs grand1 les joues ples et rases1 la tte chauve4 ,durtal le considrait1 marchant1 solennel et les yeux baisss1 vers l'autel et il vit1 tout coup1 une flamme violette brler ses doigts4 ,il a l'anneau piscopal1 c'est un vque1 se dit ,durtal qui se pencha pour discerner1 sous la chasuble et sous l'aube1 la couleur de la robe4 ,elle tait blanche4 ,alors1 c'est un moine1 reprit-il1 ahuri2--et1 machinalement1 il se tourna vers la statue de la ,vierge1 appela d'un regard prcipit l'oblat qui vint s'asseoir auprs de lui4 --,qui est-ce8 --,c'est ,dom ,anselme1 l'abb du monastre4 --,celui qui tait malade8 --,oui1 c'est lui qui va nous communier4 ,durtal tomba genoux1 suffoqu1 presque tremblant3 il ne rvait pas6 le ,ciel lui rpondait par le signe qu'il avait fix6 ,il et d s'abmer devant ,dieu1 s'craser ses pieds1 s'pandre en une fougue de gratitude2 il le savait et il le voulait2 et1 sans qu'il st comment1 il s'ingniait chercher des causes naturelles qui pussent justifier cette substitution d'un moine au prtre4 ,c'est1 sans doute1 trs simple2 car enfin1 avant d'admettre une sorte de miracle444 au reste1 j'en aurai le cur net1 car je veux1 aprs la crmonie1 tirer cette aventure au clair4 ,et il se rvolta contre les insinuations qui se glissaient en lui4 ,eh6 quel intrt pouvait prsenter le motif de ce changement2 il en fallait videmment un2 mais celui-l n'tait qu'une consquence1 qu'un accessoire2 l'important c'tait la volont surnaturelle qui l'avait fait natre4 ,dans tous les cas1 tu as obtenu plus que tu n'avais demand2 tu as mme mieux que le simple moine que tu dsirais1 tu as l'abb mme de la ,trappe6 ,et il se cria3 ,o croire1 croire comme ces pauvres convers1 ne pas tre nanti d'une me qui vole ainsi tous les vents2 avoir la ,foi enfantine1 la ,foi immobile1 l'indracinable ,foi6 ah6 ,pre1 ,pre1 enfoncez-la1 rivez-la en moi6 ,et il eut un tel lan qu'il se projeta2 tout disparut autour de lui et il dit1 en balbutiant1 au ,christ3 ,seigneur1 ne vous loignez point4 ,que votre misricorde rfrne votre quit2 soyez injuste1 pardonnez-moi2 accueillez le mendiant de communion1 le pauvre d'me6 ,m4 ,bruno lui toucha le bras et l'invita1 d'un coup d'il1 l'accompagner4 ,ils marchrent jusqu' l'autel et s'agenouillrent sur les dalles1 puis quand le prtre les eut bnis1 ils s'agenouillrent plus prs1 sur la seule marche1 et le convers leur tendit une serviette1 car il n'y avait ni barre1 ni nappe4 ,et l'abb de la ,trappe les communia4 ,ils rejoignirent leur place4 ,durtal tait dans un tat de torpeur absolue2 le ,sacrement lui avait1 en quelque sorte1 anesthsi l'esprit2 il gisait1 genoux1 sur son banc1 incapable mme de dmler ce qui pouvait se mouvoir au fond de lui1 inapte se rallier et se ressaisir4 ,et il eut1 tout coup1 l'impression qu'il touffait1 qu'il manquait d'air2 la messe tait finie2 il s'lana dehors1 courut son alle2 l1 il voulut s'expertiser et il trouva le vide4 ,et devant l'tang en croix dans l'eau duquel se noyait le ,christ1 il prouva une mlancolie infinie1 une tristesse immense4 ,ce fut une vritable syncope d'me2 elle perdit connaissance2 et quand elle revint elle1 il s'tonna de n'avoir pas ressenti un transport inconnu de joie2 puis il s'attarda sur un souvenir gnant1 sur tout le ct trop humain de la dglutition d'un ,dieu2 il avait eu l'hostie1 colle au palais1 et il avait d la chercher et la rouler1 ainsi qu'une crpe1 avec la langue1 pour l'avaler4 ,ah6 c'tait encore trop matriel6 ,il n'et fallu qu'un fluide1 qu'un feu1 qu'un parfum1 qu'un souffle6 ,et il chercha s'expliquer le traitement que le ,sauveur lui faisait suivre4 ,toutes ses prvisions taient retournes2 c'tait l'absolution et non la communion qui avaient agi4 ,prs du confesseur1 il avait trs nettement peru la prsence du ,rdempteur2 tout son tre avait t1 en quelque sorte1 inject d'effluves divins et l',eucharistie lui avait seulement apport un tribut d'touffement et de peine4 ,il semblait que les deux ,sacrements eussent substitu leurs effets1 l'un l'autre2 ils avaient manuvr rebours sur lui2 le ,christ s'tait rendu sensible l'me1 avant et non aprs4 ,mais c'est assez comprhensible1 se dit-il1 la grande question pour moi1 c'tait d'avoir la certitude absolue du pardon2 par une faveur spciale1 ,jsus m'a ratifi ma foi dans le dictame de ,pnitence4 ,pourquoi et-il fait davantage8 ,et puis1 quelles seraient alors les largesses qu'il rserverait ses ,saints8 non mais1 je suis1 tout de mme1 tonnant4 ,je voudrais tre trait comme il traite certainement le frre ,anaclet et le frre ,simon1 c'est un comble6 ,j'ai obtenu plus que je ne mritais4 ,et cette rponse que j'eus1 ce matin mme8 bien oui1 mais pourquoi tant d'avances pour aboutir subitement ce recul8 ,et1 en s'acheminant vers l'abbaye pour y manger son fromage et son pain1 il se dit3 mon tort envers ,dieu1 c'est de toujours raisonner1 alors que je devrais tout btement l'adorer ainsi que le font1 ici1 les moines4 ,ah6 pouvoir se taire1 se taire soi-mme1 en voil une grce6 ,il arriva au rfectoire2 il y tait1 d'habitude1 seul1 ,m4 ,bruno n'assistant jamais1 le matin1 au repas de sept heures4 ,il commenait se tailler une miche1 quand le ,p4 htelier parut4 ,il tenait un pav de grs et des couteaux4 ,il sourit ,durtal et lui dit3 je vais faire reluire les lames du monastre1 car elles en ont vraiment besoin2--et il les dposa sur une table1 dans une petite pice qui attenait au rfectoire4 --,eh bien6 tes-vous content8 fit-il1 en revenant4 --,certainement--mais1 que s'est-il pass1 ce matin1 comment ai-je t communi par l'abb de la ,trappe1 alors que je devais l'tre par ce vicaire qui dne avec moi8 --,ah6 s'cria le moine1 j'ai t aussi surpris que vous4 ,le pre abb a subitement1 en se rveillant1 dclar qu'il lui fallait1 ce matin1 clbrer sa messe4 ,il s'est lev1 malgr les observations du prieur qui1 en tant que mdecin1 lui dfendait de quitter son lit4 ,je ne sais pas et personne ne sait ce qui l'a pris4 ,toujours est-il qu'on lui a alors annonc qu'il y aurait un retraitant communier et il a rpondu3 parfaitement1 c'est moi qui le communierai4 ,m4 ,bruno en a1 du reste1 profit pour s'approcher1 lui aussi1 du ,sacrement1 car il aime recevoir ,notre-,seigneur des mains de ,dom ,anselme4 ,et cette combinaison a aussi satisfait le vicaire1 poursuivit1 en souriant1 le moine2 car il est parti de la ,trappe de meilleure heure1 ce matin1 et il a pu dire sa messe dans une commune o il tait attendu444 ,a propos1 il m'a charg de l'excuser auprs de vous de n'avoir pu vous prsenter ses adieux4 ,durtal s'inclina4--,il n'y a plus douter1 pensait-il1 ,dieu a voulu me rpondre d'une faon nette4 --,et votre estomac8 --,mais il va bien1 mon pre2 je suis stupfi2 je n'ai jamais si bien digr qu'ici2 sans compter que les nvralgies1 que je craignais tant1 m'pargnent4 --,cela prouve que1 ,l-,haut1 on vous protge4 --,oui1 certes1 je vous assure4 ,tiens1 pendant que j'y pense1 il y a longtemps1 du reste1 que je voulais vous demander cela--comment sont donc organiss vos offices8 ils ne s'adaptent pas avec ceux que dtaille mon eucologe4 --,mais1 en effet1 ils diffrent des vtres qui appartiennent au rituel romain4 ,les ,vpres sont pourtant presque semblables1 sauf parfois les capitules et puis ce qui vous droute peut-tre1 c'est que les ntres sont trs souvent prcdes des ,vpres de la ,sainte ,vierge4 ,en rgle gnrale1 nous avons un psaume de moins1 par office1 et presque partout des leons brves4 ,except1 reprit1 en souriant1 le ,p4 tienne1 dans les ,complies1 l o justement vous en rcitez4 ,ainsi1 vous avez pu le remarquer1 nous ignorons l',in manus tuas ,domine1 qui est une des rares leons brves que les paroisses chantent4 ,maintenant1 nous possdons aussi un ,propre des ,saints spcial2 nous clbrons la commmoration de ,bienheureux de notre ordre qui ne figurent pas dans vos livres4 ,en somme1 nous suivons la lettre le brviaire monastique de saint ,benot4 ,durtal avait termin son djeuner4 ,il se leva1 craignant d'importuner le pre par ses questions4 ,un mot du moine lui trottait quand mme dans la cervelle1 ce mot que le prieur tenait l'emploi de mdecin2 et1 avant de sortir1 il interrogea encore le ,p4 tienne4 --,non--le ,r4 ,p4 ,maximin n'est pas mdecin1 mais il connat trs bien les simples et il a une petite pharmacie qui suffit1 en somme1 tant qu'on ne tombe pas gravement malade4 --,et dans ce cas-l8 --,dans ce cas-l1 on peut appeler le praticien d'une des villes les plus proches1 mais on n'est jamais malade ce point ici2 ou alors on approche de sa fin et la visite d'un docteur serait inutile444 --,en somme le prieur soigne l'me et le corps1 la ,trappe4 ,le moine approuva d'un signe de tte4 ,durtal s'en fut se promener4 ,il espra dissiper son touffement par une longue marche4 ,il s'engagea dans un chemin qu'il n'avait pas encore parcouru et il dboucha dans une clairire o se dressaient les ruines de l'ancien couvent1 quelques pans de murs1 des colonnes tronques1 des chapiteaux de style roman2 malheureusement1 ces dbris taient dans un dplorable tat1 couverts de mousse1 granits1 rches et trous1 pareils des pierres ponces4 ,il continua sa route1 aboutit une longue alle1 au-dessous de laquelle s'tendait un tang2 celui-l tait cinq ou six fois grand comme le petit tang en forme de croix qu'il frquentait4 ,cette alle qui le surmontait tait borde de vieux chnes et1 au milieu1 s'rigeait1 prs d'un banc de bois1 une statue de la ,vierge1 en fonte4 ,il gmit1 en la regardant4 ,le crime de l'glise le poursuivait1 une fois de plus2 l1 et mme dans cette petite chapelle si pleine d'un relent divin1 toutes les statues provenaient des bazars religieux de ,paris ou de ,lyon6 ,il s'installa1 en bas1 prs de l'tang dont les bords taient ceinturs par des roseaux qu'entouraient des touffes d'osiers2 et il s'amusait contempler les couleurs de ces arbustes1 leurs feuilles d'un vert lisse1 leurs tiges d'un jaune citron ou d'un rouge sang1 observer l'eau qui frisait1 qui se mettait bouillir sous un coup de vent4 ,et des martinets la rasaient1 l'effleuraient du bout de leur aile1 en dtachaient des gouttes qui sautaient ainsi que des perles de vif argent4 ,et ces oiseaux remontaient1 tournoyaient au-dessus1 poussant les huit1 huit1 huit1 de leurs cris1 tandis que des libellules s'allumaient dans l'air qu'elles sabraient de flammes bleues4 ,le pacifiant refuge6 pensait ,durtal2 j'aurais d m'y reposer plus tt2 il s'assit sur un lit de mousse1 et il s'intressa la vie sourde et active des eaux4 ,c'tait1 par instants1 le clapotis et l'clair d'une carpe qui se retournait1 en bondissant2 par d'autres1 c'taient de grands faucheux qui patinaient1 la surface1 traant de petits cercles1 se cognant les uns sur les autres1 s'arrtant1 puis refilant1 en dessinant de nouveaux ronds2 et1 par terre1 alors1 auprs de lui1 ,durtal voyait jaillir les sauterelles vertes au ventre vermillon1 ou1 grimpant l'assaut des chnes1 des colonies de ces bizarres insectes qui ont sur le dos une tte de diable peinte au minium sur un fond noir4 ,et1 au-dessus de tout cela1 s'il levait les yeux1 c'tait la mer silencieuse et renverse du ciel1 une mer bleue1 crte de nuages blancs qui s'escaladaient comme des vagues2 et ce firmament courait en mme temps dans l'eau o il moutonnait sous une vitre glauque4 ,durtal se dilatait1 en fumant des cigarettes2 la mlancolie qui le comprimait depuis l'aube commenait se fondre et la joie s'insinuait en lui de se sentir une me lave dans la piscine des ,sacrements et essore dans l'aire d'un clotre4 ,et il tait1 la fois1 heureux et inquiet2 heureux car l'entretien qu'il venait d'avoir avec le pre htelier lui tait les doutes qu'il pouvait conserver sur le ct surnaturel que prsentait le soudain change d'un prtre et d'un moine1 pour le communier2 heureux aussi de savoir que1 non seulement1 malgr les dsordres de sa vie1 le ,christ ne l'avait pas repouss1 mais encore qu'il lui accordait des encouragements et lui donnait des gages1 qu'il entrinait par des actes sensibles l'annonce de ses grces4 ,et il tait nanmoins inquiet1 car il se jugeait encore aride et il se disait qu'il allait falloir reconnatre ces bonts par une lutte contre soi-mme1 par une nouvelle existence compltement diffrente de celle qu'il avait jusqu'ici mene4 ,enfin1 nous verrons6 et il s'en fut1 presque rassrn1 l'office de ,sexte et de l au dner o il retrouva ,m4 ,bruno4 --,nous irons nous promener aujourd'hui1 fit l'oblat1 en se frottant les mains4 ,et ,durtal le considrant1 tonn4 --,mais oui1 j'ai pens qu'aprs une communion un peu d'air hors les murs vous ferait du bien et j'ai propos au ,r4 ,p4 abb de vous librer aujourd'hui de la rgle1 au cas o cette offre ne vous dplairait pas4 --,j'accepte volontiers et je vous remercie1 et vraiment1 de votre charitable attention1 s'cria ,durtal4 ,ils dnrent d'un potage l'huile dans lequel nageaient une cte de choux et des pois2 ce n'tait pas mauvais1 mais le pain fabriqu la ,trappe rappelait1 lorsqu'il tait rassis1 le pain du sige de ,paris et faisait tourner les soupes4 ,puis ils gotrent d'un uf l'oseille et d'un riz sal au lait4 ,nous rendrons d'abord1 si vous le voulez bien1 dit l'oblat1 une visite ,dom ,anselme qui m'a exprim le dsir de vous connatre4 ,et travers un ddale de couloirs et d'escaliers1 ,m4 ,bruno conduisit ,durtal dans une petite cellule o se tenait l'abb4 ,il tait vtu de mme que tous les pres de la robe blanche et du scapulaire noir2 seulement1 il portait1 pendue au bout d'un cordon violet1 sur la poitrine1 une croix abbatiale d'ivoire1 au centre de laquelle des reliques taient insres1 sous un rond de verre4 ,il tendit la main ,durtal et le pria de s'asseoir4 ,puis1 il lui demanda si la nourriture lui paraissait suffisante4 ,et1 sur la rponse affirmative de ,durtal1 il s'enquit de savoir si le silence prolong ne lui pesait pas trop4 --,mais du tout1 cette solitude me convient parfaitement4 --,eh bien1 fit l'abb1 en riant1 vous tes un des seuls laques qui supportiez aussi facilement notre rgime4 ,gnralement1 tous ceux qui ont tent de faire une retraite parmi nous taient rongs par la nostalgie et par le spleen et ils n'avaient plus qu'un dsir1 prendre la fuite4 ,voyons1 reprit-il1 aprs une pause2 il n'est tout de mme pas possible qu'un changement si brusque d'habitudes n'amne point des privations pnibles2 il en est une1 au moins1 que vous devez ressentir plus vivement que les autres8 --,c'est vrai1 la cigarette1 allume volont1 me manque4 --,mais1 fit l'abb qui sourit1 je prsume que vous n'tes pas rest sans fumer1 depuis que vous tes ici8 --,je mentirais si je vous racontais que je n'ai pas fum en cachette4 --,mon ,dieu1 le tabac n'avait pas t prvu par saint ,benot2 sa rgle n'en fait donc pas mention et je suis ds lors libre d'en permettre l'usage2 fumez donc1 monsieur1 autant de cigarettes qu'il vous plaira et sans vous gner4 ,et ,dom ,anselme ajouta3 --,j'espre avoir un peu plus de temps moi1 prochainement1--si toutefois je ne suis pas encore oblig de garder la chambre1--auquel cas je serais heureux de causer longuement avec vous4 ,et le moine1 qui paraissait extnu1 leur serra la main4 ,en redescendant avec l'oblat dans la cour1 ,durtal s'cria3 --,il est charmant le pre abb1 et il est tout jeune4 --,il a quarante ans peine4 --,il a l'air vraiment souffrant4 --,oui1 il ne va pas et il lui a fallu1 ce matin1 une nergie peu commune pour dire sa messe2 mais voyons1 nous allons tout d'abord visiter le domaine mme de la ,trappe que vous ne devez pas avoir explor en son entier1 puis nous sortirons de la clture et nous pousserons jusqu' la ferme4 ,ils partirent1 ctoyrent les restes de l'ancienne abbaye et1 chemin faisant1 en contournant la pice d'eau prs de laquelle ,durtal s'tait1 le matin1 assis1 ,m4 ,bruno entra dans des explications1 propos des ruines4 --,ce monastre avait t fond en #aabg par saint ,bernard qui y avait install1 comme abb1 le ,bienheureux ,humbert1 un ,cistercien pileptique qu'il avait1 par miracle1 guri4 ,il y eut cette poque des apparitions dans le couvent2 une lgende raconte que deux anges venaient couper un des lis plants dans le cimetire et l'emportaient au ciel1 chaque fois qu'un des moines mourait4 ,le second abb fut le ,bienheureux ,guerric qui se rendit fameux par sa science1 son humilit et sa patience endurer les maux4 ,nous possdons ses reliques2 ce sont elles qui sont enfermes dans la chsse place sous le matre-autel4 ,mais le plus curieux des suprieurs qui se succdrent ici1 au ,moyen ,age1 fut ,pierre ,monoculus dont l'histoire a t crite par son ami1 le synodite ,thomas de ,reuil4 ,pierre dit ,monoculus ou le borgne fut un saint affam d'austrits et de souffrances4 ,il tait assailli par d'horribles tentations dont il se riait4 ,exaspr1 le ,diable s'attaqua au corps et lui brisa1 coups de nvralgies1 le crne1 mais le ciel lui vint en aide et le gurit4 ,a force de verser des larmes1 par esprit de pnitence1 ,pierre s'teignit un il et il remercia ,notre-,seigneur de ce bienfait4 ,j'avais1 disait-il1 deux ennemis2 j'ai chapp au premier1 mais celui que je garde m'inquite plus que celui que j'ai perdu4 ,il a opr des gurisons miraculeuses2 le roi de ,france ,louis ,,vii le vnrait un tel point qu'il voulait baiser1 lorsqu'il le voyait1 sa paupire vide4 ,monoculus mourut en #aahf2 l'on trempa des linges dans son sang1 on lava ses entrailles dans du vin qui fut distribu1 car cette mixture constituait un puissant remde4 ,cet asctre tait alors immense2 il comprenait tout le pays qui nous entoure1 entretenait plusieurs lproseries dans ses environs et il tait habit par plus de trois cents moines2 malheureusement1 il en fut de l'abbaye de ,notre-,dame de l',atre1 ainsi que de toutes les autres4 ,sous le rgime des abbs commendataires1 elle dclina2 elle se mourait1 n'ayant plus que six religieux pour la soigner1 lorsque la ,rvolution la supprima4 ,l'glise fut alors rase et remplace1 depuis1 par la chapelle en rotonde4 ,ce n'est qu'en #ahge que la maison actuelle1 qui date de #ahcc1 je crois1 fut rconcilie et redevint un clotre4 ,on y appela des ,trappistes de ,sainte-,marie de la ,mer1 au diocse de ,toulouse1 et cette petite colonie a fait de ,notre-,dame de l',atre la ppinire ,cistercienne que vous voyez4 ,telle est1 en quelques mots1 l'histoire de ce couvent1 dit l'oblat4 ,quant aux ruines1 elles sont enfouies sous terre et l'on dcouvrirait1 sans doute1 de prcieux fragments1 si1 faute d'argent et de bras1 l'on ne devait renoncer excuter des fouilles4 ,il survit de l'ancienne glise pourtant1 en sus de ces colonnes brises et de ces chapiteaux que nous avons longs1 une grande statue de ,vierge qui a t dresse dans l'un des corridors de l'abbaye2 puis1 il subsiste encore deux anges assez bien conservs et qui sont1 tenez1 l-bas1 au bout de la clture1 dans une petite chapelle cache derrire un rideau d'arbres4 --,on aurait bien d mettre la ,vierge devant laquelle s'est peut-tre agenouill saint ,bernard1 dans l'glise1 sur l'autel mme vou ,marie1 car la statue colorie qui le surmonte est d'une laideur importune1--ainsi que celle-l1 d'ailleurs1 dit ,durtal1 en dsignant1 au loin1 la ,madone de fonte qui s'levait devant l'tang4 ,l'oblat baissa la tte et ne rpondit pas4 --,savez-vous1 s'cria ,durtal qui1 devant ce silence1 n'insista pas et changea de conversation1 savez-vous que je vous envie de vivre ici6 --,il est certain que je ne mritais nullement cette faveur1 car1 en somme1 le clotre est bien moins une expiation qu'une rcompense2 c'est le seul endroit o l'on soit1 loin de la terre et prs du ciel1 le seul o l'on puisse s'adonner cette vie mystique qui ne se dveloppe que dans la solitude et le silence4 --,oui1 et s'il est possible1 je vous envie plus encore d'avoir eu ce courage de vous aventurer dans des rgions qui1 je vous l'avouerai1 m'effraient4 ,je sens si bien1 du reste1 que1 malgr le tremplin des prires et des jenes1 malgr la temprature mme de la serre claustrale o l'orchide du ,mysticisme pousse1 je me desscherais1 dans ces parages1 sans jamais m'panouir4 ,l'oblat sourit4--,qu'en savez-vous8 reprit-il2 cela ne se fait pas en une heure2 l'orchide dont vous parlez ne fleurit pas en un jour2 l'on avance si lentement1 que les mortifications s'espacent1 que les fatigues se rpartissent sur les annes et qu'on les tolre aisment1 en somme4 ,en rgle gnrale1 il faut1 pour franchir la distance qui nous spare du ,crateur1 passer par les trois degrs de cette science de la ,perfection chrtienne qu'est la ,mystique2 il faut successivement vivre la vie ,purgative1 la vie ,illuminative1 la vie ,unitive1 pour joindre le ,bien incr et se verser en lui4 ,que ces trois grandes phases de l'existence asctique se subdivisent1 elles-mmes1 en une infinit d'tapes1 que ces tapes soient des degrs pour saint ,bonaventure1 des demeures pour sainte ,trse1 des pas pour sainte ,angle1 peu importe2 ils peuvent varier de longueur et de nombre1 suivant la volont du seigneur et le temprament de ceux qui les parcourent4 ,il n'en reste pas moins acquis que l'itinraire de l'me vers ,dieu comprend1 d'abord1 des chemins pic et des casse-cou--ce sont les chemins de la vie purgative--puis1 des sentiers encore troits1 mais dj taills en lacets et accessibles--ce sont les sentiers de la vie illuminative--enfin1 une route large1 presque plane1 la route de la vie unitive1 au bout de laquelle l'me se jette dans la fournaise de l',amour1 tombe dans l'abme de la suradorable infinit6 ,en somme1 ces trois voies sont successivement rserves ceux qui dbutent dans l'ascse chrtienne1 ceux qui la pratiquent1 ceux enfin qui touchent le but suprme1 la mort de leur ,moi et la vie en ,dieu4 ,il y a longtemps dj1 poursuivit l'oblat1 que j'ai plac mes dsirs au del de l'horizon1 et pourtant je ne progresse gures2 je suis peine dgag de la vie purgative1 peine444 --,et vous n'apprhendez pas1 comment dirai-je1 des infirmits matrielles1 car enfin si vous parvenez franchir les limites de la contemplation1 vous risquez de vous ruiner jamais le corps4 ,l'exprience parat dmontrer1 en effet1 que l'me divinise agit sur le physique et y dtermine d'incurables troubles4 ,l'oblat sourit4 ,d'abord je n'atteindrai sans doute pas au dernier degr de l'initiation1 au point extrme de la ,mystique2 puis1 en supposant que je les atteigne1 que seraient des accidents corporels en face des rsultats acquis8 ,permettez-moi aussi de vous affirmer que ces accidents ne sont1 ni aussi frquents1 ni aussi certains que vous semblez le croire4 ,on peut tre un grand mystique1 un admirable saint et ne pas tre le sujet de phnomnes visibles pour ceux qui vous entourent4 ,pensez-vous donc1 par exemple1 que la lvitation1 que l'envole dans les airs du corps1 qui parat constituer la priode excessive du ravissement1 ne soit pas des plus rares8 ,vous me citerez qui8 sainte ,trse1 sainte ,christine l',admirable1 saint ,pierre d',alcantara1 ,dominique de ,marie ,jsus1 ,agns de ,bohme1 ,marguerite du ,saint-,sacrement1 la ,bienheureuse ,gorardesca de ,pise et surtout saint ,joseph de ,cupertino qui s'enlevait1 lorsqu'il le voulait1 du sol4 ,mais ils sont dix1 vingt1 sur des milliers d'lus6 ,et remarquez bien que ces dons ne prouvent pas leur supriorit sur les autres ,saints4 ,sainte ,trse le dclare expressment3 il ne faut pas s'imaginer qu'une personne1 par cela mme qu'elle est favorise de grces1 soit meilleure que celles qui n'en ont point1 car ,notre ,seigneur dirige chacun suivant son besoin particulier4 ,et c'est bien l la doctrine de l'glise dont l'infatigable prudence s'affirme lorsqu'il s'agit de canoniser les morts4 ,ce sont les qualits et non les actes extraordinaires qui la dterminent2 les miracles mmes ne sont pour elle que des preuves secondaires1 car elle sait que l',esprit du ,mal les imite4 ,aussi trouverez-vous dans les vies des ,bienheureux des faits plus rares1 des phnomnes plus confondants encore que dans les biographies des ,saints4 ,ces phnomnes les ont plutt desservis qu'ils ne les ont aids4 ,aprs les avoir batifis1 pour leurs vertus1 l'glise a sursis--et pour longtemps sans doute-- les promouvoir la souveraine dignit de ,saints4 ,il est1 en somme1 difficile de formuler une thorie prcise ce sujet1 car si la cause1 si l'action intrieure est la mme pour tous les contemplatifs1 elle n'en diffre pas moins1 je le rpte1 suivant les desseins du ,seigneur et la complexion de ceux qui les subissent2 la diffrence des sexes change souvent la forme de l'influx mystique1 mais elle n'en modifie nullement l'essence2 l'irruption de l',esprit d'en ,haut peut produire des effets divers1 mais elle n'en reste pas moins identique4 ,la seule observation que l'on puisse oser1 en ces matires1 c'est que la femme se montre1 d'habitude1 plus passive1 moins rserve1 tandis que l'homme ragit plus violemment contre les volonts du ,ciel4 --,cela me fait songer1 dit ,durtal1 que1 mme en religion1 il existe des mes qui semblent s'tre trompes de sexe4 ,saint ,franois d',assise1 qui tait tout amour1 avait plutt l'me fminine d'une moniale et sainte ,trse1 qui fut la plus attentive des psychologues1 avait l'me virile d'un moine4 ,il serait plus exact de les appeler sainte ,franois et saint ,trse4 ,l'oblat sourit4--,pour en revenir votre question1 reprit-il1 je ne crois pas du tout que la maladie soit la consquence force des phnomnes que peut susciter le rapt imptueux de la ,mystique4 --,voyez cependant sainte ,colette1 ,lidwine1 sainte ,aldegonde1 ,jeanne-,marie de la croix1 la sur ,emmerich1 combien d'autres qui passrent leur existence1 moiti paralyses1 sur un lit6 --,elles sont une minorit infime4 ,d'ailleurs les ,saintes ou les ,bienheureuses dont vous me citez les noms taient des victimes de la substitution1 des expiatrices des pchs d'autrui1 ,dieu leur avait rserv ce rle3 il n'est pas tonnant ds lors qu'elles soient demeures alites et percluses1 qu'elles aient t constamment peu prs mortes4 ,non1 la vrit est que la ,mystique peut modifier les besoins du corps1 sans1 pour cela1 par trop altrer la sant ou la dtruire4 ,je sais bien1 vous me rpondrez par le mot effrayant de sainte ,hildegarde1 par ce mot tout la fois quitable et sinistre3 le ,seigneur n'habite pas dans les corps sains et vigoureux et vous ajouterez1 avec sainte ,trse1 que les maux sont frquents dans le dernier des chteaux de l'me4 ,oui1 mais ces ,saintes se hissrent sur les cimes de la vie et retinrent d'une faon permanente1 dans leur coque charnelle1 un ,dieu4 ,parvenue ce point culminant1 la nature1 trop faible pour supporter l'tat parfait1 se brise1 mais1 je l'affirme encore1 ces cas sont une exception et non une rgle4 ,ce sont du reste des maladies qui ne sont point contagieuses1 hlas6 ,je n'ignore pas1 reprit l'oblat1 aprs une pause1 que des gens nient rsolument l'existence mme de la ,mystique et par consquent n'admettent point qu'elle puisse influer sur les conditions de l'organisme1 mais l'exprience de cette ralit surnaturelle est sculaire et les preuves abondent4 ,prenons1 par exemple1 l'estomac2 eh bien1 sous l'preinte cleste1 il se transforme1 supprime toute nourriture terrestre1 consomme seulement les ,espces ,saintes4 ,sainte ,catherine de ,sienne1 ,angle de ,foligno ont exclusivement vcu1 pendant des annes1 du sacrement3 et ce don fut galement dvolu sainte ,colette1 sainte ,lidwine1 ,dominique de ,paradis1 sainte ,colombe de ,riti1 ,marie ,bagnesi1 ,rose de ,lima1 saint ,pierre d',alcantara1 la mre ,agns de ,langeac1 beaucoup d'autres4 ,sous l'emprise divine1 l'odorat1 le got ne prsentent pas des mtamorphoses moins tranges4 ,saint ,philippe de ,nri1 sainte ,angle1 sainte ,marguerite de ,cortone1 reconnaissaient un got spcial au pain azyme1 alors qu'aprs la conscration1 il n'tait plus du froment1 mais la chair mme du ,christ4 ,saint ,pacme distinguait les hrtiques leur puanteur2 sainte ,catherine de ,sienne1 saint ,joseph de ,cupertino1 la mre ,agns de ,jsus1 dcouvraient les pchs1 leurs mauvaises odeurs2 saint ,hilarion1 sainte ,lutgarde1 ,gentille de ,ravenne1 pouvaient dire ceux qu'ils rencontraient1 rien qu'en les flairant1 les fautes qu'ils avaient commises4 ,et les ,saints pandent1 eux-mmes1 de leur vivant et aprs leur mort1 de puissants parfums4 ,quand saint ,franois de ,paule et ,venturini de ,bergame offrent le sacrifice1 ils embaument4--,saint ,joseph de ,cupertino secrte de telles fragrances qu'on peut le suivre la piste2 et1 quelquefois1 c'est1 pendant la maladie1 que ces aromes se dgagent4 ,le pus de saint ,jean de la ,croix et du ,bienheureux ,dide fleurait les essences candides et dcides des lis2 ,barthole1 le tertiaire1 rong jusqu'aux os par la lpre1 exhalait de naves manations et il en tait de mme de ,lidwine1 d',ida de ,louvain1 de sainte ,colette1 de sainte ,humiliane1 de ,marie-,victoire de ,gnes1 de ,dominique de ,paradis1 dont les plaies taient des cassolettes d'o s'chappaient de fraches senteurs4 ,et nous pourrions ainsi numrer les organes1 les sens1 les uns aprs les autres1 nous y constaterions d'exorbitants effets4 ,sans parler de ces fidles stigmates qui s'ouvrent ou se ferment suivant le ,propre de l'anne liturgique1 quoi de plus stupfiant que le don de bilocation1 le pouvoir de se ddoubler1 d'tre en mme temps1 au mme moment1 dans deux endroits8 ,et pourtant de nombreux exemples de ce fait incroyable s'imposent2 plusieurs mme sont clbres1 entre autres ceux de saint ,antoine de ,padoue1 de saint ,franois ,xavier1 de ,marie d',agrda qui tait la fois dans son monastre en ,espagne et au ,mexique o elle prchait les mcrants1 de la mre ,agns de ,jsus1 qui1 sans sortir de son couvent de ,langeac1 venait visiter ,paris ,m4 ,olier4--,et l'action d'en ,haut semble singulirement nergique aussi1 lorsqu'elle s'empare de l'organe central de la circulation1 du moteur qui refoule le sang dans toutes les parties du corps4 ,nombre d'lus avaient le cur si brlant que les linges roussissaient sur eux2 le feu qui consumait ,ursule ,benincasa1 la fondatrice des ,thatines1 tait si vif1 que cette sainte soufflait des colonnes de fume ds qu'elle ouvrait la bouche2 sainte ,catherine de ,gnes trempait ses pieds ou ses mains dans de l'eau glace et l'eau bouillait2 la neige fondait autour de saint ,pierre d',alcantara et1 un jour que le ,bienheureux ,gerlach traversait une fort1 en plein hiver1 il conseilla au compagnon qui marchait derrire lui et qui ne pouvait plus avancer1 car ses jambes se gelaient1 de mettre ses pieds sur la marque de ses pas et celui-ci ne sentit plus aussitt le froid4 ,j'ajouterais que certains de ces phnomnes1 qui font sourire les libres-penseurs1 se sont renouvels et ont t vrifis tout rcemment4 ,les linges roussis par les feux du cur ont t observs par le ,dr ,imbert ,gourbeyre sur la stigmatise ,palma d',oria et des phnomnes de haute ,mystique1 qu'aucune science ne peut expliquer1 ont t pis1 minutes par minutes1 nots1 contrls1 sur ,louise ,lateau1 par le professeur ,rohling1 par le ,dr ,lefebvre1 par le ,dr ,imbert-,gourbeyre1 par le ,dr de ,noe1 par des dlgations mdicales issues de tous les pays444 ,mais1 nous voici arrivs1 reprit l'oblat2 pardon1 je passe devant vous pour vous guider4 ,ils avaient quitt1 tout en causant1 la clture et1 coupant travers champs1 ils atteignaient une immense ferme2 des trappistes les salurent respectueusement quand ils entrrent dans la cour4 ,m4 ,bruno1 s'adressant l'un d'eux1 le pria de vouloir bien leur faire visiter le domaine4 ,le convers les conduisit dans des tables1 puis dans des curies1 puis dans des poulaillers2 ,durtal1 que ce spectacle n'intressait pas1 se bornait admirer la bonne grce de ces braves gens4 ,aucun ne parlait1 mais ils rpondaient aux questions par des mimiques et des clins d'yeux4 --,mais comment font-ils pour communiquer entre eux1 demanda ,durtal1 lorsqu'il fut hors de la ferme8 --,vous venez de le voir2 ils correspondent avec des signes2 ils emploient un alphabet plus simple que celui des sourds-muets1 car chacune des ides qu'ils peuvent avoir besoin d'exprimer pour leurs travaux en commun est prvue4 ,ainsi1 le mot lessive est traduit par une main qui en tape une autre2 le mot lgume par l'index gauche qu'on ratisse2 le sommeil est simul par la tte penche sur le poing2 la boisson par une main close porte aux lvres4--,et pour les termes dont le sens est plus spirituel1 ils usent d'un moyen analogue4 ,la confession se rend par un doigt que l'on pose1 aprs l'avoir bais1 sur le cur2 l'eau bnite est signifie par les cinq doigts serrs de la main gauche1 sur lesquels on trace une croix avec le pouce de la droite2 le jene par les doigts qui treignent la bouche2 le mot hier par le bras retourn vers l'paule2 la honte par les yeux couverts avec la main4 --,bien1 mais supposons qu'ils aient envie de me dsigner1 moi qui ne suis pas un des leurs1 comment s'y prendraient-ils8 --,ils se serviraient du signe hte qu'ils figurent en loignant le poing et en le rapprochant du corps4 --,ce qui veut dire que je viens de loin chez eux2 le fait est que c'est ingnu et mme transparent1 si l'on veut4 ,ils marchrent1 silencieusement1 le long d'une alle qui dvalait dans des champs de labour4 --,je n'ai pas aperu1 parmi ces moines1 le frre ,anaclet et le vieux ,simon1 s'cria tout coup ,durtal4 --,ils ne sont pas occups la ferme2 le frre ,anaclet est employ la chocolaterie et le frre ,simon garde les porcs2 tous les deux travaillent dans l'enceinte mme du monastre4 ,si vous le voulez1 nous irons souhaiter le bonjour ,simon4 ,et l'oblat ajouta3--,vous pourrez attester1 en rentrant ,paris1 que vous avez vu un vritable saint1 tel qu'il en exista au ,x,ie sicle2 celui-l nous reporte au temps de saint ,franois d',assise2 il est en quelque sorte1 la rincarnation de cet tonnant ,junipre dont les ,fioretti nous clbrent les innocents exploits4 ,vous connaissez cet ouvrage8 --,oui1 il est1 aprs la ,lgende dore1 le livre o s'est le plus candidement empreinte l'me du ,moyen ,age4 --,eh bien1 pour en revenir ,simon1 ce vieillard est un saint d'une simplicit peu commune4--,en voici une preuve entre mille4 ,il y a de cela quelques mois1 j'tais dans la cellule du prieur1 quand le frre ,simon se prsente4 ,il dit au pre la formule usite pour demander la parole3 ,benedicite2--le ,p4 ,maximin lui rpond3 ,dominus et sur ce mot1 qui l'autorise converser1 le frre montre ses lunettes et raconte qu'il ne voit plus clair4 ,ce n'est pas bien surprenant1 dit le prieur1 voil bientt dix ans que vous portez les mmes lunettes2 vos yeux ont pu s'affaiblir depuis ce temps2 ne vous inquitez pas1 nous trouverons le numro qui convient maintenant votre vue4 ,tout en discourant1 le ,p4 ,maximin remuait le verre des lunettes1 machinalement1 entre ses mains et soudain il rit1 en me montrant ses doigts qui taient devenus noirs4 ,il se dtourne1 prend un linge1 achve de nettoyer les lunettes1 et1 les replaant sur le nez du frre1 il lui dit3 voyez-vous1 frre ,simon8 ,et le vieux1 stupfait1 s'crie3 oui444 j'y vois6 ,mais ceci n'est qu'une des faces de ce brave homme4 ,une autre c'est l'amour de ses btes4 ,quand une truie va mettre bas1 il sollicite la permission de passer la nuit auprs d'elle1 il l'accouche1 la soigne comme son enfant1 pleure lorsqu'on vend les gorets ou qu'on expdie ses cochons l'abattoir4 ,aussi ce que tous ces animaux l'adorent6 ,vraiment1 reprit l'oblat1 aprs un silence1 ,dieu aime par-dessus tout les mes simples1 car il comble le frre ,simon de grces4 ,seul1 ici1 il possde le don de commandement sur les ,esprits et peut rsorber et mme prvenir les accidents dmoniaques qui surgissent dans les clotres4--,l'on assiste alors des actes tranges3 un beau matin1 tous les porcs tombent sur le flanc2 ils sont malades et sur le point de crever4 ,simon1 qui connat l'origine de ces maux1 crie au ,diable3 attends1 attends un peu1 toi1 et tu vas voir6 ,il court chercher de l'eau bnite1 en asperge1 en priant1 son troupeau et toutes les btes qui agonisaient se relvent et gambadent1 en remuant la queue4 ,quant aux incursions diaboliques dans le couvent mme1 elles ne sont que trop relles et1 parfois1 on ne les refoule qu'aprs de persistantes obscrations et d'nergiques jenes3 certains moments1 dans la plupart des abbayes1 le ,dmon rpand des semis de larves dont on ne sait comment se dfaire4 ,ici1 le pre abb1 le prieur1 tous ceux qui sont prtres1 ont chou2 il a fallu1 pour que les exorcismes fussent efficaces1 que l'humble convers intervnt2 aussi1 en prvision de nouvelles attaques1 a-t-il obtenu le droit de laver quand bon lui semble1 avec de l'eau bnite et des oraisons1 le monastre4 ,il a le pouvoir de sentir le ,malin l o il se cache et il le poursuit1 le traque1 finit par le jeter dehors4 ,voici la porcherie1 continua ,m4 ,bruno1 en dsignant en face de l'aile gauche du clotre une masure entoure de palissades et il ajouta3 --,je vous prviens1 le vieux grunnit tel qu'un pourceau1 mais il ne rpondra1 lui aussi1 que par des signes nos questions4 --,mais il peut parler ses animaux4 --,oui1 eux seuls4 ,l'oblat poussa une petite porte et le convers1 tout courb1 leva pniblement la tte4 --,bonjour1 mon frre1 dit ,m4 ,bruno1 voici monsieur qui voudrait visiter vos lves4 ,il y eut un grognement de joie sur les lvres du vieillard4 ,il sourit et les invita d'un signe le suivre4 ,il les introduisit dans une table et ,durtal recula1 assourdi par des cris affreux1 suffoqu par l'ardeur pestilentielle des purins4 ,tous les porcs se dressaient debout1 derrire leur barrire1 hurlaient d'allgresse1 la vue du frre4 --,paix1 paix1 fit le vieillard1 d'une voix douce1 et1 haussant le bras au-dessus des palis1 il cajola les groins qui s'touffaient grogner1 en le flairant4 ,il tira ,durtal par la manche1 et le faisant pencher au-dessus du treillage1 il lui montra une norme truie au nez retrouss1 de race anglaise1 un animal monstrueux1 entour d'une bande de gorets qui se ruaient1 ainsi que des enrags1 sur des ttines4 --,oui1 ma belle1 va1 ma belle1 murmura le vieux1 en lui lissant les soies avec la main4 ,et la truie le regardait avec des petits yeux languissants et lui lchait les doigts2 elle finit par pousser des clameurs abominables lorsqu'il partit4 ,et le frre ,simon exhiba d'autres lves1 des cochons avec des oreilles en pavillon de trompe et des queues en tire-bouchons1 des truies dont les ventres tranaient et dont les pattes semblaient peine sorties du corps1 des nouveau-ns qui pillaient goulment la calebasse des pis1 et d'autres plus grands qui jouaient se poursuivre et se roulaient dans la boue1 en reniflant4 ,durtal lui fit compliment de ses btes et le vieillard jubila1 s'essuya1 avec sa grosse main1 le front2 puis1 sur une question de l'oblat s'informant de la porte de telle truie1 il ttait ses doigts la file2 rpondait cette rflexion que ces animaux taient vraiment voraces1 en tendant les bras au ciel1 en indiquant les baquets vides1 en enlevant des bouts de bois1 en arrachant des touffes d'herbes qu'il portait ses lvres1 en grouinant comme s'il avait le museau plein4 ,puis il les conduisit dans la cour1 les rangea contre le mur1 ouvrit1 plus loin1 une porte et s'effaa4 ,un formidable verrat passa tel une trombe1 culbuta une brouette1 fit jaillir tout autour de lui1 ainsi qu'un obus1 des clats de terre2 puis il courut au galop1 en rond1 tout autour de la cour et finit par aller piquer une tte dans une mare de purin4 ,il s'y ventrouilla1 s'y retourna1 gigota1 les quatre pattes en l'air1 s'chappa de l1 noir1 sale de mme qu'un fond de chemine1 ignoble4 ,aprs quoi1 il se mit en arrt1 sonna joyeusement du groin et voulut aller caresser le moine qui le contint1 d'un geste4 --,il est magnifique votre verrat6 dit ,durtal4 ,et le convers regarda ,durtal avec des yeux humides2 et il se frotta le cou avec la main1 en soupirant4 --,cela signifie qu'on le tuera prochainement1 dit l'oblat4 ,et le vieux acquiesa d'un hochement douloureux de tte4 ,ils le quittrent1 en le remerciant de sa complaisance4 --,quand je songe la faon dont cet tre1 qui s'est vou aux plus basses besognes1 prie dans l'glise1 a me donne envie de me mettre genoux et de faire1 ainsi que ses pourceaux1 de lui baiser les mains6 s'cria ,durtal aprs un silence4 --,le frre ,simon est un tre anglique1 rpliqua l'oblat4 ,il vit de la vie ,unitive1 l'me ensevelie1 noye dans l'ocan de la divine ,essence4 ,sous cette grossire enveloppe1 dans ce pauvre corps1 rside une me sans pchs2 aussi1 est-il bien juste que ,dieu le gte6 ,il lui a1 ainsi que je vous l'ai dit1 dlgu tout pouvoir sur le ,dmon2 et1 dans certains cas1 il lui concde galement la puissance de gurir1 par l'imposition des mains1 les maladies1 il a renouvel ici les gurisons miraculeuses des anciens ,saints4 ,ils se turent1 puis prvenus par les cloches qui sonnaient les ,vpres1 ils se dirigrent vers l'glise4 ,et1 revenant alors sur lui-mme1 tentant de se rcuprer1 ,durtal demeura stupfait4 ,la vie monastique reculait le temps4 ,il tait la ,trappe depuis combien de semaines et il y avait dj combien de jours qu'il s'tait approch des ,sacrements8 cela se perdait dans le lointain3 ah6 l'on vivait double1 dans les clotres6--,et1 pourtant1 il ne s'y ennuyait pas2 il s'tait aisment pli au dur rgime et1 malgr la concision des repas1 il n'avait aucune migraine1 aucune dfaillance2 il ne s'tait mme jamais si bien port6--mais ce qui persistait1 c'tait cette sensation d'touffement1 de soupirs contenus1 cette ardente mlancolie des heures et1 plus que tout1 cette vague inquitude d'entendre enfin en soi1 d'y couter les voix de cette ,trinit1 ,dieu1 le ,dmon et l'homme1 runie en sa propre personne4 ,ce n'est pas la paix rve de l'me--et c'est mme pis qu' ,paris1 se disait-il1 en se rappelant l'preuve dmentielle du chapelet--et1 cependant--expliquez cela1 l'on est1 quand mme1 heureux ici6 ,v ,lev de meilleure heure que de coutume1 ,durtal descendit la chapelle4 ,l'office de ,matines tait termin1 mais quelques convers1 parmi lesquels se trouvait le frre ,simon1 priaient1 genoux1 sur le sol4 ,la vue de ce divin porcher jeta ,durtal dans de longues rveries4 ,il essayait vainement de pntrer dans le sanctuaire de cette me cache comme une invisible chapelle derrire le rempart en fumier d'un corps1 il ne parvenait mme pas se figurer les atres si adhsifs et si dociles de cet homme qui avait atteint l'tat le plus lev auquel1 ici-bas1 la crature humaine puisse prtendre4 ,quelle force de prires il possde6 se disait-il1 en regardant ce vieillard4 ,et il se remmorait les dtails de son entrevue1 la veille4 ,c'est pourtant vrai1 pensait-il1 il y a chez ce moine un peu de l'allure de ce frre ,junipre dont la surprenante simplicit a franchi les ges4 ,et il se recordait des aventures de ce ,franciscain que ses compagnons laissrent1 un jour1 seul1 dans le couvent1 en lui recommandant de s'occuper du repas1 afin qu'il ft prt1 ds leur retour4 ,et ,junipre rflchit3--que de temps dpens prparer les mets6 ,les frres qui se relaient dans cet emploi n'ont plus le moyen de vaquer aux oraisons6--et dsirant allger ceux qui lui succderont la cuisine1 il se rsout conditionner de si copieux plats que la communaut puisse s'alimenter avec eux pendant quinze jours4 ,il allume tous les fourneaux1 se procure1 on ne sait comment1 d'normes chaudrons1 les remplit d'eau1 y prcipite1 ple-mle1 des ufs avec leurs cailles1 des poulets avec leurs plumes1 des lgumes qu'il omet d'plucher et il s'vertue devant un feu rtir des bufs1 piler1 remuer avec un bton la pte saugrenue de ses bassines4 ,quand les frres rentrent et s'installent au rfectoire1 il accourt1 la figure rissole et les mains cuites1 et sert1 joyeux1 sa ratatouille4 ,le suprieur lui demande s'il n'est pas fol et il demeure stupfi que l'on ne s'empiffre pas cet tonnant salmis4 ,il avoue1 en toute humilit1 qu'il a cru rendre service ses frres et ce n'est que sur l'observation que tant de nourriture sera perdue1 qu'il pleure chaudes larmes et se dclare un misrable2 il crie qu'il n'est propre qu' gter les biens du bon ,dieu1 tandis que les moines sourient1 admirant la dbauche de charit et l'excs de simplicit de ,junipre4 ,le frre ,simon serait assez humble et assez naf pour renouveler d'aussi splendides gaffes1 se disait ,durtal2 mais mieux encore que le brave ,franciscain1 il m'voque le souvenir de cet exorbitant saint ,joseph de ,cupertino dont l'oblat parlait hier4 ,celui-l1 qui s'appelait lui-mme frre ,ane1 tait un dlicieux et pauvre tre1 si modeste1 si born qu'on le chassait de partout4 ,il passe dans la vie1 la bouche ouverte1 se cognant1 ahuri1 contre tous les clotres qui le repoussent4 ,il vagabonde1 inapte remplir mme les besognes les plus viles4 ,il a1 comme dit le peuple1 des mains en beurre1 il casse tout ce qu'il touche4 ,on lui commande d'aller chercher de l'eau1 et1 il erre1 sans comprendre1 absorb en ,dieu1 finit1 quand personne n'y pense plus1 par en apporter au bout d'un mois4 ,un monastre de ,capucins1 qui l'avait recueilli1 s'en dbarrasse4 ,il repart1 vague1 dsorbit1 dans les villes1 choue dans un autre couvent o il s'emploie soigner les animaux qu'il adore2 et il surgit dans une perptuelle extase1 se rvle le plus singulier des thaumaturges1 chasse les dmons et gurit les maux4 ,il est tout la fois idiot et sublime2 dans l'hagiographie1 il reste unique et semble y figurer pour fournir la preuve que l'me s'identifie avec l'ternelle ,sagesse1 plus par le non-savoir que par la science4 ,et1 lui aussi1 il aime les btes1 se disait ,durtal1 en contemplant le vieux ,simon2 et1 lui aussi1 il poursuit le ,malin et opre par sa saintet des gurisons4 ,dans une poque o tous les hommes sont exclusivement hants par des penses de luxure et de lucre1 elle parat extraordinaire l'me dcortique1 l'me candide et toute nue1 de ce bon moine4 ,il a quatre-vingt ans sonns1 et il mne1 depuis sa jeunesse1 l'existence sommaire des ,trappes2 il ne sait probablement pas dans quel temps il vit1 sous quelles latitudes il habite1 s'il est en ,amrique ou en ,france1 car il n'a jamais lu un journal et les bruits du dehors ne parviennent pas jusqu' lui4 ,il ne se doute mme pas du got de la viande et du vin2 il n'a aucune notion de l'argent dont il ne souponne ni la valeur1 ni l'aspect2 il ne s'imagine point comment une femme est faite2 ce n'est que par la saillie de ses verrats et la gsine de ses truies qu'il devine peut-tre l'essence et les suites du pch de chair4 ,il vit seul1 concentr dans le silence et terr dans l'ombre2 il mdite sur les mortifications des ,pres du ,dsert qu'on lui dtaille pendant qu'il mange2 et la frnsie de leurs jenes le rend honteux de son misrable repas et il s'accuse de son bien-tre6 ,ah6 ce pre ,simon1 il est innocent2 il ne sait rien de ce que nous connaissons et il sait ce que tout le monde ignore2 son ducation est faite par le seigneur mme qui l'instruit de ses vrits incomprhensibles pour nous1 qui lui modle l'me avec du ciel1 qui s'infond en lui et le possde et le difie dans l'union de ,batitude6 ,cela nous met un peu loin des cagots et des dvotes1 aussi loin1 du reste1 qu'est le ,catholicisme moderne de la ,mystique1 car dcidment cette religion est aussi terre terre que la ,mystique est haute6 ,et c'est vrai cela4--,au lieu de tendre de toutes ses forces ce but inou1 de prendre son me1 de la faonner en cette forme de colombe que le ,moyen ,age donnait ses pyxides1 au lieu d'en faire la custode o l'hostie repose dans l'image mme du ,saint-,esprit1 le catholique se borne tcher de cacher sa conscience1 s'efforce de ruser avec le ,juge1 par crainte d'un salutaire enfer2 il agit non par dilection mais par peur2 c'est lui qui1 avec l'aide de son clerg et le secours de sa littrature imbcile et de sa presse inepte1 a fait de la religion un ftichisme de ,canaque attendri1 un culte ridicule1 compos de statuettes et de troncs1 de chandelles et de chromos2 c'est lui qui a matrialis l'idal de l',amour1 en inventant une dvotion toute physique au ,sacr-,cur6 ,quelle bassesse de conception6 continuait ,durtal qui tait sorti de la chapelle et errait sur les bords du grand tang4 ,il regarda les roseaux qui se courbaient comme une moisson encore verte1 sous un coup de vent2 puis il entrevit1 en se penchant1 un vieux bateau qui portait1 sur sa coque bleutre1 le nom presque effac de l',alleluia2 cette barque disparaissait sous des touffes de feuilles autour desquelles s'enroulaient les clochettes du volubilis1 une fleur symbolique1 car elle s'vase1 telle qu'un calice1 et elle a la blancheur mate d'une oublie4 ,la senteur tout la fois cline et amre des eaux le grisait4 ,ah6 se dit-il1 le bonheur consiste certainement tre intern dans un lieu trs ferm1 dans une prison bien close1 o une chapelle est toujours ouverte2 et il reprit3 tiens1 voici le frre ,anaclet2 le convers s'avanait1 courb sous une banne4 ,il passa devant ,durtal1 en lui souriant des yeux2 et1 tandis qu'il continuait sa route1 ,durtal pensa3 cet homme est pour moi un sincre ami2 quand je souffrais tant1 avant de me confesser1 il m'a tout exprim dans un regard4 ,aujourd'hui qu'il me croit plus rassrn1 plus joyeux1 il est content et il me le dclare dans un sourire2 et jamais je ne lui parlerai1 jamais je ne le remercierai1 jamais mme je ne saurai qui il est--jamais je ne le reverrai peut-tre6 ,en partant d'ici1 je conserverai un ami pour lequel je sens1 moi aussi1 de l'affection2 et aucun de nous n'aura mme chang avec l'autre un geste6 ,au fond1 ruminait-il1 cette rserve absolue ne rend-elle pas notre amiti plus parfaite2 elle s'estompe dans un ternel lointain1 reste mystrieuse et inassouvie1 plus sre4 ,tout en se ratiocinant ces rflexions1 ,durtal se dirigea vers la chapelle o l'appelait l'office et1 de l1 il se rendit au rfectoire4 ,il fut surpris de ne trouver qu'un seul couvert sur la nappe4 ,qu'est-il arriv ,m4 ,bruno8--voyons1 je vais quand mme un peu l'attendre1 songea-t-il2 et1 pour tuer le temps1 il s'amusa lire un tableau imprim qui tait pendu au mur4 ,c'tait une sorte d'avertissement qui dbutait ainsi3 ternit6 ,hommes pcheurs1 vous mourrez4--,soyez toujours prts4 ,veillez donc1 priez sans cesse1 n'oubliez jamais les quatre fins que vous voyez1 ici1 traces3 ,la ,mort qui est la porte de l'ternit1 ,le ,jugement qui dcide de l'ternit1 ,l',enfer qui est le sjour de la malheureuse ternit1 ,le ,paradis qui est le sjour de la bienheureuse ternit4 ,le ,p4 tienne interrompit ,durtal1 en lui annonant que ,m4 ,bruno tait all ,saint-,landry1 afin d'y effectuer quelques achats1 et qu'il ne reviendrait que pour le coucher1 huit heures2 dnez donc sans plus tarder et dpchez-vous1 car tous les plats vont tre froids4 --,et comment se porte le pre abb8 --,doucement2 il garde encore la chambre1 mais il espre pouvoir1 aprs-demain1 descendre un peu pour assister au moins quelques-uns des offices4 ,et le moine salua et disparut4 ,durtal se mit table1 mangea d'une soupe l'eau de fves1 avala un uf mollet1 une cuillere de fves tides et comme1 une fois dehors1 il longeait la chapelle1 il y entra et s'agenouilla devant l'autel de la ,vierge2 mais aussitt l'esprit de blasphme l'emplit2 il voulut tout prix insulter la ,vierge2 il lui sembla qu'il prouverait une joie cre1 une volupt aigu1 la salir et il se retint1 se crispa la face pour ne pas laisser chapper les injures de roulier qui se pressaient sur ses lvres1 qui se disposaient sortir4 ,et il dtestait ces abominations1 il se rvoltait contre elles1 il les refoulait avec horreur et l'impulsion devenait si irrsistible qu'il dut1 pour se taire1 se saigner1 coups de dents1 la bouche4 ,c'est un peu fort d'entendre gronder en soi le contraire de ce que l'on pense1 se dit-il2 mais il avait beau appeler toute sa volont l'aide1 il sentait qu'il allait cder1 cracher quand mme ces impurets1 et il s'enfuit1 songeant que mieux valait1 s'il n'y avait plus moyen de rsister1 vomir ces ordures dans la cour plutt que dans l'glise4 ,et ds qu'il eut quitt la chapelle1 cette folie de blasphmes cessa2 surpris par l'trange violence de cette attaque1 il dambula le long de l'tang4 ,et1 peu peu1 une intuition inexplique d'un pril qui le menaait lui vint4 ,ainsi qu'une bte qui flaire un ennemi cach1 il regarda avec prcaution en lui1 finit par apercevoir un point noir l'horizon de son me et1 brusquement1 sans qu'il et le temps de se reconnatre1 de se rendre compte du danger qu'il voyait surgir1 ce point s'tendit1 le couvrit d'ombre2 il ne fit plus jour en lui4 ,il eut cette minute de malaise qui prcde l'orage1 et1 dans le silence anxieux de son tre1 tels que des gouttes de pluie1 des arguments tombrent4 ,les pnibles effets du ,sacrement1 mais ils se justifiaient6 ,n'avait-il pas procd de telle sorte que sa communion ne pouvait qu'tre infidle8 videmment4--,au lieu de se tasser et de s'treindre1 il avait pass un aprs-midi de rvolte et de colre2 le soir mme1 il avait indignement jug un ecclsiastique dont le seul tort tait de se complaire dans la vanit des plaisanteries faciles4 ,s'tait-il confess de cette iniquit et de ces sditions8 pas le moins du monde2 et1 aprs la communion1 s'tait-il1 comme il l'et fallu1 enferm en tte tte avec son ,hte8 encore moins4 ,il l'avait abandonn1 sans plus s'occuper de ,lui2 il avait dguerpi de son logis interne1 s'tait promen dans les bois1 n'avait mme pas assist aux offices6 ,mais voyons1 voyons1 ces rprimandes sont ineptes6 j'ai communi1 tel que j'tais1 sur l'ordre formel du confesseur2 quant cette promenade1 je ne l'ai ni demande1 ni souhaite6 c'est ,m4 ,bruno qui1 d'accord avec l'abb de la ,trappe1 a dcid qu'elle me serait propice2 je n'ai donc rien me reprocher1 je suis indemne4 --,cela prouve-t-il que tu n'aurais pas mieux agi1 en vivant cette journe en prires1 dans l'glise8 --,mais1 se cria-t-il1 avec ce systme-l1 on ne marcherait plus1 on ne mangerait plus1 on ne dormirait plus1 car on ne devrait jamais s'loigner de l'glise4 ,il y a temps pour tout1 que diantre6 --,sans doute1 mais une me plus diligente et refus cette excursion1 justement parce qu'elle lui plaisait2 elle l'et carte1 par mortification1 par esprit de pnitence4 --videmment mais444 ces scrupules le torturrent2 le fait est1 se dit-il1 que j'aurais pu employer mon aprs-midi plus saintement2--de l1 croire qu'il s'tait mal conduit1 il n'y avait qu'un pas et il le fit4 ,il se lapida1 pendant une heure1 suant d'angoisse1 s'accusant de mfaits imaginaires1 s'engageant dans cette voie si loin qu'il finit par s'brouer1 par comprendre qu'il draillait4 ,l'histoire du chapelet lui revint en mmoire et alors il se blma de se laisser encore acculer par le dmon4 ,il commenait souffler1 reprendre son assiette1 quand des attaques autrement redoutables se prsentrent4 ,ce ne fut plus une instillation d'arguments qui coulaient goutte goutte1 mais une pluie furieuse qui se prcipita sur son me1 en avalanche4 ,l'orage1 dont l'onde de scrupules n'tait que le prlude1 clata en plein2 et1 dans la panique du premier moment1 dans l'assourdissement de la tempte1 l'ennemi dmasqua ses batteries1 le frappa au cur4 --,il n'avait retir aucun bien de cette communion1 mais il tait vraiment par trop jeune aussi6 ah 1 est-ce qu'il croyait que1 parce qu'un prtre avait profr cinq mots latins sur un pain azyme1 ce pain s'tait transsubstanti en la chair du ,christ8 qu'un enfant accueille de pareilles sornettes1 passe encore6 mais avoir franchi la quarantaine et couter d'aussi formidables bourdes1 c'tait excessif1 presque inquitant6 ,et les insinuations le cinglrent1 comme des paquets de grle3 qu'est-ce qu'un pain qui est du bl avant et qui n'est plus aprs qu'une apparence8 qu'est-ce qu'une chair qu'on ne voit ni ne sent8 qu'est-ce qu'un corps dont l'ubiquit est telle qu'il parat en mme temps sur les autels de pays divers8 qu'est-ce qu'une puissance qui se trouve annihile lorsque l'hostie n'est pas fabrique avec du pur froment8 ,et cela devint une vritable inondation qui l'ensevelit2 et cependant1 de mme qu'un impermable pieu1 cette ,foi qu'il avait acquise1 sans avoir jamais su comment1 restait immobile1 disparaissait sous des torrents d'interrogation1 mais ne bougeait point4 ,et il se rvolta et se dit3 qu'est-ce que cela prouve sinon que la tnbre sacramentelle de l',eucharistie est insondable4 ,d'ailleurs1 si c'tait intelligible1 ce ne serait pas divin4 ,si le ,dieu que nous servons pouvait tre compris par la raison1 il ne vaudrait pas la peine d'tre servi1 a dit ,tauler2 et l',imitation dclare nettement aussi la fin de son ,i,ve livre que si les uvres de ,dieu taient telles que l'intelligence de l'homme pt aisment les saisir1 elles cesseraient d'tre merveilleuses et ne pourraient tre qualifies d'ineffables4 ,et une voix railleuse reprit3 --,voil qui s'appelle rpondre1 en avouant que l'on n'a rien rpondre4 --,enfin1 fit ,durtal qui rflchissait1 j'ai assist des expriences de spiritisme o nulle tricherie n'tait possible4 ,il tait bien vident que ce n'taient ni le fluide des spectateurs1 ni la suggestion des personnes entourant la table qui dictaient les rponses1 puisque1 en frappant ses coups1 cette table s'exprima subitement en anglais1 alors que personne ne parlait cette langue et que1 quelques minutes plus tard1 s'adressant moi qui tais loign d'elle et qui1 par consquent1 ne la touchais pas1 elle me raconta1 en franais1 cette fois1 des faits que j'avais oublis et que1 seul1 je pouvais savoir4 ,je suis donc bien oblig de supposer un lment de surnaturel se servant1 en guise de truchement1 d'un guridon1 d'accepter1 sinon l'vocation des morts1 au moins ce qui semble plus probable1 l'existence constate de larves4 ,alors1 il n'est pas plus surprenant1 plus impossible que le ,christ se substitue la pte d'un pain1 qu'une larve furte et bavarde dans un pied de table4 ,ces phnomnes droutent galement les sens2 mais si l'un d'eux est indniable--et la manifestation spirite l'est1 coup sr--quels motifs invoquer pour nier la vraisemblance de l'autre qui a t atteste d'ailleurs par des milliers de ,saints8 ,au fond1 poursuivit-il1 en souriant1 il y avait dj la dmonstration par l'absurde1 mais celle-ci pourrait s'intituler la dmonstration par l'abject1 car si le mystre ,eucharistique est sublime1 il n'en est pas de mme du ,spiritisme qui n'est1 en fin de compte1 que la latrine du surnaturel1 que le goguenot de l'au-del6 --,s'il n'y avait encore que cette nigme1 reprit la voix1 mais toutes les doctrines catholiques sont d'un gabarit pareil6 examine la religion ds sa naissance et dis si elle ne dbute pas par un dogme absurde8 ,voici un ,dieu1 infiniment parfait1 infiniment bon1 un ,dieu qui n'ignore ni le pass1 ni le prsent1 ni l'avenir1 il savait donc qu've pcherait2 alors1 de deux choses l'une3 ou il n'est pas bon puisqu'il l'a soumise cette preuve1 en connaissant qu'elle n'tait pas de force la subir2 ou bien alors1 il n'tait pas certain de sa dfaite2 auquel cas1 il n'est pas omniscient1 il n'est pas parfait4 ,durtal ne rpondait pas ce dilemme qu'il est1 en effet1 malais de rsoudre4 --,pourtant1 se dit-il1 l'on peut tout d'abord carter l'une de ces deux propositions1 la dernire2 car il est enfantin de s'occuper du futur lorsqu'il s'agit de ,dieu2 nous le jugeons avec notre misrable entendement et il n'y a pour lui1 ni prsent1 ni pass1 ni avenir2 il les voit tous1 dans la lumire incre1 au mme instant4 ,pour lui1 la distance ne se figure pas et l'espace est nul4 ,les jadis1 les maintenant et les demain ne sont qu'un4 ,il ne pouvait par consquent douter que le ,serpent vaincrait4 ,ce dilemme amput se dtraque donc444 --,soit1 mais l'autre alternative reste1 que fais-tu de sa bont8 --,sa bont444 ,et ,durtal avait beau se ressasser les arguments tirs du libre-arbitre ou de la venue promise du ,sauveur1 il tait bien forc de s'avouer que ses rponses taient dbiles4 ,et la voix se fit plus pressante3 --,tu admets aussi le pch originel8 --,je suis bien oblig de l'admettre1 puisqu'il existe4 ,qu'est-ce que l'hrdit1 l'atavisme1 sinon1 sous un autre vocable1 le terrible pch des origines8 --,et cela te parat juste que des gnrations innocentes rparent encore et toujours la faute du premier homme8 ,et comme ,durtal ne rpliquait pas1 la voix insinua doucement3 --,cette loi est tellement inique qu'il semble que le ,crateur en ait eu honte et que1 pour se punir de sa frocit et ne pas se faire jamais excrer par sa crature1 il ait voulu souffrir sur la croix1 expier son crime1 en la personne de son propre ,fils6 --,mais1 s'cria ,durtal exaspr1 ,dieu n'a pu commettre un crime et se chtier2 si cela tait1 ,jsus serait le ,rdempteur de son ,pre et non le ntre2 c'est fou6 ,il retrouvait peu peu son quilibre2 lentement1 il rcita le ,symbole des ,aptres1 tandis que les objections qui le dmolissaient se pressaient1 les unes la suite des autres1 en lui4 ,il y a un fait certain1 se dit-il1 car il tait1 dans cette bagarre1 trs lucide3 c'est que nous sommes deux pour l'instant en moi4 ,je puis suivre mes raisonnements et j'entends1 de l'autre ct1 les sophismes que mon double me souffle4 ,jamais cette dualit ne m'tait apparue aussi nette4 ,et l'attaque faiblit sur cette rflexion2 on et cru que l'ennemi dcouvert battait en retraite4 ,mais1 il n'en fut rien2 aprs une courte trve1 l'assaut recommena sur un autre point4 --,es-tu bien sr de ne t'tre pas suggestionn1 de ne t'tre pas mont le coup toi-mme8 ,a force d'avoir voulu croire1 tu as fini par enfanter et par t'implanter1 en la dguisant sous le nom de grce1 une ide fixe autour de laquelle maintenant tout festonne4 ,tu te plains de n'avoir pas prouv des joies sensibles aprs ta communion1 cela dmontre simplement que tu ne t'tais pas assez tendu1 ou que1 lasse de ses excs de la veille1 ton imagination s'est rvle inapte te jouer l'affolante ferie que tu te rclamais1 aprs la messe4 ,au reste1 tu devrais le savoir1 tout dpend1 dans ces questions-l1 de l'activit plus ou moins fbrile de la cervelle et des sens2 vois ce qui a lieu pour les femmes2 elles se leurrent plus facilement que l'homme2 car l encore se dcle la diffrence des conformations1 la varit des sexes2 le ,christ se donne charnellement sous les apparences d'un pain2 c'est le mariage mystique1 l'union divine consomme par la voie des lvres2 il est bien l'poux des femmes1 tandis que1 nous autres1 sans le vouloir1 par l'aimant mme de notre nature1 nous sommes plus attirs par la ,vierge4 ,mais elle ne se livre pas1 ainsi que son fils1 nous2 elle ne rside pas dans le ,sacrement2 la possession est avec elle impossible2 elle est notre mre mais elle n'est pas notre pouse1 comme lui est l'poux des ,vierges4 ,on conoit ds lors que les femmes s'emballent plus violemment et qu'elles adorent mieux et qu'elles se figurent plus aisment qu'elles sont choyes4 ,d'ailleurs1 ,m4 ,bruno te le disait hier3 la femme est plus passive1 moins rebelle l'action cleste444 --,eh6 qu'est-ce que cela me fait8 qu'est-ce que cela prouve8 ,que plus on aime et mieux on est aim8 mais si cet axiome est faux1 au point de vue terrestre1 il est certainement exact au point de vue divin2 ce qui serait monstrueux1 ce serait que le ,seigneur ne traitt pas mieux l'me d'une ,clarisse que la mienne6 ,il y eut encore un temps de repos2 et l'attaque tourna et se rua sur un nouvel endroit4 --,alors tu crois l'ternel enfer8 ,tu supposes un ,dieu plus cruel que tu ne serais1 un ,dieu qui a cr les gens1 sans qu'ils aient t consults1 sans qu'ils aient demand natre2 et1 aprs avoir pti pendant leur existence1 ils seraient encore supplicis sans merci1 aprs leur mort2 mais1 voyons1 toi-mme1 tu verrais torturer ton plus fervent ennemi1 que tu serais pris de piti1 que tu solliciterais sa grce4 ,tu pardonnerais et le ,tout-,puissant serait implacable8 tu m'avoueras que c'est se faire de ,lui une singulire ide4 ,durtal se taisait2 l'enfer se perptuant l'infini demeurait1 en effet1 gnant4 ,la rplique qu'il est lgitime que les peines soient ternelles puisque les rcompenses le sont n'tait pas dcisive1 car enfin le propre de la ,bont parfaite serait justement d'abrger les chtiments et de prolonger les joies4 ,mais enfin1 se dit-il1 sainte ,catherine de ,gnes a lucid cette question4 ,elle expose trs bien que ,dieu envoie un rayon de misricorde1 un courant de piti dans les enfers1 qu'aucun damn ne souffre autant qu'il mriterait de souffrir1 que si l'expiation ne doit pas cesser1 elle peut se modifier1 s'attnuer1 devenir1 la longue1 moins rigoureuse1 moins intense4 ,elle remarque aussi qu'au moment de se sparer du corps1 l'me s'entte ou cde2 si elle reste endurcie1 si elle ne manifeste aucune contrition de ses fautes1 la coulpe ne saurait lui tre remise1 car aprs la mort le franc-arbitre ne subsiste plus1 la volont que l'on possde1 l'instant o l'on sort de ce monde1 reste invariable4 ,si1 au contraire1 elle ne persvre pas dans ses sentiments d'impnitence1 une partie de la rpression lui sera sans nul doute te2 par consquent1 n'est vou la ghenne continuelle1 que celui qui1 dlibrment1 ne veut pas1 quand il en est temps encore1 revenir rsipiscence1 que celui qui se refuse renier ses fautes4 ,ajoutons que1 d'aprs la ,sainte1 ,dieu n'a mme pas faire vacuer l'me pour jamais pollue sur les enfers1 car elle y va d'elle-mme1 elle y est conduite par la nature mme de ses pchs2 elle s'y prcipite1 comme en son propre bien1 elle s'y engouffre naturellement1 si l'on peut dire4 ,en somme1 on peut se figurer un enfer trs petit et un purgatoire trs grand2 on peut s'imaginer que l'enfer est peu peupl1 qu'il n'est rserv qu'aux cas de sclratesse rares1 qu'en ralit la foule des mes dsincarnes se presse dans le ,purgatoire et y endure des corrections proportionnes aux mfaits qu'elles ont1 ici-bas1 voulus4 ,ces ides n'ont rien d'insoutenable et elles ont l'avantage d'accorder les ides de misricorde et de justice4 --,parfait6 rpliqua railleusement la voix4 ,alors l'homme serait bien bon de se contraindre2 il peut voler1 piller1 tuer son pre et violer sa fille1 c'est le mme prix2 pourvu qu' la dernire minute il se repente1 il est sauv6 --,mais non6 la contrition n'enlve que l'ternit de la peine et non la peine mme6 chacun doit tre puni ou rcompens1 selon ses uvres4 ,celui qui sera souill d'un parricide ou d'un inceste supportera un chtiment autrement pnible1 autrement long que celui qui ne les aura point commis2 l'galit dans la souffrance piaculaire1 dans la douleur rparatrice1 n'existe pas4 ,au reste1 cette ide d'une vie purgative aprs la mort est si naturelle1 si certaine1 que toutes les religions l'assument4 ,pour toutes1 l'me est une sorte d'arostat qui ne peut monter1 atteindre ses fins dernires dans l'espace1 qu'en jetant son lest4 ,dans les cultes de l',orient1 l'me1 pour se dpurer1 se rincarne2 elle se frotte dans de nouveaux corps1 ainsi qu'une lame dans des couches de grs qui l'claircissent4 ,pour nous autres1 catholiques1 elle ne subit aucun avatar terrestre1 mais elle s'allge1 se drouille1 s'claire dans le ,purgatoire o ,dieu la transforme1 l'attire1 l'extrait peu peu de sa gangue de pchs1 jusqu' ce qu'elle puisse s'lever et se perdre en lui4 ,pour en finir avec cette irritante question d'un perptuel enfer1 comment ne point concevoir que la justice divine hsite1 la plupart du temps1 prononcer d'inexorables arrts4 ,l'humanit est1 en majeure partie1 compose de sclrats inconscients et d'imbciles qui ne se rendent mme pas compte de la porte de leurs fautes4 ,ceux-l1 leur parfaite incomprhension les sauve4 ,quant aux autres qui se putrfient1 en sachant ce qu'ils font1 ils sont videmment plus coupables1 mais la ,socit qui hait les gens suprieurs se charge1 elle-mme1 de les chtier2 elle les humilie1 les perscute et il est ds lors permis d'esprer que ,notre-,seigneur prendra en piti ces pauvres mes si misrablement pitines1 pendant leur sjour sur la terre1 par la cohue des mufles4 --,alors il y a tout avantage tre un imbcile1 car l'on est pargn sur la terre et au ciel4 --,ah certes6 ,et puis444 et puis444 quoi sert de discuter1 puisque nous ne pouvons nous faire la moindre ide de ce qu'est la justice infinie d'un ,dieu6 ,en voil assez1 d'ailleurs1 ces dbats m'assomment6 ,il essaya de distraire sa pense de ces sujets1 il voulut1 pour rompre l'obsession1 se reporter ,paris1 mais cinq minutes ne s'taient pas coules que le double revenait la charge4 ,il s'emparait1 une fois de plus1 du dilemme boiteux de tout l'heure1 assaillait encore la bont du ,crateur1 propos des pchs de l'homme4 ,le ,purgatoire est dj exorbitant1 car enfin1 disait-il1 ,dieu savait que l'homme cderait aux tentations2 alors pourquoi les tolrer et surtout pourquoi le condamner8 c'est de la bont1 c'est de la justice1 cela8 --,mais c'est un sophisme6 s'cria ,durtal qui s'agaait4 ,dieu laisse chacun sa libert2 personne n'est tent au del de ses forces4 ,s'il permet1 en certains cas1 que la sduction dpasse nos moyens de rsistance1 c'est pour nous rappeler l'humilit1 pour nous ramener lui par le remords1 c'est pour d'autres causes que nous ignorons et qu'il n'a pas nous montrer4 ,il est probable qu'alors ces transgressions sont autrement apprcies que celles que nous avons pratiques de notre plein gr444 --,la libert de l'homme6 ,elle est jolie1 oui1 parlons-en6 et l'atavisme8 et le milieu8 et les maladies du cerveau et des moelles8 est-ce qu'un homme agit d'impulsions maladives1 envahi par des troubles gnsiques1 est responsable de ses actes8 --,mais qu'est-ce qui dit que1 dans ces conditions-l1 on lui impute l-haut1 ces actes8--c'est idiot1 la fin1 de toujours comparer la justice divine aux tribunaux des hommes6 mais c'est tout le contraire2 les jugements humains sont souvent si infmes qu'ils avrent qu'une autre quit existe4 ,mieux que les preuves de la thodice1 la magistrature prouve ,dieu1 car1 sans lui1 comment serait-il assouvi cet instinct de justice si inn en chacun de nous que mme les plus humbles des btes l'ont8 --,tout cela n'empche1 reprit la voix1 que le caractre change suivant que l'estomac fonctionne bien ou mal2 la mdisance1 la colre1 l'envie1 c'est de la bile accumule ou de la digestion rate2 la bonhomie1 la joie1 c'est le sang qui circule librement1 le corps qui s'panouit l'aise2 les mystiques sont des anmo-nerveux2 tes extatiques sont des hystriques mal nourris1 les maisons d'alins en regorgent2 ils dpendent de la science quand les visions commencent4 ,du coup1 ,durtal se remit2 les arguments matrialistes taient peu inquitants1 car aucun ne tenait debout2 tous confondaient la fonction et l'organe1 l'habitant et le logis1 l'horloge et l'heure4 ,leurs assertions ne reposaient sur aucune base4 ,assimiler la bienheureuse lucidit et l'ingalable gnie d'une sainte ,trse aux extravagances des nymphomanes et des folles1 c'tait si obtus1 si niais1 qu'on ne pouvait vraiment qu'en rire6--,le mystre demeurait entier2 aucun mdecin n'avait pu et ne pouvait dcouvrir la psych dans les cellules rondes ou fusiformes1 dans les matires blanches ou les substances grises du cerveau4 ,ils reconnaissaient plus ou moins justement les organes dont l'me se servait pour tirer les fils du pantin qu'elle tait condamne mouvoir1 mais1 elle1 restait invisible2 elle tait partie1 alors qu'ils foraient les pices de son logis1 aprs la mort4 ,non1 ces racontars-l n'agissent pas sur moi1 se confirma ,durtal4 --,et celui-ci1 agit-il mieux8 crois-tu l'utilit de la vie1 la ncessit de cette chane sans fin1 de ce touage de souffrances qui se prolongera1 pour la plupart1 mme aprs la mort8 la vraie bont1 elle et consist ne rien inventer1 ne rien crer1 laisser tout en l'tat1 dans le nant1 en paix6 ,l'attaque pivotait sur elle-mme1 revenait toujours1 aprs d'apparents dtours1 au mme rond-point4 ,durtal baissa le nez1 car cet argument le dmtait2 toutes les rpliques que l'on pouvait imaginer taient d'une faiblesse insigne et la moins tique1 celle qui consiste nous dnier le droit de juger1 parce que nous ne pouvons percevoir que des dtails du plan divin1 parce que nous ne possdons sur lui aucune vue d'ensemble1 ne prvalait pas contre la terrible phrase de ,schopenhauer3 si ,dieu a fait le monde1 je ne voudrais pas tre ce ,dieu1 car la misre du monde me dchirerait le cur6 ,il n'y a pas barguigner1 se disait-il1 j'ai beau saisir que la ,douleur est le vrai dsinfectant des mes1 je suis pourtant oblig de me demander pourquoi le ,crateur n'a pas invent un moyen de nous purifier moins atroce4--,ah6 lorsque je songe aux souffrances internes dans les asiles d'alins et les salles d'hospice1 a me rvolte1 a me fait douter de tout6 ,si encore la ,douleur tait un antiseptique des dlits futurs ou un dtersif des fautes passes1 on comprendrait encore6 ,mais non1 elle s'abat1 indiffrente1 sur les mauvais et sur les bons2 elle est aveugle4--,la meilleure preuve est la ,vierge qui tait sans tache et qui n'avait pas1 comme son ,fils1 expier pour nous4 ,elle ne devait pas1 par consquent1 tre chtie et1 elle aussi1 elle a subi au pied du ,calvaire le supplice exig par cette horrible loi6 --,bien1 mais alors1 reprit ,durtal1 aprs un silence de rflexion1 si la ,vierge innocente a donn l'exemple1 de quel droit1 nous autres1 les coupables1 osons-nous nous plaindre8 ,non1 il faudrait pourtant se rsoudre demeurer dans les tnbres1 vivre entour d'nigmes4 ,l'argent1 l'amour1 rien n'est clair2 le hasard1 s'il existe1 est aussi mystrieux que la ,providence et plus qu'elle encore1 il est indchiffrable6 ,dieu est au moins une origine de l'inconnu1 une clef4 --,une origine qui est1 elle-mme1 un autre secret1 une clef qui n'ouvre rien6 ,ah6 c'est irritant1 se dit-il1 d'tre ainsi harcel1 dans tous les sens4 ,en voil assez2 d'ailleurs1 ce sont l des questions qu'un thologien est seul mme de discuter2 moi1 je suis sans armes2 la partie n'est pas gale2 je ne veux plus rpondre4 ,et il ne pouvait pas ne point entendre un vague ricanement qui montait en lui4 ,il quitta le jardin1 se dirigea vers la chapelle1 mais la crainte d'tre repris par des folies de blasphmes l'en dtourna4 ,ne sachant plus o aller1 il regagna sa cellule1 se rptant3 il ne faudrait pas se chamailler ainsi2 oui1 mais comment s'empcher d'entendre des ergotages qui sortent d'on ne sait o4 ,j'ai beau me crier3 tais-toi6--l'autre parle6 ,arriv dans sa chambre1 il voulut prier et tomba genoux devant son lit4 ,alors ce fut abominable4 ,cette posture suscita des souvenirs de ,florence1 tendue au travers de la couche4 ,il se releva et les vieilles aberrations revinrent4 ,il repensait cette crature1 ses gots bizarres1 sa manie de mordiller les oreilles1 de boire des odeurs de toilette dans de petits verres1 de grignoter des tartines de caviar et des dattes4 ,elle tait si libertine et si trange1 imbcile sans doute1 mais obscure6 --,et si elle tait dans cette pice1 retrousse1 sur ce lit1 l1 devant toi1 que ferais-tu8 ,il se balbutiait3--je tcherais de ne pas cder6 --,tu mens1 avoue donc que tu te jetterais sur elle1 avoue que tu enverrais la conversion1 le clotre1 tout au diable6 ,il en plit2 la possibilit de sa lchet le suppliciait4 ,avoir communi1 alors que l'on n'tait pas plus certain de l'avenir1 pas plus assur de soi1 c'est presque un sacrilge1 se dit-il4 ,et il se cabra4 ,jusqu'ici il avait tenu bon1 mais la vision de ,florence l'entama4 ,il s'affala1 dsespr1 sur une chaise1 ne sachant plus que devenir1 ramassant ce qui lui restait de courage pour descendre l'glise o commenait l'office4 ,il s'y trfila1 s'y tenailla1 assailli par des rappels turpides1 dgot de lui-mme1 sentant sa volont qui fuyait1 blesse de toutes parts4 ,et quand il fut dans la cour1 il demeura abasourdi1 se demandant o il allait s'abriter4 ,tous les lieux lui taient devenus hostiles2 dans sa cellule1 c'taient des souvenances charnelles1 dehors1 c'taient les tentations contre la ,foi2 ou plutt je trane cela constamment avec moi1 se cria-t-il4 ,mon ,dieu1 mon ,dieu6 j'tais1 hier1 si tranquille6 ,il pitinait au hasard d'une alle1 quand un nouveau phnomne surgit4 ,il avait eu jusqu' cette heure1 dans le ciel interne1 la pluie des scrupules1 la tempte des doutes1 le coup de foudre de la luxure2 maintenant1 c'tait le silence et la mort4 ,les tnbres compltes se faisaient en lui4 ,il cherchait ttons son me et la trouvait inerte1 sans connaissance1 presque glace4 ,il avait le corps vivant et sain1 toute son intelligence1 toute sa raison et ses autres puissances1 ses autres facults1 s'engourdissaient1 peu peu1 et s'arrtaient4 ,il se manifestait1 en son tre1 un effet tout la fois analogue et contraire ceux que le curare produit sur l'organisme1 lorsqu'il circule dans les rseaux du sang2 les membres se paralysent2 l'on n'prouve aucune douleur1 mais le froid monte2 l'me finit par tre squestre toute vive dans un cadavre2 l1 c'tait le corps vivant qui dtenait une me morte4 ,harcel par la peur1 il se dgagea d'un suprme effort1 voulut se visiter1 voir o il en tait2 et de mme qu'un marin1 qui1 dans un navire o s'est dclare une voie d'eau1 descend fond de cale1 il dut rtrograder1 car l'escalier tait coup1 les marches s'ouvraient sur un abme4 ,malgr la terreur qui le galopait1 il se pencha1 fascin1 sur ce trou et1 force de fixer le noir1 il distingua des apparences2 dans un jour d'clipse1 dans un air rarfi1 il apercevait au fond de soi le panorama de son me1 un crpuscule dsert1 aux horizons rapprochs de nuit2 et c'tait1 sous cette lumire louche1 quelque chose comme une lande rase1 comme un marcage combl de gravats et de cendres2 la place des pchs arrachs par le confesseur restait visible1 mais1 sauf une ivraie de vices sche qui rampaient encore1 rien ne poussait4 ,il se voyait puis2 il savait qu'il n'avait plus la force d'extirper ses dernires racines et il dfaillait1 l'ide qu'il faudrait encore s'ensemencer de vertus1 labourer ce sol aride1 fumer cette terre morte4 ,il se sentait incapable de tout travail1 et il avait en mme temps la conviction que ,dieu le rejetait1 que ,dieu ne l'aiderait plus4 ,cette certitude le ravina4 ,ce fut inexprimable2--car rien ne peut rendre les anxits1 les angoisses de cet tat par lequel il faut avoir pass pour le comprendre4 ,l'affolement d'un enfant qui ne s'est jamais loign des jupes de sa mre et que l'on abandonnerait sans crier gare1 en pleine campagne1 la brune1 pourrait seul en donner un semblant d'ide2 et encore1 en raison mme de son ge1 l'enfant1 aprs s'tre dsol1 finirait-il par se calmer1 par se distraire de son chagrin1 par ne plus percevoir le danger qui l'entoure1 tandis que1 dans cet tat1 c'est le dsespoir tenace et absolu1 la pense immuable du dlaissement1 la transe opinitre1 que rien ne diminue1 que rien n'apaise4 ,l'on n'ose plus1 ni avancer1 ni reculer2 on voudrait se terrer1 attendre1 en baissant la tte1 la fin d'on ne sait quoi1 tre assur que des menaces que l'on ignore et que l'on devine sont cartes4 ,durtal en tait ce point2 il ne pouvait revenir sur ses pas1 car cette voie1 qu'il avait quitte1 lui faisait horreur4 ,il et mieux aim crever que de retourner ,paris pour y recommencer ses instances charnelles1 pour y revivre ses heures de libertinage et d'ennuis2 mais s'il ne pouvait plus rebrousser chemin1 il ne pouvait davantage marcher de l'avant1 car la route aboutissait un cul-de-sac4 ,si la terre le repoussait1 le ciel se fermait en mme temps1 pour lui4 ,il gisait1 mi-cte1 dans la ccit1 dans l'ombre1 il ne savait o4 ,et cet tat s'aggravait d'une incomprhension absolue des causes qui l'amenaient1 s'exagrait au souvenir des grces autrefois reues4 ,durtal se rappelait la douceur des prmisses1 la caresse des touches divines1 cette marche continue et sans obstacles1 cette rencontre d'un prtre isol1 cet envoi la ,trappe1 cette facilit mme se plier la vie monastique1 cette absolution aux effets vraiment sensibles1 cette rponse rapide1 nette1 qu'il pouvait communier sans crainte4 ,et1 subitement1 sans qu'il et en somme1 failli1 celui qui l'avait jusqu'alors tenu par la main1 refusait de le guider1 le congdiait1 sans dire mot1 dans les tnbres4 ,tout est fini1 pensa-t-il2 je suis condamn flotter1 ici-bas1 tel qu'une pave dont personne ne veut2 aucune berge ne m'est dsormais accessible1 car si le monde me rpugne1 je dgote ,dieu4 ,ah6 ,seigneur1 souvenez-vous de l'enclos de ,gethsemani1 de la tragique dfection du ,pre que vous imploriez dans d'indicibles affres6 ,souvenez-vous qu'alors un ange vous consola et ayez piti de moi1 parlez1 ne vous en allez pas6--,dans le silence o s'teignit son cri1 il s'accabla2 et1 cependant1 il voulut ragir contre cette dsolation1 tenter d'chapper au dsespoir3 il pria1 et il eut de nouveau cette sensation trs prcise que ses obscrations ne portaient point1 n'taient mme pas entendues4 ,il appela l',intendante des allgeances1 la ,mdiatrice des pardons son aide et il fut persuad que la ,vierge ne l'coutait plus4 ,il se tut1 dcourag1 et l'ombre se condensa encore1 et une nuit complte le recouvrit4 ,il ne souffrit plus alors1 au sens propre du mot1 mais ce fut pis2 car ce fut l'anantissement dans le vide1 le vertige de l'homme que l'on courbe sur un gouffre2 et les bribes de raisonnement qu'il pouvait rassembler et lier1 dans cette dbcle1 finirent par se ramifier en des scrupules4 ,il cherchait quelles fautes justifiaient1 depuis sa communion1 une telle preuve et il ne les dcouvrait pas4 ,il en vint grossir ses peccadilles1 enfler ses impatiences2 il voulut se convaincre qu'il avait prouv un certain plaisir surprendre l'image de ,florence dans sa cellule1 et il se tortura si violemment qu'il ranima l'me moiti vanouie par ces moxas et la remit1 sans le vouloir1 dans cet tat aigu de scrupules o elle tait1 quand s'annona la crise4 ,et il ne perdait pas1 dans ces bagarres de rflexions1 la triste facult de l'analyse4 ,il se disait1 se jaugeant d'un coup d'il3--,je suis comme la litire d'un cirque1 pitin par toutes les douleurs qui sortent et rentrent tour de rle4 ,les doutes sur la ,foi1 qui semblaient s'tirer dans tous les sens1 tournaient1 en somme1 dans le mme cercle4 ,et voici maintenant que les scrupules1 dont je me croyais dbarrass1 rapparaissent et me parcourent4 ,comment expliquer cela8 cette torture1 qui la lui infligeait1 l',esprit de ,malice ou ,dieu8 ,qu'il ft tritur par le ,malin1 cela tait sr2 la nature mme de ces attaques dcelait son tampe2 oui1 mais comment interprter cet abandon de ,dieu8 car enfin1 le ,dmon ne pouvait empcher le ,sauveur de l'assister6 et il tait bien oblig de conclure que s'il tait martyris par l'un1 l',autre se dsintressait1 laissait faire1 se retirait compltement de lui4 ,cette constatation dduite de remarques prcises1 cette assurance raisonne1 l'acheva4 ,il en cria d'angoisse1 regardant l'tang prs duquel il marchait1 souhaitant d'y tomber1 jugeant que l'asphyxie1 que la mort seraient prfrables une vie pareille4 ,puis il trembla devant cette eau qui l'attirait et il s'enfuit1 charria sa dtresse au hasard des bois4 ,il tenta de l'user par de longues marches1 mais il se fatiguait sans la lasser2 il finit par s'affaisser1 moulu1 bris1 devant la table du rfectoire4 ,il considrait son assiette1 sans courage pour manger1 sans envie de boire2 il haletait1 ne tenait plus1 si reint qu'il ft1 en place4 ,il se leva1 erra dans la cour1 jusqu'aux ,complies et l1 dans la chapelle o il esprait quand mme trouver un soulagement1 ce fut le comble2 la mine clata2 l'me sape depuis le matin fit explosion4 ,a genoux1 dsol1 il tentait encore d'invoquer un appui et rien ne venait2 il tranglait1 emmur dans une fosse si profonde1 sous une vote si paisse1 que tout appel tait touff1 qu'aucun son ne vibrait4 ,a bout de courage1 il pleura1 la tte dans ses mains1 et1 tandis qu'il se plaignait ,dieu de l'avoir ainsi amen1 pour le supplicier1 dans une ,trappe1 d'ignobles visions l'assaillirent4 ,des fluides lui passaient devant la face1 peuplaient l'espace de priapes4 ,il ne les voyait pas avec les yeux de son corps qui n'taient nullement hallucins1 mais il les percevait hors de lui et les sentait en lui2 en un mot1 le toucher tait extrieur et la vision interne4 ,il tcha de fixer la statue de saint ,joseph1 devant laquelle il se tenait1 et il voulut se forcer ne discerner qu'elle1 mais ses yeux semblrent se retourner1 ne plus voir qu'en dedans et des croupes ouvertes les emplirent4 ,ce fut une mle d'apparitions aux contours indcis1 aux couleurs confuses1 qui ne se prcisaient qu'aux endroits convoits par la sculaire infamie de l'homme4 ,et cela changea encore4 ,les formes humaines se fondirent4 ,il ne resta1 dans d'invisibles paysages de chairs1 que des marais rougis par les feux d'on ne sait quel couchant1 que des marais frissonnant sous l'abri divis des herbes4 ,puis le site sensuel se rtrcit encore1 mais se maintint1 cette fois1 et ne bougea plus2 et ce fut la pousse d'une flore immonde1 l'panouissement de la pquerette des tnbres1 l'closion du lotus des cavernes1 enfoui au fond du val4 ,et des souffles ardents stimulaient ,durtal1 l'enveloppaient1 se muaient en des haleines furieuses qui lui buvaient la bouche4 ,il regardait1 malgr lui1 ne pouvant se soustraire aux avanies imposes de ces viols1 mais le corps tait inerte1 demeurait calme et l'me se rvoltait en gmissant2 la tentation tait donc nulle2 mais si ces manigances ne parvenaient lui suggrer que du dgot et de l'horreur1 elles le faisaient incomparablement ptir1 en s'attardant2 toute la lie de son existence dvergonde remontait sa surface2 ces rappels de ruts avaris le crucifiaient4 ,jointe la somme des douleurs accumules depuis l'aube1 la surcharge de ces souvenirs l'crasa et une sueur froide l'inonda1 de la tte aux pieds4 ,il agonisa et soudain1 comme s'il venait surveiller ses aides1 vrifier si ses ordres s'excutaient1 le bourreau entra en scne2 ,durtal ne le vit pas1 mais il le sentit1 et ce fut innarrable4 ,ds qu'elle eut l'impression de la prsence dmoniaque relle1 l'me trembla tout entire1 voulut fuir1 tourbillonna ainsi qu'un oiseau qui se cogne aux vitres4 ,et elle retomba1 puise2 alors1 si invraisemblable que cela ft1 les rles de la vie s'intervertirent2 le corps se dressa1 tint bon1 commanda l'me affole1 rprima1 dans une tension furieuse1 cette panique4 ,trs nettement1 trs clairement1 ,durtal perut pour la premire fois1 la distinction1 la sparation de l'me et du corps1 et pour la premire fois aussi1 il eut conscience de ce phnomne d'un corps qui avait tant tortur sa compagne par ses exigences et ses besoins1 oublier dans le danger commun toutes les rancunes et empcher celle qui lui rsistait d'habitude de sombrer4 ,il vit cela en un clair et subitement tout s'effaa4 ,il sembla que le ,dmon s'tait loign2 le mur de tnbres qui cernait ,durtal s'ouvrit et des lueurs fusrent de toutes parts2 en un immense lan1 le ,salve ,regina1 jailli du chur1 balayait les fantmes1 chassait les larves4 ,le cordial exalt de ce chant le ranima4 ,il reprit courage1 se remit esprer que cet effroyable abandon allait cesser2 il pria et ses exorations s'levrent2 il comprit qu'elles taient coutes enfin4 ,l'office tait termin2 il rejoignit l'htellerie1 et quand il parut si dfait1 si ple1 devant le ,p4 tienne et l'oblat1 ils s'crirent3 qu'avez-vous8 ,il s'effondra sur une chaise1 essaya de leur dcrire l'pouvantable calvaire qu'il avait gravi4 ,il y a plus de neuf heures que cela dure1 fit-il1 je m'tonne de n'tre pas devenu fou6--et il ajouta3 c'est gal1 jamais je n'aurais cru que l'me pt tant souffrir6 ,et le visage du pre s'illumina4 ,il pressa les mains de ,durtal et lui dit3 --,rjouissez-vous1 mon frre2 vous tes trait tel qu'un moine ici6 ,comment cela8 fit ,durtal1 interdit4 --,mais oui1 cette agonie--car il n'y a pas d'autre mot pour dfinir l'horreur de cet tat1--elle est une des plus srieuses preuves que ,dieu nous inflige2 c'est une des oprations de la vie purgative2 soyez heureux1 car c'est une grande grce que ,jsus vous fait6 --,et cela prouve que votre conversion est bonne1 affirma l'oblat4 --,dieu6 mais ce n'est pas lui pourtant qui m'a insinu les doutes sur la ,foi1 qui a fait natre en moi la folie des scrupules1 qui m'a suscit l'esprit de blasphme1 qui m'a caress par de dgotantes apparitions1 la face6 --,non1 mais ,il le permet4 ,ah6 c'est affreux1 je le sais1 dit l'htelier4 ,dieu se cache et1 on a beau l'appeler1 il ne vous rpond pas4 ,on se croit dlaiss et cependant ,il est prs de vous2 et tandis qu',il s'efface1 ,satan s'avance4 ,il vous tortille1 il vous pose un microscope sur vos fautes2 sa malice vous ronge la cervelle ainsi qu'une lime sourde--et1 quand tout cela se joignent1 pour vous excder1 les visions impures444 ,le trappiste s'interrompit--puis1 se parlant lui-mme1 lentement1 il dit3 --,ce ne serait rien d'tre en prsence d'une tentation relle1 d'une vraie femme1 en chair et en os1 mais ces apparences sur lesquelles l'imagination travaille1 c'est horrible6 --,et moi qui croyais que l'on avait la paix dans les clotres6 --,non1 on est sur cette terre pour lutter et c'est justement dans les clotres que le ,trs-,bas s'agite2 l1 les mes lui chappent et il veut1 tout prix1 les conqurir4 ,aucun endroit sur la terre n'est plus hant par lui qu'une cellule2 personne n'est plus harcel qu'un moine4 --,un rcit qui figure dans la ,vie des ,pres du ,dsert est ce point de vue typique1 fit l'oblat4 ,un seul dmon est charg de garder une ville et il dort1 pendant que deux ou trois cents dmons1 qui ont ordre de guetter un monastre1 n'ont aucun repos1 se dmnent1 c'est le cas de le dire1 comme de vrais diables6 ,et1 en effet1 la mission d'acclrer le pch des villes est une sincure2 car sans mme qu'elles s'en doutent1 ,satan les tient2 il n'a donc que faire de les tourmenter pour les retirer de la fiance de ,dieu1 puisque1 sans mme qu'il ait se donner le moindre mal1 toutes lui obissent4 ,aussi rserve-t-il ses lgions pour assiger les couvents o la rsistance est acharne4 ,au reste1 vous venez de voir la faon dont il conduit l'attaque6 --,ah6 s'exclama ,durtal1 ce n'est pas lui qui vous fait le plus souffrir6 car ce qui est pis que le scrupule1 pis que les tentations contre la puret ou contre la ,foi1 c'est l'abandon suppos du ciel2 non1 rien ne peut rendre cela6 --,c'est ce que la thologie mystique nomme la ,nuit obscure1 rpondit ,m4 ,bruno4 ,et ,durtal s'cria3 --,ah6 j'y suis maintenant2 je me souviens444 voil donc pourquoi saint ,jean de la ,croix atteste qu'on ne peut dpeindre les douleurs de cette ,nuit et pourquoi il n'exagre rien lorsqu'il affirme qu'on est alors plong1 tout vivant1 dans les enfers4 ,et moi qui doutais de la vracit de ses livres2 moi qui l'accusais d'outrance6 il attnuait plutt4 ,seulement1 il faut avoir ressenti cela1 par soi-mme1 pour y croire6 --,et vous n'avez rien vu1 repartit tranquillement l'oblat2 vous avez pass par la premire partie de cette ,nuit1 par la ,nuit des sens2 elle est terrible dj1 je le sais par exprience1 mais elle n'est rien en comparaison de la ,nuit de l'esprit qui parfois lui succde4 ,celle-l est l'exacte image des souffrances que ,notre-,seigneur endura au jardin des ,olives1 alors que1 suant le sang il cria1 bout de forces3 ,seigneur1 dtournez de moi ce calice6 ,celle-l est si pouvantable444 et ,m4 ,bruno se tut1 en plissant4 ,quiconque a subi ce martyre1 reprit-il aprs une pause1 sait d'avance ce qui attend1 dans l'autre vie1 les rprouvs6 --,voyons1 fit le moine1 l'heure du coucher est sonne4 ,il n'existe qu'un remde tous ces maux1 c'est la ,sainte ,eucharistie2 demain1 dimanche1 la communaut s'approche du ,sacrement2 il faut que vous vous joigniez nous4 --,mais je ne peux pas communier dans l'tat o je suis444 --,eh bien1 soyez debout1 cette nuit1 trois heures2 j'irai vous chercher dans votre cellule et je vous emmnerai chez le ,p4 ,maximin qui nous confesse cette heure4 ,et sans attendre sa rponse1 l'htelier lui serra la main et s'en fut4 --,il a raison1 fit l'oblat1 c'est le vrai remde4 ,et quand il fut remont dans sa chambre1 ,durtal pensa3 --,je comprends maintenant pourquoi l'abb ,gvresin tenait tant me prter saint ,jean de la ,croix2 il savait que j'entrerais dans la ,nuit obscure2 il n'osait m'avertir nettement de peur de m'effrayer et il voulait cependant me mettre en garde contre le dsespoir1 m'aider par le souvenir ici de ces lectures4 ,seulement1 comment a-t-il pu penser que1 dans un pareil naufrage1 je me rappellerais quelque chose6 ,tout cela me fait songer que j'ai omis de lui crire et qu'il faudra que1 demain1 je tienne ma promesse1 en lui envoyant une lettre4 ,et il repensa ce saint ,jean de la ,croix1 ce ,carme inou1 qui avait si placidement dcrit cette terrifiante phase de la gense mystique4 ,il se rendait compte de la lucidit1 de la puissance d'esprit de ce ,saint1 expliquant la vicissitude la plus obscure1 la moins connue de l'me1 surprenant1 suivant les oprations de ,dieu qui maniait cette me1 la comprimait dans sa main1 la pressait comme une ponge1 puis la laissait se rimbiber1 se regonfler de douleurs et la tordait encore et la faisait s'goutter en des larmes de sang1 pour l'purer4 ,,vi ,non1 dit tout bas ,durtal1 je ne veux pas usurper la place de ces braves gens4 --,mais je vous assure que a leur est gal4 ,et ,durtal se dfendant encore de passer devant les convers qui attendaient leur tour de confession1 le ,p4 tienne insista3 ,je vais rester avec vous et ds que la cellule sera libre1 vous y entrerez4 ,durtal tait alors sur le palier d'un escalier qui portait1 chelonn sur chacune de ses marches1 un frre agenouill ou debout1 la tte enveloppe dans son capuchon1 le visage tourn contre le mur4 ,tous se rcolaient1 s'puraient1 silencieux1 l'me4 ,de quelles fautes peuvent-ils bien s'accuser1 pensait ,durtal8 qui sait8 reprit-il1 apercevant le frre ,anaclet1 la tte dans sa poitrine et les mains jointes2 qui sait s'il ne se reproche pas l'affection si discrte qu'il a pour moi2 car1 dans les couvents1 toute amiti est interdite6 ,il se remmorait1 dans le ,chemin de la perfection de sainte ,trse1 une page la fois ardente et glace o elle crie le nant des liaisons humaines1 dclare que l'amiti est une faiblesse1 avre nettement que toute religieuse qui dsire voir ses proches est imparfaite4 --,venez1 dit le ,p4 tienne qui interrompit ses rflexions et le poussa par la porte d'o sortait un moine1 dans la cellule4 ,le ,p4 ,maximin y tait assis1 prs d'un prie-,dieu4 ,durtal s'agenouilla et lui raconta1 brivement1 ses scrupules1 ses luttes de la veille4 --,ce qui vous arrive n'est pas surprenant aprs une conversion2 au reste1 c'est bon signe1 car1 seules1 les personnes sur lesquelles ,dieu a des vues sont soumises ces preuves1 dit lentement le moine1 lorsque ,durtal eut termin son rcit4 ,et il poursuivit3 --,maintenant que vous n'avez plus de pchs graves1 le ,dmon s'efforce de vous noyer dans un crachat4 ,en somme1 dans ces pisodes d'une malice aux abois1 il y a pour vous tentation et non pas faute4 ,vous avez1 si je sais rsumer vos aveux1 subi la tentation de la chair et de la ,foi et vous avez t tortur par le scrupule4 ,laissons de ct les visions sensuelles2 telles qu'elles se sont produites1 elles demeurent indpendantes de votre volont1 pnibles1 sans doute1 mais inactives4 ,les doutes sur la ,foi sont plus dangereux4 ,pntrez-vous bien de cette vrit qu'il n'existe1 en sus de la prire1 qu'un remde qui soit souverain contre ce mal1 le mpris4 ,satan est l'orgueil1 mprisez-le et aussitt son audace croule2 il parle2 haussez les paules1 et il se tait4 ,ce qu'il faut1 c'est de ne pas disserter avec lui2 si retors que vous puissiez tre1 vous auriez le dessous1 car il possde la plus ruse des dialectiques4 --,oui1 mais comment faire8 je ne voulais pas l'couter et je l'entendais quand mme2 j'tais bien oblig1 ne ft-ce que pour le rfuter1 de lui rpondre4 --,et c'est justement sur cela qu'il comptait pour vous rduire2 retenez avec soin ceci3 afin de vous donner la facilit de le rtorquer1 il vous prsentera1 au besoin1 des arguments grotesques et1 une fois qu'il vous verra1 confiant1 navement satisfait de l'excellence de vos rpliques1 il vous embrouillera dans des sophismes si spcieux que vous vous dbattrez vainement pour les rsoudre4 ,non1 je vous le rpte1 eussiez-vous la meilleure des raisons lui opposer1 ne ripostez pas1 refusez la lutte4 ,le prieur se tut1 puis tranquillement1 il reprit3 --,il y a deux manires de se dbarrasser d'une chose qui gne1 la jeter au loin ou la laisser tomber4 ,jeter au loin exige un effort dont on peut n'tre pas capable1 laisser tomber n'impose aucune fatigue1 est simple1 sans pril1 la porte de tous4 ,jeter au loin implique encore un certain intrt1 une certaine animation1 voire mme une certaine crainte2 laisser tomber1 c'est l'indiffrence1 le mpris absolu2 croyez-moi1 usez de ce moyen et ,satan fuira4 ,cette arme du mpris serait aussi toute-puissante pour vaincre l'assaut des scrupules si1 dans les combats de cette nature1 la personne assige y voyait clair4 ,malheureusement1 le propre du scrupule est d'affoler les gens1 de leur faire perdre aussitt la tramontane1 et il est ds lors indispensable de s'adresser au prtre1 pour se dfendre4 ,en effet1 poursuivit le moine1 qui s'tait interrompu1 un moment1 pour rflchir--plus on se regarde de prs et moins on se voit2 l'on devient presbyte ds qu'on s'observe2 il est ncessaire de se placer un certain point de vue pour distinguer les objets1 car lorsqu'ils sont trs rapprochs1 ils deviennent aussi confus que s'ils taient loin4 ,c'est pourquoi il faut1 en pareil cas1 recourir au confesseur qui n'est ni trop loign1 ni trop contigu1 qui se tient juste l'endroit d'o les objets se dtachent dans leur relief4 ,seulement1 il en est du scrupule ainsi que de certaines maladies qui1 lorsqu'elles ne sont pas prises temps1 deviennent presque incurables4 ,ne lui permettez donc point de s'implanter en vous2 le scrupule ne rsiste pas l'aveu1 ds qu'il dbute4 ,au moment o vous le formulez devant le prtre1 il se dissout2 c'est une sorte de mirage qu'un mot efface4 ,vous m'objecterez1 continua le moine1 aprs un silence1 qu'il est trs mortifiant d'avouer des chimres qui sont1 la plupart du temps1 absurdes2 mais c'est bien pour cela que le ,dmon vous suggre presque toujours moins des arguties que des sottises4 ,il vous apprhende ainsi1 par la vanit1 par la fausse honte4 ,le moine se tut encore1 puis il continua3 ,le scrupule non trait1 le scrupule non guri mne au dcouragement1 qui est la pire des tentations1 car1 dans les autres1 ,satan n'attaque qu'une vertu en particulier et il se montre1 tandis que1 dans celle-l1 il les attaque toutes en mme temps et il se cache4 ,et cela est si vrai que si vous tes sduit par la concupiscence1 par l'amour de l'argent1 par l'orgueil1 vous pouvez1 en vous examinant1 vous rendre compte de la nature de la tentation qui vous puise2 dans le dcouragement1 au contraire1 votre entendement est obscurci un tel degr que vous ne souponnez mme pas que cet tat1 dans lequel vous croupissez1 n'est qu'une manuvre diabolique qu'il faut combattre2 et vous lchez tout1 vous livrez mme la seule arme qui pouvait vous sauver1 la prire1 dont le ,dmon vous dtourne ainsi que d'une chose vaine4 ,n'hsitez donc jamais couper le mal dans sa racine1 soigner le scrupule aussitt qu'il nat4 ,maintenant1 dites-moi1 vous n'avez pas autre chose confesser8 --,non1 si ce n'est l'indsir de l',eucharistie1 la langueur dans laquelle maintenant je fonds4 --,il y a de la fatigue dans votre cas1 car l'on n'endure pas impunment un pareil choc2 ne vous inquitez pas de cela--ayez confiance--ne prtendez point vous prsenter devant ,dieu1 tir quatre pingles2 allez lui1 simplement1 naturellement1 en nglig mme1 tel que vous tes2 n'oubliez pas que si vous tes un serviteur1 vous tes aussi un fils2 ayez bon courage1 ,notre ,seigneur va dissiper tous ces cauchemars4 ,et lorsqu'il eut reu l'absolution1 ,durtal descendit l'glise1 pour attendre l'heure de la messe4 ,et quand le moment de la communion fut venu1 il suivit ,m4 ,bruno derrire les convers2 tous taient agenouills sur les dalles et1 les uns aprs les autres1 ils se relevaient pour changer le baiser de paix1 et gagner l'autel4 ,tout en se rptant les conseils du ,p4 ,maximin1 tout en s'exhortant l'abandon1 ,durtal ne pouvait s'empcher de penser1 en voyant tous ces moines aborder la ,table3 ce que le ,seigneur va trouver un changement lorsque je m'avancerai mon tour2 aprs tre descendu dans les sanctuaires1 il va tre rduit visiter les bouges4 ,et sincrement1 humblement1 il le plaignit4 ,et il prouva1 comme la premire fois qu'il s'tait approch du pacifiant mystre1 une sensation d'touffement1 de cur gros1 lorsqu'il fut retourn sa place4 ,il quitta1 aussitt la messe termine1 la chapelle et s'chappa dans le parc4 ,alors1 doucement1 sans effets sensibles1 le ,sacrement agit2 le ,christ ouvrit1 peu peu1 ce logis ferm et l'ara2 le jour entra flots chez ,durtal4 ,des fentres de ses sens qui plongeaient jusqu'alors sur il ne savait quel puisard1 sur quel enclos humide et noy d'ombre1 il contempla subitement1 dans une troue de lumire1 la fuite perte de vue du ciel4 ,sa vision de la nature se modifia2 les ambiances se transformrent2 ce brouillard de tristesse qui les voilait s'vanouit2 l'clairage soudain de son me se rpercuta sur les alentours4 ,il eut cette sensation de dilatement1 de joie presque enfantine du malade qui opre sa premire sortie1 du convalescent qui1 aprs avoir tran dans une chambre met enfin le pied dehors2 tout se rajeunit4 ,ces alles1 ces bois qu'il avait tant parcourus1 qu'il commenait connatre1 tous leurs dtours1 dans tous leurs coins1 lui apparurent sous un autre aspect4 ,une allgresse contenue1 une douceur recueillie manaient de ce site qui lui paraissait1 au lieu de s'tendre ainsi qu'autrefois1 se rapprocher1 se rassembler autour du crucifix1 se tourner1 attentif1 vers la liquide croix4 ,les arbres bruissaient1 tremblants1 dans un souffle de prires1 s'inclinaient devant le ,christ qui ne tordait plus ses bras douloureux dans le miroir de l'tang1 mais qui treignait ces eaux1 les ployait contre lui1 en les bnissant4 ,et elles-mmes diffraient2 leur encre s'emplissait de visions monacales1 de robes blanches qu'y laissait1 en passant1 le reflet des nues2 et le cygne les claboussait1 dans un clapotis de soleil1 faisait1 en nageant1 courir devant lui de grands ronds d'huile4 ,l'on et dit de ces ondes dores par l'huile des catchumnes et le saint ,chrme que l'glise exorcise1 le samedi de la ,semaine ,sainte2 et1 au-dessus d'elles1 le ciel entr'ouvrit son tabernacle de nuages1 en sortit un clair soleil semblable une monstrance d'or en fusion1 un saint sacrement de flammes4 ,c'tait un ,salut de la nature1 une gnuflexion d'arbres et de fleurs1 chantant dans le vent1 encensant de leurs parfums le ,pain sacr qui resplendissait l-haut1 dans la custode embrase de l'astre4 ,durtal regardait1 transport4 ,il avait envie de crier ce paysage son enthousiasme et sa foi2 il prouvait enfin une aise vivre4 ,l'horreur de l'existence ne comptait plus devant de tels instants qu'aucun bonheur simplement terrestre n'est capable de donner4 ,dieu seul avait le pouvoir de gorger ainsi une me1 de la faire dborder et ruisseler en des flots de joie2 et1 lui seul pouvait aussi combler la vasque des douleurs1 comme aucun vnement de ce monde ne le savait faire4 ,durtal venait de l'exprimenter2 la souffrance et la liesse spirituelles atteignaient1 sous l'preinte divine1 une acuit que les gens les plus humainement heureux ou malheureux ne souponnent mme pas4 99 99 99 99 99 ,cette ide le ramena aux terribles dtresses de la veille4 ,il tenta de rsumer ce qu'il avait pu observer sur lui-mme dans cette ,trappe4 ,d'abord1 cette distinction si nette du corps et de l'me2 puis cette action dmoniale1 insinuante et ttue1 presque visible1 alors que l'action cleste demeure1 au contraire1 sourde et voile1 n'apparat qu' certains moments1 semble s'liminer pour jamais1 d'autres4 ,et tout cela1 se sentant1 se comprenant1 ayant l'air simple en soi1 mais ne s'expliquant gures4 ,ce corps paraissant s'lancer au secours de l'me1 et lui empruntant sans doute sa volont1 pour la relever alors qu'elle s'affaisse1 tait inintelligible4 ,comment un corps avait-il pu mme obscurment ragir et tmoigner tout coup d'une dcision si forte qu'il avait serr sa compagne dans un tau et l'avait empch de fuir8 ,c'est aussi mystrieux que le reste1 se disait ,durtal et1 songeur1 il reprenait3 --,ce qui n'est pas moins trange1 c'est la manuvre secrte de ,jsus dans son ,sacrement4 ,si j'en juge par ce qui m'est arriv1 une premire communion exaspre l'action diabolique1 tandis qu'une seconde la rprime4 ,ah6 ce que je me suis mis dedans1 avec tous mes calculs6 ,en m'abritant ici1 je me croyais peu prs sr de mon me et mon corps m'inquitait2 et c'est juste le contraire qui s'est pass4 ,mon estomac s'est ravigour et s'est montr apte supporter un effort dont jamais je ne l'eusse cru capable et mon me a t au-dessous de tout1 vacillante et sche1 si fragile1 si faible6 ,enfin1 laissons cela4 ,il se promena1 soulev de terre par une joie confuse4 ,il se vaporisait en une sorte de griserie1 en une vague thrisation o montaient1 sans mme penser se formuler par des mots1 des actions de grces2 c'tait un remerciement de son me1 de son corps1 de tout son tre1 ce ,dieu qu'il sentait vivant en lui et pars dans ce paysage agenouill qui semblait s'pandre1 lui aussi1 en des hymnes muettes de gratitude4 ,l'heure qui sonnait l'horloge du fronton lui rappela que le moment d'aller djeuner tait venu4 ,il regagna l'htellerie1 se coupa une tartine qu'il enduisit de fromage1 but un demi-verre de vin et il s'apprtait ressortir quand il rflchit que l'horaire des offices avait chang4 ,ils doivent tre diffrents de ceux de la semaine1 se dit-il1 et il grimpa dans sa cellule pour y consulter les pancartes4 ,il n'en dcouvrit qu'une1 celle du rglement mme des moines1 qui contenait des renseignements sur les pratiques dominicales du clotre et il la lut3 ,exercices de la communaut pour tous les dimanches ordinaires4 ,,matin ,,soir heures heures #a ,lever1 petit office1 oraison1 #b ,fin du repos1 ,none4 #a h4 #a_/b4 #d ,vpres et ,salut4 #b ,grand office canonial chant4 #e #c_/d ,un quart d'heure #e #a_/b ,prime1 messe matutinale1 #f heures4 d'oraison4 #f #c_/d ,chapitre1 instructions1 grand #f ,souper4 silence4 #g ,lecture d'avant #i #a_/d ,aspersion1 ,tierce1 procession4 ,complies4 #aj ,grand'messe4 #g #a_/d ,complies4 #aa #aj ,sexte et examen particulier4 #g #a_/b ,salve1 ,angelus4 #aa #a_/b ,angelus1 dner4 #g #c_/d ,examen et retraite4 #ab #a_/d ,mridienne1 grand silence4 #h ,coucher1 grand silence4 ,nota3 --,aprs la ,croix de ,septembre1 plus de ,mridienne--,none est #b heures1 ,vpres #c1 souper #e1 ,complies #f et coucher #g4 ,durtal rsuma cet indicateur son usage1 sur un bout de papier4 ,en somme1 se dit-il1 je dois tre la chapelle #i heures #a_/d pour l'aspersion1 la grand'messe et l'office de ,sexte--de l1 #b heures ,none--puis #d heures1 pour les ,vpres et le ,salut1 #g heures #a_/b enfin pour les ,complies4 ,voil une journe qui va tre occupe1 sans compter que je suis lev depuis deux heures et demi du matin1 conclut-il2 et quand il arriva l'glise vers neuf heures1 il y rencontra la plupart des convers genoux1 les uns faisant leur chemin de croix1 les autres grenant leur chapelet2 et1 ds que la cloche tinta1 tous se remirent leur place4 ,assist de deux pres en coule1 le prieur1 vtu de l'aube blanche1 entra et tandis que l'on chantait l'antienne ,asperges me1 ,domine1 hyssopo et mundabor1 tous les moines1 la suite1 dfilrent devant le pre ,maximin1 debout sur les marches1 tournant le dos l'autel1 et il les aspergea d'eau bnite1 alors que1 baissant la tte1 ils regagnaient1 en se signant1 leurs stalles4 ,puis le prieur descendit de l'autel1 vint jusqu' l'entre du vestibule o il dispersa l'eau d'une croix1 trace par le goupillon1 sur l'oblat et sur ,durtal4 ,il put enfin s'habiller et vint clbrer le sacrifice4 ,alors ,durtal put recenser ses dimanches chez les ,bndictines4 ,le ,kyrie eleison tait le mme1 mais plus lent1 plus sonore1 plus grave sur la terminaison prolonge du dernier2 ,paris1 la voix des nonnes l'effilait et le lissait quand mme1 satinait le son de son glas1 le rendait moins sourd1 moins ample4 ,le ,gloria in excelsis diffrait2 celui de la ,trappe tait plus primitif1 plus montueux1 plus sombre1 intressant par sa barbarie mme1 mais moins touchant1 car dans ces formules d'adoration dans l'adoramus te1 par exemple1 ce te ne se dtachait plus1 ne s'gouttait plus comme une larme d'essence amoureuse1 comme un aveu retenu1 par humilit1 sur le bord des lvres2--mais ce fut quand le ,credo s'leva1 que ,durtal put s'exalter l'aise4 ,il ne l'avait pas encore entendu aussi autoritaire et aussi imposant2 il s'avanait1 chant l'unisson1 droulait la lente procession des dogmes1 en des sons toffs1 rigides1 d'un violet presque obscur1 d'un rouge presque noir1 s'claircissait peine la fin1 alors qu'il expirait en un long1 en un plaintif amen4 ,en suivant l'office ,cistercien1 ,durtal pouvait reconnatre les tronons de plain-chant encore conservs dans la messe des paroisses4 ,toute la partie du canon1 le ,sursum ,corda1 le ,vere ,dignum1 les antiennes1 le ,pater1 restaient intacts4 ,seuls le ,sanctus et l',agnus ,dei changeaient encore4 ,massifs1 btis1 en quelque sorte1 dans le style roman1 ils se drapaient dans cette couleur ardente et sourde que revtent1 en somme1 les offices de la ,trappe4 --,eh bien6 ,fit l'oblat1 lorsque1 aprs la crmonie1 ils s'assirent devant la table du rfectoire2 eh bien6 ,comment trouvez-vous notre grand'messe8 --,elle est superbe1 rpondit ,durtal4 ,et1 rvassant1 il dit3 --,avoir le tout complet6 transporter ici1 au lieu de cette chapelle sans intrt1 l'abside de ,saint-,sverin2 pendre sur les murs des tableaux de ,fra ,angelico1 de ,memling1 de ,grnewald1 de ,grard ,david1 de ,roger ,van ,den ,weyden1 de ,bouts1 y adjoindre d'admirables sculptures1 des uvres de pierre1 telles que celles du grand portail de ,chartres1 des retables en bois sculpts1 tels que ceux de la cathdrale d',amiens1 quel rve6 ,et pourtant1 reprit-il1 aprs un silence1 ce rve a t une ralit1 cela s'est vu4 ,cette glise idale1 elle a exist pendant des sicles1 partout1 au ,moyen ,age6 ,le chant1 les orfvreries1 les panneaux1 les sculptures1 les tissus1 tout tait l'avenant2 les liturgies possdaient1 pour se faire valoir1 de fabuleux crins2 ce que tout cela est loin6 --,vous ne direz toujours pas1 rpliqua1 en souriant1 ,m4 ,bruno1 que les ornements d'glise sont laids ici6 --,non1 ils sont exquis4 ,d'abord1 les chasubles n'ont pas ces formes de tablier de sapeur et elles n'arborent point sur les paules du prtre ce renflement1 cette sorte de soufflet pareil une oreille couche d'non1 qu' ,paris les toliers fabriquent4 ,puis ce n'est plus la croix galonne ou tisse1 emplissant toute l'toffe1 tombant ainsi d'un paletot sac dans le dos du clbrant2 les chasubles trappistines ont gard la forme d'antan1 telle que nous l'ont conserve1 dans leurs scnes religieuses1 les anciens imagiers et les vieux peintres2 et cette croix quatre feuilles1 semblable celles que le style ogival cisela dans les murs de ses glises1 tient du lotus trs panoui1 d'une fleur si mre que ses ptales carts s'abaissent4 ,sans compter1 poursuivit ,durtal1 que l'toffe qui semble taille dans une sorte de flanelle ou de molleton doit avoir t plonge dans de triples teintures car elle prend une profondeur et une clart magnifique de tons4 ,les passementiers religieux peuvent chamarrer d'argent et d'or leurs moires et leurs soies1 jamais ils n'arriveront donner la couleur vhmente et pourtant si familire l'il de cette trame cramoisie fleurie de jaune soufre que portait le ,p4 ,maximin1 l'autre jour4 --,oui1 et la chasuble de deuil1 avec ses croix lobes et ses discrets rinceaux blancs1 dont s'enveloppa le ,p4 abb1 le jour o il nous communia1 n'tait-elle pas1 elle aussi1 une caresse pour le regard8 ,durtal soupira3 ,ah6 si les statues de la chapelle dcelaient un got pareil6 --,a propos1 fit l'oblat1 venez saluer cette ,notre-,dame de l',atre1 dont je vous ai parl et qui a t dcouverte dans les vestiges du vieux clotre4 ,ils se levrent de table1 enfilrent un corridor1 s'engagrent dans une galerie latrale au bout de laquelle ils s'arrtrent en face d'une statue1 grandeur nature1 de pierre4 ,elle tait lourde et mastoque1 reprsentait1 dans une robe longs plis1 une paysanne couronne et joufflue1 tendant sur un bras un enfant qui bnissait une boule4 ,mais1 dans ce portrait d'une robuste terrienne1 issue des ,bourgognes ou des ,flandres1 il y avait une candeur1 une bont presque tumultueuses qui jaillissaient de la face souriante1 des yeux ingnus1 des bonnes et grosses lvres1 indulgentes1 prtes tous les pardons4 ,elle tait une ,vierge rustique faite pour les humbles convers2 elle n'tait pas une grande dame qui pt les tenir distance1 mais elle tait bien leur mre nourrice d'me1 leur vraie mre eux6 ,comment ne l'a-t-on pas compris1 ici2 comment1 au lieu de prsider dans la chapelle1 se morfond-elle dans le bout d'un corridor8 s'cria ,durtal4 ,l'oblat dtourna la conversation4--,que je vous prvienne1 fit-il1 le ,salut n'aura pas lieu aprs les ,vpres1 ainsi que l'indique votre pancarte1 mais bien aprs les ,complies2 ce dernier office sera donc avanc d'un quart d'heure1 au moins4 ,et l'oblat remonta dans sa cellule1 pendant que ,durtal se dirigeait vers le grand tang4 ,l il se coucha sur une litire de roseaux secs1 regardant ces eaux qui venaient se briser1 en ondulant1 ses pieds4 ,le va-et-vient de ces eaux limites1 replies sur elles-mmes1 ne dpassant plus le bassin qu'elles s'taient creus1 l'entrana dans de longues rveries4 ,il se disait qu'un fleuve tait le plus exact symbole de la vie active2 on le suivait ds sa naissance1 sur tout son parcours1 au travers des territoires qu'il fcondait2 il remplissait une tche assigne1 avant que d'aller mourir1 en s'immergeant1 dans le spulcre bant des mers2 mais l'tang1 cette eau hospitalise1 emprisonne dans une haie de roseaux qu'il avait lui-mme grandis1 en fertilisant le sol de ses bords1 il se concentrait1 vivait sur lui-mme1 ne semblait s'acquitter d'aucune uvre connue1 sinon d'observer le silence et de rflchir l'infini le ciel4 ,l'eau sdentaire m'inquite1 continuait ,durtal4 ,il me semble que1 ne pouvant s'tendre1 elle s'enfonce et que l o les eaux courantes empruntent seulement le reflet des choses qui s'y mirent1 elle les engloutisse1 sans les rendre4 ,c'est coup sr1 dans cet tang1 une absorption continue et profonde de nuages oublis1 d'arbres perdus1 de sensations mme saisies sur le visage des moines qui s'y penchrent4 ,cette eau est pleine et non pas vide comme celles qui se distraient1 en voguant dans les campagnes1 en baignant les villes4 ,c'est une eau contemplative en parfait accord avec la vie recueillie des clotres4 ,le fait est1 conclut-il1 qu'une rivire n'aurait1 ici1 aucun sens2 elle ne serait que de passage1 resterait indiffrente et presse1 serait dans tous les cas inapte pacifier l'me que l'eau monacale des tangs apaise4 ,ah6 ce qu'en fondant ,notre-,dame de l',atre1 saint ,bernard avait su assortir la rgle ,cistercienne et le site4 ,mais1 laissons ces imaginations1 dit-il1 en se levant2 et1 songeant que c'tait dimanche1 il se transfra ,paris1 revit ses haltes1 ce jour-l1 dans les glises4 ,le matin1 ,saint-,sverin l'enchantait1 mais il ne fallait pas s'ingrer dans ce sanctuaire d'autres offices4 ,les ,vpres y taient bousilles et mesquines2 et1 si c'tait jour de gala1 le matre de chapelle se rvlait obsd par l'amour d'une musique ignoble4 ,quelquefois1 ,durtal s'tait rfugi ,saint-,gervais o l'on jouait au moins1 certaines poques1 des motets de vieux matres2 mais cette glise tait1 de mme que saint-,eustache1 un concert payant o la ,foi n'avait que faire4 ,aucun recueillement n'tait possible au milieu de dames qui se pmaient derrire des faces main et s'agitaient dans des cris de chaises4 ,c'taient de frivoles sances de musique pieuse1 un compromis entre le thtre et ,dieu4 ,mieux valait ,saint-,sulpice o le public tait silencieux au moins4 ,c'tait l1 d'ailleurs1 que les ,vpres se clbraient avec le plus de solennit et le moins de hte4 ,la plupart du temps1 le sminaire renforait la matrise et1 manies par ce chur imposant1 elles se droulaient1 majestueuses1 soutenues par les grandes orgues4 ,chantes1 par moiti1 sans unisson1 rduites l'tat de couplets dbits1 les uns1 par un baryton et1 les autres1 par le chur1 elles taient maquilles et frises au petit fer1 mais comme elles n'taient pas moins adultres dans les autres glises1 il y avait tout avantage les couter ,saint-,sulpice dont la puissante matrise1 trs bien dirige1 n'avait pas1 ainsi qu' ,notre-,dame1 par exemple1 ces voix en farine qui s'grugent au moindre souffle4 ,cela ne devenait rellement odieux que lorsqu'en une formidable explosion1 la premire strophe du ,magnificat frappait les votes4 ,l'orgue avalait alors une strophe sur deux et1 sous le sditieux prtexte que la dure de l'office des encensements tait trop longue pour tre emplie1 tout entire1 par ce chant1 ,m4 ,widor1 install devant son buffet1 coulait des soldes dfrachis de musique1 gargouillait l-haut1 imitant la voix humaine et la flte1 le biniou et le galoubet1 la musette et le basson1 rapiotait des balivernes qu'il accompagnait sur la cornemuse ou bien1 las de minauder1 il sifflait furieusement au disque1 finissait par simuler le roulement des locomotives sur les ponts de fonte1 en lchant toutes ses bombardes4 ,et le matre de chapelle1 ne voulant pas se montrer infrieur dans sa haine instinctive du plain-chant l'organiste1 se donnait la joie1 lorsque commenait le ,salut1 de remiser les mlodies grgoriennes1 pour faire dgurgiter des rigodons ses choristes4 ,ce n'tait plus un sanctuaire1 mais un beuglant4 ,les ,ave ,maria1 les ,ave verum1 tous les dculottages mystiques de feu ,gounod1 les rapsodies du vieux ,thomas1 les entrechats d'indigents musicastres1 dfilaient1 la queue leu leu1 dvids par des chefs de chur de chez ,lamoureux1 chants malheureusement aussi par des enfants dont on ne craignait pas de polluer la chastet des voix1 dans ces passes bourgeoises de musique1 dans ces retapes d'art6 --,ah6 se disait ,durtal1 si seulement ce matre de chapelle1 qui est videmment un excellent musicien1 car enfin1 lorsqu'il le faut1 il sait faire excuter1 mieux que nulle part ,paris1 le ,de ,profundis en faux bourdon et le ,dies ,ir1--si seulement cet homme faisait jouer1 ainsi qu' saint-,gervais1 du ,palestrina et du ,vittoria1 de l',aichinger et de l',allegri1 de l',orlando de ,lassus et du ,de ,prs--mais non1 il doit galement abominer ces matres1 les considrer comme des dbris archaques1 bons relguer dans des combles6 ,et ,durtal continuait3 ,c'est tout de mme incroyable1 ce que l'on entend maintenant ,paris1 dans les glises6 ,sous couleur de mnager le gagne-pain des chantres1 on supprime la moiti des strophes des cantiques et des hymnes et l'on y substitue1 pour varier les plaisirs1 les divagations ennuyes d'un orgue4 ,on y beugle le ,tantum ergo sur l'air national autrichien1 ou1 ce qui est pis encore1 on l'affuble de flons-flons d'oprettes ou de glous-glous de cantine4 ,on divise mme son texte en des couplets qu'on agrmente1 ainsi qu'une chanson boire1 d'un petit refrain4 ,et les autres proses ecclsiales sont traites de mme4 ,et cependant la papaut a formellement dfendu par plusieurs bulles de laisser souiller le sanctuaire par des fredons4 ,pour n'en citer qu'une1 dans son ,extravagante ,docta ,sanctorum1 ,jean ,,xxii a expressment prohib la musique et les voix profanes dans les temples4 ,il a en mme temps interdit aux matrises d'altrer par des fioritures le plain-chant4 ,les dcrets du ,concile de ,trente ne sont pas1 ce point de vue1 moins nets1 et1 tout rcemment encore1 un rglement de la sacre congrgation des ,rites est intervenu pour proscrire les sabbats musicaux dans les lieux saints4 ,alors que font les curs qui sont1 en somme1 chargs de la police musicale dans leurs glises8 rien1 ils s'en fichent4 ,ah6 ce n'est pas pour dire1 mais avec ces prtres qui1 dans l'espoir d'une recette1 permettent1 les jours de fte1 des voix retrousses d'actrices de danser le chahut aux sons pesants de l'orgue1 elle est devenue quelque chose de pas bien propre1 la pauvre glise6 ,a ,saint-,sulpice1 reprit ,durtal1 le cur tolre la vilenie des gaudrioles qu'on lui sert1 mais il n'admet pas au moins1 comme celui de ,saint-,sverin1 que des cabotines gaient1 le ,vendredi-,saint1 par les clats dbraills de leurs voix1 l'office4 ,il n'a pas encore accept non plus le solo de cor anglais que j'ai ou1 un soir d',adoration perptuelle1 ,saint-,thomas4 ,enfin1 si les grands ,saluts ,saint-,sulpice sont une honte1 les ,complies y restent1 malgr leur attitude thtrale1 vraiment charmantes4 ,et ,durtal songea ces ,complies dont la paternit est souvent attribue saint ,benot2 elles taient1 en somme1 la prire intgrale des soirs1 l'adjuration prventive1 la sauvegarde contre les entreprises du ,succubat2 elles taient1 en quelque sorte1 des sentinelles avances1 des grand'gardes poses autour de l'me1 pour la protger1 pendant la nuit4 ,et l'ordonnance de ce camp retranch de prires tait parfaite4 ,aprs la bndiction1 la voix la plus amenuise1 la plus filiforme de la matrise1 la voix du plus petit des enfants lanait1 ainsi qu'un qui vive1 la leon brve tire de la premire ptre de saint ,pierre1 avertissant les fidles qu'ils aient tre sobres et veiller pour ne pas se laisser surprendre l'improviste4 ,un prtre rcitait ensuite les prires habitues des soirs1 l'orgue de chur donnait l'intonation et les psaumes tombaient1 psalmodis1 un un1 des psaumes crpusculaires o1 devant ces approches de la nuit peuple de lmures et sillonne de larves1 l'homme appelle ,dieu l'aide et le prie d'loigner de son sommeil le viol des chemineaux de l'enfer1 le stupre des lamies qui passent4 ,et l'hymne de saint ,ambroise1 le ,te lucis ante terminum1 prcisait davantage encore le sens pars de ces psaumes1 le rsumait en ses courtes strophes4 ,malheureusement la plus importante1 celle qui prvoit et dcle les dangers luxurieux de l'ombre1 tait engloutie par les grandes orgues4 ,cette hymne ,saint-,sulpice ne se clamait pas en plain-chant1 ainsi qu' la ,trappe1 mais il s'entonnait sur un air pompeux et martel1 un air emball de gloire1 d'une assez fire allure1 originaire sans doute du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,puis1 c'tait une pause--et l'homme se sentait mieux l'abri1 derrire ce rempart d'invocations1 se recueillait alors1 plus rassur1 et empruntait des voix innocentes pour adresser ,dieu de nouvelles suppliques4 ,aprs le capitule dbit par l'officiant1 les enfants de la matrise chantaient le rpons bref ,in manus tuas1 ,domine1 commendo spiritum meum qui se droulait en se bissant1 puis se ddoublait et ressoudait la fin ses deux tronons spars par un verset et une moiti d'antienne4 ,et aprs cette prire c'tait encore le cantique de ce ,simon qui1 ds qu'il et vu le ,messie1 dsira mourir4 ,ce ,nunc dimittis que l'glise a incorpor dans les complies1 pour nous stimuler nous rviser1 le soir--car nul ne sait s'il se rveillera1 le lendemain1--tait enlev par toute la matrise qui alternait avec les rpons de l'orgue4 ,enfin1 pour terminer cet office de ville assige1 pour prendre ses dernires dispositions et tenter de reposer l'abri d'un coup de main1 en paix1 l'glise difiait encore quelques oraisons et plaait ses paroisses sous la tutelle de la ,vierge dont elle chantait une des quatre antiennes qui se succdent1 suivant le ,propre4 ,les ,complies sont videmment la ,trappe moins solennelles1 moins intressantes mme qu' ,saint-,sulpice1 conclut ,durtal1 car le brviaire monastique est par extraordinaire moins complet pour cet office que le brviaire romain4 ,quant aux ,vpres du dimanche1 je suis curieux de les entendre1 ici4 ,et il les entendit2 mais elles ne diffraient gures des ,vpres adoptes par les ,bndictines de la rue ,monsieur2 elles taient plus massives1 plus graves1 plus romanes1 si l'on peut dire1 car1 forcment les voix de femmes les effilent en lancettes1 les ogivent1 les modulent1 en quelque sorte1 dans le style gothique1 mais les airs grgoriens taient les mmes4 ,par contre1 elles ne ressemblaient en rien celles de ,saint-,sulpice1 dont les sauces modernes sophistiquent les essences mmes des plains-chants4 ,seulement le ,magnificat de la ,trappe1 abrupt et d'un clat sec1 ne valait pas ce majestueux1 cet admirable ,magnificat ,royal qu' ,paris l'on chante4 ,ils sont tonnants avec leurs superbes voix1 ces moines1 se disait ,durtal et il sourit1 tandis qu'ils achevaient le cantique de la ,vierge1 car il se rappelait que1 dans la primitive glise le chantre s'appelait fabarius cantor1 mangeur de fves1 parce qu'il tait condamn manger ces lgumes pour fortifier sa voix4 ,or1 la ,trappe1 les plats de fves taient frquents2 c'tait peut-tre l la recette des voix monastiques toujours jeunes6 ,et il rvassait la liturgie et au plain-chant1 en fumant des cigarettes1 aprs ,vpres1 dans les alles4 ,il se remmorait le symbolisme de ces heures canoniales qui retraaient1 chaque jour1 au fidle1 la brivet de la vie1 lui en rsumaient l'image1 depuis l'enfance jusqu' la mort4 ,rcite1 ds l'aube1 ,prime figurait l'adolescence2 ,tierce la jeunesse2 ,sexte la pleine vigueur de l'ge2 ,none les approches de la vieillesse et les ,vpres allgorisaient la dcrpitude4 ,elles appartenaient d'ailleurs aux ,nocturnes et elles se psalmodiaient jadis six heures du soir1 cette heure o1 au temps des quinoxes1 le soleil se couche dans la cendre rouge des nues4 ,quant aux ,complies1 elles retentissaient1 alors que1 symbole du trpas1 la nuit tait venue4 ,cet office canonial tait un merveilleux rosaire de psaumes2 chaque grain de chacune de ces heures se rfrait aux diffrentes phases de l'existence humaine1 suivait1 peu peu1 les priodes du jour1 le dclin de la destine1 pour aboutir au plus parfait des offices1 aux ,complies1 cette absoute provisoire d'une mort reprsente1 elle-mme1 par le sommeil6 ,et si1 de ces textes si savamment tris1 de ces proses si solidement scelles1 ,durtal passait la robe sacerdotale de leurs sons1 ces chants neumatiques1 cette divine psalmodie1 toute uniforme1 toute simple1 qu'est le plain-chant1 il devait constater que1 sauf dans les clotres ,bndictins1 on lui avait partout adjoint un accompagnement d'orgue1 on l'avait enfourn de force dans la tonalit moderne et il disparaissait sous ces vgtations qui l'touffaient1 devenait partout incolore et amorphe1 incomprhensible4 ,un seul de ses bourreaux1 ,niedermeyer1 s'tait au moins montr pitoyable4 ,lui1 avait essay d'un systme plus ingnieux et plus probe4 ,il avait renvers les termes du supplice4 ,au lieu de vouloir assouplir le plain-chant et le fourrer dans le moule de l'harmonie moderne1 il avait contraint cette harmonie se ployer la tonalit austre du plain-chant4 ,il conservait ainsi son caractre1 mais combien il et t plus naturel de le laisser solitaire1 de ne pas l'obliger remorquer un inutile cortge1 une maladroite suite6 ,ici au moins1 la ,trappe1 il vivait1 s'panouissait1 en toute scurit1 sans tratrises de la part de ces moines4 ,il y avait toujours homophonie1 toujours on le chantait1 sans accompagnement1 l'unisson4 ,cette vrit1 il put se la confirmer1 une fois de plus1 aprs le souper1 le soir1 alors qu' la fin des ,complies1 le pre sacristain alluma tous les cierges de l'autel4 ,a ce moment1 dans le silence1 ces trappistes genoux1 la tte dans leurs mains ou la joue penche sur la manche de leur grande coule1 trois convers entrrent1 deux tenant des flambeaux et un autre qui les prcdait1 un encensoir2 et1 derrire eux1 quelques pas1 le prieur s'avana1 les mains jointes4 ,durtal regardait le costume chang des trois frres4 ,ils n'avaient plus leur robe de bure1 faite de pices et de morceaux1 pisseuse1 couleur de macadam1 mais des robes d'un brun violi de prune1 sur lequel tranchait le blanc tuyaut d'un surplis neuf4 ,tandis que le ,p4 ,maximin1 vtu d'une chape d'un blanc laiteux1 tisse de croix en jaune citron1 insrait l'hostie dans la custode1 le thurifraire dposait l'encensoir sur les braises duquel fondaient les larmes des vrais encens4 ,contrairement ce qui a lieu ,paris o l'encensoir brandi devant l'autel sonne contre ses chanes et simule le cliquetis clair du cheval qui secoue1 en levant la tte1 la gourmette et le mors1 l'encensoir la ,trappe demeurait immobile devant l'autel1 fumait seul1 derrire le dos des officiants4 ,et tout le monde chanta l'implorante et la mlancolique antienne du ,parce ,domine1 puis le ,tantum ergo1 ce chant magnifique qui pourrait presque tre mim1 tant les sentiments qui se succdent dans sa prose rime sont1 dans leurs nuances1 nets4 ,dans la premire strophe1 il semble1 en effet1 qu'il hoche doucement la tte1 qu'il appuie1 pour ainsi dire1 du menton1 afin d'attester l'insuffisance des sens expliquer le dogme de la ,prsence relle1 l'avatar accompli du ,pain4 ,il est alors admiratif et rflchi2 puis cette mlodie si attentive1 si respectueuse1 ne s'attarde plus constater la faiblesse de la raison et la puissance de la ,foi1 mais dans sa seconde strophe1 elle s'lance1 adule la gloire des trois personnes1 exulte d'allgresse1 ne se reprend qu' la fin o la musique ajoute un sens nouveau au texte de saint ,thomas1 en avouant dans un long1 dans un dolent amen1 l'indignit de l'assistance recevoir la bndiction de la chair remise sur cette croix que l'ostensoir va dessiner dans l'air4 ,et1 lentement1 tandis que1 droulant sa spirale de fume1 l'encensoir tendait comme une gaze bleue devant l'autel1 tandis que le saint-sacrement se levait1 tel qu'une lune d'or1 parmi les toiles des cierges scintillant dans les tnbres commences de cette brume1 les cloches de l'abbaye tintrent1 coups prcipits et doux4 ,et tous les moines accroupis1 les yeux ferms1 se redressrent et entonnrent le ,laudate sur la vieille mlodie qui se chante galement ,notre-,dame-des-,victoires1 au ,salut du soir4 ,puis1 un un1 aprs s'tre agenouills devant l'autel1 ils sortirent de l'glise1 pendant que ,durtal et l'oblat retournaient l'htellerie o les attendait le ,p4 tienne4 ,il dit ,durtal3--,je ne voulais pas aller me coucher1 sans savoir comment vous aviez support la journe2 et comme ,durtal le remerciait1 en l'assurant que ce dimanche avait t trs pacifique1 le pre tienne sourit et rvla1 en un mot1 que1 sous leur attitude rserve1 tous la ,trappe1 s'intressaient leur hte plus que lui-mme ne le croyait4 ,le ,r4 ,p4 abb et le ,p4 prieur vont tre contents quand je vais leur donner cette rponse1 dit le moine1 qui souhaita bonne nuit ,durtal1 en lui serrant la main4 ,,vii ,a sept heures1 au moment o il s'apprtait manger son pain1 ,durtal se heurta au ,p4 tienne4 --,mon pre1 dit-il1 c'est demain mardi2 le temps de ma retraite est coul et je vais partir2 comment dois-je m'y prendre pour commander une voiture ,saint-,landry8 ,le moine sourit4 --,je puis1 quand le facteur apportera le courrier1 le charger de cette commission2 mais1 voyons1 vous avez donc bien hte de nous quitter8 --,non1 mais je ne voudrais pas abuser444 --coutez1 puisque vous tes si bien rompu la vie des ,trappes1 restez-nous encore pendant deux jours4 ,le procureur doit se rendre1 pour rgler un diffrend1 ,saint-,landry4 ,il vous conduira la gare dans notre voiture4 ,cela vous vitera une dpense et le trajet d'ici au chemin de fer vous paratra1 deux1 moins long4 ,durtal accepta et comme il pleuvait1 il remonta dans sa chambre4 ,elle est trange1 fit-il en s'asseyant1 cette impossibilit o l'on se trouve1 dans un clotre1 de lire un livre2 l'on n'a envie de rien2 on pense ,dieu par soi-mme et non par les volumes qui vous en parlent4 ,machinalement1 il avait tir d'un tas de bouquins un in-dix-huit1 qu'il avait rencontr1 sur sa table1 le jour o il s'tait install dans la cellule2 celui-l exhibait ce titre3 ,manrse ou les ,exercices spirituels d',ignace de ,loyola4 ,il avait dj parcouru cet ouvrage ,paris et les pages qu'il feuilletait nouveau ne changeaient pas l'impression rche1 presque hostile1 qu'il avait conserve de ce livre4 ,le fait est que ces exercices ne laissaient aucune initiative l'me2 ils la considraient ainsi qu'une pte molle bonne couler dans un moule2 ils ne lui montraient aucun horizon1 aucun ciel4 ,au lieu d'essayer de l'tendre1 de la grandir1 ils la rapetissaient de parti pris1 la rabattaient dans les cases de leur gaufrier1 ne la nourrissaient que de minuties fanes1 que de vtilles sches4 ,cette culture japonaise d'arbres contrefaits et demeurs nains1 cette dformation chinoise d'enfants plants dans des pots1 horripilaient ,durtal qui ferma le volume4 ,il en ouvrit un autre3 l',introduction la vie dvote1 de saint ,franois de ,sales4 ,certes1 il n'prouvait aucun besoin de le relire1 malgr ses mignardises et sa bonhomie tout d'abord charmante mais qui finissaient par vous curer1 par vous poisser l'me avec ses drages aux liqueurs et ses fondants2 en somme cette uvre si vante dans le monde des catholiques tait un julep parfum la bergamote et l'ambre4 ,cela sentait le mouchoir de luxe secou dans une glise o persistait un relent d'encens4 ,mais l'homme mme1 l'vque que fut saint ,franois de ,sales tait suggestif2 il voquait avec son nom toute l'histoire mystique du ,x,v,i,ie sicle4 ,et ,durtal rappelait ses souvenirs gards de la vie religieuse de ces temps4 ,il y avait eu alors dans l'glise deux courants3 ,celui du ,mysticisme dit exalt1 originaire de sainte ,trse1 de saint ,jean de la croix et ce courant s'tait concentr sur ,marie ,guyon4 ,et un autre1 celui du ,mysticisme dit tempr1 dont les adeptes furent saint ,franois de ,sales et son amie1 la clbre baronne de ,chantal4 ,ce fut naturellement ce dernier courant qui triompha4 ,jsus se mettant la porte des salons1 descendant au niveau des femmes du monde1 ,jsus modr1 convenable1 ne maniant l'me de sa crature que juste assez pour la douer d'un attrait de plus1 ce ,jsus lgant fit fureur2 mais ,mme ,guyon1 qui drivait surtout de sainte ,trse1 qui enseignait la thorie mystique de l'amour et le commerce familier avec le ciel1 souleva la rprobation de tout un clerg qui abominait la ,mystique sans la comprendre2 elle exaspra le terrible ,bossuet qui l'accusa de l'hrsie la mode1 de molinisme et de quitisme4 ,elle rfuta1 sans trop de peine1 ce grief1 la malheureuse1 mais il ne l'en perscuta pas moins2 il s'acharna sur elle1 la fit incarcrer ,vincennes1 se rvla tenace et hargneux1 atroce4 ,fnelon1 qui avait essay de concilier ces deux tendances1 en apprtant une petite ,mystique1 ni trop chaude1 ni trop froide1 un peu moins tide que celle de saint ,franois de ,sales et surtout beaucoup moins ardente que celle de sainte ,trse1 finit son tour par dplaire au cormoran de ,meaux et1 bien qu'il et lch et reni ,mme ,guyon dont il tait1 depuis de longues annes1 l'ami1 il fut poursuivi1 traqu par ,bossuet1 condamn ,rome1 envoy en exil ,cambrai4 ,et1 ici1 ,durtal ne pouvait s'empcher de sourire1 car il se remmorait les plaintes navres de ses partisans1 pleurant cette disgrce1 reprsentant ainsi qu'un martyr cet archevque dont la punition consistait cesser son rle de courtisan ,versailles pour aller enfin administrer son diocse qui ne paraissait pas l'avoir proccup jusqu'alors4 ,ce ,job mitr qui restait1 dans son malheur1 archevque et duc de ,cambrai et prince du ,saint-,empire et riche1 se dsolant parce qu'il est oblig de visiter ses ouailles1 dnote bien l'tat de l'piscopat sous le rgne redondant du grand ,roi4 ,c'tait un sacerdoce de financiers et de valets4 ,seulement1 il avait encore une certaine allure1 il avait du talent1 dans tous les cas2 tandis que1 maintenant1 les vques ne sont1 pour la plupart1 ni moins intrigants1 ni moins serviles2 mais ils n'ont plus ni talent1 ni tenue4 ,pchs1 en partie1 dans le vivier des mauvais prtres1 ils s'attestent prts tout1 sortent des mes de vieux usuriers1 de bas maquignons1 de gueux1 quand on les presse4 ,c'est triste dire1 mais c'est ainsi1 conclut ,durtal4 ,quant ,mme ,guyon1 reprit-il1 elle ne fut ni une crivain originale1 ni une sainte2 elle n'tait qu'une succdane mal venue des vrais mystiques2 elle prsumait et manquait1 coup sr1 de cette humilit qui a magnifi les sainte ,trse et les sainte ,claire2 mais enfin1 elle flambait1 elle tait une emballe de ,jsus1 elle n'tait surtout pas une courtisane pieuse1 une bigote mitige de cour1 comme la ,maintenon6 ,au reste1 quelle poque religieuse que celle-l6 ,ses saints ont tous quelque chose de sage et de compass1 de verbeux et de froid qui m'en dtourne4 ,saint ,franois de ,sales1 saint ,vincent de ,paul1 sainte ,chantal444 non1 j'aime mieux saint ,franois d',assise1 saint ,bernard1 sainte ,angle444 ,la ,mystique du ,x,v,i,ie sicle1 elle est bien l'avenant de ses glises emphatiques et mesquines1 de sa peinture pompeuse et glace1 de sa posie solennelle1 de sa prose morne6 ,voyons1 fit-il1 ma cellule n'est encore ni balaye1 ni range et j'ai peur1 en m'attardant ici1 de gner le ,p4 tienne4 ,il pleut cependant trop fort pour que je puisse me promener dans les bois2 le plus simple serait d'aller lire le ,petit ,office de la ,vierge1 la chapelle4 ,il y descendit2 elle tait cette heure peu prs vide2 les moines travaillaient dans les champs ou dans la fabrique2 seuls1 deux pres1 genoux devant l'autel de ,notre-,dame1 priaient si violemment qu'ils ne l'entendirent mme pas pousser la porte4 ,et ,durtal qui s'tait install auprs d'eux1 en face du porche donnant sur le matre-autel1 les voyait rverbrs dans la plaque de verre place devant la chsse du ,bienheureux ,guerric4 ,cette plaque faisait1 en effet1 glace et les pres blancs s'y enfonaient1 vivaient en oraisons sous la table1 dans le cur mme de l'autel4 ,et1 lui aussi1 y apparaissait1 en un coin1 reflt1 au bas de la chsse1 prs de la dpouille sacre du moine4 ,a un moment1 il releva la tte et il s'aperut que l'il de buf perc dans la rotonde1 derrire le matre-autel1 reproduisait1 sur sa vitre tame de gris et de bleu1 les marques graves au revers de la mdaille de saint ,benot1 les premires lettres de ses formules impratives1 les initiales de ses distiques#b4 #b ,l'image diminue de cet il de buf sert de fleuron la couverture et la page-titre de ce livre4--,l'explication des signes est donne au verso de la page-titre4 ,on et dit d'une immense mdaille claire1 tamisant un jour ple1 le blutant au travers d'oraisons1 ne le laissant pntrer que sanctifi1 que bnit par le ,patriarche1 jusqu' l'autel4 ,et tandis qu'il rvassait1 la cloche tinta2 les deux trappistes regagnrent leurs stalles1 pendant que les autres entraient4 ,a traner ainsi1 dans cette chapelle1 l'heure de ,sexte tait sonne4 ,l'abb s'avana4 ,durtal le revoyait1 pour la premire fois1 depuis leur entretien2 il semblait moins souffrant1 moins ple1 marchait majestueux dans sa grande coule blanche1 au capuchon de laquelle pendait un gland violet et les pres s'inclinaient1 en baisant leur manche devant lui2 il atteignit sa place que dsignait une crosse de bois debout prs d'une stalle et tous s'emmantelrent d'un grand signe de croix1 salurent l'autel et la voix faible1 implorante1 du vieux trappiste monta3 ,deus in adjutorium meum intende4 ,et l'office continua1 dans le tangage monotone et charmant de la doxologie1 coup d'inclinations profondes1 de grands mouvements de bras relevant la manche de la coule tombant jusqu' terre1 pour permettre la main de sortir et de tourner les pages4 ,quand ,sexte fut termin1 ,durtal s'en fut rejoindre l'oblat4 ,ils trouvrent sur la table du rfectoire une petite omelette1 des poireaux lis dans une sauce la farine et l'huile1 des haricots et du fromage4 --,c'est tonnant1 dit ,durtal1 comme propos des mystiques1 le monde erre sur des ides prconues1 sur des renganes4 ,les phrnologistes prtendent que les mystiques ont des crnes en pointe2 or1 ici1 o leur forme est plus visible qu'ailleurs puisque tous sont sans cheveux et rass1 il n'y a pas plus de ttes en uf qu'autre part4 ,je regardais1 ce matin1 la contexture de ces chefs2 aucun n'est pareil4 ,les uns sont ovales et couchs1 d'autres sont en poire et sont droits2 d'autres sont ronds2 ceux-ci ont des bosses et ceux-l n'en ont point2 et il en est de mme des faces2 quand elles ne sont pas transfigures par la prire1 elles sont quelconques4 ,s'ils ne portaient pas le costume de leur ordre1 personne ne pourrait reconnatre en ces trappistes des tres prdestins vivant hors la socit moderne1 en plein ,moyen ,age1 dans la fiance absolue d'un ,dieu4 ,s'ils ont des mes qui ne ressemblent pas celles des autres1 ils ont1 en somme1 le visage et le corps des premiers venus4 --,tout est en dedans1 dit l'oblat4 ,pourquoi les mes lues seraient-elles croues dans des geles charnelles diffrentes des autres8 ,cette conversation qui continuait1 btons rompus1 sur la ,trappe1 finit par se fixer sur la mort dans les clotres et ,m4 ,bruno divulgua quelques dtails4 --,quand la mort est proche1 fit-il1 le pre abb dessine sur la terre une croix de cendre bnite que l'on recouvre de paille et l'on y dpose1 envelopp dans un drap de serge1 le moribond4 ,les frres rcitent auprs de lui les prires des agonisants et1 au moment o il expire1 on chante en chur le rpons3 ,subvenite ,sancti ,dei le pre abb encense le cadavre qu'on lave tandis que les moines psalmodient l'office des trpasss dans une autre pice4 ,on remet ensuite au dfunt ses habits rguliers et1 processionnellement1 on le transfre dans l'glise o il gt1 sur un brancard1 le visage dcouvert1 jusqu' l'heure dsigne pour les funrailles4 ,alors la communaut entonne1 en s'acheminant vers le cimetire1 non plus le chant des trpasss1 les psaumes des douleurs et les proses des regrets1 mais bien l',in exitu ,isral de gypto1 qui est le psaume de la dlivrance1 le chant libr des joies4 ,et le trappiste est enterr1 sans cercueil1 dans sa robe de bure1 la tte couverte par son capuce4 ,enfin1 pendant trente jours1 sa place reste vide au rfectoire2 sa portion est servie1 comme de coutume1 mais le frre portier la distribue aux pauvres4 ,ah6 le bonheur de dcder ainsi1 s'cria en terminant l'oblat1 car1 si l'on meurt1 aprs avoir honntement rempli sa tche1 dans l'ordre1 on est assur de l'ternelle batitude1 selon les promesses faites par ,notre ,seigneur saint ,benot et saint ,bernard6 --,la pluie cesse1 dit ,durtal2 j'ai envie de visiter aujourd'hui cette petite chapelle1 au bout du parc1 dont vous m'avez parl1 l'autre jour4 ,quel est le chemin le plus court pour l'accoster8 ,m4 ,bruno lui tablit son itinraire et ,durtal s'en fut1 en roulant une cigarette1 rejoindre le grand tang2 l1 il bifurqua par un sentier1 sur la gauche1 et escalada une ruelle d'arbres4 ,il glissait sur la terre dtrempe1 avanait avec peine4 ,il finit par atteindre cependant un bouquet de noyers qu'il contourna4 ,derrire eux1 s'levait une tour naine coiffe d'un minuscule dme et perce d'une porte4 ,a gauche et droite de cette porte1 sur des socles o des ornements de l'poque romane apparaissaient encore sous la crote veloute des mousses1 deux anges de pierre taient debout4 ,ils appartenaient videmment l'cole ,bourguignonne1 avec leurs grosses ttes rondes1 leurs cheveux bouriffs et diviss en ondes1 leurs faces joufflues au nez relev1 leurs solides draperies tuyaux durs4 ,eux aussi provenaient des ruines du vieux clotre1 mais ce qui tait malheureusement bien moderne1 c'tait l'intrieur de cette chapelle si exigu que les pieds touchaient presque le mur d'entre lorsqu'on s'agenouillait devant l'autel4 ,dans une niche enfume par une gaze blanche1 une ,vierge qui exhibait des yeux en pltre bleu et deux pommes d'api la place des joues1 souriait en tendant les mains4 ,elle tait d'une insignifiance vraiment gnante1 mais son sanctuaire1 qui gardait la tideur des pices toujours closes1 tait intime4 ,les cloisons tapisses de lustrine rouge taient poussetes1 le plancher tait balay et les bnitiers pleins1 de superbes roses-th s'panouissaient dans des pots1 entre les candlabres4 ,durtal comprit alors pourquoi il avait si souvent aperu ,m4 ,bruno se dirigeant1 des fleurs la main1 de ce ct2 il devait orer dans ce lieu qu'il aimait sans doute parce qu'il tait isol dans la solitude profonde de cette ,trappe4 ,le brave homme6 se cria ,durtal1 resongeant aux services affectueux1 aux prvenances fraternelles que l'oblat avait eus pour lui4 ,et il ajouta3 l'heureux homme aussi1 car il se possde et vit si placide ici6 ,et en effet1 reprit-il1 quoi bon lutter si ce n'est contre soi-mme8 s'agiter pour de l'argent1 pour de la gloire1 se dmener afin d'opprimer les autres et d'tre adul par eux1 quelle besogne vaine6 ,seule1 l'glise1 en dressant les reposoirs de l'anne liturgique1 en forant les saisons suivre1 pas pas1 la vie du ,christ1 a su nous tracer le plan des occupations ncessaires1 des fins utiles4 ,elle nous a fourni le moyen de marcher toujours cte cte avec ,jsus1 de vivre l'au jour le jour des vangiles2 pour les chrtiens1 elle a fait du temps le messager des douleurs et le hraut des joies2 elle a confi l'anne le rle de servante du ,nouveau ,testament1 d'missaire zle du culte4 ,et ,durtal rflchissait ce cycle de la liturgie qui dbute au premier jour de l'an religieux1 l',avent1 puis tourne d'un mouvement insensible1 sur lui-mme1 jusqu' ce qu'il revienne son point de dpart1 cette poque o l'glise se prpare1 par la pnitence et la prire1 clbrer la ,nol4 ,et1 feuilletant son eucologe1 voyant ce cercle inou d'offices1 il pensait ce prodigieux joyau1 cette couronne du roi ,recceswinthe que le muse de ,cluny recle4 ,l'anne liturgique n'tait-elle pas1 comme elle1 pave de cristaux et de cabochons par ses admirables cantiques1 par ses ferventes hymnes1 sertis dans l'or mme des ,saluts et des ,vpres8 ,il semblait que l'glise et substitu cette couronne d'pines dont les ,juifs avaient ceint les tempes du ,sauveur1 la couronne vraiment royale du ,propre du ,temps1 la seule qui ft cisele dans un mtal assez prcieux1 avec un art assez pur1 pour oser se poser sur le front d'un ,dieu6 ,et la grande ,lapidaire avait commenc son uvre en incrustant1 dans ce diadme d'offices1 l'hymne de saint ,ambroise1 et l'invocation tire de l',ancien ,testament1 le ,rorate cli1 ce chant mlancolique de l'attente et du regret1 cette gemme fumeuse1 violace1 dont l'eau s'claire alors qu'aprs chacune de ses strophes surgit la dprcation solennelle des patriarches appelant la prsence tant espre du ,christ4 ,et les quatre dimanches de l',avent disparaissaient avec les pages tournes de l'eucologe2 la nuit de la ,nativit tait venue3 aprs le ,jesu ,redemptor des ,vpres1 le vieux chant ,portugais1 l',adeste fideles1 s'levait1 au ,salut1 de toutes les bouches4 ,c'tait une prose d'une navet vraiment charmante1 une ancienne image o dfilaient les ptres et les rois1 sur un air populaire appropri aux grandes marches1 apte charmer1 aider1 par le rythme en quelque sorte militaire des pas1 les longues tapes des fidles quittant leurs chaumires pour se rendre aux glises loignes des bourgs4 ,et1 imperceptiblement1 ainsi que l'anne1 en une invisible rotation1 le cercle virait1 s'arrtait la fte des ,saints ,innocents o s'panouissait1 telle qu'une flore d'abattoir1 en une gerbe cueillie sur un sol irrigu par le sang des agneaux1 cette squence rouge et sentant la rose qu'est le ,salvete flores martyrum1 de ,prudence2--la couronne bougeait encore et l'hymne de l'piphanie1 le ,crudelis ,herodes de ,sedulius1 paraissait son tour4 ,maintenant1 les dimanches gravitaient1 les dimanches violets o l'on n'entend plus le ,gloria in excelsis1 o l'on chante l',audi ,benigne de saint ,ambroise et le ,miserere1 ce psaume couleur de cendre qui est peut-tre le plus parfait chef-d'uvre de tristesse qu'ait puis1 dans ses rpertoires de plains-chants1 l'glise4 ,c'tait le ,carme1 dont les amthystes s'teignaient dans le gris mouill des hydrophanes1 dans le blanc embrum des quartz et l'invocation magnifique l',attende ,domine montait sous les cintres4 ,issu1 comme le ,rorate cli1 des proses de l',ancien ,testament1 ce chant humili1 contrit1 numrant les punitions mrites des fautes1 devenait sinon moins douloureux1 en tous cas plus grave encore et plus pressant1 lorsqu'il confirmait1 lorsqu'il rsumait1 dans la strophe initiale de son refrain1 l'aveu dj confess des hontes4 ,et1 subitement1 sur cette couronne clatait1 aprs les feux las des ,carmes1 l'escarboucle en flamme de la ,passion4 ,sur la suie bouleverse d'un ciel1 une croix rouge se dressait et des hourras majestueux et des cris plors acclamaient le ,fruit ensanglant de l'arbre2 et le ,vexilla regis se rptait encore1 le dimanche suivant1 la frie des ,rameaux qui joignait cette prose de ,fortunat l'hymne verte qu'elle accompagnait d'un bruit soyeux de palmes1 le ,gloria1 laus et honor de ,thodulphe4 ,puis les feux des pierreries grsillaient et mouraient4 ,aux braises des gemmes succdaient les charbons teints des obsidiennes1 des pierres noires1 renflant peine sur l'or terni1 sans un reflet1 de leurs montures2 l'on entrait dans la ,semaine ,sainte2 partout le ,pange lingua de ,claudien ,mamert et le ,stabat gmissaient sous les votes2 et c'taient les ,tnbres1 les lamentations et les psaumes dont le glas faisait vaciller la flamme des cierges de cire brune1 et1 aprs chaque halte1 la fin de chacun des psaumes1 l'un des cierges expirait et sa fuse de fume bleue s'vaporait encore dans le pourtour ajour des arches1 lorsque le chur reprenait la srie interrompue des plaintes4 ,et la couronne conversait une fois de plus2 les grains de ce rosaire musical coulaient encore et tout changeait4 ,jsus tait ressuscit et les chants d'allgresse sautaient des orgues4 ,le ,victim ,paschali laudes exultait avant l'vangile des messes et1 au ,salut1 l',o filii et fili1 vraiment cr pour tre entonn par les jubilations perdues des foules1 courait1 jouait1 dans l'ouragan joyeux des orgues qui dracinaient les piliers et soulevaient les nefs4 ,et les ftes carillonnes se suivaient de plus longs intervalles4 ,a l',ascension1 les cristaux lourds et clairs de saint ,ambroise emplissaient d'eau lumineuse le bassin minuscule des chatons2 les feux des rubis et des grenats s'allumaient nouveau avec l'hymne cramoisie et la prose carlate de la ,pentecte1 le ,veni ,creator et le ,veni ,spiritus4 ,la fte de la ,trinit passait1 signale par les quatrains de ,grgoire le ,grand et pour la fte du ,saint ,sacrement1 la liturgie pouvait exhiber le plus merveilleux crin de son douaire1 l'office de saint ,thomas1 le ,pange lingua1 l',adoro te1 le ,sacris ,solemniis1 le ,verbum supernum et surtout le ,lauda ,sion1 ce pur chef-d'uvre de la posie latine et de la scolastique1 cette hymne si prcise1 si lucide dans son abstraction1 si ferme dans son verbe rim autour duquel s'enroule la mlodie la plus enthousiaste1 la plus souple peut-tre du plain-chant4 ,le cercle se dplaait encore1 montrant sur ses diffrentes faces les vingt-trois vingt-huit dimanches qui dfilent derrire la ,pentecte1 les semaines vertes du temps de ,plerinage1 et il s'arrtait la dernire frie1 au dimanche aprs l'octave de la ,toussaint1 la ,ddicace des glises qu'encensait le ,clestis urbs1 de vieilles stances dont les ruines avaient t mal consolides par les architectes d',urbain ,,viii1 d'antiques cabochons dont l'eau trouble dormait1 ne s'animait qu'en de rares lueurs4 ,la soudure de la couronne religieuse de l'anne liturgique se faisait alors aux messes o l'vangile du dernier dimanche qui suit la ,pentecte1 l'vangile selon saint ,mathieu rpte1 ainsi que l'vangile selon saint ,luc qui se rcite au premier dimanche de l',avent1 les terribles prdictions du ,christ sur la dsolation des temps1 sur la fin annonce du monde4 ,ce n'est pas tout1 reprit ,durtal que cette course au travers de son paroissien intressait4 ,dans cette couronne du ,propre du ,temps1 s'insrent1 telles que des pierres plus petites1 les proses du ,propre des ,saints qui comblent les places vides et achvent de parer le cycle4 ,d'abord1 les perles et les gemmes de la ,sainte ,vierge1 les joyaux limpides1 les saphirs bleus et les spinelles roses de ses antiennes1 puis l'aigue-marine si lucide1 si pure de l',ave maris stella1 la topaze plie des larmes de l',o quot undis lacrymarum de la fte des ,sept ,douleurs1 et l'hyacinthe1 couleur de sang essuy1 du ,stabat2 puis s'grnent les ftes des ,anges et des ,saints1 les hymnes ddies aux ,aptres et aux vanglistes1 aux ,martyrs solitaires ou accoupls1 hors et pendant le temps pascal1 aux ,confesseurs ,pontifes ou non ,pontifes1 aux ,vierges1 aux saintes ,femmes1 toutes ftes diffrencies par des squences particulires1 par des proses spciales1 dont quelques-unes naves1 comme les quatrains tresss en l'honneur de la nativit de saint ,jean-,baptiste1 par ,paul ,diacre4 ,il reste enfin la ,toussaint avec le ,placare ,christe et les trois coups de tocsin1 le glas en tercets du ,dies ir qui retentit le jour rserv la ,commmoration des morts4 ,quel immense bien-fonds de posie1 quel incomparable fief d'art l'glise possde6 s'cria-t-il1 en fermant son livre2 et des souvenirs se levaient pour lui de cette excursion dans l'eucologe4 ,que de soirs o la tristesse de vivre s'tait dissipe1 en coutant ces proses clames dans les glises6 ,il repensait la voix suppliante de l',avent et il se rappelait un soir o il rdait1 sous une pluie fine1 le long des quais4 ,il tait chass de chez lui par d'ignobles visions et en mme temps obsd par le dgot croissant de ses vices4 ,il avait fini1 sans le vouloir1 par chouer ,saint-,gervais4 ,dans la chapelle de la ,vierge1 de pauvres femmes taient prostres4 ,il s'tait agenouill1 las1 abasourdi1 l'me si mal l'aise1 qu'elle somnolait1 sans force pour s'veiller4 ,des chantres et des gamins de la matrise s'taient installs avec deux ou trois prtres dans cette chapelle2 on avait allum des cierges1 et une voix blonde et tnue d'enfant avait1 dans le noir de l'glise1 chant les longues antiennes du ,rorate4 ,dans l'tat d'accablement1 de tristesse o il stagnait1 ,durtal s'tait senti ouvert et saign jusqu'au fond de l'me1 alors que moins tremblante qu'une voix plus ge qui et compris le sens des paroles qu'elle disait1 cette voix racontait ingnument1 presque sans confusion1 au ,juste3 ,peccavimus et facti sumus tanquam immundus nos4 ,et ,durtal reprenait ces mots1 les pelait1 terrifi1 pensait3 ah oui1 nous avons pch et nous sommes semblables au lpreux1 ,seigneur6--,et le chant continuait et1 son tour1 le ,trs-,haut empruntait ce mme organe innocent de l'enfance1 pour confesser l'homme sa piti1 pour lui confirmer le pardon assur par la venue du ,fils4 ,et la soire s'tait termine par un ,salut de plain-chant au milieu de ce silence prostern de malheureuses femmes4 ,durtal se rappelait tre sorti de l'glise1 tay1 renflou1 dbarrass de ses hantises et il tait reparti sous la bruine1 surpris que le chemin ft aussi court1 fredonnant le ,rorate dont l'air l'obsdait1 finissant par y voir l'attente personnelle d'un inconnu propice4 ,et c'taient d'autres soirs444 l',octave des ,morts ,saint-,sulpice et ,saint-,thomas d',aquin o l'on ressuscitait1 aprs les ,vpres des trpasss1 la vieille squence disparue du brviaire romain1 le ,languentibus in ,purgatorio4 ,cette glise tait la seule ,paris qui et conserv ces pages de l'hymnaire gallican et elle les faisait dtailler1 sans matrise1 par deux basses1 mais ces chantres1 si mdiocres d'habitude1 aimaient sans doute cette mlodie1 car s'ils ne la chantaient pas avec art1 ils l'expulsaient au moins dans un peu d'me4 ,et cette invocation la ,madone que l'on adjurait de sauver les mes du ,purgatoire tait dolente comme ces mes mmes1 et si mlancolique1 si languide qu'on oubliait l'alentour1 l'horreur de ce sanctuaire dont le chur est une scne de thtre1 entoure de baignoires fermes et garnie de lustres2 on rvait1 loin de ,paris1 quelques instants1 hors de cette population de dvotes et de domestiques qui frquente ce lieu1 le soir4 ,ah6 l'glise1 se disait-il1 en descendant le sentier qui conduisait au grand tang1 quelle gnitrice d'art6 et subitement1 le bruit d'un corps tombant dans l'eau1 interrompit ses rflexions4 ,il regarda derrire la haie des roseaux et ne vit rien1 sinon de grands cercles courant sur l'onde et1 tout coup1 dans l'un de ces ronds1 une tte minuscule de chien parut tenant un poisson dans la gueule2 et la bte se haussa un peu hors de l'eau1 montra un corps effil et couvert d'une fourrure et1 tranquillement1 de ses petits yeux noirs1 elle fixa ,durtal4 ,puis1 en un clair1 elle franchit la distance qui la sparait du bord et disparut sous les herbes4 --,c'est la loutre1 se dit-il1 se rappelant la discussion table du vicaire de passage et de l'oblat4 ,et il s'en allait rejoindre l'autre tang quand il se heurta au pre tienne4 ,il lui raconta sa rencontre4 --,pas possible6 s'cria le moine2 personne n'a jamais vu la loutre2 vous devez confondre avec un rat d'eau1 avec un autre animal1 car cette bte que nous guettons depuis des annes est invisible4 ,durtal lui en fit la description4 --,c'est pourtant elle6 convint l'htelier1 surpris4 ,il tait vident que cette loutre vivait l'tat de lgende dans cet tang4 ,dans ces existences monotones1 dans ces jours semblables du clotre1 elle prenait les proportions d'un sujet fabuleux1 d'un vnement dont le mystre devait occuper les intervalles mnags entre les oraisons des heures4 --,il faut indiquer ,m4 ,bruno l'endroit exact o vous l'avez remarque1 car il va recommencer la chasse1 fit le ,p4 tienne1 aprs un silence4 --,mais enfin en quoi cela peut-il vous gner qu'elle mange vos poissons1 puisque vous ne les pchez point8 --,pardon1 nous les pchons pour les envoyer l',archevch1 rpondit le moine qui reprit3--c'est tout de mme bien trange que vous ayez aperu cette bte6 ,dcidment1 en partant d'ici1 l'on dira de moi3 il est le ,monsieur qui a vu la loutre6 pensa ,durtal4 ,tout en causant1 ils taient parvenus prs de l'tang en croix4 --,regardez1 dit le pre1 en dsignant le cygne qui se dressait1 furieux1 et battait des ailes1 en sifflant4 --,qu'est-ce qui lui prend8 --,il lui prend que la couleur blanche de ma robe l'exaspre4 --,ah6 et pourquoi8 --,je ne sais2 il veut peut-tre tre le seul qui soit blanc1 ici2 il pargne les convers1 mais ds qu'un pre444 tenez1 vous allez voir4 ,et l'htelier se dirigea tranquillement vers le cygne4 --,viens1 dit-il la bte irrite qui l'claboussa d'eau2 et il tendit la main que le cygne happa4 --,voil1 fit le moine1 en montrant la marque d'une pince rouge imprime dans sa chair4 ,et il sourit1 en se tenant la main et quitta ,durtal qui se demanda si1 en procdant de la sorte1 le trappiste n'avait pas voulu s'infliger une punition corporelle pour expier une distraction quelconque1 une vtille4 ,ce coup de bec a d le tenailler atrocement1 car les larmes lui sont montes aux yeux4 ,comment s'est-il expos si joyeusement cette morsure8 ,et il se souvenait qu'un jour1 l'office de ,none1 un des jeunes moines s'tait tromp dans le ton d'une antienne2 au moment o se terminait l'office1 il s'tait agenouill devant l'autel1 puis il s'tait tendu sur les dalles tout de son long1 plat ventre1 la bouche colle au sol1 jusqu' ce que la cliquette du prieur lui et intim l'ordre de se relever4 ,c'tait la coulpe volontaire1 pour une ngligence commise1 pour un oubli4 ,qui sait si le ,p4 tienne ne s'tait pas1 son tour1 chti d'une pense qu'il jugeait peccamineuse1 en se faisant ainsi pincer8 ,il consulta1 ce propos1 l'oblat1 le soir1 mais ,m4 ,bruno se contenta de sourire1 sans rpondre4 ,et ,durtal lui parlant de son prochain dpart pour ,paris1 le vieil homme hocha la tte4 --tant donnes1 fit-il1 les apprhensions1 la gne que vous cause la communion1 vous agirez sagement en vous approchant1 ds votre rentre1 de la ,sainte ,table4 ,et voyant que ,durtal ne rpliquait pas et baissait le nez3 --,croyez-en un homme qui a connu ces preuves2 si vous ne vous treignez pas1 tandis que vous serez encore sous l'impression toute chaude de la ,trappe1 vous flotterez entre le dsir et le regret1 sans avancer2 vous vous ingnierez vous dcouvrir des excuses pour ne pas vous confesser2 vous tcherez de croire qu'il est impossible de vous aboucher1 ,paris1 avec un abb qui vous comprenne4 ,or1 permettez-moi de vous l'assurer1 rien n'est plus faux4 ,si vous dsirez un confident expert et facile1 allez chez les ,jsuites2 si vous voulez surtout une me zle de prtre1 allez ,saint-,sulpice4 ,vous y rencontrerez des ecclsiastiques honntes et intelligents1 de braves curs4 ,a ,paris1 o le clerg des paroisses est si mlang1 ils sont le dessus de panier du sacerdoce2 et cela se conoit1 ils forment une communaut1 habitent en cellule1 ne dnent pas en ville et1 comme le rglement ,sulpicien leur interdit de prtendre aux honneurs et aux places1 ils ne risquent pas de devenir1 par ambition1 de mauvais prtres4 ,vous les connaissez8 --,non1 mais pour rsoudre cette question qui ne laisse pas1 en effet1 de m'inquiter1 je compte sur un abb que je frquente1 sur celui-l mme qui m'a envoy dans cette ,trappe4 ,et cela me fait penser1 reprit-il1 en se levant pour se rendre ,complies1 que j'ai encore oubli de lui crire4 ,il est vrai que1 maintenant1 il est trop tard1 j'arriverai chez lui presque aussitt que ma lettre4 ,c'est bizarre1 mais force de se promener dans ses propres atres1 force de vivre sur soi-mme1 les jours coulent et l'on n'a le temps de rien faire ici6 ,,viii ,il avait espr1 pour son dernier jour la ,trappe1 une matine de quitude et de flne d'esprit1 une mitigation de sieste spirituelle et de rveil charm par des mlopes d'offices et1 pas du tout1 l'ide envahissante1 ttue1 qu'il allait quitter1 le lendemain1 le monastre1 lui gtait toutes les joies qu'il s'tait promises4 ,maintenant qu'il n'avait plus se monder1 se passer au van des confessions1 se prsenter la susception matinale du ,viatique1 il restait irrsolu1 ne sachant plus quoi occuper son temps1 ahuri par cette reprise de la vie profane qui renversait ses barrages d'oubli1 qui l'atteignait dj par-dessus les digues franchies du clotre4 ,ainsi qu'une bte capture1 il commena de se frotter contre les barreaux de sa cage1 fit le tour de la clture1 s'emplissant la vue de ces paysages o il avait goutt de si clmentes et de si cruelles heures4 ,il sentait en lui un affaissement de terrain1 un boulis d'me1 un dcouragement absolu devant cette perspective de rentrer dans l'existence habituelle1 de se mler nouveau aux va-et-vient des hommes2 et il prouvait en mme temps une fatigue crbrale immense4 ,il se trana par les alles1 dans un tat de complet dconfort1 dans un de ces accs de spleen religieux qui dterminent1 lorsqu'ils se prolongent1 pendant des annes1 le tdium vit des clotres4 ,il avait horreur d'une vie autre que celle-l et l'me1 surmene par des prires1 dfaillait dans un corps insuffisamment repos et mal nourri2 elle n'avait plus aucun dsir1 demandait n'tre pas drange1 dormir1 tombait dans un de ces tats de torpeur o tout devient indiffrent1 o l'on finit par perdre doucement connaissance1 par s'asphyxier sans que l'on souffre4 ,il avait beau1 pour ragir en se consolant1 se promettre qu'il assisterait1 ,paris1 aux offices des ,bndictines1 qu'il se tiendrait sur la lisire de la socit1 part1 il tait bien oblig de se rpondre que ces subterfuges sont impossibles1 que l'vent mme de la ville est rebelle aux leurres1 que l'isolement dans une chambre ne ressemble en rien la solitude d'une cellule1 que les messes clbres dans les chapelles ouvertes au public ne peuvent s'assimiler aux offices ferms des ,trappes4 ,puis quoi bon tenter de se mprendre8 ,il en tait de l'me comme du corps qui se porte mieux au bord de la mer ou dans les montagnes que dans le fond des villes4 ,il y avait l'air spirituel meilleur mme ,paris1 dans certains quartiers religieux de la rive gauche que dans les arrondissements situs sur l'autre rive2 plus vif dans quelques basiliques1 plus pur1 par exemple1 ,notre-,dame des ,victoires que dans les glises telles que la ,trinit ou la ,madeleine4 ,mais le monastre tait1 en quelque sorte1 la vraie plage et le haut plateau de l'me4 ,l'atmosphre y tait balsamique2 les forces revenaient1 l'apptit perdu de ,dieu se ranimait2 c'tait la sant succdant aux malaises1 le rgime fortifiant et soutenu substitu la langueur1 aux exercices restreints des villes4 ,cette conviction qu'aucune duperie ne lui serait ,paris possible l'atterra4 ,il vagabonda de la cellule la chapelle1 de la chapelle dans les bois1 attendant avec impatience l'heure du dner pour pouvoir parler quelqu'un1 car1 dans son dsarroi1 un nouveau besoin venait de natre4 ,il avait1 depuis plus de huit jours1 tir des aprs-midi entires sans desserrer les dents2 il n'en souffrait pas1 tait mme satisfait de ce silence1 mais depuis qu'il tait talonn par cette ide d'un dpart1 il ne pouvait plus se taire1 pensait dans les alles1 tout haut1 pour allger cette sensation de cur gros qui l'touffait4 ,m4 ,bruno tait trop sagace pour ne point deviner le malaise de son compagnon1 devenu tour tour taciturne et bavard pendant le repas4 ,il fit semblant de ne rien voir1 mais1 aprs qu'il eut rcit les grces1 il disparut et ,durtal1 qui rdait prs du grand tang1 fut surpris de l'apercevoir se dirigeant de son ct avec le ,p4 tienne4 ,ils l'accostrent et le trappiste qui souriait lui proposa1 s'il n'avait pas form d'autre projet1 de se distraire1 en visitant le couvent et surtout la bibliothque que le pre serait ravi de lui montrer4 --,si cela me convient1 mais certainement6 s'cria ,durtal4 ,ils retournrent1 tous les trois1 vers l'abbaye2 le moine souleva le loquet d'une petite porte creuse dans un mur prs de l'glise et ,durtal pntra dans un cimetire minuscule1 plant de croix de bois sur des tombes d'herbe4 ,il n'y avait aucune inscription1 aucune fleur dans cet enclos qu'ils traversrent2 le moine poussa une autre porte et ils dbouchrent dans un long couloir qui puait le rat4 ,au bout de ce couloir1 ,durtal reconnut l'escalier qu'il avait franchi1 un matin1 pour aller se confesser chez le prieur4 ,ils le laissrent leur gauche1 tournrent dans une autre galerie et l'htelier les introduisit dans une salle immense1 perce de hautes fentres1 dcore de trumeaux du ,x,v,i,i,ie sicle et de grisailles2 elle tait exclusivement meuble de bancs et de stalles au-dessus desquels1 un sige isol1 sculpt d'armes abbatiales peintes1 marquait la place de ,dom ,anselme4 --,oh6 cette salle du chapitre1 elle n'a rien de monastique6 dit le ,p4 tienne1 en dsignant les peintures profanes des murs2 nous avons conserv tel quel le salon de cet ancien chteau1 mais je vous prie de croire que ce dcor ne nous plat gure4 --,et que fait-on dans cette salle8 --,mais1 nous nous y runissons aprs la messe2 le chapitre s'ouvre par la lecture du martyrologe1 suivie des dernires prires de ,prime4 ,puis on lit un passage de la rgle que le ,p4 abb commente4 ,enfin1 nous pratiquons l'exercice d'humilit1 c'est--dire que celui d'entre nous qui a commis une faute contre la rgle se prosterne et l'avoue devant ses frres4 ,ils se rendirent de l au rfectoire4 ,cette pice aussi haute de plafond1 mais plus petite1 tait garnie de tables dessinant la forme d'un fer cheval4 ,des sortes de grands huiliers contenant1 chacun1 deux demi-bouteilles de piquette spares par une carafe et1 devant eux1 des tasses de terre brune deux anses servant de verres1 y taient1 de distance en distance1 poss4 ,le moine expliqua que ces faux huiliers trois branches indiquaient la place de deux couverts1 chaque moine ayant droit sa demi-bouteille de boisson et partageant avec son voisin l'eau de la carafe4 --,cette chaire1 reprit le ,p4 tienne1 en dsignant un grand coquetier de bois1 adoss la muraille1 est destine au lecteur de semaine1 au pre qui fait la lecture pendant le repas4 --,et il dure combien de temps ce repas8 --,juste une demi-heure4 --,oui1 et la cuisine que nous autres nous mangeons est une cuisine dlicate1 en comparaison de celle qu'on sert aux moines1 dit l'oblat4 --,je mentirais si je vous affirmais que nous nous rgalons1 rpondit l'htelier4 ,savez-vous ce qui est le plus pnible supporter1 les premiers temps surtout1 c'est le manque d'assaisonnement des plats4 ,le poivre et les pices sont interdits par la rgle1 et comme aucune salire ne figure sur notre table1 nous avalons tels quels des aliments qui sont peine sals1 pour la plupart4 ,certains jours d't1 lorsque l'on sue grosses gouttes1 cela devient presque impossible1 car le cur lve4 ,et il faut s'enfourner quand mme cette pte chaude1 l'absorber en quantit suffisante pour ne pas faiblir jusqu'au lendemain2 on se regarde1 dcourags1 n'en pouvant plus2 il n'y a pas d'autre mot pour dfinir notre dner au mois d'aot1 c'est un supplice4 --,et tous1 le ,p4 abb1 le prieur1 les pres1 les frres1 tous ont la mme nourriture8 --,tous4 ,venez visiter maintenant le dortoir4 ,ils montrent au premier4 ,un immense corridor1 garni1 tel qu'une curie1 de box de bois1 s'tendait1 ferm chacun de ses bouts par une porte4 --,voici notre logis1 fit le moine1 en s'arrtant devant ces cases4 ,des pancartes taient places au-dessus d'elles1 affichant le nom de chaque moine et la premire arborait sur son tiquette cette inscription3 le pre abb4 ,durtal tta le lit accot contre l'une des deux cloisons4 ,il avait l'asprit d'un peigne carder et le mordant d'une rpe4 ,il se composait d'une simple paillasse pique1 tendue sur une planche2 pas de draps1 mais une couverture de prison en laine grise2 la place des oreillers un sac de paille4 --,dieu que c'est dur6 s'cria ,durtal1 et le moine rit4 --,nos robes amortissent la rugosit de ce faux matelas1 dit-il1 car la rgle ne nous permet pas de nous dshabiller2 nous pouvons seulement nous dchausser2 aussi dormons-nous tout vtus1 la tte enveloppe dans notre capuce4 --,et ce qu'il doit faire froid dans ce corridor balay par tous les vents6 ajouta ,durtal4 --,sans doute1 l'hiver est farouche ici2 mais ce n'est pas cette saison-l qui nous alarme2 on vit tant bien que mal1 mme sans feu1 par les temps de glace2 mais l't6--,si vous saviez ce que le rveil dans des vtements encore tremps de sueur1 pas secs depuis la veille1 est atroce6 ,puis1 bien qu' cause de la grande chaleur on ait souvent peine dormi1 il faut1 avant le jour1 sauter en bas de sa couche et commencer aussitt le grand office de nuit1 les ,vigiles qui durent au moins deux heures4 ,mme aprs vingt ans de ,trappe1 on ne peut pas ne point souffrir de ce lever2 on se bat la chapelle contre le sommeil qui vous crase2 on dort pendant que l'on entend chanter un verset2 on lutte pour se tenir veill1 afin de pouvoir en chanter un autre1 et l'on retombe4 ,il faudrait pouvoir donner un tour de clef la pense et l'on en est incapable4 ,vraiment1 je vous assure qu'en dehors mme de la fatigue corporelle qui explique cet tat1 le matin1 il y a l une agression dmoniaque1 une tentation incessante pour nous inciter mal rciter l'office4 --,et vous subissez1 tous1 cette lutte8 --,tous2 et cela n'empche1 conclut le moine dont le visage rayonna1 cela n'empche que nous ne soyons ici vraiment heureux4 ,c'est que toutes ces preuves ne sont rien ct des joies profondes et intimes que le bon ,dieu nous accorde6 ah6 il est un matre gnreux2 il nous paye au centuple nos pauvres peines4 ,tout en parlant1 ils avaient enfil le corridor et taient arrivs son autre bout4 ,le moine ouvrit la porte et ,durtal1 stupfi1 se trouva dans un vestibule1 juste en face de sa cellule4 --,je ne croyais pas1 dit-il1 habiter si prs de vous6 --,cette maison est un vritable labyrinthe--mais ,m4 ,bruno va vous conduire la bibliothque o le pre prieur vous attend1 car1 moi1 il faut que j'aille mes affaires4 ,a tout l'heure1 reprit-il1 en souriant4 ,la bibliothque tait situe de l'autre ct de l'escalier par lequel ,durtal accdait sa chambre4 ,elle tait grande1 garnie de rayons du haut en bas1 occupe au milieu par une sorte de table comptoir sous laquelle s'tageaient encore des ranges de livres4 ,le ,p4 ,maximin dit ,durtal3 --,nous ne sommes pas bien riches1 mais enfin nous possdons des instruments de travail assez complets sur la thologie et la monographie des clotres4 --,vous avez des volumes superbes1 s'cria ,durtal qui regardait de magnifiques in-folio relis dans de splendides reliures aux armes4 --,tenez1 voici les uvres de saint ,bernard en une belle dition1 et le moine prsenta ,durtal d'normes textuaires imprims avec des caractres graves1 sur papier sonore4 --,quand je pense que je m'tais promis de savourer saint ,bernard1 dans cette abbaye mme qu'il a fonde1 et me voici la veille de mon dpart et je n'ai rien lu4 --,vous ne connaissez pas ses ouvrages8 --,si1 des morceaux pars de ses sermons et de ses lettres2 j'ai parcouru des select mdiocres de ses uvres1 mais c'est tout4 --,il est notre matre par excellence ici1 mais il n'est pas le seul de nos anctres en saint ,benot dont ce couvent dispose1 dit le pre1 avec une certaine fiert4--,voyez1 et il dsigna sur des rayons de puissants in-quarto1 voici3 saint ,grgoire ,le ,grand1 ,bde le ,vnrable1 saint ,pierre ,damien1 saint ,anselme444 et vos amis sont l1 fit-il1 suivant de l'il ,durtal qui lisait des titres de volumes1 sainte ,trse1 saint ,jean de la ,croix1 sainte ,madeleine de ,pazzi1 sainte ,angle1 ,tauler1444 et celle-ci qui1 de mme que la sur ,emmerich1 dictait ses entretiens avec ,jsus1 pendant l'extase4--,et le prieur tira de la file des livres deux in-dix-huit3 les ,dialogues de sainte ,catherine de ,sienne4 --,elle est terrible pour les prtres de son temps cette ,dominicaine1 reprit le moine4 ,elle vrifie leurs mfaits1 leur reproche nettement de vendre le ,saint-,esprit1 de pratiquer des sortilges1 de se servir du sacrement pour composer des malfices4 --,sans compter les vices indus dont elle les accuse dans la srie du pch de chair1 ajouta l'oblat4 --,certes1 elle ne mche pas ses mots1 mais elle avait le droit de le prendre sur ce ton et de menacer au nom du ,seigneur1 car elle tait vraiment inspire par ,lui4 ,sa doctrine tait puise aux sources divines4--,doctrina ejus infusa1 non acquisita1 a dit l'glise dans la bulle qui la canonise4 ,ses ,dialogues sont admirables2 les pages o ,dieu lui explique les saintes fraudes dont il use parfois pour ramener les hommes au bien1 les passages o elle traite de la vie monastique1 de cette barque qui possde trois cordages3 la chastet1 l'obissance et la pauvret1 et qui affronte la tempte sous la conduite du ,saint-,esprit1 sont dlicieux4 ,elle se rvle1 dans son uvre1 l'lve du disciple bien-aim et de saint ,thomas d',aquin4 ,on croirait entendre l',ange de l'cole paraphrasant le dernier des vangiles6 --,oui1 fit son tour l'oblat2 si sainte ,catherine de ,sienne ne s'adonne pas aux hautes spculations de la ,mystique1 si elle n'analyse point comme sainte ,trse les mystres de l'amour divin et ne trace pas l'itinraire des mes destines la vie parfaite1 elle reflte directement au moins les entretiens du ciel4 ,elle appelle1 elle aime6 ,vous avez parcouru1 ,monsieur1 ses traits de la ,discrtion et de la ,prire8 --,non4 ,j'ai lu ,catherine de ,gnes1 mais les livres de ,catherine de ,sienne ne me sont jamais tombs entre les mains4 --,et ce recueil-ci1 qu'en pensez-vous8 ,durtal regarda le titre et fit la moue4 --,je vois que ,suso ne vous ravit gures4 --,je mentirais si je vous assurais que les dissertations de ce ,dominicain m'enchantent4 ,d'abord1 l'illumin que fut cet homme ne m'attire pas4 ,sans parler de la frnsie de ses pnitences1 quelle minutie de dvotion1 quelle troitesse de pit fut la sienne6 ,songez qu'il ne pouvait se dcider boire sans avoir1 au pralable1 divis son breuvage en cinq parts4 ,il pensait honorer ainsi les cinq plaies du ,sauveur2 et encore avalait-il en deux fois sa dernire gorge1 pour s'voquer l'eau et le sang qui sortirent du flanc du ,verbe4 ,non1 a ne m'entre pas dans la caboche1 ces choses-l2 jamais1 je n'admettrai que de semblables pratiques puissent glorifier le ,christ6 ,et1 remarquez bien que cet amour des grugeures1 que cette passion des batilles se retrouve dans toute son uvre4 ,son ,dieu est si difficile contenter1 si mticuleux1 si ttillon1 que personne n'irait au ,ciel si l'on croyait ce qu'il raconte6--,c'est un pilogueur d'ternit1 un grigou de paradis1 ce ,dieu-l6 ,en somme1 ,suso s'pand en d'imptueux discours sur des vtilles2 puis ce qu'avec ses insipides allgories1 son morose ,colloque des neuf rochers m'assomme6 --,vous conviendrez bien1 pourtant1 que son tude sur l',union de l'me est substantielle et que l'office de l'ternelle ,sagesse qu'il composa vaut qu'on le lise4 --,je ne dis pas1 mon pre2 je n'ai plus prsent la mmoire cet office2 mais je me rappelle assez bien le trait de l',union avec ,dieu2 il m'a sembl plus intressant que le reste1 mais avouez qu'il est de bien courte haleine444 et puis sainte ,trse a lucid1 elle aussi1 cette question du renoncement humain et de la fruition divine444 et dame alors6 --,allons1 fit l'oblat en souriant1 je renonce faire de vous un lecteur fervent du bon ,suso4 --,pour nous1 reprit le ,p4 ,maximin1 voici vraiment quel devrait tre1 si nous avions un peu de temps pour travailler1 le levain de nos mditations1 le sujet de nos lectures et il amena lui un in-folio qui contenait les uvres de sainte ,hildegarde1 abbesse du monastre de ,ruperstberg4 ,c'est que1 voyez-vous1 celle-l est la grande ,prophtesse du ,nouveau ,testament4 ,jamais1 depuis les visions de saint ,jean ,pathmos1 l',esprit-,saint ne s'tait communiqu un tre terrestre avec autant de plnitude et de lumire4 ,dans son ,heptachronon1 elle prdit le protestantisme et la captivit du ,vatican2 dans son ,scivias ou ,connaissance des voies du ,seigneur qui a t rdig1 d'aprs son rcit1 par un moine du couvent de ,saint-,dsibode1 elle interprte les symboles des critures et la nature mme des lments4 ,elle a galement crit un diligent commentaire de notre rgle et d'altires et d'enthousiastes pages sur la musique sacre1 sur la littrature1 sur l'art qu'elle dfinit excellemment3 une rminiscence moiti efface d'une condition primitive dont nous sommes dchus depuis l'den4 ,malheureusement1 pour la comprendre1 il faut se livrer de minutieuses recherches1 de patientes tudes4 ,son style apocalyptique a quelque chose de rtractile2 il semble qu'il se recule et se referme davantage encore lorsqu'on veut l'ouvrir4 --,je sais bien1 moi1 que j'y perds mon peu de latin1 dit ,m4 ,bruno4 ,quel dommage qu'il n'existe pas une traduction1 avec gloses l'appui1 de ses uvres6 --,elles sont intraduisibles1 fit le pre qui poursuivit3 ,sainte ,hildegarde est1 avec saint ,bernard1 l'une des plus pures gloires de la famille de saint ,benot4 ,quelle prdestine que cette vierge qui fut inonde des clarts intrieures ds l'ge de trois ans et mourut quatre-vingt-deux ans1 aprs avoir vcu toute sa vie dans les clotres6 --,et ajoutez qu'elle fut1 l'tat permanent1 fatidique1 s'cria l'oblat4 ,elle ne ressemble aucune autre ,sainte2 tout en elle tonne jusqu' cette faon dont ,dieu l'apostrophe1 car il oublie qu'elle est femme et l'appelle3 l'homme4 --,et1 elle1 emploie1 quand elle veut se dsigner1 cette trange expression3 moi1 la chtive forme1 repartit le prieur4--,mais voici une autre crivain qui nous est chre aussi1 et il montra ,durtal les deux volumes de sainte ,gertrude4 ,celle-l est encore l'une de nos grandes moniales1 une abbesse vraiment ,bndictine1 dans le sens exact du mot1 car elle faisait expliquer les ,saintes critures ses nonnes1 voulait que la pit de ses filles s'appuyt sur la science1 que leur foi se sustentt avec des aliments liturgiques1 si l'on peut dire4 --,je ne connais d'elle que ses ,exercices1 observa ,durtal et ils m'ont laiss le souvenir de paroles d'cho1 de redites des ,livres ,saints4 ,si tant est qu'on puisse la juger sur de simples extraits1 elle me parat ne pas avoir l'expression originale1 tre bien au-dessous d'une sainte ,trse ou d'une sainte ,angle4 --,sans doute1 rpondit le moine4 ,elle se rapproche cependant de sainte ,angle par le don de la familiarit lorsqu'elle converse avec le ,christ et aussi par la vhmence amoureuse de ses propos2 seulement tout cela se transforme en sortant de sa propre source2 elle pense liturgiquement2 et cela est si vrai que la plus minime des rflexions se prsente aussitt elle1 habille de la langue des vangiles et des ,psaumes4 ,ses ,rvlations1 ses ,insinuations1 son ,hraut de l'amour divin sont merveilleux ce point de vue2 puis n'est-elle pas exquise sa prire la ,sainte ,vierge qui dbute par cette phrase3 ,salut1 blanc lis de la ,trinit resplendissante et toujours tranquille8444 ,comme suite ses uvres1 les ,bndictins de ,solesmes ont dit aussi les ,rvlations de sainte ,mechtilde1 son livre sur la ,grce spciale et sa ,lumire de la ,divinit2 ils sont l1 sur cette range444 --,que je vous montre des guides savamment jalonns pour l'me qui s'chappe d'elle-mme et veut tenter l'ascension des monts ternels1 dit son tour ,m4 ,bruno1 en prsentant ,durtal la ,lucerna mystica de ,lopez ,ezquerra1 les in-quarto de ,scaramelli1 les tomes de ,schram1 l',asctique chrtienne de ,ribet1 les ,principes de thologie mystique du pre ,sraphin4 --,et celui-ci1 le connaissez-vous8 reprit l'oblat2 ce volume qu'il tendait tait intitul ,de l',oraison1 demeurait anonyme1 portait en bas de sa premire page3 ,solesmes1 typographie de l'abbaye de ,sainte-,ccile--et au-dessous de la date imprime #ahhf1 ,durtal dchiffra ces mots crits l'encre3 ,communication essentiellement prive4 --,je n'ai jamais vu cet opuscule qui ne semble pas1 du reste1 avoir t mis dans le commerce2 quel en est l'auteur8 --,la plus extraordinaire des moniales de ce temps2 l'abbesse des ,bndictines de ,solesmes4 ,je regrette seulement que vous partiez si tt1 car j'eusse t heureux de vous le faire lire4 ,au point de vue du document il est d'une science vraiment souveraine et il contient d'admirables citations de sainte ,hildegarde et de ,cassien2 au point de vue de la ,mystique mme1 la mre sainte ,ccile ne fait videmment que reproduire les travaux de ses devancires et elle ne nous apprend rien de trs neuf4 ,nanmoins1 je me rappelle un passage qui me semble plus spcial1 plus personnel4 ,attendez444 ,et l'oblat compulsa quelques pages4 ,le voici3 ,l'me spiritualise ne parat pas expose la tentation proprement dite1 mais par une permission divine1 elle est appele se frotter au ,dmon1 esprit contre esprit444 ,le contact du ,dmon est alors peru la surface de l'me1 sous la forme d'une brlure tout la fois spirituelle et sensible444 ,si l'me tient bon dans son union avec ,dieu1 si elle est forte1 la douleur quoique trs vive est supportable1 mais si l'me commet quelque lgre imperfection mme intrieure1 le ,dmon avance d'autant et porte son horrible brlure plus avant1 jusqu' ce que1 par des actes gnreux1 elle ait pu le repousser plus au dehors4 ,cet effleurement satanique qui produit un effet presque matriel sur les parties les plus intangibles de notre tre est1 vous l'avouerez1 pour le moins curieux1 conclut l'oblat1 en fermant le volume4 --,la mre sainte ,ccile est une stratgiste remarquable d'me1 fit le ,prieur1 mais444 mais444 cette uvre qu'elle a rdige pour les filles de son abbaye contient1 je crois1 quelques propositions tmraires qui n'ont pas t lues sans dplaisir ,rome4 ,pour en finir avec nos pauvres richesses1 reprit-il1 nous n'avons de ce ct--et il dsigna une partie des bibliothques qui couvraient la pice--que des ouvrages de longue haleine1 le ,mnologe ,cistercien1 la ,patrologie de ,migne1 des dictionnaires d'hagiographie1 des manuels d'hermneutique sacre1 de droit canon1 d'apologtique chrtienne1 d'exgse biblique1 les uvres compltes de saint ,thomas1 des outils de travail que nous n'employons gure1 car1 vous le savez1 nous sommes un rameau du tronc ,bndictin vou une vie de labeur corporel et de pnitence2 nous sommes les hommes de peine du bon ,dieu1 surtout4 ,ici1 c'est ,m4 ,bruno qui se sert de ces livres et moi aussi quelquefois1 car je suis plus spcialement charg du spirituel1 dans ce monastre1 ajouta1 en souriant1 le moine4 ,durtal le regardait2 il maniait avec des mains caressantes1 couvait d'un il tout en lumire bleue1 les volumes1 riait avec une joie d'enfant en tournant les pages4 ,quelle diffrence entre ce moine qui adorait videmment les bouquins et ce prieur1 au profil imprieux1 aux lvres muettes qui l'avait cout1 le second jour1 en confession6 puis1 songeant tous ces trappistes1 la srnit de leurs visages1 l'allgresse de leurs yeux1 ,durtal se disait que ces ,cisterciens n'taient nullement1 ainsi que le monde croit1 des gens douloureux et funbres1 mais qu'ils taient1 bien au contraire1 les plus gais des hommes4 --,a propos1 dit le ,p4 ,maximin1 le ,r4 ,p4 abb m'a charg d'une commission4 ,sachant que vous voulez nous quitter demain1 il serait dsireux1 maintenant qu'il est sur pied1 de passer au moins quelques minutes avec vous4 ,il sera libre1 ce soir4 ,cela vous gnerait-il de le rejoindre aprs ,complies8 --,pas du tout1 je serai trs heureux de causer avec dom ,anselme4 --,alors1 c'est entendu4 ,ils descendirent4 ,durtal remercia le prieur qui rentra dans la clture des couloirs et l'oblat qui remonta dans sa cellule4 ,il baguenauda1 atteignit1 malgr ce tourment du dpart qui le hantait1 sans trop de peine1 le soir4 ,le ,salve ,regina qu'il entendait pour la dernire fois peut-tre1 ainsi model par des voix mles1 cette chapelle arienne btie avec des sons et s'vaporant avec la fin de l'antienne1 dans la fume des cierges1 le remua jusqu'au fond de l'me2 puis vraiment1 ce soir-l1 la ,trappe se montrait charmante4 ,aprs l'office1 on dit le chapelet1 non comme ,paris o l'on dbite un ,pater1 dix ,ave et un ,gloria et ainsi de suite2 l1 on grenait1 en latin1 un ,pater1 un ,ave1 un ,gloria et l'on recommenait jusqu' ce que l'on et puis de la sorte quelques dizaines4 ,ce chapelet fut dtaill genoux1 moiti par le prieur1 moiti par tous les moines4 ,il roulait au galop si vite que l'on discernait peine les mots1 mais ds qu'il fut termin1 sur un signal1 le grand silence se fit et chacun1 la tte dans ses mains1 pria4 ,et ,durtal se rendit compte du systme ingnieux des oraisons conventuelles2 aprs les prires purement vocales comme celles-l1 venait la prire mentale1 la dprcation personnelle1 stimule1 mise en train par la machine mme des patentres4 ,rien n'est laiss au hasard dans la religion2 tout exercice qui semble1 au premier abord1 inutile1 a une raison d'tre1 se disait-il1 en sortant dans la cour4 ,et le fait est que le rosaire1 qui ne parat tre qu'une toupie de sons1 remplit un but4 ,il repose l'me excde des supplications qu'elle rcite1 en s'y appliquant1 en y pensant2 il l'empche de bafouiller1 de rabcher toujours ,dieu les mmes ptitions1 les mmes plaintes2 il lui permet de souffler1 de se dlasser1 dans des orations o elle peut se dispenser de rflchir et se dprendre4 ,en somme1 le chapelet occupe1 en priant1 les heures de fatigue o l'on ne prierait point4--,ah6 voici le pre abb4 ,le trappiste lui exprima le regret de ne le visiter que quelques moments1 ainsi2 puis1 aprs qu'il eut rpondu ,durtal1 qui s'enqurait de l'tat de sa sant1 qu'il esprait tre enfin guri1 il lui proposa de se promener dans le jardin et l'invita ne point se gner pour fumer1 s'il en avait envie1 ses cigarettes4 ,et la conversation s'engagea sur ,paris4 ,dom ,anselme demandait des renseignements et finissait par dire1 en souriant3 --,je vois par des bribes de journaux qui me parviennent que la socit est frue de socialisme1 pour l'instant4 ,tout le monde voudrait rsoudre la fameuse question sociale4 ,o a en est-il8 --,o a en est8 mais rien6 ,a moins de changer les mes des ouvriers et des patrons et de les rendre1 du jour au lendemain1 dsintresses et charitables1 quoi voulez-vous que tous ces systmes aboutissent8 --,eh bien mais1 fit le moine1 en enveloppant d'un geste le monastre1 elle est rsolue cette question1 ici4 ,le salaire n'existant plus1 toutes les sources des conflits sont supprimes4 ,chacun besogne suivant ses aptitudes et suivant ses forces2 les pres1 qui n'ont pas de solides paules et de gros bras1 plient les enveloppes des chocolats ou apprtent des comptes et ceux qui sont robustes remuent la terre4 ,j'ajoute que l'galit dans nos clotres est telle que le prieur et l'abb n'ont aucun avantage de plus que les autres moines4 ,a table1 les portions et1 au dortoir1 les paillasses sont identiques4 ,les seuls profits de l'abb consistent1 en somme1 dans les invitables soucis que suscitent la conduite morale et la direction temporelle d'une abbaye4 ,il n'y a donc pas de raison pour que les ouvriers conventuels se mettent en grve1 conclut1 en souriant1 l'abb4 --,oui1 mais vous tes des minimistes1 vous supprimez la famille1 la femme1 vous vivez de rien et vous n'attendez de n'tre rellement rcompenss de vos labeurs qu'aprs la mort4 ,allez donc faire comprendre cela aux gens des villes6 --,la situation sociale se rsume ainsi1 n'est-ce pas8 ,les patrons veulent exploiter les ouvriers qui veulent1 leur tour1 tre pays le plus possible en travaillant le moins qu'ils pourront4 ,eh bien6 mais alors1 c'est sans issue6 --,parfaitement1 et c'est triste1 car le socialisme drive1 en somme1 d'ides clmentes1 d'ides propres1 mais toujours il se heurtera contre l'gosme et le lucre1 contre les invitables brisants des pchs de l'homme4 ,et votre petite fabrique de chocolat vous procure-t-elle au moins des bnfices8 --,oui1 c'est elle qui nous sauve4 ,l'abb se tut pendant une seconde1 et il reprit3 --,vous savez1 ,monsieur1 comment un couvent se fonde4 ,je choisis pour exemple notre ordre4 ,un domaine et les terres qui en dpendent lui sont offerts1 charge par lui de les peupler4 ,que fait-il8 il prend une poigne de ses moines et les essaime dans le sol qu'on lui donne4 ,mais1 l1 s'arrte sa tche4 ,le grain doit lever seul2 autrement dit1 les trappistes1 dtachs de leur maison-mre1 doivent gagner leur vie et se suffire4 ,aussi1 quand nous prmes possession de ces btiments1 tions-nous si pauvres que1 depuis le pain jusqu'aux souliers1 tout nous manquait2 mais nous n'avions aucune inquitude sur l'avenir1 car il n'y a pas d'exemple1 dans l'histoire monastique1 que la ,providence n'ait point secouru les abbayes qui se fiaient elle4 ,petit petit1 nous avons tir de cette terre notre provende2 nous avons appris les mtiers utiles2 maintenant nous fabriquons nos vtements et nos chaussures2 nous moissonnons notre bl et cuisons notre pain2 notre existence matrielle est donc assure1 mais les impts nous crasent2 c'est pourquoi nous avons fond cette fabrique dont le rapport devient1 d'annes en annes1 meilleur4 ,dans un an ou deux1 la btisse qui nous abrite et que nous n'avons pu faire rparer1 faute d'argent1 s'effondrera2 mais si ,dieu permet que des mes gnreuses nous viennent en aide1 peut-tre serons-nous alors en tat d'difier un monastre et c'est notre souhait tous1 car vraiment cette bicoque1 avec ses pices la dbandade et sa chapelle en rotonde1 nous est pnible4 ,l'abb se tut encore1 puis1 aprs une pause1 il dit1 mi-voix1 se parlant lui-mme3 --,on ne saurait le nier1 un couvent qui n'a pas l'aspect d'un clotre est un obstacle aux vocations2 le postulant a besoin--c'est dans la nature1 cela--de se ptrir dans un milieu qui lui plaise1 de s'encourager dans une glise qui l'enveloppe1 dans une chapelle un peu sombre1 et1 pour obtenir ce rsultat1 il faut le style roman ou le gothique4 --,ah oui6 par exemple4--,et vous avez beaucoup de novices8 --,nous avons surtout beaucoup de sujets qui dsirent tter de la vie des ,trappes1 mais la plupart ne parviennent pas supporter notre rgime4 ,en dehors mme de la question de savoir si la vocation des dbutants est imaginaire ou relle1 nous sommes1 au point de vue physique1 aprs quinze jours d'essai1 nettement fixs4 --,ce qui doit terrasser les constitutions les plus robustes1 c'est ce repas unique de lgumes2 je ne comprends mme pas comment1 en menant une existence active1 vous pouvez y rsister4 --,la vrit1 c'est que les corps obissent quand les mes sont rsolues4 ,nos anctres l'enduraient bien1 la vie des ,trappes6 ,ce qui manque aujourd'hui1 ce sont les mes4 ,je me souviens1 moi1 quand j'ai fait ma probation dans un clotre de ,cteaux1 je n'avais aucune sant et pourtant j'aurais1 s'il l'avait fallu1 mang des pierres6 ,au reste1 la rgle sera prochainement adoucie1 poursuivit l'abb2 mais1 dans tous les cas1 il est un pays qui1 en prvision d'une disette1 nous assurerait un bon nombre de recrues1 la ,hollande4 ,et voyant le regard tonn de ,durtal1 le pre dit3 --,oui1 dans ce pays protestant1 la vgtation mystique est florissante4 ,le ,catholicisme y est d'autant plus fervent qu'il est1 sinon perscut1 du moins mpris1 noy dans la masse des luthriens4 ,peut-tre cela tient-il aussi de la nature du sol1 ses plaines solitaires1 ses canaux silencieux1 au got mme des hollandais pour une vie rgulire et paisible2 toujours est-il que1 dans ce petit noyau de catholiques1 la vocation ,cistercienne est trs frquente4 ,durtal regardait ce trappiste qui marchait1 majestueux et tranquille1 la tte enfouie dans son capuce1 les mains passes sous sa ceinture4 ,par instants1 ses yeux clairaient dans l'intrieur du capuchon et l'amthyste qu'il portait au doigt ptillait en de brves flammes4 ,l'on n'entendait aucun bruit2 cette heure1 la ,trappe dormait4 ,durtal et l'abb longeaient les rives du grand tang dont l'eau vivait1 seule veille dans le sommeil de ces bois1 car la lune qui resplendissait dans un ciel sans nues l'ensemenait d'une myriade de poissons d'or2 et ce frai lumineux tomb de l'astre montait1 descendait1 frtillait en de milliers de cdilles de feu dont le vent qui soufflait activait les lueurs4 ,l'abb ne causait plus et ,durtal qui rvait1 gris par la douceur de cette nuit1 gmit subitement4 ,il venait de s'aviser qu' pareille heure1 le lendemain1 il serait ,paris et1 voyant le monastre dont la faade apparaissait1 toute ple1 au fond d'une alle1 ainsi qu'au bout d'un tunnel noir1 il s'cria1 songeant tous ces moines qui l'habitaient3 --,ah6 ce qu'ils sont heureux6 ,et l'abb rpondit3 trop4 ,puis1 doucement1 voix basse3 --,c'est pourtant vrai2 nous entrons ici pour faire pnitence1 pour nous mortifier et nous avons peine souffert que dj ,dieu nous console6 ,il est si bon qu'il veut se leurrer1 lui-mme1 sur nos mrites4 ,s'il tolre qu' certains moments le ,dmon nous perscute1 il nous donne1 en change1 tant de bonheur qu'il n'y a plus aucune proportion de garde entre la rcompense et la peine4 ,parfois1 quand j'y songe1 je me demande comment il subsiste encore cet quilibre que les moniales et les moines sont chargs de maintenir1 car1 ni les uns1 ni les autres1 nous ne souffrons assez pour neutraliser les offenses assidues des villes4 ,l'abb s'interrompit1 puis il reprit pensif3 --,le monde ne conoit mme pas que les austrits des abbayes puissent lui profiter4 ,la doctrine de la supplance mystique lui chappe compltement4 ,il ne peut se figurer que la substitution de l'innocent au coupable1 alors qu'il s'agit de subir une peine mrite1 est ncessaire4 ,il ne s'explique pas davantage qu'en voulant ptir pour les autres1 les moines dtournent les colres du ,ciel et tablissent une solidarit dans le bien qui fait contre-poids la fdration du mal4 ,et ,dieu sait pourtant de quels cataclysmes ce monde inconscient serait menac1 si1 par suite d'une disparition soudaine de tous les clotres1 cet quilibre qui le sauve tait rompu6 --,le cas s'est dj prsent1 fit ,durtal qui1--tout en coutant ce trappiste1 pensait l'abb ,gvresin et se rappelait que ce prtre s'exprimait1 sur le mme sujet1 en des termes presque pareils4--,la ,rvolution a1 en effet1 supprim1 d'un trait de plume1 tous les couvents2 mais1 j'y songe1 l'histoire de ce temps1 sur lequel tant de regrattiers s'acharnent1 est encore crire4 ,au lieu de chercher des documents sur les actes1 sur les personnes mmes des ,jacobins1 il faudrait dpouiller les archives des ordres religieux qui existaient cette poque4 ,en travaillant ainsi ct de la ,rvolution1 en sondant ses alentours1 l'on exhumerait ses fondements1 l'on dterrerait ses causes2 l'on dcouvrirait certainement qu' mesure que les couvents s'effondraient1 des excs monstrueux prenaient naissance4 ,qui sait si les folies dmoniaques d'un ,carrier ou d'un ,marat ne concordent point avec la mort d'une abbaye dont la saintet prservait1 depuis des annes1 la ,france8 --,pour tre juste1 rpondit l'abb1 il convient de dire que la ,rvolution n'a dtruit que des ruines4 ,le rgime de la ,commende avait fini par sataniser les monastres4 ,ce sont eux1 hlas6 qui1 par le relchement de leurs murs1 ont fait pencher la balance et attir sur ce pays la foudre4 ,la ,terreur n'a t qu'une consquence de leur impit4 ,dieu1 que rien ne retenait plus1 a laiss faire4 --,oui1 mais comment convaincre maintenant de la ncessit des compensations un monde qui divague dans des accs continus de gain2 comment le persuader qu'il serait urgent1 pour conjurer de nouvelles crises1 d'abriter les villes derrire les redoutes sacres des clotres8 ,aprs le sige de #ahgj1 prudemment1 l'on enveloppa ,paris dans un immense rseau d'infranchissables forts2 mais ne serait-il pas indispensable aussi de l'entourer d'une ceinture de prires1 de bastionner ses alentours de maisons conventuelles1 d'difier1 partout1 dans sa banlieue1 des monastres de ,clarisses1 de ,carmlites1 de ,bndictines du ,saint-,sacrement1 des monastres qui seraient1 en quelque sorte1 de puissantes citadelles destines arrter la marche en avant des armes du mal8 --,certes1 les villes auraient grand besoin d'tre garanties des invasions infernales par un cordon sanitaire d'ordres444 mais1 voyons1 ,monsieur1 je ne veux point vous priver d'un repos utile2 je vous joindrai1 demain1 avant que vous ne quittiez notre solitude2 je tiens cependant vous affirmer ds maintenant que vous ne comptez ici que des amis et que vous y serez toujours le bienvenu4 ,j'espre que1 de votre ct1 vous ne garderez pas un mauvais souvenir de notre pauvre hospitalit et que vous nous le prouverez1 en revenant nous voir4 ,ils taient arrivs1 tout en bavardant1 devant l'htellerie4 ,le pre serra les mains de ,durtal1 et il gravit lentement le perron1 balayant de sa robe la poussire argente des marches1 montant1 tout blanc1 dans un rayon de lune4 ,,ix ,durtal voulut1 aussitt aprs la messe1 visiter1 une dernire fois1 ces bois qu'il avait1 tour tour1 si languissamment et si violemment battus4 ,il se promena d'abord dans la vieille alle de ces tilleuls dont les ples manations taient vraiment pour son esprit ce que leurs feuilles infuses sont pour le corps1 une sorte de panace trs faible1 de sdatif bnin1 trs doux4 ,puis il s'assit leur ombre1 sur un banc de pierre4 ,en se penchant un peu1 par les trous agits des branches1 il apercevait la faade solennelle de l'abbaye1 et1 vis--vis d'elle1 spare par le potager1 la gigantesque croix debout1 devant ce plan liquide d'une basilique que simulait l'tang4 ,il se leva1 s'approcha de cette croix d'eau dont le ciel bleuissait le jus de chique et il contemplait le grand ,christ de marbre blanc qui dominait toute la ,trappe1 semblait se dresser1 en face d'elle1 comme un rappel permanent des vux de souffrances qu'il avait accepts et qu'il se rservait de changer1 la longue1 en joies4 ,le fait est1 se dit ,durtal qui repensait ces aveux contradictoires des moines1 confessant qu'ils menaient1 la fois la vie la plus attrayante et la plus atroce1 le fait est que le bon ,dieu les dupe4 ,ils atteignent ici-bas le paradis en y cherchant l'enfer2 quelle trange existence1 j'ai moi-mme goutte dans ce clotre1 reprit-il1 car j'y ai t1 presque en mme temps1 et trs malheureux et trs heureux2 et maintenant je sens bien le mirage qui dj commence2 avant deux jours1 le souvenir des chagrins qui furent cependant1 si je les recense avec soin1 trs suprieurs aux liesses1 aura disparu et je ne me rappellerai plus que les tmulences intrieures la chapelle1 que les vols dlicieux1 le matin1 dans les sentiers du parc4 ,ce que je regretterai la gele en plein air de ce couvent6--c'est curieux1 je m'y dcouvre attach par d'obscurs liens2 il me remonte1 lorsque je suis dans ma cellule1 je ne sais quelles souvenances de famille ancienne4 ,je me suis aussitt retrouv chez moi1 dans un lieu que je n'avais jamais vu2 j'ai reconnu1 ds le premier instant1 une vie trs spciale et que j'ignorais nanmoins4 ,il me semble que quelque chose qui m'intresse1 qui m'est mme personnel1 s'est pass1 avant que je ne fusse n1 ici4 ,vraiment1 si je croyais aux mtempsycoses1 je pourrais m'imaginer que j'ai t1 dans les existences antrieures1 moine444 mauvais moine alors1 se dit-il1 en souriant de ces rflexions1 puisque j'aurais d me rincarner et retourner1 pour expier mes fautes1 dans un clotre4 ,tout en se causant1 il avait arpent une longue alle qui conduisait au bout de la clture et1 coupant mi-chemin travers des halliers1 il flna sur la lisire du grand tang4 ,il ne bouillonnait pas de mme que certains jours o le vent le creusait et l'enflait1 le faisait courir et revenir sur lui-mme1 ds qu'il touchait ses rives4 ,il restait immobile1 n'tait remu que par des reflets de nuages mouvants et d'arbres4 ,par moments1 une feuille tombe des peupliers voisins voguait sur l'image d'une nue2 par d'autres1 des bulles d'air filaient du fond et crevaient la surface1 dans le bleu rverbr du ciel4 ,durtal chercha la loutre1 mais elle ne se montra point2 il revoyait seulement les martinets qui corchaient l'eau d'un coup d'aile1 les libellules qui ptillaient comme des aigrettes1 clairaient comme les flammes azures des soufres4 ,s'il avait souffert prs de l'tang en croix1 il ne pouvait voquer devant la nappe de cet autre tang que le rappel des lnitives heures qu'il y avait coules1 tendu sur un lit de mousse ou sur une couche de roseaux secs2 et il le regardait1 attendri1 essayant de le fixer1 de l'emporter dans sa mmoire1 pour revivre ,paris1 les yeux ferms1 sur ses bords4 ,il poursuivit sa marche1 s'attarda dans une alle de noyers qui longeait les murailles au-dessus du monastre2 de l1 il plongeait dans la cour1 devant le clotre1 sur des communs1 des curies1 des bchers1 sur les cabines mmes des porcs4 ,il tentait d'apercevoir le frre ,simon1 mais il tait probablement occup dans les tables1 car il ne parut pas4 ,les btiments taient muets1 les pourceaux rentrs2 seuls1 quelques chats efflanqus rdaient1 taciturnes1 se regardant peine lorsqu'ils se rencontraient1 chacun de son ct1 la recherche sans doute d'un nourrissant gibier qui les consolerait de ces ternels repas de soupe maigre que leur servait la ,trappe4 ,l'heure pressait1 il s'en fut prier1 une dernire fois1 la chapelle et regagna sa cellule1 afin de prparer sa valise4 ,tout en rangeant ses affaires1 il pensait l'inutilit des logis qu'on pare4 ,il avait dpens tout son argent1 ,paris1 pour acheter des bibelots et des livres1 car il avait jusqu'alors dtest la nudit des murs4 ,et aujourd'hui1 considrant les parois dsertes de cette pice1 il s'avouait qu'il tait mieux chez lui entre ces quatre cloisons blanchies la chaux1 que dans sa chambre tendue1 ,paris1 d'toffes4 ,subitement1 il discernait que la ,trappe l'avait dtach de ses prfrences1 l'avait en quelques jours renvers de fond en comble4 ,la puissance d'un pareil milieu6 se dit-il1 un peu effray de se sentir ainsi transform4 ,et il reprit1 en bouclant sa malle3 il faut pourtant que je rejoigne le ,p4 tienne1 car enfin1 il s'agit de rgler ma dpense2 je ne veux pas du tout tre la charge de ces braves gens4 ,il visita les corridors1 finit par croiser le pre dans la cour4 ,il tait un peu gn pour aborder cette question2 aux premiers mots1 l'htelier sourit4 --,la rgle de saint ,benot est formelle1 fit-il1 nous devons recevoir les htes comme nous recevrions ,notre-,seigneur ,jsus mme1 c'est vous dire que nous ne pouvons changer contre de l'argent nos pauvres soins4 ,et ,durtal insistant1 embarrass4 --,s'il ne vous convient pas d'avoir partag1 sans la payer1 notre maigre pitance1 faites alors comme il vous plaira2 seulement la somme que vous donnerez sera distribue1 par pices de dix et de vingt sous1 aux pauvres qui viennent1 chaque matin1 de bien loin souvent1 frapper la porte du monastre4 ,durtal s'inclina et remit l'argent qu'il tenait tout prpar1 dans sa poche1 au pre2 puis il s'enquit s'il ne pourrait pas entretenir le ,p4 ,maximin avant son dpart4 --,mais si2 au reste1 le pre prieur ne vous aurait pas laiss partir1 sans vous serrer la main4 ,je vais m'assurer s'il est libre2 attendez-moi dans le rfectoire4--,et le moine disparut et rentra1 quelques minutes aprs1 prcd du prieur4 --,eh bien1 dit celui-ci1 vous allez donc vous replonger dans la bagarre6 --,oh6 sans joie1 mon pre4 --,je comprends cela4 ,c'est si bon1 n'est-ce pas1 de ne plus rien entendre et de se taire8 enfin1 prenez courage1 nous prierons pour vous4 ,et comme ,durtal les remerciait1 tous les deux1 de leurs attentives bonts4 --,mais c'est plaisir que d'accueillir un retraitant tel que vous1 s'cria le ,p4 tienne2 rien ne vous rebute et vous tes si exact que vous tes debout avant l'heure2 vous m'avez rendu mon rle de surveillant facile4 ,si tous taient aussi peu exigeants et aussi souples6 ,et il avoua avoir hberg des prtres envoys par leurs vques en pnitence1 des ecclsiastiques tars dont les plaintes sur la nourriture1 sur la chambre1 sur les exigences matinales du rveil1 ne tarissaient pas4 --,si encore1 fit le prieur1 l'on pouvait esprer les ramener au bien1 les renvoyer guris dans leurs paroisses1 mais non2 ils dcampent encore plus rvolts qu'avant2 le ,diable ne les lche pas1 ceux-l6 ,sur ces entrefaites1 un convers apporta des plats recouverts par des assiettes et les dposa sur la table4 --,nous avons modifi l'heure de votre dner1 cause du train1 fit le ,p4 tienne4 --,bon apptit1 adieu1 et que le ,seigneur vous bnisse1 dit le prieur4 ,il leva la main et enveloppa d'un grand signe de croix ,durtal qui s'agenouilla1 surpris par le ton subitement mu du moine4 ,mais le ,p4 ,maximin se reprit aussitt et il le salua1 au moment o ,m4 ,bruno entrait4 ,le repas fut silencieux2 l'oblat tait visiblement pein du dpart de ce compagnon qu'il aimait et ,durtal considrait1 le cur gros1 ce vieillard qui tait si charitablement sorti de sa solitude pour lui prter son aide4 --,vous ne viendrez donc pas1 un jour1 ,paris1 me voir8 lui dit-il4 --,non1 j'ai quitt la vie sans esprit de retour2 je suis mort au monde2 je ne veux plus revoir ,paris1 je ne veux plus revivre4 ,mais si ,dieu me prte encore quelques annes d'existence1 j'espre vous retrouver ici1 car ce n'est pas en vain que l'on a franchi le seuil de l'asctre mystique1 pour y vrifier1 par une exprience sur soi-mme1 la ralit de ces perquisitions que ,notre ,seigneur opre4 ,or1 comme ,dieu ne procde pas au hasard1 il achvera certainement1 en vous triturant1 son uvre4 ,j'ose vous le recommander1 tchez de ne pas vous cder et essayez de mourir assez vous-mme pour ne point contrarier ses plans4 --,je sais bien1 fit ,durtal1 que tout s'est dplac en moi1 que je ne suis plus le mme1 mais ce qui m'pouvante1 c'est d'tre sr maintenant que les travaux de l'cole ,trsienne sont exacts444 alors1 alors444 s'il faut passer par tous les rouleaux des laminoirs que saint ,jean de la ,croix dcrit444 ,un bruit de voiture1 dans la cour1 l'interrompit4 ,m4 ,bruno s'en fut la fentre et s'informa3 --,vos bagages sont descendus8 --,oui4 ,ils se regardrent4 --coutez1 je voudrais vraiment vous dire444 --,non1 non1 ne me remerciez pas1 s'cria l'oblat4 ,voyez-vous1 je n'ai jamais si bien compris la misre de mon tre2 ah6 si j'avais t un autre homme1 j'aurais pu1 en priant mieux1 vous aider plus6 ,la porte s'ouvrit et le ,p4 tienne dclara3 --,vous n'avez pas une minute perdre1 si vous ne voulez pas manquer le train4 ,ainsi bouscul par l'heure1 ,durtal n'eut que le temps d'embrasser son ami qui l'accompagna dans la cour4 ,sur une sorte de char banc1 un trappiste qui allongeait1 sous un crne chauve et des joues vergetes de fils roses1 une grande barbe noire1 l'attendait1 assis4 ,durtal pressait1 une dernire fois1 la main de l'htelier et de l'oblat1 quand le pre abb vint1 son tour1 lui souhaiter un bon voyage et1 au bout de la cour1 ,durtal aperut deux yeux qui le fixaient1 ceux du frre ,anaclet qui1 de loin1 lui disait1 un peu inclin1 sans un geste1 adieu4 ,jusqu' ce pauvre homme dont le regard loquent racontait une affection vraiment touchante1 une piti de saint pour l'tranger qu'il avait vu si tumultueux et si triste1 dans l'abandon dsol des bois6 ,certes1 la rigidit de la rgle interdisait toute effusion ces moines1 mais ,durtal sentait bien qu'ils taient alls pour lui jusqu'aux limites des concessions permises et son affliction fut affreuse lorsqu'il leur jeta1 en partant1 un dernier merci4 ,et la porte de la ,trappe se referma1 cette porte devant laquelle il avait trembl1 en arrivant1 et qu'il considrait1 les larmes aux yeux1 maintenant4 --,nous allons dtaler bon train1 fit le procureur1 car nous sommes en retard4 ,et le cheval courut1 ventre terre1 sur les routes4 ,durtal reconnaissait son compagnon pour l'avoir entrevu dans la rotonde1 chantant au chur1 pendant l'office4 ,il avait l'air la fois bonhomme et dcid et son petit il gris souriait1 en furetant1 derrire des lunettes branches4 --,eh bien1 dit-il1 comment avez-vous support notre rgime8 --,j'ai eu toutes les chances2 je suis dbarqu1 ici1 l'estomac dtraqu1 le corps malade et les repas laconiques de la ,trappe m'ont guri6 ,et ,durtal lui narrant brivement les stages d'me qu'il avait subis1 le moine murmura3 --,ce n'est rien1 en fait d'assauts dmoniaques1 nous avons eu1 ici1 de vritables cas de possession4 --,et c'est le frre ,simon qui les a rsolus6 --,ah6 vous savez cela444 ,et il rpliqua trs simplement ,durtal qui lui parlait de son admiration pour les pauvres convers4 --,vous avez raison1 ,monsieur2 si vous pouviez causer avec ces paysans et ces illettrs1 vous seriez surpris des rponses souvent profondes que ces gens vous feraient2 puis ils sont les seuls qui soient rellement courageux la ,trappe2 nous autres1 les pres1 lorsque nous nous croyons trop affaiblis1 nous acceptons volontiers le supplment autoris d'un uf2 eux pas2 ils prient davantage et il faut admettre que ,notre ,seigneur les coute1 puisqu'ils se rtablissent et ne sont1 en somme1 jamais malades4 ,et une question de ,durtal lui demandant en quoi consistaient ses fonctions de procureur1 le moine repartit3 --,elles consistent tenir des comptes1 tre placier de commerce1 voyager1 pratiquer tout1 hlas6 sauf ce qui concerne la vie du clotre2 mais nous sommes si peu nombreux ,notre-,dame de l',atre que nous devenons forcment des matres ,jacque4 ,voyez le ,p4 tienne qui est clerier de l'abbaye et htelier1 il est aussi sacristain et sonneur de cloches2 moi1 je suis galement premier chantre et professeur de plain-chant4 ,et1 tandis que la voiture roulait1 cahote dans les ornires1 le procureur affirmait ,durtal qui lui racontait combien les offices chants de la ,trappe l'avaient ravi3 --,ce n'est pas chez nous qu'il convient de les entendre2 nos churs sont trop restreints1 trop faibles1 pour pouvoir soulever la masse gante de ces chants4 ,il faut aller chez les moines noirs de ,solesmes ou de ,ligug1 si vous voulez retrouver les mlodies grgoriennes excutes1 telles qu'elles le furent au ,moyen ,age4 ,a propos1 connaissez-vous1 ,paris1 les ,bndictines de la rue ,monsieur8 --,oui1 mais ne pensez-vous point qu'elles roucoulent un peu8 --,je ne dis pas2 n'empche cependant que leur rpertoire est authentique2 mais au petit sminaire de ,versailles1 vous avez mieux encore1 puisqu'on y chante exactement comme ,solesmes2 remarquez-le bien1 du reste1 ,paris1 quand les glises consentent ne pas rpudier les cantilnes liturgiques1 elles usent1 pour la plupart1 de la fausse notation imprime et rpandue foison dans tous les diocses de ,france1 par la maison ,pustet1 de ,ratisbonne4 ,or1 les erreurs et les fraudes dont pullulent ces ditions sont avres4 ,la lgende sur laquelle ses partisans l'tayent est inexacte4 ,prtendre1 ainsi qu'ils le font1 que cette version n'est autre que celle de ,palestrina qui fut charg par le pape ,paul ,v de rviser la liturgie musicale de l'glise1 est un argument dnu de vracit et priv de force1 car tout le monde sait que lorsque ,palestrina est mort il avait peine commenc la correction du ,graduel4 ,j'ajouterai que1 quand bien mme ce musicien aurait achev son uvre1 cela ne prouverait pas que son interprtation devrait tre prfre celle qui a t rcemment constitue1 aprs de patientes recherches1 par l',abbaye de ,solesmes2 car les textes ,bndictins s'appuient sur la copie conserve au monastre de ,saint ,gall1 de l'antiphonaire de saint ,grgoire qui reprsente le monument le plus ancien1 le plus sr que l'glise dtienne du vrai plain-chant4 ,ce manuscrit dont des fac-simile1 dont des photographies existent est le code des mlodies grgoriennes et il devrait tre1 s'il m'est permis de parler de la sorte1 la bible neumatique des matrises4 ,les disciples de saint ,benot ont donc absolument raison lorsqu'ils attestent que leur version est la seule fidle1 la seule juste4 --,comment se fait-il alors que tant d'glises se fournissent ,ratisbonne8 --,hlas6 comment se fait-il que ,pustet ait pendant si longtemps accapar le monopole des livres liturgiques et444 mais non1 mieux vaut se taire444 tenez seulement pour certain que les volumes allemands sont la ngation absolue de la tradition grgorienne1 l'hrsie la plus complte du plain-chant4 ,a propos1 quelle heure avons-nous8--,ah6 ,il faut nous dpcher1 fit le ,procureur1 en regardant la montre que lui tendait ,durtal4--,hue1 la belle6--,et il cingla la bte4 --,vous conduisez avec un entrain6 s'cria ,durtal4 --,c'est vrai1 j'ai oubli de vous dire qu'en sus de mes autres fonctions1 j'exerais encore1 au besoin1 celle de cocher4 ,durtal pensait qu'ils taient tout de mme extraordinaires ces gens qui vivaient de la vie intrieure1 en ,dieu4 ,ds qu'ils consentaient redescendre sur la terre1 ils se rvlaient les plus sagaces et les plus audacieux des commerants4 ,un abb fondait1 avec les quelques sous qu'il russissait se procurer1 une fabrique2 il dcernait l'emploi qui convenait chacun de ses moines et il improvisait avec eux des artisans1 des commis aux critures1 transformait un professeur de plain-chant en un placier1 se dbrouillait dans la bagarre des achats et des ventes et1 peu peu1 la maison1 qui ne s'levait qu'au ras du sol1 grandissait1 poussait1 finissait par nourrir de ses fruits l'abbaye qui l'avait plante4 ,transports dans un autre milieu1 ces gens-l eussent tout aussi facilement cr de grandes usines et lanc des banques4 ,et il en tait de mme des femmes4 ,quand on songe aux qualits pratiques d'homme d'affaires et au sang-froid de vieux diplomate que doit possder1 pour rgir sa communaut1 une mre abbesse1 l'on est bien oblig de s'avouer que les seules femmes vraiment intelligentes1 vraiment remarquables1 sont1 hors les salons1 hors le monde1 la tte des clotres6 ,et comme il s'tonnait1 tout haut1 que les moines fussent si experts monter des entreprises4 --,il le faut bien1 soupira le pre2 mais si vous croyez que nous ne regrettons pas le temps o l'on pouvait se suffire1 en piochant la terre6 on avait l'esprit libre1 au moins2 on pouvait se sanctifier dans ce silence qui est aussi ncessaire que le pain au moine1 car c'est grce lui que l'on touffe la vanit qui surgit1 que l'on rprime l'indocilit qui murmure1 que l'on refoule toutes les aspirations1 toutes les penses vers ,dieu1 que l'on devient enfin attentif sa ,prsence4 ,au lieu de cela444 mais nous voici la gare2 ne vous occupez pas de votre valise et allez prendre votre billet car j'entends siffler le train4 ,et ,durtal n'eut que le temps1 en effet1 de serrer la main du pre qui lui dposa son bagage dans le wagon4 ,l1 quand il fut seul assis1 regardant le moine qui s'loignait1 il se sentit le cur gonfl1 prt se rompre4 ,et dans le vacarme des ferrailles1 le train partit4 ,nettement1 clairement1 en une minute1 ,durtal se rendit compte de l'effrayant dsarroi dans lequel l'avait jet la ,trappe4 ,ah6 ce qu'en dehors d'elle1 tout m'est gal et ce que plus rien ne m'importe6 se cria-t-il4 ,et il gmit1 sachant qu'il ne parviendrait plus1 en effet1 s'intresser tout ce qui fait la joie des hommes6 ,l'inutilit de se soucier d'autre chose que de la ,mystique et de la liturgie1 de penser autre chose qu' ,dieu1 s'implanta si violemment en lui qu'il se demanda ce qu'il allait devenir ,paris avec des ides pareilles4 ,il se vit1 subissant les tracas des controverses1 la lchet des condescendances1 la vanit des affirmations1 l'inanit des preuves4 ,il se vit1 choqu1 heurt par les rflexions de tout le monde1 contraint dsormais de s'avancer ou de reculer1 de se taire4 ,dans tous les cas1 c'tait la paix jamais perdue4 ,comment1 en effet1 se rallier et se recouvrer1 alors qu'il faudrait s'habiter dans un lieu de passage1 dans une me ouverte tous les vents1 visite par la foule des penses publiques8 ,son mpris des relations1 son dgot des accointances s'accrurent4 ,non1 tout1 plutt que de me mler encore la socit1 se clama-t-il2 et il se tut1 dsespr1 car il n'ignorait point qu'il ne pourrait1 loin de la zone monastique1 rester dans l'isolement4 ,c'tait l'ennui1 bref dlai1 le vide2 aussi pourquoi ne s'tait-il rien rserv1 pourquoi s'tait-il confi tout entier au clotre8 il n'avait mme pas su mnager le plaisir de rentrer dans son intrieur2 il avait dcouvert le moyen de perdre l'amusement du bibelot1 de s'extirper cette dernire satisfaction1 dans la blanche nudit d'une cellule6 il ne tenait plus rien1 gisait1 dmantel1 se disait3 j'ai renonc au peu de bonheur qui pouvait m'choir et je vais mettre quoi la place8 ,et1 terrifi1 il perut les inquitudes d'une conscience habile se tourmenter1 les reproches permanents d'une tideur acquise1 les apprhensions des doutes contre la ,foi1 la crainte des clameurs furieuses des sens remus par des rencontres4 ,et il se rptait que le plus difficile ne serait pas encore de mater les mois de sa chair1 mais bien de vivre chrtiennement1 de se confesser1 de communier1 ,paris1 dans une glise4--a1 jamais il n'y arriverait4--,et il supputait ses discussions avec l'abb ,gvresin1 ses atermoiements1 ses refus1 prvoyait que leur amiti se tranerait dans des disputes4 ,puis o se rfugier8 au souvenir seul de la ,trappe1 les reprsentations thtrales de ,saint-,sulpice le faisaient bondir4 ,saint-,sverin lui semblait et distrait et fade4 ,comment demeurer aussi parmi le peuple stupide des dvots1 comment couter1 sans grincer des dents1 les chants grims des matrises8 ,comment enfin retrouver dans la chapelle des ,bndictines1 et mme ,notre-,dame des ,victoires1 cette sourde chaleur rayonnant des mes des moines et dgelant1 peu peu1 les glaces de son pauvre tre8 ,et puis ce n'tait mme pas cela6 ce qui tait vraiment navrant1 vraiment affreux1 c'tait de penser que jamais plus sans doute il n'prouverait cette admirable allgresse qui vous soulve de terre1 vous porte on ne sait o1 sans qu'on sache comment1 au-dessus des sens6 ,ah6 ces alles de la ,trappe parcourues ds l'aube1 ces alles o1 un jour1 aprs une communion1 ,dieu lui avait dilat l'me de telle sorte1 qu'il ne la sentait mme plus sienne1 tant le ,christ l'avait noye dans la mer de sa divine infinit1 engloutie dans le cleste firmament de sa ,personne6 ,comment rintgrer cet tat de grce1 sans communion et hors d'un clotre8 ,non1 c'est bien fini1 conclut-il4 ,et il fut pris d'un tel accs de tristesse1 d'un tel lan de dsespoir1 qu'il rva de descendre la premire station et de retourner la ,trappe2 et il dut hausser les paules car il n'avait ni le caractre assez patient1 ni la volont assez ferme1 ni le corps assez rsistant pour supporter les terribles preuves d'un noviciat4 ,d'ailleurs1 la perspective de n'avoir pas de cellule soi1 de coucher tout habill1 ple-mle1 dans un dortoir1 l'pouvantait4 ,mais quoi alors8 ,et douloureusement1 il se rsumait1 --,ah6 se disait-il1 j'ai vcu vingt annes en dix jours dans ce couvent et je sors de l1 la cervelle dfaite et le cur en charpie2 je suis jamais fichu4 ,paris et ,notre-,dame-de-l',atre m'ont rejet tour de rle comme une pave et me voici condamn vivre dpareill1 car je suis encore trop homme de lettres pour faire un moine et je suis cependant dj trop moine pour rester parmi les gens de lettres4 ,il tressauta et se tut1 bloui par des jets de lumire lectrique qui l'inondrent1 en mme temps que s'arrtait le train4 ,il tait de retour ,paris4 --,si ceux-l1 reprit-il1 pensant ces crivains qu'il lui serait sans doute difficile de ne pas revoir1 si ceux-l savaient combien ils sont infrieurs au dernier des convers6 s'ils pouvaient s'imaginer combien l'brit divine d'un porcher de la ,trappe m'intresse plus que toutes leurs conversations et que tous leurs livres6 ,ah6 vivre1 vivre l'ombre des prires de l'humble ,simon1 ,seigneur6 ,,mile ,,colin--,,imprimerie ,,de ,,lagny