,,essais ,,sur ,,la ,,necessit ,,et ,,sur ,,les ,,moyens ,,de ,,plaire1 ,,par ,monsieur ,,de ,,moncrif1 de l',academie ,franoise4 ,a ,,geneve1 ,chez ,,pellissari ,comp4 ,,mdccxxxviii4 ,,avertissement4 ,si l'on juge des hommes par le motif commun qui les fait agir1 on peut dire qu'ils ont tous le dsir de plaire1 parce que tous veulent tre applaudis1 recherchs1 accueillis2 que tous1 enfin1 veulent russir dans l'esprit des autres4 ,a dcider d'eux par leur conduite1 il semble que le plus grand nombre ait prcisment la ve oppose4 ,quelle diffrence1 en effet1 d'un homme1 qui1 concentr dans son amour propre1 rduit1 pour ainsi dire1 la ,socit au commerce que ses passions ont entre elles2 qui ne conoit que ses gots1 qui ne sent que ses besoins1 pour qui tous les objets extrieurs semblent transforms en autant de miroirs1 o il n'aperoit que lui-mme6 ,quel contraste1 dis-je1 de cet homme1 7qu'on ne rencontre que trop souvent7 celui1 qui1 persuad que les vertus sociables sont la source du vritable bonheur1 se regarde comme membre d'une ,rpublique1 que des gards mutuels entretiennent1 et que l'amour propre1 mal entendu1 cherche dtruire2 qui1 toujours attentif ce qui flatte ou mortifie1 ce qui leve ou dgrade ses ,concitoyens1 ne cherche1 dans ces diffrens points de ve1 que ce qui le mne se concilier leur amiti leur estime6 ,peut-on trop fuir celui qui ne veut qu'un bonheur auquel il n'associe personne8 ,peut-on trop rechercher celui qui n'est satisfait de soi-mme1 qui n'est heureux1 que par les avantages qu'il verse dans la ,socit8 ,cette opposition entre la conduite de quelques hommes1 le motif commun qui les anime1 vient1 si je ne me trompe1 de la manire dont ils aperoivent ce que c'est que plaire1 ainsi que les moyens d'y parvenir4 ,eclairs sur les erreurs o tombent1 cet gard1 ceux qui les environnent1 ils se croyent garantis de l'illusion1 par cela mme qu'ils sont ingnieux la dmler dans les autres2 ils ne portent point leurs regards sur leur propre conduite2 si quelques-uns1 moins aveugls1 s'examinent1 dcouvrent qu'il leur manque les qualits qui plaisent communment1 ou s'ils se trouvent quelque ressemblance1 par le maintien1 le langage1 l'humeur1 avec ce qu'ils viennent de critiquer dans autrui2 ils n'aperoivent plus les motifs de le condamner3 ,on a ou dire1 qu'il sied bien d'tre singulier1 extraordinaire2 que ce qui dplat dans l'un1 devient quelquefois une grace dans un autre2 que l'esprit fait tout valoir2 qu'il y a des gens qui font aimer1 en eux1 jusques leurs travers4 ,on se voit alors avec tous ces avantages2 on ne s'avoue des dfauts1 que pour les sauver par ces exemples2 souvent1 en s'ludant ainsi soi-mme1 on ne recueille pour tout fruit de la recherche qu'on vient de faire1 que l'erreur grossire de s'en estimer davantage4 ,ma principale ve1 dans la premire ,partie de cet ,ouvrage1 a t de dmler ces illusions1 particulirement celles qui sduisent les gens d'esprit4 ,j'expose1 en premier lieu1 la ncessit de plaire3 cette ncessit reconnue1 mne chercher les moyens de profiter des avantages qu'elle nous prsente2 ces moyens1 j'explique comment ils nous garent1 ou comment ils nous font russir4 ,dans la seconde ,partie1 en appliquant l'ducation les principes que j'ai tablis dans la premire1 je propose quelques ides1 qui parotront peut-tre hazardes1 sur la manire de cultiver les premires annes de l'enfance2 mais je dclare1 par avance1 que je suis entirement dtermin me soumettre cet gard1 comme sur le reste de l',ouvrage1 au jugement que tant de personnes plus claires que moi1 auront le droit d'en porter4 ,,essais ,,sur ,,la ,,necessit ,,et ,,sur ,,les ,,moyens ,,de ,,plaire4 ,premiere ,partie4 ,entre les principes les plus utiles la ,socit1 il en est un que nous ne pouvons trop connotre trop suivre1 parce que dans les personnes dont il rgle la conduite1 il empche la raison d'tre farouche2 qu'il te l'amour propre ce qui le rend hassable2 qu'il supple en quelque faon aux avantages de l'esprit1 les sauve de la jalousie qu'ils peuvent exciter lorsqu'ils sont minens2 qu'enfin il influe considrablement sur notre bonheur sur celui des gens avec qui nous passons la vie2 c'est la ncessit de plaire4 ,j'entens par le mot de plaire1 une impression agrable que nous faisons sur l'esprit des autres hommes1 qui les dispose ou mme les dtermine nous aimer4 ,avec le caractre d'honnte homme1 avec bien des vertus1 il semble qu'on devroit parotre aimable4 ,cependant1 il est commun de trouver des gens dont les principes les murs vous attirent1 dont le commerce vous rebute2 on ne peut s'empcher de les considrer1 de les respecter de les fuir4 ,tel est dans les gens vertueux1 lorsqu'ils ne cherchent point plaire1 l'effet d'une svrit dure1 cependant estimable1 avec laquelle ils portent quelquefois leurs jugemens4 ,je n'attaque point ici cette haine qui les dfauts des hommes ne sont qu'un prtexte pour rpandre son fiel2 ce chagrin caustique qui verroit avec regret disparotre de la terre les vices contre lesquels il clate1 parce qu'il n'auroit plus rien blmer3 je parle de cette quit trop austre qui pse les actions des autres avec le peu d'indulgence qu'elle a pour elle-mme2 de cet amour de la raison de la justice1 qui1 converti en passion1 ne se plie pas assez la ncessit de voir des hommes imparfaits2 quel en est1 dis-je1 le fruit8 ,le malheur de rvolter ceux mme dont elle arrache l'estime4 ,quand les ames1 au-dessus des foiblesses ordinaires1 sont en mme temps douces1 sensibles1 indulgentes1 vous les aimez1 c'est leur vertu mme qui vous attire encore plus elles2 mais quand vous trouvez ces personnages vertueux qui1 vous regardant du haut de leur mrite1 vous marquent une certaine bont imprieuse1 une certaine piti qui vous annonce leur supriorit votre petitesse2 vous tes tent de croire que le droit de vous mpriser est une rcompense qu'ils s'attribuent pour la peine qu'ils se donnent de fuir les vices2 vous sentez peu d'estime pour leur vertu1 beaucoup d'loignement pour leur personne4 ,il est1 je l'avoue1 des vertus pures1 qui1 telles que le pardon des grandes offenses1 le desintressement1 la gnrosit sur des objets importans1 font1 par elles-mmes1 une forte impression sur les esprits3 mais les occasions d'employer ces vertus d'clat ne sont pas frquentes4 ,quelle est1 pendant ces longs intervalles1 la ressource des ames sensibles8 ,l'usage des vertus moins brillantes1 dont l'effet est de plaire1 le fruit de se faire aimer2 il n'y a presque point d'instant qui ne leur ouvre quelque route nouvelle pour s'assurer d'un bien si satisfaisant4 ,cette attention de plaire1 qui doit accompagner les vertus de l'ame1 ne nous est pas moins ncessaire pour faire valoir les qualitez de l'esprit4 ,que servent dans le commerce ordinaire de la vie les lumires qui caractrisent un esprit minent8 ,il en est parmi nous1 dans ce sicle-ci1 du savoir des connoissances sublimes1 peu prs comme de la richesse dans de certaines ,rpubliques1 o la somptuosit l'abondance passent pour une sorte d'injure faite aux citoyens borns dans leur fortune1 o le plus opulent est restraint la dpense modique de celui qui n'a presque que le ncessaire3 de mme il faut viter dans les entretiens tous les sujets qui passent la porte des esprits communs1 ou se plier ne leur prsenter ces mmes sujets qu'avec une simplicit1 que par une superficie qui les leur rende sensibles2 ce n'est que le dsir de plaire qui peut1 au milieu de tant de contrainte1 assurer le succs de l'esprit suprieur4 ,bien loin de blesser les simples citoyens par l'clat trop marqu des richesses dont il dispose1 il semble1 par la manire dont il les leur dcouvre1 les y associer1 les leur rendre propres3 il obtient d'eux1 la fois1 la libert d'en faire usage1 leurs loges leur reconnoissance4 ,s'il est des lumires dans l'esprit qui doivent concilier l'estime l'amiti des autres hommes1 ce sont celles qui s'appliquent sans cesse rgler les intrts qui sment entr'eux la division4 ,on devroit pouvoir compter du moins sur le cur de ceux qui ont obtenu de nous les avantages auxquels ils prtendoient3 il arrive cependant1 que le plus ou le moins d'gards que vous aurez marqus pour leur personne dans les momens1 o dpendans soumis1 ils vous auront entretenu de leur esprance ou de leur crainte1 dcide souvent de leur reconnoissance4 ,si votre extrieur ou vos discours ont fait souffrir leur amour propre1 n'esprez pas qu'ils vous tiennent compte de la justice que vous leur aurez rendue2 ils penseront que vous n'tes quitable que par crainte de la honte qu'il y auroit ne pas l'tre3 vous n'obtiendrez d'eux que l'estime qu'ils ne peuvent vous refuser1 l'estime des hommes est un tribut qui ne satisfait que notre raison3 leur amiti est ncessaire au bonheur d'une ame sensible4 ,possde-t-on les avantages attachs la haute naissance l'clat du rang8 ,on n'est point affranchi de la ncessit de plaire4 ,les infrieurs avec un respect bien attentif bien srieux1 sont quittes de tout ce qu'ils doivent aux ,grands2 combien la supriorit de ceux-ci est peu digne d'envie1 quand elle ne leur rapporte que ce seul tribut6 ,les respecter scrupuleusement sans avoir d'autres sentimens pour eux1 c'est mettre part leur personne ne rendre hommage qu' leur destine2 c'est n'entretenir une ,divinit que de la beaut du pied-d'estal qui l'leve4 ,qu'ils dsirent de plaire1 au moindre effort1 l'ouvrage est achev2 tout s'embellit autour d'eux1 l'esprit se dcouvre1 les talens se multiplient2 leur sourire est comme ces rayons de lumire1 qui1 rpandus tout--coup sur une campagne1 font sortir mille tableaux varis rians2 o l'on ne dcouvroit auparavant qu'une sombre confuse uniformit4 ,quand nous sommes d'un rang distingu1 la conduite qui nous fait russir ou dplaire1 tient principalement1 si je ne me trompe1 l'ide plus ou moins raisonnable que nous avons des prrogatives de ce mme rang qui nous dcore4 ,quand cette opinion secrette est exagre1 elle perce dans notre maintien1 dans nos discours1 elle imprime notre politesse un caractre qui lui fait perdre presque tout son mrite2 souvent c'est de la hauteur qui se montre dcouvert1 elle dplat tout le monde2 quelquefois c'est de la bont qu'on met la place des gards1 cet air de supriorit blesse avec justice ceux qui1 sans tre nos gaux1 ne nous sont point subordonns4 ,avec les gens d'un tat moins considrable1 ce sera une affectation de descendre1 de s'abaisser jusqu' eux1 une crainte marque de leur en imposer trop1 qui ne peut satisfaire que les sots4 ,cette opinion outre des avantages qu'on a sur les autres1 sduit moins communment les gens ns dans le sein des honneurs1 que ceux qui se trouvent transports subitement dans une rgion qu'ils n'avoient long-temps considre qu'en levant leurs regards4 ,tous les objets dont ils se sont spars leur paroissent si rapetisss1 qu'ils se croyent dispenss de les apercevoir3 ils voyent peine ce qu'ils ont t2 ils jugent aussi peu fidlement de ce qu'ils sont2 ce n'est que le dsir de plaire qui1 les ramenant la vritable ide qu'ils doivent avoir d'eux-mmes1 les garantit de cette hauteur hassable qu'ils mettent la place de la dignit1 de cette bont qui dsoblige ceux qu'ils cherchent satisfaire4 ,comment l'homme1 revtu de l'autorit1 s'armeroit-il du courage pnible de supporter1 sans en parotre accabl1 les importunitez honorables mais continuelles des ,grands1 tout ce qu'a de rebutant la foule oisive qui gratuitement l'obsde1 s'il n'avoit l'heureuse ambition de se concilier les curs8 ,c'est dans cette seule esprance qu'il coute avec douceur les discours embrouills ou captieux1 que l'esprit born ou la mauvaise foi lui font essuyer2 il sent qu'un obligeant accueil est le seul ddommagement des graces qu'il ne peut accorder1 ou des demandes injustes qu'il dmasque3 en lui1 l'autorit parle toujours le langage du citoyen3 on lui pardonne d'tre puissant1 parce qu'on le respecte sans le redouter3 on fait plus1 on lui porte le seul tribut qu'il dsire1 on l'aime4 ,la fortune est bien ingnieuse servir les gots l'ambition des hommes qu'elle favorise2 cependant elle ne porte pas son pouvoir jusqu' les faire aimer4 ,telle est particulirement la situation de ceux qu'elle a fait passer avec rapidit d'un tat obscur l'clat de l'opulence4 ,s'ils veulent ne se point abuser sur la disposition1 o les esprits en gnral sont leur gard1 ils doivent se dire tous les jours de leur vie1 ,je possde ce qui excite la haine de quiconque dsire un tat plus abondant que le sien2 ce ne sera pas assez de l'associer aux douceurs de cette mme abondance qu'il m'envie1 il faudra que pour obtenir grace sur le reste1 je lui persuade par des prvenances1 par des gards continuels1 qu'au sein des richesses1 j'ai besoin de son estime1 de son amiti1 de son aveu enfin1 pour tre heureux4 ,puisque tous les avantages que je viens de rappeler ne nous dispensent pas de songer plaire1 combien ce soin nous est-il plus ncessaire l'gard des liaisons qui forment la ,socit8 ,l'amiti qui est un engagement libre1 a besoin elle-mme qu'un pareil secours l'entretienne2 avec quelque solidit qu'elle soit tablie1 lorsqu'elle se renferme dans ses devoirs1 qu'elle cesse d'tre anime par ce got qui a contribu autant que l'estime la faire natre1 elle ne se montre plus que dans les occasions o elle auroit honte de ne pas agir2 ces occasions sont quelquefois rares2 dans les intervalles1 elle reste comme en ltargie1 elle paroissoit empresse riante1 elle n'est plus qu'exacte1 srieuse1 mme svre4 ,le savoir-vivre1 la politesse1 ces secours si ncessaires aux hommes pour tre en tat de se supporter1 ne deviennent pas d'une grande utilit ceux qui ne remplissent de tels devoirs que comme des assujettissemens de la ,socit1 ou par une habitude qui est souvent mle de distraction2 c'est le dsir de plaire qui leur donne l'ame1 c'est ce sentiment seul qui nous en fait un mrite4 ,eh6 quelle reconnoissance doit-on celui qui ne vous marque des gards que comme une tche que la tyrannie de l'usage lui impose8 ,son extrieur indiffrent1 ou contraint1 ou rserv1 ne vous annonce-t-il pas le peu de part que vous avez ce qu'il fait pour vous8 ,sa politesse a tout l'apprt du crmonial2 comme au fond il n'aura manqu rien qu' vous plaire1 vous le quittez fch1 pour ainsi dire1 de n'avoir pas de vritables sujets de vous en plaindre2 bien des gens n'attendroient pas une autre occasion de le har4 ,que ces qualitez soient diriges par ce sentiment que je crois si ncessaire1 attentives se restraindre ou s'tendre par rapport aux personnes qu'elles ont pour objet2 on sentira qu'elles naissent1 non de cette habitude qui n'est qu'un rle qu'on s'est prescrit1 mais d'un panchant s'occuper de vous1 parce que c'est vous rendre justice2 cette conduite ne tardera gures s'attirer du retour4 ,les gards sont moins sujets que les services trouver des ingrats4 ,du dsir de plaire4 ,si l'art de plaire peut seul faire valoir nos plus grands avantages1 il est vident que nous ne saurions trop dsirer d'acqurir un talent si prcieux4 ,or ce dsir1 quand il est clair par la raison1 devient lui-mme un des plus srs moyens pour parvenir plaire#a2 il ne faut que le dfinir pour faire connotre quel est le bonheur d'en tre anim4 #a 444 ,de quoi ne vient point bout ,l'esprit joint au dsir de plaire8 ,,la ,,fontaine1 ,fable #bjf4 ,mgr4 le ,duc du ,maine4 ,le dsir de plaire1 tel que je le conois1 est un sentiment que nous inspire la raison1 qui tient le milieu entre l'indiffrence l'amiti1 une sensibilit aux dispositions que nous faisons natre dans les curs1 un mobile qui nous porte remplir avec complaisance les devoirs de la ,socit1 les tendre mme quand la satisfaction des autres hommes peut raisonnablement en dpendre2 c'est une force1 qui1 dans les changemens de notre humeur1 dans les contradictions o notre esprit est sujet tomber1 nous retient en nous opposant nous-mmes2 c'est enfin une attention naturelle dmler le mrite d'autrui1 lui donner lieu de parotre1 une facilit judicieuse ngliger les succs qui n'intressent que notre esprit nos talens1 quand1 par cette conduite1 nous gagnons d'tre plus aims4 ,le dsir de plaire renferme donc le dsir d'tre aim4 ,c'est cette marque en effet qu'on peut le reconnotre2 c'est cette union qui le caractrise3 elle parot si naturelle1 qu'on ne balanceroit point croire que l'un est insparable de l'autre1 sans les exemples contraires qui se trouvent dans la ,socit3 combien de personnes contentes de se voir considres ou applaudies1 ne consultent jamais si on les aime6 ,cette indiffrence n'est pas moins1 ce me semble1 un garement de l'esprit1 qu'une malheureuse insensibilit de l'ame sur le prix qu'on doit attendre de ce qu'on fait pour la ,socit2 le don de plaire1 examin avec les yeux de la raison1 loin d'tre regard comme un succs satisfaisant1 ne doit parotre qu'un moyen flatteur d'obtenir la plus douce de toutes les rcompenses1 le plaisir d'inspirer de l'amiti4 ,c'est donc une tude bien ncessaire que de rechercher en nous-mmes1 que d'approfondir en quoi consiste le dsir de plaire1 afin de connotre si nous cdons ce mme dsir1 dans la ve de nous faire aimer1 afin de dmler si nous sommes clairs par cette sage ambition qui sachant concilier ce que la ,socit exige de nous1 avec ce que nous voulons d'elle1 ne nous procure que les succs qui nous font chrir2 ou si nous nous abandonnons aux suggestions sduisantes d'un amour propre1 qui ne nous occupant que de notre bonheur particulier1 ne mrite que l'indiffrence des autres hommes1 nous expose leur inimiti4 ,il arrive quelquefois qu'ayant tout ce qui sert plaire1 nous n'en profitons pas assez3 on trouve communment des gens qui n'pargnant rien pour tre d'un commerce aimable avec tout ce qui ne leur est point subordonn1 passent l'extrmit oppose1 ds qu'ils se trouvent en libert2 alors ils deviennent pineux1 farouches2 mais s'il reparot quelque objet qui leur en impose1 ils reprennent toutes leurs graces1 on diroit qu'ils n'attendoient qu'une occasion de se contraindre3 leur maison toit pour eux un antre qui noircissoit leur imagination4 ,ils voyent arriver un tranger2 la srnit de l'esprit succde aux nuages3 ils semblent tre transports subitement dans un nouveau monde1 c'est l'envie de plaire qui a produit l'enchantement4 ,mais comment se pardonnent-ils ce contraste8 ,semblables ces avares fastueux1 qui talant une magnificence extrieure1 se privent dans leur famille du ncessaire1 ils sont encore plus draisonnables2 les avares ont du moins le plaisir d'accumuler leurs richesses1 au lieu que ceux qui ne profitent pas des moyens qu'ils ont de plaire1 n'y gagnent que le triste plaisir de se livrer une humeur dont ils souffrent eux-mmes4 ,d'autres ne ngligent point de parotre aimables2 mais ils n'ont1 presque toujours1 qu'une seule personne qui les occupe4 ,se trouvent-ils avec des gens qui ils doivent peu prs les mmes marques de considration d'amiti8 ,leur got dans le moment les porte en traiter un avec prfrence2 ils s'y livrent1 ils n'ont plus d'attention1 d'esprit1 de graces que pour lui2 ils y gagnent1 il est vrai1 le plaisir de flatter d'acqurir de plus en plus celui qui leur plat davantage2 mais ils dsobligent tous les autres2 c'est imiter encore l'erreur d'une autre espce d'avares1 qui ne s'attachant qu' grossir leur trsor1 y ajotent imprudemment ce qui serviroit entretenir leurs autres biens1 qui dprissent2 ils ne s'apperoivent pas que c'est s'appauvrir4 ,mais si nous ngligeons de grands avantages1 en ne saisissant pas toutes les occasions de plaire1 nous tombons dans une erreur bien plus grande encore1 lorsqu'aant cette juste ambition1 nous choisissons de mauvais moyens pour la remplir2 il y en a qu'il ne faut que remarquer dans autrui1 pour connotre combien on doit les viter4 ,quel garement1 par exemple1 d'esprer de plaire1 quand on ne songe qu' briller8 ,l'envie de briller est un empressement de faire valoir son mrite1 sans aucun gard celui des autres2 c'est un talage hazard de son esprit1 de ses talens1 enfin de tous les avantages qu'on a1 ou qu'on se suppose2 cette confiance les discrdite1 quelque distingus qu'ils puissent tre1 parce qu'elle met dcouvert l'excs de bonne opinion qu'on a de soi-mme1 l'intention de s'arroger une sorte de supriorit4 ,la confiance imprieuse avec laquelle on s'empresse de briller1 nous laisse bien-tt1 quelque mrite qui la soutienne1 dans une espce de solitude1 au milieu mme des gens avec qui on passe la vie4 ,ils ne songent qu' vous fuir1 moins qu'ils ne vous trouvent un certain ridicule qui les amuse2 car en gnral1 on recherche assez le commerce de ceux dont on est dans l'usage de se mocquer2 mais quel moyen d'tre accueilli8 ,peu de gens sont assez stupides pour ne pas sentir la honte d'un pareil succs3 ,et voici dans ces deux situations leurs ressources ordinaires2 ils rompent toute liaison avec ceux qu'ils prfreroient s'ils toient senss1 pour aller fonder leur misrable empire dans des ,socits1 o leur ton de supriorit leur tiendra lieu de mrite2 ils auroient p vivre citoyens dans un monde convenable1 ils aiment mieux tre ,rois dans la mauvaise compagnie#b1 encore s'ils y rgnoient sans trouble1 si rien n'arrachoit jamais le bandeau que leur orgueil a mis sur leurs yeux4 ,leur folie seroit en quelque manire un bonheur2 mais il y a dans toutes les ,socits de bons esprits1 qui par une lumire naturelle1 distinguent l'apparence d'avec la vrit2 ils s'attachent approfondir le faux mrite qui d'abord les a blouis1 bien-tt la prsomption dmasque est rduite chercher un autre thatre1 o elle puisse tre applaudie4 #b ,je crois devoir expliquer ici quel sens j'attache cette manire de s'exprimer1 la mauvaise compagnie2 j'avertis que je ne l'ai emprunte que pour tre mieux entendu d'un grand nombre de personnes1 respectables dans leurs jugemens1 bien d'autres gards1 mais qui sans avoir en ve de dcider des murs ni du caractre1 qualifient abusivement de mauvaise compagnie tout ce qui n'est point li avec ce qu'ils appellent les gens du monde1 les gens de connoissance1 ou mme ceux qui parmi les gens du monde n'ont point ce qu'ils nomment le ton de la bonne compagnie1 le bon ton1 langage dont la prminence qui consiste souvent dans les mots plus que dans les penses1 peut parotre bien arbitraire4 ,si on avoit compris que j'eusse dessein d'tablir que les ,socits qui ne sont point formes par les gens du monde1 mritent le nom de mauvaise compagnie1 on auroit absolument mal entendu ma pense2 l'esprit1 la gayet1 les talens1 ce dsir de plaire1 qui ajot toutes ces qualitez1 se rencontre aussi frquemment dans ces mmes ,socits que dans l'tat suprieur3 on a donn1 ce me semble1 la solution de cette espce de problme1 lorsqu'on a dit qu'il y a tant de gens de bonne compagnie dans la mauvaise1 tant de gens de mauvaise compagnie dans la bonne1 qu'on ne peut raisonnablement en exclure aucune4 ,l'envie de briller est sujette aussi nous jetter dans l'affectation1 nous y tombons de deux manires2 l'une en forant notre naturel1 l'autre en imitant celui d'autrui4 ,l'affectation qui a sa source dans nous-mmes est un certain apprt marqu dans le maintien1 dans la faon de marcher1 de rire1 de parler2 c'est une application srieuse rflchie faire1 avec distinction1 les plus petites choses1 par la persuasion que c'est un art de les tourner en autant de graces qui seront remarques applaudies4 ,rien ne dcele mieux la petitesse de l'esprit que cette sublimit que certaines gens recherchent jusques dans la manire de dire les lieux communs de la conversation1 que cette indiffrence pour les penses1 cette haute estime des mots dont ils paroissent si profondment pntrs4 ,combien les personnages que notre vanit nous fait faire1 dont elle s'applaudit1 sont quelquefois contrasts mprisables8 ,tandis qu'elle portera un homme orn de grands talens1 ou de connoissances sublimes1 se montrer par des cts si justement louables2 cette mme vanit exposera nos regards une figure remarquable par la bizarerie recherche de son ajustement1 ou par la singularit mdite de son maintien de ses manires2 vous reconnotrez1 pour comble d'tonnement1 que c'est le mme homme1 qu'alternativement elle dcore qu'elle dgrade4 ,on connot une autre affectation qui tient notre naturel2 il y a des gens ns singuliers1 ou ingnus1 ou indiffrens1 ou farouches2 qui se plaisent le parotre encore davantage qu'ils ne le sont effectivement4 ,cette ambition d'ajouter 7pour m'exprimer ainsi7 soi-mme1 n'est gure apere que des gens d'esprit1 n'en est que mieux tourne en ridicule2 car toute affectation ne tarde pas leur parotre telle4 ,on seroit bien loign de tomber dans celle-ci1 si on songeoit vritablement plaire2 on sauroit qu'on n'y russit constamment1 qu'en se montrant de bonne foi tel qu'on est2 que ce qu'on affecte au-del1 est une manire d'avertir les gens de vous remarquer1 de vous applaudir1 qui les excite1 au contraire1 ne plus voir en vous que le mrite emprunt1 pour tre dispens de vous tenir compte de celui qui vous est naturel4 ,l'affectation1 qui consiste dans l'imitation1 vient quelquefois d'un sentiment louable1 mais dont nous savons mal profiter4 ,c'est une connoissance intrieure1 un aveu qu'on se fait soi-mme1 qu'il nous manque de certains agrmens que nous applaudissons dans quelque autre1 que nous pensons follement acqurir1 en affectant de les possder4 ,c'est une adoption du mrite d'autrui qu'on prfre au sien1 sans en tre plus modeste1 qu'on ne parvient jamais s'approprier assez bien1 pour en tre par2 on n'en a que l'talage4 ,l'garement de notre amour1 qui nous porte imiter les autres1 est d'autant plus craindre1 qu'il est sujet nous choisir de bien mauvais modles4 ,tel ne s'occupera toute sa vie1 qu' ressembler certain personnage1 par les endroits mmes que le ,public ne regarde pas avec des yeux favorables2 qui et peut-tre t moins expos la critique1 s'il s'en ft tenu ses propres travers4 ,cette imitation volontaire ne se marque pas seulement dans notre extrieur1 il y a des gots1 des haines1 qu'on ne montre que parce qu'on s'imagine du bon air les avoir4 ,l'empressement1 souvent dplac1 de les tmoigner1 les expressions outres de ceux qui se les attribuent1 font assez connotre que c'est pure affectation1 il se joint une sorte de dpit l'ennui que cela donne2 on leur contesteroit volontiers le frivole avantage dont ils se parent de dtester1 ou d'aimer la folie1 ce qui mrite peine d'tre cit comme dplaisant ou comme agrable4 ,mais une autre erreur autant craindre1 quoiqu'elle soit moins susceptible de ridicule1 c'est de mettre l'esprit caustique au rang des moyens de plaire4 ,je ne prtens pas combattre ici ce caractre sombre farouche qui ne trouve de gloire qu' avilir le mrite1 de plaisir qu' troubler son bonheur4 ,j'ai en ve cette sagacit que la gaiet ordinairement accompagne1 qui1 sans intention de nuire1 emporte par une satisfaction secrette1 flatte des applaudissemens quelle s'attire1 sans les mriter1 se plat n'apercevoir1 ne peindre les objets1 que par des faces qui les rendent ridicules4 ,je parle de cet art1 qui faisant alternativement d'une partie de la ,socit1 un spectacle risible pour l'autre1 les sacrifiant les amusant tour tour1 est redout mme de ceux dont il se fait applaudir1 finit toujours par tre ha des uns des autres4 ,combien les hommes que ce caractre domine1 doivent peu se flatter d'inspirer de l'amiti1 moins qu'ils ne le rachetent par bien des vertus ou des qualits suprieures6 ,les esprits caustiques deviennent1 en quelque manire1 pour la ,socit1 ce que sont l'gard des ,nations voisines1 certains ,rois d',afrique1 dont toute la richesse consiste dans un commerce d',esclaves2 on ne gagne rien se soumettre leur empire2 quand il ne leur reste plus de ,peuples trangers livrer1 ils trafiquent leurs propres ,sujets4 ,le genre d'esprit caustique que je viens de dpeindre1 est aussi mpris que hassable1 dans ceux qui ne le tenant point de la nature1 veulent s'en faire un caractre2 rien ne dplat tant que les gens qui vous proposent titre de ridicule1 ce qui ne l'est pas1 ou qui vous annoncent comme une dcouverte1 des ridicules uss1 dont ce n'est plus l'usage de se moquer 7car tout est mode dans le commerce du monde1 jusqu'aux sujets de dgot de haine47 ,heureusement il ne suffit pas d'avoir de la malignit de l'esprit1 pour tre avec succs 7suppos que c'en soit un7 mdisant1 ironique ou ddaigneux1 il faut tre instruit des objets du ton de la critique en rgne4 ,eh6 quelle tude mprisable1 quand on a pour objet de s'en prvaloir contre la ,socit1 que celle d'une science qui nous fait redouter1 qui deshonore notre raison1 mesure que notre esprit russit mieux en faire usage6 ,il est de la prudence de ne s'y point tromper1 cette observation est importante2 tout ce qu'on appelle esprit caustique1 n'est pas tel que je viens de le dfinir2 on voit des personnes qui en ont une portion1 dont on n'est pas quitablement en droit de se plaindre2 nul art dans leurs discours pour attirer votre confiance1 nul dguisement pour vous cacher qu'elles vont vous juger la rigueur2 il faut cependant tre en garde contre elles1 ou plutt contre soi-mme2 le caractre de leur esprit est une pntration dlicate1 qui va saisir avec justesse tout ce qui se passe dans le vtre2 elles y lisent toutes les finesses de votre amour propre2 jamais aucun des motifs qui vous fait parler1 ou garder le silence1 sourire1 ou tre srieux1 ne leur chape1 elles vous dcouvrent ingnieusement vous-mme2 peu de gens gagnent se plaisent se voir ainsi dvoils2 mais loin de leur reprocher la joie un peu maligne qu'elles trouvent vous dmasquer1 rendez-leur graces au contraire de ce que ce n'est qu' vos propres yeux qu'elles font tomber le masque dont vous aviez voulu vous embellir4 ,en gnral1 l'esprit caustique ne doit donc pas tre regard comme un moyen de plaire1 puisqu'il nous empche d'tre aim3 ,mais il y a deux caractres qui sont entirement opposs celui-ci1 dont il n'est pas moins important de se garantir1 parce qu'ils nous font mpriser2 c'est de la fade complaisance de la flatterie dont je veux parler4 ,je ne comprens point dans ce que j'appelle fade complaisance1 ce caractre de foiblesse1 qui1 toujours domin par les exemples1 ou par les discours de quiconque veut l'assujettir1 se laisse entraner indiffremment aux vertus comme aux vices4 ,je parle de cette souplesse d'humeur1 de cette attention servile1 qui1 satisfaite de plaire gnralement sans distinction des personnes1 se permet tout ce qui lui parot ne point intresser l'honneur2 prodigue les loges1 sacrifie sans qu'on l'exige ses propres gots1 va souvent mme plus loin que n'iroit l'amiti1 sans jamais avoir le plaisir d'tre inspir par elle4 ,si cette lche flexibilit russit auprs de quelques hommes1 dont la vanit grossire profite de tout ce qui cherche la flatter1 elle nous avilit tel point aux yeux des autres1 que les succs qu'elle procure1 quels qu'ils puissent tre1 ne peuvent nous ddommager de la honte qui y est attache4 ,la flatterie1 j'entens celle du genre le moins odieux1 possde1 en commun1 avec la fade complaisance1 mais par art seulement1 cette pente docile cder aux volontez des autres2 elle y ajote une adresse faire natre les occasions de sduire1 qui la distingue la rend plus dangereuse2 tout le fruit que ce personnage pnible retire des scnes humiliantes qu'il joue1 est d'abuser un petit nombre de spectateurs1 d'tre mpris de tout le reste4 ,la flatterie d'un autre genre1 qu'on ne sauroit trop dtester1 c'est celle qui1 pour s'emparer des esprits1 saisit malignement le foible qui les deshonore1 qui applaudit nos ridicules1 afin de jouir en mme temps du plaisir de les augmenter de nous plaire4 ,qu'un homme qui sera n avec un esprit tendu1 lumineux1 mais srieux naturellement1 affecte une gaiet qui n'est point dans son caractre3 qu'il se propose de vous rjouir par sa manire de plaisanter1 qui ne sera 7je le suppose ainsi7 qu'une malheureuse abondance de fades allusions1 ou de contes uss2 car combien de gens avec beaucoup d'esprit n'ont point celui de la plaisanterie8 ,on s'attachera pour gagner son inclination1 le bercer dans son erreur3 quel usage du dsir de plaire6 ,l'art de sduire les hommes1 en applaudissant leurs travers les plus marqus1 ne ft-il considr qu'avec les yeux1 d'un amour propre un peu dlicat1 n'a rien que de mprisable4 ,il est si facile dans la ,socit1 d'entretenir ,blise#c du nombre imaginaire de ses amans6 ,un sot n'aborderoit ,dom-,quichotte qu'en lui parlant d',enchanteurs2 un homme d'esprit l'engageroit traiter la ,morale1 parce que dans ,dom-,quichotte1 l'homme le plus singulier1 qui fournit davantage la curiosit d'un ,philosophe1 ce n'est pas le fou1 c'est celui qui est la raison mme1 jusqu'au moment o le mot de ,chevalerie en fait une mtamorphose complette2 il est ais de le remarquer4 ,les sots se croyent pntrans caustiques1 quand ils font tant que d'apercevoir dans autrui des dfauts qui n'chapent personne2 on voit qu'ils s'applaudissent d'avoir p dcouvrir qu'un fou extravague1 qu'une ,coquette s'abuse de compter sur des ,amans qu'elle n'a pas4 ,il faut donc leur laisser le genre de flatterie dont je viens de parler1 ou convenir que quand nous embrassons ce caractre honteux1 dans la ve de nous faire aimer1 c'est un abus que nous faisons d'un motif estimable1 c'est que nous n'avons pas assez d'esprit pour saisir les moyens de plaire que nous offrent la raison la vrit4 #c ,personnage de la ,comdie des ,femmes savantes4 ,ces garemens1 o le dsir de plaire est sujet nous entraner1 appartiennent galement aux deux sexes2 mais on connot une autre erreur qui sduit particulirement les femmes2 c'est la coquetterie1 cet cueil de leur raison1 dont on voit un si petit nombre d'entr'elles se garantir4 ,il ne seroit pas ais de la dfinir2 plus un dfaut est en rgne1 plus il se montre par diffrentes faces1 dont celles qui le caractrisent le mieux1 sont quelquefois les plus difficiles rapprocher1 particulirement dans les femmes1 soit qu'elles suivent la raison1 soit qu'elles cdent au caprice1 leur imagination plus ingnieuse que la ntre1 varie multiplie bien davantage les nuances4 ,un homme aimable1 qui cherche le parotre1 vous a bien-tt laiss apercevoir tous les moyens d'y russir1 qui lui sont propres4 ,une femme saisit successivement presque toutes les manires de l'tre2 c'est parce qu'en gnral elles sont portes aller loin dans la route qu'elles prennent1 qu'il leur est plus important de la bien choisir4 ,dans les femmes1 le dsir de plaire1 qui a pour objet d'inspirer l'estime l'amiti1 prend un empire durable sur les ames2 plus il parot1 plus il s'accrdite1 parce que c'est1 comme on l'a remarqu#d1 le caractre des choses estimables de redoubler de prix par leur dure1 de plaire par le degr de perfection qu'elles ont1 quand elles ne plaisent plus par le charme de la nouveaut2 au lieu que la coquetterie ne peut rien sur les ames1 qu'autant qu'elle sduit l'imagination4 ,quelle que soit son adresse se cacher1 elle ne subsiste pas long-temps sans tre reconnue2 elle perd alors une partie de son pouvoir1 non que l'on se dsabuse d'abord de l'erreur o elle nous entrane2 nos yeux ouverts1 malgr nous1 sur elle1 sont sujets aussi se refermer4 ,mais dans les intervalles de raison que nous laisse le charme1 on se peint tout ce qu'il y a d'humiliant s'en laisser tyranniser1 l'on hait celle qui l'emploie1 proportion des efforts qu'il nous en cote pour le rompre4 #d ,madame la ,marquise de ,lambert1 ,rflexion sur les ,femmes4 ,le dsir de plaire est convenable dans tous les tats tous les ges1 parce qu'il ne met en uvre que des moyens avous par la raison1 qui font honneur l'esprit4 ,la ,coquetterie qui souvent parot dans toute son tendue1 sans que l'esprit l'accompagne1 emploie jusqu' des dfauts1 pour parvenir au but qu'elle se propose2 tourderie1 affectation1 manque de biensance1 tout lui sert1 rien ne l'arrte2 ces mmes dfauts1 ds qu'ils cessent de la faire valoir1 l'enlaidissent plus encore qu'ils ne l'avoient embellie3 mais ce qui caractrise entirement la honte des succs qui la flattent1 c'est qu'elle se dcrie mesure qu'elle les multiplie2 les premiers jours de la jeunesse1 qui seuls peuvent lui tre favorables1 sont-ils clipss1 combien de ridicules l'accompagnent jusques dans ses triomphes1 si elle en obtient encore8 ,la fausse vanit la fait natre1 des chimres flatteuses l'entretiennent1 le mpris en est le fruit4 ,des qualits qui semblent plaire par elles-mmes4 ,si le dsir de plaire nous gare quelquefois1 combien aussi nous offre-t-il de moyens d'tre aims1 quand c'est la raison qui l'claire8 ,c'est lui qui donne l'ame aux qualitez les plus heureuses que nous ayons reues de la nature ou de l'ducation1 soit qu'elles appartiennent la figure1 soit qu'elles tiennent au caractre1 sans lui1 les hommes qui sont dous de ces avantages1 ne les portent point leur vritable prix4 ,il ne faut1 pour s'en convaincre1 que les considrer par leur cause par leurs effets4 ,en gnral1 il y a1 lorsqu'on agit1 ou qu'on parle1 de certaines dispositions du corps1 de certaines expressions du visage1 du geste1 de la voix1 convenues 7ce semble7 dans chaque ,nation1 pour rendre tel sentiment1 ou telle pense2 c'est le meilleur choix entre ces actions1 qu'on regarde comme les plus naturelles1 qui forme ce qu'on appelle l'air d'ducation1 l'air du monde1 en un mot1 ce qu'on approuve dans notre extrieur1 ce qu'on y applaudit indpendamment de la rgularit de la figure4 ,dans une personne qui parle1 la grace extrieure dpend d'un certain accord1 entre ce qu'elle dit1 l'action dont elle l'accompagne2 il faut que de l'un de l'autre il ne rsulte qu'une mme ide dans l'esprit de celui qui l'coute qui la voit4 ,et de mme que l'art des ,comdiens1 suprieurs dans leur profession1 est de s'approprier toutes ces actions heureuses1 de ne les marquer qu'au degr1 qu' la nuance qui convient le plus exactement au fond du caractre1 la situation actuelle du personnage qu'ils reprsentent#e2 c'est dans les gens du monde le plus ou le moins de dlicatesse d'esprit de sentiment1 qui fait que ces actions sont plus ou moins agrables4 #e ,on remarque que l'exprience du ,thatre1 ne suffit pas pour acqurir cette perfection1 elle est l'ouvrage de la justesse de la dlicatesse de l'esprit4 ,il faut observer encore que comme ces actions convenues1 qui distinguent une ,nation1 varient d'une manire sensible dans les personnes de diffrentes conditions2 les expressions du visage1 du geste1 de la voix1 sont un second langage1 qui a son stile qui marque1 ainsi que fait le choix des mots1 la manire de les prononcer1 l'extraction plus ou moins releve1 ou du moins l'honnte ou la mauvaise ducation4 ,c'est sans doute un avantage qu'un extrieur qui nous annonce favorablement1 il accrdite par avance les autres qualitez dont nous pouvons tre orns2 on voit des personnes1 qui1 lors mme qu'elles ne vous entretiennent que d'objets peu intressans1 ont l'art d'exciter1 d'accrotre1 de fixer votre attention1 soit par la manire de vous adresser leurs regards1 soit par une grace rpandue dans leur action1 qui vous inspire une disposition leur applaudir1 mme dcouvrir en elles plus d'esprit qu'elles n'en font parotre4 ,mais quand cet accord heureux du geste de la pense1 cette loquence des regards1 cette grace dans l'action1 qualitez toujours dsirables1 ne sont qu'une disposition heureuse des organes1 quand ce qui nous touche en elles1 n'a d'autres rapports avec nous que l'impression agrable qu'elles font sur nos sens2 leur effet ne nous est bien sensible que la premire fois que nous l'prouvons1 bien-tt l'habitude nous les rend indiffrentes1 moins qu'une certaine ame1 que le sentiment seul peut donner1 ne les soutienne4 ,pour dmler quelle est cette ame qui assure le succs des qualitez1 qu'on croiroit devoir russir par elles-mmes1 revenons l'homme que j'ai dpeint avec un extrieur qui prvient si puissamment en sa faveur4 ,si vous recherchez la cause des impressions avantageuses qu'il a faites sur vous1 vous connotrez qu'elles naissent d'un empressement qui toit en lui de vous occuper2 non par la vanit d'tre cout1 mais par un dsir d'attiser votre attention1 votre suffrage1 qui suppose le cas qu'il faisoit de votre estime3 toux ceux qui1 comme vous1 l'environnoient1 resteront persuads que cet empressement marqu1 ces regards obligeans1 quoique ramens successivement tout le cercle1 leur toient adresss par prfrence1 cette ide sera imprime dans chacun d'eux1 ,il n'a song qu' me plaire4 ,c'est donc la disposition de l'esprit1 non celle du corps1 qui fait valoir notre extrieur#f2 les agrmens du maintien du geste1 qui ne consistent que dans la rgularit convenue des mouvemens1 sont purement arbitraires2 ce qui est cet gard une grace ,paris1 pouvant devenir singulier ,madrid ou ,londres2 mais cet air d'attention1 d'empressement1 cette satisfaction vous voir1 que donne le dsir de plaire1 russit toujours1 par-tout il se fait distinguer1 mme dans les hommes dont nous n'entendons point le langage1 il marque une volont de se rapprocher de nous1 qui nous flatte1 parce que c'est faire notre loge1 qui nous dispose les applaudir les aimer4 #f ,on peut mettre au rang des qualitez heureuses de la personne1 les exercices agrables les talens1 tels que l'art des instrumens1 la danse1 le chant1 c4 qui peuvent en quelque faon se passer du secours de l'esprit4 ,je ne rappellerai point ici de quel prix ils sont dans la ,socit2 je remarquerai seulement1 que dans celui qui ne les met en usage que pour satisfaire son amour propre1 c'est le talent qu'on applaudit4 ,dans celui qui ne parot les employer que dans le dessein de concourir aux plaisirs de la ,socit1 c'est la personne qu'on aime qu'on recherche4 ,cette mme disposition d'esprit fait galement le principal mrite de certaines qualits attaches au caractre1 qui semblent plaire par elles-mmes4 ,il y a1 par exemple1 une certaine sensibilit tout ce qui peut rire l'imagination1 ou intresser le cur1 d'une manire agrable1 dont quelques gens sont heureusement dous2 une disposition saisir le plaisir1 qui se rpand dans leurs actions dans leur entretien2 un got avec lequel ils agissent dans tout ce que les autres ne paroissent faire que par convenance1 caractre qui plat d'autant plus1 qu'il les lie aux personnes avec lesquelles ils vivent par tout ce qui a de l'empire sur elles1 soit les gots1 soit les caprices ou la raison4 ,on aime encore une sorte de gaiet1 marque un coin de singularit1 qui la rend piquante2 c'est ce mlange de srieux d'enjouement1 cet extrieur raisonnable grave1 que quelques gens1 en petit nombre1 conservent dans des momens o leur imagination1 naturellement gaie1 est emporte par les ides les plus riantes1 mme les plus badines2 la joie est en eux une richesse1 qu'ils semblent n'y pas connotre1 ne rpandre que pour le plaisir des autres4 ,mais ces caractres1 quel que soit leur mrite1 ne russissent pas constamment par eux-mmes1 ainsi que les agrmens de la personne1 il faut qu'ils ayent pour ame ce dsir de plaire1 qui met le vritable sceau toutes les bonnes qualits4 ,je ne connois qu'une sorte de moyen de russir plaire1 sans que nous en ayons le dsir2 il fait partie de ces erreurs presque insparables de la jeunesse2 il n'a que peu de jours o il puisse nous tre favorable1 ce caractre d'erreur seul1 fait tout son mrite4 ,c'est cette extrme sensibilit avec laquelle les jeunes gens qui entrent dans le monde1 sont fraps de tout1 parce que tout leur parot nouveau2 leur ravissement1 cette navet avec laquelle ils parlent des impressions agrables qu'ils reoivent2 comme si le plaisir toit une dcouverte qui n'et t faite que par eux3 ces premires agitations de l'ame1 qu'ils croyent si merveilleuses1 les font1 il est vrai1 parotre aimables1 parce qu'elles marquent une franchise1 une certaine simplicit1 que le manque d'exprience justifie2 peut-tre encore ne leur faisons-nous grace1 que parce qu'elles ne sont que des erreurs1 que leur succs est passager1 ne vaut pas qu'on le regrette2 car on n'applaudit qu'avec peine dans autrui aux qualitez qu'on n'a plus4 ,il est1 par exemple1 peu de femmes 7 bien des hommes ont la mme foiblesse17 qui1 cessant d'avoir les agrmens de la jeunesse1 se plaisent avec ceux qui les possdent dans tout leur clat2 mais on n'envie pas des moyens de plaire qui ne portent que sur une illusion1 que la raison fera bien-tt evanour4 ,il est donc sensible que nous n'avons aucunes qualitez heureuses1 aucuns avantages dont nous puissions retirer un vritable succs1 si le dsir de plaire n'en dirige l'usage3 en effet1 rien ne peut remplacer en nous cette indispensable ambition1 dont on prouve que les efforts ne sont jamais sans quelque rcompense2 car s'ils ne sauroient vaincre entirement le caractre mprisant ou chagrin1 la duret ou malignit de certains esprits1 du moins il arrive insensiblement que ces ames sauvages ne sont plus pineuses ou injustes avec vous1 que le moins qu'elles peuvent l'tre2 c'est vous distinguer du reste des hommes1 c'est vous aimer leur manire4 ,de quelques moyens de plaire4 ,l'utilit du dsir de plaire ne consiste pas seulement relever les qualitez qui sont en nous1 elle va plus loin1 elle y en fait natre de nouvelles4 ,obtient-on des succs clatans1 c'est assez pour se voir en bute la plus noire envie3 mais soyons anims du dsir de plaire1 il nous fait trouver dans ces mmes succs1 des moyens de nous faire aimer4 ,quel guide pour ceux qu'leve tout coup la fortune6 ,il les rend modestes1 il les garantit d'une certaine confiance orgueilleuse1 d'un certain air de supriorit1 qui se glisseroit sans qu'ils s'en aperussent dans leur langage1 dans leurs actions les plus indiffrentes1 mme dans leur politesse2 il est sans doute honteux pour l'humanit1 qu'on doive tenir compte un homme de ce qu'un rang ou une grande place1 qui ne lui aura t accorde que par considration pour ses ayeux1 de ce qu'un titre achet1 ou tels autres avantages1 qui n'ajotent rien son mrite personnel1 n'ont pas chang son maintien1 sa manire de traiter avec les autres hommes2 mais enfin on lui en sait gr1 on s'y attendoit mme si peu1 que ds qu'il ne diminue rien des soins des gards qu'il mettoit auparavant dans la ,socit1 on se fait l'illusion de croire qu'il en apporte davantage2 combien plus forte raison1 nous dispose-t-il en sa faveur1 quand il a effectivement ce surcrot d'empressement de nous gagner8 ,on est flatt de ce que son nouveau lustre n'a servi qu' lui inspirer plus d'envie de nous plaire2 on pense qu'il a senti que ce qui l'leve1 loin de lui donner de la supriorit sur nous1 n'a fait que l'en rapprocher davantage1 par le besoin qu'il a de notre suffrage4 ,on lui trouve de l'lvation dans l'ame1 de la solidit dans l'esprit2 car on n'a jamais plus d'opinion des bonnes qualitez des autres hommes1 que quand elles nous aident nous convaincre de notre propre mrite4 ,l'attention ne point diminuer d'gards pour ceux qui ont re de nous des services1 sur-tout quand il s'est agi de bienfaits qui nous donnent une sorte de supriorit sur eux1 est un des sentimens les plus utiles que nous inspire le dsir de plaire4 ,souvent1 aprs des procdez gnreux1 on s'endort sur la foi du panchant qui nous les a fait avoir1 qui n'attend qu'une autre occasion de se manifester2 on pense qu'avec celui qui on a dcouvert ainsi son ame1 ne plus s'assujettir aux attentions1 aux dfrences ordinaires1 loin de parotre un manque d'gards1 est une autre manire de lui tmoigner qu'il est sr de nous4 ,cette conduite cependant produit rarement le succs qu'elle nous fait esprer4 ,dans la plpart des hommes 7 ceux-ci ne sont pas encore les plus mprisables7 la reconnoissance sincre dans son principe1 est cependant conditionnelle2 mettez-la des preuves qui offensent l'amour propre1 vous la verrez s'vanouir1 l'inimiti lui succder peut-tre4 ,naturellement ports l'ingratitude1 ils regarderont comme une sorte d'usure que vous retirez de ce que vous avez fait pour eux1 ce qu'ils croiront en vous une marque de hauteur mprisante3 ,il m'a oblig1 7diront-ils en secret7 mais il m'humilie1 il est plus que pay2 on perd ainsi par une ngligence1 dont la cause bien connue1 n'a souvent rien que de louable2 on se drobe le prix le plus cher2 des bienfaits1 le plaisir d'tre aim2 mais supposons que cette personne dont la vanit est trop sensible1 capable en mme temps d'un vritable sentiment de gratitude1 vous cache1 vous sacrifie la peine intrieure que lui cause ce qui lui parot en vous un manque d'gards3 ,n'tes-vous pas bien fch1 si vous venez vous en apercevoir1 d'avoir touff en partie la satisfaction que vous aviez fait natre dans une ame que vous aimiez rendre heureuse8 ,le dsir de plaire nous garantit de cette perte1 de ce regret2 en nous assujettissant cette maxime1 bien humiliante pour la raison1 quoiqu'elle soit son ouvrage1 il faut ncessairement1 pour tre aim1 remplir par une suite d'gards1 les intervalles qui se trouvent entre les services4 ,des dfauts que le dsir de plaire corrige1 de ceux qu'il adoucit4 ,etablir en nous des qualits heureuses1 n'est pas encore l'effet le plus favorable du dsir de plaire2 il y remdie des dfauts1 c'est mon gr1 l'ouvrage le plus difficile4 ,l'air ddaigneux1 par exemple1 le ton mprisant1 7habitudes volontaires1 qui rendent notre commerce si hassable17 ce n'est que l'envie de russir dans l'esprit des autres1 qui peut nous en corriger3 voici deux cas assez ordinaires o l'on voit arriver ce changement4 ,quelquefois1 des gens qui entrent dans le monde1 avec un extrieur brut1 ou glorieux1 prennent heureusement un got vif pour le commerce de la ,socit3 alors1 ports1 par sentiment1 connotre tout ce qui peut les y rendre aimables1 ils parviennent enfin l'acqurir4 ,le second exemple est1 lorsque des gens qui se sont abandonns ces mmes dfauts1 parce qu'ils n'ont point eu de motifs puissans de se contraindre1 se trouvent forcs de vivre avec des personnes qui ils ont intrt de plaire1 pour se rendre la vie agrable2 ce qu'ils marquent alors de prvenances1 d'attentions obligeantes1 russit d'autant mieux1 qu'on s'attendoit moins leur trouver ce caractre4 ,on remarque une situation o des hommes1 ns farouches1 mprisans1 tout--coup cessent de l'tre4 ,c'est quand ils prouvent des traverses humiliantes2 mais alors ce changement ne leur rapporte gures1 ne prouvant pas qu'ils soient corrigs2 s'ils flchissent1 on souponne que c'est par foiblesse1 on est long-temps ne regarder leur politesse1 leur complaisance1 que comme des tmoignages de leur honte secrette1 non comme un adoucissement de leur ame4 ,c'est la seule occasion o la duret ordinaire de leur commerce1 qui auroit alors un air de fermet1 pourroit les servir mieux1 que l'intention marque de plaire4 ,mais supposons en nous des dfauts1 que le dsir de plaire ne puisse nous faire vaincre entirement1 parce qu'ils seront du fond de notre caractre1 du moins1 il les adoucit de manire leur faire trouver grace dans la ,socit4 ,parmi ces dfauts1 l'ingalit est sans doute un des plus rebutans4 ,on diroit que ceux dont l'humeur est changeante1 un certain excs1 7 on en voit d'assez frquens exemples7 ont plusieurs ames qui se plaisent chacune1 effacer l'ouvrage de l'autre2 pour plus de facilit peindre ces oppositions1 supposons une personne avec qui vous n'tes point en liaison1 dont on vous fait cet loge4 ,elle joint beaucoup d'esprit1 des connoissances fort tendues2 elle a sur-tout le don de s'approprier si heureusement ce qu'on a pens avant elle1 ce que vous aurez pens vous-mme1 que vous pancherez croire que tout ce qu'elle dit est l'ouvrage de son imagination1 sans aucun secours de sa mmoire2 qu'elle raisonne1 qu'elle fasse un rcit1 qu'elle contredise1 jamais vous n'apercevrez son amour propre1 jamais elle ne blessera le vtre4 ,a l'gard de son ton de plaisanterie1 il est servir de modle dans la conversation1 comme celui de ,madame de ,sevign l'est pour les ,lettres4 ,a ce portrait1 que vous ne permettez pas qu'on acheve1 vous marquez un extrme empressement de la connotre2 elle arrive2 on n'avoit employ que de trop foibles couleurs2 vous trouvez qu'elle surpasse tout ce qu'on vous avoit annonc4 ,faut-il vous en sparer8 elle vous laisse dans l'enchantement2 vous ne songez qu' la rejoindre1 le lendemain parot un terme trop long votre impatience4 ,a la seconde entreve1 quel tonnement pour vous de ne plus retrouver la personne du jour prcdent6 ,vous demanderiez volontiers celle-ci1 ce que l'autre est devenue4 ,tombe dans une sorte de ltargie1 elle n'a presque rien vous dire1 peine se trouvera-t-elle la force de vous rpondre2 la veille il lui manquoit de vous avoir fait connotre1 qu'elle a tout ce qui peut rendre suprieurement aimable2 vous tiez un objet intressant pour elle1 vous ne l'tiez que par l1 n'en attendez plus rien1 jusqu' tant qu'elle se plaise recommencer le charme2 elle n'a de graces dans l'esprit1 de feu dans l'imagination1 de raison mme1 elle n'existe enfin1 si j'ose le dire1 que dans les momens o elle est flatte de plaire1 elle y russira encore avec vous ds qu'elle en aura envie2 vous passerez alternativement de l'admiration au dpit4 ,on dit que de pareils contrastes nourrissent l'amour2 il est sr du moins qu'ils n'entretiennent pas l'amiti4 ,qu'on inspire tout coup cette mme personne 7sans lui ter son ingalit7 le dsir de plaire1 qui a pour objet de se faire aimer1 vous connotrez combien sa conduite deviendra diffrente4 ,au lieu de s'abandonner1 sans retour1 cette langueur qui suivit de si prs son empressement1 elle sentira que le changement qu'elle a marqu1 votre gard1 a d vous dplaire1 trouvera des ressources pour le rparer2 ce ne sera point par les traits de cet esprit saillant1 ni de cette imagination riante que vous avez admirs en elle1 puisqu'ils naissent uniquement de l'mulation que lui cause la nouveaut des objets2 mais elle vous parlera la premire des contrastes de son humeur1 sincrit qui commencera diminuer la blessure qu'ils vous avoient faite2 elle vous avouera1 en les blamant1 des bizarreries1 que vous n'avez point encore essuyes1 cette confiance vous engagera la plaindre2 vous la trouverez sensible de si bonne foi aux sujets que vous avez de ne pas rechercher son commerce1 que ce sera vous alors1 qui songerez trouver des raisons de l'excuser2 enfin dans chaque intervalle1 vous ouvrant son ame sur ses caprices1 sur son repentir1 elle vous accoutumera l'indulgence2 effet plus puissant encore du dsir de plaire6 en lui trouvant les mmes dfauts1 vous ne verrez plus de torts en elle1 vous finirez par l'aimer4 ,il y a encore des qualitez qui naissent du dsir de plaire1 il y a d'autres dfauts dont il nous garantit1 que j'ai cr devoir traiter sparment2 comme la conversation est le champ o ils paroissent avec le plus d'clat1 je vais les considrer dans ce point de ve1 afin de faire connotre1 selon que je le conois1 ce qu'ils sont l'esprit de la conversation4 ,pour claircir suffisamment de quelle manire ces qualitez font partie de l'esprit de la conversation1 il faudroit analiser en quoi consiste ce mme esprit2 mais comment dfinir1 dans toutes ses faces1 cette espce de gnie1 qui dpend moins du genre de l'tendue des lumires qu'il possde1 que du sentiment plus ou moins dlicat1 avec lequel il les met en usage1 qui ne se sert jamais mieux de l'esprit1 que quand il semble s'en passer1 ou n'apercevoir pas tout celui dont il dispose2 qui1 transport tous momens dans diffrentes rgions1 n'a qu'un instant presqu'insensible1 pour s'emparer des richesses qui lui sont propres1 dont le choix1 mesure qu'il est plus subit1 est quelquefois plus heureux3 ce talent qui a tant de ressources pour plaire1 nous cache presque entirement ce qui le constitue2 on le sent1 ne sauroit dire prcisment ce qu'il est4 ,on connot bien mieux les dfauts qu'il doit viter1 que les qualitez qui sont de son essence3 cependant entre ces qualitez1 il en est deux qui me paroissent sensibles2 la premire1 est la manire d'couter2 la seconde1 est ce caractre liant qui se prte aux ides d'autrui4 ,l'attention est une partie essentielle de l'esprit de la conversation1 elle ne doit pas consister seulement ne rien perdre de ce que disent les autres1 il faut qu'elle soit d'un caractre en tre aperue1 qu'ils dcouvrent qu'elle n'est pas uniquement l'effet de la politesse1 mais d'un panchant qu'on se trouve les entendre2 le dsir de plaire donne cette disposition obligeante2 non qu'il la porte jusqu' la fadeur1 ni qu'un mme sourire applaudisse aux lieux communs1 ainsi qu'aux ides riantes1 ou ingnieuses3 il sait1 sans fausset1 garder les intervalles diffrens entre la fade complaisance1 la scheresse mortifiante1 qu'il vite toujours4 ,il prte une attention plus marque l'homme1 plus digne d'tre cout1 sans celui qui en le mritant moins1 dsire autant de l'tre1 puisse se plaindre de la manire dont il l'est son tour4 ,il ne laissera pas chaper les momens o l'esprit de l'un se dvelopant d'une manire suprieure1 exige qu'on se livre entirement le suivre2 lorsque l'entretien du dernier lui devient charge1 il trouve que c'est un inconvnient de plus1 non un ddommagement1 que de s'attirer sa haine1 en lui faisant sentir le malheur qu'il a de l'ennuyer4 ,on ne le croiroit pas1 si l'exprience ne nous en convainquoit tous les jours2 c'est un don bien rare que de savoir couter3 l'un1 persuad qu'il vous devine1 vous interrompt aux premiers mots que vous prononcez2 il part1 rpond avec chaleur ce que vous n'avez ni dit ni pens4 ,un autre1 occup mettre de l'esprit dans ce qu'il va vous repliquer1 se livre1 en vous coutant1 ses ides2 vous le voyez moiti rveur1 moiti attentif1 n'tre ni vous ni lui-mme3 sa reponse se ressent de ce partage1 elle est spirituelle1 inconsquente4 ,celui-ci1 c'est le moins excusable1 incapable par une paresse d'esprit habituelle1 de toute application srieuse1 vous regarde avec des yeux ltargiques1 ou vous adresse de temps en temps un sourire distrait1 le plus souvent dplac2 il n'a pas projett un moment de vous couter1 ni de vous rpondre2 langueur dsobligeante1 qui dgote les gens senss de notre commerce1 excite l'inimiti de ceux dont la vanit commune1 considre une pareille indiffrence1 comme une marque de mpris1 dont elle doit tre blesse4 ,il y a une autre sorte d'inattention1 qu'on regarde1 non sans quelque justice1 comme un dfaut1 mais dont le principe n'a rien d'offensant1 parce qu'elle ne vient ni de cet empressement de faire parade de son esprit1 qui empche d'tre occup du vtre1 ni de cette indiffrence pour ce que disent les autres1 qui ne se prte pas mme les couter4 ,c'est cette distraction1 qui1 dans quelques gens d'esprit1 nat du fond de leur caractre1 qui les saisit dans les momens mmes o ils trouvent du plaisir vous entendre2 espce de ravissement1 pendant lequel vous les voyez comme transports dans un monde diffrent du vtre1 dont ils sortent souvent par quelque trait si peu attendu1 ou par une plaisanterie d'un si bon genre1 sur le tort o ils se surprennent eux-mmes1 que vous aimez jusques la distraction qui les a fait natre4 ,le caractre de douceur1 de complaisance1 si dsirable dans la ,socit1 n'est pas1 lors mme que l'esprit l'accompagne1 une de ces qualits qui jettent un certain clat sur ceux qui les possdent4 ,c'est une sorte de philtre1 qui1 agissant d'une manire peu sensible1 ne vous occupe d'abord que foiblement de la main qui sait le rpandre1 mais dont l'effet est toujours de vous la rendre chre4 ,eh6 comment ne pas aimer ces ames flexibles1 que vous attirez sans peine2 qui vous cherchent mme1 se plaisent partager ce qui intresse la vtre1 qui n'attendent de vous aucune attention1 aucune condescendance1 dont elles ne vous donnent l'exemple1 qui assez leves1 lorsqu'elles aperoivent des dfauts mls avec des vertus1 pour ddaigner le faux avantage d'avilir les autres hommes1 profitent par prfrence des motifs d'applaudir d'estimer4 ,c'est dans la conversation1 que l'esprit de douceur a de plus frquentes occasions de parotre1 il nous fait abandonner1 avec sagesse1 l'gard des matires indiffrentes1 le foible avantage d'avoir svrement raison1 contre les gens dont l'amour propre facile se rvolter1 ne pardonne point un pareil succs2 vous pourriez leur montrer de la supriorit3 vous prfrez de leur parotre aimable4 ,il n'est qu'un genre de douceur1 qui1 loin de nous faire aimer1 indispose au contraire ceux qui en pntrent le principe3 c'est la douceur1 qui1 ayant pour base un fond de mpris pour les lumires des autres1 les laisse apercevoir qu'elle ne leur cde1 que par un sentiment de supriorit1 qu'elle n'est qu'un dcouragement de convaincre les hommes de leur petitesse4 ,ce n'est pas le plus souvent1 faute d'esprit1 de savoir1 d'imagination1 qu'on indispose les gens avec qui l'on s'entretient1 c'est parce qu'on ne songe faire parotre ces qualits1 que pour sa propre satisfaction3 de l naissent des dfauts plus nuisibles que la strilit de l'esprit l'ignorance2 tels sont l'habitude de parler de soi1 l'abus de la mmoire1 la contradiction4 ,le panchant parler de soi1 est bien sduisant2 avec beaucoup d'esprit1 on n'est pas toujours garanti de ce pige1 o notre amour propre nous attire3 ingnieux se dguiser1 c'est quelquefois sous les traits de la modestie qu'il s'offre nous1 qu'il parvient nous gouverner4 ,qu'on adresse des loges mrits des hommes connus par de grandes vertus1 par des actions brillantes1 ou par l'antiquit de leur race2 quelques-uns ayant sincrement l'intention d'tre modestes1 se dfendront de vos louanges1 de manire le parotre bien peu2 vous les verrez se rpandre sur l'extrme faveur1 non mrite1 avec laquelle le ,souverain1 ou l'opinion commune le traite2 ils croyent effectivement en tre surpris1 mais ils entrent dans des dtails1 d'tonnement en tonnement1 de bonts en bonts qu'on a pour eux1 ils content insensiblement leur histoire1 o ils font leur gnalogie1 rapportent tous les traits leur gloire1 qui vous toient chaps2 ils n'ont rien dit que d'incontestable1 mais enfin c'est vous avoir entretenu de leur mrite4 ,l'amour propre a d'autres subterfuges dans ce genre de sduction1 qui indisposent plus encore quand on les dmle1 que ne feroit peut-tre l'orgueil dcouvert4 ,on trouve des gens qui ne diront jamais moi1 ni mon opinion1 ni je sais1 ni je prtens2 mais qui d'une manire dtourne1 sans s'en apercevoir peut-tre1 se procurent l'intime satisfaction de ne vous entretenir que d'eux-mmes1 tout les ramne aux talens1 aux autres avantages qu'on sait qu'ils possdent2 ils vous montrent1 comme avec une baguette1 l'excellence de ces dons heureux1 ils vous feront sur-tout remarquer les parties qui dsignent leur acquit1 ou leurs ouvrages1 comme celles o il y a plus de mrite russir3 quelle modestie6 ils suppriment leur nom1 pour n'tre connu qu' leur loge4 ,on s'abuse souvent encore1 lorsque dans une conversation o chacun parle de ses gots1 ou de son humeur1 on croit ne rien hazarder1 en faisant aussi quelques portraits de soi-mme3 on ne doit point se rassurer sur ce qu'ils seront vrais1 ou si peu avantageux1 qu'ils ne pourront point donner de jalousie2 il faudra prvoir si les esprits ports la critique1 qui vous entendent1 jugeront convenable que vous soyez tel que vous tes4 ,pour m'expliquer1 je suppose qu'un homme qui a l'extrieur raisonnable froid1 s'annonce comme ayant un got trs-vif pour tout ce qui divertit2 ou qu'il avoue qu'il lui vient1 comme bien d'autres gens1 des ides folles ou bizarres4 ,le portrait1 comme je l'ai dit1 sera fidle1 il parotra cependant ridicule2 on exige que vous ayez le caractre dsign par votre phisionomie2 on voudra du moins1 si la joie ne vient point s'y peindre1 que vous fassiez un mystre de celle que vous ressentez dans le fond de votre ame4 ,ce n'est pas encore assez que de s'tre accoutum domter le panchant naturel qu'on sent parler de soi-mme1 il y a une certaine dfiance1 ou pltt une prsence d'esprit ncessaire pour apercevoir les piges qu'on nous tend1 afin de le rveiller en nous4 ,souvent les personnes qui ne sont point caustiques1 sont portes1 mme ayant de l'esprit1 ne point souponner les autres de l'tre2 cette scurit1 toute estimable qu'elle a droit de parotre1 a ses inconveniens2 souvent des gards qu'on vous marque1 des louanges dlicates qu'on vous adresse d'une manire indirecte1 un certain sourire d'applaudissement aux choses communes que vous dites1 ont pour objet unique1 de vous faire tomber dans un ridicule1 soit en vous faisant parler de vous-mme avec loge1 soit en vous engageant mettre au jour des talens mdiocres4 ,si vous ne sentez pas d'abord l'ironie de ces fausses prvenances1 la seule confiance que vous parotrez y prendre1 quand elle ne vous mneroit pas aussi loin qu'on le dsire1 est capable de vous faire perdre dans l'opinion des spectateurs1 le prix de tout ce que vous avez d'ailleurs de qualits aimables2 avec les esprits qui sont caustiques1 il faut sur-tout1 pour ne point discrditer le sien1 viter qu'il ne soit leur dupe3 s'il est un moyen d'acqurir de la supriorit sur eux1 c'est de montrer qu'on les connot sans les craindre1 sans daigner les imiter4 ,on a dit que les ,amans ne s'entretiennent les jours entiers1 sans s'ennuyer1 que parce qu'ils se parlent toujours d'eux-mmes2 cette effusion de cur me parot appartenir plus raisonnablement l'amiti4 ,aprs ce got de prfrence1 qui nous attache un ami vritable1 aprs cette satisfaction si chre1 de compter sur l'intrt qu'il prend notre bonheur1 le plaisir le plus touchant1 est celui de lui ouvrir son ame2 il faut donc rserver cette entire confiance pour l'amiti2 dans les liaisons ordinaires1 parler de soi1 n'est le plus souvent qu'un foible qui tourne notre dsavantage4 ,quelques exemples1 contraires ce principe1 ne doivent point nous en carter2 on trouve des gens qui vous entretiennent impunment des plus petits dtails de leurs gots1 de leur manire de vivre singulire1 ne laissent pas d'tre de trs-bonne compagnie4 ,quel est donc l'art qui les sert si bien8 ,c'est de n'en avoir aucun2 ils ne prtendent ni se donner pour modles1 ni tirer vanit de leur faon de penser2 sensibles de bonne foi1 jusqu' la draison1 toutes les petitesses qu'ils mettent si haut prix2 ils vous tonnent1 vous amusent par le ton consquent approfondi avec lequel ils analisent des objets entirement frivoles2 les contrastes plaisent quand ils sont extrmes2 celui-ci devient pour la raison1 une espce de spectacle2 vous croyez1 en quelque faon1 voir l'homme du port de ,pyre1 considrer avec transport les trsors d'un de ses navires4 ,n'ayez qu'un esprit suprieur1 sans tre emport par le dlire que je viens de dpeindre2 essayez de tenir des propos du mme genre1 en paroissant bizarre1 vous ne serez qu'insipide2 le mrite de ces sortes de singularits1 tient uniquement l'yvresse avec laquelle ceux qui y sont assujettis1 font l'loge de leur folie4 ,la dfiance salutaire de tomber dans tous les inconveniens que je viens de rapporter1 peut se rduire ce seul point4 ,on se nuit1 en parlant de soi1 lorsque le seul intrt de notre vanit nous dtermine2 car avec quelque adresse qu'elle se dguise1 elle sera toujours apere2 les regards des hommes1 mme les plus borns1 d'autres gards1 tant des espces de microscopes1 qui grossissent nos dfauts les plus imperceptibles4 ,il est malheureusement des occasions indispensables de parler de soi1 de peindre son caractre1 de mettre au jour sa conduite2 que dans des discussions d'intrts1 ou de quelque autre genre que ce soit1 satisfait intrieurement d'avoir rempli tout ce que la droiture l'honntet exigent1 vous laissiez prvenir les esprits par les fausses couleurs dont vos adversaires se parent1 vous dfigurent4 ,quel sera le fruit de votre silence8 ,vous resterez pendant un certain temps1 7car insensiblement la vrit dcouvre les trames du mensonge7 vous vous trouverez1 dis-je1 charg1 dans l'opinion commune1 de tous les torts qu'on aura eus avec vous4 ,j'ai plac la suite de la vanit qui fait parler de soi1 l'abus de la mmoire1 parce que ce dernier dfaut me parot tenir1 quelques gards1 au premier4 ,une mmoire abondante produit ordinairement le dsir de s'emparer de la conversation1 c'est un des moyens dtourns de parler de soi1 que l'empressement indiscret d'occuper l'attention des autres4 ,elle entrane encore le dgot d'couter1 deux inconveniens1 qui seuls suffiroient pour lui faire perdre tout son mrite4 ,il faut1 pour que la mmoire se fasse aimer1 qu'claire par une certaine dlicatesse d'esprit1 par l'attention ne point offusquer l'amour propre d'autrui1 elle n'occupe pas seule la scne2 qu'elle y attire au contraire ceux qu'elle a rduits quelque temps1 n'tre que spectateurs3 mais elle ne sent pas toujours o son rle doit finir4 ,il faut encore1 qu'cartant de la conversation tout ce qui auroit l'air de dissertation1 mme dans les matires savantes sur lesquelles on la consulte1 elle sache les assujettir toutes1 sans obscurit1 au langage ordinaire du monde2 mais cet art que quelques personnes de ce sicle possdent minemment1 c'est l'esprit suprieur qui seul le donne4 ,l'usage habituel de la mmoire expose1 ordinairement1 tomber dans des rptitions1 il n'y a personne qui ne pense1 sur l'ennui que cela cause1 ce que ,montagne dit de certains parleurs qui la souvenance des choses passes demeure1 qui ont perdu le souvenir de leurs redites1 il les fuit avec soin4 ,comme la conversation est un commerce d'ides1 o le jugement l'imagination doivent concourir1 ainsi que la mmoire1 bien des gens qui ont assez d'acquis pour se rappeler les matires auxquelles on les ramne1 hassent de ne trouver le plus souvent dans l'entretien de ceux que la mmoire fait parler1 que le sens littral1 que la page prcisment de tel ou de tel livre2 ce dgot parot sens2 on se plat la conversation qui vous prsente le fruit de la lecture1 mais on s'ennuye1 avec raison1 de celle o l'on ne trouve que la lecture mme#g4 #g ,montaigne a dit3 ,savoir par cur1 n'est pas savoir1 c'est tenir ce qu'on a donn en garde sa mmoire4 ,il est vrai que rien n'est plus charge1 la longue1 que ces esprits qui se souviennent toujours1 qui ne pensent jamais4 ,il faut avouer aussi que la mmoire heureusement cultive1 devient1 dans la conversation1 une source toujours fconde1 toujours agrable1 mme quand elle est instructive1 lorsque les diffrentes parties de l'esprit1 qui lui sont ncessaires1 mesurent son essor1 choisissent la route qu'elle doit tenir3 j'ajoterai que si elle en reoit de grands secours1 elle leur en prte son tour1 qui leur servent se dvelopper davantage2 sans elle1 l'imagination la plus fconde1 renferme ncessairement dans un cercle d'ides1 qu'elle embellit1 mais qu'elle retouche sans cesse1 puise bien-tt les diffrentes faces par o elle les prsente1 languit enfin faute d'objets1 sur lesquels elle puisse s'exercer4 ,c'est donc comme un instrument l'usage de l'esprit1 7s'il m'est permis de m'exprimer ainsi7 qu'une grande mmoire me parot dsirable2 qu'on la rduise son mrite particulier1 mme en la jugeant favorablement1 elle n'est plus que d'un foible prix2 c'est moins son tendue qui plat1 sur-tout dans les gens du monde1 que le choix des connoissances qu'elle rassemble1 la manire de les employer4 ,mais de tous les dfauts opposs l'esprit de la conversation1 le plus choquant1 est la contradiction4 ,rien en effet ne rend plus hassable que de heurter inconsidrment l'opinion des autres2 non que la crainte de se laisser aller ce panchant1 doive bannir de l'esprit une certaine fermet2 il y a bien de la diffrence entre contredire1 dfendre son sentiment2 en avoir un1 est convenable1 mme ncessaire dans quelques occasions1 o ce que vous pensez1 marque votre caractre2 dans tant d'autres1 cder1 ou ne cder pas1 est bien arbitraire2 mais souvent notre orgueil dispute encore1 aprs que notre raison s'est rendue4 ,la ,bruyere rduit l'esprit de la conversation la classe de l'esprit du jeu1 de l'heureuse mmoire2 j'ai remarqu que quelques hommes de ce sicle1 accoutums aussi rflchir1 qui jugent sainement de l'esprit quand il est employ dans des ouvrages1 pensent ce sujet1 comme ,la ,bruyere2 mais il m'a paru qu'ils se rendoient cette autorit1 moins par un examen raisonn1 que par une sorte d'insensibilit1 dont voici la cause4 ,l'tendue1 la justesse de l'esprit1 tant en eux le fruit de plusieurs annes de travail1 d'une sorte de solitude1 ils se sont accoutums penser austrement1 comme si une ide purement agrable1 toit un relchement leur devoir2 mthodiques1 consquens1 par habitude1 lors mme qu'il y auroit du mrite ne pas l'tre1 ils sont rarement sensibles cette dlicatesse d'imagination1 qui va saisir dans les diffrentes matires que la conversation prsente1 ce qu'elles ont d'agrable1 ou de plus la porte des autres1 en carte avec soin l'air de science1 d'exactitude ou de mystre2 de l1 l'esprit de conversation leur parot un avantage bien frivole1 c'est ainsi que l'humanit est faite4 ,quelques ,philosophes ports1 sans s'en apercevoir1 ne considrer l'esprit qu'environn de la peine1 de la mthode qui ont form le leur1 par-tout o ils voyent l'esprit facile1 secouant le joug de l'exactitude1 ils ont peine le reconnotre4 ,il me semble qu' esprit gal1 les personnes qui possdent le talent de la conversation1 ont bien plus d'occasions de plaire1 que celles qui ne font qu'crire4 ,je ne les compare ici1 que dans ce seul point de ve2 l',auteur le plus ingnieux1 le plus abondant1 emploie bien du temps un ouvrage1 dont le succs dpend de quantit de circonstances1 qui souvent1 lui sont trangres2 au lieu que l'homme dou de l'esprit de la conversation1 plat se renouvelle sans cesse2 il fait constamment les dlices de tout ce qu'il rencontre3 quelle diffrence dans la manire de vous occuper6 ,l'un par la lecture de ses ouvrages 7je les suppose du genre purement agrable17 n'offre pour spectacle votre esprit que le sien1 il ne vous montre que son mrite2 l'autre vous ramne vous-mme1 vous place ct de lui sur la scne o il brille1 vous y place votre avantage1 vous croyez y partager ses succs2 quelles ressources pour vous plaire1 pour se faire aimer de vous6 ,ce don parot quelquefois une espce de magie3 il est des gens dont le langage fascine si bien votre imagination1 sur-tout l'gard des choses de sentiment1 que vous vous laissez persuader1 en quelque faon1 ce que mme vous aviez rsolu de ne pas croire2 vous tiez prvenu1 je le suppose1 sur la froideur de leur ame dans le commerce de l'amiti2 viennent-ils vous entretenir des charmes de cette mme amiti1 qu'ils n'ont jamais sentie1 il semble que leurs expressions suffisent peine la plnitude de leur cur2 la peinture est si vive1 si ressemblante1 l'art a si bien les dtails auxquels on reconnot la nature1 que vous vous y laissez tromper3 ou s'il vous reste encore quelques mouvemens de dfiance1 vous sentez du panchant les carter2 tat de sduction1 qui me parot ressembler ces rveries agrables que nous cause quelquefois un sommeil assez lger1 pour nous laisser une partie de notre raisonnement1 on s'apperoit que ce ne sont que des songes1 on se dit qu'il ne faut pas les croire1 on craint en mme temps de se rveiller4 ,comment ,la ,bruyere a-t-il p rabaisser1 au point o il l'a fait1 un genre d'esprit qui a tant de pouvoir sur celui des autres1 qui1 clair par un jugement promt dlicat1 voit1 d'un seul coup d'il1 toutes les convenances1 par rapport au rang1 l'ge1 aux opinions1 au degr d'amour propre1 d'un cercle de personnes difficiles satisfaire8 ,encore un mrite qui rend bien dsirable l'esprit le got de la conversation1 c'est qu'il remplit facilement notre loisir3 le loisir de la plpart des hommes1 loin d'tre pour eux un tat satisfaisant1 devient un vuide qui leur est charge4 ,combien les jours coulent avec vtesse pour ces ames heureuses1 qui1 dans les intervalles de leurs occupations1 s'amusent constamment1 par prfrence1 de ce commerce volontaire de folie de raison1 de savoir d'ignorance1 de srieux de gaiet2 enfin de cet enchainement d'ides que la conversation ramne1 varie1 confond1 spare1 rejette reproduit sans cesse2 heureux encore une fois1 ceux qui peuvent avoir la place des passions1 le got d'un commerce o l'on trouve tant d'occasions de plaire1 de se faire aimer4 ,,essais ,,sur ,,la ,,necessit ,,et ,,sur ,,les ,,moyens ,,de ,,plaire4 ,seconde ,partie4 ,dans cette seconde ,partie1 je traite de l'ducation des enfans1 suivant les principes dont j'ai cherch1 dans la premire1 tablir l'utilit4 ,je la divise en trois ,chapitres2 le premier contiendra des rflexions prliminaires sur les premires ides qui nous sont imprimes par l'ducation4 ,dans le deuxime1 je proposerai les moyens que je crois les plus srs les plus faciles1 pour faire natre dans les enfans1 avec le dsir de plaire1 les qualits de l'ame par lesquelles on plat plus gnralement4 ,dans le troisime1 j'examinerai quelles sont les connoissances auxquelles il parot plus propos d'appliquer l'esprit des enfans1 quels sont les talens qu'il faut cultiver en eux1 avec plus de soin1 pour leur donner les moyens de plaire4 ,des premires ides qui nous sont imprimes par l'ducation4 ,pour pouvoir tablir1 avec quelque solidit1 les moyens de faire sentir aux enfans la ncessit de plaire1 leur en inspirer le dsir1 il me parot ncessaire de remonter aux sources de l'ducation4 ,l'ducation est l'art d'employer l'entendement des enfans dans ses diffrens dvelopemens1 de manire y imprimer fortement1 par prfrence1 les principes vertueux sociables4 ,ces principes consistent dans la liaison des ides rlatives qui concourent former complettement telle vertu1 ou telle qualit4 ,je m'explique par un exemple3 ,qu' l'ide de la pauvret1 soit lie1 intimment1 dans notre imagination1 l'ide de la possibilit de devenir pauvres2 qu' celle-ci se joigne l'ide du plaisir qu'on peut trouver soulager des malheureux#h1 celle de la convenance1 si naturelle1 qu'un homme assiste un homme1 il en rsultera1 ds que nous apercevrons de la misre1 cette sensibilit qui est nomme compassion4 #h ,je supprime1 pour n'tre point diffus1 les ides rlatives qui se joignent naturellement1 pour ainsi dire1 celles que j'ai fait se succder dans cet exemple2 on conoit que l'ide de pouvoir devenir pauvre1 entrane ncessairement celle de la consolation qu'on trouve tre secouru par ceux qui ne le sont pas1 c4 ,on sait que les premires impressions qui nous sont donnes ds l'enfance1 sont toujours les plus fortes1 ne s'effacent presque jamais1 quelque peu de liaison qu'il y ait naturellement entr'elles4 ,que l'ide des tnbres l'ide d'un fantme1 quand elles nous sont prsentes en mme temps1 deviennent souvent insparables1 malgr les efforts que notre raison fait dans la suite1 pour les remettre dans l'indpendance naturelle1 o elles sont l'une de l'autre4 ,le secret de l'ducation consiste donc1 en premier lieu1 dans le choix dans la liaison des ides principales1 qui doivent nous conduire pendant la dure de notre tre1 par rapport notre bonheur concili avec celui des autres hommes3 en second lieu1 s'opposer l'union des ides qui produiroient des effets contraires4 ,c'est dans le temps o les ides commencent creuser1 pour ainsi dire1 leurs traces dans notre cerveau1 qu'il est ncessaire que l'ducation s'attache les y distribuer en ces diffrens assemblages1 qui constituent les bons principes4 ,cependant on cultive d'une manire bien trange1 par rapport l'ducation1 les premires annes de notre vie4 ,a examiner la conduite de ceux qui nous levent1 il semble que l'enfance soit contagieuse2 car y a-t-il une cause raisonnable d'imiter1 comme on fait communment1 pour parler aux enfans1 la foiblesse de leurs organes1 les sons aigus de leur voix1 le dsordre de leurs ides8 ,au lieu de leur montrer en nous le modle de ce qu'il faut qu'ils deviennent1 nous ne leur offrons sans cesse1 qu'une ressemblance pantomime de ce qu'ils sont eux-mmes#i4 ,ce n'est pas encore l'erreur la plus considrable2 commencent-ils comprendre rflchir1 s'ils nous questionnent1 car alors leur panchant naturel est de s'instruire1 au lieu de leur expliquer avec simplicit ce qu'ils dsirent apprendre1 on se fait un jeu de ne leur dbiter que des chimres badines2 on les trompe sur le nom des choses1 on les abuse sur leurs usages1 plutt que de leur en donner la vritable connoissance2 il arrive de cette conduite1 que les premires impressions qui se gravent dans leur cerveau1 supposer qu'elles ne soient pas nuisibles1 sont incontestablement inutiles1 que par l vous prparez leur entendement1 mesure qu'il se formera1 l'embarras de dmler tous ces mensonges1 de mettre la vrit en leur place4 ,les premires oprations de cet entendement1 si importantes pour le reste de leur vie1 sont le doute1 l'erreur1 la confusion2 cette confusion est notre ouvrage4 ,leur raison1 au lieu de n'avoir suivre que quelques routes faciles qu'on pouvoit lui tracer1 est contrainte de parcourir un ,ddale1 o elle reste long-temps gare4 ,voici un des premiers inconveniens qui rsulte de cette mauvaise ducation4 ,cette espce de mauvaise foi avec laquelle on traite avec les enfans1 leur devenant peu peu sensible1 ils connoissent enfin qu'elle est une moquerie1 une marque du mpris que nous avons de leur foiblesse2 ce dgot devient une source d'loignement des personnes qui les levent1 d'une extrme dfiance d'eux-mmes2 cause vraisemblable de cette honte niaise1 de cette crainte de parler1 qui succdent en eux1 la gaiet nave dont les premires annes de l'enfance sont accompagnes4 #i ,,montagne1 en parlant du panchant qu'ont les peres entretenir la niaiserie purile de leurs enfans3 ,il semble1 dit-il1 que nous les aimions pour notre passe-temps1 ainsi que des guenons1 non ainsi que des hommes4 ,chap4 intitul1 ,de l'affection des peres aux enfans4 ,mais1 je suppose qu'on leur explique fidlement l'usage des choses1 qu'arrive-t-il8 ,on ne les leur prsente ordinairement1 que par l'utilit particulire qu'ils en peuvent retirer4 ,qu'un enfant demande quoi sert de l'argent1 on lui rpondra communment1 qu'avec de l'argent il aura des drages1 des jouets1 une belle robe4 ,de l il se place dans son imagination ces ides troitement lies3 l'argent est fait pour me procurer ce que j'aime manger1 ce qui me divertit1 ce qui me pare2 ce principe sera vraisemblablement le mieux imprim de tous ceux qui se formeront dans son esprit au sujet de l'argent4 ,en coteroit-il davantage de lui dire1 que l'argent sert faire du bien aux autres1 nous en faire aimer8 ,ne devroit-on pas s'attacher lui rendre ces ides familires1 par l'usage qu'on feroit devant lui1 qu'on l'accoutumeroit faire de ce mme argent1 ainsi de toutes les choses dont on lui expliqueroit la proprit1 ne les lui montrant que par les faces qui les rendent utiles la ,socit8 ,qu'on s'en rapporte un ,philosophe#aj1 dont l'ouvrage sur l'ducation1 est gnralement estim4 ,les enfans sont capables d'entendre raison ds qu'ils entendent leur langue naturelle2 si je ne me trompe1 dit-il1 ils aiment tre traits en gens raisonnables plus tt qu'on ne s'imagine4 #aj ,m4 ,locke4 ,voyez aussi les ,essais ,philosophiques sur la ,providence1 au sujet des premires ides des enfans1 pag4 #ba4 ,ne seroit-il donc pas dsirable que ceux qui disposent des premires annes des enfans1 n'employassent1 en leur parlant1 que des formules raisonnables8 ,ne seroit-il pas possible d'en introduire qui fussent leur porte1 qui leur devinssent aussi familires que celles qu'ils repetent l'imitation les uns des autres1 comme s'ils se les toient communiques1 comme s'ils en avoient fait une tude2 car qu'on coute les discours des ,nourrices des autres domestiques qui environnent les enfans1 on trouvera qu'ils sont tous les mmes1 qu'ils ne consistent qu'en une petite quantit de mots follement estropis1 que dans quelques maximes contraires au bon sens1 dans quelques chansons1 plus raisonnablement employes1 parce que les enfans en sont quelquefois amuss4 ,quel inconvenient y auroit-t-il de devancer mme le tems o ils possdent entirement leur langue naturelle1 pour chercher jetter les fondemens de leur ducation8 ,ne vaudroit-il pas mieux perdre les premiers efforts qu'on feroit dans cette ve1 que de manquer saisir un seul des instans o ils commencent comprendre les discours qu'ils entendent1 voir1 sans indiffrence1 les objets qui les environnent8 ,on ne sauroit prparer leur cerveau avec trop d'art1 de soin1 recevoir les premires impressions qu'on veut que les objets y gravent2 car quand ce sont les objets mmes1 qui1 par leur propre puissance1 forment une trace dans l'imagination d'un enfant1 souvent cette premire ide se trouve contraire celle qu'on auroit dsir qu'il et ree2 tout ce qui est tranger un petit nombre de gens qui ont entour son berceau1 l'tonne1 lui rpugne1 ou mme l'effraie1 quand il le voit pour la premire fois4 ,cette impression d'tonnement1 de crainte1 devient peut-tre en lui l'origine de la timidit1 de l'humeur farouche1 ou de quelque autre dfaut1 qui1 dans la suite formera son caractre4 ,qu'au lieu de lui parler de ses jouets1 de ses habits1 de ses repas1 on l'et entretenu de ses parens1 des ,matres qui lui sont destins1 des livres dont il faudra qu'il s'occupe1 qu'on les lui et dpeints sous des ides agrables1 il les verroit avec une disposition diffrente1 seroit port les aimer4 ,malgr la dissipation des enfans1 le peu d'attention avec laquelle ils coutent1 leur cerveau est si tendre1 que tous les discours qu'ils entendent1 toutes les actions qu'ils remarquent1 leur laissent quelque impression4 ,la preuve n'en est que trop marque par l'effet que produisent les discours de ceux qui les environnent1 sur-tout de leurs domestiques4 ,c'est l ordinairement la source des prjugs qui bornent leur esprit1 des craintes qui l'avilissent1 des mauvaises inclinations1 dont ces impressions dposent dans leur cerveau un germe que les occasions dvelopent par la suite4 ,il est certain1 que pour quelques ides salutaires qu'on leur donne chaque jour1 dessein de les instruire1 ils en acquirent un fort grand nombre d'un autre genre1 dont il seroit souhaiter qu'ils fussent garantis4 ,qu'on rflchisse encore sur ce qui doit se passer en eux1 lorsque leur entendement ayant fait quelque progrs1 ils connoissent que ceux qui les levent dmentent souvent1 par leur conduite1 les mmes leons qu'ils viennent de leur donner4 ,on leur refuse1 par exemple1 une partie des choses qu'ils veulent manger1 tandis qu'ils s'affligent amrement de ce refus1 on en mange en leur prsence2 on les chtie pour s'tre emports contre les gens qui les servent1 dans l'instant mme1 on grondera devant eux des domestiques2 on se servira des mmes mots dont on vient de leur faire un crime1 ainsi de plusieurs autres contradictions4 ,ces exemples diffrens impriment chacun leur trace dans leur cerveau1 la suite fait connotre combien ce mlange est dangereux4 ,la vritable ducation consiste dans le rapport continuel des exemples qui frapent les enfans1 des discours qu'ils entendent au hazard1 avec les prceptes qu'on leur donne1 ce pourroit tre du moins celle de tous les enfans ns avec une fortune1 qui permet de n'pargner rien de tout ce qui peut contribuer les bien lever#aa4 ,par cette conduite1 ces premires ides1 dont le choix1 l'ordre1 la liaison forment1 vraisemblablement1 le fond de notre caractre1 tant sagement assembles1 quelle facilit on auroit1 dans la suite1 rendre les enfans entirement vertueux aimables#ab6 ,soit qu'on y employt l'ducation particulire1 soit qu'on choist l'ducation publique1 qui est prfrable bien des gards#ac1 on ne trouveroit que des dispositions heureuses cultiver4 ,la raison1 cet assemblage de principes salutaires1 n'auroit point rsister en eux au sentiment4 ,eh6 quelle diffrence d'tre dtermin par les lumires de l'esprit1 uniquement1 ou par un panchant qui s'accorde avec elles6 ,j'avoue qu' la place du sentiment de compassion1 7pour revenir cet exemple17 la raison1 en nous prsentant les divers motifs d'tre secourables1 peut nous engager le devenir2 mais quand la raison agit seule1 il faut qu'elle examine1 qu'elle calcule1 qu'elle nous dtermine1 souvent avec effort2 quand le sentiment nous seconde1 le mouvement qui nous entrane est rapide1 en mme temps agrable4 ,la raison est1 peut-tre1 le seul bien qui nous plat davantage1 mesure qu'il nous en cote moins1 pour l'acqurir pour le conserver4 #aa ,quel objet plus important pour la ,socit que l'instruction de ceux qui1 par leur naissance1 leur rang ou leur fortune1 destins remplir des places considrables1 influeront sur le bonheur ou le malheur des autres hommes8 ,mais les principes que je propose1 appliquables toutes les conditions1 peuvent tre employs 7suppos qu'ils mritent de l'tre7 par les parens1 qui s'occupent eux-mmes de l'ducation de ceux qui leur appartiennent4 #ab ,a supposer qu'un enfant n'auroit re jusqu' l'ge o son entendement est form1 d'autres ides que celles que j'ai appelles salutaires2 je ne prtens pas en conclure1 avec certitude1 qu'il fut entirement vertueux1 raisonnable1 aimable1 c4 ,il se dvelope certains ges des inclinations1 des passions1 qui ont leur source dans les sens1 qui combattent ces premiers principes1 souvent avec avantage2 mais si ces mmes principes n'teignent pas ces nouveaux panchans1 du moins ils en diminuent la force2 ils empchent que l'yvresse ne soit porte l'extrme2 dans les intervalles1 ils reprennent leur empire1 qu'ils tablissent enfin souverainement4 ,quelle diffrence1 d'attendre que les passions soient nes1 pour en enseigner le remde1 ou d'imprimer en nous par avance les principes1 qui leur serviront de frein1 quand elles viendront clorre4 #ac ,voyez ce sujet le ,trait de ,m4 l',abb de ,s4 ,pierre1 intitul3 ,projet pour perfectionner l'ducation1 chap4 ,,xiii1 pag4 #bg4 ,a l'gard de la manire de cultiver la raison des enfans1 lorsqu'elle commence se dveloper1 ou mme qu'elle a fait un certain progrs2 au lieu de leur donner1 comme on fait communment1 des prceptes qui en renferment plusieurs autres1 il faudroit au contraire dcomposer ces maximes1 faire travailler les enfans rassembler toutes les parties dont elles doivent tre formes2 car qu'on leur dise1 par exemple1 qu'avec de l'esprit du savoir on se fait estimer1 c'est comme si1 en leur montrant de l'or des marbres1 on leur proposoit d'lever un riche difice1 qu'arriveroit-il8 ,s'ils se mettoient y travailler1 ou le btiment ne s'avanceroit point1 ou il prendroit des formes bizarres vicieuses2 de mme1 n'tant point encore porte de distinguer s'il y a diffrens genres d'esprit de savoir1 dont les uns plaisent1 les autres sont hassables2 ils ont besoin qu'on leur donne des ides distinctes4 ,ainsi1 que s'expliquant davantage1 peu peu1 on leur fasse entendre qu'avec de l'esprit sociable1 des connoissances qui servent au bonheur des autres hommes1 on en obtient l'estime l'amiti2 que par degrs on leur fasse connotre les qualitez qui rendent l'esprit le savoir aimables3 c'est1 la fois1 en leur montrant des fondemens jetts1 leur donner l'ide de la forme heureuse que l'difice doit prendre3 il ne faut pas s'y tromper1 sans un plan successivement trac1 qui les guide d'tage en tage1 tel qui pouvoit construire un palais1 n'aura lev qu'une tour inaccessible3 tel autre1 sur de vastes fondemens1 n'aura bti qu'une simple cabane1 celui-ci ne se sera tendu qu'en hauteur1 celui-l qu'en superficie2 ainsi un plan sage qui les dirige#ad1 est presque aussi utile la perfection de l'ouvrage1 que les matriaux mme qu'ils employent4 ,c'est donc aux personnes destines l'ducation des autres1 rassembler dans leur ordre1 par convenance aux differens progrs de l'entendement1 toutes les parties qui composent les principes galement salutaires celui qui en est clair1 la ,socit4 ,est-il d'occupation qui mrite davantage toute notre mulation1 d'tude plus intressante pour la raison1 que d'observer de favoriser ces premiers clats de lumire1 qui se combattent1 s'unissent1 se divisent1 se multiplient2 que ces dvelopemens1 quelquefois si surprenans1 d'un esprit qui commence se connotre8 est-il enfin de spectacle plus digne de l'homme raisonnable1 que l'homme qui attend son secours1 pour acqurir la saine raison8 #ad ,si de certains hommes ne vont pas dans le bien jusqu'o ils pourroient aller1 c'est par le vice de leur premire instruction4 ,,la ,,bruyere3 ,de l'homme4 ,des moyens de faire natre dans les enfans le dsir de plaire1 les qualitez de l'ame1 par lesquelles on plat davantage4 ,poser le fondement des vertus dans l'ame des enfans1 leur prsenter en mme temps ces vertus par ce qu'elles ont de sociable1 voil quel doit tre le premier objet de leur ducation2 soit qu'on cherche former leur caractre1 soit qu'on cultive leur esprit1 si l'estime des hommes est un succs louable1 qu'il faut leur faire envisager1 le bonheur attach leur plaire1 doit former le second point de ve4 ,c'est donc dans le sein mme des qualits de leur ame1 des lumires de leur esprit1 des avantages de leur condition1 qu'il faut puiser tous les moyens qu'ils ont d'tre heureux1 en s'occupant du bonheur des autres4 ,pour leur inspirer le sentiment qui runit ces deux intrts1 il s'offre deux voies diffrentes1 qui sont galement ncessaires suivre3 c'est de les louer sur certains avantages1 de ne jamais les entretenir de quelques autres4 ,on peut louer dans un enfant les qualits que sa volont son mulation concourent lui donner1 comme les vertus de l'ame1 les connoissances qui tendent l'esprit2 c'est une manire de l'engager les porter leur perfection1 en les tournant au profit de la ,socit2 mais il faut bien se garder de le flatter sur les distinctions1 sur les prrogatives1 qu'il a rees gratuitement de sa naissance4 ,si vous l'entretenez de la noblesse1 ou de l'illustration de ses ayeux#ae2 si vous faites valoir ses yeux1 la supriorit que lui donnent des dignitez1 qui en imposeront aux autres hommes2 si vous lui vantez des richesses considrables qui l'attendent1 vous le porterez penser qu'il a1 tel qu'il est1 des secours assurs pour se voir considr1 distingu1 respect2 bien-tt1 rempli de confiance1 il croira n'avoir plus rien dsirer1 pour parotre avantageusement dans le monde4 ,l'exprience1 il est vrai1 le dtrompera un jour sur le succs qu'il s'toit promis2 il prouvera qu'on ne russit effectivement que par un caractre qui fasse excuser nos dfauts1 rendre justice nos bonnes qualits4 ,s'il est capable de retour sur lui-mme1 il changera de principes1 il se fera une tude de plaire2 mais quelle diffrence d'y tre port par une habitude contracte ds sa jeunesse1 ou par des rflexions tardives intresses6 ,il lui prendra des momens de paresse1 ou de distraction1 dans la nouvelle route qu'il aura rsolu de suivre2 il manquera son extrieur ses discours1 une certaine grace persuasive1 que le sentiment donne tout ce qu'il accompagne1 qui ne peut tre entirement remplace par l'esprit2 il sera long-temps1 du moins1 effacer les premires impressions qu'aura donnes contre lui1 le caractre dont il cherche se dpouiller3 mais suppos que la raison ne puisse le dterminer changer de caractre1 aveugl par sa vanit1 il fixera son ambition faire valoir les avantages qu'il possde2 si c'est la haute naissance1 croyant en conserver la dignit1 il n'en fera parotre que l'orgueil3 si c'est la richesse1 il en talera tout le faste1 afin de s'enveloper1 7pour m'exprimer ainsi7 dans ses ressources1 mais il ne pourra se faire entirement illusion4 ,forc de reconnotre1 dans mille occasions1 qu'tre aim1 est un bien ncessaire1 que ce bien lui est refus1 il affectera vainement de le mpriser2 il ne joura pas mme de la foible satisfaction de tromper personne cet gard2 on sait que le ddain marqu avec lequel on regarde les autres hommes1 n'est ordinairement qu'un dpit secret de ne pouvoir leur plaire2 quel remde insens il aura recours1 pour se ddommager de n'tre ni dsir1 ni accueilli2 il finira par se rendre hassable#af4 #ae ,di-lui444 ,plutt ce qu'ils ont fait1 que ce qu'ils ont t4 ,,racine1 ,andromaque1 ,tragdie4 #af ,j'ajouterai encore une autre prcaution qu'on pourroit prendre1 pour engager les jeunes gens chercher dans leur caractre dans leur esprit1 les moyens d'tre considrs2 c'est de combattre en eux le got dmesur de la parure4 ,la magnificence1 dans tout autre genre1 peut avoir un caractre de grandeur1 nous faire aimer1 parce qu'elle procure quelque satisfaction aux autres hommes2 mais celle-ci n'a de prix1 que pour celui qui s'en dcore1 personne n'en jout avec lui2 il me semble qu'il en est de la parure1 l'gard des gens du monde 7je n'en excepte pas les femmes7 comme de l'imagination dans les ouvrages d'esprit2 qu'il y en ait une certaine mesure1 c'est une grace qui les fait valoir2 qu'elle se trouve rpandue avec profusion1 c'est une sorte de dlire4 ,ne point entretenir les enfans des avantages attachs leur naissance1 n'est tout au plus que la moiti de l'ouvrage2 il est encore essentiel de les exciter profiter de leur rang de leur fortune1 pour plaire pour se faire aimer2 ce que je propose1 n'implique point contradiction3 on peut leur faire envisager ces mmes distinctions par des cts o leur orgueil ne trouve point de prise1 qui frapent leur raison2 mais dans l'ducation ordinaire1 on prend la route oppose4 ,veut-on inspirer aux enfans ns dans le rang suprieur1 ou dans un tat distingu1 les qualits qu'ils doivent apporter dans la ,socit8 on se sert1 sans en apercevoir la consquence1 de termes qui rveillent en eux des ides de vanit sur leur condition1 comme si on craignoit qu'ils ne sentissent pas assez un jour1 ce qu'ils ont de plus que les autres hommes2 on dira1 par exemple1 aux uns1 qu'il faut tre affables ceux qui leur font la cour1 qu'ils doivent avoir de la bont pour les gens qui leur sont attachs2 le mot de cour except1 on tient peu prs le mme langage aux autres4 ,il faudroit bien pltt1 vitant1 avec un soin extrme1 toutes ces expressions1 dont la vanit des enfans1 plus sensible dja qu'on ne le croit1 ne saisit que trop bien l'nergie2 il faudroit1 dis-je1 n'employer que des termes propres les rendre modestes#ag2 leur recommander1 titre de devoirs1 l'estime la vnration1 pour les hommes d'une vertu distingue1 afin qu'ils ne se croyent pas suprieurs tout4 ,les gards1 les dfrences1 pour ceux qui les recherchent1 afin qu'ils ne pensent pas qu'un regard jett au hazard1 ou un sourire d'habitude1 soit un accueil assez obligeant2 leur faire sentir qu'ils doivent de la reconnoissance des soins qu'on prend pour remplir leur loisir1 de peur qu'ils ne s'imaginent que tout doit tre occup de leurs plaisirs2 les entretenir du respect qu'ils doivent ceux qui les levent1 de l'amiti qu'exige d'eux l'attachement des gens d'un certain ordre1 qui sont leur service4 ,on doit s'attacher sans cesse ne leur faire envisager la grandeur1 que par ce qu'elle a de facile1 de doux1 de caressant1 que par les bienfaits qu'elle peut procurer ou rpandre2 ne leur peindre la fortune1 que sous les traits de la libralit#ah2 n'appeller enfin devant eux1 tous les avantages qu'ils possdent1 que du nom des vertus qui en peuvent natre4 #ag ,l'ducation du ,collge est la plus salutaire1 pour garantir les enfans du pige de l'orgueil4 ,voyez ce sujet1 ce que dit ,m4 l',abb de ,s4 ,,pierre4 #ah ,la libralit est un des devoirs d'une grande naissance4 ,m4 la ,marquise de ,lambert1 ,avis d'une mere son fils4 ,certaines qualits de la personne du caractre1 telles que les agrmens de la figure1 le naturel dans les actions1 dans le langage1 l'enjouement la vivacit1 sont encore de ces dons qu'il ne faut point vanter en prsence des enfans qui en sont dous2 ce seroit les altrer1 que de les leur faire remarquer en eux2 le naturel est une espce d'innocence1 qui perd entirement de ce qu'elle est1 ds qu'on lui apprend se connotre4 ,pour donner lieu aux vertus de natre dans les enfans1 pour pouvoir employer avec succs les avantages de leur condition1 leur inspirer le dsir de plaire1 il y a des dfauts contre lesquels il faut les armer1 sans attendre qu'ils y soient sujets2 parce qu'il est bien diffrent1 par rapport l'avenir1 d'affoiblir des impressions dja faites1 qui peuvent aisment se rveiller1 ou de les empcher de se former2 c'est par des exemples trangers1 comme l'yvresse de l'esclave qu'on exposoit aux regards des jeunes ,lacdmoniens2 c'est par le soin de leur dpeindre avec force1 avec vrit1 7car il ne faut jamais les tromper7 la difformit de ces mmes dfauts1 qu'on parvient leur en inspirer la haine4 ,peut-on prendre trop de soins pour les garantir de l'attention maligne relever les fautes d'autrui1 de l'empressement faire valoir ce qu'ils se croyent de bonnes qualits1 de l'opposition opinitre la volont d'autrui1 dans les choses1 qui par elles-mmes n'ont rien qui doive rpugner2 inclinations si ordinaires l'enfance1 que je regarde comme la source d'une infinit de moyens de dplaire par la suite dans la ,socit8 ,l'attention qu'on remarque dans les enfans relever les fautes des autres1 est vraisemblablement le germe de plusieurs inclinations dangereuses1 qui varient dans leurs effets1 selon la diffrence des caractres#ai2 je conois que dans les ames vertueuses1 ce germe produit la svrit impitoyable avec laquelle elles portent leur jugement sur la conduite des autres3 je lui attribuerois aussi la libert de s'expliquer1 hautement1 sur ce qu'on trouve reprendre dans les autres hommes2 en supposant1 que c'est par horreur pour la fausset1 qu'on ne garde aucun mnagement1 qu'on se montre avec franchise tel qu'on est4 ,je le croirois1 sur-tout1 la cause de ce genre d'esprit caustique1 que l'on colore du nom d'aversion pour le vice1 qui n'est en effet que la haine du genre humain4 #ai ,on dmle presque ds le berceau1 les passions qui se dvelopent dans la suite4 ,m4 ,,rollin1 ,trait des ,etudes1 ,tom4 #c4 ,ce dfaut n'est1 dans la premire enfance1 qu'une malignit peu raisonne1 laquelle on se contente d'opposer quelques remontrances lgres2 il seroit dsirer qu'on le combattt par des punitions1 qu'elles fussent accompagnes de discours propres fraper l'imagination des enfans2 les peines qu'on leur fait prouver1 ne devant tre employes que comme une ide accessoire1 plus capable de fixer dans leur mmoire les principes salutaires qu'on cherche y graver2 ce n'est que quand on y est absolument forc1 qu'aprs qu'on a essay tous les secrets de l'insinuation1 qu'il faut avoir recours ces sortes de punitions2 ,si une honnte pudeur la crainte de dplaire sont les seuls moyens de retenir un enfant dans le devoir#bj1 c'est sur-tout l'gard des qualits heureuses1 qu'on cherche leur faire acqurir1 que la voie de douceur est convenable3 quelle diffrence dans les effets que produit la crainte d'tre puni1 ou celle de dplaire#ba8 ,je suppose que la premire ait vaincu l'opinitret la ngligence1 elle n'aura substitu leur place1 que la docilit timide1 l'exactitude force3 cette dernire y aura fait natre la complaisance le zle2 l'une n'efface que des dfauts1 l'autre tablit des vertus4 #bj ,m4 ,locke1 ,trait de l'ducation1 sec4 ,,lxi4 #ba ,il y a je ne sai quoi de servile en la rigueur contrainte1 je tiens que ce qui ne peut se faire par raison prudence1 ne se fait jamais par la force4 ,montagne1 ,essais1 l4 #b1 ch4 ,,viii4 ,a l'gard de ce premier essor de la vanit des enfans1 qui les porte se vanter de ce qu'ils font de louable1 panchant que la mauvaise ducation non-seulement tolre1 mais excite quelquefois en eux2 il me parot tre la source de cette proccupation de son propre mrite1 qui se marque dans la suite1 par le peu d'attention qu'on fait celui des autres1 de l'habitude de parler de soi1 de plusieurs autres foibles de cette espce4 ,pour empcher le progrs de cet orgueil naissant1 en approuvant les enfans de ce qu'ils ont fait de bien1 il seroit utile d'y ajouter une rcompense quand ils ne s'en seroient point vants3 lorsqu'ayant l'esprit plus form1 leur vanit s'annonce avec un peu plus de finesse1 il faut1 ce me semble1 pour le combattre1 plus de patience d'art1 que d'autorit1 de scheresse4 ,s'il arrive qu'un enfant trouble la conversation1 pour conter1 ou pour parler de soi2 qu'il vienne taler ses talens1 quand rien ne lui donne lieu d'en faire usage1 ou qu'il amne1 grossirement1 une occasion de les prodiguer2 au lieu1 de l'interrompre1 d'abord1 avec duret1 action qu'il regarderoit peut-tre comme un trait d'humeur#bb1 ne vaudroit-il pas mieux le traiter exactement1 comme il seroit trait1 s'il toit alors dans le monde#bc8 commencer par l'couter8 lui marquer successivement le sentiment d'ennui ou d'impatience qu'il cause1 afin de l'amener s'en apercevoir se taire8 ,il est vrai-semblable1 qu' moins qu'il ne manque entirement de sensibilit1 il se corrigera d'une confiance qui lui promettoit des succs1 dont il ne retirera jamais que des dgots de la honte4 #bb ,il est bien important d'agir toujours avec un enfant1 de manire qu'il aperoive le motif raisonnable qui vous fait le quereller1 ou le punir1 ou l'applaudir4 #bc ,l'ducation1 bien des gards1 doit avoir pour objet de produire par avance en nous1 l'effet de l'exprience4 ,cette mthode pourroit avoir lieu dans toutes les occasions o il s'agiroit de fixer leur attention1 ou de combattre leurs caprices2 ce seroit avancer le progrs de leur raison1 que de leur parler toujours comme s'ils toient raisonnables4 ,reprendre les enfans1 avec duret1 quand ils parlent ou agissent inconsidrment1 les fraper de cette crainte qui abaisse le courage1 c'est les jetter1 souvent1 dans une autre extrmit2 c'est les rendre timides4 ,eh6 quelle ducation que celle qui1 combattant le panchant1 sans clairer la raison1 ne sauve un dfaut que par un autre2 suppos qu'on ft forc de choisir1 entre ces deux-ci1 peut-tre le premier devroit-il parotre prfrable8 ,la prsomption diminue1 il est vrai1 le prix de nos bonnes qualits1 mais la timidit les empche de parotre2 si par la premire1 on rvolte les esprits1 parce qu'on cherche trop les occuper de soi1 quelquefois aussi1 on leur en impose3 par l'autre1 comme on ne les occupe pas assez1 on en est ignor1 on est compt pour rien4 ,ordinairement la timidit rend sauvage1 il y a bien de l'inconvnient l'tre3 l'habitude de vivre ensemble est un des principaux liens qui concilient les hommes2 parce qu'elle adoucit insensiblement l'effet que produisent sur eux les dfauts d'autrui2 que donnant lieu aux services mutuels1 elle fait natre la confiance1 le besoin de se chercher4 ,or les gens qui se livrent rarement la ,societ1 sont privs de tous ces moyens d'y russir2 ils y sont trangers1 ils n'entendent qu'imparfaitement le langage de ceux qu'ils abordent2 car dans la bonne compagnie mme il y rgne un peu de ce qu'on apelle cotterie4 ,il y a de certaines plaisanteries convenues2 une finesse arbitraire qu'on attribue de certaines expressions1 que celui qui n'est pas instruit des circonstances qui les ont accrdites1 trouve froides ou obscures3 sujet prendre pour une vrit ce qui n'est qu'une ironie1 il restera srieux o les autres seront livrs la joie4 ,s'il en toit quitte pour n'tre point remarqu1 si on s'en tenoit avec lui l'indiffrence1 quoique ce partage flatte peu l'amour propre1 il y gagneroit encore2 car1 comme en gnral1 on trouve plus de plaisir condamner les gens qu' les plaindre1 plutt que d'attribuer le caractre farouche la timidit1 on le souponne1 volontiers1 de natre d'un mpris secret pour les autres4 ,afin de sentir davantage les inconvniens de la timidit1 considrons-la1 particulirement1 dans les personnes d'esprit qui en connoissent tout l'abus1 qui dans chaque occasion ont besoin de nouveaux efforts pour la vaincre2 elle y produit un contraste dont on est avec justice tonn4 ,il y a des gens toujours embarrasss1 quand ils arrivent dans un lieu1 o il y a beaucoup de monde2 ils abordent avec un air entrepris1 on voit qu'ils ne sont point leur aise1 cette gne parot mal fonde2 on cherche leur faire sentir qu'on connot tout ce qu'ils valent1 on les rassure avec bont1 voici l'effet que cette bont 7souvent un peu trop marque7 leur cause4 ,a quoi croiroit-on que leur esprit s'appliquoit1 tandis qu'on faisoit des efforts pour ne point l'intimider8 ,il employoit le temps de son trouble examiner le tribunal qui l'a d'abord allarm1 il s'est aperu que raisonnablement il n'avoit pas tant de sujet de le craindre1 pour se ddommager de s'en tre d'abord laiss imposer1 il passe de nuance en nuance1 de l'inquitude au calme1 du calme la critique2 il a dml l'affectation1 la mieux dguise1 d'avoir de l'esprit1 la modestie feinte qui drobe le plus habilement ce qu'elle a d'emprunt1 il pntre enfin dans les replis de la vanit2 bien-tt cet ,aropage qui avoit besoin1 il n'y a qu'un instant1 de temprer sa dignit1 s'aperoit qu'il est devenu l'amusement de celui qu'il craignoit de faire trembler1 il se trouve que c'est le ,juge qui finit par tre condamn4 ,j'examinerai1 dans un autre endroit1 l'effet de la timidit sur les petits esprits3 je reviens l'opposition opinitre la volont d'autrui1 qui accompagne ordinairement les premires annes de l'enfance2 qui se mtamorphosant dans la suite1 devient la cause de l'humeur imprieuse1 de l'esprit de contradiction1 des autres dfauts qui forment l'attachement notre propre volont1 notre opinion4 ,comme cette opposition se montre souvent dans les enfans lorsqu'ils n'entendent encore qu'une partie de leur langue naturelle1 que les chtimens pourroient l'irriter1 il me parot bien difficile de la combattre avec succs4 ,une tude constante sur la manire de rompre cette malheureuse disposition1 peut seule en offrir les moyens2 il est certain que les fausses frayeurs qu'on leur inspire#bd1 ne font qu'ajouter un mal de plus1 ne gurissent point la cause de celui qu'on traite2 leur mauvaise humeur est captive non pas dtruite3 mais puisqu'au moyen des peintures fantastiques par lesquelles on frape leur imagination1 on prouve qu'on peut les distraire de leur opinitret1 pourquoi ne pas employer des images qui causent cette diversion1 sans imprimer1 dans leur entendement1 des sujets chimriques de frayeur8 ,c'est aux personnes qui les levent imaginer1 multiplier ces moyens de diversion1 pour rompre leur mauvaise humeur1 dont l'habitude seule est craindre3 je suis persuad que1 dans bien des personnes1 plusieurs dispositions vicieuses se sont vanoues1 parce que l'habitude ne les a point entretenues#be4 #bd ,on leur peint un grand homme noir1 un dragon qui doit les dvorer444 #be ,je trouve1 dit ,montagne1 que nos plus grands vices prennent leur pli ds notre plus tendre enfance2 ces semences se germent s'levent aprs gaillardement1 profitent force1 entre les mains de la cotume1 ,essais1 l4 ,,ii1 ch4 ,,xxii4 ,quant au panchant la contradiction1 je pense qu' mesure que les enfans ont plus d'esprit1 l'ducation peut domter en eux ce dfaut1 plus aisment qu'elle ne feroit l'humeur caustique4 ,comme la contradiction n'amuse1 ni n'exerce l'esprit de celui qu'elle domine1 l'esprit son tour ne s'occupe point entretenir un travers1 qui ne lui est d'aucun avantage2 il peut1 au contraire1 par l'ducation1 travailler efficacement le dtruire2 au lieu que cette sagacit discerner1 peindre ce qu'on trouve reprendre dans autrui1 est un exercice de l'esprit dont il jout1 dont il s'applaudit sans doute1 sduit par l'ide de supriorit sur les autres qu'il y attache2 c'est un grand ouvrage pour la raison de nous arracher aux dfauts du caractre1 quand ils font briller notre imagination4 ,des connoissances de l'esprit des talens qui doivent entrer prfrablement dans l'ducation des enfans pour leur donner les moyens de plaire4 ,entre les diffrentes tudes#bf qui doivent prcder le temps o l'on entre dans le monde1 voici celles qui me paroissent tenir davantage la matire que je traite1 l'ordre dans lequel je crois qu'elles doivent se succder4 ,l'intelligence des langues1 l'histoire1 les exercices les talens1 la connoissance des ouvrages d'esprit1 des arts agrables3 l'habitude au stile pistolaire1 les usages du monde1 la connoissance des hommes de son sicle4 #bf ,plusieurs ,ouvrages1 justement estims1 qui traitent du choix de la mthode des tudes1 semblent avoir puis les plus sages ves sur cette matire2 mais je prie qu'on se souvienne que je n'envisage ici les tudes1 que par le secours dont elles peuvent tre au dsir de plaire d'tre aim4 ,je ne rappellerai point ici de quelle utilit sont les langues anciennes1 j'exposerai1 seulement1 que dans l'ducation des enfans destins vivre dans le monde1 l'tude de leur langue naturelle me parot indispensable2 rien ne dgrade tant l'esprit1 ne parot borner davantage l'imagination1 que de se tromper sur le vrai sens des mots4 ,je croirois convenable aussi d'y faire entrer la ,langue ,angloise l',italienne1 afin d'tre porte de suivre la route le progrs que fait l'esprit dans les ,ouvrages de ces deux ,nations4 ,aprs l'tude des ,langues1 l',histoire universelle est une carrire qu'il faut faire parcourir aux jeunes gens2 de manire que dans le cours de leur vie ils puissent s'y reconnotre1 chaque fois qu'ils y seront ramens4 ,c'est assez1 pour le plus grand nombre1 d'en savoir les faits gnraux3 mais je comprens1 dans cette connoissance de l',histoire universelle1 celle des principales ,nations actuellement rpandues dans les trois autres parties du monde#bg1 ainsi que l'tat prsent1 mais moins abrg des ,nations de l',europe4 #bg ,pour preuve de l'utilit de cette connoissance1 lisez l'histoire de la ,chine par le ,r4 ,p4 du ,halde4 ,je mets part l'histoire de notre ,nation1 qu'il est ncessaire de possder avec plus d'tendue1 sur-tout l'gard des derniers sicles1 qu'on ne peut connotre dans un trop grand dtail2 parce qu'ils prsentent des objets intressans#bh1 tant plus raprochs de nous1 plus souvent ramens dans la conversation4 #bh ,puisqu'on ne peut esprer qu'un enfant ait le temps la force d'apprendre toutes choses1 il faudroit s'appliquer sur-tout lui enseigner celles qui doivent tre du plus grand du plus frquent usage dans le monde4 ,m4 ,locke1 ,trait de l'ducation1 sec4 ,,xcvi4 ,les exercices doivent concourir avec les tudes prcdentes2 ceux sur-tout qui peuvent1 en formant le corps1 lui donner de la grace1 sont d'une ncessit indispensable1 cause de l'impression subite que notre extrieur fait en notre faveur1 ou notre dsavantage4 ,les agrmens de l'esprit sont long-temps dtruire le dgot que des faons rebutantes ont inspir2 je dis dtruire1 souvent ils ne font que le pallier3 il y a1 dans le pouvoir qu'a sur nous le rapport de nos yeux cet gard1 quelque chose qui me parot avilir beaucoup notre jugement4 ,on se sent1 communment1 moins de rpugnance pour une personne qui se produit avec une tourderie confiante1 qui donne lieu de souponner qu'elle a peu de raison1 que pour une autre qui se prsente avec un air grossier1 ignoble1 quoique sens4 ,quand ce ne seroit que pour connotre jusqu'o le premier donne prise la critique1 on s'en occupe1 on l'coute1 on se remplit1 avec plaisir1 des motifs qu'on dcouvre de le mpriser2 le croiroit-on1 c'est le traiter avec moins de ddain encore qu'on ne fait le second1 qui devient comme ananti2 on l'a jug au premier coup d'il1 on ne daigne plus s'apercevoir s'il existe2 suppos qu'il ose vous tirer de la ltargie o vous tes son gard1 qu'il prenne vous adresse la parole1 il montrera inutilement du sens1 peut-tre des lumires2 la contradiction aigre sera le meilleur traitement qu'il prouve2 bien des gens croiroient s'avilir de rpondre un homme d'esprit qui n'a pas le maintien qui leur en impose4 ,a l'gard des talens1 si l'on ne les examine que par ce qu'ils peuvent tre notre bonheur1 si l'on met en balance ceux qui appartiennent purement l'esprit1 avec ceux qui semblent n'tre point de son ressort1 tels que certains exercices1 l'art du chant1 de la danse1 des instrumens1 c4 peut-tre ces derniers parotroient-ils prfrables8 ,combien d'cueils environnent les premiers6 ,en faire un usage vicieux1 soit que l'envie nous y porte1 ou que l'imagination nous gare1 n'offre que de trop frquens exemples4 ,sont-ils d'un ordre distingu1 ils excitent dans quelques rivaux la jalousie la plus envenime1 1 tout bien calcul1 ils produisent plus de dgots que de satisfaction2 au lieu que les autres ne manquent jamais de succs1 quand mme ils seroient mdiocres1 parce qu'on n'en exige la perfection que dans ceux dont la profession est d'y parvenir4 ,on ne vous les conteste pas1 lors mme qu'ils sont suprieurs1 ils deviennent autant de chanes1 qui attachent d'autant mieux ceux qu'elles attirent1 qu'elles n'allarment point leur vanit3 enfin si ces derniers rendent moins notre amour propre1 ils font davantage pour la douceur de notre vie2 ils peuvent remplacer en nous ceux de l'esprit1 ne les touffent point1 s'ils y naissent avec le caractre de supriorit2 car ils sauront bien alors percer se faire connotre4 ,le choix qu'on doit faire entre les talens de diffrent genre1 offre encore bien d'autres sujets d'examen2 il y a une convenance entre le rang des personnes qu'on leve1 leur destination1 les talens qu'elles peuvent avoir avec biensance1 qu'il me parot indispensable de consulter4 ,quand l'tat des enfans est arrt de bonne heure1 il est ais1 en leur prsentant habituellement cette perspective1 de placer dans leur point de ve les objets diffrens1 que la raison veut qu'ils considrent du mme coup d'il2 l'ordre des devoirs1 le choix des plaisirs compatibles avec le personnage qu'ils auront remplir1 naissent naturellement de la connoissance qu'ils ont de leur situation2 ainsi on ne peut trop fixer leurs regards vers ces mmes objets#bi1 car il faut1 en gnral1 pour russir dans le monde1 un certain accord entre nos gots1 notre ton de plaisanterie1 ce que nous sommes1 qui ne peut tre remplac que par une supriorit d'esprit donne bien peu de personnes4 ,rien n'expose davantage la critique1 que de n'avoir pas l'amour propre convenable son tat1 que de ne pas sentir qu'il ne suffit pas de plaire1 qu'on ne doit y parvenir que par des moyens qui n'tent rien la considration o l'on doit naturellement prtendre4 #bi ,m4 ,locke remarque qu'on prend rarement cette route2 ceux1 dit-il1 qui disposent de l'ducation des enfans1 se rglent sur ce qu'ils peuvent enseigner plutt que sur ce que les enfans ont besoin d'aprendre de l'tude1 sec4 ,,xcvii4 ,examinons d'abord ce que les talens sont aux personnes du premier rang2 les aimer fait une douceur dans leur vie1 les rcompenser fait une partie de leur gloire4 ,quels avantages trouveroient-elles les possder8 elles n'en ont pas besoin pour plaire4 ,aisment rebutes des soins pnibles indispensables qu'il en cote pour les acqurir1 tandis qu'elles resteroient peut-tre au dessous de la mdiocrit1 on les accableroit des loges qui ne sont ds qu' la perfection2 doivent-elles augmenter le nombre des piges1 o la flatterie qui les assige sans cesse1 ne cherche qu' les attirer8 ,mais je suppose qu'elles parvinssent les possder dans un degr minent1 ne sont-elles pas1 par leur propre lvation1 au dessus de pareils succs8 ,que leur serviroit un mrite dont leur suffrage est la plus douce rcompense8 ,l'avantage de disputer1 mme de remporter ce prix1 est infrieur1 pour elles1 la gloire de le donner4 ,l'espce de rgle1 que je viens de proposer1 a1 sans doute1 ses exceptions3 on voit dans le rang dont je parle1 des personnes si heureusement nes pour la supriorit en tout genre1 que l'esprit les talens semblent ajouter1 en elles1 aux prminences de leur rang mme4 ,a l'gard des hommes destins ces premiers emplois1 dont les fonctions sont srieuses austres1 il est peu de talens1 si vous en exceptez l'loquence1 qui paroissent leur convenir2 faits pour en imposer1 pour attirer la considration le respect1 ils ne peuvent1 sans se rabaisser1 tre apers par des avantages aussi frivoles1 que le sont1 compars la gravit de leur tat1 les talens qui font l'amusement de la ,socit4 ,je ne me fonde ici que sur l'opinion du vulgaire2 mais le vulgaire se trouve dans toutes les conditions3 car s'ils n'avoient pour juges que de bons esprits1 loin d'assujettir leur loisir l'extrieur grave de leurs fonctions1 on aimeroit au contraire dans tous les momens o ces devoirs pnibles leur donnent quelque relche1 les voir se livrer tous les dlassemens convenables aux autres hommes4 ,la raison devroit-elle se plier des usages plus svres qu'elle-mme8 ,mais certains usages sont respects par le sage1 quoiqu'il connoisse l'erreur de leur principe4 ,cette exclusion des talens agrables1 je dois faire encore cette observation1 n'est pas toujours absolue2 il est des hommes qui savent imprimer le caractre de biensance tout ce qu'ils adoptent3 un certain charme rpandu dans leur esprit1 allie1 avec dcence1 aux fonctions srieuses qui les font considrer1 les dons qui rendent leur commerce agrable4 ,a quelque tat qu'on soit destin1 la connoissance des ouvrages d'esprit est convenable1 peut-tre ncessaire2 tre instruit1 produit deux avantages2 on dcide moins1 on dcide mieux4 ,mais comme la lecture ne donne pas des lumires sres tous les esprits1 c'est aux personnes qui nous levent1 y suppler2 elles doivent1 par le secours de la conversation1 vitant le ton de prcepte1 nous instruire sur les ouvrages d'esprit1 de ce que les ouvrages mme ne nous apprennent pas toujours la manire d'en bien juger4 ,comment laisse-t-on ignorer aux gens qui vont entrer dans le monde1 le sentiment tabli1 le plus gnralement1 sur le mrite les dfauts d'une certaine quantit de livres clbres dont ils entendront parler8 ,on les expose porter de faux jugemens sur des matires dcides1 rien ne dplat davantage4 ,ce manque de connoissance a d'autres inconveniens1 que j'exposerai en parlant des usages du monde4 ,il est utile encore de leur donner1 de la mme manire1 une ide assez tendue des arts agrables1 particulirement de ceux qui dpendent autant du got1 que des rgles2 outre le plaisir qui est attach ces connoissances1 l'esprit y gagne un certain agrment2 c'est une qualit liante de plus1 de sentir le prix de ces merveilles1 que les arts nous prsentent3 je pense enfin qu'on est plus heureux1 qu'on plat davantage1 quand on est porte de juger1 avec dlicatesse1 de ce qui constitue les plaisirs qui rendent la ,socit aimable1 sans blesser l'honntet des murs4 ,il est vrai que de cette multiplicit de connoissances de talens vulgaires1 il peut natre1 dans quelques jeunes gens1 un dfaut qui les rendroit insuportables2 les petits esprits s'estiment plutt par la quantit d'objets qu'ils embrassent1 que par la manire de les saisir3 on ne le croiroit pas1 sans l'exprience1 il est plus ais d'tre modeste1 avec une supriorit de lumires ou de talens1 qu'avec un assemblage de connoissances communes dont les occasions de faire usage se succdent presque sans cesse4 ,on a bien du panchant se croire un homme universel1 parce qu'on est universellement mdiocre4 ,l'ennuyeux commerce que celui des gens qui sont un peu tout ce qu'ils veulent tre6 ,ils talent1 si volontiers1 avec une confiance si parfaite1 toutes les petites richesses qui les environnent2 ils vous en font l'histoire1 ils en vantent eux-mmes le succs2 ils se glorifient mme de celles qui leur manquent3 c'est1 selon eux1 par paresse1 par indiffrence1 qu'ils ne les ont point acquises4 ,c'est ceux qui nous levent1 rgler notre amour propre cet gard1 en nous accoutumant penser1 que le seul moyen de faire valoir nos avantages1 de quelque espce qu'ils soient1 c'est de les mettre toujours au dessous mme de leur vritable prix#cj4 #cj ,la modestie raisonnable par rapport aux grandes qualitez dont on a donn des preuves1 consiste ne montrer d'opinion de soi-mme qu' un degr infrieur celui de l'estime que vous marquent les autres1 mais l'gard des avantages de peu de mrite1 la modestie doit aller jusques ne se prter en rien aux louanges qu'on leur donne2 c'est s'exposer avec les gens qui les misres de la vanit d'autrui sont charge1 que d'couter avec complaisance des loges sur nos petits talens2 mais en raconter srieusement nous-mmes le succs1 est un vritable ridicule4 ,par le secours des entretiens amens de manire qu'ils n'auroient pas l'air de leons1 on pourroit porter plus loin l'ducation l'gard des jeunes gens1 dous d'une certaine intelligence2 ce seroit de leur faire connotre le terme 7autant qu'il parot dtermin7 o l'esprit de leur sicle est parvenu par rapport aux ,sciences1 aux connoissances sublimes1 aux grands talens4 ,ils viteroient1 par-l1 deux extrmits qui marquent de la petitesse d'esprit2 l'une est de n'admirer les ,sciences que par ce qu'elles ont de mystrieux1 au lieu d'attacher leur prix l'utilit dont elles peuvent tre la ,socit3 l'autre1 de les estimer moins mesure que le nombre des ,savans se multiplie3 ainsi1 les accoutumant ne pas juger l'esprit sur la foi du vulgaire1 ils ne retomberoient pas dans ces redites vagues si ennuyeuses pour les gens senss1 sur ce que le sicle dgnre2 ils verroient que ce qu'on appelle dcadence cet gard1 ne regarde que quelques branches qui ont dcru1 la vrit1 mais dont le sicle est ddommag par d'autres qui se sont tendues#ca4 #ca ,il est bien rare de voir des estimateurs quitables sur ces pertes sur ces compensations4 ,le foible commun est de dgrader son sicle pour lever le prcdent3 d'autres hommes estiment le leur par prfrence2 dans ces deux opinions1 c'est presque toujours l'avantage particulier qu'ils trouvent suivre l'une ou l'autre1 c'est le rapport qu'elles ont avec les connoissances ou les talens par lesquels ils s'estiment eux-mmes1 qui dtermine leurs regrets sur ce qu'on a perdu1 ou leur prvention sur ce qui reste4 ,j'insiste sur ce qu'on instruise les enfans ces diffrens gards1 par des entretiens pltt que par la lecture4 ,les esprits lents qui n'ont d'acquit que ce qu'une tude opinitre leur en a donn1 ont peine1 quelquefois1 estimer le savoir1 qui tant en partie le fruit de la conversation1 en a pris l'air facile3 ce mrite diffre trop du leur1 o l'on reconnot le travail qu'il a cot2 ils sont au sujet de la conversation1 comme ces hommes levs dans des pays montueux1 qui1 infatigables parcourir des routes pnibles1 se lassent aisment dans la plaine#cb4 #cb ,les ves courtes1 je veux dire les esprits borns resserrs dans leur petite sphre1 ne peuvent comprendre cette universalit de talens1 que l'on remarque quelquefois dans un mme sujet2 o ils voyent l'agrment1 ils en excluent la solidit4 ,la ,bruyere1 du mrite personnel4 ,une autre tude peu cultive1 cependant bien utile1 est celle du stile pistolaire3 la plpart des jeunes gens1 entrant dans le monde1 ceux mme qui parlent bien1 sont si peu forms ce stile1 qu'ils crivent peine raisonnablement2 c'est une faon de dcrier soi-mme son esprit1 qui lui fait toujours perdre de l'opinion favorable qu'on en avoit conue dans la conversation4 ,ce talent de bien crire est un moyen de russir1 dont on a souvent lieu de faire usage2 c'est en quelque sorte une autre manire de vivre avec les personnes qu'on aime1 qui l'on veut plaire4 ,peut-on ngliger d'inspirer aux enfans le dsir d'acqurir cette ressource1 ne leur pas donner les instructions qui peuvent la procurer8 ,quand je propose de les instruire cet gard1 je ne prtens pas qu'il y ait des rgles leur faire apprendre1 ni des formules ingnieuses leur prescrire2 les unes seroient trop tendues1 passeroient souvent la porte de leur esprit1 les autres ne serviroient qu' le leur gter4 ,on pourroit seulement leur faire connotre les dfauts qu'ils ont viter3 je ne parle point de ce qui concerne le crmonial2 thorie facile1 que1 sans doute1 on ne doit point leur laisser ignorer4 ,il faudroit donc les mettre dans l'habitude d'crire1 non en leur proposant des sujets imaginaires1 qui ne les intressant point1 leur feroient regarder ce travail1 comme une tche pnible1 leur donneroient peut-tre du faux dans l'esprit2 mais en faisant natre des occasions frquentes1 o ils fussent obligs d'crire1 pour obtenir ce qu'ils dsireroient avec empressement2 les accoutumer ensuite cultiver1 de la mme manire1 les liaisons qu'ils auroient formes avec des gens de leur ge1 les familiariser ainsi1 successivement1 avec les diffrentes matires qu'ils pourroient traiter dans le cours de leur vie4 ,ce qui constitue une lettre bien crite1 ne consiste pas1 seulement1 dans la correction du style1 dans la clart du sens1 ni dans l'exactitude remplir les loix communes de la politesse ou du respect2 c'est quelquefois en ngligeant1 un certain point1 quelques-unes de ces rgles1 qu'on russit le mieux2 c'est une quantit de nuances1 qu'il faut saisir1 soit dans le ton1 soit dans l'attention viter l'esprit1 ou en mettre jusqu' un certain point4 ,ce sont1 enfin1 les convenances particulires1 de personne personne1 qui forment autant de rgles dlicates1 qu'on observe mieux1 mesure qu'on a plus de sens d'esprit1 qui caractrisent le bon ,ecrivain en ce genre3 mais cette habitude1 si ncessaire1 des biensances1 ne s'acquiert dans une certaine perfection1 que par la connoissance des usages du monde#cc4 #cc ,on nglige assez gnralement un art facile qu'on peut honorer du nom de talent1 quand il est port une certaine perfection1 c'est de bien lire les ouvrages de prose de posie3 il y a une sorte de honte lorsqu'on est dans le cas de lire haut1 de s'en acquiter de mauvaise grace4 ,ce qu'on apelle les usages du monde1 consiste 7si je ne me trompe7 dans la prcision avec laquelle on emploie le savoir-vivre1 la politesse1 l'empressement ou la retenue1 la familiarit ou le respect1 l'enjouement ou le srieux1 le refus ou la complaisance1 enfin tous les tmoignages de devoirs ou d'gards qui forment le commerce de la ,socit4 ,on pourroit1 par quelques observations gnrales1 donner l'ide de ces usages aux personnes qu'on leve1 c'est--dire leur indiquer ce qui s'en loigne1 pltt que la manire prcise de les remplir2 mais comme cette thorie ne les instruiroit que trs-imparfaitement1 il faut tcher de tirer les prceptes des exemples mmes1 les accoutumer1 ds la premire jeunesse1 remarquer quels sont ces usages dans des personnes qu'on peut leur proposer pour modle4 ,cette connoissance est d'autant plus indispensable1 que tout autre savoir1 l'esprit mme1 suffisent rarement pour y suppler4 ,le manque d'habitude des usages du monde1 cause ordinairement une timidit d'une espce diffrente1 selon que nous avons plus ou moins d'esprit4 ,dans cette situation1 les gens de bon sens s'embarrassent1 mais sans trop de crainte1 qu'on s'aperoive de leur trouble2 ils connoissent ce qui leur manque1 cet gard1 leur amour propre n'en est humili qu' un degr raisonnable4 ,dans les petits esprits1 cette ignorance produit la mauvaise honte1 foiblesse bien plus reprochable que le dfaut qui l'a fait natre4 ,cette honte1 mal entendue1 est un soulevement de notre orgueil1 qui nous porte affecter de savoir ce que nous sentons bien que nous ignorons1 ou dissimuler grossirement notre ignorance2 c'est un manque de courage1 qui nous empche d'avouer un tort qui seroit demi effac1 si nous paroissions le connotre1 que nous augmentons encore1 lorsque nous croyons le sauver1 par cette fausse confiance2 le dfaut nous empche de plaire1 le remde mal choisi nous fait mpriser4 ,c'est cette mauvaise honte1 dont il est essentiel de dsabuser ceux qui s'en laissent aveugler2 il faut1 dans toutes les occasions1 la dmasquer en eux avec finesse avec svrit1 en dmler tous les dtours1 afin qu'ils sentent l'illusion de ce prestige1 qui n'en impose personne1 qu'ils soient bien persuads que le seul moyen de trouver grace sur les qualits qu'on dsireroit en nous1 est d'avouer qu'elles nous manquent4 ,si on leve de jeunes gens1 qui1 avec de l'esprit1 se trouvent une certaine incapacit de saisir ces usages du monde1 soit par un caractre naturellement sauvage1 qui les retire de la ,socit1 soit par un got dominant pour les ,sciences1 qui les rende indiffrens distraits sur tout le reste1 je ne connois qu'une conduite tenir avec eux1 c'est de les accoutumer sentir avouer1 comme je l'ai dit1 que c'est un mrite qui leur manque3 mais il faut que ce soit1 avec modestie1 qu'ils en conviennent2 car il arrive quelquefois1 que pour se disculper avec soi-mme1 de n'avoir ni les manires1 ni le langage qui plat dans le monde1 on s'excite ne regarder qu'avec mpris cette sorte de science2 on laisse apercevoir qu'on s'applaudit intrieurement de n'avoir point employ son esprit cette tude qu'on suppose absolument frivole4 ,on regarde avec une certaine piti1 qu'on croit philosophique1 les succs que ces agrmens procurent ceux qui les possdent2 cette ressource est incontestablement la plus mauvaise4 ,quand on passe pour avoir de l'esprit1 il est bien moins nuisible de parotre dcontenanc1 que mprisant4 ,on voit assez gnralement que quand on dplat1 c'est moins parce que les qualits aimables nous manquent1 que par les dfauts que notre vanit1 qui en souffre1 nous fait substituer leur place4 ,c'est encore peu que d'tre instruit des usages de la ,socit1 si on n'y joint la connoissance du caractre des hommes qui la composent1 si l'on n'y apporte cet esprit d'examen si ncessaire pour juger sainement des personnes avec lesquelles on se lie1 afin de discerner quel degr on doit les chrir1 les estimer1 ou les craindre4 ,la connoissance des hommes de son sicle1 est donc indispensable1 lorsqu'on veut satisfaire1 convenablement1 pour eux1 pour soi-mme1 ce qu'on leur doit1 ainsi que pour aller avec biensance1 par de-l les devoirs1 s'il est ncessaire1 afin d'en tre aim4 ,les livres qui peignent les diffrens caractres des hommes1 n'offrent1 cet gard1 qu'une thorie souvent peu utile1 mme aux meilleurs esprits1 s'ils ne l'appliquent en mme temps qu'ils l'acquirent1 aux exemples vivans dont elle leur offre l'image4 ,on trouve assez communment des gens remplis de beaucoup de lecture1 qui connoissent tous les portraits qui ont t faits des hommes1 ne connoissent pas les hommes mmes2 ils ont prsens tous les caractres de la ,bruyere1 ceux du ,cardinal de ,retz1 se trompent grossirement sur le jugement qu'ils portent du caractre des personnes avec lesquelles ils passent leur vie4 ,on pourra m'objecter que cette connoissance des hommes de son sicle1 que je recommande1 combattroit peut-tre dans bien des esprits1 ce dsir de leur plaire1 que j'ai regard comme un des principaux objets de l'ducation4 ,m'instruire voir la plpart des hommes1 tels qu'ils sont1 c'est m'exposer1 me diroient-ils1 les mpriser1 il y auroit de l'inconsquence vouloir plaire ce qu'on n'estime pas1 ou de la bassesse s'y porter par l'intrt qu'on auroit en tre aim3 ,comment dans cette situation1 si je veux plaire1 puis-je viter la fausset8 ,on passe sa vie avec des personnes dont l'amour propre n'est point flatt1 si vous ne les louez que par les qualits qui ne leur sont point contestes1 il faut1 sous peine de leur inimiti1 perdre de ve ce qu'elles sont1 pour sourire ce qu'elles s'imaginent tre4 ,je rpondrai1 que plus on est capable de cette droiture d'esprit qui nous fait sainement connotre en quoi consiste l'humanit1 plus on est persuad que rien ne nous dispense d'apporter1 dans la ,socit1 les qualits qui l'entretiennent4 ,l'ducation doit faire concourir ces deux principes1 les hommes sont assujettis bien des dfauts1 mais il faut vivre avec les hommes2 celui qui est le plus en droit de les condamner1 a lui-mme besoin de leur indulgence4 ,qu'on examine un ,misantrope1 il entre souvent plus de vanit dans son caractre1 que de vritable haine pour les vices attachs la condition humaine3 on tale le chagrin avec lequel on les envisage1 comme une espce de protestation contre la part qu'on peut y avoir1 quoiqu'on la suppose mdiocre2 on pense intimment1 que lorsqu'on a dit1 il est bien humiliant d'tre homme1 on est un homme suprieur2 au lieu que la vritable supriorit seroit de voir les vices de la ,socit sans tonnement1 sans tre rebut d'elle#cd4 ,le ,sage ne pourroit-il pas la regarder comme il fait la sant8 ,il connot supporte patiemment ses rvolutions dont il tudie les causes1 afin de les combattre autant qu'il est en son pouvoir2 c'est sans foiblesse qu'il se contraint pour la mnager1 parce que c'est elle qui fait la principale douceur de la vie4 #cd ,tous ces dfauts humains nous donnent dans la vie ,des moyens d'exercer notre philosophie4 ,c'est le plus bel emploi que trouve la vertu2 ,et si de probit tout toit revtu1 ,si tous les curs toient francs1 justes dociles1 ,la plpart des vertus nous seroient inutiles4 ,,moliere1 act4 #e4 du ,misant41 scne #a4 ,si c'est l'amour propre qui nous rend si dlicats sur les dfauts des autres1 qui nous inspire le panchant de leur faire sentir que nous en sommes fraps1 l'art de l'ducation doit tre de se servir de ce mme amour propre1 pour tablir la vertu oppose cette fausse haine du vice4 ,c'est elle graver dans le fond de notre ame cette vrit2 celui qui avilit par ses dedains ou par ses discours1 le peu d'hommes qui l'environnent1 n'est suprieur1 7si c'est l'tre7 qu' ce petit nombre dont il se fait har4 ,celui qui1 connoissant la nature humaine1 dfectueuse comme elle l'est1 la considre sans orgueil1 sans se croire dispens d'tre doux sociable1 a saisi la seule manire d'tre au-dessus des autres hommes1 jout du plaisir d'en tre aim4 ,avec de pareils principes1 qu'il n'est pas difficile d'tablir en nous1 la connoissance des hommes de son sicle ne deviendroit pas plus dangereuse que la sincrit1 quelques autres qualits1 qui sont des vertus en elles-mmes1 mais dont on peut abuser4 ,il est certain que sans cette connoissance1 on peut1 avec beaucoup d'esprit1 ne russir que bien imparfaitement dans le monde4 ,il est vrai que l'ducation ne nous donne pas le fond d'esprit ncessaire pour bien connotre le vrai caractre1 le genre d'amour propre des gens avec qui nous sommes en ,socit1 ainsi que pour remplir1 avec une certaine supriorit1 les usages du monde2 mais elle doit nous faire remarquer1 dans autrui1 dans nous-mmes1 ce qui blesseroit ces mmes usages#ce4 ,voici cet gard les erreurs principales contre lesquelles elle pourroit nous prvenir4 #ce ,je ne parle point du savoir vivre1 ni de la politesse commune1 qu'il seroit honteux d'ignorer4 ,les jeunes gens1 je n'en excepte pas mme quelques-uns qui ont de l'esprit1 sont sujets1 en arrivant dans le monde1 regarder1 comme des traits d'imagination1 des maximes de morale rebattue#cf1 qu'ils placent curieusement1 qu'ils dbitent avec confiance1 parce qu'ils pensent montrer1 par l1 un esprit de rflexion4 ,ce n'est pas encore l'abus de la mmoire le plus craindre pour eux2 il y a une certaine quantit de phrases de bons mots fastidieux1 qui les sduisent d'abord1 soit par le brillant de l'antithse1 soit parce qu'ils ont ou dire ces prtendus traits d'esprit1 par des personnes qui leur en imposent quelques autres gards4 ,si malheureusement il arrive qu'une certaine paresse rflchir1 ou le dfaut de got les accoutume l'usage facile des lieux communs1 ils dplairont bien davantage par cette sottise emprunte1 que s'ils s'abandonnoient leur imagination1 quelque borne qu'elle pt tre2 ce naturel ingrat1 joint ce faux art avec lequel on le gte encore1 caractrise sensiblement1 ce qu'il me parot1 la diffrence qu'il y a de manquer d'esprit1 tre sot3 l'un n'est qu'une indigence1 malgr laquelle1 on peut tre aimable2 l'autre est un tort volontaire que notre orgueil ajote la misre de notre esprit1 qui nous rend insupportables4 #cf ,la ,morale tant un des principaux objets de l'ducation1 on doit sans doute en imprimer dans le cur des jeunes gens les maximes les plus simples les plus communes1 ainsi que celles qui sont plus rflchies2 mais il faut en mme temps leur apprendre que l'usage qu'ils doivent faire des unes des autres1 est de se conduire par elles non de les taler dans la conversation4 ,je dsirerois qu'avant que les jeunes gens entrassent dans le monde1 on leur donnt par crit une numration#cg de ces vritez triviales1 de ces bons mots1 de ces contes qui ne sont ignors de personne1 qui dplaisent si fort entendre rpter4 #cg ,voici peu prs la forme que j'y donnerois3 ,liste des lieux communs1 qui ne peuvent qu'ennuyer1 quand ils sont donns pour des traits d'esprit4 ,quand on parle d'tre jeune1 dire que c'est un dfaut dont on se corrige tous les jours4 ,s'il est question du nombre convenable de personnes pour un souper1 dcider qu'il faut tre au-dessus du nombre des ,graces1 au-dessous de celui des ,muses1 c'est adopter des platitudes1 c4 ,voyez ce que parut ,madame de ,,sevign1 un jeune homme d'une reprsentation aimable1 lorsqu' propos de ce qu'on le trouvoit grand pour son ge1 il rpondit3 ,mchante herbe crot toujours4 ,on a dit des ,comdies qui plaisent1 sans causer des clats de rire1 qu'elles font rire l'esprit3 ce mot n'est plus que prcieux1 on l'adopte en pure perte1 c4 ,on vous avertit que les traits de distractions de ,m4 de ,b444 si bien conts par ,la ,bruyere1 ne le sont plus dans le monde que par les sots1 c4 ,je ne prtens pas conclure de ce que je viens de dire1 ni de ce que j'ajoterai sur les lieux communs1 qu'il faille les exclure de la conversation2 une attention rflchie1 n'y produire que des traits recherchs1 seroit une autre extrmit plus charge peut-tre encore2 je demande seulement1 qu'on y donne les lieux communs pour ce qu'ils sont2 ils n'y dplaisent que quand ils sont amens sottement1 comme des dcouvertes2 ou qu'on parot y entendre une finesse que peut-tre ils ont eue1 mais que l'usage vulgaire o ils sont tombs1 leur a fait perdre4 ,un autre genre de lieux communs1 o l'esprit trouve en quelque manire occasion de briller1 o les gens senss regrettent toujours qu'on l'emploie2 ce sont ces thses sur le cur1 ces diffrences subtilement frivoles1 dont l'examen ne rend l'esprit ni plus solide ni plus dlicat1 dont la solution la plus heureuse1 n'est presque jamais qu'une fadeur4 ,quel dgot pour la raison1 que d'entendre discuter scrupuleusement1 lequel est le plus insupportable1 d'apprendre la mort1 ou l'infidlit de ce que l'on aime2 lequel est le plus tendre1 de l',amant qui voyant sa ,matresse dans un grand pril1 tombe vanou1 ou de celui qui vole son secours8 ,il y a un ,recueil intitul3 ,les ,arrts de la ,cour d',amour1 qu'il faudroit faire apprendre par cur aux enfans1 de la manire qui les en dgoteroit davantage1 afin qu'il leur restt pour les thses galantes1 le mme loignement qu'ils gardent1 si constamment1 pour quelques livres de ,grammaire1 dont ils ont t excds dans leurs ,classes4 ,l'observation que je viens de faire1 n'a lieu que pour la conversation2 une analyse fine des sentimens1 sera toujours un genre d'ouvrage propre faire honneur l'esprit1 qui trouvera le plus grand nombre de ,lecteurs4 ,eh6 de quels objets plus intressans peut-on nous occuper1 que de nous dcouvrir les sources de nos plaisirs de nos peines8 ,on doit encore prvenir les jeunes gens sur une autre espce de lieux communs4 ,je parle de ces disputes1 tant de fois recommences1 qui n'ont peut-tre jamais eu de fondement bien raisonnable1 telles que la prminence entre ,corneille ,racine1 entre la ,musique ,italienne la ,musique ,franoise1 plusieurs autres matires dissertation1 sur lesquelles leur esprit ne commence qu' s'exercer1 o celui des gens du monde ne trouve plus de prise1 force de les avoir dissques4 ,c'est la nouveaut dont ces sortes de thses frapent leur esprit1 qui les en occupe2 s'ils toient plus instruits1 ils sentiroient qu'il n'y a plus rien de nouveau dire sur ces matires4 ,ce seroit aussi une prcaution sage que de faire connotre1 sur-tout ceux qui ont de l'esprit1 l'abus qu'on fait ordinairement de certaines hypothses fabuleuses1 que le vulgaire regarde comme l'effet d'une belle imagination1 qui sont au contraire1 la ressource de ceux dont l'imagination ne peut rien produire4 ,ces systmes chimriques1 qui n'ont qu'un faux clat1 ne portent ordinairement que sur deux suppositions1 qui se prsentent aux esprits les plus borns2 l'une est de prendre le contraste des murs communes1 tel1 par exemple1 que d'attribuer aux femmes l'autorit la conduite des hommes1 en donnant ceux-ci la pudeur les foiblesses des femmes2 la seconde1 qui suppose un esprit aussi peu inventif1 a pour base ce qu'on appelle le merveilleux1 comme de possder l',anneau d',anglique1 d'avoir un ,gnie ses ordres2 d'entamer1 de l1 un long frivole dtail des avantages qu'on sauroit en tirer4 ,ce n'est pas que ces ides ne puissent tre employes avec succs#ch1 mais il faut pour cela se garder d'abord de l'habitude d'en faire usage1 parce qu'elles entranent souvent dans des lieux communs4 ,il y a si long-temps qu'il passe des exagrations1 des extravagances1 par la tte des hommes1 qu'on n'en imagine gures qui ayent un caractre de nouveaut4 ,en second lieu1 il faut aussi1 lorsqu'on se permet ces rveries1 observer de ne les point mener trop loin1 fussent-elles ingnieuses3 le suffrage de ceux qu'elles amusent1 ne ddommage pas du peu d'opinion qu'on donne de son esprit1 de l'ennui qu'on cause un petit nombre de gens1 qui sentent combien les ides gigantesques1 ou renverses1 sont froides dnues d'imagination4 ,en gnral1 l'imagination n'est point caractrise par les chimres1 elle se marque russit bien mieux1 en mettant la vrit dans son plus beau jour4 #ch ,quelques ,ouvrages de ce sicle-ci en sont la preuve2 mais c'est la manire dont l'imagination a employ le merveilleux1 non le merveilleux mme1 qui en fait le prix4 ,il y a d'autres lieux communs qui consistent dans des opinions fausses1 que le vulgaire conserve comme un dpt1 7le surnaturel lui paroissant toujours croable7#ci que quelques personnes d'esprit adoptent1 par paresse d'approfondir4 ,il seroit utile qu'on en formt des espces de tables1 afin que ces opinions l'ide de la chimre qu'elles renferment1 se plaassent1 en mme temps1 dans notre mmoire4 ,car lorsque rien n'interrompt l'habitude que les enfans prennent de penser1 d'aprs leur ,gouvernante1 que les songes sont des prsages1 ou que l',astrologie est la science de l'avenir1 il faut1 pour effacer ces ides1 des rflexions que les uns ngligent de faire1 dont les autres ne sont pas capables4 #ci ,les prsages4 ,les horoscopes4 ,les prsentimens4 ,la persuasion que certains songes sont des avertissemens4 ,la ressemblance prtendue dans les vnemens de la vie de deux jumeaux4 ,la vertu des talismans4 ,que la ,lune fait crotre dcrotre la cervelle des animaux3 qu'elle cause la plnitude1 plus ou moins grande1 des hutres1 des crevisses1 c4 ,qu'un animal est plus pesant jeun qu'aprs le repas4 ,qu'un tambour de peau de brebis se crve au son d'un tambour de peau de loup1 c4 ,voyez ,bayle1 ,penses diverses1 ,tom4 #a4 ,voyez aussi ,rohault1 ,physiq4 #b4 p4 ,ce n'est pas qu'on ne puisse tre d'une conversation agrable1 quoiqu'on ait toutes les craintes frivoles les opinions chimriques2 c'est la philosophie de presque toutes les femmes2 mais la nature a donn1 celles qu'elle a destines plaire1 un charme qui se rpand sur tout ce qu'elles pensent4 ,leur imagination1 telle qu'on nous peint cet art de ferie1 qui fait natre des ,palais des ,jardins1 o l'instant d'auparavant on ne voyoit que des rochers des ronces1 embellit tout ce qu'elle nous prsente2 tandis que les hommes1 pour russir constamment1 sont rduits joindre de la solidit aux graces de l'esprit1 que leur imagination1 quelque brillante qu'elle puisse tre1 ne les sauve pas de la honte d'une certaine ignorance4 ,a l'gard des personnes1 qui entrent dans le monde1 prserves ou guries de ces prjugs1 elles ne peuvent trop mnager l'amour propre de celles qui sont accoutumes les regarder comme des vrits#dj1 la plpart des hommes tiennent la petitesse de leur esprit1 comme certains ,amans idoltrent une laide matresse2 on ne pourroit les clairer1 qu'en leur dcouvrant leur erreur1 l'art le plus ingnieux choue bien souvent1 quand il s'agit de dsabuser1 sans dplaire4 ,il y a1 cet gard1 un milieu saisir1 qui1 nous loignant galement1 de commettre notre jugement avec les personnes claires1 de faire parotre une supriorit qui blesse les esprits communs1 nous sauve du mpris des uns de la haine des autres4 #dj ,je rvassois prsentement1 comme je fais souvent1 sur ce combien l'humaine raison est un instrument libre vague4 ,je vois ordinairement que les hommes1 aux faits qu'on leur propose1 s'amusent plus volontiers en chercher la raison1 qu' en chercher la vrit2 ils passent par-dessus les propositions1 mais ils examinent curieusement les consquences2 ils laissent les choses1 courent aux causes3 plaisans causeurs1 ils commencent ordinairement ainsi4 ,comme est-ce que cela se fait8 ,mais se fait-il8 ,faudroit-il dire8 ,je trouve quasi par-tout qu'il faudroit dire1 il n'en est rien1 employerois souvent cette rponse1 mais je n'ose4 ,,montaigne1 ,essais4 ,pour faire connotre1 dans toute son tendue1 la ncessit de s'assujettir aux usages du monde1 de s'appliquer connotre le caractre des personnes qui composent la ,socit1 afin de pouvoir s'en faire aimer2 on ne peut trop prparer les jeunes gens la svrit avec laquelle on les examinera1 quand ils parotront sur cette grande scne#da4 ,ils doivent tre prvenus qu'ils trouveront deux juges dans chaque spectateur1 la raison1 l'amour propre2 l'une1 quitable1 rend justice gratuitement2 l'autre n'est jamais favorable1 qu' de certaines conditions4 ,l'amour propre veut qu'on le flatte1 qu'on ne perde point de ve ses intrts2 dans la plpart des jugemens1 o il semble que ce soit la raison qui prononce1 il se trouve que l'amour propre a presqu'entirement dict l'arrt4 #da ,le premier pas444 que l'on fait dans le monde ,est celui d'o dpend le reste de nos jours2 ,ridicule une fois1 on vous le croit toujours4 ,l'impression demeure3 en vain1 croissant en ge1 ,on change de conduite1 on prend un air plus sage3 ,on souffre encor long-temps de ce vieux prjug3 ,on est suspect encor1 quand on est corrig2 ,et j'ai v quelquefois payer dans la vieillesse ,le tribut des dfauts qu'on eut dans la jeunesse4 ,connoissez donc le monde1 songez qu'aujourd'hui ,il faut que vous viviez moins pour vous que pour lui4 ,l',indiscret1 ,comdie1 scne #a4 ,conclusion de cet ,ouvrage4 ,c'est ds la premiere anne de notre vie1 que doit commencer notre ducation3 ,et aprs les principes de la ,religion1 qui est elle-mme la source de toutes les vertus sociables1 rien n'est plus important que d'tablir en nous le dsir les moyens de disposer1 en notre faveur1 les esprits1 afin de parvenir nous concilier les curs2 parce que dans le commerce ordinaire de la vie1 pour tre heureux1 il faut tre aim2 que pour tre aim1 il faut plaire1 qu'on ne plat qu'autant qu'on fait contribuer au bonheur des autres4 ,,avertissement4 ,les ,contes des ,fes1 qu'on va trouver la suite de cet ,ouvrage1 seroient sans doute dplacs1 s'ils ne faisoient partie de l',ouvrage mme2 mais on reconnotra que les ides1 les vnemens qui constituent chaque ,conte1 servent prouver l'utilit de quelques-uns des principes rpandus dans ces ,essais4 ,mon objet a t d'embrasser une sorte de ,roman1 dont toute l'action tendt tablir une ou plusieurs vrits morales4 ,j'ai cru que le merveilleux de la ,ferie concourroit mettre ces maximes dans un jour plus agrable4 ,j'ai vari le stile de ces ,contes1 selon le genre des sujets le caractre des personnages2 mais je sens combien je serai loin de la perfection laquelle est parvenu1 dans de pareils ,ouvrages1 un de ces ,auteurs clbres#db qu'on relit sans cesse1 qu'on regarde comme d'excellens modles1 sans qu'on ose chercher les imiter1 parce qu'on les admire toujours davantage4 #db ,mr4 ,,de ,,fenelon1 ,archevque de ,cambray4 ,voyez les ,fables qu'il a composes pour l'ducation de ,m4 le ,dauphin4 ,tom4 #b4 de ses ,dialogues des ,morts1 anciens modernes4 ,,les ,,dons ,,des ,f,,es1 ,,ou ,,le ,,pouvoir ,,de ,l',,ducation4 ,,conte4 ,entre les diffrens ,souverains1 qui1 dans les temps reculs1 partagrent l',arabie1 la ,princesse ,zorade fut clbre par l'amiti qu'elle avoit contracte avec deux ,fes2 elle toit bien digne de plaire ces ,intelligences1 qui n'exeroient alors leur supriorit sur les mortels1 que dans la ve de les rendre heureux4 ,peu de temps aprs la perte de son poux1 qui lui fut extrmement sensible1 cette ,princesse devint mere de deux fils1 sentant approcher la fin de sa vie1 que tout l'art des ,fes ne pouvoit reculer1 elle leur parla ainsi4 ,je laisse deux enfans au berceau1 tous deux destins par nos loix rgner en mme temps3 vous connoissez mieux que nous1 ce que les vertus1 ou les dfauts des ,souverains1 rpandent de biens ou de maux sur leurs ,sujets4 ,vous m'avez trop aime1 pour me refuser1 dans mes derniers instans1 la douceur de me flatter que mes enfans feront le bonheur des ,etats que je leur laisse2 vous allez les douer l'un l'autre1 des qualits qui rendent les hommes dignes de la suprme autorit4 ,l'une des ,fes1 qui s'appelloit ,zulmane1 s'approcha du berceau1 touchant de sa baguette l'an des deux ,princes2 ,enfant1 n pour rgner1 dit-elle1 une puissante ,fe te doue2 elle te donne l'esprit1 la valeur1 la probit4 ,a ces mots1 elle embrassa la ,reine1 vola dans l',empire des ,fes1 graver sur la ,table d'meraude1 o sont inscrits les dons qu'elles font aux ,souverains1 ceux dont ,alcimdor1 7c'est ainsi qu'on nommoit ce ,prince7 venoit d'tre favoris4 ,alsime1 c'est la seconde ,fe1 resta dans le silence1 portant alternativement ses regards sur les deux ,princes4 ,quoi6 dit ,zorade1 mon second fils n'obtiendra-t-il rien de votre puissance8 ,tandis que son frere brillera de toutes les qualits qui font les vrais ,monarques1 celui-ci ne montrera-t-il que des vertus communes8 ,est-ce dans ce moment 7le seul qui me reste peut-tre7 que je dois cesser d'tre chre la plus secourable des ,fes1 la gnreuse ,alsime8 ,que vous tes dans l'erreur1 rpondit la ,fe6 mon silence ne prsageoit rien de funeste pour le ,prince ,asad votre second fils2 je cherchois dmler1 dans l'avenir1 quelle sera la destine de son frere2 il semble que ,zulmane l'ait dou de tout ce qui doit rendre un ,prince accompli1 tous ses dons auront leur effet2 mais seront-ils suffisans8 ,puisse-t-elle ne s'tre point abuse sur le succs qu'elle en espre6 ,j'employerai bien mieux ma science en faveur d',asad4 ,dans ce moment o il ne fait que de natre1 ce seroit peut-tre en vain que je le douerois des plus heureuses qualits2 les impressions qu'il recevra1 dans la suite1 des objets dont il sera environn1 mille obstacles diffrens1 pourroient altrer l'effet de mes dons1 si je l'abandonnois lui-mme4 ,elle prit alors le ,prince entre ses bras3 ,o prcieux enfant de la mortelle que j'ai le plus chrie1 dit-elle1 je verserai1 sans cesse1 dans ton ame ces ,philtres imperceptibles qui dvelopent les vertus1 qui touffent les semences des vices3 ,je ne te perdrai pas un instant de ve1 jusqu'au temps o tu seras digne de rgner4 ,a cette promesse1 si intressante1 ,zorade sentit un transport de joie1 qui1 en terminant sa vie1 en rendit les derniers instans dlicieux4 ,la ,fe1 qu'elle tenoit embrasse1 vit son ame1 qui1 s'levant sur ses ales immortelles1 retournoit au centre de la lumire1 d'o elle toit descendue4 ,alsime prit les rnes du ,gouvernement pendant l'enfance des deux ,princes1 respectant l'ouvrage de ,zulmane1 elle ne s'occupa1 l'gard de l'an1 que du soin de veiller la conservation de sa vie1 rserva1 pour le second1 tous les secrets de son art1 qui servoient embellir les ames4 ,les deux ,souverains avancrent insensiblement en ge2 ,alcimdor marqua de bonne heure le mpris des dangers1 ou plutt il parut s'y exposer sans les connotre2 il montra toujours plus d'esprit qu'on n'en devoit naturellement attendre des diffrens ges1 o il passoit successivement2 mais on dmloit qu'en lui1 l'esprit n'toit que comme un talent par lequel il toit domin1 non une lumire dont il ft usage au gr de sa raison4 ,on reconnut1 enfin1 qu'il ne lui manquoit aucun des dons que ,zulmane lui avoit faits2 mais qu'il s'en faloit bien que ces dons ne remplissent l'ide qu'on en avoit conue3 cependant personne n'osoit lui donner des conseils1 par respect pour la ,fe qui l'avoit dou4 ,a l'gard d',asad1 son esprit ne s'toit dvelop que par une gradation ordinaire2 mais dans ses diffrens progrs 7graces aux premires impressions qu'il avoit rees de la ,fe1 qui1 par ses soins1 se perfectionnoient tous les jours7 il prenoit un caractre aimable4 ,ce n'toit point ce que la supriorit a d'blouissant1 qui clatoit en lui1 on y dcouvroit ce qui la caractrise bien davantage1 une raison claire1 gale1 assaisonne d'agrment4 ,la ,fe lui avoit fait deux prsens d'un prix inestimable2 l'un toit une glace1 dont voici la merveilleuse proprit3 il ne faloit que s'y considrer fixement1 aprs s'tre fait une habitude de la regarder1 on s'y voyoit1 en mme temps1 tel qu'on toit1 tel qu'on croyoit tre4 ,l'autre1 toit une sorte de microscope1 qui faisoit distinguer dans les objets les plus attirans1 ce qu'ils avoient de trompeur1 de chimrique4 ,il semble qu' faire un usage habituel de ce secret1 comme presque tous les plaisirs sont mls d'illusions1 on dt tomber bien-tt dans une indiffrence insipide2 mais le microscope ne grossissoit que les illusions dangereuses1 pour la ,socit2 celles qui ne pouvoient nuire qu' nous-mmes1 il laissoit notre raison le soin de les apercevoir4 ,ces dons prcieux sont rests sur la terre1 mais on a presque entirement renvers la manire d'en faire usage4 ,les deux ,princes1 ayant atteint dix-huit ans1 la ,fe dclara que de cet instant ils restoient chargs1 l'un l'autre1 du poids redoutable du ,gouvernement4 ,il ne m'est plus permis1 dit-elle ,asad1 de rester auprs de vous2 mais je descendrai souvent de la ,rgion lumineuse d'o les ,fes considrent1 d'un coup d'il1 tous les vnemens de la terre2 je viendrai jouir1 avec le ,prince que j'ai form1 que j'aime1 de la flicit qu'il maintiendra dans cet ,empire4 ,a ces mots1 elle s'leva dans les airs1 porte sur un nuage d'azur1 disparut4 ,la puissance souveraine se trouva donc partage1 galement1 entre ,alcimdor ,azad4 ,ils avoient une tendre amiti l'un pour l'autre2 tous deux dsiroient rgner avec quit2 tous deux agissoient dans cette mme ve2 mais leur caractre n'avoit aucune ressemblance2 il arrive souvent1 qu'avec des principes communs1 mme des lumires gales1 la diffrence du caractre des hommes1 en met une bien grande dans leur conduite4 ,alcimdor1 inbranlable dans ses projets1 ds qu'ils lui paroissoient quitables1 n'examinoit jamais assez les inconveniens qui en pourroient natre4 ,son ambition se tournoit-elle vers la gloire1 son courage ne lui laissoit envisager que celle des ,conqurans2 sa probit ne lui auroit pas permis de faire usage1 pour y parvenir1 de moyens injustes2 mais tout ce qui pouvoit tre un sujet de guerre lgitime1 lui paroissoit une ncessit de l'entreprendre4 ,par-tout o la force pouvoit tre employe1 sans injustice1 il la prfroit des voyes douces1 qui1 avec plus de temps1 auroient amen les mmes succs4 ,son frere1 accoutum par degrs1 ds l'enfance1 ne considrer1 dans les prrogatives du ,trne1 que les vertus qu'elles donnent lieu au ,souverain d'exercer1 ne se permettoit aucune ide de gloire1 qui ne ft compatible avec le bonheur de ses ,sujets4 ,il pensoit que la vritable puissance doit s'imposer elle-mme des bornes2 il regardoit1 comme autant de triomphes1 ces effets favorables que la prudence le temps pargnent l'autorit2 la ,cour1 le ,peuple1 bnissoient sa conduite1 autant qu'ils voyoient celle de son frere avec trouble inquitude4 ,il toit difficile que des ,souverains1 si diffrens par le caractre1 vcussent long-temps dans l'union parfaite1 qui toit ncessaire pour le bien du ,gouvernement4 ,en effet1 il nquit bien-tt1 entr'eux1 un sujet de division4 ,alcimdor ayant dcouvert qu'ils avoient d'anciens droits sur un ,royaume voisin1 possd alors par le ,prince ,mutalib1 proposa d'armer pour le faire valoir4 ,asad se refusa ce projet3 ,mon frere1 dit-il1 l'ambition la plus glorieuse pour nous1 n'est pas de devenir plus puissans2 nous le sommes assez1 tant suprieurs aux autres ,princes d',arabie4 ,que nous serviroient de nouvelles ,provinces1 de nouvelles richesses8 ,elles ne nous donneroient pas de nouvelles vertus4 ,pourquoi exposer des ,sujets1 qui nous aiment1 pour en soumettre d'autres1 qui ne nous regarderoient que comme des ,tyrans8 ,rien n'ose troubler notre tranquillit2 nous sommes respects2 faut-il1 sans sujet1 nous montrer redoutables8 ,asad parla en vain1 voyant que son frere persistoit dans ses desseins1 il lui proposa de sparer leur ,etat en deux ,souverainetez diffrentes2 ce partage accept1 peine fut-il entirement termin1 qu',alcimdor entreprit la guerre2 elle fut malheureuse4 ,vaincu1 au lieu d'tre ,conqurant1 il eut recours ,asad2 il demanda des troupes1 pour venger sa dfaite2 mais ,asad prfra de lui procurer un secours plus salutaire4 ,il fit alliance avec le ,prince qu',alcimdor avoit attaqu2 devenant1 pour l'avenir1 un garant contre les attentats de son frere1 la paix fut conclue4 ,le sceau de cette paix toit un double mariage2 ,mutalib1 ayant deux filles1 il fut arrt que l'ane pouseroit ,alcimdor1 qu',asad seroit uni la seconde4 ,bien-tt les ftes de l'hymen succdrent aux troubles de la guerre1 la prsence d',alsime acheva de donner1 cette crmonie1 tout l'clat qui pouvoit l'embellir4 ,les deux ,princesses1 qui ne se ressembloient1 ni par la figure1 ni par l'esprit1 toient ornes de bien des qualits rares4 ,celle qu'pousa ,alcimdor1 avoit en partage tous ces traits rguliers1 dont l'assemblage forme ce qu'on est convenu d'appeler la beaut2 mais quand on avoit dit qu'elle toit extrmement belle1 il ne restoit plus rien ajouter l'loge de sa figure4 ,ce qui fut remarqu bien davantage1 c'est qu'elle se trouva avoir1 exactement1 le mme esprit1 le mme caractre qu'on dcouvroit dans ,alcimdor2 cette conformit fit penser aux deux ,cours1 que ces ,epoux passeroient1 ensemble1 une vie extrmement heureuse4 ,l'vnement fut tout--fait contraire3 ,tous deux1 ne voulant qu'tre svrement justes quitables1 toient sans complaisance1 ds qu'ils croyoient leur opinion ou leurs desseins raisonnables3 ,tous deux1 avec beaucoup d'esprit1 trouvoient1 dans leur entretien1 des sujets de dgot1 d'loignement1 d'inimiti3 ,chacun1 par amour de la sincrit1 ne mnageoit point la vanit de l'autre1 mme l'gard des objets indiffrens1 quand il voyoit un juste motif de la mortifier2 1 par cette conduite1 ils furent bien-tt rduits au simple commerce de convenance1 de reprsentation4 ,la destine d',asad devint bien diffrente1 ce fut son ouvrage4 ,la ,princesse1 qui l'hymen l'unissoit1 dont il fut toujours aim perduement1 avoit tout ce qui peut remplir le cur1 exercer la raison d'un poux2 sa figure ne donnoit point l'ide de ce qu'on regarde communment comme la beaut2 mais les femmes mmes avouoient1 en la voyant1 que pour tre sre de plaire1 il faloit tre faite comme elle4 ,d'ailleurs1 par les graces de l'esprit du caractre1 charmante pour les personnes qui lui toient indiffrentes1 elle devenoit1 l'gard de ce qu'elle aimoit1 du commerce le plus pineux le plus difficile3 ,ne sincre avec un cur extrmement sensible1 le srieux1 ou la joie1 les gards1 les devoirs1 la raison mme1 prenoient en elle toute l'imptuosit des passions3 ,pntrante sur ce qui se passoit dans une ame qui lui toit chre1 si elle ne dcouvroit pas dans la complaisance qu'on lui marquoit1 le peu que lui cotoit celle qu'elle faisoit si naturellement parotre2 si elle ne trouvoit pas dans l'amiti1 dans la confiance1 cette dlicatesse1 cette tendue sans rserve1 qui caractrisoit la sienne2 elle passoit aux reproches1 la douleur1 au dsespoir2 sa socit1 enfin1 toit alternativement dlicieuse insupportable4 ,asad charm des vertus1 de l'esprit1 de la tendresse qu'il trouvoit en elle1 faisoit grace aux imperfections du caractre3 ,loin d'y opposer jamais1 ni d'impatience1 ni d'aigreur1 c'toit cette condescendance1 cette douceur1 qui nat d'une vritable amiti1 que soutient la raison1 qui n'a rien de la foiblesse4 ,persuad qu'on ne peut trop prendre sur soi1 pour faire cesser les torts les chagrins de ce qu'on aime1 il cdoit1 il ramenoit bien-tt le calme2 insensiblement1 ayant vaincu l'imptuosit de l'humeur1 il ne resta que la tendresse2 eh quelle tendresse6 ,elle n'avoit plus de sentimens1 qui ne servissent le rendre heureux4 ,leur ,cour ne respiroit que le plaisir1 la dcence le zle3 ,tout ce qui les environnoit1 sentoit un empressement leur plaire1 qui ne tenoit ni de l'intrt ni de la servitude4 ,bonheur inestimable1 presque toujours ignor des ,souverains6 ,ils pouvoient quelquefois oublier qu'ils avoient des ,courtisans1 ne se croire entours que d'amis aimables sincres4 ,les talens1 les arts1 chris protegs par eux1 avoient1 pour principale ambition1 la gloire de concourir aux douceurs de la vie de deux matres si respectables2 tandis qu' la ,cour d',alcimdor1 le dsir de plaire1 n'toit qu'une crainte de la disgrace1 que1 jusques aux amusemens aux plaisirs1 tout toit mis au rang des devoirs austres3 ,ainsi les dons de ,zulmane1 n'avoient produit1 ,alcimdor1 d'autre fortune1 que de se voir ,souverain1 sans avoir l'amour de ses ,sujets1 ,epoux malheureux1 sans aucun motif considrable de se plaindre de la ,princesse4 ,on auroit cr1 qu'avec une conduite si diffrente1 ces deux ,princes n'auroient d jamais prouver une commune destine2 mais1 tout coup1 il sortit du fond de la ,tartarie1 un ,peuple de ,guerriers1 qui parvinrent jusqu'en ,arabie4 ,en vain les autres ,souverains joignirent leurs forces celles d',alcimdor d',asad4 ,ces hommes inconnus1 toient braves1 disciplins1 si formidables en nombre1 qu'ils accablrent tout ce qui s'opposa leur passage4 ,leur ,roi1 nomm ,aterganor1 ajotoit encore leur force leur valeur1 par la haute opinion qu'ils avoient de l'lvation de son ame4 ,ce ,conqurant s'tant empar de la ,ville ,capitale des ,etats d',asad1 7car ce ,prince1 qui avoit t vaincu le dernier de tous1 s'y toit retir avec son frere7 ,aterganor assembla les hommes les plus considrables des deux ,nations1 leur parla ainsi4 ,je n'ai pas prtendu vous conqurir1 pour vous mettre dans l'esclavage4 ,je sai quelles sont vos vertus2 elles ont accr l'ambition que j'avois de rgner dans l',arabie4 ,des hommes1 tels que vous1 ne doivent obir qu'au plus grand ,roi de la terre1 au ,monarque de la ,tartarie4 ,peuples1 que j'ai soumis1 je ne viens point emporter vos richesses1 ni forcer vos volonts3 ,conservez vos usages1 vos murs1 choisissez1 vous-mmes1 le nouveau ,matre1 qui1 sous mon autorit1 sera charg du soin de vous rendre heureux4 ,j'tablis1 de ce moment1 l'entire galit de condition4 ,que1 pendant douze soleils1 il n'y ait plus entre vous1 d'autres distinctions1 d'autres gards1 que ceux qui seront volontaires3 ,employez ces jours1 d'une libert si pure1 vous lire un ,souverain2 ft-il tir du sang le plus obscur1 sur la foi de votre choix1 il me parotra digne de rgner4 ,le ,vainqueur dit ensuite aux deux ,princes1 qu'il les laissoit libres dans leur ,palais1 il alla camper au milieu de cette redoutable ,arme qui environnoit la ,ville4 ,l'galit de condition ordonne1 fit natre une rvolution subite2 tous ceux pour qui la servitude1 les devoirs1 le respect1 avoient t un fardeau1 ne songrent plus le supporter4 ,entre les personnes accoutumes tre prvenues1 faire autant de loix de leurs volonts1 plusieurs conserverent1 peine1 de l'autorit dans leur famille4 ,les ,gardes1 les ,officiers d',alcimdor1 dsertrent tous de son ,palais1 un ,palais dsert est plus triste qu'une cabane habite2 ses ,courtisans l'abandonnrent1 ne s'occupant plus que de la part qu'ils devoient avoir l'lection d'un nouveau matre4 ,alcimdor la ,princesse son ,epouse1 accoutums la hauteur la confiance qu'une longue prosprit fait natre1 ne connoissoient point l'lvation d'ame1 qui fait ennoblir l'adversit2 ils restrent seuls1 humilis4 ,aterganor voulut jour du spectacle de ces changemens2 il aimoit voir l'abbattement ou la dignit avec laquelle on soutenoit les grands revers4 ,il remarqua1 dans les diffrens tats1 avec plaisir1 des hommes dont toute la considration avoit disparu avec leur crdit ou leurs titres2 qui1 d'un rang distingu1 qui les levoit1 rduits leur propre mrite1 tomboient confondus mpriss1 dans la foule4 ,mais quel fut l'excs de son tonnement1 lorsqu'arrivant au ,palais d',asad1 il chercha inutilement les marques de la rvolution qu'il s'attendoit d'y reconnotre8 ,il voit les ,gardes dans leur devoir1 les ,courtisans1 d'autant plus occups marquer leur fidlit leur ,matre1 que cet hommage toit un gage de leur vertu4 ,il trouva le ,prince la ,princesse dans une assiette d'ame galement loigne de la fermet fastueuse1 de la tristesse humiliante3 ,ils ne s'entretenoient que du dsir de voir couronner un ,souverain1 qui rendt heureux des ,sujets dont ils prouvoient1 d'une manire si admirable1 le respect l'amour4 ,aterganor crut tre abus par un songe4 ,o fortun ,asad6 s'cria-t-il1 vous1 respectable ,princesse1 que votre gloire est suprieure la mienne6 ,vous m'apprenez que je n'ai point encore rgn4 ,je n'envisageois que la domination qui nat de la force1 qui ne s'entretient que par la crainte1 qui ne cherche qu' s'tendre4 ,vous me faites connotre que la vritable autorit sur les hommes1 a sa source dans leur cur4 ,alors les ,dputs des deux ,nations se prsentrent pour proposer le ,roi qu'ils avoient choisi4 ,tous proclamrent ,asad2 on ne voyoit par-tout que des larmes de zle1 d'amour de joie2 on n'entendoit que le nom d',asad4 ,aterganor1 ce spectacle1 descendit du trne2 il dposa son sceptre entre les mains d',asad1 plaant sa propre couronne sur la tte de la ,princesse3 ,regnez1 leur dit-il1 puisque tous les curs vous appellent1 non pour reconnotre un ,roi suprieur vous4 ,oserois-je assujettir ceux dont j'admire l'exemple1 dont les vertus m'instruisent8 ,je rens la ,souverainet tous les ,princes que j'avois vaincus1 je n'exercerai ici qu'un seul droit de l',empire3 ,qu',alcimdor cesse d'tre ,souverain4 ,je runis1 pour vous seul1 les ,etats que vous aviez partags avec lui4 ,comme ,aterganor achevoit ces mots1 on entendit un coup de tonnerre1 ,zulmane parut sur un char2 pour drober1 aux yeux des mortels1 le ,prince qui ses dons avoient t si peu profitables1 elle enleva ,alcimdor1 ainsi que sa ,princesse1 se perdit dans l'immensit des airs4 ,alsime s'offrit1 alors1 sur un trne brillant des plus vives couleurs de la lumire2 elle confirma la loi1 si juste1 qu',aterganor venoit de faire1 qui assuroit le bonheur des ,peuples que lui avoit recommands ,zorade4 ,elle reconnut1 avec transport1 dans la nouvelle gloire1 dont ,asad toit environn1 les fruits heureux de son ducation2 c'est depuis cette poque du rgne d',asad1 que cette ,partie de l',arabie a t nomme l',arabie heureuse4 ,l',,isle ,,de ,,la ,,libert4 ,,conte4 ,un ,enchanteur1 ennuy d'entendre des hommes condamner1 particulirement1 dans autrui1 les dfauts qu'ils avoient eux-mmes1 rsolut de dmasquer les premiers qui lui tiendroient pareil langage4 ,il se retira dans une ,isle1 publia que ceux qui viendroient s'y tablir1 y seroient libres de faire leur volont1 n'prouveroient jamais d'injustices1 de la part des habitans4 ,a peine cette nouvelle fut-elle rpandue1 qu'il vit arriver trois personnages1 de l'espce de ceux qu'il attendoit4 ,vous dsirez le droit de ,citoyens1 leur dit-il8 je vais vous l'accorder4 ,voici l'unique condition que j'impose3 ,dites-moi1 chacun1 quel est votre caractre1 votre got dominant2 on crira sur la ,liste de nos ,insulaires ce que vous allez dicter1 1 ds ce moment1 vous pourrez vivre ici de la manire qui vous conviendra1 sans que personne vous en empche4 ,l'un1 qui s'appelloit ,almon1 dit3 ,je suis naturel1 je hais la dissimulation1 je me montre tel que je suis1 voil mon caractre4 ,on crivit3 ,almon est naturel4 ,pour moi1 dit le second1 qui se nommoit ,alib1 ,j'aime plaire1 faire ce qui amuse les autres1 j'ai acquis les talens qui peuvent y contribuer4 ,on crivit3 ,alib aime plaire4 ,il faut que je l'avoue1 dit le troisime1 qui avoit nom ,zanis1 ,je suis extrmement singulier4 ,on crivit3 ,zanis est singulier4 ,vous pouvez prsent1 leur dit l',enchanteur1 vous livrer1 sans aucune contrainte1 au genre de vie qui vous plaira2 allez1 on va vous conduire l'habitation qui vous est destine4 ,quand ils furent partis1 l',enchanteur dit ceux qui formoient sa ,cour3 ,vous voyez avec quelle confiance ces trois hommes viennent d'annoncer leur caractre2 ,je vais vous en faire un portrait vritable3 ,almon1 sans gards pour ce qui convient aux autres1 est accoutum ne se jamais contraindre2 quoiqu'il ait de l'esprit1 s'il loue1 ou s'il blme1 c'est toujours par caprice2 voil ce qu'il appelle tre naturel4 ,sans dessein de dominer1 il est dcidant2 il parle par la seule envie de parler2 il interrompt pour dire son avis1 contrarie souvent celui qui vient le suivre2 en un mot1 rempli de dfauts contre la ,socit1 leur donnant libre carrire2 voil ce qu'il appelle har la dissimulation4 ,alib1 qui effectivement a bien des talens1 ne les emploie que contre lui2 il veut qu'on l'coute1 sans cesse1 il veut tre applaudi1 l'tre seul2 il appelle cette sorte de tyrannie1 aimer plaire4 ,a l'gard de ,zanis1 toujours occup ne ressembler personne1 il rit de ce qui attristeroit les autres1 regarde d'un il funeste tout ce qui excite la gaiet4 ,facile dmler1 lorsqu'il se croit impntrable1 on voit qu'il s'est fait le matin une liste des tonnemens1 des distractions1 des caprices qu'il aura dans sa journe2 indiscret1 contredisant1 injuste2 il se croit justifi1 suffisamment1 quand il a dit1 ,c'est que je suis singulier2 il croit1 mme1 avoir fait son loge4 ,joussons sans qu'ils nous aperoivent1 des avantures qui vont les surprendre4 ,a ces mots1 l',enchanteur ses confidens devinrent invisibles4 ,almon1 en sortant de chez l',enchanteur1 se trouva prs d'un superbe ,palais1 dcouvrit au frontispice une table de ,lapis1 sur laquelle des cailloux transparens1 formoient cette inscription1 qui toit bloussante4 ,tout le monde a raison4 ,almon1 frap de curiosit1 entre2 comme il approchoit du vestibule1 il entend un bruit de divers instrumens4 ,le bruit cesse1 deux portiques s'ouvrent1 il voit parotre deux ,hrauts1 dont l'habillement toit compos de tout ce qui caractrise les diffrentes conditions des hommes1 qui marchoient vers lui1 tantt avec une affectation de gravit1 tantt avec de fausses graces1 quelquefois d'une manire comique4 ,c'est ici le ,palais d',alcanor1 lui dit le premier qui l'aborda3 ,vous pourrez le regarder comme le vtre1 ajota le second2 tout de suite1 reprenant alternativement la parole1 sans donner ,almon le temps de rpondre1 ils continurent ainsi3 ,cette retraite est charmante2 ,,on ,,peut ,s',y ,,ennuyer1 ,,et ,,le ,,dire2 ,on peut1 ds qu'on s'y plat1 y passer les jours entiers2 ,,on ,,peut ,n',y ,,venir ,,que ,,par ,,caprice1 ,,rester ,,ou ,,disparo,,tre4 ,alcanor est sans cesse environn de tout ce qui fait l'amusement des autres4 ,,on ,,peut ,,croire ,,que ,c',,est ,,pour ,,le ,,sien ,,propre ,,qu',,il ,,en ,,use ,,ainsi1 ,,et ,,ne ,,lui ,,en ,,savoir ,,pas ,,le ,,moindre ,,gr4 ,ce dialogue achev1 ,almon se trouva prs de l'appartement2 les deux ,hrauts alors lui rptrent trois fois de suite1 parlant en mme temps3 ,ici tout le monde a raison4 ,les ,hrauts se retirrent1 ,almon entra dans un magnifique sallon4 ,il vit un grand nombre d'hommes de femmes1 qui1 par leur maintien1 leurs occupations1 leurs discours1 sembloient se croire seuls4 ,l'un rve1 l'autre danse2 celui-ci parle1 n'est point cout2 celle-l s'examine dans une glace1 rvle1 tout haut1 ce qu'en secret son amour propre lui inspire de bonne opinion d'elle-mme3 ici on entend dire1 j'ai beaucoup d'esprit2 l1 je suis une crature parfaite4 ,enfin ce sont beaucoup de gens en un mme lieu1 qui ne forment point de ,socit4 ,alcanor1 assis sur une espce de ,trne1 paroissoit n'tre point occup des autres2 les autres ne l'toient point de lui4 ,dans des momens1 il toit environn d'un cercle1 o tous parloient ensemble1 quelquefois c'toit un silence taciturne qu'on y voyoit rgner4 ,almon1 qui n'avoit t remarqu de personne1 vint s'asseoir auprs d',alcanor1 lorsque l'entretien se tournoit sur l'loge de la politesse4 ,si vous en tes1 dit ,almon1 en interrompant1 dfinir la politesse des habitans de cette ,isle1 la conversation tombera bien-tt3 ,je serois bien fch de vous empcher de penser comme il vous plat1 rpondit ,alcanor1 avec un air de circonspection2 mais1 comme je hais la dissimulation1 je vous avouerai que votre opinion me parot la plus dnue de sens commun1 de jugement1 de raison1 d'esprit2 la politesse ne consiste que dans de certains usages convenus1 vous ignorez les ntres8 ,et je les ignorerai1 repartit ,almon1 moins que pour m'acquiter avec vous1 je n'apprenne rpondre d'une manire fort dsobligeante4 ,dsobligeante6 dit l'pouse d',alcanor1 avec un sourire d'amiti1 elle n'est que naturelle1 je vous avertis 7car j'aime mes voisins7 qu' en juger autrement1 vous paroissez ridicule2 vous faites bien1 on se montre ici tel qu'on est4 ,almon voulut rpliquer4 ,si vous insistez1 interrompit la ,dame1 vous serez un sot1 je vous le dis1 parce que je le pense1 que je hais la dissimulation4 ,l',enchanteur parut alors4 ,quelle insupportable libert que celle de votre ,isle6 s'cria ,almon2 on n'y prouve1 m'aviez-vous dit1 aucune injustice de la part de vos ,citoyens6 ,sans doute1 rpondit l',enchanteur1 c'est vous qui tes injuste4 ,vous avez dclar que vous tiez naturel1 j'approuve que vous le soyez2 mais croyez-vous avoir le privilge exclusif de l'tre8 ,apprenez que c'est aussi le caractre de tous nos habitans4 ,pouvez-vous vous plaindre des gens qui vous ressemblent8 ,mais sortez d'erreur1 ,almon1 que les scnes qui viennent de vous dplaire1 vous instruisent2 il n'y a point de ,socit qui pt s'entretenir1 si les hommes se montroient toujours tels qu'ils sont3 il n'est permis de s'abandonner son naturel1 que quand ce naturel s'accorde avec les usages1 les vertus qui lient la ,socit4 ,je le vois1 dit ,almon1 frap de ces vrits2 ,madame m'avoit bien promis que j'allois n'tre qu'un sot2 je le suis1 je commence le connotre1 je veux rester parmi vous1 afin de m'en convaincre1 au point de ne l'tre bien-tt plus1 si je puis4 ,je rpons de vous1 continua l',enchanteur1 sans mme que mon art s'en mle2 avec de l'esprit un vrai dsir de plaire1 on se corrige bien-tt de ses dfauts4 ,venez tre tmoin des avantures de vos camarades1 elles serviront encore vous instruire4 ,a ces mots1 ils furent transports dans une maison1 o ,alib venoit d'tre prsent4 ,c'toit le rendez-vous de la bonne compagnie4 ,a peine ,alib fut-il assis1 qu'il s'empara de la conversation1 ce fut pour taler toutes ses connoissances1 pour montrer beaucoup d'esprit1 pour parler de soi2 comme s'il n'y avoit eu dans le monde d'autre mrite que le sien1 ou que celui des autres ne dt consister qu' savoir lui rendre hommage4 ,on l'couta d'abord1 en lui donnant tous ces tmoignages quivoques d'applaudissement1 tels qu'un certain sourire de complaisance1 qu'on place1 souvent1 sans avoir entendu ce qu'on loue2 un mot dnu de sens1 qu'on rpte1 d'aprs la personne qui parle1 comme si ce mot toit un oracle2 un regard1 qu'on adresse celui des coutans1 qui passe pour avoir le plus d'esprit1 comme pour lui faire part de l'admiration o l'on est de ce qu'on vient d'entendre2 ,alib augmentoit de bonne opinion de lui-mme1 d'envie de parler4 ,bien-tt1 pour commencer le tirer de son erreur1 lorsqu'il prodiguoit des traits d'imagination1 on le louoit sur l'tendue1 sur la fidlit de sa mmoire2 s'il passoit des recherches1 qui ne supposent que de l'rudition1 on admiroit en lui l'excellence du gnie2 s'il faisoit des plaisanteries de mauvais got1 ou des contes uss1 on le flicitoit d'avoir si bien l'esprit le langage du monde2 enfin on l'accabloit de louanges dplaces1 d'abord il n'entendit que les louanges2 l'amour propre1 mme dans un homme d'esprit1 est quelquefois si sottement crdule6 ,alib s'aperut ensuite1 que ces louanges toient contre-sens2 mais il pensa que c'toit manque de justesse d'esprit dans les gens qui l'applaudissoient1 leur st gr de l'intention4 ,il les reprenoit1 avec bont1 quand il les voyoit ainsi se mprendre2 il leur enseignoit1 d'une faon dtourne1 la manire de le louer convenablement4 ,l'assemble joussoit du plaisir de voir crotre l'orgueil le ridicule d',alib3 mais ce n'toit pas assez pour elle1 il faloit qu'il sentt sa situation4 ,tout d'un coup chacun change avec lui de conduite2 il venoit d'annoncer le rcit d'une avanture trs-singulire qui lui toit arrive3 il commence1 un homme l'interrompt1 propos de singularit1 raconte un songe trs-extraordinaire qu'il a fait la nuit prcdente4 ,alib se contraint1 s'impatiente2 il saisit enfin une occasion de proposer des vers assez heureux qu'il a composs4 ,au mot de vers1 un autre en rcite de nouveaux1 voil ,alib rduit l'ennui d'couter1 ou du moins au dpit de se taire4 ,enfin il se voit environn de talens qui le perscutent1 parce qu'ils sont applaudis1 qu'il ne trouve pas le moindre jour1 pour faire briller les siens2 il n'y peut plus tenir1 il sort indign du peu d'gards qu'on a dans cette maison1 pour le mrite d'autrui4 ,il va chez l',enchanteur1 qui1 pour toute rponse ses plaintes1 lui prsente le ,livre sur lequel on avoit inscrit son caractre2 il l'ouvre1 lit3 ,alib1 comme il croit tre1 ,il aime plaire4 ,alib1 comme il est1 ,il ne veut que briller4 ,alib referme le ,livre1 regarde en piti l',enchanteur1 court se rembarquer4 ,il s'en retourne plus incorrigible que jamais1 dit l',enchanteur1 quelques connoissances1 divers talens mdiocres1 peu d'esprit1 c'est de cet assemblage que la fatuit a pris naissance4 ,il ne manquoit l',enchanteur que de voir ,zanis sur la scne1 il eut bien-tt satisfaction4 ,comme ,zanis passoit sur une grande place1 une troupe de gens1 pars d'une manire bizarre1 l'entourent1 l'engagent monter dans un char4 ,on connot votre mrite1 lui dit-on1 vous tes digne du triomphe4 ,ils le conduisent1 ainsi1 dans une espce de ,temple1 o il trouve une nombreuse assemble4 ,il se prsente avec une ferme rsolution d'tre plus singulier que jamais3 maintien recherch1 propos hazards1 tout est mis en uvre1 n'est point remarqu2 il voit que1 bien loin d'tonner personne1 il est regard comme un homme l'ordinaire4 ,cela le dcontenance2 il reprend courage1 il avance une maxime inoue1 tout le monde est de son opinion1 on connoissoit cette faon de penser1 elle est commune4 ,son embarras se renouvelle1 il conte1 il exagre1 on commence l'couter2 mais un autre prend la parole1 tient des discours si outrs1 que ,zanis est presque rduit se trouver raisonnable2 enfin il se retire avec le dpit d'avoir t unanimement lou sur la justesse de son esprit1 sur la retenue de son imagination4 ,il rve1 il mdite1 il est pntr de douleur 7car rien n'est si humiliant que la draison affecte en pure perte72 dans ce trouble d'esprit1 il est abord par un petit homme1 qui1 avec tout l'ajustement1 le maintien d'un vieillard1 avoit peine dix-huit ans4 ,je vois bien que vous tes un homme simple1 un esprit sens1 lui dit le faux vieillard4 ,on vous a bien tonn dans la maison dont vous sortez8 ,vous n'tes pas encore assez instruit de l'humeur capricieuse de nos ,citoyens2 ce sont des espces de fous1 qui s'imaginent que c'est un grand mrite que d'tonner les autres par une conduite singulire1 vous sentez bien quelle est la sottise de penser ainsi8 ,les usages communs sont des conventions sages1 qui pargnent1 notre esprit1 le soin de s'exercer sur des objets qui ne mritent pas de l'occuper4 ,concevez combien on rtrcit son imagination1 combien on l'avilit1 quand on la tient sans cesse applique nous faire marcher1 ou rire1 ou tenir nos coudes diffremment des autres hommes2 nous faire parotre impatiens ou tranquilles1 passionns ou indiffrens1 par contenance1 nous faire dire oui ou non1 d'une manire remarquable8 ,vous verrez ici bien des scnes qui vous surprendront1 vous n'en verrez peut-tre pas une qui vous amuse4 ,a force de se singulariser tous gards1 nos ,insulaires ont puis les moyens les plus bizarres d'y parvenir2 imaginez-vous ce que c'est que l'extravagance qui se rpte6 ,pour moi1 revenu de la sotte ambition de parotre extraordinaire1 je baille au seul souvenir de ce qu'elle m'a fait faire2 pour ne plus retomber dans un pareil garement1 je me suis impos tous les assujettissemens1 en mme temps1 tous les avantages de la vieillesse4 ,je mne constamment la vie sage retire1 qui lui est propre2 je passe les journes au coin de mon feu dans mon fauteuil1 bien clos1 j'y radote au milieu de ma famille2 je ne sors qu'un moment midi1 pour me promener au soleil1 ne songe pas s'il y a dans le monde des fous1 qui veulent se distinguer1 servir de spectacle aux autres4 ,le sage vieillard tala tout de suite une quantit de maximes rebattues sur la simplicit des premiers hommes1 qui commenoient toutes par ,autrefois4 ,zanis coutoit avec un secret dpit1 de l'tonnement que lui causoit cet homme1 qui extravaguoit par principe4 ,cette scne finie1 plusieurs autres1 aussi peu attendues1 se succdrent1 remplirent la journe de ,zanis2 s'il vouloit rver ou parler1 il toit interrompu2 dsiroit-il se mettre table1 on lui donnoit une comdie2 enfin1 outr de la perscution que lui faisoient souffrir les fantaisies de tous ceux qu'il rencontroit1 il courut chez l',enchanteur3 ,laissez-moi partir1 dit-il1 vos habitans se donnent pour extraordinaires1 ils ne sont que contrarians1 capricieux1 extravagans4 ,vous faites leur portrait le vtre1 rpondit l',enchanteur1 au lieu de vous vanter d'tre singulier1 que ne me disiez-vous de bonne foi3 ,je meurs d'envie de le parotre2 l'un est bien diffrent de l'autre4 ,les gens naturellement singuliers1 plaisent ordinairement dans la ,socit1 au lieu que celui qui ne l'est que par tude1 outrant bien-tt son personnage1 ne tarde gure ennuyer1 finit par tre insupportable2 mais j'ai voulu vous dsabuser1 non vous punir4 ,tout ce qui vous est arriv1 ainsi qu' ,almon1 n'toit que prestige2 retournez1 l'un l'autre1 dans votre ,patrie1 n'oubliez jamais1 s'il est possible1 que le naturel qui dplat doit se cacher1 que l'ambition d'tre extraordinaire1 mne insensiblement la folie4 ,,les ,,ayeux1 ,,ou ,,le ,,merite ,,personnel4 ,,conte4 ,il y avoit jadis la ,cour de ,perse1 un usage singulier sur la manire de briguer d'obtenir les grandes places4 ,lorsqu'il s'en trouvait une remplir1 tous ceux qui pouvoient y prtendre1 se prsentoient1 en mme temps1 devant le ,souverain3 l1 sur un talisman compos par les ,gnies1 ils gravoient1 avec un diamant1 les titres qui leur donnoient lieu d'esprer la prfrence2 tel toit le pouvoir du talisman1 que1 si pour se faire valoir1 on y traoit quelques faits1 quelques loges de soi-mme1 qui blessassent la vrit1 les caractres1 en cet endroit1 changeoient de couleur1 lorsque le talisman passoit entre les mains du ,monarque4 ,le ,roi1 qui toit le ,prince de son sicle le plus quitable1 n'avoit trouv que cet expdient1 pour n'tre jamais tromp par la vraisemblance4 ,un jour que la ,province la plus considrable de l',empire1 se trouva sans ,gouverneur 7c'toit le ,khorassan71 comme il faloit1 pour y reprsenter avec dignit1 avoir des richesses immenses1 deux hommes seuls vinrent se prosterner devant le ,roi4 ,l'un des concurrens1 qui s'appelloit ,kosroun1 descendoit des ,giamites1 cette race si ancienne si illustre dans la ,perse1 que peu d'autres osoient lui disputer la prminence2 outre un avantage si favorable1 pour tre trait avec distinction par le ,souverain1 ,kosroun1 incapable de manquer l'honneur1 quoiqu'au fond il n'y ft attach que par vanit1 joignoit encore une belle figure1 beaucoup d'esprit2 mais il toit n farouche imprieux2 son srieux dsignoit la fiert1 son sourire marquoit une ironie mprisante4 ,occup sans cesse de ses ,ayeux1 il s'approprioit1 en ide1 comme si c'et t une partie de leur succession1 tout ce qui avoit fait leur gloire4 ,tharzis1 7c'est le nom de son concurrent7 descendu d'une ancienne famille1 mais peu connue1 s'toit acquis une considration1 telle1 qu'une plus haute naissance que la sienne1 n'auroit p y rien ajouter2 ayant les vertus1 les talens qui rendent digne des grandes places1 il pensoit si modestement sur tout ce qui pouvoit tre sa gloire1 il paroissoit si peu occup de son esprit1 dans les momens o il russissoit davantage1 qu'on lui pardonnoit1 sans peine1 une supriorit qui ne servoit qu' rendre son commerce plus aimable4 ,kosroun1 aprs s'tre prostern avec affectation1 7comme si la ,cour avoit eu besoin de son exemple1 pour rendre au ,souverain ce devoir indispensable7 reut le talisman1 persuad que son mrite seul dcidoit suffisamment en sa faveur1 voici ce qu'il se contenta d'y tracer4 ,mes ayeux moi4 ,le talisman passa ensuite dans les mains de ,tharzis1 qui pensant que ses grandes richesses toient le seul titre qui dt le faire prfrer plusieurs hommes de la ,cour1 trs-dignes comme lui de cette place1 grava1 pour motifs de la grace qu'il attendoit du ,monarque1 ce peu de mots4 ,vos bonts mon zle4 ,le ,roi resta1 quelques momens1 dans le silence1 observant le talisman2 il se tourna ensuite vers les portiques d'un sallon intrieur1 dont l'accs toit interdit tous ses ,courtisans3 ,a l'instant1 les portiques s'ouvrirent2 on entendit un bruit ml du son des instrumens1 des acclamations qui accompagnent un triomphe2 l'on vit parotre soixante ,vieillards vnrables1 qui1 aprs s'tre inclins1 avec respect1 se placrent aux deux cts du ,trne1 chacun sur un trophe qui venoit de s'lever4 ,kosroun1 tonn1 demanda1 en secret1 quelles toient ces figures bizarres1 qui osoient se placer si prs du ,souverain4 ,tout garda le silence4 ,voyez1 dit le ,roi aux deux ,prtendans1 ces sages ,vieillards qui m'environnent1 plus clairs que moi1 ils vont choisir entre vous4 ,kosroun1 bless de cette loi1 reprsenta qu'il s'aviliroit reconnotre d'autre ,juge que son ,souverain1 loin de chercher se rendre favorables ces mmes ,vieillards1 dont sa destine pouvoit dpendre1 il exposa1 sans mnagement1 que l'ge pouvoit avoir altr leur raison2 qu'attachs des prjugs1 des usages qui avoient vieilli avec eux1 ils seroient peut-tre injustes1 avec le dessein d'tre quitables2 enfin son caractre prsomptueux altier1 son mpris pour le reste des hommes1 parurent dcouvert3 ,et quelques-uns de ces ,vieillards voulant lui remontrer l'indcence des discours qu'il osoit se permettre1 il ne daigna pas les couter4 ,son orgueil alla jusqu' leur reprocher de manquer ce qu'ils devoient au seul homme qui restt de l'illustre race des ,giamites4 ,a ce nom1 les ,vieillards firent un cri d'indignation2 ,sachez1 dit le plus vnrable1 qui vous faites ce reproche1 c'est aux ,giamites mmes1 que vous parlez2 c'toit eux1 effectivement1 que le ,roi pour confondre le prsomptueux1 par les motifs mme1 qui faisoient natre sa confiance1 avoit voqus1 avec le secours du talisman4 ,kosroun1 alors1 dpouill subitement de tout ce qui fondoit sa considration1 ne fut plus aper que par ses dfauts2 il ne vit plus1 pour lui1 dans tous les yeux1 que le mpris1 ou une sorte de piti1 presqu'aussi humiliante4 ,apprenez1 malheureux ,kosroun1 continua le ,vieillard1 que celui qui les vertus de ses ,anctres n'inspirent qu'un sentiment d'orgueil qui le fait har1 est desavou d'eux1 que loin d'avoir part leur gloire1 il doit tre condamn l'oubli la honte d'tre inutile ces mmes ,concitoyens1 dont il ddaigne d'tre aim4 ,le ,roi1 alors1 nomma ,tharzis1 les ,vieillards disparurent4 ,on conoit quelle impression cet vnement fit dans la ,perse1 sur l'esprit de ceux qui avoient d'illustres anctres4 ,dans la crainte de les voir renatre tout coup1 on ne songea qu' se rendre digne d'eux2 mais1 malheureusement1 le secret de les voquer s'est perdu1 voici le seul effet qui reste du pouvoir du charme2 quand on marque aux ,grands1 qui ne mritent rien1 par eux-mmes1 des dfrences1 ou du respect1 une voix1 qu'eux seuls n'entendent pas1 leur crie1 ,ce n'est pas vous1 c'est vos ,ayeux1 que les gards dont vous joussez s'adressent4 ,,alidor1 ,,et ,,thersandre4 ,,conte4 ,alidor1 ,thersandre1 toient jumeaux1 d'une figure qui ne laissoit rien dsirer4 ,c'toit encore un autre prodige1 que leur parfaite ressemblance2 ils avoient1 avec beaucoup d'esprit1 l'un l'autre1 les mmes traits1 la mme action1 le mme son de voix2 il sembloit1 enfin1 que la nature1 ayant form l'un des deux1 avoit t si contente de l'ouvrage1 qu'elle avoit pris plaisir l'imiter1 sans la moindre diffrence4 ,ayant t adopts1 ds le berceau1 par un ,enchanteur1 par une ,fe1 ils ne manquoient pas d'usage du monde1 quoiqu'ils n'eussent jamais habit qu'une ,campagne4 ,par le secours de la ,ferie1 les gens aimables de chaque ,nation toient transports1 tour tour1 dans cette habitation1 sans qu'ils s'en aperussent1 sans que cela dranget rien leur manire de vivre1 ni leurs plaisirs2 c'toit pendant la nuit1 que le charme les attiroit2 soit qu'ils dormissent ou qu'ils fussent table1 soit qu'un bal1 ou quelque autre fte1 les rassemblt2 les personnes1 le souper1 le lieu1 tout toit enlev devenoit le spectacle du ,palais de la ,fe1 de l',enchanteur4 ,ceux qui avoient t transports pendant le sommeil1 qui s'tant rveills dans le ,palais1 en avoient v les merveilles1 s'imaginoient n'avoir fait que dormir1 rver2 on a t bien long-temps qu'on prenoit ces sortes de voyages pour des songes4 ,alidor1 ,thersandre passoient ainsi une vie agrable4 ,l',enchanteur toit le meilleur homme du monde2 il n'avoit qu'une chose de gnante1 c'est que1 comme il pensoit fort peu1 il vouloit qu'on penst pour lui1 qu'on ft1 tant que le jour duroit1 occup l'entretenir4 ,ce n'toit pas des raisonnemens1 ni des rflexions qu'il demandoit2 il ne vouloit que de ces choses qu'on entend1 sans presque y donner attention2 il exigeoit1 par exemple1 que vous lui contassiez tous les petits dtails de votre journe1 cent minuties pareilles qui ennuyent1 ordinairement1 tout autre que celui qui a la petitesse d'esprit de les raconter4 ,la ,fe1 au contraire1 avoit en antipathie quelqu'un qui parloit de soi1 sans ncessit2 elle auroit mieux aim qu'on n'et eu rien lui dire2 mais ne voulant contraindre personne1 comme ,alidor parloit volontiers de tout ce qui le regardoit1 elle l'avoit abandonn l',enchanteur1 s'toit rserv ,thersandre2 l'ayant accoutum1 de bonne heure1 ne point entretenir les autres de ses petites avantures1 de ses gots1 de ses haines1 ni enfin de tout ce qui n'intressoit que lui4 ,thersandre1 son frere toient dans leur vingtime anne1 lorsqu'ils entendirent un ,hraut qui crioit haute voix3 ,qui osera mriter l'honneur d'pouser la fille du ,roi1 ou d'tre ,gouverneur de la moiti du ,royaume8 ,il vient de natre un homme1 ou pltt un horrible monstre deux ttes1 qui porte crit sur chaque front1 en caractres de feu3 ,qu'on me donne la ,princesse en mariage1 ou je renverserai le monde4 ,comme il est fils d'un ,enchanteur1 il dissipe une ,arme par le seul bruit de sa voix2 mais il peut succomber1 s'il n'est attaqu que par un petit nombre4 ,quiconque l'aura vaincu1 apportera sa dpouille1 recevra1 au choix de la ,princesse1 l'une des rcompenses promises4 ,le ,hraut ayant achev1 il leur remit un rouleau d'corce d'arbre1 sur lequel ils trouvrent trac3 ,,portrait ,,de ,,la ,,princesse4 ,qu'avec le secours de l'imagination la plus ingnieuse1 on se reprsente tout ce qui forme une personne charmante1 par la figure1 l'esprit le caractre2 qu'ensuite on considre1 on entende la ,princesse1 on dira3 ,je n'avois fait qu'une bauche4 ,voil ce que je voulois dpeindre4 ,mon frere1 dit ,thersandre1 nous ne sommes encore connus que par la singularit de notre ressemblance4 ,c'est ici l'occasion de nous signaler4 ,alidor fut du mme sentiment4 ,ils s'armrent chacun d'un dard1 d'un bouclier d'une pe2 ayant appris que le ,gant1 qui parcouroit cent lieues de pays d'un soleil l'autre1 n'toit pas loin de leur chteau1 ils allrent sa rencontre4 ,a peine furent-ils sur le bord d'un bois assez proche de leur demeure1 qu'ils aperrent un ,monstre haut de trente pieds1 ayant deux ttes humaines1 des ales de cristal1 quatre bras arms de griffes fort longues1 denteles2 il ne voloit pas1 mais secouru de ces mmes ales1 il marchoit avec une rapidit tonnante1 s'appuyant sur une norme massue4 ,malgr la supriorit que paroissoit avoir1 sur eux1 un colosse si terrible1 comme il avoit quelque chose d'humain1 ils crrent que ce seroit une lchet de l'attaquer ensemble4 ,ils pensoient que le courage l'adresse1 toient un genre de force1 suprieur tout autre1 ayant tir au sort1 qui le combattroit le premier1 ,alidor fut le fortun4 ,il marcha aussi-tt vers le ,monstre1 qui s'tant arm de son arc1 tira plusieurs flches1 dont la pesanteur auroit branl une tour4 ,alidor les vita1 avec une adresse extrme1 lanant son dard1 il fit1 l'une des ttes du ,gant1 une lgre blessure4 ,le ,monstre1 alors1 faisant plusieurs mouvemens de son norme massue1 causa une si grande agitation dans l'air1 qu',alidor tomba comme si un ouragan l'et renvers4 ,thersandre1 voyant son frere hors de combat1 courut pour le venger4 ,le ,gant tenoit un bras lev pour accabler son ennemi vaincu1 lorsqu'il apert le nouveau combattant1 qui lui crioit de se dfendre2 furieux de ce qu'un adversaire1 qu'il trouvoit mprisable1 se flattoit de le mettre en pril1 il rsolut de lui faire souffrir une mort horrible4 ,on vit alors jaillir1 de ces mmes caractres qu'il avoit imprims sur chaque front1 des serpentaux enflamms1 des flches brlantes4 ,thersandre1 loin d'en tre effray1 se jetta travers ces dangers2 il lana son dard avec tant de justesse1 qu'il fit au ,monstre une profonde blessure4 ,le ,monstre1 alors1 leva sa massue1 mais les forces lui manqurent1 il tomba1 ,thersandre lui trancha ces deux formidables ttes1 qui avoient caus tant de frayeur au ,roi la ,princesse1 lorsque le ,monstre avoit t la demander en mariage4 ,pendant ce combat1 ,alidor ayant repris ses esprits1 ,thersandre lui1 allrent faire part de ce triomphe l',enchanteur la ,fe1 qui furent charms de ce qu'ils avoient tent cette grande entreprise de leur propre mouvement4 ,allez1 leur dit l',enchanteur1 apprendre au ,roi la mort du ,monstre4 ,contez-lui1 bien en dtail1 les circonstances de cette admirable nouvelle2 recevez les rcompenses que vous avez mrites4 ,la ,fe parla diffremment ,thersandre2 sans doute1 lui dit-elle en secret1 vous voulez tre l',epoux de la ,princesse8 ,il faut mriter qu'elle vous prfre2 observez1 plus svrement que jamais1 de ne point parler de vous1 lors mme que vous l'entretiendrez du service que vous venez de lui rendre4 ,thersandre remercia la ,fe1 rejoignit son frere2 ils partirent4 ,ils arrivrent le lendemain la ,cour4 ,le ,roi la ,princesse dja informs de toutes les circonstances de leur victoire1 voulurent1 pour les recevoir avec distinction1 leur donner chacun une audience particulire4 ,alidor1 comme l'an1 parut le premier3 sa figure si belle si noble1 une certaine grace1 qui paroissoit dans toutes ses actions1 l'une des ttes du ,monstre qu'il portoit1 avec fiert1 au bout de son pe1 tout cela formoit un contraste qu'on voyoit avec une sorte d'admiration4 ,le ,roi la ,princesse en furent fraps4 ,alidor conta comment son frere lui1 sur le rcit du ,hraut1 avoient rsolu de chercher le ,gant4 ,il ne songea point parler du portrait de la ,princesse1 mais il dpeignit la figure effrayante du ,monstre1 tout le pril de le combattre1 la blessure qu'il lui avoit faite1 enfin l'effet de ce tourbillon1 dont il avoit t renvers1 comme d'un coup de tonnerre4 ,pendant ce rcit1 qu',alidor orna de traits d'esprit d'loquence1 flatt de l'espoir d'obtenir la main de la ,princesse1 il avoit paru beaucoup moins occup d'elle1 que de l'clat de sa propre avanture4 ,le ,roi1 aprs lui avoir donn toutes sortes de tmoignages d'estime3 ,allez1 lui dit-il1 vous apprendrez1 bien-tt1 quelle sera votre rcompense4 ,alidor se retira1 ,thersandre fut introduit4 ,thersandre ne portoit point une des ttes du ,monstre1 comme avoit fait ,alidor1 il l'avoit dpose dans la salle des ,gardes1 au pied du faisceau d'armes4 ,il parut avec l'extrieur simple1 d'un homme qui n'auroit eu aucune part l'vnement du jour2 ce fut toute la diffrence que la ,princesse apert entre son frere lui2 tant1 d'ailleurs1 trs-surprise de leur ressemblance4 ,thersandre s'avana1 avec beaucoup de grace1 de modestie2 il resta dans le silence1 attendant que le ,roi lui parlt1 regardant de temps en temps la ,princesse4 ,c'est donc vous1 brave ,thersandre1 qui avez triomph du ,gant1 lui dit le ,roi8 ,mon frere l'avoit bless1 rpondit ,thersandre1 depuis sa blessure1 il avoit peine se dfendre4 ,vous rabaissez beaucoup la gloire de votre combat1 continua le ,monarque1 mais je suis instruit des prils que vous avez bravs4 ,le ,monstre toit facile vaincre1 reprit ,thersandre1 sa vie troubloit le bonheur du ,roi1 les beaux jours de la ,princesse4 ,c'est vous qui me les rendez ces beaux jours1 dit la ,princesse1 vous ne parlez point de la rcompense6 ,vous venez de l'accorder1 ,princesse1 rpondit ,thersandre1 vous annoncez que vous allez vivre heureuse4 ,cependant1 ajouta le ,roi1 j'ai promis la moiti de mon ,royaume4 ,il appartient tout entier la ,princesse1 interrompit ,thersandre1 un don qui diminueroit de son bonheur1 ou de sa gloire1 pourroit-il tre regard comme un bienfait par aucun de vos ,sujets8 ,c'est assez1 dit le ,roi1 vous apprendrez comment je sais reconnotre un service de cette importance4 ,quand ,thersandre se fut retir1 le ,roi1 qui n'aimoit pas moins que l',enchanteur1 entendre raconter de belles histoires1 dit sa fille3 ,me voil bien embarrass2 celui-ci ne veut pas de la moiti de mon ,royaume2 il mrite1 cependant aussi1 une grande rcompense2 mais si tu te dtermines pouser l'un des deux1 vraisemblablement tu ne prendras pas ,thersandre4 ,il me parot qu'il a bien moins d'esprit que son frere3 il n'a pas s nous conter son combat1 comme avoit fait si agrablement ,alidor4 ,mon pere1 rpondit la ,princesse1 pardonnez si mon sentiment n'est pas conforme au vtre4 ,thersandre ne me parot avoir d'avantage sur ,alidor1 que l'lvation d'ame1 qu'il montre1 en n'tant point occup de sa victoire3 ,eh1 quelle diffrence cela met entr'eux6 ,quiconque peut n'avoir point de vanit sur l'vnement le plus brillant de sa vie1 a sans doute une force d'esprit1 une raison suprieure1 qui ne se dmentiront jamais4 ,j'avoue que ,thersandre m'a prvenue en sa faveur1 que je l'pouserois sans rpugnance4 ,il me semble que je ne trouverois dans ,alidor1 qu'un ,librateur1 qui se plairoit me faire souvenir que je suis sa conqute1 qui ds que la moindre inquitude viendroit le saisir1 me prsenteroit la tte du ,gant1 pour me faire souvenir de ce que je lui dois1 qui rduiroit ainsi ma tendresse la reconnoissance4 ,dans ,thersandre1 je dcouvre1 la fois1 un extrme dsir de m'intresser en sa faveur1 avec la crainte gnreuse de me rappeller qu'il m'a servie2 il n'envisage1 dans ce qu'il a fait pour moi1 il ne sent1 que le plaisir d'avoir contribu au bonheur de ma vie1 n'ose s'en faire un titre pour me plaire4 ,l'un s'applaudiroit sans cesse d'avoir mrit ma main2 l'autre1 en la mritant davantage1 regardera1 comme une grace1 de l'avoir obtenue4 ,combien la modestie ajoute aux autres qualits qui rendent aimables6 ,me voil dtromp1 dit le ,roi1 je vois qu'effectivement ,thersandre te plat plus que son frere2 demain nous leur apprendrons leur destine2 envoyons inviter l',enchanteur la ,fe qui les aiment1 venir tre tmoins des effets de notre reconnoissance4 ,le lendemain1 l',enchanteur la ,fe tant arrivs1 le ,roi dclara1 qu',alidor auroit le ,gouvernement de la moiti du ,royaume2 il ordonna qu'on prpart les ftes qui doivent prcder l'hymne2 ensuite il posa sa couronne sur la tte de sa fille1 lui remit son sceptre1 prsentant ,thersandre3 ,vous tes ,reine1 dit-il1 voil votre ,librateur4 ,la ,princesse regarda ,thersandre1 lui donna le sceptre1 ,thersandre tomba ses pieds2 devenu perduement amoureux d'elle1 pour avancer1 d'un moment1 le bonheur de recevoir sa foi1 il auroit combattu un nouveau monstre4 ,enfin ce moment dsir arriva2 la ,princesse ne s'toit point trompe2 ,thersandre1 ,epoux ,roi1 garda la douceur1 la simplicit de son caractre2 on parle encore de la flicit1 toujours gale1 dont la vie de ces deux ,epoux a t remplie4 ,,les ,,voyageuses4 ,,conte4 ,une ,fe avoit trois nices2 l'ane toit belle1 la seconde jolie1 la troisime laide4 ,la belle toit si contente1 si glorieuse de l'tre1 qu'elle n'toit1 qu'elle ne vouloit tre que cela2 elle n'imaginoit point d'autre avantage dans le monde4 ,si elle marchoit1 sa contenance sembloit vous dire3 ,voyez de quelle air la beaut se promne2 devenoit-elle rveuse1 la voyoit-on s'endormir1 s'veiller1 c'toit en attitude de belle personne4 ,quand vous l'entreteniez des choses qui la regardoient le moins1 elle vous rpondoit comme si vous lui eussiez donn des louanges4 ,on lui auroit racont la mort du grand ,pan1 ou l'entreprise des argonautes1 qu'elle auroit cr que c'toit une allgorie sur ses charmes4 ,la jolie1 vive naturellement1 fort piquante1 suprieurement coquette1 vouloit que tout ft occup d'elle1 jusqu'aux femmes2 car il faloit1 pour tre heureuse1 se voir l'unique objet de leur jalousie1 de leurs plaintes1 de leur aigreur2 comme celui de l'empressement1 des soins1 des inquitudes1 des prfrences de tous les hommes4 ,on ne cessoit presque pas de parler1 afin que les autres femmes n'eussent pas le temps de montrer de l'esprit2 quand on ne se sentoit pas ce fond d'enjouement1 qui donne si bien l'air de la premire jeunesse1 on y supploit1 en prenant l'air de l'tourderie4 ,il faloit voir encore comme on affectoit de parotre sensible aux amusemens1 afin de laisser imaginer que si on se permettoit des passions1 on les auroit extrmement vives3 elle tiroit mme parti de sa mauvaise humeur2 7car elle en avoit7 elle en montroit aussi sans en avoir1 alors1 elle devenoit moqueuse2 ainsi c'toit tre1 toujours1 le personnage qui attiroit l'attention de toute l'assemble2 enfin1 pour achever le portrait1 sensible uniquement par vanit1 indiffrente dans le cur1 elle n'exigeoit de l'amiti1 ni n'en vouloit rendre1 aussi n'en avoit-elle jamais inspir4 ,la laide l'toit effectivement1 mais d'une laideur qui ne ressembloit point toutes celles qu'on rencontroit alors assez communment dans le monde2 quand on regardoit ses traits en dtail1 il n'y en avoit pas un seul qui ne dplt2 les voir ensemble1 c'toit de moment en moment une physionomie nouvelle1 toujours singulire1 toujours agrable2 on jugeoit que cette varit venoit de beaucoup d'imagination1 que cette imagination devoit tre charmante4 ,elle l'toit aussi4 ,la gaiet1 la douceur1 la finesse2 sur tout cela1 ce naturel qui ne prtend rien1 qui fait tout valoir2 voil1 la fois1 son esprit1 son visage2 car1 comme je l'ai dit1 l'un toit toujours l'ame de l'autre4 ,ajotez1 qu'elle avoit les plus belles dents du monde1 que le reste de sa figure toit fort bien4 ,voil toute la personne4 ,j'oubliois ce qui peut servir le mieux faire connotre son caractre2 elle savoit qu'elle toit laide1 ne se doutoit pas qu'elle et de quoi le faire oublier4 ,leur tante1 qui n'avoit employ son art qu' se perfectionner la raison1 qu'elle regardoit comme le premier de tous les dons1 auroit bien voulu pouvoir en faire part ses nices2 elle quittoit souvent le pays des ,fes1 pour venir vivre avec elles4 ,il est temps que vous choisissiez un tat1 leur dit-elle un jour2 si vous tiez mes filles1 vous seriez ,fes comme moi2 mais mes nices1 je ne puis donner de ma ,ferie1 que quelques secours pour leur faire un grand tablissement4 ,voyons1 d'abord1 quelle figure vous voulez avoir2 car il dpend de moi de changer la vtre4 ,l'ane rpondit cette proposition avec un air de ddain2 ,ne perdez point cela l'excellence de votre art1 ma tante1 rien ne presse4 ,je me consulterai1 dit la seconde1 avec un sourire lorgneur1 qui marquoit une satisfaction de soi-mme la plus orgueilleuse1 la mieux enracine4 ,pour moi1 dit la troisime1 je ne pourrois que gagner un changement2 tenez ma tante1 que je prenne la figure sous laquelle je vous inspirerai le plus d'amiti pour moi4 ,et la ,fe de l'embrasser4 ,mademoiselle1 n'imagine donc point de modle sur lequel ma tante pt la former1 ajota l'ane1 comme par bont pour cette pauvre cadette4 ,vous pouvez vous flatter1 ma tante1 7continua la seconde1 qui avoit pris de l'humeur de ce que la laide avoit t embrasse7 que son changement 7quel qu'il soit7 fera beaucoup d'honneur votre art4 ,il me vient une autre ide1 dit la ,fe1 si nous allions voyager dans quelques ,royaumes trangers1 vous sauriez ce qu'on penseroit du mrite que vous avez actuellement2 vous connotriez aussi les diffrentes conditions o l'on peut vivre heureux1 vous vous dcideriez ensuite4 ,le projet fut unanimement approuv2 la ,fe trouva convenable que dans le voyage1 elles passassent pour nices de ,fes2 c'toit le moyen d'tre par-tout fort bien rees4 ,il faudra aussi1 ajoutrent les deux anes1 afin que tout soit dans la bonne foi1 que nous gardions notre nom ordinaire1 c'est--dire1 la belle1 la jolie1 la laide2 vous savez qu'on nous appelle ainsi depuis le berceau4 ,la ,fe y consentit2 pour n'tre point accable de toutes les demandes ridicules qu'on viendroit lui faire1 si elle s'annonoit comme ,fe1 elle voulut ne parotre que la ,gouvernante de ses nices4 ,on part1 pendant le voyage1 ds qu'on toit dans une grande ,ville1 les deux anes ne manquoient pas de rpter1 cent fois propos de rien3 ,mais que fait la laide8 ,ecoutez1 ma tante1 ce que dit la laide4 ,on prtend mme1 qu'elles portoient dans une petite cage de satin1 dont les barreaux toient de pelluche1 une petite ,perruche1 voix aigre1 perante1 qui rptoit cent fois dans une heure3 ,la laide1 la laide1 la laide2 c'toient elles qui l'avoient instruite4 ,il est certain1 du moins1 que depuis qu'on avoit donn leur sur1 tant encore au berceau1 le triste nom de laide1 elles seules le lui avoient fidlement conserv2 tous ceux qui l'environnoient1 en avoient chacun imagin un autre4 ,l'un l'appelloit ,zimzime1 ce qui en langage de ,fe1 veut dire1 mieux que belle4 ,l'autre1 ,claride1 c'est--dire1 qui ne l'aimeroit8 ainsi de quantit d'autres noms4 ,si elle n'en avoit eu qu'un dtermin1 elle y auroit perdu1 quelque beau qu'il et t2 il est vrai qu'on ne prononoit ceux-ci que tout bas devant ses surs1 de peur de les mettre en colre1 qu'elle-mme ne vouloit pas les entendre2 mais l'appeller1 comme par mprise1 d'un de ces noms1 c'toit lui dire une chose obligeante1 on profitoit de toutes les occasions de se mprendre2 car comme on craignoit1 parce qu'elle toit extrmement modeste1 qu'elle ne se crt du genre de laideur que ses surs lui reprochoient si volontiers1 on s'appliquoit lui persuader le contraire1 cela1 parce qu'elle cherchoit tre aime4 ,leur premier sjour sur la ,cour d',assyrie1 qui toit brillante1 nombreuse1 o les hommes toient la fois senss aimables1 o les femmes toient charmantes1 vivoient ensemble1 sans se har2 parce qu'elles n'avoient que le cur sensible1 que leur amour propre ne se blessoit jamais mal -propos4 ,ce n'toit pas qu'il n'y et aussi des femmes vaines1 aigres1 mprisantes2 des hommes confians1 frivoles1 indiscrets2 mais c'toit le petit nombre1 cela fait une ,nation bien raisonnable4 ,la belle y fut d'abord admire1 la jolie y fut suivie1 la laide 7j'aime mieux dire la troisime7 resta d'abord assez ignore1 parce qu'on s'occupoit des deux autres4 ,bien-tt1 l'ane fut trouve trop froide1 trop vaine dans la ,socit1 regardant1 trop en piti1 tout ce qui n'toit pas la beaut1 c'est--dire toute autre que la sienne4 ,bien-tt1 la voil nglige1 abandonne1 1 quelques vieux ,seigneurs prs1 qui n'avoient conserv de leur jeune ge1 qu'une parfaite ennuyeuse admiration pour les belles1 elle ne se trouva plus d'adorateurs2 comme elle avoit mpris toutes les femmes1 celles qui s'en toient formalises1 parce qu'elles n'avoient pas assez d'esprit pour en rire1 s'en trouvrent encore plus qu'il n'en faloit1 pour lui donner des ridicules4 ,la seconde1 qui avoit d'abord attir ce petit nombre d'hommes1 dont j'ai parl1 fut enfin avertie1 par la ,fe1 qu'ils avoient l'air trop libre avec elle1 qu'ils faisoient de mauvaises histoires sur son compte1 que de certaines femmes prenoient grand soin d'accrditer2 que les gens senss1 qui elle ne s'toit point soucie de plaire1 se contentoient de ne point couter1 sans chercher les dtruire2 qu'enfin1 elle n'avoit nulle considration4 ,cela la toucha assez2 mais ce qui fit bien plus d'effet1 c'est qu'elle se vit bien-tt nglige par les hommes les plus estims1 les plus aimables3 la voir1 la suivre1 la trouver trop coquette1 l'oublier1 ne fut pour eux que l'ouvrage de peu de jours4 ,notre troisime avoit1 enfin1 t remarque4 ,on avoit commenc par s'apercevoir qu'elle avoit beaucoup d'esprit4 ,on se demanda1 bien-tt1 on examina si1 effectivement1 elle toit laide2 la fin de ce doute1 fut de la trouver extrmement aimable4 ,eh6 comment ne pas convenir de son esprit8 ,elle en trouvoit si volontiers aux autres1 se plaisoit dmler1 dans toutes les femmes1 ce qui toit leur avantage1 comme une autre auroit cherch les voir en ridicule2 ainsi on lui donnoit sa confiance1 on vouloit son amiti1 on aimoit la faire valoir4 ,mais il falut partir1 les deux surs s'ennuyoient de cette ,cour2 elles vouloient absolument aller dans quelque autre qui ft tout--fait diffrente4 ,la ,fe les transporta dans un pays fort loign4 ,elles arrivrent au milieu d'une grande ,ville1 o l'on ne voyoit que des ,palais1 dont les habitans1 d'une stature noble leve1 toient habills de gazes1 brodes de petits coquillages qui reprsentoient1 au naturel1 des fleurs1 des arbustes1 des oiseaux2 ce qui toit plus singulier encore1 ces mmes habitans avoient le teint couleur d'avanturine1 avec des yeux d'un bleu de saphir1 trs-brillans2 des lvres extrmement grosses1 de la mme couleur que les yeux1 des dents de nacre1 les plus jolies du monde4 ,cette bizarrerie ne choqua point les deux anes2 elles pensrent qu'il seroit flatteur d'tre admires par des yeux couleur de saphir1 de tourner la cervelle ces hommes extraordinaires4 ,pour la cadette1 elle toit fort tonne1 tchoit de s'accoutumer ces figures surprenantes1 afin de n'tre point hae des gens avec qui elle alloit vivre4 ,ses surs furent bien trompes dans leurs esprances3 comme la beaut est une affaire d'opinion1 on ne les regarda1 jamais1 qu'avec une surprise qui ne supposoit aucun plaisir les voir1 elles n'eurent point d'autres succs2 1 pour comble de dgot1 elles apprirent1 qu'on ne les appelloit que du nom qu'elles donnoient1 avec tant de plaisir1 leur cadette4 ,mais voici bien pis encore1 tant toutes trois une fte1 o les filles du ,roi formoient une danse plus singulire que difficile1 que les deux anes ne regardrent qu'avec ddain1 7car elles ne pouvoient pas souffrir de voir briller les autres7 la troisime se mit au rang des danseuses1 qu'elle avoit beaucoup applaudies2 comme elle avoit acquis bien des talens1 croyant en avoir besoin1 elle saisit si bien le caractre de leur danse1 on lui st si bon gr de se prter1 avec tant de grace1 des amusemens trangers pour elle1 qu'elle fut applaudie l'excs4 ,le ,roi1 les ,dames1 les ,courtisans1 ne cessoient de dire3 ,quel dommage1 qu'elle n'ait pas un teint d'avanturine1 de belles grosses lvres bleues6 ,ses deux surs entendirent1 sans doute1 mot pour mot1 toutes les louanges qu'on lui donna 7car le dpit dans les femmes est si pntrant72 enfin elles pensrent en mourir de jalousie2 le bal fini1 ce fut une perscution pour partir1 laquelle il falut que la tante cdt2 peine eut-elle le temps de prendre cong du ,roi1 de la ,reine1 des ,princesses1 qui elle donna1 cependant1 un secret pour se bouffir1 considrablement1 les lvres1 aux jours de crmonie4 ,l'importance de ce prsent1 la fit reconnotre pour ,fe1 elle se vit investir par un concours prodigieux de peuples2 mais elle toit dja dans son char1 elle disparut1 au grand contentement des deux anes1 qui maudissoient un pays o l'on n'applaudissoit que leur cadette4 ,je ne sai pas comment j'ai oubli1 jusqu'ici1 d'expliquer pourquoi ces deux anes toient en si bonne intelligence4 ,il n'est pas facile de le deviner2 cela va cependant parotre assez simple4 ,la jolie disoit1 tout moment1 l'ane1 qu'elle toit prodigieusement belle2 la belle disoit celle-ci1 qu'elle toit excessivement jolie2 chacune1 parce qu'elle pensoit ne prononcer qu'un mot qui n'exprimoit rien1 se moquer de sa sur1 proportion du plaisir qu'elle lui causoit1 par cette louange chimrique4 ,mais comment se pardonnoient-elles leurs conqutes1 puisque l'une l'autre vouloit1 sans doute1 tre seule aimable8 ,cette objection est plus embarrassante2 mais voici comment cette concurrence s'arrangeoit dans leur tte4 ,la belle croyoit que sa sur n'avoit de soupirans1 que ceux qui1 ne se sentant qu'un mrite commun1 n'osoient se flatter d'tre couts d'une belle personne2 la seconde disoit2 ,ils seront bien-tt excds de la triste beaut de ma sur1 ils me reviendront2 ainsi1 c'toit le peu de bonne opinion que mutuellement l'une avoit de l'autre1 qui entretenoit leur union4 ,on ne sauroit croire combien un mpris rciproque est souvent parmi quelques femmes1 une raison de convenance1 mme le nud d'une sorte d'amiti4 ,a l'gard de leur haine commune pour la troisime1 voici quelle en fut l'origine4 ,leur cadette1 ayant une ame douce1 s'appliquant vaincre par de la dfrence par de l'amiti1 la rpugnance que lui marquoient ses surs1 profitoit de toutes les occasions de faire leur loge1 avec justice2 mais tant raisonnable sincre1 elle ne pouvoit se dterminer louer l'orgueil de l'une la coquetterie de l'autre2 ne les pas applaudir1 cet gard1 c'toit se montrer leur ennemie4 ,ajoutez que lorsque les deux anes s'y attendoient le moins1 elles virent cette sur1 condamne dans leur esprit ne jamais plaire1 russir souvent mieux qu'elles4 ,on ne supporte point cela2 car1 qu'on ait prv le succs que peut obtenir une autre femme1 comme on a rassembl1 par avance1 toutes les manires de l'envisager1 qui en diminueront le prix2 on peut en tre tmoin1 sans se dcontenancer2 on le mprise1 peut-tre1 au point qu'on le pardonne4 ,mais quand il surprend1 qu'on est rduit le voir tel qu'il est1 il n'y a courage d'esprit qui y tienne4 ,les voil donc dans le char4 ,o vous mnerai-je8 leur dit la ,fe4 ,vous savez1 sans doute1 quoi vous en tenir1 sur votre figure8 ,voyageons prsent1 afin de vous faire connotre le prix des diffrens tats de la vie2 je vais1 pour commencer1 vous faire toutes trois ,reines4 ,alors1 elle remua une chane de diamans1 qui gouvernoit quatre ,phnix1 qu'elle avoit attels son char2 ils htrent leur vol1 arrivrent dans un pays charmant4 ,on entra dans une ,ville superbe2 tous les ,grands de l',empire s'y trouvrent rassembls1 les trois nices1 places sur un mme trne1 furent toutes trois reconnues ,souveraines4 ,l'ane1 on ne l'auroit pas cru1 trouva le moyen d'augmenter de fiert de bonne opinion de son mrite4 ,le lendemain de son couronnement1 elle emprunta la baguette de sa tante1 pour un coup d'tat1 disoit-elle1 l'on ne devineroit pas quel usage elle en vouloit faire4 ,il y avoit proche de sa ,capitale1 une vaste plaine2 elle s'y promena1 d'un soleil l'autre1 pour donner ses ,sujets le plaisir de l'admirer1 elle les transporta1 tout coup1 dans cette plaine2 cet enlevement pensa les faire mourir tous de frayeur4 ,l'un1 occup dans son cabinet1 se sentoit emport par sa fentre1 sans savoir quoi attribuer cette merveille4 ,l'autre1 au moment de prononcer le serment qui l'alloit unir sa matresse1 quittoit1 malgr lui1 sa main1 s'chapoit avec rapidit du ,temple1 au grand tonnement de l'pouse de l'assemble4 ,celui-ci1 dont la sant toit languissante1 transport dans son fauteuil1 se trouvoit dans les nues4 ,on voyoit voler les batallions tout arms1 les personnages les plus graves traverser les airs1 en habits de crmonie4 ,enfin1 cet vnement causa un trouble1 un dsordre gnral1 dans toute la ,nation1 chaque jour de son ,rgne1 amena quelque-autre folie1 dont sa beaut toit la cause4 ,on s'attend bien voir la seconde1 ne contraignant pas mieux son caractre2 aussi parut-il dans toute sa perfection4 ,il n'y eut bien-tt plus sa ,cour que des petits soins pour occupation1 des fleurettes pour langage1 des lorgneries pour politesses4 ,la ,fe se trouva force d'apprendre l'ane l'effet de sa ridicule prsomption2 la seconde1 le peu d'estime de respect qu'on avoit pour elle2 les avis sages1 quand ils viennent d'une ,fe1 ont cela de particulier1 ils persuadent4 ,je ne veux pas dire1 cependant1 que les deux nices crrent avoir tort1 elles sentirent1 seulement1 la honte de leur situation1 qu'elles trouvrent injuste2 elles conclurent que le trne n'avoit pas tant de charmes qu'elles l'avoient pens4 ,la troisime ,reine parut effectivement l'tre4 ,si le ,trne met les dfauts dans un plus grand jour1 il donne aussi plus d'occasions aux vertus de parotre4 ,zimzime1 car la ,fe avoit dcid qu'on ne l'appelleroit plus la laide1 mieux que belle1 dis-je1 eut donc lieu d'tre contente de sa nouvelle condition2 elle avoit des murs1 de la dignit1 elle fut respecte4 ,elle ne songeoit qu'aux moyens de faire le bien1 d'tre aime1 on l'adora4 ,sa ,cour devenoit1 tous les jours1 plus nombreuse1 cela acheva de dsesprer ses surs4 ,une nuit1 tourmentes d'un dpit qui ne leur avoit pas permis de fermer l'il1 elles allrent trouver la ,fe1 la pressrent de partir dans le mme moment1 aimant mieux toute autre condition que celle de rgner4 ,la ,fe1 qui avoit ses ves1 rpondit froidement1 il est encore bien matin1 mais j'y consens2 elle alla veiller ,zimzime1 l'habilla d'un seul coup de baguette1 sans que rien manqut son ajustement1 rpandit dans la ,ville quelques trsors1 l'on remonta encore dans le char4 ,h bien1 mes chres ,nices1 7cela s'adressoit aux deux anes7 vous vous tes ennuyes du ,trne8 ,le rang qui en approche vous exposeroit1 peu prs1 aux mmes inconveniens2 dans les tats1 successivement infrieurs1 vous trouveriez de pareils sujets de mcontentement4 ,passons1 croyez-moi1 une extrmit dont vous n'avez qu'une ide trs-imparfaite4 ,allons habiter quelque hameau4 ,je connois un endroit de l',asie1 o1 sous un ciel doux1 des peuples simples sociables1 vivent dans de belles campagnes2 nulle ambition1 peu de besoins1 un panchant inaltrable pour des plaisirs qui n'entranent point de dgots3 ,voil leur condition4 ,j'aime beaucoup ce hameau1 dit l'ane2 ,je serois comble de voir cette campagne1 s'cria la seconde4 ,a l'instant1 elles se trouvrent1 toutes trois1 mises comme de simples ,villageoises1 c'est--dire1 avec une coffure des habits1 qui1 pour toute magnificence1 avoient une simplicit agrable1 l'air frais1 d'une extrme propret4 ,l'ane conut1 que1 sous des dehors si peu brillans1 on ne pouvoit tre remarque1 moins qu'on ne ft la beaut mme4 ,la seconde1 ne douta pas que la singularit de cet ajustement1 ne dt servir la rendre plus piquante4 ,pour ,zimzime1 elle fut bien aise de pouvoir connotre un peuple ingnu1 dont les passions douces1 disposoient1 sans doute1 leur ame l'amiti4 ,elles aperurent1 alors1 cette campagne1 qu'elles dsiroient4 ,elles arrivrent dans une prairie1 au milieu d'une fte purement champtre2 le lieu1 les habitans1 tout rappelloit l'ide de l'ge d'or4 ,la ,belle1 se voyant entoure d'une troupe considrable1 leva1 avec un air de bont prsomptueuse1 un voile qu'elle portoit en voyage4 ,ces gens simples1 la regardrent1 long-temps1 avec des yeux plus tonns que satisfaits4 ,ils la trouvoient belle1 mais ce n'toit point comme cela qu'ils dsiroient qu'on le ft2 elle ne parla personne1 ddaignant particulirement les jeunes ,villageoises qui s'approchoient d'elle2 personne1 aussi1 ne lui parla2 comme elle ne recueillit aucune louange1 la fte ne tarda gures l'ennuyer4 ,pour la jolie1 qui avoit bien rsolu de le parotre1 tout autant qu'elle le pourroit1 elle y fit de son mieux1 mais ses agaceries furent perdues4 ,ces gens simples la virent1 avec les mmes yeux1 qu'ils avoient regard l'talage de beaut de sa sur2 ses mines leur parurent des grimaces2 les petits propos qu'elle leur adressa1 des moqueries2 elle se mit1 enfin1 danser avec eux1 imitant1 ce qu'elle croyoit1 leurs faons naves2 mais elle y ajotoit une lgret force des inflexions de corps affectes qu'ils ne prirent jamais pour des agrmens4 ,tout ce qui sortoit d'une certaine simplicit1 n'alloit point jusqu' leur esprit2 ils la regardoient1 fixement1 n'y trouvoient point de plaisir2 c'toit-l tout ce qui se passoit en eux2 elle s'en aperut1 dit la ,fe1 que cette espce-l toit bien maussade1 bien insuportable4 ,et ,zimzime8 ,zimzime1 qui avoit abord plusieurs de ces jeunes ,villageoises1 avoit trouv jolies celles qui l'toient2 elle se mla dans leurs jeux1 y russit merveilles4 ,si on lui donnoit le prix1 elle vouloit qu'il ft partag toutes celles qui l'avoient disput avec elle2 ses caresses la faisoient aimer1 mme de celles qu'elle effaoit2 ce succs dura tout le temps qu'elle resta dans cette ,campagne4 ,les jeunes habitans1 qui disposoient encore de leur cur1 passoient les jours s'occuper d'elle2 l'un d'eux1 particulirement1 qui de son ct se faisoit distinguer de tous les autres1 que la ,fe embarrassoit1 quand elle lui disoit le mot de travestissement2 celui-l1 ,zimzime l'coutoit avec plaisir2 elle trouvoit la vie pastorale trs-agrable1 tandis que ses surs ne cessoient de rpter3 ,je l'ai en horreur1 elle m'est odieuse4 ,enfin il fallut encore les emmener4 ,ce fut dans leur demeure ordinaire que la ,fe les transporta4 ,c'est une sotte chose que les ,voyages1 dit l'ane3 on y prit d'ennui1 ajouta la seconde3 ,dites pltt1 rpondit la ,fe1 que nous n'aimons que les lieux o nous plaisons1 que les gens qui paroissent charms de nous voir4 ,vous l'prouvez4 ,ne songer qu' ce qui nous flatte1 sans s'occuper jamais de ce qui flatte les autres1 est un moyen sr de s'ennuyer bien-tt1 par-tout1 de tout le monde4 ,je n'aime point donner des leons dures1 j'ai espr de vous corriger de vos dfauts1 en vous faisant essuyer les inconveniens qu'ils entranent2 je vois que le mal est sans remde4 ,voici1 dit-elle l'ane1 l'tat qui vous convient4 ,a ces mots1 elle la laissa au milieu d'un ,palais1 qui venoit de s'lever1 dont toutes les murailles lui reprsentoient son image4 ,elle avoit le plaisir de s'y voir sans cesse1 mais elle s'y vit vieillir de bonne heure2 elle eut des rides1 ne pt s'empcher de les apercevoir4 ,ce fut l sa punition1 l'origine des glaces4 ,on ne croiroit pas qu'elles auroient t inventes pour corriger l'amour propre4 ,la ,fe mena la seconde dans un autre ,palais3 ,vous vivrez ici1 lui dit-elle1 vous y verrez1 sans cesse1 une foule d'hommes1 de toutes les ,nations1 que vous pourrez attirer1 mpriser1 accueillir1 gronder1 apaiser2 mais ils s'vanouront1 comme des ombres1 ds que vous trouverez quelque satisfaction les voir1 ou les entendre4 ,c'est1 peu prs1 ce que vous auriez prouv dans le monde2 la plpart des succs qui naissent de la coquetterie1 ne sont gures plus rels1 je vous pargne les ridicules1 les dgots vritables qui y sont attachs2 car ces ombres que vous verrez s'vanour1 renatre1 ne prendront point un air de dissimulation1 en se dfendant d'avoir s vous plaire1 elles ne mettent point en chanson leurs prtendues conqutes4 ,la ,fe demanda1 ensuite1 ,zimzime1 quel rang1 quelle figure elle dsiroit avoir4 ,vivre avec vous1 rpondit ,zimzime1 me parot le sort le plus dsirable2 mais puisque ce bonheur est rserv aux ,fes1 laissez-moi d'abord1 ma laideur2 elle m'pargne la jalousie des autres femmes1 me rappelle la ncessit1 o je suis1 de songer me rendre supportable1 du moins par le caractre4 ,a l'gard du rang1 dont je voudrois jour1 je l'ignore4 ,j'avoue que j'aimerois partager celui de ce jeune ,pasteur que j'ai v dans cette heureuse campagne1 o vous m'avez conduite2 je l'ai souponn de cacher ce qu'il toit2 mais ne ft-il qu'un simple habitant de ce mme hameau1 il me semble que je passerois1 avec lui1 une vie heureuse4 ,a peine elle achevoit1 qu'un ,prince charmant parut au milieu de sa ,cour2 ,zimzime reconnut celui dont elle venoit de parler1 qui se trouva fils d'un grand ,roi2 ils s'aimoient1 ils s'pousrent1 ils s'aiment encore4 ,,fin4 ,,approbation4 ,j'ai l par ordre de ,monseigneur le ,chancelier1 un ,manuscrit qui a pour titre2 ,essais sur la ncessit1 sur les moyens de plaire4 ,j'ai trouv cet ,ouvrage rempli de sentimens dlicats1 de prceptes trs-sages3 je crois que l'impression n'en sera pas moins utile qu'agrable au ,public4 ,fait ,paris ce #cj4 ,septembre #agcg4 ,,danchet4