,,maurice ,,magre ,,le ,,livre ,,des ,,lotus ,,entr',,ouverts ,,paris ,eugne ,,fasquelle1 diteur #aa1 ,,rue ,,de ,,grenelle 7#g;e7 #aibf ,,eug,,ne ,,fasquelle1 diteur1 #aa1 ,rue de ,grenelle1 ,,paris 7#g;e7 ,,du ,m,,me ,,auteur ,,po,,sies ,la ,chanson des ,hommes #a vol4 ,le ,pome de la ,jeunesse #a vol4 ,les ,lvres et le ,secret #a vol4 ,les ,belles de ,nuit #a vol4 ,la ,monte aux ,enfers #a vol4 ,la ,porte du ,mystre #a vol4 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage #fj exemplaires numrots sur papier de ,madagascar4 ,tous droits rservs ,copyright #aibf1 by ,,eug,,ne ,,fasquelle ,,en ,,face ,,du ,,bouddha ,,de ,,bois444 ,en face du ,bouddha de bois que m'a rapport de ,chine un voyageur et qui fut sculpt par le bonze d'une pagode1 dans la montagne de ,cao ,bang1 je me suis assis les jambes croises1 durant bien des soirs1 sur le tapis o sont des arabesques et des fleurs colories1 sur le tapis o veillent mes rves comme autant de petites lampes sereines4 ,et comme j'avais longtemps demand aux esprits intermdiaires qui peuplent les royaumes invisibles de m'accorder la clairvoyance de mes existences antrieures1 je vis s'couler des images et s'entr'ouvrir des prunelles familires1 des formes surgirent de l'ombre des jours rvolus4 ,mais cause de l'imperfection de mon me1 ces formes taient indistinctes1 ces prunelles demeuraient voiles1 je ne contemplai que des fragments pars des beauts et des douleurs qui n'taient plus4 ,car il n'est donn qu' ceux qui sont purs1 de s'chapper hors de la prison du temps4 ,et je connus qu' travers les ges sans nombre la justice de la loi avait toujours fait de moi un homme mdiocre4 ,jamais1 comme les hommes plus favoriss ou plus orgueilleux qui se souviennent de leurs vies passes1 il ne m'avait t donn d'tre un personnage remarquable par les talents et illustre dans sa nation4 ,rien qu'un pauvre ramasseur d'herbes1 au pied d'une falaise crayeuse1 qui fait sans cesse le mme geste de tirer avec un rteau6 ,une sorte de bateleur qui s'en va sur les routes derrire un ne et fait des tours dans les villages6 ,un homme qui tanne des peaux1 mari une crature dlicate qu'il torture par sa vulgarit6 ,et toujours de l'autre ct du monde6 dans l'orient lumineux o bruissent les forts o tincellent les sables1 o les pagodes tendent au ciel leur dme circulaire en mosaques azurennes6 ,et cause de cela je suis solitaire dans le pays o rsonnent les cloches1 o le bl crot au lieu du riz4 ,enfin1 j'ai vu ma dernire incarnation1 celle o un rayon de l'esprit descendit sur moi1 celle o il me fut donn d'tre un pote que toucha la beaut des formes1 qui aima les choses avec son cur1 qui entrevit les vrits caches sous les apparences4 ,ainsi dans une grotte souterraine1 l'eau incolore de la pluie1 aprs avoir filtr des milliers d'annes1 se condense en des stalactites de cristal4 ,en des stalactites de penses d'amour s'est mue la pluie de mes quotidiennes penses1 durant la vie d'un pote de l',inde qui vcut ,delhi et ,bnars4 ,il a aim les visages charmants et les formes parfaites et l'amour de la beaut l'a conduit l'amour de la connaissance comme une jeune fille amoureuse conduit un tranger son fianc4 ,et c'est pourquoi en souvenir de ce prdcesseur fraternel dans le voyage innombrable1 j'ai crit le livre des ,lotus ,entr'ouverts1 le livre dont j'ai dchiffr les caractres au fond du miroir1 le miroir qui est au-dessus du ,bouddha de bois que m'a rapport de ,chine un voyageur4 ,car il est enseign par les ,sages anciens qu'on peut enclore une magie dans certains bois savamment vernis et que cette magie avec la rflexion du miroir et la volont du visionnaire recre le verbe perdu qui fut prononc du fond de l'me et le grave dans la bue crpusculaire du miroir1 le grave pour les yeux qui voient4 ,et je dis1 ayant termin la transcription de l'ouvrage ancien3 ,puiss-je tre digne de celui que j'ai t1 moi qui suis indigne de celui que je serai4 ,puisse mon esprit s'lancer plus haut1 puisse mon esprit s'lancer plus vite vers la connaissance et vers l'amour1 puissent mes actions tre en harmonie avec mes penses1 puisse ma voix faible rsonner trs loin et transmettre aux hommes par le mystre de l'criture la goutte de beaut que j'ai pleure4 ,,le ,,serpent ,,noir ,,qui ,,donne ,,la ,,chance ,l'aurore se lve4 ,remercie ,dieu qui t'a fait dcouvrir dans la cour dore1 le serpent noir qui donne la chance la maison4 ,il faudra lui apporter du lait dans un vase de terre plat et mettre ct des feuillages secs pour qu'il y repose4 ,aucun visage de mauvais augure ne se prsentera aujourd'hui la porte1 aucune pense triste ne se tiendra debout sur le seuil de l'me4 ,une journe entire de bonheur1 sans querelle parmi les servantes1 sans souvenir amer qui trouble la puret de ton regard6 ,o serpent noir1 je mettrai chaque jour du lait dans le vase plat et je prparerai les feuillages secs1 serpent noir qui me rend visite si rarement6 ,,petite ,,lumi,,re ,une intrieure suavit spirituelle met sur les traits de son visage une expression dlicate qui fait penser au vol d'une hirondelle1 au bord d'un tang1 par un crpuscule de printemps4 ,elle ne sait pas jouer de la cythare1 ni composer des strophes1 mais tout en elle est posie naturelle et harmonie invisible4 ,elle dlivre le papillon des mains des enfants et aide la bte bon-dieu retrouver son chemin4 ,tout ce qui est petitesse et fragilit l'attendrit4 ,elle n'accomplit aucun grand acte de bont et elle rve plus qu'elle n'agit4 ,on prtend mme qu'elle est paresseuse4 ,on ne peut dfinir la nuance exacte de sa robe d'un bleu intermdiaire entre celui du ciel et celui de l'eau4 ,qui peut dire aussi si elle est gaie ou si elle est triste8 ,elle n'aime pas les ftes1 les longs voyages1 les runions solennelles1 l'apparence extrieure de la richesse4 ,elle craint la pauvret et elle fait volontiers le tour du jardin4 ,on l'a surnomme ,petite ,lumire4 ,mais pour moi elle un nom secret au fond de mon cur et je ne le prononce jamais4 ,je l'aime cause de l'intrieure suavit spirituelle qui se reflte sur son visage4 ,l',,empereur ,,de ,,chine ,,et ,l',,empereur ,,du ,,japon ,l'empereur de ,chine et l'empereur du ,japon se sont rencontrs par une belle soire1 sur la mer calme4 ,deux navires pavoiss se sont avancs solennellement de chaque ct de l'horizon et des milliers de jonques avec leurs lanternes de couleurs se sont tenues immobiles sur les flots comme autant de grandes toiles et les toiles innombrables se sont tenues immobiles dans le ciel1 comme autant de jonques minuscules4 ,l'empereur de ,chine et l'empereur du ,japon se sont assis l'un en face de l'autre sous un parasol de soie manche d'or et1 ct d'eux1 il y avait un nain chinois avec un bonnet carr et un nain japonais avec une mitre de plumes de paon qui leur prsentaient du th dans un bloc de cristal creus4 ,les deux empereurs en buvaient quelques gorges et ils se regardaient en silence4 ,leurs robes taient ruisselantes de pierreries et ils taient pareils des dieux timides qui n'osent pas engager la conversation4 ,les courtisans1 sur le pont des navires faisaient un cercle respectueux de broderies et d'armures4 ,il y avait l des mandarins de neuf rangs diffrents1 depuis le ,tai ,fou qui porte la pierre rouge jusqu'au ,tai ,tchao qui porte un globule d'or4 ,il y avait l le ,siogoun entour des ,seigneurs de la ,terre et certains fonctionnaires religieux courbs en deux par la discipline des rites et dgageant la vnration comme une lampe dgage la lumire4 ,et sur les rivages de la ,chine et du ,japon les peuples taient masss et regardaient la mer calme4 ,les deux empereurs allaient s'entretenir de l'invasion prochaine des ,tartares1 de la puissance des pidmies qui s'abattent mystrieusement sur certaines provinces4 ,ils allaient chercher ensemble les moyens de faire circuler rapidement le riz travers les terres et les mers pour remdier aux famines1 ils allaient tudier les causes de ces fabuleux typhons qui1 certaines poques1 soulvent les mers4 ,ils allaient entrer en communication avec les ,gnies1 couter la voix des ,anctres4 ,de leur runion allait jaillir l'clair qui fait descendre les ,dieux4 ,l'empereur de ,chine1 le plus rsolu1 parla le premier et la conversation fut assez anime4 ,ils taient tous deux grands amateurs de laques et ils s'tonnaient qu'une certaine nuance de violet ne puisse plus tre obtenue4 ,les polisseurs de ,canton n'apportent plus autant de soins qu'avant leurs travaux4 ,le colcotar est trop calcin4 ,on ne trouve plus le cinabre absolument pur4 ,et1 pour le rose1 c'est bien plus terrible6 ,on a abandonn la culture de la fleur de carthame4 ,le secret des anciens matres est perdu4 ,en vrit1 le monde est en dcadence4 ,les deux empereurs sont trs malheureux et1 lorsque l'entrevue est termine1 ils pleurent presque1 courbs derrire leur ventail1 tandis que les deux navires s'loignent solennellement sur la mer calme4 ,,la ,,charit ,,de ,,padmani ,j'ai trouv la robe dchire d'un pauvre sur la barrire de mon jardin4 ,le pauvre lui-mme appuy sur son bton s'loignait sur le chemin avec une singulire lgret1 revtu d'un manteau broderies et franges qui ressemblait mon plus beau manteau4 ,j'ai fait manger le pauvre et je l'ai fait boire1 me dit ,padmani avec un visage serein4 ,je l'ai conduit dans la piscine et il a fum ton houka4 ,et comme son manteau tait dchir je lui ai donn un manteau broderies et franges1 car il convient d'tre charitable4 ,tout ce que tu fais est bien fait1 ai-je rpondu4 ,quand je lui ai eu donn cela1 reprit ,padmani1 j'ai vu que le pauvre tait aussi pauvre qu'avant4 ,il me faisait tant de peine que j'ai voulu qu'il emportt une richesse inusite1 la richesse d'un beau souvenir et je me suis donne lui4 ,ainsi parla ,padmani1 avec simplicit et elle allait1 s'occupant de petites choses1 dans la maison4 ,alors j'ai mdit sur la charit et sur la connaissance du bien et du mal qu'il n'est pas donn aux femmes d'avoir4 ,quel ge pouvait avoir ce pauvre8 ai-je demand tristement4 ,padmani a clat de rire3 ,comment pourrai-je me souvenir de cela8 ,je n'ai vu que ses yeux qui pleuraient4 ,j'ai mdit encore sur la charit4 ,,le ,,dieu ,,de ,l',,intelligence ,,bienveillante ,o dieu de l'intelligence bienveillante qu'on reprsente avec le grand front dnud d'un homme mr1 le regard ingnu d'un enfant et le pli de la bouche d'un vieillard1 toi qui tiens une boule de cristal et un lotus referm1 toi qui es immobile1 toi qui vois1 toi qui sais4 ,o dieu de l'intelligence bienveillante1 mets sur mon visage le sourire qui comprend1 fais faire ma main le geste qui excuse1 donne toutes mes attitudes ce dli que l'indulgence quotidienne apporte au corps4 carte de moi la colre qui aveugle et nous enveloppe d'une bue rougetre1 ne permets pas au dsir effrn de me possder1 car il force l'homme marcher quatre pattes la manire des btes4 ,donne-moi la mesure avec laquelle on pse ses actions comme des cailloux noirs1 la mesure avec laquelle on pse ses penses comme des grains de bl lumineux4 ,donne-moi le jugement par lequel la vrit est discerne de l'erreur et la clairvoyance qui fait savoir qu'un homme est bon mme sous une apparence vulgaire ou mauvaise4 ,fais-moi me dresser entre le bien et le mal comme on se dresse entre deux frres ennemis4 ,montre-moi la part du mensonge que cache la douceur du masque blanc et la part d'humaine ncessit qu'il y a sous la grimace du masque noir4 ,ne me fais pas rire cause du caractre plaisant de la douleur1 ne me fais pleurer qu' cause de l'motion spirituelle que procure la beaut et permets-moi de comprendre la mort1 cette entre dans le pays des hommes immatriels1 des paysages subtils1 des vibrations dlicates4 ,donne mon esprit la soif inextinguible de savoir1 mon cur la facult illimite de chrir les formes diverses de la cration1 permets-moi de gravir avec l'agilit du coureur les degrs de la connaissance qui conduisent la porte de l'amour1 dieu de l'intelligence bienveillante6 ,,la ,m,,re ,,de ,,padmani ,elle m'avait dit sur sa mre des choses tellement dlicieuses que je rsolus de l'accompagner quand elle voulut lui rendre visite dans un village perdu au pied des montagnes ,aravalli4 ,nos chevaux moururent dans les sables du dsert de ,thar et nous faillmes nous noyer en traversant une rivire qui avait dbord4 ,mais tous ces dangers taient sans importance puisqu'il s'agissait d'aller voir une merveilleuse crature pleine de sagesse et de beaut4 ,ce serait orgueilleux de ma part1 de prtendre que je lui ressemble1 disait ,padmani1 tant elle a de majest naturelle et de noblesse suprieure4 ,ses yeux brillaient et elle redevenait une toute petite fille mesure que nous approchions4 ,devant une misrable case tait accroupie une vieille femme demi sauvage4 ,elle ne se leva pas pour embrasser sa fille et elle se contenta de remuer droite et gauche sa mchoire1 en signe d'une confuse satisfaction4 ,et mon me tait pleine de honte pour la charmante ,padmani dont les larmes coulaient comme des perles sur ses joues couleur de lune4 ,et1 lorsque nous reprmes le chemin du retour1 je la tenais tendrement par les paules1 m'efforant de ne plus penser cette visite malheureuse4 ,mais elle riait1 une musique enchante tait dans sa voix et elle rptait3 ,comment l'as-tu trouve8 ,n'est-ce pas que je ne t'avais pas menti8 ,il m'est doux d'aimer une telle mre6 ,alors je fus plein de honte pour moi-mme4 ,o merveille de la puret des curs6 ,,le ,,tiroir ,,secret ,dans le coffret d'ivoire incrust d'or o sont ses bijoux et les souvenirs de notre amour nous avons dcouvert un tiroir secret o il y avait un parchemin jauni et d'aspect triste1 avec des caractres en langue ,zend4 ,c'est peut-tre une maldiction ou l'indication d'un trsor cach4 ,il faudra aller1 me dit-elle1 chez le moullah qui sait toutes choses1 pour savoir ce que ces caractres veulent dire4 ,mais1 moi1 je secouai la tte car je savais bien ce que contenait le parchemin4 ,il contenait l'histoire de nos amours1 celle de tous les amours des hommes4 ,il disait que dans le beau coffret d'ivoire il y a toujours un coin ignor avec une histoire secrte et que dans l'me de la bien-aime il y a toujours une amertume incomprhensible que le moullah ni personne ne peut expliquer4 ,,la ,,sagesse ,,divine ,il y a peut-tre un jardin dlicat au sommet d'une montagne sauvage avec un kiosque de porcelaine et de bois laqu d'o l'on aperoit de trs loin les dmes des villes o s'agitent les hommes4 ,oh6 vivre l1 avec la parfaite certitude qu'aucun visiteur ne se prsentera la minuscule porte du kiosque1 que je n'entendrai ni formule de politesse1 ni affectueux tmoignage4 ,l1 je marcherai petits pas1 j'examinerai le dessin d'une feuille1 les veines d'un caillou1 la clart d'une goutte d'eau1 les nuances d'un souvenir4 ,l enfin1 ni la famille1 ni l'amiti1 ni l'amour ne m'envelopperont de leur nuage gris1 bleu ou rose et je ne serai pas comme un glaneur qui cherche un grain de plaisir dans un champ d'ennui4 ,je m'assirai sous un mrier qu'on ne cultivera pas pour le vers soie1 je cueillerai une rose qui ne sera pas destine un bouquet1 je suivrai une alle o le sable ne gardera pas la trace d'une sandale fminine4 ,et l1 comme une essence parfume qui tombe dans une urne d'or1 la sagesse filtrera du ciel silencieux1 apporte par le vent sans parole et remplira lentement l'urne spirituelle de mon me4 ,je serai entour de parents attentifs parce qu'ils se tairont1 d'amis fidles parce qu'ils seront immobiles1 de matresses tendres parce qu'elles rpandront des parfums suaves sans le vouloir4 ,o famille des arbres1 amiti des pierres1 amours des fleurs6 ,et si je vois un soir la silhouette noire de quelque conseiller ou le voile incarnat d'une femme aux beaux yeux s'acheminer de mon ct je couperai une branche de saule et j'en lancerai les feuilles vers le croissant de lune pour qu'ils comprennent qu'en moi a pntr le sentiment de la vanit du monde et qu'ils s'en retournent4 ,et l'heure o les toiles sont puises et o la rose fera dans ma chevelure une couronne brillante aprs une nuit de mditation1 peut-tre connatrai-je dans l'vanouissement de l'extase avec la naissance de l'aurore1 le parfait amour de toute chose qui met l'homme au rang des dieux4 ,,les ,,plumes ,,du ,,paon ,une trs belle femme se tenait sur un balcon4 ,on voyait sous la mousseline la chair laiteuse de ses paules1 elle tait couverte de bijoux comme une idole et elle cachait demi son visage derrire un ventail en plumes de paon blouissantes4 ,et moi1 je la regardais longuement1 oubliant ,padmani qui marchait ct de moi1 car la beaut d'une femme est plus grande sur un balcon cause du mystre de la chambre qui est derrire4 ,et j'aurais bien voulu tre remarqu d'elle et je me redressai et me retournai de son ct4 ,padmani ne dit rien1 mais avec une ridicule affectation1 elle resta taciturne et un peu plus tard1 je pensai qu'elle tait afflige de mon long regard et je lui dis3 ,es-tu triste parce que tu es jalouse de la belle femme du balcon8 ,dis-moi tes penses pour que je te console4 --,je suis triste1 a-t-elle rpondu1 cause des blouissantes plumes de l'ventail4 ,le paon qui les a portes ne dessinera plus au soleil une roue multicolore4 ,comme on est cruel avec les oiseaux6 ,ne savais-tu pas que le paon est l'oiseau que j'aime le mieux8 ,,le ,,jeune ,,homme ,,de ,,la ,,nuit ,il a fait craquer doucement les feuilles mortes dans le jardin4 ,le chien n'a pas aboy quand il est pass4 ,la lune n'a pas reflt son ombre sur le sable de l'alle4 ,mais j'ai bien su qu'il tait l4 ,je me suis arrt de jouer de la cithare4 ,j'ai pos l'instrument sur le coussin4 ,je me suis tenu immobile1 je n'ai pas regard du ct de la fentre4 ,mais je savais bien qu'il me regardait par les volets entr'ouverts4 ,comment tait l'ovale de son visage8 ,de quelle couleur taient ses yeux8 ,quelle forme avait son turban8 ,a la fin j'ai tourn un peu la tte de son ct4 ,il y avait une lgre bue sur le carreau4 ,je n'ai pas entendu de craquement sur les feuilles mortes du jardin et le chien n'a pas aboy4 ,j'ai repris ma cithare et je me suis remis lentement jouer car j'ai bien compris qu'il tait parti4 ,,la ,,po,,tesse ,,de ,,chine ,,et ,,les ,,pavots ,,blancs ,i ,je suis amoureux de la potesse ,tchou ,chou ,tchenn qui vivait en ,chine il y a plusieurs sicles4 ,a un homme vulgaire son pre l'avait marie pour la punir d'tre alle1 la nuit1 porter un bouquet de pavots blancs sur une montagne dserte4 ,de cette habitude depuis son enfance1 on n'avait jamais pu la gurir4 ,comme si une mystrieuse voix l'appelait1 il fallait qu'elle allt1 certaines nuits1 faire cet hommage nocturne un invisible ,gnie4 ,l'homme vulgaire la battit et elle jura de ne plus recommencer4 ,mais quand le temps tait venu1 elle se glissait furtivement l'heure o tout le monde dormait1 par un sentier qui ne menait nulle part et se perdait au milieu des pierres4 ,on la trouva morte1 un matin1 au sommet de la montagne dserte4 ,son corps tait couvert de gouttes de rose et brillait comme si elle tait habille d'une tunique de diamants4 ,les ,gnies de cette solitude avaient-ils enlev son me8 ,a ct d'elle on ne retrouva pas les pavots blancs4 ,,ii ,je suis amoureux de la potesse ,tchou ,chou ,tchenn qui vivait en ,chine il y a plusieurs sicles4 ,l'homme vulgaire qu'elle avait pous tait corroyeur de son tat et avait une boutique dans une rue de ,ra-,ning4 ,au milieu des peaux entasses1 cette dlicate se tenait1 avec ses yeux couleur de jade vert et ses mains couleur de jade blanc4 ,et des cuirs tanns montait pour elle un plus suave parfum que celui des lis ou des roses4 ,elle lisait ses vers son mari quand il tait runi dans la boutique avec ses apprentis et d'autres hommes vulgaires1 ses amis4 ,nul ne comprenait1 mais tous restaient immobiles1 pleins de batitude1 sentant le souffle invisible de la beaut planer sur la maison4 ,et une fois un mandarin en voyage couta par la fente de la porte et s'merveilla grandement4 ,et il prpara une troupe de cavaliers et d'hommes arms avec un palanquin d'or et de cristal pour enlever la dlicate et la subtile la boutique du corroyeur4 ,elle aurait bien voulu s'en aller loin de la compagnie des hommes vulgaires pour habiter dans un palais au milieu des matires rares1 pour jouir de la musique des luths1 de la conversation des lettrs1 de la possession des manuscrits chargs de penses1 mais quelque chose la retenait l4 ,c'tait la voix qui n'a pas de son1 le chemin qui ne mne nulle part1 la mystrieuse tche nocturne laquelle elle s'tait voue1 c'tait la prsence de la montagne dserte au sommet de laquelle elle devait certaines nuits1 porter un bouquet de pavots blancs4 ,,iii ,je suis amoureux de la potesse ,tchou ,chou ,tchenn qui vivait en ,chine il y a plusieurs sicles4 ,bien rarement elle parlait et elle ne se plaisait qu' voir de la balustrade de sa maison dcrotre le vol des cigognes dans de ciel4 ,elle ne rencontra qu'une fois1 au milieu d'autres mandarins puissants1 son pre qui l'avait voue la misre en la mariant pour la punir et la faire rtrograder parmi les tres1 un corroyeur vulgaire4 ,elle se prosterna comme il est prescrit1 sur le chemin devant son pre et elle prit la main de la maldiction et elle la baisa4 ,et lui1 qui tait un homme mauvais1 s'tonna de voir dans les yeux de sa fille une si belle flamme couleur de jade vert et de l'toile ,ki4 ,et il ne savait pas que l'me est faite d'un mtal plus inaltrable que l'or vierge et que celle qui s'est regarde intrieurement ne fait que se purifier au contact de la vulgarit4 ,et dans son orgueil il dit sa fille3 ,donne-moi ce pavot blanc que tu as la ceinture4 ,elle le lui tendit respectueusement1 mais elle s'arrangea pour en faire tomber les ptales et qu'il n'en restt plus que la tige4 ,elle n'a pas chang1 dit le pre aux autres mandarins4 ,et le corroyeur ne doit pas recevoir d'elle plus que son pre n'a reu4 ,elle donne tout aux ,gnies4 ,,iv ,je suis amoureux de la potesse ,tchou ,chou ,tchenn qui vivait en ,chine il y a plusieurs sicles4 ,quand elle mourut1 tous les corroyeurs de ,ra-,ning furent en deuil et son mari1 l'homme vulgaire1 qui tait gros devint pareil un saule en hiver4 ,il pleurait sans cesse1 songeant qu'il ne l'avait pas assez aime et il se repentait de ne pas avoir uniquement1 avec ses peaux1 fait des robes de fourrure pour la couvrir4 ,il disait3 ,quand elle parlait1 j'tais transport dans un pays merveilleux1 mais nous tions loin l'un de l'autre4 ,comment peut-on aimer ce point ce qu'on a perdu sans l'avoir compris4 ,et moi1 peut-tre1 dans une vie antrieure1 j'ai t cet homme vulgaire et c'est pourquoi j'aime la potesse ,tchou ,chou ,tchenn et je la pleure encore aprs des sicles4 ,je la cherche sur la balustrade de ma maison quand je vois des cigognes s'loigner et si un pas rsonne sur le chemin1 je m'imagine que c'est elle qui s'en va silencieusement porter ses pavots blancs sur la montagne dserte4 ,,le ,,lotus ,,et ,,les ,d,,vas ,comme je poussais la porte du jardin1 elle tait au milieu d'une plate-bande de roses et1 les yeux levs au ciel1 elle avait un doigt sur les lvres et semblait faire3 ,chut6 quelqu'un4 ,mais il n'y avait personne4 ,alors j'ai gard le silence4 ,mais elle m'a dit3 ,c'est pour mieux t'entendre me dire des paroles d'amour que j'ai fait signe un groupe de dvas vtus de blanc de rester silencieux au-dessus du jardin4 ,o ,padmani1 comme j'aimerais voir ces dvas4 ,ne peux-tu leur dire de s'approcher et de me montrer le bel ovale de leurs traits et leurs robes1 tisses sans doute de nuages4 ,elle a secou la tte et a rpondu3 ,ils viennent justement de s'loigner car ils ont respir l'arme de certain lotus d'une espce rare qui vient d'clore mille lieues d'ici sur une montagne de ,chine et ils sont ivres pour plusieurs jours4 ,l',,assembl,e ,,des ,,musiciens ,,silencieux ,ayant gravi un interminable escalier je me suis trouv soudain dans une assemble de musiciens en robes noires4 ,il y avait des laques sur les murs1 le plafond tait d'or mat1 tout tait teint1 tout tait voil dans la salle o taient runis ces musiciens de gnie4 ,les visages de ces musiciens taient illumins par l'extase et ils touchaient leurs instruments avec des mains lgres1 comme en un rve4 ,mais j'avais beau prter l'oreille1 je ne percevais aucune musique d'orchestre1 rien qu'un grand silence mystrieux4 ,et ce silence tait si angoissant1 si charg d'invisibles images et de penses inexprimes que je commenai trembler4 ,mais celui qui me conduisait me toucha du doigt entre les deux yeux et me dit3 ,dans cette salle sans reflets1 ce n'est pas avec les oreilles qu'on entend mais avec le cur4 ,et je commenai comprendre la musique des musiciens en robes noires4 ,c'tait l'harmonie cache de la terre1 le langage sans mots1 la rsonnance sans vibrations1 la beaut qui se peroit par les sens intrieurs de l'me et c'est partir de ce jour que j'ai possd la connaissance de la vie vraie4 ,,le ,,caravans,,rail ,,de ,m,,lancolie ,le caravansrail avait un long couloir immense4 ,je savais que son poux venait d'arriver et qu'elle tait auprs de lui1 quelque part1 dans la vastitude de ce lieu de brique4 ,j'entendais au fond du crpuscule aboyer les chiens1 crier les chameaux et se quereller les chameliers et les porteurs de litires4 ,et parfois il y avait des pas qui tranaient dans le long couloir immense de ce caravansrail de mlancolie4 ,je ne sortais pas de ma chambre dans l'espoir qu'elle passerait1 qu'elle passerait par hasard et s'arrterait une minute4 ,mais les heures inexorables comme le regret de ce qui finit s'coulaient avec les aboiements des chiens1 les querelles des porteurs de litires1 la lente ascension de la lune dans le ciel indiffrent4 ,les heures s'coulaient et elle ne passait pas dans le couloir sans fin de ce caravansrail de l'attente dsespre4 ,alors je suis sorti pour revoir le petit chemin qui descend parmi les canneliers gristres1 le petit chemin o j'avais march1 si heureux ct de ma bien-aime4 ,je suis sorti pas bien longtemps1 le temps d'un regard1 le temps d'une pense d'amour1 je suis sorti pas bien longtemps1 mais juste assez pour qu'elle vienne une minute me dire bonjour en passant1 en passant dans le long couloir de ce caravansrail des amants qui se sont spars4 ,elle a pouss la porte1 elle est entre1 elle a embaum la chambre avec sa robe et ne me trouvant pas1 elle a laiss bien en vidence un tout petit mouchoir comme le signe de la fidlit divine1 comme la prsence de son cur et elle est partie dans le long couloir1 elle est partie pour ne plus revenir et ce mouchoir c'est tout ce qui me restera dsormais1 tout ce qui me restera de celle que j'aime dans les caravansrails de la vie4 ,l',,toile ,,de ,,la ,,mis,,ricorde ,padmani a les yeux levs vers le ciel cribl d'toiles et elle regarde avec une extrme attention444 ,une goutte d'argent brille sur sa joue4 ,elle croit que chaque toile correspond un sentiment de l'me et que chaque me est sous l'influence d'une toile du ciel4 ,la goutte d'argent descend lentement4 ,oh6 comme elle est anxieuse devant les milliers de caractres tracs sur l'nigmatique livre bleu4 ,que cherches-tu avec tant d'ardeur1 ,padmani8 ,je cherche mon toile4 ,je connais son nom1 mais je ne sais pas o elle se trouve4 ,elle brille peu4 ,elle s'appelle l'toile de la misricorde4 ,je la connais1 lui ai-je dit4 ,la voil4 ,et je lui ai montr une toile au hasard4 ,c'est la plus belle1 a-t-elle murmur4 ,et sur sa joue la goutte d'argent avait disparu4 ,,la ,,beaut ,,des ,,reflets ,je quitterai un soir la terre des hommes et tu demeureras toute seule4 ,c'est pourquoi je tiens te dire la parole essentielle de la vie4 ,allume la lampe1 ma bien-aime1 car pour que ceci soit nonc les meubles et les visages doivent avoir leur vtement de clart4 ,toutes les choses ont un reflet qui est la vraie substance du monde4 ,les eaux immobiles sont phosphorescentes1 les prunelles miroitent1 il y a des parcelles lumineuses qui flottent au ras des terres laboures et que n'a pas engendres la lune4 ,la matire s'efforce de dgager l'me4 ,toutes les lumires sont belles except celle qui vient de l'or4 ,du monde des formes apparentes1 il ne faut aimer que les reflets1 le luisant des laques1 le poli des cristaux1 le mat endormi des jades1 les tincelles des soies prcieuses et des chevelures4 ,le bien et le mal sont dans les reflets et les uns sont purs1 les autres impurs4 ,o ma bien-aime1 ne prends jamais l'or dans tes mains divines4 ,car ,ahriman1 dont il est parl dans les livres ,zend1 ,iblis1 le tentateur1 ,satan dont les prtres chrtiens menacent les enfants ne sont que les incarnations de l'esprit de l'or1 l'esprit mauvais qui fait rtrograder l'homme sur la route4 ,marche en avant1 ma bien-aime1 conduite par les reflets spirituels et tourne ta face vers le soleil4 ,dans le jardin1 l o sont les ronces et les orties1 fais un grand trou et enterre l'or4 ,demeure dans ta maison sans or ou vtue d'une robe sans franges1 avec des mains sans bagues1 va-t'en au loin1 travers la vie4 ,il y a bien moins d'actions mauvaises qu'on ne croit si l'on a une pense haute4 ,vis dans le temple ou dans les bouges1 avec les sages ou les mendiants1 donne ton corps tous les hommes si cela te plat1 mais n'en reois pas une pice d'or4 ,cherche les reflets1 ma bien-aime1 ils sont la substance1 ils sont la beaut4 ,plus tu les chercheras1 plus il y en aura et la fin tu marcheras enveloppe de lueurs comme une princesse entre dans une ville au milieu d'une pluie de lotus bleus4 ,et s'il t'arrivait une fois1 dans la splendeur d'une demeure ou devant les statues des dieux d'tre prise par l'attrait de l'or1 souviens-toi de cette pense que je te lgue et qui est le meilleur de mon esprit1 le reflet de moi-mme qui t'accompagnera1 ma bien-aime4 ,toutes les lumires sont belles except celle qui vient de l'or4 ,,le ,,paradis ,,terrestre ,j'ai longtemps habit le paradis terrestre4 ,il y avait un tout petit jet d'eau dans une vasque de porcelaine grande comme la main4 ,l'arbre de la science tait un pcher et comme son bois porte bonheur1 moi le premier homme1 j'en avais coup une branche que j'avais plie sous l'arc de la porte tandis que la premire femme battait des mains4 ,sous le cercle de la branche de pcher1 la premire femme se tenait souvent accoude au soleil1 sans aucun costume visible4 ,c'est moi qui lui tendais les fruits de l'arbre et elle y mordait en riant4 ,puis elle jetait les noyaux par-dessus une petite haie d'aubpines roses qui sparait le paradis terrestre du chemin o sans doute ,dieu venait le soir nous pier4 ,aucun ange irrit1 tenant pe de flamme ne m'a chass du paradis terrestre4 ,j'en suis parti sans raison conduit seulement par ma propre folie4 ,a peine l'avais-je quitt que la notion du bien et du mal tourmentait cruellement mon me et que je savais combien il est amer de s'en aller tout seul sur la dure terre4 ,tout seul1 car la premire femme a continu habiter le paradis terrestre4 ,je vais quelquefois autour de la haie d'aubpines roses4 ,j'entends alors retentir son rire et je comprends que quelqu'un lui offre des fruits4 ,je voudrais bien que quelques parcelles de l'ancien bonheur1 retombent par mgarde sur moi1 mais je ne reois que les noyaux de pche1 qu'elle jette sur le chemin1 comme jadis4 ,,les ,,merveilles ,,du ,,voyage ,,en ,,chine ,je racontais ,padmani tout ce que j'avais vu de merveilleux quand j'avais voyag dans la ,chine immense4 ,je lui dcrivais le palais de la ,joie immortelle1 la fontaine des ,dragons dans le labyrinthe des jardins de ,jehol1 le lac d',argent avec ses cent trente kiosques de cristal au pied d'une colline en minerai d'azur1 l'le des pagodes silencieuses et le tombeau de ,confucius1 harmonieux comme l'excellence de la pense ordonne4 ,je racontais ,padmani les ftes auxquelles j'avais assist1 la fte du septime ,soir o un envoy du ciel descend1 portant une orchide1 la fte des ,seigneurs des ,trois ,mondes o nat l'esprit qui prside la force vitale4 ,je lui dcrivais les cortges pour la fte du ,vieux de la lune qui dtermine les mariages1 les costumes blouissants des matres de crmonies et de ceux qui rglementent les gnuflexions et les rvrences et je lui racontais comment sur la montagne de ,fou-,tchou ,fou se clbre la fte des cerfs-volants4 ,padmani m'coutait en silence et je sentais qu'elle avait une question me poser et que de tout ce que j'avais dit1 une seule chose l'intressait qui faisait se tendre son mince cou et briller ses prunelles de jade sombre4 ,de quelle couleur taient les cerfs-volants8 demanda-t-elle4--,mais de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel1 ,padmani4 ,et alors elle se perdit dans un rve4 ,et je lui racontai encore les rveries mystrieuses de l'opium1 les superstitions tranges1 les misres extraordinaires et les dangers que j'avais courus1 les mnageries d'animaux sauvages que j'avais vues ,macao1 l'arrive de la flotte portugaise que j'avais vue ,liampo et les pirates que j'avais vits et les baleines qui taient passes au loin et toutes les tonnantes merveilles que peut contempler l'homme qui fait un voyage en ,chine4 ,padmani m'coutait en silence1 mais les sons frappaient ses oreilles sans atteindre son me4 ,un problme la tourmentait et pesait plus lourdement sur sa tte que le casque crpusculaire de sa chevelure4 ,est-ce que le mimosa de ,chine a un autre parfum que le mimosa qui crot dans notre jardin8 ,je lui ai rpondu3 ,le mme parfum exactement4 ,alors elle a pouss un grand soupir de soulagement1 comme si je la dlivrais d'une peine et elle a dit3 ,a quoi bon s'en aller en ,chine8 ,nous sommes si bien ici tous les deux4 ,,le ,,jeune ,,homme ,,nu ,c'tait un jeune homme nu qui venait de se baigner et qui s'avanait au soleil vers nous sur le sable de la ,jumna4 ,il tait trs beau1 il agitait ngligemment une liane et il souriait en regardant ,padmani4 ,pourquoi ce jeune homme te sourit-il8 ai-je demand4 ,de quel jeune homme parles-tu8 rpondit ,padmani4 ,je ne vois personne autour de moi4 ,et elle carquillait les yeux du ct du beau jeune homme qui passait prs d'elle4 ,je parle de ce jeune homme qui vient de passer ct de toi avec une liane la main4 ,et ,padmani1 baissant tardivement les yeux a rpondu3 ,sans doute les dvas ont obscurci ma vue un instant4 ,cela arrive quelquefois4 ,mais le lendemain1 comme je l'avais mcontente par mon humeur taciturne1 elle s'tait assise devant la porte de la maison et elle regardait une alle dserte dans le jardin avec une singulire et joyeuse fixit4 ,que regardes-tu si attentivement1 ,padmani1 dans l'alle dserte8 ,sans doute les dvas ont obscurci ta vue1 a-t-elle rpondu1 avec un peu d'impatience4 ,je regarde un beau jeune homme nu qui s'avance dans l'alle en agitant ngligemment une liane4 ,et j'ai dit3 ,je le vois aussi4 ,il est l depuis que nous sommes au bord de la ,jumna4 ,comme il est heureux d'tre beau cet invisible jeune homme nu4 ,et ,padmani s'est leve avec une moue de tendresse1 elle a montr du doigt le chemin1 en disant3 ,regarde4 ,il se sauve en courant et il ne reviendra plus4 ,,les ,,trois ,,coups ,,de ,,la ,,cr,,ature ,,impatiente ,quand on a frapp trois coups ma porte je ne me suis pas ht d'ouvrir4 ,j'ai bouch le flacon de rose et j'ai ferm le manuscrit du pote ,mir que j'tais en train de lire4 ,qui saura jamais si j'ai eu tort de ne pas me hter8 ,il n'y avait personne sur le perron de ma maison4 ,une crature impatiente avait frapp et tait repartie sans attendre4 ,mais doit-on courir lorsque le bonheur se prsente et comment distinguer d'ailleurs les trois coups du bonheur des trois coups du malheur8 ,et la rue tait presque dserte4 ,j'ai demand un porteur d'eau qui passait s'il n'avait vu personne s'loigner4 ,mais il s'est content de sourire sans rpondre4 tait-ce une occasion que j'avais perdue ou un chagrin qui j'avais donn le temps de s'loigner8 ,pourtant1 je ramassai parmi les herbes sauvages des pavs une rose qui avait t perdue4 ,je la respirai et elle ne dgagea aucune odeur1 comme si elle se refusait trahir le secret de celle qui l'avait porte4 ,je suis rentr et j'ai rouvert le manuscrit du pote ,mir l'endroit o je l'avais marqu avec le signet4 ,mais j'tais distrait et les posies volaient autour de moi sans m'atteindre4 ,j'coutais les bruits de la rue silencieuse4 ,j'ai ferm le manuscrit et j'ai remplac le signet par la rose4 ,ah6 comment distinguer les trois coups du bonheur des trois coups du malheur8 ,,le ,,diamant ,,des ,,morts ,il y a un usage funraire du ,npal qui veut qu'on mette un diamant dans la bouche des morts afin qu'ils gardent la beaut de leur visage dans les tnbres de la tombe4 ,les dieux qui prsident la dcomposition des molcules de la forme arrtent leur travail cause de la clart de la pierre prcieuse qui interrompt l'effort de leur volont souterraine4 ,l'homme pauvre qui ne serre entre ses dents que la poussire de son regret terrestre1 l'homme pauvre sentira le contour de son visage disparatre et une active destruction tera sa chair de ses os4 ,les dieux de la mort eux-mmes1 ces subalternes instruments du passage d'un monde l'autre1 sont les esclaves de la richesse4 ,on retarde leur venue par une somptueuse demeure qui prserve du froid et du soleil1 par l'abondance des remdes qui font reculer la maladie1 sur de la mort4 ,le diamant blouit ces dieux mercenaires par les facettes de sa lumire et accroupis en silence autour du possesseur de pierres prcieuses ils respectent le visage rigide de l'homme riche marqu du sceau de l'autorit4 ,pourtant1 homme pauvre1 la loi est juste1 la loi suprieure pour qui les dieux de la mort ne sont que des fantmes obissants1 des larves aveugles et muettes1 soumises leurs ordres4 ,car plus ta forme charnelle de pauvre prit vite1 ta forme use par les travaux et maigre par le manque de nourriture1 plus rapidement tu t'achemines vers la vie plus subtile et meilleure o tu ne seras revtu que de la claire forme de l'esprit4 ,et l enfin tu ne crains l'attaque d'aucun dieu corruptible et tnbreux4 ,l1 chacun apporte le trsor qui lui appartient1 chacun garde la proprit spirituelle qu'il a accumule par sa sagesse4 ,il n'est pas de diamant assez pur pour immobiliser les traits changeants de l'me s'ils ne se sont pas sculpts eux-mmes dans le marbre de la beaut morale4 ,ce n'est que dans le royaume de l'esprit que l'homme mesure le rythme de la justice4 ,l',,amande ,,am,,re ,pour avoir une eau pure de toute souillure il faut frotter l'intrieur de la jarre o elle est verse avec une amande frache et l'exposer ensuite au soleil4 ,avec l'amande de la rsignation j'ai frott la jarre de l'me afin de faire disparatre le limon des mauvais sentiments et briller l'eau de cristal de la vertu4 ,et voil mon me4 ,elle est sans passions4 ,le soleil luit travers cette eau transparente1 cette eau de perfection immacule4 ,il ne faut pas boire pourtant4 ,on a frott la jarre avec une amande amre4 ,,la ,,sup,,riorit ,,des ,,connaissances ,elle m'a dit3 ,je suis trs savante4 ,a treize ans je savais tisser1 quatorze ans je savais tailler des vtements1 quinze ans je jouais du luth1 seize ans j'avais appris la danse4 ,a dix-huit ans je dirigeais tes servantes1 tes jardiniers et tes porteurs de litire4 ,et je lui ai rpondu3 ,je suis trs ignorant4 ,j'ai essay de percer le mystre des choses caches et il est demeur impntrable4 ,j'ai essay de dcouvrir la loi secrte des rythmes potiques et je n'y suis pas arriv4 ,je ne comprends rien ce que je vois autour de moi4 ,je ne sais pas pourquoi tu ris et pourquoi tu pleures et tu restes mes cts comme la plus grande nigme de l'univers4 ,alors elle a pouss des cris de joie en pensant la supriorit de ses connaissances et elle s'est mise tourbillonner dans la chambre4 ,mais elle s'est arrte1 elle a regard le plafond1 et comme si elle avait un regret elle est venue vers moi en disant3 ,il y a autre chose qui fait que tu es encore plus ignorant3 ,je sais t'aimer et tu ne sais pas que je t'aime4 ,l',,empereur ,,de ,,chine ,,et ,,le ,,soleil ,l'empereur de ,chine avait cru remarquer que le soleil n'obissait pas sa volont4 ,il tait incommod par sa chaleur durant l't et il lui reprochait d'avoir fait mourir une tulipe singulire qu'on lui avait rapporte des pays barbares d'occident4 ,puis il chrissait les tnbres d'un amour profond4 ,il rsolut d'arrter la course du soleil et il convoqua toute la cour pour qu'elle soit tmoin de sa puissance illimite4 ,vers le rivage de l'ocan d'o monte le soleil en flammes1 un grand cortge se mit en marche durant la nuit4 ,l'empereur avait plac sur ses genoux1 dans son palanquin1 un bton de jade magique qui avait appartenu ,fo-,hi1 inventeur de l'criture et de la lyre vingt-sept cordes1 et l'amour de la nuit se lisait dans ses prunelles clignotantes4 ,des mandarins de haut rang le suivaient1 portant des lanternes allumes qu'ils levaient trs haut4 ,quelques-uns pleuraient l'ide qu'ils ne verraient plus la belle lumire du jour4 ,d'autres songeaient qu'ils avaient toujours dormi1 au lever de l'aurore et ils regrettaient la paresse qui les privait jamais de ce spectacle4 ,les soldats avaient mis des armures noires en signe de deuil4 ,seul le ministre des rites souriait avec perfidie derrire son ventail de soie4 ,sur le rivage de la mer un petit homme vtu de blanc tait en prires3 ,o saint bouddhiste1 que fais-tu l8 lui dit l'empereur4 ,et le petit homme vtu de blanc1 voyant les mille lanternes1 les larmes et le sourire du ministre comprit ce qui arrivait et pensa que l'empereur allait perdre la face par la dsobissance du soleil1 d'autant plus qu'un lger blanchissement se percevait dj sur les eaux4 ,grand empereur1 dit-il1 j'tais en prires sur le sable sal parce que je sais1 grce ma connaissance des choses clestes1 que le soleil ne doit plus se lever jamais sur la terre des hommes pour la fconder4 ,je le suppliais en vain d'apparatre4 ,mais les lois astronomiques sont rigoureuses4 ,la seule esprance qui nous reste est que tu le fasses obir1 tout-puissant6 en tendant vers l',orient la baguette magique de ,fo-,hi4 ,l'empereur harangua les mandarins1 mais le saint le tira par la manche1 cause du lger blanchissement du ciel4 ,il ne fallait pas permettre le moindre retard au soleil4 ,personne n'aurait pu croire que la baguette de ,fo-,hi et tant de pouvoir car jamais il n'y eut une aurore aussi clatante4 ,ainsi la face impriale fut sauve4 ,toutes les lanternes s'teignirent en mme temps4 ,le ministre des rites fit une grimace4 ,le petit homme vtu de blanc se remit en prires sur le sable sal4 ,,la ,,meilleure ,,part ,il y a de remarquables actions accomplir sur la terre4 ,je pourrais m'illustrer de plusieurs faons1 dans les arts1 dans les guerres ou dans les commerces1 mais je suis si bien auprs de ma bien-aime4 ,on me dit qu'une caravane va se mettre en marche travers les montagnes1 pour ,kaboul1 puis elle gagnera ,ispahan4 ,quelle rception me feraient les potes de la ville6 ,prends ton ventail1 ma bien-aime1 pour que je voie comment tes yeux se ferment quand l'air frais caresse ton visage4 ,l'empereur de ,delhi vient de me mander auprs de lui4 ,c'est un grand honneur auquel je suis trs sensible4 ,vite ma robe brode6 ,ali qui me verra passer de son balcon s'vanouira de jalousie4 ,mais ma bien-aime a dfait sa chevelure sur ses paules et il me faut jusqu' demain pour la contempler4 ,demandez pour moi pardon l'empereur4 ,tous les soufis se sont rassembls ce matin dans la mosque pour discuter sur la puret de la doctrine4 ,c'est le prophte d',allah lui-mme qui m'appelle4 ,mais ma bien-aime a fait un gteau de lait d'amandes et de cannelle et elle est si charmante quand je lui fais des loges parce que je le trouve mon got4 ,o soufis6 demandez au ,prophte de dtourner son visage d'un insens4 ,les caravanes se mettent en marche pour les pays loigns1 les empereurs sont assis solennellement au milieu de leur cour1 les sages s'enivrent de la sagesse de ,dieu4 ,mais nous1 ma bien-aime1 nous lisons les livres des potes1 nous partageons le gteau d'amande1 nous nous regardons en silence1 dans la petite maison qui abrite un immense bonheur4 ,nous avons choisi la meilleure part4 ,,le ,,miroir ,,qui ,,conserve ,,les ,r,,ves ,quand elle s'endort1 elle place ct d'elle un vase d'argent poli1 rempli d'eau limpide4 ,elle ne se souvient pas de ses rves1 elle se souvient seulement de leur beaut et elle croit que la mystrieuse image en demeure dans le miroir de l'argent poli4 ,ds qu'elle se rveille1 elle se penche avidement sur l'eau matinale4 ,oh6 viens vite voir1 mon bien-aim6 il y a des palais dans une brume amarante1 il y a des bouquets de citronniers et des jeunes hommes vtus de blanc se promnent sous des portiques de marbre4 ,je me penche aussi1 je me frotte les yeux1 mais je ne vois rien1 rien que son charmant visage ct du mien4 ,mais alors elle se fche aprs moi et accuse la lourdeur de mon esprit qui ne sait pas se dgager assez vite de l'ombre paisse du sommeil4 ,et qui sait1 peut-tre a-t-elle raison8 ,et une fois je me suis pench le premier sur l'eau claire du vase d'argent et j'ai dit3 ,je vois une jeune fille aux seins nus1 une jeune fille qui danse avec une charpe couleur de lune4 ,elle ressemble la bayadre du temple de la desse ,parvati que j'ai vue l'an pass ,bnars1 elle ressemble au beau rve dont j'ai rv toute cette nuit4 ,mais elle a souri sans s'mouvoir et elle m'a rpondu3 ,s'il y a une bayadre ,bnars et si elle a dans dans ton rve1 il n'y en a pas au fond du vase d'argent4 ,car dans l'eau limpide repose un charme1 une secrte correspondance avec l'me qui dort auprs4 ,et ce merveilleux miroir est poli avec un art si magique qu'une certaine qualit de rve peut seule y laisser sa subtile trace4 ,mais elle a tout de mme remu l'eau avec le bout de son ongle4 ,,la ,,mosqu,e ,,int,,rieure ,il y a une confrrie de btisseurs qui se transporte de ville en ville pour lever des mosques de marbre et de pierre avec des coupoles profondes comme des forts et des minarets dlicats comme des jeunes filles4 ,ces btisseurs sont-ils des hommes pieux8 ,il n'importe4 ,ils savent en quel endroit de la montagne est cache la belle pierre qui rsiste au temps et le marbre immacul comme le front d'un jeune homme vertueux4 ,ils vont et ils dressent le lieu de prire qui met en communication les hommes et ,dieu4 ,o mon me sois pareille la confrrie des btisseurs4 ,si le doute est parfois en toi1 ne l'coute pas et btis4 ,dcouvre pour btir la pense solide dans la montagne1 le chant marmoren o courent les veines bleutres de l'harmonie4 ,btis la tour1 plus haut sans cesse4 ,la tour spirituelle qui s'lance vers le soleil6 ,car chacun doit arracher la blanche pierre vridique la terre des erreurs1 chacun doit lui-mme travailler la coupole qui soutient et au minaret qui jaillit1 chacun doit btir dans son me sa propre mosque intrieure4 ,,le ,d,,sir ,d',,tre ,,aim,e ,elle parlait1 elle parlait sans cesse1 assise devant la maison4 ,sa voix joyeuse couvrait le bruit de la fontaine dans le jardin et pendant que je l'coutais avec amour1 je regardais dans l'air chaud du soir des successions de vols d'oiseaux blancs s'lever et s'parpiller avec lenteur4 ,et puis elle s'est tue tout coup et elle a regard longuement la cime des palmiers immobiles dans la cendre du crpuscule1 si longuement que je lui ai dit3 ,pourquoi ne parles-tu plus1 ,padmani8 ,elle a pouss un grand soupir4 ,il m'a sembl que la fontaine dans le jardin s'arrtait de faire son bruit secret4 ,elle a joint les mains et elle a dit du fond du cur3 ,je voudrais tant que quelqu'un m'aime6 ,et elle a continu regarder la cime des palmiers de plus en plus noys dans la cendre du crpuscule comme si elle ne me voyait pas ct d'elle4 ,alors un oiseau noir a travers le ciel et a trac une longue ligne horizontale1 comme s'il coupait le ciel en deux4 ,l',,homme ,,du ,,pays ,,de ,,sittim ,l'homme du pays de ,sittim1 dit-elle1 doit revenir un jour la chercher4 ,elle dposera ses colliers et elle marchera pied ct de ce matre tyrannique par les chemins qui vont vers les hauts plateaux4 ,profite des caresses de mon corps1 dit-elle1 tant que je peux te les donner4 ,serre-toi contre moi jusqu' dessiner ta tte sur ma peau4 ,il viendra un temps o je ne danserai plus et o je n'aimerai plus1 car l'homme du pays de ,sittim viendra et il m'emmnera avec lui4 ,je me reprsentais cet homme avec une haute stature et faisant claquer un grand fouet en peau de rhinocros4 ,le pas qui rsonnait derrire nous dans la nuit1 c'tait le sien4 ,quand elle reposait entre mes bras1 je l'entendais derrire la porte comme la respiration d'un cauchemar et je tenais un poignard nu pour lutter avec lui4 ,un jour de printemps o je me sentais l'aimer plus qu' l'ordinaire1 un jour de printemps o les canneliers et les alos embaumaient dans le jardin1 comme j'tais ses pieds1 la tte sur ses genoux et que je lui demandais si elle m'aimait1 elle me rpondit voix basse3 ,je crois que l'homme du pays de ,sittim va venir bientt4 ,et un soir je vis un vieillard tout petit avec un visage trs bon qui lui faisait un signe de la main4 ,il tait vtu comme les lamas errants et je n'y prtai pas attention4 ,mais un peu plus tard1 lorsque je trouvai dans la chambre les colliers et les robes de soie qu'elle avait jets je compris que l'homme du pays de ,sittim tait venu la chercher4 ,l',,arm,e ,,silencieuse ,,des ,,pens,,es ,mes penses se mettent en marche vers toi comme l'arme silencieuse de l'empereur ,aureng-,zeb avec ses mille lphants aux pattes feutres devant la forteresse de ,paromisus4 ,tu ne les vois pas1 tu ne les entends pas4 ,elles t'enveloppent pourtant1 lanant des milliers de flches vers le fanal nocturne qui brille au-dessus de la tour inaccessible4 ,mais peut-on toucher une me lointaine avec les roseaux des penses lgres8 ,est-ce que ton voile de soie mauve n'est pas plus impntrable que la pierre millnaire des remparts8 ,o tour couleur de bronze que baignent les vapeurs dores de la montagne afghane1 tour du bien et du mal1 tour de la sparation des frontires1 va1 tu as raison1 garde tes portes fermes l'arme silencieuse qui s'avance vers toi4 ,car dans chaque flche lgre il y a un poison cach1 le poison des paroles qui mentent et de l'amour qui trahit et de ce poison l'me toujours meurt4 ,,le ,,grain ,,de ,,bont ,il y a une parcelle de bont cache au fond de toute me4 ,elle ne brille pas1 elle ne rpand pas de chaleur4 ,et nul ne sait qu'elle est l4 ,parfois l'homme parcourt le chemin de la vie1 de l'aurore au soir sans laisser voir personne son trsor intrieur4 ,o malheureux homme qui garde secrte cette parcelle de bont cache au fond de son me6 ,il accomplit de mauvaises actions1 il trahit ses amis1 il vend son esprit et il a honte de ce je ne sais quoi de lumineux qui voudrait s'exhaler de lui4 ,et plus il va1 plus il fait le mal parce que la rprobation et le chtiment augmentent sa force mauvaise4 ,c'est une me jamais perdue dit-on de lui4 ,est-ce qu'il y a des mes qui peuvent se perdre puisqu'il y a une parcelle de bont cache au fond de toute me8 ,l'me est comme le grain de bl qui a t lanc dans la terre inculte4 ,l il y a la pierre et la racine de l'ortie4 ,l chemine le ver1 avide de nourriture et c'est le lieu o le scorpion fait son lit4 ,le grain est tout noir1 misrable1 obscur1 couvert de souillures4 ,il porte sur lui le poids de la terre4 ,mais par la puissance d'un gnie divin1 il moule en silence sa forme1 il perce sa route1 il triomphe de la bte et de la substance1 et il s'lance vers le soleil4 ,o mon ,dieu1 je porte mon grain de bl enseveli sous mille pierres et sous mille ombres4 ,prserve-moi du ver de la trahison1 du scorpion de l'envie et du dcouragement1 quand tombent les larmes de la pluie4 ,je n'ai qu'une toute petite parcelle de bont et j'ai peur chaque instant de la voir prir4 ,o mon ,dieu donne-lui la force de grandir et de rayonner et fais que dans l'me de chacun de mes frres humains chaque parcelle de bont rayonne en mme temps pour qu'il n'y ait plus la fin qu'une seule grande lumire6 ,l',,hirondelle ,,en ,,chemise ,,de ,,lin ,elle se lve avant le jour et veut tout prix me persuader que j'ai dormi plus que de coutume et qu'il est grand temps que je me lve aussi4 ,entends-tu8 me dit-elle1 la marchande de dahi qui passe l-bas avec ses paniers4 ,mais moi je reconnais bien le cri de la vieille chouette du jardin4 ,et maintenant1 voil le porteur d'eau dans la cour qui se dispute avec les servantes4 ,il y a seulement une hirondelle en chemise de lin qui tourbillonne dans la chambre4 ,en vain elle agite les rideaux de papier4 ,il fait nuit dehors4 ,il fait nuit444 ,et pourtant444 ,je me trompe1 amie4 ,puisque tu es debout1 l'aurore est leve4 ,,une ,,chose ,,sans ,,importance ,elle m'a dit3 ,tu pousseras une barrire de bois4 ,tu traverseras un jardin grand comme la main au bout duquel est une toute petite maison de bambou4 ,je t'attendrai toute nue minuit sur la natte de joncs peinte en bleu4 ,mais va1 tu attaches de l'importance ce qui n'en vaut gure la peine4 ,je l'avais tant supplie d'tre moi6 ,j'avais tellement souffert le jour o elle tait partie avec un ,afghan de ,kaboul qui avait jet sur elle son manteau de laine ray6 ,j'avais pleur si amrement quand les trois bateliers du ,gange l'avaient tendue au fond de leur barque et avaient ram en chantant6 ,est-ce que c'est ma faute8 m'avait-elle dit par la suite4 ,elle tait si faible4 ,ce n'tait jamais sa faute4 ,comme les heures se succdaient avec lenteur6 ,je voyais des cortges qui s'en allaient vers des bchers et des fumes de bchers qui s'en allaient vers le ciel et des nuages du ciel que le vent emportait4 ,des vautours planaient sur le cimetire des ,parsis4 ,la nuit se dployait comme une bouffe de vapeur sortie d'une immense et invisible cassolette4 ,j'ai pouss la barrire de bois1 travers un petit jardin entre deux plates-bandes de pavots blancs et par la porte entr'ouverte j'ai regard dans la maison de bambous4 ,elle tait nue sur la natte peinte en bleu1 elle avait son ventail sur son visage et elle tapotait le sol avec sa main4 ,j'ai bais cette main et je me suis tendu ct d'elle4 ,comme le petit jour naissait je me suis arrt en m'en allant prs de la barrire de bois et j'ai vu que les pavots blancs des deux plates-bandes avaient pleur de toutes petites larmes qui coulaient le long de leurs tiges4 ,debout1 sur la porte1 elle refaisait sa coiffure et elle me dit en guise d'adieu3 ,tu vois bien que tu attachais trop d'importance ce qui n'en valait gure la peine4 ,,la ,,mort ,,de ,l',,empereur ,,de ,,chine ,au milieu de la nuit silencieuse1 dans le palais des ,clarts surnaturelles1 l'empereur de ,chine entendit1 trs loin1 le pas lger de la mort1 qui venait vers lui4 ,elle marchait dans l'avenue des ,dragons divins1 puis elle franchit le jardin des bassins de jade bleu1 le jardin des hliotropes1 elle passa sous son armure noire et son masque de cuivre1 en agitant son ventail de plumes de corbeau1 au milieu des eunuques endormis et elle traversa les salles muettes1 les salles des trnes et des dieux1 les salles sans candlabres et sans rsonnances4 ,et elle se tint dernire la tenture de soie violette qui fut agite d'un imperceptible frmissement4 ,alors l'empereur de ,chine eut pour la premire fois la connaissance de la grande solitude dans laquelle il avait toujours vcu4 ,il aurait pu frapper sur le gong de bronze4 ,le ministre des ,chtiments1 le ministre des ,rites1 les mandarins du grand ,conseil1 les princes mandchous seraient accourus des quatre points cardinaux de la ,ville ,interdite4 ,les trois cents pouses auraient dchir leurs robes et auraient pouss les gmissements dsesprs prescrits par les millnaires ordonnances4 ,il aurait contempl sur les visages l'essor des ambitions nouvelles1 les haines longtemps contenues1 les allgresses mauvaises s'lanant hors des mes comme un vol d'oiseaux noirs librs par la mort4 ,mais non6 ,il valait mieux rester seul comme il avait toujours t dans la glace de sa robe d'argent1 sous la neige de sa couronne de diamants4 ,et de l'ombre du pass il vit sortir la figure de celle qui ne viendrait pas1 l'unique dont il aurait dsir la prsence4 ,jamais il n'avait pens elle depuis sa vingtime anne4 ,son nom tait ,hirondelle perdue et elle avait coutume de joindre les mains comme des ailes se ferment4 ,oh6 la fte des lanternes1 au printemps1 sur la montagne d',emoui1 le chemin des plerins o tombaient les fleurs de pcher et les yeux de cette fille de pauvre1 si riche d'amour6 ,qu'tait-elle devenue maintenant8 ,sans doute un peu de poussire sous une stle sans inscription4 ,et lui1 au sommet de l'univers1 avait vcu au milieu du rythme des crmonies1 dans la majest des ftes impriales1 isol dans une solitude parfaite comme une figure gomtrique1 rigoureuse comme une loi1 exacte comme une vrit4 ,et il regardait frmir le rideau de soie violette que soulevait lentement une main gante de mtal noir4 ,aucun ambassadeur d',occident1 aucun souverain en voyage ne devait tre mieux reu que cette princesse de l'au-del au masque de cuivre sombre4 ,il ceignit l'pe de guerre du premier des ,han1 il jeta sur ses paules l'tendard sacr de l'empire cleste et il prit dans sa main droite le globe de cristal que l'on se transmettait de dynastie en dynastie1 parce qu'il refltait une parcelle de l'inconnaissable4 ,il aurait mieux aim y voir l'image d',hirondelle perdue que celle de ,dieu4 ,mais faute de mmoire ou d'esprit philosophique il n'aperut ni l'une ni l'autre4 ,o solitude6 ,tel tait le sens de sa destine4 ,a travers le rideau violet l'pe de la mort atteignit son cur4 ,tout seul6 ,dans le grand miroir1 il aperut un chemin de songe o tombaient des fleurs de pcher1 un chemin idalement solitaire4 ,et il se mit y marcher en levant trs haut le globe de cristal o il n'y avait rien4 ,,le ,,juge ,,et ,,le ,,bourreau ,tu levais le brle-parfum et tu l'abaissais tour tour et tu poursuivais de tes bras ouverts les belles fumes mauves et bleues qui tournoyaient avec lenteur et se perdaient mystrieusement dans les tnbres du plafond4 ,et tu me disais en riant1 mais avec un peu de crainte pourtant en me montrant l'air parfum3 ,regarde6 ,il y a un juge avec une longue robe rouge et un turban noir et derrire lui portant une pe recourbe1 je vois le bourreau du roi des ,mahrattes4 ,et je t'ai rpondu3 ,il y a bien longtemps que je suis suivi par un juge1 un juge au turban noir derrire qui un bourreau se tient4 ,mme quand le soleil couchant ne rougit pas le bleu des fumes1 il est toujours ct de moi1 ce juge ternel4 ,celui que tu me montres se dissipera tout coup si tu ouvres la fentre et si tu fais pntrer le vent du soir4 ,mais mon invisible juge demeurera et le bourreau du remords mille fois plus impitoyable que celui du roi des ,mahrattes me tourmentera avec son pe4 ,,le ,,passage ,,de ,l',,oiseau ,,simourgh#a #a ,l'oiseau ,simourgh tait chez les soufis de la ,perse et de l',inde le symbole de la pense divine4 ,l'oiseau ,simourgh qui habite au sommet du mont ,kaf en ,perse ne passe qu'une seule fois dans la vie sur la demeure de l'homme4 ,heureux celui qui1 cette minute1 a le visage tourn vers le ciel6 ,n'est-ce pas son plumage d'or1 ma bien-aime1 qui vient de frler le palmier8 ,il ne faut pas fermer la fentre car on ne peut voir le ciel travers les carreaux de nacre4 ,une seule fois et puis c'est fini4 ,l'oiseau miraculeux ne revient jamais4 ,sera-ce par une nuit crible d'toiles ou dans l'clat du soleil levant8 ,dois-je placer un vase de lait au sommet de l'eucalyptus pour qu'il y vienne se dsaltrer4 ,lorsque je m'assieds le soir sur la terrasse ct de toi1 je m'incline toujours vers ton visage et il est impossible de dtacher mes yeux des tiens4 ,je suis bien sr que l'oiseau ,simourgh choisira ce moment pour passer travers mon ciel4 ,j'entendrai le bruit de ses ailes4 ,lverai-je la tte8 ,,le ,g,n,,reux ,,enlumineur ,,de ,,livres ,votre pre ,btab l'enlumineur de livres1 m'a dit en m'accueillant3 ,tout ce qui est dans ma maison entre ces quatre piliers de bambou noir1 sous le manteau du toit blanchi de chaux1 mon hte1 vous appartient4 ,voici le vin qui contient la pense de dieu et le gteau de farine o il y a la substance intime de la terre matrielle4 ,voici les coussins1 voici les bijoux runis par l'amour que les hommes ont pour les pierres prcieuses4 ,o mon hte1 tout est vous4 ,et un peu plus tard il m'a dit1 quand j'ai voulu jouer de la cithare pour lui plaire1 et charmer la fin de la soire3 ,c'est bien dommage que mes filles ne puissent venir s'asseoir ct de vous sur le tapis afin de voir l'hte jouant de la cithare4 ,elles vous couteront1 au haut de l'escalier1 derrire cette gaze d'or4 ,ne vous offensez pas si elles chuchotent et si vous entendez les froissements de leurs babouches d'argent tiss quand elles s'loigneront4 ,et c'est pour vous que je ne voyais pas1 que j'ai jou de la cithare4 ,vous avez chuchot derrire la gaze d'or1 vos babouches ont gliss sur des toffes et je me suis senti du gnie4 ,et plus tard quand j'ai t seul dans la chambre de l'hte1 la porte a tourn silencieusement et sans chuchotements et sans froissements de babouches vous tes venues toutes les deux vous blottir ct de moi4 ,la lampe tait morte et je continuais ne pas vous voir4 ,vous disiez3 ,o joueur de cithare1 sens-tu comme mes lvres sont tides6 ,sens-tu comme mon sein est dur sur le tien6 ,et la nuit miraculeuse jetait par la fentre des bouffes d'enchantement4 ,mais avec tristesse j'ai caress votre front de la main et j'ai rpondu3 ,certes j'aurais voulu prendre votre pre l'enlumineur de livres le plus prcieux de ses biens1 mais il m'a tout donn d'un cur si gnreux6 ,allez jeunes filles4 ,le joueur de cithare dormira cette nuit auprs de la confiance respecte4 ,,les ,,terreurs ,,de ,,padmani ,au milieu de la fort nous avons trouv la statue de jade d'une divinit inconnue4 ,padmani a commenc par s'enfuir mais elle est revenue sur ses pas et je lui ai dit3 ,les dieux sont inoffensifs1 il n'y a que le cur des hommes qui est mauvais4 ,et sur la route1 en revenant vers la maison1 nous avons crois des vagabonds de mauvaise mine4 ,padmani a commenc par s'enfuir mais elle est revenue sur ses pas et je lui ai dit3 ,ces hommes sont inoffensifs et il n'y a en eux qu'obscurit et tristesse4 ,et comme nous arrivions devant ma porte1 un scorpion marchait sur la pierre du seuil4 ,padmani a commenc par s'enfuir mais elle est revenue sur ses pas et je lui ai dit3 ,les btes sont inoffensives4 ,vois comme je fais s'loigner celle-l avec le bout de mon bton4 ,et elle a joint les mains en disant3 ,comme tu es courageux1 mon bien-aim6 ,oui1 je suis courageux ai-je rpondu1 d'affronter sans cesse les yeux de celle que j'aime1 tes beaux yeux1 ,padmani1 sans connatre le danger qu'ils cachent au lieu de m'enfuir bien loin1 bien loin de toi qui es plus redoutable pour mon me que le dieu oubli1 l'homme errant1 le scorpion du seuil4 ,alors ,padmani a ri1 en disant3 ,tu ferais comme moi1 si tu fuyais tu reviendrais aussitt sur tes pas4 ,,le ,,cimeti,,re ,,des ,,apparitions ,m,,lancoliques ,o cimetire des apparitions mlancoliques6 ,le tissu d'un mur blanc1 le dessin d'un lzard sur l'apparence de la porte1 les dalles et le gazon1 damier funraire o se posent les hirondelles1 comme des jetons de rve1 et le crpuscule dployant les mousselines vaporeuses de ses bleus teints1 de ses amarantes passs4 ,et le croissant de la lune au bord de l'horizon444 ,ghazlane la ,persane s'avance vers moi1 lgre comme une bue et tenant une cithare transparente comme un nuage4 ,dans le monde sans forme relle comment peut-on baiser tes lvres1 treindre ta taille souple8 ,et ct d'elle je vois un cyprs qui s'lance vers le ciel1 pareil une prire douloureuse4 ,azad le pote1 me sourit de loin4 ,il s'appuie sur un bton comme jadis3 ,n'aimais-tu pas le vin1 ami8 ,avec quelle bouche bois-tu8 ,il me fait signe de m'approcher444 ,plus prs encore4 ,il veut me dire un secret l'oreille1 le grand secret1 qui fait rver les hommes vivants4 ,mais d'un citronnier1 dans une mare de pluie1 tombe un citron et il jaillit une toile de gouttes d'argent4 ,je m'loigne sans me retourner4 ,que le croissant de la lune est beau au bord de l'horizon6 ,comme la terre est solide6 ,o cimetire des apparitions mlancoliques6 ,,le ,,silence ,,des ,,masques ,quand nous sommes alls chez le collectionneur de masques1 nous avons vu des samoura1 des empereurs et des dieux4 ,certains visages avaient des cornes de mtal et d'autres des barbes rouges et de longues dents aigus4 ,il y en avait qui ressemblaient ,vritra et d'autres ,ahi et d'autres qui taient comme ,naga le dmon serpent4 ,tu avais peur et tu tremblais au milieu de tous ces visages de laque et d'ivoire et tu demandais s'ils n'allaient pas s'animer et faire claquer leur mchoire4 ,mais le collectionneur de masques t'a dit3 ,o mon enfant6 ,nous sommes dans le monde des apparences trompeuses1 des passions immobiles1 du mal inoffensif4 ,je vis au milieu de ces figures parce que si elles sont terribles1 elles sont muettes et que je prfre la fureur tranquille des masques l'hypocrite bont des visages d'hommes4 ,,le ,,pr,,tre ,,uvastri ,il ne fallait jamais faire devant elle le rcit d'un meurtre4 ,alors1 elle se mettait trembler1 elle prononait des mots incomprhensibles1 ses prunelles devenaient fixes1 elle suivait dans l'espace une mystrieuse scne tragique4 ,le voil le prtre ,uvastri6 disait-elle avec pouvante4 ,il faut avoir piti de moi4 ,et elle cherchait s'enfuir ou elle s'avanait d'autres fois avec un visage menaant4 ,et tourne vers la porte close1 elle criait3 ,il vient d'entrer1 le prtre ,uvastri se tient l4 ,et le soir quand nous tions seuls elle s'arrtait parfois de chanter1 elle se blottissait contre moi1 elle me serrait la main longuement et regardant obliquement la porte elle murmurait avec une voix de petite fille1 elle murmurait comme en rve3 ,est-ce que tu sais si les morts pardonnent8 ,souvent je croyais le voir marcher autour de la maison4 ,il avait des yeux trangement rouges dans un visage ple et triste et ses dents luisaient entre ses lvres4 ,il tait tout de blanc vtu et tirait un peu une jambe4 ,il semblait las et quand il se tournait je distinguais entre ses deux paules la trace sanglante d'une blessure4 ,et elle me disait1 certains jours3 ,o mon bien-aim que la vie est belle quand on s'aime4 ,le prtre ,uvastri ne reviendra plus4 ,elle se trompait pourtant4 ,on ne tue pas le pass d'un coup de poignard entre les deux paules4 ,toujours il sera derrire la porte1 ce triste1 ce terrible1 ce pitoyable prtre ,uvastri4 ,,dans ,,ce ,,vieux1 ,,ce ,,tr,s ,,vieux ,,jardin444 ,c'tait un vieux1 un trs vieux jardin4 ,l'automne en avait pris possession et s'y lamentait sans cesse avec le vent4 ,et l1 les morts s'taient accoutums venir errer4 ,pourquoi avaient-ils choisi ce vieux1 ce trs vieux jardin8 ,a cause du pourrissement des feuilles8 des exhalations de l'tang8 ,je ne sais4 ,mais je les voyais de ma fentre4 ,je voyais les morts dans les alles4 ,ils n'avaient pas l'air trs malheureux4 ,ils se tenait immobiles regardant la terre avec obstination et ils semblaient privs d'intelligence4 ,quelquefois ils trottinaient deux par deux4 ,d'autres fois ils levaient les bras tristement4 ,je croyais qu'ils allaient se plaindre mais ils demeuraient silencieux comme la descente du crpuscule4 ,les premiers temps ils m'avaient effray1 mais je m'tais accoutum leur prsence4 ,l'absence de flamme de leur regard amenait dans mon me l'absence de piti4 ,quelquefois je leur jetais des mies de pain comme aux oiseaux4 ,mais ils ne les ramassaient pas4 ,quelquefois je leur jetais des penses amicales4 ,elles glissaient au milieu d'eux et ils ne s'en apercevaient pas4 ,dans ce vieux1 ce trs vieux jardin1 il y avait une fontaine pleine de jeunesse4 ,ils se dtournaient en passant prs d'elle et jamais ils n'allaient y boire4 ,dans ce vieux1 ce trs vieux jardin1 je cheminais au milieu des morts4 ,je les entendais s'loigner quand je rentrais dans ma maison4 ,et il m'a fallu beaucoup de temps pour comprendre quel point je leur ressemblais4 ,,sous ,,le ,,voile ,,du ,,sommeil ,,simul ,elle s'tait dvtue et elle s'tait endormie auprs de moi4 ,son corps me paraissait plus long qu' l'ordinaire4 ,j'avais perdu la raison en voyant ma bien-aime dvtue et endormie auprs de moi4 ,je n'osais pas bouger de peur de l'veiller4 ,la lampe avait perdu la raison comme moi1 car elle jetait de grandes flammes qui dansaient sur les toffes de soie et sur le corps nu de ma bien-aime4 ,comme moi-mme et comme la lampe1 ma bien-aime tait enivre par le sommeil car soudain1 d'un geste machinal et ngligent1 elle parcourut mon corps avec la main4 ,et les toffes1 le lit d'acajou et les toiles la fentre devinrent ivres leur tour et tourbillonnrent autour de moi quand je vis que ma bien-aime ne dormait pas et que ses prunelles luisaient entre ses paupires demi fermes4 ,,la ,,vraie ,,puret ,tu me dis que je ne dois pas m'habiller avec des vtements de laine blanche parce que je ne suis pas assez pur4 ,mais1 charmante1 la vraie puret n'est pas dans les actions1 mais dans le cur4 ,quand je me suis tenu un soir sur le seuil de la porte avec des yeux lgrement troubles1 tu t'es cri3 ,mon ,dieu1 tu viens encore de voir danser les bayadres6 ,et pourtant1 dlicieuse1 j'tais envelopp par l'essaim des clestes penses qu'inspire la danse4 ,comme je remuais dans un vase de terre des milliers de minuscules coquillages tu en as pris une poigne que tu as fait retomber au soleil et tu as dit3 ,ils sont aussi nombreux que tes pchs4 ,et j'ai rpondu3 parfaite1 comme mes pchs alors1 sont propres et purs6 ,et le soir o je t'ai trouve endormie et nue sur la natte et o je t'ai veille en baisant tes lvres1 ton premier mouvement a t pour t'enrouler dans ton voile4 ,je t'ai demand pourquoi et tu m'as dit simplement3 ,c'est pour que tu aies le plaisir de le drouler4 ,o sincre1 la vraie puret n'est pas dans les actions1 mais dans le cur4 ,,la ,,louange ,,des ,,ann,,es ,comme le vin qui en vieillissant se dpouille de ses crets1 comme le palmier qui laisse choir chaque anne un cercle de branches sches pour faire jaillir vers le ciel une gerbe plus frache et plus jeune1 ainsi mon me rejette ses penses impures au contact rgnrateur des annes et elle lance vers le ciel de la mort le juvnile bouquet des aspirations idales4 ,la vieillesse n'est pas terrible4 ,elle pose sur le front de l'homme sage une couronne de roses cueillies au jardin mystique de la pense4 ,la vue des yeux physiques diminue1 mais on aperoit des jardins insouponns1 des fleuves d'argent1 le droulement des valles et des montagnes du pays intrieur4 ,l'on entend moins bien la rsonnance des voix humaines mais la perception vient de toutes les mystrieuses paroles qui sont dites dans l'au-del4 ,o puissance que j'ai redoute quand je ne te connaissais pas1 tu es bienveillante comme l'affection1 tu es fconde comme la force du bl1 tu es transformatrice comme le printemps4 ,tu m'as donn la connaissance de la mesure1 tu m'as appris la valeur de l'amiti1 tu m'as fait peser les actions humaines dans la balance du pardon4 ,tu es le trsor de l'homme pauvre1 la clairvoyance de l'aveugle1 la lgret du paralytique4 ,je me rjouis de m'avancer dans ta voie inluctable o chaque pas que je fais me rend le cur plus lger et o je contemple une lumire de plus en plus pure4 ,c'est grce toi que j'avance dans la connaissance de moi-mme1 que je me dpouille des voiles inutiles1 des masques trompeurs et que je contemple les choses sous leur double aspect de bien et de mal4 ,c'est grce toi que j'atteindrai la porte troite de la mort1 purifi par le pardon1 illumin par l'intelligence4 ,,la ,,miniature ,,de ,l',,amour ,chapour peignait en ,perse des miniatures si dlicates que l'on distinguait sur les robes des rois qu'il reprsentait le dessin de chaque fil de tissu avec sa forme particulire4 ,et on voyait aussi sur le visage des favorites chaque grain de la peau comme un univers ferique ombrag par un duvet nain4 ,ainsi je voudrais te peindre une miniature de mon me avec mes penses d'amour qui s'enroulent comme des fils de soie et mes esprances plus tnues que des duvets4 ,mais je ne suis pas comme ,chapour qui regardait la substance matrielle de la forme avec un verre grossissant4 ,a travers mon propre esprit je suis mille couloirs tnbreux et je me perds dans le palais souterrain des choses spirituelles4 ,je possde pour toi de tendres sentiments que je ne te dvoile pas et le trsor de mon amour1 tu ne le connatras jamais et tu n'en recevras mme pas de moi une miniature dlicate4 ,,la ,,broderie ,,de ,,padmani ,elles s'entendaient si bien toutes les trois qu'elles avaient fini par se ressembler4 ,elles faisaient rgner une harmonie si douce dans la maison que je croyais entendre parfois comme de relles vibrations musicales glisser du rez-de-chausse la terrasse4 ,elles taient galement belles et leurs chambres taient de la mme couleur4 ,leur image pourtant ne se refltait pas galement dans l'eau claire d'un seau au soleil4 ,sans que j'aie pu m'expliquer comment1 le visage de la plus jeune dont le nom tait ,padmani ne dessinait dans l'eau qu'un double mobile et couleur de cendres4 ,la plus jeune tait la plus triste des trois4 ,elles taient aussi gaies que les abeilles au printemps et que les chvres sur les pentes des montagnes4 ,leur rire rsonnait dans l'escalier comme un ruisseau frais4 ,la plus jeune tait la seule qui aimait la broderie4 ,elle brodait sur de la laine avec des fils d'or un visage du ,bouddha4 ,mais jamais elle n'arrivait l'achever4 ,quand nous sortions ensemble d',arcate elles couraient de-ci de-l et elles coupaient de grands bouquets de fleurs sauvages dont la sve faisait des taches sur leur voile4 ,mais la plus jeune disait qu'elle n'aimait que les fleurs qui croissent dans le ciel et sont invisibles4 ,que font-elles cette heure toutes les trois8 ,se sourient-elles dans le mme miroir8 ,reposent-elles sous les moustiquaires8 ,y en a-t-il une qui dit mon nom8 ,o mon ,dieu1 que mes bien-aimes gotent la quitude de l'me et puisse ,padmani ne jamais achever sa broderie4 ,,un ,,peu ,,de ,,noir ,,de ,,fum,e ,un peu de noir de fume a sali tout coup la feuille blanche sur laquelle j'crivais le pome pour toi4 ,j'avais peint tout autour une enluminure mogole comme celle d',abdoul ,samad et des matres de ,samarcand4 ,la lampe a fil4 ,la feuille est salie4 ,le pome retraait la soire1 la merveilleuse soire o pour la premire fois tu m'as dit que tu m'aimais4 ,les toiles taient hautes et silencieuses et la fort penche sur toi semblait couter tes paroles4 ,jamais je n'ai oubli ces heures et je te les rappelais dans le pome4 ,comme tu tais belle et comme le paysage qui nous environnait tait mouvant et profond4 ,mais il me souvient que tout coup tu laissas tomber par tourderie le nom d'un homme que tu avais aim avant moi4 ,c'est dans l'ordre des choses4 ,sur le plus beau pome d'amour il tombe toujours un peu de noir de fume4 ,,le ,,rajah ,,de ,,gunnaur ,,et ,l',,esclave ,,boundi ,i ,le rajah de ,gunnaur n'avait jamais vers de larmes quand il fut atteint d'une trange dmence4 ,il se croyait la nuit appel par les btes dans les ombres de la fort qui se dressait1 haute1 menaante1 inexorable1 aprs la terrasse1 aprs le jardin1 aprs la rivire1 en face du millnaire palais de ,gunnaur4 ,il aurait aim lire les manuscrits1 toucher les instruments de musique4 ,il ne pouvait pas4 ,au loin les hynes riaient1 les serpents faisaient un bruit doux en glissant1 les singes jacassaient dans les branches1 les tigres miaulaient clinement1 toutes les btes disaient son nom4 ,alors il s'avanait sur la terrasse et il voyait le peuple animal qui l'attendait4 ,des lphants levaient leur trompe1 des hrons claquaient du bec1 des oiseaux empanachs comme des guerriers battaient des ailes1 des crocodiles sortaient de la vase1 des insectes crpitaient dans l'herbe4 ,et mille prunelles luisantes taient fixes sur lui4 ,les btes voulaient le faire rtrograder dans l'chelle des tres1 l'arracher de son rang d'homme4 ,alors il avait peur1 il tremblait4 ,il songeait la course de son me immortelle4 ,il ne pleurait pas pourtant4 ,,ii ,et il advint qu'une esclave ,boundi qui secrtement l'aimait se glissa1 la nuit1 dans le jardin1 au pied de la terrasse o il se tenait et joua du luth l'ombre des citronniers4 ,et cette nuit-l1 le rajah de ,gunnaur ne vit pas les btes tentatrices1 il n'entendit pas les voix infrieures du retour en arrire4 ,et les dvas flottrent autour de lui en l'effleurant de leurs penses dlicates4 ,mais quand au matin on lui apprit qu'une fille sans caste avait souill de sa prsence l'ombre des citronniers sous la lune1 il donna l'ordre qu'on la btonnt et qu'on la chasst de la ville4 ,oh6 comme les mes sont obscures et comme leur chemin est long6 ,,iii ,les btes l'appelaient si fort1 l'ore de la tnbreuse fort1 qu' la fin1 le rajah de ,gunnaur traversa le jardin1 traversa la rivire pour tre une bte aussi4 ,et il fut une bte dans la fort4 ,il aboya avec les chiens sauvages1 il rit avec les hynes1 il monta sur le dos des cerfs1 il lampa l'eau quand il voulait boire4 ,il marcha quatre pattes sur la terre4 ,et parfois sous les clairires et dans les jungles sauvages1 il entendait l'cho d'un luth1 d'un luth semblable celui dont jouait l'esclave ,boundi sous les citronniers4 ,et alors1 des dvas glissaient sous la vote sombre des arbres et le touchaient avec la baguette de cristal du souvenir1 du souvenir de la beaut entrevue4 ,mais il ne pleurait pas pourtant4 ,,iv ,et cause du luth lointain1 cause des invisibles dvas1 il revint la fin au palais de ,gunnaur4 ,et comme l'me a des reflux1 le flux de la raison l'emporta4 ,il oublia le royaume des btes pour ne rgner que sur les hommes4 ,il fut puissant1 il fut clment1 il eut des armes pour la guerre1 il btit des temples pour la prire4 ,il fut craint et il fut aim4 ,il pratiqua la justice1 mais dans la ville ou sur les routes1 ou dans les ftes de son palais il demeurait envelopp d'une intrieure solitude4 ,et il n'entendit plus jamais rsonner au loin1 le luth arien4 ,un jour1 qu'il tait la chasse avec tous les grands du royaume1 il s'arrta sous un vieil arbre majestueux pour se reposer4 ,et il remarqua des ossements humains que la pluie avait blanchis4 ,il vit un poignet dlicat avec un anneau de fer sculpt4 ,quel peut-tre cet anneau de fer8 demanda-t-il4 ,je le reconnais1 dit un de ses serviteurs4 ,c'est l'anneau que les esclaves ,boundi ont coutume de porter au poignet4 ,sous ce vieil arbre majestueux1 une esclave ,boundi est venue mourir4 ,alors pour la premire fois1 le rajah de ,gunnaur pleura4 ,,le ,,papillon ,,et ,,la ,,bougie ,elle tait genoux sur le tapis de prire4 ,a ct d'elle tait une bougie allume et un flacon d'essence de roses dbouch4 ,un papillon aux couleurs miraculeuses volait dans la chambre4 ,son visage tait en extase4 ,quand je suis entr1 elle a fait un mouvement comme quelqu'un qui est pris en faute4 ,je me suis pench sur elle et j'ai vu dans ses prunelles l'image du jeune homme auquel elle pensait4 ,j'ai teint la bougie4 ,le papillon s'est envol4 ,,la ,,suie ,,de ,,la ,v,,rit ,l'homme qui aime la vrit1 sous sa chevelure plate et sa robe de lin gris1 s'est avanc vers moi dans le vestibule de ma maison et derrire lui se tenait la jeune fille qui sourit toujours avec douceur4 ,l'homme tait rayonnant de vertu et la jeune fille d'innocence4 ,et l'homme dit mille paroles sur tous les sujets1 avec une voix basse et mue et dans ses discours revenait sans cesse la grande affection qu'il avait pour moi4 ,et mme il prit ma main et il la serra tendrement4 tendez-vous sur les coussins1 ai-je dit4 ,vous boirez du vin de ,chiraz4 ,le visage de la jeune fille tait comme une lune de lait frais4 ,et l'homme qui aime la vrit et qui regarde obliquement1 eut soudain un lan si amical qu'il faillit me prendre dans ses bras4 ,il faut que vous le sachiez la fin4 ,il s'agit de la femme que vous aimez4 ,elle n'est pas digne de cet amour4 ,et il me dit toutes les choses auxquelles on pense quand on n'a pas bu le vin de ,chiraz qui fait oublier4 ,le visage de la jeune fille tait si pur que je craignais qu'il ne s'envolt comme un oiseau rond4 ,et comme on apportait le vin de ,chiraz1 je me levai1 j'allai chercher un peu de fiel et je le rpandis au fond des coupes avant de les offrir4 ,et l'homme sincre dit aprs avoir bu3 ,sans doute un scorpion tait endormi au fond de l'outre quand on y a vers ce vin pour le transporter dans l',inde1 car le got en est bien amer444 ,j'ai rpondu3 ,ne faut-il pas rendre chacun ce qu'il vous donna4 ,sur la virginale lune laiteuse l'amertume mettait une grimace4 ,et lorsque je fus tout seul1 je perus une amertume plus amre entre mes dents4 ,les sandales des visiteurs avaient souill les tapis en peau de chamois blanc1 l'haleine de l'homme en s'chappant avait couvert le miroir d'une vapeur1 la rose du vase s'tait contracte1 l'eau o elle baignait tait trouble1 les vraies toiles aux fentres s'taient teintes au passage de la vertueuse lune innocente et sur la peinture des beaux souvenirs il y avait la suie de la vrit4 ,,sur ,,ces ,,tablettes ,,de ,,santal ,,rouge ,sur ces tablettes de santal rouge1 un pote de ,gwalior1 dont le nom est perdu1 crit un pome que les sicles avec leur sable ont effac4 ,c'tait peut-tre un roi puissant qui traa ces vers dans la houdah de soie de son lphant1 c'tait peut-tre un ascte assis parmi les roseaux d'un marcage4 ,un grand cri d'amour o les maximes de la sagesse8444 ,douleur1 espoir ou renoncement1 nous ne saurons pas444 ,que de choses jamais oublies6 ,moi aussi1 sur du papier tress de lin ,gwalior1 j'ai crit ton nom et la description de ta beaut et le sable inexorable des annes effacera mes vers4 ,qu'importe1 ,padmani1 que les hommes plus tard ignorent tout de nous deux1 si toi tu sais dans cette minute combien je t'ai aime4 ,,le ,,rosaire ,,noir ,,des ,,occasions ,,perdues ,dans une rue de ,bnars1 une femme m'a fait signe une fentre4 ,elle souriait et j'ai fait semblant de ne pas la voir4 ,je suis revenu la tombe de la nuit4 ,la fentre tait ferme4 ,dans une rue de ,bnars1 un mendiant m'a tendu la main et j'ai ht le pas en dtournant la tte4 ,mais je me suis rappel soudain les enseignements du prophte et je suis revenu en arrire4 ,il n'y avait plus trace du mendiant4 ,dans une rue de ,bnars1 un moullah m'a montr de loin la porte sculpte d'une mosque et j'ai pass4 ,quand un peu plus tard j'ai voulu prier1 j'ai err interminablement le long des bazars et des murailles de bambous4 ,et ainsi toute ma vie j'ai laiss derrire moi un rosaire noir d'occasions perdues4 ,o insens que tu es1 toi qui ne sais pas qu'il vient un moment o l'on ne rencontre plus ni la femme1 ni le mendiant1 ni ,dieu6 ,,le ,,pavot ,,noir ,jamais aucun baiser ne me fut plus cruel que celui qu'elle me donna devant la porte du jardin en me disant qu'elle tait triste de me quitter jusqu'au lendemain et qu'elle m'aimerait toujours4 ,une marchande de dahi passait dans la rue avec ses paniers d'osier4 ,des enfants dans la poussire se disputaient un morceau de camphre4 ,et je voyais sa joie de partir qui se dgageait d'elle comme un ange muet habill de mensonge4 ,jusqu' demain sans te voir6 dit-elle encore4 ,sa robe faisait un bruit soyeux de mousselines neuves4 ,que vas-tu faire en m'attendant8 ,elle s'est loigne petits pas1 sans hte apparente4 ,je l'ai suivie des yeux1 j'ai cueilli un pavot noir et je suis rentr4 ,,une ,,femme ,,dans ,,un ,,miroir ,rien n'est plus mlancolique que de regarder une femme dans un miroir4 ,on ne reconnat pas bien la chambre1 derrire la femme1 et la bougie1 au fond1 l'air de brler pour le culte d'un dieu oubli4 ,c'est une illusion de bonheur que l'on gote auprs d'une illusion de crature4 ,je ne serai pas surpris si la femme s'envolait tout coup par la fentre comme un oiseau et si la flamme se dtachait de la bougie et tombait terre comme un rubis mort4 ,celle qui est auprs de moi pourrait tre une autre4 ,je ne suis pas bien sr d'tre dans cette chambre-l4 ,un oiseau de mousseline tourbillonne1 un rubis mort fait une goutte de flamme sur le tapis1 et moi je me dtache de mon corps1 je cesse d'tre moi-mme1 je me perds dans l'infini du miroir4 ,,la ,f,,te ,,de ,,bhavani1 ,,qu',,on ,,appelle ,,celle ,,qui ,,fait ,,pleurer ,o pourquoi n'es-tu pas venue8 ,je t'attendais avec tant d'impatience6 ,j'avais prpar les chles et les mousselines que tu aimes4 ,j'avais march dans l'alle dont le dtour te plat4 ,comme le chant du rossignol est triste lorsque le cur vous fait mal6 ,o pourquoi n'es-tu pas venue8 ,c'tait le jour de la fte de ,bhavani1 la desse qui on a donn quatorze noms diffrents et je me suis souvenu que l'un d'eux est ,flicit4 ,comme le bruit de la gat des passants est triste lorsque le cur vous fait mal6 ,o pourquoi n'es-tu pas venue8 ,tous les bazars taient ferms4 ,tous les temples taient muets6444 ,chaque pas qui rsonnait au loin1 c'tait le tien4 ,je me suis souvenu que la desse ,bhavani s'appelle aussi3 ,celle qui fait pleurer444 ,comme le silence sur la ville est dchirant lorsque le cur vous fait mal6 ,,le ,,myst,,re ,,des ,,perles ,,creuses ,dans une perle creuse il y a une petite princesse endormie4 ,elle tient dans sa main minuscule1 une perle invisible nos yeux et dans le sein de cette perle reposent un soleil1 une lune1 une terre et toutes les plantes en mouvement travers un ciel moins grand qu'une fourmi4 ,notre univers nous repose aussi dans la perle creuse d'une princesse gante que nous ne voyons pas cause de son immensit4 ,comme nous sommes grands et comme nous sommes petits6 ,lequel des deux1 en vrit1 et combien y a-t-il de princesses qui dorment8 ,,la ,,rue ,,du ,,chagrin ,cette rue1 cette rue si courte1 avec ses tamariniers par-dessus les murs qui faisaient une ombre bleutre1 je l'appelais la rue de la flicit4 ,je la franchissais d'un seul lan et j'arrachais avec la main une touffe de feuillage que j'parpillais derrire moi4 ,ta maison tait droite1 une petite maison avec un toit bas et une porte en bne noir et j'appelais cette maison la maison du bonheur4 ,la chambre o tu reposais sous la moustiquaire avait des carrelages de couleurs et j'y avais vcu tellement d'heures d'ivresse que je l'appelais la chambre des souvenirs4 ,a droite est toujours ta petite maison4 ,les tamariniers font une ombre bleutre4 ,mais la rue est interminable1 et je l'appelle la rue du chagrin4 ,,le ,,jeune ,,homme ,,du ,,cr,,puscule ,le jeune homme que j'avais vu passer avait un turban couleur de safran et une robe blanche serre la taille par une cordelire d'or4 ,j'tais assis devant ma porte l'heure o l'on remplace les veilleurs sur les remparts et il ne m'a fait qu'un signe1 il ne m'a jet qu'un regard4 ,j'ai cout les trompettes rsonner dans les tours1 j'ai regard les toiles s'allumer et le jeune homme s'est loign sous son turban couleur de safran4 ,et c'est seulement quand sa silhouette a disparu le long des murailles1 quand il n'a plus t temps de courir aprs lui1 que j'ai compris devant ma porte l'tendue de ma solitude4 ,,il ,,vaut ,,mieux ,,que ,,tu ,,ne ,,reviennes ,,pas ,il vaut mieux que tu ne reviennes pas1 puisque tu es parti une fois de la maison4 ,d'autres fleurs de pchers tombent dans le jardin1 d'autres lotus s'entr'ouvrent sur l'tang4 ,mais ce sont les anciennes fleurs qui m'taient chres4 ,il vaut mieux que tu ne reviennes pas4 ,puisque tu t'es loign de moi1 que le voyage te soit doux4 ,le monde est grand4 ,il y a dans de tides intrieurs d'autres lampes qui clairent des visages remplis de douceur4 ,l1 on joue aussi de la cythare1 on lit des livres4 ,tu y seras tendrement aim1 puisque tu t'es loign de moi4 ,ce n'est pas le dpart qui est la plus grande tristesse4 ,on se dit adieu avec un cur ferme4 ,a ce carrefour tu trouveras une auberge4 ,a ce carrefour tu trouveras un ami4 ,et puis on sait que les sparations et les chagrins forment le tissu quotidien de la vie4 ,ce n'est pas le dpart qui est la plus grande tristesse4 ,il vaut mieux que tu ne reviennes pas cause du regard qui n'est plus le mme1 cause de la main qui ne se tend plus avec la mme franchise4 ,je sais bien que la puissance d'oubli est illimite et que le pardon est le cur de ,dieu4 ,pourtant1 puisque tu es parti une fois de la maison1 bonheur1 il vaut mieux que tu ne reviennes pas4 ,,les ,,deux ,,bayad,,res ,,et ,l',,unique ,,visage ,deux bayadres dans le mme clair de lune ont vu au fond du puits l'unique visage de leur bien-aim4 ,elles ont descendu le seau de mtal pour le ramener et il n'y avait qu'une eau trouble1 pleine de reflets briss4 ,elles ont refus de danser sur les trois pierres du temple de ,ganesa et elles ont pleur quand la lune montait4 ,et le ,brahmane aux cheveux de lin et aux doigts de parchemin leur a dit3 ,telle est la loi1 mes filles1 et il vaut mieux444 ,une seule fois apparat le bien-aim1 le vrai bien-aim immortel1 et malheur celles qui veulent l'arracher au mystre et la distance du puits4 ,mais les bayadres ont continu pleurer au clair de lune car celles qui ont entrevu une fois le visage du bien-aim1 jamais plus ne l'oublient4 ,,une ,,silhouette ,,blanche ,,qui ,s',,enfuit ,c'tait un pas lger que j'avais entendu sur les feuilles mortes4 ,c'tait une silhouette blanche que j'avais vue s'enfuir au bout de l'alle4 ,j'ai t seule toute la journe1 me dit-elle1 et les heures m'ont paru longues4 ,et elle souriait en montrant ses dents comme si elle avait envie de mordre un invisible fruit4 ,je dsirais tellement qu'elle expliqut d'une faon naturelle cette silhouette blanche au fond de l'alle que je lui dis3 ,est-ce que ,taswir1 la joueuse de vina1 n'est pas venue tout l'heure jouer avec toi4 ,mais elle me rpondit tourdiment3 ,non1 il y a bien des jours que je n'ai pas vu ,taswir1 la joueuse de vina4 ,elle me regardait avec des prunelles pleines d'amour et au milieu des coussins j'aperus un de ces foulards bigarrs en mousseline lgre comme ont coutume de mettre autour de leur cou1 les jeunes hommes du ,npal4 ,mais dj elle m'avait fait asseoir sur ces coussins et elle passait ses bras autour de mon cou4 ,o mystre du cur de la femme6 ,n'as-tu pas soif1 mon bien-aim8 dit-elle encore4 ,et elle prit la jarre de vin et je vis que sur le plateau il y avait deux verres et qu'on avait bu dans tous les deux4 ,ses yeux taient tranquilles1 sa main ne tremblait pas quand elle m'a tendu le verre1 et moi j'ai bu longuement1 j'ai bu avec ivresse4 ,o mystre du cur de l'homme6 ,,la ,,racine ,,des ,,univers ,,et ,,des ,,dieux ,je ne vois partout que douleur4 ,le riz va manquer bientt aux hommes des pauvres villages4 ,dans les basses rues de la ville1 il y a les maladies qui passent et qui marquent les maisons pour que la mort vienne les visiter4 ,l'un est dchir par le fer et l'autre l'est par le chagrin4 ,je ne vois partout que douleur4 ,je ne vois partout que des curs ferms4 ,je ne vois partout que des curs ferms4 ,il n'y a pas de piti sincre1 il n'y a qu'un orgueil dmesur4 ,le soufi1 le juge intgre et l'honnte pouse se glorifient trop vite d'tre les premiers4 ,comme dans une tour de pierre1 ils s'enferment dans leur vertu4 ,et cette vertu est vraiment de pierre4 ,sur elle se brise l'humaine douleur4 ,chacun ne croit qu' sa vrit4 ,il n'y a pas de piti sincre4 ,et pourtant il y a une voie diffrente pour chacun4 ,il y a une voie diffrente pour chacun1 quelquefois borde de fleurs et d'autres fois seme de cailloux4 ,mais toutes les voies montent et la plus dure est souvent la plus courte1 entre les voies qui mnent au sommet de la montagne4 ,j'ai vu une femme appeler les passants sur un tas de cailloux et tendre avec la lassitude de son geste1 une incommensurable mesure de piti et j'ai vu dans les yeux du voleur qu'on allait trangler briller la vraie lumire de ,dieu4 ,mais la vraie lumire de ,dieu n'est pas visible pour les aveugles4 ,la vraie lumire de ,dieu n'est pas visible pour les aveugles4 ,chacun clt sa porte au crpuscule et tend la barre sur les vantaux car le mendiant pourrait passer avec sa lanterne accroche un bton noir4 ,personne ne veut voir les toiles de la piti qui s'allument avec la nuit et cheminent le long des portes inexorablement muettes4 ,et pourtant les porteurs dsesprs d'toiles sont souvent les meilleurs et les plus purs4 ,ils frappent aux portes4 ,ouvrez-nous1 hommes justes1 ouvrez-nous1 hommes vertueux6 ,n'est-il pas juste que nous ayons une petite part de richesse1 une petite part de vertu8 ,mais jamais on ne leur rpond1 jamais il ne leur sera rpondu4 ,car le soleil de la justice ne se lve jamais dans le ciel troit de la terre4 ,les mchants ne sont pas punis et les bons ne sont pas rcompenss et ce sont les hypocrites qui sont les matres4 ,les causes engendrent les effets1 mais ceux qui subissent les effets ne connaissent pas les causes et l'on maudit ,dieu avec raison parce qu'il donne assez d'intelligence pour dsirer la justice et qu'il n'en donne pas assez pour comprendre la lenteur de sa marche et l'tendue mystrieuse de sa loi4 ,et quand on maudit ,dieu1 le cur se ferme davantage et la douleur devient plus grande et c'est pourquoi je ne vois partout que douleur1 je ne vois partout que des curs ferms et il n'y a rien esprer de la piti des hommes4 ,il n'y a rien esprer de la piti des hommes1 et il n'y a rien esprer de la piti de ,dieu puisque tout ce que nous voyons de lui est le droulement d'une loi impassible et immuable4 ,il n'y a rien esprer de personne4 ,mais au fond de l'abme du dsespoir et de l'injustice1 il est permis de contempler la lampe inaltrable de l'esprance4 ,car en soi-mme1 dans le rayonnement de sa propre me est la divine justice qui ne faillit jamais1 celle qui n'a pas besoin de piti pour briller1 celle qui a en elle une huile d'amour qui se consume sans s'puiser4 ,o puissance intrieure6 racine des univers et des dieux6 immortelle justice de l'homme6 ,,la ,,perte ,,de ,,la ,,richesse ,v,,ritable ,un navire charg de poivre et de vanille1 en s'loignant du port de ,surate1 a emport tout l'hritage de mon pre4 ,il a fait naufrage non loin de ,goa4 ,qu',allah soit glorifi6 me suis-je cri1 quand on m'annona que j'tais ruin4 ,le monde est tellement rempli de richesse6 ,sur l'eau de la fontaine qui est entre des figuiers1 prs de la porte de ,cachemyr1 je me penchai un soir et je vis deux taches grisonnantes de chaque ct de mon front4 ,ainsi j'appris que j'avais perdu ma jeunesse et je fus rempli de joie1 pensant qu'il y a plus de beaut dans le crpuscule que dans le jour qui se lve et que le voyageur doit se fliciter d'approcher de la fin du voyage4 ,mais lorsque je poussais la porte de ma maison1 que je vis la table vide de tes botes de fard1 et que je compris que tu m'avais quitt1 alors je m'assis sur le seuil et je pleurai ma solitude parce que je venais de perdre pour la premire fois ma fortune et ma jeunesse4 ,,la ,,nuit ,,des ,,pavots ,,morts ,la chambre tait pleine de pavots et le vent avait entr'ouvert la fentre4 tendu au milieu des coussins j'attendais que le rossignol se mt chanter4 ,mais cette nuit-l1 il n'y avait1 dans le jardin1 que le chuchotement des cdres entre eux4 ,je posai ma cithare ct de la coupe demi pleine et je m'endormis quand baissa la lampe4 ,alors celle que je ne dois plus revoir carta le rideau de soie4 ,elle avait une robe tranante1 parfume avec du musc de la ,perse4 ,elle avait des babouches silencieuses1 des colliers muets1 des bagues sans reflets4 ,elle avait ce sourire lointain de ceux dont l'me est absente4 ,elle a pris la coupe1 elle l'a porte ses lvres et elle l'a vide4 ,elle a pris la cithare et elle a jou un air doux et triste que j'ai entendu sans me rveiller4 ,elle a hsit un peu1 elle s'est regarde dans le miroir1 elle a touch les panneaux de laque4 ,et puis elle a disparu comme le souvenir d'une soire d'autrefois4 ,quand je me rveillai je vis le carmin de ses lvres aux bords de la coupe4 ,et sur une corde vibrante de la cithare1 la teinture de son ongle avait fait comme une goutte de sang4 ,le vent tait froid1 les pavots mouraient1 dehors le rossignol commenait chanter444 ,a ,l',,ami ,,ingrat ,louange toi qui m'as offens1 qui m'a permis de contempler loisir le visage de l'ingratitude4 ,j'ai su quelle lumire la trahison peut donner au regard1 avec quelle hypocrite affection elle sait dguiser1 tendre la main loyalement1 faire des confidences sincres pour mieux tromper4 ,louange toi qui m'as offens4 ,car j'ignorais la force du mal1 je n'avais pas encore mesur la puissance avec laquelle il passe dans certaines mes1 arrachant les bons souvenirs comme la tempte arrache les arbres1 dvastant le champ de l'amiti o la rcolte avait si pniblement fleuri4 ,j'ignorais un des deux versants de la montagne1 celui o il y a de l'ombre1 o il pleut sans cesse1 o l'on est toujours triste4 ,je ne te rappellerai pas que je t'ai aim avec un cur vridique et que si je ne te l'ai pas exprim par des paroles vaines1 mon silence te l'avait souvent dit4 ,n'y a-t-il pas d'ailleurs1 quand l'ami retrouve son ami1 un mystre dans le regard et la formule du salut1 qui est le signe du plaisir fraternel8 ,je ne te rappellerai pas le plaisir fraternel que ta prsence me procurait1 mais je te dis3 ,louange toi qui m'as offens6 ,car je ne te rendrai aucun mal4 ,non par manque de courage et non plus par manque de douleur4 ,le plus beau courage est dans le silence1 dans la facult de dtruire en soi-mme tout ce qui nat de mal1 engendr par le mal4 ,et pour ce qui est de la douleur1 je l'ai connu1 je l'ai mesur de l'extrmit de sa racine profonde jusqu' sa dernire feuille lointaine et je la garde jalousement1 gostement1 pour moi seul4 ,et je te dis3 ,louange toi qui m'as offens6 ,car tu m'as fait prsent d'une magnifique richesse4 ,le morceau de plomb tait de l'or souill que j'ai lav de mes mains4 ,j'ai pris ton offense et je l'ai ptrie1 je l'ai polie1 je l'ai chauffe dans mon cur4 ,je l'ai transforme en ce pardon secret qui me fait comprendre la vie4 ,ce pardon est dsormais pour moi la clef de toutes les portes fermes que l'homme rencontre dans son voyage4 ,tu m'as donn plus que tu m'as pris4 ,louange toi qui m'as offens6 ,,la ,,descente ,,du ,,fleuve ,nous n'arriverons jamais6 ,allez plus vite1 rameurs6 ,sous la toiture en bambous de mon bateau1 force d'avoir bu du vin1 je ne vois qu'un morceau circulaire du ciel o dansent les toiles4 ,descendez1 descendez le fleuve1 rameurs1 nous n'arriverons jamais4 ,o allons-nous6 ,je ne sais pas bien4 ,mais allez plus vite1 rameurs4 ,sous la toiture en bambous de mon bateau1 je ne vois1 force d'avoir bu du vin1 qu'une partie de mon me o dansent des souvenirs4 ,descendez1 descendez le fleuve1 rameurs4 ,nous n'arriverons jamais6 ,l-bas1 il y a une maison o m'attend une femme belle comme un morceau de jade blanc4 ,allez plus vite1 rameurs4 ,j'ai tellement bu de vin que je n'arriverai pas la reconnatre4 ,descendez1 descendez le fleuve1 rameurs1 nous n'arriverons jamais6 ,c'est elle6 ,elle me fait signe4 ,elle trouve que je suis en retard4 ,allez plus vite1 rameurs6 ,mais j'ai tellement bu du vin qu'il me semble que son visage est chang et que je suis en prsence de ,siva le destructeur des formes4 ,descendez1 descendez le fleuve1 rameurs1 nous n'arriverons jamais4 ,toutes les lanternes s'teignent sur la rive4 ,on entend au loin crier les panthres4 ,allez plus vite1 rameurs4 ,il y a un endroit solitaire o commence la fort4 ,vous me dposerez l et je m'en irai droit devant moi car la sagesse m'attend au pied d'un banian4 ,descendez1 descendez le fleuve1 rameurs1 nous n'arriverons jamais4 ,,les ,,yeux ,,bleus ,,sont ,,des ,,miroirs ,,morts ,j'ai peur des yeux bleus parce qu'ils me font penser des saphirs et que le saphir est un fragment d'un univers antrieur la terre1 qu'on ne reverra jamais plus4 ,j'ai peur des yeux bleus parce qu'ils rappellent un vin mlang de feuilles que de belles filles me firent boire ,bagdad et que l'ivresse de ce vin1 je ne la connatrai jamais plus4 ,j'ai peur des yeux bleus parce que ce sont ceux des mes fermes et qu'ils refltent les beaux paysages ensoleills sans les voir et l'amour sans l'prouver4 ,j'ai peur des yeux bleus parce que ce sont ceux que je regarde sans cesse dans le visage de ma bien-aime1 et qu' l'inverse des autres yeux humains1 ces yeux mortellement bleus ne refltent pas mon image et sont pareils des miroirs morts4 ,,sur ,,les ,,rives ,,de ,,la ,,jumna ,sur les rives de la ,jumna1 j'ai vu une femme qui pleurait4 ,elle jetait des ptales de fleurs sur un berceau o reposait un enfant mort4 ,le berceau tait sur les flots et commenait s'en aller4 ,c'est mon enfant1 dit cette femme1 mon enfant bien-aim qui est mort4 ,je ne comprenais pas pourquoi il regardait toujours le ciel avec des yeux si grands et si tristes et pourquoi il se dtournait du visage des vivants4 ,je le comprends maintenant4 ,mais ce que je ne comprendrai jamais1 c'est pourquoi il est n pour mourir si vite1 c'est pourquoi il tait si beau afin que grandisse dans mon cur un amour d'autant plus tendre1 ce que je ne comprendrai jamais1 c'est l'injustice du dieu unique4 ,et avec un geste dsespr elle lanait des ptales de fleurs vers le berceau qui s'loignait4 ,on ne voyait pas l'enfant mort4 ,le berceau fut arrt par une branche4 ,des nnuphars l'envelopprent et semblrent tendre sur lui l'toffe pieuse de leurs feuilles et puis il disparut au loin4 ,et je pensais en suivant les rives de la ,jumna3 ,moi aussi j'ai perdu une enfant bien-aime4 ,elle se dtournait souvent de mon visage et elle regardait le ciel avec obstination4 ,mais je n'ai pu la mettre dans un berceau et la couvrir de ptales de fleurs4 ,car si elle est morte pour moi1 elle est vivante pour les autres4 ,la rivire sur laquelle elle vogue est plus imptueuse que la ,jumna4 ,elle est pleine de musiques qui jouent et de baisers d'amour4 ,c'est la rivire de la vie o ma bien-aime est partie en chantant et je suis tout seul sur le rivage4 ,nous ne savons pas pourquoi les enfants sont arrachs aux bras des mres1 pourquoi il y a cette attirance dans les visages qu'on va perdre1 pourquoi celui qui aime n'est pas aim galement4 ,le dieu unique est peut-tre injuste4 ,mais je t'envie1 toi qui peux jeter des fleurs sur l'enfant mort que tu as perdu4 ,,les ,,trois ,,jeunes ,,filles ,,et ,,le ,,lotus ,les trois jeunes filles venaient de se baigner dans l'tang et l'eau qui mouillait leur corps en s'vaporant au soleil1 leur faisait une aurole de bue bleutre4 ,quand elles m'aperurent parmi les asokas1 la premire1 la plus svelte1 poussa un cri et fit le geste de se voiler avec une tunique invisible et elle tait comme un roseau qui se plie sous le vent4 ,la deuxime1 la plus grande1 se mit rire et elle continua marcher tranquillement avec un je ne sais quoi d'impudique dans le mouvement des paules et elle tait comme l'arbre ,ban quand1 midi1 il fend son corce avec la force de sa sve4 ,mais la troisime1 la plus petite1 me regarda de loin sans me voir4 ,elle se baissa1 cueillit un lotus et elle le tendit vers le ciel comme si elle faisait l'offrande de son cur4 ,,une ,,ancienne ,,mauvaise ,,nouvelle ,o toi qui portes une lanterne au bout d'un bton et un bouquet de feuilles sches1 pourquoi viens-tu frapper ma porte1 annonciateur de la mort8 ,je sais la nouvelle1 elle vient de mourir1 dans sa maison qui est de l'autre ct de la ville1 au bout d'une longue alle de tamariniers4 ,tu t'tonnes de ce que je dis1 parce que l'vnement vient de se produire1 parce que sa vie est partie il y a quelques minutes avec la lumire qui baissait1 parce que tu es le premier qui est sorti de sa demeure pour inviter ceux qui l'ont connue la pleurer4 ,vois-tu1 c'est que j'ai reu des dieux le don de la clairvoyance4 ,je l'ai vue dj avec un visage muet et des yeux o il n'y a plus de flamme1 j'ai march dj dans la longue alle de tamariniers avec un cur dsespr et cette lanterne au bout d'un bton s'est dj agite pour moi sur mon seuil4 ,ah6 l'aveugle est mille fois plus heureux que le clairvoyant6 ,il y a diffrentes manires de voir mourir ceux qu'on aime et la mort que tu annonces1 annonciateur de la mort1 est bien loin d'tre la plus cruelle4 ,va1 continue ta route4 ,la nuit s'avance4 ,elle avait beaucoup d'amis qu'elle chrissait mieux que moi et tu dois frapper encore beaucoup de portes4 ,il y a des annes que je la pleure car je l'ai perdue depuis longtemps4 ,,la ,,musique1 ,,la ,,pri,,re ,,et ,,la ,,volupt ,le serviteur s'est tenu devant moi et il m'a dit3 ,sortez d',agra et prenez la route qui mne aux ruines de ,kanoudje4 ,vous suivrez droite une grande alle et aprs une fort de manguiers vous verrez1 derrire un mur trs haut1 une maison couverte de sculptures des anciens temps qui a les signes du zodiaque sur sa porte4 ,c'est l qu'elle vous attend et elle frappe avec impatience de son bracelet1 les mosaques de sa chambre4 ,devrai-je prendre ma cithare8 ,cacherai-je dans les plis de ma dopulta de soie noire un petit poignard o le nom d',allah est grav sur le manche d'or8 ,me ferai-je prcder de six esclaves vtus de blanc avec un turban rose comme les pierres du ,tadj l'aurore1 avec des babouches vertes comme les lzards du ,gange8 ,m'en irai-je tout seul portant comme prsent un ,koran en parchemin de ,nichapour avec des enluminures d',el ,moumen et reli dans une peau de faon immacul4 ,j'ai trouv l'alle1 j'ai travers la fort de manguiers1 j'ai vu les signes du zodiaque incrusts en nacre sur le bois d'bne de la porte et j'ai respir un parfum o il y avait une si inexprimable volupt que j'ai dfailli et que j'ai laiss tomber le ,koran reli en peau de faon4 ,trois chiens blancs se sont enfuis sans aboyer mon approche et j'ai entendu s'grener les notes d'un rire lger1 comme si un btonnet d'ivoire frappait une feuille de cristal1 quelque part1 autour de moi1 je ne savais o444 ,elle tait tendue sur une peau de tigre et elle ne portait ni voile1 ni bijoux1 rien qu'un trange morceau de jade sur le front1 entre ses yeux verts4 ,lorsque je lui ai tendu le livre et la cithare elle a eu une moue ddaigneuse de la bouche comme si la musique et la prire n'taient pour elle que les formes immatrielles de l'ennui4 ,j'ai bu un vin pais qu'elle tendait et j'ai caress une matire charnelle plus colore que les enluminures du ,koran4 ,quand je suis revenu moi1 j'tais l'ore de la fort de manguiers4 ,je respirais la rsine balsamique de ces arbres et les grains des grappes rouges de leurs fleurs tombaient sur moi4 ,un serpent glissait dans l'herbe4 ,un singe mangeait une mangue4 ,il faisait chaud4 ,je voyais au loin l'alle qui m'aurait ramen vers ,agra4 ,mais elle m'avait dit3 ,chaque jour tu reviendras me voir4 ,et j'ai cherch travers les arbres la porte d'bne noir o taient incrusts les signes du zodiaque et je ne l'ai pas trouve444 ,et c'est depuis ce temps que je suis pareil un mendiant1 que je dispute les mangues au singe et chasse le serpent avec une branche pour boire au ruisseau4 ,jamais plus je ne prendrai l'alle qui me ramnerait vers ,agra4 ,sans cithare et sans livre je regarde voler au loin l'oiseau de la musique et disparatre le nuage de la prire et je cherche1 je cherche sans la trouver1 la porte d'bne de la magicienne nue dont le rire tait comme la rsonnance d'un btonnet d'ivoire sur une feuille de cristal4 ,j'ai perdu l'idal et je n'ai pas atteint le plaisir4 ,,le ,,temple ,,de ,l',,ame ,comme l'empereur ,akbar#b je suis all prier dans la mosque d',agra4 ,mais les colonnes sous les ogives des coupoles taient comme des files de plerins coiffs de dentelles de pierre qui cheminent et chuchotent et ne se mettent pas genoux4 #b ,l'empereur ,akbar entrait indiffremment pour prier dans les glises1 les mosques ou les temples4 ,il tenta d'unifier les religions et il pensait que le vrai ,dieu est en nous4 ,comme l'empereur ,akbar je suis all prier dans le temple des ,brahmanes4 ,mais on y respirait l'odeur suffocante des bchers voisins4 ,les divinits taient trop nombreuses4 ,ganesa agitait sa trompe et ,siva dployait tellement de bras que j'ai eu peur d'tre saisi avant d'avoir termin ma prire ,dieu4 ,comme l'empereur ,akbar1 je suis all prier au milieu des ,parsis4 ,mais le feu sacr avait toujours l'air de s'teindre4 ,j'tais envelopp par l'ombre immense d',ahriman et les ,yatus avec leur corps pareil celui des chauves-souris frissonnaient autour de moi et faisaient un bruit d'ailes feutres4 ,comme l'empereur ,akbar1 je suis all prier dans l'glise catholique des religieux portugais4 ,mais de la tour s'est leve une musique de cloches et je suis ressorti pour voir quelles taient ces hirondelles de bronze qui faisaient ce bruit en s'envolant travers l'azur4 ,comme l'empereur ,akbar1 je suis all prier dans la ,synagogue des juifs4 ,mais quand on m'a prsent le livre de la ,thora j'ai lu tant de caractres mystrieux que j'ai t comme un homme perdu dans une fort millnaire et que j'ai recul devant l'nigme des cosmogonies4 ,comme l'empereur ,akbar je me suis assis dans le temple intrieur de l'me4 ,l il n'y a ni livre1 ni colonnes1 ni statues1 ni feu sacr1 ni harmonie de cloches4 ,aucune fentre ne s'ouvre sur le monde des hommes et cependant j'ai t illumin par la pure lumire de la vrit4 ,,pitaphe ,,de ,,bagawali ,ici repose ,bagawali qui porta dans la forme mince de son corps un gnie trange toujours enflamm par le dsir de la volupt4 ,ce gnie animait la clart sombre de son regard1 faisait palpiter ses narines1 mouillait sa bouche et la rendait pareille la pulpe d'un fruit qu'on ouvre pour le mordre4 ,ce singulier gnie invisible la poussait entr'ouvrir la fentre quand le pas d'un jeune homme retentissait dans la rue et lui faire un imperceptible signe pour lui dsigner la porte4 ,par la puissance de ce gnie quand elle passait le long des remparts de ,delhi1 elle laissait derrire ses pas un parfum qui n'tait ni l'ambre brl1 ni le musc1 mais une trane indfinissable et attractive qui vous forait la suivre sans y penser4 ,ce gnie criait par sa bouche sur le lit des herbes l'ombre des cdres1 il tordait ses reins1 il gonflait ses seins1 il tendait ses jambes et il avait l'air d'expirer1 lui qui pourtant est ternel4 ,a prsent est morte la forme charnelle de ,bagawali4 ,mais le gnie demeure autour de ce tertre et de cette pierre blanche et si tu ne te htes pas1 passant1 il prendra possession de toi et ton existence sera dsormais voue la poursuite du plaisir qui rend triste et met sur les lvres la cendre amre de la mort4 ,,le ,d,,licieux ,,visage ,,du ,,monstre ,,effrayant ,jamais je n'avais vu un monstre aussi effrayant4 ,son corps tait d'une matire intermdiaire entre la pierre morte et la chair vivante et semblait se dcomposer perptuellement et renatre de manire trange4 ,ses pattes termines par de larges mains1 taient ouvertes pour saisir4 ,il regardait sans voir avec des prunelles pleines d'eau glauque4 ,sa mchoire branlait1 ses cornes taient immobiles1 ses dents taient rouges et ses poils bleutres4 ,il tait lourd comme un lphant1 long comme un serpent1 nigmatique comme un sphinx et il barrait entirement l'indfinie1 l'inluctable avenue entre les cdres centenaires4 ,j'prouvais une grande terreur la vue de ce monstre et cependant je n'essayais pas de revenir en arrire et mme je ne me proccupais de lui que mdiocrement4 ,je m'arrtais parfois pour regarder un insecte cheminer sur le sable ou pour admirer la savante complication des dessins d'une feuille4 ,je savais qu'il faudrait1 un moment donn1 plonger mes yeux dans les prunelles d'eau glauque1 tre saisi par les larges mains1 sentir le contact de cette matire anime du grouillement de la dcomposition4 ,pourtant je cheminais dans une parfaite inconscience avec ma terreur tapie en un coin de mon me1 ma terreur laquelle je ne pensais pas4 ,et peu peu1 sous d'ombre des cdres plus paisse1 j'approchai du monstre effrayant4 ,mais une singulire transformation s'tait opre par degrs4 ,ce que j'avais pris pour des cornes n'taient que les nuds d'un turban4 ,dans l'eau glauque des yeux il y avait des clats de saphir4 ,le branlement de la mchoire tait une illusion enfante par les promesses de caresses que dgageait l'ivoire des dents4 ,ce qui tait poil hriss tait devenu duvet dlicat1 et ce qui tait chair dcompose tait devenu translucide matire rose4 ,je voyais des courbes d'paules1 des cercles de bras ouverts4 ,j'tais ct du monstre qui m'avait sembl effrayant4 ,je contemplais le dlicieux1 le divin visage de la mort4 ,a ,l',,heure ,,des ,,lotus ,,entr',,ouverts ,il y a1 quand l'aurore est naissante1 un instant o les lotus ne sont qu'entr'ouverts4 ,ils sont lgrement mouills par la rose1 comme s'ils avaient pleur4 ,il y a dans l'me de l'homme qui s'est avanc dans la vie une minute o il entrevoit la sagesse et o il ne sait pas si son crpuscule n'est pas son aurore4 ,c'est l'heure intermdiaire qu'il faut marcher le long de l'tang1 regarder les bues dlicates qui s'lvent des eaux bleutres et prennent des formes imprcises4 ,car la plus grande beaut humaine est dans le paysage qu'on devine1 le ciel qu'on ne peut atteindre1 l'aspiration incertaine de l'esprit1 l'enthousiasme pour l'idal mal dfini4 ,c'est l'heure intermdiaire qu'il faut formuler son dsir parce que le palmier n'est qu'un fantme1 que la montagne n'est qu'une apparition1 que le monde n'est pas mieux dessin que notre me4 ,a l'heure o les lotus ne sont qu'entr'ouverts et pleurent1 il faut aller1 le corps vtu avec une robe de lin blanc1 lgre comme le brouillard1 qui imprgnera ses plis de l'aurore4 ,a l'heure quotidienne de la naissance des choses1 l'heure o il n'y a encore ni bien ni mal sur terre il faut aller avec son me qui vient de natre1 il faut aller et il faut dire3 ,o pouvoir infini1 forces subtiles qui s'veillent1 loi innombrable dont les rouages sont invisibles1 trsor des penses spirituelles qui sont parses et libres et voudraient devenir captives6 ,je demande la clairvoyance qui fait pntrer la vie des choses et l'me des tres1 je demande le don d'veiller la beaut cache sous l'amour1 comme un sultan veille une favorite endormie sous un oranger en fleurs4 ,je veux entrer en communication avec les intelligences qui nous rgissent pour qu'elles me versent leur tincelante lumire comme on verse une essence de fleurs condenses dans un flacon de jade aux veines d'azur4 ,je veux jusqu' ma mort honorer l'esprit qui claire et conformer ma vie l'idal de ma jeunesse4 ,je crois1 les lotus ne sont qu'entr'ouverts mais je sais que je serai exauc parce que le soleil se lve toujours4 ,,table ,,des ,,po,,mes ,en face du ,bouddha de ,bois444 #g ,le ,serpent ,noir qui donne la ,chance #aa ,petite ,lumire #ac ,l',empereur de ,chine et l',empereur du ,japon #ae ,la ,charit de ,padmani #ai ,le ,dieu de l',intelligence ,bienveillante #ba ,la ,mre de ,padmani #be ,le ,tiroir ,secret #bg ,la ,sagesse ,divine #bi ,les ,plumes du ,paon #cc ,le ,jeune ,homme de la ,nuit #ce ,la ,potesse de ,chine et les ,pavots ,blancs #cg ,le ,lotus et les ,dvas #dc ,l',assemble des ,musiciens ,silencieux #de ,le ,caravansrail de ,mlancolie #dg ,l'toile de la ,misricorde #di ,la ,beaut des ,reflets #ea ,le ,paradis ,terrestre #ee ,les ,merveilles du ,voyage en ,chine #eg ,le ,jeune ,homme nu #fa ,les ,trois ,coups de la ,crature ,impatiente #fc ,le ,diamant des ,morts #fe ,l',amande ,amre #fi ,la ,supriorit des ,connaissances #ga ,l',empereur de ,chine et le ,soleil #gc ,la ,meilleure ,part #gg ,le ,miroir qui ,conserve les ,rves #gi ,la ,mosque ,intrieure #ha ,le ,dsir d'tre ,aime #hc ,l',homme du ,pays de ,sittim #he ,l',arme ,silencieuse des ,penses #hg ,le ,grain de ,bont #hi ,l',hirondelle en ,chemise de ,lin #ia ,une ,chose sans importance #ic ,la ,mort de l',empereur de ,chine #ie ,le ,juge et le ,bourreau #ii ,le ,passage de l',oiseau ,simourgh #aja ,le ,gnreux ,enlumineur de ,livres #ajc ,les ,terreurs de ,padmani #ajg ,le ,cimetire des ,apparitions ,mlancoliques #aji ,le ,silence des ,masques #aaa ,le ,prtre ,uvastri #aac ,dans ce ,vieux1 ce trs ,vieux ,jardin444 #aae ,sous le ,voile du ,sommeil simul #aag ,la ,vraie ,puret #aai ,la ,louange des ,annes #aba ,la ,miniature de l',amour #abc ,la ,broderie de ,padmani #abe ,un peu de ,noir de ,fume #abg ,le ,rajah de ,gunnaur et l',esclave ,boundi #abi ,le ,papillon et la ,bougie #ace ,la ,suie de la ,vrit #acg ,sur les ,tablettes de ,santal ,rouge #ada ,le ,rosaire ,noir des ,occasions ,perdues #adc ,le ,pavot ,noir #ade ,une ,femme dans un ,miroir #adg ,la ,fte de ,bhavani1 qu'on appelle celle qui fait pleurer #agi ,le ,mystre des ,perles creuses #aea ,la ,rue du ,chagrin #aec ,le ,jeune ,homme du ,crpuscule #aee ,il vaut mieux que tu ne reviennes pas #aeg ,les deux ,bayadres et l',unique ,visage #aei ,une ,silhouette blanche qui s'enfuit #afa ,la ,racine des ,univers et des ,dieux #afc ,la ,perte de la ,richesse ,vritable #afg ,la ,nuit des ,pavots ,morts #afi ,a l',ami ,ingrat #aga ,la ,descente du ,fleuve #age ,les ,yeux ,bleus sont des ,miroirs ,morts #agg ,sur les ,rives de la ,jumna #agi ,les ,trois ,jeunes ,filles et le ,lotus #aha ,une ,ancienne mauvaise ,nouvelle #ahc ,la ,musique1 la ,prire et la ,volupt #ahe ,le ,temple de l'me #ahi pitaphe de ,bagawali #aia ,le ,dlicieux ,visage du ,monstre ,effrayant #aic ,a l',heure des ,lotus ,entr'ouverts #aig ,,achev ,d',,imprimer ,,le ,,trente ,,juin ,,mil ,,neuf ,,cent ,,vingt ,,six ,,par ,l',,imprimerie ,,cr,,mieu #d;bis1 ,,rue ,,des ,,suisses ,,paris