,,jacques ,,rivi,,re ,,de ,,la ,,sinc,,rit ,,envers ,,soi-,m,,me ,,les ,,cahiers ,,de ,,paris #aa1 rue du ,dpart 7#ad;e7 ,,paris #aibi ,,les ,,cahiers ,,de ,,paris dirigs par ,claude ,aveline et ,joseph ,place4 ,,premi,,re ,s,,rie1 #aibe4 ,,cahier ,,vi4 ,,le ,,tirage ,,de ,,chaque ,,cahier ,,est ,,limit ,a #aejj ,,exemplaires ,,num,,rot,s1 ,,savoir3 #ej ,,exemplaires1 ,ns #a ,a #ej1 ,,sur ,,verg ,d',,arches2 #adbe ,,exemplaires1 ,ns #ea ,a #adge1 ,,sur ,v,,lin ,d',,alfa ,,des ,,papeteries ,,lafuma2 #be ,,exemplaires1 ,ns #adgf ,a #aejj1 ,,sur ,,papier ,,de ,,madagascar 7,,ces ,,derniers ,,souscrits ,,par ,,les ,m,,decins ,,bibliophiles ,,et ,,les ,,bibliophiles ,,du ,,palais74 ,exemplaire ,n ,tous droits rservs4 ,copyright by ,librairie ,gallimard4 #aibe ,,de ,,la ,,sinc,,rit ,,envers ,,soi-,m,,me ,a ,jacques ,copeau ,il faut d'abord distinguer la sincrit envers autrui de la sincrit envers soi-mme4 ,nous laisserons de ct la premire4 ,telle qu'on l'entend dans le monde1 elle est trop facile4 7,c'est sans doute pourquoi on en a fait une vertu47 ,elle consiste ne jamais avouer de sentiments que l'interlocuteur n'ait pu prvoir2 un homme manque de sincrit envers nous lorsque les penses qu'il nous montre ne sont pas celles que nous aurions sa place4--,telle qu'il la faut entendre1 la sincrit envers autrui s'appelle la confession4 ,mais ce mot tant d'ides s'veillent1 et si graves1 qu'elles demanderaient1 pour se dvelopper1 tout un livre4 ,i ,la sincrit envers soi-mme est une vertu dangereuse4 ,on ne peut pas la conseiller3 elle ne rend pas un homme plus sociable2 elle ne le fait pas bienvenir de ses semblables2 elle n'est pas un de ces bons devoirs universels qui faonnent notre docilit4 ,pour l'essayer1 il faut tre secrtement choisi4 ,il semble que pour tre sincre il suffise de se laisser aller1 de ne pas s'empcher de sentir1 de cder sa spontanit4 ,on cesse d'tre sincre au moment o l'on intervient en soi2 si je me travaille1 je me dforme4 ,la sincrit1 c'est l'abandon moi-mme1 l'obissance au cours naturel de mes motions1 une pente aise1 l'accs complaisant ma facilit intrieure4 ,elle ne me demande aucun effort2 je l'exercerai comme on se dtend4 ,pourtant il est plus juste de dire3 la sincrit est un perptuel effort pour crer son me telle qu'elle est4 ,rien de plus menteur que le spontan1 rien de plus tranger moi-mme4 ,ce n'est jamais par moi que je commence2 les sentiments o j'entre naturellement ne sont pas miens1 je ne les prouve pas1 j'y tombe d'abord comme en une ornire2 ils m'entranent parce qu'ils sont commodes et rassurants2 tout le monde dj les a parcourus2 on sait o ils mnent2 il n'est jamais arriv malheur personne avec eux4 ,ils se prsentent tout de suite mon cur avec leurs garanties4 ,je ne songe pas douter de leur vrit1 tellement je leur vois d'avantages2 ils ont juste cette inclinaison qu'il faut pour me placer au niveau d'autrui et d'accord avec ses penses2 ils sont calculs pour permettre la conversation4 ,mais1 en dpit de ces agrments1 ils ne tiennent pas plus mon me que des formules de politesse4 ,ce sont mes secondes penses qui sont les vraies1 celles qui m'attendent1 celles jusqu'o je ne vais pas4 ,il n'y a pas que les autres qui pensent en moi2 au plus profond de moi une basse et continuelle mditation1--et dont je ne saurai rien si je ne fais effort pour la connatre3 c'est mon me4 ,elle est faible et comme idale2 elle existe peine2 je la sens comme un monde possible et lointain4 ,tout homme1 mme s'il s'accommode d'motions conventionnelles1 est confusment averti de sa profondeur1 vaguement occup d'un soupon secret4 ,il y a un arrire-got d'insuffisance en tout ce qu'il prouve2 il comprend qu'il pourrait tre plus authentique qu'il n'est1 que d'autres parties plus caches1 plus tonnantes de lui-mme pourraient tre intresses par l'vnement4 ,mais il ne sait comment se saisir de cette ralit qu'il contient2 car elle ne l'invite ni ne l'appelle2 et bientt il perd jusqu'au dsir de la trouver4 ,comme mon me me ddaigne en effet6 ,elle ne tient pas vivre1 elle ne me fera pas un signe4 ,tous mes sentiments1 encore virtuels1 pourtant dj plus vrais que moi1 me regardent avec ironie et semblent dire3 ,oseras-tu nous connatre8 ,ils sont clos et muets2 non point vagues2 mais leur terrible prcision sommeille2 elle est encore fictive4 ,ils savent bien qu'ils ne peuvent natre que par moi3 cependant ils ne laissent pas de me narguer4 ,il faut que je les pie1 que je les surprenne et que je m'empare d'eux4 ,sincrit1 chasse subtile qui ne poursuit que des silences6 ,elle demande une agilit intelligente et jamais lasse1 une prsence d'esprit impitoyable4 ,parmi tout ce qui se tait en moi1 elle gouverne1 veillant les sentiments qu'il faut4 ,elle vite les plus faciles1 parce qu'ils sont menteurs2 ceux qu'elle doit trouver ne se montrent pas4 ,elle essaie plusieurs voies et de plusieurs1 les ayant tentes1 elle se dtourne4 ,elle a l'exprience du vrai1 c'est--dire un toucher hsitant qui finit par ne pas se tromper4 ,pour chaque vnement qui m'est dparti1 par une exploration hardie et diverse1 elle rassemble toutes les penses que je dois avoir2 elle compose mon me suivant une ncessit mystrieuse2 elle reconnat avec ingniosit les lments pars de cette combinaison indite1 trange1 qui sera mon naturel4 ,rien n'est plus imprvu que moi-mme2 je n'aurais jamais imagin un tel visage4 ,pourtant quand la sincrit me le prsente1 je ne songe pas un instant le renier4 ,voici bien l'inconnu que j'tais1--et si prs de moi6 ,comment aussi euss-je devin que des sentiments si extrmes1 si difficiles les uns aux autres1 pouvaient s'allier pour si bien faire une seule me8 ,l'homme sincre n'est pas celui que l'on voit toujours lanc1 toujours prt rpondre1 toujours intime avec son cur et avide de le livrer4 ,il n'est pas si press1 car il sait qu'il a beaucoup de besogne4 ,il n'est pas l'homme du premier mouvement4 ,il ne tient pas son me une fois pour toutes1 il ne l'a pas apprise par cur4 ,mais il la construit neuf pour chaque occasion4 ,il doute1 il attend1 il s'applique2 il est plein de calculs comme un financier2 il s'arrte chaque tage de lui-mme2 il y choisit ce qu'il lui faut pour former sa vrit4 ,ou bien comparons-le un fin chasseur joyeux qui dpiste ses sentiments1 les suit1 les force1 les ramne4 ,que j'aime cette prudence allgre1 cette attention vive et dure1 cet enthousiasme contenu1 ce regard rflchi entre les paupires rapproches1 et ce sourire6 ,voil donc ce que je pense6 s'criera-t-il la fin4 ,il est plus difficile1 et plus gai1 d'tre sincre que d'tre juste4 ,,ii ,plus dangereux aussi4 ,on ne possde pas la sincrit comme un bien quoi l'on n'ait besoin de penser que parfois4 ,si je manque un instant la surveiller1 elle se tourne contre moi2 elle fait sentir dans toute l'me sa claire et pernicieuse influence4 ,c'est pourquoi elle me sduit si fortement3 j'aime les vertus actives1 tendues1 celles qu'on ne peut laisser un instant elles-mmes sans qu'aussitt elles bronchent2 celles qui sont toujours prtes se changer aux vices qu'elles ctoient2 celles qui exercent le plus intelligent de mon courage2 non pas celles qui me conservent1 mais celles qui me dpensent4 ,de la sincrit d'abord je dois craindre qu'elle ne m'te toute foi mes sentiments4 ,elle entre en moi comme une lumire habile tourner tous les obstacles2 elle dbrouille si bien toutes mes ombres que je vois trop parfaitement mes penses4 ,sous chacune il y a une lueur2 dj quelqu'un en moi sait d'o elle vient et ce qu'elle veut1 et la regarde1 averti3 ce double mystrieux1 plus instruit de moi que moi-mme1 on ne le trompe pas2 si profond que je sente1 il m'a dj prvenu2 il n'ignore pas o je veux en venir2 il m'pie toujours d'un peu plus loin qu'o je puis atteindre4 ,il ne me faut plus esprer de ces motions lourdes qui montaient de moi-mme1 inconnues1 et toutes charges d'tonnements1 et bonnes dcouvrir2 plus de ces sentiments bien aveugles1 bien bas dans l'me1 bien confondus avec elle1 bien proches de ses assises4 ,il ne m'est plus possible de souffrir mon aise1 obscurment et seul4 ,car j'ai appris m'aviser de tout4 ,contre l'ignorance on peut combattre2 mais comment s'empcher de savoir8 ,la conscience est quelque chose qui revient toujours4--,elle se loge aux endroits les plus inattendus2 elle se perche parfois si bizarrement qu'on ne pense pas l'apercevoir et que tout coup on la croit disparue3 enfin je vais tre vraiment dchir6 ,mais comment n'ai-je pas encore remarqu ce grain de connaissance1 cette imperceptible raillerie touffe dans un coin de mon esprit8 ,elle ne dit rien2 il lui suffit de se taire1 elle a raison de moi sans bouger4 ,a ce premier danger de la sincrit je peux chapper par la violence4 ,il ne faut pas que je tienne compte de ce savoir secret4 ,parce que j'y assiste1 le spectacle en est-il moins rel8 ,l'homme sincre est toujours un peu plus vrai qu'il ne pense4 ,il se voit1 mais il est ce qu'il se voit tre4 ,o division intrieure1 scrupules interminables6 ,tout de mme je n'invente rien1 tout de mme me voici bien coupable et triste1 et ce visage brlant de honte1 comment serait-il compos8 ,mais si j'vite ce premier danger1 un autre me guette dont je me dbarrasserai moins facilement4 ,je l'appellerai le danger de l'intgrit de soi4 ,la moralit consiste ne pas tenir compte de certains sentiments1 ne pas les apercevoir3 elle passe1 elle laisse de ct1 elle sait ce qu'il faut craindre2 elle est une perspicace ignorance2 elle pressent1 avant que la conscience ne les atteigne1 nos mauvaises penses et nous en dtourne4 ,l'honnte homme est celui qui ne voit pas le mal dont il est capable2 son insu et spontanment il gouverne de faon ne jamais le rencontrer en soi2 il prfre mme s'avouer un dsir dfendu quelque vilaine action vite enterre4 tre honnte1 c'est n'avoir que des penses avouables2 mais tre sincre1 c'est avoir toutes les penses4 ,il y a toutes les penses dans une me4 ,qui oserait n'importe quel instant confesser l'tre le plus cher1 le plus proche1 son me entire8 ,deux personnes vivront jusqu' leur mort dans une union troite1 impitoyable2 cependant1 certain jour1 l'une d'elles une ide viendra qu'elle ne pourra confier l'autre4--,car rien n'est impossible en moi2 il n'est rien quoi je n'aie song au moins une fois4 ,un homme me disait de sa femme qu'il aimait passionnment3 ,j'ai souhait sa mort plus d'une fois1 par grand espoir de retrouver cette libert qu'elle m'a prise1 et de tout ignorer nouveau de l'avenir4 ,et encore3 ,mon dsir le plus bas n'a pas pargn ce qu'au monde je respecte le plus4 ,j'ai ml parfois des penses brlantes et la volupt la plus affreuse l'image d'une femme que la parent et d me rendre sacre4 ,j'ai tenu son corps contre le mien1 j'ai bais son visage avec des lvres tremblantes1 avec cet abattement mortel du plaisir4 ,je n'ai peut-tre pas connu une femme belle qui j'eusse pu dire sans honte tous mes sentiments4 ,cependant je ne suis pas un misrable4 ,et j'ajoute3 en moi non seulement des amours1 mais aussi des haines que personne ne songe souponner3 haine de celui qui me fait du bien2 elle jaillit1 brusque1 au moment mme o je le remercie2 rancune secrte d'une parole trop sincre qui m'a sauv2 besoin trop ravissant de laisser se perdre celui que j'aime1 quand un signe suffirait l'avertir2 dsir de troubler sa paix simplement parce que je le sens auprs de moi ne pas souffrir1 violents assauts d'gosme comme de grandes inspirations cruelles qui tout coup me font seul au monde1 plein d'insulte et de joie2 longue mditation de petites perfidies dont il serait si amusant d'essayer la pointe2 remords de n'avoir pas profit de telle occasion de faire le mal2 calculs si bas qu'il semble que ce soit un autre qui les fasse4 ,et dans mon me il y a encore toute la famille des ides ridicules2 elles apparaissent de ct comme des marionnettes2 elles se fichent en travers des grandes penses1 comme dans le regard qui contemple un vaste spectacle s'installe irrmdiablement le chapeau bossu d'un monsieur qui ne s'aperoit de rien2 petits souvenirs biscornus d'un -propos stupide1 dont on ne peut s'empcher d'tre ravi2 intentions burlesques que l'on retient dsesprment au bord de l'acte2 irrsistible envie de donner une chiquenaude derrire l'oreille quelque inconnu trop srieux4 ,l'me est pleine de parodies et de malfices2 comme les eaux profondes1 elle a ses monstres et ses bouffons4 ,la sincrit les ramne dans son filet avec les autres proies4 ,je prtends qu'il est meilleur de les connatre que de les ignorer4 ,une me vraiment grande n'acceptera pas d'tre honnte la faon dont on est aveugle4 ,je tiens pour le plus honteux des vices cette dissimulation intrieure1 cet art de s'luder soi-mme qu'on voudrait me donner pour la premire des vertus4 ,je hais cette peur de soi4 ,je ne commencerai valoir quelque chose qu' partir de moi-mme1 que si je prends comme matire de mon effort tout ce que je suis4 ,si donc la sincrit dconcerte nos prcautions morales1 je ne songerai pas lui en faire un grief4 ,mais elle peut tre la source d'un dsordre plus subtil et plus grave4 ,toutes ces basses penses de mon me1 tous ces mauvais gnies1 menus1 sournois1 pareils des remords qui se moqueraient de moi1 en les remarquant elle grossit leur importance4 ,elle les considre en eux-mmes et1 par l1 leur communique une sorte de conscration4 ,abandonns leur propre mouvement1 sans doute ils auraient tt disparu2 ils s'vanouiraient tout de suite en d'autres sentiments plus profonds et plus vastes2 car leur sens naturel les mne prir4 ,mais la sincrit les protge contre leur fugitivit2 elle prend chacun d'eux1 lui reconnat une place1 se fait une religion de l'accueillir et presque de le respecter2 elle l'empche d'tre touff par d'autres qui le dominent1 ainsi change-t-elle son essence qui tait de passer en un clin d'il4 ,l'me qu' force d'quit elle finit par former est toute gale et immobile2 le cours en est arrt2 chaque instant elle prsente tout son dtail4 ,l'homme sincre n'ose plus toucher ses sentiments2 il aurait honte de les rformer1 de plier le moindre d'entre eux2 il pense justifier ses actes raides1 aigus1 la fois gauches et cruels1 en disant3 ,je suis ainsi4 ,il en vient ne plus pouvoir mme souhaiter d'tre diffrent4 ,il abdique tout empire sur ce que lui propose son me2 il obit tout lui-mme1 sans songer que peut-tre le vrai lui-mme serait celui qui se matriserait et brusquerait ses inspirations trop complexes4 ,ainsi s'carte-t-il insensiblement de sa nature pour n'en avoir voulu ngliger aucun lment4 ,nous aimons ,stendhal pour son audacieuse patience s'puiser sans cesse compltement4 ,jamais il ne rencontre un de ses sentiments sans le connatre2 il entre en lui avec scrupule2 il le parcourt exactement dans toutes ses dimensions2 il en fait avec une minutie passionne la dcouverte2 il consent ses dtails les plus comiques en mme temps qu' ses bassesses2 il subit tous ses calculs2 il se fait avec l'un mesquin et tatillon1 comme avec un autre tout l'heure il s'tait fait magnanime4 ,jamais il n'esquive rien de lui-mme4--,pourtant je ne puis l'aimer sans gne1 quelque chose en lui retient mon lan2 il m'apparat dform par l'exercice mme de cette sincrit que j'admire en lui4 ,je le vois peu peu saisi par l'isolement2 peu peu il perd communication avec les vnements2 il est si proccup de ne rien omettre de ce qu'ils lui font ressentir1 qu'il omet d'y participer2 il ne prend d'eux que le psychologique2 ils deviennent pour lui des prtextes abstraits et indiffrents2 il ne leur demande que de dclencher son me4 ,il n'est pas embauch par eux1 il ne travaille pas leur besogne2 il ne connat pas cette aise profonde de s'employer1 cet oubli merveilleux que l'on gote tre quelqu'un par quoi quelque chose de bien matriel et de bien bte est accompli4 ,vie strile1 et de plus en plus triste mesure qu'elle s'avance6 ,et quels vnements aprs tout finit-il par mriter8 ,conversations de salon1 amitis lgres 7il juge ses amis671 spectacles1 intrigues d'un soir4 ,de l'amour1 o il excelle1 il ignore la fidlit1 qui est une chose dure1 pesante1 interminable1 mais relle comme le travail des champs4 ,quelles aventures dans ce monde o le voici rduit8 ,il ne lui en arrive plus que dans ses romans4--,pauvre grande me maladroite6 ,elle est exclue de partout4 ,on s'est pass d'elle4 ,plus rien ne lui est demand4 ,elle est frappe du grand malheur d'tre inutile4 ,elle tait trop attentive1 elle hsitait trop au moindre sacrifice6--,stendhal s'est attach comme un confident sa propre personne2 il ne peut plus entrer nulle part avec celui-l qui le suit4 ,rien n'est plus terrible que sa mort brusque1 sur un trottoir de ,paris1 au seuil de la vieillesse dont il s'tait rendu incapable4 99 99 99 99 99 ,mais1 moi1 je n'estime rien au-dessus de vivre1 et ce dont d'abord je ne veux rien laisser chapper1 c'est de vivre4 ,le vritable honnte homme est celui qui sait employer son me comme il faut aux vnements2 il n'ignore rien de ce qu'elle contient1 mais il n'a pas perdu sur elle son autorit lgitime1 et il fait d'elle ce qu'il veut4--,il la connat jusque dans ses plus secrtes malignits1 il n'a pas de lui-mme cette haute opinion si ridicule que l'on voit tant de gens1 il sent les pousses de l'esprit bas1 il regarde hardiment sa mchancet et sa laideur1 il leur cde parfois et il en a remords4 ,mais il ne les admire pas2 il a d'autres soucis que de les protger2 il passe outre4 ,il accueille les vnements qui lui sont donns et il travaille les subir avec justesse4 ,comme un bon ouvrier met de l'ingniosit suivre le plan qu'on lui trace et1 si l'usage de tel outil subtil et dangereux dont il et bien aim se servir n'est pas demand1 il y renonce et s'arrange pour montrer tout de mme son intelligence et son invention1 ainsi l'honnte homme rejette sans regret tous les sentiments que les circonstances ne font pas opportuns et trouve moyen d'engager dans l'affaire tout de mme le meilleur de son me4 ,il a soin de maintenir ses motions secondaires leur place et dans leur proportion2 il accepte que soient brises quelques vellits tranges et fragiles1 qu'il et peut-tre pu abriter en lui4 ,car il songe avant tout former scrupuleusement sa souffrance l'image de son malheur1 et de telle faon qu'elle ne le dborde ni ne lui manque4 ,il prfre garder son cur intact et sans un vide1 cet exquis mouvement plaintif qui dj l'emporte et l'incline4 ,au lieu de s'amuser son foisonnement1 il cherche le pencher exactement1 lui donner de la pertinence1 une disposition bien sensible4 ,il veut rpondre au coup qui le frappe par un cri pur1 juste et surpris4 ,ses sentiments ne perdent pas leur tendance2 ils ne cessent pas de vouloir en venir leurs fins2 ils mditent toujours des actes2 du moins ils se joignent pour faire un lan uni1 un seul dsir4 ,ainsi l'honnte homme demeure tout occup vivre1 en change perptuel et dans une conversation lie avec les vnements4 ,on a besoin de lui1 et il ne fera pas dfaut4 ,janvier #aiab4 ,,de ,,la ,,foi ,a ,paul ,claudel ,i ,,loge ,,de ,,la ,,foi ,le doute passe communment pour une marque de pntration2 il tmoigne1 croit-on1 d'une intelligence plus forte1 plus agile1 mieux portante que la foi4--,au contraire je prtends qu'il est une ide mal attache l'esprit2 et les tiges sont malades auxquelles les feuilles ne tiennent pas solidement4 ,le doute est l'incapacit de nourrir ce que l'on pense4 ,un vnement arrive quelque part o je ne suis pas2 on me le raconte2 j'en forme en moi l'ide1 je me le reprsente2 si je ne le crois pas1 c'est que je ne trouve pas en moi assez de ralit pour galer la sienne1 c'est que je suis plus pauvre1 plus ple1 plus problmatique que lui4 ,il se passe en moi quelque chose que je ne parviens pas atteindre2 je n'ai pas la ressource qu'il y faudrait4 ,l'vnement recommence en moi2 et j'en suis le spectateur impuissant et endormi2 je manque de courage pour l'animer une seconde fois4 ,l'homme qui sort1 un matin1 devant sa porte et qui1 regardant le monde1 se dit3 ,peut-tre que ces choses que je vois ne sont pas--que peut-il vouloir signifier par l1 sinon3 ,dans mon esprit trop dcolor toute cette gloire1 en se refltant1 n'arrive pas plus de vivacit que n'en ont les images des songes4 ,elle n'y revit que sous forme d'ides1 c'est--dire faible et incertaine comme moi-mme4 ,il ne peut pas empcher qu'il soit le moins fort4 ,du monde et de lui1 c'est le monde qui a raison1 parce que c'est le monde qui dpense le plus4--,lui1 il est pareil ces malades dont l'infirmit est de ne pouvoir pas s'en tenir ce qu'on leur demande1 la question que l'on traite2 ils cdent1 ils s'en vont de ct1 ils drivent tout de suite1 ne parvenant pas soutenir le tte--tte et la fixit4 ,le doute1 c'est le refus de regarder en face1 c'est le clin d'yeux de l'homme qui s'abrite avec son bras d'un clat trop vif1 c'est la digression et le dtour4 ,celui qui croit vaut mieux1 pse davantage1 contient plus d'tre que celui qui doute4 ,s'il se trompe1 tant pis6 ,c'est de la force gaspille2 du moins c'est de la force4 ,il n'est rien que je ne sois capable de croire1 dit un personnage de ,kipling4 ,il ne s'accomplira pas dans le coin le plus cach du monde d'acte impossible qui ne trouve en moi de quoi devenir vritable2 il ne s'lvera point de miracle qui ne puisse compter sur ma foi2 il ne montera point sur l'horizon de journe qui soit trop nouvelle1 trop tonnante pour mes forces4 ,mes forces1 c'est justement cette prparation de tout moi-mme l'invraisemblable qui me les rend sensibles2 c'est cette attente que je les mesure4 ,je suis comme le chasseur aux aguets1 qui1 pli sur ses jambes1 comprend soudain toute sa vigueur l'image des prils qu'il se sent prt dominer4 ,je suis de ceux qu'on trompe facilement2 je reois toute parole telle qu'elle m'est donne et je suis dupe plus souvent qu'il ne faudrait pour ma gloire4 ,mais pourquoi dissimuler que je prends plaisir ce ridicule8 ,il m'est une preuve--et d'autant plus sre qu'elle est plus ennemie de mon orgueil--de l'lan intrieur et de l'entrain de mon me4 ,ah6 joyeusement j'accepte qu'on se raille de moi1 pourvu que je sois certain de ne me sentir jamais1 en face d'aucun prodige1 dfaillant1 pourvu que je puisse dfier le monde d'inventer jamais de quoi me faire hsiter1 et dtourner la vue1 et rire avec cette sotte gne de l'ironie6 ,l'me croyante1 c'est l'me bien portante4 ,a l'loge de la foi il faut encore ajouter qu'elle est plus difficile que le doute4 ,celui qui doute n'a rien faire1 n'a pas bouger2 son doute n'est pas quelque chose qu'il ait besoin de poursuivre1 d'atteindre et de conqurir2 il est la premire forme que prend sa pense1 la plus proche1 la plus paresseuse4--,et de mme il n'a rien craindre2 il ne s'expose pas2 tous ses biens sont porte de sa main2 d'un seul geste1 en cas de danger1 il les ramasserait contre lui et se trouverait lger et prompt4 ,mais croire est une tout autre besogne4--,la foi est un mouvement de l'me1 une sortie qu'elle fait hors de ses murs4 ,on ne croit pas de pied ferme2 on ne reoit pas la croyance1 il faut aller la chercher4 ,sans doute1 il arrive un moment o elle devient aise1 et premire1 et simple comme le vivre1 comme la sant2 elle est alors une inspiration immdiate et l'acte mme de notre cur4 ,mais nous savons de quel prix se font payer de pareilles facilits1 par quel labeur ingrat il faut les mriter6 ,les eaux vives de la foi sont au bout d'une interminable et morne route2 il y a une immense aridit intrieure franchir avant qu'elles ne jaillissent4 ,rien de plus dsolant que ces rgions de l'me qu'il faut traverser sans dsir4 ,pour un homme courageux voil le plus trange obstacle1 celui qui peut tenter le plus son besoin de se surpasser3 non pas des objections combattre1 mais l'absence de toute pente1 l'indiffrence des chemins1 le carrefour perptuel2 aucune raison d'aller plus loin2 et mme toute raison de rester o l'on est1 car aprs tout on y est bien2 on y trouve un certain contentement pratique que l'ignorance du mieux fait paratre agrable4 ,croire est au-del de ces satisfactions et de ces scheresses1 et l'on ne parvient l'abondance1 la gnrosit de la foi1 l'enfantine aisance qui fait dire oui tous les miracles que par une tude patiente et dsespre3 soins minuscules et de tous les instants1 exercices vide comme ceux que l'on fait pour fortifier son corps et qui sont si btes qu'on brle sans cesse de les abandonner2 imitations de sentiments qu'on n'a pas2 et cette faon de se cramponner1 dans ce terrain si vacant1 aux moindres positions que--ft-ce par hasard--on y conquiert4 ,c'est ainsi qu'il faut peiner pour obtenir l'allgresse et la vivacit de l'me444 ,tels sont les travaux de la foi4 ,et celui qui croit enfin1 aprs tant d'efforts1 le voici aux prises avec des difficults d'une autre sorte4 ,car il s'engage de toutes parts2 il est pareil un propritaire qui a des domaines dans tous les pays1 et1 s'il gle ici1 l-bas il fait trop chaud4 ,dans une conversation le croyant est dcouvert de tous cts2 il risque sans cesse d'tre atteint1 il tremble toute parole imprvue2 par les mots qui leur paraissent le plus innocents1 ses amis peuvent le blesser4 ,il y a une gravit de tout ce qui se dit autour de lui qu'il est seul comprendre et dont il est seul souffrir4 ,enfin il cesse de pouvoir agir facilement et sans arrire-pense4--,le sceptique n'a pas besoin de mditer ses actes1 car il ne cherche leur communiquer aucune ressemblance2 ils sont toujours justes pourvu qu'ils manent de lui2 ils expriment assez en l'exprimant2 ils conservent partout leur -propos1 puisqu'il suffit que leur auteur soit l pour qu'ils aient un sens4--,mais au croyant sa croyance--quelle qu'elle soit1 et mme profane--impose des obligations2 elle veut imprgner ses actes1 se manifester en eux4 ,le voici qui renonce leur ingnuit et au plaisir d'tre lui-mme4 ,le voici1 sous les yeux de tous1 se tournant1 se tordant avec gaucherie vers une autre effigie que la sienne4 ,il n'agit plus sans se rfrer son modle1 sans une disgracieuse imitation4 ,il est quelqu'un qui ne fait plus ce qu'il veut4 ,c'est pourquoi croire me parat plus beau que douter4 ,tant de ridicules1 tant de peines1 tant de dangers6 ,comment se les pargner pourrait-il valoir mieux que les entreprendre8 ,comment ne seraient-ils pas le signe d'un sentiment plus essentiel1 plus vritable et plus humain que son contraire8 ,il n'y a de bon que ce qui donne beaucoup d'ennuis1 il n'y a de profond que ce qui est pareil au travail1 il n'y a de glorieux aprs tout que ce qui est trs difficile4 ,cet loge de la croyance devrait me conduire directement une profession de foi religieuse4 ,mais le malade sait que la sant est bonne2 pourtant il n'a pas le courage de faire les mille petits efforts absurdes qui l'y achemineraient4 ,il a l'esprit tout convaincu1 mais le dsir n'y est pas4 ,il s'est attach sa chaise longue et ce coin de paysage que dcoupe la fentre4 ,il n'a pas envie de bouger1 il regarde444 ,de mme les raisons de croire que je dcouvrirai en moi1 si dcisives soient-elles1 peut-tre resteront sans force contre mon inertie et contre de certains contentements trop proches et trop sensibles pour que l'ide me puisse venir de les quitter4 ,,ii ,,des ,,raisons ,,de ,,croire ,non pas celles que proposait ,pascal et qu'il voulait universelles1 propres convaincre toute intelligence4 ,sous ce titre1 je ne prtends dcrire que les mouvements tout personnels de ma pense3 elle travaille dans un certain sens1 elle est traverse par des trains de rflexions4 ,je ne veux ici que rpter haute voix1 pour me les rendre plus claires1 les mditations dont elle a pris la coutume4 ,je distinguerai les raisons qui m'inspirent la simple croyance au monde invisible et surnaturel et celles qui me poussent plus prcisment vers le catholicisme4 ,de la ralit surnaturelle4 ,j'ai besoin de m'expliquer le monde2 je ne peux pas rester ainsi devant lui sans m'interroger sur son compte4 ,je ne peux pas le laisser comme je le trouve4 ,comme d'autres d'abord ont envie de s'y lancer et d'y chercher leur joie1 moi1 d'abord1 btement1 il faut que je le comprenne4 ,non pas privilge1 mais dure obligation6 ,et combien je jalouse parfois ceux que le seul amour guide parmi les choses6 ,j'ai l'esprit par certains cts troit et born2 je fais des questions partout2 j'ai de ces exigences un peu grosses que les gens bien appris ludent par un sourire4 ,je veux qu'on me rponde4 ,je vous tiendrai entre deux portes jusqu' ce que tout soit su et bien tabli4 ,par l je suis pareil au savant qui rclame tous ceux qu'il rencontre leurs papiers4 99 99 99 99 99 ,mais o je diffre de lui1 c'est quand viennent les explications4 ,car1 de celles qu'il accepte1 je ne peux pas me satisfaire4 ,la faon dont la science rend compte du monde n'apaise pas mon interrogation1 ne termine rien pour moi4 ,toute explication scientifique a pour essence d'tre insuffisante4 ,je ne dis pas que cela lui arrive par accident1 que c'est en elle un dfaut1 un insuccs4 ,mais elle se propose formellement de ne pas suffire4 ,elle cesserait d'tre elle-mme1 si elle contentait l'esprit4--,en effet1 non seulement elle rend raison d'un fait1 mais encore il faut que d'elle on rende raison4 ,elle n'est scientifique que si elle a besoin son tour d'une explication2 il faut que le problme qu'elle teint1 renaisse propos d'elle4 ,le savant explique par les causes2 et il dfinit la cause3 ce qui ressemble l'effet1 ce qui est de mme nature1 donc ce qui se comporte de la mme faon2 la cause a les mmes besoins1 les mmes infirmits que l'effet2 elle est un effet son tour2 il lui faut1 pour ne pas tomber1 l'appui d'une reprise1 d'un nouveau dpart de l'esprit2 et le savant ne l'accepte qu' cette condition qu'elle soit chancelante et incapable de se soutenir seule4 ,en somme l'explication scientifique--c'est un reproche qu'on lui a souvent adress--au lieu de rpondre la difficult en se plaant en face d'elle et en lui faisant quilibre1 tche de l'entraner1 de l'conduire4 ,elle ne rpond pas1 proprement parler1 au problme1 mais elle s'approche tout contre lui et se prsente comme une marche plus basse o il ne peut manquer de descendre2 elle le fait basculer et glisser2 au lieu de l'assumer1 elle met son poids profit pour le dplacer et le dporter4 ,car1 sitt qu'elle l'a reu et lorsque dj la voici qui plie1 une plus faible qu'elle vient se ranger son ct et la dbarrasse de son faix1 qu'elle va dposer un peu plus loin4 ,c'est ainsi que la science prtend expliquer le monde3 elle en te les difficults comme1 avec des fils mtalliques dont la vertu est de ne pas rsister devant elle1 on dcharge un corps de son lectricit4 ,l'explication qu'elle propose est claire justement en ceci qu'elle est insuffisante4 ,car1 aprs que l'esprit l'a adopte1 les mmes questions qu'auparavant lui restent permises2 il est libre2 il peut recommencer2 et mme il faut qu'il recommence2 il retrouve son agilit d'examen1 son adresse1 son ingniosit2 et mme on lui demande de les exercer nouveau4 ,on a besoin de lui encore une fois2 donc il n'est pas pris3 voil en quoi l'explication lui parat claire4 ,avec la clart le savant pense tenir la vrit1 parce qu'avec elle il tient les moyens de poursuivre encore la vrit2 il s'imagine que son explication est satisfaisante parce qu'elle lui laisse toute facult de parvenir la satisfaction4 ,il y a l une confusion de sentiments3 il prend pour le contentement de son interrogation le plaisir qu'il prouve constater qu'aucune interrogation ne lui est interdite2 il confond la joie de la libert avec celle que donne la vrit4 ,l'activit de son intelligence1 qui n'est possible que parce qu'elle ne touche pas encore son objet1 lui fait croire qu'elle vient de l'atteindre4 ,pour se sentir en prsence du vrai1 il a besoin de se voir respect par sa dcouverte et qu'elle ne fasse pas mine de lui saisir les mains pour les attacher2 il a besoin qu'elle soit humble devant son esprit4 ,mais1 quand on dcouvre le vrai1 c'est au contraire l'esprit qui tout coup se fait humble2 c'est lui qui se trouve dpouill1 et sans prestige1 et sans ailes4 ,car n'est-il pas naturel qu'au moment o il la rencontre il perde tous les moyens de poursuivre davantage la vrit8 ,au moment que son inquitude est contente1 il cesse d'tre content de lui2 il obit2 il se rend prisonnier2 toutes ses questions se replient1 ayant touch ce qui les termine4 ,pour ma part1 je ne me reconnais en contact avec le vrai que lorsque mon esprit entre dans cet tat de captivit et comme d'affliction2 pour qu'une explication ait du pouvoir sur moi1 il faut que je n'en aie plus aucun contre elle4 ,aussi n'ai-je que faire de celles de la science2 elles sont trop dfrentes pour mon gnie4 ,aprs qu' chaque phnomne j'ai joint cette petite cause qui lui est dvolue1 rien encore ne me parat chang2 elle est si proche de lui1 elle se tient si modestement dans son ombre que je n'arrive pas l'en distinguer4 ,ah6 certes1 je ne me plaindrai pas d'tre malmen2 toutes ces explications sont si peu entreprenantes que je ne les vois mme pas et qu' leur place je continue de n'apercevoir que ces mmes questions qu'elles avaient soi-disant pour mission d'teindre4 99 99 99 99 99 ,non seulement la science ne m'explique pas le monde1 mais mme elle y dcouvre de l'inexplicable qui n'y est pas1 elle le rend effrayant et plein de mystres absurdes4 ,en effet1 elle est l'interrogation indfinie2 partout1 la place de ce qui est1 elle installe ce que l'on peut se demander2 comme un trange levain1 elle introduit dans la pte des choses des problmes4 ,il y aura toujours quelque chose connatre1 disent les savants4 ,ils veulent dire3 ,l'esprit sera toujours capable d'interrogation4 ,le monde pourra toujours tre questionn4 ,mais si la question est postrieure la connaissance8 ,si dj on n'a plus besoin d'elle8 ,si la seule activit intrieure la dclenche8 ,la science est le mouvement mme de l'esprit dans sa puret et qui ne tient pas compte de la rsistance des choses2 elle entre au monde tout droit et le traverse2 elle va raide1 fine et tranchante comme une mthode2 elle continue3 voil1 en un mot1 tout son vice4 ,il lui manque cette sorte de grossiret qu'il faut pour sentir quand on touche le rel1 comme un matelot ne s'en remet qu' ses mains serres sur la chane de savoir quand l'ancre est prise au fond4 ,la science dpasse l'objet1 elle le divise indfiniment1 elle nous mne1 au-del de sa ralit1 jusqu' ses lments imaginaires2 par elle il prend un dtail qui le rend mconnaissable2 elle prcise tout jusqu'au fantastique2 elle dmembre tout force de rectitude et de persvrance4 ,c'est pourquoi1 partout o elle passe1 le monde devient si inquitant4 ,il semble que chaque objet soit comme soulev de sa place et qu'il diffre de soi2 il dsapprend sa situation1 s'carte de lui-mme et1 avec un morne effroi1 se contemple comme s'il voyait un inconnu4 ,on a raison de dire que la science aboutit une ignorance2 mais c'est une ignorance fabrique4 ,voici qu'en face de ce que nous connaissions pourtant si bien1 nous entrons en stupidit4 ,les visages les plus familiers1 ceux dont notre habitude tait telle que nous ne pensions pas nous poser de questions leur sujet1 soudain la science nous les rend trangers par quelque doute saugrenu qu'elle nous force claircir4 ,elle ne se contente pas de dfigurer les choses2 elle construit encore de toutes pices des fantmes1 des pouvantails4 ,l'esprit ne s'arrte pas1 avons-nous dit3 la science en conclut que le monde ne s'arrte nulle part2 ainsi invente-t-elle l'infini4 ,elle l'introduit aussitt partout2 elle multiplie les toiles au-del de toute imagination1 creuse des abmes absurdes entre les astres1 tablit de l'un l'autre des distances si normes qu'elles n'ont plus aucune signification4 ,en mme temps elle dcouvre un nouvel univers dans un grain de pollen4 ,le vide1 nos cts1 s'ouvre1 s'enfle et moutonne4 ,notre royaume n'a plus de frontires2 des immensits bantes nous regardent de toutes parts3 ,le silence ternel de ces espaces infinis m'effraye4 ,c'est la gomtrie qui inspire ,pascal sa terreur1 qui dresse autour de lui tant de spectres1 tant de monstres inertes et qui le conduit s'apercevoir lui-mme comme un atome entre des gouffres4 99 99 99 99 99 ,mais le monde n'est pas si malin que nous4 ,c'est un rustique4 ,son office1 c'est d'exister4 ,or l'existence n'est pas chose trs dlicate4 ,pour tre1 il ne faut pas se montrer trop difficile2 il faut passer sur bien des dtails2 on est malgr tout1 et sans attendre les mille petites solutions que l'esprit croit indispensables4 ,l'tre est dans un autre plan que la pense2 tout s'y fait plus simplement2 la solidit y remplace l'exactitude4 ,si la science rend le monde trange et effrayant1 c'est parce qu'elle lui pose trop de questions1 parce qu'elle veut trop en savoir sur son compte4 ,devant ces exigences si nombreuses1 si dlies1 si adroites1 il s'affole2 il n'avait pas pens qu'on pt lui demander tant de choses2 et1 comme un tmoin timide1 il rpond tort et travers4 ,il ne s'est pas civilis avec nous2 il en est encore l'ge de pierre2 nos instruments trop raffins le harclent par trop de cts la fois2 il ne comprend pas ce que nous lui voulons et1 pour se dbarrasser de nous1 il nous distribue prcipitamment des renseignements contradictoires4 ,il et dit la vrit1 si on ne l'et interrog qu'une fois4 99 99 99 99 99 ,donc la vritable explication du monde est celle qui ne m'apporte qu'une rponse1 celle qui reste entire et rude comme le monde lui-mme3 c'est l'explication mystique4 ,elle ne cherche pas tre claire au sens de justifiable4 ,elle est pleine de difficults2 mais c'est parce qu'au lieu de s'en dbarrasser en les rejetant plus loin1 en en diffrant l'infini le dnouement1 elle les prend sur soi et les soutient2 elle leur prte sa force2 elle les apaise en les nourrissant4 ,tandis que la science continue1 elle1 au contraire1 termine4 ,tandis que la science prolonge les problmes1 les irrite1 rend leur question plus affile encore1 elle1 au contraire1 les teint en les absorbant4 ,il faut bien comprendre quelle est la nature de l'explication mystique4 ,les nigmes du monde sont des lacunes3 elle vient les combler4 ,hardiment elle ajoute la nature tout ce qui lui manque4 ,au lieu de tcher1 comme la science1 recoudre tant bien que mal ses lambeaux1 elle fait descendre entre eux le surnaturel4 ,le monde n'est qu'une devinette aussi longtemps que1 pour l'expliquer1 on ne veut se servir que de lui-mme4 ,l'embarras qu'il donne1 aussi longtemps que1 pour s'en dfaire1 on cherche le rduire1 on n'aboutit rien4 ,on ne le supprime que si l'on se dcide l'augmenter4 ,il faut prendre plus de choses qu'on n'en avait d'abord4 ,il faut se dtourner du dtail1 sortir rsolument du monde et accueillir tout ce qui se rencontre autour de lui de nouveau1 de merveilleux1 d'injustifiable4 ,nous voil bien nafs1 semble-t-il1 d'aller chercher des mystres4 ,avons-nous besoin d'en inventer8 ,ceux du monde sensible ne suffisent-ils pas8 ,mais de notre tmrit ou de notre maladresse nous ne tardons pas toucher la rcompense2 tout coup nous abordons la satisfaction1 la tranquillit3 entre nos mains1 la ralit1 soudain1 se trouve entire et suffisante2 l'explication mystique1 enfin1 reforme le tout2 l'univers1 par elle1 atteint son achvement et son comble4 ,nous voyons tout et ainsi il n'y a plus besoin de nous interroger4 ,toutes les places sont occupes1 tous les rles sont tenus1 les esprits invisibles sont leur poste au-dessus de nous1 comme nous sommes au ntre ici-bas4 ,et1 comme un navire1 compltement gr1 sort du bassin et glisse vers nous avec une lente facilit1 voici de mme s'avancer tout seul1 plein d'vidence1 le grand uvre de ,dieu avec les hommes sur le pont qui font ceci ou cela1 comme des passagers aprs le dpart1 avec les dmons accrochs aux flancs comme des monstres marins1 avec les anges dans la mture comme des matelots4 ,peu peu1 mais invinciblement1 le monde visible1 parce qu'il faut que je le comprenne1 me conduit et m'initie l'invisible4 ,mais qu'elle vnt me manquer1 je pourrais me passer de cette introduction4 ,le surnaturel1 je ne le trouve pas seulement au bout de mes raisonnements et comme leur conclusion2 mais je le vois1 il est vident pour moi2 mon regard peu peu s'est acclimat son obscure lumire2 je suis des yeux ses vnements secrets4 ,eh6 quoi1 parce qu'il fait trs clair ici-bas et que le monde est peu prs compltement explor1 vais-je me rendre aveugle tout ce qu'on ne voit pas1 tout ce qu'on ne verra jamais8 ,il est des gens qui ne peroivent que par leurs sens4 ,ils vont et viennent1 enferms dans cette petite cage de leurs sensations2 ils ne comprennent pas o ils sont2 les merveilles o ils baignent ne les touchent pas4 ,leur esprit est scell comme par une maldiction4 ,ils se lvent1 et ne savent pas ce que c'est que le matin2 ils sortent1 et ne savent pas ce que c'est que l'univers2 ils n'entendent pas voler tout prs d'eux et se croiser en l'air les innombrables prodiges4 ,c'est qu'ils ne comprennent pas1 comme il faut1 le tmoignage de leur imagination4 ,l'imagination est le sens du surnaturel1 elle nous met en contact avec lui4 ,je ne dis pas qu'elle l'invente3 elle le connat2 elle peroit ses rayons1 comme certaines photographies rvlent l'invisible4 ,je veux croire mon imagination avec la mme confiance que mes yeux4 ,pourquoi aurions-nous des sens inutiles8 ,la ralit serait-elle plus pauvre que les moyens qui nous sont donns de l'apprendre8 ,toutes les ides qui me viennent1 toutes les images qui se peignent en moi1 si tranges1 si fantastiques soient-elles1 je les veux prendre pour des informations2 parce que je ne peux pas toucher avec mes sens l'objet qui me les envoie1 dois-je les croire mensongres8 ,c'est par l'imagination que je m'avance vraiment dans la profondeur des choses4 ,les vnements ni les tres ne sont rien1 rduits ce que mes sens et ma raison en dcouvrent4 ,si je n'admettais que leur renseignement1 je vivrais au milieu de dcoupures et de fantmes4 ,rien ne se passe dans un seul plan4 ,tout le fort de l'vnement est en arrire1 hors d'atteinte des sens2 seul un effort de l'me peut nous y porter1 une cration1 une invention4 ,mme dans la pratique1 pour n'tre pas tromps1 nous sommes obligs de tenir pour vraies nos conjectures2 il arrive souvent malheur qui manque d'imagination4 ,comme ces dieux paens qu'on ne pouvait mconnatre sans encourir leur colre1 les vnements se vengent sur nous de notre paresse les approfondir2 ce qu'en eux nous avons refus de voir subsiste1 et se dveloppe1 et produit mille consquences1 qui peu peu pntrent dans notre vie matrielle3 tout coup nous nous trouvons en face d'une menace ou d'une impossibilit tangibles1 dont nous ne pouvons dcouvrir l'origine1 parce qu'elle est purement mystique4 ,inversement il y a pour ceux qui se confient leur imagination des rcompenses sensibles3 tout vnement arrive rellement pour chacun de nous avec la profondeur qu'il a t capable de lui supposer4 ,l'me que le prince ,muichkine de ,dostoevsky a prte aux tres qui l'entourent1 ils viennent ensuite lui tmoigner qu'ils en sont bien rellement dous2 pousss par une sorte de reconnaissance mystrieuse1 tout coup1 aprs longtemps1 ils lui apportent une parole1 un geste obscur et timide1 pniblement form1 par lequel ils avouent enfin ce secret en eux qu'il avait tout de suite pntr4 99 99 99 99 99 ,je croirai donc mon imagination2 j'accepterai tout ce qu'elle verra4 99 99 99 99 99 ,d'abord1 elle me fait voir l'immortalit de mon me2 elle m'en donne non pas les preuves1 mais la sensation4 ,entre toutes les choses qu'on ne peut pas dire1 voici la plus nette1 la plus prcise1 la plus aigu4 ,il est certaines journes1 certaines tempratures par lesquelles brusquement je me trouve transport1 le long de moi-mme1 vers mon formidable avenir4 ,je dure soudain de toute ma dure la fois4 ,dpays jusqu'au cur1 pris par l'indiffrence tout ce qui m'environne comme par une passion1 immobile1 sans forces1 tranger1 je ne suis plus seulement ici4 ,au milieu de ce monde bleu et ouvert1 je me sens tout coup1 sans avertissement1 sans bruit1 rejoint mon ternit4 ,non pas dissolution1 ni mlange2 mais un prolongement sournois et dlicieux2 je cesse d'avoir une fin2 comme l'eau derrire l'cluse atteint en silence le niveau du canal qui la continue1 de mme1 port par un invisible mouvement1 me voici la hauteur de ma vie immortelle4 ,je n'ai plus besoin de courage3 je reois nouvelle de celui que je ne suis pas encore2 il me salue et la paix est avec moi4 ,preuve dont on peut rire1 mais qu'on ne rfutera pas4 99 99 99 99 99 ,dieu aussi m'est rvl directement2 il tombe sous le sens de l'imagination2 pour le voir1 je n'ai besoin que de m'abandonner un peu ma fantaisie4 ,je l'atteins dans son activit1 je le surprends tout proche1 occup des besognes qui me concernent4 ,et comment peut-on faire pour ne pas voir ,dieu8--,un vnement1 l'instant qu'il commence1 on le sent hsiter lgrement2 son issue est encore ambigu2 et1 tout coup1 il se met pencher fortement d'un ct1 comme un navire qui sombre2 et ds ce moment1 ainsi qu'on voit l'eau se glisser en mille ruisseaux dans la coque pour en achever le naufrage1 de mme toutes les petites circonstances quotidiennes prennent le sens de l'vnement1 l'aggravent1 tombent avec lui1 l'entranent vers son accomplissement4 ,ah6 qu'il faut manquer d'inspiration pour croire au gouvernement de la causalit et pour ne pas comprendre que tout se fait par des volonts particulires6 ,a chaque instant ma vie reoit sa figure d'une puissance cache2 quelqu'un la modle avec un profond caprice2 quelqu'un qui rflchit1 prfre1 regrette1 invente1 un esprit attentif et distrait1 plein de projets immenses et en mme temps d'une amoureuse minutie4 ,c'est en ce sens qu'on peut dire que ,dieu est manifeste dans ses uvres4 ,sans doute1 j'ai le sentiment d'tre pour quelque chose dans la formation de ma destine et dans cette soudaine pente impose l'vnement4 ,ce n'est pas une pure illusion4 ,je choisis sans doute2 mais d'une faon rudimentaire2 je ne fais qu'baucher le choix2 je choisis en homme1 c'est--dire dans la fivre et dans l'ignorance2 je considre htivement les diverses alternatives1 je m'empare de quelques motifs1 je les serre contre moi1 je veux qu'ils soient dcisifs2 et voil ma rsolution prise4 ,cependant elle crot et s'panouit3 elle prend un sens que je ne souponnais pas2 j'ai l'air d'avoir prvu mille consquences que je n'avais nullement distingues2 enfin1 il arrive que j'ai bien mieux ou bien plus mal agi que je ne voulais4 ,avec quelques mots ttus que je me suis rpts vingt fois pour brusquer une incertitude dont je ne pouvais sortir que par l'arbitraire1 je me trouve avoir fait une des actions les plus importantes de ma vie4 ,quelqu'un a reu mon obscure dcision1 l'a mrie1 l'a dveloppe1 l'a change enfin en elle-mme2 comme un riche qui accepte sans sourire le drisoire prsent d'un misrable1 quelqu'un fait fructifier entre mes mains mes ingrates et courtes entreprises4 ,ainsi1 si nous savons regarder la fois avec imagination et avec humilit1 ,dieu nous apparat travaillant avec nous1 faonnant avec nous notre vie1 comme un ouvrier ancien et sage reprend la besogne de l'apprenti et l'achve doucement sous ses yeux4 ,je vois une ,providence1--non pas simplement au sens d'une direction gnrale des vnements1 mais comme une cration continue1 comme une invention particulire et de tous les instants1 comme l'appuiement exquis de l'artisan sur son ouvrage qu'il ne se dcide pas abandonner4 ,cela justement me montre ,dieu qui le cache tant de gens3 ces ingalits1 ces tranges prfrences1 cette secrte partialit qui est au monde4 ,le monde est travaill par une sorte d'injustice active et sereine2 il y a une distribution tout arbitraire et sentimentale des vnements2 il y a des destines lues1 jalousement prserves2 le bonheur leur est fidle et les accompagne avec une agilit extraordinaire2 il s'arrange pour leur rester attach jusqu'au milieu des accidents qui semblent devoir le dtruire jamais2 il leur revient1 il les retrouve et1 l o il ne peut passer1 il change de forme4 ,d'autres vies1 au contraire1 sont maudites et le malheur use pour les suivre de la mme ingniosit4 ,ah6 ,dieu merci1 tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes6 ,celui-ci a grand besoin de se rformer1 d'apprendre la justice distributive4 ,qu'il est mouvant de suivre les lignes de ses prdilections et de ses aversions6 ,comme elles sont la fois tranges et nettes6 ,si l'on sait prfrer ce qui est ce qui devrait tre1 quelle joie dans cette contemplation6 ,pour un cur allgre1 il est dlicieux de dchiffrer l'immorale logique des destines3 chacun arrive non pas ce qu'il mrite1 mais ce qui lui ressemble4 ,mme l'imprvu le plus abrupt1 il se dcouvre la fin qu'il tenait l'avance par quelque endroit notre me et qu'elle l'appelait4 ,les vnements nous sont donns heureux ou malheureux1 non pas suivant ce que nous valons1 mais suivant ce que nous sommes4 ,cette rpartition dconcerte les philosophes3 ils ne savent comment excuser ,dieu2 c'est pourquoi ou bien ils le nient1 ou bien ils le prouvent3 ce qui revient au mme4--,en effet1 au lieu de chercher d'abord le voir1 ils commencent par le concevoir2 ils rentrent en eux-mmes1 rpudient toute allgation des sens et1 l1 construisent un ,dieu rationnel et juste1 inaccessible au plaisir1 dpourvu d'inclinations1 pur et immobile comme une ,ide de ,platon2 ils lui attribuent un amour qui est une bienveillance universelle et indiffrente1 une condescendance distraite1 une sorte d'estime impartiale pour toutes ses cratures4 ,quand ils ouvrent les yeux1 il n'y a pas de place pour leur ,dieu2 tout le dment2 ils ne savent que faire de lui4 ,ds lors1 s'ils ne renoncent pas lui1 pour le maintenir malgr tout il faut qu'ils aillent chercher des preuves2 il faut qu'ils le rivent au monde grand renfort de boulons et de coups de marteau2 comme ils ont fabriqu ,dieu1 il faut qu'ils fabriquent aussi ses attaches avec le monde4 ,vaine entreprise4 ,car deux pices qui ne sont pas faites pour s'ajuster n'arrivent jamais bien tenir ensemble2 il y aura toujours du gauche dans les preuves des philosophes2 il se trouvera toujours quelqu'un pour venir remarquer la faiblesse des joints et dceler leur fausset4 99 99 99 99 99 ,il et fallu commencer tout simplement par regarder2 il et suffi d'ouvrir les yeux sans aucune pense pralable3 ce qui vient lui faire obstacle et alors apparu comme une marque clatante de l'existence de ,dieu4 ,nous constatons des ingalits et des prfrences4 ,or c'est quoi justement on reconnat la prsence d'une me1 d'un tre4 ,ne savons-nous pas quel trouble1 quelle subtile transformation de la justice apporte1 partout o on l'introduit1 l'tre vivant8 ,aprs qu'il est venu1 rien plus ne vaut ce qu'il valait jusque-l au jugement de la raison2 une diffrence insaisissable s'est glisse entre les choses2 de mme qu'en respirant il analyse l'air et en spare les lments1 de mme1 par le simple fait d'tre l1 il distingue1 et choisit1 et prfre2 on ne peut pas bien dire ce qui se passe2 la profonde iniquit de la vie est entre avec lui4 ,partout donc o se trouve cette iniquit1 c'est que quelqu'un est l qui pense1 qui dsire1 qui veut4 ,les irrgularits du monde font paratre une me2 elles sont ses complaisances1 ses amours et peut-tre ses haines4 ,ce drangement immense dnonce une personne infinie4 ,a la distribution du bien et du mal1 je reconnais le ,dieu vivant4 ,sans doute1 il pourrait s'arranger pour mieux satisfaire mes ides de justice2 je le prends en faute4 ,tant mieux6 ,car c'est donc qu'il existe4 ,si tout dans le monde tait parfaitement quitable1 il resterait possible que ,dieu ne ft pas1 car les lois mcaniques tendent d'elles-mmes produire l'galit4 ,mais cette profonde dsobissance mes exigences1 tant d'indiffrence mes dcrets1 cet air de dire que je n'y connais rien444 ,quelle force indomptable je touche tout coup6 ,je me heurte ,celui qui est4 ,aprs tout je n'ai le droit de faire aucun reproche ,dieu4 ,car je n'ai pas le concevoir l'avance4 ,je n'aurais le concevoir que si je ne le trouvais pas4 ,mais justement je le trouve4 ,je n'ai pas le temps de me faire une ide de lui2 rien ne peut prcder mon exprience1 le contact que je prends avec lui4 ,il est l d'abord2 il paralyse ma raison2 il met tout de suite1 la place de ce qu'elle allait forger1 lui-mme4 ,l'infinie perfection1 au lieu que je doive chercher s'il la possde1 elle est ce qu'il est4 ,je l'apprends de lui1 je l'tudie en lui4 ,et nous pouvons bien avouer1 puisque les philosophes ne nous coutent pas1 que cette perfection est un peu plus intressante que celle qu'ils imaginent1 et qu'ils n'auraient pas invent a4 ,dieu aime les hommes4 ,il aime chacun de nous dans ses entrailles et selon qu'il l'a fait4 ,il ne s'amuse pas se retenir sans cesse sur la pente d'une prfrence1 il ne s'oblige pas penser tous les autres au moment o son brlant amour s'approche de l'un de nous4 ,son amour1 c'est autre chose qu'une bienveillance1 qu'une protection administrative1 que le sourire d'un sage toujours prt pardonner4 ,c'est l'amour avide et goste du ,crateur2 il est pareil l'acte mme de la cration2 il le recommence4 ,dieu revient trouver ce qu'il a fait et avec le mme cur qu'il avait alors1 et dans le mme orage qu'au commencement2 il rentre dans le tumulte de tous les sentiments qui l'animaient autrefois2 le plaisir inexplicable de ses mains quand elles formaient cette me1 l'allgresse et l'apitoiement dont il tait plein1 voici qu'il les prouve encore1 comme au moment de la besogne2 celui qu'il cra dans la joie1 il l'aime dans la joie2 il se rjouit en sa crature2 il se rcre en elle3 et c'est l sa prdilection4 ,dieu aime l'homme2 mais l'homme1 ce n'est pas un animal raisonnable1 l'homme1 c'est moi qui porte tel nom et tels prnoms que ,dieu a consacrs mon baptme1 et qui suis n de telle femme1 et qui mourrai tel jour que je ne sais pas1 mais que ,dieu sait4 ,sans doute1 je suis bon ou mauvais2 mais cela ne vient qu'ensuite2 ,dieu ne voit cela qu'aprs4 ,il y a d'abord son enfant bien-aim1 sa race1 son image privilgie2 il a gard une mmoire particulire de son visage1 il se rappelle chaque trait1 il pense lui souvent4 ,son amour est de celui-l2 et il l'accompagne partout1 si bas qu'il tombe2 il ne le quitte pas dans la faute et dans l'humiliation2 mme l1 il le prfre peut-tre encore tel autre dont la vie est impeccable2 et1 puisqu'il sera juste envers cet autre1 il a bien le droit d'tre faible avec celui qu'il aime4 ,quel sens terrible et adorable dans ces mots3 ,il est agrable ,dieu6 99 99 99 99 99 ,dieu est pareil un honnte homme qui1 parce qu'il fait son devoir1 peut couter ses gots1 ses humeurs1 ses indulgences et ses svrits secrtes4 ,pour ridiculiser cette conception1 les philosophes ont invent tout un long mot3 anthropomorphisme4 ,je serai donc anthropomorphiste4 ,pourquoi m'en empcherais-je8 ,parce qu'il est trop naturel de l'tre8 ,justement j'ai rsolu de me confier aux tendances naturelles de ma pense1 de cder mes premires ides1 aux plus fraches1 aux plus hardies4 ,dieu est pareil l'homme1 me disent-elles2 il est seulement beaucoup plus grand4 ,il n'y a qu'une forme de l'existence2 du plus bas au plus haut1 les tres dveloppent le mme type2 ils le prennent d'abord informe et nu1 comme les fltes exposent sans accompagnement le thme d'une symphonie2 puis ils le commentent avec une abondance1 une ingniosit1 une gnrosit croissantes2 enfin ils le transmettent l'homme4 ,et de mme que le monde visible tout entier prpare l'homme1 de mme le monde invisible le complte et l'achve2 il reprend son chant1 il l'imite avec de nouvelles et splendides ressources2 et cette harmonie1 dont on dit que rsonnent les cieux1 si nous savons entendre1 nous y retrouvons notre voix1 comme un berger coute avec merveillement grandir1 foisonner et fleurir1 sous les doigts d'un musicien1 les cinq notes de sa complainte4 ,dieu est pareil nous2 il a notre me1 toutes nos penses1 tous nos calculs2 il a tous nos sentiments2 il connat ces tranges dispositions intrieures dont on est saisi tout coup sans qu'on sache pourquoi et que l'on ne peut rien faire pour changer2 il connat les mystrieuses contraintes du cur et l'impossibilit de s'en dfaire autrement qu'en y cdant4 ,mais justement voil o est sa perfection3 il chappe ses sentiments1 il va jusqu'au bout1 il retrouve la libert dont ils le privaient1 en les dpassant4 ,il est parfait1 c'est--dire qu'en lui tout s'achve1 tout s'accomplit entirement4 ,il est parfait1 non pas parce qu'il ne se met jamais en colre1 mais1 parce qu'aprs le transport de la colre1 il sent tout coup jusque dans ses entrailles l'treinte de la misricorde4 ,parmi les hommes nous appelons celui-l une grande me1 non pas qui ne sent rien1 mais qui ne s'pargne rien1 qui descend dans toutes les faiblesses1 va reconnatre par lui-mme tous les entranements1 se perd avec ceux qui se perdent et ne craint pas la dtresse1 la souillure1 la honte ni la sueur de sang4 ,cette me est grande qui est la plus charge et qui remonte avec elle le plus lourd fardeau de passions4 ,de mme le ,dieu tout-puissant ne s'est pas content de crer nos sentiments2 chaque jour il vient les prouver en personne1 il les retraverse compltement1 il sait une fois de plus chaque jour ce qu'il en cote d'tre homme et il ne cesse de nous ressembler que lorsqu'au soir1 ayant puis tout notre cur1 il rentre dans son insondable amour4 ,je sais qu'il y a de la prsomption parler de ,dieu avec tant de familiarit et de certitude1 se donner pour le confident de ses perfections4 ,pourtant que puis-je faire8 ,je me suis exprim sans application1 disant ce qu'il me semblait voir2 j'ai transcrit les imaginations qui me travaillent4 ,je ne peux pas empcher que le surnaturel ne m'apparaisse aussi proche1 aussi facile que les objets de mon entourage4 ,je sens qu'il est l1 comme1 lorsque je reviens dans l'ombre vers ma chambre de travail un instant quitte1 je sais qu'il y a une lampe sur la table1 qui m'attend1 et dj1 par dessous la porte1 un rais de sa faible lumire me confirme sa prsence fidle4 ,de la profondeur catholique4 ,parce que je ne peux pas faire autrement1 je crois la ralit surnaturelle4 ,mais il est impossible que je m'en tienne l2 il faut que ma foi se prcise1 il faut que de mystique elle devienne religieuse2 il faut qu'elle s'attache un dogme et l'observe uniquement4 ,non1 je n'ai pas le droit de m'arrter moiti chemin4 ,je n'ai rien fait de mritoire jusqu'ici1 rien qui me donne le moindre privilge4 ,comme les autres6 ,aussi stricte1 aussi prcise1 aussi dure que la leur soit ma croyance6--,il est des gens qui1 au dernier moment1 se rservent de petites liberts2 ils ont tout admis avec nous1 ils ont pens1 ils ont senti comme nous2 mais tout coup il y a un point qu'ils n'acceptent plus1 un point imperceptible1 mais o toute leur dcision vient mourir3 voici qui est trop fort pour eux2 ils s'aperoivent que vraiment leur esprit ne peut pas s'engager si loin4 ,et l-dessus1 pour sauvegarder son indpendance1 ils construisent quelqu'une de ces doctrines intermdiaires1 de ces faux mysticismes o la raison et l'imagination comiquement collaborent4 ,o ples inventions6 ,on croit aux toiles et la mtempsychose2 on est d'abord une petite bte et l'on va finir dans un ange3 doctrine pour les dames qui ont des souvenirs4 ,ou bien on croit la divinit de l',homme1 ou celle de la ,justice1 ou aux mystres de la ,destine1 ou l',inconscient4 ,pour les uns1 ,dieu est quelque chose comme le ,silence et1 pour les autres1 il y a des dieux un peu partout4 ,je dteste ces fantaisies4 ,elles ont une sorte de molle possibilit qui dgote4 ,ah6 certes1 rien ne s'oppose ce qu'elles soient vraies2 rien ne s'oppose celle-ci2 mais rien non plus celle-l4 ,pour celui qui refuse de reconnatre l'empire d'un dogme1 tout devient facile et maniable2 toute chose cde immdiatement ce qu'il lui plat d'en penser2 toute chose met une trange promptitude dans l'obissance aux ides qu'il s'en forme3 elle est tellement docile que c'est comme si elle n'existait pas6 ,les univers et les paradis 7jamais d'enfer7 closent son gr1 dans son cerveau1 comme de vagues bouffes de brouillard4 ,il en concevrait mille avant d'tre fatigu4 ,aucune rsistance3 sa pense de toutes parts moutonne avec une dbile fcondit4--,laissons-le se fliciter de sa libre abondance et d'avoir soustrait l'troite prise d'un dogme ses facults merveilleuses4 ,il se figure qu'il est tout-puissant parce qu'il peut tort et travers4 ,il ne sait pas qu'en fait d'imagination la libert1 c'est la faiblesse4 ,le vrai est qu'il n'a pas assez de force pour sentir les ncessits de la pense1 pour aller jusque-l o1 soudain1 l'imagination se trouve par on ne sait quoi de mystrieux commande1 contrainte et dans ses plus petits dtails arrte4 ,il est pareil au bavard3 tant parler lui est facile1 il se croit l'esprit plein de vigueur2 mais justement s'il avait plus d'ides1 et plus fortes1 il ne trouverait plus dire qu'une seule phrase4 ,non1 il n'est pas de milieu pour un cur sincre entre l'athisme et la religion4 ,j'aime et je prtends qu'il faut aimer avant tout la propret de l'me4 ,que d'abord elle soit bien nette1 bien courageuse1 bien acheve6 ,il n'est pas vrai qu'il y ait des arrangements1 il n'est pas vrai que l'on puisse tre ceci ou cela1 sans l'tre tout fait4 ,on ne pactise pas avec les difficults3 ou l'on est vaincu par elles1 ou on les vainc4 ,le premier devoir est de ne supporter en soi rien qui soit le semblant d'autre chose3 il faut avoir cette chose mme1 ou la quitter tout fait4 ,si ,dieu n'est pas si clair qu'il soit une personne et qu'il ait son histoire crite dans les vangiles1 il n'est donc pas4 ,et pourquoi nous embarrasser de lui1 si ce n'est pas pour y croire de tout prs1 cur cur1 et dans la prsence mme de son visage8 ,contre tous les mystiques1 hors les chrtiens1 ce sont les athes qui ont raison4 ,il y a bien des plaisirs goter ici-bas3 est-ce en faveur d'une mauvaise petite croyance1 loge comme une brume dans un coin de notre cur1 que nous allons les laisser chapper8 ,non1 il est juste1 si on le peut1 de ne pas croire en ,dieu2 cela est plus sain1 plus naturel4 ,mais puisqu'il faut que je croie en lui1 eh6 bien1 que ce soit selon qu'il est crit4 ,de mme que ,jsus est mis en croix1 nu et visible de partout1 de mme je veux que ma foi soit fixe et dfinie1 et celle-l mme que tout le monde connat2 et l'on sait bien que l'on n'y peut changer un iota sans la dtruire4 ,c'est en entrant dans les urgentes limites du dogme catholique que mon imagination trouve soudain son aise et sa vritable activit1 comme un arbre qu'on plante dans un terrain prpar sent monter en lui sa force1 et circuler sa sve1 et ses branches se disposer la fleur4 ,pascal l'a bien vu1 qu'il fallait aller jusqu'au bout3 dans un grand effort1 son me d'un seul coup s'est dlivre de toutes ses liberts2 elle a cess d'tre entoure de possibles2 et cette nuit-l1 dans cette terrible extrmit1 dans cette angoisse et dans ce resserrement1 elle a touch sa joie3 ,dieu d',abraham1 ,dieu d',isaac1 ,dieu de ,jacob4 ,cette est la vie ternelle1 qu'ils te connaissent seul vrai ,dieu et celui que tu as envoy1 ,jsus-,christ#a4 #a crit trouv dans l'habit de ,pascal aprs sa mort4 ,petite dition ,brunschvicg1 p4 #adb4 ,la premire citation est de l',exode1 ,,iii1 #f2 la seconde1 de ,saint-,jean1 ,,xvii1 #c 7et non #f74 ,si droite que me paraisse la voie qui1 de la croyance au surnaturel1 conduit la foi catholique1 je veux la reprendre et la parcourir nouveau pas pas2 je veux dire chacune des raisons qui m'y font avancer4 99 99 99 99 99 ,d'abord1 comme1 lorsqu'on est seul et trs loin1 tout coup on se prend penser tous ceux qui ne pensent pas vous--et l'irritante envie vous vient de reparatre brusquement devant eux et de les forcer tre encore vos amis1--de mme l'homme qui s'est dgag de la religion s'aperoit un jour combien elle se passe facilement de lui et quel point a ne change rien du tout qu'il ait cess d'y croire4 ,appel infiniment subtil1 tentation par l'indiffrence et l'oubli o l'on est de moi4 ,certes1 je suis libre1 je vais o je veux3 cependant il est des gens qui continuent prier4--,je pense ma guise2 toutes les thories sont ma disposition2 je n'ai qu' choisir2 je suis comme au milieu d'un march2 et chacun tale ses arguments1 les retourne1 me les donne soupeser3 cependant les vrits religieuses ne sont pas ici1 elles ne font rien pour sduire mon adhsion1 elles ne bougent pas4--,j'affecte de les contredire violemment1 j'pouse les doctrines qui les insultent le mieux3 elles ignorent l'offense que je leur fais4--,ou bien je leur rends cet hypocrite hommage1 ce salut plein de distance et de dignit que les incrdules1 pour bien marquer leur libert d'esprit1 ont coutume de leur dcerner3 elles restent aussi sourdes mon approbation qu' mon mpris4 ,dcidment je ne compte pas pour elles4 ,et voici qu'une inquitude me vient3 en tout ce qu'il m'arrive de penser1 ce reproche secret1 qui m'exaspre3 ,tu es libre1 tu es seul4 ,si cela te parat tre la vrit1 pourquoi ne le croirais-tu pas8 ,a l'tendue de la permission qui m'est donne1 je commence douter qu'elle en vaille la peine4 ,il faut enfin que je revienne vers les vrits chrtiennes1 que je quitte un instant mon erreur pour les examiner de prs et chercher d'o leur vient cette formidable assurance4 ,telle est la premire invitation qui m'est adresse3 le silence4 ,cependant elle ne fait que rveiller mon attention4 ,je ne peux pas me convertir simplement par pique et par point d'honneur4 ,il me faut des raisons plus prcises1 tires de la considration mme du dogme4 ,elles commencent apparatre1 mesure que je m'approche de lui4 ,o profondeur inimitable6 ,je ne veux pas encore la comprendre1 la deviner seulement4 ,cette doctrine est si forte qu'on rencontre ses rayons bien avant de la trouver elle-mme4 ,entre les belles uvres de l'esprit1 celles qui sont nes d'un gnie chrtien se distinguent ds l'abord1 et toutes seules4 ,il y a une sorte de navet en tout crivain non-chrtien4 ,il a toujours l'air de quelqu'un qui l'on cache quelque chose et qui ne s'en doute pas4 ,il y a un certain dernier mouvement de l'esprit qu'il n'a jamais l'ide de faire4 ,il y a un fond qu'il ne touche pas4 ,il va1 il vient2 j'admire son ingniosit1 sa duret1 sa pointe2 peut-tre j'envie sa libert1 et qu'il puisse sans scrupules entrer d'un lan si allgre et si cruel dans la vrit4 ,mais je sais qu'en face d'une certaine question trs droite1 que je pourrais tout coup lui poser1 il serait sans rponse et ne trouverait de recours que dans la raillerie4 ,mme lorsqu'il ne s'agit plus de pntrer le secret des choses1 mais seulement d'inventer des personnages et des vnements1 mme dans le roman1 le christianisme donne ceux qu'il inspire un pouvoir spcial et comme une avance en profondeur4--,stendhal1 de quelle vie aigu et charmante il s'entend douer ses hros6 ,comme ils marchent avec vivacit6 ,on devine tous leurs sentiments bien groups en eux1 bien prsents2 ils les gotent comme de fines vapeurs dlectables1 sitt vanouies que respires2 ils sont merveilleusement lgers1 actifs et distincts4 ,ce sont des individus4--,mais non pas des cratures4 ,il n'y a rien en eux de plus que leurs passions2 ils sont tout entiers1 et seulement1 ce qu'ils prouvent4 ,les forces chimiques1 infiniment sublimes1 la rigueur ont pu composer leur me4 7,stendhal croyait ,cabanis47 ,il manque leur ralit ceci qu'on ne pense pas dsirer qu'ils soient pardonns2 on ne peut pas prier pour eux4 ,et de mme que nous restons spars d'eux1 de mme ils restent les uns des autres spars2 jusque dans l'amour1 ils sont en dfense2 les amants de ,stendhal ont leurs fortunes diffrentes2 ils se rencontrent1 ils ne se joignent pas2 ils gardent leurs armes et mditent de s'en servir encore4 ,il n'y a pas au fond de leur cur ce je ne sais quoi de rompu par o l'tre se rpand et communique avec son semblable2 l'humanit en eux ne va pas jusqu' tre blesse4--,au contraire1 les personnages de ,dostoevsky ont d'emble cette profondeur dernire4 ,ils ont tout de l'homme1 mais aussi ce que l'homme a de ,dieu4 ,ils commencent par vivre1 ils sont eux-mmes d'abord1 et avec quel emportement1 avec quelle partialit6 ,ils cdent1 sans avoir mme l'ide de ragir1 au torrent de leur individualit2 ils brisent toute rsistance2 ils font tout le mal qu'ils ont faire4 ,mais enfin ils gagnent le fond1 ils retrouvent en eux ,celui qui de mme est en tous4 ,voici l'un d'entre eux devant nous1 avec ses mauvaises penses1 ses mensonges1 ses calculs4 ,il est prt nous tromper1 peut-tre nous tuer4 ,pourtant il y a quelque chose en lui de plus que ses sentiments3 c'est cette faible image de ,dieu qui ne se dcide pas disparatre2 comme la lampe du sanctuaire1 aucune rafale ne l'teint tout fait2 elle baisse1 elle vacille1 comme honteuse2 mais elle palpite encore4 ,elle est en cet homme comme une excuse latente tout ce qu'il va faire et comme l'amorce du pardon4 ,il peut tre sauv4 ,la vie ternelle le guette1 comme elle nous guette tous4 ,et au moment1 tout l'heure1 o il va se prcipiter1 il y aura autre chose ici qu'un aventurier cdant une soudaine passion3 une me1 comme la ntre1 qui engagera son salut1 et peut-tre sans le perdre encore4--,ce n'est pas tout3 non seulement cet tre vit d'une vie si complte qu'il nous oblige trembler pour lui1 mais encore lui-mme1 si vil soit-il1 il connat des sentiments que les plus purs hros de ,stendhal ne savent pas prouver3 comme nous nous joignons lui1 de mme il se joint aux autres par l'amour4 ,la marque que ,dieu a laisse en lui est comme une blessure qui ne se fermera jamais2 il y a des moments o il ne peut plus contenir son me2 elle cherche fuir comme le sang4 ,cet homme rencontre un homme2 ils s'arrtent l'un en face de l'autre sur le palier d'un escalier ou sur le seuil d'une auberge2 ils se regardent4 ,peut-tre ne se ressemblent-ils pas444 ,alors c'est quelque chose de plus fort3 le signe obscur de la parent1 le lien secret d'origine1 la trace du mlange et de la confusion primordiale#b4 ,voici qu'ils se reconnaissent2 ils sont frres en ,jsus-,christ2 la charit remonte en eux tout coup1 qui est l'amour du prochain comme de soi-mme pour l'amour de ,dieu1 la charit comme une vague horrible par quoi l'on est jet hors de soi1 comme une abjuration et un arrachement de tout l'tre4 ,enfin ils se prennent les mains1 et il n'y a plus rien entre eux1 et ils disent en mme temps les mmes choses avec les mmes mots4 ,car ,dieu s'est raviv en eux2 il est avec tous deux la fois et sa paix infinie va et vient entre leurs mes1 les unissant comme elle les unira toutes1 aprs que nous aurons t jugs4 #b ,jacques ,copeau3 ,sur le ,dostoevsky de ,suars4 ,voir la ,nouvelle ,revue franaise du #a;er fvrier #aiab1 p4 #bca4 ,il est temps1 cependant1 qu'abordant en face le catholicisme je tche d'expliquer comment il me persuade de sa vrit4 ,ce n'est point par quelque avantage bien vident et que je puisse facilement assigner1 ce n'est point parce qu'il est plus cohrent que toute autre doctrine4 ,mais voici1 choisi presque au hasard comme exemple1 un des articles du dogme catholique1 et voici la morale catholique4 ,et je leur suis pareil2 ils ont le mme sens1 ils sont de mme fil que tout mon tre4 ,comment aurais-je envie de prouver leur vrit1 alors qu'ils se confondent avec ce que je suis8 ,il y a deux sortes de doctrines3 les unes naissent parce qu'elles ont un auteur1 les autres1 parce que les choses sont d'une certaine faon et qu'il faut bien que ce soit dit4 ,les premires sont les doctrines philosophiques3 l'auteur ne cesse pas d'y tre prsent2 on dirait qu'elles ne se soutiennent que par lui2 on le voit au milieu de son systme comme l'araigne au centre de sa toile2 on voit chacune de ses affirmations sortir de son esprit2 on distingue la facult qui l'a produite et laquelle elle reste attache comme sa tige4 ,la force d'une philosophie1 c'est le gnie de celui qui l'a conue2 son vidence1 c'est l'avancement et la dcision de sa pense4 ,on dit qu'elle a de l'autorit4 ,si nous consentons ce qu'elle nous convainque1 c'est par gard pour la puissance et la ressource intellectuelles dont elle tmoigne2 si nous y croyons1 c'est au fond par admiration4 ,elle se prsente nous la faon des inventions mcaniques2 le nom de l'inventeur est crit dessus et lui-mme se tient ct de l'appareil1 prt en recommencer pour qui voudra la dmonstration4 ,comme une invention mcanique1 elle est une conqute sur l'inconnu4 ,et nous devons l'adopter parce qu'elle marque un triomphe de l'homme et par solidarit avec notre espce4 ,mais le dogme du pch originel6 ,cela me saisit tout coup comme les larmes2 cela est vrai1 je n'y puis rien faire2 je suis pareil ce que j'coute2 j'avais besoin de cela1 je suis cela4 ,je me reconnais soudain4 ,une profonde violation de mon secret le plus intrieur4 ,je suis trahi4 ,il ne s'agit plus d'une opinion que je puisse accepter ou rejeter1 dfendre ou combattre4 ,on ne me demande plus la conviction dlibre de mon intelligence1 mais l'adhsion obscure1 compacte1 de mon cur et de mes entrailles4 ,je marche1 je pense1 je souffre3 et le pch originel est sur moi1 et je le porte en moi4 ,mon corps1 mon me1 l'enroulement de mes sentiments1 les circonvolutions de mon cerveau1 la machine entire de l'tre que je suis3 voil quelles sont ses preuves4 ,la profondeur d'un tel dogme1 comme de tout dogme catholique1 c'est la profondeur o il descend en moi1 c'est sa confusion avec la masse de moi-mme4 ,vous pouvez le nier avec des mots1 avec des rires3 mais le soir1 au moment de se coucher1 l'homme fatigu regarde sa journe et il voit un manque en toutes ses actions1 un vide entre ce qu'il a fait et ce qu'il avait rsolu de faire4 ,il n'a pas pargn sa peine2 jusqu' la nuit il a donn le mme effort1 et chaque minute lui semblait emplie en dborder de sa besogne4 ,pourtant il a maintenant la sensation d'une sorte d'chec--et qu'il ne pouvait rien faire pour viter4 ,nous avons beau nous appliquer3 il y a un lger et fidle malheur sur toutes nos entreprises1 nous ne rattrapons pas tout fait ce sur quoi nos yeux sont fixs1 il vient toujours un mystrieux moment o l'ide que nous suivons se dgage1 s'chappe2 et quand nous avons fini notre ouvrage1 elle nous raille d'un peu plus loin et nous n'avons entre les mains que son image blesse4--,nous sommes ici-bas comme des gens qui tchent de retrouver un nom trs ancien et perdu4 ,tous nos mouvements sont pareils ces vagues pnibles de la mmoire qui viennent frapper l'oubli comme un mur4 ,et mme lorsqu'il cde un peu1 lorsque nous entrevoyons un peu ce qu'il cachait1 lorsque enfin les consonnes du mot1 sous tant d'insistance1 commencent rapparatre1 mme alors il reste quelque chose qui ne se laisse pas ressaisir3 ce n'est jamais tout fait a4 ,l'arbre qui pousse1 c'est qu'il se rappelle2 il remonte du plus profond de lui-mme vers sa forme antique1 il va l'atteindre4 ,mais non6 ce n'est point l ces clatantes fleurs qu'il rvait2 elles tombent2 et1 de nouveau il reprend avec une morne obstination son mme rve1 sa mme obscure recherche4 ,et moi1 moi1 toute proche1 toute intrieure1 peine distante de ce que je suis et pourtant jusqu' ma mort inaccessible1 je vois1 je touche mon me1 l'me d'o je suis dchu et que je ne sais que confusment imiter4 ,tous nos sentiments ne sont que l'image d'eux-mmes1 ils viennent comme des flammes lcher1 sans pouvoir s'y tenir1 leur propre vrit2 il y a toujours entre nous-mmes et notre me une fine1 une dcourageante diffrence4 ,oui1 le pch originel est sur nous4 ,et il est au monde4 ,et rien n'en peut gurir que de passer la vie ternelle4 ,la morale catholique me touche et me persuade de la mme faon que le dogme proprement dit4 ,elle s'oppose la sagesse comme le dogme aux philosophies4 ,le sage aussi est un auteur2 son uvre1 c'est sa vie3 et il se montre en elle1 lui aussi2 il s'expose au beau milieu de tout ce qu'il fait4 ,derrire chacun de ses actes on voit la rflexion qui l'a commande2 elle est encore l2 on peut l'examiner1 la tter pour se rendre compte4 ,et le sage ne ddaigne pas d'expliquer aux spectateurs comment il faut s'y prendre pour agir comme il a fait4 ,s'il en est qui se laissent convaincre ses paroles et deviennent ses disciples1 c'est par enthousiasme pour sa haute volont1 pour son grand caractre3 ils acceptent la sagesse parce qu'elle est un des signes du gnie de l'homme1 une forme de sa domination sur la nature1 la victoire sur la chair4 ,mais1 hlas6 comme toutes les inventions humaines1 elle est terriblement sujette aux accidents4 ,elle est un exercice1 un travail d'quilibriste qu'il faut russir4 ,on ne peut le manquer sans ridicule4 ,il n'a de sens que si on le mne bout sans un accroc4 ,or il est si difficile1 si contraire la nature1 qu'il est presque impossible de ne pas le manquer4--,la sagesse1 c'est d'abord la constance2 tre sage1 c'est se ressembler toute sa vie2 les philosophes prescrivent comme premier devoir l'uniformit dans la conduite4 ,mais il n'y a qu'un moyen de ne se dmentir jamais3 rester immobile1 ne rien faire1 se priver de tout4 ,vivre1 c'est ne plus tre pareil soi1 c'est ne plus se reconnatre4 ,par suite1 pour rester pareil soi1 il faut refuser de vivre4 ,la sagesse sera donc le refus de vivre4 ,voici la dcouverte du sage1 sa trouvaille incomparable3 on peut aller de la naissance la mort en vitant tout ce qui s'offre sur le chemin2 il faut marcher tout droit1 bien raide1 les yeux ferms4 ,soigneusement proscrire de son cur toute passion1 se diminuer de tout ce qu'on pourrait tre2 si se prsente l'occasion d'une haine1 mettre la place non pas de l'amour1 mais de l'impassibilit3 sentiment qui sert tout1 substitut de toute vivacit1 de toute activit de l'me4 ,mais la fin1 car vous tes homme1 il faut faiblir1 il faut pcher1 il faut n'tre plus celui que vous deviez tre2 et1 du coup1 votre sagesse tombe par terre2 elle s'effondre2 puisqu'elle consiste ne pas broncher1 la premire infraction que vous y faites la brise toute4 ,on entend un clat de rire3 vous voil tout seul avec votre faute4 ,rien de plus comique que le sage qui vient de pcher2 il n'avait aucune ide de a2 sur ses tablettes il n'y avait que l'honnte et le juste4 ,il regarde autour de lui avec un tonnement grotesque2 il est dans le mal comme quelqu'un qui se trouve brusquement assis dans le ruisseau4 ,la morale catholique1 sa profondeur1 c'est qu'elle a su mnager en elle une place au mal4--,on n'y peut rien3 nous sommes faits pour pcher1 au mme titre que pour tre justes4 ,de mme qu'il a deux yeux et qu'il marche debout1 l'homme est capable du mal comme du bien2 cela est primitif2 cela est constitutionnel en lui4 ,une morale n'est profonde que si elle en prend son parti4 ,il faut qu'elle avoue compltement celui qui elle a affaire4 ,il faut qu'elle s'arrange pour russir quand mme4 ,elle ne le gouvernera vraiment que si elle prvoit jusqu' son insubordination4 ,la morale catholique nous saisit tout vifs avec notre dfaut2 comme on se charge d'un mchant enfant1 en disant aux parents3 ,nous verrons bien61 de mme elle fait de nous son affaire4 ,voici comment elle s'en tire3 d'abord elle nous oblige au bien2 elle nous harcle chaque minute du jour1 elle allume en nous le zle de la charit1 elle exige de nous une vhmente1 une brlante perfection4 ,mais tout coup je m'chappe1 je retombe au mal4 ,alors elle m'attend4 ,elle reste l4 ,il y a quelqu'un qui veille1 piant mon pas sur la route4 ,la confession est au cur du catholicisme2 elle en est le principe le plus ingrat1 le plus scandaleux1 le plus profond4 ,elle est en quelque sorte la permission du pch4 ,oui1 le pch est permis1 c'est--dire que tout ne se termine pas avec lui et qu'on en peut revenir4 ,quelqu'un a piti de moi1 quelqu'un prie pour moi1 pendant toute ma faute1 quelqu'un accepte tout ce que je fais1 et mme mon oubli1 et mme mon sacrilge4 ,tout ce mal1 il faut bien qu'il s'coule1 il faut bien que je le dgorge4 ,cela mme est dans l'ordre1 que je fais pour m'en vader4 ,je suis devanc2 je suis jou d'une faon infiniment subtile3 les crimes par quoi je prtends marquer mon indpendance1 on y consent mesure que je les commets4 ,on attend que j'aie fini4 ,et maintenant je n'ai plus qu' me repentir4 ,il n'y pas d'heure o je ne puisse tre reu4 ,le prtre que ,dieu a plac pour endurer la longueur de mon absence1 au moment o je reviens enfin1 constern et rvolt1 il ne va pas triompher sottement2 il tait l tout le temps2 il a tout vu2 il sait bien ce que je vais dire2 avec un reproche plein d'amour1 il accueille son enfant qui lui rapporte ce lourd fardeau de pchs tout emmls les uns dans les autres1 cette affreuse rcolte qu'il n'y a plus qu' jeter avec horreur4 ,son pardon tait tout prpar2 il m'absout1 c'est--dire qu'il dpasse tout a avec moi et m'accompagne nouveau dans ma vie chancelante4 ,il me rend la fois tous les biens que j'ai si lgrement quitts1 la promesse de la vie ternelle1 l'usage des sacrements1 la possession de la vrit et l'amour de ,dieu pour sa crature4 ,la morale catholique1 ce n'est pas une doctrine2 je n'ai pas besoin de me hisser sa hauteur ni de proclamer que je m'y range4 ,mais elle vient me trouver dans mon humanit1 elle vient m'assister au plus bas de moi-mme2 elle n'a pas peur de moi2 elle m'coute2 elle m'essuie la face2 je reconnais sa profondeur comme j'ai reconnu celle du pch originel2 non pas vaincu par trop de raisons1 mais avec mon cur coupable1 avec mon corps souill2 comme le dogme tait pareil ce que je suis1 elle est pareille tout ce que je fais2 elle se compromet pour me suivre2 mais aussi je la confesse par tous les instants de ma vie1 et par les plus vils1 et par les plus honteux4 ,ah6 comment ne saurais-je pas qu'elle est vraie quand1 au moment o je viens de mentir lchement1 je la sens qui est encore avec moi d'une certaine faon1--humilie comme moi1 triste comme moi1--mais prsente toujours1 et fidle1 et d'accord enfin avec mon pch4 99 99 99 99 99 ,il faut parler sans crainte de la licence du catholicisme4 ,car elle est une des preuves de sa vrit4 ,il y a en lui une sorte de pouvoir de scandale4 ,jsus1 dj1 et tout de suite1 fut un objet de scandale4 ,sa doctrine est demeure telle4 ,elle dfend le mal1 mais ensuite elle l'accepte4 ,elle hait le pch1 mais elle le prend en elle4 ,elle est pleine de dsordres et de complaisances injustifiables4 ,aucune logique3 ici1 elle condamne violemment et sans appel une mince faute1 et1 l1 elle tolre avec patience les pires dbordements4 ,il faut tre la vrit pour s'accorder de telles permissions4--,les doctrines qu'on invente restent toujours sur leur quant--soi2 elles s'observent1 elles gardent de la retenue1 de la svrit4 ,comme elles savent qu'il leur faut donner le moins de prise possible la critique1 elles craignent l'aventure4 ,ce sont d'honntes personnes1 justes et maladroites1 un peu rechignes2 elles prennent les familiarits de la vie pour des taquineries2 elles ne sauraient y consentir2 il leur vient mille petits scrupules2 elles s'aperoivent de ceci1 puis de cela2 non1 vraiment1 il n'y a pas moyen de s'embarquer4--,mais la vrit1 rien de tout cela n'est pour l'embarrasser4 ,elle va1 elle se dpense4 ,comme une sur de charit n'hsite pas regarder le bless livide dans sa nudit1 de mme elle ne pense pas ce que a a de mal4 ,elle sait bien qu'elle a raison1 puisqu'elle est la vrit4 ,le catholicisme a cette mme profonde indpendance4 ,il s'aventure comme quelqu'un qui s'y retrouvera toujours2 la faon mme dont il s'gare1 au peu de souci qu'il montre de l'opinion publique1 on reconnat qu'il porte en lui le foyer de toute justification1 qu'il est lui-mme la justice4 ,peu lui importe l'abme o il tombe6 ,il y entrane avec lui sa lumire comme un astre4 99 99 99 99 99 ,raisons de croire6 ,comme elles me semblent pauvres aprs tout6 ,comme il n'y a rien dire aprs tout6 ,et surtout combien il et t plus habile de ne rien dire6 ,voici que j'ai donn tous ceux qui ne m'aiment pas les moyens de se moquer de moi et de se rassurer sur mon compte avec de grands rires3 ,ce sont donc l toutes ses raisons6--,mais je ne cherchais pas les convaincre4 ,on ne convainc jamais personne d'une religion4 ,c'est chacun de se convertir1 c'est--dire de se tourner dans le sens qu'il faut4--,j'ai voulu faire voir les petits mouvements par lesquels mon esprit rattrape peu peu son quilibre et retrouve cette simplicit qui est au-dessus de toute parole et qui ne peut tre que la marque de la vrit4 ,il me reste dire ce qui m'en spare encore4 ,,iii ,,de ,,la ,,difficult ,,de ,,croire ,on ne reoit pas la croyance2 il faut aller la chercher4 ,jusqu'ici cependant j'ai parl de la foi1 comme si elle tait l'acte immdiat de mon cur et la pense la plus intime de ma pense4 ,j'ai laiss croire que je n'y trouvais aucune de ces difficults qui la rendent si pnible et si prcieuse4 ,il a pu paratre que j'avais depuis longtemps dpass ces rgions de l'me qu'il faut traverser sans dsir4 ,hlas6 il n'en est rien4--,les raisons qui me portent croire1 mesure que je les examinais1 me semblaient si fortes que j'allais tout de suite jusqu'au bout de leur mouvement2 entran par elles1 mon esprit ne voyait partout qu'vidence et facilit2 il se sentait tout pntr du dogme catholique et comme confondu avec lui4--,j'oubliais1 cependant1 la secrte entrave qu'oppose mon cur l'achvement de cette persuasion4 ,non pas une objection1 non pas un embarras de ma raison1 non pas un doute2 mais l'impossibilit de souhaiter tre diffrent4 ,le catholicisme montre pour nos fautes une indulgence presque illimite2 il accompagne les plus grands pcheurs dans leur indignit4 ,mais il y a une chose qu'il exige de nous et laquelle il lui est impossible de renoncer3 il veut que nous prfrions nos bonnes actions nos mauvaises1 que nous dsirions la victoire en nous de ce que nous avons de meilleur2 il lui faut ce dsir1 si faible1 si humble1 si touff1 si intermittent soit-il2 tant pis s'il est inefficace4 ,il faut qu'il soit l4 ,or je ne peux pas l'prouver2 je ne peux pas souhaiter tre diffrent4 ,pour chaque sentiment qui parat en mon me1 trop d'tonnement1 trop d'attention1 trop de dlice s'empare de moi4 ,je ne pense pas sa qualit1 ce qu'il vaut4 ,il ne saurait tre inopportun4 ,le voici3 il entre en moi2 cela suffit4 ,et pourquoi chercherais-je l'incliner1 l'appuyer vers la droite ou vers la gauche8 ,je n'ai souci que de le connatre4 ,avec une impatience ravie1 je l'attends1 je l'interroge1 je l'coute4 ,cette mauvaise humeur qui me prend1 j'en sais le motif ridicule3 une petite rflexion la dissiperait l'instant4 ,mais justement c'est cette petite rflexion qui est l'obstacle insurmontable2 je la vois comme travers le brouillard2 mais je ne puis la faire2 j'en suis spar bien plus profondment que par un abme4 ,je suis avec ma mauvaise humeur2 je n'ai plus ide qu' la voir durer2 je veux savoir ce qu'elle va faire2 j'y assiste comme un vnement de la rue4 ,je joue tous les actes qu'elle m'inspire1 et non sans sincrit2 mais c'est surtout pour ne pas l'arrter1 pour la laisser se dvelopper tout entire1 pour lui permettre de dire sur son compte et sur le mien tout ce qu'elle a dire4 ,peut-tre dj je me repens1 et avant mme de les avoir prononcs1 des mchants mots qu'elle me dicte2 j'ai piti1 je voudrais demander pardon2 mais je n'arrive pas dsirer que cela finisse4 ,chacun de mes sentiments a son indpendance1 ses droits contre tous les autres et contre moi-mme4 ,il est un tre vivant1 avec une masse1 une rsistance1 une inertie4 ,une fois qu'il est n1 il faut attendre qu'il meure1 il lui faut un certain temps pour disparatre2 je ne le supprimerai pas4 ,son dplacement en moi1 son volume6 ,comme une herbe qui pousse rejette dlicatement les petites mottes de terre de chaque ct d'elle1 il carte les autres sentiments au milieu desquels il est apparu2 il veut vivre2 il faut que je lui cde2 par sa seule existence il est matre de moi4 ,o pleines journes passes sur une rancune1 la voir germer1 fleurir1 pier6 ,elle commence le matin2 et tout le jour elle monte1 elle crot1 comme la mare1 de partout2 elle a ses retours et ses accidents1 toutes les vicissitudes d'une chose qui se passe2 je suis port sur elle1 et1 comme un marin dans sa barque la drive1 je ne pense plus qu' considrer les formations des vagues autour de moi4 ,lourde mais voluptueuse navigation4 ,il faudrait pourtant penser me gouverner un peu4 ,ou1 si je m'abandonne ce flot1 du moins il faudrait souhaiter d'y chapper bientt4 ,mais comment8 ,dites-le-moi4 ,comment s'y prendre pour en avoir assez8 ,je ne sais par o aborder ce reniement de moi-mme4 ,une seule pense en moi3 que va-t-il se produire encore8 ,comment a va-t-il finir8 99 99 99 99 99 ,c'est la passion de la connaissance qui m'anime1 la seule qui soit vraiment impie4 ,la science n'est dangereuse pour la religion que lorsqu'elle est la science de soi4 ,l'esprit de science3 ce souffle sans amour1 ce conseil brlant3 ,apprends de toi tout ce qu'on en peut savoir6 ,de chaque jour qui se lve j'attends1 non pas qu'il me rapproche de la perfection1 mais qu'il me rvle de moi quelque chose de nouveau4 ,eh6 je ne lui demande pas de me rendre meilleur2 mais qu'il me dise un peu mieux qu'hier ce que je suis1 qu'il me mette plus troitement en possession de mon me4 ,je qute de lui non pas un progrs1 mais un renseignement4 ,je ne cherche pas faonner avec moi-mme un tre idal et qui plaise ,dieu4 ,simplement savoir le vrai sur mon compte1 savoir bien au juste qui est-ce que moi4 ,je suis en face de moi-mme comme de quelqu'un avec qui l'on se trouve en voiture et dont on pie les moindres gestes pour dmler l'me qui les commande3 on le force pas pas1 avec sourire1 avec patience et impatience1 avec mchancet3 ,il y a ceci encore que je ne vois pas bien2 mais il faudra bien que tu y viennes6 ,et tout coup1 sans le savoir1 il se livre2 par quelque petite parole insignifiante1 sans le savoir1 il quitte son secret devant vous3 ,c'tait donc a6 ,vous voil satisfait avec lui4 ,c'est tout ce que vous lui demandiez4--,je suis une chose pour moi1 dont il faut que je m'empare par l'esprit4 ,je suis un objet d'exprience3 l'exprience1 le ttonnement de la main qui palpe et s'informe1 le toucher sagace1 l'enqute impitoyable1 les doigts durs1 noueux et froids du praticien4 ,je n'ai pas assez pour moi de cet amour que ,dieu a pour sa crature4 ,je manque pour moi-mme de charit4 ,je ne suis pas pour moi cet tre baptis1 cette chre me en preuve ici-bas et qui d'abord doit tre sauve4 ,ah6 je prie ,dieu chaque jour qu'il me donne la vie ternelle1 mais je ne sais pas m'aimer comme un tre promis cette formidable dignit4 ,je ne sais pas m'y prparer1 la mriter4 ,ma passion est de ne rien toucher en moi4 ,non pas par sot contentement de moi-mme3 je ne me trouve pas parfait1 je vois tout ce qu'on pourrait reprendre et redresser en mon me2 il ne s'agit pas non plus d'une complaisance esthtique2 je ne pense pas que mes dfauts soient aussi prcieux que mes qualits1 aussi utiles qu'elles mon harmonie intrieure2 je me moque de la beaut2 elle n'a rien faire ici o mon me est en jeu4--,mais je suis en proie l'admiration1 l'admiration toute pure et telle que l'entendait ,descartes1 c'est--dire l'tonnement4 ,cette passion est de toutes la plus terrible1 parce qu'elle les prcde toutes4 ,aucune autre ne peut la compenser1 la rattraper1 parce qu'elle n'en laisse se produire aucune autre4 ,son vice n'est pas de me faire revenir sur moi-mme2 elle n'est pas la rflexion du dilettante1 le regard en arrire qui s'attarde et s'amuse2 elle est une pense trop courte1 un plaisir qui me saisit trop tt4 ,et comment lutter l-contre1 comment vouloir l-contre8 ,je n'entreprends rien que comme suite d'un dsir4 ,et tout dsir est le pressentiment d'un plaisir4 ,mais que faire si je trouve le plaisir d'abord1 s'il me suffit d'tre pour le goter1 si tous les mouvements de mon cur1 dans le mme temps qu'ils paraissent1 me donnent joie8 ,je suis pris d'abord1 je suis emml si troitement avec la joie que je ne peux plus bouger4 ,comme l'homme qui a quelque besogne finir y pense en rve1 mais il sent que tout ce qu'il pourrait faire l'approcherait bien moins srement du bonheur que la continuation des mirages qu'il contemple1 de mme o prendrais-je du courage pour quitter et dpasser les dlices qui m'empchent8 ,je lve les mains pour prier4 ,mais quoi6 la source de ce geste et jaillissant avec lui d'un mme jet1 je trouve un merveillement qui me suffit4 ,l est le plus dangereux ennemi de la foi4 ,il est difficile voir1 tant il est simple et d'aspect bnin2 mais il n'en est que plus redoutable4 ,sa force vient de ce qu'il n'est pas dans le mme plan1 ni de mme nature que ce qu'il combat4 ,s'il tait un mouvement de l'esprit1 il ne prvaudrait point contre le grand mouvement de l'esprit qui m'emporte vers la croyance2 il aurait beau se heurter lui3 il ne l'arrterait pas4 ,mais un plaisir6 ,cela est ailleurs en moi1 bien loin de l'intelligence1 dans une basse retraite impntrable4 ,un plaisir n'a pas besoin de s'expliquer2 comme il ne propose aucune objection1 on ne peut pas le rfuter4 ,il est immobile3 et c'est l sa toute-puissance2 il trane1 il est lourd1 il retarde comme un filet2 il est une sorte de lenteur sous-marine1 pareille au sable invisible qui retient le vol des voiles4 ,pourtant me serais-je aperu de cette entrave s'il n'y avait en moi quelque chose d'entrav par elle1 quelque timide vellit qu'elle gne8 ,non seulement mon esprit1 en effet1 mais aussi faiblement mon cur tendent vers la foi4 ,o frle et trange dsir qui en moi n'est pas de moi6 ,sur toute mon me1 et quoi qu'elle puisse mditer ou tenter1 lgrement plane une sorte de souhait thorique1 la volont abstraite de devenir diffrent4 ,non1 ce n'est pas moi qui forme un tel vu4 ,et quel vu formerais-je contre mon plaisir8 ,il semble que quelqu'un prenne l'initiative de ce dsir1 le mette en moi et patiemment attende que j'arrive le ressentir4 ,je reconnais qu'il n'est pas mien ce qu'il ne change jamais4 ,je l'oublie1 mais je le retrouve ensuite pareil4 ,rien de ce qui m'arrive1 en le secouant1 ne russit le transformer4 ,ni il ne crot1 ni il ne diminue avec mes autres sentiments4 ,il n'est pas nourri de la substance de mon me4 ,mais il s'obstine1 il dure sur moi2 peut-tre mme--je ne sais pas encore--augmente-t-il imperceptiblement1 avec une rgularit infinitsimale1 comme ces mouvements cosmiques1 qui ont si bien le temps4 ,est-ce la grce8 ,,fin ,,table ,,de ,,la ,,sinc,,rit ,,envers ,,soi-,m,,me #e ,,de ,,la ,,foi ,i4 loge de la foi #bi ,,ii4 ,des raisons de croire #ch ,,iii4 ,de la difficult de croire #if ,,ce ,,cahier1 ,,le ,,sixi,,me ,,de ,,la ,,premi,,re ,s,,rie1 ,a ,t ,,achev ,d',,imprimer ,,le #ae ,,juin #aibe1 ,,par ,,protat ,,fr,,res1 ,a ,,macon4 ,,outre ,,les #aejj ,,exemplaires ,,mis ,,dans ,,le ,,commerce1 ,,il ,a ,t ,,tir ,,cxvi ,,exemplaires1 ,,dont ,x ,,sur ,,verg ,d',,arches1 ,,vi ,,sur ,,papier ,,de ,,madagascar ,,et ,c ,,sur ,v,,lin ,d',,alfa1 ,,num,,rot,s ,,de ,i ,a ,,cxvi1 ,,et ,,dits ,,de ,,presse4 ,,ont ,d,,ja ,,paru ,,dans ,,cette ,,premi,,re ,s,,rie3 ,d,,lib,,rations1 ,,par ,,georges ,,duhamel4--,,la ,,table ,,qui ,,parle1 ,,par ,,st,,phane ,,lauzanne4--,,rasme ,,et ,l',,italie1 ,,par ,,pierre ,,de ,,nolhac4--,,les ,,plaisirs ,d',,hier1 ,,par ,,jean-,,louis ,,vaudoyer4--,,de ,l',,espagne1 ,,par ,,claude ,,tillier4