,,adolphe ,,rett ,,sous ,l',,toile ,,du ,,matin ,stella ,matutina ,ora pro nobis4 ,,paris ,,librairie ,l,,on ,,vanier1 ,,diteur ,a4 ,,messein ,succr #ai1 ,,quai ,,saint-,,michel1 #ai #aiaj ,,du ,m,,me ,,auteur ,a ,,la ,m,,me ,,librairie ,du ,diable ,dieu1 histoire d'une conversion1 prface de ,franois ,coppe1 #cj;e dit4 #c fr4 #ej ,le ,rgne de la ,bte1 roman catholique1 #aa;e dit4 #c fr4 #ej ,un ,sjour ,lourdes1 journal d'un plerinage pied4--,impressions d'un brancardier1 #af;e dit4 #c fr4 #ej ,les ,objections aux ,miracles de ,lourdes1 brochure #j fr4 #ae ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage3 #g exemplaires sur papier de ,hollande1 numrots de #a #g4 ,,au ,r,v,,rendissime ,p,,re ,,abb ,,de ,,saint ,,martin ,,de ,,ligug ,,dom ,l,,opold ,,gauguin ,,en ,,exil ,hommage filial4 ,a4 ,r4 ,,pr,,ambule ,i ,c'tait un gros village dont la rue principale montait vers un plateau aride o vgtaient quelques sapins maigres et o s'levait une croix4 ,certaines maisons offraient des faades en torchis jauntre1 des vitres ternes et fendilles1 des toits roux et cabosss comme de vieux chapeaux4 ,dans leurs cours1 force dtritus et des tas de fumier que des poules picoraient en jacassant4 ,d'autres1 c'taient des villas blanches1 coiffes de tuiles d'un ton aussi vif que celui des ptales de coquelicots4 ,des jardins les entouraient1 avec des pelouses o pas un brin d'herbe ne se serait permis de dpasser son voisin1 avec des massifs de rosiers et de graniums1 avec des alles de sable que grattait un rteau quotidien et mticuleux4 ,il faisait jour depuis une heure environ4 ,le soleil de septembre avait peine glisser quelques rayons travers les nuages chargs de pluie qui encombraient le ciel4 ,les fumes1 au lieu de tirebouchonner gament et de s'envoler vers le znith1 roulaient1 lentes et lourdes1 au ras des toitures4 ,les alouettes1 silencieuses1 restaient blotties dans les sillons4 ,un vent mou soufflait par bouffes ingales qui ployaient peine les cimes inquites des peupliers4 ,des paysans1 sur le seuil de leurs masures1 inspectaient l'air gris1 la main en auvent au-dessus des yeux1 flairaient l'odeur fade de la terre1 puis rentraient en hochant la tte et en grognant3--,nous aurons de l'eau4 ,des femmes mal rveilles1 la tignasse en broussaille1 les savates tranantes1 vaquaient machinalement aux soins du mnage1 de la basse-cour et de la porcherie4 ,elles s'arrtaient parfois1 en des postures objurgatrices1 pour menacer de chtiments prompts des enfants qui se prparaient l'cole en se jetant des pluchures et en changeant des coups de cartables4 ,les villas1 tous volets clos1 dormaient encore4 ,a scruter leur mutisme pesant1 on devinait qu'elles reclaient des bourgeois grassouillets1 retirs la campagne1 aprs fortune faite1 et dont la premire pense1 au rveil1 se formulerait ainsi3--,que mangerons-nous aujourd'hui8 ,ensuite les hommes tueraient la journe avec le plus de lenteur qu'ils pourraient4 ,cependant que leurs pouses perscuteraient des servantes sournoisement rvoltes1 ils caresseraient les penses massives qui s'brouent dans les cervelles rentires comme des hippopotames dans un marcage4 ,ils rumineraient le chocolat onctueux et les brioches tides englouties au saut du lit4 ,ils combineraient des plats rares pour le dner et le souper4 ,ils fumeraient de vagues pipes4 ,ils se remmoreraient les plus fructueux de leurs inventaires4 ,puis1 l',angelus du soir sonn1 ils feraient de nouveau gmir les sommiers sous leur embonpoint flasque4 ,la panse distendue par un vaste amas de victuailles1 les paupires battantes1 ils murmureraient en guise d'action de grces3--,comme nous avons bien mang aujourd'hui6444 ,puis ils tomberaient dans le gouffre au sommeil et rveraient d'andouilles juteuses et de venaisons pourries point4 ,et le dmon gros ventre1 au nez en vitelotte1 qui prside aux digestions bourgeoises carterait d'eux1 pour le lendemain1 toute ide qui ne serait pas propre s'enclore dans une marmite1 tout songe qui ne parlerait pas d'entremets et de charcuterie4 ,enfin1 il lubrifierait leur me d'une graisse racle dans les arrire-cuisine de l'enfer444 ,les rentiers ronflaient4 ,les paysans maugraient cause de la pluie imminente4 ,le dernier coup de la messe tintait dans le clocher de la petite glise ruineuse et moussue qui occupait un coin d'une place en triangle plante d'ormeaux chtifs4 ,mais personne ne semblait entendre cet appel4 ,seul1 un boucher1 au tablier sanglant1 se pencha sur son tal et guigna1 d'un il moqueur1 le cur qui1 aprs avoir sonn lui-mme1 s'attardait sous le porche4 ,il attendait1 comme s'il ne savait pas1 depuis bien des annes1 qu'aucun de ses paroissiens ne se soucierait de s'unir au ,saint-,sacrifice4 ,il finit par rentrer1 en soupirant1 dans l'glise4 ,quand sa soutane lime eut disparu1 l'homme des viandes1 qui se glorifiait du titre de libre-penseur1 ricana et lana un long jet de salive sur le pav en disant3 --,enfonc le ratichon6 ,son premier garon1 qui empilait de la rjouissance dans un coin de la boutique1 se hta d'approuver et corrobora l'allgresse de l'ami des lumires par cette phrase3 --,des mangeurs de ,bon ,dieu1 n'en faut plus4 ,cet aphorisme1 c'est tout ce qu'il avait retenu des enseignements du moraliste obligatoire et laque qui avait form son enfance4 ,le ciel se faisait plus triste et plus sombre au-dessus de la campagne4 ,le vent se taisait4 ,le soleil1 cach par un opaque cran de nuages1 renonait baigner de son or fluide les peupliers immobiles4 ,un calme sinistre rgnait sur les choses4 ,c'est peine si1 dans un vague lointain1 un coq enrou parvint chanter trois fois4 ,ce village avait l'air d'une cit des morts4 ,a ce moment je vis poindre1 au bas de la rue en pente1 un homme qui traversait le pont jet sur une mince rivire1 courant faible1 dont les eaux mates coulaient entre des berges pleines d'orties et de caillasses4 ,l'homme marchait lentement1 non1 semblait-il1 par lassitude1 mais parce qu'une mditation profonde l'absorbait tout entier4 ,il portait une sorte de longue robe brune1 assez pareille celle des capucins2 une courroie lui serrait les reins2 une corde en bandoulire soutenait une besace son flanc gauche4 ,il avait la tte nue4 ,comme il la tenait incline et qu'une profusion de cheveux fauves retombait sur sa figure encadre d'une barbe de mme nuance1 je ne pus distinguer ses traits ni saisir son regard4 ,il fit quelques pas sur les rocailles pointues qui bosselaient la chausse4 ,je remarquai alors que ses pieds taient nus et laissaient derrire lui des traces de sang4 ,qui cela pouvait-il tre8 ,pas un trimardeur1 coup sr1 car on distinguait dans sa dmarche je ne sais quelle majest qui imposait le respect4 ,peut-tre un moine mendiant8444 ,ce qu'il y a de certain c'est qu' le considrer1 on se sentait peu peu envahi d'un sentiment o il entrait de la crainte et une grande douceur4 ,ds qu'il fut prs de moi1 une intention soudaine1 o la volont n'avait nulle part1 m'obligea de le suivre quelque distance4 ,une force irrsistible1 qui manait de lui1 m'englobait1 me tirait sur ses pas4 ,j'avais l'intuition que je ne pourrais plus me dtacher de lui4 ,je sentais1 sans me rendre compte comment ni pourquoi1 que1 s'il le voulait1 j'irais aprs lui jusqu'au bout du monde4 ,j'avais envie de pleurer1 de tomber genoux1 de prendre sa main et de me la poser sur la tte4 ,mon cur brlait si fort dans ma poitrine qu'il me faisait mal presque crier4 ,et1 en mme temps1 mon me s'emplissait d'une paix immense qui s'talait en moi comme une nappe de lumire4 ,l'homme ne paraissait pas s'apercevoir que je le suivais4 ,arriv devant la premire maison1 il heurta la porte d'un coup discret4 ,puis il ramena sa besace devant lui1 y plongea la main et attendit4 ,une maritorne1 d'aspect revche1 vint ouvrir4 ,elle examina le solliciteur d'un air souponneux puis fit aussitt le geste de refermer en criant d'une voix glapissante3 --,encore un galvaudeux6444 ,nous n'avons rien pour vous4 ,mais l'homme avait retir sa main de la besace4 ,je me penchai et je vis qu'il tenait une hostie4 ,il l'offrit la femme tonne et dit3 --,je te donne ma chair et mon sang2 donne-moi ton cur en change4 ,cette voix6 ,elle voquait le chant des hautes cimes forestires1 en avril1 lorsque la sve montante fait frmir d'amour les jeunes pousses1 lorsque la plainte des rossignols se mle l'oraison chuchote des feuilles nouvelles4 ,il s'y ajoutait une vertu suave et imprieuse la fois que nulle intonation sortie d'une bouche humaine ne saurait imiter4 ,la femme1 droute1 recula d'abord devant l'hostie4 ,se reprenant bientt1 elle gronda3 --,c'est un toqu6 ,quelle expression de haine sauvage lui parcourut alors toute la face6 ,une lueur couleur de soufre lui jaillit des prunelles et sa mchoire s'avana comme pour mordre4 ,j'eus l'avertissement en moi qu'un diable s'agitait dans les caves regorgeantes de pchs de son me et1 machinalement1 je fis le signe de la croix4 --,voil pour toi et ton hostie1 brailla enfin la mgre4 ,elle cracha la figure de l'trange solliciteur1 puis referma la porte avec une telle violence que les vitres de la faade grelottrent dans leurs chssis4 ,l'homme soupira profondment4 ,puis sans s'essuyer ni prononcer une parole1 il gagna la maison voisine444 ,il n'est pas une seule demeure du village o il ne frappa4 ,partout1 absolument partout1 l'accueil fut le mme4 ,tantt1 c'tait un tcheron qui venait ouvrir et qui1 ds la phrase mystrieuse entendue1 clatait en injures atroces2 tantt quelque malpropre furie1 dont le rire insultant grinait comme les gonds d'une porte de la ,ghenne2 tantt un enfant dont le visage se tordait tout de suite en grimaces dmoniaques4 ,tous1 comme lis par un pacte1 crachrent sur l'hostie et sur l'homme dont la face fut compltement souille4 ,le boucher lui lana un os pointu qui lui fit une blessure au front4 ,a la grille d'une des villas1 une servante1 qui sortait une bote ordures1 la vida sur lui4 ,j'aurais voulu m'lancer1 rprimer tant d'outrages4 ,mais un ordre tacite1 man de l'homme1 me retenait4 ,je demeurai passif1 dans l'pouvante cause de cette flamme de soufre que je discernais dans le regard de tous ces malheureux4 ,arriv sur la place de l'glise1 l'homme se tourna vers le portail4 ,immobile1 les mains tendues1 il pronona les mots trois fois saints3 ,hoc est enim corpus meum4 ,et il leva lentement l'hostie1 comme fait le prtre au moment dcisif de la conscration4 ,alors1 il se passa une chose inoue4 ,la muraille disparut pour moi3 je dcouvris l'intrieur de l'glise4 ,je vis le desservant s'agenouiller1 aprs avoir rpt la mme phrase que je venais d'entendre4 ,a cette seconde prcise1 l'hostie s'chappa des mains de l'homme qui la tenait toujours leve4 ,elle se transforma en un disque fulgurant d'o s'irradiaient des clarts d'une blancheur blouissante2 elle s'envola dans la nef en traant un sillon d'clair et vint se poser sur l'autel1 devant le calice4 ,aussitt j'entendis s'enfler les sons d'un orgue sraphique et1 dans les hauteurs1 des voix d'anges psalmodirent3 ,alleluia4 ,ce verbe de joie fut articul plaintivement car1 ce jour-l1 tout tait triste1 mme les anges4 ,mais moi1 l'amour bondit dans mon cur comme un poulain qu'on lche travers un pr4 ,ce que je n'avais fait que pressentir1 depuis que j'accompagnais l',homme1 devint une certitude foudroyante4 ,je reconnus mon bon ,matre4 ,les yeux dbordants de larmes heureuses1 je me prosternai devant ,lui1 je baisai ses pieds sanglants1 puis je m'criai3 --,seigneur1 ,seigneur1 recueille-moi1 prends avec toi le pauvre caillou bris des routes de l',esprit qui ne demande qu' mourir pour ta gloire4 ,il me regarda4 ,comment trouver des syllabes pour rendre la splendeur de la ,sainte ,face8 ,comment dcrire l'infinie1 la mlancolique bont qui s'y rvlait8 ,tout y chouerait car que sont les coassements de notre nature pcheresse pour exprimer ce qu'elle prouve1 quand la ,vrit absolue daigne se manifester elle8 ,le bon ,matre garda ses yeux1 d'un bleu nocturne1 fixs pendant quelque temps sur moi1 sans rien dire4 ,ils pntraient jusqu'aux replis les plus cachs de mon tre4 ,je perus que rien de mes sentiments ni de mes ides ne lui chappait et j'eus honte de ne pouvoir lui offrir qu'un terrain si ingrat1 si encombr d'une broussaille de pchs pour qu'il y rpandt la semence de sa charit4 ,mais ,il vit ma bonne volont car1 me montrant d'abord le plateau qui dominait le village1 et que surmontait la croix toute nue1 il pronona ces paroles3 --,si quelqu'un veut venir aprs moi1 qu'il se renonce lui-mme1 qu'il porte sa croix et qu'il me suive4 --,je le veux1 avec votre ,grce1 m'criai-je4 ,et alors1 une invisible croix s'appliqua1 lourd fardeau1 sur mes paules4 ,je sus qu'elle tait faite de mon noir pass et des douleurs de tous ceux que j'avais gars1 outrags ou mconnus4 ,je sus aussi que j'allais beaucoup souffrir et je me rjouis d'endurer ces maux pour l'amour de ,notre-,seigneur4 ,il reprit sa marche lente vers le haut du pays4 ,docile comme un bon chien qui trottine humblement derrire le matre qui le nourrit1 j'allais aprs lui et je posais mes pieds partout o les siens avaient pos4 ,un rassemblement s'tait form4 ,aucun des gens du village ne s'tait aperu du miracle de l'hostie1 une taie pitoyable bouchant les prunelles de leur me4 ,ce qui les runissait ainsi c'tait une curiosit malveillante4 ,ce mendiant1 qui offrait du pain et qui demandait les curs en retour1 les stupfiait coup sr2 mais surtout le monceau de pchs qui croupissait en eux leur envoyait au cerveau des vapeurs meurtrires4 ,ils auraient voulu bafouer davantage ,notre-,seigneur1 le frapper1 le torturer4 ,ils s'excitaient entre eux par des plaisanteries fangeuses4 ,des femmes aux graisses ballottantes raillaient sa maigreur4 ,des enfants1 approuvs par leurs pres1 ramassaient du crottin pour le lui jeter4 ,un propritaire1--lev plus tt que les autres1--le considrait de cet air de rpugnance mprisante qui dsigne les riches sans ,dieu quand le ,pauvre les effleure4 ,il se plaignait hautement qu'on laisst circuler ce vagabond et parlait d'en crire la prfecture4 ,le garde-champtre1 stimul par cette vocation des puissances1 mchait1 dans sa moustache en chiendent1 des menaces de procs-verbal4 ,le boucher hurlait son envie de lcher son bouledogue aux trousses de l'intrus4 ,ah6 ,seigneur1 vous les aviez reconnus3 c'taient les fils de ceux qui1 sur les routes de ,galile1 vous refusaient une pierre pour reposer votre tte4 ,une fois de plus1 flambait ce feu de haine que le ,prince de ce monde allume chez ses esclaves4 ,voyant que nous nous loignions quelqu'un cria3 --,bon voyage1 guenilleux1 et surtout ne reviens plus nous embter avec ton sale pain curs4 ,tous approuvrent parmi des rires de drision4--,notre-,seigneur se retourna4 ,une piti divine illumina sa face couverte de crachats gluants4 ,en silence1 la main haute1 il traa1 sur la foule horrible1 le signe de la croix4 ,a ce geste1 tous chancelrent1 comme si une vole de mitraille les avait atteints4 ,les figures plirent1 devinrent verdtres1 les dents claqurent1 les doigts se tordirent comme pour griffer4 ,puis--comment cela se fit-il8--des ttes de morts aux orbites remplis de flammes sombres s'entassrent devant moi4 ,aussitt aprs1 il n'y eut plus qu'un visqueux brouillard1 couleur de boue1 qui1 dvalant la pente1 alla se perdre dans la rivire444 ,mon bon ,matre me fit signe de le suivre et nous reprmes l'escalade4 ,un sentier1 peine marqu parmi les bruyres fltries et les gents secs qui revtaient la colline d'une toison minable1 conduisait au sommet4 ,le ciel s'obscurcissait de plus en plus4 ,des tnbres s'appesantissaient sur la terre1 pareilles au drap d'un catafalque4 ,toute la nature se tenait immobile1 comme dans la stupeur4 ,nous atteignmes le plateau4 ,quelques rochers aux formes monstrueuses1 rappelant celles des btes antdiluviennes1 le parsemaient4 ,une mousse jauntre1 semblable une lpre1 y avait mis ses plaques4 ,au centre1 la croix se dressait1 solitaire1 forme de deux troncs de pins mal quarris1 hrisss d'chardes et de nuds et que fixaient des chevilles grossires4 ,notre-,seigneur s'arrta contre l'instrument de son supplice4 ,il posa la besace terre2 elle s'ouvrit1 et un flot d'hosties ddaignes s'en chappa qui brillaient1 dans le sable1 comme des toiles4 ,puis il enleva sa robe et je vis son corps adorable1 ceint du cripagne1 tout zbr des blessures de la flagellation4 ,soudain1 sans que je pusse comprendre comment cela s'tait produit1 ,jsus fut en croix1 les bras tendus1 la couronne d'pines au front4 ,des marteaux invisibles retentirent coups prcipits2 des clous s'enfoncrent dans les pieds et dans les mains2 une plaie ouvrit ses lvres au ct droit4 ,le sang jaillit1 raya le corps de ruisseaux rouges et forma une mare lugubre qui s'largissait sur le sol pierreux4 ,ensuite1 je vis une femme qui se tenait assise1 la figure dans les paumes1 tout prs de la croix4 ,elle tait vtue de bleu sombre1 un voile blanc descendait sur ses paules4 ,je l'entendais sangloter si violemment qu'on et dit que sa poitrine allait se rompre4 ,je sus que c'tait la ,sainte-,vierge et je sus aussi qu'elle pleurait sur le monde de blasphmes et d'iniquits qui se tenait1 bant1 autour de la colline4 ,enfin--mystre de douleur et de charit--je dcouvris que ses mains1 ses pieds1 son cur taient percs comme ceux de son ,fils et mlaient son sang au sang rdempteur qui pleuvait de la croix4 ,a ce spectacle1 des tenailles me broyrent l'me4 ,je tombai la face terre et je versai de lourdes larmes1 car je compris qu'une fois de plus1 mes pchs et ceux de tous les hommes causaient le supplice de ,notre-,seigneur et celui de ,sa ,mre4 ,quand je me relevai pour puiser un surcrot de souffrance dans la vue des plaies de ,jsus1 j'assistai quelque chose de si terrible que je tremble en le dcrivant4 ,sous le ciel1 semblable une coupole d'bne1 il rgnait maintenant une sorte de clart livide qui donnait aux objets une apparence cadavreuse4 ,je dcouvris ensuite que les quatre horizons avaient recul jusqu' l'infini4 ,des multitudes s'tageaient1 au bas de la colline1 rigides1 la face tourne vers ,notre-,seigneur douloureux4 ,je sus qu'il y avait l toute l'humanit4 ,la plupart le regardait d'un air de ddain4 ,d'autres offraient une mine de dfi triomphant et d'orgueil4 ,d'autres ne prsentaient qu'une expression d'indiffrence stupide4 ,j'entrai dans ces mes et je vis que chacune tait habite par un dmon qui travaillait avec zle l'infecter4 ,elles me furent montres comme des enclos fivreux1 peupls de btes immondes et de plantes vnneuses4 ,il s'y tranait des limaces et des crapauds1 des larves excrmentielles et des vers d'gout4 ,les mouches mtalliques qui naissent de la corruption y voltigeaient sur des jusquiames et des aconits1 dans une atmosphre de miasmes dgageant une puanteur suffoquante4 ,des catholiques clairsemaient cette foule4 ,quelques-uns1 qui avaient reu l'hostie1 par amour1 portaient1 entre les sourcils1 une petite croix de lumire4 ,mais beaucoup de baptiss ne montraient pas ce signe et dormaient1 accroupis1 comme dormirent les disciples au ,jardin des ,olives4 ,par contre1 certains se dmenaient1 babillaient de ftes et de fanfreluches1 cherchaient tous les moyens d'oublier le ,dieu qui1 en ce moment mme1 souffrait d'pouvantables douleurs pour qu'ils l'aimassent4 ,parce que ceux-l ne voulaient pas recevoir l'hostie1 ils portaient1 comme les ennemis de ,jsus1 la marque du ,diable imprime sur leurs lvres4 ,je me sentis alors pntr de honte et de repentir4 ,je me rappelai toutes les occasions o1 aprs avoir demand1 d'un murmure machinal1 mon pain quotidien1 je m'tais abstenu de m'agenouiller devant la ,table unique1 pour en recevoir l'aumne4 ,cela par paresse1 par ngligence1 par tideur de foi4 ,un tel regret de mon dfaut d'amour me corroda le cur qu'il me sembla que1 ds ce moment1 je subissais les justes peines du ,purgatoire444 ,or1 ,notre-,seigneur saignait1 saignait de plus en plus fort1 et le cur de la ,sainte-,vierge laissait s'chapper des torrents vermeils4 ,tout ce sang se rpandit sur l'univers4--,bientt il n'y eut plus qu'un ocan rouge dont les vagues dferlaient1 submergeaient ceux qui n'avaient pas voulu du pain de vie1 se changeaient en tuniques glorieuses sur le corps de ceux qui l'avaient reu1 chaque aurore1 comme la nourriture essentielle de leur me4 ,une dernire fois1 les yeux mlancoliques de ,notre-,seigneur se fixrent sur moi et j'entendis chanter dans mon cur les paroles qu'il m'adressa3 --,mon petit enfant1 il faut m'aimer4 ,que de fois tu te plaignis de ne pas m'aimer suffisamment6 ,pour obtenir ce grand amour dont tu as soif1 pour ne plus frapper sur les clous qui me crucifient1 pour ne plus enfoncer de couteaux dans le cur de ma ,mre1 garde-toi sans souillures1 digne de recevoir1 tous les jours1 ma chair et mon sang4 ,alors1 nourri de ce pain quotidien1 tu mriteras de rappeler tes frres oublieux ou endurcis qu'il faut que ,je vive en eux pour qu'ils vivent en ,moi444 ,tout disparut comme si un rideau tombait d'un seul coup4 ,je me rveillai en sursaut et mes regards se portrent vers la fentre ouverte sur la nuit d't4 ,un trs faible petit jour grandissait l'orient4 ,le vent frais de l'aube faisait bruire doucement le feuillage des bouleaux plants devant la maison4 ,l'toile du matin scintillait1 comme un pur diamant1 dans le ciel ple4 ,tout plein du rve que je venais de faire1 j'levai mes mains vers ce limpide symbole de ,celle qui eut toujours pour moi des sourires indulgents et je m'criai3 ,stella matutina1 ora pro nobis6444 ,,ii ,oui1 c'tait un rve--mais quel rve6 ,et comme je le reconnus tout de suite pour tre de ceux que ,notre-,seigneur nous envoie1 quelquefois1 dans le but de nous instruire1 de nous mettre en garde contre un pril ou de nous faire progresser vers son ,absolu6 ,le sommeil constitue l'une des fonctions les plus mystrieuses de notre existence o tout est mystre4 ,dj1 dans la veille1 pourvu que nous nous maintenions en tat de grce1 nous percevons trs vite que le monde qui nous entoure n'est pas la vraie ralit4 ,nos sens infirmes nous y trompent sans cesse4 ,errant dans les coulisses du thtre de ,dieu1 nous ne voyons que l'envers du dcor plant par ce sublime machiniste4 ,dans l'autre existence seulement1 il nous sera donn d'en voir l'endroit4 ,tout au plus1 pendant les rares minutes o ,jsus daigne clairer notre me1 par l'oraison1 nous dcouvrons que tous les aspects de la nature sont les symboles d'une ralit suprieure et que ces images1 dformes pour nous depuis la ,chute1 ne peuvent nous fournir qu'une reprsentation affaiblie de la face surnaturelle de l',univers4 ,nanmoins1 dans le sommeil1 il arrive que cette notion se prcise4 ,quand notre corps se repose1 laissant enfin notre me un peu tranquille1 nos sentiments et nos ides prennent1 parfois1 une intensit tout fait trange et se concrtent en tableaux d'une signification redoutable ou consolante4 ,il est vrai que1 souvent1 cette vie nocturne de l'me s'active pour des causes purement physiques4 ,surgissent alors des reprsentations baroques et fugitives4 ,l'imagination1 que ne contrle plus la volont1 s'enfivre et engendre des figures incohrentes qui se succdent et s'effacent comme les bouffes de tabac qu'essuffle un fumeur de cigarettes4 ,dans ce cas1 il est croire que le cerveau digre mal1 pour ainsi dire1 les impressions reues dans la journe4 ,seule1 la partie infrieure de l'me en est affecte et les rves qu'elle labore proviennent d'une anmie passagre ou d'une congestion momentane des cellules de la matire crbrale4--,ces phantasmes ne laissent au rveil qu'un souvenir confus qui se dissipe rapidement4 ,au contraire1 lorsque le rve prsente un caractre surnaturel1 lorsqu'il nous vient d',en-,haut ou1 par la permission divine1 d',en-,bas1 la mmoire nous en demeure aussi nette que le reflet d'un corps vivement clair dans une glace sans dfaut4 ,nous nous rappelons tout3 ,les choses et les personnages vus1 les paroles entendues1 les moindres dtails de la parabole qui nous fut peinte de la sorte4 ,la ,sainte criture abonde en rcits de songes appartenant cette catgorie3 l'chelle de ,jacob1 pour ne citer qu'un des plus clbres exemples4 ,on pourrait en rapporter galement d'origine diabolique4 ,certaines de nos nuits sont hantes par des succubes dont la sinistre beaut nous obsde durant tout le jour suivant4 ,et encore un coup1 qu'ils viennent du ,mauvais ou qu'ils viennent de ,dieu ces songes influencent notre tre moral1 par le souvenir que nous en gardons4 ,a nous d'en tirer les leons qu'ils impliquent444 ,or1 c'tait bien un songe d'ordre surnaturel qui m'tait advenu1 car il me restait prsent comme si les circonstances qu'il retraait avaient encore lieu dans la chambre4 ,c'est pourquoi1 peine eus-je invoqu la ,sainte-,vierge1 ainsi que je viens de le rapporter1 que je dus sortir de mon lit1 m'agenouiller et me mettre en prire4 ,j'avais le cur gros3 l'image de ,notre-,seigneur en croix persistait devant moi1 toute sanglante4 ,des larmes pnibles me glissaient des yeux et je ne pus d'abord rpter que des paroles liturgiques3--,agneau de ,dieu qui effaces les pchs du monde1 pardonne-nous1 ,seigneur444 ,peu peu1 de la consolation me vint par le souvenir du courant de charit que j'avais peru1 au sommet de la colline1 entre le cur meurtri de ,jsus et le cur poignard de la ,sainte-,vierge4 ,ma poitrine se dilata et mes larmes se firent moins amres4 ,rflchissant ce que j'avais vu et ce qui m'avait t dit1 je compris que1 pour panser les plaies de mon bon ,matre1 il me fallait non seulement lui obir par la communion frquente1 mais encore inciter quiconque recevoir souvent le pain suprasubstantiel4 --,mon ,dieu1 m'criai-je1 je dcouvre enfin quel point vous nous aimez4 ,il ne vous suffit pas de vous tre sacrifi pour nos pchs4 ,il ne vous suffit pas d'tre remis en croix tous les jours par nos iniquits4 ,vous voulez encore descendre continuellement dans nos curs arides pour les imbiber de la rose de votre amour4 ,vous savez que nous ne valons rien1 que nous ne pouvons rien sans le secours de votre ,grce et vous voulez nous la prodiguer avec tant d'abondance que nous soyons obligs de collaborer sans cesse l'uvre de la ,rdemption4 ,je vous obirai1 ,seigneur1 et puisque vous m'avez donn une plume pour vous servir1 je l'emploierai faire dsirer votre ,eucharistie par mes frres fidles1 mais attidis1 peut-tre aussi par quelques-uns de ceux qui vous ignorent4 ,faites que ce dessein s'accomplisse votre gloire et je ne veux pas d'autre rcompense4 ,fortifi par cette prire1 je commenai tout de suite mon travail4 ,la ,sainte ,vierge m'aidait car1 depuis cette heure inoubliable1 je fus mis mme d'excuter mon vu sans que rien de grave s'y oppost4 ,,iii ,ce livre a donc pour objet de faire aimer et pratiquer la ,sainte ,communion4 ,avant le rve dcisif dont je viens de retracer les pripties1 je n'en avais qu'une ide confuse et je ne savais trop quelle forme je lui donnerais4 ,le jour qui suivit le songe1 tout s'claira4 ,le plan de l'uvre m'apparut avec nettet2 ses diffrentes parties se rangrent dans mon esprit2 je vis des chapitres entiers s'esquisser en moi4 ,de sorte que1 pendant plusieurs heures1 plein d'une activit joyeuse1 je n'eus qu' fixer sur le papier les ides qui surabondaient dans ma tte4 ,c'tait comme une ligne de fanaux allums1 l'un aprs l'autre1 par mon bon ,ange4 ,dans les pages qu'on va lire1 je reprends les vnements o je les avais laisss1 la fin de du ,diable ,dieu4 ,toutefois1 il ne s'agissait point ici d'crire des mmoires1 mais de montrer comment une me contrite et bien dirige peut progresser dans la vie intrieure1 travers de grandes luttes et de grandes peines2 comment elle acquiert1 peu peu1 le dsir puis le besoin de la communion frquente2 comment elle reoit1 enfin1 en rcompense de ses efforts1 ce dvorant amour de ,dieu sans lequel la religion ne serait que formalisme et soumission craintive4 ,c'est pourquoi1 je me suis servi1 non seulement de mes expriences personnelles1 mais des renseignements procurs par quelques-unes des personnes qui les trois volumes qui prcdent celui-ci firent quelque bien4 ,a ce propos1 qu'il me soit permis de remercier chaudement1 cette place1 les belles mes qui1 par leur exemple1 leurs entretiens et les centaines de lettres qu'elles m'crivirent1 et qu'elles m'crivent encore1 m'ont tmoign que j'avais atteint mon but1 savoir3 faire connatre ,dieu davantage1 obtenir1 d'mes qu'on croyait perdues1 l'amour de ,dieu4 ,pauvre lpreux1 tir et nettoy du fumier matrialiste par l'intercession de la ,sainte-,vierge1 je continuerai4 ,je proclamerai1 toujours plus haut1 ma reconnaissance4 ,mon uvre ne cessera d'tre une action de grces constante et un appel tous pour qu'ils acceptent le joug de ,notre-,seigneur1 pour qu'ils se rassemblent sous l'gide de sa ,mre ,immacule4 ,je ne suis qu'un instrument on ne peut plus mdiocre entre les mains de ,dieu1 mais puisqu'il lui a plu de parer mon insuffisance1 j'espre qu'il me donnera encore les moyens de servir efficacement sa ,sainte glise1 en dehors de laquelle il n'y a ni vrit1 ni salut444 'aurait t une prtention saugrenue de ma part que de faire1 dans ce livre1 de la thologie ou de la direction4 ,j'ai fourni simplement1 je le rpte1 des documents de psychologie exprimentale d'aprs mes propres preuves et d'aprs les confidences que j'ai reues4 clairer quelques sentiers de la fort obscure qu'on parcourt pour monter vers ,dieu1 analyser quelques tats de la vie spirituelle1 dmontrer quel point la ,sainte ,eucharistie nous est indispensable pour nous maintenir dans la voie troite--voil ce que j'ai tent4 ,quant au titre3 ,sous l'toile du ,matin1 il place mon livre sous l'invocation de la ,sainte ,vierge4 ,il s'est impos moi ds que j'eus pris la plume1 puisque je dois tout ,marie1 puisqu',elle est la ,mre de la divine ,grce1 faute de quoi je ne serais qu'un fort dgotant individu4 ,protgez donc ce nouveau volume1 comme vous avez fait les autres1 belle toile du ,matin1 qui prcdez le lever du ,soleil de ,justice dans tous les sicles des sicles4 ,laissez votre tendresse descendre sur le front du scribe dbile qui1 dans ses jours d'affliction comme dans ses jours de joie1 vous apporte les fleurs des futaies sauvages o il aime vivre1 afin que vous les enlaciez la couronne d'pines de ,votre ,fils4 ,soutenez-le tout le long de sa route ardue et rappelez-vous qu'il n'est qu'un enfant maladroit qui tomberait chaque pas si vous n'tiez l pour le soutenir et l'encourager4 ,ainsi soit-il4 ,lourdes1 #ah octobre #aiji1 fte de saint ,luc1 vangliste4 ,,premi,,re ,,partie ,,les ,,ronces ,,du ,,chemin ,si quis vult post me venire1 abneget semetipsum1 et tollat crucem suam1 et sequatur me4 v4 selon saint ,mathieu3 ,,xvi1 #bd4 ,i ,,la ,,halte ,aprs les preuves de la conversion1 aprs cette priode dchirante o il avait si longtemps tergivers entre ,dieu qui le sollicitait et le diable qui s'efforait de le retenir1 le pcheur repentant a reu1 pour la premire fois1 la ,sainte ,eucharistie4 ,au contact purificateur de ,jsus1 son me1 nagure crase sous les blocs de boue durcie dont l'opprimaient ses pchs1 se redresse et se dilate4 ,comme le dit si bien ,taine1 il a enfin conscience de possder1 pour l'avenir1 l'organe spirituel1 la grande paire d'ailes indispensable pour soulever l'homme au-dessus de lui-mme4 ,il est le plerin arriv sur un sommet culminant1 au centre d'une fort o les chemins de mousse et les futaies pacifiques alternent avec des routes raboteuses et pleines de fondrires1 avec des taillis hargneux o des herses d'pines barrent le passage1 griffent la figure et les mains de ceux qui les affrontent4 ,tout l'heure1 il faudra descendre4 ,aussi comme il gote1 en tanchant sa sueur1 cette halte sous le sourire du ciel6 tendu dans les fougres1 il contemple l'ocan des cimes moutonner l'infini4 ,le vert bleutre des pins1 le vert ple des bouleaux1 le vert bronz des chnes et des htres se fondent en une vaste harmonie qui repose ses regards et amplifie l'essor de ses actions de grces4 ,le parfum de la rsine monte1 dans l'air immobile1 comme un encens4 ,le soir approche1 pas silencieux1 car le soleil adouci commence d'effleurer les collines occidentales4 ,cette grande hostie d'or rappelle au voyageur l'aliment divin dont il s'est nourri ce jour mme4 ,alors un calme immense et trs suave s'installe en lui4 ,tout ce qui l'environne3 les nues lentes1 les arbres pensifs1 les roches mystrieuses prennent un aspect de recueillement et de joie paisible sous la lumire fraternelle qui les imprgne4 ,il lui semble que le ,bon ,matre ne cesse de reposer dans son cur1 sur un lit qu'embaument les glantines ferventes de l',amour4 ,il lui semble qu'un peu de l'atmosphre du paradis perdu flotte sur cette nature sylvestre4 ,il est toute reconnaissance1 toute bonne volont1 tout lan vers le ,trs-,haut4 ,parce que la meute hagarde qui le traquait hier1 parce que la horde de ses passions1 de ses inquitudes et de ses fautes fait trve1 il croit presque qu'elle ne retrouvera point sa piste4 ,parce qu'il berce encore ,notre-,seigneur au fond de son me1 parce que la clart d'un soir de rdemption le baigne et le pntre1 il n'est pas loin de se figurer qu'il ne pchera jamais plus4 ,ah6 si l'on pouvait prolonger cette minute d'innocence reconquise et de paix souveraine6 ,si ce repos aux frontires de la vie surnaturelle marquait l'entre dans le royaume des ,batitudes4 --,s'il m'tait accord1 se dit-il1 de me dorloter toujours1 comme un enfant de pardon1 dans le tide giron de la ,madone et de suivre1 en un rve chatoyant1 la danse des toiles devant le trne de la ,sainte ,trinit misricordieuse6444 ,non1 mon ami3 tu oublies que tu as beaucoup rparer4 ,ayant t celui par qui le scandale arrive tu devras lutter1 souffrir1 saigner en tmoignage du miracle que ,dieu daigna oprer en toi4 ,crois-tu que s',il a pris la peine de balayer vers les gmonies les ordures que tu entretenais prcieusement dans les tables de ton me1 c'est pour que tu t'acagnardes dans une dvotion mdiocre1 comme une vieille fille qui somnole sur sa chaufferette1 en grenant des chapelets8 ,tes pchs1 pour l'instant abolis1 repousseront comme un chiendent tenace4 ,bien souvent1 tu auras te retourner les ongles pour les arracher de nouveau4 ,puis1 la jachre ainsi obtenue1 il te faudra l'ensemencer de vertus4 ,et ce n'est pas facile4 ,des fois1 tu jetteras l le sarcloir ou la musette et tu te reprsenteras que cette croissance trs drue de mauvaises herbes ne manque pas1 aprs tout1 d'un certain agrment4 ,ou encore1 aprs avoir plant trois scions1 destins donner du fruit1 tu t'admireras pour ce minime labeur4 ,et regardant tes frres1 qui n'ont cure du pullulement des parasites1 tu t'crieras3--,qu'ai-je de commun avec ces hommes versatiles8 ,immdiatement1 le ,prince de l',orgueil1 que ton retour ,dieu mit en rage et qui s'est jur de te ressaisir1 fixera de nouveau son grappin dans ta chair4 ,content que tu te gonfles de vanit1 comme un dirigeable promis ses arsenaux1 il se dpchera de t'insuffler les vapeurs opiaces de son ivresse3 fumes lourdes de l'avarice et de la paresse1 fumes vhmentes de la luxure1 de la colre et de l'intemprance1 fumes humides de l'envie se prcipiteront dans ton me4--,si tu ne te dfends pas1 tu deviendras pire qu'auparavant4 ,mais tu te dfendras2 car la ,grce imprieuse que ,dieu t'a dpartie est tellement formelle que si tu la laisses parfois s'obscurcir1 du moins1 aux heures de pril1 c'est elle seule que tu pourras avoir recours4 ,tu prieras1 tu pleureras ta faiblesse1 tu mortifieras ta sensualit grondante d'impatience4 ,surtout1 tu finiras bien par comprendre que sans la ,sainte ,eucharistie1 tu es semblable un piton qui entamerait une course de quatre-vingts kilomtres1 l'estomac vide4 ,sache-le donc3 la voie troite1 o tu dois t'engager1 est peuple de ronces1 de btes dangereuses et d'embches4 ,pour le converti1 les tentations y sont proportionnelles aux grces et le ,mauvais y ondule sans cesse comme une couleuvre dans une ornire4 ,tu ne pourras lui craser la tte1 tu ne pourras progresser vers la perfection que par l'aide permanente de ,jsus et par l'intercession de sa ,mre4 ,chaque fois que tu croiras en toi-mme1 tu culbuteras4 ,chaque fois que tu te mettras humblement sous la protection de l'toile du ,matin1 pour qu'elle dispose son ,fils te soutenir1 tu te relveras4 ,et maintenant1 laisse-moi te signaler quelques-uns des obstacles qu'il te sera ncessaire d'escalader ou de rduire en poudre afin d'aboutir1 en portant allgrement ta croix1 la porte royale du jardin de flammes o rayonne l'ternel ,amour4 ,,ii ,,les ,,scrupules ,on demandait une bonne et nave religieuse de prier pour un converti rcent4 --,je le ferai volontiers1 dit-elle1 mais il doit tre si tranquille maintenant6444 ,sainte simplicit d'une me toute en ,dieu6 ,en effet1 comment cette douce fille qui1 ds toujours1 avait vcu d'une existence limpide1 sous les regards d',en-,haut1 aurait-elle pu concevoir qu'un homme1 reu merci aprs de longues annes d'erreur et d'garements malpropres1 pt n'tre pas dsormais en possession de la flicit la plus paisible8 ,mais que la ralit diffre de ce beau rve6 ,dieu1 qui savait ce qu'il faisait en prodiguant sa grce rdemptrice ce pcheur1 ne l'a pas lu pour l'assoupir en de pieuses et quites idylles4 ,il entend que cette me s'lve constamment et paie1 par maintes vicissitudes1 le prix de son rachat4 ,il exige que chacun de ses progrs dans le bien soit le fruit d'un douloureux effort4 ,aussitt un drame commence dont l'action se droule parmi des alternatives de victoire et de dfaite1 d'angoisse et de consolation1 de joies sans secondes et d'incomparables tortures4 ,sitt le prologue engag de cette tragdie dont il sera le thtre1 le converti sent fort bien qu'il mrite d'tre tritur de la sorte1 puisqu'il lui faut se rapprocher le plus possible de la saintet4 ,dbordant d'un bon vouloir1 qui prend sa source dans la ,grce1 impatient de s'instruire selon la foi1 de s'purer et de se modeler1 le mieux qu'il pourra1 sur l'exemple de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ1 il cherche tous les moyens de plaire au bon ,matre4 ,mais voil3--,il ne sait pas comment s'y prendre4 ,il y a si peu de temps qu'il connat la rgle4 ,quelques jours peine ont pass depuis qu'il considrait la vie comme une capitale regorgeante de richesses et o son orgueil avec sa sensualit avaient le droit de tout mettre au pillage4 ,hier1 sa loi1 c'tait son bon plaisir4 ,son but1 c'tait ce que les rhteurs appellent en leur jargon3 le culte du ,moi4 ,ses frres d'humanit1 il ne les tenait que pour des sujets d'exprience4 ,peu lui importait de les meurtrir car il ne leur demandait que de satisfaire son got des sensations extrmes ou de distraire1 un instant1 son immense ennui4 ,cruel1 despotique et vaniteux1 comme un ,nron de dcadence1 il lanait le quadrige dbrid de ses instincts travers les mirages de son gosme1 sans s'apercevoir que ce qu'il prenait pour une pourpre impriale sur ses paules et pour un insigne de sur-homme n'tait qu'une trs sale loque empuantie de tous les graillons de l'enfer4 ,or1 prsent que ,dieu vient de lui ployer le col pour y fixer son adorable joug1 il se demande comment il doit se conduire afin de ne pas retomber dans ses fautes de la veille4 ,peureux et maladroit1 semblable un convalescent qui essaie sa premire sortie1 il hsite mettre un pied devant l'autre4 ,est-ce que le moindre caillou ne va pas le faire culbuter8 ,est-ce que l'air trop vif ne va pas rallumer la fivre peine teinte8 tat d'me prilleux par lequel tout converti fond doit passer et qui lui sera salutaire1 pourvu qu'il ne se laisse pas leurrer par les ruses du ,diable4 ,car celui-ci se tient l'afft1 prt bondir4 ,en sa suffisance1 il ne peut pas admettre que cette me lui soit jamais ravie et il tourne autour1 cherchant le point faible par o il russira y rentrer4 --,ce garon1 dit-il1 s'imagine que pour quelques vellits de m'chapper qui le prirent1 il en est quitte avec moi4 ,mais je m'en vais lui montrer combien sont rebutantes les voies o il prtend s'engager et je le ramnerai ma suite par le dcouragement4 ,en effet3 dcourager le converti en lui exagrant ses obligations1 toute la tactique dmoniaque est l4 ,sans perdre une minute1 le ,mauvais se met l'uvre4 ,et tout d'abord1 il fait monter l'horizon de cette me1 qui palpite encore dans la clart de la premire communion1 la noire nue des scrupules4 ,avant toute analyse1 des exemples seront probants4 ,il y a celui d',huysmans1 si admirablement dcrit dans ,en route4 ,on sait comment ,durtal ayant reu1 comme pnitence1 la ,trappe1 une dizaine de son chapelet rciter chaque jour1 se figura1 sous l'instigation du ,malin1 qu'il lui fallait dire quotidiennement dix chapelets4 ,il avait beau se rpter que c'tait absurde et que son confesseur ne lui avait rien prescrit de pareil1 sans cesse l'obsession revenait sous cette forme3 tu dois rciter dix chapelets la file1 sinon ta conversion n'est pas sincre444 ,au surplus qu'on relise cette page si caractristique444 ,voici un autre exemple de scrupule4 ,il m'a t fourni par quelqu'un qui eut beaucoup souffrir de ce genre d'attaques4 ,je transcris sa propre relation4 --,je venais1 me dit-il1 de communier pour la deuxime fois depuis ma conversion4 ,la premire1 j'avais1 pour ainsi dire1 t ravi hors de moi-mme et j'tais rest environ deux heures agenouill devant l'autel1 perdu dans une extase de reconnaissance qui ne se formulait point par des paroles1 mais qui s'panouissait en moi comme une large floraison de lys4 ,aprs ma seconde communion1 il n'en fut pas de mme4 ,j'prouvai le besoin de marcher1 de dilater1 en plein air1 mon allgresse4 ,aussitt mon action de grces termine1 je sortis de l'glise et je m'en allai dans les rues1 au hasard1 en promenant autour de moi des regards charms4 ,c'est que1 par la vertu du sacrement1 les choses me semblaient transfigures4 ,parce que mon me avait conquis une nouvelle enfance1 le monde lui-mme me paraissait rajeuni4 ,on arrivait la fin de l'automne4 ,le temps tait gris et froid et il tombait une petite pluie fine4 ,mais moi1 je croyais circuler dans une tide atmosphre de printemps4 ,j'aurais jur que le soleil brillait dans un ciel bleu et tapissait d'or les faades enfumes des maisons4 ,les passants ne m'offraient plus des visages contracts par les soucis ou ternis par les passions4 ,je leur dcouvrais tous je ne sais quoi de fraternel et de riant4 ,ce n'tait plus l'odieux ,paris qui bruissait autour de moi2 c'tait une ville de rve o n'voluaient que des ombres heureuses4 ,a chaque instant montait du fond de mon me ce cri que j'avais peine retenir au bord de mes lvres3--,mon ,dieu1 comme je vous aime6444 ,j'allais1 j'allais toujours1 emport par un tel courant de joie qu'il me semblait ne plus toucher terre444 ,je ne sais ni o1 ni comment j'ai mang quoique je garde le vague souvenir de m'tre assis dans un restaurant4 ,l'aprs-midi1 traversant la cour du ,louvre1 je pntrai machinalement dans le muse4 ,je ne vis ni les momies gyptiennes1 ni les poteries trusques1 ni les toiles du salon carr4 ,je repris seulement conscience de l'endroit o je me trouvais dans la salle des ,primitifs italiens4 ,je me tenais immobile devant l'exquis ,couronnement de la ,sainte ,vierge de ,fra ,angelico2 je murmurais le ,salve ,regina pour l'tonnement de quelques touristes germaniques qui croassaient l4 ,comme le soir tombait et que les gardiens proclamaient la fermeture de leur caravansrail1 je dcidai de me rendre ,notre-,dame des ,victoires afin d'y prolonger la plnitude de la joie cre en moi par la rception de l',eucharistie4 ,ah6 je ne m'attendais gure ce qui allait m'arriver4 ,a peine fus-je dans le sanctuaire et commenai-je me recueillir qu'une pense trs inattendue se mit poindre dans ma tte4 ,ce ne fut d'abord presque rien3 une petite note discordante parmi le concert anglique qui m'emplissait l'me4 ,puis cela grandit1 grossit1 et bientt cela m'envahit tout entier4 ,une voix grinante criait au dedans de moi3--,c'est du propre6 ,au lieu de rester en oraison1 l'glise1 toute la journe1 comme c'tait ton devoir1 tu as couru la ville1 tu es all rvasser devant des tableaux1 bref tu as fait tout ce que tu as pu pour gcher les grces qui te furent prodigues ce matin4 ,oubliant totalement1 sous cet assaut1 que ma journe avait t une action de grces continuelle et que ds lors il importait peu que je l'eusse passe l'glise ou ailleurs1 je rpondis3--,peut-tre1 aurait-il1 en effet1 mieux valu rester l'glise mais1 enfin1 je n'ai pas cess de prier4 --,ce n'est pas la mme chose4 --,mais m'y voici maintenant l'glise4 --,il est trop tard4 ,tu as pch1 tu as pch1 tu as pch6 ,cette dsolante rptition m'abattit4 ,un violent remords m'empoigna4 ,je voulus m'humilier et demander pardon ,dieu4 ,avant que j'eusse prononc le premier mot d'une prire quelconque1 la voix reprit d'un ton pre et pressant3--,si tu te figures qu'on te pardonnera comme cela1 sans autre rparation1 tu te trompes fort4 ,il fallait rester dans l'glise o tu communias444 --,encore6 ,eh bien1 la prochaine fois1 je n'en bougerai point4 --,ah6 la prochaine fois4 ,elle n'est pas prs d'arriver4 ,on est exigeant ,l-,haut2 il va falloir que tu multiplies les pnitences et surtout que tu n'aies pas l'audace de communier d'ici longtemps4 ,c'est seulement lorsque tu seras sr de ne plus te dissiper comme tu l'as fait que tu pourras t'approcher de nouveau de la ,sainte ,table4 ,j'tais dj si fort en dsarroi que je souscrivis1 sans hsiter1 ce spcieux arrt qui me paraissait venir de ma conscience4 ,puis1 la tte dans les mains1 les larmes aux yeux1 je me tourmentai l'ide qu'il me serait fort difficile d'viter toute distraction les jours o je communierais4 ,puis je fus pris de panique en considrant que ,dieu se montrait bien svre mon gard4 --,quoi1 me dis-je1 dsormais sera-ce toujours ainsi8 ,faudra-t-il vivre coll sur une chaise d'glise de peur de commettre quelque faute qui me rendrait indigne de l',eucharistie8 ,que c'est dur6 ,et la voix3--,nais certainement il en sera toujours ainsi4 ,un chrtien sincre doit se retrancher toute occupation qui l'carterait de son devoir4 ,et ce devoir consiste rprimer en lui tout ce qui n'est pas aplatissement devant ,dieu1 crainte de sa colre1 terreur de pcher par le moindre geste1 le moindre mot1 le moindre soupir4 ,je ne doutais toujours pas que ce discours ne ft la vrit mme4 ,me sentant incapable de remplir ce programme rigoureux1 je glissai vers le dcouragement4 --,je vois bien1 pensai-je1 que je ne saurai jamais me tenir dans des limites aussi troites et que1 si je m'y efforce1 j'en viendrai vite au dsespoir4 ,accabl de tristesse1 je ne cessais de rcapituler ma journe et de me rpter3--,j'ai offens ,dieu alors que je le portais en moi2 je suis impardonnable6444 ,cela prenait un caractre d'obsession4 ,a force de frapper sur cette ide fixe1 qui me perait le crne comme un clou1 je tombai dans un engourdissement stupide4 ,et1 dtail significatif o si j'avais t de sang-froid j'aurais reconnu la manuvre dmoniaque1 je ne songeais mme plus prier4 ,enfin je ne pus y tenir davantage4 ,mon cur1 labour de remords et d'inquitude1 me faisait souffrir4 ,j'touffais dans cette glise o je n'avais trouv que des peines4 ,je sortis--toujours sans avoir pri--je regagnai mon logis et je me couchai1 plein d'une angoisse horrible4 ,toute la nuit1 je me demandai ce qu'il fallait faire pour sortir de l'impasse tnbreuse o je ttonnais4 ,sainte-,vierge1 finis-je par m'crier1 s'il est vrai que vous n'abandonnez jamais qui vous implore d'un cur contrit1 accourez mon secours4 ,alors une ide bien simple1 et qui me serait venue depuis longtemps1 si le ,mauvais ne m'avait dvi de la sorte1 m'claira3--,mais il faut aller trouver mon confesseur2 lui seul me dira comment me conduire6444 ,c'est ce que je fis2 ds mon lever1 je volai chez l'abb ,x444 ,vous pensez bien qu'il remit tout de suite les choses au point1 qu'il me montra le pige ou j'avais chu et qu'il m'indiqua les moyens de l'viter l'avenir444 ,retenons de ce rcit que le diable tend toujours nous carter de la communion4 ,a cet gard1 quel que soit le mode qu'il emploie pour insinuer le scrupule dans une me inexprimente quant aux phnomnes de la vie intrieure1 son but ne varie pas4 ,comme il sait trs bien que nous ne pouvons nous dfendre sans le secours de ,notre-,seigneur1 il tche de nous loigner de cet adorable ,matre4 ,j'en fis1 moi aussi1 l'preuve dans une circonstance que je vais raconter4 ,il y avait prs d'un an que j'tais revenu ,dieu4 ,ayant subi bien des traverses depuis ma conversion1 je n'avais cependant jamais t dtourn de communier4 ,je le faisais environ une fois par semaine car1 malgr les exhortations de mon directeur1 je n'avais pas encore fourr dans ma dure caboche que la manducation peu prs quotidienne de l',eucharistie ft une pratique essentielle pour le bien de mon me4 ,je reviendrai sur ce point car il y a l tout un ordre de tentations des plus subtiles et qu'il importe de dnoncer4 ,donc1 un matin1 la fin d'une messe suivie avec beaucoup de recueillement et sans que rien ne m'et fait prvoir le hourvari qui se prparait1 je me levais de mon prie-,dieu pour me rendre la barre de communion4 ,tout coup1 avec la rapidit d'un cyclone1 une ide effroyable fondit sur moi3 --,malgr mes confessions et mes pnitences antrieures1 je ne suis pas encore pardonn4 ,par suite1 toutes mes communions1 jusqu' prsent1 ont t sacrilges et je vais aggraver mon crime si je communie aujourd'hui6444 ,terrifi1 je ne pus faire un pas4 ,je retombai assis sur ma chaise et je me sentis secou d'une telle tempte que l'office se termina sans que j'en eusse conscience4 ,toute ma vie morte se droulait devant moi comme une fresque aux couleurs sinistres4 ,et chaque faute qui se peignait dans mon cerveau sous des formes monstrueuses1 je frissonnais et je me tordais comme si je ne l'avais jamais avoue4 ,c'tait dj fort abominable2 mais ce qui rendait cette torture plus aigu1 c'tait ce scrupule qui zigzaguait au fond de mon me en traits de feu3--,toutes mes hontes subsistent2 et parce que je les porte toujours en moi1 j'ai outrag1 d'une manire indicible1 ,notre-,seigneur1 en souffrant qu',il descende dans le cloaque que je suis444 ,oh6 mais cela ne m'arrivera plus4 ,je ne veux plus communier444 ,cette aberration dura je ne sais combien de temps4 ,j'essayais bien1 par moments1 de ragir4 ,je me disais3--,mais enfin1 puisque j'ai reu l'absolution1 puisque je ne suis pas retomb dans mes anciens garements1 il me semble que je suis pardonn4 ,d'ailleurs pourquoi cette crainte soudaine et comment ne l'ai-je pas ressentie plus tt8 ,rien n'y faisait4 ,je demeurais en proie une trs sombre pouvante et surtout l'ide de communier me causait une vritable rpugnance4 ,pas plus que mon ami de tout l'heure1 je ne pouvais prier4 ,dans ces cas-l1 ,dieu permet que le diable paralyse en nous l'organe de la prire4 ,on est tellement fascin par le scrupule qu'on perd toute dfense4 ,le patient n'est plus qu'un pauvre idiot qui se laisse rouer de coups sans penser mme prendre la fuite4 ,toutefois je gardai assez l'instinct du pril pour me rendre compte que j'avais besoin d'un secours immdiat4 ,je me tranai dehors et je me mis tout de suite en qute de mon confesseur4 ,quoique1 d'habitude1 il ne ft pas au presbytre cette heure-l1 mon bon ange fit que je le rencontrai4 ,c'tait mon excellent pre l'abb ,m444 qui doit se souvenir de cet incident4 ,je demandai me confesser et je lui exposai ce qui m'tait advenu4 ,je terminai en lui dclarant1 avec nergie1 que dsormais1 je ne me croyais plus digne de communier4 --,ah6 vraiment1 me dit-il1 vous ne voulez plus communier8 ,eh bien moi1 je vous donne pour pnitence de communier trois jours de suite quel que soit votre tat d'esprit4 ,vous m'entendez8 ,comme je le regardais1 bahi1 voire mme un peu choqu1 il ajouta3--,mon pauvre enfant1 comprenez donc que vous avez t attaqu par le ,mauvais4 ,furieux de s'avouer que vous remplissez vos devoirs religieux et que son ascendant sur vous s'affaiblit tous les jours1 il a essay de vous ressaisir par surprise4 ,le seul moyen de parer ce coup1 c'est de faire justement ce qui lui dplat le plus1 c'est--dire de communier4 ,je vous garantis que si vous m'obissez1 il n'y reviendra pas4 ,le ferez-vous8 --,certes1 oui1 rpondis-je4 ,des cailles me tombaient des yeux4 ,je voyais1 maintenant1 avec la plus grande nettet1 la chausse-trape o je m'tais laiss prendre4 ,je communiai comme il m'tait prescrit4 ,et je n'ai pas besoin de dire que le ,cornu se tint coi4 ,pour conclure1 je souligne que souffrant du scrupule1 nous ne serons remis d'aplomb que par le confesseur4 ,lui seul a le pouvoir de nous dlivrer4 ,car tant donn que1 dans une telle occasion1 le diable fausse notre optique intrieure1 les yeux de notre me sont affects d'une sorte de strabisme grossissant2 nous ne voyons plus les objets tels qu'ils sont4 ,le confesseur1 lui1 voit clair et il nous gurit en un tour de main4 ,d'autre part1 l'assaut est tellement brusque qu'il nous fait perdre la tte4 ,enfin1 j'y insiste1 les convertis rcents manquent d'exprience et1 par suite1 il leur est impossible de faire la distinction des esprits4 ,au surplus1 les crises de scrupule sont heureusement passagres4 ,a mesure que le nophyte se perfectionne dans la vie chrtienne1 il apprend mpriser ces manigances du diable4 ,il y en a de pires comme nous l'allons voir4 ,mais1 dira-t-on1 il existe des personnes qui demeurent1 toute leur vie1 tenailles par les scrupules4 ,sans doute3 ce sont des malades--et les prtres le savent bien4 ,moi1 j'ai voulu seulement indiquer une phase--la premire et la plus anodine--des preuves par lesquelles passent les convertis lucides1 afin de les avertir que ce n'est point par leurs moyens personnels qu'ils parviendront se dgager de cette embuscade4 ,quant aux scrupuleux d'habitude1 ils relvent de la pathologie4 ,ce n'est pas mon affaire4 ,,iii ,,les ,,tentations ,une maison a t btie dans une lande o il y a des fleurs mais aussi beaucoup de brousse et de fondrires4 ,celui qui l'habite sait que s'il ne la tient pas soigneusement close1 toutes les malices de l'air et du sol y entreront pour la salir et la dgrader4 ,c'est pourquoi1 outre qu'il s'efforce de la conserver nette1 il en a muni les fentres de doubles volets et les portes de forts verrous4 ,l'ombre venue1 il fait une ronde au dehors et il constate que rien ne parat le menacer4 ,toutes choses dorment sous le sourire des toiles4 ,c'est croire que les esprits de la nuit s'en sont alls trs loin circonvenir d'autres solitaires4 ,il rentre1 donne trois tours de clef1 s'assure que les barres des persiennes sont bien mises1 puis allume sa lampe et commence prier4 ,comme il se sent paisible1 en tte--tte avec son crucifix6 ,quel pur silence celui qui l'enveloppe6 ,on dirait un lac immobile1 un gouffre d'azur fluide sur lequel ses oraisons planent comme des oiseaux couleur de neige et de glacier4 ,tandis que ses sens se reposent dans le dtachement1 il s'vade du monde extrieur au point que son me1 enfin libre1 s'enroule1 comme un volubilis1 autour de la croix et monte se blottir dans la plaie du cur de ,jsus4 ,mais soudain1 un vent chaud se lve sur la lande4 ,il augmente par degrs et fait bientt de la demeure le centre de tourbillons concentriques4 ,ce souffle insidieux ne sanglote ni ne se lamente2 non3 il y passe des rappels de musiques lascives nagure entendues avec ivresse1 des cliquetis de coupes entrechoques1 les rires la fois rauques et caressants de la volupt4 ,les parfums qu'il promne sont ceux des alcves de dbauche2 ils nervent et rendent la chair infiniment lche4 ,le veilleur interrompt sa prire444 ,pourtant c'est peine si d'abord il s'meut4 --,je connais cela1 se dit-il3 parce que je vis l'cart des ftes dont ces souffles chantent l'attrait1 il tait sr qu'ils me poursuivraient dans ma solitude444 ,que m'importe3 ils peuvent rder autour de la maison1 ils n'y entreront pas4 ,il se complat dans sa scurit2 il reprend sa prire en s'affirmant1 avec trop d'insistance1 qu'il ne donnera aucune attention ces prestiges4 ,mais voici qu'aprs quelques mots profrs d'une lvre machinale1 il s'interrompt4 ,voici que1 sans presque s'en apercevoir1 il prte dj l'oreille aux gammes mlodieuses modules par la brise4 ,il dclare3--,tout cela se passe au dehors2 la maison est close2 la maison est sre444 ,et dans le moment mme o il se le rpte1 une envie commence poindre en lui d'entr'ouvrir la porte1 seulement pour se rendre un peu compte de ce que charrient ces rumeurs passionnes dont la langueur insinuante fait clore en lui certains dsirs troubles dont il ne cherche dj plus gure se dfendre4 ,cependant il esquisse une rsistance3--,je n'irai pas ouvrir la porte1 je n'irai pas6444 ,mais au lieu de fixer perdument les yeux sur le ,crucifix1 sa seule sauvegarde1 il les dtourne vers le foyer o flambent des bches4 ,alors les souffles se faufilent1 avec des rires de fltes1 dans la chemine et ils courbent les flammes qui ondulent comme une chevelure fminine sous une main flatteuse4 ,a ce spectacle1 cent souvenirs de fruits dfendus et nagure savours se lvent en tumulte dans l'me du veilleur4 ,le vent sonne1 comme une fanfare de fte1 travers toute la maison1 et la chambre s'emplit de formes charmeresses qui s'tirent1 se ploient1 s'enlacent en offrant des bouches pareilles des grenades entr'ouvertes4 ,du moins c'est ainsi qu'une illusion perverse les prsente au veilleur car1 en ralit1 il n'y a l que des guenons velues qui grimacent et des grenouilles verdtres1 couvertes de pustules d'o suinte une humeur nausabonde4 ,s'il persiste mirer1 le cur frmissant d'un sombre dsir1 ces images1 le dnouement orgiaque ne tardera pas3 deux diablotins frtillants lui amneront un ne tout secou de braiments obscnes2 ils le hisseront en selle2 ils galiseront les rnes entre ses doigts tremblants de luxure1 et en route6 ,au galop vers quelque sabbat fangeux d'o il reviendra l'me plus sale qu'une bote dtritus de cuisine1 convuls par les nauses1 calcin de remords et tellement dgot de lui-mme qu'il cherchera quelque cave trs obscure pour y tapir sa honte4 ,mais si1 aprs une complaisance brve1 il s'est repris1 s'il a fait seulement le signe de la croix1 en invoquant le bon ,matre qui saigne devant lui1 les mirages se dissiperont4 ,ou1 du moins1 ils se blottiront dans les angles de la chambre comme des toiles d'araigne poussireuses qu'un coup de balai alerte enlvera sans peine4 ,aprs cette victoire1 ce sera de nouveau le grand lac bleu du divin silence o les prires voguent comme des barques d'or ple dont des anges candides manient les rames444 ,tel est le symbole exact de la tentation sensuelle4 ,son volution ne varie pas3 quand elle se dresse en nous1 ce n'est d'abord qu'une vellit et nous ne lui accordons que peu d'importance4 ,nous la considrons presque avec ddain2 nous nous croyons si assurs de notre vertu que nous ne sentons pas l'urgence de recourir la prire pour l'carter4 ,en punition de ce trop de confiance que nous mettons en nous-mmes1 elle se fortifie1 elle grandit1 elle envahit notre imagination et y droule1 comme1 dans un palais de rve1 de soyeuses tapisseries o le pch s'tale sous des couleurs chatoyantes4 ,alors nous prenons plaisir les admirer1 puis nous avons envie d'y porter la main4 ,et la tentation agrippe1 d'une tentacule aux ventouses de velours1 notre volont4 ,nous consentons et nous courons piquer une tte dans l'gout4 ,ensuite444 ah6 ensuite3 ,notre-,seigneur nous apparat tout meurtri de la flagellation pour laquelle nous venons de fournir des verges frachement cueillies4 ,le repentir nous corrode comme un vitriol4 ,nous reconnaissons humblement notre faiblesse1 ,nous dplorons l'infirmit de notre nature dchue et nous promettons de ne plus cder aux conseils de la ,malice4 ,les ,saints sont des hros parce qu'ils ne vont jamais jusqu' la culbute dans la boue4 ,mais nous1 pauvres apprentis de la puret1 qui clopinons l'entre de la voie troite1 nous qui gardons de notre pass des habitudes pcheresses dont la repousse se produit sans presque que nous en ayons conscience1 comme nous avons de la peine rester nets6 ,le dtestable foin de nos passions fut coup une premire fois et jet au feu de la pnitence4 ,mais voici qu'un regain sournois lui succde qui ne sera pas moins difficile faucher4 ,il nous faut acqurir1 par la prire continuelle et par une vie mortifie1 des habitudes de retenue4 ,il nous faut carter l'essaim des souvenirs sensuels1 les maintenir distance1 surtout en ces heures nocturnes o le ,diable les fait dfiler devant nous comme les belles esclaves d'un bazar d',orient4 ,parfois nous n'allons pas jusqu'au bout de la tentation2 nanmoins1 nous permettons aux yeux de notre mmoire de la fixer avec convoitise et nous caressons la possibilit d'y cder4 ,nous pchons alors par dlectation morose4 ,et nous ne nous ressaisissons qu'aprs avoir connu l'horreur d'treindre des fantmes dont le contact nous laisse l'me affreusement triste et le corps souill4 ,pourquoi ,dieu permet-il que nous succombions ainsi l'attrait des chimres de notre vieux pch8 ,c'est afin de nous prouver que nous avons besoin d'une rdemption perptuelle et que1 sans le secours de sa grce1 nous ne sommes qu'instincts bas et que recherche affriande de l'ordure4 ,tant que nous ne sommes point tents1 la vertu nous est aise3 il nous faut l'preuve pour que nous soyons mis mme de vrifier notre acquis dans le bien4 ,en constatant le peu de chemin que nous avons fait depuis notre conversion1 nous apprenons craindre notre orgueil et cette confiance en nous-mmes qui prsident1 d'une faon si arrogante1 l'incubation de tous les pchs4 ,nous distinguons1 dans une clart toujours plus vive1 que c'est par les mrites de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ bien plus que par les ntres que nous pouvons tre sauvs4 ,alors nous nous humilions et pour nous rapprocher de l'exemple donn par le bon ,matre1 nous nous appliquons1 d'un cur patient1 la formation sdimentaire des vertus dans notre me4 ,labeur que nous ne pouvons entreprendre qu'en tat de grce1 tche infiniment complexe que celle de cette rforme4 ,en effet1 la vertu est un mail dlicat qu'il nous faut fixer1 couche couche sur l'argile poreuse de notre tre intrieur de manire ce qu'il la pntre et ne fasse plus qu'un avec elle4 ,le vice1 au contraire1 est un oxyde qui a beaucoup d'affinit pour notre limon et qui s'y amalgame de lui-mme4 ,ou si l'on veut encore une comparaison3 la vertu vient du ciel2 elle est un blanc rayon man du cur solaire de ,jsus2 elle purifie et elle assche les marcages de notre me4 ,le vice est une vapeur rousstre qui s'envole aisment des forges o le ,dmon fait retentir ses enclumes2 et il aime s'taler sur nos tourbires intimes pour en accrotre les miasmes4 ,a nous de choisir4 ,qu'on ne dise pas que le choix est parfois malais4 ,comme l'glise nous l'enseigne1 nous ne sommes jamais tent au del de nos forces4 ,cela s'entend de ceux qui pratiquent les sacrements et non1 bien entendu1 de ceux qui1 par ignorance ou de propos dlibr1 vivent constamment en tat de pch mortel4 ,en effet1 si nous gardons le dsir intense de nous amender1 quelle que soit l'imptuosit de la tentation1 la minute mme o le pch se prsente dans l'clat le plus ardent de sa fausse splendeur1 alors qu'il nous semble que nous allons nous coller lui comme une paillette de fer l'aimant1 notre libre-arbitre ne s'abolit pas4 ,il est vrai qu'en ce pril1 un trange ddoublement se produit dans notre me4 ,nos sens se laissent leurrer par les mirages du mal1 mais1 en parallle1 notre entendement pse avec rigueur toutes les consquences du pch auquel nous sommes sur le point de consentir4 ,nous voyons que la chute une fois accomplie1 nous souffrirons horriblement1 que nous serons tenaills par le remords d'avoir msus de la ,grce4 ,bien plus3 nous pressentons que si nous acceptons de prvariquer1 au lieu des joies promises par le ,mauvais1 nous n'obtiendrons qu'une dsillusion totale et une lourde mlancolie4 ,car l'exprience nous apprit qu'avant le pch commis1 notre imagination enfivre devient un miroir d'enfer qui nous le montre en beaut4 ,mais si nous cdons l'envie de nous vautrer sur le lit de ouate et de volupt qu'elle nous offre1 nous n'ignorons pas qu'aussitt que nous nous serons ressaisis1 nous dcouvrirons1 avec un frisson de dgot1 que cette soi-disant couche de liesse extrme n'est qu'un tas de fumier d'o nous nous relevons barbouills de purin comme cinquante pourceaux4 ,je me hte d'ajouter qu' mesure qu'on se perfectionne1 cette vision des consquences du pch se fait de plus en plus prcise4 ,par suite1 elle nous aide grandement rsister4 ,et si nous la corroborons par la prire et par la communion frquente1 nous arrivons assez rapidement nous apercevoir1 ds le dbut de la tentation1 que les prtendues cassolettes incrustes de gemmes rares et pleines d'un parfum exquis qu'elle nous fourre sous les narines sont1 au vrai1 des vases ridicules o fume un excrment444 ,tout ce que je viens d'exposer s'applique principalement aux tentations d'ordre sensuel1 mais il en est d'autres et de plus subtiles4 ,les dnombrer toutes1 je ne saurais4 ,ce serait entreprendre une besogne pour l'accomplissement de quoi une existence entire ne suffirait pas1 puisque les pitres ,narcisses que nous sommes sont toujours prts se mirer dans l'eau bourbeuse du pch4 ,j'en indiquerai seulement quelques-unes1 prises parmi les plus frquentes4 ,j'en dmonterai le mcanisme essentiel2 j'en ferai toucher du doigt la pice capitale1 laissant chacun le soin de dcouvrir comment s'y rattachent ses propres rouages444 ,des tentations o la mentalit seule est assaillie1 les moins dangereuses pour le converti sont1 coup sr1 celles contre la foi4 ,deux cas peuvent se prsenter4 ,ou bien1 lev hors de toute croyance religieuse1 il a t conduit la ,vrit par un coup inattendu de la ,grce4 ,ou bien1 acquis1 un temps1 l'erreur1 il est rentr dans l'glise aprs l'avoir mconnue--voire combattue4 ,mais qu'il s'agisse d'une transformation miraculeuse de tout son tre ou d'un retour au bercail aprs un vagabondage dans le dsert des doctrines athes1 son attitude vis--vis de la tentation contre la foi ne varie point4 ,au temps de son aveuglement1 les prceptes du sensualisme matrialiste lui avaient encrass l'me4 ,puis il avait bu le vin sombre de la dsesprance dans la coupe de nant que lui tendait ,schopenhauer4 ,a moins qu'il ne se ft laiss prendre aux sophismes secs de ,kant ou aux lyrismes frntiques du mgalomane ,nietzsche4 ,il avait oscill entre ces deux pratiques3 soler ses apptits de sensations violentes et1 comme dit l'autre1 jouir par toutes ses surfaces puis1 aux heures de dpression et de satit1 sombrer dans le dgot de vivre et le nihilisme total4 ,lorsque l'appel de ,dieu se fit entendre lui1 ce ne fut pas sans rsistance qu'il s'y rendit4 ,anxieusement1 passionnment1 il reprit l'tude des mtaphysiques et des fausses sciences qui l'avaient gar4 ,il s'effora d'acqurir une certitude par l'analyse des moins dcevantes d'entre elles4 ,or1 toutes s'effritaient4 ,a les dissquer1 il ne trouva que la corruption et la mort4 ,il comprit que les sciences1 aptes cataloguer un certain nombre de phnomnes1 d'ailleurs mal dfinis1 tombaient en poudre ds qu'elles essayaient de remonter aux causes1 tandis que les mtaphysiques1 acharnes babiller autour de l',essence premire1 devenaient folles ds qu'elles tentaient de l'expliquer4 ,alors1 du par cette banqueroute de la raison humaine1 il erra dans une nuit sans toiles1 grelottant d'angoisse en prsence des questions formidables qui se posent tt ou tard tout homme dont le ,prince de l',orgueil n'a pas conquis dfinitivement l'intelligence3 --,o est la vrit8 ,qu'est-ce que la vie8 ,pourquoi suis-je sur la terre8 ,tant que la ,grce ne lui eut pas fourni de rponse1 il ttonna parmi les tnbres1 en proie aux doutes et aux irrsolutions1 cherchant ,dieu puis s'en cartant par alternatives douloureuses4 ,mais un jour1 la ,sagesse vint lui4 ,car la ,sagesse s'en va par le monde1 cherchant1 elle-mme1 ceux qui sont dignes d'elle2 elle se montre en riant sur les chemins et elle accourt leur rencontre avec toute sa providence#a4 #a ,quoniam dignos se ipsa circuit quaerens2 et in viis ostendit se hilariter et in omni providentia occurit illis4 ,sapientia3 ,,vi1 #ag4 ,ah6 la sagesse humaine n'apportait que spculations moroses et rongement d'esprit4 ,pour la ,sagesse divine1 elle rit d'un rire de batitude4 ,messagre d'aurore1 cre avant tous les sicles1 ,vierge et immacule en sa conception1 elle rafrachit le front fivreux de l'gar aussitt qu'elle y a pos ses mains fraches et odorantes comme des roses et elle lui dit3--,la vrit et la vie c'est le ,seigneur ,jsus1 et toi1 tu es sur la terre pour mriter l'amour de ce radieux ,matre en l'aimant de toutes tes forces4 ,la lumire se fait et l'gar croit en elle et il est sauv4 ,et maintenant que pourraient contre cette me reconquise ,dieu les pteux racontars et les affirmations sacrilges des sciences et des philosophies8 ,celles-ci ont beau s'attifer de fanfreluches aguichantes et lui chuchoter3 --,mange mon fruit1 tu connatras toutes choses4 ,elle reste sourde leurs ritournelles et demeure perdue d'adoration devant les plaies de son ,rdempteur4 ,mais le diable1 qui est parfois trs sot1 ne veut pas admettre que ,dieu ait enfonc la foi d'un tel coup de maillet dans cette tte que rien ne puisse plus l'en arracher4 ,et voici comment il procde pour rcuprer son ascendant4 ,on est1 je suppose1 en oraison devant le ,saint ,sacrement expos4 ,a l'improviste1 la pense vous traverse que vous n'avez devant vous qu'une rondelle de pte et que vous tes stupide de vous laisser suggestionner par un aussi pauvre simulacre4 ,eh bien1 je l'affirme parce que je le sais1 il suffit1 ce moment1 de rciter avec rflexion le ,credo pour que la tentation se ratatine et crve comme une puce sous un ongle alerte4 ,en une autre occasion1 l'on est occup mditer quelque mystre de la foi4 ,soudain1 des vieillardes cacochymes et toussotantes qui arborent le sobriquet d'objections rationalistes ou qui se pommadent des onguents du modernisme reviennent1 comme des spectres1 hanter leur ancienne victime4 ,il n'y a qu' les regarder bien en face4 ,vous vous apercevrez immdiatement que ces empouses dcrpites1 si follement caresses jadis1 ne sont que des squelettes nausabonds et que nulle n'a russi vous donner la cl des nigmes qui vous tourmentaient4 ,en effet1 le nophyte a trop vcu en socit de ces antiques farceuses1 il les a trop palpes1 ptries1 retournes1 avant de se rsoudre rompre sa liaison avec elles1 pour qu'elles ressaisissent de l'empire sur lui4 ,la ,grce a mis dans ses prunelles un regard dsormais lucide et ce n'est plus prsent qu'il prendrait ces dmones avachies pour des anges de lumire4 ,la soif de l'idal1 le got de l',absolu qu'aucune doctrine sans ,dieu n'avait pu contenter1 l'glise les satisfait en lui avec une largesse sans limites4 ,il croit et1 par suite1 il sait que la contrition de l'orgueil et l'abngation de soi-mme le hausseront la vie ternelle4 ,il abrite sa faiblesse au pied du crucifix4 ,ds lors comment pourrait-il retourner aux erreurs qu'il a vomies en de terribles hoquets8 ,le diable dmasqu n'a plus qu' battre en retraite pour aller ourdir de nouvelles trames3 un simple signe de croix suivi d'un ,credo dissipa ses prestiges444 ,voici le fidle rassur4 ,mtaphysiques et sciences1 systmes et doctrines mens par un dmon1 au nez juif1 aux pieds de bouc1 danseront autour de son me une incohrente sarabande1 sans parvenir l'entraner2 le sicle1 ivre de sa fausse gloire hurlera1 en titubant1 des outrages la ,croix3 il ne l'coutera pas2 les comment et les pourquoi de l'inquitude humaine lui darderont leurs javelots mousss3 ils ne parviendront pas rayer le poli de la loyale armure dont le revtit la foi4 ,de plus en plus il s'absorbe en cet amour de ,dieu dont les premires touches l'ont dtermin cultiver le renoncement1 le repliement sur soi-mme et l'oraison4 ,il cherche beaucoup moins creuser la thologie qu' entretenir et fortifier cette petite flamme de l'amour divin allume dans son cur par la ,grce sanctifiante4 ,il pressent que s'il la nourrit d'humbles prires et du corps de ,notre-,seigneur1 elle s'accrotra bientt jusqu' devenir un splendide incendie4 ,aussi se rpte-t-il avec saint ,ignace3 ,ce n'est pas l'abondance du savoir qui alimente l'me et la rassasie4 ,c'est le sentiment et le got intrieur des vrits qu'elle mdite4 ,aux offices1 il tend se concentrer1 carter toute proccupation de vie courante1 afin que ,dieu trouve la place nette pour agir sur l'me qui l'implore et pour lui infuser des lumires en rcompense de sa bonne volont4 ,parfois il y arrive sans trop de peine4 ,parfois aussi une lancinante preuve vient la traverse2 et voici comment elle opre4 ,on se croyait tout fait recueilli2 on ne se connaissait nul sujet de proccupation3 on s'tait plac en prsence de ,dieu avec le seul dsir de l'adorer longuement et l'on se prparait recevoir1 d'un esprit tendrement attentif1 l'or pur de ses enseignements4 ,or1 tout coup1 l'me qui commenait gravir les premiers degrs de l'oraison se sent ramene au bas de l'chelle comme si une griffe la tirait en arrire4 ,le recueillement flchit1 l'attention baisse1 pareille une eau bue par un sable aride1 et l'imagination se met vagabonder1 semblable un marmot en cole buissonnire4 ,on s'efforce de la ramener4 ,feuilletant son paroissien1 on essaie de l'aiguiller sur le rail d'un texte habituel ou encore on tche de la contenir entre un ,pater et un ,ave4 ,subterfuges impuissants3 la folle s'chappe sans cesse4 ,elle voltige du profil d'un voisin inclin sur son prie-,dieu aux broderies de la nappe d'autel1 du reflet d'un tableau accroch au mur l'ombre du feuillage d'un arbre sur le vitrail4 ,a moins qu'elle ne retourne la maison pour s'occuper d'une porte non ferme1 de la place d'un livre dans la bibliothque1 d'une jatte de lait pour le chat ou de toute autre fadaise4 ,c'est en vain qu'on veut la rattraper pour l'enfermer dans la prire4 ,plus on la pourchasse1 plus elle se drobe4 ,les distractions succdent aux distractions4 ,elles se multiplient1 elles tourbillonnent1 elles remplissent l'me d'un bourdonnement continu4 ,a les subir1 on devient semblable un chef d'orchestre qui brandirait dsesprment son bton sur la tte de musiciens toqus4 ,les uns raclent une valse1 les autres trombonnent une marche hroque1 tandis que les camarades ppient une berceuse nonchalante dans leurs fltes et que la grosse caisse dchane sur le tout son tonnerre absurde1 ponctu par le rire aigre des cymbales4 ,on s'entte obtenir le silence ou donner cette cacophonie l'unisson d'un hymne grgorien4--,on n'arrive qu' augmenter le tumulte444 ,je connais trs intimement quelqu'un qui1 nagure1 s'exasprait lorsque les distractions bouleversaient de la sorte son me prise d'oraison4 ,il s'agitait1 s'nervait1 se reprochait son manque de ferveur puis se courrouait et contre lui-mme et contre l'ambiance qui1 croyait-il1 le faisait divaguer d'une manire aussi ridicule4 ,aussitt le diable intervenait pour augmenter son dsordre intrieur puis se frottait les mains1 heureux de l'avoir fait manquer la vertu de patience et de l'empcher de prier4 ,il alla conter sa peine un bon moine qui lui rpondit3--,du moment que vous vous affligez de ce dfaut de recueillement1 vous ne pchez pas puisque votre volont n'y entre pour rien4 ,o la faute commence c'est lorsque vous vous en irritez4 ,d'ailleurs1 outre que vous faites ainsi le jeu de l',adversaire1 vous remarquerez que plus vous vous tracassez cause de ces distractions1 plus elles augmentent4 ,offrez-les ,dieu comme une tribulation et priez-le1 avec calme1 de vous en dlivrer4 ,enfin n'oubliez pas que tout le monde souffre des distractions1 mme les ,saints4 ,vous savez que ,sainte ,trse rapporte qu'il lui advint de passer tout un office sans pouvoir fixer une minute son attention#b4 ,elle ajoute qu'elle ne connat pas de remde immdiat et qu'on doit se rsigner cette preuve en attendant que ,dieu vous l'enlve4 ,si vous persistiez recourir aux moyens violents pour carter les distractions1 vous vous fatigueriez l'esprit et vous courriez le risque de tomber dans le dcouragement4 ,donc1 de la douceur4 ,rptez-vous cette phrase de l'vangile3 ,apprenez de moi1 dit ,jsus1 que je suis doux et humble de cur et vous trouverez le repos dans vos mes4 ,et allez en paix en mditant ce prcepte4 #b ,pendant plusieurs annes1 j'ai souffert de ne pouvoir fixer mon esprit durant le temps de l'oraison4 ,sainte ,trse3 ,chemin de la perfection1 ch4 ,,xxviii4 ,le bouillonnant individu comprit la leon4 ,aujourd'hui1 quand le tintamarre des distractions s'lve en lui1 il applique le conseil du moine4 ,il y a gagn que la tentation d'impatience est devenue beaucoup moins frquente#c444 #c ,voici un texte de ,tauler o la conduite tenir vis--vis des distractions est galement indique sous une image frappante3 ,quand cet orage s'lve dans notre me1 conduisons-nous comme on le fait quand il pleut verse ou qu'il grle4 ,on se rfugie vite sous un toit jusqu' ce que la tempte ait pass4 ,de mme si nous sentons que nous ne dsirons que ,dieu et que pourtant l'angoisse nous saisisse1 supportons-nous avec patience dans l'attente calme de ,dieu4 ,restons tranquillement sous le toit du bon plaisir divin444 7,sermon pour la fte de la ,pentecte74 ,au surplus1 quand on y rflchit1 on dcouvre que ,dieu ne nous demande qu'un effort sincre4 ,une oraison pleine de distractions involontaires prsente ses regards tout autant de mrite qu'une oraison trs recueillie4 ,puis l'me peut profiter de cette preuve pour y apprendre sa fragilit1 pour y apprendre aussi persvrer dans la prire mme lorsque l'imagination refuse de se plier au devoir4 ,car c'est un axiome fondamental de la mystique que l'imagination forme le dfil favori du diable4 ,neuf fois sur dix1 c'est par elle qu'il dbouche dans notre me4 ,en d'autres occasions1 le ,mauvais1 n'ayant pas russi nous troubler par des attaques directes1 tente un mouvement tournant4 ,sachant combien nous sommes ports nous juger d'une faon favorable ds que nous avons fait quelque effort pour vivre en ,dieu1 il nous insinue que nous sommes devenus des espces de saints qui1 par leur zle et leur exactitude dans les pratiques de la religion1 acquirent le droit de se relcher un peu et de recenser1 avec complaisance1 les mrites dont ils s'imaginent tre dsormais nantis4 ,tentation sournoise et d'autant plus dangereuse qu'elle flatte notre amour-propre4 ,ah6 comme nous prenons alors plaisir passer en revue les soi-disant perfections de notre me1 comme nous nous attribuons le bien que ,dieu fit en nous1 comme nous arrosons1 d'une main prodigue1 la fleur luxuriante de notre orgueil6 ,bientt1 pareils l'ne charg de reliques de la fable1 nous nous pavanons parmi les fidles et nous toisons1 avec une piti ddaigneuse1 ces pauvres dvots dont l'humble prire nous semble un balbutiement informe si nous le comparons au degr d'oraison sublime o nous nous croyons parvenus4 ,ce stupide contentement de nous-mmes et la fausse scurit qui en rsulte nous mneraient vite l'oubli des grces reues et la ngligence de nos devoirs religieux4 ,nous ne tarderions pas nous dire3--,a quoi bon l'assistance quotidienne la messe1 la communion frquente1 les longues prires du soir et du matin8 ,cette discipline pouvait me servir au temps o j'avais besoin de lutter contre les tentations vulgaires4 ,mais maintenant que je suis sr de moi1 pourquoi ne pas rduire et simplifier mes exercices8 ,la satisfaction intime que j'prouve me dmontre que ,dieu ne me demande plus qu'une dfrence tacite qu'il m'est superflu de manifester par des actes4 ,le ,diable frtillerait de joie si l'on en arrivait ce point de suffisance vaniteuse1 car il aurait obtenu un double rsultat3 nous carter de ,notre-,seigneur par l'inconstance l'gard de la ,sainte ,eucharistie et1 en corollaire1 nous aveugler sur le pril de cette tentation d'orgueil dont il nous empoisonna l'esprit4 ,mais ,dieu veille4 ,avant que cette crise de pharisasme ait totalement boursoufl notre me1 ,il nous envoie quelque preuve cinglante qui nous claire en nous montrant le nant que nous serions sous sa misricorde4 ,c'est une maladie qui nous oblige de recourir la charit de ce prochain dont nous nous croyions hier le suprieur4 ,remde encore plus efficace1 c'est quelque lourde humiliation qui tombe sur nous comme un coup de trique et qui nous fait choir dans la posture convenable3 le nez terre et l'me en sang4 ,alors la lpre d'orgueil se dtache et tombe en cailles autour de nous4 ,on comprend le peu qu'on valait4 ,on dteste sa prsomption4 ,tout meurtri de la tribulation salutaire dont on vient d'tre favoris1 on s'efforce de regagner le terrain perdu pendant qu'on se plaisait soi-mme4 ,on aspire mriter1 de nouveau1 l'amour de ,notre ,seigneur et1 pour commencer1 on file1 quatre quatre1 au confessionnal4 ,en effet1 nous confesser1 c'est le seul moyen que nous possdions de nous nettoyer l'me des pluchures que les tentations y projettent4 ,mme si l'on n'y a pas consenti formellement1 mme si l'on n'a gure mis de complaisance les envisager1 il est bon d'effacer le plus tt possible les taches dont elles nous maculrent4 ,c'est que lorsqu'on eut l'imagination et la volont longuement sollicites par la tentation1 on devient semblable au chauffeur qui arrive l'tape aprs une course de plusieurs centaines de kilomtres en auto4 ,les poussires et les fanges des pays qu'il traversa le couvrent d'un enduit bariol dont une douche copieuse parviendra seule le dlivrer4 ,il se sent mal l'aise2 il respire avec peine tant que de larges ablutions ne l'ont point rendu net4 ,ainsi de la confession3 elle dbarbouille notre me des corpuscules diaboliques dont la tentation l'encombra pour paralyser en elle les mouvements de la grce4 ,mais parfois1 et surtout lorsque nous sommes encore mal guris de notre orgueil1 on se rsout difficilement user du remde4 ,afin de maintenir son emprise1 le ,diable nous suggre toute une kyrielle de sophismes4 ,en veut-on quelques-uns8 ,voici4 --,aprs tout1 se dit-on1 maintenant que les choses sont alles aussi loin1 pourquoi ne pas cder la tentation8 ,quand je lui aurai obi1 les images dont elle m'obsde s'effaceront et j'aurai la paix4 ,d'ailleurs1 en esprit1 je me suis complu caresser leurs sductions4 ,et donc l'acte n'ajoutera pas grand'chose mon pch4 ,ou bien3--,mon confesseur est trs occup4 ,j'aurais honte de le dranger pour de telles vtilles sur l'importance desquelles il se peut que je m'abuse4 ,je vais l'ennuyer sans motif4 ,et quoi servirait de lui soumettre ces pitres rveries8 ,ou encore3--,j'ai bien le temps2 il n'y a pas de raison pour ne pas attendre le jour o j'ai l'habitude de me confesser4 ,dans le premier cas1 c'est une malice trs virulente qui nous incite la chute puisque nous savons1 par exprience1 que si nous cdons la tentation1 notre penchant mal faire1 loin de s'apaiser1 se fortifiera par notre dfaillance et que bientt1 il rclamera1 de faon plus imprieuse1 des satisfactions nouvelles4 ,en outre1 c'est nous mentir nous-mmes que de prtendre qu'il n'est gure plus grave d'accomplir une faute que de penser la commettre4 ,en effet1 nous n'ignorons pas qu'il y a une certaine diffrence centre le fait d'avoir envie de se vautrer dans la crotte et celui de s'y rouler rellement4 ,dans les deux autres cas1 c'est notre amour-propre1 c'est--dire notre ennemi le plus intime qui nous leurre4 ,toutes les chappatoires1 tous les subterfuges lui sont bons pour retarder le moment de s'humilier par un aveu4 ,or1 nous ne savons si ces hantises tentatrices que nous considrons comme des vtilles ne sont pas1 au contraire1 les indices d'un tat d'me fort inquitant4 ,il n'y a que le confesseur qui ait grce d'tat pour en dcider4 ,quant l'objection qu'on ne veut pas le dranger1 elle ne tient pas debout4 ,un prtre1 conscient de son devoir1 se gardera bien d'invoquer ses occupations pour refuser son assistance au pnitent qui vient lui confier son trouble4 ,quant la ruse dilatoire qui consiste se dire3--,j'ai bien le temps1 elle est des plus piteuses4 ,pour reprendre la comparaison pose plus haut1 c'est comme si le chauffeur1 plein de poussire1 dclarait ceci3--,il est vrai que je suis fort sale2 mais comme c'est aujourd'hui lundi et que j'ai l'habitude de prendre un bain le samedi1 j'attendrai jusqu' la fin de la semaine pour me nettoyer4 ,si l'on demeurait de sang-froid1 de telles rfutations des sophismes du ,mauvais s'imposeraient d'elles-mmes4 ,nous n'hsiterions pas recourir1 sans tergiverser davantage1 au mdecin de l'me4 ,mais il arrive que la persistance de la tentation nous bouleverse si fort que nous ne parvenons pas prendre notre parti4 ,un dialogue effarant s'engage en nous4 ,notre bon ,ange nous dit3--,hte-toi de te blanchir4 ,le ,diable nous souffle3--,reste noir1 c'est bien plus commode444 ,quand on en vient au paroxysme de ce conflit1 il n'y a qu'une ressource3 se rfugier perdument dans la prire1 et dans la prire la ,sainte ,vierge4 ,elle sait si bien la ,bonne ,mre que1 sans son aide toute-puissante1 nous ne parviendrions jamais nous tirer du marcage o nous barbotons4 ,il faut lui crier avec une confiance toute enfantine3--,maman1 au secours1 ,maman j'ai mal et je pris si vous ne me tendez la main6 ,aussitt1 ,elle nous dsembourbe et ,elle met en fuite le vieux serpent qui retourne se tapir1 en grinant des crocs1 dans ses tnbres4 ,alors l'esprit se calme et rentre dans la voie saine de l'humilit et de la vraie contrition4 ,les vellits de rvolte s'effacent comme les fantmes de la nuit au lever de l'aurore4 ,on n'a plus qu'un dsir3 se purifier4 ,et tandis que s'aplanissent les dernires houles de la tempte1 on se rsout se confesser en se rcitant les beaux vers de ,verlaine3 ,vous voil1 vous voil1 pauvres bonnes penses3 ,l'espoir qu'il faut1 regret des grces dpenses1 ,douceur de cur avec svrit d'esprit ,et cette vigilance et le calme prescrit ,et toutes6 ,mais encor lentes1 bien veilles1 ,bien d'aplomb1 mais encor timides1 dbrouilles ,a peine du lourd rve et de la tide nuit#d444 #d ,sagesse4 ,il faut recommander ce livre de foi brlante1 ne fut-ce que pour l'opposer aux rhapsodies1 empruntes d'impardonnables mirlitons1 qui encombrent de leurs rclames la presse catholique4 ,certes1 le bien-tre moral1 et mme physique1 qui rsulte d'une bonne confession vaudrait lui seul qu'on n'hsite pas recourir1 ds le pressentiment d'un pril1 au sacrement de pnitence4 ,mais la joie de se remettre en tat de grce se double si l'on prend conscience que par l1 on redevient le cooprateur de ,jsus-,christ4 ,oui1 le cooprateur3 car ne formons-nous pas1 nous chrtiens1 le corps mystique dont le ,sauveur est la tte8 ,c'est1 je crois1 dans ce sens qu'on peut entendre le verset de saint ,paul3 ,comme le corps n'est qu'un1 quoiqu'il ait plusieurs membres1 et que tous les membres de ce seul corps1 quoiqu'ils soient plusieurs1 ne forment qu'un corps1 il en est de mme de ,jsus-,christ4 ,si donc1 en pense1 en parole ou en action1 nous avons manqu l',esprit que ce ,chef adorable fait circuler en nous1 par sa ,grce1 comme un arbre fait circuler la sve dans ses branches1 nos uvres ne nous sanctifient plus4 ,c'est en vain que nous multiplions les lans de notre foi1 notre prire ne s'lve pas vers le ciel4 ,nous voudrions qu'elle monte comme une alouette au znith accueillant et voici qu'elle rampe dans les sillons comme un ver de terre4 ,on ne saurait demeurer dans un pareil tat d'inertie vagissante1 car on se dsole trop de sentir l'harmonie rompue entre le ,sauveur et nous4 ,du jour o la notion nous est acquise qu'en enfreignant1 ne fut-ce que par la pense1 les prceptes de ,notre-,seigneur1 nous le faisons souffrir comme le corps souffre de la blessure qui lse un de ses membres1 nous ne pouvons plus supporter une aussi norme iniquit4 ,nous avons hte de rcuprer1 par l'absolution et la pnitence1 notre intgrit afin de revtir de nouveau la robe blanche des serviteurs zls qui obissent ,jsus avec le mme empressement que chez un homme sain1 les organes mettent obir au cerveau qui les dirige4 ,ah6 sentir1 d'une faon vivante et permanente1 cette communion entre notre ,rdempteur et nous1 comprendre qu'en gardant la souillure du moindre pch nous le blessons dans son amour1 c'est la plus grande grce qui puisse nous tre accorde444 ,c'est pourquoi le pauvre converti que les tentations tourmentent fera bien de ne pas les laisser s'engraver dans son me4 ,sans ergoter avec son amour-propre1 sans couter le dmon qui lui souffle des conseils de ngligence et d'atermoiement1 il ira au confesseur afin d'tre dlivr des voix insidieuses qui le poussent mfaire4 ,et1 chemin faisant1 il rendra tmoignage la vrit en s'excitant la contrition par quelque prire de ce genre3 ,seigneur1 au jardin des ,olives1 tandis que tu agonisais et que tu suais du sang pour mes pchs1 mes yeux1 plein de paresse1 se sont clos et j'ai dormi plutt que de prier avec toi4 ,seigneur1 pendant que les verges te meurtrissaient1 mes mains cueillaient1 dans la fort ardente de la luxure1 des baguettes flexibles pour remplacer celles que tes bourreaux avaient brises sur toi4 ,seigneur1 la minute mme o l'on te couronnait d'pines1 mes pieds me portaient au temple de la vaine gloire pour que mon orgueil y qumandt un diadme d'or et de pierreries4 ,seigneur1 pendant que tu ployais sous ta croix dans le chemin du ,calvaire1 je dtournais lchement la tte pour ne pas m'apitoyer sur ta souffrance et je prtais une oreille complaisante aux sarcasmes de la populace qui t'outrageait4 ,seigneur1 quand on t'a crucifi1 j'ai fourni le marteau pour enfoncer les clous1 j'ai mis du fiel sur l'ponge1 j'ai appuy sur la hampe de la lance pour qu'elle te pert le cur de part en part2 comme tu mettais trop longtemps mourir1 l'impatience me desscha la bouche et j'ai bu le vin de la colre dans une coupe tache de ton sang2 comme l'odeur de tes plaies et de ta fivre incommodait mes narines1 j'ai renifl des parfums rares dans des fioles de cristal4 ,je t'ai reni par tous mes sens1 par toutes mes penses1 par tous mes dsirs1 par tous mes actes444 et maintenant que tu ruisselles de larmes et d'ordures cause de mes fautes1 je comprends que je ne puis vivre qu'en toi1 et je suis infiniment misrable4 ,au nom de ta ,mre immacule1 au nom de l',archange flamboyant1 au nom de ton ,prcurseur1 au nom de tous les ,saints qui t'aiment et t'assistent durant la ,passion perptuelle que mes pchs t'infligent1 aie piti de moi4 ,pardonne-moi1 car je me repens1 purifie-moi1 car je suis couvert de taches4 ,rends-moi ta ,grce afin que1 dsormais1 je veille avec toi sous les oliviers1 afin que je dompte1 sous les verges qui te frappent1 ma sensualit1 afin que je lacre mon orgueil aux pines de ta couronne1 afin que je t'aide porter ta croix comme tu m'aideras porter la mienne1 afin que je meure d'amour ta droite et que j'entre au paradis avec le bon ,larron4 ,ah6 cette oraison si elle est dite d'un cur qui ne veut plus faire souffrir ,jsus-,christ1 prpare merveilleusement la confession4 ,l'absolution reue1 la vertu du ,sacrement est telle qu'on se sent l'me semblable un champ de roses aprs une de ces pluies tides de printemps que le soleil lger nuance d'arc-en-ciel4 ,le cur dgag1 les regards limpides et rajeunis1 alerte en sa vigueur nouvelle et lav fond1 le chauffeur remonte dans l'auto de la vie quotidienne4 ,arm contre les tentations futures par la ,grce reconquise1 il ne court pas trop de risques se lancer1 en quatrime vitesse1 sur la route de son salut4 ,,iv ,,les ,,attaques ,d,,moniaques ,a l'poque actuelle1 il semble que les cas de possession diabolique se manifestant par des actes extrieurs tels que cris1 blasphmes1 contorsions au contact ou l'approche d'un bon prtre ou d'un objet sacr se soient faits plus rares4 ,une des raisons de cette drobade apparente du ,mauvais a t indique par ,benson dans son chef-d'uvre3 la ,lumire invisible4 ,je cite3 ,on dirait vraiment que la ,grce divine possde un certain pouvoir1 s'accumulant travers les gnrations1 un pouvoir de saturer de soi jusqu'aux objets matriels4 ,l'norme quantit de sacrifices et de prires1 au cours des ges1 semble avoir russi contenir ,satan et empcher ses manifestations les plus formidables4 ,malgr la diffusion de l'apostasie1 malgr un vritable culte publiquement offert l',esprit des ,tnbres1 l'air n'en reste pas moins tout imprgn de grce et il est rare qu'un prtre ait s'occuper d'un cas de possession--encore que l'on doive bien se garder de croire les cas de ce genre tout fait disparus444 ,ceux-mmes qui ont renonc la faveur de ,dieu se trouvent admis participer de sa grce dans chaque moment de leur vie4 ,ils ont autour d'eux des glises1 des couvents1 des personnes pieuses et saintes dont1 leur insu1 ils recueillent les bienfaits4 ,les murs mmes de nos glises et de nos maisons sont pntrs par la prire4 ,dans les contres depuis longtemps catholiques1 cette saturation du milieu par la ,grce est incontestable4 ,il est certain qu'en ,france1 par exemple1 la masse de prires et de grces reues va s'accroissant et que continuant s'irradier1 d'un foyer tel que ,lourdes1 elle prserve le pays de certaines catastrophes formelles qui1 sans cela1 seraient suscites par le ,mauvais et par ses adeptes1 plus ou moins conscients1 de la ,maonnerie et de la ,libre ,pense4 ,mais il faut admettre aussi que1 vu les progrs de l'impit1 le ,diable possde un grand nombre d'mes ds le berceau4 ,c'est pourquoi il s'abstient de se manifester par les hurlements et les convulsions de ceux qu'il habite4 ,ce lui tait un moyen efficace de tourmenter et d'effrayer les fidles aux poques de foi gnrale4 ,aujourd'hui que la foi se rarfie et qu'il a russi faire nier1 ou presque1 sa puissance1 voire son existence mme par des esprits qui se croient religieux1 il n'a pas besoin de se donner tant de peine4 ,le seul fait que1 sous son inspiration1 l'on ait appel sicle des lumires le temps de tnbres o nous sommes condamns faire notre salut prouve combien son action latente s'exerce aisment sur la majorit de nos contemporains4 ,il y a toujours des sataniques pour outrager avec ostentation l'glise de ,dieu1 mais il y a surtout des indiffrents pour s'enliser et s'assoupir dans la vase d'une existence dnue de toute croyance religieuse4 ,il est craindre que ceux-ci ne soient aussi dangereusement possds que ceux-l4 ,n'usant jamais des ,sacrements1 ces mes inertes finissent par pourrir4 ,ainsi se dveloppe l'atmosphre de corruption qui flotte autour de nous et qui donne aux fidles l'impression de circuler parmi des cadavres ambulants4 ,on comprend que le diable profite de conditions aussi favorables l'exercice de son pouvoir pour multiplier ses attaques contre les mes qui s'efforcent de vivre en ,dieu et de persvrer dans l'oraison malgr l'ambiance adverse4 ,sitt qu'il a vrifi qu'elles se maintiennent en tat de grce1 sitt qu'il a constat que les tentations les plus violentes ne les inclineront pas au pch mortel1 il entre en rage4 ,incapable de les pervertir1 il se venge en employant toutes ses ressources les bouleverser par des temptes d'ordures et d'pouvantes4 ,auprs de certaines1 il va jusqu'aux svices physiques1 comme ce fut le cas pour le ,bienheureux cur d',ars4 ,mais le plus souvent1 son dpit s'exerce par un afflux de penses abominables dans l'esprit de ceux qu'il obsde4 ,ne pouvant rien contre leur volont1 il projette des tombereaux d'immondices dans leur imagination4 ,les vies des ,saints fournissent des milliers d'exemples de ces horribles manigances4 ,mais combien d'mes qui1 sans tre arrives la saintet1 essaient de progresser dans la vertu1 les subissent galement6 ,je mentionnerai quelques cas de ces assauts dmoniaques d'aprs des relations dont je ne puis suspecter l'exactitude4 ,quelqu'un raconte3--,un jour1 aprs la messe1 j'tais occup rciter les litanies de la ,sainte ,vierge et je puis affirmer que je m'y adonnais de tout mon cur4 ,je venais de communier2 j'avais fait une action de grces des plus ferventes4 ,rien donc ne pouvait me laisser souponner l'trange tribulation qui allait fondre sur moi4 ,je formulais lentement et avec une joie pensive chacune des invocations4 ,je me baignais dans les louanges de la ,bonne ,mre comme dans une eau tide et bleue dont le miroitement m'emplissait l'me d'une paix lumineuse4 ,j'en tais arriv 3 ,mater castissima ora pro nobis1 quand1 soudain1 une voix croassante s'leva en moi1 avec une rapidit inoue2 elle criait ces mots ignobles3 ,c'est une gueuse444 ,qu'on excuse la prcision avec laquelle je rapporte cette horreur4 ,elle est ncessaire pour marquer le contraste brutal entre mon tat d'esprit ce moment et ce que j'tais forc d'our4 ,l'ordure fut articule d'une faon si nette que je dus m'interrompre et que je regardai1 tout effar1 autour de moi1 car il me semblait impossible que mes voisins n'eussent pas entendu4 ,mais personne n'avait lev la tte4 ,je crus une illusion de ma part d'autant que je n'avais jamais rien ressenti de pareil4 ,quoique fort mu je repris ma rcitation4 ,alors la chose affreuse recommena3 toutes les invocations furent doubles1 pour ainsi dire1 d'insultes effroyables l'adresse de la ,sainte ,vierge4 ,cela s'enroulait autour des litanies comme du houblon autour d'une perche4 ,l'obsession devint bientt tellement despotique que malgr le dgot qui me faisait frmir jusqu'au fond de l'me1 il me fallut prter l'oreille une enfilade d'outrages indicibles lancs1 comme des paquets de boue1 la face de l',immacule4 ,cela dura longtemps4 ,puis l'attaque se termina par un sombre clat de rire dont les chos rpercuts me dchiraient le cur4 ,tout tremblant1 je sortis de l'glise4 ,je ne savais quoi attribuer cette ruption de fange4 ,j'avais le sentiment absolu que je n'y avais consenti en rien et je ne parvenais pas comprendre comment une telle vomissure d'gout avait pu souiller l'autel que j'ai lev dans mon me ma ,mre tendrement aime3 la ,madone4--,heureusement l'ide me vint d'aller trouver mon directeur qui m'expliqua la chose et me rassura444 ,une autre personne crit3--,on venait de sortir le ,saint ,sacrement du tabernacle2 l'ostensoir tait expos sur l'autel4 ,je m'unissais1 plein d'adoration et d'amour1 au chant du ,tantum ergo lorsque1 tout coup1 je ne sais qui en moi--mais ce n'tait pas moi-mme--se mit profrer des railleries atroces qui se dardaient1 avec des grincements de haine1 vers l'hostie4 ,en mme temps1 mon me tait souleve et comme projete en avant et il me fallait toute ma volont pour retenir un flot de blasphmes qui montaient mes lvres des profondeurs les plus obscures de mon tre4 ,l'impulsion tait si violente que je dus me billonner la bouche avec les deux mains4 ,j'aurais mieux aim mourir que d'mettre les salets innommables qui m'emplissaient la pense et pourtant je ne pouvais les empcher de fuser dans mon cerveau comme les engins d'un feu d'artifices diabolique4 ,l'abominable prestige dura jusqu' la fin du chant et de l'oraison qui le suit4 ,c'est seulement quand le prtre donna la bndiction qu'il s'vanouit soudainement comme il tait venu4 --,il faut1 me dis-je alors1 compenser cette vilenie dont je ne puis tre responsable4 ,et ce fut avec la foi la plus ardente que je m'unis aux invocations pour la rparation des outrages faits au ,saint ,sacrement qui terminaient l'office4 ,ensuite je demeurai longtemps genoux et je multipliai les actes d'adoration jusqu' ce que mon me se trouvt un peu console444 ,un troisime rcit est d'un ordre un peu diffrent4 ,il provient d'une personne assez avance dans la vie spirituelle et qui1 ayant eu supporter beaucoup d'attaques dmoniaques1 apprit leur tenir tte sans se troubler4 --,cette nuit-l1 dit-elle1 je m'tais endormi tout de suite aprs avoir dit mes prires du soir4 ,je note que ma sant tait excellente et que nulle proccupation grave ne m'agitait l'esprit4 ,je reposais enseveli dans un de ces bons sommeils sans rves qui rparent si merveilleusement les forces4 ,brusquement1 je fus rveill en sursaut par des coups brefs1 frapps dans le mur tout prs de ma tte4 ,je me mis sur mon sant4 ,aprs quelques secondes occupes me frotter les yeux et reprendre conscience du rel1 je me demandai ce qui arrivait4 ,je crus d'abord qu'on avait heurt ma porte et je criai d'entrer4 ,nulle rponse4 ,j'allais me rtendre en rcitant un ,ave ,maria pour les mes du ,purgatoire1 comme c'est ma coutume quand je me rveille la nuit4 ,mais les coups recommencrent1 nombreux et plus prcipits4 ,je ne pouvais m'y tromper3 c'tait bien dans le mur qu'ils taient frapps4 ,alors il ne fut plus question de dormir4 ,trs lucide et trs calme1 car je sentais s'approcher la ,malice qui toujours veille1 je me prmunis d'un large signe de croix et j'attendis4 ,je me rappelle que la pleine lune rpandait une lumire clatante dans la chambre4 ,il faisait si clair que je distinguais les aiguilles de ma montre pose sur la table de nuit1 ct de moi4 ,je vis qu'elles marquaient deux heures4 ,cependant les coups avaient cess4 ,rien ne bougeait dans la maison4 ,j'attendais en priant1 lorsque je dcouvris que la chambre s'emplissait peu peu de formes vagues1 comme brumeuses1 qui se rangrent en demi-cercle autour de mon lit4 ,elles prirent bientt une apparence plus prcise4 ,je vis alors des figures farouches1 aux traits humains mais d'expression bestiale1 qui se penchaient vers moi4 ,je ne sais quelles lueurs rougetres scintillaient sourdement dans leurs prunelles4 ,elles marmottaient des paroles vagues et confuses et d'abord si embrouilles que je ne pus en saisir le sens4 ,puis cela devint plus net et j'entendis alors1 parmi des blasphmes et des injures1 d'effroyables menaces4 ,ceci1 entre autres3--,cochon baptis1 tu as beau te gaver de ton ,jsus1 nous t'arracherons les tripes6444 ,j'tais fix3 d'autres fois1 et dans des circonstances analogues1 j'avais reu des visites du mme genre4 ,je savais qu'il n'y avait qu' me tenir ferme dans la prire pour finir par dconcerter mes assaillants4 ,les regards fixs sur mon crucifix1 je murmurai la conjuration de saint ,ambroise3 ,procul recedant somnia ,et noctium phantasmata1 ,hostemque nostrum comprime ,ne polluantur corpora444 ,alors le courroux des larves s'enflamma davantage4 ,d'autres dmons1 d'un aspect plus affreux encore1 surgirent dans la clart lunaire4 ,ce fut au point que la chambre en tait littralement bonde4 ,tous hurlaient1 crachaient1 sifflaient4 ,ils faisaient un tel vacarme que je me dis3 ,srement1 ils vont rveiller tout le monde444 ,mais le silence et le sommeil continuaient de rgner sur la maison4 ,je compris que tout ce tapage tait pour moi seul4 ,voyant qu'elle ne russissait pas m'effrayer1 la horde infernale se mit secouer mon matelas1 puis me rouer de coups444 ,vous me croirez si vous voulez3 ,tandis qu'ils me houspillaient de la sorte1 je ne pouvais m'empcher de leur rire au nez et de leur dire3--,vous vous fatiguez sans rsultat1 sales dmons6 ,en effet1 je sentais1 d'une faon inexprimable qu'tant en tat de grce et gard par la prire1 je n'avais rien craindre4 ,et puis ce calme tonnant qui me tenait l'me si paisible travers la tourmente1 j'avais l'intuition trs nette que je le devais la sainte ,vierge4 ,je la savais prs de moi et je me rendais compte qu'une panique irrsistible m'aurait culbut si j'avais t laiss mes seules forces4 ,l'essaim diabolique sentit galement sa prsence4 ,il se tut soudain et me lcha4 ,puis je le vis tourbillonner1 comme des feuilles sches1 dans la chambre et enfin1 tout disparut4 ,il n'y eut plus que le clair de lune et le silence4 ,j'eus la curiosit de regarder ma montre4 ,il tait quatre heures moins vingt-cinq4 ,l'attaque avait dur plus d'une heure et demie444 ,comme on le remarque1 l'attaque dmoniaque se distingue nettement de la tentation4 ,dans la premire1 le ,mauvais s'applique nous prsenter1 de la faon la plus imprvue1 des images et des penses n'ayant aucun rapport avec nos habitudes d'esprit4 ,car quel est le croyant qui serait capable d'outrager1 avec rflexion1 le ,saint ,sacrement ou la ,sainte ,vierge8 ,dans la seconde1 au contraire1 la partie infrieure de notre me entre en jeu4 ,le diable veut nous induire pcher et1 pour arriver ses fins1 il dirige son effort sur nos faiblesses et sur les plus invtrs de nos dfauts4 ,ne ft-ce que pour lui rsister nous employons de la volont et donc nous portons notre attention sur le point menac4 ,tents1 nous dlibrons4 ,attaqus1 nous subissons4 ,il semble aussi que l'attaque dmoniaque soit1 dans l'ordre surnaturel1 la contre-partie des grces extraordinaires dont ,dieu favorise parfois1 l'improviste1 les mes qu'il a le dessein de perfectionner4 ,de mme que le fidle1 combl de ces grces1 en est investi d'une faon toute gratuite1 de mme c'est aux moments o il est le plus loign de mfaire que le ,diable se divertit l'effrayer par des impulsions dgotantes4 ,si attristantes1 si dconcertantes qu'elles soient1 on peut tirer quelque consolation de ces horreurs1 puisqu'elles dmontrent quel point le ,mauvais se trouve dsappoint lorsque nous chappons ses embches4 ,il est alors pareil un vermineux et rancunier trimardeur qui1 chass du logis o il esprait faire prosprer sa crasse1 se venge en souillant le seuil de ses ordures et en crachant au nez du propritaire4 ,la conduite tenir dans ce cas est indique1 sous une forme charmante1 dans une lettre de saint ,franois de ,sales sainte ,chantal qui se plaignait d'attaques dmoniaques3 ,c'est bon signe1 crit-il1 que le diable fasse tant de bruit et de tempte autour de la volont2 c'est signe qu'il n'est pas dedans444 ,laissez courir ce vent et ne prenez pas le fifrelis des feuilles pour le cliquetis des armes4 --,et puis1 ajoutait celui qui eut supporter l'attaque nocturne1 relate ci-dessus1 on doit se trouver heureux d'tre prouv de la sorte1 car c'est encore un moyen de se conformer aux souffrances de ,notre-,seigneur4 ,lorsqu'au jardin des ,oliviers1 il voulut ressentir1 selon son humanit1 toutes les douleurs que lui infligent nos pchs1 le diable1 j'imagine1 aggrava son agonie par des reprsentations cent fois plus ignobles encore que les sales images dont il nous afflige quelquefois4 ,si la plus innocente des victimes a t traite ainsi1 nous1 coupables1 de quoi aurions-nous le droit de nous plaindre8 ,ah6 plutt1 rjouissons-nous et confions-nous dans cette parole de l',aptre3 ,nous ne sommes les cohritiers du ,sauveur qu'autant que nous souffrons avec lui#e6 #e ,,saint ,,paul1 p4 aux ,romains1 ,,vii1 #ag4 ,v ,l',,aridit ,il est1 dans la vie intrieure1 des priodes o l'me se sent tout heureuse4 ,l'oraison1 la mditation1 l'assistance aux offices1 les sacrements la pntrent de flicit4 ,la ,grce la soulve et l'emporte dans des espaces de lumire4 ,nul acte ne lui cote qui la rapproche de ,dieu4 ,aile1 souple1 agile1 elle vole perdument vers les sommets1 comme une alouette qu'enivre le renouveau4 ,avec quelle ampleur on savoure alors la joie de ne plus toucher terre et de reconnatre en soi1 autour de soi1 la prsence divine4 ,les bruits du monde ne vous parviennent plus que comme de sourdes rumeurs qui s'touffent dans du brouillard4 ,c'est en vain que les hommes se dmnent pour le rgal de leurs passions1 ils apparaissent semblables des ombres confuses esquissant de vagues gestes sur un paravent gristre4 ,le spectacle et la fte sont autre part3 au seuil du cur inond d'amour de ,jsus-,christ4 ,et l'me qui sait qu'elle tombera bientt dans ce foyer1 comme une comte dans le soleil1 s'panouit d'allgresse radieuse au seul pressentiment de sa transfiguration auprs de l'adorable ,essence4 ,ah6 si l'on pouvait voluer toujours dans cette atmosphre brlante o surabondent les grces sensibles6444 ,dieu ne le permet pas4 ,il veut que nous mritions notre salut par la souffrance4 ,lorsqu'il nous octroie1 de la sorte1 un avant-got de la batitude1 c'est afin que nous nous donnions entirement ,lui4 ,c'est afin que le souvenir de sa ,face entrevue nous soit un rservoir d'nergie o nous puiserons pour le reconqurir lorsqu'il lui plaira de paratre se drober4 clipse ncessaire mais combien douloureuse6 ,tout l'heure1 l'me tait pareille une futaie par un beau temps de la mi-t6 ,ses frondaisons de prires s'imprgnaient d'or fluide4 ,le ciel bleu riait aux interstices des feuilles4 ,des ombres fraches et veloutes couraient sur le gazon4 ,la musique cline du vent se mlait au murmure roucouleur des sources4 ,maintenant la futaie s'effrite3 il n'y a plus qu'un pauvre arbre dpouill enfonant ses racines maigres dans un sol sec et plein de silex4 ,toute clart meurt au ciel couleur de plomb d'o ne descendent que des souffles pres qui tordent1 en un cliquetis dsol1 les branches noires et nues4 ,parce qu'on ne sent plus couler les eaux vives de la ,grce1 l'aridit s'empare de l'me pour en faire une solitude qu'une nuit trs obscure envahit tout entire444 ,quelqu'un qui connat cet tat de scheresse glace o il semble que ,dieu nous abandonne totalement dcrit ainsi ses souffrances3--,j'tais entr dans une chapelle de ,carmlites pour y adorer le ,saint-,sacrement4 ,d'habitude1 peine m'tais-je agenouill qu'un lan de ferveur m'emportait vers ,jsus4 ,je me sentais tout de suite en familiarit avec ,lui4 ,je lui disais ma tendresse4 ,et aussitt1 un flot d'amour1 irradi du tabernacle1 venait la rencontre de mon me pour la submerger et l'emporter dans l'infini du ravissement4 ,mais ce jour-l1 rien de pareil ne se produisit4 ,mon me tait inerte1 comme engourdie dans une somnolence invincible4 ,elle demeura muette4 ,en mme temps1 nul rconfort ne me vint de l'autel4 ,on aurait dit que ,notre-,seigneur s'tait loign1 laissant le ciboire vide4 ,moi qui tais accoutum sa prsence1 je me sentis soudain affreusement seul et je compris que j'allais ptir4 ,peu aprs je crus dcouvrir que ,jsus se tenait une distance inoue au-dessus de moi4 ,entre la hauteur o il s'tait retir et l'habitacle misrable o je grelottais d'angoisse1 il y avait des paisseurs accumules de tnbres4 ,je ne sais comment exprimer cela4 ,l'encre glerait dans la plume avant qu'on trouve les mots pour rendre cette sensation d'tre spar de ,dieu par un abme dont aucun calcul ne pourrait chiffrer l'tendue4 ,supposez un homme descendu au fond d'un puits creus plusieurs centaines de mtres sous la terre4 ,il n'a pas d'espoir de remonter jamais la surface4 ,tout ce qu'il dcouvre1 en levant les yeux vers l'orifice1 c'est une petite toile pique1 comme une tte d'pingle1 au plus noir du ciel horriblement lointain4 ,et son scintillement presque imperceptible va en diminuant mesure qu'il la dvore du regard4 ,bien que trop faible1 cette image peut donner une ide approximative de mon isolement et de ma dtresse quand j'eus acquis la conviction que ,jsus m'avait quitt4 ,durant les semaines qui suivirent1 ce sentiment d'abandon s'aggrava de peines presque intolrables4 ,mon me restait sche1 froide1 immobile comme le lit d'une rivire tarie en dcembre4 ,elle tait1 pour ainsi dire1 la terra invia et inaquosa du ,psalmiste4 ,j'prouvais de la fatigue et de l'ennui prier4 ,formuler des actes de foi1 d'esprance1 de charit1 de contrition m'tait insipide4 ,a la messe quotidienne1 je ne m'unissais que d'une faon toute machinale aux demandes et aux oblations du ,sacrifice4 ,du commencement la fin1 je me rptais3 ,o ,dieu1 puisque tu es ma force1 pourquoi m'as-tu repouss8 ,puis je pleurais1 la figure enfouie dans mes mains4 ,quand je communiais1 mon cur1 nagure plein d'effusion reconnaissante au contact de son ,sauveur1 restait plus ptrifi qu'un coquillage fossile dans un bloc de grs4 ,mon me gisait1 presque morte4 tait-ce donc que je n'aimais plus ,dieu8 ,j'tais sr du contraire1 car je distinguais bien que c'tait seulement cause de son absence de moi que je souffrais si fort4 ,aussi1 je passais les heures dans l'attente anxieuse de quelque chose qui aurait d arriver et qui n'arrivait pas4 ,en proie une langueur fbrile1 je me rptais3 --,est-ce pour toujours1 mon ,dieu1 que vous m'avez abandonn8 ,a la longue1 je finis par me rpondre3 --,aprs tout1 il est le ,matre4 ,qu'il ne m'aime plus1 c'est son droit1 mais il ne m'empchera pas de l'aimer quand mme4 ,a force de me le redire1 l'ide me naquit que cette constance dans l'abngation et cette volont d'amour dsintress1 c'tait justement ce que ,dieu exigeait de moi4 ,une lumire me vint galement par cette phrase de l',imitation3 ,plus un homme avance dans la vie spirituelle1 plus il se trouve surcharg de croix parce que l'amour lui fait sentir la peine de son exil4 ,mditant sur ce texte et mettant en parallle mes joies d'hier avec mes afflictions d'aujourd'hui1 je compris enfin ceci3 ,au dbut de nos progrs dans la voie troite1 ,dieu nous prodigue des consolations manifestes1 des grces presque palpables pour nous stimuler la vertu4 ,il nous soutient sous les aisselles comme un pre qui apprend marcher son enfant4 ,quand il nous juge assez forts pour avancer d'un pas plus assur1 il retire sa main et se cache4 ,mais son regard plein de sollicitude ne cesse de nous suivre4 ,nous croyons qu'il est parti trs loin et jamais il n'a t aussi prs de nous4 ,seulement1 nous n'en avons plus conscience1 et de l1 notre dsolation4 ,pour moi1 ds que j'eus saisi que cette preuve marquait le passage entre deux degrs de la vie spirituelle1 celui qui se prsentait tant plus lev que celui dont je m'attardais regretter l'assise1 je rsolus d'attendre avec patience1 le bon plaisir de ,dieu4 ,j'en fus largement rcompens par la suite car cette nuit des sens que je venais de traverser succda une aurore o je reus des grces d'ordre intellectuel qui me rendirent toujours plus amoureux de la ,croix444 ,on ne saurait ajouter grand'chose cette description si prcise de l'tat d'aridit1 de ses causes et de ses effets4 ,je soulignerai seulement que lorsqu'il le produit en nous1 ,dieu nous fait une grande faveur1 puisqu'il manifeste par l son dessein de nous hausser de l'enfance spirituelle l'ge viril de la foi4 ,que nous continuions prier1 communier obir aux commandements de ,dieu et de sa sainte glise1 pendant toute la dure de l'preuve1 sans retirer aucun fruit sensible de notre fidlit1 c'est un grand signe que nous ne sommes pas abandonns4 ,je sais bien que cette priptie est affreusement pnible supporter4 ,on aime tant ,notre-,seigneur2 on s'est fait une si suave habitude de le voir nous tendre ses mains perces par les clous pour que nous les couvrions de baisers sanglotants et de larmes4 ,or1 voici qu'il les retire et que nos lvres s'corchent sur les asprits d'un mur de granit6 ,mais patience3 l'preuve victorieusement subie1 on entre dans des rgions de haute lumire auprs desquelles les pays qu'on traversa jadis et qu'on trouvait si beaux ne nous apparaissent plus que comme des brumes polaires4 ,et1 au surplus1 pauvres boiteux1 qui clopinons sur les routes infrieures1 n'avons-nous pas l'exemple des ,saints qui marchent1 grands pas hroques1 dans les voies les plus leves de la scheresse et de la drliction8 ,au dbut de sa vocation1 la ,bienheureuse ,marguerite-,marie subit une preuve de ce genre4 ,mais elle obit sa matresse des novices qui lui disait3 ,tenez-vous devant ,dieu comme une toile d'attente devant un peintre4 ,efforons-nous donc de l'imiter4 ,ou encore appliquons-nous ces paroles de saint ,franois de ,sales4 voquant l'exemple de sainte ,madeleine qui pleure au pied de la croix1 tandis que les tnbres couvrent la terre1 il dit3 ,oh6 qu'elle devait tre mortifie de ne plus voir son cher ,seigneur6 ,elle se relevait sur ses pieds1 fichait ardemment ses yeux sur lui1 mais elle ne voyait qu'une certaine blancheur ple et confuse4 ,elle tait nanmoins aussi prs de lui qu'auparavant444 ,ainsi1 attendons l'heure de ,dieu3 elle finit toujours par sonner4 ,et enfin n'oublions pas qu'il se tient sans cesse ct de nous1 mme et surtout lorsque1 perdus dans la nuit ncessaire quiconque progresse vers ,lui1 nous ne sentons plus son adorable prsence4 ,,notes ,on pourrait multiplier les textes o l'tat d'aridit fut dcrit1 bien mieux que je ne saurais le faire1 avec toutes ses souffrances et ses angoisses4 ,saint ,jean de la ,croix dans son livre3 la ,nuit obscure et dans sa ,monte du ,carmel l'analyse en des termes d'une puissance merveilleuse4 ,sainte ,catherine de ,gnes en parle galement dans son ,trait du ,purgatoire1 d'aprs son exprience personnelle4 ,en voici un passage des plus caractristiques3 ,dieu forme autour de mon intrieur comme un sige qui le spare et l'isole de tout1 en sorte que toutes les choses qui jadis procuraient quelque rafrachissement ma vie spirituelle m'ont t peu peu enleves4 ,maintenant que j'en suis prive1 je reconnais que j'y avais cherch une pture et un soutien trop naturels444 ,en mme temps1 la peine que me fait prouver le retard de mon union avec ,dieu devient de plus en plus intolrable4 ,sainte ,angle de ,foligno1 dans le livre de ses ,visions et ,instructions1 prcise combien l'me se trouve prs de ,dieu durant les heures mme o elle se croit le plus dlaisse4 ,elle dit3 ,un pre qui aime beaucoup son fils lui donne avec mesure les aliments4 ,il mle de l'eau son vin4 ,ainsi de ,dieu3 il mle les tribulations aux joies et dans la tribulation1 c'est encore lui qui nous tient4 ,s'il ne la tenait pas1 l'me s'abandonnerait et tomberait en dfaillance4 ,au moment o elle se croit abandonne1 elle est aime plus qu' l'ordinaire4 ,sainte ,trse recommande l'espoir et la patience3 ,cette peine est trs grande1 je l'avoue2 mais si nous supplions avec humilit ,notre-,seigneur de la faire cesser1 croyez qu'il exaucera nos vux4 ,dans sa bont infinie1 il ne pourra se rsoudre nous laisser ainsi seuls et il voudra nous tenir compagnie4 ,si nous ne pouvons obtenir ce bonheur en un an1 travaillons pendant plusieurs et ne regrettons pas un temps si bien employ4 ,point d'obstacle invincible dans une si sainte entreprise4 ,ainsi1 courage1 je le rpte4 ,chemin de la ,perfection1 ch4 ,,xxvii4 ,mme si l'preuve se prolonge durant des annes1 elle finit toujours par des faveurs de l'ordre le plus lev4 ,dans son livre si substantiel3 ,les ,grces d'oraison1 le ,pre ,poulain cite ce cas3 ,on a un exemple remarquable des lenteurs de ,dieu dans la vie d'une carmlite franaise1 morte au commencement du sicle actuel4 ,elle entra en religion l'ge de trente ans1 et pendant quarante-deux ans ne fit que se dbattre contre les preuves intrieures les plus dures1 luttant sans trve1 sans aucun adoucissement1 vivant de la foi aveugle et nue4 ,soudain1 soixante-douze ans1 elle fut leve des grces extraordinaires4 ,elle trouva le ciel sur la terre et disait3--,je ne crois plus1 je vois4 ,il en fut ainsi jusqu' sa mort1 arrive onze ans plus tard4 ,voici une petite paraphrase du psaume #fb4 ,je la composai pour me la rciter pendant les jours d'aridit4 ,elle ne vaut pas grand'chose4 ,mais enfin j'y trouvai un peu de consolation2 et j'espre qu'elle pourra en procurer quelques-uns4 ,o ,seigneur1 ,seigneur ,jsus1 voici une nouvelle aurore qui se lve1 et mon me demeure altre de toi4 ,mon corps aussi a soif de sentir ta divine prsence lorsque je reois ton ,eucharistie4 ,mais tu te caches4 ,c'est pourquoi1 priv de toi1 j'erre dans une lande aride o il n'y a pas de route qui mne au palais de tes consolations1 o il n'y a pas de source pour offrir ma langueur les flots toils de ton amour4 ,le cur pesant1 l'me pareille cette solitude pierreuse1 j'entre dans ton temple et je m'agenouille1 plus faible et plus morne qu'un infirme4 ,et tu ne viens pas6444 ,or1 je donnerais cent fois ma vie pour sentir de nouveau ta prsence misricordieuse1 car ta misricorde vaut mieux que toutes les vies4 ,reviens1 ,seigneur1 afin que l'eau frache de ta grce les ayant humectes1 mes lvres soient infatigables te louer1 pour que mes mains se joignent et s'lvent en signe d'allgresse1 spontanment1 ds qu'on prononcera ton ,nom4 ,reviens ,seigneur1 sois le pain vivifiant de mon me pour que mes lvres et tout moi ne soyons qu'un frmissement d'adoration4 ,reviens1 ,seigneur1 fais que1 mme la nuit1 quand je veille1 anxieux1 sur ma couche d'insomnie1 ta prsence me soit toujours vidente4 ,fais que1 ds le jour levant1 j'prouve de l'allgresse mditer tes splendeurs et tes bienfaits4 ,souviens-toi que1 par ton ordre1 mon ,ange gardien m'a dfendu contre le prince de malice qui voulait attirer mon me dans ses tnbres perptuelles4 ,souviens-toi que dans le dsert torride o tu m'abandonnes1 je me suis abrit l'ombre des ailes de mon ,ange et que1 pour me rapprocher1 de toi1 je l'ai suivi pas pas4 ,alors mon me tait accable de tristesse2 mais elle se tenait dans l'esprance de te retrouver un jour4 ,souvent1 parce que j'ai cru en ,toi seul1 tu m'as souri la minute mme o je m'estimais le plus dlaiss4 ,il me semblait que tu tais trs loin et voici que tu tais tout prs et que ton souffle me caressait soudain le front4 ,eh bien1 ,seigneur1 rappelle-toi tes bonts et daigne1 par cette mmoire1 abrger mon preuve4 ,ou1 s'il est dans les desseins de ta sagesse1 qu'elle se prolonge1 ne permets pas que le dcouragement m'assaille4 ,ne laisse pas l'esprit d'amertume profiter de ma faiblesse pour m'endurcir son image4 ,qu'il choue contre ma prire1 qu'il prenne la fuite comme une poule traque par un renard4 ,ou que ton ,archange saint ,michel l'carte d'un flamboiement de son glaive4 ,et que le vent de l'pe lui ferme la bouche quand il voudra le maudire4 ,mais plutt1 ,seigneur1 reviens bien vite4 ,fais de mon me dessche un jardin o sous la pluie suave de ta ,grce1 les bonnes penses fleurissent1 odorantes comme des rsdas1 clatantes comme des capucines1 tressaillantes de ton amour1 comme le feuillage des saules4 ,et que la ,sainte ,vierge1 douce jardinire1 daigne cultiver les pauvres fleurs que je t'offrirai pour que tu les enlaces ta couronne d'pines4 ,ainsi-soit-il4 ,,vi ,,le ,,monde ,nolite conformari huic sculo1 dit saint ,paul4 ,la sagesse mondaine rpond aussitt3 ,il faut tre de son temps4 ,au ,x,xe sicle1 tre de son temps1 cela consiste tenir l'vangile et ses prceptes pour un recueil de dictons suranns que tout homme convaincu de son droit au bonheur toise avec un sourire de mpris au coin des lvres4 ,c'est opposer ,dieu1 l'glise1 aux vies de ,saints1 les machines vapeur1 le cinmatographe et l'aroplane4 ,c'est surtout croire au progrs4 ,chaque poque agite sa marotte4 ,celle des neuf-diximes de nos contemporains1 c'est de se figurer que1 grce aux applications de la ,science1 nous connaissons et nous connatrons toujours d'avantage des flicits dont nos anctres ne possdaient mme pas le soupon4 ,interrogez-les1 ces affols du progrs4 ,demandez-leur s'ils sont heureux4 ,sincres1 ils vous rpondront3--,nous ne le sommes pas1 mais nous le serons sans faute demain444 ,ah6 ce demain1 qui ne vient jamais6 ,car s'il existe une chimre dcevante entre toutes c'est bien celle du progrs4 ,pour qui tudie1 d'un esprit sans illusions1 l'histoire du pass et la compare celle du prsent1 pour qui observe que la nature humaine reste imperturbablement pareille elle-mme1 travers toutes les circonstances de temps et de lieu1 l'vidence s'impose que1 depuis la chute1 les fils d',adam ont tent1 de toutes les faons possibles1 la conqute du bonheur terrestre4 ,il n'est pas de systme qui n'ait t essay1 pas de doctrine qui n'ait t applique4 ,mille fois1 l'on a cru qu'on avait trouv le remde au mal de vivre4 ,de sicle en sicle1 on a rdifi la ,tour de ,babel4 ,toujours1 une chiquenaude ironique de ,dieu la fit choir dans la poussire4 ,et toujours l'homme s'est retrouv identique ce qu'il tait la veille3 avide1 inquiet1 du1 en proie aux sept pchs capitaux4 ,c'est en vain qu'il tente d'chapper cette inluctable loi de la souffrance qui rgit l'univers4 ,c'est en vain qu'il torture la matire pour rassasier sa faim de jouissances sans efforts4 ,c'est en vain qu'il voudrait enfanter dans la joie4 ,la douleur1 refoule sur un point de son domaine1 ne tarde pas surgir sur un autre et l'humilier comme auparavant4 ,un axiome que rien ne saurait abroger1 c'est celui-ci3 ,les dsirs croissent proportionnellement aux satisfactions qu'on leur donne4 ,je l'crivais nagure1 je ne puis que le rpter4 ,j'ajouterai3 tout dsir qui n'est pas le dsir du ciel n'apporte1 une fois content1 que dsillusion1 dgot1 aspiration vers quelque chose de mieux4 ,c'est la pomme ternellement offerte par le ,prince de ce monde4 ,mordez-y1 elle vous laissera la bouche pleine de cendre et d'amertume4 ,plus vous reviendrez ce fruit de maldiction1 plus votre inquitude s'accrotra1 plus vous vous loignerez de cette paix promise par ,notre ,seigneur ,jsus-,christ aux hommes de bonne volont qui consentent souffrir avec ,lui4 ,qu'elle est difficile garder cette paix intrieure o l'amour de ,dieu se renforce d'loignement pour un monde qui le mconnat ou le nie6 ,qui s'efforce de l'acqurir et de la cultiver ne cesse d'tre bouscul par une foule en fivre dont toutes les facults s'agrippent aux clinquants et aux piles d'cus1 se fondent dans les soleries de la dbauche ou de la vanit4 ,comme ils se dmnent1 en hurlant1 ces frntiques1 comme ils se htent1 se coudoient1 crasent les faibles1 comme ils tendent les mains vers un mirage dmoniaque qui recule mesure qu'ils galopent plus vite pour le saisir6 ,le cur se recroqueville d'effroi quand on considre tant d'insenss qui1 oublieux de leur me immortelle1 brlent l'existence comme une auto de course brle la route1 pour arriver plus rapidement la fosse o leur corps se reposera enfin dans la pourriture4 ,le spectacle de cette agitation furieuse1 de cette vaine recherche d'un bonheur qui n'existe pas pouvante et fait souffrir les amoureux de la ,croix4 ,parmi les ronces du chemin qui monte ,dieu1 ils n'en rencontrent pas qui les dchirent d'pines plus barbeles4 ,car toute passion est une idolatrie2 mais on n'en connat pas qui voue plus srement le monde au ,mauvais que celle de l'or4 ,c'est ce fragment durci du feu de l'enfer qui suscite1 par-dessus tout1 l'adoration de la plupart des hommes4 ,pour eux1 il constitue l'essence de soleil qu'ils voudraient respirer1 boire1 manger1 absorber par tous leurs orifices4 ,et pourtant quel sombre avertissement1 celui donn par son origine4 ,vaporis au centre de la terre par la chaleur des fournaises infernales1 l'or fut projet vers la surface par une explosion analogue celle d'une chaudire3 et c'tait un peu de son haleine que ,satan nous envoyait de la sorte4 ,la vapeur maudite1 rencontrant une couche de quartz1 pntra dans toutes les fissures de la roche et s'y figea4 ,puis elle affleura et l sur le globe1 en veines brillantes dont le seul aspect fit tomber en dmence quiconque les dcouvrit4 ,on se trompe1 on se vole1 on s'gorge pour la possession des ppites4 ,le mtal manipul1 monnay circule1 comme une pidmie1 travers les continents et les les4 ,des effluves s'en dgagent qui empoisonnent et dforment les mes4 ,les riches en deviennent plus durs et les pauvres plus envieux4 ,l'amour de l'or1 la proccupation d'une masse d'or conqurir ou augmenter donnent leurs regards quelque chose de glac1 de fixe et de cruel4 ,l'appt d'un gain monstrueux1 l'espoir de participer aux rapines de la finance fait trembler leurs lvres et leur dessche le palais4 ,devant un lingot leur cur bat plus vite4 ,et c'est comme s'ils entendaient au fond d'eux-mmes des tintements d'cus tout neufs4 ,marionnette lugubre dont le diable tient les fils1 l'humanit joue1 sans repos1 la farce tragique de l'or4 ,des scnes se droulent qui seraient grotesques si elles ne se terminaient dans les larmes et dans l'ordure444 ,laissez-moi vous en montrer quelques-unes4 ,voici qu'un ,juif ftide1 promu baron d',haceldama1 pour avoir suc le sang de multitudes famliques1 tale sa ventripotence paillete sur les trteaux4 ,des buses blason se prosternent sous ses pieds suintants1 lchent ses orteils1 mendient ses reliefs4 ,l'un lui tend le crachoir et l'autre le cure-ongles4 ,celui-ci ruse pour lui vendre son bric--brac ancestral4 ,celui-l intrigue pour fourrer sa fille--oh6 en justes noces--dans les draps gluants de ,shylock4 ,touchante alliance de l'usure et de l'imbcillit ftarde4 ,voici un bourgeois4 ,son rve essentiel c'est d'accoler sa progniture1 munie des monnaies acquises par de commerciales manigances1 au rejeton d'un autre bourgeois dont la fortune soit quivalente la sienne4 ,parfois la chaste fiance se fleurit de scrofules4 ,parfois le potique fianc laissa les trois-quarts de son appendice nasal dans les maisons chaudes o il crapula durant ses tudes4 ,les enfants qui rsulteront de ces deux malsains fourniront d'excellents spcimens de tratologie aux muses mdicaux4 ,pour le bourgeois1 ce dtail n'a pas d'importance puisque son but est atteint1 savoir3 la fusion de deux coffres-forts en un seul4--,si d'aventure le promis apporte un sac un peu moins mafflu que celui de la promise1 ne vous inquitez pas4--,il a des esprances1 dit le pre en clignant de l'il et en rigeant un index dcisif4 ,ce qui signifie que grand-maman1 rentire notable et catarrheuse souhait1 mourra bientt ou que le dvoiement de l'oncle ,polydore1 vieux garon cossu1 le mnera sous peu de la chaise perce au cercueil4 ,le noble a la foi que le ,juif redorera ses merlettes et ses lambels4 ,le bourgeois a l'esprance que ses parents riches et valtudinaires demeureront lucides le temps d'extirper de leur cerveau les termes d'un testament juteux4 ,tous deux ont la charit4 ,en effet1 l'armori judasant comme l'enrichi des grands comptoirs protgent l'glise--pourvu1 toutefois1 que cela ne les gne pas trop4 ,non seulement ils font ,dieu l'honneur de venir s'ennuyer1 vingt minutes1 tous les dimanches1 la messe basse1 devant son autel mais encore ils allongent1 sans trop gmir1 une pice de cinq sous la qute pour le denier du culte4 ,quand le cur du village o ils possdent une terre reoit ses collgues pour l',adoration1 ils lui envoient quelques vieilles poules rendues tiques par l'abus des pontes intensives1 une douzaine de poires vreuses et les grappes1 acides faire danser les chvres1 d'une treille expose au nord4 ,les plus prodigues l'invitent1 pour manger les restes1 le lendemain des jours o ils ont festoy les gros propritaires des environs4 ,quelquefois aussi1 ces bien-pensants demandent s'difier4 ,ils suivent les sermons d'un ,carme4 ,mais alors il se peut qu'ils subissent des froissements mal tolrables pour une personne dont le gousset pse4 ,ce dboire advint ,m4 ,prosper ,redoubl qui1 ayant accumul des sommes1 dans un commerce de beurre ingnieusement additionn de margarine1 trouvait propos de faire son salut4 ,le prdicateur tait un ancien missionnaire4 ,un long contact avec les sauvages de la ,nouvelle-,guine l'avait rendu inapte aux priphrases huiles et aux pommades oratoires4 ,cet aptre bourru parla sur la richesse4 ,et tout d'abord il fit se hrisser sur le crne de ,m4 ,prosper quinze cheveux chapps aux soucis du ngoce en mettant la phrase clbre du ,pre d',alzon3--,l'argent1 a pue6444 ,puis il dveloppa ce thme insolite1 secoua1 dans un blutoir sans merci1 les gosmes et les avarices1 traita comme du fumier les agiotages et les boursicoteries1 et enfin1 poussa l'oubli des convenances jusqu' glorifier un certain ,franois d',assise1 vagabond sans feu ni lieu1 parce qu'il avait pous une grande dame1 veuve depuis ,jsus-,christ et qui s'appelait la ,pauvret4 ,la proraison acheva de bouleverser ,m4 ,redoubl4 ,en effet1 le missionnaire y cita pour le commenter un texte de l'vangile que certains prdicateurs laissent d'habitude1 dans une ombre prudente4 ,vous vous rappelez qu'un jeune homme fort riche s'tant approch de ,jsus lui demanda ce qu'il fallait faire pour gagner la vie ternelle4 ,jsus lui dit3--,tu ne commettras point d'homicide2 tu ne seras pas adultre2 tu ne droberas point2 tu ne porteras point de faux tmoignage2 honore ton pre et ta mre et aime ton prochain comme toi-mme4 ,le jeune homme dit3 --,j'ai observ tout cela ds ma jeunesse2 que me manque-t-il encore8 ,jsus rpondit3 --,si tu veux tre parfait1 va1 vends ce que tu possdes1 donne-le aux pauvres et tu auras un trsor dans le ciel4 ,puis viens et suis-moi444 ,ayant ou cette parole1 le jeune homme s'en alla tout triste--car il possdait de grands biens4 ,cependant1 ,jsus dit ses disciples3 --,en vrit1 je vous le dis1 le riche entrera difficilement dans le royaume des cieux4 ,et je vous le dis encore3 il est plus ais un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu' un riche d'entrer dans le royaume des cieux4 7,s4 ,,math41 ,,xix1 #ah-bd74 ,m4 ,prosper n'en couta point davantage4 ,repoussant sa chaise avec fracas1 bousculant ses voisins tonns1 il gagna le parvis et sortit de l'glise4 ,il bouillonnait d'indignation pour avoir entendu ces choses qu'il n'tait pas loin de considrer comme subversives4 ,sur les marches extrieures1 un malingreux en guenilles lui tendit la main4 ,a envisager ce minable1 son courroux augmenta4 --,quoi1 se dit-il1 partager ma fortune des galftres de cet acabit6 ,ce prdicateur a perdu la tte6444 ,sa pense s'envola vers le coffre-fort o il accumulait ses revenus4 ,il passa en revue les titres de rentes et les actions de socits prospres qui en garnissaient les tablettes4 ,il se remmora les sacs de toile grise o dormait l'clat fauve des louis4 ,un grand lan d'amour lui vint pour le trsor obtenu par tant d'improbes sueurs4 ,comme le mendigot1 le voir immobile1 escomptait une aubaine et risquait de timides objurgations1 ,m4 ,redoubl1 condensant sur lui sa colre1 l'carta d'un geste furieux3 --,va travailler1 fainant1 s'cria-t-il4 ,puis il s'loigna en grommelant3 --,mon argent1 mon pauvre cher argent1 plus souvent que j'irais le distribuer tort et travers comme m'y invite ce prtre sermonneur4 ,parbleu1 il lui est facile d'engager les autres se dpouiller1 peut-tre lui-mme ne possde-t-il pas cent sous6444 ,et d'abord1 est-ce que j'ai besoin d'tre parfait1 moi8 ,je paie mes impts1 je ne dois rien personne3 qu'est-ce qu'on me veut de plus8444 ,par exemple1 je ne me serais jamais dout que l'vangile contenait des anecdotes aussi singulires4 ,je me figurais qu'on se contentait d'y ordonner la rsignation aux sans-le-sou4 ,mais qu'on y enseigne le mpris de l'or1 de mon or1 de notre or1 nous autres rentiers1 ce n'est pas admissible444 ,ce missionnaire a d parler d'aprs une mauvaise traduction4 ,pour s'clairer sur ce point1 il entra dans une librairie religieuse1 qui se trouva sur sa route1 et y fit l'emplette d'un vangile4 ,a peine eut-il ouvert le livre qu'il tomba sur le passage qui l'inquitait4 ,il relut trois fois les gnants versets4 ,quand il fut bien persuad que nulle quivoque n'tait possible1 son indignation ne connut plus de bornes4 --,non1 se dit-il1 un propritaire de cinq maisons de rapport1 un vice-prsident du conseil d'administration des ,houilles incombustibles ne peut pas soutenir une religion qui tolre de semblables doctrines4 ,ma conscience me le dfend444 ,et1 en effet1 comment aurait-il hsit entre la parole de ,notre-,seigneur rprouvant la richesse mal acquise et cet or o son me demeurait colle8 ,peu aprs1 l'on apprit qu'il s'tait fait recevoir du cercle des ,joyeux ,athes4 ,et1 le reste de ses jours1 il tonna son chef-lieu par l'outrance de son anti-clricalisme444 ,je crains1 lecteur1 que tu ne gotes pas cet apologue4 ,peut-tre le jugeras-tu rdig d'un style par trop dpourvu d'lgance--comme d'ailleurs les lignes qui le prcdent4 ,peut-tre1 aussi1 es-tu de ceux qui estiment que toute vrit n'est pas bonne dire et que3 ,dieu n'en demande pas tant4 ,qu'y faire8 ,je n'ai jamais su mettre en pratique cet autre axiome de la sagesse bourgeoise3 il faut garder les apparences4 ,quand sous un voile de beaux-semblants1 je dcouvre une me o l'or se coagule en un bloc compact1 c'est comme si j'entendais chanter le ,dies ir sur l'air de la ,tonkinoise1 et je ne puis m'empcher de hurler la dissonnance4 ,disposition fcheuse1 je l'avoue1 surtout dans un temps o le simulacre de la charit s'accompagne de sordides calculs1 o djeuner du ,bon ,dieu n'empche pas de souper avec le ,diable4 ,lecteur1 ouvre un peu l'il ce spectacle3 telles dvotes rentes qui pullulent autour des confessionnaux comme les blattes dans un fournil1 dbordent de propos poisseux d'o l'loge de la ,sainte ,pauvret dcoule en flots de mlasse4 ,il y a aussi des notaires ptrifis dans les paraphernaux1 les prciputs1 les codicilles1 et qui fondent l'uvre des ,vieilles ,culottes4 ,il y a des marguilliers qui distribuent1 dans les faubourgs indigents1 des soupes fabriques avec des jeux de dominos hors d'usage4 ,leurs discours1 leurs munificences font chevroter d'admiration les mes naves4 ,mais essaie1 une seule fois1 de leur insinuer que ce qu'ils gardent de leur fortune constitue un poids mort qui les tire vers la ,cit dolente4 ,tu verras aussitt leur physionomie papelarde se transformer avec une rapidit fantastique4 ,quels yeux jaunes1 quelle bouche pince1 quels doigts contracts soudain comme pour retenir quand mme cet or dont on leur dnonce la malfaisance6 ,c'est alors que se manifeste le vrai fond des curs3 cette haine de la pauvret dont le diable se sert pour se recruter des adhrents contre le ,pauvre absolu que fut ,notre-,seigneur ,jsus-,christ4 ,pour qui fait cette exprience1 le monde apparat sous l'aspect de tnbreuse horreur d'une antichambre de l'enfer4 ,c'est un espace morne et brumeux o flottent des lueurs rougetres4 ,c'est un marcage fantmal o neuf mes sur dix s'abreuvent en des flaques d'or liquide comme1 selon la ,fable1 les ombres des trpasss s'abreuvaient dans le sang du bouc noir immol par ,ulysse aux confins du ,hads444 ,du jour o cette vision te sera devenue permanente1 tu ne pourras que fuir vers les solitudes bnies o ne rgne que l'or des soleils levants1 o la musique des brises dans les hauts feuillages remplace le tintement sombre des cus1 o1 comme le disait saint ,franois d',assise1 nous sommes rellement ce que nous sommes devant ,dieu4 ,,deuxi,,me ,,partie ,,les ,,roses ,,du ,,chemin ,qui diligit me1 diligetur a ,patre meo3 et ego diligam eum et manifestabo ei meipsum4 v4 selon ,saint-,jean3 ,,xiv1 #ba4 ,,vii ,,la ,,solitude ,,et ,,le ,,silence ,ducam eum in solitudinem et loquar ad cor ejus4 ,ose3 ,,iii1 #ad4 ,l'aridit1 les attaques dmoniaques1 les tentations1 le spectacle d'un monde oxyd par l'or1 toutes les preuves de la vie intrieure prparent le plerin de ,jsus goter les douceurs du ,bon ,matre quand celui-ci juge propos de rconforter l'me que les ronces du chemin dchirrent4 ,parce qu'elle porta sa croix avec constance1 parce que1 soutenue de la ,grce1 elle fit abngation d'elle-mme pour suivre le ,seigneur en ses tapes douloureuses1 voici qu'elle reoit la faveur d'entrer dans la rgion de la joie illuminative4 ,la nuit obscure o elle se purifia ne cesse de dcrotre2 dj les premires lueurs de l'aube argentent les sommets de la ,terre promise4 ,parfois son divin ,guide se retourne et lui indique les talus qui bordent la route4 ,l'me1 tonne et ravie la fois1 dcouvre que ce ne sont pas des pines qui les tapissent mais de larges fleurs aux ptales vermeils4 ,des roses1 encore des roses1 plus loin des roses3 partout les yeux de ,jsus rayonnent sur des roses1 car c'est ici la patrie des roses de l',amour4 ,si1 par une grce ineffable1 ,notre-,seigneur t'invite sjourner dans cette oasis o l'air s'imprgne d'une odeur de paradis1 me contemplative1 tu devines que c'est pour t'apprendre ,le connatre dans la solitude et le silence4 ,une retraite cur cur avec ,lui1 c'est ce qu'il te fallait durant cette phase de ton progrs vers l',absolu4 ,admire donc comme ,il te dtache de toutes choses afin que tu t'offres son empreinte comme la cire enflamme l'empreinte du cachet4 ,le monde grouille et bourdonne1 l-bas1 derrire toi4 ,que t'importe8 ,de par ,jsus1 tu l'ignores4 ,ton dsir unique1 c'est de rester assise aux pieds de ton ,matre tant qu'il lui plaira de te parler4 ,et la solitude et le silence sont l qui te prennent pour que tu te pntres plus fond de ce ,verbe adorable444 ,laisse-moi maintenant te conter comment le pauvre caillou bris fut admis1 malgr sa stupfiante insuffisance1 quelques mois de ce recueillement total auprs de son ,sauveur4 ,ce rcit vridique rpandra plus de lumire sur la tendresse de ,jsus notre gard que les dissertations les plus fouilles4 ,j'avais t ,paris pour voir mon bon ,pre ,m4 ,mais avec quelle allgresse je revins vers mes frres les arbres4 ,certes1 ,paris1 je venais de connatre de grandes joies3 la communion frquente1 les longues heures d'oraison dans l'atmosphre1 attidie par des effluves surnaturels1 de ,notre-,dame des ,victoires1 les entretiens avec le bon prtre qui m'avait catchis1 consol1 nettoy de mes lpres4 ,oui1 mais tout autour de ces dlectations1 il y avait la ,ville et ses ferments et ses fivres et ses houles d'orgie4 ,comme je l'ai rapport maintes fois1 tout sjour prolong m'y tait interdit sous peine de subir une dpression d'esprit allant jusqu'au spleen noir4 ,supposez un de ces infortuns platanes qui agonisent le long des boulevards4 ,rappelez-vous leur feuillage anmique1 souill de poussire et de suie4 ,considrez que leurs racines ne pompent1 dans le sol maigre que des sucs dltres4 ,vous plaindrez ces exils que guette la mort par asphyxie et vous aurez une ide de mon tat d'me ,paris4 ,ce sentiment d'aversion l'gard de la ,cit bourbeuse avait pris1 ds longtemps1 en moi la violence d'un instinct4 ,mais aujourd'hui1 cela se doublait du dsir imprieux de mener maturit dans la solitude les germes des grces semes dans mon me par la main du ,seigneur4 ,et puis sous les chnes1 sous les bouleaux1 sous les pins mlodieux o j'avais nagure suivi le ,grand ,pan1 je savais que je verrais l'avenir marcher ,jsus-,christ4 ,enfin1 l-bas1 il y avait cette chapelle de ,cornebiche d'o la ,mre de ,bon-,conseil m'avait aiguill sur la voie de la pnitence et de la rparation3 y prier le plus souvent possible me serait salutaire4 ,que je fus heureux ds le trajet dans la carriole qui m'emportait vers ,arbonne-des-grands-bois6 ,il filait d'une allure rapide1 le petit cheval qui la tirait1 et cependant j'aurais voulu tripler sa vitesse4 ,pour prendre patience1 je ne quittais pas du regard les collines familires que l'norme fort couvrait d'un manteau de velours bleutre o luisaient et l les premiers ors d'un superbe automne4 ,le parfum des feuillages et de la rsine venait1 par bouffes1 jusqu' la route1 imprgnait tout mon tre et en balayait le relent des boues parisiennes4 ,quand j'aperus la tour chenue qui dsigne la vieille glise dlabre du village1 quand je vis les toits de tuile brune se profiler au bord de la futaie1 je poussai un cri de joie tel que mon hte1 assis ct de moi1 faillit en lcher les guides4 ,ah6 c'est que mon me1 jamais sylvestre1 retrouvait sa patrie444 ,la nuit suivante1 couch dans ma petite chambre paysanne1 je fus rveill plusieurs fois par le murmure du vent dans les arbres4 ,j'coutais cette voix profonde s'enfler puis dcrotre comme l'haleine d'un orgue immense4 ,cet hymne solennel de la fort1 travers l'ombre1 suscitait en moi de merveilleux chos4 ,je me disais3--,elle est l1 tout alentour2 elle chante pour m'accueillir2 et demain1 je la possderai de nouveau dans toute sa beaut4 ,et frissonnant de bonheur1 je me rendormais en rcitant un ,ave ,maria et en remerciant ,dieu de m'avoir ramen parmi ces ramures dont les cadences harmonieuses se mleraient mes prires et me feraient oublier le vain babil des hommes4 ,ds le lendemain1 je m'organisai une existence de travail et de recueillement4 ,le matin1 j'crivais1 peu peu1 le rcit de ma conversion4 ,l'aprs-midi1 aprs un bref repas1 pris en socit des bcherons1 j'allais mditer et faire oraison au cur de la fort4 ,cette anne1 novembre fut d'une splendeur exceptionnelle4 ,le soleil magnifia les feuillages empourprs des chnes1 cuivrs des htres1 ambrs des bouleaux4 ,cette ferie de couleurs qu'avivait encore les teintes sombres des plantations de pins1 me maintenait l'me heureuse4 ,le charme tait si puissant qu'il persista quand l'hiver fut venu4 ,sous les ciels gris des jours de pluie1 sous les ciels d'acier clair des jours de gele1 par les temps de brume o la fort devenait pareille un songe1 je suivais les sentiers tout bruissants de feuilles mortes4 ,j'admirais les palmes roussies des fougres1 les filigranes d'bne que dessinaient les branches dpouilles des arbres1 le pelage d'hermine dont le givre enveloppait l'ossature revche des rochers4 ,nulle intemprie ne me retint au logis4 ,il m'arriva de monter au sommet de ,cornebiche1 ayant de la neige jusqu' mi-jambe4 ,mme en t1 cette escalade n'est pas commode4 ,mais rien ne m'arrtait1 car je savais que1 l-haut1 je trouverais ma ,bonne ,mre1 que son sourire me rcompenserait et qu',elle m'inspirerait les meilleures pages de mon livre4 ,rien ne me troubla pendant les cinq mois que dura cette retraite4 ,taciturnes1 voire un peu farouches1 parce que leur caractre fut form1 depuis des gnrations par la svrit du terroir1 les gens d',arbonne s'accommodaient de mon humeur concentre4 ,de sorte que je pus1 comme je le souhaitais1 passer des journes entires sans prononcer dix paroles4 ,aussi1 je ne me souviens pas d'avoir t plus heureux sauf1 peut-tre1 au cours des longues randonnes solitaires de mon plerinage pied vers ,lourdes4 ,moi qui1 jusqu' ma conversion1 aurait pu m'crier avec le pauvre ,jules ,laforgue3 ,j'ai trop pass ma vie m'embarquer ,dans de bien tranges histoires1 je connaissais cette paix infinie que ,jsus prodigue l'me qui ,le cherche pour ,l'aimer de toutes ses forces4 ,car je le retrouvais partout le doux ,matre3 dans les clairires o le soleil luit comme un nimbe1 dans les fourrs o le vent palpite comme les ailes d'un ange1 dans les ravins o les rocs moussus semblent de vieux ermites en prire4 ,il tait l1 tout autour de moi2 je sentais sa prsence m'envelopper comme une vaste caresse et je dbordais d'adoration4 ,d'autre part1 j'allais fort souvent communier au village de ,saint-,martin-en-,bierre qui forme binage avec ,arbonne et o rsidait le cur3 l'excellent abb ,belbenot4 ,je partais avant le jour4 ,il me fallait parcourir trois kilomtres dans la plaine pour arriver l'heure de la messe4 ,chemin faisant1 j'grenais mon chapelet4 ,et c'est encore un de mes plus radieux souvenirs cette traverse des labours sous les toiles plissantes--parfois aussi sous la pluie4 ,l'eucharistie reue1 comme je revenais joyeux ,arbonne1 portant mon ,dieu dans ma poitrine6 ,comme1 ds lors1 je comprenais quel point cette nourriture nous est ncessaire pour ne pas buter contre les obstacles dont se parsme la voie troite6444 ,on m'excusera si je me suis laiss entraner dcrire cette priode de mon existence4 ,c'est que j'ai voulu montrer1 par un exemple personnel1 les vertus sanctifiantes de la solitude et du silence444 ,or1 notre me est un lac dont il dpend de nous d'agiter ou d'apaiser les eaux4 ,si nous la livrons au souffle des passions mondaines1 elle se couvre d'cume et de dtritus2 trouble et tourbillonnante1 elle se ternit de la vase que nos pchs dposrent en son trfonds4 ,si nous la tenons hors de l'atteinte des cyclones qui voudraient la bouleverser1 elle se purifie2 elle devient1 peu peu1 l'onde transparente et tranquille o les rayons du ciel aiment se reflter4 ,c'est seulement dans la solitude et dans le silence que le ,saint ,esprit nous parle et qu'il allume en nous le feu de son ,amour4 ,c'est seulement dans la solitude et dans le silence que le ,fils daigne nous permettre de panser ses plaies4 ,c'est seulement dans la solitude et dans le silence que le ,pre nous laisse parfois entrevoir la majest de sa ,face4 ,c'est enfin dans le silence et dans la solitude que la ,sainte ,vierge nous abrite le plus volontiers sous les chastes plis de son voile4 ,o beata solitudo1 o sola beatitudo s'criait saint ,bernard4 ,avec lui nous nous crierons3--,heureuse solitude1 seule batitude6 ,et nous ajouterons3--,mon ,dieu1 faites que dans la fort des jours1 nous dcouvrions la solitude1 ignore des hommes1 o nous crotrons1 comme de jeunes bouleaux1 sous la rose de votre ,grce4 ,faites que nos prires1 entendues de ,vous seul1 y soupirent comme les ramiers sauvages4 ,faites que toutes les puissances de notre me s'y panouissent votre gloire comme ces campanules d'avril qui toilent le sol des futaies ombreuses o les branchages des vieux chnes s'inclinent pour vous adorer--en silence4 ,,viii ,,la ,,communion ,sumit unus1 sumunt mille3 ,quantum isti1 tantum ille3 ,nec sumptus consumitur4 ,squence de la ,messe du ,saint-,sacrement4 ,la seule chose qui importe dans la vie1 c'est d'aimer toujours davantage ,notre-,seigneur ,jsus-,christ4 ,comment arriver cette progression d'amour8 ,ce n'est point notre pauvre nature qui1 laisse elle-mme1 pourrait y russir4 ,si grande que soit sa bonne volont1 elle demeure versatile1 elle a besoin d'un soutien surnaturel qui la maintiendra dans la voie troite1 loin des illusions de la chair et des prestiges du pch4 ,ce rconfort1 ce surcrot de zle1 l',eucharistie seule nous les procure4 --,pour que tu vives en moi1 nous dit ,jsus1 il faut d'abord que je vive en toi4 ,du jour o nous avons fait le ncessaire pour que cette parole germe et fructifie dans notre me1 il nous devient trs difficile de ne pas demeurer en tat de grce ou1 du moins1 de ne pas y rentrer au plus vite lorsque nous nous en sommes carts4 ,par suite1 il nous devient presque impossible de ne pas communier souvent4 ,alors1 le surnaturel1--par qui nous ne cessons d'apprendre le sens exact des choses de la terre et du ciel--nous sollicite sans trve4 ,il corrige notre myopie l'gard de ,dieu4 ,il nous dcouvre les embches de ce mauvais songe que les hommes qui mconnaissent la ,grce s'imaginent tre la ralit4 ,afin d'obtenir de si grands bienfaits1 il est logique que nous nous mettions mme d'ouvrir notre me toujours plus largement aux influx de ce surnaturel vivifiant4 ,or1 il n'y a qu'un moyen3 l'assistance quotidienne la messe et la communion galement quotidienne444 ,ah6 je sais bien1 pour beaucoup1 l'glise est une maman qu'on aime et qu'on respecte1 mais qu'on nglige volontiers4 ,aussi se trouve-t-il des chrtiens--incontestables--qui tiennent cette pratique pour trop assujettissante4 ,employer une demi-heure tous les matins prier en commun et recevoir ,jsus leur semble excessif4 ,divers prtextes leur sont suggrs pour qu'ils s'en dispensent4 ,et la tentation se formule par des objections o la ,malice se prlasse4 ,par exemple1 au rveil1 ces mes1 baignes de tideur1 se racontent ceci3 --,je suis mal dispos4 ,mes affaires me proccupent4 ,a coup sr1 je ferais bien d'aller la messe1 mais j'y manquerais de recueillement4 ,il vaut donc mieux m'en abstenir4 ,ou bien3 --,j'aurais tort de me tracasser car enfin l'glise ne nous en fait pas un devoir rigoureux4 ,parfois aussi1 le respect humain leur sifflote des conseils d'orgueil3 --,je passe pour un homme pondr4 ,si l'on s'aperoit que je vais tous les jours la messe1 on dira que j'exagre et cela branlera ma situation444 ,je vois dj ,untel1 mon concurrent auprs de l'opinion publique1 entrer en campagne4 ,il me tient pour intelligent quoique catholique444 ,je devine son sourire s'il constate mon assiduit la messe444 ,or1 je ne veux pas qu'il me considre comme un sot444 ,mon bon ami1 j'estime que tu ferais bien de te rappeler la parole de saint ,paul4 ,il disait1 avec louange1 aux fidles qui pratiquaient ostensiblement leur foi parmi les tumultes hostiles de la socit paenne3 --,nous sommes des sots cause de ,jsus-,christ4 ,voil de ces phrases comme ,dieu en inspirait l',aptre4 ,elles rsument1 en beaut1 tout un tat d'me4 ,elles repoussent l'orgueil dans les tnbres2 elles entr'ouvrent une fentre sur le ciel444 ,si donc tu te pntres de cette sottise1 comme il sied1--tu iras la messe et tu communieras on ne peut plus frquemment4 ,car tu auras compris qu'tre un sot aux yeux du monde c'est avoir de l'esprit devant ,dieu4 ,quant l'objection que tes affaires absorbantes te feraient manquer au recueillement1 ne crois-tu pas que de les soumettre ,dieu1 avant d'y vaquer1 te rendrait sr de ne commettre aucun acte1 de ne prononcer aucune parole qui puisse appesantir ta conscience8 ,il est fort probable qu'aprs cette communion1 si tu dis oui1 ce sera oui1 si tu dis non1 ce sera non1 ainsi que le commande ,notre-,seigneur ,jsus-,christ4 ,a plus forte raison1 tu seras arm contre les tentations de lucre1 de luxure et de vanit dont le monde va t'assaillir4 ,pour l'glise1 dont tu te glorifies d'tre membre1 tu peux tre assur que tu la soutiendras mieux1 que tu la consoleras davantage par des communions frquentes que par tant de dmarches et de discours o tu essaies prilleusement de concilier ce que tu nommes les obligations mondaines et les prceptes de l'vangile4 ,songe encore qu'en t'unissant1 par l',eucharistie1 la ,passion du ,sauveur1 tu tanches un peu le sang de ses plaies1 et alors tu n'hsiteras pas t'augmenter de ,jsus comme il s'est augment de toi444 ,et enfin1 on se trouve si bien de suivre cette petite messe de l'aurore laquelle n'assistrent gure que des mes vraiment intrieures6 ,il se forme1 de ces prires faites en commun1 dans le calme du premier matin1 de cet humble banquet la ,sainte ,table1 une atmosphre de grces qui rend l'esprit paisible et joyeux pour toute la journe4 ,l'union de ces quelques mes1 la premire messe1 les rend plus allgres servir ,jsus6 ,tout seul pour prier1 l'on dfaillerait peut-tre1 surtout lorsque notre faiblesse nous incline aux distractions4 ,dix ou douze1 on s'taie--on se relaie pour aider le ,seigneur porter sa croix444 ,ne pensait-il pas des messes de ce genre1 saint ,jean ,chrysostme quand il disait3 ,la foi est semblable au feu4 ,plusieurs lampes jointes ensemble font une grande lumire2 et plusieurs fidles runis ensemble font une foi plus vive et plus claire4 ,un chrtien seul1 parmi des gens qui n'ont point de foi1 est semblable une lampe solitaire parmi les tnbres2 mais lorsque nous nous trouvons dans la compagnie de nos frres1 nous sentons une joie et une consolation ineffables444#f #f ,troisime sermon sur l'ptre aux ,romains4 ,parce que les lampes brillent toutes ensemble4 ,chrtien1 tu avoueras1 tout de mme1 qu'un tel bnfice obtenir vaut bien qu'on lui consacre trente-cinq minutes chaque matin8 ,il est1 d'ailleurs1 remarquer que si l'on a pris l'habitude de la communion frquente1 elle nous devient si ncessaire qu'on se trouve mal l'aise1 mme physiquement1 quand1 par cas fortuit1 on fut oblig de s'abstenir4 ,alors on se rpte en soupirant le verset du psaume #aja3 ,je suis comme l'herbe foule2 mon cur se dessche parce que j'ai nglig de manger mon ,pain4 ,et comme la hte vous vient d'tre au lendemain pour absorber de nouveau cette nourriture essentielle6 ,huysmans me disait une fois3 --,si je suis quelque temps sans communier1 je me sens tout mal fichu444 ,que d'autres en pourraient dire autant6 ,remarquons encore que la messe n'est1 en somme1 qu'une prparation communier et que si nous ne le faisons1 les effets du ,saint-,sacrifice sur notre me demeurent incomplets4 ,car l',eucharistie agit sur nous comme le soleil au printemps sur les plantes engourdies par un long hiver4 ,elle ressuscite1 elle stimule la sve des vertus capitales2 elle dveloppe1 comme un dlicat feuillage1 nos bonnes penses2 elle fait clore ces fleurs dont nous ne nous doutions pas auparavant3 les roses de l',amour2 elle claire et rchauffe la rgion la plus secrte de notre me2 celle o la ,grce s'enracine3 le subconscient4 ,surtout1 l',eucharistie nous donne la paix du ,christ1 la paix divine qui doit nous rendre son ,image1 doux et humbles de cur travers les angoisses1 les souffrances et les dgots dont le monde abreuve les amoureux de ,jsus4 ,tous les mots de la messe portent une aurole4 ,mais il n'en est pas qui brillent d'un clat plus suave et plus imprieux la fois que ceux par lesquels nous demandons la paix du ,seigneur4 ,c'est qu'ils expriment1 d'une faon dcisive1 le besoin que nous ressentons d'arracher leurs armes ces hordes tumultueuses de pchs qui1 sans la prire1 sans l'aide de la ,vierge et des ,saints1 perptueraient la guerre civile dans le royaume de notre me4 ,je retiens1 plus particulirement1 l'adorable oraison qu'on ne peut gure rciter1 en union avec le clbrant1 sans que les larmes vous viennent aux yeux3 ,seigneur ,jsus-,christ1 toi qui as dit tes ,aptres3 ,je vous laisse ma paix1 je vous donne ma paix1 ne regarde pas mes pchs mais la foi de ton glise2 elle-mme1 daigne la pacifier et l'unir selon ta sainte volont4 ,rversion splendide3 ,tu pries pour que l'glise te soutienne1 l'glise prie pour que tu obtiennes d'tre digne de la soutenir4 ,en mme temps1 la ,sainte ,vierge et les ,saints prient pour que ,jsus accorde l'glise et ton me la grce de la paix vivifiante4 ,ensuite1 tu n'as plus qu' attendre1 en t'humiliant et en adorant1 que ton ,dieu descende en toi444 ,maintenant tu as communi dans la paix et tu commences ton action de grces4 ,pass le moment de crainte o tu as reu ton ,dieu1 quoique tellement indigne1 un lan de toute ton me l'emporte vers l'adoration et l'amour4 ,un bon prtre1 qui je servais quelquefois la messe au ,carmel de ,lourdes1 me dit un jour1 spontanment3--,quand vous avez communi1 prenez le mot latin3 ,,ardor et btissez votre action de grces autour de la sorte3 ,a1 adoration2 ,r1 remerciement2 ,d1 demandes2 ,o1 offrande2 ,r1 rsolutions4 ,j'ai appliqu la mthode2 et voici ce qu'elle m'a valu4 ,l'acte d'adoration1 c'est comme si l'on se voyait tout petit et tout obscur en prsence d'une incommensurable lumire4 ,peu peu1 mesure qu'on lui soumet son nant1 elle se rapproche1 vous environne1 vous pntre et dpose en vous une flamme qui ne s'teindra plus4 ,l'acte de remerciement1 c'est1 d'abord1 une source jaillissant1 en un jet mince1 d'un orifice troit4 ,puis1 sous la pousse de la reconnaissance1 elle grossit sans cesse et finit par dborder en une large nappe qui submerge les rives4 ,et maintenant1 elle est un fleuve qui s'tale1 qui hte ses flots et qui miroite sous le soleil de la ,grce4 ,le courant devient si fort qu'on n'a pas le temps de formuler de longues phrases4 ,les exclamations jaculatoires s'chappent imptueusement de notre bouche et notre me entire s'y dverse4 ,l'acte de demandes3 on suit ,jsus1 on prend un pli de son manteau pour y imprimer un respectueux baiser1 afin que la vertu qui mane du ,matre entre en vous par ce contact4 ,on ,lui dit3--,seigneur1 je ne puis rien par moi-mme et j'ai tellement besoin de ton secours6 ,accorde-le-moi1 maintenant que je te touche4 ,octroie-le-moi pour le bien de mon me1 pour le soulagement de ce malade1 pour le salut de cette me en pril1 pour le repos ternel de ce dfunt l'intention de qui1 j'ai communi4 ,dis seulement une parole et toutes les ,malices s'enfuiront qui cherchaient m'garer loin de ,toi444 ,si toutefois il n'entre pas dans tes desseins de m'exaucer aujourd'hui1 fais que j'accepte cette preuve comme un gage de ta tendresse4 ,l'acte d'offrande3--,seigneur1 voici mes pieds3 fais qu'ils ne marchent que dans tes voies4 ,voici mes mains3 fais qu'elles n'uvrent que pour te btir des chapelles4 ,voici mes lvres3 fais qu'elles s'usent profrer tes louanges4 ,voici mes sens1 mon intelligence1 mon imagination1 ma volont444 ,imprgne-les de ,toi seul4 ,voici tout mon tre3 rends-le pareil au peuplier qui darde sa pointe vers le ciel et qui n'a qu'une fonction3 ,te chanter1 de tout son frmissant feuillage1 sous les souffles mystrieux que tu lui envoies4 ,l'acte de rsolutions3--,moyennant ta ,sainte ,grce1 j'extirperai de mon me les vices que j'y laissais pulluler comme les chardons dans un jardin que l'on nglige4 ,je peinerai surtout pour arracher la mauvaise herbe d'orgueil4 ,car c'est elle qui menace toujours d'touffer les belles fleurs d'humilit que tu veux faire clore en moi4 ,c'est elle qui enlace ses racines griffues aux racines fragiles des vertus dont ta sollicitude m'ensemena2 c'est elle dont l'odeur impure tente de me combler les narines pour que je ne puisse plus respirer le parfum des chastes roses que cultive ta ,mre4 ,ah6 ,seigneur1 pourvu que tu m'aides1 je tuerai mon orgueil444 ,l'action de grces faite peu prs de cette faon1 l'ardeur souhaite en rsulte4 ,comme le recommandait le ,psalmiste1 on a commenc par la crainte du ,seigneur--et maintenant l',amour lui succde en toute sa plnitude4 ,pendant quelques minutes--parfois pendant quelques heures--nous vivons en ,jsus1 comme ,jsus vit en nous4 ,nous ralisons la splendide et redoutable parole de saint ,paul3 ,totus christianus ,christus est4 ,cette faveur inoue nous transforme ce point que nous nous oublions nous-mmes4 ,nous ne demandons plus rien2 nous ne connaissons plus rien des choses de la terre3 nous gotons1 parmi une paix immense1 la pure joie de fondre dans le cur de ,jsus1 comme une parcelle de mtal dans une fournaise inextinguible dont les flammes absorbent et consument suavement notre me4 ,sans doute1 ensuite1 on retombe3 la vie quotidienne ressuscite avec ses inquitudes1 ses tentations et ses difformits4 ,mais sache que si tu prends l'habitude de la communion frquente1 ce don splendide de la fusion en ,jsus pourra t'tre octroy de nouveau et qu'il te fortifiera indiciblement pour la rsistance au mal4 ,il ne dpendra que de toi de le conqurir en progressant1 selon ton libre-arbitre et selon ta docilit la ,grce1 dans le chemin de la vertu4 ,il dpendra de toi de mriter l',amour4 ,saint ,augustin disait3 ,mon amour1 c'est ce que je pse devant ,dieu4 ,ami lecteur1 tchons de peser beaucoup4 ,,ix ,,une ,,journ,e ,d',,oraison ,jucundus homo qui miseretur et commodat1 disponet sermones suos in judicio3 quia in aeternum non commovebitur4 ,psaume #aaa4 ,ceci est un reportage4 ,j'eus nagure la bonne fortune de rencontrer ,lourdes un homme qui1 outre qu'il communiait tous les jours1 passait environ seize heures sur vingt-quatre prier4 ,il portait une cinquantaine d'annes4 ,il tait fort laid3 brche-dents1 de grosses lvres violettes1 un nez camus1 une barbe en broussaille d'un gris sale1 un teint jaune et cribl1 par surcrot1 de taches de rousseur1 de petits yeux obliques1 assez pareils des ppins de pomme1 de grosses mains rouges1 les membres mal quarris1 le dos vot4 ,or1 ds qu'on lui avait parl1 cet ensemble malgracieux1 on ne le voyait plus4 ,on tait charm par l'clat trs doux des prunelles o veillait une me d'une indicible puret3 c'tait le regard d'un enfant pieux aprs sa premire communion4 ,sa voix calme1 aux intonations musicales1 pacifiait1 comme un dictame1 les esprits troubls4 ,il tait bien difficile quiconque causait un peu longuement avec lui de ne pas se sentir excit une dvotion plus fervente que celle dont il avait coutume4 ,de petites rentes1 administres avec conomie1 lui permettaient des sjours prolongs auprs des diffrents sanctuaires o la ,sainte ,vierge se manifeste par des miracles1 car il professait pour ,elle un culte spcial4 ,tantt il rsidait ,lourdes1 tantt ,lorette1 tantt ,pontmain4 ,il avait gravi cinq fois la montagne de la ,salette4 ,il avait visit une fois la ,terre ,sainte4 ,d'habitude1 il demeurait fort silencieux4 ,mais lorsqu'il lui fallait dialoguer1 il le faisait avec enjouement et mesure4 ,jamais personne ne lui entendit articuler une phrase qui impliqut la moindre critique du prochain4 ,sans doute parce qu'il devinait en moi une me encline la tideur1 aux imaginations turbulentes et aux bavardages superflus1--quand il me rencontrait1 il ne manquait pas de m'adresser quelques mots dont le sens1 parfois mystrieux1 prenait1 la rflexion1 des profondeurs extraordinaires4 ,encourag par cette bienveillance et dsireux d'apprendre comment il faisait pour vivre dans l'oraison perptuelle1 je lui demandai1 l'une de nos entrevues1 de vouloir bien me dtailler l'emploi d'une de ses journes4 ,tout d'abord il s'en dfendit4 ,il me rptait1 avec une expression d'humilit que je ne saurais oublier3--,vermis sum1 vermis sum6444 ,j'insistai si fort1 en lui reprsentant que le pauvre caillou bris avait besoin de cet enseignement comme d'une aumne1 qu'il finit par y consentir4 ,son discours me fit tant de bien que je dcidai de l'crire sitt rentr chez moi4 ,ce sont donc ses propres dires1 nots aussi exactement que possible1 qu'on lira ci-dessous4 ,si1 par hasard1 ce livre lui tombe sous les yeux1 j'espre qu'il me pardonnera mon indiscrtion en considrant que1 sans trahir l'incognito o il s'efface1 j'ai voulu difier--par rpercussion--quelques mes prises de vie intrieure4 --,du jour1 me dit-il1 o mon bon ange m'inspira la pense de vivre pour ,dieu1 je rsolus de rgler ma vie de faon ce que la plus grande partie de mon temps ft employe l'oraison4 ,la chose m'tait facile3 je n'ai point d'occupations astreignantes4 ,en outre1 prier1 constitue pour moi un vritable besoin4 ,et voyez1 comme ,dieu est bon3 me vrifiant inapte aux uvres pratiques1 il n'a pas voulu que je fusse le serviteur qui enfouit le talent confi par le matre4 ,il m'a dirig dans la voie o je pouvais le servir selon mes pauvres facults4 ,gloire ,lui seul6 ,voici donc mon tableau de travail puisque vous croyez qu'il peut vous tre utile de le connatre4 ,mais ne vous attendez rien d'extraordinaire4 ,je prvois que vous serez dsappoint et que vous estimerez qu'il y a beaucoup d'mes enclines l'oraison pour faire mieux que moi4 ,je pensais diffremment2 mais je me gardai de le lui dire1 crainte d'effaroucher son humilit4 ,il se recueillit quelques instants puis continua3--,ce que je fais tout d'abord1 en me rveillant1 mes prires du matin une fois dites1 c'est de mditer sur la charit l'gard d'autrui4 ,voici pourquoi3 quand je vivais encore dans le monde1 j'ai remarqu qu'une des principales causes des maux que les hommes s'infligent les uns aux autres1 c'est l'esprit de dnigrement4 ,oubliant qu'on est soi-mme un ensemble de difformits1 on porte volontiers sur le voisin des jugements tmraires4 ,on raille ses dfauts2 sur un mot1 sur un geste1 on se dpche de lui en attribuer d'indits2 on mdit sur ses travers1 parfois plus apparents que rels2 s'il choppe1 au lieu de l'aider se relever1 on dnonce hautement son faux pas4 ,on prodigue les coups de langue sans rflchir qu'une parole lance l'tourdi1 rpte et dforme par d'autres1 peut produire des pchs graves1 des catastrophes--mme des crimes4 ,ah6 la langue6444 ,vous vous rappelez ce que saint ,jacques en dit dans son ptre catholique3 ,la langue est1 la vrit1 un petit membre1 mais elle fait de grandes choses4 ,voyez combien il faut peu de feu pour embraser une grande fort6 ,la langue aussi est un feu1 un monde d'iniquit4 ,la langue enflamme tout le cours de notre vie2 elle est elle-mme enflamme par la ,ghenne4 ,deux mobiles1 galement diaboliques1 peuvent1 je crois1 expliquer ce penchant au manque de charit4 ,ou bien en soulignant les fautes et les dfauts d'autrui1 nous cherchons une excuse nos propres carts4 ,oh6 nous ne nous l'avouons pas2 nous invoquons1 au besoin1 le respect des convenances2 nous dplorons le scandale4 ,mais si nous coutions notre arrire-pense1 nous l'entendrions se formuler de la sorte3--,pourquoi ne commettrais-je pas tel acte puisque tant d'autres et notamment celui-ci le commettent6444 ,toutefois1 je prendrai mes prcautions pour que le monde n'en sache rien444 ,l le pharisasme hypocrite se joint la mdisance--et c'est comme un gout qui se dissimulerait sous des lys4 ,le second cas est plus frquent3 nous trouvons dans cette recherche et cette dnonciation des gibbosits d'autrui un motif tacite d'exalter notre propre rectitude devant le miroir complaisant de notre orgueil4 ,comme nous nous pavanons alors6 ,comme la gloriole de nous-mmes gonfle notre me6 ,comme nous oublions que si un mince ftu barre l'il du prochain1 un moellon formidable obstrue notre prunelle6 ,le plus terrible1 c'est que3 quand la langue a dard son venin1 il devient presque impossible de gurir la brlure qu'il a produite4 ,un dicton--que j'estime faux de toute fausset1--promulgue3 ,les mots s'envolent1 les crits restent4 ,ce n'est pas vrai4 ,sans parler de la calomnie1 qui est une horreur spcialement infernale1 la mdisance laisse presque toujours des traces4 ,toute parole dnigrante sur le compte d'autrui est recueillie4 ,elle donne des prventions contre celui que vous avez ls4 ,parfois1 des mois plus tard1 il aura besoin d'tre jug sous son vrai jour4 ,mais alors il surgira quelqu'un pour le chagriner et lui nuire en rapportant votre jugement4 ,vous aurez caus des querelles et1 de plus1 vous vous serez fait un ennemi qui voudra se venger de vous4 ,qui profitera de ce trouble8 ,le diable1 enchant de trouver l'occasion de nous induire la colre1 la haine et la violence1 le diable qui cabriole1 dans ses flammes1 quand nous nous entredchirons4 ,il se tut une minute puis reprit en plissant3--,j'ai1 dans ma misrable vie passe1 un souvenir de ce genre4 ,une phrase de moi1 mise pour briller dans un salon1 pour faire parade de cette verroterie suspecte que le monde appelle l'esprit1 a caus la mort d'un homme444 ,j'ai pleur des larmes de sang pour cette meurtrire lgret1 j'en ai fait pnitence4 ,mais la mmoire m'en corrode toujours le cur444 ,c'est pourquoi1 chaque aurore1 au rveil1 je me hte d'articuler cette prire3--,mon ,dieu1 accorde-moi la grce du silence4 ,et si1 aujourd'hui1 je me trouve en pril de considrer autrui comme un crapaud1 fais que je me souvienne tout de suite que je suis une vipre4 ,voil qui vous fait bonne bouche pour toute la journe1 et d'abord pour se rendre la messe4 ,la messe6 ,qu'il est salubre l'me de suivre attentivement toute les pripties de ce drame sublime4 ,je m'y efforce4 ,pourtant1 il m'arrive quelquefois1 sans que ma volont y ait part1 d'tre saisi d'une sorte de ravissement la minute mme o ,jsus va descendre sur l'autel4 ,quand viennent les paroles trois fois sacres3 ,a la veille de souffrir1 ,il prit le pain dans ses saintes et vnrables mains1 je me mets frissonner de contrition et d'amour2 mon me se dresse comme pour s'chapper et courir se prosterner au pied de son ,matre2 ensuite mes yeux se voilent4 ,je puis encore entrevoir le clbrant qui lve l'hostie2 mais aprs les choses sensibles s'effacent4 ,tandis qu'un calme souverain tient lies toutes les puissances de mon me1 il me semble voir se drouler1 hors du temps et de l'espace1 un champ de fleurs d'un bleu plus profond que celui des abmes de la mer1 plus limpide que celui des ciels d't4 ,toutes ces corolles ondulent sous une brise mystrieuse puis elles s'inclinent vers l',agneau de ,dieu qui gt1 la gorge ouverte1 au milieu du champ4 ,quelle est cette femme aux regards toils1 qui sourit et qui pleure agenouille auprs de la ,victime8--,ah6 je la connais3 c'est la ,sainte ,vierge4 ,car il saigne1 l',agneau adorable et son sang rutile comme l'or rouge des soleils couchants4 ,ce sang prodigu par l',amour infini monte jusqu' mes lvres4 ,je m'en abreuve longs traits4 ,il se rpand dans mes veines2 et cette transfusion de mon ,dieu en moi est d'une telle poignante douceur que je crois mourir de reconnaissance et du sentiment de mon indignit444 ,je ne reviens moi qu'aprs avoir reu l',eucharistie1 sans m'tre rendu compte que j'tais la barre de communion4 ,l'emprise de l',agneau a t si complte que j'prouve quelque peine reprendre mes esprits444 ,la messe finie1 j'ai coutume de me rendre la ,grotte4 ,il est salutaire1 n'est-ce pas1 d'aller ainsi puiser un surcrot de grce sanctifiante la source o la tendresse de ,marie pour nous ruisselle intarissablement4 ,aprs avoir pri ,notre-,dame de ,lourdes de nous assister1 ceux qui me sont chers et moi1 durant ce jour1 je mdite soit un verset de ,magnificat soit une strophe de l',ave maris ,stella4 ,hier1 par exemple1 je pris celle-ci3 ,monstra te esse matrem444 ,montre que tu es mre1 ,qu'il accueille par toi nos prires ,celui qui1 n pour nous1 ,se voulut ton ,enfant4 ,quel appel merveilleux au cur de la ,madone dans ces quatre vers qui crent une fraternit entre ,jsus et nous6 ,c'est comme si nous disions la ,vierge3 --,puisque vous tes la mre de ,jsus1 puisque vous tes notre mre adoptive1 daignez souffrir avec nous1 comme vous avez souffert avec votre ,fils4 ,prenez notre croix et offrez-la-,lui afin qu',il nous soulage1 qu',il nous pardonne1 qu',il nous gurisse du pch dont ,vous ftes exempte4 ,o notre ,mre nourricire1 accordez le lait de la ,grce et de la misricorde vos pauvres enfants en ,jsus444 ,ayant pri1 je quitte la ,grotte et je reprends mon action de grces en me promenant dans la campagne4 ,c'est si bon d'aller par les champs et sous les arbres en mditant cet amour de ,dieu toujours plus aviv que nous vaut la sainte communion quotidienne6 ,ce l'est ,lourdes surtout o1 plus qu'ailleurs1 il me semble1 l'tat de grce vous fait une me toute neuve4 ,alors les objets qui frappent vos regards prennent un sens religieux3 une branche de sureau qui se balance1 comme un encensoir1 une scabieuse courbant sa petite tte chaperonne d'amthyste1 comme un enfant de chur l'lvation1 le coup de clairon d'un coq dans une ferme lointaine1 les grands bufs pacifiques qui passent gravement sur le chemin1 les reflets du soleil sur l'eau bouillonnante du ,gave3 tout devient symbole d'un devoir ou d'une vertu4 ,car la nature n'est-elle pas1 elle-mme1 une vaste prire8 ,j'ai connu1 en errant de la sorte1 tout plein de mon ,dieu1 des joies dont1 quoique j'en sois fort indigne1 ,notre-,seigneur daigne1 depuis quelque temps1 accrotre l'intensit4 ,tenez1 avant-hier1 par exemple1 j'ai got un tat de quitude que j'ignorais jusqu'alors4 ,je marchais lentement le long de la route de ,pau lorsque je fus pris d'un recueillement plus profond que tout ce que j'aurais pu imaginer4 ,il me paraissait qu'une onde divine s'insinuait doucement dans mon me et s'y talait en une nappe paisible o je demeurais immerg dans le silence absolu de toutes mes facults4 ,comment exprimer cela8 ,les analyses dfaillent et les comparaisons restent tellement au-dessous de ce qu'on voudrait faire entendre6 ,je vous dirai seulement que je sentais1 au cours d'un ravissement total1 o je ne pouvais ni bouger ni parler1 ,dieu se dverser en moi et me noyer dlicieusement dans son essence4--,l'impression fut si violente et si suave la fois que je n'aurais pu la supporter longtemps sans m'vanouir4 ,cela ne dura d'ailleurs1 que deux minutes environ4 ,quand je revins la conscience des choses1 ce fut par un dsir violent de servir ,dieu avec plus de zle1 avec plus de bonne volont que je ne l'avais encore fait4 ,ensuite1 je rougissais de confusion car je savais si bien que je n'avais nullement mrit une aussi norme faveur6 ,pour la reconnatre je dus me prosterner et baiser la poussire en jurant ,dieu de mourir pour ,lui tout de suite1 s'il le fallait444 ,je repris ma promenade2 je traversai le passage niveau1 prs de l'cluse et de la turbine qui fournit la force lectrique ,lourdes4 ,j'entrai dans la proprit dont la grille s'ouvre de l'autre ct de la voie4 ,je suivis1 droite un chemin montant laissant gauche une colline ou s'lve une statue de ,saint-,joseph4 ,et dans le sentier en corniche qui la coupe mi-hauteur1 je m'arrtai entre deux grands chtaigniers dont l'pais feuillage formait un dme bruissant au-dessus de ma tte4 ,de cet endroit1 l'on dcouvre un paysage exquis4 ,aux pieds du promeneur1 une pente d'herbe veloute dvale jusqu'au creux de la valle o un ruisseau jase1 cach sous les prles4 ,en face1 le terrain remonte couvert d'arbres qui se pressent et moutonnent jusqu' la clture de l'humble couvent des ,dominicaines4 ,un peu sur la droite1 le ,gave serpente1 en cumant et en grondant parmi les pierres qui dchirent sa robe de fluide meraude4 ,on ne voit pas la ,grotte1 on la devine blottie derrire de hauts peupliers4 ,enfin1 au dernier plan1 la ,basilique1 le chteau-fort et les maisons de ,lourdes se dcoupent sur la masse grise et verte du grand et du petit ,jer qui ferment l'horizon4 ,avant-hier1 une brume mauve estompait toutes les lignes du paysage et se trempait d'argent lger sous les rayons d'un soleil affaibli4 ,et c'tait comme une cit de songe1 dans un site de lgende1 au seuil du ,paradis4 ,je m'assis et1 tout en rcitant des ,ave je fixai les fentres du monastre4 ,je m'unissais1 en pense1 aux oraisons des douces clotres qui entretiennent perptuellement la flamme de l'amour divin derrire ces murailles4 ,tout coup1 sans que rien m'y et prpar1 je sentis une ,prsence ct de moi--exactement ma gauche4 ,je sus1 n'en pouvoir douter1 qu'il y avait ,quelqu'un l4 ,comprenez-moi bien3 je ne voyais absolument rien des yeux du corps4 ,de mme1 aucune de ces figures que notre imagination nous peint intrieurement parfois1 lorsque nous fermons les paupires1 ne flottait au-dedans de moi3 ,nanmoins j'tais sr--aussi sr que de l'existence de ,dieu--qu'un tre se tenait immobile tout prs de moi444 ,je m'tonnai1 puis je ressentis un peu de crainte4 ,mais cette crainte s'apaisa bientt1 car je ne sais quoi me disait que cette ,prsence n'avait rien d'hostile--bien au contraire4 ,ensuite--ah6 ceci est ineffable--j'eus l'intuition l'on ne peut plus nette1 on ne peut plus lumineuse1 que c'tait la ,sainte ,vierge4 ,je tombai genoux4 ,des larmes de joie me descendaient sur les joues4 ,un respectueux amour me possdait tout entier4 ,je ne pouvais que rpter en sanglotant3 ,ave1 ave ,maria6444 ,l'invisible apparition passa devant moi4 ,je sentis quelque chose comme un frlement presque imperceptible--peut-tre celui de son voile--m'effleurer la face4 ,puis ,elle s'loigna vers le ,gave et je sus qu',elle rentrait la ,grotte4 perdu de reconnaissance1 je tombai le front dans l'herbe et je rendis grces1 car j'avais compris que la bonne ,mre1 tant venue visiter ses chres filles ,dominicaines et me voyant tout prs1 avait daign traverser le val pour me purifier de son parfum444 ,je crois fermement que c'est la communion quotidienne qui m'assainit l'me au point qu'elle est rendue propre percevoir et goter de telles adorables merveilles4 ,sans cet adjuvant1 je me connais assez pour savoir que1 par nature1 je ne me plairais qu'aux sensations les plus brutales4 ,ceux qui nourrissent une prvention contre cette pratique1 objectent que1 vu l'accoutumance1 les effets de l',eucharistie sur nous doivent aller en s'affaiblissant4 ,ils se trompent3 loin de s'accroupir dans la routine1 l'me ne cesse de tendre la vertu et de se hausser1 toujours davantage1 vers les lumires d',en-,haut4 ,la paix de ,jsus lui devient si ncessaire qu'elle veille ne pas la rompre mme par des fautes vnielles4 ,si elle n'y arrive pas compltement1 du moins elle en rduit de beaucoup le nombre4 ,par ainsi1 elle finit par former une sorte de ciboire o ,dieu consent se reposer quelquefois444 ,pour reprendre l'expos de mes occupations journalires je vous dirai qu'aprs mon action de grces prolonge travers la campagne1 j'ai l'habitude de gagner la chapelle des ,carmlites ou celle des ,pauvres ,clarisses pour y rendre visite au ,saint-,sacrement4 ,chemin faisant1 je lis1 dans un des petits volumes que je porte toujours sur moi1 soit un chapitre de l'vangile1 soit un passage de l',imitation et j'en mdite le sens de mon mieux4 ,ce sont deux aliments dont je ne puis me passer et dont je tire toujours du profit4 ,il y a certaines phrases qui me plongent dans une rverie profonde4 ,j'y dcouvre des motifs de dvotion plus intense et des raisons d'aimer ,jsus dont je ne m'tais pas encore dout4 ,c'est comme une poigne de sarments jete propos sur un foyer qui risquait de s'accouvir sous la cendre4 ,en rcompense1 et d'une faon irrsistible1 la mditation tourne en oraison de dsir4 ,une soif ardente du ,ciel envahit tout mon tre4 ,tandis que mes lvres multiplient les ,gloria1 mon me adjure la ,sainte ,trinit de m'attirer bientt ,elle--de me rendre digne de me perdre1 aprs un bref ,purgatoire1 dans sa suradorable ,splendeur1 comme une goutte de pluie se perd dans un ocan sans rivages4 ,arriv la chapelle1 l'atmosphre d'infini recueillement1 qui rgne aux oratoires des communauts contemplatives1 dignes de leur mission1 m'enveloppe et me pntre jusqu'aux moelles4 ,c'est tout imprgn d'une allgresse paisible1 d'une fracheur de prire1 que je m'agenouille pour rciter lentement en rflchissant sur chaque vers1 l',o ,salutaris4 ,surtout chez les ,clarisses j'ai ressenti cette impression4 ,il est si dlicieusement humble leur oratoire6--,ce plancher non cir1 ces ornements en bois des autels1 cette douce obscurit3 voil bien la maison o ,notre-,seigneur se plat sanctifier les mes contrites4 ,l1 ,il est aussi pauvre--et aussi rayonnant1--qu'aux jours o la ,sainte-,vierge le berait dans sa crche ,bethlem444 ,avez-vous remarqu combien il est rconfortant de s'entretenir avec ,jsus cach dans le tabernacle8 ,il semble qu',il sommeillait en vous attendant et qu',il se rveille ds que votre voix pressante l'appelle4 ,alors quel colloque6--,on ne prie pas effectivement4 ,on cause avec lui d'une manire intime4 ,il vous permet la familiarit4 ,on lui dit ses aridits et ses peines4 ,on lui montre son paule meurtrie par la croix4 ,et il vous rpond1 voix toute basse et toute suave2 et il vous console2 et il rpand sur vos scheresses la rose de son amour2 et il oint votre plaie du baume de sa ,passion444 ,ah6 la visite au ,saint ,sacrement1 c'est une toile dans le ciel sombre de l'existence coutumire6444 ,l'aprs-midi1 aprs vpres1 je retourne la ,grotte et j'y rcite deux chapelets4 ,en temps de plerinage1 j'aime les dire haute voix en union avec les foules qui implorent la ,madone4 ,je glisse1 pour ainsi dire1 mes propres demandes parmi celles de toutes ces mes embrases de foi1 d'esprance et de charit4 ,ces prires enlaces les unes aux autres grimpent comme des clmatites et des capucines le long du rocher pour s'panouir aux pieds immaculs de la ,vierge4 ,et l'exprience prouve que ,notre ,mre acceptant l'offrande1 moissonnant toutes ces floraisons1 les prsente son ,fils et obtient1 en retour1 une surabondance de grces4 ,le premier chapelet je le ddie aux mes du ,purgatoire et je mdite1 en l'grenant1 les cinq mystres glorieux4 ,ces mystres sont une torsade de joyaux o scintillent les turquoises couleur d'aurore de la ,rsurrection1 le grand soleil diamant de l',ascension1 les rubis aux feux pourpres du ,saint ,esprit1 les lys d'argent lunaire de l',assomption1 les perles ravies la ,voie lacte du ,couronnement de la ,sainte ,vierge4 ,je recommande surtout la ,madone les mes pour qui personne ne prie plus depuis des annes4 ,elles doivent tant souffrir les pauvres oublies6 ,il me semble souvent les entendre se plaindre comme la brise mlancolique des soirs d'automne4 ,il me semble les voir tourbillonner1 autour de moi1 pareilles des feuilles mortes4 ,et je suis si heureux de contribuer peut-tre1 leur procurer ce rafrachissement divin dont parle le ,memento de la ,messe qui leur est consacr4 ,le second chapelet1 je le dis pour la conversion des pcheurs en mditant les cinq mystres douloureux4 ,car n'est-il pas effrayant de penser que des mes innombrables1 par orgueil1 ou1 hlas1 par ignorance1 font suer du sang ,notre-,seigneur sous les oliviers de ,gethsmani1 le flagellent avec rage1 le couronnent d'pines en lui crachant la face1 alourdissent du poids de leurs iniquits le fardeau de la ,croix1 l'outragent et l'abreuvent de fiel lorsqu',il agonise au ,calvaire8 ,ah6 ne ft-ce que pour soulager le ,sauveur1 comme on souhaite alors de souffrir avec ,lui afin que ces mes noyes dans des tnbres lugubres soient claires6444 ,enfin1 le soir1 je termine mes prires par le ,sub ,tuum l'intention des malades dont la nuit redouble la fivre1 afin que la ,vierge pose ses mains apaisantes sur leur front4 ,puis je dis le ,te lucis de ,saint ,ambroise pour carter les larves lubriques qui rdent dans l'ombre et dans les rves4 ,et je m'endors1 les mains jointes en rptant trois fois3--,notre ,dame de ,lourdes1 priez pour nous444 ,il se tut et demeura quelque temps les yeux au ciel1 en oraison mentale4 ,je me gardai bien de le troubler4 ,puis il ramena ses regards sur la terre1 m'aperut1 me sourit et1 me saluant d'un air amical1 s'loigna sans prononcer un mot444 ,ainsi1 pensai-je1 voil donc ce que produisent la communion quotidienne bien faite et l'habitude de la prire4 ,que je voudrais ressembler cet homme qui conquit1 ds ce monde1 un avant-got du ,paradis6444 ,je ne suis qu'une pluchure ramasse par le ,bon ,dieu dans une poubelle qu'on ngligea de dsinfecter4 ,mais peut-tre qu'en priant beaucoup1 je mriterai1 un jour1 les ailes qui soulvent cette me au-dessus d'elle-mme et je m'envolerai1 avec elle1 vers les sommets brlants et radieux de la contemplation444 ,et je m'en allait tout de suite la ,grotte1 en disant et en redisant3--,ora pro nobis1 ,sancta ,dei ,genitrix1 ut digni efficiamur promissionibus ,christi4 ,,pilogue ,ave ,regina coelorum1 ,ave ,domina ,angelorum3 ,salve radix1 salve porta1 ,ex qua mundo lux est orta4 ,comme le caillou bris venait de terminer son livre1 il monta sur la route de ,pau pour se rendre la chapelle des ,surs de ,nevers--c'est la congrgation de ,bernadette4 ,avant d'assister la messe de l'aumnier3 le bon ,pre ,burosse1 il s'arrta en haut de l'escalier qui borde la clture de la communaut et s'accouda la petite muraille d'o l'on dcouvre la ville de ,lourdes et les montagnes4 ,le ciel1 ce jour-l1 tait d'un bleu trs pur et le soleil teintait d'or rose la neige des hauts sommets4 --,azur et neige1 se dit-il1 voici que le paysage a revtu les couleurs de la ,sainte ,vierge4 ,que je voudrais qu'elles revtissent aussi mon volume6 ,puis sa pense s'envola vers la ,grotte et il se mit prier3 ,bonne ,mre1 sans votre aide toute-puissante1 je n'aurais crit que des sottises4 ,vous m'avez stimul aux heures de dpression1 consol aux heures de dcouragement1 clair aux heures d'obscurit4 ,sans ,vous1 j'aurais mrit un bonnet d'ne1 tandis que ,vous m'avez appris l'oraison4 ,par ,vous1 pour ,vous1 je ferai peut-tre un peu de bien en dterminant quelques-uns de mes frres attidis cette communion quotidienne o je puise toute ma force et tout mon espoir4 ,maintenant1 que j'ai pos la plume1 souffrez que je vous clbre1 une fois encore1 selon la reconnaissance qui dborde de mon cur4 ,refuge du pcheur1 quand ton ,fils m'eut tir de la sentine o je jonglais avec des crottins de chevaux que je prenais pour des balles d'or1 tu daignas me dbarbouiller de tes mains trs pures4 ,salut de l'infirme1 quand le diable essaya de me casser la tte grands coups de nvralgie1 j'allais ta ,grotte et le parfum de violette1 qui manait de ,toi1 dissipait ma souffrance4 ,secours du chrtien1 quand ma fainantise naturelle me chuchotait de rester au lit1 tu me reprenais doucement4 ,et je me levais aussitt et je courais recevoir le ,pain ncessaire4 ,vierge trs prudente1 lorsque brlant de zle pour ton ,fils et pour ,toi1 je me prparais crier la face de quiconque3 ,il faut aimer ,jsus1 tu me retenais en me disant tout bas3--,plutt1 chante4 toile du ,matin1 tu n'as cess de luire au ciel de mon me4 ,si tu t'clipsais parfois1 c'tait pour cder la place ce soleil incomparable ce divin foyer d'amour3 le cur sacr de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ4 ,sois bnie1 sois remercie1 sois loue jamais4 ,garde-moi ta protection4 ,et quand je mourrai1 fais que ce soit avec ton nom sur les lvres1 trs clmente1 trs sainte1 trs douce ,vierge-,marie4--,ainsi soit-il4 ,lourdes1 #b juillet #aiaj1 fte de la ,visitation4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,prambule #aa ,,premi,,re ,,partie ,,les ,,ronces ,,du ,,chemin ,i4--,la halte #ec ,,ii4--,les scrupules #fc ,,iii4--,les tentations #he ,,iv4--,les attaques dmoniaques #abg ,v4--,l'aridit #ade ,,vi4--,le monde #afa ,,deuxi,,me ,,partie ,,les ,,roses ,,du ,,chemin ,,vii4--,la solitude et le silence #aha ,,viii4--,la communion #aie ,,ix4--,une journe d'oraison #bac pilogue #bda ,,achev ,d',,imprimer le dix-huit octobre mil neuf cent dix ,,par ,,bussi,,re ,a ,,saint-,,amand 7,,cher7 pour le compte de ,a4 ,,messein diteur #ai1 ,,quai ,,saint-,,michel1 #ai ,,paris 7,ve7