,,adolphe ,,rett ,jusqu' la fin du ,monde ,,paris ,,albert ,,messein1 ,,diteur #ai1 ,,quai ,,saint-,,michel1 #ai #aibf ,librairie ,a4 ,,messein1 #ai1 ,quai ,saint-,michel1 ,paris ,,du ,m,,me ,,auteur ,,po,,sies 7#ahig-aijf73 ,campagne premire1 ,lumires tranquilles1 ,pomes de la fort 7,messein7 #g fr4 ,une belle dame passa 7,messein4 #a vol4 in-#ab7 #g fr4 ,le ,symbolisme 7anecdotes et souvenirs74 #aijc 7,messein4 #a vol4 in-#ab7 #i fr4 ,,uvres ,,catholiques ,du diable ,dieu1 rcit d'une conversion 7,messein74 ,le rgne de la ,bte1 roman 7,messein74 ,un sjour ,lourdes1 journal d'un plerinage pied1 impressions d'un brancardier 7,messein74 ,sous l'toile du ,matin1 la premire tape aprs la conversion 7,messein74 ,dans la lumire d',ars1 rcit d'un plerinage 7,tolra74 ,au pays des lys noirs1 souvenirs de jeunesse et d'ge mr 7,tqui74 ,quand l'esprit souffle1 rcits de conversions3 ,huysmans1 ,verlaine1 ,claudel1 etc4 7,messein74 ,ceux qui saignent1 notes de guerre 7,bloud et ,gay74 ,sainte ,marguerite-,marie1 vie de la ,rvlatrice du ,sacr-,cur1 d'aprs les documents originaux 7,bloud et ,gay74 ,lettres un indiffrent1 apologtique raliste 7,bloud et ,gay74 ,le ,soleil intrieur1 ,saint ,joseph de ,cupertino1 ,catherine de ,cardonne1 une ,carmlite sous la ,terreur1 la ,charit du malade 7,bloud et ,gay74 ,louise ,ripas1 une privilgie de la ,sainte-,vierge1 prface de ,mgr ,landrieux1 vque de ,dijon 7,bloud et ,gay74 ,lon ,bloy1 essai de critique quitable 7,bloud et ,gay74 ,la ,maison en ordre1 autobiographie 7,nouvelle librairie nationale74 ,les ,rubis du ,calice1 mditations et oraisons sur des textes de la ,messe 7,messein74 ,la basse-cour d',apollon1 murs littraires 7,messein74 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,ce ,,livre3 #e exemplaires sur ,verg d',arches numrots de #a #e4 ,n ,in corde ,christi ,amicis ,etiam ignotis ,et ,benefactoribus ,,pr,,ambule ,il existe1 dans l'uvre de ,pascal1 un crit o se rsume toute la ferveur de cette grande me prise du ,bon ,matre alors qu'il souffre dans l'angoisse d'une nuit sans toiles4 ,c'est le ,mystre de ,jsus4 ,ici1 point de propositions thologiques ou morales dveloppes loisir1 point de controverses ni de polmiques4 ,seul seul avec ,celui qui a voulu supporter1 en un abandon total1 le poids de tous les pchs du monde1 ,pascal reoit la grce de partager sa dtresse4 ,il le voit pleurer et il pleure2 il le voit saigner et il saigne4 ,les souffles lugubres qui agitent les feuillages du ,jardin des ,olives lui frlent la face et se mlent aux ricanements du ,dmon qui rde travers l'ombre implacable4 ,son cur palpite l'unisson du ,cur lacr de ,jsus et chacune des phrases qu'articule pniblement cette bouche trois fois sainte le transperce comme une flche dont la piqre barbele le fait tressaillir jusqu'au plus profond de son tre4 ,il crie1 non parce qu'il souffre1 mais parce que ,jsus souffre par lui1 pour lui--en lui4 ,et ses cris sanglots1 c'est ce dialogue1 sans art1 sans littrature1 mais o1 bien au-dessus des pauvres artifices de notre rhtorique1 la voix mme du ,rdempteur retentit dans son me pour la purifier1 pour la fondre au creuset de ses propres douleurs1 pour l'offrir1 toute pantelante de contrition1 la justice du ,pre ternel4 ,dans cette nuit trs obscure1 dans cette nuit de sacrifice absolu1 ,pascal se sent comptable de notre ingratitude perptuelle l'gard du ,sauveur4 ,en gmissant1 il murmure ces mots d'une vracit si effrayante3 ,jsus sera en agonie jusqu' la fin du monde2 il ne faut pas dormir pendant ce temps-l444 ,jsus a pri les hommes et il n'a pas t exauc4 ,peu s'en faut que le voyant ne dfaille pour s'tre abreuv cette coupe d'amertume4 ,simultanment1 il lui semble que son ,dieu1 dlaiss hier1 maintenant1 toujours1 s'est en all trs loin et ne reviendra sans doute jamais plus4 ,il ttonne sa recherche et ne palpe que des tnbres4 ,il s'arrte perdu2 il ne sait quoi se rsoudre4 ,il se demande s'il est mort impnitent et si son me erre dj au seuil de l'enfer4 ,mais alors ,jsus se manifeste et lui fait entendre des mots de lumire3 ,console-toi1 tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouv444 ,je pensais toi dans mon agonie2 j'ai vers telles gouttes de sang pour toi444 ,c'est mon affaire que ta conversion2 ne crains point et prie avec confiance1 comme pour moi444 ,tout le sens sublime du ,mystre de ,jsus1 savoir l'extrme dsolation compense par l'extrme esprance1 se dgage de ces paroles4 ,le ,sauveur s'y assimile l'me en dtresse qui l'implore2 il imprime en elle son image4 ,renvoyant au ciel sa divinit1 il ne veut plus tre qu'un dbris d'homme trs humble et trs faible et qui demande qu'on prie pour lui peu prs comme on prie pour les mes du ,purgatoire4 ,et il n'est pas d'union plus efficace1 plus illuminante que celle qui se ralise1 de la sorte1 dans la douleur infinie avec ,jsus4 ,saint ,jean de la ,croix eut raison de dire que cette nuit sanglante1 c'tait un abme de clart4 99 99 99 99 99 ,l'agonie de ,jsus au ,jardin des ,olives1 premire phase de la ,passion1 dconcerte beaucoup trop de catholiques de mme que les incommodent les vocifrations et les crachats de la foule au prtoire de ,pilate ou le bruit des marteaux frappant sur les clous qui rivent ,jsus la ,croix4 ,il ne leur dplat pas de s'asseoir au banquet des noces de ,cana2 ils aiment assez brandir des palmes1 en chantant1 le ,jour des ,rameaux4 ,mais souffrir avec ,jsus1 l'assister dans sa solitude1 on y rpugne4 ,on prfre carter la pense de ce qu',il donne pour nous4 ,un contemplatif le marque avec tristesse3 ,bien des personnes1 crit-il1 prouvent une impression de gne en prsence de la ,passion de ,jsus-,christ2 et ce qui augmente ce malaise1 c'est que ,jsus nous invite faire entrer sa ,passion dans toute notre existence4 ,oui1 fort souvent1 on ne veut demander au christianisme que des motions agrables et superficielles4 ,et c'est cause de cette barbare lgret qu'en un grand nombre d'mes1 ,jsus subira son agonie jusqu' la fin du monde444 ,je ne suis qu'un atome ct de ,pascal et je prterais rire si j'avais l'outrecuidance de placer mes pitres critures auprs du ,mystre de ,jsus4 ,pourtant1 ,dieu m'ayant octroy la grce de la souffrance quotidienne1 daigne aussi m'insuffler la volont de l'unir aux souffrances de mon ,rdempteur4 ,je ne mritais pas cette marque de sa misricorde4 ,qu'on me permette de rapporter la circonstance o je la reus4 ,j'tais de passage dans une ville populeuse et bruyante dont la plupart des habitants cherchaient oublier les horreurs de la guerre en s'tourdissant parmi des liesses ignobles4 ,sans aucun doute1 il s'y trouvait1 et l1 quelques mes d'oraison mais je ne les connaissais pas4 ,dj malade1 environn d'indiffrence joviale1 peu prs sans le sou1 je sentais le dcouragement s'insinuer en moi d'autant que l'avenir m'apparaissait trs sombre4 ,je priais bien encore un peu1 par bribes1 non de l'me mais du bout des lvres1 car l',a quoi bon8 pre de toutes les dsertions commenait rgir mes prires4 ,et le ,mauvais en profitait1 selon sa tactique invariable1 pour me chuchoter que ,celui qui j'avais la navet de me confier ne prtait nulle attention mes plaintes4 ,un soir1 je me tranais aux confins du dsespoir2 je me disais que j'tais bien sot de m'enliser dans ma peine plutt que de chercher une diversion brutale dans les ftes grossires qui m'invitaient chaque pas4 ,en ce pril1 je fus conduit1 je ne sais comment1 devant la porte entr'ouverte d'une glise4 ,d'un mouvement tout machinal je la poussai2 j'entrai dans le sanctuaire2 ce fut par habitude et sans mme articuler une syllabe de dvotion que je m'inclinai devant le ,saint-,sacrement4 ,il n'y avait personne que moi--personne1 sauf ,jsus cach dans le tabernacle4 ,mais je n'avais pas conscience qu',il ft l ou plutt1 cela m'tait gal4 ,j'errai quelque temps de la nef au transept puis je m'assis contre un pilier4 ,courb sur ma chaise1 la tte basse1 l'me inerte1 je n'essayais plus de formuler le moindre fragment de prire liturgique4 ,ce n'tait pas seulement la fatigue qui me faisait flchir de la sorte4 ,il naissait aussi en moi un sentiment de rvolte qui m'incitait refuser mon hommage ,jsus parce que je tenais me figurer qu'il m'avait abandonn4 ,le dmon1 prenant vigueur dans ma lche faiblesse1 ne cessait d'attiser1 d'une griffe sournoise1 cette flamme de rbellion4 ,le pire de mon tat1 c'est que je ne m'en rendais pas compte4 ,inclinant vers le pch consenti1 j'en tais ce point que me vautrer dans la fange1 par rancune contre le ,seigneur1 me paraissait presque quitable4 ,ah6 comme on risque d'tre chang en pourceau quand on tolre que la nature dchue se drobe la ,grce6 ,peu peu1 force de ressasser mes prtendus griefs1 je fus pris de somnolence4 ,non pas l'un de ces calmes sommeils sans rves qui rparent les forces puises mais une sorte d'engourdissement morose o survivait l'impression confuse qu'en me tenant loin du ,bon ,matre1 je lui causais un prjudice4 ,il me restait bien comme un vague remords de cette trahison mais je ne voulais pas l'couter4 ,soudain1 tandis que je m'embourbais toujours davantage1 il me sembla entendre une voix trs basse1 trs lasse1 trs triste1 qui me disait l'oreille3 --,tu n'as pas pu veiller une heure avec moi4 ,seigneur ,jsus1 c'tait le reproche que vous avez adress saint ,pierre parce qu'il dormait durant votre agonie au ,jardin des ,olives6 ,dress en sursaut1 les mains tendues1 d'instinct1 vers le tabernacle1 je fondis en larmes1 je repris possession de mon me4 ,tremblant1 je m'criai3--,je ne dors plus1 bon ,matre1 je ne dors plus6444 ,alors il me parut qu'une vaste lumire me balayait l'me et en chassait les tnbres4 ,en mme temps1 la tentation1 chauve-souris obscne que le diable y avait niche1 s'en chappait1 fuyait avec un sinistre froissement d'ailes4 ,tout de suite aprs1 je me rappelai1 en un raccourci foudroyant1 toutes les tortures endures par ,jsus lorsqu'il demandait son pre que s'il tait possible1 ce calice passt loin de lui4 ,je compris que le sommeil des aptres se renouvelait1 de sicle en sicle1 chez trop de chrtiens qui rendent ainsi plus amre la solitude du ,sauveur4 ,d'un cur dchir de compassion1 je fis le serment ,jsus de ne plus tre de ceux-l4 ,je demeurai longtemps en oraison de repentir et d'amour4 ,quand je sortis de l'glise1 je me sentis la fois plein de souffrance et plein de bonheur parce que je veillais avec ,jsus4 ,et depuis1 et surtout aux tournants douloureux de l'existence1 j'ai pu constater la profonde vrit des paroles de ,saint ,paul3 ,a mesure que les souffrances de ,jsus abondent en nous1 ainsi notre consolation abonde avec elles4 99 99 99 99 99 ,seigneur ,jsus1 les hommes s'agitent pour conqurir des chimres alors que vous tes la seule ,ralit4 ,votre vie et votre mort attestent deux lois3 loi de souffrance1 loi de substitution1 et ces lois gouvernent l'univers4 ,par la premire1 vous nous apprenez nous hausser au-dessus de nous-mmes pour l'amour de vous et mriter ainsi le ,royaume de ,dieu4 ,par la seconde1 vous nous apprenez que1 pour rester dignes de vous suivre dans la voie douloureuse1 nous devons vous aider porter votre croix et remplacer ainsi ceux dont la nonchalance la trouve trop pesante--ceux aussi qui refusent de vous connatre4 ,la masse de nos pchs crasait votre paule2 notre bonne volont1 docile votre ,grce1 allge cet affreux fardeau4 ,et vous nous avez promis la suprme rcompense lorsque vous nous avez dit sur la montagne3 ,bienheureux les misricordieux car ils obtiendront misricorde2 bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice car ils seront rassasis4 ,seigneur ,jsus1 voyez3 l'humanit de l'poque si sombre o nous sommes vous l'exil dans l'attente de la ,lumire ternelle ne veut plus vous connatre4 gare par les brumes d'un matrialisme opaque1 ronge de haines homicides1 calcine par la convoitise de l'or diabolique1 impatiente de se dtruire elle-mme ou bien mollement indiffrente votre ,passion1 elle roule au cataclysme qui bientt peut-tre prcipitera les mes souilles et les mes pures au pied du trne d'o vous les jugerez selon leurs uvres4 ,comme vous l'avez annonc1 cet avenir1 ce proche avenir vient pas furtifs1 apportant les flaux inluctables444 ,seigneur ,jsus1 voici que le crpuscule ensanglante l'horizon2 peut-tre que les jours de la terre vont leur dclin4 ,parlez-moi2 faites que je sente toujours descendre en mon cur les rayons de votre ,cur2 faites que ce livre crit dans la souffrance et dans la pauvret rchauffe au foyer de votre amour quelques mes refroidies et rallume en elles le dsir de veiller avec vous au jardin des ,olives--jusqu' la fin du monde4 ,,dans ,,la ,,for,t ,,de ,l',,oraison ,ducam eum in solitudinem et loquar ad cor ejus4 ,,os,e4 ,des personnes m'ont parfois demand pourquoi je n'crivais pas de romans4 ,je puis leur rpondre ceci3 ce n'est pas que je ddaigne cette forme d'art qui1 pour ne mentionner que des crivains appartenant la littrature catholique1 nous a donn ,huysmans1 ,benson1 ,bazin1 d'autres encore4 ,mais on n'crit pas les livres qu'on veut4 ,en ce qui me concerne1 du jour o j'entrai dans l'glise je n'eus plus qu'une pense3 la servir selon mes moyens et de la faon dont il plairait ,dieu de faire vibrer pour sa louange les cordes du pauvre violoncelle que je suis4 ,or1 sauf une fois avec le ,rgne de la ,bte1 les sujets que sa ,grce m'invitait traiter ne comportaient pas l'affabulation du roman4 ,davantage encore3 ils m'taient1 pour ainsi dire1 imposs4 ,ainsi1 fort peu de jours avant de commencer la ,vie de ,sainte ,marguerite-,marie1 je ne me doutais nullement que ce travail ardu me serait dsign4 ,j'estime superflu de raconter dans quelles circonstances je fus amen l'entreprendre4 ,je me bornerai spcifier que1 pour ce livre comme pour d'autres avant et aprs1 j'ai obi1 avec simplicit1 une suggestion d'ordre intrieur dont je ne pouvais mconnatre l'origine4 ,ce qu'il n'est permis d'ajouter c'est que mon got de la solitude s'adaptait merveille l'laboration des volumes o je me suis efforc de mettre en vidence1 pour quelques-uns1 le sens surnaturel de notre vie transitoire en ce bas monde4 ,la solitude1 je l'ai toujours aime4 ,mme dans ma jeunesse1 alors que je me bouchais les oreilles pour ne pas entendre l'appel de ,dieu1 je la prfrais aux villes toutes retentissantes du vain bavardage des hommes4 ,il y avait donc bien des annes que je me tenais l'cart de leurs colloques lorsqu'il plut la misricorde divine de me convertir4 ,et je ne crois pas tmraire de penser que cette inclination me prdestinait la tche que je remplis depuis vingt ans3 montrer ,dieu ceux de mes contemporains qui le ngligent ou qui mettent leur amour-propre l'ignorer4 ,car ce n'est que dans la solitude et le silence qu'on apprend ,le connatre--et1 par consquent1 ,l'aimer4 99 99 99 99 99 ,comme le savent les lecteurs de ,du diable ,dieu1 c'est dans la fort de ,fontainebleau que je reus les premires touches de la ,grce illuminante4 ,l1 plus que partout ailleurs1 et longtemps avant ma conversion1 j'avais prouv les bienfaits de l'existence en pleine nature et j'avais eu me fliciter de ne m'tre pas reclus dans l'idoltrie de l'art exclusif1 de n'tre pas devenu1 comme tant de mes confrres1 un de ces scribes monotones qui semblent avoir un fouillis de papier imprim ou griffonn la place de la cervelle et un pot rempli1 jusqu'au bord1 d'une encre paisse la place du cur4 ,l1 quand sonna pour moi l'heure de ,dieu1 je ralisai ce que signifiait la phrase de ,saint ,bernard3 ,aliquid amplius invenies in silvis quam in libris4 ,oui1 l1 parmi les peuplades harmonieuses des grands arbres1 je sentis mon me se dvelopper au souffle du ,paraclet et je connus que cet panouissement radieux rduisait rien la fausse sagesse que j'avais si longtemps recherche dans des livres o la ,vrit unique n'avait point de part4 ,du diable ,dieu1 c'est le procs-verbal1 exact dans ses moindres dtails1 de mes tats d'me l'poque de ma transformation miraculeuse et non1 comme certains se le sont figur1 un rcit arrang1 truqu selon les formules du mtier littraire4 ,les esprits vraiment religieux qui voulurent bien me lire ne s'y tromprent pas4 ,je n'ai pas insister sur ce point et si j'y reviens ici1 c'est parce qu'on m'a demand de prciser la manire dont l'oraison germait1 grandissait1 fleurissait alors en moi1 m'imprgnait de clart divine4 ,je ferai cet expos non par gloriole d'une faveur purement gratuite mais parce qu'il peut tre utile certaines mes que ,dieu oriente vers la contemplation infuse4 ,du moins1 on me l'affirme4 ,j'essayerai donc de satisfaire mes correspondants4 ,toutefois1 qu'ils ne perdent pas de vue que cette analyse sera forcment incomplte3 les oprations de la ,grce dans une me de bonne volont gardent toujours de l'indicible4 99 99 99 99 99 ,il importe tout d'abord de rappeler qu'en ce temps-l mon ignorance religieuse tait peu prs totale4 ,rien1 ni mon genre de vie1 ni mes lectures1 ni mes habitudes de pense n'tait de nature la dissiper4 ,je n'appartiens donc point cette catgorie d'hommes qui la foi catholique fut inculque dans leur enfance1 qui s'en cartent par la suite mais qui en gardant du moins une vague mmoire1 n'ont faire qu'un effort relativement minime pour en reprendre la pratique lorsque ,dieu les dispose se convertir4 ,non seulement je ne savais rien mais encore1 par ducation1 par entranement et par un penchant originel repousser toute discipline de l'me1 je nourrissais les plus fortes prventions contre l'glise4 ,par suite je n'tais donc nullement prpar croire1 quand la notion du ,divin me fut rvle l'improviste comme il est rapport au premier chapitre de ,du diable ,dieu4 ,ceci pos1 l'on saisira combien1 au cours de mes longues mditations solitaires sous les ombrages de la fort1 j'apportais une sensibilit toute neuve aux joies et aux souffrances que me valait l'infiltration progressive du ,saint-,esprit dans ma vie intrieure4 ,je souligne que son action m'tait tour tour1 et quelquefois simultanment1 douloureuse et suave2 mais je dois mentionner que1 dans l'un et l'autre cas1 si intense ft-elle1 il n'en rsultait nul trouble1 nulle anxit4 ,au contraire1 j'prouvais un sentiment de confiance dans la ,force mystrieuse qui se rendait de la sorte matresse de mon tre4 ,il s'ensuivait une paix sans gale o mon me1 nagure si versatile1 se reposait amoureusement dans la contemplation des splendeurs de la certitude4 ,et c'tait bien un tat de contemplation passive car1 en cette phase de ma conversion1 je n'argumentais ni ne discutais4 ,je m'ouvrais la ,grce1 je l'absorbais comme une terre longtemps durcie par un gel rigoureux s'amollit avec dlices pour laisser ses molcules s'imbiber des gouttes tides d'une pluie de printemps4 ,parfois ma contemplation prenait l'aspect d'une rminiscence3 on et dit que je me souvenais de choses que je n'avais cependant ni connues ni pu connatre durant les annes antrieures4 ,parfois aussi je voyais se lever en moi des images aux contours d'une nettet insolite et qui1 baignes d'une blanche lumire1 se succdaient devant les yeux de mon me4 ,la ,grce se manifestait encore d'autre faon4 ,je tcherai de dire comment dans les lignes suivantes4 ,mais je tiens1 avant tout1 rpter qu'elle me conquit d'abord par son infusion persistante dans les domaines de la sensibilit et de l'imagination et non par le raisonnement ou par une spculation quelconque de l'intelligence4 ,et c'est ainsi que naquit en moi le sentiment habituel de la prsence de ,dieu4 99 99 99 99 99 ,ce sentiment1 je l'prouvai1 au dbut1 selon la formule si vraie du psalmiste3 ,timor ,domini initium sapientiae3 la crainte du ,seigneur est le commencement de la sagesse4 ,mais qu'on n'aille pas se mprendre2 ce n'tait point de l'effroi que je ressentais4 ,en l'occurrence1 rien de semblable la panique d'un voyageur qui1 entendant gronder un orage sur sa tte1 cherche1 d'un cur perdu1 l'abri o chapper la foudre4 ,c'tait l'intuition1 pleine de respect1 que de l'nergie radieuse dont j'tais comme circonscrit manait toute beaut1 toute bont1 toute justice--la perfection absolue4 ,alors1 faisant un retour sur moi-mme1 je dcouvrais quel point mon me tait encore loin de ressembler ce divin modle4 ,je voyais mes fautes coutumires1 mes penchants mauvais comme des taches sur cette ,lumire et je concevais que pour mriter la sollicitude adorable qui m'investissait de la sorte1 je devais travailler assidment rprimer ceux-ci1 effacer celles-l4 ,s'il n'y avait eu que moi pour acqurir les vertus ncessaires1 j'aurais certainement chou4 ,mais chaque fois que j'accomplissais un effort dans ce sens1 je me sentais doucement encourag la persvrance4 ,quelqu'un tait l qui m'aimait--j'en avais conscience d'une faon trs forte--qui guidait mes pas incertains1 qui fortifiait en moi la volont de lui plaire4 ,ah6 je n'tais plus seul ainsi que je l'avais t si longtemps parmi les hommes4 ,savourant cette scurit1 j'entrais souvent dans un recueillement profond o je demeurais entirement absorb par la contemplation de l'tre qui daignait me prodiguer ses richesses et m'inculquer le dsir croissant de m'en rendre digne4 ,je perdais la notion de la dure et de l'espace4 ,je demeurais immobile1 tout ravi en ,dieu1 pendant des minutes ou1 peut-tre1 pendant des heures4 ,en cet tat1 je ne pouvais articuler la moindre parole mais mon me entire se fondait en une oraison silencieuse de gratitude et d'amour4 ,lorsque je revenais au sentiment des spectacles d'ici-bas1 je les trouvais bien incolores4 ,certes1 avant que la ,grce m'et touch1 j'avais connu des moments admirables dnombrer les charmes multiples de ma chre fort4 ,mais que c'tait peu de chose en comparaison de la beaut de ,dieu telle que je la percevais prsent au dedans de moi4 ,comme l'clat de ce ,soleil intrieur relguait dans l'ombre le soleil prissable qui se joue travers les ramures ondoyantes6444 99 99 99 99 99 ,ensuite je commenai d'apprcier leur suprme valeur les vertus que la ,grce faisait clore en moi4 ,ayant vcu jusqu'alors dans l'esprit de rvolte et dans la complaisance au pch1 je me trouvais comme transport dans une terre inconnue1 dans une contre miraculeuse1 toute pare de fleurs dont les nuances et les parfums m'attiraient d'autant plus que je les dcouvrais pour la premire fois4 ,a les regarder1 les respirer1 l'envie me venait d'en greffer les sauvageons de mon me conformment aux prceptes de la ,loi divine4 ,je tentai tout de suite cette besogne salutaire4 ,j'y mettais de la maladresse1 mais ,dieu ne cessait de venir en aide mon inexprience4 ,ce dont je me souviens galement1 c'est de la surprise que me causait ma docilit4 ,n'ayant jamais obi qu'aux impulsions de ma nature violemment indpendante1 je demeurais stupfait constater que je prenais plaisir me soumettre et que cette humilit imprvue me valait des joies plus intenses et surtout bien plus pures que celles dont j'avais coutume de repatre mes instincts4 ,dans un des plus beaux pomes de ,sagesse1 ,verlaine a parfaitement exprim cet veil d'une me dsormais prise de la vertu1 frmissante d'amour de ,dieu mais tellement inaccoutume la vie chrtienne4 ,je ne saurais mieux faire que de le citer3 ,vous voil1 vous voil pauvres bonnes penses3 ,l'espoir qu'il faut1 regret des grces dpenses1 ,douceur de cur avec svrit d'esprit1 ,et cette vigilance et le calme prescrit ,et toutes6--,mais encore lentes1 bien veilles1 ,bien d'aplomb1 mais encore timides1 dbrouilles ,a peine du lourd rve et de la froide nuit4 ,c'est qui de vous va plus gauche1 l'une suit ,l'autre et toutes ont peur du vaste clair de lune4 ,telles1 quand les brebis sortent d'un clos3 c'est une1 ,puis deux1 puis trois4 ,le reste est l1 les yeux baisss1 ,la tte terre et l'air des plus embarrasss2 ,faisant ce que fait leur chef de file3 il s'arrte1 ,elles s'arrtent tout tour1 posant leur tte ,sur son dos1 simplement et sans savoir pourquoi444 ,votre pasteur1 mes brebis1 ce n'est pas moi1 ,c'est un meilleur1 un bien meilleur1 qui sait les causes1 ,lui qui vous tint longtemps et si longtemps l closes1 ,mais qui vous dlivra de sa main au temps vrai4 ,suivez-le3 sa houlette est bonne4--,et je serai1 ,sous sa voix toujours douce votre ennui qui ble1 ,je serai1 moi1 par vos chemins1 son chien fidle4 99 99 99 99 99 ,c'est alors qu'intervint la volont4 ,le pote ,lucrce la dfinit1 avec une superbe vigueur1 une puissance arrache aux destins1 fatis avulsa potestas4 ,or1 le destin que m'et assign mon pass1 si ,dieu n'tait intervenu1 'aurait t de continuer poursuivre1 jusqu' la fin de mes jours terrestres1 les illusions qu'une conception athe de l'existence faisait miroiter devant moi4 ,mais je ne le pouvais plus4 ,la ,vrit unique s'imposait mon me si imprieusement qu'il me fallait vouloir vivre pour ,elle4 ,je voulus--mais il y eut1 en effet1 arrachement1 car ce divorce avec mes habitudes et mes murs anciennes n'alla point sans de vives souffrances4 ,ce furent ces combats et ces rechutes momentanes dans le mal que j'ai dcrits tout le long de ,du diable ,dieu4 ,notre nature dchue est si foncirement encline au pch que1 mme treinte par la ,grce1 elle tendrait toujours retourner au ,dmon si la volont1 vivifie d',en-,haut1 ne lui barrait la route4 ,c'est ce que saint ,thomas d',aquin a lucidement indiqu lorsqu'il posa cet axiome3 l'amour de ,dieu est dans la volont4 ,la volont se fortifie en s'unissant l'oraison4 ,et cette alliance engendre ce recours constant ,dieu1--source et principe de toutes les nergies rdemptrices--qu'on appelle la foi et qui est1 en somme1 de la volont arrive1 surnaturellement1 sa plus grande concentration4 ,ds que j'eus senti la foi garder toutes les avenues de mon me1 je saisis la ncessit des sacrements pour la maintenir solide contre les attaques du ,mauvais4 ,j'allai au prtre en m'criant3 ,cor contritum et humiliatum ,deus non despicies6444 ,en rsum3 pour oprer ma conversion1 ,dieu me prit d'abord par le sentiment irrsistible de sa prsence1 puis par la contemplation de sa parfaite beaut4 ,ensuite il me fit imaginer les attraits et les bienfaits de la vertu4 ,par l1 il suscita en moi le besoin irrsistible de me purifier par la pnitence et la rforme de mon me afin que je mritasse dsormais sa misricorde adorable4 ,quand je me fus confess1 pour mrir les fruits de mon rachat1 il me reut la ,sainte ,table4 ,l',eucharistie m'illumina de clarts nouvelles4 ,mon intelligence fut conquise son tour4 ,j'tudiai2 j'assurai les fondements de ma certitude4 ,et ainsi je sus que les affirmations des sophistes qui dclarent la foi incompatible avec la raison ne sont que du vent et que croire en ,dieu est une chose infiniment raisonnable4 ,assez parl de moi4 ,les pages ci-aprs contiennent le sujet principal de mon livre4 ,puissent-elles accrotre chez quelques-uns le dsir de rester fidles ,notre-,seigneur dans la solitude o l'abandonne une socit qui se dtourne de ,lui toujours davantage4--,par moi-mme1 je ne vaux rien1 je ne puis rien2 je ne suis qu'une lanterne fumeuse4 ,mais peut-tre que1 sanctifiant ce lumignon1 le ,soleil incr daignera l'alimenter d'une parcelle de sa splendeur pour sa gloire--et non pour la mienne4 ,,reflets ,,des ,,vangiles ,il s'agit ici de ce qui vit toujours1 de ce qui nous est ternellement contemporain dans la plus lointaine histoire4 ,,louis ,,bertrand3 ,sanguis martyrum4 ,,le ,,bon ,,samaritain ,un homme descendait de ,jrusalem vers ,jricho et il tomba entre les mains des voleurs qui le dpouillrent1 et1 aprs l'avoir couvert de plaies1 ils s'en allrent le laissant demi-mort4 ,or il arriva qu'un prtre descendait par le mme chemin et1 l'ayant vu1 il passa outre4 ,pareillement1 un lvite1 tant venu l1 le vit et passa outre4 ,mais un ,samaritain1 qui tait en voyage1 vint prs de lui1 et1 le voyant1 fut touch de compassion4 ,il s'approcha1 banda ses plaies1 y versa de l'huile et du vin4 ,puis il le plaa sur sa monture1 le transporta dans une htellerie o il prit soin de lui4 7,saint-,luc1 ,x47 99 99 99 99 99 ,l'abb ,dieuze tait un prtre exact qui administrait d'une faon correcte la paroisse de quatre cents mes o son vque l'avait plac douze ans auparavant4 ,dans ce village1 assez l'cart1 la pratique religieuse se maintenait un niveau moyen4 ,le dimanche1 il y avait du monde la messe4 ,aux grandes ftes1 la population remplissait l'glise4 ,en semaine1 cinq ou six femmes ges--vierges quinquagnaires ou veuves--y venaient peu prs rgulirement4 ,tous les enfants suivaient le catchisme et faisaient leur premire communion4 ,et c'est tout au plus si une poigne d'hommes1 l'esprit gt de politique1 se dclaraient libres-penseurs sans trop savoir pourquoi et manquaient au devoir pascal4 ,encore ne se montraient-ils gure agressifs4--,sauf en temps d'lection o1 afin d'obtenir quelque avantage personnel1 ils rptaient la sourdine1 les diatribes des feuilles radicales et les harangues saugrenues du candidat dsign par les ,loges et appuy par le prfet4 ,mais ce n'tait qu'un feu de paille4 ,d'habitude1 ils ne tracassaient pas le cur1 changeaient avec lui des coups de chapeau ou1 s'ils le rencontraient en promenade1 lui parlaient volontiers de l'tat des cultures et des variations de l'atmosphre4 ,la plus grande marque de leur opposition consistait lui faire refuser le vote d'un crdit municipal pour la rparation du presbytre1 btisse du ,x,v,i,ie sicle qui commenait tomber en ruine4 ,d'ailleurs1 l'abb ,dieuze ne manifestait aucune vellit de les rfuter ou de les convertir4 ,ami de son repos1 satisfait de ne se point connatre d'adversaires virulents1 il accomplissait1 selon une routine honnte1 les fonctions extrieures de son ministre1 visitait les malades lorsqu'il en tait requis1 soignait son potager ses heures de loisir1 ne lisait rien hormis le journal bien pensant de la rgion et s'appliquait ne contredire personne4 ,il avait une qualit3 moins d'urgence il ne s'absentait que pour une retraite1 tous les deux ans1 au grand sminaire du diocse4 ,il estimait que se tenir en permanence1 la disposition de ses paroissiens constituait l'essentiel de sa mission4 ,comme on ne le drangeait presque jamais pour lui soumettre un cas de conscience ou lui demander des prires1 il en concluait que tout allait au mieux dans le village4 ,paisible1 il s'endormait1 chaque soir1 en remerciant le ,seigneur de n'tre pas un serviteur inutile4 ,un matin de juillet1 il reut une lettre o le notaire d'une bourgade situe dans un autre dpartement l'informait qu'une cousine loigne1 avec laquelle il n'avait que fort peu de relations1 venait de mourir lui lguant une somme de quinze mille francs4 ,l'abb ,dieuze n'avait pas de fortune4 ,n de parents besogneux1 boursier durant ses tudes1 il tait entr dans le sacerdoce sans autre revenu que sa part de denier du culte et le produit d'un casuel assez maigre4 ,en effet1 sa paroisse1 toute paysanne1 trouvait fort bon que le cur ne ft pas mis mme de thsauriser4 ,il ne s'en plaignait point1 car il n'tait pas obsd du dsir d'accumuler de l'argent4 ,rsign la gne1 il ne couchait pas en joue les conomies des dvotes4 ,le village ne comptant nul indigent1 il n'avait l'occasion de distribuer des secours qu'aux rares vagabonds qui agitaient de loin en loin sa sonnette4 ,aprs avoir un peu hsit1 il leur faisait remettre par sa servante un sou--quelquefois un reste de lgumes ou un morceau de pain rassis4 ,c'tait sans enthousiasme qu'il pratiquait ainsi l'aumne mais enfin--il la pratiquait4 ,l'hritage suscita en lui un nouvel tat d'me4 99 99 99 99 99 ,quand l'abb ,dieuze sortit de l'tude du notaire qui venait de lui compter les quinze mille francs1 il leva les yeux vers les panonceaux dors qui surmontaient la porte de la rue et il poussa un grand soupir de satisfaction4 ,il lui sembla qu'il tait un autre homme--dor lui aussi l'intrieur4 ,il se sentait comme dilat2 son cur battait plus largement2 ses regards1 tandis qu'il gagnait la station du chemin de fer1 se promenaient sur les gens et les choses avec une assurance qu'il ne s'tait jamais connue4 ,il se disait3--,tout de mme c'est agrable d'avoir un peu d'argent soi1 au-del du strict ncessaire6444 ,et1 de minute en minute1 il ttait la poche intrieure de sa soutane1 pour vrifier si le portefeuille contenant les prcieux billets ne s'tait pas vapor4 ,ds qu'il se fut install1 bien l'avance1 dans le train qui le ramnerait sa paroisse1 afin de tuer le temps1 jusqu'au sifflet du dpart1 il entreprit de lire son brviaire car1 tout distrait par l'impatience de l'argent toucher1 il n'y avait pas pens depuis la veille4 ,il se reprocha cet oubli comme un manque de gratitude envers ,dieu pour l'aubaine dont il tait favoris4 ,mais il ne russit pas fixer son attention sur le texte sacr4 ,en vain1 il le chuchotait d'une lvre machinale1 ce restait pour lui un exercice dnu de sens4 ,il se revoyait palpant1 un un1 les papiers de la ,banque1 traant1 avec une hte fbrile1 la signature du reu4 ,il entendait encore le grattement de la plume1 puis la voix grasse du tabellion qui1 aprs l'avoir flicit1 lui suggrait1 par une transition adroite1 un placement hypothcaire de tout repos4 ,or il ne s'tait pas laiss convaincre3--,non1 pas tout de suite444 ,il verrait444 ,il rflchirait444 ,en fait1 il tait bien dcid garder l'argent par devers lui au moins pendant plusieurs jours4 ,et il savourait dj le plaisir de compter1 manier1 soir et matin1 les billets et de les glisser ensuite dans quelque cachette choisie avec soin4 ,mais laquelle8 ,comme de juste1 il ne possdait pas de coffre-fort2 et l'armoire o il avait coutume de ranger son chtif pcule fermait assez mal4 ,cette proccupation lui fut la premire ombre sur l'allgresse qui lui ensoleillait l'me4 ,cependant le train s'tait mis en marche4 ,et1 son brviaire tomb sur les genoux1 l'abb ,dieuze furetant1 par la pense1 dans tous les coins de son presbytre1 n'en dcouvrait aucun o son legs se trouvt en sret4 ,il commenait s'en dpiter srieusement lorsque--tout prs d'un passage niveau que le train franchissait d'une allure ralentie1--s'encadra dans la fentre du wagon la faade d'une chapelle rcemment construite et dpendant1 selon toute apparence1 d'un monastre4 ,au dessus du portail1 le prtre eut le temps de lire l'inscription suivante qui se dtachait en lettres rouges sur la pierre blanche3 ,amassez-vous dans le ciel des richesses qui ne prissent pas4 ,impulsivement1 il eut un geste de mauvaise humeur4 ,cette sentence1 d'un asctisme sans fard1 lui produisit l'effet d'un coup d'air froid parmi la tide flicit o il baignait son me4 ,puis un scrupule lui vint3--,je ne dois pas traiter avec lgret cette parole du ,sermon sur la ,montagne444 ,mais aussitt1 une voix insidieuse murmura en lui3--,sans doute1 sans doute1 c'est trs beau444 ,nanmoins1 l'argent qu'on touche ici bas a bien aussi son mrite6 ,cet argument lui parut la raison mme4 ,il se le rptait avec complaisance--et il se sentait tout proche de tenir pour dnu de sens commun quiconque en aurait mconnu la valeur4--,ds lors1 l'amour croissant de sa petite fortune lui forma dans le cur comme une concrtion pierreuse4 ,de retour au village1 il inquita sa servante par son agitation4 ,du reste1 depuis qu'il avait reu la lettre du notaire1 il tait tout chang son gard4 ,d'habitude1 il commentait1 pour elle1 avec bonhomie1 les menus incidents de l'existence et mme faisait cas de ses avis dans les circonstances importantes4 ,maintenant un sentiment de dfiance insolite l'obligeait de garder le secret sur l'hritage comme il s'tait tu sur le motif de son dplacement4 ,la vieille ,eulalie ne mritait pourtant pas qu'il la souponnt d'indiscrtion ou de convoitise coupable4 ,c'tait une me trs pure et trs simple qui1 persuade que le fait de servir un prtre lui assurait le paradis la fin de ses jours terrestres1 n'et pour rien au monde chang de condition4 ,sans rcriminer1 elle s'accommodait de la pnurie des ressources pour la cuisine et le confortable4 ,la seule chose qui l'attristt1 c'tait de ne pouvoir assister les misreux autant qu'elle l'aurait souhait4 ,ayant souffert de la faim1 avant que le cur la recueillt1 elle gardait un souvenir si poignant de sa dtresse ancienne qu'il lui arrivait de partager son cuelle de panade ou sa portion de ragot avec les trimardeurs qui1 comme on l'a dit1 frappaient parfois la porte du presbytre4 ,entre ceux-ci1 il y en avait de fort mal fams1 d'autres d'une salet rpugnante4 ,mais elle ne les jugeait pas3 c'tait des pauvres et cela suffisait mouvoir sa charit4 ,et non seulement elle les secourait dans la mesure de ses moyens1 mais elle grenait de multiples chapelets pour les placer sous la protection de la ,vierge3--,bonne ,mre1 disait-elle1 ils ont des poux plein les cheveux et j'ai peur qu'ils n'en aient aussi dans l'me4 ,dlivrez-les des uns et des autres4 ,l'abb ,dieuze aurait t bien inspir de consulter cette humble amie de ,jsus sur l'emploi de l'argent dont il venait d'tre gratifi d'une faon tellement imprvue4 ,mais cet homme en pril ne pouvait plus y songer4 ,une tentation des plus sordides ne cessant de l'assiger1 son cur tait o tait son trsor4 ,un tre sombre1 bas et tenace s'tait install en lui pour lui prsenter sans trve des penses d'avarice et d'gosme4 ,n'ayant point dcouvert de cachette qui lui part assez sre1 il gardait tout le jour les billets dans sa poche4 ,le soir1 il glissait le portefeuille sous son oreiller et1 la nuit1 il se rveillait souvent en sursaut avec la crainte qu'une main subtile ne le lui et drob4 ,partout il en tait possd3 sa messe1 qu'il expdiait avec distraction1 table o il ne mangeait plus gure1 la promenade o il errait les yeux vagues1 le front pliss1 sans voir le paysage4 ,sa quitude un peu somnolente de nagure avait fui4 ,il tait trs malheureux--d'autant que plus il souffrait de cet argent nfaste qui lui empoisonnait l'me d'une ide fixe1 plus il s'y attachait4 ,eulalie1 consterne1 risqua de timides questions4 ,mais il la rabroua d'une intonation si rude qu'elle n'osa l'interroger davantage4 ,comme elle tait loin de souponner la cause de ce trouble1 elle crut que son matre couvait une maladie et pria perdment pour que ,notre-,seigneur lui rendt la sant4 ,un mois passa de la sorte4 ,puis l'abb ,dieuze finit par se dire qu'il tait absurde de laisser les quinze mille francs improductifs4 ,mais comment les faire fructifier8 ,il consulta des journaux de finance4 ,toutes les oprations qu'ils prconisaient lui semblrent douteuses ou d'un revenu trop mince4 ,un moment1 la pense lui traversa l'esprit d'une restauration1 au moins partielle1 de son glise presque aussi dlabre que le presbytre4 ,ou bien pourquoi ne pas remplacer ses chasubles et ses aubes qui ne tenaient plus qu' force de raccommodages8 ,ce ne furent que des vellits sans consistance4 --,ah6 non1 s'cria-t-il1 plein d'une singulire aversion pour cette dpense peu profitable1 il vaudrait mieux me donner quelque bien-tre444 ,il y a si longtemps que je me prive6444 ,alors1 faire btir8 ,quitter la masure o le confinait la lsinerie de la commune1 avoir une maison soi8 ,aussitt il se reprsenta la chert des matriaux1 les exigences de la main d'uvre4 ,les prix avaient si fort augment depuis la guerre4 ,il craignit1 les quinze mille francs ne couvrant pas les frais1 de s'endetter4 ,acheter une maison toute construite8 ,il passa en revue celles qu'il savait vendre dans le village4 ,aucune ne lui parut convenable4 ,il flottait parmi cent projets disparates lorsque1 soudain1 sans qu'il ralist d'o lui venait cette image1 se dessina nettement en lui le profil d'un terrible pince-mailles1 l'huissier ,crochard qui1 sous le masque de sa profession1 pratiquait l'usure avec autant d'astuce que de froide cruaut4 ,tapie dans la ruelle la plus sombre d'un faubourg du chef-lieu de canton1 cette araigne recherchait les occasions d'tendre sa toile sur les campagnes la ronde4 ,force mouches s'y prenaient dont elle suait le sang mort4 ,des gens bien informs rapportaient que ,crochard acceptait des commanditaires auxquels il gardait1 d'une faon inviolable1 le secret sur leur participation ses trafics4 ,et il leur servait1 disait-on1 de leurs fonds des intrts tels que nulle banque n'en offrit jamais d'aussi plantureux ses clients4 ,une impulsion dont il ne percevait pas la virulence projeta1 tout d'abord1 le cur vers ce placement si lucratif4 ,mais aussitt sa conscience se rveilla de la torpeur o elle s'enlisait depuis le jour de l'hritage pour lui crier les infamies dont il se rendrait le complice s'il traitait avec ,crochard4 ,il crut entendre les victimes de l'usurier en appeler la justice de ,dieu4 ,a ce tournant dcisif1 s'il et pri1 son me s'chappait de la fondrire qui la tenait captive4 ,or1 telle tait la sduction du mirage opulent dont il tait circonvenu1 qu'il n'eut point recours l'aide d',en-,haut4 ,et la grce libratrice s'clipsa4 ,ds lors des tnbres l'envahirent o il voyait briller1 comme un phare aux clarts fauves1 un monceau d'cus qui allait toujours s'augmentant4 ,il se peignit la volupt d'y plonger les mains1 d'en goter longuement la possession sans en rien distraire pour qui que ce soit4 ,toutefois un petit reste de scrupule subsistait tout au fond de son cur4 ,afin de l'touffer1 il se dit qu'il ne s'associerait pas aux crimes de l'usurier et qu'il se bornerait le consulter sur un autre placement4 ,mais il sentait bien la fragilit de ce subterfuge et que ce n'tait qu'un prtexte qu'il se donnait pour se voiler la gravit de sa faute4 ,puis mme cette vague chappatoire s'effaa de son esprit4 ,il vit de nouveau le tas d'or rutiler devant lui4 ,et son me ne fut plus que convoitise drgle1 soumission l'iniquit4 ,il avait hte de conclure le pacte qui le ferait riche--trs riche--encore plus riche4 ,dj il avait pris sa canne et son chapeau pour courir la ville1 quand une ide brusque l'arrta4 ,attention1 pensa-t-il1 je ne connais pas ce ,crochard4 ,est-il prudent de lui confier mon capital sans avoir tudi les garanties que je suis en droit d'exiger8444 ,on le dit trs captieux4 ,peut-tre que si je lui remettais tout de suite la somme1 j'aurais bientt lieu de m'en repentir4 ,prendre le temps de la rflexion serait sage444 ,mais alors il ne faut pas emporter les billets444 ,et qu'en faire tandis que j'irai m'aboucher avec cet homme8 ,les laisser ici serait absurde puisque rien ne ferme444 ,perplexe1 il mdita un bon quart d'heure1 ne sachant quoi se rsoudre4 ,d'aventure1 son regard1 travers la fentre1 se posa sur la porte de l'glise entr'ouverte1 juste en face du presbytre4 ,tout allgre1 il s'exclama--,j'ai trouv6444 ,je vais placer mon argent sous la garde de ,notre-,seigneur6 ,l'acte suivit immdiatement4 ,il traverse la place larges enjambes1 s'engouffre dans l'glise et gagne l'autel4 ,puis1 esquissant peine une gnuflexion1 il ouvre le tabernacle1 pose le prcieux portefeuille ct du ciboire o veille la ,prsence ,relle1 referme1 glisse la clef dans son gousset1 et1 sans avoir articul une syllabe d'oraison1 s'lance sur la route qui mne l'antre de ,crochard4 ,trois minutes plus tard il tait hors de vue4 99 99 99 99 99 ,dans le mme temps1 un sminariste1 du nom de ,bercy1 appartenant une famille de cultivateurs aiss1 et qui venait de recevoir le diaconat1 prenait ses vacances au village4 ,fort intelligent1 dou1 un degr rare1 pour les langues mortes et vivantes1 ayant le got de la dialectique1 de la philosophie et de l'exgse1 il faisait preuve d'un esprit si dli que ses matres le tenaient pour un sujet de grand avenir et qui1 plus tard1 marquerait dans l'glise4 ,peut-tre le lui disaient-ils un peu trop4 ,mais le suprieur du sminaire1 homme d'exprience et fort avanc dans l'oraison1 l'avait observ de prs et il formulait des rserves4 ,certes1 il ne contestait pas la valeur intellectuelle de l'abb ,bercy il lui reconnaissait du brillant et une extraordinaire facilit d'assimilation4 ,seulement1 il avait remarqu que1 chez lui1 le cur tait loin de valoir le cerveau4 ,en outre1 ce jeune homme1 s'infatuant de son mrite1 tenait interprter les dogmes d'une faon tmraire et mconnatre la tradition4 ,enfin1 il laissait parfois deviner qu'il se considrait comme trs au-dessus de ceux de ses camarades qui1 moins aptes que lui aux abstractions1 demandaient la prire ce qu'il demandait trop exclusivement l'tude1 c'est--dire les vertus qui font le bon prtre4 ,le suprieur craignait que cette me ne se desscht totalement au contact des livres4 ,c'est pourquoi1 avec prudence et avec une ferme douceur1 il s'efforait de la mettre en garde contre les excs de la connaissance4 ,et il l'avertissait que la recherche outre de la certitude mne l'orgueil lorsqu'elle ne s'accompagne point du sentiment trs humble de notre impuissance expliquer le mystre de la perfection divine4 ,cette anne-l1 au dpart pour les vacances1 il avait dit l'abb ,bercy3--,mon enfant1 je vous donne mditer cette parole de saint ,paul3 ,la science enfle mais la charit construit4 ,si quelqu'un prsume de sa science1 il n'a encore rien connu comme on doit le connatre4 ,mais si quelqu'un aime ,dieu1 celui-l est connu de ,dieu4 ,et pour tout commentaire1 il avait ajout1 d'aprs saint ,augustin3 ,ama scientiam sed antepone caritatem#a4 #a ,aimez la science mais faites marcher devant l'amour de ,dieu4 ,l'abb ,bercy s'tait inclin respectueusement mais sans mettre la moindre phrase qui pt donner son suprieur l'espoir qu'il accueillait avec gratitude cette monition si mesure4 ,c'est qu' part soi-mme1 il avait ressenti une piqre d'amour-propre4 ,qu'on semblt rabaisser ses capacits en leur opposant un texte dont la signification profonde lui chappait1 cela blessait sa superbe4 --,m4 le ,suprieur1 pensait-il1 est un ,saint mais1 vraiment1 il ne fait pas assez de cas du savoir4 ,voudrait-il donc que j'emploie mes vacances rciter des chapelets8444 ,il n'en rcita point4 ,et plutt que de se recueillir dans la prire1 il se complut lire ardemment une foule de publications d'une doctrine suspecte et dont les auteurs1 sous prtexte d'adapter les enseignements de l'glise aux exigences du progrs1 quivoquaient sur les dogmes avec l'arrire-pense de substituer leur sens propre aux prceptes de la ,sagesse rvle4 ,le diacre se passionna pour ces audaces4 ,il crut dcouvrir des vrits nouvelles l o il n'y avait que des erreurs dment rfutes ds les premiers sicles du christianisme4 ,il prouva une sorte d'ivresse intellectuelle se persuader qu'il rendrait service l'glise en rduisant la part du surnaturel dans la formation des mes4 ,sa confiance dans la rectitude de son jugement s'en accrut au point qu'il aboutit assez vite cette imagination pernicieuse que la nature humaine possde1 par elle-mme1 la notion du divin et non par un effet de la ,grce4 ,ce faisant1 il s'incarcrait dans cette gele d'orgueil3 le modernisme4 ,que cette hrsie et t condamne par le pape ,pie ,x1 cela ne l'arrtait pas4 ,sans trop se l'avouer encore1 il mettait en doute l'infaillibilit pontificale1 et si on l'avait somm de s'expliquer sur ce point1 il est probable qu'il se ft soumis de bouche1 mais1 intrieurement1 comme la majorit des modernistes1 il aurait persist dans son aberration et us plus tard de subterfuges dloyaux pour propager le ,non serviam sous une apparence d'orthodoxie4 ,il n'en tait pas encore ce point d'insurrection sournoise4 ,mais dj il levait autour de son me des murailles de rationalisme si paisses que l'cho de la voix de ,notre-,seigneur ne lui parvenait presque plus4 ,en consquence1 il avait rduit la pratique au strict minimum4 ,cur aride1 intelligence embrase d'un feu sinistre1 il entassait sophisme sur sophisme pour s'affermir dans son illusion ou bien il dpensait des heures noircir du papier pour fixer les arguments tortueux que lui insinuait l'esprit de rvolte4 ,lorsqu'il se sentait la tte lasse1 il parcourait le pays bicyclette1 afin de donner un peu d'exercice ses muscles4 ,et est ainsi que l'aprs-midi o l'abb ,dieuze se rendit chez l'usurier1 il roulait grande vitesse sur le chemin de la ville4 99 99 99 99 99 ,a deux kilomtres environ de la paroisse et cinq du chef-lieu1 la route s'incline brusquement pour suivre une pente escarpe et atteindre la plaine1 toute en bls et en betteraves1 qui s'tend jusqu' l'horizon occidental4 ,raboteuse1 parmi des rocs fleur de sol1 elle s'encaisse entre des talus ravins par les pluies d'hiver et feutrs d'une herbe malingre dont les plaques jauntres alternent avec des ronciers bourrus4 ,a mi-cte1 gauche en descendant1 le talus s'interrompt1 l'espace d'une vingtaine de pas4 ,il y a en cet endroit1 une sorte de plate-forme1 couleur d'ocre4 ,un petit taillis de frnes et d'acacias chtifs1 que la poussire souleve par les automobiles habille de gris1 la limite en demi-cercle vers le sud4 ,au centre1 on a bti une maisonnette en torchis1 couverte avec des fragments de vieilles tuiles moussues et dont la pice unique s'ouvre1 du ct de la route1 par une porte en sapin vermoulu dont la peinture s'caille4 ,une seule fentre1 troite et basse1 garnie de carreaux fendills par o la lumire du dehors ne semble pntrer qu' regret4 ,dans cette cahute logeait le cantonnier charg d'entretenir la route1 un certain ,lefalot mais dont les gens du pays ne connaissaient que le prnom3 ,jacques4 ,c'tait un homme de petite taille1 maigre1 vot1 lent d'allure4 ,par surcrot1 il boitait un peu4 ,vtu d'une bure rpe et de nuance indcise1 coiff d'un dbris de casquette1 il offrait un aspect si minable que jusqu'aux plus pauvres le toisaient avec mpris4 ,les gamins le huaient et lui jetaient du crottin et des pluchures lorsqu'il traversait le village pour quelque achat modique chez la fruitire ou le boulanger4 ,il ne s'en courrouait pas3 on et dit que ni les invectives1 ni les projectiles1 ni les regards ddaigneux ne parvenaient l'mouvoir4 ,il s'en allait1 trs tranquille1 la tte baisse1 les mains ballantes1 comme absorb en lui-mme4 ,pourtant1 si quelqu'un avait pris la peine de dtailler sa physionomie1 il aurait t frapp de la grande douceur qu'exprimaient ses yeux d'un bleu-ple et du sourire de bont un peu triste qui se jouait sur ses lvres exsangues4--,mais personne n'y faisait attention4 ,au surplus1 comme il ne parlait gure1 comme1 interpell1 il n'mettait en rponse que des phrases brves et timides1 l'opinion publique le tenait pour un imbcile--d'ailleurs inoffensif4 ,il pouvait avoir trente ans mais les rides prcoces qui sillonnaient son front et ses joues hles le faisaient paratre plus g4 99 99 99 99 99 ,jacques tait le fils de vanniers ambulants et fort misreux que cahotait travers la ,france une petite roulotte branlante1 attele d'une mule poussive4 ,son enfance fut sombre car son pre1 aigri par les privations1 et de caractre morose1 le rudoyait1 le considrant comme une bouche inutile4 ,pour sa mre1 elle lui donnait1 d'une faon toute instinctive1 quelques soins4 ,mais elle tait si dprime par les soucis perptuels d'une vie prcaire qu'elle demeurait1 le plus souvent1 recluse dans un mutisme hbt4 ,lorsqu'elle en sortait1 c'tait pour se plaindre du destin4 ,son mari1 alors1 lui criait des injures puis lui enjoignait de se taire4 ,elle pliait le dos et ne manifestait plus sa peine que par de longs soupirs sanglots4 ,jacques la regardait1 le cur serr1 les yeux gros de larmes4 ,il aurait voulu l'embrasser1 trouver des mots pour la consoler4 ,mais n'ayant pour ainsi dire jamais t caress1 n'ayant jamais entendu que des phrases plaintives ou des rcriminations pleines d'amertume1 il ne savait comment s'y prendre4 ,pre et mre moururent le mme jour1 d'une grippe infectieuse1 lorsque l'enfant comptait peine dix ans4 ,il fut recueilli par d'autres nomades1 vaguement ses cousins1 qui tressaient et l quelques corbeilles ou des chaises de jonc afin de justifier d'une occupation vis--vis des gendarmes et des gardes-champtres1 mais qui subsistaient surtout de chapardages et de mendicit4 ,ils abattirent la mule et se rgalrent de sa viande aussi coriace que filandreuse et firent du feu avec la roulotte qui1 du reste1 ne tenait plus ensemble4 ,l'enfant eut1 pour sa part d'hritage1 sept sous et quelques guenilles4 ,jacques tait d'une grande sensibilit mais prcocement habitu se replier sur soi1 il n'en laissait rien voir4 ,les vagabonds parmi lesquels il grandissait ne pouvaient comprendre son caractre4 ,grossiers1 brutaux1 hargneux l'gard les uns des autres1 ils ressemblaient des fauves toujours enclins mordre4 ,satisfaire leurs apptits en toute occurrence1 ne craindre que la prison dvolue aux maladroits1 tels taient pour eux la rgle et le prcepte4 ,jacques risquait fort de se pervertir leur contact4 ,or1 par une prdestination vidente1 il se trouva que malgr les exemples qu'on lui offrait et les incitations mal faire1 il ne voulut jamais ni voler ni se conformer aux murs crapuleuses des pauvres tres dgrads qui pourrissaient autour de lui4 ,cette conduite lui valut force racles1 des apostrophes boueuses et une perscution constante4 ,il demeura pourtant irrductible4 ,quoi qu'il souffrt beaucoup de cette malveillance opinitre1 il ne fit rien pour en attnuer les effets4 ,rfractaire la maraude1 il tchait de se rendre utile en tressant le plus de paniers possible4 ,il les vendait parfois aux mnagres des fermes et des hameaux4 ,les trs petites sommes qu'il tirait de son industrie1 il les remettait1 sans en distraire un centime1 au vieux chenapan qui exerait un simulacre d'autorit sur la dplorable tribu4 ,ce pourquoi1 les enfants des nomades l'appelaient tourte et gourdiflot4 ,plusieurs annes passrent de la sorte4 ,jacques atteignait sa dix-neuvime anne lorsque se produisit l'accident qui donna un cours diffrent son existence4 ,un soir1 un des plus audacieux de la horde russit drober un litre d'alcool chez un mastroquet o il tait entr sous prtexte de qumander un verre de piquette4 ,de retour au campement1 il se garda bien de rvler l'aubaine aux camarades et il alla se tapir derrire un buisson1 l'cart1 pour se vider la bouteille1 en trois lampes1 dans le gosier4 ,comme ensuite1 afin de se rendre compte si nul ne l'avait aperu1 il explorait1 d'un il furtif1 la pnombre1 il dcouvrit ,jacques tendu dans l'herbe quelques pas4 --,tu m'as vu boire6 gronda-t-il4 ,jacques hocha la tte en silence4 ,l'ivrogne grina des dents car dj le poison faisait de lui une bte froce4 ,il craignait une dnonciation et il savait ce qui en rsulterait1 la seule loi que la bande se ft gloire d'observer tant celle-ci3 tout produit d'un larcin devrait tre partag entre tous sous peine de bastonnade pour le dlinquant4 --,eh bien1 reprit-il1 d'une voix que la fureur touffait presque1 tu ne parleras pas4 ,il bondit sur ,jacques1 lui dchargea sur le crne un coup de poing si violent que le sang gicla et que l'assailli perdit connaissance4 ,en mme temps1 d'une atteinte frntique de son soulier clous1 il lui cassa net le tibia4 ,puis1 faisant un crochet dans les labours1 il rejoignit le bivouac comme si de rien n'tait4 ,les autres dormaient et lui-mme s'ensevelit bientt dans le lourd sommeil de l'ivresse4 ,jacques restait vanoui1 face aux toiles4 ,le lendemain1 ds l'aube1 la bande leva le camp et reprit le trimard sans qu'aucun ft une remarque sur son absence4 ,tout au plus1 y en eut-il un ou deux pour penser qu'il dormait encore dans quelque creux et pour supposer qu'il rejoindrait au soleil lev4 ,comme de juste1 l'assassin ne soufflait mot4 ,ce fut seulement vers midi que des faucheurs qui revenaient du travail dcouvrirent ,jacques4 ,quoique1 par nature1 peu faciles mouvoir et surtout peu ports s'apitoyer sur un galvaudeux sans toit ni pcune1 la vue du sang1 la jambe casse1 la pleur et la tristesse rsigne de ce maigre visage aux traits tirs leur inspirrent quelque compassion4 ,ils le transportrent la mtairie o ils taient employs4 ,la1 on lui bcla un pansement htif puis on prvint le maire4 ,celui-ci1 jugeant que le bless1 victime peu intressante d'une rixe entre vagabonds1 n'avait pas assez d'importance pour qu'on ouvrt une enqute1 le fit vacuer sur l'hpital de la ville la plus proche4 99 99 99 99 99 ,long fut le sjour de ,jacques dans la salle de chirurgie o on le plaa4 ,la blessure de la tte gurit assez vite1 mais la fracture tait d'importance et lorsque les os se furent ressouds1 sa jambe droite resta un peu plus courte que l'autre--infirmit qui1 par la suite1 le dispensa du service militaire4 ,puis1 peine commenait-il se lever qu'une typhode d'une malignit insolite l'abattit de nouveau4 ,on crut bien qu'elle l'emporterait4 ,nanmoins aprs des rechutes1 on put replacer dans le placard le linceul qu'on lui avait prpar4 ,mais la convalescence dura4 ,une anmie persistante le maintenait si faible que1 durant plusieurs semaines1 il demeura tout chancelant3 c'tait une fatigue pour lui que de se traner jusqu'au jardin o il s'asseyait sur un banc qu'ombrageait un massif de lilas4 ,d'ailleurs1 on ne se pressa pas de le renvoyer4 ,d'abord1 cette poque1 il n'y avait pas affluence de malades4 ,ensuite1 le personnel l'avait pris en gr4 ,la surveillante comme les infirmiers louaient sa patience et sa discrtion4 ,il ne se plaignait pas2 la sincrit de sa gratitude1 ds qu'on lui marquait de l'intrt1 touchait les plus sceptiques2 il s'efforait de rendre de petits services ses compagnons d'infortune et aux employs4 ,quand on l'interrogeait sur l'agression qu'il avait subie1 il se bornait dire3--,c'est un malheur444 ,si l'on insistait1 sa figure exprimait de l'embarras et mme une sorte de souffrance4 ,visiblement il ne voulait ni rcriminer ni dnoncer le coupable4 ,certains s'imaginrent que c'tait par esprit de solidarit envers les trimardeurs4 ,mais de plus perspicaces devinrent qu'il pardonnait2 et cette mansutude1 d'une qualit si rare1 augmenta l'affection qu'ils lui portaient1 car ils sentirent qu'il et agi pareillement avec quiconque4 ,sitt que ,jacques redevint capable de quelque travail1 il sollicita et obtint de quoi fabriquer des nattes et des paillassons dont il fournit la plupart des salles4 ,entre temps1 utilisant les numros dpareills de revues illustres qui s'accumulaient et l sur les consoles1 il apprit lire1 ce qu'il dsirait depuis son enfance4 ,en cela1 il fut aid par un vieil arthritique1 son voisin de lit1 qui se plaisait lui dfiler ses rminiscences d'une vie jadis prospre4 ,jacques l'coutait sans avoir l'air d'tre excd par ses rabcheries dsutes4 ,le vieillard1 heureux de cette attention laquelle on ne l'avait gure accoutum1 mit du zle le faire peler et1 les premires difficults vaincues1 lui expliquer1 d'une faon plus ou moins exacte1 la signification des proses qui leur passaient sous les yeux4 ,cependant ,jacques reprenait des forces1 et1 non sans quelque anxit1 se demandait ce qu'il allait entreprendre sa sortie de l'hpital4 ,rejoindre la bande1 il y rpugnait4 ,mais o dcouvrir un emploi qui lui permt de gagner honntement son pain quotidien8 ,la question fut rsolue par le mdecin qui l'avait soign4 ,celui-ci1 brave homme et pitoyable aux indigents1 prouvait pour ,jacques un penchant indfinissable qu'il formulait en une phrase peut-tre son insu divinatoire3 --,il y a en ce garon quelque chose qui retient1 on ne saurait spcifier pourquoi4 ,il se tait presque toujours2 il semble prendre plaisir s'effacer et pourtant1 c'est trange1 on dirait qu'un tre suprieur l'a dou d'un charme spcial qui rayonne autour de lui et qui nous oblige l'aimer4 ,une fois certain que ,jacques tait dsormais valide1 il l'interrogea3--,possdez-vous quelques ressources8 ,avez-vous des parents8 ,esprez-vous trouver de l'occupation8 ,jacques rpondit3--,je ne possde rien sauf les vtements qui me couvrent4 ,je suis seul au monde4 ,je ne sais qui m'adresser pour trouver du travail4 --,oh bien1 reprit le docteur1 cela ne se passera pas ainsi4 ,je vais m'occuper de vous444 ,il tait en relations suivies avec un conseiller gnral1 gros propritaire bien vu la prfecture et dont il avait sauv la fille1 nagure mise en danger de mort par une fluxion de poitrine4 ,en retour1 ce personnage influent lui avait affirm1 maintes reprises1 qu'il lui rendrait volontiers service4 ,le docteur n'hsita donc pas recommander son protg4 ,l'autre1 enchant de tenir parole1 s'enquit dans les bureaux1 apprit qu'un poste de cantonnier vaquait sur la route dcrite ci-dessus1 mena au pas de charge les formalits1 culbuta les objections1 peronna les torpeurs administratives et1 bref1 arracha la nomination du jeune homme4 99 99 99 99 99 ,jacques s'adapta aisment aux conditions d'existence que lui imposait son nouveau mtier4 ,ce qui lui en plut par-dessus tout1 ce fut qu'elles lui permettaient de passer des journes entires sans dialoguer avec personne4 ,nulle misanthropie ne lui dictait cet tat d'me mais une disposition inne de son caractre lui faisait prfrer tout les enchantements de la solitude4 ,d'ailleurs1 qu'il s'activt au dehors1 sous les ardeurs de la canicule ou sous la bise pre de dcembre1 qu'il se reclt1 la nuit1 dans sa maisonnette1 il ne lui semblait pas tre seul4 ,il sentait1 d'une faon permanente1 autour de lui1 une ,prsence qui lui voulait du bien1 le comblait de douceur et le maintenait dans une paix ineffable4 ,parfois aussi1 lorsque ses regards erraient sur la campagne1 le paysage lui apparaissait transfigur4 ,l'ondulation des bls1 le balancement des feuillages1 le bleu profond du ciel prenaient une signification intense1 devenaient les symboles d'une vaste oraison par o la nature clbrait cet tre mystrieux dont la munificence n'avait d'gale que la splendeur4 ,alors son me ingnue se joignait1 d'un lan spontan1 l'hymne universel puis s'panouissait comme une touffe de roses au premier soleil d'avril4 ,sa simplicit ne s'tonnait pas de ses ravissements4 ,s'il lui et fallu en rendre compte1 il aurait t fort embarrass mais il s'y abandonnait1 le cur en fte3 il tait l'enfant qui1 dcouvrant une source cache au fond des grands bois1 y tanche sa soif avec allgresse et la remercie navement d'tre si limpide et si frache4 ,ainsi1 sa prire fut assez longtemps celle d'une me toute primitive1 ignorant ,qui elle adore4 ,mais un jour1 une circonstance providentielle lui fit connatre la ,voie1 la ,vrit et la ,vie4 ,il tait all la ville pour s'acheter une paire de sabots1 les siens s'tant uss et prenant l'eau4 ,dans un coin de la boutique o il entra1 il y avait un tas de vieux papiers et de livres mis au rebut4 ,pendant que le sabotier ajustait les brides1 il ramassa un volume au hasard1 l'ouvrit et se prit lire4 ,or1 c'tait1 sous une reliure en cuir rousstre et moiti dcousue1 un exemplaire tout frip du ,nouveau-,testament4 ,beaucoup de pages manquaient1 le sabotier s'en tant servi pour allumer sa pipe--non par impit mais par insouciance1 car comme nombre de nos contemporains1 il n'avait reu aucune espce d'ducation religieuse4 ,cependant les quatre vangiles taient intacts et au complet4 ,jacques tomba sur le chapitre ,,vii de saint ,mathieu et d'abord sur ce passage3 ,demandez et il vous sera donn2 cherchez et vous trouverez2 frappez et il vous sera ouvert4 ,ces paroles le remurent trangement4 ,il feuilleta encore et ses yeux s'arrtrent sur les versets o ,jsus enseigne le ,pater aux disciples4 ,il lut1 il relut1 touch jusqu'au fond du cur par cette prire qui contient toutes les prires4 --,oh6 murmura-t-il1 que cela est juste1 que c'est admirable444 ,il faut que j'apprenne suivre ,celui qui a dit ces choses4 ,il se tourna vers le sabotier et lui demanda timidement s'il consentirait vendre ce livre4 ,l'autre1 surpris que quelqu'un s'intresst un imprim d'aussi pitre mine1 examina le volume4 ,puis il clata de rire3--,tout de mme1 s'exclama-t-il1 vous ne voudriez pas que je vous le fasse payer6444 ,cela ne vaut pas deux sous4 ,tenez1 je vous le donne par-dessus le march4 ,jacques lui tmoigna une telle gratitude que le bonhomme1 goguenard et le jugeant un peu fou1 lui rptait3--,en voil une affaire6 ,je m'en fiche1 moi1 de ce bouquin4 ,allez1 allez1 fourrez-le dans votre poche et n'en parlons plus4 ,aprs l'avoir de nouveau remerci avec effusion1 ,jacques s'loigna4 ,le sabotier1 venu au seuil de sa boutique1 l'accompagna du regard4 ,il remarqua que le jeune homme avait repris sa lecture et qu'il s'y absorbait au point de se heurter contre les passants et de ne pas avoir l'air de se douter que ceux-ci maudissaient sa distraction4 --a1 conclut le sabotier1 c'est un drle de citoyen6444 ,dirait-on pas qu'il a dcouvert un trsor8 ,c'tait bien un trsor pour ,jacques4 ,a partir de cette date il vcut de l'vangile4 ,a tous ses moments de loisir il s'assimilait maints et maints chapitres4 ,il les mditait en travaillant4 ,la nuit1 il se rveillait pour y penser4 ,certains pisodes lui furent le point de dpart d'une oraison frmissante de ralit surnaturelle4 ,particulirement1 le rcit de la ,passion lui fit aimer ,notre-,seigneur comme jamais il n'et souponn qu'on pouvait aimer quelqu'un4 ,et cet amour le possdait d'une faon si imprieuse qu'il lui semblait souvent ressentir dans sa chair la piqre des pines de la couronne drisoire1 la brlure de la flagellation1 la meurtrissure de la croix son paule4 ,il y avait aussi des soirs o il se croyait transport au ,calvaire4 ,et alors1 tandis qu'il pleurait les lvres colles aux pieds du ,crucifix1 le ,sang rdempteur ruisselait1 larges gouttes1 sur son front4 99 99 99 99 99 ,il n'y avait qu'une personne1 au village1 pour s'intresser ,jacques3 la vieille ,eulalie4 ,elle l'avait d'abord observ de loin4 ,ne sachant pas qu'il vivait dans la socit de ,notre-,seigneur1 elle le plaignait de son isolement4 ,a diverses reprises1 elle entendit tenir sur son compte des propos o la drision se mlait l'outrage1 elle vit les enfants le harceler et elle admira sa patience subir leurs svices4 ,quel contraste avec son prdcesseur4 ,celui-l c'tait un colosse1 aux poings massifs1 la bouche dbordante de blasphmes et de jurons4 ,lorsqu'il s'enivrait1 ce qui se produisait souvent1 il saisissait1 avec rage1 tous les prtextes querelles et rixes4 ,on le hassait1 mais on le craignait4 ,jacques1 au contraire1 on et dit que son aspect chtif et ses murs inoffensives vexaient les ruraux et qu'ils lui en voulaient de ne pas leur ressembler4 ,nul n'avait peur de lui et beaucoup l'auraient ross avec dlices4 ,mais par quel joint malmener un faible qui n'opposait que son silence aux provocations les plus acres8 ,eulalie1 part soi1 s'indignait de cette barbarie dchane contre un homme de qui le visage et les moindres gestes exprimaient la paix4 ,trop craintive pour rprouver tout haut l'injustice1 en compensation1 elle dsirait ardemment se rendre utile ,jacques4 ,l'occasion lui en fut fournie par un coup de serpe mal dirig dont le cantonnier s'entama le poignet un matin qu'il laguait des sureaux ombrageant la route1 non loin du presbytre4 ,eulalie balayait les marches du perron4 ,elle accourut1 trouva des mots persuasifs pour obliger ,jacques de la suivre dans sa cuisine1 lava la plaie puis l'entoura d'un linge imbib d'arnica4 ,le garon eut un sourire si affectueux pour la remercier qu'elle se sentit tout--fait en confiance4 --,quand vous passerez par ici1 dit-elle1 il faudra vous arrter un moment nous ferons un bout de causette ensemble4 ,jacques acquiesa d'un signe de tte4 ,ds lors ils furent amis4 ,par discrtion1 ,jacques vitait d'entrer dans le presbytre4 ,mais lorsqu',eulalie se tenait assise tricoter devant la faade et qu'elle l'avait salu la premire1 il stationnait volontiers debout devant elle et rpondait ses questions4 ,c'est ainsi qu'il raconta1 sans rcriminer le moins du monde1 sa vie de souffrance et d'abandon4 ,il termina en affirmant que son tat prsent lui convenait fort4 ,eulalie le prit en grande piti4 ,tout de suite1 tant une me de foi profonde1 elle lui parla de ,dieu4 ,elle conjecturait qu'il ignorait absolument les choses de la religion4 ,aussi fut-elle au comble de l'tonnement lorsque les dires de ,jacques lui rvlrent qu'il lisait l'vangile et que mme il le possdait fond4 ,un jour1 il voqua le ,bon ,matre avec une telle prcision et une telle abondance de dtails qu' l'entendre1 ,eulalie s'cria3--,mais vous auriez vcu prs de lui que vous n'en sauriez pas plus long6 --,ah que je voudrais seulement le voir1 le toucher et1 si ce n'tait trop audacieux de la part d'un rien du tout comme moi1 le soulager quand il tombe accabl sous le fardeau de sa croix6444 --,vous le mriteriez1 reprit ,eulalie1 et pourtant vous n'tes mme pas baptis4 --,ce n'est pas de ma faute2 je dsire l'tre4 ,expliquez-moi un peu en quoi cela consiste4 ,eulalie le fit aussitt et mme lui donna un aperu des autres ,sacrements4 ,il faudra1 conclut-elle1 que vous appreniez le catchisme4 ,je vous en passerai un1 et puis nous nous occuperons de votre baptme4 ,ds demain j'en causerai avec ,m4 le ,cur4 ,mais le lendemain1 le ,cur s'absenta pour aller chez ,crochard4 99 99 99 99 99 ,l'abb ,dieuze sortit tout horrifi du petit bureau o l'usurier l'avait reu4 ,quoique celui-ci et employ des formules patelines pour lui exposer comment il russissait dpouiller ses victimes sans enfreindre la lettre des lois1 le prtre avait pressenti l'abme o il tomberait certainement s'il s'associait avec cette dtestable sangsue4 ,tout ce qu'il y avait de bon en lui se rvolta4 --,non1 se dit-il1 je ne dois pas me faire dlibrment le complice d'un pareil sclrat4 ,ce serait appeler sur moi la colre divine6444 ,je chercherai un autre placement qui sera peut-tre moins avantageux mais qui me laissera la conscience en repos4 ,du point de vue de la sagesse humaine1 c'tait raisonner droitement4 ,mais alors pourquoi ne se sentait-il pas apais8 ,pourquoi l'tau o le comprimait la proccupation constante de tirer une fortune de son hritage ne desserrait-il pas ses mchoires8 ,c'est qu'un croyant qui se livre l'esprit de lucre perd la saine quitude des vrais enfants de ,dieu4 ,il croit tenir l'argent--c'est l'argent qui le tient4 ,il s'imagine acqurir de l'indpendance--il se rend esclave4 ,a ce moment1 l'abb ,dieuze tait tourment par le regret de s'tre spar du portefeuille4 ,en vain il se rptait3 ,je l'ai mis en lieu sr444 il ne parvenait pas se rassurer4 ,il lui tardait de regagner le village pour replacer les billets dans sa poche secrte contre son cur4 ,il se htait sur le chemin du retour et il avait dj parcouru un kilomtre quand il fut rejoint par une carriole que conduisait un de ses paroissiens1 le boucher ,bajot1 de plus marchand de bestiaux assez cossu et avec lequel il tait en bons termes4 --,h6 ,m4 le ,cur1 dit cet homme1 en arrtant son cheval1 vous allez pied par cette chaleur8 ,y a de quoi prir6 ,venez donc prs de moi4 ,l'abb s'empressa d'accepter4 ,en effet1 il faisait si lourd que sa marche prcipite l'avait mis tout en sueur4 ,mais surtout il se flicitait que cette invite lui permt de retrouver plus tt son cher argent4 ,tout en roulant1 le boucher lui confia qu'il tait sur le point d'acheter une auto1 il en avait dbattu le prix la ville et il esprait obtenir du vendeur de payer temprament4 ,le cur ne prtait qu'une oreille distraite ces propos4 ,il approuvait par de vagues monosyllabes mais sa pense demeurait tendue vers le portefeuille4 ,ils arrivrent l'endroit o la route commence monter4 ,le cheval prit le pas et ,bajot laissa flotter les rnes4 ,le soleil touchait l'horizon4 ,de longs nuages dentels semblaient ouvrir des gueules de camans autour de l'astre largi qu'ils barraient1 par intervalles de tranes couleur d'encre4 ,une clart sanguinolente tendait1 peu peu1 son linceul lugubre sur la plaine et jusqu'aux lointains4 ,bajot dcrta3--,nous aurons de la pluie avant demain4 --,cela se pourrait1 rpondit le cur1 comme il aurait rpondu n'importe quoi4 ,un peu plus haut1 ils rencontrrent ,jacques qui1 courb vers le sol1 nettoyait l'orifice d'un caniveau engorg par le sable4 ,au bruit de la voiture1 le cantonnier se redressa et salua respectueusement4 ,bajot le toisa d'un regard la fois ddaigneux et protecteur et1 pour toute politesse1 baucha le geste de porter son fouet la hauteur de son nez4 ,quand ils furent passs3--,vous connaissez ce trane-la-savate8 questionna-t-il4 --,moi8 dit le cur1 non1 je ne lui ai jamais parl4 --a vit dans un coin comme un putois dans son terrier1 reprit le boucher1 a vous prend des airs de n'y pas toucher4 ,mais faut se mfier2 ces gas-l1 le meilleur ne vaut pas tripette6 --,sans doute1 approuva machinalement le cur qui1 ce moment mme1 voyait poindre1 par del le sommet de la cte1 le clocher de son glise et songeait qu'il tiendrait bientt ses billets4 ,a mi-cte1 juste en face de la maisonnette o ,jacques abritait son repos1 ils aperurent une espce de vagabond croul plutt qu'assis contre le talus4 ,des guenilles troues1 poussireuses1 comme taches de rouille ou d'un mlange de sang et de boue ancienne1 le vtaient de misre4 ,ses cheveux1 d'un roux fonc1 retombaient1 en mches colles par la sueur sur son visage o se lisaient un puisement et une souffrance infinis4 ,il paraissait sommeiller mais un tremblement de fivre agitait ses membres dcharns4 --,fichtre1 s'cria ,bajot1 en voil un qui m'a la mine d'tre en train de crever6444 ,l'abb ,dieuze prouva une vellit de compassion pour ce pauvre en dtresse3--,ne pourrions-nous pas le hisser dans la carriole8444 ,au village1 on trouverait bien quelqu'un pour le recueillir1 ne ft-ce qu'une nuit4 --,non1 non1 dit ,bajot1 il nous donnerait de la vermine4 ,et puis qui est-ce qui voudrait le recevoir8 ,a coup sr1 pas moi ni vous non plus1 n'est-ce pas8444 ,et1 afin de couper court1 il fouetta son cheval qui prit le trot4 ,le cur n'insista point4 ,par nature1 il ne portait gure d'intrt aux indigents4 ,si1 par convenance ecclsiastique1 il tolrait qu',eulalie leur ft l'aumne1 lui-mme prfrait les tenir distance4 ,et depuis que la tentation de la richesse le possdait tout entier1 il tait encore beaucoup moins dispos s'attendrir sur leur sort4 ,cependant1 vive allure1 ils entraient dans le village4 ,parvenus sur la place1 devant l'glise1 le prtre pria ,bajot d'arrter1 sauta de la voiture et1 aprs quelques remercments sommaires1 franchit le portail pas prcipits4 ,il traversa la nef presqu'en courant1 gravit les marches de l'autel1 ouvrit le tabernacle et444 leva les bras1 avec une exclamation de dsespoir4 ,le portefeuille avait disparu4 99 99 99 99 99 ,quelques minutes aprs le cur1 l'abb ,bercy1 revenant de son excursion rapide travers la campagne1 arriva au pied de la cte4 ,a cause de la pente1 il mit pied terre et1 menant sa bicyclette par le guidon1 entama l'escalade4 ,ce retardement le vexait1 tant il tait press de rentrer pour rdiger certaines ides qui lui taient closes chemin faisant4 ,c'tait une srie de sophismes rsultant d'une tude opinitre de la raison suffisante telle que ce fabricant de chimres fuligineuses1 l',allemand ,kant1 lui avait enseign la concevoir4 ,plus spcialement il s'tait attach l'aphorisme clbre3 ,je dois toujours agir de telle faon que je puisse vouloir que mon action serve de rgle universelle4 ,ce dcevant prcepte ravissait le sminariste1 renforait son orgueil et avait pris pour lui un caractre d'vidence4--,a quoi bon s'astreindre solliciter la ,grce1 se disait-il1 puisque nous portons en nous le critrium de la certitude morale8 ,une foule de dductions1 sur la confiance qu'il tait bon d'avoir en soi-mme s'taient ensuivies4 ,il les jugeait tellement irrfutables qu'impatient de les fixer sur le papier1 il pestait contre cette cte malencontreuse qui l'avait oblig de quitter la pdale4 ,marchant aussi vite que le permettait la pente1 il fut bientt l'endroit o gisait le pauvre4 ,l1 malgr sa proccupation1 il dut s'arrter--le temps de compter trente secondes--car l'aspect lamentable du moribond lui tirait le regard4 ,il tait trop dessch par le culte de l'abstraction pour s'mouvoir4 ,une seule chose le frappa2 ce dchet d'humanit1 baign par la lumire rougetre qu'irradiait le couchant1 donnait l'impression d'un spectre4 --,tiens1 pensa-t-il1 c'est un sujet de tableau qui rjouirait un lve de ,rembrandt4 ,et1 sans plus1 il passa4 ,rendu chez ses parents1 il monta quatre quatre jusqu' sa chambre1 s'assit devant son bureau1 ouvrit le cahier o il consignait amoureusement ce qu'il nommait ses dcouvertes dans le domaine de la philosophie libre et trempa sa plume dans l'encrier4 ,mais alors un phnomne bizarre se produisit4 ,toutes ses ides se mirent tourbillonner dans sa tte comme des feuilles mortes sous une rafale d'automne--puis elles se fondirent en une brume opaque o il ne distinguait plus rien4 ,et il demeura1 les yeux carquills1 la bouche bante1 priv de mmoire et de raisonnement4 99 99 99 99 99 ,le soleil s'tait couch4 ,les nues s'accumulaient1 en lourde masse aux reflets de plomb1 pour un sombre crpuscule et l'obscurit croissante empchait ,jacques de poursuivre son labeur4 ,il rassembla ses outils1 les chargea sur son paule et remonta la route vers la maisonnette4 ,il en cherchait la clef dans sa poche quand il aperut une forme confuse qui faisait saillie sur l'ocre du talus4 ,il s'approcha et il dcouvrit que c'tait un homme tomb l et qui ressemblait fort un cadavre4 ,d'abord1 il eut peur et faillit battre en retraite4 ,mais aussitt il se reprocha sa couardise et se pencha sur ce corps inerte en murmurant3--,peut-tre que le malheureux respire encore444 ,je dois lui donner du secours4 ,il lui prit la main et ressentit une impression de froid comme s'il avait touch de la glace4 ,il eut un cri3--,mon ,dieu1 il est mort6444 ,afin de s'en assurer1 il s'agenouilla tout contre et allait poser son oreille sur la poitrine1 avec le dsir que le cur n'et pas cess de battre1 quand il sentit un souffle saccad qui lui frlait la face1 puis il remarqua le tremblement fbrile qui secouait les membres4 ,du coup1 il brla de charit4 ,sans tergiverser1 il souleva l'abandonn et constata son effrayante maigreur4 ,il le prit dans ses bras1 traversa la route et entra chez lui4 ,que le logis tait misrable6 ,des murs grumeleux et sillonns de crevasses2 pour plancher1 la terre nue2 une vieille huche de rebut1 aux parois incrustes de moisissure et dont le couvercle faisait office de table2 une escabelle branlante2 une couverture de cheval en lambeaux2 et l quelques ustensiles de mnage brchs2 dans un coin une paillasse dcousue perdait son varech4 ,jacques dposa le malade sur la paillasse4 ,il s'y tait pris avec beaucoup de douceur3 nanmoins un gmissement s'chappa des lvres entr'ouvertes3 --,certainement1 il est bless1 se dit le jeune homme1 comment pourrais-je bien le soigner8444 ,d'une voix presque imperceptible1 le moribond articula ces mots3--,j'ai soif444 ,comme la nuit tait compltement venue1 ,jacques s'empressa d'allumer une chandelle qu'il fixa sur le coffre4 ,puis il prit sa tasse en fer-blanc1 l'emplit avec l'eau de sa cruche et l'inclina sur la bouche plaintive4 ,tandis que l'homme buvait il distingua des traces d'corchures aux tempes et au front4 ,il y avait aussi des caillots de sang dans la chevelure emmle4 --,mais1 mon pauvre ami1 s'cria-t-il1 qui donc vous a mis dans un pareil tat8 ,une expression d'indicible tristesse passa1 comme une ombre1 sur le visage du malade4 ,il rpondit en soupirant3--,ce sont les miens qui me traitent de la sorte4 99 99 99 99 99 ,au souper1 chez ses parents1 l'abb ,bercy offrit une mine si absente que sa mre en prit de l'inquitude et lui demanda s'il se trouvait incommod4 ,il fit un geste ngatif et1 en mme temps1 il frona les sourcils4 ,on supposa que ses tudes l'absorbaient et l'on n'insista pas4 ,lui s'efforait d'avaler quelques bouches mais en vain4 ,jetant alors sa serviette sur la table il souhaita brivement le bonsoir et remonta dans sa chambre4 --,c'est ennuyeux1 murmura la mre1 il ne mange pas444 --,ah6 dame1 dclara le pre avec un gros rire1 la science1 a nourrit6 ,en haut1 l'abb restait immobile4 ,sa stupeur hbte persistait4 ,il avait le cerveau plein de nuit et l'effort de penser lui causait un malaise des plus pnibles4 ,cependant1 il parvint se convaincre qu'il n'y avait l qu'un fait de surmenage intellectuel et que le sommeil y remdierait4 ,tout de suite1 il se mit au lit4 ,il s'endormit lentement et quelques heures passrent ainsi4 ,puis1 vers le petit jour1 il eut un rve4 ,il se promenait dans un jardin exubrant de fleurs qui s'panouissaient de toutes parts1 comme gorges d'une sve imptueuse4 ,la varit de leurs nuances1 la force tourdissante des aromes qu'exhalaient leurs calices l'exaltaient jusqu'au vertige4 ,il allait de parterre en parterre1 avec le dsir insatiable de les cueillir toutes4 ,mais chaque fois qu'il en touchait une1 elle se fanait soudain et tombait en cendre4 ,et toujours il en poussait de nouvelles et toujours les assembler en une gerbe pour lui seul lui paraissait le but suprme de son existence et toujours elles s'effritaient au contact de ses doigts4 ,quoiqu'une norme fatigue rsultt de ces tentatives dcevantes1 il s'y acharnait lorsqu'il eut l'impression que1 du milieu d'un buisson1 au feuillage terne et qu'il n'avait d'abord pas remarqu1 quelqu'un l'observait4 ,il s'en approcha et vit que c'tait le pauvre rencontr la veille sur la route et cruellement nglig par lui4 ,ce gueux lamentable le fixait d'un regard de lumire qui le transperait comme la pointe d'une lance suraigu et pntrait jusqu'au trfonds le plus cach de son me4 ,la sensation fut si douloureuse qu'il se rveilla en criant4 ,pendant un quart d'heure au moins1 il n'arriva pas rassembler ses ides tant son esprit demeurait en dsarroi4 ,mais1 peu peu1 il reprit conscience des choses et1 brusquement1 il sentit la signification redoutable de ce songe4 ,sa prsomption1 son gosme croulrent4 ,il eut horreur de sa barbarie et il sut nettement qu'il devait rparer4 ,redevenu presque l'adolescent trs pieux et spontan qu'il tait son entre au sminaire1 il s'cria3--,seigneur1 j'ai pch par orgueil1 pardonnez-moi6444 ,je vais me confesser4 ,rapidement il s'habilla et se rendit chez le cur4 99 99 99 99 99 ,la disparition du portefeuille avait boulevers l'abb ,dieuze4 ,son premier mouvement fut de mettre en branle la gendarmerie4 ,mais il rflchit aussitt qu'il n'avait parl personne de son hritage et qu'une enqute policire lui attirerait toute sorte de tracas4 ,il prouvait galement un scrupule la pense de rvler qu'il avait dpos son argent dans le tabernacle4 ,il prvoyait les commentaires railleurs des incrdules du village et du chef-lieu3--,quoi donc1 ricaneraient-ils1 le ,bon ,dieu du cur n'a mme pas t capable de lui garder son magot6444 ,et bien d'autres quolibets4 ,il rsolut de se taire4 ,ensuite la crainte naquit en lui d'avoir manqu de respect au ,saint-,sacrement en accolant au ciboire une somme peut-tre mal acquise par la personne qui la lui avait lgue4 ,et1 en outre1 travers sa perplexit ce sujet1 s'infiltra l'aveu que lui-mme n'tait pas sans reproches3 sa joie toute mondaine chez le notaire et1 au retour1 son projet d'association avec ,crochard1 puis l'ambition de faire fortune par des moyens licites mais pour son bien-tre exclusif--tait-ce l le fait d'un bon prtre8444 ,il retournait anxieusement la question dans son esprit et il en tait si troubl que1 le voyant pitiner et l1 marmotter des choses indistinctes1 les traits contracts comme ceux d'un homme qui souffre en touffant1 tant bien que mal1 ses plaintes1 ,eulalie se persuada qu'elle aurait prochainement le soigner pour un mal des plus pernicieux4 ,mais elle n'osa lui tmoigner sa sollicitude car elle se souvenait des bourrades reues rcemment4 ,l'abb1 bris par l'motion et la fatigue de sa course la ville1 se coucha de bonne heure et s'endormit d'un sommeil agit4 ,et lui aussi eut un rve4 ,il tait plong jusqu'au menton dans une rivire trange dont les flots1 que fouaillait un vent de flamme1 ondulaient1 pareils de l'or liquide4 ,une soif ardente le calcinait4 ,il semblait qu'il n'et qu' ouvrir la bouche pour se dsaltrer1 mais chaque fois qu'il tentait de le faire1 cette eau devenait bouillante et il tait oblig de la rejeter avec prcipitation4 ,a maintes reprises il en fut ainsi et plus il avait envie de boire plus la temprature s'accroissait4 ,c'tait un tel tourment qu' demi rveill1 il cria son angoisse3--,mon ,dieu1 je brle1 je brle6444 ,est-ce donc que je suis en ,purgatoire8 ,le vent d'incendie souffla plus fort2 la rivire s'enfla et menaa de le submerger4 ,en dtresse1 il coutait le clapotis impitoyable de cet or fluide autour de sa tte et l'pouvante le paralysait au point qu'il ne pouvait esquisser le moindre effort pour chapper la noyade4 ,il voulut appeler au secours3 son gosier contract n'mit qu'un son rauque qui ne franchit pas les dents4 ,il allait couler au fond quand ses yeux exorbits dcouvrirent1 debout sur la rive1 le pauvre de la route qui lui tendait une main secourable4 ,alors l'usage de ses membres lui fut restitu4 ,il nagea quelques mtres1 gagna le bord1 saisit la main et se hissa hors de l'eau4 ,ds qu'il eut repris haleine1 il entama une phrase de gratitude4 ,mais le pauvre le regardait avec un sourire si mlancolique qu'il perdit contenance et ne put que balbutier4 ,et il demeura en place tout intimid tandis que son sauveur s'loignait pas lents puis disparaissait dans un pli de terrain444 ,il se rveilla4 ,l'aube blanchissait aux vitres4 ,le monde extrieur l'environnait mais il continua de vivre son rve4 ,puis1 il ressentit1 d'une faon simultane1 le regret lancinant d'avoir1 hier1 nglig ce pauvre l'agonie et le sentiment joyeux d'tre libr1 comme d'un coup de rateau1 du souci de cet argent dltre qui lui avait si odieusement endurci le cur4 --,seigneur1 soupira-t-il1 j'ai pch par avarice4 ,je ferai pnitence6 99 99 99 99 99 ,une heure avant la messe1 l'abb ,dieuze et l'abb ,bercy taient runis dans la salle manger du presbytre4 ,le sminariste se disposait demander au prtre de l'entendre en confession quand la sonnette de l'entre tinta doucement4 ,eulalie ouvrit la porte et poussa une exclamation de surprise2 ,jacques tait devant elle4 ,or1 elle se rappelait que le cantonnier n'avait pas coutume de franchir le perron4 --,comment1 c'est vous1 s'cria-t-elle1 par quel hasard8444 ,jacques avait l'air si mu et la fois si recueilli que son tonnement redoubla4 ,il rpondit3--,ce n'est pas un hasard4 ,je dois voir tout de suite ,m4 le ,cur4 ,alors elle1 ingnument3--,c'est pour lui parler de votre baptme8 --,oui444 aprs444 --,aprs quoi8 --,ds que je lui aurai dit ce qui m'est arriv cette nuit4 ,eulalie1 discrte1 n'insista pas4 ,et puis1 elle le sentait1 ,jacques ne pouvait tre l que pour le bien4 ,elle entra dans la salle et prvint le cur4 --,mais que veut-il donc8 demanda celui-ci4 --,je ne sais pas444 ,je crois que cela presse4 ,en toute autre circonstance1 l'abb ,dieuze aurait diffr de recevoir ce tcheron auquel il n'avait coutume d'accorder que si peu d'intrt4 ,mais depuis la veille1 tant d'vnements pas naturels s'taient produits qu'il s'attendait aux pripties les plus inattendues4 ,il se tourna vers le sminariste3--,vous permettez8 ,ce ne sera sans doute pas trs long4 ,l'abb ,bercy s'inclina sans souffler mot4 ,jacques fut introduit4 ,comme il a t dit1 d'ordinaire1 son humilit le portant l'effacement1 il vitait tout colloque4 ,mais aujourd'hui1 une force secrte le douait d'une assurance particulire4 ,sur l'invitation du prtre1 il prit la parole d'une voix assez basse mais nullement hsitante4 ,il raconta d'abord sa dcouverte du vagabond au crpuscule et que1 l'ayant pris en piti et transport dans sa cabane1 il l'avait tendu sur sa paillasse1 pour lui donner des soins4 ,il dit encore les corchures du front1 le sang caill dans les cheveux et la soif terrible4 ,puis il continua3 --,quand je lui eus donn boire1 il parut un peu moins soufrant mais il avait trs froid2 il n'arrtait pas de grelotter et de claquer des dents4 ,j'eus l'ide de lui faire frictions4 ,je lui dcouvris donc le torse et je vis alors que des marques fraches de coups de fouet le rayaient tout en travers des ctes4 ,elles taient si nombreuses et si profondes que je me demandais comment il avait pu y survivre4 ,ensuite1 j'aperus1 gauche prs du cur1 une coupure mal ferme qu'une lame trs large avait produite4 ,quand mon massage l'eut rchauff1 je m'occupai de ses membres afin de vrifier s'il n'avait rien de cass4 ,tandis que j'examinais les pieds et les mains1 je vis qu'eux aussi portaient des cicatrices d'o ne cessaient de suinter des gouttes de sang444 ,vraiment le malheureux avait t affreusement tortur et je pleurais me reprsenter l'acharnement de ceux qui l'avaient mis dans cet tat6 ,jacques s'arrta quelques secondes refoulant des sanglots4 ,ses auditeurs avaient tressailli sa description des plaies4 ,tout ples1 ils lui firent signe de poursuivre4 ,faisant un effort1 il reprit3 --,a prsent le bless tait un peu rchauff mais il marquait un tel puisement que je compris qu'il avait besoin de repos4 ,je l'enveloppai dans ma couverture et lui appuyai la tte contre une bche que j'avais l4 ,comme sa respiration devenait rgulire j'en conclus qu'il s'assoupissait4 ,sans faire de bruit1 je m'assis par terre1 ct de la paillasse1 prt lui venir en aide s'il voulait se retourner4 ,mais il ne bougeait ni ne gmissait plus4 ,tout proche de lui1 je me sentis si rassur1 si calme1 l'me si pleine d'une paix et d'un bonheur inexplicables que je m'endormis mon tour444 ,je ne sais quelle heure il tait lorsque je me rveillai4 ,ce que je puis dire c'est que la chandelle1 use jusqu'au bout1 s'tait teinte et qu'au dehors1 il ne faisait pas encore clair4 ,j'allongeai ma main avec prcaution vers la paillasse1 et voil que mon malade n'tait plus l444 ,impossible de m'y tromper1 j'avais beau palper de long en large1 mes doigts ne rencontraient que la toile rugueuse444 ,la maison restait obscure mais1 dans le cadre de la porte grande ouverte1 s'tendait une nappe de lumire d'autant plus trange que1 cette semaine1 il n'y a pas de lune4 ,vtu d'une robe blanche1 tout lumineux lui-mme1 l'homme se tenait l debout et il me regardait avec tant de bont que je sentais le cur me fondre dans la poitrine4 ,jamais personne ne m'a regard de cette faon6444 ,je ne pourrais pas vous dcrire comme il tait beau je suis trop ignorant4 ,ce dont je me souviens surtout1 c'est que toutes les toiles du ciel rayonnaient dans ses yeux et qu'il me parut si grand--si grand6444 ,combien de temps cela dura-t-il8 ,je serais bien embarrass pour le prciser3 il semblait que le temps n'existait plus4 ,a la fin1 l'homme tendit les bras dans la direction du village et1 au dedans de moi1 j'entendis comme une voix qui m'ordonnait d'aller vous confier ces choses4 ,puis l'homme disparut1 je ne sais comment4 ,en attendant le lever du soleil1 j'tais comme si j'avais rv4 ,d'ailleurs tout cela1 c'tait peut-tre un rve4 ,pourtant le fait est que l'homme n'tait plus prs de moi ni nulle part sur la route et que1 depuis1 j'entends une belle musique d'orgue qui me tient l'me en prire4 ,je l'entends encore pendant que je vous parle444 ,jacques se tut1 pencha la tte et1 les paupires closes1 se reprit couter la musique cleste4 ,le cur1 haletant1 posa une question3--,et444 il ne vous a rien dit8 ,jacques eut un sursaut comme s'il revenait de trs loin3--,si fait1 aprs que j'eus constat les blessures de son front1 je lui ai demand d'o elles provenaient4 ,il m'a rpondu3--,ce sont les miens qui me traitent de la sorte4 ,un silence souverain rgna4 ,le visage dans les mains1 l'abb ,bercy pleurait4 ,l'abb ,dieuze contemplait douloureusement un ,crucifix attach la muraille4 ,tous deux maintenant savaient que ce ,pauvre1 assist par un pauvre1 c'tait ,notre-,seigneur ,jsus-,christ#b4 #b ,il y a environ deux ans1 le cur d'une petite ville de province cacha ses conomies dans le tabernacle de son glise4 ,l'argent fut drob4 ,ni la porte n'tait fracture ni les vitraux casss4 ,malgr toutes les recherches le voleur ne fut jamais pris4 ,c'est ce fait divers qui a fourni la premire ide de la lgende contemporaine qu'on vient de lire4 ,,la ,,post,,rit ,,de ,,nicod,,me ,il y avait1 parmi les pharisiens1 un homme appel ,nicodme1 un des principaux d'entre les ,juifs4 ,il vint de nuit trouver ,jsus et lui dit3 ,rabbi1 nous savons que c'est de la part de ,dieu que vous tes venu comme matre car nul ne peut faire les miracles que vous faites si ,dieu n'est avec lui4 ,jsus lui rpondit ,en vrit1 je te le dis1 nul1 s'il ne nat de nouveau1 ne peut voir le royaume de ,dieu444 ,parce que la lumire est venue dans le monde et que les hommes ont mieux aim les tnbres que la lumire1 parce que leurs uvres taient mauvaises1 telle est la cause de leur condamnation 7,saint ,jean1 ,,iii74 ,le ,sanhdrin s'tant runi pour dlibrer sur l'arrestation de ,jsus1 ,nicodme1 celui-l mme qui tait venu ,jsus la nuit1 demanda3 ,est-il permis de condamner un homme avant de l'avoir entendu et de connatre ce qu'il a fait8 ,les ,pharisiens rpondirent3 ,es-tu donc ,galilen1 toi aussi8 ,et ils s'en retournrent chacun dans sa maison 7,saint ,jean1 ,,vii74 ,aprs que ,jsus fut mort sur la ,croix1 ,joseph d',arimathie1 qui tait disciple de ,jsus1 mais en secret1 pria ,pilate de lui permettre d'enlever le corps de ,jsus4 ,et ,pilate le permit4 ,il vint donc et prit le corps4 ,nicodme1 celui qui nagure tait all trouver ,jsus la nuit1 vint aussi1 apportant un mlange de myrrhe et d'alos4 ,ils prirent donc le corps et l'envelopprent dans des linges avec des parfums1 selon la manire d'ensevelir des juifs 7,saint ,jean1 ,,xix47 99 99 99 99 99 ,bien qu'il crt la divinit de ,jsus-,christ1 ,nicodme s'appliquait dissimuler sa foi4 ,il donnait volontiers pour prtexte sa prudence que1 dans le milieu o son origine pharisienne l'obligeait de vivre1 on hassait les adeptes de la ,bonne ,nouvelle et qu'on regardait celle-ci comme une superstition des plus virulentes4 ,de mme1 en public1 afin1 disait-il1 de ne pas attirer la perscution sur les chrtiens1 il feignait d'ignorer le ,matre ou lorsqu'on en parlait devant lui1 de ne le connatre que de rputation4 ,sa timidit allait si loin qu'il revtait un dguisement et choisissait toujours les heures nocturnes pour ses entretiens avec le ,sauveur4 ,ce n'est donc pas sans raison que saint ,jean insiste sur son got du secret et de l'ombre4 ,quand ,jsus l'avertissait que cette crainte extrme de la lumire le mettait en pril de se perdre dans l'obscurit irrmissible o veille le ,pre du pch1 il faisait semblant de ne pas comprendre4 ,mais1 part soi1 il persistait penser que le ,matre avait tort de rpandre sa doctrine au grand soleil et1 pris de panique la rflexion qu'il pourrait tre souponn de connivence1 il se promettait d'interrompre ses visites4 ,il les suspendait1 en effet1 pendant quelques mois1 puis il revenait1 quelque chose de plus fort que sa peur de se compromettre l'y poussant4 ,a cette premire runion du ,sanhdrin o l'on envisagea l'opportunit de svir contre ,jsus1 ,nicodme se garda bien de plaider la cause du perturbateur que ses collgues accusaient de violer les lois d',isral4 ,tout au plus balbutia-t-il qu'on devait observer son gard les rgles juridiques1 et1 si l'on estimait propos de mettre la main sur lui1 ne pas le condamner sans enqute4 ,sur quoi les autres ,pharisiens froncrent les sourcils2 les plus ombrageux lui rappelrent qu'en dpit de ses dclarations officielles1 il tait suspect de christianisme4 ,aussitt1 tout effar de son audace1 il devint muet4 ,la sance leve1 il se hta de regagner son domicile dont il verrouilla soigneusement les portes4 ,plus tard1 lorsque ,jsus fut tran devant ,caphe et ,pilate1 il fut le tmoin inerte de l'iniquit dont son ,matre tait la victime4 ,en lui-mme1 il frmissait d'indignation mais pour rien au monde1 il ne serait intervenu4 ,quand tout fut consomm1 ,joseph d',arimathie se rendit chez ,pilate pour rclamer le corps de ,jsus4 ,il aurait souhait que ,nicodme l'accompagnt2 mais le sachant incapable de surmonter ses paniques il ne prit mme pas la peine de le lui proposer4 ,nicodme se flicita d'tre laiss l'cart4 ,nanmoins1 ds qu'on commena d'ensevelir la sainte dpouille1 il fondit en larmes1 car1 travers les drobades o le poussait sa nature pusillanime1 il aimait ,jsus et maintenant il se reprochait de ne pas l'avoir cout comme il l'aurait fallu4 ,son chagrin et ses regrets lui donnrent le courage d'apporter du linge fin et des aromates prcieux pour honorer ,celui qu'il connaissait pour l'incarnation de la ,vrit unique4--,il est vrai qu'en mme temps il ne pouvait s'empcher de se dire avec une sorte de satisfaction trouble3--,aprs un exemple aussi terrible1 les disciples1 coup sr1 s'abstiendront de manifestations bruyantes4 ,eux et moi1 nous servirons la mmoire de ,jsus la sourdine et avant tout nous viterons de froisser les ,pharisiens en affichant notre croyance4 ,on va tre enfin un peu tranquille444 ,une tradition1 fort admissible1 veut qu'il prouvt une vive contrarit quand il entendit les ,aptres proclamer1 selon le ,saint ,esprit et sans aucune retenue1 leur foi au centre de tous les carrefours et sur le parvis mme du ,temple4 --,hlas6 les excs de zle commencent1 s'cria-t-il4 ,et il prdit que cela finirait mal4 ,quand les ,juifs lapidrent ,saint tienne1 amrement il triompha3--,voil ce qu'on gagne braver l'opinion6444 ,a son lit de mort1 il lgua une grande partie de son bien l'assemble des fidles mais il recommanda de ne pas donner de publicit au testament1 car il tenait mnager les prventions des ,pharisiens4 ,tel fut ,nicodme4 ,ajoutons qu'il engendra une nombreuse postrit qui florit surtout notre poque4 ,ce fait lui donne tous les droits au titre de patron des catholiques libraux4 99 99 99 99 99 ,parmi les libraux1 on compte beaucoup d'hommes qui1 dans le priv1 tmoignent d'une pit sincre et d'un attachement rel l'glise4 ,malheureusement1 dans la vie publique1 malgr leurs bonnes intentions1 ils la desservent1 s'imaginant la servir4 ,d'o vient cette trange dviation8 ,de ceci qu'ils s'efforcent de marier des contradictoires4 ,tels qui n'entreprennent nulle dmarche avant d'avoir pri et de s'tre approchs des ,sacrements1 se conduisent ensuite comme si la foi catholique n'tait qu'une formule impropre rgir leurs actes4 ,ainsi que l'a dit un trs bon prtre3 ,les libraux cherchent un compromis entre des principes irrductibles2 ils semblent admettre le dterminisme universel et croire1 en mme temps1 l'activit libre de ,dieu et au libre-arbitre de l'homme1 proclamer que l'humanit se suffit elle-mme et garder la croyance en la ,providence et en la ,grce1 ne pas nier1 en thorie1 que ,dieu existe mais1 pratiquement1 se passer de lui4 ,en corollaire de ce rsum fort exact des tendances du libralisme1 j'essaierai d'apporter des exemples l'appui4 ,certes1 ce n'est pas une tche agrable4 ,combien je prfrerais me trouver d'accord sur tous les points avec des frres en ,jsus-,christ6 ,la chose n'est pas possible parce que1 de propos dlibr1 ils refusent1 avec colre ou ddain1 d'entendre ceux qui ne partagent pas leurs illusions4 ,comme bien d'autres--qui valent mieux que moi--je m'efforce1 depuis vingt ans1 de leur souligner l'erreur qui leur fausse le jugement4 ,j'ai tir mes arguments d'une exprience qu'ils ne peuvent me contester puisque je l'ai acquise chez les ennemis de ,dieu4 ,je n'ai rien obtenu4 ,non seulement1 je n'ai pas russi les convaincre1 mais ils m'ont fait sentir leur mauvaise humeur4 ,je suis donc forc de m'adresser d'autres--aux mes sans parti-pris1 mais parfois mal informes1 qui s'tonnent et s'affligent de constater que toutes les entreprises des libraux pour adapter le catholicisme l'tat social o nous sommes condamns vivre chouent l'une aprs l'autre4 ,ce faisant ai-je besoin d'ajouter que je ne suis m par aucune ambition d'ici-bas8 ,je ne me plais que dans ma solitude1 je ne veux rien tre et mon seul objectif1 c'est de vouer le peu de forces qui me restent reconnatre les bienfaits dont ,dieu daigna combler--si gratuitement--l'ouvrier de la dernire heure en dfendant pour ma petite part la ,sainte glise des prils que lui fait encourir l'aveuglement des libraux4 ,par l1 j'espre me montrer digne de me tenir aux pieds de ,jsus en croix2 quand on a choisi le ,calvaire pour rsidence1 on voit plus loin que si l'on s'attarde dans les ruelles tortueuses ou pitinent les politiques4 ,et1 au surplus1 le sujet que je traite ici surpasse toute politique de parti4 99 99 99 99 99 ,la caractristique principale des libraux c'est qu'ils semblent oublier sans cesse que leur privilge de catholiques c'est--dire d'hommes qui ,dieu octroya l'norme bienfait de possder la ,vrit1 implique des devoirs imprieux4 ,on dirait que ces obligations les gnent4 ,on dirait aussi qu'ils rougissent d'attester leur foi devant l'incrdulit rgnante4 ,c'est pourquoi ils usent de l'quivoque comme d'un expdient pour se persuader que servir deux matres ne constitue pas une faute grave envers ,notre-,seigneur4 ,plutt que de l'avouer ils subtilisent afin de justifier leurs avances aux ennemis de ,dieu4 ,ils marivaudent avec eux sous prtexte de moindre mal1 comme s'il y avait des degrs dans le fait de nier la ,rvlation4 ,bref1 ils donnent dans tous les piges que dispose leur intention l'athisme au pouvoir tant ils ont hte de se conformer le plus qu'ils peuvent ses murs et pratiques4 ,il leur arrive pourtant d'prouver1 de loin1 en loin1 quelques scrupules4 ,mais bientt ils se rassurent en se rptant qu'ils fortifient l'glise parce qu'ils laissent de ct les principes sur lesquels ,dieu la fonda4 ,cette illusion les enveloppe de mirages ce point qu'ils deviennent les amants passionns de la chimre et qu'ils mritent qu'on leur applique la sentence de ,bossuet3 ,c'est un grand drglement de l'esprit que de voir les choses comme on dsire qu'elles soient et non comme elles sont rellement4 ,on compte plusieurs catgories de libraux4 ,nous allons en examiner quelques-unes sans oublier que--sauf peut-tre celle des gens de finance--elles englobent beaucoup d'mes de bonne foi dans leur aberration4 ,voici les optimistes4 ,ceux-ci estiment que les catholiques auraient tort de dpenser du zle pour maintenir la doctrine intgrale de l'glise4 ,le prsent leur apparat passable et l'avenir serein4 ,volontiers1 ils s'crieraient avec ,pangloss3 ,tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possible4 ,un des propagateurs de cette manire de penser crivait1 l'an dernier1 la premire page du premier numro d'un hebdomadaire libral3 ,il n'y a pas lieu de s'inquiter outre mesure ni de maudire trop fort le temps prsent4 ,bien des choses y vont mal mais tout s'arrangera puisque ,dieu nous l'a promis4 ,un catholique optimiste ne croit point que tout soit arriv1 il croit d'un cur joyeux que quelque chose arrivera1 quelque chose d'infiniment consolant3 le ,rgne de notre ,pre4 ,j'ai compt1 mais ne me souviens plus combien de fois le ,sauveur nous rpte en son vangile3 ,nolite timere1 non turbetur cor vestrum4 ,cela veut dire dans l'aramen de ,montmartre3 ,ne vous en faites pas4 ,tout ira bien4 ,n'est-il pas navrant de voir interprter avec tant de nonchalance et de lgret les enseignements du ,verbe incarn8 ,lorsque ,notre-,seigneur recommande ses disciples de ne pas craindre les impies et de ne pas se troubler au cours des perscutions1 ce n'est pas du tout pour les inviter l'optimisme1 mais pour qu'ils se prparent1 les yeux fixs sur ,lui seul1 aux souffrances et aux svices qu'attirera sur eux l'amour qu'ils lui portent4 ,il parat que le rdacteur des espigleries ci-dessus est aussi cal en grec qu'en argot ,montmartois4 ,mais on doit conclure de ses propos qu'il est infiniment moins vers dans la connaissance de l'vangile4 ,en outre on peut lui certifier que beaucoup de catholiques1 prenant la ,sainte-criture au srieux1 voyant ce qui se passe1 prvoyant ce qui va venir1 n'prouvent pas du tout le besoin de prendre1 son exemple1 un air guilleret et de s'exclamer en se frottant les mains3--,allons1 allons1 pas de bile6 ,nous avons lieu de nous rjouir et mme de danser la carmagnole en prchant l'insouciance4 videmment il arrive des aventures fcheuses l'glise mais ne nous en occupons pas3 ,dieu aplanira tout un jour ou l'autre444 ,or pour que le rgne du ,pre arrive1 il ne suffit pas de concder que bien des choses vont mal1 puis de faire une pirouette et de se rfugier ensuite dans un optimisme bat en laissant qui voudra le soin de lutter pour l'glise4 ,certes nous savons que ,dieu la protge constamment4 ,mais nous savons aussi que1 pour sa dfense1 il exige notre collaboration perptuelle4 ,nous drober1 c'est nous conduire en fatalistes4 ,dans ce cas nous nous rendons indignes d'obtenir qu',il carte de nous la tentation et qu',il nous dlivre du mal1 car3 ,la foi qui n'agit pas1 est-ce une foi sincre8444 ,voici maintenant les hybrides4--,en zoologie1 on appelle ainsi les animaux qui proviennent de deux espces diffrentes4 ,exemple3 les mulets4 ,les hybrides sont1 en gnral1 infconds4 ,on peut appliquer la mme dfinition aux libraux issus d'une tentative de compromis entre les dogmes de l'glise et les faux dogmes de la ,rvolution4 ,leur politique s'avre strile en bons rsultats4 ,et le pire1 c'est que la plus dcevante des tactiques les porte subordonner frquemment les droits de ,dieu aux prtendus droits de l'homme4 ,ils esprent par l dsarmer les tenants de la ,rvolution ou1 tout au moins1 attnuer les effets de leur manie anti-religieuse4 ,or1 l'histoire contemporaine dmontre non-seulement qu'ils s'abusent mais qu'ils nuisent la cause sacre dont ils se figurent sauvegarder le plus essentiel4 ,vers le milieu du ,x,i,xe sicle1 ils dploraient comme inopportune la promulgation des dogmes de l',immacule-,conception et de l'infaillibilit pontificale4 ,afin d'apaiser l'ennemi en fureur1 ils s'appliquaient fausser1 par des commentaires lnifiants1 la signification de cet admirable catalogue des erreurs nes de la soi-disant ,rforme et de la ,rvolution3 le ,syllabus4 ,au temps de la ,sparation1 ils se renfrognaient parce que ,pie ,x1 ,saint d'une sublime clairvoyance1 refusait de pousser l'glise de ,france dans ce traquenard ressorts juifs et huguenots3 les ,cultuelles4 ,depuis1 ils s'arrachent les cheveux chaque fois que les catholiques militants opposent une rsistance aussi franche qu'efficace aux assauts de l'impit3 par des voies plus ou moins obliques ils s'efforcent d'entraver leur action4 ,enfin ce sentiment fcheux que ,louis ,veuillot nommait leur manque d'horreur pour l'hrsie les incline considrer d'un il plutt amical les intrigues du modernisme4 ,tant de concessions l'adversaire1 tant de capitulations sans combat ont-elle amen la paix honteuse qui leur permettrait d'engourdir l'glise comme une marmotte hivernant au fond de son terrier8 ,pas du tout4 ,l'irrligion1 encourage par leur veulerie1 n'a pas dpos les armes un seul instant4 ,tandis qu'ils multipliaient les courbettes1 ,gambetta lanait le cri clbre3 ,le clricalisme voil l'ennemi6 ,et par clricalisme1 l'vnement l'a prouv1 il entendait le catholicisme4 ,ferry fit voter la loi laque sur l'enseignement et supprimer la lettre d'obdience qui1 dlivre par les vques aux ,religieux1 permettait ceux-ci d'ouvrir des coles4 ,waldeck-,rousseau fit voter la loi sur les ,associations de laquelle ,combes se servit pour dissoudre et proscrire les ,congrgations4 ,poincar dclarait nagure aux libraux qui1 en retour de leur appui1 lui demandaient quelques vagues garanties3 ,nous sommes spars par toute l'tendue de la question religieuse et1 aprs avoir promis d'autoriser la rentre en ,france des noviciats de ,missionnaires1 s'esquivait sans avoir tenu parole4 ,et afin de mettre dans tout son jour le triomphe de l'athisme officiel1 ,viviani1 applaudi avec enthousiasme par la ,libre-,pense et les ,loges1 proclamait3 ,nous avons teint les toiles du ,ciel6 ,par la suite1 il avouait que la prtendue neutralit scolaire n'tait qu'un leurre4 ,elle fut1 dit-il la tribune de la ,chambre1 un mensonge ncessaire lorsqu'on forgeait la loi scolaire4 ,on promit cette chimre de la neutralit pour rassurer quelques timides dont la coalition et fait obstacle au principe de la loi4 ,mais ,jules ,ferry avait l'esprit trop net pour croire la dure de cet expdient4 ,ce ne fut qu'un prtexte444#c #c ,ce ,viviani1 qui se glorifiait d'avoir aboli les lumires du ,ciel1 ,dieu l'a jet dans les tnbres extrieures4 ,il est devenu fou et l'on a d l'enfermer4 ,puis il est mort sans avoir recouvr la raison4 ,ces leons ritres--et bien d'autres--ont-elles corrig les libraux8--,nullement4 ,ils s'opinitrent dans leur aberration4 ,plus encore1 ils n'arrtent pas de considrer comme de futurs sauveurs de l'glise les politiciens athes qui feignent1 pour de louches combinaisons1 d'accepter parfois leur alliance mais qui ne ngligent aucune occasion d'affirmer qu'ils ne leur feront jamais la moindre concession4 ,qu'on se souvienne3 il y a peu1 les libraux flagornaient ,briand1 aventurier suspect1 apte aux roueries du parlementarisme1 mais sectaire obtus quant aux choses religieuses4 ,c'est lui qui1 dans le temps mme o les libraux tendaient vers son ricanement des mains implorantes1 disait dans un discours fameux contre l'glise3 ,l'homme vrai1 le citoyen de la vraie dmocratie1 celui dont le cerveau n'est pas obstru par la proccupation du mystre et du dogme--cet homme1 la divinit est en lui4 ,aujourd'hui1 les libraux balancent des encensoirs sous le nez de ,millerand qui s'est enrichi par le pillage des congrgations et qui se gardera bien de restituer4 ,mais les hybrides ont commis d'autres incartades particulirement graves3 nous le verrons plus loin444 ,voici maintenant les ,anarchistes inconscients4--,a l'extrme-gauche du libralisme1 on dcouvre ,m4 ,marc ,sangnier et le petit clan1 tiquet dmocrate1 qui se groupa autour de lui aprs que le ,sillonisme eut t condamn4 ,rappelons d'abord que lorsque ,pie ,x pronona cette condamnation 7par sa ,lettre l'piscopat franais date du #be ,aot #aiaj7 ,m4 ,sangnier dclara immdiatement qu'il se soumettait4 ,nous allons voir la faon dont il a compris la discipline et l'obissance la volont du ,saint ,pre4 ,mais1 avant tout1 il n'est pas sans intrt de citer deux passages des plus dcisifs de la ,lettre3 ,notre charge apostolique1 nous fait un devoir de veiller la puret de la foi et l'intgrit de la discipline catholique1 de prserver les fidles des dangers de l'erreur et du mal1 surtout quand l'erreur et le mal leur sont prsents dans un langage entranant qui1 voilant le vague des ides et l'quivoque des expressions sous l'ardeur du sentiment et la sonorit des mots1 peut enflammer les curs pour des causes sduisantes mais funestes4 ,telles ont t nagure les doctrines des prtendus philosophes du ,x,v,i,i,ie sicle et du libralisme tant de fois condamnes4 ,telles sont encore aujourd'hui les thories du ,sillon444 ,le catholicisme du ,sillon ne s'accommode que de la forme du gouvernement dmocratique qu'il estime tre la plus favorable l'glise et se confondre1 pour ainsi dire1 avec ,elle3 il infode donc sa religion un parti politique4 ,nous n'avons pas dmontrer que l'avnement de la dmocratie universelle n'importe pas l'action de l'glise dans le monde4 ,nous avons dj rpt que l'glise a toujours laiss aux nations le souci de se donner le gouvernement qu'elles estiment le plus avantageux pour leurs intrts4 ,ce que nous voulons affirmer1 encore une fois1 c'est qu'il y a erreur et danger infoder1 par principe1 le catholicisme une forme de gouvernement1 erreur et danger qui sont d'autant plus grands ,,lorsqu',,on ,,synth,,tise ,,la ,,religion ,,avec ,,un ,,genre ,,de ,d,,mocratie ,,dont ,,les ,,doctrines ,,sont ,,erron,,es4 ,or c'est le cas du ,sillon1 lequel1 par le fait et pour une forme politique spciale1 en compromettant l'glise1 divise les catholiques1 arrache la jeunesse et mme les prtres et des sminaristes l'action simplement catholique et dpense en pure perte les forces vives d'une partie de la nation444 ,ce genre de dmocratie dont les doctrines sont errones1 c'est le socialisme qui1 on le sait1 se rclame du matrialisme absolu et qui qualifie la religion un opium pour le peuple4 ,m4 ,sangnier ne peut l'ignorer et pourtant1 dans ses discours et dans ses crits1 il ne cesse d'exalter les thories socialistes comme les plus propres instaurer un ordre de choses o tous les hommes seraient libres1 gaux et combls de flicits temporelles4 ,a cet effet1 il dforme les enseignements de l'vangile4 ,sentimental anarchisant1 il y procde de telle sorte que1 lors de son passage la ,chambre1 il recueillit les applaudissements des communistes inspirs par ,moscou4 ,est-ce l de la soumission8 ,mais il ne se borne pas cette dangereuse inconsquence4 ,quand on lui oppose la ,lettre o sa chimre est formellement condamne il insinue--et ses lieutenants avec lui--que c'est un document surann dont il n'y a plus tenir compte4 ,ainsi que le fait remarquer ,m4 ,dublaix dans la brochure o il signale la survivance du ,sillon3 ,a leurs jeunes recrues1 ils s'efforcent de cacher sinon l'existence--ce serait difficile--du moins le texte de la lettre de ,pie ,x4 ,ils leur racontent qu'il y a quelques annes1 ce ,pape1 circonvenu par les royalistes1 et abus par de faux rapports1 a lanc contre le ,sillon et ses doctrines une lettre de condamnation4 ,mais ce document pontifical est rempli d'erreurs4 ,le ,pape s'est tromp sur toute la ligne4 ,ses dcisions ne sauraient donc1 en conscience1 obliger les catholiques4 ,enfin1 depuis sa mort1 l'encyclique a perdu toute espce de valeur4 ,il est1 par suite1 inutile de s'en proccuper4 ,si ,m4 ,sangnier est de bonne foi lorsqu'il rpand des assertions de ce calibre parmi ses nophytes1 je crois pouvoir l'avertir qu'il se trompe4 ,en dcembre #aiaa1 j'tais all donner une confrence ,chambry o j'eus l'honneur d'tre reu par le cardinal ,dubillard1 thologien mrite lequel fut charg par ,pie ,x d'enquter sur le ,sillon et de prparer les lments de la ,lettre o le ,sillonisme fut rprouv comme contraire l'orthodoxie4 ,le cardinal voulut bien m'analyser longuement et lucidement les doctrines du ,sillon et me faire toucher du doigt les germes d'anarchie qu'elles contenaient4 ,c'est la plus belle leon de thologie que j'aie jamais eu le plaisir d'entendre4 ,eh bien1 je puis certifier ,m4 ,sangnier que cet expos magistral ne toucha pas un seul instant la politique3 il s'agissait de l'ordre social tel que l'glise n'a cess de le dfinir travers les variations de la faiblesse humaine4 ,et1 comme je remmorais au prlat que ,m4 ,sangnier attribuait sa condamnation aux intrigues des royalistes1 il haussa les paules et me rpondit3--,ce malheureux garon a oubli jusqu'aux rudiments de la religion4 ,mais voil3 on se considre comme l'interprte le plus clair1 le plus avanc1 le plus magnanime de la foi catholique1 on a de l'orgueil et l'on veut avoir raison mme contre le ,pape infaillible4 ,je n'ajouterai rien ce jugement auquel souscrivent tous les fidles1 c'est--dire tous ceux qui ne substituent pas leur sens propre aux dcisions du ,souverain ,pontife444 ,voici les ,courtisans de la ,finance4--,il y en a parmi les catholiques et il y en a mme beaucoup trop4 ,ceux-l se sont aperu que la dmocratie actuelle n'est qu'un masque pour la ploutocratie1 c'est--dire que c'est la ,banque internationale qui rgit notre globe par le moyen de ses domestiques3 la plupart des parlementaires de tout poil4 ,ces simulacres de chrtiens dsirent avec ardeur mriter la bienveillance des ,matres de l',or qui craignent que l'glise n'affaiblisse leur domination sur les mes en dsarroi d'un trs grand nombre de nos contemporains4 ,afin de les rassurer maints courtisans de la finance professent le libralisme1 cette commode doctrine leur fournissant des sophismes pour inviter l'glise se calfeutrer dans ses sanctuaires et se dsintresser de la vie sociale4 ,ou s'ils se rsignent lui permettre d'en sortir et lui concder quelque influence1 c'est dans l'espoir de rduire le clerg au rle d'une gendarmerie morale qui monterait la garde devant leurs coffres-forts4 ,les libraux pris de la ,banque sont des gens tout fait--positifs4 ,aussi lorsqu'ils vont en plerinage l'table de ,bethlem1 ils offrent volontiers de la myrrhe l',enfant-,jsus1 car cet aromate symbolise la souffrance4 ,ils considrent1 en effet1 que leurs richesses leur donnent le droit de souffrir le moins possible et de laisser le fardeau de la croix peser uniquement sur les paules du ,rdempteur4 ,ils lui offrent aussi une sorte d'encens frelat3 ce sont leurs prires qui ne portent que sur ce point obtenir de ,celui qui n'eut mme pas un toit o abriter son dnuement qu',il veille sur leur fortune--quelle qu'en soit l'origine et qu',il accroisse leurs revenus--quelle qu'en soit la source4 ,quant l'or1 symbole de l'amour de ,dieu selon la thologie mystique1 la part qu'ils en dtiennent n'a rien de commun avec les dons des ,rois-,mages1 elle est la reprsentation du mtal dont le ,dmon leur blinda le cur4 ,il ne saurait donc leur venir l'esprit de l'offrir l',enfant-,jsus1 d'autant que les mots amour de ,dieu sont pour eux compltement dnus de sens4 ,tout au plus1 s'ils l'osaient1 ils proposeraient ,marie et ,joseph des papiers fallacieux1 par exemple1 les actions d'entreprises tombes en dconfiture et dont ils ont extrait nagure tout le suc la ,bourse4 ,ils ne doutent pas que cette oblation leur vaudrait l'appui de la ,mre ,immacule et du ,pre nourricier auprs d'une ,providence qu'ils se figurent dj trs bien dispose leur gard4 ,toutefois1 comme la ,sainte-,famille ne possde pas d'conomies1 ils s'abstiennent en regrettant qu'elle n'ait pas prvu les merveilles de l'agiotage4 ,la seule parole de ,notre-,seigneur qu'ils aient retenue est celle-ci3 ,il y aura toujours des pauvres parmi vous4 ,ils la citent avec empressement chaque fois qu'on montre la difformit des ,institutions dont ils bnficient depuis #aghi4 ,n'ayant pas compris que ce texte fustige leur duret1 leur avarice1 leur gosme1 ils s'en autorisent pour excuser la rpulsion haineuse que leur inspirent et les indigents et les proltaires crass sous le despotisme de la ,banque4 ,ils baptisent ,progrs et ,civilisation ce rgne de la barbarie financire4 ,quand un dbordement de ces marais bourbeux1 le socialisme et le bolchevisme1 menace leurs domaines1 ils refusent rageusement d'avouer que ce flau soit le rsultat inluctable d'un tat social dont ils furent les crateurs4 ,ainsi que les autres libraux1 ce n'est pas ,dieu qu'ils s'adressent pour trouver un remde aux maux qui prouvent l'glise4 ,ils prfrent solliciter des tripoteurs de la politique dont l'infamie est notoire4 ,de nos jours1 nous les voyons se traner aux pieds de ,caillaux1 couvert du sang d'un patriote tu par sa femme1 condamn par ses anciens complices pour entente trop formelle avec l'agresseur d',outre-,rhin1 amnisti depuis mais non rhabilit au regard des mes honntes4 ,cet assassin par procuration1 ce tratre1 ce jongleur favori de la ,banque1 il est leur grand homme1 le gnie dont ils attendent la sauvegarde de leur pcune4 ,ils le regardent avec idoltrie4 ,peu s'en faut qu'ils n'allument des cierges devant ses portraits444 ,quand la perscution viendra--et sans doute elle viendra bientt et elle sera terrible car tout indique que la patience de ,dieu est bout--les courtisans de la ,finance se hteront d'apostasier4 ,ce ne sera d'ailleurs pas une cause de tristesse3 la perscution purifie l'glise4 ,celle qui approche la dlivrera des esclaves de l',or immonde et lui donnera les ,saints dont elle a le plus urgent besoin6 99 99 99 99 99 ,en dmocratie parlementaire1 c'est--dire sous le rgime du bavardage dans le vide1 les libraux1 qui prisent fort cette intemprance du gosier1 souffrent de ne pas s'y livrer autant qu'ils le souhaitent4 ,dsols de ne pas russir malgr toutes leurs avances conclure une paix durable avec les ennemis irrductibles de l'glise1 n'obtenant que des armistices prcaires o ils tiennent l'emploi de dupes plus ou moins bnvoles1 ils ont tent rcemment un suprme effort pour dchirer la ,tunique sans couture4 ,ils ont imagin d'accepter les lois laques4 ,certains politiciens athes1 de la nuance dite conservatrice1 exigeaient cette trahison pour leur concder une toute petite place autour de l'assiette au beurre4 ,le pacte fut conclu sans hsitation et il s'ensuivit que quelques libraux1 choisis parmi les plus souples1 russirent se glisser dans les rangs des lus qui1 la ,chambre ou au ,snat1 jacassent sous le joug de la ,banque omnipotente4 ,rsultat pour le bien de l'glise--nant4 ,il ne pouvait en aller autrement4 ,d'abord ces dserteurs ne peuvent acqurir aucune influence4 ,la soi-disant ,libre-,pense ne croit pas leur sincrit4 ,pour la satisfaire pleinement1 il faudrait qu'ils cessent de manifester leur croyance et1 par exemple1 d'entendre la ,messe4 ,il faudrait que lorsqu'on outrage ,dieu devant eux1 ils approuvent avec chaleur4 ,comme ils n'en sont pas encore tout fait l1 leur soumission partielle ne leur vaut que des rebuffades et des rprimandes4 ,la chose se conoit facilement3 les hritiers de la ,rvolution souponnent et souponneront toujours de duplicit ceux qui1 qumandant leur alliance1 n'acceptent pas tous les articles de leur ,credo dont les principaux sont la ngation de l'existence de ,dieu et la rprobation de la foi catholique4 ,on ne saurait leur reprocher cette mfiance2 ils sont dans la logique de l'esprit sectaire qui les inspire4 ,les libraux devraient avoir appris qu'on ne gagne rien mnager toutes les chvres et tous les choux et qu'on ne fonde rien de solide sur l'quivoque4 ,mais ces hongres par persuasion semblent trop amollis pour ragir4 ,ils se rendent compte que s'ils protestaient la tribune contre quelque application par trop odieuse des lois laques1 on leur rappellerait aussitt que1 sur l'autel du ,manitou qui a nom ,suffrage universel1 ils ont adhr un principe dont ils rejettent maintenant les consquences4 ,ils n'ont donc d'autre ressource que de se confiner un silence craintif ou1 tout au plus1 de s'abstenir de voter les mesures de perscution qu'ils contribuent prparer4 ,est-ce pour une neutralit de ce genre que les catholiques illusionns dont ils faussrent l'entendement par d'insidieuses promesses leur ont donn mandat de les reprsenter8 ,se taire1 se composer une attitude passive quand on attaque l'glise1 est-ce un moindre mal que de la dfendre vigoureusement et sans nulle rticence chaque fois que l'adversaire revient l'assaut8444 ,pour ceux d'entre les catholiques qui oublient trop facilement les exigences salutaires de leur foi1 prcisons ce que signifie le fait d'accepter les lois laques4 #a ,c'est1 contrairement la doctrine immuable de l'glise1 contrairement un prcepte formel de l'vangile1 reconnatre l'tat le droit de dsunir1 par le divorce1 les couples unis par ,dieu4 #b ,c'est reconnatre l'tat le droit de dissoudre et d'expulser1 de spolier les ,congrgations1 c'est--dire des communauts d'hommes et de femmes runis pour suivre une rgle qui ne trouble en rien l'ordre social et pour prier en commun4 #c ,c'est reconnatre l'tat le droit d'imposer aux enfants une instruction et une ducation athes dans ses coles4 ,vraiment1 on se demande si l'on rve lorsqu'on voit des gens qui se croient bons catholiques assumer une pareille responsabilit devant ,dieu1 sous prtexte d'viter un plus grand mal6 ,comme si le pire des maux n'tait pas d'ouvrir la brche par o la horde en rvolte contre la loi divine investirait le ,temple et en souillerait le ,parvis4 99 99 99 99 99 ,tout de mme1 une multitude de fidles n'admettent pas cette tactique aberrante d'o ne rsulterait que le dshonneur de l'glise4 ,ils ont interrog leur conscience et elle leur a dit que les pauvres ruses--d'ailleurs ventes par l'ennemi--o s'gare le libralisme n'taient pas de nature nous attirer les bndictions de la ,providence4 ,pleins de tristesse et d'anxit1 ils se sont alors tourn vers les chefs de la hirarchie catholique et ils leur ont demand ce qu'il fallait faire4 ,la rponse est venue4 ,le #aj ,mars #aibe1 une assemble des ,cardinaux et ,archevques de ,france a formul une dclaration dont voici les passages essentiels3 #a ,les lois de lacit sont injustes d'abord parce qu'elles sont contraires aux droits formels de ,dieu4 ,elles procdent de l'athisme et y conduisent dans l'ordre individuel1 familial1 social1 politique1 national1 international4 ,elles supposent la mconnaissance totale de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ et de son vangile4 ,elles tendent substituer au vrai ,dieu des idoles 7la libert1 la solidarit1 l'humanit1 la science1 etc472 dchristianiser toutes les vies et toutes les institutions4 ,ceux qui en ont inaugur le rgne1 ceux qui l'ont affermi1 tendu1 impos1 n'ont pas eu d'autre but4 ,de ce fait1 elles sont l'uvre de l'impit1 qui est l'expression de la plus coupable des injustices1 comme la religion catholique est l'expression de la plus haute justice4 ,exposant ensuite la tactique de compromission adopte par les libraux1 la dclaration ajoute3 ,cette tactique laisse les lois debout4 ,a supposer qu'un ministre ou plusieurs ministres n'en usent qu'avec bienveillance1 ou mme cessent d'en user contre les catholiques1 il dpendra d'un nouveau gouvernement de les tirer de l'oubli1 de leur rendre leur vigueur et leur efficacit4 ,danger qui n'est pas imaginaire1 car de notre temps le pouvoir passe continuellement d'un parti relativement tolrant un parti extrme4 ,il suffit que le premier se soit montr un peu conciliant pour que le second1 par raction1 ne garde1 notre endroit1 aucun mnagement4 ,depuis des annes1 nous assistons ce flux et ce reflux de la perscution religieuse qui1 au fond1 s'est toujours aggrave4 ,elle habitue les esprits1 fussent-ils sincrement catholiques1 regarder comme justes1 comme compatibles avec la religion les lois de lacit2 elle favorise ces hommes qui1 oscillant perptuellement entre le lacisme et le catholicisme1 sont prts toutes les concessions pour gagner des voix droite et gauche1 pour entrer dans un ministre1 et n'essayant que d'attnuer quelques effets du lacisme1 en laissent subsister le principe1 et en pratique lui sacrifient peu prs compltement le catholicisme4 ,on dira qu'une attitude de conciliation nous a valu quelques faveurs particulires4 ,petits avantages quand on songe l'immense courant d'erreur et de mal qui envahit les mes et les entrane l'apostasie6 ,petits avantages qui nous enchanent et nous empchent de ragir contre nos adversaires6 #b ,les plus malfaisantes de ces lois continuent agir1 quelles que soient les intentions des ministres successifs4 ,au moment des accalmies apparentes1 nous avons eu trop de confiance1 les coles athes fonctionnaient sans arrt2 on prparait les dossiers contre les ,ordres religieux1 et l'attribution des biens ecclsiastiques se poursuivait sournoisement et srement4 #c ,cette politique encourage nos adversaires qui1 comptant sur notre rsignation et notre passivit1 se livrent chaque jour de nouveaux attentats contre l'glise4 ,en somme1 les lois de lacit se sont multiplies au point de rduire chaque jour davantage la reconnaissance du domaine divin sur nous et le champ de nos droits et de nos liberts4 ,ces penses frapperont singulirement quiconque se rappellera la srie des lois dont nous sommes les victimes1 quiconque invoquera le tmoignage de l'histoire pendant le dernier demi-sicle4 ,c'est pourquoi la majorit des catholiques vraiment attachs leur foi demande qu'on adopte une attitude plus militante et plus nergique4 ,elle demande que sur tous les terrains1 dans toutes les rgions du pays1 on dclare ouvertement et unanimement la guerre au lacisme et ses principes jusqu' l'abolition des lois iniques qui en manent2 que1 pour russir1 on se serve de toutes les armes lgitimes4 ,la dclaration numre ensuite les moyens d'action contre les lois laques4 ,puis elle conclut3 ,les rvolutionnaires multiplient les dmarches1 voire les grves2 ils assigent et ils harclent le gouvernement qui1 presque toujours1 finit par cder leurs instances4 ,pourquoi1 autant que nous le permettent notre morale1 notre dignit1 notre amour de la paix fonde sur la justice et la charit1 ne les imiterions-nous pas1 afin d'effacer de notre code les lois qui1 suivant l'nergique parole d'un de nos vque1 nous mnent du lacisme au paganisme8 ,assurment1 l'uvre est immense et difficile1 mais le propre de la vertu de force est d'affronter les obstacles et de braver les dangers4 ,de plus1 nous disposons de troupes dont le nombre et le courage galent au moins le nombre et le courage des autres groupements1 car une multitude de chrtiens1 compter seulement ceux qui sont fervents et agissants1 sont impatients d'engager la lutte4 ,nos cadres--paroisses1 diocses1 provinces ecclsiastiques1--sont prpars4 ,ce qui a trop manqu jusqu'ici aux catholiques1 c'est l'unit1 la concentration1 l'harmonie1 l'organisation des efforts4 ,n'auront-ils pas assez d'abngation pour former un corps compact qui travaillera avec ensemble sous la direction de leurs suprieurs hirarchiques8 ,on dira que cette attitude nous expose des retours offensifs et impitoyables de nos adversaires4 ,ce n'est pas certain2 en tout cas1 quelles calamits ne nous expose pas l'attitude contraire8 ,quel avenir nous attend si1 satisfaits d'une lgre et artificielle dtente1 nous nous endormons8 ,jamais peut-tre1 depuis cinquante ans1 l'heure n'a paru aussi propice4 ,a la laisser passer sans en profiter1 il semble bien que nous trahissons la ,providence4 99 99 99 99 99 ,quel rconfort pour les mes droites que ces magnifiques paroles qui disent si nettement le vrai6 ,quelle reconnaissance nous devons nos chefs pour nous avoir indiqu le chemin suivre1 le chemin de lumire1 celui qui passe loin des sables mouvants et des landes mal fames o se fourvoie le libralisme6 ,clbrant cette ,dclaration1 ,m4 ,robert ,havard a eu raison d'crire3 ,elle est une charte prcieuse1 si l'on en tient compte pratiquement1 si l'on ne l'touffe pas sous des quivoques4 ,nul document n'est plus propre instaurer la discipline des catholiques1 par-dessus leurs divergences politiques4 ,au seuil de l'autre camp1 on a dispos1 comme pierre de touche1 les lois intangibles et la lacit de l'tat4 ,nous voudrions que1 chez les catholiques1 la ,dclaration de leurs pasteurs spirituels jout le mme rle1 c'est--dire qu'elle servt les grouper en un seul faisceau#d4 #d ,article publi dans le journal ,rome n du #a;er ,aot #aibe4 ,on ne saurait trop recommander la lecture de cette feuille4 ,le libralisme y est combattu sans cesse avec des arguments aussi judicieux que solides en doctrine4 ,quant moi1 mon choix est fait4 ,un ange m'apparatrait pour m'enjoindre d'apporter mon suffrage aux libraux qui acceptent les lois laques1 m'appuyant sur la ,dclaration1 je lui rpondrais comme sainte ,angle de ,foligno3 --,je te connais3 c'est toi qui es tomb du ,ciel6 ,,les ,,disciples ,d',,emma,s ,jsus feignit d'aller plus loin2 mais ils le pressrent1 disant3 ,reste avec nous car le soir arrive et le jour est dj sur son dclin444 ,notre cur n'tait-il pas tout brlant au dedans de nous1 pendant qu'il nous parlait sur le chemin8444 7,,saint ,,luc1 ,,xxiv74 ,les faits de la vie de ,jsus continuent1 chaque jour1 se reproduire sous nos yeux4 ,le voile du temple se dchire chaque jour devant le regard des croyants afin qu'ils puissent contempler les mystres de la foi4 ,comme la terre tremblait devant la majest du ,crucifi1 la chair tremble sous l'impression des paroles et des choses nouvelles que nous apporte ,jsus-,christ4 ,les pierres se brisent3 des curs qui taient durs comme pierre se brisent par la contrition4 ,semblables1 jusque-l1 des tombeaux pleins de corruption1 ils vont tre dbordants de vie2 ils vont rendre gloire au ,crateur4 ,les tombeaux s'ouvrent1 ces tombeaux qui contenaient des mes mortes la loi divine4 ,ces mes sortent d'elles-mmes1 elles suivent ,jsus et elles marchent dans une nouvelle vie4 ,ainsi parlait ,origne4 ,ainsi ,jsus se manifeste aux mes qui le cherchent travers cette vie transitoire et se manifestera aux mes qui le chercheront--jusqu' la fin du monde4 ,il n'est pas un verset de l'vangile o nous ne puissions constater que tous les pisodes de son passage sur la terre1 toutes les phrases prononces par ,lui se rptent quotidiennement4 ,non seulement son verbe et ses actes nous instruisent et nous meuvent mais encore ils prennent une valeur de symbole perptuel pour les contemplatifs4 ,tant que nous attachons de l'importance aux illusions d'ici-bas1 nous sommes pareils d'tranges convives aux noces de ,cana qui estimeraient le moins bon vin si dlectable qu'ils ne se soucieraient pas du vin miraculeux que leur offre ,jsus4 ,au contraire1 ds que nous comprenons ceci3 ,rien n'a d'importance hormis la ,sainte ,trinit1 nous cartons tout ce qui n'est pas ce breuvage incomparable1 la ,grce illuminante par quoi le spectacle du monde ne nous prsente plus que l'image1 perue comme dans un miroir1 de la vie intrieure4 ,alors nous obissons joyeusement la ,sainte ,vierge qui nous prescrit3 ,tout ce qu'il vous dira1 faites-le4 ,et nous mritons de nous crier aprs elle3 ,il cre en moi de grandes choses1 ,celui qui est la ,puissance6 99 99 99 99 99 ,il y a des heures aussi o nous sommes les disciples d',emmas444 ,je me souviens3 j'tais ,paray-le-,monial1 occup crire la vie de ,sainte ,marguerite-,marie4 ,des jours vinrent o j'prouvai de ces crises d'aridit qui portent prendre l'apparence pour la ralit4 ,priv1 pour un temps1 du sentiment que ,jsus rayonne au centre de l'me prise de le servir1 j'errais dans le dsert par une nuit trs obscure4 ,une bise incessante me cinglait et je me tranais en grelottant le long d'une route rocailleuse qui me semblait n'aller nulle part4 ,a cause de toute cette ombre qui pesait sur moi--qui rgnait en moi--je ne distinguais rien des formes alentour4 ,j'avais seulement l'impression de m'enfoncer dans une solitude strile dont je n'atteindrais jamais la limite4 ,tantt j'tais si las que j'avais peine poser un pied devant l'autre4 ,tantt je m'efforais de presser le pas1 m'imaginant qu'ainsi je parviendrais l'extrmit de cette morne tendue et que1 l-bas1 je retrouverais ma ,lumire4 ,mais je me dcourageais vite et alors je devenais immobile our1 avec angoisse1 les houles de ce vent lugubre qui ricanait comme un dmon4 ,et1 triste hors de toute mesure1 je me rptais3 ,jsus est mort en moi4 ,il ne ressuscitera pas444 ,or1 comme j'allais m'tendre sur les pierres du chemin et laisser mon me se dissoudre dans la dsesprance1 voici qu'il y eut quelqu'un d'invisible prs de moi qui me parlait de telle sorte que je dus me remettre en marche ct de lui1 avec l'instinct que l'accompagner me serait salutaire4 ,quels furent ses propos8--,je ne puis qu'en rsumer la substance4 ,il me disait3--,ce ,jsus que tu regrettes1 n'as-tu pas fait l'exprience qu'il se donne1 quand il le juge propos1 ceux qui ne l'attendaient pas8 ,sais-tu si1 en ce moment1 ce n'est pas pour t'apprendre ta misre sans lui qu'il semble t'avoir abandonn8 ,il me disait encore3--,si tu te cherches1 tu ne te trouveras pas4 ,si tu cherches ,jsus1 tu le trouveras l mme o tu n'aurais pas cru qu'il pt tre4 ,mais1 pour cela1 il faut ne penser qu' lui et non t'apitoyer sur ta mdiocre personne4 ,ensuite il me rappela tout ce que ,jsus avait fait pour moi depuis ma rdemption4 ,puis il s'arrta et me regarda bien en face4 ,en mme temps1 l'obscurit se dissipa1 l'espace d'une minute1 et le dsert m'apparut comme une campagne en fleurs sous un soleil d't4 ,mon compagnon de route se rendit visible aux yeux de mon me4 ,il souriait444 ,ah6 je reconnus ce sourire3 c'tait celui du ,bon ,matre4 ,puis le soleil se cacha derrire l'horizon et l'ombre envahit de nouveau la plaine4 ,je m'criai3--,seigneur1 reste avec moi4 ,vois1 ds que tu t'loignes1 le jour dcline et la nuit froide commence ressaisir mon me4 ,que suis-je en ton absence8 ,je crus l'entendre me rpondre3--,je ne m'absente pas2 je suis avec toi surtout lorsque je semble t'enlever ma prsence4 ,reprends ta route avec la seule volont de me chercher quoi qu'il t'arrive4 ,et le soleil reviendra444 ,il cessa de m'tre sensible mais je me trouvais tout consol car je venais d'apprendre ,l'aimer pour lui-mme et non pour le plaisir goste de me prlasser1 sans abngation1 dans sa ,lumire4 99 99 99 99 99 ,durant ce mme sjour ,paray1 je me liai avec un homme d'une quarantaine d'annes que nous appellerons ,radius4 ,la plus trange et la plus sublime des aventures venait de le conqurir ,jsus1 sans aucun intermdiaire4 ,voici1 trs simplement et trs brivement1 son histoire4 ,n dans une famille pieuse1 il avait perdu la foi et abandonn toute pratique ds sa jeunesse4 ,il ne manifestait pas d'hostilit formelle l'glise et il s'appliquait observer un silence ironique lorsqu'on parlait des choses saintes en sa prsence4 ,mais1 aux profondeurs de son me1 il nourrissait un sentiment d'aversion d'une rare intensit contre la ,rvlation4 ,il me disait par la suite3--,la pense que des gens puissent se faire une conception surnaturelle de l'univers1 croire1 prier1 me mettait en colre4 ,j'aurais voulu leur enlever l'esprance1 les convaincre que1 selon l'aphorisme d'un mule de ,schopenhauer1 la vie de l'homme doit se dfinir3 ,un cauchemar entre deux nants4 ,d'ailleurs si je m'abstenais de propager1 de bouche1 parmi les nombreux catholiques avec lesquels j'tais en relations1 cette lugubre doctrine1 cela ne m'empchait pas d'assembler des notes pour un livre o je comptais dmontrer1 d'une faon que je m'imaginais irrfutable1 la non-existence de ,dieu4 ,il sied d'ajouter que cet tat d'me incarcrait ,radius dans une gele de tristesse dont l'esprit de ngation tenait la porte soigneusement close4 ,vivre le dgotait ce point qu'il rvait de suicide4 ,il en va souvent aussi chez ceux qui1 d'une volont dlibre1 se ferment la ,grce4 ,sous l'influence du ,mauvais1 cette perversit qui1 depuis le pch originel1 fait le fond de la nature humaine1 produit en eux toutes ses consquences4 ,non seulement elle les pousse dtourner les mes de la ,voie unique mais encore elle les incite se dtruire eux-mmes4 ,radius en tait l quand1 du jour au lendemain1 tout changea4 ,il a plu ,notre-,seigneur que je sois ml beaucoup de conversions2 celle-ci est la seule o j'eus constater un retour ,dieu aussi soudain4 ,d'habitude1 le passage d'une me de l'incrdulit totale la foi prend un laps de temps assez considrable3 des mois ou des annes4 ,il y a des luttes1 des alternatives de rvolte et de soumission4 ,chez ,radius1 rien de pareil3 son cas rappelle le foudroiement de ,saint ,paul sur le chemin de ,damas4 ,par suite de circonstances que les esprits irrflchis attribueraient au hasard--mais le mot hasard ne reprsente nulle ralit--,radius entretenait des relations suivies avec un prtre en rsidence provisoire ,paray4 ,prcisons que leurs entrevues n'taient motives que par des intrts d'ordre purement matriel4 ,jamais la question religieuse n'avait t souleve entre eux4 ,or1 un matin d'hiver1 ,radius eut une communication urgente faire cet ecclsiastique4 ,il se rendit l'htel o celui-ci tait descendu4 ,l1 on lui dit qu'il le trouverait la sacristie de la chapelle des ,visitandines qui est1 comme on le sait1 le sanctuaire o ,jsus apparut ,sainte ,marguerite-,marie pour lui rvler le ,sacr-,cur4 ,uniquement proccup de l'objet profane de sa visite1 ,radius se rendit la chapelle et traversa rapidement la nef4 ,il passait gauche du matre-autel pour atteindre la porte de la sacristie lorsque1 subitement1 il ressentit comme un choc au cur4 ,en mme temps le sentiment de la prsence de ,dieu l'envahit et l'inonda de lumire4 ,il reut la foi intgrale1 d'un coup et-- fond4 ,me racontant1 plus tard1 le miracle1 il me disait3--,oui1 c'est bien ainsi que la chose arriva4 ,une seconde auparavant1 je ne croyais rien1 absolument rien2 impossible d'tre moins prpar cette transfiguration de mon me car si quelqu'un m'avait prdit la veille ou mon lever1 ce matin-l1 que j'allais tre converti1 je lui aurais ri au nez444 ,la victoire de la ,grce fut tellement entire que l'ide ne lui vint mme pas de rsister4 ,il se confessa1 il communia puis1 sur le conseil du prtre qui l'avait rconcili1 il alla faire une retraite de quinze jours la ,trappe de ,septfons1 situe entre ,paray et ,moulins4 ,lors d'un de mes sjours frquents en cette sainte maison1 j'ai appris du religieux qu'on lui avait dsign pour directeur que l'adhsion de ,radius aux vrits rvles tait si solide qu'il avait eu seulement lui donner quelques avis pour le rglement de sa nouvelle existence4 ,et c'est ainsi que l'athe militant d'hier est devenu le catholique fervent qu'il n'a cess d'tre4 99 99 99 99 99 ,voici maintenant comment l'amiti naquit entre ,radius et moi4 ,nous prenions pension au mme htel mais lui mangeait la table d'hte tandis que1 par got de l'isolement1 je me faisais servir une petite table1 dans un coin de la salle4 ,il en rsulta que nous fmes plusieurs semaines sans nous parler autrement que pour changer quelques phrases de politesse4 ,ce fut sainte ,trse qui nous fournit l'occasion de mieux nous connatre#e4--,radius avait coutume d'apporter aux repas un livre qu'il plaait ct de son assiette et o il s'absorbait sans grand souci des vagues nourritures qui nous taient distribues4 #e ,il sied peut-tre de spcifier1 pour les personnes peu au courant de l'hagiographie1 qu'il existe deux ,saintes de ce nom3 la petite1 celle de ,lisieux1 et la ,grande1 la rformatrice du ,carmel1 celle que l'glise qualifie3 docteur en ,mystique4 ,c'est de cette dernire qu'il est question dans ce chapitre comme1 du reste1 dans tout le volume4 ,soit dit en passant1 cette faon d'agir choquait grandement les plerins hupps et gourms qui se succdaient dans ce pieux caravansrail4 ,ils estimaient1 sans doute1 que nulle lecture1 ft-elle de religion1 ne valait qu'on ngliget de paratre s'intresser aux propos incolores o ils se confinaient sous prtexte de bon ton4 ,radius tait donc peu considr4 ,moi aussi1 vu le soin que je prenais de me tenir l'cart4 ,mais combien cela nous tait gal6 ,dj1 l'attitude de ,radius me portait le juger sympathique4 ,et puis je grillais de savoir quel tait l'crivain qui l'accaparait de la sorte4 ,certain jour1 je ne pus rprimer ma curiosit4 ,comme j'avais fini de manger quelques minutes avant lui1 quittant le rfectoire1 je m'arrangeai pour frler la table d'hte et me pencher par-dessus l'paule de ,radius4 ,je lus le titre du volume4 ,c'tait le ,chteau ,intrieur1 c'est--dire un des chefs-d'uvre o sainte ,trse a rassembl1 pour les mes vraiment prises de ,notre-,seigneur1 les fruits les plus prcieux de son exprience4 ,que ,radius et de la prdilection pour cette ,reine des contemplatifs1 cela me causa un indicible plaisir4 ,je m'criai3--,ah6 vous aimez sainte ,trse6444 ,vous avez rudement raison6444 ,radius ne s'offusqua pas de mon indiscrtion4 ,au contraire1 il me suivit dehors et nous engagemes une conversation qui se prolongea une partie de la journe4 ,de l1 notre bonne entente1 qui1 depuis1 n'a fait que se consolider4 99 99 99 99 99 ,j'habitais presque en face du ,carmel1 en haut de cette superbe avenue de vieux platanes qui sort de la ville pour conduire ,charolles1 le long du ,val d',or4 ,tous les matins1 j'allais entendre la messe la chapelle des ,clarisses1 asile de la ,sainte ,pauvret1 tabernacle d'holocauste et d'oraison perptuelle o j'ai reu quelques-unes des plus grandes grces dont ,dieu ait daign combler son infime serviteur4 ,quoiqu'il loget l'autre extrmit de ,paray1 ,radius venait assez souvent cette messe et ce nous tait une occasion d'changer quelques mots la sortie4 ,mais chez moi surtout1 nous avions la facilit de causer plus longuement4 ,toute la journe1 ,radius tait retenu par des occupations fort astreignantes4 ,de mon ct1 bien que peu valide1 je rdigeais cette vie de ,marguerite-,marie qui1 disent certaines mes indulgentes1 ne dessert pas trop la mmoire de la ,sainte4 ,ds la nuit tombe1 je me mettais au lit1 d'abord parce que l'effort crbral qu'exigeait ce travail difficile me fatiguait beaucoup et aussi pour conomiser les frais de chauffage4 ,car cela se passait aux dernires semaines de la guerre et vers le temps de l'armistice4 ,le combustible tait rare1 cotait cher et l'exigut de mes ressources ne me permettait pas de le renouveler volont4 ,je ne garnissais donc mon pole que pendant deux ou trois heures par jour au plus4 ,radius me rendait visite peu prs tous les soirs4 ,il s'asseyait mon chevet et nous dialoguions sur les splendeurs de ,dieu1 c'est--dire sur le sujet qui intresse1 avant tout1 les mes de bonne volont4 ,je me souviens d'un colloque o mon ami me parla de la flamme surnaturelle qu'il sentait s'aviver sans cesse en lui4 ,elle s'panouissait avec tant d'ardeur1 qu'elle le maintenait dans un tat de combustion qui allait parfois jusqu' la souffrance physique4 --,telles sont les marques de l'amour de ,jsus1 lui dis-je4 ,tu entres1 en ce moment1 dans la premire phase de la vie illuminative qui s'accompagne toujours d'un embrasement de l'me si intense que le corps en prouve les effets4 ,n'tant pas habitu ce divin calorique1 ,frre ,ane--comme disait saint ,franois d',assise--proteste4 ,trouves-tu qu'il ait raison8 --,pas le moins du monde1 rpartit ,radius1 je suis trop heureux de cette souffrance1 d'autant qu'elle concide avec une allgresse d'me qui1 j'en ai l'intuition1 me tient tout proche du ,sacr-,cur4 --,non seulement tout proche1 repris-je1 mais en contact avec ,lui4 ,d'ailleurs1 ce n'est pas tonnant4 ,c'est par l'action directe1 instantane1 exclusive du ,sacr-,cur que s'opra ta conversion4 ,il est donc normal qu'il prolonge la ,grce sensible de son effusion en toi4 ,tu es le disciple d',emmas1 aprs que ses yeux se furent ouverts4 ,comme lui1 cause de ,jsus prsent dans ton me1 tu t'cries3 ,il est venu sur mon chemin2 mon cur en est tout brlant dans ma poitrine4 ,tu avanceras1 tu monteras parmi des joies et des souffrances simultanes et de plus en plus pntrantes4 ,car il semble admissible que te voici l'un de ces contemplatifs qui peuvent s'appliquer les exclamations adorantes par quoi se conclut le ,gloria de la messe4 ,tu solus ,sanctus1 toi1 seul1 mon ,dieu1 tu es la ,saintet qui me purifie du pch o je croupissais en rbellion contre toi4 ,tu solus ,dominus1 toi seul tu es le ,matre qui enseigne mon me obscure en l'illuminant de ta ,grce4 ,tu solus ,altissimus1 toi seul1 tu es le ,trs-,haut qui m'attirera des pentes de la montagne jusqu'au sommet1 afin que1 si je reste digne de mriter tes complaisances misricordieuses1 j'aspire l'union ds ici-bas avec ton essence4 ,oui1 ces trois clameurs expriment les bonds successifs de l'me que ,dieu mne par la vie purgative et par la vie illuminative la vie unitive sur la cime o elle se fond dans la ,lumire incre4 ,mais ne t'y trompe pas4 ,si tu es appel cette ascension1 tu subiras de dures preuve4 ,souviens-toi de ce que dit sainte ,trse3 ,il ne faut pas envier les contemplatifs car ils paient1 par des souffrances indicibles1 le privilge de suivre ,jsus partout o il va4 ,beaucoup s'arrtent en route et renoncent persvrer jusqu' l'auberge d',emmas o ,notre-,seigneur romprait le pain avec eux4 ,seras-tu de ceux-l8 --,je ne sais1 rpondit humblement ,radius1 je sais que j'aime ,notre-,seigneur jusqu' mourir pour ,lui s'il tait ncessaire et que j'envisage dsormais l'existence comme une uvre de sacrifice4 --,alors1 repris-je1 il est conjecturer que1 comme je le fais moi-mme1 tu auras des priodes d'hsitation et de dfaillance1 mais que tu les surmonteras pour reprendre ta route vers la cime1 les yeux fixs sur ce soleil incomparable3 le ,sacr-,cur4 ,notre mot d'ordre c'est3 esprance invincible444 ,ainsi nous changions nos penses1 et nous y trouvions tant d'attrait que1 souvent1 il nous arrivait d'oublier la fuite des heures4 ,pour nous en rendre la notion1 il fallait que la cloche1 si frle et si pure1 du monastre des ,clarisses comment de sonner ,matines4 ,il tait minuit4 ,nous nous sparions2 et je m'endormais paisiblement sous l'gide des prires de ces saintes ,moniales4 ,,les ,,deux ,r,,cits ,,du ,,cur ,hic est vir caritatis cujus pietates non defuerunt4 ,,liber ,,sapientiae ,,le ,,cur ,,de ,,gougny-,,en-,,bierre ,les rcits qu'on va lire ne sont pas des fictions3 ils narrent des faits rels4 ,mais les personnages qu'ils mettent en scne ayant exist ou existant encore1 pour des raisons faciles comprendre1 on a chang quelques noms1 et1 de mme1 on a modifi ceux des villages o les vnements se sont passs4 ,pour le surplus1 tout est exact et rapport aussi fidlement que possible4 ,l'abb ,moret fut nomm la cure de ,gougny-en-,bierre dans des circonstances assez difficiles4 ,le prtre auquel il succdait avait quitt le pays la suite d'incidents qu'il vaut mieux ne pas spcifier4 ,et1 comme il arrive la campagne aussi bien qu' la ville1 les habitants de cette grosse commune1 dj peu pratiquants1 s'autorisrent de cette fuite pour dcrier le clerg en gnral et pour s'ancrer dans leurs prventions contre l'glise4 ,l'vque du diocse se rendait compte de l'importance qu'il y avait dsigner pour cette paroisse en perdition un desservant qui ft oublier les souvenirs fcheux laisss par le prcdent titulaire4 ,aprs rflexion et enqute1 son choix se porta sur l'abb ,moret4 ,celui-ci tait alors professeur au petit sminaire4 ,son esprit surnaturel1 ses murs1 ses vertus1 son zle sacerdotal l'avaient fait estimer de tous4 ,ses collgues l'apprciaient sa valeur2 ses lves lui tmoignaient une respectueuse affection2 parmi les fidles1 on l'estimait grandement4 ,l'vque1 lui aussi1 distinguait ce vaillant serviteur de ,jsus-,christ et s'il diffra quelque temps de l'envoyer ,gougny-en-,bierre1 ce fut parce qu'il hsitait priver son sminaire d'un ducateur aussi accompli4 ,d'ailleurs1 il ne lui imposa pas sa nomination4 ,l'ayant convoqu en audience particulire1 il ne lui dissimula point les obstacles spciaux que prsentait l'exercice du ministre dans ce village et il conclut3--,je ne m'adresse pas votre obissance dont je suis sr2 je vous demande du dvouement et un pnible sacrifice4 ,le malheureux que vous remplacerez a mis les choses dans un si triste tat que le soin de reconqurir ,dieu vos paroissiens exigera de vous une rare abngation4 ,si1 toutefois1 vous avez des motifs de refuser ce poste de combat1 je n'insisterai pas1 car je vous connais assez pour admettre qu'ils seront srieux et que vous n'avez en vue que le bien de l'glise4 ,je vous accorde deux jours de rflexion4 ,l'abb ,moret employa ce dlai s'examiner devant ,dieu4 ,il m'a dit depuis que la dcision lui avait extrmement cot prendre parce qu'il craignait de ne possder aucunement les qualits propres russir dans la tche qui lui tait prsente4 ,ceci est tout l'honneur de son humilit1 puisque ces dons existaient en lui un haut degr comme le prouvrent les rsultats qu'il obtint par la suite4 ,il eut quarante-huit heures d'angoisse et de prires1 puis il sentit que son devoir tait l et son parti fut pris4 ,trs triste mais plein de rsolution1 il se rendit chez l'vque et lui dclara trs simplement qu'il acceptait1 sans rticences1 sa nomination4 ,il faudrait un volume pour exposer dans le dtail l'apostolat de l'abb ,moret4 ,d'abord la paroisse tait fort tendue3 neuf cents mes ,gougny mme1 plusieurs hameaux dpendant de la commune et situs assez loin les uns des autres1 ,macherin1 un binage deux kilomtres et comprenant trois cents mes4 ,ensuite1 partout1 une hostilit affiche ou sournoise4 ,une poigne de croyants sincres s'affligeaient de constater cette malveillance presque unanime4 ,mais1 timides1 paralyss par le respect humain1 ils semblaient s'y associer en manquant la messe et en se gardant de mettre les pieds au presbytre4 ,l'abb ,moret sut leur inculquer qu'ils avaient le devoir d'affirmer leur foi et de dmontrer par leur exemple qu'il tait absurde autant qu'injuste de faire supporter la religion la peine des fautes commises par un prtre dvoy4 ,il sut si fortement toucher ces mes en dsarroi1 stimuler chez elles la pit agissante qu'il eut assez vite un noyau de partisans qui lui devinrent des auxiliaires4 ,peu peu son influence s'accrut2 bientt son labeur continuel et l'asctisme exemplaire qui rglait sa vie lui amenrent nombre de ses paroissiens1 mme parmi ceux qui s'taient montrs d'abord les plus rcalcitrants4 ,comme on l'observait de fort prs1 on ne tarda pas remarquer que s'il se refusait tout bien-tre1 son austrit personnelle ne l'empchait pas de compatir aux souffrances de ses ouailles et de leur montrer une affection sans limites4 ,le jugement port sur lui se formula en ces termes3--,notre nouveau cur est dur pour lui-mme mais combien il est doux aux autres6 ,ce qui contribua beaucoup lui ouvrir les curs c'est qu'ayant apport avec lui une certaine fortune1 il la dpensa jusqu'au dernier sou pour le bien de la paroisse4 ,non seulement l'glise fut rpare et les ornements du culte augments et embellis1 mais il fonda un dispensaire o des secours1 des remdes et des consultations mdicales furent donns gratuitement aux pauvres4 ,puis il btit un ouvroir et il russit y grouper les jeunes filles pour des travaux de couture destins des uvres charitables4 ,un peu plus tard1 il institua pour les jeunes gens une socit de tir dont il fournit le matriel4 ,on n'numre ici que les plus apparents de ses bienfaits4 ,mais il importe d'ajouter que ses aumnes atteignirent les dtresses les plus caches1 que son dvouement tous tait infatigable et que1 ne s'absentant jamais1 il employait toutes ses journes et ses veilles semer l'esprit de l'vangile dans les mes dont il se sentait comptable devant ,dieu4 ,sa mansutude coutumire ne l'empchait d'ailleurs pas de montrer de la fermet lorsque la chose tait propos4 ,c'est ainsi qu'il rprima le pharisasme de quelques dvotes au vinaigre qui1 se croyant mandates pour censurer les faiblesses du prochain1 lui commentaient la chronique scandaleuse de la rgion4 ,sourd leurs ragots1 il leur imposa silence et leur fit comprendre qu'elles n'auraient pas d'influence sur lui4 ,plusieurs lui en gardrent rancune et ne s'abstinrent pas de le critiquer avec fiel4 ,mais1 pareil tous les bons prtres1 il supporta ces avanies comme une tribulation propre dvelopper en lui la vertu de patience4 ,tels furent les traits essentiels de son action4 ,elle se montra efficace au point que dix ans plus tard1 mme les incrdules s'criaient3--,ah6 si tous les curs ressemblaient l'abb ,moret6444 ,les croyants disaient3--,avant lui1 la paroisse de ,gougny-en-,bierre tait compte parmi les plus irrligieuses du diocse4 ,voyez comme il l'a rgnre444 ,et les fidles ayant absolument le droit de juger leur clerg la mesure de son zle au service de ,notre-,seigneur1 ils ajoutaient3--,combien devraient l'imiter qui1 placs dans des conditions analogues1 se contentent de gmir en se croisant les bras et abandonnant tout vau-l'eau4 ,que ,dieu nous envoie beaucoup d'abbs ,moret6444 ,le prtre doit tre un homme d'abngation et de sacrifice perptuel4 ,s'il se borne distribuer les sacrements comme un rond-de-cuir distribue des papiers administratifs derrire un guichet1 il manque sa vocation4 ,l'abb ,moret n'y manquait pas4 ,grce ,dieu1 il a encore passablement d'mules dans ce pays de mission que devient de plus en plus la pauvre ,france4 ,l'inertie sacerdotale reste l'exception4 ,nanmoins1 il n'y aura jamais assez d'aptres vous ardemment au salut des mes4 ,aussi quelle joie l'on prouve dcrire l'uvre de l'abb ,moret et avec quel empressement on la met en vidence6 ,voici comment je connus ce prtre de choix4 ,je rsidais ,arbonne1 village situ1 comme ,gougny1 contre la lisire ouest de la fort de ,fontainebleau4 ,six kilomtres environ sparaient les deux communes4 ,je vivais trs solitaire1 rdigeant mon livre ,du ,diable ,dieu et ne sortant que pour monter la chapelle de ,cornebiche qui joua un rle si dcisif dans ma conversion et pour me livrer de longues promenades sous bois4 ,ces courses mditatives avaient pour moi un grand charme1 d'autant que1 depuis toujours1 je prfre la socit des arbres celle de la plupart des hommes4 ,et puis l'oraison s'lve si librement vers ,dieu dans le silence de la fort6 ,comme quiconque la ronde1 j'avais entendu parler avec loge de l'abb ,moret mais je ne le connaissais pas personnellement4 ,notre premire rencontre eut lieu dans un sentier qui traverse le bornage sur le territoire de ,macherin4 ,il venait ma rencontre1 lisant son brviaire4 ,quand nous fmes sur le point de nous croiser1 je mis la main au chapeau pour le saluer4 ,mais il s'arrta et1 ayant oubli sa montre au presbytre1 me demanda l'heure4 ,je le renseignai puis nous changemes quelques phrases4 ,il se nomma1 je fis de mme et il me dit qu'il tait au courant du motif de ma retraite en ,arbonne4 ,tout de suite j'prouvai de la sympathie pour lui et j'ai su que1 de son ct1 il me prit en gr4 ,j'aimais la puret lumineuse de son regard magnifiant un visage plutt ingrat1 son locution virile1 sans affterie ni papelardise1 sa science des mes et surtout sa faon nette de mettre en valeur le sens surnaturel de notre existence sur terre4 ,je crois pouvoir affirmer qu'en retour1 la sauvagerie qui me tient l'cart des agitations mondaines ne lui parut point blmable4 ,bref1 de ce jour une liaison se forma entre nous4 ,j'allais le voir assez souvent4 ,et c'est au cours de nos causeries que j'ai recueilli de sa bouche les vnements rapports ci-dessous4 ,note ,puisqu'au cours des lignes prcdentes j'ai nomm ,cornebiche1 qu'il me soit permis de formuler un claircissement au sujet de cette colline o--comme le savent mes lecteurs--s'lve une tour dont l'intrieur contient un autel et que surmonte une statue de la ,sainte ,vierge4 ,la publication de ,du ,diable ,dieu y attira et y attire encore un certain nombre de visiteurs4 ,or1 plusieurs personnes m'ont crit pour s'tonner que le site et ses abords ne correspondissent que partiellement la description donne dans mon livre4 ,la chose s'explique pourtant sans peine4 ,en #aijf1 ,cornebiche tait fort ignor4 ,le sentier qui aboutit au sommet de la colline1 tout fait dgrad1 gravissait la pente travers un ple-mle de rocs bouls et d'arbres tombs4 ,l'escalade en tait donc trs ardue4 ,de plus la plattire o se trouve la chapelle tait parseme de jeunes bouleaux dont le peu d'lvation ne dissimulait pas le paysage alentour4 ,mais1 depuis1 les habitants d',arbonne ont rpar le sentier1 enlev les obstacles qui le barraient presque chaque pas4 ,en outre1 les bouleaux ont pouss4 ,ils forment un taillis pais qui arrte le regard quelques mtres4 ,il est donc facile de comprendre que ma description1 datant d'une vingtaine d'annes1 ne s'applique plus l'itinraire et l'aspect actuel de ,cornebiche4 ,,une ,,femme ,,pratique ,une aprs-midi de printemps1 l'abb et moi1 nous dambulions travers la fort4 ,quoiqu'il l'aimt beaucoup1 ce n'tait pas souvent que mon saint ami pouvait se donner cette rcration4 ,journellement1 les mille occupations o l'absorbait l'exercice fervent de son ministre ne lui laissaient point de loisir4 ,il fallut mme qu'il et visiter la femme souffrante d'un garde dont la maisonnette se trouvait proximit de la futaie du ,bas-,brau pour qu'il consentt m'accompagner4 ,son office charitable une fois rempli1 je parvins lui persuader de faire1 en ma compagnie1 un dtour sous les arbres avant de regagner le village par le plus long4 ,le soleil trempait d'or fluide les frondaisons4 ,des souffles tides caressaient la tendre verdure des feuillages nouveau-ns4 ,un parfum de miel1 avec une fine pointe d'amertume1 s'exhalait des aubpines en fleurs4 ,comme c'tait le temps de ,pques1 la joie de la ,rsurrection se mlait dans nos mes au plaisir de nous imprgner de la jeune lumire qui se jouait parmi les ramures et de respirer cette atmosphre fortifiante4 ,je me sentais tout heureux de constater que notre flnerie faisait du bien au cher ,cur4 ,un sang plus vif colorait ses joues d'ordinaire fort ples2 sa haute taille1 un peu vote par des fatigues excessives1 se redressait2 il marchait d'un pas allgre en changeant avec moi les plus gais propos4 ,comme nous revenions par la belle route1 ombrage de htres et de chnes centenaires1 qui conduit ,fontainebleau1 nous vmes venir notre rencontre une dame portant un petit panier au bras4 ,ds qu'elle approcha1 je distinguai1 sa toilette et son chapeau1 que ce n'tait pas une paysanne en qute de bois mort ou de champignons htifs4 ,elle avanait avec nonchalance et se baissait parfois pour cueillir sur le bord du chemin des campanules et des anmones4 ,or1 aussitt qu' quelque distance elle eut reconnu l'abb ,moret1 elle s'arrta net1 se consulta un moment puis1 htant son allure1 se jeta dans un sentier de traverse qui s'enfonait au cur du taillis4 ,il tait vident qu'elle fuyait le prtre4 --,h1 dis-je1 monsieur le ,cur1 voil une personne qui ne semble pas du tout dispose vous adresser la parole6 ,l'abb ,moret eut un sourire triste3--,je la connais bien1 dit-il1 c'est ,mme veuve ,marival et j'ai1 en effet1 des raisons de savoir que ma prsence lui est dsagrable4 ,il se tut et s'absorba dans une rverie qui lui assombrissait le visage4 ,conjecturant qu'il y avait l quelque secret ressortissant sa fonction1 je m'abstins de le questionner et nous fmes quelques centaines de mtres en silence4 ,alors1 esquissant un geste comme pour carter une ide pnible1 le ,cur reprit3--,je ne vois pas pourquoi j'hsiterais vous confier le motif de l'aversion que ,mme ,marival nourrit mon gard4 ,la chose ne relve nullement du confessionnal et elle porte sur de dplorables tats d'me4 ,je vais donc vous la conter en vous priant de n'en point piloguer dans le pays4 --,cela va sans dire1 rpliquai-je4 --,il y a quatre ans1 commena le ,cur1 un mnage bourgeois sans enfants1 les ,marival1 arrivant de ,paris et ayant achet une maison confortable ,gougny1 s'y installa avec un mobilier qui indiquait de l'aisance4 ,ils vinrent d'abord assez rgulirement la grand'messe le dimanche4 ,ainsi que j'en ai l'habitude pour tous mes paroissiens1 moins que ceux-ci ne me fassent entendre sans ambages qu'ils ne dsirent pas de relations avec moi1 je me prsentai chez les ,marival4 ,je fus reu d'une manire affable et mme empresse par le mari4 ,quant la femme1 elle ne me tmoigna qu'une politesse sche qui me donna l'impression qu'elle se tenait en garde contre la soutane4 ,il y avait quelque chose de si mfiant et1 la fois1 de si astucieux dans son regard6 ,a divers indices1 je dcouvris que c'tait elle qui exerait l'autorit dans la maison2 comme on dit vulgairement1 elle portait les culottes4 ,m4 ,marival pliait sous elle4 ,toutefois1 s'il ne la contredisait jamais1 s'il semblait approuver les aphorismes schement positifs qu'elle mettait1 je remarquai qu'il lanait parfois1 la drobe1 de son ct des coups d'il o se peignait plus de crainte et de timide rvolte que d'affection conjugale4 ,bref1 j'eus lieu de me convaincre qu'il devait exister entre eux un sujet de dissentiment qui1 pour ne pas s'afficher en public1 amenait peut-tre des heurts dans le tte--tte4 ,plusieurs faits me confirmrent1 depuis1 le bien-fond de cette induction4 ,par exemple1 au bout de quelques mois ,mme ,marival ne parut plus l'glise qu'aux grandes ftes4 ,encore tait-il visible que le souci d'observer les convenances avait plus de part cette ponctualit trs relative que la notion d'un devoir de pit remplir4 ,en somme1 elle rendait au ,bon ,dieu des visites espaces pour l'apparence de mme qu'elle changeait des politesses crmonieuses avec les quelques dames notables de la commune4 ,cela l'ennuyait mais c'tait comme il faut et faisait partie des conventions sociales4 ,elle s'y adaptait donc pour ne pas encourir le reproche de singularit4--,rien de plus4 ,au contraire1 ,m4 ,marival devint de plus en plus pratiquant4 ,non seulement il se montrait fort exact la messe du dimanche mais j'eus le plaisir de le compter parmi les assistants aux messes de la semaine4 ,la chose se fit assez rapidement4 ,d'abord il occupa son prie-,dieu un ou deux matins1 puis ce fut bientt tous les jours4 ,son attitude tait fort recueillie et j'tais difi par l'attention avec laquelle il suivait le ,saint-,sacrifice4 ,vous savez3 certaines expressions de physionomie ne sauraient leurrer un prtre nanti de quelque exprience4 ,cependant j'observai aussi qu'il ne se confessait ni ne communiait4 ,mme point ,pques4 ,je m'aperus galement qu'il tait toujours triste4 ,il y avait de l'angoisse et du trouble dans sa prire4 ,je ne trouvais pas en lui cette srnit dpartie ceux des fidles qui vivent en paix avec ,dieu4 ,on et dit que cette me supportait un fardeau crasant dont elle n'osait pas se dbarrasser4 ,vous pensez bien que je me tenais prt lui venir en aide1 que j'piais l'occasion de le faire et que je suppliais le ,seigneur de me la fournir4 ,de son ct1 ,m4 ,marival semblait dsireux de me frquenter davantage4 ,mais qu'il y mettait de prcautions6 ,il n'entrait jamais au presbytre4 ,lorsque je le rencontrais dans les rues du village1 il vitait de me parler4 ,cette rserve trange me donnait croire que sa femme lui avait interdit d'entrer en rapports suivis avec moi et qu'il redoutait d'enfreindre la rgle qu'elle lui imposait4 ,d'ailleurs ,mme ,marival se manifestait de plus en plus hostile ma personne4 ,son accueil1 quand je me risquais dans son salon1 tait si revche que j'aurais pu m'en offenser4 ,d'autre part1 ,m4 ,marival1 tout le temps que durait ma visite1 avait l'air au supplice1 comme dans l'attente d'une algarade de sa terrible compagne4 ,pour lui viter des ennuis1 je m'abstins dsormais de sonner leur porte4 ,or si1 comme obissant une consigne1 ,m4 ,marival se gardait de venir chez moi ou de m'aborder en public1 je m'aperus bientt qu'il cherchait m'entretenir sans tmoins qui pussent rapporter sa femme que nous nous abouchions4 ,soit lorsque j'allais ,macherin vers l'aube1 soit lorsque je revenais1 au crpuscule1 de quelqu'un des hameaux environnants1 je le voyais surgir d'un fourr o je crois bien qu'il se blottissait pour me guetter au passage4 ,parfois il feignait que notre rencontre ft fortuite2 parfois1 il ne se mettait pas en peine d'explications4 ,toujours il offrait une mine embarrasse1 mais o je dmlais quand mme du plaisir me parler librement4 ,inutile de prciser que je me prtais de mon mieux son besoin d'expansion4 ,nous emes ainsi plusieurs colloques que je m'efforais de diriger vers les choses de ,dieu4 ,mais chacune de mes tentatives1 il manifestait de la gne1 dtournait l'entretien ou le laissait tomber comme s'il n'avait pas entendu1 ou encore1 il me quittait brusquement4 ,de toute vidence1 son secret ne voulait pas sortir4 ,il s'tait mis en chemin avec l'intention ferme de s'ouvrir moi puis1 au moment de parler1 le courage lui faisait dfaut et il se verrouillait dans un silence dsespr4 ,un soir1 pourtant1 il sembla prendre son parti comme on se jette l'eau4 ,a peine m'eut-il rejoint qu'aprs quelques banalits sur la temprature1 il me dit sans transition3--,monsieur le ,cur1 quelqu'un que je connais dsirerait tre renseign sur un cas de conscience qu'il m'a charg de vous exposer444 ,naturellement1 je compris tout de suite qu'il s'agissait de lui-mme et1 part moi1 je ne pus m'empcher de m'gayer un peu en constatant la navet de son subterfuge4 --,je suis tout votre disposition1 rpondis-je1 et je remercie sincrement celui qui vous dlgue de la confiance qu'il veut bien me tmoigner4 ,il reprit3--,voici3 cet homme possde la foi2 il tche de prier avec ferveur2 il implore la misricorde divine mais il sent qu'il ne remplit pas tout son devoir parce qu'un obstacle qu'il ne se rsout pas franchir l'carte des sacrements4 ,que doit-il faire8 ,je me recueillis un peu puis je demandai mentalement ,dieu de m'clairer sur la ligne suivre et je fus exauc aussitt1 car il me fut inspir de lui dire3--,cette me dans la peine et qui soupire aprs la dlivrance1 c'est la vtre1 n'est-ce pas8 ,il eut un sursaut1 hsita quelques secondes puis avoua3--,eh bien oui1 c'est moi444 --,a merveille1 continuai-je1 la situation est plus nette entre nous et je prfre qu'il en soit ainsi4 ,je vous dirai donc que1 depuis longtemps1 votre conduite me rend perplexe4 ,vous venez1 peu prs tous les jours1 la messe2 tout prouve que ce n'est pas pour vous une formalit vaine4 ,je dois donc vous tenir pour un chrtien plus occup de ,dieu que beaucoup d'autres4 ,nanmoins1 par une inconsquence bizarre1 vous vous privez des sacrements alors que1 logiquement1 vous devriez les rechercher4 ,plus encore--et cela m'a fort tonn--vous ne faites mme pas vos ,pques4 ,cependant n'ignorez pas que se confesser et recevoir la ,sainte-,eucharistie1 cette poque de l'anne1 c'est un commandement de l'glise auquel tout catholique a le devoir de se conformer4 --,je sais cela1 reconnut-il voix basse4 --,alors1 pourquoi vous drober8 ,il porta la main sa gorge comme s'il tranglait puis il fit un geste de dtresse4 ,combien je le prenais en piti6 ,mais il fallait aboutir4 --,je suis votre ami1 poursuivis-je1 n'en doutez pas une minute4 ,soyez sr galement que le caractre dont je suis revtu et qui fait de moi le serviteur de mes paroissiens m'a prpar tout entendre et1 le cas chant1 tout absoudre4 ,je vois qu'une charge excessive vous opprime et je vous supplie d'tre convaincu que je donnerais mon sang pour vous l'enlever4 ,dieu confrait sans doute mes phrases l'accent ncessaire1 car il fut touch4 ,des larmes dbordaient d'entre ses paupires et il tourna vers moi un regard si plein de gratitude que je crus bien avoir remport la victoire4 ,hlas1 pas encore6444 ,il se contenta de me dire d'une voix entrecoupe3--,quand on a commis une faute grave et dont les suites ne cessent de lser autrui1 il est ncessaire1 si je ne me trompe1 non seulement de s'en repentir mais de la rparer8444 --,sans nul doute1 rpondis-je4 ,pour que le sacrement de pnitence soit efficace1 il faut d'abord avoir la contrition et ensuite1 agir de telle sorte que le pch dont nous sollicitons le pardon1 nous formions la rsolution de ne plus le commettre4 ,cela dans tous les cas et particulirement dans celui o ses consquences nuiraient au prochain4 ,alors nous devons1 autant qu'il nous est possible1 supprimer la cause du mal que nous avons fait4 ,que vaudrait devant ,dieu notre repentir si1 notre escient1 le tort dont nous nous sommes rendus coupables envers autrui continuait de produire ses effets8 --,oui1 oui1 voil le point1 murmura ,m4 ,marival4 ,puis il se tut et1 les yeux baisss1 se tordit les mains4 ,je crus deviner le motif de ce mutisme et je repris3--,si1 pour une raison quelconque1 vous ne jugez pas propos de vous prsenter mon confessionnal1 je suis tout prt vous adresser l'un de mes collgues dans l'endroit qui vous conviendra le mieux4 ,n'ayez aucun scrupule cet gard3 ,je ne me formaliserai pas que vous ayez recours un autre que moi4 ,je ne dsire qu'une chose3 c'est que vous vous rconciliez entirement avec ,dieu4 ,je pensais l'avoir mis au pied du mur et j'attendais anxieusement sa rponse4 ,il m'chappa4 ,soudain1 comme si la perspective de se librer sans dlai le bouleversait fond1 il sembla pris de panique4 --,plus tard6444 ,plus tard6444 s'cria-t-il4 ,et1 me laissant l1 il s'loigna prcipitamment4 ,puis tout coup il s'arrta1 comme frapp par une rflexion1 fit demi-tour et1 revenant vers moi1 me jeta3--,ne le dites personne1 personne que je vous ai parl444 ,je compris que cela signifiait3--,surtout pas ma femme6 ,il se perdit dans l'ombre croissante4 ,tout dconcert1 je demeurai sur place444 ,ah6 c'est cela que je ne puis me pardonner4 ,j'aurais d courir aprs lui1 le rattraper et alors ,dieu m'aurait indubitablement inspir les paroles qui l'auraient persuad de ne pas diffrer4 ,mea culpa1 j'ai manqu de rsolution444 ,et j'en fus puni1 comme vous allez voir4 ,le lendemain1 ,m4 ,marival n'assista pas la messe4 ,le jour d'aprs1 les rumeurs du village m'informrent qu'il tait tomb malade et gardait le lit4 ,je n'en fus pas extrmement surpris car1 lors de notre dernire rencontre1 sa pleur et l'altration de ses traits m'avaient inquit4 ,le regret d'avoir perdu l'occasion de soulager cette pauvre me dans l'angoisse me tourmentait et m'empchait de dormir4 ,je me jurai de tout faire pour pntrer jusqu' lui4 ,donc1 un matin1 sitt ma messe dite1 j'allai tout droit chez les ,marival4 ,ne me faisant gure d'illusions quant la nature des sentiments que me portait la femme1 je n'esprais pas trop un tte--tte avec le mari4 ,du moins1 il me verrait et aurait la consolation de se dire que je ne l'oubliais pas4 ,et puis1 malgr tout1 qui sait si ,dieu ne lui donnerait pas la force d'exiger qu'on me laisst seul avec lui8 ,malheureusement1 les choses se passrent d'une faon toute diffrente4 ,a peine eus-je sonn que ,mme ,marival en personne vint m'ouvrir4 ,on ne m'tera pas de l'esprit qu'elle se tenait l'afft de ma visite et qu'elle s'tait prpare en consquence4 ,elle se campa dans l'embrasure1 les coudes carts1 comme pour me barrer le passage4 ,sans me donner le temps d'ouvrir la bouche1 la mine rogue1 les yeux allums d'une flamme haineuse1 elle me dit1 d'un ton coupant comme une bise de dcembre3--,monsieur le ,cur1 vous venez voir mon mari8444 ,c'est inutile2 son tat rclame le plus grand calme4 ,et1 d'ailleurs1 il ne vous a pas demand4 --,mon ,dieu1 ,madame1 rpondis-je1 loin de moi l'ide de lui causer quelque agitation4 ,cependant1 tes-vous bien sre que1 tout au contraire1 ma prsence et1 si possible1 quelques mots changs avec moi ne lui procureraient pas ce calme dont je crois1 comme vous1 qu'il a le plus grand besoin8 ,je vous promets de ne pas le fatiguer par une trop longue entrevue4 ,elle me toisa d'un air de dfi sardonique4 ,et cette expression de physionomie signifiait clairement3--,tu voudrais bien le confesser4 ,mais tu n'y arriveras pas4 ,je suis l pour t'en empcher4 ,de vive voix1 elle se contenta de rpter3--,il n'a pas demand vous voir2 vous n'entrerez pas6444 ,que faire8 ,je ne pouvais entamer1 sur ce seuil1 une discussion que1 selon toute probabilit1 elle n'et pas hsiter pousser au scandale4 ,dj1 des voisines1 tonnes de son attitude agressive1 nous regardaient avec curiosit4 ,dieu sait les commentaires qui eussent suivi si j'avais insist d'une faon trop acerbe6 ,simplement1 je repris3--,je me retire1 ,madame1 en souhaitant que ,dieu vous envoie la pense de me faire appeler avant qu'il soit trop tard4 ,mme ,marival ne souffla mot4 ,mais dans le sourire vraiment dmoniaque qui lui tordait les lvres tandis qu'elle refermait la porte1 je lus ceci3--,si tu comptes que je te ferai appeler1 tu peux attendre6444 ,que se passait-il dans cette me entnbre pour qu'elle se montrt si opinitre m'interdire le chevet de son mari8444 ,les jours qui suivirent1 je me fatiguai l'esprit retourner ce problme4 ,et je m'attristais toujours davantage1 ayant l'intuition nette que ,m4 ,marival aurait t soulag de me voir et de se confier moi4 ,il me semblait inadmissible qu'un homme1 dont je connaissais la foi1 se sentant en danger de mort1 n'prouvt pas le dsir de se prparer au ,jugement de ,dieu lorsqu'il en tait encore temps4 ,si seulement ,mme ,marival s'tait absente1 ne ft-ce qu'une heure1 j'en aurais profit pour m'introduire dans la maison3 la servante tait pieuse et je ne crois pas qu'elle m'aurait refus l'entre4 ,mais je ne pus avoir recours cet expdient4 ,tant que dura la maladie de ,m4 ,marival1 sa femme ne mit pas le pied dehors4 ,et c'tait si bien un plan arrt chez elle d'isoler son mari qu'elle n'admit aucune de ses relations dans la chambre coucher1 qu'elle ne prvint nul de leurs parents et qu'elle ne fit mme pas appeler le mdecin4 ,on et dit qu'elle redoutait de la part du moribond des rvlations sur des choses qu'elle tenait essentiellement garder secrtes4 ,cette squestration trange fit jaser4 ,mais elle ne parut pas s'en mouvoir4 ,deux ou trois de ces curieuses qui cherchent toujours connatre les tenants et aboutissants de l'existence d'autrui1 pour en alimenter leurs caquets1 risqurent des visites sous prtexte de prendre des nouvelles de ce pauvre ,monsieur1 comme elles disaient4 ,mme ,marival les reut dans l'antichambre1 leur rpondit brivement qu'il s'agissait d'une indisposition assez bnigne et ne cacha pas sa hte de les congdier4 ,elles se retirrent fort dues4 ,et les langues de marcher6 ,au bout d'une semaine1 je ne sais par quel canal1 le bruit se rpandit que cette indisposition soi-disant sans gravit prenait dcidment une mauvaise tournure4 ,on disait que ,m4 ,marival tait au plus bas et ne passerait sans doute pas la nuit4 ,je ne pus y tenir4 ,il fallait1 cote que cote1 que je fisse une nouvelle tentative pour pntrer jusqu' lui4 ,c'tait mon devoir et j'tais absolument dcid le remplir1 duss-je essuyer les insolences de cette femme4 ,je me rendis donc la maison ,marival4 ,je sonnai4 ,on ne vint pas ouvrir4 ,je ritrai avec plus d'insistance4 ,le rsultat fut identique4 ,a l'intrieur1 pas un mouvement2 c'tait comme si le logis et t inhabit4 ,je me reculai un peu et j'examinai la faade4 ,alors1 une fentre close du premier tage1 j'aperus le profil de ,mme ,marival4 ,elle soulevait le rideau de biais et glissait avec prcaution un regard sur la rue4 ,elle parut contrarie que je l'eusse dcouverte et elle allait se retirer lorsque1 y mettant toute l'nergie dont j'tais capable1 je lui fis signe de m'ouvrir4 ,elle secoua ngativement la tte1 puis quitta la fentre aussitt4 ,qu'essayer d'autre8 ,je ne pouvais pourtant pas enfoncer la porte6444 ,je retournai chez moi la tte basse et je multipliai les prires pour l'me dont on me refusait aussi obstinment l'accs444 ,m4 ,marival mourut vers trois heures de l'aprs-midi1 le lendemain4 ,et tout se passa selon la coutume4 ,je fis la leve du corps2 il y eut du monde pour suivre le cercueil l'glise et au cimetire4 ,un seul dtail me causa quelque distraction tandis que je rcitais les dernires oraisons devant la fosse ouverte4 ,mme ,marival se tenait trois pas de moi1 droite et impassible4 ,a un moment1 je levai les yeux sur elle et ce que je perus me fit tressaillir4 ,a la surface1 son visage offrait comme un vernis d'affliction tal l par biensance4 ,mais1 en-dessous1 je ne pus m'empcher d'y dcouvrir une expression de joie maligne qui lui crispait la bouche4 ,et1 de plus1 elle fixait sur le cercueil un regard de triomphe o papillotait une lueur positivement diabolique4 ,j'aurais jur que sa pense tait celle-ci3--,enfin1 il est mort sans avoir parl personne444 ,quelle dlivrance6 ,la crmonie termine1 elle se retira sous l'escorte de quelques officieuses et sans m'avoir dit un mot4 ,mais1 le soir1 un incident se produisit qui m'claira sur les mobiles du drame et sur les actes de cette femme si volontaire dans le mal4 ,j'tais au presbytre quand on vint me dire que ,josphine--la servante des ,marival--demandait me voir4 ,je la fis entrer aussitt et voici notre dialogue4 ,j'en ai gard le souvenir trs prsent--il y avait de quoi4 ,josphine tait fbrile4 ,je la sentis la fois bouleverse de chagrin1 dsireuse de me rvler des choses obsdantes et retenue par la crainte de s'attirer des ennuis4 ,cependant1 comme je la reus d'une faon tout affable1 elle parut se rassurer un peu3--,monsieur le ,cur1 me dit-elle1 je viens vous demander une messe pour le repos de l'me de ,m4 ,marival4 ,je vous serais bien reconnaissante de la clbrer le plus tt possible4 ,elle rpta3 ,bien1 bien reconnaissante4 ,et1 en insistant de la sorte1 elle avait une inflexion de voix plus mue que ne le comportait une requte aussi simple4 --,mais trs volontiers1 rpondis-je1 je constate avec plaisir que vous regrettez votre matre4 ,il tait bon pour vous1 n'est-ce pas8 --,oui1 oui1 certainement oui1 mais ce n'est pas seulement cela4 ,il y a ,madame444 ,ici1 elle s'arrta net4 ,l'extrme prudence1 allant parfois jusqu' la dissimulation1 qui caractrise l'me paysanne m'tait trop familire pour que je marquasse de la hte l'interroger4 ,toute curiosit trop appuye l'et fait battre en retraite4 ,je me contentai donc de lui demander posment si c'tait elle-mme ou ,mme ,marival qui dsirait cette messe4 ,josphine eut alors une sorte de ricanement douloureux comme pour me faire entendre qu'il tait absurde de supposer chez sa patronne une intention de ce genre4 ,puis elle reprit3 --,ah6 non1 ce n'est pas ,madame qui m'envoie6 ,et1 soudain1 ne parvenant plus se contenir1 elle ajouta3--,madame1 elle est trop contente d'tre dbarrasse du pauvre ,monsieur6444 --,prenez garde1 dis-je un peu svrement1 il ne faut pas porter de jugements tmraires4 --,ce n'est pas ce que je fais1 s'cria ,josphine1 mais quand je repense ce qui s'est pass dans cette maison1 je ne puis pas rester tranquille4 ,puis1 d'un seul trait1 emporte par l'indignation1 elle poursuivit3--,dix fois1 monsieur le ,cur1 dix fois1 ,m4 ,marival vous a rclam pour se confesser4 ,madame faisait la sourde4 ,telle qu'elle est1 ce n'est pas commode de se mler de ses affaires4 ,qui s'y risque ne recommence pas souvent4 ,pourtant a me remuait si fort d'entendre ce pauvre ,monsieur se tourmenter ainsi que je finis par proposer de vous aller qurir4 --,c'est inutile1 rpondit ,madame1 tenez-vous en repos4 ,monsieur n'a pas sa tte lui et puis cela ne vous regarde pas444 ,moi j'observais et je voyais bien qu'il ne battait pas la campagne mais je n'osais pas dsobir quoique cela recomment tout le temps4 ,chaque fois que ,monsieur se trouvait un peu moins faible1 il vous demandait de nouveau4 ,et c'tait alors des discussions qui le brisaient4 ,enfin1 la veille de sa mort1 j'apportais de la tisane1 quand ,monsieur se dressa tout droit sur son lit et me cria3--,josphine1 je vous commande d'aller au presbytre et de ramener le ,cur avec vous6444 ,mais ,madame1 rouge de colre m'arracha la tasse1 la posa sur la table de nuit en en renversant la moiti et me poussa dehors en me disant dents serres3--,il dlire6 ,ne l'coutez pas ou je vous chasse444 ,puis elle ferma la porte et poussa le verrou4 ,j'tais trop outre contre ,madame pour retourner la cuisine2 je voulais savoir ce qui allait arriver et j'avais tellement piti de ,monsieur6 ,je demeurai aux coutes derrire la porte4 ,mais elle est trs paisse et j'entendais d'abord mal ce qui se disait dans la chambre4 ,pourtant tous les deux levrent bientt la voix au point que je finis par saisir quelques mots444 ,josphine s'interrompit1 comme reprise de la peur de trop parler4 ,et1 de mon ct1 la presser de questions me rpugnait4 ,mais l'indignation l'emporta et1 spontanment1 elle reprit3--,je saisissais des morceaux de phrases4 ,monsieur disait3--,je veux restituer444 ,je ne mourrai pas sans avoir rendu cet argent444 ,je ne paratrai pas devant ,dieu avec cette infamie sur la conscience4 ,qu'on appelle le ,cur6444 ,et ,madame rpondait3--,non1 non1 et non1 il ne viendra pas4 ,n'y compte pas444 ,je ne veux pas retomber dans la gne cause de tes imaginations6444 ,alors ,monsieur poussa des gmissements si pouvantables que j'en fus toute retourne4 ,je me sauvai dans la cuisine et je n'ai plus rien entendu jusqu' sa mort4 ,du reste1 ,madame montait la garde et ce fut seulement lorsque ,monsieur ne respira plus qu'elle me laissa rentrer dans la chambre444 ,josphine n'en dit pas davantage4 ,comme effarouche1 elle jeta trois francs sur la table en murmurant3--,c'est pour la messe1 et elle s'enfuit avant que j'eusse pu prononcer un mot4 ,mais elle en avait dit suffisamment pour que je fusse mme de reconstituer le duel tragique de ces deux mes1 l'une corrode de repentir et torture par le dsir de rparer le tort fait autrui1 l'autre farouche dans sa volont de conserver une fortune mal acquise444 ,peut-tre que si j'avais revu ,josphine j'en aurais appris plus long quoique je fusse dcid ne pas prendre d'initiative quant cette sombre aventure4 ,mais il parat certain que ,mme ,marival redoutait les indiscrtions de sa servante1 car elle s'arrangea pour lui faire quitter le pays avant que la semaine ft coule4 ,j'ai des raisons de croire qu'elle ne la congdia point sans avoir achet son silence4 ,en ce qui me concerne1 cette femme endurcie me manifeste1 depuis lors1 une animosit persvrante4 ,non seulement elle se mle1 pour les envenimer1 aux cabales des personnes acrimonieuses qu'afin de sauvegarder non indpendance et la dignit de mon ministre1 j'ai d tenir l'cart1 mais encore elle propage des calomnies sur mon compte4 ,on dirait que ma prsence ,gougny lui est intolrable et qu'elle rve de me faire quitter la paroisse4 ,enfin la haine qu'elle nourrit contre moi lui fait viter mon approche4 ,vous venez d'en avoir la preuve6444 ,l'abb ,moret pronona ces dernires phrases avec un accent de mlancolie poignante4 ,certes1 aucune pense de reprsailles ne germait dans cette belle me4 ,il prouvait seulement une peine intense et j'en eus le tmoignage lorsqu'il ajouta3--,il est bien pnible de sentir qu'il y a auprs de moi1 contre moi1 une haine vivace et toujours en armes4 ,pourtant1 je puis l'attester devant ,notre-,seigneur en croix1 je ne hais personne1 j'aime comme mes enfants tous mes paroissiens et aussi cette malheureuse gare4 ,je prie1 je souffre avec joie pour obtenir qu'elle comprenne l'iniquit de sa conduite et surtout l'avenir redoutable qu'elle se prpare4 ,hlas1 rien1 jusqu' prsent1 ne donne esprer qu'elle s'amende4 ,le grand pourrisseur d'mes1 l'argent1 la possde ce point qu'elle lui rend un culte aveugle et qu'elle ne pressent point l'abme o cette idoltrie la mne4 ,c'est horriblement triste6444 ,l'abb ,moret se tut un peu de temps4 ,des larmes roulaient dans ses yeux4 ,sa voix tremblait lorsqu'il reprit3--,il en va toujours ainsi quand ce mtal monnay par le dmon prend une place prpondrante dans notre existence4 ,tandis que je vous narrais les pripties de ce drame1 vous aurez remarqu que ,m4 ,marival comme ,josphine1 malgr leurs efforts pour en dnoncer les mfaits1 continuaient de subir son influence4 ,l'un et l'autre voulaient sincrement recourir au prtre pour se librer4 ,eh bien1 ils n'ont pu aller jusqu'au bout4 ,tous deux ont fui sans me laisser le temps de leur venir en aide d'une faon efficace4 ,ah6 que le diable est puissant6444 ,peut-tre suis-je trop imparfait pour mriter de le vaincre444 ,ce scrupule1 cette humilit chez un prtre d'une saintet aussi avre m'murent plus que je ne saurais l'exprimer4 ,afin de faire diversion1 je dis l'abb ,moret3--,a toute poque1 cher monsieur le ,cur1 l'argent fut le fauteur de grandes infamies et il y eut des pasteurs d'mes qui1 voulant les combattre1 subirent les contradictions de l'avarice humaine4 ,tenez1 je suis prcisment en train de lire un ouvrage de ,sainte-,beuve3 ,l'histoire de ,port-,royal4 ,j'y ai relev un pisode qui prsente quelques points de ressemblance avec ce que vous venez de me rapporter4 ,permettez-moi de vous le rsumer4 ,a la fin du rgne de ,louis ,,xiii1 ,m4 de ,chavigny avait t sous-secrtaire d'tat aux affaires trangres et fort apprci de ,richelieu qui distinguait en lui un bon serviteur du ,roi1 c'est--dire de la ,france1 les deux1 sous l'ancien rgime1 ne faisant qu'un4 ,chavigny possdait une fortune considrable mais entirement accumule au cours des fonctions qu'il avait remplies4 ,des circonstances ont donn lieu de croire qu'elle ne provenait pas tout entire de sources absolument pures4 ,en effet1 lorsque ,chavigny fut atteint de la maladie dont il mourut 7en octobre #afeb71 se sentant trs bas1 il pria le cur de sa paroisse1 ,m4 ,mazure1 de lui permettre de se confesser ,m4 ,singlin--ecclsiastique renomm pour ses vertus et notamment pour sa rectitude de jugement dans les cas de conscience4 ,le cur donna l'autorisation2 ,m4 ,singlin averti vint sans retard auprs de ,chavigny4 ,il l'entendit deux fois en confession et lui donna l'absolution4 ,la mort survint le soir mme4 ,mais ,chavigny1 dont l'esprit de contrition avait t stimul par ,m4 ,singlin1 remit auparavant son ami intime1 ,m4 de ,bagnols1 des effets reprsentant la somme de #igd4jjj livres--soit prs d'un million1 ce qui ferait cinq fois plus aujourd'hui4 ,il spcifia1 en prsence de sa famille et du confesseur1 que c'tait pour des restitutions des personnes spolies4 ,il voulait aussi que ,m4 ,singlin prt #cjj4jjj livres en pistoles qui taient renfermes dans son coffre-fort4 ,m4 ,singlin refusa de se charger des espces et ne consentit qu' tre le dpositaire des papiers et le rpartiteur1 devant tmoins1 des sommes soustraites aux ayant-droit4 ,mais avant d'entamer les dmarches1 il tomba d'accord avec ,m4 de ,bagnols de consulter pour se mettre en rgle et en mesure vis--vis de la veuve4 ,mais ,mme de ,chavigny qui1 notons-le1 n'avait nullement protest contre l'abandon d'une somme aussi norme tant que son mari fut en vie1 jeta les hauts cris aprs le dcs et1 quoique le restant de la fortune montt plusieurs millions1 se dclara ruine4 ,cependant l'examen des papiers mis en ordre par le dfunt ne laissait aucun doute2 des notes inscrites au dos en disaient long sur leur origine4 ,n'empche3 la veuve exigeait qu'on passt outre aux dernires volonts de son mari4 ,l'affaire s'bruita4 ,des gens de ,parlement1 des docteurs de ,sorbonne mirent des avis contradictoires4 ,mais surtout certains casuistes-- la manche trs large--se rangrent du parti de ,mme de ,chavigny moins1 semble-t-il1 par doctrine que pour nuire ,m4 ,singlin en qui ils combattaient depuis longtemps ce qu'ils qualifiaient de rigorisme outrancier4 ,ils alignrent des arguments si subtils qu'ils convainquirent ,mme de ,chavigny qu'elle serait sans reproche devant ,dieu si elle se contentait de distribuer cent mille francs aux pauvres4 ,le surplus elle se l'attribuerait d'un cur lger4 ,et tant pis pour les personnes que feu ,chavigny avait lses4 ,la veuve estima la solution si ingnieuse qu'elle l'adopta aussitt malgr les avertissements de ,m4 ,singlin qui lui reprsentait que se conduisant de la sorte elle chargeait lourdement sa conscience4 ,or1 ce bon prtre ne fut pas cout et mme1 ce qui est pire1 ses monitions lui valurent de la part des casuistes susdits de fangeuses calomnies#f444 #f ,pour les dtails de l'affaire ,chavigny voir ,,sainte-,,beuve1 ,histoire de ,port-,royal1 tome ,,ii 7dition ,hachette74 ,eh bien1 poursuivis-je1 ne trouvez-vous pas1 monsieur le ,cur1 qu'il y a de l'analogie entre l'tat d'me de ,mme de ,chavigny et celui de ,mme ,marival1 avec cette diffrence que la premire fit du tapage et que la seconde manuvra pour touffer toute rvlation de son crime8 ,allez1 que ce soit au ,x,v,i,ie sicle1 que ce soit au ,x,xe1 que ce soit n'importe quand1 le diable a toujours su1 saura toujours employer l'or maudit s'acqurir des mes et les choses iront ainsi--jusqu' la fin du monde4 --,ce n'est que trop vrai1 soupira l'abb ,moret1 voil pourquoi je remercie ,dieu1 chaque matin1 de m'avoir inspir l'amour de la ,sainte ,pauvret4 ,et je conclus3--,je fais de mme4 ,n'avoir pas le sou et s'en rjouir1 c'est une grce incomparable6444 ,,in ,,extremis ,en ce temps-l je vivais le plus possible sous la futaie4 ,sauf pendant les heures occupes la rdaction de mon livre1 je ne restais gure mon logis que pour les repas et le sommeil4 ,et mme1 les jours o j'accordais du loisir ma plume1 emportant une collation simplifie1 je le quittais ds l'aube et n'y rentrais qu' la nuit close4 ,encore m'arrivait-il de dcoucher1 comme on va le voir4 ,je me sentais si heureux1 tellement en famille parmi les arbres que j'ai rv bien souvent de me construire une cabane au plus pais du couvert ou d'amnager mon usage quelque cavit dans les rochers4 ,l1 j'aurais men1 seul avec ,dieu1 la vie rmitique4 ,dj1 antrieurement mon entre dans l'glise1 je cultivais mon got inn de la solitude4 ,mais alors mes retraites intermittentes dans les grands bois ne se vouaient qu' la littrature4 ,frue d'illusions paennes1 mon imagination les peuplait de dryades et de faunes et les pomes qui en rsultaient ne cessaient de moduler1 selon des rythmes sylvestres1 la louange de ,pan4 ,il me plaisait qu'on dt de moi3 ,fortunatus est ille deos qui novit agrestes4 ,aujourd'hui1 quelle diffrence6 ,ce n'tait plus la chimre du panthisme qui m'garait au gr de ses caprices4 ,je connaissais la ,vrit unique4 ,l'me et l'esprit combls d'une joie radieuse1 j'tais le servant de ,jsus-,christ3 je sentais mon cur battre l'unisson du sien4 ,la fort en prit une signification plus large et plus haute4 ,elle me fut le sanctuaire o rgne le ,saint-,esprit1 o l'oraison contemplative se nourrit d'images d'une splendeur blouissante1 s'illumine de clarts toujours accrues1 s'lve1 par des intuitions magnifiques1 jusqu'au sentiment intgral de la prsence divine4 ,qu'il est vivifiant pour l'me le souffle du ,paraclet travers les frondaisons6444 ,donc j'allais par les sentiers1 perdu d'amour de ,dieu1 mlant mon allgresse aux parfums que diffusaient1 comme un arome liturgique1 les essences rsineuses1 aux hymnes du vent dans les feuillages4 ,ma prire continuelle1 non formule par les pauvres mots dont usent les langues humaines mais toute en lans d'adoration sans limite1 suivait le chur des bouleaux et des pins1 s'enflait1 puis dcroissait1 puis s'enflait de nouveau1 selon la brise mouvant les ramures4 ,et c'tait pareil tantt aux accords graves d'orgues oliennes1 frles par les ailes des anges1 tantt aux cantilnes de l'ocan1 alors que ses vagues alanguies s'talent1 avant de mourir1 sur le sable des grves4 ,lorsque1 aprs des marches prolonges dans les taillis dbordant de fougres exubrantes1 je m'asseyais au pied d'un vieux chne revtu de mousse et de lierre1 j'coutais ce patriarche m'enseigner les secrets de la sagesse vgtale4 ,ou bien1 vers midi1 quand le soleil s'insinue dans la pnombre des futaies et sme des mdailles d'or palpitant sur l'herbe des clairires1 je m'imprgnais du vaste silence qui descend des feuillages assoupis4 ,absorbant la fort1 irradiant la prire1 je me tenais tellement immobile que les biches1 avec leurs faons1 sortaient du fourr1 s'avanaient quelques pas1 tendaient leur fin museau vers moi et paraissaient se demander quel tait cet tre si tranquille dont l'instinct leur disait qu'elles n'avaient rien craindre4 ,d'autres fois1 c'tait un cerf1 la ramure majestueuse1 qui d'un peu plus loin me regardait longuement avec une curiosit o subsistait quelque mfiance4 ,enfin1 rassur1 il se remettait brouter et l'on et dit qu'il comprenait que je n'tais pas un de ces tortionnaires botts qui1 sous prtexte de chasse courre1 traquent et massacrent le noble animal dont leur stupide barbarie aime voir couler le sang444 ,j'emportais d'ordinaire sous bois un tome des uvres de sainte ,trse et que de progrs dans la vie spirituelle je dois cette merveilleuse conseillre des mes portes suivre partout ,notre-,seigneur6 ,comme elle indique1 avec une clart suprme1 les privilges1 les souffrances et les dangers de l'tat mystique6 ,a son cole1 j'appris les beauts de la thologie4 ,ce ne fut pas l'tude de quelque trait aride mais une initiation vcue ce qu'il y a de plus intensment religieux aux profondeurs de notre tre4 ,onde si frache et si brlante la fois o je me plonge1 miroir infiniment pur o se reflte la face mme de ,dieu3 la doctrine de sainte ,trse4 ,trs souvent la mditation de ces pages sublimes me ravissait au point que j'oubliais l'envolement des heures4 ,j'avais couvert des kilomtres sans m'en apercevoir et quand je reprenais conscience des choses extrieures1 il arrivait que je me trouvasse une distance considrable d',arbonne4 ,notamment ce fut le cas par un crpuscule qui commenait noyer d'ombres bleues les lointains de la fort4 ,je constatai que je suivais la crte d'une chane de collines rocheuses1 ambitieusement nommes sur les cartes3 les monts de ,fay4 ,j'tais peu prs une lieue de ,gougny-en-,bierre4 ,outre la nuit approchant1 des nuages bas et plombs venaient de l'ouest et menaaient de se rsoudre en pluie4 ,l'abb ,moret m'ayant dit1 une fois pour toutes1 qu'il me recevrait toujours volontiers au presbytre1 je n'hsitai pas gagner sa paroisse1 car j'tais assur de trouver chez lui un accueil empress1 un lit et de quoi manger4 ,le repas serait sommaire et la couche peu moelleuse1 mais cela m'tait fort indiffrent4 ,a cette poque1 en effet1 je jouissais d'une sant robuste2 ma sotte carcasse n'exigeait pas l'attention qu'il me faut maintenant lui concder4 ,et puis1 ce qui emportait tout1 j'aurais le plaisir d'couter1 une soire tout entire1 la parole de ce prtre vanglique4 ,je me dirigeai donc vers ,gougny4 ,chemin faisant1 je distinguai1 ma droite1 une croix de fer qui surmontait un pidestal d'lvation mdiocre et taill dans le grs de la fort4 ,une inscription y tait grave mais l'obscurit qui rgnait dj sous les arbres m'empcha de la dchiffrer4 ,je conjecturai que ce monument commmorait un assassinat4 ,la pluie imminente fit que je ne m'arrtai pas pour vrifier mon hypothse en frottant des allumettes4 ,la nuit tait tout fait tombe quand j'atteignis le presbytre4 ,l'abb ,moret se tenait dans la cuisine4 ,debout devant une table sans nappe1 il soupait d'une tranche de pain bis1 d'un morceau de fromage et d'un oignon assaisonn de gros sel4 ,pour boisson1 un pot de piquette4 ,il me coupa du pain1 plucha un second oignon1 poussa vers moi l'assiette au fromage et1 me remettant un couteau brch1 me dit avec un bon rire3--,rgalez-vous1 cher ami6444 ,je ne me fis pas prier car j'avais grand'faim4 ,tout en jouant de la mchoire1 je lui demandai ce que signifiait cette croix que j'avais remarque un quart d'heure auparavant4 --,je puis d'autant mieux vous renseigner1 me rpondit-il1 que j'ai jou un rle dans le dernier acte du drame rappel1 l-bas1 par ce signe de notre salut4 ,et1 sans autre prambule1 il me raconta ce qui suit3 --,la croix en question fut leve par les gardes de la fort la mmoire d'un des leurs1 tu l'endroit mme o vous l'avez vue4 ,le pidestal porte la date du meurtre et le nom de la victime3 ,victor ,sampit4 ,sorti du service militaire comme sous-officier1 pourvu d'excellents certificats1 ce garde tait au service du ,haut-,sucrier qui a lou l'tat le droit de chasse courre et au fusil dans la fort4 ,il s'tait mari ds sa libration1 sa femme lui avait donn une petite fille et1 au moment du crime1 attendait un autre enfant4 ,le mnage occupait cette maison forestire que vous avez d reprer la sortie du village1 sur la route de ,fontainebleau4 ,sampit s'acquittait de sa fonction avec une rigueur peut-tre excessive4 ,en gnral1 les gardes montrent plus de mansutude4 ,quand leur zle du dbut a jet son premier feu1 il se conclut entre eux et les braconniers--qui pullulent dans la rgion1 comme vous le savez--un pacte tacite qui leur vaut une rputation de bon enfant et1 ce qui leur importe par-dessus tout1 une espce d'assurance sur la vie4 ,ce n'est pas qu'ils feignent absolument d'ignorer tous les dlits qu'ils ont le devoir de rprimer4 ,mais tant que les dlinquants ne se font pas prendre sur le fait1 ils ne protgent le gibier que d'une faon relative4 ,ils ne dressent pas d'embuscades2 s'ils dcouvrent un pige1 ils l'enlvent mais ils ne se donnent gure le tracas de rechercher celui qui l'a pos4 ,sampit n'admettait pas qu'on louvoyt de la sorte avec la consigne4 ,non seulement il appliquait quiconque les rglements mais encore il dployait une activit sans gale pourchasser l'adversaire4 ,infatigable1 il multipliait les tournes dans la fort4 ,il passait des nuits guetter les chiens en maraude et dnoncer les ruses de la braconne4 ,et les procs-verbaux grlaient4 ,comme vous le pensez bien1 cette vigilance assidue1 cette rigidit dans l'application de la loi1 lui suscitrent des haines4 ,les paysans1 jouant sur son nom1 l'appelaient ,sans-,piti4 ,et les plus vindicatifs ne se faisaient pas faute de souhaiter tout bas qu'il ret1 comme par hasard1 quelque mauvais coup4 ,un de ceux qui entrrent le plus souvent en conflit avec lui se nommait ,alcide ,rablot4 ,il possdait une petite aisance et pour l'entretenir1 tenait un commerce d'picerie et de bimbeloterie ,macherin4 ,cependant1 clibataire1 il ne s'en occupait pas beaucoup1 il en dlguait l'administration sa sur1 veuve quadragnaire qui vivait avec lui4 ,chasseur enrag1 non par esprit de lucre mais par un penchant irrsistible1 ce ,rablot ne concevait d'occupation plus attrayante que de dpister le poil et la plume dans la plaine et dans le bornage4 ,l'arme au poing1 la carnassire au dos1 il battait tout le jour les buissons ou les emblavures et il ne rentrait que rarement bredouille1 car c'tait un tireur de premier ordre4 ,a cela1 rien dire4 ,mais ,rablot ne se contentait pas de chasser en temps lgal4 ,les mots3 fermeture de la chasse ne reprsentaient pour lui qu'une formule saugrenue et ne mritant que le plus complet ddain4 ,aussi1 quelle que ft la saison1 il se livrait un braconnage intensif1 plaant des collets pour les livres1 prenant au nud coulant des chevreuils1 panneautant les perdrix1 s'adonnant aux affts clandestins--bref1 causant plus de ravages que vingt autres ,nemrods rustiques1 ses mules4 ,il tait1 d'ailleurs1 second par un chenapan1 venu l'on ne sait d'o1 connu seulement sous le prnom d',alexandre et auquel il donnait l'hospitalit4 ,ce rfractaire1 je le dfinirai d'une phrase3 il n'avait ni mtier avouable ni sens moral et semblait install dans l'illicite comme dans un domaine lui appartenant de droit4 ,rablot1 lui1 n'tait pas foncirement pervers4 ,assez intelligent1 hableur1 jovial1 frquentant le cabaret mais pas jusqu' l'ivresse coutumire--tandis qu',alexandre chancelait presque toujours entre deux vins--il se montrait d'abord facile1 rendait volontiers service et tait trs populaire dans le pays4 ,j'ajoute qu'il ne mettait jamais les pieds l'glise et paraissait ferm toute croyance religieuse4 ,il y avait l indiffrence mais pas du tout hostilit1 car1 lorsqu'il me croisait1 il me saluait trs poliment et ne craignait pas d'changer quelques propos courtois avec moi4 ,mais1 direz-vous1 puisque ,rablot tait aprs tout un brave homme1 n'ayant que le tort de considrer le gibier ainsi qu'une proprit commune1 abusivement dtourne par les locataires de la chasse1 pour quelle raison s'tait-il si fort li avec le dtestable ,alexandre8 ,je crois qu'on peut s'expliquer la chose4 ,chez ,rablot1 le got de la chasse tait une passion laquelle il vouait toutes ses facults et qui rgissait son existence entire4 ,alexandre1 possdant une foule de recettes pour la destruction du gibier1 lui devint un aide indispensable dont il ne voyait plus les vices4 ,ou1 s'il les distinguait1 il estimait probablement que les dons spciaux du gredin compensaient largement ses tares4 ,et puis1 il ne faut pas oublier que ,rablot1 personnage en somme assez fruste1 ne possdait pas une grande dlicatesse de sentiments4 ,vu le caractre de ,sampit et les habitudes dprdatrices de ,rablot et d',alexandre1 la lutte s'exaspra entre l'un et les autres4 ,il serait trop long d'en dcrire par le menu les pripties4 ,je relverai seulement qu'elle produisit une animosit rciproque et d'autant plus aigu que c'tait un duel d'amour-propre o chacun se jurait de l'emporter4 ,plusieurs fois1 malgr les ruses de ses antagonistes1 ,sampit eut la satisfaction de les prendre en flagrant dlit et de dresser des procs-verbaux qui les conduisirent en correctionnelle4 ,des condamnations l'amende furent prononces4 ,rablot payait mais1 loin de se corriger1 il n'en montrait que plus de persistance dtruire le gibier du secteur de fort que surveillait ,sampit4 ,et lorsqu'il avait russi quelque exploit dont il tait impossible de le convaincre formellement1 il s'arrangeait pour rencontrer le garde en terrain neutre et pour lui dcocher1 devant tmoins1 des phrases double sens qui le mettaient hors de lui4 --,tu peux blaguer1 ripostait le fonctionnaire1 blme de fureur1 je t'aurai et nous verrons celui qui rira le dernier444 ,mais ,rablot haussait les paules1 lui tournait le dos et s'en allait en sifflotant la sonnerie d'hallali4 ,la guerre continua1 sournoise et sans trve jusqu' un certain soir o les deux braconniers se firent surprendre de nouveau par ,sampit4 ,je ne sais au juste quel tait l'objet du dlit mais ce devait tre grave car1 comparaissant pour la cinquime ou sixime fois devant le tribunal1 il leur fut inflig quinze jours de prison4 ,on m'a dit depuis qu'au cours des dbats1 ,rablot soutint que ,sampit avait exagr les faits pour obtenir une condamnation svre4 ,mais le garde s'en dfendit vivement4 ,et comme il tait asserment1 les juges lui donnrent raison4 ,les condamns ne rcriminrent pas2 ils subirent leur peine4 ,et l'on fut tonn qu' leur retour1 ils ne se rpandissent point en bravades et en dfis au garde comme c'tait antrieurement leur coutume4 ,mme ils semblaient assagis1 car trois mois passrent sans qu'il y et prtexte svir contre eux4 ,sampit triomphait bruyamment3--,ah6 les bougres1 disait-ils1 je les ai mats6444 ,stimul par son succs1 flicit par ses suprieurs1 il redoubla de vigilance au point qu'en peu de temps1 d'autres braconniers furent pincs par ses soins et punis conformment aux lois1 de sorte que de nouvelles rancunes s'ajoutrent celles qu'il avait dj suscites4 ,a diverses reprises1 plusieurs de ses victimes tinrent des propos violents son sujet4 ,mais l'on remarqua que ni ,rablot ni ,alexandre ne faisaient chorus4 ,ils coutaient en silence1 s'appliquaient garder une mine impassible et1 si l'on insistait pour obtenir leur avis1 se drobaient comme s'ils redoutaient de se compromettre4 ,les choses en taient l quand1--il y aura sept ans au mois d'octobre--par une nuit sans lune et brumeuse1 ,sampit quitta la maison forestire pour une tourne sous-bois4 ,comme son habitude il tait parti entre minuit et une heure aprs avoir prvenu sa femme qu'il comptait rentrer au lever du soleil4 ,la matine s'coula sans qu'il ft de retour4 ,vers midi1 ,mme ,sampit1 inquite1 tourmente d'un pressentiment lugubre1 alla prvenir le maire qui partagea ses apprhensions et avertit les autres gardes de cette absence insolite4 ,ceux-ci se mirent1 en groupe1 la recherche de leur collgue4 ,vers deux heures de l'aprs-midi1 la crte des monts de ,fay1 ils dcouvrirent ,sampit couch la face contre terre et frapp de deux coups de fusil1 l'un la cuisse droite1 l'autre au cur4 ,il devait tre mort depuis longtemps car le cadavre tait glac et dj tout raide4 ,les gardes1 effars1 ne prirent pas la prcaution d'envoyer quelqu'un en avant pour annoncer avec mnagement la catastrophe et1 dans leur dsarroi1 au lieu d'aller dposer le corps la mairie1 ils le transportrent directement la maison forestire4 ,mme ,sampit se tenait1 pleine d'angoisse1 sur le seuil4 ,quand elle vit le funbre cortge dboucher du bornage1 elle devina tout de suite ce qui tait arriv4 ,elle accourut et se jeta1 en poussant des cris affreux1 sur son mari444 ,on s'effora de l'en arracher mais voici qu'elle tait morte1 en mettant au monde1 dans une mare de sang1 un enfant qui ne vcut que quelques minutes6444 ,ce crime1 avec son horrible contre-coup1 souleva une grande motion4 ,le parquet1 la gendarmerie1 des agents expriments multiplirent les enqutes4 ,mais malgr les recherches les plus minutieuses1 on ne russit pas dcouvrir le ou les meurtriers4 ,vous savez1 du reste vous qui vivez depuis longtemps la campagne1 combien il est difficile de faire parler les paysans4 ,pour eux1 l'autorit1 c'est une trangre qu'ils entendent tenir le plus possible l'cart de leurs affaires4 --,rien de plus exact1 approuvai-je1 avant de me fixer ,arbonne1 j'ai habit sept ans un village o il y eut deux morts violentes4 ,en ce qui concerne la premire1 les ruraux se dsignaient entre eux le coupable2 cependant nul ne le livra4 ,pour la seconde1 la justice ne fut mme pas alerte4 --,eh bien1 reprit l'abb ,moret1 l'assassinat de ,sampit n'eut pas de suites immdiates4 ,alexandre et ,rablot se trouvaient parmi les plus souponns4 ,mais on eut beau les interroger1 les retourner1 les observer1 les menacer1 on ne russit pas tablir leur culpabilit d'une faon assez vidente pour motiver leur arrestation4 ,ils invoquaient un alibi que personne ne vint dmentir4 ,a la longue1 la justice dut reconnatre son impuissance4 ,le crime resta impuni4 ,la petite orpheline que laissaient les ,sampit fut confie des cousins4 ,l'oubli commena de se faire et il est trs probable qu'on n'aurait jamais connu la vrit si la ,providence1 intervenant1 ne l'avait dgage de l'ombre o elle gisait ensevelie4 ,sampit disparu1 il tait croire que ,rablot ne tarderait pas exercer de nouveau son activit braconnire--d'autant que le remplaant du garde assassin1 ne se souciant sans doute pas de subir un sort analogue1 ne manifestait gure de zle et s'appliquait passer pour inoffensif4 ,mais voici que ,rablot semblait avoir perdu jusqu'au got de la chasse4 ,mme en temps licite1 la carabine au ratelier1 la gibecire jete dans un coin1 le chien billant dans sa niche1 les mains dans les poches1 il se tenait au logis1 suivre1 d'un il morne1 les alles et venues de sa sur et des clientes de l'picerie4 ,ou s'il en sortait1 c'tait pour des promenades solitaires et sans but dans le voisinage4 ,a diverses reprises des moissonneurs lui signalrent des compagnies de perdreaux faciles dbusquer4 ,il les couta d'un air absent1 comme si l'information ne le touchait pas et persista dans son inaction4 ,plus encore1 il prit en grippe les murs d',alexandre1 ne l'accompagna plus au cabaret et refusa dsormais de favoriser ses rapines nocturnes4 ,il y eut certainement entre eux quelque explication orageuse huis-clos1 car le maraudeur quitta d'abord la maison puis bientt le village en profrant des injures et des menaces confuses l'adresse de celui qui avait t son hte exagrment bnvole4 ,a peine ,alexandre eut-il dlivr le pays de sa peu regrettable personne1 qu'on apprit son dcs4 ,ivre1 il s'tait couch sur les rails du chemin de fer1 prs de ,melun4 ,un rapide l'avait broy4 ,accident ou suicide8 ,on ne l'a jamais su4 ,ds le lendemain1 la nouvelle1 relate par un journal1 vint au village et produisit sur ,rablot une impression extraordinaire4 ,tandis que les gens de ,macherin la commentaient sans beaucoup d'tonnement1 vu l'intemprance clbre d',alexandre1 lui en parut trangement boulevers4 ,il n'mit pourtant aucune rflexion insolite mais il offrit aux observateurs une physionomie tellement terrifie qu'ils en conclurent que1 malgr la brouille1 ses relations avec le dfunt lui tenaient plus cur qu'on ne l'aurait cru4 ,de ce jour ,rablot changea vue d'il4 ,une tristesse profonde le rongeait4 ,il n'y avait plus trace du bon vivant1 la voix sonore1 aux gestes exubrants qui faisait retentir le village du bruit de ses exploits en tous genres4 ,quelques semaines le maigrirent1 le plirent1 firent de lui le fantme pitoyable du joyeux garon de nagure4 ,oisif1 il errait et l1 frlant les murs1 vitant les conversations1--comme la recherche perptuelle d'on ne sait quoi4 ,puis1 on cessa de le voir3 il gardait la maison1 usait les heures affal dans un fauteuil1 concentr en une songerie morose et ne rpondait aux questions inquites de sa sur que par cette phrase sommaire3--,je pense quelque chose qui ne regarde que moi444 ,t'en occupe pas444 ,bientt il se mit au lit n'en bougea plus et dclina rapidement4 ,des amis vinrent le voir qui s'efforcrent de le remonter4 ,il ne les renvoyait pas1 mais il marquait si peu d'intrt leurs dires1 il demeurait le regard si obstinment fix au plafond que les visiteurs1 pris de malaise1 ne tardaient pas se retirer tout dconcerts4 ,sa sur1 alarme de cette singulire maladie1 appela le mdecin4 ,celui-ci fut reu comme tout le monde1 avec une totale indiffrence4 ,rablot lui affirma qu'il ne souffrait de nulle part4 ,il y a seulement cela1 dit-il1 que je me sens trs faible et que je crois qu'on peut raboter les planches pour mon cercueil4 ,et puis tout m'est gal6444 ,le docteur1 ne sachant trop que prescrire1 recommanda vaguement les fortifiants4 ,rablot ne protesta point quand sa sur aligna sur la table de nuit des fioles et des botes de pilules4 ,mais il s'abstint d'y toucher4 ,comme de raison1 l'tat de cette me me proccupait et surtout depuis qu'tant tout fait en bons termes avec le mdecin1 je lui avais demand ce qu'il fallait penser du cas de ,rablot4 ,or il me confia que ce mal lui semblait relever de ma comptence plutt que de la sienne4 ,le jour o je fus renseign de la sorte1 la soire tait trop avance pour que je me rendisse ,macherin4 ,je dcidai donc d'attendre au lendemain1 et1 ds ma messe dite1 d'aller chez ,rablot4 ,je ne craignais pas d'tre rebut car sa sur pratiquait d'une faon assez suivie et lui-mme1 je vous l'ai dit1 m'avait toujours tmoign de la dfrence4 ,mais ,dieu abrgea le dlai1 voici comment4 ,vers dix heures1 je venais de terminer la rcitation de mon brviaire et j'allais monter me coucher quand la sonnette de l'entre retentit avec violence4 ,si tard1 ce ne pouvait tre que pour une raison grave4 ,je me htai d'ouvrir et1 la clart de la lune1 je reconnus ,henri ,brevard1 un jeune bcheron de ,macherin qui avait t l'un de mes enfants de chur jusqu' sa premire communion et que je comptais1 prsent1 parmi les membres les plus assidus de ma socit de tir4 ,il tenait sa bicyclette par le guidon et m'apparut trs press4 --,bonsoir1 ,henri1 lui dis-je1 il y a donc le feu que tu as sonn si fort8 ,tout essouffl de sa course1 il me rpondit3 --,ah monsieur le ,cur1 j'avais peur que vous soyez dj endormi et je voulais vous rveiller le plus vite possible4 ,excusez-moi1 mais ,rablot est trs mal2 on croit qu'il ne passera pas la nuit4 ,il vous rclame et comme il a galement fait chercher le maire et l'adjoint1 on suppose qu'il a quelque chose d'important rgler avant la fin4 ,c'est sa sur qui m'envoie et elle m'a charg de vous prier de ne pas perdre une minute4 ,aussi1 j'ai pris ma bcane4 --,tu as bien fait1 et le plus simple c'est que j'enfourche la mienne et que je t'accompagne4 ,ainsi cte cte1 nous fmes vite rendus ,macherin car la nuit tait sereine et la route en bon tat4 ,dans l'picerie1 avec la sur de ,rablot1 tout agite de chagrin et d'angoisse1 je trouvai le maire1 ,m4 ,brice1 qui est ce gros marchand de bois que vous connaissez et son adjoint1 le boulanger ,tourette4 ,tous deux semblaient fort tonns de cette convocation une heure aussi tardive4 ,aprs des salutations brves1 je me tournai vers la sur de ,rablot4 ,mais je n'avais pas ouvert la bouche qu'elle s'cria3--,je vous en supplie1 ,messieurs1 montez tout de suite voir ,alcide4 ,il dit qu'il va mourir et qu'il ne veut pas s'en aller sans avoir fait1 devant les autorits1 une rvlation qui lui pse sur le cur6444 ,il n'y avait pas dlibrer4 ,brevard se retire4 ,nous gravissons l'escalier et nous pntrons dans la chambre du malade4 tant donne mon exprience des agonies1 je saisis immdiatement que le pauvre homme tait en effet bien bas3 sa face1 jadis rubiconde1 tait livide1 luisait comme enduite d'une sueur funbre et ses doigts dcharns griffaient le drap comme s'il tchait de le ramener par-dessus sa tte4 ,aussitt qu'il nous aperut1 il eut une exclamation de joie et fit un effort pour nous accueillir3--,ah6 vous tes bons d'tre venus quand je vous appelais6 ,vous m'couterez1 n'est-ce pas8 ,mais il ne faudrait pas m'interrompre parce que je n'ai plus de forces et c'est important que j'aille jusqu'au bout de ce que je me suis jur de vous apprendre4 ,asseyez-vous tout prs de moi4 ,faire des crmonies eut t fort intempestif en la circonstance4 ,chacun prit une chaise et nous nous penchmes vers le moribond4 ,alors1 d'une voix lasse mais parfaitement distincte1 et o l'on percevait la volont de se librer d'une obsession longtemps secrte1 ,rablot pronona cet aveu3--,c'est ,alexandre et moi qui avons tu ,sampit444 ,le maire et ,tourette tressaillirent4 ,la sur poussa un gmissement lugubre4 ,et je ne pus retenir un geste d'pouvante4 ,rablot nous lana un regard de dtresse et se tordit les mains4 ,lamentable1 il reprit3--,je le savais que je vous ferais horreur444 ,et pourtant je dois parler ou ce serait pour rien que j'aurais tant souffert me rappeler mon crime444 ,par piti1 ne me tournez pas le dos1 coutez-moi6444 ,j'intervins3--,mon ami1 dis-je1 c'est ,dieu qui vous inspira de nous rvler cette faute affreuse4 ,qu',il en soit bni444 ,maintenant1 vous vous repentez et le sang vers crie contre vous4 ,soulagez donc votre me en peine4 ,nous vous couterons4 ,rablot me fit un signe de gratitude4 ,une lueur ranima ses prunelles presque teintes et il reprit3--,quand nous sommes sortis de prison1 nous tions furieux d'avoir eu le dessous avec ,sampit2 nous n'avions qu'une ide3 nous venger de lui4 ,mais je crois que1 ds lors1 ,alexandre avait rsolu de supprimer notre ennemi tandis que moi1 je ne voulais que lui donner une correction dont il se souviendrait longtemps4 ,ce n'est pas tout de suite que nous avons caus l-dessus4 ,o nous nous tions mis d'accord1 c'tait pour faire semblant d'tre intimids et pour viter toute occasion de procs-verbal afin qu'il ne se doute pas que nous mijotions une revanche4 ,et c'est ainsi1 que1 pendant trois mois1 nous avons suspendu la braconne4 ,srement1 je rageais de laisser le gibier en repos et je n'arrtais pas de rouler dans ma tte des combinaisons pour rduire ,sampit4 ,j'en rabchais l'oreille d',alexandre mais lui me rptait3--,patience1 nous ferons le ncessaire444 ,et1 en disant cela1 il avait un rire en coin qui n'annonait rien de bon pour le garde4 ,le jour du crime1 il sut m'entraner boire ds le matin4 ,d'ordinaire1 quand nous ribotions ensemble1 l'alcool me faisait jacasser1 chanter1 cabrioler jusqu' l'abrutissement final4 ,mais1 cette fois1 je n'avais pas envie de rire4 ,plus je buvais1 plus je devenais sombre4 ,cette pense me taraudait la cervelle et ne me quittait pas3 flanquer une telle leon ,sampit qu'il n'oserait plus nous espionner4 ,je proposai ceci3 le surprendre la brune1 nous masqus et dguiss1 le plonger dans le lavoir de ,gougny et lui garder la tte sous l'eau jusqu' qu'il soit presque asphyxi4 ,comme il faisait froid1 il attraperait tout au moins une fluxion de poitrine4 a le calmerait et1 durant qu'il serait se soigner1 nous aurions le champ libre4 --,c'est pas suffisant1 rpondit ,alexandre1 ce fouinard de malheur est solide1 il n'attrapera mme pas un rhume4 ,et il m'entonnait de l'eau-de-vie4 ,la nuit venue1 il jugea que j'tais point4 ,il me fixa de ses vilains yeux couleur de boue et il me dit sans plus de mitaines3--,la question1 ce n'est pas d'inventer une farce de gosse1 c'est d'carter dfinitivement ,sampit de notre chemin4 ,je l'ai suivi de prs1 depuis une quinzaine1 et je sais qu'il passera vers une heure aux monts de ,fay4 ,il y a du brouillard2 dans un moment1 tout le monde sera couch et personne ne nous verra sortir du village4 ,nous prendrons nos fusils et nous irons nous tapir un endroit que j'ai repr et quand il arrivera1--paf6 nous lui casserons une patte ou deux4 ,quoique j'tais bien saoul1 a me parut excessif4 ,je me rcriai car1--j'en fais serment devant ,dieu--je n'avais jamais eu le dsir d'estropier notre ennemi4 ,une rcle1 soit1 du sang1 non6444 ,alexandre m'coutait la bouche tordue de mpris et me traitait de foie-blanc4 ,puis1 remplissant mon verre1 il se mit me rappeler1 avec des mots venimeux1 toutes les vexations que le garde nous avait faites et cet air qu'il avait de se ficher de nous depuis notre condamnation4 ,tout ce baratage de mes ennuis finit par me mettre srieusement en colre et aussi je buvais coup sur coup sans y prendre attention4 ,rsultat1 je m'criai3--,eh bien1 a y est1 va pour le fusil et lche qui s'en ddit6444 ,a prsent1 j'tais comme fou et j'avais un brasier sous le crne4 ,nous chargeons nos fusils balle1 nous gagnons la colline et nous nous accroupissons dans un foss plein de fougre o nous tions trs bien cachs4 ,vers une heure1 comme ,alexandre l'avait prvu1 voil ,sampit qui s'amne4 ,il marchait lentement1 sans mfiance et il faisait la mine d'un qui a sommeil et qui ne serait pas fch d'avoir fini sa tourne4 ,sitt qu'il nous eut dpasss1 ,alexandre me chuchote3--,tire la jambe droite1 moi1 je vise la gauche444 ,sans raisonner1 sans hsiter1 j'ajuste et je presse la dtente--mais ,alexandre rserve son coup4 ,sampit trbuche1 pousse un cri et s'croule4 --,allons regarder sa gueule de prs1 me souffle ,alexandre4 ,nous approchons2 le garde nous voyant surgir devant lui1 tandis qu'il essayait de se relever1 nous dvisage tour tour4 ,je ne sais quelle figure je faisais mais j'tais dgris et dj je regrettais d'avoir tir4 ,mais ,alexandre avait un regard si terrible que ,sampit se sentit mort4 ,il se souleva1 comme il put1 sur son coude et me dit d'une pauvre voix chevrotante que j'entends toujours3--,rablot1 j'ai une femme et un enfant et je vais en avoir un autre6444 ,je l'aurais secouru1 je le jure1 mais1 avant que j'aie fait un pas1 ,alexandre hurle3--,tais-toi1 canaille6444 ,il met en joue1 vise droit au cur et tire4 ,sampit retombe1 avec un grand rle4 ,une seconde1 et tout fut fini444 ,rablot1 puis1 se renversa sur l'oreiller4 ,il tremblait1 de grosses gouttes de sueur lui glissaient du front4--,a boire1 murmura-t-il1 j'ai encore un peu dire444 ,sa sur lui apporta une tasse de tisane et lui essuya le visage4 ,puis1 sans que j'eusse besoin de l'encourager1 il reprit3--,vous savez comment nous avons russi viter l'arrestation4 ,tant que durrent les recherches1 j'tais surtout proccup de ne pas fournir d'indices la gendarmerie2 j'avais peur de la guillotine et cela m'empchait d'examiner ce qui se passait en moi4 ,mais lorsqu'il devint peu prs certain que je ne serais pas dcouvert1 voil que je ne pouvais plus penser qu' cette horrible affaire4 ,je revoyais le meurtre de ,sampit et1 aussi1 la mort de sa femme et de son enfant telle qu'on me l'avait raconte4 ,c'tait comme si l'on me trouait le cur et la tte avec une vrille4 ,j'en parlais ce misrable ,alexandre et pas pour m'en vanter--ah6 certes non6--,mais lui semblait tout fait insensible4 ,il se moquait de moi et il n'avait qu'un refrain3--,personne ne nous embtera plus444 ,une brute1 une pierre1 je vous dis6 ,cette faon ignoble d'envisager notre crime me dgota si fort que je ne tardai pas l'excrer4 ,vivre sous le mme toit qu'un pareil individu me fut insupportable4 ,je lui signifiai de dguerpir4 ,lui prtendit d'abord s'incruster4 ,alors1 je lui dclarai que s'il s'enttait j'irais nous dnoncer tous les deux la police4 ,et je crois que je l'aurais fait1 car j'aimais mieux n'importe quoi que de subir plus longtemps sa prsence4 ,il comprit que ce n'tait pas une phrase en l'air et il partit en me crachant de la haine la figure4 ,une fois seul je me sentis d'abord un peu soulag4 ,mais quand je lus sur le journal comment1 quelques jours aprs1 il avait t cras par un train1 j'eus froid dans les os4 ,je ne suis pas assez instruit pour vous expliquer trs nettement tout ce que j'prouvais4 ,ce que je puis vous affirmer1 parce que c'est la vrit mme1 c'est qu'il y eut comme une voix1 au dedans de moi1 qui me rptait3 ,alexandre a reu sa punition1 tu recevras la tienne6444 ,depuis ce moment1 je n'ai plus eu jamais faim1 je n'ai plus dormi4 ,et puis la chasse1 cela me dgotait3 rien que de regarder mon fusil me donnait la nause2 je voyais du sang sur la crosse6 ,et enfin1 continuellement1 j'entendais ,sampit me demander la vie et je me reprsentais sa femme cramponne son cadavre4 a1 c'tait le plus atroce6 ,j'en meurs1 frapp par le ,bon ,dieu--et je trouve que c'est juste444 ,il se tut1 joignit les mains et ferma les yeux4 ,dans la chambre1 on n'entendit plus que sa respiration haletante4 ,sa sur1 le tablier en tampon sur la bouche1 touffait des sanglots4 ,brice1 ,tourette et moi1 nous demeurions comme ptrifis sur nos chaises4 ,a la fin je me repris assez pour me lever et toucher ,rablot l'paule4 ,a ce contact1 il ouvrit les paupires1 et dit d'une voix tout entrecoupe et soudain toute dbile3--,monsieur le ,maire1 vous aurez1 n'est-ce pas1 la bont d'crire la justice ce que je viens d'avouer4 ,il ne faudrait pas qu'un jour ou l'autre1 un innocent soit inquit cause de mon crime444 ,le maire1 incapable d'articuler une syllabe1 acquiesa de la tte4 --,merci1 reprit ,rablot1 et merci de m'avoir cout jusqu'au bout4 ,et puis1 je vous dis adieu ainsi qu' ,tourette444 ,laissez-moi seul avec ,m4 le ,cur1 nous avons encore causer lui et moi444 ,je reconduisis les assistants jusque sur le palier4 ,personne n'avait formul la moindre rflexion4 ,mais quand nous fmes hors de la chambre ,m4 ,brice dit1 d'un ton qui prouvait la violence de son motion3--,monsieur le ,cur1 avant d'avoir entendu ce malheureux1 je ne croyais pas grand'chose4 ,maintenant1 je sais que ,dieu existe4 --,pour sr1 ,m4 ,brice a raison1 appuya ,tourette1 moi1 je pense comme lui444 ,je pris cong d'eux fort remu1 moi aussi1 et je retournai au chevet de ,rablot4 ,la grce divine m'octroya ce qu'il fallait dire pour l'assister durant son agonie4 ,je le confessai1 je l'exhortai4 ,au cours de ce dernier entretien1 je ne cessai d'admirer combien la souffrance morale1 issue du remords1 avait affin cette me dsormais soustraite au ,dmon4 ,ensuite1 le matin tant venu1 j'allai dire ma messe et je revins tout de suite aprs1 apportant l',extrme-,onction et le ,saint ,viatique4 ,rablot n'avait plus la force de parler mais il gardait sa connaissance et ses regards me prouvaient qu'il s'unissait humblement mes prires4 ,les rites accomplis1 je me rassis1 prs de lui1 et ma main dans sa main1 je commentai doucement l'vangile sur ,lazare4 ,comme je prononais la phrase ,je suis la ,rsurrection et la vie1 ,rablot exhala un long soupir et entra dans la paix de ,celui qui nous a donn cette parole444 ,il avait fait un testament qui dsignait sa sur comme lgataire universelle charge de verser1 chaque anne1 une somme suffisante pour assurer le ncessaire l'orpheline des ,sampit#g4 #g ,sampit le seul nom de personne qui n'ait pas t modifi au cours des deux rcits qu'on vient de lire4 ,plusieurs guides de la fort indiquent l'endroit o s'lve le monument commmoratif1 entre autres1 celui de ,charles ,collinet4 ,l'abb ,moret1 ayant achev son rcit1 s'absorba dans une mditation profonde que je me gardai de troubler4 ,ce ne fut qu'assez tard dans la soire qu'il parla de nouveau4 ,il dit trs bas1 comme en oraison3--,violenti rapiunt clum444 ,jsus erre par le monde1 cherchant des mes pour les embraser au foyer de son cur douloureux4 ,les tides1 ceux dont il a1 lui-mme1 prcis qu'il les vomissait ne souponnent gure sa prsence4 ,mais les ardents1 les violents sont l'objet chri de sa sollicitude4 ,afin de s'acqurir leur nature imptueuse1 il les met en croix1 sa droite1 sur le ,calvaire4 ,l'orgueil de vivre se brise en eux par la souffrance et ces prouvs lui demandent humblement de ne pas les oublier lorsqu'il sera dans son royaume4 ,le ,matre leur rpond3--,mon royaume1 c'est ton me2 j'y fais briller l'aube de ta rdemption et les premires clarts du ,jour qui n'aura pas de fin4 ,alors1 pressentant la ,batitude1 ils s'en vont1 pleins d'amour et d'esprance1 parfaire leur rachat en ,purgatoire444 ,,au ,,jardin ,,de ,,la ,,souffrance ,la souffrance1 quand la ,grce l'accompagne1 est un grand prtre qui dispense des mystres inconnus ceux qui n'ont pas souffert4 ,,robert-,,hugh ,,benson3 l',amiti de ,jsus4 ,dans mes livres prcdents1 j'ai nomm plusieurs fois ,lapillus et l'on m'a demand si ce personnage tait un tre de fiction ou s'il existait rellement4 ,eh bien1 ,lapillus existe4 ,mais1 comme il a choisi pour devise cette phrase de l',imitation3 ,nesciri et pro nihilo reputari et qu'il la met en pratique autant qu'il le peut1 je ne donnerai pas beaucoup de dtails sur lui4 ,toutefois1 je spcifie que c'est un mystique1 c'est--dire un contemplatif qui1 suivant l'expression de l',aropagite1 non seulement comprend mais encore sent les choses de ,dieu#h4 ,pour le surplus1 j'ajouterai qu'ayant1 comme lui1 vcu longtemps dans la fort1 aimant1 comme lui1 la solitude et l'oraison1 tant1 comme lui1 presque toujours malade1 je partage ses faons de voir sur un grand nombre de points4 ,ce sont quelques-unes de ses rflexions1 notes fraternellement la suite de nos entretiens1 que je rapporte ci-dessous4 ,peut-tre seront-elles profitables aux mes de bonne volont qui estiment qu'ici-bas cultiver et accrotre en nous l'amour de ,notre-,seigneur constitue l'essentiel de notre raison de vivre4 #h 4 7,pseudo-,denis l',aropagite3 ,des noms divins1 ,,ii1 #i74 ,la traduction donne le sens1 maie elle ne rend pas toute l'nergie synthtique du texte grec4 ,il importe de remarquer que cette formule n'a trait qu' la ,mystique divine1 car le diable tant le singe de ,dieu--il y a une contrefaon diabolique dont des exemples contemporains nous sont fournis par ,raspoutine et1 dans un autre ordre de faits1 par la ,mesmin et ses adeptes4 ,il existe aussi certaines dispositions naturelles qui prsentent quelques ressemblances superficielles avec les grces que ,dieu envoie aux contemplatifs4 ,mais le propre de l'tat mystique conforme l'orthodoxie c'est qu'il est toujours accompagn d'asctisme persvrant et d'une soumission totale l'glise4 ,or ce n'est certes pas le cas des faux mystiques qui1 selon leur nature impulsive1 se montrent rebelles toute discipline et encore moins le cas de ceux qui s'infodent ,satan par sensualit ou par orgueil4 ,il tait indiqu de rappeler ces notions lmentaires dans un temps o l'on voit des politiciens ineptes se jeter la tte le terme de mystique comme une injure et aussi des mdecins et des physiologistes entasser1 avec une assurance bouffonne1 des dissertations sur les ,mystiques o l'ignorance religieuse le dispute l'infatuation matrialiste4--,a signaler galement les divagations de l'hrsie4 ,exemple3 un moderniste incurable1 ,m4 ,henri ,brmond1 dans un livre dcousu et bcl1 comme presque tout ce qu'il publie1 assimile l'tat d'me mystique l'tat d'esprit romantique4 ,m4 le chanoine ,halflants1 thologien expert et bon lettr1 l'a1 d'ailleurs1 rfut d'une faon dfinitive dans ses tudes de critique littraire 7#a vol4 chez ,giraudon74 99 99 99 99 99 ,,hortus ,,conclusus4--,il est un jardin clos de murailles si leves que ceux qui craignent la souffrance ne les franchiront jamais4 ,sa porte ne s'ouvre qu'aux prdestins dont les pieds se sont meurtris suivre docilement ,jsus dans la voie douloureuse--jusqu'au ,golgotha4 ,autour du jardin1 le monde se vautre dans une fange de luxure strile et d'or putride4 ,les affols de la chair poursuivent vainement l'infini en ces galas dcevants que le ,prince de l',orgueil et de la ,rvolte offre aux convoitises de leurs cinq sens4 ,d'autres1--devant l'idole peinte de couleurs criardes qu'ils invoquent sous le nom de ,progrs1--jurent que demain1 sans faute1 les pauvres sciences humaines leur livreront le secret du bonheur universel4 ,tous1 reniant le ,dieu qui les cra1 lui signifient3--,nous ne voulons plus de toi1 nous ne croyons plus en toi4 ,depuis que nous t'avons chass de notre me1 nous connaissons la joie de librer nos instincts6444 ,la joie8--,mais alors1 pourquoi l'cho de leurs clameurs rsonne-t-il si tristement aux oreilles des lus de la ,croix qu'un rayon du ,saint-,esprit conduisit au jardin de la souffrance pour leur enlever toute envie d'en sortir8 ,c'est que l s'panouissent foison les roses de l'amour divin--roses de pourpre1 roses lumineuses1 roses du paradis entes sur un glantier de la terre1 roses dont le parfum baigne l'me qui le respire dans un fleuve d'ternelle ,jouvence4 ,la jardinire qui assemble1 en sept massifs1 toutes ces roses1 c'est ,notre-,dame des ,douleurs3--,cueille celle-ci1 nous dit-elle1 et encore celle-ci et puis celle-l1 et cette autre444 ,n'hsite pas te dchirer les doigts aux pines qui dfendent leurs tiges2 chaque blessure te vaudra un surcrot de grces4 ,maintenant1 serre cette gerbe contre ton cur afin que lui aussi soit maintenant dchir comme le mien ne cesse de l'tre tant que dure l'agonie de mon ,fils444 ,et quand nous lui avons obi1 elle nous commande de porter notre rcolte embaume et sanglante aux pieds du haut ,crucifix qui1 d'un tertre abrupt1 domine le jardin4 ,nous faisons notre offrande4 ,et ,notre-,dame1 montrant les chemins qui sillonnent les massifs1 nous dit encore3--,dans le jardin de la souffrance1 tous les sentiers partent de la ,croix1 reviennent la ,croix4 ,fleurir la ,croix1 c'est la joie unique1 celle que le monde ne peut ni ressentir ni concevoir4 ,a ces mots1 l'allgresse du sacrifice dborde de notre me4 ,nous nous agenouillons et nous chantons3 ,sancta ,mater1 istud agas3 ,crucifixi fige plagas ,cordi meo valide6444 ,et le parfum des roses1 avec notre cantique1 monte1 comme un encens1 vers l',agneau de ,dieu1 immol pour notre salut et pour celui des malheureux qui1 l'ayant reni1 s'enlisent--l-bas1 hors des murs1--dans le marcage o les gara la danse railleuse des feux-follets que le ,dmon y allume sans trve444 99 99 99 99 99 ,,beata ,,solitudo4--,a diverses reprises1 j'ai rencontr des gens qui me demandrent si je ne m'ennuyais pas dans ma solitude4 ,a chaque fois1 j'ai pu leur rpondre3--,d'abord1 amis1 si je m'y ennuyais1 rien ne me serait plus facile que de la faire cesser1 tant donn qu'elle est volontaire4 ,mais il y a autre chose1 ceci3 plus je suis seul1 moins je suis seul4 ,cette assertion parut les tonner4 ,je leur expliquai3--,rappelez-vous ce que dit ,notre-,seigneur3 ,si quelqu'un m'aime1 il gardera ma parole et mon ,pre l'aimera et nous viendrons lui et nous tablirons en lui notre demeure4 ,or1 d'une faon bien imparfaite1 mais en m'appliquant le servir l'exclusion de tout autre matre1 j'aime ,jsus4 ,comme1 passant outre l'insuffisance du pauvre logis que je lui offre1 il daigne me faire l'incomparable faveur d'y venir1 j'en carte les intrus1 savoir1 autant qu'il m'est possible1 toute pense1 tout sentiment qui ne seraient pas de son obdience4 ,pour cela1 j'ai besoin de la solitude4 ,certes1 cette ncessit m'est personnelle et ne signifie point que je tiens la solitude dont il lui plut de m'inspirer le got pour une rgle que tout fidle doit observer4 ,je n'oublie pas que ,jsus a dit galement3 ,il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon ,pre4 ,je sais qu'ils sont en nombre ceux que ,jsus dsigne pour le servir parmi les hommes1 qu'ils reoivent des grces cet effet et que celles qui font de moi un solitaire par dilection ne me donnent nullement le droit de m'estimer suprieur mes frres dans la foi4 ,je constate simplement le fait suivant3 depuis que ,jsus me veut dans la retraite1 depuis qu'en sa charit ineffable1 il m'y confre le privilge purement gratuit de sa prsence habituelle1 le monde m'apparat un dsert1 la terra invia et inaquosa du ,psalmiste4 ,la plupart des discours que j'y entends me produisent une impression pnible2 c'est comme si des grains de sable1 emports par le vent1 n'arrtaient pas de me cingler cruellement les oreilles4 ,je ne puis donc plus m'attarder dans les endroits o s'agitent les foules4 ,si le service du ,matre m'oblige d'y faire un bref sjour1 ds ma tche accomplie1 je me hte de regagner l'oasis o ,jsus m'attend3 ma bien-aime solitude4 ,l1 c'est la grande paix1 c'est l'oraison silencieuse o le rayonnement de ,jsus transforme l'humble demeure en une basilique toute illumine d'or solaire4 ,l1 que je veille ou que je dorme1 que des souffrances physiques me remmorent ma condition de crature pcheresse ou que le ,mauvais tempte pour forcer la porte de mon me1 je ne suis jamais seul puisque je sens que mon ,sauveur ne me quitte pas4 ,peut-tre que cette certitude provient d'une illusion8 ,alors mme je remercierais ,jsus de la permettre car1 rgissant toute ma vie intrieure1 elle m'infuse la pleine conscience que1 ,lui absent1 je suis le plus fragile des fils d've4 ,mais je contemple mon ,dieu4 ,le contemplant1 je dcouvre qu'au regard de cette ,beaut absolue1 j'ai laiss mon me se rendre difforme par complaisance pour les choses prissables et1 me souvenant qu',il l'a cre son image1 j'ai honte d'avoir si mal travaill la rectifier d'aprs ce modle de toute perfection4 ,heureusement1 la misricorde de ,jsus m'ayant fait sentir qu'il a tabli en moi sa demeure1 je comprends dsormais que je dois lui cder la place4 ,avec ,jean le ,prcurseur1 je m'crie3--,il faut que je diminue pour qu',il grandisse6--,et je me mets l'uvre pour n'tre plus que le tapis o il posera ses pieds adorables4 ,ainsi1 peut-tre1 raliserai-je un jour ce qu'exprime le cri de saint ,paul3--,ce n'est plus moi qui vis1 c'est le ,christ qui vit en moi6444 ,la tche est effrayante mais que vaut le chrtien qui1 n'accordant ,jsus que l'antichambre de son me1 se rserve un large salon pour y gonfler l'aise cette baudruche ridicule3 son orgueil8 ,je ne veux pas tre celui-l4 ,toutes mes nergies s'emploieront m'effacer devant ,jsus par l'abngation de moi-mme4 ,si j'choue1 je n'aurai en accuser que mon peu de foi1 mon peu d'esprance1 mon peu de charit2 car1 lorsqu'il me prescrivit la voie troite1 mon ,matre m'en facilita l'accs par ces deux grces inapprciables3 l'amour de la solitude--et la souffrance4 99 99 99 99 99 ,,per ,,viam ,,dolorosam4--,il y a environ dix ans que je suis malade1 mais ce n'est gure que depuis quatre ans qu'il plu ,notre-,seigneur de me faire appliquer autrui le bnfice de toutes mes souffrances4 ,certes1 auparavant1 je ne me confinais pas dans une pratique goste2 je priais tous les jours pour l'glise et pour ceux qui ne prient pas4 ,seulement1 il ne m'tait pas encore venu l'esprit de me conformer davantage la ,passion du divin ,matre en usant de mes preuves comme d'un trsor qui me serait inpuisable pour le soulagement ou le rachat du prochain4 ,cette lumire me fut donne un soir o je lisais le commencement de la ,i,ie ptre de saint ,paul aux ,corinthiens4 ,le voici3 ,bni soit ,jsus-,christ qui nous console dans toutes nos afflictions afin que nous puissions1 nous-mmes1 consoler aussi ceux qui sont sous le poids de toute sorte de maux4 ,car1 comme les souffrances du ,christ abondent en nous1 c'est aussi par le ,christ que notre consolation abonde4 ,si nous sommes dans l'affliction1 c'est pour votre encouragement et votre salut2 si nous sommes consols1 c'est pour votre consolation444 ,ces phrases brlantes1 toutes radieuses des feux du ,paraclet1 portrent dans mon me une chaleur et une clart soudaines4 ,je vis1 je sentis que la solidarit des fidles se manifeste surtout par l'entraide dans la souffrance et que1 de la sorte1 comme le dit ailleurs l',aptre1 ils accomplissent ce qui manque aux souffrances du ,christ pour son corps qui est l'glise4 ,je sus que1 dsormais1 j'aurais porter la croix non seulement pour moi-mme mais1 de prfrence1 pour quiconque reoit le divin fardeau avec joie1 avec rsignation1 avec peu de courage ou avec murmures4 ,et l'assurance m'tant donne que la consolation abonderait en mon me la mesure de mon sacrifice1 je me mis l'uvre sans retard4 ,a la messe quotidienne1 la communion1 j'offris mes souffrances des intentions de tout genre3 pour la patrie que dchirent des factions athes1 pour les pauvres miens1 vaguant dans les tnbres d'une morne indiffrence1 pour ceux dont la sollicitude dlicate assiste le vieil clop que je suis1 pour les mes trs chres qui1 par leur ferveur renouvele1 m'attestent que le mince lopin dont ,dieu me confia le labour dans le champ de l'glise ne produit pas d'ivraie1 pour les brebis gares1 pour les dserteurs qui1 ayant un matin vu le soleil se lever sur le ,calvaire1 lui ont tourn le dos et n'ont pas tard rejoindre la nuit d'o ils venaient1--pour bien d'autres encore444 ,soit que j'eusse assez de force pour aller recevoir l',eucharistie1 soit qu'un surcrot de malaise me retnt la chambre1 je n'prouvai plus1 en ce qui me concerne1 que le besoin de formuler cette prire3--,seigneur1 faites que ma volont soit toujours la vtre4 ,rien de plus et tout le reste3 oraisons1 grces reues par la ,sainte ,hostie1 grces reues par le renoncement au monde1 souffrances continuelles de mon corps dlabr1 je les apporte ,jsus afin que1 frappant ces mdailles son effigie1 il les distribue aux mes qu'il daigne dsigner son esclave infime4 ,il s'ensuit qu'au rveil1 ds les yeux ouverts1 je demande3--,seigneur1 au service de qui devrai-je souffrir aujourd'hui8 ,il est rare que j'aie rflchir1 la rponse me vient en gnral tout de suite et parfois d'une faon bien inattendue444 ,ici1 ,lapillus hsitait continuer4 ,mais j'insistai si fort pour en apprendre davantage qu'il finit par me cder4 ,il reprit3--,depuis longtemps1 j'ai coutume de prier pour les agonisants4 ,j'y suis incit par une inscription lue nagure dans une chapelle de religieuses clotres4 ,un matin que j'y entrais pour assister la messe1 je remarquai une petite pancarte accroche au-dessus du bnitier et o ces mots taient tracs3 ,on rappelle humblement aux personnes qui prendront part au ,saint ,sacrifice dans ce sanctuaire qu'en ce moment mme des mes vont comparatre devant ,dieu et on les recommande leurs prires4 ,ce memento m'impressionna4 ,je me reprsentai qu'en effet1 nous oublions trop facilement qu' chaque minute de notre existence transitoire1 le doigt de la mort fait signe des mes souvent mal prpares pour le jugement1 souvent aussi abandonnes de tous et qui se tordent dans les angoisses d'une agonie que hante le spectre de la dsesprance4 ,pis encore1 il en est qu'une longue pratique de l'impit pousse refuser le secours de l'glise4 ,j'prouvai une violente compassion pour ces mes la drive qu'un fleuve obscur emporte vers cet ocan sans limite3 l'ternit bienheureuse ou jamais malheureuse et je pris la rsolution-- quoi je n'ai pas manqu--d'offrir tous les jours une prire pour ces infortuns4 ,mais je ne le faisais que d'une faon collective moins que je ne fusse inform que quelqu'un de mes relations se trouvait sur le point de mourir4 ,or1 il n'y a pas trs longtemps1 j'avais eu subir1 pendant une nuit entire1 un redoublement du mal qui me tient4 ,au lever1 je me sentis si affaibli par cette crise que j'eus peine m'habiller pour la messe4 ,je me forai cependant1 l'exprience m'ayant appris que pour un valtudinaire le meilleur des remdes c'est l',eucharistie4 ,a l'glise1 ds mon arrive1 je m'agenouillai sur mon prie-,dieu et1 comme l'habitude1 je me recueillis afin de connatre quelle intention j'offrirais mes souffrances de la journe qui commenait4 ,aussitt1 avant que j'eusse pens qui que ce soit1 il me sembla que j'tais transport dans une chambre que je n'avais jamais vue et auprs d'un agonisant totalement inconnu de moi4 ,de chaque ct de son lit1 deux femmes priaient ardemment et1 de temps autre1 par des phrases timides1 essayaient de le dcider recevoir un prtre4 ,mais1 d'un branle de tte ngatif1 il repoussait leurs instances et je devinais que si l'tat d'extrme affaiblissement o il tait rduit ne l'en et empch1 il aurait profr des blasphmes tant le dmon de l'impit le possdait fond4 ,comment te dire8444 ,je voyais son me1 et les sentiments de haine contre ,dieu qui la corrodaient m'inspiraient simultanment de la terreur et de la piti4 ,il me sembla que je recevais intrieurement l'ordre formel de lui venir en aide4 ,j'obis3 cette messe1 et la communion que j'y reus1 je les ddiai sa rdemption4 ,puis1 durant tout le ,saint-,sacrifice1 chaque fois que mon mal me lancinait1 je rptais3--,seigneur ,jsus1 j'accepte cette douleur avec joie pour le salut du malheureux qui m'est montr ce matin444 ,ce disant1 j'avais confiance que cette prire serait exauce mais je spcifie que la curiosit ne me venait pas de me renseigner sur celui au profit de qui elle porterait fruit dans le cur du ,bon ,matre4 ,j'en fus pourtant inform2 voici comment3 le lendemain je rencontrai une veuve d'une haute pit dont je savais qu'elle dpensait toute son existence consoler des familles dans la peine4 ,des circonstances inutiles rapporter nous avaient mis en relations4 ,d'ailleurs1 je ne la voyais que rarement et nos entretiens taient brefs1 car la mission de dvouement o elle s'absorbait ne lui laissait que peu de loisirs4 ,mais ce m'tait toujours un rconfort d'entendre la voix si douce de cette sexagnaire et d'admirer dans son regard1 ingnu comme celui d'un enfant1 le feu sacr qui lui consumait l'me4 ,elle me dit de prime-saut3--,je suis bien contente6444 ,figurez-vous que je m'intressais un pauvre homme1 franc-maon militant et qui1 depuis des annes1 combattait l'glise avec rage4 ,sa femme et sa fille sont de ferventes chrtiennes4--,elle pronona leur nom et c'tait celui de personnes dont je n'avais jamais entendu parler4--,puis elle poursuivit3--,jugez combien ces dames1 avec qui je suis lie1 ont souffert de vivre auprs d'un ennemi acharn de leur foi dont ni l'affection qu'elles lui prodiguaient ni leur patience supporter ses outrages et ses moqueries n'avaient pu attnuer la fureur anti-religieuse4 ,il y a une quinzaine1 une nphrite l'a pris qui s'est aggrave rapidement4 ,il fut bientt au plus mal et le mdecin le dclara perdu4 ,il se rendit compte de son tat mais on aurait dit que le sentiment de sa fin prochaine surexcitait son esprit sectaire car il n'arrtait d'invectiver la religion4 ,j'aidais mes amies le soigner et je vous affirme qu'il nous fallait le secours d',en-,haut pour ne pas reculer devant le flot d'invectives sacrilges que vomissait sa bouche4 ,aussi1 nous nous attachions multiplier les prires et j'en demandais de tous cts444 ,eh bien1 ,dieu nous entendit4 ,hier matin1 vers sept heures1 le malade tomba dans une grande prostration4 ,il baissait vue d'il4 ,sa femme et sa fille lui demandrent trs doucement de recevoir un prtre4 ,il ne pouvait plus parler1 mais1 d'un mouvement de tte opinitre1 il refusait d'accder leur dsir et nous ne pouvions nous tromper sur son endurcissement car ses yeux ne cessaient d'exprimer la colre et l'impit4 ,nous nous disions1--avec quel chagrin6--qu'il s'en irait sans s'tre rconcili4 ,ne sachant plus que faire1 je me prosternai sur le carreau1 j'invoquai le ,sacr-,cur et le suppliai mentalement de faire qu'un miracle de conversion se produist avant qu'il ft trop tard444 ,chose singulire1 tandis que je priais1 j'avais comme l'intuition que1 quelque part1 au dehors1 sur l'ordre de ,notre-,seigneur1 on agissait pour le sauvetage de cette me si proche du ,dmon4 ,tout--coup1 la fille s'crie3--,regardez-le6444 ,anxieuses1 nous nous rapprochons du moribond et nous demeurons stupfaites444 ,monsieur1 sa physionomie tait transfigure4 ,sardonique et comme couverte d'ombre quelques secondes auparavant1 elle marquait prsent une humilit totale et semblait claire d'une lumire indicible4 ,et il parle et il dit3--,je vois6444 ,je veux me confesser444 ,que voyait-il8 ,nous ne l'avons pas su4 ,sans perdre de temps l'interroger1 je courus chez le vicaire de la paroisse4 ,en le ramenant1 je lui appris ce qui venait de se passer et il fut trs mu car il n'ignorait pas le pass du malade4 ,celui-ci attendait le prtre avec anxit4 ,il se confessa1 reut l',extrme-,onction et demanda pardon sa femme et sa fille de les avoir si sauvagement perscutes4 ,un quart d'heure aprs1 il rendit doucement son me ,dieu444 ,quelle merveille1 n'est-ce pas6444 ,j'aurais voulu lui demander de me prciser quelques points de ce rcit sommaire4 ,mais la sainte femme tait attendue et cela pressait4 ,elle me le dit en s'excusant de me quitter aussitt et en me promettant de venir chez moi ds qu'il lui serait possible afin de m'exposer ses conjectures touchant certains dtails de cette extraordinaire agonie4 ,malheureusement1 nous n'emes pas l'occasion de nous retrouver ensemble4 ,peu aprs1 je dus faire un voyage qui eut cette consquence que je me fixais dans un autre endroit1 de sorte que je n'en ai pas appris davantage4 ,mais il va sans dire que ma pense se reporte souvent cette pisode de ma vie errante4 ,peut-tre est-ce de la prsomption3 je ne puis m'empcher de croire qu'il y eut autre chose qu'une concidence fortuite entre l'image qui me fut impose la messe et le fait indubitable de cette conversion in extremis444 ,lapillus se recueillit quelques instants puis il reprit3--,je te l'ai dj dit3 nous baignons dans le ,surnaturel4 ,chez la plupart de nos contemporains dont les yeux sont oblitrs par une taie de matrialisme1 la notion s'en est perdue4 ,et1 chose plus triste1 il ne manque pas de catholiques qui raisonnent et agissent de faon faire supposer qu'ils partagent cet aveuglement4 ,mais lorsqu'on met du bon vouloir souffrir avec ,jsus1 on acquiert de la lucidit4 ,car c'est seulement du haut de la ,croix qu'on dcouvre le monde non tel que les gens du sicle se le reprsentent mais tel qu'il existe au regard de la ,sagesse ternelle4 99 99 99 99 99 ,,stella ,,matutina4--,une nuit vient de passer qui fut d'insomnie et de fivre4 ,voici que l'ombre se retire pas pas et que1 les yeux fixs sur la fentre1 je commence dcouvrir1 entre deux toits en pente1 un petit coin de ciel pur o blanchit la premire lueur de l'aube4 ,une toile discrte y scintille qui bientt s'effacera dans la clart grandissante444 toile du ,matin1 sourire de ,notre-,dame1 tu me pacifies1 tu me vivifies1 tu cartes les spectres qui1 durant ces heures1 si lentes s'couler1 hantaient ma veille douloureuse1 pesaient sur ma poitrine et troublaient de leurs chuchotis incohrents le silence nocturne6444 --,mon enfant1 dit ,notre-,dame1 afin que tu supportes1 avec abngation1 la journe de souffrance qui se prpare1 je vais maintenant te faire entendre l'hymne annonciateur de la ,rdemption tel qu'il sonne pour les bien-aims de mon ,fils1 depuis ,nazareth4 ,alors1 d'un clocher voisin1 l',angelus s'lance et ses notes argentines se dispersent dans l'atmosphre immobile comme un vol de colombes aux ailes d'arc-en-ciel4 ,une fois de plus1 le ,verbe se fait chair1 une fois de plus1 pour achever la ,passion il consent souffrir uni au plus faible de ceux qu'il tira de l'abme4 ,mon cur bat doucement au rythme du cantique2 mes paupires se ferment enfin4 ,murmurant un ,ave ,maria je m'assoupis dans la nappe d'or glorieux dont le soleil levant emplit la chambre4 ,et1 comme en rve1 je sens la main frache de la ,vierge maternelle me caresser le front444 ,plusieurs qui erraient1 par les labyrinthes dsols de la vie1 sur ce globe o la btise et la mchancet humaines s'acharnent dformer l'uvre de la ,cration1 ont connu cette merveilleuse tendresse de l',immacule4 ,tel1 l'auteur d'un livre posthume1 rcemment paru et que j'ai sous les yeux3 ,jacques ,rivire4 ,soldat au dbut de la guerre1 fait prisonnier par les ,allemands la fin d'aot #aiad1 il fut intern au camp de ,koenigsbrck o il passa plus de trois ans4 ,l1 parmi les tristesses et les rancurs de la captivit chez les barbares hrtiques1 la ,grce le toucha4 ,comme il avait peu prs perdu la foi depuis quelques annes1 il ne se rendit pas sans luttes4 ,ainsi qu'il arrive toujours1 dans les crises d'une conversion1 le ,mauvais multipliait les embches pour entraver sa marche vers la ,lumire4 ,un de ses amis crit ce sujet3 ,parce qu'il a t en perptuel dbat avec lui-mme et dans une incessante difficult avec son propre cur1 nous avions craint que ,jacques ,rivire ne ft en pril4 ,nous nous mettions en peine4 ,c'est1 en effet1 avec un sentiment de tristesse que nous le voyions incertain1 opprim par le dtail1 encombr par sa complexit4 ,nous avions cru devoir stigmatiser--comme il disait--son inquitude1 car nous sentions qu'il prenait refuser de se rduire sous le prtexte d'y voir clair1 une sorte de dlectation morose qui l'loignait de ,dieu1--de la terrible simplicit de ,dieu4 ,parmi ces luttes1 aux heures o il laissait l'oraison mettre de l'ordre dans ses sentiments1 il crivit des pages de mditation religieuse que j'estime singulirement pntrantes4 ,nous l'y dcouvrons avec cette me pnitente1 sature de tendresse1 agrandie de misre1 vraiment ivre de renoncement que la guerre lui avait faite1 et qui1 comme blouie par la ,lumire divine1 s'est sentie1 l'heure de mourir1 miraculeusement sauve4 ,en effet1 ,rivire est mort1 l'an dernier1 jeune encore1 et tout--fait reconquis la ,vrit unique#i4 ,voici un fragment de son livre o l'intercession de la ,vierge apparat vidente3 #i ,le livre de ,jacques ,rivire s'intitule ,a la trace de ,dieu 7#a vol4 chez ,gallimard74 ,on le signale comme auxiliateur pour les jeunes intellectuels qui hsitent la croise des routes de la pense contemporaine4 ,hier soir1 en rcitant le ,salve ,regina1 encore une de ces dcouvertes dlicieuses comme on en fait de temps en temps dans les prires2 une de ces phrases faites pour moi1 que j'avais prononces jusqu'ici sans en sentir le got1 dont tout coup le dlice s'est dli dans ma bouche3 ,et ,jesum1 benedictum fructum ventris tui1 nobis post hoc exsilium ostende6 ,promesse qui m'est faite dans l'exil1 volupt qui m'est tendue doucement au fond de cet abme o je suis4 ,tout un rseau1 tout un nid de bonheur encore1 pos dans mon avenir que je n'ai plus qu' attendre1 qu' atteindre4 ,jsus1 comblez-moi de vous1 quand je serai sorti d'ici4 ,que je ne vous oublie pas6 ,que je ne sois plus jamais sans vous6 ,que votre tendresse fonde mon cur6 ,donnez-moi cette dissolution au lieu des autres6 ,comme il est mystrieux que les prires soient ainsi prpares l'unique1 qu'elles gardent dans leurs plis des mots qui se trouveront tout coup1 pour celui-ci ou celui-l1 d'une proprit1 d'une pertinence ineffables4 ,cela parle comme vous-mme1 avec votre tour et votre intonation6 tranges rserves1 prodigieux secours mnags par ,dieu avec cette adresse providentielle qui fait servir le gnral au particulier1 qui met l'universel au service de chacun4 ,toute mon me tout coup rsume dans quelques humbles paroles1 uses1 limes1 polies par des millions de lvres1 plus neuves pourtant1 plus prochaines1 plus personnelles que toutes celles que j'eusse su inventer4 ,toujours le miracle le plus simple4 ,ainsi1 la ,sainte ,vierge accueille toute prire mise d'un cur simple et confiant4 ,inutile de se battre les flancs pour lui adresser des vocables insolites2 les mots qui1 depuis des sicles1 servent aux plus humbles des fidles suffisent et mme ils expriment nos tats d'me les plus anxieux et les plus complexes4 ,c'est que ,marie porte en elle la plnitude de la ,grce1 l'amour de ,dieu intgral4 ,sa mission1 c'est de nous distribuer les aumnes de la ,sainte-,trinit4 ,donc1 lorsque nous disons ,ave ,maria ou ,salve ,regina1 nous sommes assurs qu'elle nous entend1 qu'elle tourne vers nous ses regards de misricorde et qu'elle nous conduit par ,jsus notre ,sauveur1 ,jsus et en ,jsus4 99 99 99 99 99 ,,super ,,hanc ,,petram4--,pendant plus de quatre ans1 les prtendus civiliss se sont massacrs sur terre1 dans les airs et sous les eaux depuis les confins du ,ple ,nord jusqu'au ,golfe ,persique4 ,rsultat3 dix millions de cadavres1 vingt millions de mutils1 des ruines innombrables1 une recrudescence de haine entre les peuples qui portaient jadis le beau nom collectif de chrtient4 ,c'est ce que divers charlatans1 masqus de philanthropie ventuelle1 nomment le ,progrs4 ,a prsent1 ils nous affirment que1 l'ide de ,dieu tant expulse des intelligences capables de raisonnement1 l'humanit se chrira bientt en chacun de ses membres et posera ainsi les fondements du temple sublime o elle s'adorera elle-mme4 ,afin que cette prophtie se ralise ils se sont runis en un aropage sur les bords d'un lac qui n'a rien de commun--et pour cause--avec le lac de ,gnzareth4 ,l1 ils ont dclar qu'ils avaient pour but d'tablir la paix perptuelle dans le monde4 --,ils aboutiront1 s'crient les ,loges maonniques de toute langue1 car1 se gardant bien d'invoquer la bndiction divine sur leurs travaux1 ils en ont cart le personnage qui porte ce titre jamais prim3 ,vicaire de ,jsus-,christ4 ,nous ne sommes plus au ,moyen-,age1 poque de tnbres1 comme n'en ignore quiconque reut le bienfait d'une ducation sainement laque4 ,aujourd'hui1 les ,droits de l',homme ont remplac les ,commandements de ,dieu4 ,par consquent3 silence au ,pape6444 ,or1 tandis que les sectateurs du ,progrs dgrossissent leurs matriaux pour reconstruire la ,tour de ,babel1 sur cime o rayonne la ,croix1 le ,pape n'a pas gard le silence4 ,commentant le psaume3 ,nisi dominus custodierit civitatem1 frustra vigilat qui custodit eam1 ,pie ,,xi a dit3 ,nulle institution humaine n'existe qui soit capable d'imposer l'ensemble des nations un code de lgislation commune4 ,on y parvint au ,moyen-,age1 dans cette vritable socit des nations que fut la communaut des peuples chrtiens4 ,sans doute1 et en fait1 le droit y subissait des violations graves4 ,l'inviolabilit du droit demeurait nanmoins intacte en son principe grce une rgle tutlaire d'aprs laquelle taient juges les nations elles-mmes4 ,or1 il existe une institution divine qui est en mesure de sauvegarder l'inviolabilit du droit des gens1 une institution qui appartient toutes les nations4 ,elle possde l'autorit la plus haute1 elle s'impose la vnration par la plnitude de sa mission enseignante3 c'est l'glise du ,christ4 ,elle seule apparat capable d'accomplir cette tche4 ,mais les diplomates se sont bouch les oreilles2 les socialistes1 pour touffer cette voix importune1 ont entonn l',internationale2 et la ,maonnerie a fait retentir des claquettes de drision4 ,aussi1 savez-vous ce qui arrivera8 ,on peut l'annoncer presque coup sr3 la seconde ,tour de ,babel s'croulera avant d'tre btie plus haut que le rez-de-chausse4 ,les dissensions humaines iront s'aggravant1 c'est--dire que les hommes1 de plus en plus rfractaires aux volonts d',en-,haut1 se jetteront les uns sur les autres en des conflits auprs de quoi la guerre atroce dont nous saignons encore n'aura t qu'une ple idylle4 ,parque indiffrente1 la science dcouvrira des engins de destruction si effroyables qu'en un clin d'il1 des villes seront pulvrises4 ,peut-tre aussi que la menace asiatique prendra corps3 les hordes mongoles envahiront l',europe sous les enseignes de la juiverie bolchevique et1 comme du temps d',attila1 o elles auront pass l'herbe ne poussera plus4 ,a supposer qu'on les refoule1 la socit sera rgie par cette ,finance qui1 de nos jours1 affirme dj son pouvoir souverain sur les relations de peuple peuple et qui promulguera l'idoltrie de l',or et le pontificat brutal de la ,banque4 ,ou1 s'il y a rvolte1 aprs avoir rpandu des fleuves de sang1 la tyrannie socialiste animalisera les hommes sous le niveau galitaire et leur fera trouver dlectable de brouter quatre pattes sans jamais plus lever les yeux vers le ,ciel4 ,ds longtemps1 l'glise a prvu ces suites obliges du culte de la matire tel que l'ont prconis de soi-disant philosophies qui1 niant ,dieu1 mirent leur confiance dans la raison humaine et dans une foi imbcile aux vertus de ,caliban4 ,constatant les effets destructeurs de la folie dmocratique1 elle a remont aux causes et elle les a dnonces4 ,au ,x,i,xe sicle1 un grand pape1 ,pie ,,ix1 dans le ,syllabus1 numra les principes de dcomposition que rpandent les sophismes chers aux hritiers de la ,rvolution et repoussa le pacte que ces catholiques sans vigueur1 les libraux insinuaient d'tablir entre la vrit de ,jsus-,christ et les mensonges du dmon4 ,au ,x,xe sicle1 un grand saint1 ,pie ,x crase la tte de la vipre moderniste dont la bave amalgame toutes les hrsies qu'elles procdent d'un rationalisme arrogant ou qu'elles s'inspirent d'une fausse mystique souffle par l'enfer4 ,et voici que ,pie ,,xi1 attestant le ,christ roi des ,nations1 rappelle1 selon l'vangile1 ce que doit tre son royaume3 ,il dit3 ,ce royaume s'oppose celui de ,satan3 il demande ses sujets non-seulement de renoncer aux richesses et aux biens terrestres mais encore de renoncer soi-mme et de porter sa croix4 ,chaque fois que des membres de l'glise militante transgressent ce prcepte1 ,dieu frappe l'ensemble des fidles et1 par le mrite des innocents1 maints coupables sont ramens dans la voie troite4 ,c'est en se pntrant de cette vidence que les catholiques pourront affronter les flaux qui montent l'horizon4 ,certes1 il y aura des apostasies--et de plus en plus nombreuses4 ,les prcurseurs de l',antchrist s'en autoriseront pour proclamer1 de jour en jour1 la mort de l'glise4 ,mais l'glise1 qu'illumine une ,rvlation constamment renouvele1 sait que ,jsus souffre en elle et c'est pourquoi1 sous le signe de la ,croix1 elle vivra--jusqu' la fin du monde4 ,,pilogue ,enfant-,jsus1 je ne suis pas un ,mage vers dans toute sorte de sciences et je ne puis te prsenter des cadeaux somptueux4 ,berger hirsute1 tranant mon corps maladif1 je t'amne quelques brebis boiteuses et dont la toison s'est arrache aux ronces de la lande o1 lorsque je les rassemblai1 elles grelottaient sous le vent glac que souffle le dmon4 ,je t'apporte aussi une gerbe des fleurs de la fort o mon me est ne ta ,lumire1 o tu l'as dtache des choses prissables1 o elle voudrait bien retourner pour y attendre que tu lui fasses franchir le seuil de la ,vie ternelle4 ,voici l'or des gents1 voici l'encens des aubpines1 voici1 pour figurer les souffrances bienheureuses subies ton service et le sang que je me rjouirais de verser pour toi1 les baies rouges d'une touffe de houx cueillie au bord du sentier qui mne aux clairires de l'oraison4 ,maintenant1 ,roi des pauvres1 des affligs et des mpriss1 puisque ta ,mre me fait signe d'approcher1 permets que je me blottisse au fond de l'table1 entre mon frre l'ne et mon frre le buf4 ,comme je suis trs las1 je m'assirai sur la paille et je tirerai de mon pipeau les notes assourdies d'un cantique de ,nol pour bercer ton sommeil4 ,quand la grande paix1 annonce par tes anges aux vagabonds des routes de la terre1 m'aura rendu un peu de force1 j'irai mendier pour la ,sainte-,famille4 ,ce ne sont point des monnaies que je solliciterai4 ,je dirai aux gens de la ville3 --,donnez-moi vos mes2 je les porterai la ,vierge misricordieuse afin qu'aprs les avoir blanchies1 elle en fasse les langes dont elle enveloppera l',enfant-,jsus4 ,je sais que beaucoup me chasseront en me chargeant d'injures4 ,d'autres s'crieront3--,c'est un fou qu'il ne faut1 sous aucun prtexte1 recevoir dans notre maison4 ,d'autres3--,les affaires sont les affaires et les intrts de notre commerce sont incompatibles avec ces fadaises4 ,d'autres3--,nous irons1 nous-mmes1 trouver l',enfant-,jsus1 dimanche prochain1 si nous avons le temps4 ,et des scribes chuchoteront3--,nous l'avons frquent jadis ce galvaudeux et nous gardons contre lui le grief qu'il ne nous ressemble pas4 ,s'il s'adresse nous1 faisons mine de ne plus le connatre4 ,mais je sais galement que1 dans des ruelles perdues1 aux btisses sordides1 comme sous les balcons de palais tout scintillants des ftes de la ,chimre1 je dcouvrirai plusieurs mes en dtresse pour avoir oubli ,dieu4 ,celles-l entendront ma requte et m'accompagneront jusqu' la crche o tu les appelles1 ,enfant n de nos fautes et de nos larmes pour le salut du monde4 ,alors1 peut-tre le privilge me sera-t-il concd de chanter mi-voix3 ,domine1 quinque talenta tradidisti mihi2 ecce enim quinque alia superlucratus sum4 ,ensuite1 je m'agenouillerai tes pieds1 je poserai ma tte douloureuse sur la pierre de ton berceau1 je me recueillerai dans la contemplation de ta divine splendeur et je te demanderai une grce3 non pas celle de gurir1 non pas celle de mourir mais celle de veiller sur toi1 en silence1 avec ta ,mre immacule et ton ,pre nourricier4 ,exauce-moi1 petit ,enfant de ,bethlem1 mon matre aim1 mon matre ador ,seigneur ,jsus-,christ6444 ,prire conue devant l'autel de l',enfant-,jsus1 dans la chapelle des ,carmlites de ,beaune1 le ,mercredi des ,cendres #aibf4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages ,prambule #i ,dans la fort de l',oraison #ai ,reflets des vangiles #cc ,les deux rcits du cur #acg ,au jardin de la ,souffrance #bje pilogue #bce ,,saint-,,amand 7,,cher74--,,imp4 ,r4 ,,bussi,,re