,marguerite ,,duportal ,de la ,volont ,couronn par l',acadmie franaise ,,paris ,,librairie ,p4 ,,lethielleux #aj1 ,,rue ,,cassette1 #aj ,,du ,m,,me ,,auteur ,,librairie ,,des ,,saints-,p,,res1 #hc1 rue des ,saints-,pres3 ,les ,chrysalides 7,posies74 #a vol4 couronn par l',acadmie de ,marseille4 ,le ,prisme des heures 7,posies74 #a vol1 couronn par le ,comit de littrature spiritualiste4 ,le ,thtre au ,salon 7,sayntes en vers74 #a vol4 comprenant3 ,les ,voisins--,le ,sourire--,une querelle dans le mnage d',arlequin--,la confession de ,pierrette--,le ,juif errant chez ,cendrillon1 couronn par ,revue des potes--,le ,quatorzime4 ,le ,thtre au ,pensionnat 7,pices en vers et en prose74 #a vol4 comprenant3 ,les apprts d'une fte--,les vertus en cong--,la grve des jours de la semaine--,gatane4 ,l'nigme du bonheur 7,nouvelles en prose74 #a vol4 ,a leur mmoire sacre 7,posies74 #a brochure4 ,les ,recueillements 7,posies74 #a vol4 couronn par le ,comit de littrature spiritualiste4 ,,haton1 #ei1 boulevard ,raspail3 ,l'offrande ,sainte ,anne4 #a acte en prose pour jeunes filles4 ,,georges ,,ondet1 #hc1 faubourg ,saint-,denis3 ,le ,serment de ,loc4 #a acte en prose pour jeunes filles1 couronn par les ,belles ,chansons de ,france4 ,,lesot1 #aj1 rue de l'peron3 ,le barbier du nouveau ,seigneur4 #a acte en prose pour jeunes gens4 ,a paratre prochainement3 ,le ,sachet 7,saynte en vers71 couronn par la ,revue des ,potes4 ,de la ,souffrance4 #a vol4 en prose4 ,,avant-,,propos ,a tous ceux qui se croient dnus de volont1 ou maigrement pourvus d'une volont faible1 prcaire1 insuffisante444 ceux qui souffrent de cette prtendue pnurie1 et ceux qui leur en font grief2 ceux qui s'ingnient crer de toutes pices une volont dans les natures qu'ils en dclarent dmunies1 ou dvelopper le peu qu'ils en dcouvrent dans les natures qu'ils en estiment faiblement dotes1--je ddie ce livre1 destin affirmer1 et1 je l'espre1 prouver1 que personne n'est sans volont2 que nous en avons tous exactement la mme dose et la mme puissance2 que chacun porte en soi la volont d'un ,napolon1 et que l'opinion contraire rpandue cet gard n'est qu'une lourde1 trange et lamentable erreur1 dont il est grand temps de dbarrasser les consciences4 ,il ne s'agit ici ni de suggestion exercer1 ni de thorie personnelle dfendre4 ,il s'agit d'une vrit de fait1 dgager et proclamer4 ,,de ,,la ,,volont ,i ,l'exercice ou le temps peuvent-ils crer ou dvelopper la volont8 ,une vrit que l'on veut tablir ou rtablir1 comme un difice que l'on veut construire ou restaurer1 demande tout d'abord le dblayage du terrain sur lequel l'opration doit tre faite4 ,dblayons donc4 ,il existe--dit-on1-- ct de gens volont forte1 des gens volont faible4 ,il existe des gens qui manquent de volont comme d'autres manquent du sens de l'oue ou de la vue4 ,bien dous parfois sous le rapport de l'intelligence et du sentiment1 ces gens sont condamns1 tant que persistera leur nullit sur le chapitre du vouloir1 rester toujours1 en fin de compte1 des non-valeurs1 quand ils ne deviendront pas des flaux de l'humanit4 ,leur responsabilit est grande4 ,par leur coupable dfaut de volont1 ils laissent s'accomplir de multiples injustices1 renoncent l'excution de devoirs imprieux1 abandonnent des tches fcondes et ncessaires444 ,on ne saurait trop les blmer1 dnoncer leur funeste exemple1 et les exhorter sortir de leur lthargie1 en essayant par tous les moyens imaginables de leur infuser cette qualit primordiale1 cl de vote de tous les grands caractres3 la volont4 ,et voil6 ,et l'illogisme de ce raisonnement couramment adopt ne surprend et n'arrte personne6 ,cependant1 de deux choses l'une3 ou les tres volont faible1 les tres sans volont1 ns ainsi1 n'y peuvent rien1 et sont des infirmes qui l'on ne doit aucunement reprocher leur infirmit2 ou cette faiblesse1 ce manque de volont leur sont imputables1 et alors cela revient dire qu'ils n'ont point de volont parce qu'ils n'en veulent point avoir2 ils ont donc la volont de ne pas vouloir2 ils ne sont donc pas sans volont4 ,si les tres que nous cherchons ici analyser taient vritablement des infirmes moraux1 fatalement esclaves de leur tare et incapables de s'en affranchir1 l'humanit ne s'enferrerait pas leur endroit au point de les dclarer la fois irresponsables et fautifs1 et de prtendre toute force les corriger d'un vice irrmdiable4 ,l'instinct de justice qui prserve l'humanit des grands garements continus et poursuivis d'ge en ge empcherait les moralistes1 les ducateurs et les philosophes de s'vertuer faire et refaire le procs de ces infirmes1 et le simple bon sens commanderait qu'on cesst de tenter1--par des procds toujours d'ailleurs couronns d'insuccs1--tout renforcement des volonts dites faibles1 toute cration de volonts dites inexistantes4 ,or1 nous voyons au contraire moralistes1 ducateurs et philosophes se jeter corps perdu dans cette ternelle tentative1 avec un zle1 une conviction et un dvouement dont il faut leur savoir gr4 ,il est vraiment dommage1 toutefois1 qu'ils consacrent ainsi leur temps et les facults de leur esprit une entreprise aussi strile que l'occupation d'un ,sisyphe1 hissant indfiniment son rocher vers le haut de la montagne d'o il doit toujours le voir retomber1 ou que le bourdonnement obstin d'une mouche contre la vitre travers laquelle elle s'imagine toujours qu'elle pourra prendre son vol4 ,la tentative de ces moralistes pche par la base4 ,et l'tonnant1 c'est qu'aucun d'eux ne s'en soit encore aperu4 ,ils disent3 ,cet homme a peu ou n'a point de volont3 nous allons lui en donner4 ,l-dessus1 vont-ils la source 787 de la volont1 en qurir une provision pour la verser dans les natures qu'ils en jugent dpourvues1 comme on va prendre un broc d'eau la fontaine pour en alimenter un rservoir sec8 ,naturellement1 non4 ,pour la bonne raison qu'il n'existe pas de fontaine publique de la volont1 dont le jet limpide coulerait ostensiblement la disposition de tous4 ,vont-ils1 alors1 ces dvous moralistes1 oprer sur eux-mmes et sur leurs lves une sorte de transfusion du sang de la volont1 en leur communiquant la leur par un procd direct8 ,je crois volontiers qu'ils le feraient s'ils en avaient le moyen pratique4 ,mais la transfusion directe d'une facult d'ordre moral est chose radicalement impossible4 ,on ne transfuse personne sa propre raison1 ni sa propre vertu1 encore moins sa propre volont4 ,l'enseignement n'est pas une transfusion3 c'est une initiation1 un clairage de l'esprit facilitant la comprhension des choses2 encore faut-il que cette clart soit reue1 que ces explications soient admises par l'intelligence qui elles s'adressent4 ,l'exemple n'est pas une transfusion3 c'est une amorce1 une contagion1 un entranement2 force de voir quelqu'un agir avec bont1 avec courage1 avec dsintressement1 on pourra prendre le got de cette faon d'agir1 prouver le dsir de limiter et y porter sa volont4 ,mais nul ne suit1 en dfinitive1 un exemple quelconque1 bon ou mauvais1 que s'il veut le suivre1 moins qu'il ne se trouve emport par une impulsion en quelque sorte animale et irrsistible1 o la volont rflchie n'est plus en jeu1 comme dans le cas de certaines frnsies populaires4 ,de toutes faons1 ds qu'il est question de communiquer prcisment la volont qui fait agir ou qui s'oppose l'acte1 toute espce de transmission directe est illusoire et impossible1 ,notre volont est personnelle ou n'est pas4 ,dieu lui-mme ne peut pas vouloir pour nous1 ni nous faire vouloir ce que nous ne voulons pas4 ,comment donc vont s'y prendre les gnreux moralistes qui se consacrent cette tche de cultiver la volont des faibles1 et de subvenir au dnment des prtendus dshrits de la volont8 ,quelle mthode vont-ils employer8 ,de quels facteurs vont-ils se servir8 ,d'o vont-ils partir pour commencer leur traitement8 ,ils disent3 ,nous partons de peu1 et mme de rien4 ,notre mthode1 c'est l'exercice4 ,notre grand facteur1 c'est le temps4 ,par la rptition des actes d'une volont faible1 ou mme d'une volont nulle1 nous arrivons produire une volont forte4 ,il y faut de la patience1 de la persvrance2 mais le triomphe est au bout4 ,l'exprience l'a prouv4 ,or1 tout ce que l'exprience a prouv1 c'est que des actes rpts de bont ont rendu peu peu un tre meilleur2 des actes rpts de courage ont rendu peu peu un poltron moins poltron et mme brave2 des actes rpts de sobrit ou de douceur ont rendu peu peu un violent1 un intemprant1 doux et sobre1 etc4441 etc444 ,mais comment ces acquisitions de vertus ou d'accroissement de vertus se sont-elles produites8 ,grce justement la volont de celui qui s'est astreint la rptition de ces actes3 c'est parce qu'il a voulu exercer sa bont1 sa bravoure1 sa sobrit ou sa douceur1 qu'il les a exerces et ainsi fortifies4 ,mais1 sans volont1 il n'aurait rien exerc du tout4 ,la volont elle-mme s'exerce-t-elle et s'accrot-elle par de tels exercices8 ,point4 ,on n'a1 aprs la rptition de ces exercices1 ni plus ni moins de volont qu'on n'en avait auparavant3 car si on n'en avait pas eu d'avance ce qu'il en fallait pour les faire1 on ne les aurait pas faits4 ,si je n'ai en moi aucune volont1 l'aide de quoi dclancherai-je le premier effort destin m'en procurer un peu8 ,en supposant que je possde dj ce peu1 et que ce qu'on appelle le manque de volont ne soit jamais que sa rduction un germe minuscule1 un soupon initial de volont1 par quel miracle ce peu se transformera-t-il en beaucoup8 ,avec mon soupon de volont1 je voudrai faiblement quelque chose2 je ferai donc1 si je le veux1 de faibles progrs en patience1 en sobrit1 etc444 ,mais comment ferai-je des progrs en volont8 ,pour voir s'augmenter un peu ma facult de vouloir1 il faut que je veuille un peu plus que je ne voulais tout l'heure2 mais pour vouloir un peu plus1 il faut que j'aie un peu plus de volont3 o prendrai-je cet un peu plus8 en ce que j'ai dj8 ,mais par quel phnomne ce que j'ai me fournira-t-il ce surcrot8 ,et comment avec mon peu de volont produirai-je un acte qui en exige davantage8 ,par quelle invraisemblable et impossible multiplication d'elle-mme ma volont s'amplifiera-t-elle8 ,a l'aide de quoi m'emparerai-je d'elle pour lui faire faire plus qu'elle n'est capable de faire8 pour lui faire donner plus qu'elle n'est en mesure de donner8 ,ceux qui s'intitulent professeurs d'nergie disent3 ,veuillez vouloir4 ,mais pour vouloir vouloir1 il faut avoir de quoi vouloir4 ,et si on n'a pas de quoi vouloir1 comment voudra-t-on vouloir8 ,moralistes et professeurs d'nergie auront beau varier formules et recettes1 appeler le temps leur aide444 ils en reviendront toujours ce cercle vicieux3 pour dvelopper sa volont1 il faut en possder dj tout juste autant qu'on souhaite en acqurir4 ,dire quelqu'un qu'il peut1 s'il le veut1 en s'y exerant1 augmenter sa dose de volont1 c'est lui proposer de se grandir en se prenant lui-mme dans ses bras et en se juchant sur ses propres paules4 ,quant compter sur l'uvre du temps pour faire clore une volont qui n'existe pas1 c'est imiter en philosophie le raisonnement de ces faux savants qui affirment que le monde s'est fait tout seul1 et que l'univers est sorti de rien avec l'aide du temps4 ,a ce dbut magistral de la page sublime qui ouvre l'vangile de saint ,jean3 ,au commencement tait le ,verbe1 et le ,verbe tait en ,dieu1 et le ,verbe tait ,dieu4441 ces lignes inspires1 que nul ne peut lire ou entendre sans un tressaillement sacr1 et que l'homme ne pouvait crire que sous la dicte divine1 les faux savants en question ont substitu leur vangile eux3 ,au commencement tait le nant1 et le nant n'tait dans rien1 et le nant n'tait rien444 ,et ils continuent ainsi3 ,a force de n'tre rien1 le nant est devenu quelque chose4 ,en y mettant des milliards et des milliards d'annes1 le nant est devenu une monade4 ,et de cette monade1 avec le concours d'autres milliards et milliards d'arms1 tout est sorti4 ,le monde entier a donc t produit par le nant4 ,le rien est devenu le tout4 ,au moyen de quoi8 au moyen du temps4 ,or1 qu'est-ce que le temps8 lui tout seul est-ce un facteur8 ,le temps1 comme facteur1 est un zro4 ,et pas mme un zro1 puisqu'il ne s'ajoute pas aux autres facteurs et ne leur ajoute rien1 mais se borne les contenir4 ,tout facteur qui opre1 opre dans le temps4 ,la succession des diverses oprations3 dveloppement1 usure1 mtamorphose1 que de nombreux facteurs accomplissent dans le temps1 peut tre fort longue avant d'aboutir un rsultat qui s'aperoive3 on dit alors que le temps a fait son uvre4 ,mais ce n'est l qu'une faon de parler1 qui peut donner le change1 et qui1 malheureusement1 le donne4 ,dveloppement1 usure1 mtamorphose1 se sont accomplis dans le temps1 grce d'innombrables facteurs travaillant sur la substance livre leurs oprations4 ,mais le temps1 lui1 n'a rien dvelopp1 rien us1 rien modifi4 ,car le temps n'est pas une force4 ,il n'est ni force matrielle1 ni force morale4 ,il n'est que l'valuation de la dure1 laquelle n'est elle-mme que la mesure de toute succession d'oprations4 ,la volont1 donc1 ni ne se cre1 ni ne se dveloppe l'aide du temps4 ,toute volont existante existe avec sa totale plnitude1 et doit son existence l'intervention directe de ,dieu1 qui en dote l'me au moment o il la cre4 ,ce cadeau que ,dieu fait la personne humaine en l'appelant la vie1 il le lui fait d'un seul coup1 entier et inalinable4 ,il ne le lui reprendra jamais4 ,et il ne lui permettra jamais qu'une volont trangre1 non mme la sienne1 s'y substitue4 ,,ii ,un traitement physique de la personne humaine peut-il crer ou dvelopper la volont8 ,s'il est chimrique et vain de s'essayer crer ou dvelopper directement dans l'tre humain la facult de vouloir1 ne pourrait-on parvenir ce but d'une manire indirecte1 au moyen d'un dveloppement ou d'un perfectionnement des facults physiques de l'individu8 ,chacun sait combien notre tre moral se trouve en troite dpendance de notre mcanisme corporel4 ,l'homme a t dfini3 ,une intelligence servie par des organes4 ,et la dfinition est juste1 quoique incomplte4 ,elle est juste1 parce qu'en effet l'tre pensant que nous sommes a besoin1 pour penser1 de l'outillage matriel1 qui1 joint notre psychisme pur1 notre me1 constitue notre personne humaine4 ,elle est incomplte parce que l'homme n'est pas seulement une intelligence1 il est aussi une volont4 ,et si des organes corporels nous ont t donns pour servir--et parfois desservir--notre facult de connatre1 aucun organe corporel ne nous a t donn pour servir ou desservir notre facult de vouloir4 ,la volont ne possde aucun outil matriel dont le fonctionnement bon ou mauvais puisse favoriser ou altrer son action4 ,on ne peut donc la dvelopper ni la perfectionner1 encore moins la crer1 en dveloppant ou en perfectionnant son instrument1 puisqu'elle s'en passe1 puisqu'elle n'en possde pas4 ,il n'y a pas dans l'homme d'organe de la volont4 ,la volont est mme justement la seule facult de l'me reprsentant le psychisme indpendant1 pur1 chappant toute contrainte matrielle1 toute entreprise d'asservissement1 tout choc en retour du physique sur le moral4 ,ce n'est donc pas en prenant des douches1 ou des stimulants du systme nerveux2 ce n'est pas en faisant de la suralimentation ou un sjour la campagne1 ni en cultivant les sports1 ni en adoptant tel ou tel autre moyen d'entraner1 d'endurcir1 d'exciter ou de calmer notre temprament physique1 que nous pourrons acqurir de la volont4 ,on a vu1 toutefois1 la suite d'un traitement physique appropri1 les manifestations d'une volont se modifier notablement et mme du tout au tout4 ,que s'tait-il donc produit8 ,une modification dans les possibilits d'excution du sujet4 ,pas autre chose#a4 #a ,il importe de ne jamais confondre la puissance d'excution d'une volont avec la puissance de la volont elle-mme4 ,avant ce traitement physique1 le sujet ne faisait pas ceci ou cela1 et l'on croyait qu'il ne le faisait pas parce qu'il ne voulait pas le faire4 ,or1 il ne le faisait pas1 soit parce qu'il ne pouvait matriellement pas le faire1 soit parce qu'il ne l'aurait pu qu'au prix d'un effort excessif qu'il ne voulait pas s'imposer1 soit enfin parce qu'il ne savait pas qu'il pouvait le faire4 ,a prsent1 il le fait3 c'est ou que l'impossibilit matrielle a disparu1 ou que l'effort exig est devenu moins considrable1 ou que la connaissance de ses possibilits est apparue au sujet4 ,mais si c'est son vouloir qui s'est modifi1 et c'est--dire qui a chang de but1 le traitement physique n'y a t pour rien4 ,il n'y a pas1 quoi qu'aient pu crire l-dessus les auteurs les plus doctes1 de maladies de la volont1 j'entends maladies qui ressortissent la thrapeutique mdicale4 ,il y a des maladies des nerfs et des muscles1 qui privent l'homme de la possibilit de faire ce qu'il voudrait faire2 il y a des maladies du cerveau1 qui l'empchent de comprendre et de savoir ce dont il est capable2 mais il n'y a pas de maladie qui s'attaque sa volont elle-mme1 parce que celle-ci est essentiellement immatrielle4 ,si on peut appeler malade une volont dprave1 cette maladie n'a rien voir avec un tat physiologique quelconque4 ,la dpravation de la volont est quelque chose d'exclusivement moral1 qui peut fort bien s'allier un complet quilibre et un parfait fonctionnement de tout l'outillage corporel2 par contre1 l'excellence de la volont peut aller de pair avec le plus pitoyable tat de la personne physique4 ,dans les cas de suggestion et d'hypnose1 ce n'est jamais sur la volont de l'hypnotis que l'hypnotiseur agit1 mais sur sa connaissance4 ,l'hypnotis1 comme le fou1 conserve intact son vouloir au milieu des plus bizarres dtraquements de sa mentalit2 ce sont ces dtraquements qui1 seuls1 le jettent l'excution d'actes si tranges1 et si contraires son caractre1 qu'on croit devoir les attribuer une substitution de volont4 ,de tels actes ne sont en ralit que le rsultat d'une altration de connaissance1 due aux troubles crbraux provoqus par un phnomne d'ordre physique4 ,non seulement il faut dclarer immatrielle la volont de l'homme1 faite l'image de celle de ,dieu1 mais on peut dcouvrir dans l'animal1 dans la plante1 et jusque dans la crature la plus inerte et la plus insensible1 une sorte de principe spirituel qui reprsente le vouloir de ces tres infrieurs4 ,vouloir tout instinctif et tout fatal1 impos la nature de l'tre par son ,crateur3 vouloir cependant1 et qui se diffrencie de la substance matrielle de l'tre1 ne saurait se confondre avec elle4 ,quand je place un objet dans des conditions d'quilibre instable1 je m'aperois que cet objet ne veut pas tenir ainsi pos1 qu'il veut reprendre son quilibre4 ,quand l'hliotrope tourne vers le soleil ses boutons prs d'clore1 je constate que la fleur de ce vgtal veut s'ouvrir et s'panouir la lumire4 ,quand un chien accourt mon appel et qu'un oiseau s'envole ds que je fais mine de l'approcher1 je dis que le chien a voulu venir moi et que l'oiseau a voulu me fuir4 ,ce sont bien l les manifestations de quelque chose qui dpasse le domaine des sens et qui ne peut tre modifi par aucune action matrielle3 car1 si je puis fixer cet objet par des clous ou des cordes dans l'tat d'quilibre instable o je l'ai plac2 si je puis contraindre par un tuteur les fleurs de l'hliotrope rester tournes du ct de l'ombre2 si je puis loigner le chien en le menaant d'un bton1 ou capturer l'oiseau en l'attirant par du grain rpandu1 je ne puis faire que la loi1 la tendance et l'instinct qui rgissent la position et les mouvements naturels de ces tres soient autres qu'ils ne sont4 ,loi1 tendance et instinct sont donc bien des forces d'un autre ordre que la matire elle-mme1 des forces sur lesquelles1 par consquent1 nulle mesure matrielle ne saurait avoir de prise4 ,si cette volont instinctive1 involontaire et fatale de l'animal1 de la plante et du minral1--volont qui n'est qu'une loi de leur nature et tout au plus une sorte d'me sans conscience responsable1--chappe toute action matrielle1 directe ou indirecte1 plus forte raison doit y chapper notre volont humaine1 personnelle1 libre1 consciente et immortelle4 ,,iii ,pouvoir4 ,savoir4 ,vouloir ,voil donc chacun de nous avec sa dose de volont inaugmentable et irrductible4 ,l'illusion de ceux qui se faisaient fort d'en procurer des supplments1 tout comme l'illusion de ceux qui espraient en acqurir quelque surcrot1 doit tomber devant la constatation des faits et leur scrupuleuse analyse4 ,chacun de nous n'a de volont que ce qu'il en a reu de ,dieu au moment de la cration de son me4 ,il n'en aura jamais ni plus ni moins4 ,mais cette dose est-elle la mme pour tous8 ,il semble bien que non1 et que ce soit l'vidence mme qui le prouve4 ,cependant regardons-y de prs avant de rpondre4 ,sur quoi se base-t-on pour dclarer que tel individu est prodigieusement riche en volont1 tandis que tel autre n'en possde que fort peu1 et tel autre encore point du tout8 ,sur ce fait que le premier poursuit avec tnacit tout ce qu'il entreprend1 vient bout d'uvres difficiles1 exigeant des efforts et de la persvrance2 tandis que le second se dcourage et reste mi-chemin du but1 et que le troisime ne prend mme pas la peine de se mettre en route4 ,conclure de l des rpartitions ingales de la volont dans les natures1 c'est ngliger d'observer beaucoup de choses2 et1 tout d'abord1 d'examiner si les capacits physiques de ces trois individus sont les mmes2 car enfin1 proposez un homme parfaitement agile et bien dcoupl de grimper dans un arbre1 il y grimpera ds qu'il le voudra2 soumettez la mme proposition un manchot ou un cul-de-jatte3 ceux-ci ne demanderaient certes pas mieux que d'en faire autant1 mais avec la meilleure volont du monde ils en seront fort empchs4 ,il s'agit donc1 avant tout1 d'examiner si ce qu'on attribue un manque ou une insuffisance de volont ne provient pas d'un manque ou d'une insuffisance de moyens d'excution4 ,ce n'est pas toujours aussi facile constater que dans le cas du cul-de-jatte ou du manchot4 ,il y a de sourdes rsistances de l'tre physique1 il y a aussi des complications matrielles extrieures dans lesquelles un homme peut se trouver pris1 et qui1 sans apparatre clairement aux yeux de l'observateur1 rendent impossible la ralisation d'une entreprise vers laquelle se tend cependant toute la volont du sujet4 ,le vieil adage1 entraneur et magnifique3 ,vouloir1 c'est pouvoir1 n'exprime nullement une vrit de fait1 mais une excitation la recherche et l'utilisation de toutes les possibilits dont on dispose4 ,il est certain qu'on ne fait pas toujours tout ce qu'on peut4 ,mais il est certain aussi qu'on ne peut pas tout ce qu'on veut4 ,un captif1 dvor du dsir de recouvrer sa libert1 brisera ses liens1 limera ses barreaux1 si sa force musculaire le lui permet1 si quelque outil providentiel se trouve tomber entre ses mains444 ,mais1 chtif et dmuni de tout instrument de dlivrance1 il aura beau tre anim du plus violent dsir de s'vader1 il n'en pourra venir bout4 ,chacun peut1 s'il le veut1 et s'il les dcouvre1 utiliser tout ce qu'il a de possibilits4 ,il ne peut rien au-del4 ,la thologie avance hardiment que ,dieu1 qui peut tout1 ne peut que ce qui est possible4 ,assurment1 c'est dj un champ infini3 ,dieu ne peut que ce qui est possible1 mais il peut tout ce qui est possible4 ,les hommes sont loin1 aussi loin que le fini l'est de l'infini1 de pouvoir tout ce qui est possible3 ils peuvent seulement tout ce qui leur est possible4 ,et ce qui est possible l'un n'est pas toujours possible l'autre4 ,on peut donc avoir autant de volont que le voisin et ne pas russir l o le voisin russit1 faute des mmes moyens personnels ou extrieurs d'excution4 ,ce n'est pas un manque de vouloir qui empche1 dans ce cas1 d'agir3 c'est un manque de pouvoir4 ,il arrive aussi que le pouvoir existe1 mais que le sujet l'ignore4 ,nous ne savons pas toujours ce dont nous sommes capables4 ,quand nous le savons1 quelquefois1 il est vrai1 nous n'en faisons ni plus ni moins4 ,mais1 quelquefois aussi1 il suffit qu'on nous rvle nous-mmes nos possibilits pour que nous nous empressions de nous en servir4 ,il suffit aussi que nous croyions ne pas pouvoir faire une chose pour que nous soyons dans l'impossibilit de la faire1 tout en ayant sincrement la volont de la faire4 ,dans une comdie de ,verconsin1 deux locataires1 se trouvant minuit devant la porte de la maison qu'ils habitent1 carillonnent en vain sans parvenir se faire entendre de leur concierge4 ,aprs une demi-heure d'attente1 ils s'aperoivent tout d'un coup que cette porte1 qu'ils croyaient ferme1 tait ouverte1 et qu'ils n'avaient qu' la pousser pour rentrer chez eux4 ,depuis une demi-heure1 ils ne voulaient que cela3 en ralit1 ils le pouvaient1 mais ils ne savaient pas qu'ils le pouvaient3 et c'tait tout comme s'ils ne l'avaient pas pu1 ou pas voulu4 ,il y a donc des cas o l'on est empch d'agir1 non par manque de pouvoir1 ni par manque de vouloir1 mais par manque de savoir4 ,la connaissance ne cre pas la possibilit1 mais elle est la condition indispensable de l'utilisation de toute possibilit4 ,un homme atteint de paralysie imaginaire est persuad qu'il ne peut pas marcher4 ,le mdecin qui arrivera lui faire admettre1 soit par raisonnement1 soit par suggestion1 qu'il peut marcher1 le fera marcher sans avoir agi le moins du monde sur l'tat de ses jambes4 ,la suggestion n'opre ni sur le pouvoir1 ni sur le vouloir1 mais sur le savoir4 ,sur un cerveau malade1 elle opre plus facilement que sur un cerveau sain1 parce que la faiblesse de l'organe le rend incapable de raction dfensive4 ,et c'est ce qui fait que la suggestion est chose si dangereuse1 car le faux se suggestionne comme le vrai2 et la suggestion du faux accentue l'tat de dlabrement du cerveau anormal4 ,suggestionner le faux1 c'est susciter dans un esprit1 par l'implantation de certaines images1 la croyance des possibilits ou des impossibilits irrelles4 ,et alors nous voyons1 sous l'influence d'un ,donato ou d'un ,pickmann1 des individus soulever avec la plus grande peine un panier vide qu'on leur a dit tre rempli de ferraille2 ou s'aventurer hardiment sur une corde raide tendue dans les airs1 qu'on leur aura fait prendre pour un sentier entre deux prairies2 ou se prcipiter chez un bijoutier pour y voler une montre en criant3 ,je suis un honnte homme6 ,nous avons connu l'auteur de cette dernire excentricit3 cet honnte voleur obissait1 malgr son vouloir1 un ordre donn par un suggestionneur1 et dont il croyait rellement ne pas pouvoir s'affranchir4 ,pouvoir1 ou ne pas pouvoir2 savoir ou ne pas savoir qu'on peut ou qu'on ne peut pas1 voil donc ce qui permet ou interdit au vouloir1 non pas d'exister1 avec plus ou moins d'intensit ou de force1 mais de s'effectuer1 avec plus ou moins de plnitude4 ,apprcier le pouvoir et le savoir d'autrui est donc la premire condition d'une valuation quitable de son vouloir4 ,cette apprciation pralable n'est pas chose aise1 reconnaissons-le4 ,d'autant moins aise que souvent autrui n'a rien de plus press que de fausser1 exprs ou inconsciemment1 ses dclarations l'enquteur4 ,la tentation est grande1 pour celui qui ne veut pas1 de se tirer d'affaire en disant qu'il ne peut pas4 ,comment dmler1 dans cette dclaration d'impuissance1 la part qui peut revenir la vrit de fait1 celle qui peut revenir l'erreur1 et celle qui peut revenir au mensonge8 ,l'outil de l'activit et de la connaissance humaines tant toujours1 en premier lieu1 notre propre corps1 et cet outil-l n'tant pas interchangeable1 nous ne pouvons jamais nous emparer de celui du prochain pour contrler la faon dont il joue et dclarer ensuite chacun de faon premptoire3 ,voici ce que tu peux1 voici ce que tu sais1 voici donc ce que tu feras si tu le veux4 ,s'en rapporter la parole d'autrui1 c'est risquer d'tre dupe4 ,nier de parti pris sa bonne foi est un autre risque d'garement444 ,nous nous heurterons toujours ici une porte absolument close1 celle de la conscience1 que personne ne peut forcer4 ,personne1 en effet1 ne peut ouvrir cette porte pour savoir coup sr ce qu'il y a derrire4 ,et ,dieu1 qui le sait parce qu'il voit les deux cts de la porte1 ne peut pas plus que nous la faire s'ouvrir si elle veut rester ferme4 ,mais un sage a dit3 ,si vous voulez savoir ce que pense un homme1 n'coutez pas ce qu'il dit1 examinez ce qu'il fait4 ,et un proverbe chinois affirme que l'me n'a pas de secret que la conduite ne rvle4 ,la pense1 le secret de l'me1 connus et rvls1 c'est proprement l'intention du vouloir mise au jour4 ,ainsi donc1 la conduite d'un tre m'apprendra ce que sa parole cherche peut-tre me dissimuler4 ,je n'entrerai pas dans sa conscience en forant la porte qu'il tient ferme3 j'y surgirai par le souterrain de l'observation psychologique4 ,il faut que cette observation de la conduite d'un homme soit en effet bien rvlatrice de sa pense et par l mme de son vouloir1 pour que ,talleyrand ait pu dire que la parole nous avait t donne prcisment pour nous dfendre contre cette rvlation4 ,je vais donc regarder vivre l'homme qui me dit3 je ne peux pas1 en prsence de la proposition que je lui fais ou de l'ordre que je lui donne d'excuter tel ou tel acte4 ,je verrai bien s'il se refuse l'excuter quand aucun avantage ne doit lui en revenir1 et s'il s'y dcide quand il entrevoit au bout une rcompense ou un salaire2 je verrai si son acceptation ou son refus concident avec son tat de sant ou de maladie1 de bonne ou de mauvaise humeur1 etc41 etc444 ,et je finirai ainsi par me rendre compte1 au moins approximativement1 de ce que vraiment il peut1 et de ce que vraiment il ne peut pas4 ,et je saurai alors s'il faut croire ou non sa parole4 ,quand j'aurai tabli1 avec des prsomptions suffisantes1 que tel individu1 sollicit d'accomplir un acte donn1 peut accomplir cet acte1 sait qu'il peut l'accomplir1 et ne l'accomplit pas1 alors1 mais alors seulement1 je serai en droit d'affirmer qu'il ne veut pas l'accomplir4 ,ayant mesur son pouvoir et son savoir1 je pourrai enfin m'occuper avec efficacit de prendre la mesure de son vouloir4 ,,iv ,les directions diverses du vouloir ,ce vouloir1 auquel nous aboutissons enfin pour le saisir et l'valuer1 va-t-il nous chapper1 s'vanouir1 et nous laisser les mains vides8 ,allons-nous tre amens conclure que l'homme qui peut accomplir l'acte qu'on lui demande1 qui sait qu'il peut l'accomplir1 et qui ne l'accomplit pas1 est un homme sans volont8 ,la conclusion serait commode4 ,mais il faut savoir si elle est juste4 ,prcisons notre exemple4 ,il s'agit1 je suppose1 d'un colier qui ne travaille pas4 ,ce n'est pas qu'il soit malade ou sot1 ni qu'on lui demande un travail au-dessus de ses moyens4 ,non4 ,il s'agit d'un colier qui peut travailler1 qui sait qu'il le peut1 et qui ne travaille pas parce qu'il ne le veut pas4 ,cet colier manque-t-il de volont8 ,il ne veut pas travailler4 ,mais ne veut-il pas flner8 ,ne veut-il pas se reposer8 ,ne veut-il pas se distraire8 ,si vous lui en tez les moyens1 ne met-il pas toute son invention et toute son activit s'en procurer d'autres1 cote que cote8 ,l'lve paresseux qui protge et dfend sa paresse contre le rglement et les punitions dploie pour s'amuser ou pour fainanter des ressources d'ingniosit que tous les parents et tous les professeurs connaissent4 ,en ralit1 s'il ne travaille pas1 ce n'est pas qu'il ne veut pas travailler1 c'est qu'il veut ne pas travailler4 ,il refuse le travail4 ,il veut le contraire du travail1 c'est--dire le repos ou l'amusement4 ,o voyez-vous dans tout cela manque ou insuffisance de volont8 ,mais1 me direz-vous1 si en prsence du plaisir prendre1 tout comme du travail fournir1 cet enfant persiste ne rien vouloir8 s'il se drobe et se refuse tout8 si aucune manifestation positive ne vient dceler en lui l'existence d'une volont quelconque1 s'appliquant quoi que ce soit8 ,nous avons tous connu de ces natures molles1 indiffrentes1 qui s'abandonnent la passivit la plus complte1 subissant les vnements sans jamais essayer de les diriger1 se soumettant toutes les rprimandes plutt que de s'en librer par la plus petite initiative personnelle444 ,n'a-t-on point dans ce cas le droit de conclure un rel et absolu manque de vouloir8 ,point du tout4 ,car celui qui subit passivement la volont d'autrui1 qui se subordonne aux vnements plutt que de chercher les accommoder ses dsirs1 adopte ce genre de conduite parce qu'il le veut adopter4 ,pourquoi le veut-il1 c'est une autre affaire4 ,mais1 certainement1 si1 pouvant agir1 il n'agit pas2 si1 pouvant se remuer et se conduire sa guise1 il demeure passif et amorphe1 c'est qu'il veut ne pas agir1 c'est qu'il veut demeurer passif et amorphe4 ,il met sa volont ne pas agir1 comme celui qui agit met la sienne agir4 ,c'est mme l une des plus grandes forces de ce monde1 bien connue sous le nom de force d'inertie4 ,en ralit1 on veut toujours quelque chose4 ,ne pas vouloir quivaut toujours vouloir4 ,ne pas vouloir une chose1 c'est en vouloir une autre4 ,lorsqu'une personne me dit3 ,je ne veux pas sortir1 que dois-je comprendre8 que cette personne veut rester la maison4 ,la phrase3 ,je ne veux pas sortir1 n'est pas l'expression d'une volont ngative1 mais l'expression ngative d'une volont1 ce qui est bien diffrent4 ,ne pas vouloir devrait toujours se traduire par vouloir ne pas1 ce qui son tour demande tre traduit par une affirmation exprimant ce que veut celui qui ne veut pas4 ,je ne veux pas sortir signifie3 ,je veux ne pas sortir1 et ,je veux ne pas sortir signifie3 ,je veux rester la maison4 ,le hros qui1 sur le champ de bataille1 entour d'ennemis en nombre suprieur1 ne veut pas se rendre1 est certes anim d'une volont bien vidente3 s'il ne veut pas se rendre1 c'est qu'il veut ne pas se rendre2 et s'il veut ne pas se rendre1 c'est qu'il veut vaincre ou mourir libre4 ,celui qui se rend1 dans des conditions analogues1 a-t-il une volont plus faible8 ,non pas4 ,il a la volont de se rendre1 comme le premier a la volont de ne pas se rendre2 et il a la volont de se rendre parce qu'il a la volont de vivre1 mme vaincu1 comme le hros a la volont de mourir s'il ne peut vaincre4 ,on veut donc toujours quelque chose4 ,vouloir tout court1 du reste1 n'a point de sens4 ,le verbe vouloir ne saurait se conjuguer absolument1 sans complment direct1 ni sous sa forme ngative1 ni sous sa forme affirmative4 ,on ne dit pas3 je veux1 sans dsigner ce qu'on veut1 ni3 je ne veux pas1 sans dsigner ce qu'on ne veut pas4 ,ne pas vouloir une chose1 c'est la refuser ou la repousser4 ,c'est donc bien faire acte de volont4 ,mais que faut-il penser de l'homme au caractre hsitant1 capricieux1 incertain1 qui flotte1 change1 ttonne1 tergiverse1 revient sur ses dcisions ds qu'il les a prises1 rpond enfin au signalement parfait de la girouette8 ,n'est-ce point l cette fois le type de l'homme sans volont1 qui ne sait rien vouloir fond1 pas mme demeurer inbranlable dans son apathie8 ,nous avons affaire ici une volont1 non pas certes rduite nant1 ni mme le moins du monde diminue1 mais morcele1 miette1 parpille4 ,le possesseur de cette volont emploie son bien en parcelles1 met les unes ici1 les autres l1 les disperse en mille endroits divers2 ou bien1 s'il les ramasse un instant pour les employer toutes au mme usage1 cette unit d'application ne dure que le temps d'un clair3 la volont ramasse ne s'est pas plus tt porte droite qu'elle se retourne et se porte gauche4 ,et alors1 devant ces fuites1 ces retours et ces parpillements perptuels1 l'observateur est tent de conclure une volont-fantme1 dont l'existence relle ne se pourrait plus admettre4 ,l'tat d'indcision n'est autre chose que la rsultante de cet miettement ou de ce dplacement incessant4 ,la volont se porte chaque instant vers des buts opposs1 tantt par des sauts successifs1 ce qui est la caractristique de l'indcis agit1--tantt par fragments simultanment et galement disperss1 ce qui est la caractristique de l'indcis tranquille1 dont le type parfait est l'ne de ,buridan4 ,l'indcis agit arrive parfois prendre une brusque rsolution1 lorsque1 fatigu de tous ces dmnagements de sa volont1 il s'accorde de la laisser un peu plus longtemps au mme endroit4 ,s'il est saisi alors par une alternative soudaine et obligatoire1 il prend son parti tte baisse1 dit oui ou non1 quitte le regretter immdiatement aprs4 ,l'indcis tranquille1 au contraire1 se cristallise indfiniment dans son indcision4 ,le monsieur qui ne se dcide jamais est un monsieur qui veut la fois des choses inconciliables1 et qui les veut d'une volont divise par parties gales4 ,le monsieur qui ne se dcide jamais a1 je suppose1 une course faire4 ,il veut la faire4 ,mais voil qu'il pleut4 ,or1 la pluie l'enrhume1 et il ne veut pas s'enrhumer4 ,disons qu'il veut ne pas s'enrhumer4 ,il prendrait bien une voiture1 mais il ne veut pas faire cette dpense1 ou plutt il veut ne pas faire cette dpense4 ,il enverrait bien son domestique1 mais il ne veut pas le dranger dans son ouvrage1 et c'est--dire qu'il veut ne pas le dranger dans son ouvrage4 ,il crirait bien une lettre pour suppler la course faite en personne1 mais les choses ne s'expliqueraient pas bien par crit1 et il veut qu'elles soient bien expliques4 ,nous pouvons accumuler plaisir les conjonctures au milieu desquelles notre hsitant se noie1 et demeure irrsolu et perplexe3 toujours nous serons amens conclure que s'il ne se dcide rien c'est1 non point qu'il ne veut rien1 mais au contraire qu'il veut trop de choses1 et qu'il veut trop galement des choses ne pouvant tre concilies4 ,ni le paresseux1 ni l'apathique1 ni l'indcis agit ou tranquille ne sont donc des caractres dpourvus de volont2 et rien n'autorise croire que celui-ci ou celui-l en possde plus ou moins que tel ou tel4 ,mais enfin ne voyons-nous pas dans la vie1 pouvoir gal1 des personnes russir mieux que d'autres dans des entreprises analogues8 et ne faut-il pas attribuer ces diffrences de russite la diffrence de leur vouloir8 ,a la diffrence de quantit ou de puissance de leur vouloir8 non point4 ,a la diffrence de direction prise par leur vouloir1 oui bien4 ,et tout est l4 ,on admet communment que la force des fous est en gnral dcuple4 ,ce n'est pas exact4 ,la perte de la raison n'entrane pas mathmatiquement un accroissement proportionnel de la vigueur physique4 ,mais le fou qui veut1 pour se barricader dans sa chambre1 manuvrer un meuble extrmement lourd1 apporte cet acte1 au dtriment de toute autre considration1 sa volont tout entire4 ,ds lors1 il va obtenir de sa force musculaire un rendement que l'homme raisonnable n'obtiendrait pas de la sienne1 ft-elle gale4 ,l'homme raisonnable1 et-il le dessein de traner ou de pousser ce meuble1 voudra ne pas s'y corcher les doigts1 ne pas s'y arracher les ongles2 il voudra viter de dtriorer le meuble ou de rayer le parquet444 toutes choses dont le fou n'a cure4 ,l'homme raisonnable craindra en outre de faire du tapage et du scandale1 ce qui n'arrte point le fou444 ,c'est pourquoi la volont de l'homme raisonnable1 ne se portant qu' demi ou au quart vers le manuvrement du meuble1 ne mettra pas en jeu toutes les facults de pouvoir dont l'homme raisonnable peut tre dou l'gal du fou3 et cet homme renoncera mouvoir ce meuble1 en s'en dclarant incapable4 ,il ne sera pas all jusqu'au bout de ses capacits1 de ses possibilits1 de son pouvoir1 parce qu'il aura mis une partie de son vouloir des choses s'y opposant4 ,les plus petites possibilits1 utilises par tout le vouloir1 donneront quelquefois des rsultats beaucoup plus considrables que des possibilits suprieures1 mues par une partie seulement de la volont divise4 ,on va rarement jusqu'au bout de son pouvoir1 on fait rarement tout ce qu'on peut4 ,soit qu'on ne veuille pas le faire1 qu'on garde son vouloir pour un but oppos1--soit qu'on ne sache pas qu'on peut le faire1 qu'on n'ait pas le savoir de son pouvoir4 ,lorsque ,louis ,,xvi refusa de laisser tirer les troupes sur les premiers meutiers1 ce fut la fois pour ces deux motifs runis3 il ne voulait pas rpandre le sang franais1 et il ne croyait pas que cet acte d'autorit dt enrayer le mouvement de la rvolution commenante4 ,napolon1 dont la volont n'avait pas de ces scrupules1 et dont la confiance en soi tait pousse jusqu' l'excs qui finit par le perdre1 sembla1 pendant un temps1 pouvoir tout ce qu'il voulait3 en ralit1 il ne faisait que vouloir tout ce qu'il pouvait4 ,napolon croyait en lui4 ,louis ,,xvi doutait de lui4 ,napolon savait ce qu'il pouvait1 et mme se l'exagrait4 ,louis ,,xvi ignorait1 ne comprenait pas1 ne savait pas qu'il pt4 ,napolon mettait tout son vouloir des buts de force1 d'autorit1 de domination et de gloire4 ,louis ,,xvi abandonnait le sien des buts de condescendance1 de mansutude et de conciliation4 ,napolon imposait au peuple1 par sa volont1 l'obissance ses ordres4 ,louis ,,xvi s'imposait lui-mme1 par sa volont1 l'obissance aux ordres du peuple4 ,le bourgeois qui s'organise dans l'existence selon des ambitions moyennes1 mnageant la fois sa sant1 sa bourse1 sa rputation et ses loisirs1 passe pour avoir une volont mdiocre en regard du travailleur qui s'astreint un labeur opinitre pour conqurir une haute situation1 ou de l'arriviste qui marche sur n'importe quoi pour parvenir ses fins4 ,en ralit1 ceux qui n'aboutissent dans la vie rien de saillant ni d'extraordinaire1 n'ont pas pour cela une volont plus faible ni plus rduite que ceux qui se font remarquer par des exploits transcendants2 ce n'est pas leur volont qui est mdiocre3 c'est l'usage qu'ils en font4 ,celui qui possde un million et qui le dpense en une multitude de menues emplettes ne se donne pas le grand air du richard qui fait l'acquisition d'un chteau1 et ne ressemble pas non plus l'avare sordide qui enfouit son million dans sa paillasse4 ,chacun fait pourtant1 sa manire1 usage d'une somme de mme valeur3 mais l'effet produit se trouve tout diffrent4 ,dcouvrir la ou les directions que prend une volont1 tout est l4 ,volont1 o es-tu8 ,russir la dpister lorsqu'elle se drobe1 la forcer dans son repaire et la tirer de sa cachette1 c'est l tout le secret de la preuve fournir de cette vrit indniable3 nous avons tous de la volont1 et nous en possdons tous la mme dose et la mme puissance4 ,l'illusion que nous avons dnonce et combattue dans nos deux premiers chapitres3 cration et accroissement possibles du vouloir humain par des efforts humains1--est ne de cette illusion premire qui consiste confondre le dplacement ou la dispersion de la volont avec son inexistence ou sa diminution prsumes1 et perdre de vue les buts vers lesquels elle se porte pour ne considrer que ceux d'o elle s'carte4 ,lorsqu'un prestidigitateur fait disparatre vos yeux la montre ou le mouchoir que vous lui avez confis1 et que vous savez bien qu'il va vous rendre tout l'heure intacts1 vous ne supposez pas une minute que ces objets ont cess d'exister3 vous vous demandez simplement o il a pu les mettre4 ,de mme1 quand vous n'apercevez plus trace de volont chez quelqu'un1 ne croyez pas que la volont de ce quelqu'un soit rduite nant3 cherchez o elle se cache4 ,une volont disparue n'est jamais une volont anantie3 c'est une volont escamote4 ,v ,l'attrait commandant au vouloir ,tout le problme de la volont rside donc dans la recherche des buts vers lesquels elle se porte1 soit tout entire1 soit par fragments gaux ou ingaux1 de faon constante ou intermittente4 ,mais qu'est-ce donc qui la fait se porter l ou ailleurs8 ,o est le motif de son orientation8 ,pourquoi la volont se ramasse-t-elle8 pourquoi se dissocie-t-elle8 ,qu'est-ce qui fait aller la volont de l'un par ici1 la volont de l'autre par l8 ,quelle est la cause de ce dclanchement partiel ou total du vouloir1 concordant ou non1 du reste1 avec le pouvoir et avec le savoir de l'tre8 ,la connaissance ne cre pas la possibilit1 elle en permet seulement l'utilisation2 et ni le savoir1 ni le pouvoir1 non seulement ne crent1 mais ne dirigent le vouloir4 ,ils lui permettent de s'effectuer1 mais ils ne sont pour rien dans son orientation1 ils ne la commandent nullement4 ,ce n'est pas toujours ce qu'on peut faire1 et ce qu'on sait qu'on peut faire1 qu'on a envie de faire4 ,c'est bien souvent l'oppos4 ,la volont virtuelle de marcher subsiste chez l'homme qui s'est cass la jambe4 ,l'orientation de notre vouloir est donc tout fait indpendante des possibilits connues ou inconnues qui s'offrent nous4 ,il semble bien que ce qui amorce l'orientation du vouloir1 ce qui l'aimante1 ce qui commande en fait la volont1 ne soit autre chose que l'attrait4 ,on va vers ce qui attire4 ,or1 on est attir par ce qui plat4 ,ce qui plat et qui attire1 on le dsire4 ,ce qu'on dsire1 on le prfre au reste1 on le choisit4 ,ce qu'on prfre et qu'on choisit1 c'est proprement ce qu'on veut4 ,on veut donc selon l'attrait qu'on prouve4 ,maints attraits sont en nous1 aussi varis que les atavismes qui composent nos tempraments respectifs4 ,ils tissent dans l'tre un rseau de particularits diverses1 constituant la complexit de chaque chantillon de la nature humaine pris part4 ,nos attraits personnels sont tantt compatibles les uns avec les autres1 tantt opposs entre eux1 divergents1 inconciliables4 ,et ce sont leurs divergences qui font se disloquer vers des buts contraires notre volont1 lorsque nous oscillons ou que nous restons figs entre deux dcisions1 lorsque nous changeons chaque instant de ligne de conduite1 ou encore lorsque nous ne voulons rien que d'une volont moyenne1 parce que dissocie et parpille4 ,lorsque1 par contre1 un attrait l'emporte en nous sur tous les autres1 il dclanche la volont totale1 et draine vers un seul but toutes les facults de notre individu4 ,l'attrait peut tre instinctif ou rflchi4 ,instinctif1 c'est l'attrait de l'animal1 ou du petit enfant qui les lumires de la raison n'ont pas encore permis de dlibrer sur la valeur du bien vers lequel son attrait le porte4 ,rflchi1 c'est l'attrait de l'homme qui a pes ses prfrences4 ,mais1 instinctif ou raisonn1 l'attrait garde toujours un caractre que rien ne peut lui faire perdre3 il ne dpend pas de nous1 il nous est impos4 ,nul n'est matre de ses attraits4 ,choisir entre deux attraits1 ce n'est pas rellement choisir1 c'est subir la force de l'attrait le plus grand4 ,si j'aime l'oseille et dteste les pinards1 je ne peux pas faire que j'aime les pinards et dteste l'oseille4 ,quand je mange les pinards que je dteste et renonce l'oseille que j'aime1 parce que mon mdecin m'a dit qu'il fallait en user ainsi pour ma sant1 vais-je contre mon attrait8 ,oui1 en apparence1 parce que je ne mange pas ce qui me plat et mange ce qui me dplat2 non1 en ralit1 parce que je cde un attrait suprieur qui est celui de rester bien portant4 ,l'attrait suprieur se trouve conforme1 ici1 la saine raison4 ,mais il pourrait tout aussi bien lui tre contraire1 et1 s'il l'tait1 je ne le subirais pas moins4 ,si je suis morphinomane1 c'est--dire si je prfre le plaisir de me morphiner au plaisir de vivre1 on aura beau me dire que je me tue1 je continuerai me morphiner1 l'attrait de la morphine tant en moi plus fort que l'attrait de la vie4 ,l'homme est un animal raisonnable1 mais c'est--dire1 trs souvent1 un animal draisonnable4 ,l'animal1 lui1 n'est ni raisonnable ni draisonnable3 il est simplement sans raison4 ,le morphinomane qui prfre le plaisir de se morphiner au plaisir de vivre agit contre la saine raison1 mais il n'agit pas sans raison4 ,la raison apparat mme ici comme contradictoire l'instinct1 qui inspire toujours la conservation de l'espce4 ,on n'a jamais vu un animal accomplir un acte draisonnable3 ce privilge est rserv l'homme4 ,c'est qu' l'inverse de l'instinct la raison humaine peut se tromper sur l'apprciation des biens vers lesquels l'attrait porte la volont4 ,et cette apprciation1 juste ou fausse1 ne dpend pas plus de nous que nos attraits eux-mmes4 ,celui qui est rellement persuad que les jouissances de la morphine reprsentent un bien suprieur la jouissance de la vie1 ne peut pas1 entre la morphine et la vie1 ne pas choisir la morphine4 ,la devise du noceur3 courte et bonne1 triomphera toujours de tous les raisonnements des sages4 ,l'attrait est tantt inhrent1 tantt consquent l'acte que se propose la volont4 ,c'est tantt l'attrait-immanence1 tantt l'attrait-rcompense qui s'exerce sur elle4 ,une course en montagne1 mme prilleuse1 et justement parce que prilleuse1 tentera celui qui possde un jarret vigoureux1 des poumons solides1 un temprament tremp pour la lutte et pour l'effort physique1 un caractre gotant le plaisir du risque1 le triomphe de la difficult3 attrait-immanence4 ,cette mme course rpugnera naturellement un tre dbile et lymphatique1 mais ce dernier pourra se trouver sduit par la perspective d'un paysage enchanteur1 et se dcider tout affronter pour s'en procurer la contemplation3 attrait-rcompense4 ,l'enfant qui s'empare d'un gteau cde la force de l'attrait-immanence4 ,celui qui avale la cuillere d'huile de ricin qui sera suivie d'un bonbon cde la force de l'attrait-rcompense4 ,qu'il agisse instinctivement ou dlibrment1 raisonnablement ou draisonnablement1 d'aprs l'attrait-immanence ou l'attrait-rcompense1 l'homme semble donc toujours1 en dfinitive1 dirig dans son vouloir par son attrait4 ,et nos attraits1 encore une fois1 ne dpendent pas de nous4 ,on veut selon l'attrait qu'on prouve2 et l'on n'est pas libre d'prouver tel ou tel attrait3 on le subit1 avec sa particularit et son intensit4 ,un pote a pu s'crier--et la philosophie ratifie son affirmation--3 ,la douleur et la mort sont moins involontaires ,que le choix du dsir4 ,ma volont ne serait donc pas libre8 ,si c'est l'attrait qui la commande1 si mon attrait ne dpend pas de moi1 si j'en subis irrsistiblement la force1 instinctive ou raisonne1 si mon vouloir se dclanche fatalement dans le sens de l'attrait qui s'exerce sur moi avec le plus de violence1 comment puis-je dire que j'agis librement quand je fais ce que je veux8 ,une chose me plat plus qu'une autre4 ,je me porte vers elle4 ,rien d'invincible ne se met la traverse de la ralisation de mon dsir4 ,je peux atteindre mon but4 ,je le sais4 ,je le veux4 ,je l'atteins3 ,ai-je librement agi8 ,j'ai fait ce qui m'a plu4 ,j'ai agi comme j'ai voulu4 ,mais tais-je libre d'agir autrement8 ,pouvais-je vouloir autre chose que la chose que j'ai voulue8 ,on tonnerait beaucoup un homme qui l'on viendrait dire3 prcisment parce que vous ne faites et ne voulez faire que ce qui vous plat1 vous n'tes pas libre4 ,c'est pourtant la vrit4 ,on remarquera combien je fais ici la part belle ceux qui voudraient continuer soutenir que nous n'avons tous ni la mme dose1 ni la mme puissance de volont4 ,car enfin1 si notre volont dpend de notre attrait1 lequel1 instinctif ou rflchi1 n'est pas libre1 notre volont n'est pas libre non plus4 ,or1 nos attraits1 multiples et divers1 plus ou moins puissants les uns que les autres1 crent1 d'individu individu1 des diffrences innombrables3 il y aurait donc aussi1 entre les volonts humaines1 d'innombrables diffrences sur lesquelles nous ne pourrions rien1 et qu'il nous faudrait absolument subir et reconnatre4 ,je mets au grand jour le visage de l'objection4 ,mais l'on va voir que c'est un faux visage1 et que cette objection n'est qu'un argument masqu4 ,sans doute1 nos attraits commandent notre volont1 sans doute encore nous prouvons tous des attraits diffrents1 ingaux en valeur comme en intensit2 de l prtendre que nos volonts elles-mmes1 nos volonts respectives1 diffrent entre elles de grandeur et de puissance1 il n'y a qu'un pas444 ,mais c'est un faux pas4 ,,vi ,le devoir librant le vouloir de la servitude de l'attrait ,l'attrait commande la volont4 ,c'est exact4 ,mais la volont n'est pas oblige de lui obir4 ,c'est non moins exact4 ,car quelque chose1 qui n'a rien voir avec l'attrait1 se dresse dans la conscience4 ,ce quelque chose1 qui intervient1 apparemment pour enchaner la volont1 en ralit pour la rendre libre1 c'est le sentiment du devoir4 ,je ne cherche pas entamer ici une dissertation morale4 ,je continue1 et je me borne relever des faits4 ,le sentiment du devoir est un sentiment humain qu'il n'est ni permis ni possible de ngliger1 de nier ou de rcuser4 ,ce sentiment existe en toute crature raisonnable4 ,la raison1 nous l'avons dit1 peut se tromper sur l'apprciation des biens vers lesquels l'attrait porte la volont1 c'est--dire sur l'objet du bien4 ,elle peut galement se tromper sur l'objet du devoir1 et il y a de ce fait des consciences errones4 ,mais elle ne se trompe ni sur la notion mme du bien1 ni sur la notion mme du devoir4 ,il n'y a pas de raison en qui n'existe la recherche d'un bien quelconque1 pas de conscience en qui n'existe le sentiment du devoir1 ni qui se mprenne sur le caractre du devoir1 qui n'en reconnaisse l'autorit4 ,et cette autorit consiste1 justement1 confrer au vouloir une libert pleine et entire4 ,la volont reste1 il est vrai1 contrainte d'obir l'attrait instinctif1 quand celui-ci occupe toute la conscience1 ou en tient lieu3 la volont de l'animal n'est pas libre1 celle du petit enfant non plus1 celle de l'idiot ou du fou pas davantage4 ,mais en toute crature humaine possdant l'usage de la raison1 la volont est libre de suivre o de ne pas suivre l'attrait4 ,et elle doit cette libert au seul sentiment du devoir4 ,le devoir ne violente personne4 ,il se prsente4 ,il met la main au collet de la volont et lui dit3 ,au nom de ,dieu1 tu es libre4 ,aussitt la volont1 qui allait fatalement et en esclave suivre son attrait1 se sent matresse de son choix4 ,qu'elle suive maintenant cet attrait ou qu'elle s'en dtourne1 ce sera librement1 et parce qu'elle en dcidera ainsi de son plein gr4 ,si elle va vers le devoir en tournant le dos l'attrait1 la dmonstration de sa libert est clatante4 ,si elle suit son attrait au dtriment de son devoir1 elle aura son remords1--autre sentiment humain indniable1 corollaire de celui du devoir1--pour tmoin et pour accusateur1 attestant qu'elle aurait pu faire autrement4 ,si le devoir concide avec l'attrait1 et que la volont n'ait pas changer sa direction pour se dcider en faveur de l'attrait1 il y aura cependant quelque chose de chang1 quelque chose quoi l'on ne prend point garde et qui est d'importance3 la volont aura agi dans le sens mme o elle s'apprtait agir1 mais elle aura agi dans ce sens avec attrait1 et non par attrait4 ,ce ne sera pas l'attrait qui l'aura dtermine4 ,l'attrait pourra se trouver1 du mme coup1 satisfait2 mais il n'aura pas impos sa loi1 la volont se sera dcide toute seule4 ,agir avec attrait1 avec passion1 o agir par attrait1 par passion1 ce n'est pas du tout la mme chose4 ,si on ne remplit son devoir que parce que ce devoir concide avec un attrait ou une passion1 o agit par attrait1 par passion2 si on le remplit parce qu'il est le devoir1 tout en y trouvant la satisfaction d'un attrait1 d'une passion1 on agit par devoir4 ,qu'on ne dise pas que lorsqu'il y a concidence entre le devoir et l'attrait la facilit du choix te toute sa valeur l'acte de la volont3 car celle-ci peut conserver1 dans l'accomplissement du devoir concidant avec l'attrait1 l'intention de l'accomplir quand bien mme il se trouverait ou deviendrait contraire l'attrait4 ,le vouloir intentionnel1 le vouloir virtuel1 peut persister l'gard du devoir quel qu'il soit1 agrable ou dsagrable1 plaisant ou dplaisant1 chez celui qui accomplit avec attrait une besogne choisie par devoir4 ,et c'est cette racine cache de l'intention qui fait toute la qualit1 toute la valeur du vouloir#b4 #b ,il existe dans la langue franaise une quivoque au sujet du mot intention3 on l'emploie souvent dans le sens de projet4 ,et c'est ainsi que l'on dit que l'enfer est pav de bonnes intentions3 il faut comprendre que cela ne signifie qu'une chose1 c'est que les rprouvs ont pris des rsolutions qu'ils n'ont pas tenues1 form des projets qu'ils n'ont pas raliss4 ,lorsqu'on dclare1 tout en s'asseyant dans un fauteuil3 ,j'ai l'intention de prendre le train pour ,paris1 cela veut dire3 ,j'ai le projet d'aller ,paris1 et non1 bien entendu1 ,je crois prendre le train pour ,paris en m'asseyant dans ce fauteuil4 ,mais si1 ayant l'intention de partir pour ,paris1 on monte par mgarde dans le train qui va ,bordeaux1 l'acte ici1 malgr l'erreur du fait1 correspond bien l'intention prsente dont est anime la volont3 et c'est ainsi que l'on dit que l'intention fait l'action4 ,ce vouloir intentionnel ne serait jamais libre si nous n'avions en nous que des attraits4 ,il le devient par ce fait qu'il existe en nous un sens du devoir4 ,nous ne crons pas nos devoirs plus que nous ne crons nos attraits1 nous les subissons4 ,mais le sens du devoir est une donne morale pure de toute contingence contraignante4 ,lorsque nous agissons aprs avoir reu le mot d'ordre du devoir1 nous savons trs bien1 quel que soit le parti que nous prenons1 que nous aurions pu en prendre un autre4 ,dire que le devoir oblige1 c'est proclamer son droit souverain4 ,mais le droit n'est pas la contrainte4 ,nous pouvons tre contraints par les circonstances o par la volont d'autrui de remplir tel ou tel devoir3 si nous ne le remplissons que parce que nous y sommes forcs1 notre volont n'y est pour rien4 ,le soldat que l'on fait marcher au feu malgr lui sous la menace des baonnettes n'a pas la volont de se battre4 ,inversement1 le chrtien qu'on maintiendrait de force courb deux genoux devant une idole n'adorerait pas cette idole3 sa volont demeurerait aussi libre et aussi rsolue que celle de ,polyeucte courant briser les statues des faux dieux4 ,nous faisons ce que nous voulons1 quand nous le pouvons en fait1 quand nous savons que nous le pouvons1 et quand nous le voulons3 mais pouvoir1 savoir et vouloir n'aboutissent prcisment l'acte libre que sous l'inspiration du devoir4 ,si le devoir n'intervenait pas pour nous faire opter librement dans un sens ou dans l'autre1 nous obirions toujours1 avec la plus parfaite servilit1 l'attrait le plus imprieux4 ,moralement1 le devoir s'impose4 ,en fait1 il ne s'impose pas3 il se pose4 ,et la libert existe pour le vouloir ds que le devoir est pos4 ,or1 cette libert existe toujours3 car toujours1 minuscule ou capital1 le devoir se pose4 ,il n'est rien dans notre conduite qui n'en relve4 ,tout est cas de conscience1 subtil1 moyen ou formidable4 ,de tout ce que nous faisons1 de tout ce que nous omettons1 de tout ce que nous disons et de tout ce que nous pensons1 rien n'est indiffrent1 rien n'est sans importance4 ,sans doute1 les degrs de cette importance varient de l'norme l'insignifiant444 et1 dans le cours ordinaire de la vie1 nous laissons beaucoup de choses se rgler par notre obissance machinale ces attraits familiers que sont la routine et l'usage1 sans prouver dans notre conscience le rappel l'ordre du devoir4 ,il se peut1 du reste1 que par un choix initial1 dont les consquences s'tendent quelquefois assez loin1 nous ayons mis1 un moment donn1 notre volont dans la direction voulue par le devoir1 et que cette dcision premire nous permette de fermer les yeux un certain temps sur les entranements de certaines habitudes prises4 ,c'est ainsi que l'on n'a pas toujours prsente l'esprit1--quand on remplit les charges de son tat1 quand on se livre ses occupations journalires1 quand on visite ses amis1 qu'on se met table1 au piano o dans son lit1--la notion de la libert de tous ces actes4 ,mais lorsqu'une conscience ferme trop longtemps les yeux1 il lui arrive de tomber dans un lger assoupissement ou dans un profond sommeil4 ,et alors1 la notion de la libert de nos actes1 qui ne fait qu'un avec le sentiment du devoir1 disparat du champ de notre conduite4 ,ce n'est que dans les cas de rencontre imprvue1 d'arrt soudain de cette existence machinale1 de nouveaut donnant rflchir1 que la conscience sursaute et se rveille4 ,comme un somnambule que l'on secoue brusquement et qui se demande o il est et ce qu'il fait1 comme un automobiliste qui filait grand train sur une route droite et unie1 et qui se trouve subitement devant un tournant ou un obstacle auquel il ne s'attendait pas1 nous prenons tout coup conscience de notre libert d'action1 mais parfois1 emports par la vitesse acquise1 nous ne nous rveillons pas assez vite pour parer l'accident4 ,plus le sens du devoir imprgne et pntre notre vie tout entire1 plus nous sommes libres et matres de nous-mmes4 ,plus ce sens s'oblitre dans une conscience qui commence s'endormir1 plus nous redevenons esclaves4 ,le sommeil de la conscience n'est pas du tout un besoin naturel1 lgitime1 semblable au sommeil rparateur de notre tre physique4 ,c'est une faiblesse laquelle on se laisse aller quand on le veut bien4 ,c'est un attrait comme un autre1 en face duquel le sens du devoir ne manque pas de se dresser4 ,mais ici le vouloir1 au lieu de se borner tourner le dos au devoir1 s'efforce de le rduire au silence4 ,lorsqu'on veut endormir sa conscience1 on obit tout d'abord l'attrait qui1 non seulement contredit le devoir1 mais le billonne et le ligote4 ,billonn et ligot1 le devoir1 du reste1 est toujours l1 protestant par sa seule prsence444 ,on ne peut jamais se dbarrasser tout fait de lui en le jetant par la fentre4 ,mais enfin il ne parle ni ne bouge plus4 ,c'est dj quelque chose4 ,et la conscience pourra dormir4 ,le veilleur de nuit1 dcid ne pas abandonner son poste1 prend tous les moyens possibles pour se tenir veill1 parce qu'il sait que le sommeil pourrait avoir raison de la nature vaincue2 il boit du caf1 entretient feu et lumire1 et1 quand il veut se reposer1 s'assied comme les bergers de ,suisse sur un tabouret un seul pied1 dont la chute le rappellera fatalement lui-mme s'il lui arrive de cder au sommeil4 ,celui qui veut endormir sa conscience fait exactement le contraire3 car il sait que la conscience ne s'endort pas toute seule4 ,pour que la conscience s'endorme1 il faut le faire exprs3 il faut verser la conscience des narcotiques4 ,et l'on sent bien que c'est trs grave4 ,aussi la plupart d'entre nous ne cherchent-ils pas endormir fond leur conscience2 ils se contentent de la mettre en tat plus ou moins accentu de somnolence1 en laissant par ailleurs au devoir le moyen de profrer quelques syllabes ou d'esquisser quelques gestes4 ,endormir sa conscience1 aprs avoir fait taire le devoir1 est donc un acte libre1 lequel ne requiert et par consquent ne dcle1 de la part de celui qui l'accomplit1 ni plus ni moins de volont que l'acte contraire1 lequel consiste tenir sa conscience veille1 et recueillir avec attention les moindres oracles du devoir4 ,c'est donc bien librement qu'on se dlivre ou qu'on s'enchane2 c'est donc librement qu'on se rend matre ou esclave de son attrait quel qu'il soit4 ,il n'y a donc entre nos volonts humaines d'autre diffrence que celle qui provient d'une disposition prise en faveur ou l'encontre du devoir4 ,la volont qui se dispose en faveur du devoir s'appelle la bonne volont4 ,la volont qui se dispose l'encontre du devoir s'appelle la mauvaise volont4 ,il n'y a au monde1 parmi les tres pensants1 que ces deux volonts-l4 ,et chacun de nous fait librement de la sienne1 en totalit ou en partie1 pour un instant1 pour un jour1 pour une vie ou pour une ternit1--une de ces deux volonts-l4 ,,vii ,la notion divine du devoir ,qu'est-ce donc que ce sens du devoir1 devant lequel s'arrte le mcanisme fatal de nos facults1 et qui cre en nous1 par sa seule prsence1 le libre jeu de nos dterminations personnelles8 ,ce ne peut tre qu'un bien1 et le plus grand de tous les biens1 puisqu'il place en nos mains la cl de nos destines1 puisqu'il dverrouille notre vouloir1 nous hausse la dignit de cratures conscientes et responsables2 puisqu'il nous met enfin en possession de ce que les hommes ont toujours revendiqu ici-bas avec le plus d'pre insistance1 avec les plus fivreux enthousiasmes et les plus ardentes clameurs3 la libert6 ,le sens du devoir est donc un bien4 ,mais il l'est surtout et avant tout parce qu'il est la propre touche du divin dans notre me1 la rvlation intime de l'existence d'une volont suprieure la volont humaine4 ,cette volont suprieure ne peut tre que bonne4 ,le mal1 en effet1 n'est pas suprieur au bien2 car le bien1 c'est l'tre1 et le mal c'est le manque1 le dfaut d'tre4 ,si donc une volont existe1 suprieure la ntre1 il faut que cette volont et le sens du devoir qui nous la rvle soient des biens suprieurs tout autre1 soient le bien4 ,volont suprme1 bien suprme1 la fois incontestable par la raison de l'homme1 et inconnaissable en plnitude cette mme raison4 ,la raison humaine1 en effet1 ne peut ni douter que ,dieu soit1 ni atteindre toute seule la connaissance approfondie de ,dieu4 ,dieu se prouve nous d'une faon irrcusable d'abord par la constatation de l'existence d'un monde qui n'a pu se faire lui-mme1 puis par ce sens du devoir dpos en nous avec un caractre d'autorit dpassant toute autorit humaine4 ,aucun homme n'a de lui-mme et par lui-mme autorit sur un autre4 ,l'autorit confre par la force n'est qu'un fait brutal contre lequel se rvoltera toujours la conscience4 ,l'autorit confre par la nature1 comme celle des parents sur leurs enfants1 si on la dpouille de sa dlgation divine1 n'est plus qu'un pouvoir temporaire1 vite secou1 analogue aux rapports qui existent dans la famille animale entre les btes et leurs petits4 ,l'autorit confre par le droit social n'est que l'acceptation d'un contrat que l'une des deux parties1 quand elle se sent la plus forte1 peut toujours rcuser4 ,on aura beau tourner et retourner la question3 sans ,dieu1 pas de devoir4 ,sans devoir1 pas de libert1 puisque tout cde l'attrait1 et que l'on ne peut rien contre son attrait4 ,sans libert1 rien faire et rien dire4 ,le monde ira comme il pourra4 ,il faut renoncer tout progrs4 ,il n'y a ni bien1 ni mal1 ni volont personnelle4 ,et tout effort1 en quelque sens que ce soit1 est parfaitement inutile4 ,on m'objectera que l'athe peut tre honnte homme et se conduire par sentiment du devoir4 ,je rpondrai que ce prtendu sentiment du devoir n'est en ralit1 chez lui1 qu'un attrait4 ,il se trouve que cet attrait concide avec le bien gnral3 tant mieux6 ,mais s'il concidait un jour avec autre chose1 l'athe ne saurait s'en dtourner4 ,sans ,dieu1 l'homme est son propre matre4 ,et l'homme qui n'obit qu' lui-mme est fatalement le serviteur de son attrait4 ,l'athe1 s'il est dou d'une nature qui le porte vers le bien1 fait le bien sans choix et sans mrite1 comme le soleil donne sa chaleur4 ,que dis-je6 le soleil qui donne sa chaleur est innocent3 l'athe ne l'est pas4 ,car au fond de toute raison humaine1 un commencement de foi en ,dieu est toujours dpos4 ,de ce commencement de foi1 qu'un devoir premier1 initial et formel1 ordonne de cultiver1 l'athe se dtourne4 ,il fera le bien dont il a l'attrait1 par attrait1 sans se soumettre plus haut que lui4 ,il se passera de ,dieu4 ,il sera volontairement son propre matre1 c'est--dire son propre esclave4 ,obir au devoir1 c'est obir ,dieu4 ,celui qui obit ce qu'il appelle son devoir1 sans faire remonter son obissance jusqu' ,dieu1 n'obit en ralit qu' son attrait personnel4 ,obir ,dieu1 c'est faire la volont de ,dieu4 ,il y a donc une rigoureuse identit entre le devoir et la volont de ,dieu4 ,tout ce qui n'est pas la volont de ,dieu n'est pas le devoir4 ,et le devoir tant un bien1 le plus grand et le premier de tous1 tout ce qui n'est pas la volont de ,dieu n'est pas le bien4 ,faire son devoir1 c'est donc faire le bien2 faire le bien1 c'est donc faire son devoir4 ,mais on ne fait son devoir et on ne fait le bien que quand on fait la volont de ,dieu4 ,or1 cette volont1 comment la connatre8 ,les clarts naturelles de notre raison nous en donnent une ide gnrale2 mais les clarts naturelles de la raison1 faillibles1 insuffisantes pour nous communiquer la connaissance approfondie de la nature de ,dieu1 ne peuvent suffire non plus nous faire connatre dans le dtail la volont divine4 ,celle-ci ne peut nous tre communique que par une ,rvlation officielle4 ,et donc1 sans foi en une ,rvlation officielle1 pas de devoirs explicites4 ,car on ne peut appeler devoirs d'arbitraires obligations que l'homme se crera lui-mme et imposera aux autres selon les fantaisies de son attrait particulier4 ,chacun de nous sait par une rvlation intime que le devoir existe4 ,mais aucun de nous ne peut tre exclusivement juge de son devoir1 ne peut prtendre agir1 sans contrle1 d'aprs sa seule conscience4 ,sans doute1 on ne doit pas agir contre sa conscience3 mais ce serait prcisment agir contre elle que d'avoir la prtention de ne relever que d'elle4 ,l'homme est ici1 plus que partout1 un tre enseign4 ,le rgne du libre examen en fait de bien et de mal1 ce serait l'tablissement sur la terre d'autant de lois morales qu'il existe d'individus4 ,la socit ne serait plus qu'un chaos1 et personne ne pourrait plus s'y reconnatre4 ,aucune conscience ne recevra jamais la connaissance exacte de son devoir que d'une source divine4 ,l'autorit divine1 seule1--directe ou dlgue en ses reprsentants1--imprime au devoir un caractre d'obligation4 ,toute autorit qui ne remonte pas cette source est sans force4 ,tout devoir qui ne s'y rattache pas est sans caractre obligatoire1 et donc n'est pas le devoir4 ,sans le support religieux1 le sentiment du devoir ne peut pas plus se poser et se soutenir dans la conscience que l'homme lui-mme ne pourrait se tenir debout et marcher sans le globe solide que ,dieu a mis sous ses pieds4 ,nous voici donc amens1 par la pure logique des faits1 sortir du domaine naturel pour entrer dans le domaine surnaturel4 ,et seule1 la volont qui va suivre cette direction1 franchir ce pont1 consentir cette lvation1 pourra s'appeler la volont du bien4 ,ici se prsente l'illusoire apparence d'un cercle vicieux3 pour adhrer au surnaturel1 il faut le vouloir2 et pour le vouloir1 il faut y croire3 comment y croire1 si on ne le veut pas8 et comment le vouloir si on n'y croit pas8 ,la difficult serait inextricable si ,dieu n'avait commenc la rsoudre pour nous4 ,de mme que nous avons reu la vie sans nous l'tre donne1 sans mme l'avoir demande1 nous possdons tous1 sans y tre pour rien1 un commencement de bon vouloir1 un commencement de foi1 d'adhsion au surnaturel1 un don gratuit et premier appel grce1 qui est en nous comme premier moteur1 prt nous donner1 si nous n'y rsistons pas1 l'impulsion initiale vers le bien1 vers le devoir1 vers la volont de ,dieu4 ,cette impulsion1 si elle est accepte1 sera suivie de grces nouvelles1 produisant de nouvelles impulsions1 et cela indfiniment1 tant que nous ne mettrons pas notre volont au cran d'arrt1 ou que nous ne ferons pas machine en arrire4 ,sans cette aide premire1 sans cette mise en branle qui vient de ,dieu1 notre volont ne pourrait jamais prendre son lan4 ,cette mise en branle est notre volont ce que la cration mme de notre tre est notre tre lui-mme4 ,nous existons4 ,nous ne nous sommes pas faits nous-mmes4 ,ainsi notre volont se meut3 mais elle ne s'est pas mise en mouvement toute seule2 elle ne se meut que par le fait d'une impulsion donne4 ,cette impulsion1 ,dieu nous la donne1 cela va sans dire1 dans le sens du bien1 dans le sens du devoir4 ,mais il nous laisse--et c'est notre privilge de cratures raisonnables--la facult de l'enrayer4 ,tout comme1 en nous donnant la vie1 il nous laisse la facult de nous l'ter4 ,l'animal subit la vie jusqu' ce que ,dieu la lui retire4 ,l'animal ignore le suicide4 ,l'homme seul a la possibilit de se tuer volontairement4 ,de mme1 l'homme a la facult d'enrayer en lui la vie de la grce4 ,nous avons la libert de nous dfendre contre ,dieu1 de rejeter ses dons2 le don de la vie physique1 le don de la vie surnaturelle4 ,nous sommes libres de laisser vivre et d'alimenter notre corps1 ou de le faire mourir1 soit d'inanition1 soit violemment1 soit en l'empoisonnant petit petit4 ,nous sommes libres1 de mme1 de faire vivre ou de tuer notre me4 ,dieu nous aide faire le bien4 ,il ne nous aide pas faire le mal4 ,nous sommes libres1 aids dans le bien1 de repousser cette aide pour faire le mal tout seuls1 ou d'accepter cette aide pour faire le bien avec ,dieu4 ,quant faire le bien tout seuls1 cela nous est radicalement impossible4 ,dieu est1-- l'insu mme de celui qui se croit le seul auteur de ses actes1--prsent et agissant dans toute parcelle de bien qui s'excute sur la terre1 comme son pouvoir crateur se retrouve et subsiste en tout tre1 jusqu'au plus infime1 appel par lui l'existence4 ,avoir la prtention de faire le bien tout seul quivaut prtendre tre n parce qu'on l'a voulu1 et vivre de son seul gr et par son seul pouvoir4 ,,viii ,la volont applique la connaissance ,mais connatre la vrit1 connatre son devoir1 connatre les possibilits dont on dispose pour le remplir1 n'est-ce pas plutt le rle de la raison que celui de la volont8 ,et celle-ci ne doit-elle pas attendre1 pour entrer en scne1 que la raison lui ait clair le terrain et prpar les voies8 ,sans doute1 la volont1 pour agir d'une faon libre et consciente1 a besoin d'tre claire et renseigne par la raison4 ,mais la raison1 pour donner ses lumires1 a besoin d'tre consulte par la volont4 ,la volont qui cohabite dans une me humaine avec la raison1 connat1 d'une connaissance infuse1 cette cohabitation2 elle sait d'avance que pour ne pas agir en aveugle elle doit demander cette compagne de lui prter ses clarts naturelles4 ,quand elle ne le fait pas1 la raison1 au lieu de promener son flambeau dans les replis de la conscience1 en restreint le rayonnement cette vrit premire1 cette connaissance infuse dont la volont dcide de ne pas tenir compte3 et ds lors tous les agissements du vouloir sont vicis dans leur cause2 tous les violements du devoir par ignorance ou par erreur sont des violements coupables1 dont la volont demeure parfaitement responsable4 ,il y a des erreurs innocentes1 des ignorances qui excusent et mme absolvent3 il y en a d'autres qui condamnent4 ,un vouloir sans malice1 aboutissant une erreur innocente1 peut se trouver entach par une faute inhrente au vouloir initial qui a dtermin l'erreur4 ,celui qui se soumet imprudemment une exprience de suggestion1 que rien ne ncessite1 sera peut-tre entran par l commettre un crime qui lui et fait horreur si on le lui avait propos avant d'avoir dtraqu sa mentalit par cette exprience3 mais il savait bien qu'il courait ce risque en se livrant ce dtraquement4 ,l'ivrogne qui embrasse un bec de gaz en croyant jeter les bras autour du cou de son meilleur ami n'a nullement la volont d'embrasser un bec de gaz3 mais il a bien eu la volont de boire3 et ds lors il est responsable de tout l'inconnu de fautes et de sottises que la perte de sa raison1 laisse au fond de son verre1 lui pourra faire excuter4 ,le capitaine qui choue sa frgate sur un rcif alors qu'il croyait naviguer en eaux libres a pu tre tromp par des cartes mal faites3 mais peut-tre y avait-il eu de sa part ngligence volontaire dans le choix de ces cartes4 ,les erreurs innocentes1 les ignorances qui excusent et celles qui absolvent1 sont des erreurs ou des ignorances qui se sont ignores elles-mmes1 et qui n'ont pas eu pour cause initiale une premire ignorance qui se serait connue1 et qui aurait voulu demeurer ignorance4 ,les erreurs coupables1 les ignorances qui condamnent1 sont celles qui ont eu pour point de dpart1 ou qui ont t elles-mmes1 de l'ignorance se connaissant1 et voulant demeurer ignorance4 ,je ne sais pas o est mon devoir444 ,mais je pourrais me renseigner1 m'informer1 arriver savoir444 ,je trouve plus commode de ne rien claircir1 d'en rester l1 de continuer ignorer3 ignorance qui condamne4 ,je vois clairement que tel acte serait pour moi le devoir1 si j'avais les possibilits de l'accomplir444 ,mais je ne sais pas si j'ai ces possibilits4 ,je n'en ai pas fait l'exprience4 ,je trouve plus simple de ne pas essayer1 de me persuader moi-mme que je n'ai pas ces possibilits4 ,peut-tre qu'effectivement je ne les ai pas444 mais peut-tre aussi que je les ai4443 ignorance qui condamne4 ,celui dont on peut dire selon la formule moderne1 un peu vulgaire1 mais fort expressive1 qu'il ne veut rien savoir1 celui-l n'est ni excus ni innocent dans l'intention de son vouloir quand il se trompe1 quand il omet le bien ou fait le mal sans avoir expressment cherch ce mal ou rejet ce bien4 ,l'excuse dont il se couvre alors est une mauvaise excuse1 l'innocence dont il cherche se targuer est une fausse innocence4 ve allgua pour se dfendre que le serpent l'avait trompe4 ,sans doute1 elle ne savait pas que le serpent mentait3 mais elle aurait pu et d l'en souponner en constatant qu'il lui affirmait le contraire de ce que ,dieu lui avait dit4 ,mais ve voulait croire ce que le serpent lui disait1 parce qu'elle voulait faire ce qu'il lui suggrait de faire4 ,si les ,juifs avaient su que ,jsus-,christ tait le ,fils de ,dieu1 ils ne l'auraient pas crucifi4 ,mais ils savaient que celui qu'ils crucifiaient leur prchait une doctrine contrariant leurs penchants vicieux3 et comme ils ne voulaient pas de cette doctrine1 ils niaient avec joie la divinit de ,celui qui la leur prchait1 pour pouvoir le crucifier tout leur aise4 ,tous ceux qui nient ou qui doutent ainsi1 seule fin de lgitimer leurs yeux le droit de faire ce qu'il leur plat de faire2 tous ceux qui sont plongs dans les tnbres d'une erreur ou d'une ignorance qu'ils prfrent la lumire1 parce que la lumire clairerait pour eux un devoir dont ils ne veulent pas1--ceux-l ne seront ni absous ni excuss par leur manque de savoir4 ,c'est pour eux que le ,messie a dit3 ,j'ouvrirai ma bouche en paraboles1 et je ne leur parlerai point sans paraboles1 afin qu'en voyant ils ne voient point1 et qu'en entendant ils n'entendent point4 ,c'est--dire3 afin qu'ils ne soient pas assez confondus pour tre forcs de se rendre1 si dans leur for intrieur ils ne veulent point se rendre4 ,la mauvaise volont est donc la base des erreurs coupables1 des erreurs de ceux qui se trompent de mauvaise foi1 comme la bonne volont est la base des erreurs innocentes1 des erreurs de ceux qui se trompent de bonne foi4 ,se tromper de bonne foi1 c'est1 aprs avoir tout fait1 en conscience1 pour connatre son devoir et les possibilits qu'on a de l'accomplir1 errer et se mprendre dans l'application1 par suite d'une dfaillance quelconque de la raison humaine4 ,la raison humaine1 en effet1 est faillible4 ,rien de plus facile que de s'en convaincre4 ,comment donc alors se fier elle8 ,et pourquoi la volont serait-elle tenue de la consulter avant d'agir8 ,la volont est tenue de consulter la raison parce que1 toute faillible qu'elle soit1 celle-ci constitue quand mme un guide dont la volont ne saurait se passer sans devenir une volont de brute4 ,notre raison1 du reste1 si elle nous trompe quelquefois1 ne nous trompe pas toujours1 ni en tout4 ,si elle nous trompait en tout et toujours1 nous ne pourrions plus rien faire de sens2 la terre serait une maison de fous2 il n'y aurait plus pour personne ni assurance1 ni scurit d'aucune sorte1 non plus dans l'ordre matriel que dans l'ordre moral4 ,si notre raison ne nous trompait jamais1 en rien1 si nous discernions toujours par nous-mmes1 et dans le dtail1 la fulgurante lumire de l'vidence1 le bien vritable1 le devoir rel1 la volont prcise de ,dieu1 nous n'aurions plus nous diriger1 nous dcider1 nous fixer3 nous serions irrvocablement dirigs1 dcids et fixs4 ,celui que l'vidence claire ne choisit plus3 on peut dire en quelque sorte qu'il est choisi4 ,notre libert existerait encore virtuellement1 mais en fait elle n'aurait plus donner ses preuves1 elle n'aurait plus se rvler par son balancement facultatif entre le bien et le mal3 elle deviendrait une libert honoraire1 une libert hors concours1 une libert monte en gloire4 ,c'est ainsi qu'existe et qu'est glorifie au ,ciel la libert des saints4 ,mais cette libert-l1 ,dieu n'a voulu la donner aux anges et aux hommes qu'aprs la leur avoir fait gagner par l'preuve4 ,entre la servitude obscure1 qui dirige fatalement la conduite de l'tre priv de raison1 et la rayonnante libert de la gloire qui fixe pour jamais les lus dans le bien1 il existe ici-bas1 pour la crature raisonnable1 une libert claire par une intelligence fumeuse1 sujette clipses1 vacillements1 intermittences1 faiblesses1 et essentiellement borne dans son champ d'investigation4 ,telle quelle1 cette intelligence reprsente nanmoins pour la volont un guide dont elle a d'autant moins le droit de faire fi1 que ce guide commence par l'avertir du besoin o se trouve l'me humaine de chercher en dehors de lui1 plus haut que lui1 une augmentation de lumire et une direction suprieure4 ,cette augmentation de lumire1 cette direction suprieure1 l'me humaine les trouve dans le domaine surnaturel1 dans le domaine de la foi4 ,la volont qui repousse a priori les clarts de la raison se ferme d'avance l'accs de ce domaine4 ,la volont qui n'accepte de la raison que ce que la raison tire naturellement de son fonds personnel se le ferme pareillement4 ,la premire de ces deux volonts se bute au fait de notre insuffisance intellectuelle4 ,la seconde sacrifie au vice de la suffisance intellectuelle4 ,notre insuffisance intellectuelle est un fait1 auquel il faut se soumettre1 sans se l'exagrer4 ,or1 c'est se l'exagrer que de voir dans la raison humaine un guide auquel nulle confiance ne doit tre accorde1 un guide totalement incapable de nous conduire jusqu'au seuil des initiations suprieures1 d'en lgitimer les origines et d'en creuser la teneur4 ,la suffisance intellectuelle est un vice1 qui consiste nier le fait de l'insuffisance intellectuelle et s'exagrer1 au contraire1 le rle et la valeur de la raison humaine4 ,la suffisance intellectuelle commence--illogisme qui dnonce immdiatement la fausset de la manuvre--par rejeter l'avertissement premier que la raison nous donne lorsqu'elle nous fait sentir le besoin imprieux de recourir1 pour trouver l'absolu et le dfinitif1 plus comptent1 plus lev1 plus lumineux et plus assur qu'elle-mme4 ,ce premier avertissement de la raison est un effet de la grce4 ,on ne peut pas plus nier l'influence de la grce que celle de l'attrait4 ,nous sentons tous1 ds que la recherche d'une vrit1 l'excution d'un acte juste se propose nous1 que quelque chose nous invite cette recherche1 cette excution1 qu'une aide nous est donne pour y parvenir4 ,l'attrait penche la volont1 mais la grce la pousse4 ,l'attrait est une inclination inhrente la nature de l'tre4 ,la grce est une impulsion donne d'ailleurs1 et intimement lie la clart qui nous rvle notre devoir4 ,pas plus que l'inclination de l'attrait1 l'influence de la grce n'est irrsistible4 ,comme un homme pouss par le vent peut marcher s'il le veut dans la direction contraire2 comme un rameur peut manuvrer sa barque l'oppos du courant qui cherche l'entraner1 la volont humaine peut agir au rebours du mouvement de la grce4 ,il y a l une sorte d'effort en sens inverse de celui que ncessite la rsistance l'attrait4 ,ce dernier1 toutefois1 cote davantage la nature1 cause de la dchance originelle de celle-ci4 ,il faut lutter contre soi pour faire la volont de ,dieu plus qu'il ne faut lutter contre ,dieu pour suivre son propre penchant4 ,car ,dieu abdique ici volontairement sa ,toute-,puissance afin de nous laisser notre chance de succs personnel1 notre lot de responsabilit et de mrite4 ,ce combat contre la grce peut nanmoins tre trs violent1 comme en tmoigne ce mot de saint ,paul3 ,il est dur de regimber contre l'aiguillon4 ,nous l'avons vu dj propos de la notion divine du devoir3 sans une premire impulsion donne de ,dieu1 notre volont ne pourrait jamais prendre son lan4 ,de mme sans une premire illumination intrieure1 une premire rvlation intime1 notre raison ne pourrait jamais s'orienter vers la lumire d',en-,haut1 vers la ,rvlation officielle4 ,mais la grce1 la fois irradiation et impulsion1 la grce est l1 qui donne le point de dpart4 ,la volont n'a plus qu' suivre4 ,la mauvaise volont s'arrte1 ferme les yeux1 se dtourne444 ,la bonne volont va vers la lumire1 cherche la lumire1 toute la lumire1 la naturelle et la surnaturelle1 l'humaine et la divine1 afin de ne laisser dans l'ombre aucune parcelle de bien1 aucune parcelle de devoir1 aucune parcelle de la volont de ,dieu4 ,pour trouver toute la lumire1 la bonne volont consultera donc la raison1 et recevra d'elle1 en mme temps que l'aveu de sa propre insuffisance1 l'attestation de l'existence d'un foyer suprieur1 surnaturel1 de vrit4 ,pour atteindre ce foyer1 la bonne volont utilisera1 aide de la grce1 toutes les lumires naturelles de la raison1 en remontant1 par la filiation la plus vraisemblablement authentique1 du tmoignage humain au message divin1 de l'autorit de la crature l'autorit du ,crateur1 de l'enseignement et des commandements de l'homme l'enseignement et aux commandements de ,dieu4 ,et c'est donc bien la volont qui1 en suivant cette filiation1 mettra l'tre humain en possession de toute la connaissance dont il a besoin--et qui lui suffit--pour remplir tout son devoir4 ,,ix ,la volont devant l'effort ,selon le prjug courant1 le vieux et tenace prjug que cet essai cherche combattre et dtruire1--les prjugs n'tant pas tous des raisons qui s'ignorent--l'effort serait le criterium1 la pierre de touche de l'existence mme de la volont3 l'individu qui excute un acte difficile a de la volont2 celui qui s'y drobe n'en a point4 ,c'est trs simple1 et trs commode d'ailleurs comme excuse4 ,en ralit1 le refus tout aussi bien que l'acceptation de l'effort est le propre de la volont4 ,on n'excute pas un acte difficile sans le vouloir4 ,mais on ne s'y drobe pas non plus sans le vouloir4 ,prenons l'acte le moins compliqu1 le plus banal qui se puisse proposer comme exemple3 sortir de son lit1 le matin1 quand on aurait encore envie d'y rester4 ,faut-il dire que le fait de se lever courageusement comporte et dnote plus de volont que le fait de demeurer paresser entre ses draps8 ,point du tout6 ,car si celui qui se lve se lve parce qu'il veut se lever1 celui qui paresse paresse tout de mme parce qu'il veut paresser4 ,il le veut peut-tre d'une volont tiraille1 indcise1 taquine par le sentiment et la honte d'une certaine lchet3 mais1 tout compte fait1 c'est cela qu'il veut plutt que le contraire3 car1 s'il ne le voulait pas1 il ne resterait pas au lit1 il se lverait4 ,il ne reste pas au lit sans le vouloir1 moins qu'il ne se soit rendormi1 terrass par le sommeil4 ,si l'effort consenti tait une preuve de l'existence de la volont1 l'effort refus une preuve de son inexistence1 comment expliquer que la mme personne1 dans des occasions diffrentes1 ou mme dans des occasions semblables renouveles1 tantt accepte1 et tantt refuse l'effort1 ainsi que cela se voit8 ,cette personne1 donc1 tantt a de la volont et tantt n'en a point8 ,cette volont qu'elle a tout d'un coup1 o donc la prend-elle8 ,et cette volont qu'elle n'a plus1 qu'est-ce donc qu'elle en a fait8 ,nous avons tous prouv un jour ou l'autre cette surprise de voir un tre lymphatique et mou1 un caractre indcis1 faible et sans courage1 prendre brusquement1 dans telle circonstance donne1 une vigoureuse dtermination dont nous ne l'aurions pas cru capable4 ,inversement1 il nous est arriv de constater avec tonnement de subites dfaillances d'nergie chez des individus que nous estimions tremps pour l'effort courageux et viril4 ,si c'est la dose de volont qui fait la diffrence entre ces deux espces de caractres1 comment donc1 tout d'un coup1 en face de l'effort1 chacun des deux peut-il se conduire au rebours de ce qu'on tait en droit de prjuger de lui8 ,la vrit est que l'acceptation de l'effort n'atteste pas plus l'existence de la volont que le refus n'en atteste l'inexistence4 ,la volont se dtermine l'acceptation ou au refus de l'effort1 son choix1 comme elle se dtermine ad libitum en faveur ou l'encontre de n'importe quel devoir ou de n'importe quel attrait4 ,l'effort n'est le criterium1 la pierre de touche1 que de la qualit de la volont3 la bonne volont consent l'effort d1 la mauvaise volont s'y refuse4 ,effort et devoir ne sont d'ailleurs pas toujours accoupls1 tant s'en faut3 il y a quelquefois de trs gros efforts raliser pour aboutir la russite d'une entreprise dtestable1 d'une machination criminelle4 ,la rsistance la grce est1 dans son genre1 un effort1 dont nous avons dj eu l'occasion de parler1 au prcdent chapitre4 ,effort et attrait ne sont pas toujours1 non plus1 antagonistes4 ,tout effort ne comporte pas ncessairement une rpugnance surmonte4 ,l'effort physique--et dans l'effort physique il faut comprendre l'effort intellectuel--est trs souvent une forme de plaisir4 ,la lutte corporelle contre un adversaire2 la lutte contre les lments1 voire le pril2 la lutte contre la difficult dans la dcouverte de la science1 dans la recherche de l'art1 loin de rpugner certains tempraments1 les tente et les attire2 il y a pour eux1 dans le fait de lutter ainsi avec leurs muscles1 leurs nerfs1 leur cerveau1 une dpense de vie qui est comme la sant de leur organisme4 ,pour d'autres1 c'est exactement le contraire4 ,il est des efforts ngatifs qui cotent autant certaines personnes qu' d'autres les plus grands efforts positifs du mme ordre3 se taire est un supplice pour les bavards1 parler en est un pour les timides2 rester tranquille crucifie les remuants par nature1 bouger dsespre les empaills et les contemplatifs4 7,faisons toutefois ici une diffrence3 les empaills dtestent bouger1 mme pour l'action intressante ou l'effort opportun2 les contemplatifs ne dtestent que l'activit infrieure et l'agitation strile47 ,l'effort physique se rsout en effort moral1 ou plus exactement en effort psychique1 lorsqu'il comporte une violence faite la nature1 ou une rsistance la grce4 ,la rsistance la grce1 et la violence faite la nature en vue du mal1 constituent un effort psychique immoral1 et par consquent coupable4 ,la rsistance la nature en vue du bien constitue un effort psychique moral1 et par consquent mritoire4 ,cet effort est le fruit de la bonne volont1 c'est--dire de la volont se dirigeant dans le sens du bien4 ,l'effort immoral est le fruit de la mauvaise volont1 c'est--dire de la volont se dirigeant dans le sens du mal4 ,la volont se rendant bonne devant l'effort1 et se dirigeant vers le devoir difficile au lieu de s'en dtourner1 c'est proprement ce qu'on nomme la force morale4 ,il ne s'agit pas ici de quantit1 mais bien de qualit4 ,la quantit de volont dont nous disposons tous est illimite1 l'image de celle de ,dieu4 ,non pas infinie sans doute1 mais immesurable et inpuisable4 ,lorsque nous parlions1 chapitre ,,vi1 des directions diverses du vouloir1 nous avons vu qu'une partie de notre volont applique un but donn ne nous fait dfaut pour atteindre un autre but que si les deux buts sont opposs entre eux1 divergents1 inconciliables4 ,toutes les choses susceptibles d'tre voulues la fois1 sans se faire tort mutuellement1 peuvent tre voulues par la mme volont1 ce qui prouve manifestement son pouvoir indfini d'expansion et d'amplitude4 ,la force morale n'est donc pas autre chose que la volont s'orientant vers le bien ardu1 consentant l'effort pnible et coteux quand cet effort reprsente le devoir4 ,et cette orientation1 la volont libre peut toujours l'adopter2 cet effort coteux et pnible1 la volont peut toujours y consentir3 car le don de force1 c'est--dire l'accroissement de grce1 l'augmentation d'impulsion dont elle a besoin pour avancer dans le sens voulu par ,dieu1 ne lui est jamais refus4 ,que de fois1 cependant1 n'entend-on pas retentir cette phrase1 toujours la mme1 refrain commun tous les dcourags1 tous les impuissants1 tous les faibles1 et aussi tous les lches3 ,je voudrais bien1 mais je ne peux pas6 ,qu'est-ce dire1 je ne peux pas8 ,si cela signifie3 ,ce qu'on me demande m'est trop dsagrable1 il ressort de votre ,je ne peux pas que vous prfrez votre agrment votre devoir1 et voil tout4 ,si la dclaration est loyale et doit tre prise au pied de la lettre1 c'est qu'il y a impossibilit matrielle1 impuissance physique1 dans l'excution de l'effort requis3 il est clair alors que cet effort ne reprsente pas le devoir1 car le devoir n'ordonne jamais l'impossible4 ,mais le devoir peut ordonner la mise en jeu des plus extrmes possibilits4 ,le devoir facile est celui qui demande quelques-unes des possibilits dont on dispose2 le devoir difficile est celui qui en demande un grand nombre2 le devoir hroque est celui qui les exige toutes4 ,la limite suprme des possibilits1 c'est la mort4 ,on dit couramment3 ,un tel peut bien faire cela1 il n'en mourra pas4 ,on a vu des tres faire tout ce qu'ils pouvaient jusqu' en mourir4 ,d'autres se refuser un effort entranant pour eux la perte de leur vie ou de leur sant4 ,ceux qui disent3 ,je voudrais bien1 mais je ne peux pas1 sous-entendent parfois3 444 ,je ne peux pas1 sans me tuer ou me rendre malade2 et cela1 je ne le veux pas4 ,et dans certains cas1 ils ont parfaitement raison de ne pas le vouloir4 ,s'il y a des occasions o prserver ainsi sa peau accuse une ignoble couardise1 il y en a d'autres o raisonner de cette faon est tout simplement faire preuve de bon sens4 ,pour qu'un devoir comporte l'effort le plus grand que puisse fournir un tre1 il faut que le rsultat de cet effort en vaille la peine4 ,ceux qui se refusent courir un danger tout fait inutile1 tenir un pari stupide1 user leurs rserves vitales1 leurs nerfs et leur cerveau dans l'exercice d'une carrire pour laquelle ils ne sont pas taills1 ceux-l font trs bien de se drober des efforts hors de proportion avec leurs rsultats4 a ne vaut pas la peine est une excellente raison donner dans des cas pareils4 ,un enfant quelque peu maladif1 ou mal dou pour les tudes qu'on s'acharne lui faire poursuivre1 obit un instinct qui l'inspire au mieux de son bien rel1 et par consquent de son devoir1 lorsqu'il oppose une rsistance passive mais irrductible aux exigences de ses matres4 ,s'il rpond invariablement aux exhortations qu'on lui adresse pour qu'il essaie d'obtenir de meilleures notes en classe3 ,je voudrais bien1 mais je ne peux pas1 ce n'est pas du tout mauvaise foi ni mauvaise volont de sa part1 mme s'il peut1 en s'y efforant1 fournir le travail qu'on lui demande2 mais il sent trs bien que cet effort l'puisera1 le mettra bout444 et il se rend confusment compte que a ne vaut pas la peine2 que sa croissance1 son dveloppement1 l'acquisition d'une sant normale1 sont mille fois prfrables la gloriole d'une place de premier4 tre mdecin contre-cur1 en faisant violence une vocation d'un tout autre ordre1 en surmontant des rpugnances dont on sent qu'on ne se dbarrassera jamais1 a ne vaut pas la peine3 car c'est doter la socit d'un pitre mdecin1 et la priver des services peut-tre prcieux qu'on lui aurait rendus dans une profession diffrente4 tre mdecin avec la vocation1 et sacrifier ses membres ou sa vie dans de terribles expriences de laboratoire1 pour le bien de l'humanit1 a vaut la peine6 ,pour qu'un effort pnible et coteux reprsente le devoir1 il faut que le rsultat de cet effort soit non seulement un bien1 mais un bien surpassant en valeur celui qu'il cotera1 celui dont on fera le sacrifice4 ,a galit de bien procur et sacrifi1 l'effort1 si pnible soit-il1 est toujours d quand il s'agit d'un bien gnral mis en regard d'un bien particulier4 ,donner sa propre fortune est un devoir quand il s'agit de sauver la fortune de sa famille ou de son pays4 ,donner sa vie en est un quand il s'agit de prserver ses compatriotes de la mort ou de l'esclavage4 ,il y a des cas o la volont n'a le choix qu'entre le crime et l'hrosme4 ,mais en revanche1 lorsque les circonstances d'une destine la font s'couler toute parmi des sentiers fleuris de roses2 lorsque les penchants instinctifs d'un tre l'inclinent tout naturellement vers ce qui se trouve concider avec son devoir2 lorsque ses gots1 son attrait1 l'entranent prcisment dans le sens mme o la grce le sollicite1 il semble qu'il n'y ait plus ici place pour aucun effort1 ni petit ni grand4 ,prenons garde que ceci n'est qu'une apparence4 ,car s'il en tait rellement ainsi1 non seulement le bonheur serait incompatible avec la haute vertu2 mais il faudrait encore conclure que les plus belles et les plus riches natures sont les moins mritantes1 que ceux qui se dpensent et se dvouent avec le plus de joie et d'enthousiasme ont droit beaucoup moins de reconnaissance que ceux qui se sacrifient en rechignant444 et ainsi de suite4 ,conclusion qui rvolte la fois le bon sens et la justice4 ,tout le monde sait1 tout le monde reconnat que donner et se donner de bon cur double la valeur du don4 ,discernons1 sous la brutale carapace des faits1 le dlicat mcanisme du vouloir intime et cach4 ,assurment1 accomplir un devoir qui ne cote rien la nature1 qui au contraire lui agre1 ce n'est pas fournir un effort tangible2 ce n'est mme pas1 semble-t-il1 produire un acte libre1 puisque c'est laisser tout bonnement sa volont au service de son attrait4 ,mais l'tre pensant qui accomplit ce devoir sans effort actuel peut excuter1 ce faisant1 un effort virtuel4 ,il peut se librer de la servitude de l'attrait s'il est anim de l'intention 7que nous signalions dj chapitre ,,vi7 de remplir son devoir mme si celui-ci se trouvait ou devenait difficile1 contrariant1 crucifiant444 ,dpourvue de cette intention1 latente ou explicite1 la volont1 tout en se portant vers ce qui se trouve concider avec son devoir1 ne peut mriter le nom de bonne volont4 ,anime de cette intention1 elle peut atteindre au mrite du martyre1 au milieu d'une destine capitonne de soie et de velours#c4 #c ,il n'est pas bon1 toutefois1 il est mme dangereux1 de se reprsenter en temps ordinaire1 dans le dtail1 les circonstances rbarbatives d'une preuve qui ne se propose pas en fait3 l'imagination1 qui parfois exalte et entrane la volont1 peut aussi l'effrayer et la mettre en fuite4 ,la grce actuelle1 d'ailleurs1 n'est donne qu'au moment voulu4 ,il suffit que la volont1 sachant qu'elle peut compter sur cette grce1 soit dispose n'y pas rsister4 ,l'effort virtuel peut galement suppler l'effort actuel quand ce dernier est rendu impossible par les circonstances2 comme le baptme de dsir peut suppler au baptme administr sacramentellement4 ,le pauvre qui est empch par sa pauvret de faire l'aumne tablit dans son cur la volont et le mrite de la charit en pensant3 ,si j'avais de quoi donner1 je donnerais4 ,l'infirme1 dispens de partir en temps de guerre1 ne laisse pas pour cela d'tre un brave lorsqu'il se dit3 ,si j'avais la force et la sant1 je les mettrais de toute mon me au service de mon pays4 ,les impossibilits matrielles ou les impuissances physiques ne sont que des accidents1 auxquels peut toujours parer1 pour sauvegarder notre responsabilit et assurer notre mrite1 le dsaveu de notre vouloir4 ,par contre1 les conditions favorables dans lesquelles nous nous trouvons1 nos bons instincts naturels1 nos atavismes heureux1 les bonnes habitudes qui nous ont t inculques par une ducation bienfaisante1 ne sont qu'un cadeau du ciel3 rien de tout cela n'influe sur la valeur secrte de notre vouloir1 tant que nous n'y aurons pas acquiesc par un acte libre4 ,les bonnes habitudes acquises ainsi que les bons attraits inns ont besoin1 pour nous servir moralement quelque chose1 d'tre rechoisis et revoulus librement par notre volont raisonnable et consciente#d4 ,ils constituent alors le plus bel tat de perfection auquel puisse atteindre un tre humain3 perfection de la nature et perfection de la grce1 adoptes avec le mme amour par la volont4 #d ,voir dans l',hrdo1 de ,lon ,daudet1 la donne et les intressants dveloppements de ce principe4 ,d'un homme qui1 toute sa vie1 excute machinalement des actes dont son jugement n'a jamais ratifi le choix1 on dit1 bien tort1 qu'il a des habitudes4 ,ce n'est pas vrai3 ce sont ses habitudes qui l'ont4 ,cet homme ne possde pas ses habitudes3 il est possd par elles4 ,que de gens sont aussi possds par leur fortune1 par leur situation1 au lieu de les possder vraiment1 c'est--dire d'en faire un libre usage1 rflchi et personnel6 ,on est possd par ses bonnes qualits naturelles beaucoup plus qu'on ne les possde lorsqu'on se borne1 dans sa conduite1 suivre leur pente1 sans se donner la peine d'apporter aux actes qu'elles inclinent produire une intention raisonne1 dlibre1 et volontairement directrice4 ,les petits enfants1 les hommes simples et primitifs1 emploient pour s'exprimer et pour parler d'eux-mmes ce qu'on est convenu d'appeler le langage ngre4 ,ils disent3 ,moi aime ceci1 moi veux cela4 ,l'homme conscient et clair dit3 ,j'aime1 et je veux4 ,le ,moi1 c'est l'tre instinctif1 ignorant et esclave4 ,le ,je1 c'est l'tre rflchi1 instruit et dtach4 ,le ,moi1 c'est la rsultante involontaire des atavismes et des habitudes4 ,le ,je1 c'est la personnalit raisonnable et libre4 ,le ,je ne chasse pas le ,moi4 ,il le surveille1 le contrle et l'utilise4 ,le ,je devient le chef du ,moi4 ,c'est pourquoi l'homme dit3 ,je me dcide4 ,mais malgr la formule verbale employe1 il arrive frquemment que le ,moi dcide et mne le ,je1 celui-ci ayant abandonn le pouvoir1 et fait abdiquer l'intelligence au profit de l'instinct1 la libert au profit de la passion4 ,la volont mauvaise est celle qui souscrit cette abdication1 ou qui tablit et maintient la hirarchie du ,je sur le ,moi en faveur du mal4 ,la volont bonne est celle qui tablit et maintient la hirarchie du ,je sur le ,moi en faveur du bien4 ,le ,moi doit toujours tre et peut toujours tre gouvern par le ,je1 au moins virtuellement4 ,en fait1 le ,je ne peut pas toujours rduire1 mater1 vaincre le ,moi4 ,le moral ne peut pas toujours1 pratiquement1 dompter le physique4 ,mais il le peut plus souvent qu'on ne croit4 ,le pouvoir moral arrive restreindre considrablement le champ mme des rflexes1 des spasmes1 des impulsions violentes1 des distractions1--ces rflexes de l'esprit--de toutes les mprises et inadvertances du mouvement1 des sens et de la pense1 bref1 de tous les actes dits involontaires1 qui se passent en quelque sorte dans le dos de la volont4 ,une volont avertie1 perspicace1 sait se retourner temps2 une volont pousse trs loin pntre de part en part l'outil corporel dont elle dispose444 et dans bien des cas il lui est loisible d'en obtenir un rendement trs suprieur celui dont elle se contente en gnral4 ,x ,action de la volont sur la sant1 l'intelligence1 et leur transmission hrditaire ,les mauvais ouvriers1 dit le proverbe1 ont toujours de mauvais outils4 ,cela signifie-t-il qu'une perptuelle malchance s'acharne aprs les incapables1 les paresseux1 les maladroits8 ,si l'on veut appeler malchance leur constant insuccs1 tout le monde conviendra que cette malechance est gnralement leur uvre3 et qu'il faut attribuer la gaucherie1 la mollesse ou la brutalit avec lesquelles ils manient les instruments de leur travail le pitre rsultat qu'ils en tirent4 ,car le plus excellent outil1 mis entre les mains d'un de ces mauvais ouvriers1 non seulement ne lui servira pas faire une meilleure besogne1 mais sera bientt dtrior par lui au point de ne plus pouvoir tre employ rien de valable4 ,la caractristique du bon ouvrier1 au contraire1 c'est qu'il est capable de produire un ouvrage excellent mme avec un outil mdiocre2 et c'est surtout que1 l'outil dont il se sert1 au lieu de le gter en l'employant1 il le conserve intact1 et mme l'amliore4 ,un bon ouvrier aime et respecte sa machine1 l'entretient en bon tat1 la nettoie1 la mnage1 la prserve la fois de la rouille et de l'usure2 force d'ingniosit et d'application1 souvent1 la perfectionne1 et au besoin l'invente4 ,on prtend que1 dans la nature1 la fonction cre l'organe4 ,ceci n'est pas plus prendre au pied de la lettre que l'nergique axiome3 ,vouloir c'est pouvoir4 ,la fonction ne cre pas vritablement l'organe3 car1 d'une part1 une fonction qui n'existe pas ne peut rien produire1 et la fonction n'existe que quand l'organe est produit1 au moins dans son embryon2 d'autre part1 crer au sens littral du mot n'appartient qu' ,dieu1 et nul organe son origine ne peut tre cr que par lui4 ,mais le dsir de remplir la fonction fait dcouvrir et utiliser tout ce qui peut lui servir d'organe4 ,c'est dans ce sens que le savant invente4 ,aucun ingnieur ne cre1 c'est--dire ne tire du nant les moindres matriaux1 les moindres lments de son uvre3 mais il les trouve1 les rassemble1 les expurge1 les combine1 les adapte1 et les emploie la ralisation de son dsir1 de son ide3 c'est cela qu'on appelle son invention1 sa cration4 ,l'ouvrier1 l'ingnieur1 ici1 c'est notre volont4 ,les outils1 les matriaux mis sa disposition1 ce sont tous nos organes physiques3 organes de l'action1 de la sensation1 de la pense4 ,sans doute1 ces organes sont par eux-mmes plus ou moins bons1 plus ou moins dfectueux1 plus ou moins perfectionns chez tels hommes que chez tels autres3 l'un nat boiteux1 l'autre bossu1 le troisime magnifiquement constitu444 ces relles et fondamentales diffrences la volont ne peut rien4 ,mais que de diffrences secondaires1 ultrieures1 amplifies ou rduites la volont ne peut-elle pas tablir6 ,de combien ne peut-elle pas accrotre ou amoindrir la valeur des facults innes1 selon la faon dont elle traite les organes qui servent leur fonctionnement6 ,tous les hommes sont d'accord pour reconnatre que se bien porter est ici-bas un avantage de premier ordre4 ,et si chacun1 en naissant1 pouvait rclamer et obtenir un brevet de parfaite sant pour tout le cours de son existence1 quel est celui de nous qui ddaignerait de s'en munir8 ,l'homme qui vient au monde ne peut tout d'abord que subir les conditions physiques1 heureuses ou malheureuses1 dans lesquelles il se trouve appel la vie3 mais ds que sa raison1 en s'veillant1 rend lucide sa volont1 celle-ci devient son choix complice ou rformatrice de ces conditions4 ,notre sant1 cette sant que nous considrons juste titre comme le premier des biens terrestres2 cette sant que nous faisons si frquemment examiner1 surveiller2 pour laquelle nous sommes toujours prts abandonner notre fortune1 cette sant1 pour une large part1 est entre les mains de notre volont4 ,est-ce que les plus rpandues de nos maladies ne viennent pas de nos excs8 ,est-ce que l'atrophie de nos muscles ne vient pas de notre paresse8 ,est-ce que l'puisement de notre systme nerveux ne vient pas de notre surmenage8 ,est-ce que la mauvaise hygine1 le dfaut ou l'abus de nourriture1 d'exercice1 de repos1 n'engendrent pas mille tares physiques1 mille infriorits1 mille infirmits8 ,et ces excs1 ces abus1 ce dfaut1 cette paresse ou ce surmenage1 n'est-ce pas nous qui les avons voulus1 puisque nous nous y sommes abandonns8 ,mme1 les maladies occasionnelles qui fondent sur nous3 fivres1 congestions1 attaques1 paralysies1 etc4441 sans parler des accidents3 crasements1 noyades1 empoisonnements1 etc444 ne sont-ce pas en gnral choses dues nos imprudences8 ,et nos imprudences ne sont-elles pas le rsultat d'un vouloir mal orient8 ,que les hommes ne disent donc pas qu'ils estiment la sant le meilleur des biens3 car ils ne sont pas sincres4 ,ils lui prfrent trop de choses6 ,ils lui prfrent une cigarette1 une promenade1 une gageure1 une mode1 un petit verre444 ils lui prfrent le farniente2 ils lui prfrent la dbauche et le plaisir2 ils lui prfrent les honneurs et l'argent2 ils lui prfrent tout6 ,et si1 au contraire1 ils la prfraient tout1 ils le lui prouveraient ds qu'ils auraient choisir entre ce qui la fortifie et ce qui la compromet4 ,mais ils ne se contentent pas de la trahir presque chaque fois que ce choix se prsente3 cette sant trahie1 ils l'accusent1 et c'est elle qu'ils s'en prennent lorsqu'ils ne peuvent plus obtenir de leurs organes les services qu'ils en rclament1 et lorsque certaines de leurs tches leur deviennent1 de ce fait1 impossibles remplir4 ,oui ou non1 la volont est-elle responsable de ces dchances8 ,il est des cas1 bien entendu1 o la volont ne fait pas ce qu'elle veut1 c'est--dire o des obstacles extrieurs l'empchent de raliser en acte ce qu'elle adopte virtuellement3 on ne demanderait pas mieux que de se soigner1 se mnager1 ou s'entraner certains exercices salutaires3 et la ncessit du gagne-pain1 des charges de famille1 des obligations sociales1 s'oppose aux exercices comme aux soins et aux mnagements opportuns4 ,il est aussi des devoirs suprieurs qui exigent prcisment le sacrifice de cette sant dont le bon entretien1 la conservation lgitime1 est un devoir naturel et courant4 ,ces cas particuliers ne prouvent rien contre le principe ici tabli3 savoir qu'une certaine bonne volont est la base de la plupart des sants en bon tat1 comme une certaine mauvaise volont est la base de la plupart des sants dtruites4 ,un autre grand bien de la personne humaine1 devant lequel s'accumulent les hommages admiratifs1 et que chacun souhaiterait certainement possder au plus haut degr1 c'est l'intelligence4 ,l'intelligence1 comme la sant1 fait partie du bagage impos l'tre humain par les conditions de sa naissance4 ,la finesse1 la profondeur1 l'tendue de l'intelligence dpendent en premier lieu de l'tat plus ou moins sain1 normal et perfectionn du systme crbral4 ,mais l encore la volont1 lorsqu'elle entre en jeu1 s'exerce en matresse sur un champ beaucoup plus vaste qu'on n'est dispos le croire4 ,on sait1 moins d'tre dnu de toute clart raisonnable1 moins d'tre inconscient la faon d'un idiot ou d'un fou1 que l'intelligence peut se cultiver1 tout comme elle peut tre laisse en friche2 on admet les fruits de l'tude1 du travail intellectuel3 mais on ne souponne pas assez l'influence de la volont sur l'amlioration ou l'altration de l'outil lui-mme1 de l'organe physique de l'intelligence4 ,on reconnatra cependant1 si l'on veut simplement y rflchir et prendre la peine de le constater1 que certains genres de vie1 choisis et voulu dlibrment par ceux qui les adoptent1 abtissent et abrutissent4 ,tout ce qui alourdit le corps1 tout ce qui paissit le sang1 appesantit1 enfume et embrume le cerveau4 ,tout ce qui anmie le corps1 tout ce qui dilue le sang1 tiole et vide le cerveau4 ,nous avons vivre d'une vie la fois animale et spirituelle3 toutes les fois que nous donnons trop celle-l1 nous affaiblissons celle-ci2 toutes les fois que nous engraissons exagrment la matire1 nous diminuons la nettet de notre jugement1 la puissance de notre intellect2 et toutes les fois que nous refusons au corps ce qui lui est ncessaire pour servir de substratum la facult de penser1 nous nous appauvrissons mentalement4 ,il est des vocations exceptionnelles1 des vocations d'ascte1 qui comportent une rduction extrme1 sinon contre-nature1 du moins hors-nature1 des exigences de la vie animale3 chez les tres ainsi appels un genre de vie extraordinaire et en quelque sorte supra-terrestre1 on voit le sens intellectuel1 le sens moral1 le sens spirituel se dvelopper avec une intensit et une acuit d'autant plus grandes que le corps est plus nglig1 plus priv1 plus mal nourri1 plus rudement trait4 ,ces tats sont le fait d'une intervention quasi miraculeuse de la grce4 ,la ,providence les cre et les distribue son gr1 et ce serait une grande prsomption que de vouloir en faire ordinairement sa rgle de conduite4 ,la rgle de la sagesse ordinaire est celle-ci3 pour entretenir la vie normale de la pense1 il faut entretenir normalement la vie physique par une alimentation la fois large et sobre1 par un exercice mesur la force des organes1 par un repos en rapport avec la fatigue contracte1 par tous les soins d'hygine propres rafrachir1 renouveler1 rajeunir le corps tout entier4 ,l'oubli de ces proccupations amne tt ou tard un draillement des facults crbrales4 ,leur exagration conduit d'autre part des phobies1 des rtrcissements de vue1 des enlisements dans la matire1 qui entranent un amoindrissement considrable de notre valeur intellectuelle4 ,l encore1 notre volont n'est-elle pas responsable de la plupart des dchances qui se produisent8 ,vous qui vous plaignez de manquer de mmoire1 de ne pouvoir suivre un raisonnement1 d'tre traqu par des ides fixes1 poursuivi par des chimres1 hant d'inquitudes1 nerv de soucis purils1 accabl par les plus petites responsabilits2 vous qui vous sentez enfin les victimes d'une mentalit misrable1 influant dsastreusement sur votre conduite1 n'avez-vous pas fait tout le contraire de ce qu'il aurait fallu pour prvenir cet tat de choses ou y remdier8 ,vos cellules nerveuses demandaient peut-tre le lessivage d'un sommeil rparateur3 vous les avez encrasses par des veilles1 nuits de jeu1 ou soires de labeur outrance444 ,vous avez peut-tre accueilli1 pendant des annes1 par des lectures1 des conversations1 des spectacles1 tout un peuple d'images frivoles1 nocives ou dsolantes1 qui se sont installes dans votre substance crbrale2 pour les en dloger1 il n'est qu'un moyen3 en mettre d'autres leur place4 ,le faites-vous8 ,lisez-vous d'autres livres1 entretenez-vous d'autres conversations1 assistez-vous d'autres spectacles8444 ,peut-tre encore avez-vous laiss se rouiller1 se ptrifier votre systme crbral dans un dsuvrement plus ou moins dguis2 sciemment ou inconsciemment1 vous vous tes--pardonnez-moi le mot--embt2 or1 analysez un peu1 s'il vous plat1 le sens de cette expression3 s'embter1 c'est s'enfoncer dans la btise444 de s'embter s'abtir1 il n'y a qu'un cheveu de diffrence2 et le cheveu1 c'est tout simplement le degr de stupidit auquel on descend4 ,pour sortir de cet tat1 vous n'avez qu'un parti prendre2 unique1 mais infaillible3 vous occuper1 cote que cote1 un travail utile1 n'importe lequel1 pourvu qu'il rende service quelqu'un4 ,la vie occupe1 accompagne du sentiment que ce que l'on fait sert quelque chose1 c'est le salut de tous les dsempars4 ,y recourez-vous8 ,ne me dites pas1 pour vous dispenser d'appliquer votre vouloir au rtablissement de votre sant ou au relvement de votre mentalit3 ,il y a trop longtemps que je vis de telle ou telle manire1 ce n'est pas mon ge qu'on change ses habitudes4 ,pourquoi8 ,une habitude de dix ans1 de vingt ans1 de cinquante ans1 que l'on a contracte soi-mme1 est-elle donc plus difficile vaincre qu'une habitude plusieurs fois sculaire dpose par l'atavisme dans la nature d'un enfant8 ,cependant1 cet enfant1 tout charg d'hrdits malsaines1 vous attendez de lui qu'il s'amende1 qu'il se rforme2 et cet effort que vous exigez parfois rigoureusement1 impitoyablement1 d'un tre en qui la raison commence peine se faire jour1 vous1 homme mr1 averti1 instruit par l'exprience1 vous invoqueriez prcisment votre maturit pour vous y soustraire6 ,c'est la fois inique et absurde4 ,ne me dites pas non plus3 ,j'ai beau faire1 je n'arrive rien4 ,on arrive toujours quelque chose4 ,pas tout4 ,mais quelque chose4 ,je ne prtends pas que la volont ait tout pouvoir sur l'organisme4 ,mais je prtends et j'affirme1 en m'appuyant sur des exemples faciles relever1--et la main sur la conscience1 vous tes oblig d'avouer et d'affirmer avec moi1--que la volont ne va presque jamais jusqu'au bout du pouvoir qu'elle a3 elle reste en chemin1 ou revient sur ses pas444 ds lors1 elle est la cause1 la vraie cause1 d'un grand nombre des dsordres de cet organisme elle confi4 ,la volont ne remplit pas son mtier de chef1 ou elle le remplit mal4 ,et lorsque les effectifs qu'elle commande sont fausss1 diminus1 hors d'usage1 les trois quarts du temps1 c'est elle qu'ils doivent cette dtrioration et cette ruine4 ,ce n'est donc pas1 tout au rebours de ce que l'on s'imagine trop complaisamment1 la bonne sant qui est source et productrice de bonne volont3 c'est la bonne volont qui1 dans une large mesure1 est source et productrice de bonne sant4 ,et c'est aussi la volont qui1 dans une large mesure galement1 est cause que l'esprit demeure ou devient plus ou moins ouvert1 plus ou moins ferm1 par l'panouissement ou l'atrophie de son organe1 la vie intellectuelle4 ,et cette grande responsabilit1 qui incombe ainsi au vouloir de chaque tre pensant1 il ne la dtient pas seulement pour lui1 mais encore pour les autres tres qui reoivent ou recevront de lui l'existence4 ,la perfection relative dans laquelle nous entretenons ou laquelle nous faisons parvenir nos organes1 nous la transmettons nos descendants1 jusqu'aux plus lointaines gnrations2 comme nous leur transmettons les tares1 les maladies1 les dbilits contractes par nos agissements ou nos inerties4 ,la sant et l'intelligence de la race proviennent en grande partie de la volont des hommes4 ,dieu seul est l'auteur perptuel de la vie1 ,dieu seul est le crateur incessant des mes4 ,mais les organes de vie1 mais les corps auxquels s'adaptent les mes sortant des mains de ,dieu1 c'est nous1 depuis le premier couple1 qui les faisons1 et qui les faisons de nous1 selon ce que nous sommes nous-mmes4 ,encore une fois1 nous ne crons pas les lments de ces corps3 mais nous disposons1 nous modifions1 en bien ou en mal1 les lments du ntre3 et c'est en quoi nous faisons ce qu'ils seront les corps qui descendront de nous4 ,quelle rpercussion immense a donc notre bon ou notre mauvais vouloir6 ,quel canon longue porte est donc en nous cette facult de choisir1 que nous manuvrons le plus souvent avec une folle insouciance6 ,ds notre propre jeunesse1 notre propre enfance1 nous commenons faonner1 en nous faonnant nous-mmes1 le temprament futur de nos enfants1 de nos arrire-petits-enfants4 ,qui est-ce qui y prend garde8 ,qui est-ce qui se dit3 ,par mes sottises1 par mes drglements1 par mes lchets1 par les mauvaises habitudes que je contracte1 je prpare aux tres qui natront de moi une vie sotte1 lche1 drgle1 des tics et des manies1 des tentations effroyables1 des oppositions terribles la pratique du bien1 la conqute du bonheur6 ,et qui donc se proccupe1 en fondant une famille1 des consquences du choix de son inclination sur sa descendance8 ,une jeune fille pure et sense1 rsolue former selon le plus bel idal de loyaut et de droiture les fils qui lui seront donns1 pousera un libertin ou un homme jugement faux3 et s'tonnera1 une fois mre1 de rencontrer d'tranges rsistances dans la tche ducatrice qu'elle s'efforcera de remplir4 ,un homme intelligent prendra pour compagne une jolie poupe ou une brave petite bcasse3 et sera tout surpris et tout vex un jour de constater la niaiserie et la nullit de ses hritiers4 ,chaque nouveau venu ici-bas possde1 je le sais bien1 pour se tirer d'affaire1 sa volont personnelle qui chappe1 grce ,dieu1 tout atavisme4 ,mais quelles facilits ne lui prpareraient pas des parents qui1 s'tant soumis eux-mmes de bonne heure et continuant se conformer sans cesse aux rgles d'une vie saine et droite1 transmettraient cet enfant n de leur chair un sang pur1 des membres vigoureux1 des nerfs la fois dlicats et solides1 un temprament harmonieusement quilibr1 prt obir sans grincements aux ordres de l'me qui sera appele le gouverner6 ,,xi ,l'amour1 et la volont du moment ,ainsi donc1 la volont est1 en nous1 ce qui accepte ou nglige de consulter la raison2 ce qui cherche ou fuit la lumire2 ce qui consent l'effort ou ce qui s'en dtourne2 ce qui consolide et perfectionne ou au contraire ce qui affaiblit et dtriore les dons physiques et les dons intellectuels2 ce qui enfin assure ou compromet la valeur de la race4 ,consulter la raison1 chercher la lumire1 consentir l'effort en vue du bien1 respecter et cultiver les dons naturels de l'tre qu'on a reu et qu'on est destin transmettre1 c'est faire son devoir1 c'est faire la volont de ,dieu1 c'est1 pour tout dire d'un mot1 faire le bien4 ,faire le contraire1 c'est faire le mal4 ,or1 faire le bien1 c'est aimer le bien4 ,faire le mal1 c'est aimer le mal4 ,la bonne volont est donc l'amour du bien1 et la mauvaise volont l'amour du mal4 ,et comme le bien1 c'est l'tre1 et le mal1 le manque de bien1 le dfaut d'tre2 comme le bien c'est ce qui est1 et le mal1 ce qui fait dfaut1 ce qui manque l'tre1--on peut dire que l'amour du bien seul existe en tant qu'amour1 et que l'amour du mal1 ce n'est pas l'amour1 c'est la haine3 haine du bien1 haine du devoir1 haine de ,dieu4 ,la volont1 tout compte fait1 vient donc du cur4 ,vouloir1 c'est1 finalement1 aimer ou har4 ,si le cur est bon1 la volont est bonne et la conduite aussi4 ,si le cur est mauvais1 la volont est mauvaise et la conduite aussi4 ,et tout changement dans la conduite implique un changement dans la volont et dans le cur1 et rciproquement4 ,quand on nomme le cur comme sige de l'amour et de la volont1 on ne s'exprime pas du tout1 htons-nous de le dire1 du point de vue physiologique1 mais du point de vue mtaphorique4 ,l'expression3 avoir du cur1 a un sens1 chacun le sait1 exclusivement moral4 ,physiologiquement1 le cur n'est l'organe ni de la volont ni de l'amour4 ,on peut tre afflig d'une maladie de cur et possder les sentiments les plus nobles1 les plus dlicats1 la tendresse la plus exquise1 la volont la plus droite et la plus excellente4 ,en revanche1 une dtestable scheresse d'me1 une volont goste1 rtive et rebelle au bien1 peut s'allier avec le plus parfait fonctionnement du cur physique4 ,le cur est le symbole de l'amour1 parce que c'est l'amour que toute notre vie morale se rapporte1 comme c'est au cur que viennent se ramifier toutes les puissances de notre vie physique4 ,il faut observer ici qu'amour n'est pas synonyme d'attrait4 ,et c'est pourquoi la volont libre s'identifie l'amour1 et la volont captive l'attrait4 ,l'attrait n'est pas l'amour1 quoique bien des gens prennent l'un pour l'autre4 ,l'attrait vient des sens1 l'amour vient de l'me4 ,les sens et l'me peuvent se trouver d'accord pour tendre vers le mme objet3 et dans toutes les oprations humaines o le corps a sa part1 il est souhaiter que cette entente se produise4 ,mais l'amour immatriel1 l'amour au sens suprieur du mot1 est un sentiment qui dpasse et surpasse l'attrait4 ,l'attrait est aveugle4 ,l'amour ne l'est pas4 ,l'amour comporte une apprciation de l'objet de l'amour aux lumires runies de la raison et de la grce4 ,lorsque ,alceste nous dit1 avec une mlancolie qui prouve quel point sa volont du bien dfaille dans son obstination rester pris de ,climne3 ,mais la raison n'est pas ce qui rgle l'amour1 il nous montre clairement que ce qui l'enchane la coquette1 en ralit ce n'est pas l'amour1 mais l'attrait4 ,cet attrait est le tyran d',alceste1 son point faible1 son talon d',achille4 ,s'il aimait ,climne d'amour1 eh6 bien444 il ne l'aimerait pas6 car elle n'est pas digne de son amour4 ,et c'est bien ce dont il s'aperoit au dernier acte quand1 matre enfin de son attrait1 il lui dclare3 ,allez1 je vous refuse6444 ,l'attrait n'est donc pas l'amour4 ,la volont qui agit par attrait est une volont esclave4 ,la volont qui agit par amour est une volont libre4 ,quiconque aime le bien le fait1 librement et volontairement4 ,quiconque fait le mal avec lucidit1 en pleine connaissance1 ou dans une ombre voulue1 veut le mal et hait le bien4 ,il est impossible d'aimer le bien sans le faire1 comme de faire le mal en aimant le bien4 ,le distique clbre3 ,je ne fais pas le bien que j'aime1 ,et je fais le mal que je hais1 signifie et rvle seulement un caractre de la volont humaine sur lequel l'attention se porte trop rarement3 ce caractre1 c'est l'instantanit4 ,ma volont n'est vraiment ma volont qu'au moment prcis o j'en fais usage4 ,et elle n'est pas rigide1 mais mobile4 ,en elle1 rien d'arrt1 de fixe1 d'immuable par nature1 mais seulement par choix1 et choix qui se renouvelle ou se confirme incessamment1 mesure du temps qui s'coule4 ,ma volont la plus persistante s'accompagne d'une perptuelle possibilit de changement4 ,je ne suis sr de ce que je veux qu'au moment o je le veux4 ,rien de ce que j'ai voulu jusqu'ici ne me rpond formellement de ce que je voudrai tout l'heure4 ,ma volont vit chaque seconde d'une vie neuve1 inengage1 imprvue et soudaine4 ,vouloir est l'acte le plus indpendant1 le moins li qui soit au pass rcent ou ancien1 l'avenir lointain ou proche4 ,le pass de la volont n'enchane pas son prsent2 son acte ou son intention du moment ne compromet pas son avenir3 ce n'est qu' la sortie des temps1 la dernire parcelle de seconde qui nous servira de glissoire pour entrer dans l'ternit1 que1 par son acte ou son intention d'alors1 notre volont nous ouvrira pour jamais le ciel ou l'enfer4 ,jusque-l1 toute volont humaine a devant elle1 dans la succession des instants futurs qui constitue son avenir1 un champ toujours vierge1 lequel1 mme jonch des rsultats et des consquences d'un acte antrieur1--fleurs ou ruines--pourra toujours servir de terrain un dmenti de cet acte4 ,or1 c'est d'un de ces revirements1 d'une de ces volte-face toujours possibles de ma volont que je parle1 quand je dis avec le pote que j'aime le bien sans le faire1 et que je fais le mal tout en le hassant4 ,le bien que je ne fais pas1 ce n'est pas le bien que j'aime3 c'est le bien que j'aimais il n'y a qu'un instant1 et que tout coup je cesse d'aimer4 ,le mal que je fais1 ce n'est pas le mal que je hais3 c'est le mal que je hassais la minute1 et que tout coup je cesse de har pour me mettre l'aimer4 ,je fais ce que mon amour du moment1 ma volont du moment me fait faire4 ,ma volont du moment1 mon amour du moment1 c'est donc cela seul qui compte4 ,c'est cela seul qui1 manifest par mon acte du moment1 dnote l'tat de mon cur1 et l'tat de mon cur1 c'est cela seul qui me rend bon ou mauvais4 ,et nous sommes tellement faits pour le bien1 et le bien c'est tellement ce qui est1 c'est tellement l'tre1 et le mal le manque d'tre1 que1 seul1 celui dont la volont se porte vers le bien est appel un homme de cur4 ,celui dont la volont se porte vers le mal on l'appelle un sans-cur4 ,tant le bien reprsente l'tre et la vie1--le mal1 le dfaut d'tre et la mort6 ,mais la vie est une perptuelle conqute4 ,la volont de l'homme de cur est une volont perptuellement en veil1 perptuellement sur ses gardes4 ,l'amour a beau rendre lger ce qui est pesant1 et doux ce qu'il y a de plus amer 7,imitation71 la volont du bien ncessite pour se maintenir bonne1 en acte ou en puissance1 un incessant effort1--puisqu' toutes les minutes de notre existence la question de continuit se pose2 puisque1 sans relche1 notre parti doit tre pris et repris1 notre intention affirme et confirme1 par une nouvelle naissance et une nouvelle jeunesse de notre volont et de notre amour4 ,et cette persvrance est un effort qui cote1 mme l'amour1 parce que l'amour du bien1 la volont du bien n'aboutissent pas toujours1 sur la terre1 au bien sous la forme du bonheur2 parce qu'il y a des checs1 des dceptions1 des insuccs provisoires2 et aussi des aridits et des tnbres involontaires1 des abandons apparents de la grce1 des preuves1 en un mot4 ,et parce qu'on ne vit point sans douleur dans l'amour 7,imitation74 ,mais cet effort et ces preuves1 la bonne volont les surmonte4 ,la mauvaise volont seule se rebute et capitule4 ,et si la volont d'un jour1 d'une heure ou d'une seconde1 s'est trouble et vicie en prsence de l'preuve1 la volont du lendemain1 la volont de l'heure suivante1 de la seconde suivante1 peut toujours se ressaisir1 se purifier et se rnover4 ,notre volont est nous tout entire1 bien nous1 rien qu' nous4 ,elle nous appartient chaque instant1 mme si l'instant d'avant nous l'avons laisse se constituer esclave4 ,son libre lan repose sur l'impulsion divine donne dans le sens du bien2 il peut se dclancher soit l'encontre de cette impulsion1 soit d'accord avec elle3 mais ce dclanchement peut incessamment revenir sur lui-mme1 dsavouant1 corrigeant1 rparant l'lan prcdent4 ,ainsi1 tant que nous vivons ici-bas1 tant que notre sjour sur la terre n'est pas achev1 tant que notre me n'a pas quitt le corps qu'elle enserre1 informe et contient1 pas de dcouragement1 pas de dsespoir1 pas de laisser-aller la drive1 nul abandon de soi ni des autres ailleurs qu'entre les mains de ,dieu et de sa ,providence4 ,si ,judas1 crivait rcemment un moraliste profond et familier#e1 au lieu d'aller se pendre aprs son crime1 tait venu se jeter aux pieds de ,jsus1 il y aurait peut-tre sur nos autels un saint ,judas4 ,dans la vie1 il ne faut jamais se pendre4 #e ,pierre l',ermite3 ,comment j'ai tu mon enfant4 ,,xii ,l'ducation de la volont3 le dressage ,on ne peut ni crer1 ni dvelopper la volont d'un tre4 ,mais on peut l'duquer1 et l'lever4 ,on duque la volont instinctive en la captant4 ,puis1 on lve la volont consciente en l'clairant4 ,l'enfant n'a d'abord qu'une volont instinctive4 ,il vient au monde avec des habitudes innes1 les unes bonnes1 les autres mauvaises1 les unes et les autres dues une hrdit complexe1 des atavismes divers1 lointains ou proches1 le tout absolument physique4 ,cet ensemble d'habitudes innes constitue la nature particulire de l'tre1 et cette nature lui cre des attraits que le vouloir instinctif ne demande qu' suivre4 ,contrarier cet instinct lorsqu'il se rvle pernicieux2 imposer l'enfant le contraire de ce qu'il rclame1 lorsque ce qu'il rclame doit lui nuire physiquement ou moralement2 lui faire1 en dpit de son attrait1 subir tout traitement appropri son bien1 et excuter cote que cote les actes qui lui seront profitables1 c'est la tche premire et immdiate de l'ducateur1 tche lmentaire1 aussi aise que capitale4 ,certes1 on ne peut vouloir pour personne1 et pas mme pour un enfant qui vient de natre4 ,mais comme on peut1 au moyen d'un tuteur li ses jeunes branches1 obliger un arbuste pousser dans la direction o l'on veut le faire crotre1 on peut s'emparer de la personne molle et fragile d'un enfant au berceau1 et diriger vers le but qu'on dsire lui faire atteindre les gestes1 les attitudes et les actes qu'on lui impose4 ,et alors il se produira ceci3 le traitement appliqu l'enfant lui deviendra d'autant moins antipathique1 d'autant plus naturel1 que plus soutenu2 les attitudes1 les gestes et les actes imposs se transformeront en habitudes1 et c'est--dire en attraits3 car tout acte rpt1 devenant plus facile mesure qu'il se rpte1 incline la rcidive2 tout acte contrari1 devenant plus difficile1 incline l'abandon de cet acte4 ,l'acte qui se trouve facilit devient attrayant1 celui qui est rendu difficile tourne la rpugnance4 ,attraits acquis1 habitudes acquises1 se substituant aux attraits et aux habitudes inns1 s'imposeront au vouloir instinctif de l'tre comme une force de nature1 et en commanderont la direction4 ,la volont instinctive se trouvera capte4 ,cette premire phase de l'ducation ne prsente pour les parents1 pour les leveurs1 d'autres obstacles que ceux qu'ils se crent eux-mmes4 ,l'extrme faiblesse physique de l'enfant le plaant totalement dans la dpendance et la merci des grandes personnes1 celles-ci ont en mains tout ce qu'il faut pour contraindre et diriger leur gr cette volont instinctive4 ,l'norme supriorit de leur force matrielle sur la force matrielle d'une petite crature qu'elles peuvent manier comme bon leur semble ne laisse aucun doute sur la russite d'une telle entreprise4 ,mais il est des personnes qui justement se laissent arrter1 dirait-on1 par la trop grande facilit de cette tche4 ,se servir ainsi de leur supriorit leur apparat comme un abus et une lchet4 ,contrarier un innocent leur fait l'effet d'un crime et de quelque chose d'inhumain4 ,et les voil prtes dsarmer devant les sourires1 les pleurs ou les caresses du petit tre confi leurs soins1 et dont elles ne s'efforceront que de contenter les caprices6 ,il y aurait abus1 certes1 de la part des grandes personnes1 si elles allaient dans l'emploi de leur force jusqu' la violence ou la brutalit1 ou si elles se servaient de leurs prodigieux avantages pour dresser un enfant au mal1 ou pour lui imposer des choses contre-nature4 ,mais diriger un enfant dans le sens du bien1 ce n'est pas violenter sa nature1 car le bien est son but naturel4 ,l'usage de la force en vue du bien1 quand on a charge d'mes1 n'est pas plus un abus que l'acte du chirurgien qui ligote un malade pour pouvoir l'oprer1 ou que celui du sauveteur qui tourdit d'un coup de poing son naufrag pour l'empcher de les faire1 en se dbattant1 couler tous les deux4 ,le bien obtenu de l'enfant par le dressage ne sera pas encore pour lui le bien mritoire1 qui ne peut exister que dans l'tre conscient et rflchi4 ,ce sera du moins le bien en fait1 le rsultat pratique satisfaisant1 auquel il convient d'aboutir le plus tt possible4 ,l'enfant bien dress sera vite un enfant mieux portant1 plus gentil et plus heureux que l'enfant livr aux caprices de son instinct4 ,ce sera en outre un enfant tout dispos et tout prt se conduire de lui-mme comme on l'aura fait se conduire dans sa petite enfance4 ,on garde toute sa vie certains plis pris pendant le premier ge4 ,on aime ce quoi l'on a t accoutum4 ,on conserve le got du genre de nourriture que l'on a d'abord connu1 l'attachement aux horizons familiers dans lesquels on a grandi4 ,on reste sensible au charme des anciens airs par lesquels on a t berc1 la premire musique ayant chant dans l'me4 ,toute une aimantation de l'tre1 aimantation d'une puissance et d'une porte extraordinaires1 rsulte de ces toutes premires accoutumances1 qui semblent certaines personnes si insignifiantes et si puriles6 ,au cours de cette uvre du dressage1 se trouve tout indiqu l'emploi de l'attrait-rcompense et celui de la rpugnance-punition4 ,dans l'esprit de l'enfant1 si inconscientes encore que soient les oprations de sa mentalit1 un lien se forme vite entre l'acte et sa consquence4 ,lorsqu'il aura constat deux ou trois reprises que se rouler par terre lui vaut le fouet et qu'obir lui vaut un baiser1 il ne tardera pas choisir de se ranger la faon d'agir dont le rsultat lui est le plus agrable4 ,l'instinct1 du reste1 suffit ici pour oprer ces rapprochements3 le chien savant1 le chien de chasse1 le cheval de course1 tous les animaux que l'on dresse1 n'arriveraient jamais possder les talents qu'on leur inculque1 si leurs matres ne faisaient usage tour tour du morceau de sucre et de la cravache4 ,le dressage1 priode de l'ducation par la force1--commenc ds la naissance pour ne pas laisser aux tendances mauvaises le temps de se dvelopper et de s'affermir par l'exercice1--dure jusqu'au moment o la vigueur physique de l'enfant commence contrebalancer la vigueur physique de l'ducateur ou de l'ducatrice4 ,il y a de pauvres mamans1 il y a mme d'infortuns papas1 qui1 rellement1 ne sont plus de force lutter contre leur petit garon lorsque celui-ci1 parvenu l'ge de cinq ou six ans1--cela dpend des sants6--donne des coups de pied et des coups de poing1 galope1 s'chappe1 s'enferme1 se livre enfin toute la dfense matrielle qu'il peut organiser contre l'emploi de la contrainte pour un purgatif absorber ou une correction recevoir4 ,il est l'loge des parents que cette lutte1--dshonorante pour l'autorit1--devienne superflue et impossible moralement1 l'poque prcise o elle deviendrait redoutable physiquement1 parce qu' cette poque le dressage doit avoir opr son uvre1 et l'enfant se trouver pli l'obissance4 ,s'il n'en est pas ainsi1 c'est que les ducateurs n'ont pas su1 ou pas voulu1 s'y prendre comme ils auraient d s'y prendre4 ,quoique cette toute premire phase de l'ducation ne s'adresse encore qu' la volont instinctive1 il ne faut pas remettre plus tard de prononcer devant l'enfant le mot bien1 le mot devoir et le mot ,dieu4 ,le sens1 d'abord nul ou confus1 de ces mots lui deviendra rapidement1 malgr leur abstraction1 aussi intelligible que celui de tous les autres mots dont le son frappe constamment son oreille1 et qu'il situe parfaitement dans leur domaine4 ,du reste1 on ne sait jamais au juste quel ge la notion du bien et du mal commence s'agiter obscurment dans la conscience4 ,en gnral1 cette notion est plus prcoce qu'on ne croit4 ,en tous cas1 joindre les mains de l'enfant pour la prire1 lui faire baiser l'image pieuse suspendue la tte de son lit1 l'habituer au silence et l'immobilit dans l'glise1 une attitude respectueuse en prsence des personnes et des choses respectables1 c'est le dresser par une pratique machinale la pratique volontaire1 dlibre et mritoire que sa raison et la grce divine lui feront adopter plus tard en toute connaissance de dcision4 ,,xiii ,l'ducation de la volont3 deuxime priode ,a mesure que l'enfant grandit1 son intelligence se dveloppe1 sa volont commence en recevoir les avertissements3 elle commence se transformer de volont instinctive en volont consciente et responsable1 capable de se constituer bonne ou mauvaise volont4 ,cette transformation ne se fait pas en un jour4 ,l'ducateur a donc encore duquer1 et c'est--dire capter1 ce qui reste dans l'enfant de volont instinctive1 en mme temps qu'il va avoir lever1 et c'est--dire clairer1 ce qu'il y apparat de volont consciente4 ,et ces deux oprations1 ces deux procds1 ces deux tches1 il va falloir les mener de front1 paralllement4 ,en mme temps qu'on fera obir l'enfant d'autorit1 ou commencera de lui expliquer les motifs raisonnables de son obissance4 ,la sanction de l'acte s'accompagnera de l'instruction de la parole4 ,ce n'est plus le moment d'imposer des habitudes par la force3 mais par la rptition ferme1 persvrante1 et sereine1 des mmes ordres et des mmes observations4 ,l'esprit de l'enfant est essentiellement oublieux et lger4 ,d'une minute l'autre1 il perd de vue ce qu'on vient de lui faire observer4 ,l'ducateur doit dire et redire sans se lasser1 sans s'tonner1 sans s'indigner1 sans rendre l'enfant responsable d'une tourderie inhrente son ge1 ce qu'il a dj dit mille fois1 et qu'il lui faudra redire dix mille fois encore4 ,rien ne sert de s'nerver1 de s'exasprer1 d'accabler un enfant de ,en voil assez6444 ,tu le fais exprs6444 ,veux-tu tre sage8444 ,tu es insupportable1 la fin6444 etc41 etc444 ,toutes ces impatiences et toutes ces exclamations ne servent qu' noyer l'observation essentielle1 et l'empcher de s'incruster dans le jeune entendement1 friable encore l'excs1 et boulevers en pure perte par tout ce dluge de reproches et de commentaires4 ,mais on ne peut se borner enfermer un enfant dans un cercle d'habitudes4 ,la vie n'est pas que la rptition monotone des mmes actes4 ,elle offre un vaste champ l'imprvu1 et l'me1 par un certain ct1 aspire cet imprvu4 ,il faut tenir compte de ce besoin de nouveaut qui existe en tout tre humain1 surtout l'ge o tout est dcouverte1 initiation et merveillement1 et o il est si facile de procurer des surprises joyeuses1 des ravissements et des admirations fertiles4 ,imaginatif et sensible1 tel est surtout l'tre sur lequel s'exerce cette seconde priode de l'ducation4 ,emprisonner un enfant dans une enceinte de routines et de rabchages1 ce serait lui suggrer un dsir fou de s'vader1 de connatre tout prix autre chose4 ,la tche ici consiste donc surtout charmer1 sduire1 enthousiasmer cette jeune me1 ce cur qui s'ouvre et qui frmit de toute la pousse d'un sang chaud et ardent444 charme1 sduction et enthousiasme suscits1 cela va sans dire1 en faveur du bien et du devoir1 qu'il s'agit de rendre le plus attrayants possible4 ,ne pas confondre ce procd avec celui qui s'appelle vulgairement dorer la pilule4 ,il n'est pas question1 pour rendre le devoir attrayant1 de l'incorporer d'une manire artificielle une apparence de plaisir4 ,l'enfant discerne trs bien ce truquage et ne s'y laisse pas prendre4 ,l'huile de ricin avale dans une tasse fleurs n'en reste pas moins de l'huile de ricin2 et c'est la tasse fleurs qui risque d'tre prise en grippe4 ,ne pas non plus1 sous prtexte d'opportune condescendance1 tourner toute chose srieuse en amusement4 ,n'occuper l'enfant que de jeu1 c'est cultiver en lui une purilit qu'on a pour mission de faire peu peu se muer en maturit4 ,l'enfant doit tre habitu prendre au srieux les choses srieuses4 ,vouloir qu'il s'amuse de tout1 ce n'est pas lui rendre le devoir attrayant1 c'est lui en ter le respect4 ,mais voulez-vous que votre enfant tudie et s'instruise8 ,faites-lui aimer son travail1 car aimer c'est vouloir4 ,et pour qu'il aime le travail1 rendez-lui le travail aimable en lui donnant des professeurs sympathiques1 des livres bien faits1 une salle d'tude o il ne gle pas l'hiver et ne cuise pas l't1 et dont les murs ne suintent pas l'ennui4 ,voulez-vous que votre enfant1 en grandissant1 reste volontiers dans sa famille et s'attache son intrieur8 ,rendez-lui cet intrieur agrable par la paix et l'harmonie que vous y ferez rgner1 par la gat que vous y entretiendrez1 par les gentils camarades que vous runirez autour de lui4 ,voulez-vous que votre enfant devienne pieux8 ,rendez-lui la pit douce et souriante par la pratique de petites dvotions faciles1 par la posie des rcits bibliques et vangliques1 ouvrant des ailes son imagination et touchant son cur4 ,voulez-vous faire de votre enfant un homme vertueux8 ,rendez-lui la vertu attirante en la lui reprsentant vous-mme sous des traits plaisants2 montrez-lui en votre personne la vertu enjoue1 la vertu cordiale1 la vertu charmante2 exercez sur lui1 par votre seul exemple1 la sduction de la vertu4 ,tout ceci n'empchera pas qu'en mainte circonstance1 le devoir1 en se prsentant l'enfant1 rclamera de lui un effort4 ,si l'effort le rebute1 s'il commence par s'y drober1 ne l'accusez pas tout de suite de mauvais vouloir4 ,mesurez d'abord1 et faites-lui ensuite mesurer lui-mme ses possibilits4 ,faites-lui prendre conscience de sa valeur musculaire et intellectuelle4 ,montrez-lui ce qu'il peut faire1 ce qu'il est rellement capable de faire s'il le veut4 ,ne lui demandez jamais un effort exagr1 impossible1 o disproportionn avec son rsultat4 ,surtout1 ne dites jamais un enfant qu'il n'a pas de volont4 ,d'abord parce que ce n'est pas vrai4 ,ensuite parce que vous feriez immdiatement se tourner toute la volont qu'il a vers l'inaction1 la paresse et le statu quo4 ,dites-lui au contraire qu'il possde toute la volont ncessaire pour faire ce qu'il doit1 et que ce qu'il doit n'est jamais que ce qu'il peut4 ,faites-lui chercher dans quel obscur ou tortueux repli de sa conscience est alle se terrer cette volont qui n'apparat pas pour l'effort antipathique2 faites-lui comprendre que s'il ne parvient pas mettre sa volont tel acte qui serait de son devoir1 c'est qu'il l'a mise ailleurs3 au jeu1 au repos1 ou au mal444 ,dites-lui que c'est l qu'il la faut aller dnicher et reprendre1 pour la mettre o elle doit tre mise2 et montrez-lui qu'en somme1 pour vouloir ce qu'on ne veut pas1 il s'agit d'abord de dvouloir ce qu'on voulait3 ce qui sera lui faire toucher du doigt l'existence relle de cette volont1 toujours employe quelque chose1 et jamais abolie chez personne1 en aucun cas4 ,en mme temps que vous clairerez ainsi peu peu la conscience de votre lve1 vous continuerez vous servir1 pour aiguiller et lancer sa volont l'assaut du bien1 de l'amorce de l'attrait3 attrait-immanence1 et aussi attrait-rcompense4 ,faire choisir la volont le devoir pour le devoir1 c'est l sans doute le but le plus lev1 le but final de l'uvre4 ,mais on n'y arrive pas d'un coup et sans tapes4 ,on n'y arrive mme jamais que si celui que l'on dirige veut bien s'y porter librement4 ,nous l'avons dit3 on ne peut vouloir pour personne4 ,on montre le chemin au voyageur3 on n'y marche pas pour lui4 ,on n'duque1 on ne dresse1 en la captant1 que la volont instinctive4 ,on n'duque1 on n'lve1 en l'clairant1 que la bonne volont4 ,on n'duque pas1 on n'lve pas le mal4 ,il est oiseux et superflu d'clairer la mauvaise volont qui1 par dfinition1 fuit la lumire1 ou s'en sert pour diriger sa marche l'oppos du bien4 ,on peut1 toutefois1 rprimer dans ses effets une volont mauvaise2 on peut aussi l'engager1 par l'amorce de la rcompense ou la peur du chtiment1 se porter vers le bien dont elle se dtournait3 mieux vaut le devoir rempli par intrt ou par crainte que le devoir qui n'est pas rempli du tout6 ,l'ducation ne servirait-elle qu' brider par la contrainte1 enchaner par l'habitude1 captiver par l'attrait ou terroriser par le chtiment un vouloir en rvolte contre le devoir1 qu'elle serait encore fort utile la socit4 ,le systme des rcompenses et des punitions1 levier d'encouragement pour la bonne volont et de dfense contre la mauvaise1 n'est d'ailleurs pas le procd avilissant et grossier que des penseurs hautains mprisent4 ,dieu lui-mme ne nglige pas de s'en servir notre gard4 ,le sentiment du devoir peut faire corps avec le dsir de la rcompense1 quand celle-ci reprsente un bien de qualit noble1 un bien suprieur aux apptits bassement matriels4 ,c'est un devoir pour le chrtien de dsirer le bonheur du ciel4 ,c'est un devoir pour l'enfant de dsirer le regard et le sourire approbateurs dont sa mre le paie pour une bonne action accomplie4 ,c'est un devoir pour le soldat d'ambitionner la croix des braves4 ,nul n'a le droit de ddaigner les tmoignages d'estime attachs l'accomplissement du devoir3 et ce serait offenser gravement le chef qui les dcerne que de les refuser par un prtendu dsintressement sous lequel se cacherait l'orgueil d'une prsomption insolente4 ,l'art de l'ducateur consistera donc n'employer comme rcompenses que des choses pouvant lever l'enfant1 et non l'avilir2 n'utiliser que des attraits nobles1 ou tout au moins innocents2 proscrire ce qui dvelopperait les tendances mdiocres ou fcheuses4 ,bourrer un enfant de friandises parce qu'il a t sage1 c'est le rendre gourmand1 beaucoup plus que lui faire aimer la sagesse4 ,promettre une petite fille une jolie robe si elle apprend bien sa leon1 c'est l'inciter la coquetterie bien plus qu' l'amour du travail4 ,que de dfauts on donne ainsi aux enfants1 gratuitement1 bnvolement1 pour s'tonner ensuite1 et se scandaliser1 en constatant qu'ils les dtiennent6 ,et ce n'est pas seulement par le choix de rcompenses maladroites qu'on donne aux enfants des dfauts et mme des vices4 ,lorsqu'on les humilie par certaine punitions1 notamment en rvlant sans ncessit leurs mfaits devant des trangers1 on dveloppe ou l'on cre en eux l'esprit de rancune et de vengeance4 ,il est bon de faire1 parfois1 qu'un enfant s'humilie3 il est toujours mauvais de l'humilier4 ,on les dtourne de la franchise en accueillant sans indulgence l'aveu de leurs fautes4 ,on les rend colres1 hargneux et grossiers1 en se livrant devant eux la violence1 la mauvaise humeur1 la grossiret de langage4 ,on compromet la puret de leur cur1 la saine closion de leurs sentiments1 lorsqu'on tient en leur prsence des propos dplacs1 des conversations scabreuses1 coupes de rticences1 qui les incitent la fois la curiosit malsaine et la sournoiserie1 car ils font souvent semblant de ne pas comprendre tout en comprenant fort bien6 ,enfin1 on fausse leur jugement1 on fait drailler leur volont1 en leur donnant sur la vie et sur la morale des notions inexactes ou mal tayes1 comme en laissant sans rponse leurs interrogations et leurs inquitudes1 exprimes ou latentes4 ,l'enfant se demande plus tt et plus souvent qu'on ne croit le pourquoi des choses4 ,il faut le renseigner sur les lois de la vie avec prudence1 en mesurant les initiations son ge et son caractre1 mais sans jamais lui mentir4 ,et dans le domaine de la morale1 non seulement il ne faut jamais refuser de lui donner les explications qu'il rclame1 mais il faut aller au-devant de ses questions et de ses recherches1 en basant tout ce qu'on lui enseigne1 et l'autorit sous laquelle on le tient1 et le respect qu'on exige de lui1--sur l'enseignement divin1 l'autorit divine1 et le respect d ,dieu4 ,l'ducation sera religieuse ou ne sera pas4 ,il est impossible d'ancrer dans une me le caractre obligatoire du devoir sans le faire remonter son principe1 qui est la volont matresse du ,dieu ,pre et ,crateur des hommes4 ,si l'on s'en tient au devoir dict par les hommes eux-mmes1 l'enfant n'aura de respect pour ce devoir humain qu'autant qu'il sera trop faible pour s'y soustraire1 et1 devenu homme son tour1 il le modifiera selon sa conception personnelle1 c'est--dire selon sa fantaisie et son bon plaisir4 ,l'enseignement humain tay1 fond sur l'enseignement divin1 et se reliant1 se rattachant en tout et toujours cette base1 ce point de dpart1 est le seul qu'une volont bien intentionne puisse1 en toute loyaut1 se reconnatre le droit de rpandre2 comme il est le seul auquel une volont bien intentionne puisse1 en toute scurit de conscience1 aller demander conseil4 ,,xiv ,l'ducation de la volont3 troisime priode ,la troisime phase de l'ducation de la volont--et l'on peut dire de l'ducation tout court1 car lever la volont c'est lever tout l'individu--est celle qui correspond l'bullition dans le jeune cerveau de toutes les ides en tumulte1 de toutes les conceptions frmissantes1 de toutes les chimres et de tous les rves1 de toutes les inductions et dductions nes de la pense en travail1 pense alimente au hasard de tout ce que l'adolescent dcouvre1 voit1 entend1 souponne et croit inventer4 ,en mme temps que se produit en lui cette effervescence gnrale1 un dsir d'indpendance1 un besoin violent d'mancipation commence l'agiter1 et quelquefois furieusement3 il se sent press de vivre par lui-mme1 de se conduire d'aprs ses propres directives1 d'utiliser et surtout de manifester les facults qu'il aperoit en lui et dont il a hte de revendiquer la fois l'usage et la proprit4 ,c'est ce moment formidable que l'ducateur peut intervenir comme un bon gnie ou comme un sorcier nfaste1 selon qu'il versera dans ce chaos la goutte de bon sens1 l'lixir divin qui va tout clarifier1 ou le poison qui va tout corrompre4 ,s'il n'intervient en aucune faon1 s'il se borne regarder en spectateur amus ou indiffrent le redoutable prcipit qui s'opre chez son lve1 il se conduit en sceptique4 ,s'il intervient pour faire1 dans cet esprit en gestation1 triompher ses ides lui1 ou les ides de son parti1 il agit en sectaire4 ,s'il intervient pour faire triompher les ides reconnues par l'lite de l'humanit1 depuis que le monde est monde1 pour des ides bonnes1 justes et sages1 et dcoules des vrits rvles de ,dieu1 il agit en aptre4 ,scepticisme1 sectarisme ou apostolat3 l'homme qui enseigne1 professe1 gouverne ou lgifre1 ne peut s'carter d'un de ces trois systmes4 ,le scepticisme a fait ses preuves4 ,n'offrant ni ligne de conduite la volont1 ni boussole aux esprits en qute d'absolu1 ni consolation aux curs troubls1 il est le pre du dsarroi1 de l'anarchie1 de la dbcle universelle4 ,le sectarisme sera toujours avec juste raison la bte noire de tous les gens de bien3 ennemi-n de la libert et de la justice1 fils de l'orgueil et de l'intrt personnel1 il ne peut engendrer que haine et discorde4 ,l'apostolat seul1 c'est--dire le dvouement sans arrire-pense au vrai et au bien puiss leur source divine1 est capable d'lever en l'clairant la volont consciente et libre2 d'apporter aux tres qui se dbattent dans le conflit de leurs passions naissantes1 de leurs dsirs fougueux1 de leurs aspirations confuses1 de leurs angoisses intellectuelles et morales1--le savoir utile1 judicieux1 qui les fixera dans la vrit1 la parole de paix1 de vie et de lumire qui contiendra les emportements sans valeur1 et donnera l'essor toutes les envoles fcondes4 ,a cette poque de fermentation de la mentalit1 caractrisant le passage de l'enfance la jeunesse1 les deux grands cueils que nous avons signals chapitre ,,ix3 suffisance et insuffisance intellectuelles1 guettent1 pour la faire trbucher1 la volont consciente et rflchie4 ,l'ducateur doit mettre son lve en garde contre chacun de ces deux cueils4 ,tout en le rendant respectueux des premires certitudes naturelles dposes dans l'intelligence par une sorte de rvlation prive1 il lui fera reconnatre et avouer les erreurs1 les contradictions1 les draillements invitables de la raison humaine livre ses seules ressources4 ,il lui montrera que nous n'avons tous qu'un moyen d'chapper aux perptuels flottements d'un savoir tronqu1 la menace permanente d'une faillite totale ou partielle de nos systmes philosophiques les plus ingnieux1 voire gniaux3 c'est de chercher le vrai une source qui nous dpasse1 et de nous soumettre humblement aux authentiques transmissions qui en dcoulent4 ,mais la volont frmissante du jeune homme ou de la jeune fille piaffe d'impatience devant vos raisonnements et vos conseils4 ,elle n'aura de cesse que vous lui ayez t le mors1 et donn le droit de bondir enfin sans vous dans le champ de l'avenir1 qui s'ouvre devant son regard avide et enivr4 ,le but suprme de l'ducation1 ne l'oublions pas1 est de rendre l'lve capable de se passer du matre4 ,vous apaiserez1 vous contenterez ce qu'il entre de logique1 de dignit et de noblesse dans ce dsir de self-government en engageant spontanment votre disciple s'lever du moi au je1 c'est--dire de la rgle subie la rgle adopte2 devenir matre de ses habitudes1 matre de ses attraits1 mme des bons1 mme de ceux que vous aurez vous-mme enracins en lui avec le plus de soin4 ,vous le sauverez du dlire garant de l'orgueil en lui faisant constater de combien de traits hrits1 de combien d'empreintes et d'emprises reues se compose1 qu'il le veuille ou non1 sa personnalit actuelle4 ,et vous l'amnerez dclarer de lui-mme que pour vivre et penser librement il ne s'agit point de jeter par terre ce qu'on trouve en soi de tout bti1 quand l'difice est habitable1 harmonieux et solide3 mais seulement d'y apposer son cusson et son chiffre4 ,lorsqu'un professeur de natation met pour la premire fois un enfant plat ventre sur l'eau1 il commence par l'entourer d'une ceinture de lige et le soutenir de la main1 tout en lui faisant excuter les mouvements par lesquels le petit nageur se soutiendra et voluera tout seul un jour4 ,peu peu1 l'habitude prise et le savoir venu1 le professeur lche son lve1 le dlivre de sa ceinture1 et l'abandonne son initiative4 ,l'lve qui a voulu vraiment apprendre nager ne va ni oublier ni renier les instructions reues3 il ne va pas essayer de s'en dprendre pour barboter sa faon2 il va au contraire s'en servir pour voluer la fois en libert et en scurit1 en se dirigeant lui-mme de la faon dont il a t dirig jusqu'alors4 ,c'est ainsi que la volont libre1 l'ge du plein dveloppement de la raison1 s'empare du gouvernement de l'tre2 et1 sans balayer les habitudes innes ou les donnes acquises qu'un heureux atavisme et une ducation salutaire y auront dposes1 cette volont libre1 si elle est bonne1 dirigera l'tre d'une manire consciente et dsormais mritoire vers le bien pratiqu jusque-l plus ou moins inconsciemment4 ,mais la volont libre peut se constituer volont mauvaise4 chappant toute captation ds qu'elle cesse d'tre le moins du monde instinctive1 elle peut faire litire de tous les principes et de tous les enseignements reus1 fouler aux pieds le trsor des dons acquis et des bienfaisantes accoutumances1 tourner le dos la lumire1 s'orienter exprs l'encontre du bien et du devoir1 et s'enfoncer dlibrment dans l'erreur et le mal4 ,et de cela rien ni personne ne pourront l'empcher4 ,nous avons dit qu'on n'duque pas1 qu'on n'lve pas le mal444 ,n'y a-t-il donc rien1 absolument rien faire l'gard de la mauvaise volont8 ,c'est ce que nous allons examiner pour finir4 ,,xv ,l'ducateur en face de la mauvaise volont ,ce n'est pas seulement pendant la dernire phase de son uvre que l'ducateur pourra se trouver dsarm par le mauvais vouloir de son lve3 bien des fois1 au cours de cette uvre de patience1 d'intelligence et de dvouement1 pendant laquelle le bon vouloir du disciple doit collaborer avec le bon vouloir du matre pour que des fruits s'aperoivent1 l'enfant1 de son plein gr1 rsistera1 se drobera1 se refusera1 en sachant ce qu'il fait et en voulant le faire4 clair1 raisonn1 chapitr1 bien convaincu intrieurement qu'il a tort1 il ne cdera pas3 il continuera suivre la mauvaise route1 et manquer aux devoirs1 petits ou grands1 qui sont les siens4 ,que doit faire ici l'ducateur8 ,tout d'abord1 dlimiter soigneusement les proportions relles de ce mauvais vouloir4 ,peut-tre n'occupe-t-il pas toute la conscience4 ,peut-tre une partie seulement de cette volont1 essentiellement divisable1 nous l'avons vu1 s'est-elle mise au service du mal1 le reste demeurant au service de quelque bien1 visible ou secret4 ,il faut quelquefois aussi fouiller dans une me pour y dcouvrir la bonne volont cache6 ,sur cette part restante de bonne volont1 l'ducateur conservera son action3 il l'clairera mieux1 la fera ainsi se porter plus avant1 agir plus vite1 monter plus haut1 et peut-tre rallier finalement elle tous les fragments qui s'en taient dtachs4 ,secondement1 l'ducateur1 lorsqu'il se trouve en face d'un mauvais vouloir1 total ou partiel1 bien caractris et nettement dfini1 a quelque chose faire d'extrmement important1 que nous avons dj indiqu1 mais sur quoi il faut revenir et insister3 c'est de rprimer vigoureusement les effets de ce mauvais vouloir4 ,c'est--dire en arrter les consquences1 en protger les victimes1 et chtier le coupable4 ,il est inique et scandaleux de laisser un acte mauvais produire des consquences heureuses ou agrables pour celui qui l'a commis3 lorsque par sa dsobissance1 son larcin ou son mensonge1 un enfant s'est procur la matire ou l'occasion de quelque plaisir1 on doit annihiler1 ruiner immdiatement son fcheux triomphe1 et lui arracher sans piti le bnfice de sa faute4 ,lorsque la mauvaise conduite d'un enfant est cause que d'autres enfants1 ou d'autres membres de sa famille1 de son entourage1 souffrent et ptissent1 subissant le contre-coup de ses rvoltes1 de ses manquements ou de ses mchancets1 l'autorit doit intervenir pour empcher dans toute la mesure du possible l'accomplissement de cette injustice4 ,il est odieux de voir1--comme cela se pratique trop souvent dans les familles1 grce l'aveuglement volontaire de certains parents idoltres1 flatts par quelque cajolerie ou quelque ressemblance en laquelle ils se complaisent1--les bons1 les doux1 les serviables1 les modestes1 sacrifis aux gostes1 aux exigeants1 aux vaniteux1 aux dpensiers1 aux imposteurs4 ,il y a des surs qui paient ternellement pour leurs frres1 des ans qui sont toute leur vie les victimes de leurs cadets1 de quelque benjamin gt1 corrompu par une adulation et une lchet criminelles4 ,ce sont l de criants abus contre lesquels il faut s'lever avec la plus grande nergie4 ,les consquences illgitimes de la faute arrtes1 les victimes protges1 il reste chtier le coupable d'une faon mesure1 proportionnelle sa culpabilit4 ,laisser tranquillement s'exercer la mauvaise volont sans la contenir et sans la punir1 c'est contribuer au rgne de l'injustice sur la terre1 c'est faire servir les bons au plaisir et l'avantage des mchants1 et c'est enfin abandonner ceux-ci leur perdition4 ,non seulement la rpression du mal est ncessaire la protection du bien1 mais cette rpression ne laissera pas d'exercer1 sur le mchant lui-mme1 une sorte d'ascendant mystrieux4 ,sans doute1 tant que la volont ne se retournera pas1 tant qu'elle ne choisira pas1 dans l'intime d'elle-mme1 de faire face au devoir1 parce qu'il est le devoir1 tout ce qu'on pourra obtenir d'elle par menace1 promesse1 force vive ou chtiment1 ne changera pas sa malice en bont3 il y a cependant dans le bien1 pratiqu mme de mauvais gr1 mme avec une arrire-pense perverse1 il y a dans le bien une telle force divine1 une telle puissance de pntration1 d'illumination et de conqute intrieure1 qu'on a vu des misrables1 des tres dpravs et corrompus1 des rengats1 brusquement convertis par un acte de charit ou d'hrosme qu'ils avaient t conduits accomplir malgr eux4 ,on ne perd donc pas son temps l'gard du mchant lui-mme quand on l'empche de faire ce qu'il voudrait1 qu'on le prive du bnfice de ses fautes1 et qu'on le force faire ce qu'il ne voudrait pas4 ,enfin1 devant les manifestations persistantes de la mauvaise volont1 l'ducateur a une troisime chose faire1 qui est de prier4 ,il devrait mme toujours commencer par l1 sans attendre que s'incruste et s'tende un mauvais vouloir passager o partiel4 ,la prire est la premire comme la dernire arme4 ,je dirai mme que sans elle tous les efforts personnels1 aussi bien que toutes les mesures adoptes l'gard d'autrui1 resteront vains4 ,qu'on me permette ici un souvenir444 ,j'ai fait pendant vingt ans de ma vie le catchisme tous les jeudis matins4 ,je l'ai fait des enfants du ,nord et des enfants du ,midi1 des petits et des grands1 des garons et des filles4 ,j'ai la pratique de ce jeune monde4 ,je connais la faon de les manuvrer4 ,en gnral1 je les tenais tous en main4 ,ils taient sages4 ,ils m'aimaient4 ,ils s'intressaient ce que je leur racontais4 ,j'en ai eu qui m'ont difie1 attendrie1 mue par leurs sentiments et leur conduite4 ,j'en ai eu d'tourdis et de lgers1 dont l'esprit s'envolait comme papillon ou moineau4 ,j'en ai eu enfin qui taient de bons diables1 et d'autres de francs polissons4 ,un de ces derniers1 le pire dont le souvenir me soit rest1 s'appelait ,larcher4 ,non seulement il n'apprenait jamais une ligne de sa leon1 non seulement il n'coutait pas un mot de l'enseignement donn1 mais ce n'tait1 pendant toute l'heure de classe1 que plaisanteries1 niches aux voisins1 rponses goguenardes1 et dissipation ininterrompue4 ,il avait invent1 chaque fois que je m'adressais lui en prononant son nom1 de me rpondre invariablement par ces trois mots1 rpts sur le mme ton tranard et blagueur3 ,pas ,larcher1 ,jacob4 ,et les autres de rire6 ,cette scie avait le plus grand succs4 ,ce galopin1 vrai type du voyou de ,paris en herbe1 mine la fois chtive et hardie1 gouailleuse et sournoise1 non seulement ne gagnait rien venir au catchisme1 mais en faisait perdre le bnfice tous ses camarades4 ,les dames catchistes disposent de peu de moyens pour rcompenser ou svir3 quelques images1 distribues dans les limites du rglement1 pour ne point crer de concurrence ni soulever de jalousies1 le renvoi momentan ou dfinitif 7et souvent le premier tourne au second sans qu'on l'ait voulu1 par la mauvaise volont des parents71 c'est peu prs tout4 ,je ne voulais pas renvoyer ,larcher4 ,observations1 reproches1 svrits1 exhortations affectueuses1 rien n'aboutissait4 ,que faire8 ,je me mis prier pour lui de toutes mes forces1 dans l'intervalle d'un jeudi l'autre4 ,la semaine coule1 j'arrive1 l'heure de la leon1 devant la porte de la salle o se tenaient les sances4 ,mon ,larcher rdait alentour1 la figure mtamorphose444 ,il m'aborde1 contrit et docile444 il entre1 se place1 ne bronche plus444 ,a partir de ce jour1 ce fut un agneau4 ,et comme il tait fort intelligent1 il apprit tout ce que je voulus4 ,il faut donc prier3 prier pour le petit enfant1 prier pour l'colier1 prier pour la jeunesse en proie toutes les effervescences et tous les troubles de la sve en travail2 et il faut prier pour l'homme fait444 et il faut prier1 prier ardemment pour celui qui veut le mal6 ,dieu1 qui ne peut pas plus que nous1 malgr sa ,toute-,puissance1 vouloir pour le pcheur1 dispose cependant d'influences et de moyens que nous ne possdons pas pour transformer les affections d'un cur et briser les attaches d'une volont4 ,l'homme lve3 ,dieu soulve4 ,l'homme claire3 ,dieu aveugle1 au double sens de projeter l'vidence ou de crer la nuit4 ,une ccit soudaine sert parfois de prface au renfort de la grce444 ,les voies de ,dieu nous sont inconnues1 mais nous savons qu'elles s'ouvrent devant la prire4 ,ne dsesprons donc jamais d'une volont mauvaise1 tant qu'un souffle de vie anime encore son possesseur4 ,on ne peut jamais1 du reste1 prjuger des directions futures que prendra ou conservera un vouloir humain4 ,tout demeure toujours possible1 en fait de revirement et de volte-face1 dans le bien comme dans le mal1 une conscience humaine4 ,la vie est une partie qui ne se gagne ou ne se perd qu'avec la dernire carte joue4 ,c'est une lutte1 dans laquelle chacun peut tour tour succomber et se relever1 sans jamais pouvoir avant la mort se dclarer vainqueur ou vaincu4 ,a plus forte raison les tmoins de cette lutte ne peuvent-ils connatre l'avance son rsultat final4 ,ainsi donc1 prire et confiance6 donnons-nous tout entiers notre apostolat1 en demandant ,dieu d'en faire mrir les fruits4 ,ne croyons jamais la strilit fatale de nos efforts1 ne doutons pas de la possibilit1 mieux1 de la probabilit de la moisson4 ,et pour assurer1 de notre ct1 dans toute la mesure o nous en sommes responsables1 cette moisson1 cette rcolte que nos vux appellent1 commenons par nous appliquer nous-mmes1 nous-mmes1 le programme et la tactique dont nous venons de parcourir les grandes lignes2 dressons-nous au bien2 enchantons-nous son service2 instruisons-nous de lui de mieux en mieux1 illuminons toujours davantage nos intelligences son rayonnement divin4 ,et1 en y entranant tous ceux qui dpendent de nous1 ceux que nous avons pour mission de guider1 de diriger1 de sauver1 n'oublions pas que ce que nous faisons ne serait rien si ,dieu ne le faisait avec nous2 et1 puisque la prire est une des conditions qu',il a mises l'effusion de son secours1 prions6 ,prions pour les autres et prions pour nous-mmes1 prions pour l'tablissement du bien dans le monde1 pour le redressement des consciences et le couronnement des loyaux efforts4 ,gloire ,dieu au plus haut des cieux1 et paix sur la terre aux hommes de bonne volont6 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,avant-,propos #e ,i4 ,l'exercice ou le temps peuvent-ils crer ou dvelopper la volont8 #g ,,ii4 ,un traitement physique de la personne humaine peut-il crer ou dvelopper la volont8 #ah ,,iii4 ,pouvoir4 ,savoir4 ,vouloir #be ,,iv4 ,des directions diverses du vouloir #ce ,v4 ,l'attrait commandant au vouloir #di ,,vi4 ,le devoir librant le vouloir de la servitude de l'attrait #eh ,,vii4 ,la notion divine du devoir #gj ,,viii4 ,la volont applique la connaissance #hj ,,ix4 ,la volont devant l'effort #ic ,x4 ,action de la volont sur la sant1 l'intelligence1 et leur transmission hrditaire #aaj ,,xi4 ,l'amour1 et la volont du moment #abg ,,xii4 ,l'ducation de la volont3 le dressage #acg ,,xiii4 ,l'ducation de la volont3 deuxime priode #ade ,,xiv4 ,l'ducation de la volont3 troisime priode #aeg ,,xv4 ,l'ducateur en face de la mauvaise volont #afd ,imprimerie ,e4 ,,aubin ,,ligug 7,vienne7 ,p4 ,,lethielleux1 diteur1 #aj1 ,rue ,cassette1 ,,paris 7#f;e7 ,ouvrages de ,j4 ,,renault ,inspecteur de l'enseignement primaire en ,belgique ,,la ,,puret ,,pr,,servation--,,direction--,,initiati on ,in-#h couronne de ,,xii-#abh pages ,i4 ,les faits1 les devoirs4--,,ii4 ,prservation4--,,iii4 ,direction4--,,iv4 ,initiation individuelle et collective4--,v4 ,mthode d'initiation4 ,,vi4 ,influence religieuse4--,,vii4 ,aux jeunes gens4 ,,ducation ,,directe ,,de ,,la ,,puret ,points essentiels4--,erreurs4--cueils4 ,in-#h couronne de #ef pages ,l',,ducation ,,religieuse ,,des ,,enfants ,,dans ,,la ,,famille ,in-#h couronne de ,,xxiv-#bcf pages ,i4 ,but de l'ducation religieuse4--,,ii4 ,point de dpart de l'ducation religieuse4--,,iii4 ,l'enfant de deux ans et au-dessous4--,,iv4 ,l'enfant de deux sept ans4--,v4 ,l'enfant de sept dix ans4--,,vi4 ,l'enfant de dix onze ans4 ,,la ,,pr,,paration ,a ,l',,cole ducation sensorielle4--ducation de l'attention ,in-#h couronne de #fh pages ,,innocence ,,et ,,ignorance ,,ducation ,,de ,,la ,,puret par ,m4-,s4 ,,gillet1 ,,dominicain ,in-#h couronne de #baf pages ,mthode scientifique4--,mthode du silence4--,mthode du bon sens4--,ignorance d'aujourd'hui et innocence de demain4--,programme d'ducation de la puret4 ,,pour ,,tre ,,un ,,caract,,re ,par l',abb ,l4 ,,rouzic ,in-#h couronne de #bgb pages 7#h;e dition7 ,nature de la volont4--,de l'action de la volont sur les autres facults4--,la filiation de la volont1--,les ennemis du caractre4--,le champ d'opration de la volont4--,ncessit de la volont4--,la volont s'acquiert4--,les moyens d'acqurir la volont4--,la volont aux diverses poques4--,a vous4