mile ,,baumann ,,interm,,des ,,paris ,,bernard ,,grasset ,,diteur1 #fa1 ,,rue ,,des ,,saints-,p,,res1 #fa ,,mcmxxvii ,,du ,m,,me ,,auteur ,les grandes formes de la ,musique3 l'uvre de ,camille ,saint-,sans 7,albin ,michel1 diteur74 ,nouvelle dition revue et complte4 ,l',immol 7,grasset1 diteur74 ,la ,fosse aux lions 7,grasset1 diteur74 ,trois villes saintes3 ,ars-en-,dombes1 ,saint-,jacques-de-,compostelle1 le ,mont-,saint-,michel 7,grasset1 diteur74 ,le ,baptme de ,pauline ,ardel 7,grasset1 diteur74 ,l'abb ,chevoleau1 caporal au #ij;e d'infanterie 7,perrin1 diteur74 ,la ,paix du septime jour 7,perrin1 diteur74 ,le fer sur l'enclume 7,perrin1 diteur74 ,job le ,prdestin 7,grasset1 diteur71 ,grand ,prix ,balzac #aibb4 ,l',anneau d'or des grands mystiques 7,grasset1 diteur74 ,saint ,paul 7,grasset1 diteur74 ,le signe sur les mains 7,grasset1 diteur74 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage3 ,,neuf ,,exemplaires ,,sur ,,papier ,,annam ,,de ,,rives1 ,,num,,rot,s ,,annam #a ,a #f ,,et ,i ,a ,,iii2 ,,vingt-,,quatre ,,exemplaires ,,sur ,,papier ,v,,lin ,d',,arches1 ,,num,,rot,s ,,arches #a ,a #bj ,,et ,i ,a ,,iv2 ,,et ,,cent ,,dix ,,exemplaires ,,sur ,,papier ,v,,lin ,,pur ,,fil ,,lafuma1 ,,num,,rot,s ,v,,lin ,,pur ,,fil #a ,a #ajj ,,et ,i ,a ,x4 ,tous droits de traduction1 de reproduction et d'adaptation rservs pour tous pays4 ,copyright by ,bernard ,grasset #aibg4 ,,dilecto ,,meo ,,et ,,exquisito ,,poetae ,,carolo ,,grolleau ,fervente animo hoc opus dedico ,e4 ,b4 ,,pr,,face ,il m'a plu d'orner d'un titre musical les tudes qu'assemble ce livre1 crites dans l'intervalle de travaux plus tendus4 ,car c'est pour mon esprit une ncessit de tout construire symphoniquement4 ,l'occasion les suscita1 une lecture1 un centenaire1 une mort1 un rythme d'ides qui1 certain jour1 me sollicitait4 ,cependant1 qu'on n'y cherche pas de simples variations accidentelles sur des thmes familiers2 les plus importants de ces morceaux apportent chacun1 je le crois1 des rsonances particulires2 une esquisse peut signifier autant qu'un livre4 ,sauf ,lamennais1 les crivains que j'ai runis ne s'offenseraient pas d'tre mis ensemble4 ,tant d'affinits natives rapprochent un ,barbey d',aurevilly et un ,villiers de l',isle-,adam6 ,dumesnil1 un rang plus modeste1 fut de la mme ligne4 ,tous trois seraient fiers du voisinage d',anna ,mos1 humble et merveilleuse mystique2 ils ne l'ont point connue2 la plupart de nos contemporains l'ignorent2 elle mrite un vitrail1 bien qu'elle ne soit pas batifie4 ,la critique1 d'ailleurs1 comme je la conois1 est une faon de vivre en prsence d'un personnage1 pour en buriner le portrait1 de mme que je l'exprimerais dans un roman1 mais avec le souci de l'exactitude historique4 ,elle se gardera bien de ployer sous la tyrannie d'un systme les uvres d'autrui2 elle rectifiera les erreurs1 elle endiguera les dsordres2 plus encore1 elle voudra susciter de la vie4 ,des principes larges et procrateurs1 l'invisible rvl sous les apparences1 la passion du vrai1 des ides vivifies par des images1 et non la revanche dure de l'analyse sur l'intuitif qui peut crer2 telle doit tre la critique d'un romancier et d'un surnaturaliste catholique4 ,j'ai insr ici quelques pages doctrinales faites pour se rejoindre4 ,faut-il l'ajouter8 ,la mme substance anime rflexions et portraits2 tout est immerg dans un seul courant de foi et de haut espoir4 ,ce n'est pas un hasard si ,intermdes commence par la chute de ,lamennais et s'achve par l'esprit de triomphe dans l'glise4 ,lamennais fut1 jadis1 justement condamn2 mais le vertige millnariste des ,paroles d'un croyant trouble aujourd'hui des ttes que l'on supposait fermes4 ,au sortir de la guerre1 ou plutt durant une trve apparente1 les vieux peuples las voudraient oublier2 ils aimeraient croire que l'humanit saura s'installer au ,paradis terrestre1 que les nations vont se fondre dans un baiser de paix4 ,la syllabe3 paix1 emplit la lois des bouches pieuses et des bouches impies2 le chur discordant de la paix se prolonge comme l'affreux blement d'une cohue de moutons lorsqu'ils approchent de l'abattoir#a4 ,les bouchers eux-mmes entonnent le refrain1 pour mieux pousser l'hcatombe le troupeau4 ,qui leur donne le ton8 ,le mauvais berger invisible1 le ,haineux que la paix ne visitera jamais4 ,cette folie de la paix dsarme achemine la ,france au suicide et l'univers aux cataclysmes4 #a ,nous visons1 cela s'entend1 la paix chimrique1 aveugle1 la paix tout prix des pacifistes1 et non la paix juste1 fire1 vigilante1 la seule qui convienne a une nation libre1 la seule qui puisse durer4 ,je les aurai trop prvus4 ,la voix qui sort de mes livres1 si quelqu'un songe les interprter1 lui rappellera celle de l'homme qui1 dans les rues de la ville assige1 courait annonant3 ,malheur ,jrusalem6 ,mais1 quand je verrai venir sur moi le coup de la mort1 je ne crierai pas comme l'autre3 ,malheur moi-mme6 parce qu'au bout du cloaque obscur o jusqu' la fin je resterai debout j'apercevrai1 bante sur la splendeur des saints1 l'arche de la ,porte indestructible4 #ab janvier #aibg4 ,,premi,,re ,,partie ,,lamennais3 ,,la ,,crise ,,de ,,sa ,,chute ,dire qu'il est tomb1 c'est trop vrai4 ,sa rupture avec l'glise ne peut s'appeler autrement qu'une chute3 aprs cette catastrophe1 il n'a plus rien fait qui vaille4 ,il s'est vou une strilit plus morte que la mort du sarment arrach du cep et qui sche dans la poussire d'un grenier2 car le sarment saura au moins nourrir le feu1 chose de vie1 chose joyeuse et sainte2 tandis que les derniers ouvrages de ,lamennais1 l',esquisse d'une philosophie1 le ,livre du peuple1 sont frigides comme le prche d'un pasteur anglais dbit sur une banquise du ple4 ,le bruit de sa chute fut norme2 nous en percevons1 prs d'un sicle aprs1 le retentissement4 ,ses travaux antrieurs le mettaient1 dans l'glise de ,france1 dans l'essor de la pense franaise1 au premier plan4 ,il avait t l'apologiste ultramontain de la souverainet du ,saint-,sige2 la condamnation des ,paroles d'un croyant ruina l'esprance d'un accord possible entre les dogmes de l'glise et ceux de la ,rvolution4 ,s'il n'avait pas t frapp1 sa personne occuperait moins de place sur la scne de son temps4 ,les hommes raisonnables n'ont point d'histoire4 ,la curiosit flaire1 comme son vrai gibier1 ce qui est excentrique1 htrodoxe1 anormal4 ,nulle tragdie ne saisit le cur autant que le spectacle d'un prtre qui perd la foi2 il semble qu'on assiste l'croulement d'un monde4 ,l'me de ,lamennais fut une me spirales1 rduits secrets2 les fanaux de l'analyse la scruteront indfiniment sans en puiser l'inconnu4 ,un rcent livre#b ajoute de poignantes clarts l'investigation de ces profondeurs2 il suit les cheminements de la rvolte1 ses points d'arrt1 les ractions de la croyance1 et l'historien conclut que le terme de la crise tait vitable4 ,m4 ,pierre ,harispe1 qui a mis en nobles vers1 dans sa ,divine tragdie1 la thodice catholique1 veut1 tout en dfendant la svre orthodoxie1 rester un mennaisien fervent4 ,d'aprs lui1 sans les intrigues politiques qui enserraient la cour pontificale1 sans la pression qu'exeraient par leurs ministres le tsar de ,russie1 le roi de ,prusse et surtout le prince de ,metternich1 la censure de ,grgoire ,,xvi et t pargne aux ,paroles d'un croyant4 ,la foi de ,lamennais n'aurait peut-tre pas succomb4 #b ,pierre ,,harispe4--,lamennais1 le ,drame de sa vie sacerdotale 7,casa ditorial1 ,paris1 #aibe74 ,mais1 depuis l'encyclique3 mirari nos1 elle vacillait4 ,avait-elle t jamais ferme et1 si l'on peut dire1 cubique1 quilibrant les aspirations de l'amour avec les principes d'une forte thologie1 percevant le surnaturel comme la chose la plus relle de toutes et qui soutient toutes les autres1 invisiblement immdiate1 esprable et ncessaire8 ,dans son enfance1 il avait d'abord t pieux par lans1 d'une dvotion nave comme peut l'tre celle d'un petit ,breton4 ,il se plaisait rvrer des images1 il restait1 des heures entires1 genoux devant une statue de la ,bienheureuse ,vierge#c2 la forme cleste contemple supplait sa mre morte trop tt1 dont il se souvenait peine4 ,enclin la sauvagerie du plein air1 courant le long des landes1 au milieu des bois1 il aurait pu dire dj de lui-mme1 comme plus tard1 ,chateaubriand3 ,je sens en moi l'impossibilit d'obir4 ,il aimait cependant l'atmosphre de l'glise1 la volupt du recueillement1 la sujtion douce des offices4 ,il sera toujours1 avec des contrastes maladifs1 un tendre et un colreux1 un sentimental et un logicien systme1 un visionnaire et un ironiste1 quelqu'un de passif et d'indisciplin1 de contredisant1 de contradictoire4 #c ,v4 ,christian ,,mar,,chal4--,l'enfance et la jeunesse de ,lamennais4 ,comment n'aurait-il pas accueilli l'influence de ,rousseau8 ,il tait1 huit ans1 une sorte de ,jean-,jacques catholique4 ,son oncle des ,saudrais1 qui se chargea de son ducation1 professait une doctrine directement issue de ,l'mile4 ,son crit3 ,le bon cur1 copiait les formules du ,vicaire ,savoyard4 ,si j'tais un cur1 dclarait-il1 je ferais aimer mes paroissiens la concorde et l'galit4 ,dans mes instructions je m'attacherais moins l'esprit de l'glise qu' l'esprit de l'vangile1 o le dogme est simple et la morale sublime1 o l'on voit peu de pratiques religieuses et beaucoup d'uvres de charit4 ,en mme temps il enseignait son neveu l'horreur du despotisme4 ,voil le vrai fond doctrinal1 trs simpliste1 de ,lamennais4 ,c'est ,rousseau qui l'a form4 ,toutes les influences qui le traversrent n'auront sur son me qu'une emprise passagre2 il se retrouvera jusqu'au bout disciple de ,rousseau4 ,a seize ans1 il avait dlaiss les pratiques religieuses2 il cdait des imaginations sensuelles ou il se complaisait dans un pessimisme factice et1 littrairement1 l'abrgeait en cette boutade3 ,problme rsoudre3 accumuler dans un temps donn la plus grande somme de maux possible4 ,solution3 la vie humaine4 ,la ,terreur dgota cependant son oncle et lui des philosophes4 ,il revint ,pascal1 une des admirations de ,m4 des ,saudrais4 ,l',essai sur l'indiffrence reprendra1 pour l'claircissement des grandes nigmes1 la mthode pascalienne1 les phrases de ,pascal que l'oncle lui avait inculques dans la mmoire4 ,flicit lut1 aussitt paru1 le ,gnie du christianisme4 ,il regarda vivre son frre ,jean-,marie qui s'acheminait au sacerdoce4 ,jean-,marie le dominait par une fermet persuasive et tendre4 ,le meilleur des ides de ,lamennais lui vint1 semble-t-il1 de son frre4 ,ardent imaginer1 mais1 dans le domaine des concepts1 recevant plus qu'il ne crait1 il baucha aussitt les lignes d'un vaste ouvrage d'apologtique issu tout ensemble de ,pascal et de ,chateaubriand4 ,un dogme nanmoins le rebutait2 chez un familier de ,rousseau peut-on en tre surpris8 ,il trouvait dur d'admettre que l'glise exiget l'obissance du sentiment personnel l'autorit de ses ,docteurs et la tradition4 ,jean-,marie mobilisa1 pour justifier ce magistre1 toute une cohorte d'arguments4 ,comme il voyait ,flicit encore indcis1 il osa tout d'un coup lui dire3 ,confesse-toi4 ,flicit s'agenouilla devant son frre2 il se fit humble1 dans la douceur des aveux et un abandon de soi-mme o l'vidence de sa faiblesse devenait un principe de force4 ,en se relevant1 il dit ,jean-,marie3 ,j'ai la foi et je suis tonn de n'avoir pas compris ce que tu m'exposais tout l'heure4 ,l'amour vainquit la fausse logique2 l'ascendant d'une volont plus droite que la sienne1 l'empire de la grce avaient bris ses rsistances4 ,sa conversion fut-elle suffisamment dcisive8 ,demeurer imparfait1 jouir de l'tre1 c'est le plus grave des risques pour une me que la saintet presse de son appel4 ,lamennais n'liminera jamais de sa vie profonde1 avec une secrte vanit de littrateur1 une indulgence pour l'exaltation libertaire de son ,moi4 ,peut-tre aussi restait-il avec la faim des bonheurs terrestres qu'il n'avait pas gots4 ,il aura beau se pntrer des conseils de l',imitation1 du livre dont il faisait ses dlices2 il n'arrivera pas se rabaisser1 comme disait ,marguerite-,marie1 au centre de son nant4 ,il crivait son frre3 ,comment donc se fait-il que tout m'branle1 que tout m'entrane1 que tout me pousse hors de ce centre o la main de notre bon ,matre cherche me fixer dans un dlicieux repos8 ,il se crut1 un moment1 attir vers le clotre2 il rvait d'entrer dans une ,trappe4 ,jean-,marie l'en dtourna1 discernant en cette recherche d'une vie solitaire un pige de l'amour-propre4 ,au temps mme o ,flicit se voyait1 en imagination1 trappiste1 il se proccupait d'une combinaison commerciale1 d'un systme d'assurance qui lui permettrait1 avec quinze cents francs1 d'en gagner deux mille cinq cents4 ,a la veille de recevoir les ,ordres mineurs1 il se demandait s'il ne ferait pas mieux en telle autre situation4 ,il semblait dsabus de la vie sacerdotale1 avant de s'y enchaner4 ,malgr tout1 ,saint-,sulpice1 par son frre1 l'avait conduit frquenter ,bossuet4 ,il lisait ,bonald et1 sa suite1 rprouvait les impuissances du sentiment1 les chimres de ,rousseau4 ,le futur aptre de l dmocratie jugeait1 d'aprs ,bonald1 cette tendance politique lie une philosophie sensualiste et grossire3 tandis qu'une mtaphysique errone soumettait l'me aux sens1 la volont aux organes1 l'tre simple l'tre multiple et compos1 une absurde et coupable politique assujettissait le souverain au peuple1 le pouvoir au sujet1 et le chef ou l'me de la socit au corps de la socit#d4 #d ,rflexions sur l'tat de l'glise1 p4 #eg4 ,il apercevait le pril social de l'erreur et dclarait1 tendant les cordes1 sans le savoir1 ceux qui devaient un jour flageller ses propres crits3 ,l'erreur n'est si dangereuse que parce qu'on en tire ncessairement1 un peu plus tt1 un peu plus tard1 toutes les consquences#e4 #e ,id41 p4 #ed4 ,il reut la tonsure et le sous-diaconat4 ,son frre et un ami1 l'abb ,brute1 avaient obtenu de lui cette dcision4 ,fut-elle voulue ou subie8 ,il s'y jeta1 dans un enthousiasme fivreux1 comme pour se convaincre qu'elle partait bien de lui-mme4 ,il prludait par l'agitation la paix intrieure qu'il croyait acquise jamais1 mais il avouait ensuite3 ,je me suis trouv deux ou trois jours dans un tat d'affaissement qui ne me permettait pas mme de lire une lettre#f4 #f ,v4 ,,mar,,chal1 op4 cit41 p4 #bie4 ,il se dsolait de son aridit2 sa grande misre tait de chercher en ,dieu la jouissance de sentir4 ,si le bien-tre spirituel se retirait1 il jugeait tout perdu4 ,ces alternatives d'exaltation et d'accablement avaient des causes mystiques2 elles tenaient aussi son tat maladif4 ,lamennais sera1 jusqu'en son ge mr1 la proie d'une folle nervosit4 ,un besoin furieux de mouvement le prcipitait hors de sa chambre4 ,il courait au hasard dans la campagne2 il ne s'arrtait qu'puis1 tombait au pied d'un arbre4 ,a de certains moments1 son rire saccad faisait craindre une pointe d'hystrie2 ou des colres d'pileptique le secouaient4 ,il payait ses excs de travail par des prostrations dsolantes4 ,au bout d'une crise de spasmes1 il tombait en syncope4 ,chtif de taille1 gringalet1 gauche de tournure1 il et voqu ces petits pommiers broussailleux que le vent d',ouest1 en ,bretagne1 tord et couche1 sans les abattre1 sur la face des gurets4 ,mais l'arbre doit sa force son humilit2 les bourrasques le ploient2 ferme sur ses racines1 il se redresse toujours4 ,chez ,lamennais1 le tumulte vient du dedans4 ,ses portraits confessent un dsquilibre natif3 le visage est asymtrique1 un peu comme celui d',edgar ,po2 une ride se crispe entre les yeux2 d'autres pincent les joues2 les plis tourments des lvres combinent la tendresse et l'ironie4 ,le regard se trahit inquiet1 plus inquitant encore2 il a quelque chose d'en-dessous1 je ne veux pas dire de faux2 scrutateur1 mfiant1 visionnaire1 chimrique1 au lieu d'apprhender simplement les objets1 il voit au del ou ct4 ,ce n'est pas le regard d'un homme que l'exprience pourra convaincre2 il raille ceux qui le contrediront2 il les dfie2 il les enveloppe nanmoins d'une fine sduction4 ,l'ensemble des traits atteste plus d'enttement que de volont2 sous l'onction ecclsiastique on discerne des apptits mal dompts qui se dbattent entre eux dans une amre incertitude4 ,sans tre sr de sa vocation1 ,lamennais se laissa conduire au sacerdoce2 il s'y rsigna1 comme regret2 quand il clbra1 aux ,feuillantines1 sa premire ,messe1 les assistants remarqurent sa pleur livide444 ,il entendit trs distinctement une voix qui lui disait3 ,je t'appelle porter ma croix1 rien que ma croix1 ne l'oublie pas#g4 #g ,v4 ,,mar,,chal1 op4 cit41 p4 #ecj4 ,cette croix1 il avait besoin1 pour la porter1 d'allgresse4 ,or1 peu de mois aprs#h1 il jetait la fin d'une lettre ces confidences3 #h #be juin #ahaf4 ,je suis et ne puis qu'tre dsormais extraordinairement malheureux444 ,tout ce qui me reste faire est1 s'il se peut1 de m'endormir au pied du poteau o l'on a riv ma chane2 heureux si je puis obtenir qu'on ne vienne point1 sous mille prtextes fatigants1 troubler mon sommeil4 ,la nostalgie d'un bonheur impossible ne cessera jamais de le tourmenter4 ,seulement1 son intelligence acceptait1 alors1 des directions droites4 ,en travaillant il trompait1 anesthsiait ses anxits secrtes4 ,mais les plus beaux essors de sa pense apologtique procderont moins d'une vue exacte du vrai que d'une impulsion de sentiment4 ,pourquoi son frre l'engagea-t-il sans peine dans un systme ultramontain8 ,la tyrannie de ,napolon indignait ,flicit2 contre l'absolu des prtentions temporelles il se plut dresser l'absolu du pouvoir spirituel4 ,dans sa thorie du consentement gnral1 exig comme un signe de vrit1 nous retrouvons une des marottes de ,rousseau1 le systme de la souverainet collective3 c'est le suffrage universel appliqu aux certitudes mtaphysiques6 ,alors mme qu'il dogmatisait dans un sens orthodoxe1 ,lamennais ne savait point s'affranchir des ides librales o il avait t nourri4 ,par suite1 quand la chute de la ,restauration s'annona comme probable1 il reprit sa pente naturelle1 il s'abandonna au fil du courant3 si les peuples s'lanaient vers la libert1 pouvaient-ils avoir tort8 ,entre le christianisme et la dmocratie l'alliance tait ncessaire4 ,parce que le ,christ apporte aux hommes la libert de l',esprit1 il tendait conclure qu'en politique toutes les liberts sont bonnes et saintes1 qu'au bout des ,rvolutions doit surgir spontanment une re de bonheur1 une paix merveilleuse4 ,au fond1 il donnait1 comme la plupart des illumins modernes1 dans la vieille rverie millnariste3 le ,paradis terrestre serait devant nous1 et non derrire4 ,l'humanit n'a qu' marcher o l'emportent ses impulsions2 elle ne peut errer en ses voies2 le ,progrs est certain4 ,il oubliait que les rares intervalles de lumire et de paix1 dans le chaos des sicles1 furent le prix de luttes hroques1 et qu'il suffira de laisser le monde suivre ses instincts pour que tout retombe une barbarie sans nom4 ,libertaire1 ,lamennais dtesta logiquement l'autorit4 ,elle est1 par essence1 une digue1 une barrire immobile4 ,or1 son illusion1 c'tait la fatalit du changement3 ,apport ici par une vague1 j'y reste jusqu' ce qu'une autre vague me reprenne pour me jeter ailleurs4 ,ainsi me laiss-je aller en attendant le dernier flot qui me dposera sur le rivage ternel#i4 ,penchants instables de ,celte nomade1 rminiscences de lieux communs qu'avait sems dans l'air ,chateaubriand et ,lamartine8 ,ce qui dure sans changer lui semblait un dfi la loi divine du mouvement2 ce qui commande1 une contrainte inique et qu'on doit briser4 #i ,lettre la baronne ,cottu1 du #bf mai #ahcc4 ,cette aversion1 il la limita d'abord au domaine temporel4 ,il voyait dans la monarchie le rempart des oppressions1 une forme de pouvoir morne1 branlante et caduque4 ,le spectacle de la ,pologne martyrise justifiait ses yeux l'extermination des tyrans qu'il confondait avec les rois4 ,mais lorsqu'il vit le ,saint-,sige blmer les vques polonais d'avoir soulev les fidles contre la tyrannie tsariste1 il fut tent d'envelopper le ,pape dans la mme rprobation que les rois4 ,il gnralisait en sentimental et en faux logicien4 ,son naf simplisme posait1 d'un ct1 comme dans une parabole du jugement dernier1 le pass cadavreux1 mprisable ou atroce1 et1 de l'autre1 le jeune avenir1 les peuples librs1 fraternels1 justes et heureux4 ,chimre que lui emprunteront le ,lamartine de la ,chute d'un ange1 le ,victor ,hugo des ,misrables et de la ,lgende des ,sicles4 ,un sjour ,rome troubla profondment sa foi en la ,papaut4 ,la condamnation du journal l',avenir1 les menaces coalises autour des uvres de son frre parce qu'elles taient aussi les siennes1 ses dboires financiers1 vraiment inous#aj1 l'espionnage qui l'enserra1 toutes ces preuves dont un ,saint ft sorti plus fort et plus grand1 achevrent de l'aigrir contre les choses existantes2 il se rfugia plus prement dans ses rves humanitaires4 ,de cet tat d'esprit allaient natre les ,paroles d'un ,croyant1 pome composite o les prophtes1 l'vangile1 l',apocalypse1 ,dante1 ,ballanche1 ,mickiewicz ont collabor avec ,rousseau4 #aj ,il s'tait intress1 dit ,m4 ,harispe 7p4 #ad71 une librairie4 ,il y avait englouti #abj4jjj francs2 il avait rpondu pour une somme gale auprs d'un banquier ami1 ,m4 ,cor1 qui lui fit signer1 en surprise1 un crit par lequel il rpondait de toutes les dettes de la librairie et mme de celles de ,m4 de ,saint-,victor1 qui l'y avait engag4 ,il avait apur1 un peu plus tard1 le passif intgral de la librairie1 mais il avait oubli l'crit de son engagement entre les mains de ,m4 ,cor4 ,le banquier ,cor1 son tour1 s'tant mis en liquidation1 l'engagement tomba entre les mains de ,m4 de la ,bouillerie1 qui lui en rclama d'urgence le remboursement1 comme s'il n'avait rien pay du tout444 ,m4 de la ,bouillerie poursuivit ,lamennais et obtint1 en premire instance1 sa condamnation avec contrainte par corps4 ,mais ses amis s'interposrent1 parmi lesquels ,montalembert4 ,lamennais se vit nanmoins forc de payer ,m4 de la ,bouillerie #fb4jjj francs qu'il ne devait pas4 ,lamennais se trouvait alors en une disposition plutt moderniste que nettement hrtique4 ,il avait crit au ,pre ,ventura3 ,votre foi dans le ,saint-,sige et dans les clatants privilges de la ,papaut est entire et inbranlable444 ,la mienne1 je le confesse1 s'y refuse invinciblement#aa4 #aa ,lettre du #h mai #ahcc4 ,nanmoins1 il restait et voulait rester prtre4 ,deux mois plus tard 7le #ae juillet7 il annonait ,rohrbacher3 ,j'irai certainement la retraite 7ecclsiastique74 ,et l'on doit admettre comme sincre son intention4 ,il ne cessera tout fait de dire sa messe que devant l'vidence de sa foi perdue4 ,mais la foi n'est pas simplement l'adhsion de l'intellect des principes surnaturels4 ,c'est tout l'homme qui croit4 ,l'effusion divine a pntr sa substance2 elle ne s'en retire que par degrs1 elle ne meurt qu' la surface2 elle revit brusquement1 surtout chez un prtre satur d'une onction sainte1 tabli mdiateur entre ,dieu et ses frres1 et qui ne peut1 sans dchirement1 renoncer d'inestimables privilges4 ,autour de ,lamennais1 ,jean-,marie1 des amis tels que ,gerbet ou ,montalembert s'efforaient de le retenir dans l'axe de la discipline catholique4 ,son indcision naturelle le dtournait d'une franche rupture4 ,il crira un jour1 en prison ,sainte-,plagie3 ,comme mes penses flottaient mollement dans le vague de l'me assoupie6 ,phrase lgiaque o il faut reconnatre autre chose que de la rhtorique4 ,sa complexion mentale serait assez bien figure par la structure de ces gros crabes1 appels tourteaux1 qu'on pche sur les ctes bretonnes3 leur carapace brune est dure comme du grs2 mais elle couvre une chair flasque1 inconsistante4 ,il sentait ses incertitudes et ses contradictions2 il n'en faisait point1 comme ,renan1 ses dlices2 mme il en souffrait4 ,cependant1 il ne voulait pas voir jusqu'o elles l'entraneraient4 ,on s'est indign parce qu'tant dj en esprit1 hors de l'glise1 il continua1 plusieurs mois1 clbrer4 ,mais qui peut tre juge des sentiments vrais d'un homme#ab8 ,il croyait encore1 puisqu'il se confessait ,jean-,marie4 ,se ft-il rvolt1 si les vexations atroces1 les campagnes de presse1 l'hypocrisie ou la fureur dmesure des attaques n'avaient exacerb son amour-propre et froiss1 en lui1 le sens de la justice8 ,il se laissa1 peu peu1 glisser vers cette dangereuse conclusion3 ,la vrit n'est pas avec mes ennemis1 elle est avec moi4 #ab ,l'homme qui1 mme de bonne foi1 dit3 ,je ne crois point1 se trompe souvent4 ,il y a bien avant dans l'me1 jusqu'au fond1 une racine de foi qui ne sche point4 7,paroles d'un croyant1 ch4 ,,xvi47 ,en somme1 il hsita longuement rompre4 ,dans sa lettre au ,pape 7du #d aot #ahcc7 il dclarait en termes non ambigus3 ,personne1 grce ,dieu1 n'est plus soumis que moi1 dans le fond du cur et sans aucune rserve1 toutes les dcisions manes ou maner du ,saint-,sige ,apostolique sur la doctrine de la foi et des murs1 ainsi qu'aux lois de discipline portes par son autorit souveraine4 ,sur la doctrine de la foi et des murs4 ,il sous-entendait par cette prcision une rserve4 ,son autre lettre ,grgoire ,,xvi 7du #e novembre7 dfinit1 d'ailleurs gauchement1 avec une lourdeur abominable1 la limite de sa soumission3 ,afin que1 dans l'tat actuel des esprits1 particulirement en ,france1 des personnes passionnes et malveillantes ne puissent donner la dclaration que je dpose aux pieds de ,votre ,saintet de fausses interprtations qui1 entre autres consquences que je veux et dois prvenir1 tendraient rendre peut-tre ma sincrit suspecte1 ma conscience me fait un devoir de dclarer en mme temps que1 selon ma ferme persuasion1 si1 dans l'ordre religieux1 le chrtien ne sait qu'couter et obir1 il demeure1 l'gard de la puissance spirituelle1 entirement libre de ses opinions1 de ses paroles et de ses actes1 dans l'ordre purement temporel4 ,dgag des pteuses circonlocutions1 ce texte visait simplement distinguer3 ,en matire de foi et de murs1 j'obis au ,saint-,sige2 en politique je suis libre de ne pas obir4 ,le malheur de ,lamennais fut d'tablir son ,credo politique et social au-dessus de sa foi religieuse4 ,l'avenir dmocratique des peuples devenait1 pour son illusion1 un dogme cardinal1 celui que le ,christ impose comme souverain4 ,rien n'arrterait le magnifique dveloppement de l'humanit#ac4 ,quelques dgotants tripoteurs n'empcheront pas l'immense changement de se prparer et de se faire#ad4 ,l'tat social contraire au christianisme doit tre une bonne fois vaincu1 ou le christianisme doit prir4 ,car il n'est point de lutte ternelle entre deux principes qui s'excluent rigoureusement4 ,or1 le christianisme ne saurait prir444 ,le combat a dur longtemps1 et il n'est pas encore fini1 et il ne finira mme tout--fait1 que lorsque la rgnration de l'homme aura t pleinement accomplie#ae4 #ac ,lettre au baron de ,vitrolles1 #bg septembre #ahcc4 #ad ,lettre ,montalembert1 du #ae mars #ahcc4 #ae ,lettre la comtesse de ,senfft1 #h juin #ahcd4 ,assurment1 ,lamennais ne peut tre confondu avec les humanitaires athes pour qui l'homme est lui-mme sa propre et unique fin4 ,la rgnration des peuples devait1 dans son esprance1 les rapprocher du ,christ1 les aider vivre selon l'vangile4 ,les liberts civiles seraient la condition des liberts spirituelles2 le ,sermon sur la ,montagne1 au lieu d'tre entendu seulement par les saints1 retentirait enfin au cur des multitudes4 ,si les chrtiens ne prenaient part au mouvement irrsistible de libration qui emportait l'humanit1 il se ferait sans eux1 contre eux4 ,il faudrait se rsigner des rvolutions sans fin1 et les catholiques subiraient ternellement la tyrannie des hommes sans ,dieu et sans foi#af4 #af ,lettre ,montalembert1 #ai novembre #ahcc4 ,mais il posait le christianisme et la dmocratie comme une quation tellement ncessaire que le second des deux termes quivalait au premier1 que le premier en venait tenir du second sa raison d'tre1 n'tre plus rien sans lui4 ,pouss vers l'alternative de renier l'glise et sa hirarchie ou sa foi dmocratique1 il crut impossible de sacrifier celle-ci1 parce qu'elle tait la vrit4 ,des agitations qui prcdrent et suivirent les ,paroles d'un croyant1 ,m4 ,pierre ,harispe fait un rcit charg d'incidents1 o le dbat nou autour du petit livre1 en ,france et ,rome1 prend une grandeur terrible1 puisque le sort d'une me allait en dpendre4 ,des intrigues politiques--c'est manifeste--pesrent sur la dcision4 ,une partie des cardinaux--le coin des thologiens--trouvaient excessive une condamnation en forme4 ,le ,pape inclinait juger comme eux4 ,s'il cda aux politiciens1 ce fut pour la paix de l'glise1 afin de ne pas troubler ses rapports avec les monarchies europennes4 ,mais1 quand bien mme des motifs peu surnaturels se mlrent aux raisons doctrinales1 si nous relisons l'ouvrage distance1 en pesant les suites des principes qu'il insinuait1 nous devons reconnatre que le jugement fut mrit4 ,l'erreur est un danger surtout alors qu'elle pntre sous le couvert de hautes vrits1 servie par l'enchantement des images4 ,telle page1 dans les ,paroles d'un croyant--comme la parabole des nids3 ,deux hommes taient voisins1 reste admirable de candeur vanglique et de lumire sereine4 ,lamennais veut sur terre le rgne de la justice et de l'amour3 qui le contredira8 ,il croit l'efficacit divine de la prire4 ,il admet la proprit1 mme le pouvoir comme lgitimes en fait4 ,chacun a le droit de conserver ce qu'il a444 ,alors1 parmi eux1 ils en choisirent un ou plusieurs qu'ils croyaient les plus justes444 ,le pouvoir qu'ils exeraient tait un pouvoir lgitime1 car c'tait le pouvoir de ,dieu qui veut que la justice rgne1 et le pouvoir du peuple qui les avait lus4 ,la pauvret tant fille du pch1 il prvoit qu'il y aura toujours des pauvres parce que l'homme ne dtruira jamais le pch en soi4 ,le tableau qu'il esquisse de la condition des proltaires1 son poque 7ch4 ,,viii7 serait trop vridique s'il n'oubliait que la ,rvolution1 en leur tant le droit de s'associer1 les avait mis la merci des exploiteurs4 ,il oppose superbement la tyrannie de l'tat neutre les droits de la famille3 ,pouvez-vous disposer de vos enfants comme vous l'entendez1 confier qui vous plat le soin de les instruire et de former leurs murs8 ,et1 si vous ne le pouvez pas1 comment1 tes-vous libres8444 ,vous tes incapables de discerner quelle ducation il est convenable de donner vos enfants1 et1 par tendresse pour vos enfants1 on les jettera dans des cloaques d'impit et de mauvaises murs2 moins que vous n'aimiez mieux qu'ils demeurent privs de toute instruction4 ,plusieurs pisodes dtiennent un trange prestige de terreur surnaturaliste et biblique4 7,les sept ombres assises dans le brouillard sur la pierre humide4 ,le roi que les morts1 ses victimes1 enferment vivant dans un spulcre fait avec les pierres des tombes47 ,dans la vision paradisiaque de la fin1 et ailleurs1 il se rvle un profond symboliste1 disciple de ,dante1 de ,saint ,paul et de ,platon3 ,ce que vos yeux voient1 ce que touchent vos mains1 ce ne sont que des ombres1 et le son qui frappe vos oreilles n'est qu'un grossier cho de la voix intime et mystrieuse qui adore1 qui prie et gmit au sein de la cration4 ,toute une part d'aspirations justes pouvait donc dfendre contre la censure romaine ,les ,paroles d'un croyant4 ,si ,lamennais n'avait pas t un ecclsiastique1 il est bien probable qu'on l'et pargn4 ,mais1 oses par un prtre1 un ex-ultramontain1 certaines insolences choqurent en haut lieu comme inadmissibles3 le portrait du ,pape1 du vieillard qui a les ,sept ,peurs autour de son lit#ag2 et1 plus encore peut-tre1 l'apostrophe3 #ag ,dans les premires ditions1 il l'avait remplac par des points et un blanc2 ce qui donnait supposer des outrages beaucoup plus graves1 impubliables4 coutez-moi3 il faut gagner les prtres du ,christ avec des biens1 des honneurs et de la puissance4 ,et ils commanderont au peuple1 de la part du ,christ1 de nous tre soumis en tout1 quoi que nous fassions1 quoi que nous ordonnions4 ,ces imputations1 que ,victor ,hugo et d'autres devaient tourner en blasphmes1 attirrent contre ,lamennais les animosits clricales4 ,il fut trs facile de donner corps au procs de tendances que ses ennemis voulaient pousser fond4 ,son livre est1 en effet1 gonfl d'opinions subversives2 et je n'en dirais pas avec ,m4 ,harispe3 ,il peut faire plus de bien que de mal4 ,enchan aux erreurs de ,rousseau1 ,lamennais en a subi l'hritage2 son uvre demeure1 en partie1 responsable des calamits o elles acheminent le genre humain4 ,erreurs de deux espces3 d'exprience et de doctrine4 ,tous les hommes naissent gaux4 ,il rpte obstinment cette sottise du matre2 comme si jamais deux hommes taient ns gaux de corps1 d'esprit1 de volont1 d'aptitude vivre4 ,mme s'il voulait dire que tous naissent prdestins une mme perfection3 celle de possder ,dieu1 son langage serait faux encore2 car l'ingalit reste la loi de l'ternelle assomption dans l'amour que nous appelons le ,paradis4 ,seules sont gales entre elles les ,trois ,personnes ,divines4 ,sur l'origine du pouvoir1 ignorant des faits comme tous les idologues1 il croit que l'lection du peuple a tabli dans leur fonction ceux qui commandaient4 ,il connat fort mal l'histoire de l'antiquit1 celle du royaume de ,france1 et1 chose plus grave1 celle de l'glise dont la hirarchie semble inexistante devant ses yeux4 ,pour lui les rois sont1 fatalement1 des usurpateurs1 des oppresseurs1 des suppts de l',enfer3 ,et aprs avoir cout la parole du ,serpent1 ils se levrent et dirent3 ,nous sommes rois4 ,ces rois1 les peuples doivent se dresser contre eux1 les abattre1 les exterminer4 ,lamennais reprend son compte la thse anarchique de ,la ,botie1 l'ami de ,montaigne1 dans ,la servitude volontaire ou le ,contre un#ah4 #ah ,il donna de cet opuscule dclamatoire1 en #ahce1 une dition accompagne d'une prface-pamphlet dirige contre ,louis-,philippe4 ,si les oppresseurs des nations taient abandonns eux-mmes1 sans appui1 sans secours tranger1 que pourraient-ils contre elles8 ,vous tes le nombre2 le roi n'est qu'un homme2 et vous vous courbez devant lui6 ,l'crasement d'un seul par les masses1 tel est l'vangile que propose au peuple l'abb de ,lamennais4 ,dans une ,europe faite de monarchies1 il prche la rvolution universelle1 donc l'meute et la terreur#ai1 puis la guerre avec les pays qui rsisteraient l'idal dmocratique4 ,et ne faut-il pas que toutes les nations1 de gr ou de force1 arrivent ne faire plus qu'une nation8 #ai ,lamennais1 en #ahcd1 n'allait pas encore au bout de ses conceptions jacobines4 ,plus tard1 vers #aheb ou #ec1 il dclarait un journaliste amricain3 ,a mon avis1 le programme de l'ancienne rvolution est le seul bon3 il faut en finir avec l'aristocratie6 ,qu'attendre de ces gens-l8 ,ce sont des voleurs et des assassins3 on devrait les excuter comme les autres criminels4 ,autrefois444 je m'imaginais qu'on pouvait gagner la justice et au progrs les classes dirigeantes2 aujourd'hui je suis persuad que ce rve est irralisable4 ,elles sont radicalement1 entirement1 cordialement opposes au peuple2 elles ne cderont jamais3 il faut s'en dbarrasser4 7,cit par ,duine1 ,la ,mennais1 p4 #bie47 ,le chant du jeune soldat 7ch4 ,,xxxvi71 sauf le premier verset3 je vais combattre pour ,dieu et les autels de la patrie1 pourrait aisment devenir l'hymne du soldat rouge3 ,je vais combattre pour renverser les barrires qui sparent les peuples et les empchent de s'embrasser comme les fils d'un mme pre4 ,ces phrases et beaucoup d'autres devaient tre1 en leur influence1 coupables du sang qui fut vers aux journes de juin #dh4 ,mles aux tendresses mystiques1 les incitations la haine taient d'autant plus troublantes2 il y avait l un vertige de confusion1 mortel au bon sens latin4 ,cet esprit d'erreur brouille la thologie du livre1 volontairement vague1 comme honteuse d'elle-mme4 ,il le reconnaissait1 dans sa lettre du #bi avril #ahcd l'archevque de ,paris1 l'admirable ,mgr de ,qulen1 qui poussa pour lui l'indulgence jusqu'aux extrmes limites de la compassion3 ,en parlant 7au peuple7 de ,jsus-,christ1 je m'abstiens soigneusement de prononcer un mot qui s'applique au christianisme dtermin par un enseignement dogmatique et positif4 ,le nom mme d'glise ne sort pas de ma bouche une seule fois4 ,alors1 quoi bon une glise qu'on peut et doit sous-entendre8 ,dans l'avenir de la dmocratie1 quelle place aura-t-elle8 ,les mdiateurs seront inutiles4 ,l',esprit-,saint viendra2 le rgne de ,satan va finir2 celui de ,dieu commencera4 ,en ce temps-l1 les petits enfants cueilleront des fleurs et les apporteront leurs mres qui doucement leur souriront444 ,il n'y aura plus ni pauvres1 ni riches444 ,peu importe ,lamennais de se contredire2 il oublie qu'ailleurs il a dit3 ,il y aura toujours des pauvres4 ,un reste de foi chrtienne cohabite comme il peut avec le dlire d'un millnarisme idyllique4 ,peut-on s'tonner qu'aprs avoir dbattu le pour et le contre1 ,grgoire ,,xvi ait conclu3 ,ce livre est mauvais1 et qu'il l'ait dsign la rprobation des fidles par l'encyclique3 ,singulari nos4448 ,mme sans tre condamn ,lamennais n'aurait gure pu rester prtre de la ,sainte glise catholique romaine4 ,entre l'glise du ,pape et la dmocratie son choix tait fait3 il serait officiant dans le temple du dieu ,peuple4 ,l',encyclique prcipita simplement sa rvolte4 ,le succs phmre des ,paroles d'un croyant l'enivra2 il se crut investi d'un rle messianique1 perscut comme le ,christ par les ,pharisiens4 ,il n'essaya point de fonder une secte ou une cole2 ses doctrines lui appartenaient trop peu2 il n'avait point l'toffe d'un grand hrsiarque2 vieilli1 solitaire1 impuissant1 il ne garda de ses anciennes facults qu'un don de raillerie pre et cynique4 ,sa bouche prit le rictus de ceux qui n'ont plus d'esprance4 ,et sa personne douloureuse voque le profil grimaant d'une ruine frappe par la foudre1 de la ruine d'une chapelle dsaffecte1 ronge de lichen1 sans clocher1 sans portail et sans vitraux4 ,le vent d'automne1 quand il s'y lamente1 semble rpter jamais deux voix3 celle du moribond criant sa nice1 qui le suppliait de recevoir un prtre3 ,non6 ,non6 ,non6 et l'appel de son frre visitant la ,chnaie2 ,fli6 o es-tu84 ,,une ,,auxiliatrice ,,de ,,lacordaire3 ,,anna ,,mo,s ,l'histoire1 celle qu'crivent les historiens profanes1 rappelle ces canevas o des petites filles brodent gauchement les premiers points d'une tapisserie4 ,ils marquent les lignes extrieures des faits palpables2 la merveilleuse trame des ,causes fuit sous leurs doigts4 ,sans doute1 des obscurits inaccessibles leur drobent la plus vaste part du mystre humain2 nous ne saurons qu'au ,jugement universel le tout de l'histoire4 ,mais on voudrait sentir chez les narrateurs d'vnements connus une humilit tremblante vis--vis de cet ,inconnu1 l'adoration de l'invisible ,main qui pousse1 travers l'imprvu des conjonctures1 dans la gloire ou les catastrophes1 les hommes1 les groupes d'hommes et les peuples4 ,la rvlation des principes et des effets1 leur concentrique intelligence1 les lus la voient1 d'un coup d'il1 dans l'unit de la lumire1 comme peinte sur la rose d'un vitrail4 ,en attendant1 voici un pisode1 entre mille autres1 qui nous laisse suivre1 au fond d'un clair-obscur miraculeux1 un fil tnu des divines concordances4 ,tout le monde sait qu'au lendemain de la ,rvolution1 jusqu'en #ahdj1 l',ordre dominicain subit une phase de lamentable dlabrement3 ,en ,france1 en ,allemagne1 en ,belgique1 en ,irlande1 plus un seul couvent rgulier444 ,il y en avait bien quelques-uns travers l',italie1 mais en quel tat6 ,la vie religieuse y tait teinte444 ,ils ne gardaient mme plus les observances essentielles4 ,seules1 les provinces d',espagne pouvaient prtendre sauver l'hritage de saint ,dominique2 encore s'taient-elles soustraites l'obdience du matre gnral4 ,la rvolution de #ahce allait d'ailleurs444 saccager tous leurs couvents1 l'exception d'un seul#bj4 #bj ,r4 ,p4 ,,bernadot1 ,o4 ,p43 ,l'action surnaturelle dans la restauration dominicaine au ,x,i,xe sicle3 ,la ,mre ,claire ,mos4 ,je m'appuie1 pour cette tude 7qui a paru dans ,la ,vie spirituelle7 sur cet excellent opuscule1 et j'utilise la biographie d',anna ,mos adapte de l'allemand1 d'aprs l'ouvrage de l'abb ,barthel3 ,la ,mre ,marie-,dominique-,claire de la ,sainte-,croix 7,couvent des ,dominicaines1 ,limpertsberg1 ,luxembourg1 #aiaj74 ,or1 la restauration1 on peut dire la rsurrection de l',ordre se fit avec une vigueur qui dconcerta les obstacles3 le #i avril #ahci1 ,lacordaire recevait1 ,rome1 l'habit des novices2 soixante ans plus tard1 les ,frres ,prcheurs occupaient1 dans l'univers1 quatre cents couvents4 ,le grand point1 pour ,lacordaire et son cooprateur admirable1 le ,p4 ,jandel1 fut de rtablir les ,dominicains dans la primitive observance1 selon la rgle du moyen ge4 ,les jenes1 l'office de nuit1 l'austrit conventuelle1 la dure superposition d'une vie apostolique et d'une vie claustrale1 ils ne se firent grce de rien4 ,ce qui veut tre chrtien ne peut l'tre sans hrosme4 ,ils le savaient2 mais1 pour soutenir ce paradoxe d'nergie magnanime1 ils eurent ployer leur vouloir insoumis et1 ensuite1 retremper chez leurs disciples une tradition d'asctisme presque perdue4 ,dans ce labeur1 en apparence surhumain1 l',aide infaillible leur rserva une trs humble auxiliatrice1 d'autant plus puissante qu'elle tait toute faiblesse1 une pauvre fille lointaine1 ignorant qu'ils existaient2 comme ils ont1 jusqu' la fin1 ignor son existence4 ,sa mission tait de ptir et de mriter seule fin que pt renatre la famille dominicaine2 et1 avec chaque tape insigne de ce relvement concidait1 au fond de ses souffrances ou de ses extases1 quelque signe prodigieux4 ,anna ,mos1 sur ,dominique-,claire de la ,sainte-,croix1 reste1 maintenant encore1 un nom peine connu4 ,elle a t1 cependant1 une des plus extraordinaires mystiques du dernier sicle4 ,mais ce n'est point cause de sa singularit que je voudrais1 ici1 la dsigner la vnration de ceux qui dsirent le contact des saints4 ,rechercher1 dans l'ordre religieux1 l'trange pour l'trange1 c'est une faiblesse de dilettante curieux1 comme le fut ,huysmans1 mme aprs sa conversion4 ,en approchant d'une me telle qu',anna ,mos1 une tout autre pense nous incline3 nous sentons notre indignit accablante2 mais1 par cette vie extatique1 nous atteignons les mondes sublimes o la bienheureuse fut admise1 presque de plain-pied1 ds ici-bas4 ,nos yeux1 trop imbus de tnbres1 s'purent et se consolent dans les blancheurs qui ont touch son visage4 ,seulement1 pour voir travers elle un peu de ce qu'elle vit1 il faut se soumettre aux possibilits du mystre1 rpudier le vieil homme1 les prjugs scientistes1 la peur du surnaturel1 et ne plus hocher une tte ddaigneuse ou mfiante quand rsonnent les mots3 miracle ou mystique4 ,je connais des croyants qui ont lu1 dans leur enfance1 les rcits des ,saintes critures2 ils admettent que1 parfois1 au long d'un pass proche de la lgende1 des anges aient apparu des hommes exceptionnels1 ,jacob1 ,tobie1 ,saint ,joseph4 ,mais1 si on ose leur raconter d'une petite fille de notre temps qu'elle eut1 ds son baptme1 la prsence lucide de son ange gardien1 qu'elle reut par son entremise des intuitions transcendantes1 leur premier mouvement sera un recul de scepticisme1 non un sursaut de ferveur joyeuse4 ,cette personne1 lorsqu'elle s'avoua1 plus tard1 comble de privilges exorbitants1 ne fut-elle pas dupe d'une rtrospective autosuggestion8 ,et puis1 les mystiques1 les femmes surtout1 peut-on croire ce qu'elles ont cru sentir1 entendre et contempler8 ,mystique1 dans des milieux o l'on prtend avoir la foi1 quivaut 3 exalt1 morbide1 follement crdule4 ,la note de mysticisme est dangereuse pour ceux et celles qui en sont frapps4 ,il y a1 c'est trop vident1 une zone maintenir entre le vrai et le faux mysticisme1 entre les visions relles et les imaginaires#ba4 ,le surnaturel a1 d'ailleurs1 pour se manifester1 bien d'autres moyens que les visions4 ,on n'en affecte pas moins de confondre avec les visionnaires les mystiques2 et on qualifierait sans peine d'hallucin quiconque rencontre ,dieu familirement dans l'intimit du cur ou dans des signes tangibles4 #ba ,les thologiens l'ont nettement dfinie 7ainsi1 le cardinal ,bona1 dans son trait ,de discretione spirituum74 ,en fait1 l'glise n'impose notre crance aucune rvlation prive4 ,mais1 quand un homme ou une femme ont vcu une vie de saintet authentique et minente1 il n'est pas admissible que leurs visions aient t constamment illusoires1 ou mal interprtes par eux4 ,ne l'oublions pas1 au reste3 dans la langue exacte de la thologie1 une me mystique1 c'est une me leve l'tat d'union intrieure1 sans qu'elle ait ncessairement des rvlations4 ,et pourtant1 devraient se dire ces croyants incrdules1 s'il existe des ,anges1 des ,saints1 une ,vierge ,marie1 un ,christ ressuscit1 et1 au centre d'une gloire sans limites1 ,trois ,personnes ternellement agissantes1 les suppose-t-on claquemurs en leur ,paradis1 absents des choses qui se passent dans le royaume de l',homme1 image de ,celui qui est8 ,la ,lumire veut illuminer1 la gloire se dilate1 l',amour se donne2 et comment des vestiges n'attesteraient-ils pas ces visites de la ,batitude notre misre1 de la ,justice notre iniquit8 ,ce n'est point la faute de la ,splendeur cache si notre condition pcheresse lui rsiste1 si les ,puissances d'en bas nous tirent elles de tout leur poids4 ,chaque homme vient en ce monde avec la clart du ,verbe2 et certaines cratures1 lues selon des fins ncessaires1 sont envahies1 en naissant1 par de clestes prdilections2 l'intgrit des dons est restitue1 en leur me1 autant qu'elle peut l'tre1 au genre humain2 elles ressuscitent une part du premier ,paradis1 de cet tat o l',image de ,dieu parlait ,dieu1 comme un fils parle son pre1 tant constitue peu au-dessous des ,anges1 dit le ,psalmiste dans ce ,psaume ,,viii qui articule1 sur les privilges des ,saints1 d'ingnues et magnifiques vrits3 ,de la bouche des petits enfants qui ttent tu as tir la louange1 parfaite1 et cela1 cause de tes ennemis444 ,les ,saints ne sont pas des anormaux4 ,l'anormal1 c'est l'homme enfonc dans l'illusion des apptits1 caricature bestialise de la race divine qu'eux seuls rtablissent prs de l'originelle perfection2 et leurs souffrances1 en partie volontaires1 ne sont qu'une conformit aux douleurs glorieuses d'une ,rdemption qui1 par eux1 dveloppe sa plnitude4 ,si on met en doute le miracle de cette renaissance paradisiaque1 on ne peut rien comprendre une vie tissue de prodiges1 comme celle d',anna ,mos4 99 99 99 99 99 ,elle tait ne en #ahcb1 ,bous1 village riverain de la ,moselle1 dans ce catholique ,duch de ,luxembourg dont les ,dominicains1 puis les ,jsuites1 avaient fait un bastion contre l'hrsie4 ,son pre tait un instituteur1 sa mre1 une femme de pit simple1 semblable d'autres du pays4 ,vingt-quatre heures aprs sa naissance1 ,anna fut baptise2 mais ce baptme s'accompagna de circonstances intrieures que sa mmoire transcrivit extraordinairement3 claire1 dit-elle1 par une lumire surnaturelle1 j'acquis aussitt le plein usage de ma raison4 ,cette lumire1 qui formait trois rayons quoique n'tant qu'une lumire1 fit connatre clairement mon me le ,dieu un et trine1 ,crateur1 ,rdempteur et ,sanctificateur1 mon attitude en face de lui en tant que crature et les dons qu'il me faisait par le ,saint ,baptme4 ,en mme temps1 ,dieu me fit connatre la vocation de ma vie entire3 ma mission au sujet de l',ordre de ,saint ,dominique et de la fondation d'un couvent de religieuses contemplatives selon l'esprit du ,saint ,patriarche4 ,le ,seigneur m'annonait qu'il me demanderait des prires et des souffrances continuelles en vue de ce but et me laisserait en proie aux perscutions des hommes et des esprits infernaux4 ,saint ,dominique et ,sainte ,catherine de ,sienne1 accompagns d'une foule de ,bienheureux de l',ordre1 assistaient la crmonie#bb4 #bb ,extrait des comptes rendus de conscience crits par ,sur ,claire selon la volont de son directeur1 et classs par ordre chronologique4 ,dans le rcit d'un fait humainement invraisemblable ,anna ne laisse vibrer aucune emphase2 son humilit ni ne s'tonne1 ni ne s'embarrasse4 ,elle relate ce qui advint1 comme la ,moselle1 entre ses rives1 rpte1 sous son miroir tranquille1 les vignes de ses coteaux4 ,en dpit des commotions qui la heurtrent au dedans et au dehors1 jamais elle ne semble s'tre dpartie de ce calme robuste et d'une simplicit presque impersonnelle4 ,il ne faudrait pas chercher en ses paroles les violences fulgurantes d'une ,angle de ,foligno1 les hauteurs d'une ,sainte ,thrse4 ,sa prcocit surnaturelle n'admet qu'une explication1 l'influx d'une force sanctificatrice qui dnouait dans l'enfant nouveau-n les facults suprieures d'une intelligence htive4 ,a six semaines1 se souvenait-elle1 dj elle pouvait rpondre son ,ange gardien1 si elle ne parlait pas encore aux hommes4 ,ds l',avent de #ahcb1 selon l'impulsion de l',ange1 elle faisait pnitence1 trois jours par semaine1 refusant le sein et se privant de sommeil le mercredi1 le vendredi et le samedi4 ,on lui disait qu'elle tait mignonne2 elle ouvrit la bouche pour articuler3 ,admirez ,jsus1 seule et vraie ,beaut4 ,elle l'adjura de la rendre laide1 et un mal1 dont elle fut longtemps dfigure1 lui tomba sur les yeux4 ,mais la compagnie des ,anges la consolait de ses souffrances3 elle voyait souvent un ,ange sous l'apparence d'un enfant de cinq ans1 l'air doux et triste1 la tte un peu incline1 les mains croises sur sa poitrine4 ,il l'appelait sa petite sur1 la prenait par la main1 l'emmenait dans des prairies o jouaient avec elle d'autres ,esprits bienheureux1 et dans une mystrieuse cole1 pour apprendre lire sur une ardoise d'or4 ,son obissance aux ,anges1 loin de la rduire une batifique domesticit1 augmentait sa conscience d'tre libre3 ,dieu1 crivait-elle1 me laissait libre d'tre bonne ou mauvaise4 ,il permettait souvent que je fusse assaillie de tentations de toutes sortes2 ct de cela venaient les inspirations intrieures et les secours des anges pour m'encourager aimer le bien et fuir le mal2 mais toujours je sentais ce pouvoir de choisir entre les deux voies4 ,a quatre ans1 elle demanda que ses souffrances fussent aggraves1 et son corps se couvrit de pustules1 d'abcs1 devint un objet de rpulsion4 ,sa mre1 comme honteuse d'elle1 l'abandonnait souvent1 dans un coin sombre de la maison1 la tendresse de l'ange qui la visitait4 ,il lui apprit1 cinq ans1 l'usage de l'oraison mentale4 ,seulement elle eut une peine extrme se mettre dans l'intelligence la notion d'un pur esprit4 ,quand elle sut que le ,christ avait port une couronne d'pines1 elle voulut s'en tresser une1 alla dans l'glise la montrer au ,seigneur en croix pour qu'il vt si elle tait bien4 ,et1 la nuit1 elle se l'enfonait autour des tempes4 ,trois heures de sommeil lui suffisaient3 ,ce sommeil si court1 disait-elle1 rafrachissait mon esprit et mon corps d'une faon merveilleuse1 comme si j'avais repos une nuit entire4 ,a six ans1 elle pronona le vu de virginit perptuelle1 de mme que ,sainte ,rose de ,lima l'avait fait en sa cinquime anne1 et ,sainte ,catherine de ,sienne1 sept ans4 ,vers la fin d'octobre #ahdj1 ses maux d'yeux s'tant attnus1 son pre la prit dans son cole2 elle savait dj tant de choses1 on ne comprenait pas comment1 qu'il la chargea d'instruire et de garder une partie de ses petites compagnes4 ,un des signes propres de sa mission devait tre d'unir incessamment une vie d'action extrieure une vie extatique4 ,par l1 elle configurait dans son idal l',ordre dominicain dont aucun mortel1 jusqu'alors1 ne lui avait parl4 ,c'tait pourtant aux fins de son avenir qu'elle jenait1 veillait1 se flagellait4 ,et1 justement1 durant ces annes-l1 aprs de terribles conflits intimes o son me tombait sous lui1 comme un cavalier sous son cheval1 ,lacordaire dcida cette chose inoue3 refaire au ,x,i,xe sicle ce qu'avait cr1 au ,x,i,i,ie1 ,saint ,dominique4 ,l'impit des temps allait flchir devant sa fougue de conqute1 l'glise servit ses desseins4 ,pour sa victoire1 qui dfia toutes les prvisions1 un lment de force incalculable fut la pnitence d',anna1 spcialise cet effet1 toute la somme des austrits qu'elle insrait dans les douleurs omnipotentes de la ,passion4 ,elle cessa bientt d'aider son pre l'cole2 mais elle s'occupait du mnage ou travaillait aux champs depuis l'aube jusqu'au soir et n'en continuait pas moins des jenes rigoureux3 les jours o la voix intrieure lui interdisait de se nourrir1 si elle dsobissait1 des souffrances pires que celles de la faim la corrigeaient4 ,je veux que tu sois forte uniquement par ma grce1 commandait la voix4 ,un tel rgime n'tait rien sa vigueur paisible4 ,le ,p4 ,engler1 jsuite1 son cousin1 qui l'avait longtemps frquente1 attestait de son caractre3 ,anna est une vraie virago1 portant une me virile dans un corps de femme1 bien plus personne de tte que de sentiment4 ,elle est d'humeur tranquille1 gale1 plutt joyeuse4 ,elle s'vertuait cacher ses extases1 et une jeune fille dont elle fit ensuite la premire associe de sa vie religieuse1 ,anna ,engels1 la reprsente l'glise1 trs simplement1 presque pauvrement vtue1 debout prs d'un confessionnal comme si elle et craint de prendre la place d'une autre personne dans un banc ou sur une chaise444 ,jamais elle ne me rvla rien de son intrieur qui pt donner une haute opinion d'elle4 ,cependant1 elle demeurait avertie des rpercussions immenses qu'obtenait sa vie obscure4 ,le jour de la fte du ,sacr-,cur1 en #ahdi1 elle sut qu'un vnement considrable1 avec son aide1 se prparait pour l',ordre dominicain2 et1 le jour de ,nol #ahej1 il lui fut rvl que cet vnement tait accompli1 mais elle en ignora les conjonctures4 ,or1 le pape ,pie ,,ix1 passant par-dessus les pouvoirs du ,chapitre gnral1 venait de nommer1 le #a;er octobre #ahej1 vicaire gnral de l',ordre1 le ,pre ,jandel1 prieur du couvent de ,nancy4 ,lacordaire dclara cette nomination miraculeuse1 personne ne s'y attendait2 on peut dire qu'elle allait tre le salut de l',ordre revivifi4 ,les hommes prdestins sont irremplaables4 ,il fallait un ,suprieur comme le ,pre ,jandel1 un saint et un prudent1 un homme d'un zle tenace1 positif la manire des grands mystiques1 pour imposer partout la rgle primitive1 la faire durer1 ranimer1 avec l'esprit de renoncement1 la volont d'expansion1 l'ardeur de savoir1 la confiance de l'amour triomphant4 ,quelles allgresses spirituelles concentre une pareille uvre1 et aussi quelles contradictions des puissances mauvaises1 quelle rsistance des orgueils1 des sensualits1 des paresses elle dut abattre1 nous en suivons l'image rflexe dans les illuminations et les souffrances d',anna ,mos4 ,le #bj janvier de cette anne #ahej1 tant la ,messe1 au moment de la communion1 elle vit ,jsus1 en prsence de la ,vierge ,immacule1 de ,saint ,dominique et de ,sainte ,catherine de ,sienne1 s'approcher d'elle1 et lui passer au doigt l'anneau des pousailles ternelles4 ,cet anneau tait d'or1 avec des gemmes translucides o elle apercevait1 perceptible ses yeux surnaturaliss1 le visage vrai de son me4 ,le mme jour1 elle reut de ,dieu un ordre crasant1 celui de fonder ,luxembourg un couvent de ,dominicaines o seraient en pratique toutes les disciplines de la vieille observance3 ,les ,surs imiteront fidlement la vie cache du ,sauveur ,nazareth4 ,elles pourvoiront autant que possible leur subsistance par le travail manuel4 ,leur monastre et leur faon de vivre seront trs simples1 leur vtement pauvre et d'toffe commune4 ,elles garderont les jenes et l'abstinence perptuelle prescrite dans le grand ,ordre4 ,l',office divin se fera aussi solennellement que possible2 les ,matines auront lieu minuit4 ,la clture et le silence seront strictement observs444 ,les surs s'exerceront1 chacune selon sa mesure1 un complet renoncement1 et regarderont comme perdue la journe o elles n'y auraient pas fait de progrs444 ,elles s'offriront chaque jour ,dieu en rparation de l'impit des hommes1 particulirement des perscuteurs de l'glise1 et pour obtenir l'pouse du ,christ la force et la victoire dans ses combats4 ,l'exigence divine la consterna2 elle se jugeait indigne1 incapable3 fonder une maison d'un ,ordre qui n'existait plus dans le pays1 elle1 fille de la campagne1 dnue de science1 de prestige et d'argent6 ,elle ne put1 d'ailleurs1 obir aussitt4 ,son frre1 l'abb ,michel ,mos1 fut nomm vicaire ,septfontaines1 prs de ,luxembourg1 et il eut besoin d'elle pour tenir son mnage1 d'autant qu'il logeait aussi deux de ses frres plus jeunes4 ,anna se fit joyeusement sa servante4 ,il la traitait d'une faon dure1 ne lui laissait1 dans la journe1 pas un moment de rpit4 ,elle couchait en un rduit au-dessus de l'table2 son plus jeune frre1 dont la chambre tait voisine1 l'entendait1 durant les oraisons de ses veilles1 se cingler le corps jusqu'au sang4 ,elle lavait1 avant l'aube1 le plancher1 pour qu'on n'y surprt aucun vestige de ses flagellations4 ,deux ans plus tard1 l'abb ,mos mourut d'une maladie soudaine2 ,anna eut la vision de son ,purgatoire1 et1 afin de l'abrger1 en assuma une part effrayante4 ,l'exprience de ces tourments lui permit de consigner une admonition salutaire et profonde3 ,les souffrances d'une personne dont l'me est unie au corps ne peuvent en aucune faon quivaloir aux souffrances des mes spares4 ,ici-bas1 une seule douleur trs forte affecte tellement le corps entier1 qu'au cas o une douleur plus faible vient s'y ajouter1 elle est en quelque sorte absorbe4 ,mais1 dans ces souffrances de l'autre monde1 on sent tout la fois avec une telle intensit qu'on semble tre1 en quelque sorte1 multipli pour tre plus accessible la douleur4 ,elle n'eut pas simplement endurer les tortures qu'appelait sur elle son libre vouloir compatissant4 ,sauf le ,cur d',ars1 il n'y a pas eu1 peut-tre1 au sicle dernier1 une crature harcele par les dmons1 comme ,anna ,mos le fut presque jusqu' sa mort4 ,cette perscution lui avait t prdite1 en #ahei1 le jour de la fte du ,sacr-,cur1 dans un transport o elle contempla ,jsus sous sa couronne d'pines1 et le cur lacr de plaies4 ,l'preuve commena par des tentations bizarres1 qui allrent en s'exasprant1 mesure qu',anna s'enhardissait contre elles et les mprisait4 ,la ceinture de fer qu'elle portait autour des reins disparaissait sans qu'elle pt s'expliquer comment4 ,tantt des images obscnes la hantaient1 tantt des btes hideuses fourmillaient travers sa chambre4 ,si elle voulait profrer le nom de ,jsus1 des doigts lui serraient la gorge1 l'tranglaient4 ,quand elle prenait le chemin de l'glise1 il lui semblait qu'une nappe d'eau submergeait la campagne et qu'en avanant elle se noierait4 ,les exorcismes rompaient pour quelques journes ces obsessions4 ,mais1 alors1 elle tait atterre d'elle-mme1 sollicite au suicide4 ,elle voyait sur la table une corde1 un couteau1 du poison4 ,une fois mme elle avala un rel poison1 mais le rejeta aussitt4 ,pourtant1 dans les intervalles de ces supplices1 des joies extatiques la comblaient2 elle recevait en son me toutes les gloires du ,christ souffrant1 les agonies de sa ,passion transfigures1 et sur les suavits ineffables de cette agonie rdemptrice une de ses confidences ouvre un abme de lumire3 ,l'tat dans lequel on se sent fait penser celui de nos premiers parents en l'tat d'innocence3 les trois puissances1 la mmoire1 l'intelligence et la volont1 ne sont plus sous l'influence des suites du pch originel1 et peuvent s'adonner sans entraves leur activit suprieure4 ,la compassion qui la transperait en prsence de l',amour dchir lui mrita de porter mme sur sa chair les signes du crucifiement4 ,aprs une extase o elle avait senti le ,sauveur ter de son propre front la couronne d'pines pour lui en ceindre la tte1 elle vit avec effroi que du sang avait coul de son front jusqu' ses vtements4 ,le #cj mars #ahfj1 comme elle fut porte1 en esprit sous la ,croix1 un rayon1 aigu comme une lance1 partit du ,cur crucifi1 transverbra le sien1 en fit couler du sang et de l'eau4 ,lorsqu'elle reprit ses sens1 elle avait une fivre dvorante et le sang avait perc jusqu' sa robe4 ,le #f avril1 le ,vendredi ,saint1 explique-t-elle1 ayant suivi le ,sauveur jusqu'au ,calvaire dans une grande et ardente compassion1 au moment o le doux ,agneau fut attach la croix1 une vertu mystrieuse sortit de lui pour dilater les puissances de mon me et de mon corps4 ,une vive lumire me jeta par terre1 m'tendit sur une croix mystique1 et aussitt des rayons lumineux1 sortant des plaies du ,sauveur comme des clous normes1 vinrent percer mes mains et mes pieds4 ,la douleur fut telle que jamais je n'en avais prouv de pareilles dans mes extases4 ,le sang coula abondamment4 ,revenue moi1 j'eus beaucoup de chagrin de constater les plaies visibles sur mes mains4 ,je n'en parlai personne et dissimulai mon tat aux yeux de tous4 ,bien d'autres mystiques1 et surtout des femmes1 ont eu ce poignant privilge de la ,compassion empreinte par des stigmates4 ,mais1 chez ,anna1 ces phnomnes concidrent avec une autre rvlation3 le lendemain1 jour de ,pques1 l'ordre lui fut ritr de fonder un couvent dominicain et le ,christ lui dsignait mme la maison o elle devait1 avec ,anna ,engels1 se retirer4 ,elle consulta des religieux2 son projet paraissait extravagant1 ils y mirent obstacle4 ,l'un voulait faire entrer ,anna ,mos chez les ,franciscaines garde-malades1 un autre dans un ,carmel4 ,elle vainquit la rsistance de son directeur1 le ,p4 ,romi1 en lui signalant un pisode de sa vie intrieure qu'elle ne pouvait1 jugea-t-il1 connatre d'une connaissance naturelle#bc4 #bc ,il avait prouv1 dans son couvent1 un petit froissement d'amour-propre4 ,elle lui dit3 ,tel jour1 telle heure1 vous avez eu cette pense4 ,il obtint de deux vieilles filles1 pour les servantes de ,dieu1 un gte aussi pauvre que l'table de ,bethlem4 ,c'tait une petite ferme dlabre1 proche de ,luxembourg1 au ,limpertsberg1 si triste et malpropre1 raconte ,anna1 qu'elle nous fit l'effet d'un repaire de brigands4 ,au moyen d'une chelle on arrivait un grenier dont le plancher tait tellement trou qu'on risquait1 chaque pas1 de tomber dans la pice du rez-de-chausse4 ,le toit tait si mauvais que la pluie et la neige y entraient librement444 ,un jardin attenait cette masure2 mais comment1 pour le cultiver1 acheter les semences8 ,anna ,mos et ,anna ,engels eurent l'ide d'aller dans les immondices ramasser des chiffons et de les vendre4 ,elles firent transporter quelques meubles1 hrits de l'abb ,mos1 dans le logis qu'elles n'eussent pas chang contre un palais1 et1 le #bb mars #ahfa1 elles y passrent la premire nuit4 ,une tempte affreuse faillit renverser le toit4 ,anna ,mos1 priant jusqu'au matin1 s'en aperut peine1 et ,anna ,engels dormit dans une paix dlicieuse4 ,ds le lendemain1 elles suivirent la rgle conventuelle que leur avait trace le ,p4 ,romi4 ,mlle ,mos avait pris le nom de ,sur ,claire1 et ,mlle ,engels1 celui de ,sur ,josepha4 ,elles se levaient minuit pour les ,matines1 se recouchaient un court moment1 puis se rendaient la ,messe1 fort loin1 en pleine nuit noire1 dans la chapelle des ,rdemptoristes4 ,par les temps mauvais elles arrivaient trempes1 restaient des heures l'glise4 ,au retour1 des travaux manuels coupaient les offices4 ,a midi1 elles mangeaient1 agenouilles devant un maigre feu1 des pommes de terre cuites l'eau4 ,parfois elles n'avaient ni pommes de terre ni pain1 et travaillaient jusqu'au soir sans autre nourriture que l',hostie4 ,bientt1 quelques pieuses femmes se joignirent elles4 ,le noyau d'une communaut rgulire se constitua4 ,les ,rdemptoristes confirent aux ,surs le soin du linge de la sacristie4 ,leur dnment s'attnua1 mais les souffrances extatiques ou dmoniaques de ,sur ,claire persistaient2 dans la vie commune1 elle ne pouvait plus les cacher4 ,la premire fois que ,sur ,josepha fut tmoin d'une extase de la ,passion--c'tait un ,vendredi de ,carme1 en #ahfa1--;elles disaient ensemble les petites ,heures de l'office de la ,sainte ,vierge4 ,tout d'un coup1 entendant ,sur ,claire s'arrter1 ,sur ,josepha lve les yeux1 aperoit du sang qui tachait le bonnet de sa compagne et coulait en grosses gouttes sur son front4 ,sur ,claire1 chancelante1 se retire dans sa cellule1 et ,sur ,josepha l'y trouve tendue sur son lit1 les mains jointes1 le bouche entr'ouverte et comme dessche1 les yeux et les tempes enfoncs1 ple et raide comme une morte4 ,a onze heures du matin1 elle sortit de cette extase1 mais faible1 hors d'tat de se soutenir1 brle d'une soif horrible4 ,ses cheveux taient imbibs de sang1 les plaies des mains et des pieds taient normes1 celles des pieds plus grandes que celles des mains4 ,une autre ,sur1 plus tard1 a dcrit1 en des termes minutieux1 les stigmates des mains3 ,ils taient ronds1 un peu allongs du ct des doigts1 rouges et remplis de sang caill1 d'environ un deux centimtres de diamtre4 ,on voyait dans le milieu de la main un tout petit creux1 et1 du ct oppos1 une petite prominence1 comme si un clou avait t enfonc du dedans au dehors4 ,le plus trange peut-tre en ces ravissements1 c'tait de les voir interrompus soudain2 elle reprenait une faon de vivre normale1 parlait1 rpondait comme si rien ne se ft pass1 puis retombait subitement dans sa vision1 dfigure1 les yeux fixes1 se tordant les mains1 rlante1 agonisante1 parfois les bras tendus et soutenue dans le vide4 ,elle eut des extases purement joyeuses1 celle entre autres d'un matin de ,pques o1 vers trois heures1 elle se leva1 courut sonner toute vole la petite cloche du ,couvent2 elle criait3 ,jsus est ressuscit1 alleluia6 et ne sortit de son transport qu'en reconnaissant1 autour d'elle1 le cercle des ,surs effares4 ,le plus souvent1 ses lvations taient crucifiantes4 ,elle ne retenait point1 comme ,catherine ,emmerich1 pour les transcrire en tableaux1 les circonstances de la ,passion4 ,elle entrait1 avec ,angle de ,foligno1 dans l'intime des blessures de l',homme-,dieu1 les prenait en son tre autant et plus que son humanit le tolrait4 ,car1 avoue-t-elle1 il m'est impossible de dcrire ce que je souffre1 et je serais incapable de l'endurer1 si ,dieu ne me mettait dans l'tat surnaturel de l'extase4 ,le ,sauveur m'unit en quelque sorte sa nature divine1 dans la mesure o ,il veut que je prenne part ses souffrances444 ,les douleurs physiques sont si fortes que je ne puis les comparer aucune souffrance naturelle4 ,ces plaies produisent une sensation trs particulirement aigu1 mais qui n'excite dans l'me aucun dsir d'en tre dlivre ou seulement soulage444 ,il est ncessaire pour cela que le corps soit entran par l'me dans un tat suprieur et surnaturel qui le recre et le transforme en quelque sorte444 ,l'me1 de son ct1 voyant la docilit et l'amour avec lesquels le corps assume ces dures souffrances1 se trouve encourage le soutenir1 et d'autant plus qu'elle constate que le corps ne lui fait plus d'obstacle pour sa vie suprieure et surnaturelle4 ,d'autre part1 les ,esprits malfaisants se relayaient la tourmenter4 ,ils la frappaient1 la tranaient travers sa cellule1 essayaient de l'touffer sous la paillasse de son lit4 ,une des surs l'en retira1 un matin1 demi morte4 ,pendant ses jenes1 une faim atroce la rongeait2 il lui semblait qu'un troupeau de moutons n'aurait pas suffi la rassasier4 ,et cette faim n'avait rien d'une faim naturelle qui1 soufferte pour ,dieu et son glise1 accroissait1 au contraire1 en elle1 la charit et l'amour de la pnitence4 ,dans l'glise1 elle voyait une cohorte de dmons1 tendant des glaives de flamme1 faire la haie depuis la porte jusqu' la table de la communion4 ,des violences mme physiques assaillaient sa chastet4 ,excde1 proche du dsespoir1 croyant sa damnation certaine1 elle n'apercevait qu'une dlivrance3 fuir n'importe o4 ,un jour1 elle s'enfuit rellement1 courut la gare et prit un billet pour ,trves4 ,a peine arrive en cette ville1 aprs avoir pu communier dans la cathdrale1 elle sentit qu'une force surhumaine l'enlevait travers l'espace4 ,elle fut transporte1 en ,france et en ,allemagne1 au milieu d'assembles lucifriennes et contrainte d'assister des abominations4 ,les dmons la martyrisrent1 la jetrent1 mourante d'horreur et de faim1 parmi les arbres d'une fort sans route4 ,l1 elle perut dans l'air un bruissement et une clart qui croissait4 ,la ,vierge ,marie1 avec des ,anges1 descendait la dlivrer4 ,elle lui fit boire un breuvage qui la ranima1 et l'emmena en planant au-dessus des villes1 des villages1 des fleuves et des bois1 jusqu' un petit bourg situ sur une montagne444 ,les portes de l'glise s'ouvrirent d'elles-mmes1 et je fus dpose dans une chapelle gauche o se trouvait une belle statue de la ,mre des ,douleurs4 ,en sortant1 elle apprit1 l'auberge voisine1 que cette chapelle tait un lieu de plerinage1 ddi ,saint ,eberhard1 dans le diocse de ,trves1 et elle regagna son couvent o ses compagnes se dsespraient4 ,a ces tentations exorbitantes s'adjoignait1 pour elle1 la tristesse de l'impit d'un sicle qu'elle voyait trs misrable4 ,cet vnement eut lieu du #f au #h dcembre #ahgg4 ,trois ans auparavant1 elle avait eu la vision du ,christ justicier profrant d'une voix semblable au tonnerre3 ,o monde1 monde aveugl1 pourquoi me perscutes-tu8 ,que t'ai-je donc fait8 ,mais la ,mre de ,dieu adjurait son ,fils d'avoir encore piti2 elle ,lui prsentait ,sur ,claire comme expiatrice2 et le poids des pchs du monde tomba sur la victime1 avec une angoisse et des remords indicibles4 ,auprs de tribulations pareilles comptaient peu les opprobres venus des hommes2 on se doute qu'ils ne lui furent pas pargns4 ,elle avait fait demander1 en #ahfc1 l'vque de ,luxembourg1 son approbation pour la petite communaut2 prvenu contre elle1 il refusa net1 et mme voulait exiger la dispersion des surs2 elles obtinrent cependant de rester ensemble pour cultiver la ferme1 mais sans oratoire1 sans habit religieux1 sans pouvoir admettre aucune des vingt postulantes qui voulaient s'associer elles4 ,la soumission de ,sur ,claire fut totale et admirable3 ,mon me1 remarquait-elle1 a un besoin naturel d'tre mprise et humilie de temps en temps444 ,parfois je suis tonne d'entendre dire que les mpris blessent et offensent profondment4 ,cela me parat incompatible avec le vritable amour de ,dieu444 ,o un mpris1 un seul mpris1 que de grandes choses il peut valoir devant ,dieu6444 ,je n'ai pas d'ennemis1 car tous ceux qui nous calomnient et nous perscutent sont nos meilleurs amis4 ,pourtant1 le ,tiers-,ordre de ,saint ,dominique commenait se propager dans le ,grand-,duch de ,luxembourg4 ,sur ,claire et les autres ,surs y furent admises4 ,c'tait une tape vers la fondation du monastre rgulier4 ,d'inintelligentes hostilits la retardaient4 ,une fausse extatique s'tait introduite auprs de ,sur ,claire2 l'vque les condamna toutes deux1 interdit aux prtres qui les dirigeaient d'avoir dsormais aucun rapport avec elles4 ,sur ,claire se vit dlaisse1 mprise comme une visionnaire maladive et dangereuse4 ,elle n'aurait1 par instants1 souhait qu'une chose3 tre libre de sa mission1 ne plus approcher de ,dieu par des chemins extraordinaires4 ,mais la ,voix inflexible lui intimait d'obir en tout3 ,je veux achever en toi ce que j'ai commenc1 tu n'as pas la possibilit d'chapper ma puissance4 ,le mme ,esprit1 qui lui commandait de souffrir1 l'armait d'une force suprieure toutes les lassitudes4 ,en #ahfi1 et pendant les six annes qui suivirent1 elle satisfit aux ncessits rparatrices en jenant tout le ,carme un jene absolu1 n'tant sustente que d'un seul aliment3 de la communion quotidienne4 ,et son corps se pliait cette abstinence4 ,elle ne dormait qu'une heure par nuit4 ,des priodes de paix radieuse surpayaient ses dsolations4 ,elle atteignait une telle profondeur d'union transformante que1 parfois1 la prsence sensible du ,christ se substituait en elle au sentiment de sa propre vie3 ,ds que j'eus reu la ,communion--ceci se passait en #ahgf1 le jour de la fte du ,sacr-,cur1--je perus que mon cur tait mystrieusement transform en celui de mon ,bien-,aim4 ,les espces du pain disparurent1 et je sentis en moi le ,cur vivant de mon ador ,rdempteur qui enveloppa totalement mon cur et le liqufia1 de faon que je dus me dire3 ,ton cur n'existe plus2 sa place se trouve celui de ton poux bien-aim4 ,humainement1 des assistances imprvues1 celle d'un oncle prtre qui revint des tats-,unis1 celle du ,p4 ,rouard de ,card1 vicaire gnral des ,frres-,prcheurs1 avaient soulag l'excessive indigence du ,couvent et redress1 l'gard de ,sur ,claire1 l'opinion publique4 ,les ,surs avaient maintenant un petit oratoire2 en #ahgc1 il leur fut permis de faire1 l1 profession4 ,elles taient dominicaines1 mais sans l'habit4 ,l'vque de ,luxembourg mourut2 son successeur1 ,mgr ,koppes1 autrement dispos1 fit examiner par des thologiens les rvlations de ,sur ,claire4 ,ils rpondirent l'unanimit3 ,sur ,claire n'a pu tre trompe par le ,dmon et tout ce qu'elle se propose est louable4 ,la ,volont du ,christ lui dsigna1 pour y tablir le monastre des dominicaines1 une valle du ,luxembourg belge1 ,clairefontaine1 ainsi appele parce que ,saint ,bernard1 dit-on1 accompagnant le ,pape ,eugne ,,iii de ,reims ,trves1 fit halte en ce lieu et bnit une source dont l'eau reut une vertu de gurison4 ,des chtelains du pays donnrent l'argent que ,sur ,claire n'avait pas1 afin qu'on pt construire une chapelle et des btiments4 ,sur ,claire1 seule religieuse de chur depuis qu'taient mortes ,sur ,josepha et ,sur ,johanna1 aide de quelques converses1 disposa tout dans leur nouvelle demeure1 avec un enthousiasme de joie qu'atteste cette parole d'une de ses lettres3 ,pour faire la volont de ,dieu1 j'affronterais le glaive et le feu4 ,je sens en moi une telle force surnaturelle qu'il me semble que rien ne pourra m'branler4 ,qu'un monde nouveau et un enfer nouveau surgissent et se conjurent pour m'exterminer1 je ne broncherai pas4 ,le #cj avril #ahhb1 en la fte de ,sainte ,catherine de ,sienne1 fut clbre la crmonie de sa vture1 o1 selon le rite de l',ordre1 l'officiant prsente aux novices deux couronnes1 une de fleurs et une d'pines4 ,devant celle-ci1 ,claire ,mos n'tait point une novice4 ,la couronne qu'elle avait1 en secret1 choisie ds son enfance1 elle la prenait liturgiquement2 de mme que la conscration de l',ordre dominicain au ,sacr-,cur1 accomplie1 depuis des annes1 dans le dsir de la ,voyante1 avait t visiblement ralise par le ,pre ,jandel1 peu avant sa mort1 en #ahgb4 ,mais ,sur ,claire ne demandait ,dieu que de souffrir jusqu' la fin4 ,elle voulait les drisions et les injures comme son seul manteau de gloire4 ,le fiel ne manqua jamais dans son calice4 ,en #ahhd1 il y eut1 travers les rues de ,luxembourg1 au temps du carnaval1 un dfil sacrilge2 ,sur ,claire1 en effigie1 fut bafoue1 dshonore avec les prtres qui la dirigeaient4 ,deux ans plus tard1 au moment d'une grve1 les ouvriers d',arlon allrent manifester devant le monastre de ,clairefontaine2 on insulta les religieuses1 on lana des pierres contre leur porte2 une hache envoye par-dessus le mur de la clture alla s'enfoncer dans le plancher d'une cellule4 ,les ,surs dcidrent de revenir ,luxembourg1 au ,limpertsberg1 et c'est l que fut difi leur couvent actuel4 ,l'ampleur des constructions1 proportionne l'affluence des postulantes1 fait songer au grain de senev devenu un grand arbre4 ,sur ,claire1 lue prieure1 se manifesta aussi apte au gouvernement temporel qu' la direction asctique4 ,ses maximes portaient le sceau d'un bon sens que les inspirations divines avaient confirm dans sa rectitude3 ,les austrits1 disait-elle1 doivent tre pratiques avec un esprit vrai d'humilit et de renoncement2 sans cela elles sont vides de mrites et peuvent devenir une abomination aux yeux de ,dieu444 ,mieux vaut faire peu avec suite et allgresse que de se charger de fardeaux qu'il faut dposer presque aussitt4 ,l'obissance extrieure1 sans la soumission de la ,volont et du jugement1 est comme l'enveloppe d'une noix sans son fruit4 ,la vraie libert consiste dans l'obissance4 ,pour prvenir les zizanies1 les aigreurs mdisantes1 les vanits striles1 elle avait impos une rgle3 quand deux religieuses1 pendant la rcration1 s'entretenaient1 il leur tait interdit de parler d'une troisime1 ni de se dcerner l'une l'autre des louanges4 ,elle exigeait des ,surs l'obissance absolue1 mais s'humiliait devant elles1 expiait leurs fautes leur place1 voulait tre la plus pauvrement vtue4 ,trois ans avant sa mort1 le #bi juillet #ahib1 elle subit encore une crise d'obsessions dmoniaques o elle se croyait damne1 criait son dsespoir1 injuriait1 malgr elle1 le prtre qui l'exorcisait4 ,victorieuse jusqu'au terme1 elle ne connut le repos qu'aprs avoir consomm l'offrande d'elle-mme4 ,les derniers temps de son preuve terrestre1 elle ne pouvait plus1 trop faible1 quitter sa cellule4 ,mais1 de son lit1 ses yeux atteignaient le chur de l'oratoire et l'autel4 ,elle expira le #bd fvrier #ahie1 sa tte incline en avant1 comme ,jsus moribond4 ,sa bouche et ses yeux se fermrent d'eux-mmes4 ,il ne semble pas que sa mort ait suscit autour de sa vie une immdiate rumeur de vnration4 ,j'allai ,luxembourg six mois plus tard1 j'y retournai en #ahif2 personne ne me parla d'elle dans le pays4 ,elle devait tre de ces mes caches qui mergent peu peu du silence et d'une sorte de nuit surnaturelle4 ,je n'ai pu qu'abrger1 traits rudimentaires1 les phases saillantes d'une existence dont le rcit intime1 trac par ,anna ,mos la demande expresse de son confesseur1 tient #a1gjd pages de manuscrit4 ,ce que j'en ai dit suffit dvoiler1 une fois de plus1 l'invaluable pouvoir d'une me qui s'est donne au ,christ totalement4 ,l'lection mystique de ,sur ,claire1 ses douleurs et ses joies surminentes tmoignent quel prix ,dieu mettait l'avenir de l',ordre dominicain2 et telles furent les conditions de sa renaissance1 telles demeurent celles de sa dure4 ,la vraie dominicaine se btit dans les souffrances1 rptait ,sur ,claire4 ,la croix de ,lacordaire1 dans la crypte des ,carmes1 la grossire croix brune couronne d'pines o il se faisait suspendre et flageller a plus acquis aux ,frres ,prcheurs que toutes les persuasions de son loquence4 ,nous sommes faits1 disait le ,cur d',ars1 en forme de croix4 ,se faire croix1 c'est1 qu'on le veuille ou non1 l'unique manire d'tre homme au sens de ,dieu4 ,,le ,,catholicisme ,,de ,,barbey ,d',,aurevilly ,le centenaire#bd de ,barbey d',aurevilly semble une occasion de ruiner sa lgende paradoxale et d'imposer sur sa mmoire un jugement vridique en criant la grandeur de ce qu'il fut4 #bd ,d',aurevilly est n le #b novembre #ahjh4 ,il prvoyait assurment l'indiffrence posthume des gnrations4 ,il eut le cur assez haut pour en souffrir peu2 sans toutefois porter le ddain ou l'abngation jusqu' vouloir se faire1 ainsi que ,maurice de ,gurin1 son ami1 une aurole d'obscurit1 ni prendre son compte le mot plus humble de ,donoso ,corts3 ,je ne veux pas que mon nom rsonne2 car il aima le succs1 mme populaire#be3 chacun de ses retours en ,basse-,normandie1 dans ce ,cotentin o les vieilles pcheuses l'appelaient toujours ,monsieur ,jeules1 il exultait de retrouver son pays plus fier de ce qu'il l'avait peint4 ,mais il ne pouvait admettre qu'un catholique condescendt des courbettes devant les dispensateurs de glorioles3 ,hello1 qumandant des articles laudatifs1 l'indignait4 ,en songeant ,raymond ,brcker1 le magnanime aptre qui1 ayant beaucoup fait pour l'glise1 n'en avait rien eu1 il concluait pour lui-mme1 loin de toute aigreur3 #be ,j'ai la plus belle popularit de salon1 crivait-il ,trebutien en #ahde1 au moment o il travaillait ,une vieille matresse1 et je veux un succs grossier de cabinet de lecture4 ,le catholicisme a cela de beau qu'il peut1 sans ingratitude1 se dcharger sur ,dieu du soin de payer les services qu'on lui rend#bf4 #bf ,romanciers d'hier et d'avant-hier1 p4 #aec4 ,seulement1 plus d'une fois1 il se revancha par un sursaut d'orgueil des aveuglements et des haines qu'il affrontait3 ,le btail imbcile qui forme le monde est digne d'un tel mpris que la plus belle pourpre qu'on puisse attacher aux paules d'un tre fier1 c'est la pourpre de la calomnie1 et les plus beaux diamants dont on puisse consteller cette pourpre1 ce sont les crachats de l'insulte qu'on ne mrite pas#bg4 #bg ,sensations d'histoire1 p4 #aid4 ,calomni1 il le fut et dnigr1 plus encore par ceux qui devaient le dfendre que par les autres4 ,m4 de ,pontmartin dpassa contre lui ,zola en cret de rage4 ,il a eu beau disparatre3 ou bien1 son gard1 l'iniquit du silence se prolonge2 ou on s'en tient l'opinion qu'ont faite ses ennemis2 on lui en veut1 comme s'il vivait1 de deux supriorits irrmissibles3 d'avoir t un aristocrate et un catholique1 et de l'avoir t superbement1 en conqurant1 non en vaincu4 ,son aristocratie#bh1 mme s'il en et reni les principes1 et offens des temps dmagogiques excrant d'instinct quiconque humilie1 par sa stature1 l'anonyme pleutrerie des masses4 ,mais ,barbey d',aurevilly1 loin d'effacer son cusson sur sa porte1 le relustra1 et laissait clater dans tous ses gestes les privilges d'un sang hautain4 ,bien qu'il crt aux aristocraties personnelles--certaines individualits valent des races1 parce qu'elles sont faites pour en fonder1--il n'en croyait pas moins que le signe le plus authentique d'une lite traditionnelle1 le gnie du ,commandement1 peut passer d'un anctre quelques descendants lus4 ,ces virtualits hrditaires1 pour sa part1 il les transmua en force imaginative et en ides1 les glorifia dans ses fictions4 #bh ,paul ,bourget1 qui fut son intime et qui l'a dfini avec sa pntration dans la prface du deuxime mmorandum1 me livrait nagure 7dcembre #aibf7 ces particularits4 ,quinze jours avant sa mort1 d',aurevilly l'appela auprs de lui1 rue ,rousselet1 et lui montra des papiers de famille tablissant que son arrire-grand-pre tait le chevalier ,barbey3 ,vous attesterez1 lui dit-il1 que mon vrai nom n'est pas ,barbey d',aurevilly1 que je suis le chevalier ,barbey4 ,faut-il admettre que ce ,barbey fut fait chevalier1 ayant consenti pouser une demoiselle honore quelques semaines des faveurs de ,louis ,,xv et devenue enceinte du ,roi8 ,bourget interrogea un jour sur cette origine ,barbey2 il rpondit par une boutade3 ,je ne veux pas tre le cousin du comte de ,chambord1 d'un prince qui ne sait pas monter cheval4 ,mais le duc d',aumale1 qui se croyait bien inform1 dit au mme ,paul ,bourget1 lorsqu'il lui posa cette question3 ,oui1 ,barbey est un ,bourbon4 ,aussi ses gots aristocratiques lui furent-ils imputs comme une bravade4 ,il est clair que son besoin de s'en targuer trahissait l'inquitude d'une dcadence1 de mme qu'avant lui1 chez ,saint-,simon1 le tourment des prsances et de l'tiquette4 ,nanmoins1 il y avait l mieux qu'une pose d'artiste et de mondain2 le gentilhomme en lui se dfendait1 dfendait tout un monde contre la submergeante vulgarit4 ,ses semblants de dandysme1 son souci des nuances rares et des sentiments absolus quivalaient des vestiges d'indpendance fodale4 ,il se permettait des lgances tranchantes1 sachant trop que personne n'aurait l'audace de les imiter1 et il eut celle d'tre lui aussi bien dans les dentelles de ses cravates et les tortillons de ses paraphes sanglants que dans ses paradoxes de contre-rvolutionnaire et de chrtien4 ,ce que ses manires talaient d'original et qu'on a pris pour de l'enfantillage romantique rpondait l'esprit d'une caste qui1 dpouille de ses distinctions1 pour attester qu'elle ne voulait pas mourir1 se singularisait plus jalousement4 ,ses attitudes ostentatoires prvenaient une anxit du mme ordre4 ,d'ailleurs1 il ne dpendait gure plus de son caprice d'avoir1 comme eussent dit ses pres1 le boute-hors ais et avantageux1 que d'tre dou d'une voix mordante et d'un il de gerfaut4 ,il tait de ceux qui portent leur blason jusque dans la gouttire de leur nez4 ,il et voulu s'encanailler1 ou se faire une chine docile2 malgr lui1 il se serait dnonc patricien1 imprieux4 ,trs conscient de ce qu'il valait1 il passait au milieu des hommes avec une allure de justicier1 n'oubliait pas qu'il avait eu pour aeul un grand bailli robe rouge1 ,ango1 longtemps fameux en ,normandie par ses rigueurs4 ,sous son harnois de journaliste1 il n'abdiqua point la franchise de sa fiert3 ,on doit la vrit1 prononait-il1 tous1 sur tout1 en tout lieu et tout moment1 et on doit couper la main ceux qui1 l'ayant dans cette main1 la ferment4 ,il sabrait les coquins et les mdiocres1 d'autant plus qu'il les voyait puissants1 et se plaisait claironner les noms d'inconnus qu'il admirait4 ,plus strictement qu' ,saint-,simon1 il lui et t permis de tmoigner qu'il gardait son pucelage entier sur les bassesses2 il mourut1 ainsi qu'il se le promettait1 sans avoir quitt son gant blanc1 et put le tendre ,dieu1 net au moins de tout vasselage malpropre4 ,de telles faons cavalires devaient exasprer ou le rendre incomprhensible2 une aversion1 faite de peurs et de rancunes1 s'est tendue de sa personne son uvre4 ,comment1 au reste1 et-on support des livres qui prenaient rebrousse-poil les prjugs modernes8 ,l'aristocratie elle-mme1 au temps de ,louis-,philippe et du ,second ,empire1 elle que d',aurevilly reconnaissait tiole par la vie de salon1 hbte par le turf1 ou racornie1 en province1 au fond d'un strile isolement1 aurait-elle saisi la beaut d'un roman1 tel que le ,chevalier ,destouches1 conu la gloire de la ,chouannerie8 ,aujourd'hui1 plus encore1 peu de lecteurs1 voire titrs1 sentiraient la magnificence de cette parole que1 dans l',ensorcele1 la vieille ,clotte jette aux pieds de l'abb de la ,croix-,jugan3 ,ah6 vous autres seigneurs1 qu'est-ce qui peut effacer en vous la marque de votre race1 et qui ne reconnatrait pas ce que vous tiez aux seuls os de vos corps1 quand ils seraient couchs dans la tombe8 ,ses romans sont crits comme les ,mmoires d'un homme de qualit qui aurait travers des aventures de guerre#bi ou d'amour1 souvent tranges1 au-dessus de la vie commune1 en des pays excentriques1 vieux de murs et d'aspects1 o son me1 comme celle d'un bouvier normand d'autrefois1 se saturait de lgendes et voyait spontanment le surnaturel insr dans les faits tangibles4 ,une re de vile bourgeoisie1 s'il en fut jamais1 une ,france peu romanesque1 lasse de ses antiques vertus guerrires1 blasphmant tout ce qu'elle avait cru1 pouvait-elle en faire sa pture8 #bi ,v4 dans le livre de ,franois ,,laurentie3 sur ,barbey d',aurevilly1 son masque mortuaire reproduit en frontispice4 ,c'est le visage d'un vieux colonel de lanciers4 ,d'autre part1 son catholicisme lui valut des hostilits sans merci2 l'intransigeance1 en critique1 de ses convictions1 gnait les croyants de moyenne espce non moins que les libres penseurs4 ,quand les catholiques subissaient l'erreur du libralisme1 d',aurevilly1 avec ses axiomes foudroyants pour la tolrance1 sa fidlit expliquer l'histoire dans le sens absolu de l'glise et scruter les vnements sous le flambeau de ses seules doctrines1 effarait la quitude des compromis4 ,comme il ne s'embrigada dans nulle faction politique1 pas plus qu'il ne voulut tre d'aucun cnacle ni d'aucune ,acadmie1 les milieux clricaux se mfirent d'un si redoutable paladin4 ,la mdiocratie1 soi-disant religieuse1 rprouva1 plus que des matres incroyants1 un artiste qui1 s'avrant catholique1 reprsentait sans fausses dcences les dsordres de la chair1 ou ailleurs exaltait le saint et le pauvre1 ces deux pouvantails des honntes gens4 ,et pourtant1 ds ici proclamons-le1 ,barbey d',aurevilly restera une des gloires les plus solides du catholicisme intellectuel1 au sicle dernier4 ,ses romans ont prouv--ce que ,chateaubriand n'avait su dmontrer par l'exemple--qu'un art imbu de surnaturalisme1 six cents ans aprs ,dante1 est encore possible1 et que les sources des intuitions suprieures ne sont point fermes pour nous4 ,en tant qu'essayiste et philosophe catholique1 moins perant que ,joseph de ,maistre dans l'acuit des aperus1 il le vaut par la dcision et l'ampleur de son dogmatisme4 ,il ramena toutes les modulations de ses ides cette unique vidence qu'en dehors du catholicisme il n'y a rien de profond nulle part2 postulat dont sa propre exprience vrifia l'absolue justesse2 car si sa foi ne fut pas tout son gnie1 son gnie1 hors de sa foi1 n'et t qu'une flamme errante1 dvastatrice1 s'agitant au gr des partis pris et des passions4 99 99 99 99 99 ,ce qu'il dut ses croyances1 il le savait d'autant mieux que1 sans avoir jamais reni son patrimoine de catholicisme1 jusqu' son ge mr il le laissa dormir infructueusement4 ,ses deux premiers ,memoranda 7#ahcf-ahch71 ses pomes de jeunesse1 ,la1 ,amade1 ,ce qui ne meurt pas1 accusent les garements de sensibilit1 la dtresse d'orgueil o ses forces eussent dpri1 s'il ne ft enfin revenu1 de tout son lan1 aux tonifiantes rfections des nourritures sacramentelles4 ,aprs une phase juvnile1 celle de son droit ,caen1--il rvait alors d'une vie fringante1 du bruit militaire1 des charges et des sonneries1 des uniformes et des aiguillettes1--il prouva1 entre vingt-cinq et trente ans surtout1 une priode d'anmie sentimentale1 de tristesse sche1 de sensation du nant4 ,le byronisme l'atteignit plus intimement que bien d'autres1 parce qu'il trouvait une sduction cette amertume mprisante de l'aristocrate qui s'ennuie4 ,l'ennui devenait le dieu de sa vie4 ,il se jugeait vieux1 vieux1 vieux4 ,des veilles dmesures1 un rgime bizarre--souvent il dnait d'une tranche de melon ou d'un morceau de sucre1 ou mme ne dnait pas du tout--entretinrent son tat mlancolique4 ,lorsqu'il restait seul1 dans sa chambre1 au crpuscule1 des angoisses indfinies l'oppressaient2 un temps pluvieux1 l'aprs-midi d'un dimanche1 par les rues dsertes1 le navraient comme un abandon4 ,irrgulier d'humeur1 capricieux1 ses moments les plus moroses il dbitait des folies et des fatuits ou cdait une paresse torpide1 singulire chez un artiste1 plus tard si productif--sa promptitude d'action ne devait1 au reste1 en nul temps1 exclure une certaine pente l'indolence1 au reploiement2 empoigner son labeur avec une rapidit d'oiseau de proie1 n'tait-ce pas une faon de s'en librer plus vite8--,sa voracit de lectures trompait son isolement2 il lisait n'importe quoi1 mme les ,mmoires du ,diable de ,souli1 pour voir ce que c'tait4 ,avec cela1 des riens frivoles comblaient le vide de ses heures3 la venue du coiffeur est rarement omise dans son journal2 il se faisait de l'essayage d'une redingote une affaire grave4 ,il frquentait quelques salons1 s'y composait un rle de nonchalante et sarcastique supriorit1 ne trahissant son fond passionn que par des concetti et des traits tincelants4 ,mais1 quoiqu'il se donnt le maintien d'un hros selon ,stendhal1 il n'aurait pu1 comme ,stendhal1 rester schement l'analyste retors des hypocrisies mondaines4 ,ds son petit livre du ,dandysme et son roman de l',amour impossible1 la verve du pote frmit sous les rigueurs de l'analyse4 ,ses froideurs de dandy cachaient une tnuit d'impressions morbide1 des facults d'analogies aussi subtiles que celles des lyriques anglais4 ,la vue d'une capote de soie blanche avec un nud flottant le remuait pour toute une soire2 un beau jour de septembre1 dans une lumire ambre1 lui causait des sensations inavouables1 tant elles taient incomprhensibles4 ,ses ides1 quand elles se cristallisaient en maximes1 affectaient une finesse d'antithse presque fminine3 ,si la perte de ce qui fut est amre1 notait-il un matin1 la perte de ce qui n'a pas t l'est bien davantage#cj4 #cj ,deuxime mmorandum1 p4 #bc4 ,une grande affection sans espoir pour une femme qu'il revit de rares intervalles creusait au centre de sa vie comme un puits de silence et de douleur mure2 des passades sensuelles eurent peine l'en divertir2 il aimait1 en damoiseau nerveux qu'il tait1 les femmes sculpturales1 ou d'une animalit provocante2 toutefois1 peu capable de plaisir1 lorsqu'il ne l'intellectualisait point par le sentiment et l'imagination4 ,ses amis1 ,gurin et ,trebutien entre tous1 l'occupaient plus que ses matresses3 il s'enivrait de causeries mtaphysiques1 de correspondances insatiables4 ,d',aurevilly1 vers cette poque1 semblait promettre une sorte de ,musset1 moins impulsif1 plus abstrait1 plus rflchi4 ,chez lui1 la violence des instincts n'opprima que par crises le libre arbitre4 ,son besoin de domination sur les autres et sur lui-mme1 ou1 pour mieux dire1 son invincible aristocratie le prserva des grossiers dvergondages4 ,port1 comme tout ,normand1 aux liqueurs fortes1 il s'interdisait d'en faire abus2 il s'exerait ne point se rendre l'esclave mme des femmes qui lui plaisaient4 ,de mme que ,julien ,sorel1 dans le ,rouge et le ,noir1 il cherchait les occasions de petites victoires ritres1 afin de se prouver la force de son ascendant3 ,on obtient tout ce qu'on veut des hommes1 crivait-il1 par la persistance sans colre et par l'ide fixe ternellement reproduite dans les mmes termes et les mmes accents4 ,en attendant1 il se contentait1 au cours d'une discussion1 de ne pas se laisser dsaronner plus qu'un centaure2 il s'imposait d'accepter avec calme les dconvenues2 il aurait voulu1 l'exemple de ,napolon1 pouvoir prendre et quitter librement le poids de ses penses1 se maintenir matre1 en toute occurrence1 de transposer son attention4 ,il s'indignait1 approchant de la trentaine1 d'avoir1 jusque-l1 si peu agi3 ,qu'ai-je fait et que suis-je8 ,qu'est-ce que je laisserais d'achev1 de forclos1 si je mourais8 ,mais sa volont se cherchait encore sans objet vital1 et aurait pu s'ankyloser dans le vide1 ou dvier vers de faux principes4 ,actuellement1 par cela seul qu'il se dtermina dans un autre sens1 on le concevrait mal1 confondant1 comme le ,vigny d',eloa1 l'amour avec la piti1 puis1 dtromp des faiblesses du cur1 se raidissant vers un stocisme de dsespoir1 celui des ,destines4 ,tel est l'orbe pourtant o s'enferme ,allan de ,cinthry1 le hros de ,ce qui ne meurt pas4 ,ailleurs1 le philosophe ,alta--c'est d',aurevilly lui-mme--s'est mis en tte de sauver la courtisane ,amade2 il l'entrane dans la solitude1 au bord de l',ocan1 auprs de son ami1 le pote ,somegod 7,maurice de ,gurin74 ,amade1 s'ennuyant1 prend la fuite1 retourne sa vie d'esclave1 et ,alta conclut en fataliste3 ,on ne relve pas une femme tombe1 et toujours la chute est mortelle4 ,il et t difficile ,barbey d',aurevilly1 avec sa claire vue ironique des indigences humaines1 de s'en tenir de foltres chimres1 de croire la bont de l'espce et la souverainet de la raison4 ,le danger1 pour un byronien pris de ,stendhal1 paraissait plutt de finir dans un pessimisme insultant2 les perverses leons du ,x,v,i,i,ie sicle1 dont il ne fut pas indemne1--et c'est pourquoi il l'eut si fort en excration1--l'incitaient envisager l'existence comme une fantasmagorie d'art1 ou une grimace de vanit plus ridicule encore que froce1 et derrire laquelle il n'y a rien4 ,il serait alors devenu ce qu'une malveillance radoteuse s'entte dprcier en lui1 un homme tout de dcor et d'attitude1 un cabotin de haute parade4 ,son retour au catholicisme disciplina ses penchants1 rectifia les oscillations de son intelligence1 ouvrit ses nergies instables un champ de certitude et d'alacrit4 ,eugnie de ,gurin le dfinissait auparavant un beau palais o il y avait un labyrinthe4 ,dsormais1 le labyrinthe simplifi se convertit peu peu en une crypte aux assises granitiques1 mle et pure dans son ensemble1 quoique prcieuse d'ornementations et traverse encore de souffles lascifs4 ,quant au palais1 toutes ses fentres s'embrasrent1 comme si un concile cumnique y ft venu siger4 ,cette conversion se fit par un travail lent1 sans coup de foudre1 attendu qu'il n'avait jamais rompu dsesprment avec ses croyances4 ,les supports de la foi1 sinon la foi1 lui restaient3 tels1 au donjon de ,chandos1 ,saint-,sauveur-le-,vicomte1 ces puissants gonds des portes arraches qui s'enfoncent1 intacts1 au vif des murailles gantes4 ,lorsqu'il sjournait chez son pre1 il assistait aux offices le dimanche2 il aimait les traditions liturgiques1 ddaigneux cependant du moyen ge1 et il et donn1 disait-il1 toutes les cathdrales pour une tresse de ,diane de ,poitiers4 ,ce ne fut ni l'esthtisme ni une exaltation de sensibilit qui rapprochrent des sves catholiques sa vie intrieure4 ,a cet gard1 son catholicisme se rvle autrement srieux que celui d'un ,chateaubriand et d'un ,lamartine4 ,sa raison positive fut reconquise en mme temps que ses facults de pote4 ,un attrait dominateur le tournait vers l'histoire2 en tudiant les gestes de la ,papaut 7l',innocent ,,iii de ,hurter7 il admira de plus en plus l'imposance du point de vue catholique4 ,il lisait avec enivrement ,joseph de ,maistre#ca2 cet indomptable logicien de la thocratie unitaire le gagna sans effort une thse qui rencontrait au fond de son temprament des concordances imprieuses4 ,la stabilit de l'glise1 son entente du gouvernement des mes et des tats1 tout ce qui a le plus mis en rbellion contre elle des cerveaux anarchiques et inconsistants1 c'est l que d',aurevilly trouva un motif initial de croire4 ,il ne concevait rien en ce monde au-dessus du prtre1 parce que le prtre est1 plus que nul autre1 fait pour commander1 tant investi d'une puissance tellement formidable que ,dieu mme1 une fois qu'il l'y a constitu1 ne peut plus l'en faire dchoir4 ,les plus clatantes figures de l'histoire laque lui paraissaient d'une pitre mine auprs des saints et des porteurs de tiare ou de pourpre qui ont men1 depuis le pr-moyen ge jusqu'aux sicles rvolutionnaires1 les affaires surnaturelles et temporelles de tous les grands peuples4 #ca ,lu la moiti du second volume de ,,de ,,maistre sur ,bacon4 ,j'ai une jouissance inexprimable lire cet homme2 ce sont des frmissements de plaisir que j'prouve quand je me plonge dans l'eau vive des abstractions au sein desquelles son merveilleux esprit ne l'abandonne jamais4 7,deuxime mmorandum1 p4 #ahi47 ,dans sa pense d'aristocrate1 lorsqu' la plnitude du sacerdoce s'ajoutait la fiert de la race1 l'homme qui se savait doublement roi1 et par son sang et par l'onction du chrme1 devait atteindre une omnipotence effrayante en soi1 si l'asctisme ne la rfrnait3 son terrible abb de la ,croix-,jugan spcifie1 une hauteur ingalable de tragique1 cette conjonction presque surhumaine des deux privilges1 rendue inutile pour lui1 survivant d'une fodalit agonisante1 et change1 soit par son orgueil1 soit par des malfices occultes1 en un pouvoir d'ensorcellement et de mort4 ,le respect infini o ,barbey d',aurevilly s'inclina devant le sacerdoce ne gnait point son indpendance critique l'endroit des prtres individuellement considrs ou parfois dconsidrs4 ,il dit son fait ,lacordaire1 quand il le vit verser dans des concessions tantt mondaines1 tantt dmagogiques4 ,le mdaillon de ,mgr ,dupanloup n'est pas un des moins mordants parmi ceux des quarante ,acadmiciens qu'il coula en bronze1 sauf trois ou quatre1 pour l'ternit du mpris4 ,il exigeait du prtre qu'il restt prtre en tout et par-dessus tout1 son action terrestre devant s'imposer clairvoyante et souveraine d'autant qu'il jugera la terre de plus haut2 ,grgoire ,,vii fut un ,pape imprial et sa politique sauva l'glise de drglements o elle semblait pouvoir se perdre2 mais de quoi tint-il son gnie1 sinon de sa saintet#cb8 #cb ,v4 ,sensations d'histoire1 de quelle faon magnifique il a expliqu son pontificat4 ,mme avant de se soumettre au catholicisme comme au vrai absolu1 dans ce qu'il nous suffit tout au moins d'en connatre1 d',aurevilly vnra donc en sa doctrine la synthse des forces civilisatrices1 la plus parfaite mise en uvre des supriorits possibles et la seule philosophie concrte qui embrasse la nature humaine tout entire4 ,a mesure que ses facults d'artiste s'agrandissaient1 il constata que1 plus sa comprhension de la vie se faisait large1 plus elle convergeait vers l'orthodoxie1 cette science du bien et du mal1 et qu'un art qui peint ressemblant est par excellence un art catholique4 ,peindre ressemblant1 ce n'tait point1 il le rptera1 mouler goujatement1 la manire des naturalistes1 l'expression sur le visage des ralits1 mais faire saillir l'intrieur des mes dans un geste1 une nuance1 un mot1 plonger jusqu'aux analogies essentielles1 dvelopper la liaison des apparences qu'on touche avec leurs causes supra-sensibles4 ,l'ide de ,cause1 fortement saisie1 le mena comme par la main vers la surnaturalit du dogme4 ,il n'en poussa jamais trs loin l'tude historique et thologique1 et1 bien qu'il se gorget quelquefois de ,saint ,thomas#cc1 rude moelle de lions1 il participa sur ce point l'insuffisance commune des modernes les plus croyants4 ,cependant il possdait cette thologie naturelle et certaine qu'admirait chez lui ,mgr ,bertaud4 #cc ,v4 son ,mmorandum de #ahfd1 p4 #bei4 ,vis--vis des rgles morales1 en dpit de ses propres faiblesses1 jamais il ne prtendit1 dans ses conceptions1 faire transiger la loi au profit du dsordre1 humilier l'esprit sous la chair2 leur antagonisme insoluble devint au contraire le texte de ses romans1 et1 si vieille que ft cette donne1 il la pressentit inpuisable en renouvellements et en profondeurs4 ,quand1 par rencontre1 il s'occupa d'exgse1 il se tint toujours au droit fil du bon sens traditionnel3 en lisant la ,vie de ,jsus de ,strauss1 il jugea les objections du critique libre-penseur plus dbiles que les arguments d'une apologtique suranne4 ,il abominait cette mthode allemande qu'ont reprise ,renan et son acolyte ,loisy1 et qui de nuance en nuance1 d'effacement en effacement1 dpouille et ple le fait historique1 jusqu' ce qu'il n'en reste plus rien4 ,rfractaire au mysticisme sentimental1--il le repoussait en tant que philtre de draison1 lorsque l'obissance de la foi n'en matrise plus les ivresses1--il posa nanmoins1 aussi fermement qu'un mystique1 la racine de la vie transcendante1 comme de toute vie1 le surnaturel4 ,la conviction que1 ,dieu tant l'origine et la fin1 nous ne crons pas la ,vrit1 mais que nous la recevons de son ,verbe et de son glise1 descendit1 par degrs1 jusqu'au fond de son entendement4 ,il fallait le matrialisme et la ccit rationaliste des temps modernes pour qu'une telle ontologie acqut la valeur d'une dcouverte imprvue et semblt paradoxale1 indmontrable4 ,elle suffirait pourtant prouver la logique intuitive et illuminatrice de ,barbey d',aurevilly4 ,un philosophe lyonnais1 qu'il tenait justement en prodigieuse estime1 ,blanc de ,saint-,bonnet#cd1 avait1 le devanant1 trac les vastes courbes de la mme mtaphysique ultramontaine1 vol d'aigle4 ,mais l',introduction des ,prophtes du pass la dploie dans une de ces vues plnires1 d'une grandiose svrit1 telles que1 depuis ,bossuet1 nul1 sauf ,lamennais1 n'aurait eu l'haleine d'en soutenir l'essor4 ,il n'y a1 quand on veut atteindre le ,vrai1 expose en substance d',aurevilly1 que deux voies concevables1 l'une qui part de ,dieu pour arriver l'homme1 l'autre qui part de l'homme pour s'lever ,dieu1 ou plutt pour ne point s'y lever2 car du concept de l'homme on ne va pas au concept de ,dieu4 ,au moyen ge1 la notion de ,dieu triomphait2 avec la ,rforme1 elle a t vaincue1 et1 malgr les dsastres o sa dfaite continue prcipiter les peuples1 moins d'un miracle1 il n'y aura bientt plus moyen de la ressusciter4 ,si le genre humain doit vivre1 il faudra cependant qu'elle ressuscite2 puisqu'en fin de compte1 et quoi qu'on fasse1 il n'y a jamais1 dans ce fourmillement inpuisable de socits1 qu'un tte--tte ternel de l'homme avec ,dieu1 l'homme relvera sa moralit en replaant ,dieu dans sa pense1 ou il mourra de son ,moi dilat1 qui crvera comme une vessie immonde2 mais ,dieu sait seul quels pieds sanguinolents de porcher il ordonnera de l'craser1 pour l'craser mieux6 #cd ,v4 ,philosophes et crivains religieux et ,prophtes du pass1 ce qu'il dit de ses livres de l',infaillibilit1 de la ,douleur1 de sa brochure sur l',affaiblissement de la raison en ,europe4 ,restaurer en ,dieu la conscience universelle1 il n'est point d'autre tche ncessaire pour l'artiste1 le mtaphysicien1 le politique2 et ils ne peuvent la tenter qu' cette condition d'tre absolus1 inflexibles dans leur croyance4 ,quand on ne rompt pas nettement avec certaines ides1 on les partage4 ,ils l'avaient bien compris1 ceux qu'on dnomma par ironie les ,prophtes du pass1 de ,maistre1 ,bonald1 ,chateaubriand1 ,lamennais avant son apostasie1 ,saint-,bonnet1 ces rares grands esprits qui furent1 vridiquement1 chacun son heure1 des prophtes4 ,barbey d',aurevilly mrita d'tre rang leur suite1 du jour o il rentra tout entier dans le giron de l'glise4 ,sa conversion demeura longtemps incomplte1 retarde par ses fantaisies charnelles4 ,il mditait1 durant la journe1 les ,soires de ,saint-,ptersbourg1 et allait passer les siennes avec le ,conte de ,boccace1 une soubrette d'une beaut princire1 violemment amoureuse de lui4 ,lorsqu'il se dtacha du libertinage--il touchait alors ses quarante-sept ans--deux influences manifestes avaient coopr l'aide mystrieuse de la grce3 celle de son ami1 le fougueux et humble ,brucker#ce1 et celle de l'abb ,lon d',aurevilly#cf1 son frre4 #ce ,sur ,brucker1 v4 ,philosophes et crivains religieux1 et ,romanciers d'hier et d'avant-hier 7 propos de la conversion de ,paul ,fval74 #cf ,l'abb d',aurevilly fut un de ces saints obscurs et inestimables qui la ,france doit de n'avoir pas t foudroye sous les ,jugements divins4 ,quelques annes avant de mourir--en #ahgb--;il fit une chose d'une sublime tranget3 assumant sur sa tte1 autant qu'elle le pouvait porter1 le faix des hontes nationales1 il offrit au ,christ1 en rparation de sa ,justice et de son ,amour bafous par un peuple impnitent1 le sacrifice1 non seulement de sa vie1 mais1 ce qui est plus inou1 de son intelligence qui tait fort belle4 ,et1 en effet1 peu aprs1 il fut atteint d'une sorte de gtisme o il se vit lentement dissoudre4 ,le #b fvrier #ahee1 il annonait ,trebutien le grand acte3 ,je n'oublierai plus qu'aprs toute une vie de dsordres et de sardanapaleries1 ,brucker m'a conduit l'autel o j'ai communi la premire fois depuis mon enfance1 et qu'il a communi avec moi4 ,il a t pour moi catholiquement ce qu'taient les parrains la rception des chevaliers de ,saint-,louis4 ,il m'a donn du plat de l'pe sur l'paule1 bais aux joues et arm catholique4 ,cette allgresse fodale1 presque guerroyante1 peut1 en apparence1 tre dnue d'humilit2 mais1 s'il avait eu l'me charlatanesque qu'on lui attribue sinistrement1 il aurait1 comme plus d'un dont le nom retentit encore1 sonn des fanfares autour de sa pnitence1 et en et battu monnaie1 dtaillant ses confessions dans quelque livre gros tirage4 ,au rebours1 ce qu'il venait d'accomplir ne franchit gure le secret de l'intimit2 et combien son christianisme se maintient au-dessus des proccupations vaniteuses1 d'autres lettres confidentielles en sont des tmoignages difficiles rcuser3 ,ne soyons pas des chrtiens littraires1 crivait-il au mme ,trebutien4 ,soyons faibles1 mais prions ,dieu2 et puisqu'il s'est donn nous dans l',eucharistie1 ne l'y laissons pas sans l'y prendre4 ,le pli de ses inclinations voluptueuses lui infligea-t-il1 dans la suite1 des rechutes suivies d'un nouveau retour une vie sans reproche8 ,il le laissait entendre1 lorsqu'en mai #ahgh il confiait ,mgr ,anger3 ,dimanche1 j'ai eu le bonheur de communier2 je suis rentr dans le chemin droit1 j'ai senti vos prires sur mon me4 ,cependant1 depuis sa conversion premire1 et mme avant--ds #ahdg1 il s'tait rsolument crois pour les grandes ,causes du catholicisme#cg1--les certitudes de sa foi ne trahirent aucun flchissement2 appuyes sur un ,absolu mtaphysique1 elles dfiaient ces muances de sentiment o1 d'heure en heure1 l'tre moral se dfait et1 en souffrant1 se reconstitue4 #cg ,de cette anne-l datent ses articles dans la ,revue du ,monde ,catholique sur ,mgr de ,bonald1 sur ,clment ,,xiv et les ,jsuites1 etc4 ,son intelligence des ides chrtiennes n'alla qu'en s'approfondissant4 ,il se plut1 lui si altier par complexion1 au culte des humbles2 dans son ,mmorandum de #ahfd1 il consacre la mmoire d'un imagier de village ignorant et pieux1 mais qui ,dieu avait donn le don de sculpter2 cet homme s'tait vou relever sur l'ancien plan l',abbaye de ,saint-,sauveur-le-,vicomte et l'orner de statues pour lesquelles il n'avait pas eu de modles2 il tait mort1 sans avoir achev3 ,dieu ne veut peut-tre pas1 conclut d',aurevilly dans une pense de mlancolie croyante1 que les tres qu'il aime achvent rien4 ,assez pauvre pour avoir le droit de glorifier la pauvret1 il se ressouvient quelque part avec admiration d'un vieil aveugle qu'il avait connu1 la porte d'une glise de ,caen1 et dont toute la supplique se bornait murmurer un ternel ,ave ,maria3 ,belle prire pour un pauvre6 ,il semblait saluer les femmes qui passaient de ce noble salut d',ange3 ,je vous salue1 ,marie1 pleine de grce2 et en mme temps il priait ,,celle-,,la qui ne passait pas1 mais qui l'entendait mieux que celles qui passaient#ch4 ,il aimait les pauvres1 parce qu'ils imposent l'image du ,christ souffrant un monde qui ne veut plus de ,lui1 ni d'eux4 ,plus tard1 il nimbera1 dans un ,prtre mari1 la figure ple de l'abb ,mautis1 le cur de village indigent mme en science thologique1 mais riche d'amour et d'immolation1 lavant lui-mme le linge souill de sa mre devenue folle1 et1 un jour1 se communiant avec une ,hostie vomie par la bouche d'un pestifr4 ,chose admirable6 ,les pages que d',aurevilly semble avoir le mieux crites avec le charbon de feu des ,voyants1 c'est ,saint ,benot ,labre1 le ,cur d',ars1 ,sainte ,thrse qui1 pour ainsi dire1 les lui dictrent1 quand il les magnifia4 #ch ,mmorandum de #ahef4 ,la virginit1 cette aristocratie suprme1 lui inspira de vhmentes adorations4 ,devant une ,vierge de ,memling1 il se mettait genoux et osait songer3 ,quels yeux baisss6 ,elle serait nue que ses paupires baisses ainsi la couvriraient toute mieux qu'un manteau qu'on laisserait tomber sur elle#ci4 ,il vengea ,jeanne d',arc1 en quelques phrases flamboyantes1 des profanations de ,michelet1 et1 en son ,aime de ,spens1 du ,chevalier ,destouches1 divinisa presque la vieille fille1 honore comme vierge4 #ci ,mmorandum de #ahef4 ,par contre1 la prsence du dmoniaque dans les perversits humaines lui offrait l'unique explication de ces monstrueuses sclratesses qui reculent les limites de la malice concevable et jettent un dfi la patience de ,dieu4 ,le sens du satanisme fut chez lui plus aigu que l'apptit des batitudes2 son catholicisme resta positif plus que mystique1 et il lui manquait cette candeur qui1 seule1 ouvre la vision des royaumes clestes4 ,il n'en reut pas moins de sa culture catholique l'intuition des extrmes1 forme de lucidit singulirement rare1 depuis que la ,renaissance1 en voulant barrer les avenues par o la vie terrestre se prolonge et s'amplifie vers l'invisible1 circonscrivit les puissances du dsir et la sagesse aussi bien que le vice dans le fond de cuvette de la mediocritas antique1 o barbote1 bon gr mal gr1 tout ce qui a cess d'tre chrtien4 ,d',aurevilly comprit que l'abme appelle l'abme1 que la damnation est l'envers de la ,rdemption1 et que l'homme peut1 sans terme1 se transfigurer ou dchoir1 puisqu'il est matre de s'unir l',infini et au ,parfait ou de s'accointer l',esprit du mal4 ,il fondait ses certitudes sur une induction exprimentale et non1 comme l'en invectivait aveuglment ,zola#dj1 sur un a priori mystique3 toutes choses se correspondant entre elles dans l'ordre cr1 il lui paraissait absurde que le sens de notre vie s'arrtt notre conscience et que l'homme ft le haut bout de l'univers4 ,ce qui se passe en nous et autour de nous se rpercute en des volonts suprieures dont les mouvements oppriment ou soulvent notre volont4 #dj ,a l'occasion des ,diaboliques 7v4 ,,buet1 op4 cit41 p4 #bai74 ,la pntration qu'il acquit des mondes spirituels le ramenait aux faons de sentir du moyen ge#da2 de mme que telles autres de ses tendances le feraient aisment supposer contemporain de ,brantme et de la ,ligue1 et1 telles autres1 proche cousin du prince de ,ligne et des dilettantes du ,x,v,i,i,ie sicle4 #da ,il songea quelque temps crire un roman sur l'an #ajjj1 dont le plan se trouve dans ses notes intimes4 ,il atteignit1 au sein du catholicisme1 l'quilibre de toutes ses propensions1 spcialement ncessaire un fodal de dcadence qui roulait dans son sang les instincts de plusieurs sicles contradictoires4 ,il pondra son individualisme et nanmoins en accrut l'indpendance originale4 ,au lieu d'imposer son imagination#db1 comme contrepoids1 l'ironie1 il se livra dsormais aux forces traditionnelles dont l'ensemble s'ajoutait ses croyances pour fixer la valeur srieuse de ses actes4 ,dans l',amour impossible1 il avait raill1 non sans motif1 la fausse distinction de l'aristocratie moderne1 cette tyrannie des convenances qui aboutit l'impuissance d'aimer2 dans ,une vieille matresse1 le ,chevalier ,destouches1 il reprsentera l'enchantement des vraies murs aristocratiques1 de celles qu'enfant il avait vu finir2 personne1 aussi bien que lui1 n'aura portraitur ni mis en scne d'authentiques grandes dames#dc4 ,convaincu de la ncessit des cadres sociaux1 il ne voulait plus chercher dans le roman que l'histoire des passions travers une forme sociale4 ,ses emportements imaginatifs1 il les restreignit1 autant qu'il le pouvait1 pour ployer une vraisemblance les conjonctures de ses fictions4 #db ,l'imagination tait la seule facult dveloppe en moi4 7,ce qui ne meurt pas1 lettre d',allan de ,cinthry ,andr d',albany47 #dc ,les grandes dames de ,balzac parlent comme des harengres ou des matresses d'cole2 celles de ,musset1 comme d'agrables caillettes1 de porte nulle4 ,v4 au contraire ,mme de ,flers et ,mme d',artelles dans ,une vieille matresse1 la comtesse de ,montsurvent dans l',ensorcele1 ,mlle de ,percy dans le ,chevalier ,destouches1 etc4 ,au retour d'un de ses voyages en ,normandie1 il avait crit tourdiment que sa patrie tait l o taient ses habitudes1 et il ddaignait1 de ,paris1 son ,cotentin4 ,dsormais1 il se reconnut ,normand jusqu'aux moelles1 fils de ces immenses races qui ont tout gard de ce qu'elles ont conquis1 et peut-tre de ces fiers ,iarls scandinaves qui ont tenu et retourn l'antique ,neustrie sous leurs forts becs de cormoran4 ,il aima la mlancolie1 robuste quoique langoureuse1 des pays de l',ouest1 les eaux glauques et torpides1 les chteaux oublis derrire les tangs brumeux1 les vieilles routes toujours les mmes1 les brusques ensoleillements1 les ciels gris1 les petites pluies qui n'en finissent pas1 les herbages foisonnants o les bufs en ont jusqu'au ventre1 et la sant plantureuse de ces paysans probes1 btis en force1 tels que ,matre ,tainnebouy1 dans l',ensorcele1 en perptue le magnifique exemplaire4 ,la sant1 ,barbey d',aurevilly la retrouvait1 pour lui-mme1 lorsqu'il traversait cheval des landes dsertes1 et courait le long de la mer1 la grande nourrice4 ,le rythme largi et glorieux de sa pense remmora les vastes palpitations d'un vent que les embruns des houles ont enivr4 ,au contact des rustres1 des pcheurs1 il retint le patois local1 ce premier flot salin de toute langue2 la verdeur crue de leurs mtaphores et l'ingnuit de leurs impressions imbiba sa mmoire de rhapsode2 il aviva auprs d'eux ses tranges facults de conteur1 gales celle des bardes de jadis2 comme ,shakespeare--dont il tient moins par son romantisme que par les affinits immdiates des deux pays--il fit siennes leurs lgendes sanguinaires et amoureuses1 leur surnaturalisme ml de rminiscences paennes et de dogmes catholiques4 ,grce une puissance d'illusion capable de rendre vrai mme l'impossible1 il campa debout ces formes primitives1 jeta sur elles1 plis redondants1 la limousine diapre de son verbe aventureux#dd4 #dd ,barbey d',aurevilly suggre la vision des objets1 colore les reflets qu'ils changent1 bien plus qu'il ne les dcrit4 ,quelle que soit la vigueur du dtail1 ses contes saisissent1 avant tout1 par l'animation fascinatrice du dveloppement4 ,paul de ,saint-,victor trouvait son style le mordant d'une eau-forte2 il serait plus exact d'en comparer les phosphorescences mtaphoriques au poudroiement d'un pastel4 ,sa phrase crite n'tait que de la parole fixe4 ,en outre1 ses rcits s'chappent involontairement vers les digressions et les incidences1 analogues par l aux narrations populaires dont l'essentiel est souvent dans l' ct des faits2 ils s'gaillent la manire des ,chouans dans leur stratgie fantaisiste4 ,tout1 jusqu'aux ngligences1 laisse l'impression d'un improvisateur imptueux1 dupe lui-mme de ses inventions2 car d',aurevilly en est dupe bien plus qu'il ne cherche mduser son lecteur2 leur frquente et bizarre navet l'atteste4 ,a d'autres heures1 lorsqu'il exerait son magistre de critique1 l'autorit de ses opinions1 leur puissance de synthse issue de stables certitudes rpondait la droiture de tous ses lans4 ,il possdait ds lors ce qui dfinit1 selon ses propres exigences1 le grand critique3 la carrure1 le poids1 l'lvation dans une comprhension et une exclusion galement souveraines4 ,il savait faire d'un jugement sur un livre une leon de moralit1 pntrant--et1 quelquefois1 le fouet la main--jusqu' la conscience de l'auteur1 jamais pdant ni lourdement doctrinaire1 ni articlier par routine1 sans fiel dans la svrit1 sr et tranchant1 s'il condamnait1 mais rhabilitant d'un commentaire fastueux une ide pauvre chez autrui1 pandant la vie o elle tait absente1 dominant sous l'ampleur de sa foi les tendances d'art et les philosophies les moins conciliables1 au point que les uvres et les hommes difiaient un inventaire intellectuel de son sicle et du pass1 semblable1 au moins par sa richesse1 l'inventaire social de la ,comdie humaine4 ,son adhsion pleine au ,catholicisme ne fut pas une simple concidence avec la maturit de son gnie1 elle la dcida4 99 99 99 99 99 ,il est frappant en effet qu'il a le mieux approch de la grandeur parfaite dans ceux de ses livres o il a le plus fidlement interprt l'esprit du dogme et son accord avec les vrits d'exprience1 tandis que ses conceptions faiblissent toutes les fois qu'mancipant trop ses hros1 il les enlve leur condition d'humains fornicateurs et dchus4 ,son premier roman1 ,ce qui ne meurt pas1 n'tait religieux qu' force de tristesse1 le nant des passions prouvant la ncessit de ,dieu4 ,aussi dborde-t-il de verbiage et de sentiments faux2 l'tranget des situations y confine au baroque 7,mme de ,scudemor enceinte1 en mme temps que sa fille1 d',allan de ,cinthry74 ,dans ,une vieille matresse1 dj1 le srieux de l'action se proportionne au catholicisme de l'ide2 ici1 l'accouplement de la douleur et du pch se noue dans un faisceau de causes tellement oppressif qu'il semble tenir des racines occultes et surnaturelles4 ,l'pigraphe3 ,perseverare diabolicum se darde1 comme une flche d'anathme1 au travers des pisodes luxurieux4 ,un homme a aim dix ans une femme laide1 sans esprit1 et qui n'est plus jeune1 mais dominatrice par une sorte de possession dmoniaque que soutient l'ascendant de sa volont et de sa race2 cet homme1 aprs l'avoir quitte pour se marier1 se laisse reprendre1 et c'est sa damnation de la subir sans dnouement4 ,si ,barbey d',aurevilly et press toute l'horreur d'un pareil sujet1 son roman aurait tre la nosographie pu la plus nergique de l'amour moderne4 ,mais1 plus d'une fois1 de sourdes condescendances pour les faiblesses dont il croit faire abhorrer les servitudes l'ont induit des pisodes d'un lyrisme dsuet 7la rencontre dans la cabane1 le tombeau du diable1 etc472 malgr lui1 il environne la passion d'une splendeur1 et1 sur ce point1 outrepasse et l les justes liberts que sa prface de #ahea revendique pour l'artiste croyant4 ,en ce temps-l1 c'taient des libres penseurs1 imbus de cagotisme puritain1 qui posaient l'objection insidieuse3 un romancier catholique peut-il1 en toute indpendance1 se permettre de dcrire les vices et faire de la beaut avec ce qui est une souillure8 ,plus tard1 quand les ,diaboliques furent taxes de sadisme1 c'est chez les croyants eux-mmes que d',aurevilly devait heurter cette peur maladive de l'indcence1 dont la contagion1 depuis lors combien aggrave1 irait aisment jusqu' vouloir purer les vangiles4 ,dans la ,prface ajoute la seconde dition de sa ,vieille matresse1 ,barbey d',aurevilly transperce d'aphorismes premptoires l'hypocrite prjug en expliquant selon sa vraie largeur la moralit catholique3 ,le catholicisme1 dit-il1 est immense444 ,il permet tout1 pourvu que l'art ne fasse pas du bien le mal et du mal le bien444 ,il hirarchise les mrites2 mais il ne mutile pas l'homme444 ,les artistes sont au-dessous des asctes1 mais ils ne sont pas des asctes444 ,quand un crivain a cr une ralit1 si1 en la peignant1 il est une occasion de scandale1 il n'en est pas plus cause que ,dieu1 en crant les sens et l'me libre de l'homme4 ,ou il faut renoncer peindre le cur humain1 ou il faut le peindre tel qu'il est4 ,il aurait pu1 comme il y pensa dans la suite#de1 justifier historiquement ses hardiesses et invoquer les artistes du moyen ge1 libres jusqu' l'obscnit dans les dtails des cathdrales1 dans celle entre autres de ,rouen1 o ,salom1 sur le portail1--,flaubert s'en est souvenu pour son ,hrodias--danse la tte en bas et les jupes releves4 ,s'il avait serr l'analyse du bgueulisme contemporain1 il et demand aux sacristains de l'art dcent pourquoi ils admettaient dans le roman et au thtre1 des rcits de crimes d'une fabuleuse noirceur#df1 mais se hrissaient et criaient au scandale ds qu'un crivain traitait avec franchise1 d'aprs leur ralit qui n'est point toujours immatrielle1 les choses de l'amour4 ,est-ce donc que la frocit ou l'avarice sont des tares inoffensives dcrire1 tandis que la moindre allusion rotique chatouille des instincts irrsistibles8 ,si le romancier ne sait point douer les passions d'un semblant de vie sans brler fictivement de leur feu mauvais1 ,balzac pchait-il davantage en s'identifiant aux concupiscences de ,flix de ,vandenesse et de ,lady ,dudley ou aux solitaires et abstraites dpravations d'un cupide1 un ,gobseck1 un ,rigou1 un ,grandet8 ,sous couleur de moralit1 toute expression du mal serait exclue de l'art2 et mme la peinture sraphique de ,fra ,angelico deviendrait suspecte1 comme nourrie de songes voluptueux4 #de ,v4 ,sensations d'art1 p4 #bah4 #df ,les romans qui constituaient alors le fond populaire des bibliothques catholiques taient ceux de ,raoul de ,navery ou d'autres1 pleins d'histoires effroyables4 ,on peut le dire sans paradoxe3 la pudibonderie d'un certain monde bien pensant procde du mme fond de matrialisme que les grossirets voulues des naturalistes4 ,lorsque l'art suscite des formes amoureuses1 c'est le corps qui parle au corps1 et le corps tant peu prs tout pour des gnrations dnues du sens de l'invisible1 il n'y a gure s'tonner si l'motion physiologique1 seule1 affriande les uns et bouleverse la pudeur des autres4 ,barbey d',aurevilly pouvait donc abriter sous le sceau de l'orthodoxie la donne d',une vieille matresse4 ,toutefois1 dans cette uvre encore1 il en use parfois la lgre avec la rgle qu'il a dicte nette comme un verset de ,saint ,paul3 ne pas faire du bien le mal ni du mal le bien4 ,il s'oublie1 par exemple1 crire de ,vellini1 son hrone1 quand1 pour prouver son ancien amant1 elle se pose l'extrme bord d'une falaise surplombant la mer3 ,elle tourna le dos au prcipice avec une insouciance du danger qui la rendit sublime2 ou1 de son amant1 alors qu'il vient de succomber3 ,c'tait un tre fort que ,ryno de ,marigny4 ,a tous les endroits o la notion du pch s'oblitre1 le sentiment gauchit vers un romantisme surann4 ,l'quation de la logique et du merveilleux1 des faits naturels et de l',inconnu qui s'y entrelace1 fut rsolue par l',ensorcele1 un de ces triomphes d'inspiration comme il en est rarement dparti1 mme aux plus inspirs4 ,ici1 le romancier tient les ralits par les deux bouts1 induisant de ce qu'on voit ce qu'on ne voit pas1 et ferme chevaucher la lgende autant que ,matre ,tainnebouy1 l'herbager1 sur sa jument4 ,la scurit d'allure et la belle humeur virile du rcit1 parmi l'inquitude ocanique de la lande1 les terreurs qui en mergent1 les rminiscences de la ,chouannerie1 l'histoire formidable de ,matresse le ,hardouey et de l',abb de la ,croix-,jugan1 c'est une harmonie sans analogue1 impossible concevoir hors d'une tenace tradition religieuse1 du catholicisme sculaire implant dans le sol et les passions d'une race4 ,en nul de ses romans1 le tragique#dg ne s'empreint de cette ncessit simple4 ,de mme que dans les ,mystres espagnols et chez ,eschyle1 l'motion s'alimente au sein d'une ide thologique1 elle-mme ramifie des superstitions locales et des prjugs immmoriaux4 ,barbey d',aurevilly rappelle que la sorcellerie et la magie ont t condamnes par l'glise non comme choses vaines et pernicieusement fausses1 mais comme choses ,r,,elles1 et que ses dogmes expliquaient trs bien4 ,il ne se tourmente gure1 au cours des tranges catastrophes qu'il droule1 d'tablir un dpart entre ce qui est spontanment humain et ce qui vient d'ailleurs4 ,lorsque ,jeanne de ,feuardent1 cette fodale marie un simple fermier et un ,bleu1 se voit hante d'un amour maudit pour le gentilhomme en soutane1 l'ancien ,chouan qui a voulu se tuer plutt que de survivre sa cause1 l'abb de la goule fracasse1 dont le visage sans nom produisait une sensation sans nom1 est-ce le simple moi d'un mme sang noble qui la prcipite vers l'impassible prtre8 ,ou sort-il de cet homme une silencieuse fascination d'orgueil et de laideur1 semblable l'attirance d'un abme8 ,ou subit-elle le sortilge du vieux ptre1 l'envotement de sa parole3 ,vous vous souviendrez longtemps de ces vpres1 ,matresse le ,hardouey6 ,aux furies de son dsir s'ajoutent1 pour l'ensorceler1 les persuasions d'une terre farouche1 acharne1 elle aussi1 par ses horreurs secrtes1 lui jeter un sort4 #dg ,on pourrait extraire de l',ensorcele un sujet prodigieux de drame1 surtout de drame musical4 ,tout cela1 ,barbey d',aurevilly n'en veut nullement dmler le mystre2 mais il pose le surnaturel avec l'vidence d'un fait2 la connexion de ,puissances indfinies et d'actes humainement explicables constitue le signe de ses personnages4 ,elle autorise le simplisme des pisodes et sauvegarde1 en un si audacieux sujet1 la svrit des peintures2 car1 attribuant une dtermination presque satanique la chute de ,matresse le ,hardouey1 il s'tend fort peu sur l'impuret de ses obsessions et n'a mme pas besoin de longues analyses scabreuses pour la mener de la convoitise au dsespoir et au suicide4 ,la prsence d'un lment sacerdotal et liturgique dvoile toute sa force impressionnante dans la mort de la ,clotte 7l'absolution sur la lande71 dans cette prodigieuse ,messe de ,pques o1 l'instant de la ,conscration1 l'abb de la ,croix-,jugan1 frapp d'une balle--la balle du ,bleu--s'abat1 la tte sur l'autel1 et dans cette autre ,messe1 point irrelle1 tant elle est douloureusement symbolique1 celle du revenant1 condamn1 en expiation de fautes obscures1 recommencer1 chaque nuit1 seul au chur de son abbaye dmantele1 le rite o il s'embrouille1 ne s'en souvenant plus1 sans jamais pouvoir aller jusqu' la fin4 ,l',ensorcele tient du symbolisme catholique et aussi de cette chose immense qu'elle rflchit1 de la mlancolie d'une caste qui succombe1 une majest de caractre si haute que ce pome envoie sur les autres romans de ,barbey d',aurevilly une espce d'ombre amoindrissante4 ,ce qui manque au ,chevalier ,destouches1 ce n'est certes pas le mouvement d'une pope3 la bataille coups de fouets sur le champ de foire1 l'enlvement de ,destouches1 l'expdition du ,moulin bleu sont conduits avec autant de fringance et de vhmente couleur normande que le rcit de ,matre ,tainnebouy4 ,d',aurevilly1 au lieu de juger la ,chouannerie la manire de ,balzac n'y apercevant que du brigandage et des frivolits misrables1 a su en comprendre la chevaleresque beaut4 ,mais l'pisode1 soutenu tout entier par une exaltation d'aristocratie guerrire1 est presque dnu du frisson surnaturaliste dont rien ne supple la profondeur4 ,au rebours1 pourquoi les ,diaboliques1 quelques-unes du moins1 imposent-elles le prestige hallucinant d'une vision mle la vie tangible et qui va pourtant au del8 ,le ,rideau cramoisi1 avec son milieu de province archaque1 la tournure militaire du hros1 la bizarrerie de l'aventure et l'effrayante soudainet du dnouement1 n'est1 dans son fond1 qu'un petit conte la ,stendhal4 ,seulement1 l'anxit d'une faute clandestine chtie par la plus foudroyante des morts pse sur le sensualisme parfois morbide des moindres dtails comme le pressentiment d'une damnation4 ,de mme1 le ,bonheur dans le crime aurait l'air d'une gageure tout fait immorale si on n'y posait l'pigraphe d',une vieille ,matresse1 le ,perseverare diabolicum4 ,d',aurevilly sous-entend que1 chez ,serlon et sa matresse1 cette constance de flicit1 avec le fardeau du cadavre entre eux1 implique un dlaissement de la grce irrmissible4 ,dans les ,dessous de cartes d'une partie de whist1 la ,vicomtesse du ,tremblay porte le stigmate d'un diabolisme plus subtil1 d'une perversion d'autant plus endurcie qu'elle est plus dissimule2 et ,la ,vengeance d'une femme1 ,a un dner d'athes1 entre-billent un abme vraiment infernal de haine et d'horreur2 ce dmoniaque-l1 le plus vrai de tous1 est voisin de celui que ,flaubert1 involontairement1--,flaubert1 dont ,barbey d',aurevilly n'a point senti l'pret biblique1--aux dernires pages de ,salammb1 exaspre jusqu'au ttanisme dans la furie des ,baalim1 se vengeant d'un homme par les mains de tout un peuple4 99 99 99 99 99 ,personne1 maintenant1 ne contesterait plus ,barbey d',aurevilly qu'il fut un artiste rare1 un penseur imposant4 ,ce qu'on ignore trop de lui1 c'est qu'il voyait au-dessus de son art et plus loin4 ,l'art1 disait-il1 est la dernire religion de l'homme444 ,dans le dnment que l'homme s'est fait1 l'art doit lui sembler la plus grande des puissances humaines1 et1 malgr l'effort du gnie1 ce n'est peut-tre qu'une impuissance#dh4 #dh ,sensations d'art1 p4 #cc4 ,le catholique1 en lui1 tait plus haut que l'artiste et le gentilhomme4 ,a toute poque1 il faut que la vrit ait ses tmoins2 elle les aura jusqu' la fin des temps4 ,la mission de ,barbey d',aurevilly fut d'tre1 pour un sicle de dmagogie emport effrnment vers les aberrations destructrices1 un juge et un tmoin1 un prophte irrfragable4 ,fort de ses principes1 fort de l'histoire et de sa propre exprience1 il confessa d'une voix clatante la ncessit du catholicisme4 ,en croyant la confesser trop tard il se trompait2 nul cri1 mme pour les ,morts1 n'est perdu2 si sa prvision que ,dieu s'obscurcirait de plus en plus dans le monde reoit d'une ,france dchue un sinistre accomplissement1 son uvre n'en est pas moins une torche de gloire et d'pouvante secoue sur les tnbres inquites2 et la torche ne s'est pas teinte en tombant de sa main1 quoique nul autre encore ne la relve ferme et blouissante ainsi qu'il la dressait4 ,mais son uvre ne fut pourtant pas le meilleur de ce qu'il pensa4 ,il a laiss le tmoignage d'une foi intime ardente et absolue jusqu' l'humilit4 ,il savait que ni les feux d'artifice de l'imagination1 ni l'apologtique la plus persuasive ne valent un ,ave ,maria lanc d'un cur pnitent vers la ,porte de tout espoir et l',auxiliatrice des infirmes4 ,pour l'avoir compris1 il est plus grand que pour avoir crit les ,prophtes du pass et l',ensorcele4 ,cinq jours avant de mourir1 le ,jeudi ,saint #ah avril #ahhi1 dans cette chambre de la rue ,rousselet1 o1 de deux fentres1 une seule s'ouvrait--comme elle s'ouvre encore--sur des cimes d'arbres antiques et sur le ciel1 il dictait ,mlle ,louise ,read1 pour expier un pome peu croyant de sa jeunesse1 ,amade1 cette note qui est le plus beau des testaments3 ,quand il crivit ces pages1 l'auteur ignorait tout de la vie4 ,l'me trs enivre alors de ses lectures et de ses rves1 il demandait aux efforts de l'orgueil humain ce que seuls peuvent et pourront ternellement--il l'a su depuis--deux pauvres morceaux de bois mis en croix4 ,,villiers ,,de ,l',,isle-,,adam ,depuis trente ans qu'il est mort#di il est illustre et peine lu4 #di ,le #ai aot #ahhi4 ,j'ai vcu prs d'un demi-sicle1 sans rien connatre de lui1 sauf quelques titres de ses livres4 ,ai-je me repentir d'une si longue incuriosit8 ,la dcouverte de ce rare et sublime esprit me rservait des blouissements inesprables2 mais aussi j'ai d reconnatre en son uvre des tendances trop contraires celles d'o peut surgir un art vivace2 au lieu d'incorporer ses fictions des ralits permanentes1 ,villiers semble dissoudre celles-ci dans ses fictions3 ,il n'est d'autre univers pour toi1 enseigne ,matre ,jahus son disciple ,axel1 que la conception qui s'en rflchit dans tes penses4 ,axel1 par un corollaire fatidique1 transpose en acte ce ngatif ddain du monde extrieur4 ,a la jeune fille qui l'aime1 ds la premire minute o1 brlant de se donner1 elle palpite entre ses bras1 il ne propose que de mourir3 ,toutes les ralits1 demain1 que seraient-elles en comparaison des mirages que nous venons de vivre8 ,des mirages1 des combinaisons d'ides1 une exaltation lyrique1 des images radieuses ou terribles1 l'au dedans et l'au del des apparences et des mots1 leur point de contact avec le mystre1 sans qu'on puisse dfinir quelles choses le mystre enclot1 telle serait l'unique et solide vrit4 ,le monde est devenu1 un instant1 ce que la pense voulait qu'il ft2 ensuite1 il n'a plus qu' la laisser libre et disparatre4 ,seul1 l'artificiel mrite d'tre le rel4 ,mais1 quand la pense ne croit plus qu' l'artificiel1 elle s'en lasse et s'en dprend1 elle en vient le nier1 se nier elle-mme4 ,le nant et l'tre1 devant elle1 sont prs de se confondre4 ,villiers de l',isle-,adam1 parce qu'il fut impliqu dans l'erreur d'un idalisme hglien1 conclut la plupart de ses pomes la faon d'un pessimiste sans espoir3 lord ,ewald1 le hros sentimental de l've future1 assiste au dsastre de l'illusion dont il s'est envot2 et le double suicide d',axel porte le paradoxe du nihilisme une telle dmence que l'auteur1 pratiquement homme de foi1 songeait1 lorsqu'il mourut1 le retourner dans un sens catholique4 ,ses livres ne sont donc pas une source pure de saine nergie4 ,il gardait en son me1 comme il le dclarait1 le reflet des richesses striles d'un grand nombre de rois oublis4 ,arrter sur ces richesses notre mditation ne sera pourtant point strile4 ,nous aimons chez ,villiers le magicien du ,verbe1 un des plus persuasifs qui aient fait rsonner la langue de ,france2 peu d'artistes sont entrs plus avant1 par del les choses tangibles1 dans les profondeurs de la vie spirituelle2 et l'incomplte magnificence de son lyrisme prolonge des perspectives d'autant plus attirantes qu'elles demeurent inacheves4 ,ses anomalies mmes et ses aberrations supposaient des facults glorieuses4 ,son got de l'artifice continuait certains penchants de notre littrature qui ne cessent point de la solliciter2 il explique le succs bizarre de tel ou tel parmi les crivains d'aujourd'hui1 et pourquoi on clbre comme des novateurs de faux simples ou d'alambiqus dcadents4 ,fleur suprme d'une trs vieille race1 ,villiers s'appropria1 par droit de naissance1 les dons les plus opulents4 ,le prodige de sa mmoire paraissait un hritage des anciens bardes celtiques2 il dtenait leur privilge de haute improvisation2 ainsi que les primitifs1 il possdait la fois l'intuition mtaphysique des principes et la plnitude des images concrtes2 il percevait l'unit fondamentale du langage de tous les arts1 la couleur des rythmes et des mlodies1 l'architecture des priodes1 les correspondances des mtaphores et des abstractions4 ,il tait n philosophe et musicien#ej en mme temps que pote4 ,ses anctres lui lguaient neuf sicles au moins d'insignes ascendances2 car il pouvait remonter1 dans les fastes de sa maison1 jusqu' l'an #ajfg1 et il y comptait des hommes de guerre jadis illustres1 un marchal de ,france1 un grand matre de ,malte1 un vque1 des marins aventureux4 ,la continuit1 travers tant de gnrations1 d'une prminence sociale1 attestait un admirable fond de vigueur et de vertus actives4 ,mais l'clat de cette famille dclinait depuis longtemps1 lorsque le marquis1 pre de ,villiers1 en consomma la ruine par son dsquilibre imaginatif4 ,ce chercheur de trsors enterrs se croyait suprieurement pratique1 et il s'entta jusqu'au dernier soupir dans l'illusion de laisser son fils une fortune de prince2 il ressemblait au chiffonnier moribond qui dit de lui-mme3 ,pouvant incorporer mes rves1 je les possdais comme rels#ea4 #ej ,je ne crois pas1 cependant1 malgr le dire de ses amis 7,v4 de ,rougemont1 ,villiers de l',isle-,adam1 ,mercure de ,france1 d41 pp4 #gc et suiv47 qu'il aurait pu tre un grand musicien comme il fut un admirable pote en prose4 ,tout gnie sa langue native o il excelle au dtriment d'autres modes d'expression4 ,villiers1 en improvisant sur son piano1 en chantant1 ,se grisait de sonorits flottantes2 des ides musicales lui venaient2 pour leur donner forme ce n'tait pas seulement la science qui lui manquait2 son activit potique absorbait l'essentiel de sa force cratrice4 #ea ,nouveaux contes cruels1 l'lu des rves4 ,villiers naquit donc avec un excs hrditaire d'imagination o se concentra toute la force que ses aeux employaient dans un labeur traditionnel4 ,pauvre1 il choya d'autant plus la chimre des splendeurs fictives4 ,quelles richesses tangibles auraient valu les amoncellements d'or et de joyaux dont sa fantaisie disposait sans autre limite que son pouvoir de crer8 ,toute l'opulence d'une dynastie pruvienne1 en mille ans1 serait de la misre auprs de la rvlation offerte1 dans le ,souterrain d',auersperg1 ,sara1 l'amante d',axel3 ,et voici que1 du sommet de la fissure cintre de l'ouverture1-- mesure que celle-ci s'largit plus bante--s'chappe d'abord une scintillante averse de pierreries1 une bruissante pluie de diamants1 et1 l'instant d'aprs1 un croulement de gemmes de toutes couleurs1 mouilles de lumires1 une myriade de brillants aux facettes d'clairs1 de lourds colliers de diamants encore1 sans nombre1 de bijoux en feu1 de perles4 ,ce torrentiel ruissellement de lueurs semble inonder brusquement les paules1 les cheveux et les vtements de ,sara3 les pierres prcieuses et les perles bondissent autour d'elle de toutes parts1 tintant sur le marbre des tombes et rejaillissant1 en gerbe d'blouissantes tincelles1 jusque sur les blanches statues1 avec le crpitement d'un incendie4 ,et1 comme ce pan de la muraille s'est maintenant enfonc plus d' moiti sous terre1 voici que1 des deux cts de la vaste embrasure1 de tonnantes et sonnantes cataractes d'or liquide se profluent aux pieds de la tnbreuse advenue4 ,ainsi que tout l'heure les pierreries1 de roulants flots de pices d'or tombent formidablement de l'intrieur de barils dfoncs1 briss par la rouille et par la pression de leur nombre444 ,les dunes d'or les plus proches1 amonceles contre cette paroi disparue du mur--qui s'est arrte au ras du sol--roulent profusion1 bruissent1 bourdonnent1 et se rpandent follement--irruption vermeille1 travers les alles spulcrales4 ,quand un homme peut se donner ainsi la fte de merveilles imaginaires1 il en vient ddaigner les spectacles que lui impose le soleil trop vridique4 ,villiers eut mme pour la clart du jour une sorte d'aversion2 dans sa jeunesse1 il fermait1 le matin1 ses contrevents et travaillait la lueur d'un flambeau4 ,il resta1 plus tard1 un amant effrn de la nuit1 un noctambule1 parce que la nuit mancipait ses yeux devant les formes incertaines4 ,de mme1 il mprisait les voyages1 l'gal d'une servitude2 pourquoi aurait-il voulu vrifier si ses visions taient exactes8 ,une ville antique1 confiait-il son ami ,remacle#eb1 ,bnars1 se dresse depuis des jours imprativement exigeante comme un personnage unique et flamboyant du pass1 mirage rel4 ,je photographierais1 malgr moi1 cette cit surgie en moi1 sans aucune raison de lectures ou rves pralables1 avec ses palais1 aspects de rues1 boutiques1 cortges royaux lphants et en armes4 ,et vous entendez8 ,je vous donne un ,bnars1 tel qu'il a exist1 j'en suis certain1 cela sans documents1 une vision relle1 non une reconstitution travaux la ,salammb4 ,cela fera un certain effet4 #eb ,cit par ,fernand ,,clerget 7,villiers de l',isle-,adam1 p4 #aca74 ,sur la puissance vocatrice de ,villiers1 v4 ,henri ,,lavedan1 motions1 pp4 #dd-de4 ,son imagination1 par choix1 s'assujettissait des pays extraordinaires et des villes ananties1 comme tant mieux son aise pour se les figurer sans contradiction4 ,il ne les photographiait point1 malgr tout1 la manire d'une voyante1 d'une ,catherine ,emmerich dcrivant1 dans une vision toute intuitive1 ,jrusalem et les scnes vangliques4 ,akdyssril#ec1 o il a cru ressusciter exactement ,bnars1 suppose1 quoi qu'il affirme1 des rves et des lectures pralables4 ,ce n'est pas en lui-mme qu'il a trouv le lingham de ,siva1 les phaodjs1 les psylles1 et les sans1 desservants de la demeure du ,dieu4 #ec ,publi avec d'autres nouvelles sous ce mauvais titre3 ,le ,secret de l'chafaud1 chez ,flammarion 7,collection3 ,les auteurs clbres74 ,dans les aspects de ses obsessions se laissent aisment surprendre des vestiges de littrature1 l'empreinte d'un ,baudelaire1 la tonalit des sujets o se complut l'auteur des ,paradis artificiels4 ,analogue celle d',edgar ,po1 sa fantaisie d'imaginatif procrait des figures de femmes d'une perfection irralisable4 ,le possible ne pouvant assouvir son apptit de beaut1 il s'vadait1 au del1 dans l'inconnu4 ,mais1 ce qu'il sentait humainement impossible1 il voulait l'animer devant ses yeux1 le tenir entre ses mains comme plus vrai que la plus immdiate ralit3 le comte d',athol#ed1 au retour des funrailles de sa jeune pouse ,vra1 veut se convaincre qu'elle n'est pas morte1 il la croit l1 il lui parle1 elle lui rpond2 l'hallucination1 proche de la folie1 s'exalte jusqu' l'instant o leurs lvres s'unissent dans une joie divine1--oublieuse--immortelle4 ,et ils s'aperoivent alors qu'ils n'taient rellement qu'un seul tre4 #ed ,les ,contes cruels3 ,vra4 ,si la pense engendre ce qui existe hors d'elle1 l'illusion du comte d',athol n'a rien d'absurde4 ,mais1 pour que l'esprit puisse avoir foi aux fantmes o il se ddouble1 il a besoin de les matrialiser4 ,le terme de la fiction idaliste devait tre l've future1 la femme idalement artificielle4 ,ce livre capital de ,villiers est issu pourtant d'un fait authentique et non d'un rve4 ,un jeune lord anglais avait une fiance dont il idoltrait la beaut corporelle1 tout en excrant sa platitude d'intelligence et d'me4 ,il fit modeler son image une effigie de cire qu'il habilla fastueusement1 et1 se couchant prs d'elle1 il se tua4 ,un ingnieur amricain1 devant qui tait conte cette morbide anecdote1 se leva et dit trs paisiblement3 --,je suis au regret que votre ami ne se soit pas adress moi2 je l'aurais peut-tre guri4 --,vous1 comment8 --,by ,god6 ,en mettant dans sa poupe la vie1 l'me1 le mouvement et l'amour4 ,tout le monde se mit rire1 hormis ,villiers qui semblait absorb dans la confection de sa cigarette4 --,vous pouvez rire1 trangers1 dit gravement l',amricain en prenant son chapeau et sa canne1 mais mon matre ,edison vous apprendra bientt que l'lectricit est aussi puissante que ,dieu#ee4 #ee ,,pontavice du ,,heussey1 ,villiers de l',isle-,adam1 pp4 #agj-aga4 ,villiers n'entreprit point son ve future afin de justifier cette thse digne d'un ,tribulat ,bonhomet3 ,l'lectricit est aussi puissante que ,dieu4 ,mais il lui fallut une surprenante force de persuasion imaginative pour construire et suggrer comme possible l',hadaly d',edison1 cette armure lectrique1 vtue de chair artificielle1 et qui un mdium communique1 avec son me1 l'impulsion de ses mouvements4 ,je ne connais rien de comparable au chapitre o ,lord ,ewald1 croyant treindre sa matresse1 l'entend murmurer tout d'un coup3 --,ami1 ne me reconnais-tu pas8 ,je suis ,hadaly4 ,le romancier parvient nous rendre un instant dupes volontaires de l'illusion qu'il a voulu enfanter4 ,nous sommes en plein fantastique4 ,le fantastique est l'abme qui invite ses vertiges une imagination folle de libert4 ,seulement1 ds que le bon sens s'est repris1 le phantasme disparu laisse une morne stupeur2 et l'esprit ne reste point libre devant les cratures de son rve2 il en a peur1 comme si elles devenaient plus existantes que lui-mme4 ,la terreur est la revanche de l',inconnu sur l'audacieux1 capable d'en scruter les parages4 ,la couleur des contes de ,villiers se prsente1 dans l'ensemble1 tragique comme son existence1 comme les sujets des lgendes bretonnes1 presque toujours attires vers des pisodes sinistres4 ,la mort et l'chafaud envahirent ses songeries presque la faon d'une ide fixe4 ,il recherchait le spectacle des excutions1 comme son convive des dernires ftes#ef1 non sans doute chatouill du mme sadisme sanguinaire1 mais en blas curieux d'motions fortes1 et pour surprendre le brusque saut d'un vivant dans les clarts de l'au del4 ,il croyait que les suprmes images rflchies par les yeux d'un moribond persistent au fond de ses prunelles1 mme quand les battements de son cur ont cess4 ,la hantise de la guillotine explique des inventions baroques1 telles que la msaventure de ,m4 ,redoux#eg3 ,m4 ,redoux1 contemplant1 au ,muse ,tussaud1 la machine qui servit pour le supplice de ,louis ,,xvi1 en vient mimer l'excution du ,roi2 il se couche sur la planche1 insinue son cou dans la lunette et ne peut plus l'en retirer4 #ef ,v4 ,les ,contes cruels4 #eg ,les phantasmes de ,m4 ,redoux 7,histoires insolites74 ,villiers dominait cependant les sujets macabres par un effort de rigueur logique1 semblable celui du savant1 lorsqu'il analyse un cas anormal4 ,il se maintenait extrieur ses fictions terrifiantes1 se divertissait stupfier son lecteur1 lui donner froid dans le dos4 ,cela fera1 dclarait-il1 un certain effet4 ,est-ce dire que le tourment de l'effet absorbe toutes ses intentions et qu'il combine des faits tranges1 la manire des conteurs amricains1 pour le seul attrait de l'tranget8 ,claire ,lenoir a jadis tromp son mari2 elle agonise dans une chambre d'htel1 et1 au moment de mourir1 voit se peindre sur la muraille la mort affreuse de l'homme pour qui elle fut coupable4 ,quand elle a expir1 le docteur ,tribulat ,bonhomet1 unique spectateur de sa dernire angoisse1 attire son cadavre en travers du lit1 examine1 l'aide d'un ophtalmoscope1 les yeux1 les grands yeux renverss1 vitreux1 fixes1 exorbitants1 dploys4 ,et voici tout ce qu'il y aperoit3 ,des cieux6--des flots lointains1 un grand rocher1 la nuit tombante et les toiles6--,et1 debout sur la roche1 plus grand que les vivants1 un homme pareil aux huit insulaires des archipels de la ,mer-dangereuse1 se dressait6 tait-ce un homme1 ce fantme8 ,il levait d'une main1 vers l'abme1 une tte sanglante1 par les cheveux6--,avec un hurlement que je n'entendais pas1 mais dont je devinais l'horreur l'ignivome distension de sa bouche grande ouverte1 il semblait la vouer aux souffles de l'ombre et de l'espace4 ,de son autre main pendante1 il tenait un coutelas de pierre1 dgouttant et rouge4 ,autour de lui1 l'horizon me paraissait sans bornes1--la solitude1 jamais maudite6 ,et1 sous l'expression de furie surnaturelle1 sous la contraction de vengeance1 de solennelle colre et de haine1 je reconnus1 sur-le-champ1 sur la face de l',ottysor-vampire1 la ressemblance inexprimable du pauvre ,m4 ,lenoir avant sa mort1 et1 dans la tte tranche1 les traits affreusement assombris de ce jeune homme d'autrefois1 de sir ,henry ,clifton1 le lieutenant perdu4 ,apparemment1 ,villiers s'est plu jeter le ngateur et scientiste ,bonhomet en face d'une vision dont l'pouvante s'enfonce dans l'obscur labyrinthe des concordances surnaturelles4 ,mais jusqu' quel point admettait-il lui-mme la ralit possible1 de ce tableau8 ,l'artifice littraire ne dborde-t-il pas ici le symbolisme mystique8 ,mystique avec vhmence1 ,villiers fut pourtant un mystificateur4 ,il enfermait ses amertumes1 ses mpris1 parfois ses croyances dans le fourreau damasquin d'tincelantes ironies4 ,il eut beau mpriser l'esprit pour l'esprit1--car l'esprit dans le sens mondain1 pensait-il1 est l'ennemi de l'intelligence#eh1 le pli coutumier de sa lvre1 son il aigu et mfiant trahissaient un besoin de persiflage1 le qui-vive du bretteur en garde contre toute agression#ei4 ,son ironie partait d'un ddain d'aristocrate pour l'indcrottable haine des gens du commun qui l'opprimaient de leurs sottises coalises4 ,le gentilhomme vou la misre1 l'artiste vilipend se revanchait par des traits acerbes des avanies qu'il devait subir4 ,rarement il s'indignait1 il invectivait4 ,son ironie1 d'une indfectible lgance1 perait en effleurant1 comme le poignard du spectre1 dans la ,mort rouge d',edgar ,po4 ,personne n'a mani l'antiphrase d'une main plus meurtrire que le railleur des ,deux augures#fj4 ,un jeune crivain se prsente chez le directeur d'un journal et lui propose un article2 pour se faire valoir il n'a que deux titres3 il est inconnu et sans ombre de talent4 #eh ,l've future1 p4 #fi4 #ei ,gustave ,,guiches1 ,villiers de l',isle-,adam 7la ,nouvelle ,revue1 #a;er mai #ahij74 #fj ,v4 ,les ,contes cruels4 ,hein8 s'crie le directeur1 tremblant de joie1 vous vous prtendez sans talent8444 ,non1 je ne puis y croire4 ,votre fortune serait faite et la mienne aussi4 ,c'est six francs la ligne que je vous offrirais6--,voyons1 entre nous1 qui me garantit la nullit de cet article8 --,lisez1 monsieur6 articule avec fiert le jeune tentateur444 ,une verve surprenante1 et qui ne dvie jamais vers des outrances vulgaires1 module1 durant dix-huit pages1 cette gageure de paradoxale drision4 ,les demoiselles de ,bienfiltre1 ,virginie et ,paul1 ,la machine de gloire#fa sont aussi des merveilles d'ironie fantaisiste4 ,toutefois1 l encore1 ,villiers reste artificiel4 ,comment rpter une manire1 et n'tre point manir8 ,la prsence de l'auteur est trop perceptible sous chaque mot de ses personnages2 il se fait comme un jeu de tailler en dard aigu la queue de toutes ses phrases1 mais nous laisse la dception d'apercevoir dans les humains de ses contes des caricatures lyriques et symboliques1 non des vivants analogues ceux que notre exprience a rencontrs4 ,en se moquant d'eux1 il semble parfois se moquer de lui-mme1 et on penserait presque de lui ce qu'il exprime du cabotin ,chaudval3 ,le vieux histrion expira1 dclamant toujours son grand souhait de voir des spectres1 sans comprendre qu'il tait lui-mme ce qu'il cherchait#fb4 #fa ,id4 #fb ,id41 ,le dsir d'tre un homme4 ,son ,tribulat ,bonhomet bafoue1 aprs ,homais1 le bourgeois moderne1 suffisant et mdiocre1 install dans ses partis pris1 grossirement matriel4 ,il admire ,voltaire et les penseurs qui savent gagner de l'argent4 ,le ,progrs1 la ,science ont remplac pour lui l'tre suprme4 ,il se croit philanthrope et poursuit d'une froce animadversion tout ce qui drange la scurit de son gosme4 ,il hait mort l'artiste1 parce que l'artiste a une me et lui fait honte de la sienne4 ,mais1 tandis qu',homais prore entre ses bocaux1 authentique et inamovible1 ,bonhomet1 anormal1 effrayant1 amplifi et dform en symbole1 crve frquemment les limites du vraisemblable4 ,vrai dans l'essence1 il a l'air d'un monstre4 ,il se dlecte1 la nuit1 pntrer avec de sauvages prcautions jusqu'au milieu d'un tang o dorment des cygnes1 et il massacre ceux qu'il peut surprendre1 pour se donner l'audition de leur chant d'agonie3 ,qu'il est doux1 se disait-il tout bas1 d'encourager les artistes6 ,bonhomet1 qui a des vues sociales et scientifiques1 pondeur de mmoires varis1 d'un entre autres ayant pour titre3 ,de l'influence de la cantharide sur le clerg de ,chandernagor1 propose une faon originale d'utiliser les tremblements de terre2 on parquerait les potes et les artistes dans un des pays les mieux exposs aux convulsions volcaniques2 et il conclut3 ,si nous eussions le choix de troquer les six mille personnes honorables1 crases dans la dernire catastrophe1 contre six mille barbouilleurs de papier1 quel est celui d'entre ,,nous qui et hsit1--ne ft-ce qu'une seconde8 ,il accuse des ignorances confondantes1 signale1 ,saint-,malo1 le tombeau d'un ancien ministre de ,charles ,x1 le vicomte de ,chateaubriand1 dont quelques travaux ethnographiques sur les ,sauvages ont t1 parat-il1 remarqus4 ,il estime ,rocambole trop mtaphysique1 trop abstrait pour son intellect2 et1 d'autre part1 il semble au fait du systme d',hgel qu'il dnomme le ,nabuchodonosor de la philosophie4 ,on le croirait inexpugnable dans l'paisseur de son sens commun1 ferme comme un rhinocros sur les quatre jambes de sa sottise4 ,et pourtant il subit des peurs superstitieuses1 des affres devant le ,mystre1 des paniques qui confinent la vsanie4 ,il dcline vers le plus sombre gtisme1 mais1 jusqu'au bout1 maugre contre l'existence de l',invisible3 ,toujours1 les toiles6 a n'en finit pas4 ,mme plus qu' demi trpass1 il ricane1 il goguenarde1 s'obstine d'inadmissibles calembredaines4 ,mais ,dieu le renvoie parmi les farceurs1 afin1 dit-il1 que votre nombreuse personne inspire1 l-bas1 quelqu'une de ces pages de feu1 de honte et de vomissement que1 de sicle en sicle1 l'un de mes soldats crache en frmissant1 au front de vos congnres4 ,dans l'ironie de ,villiers le caprice du sceptique et le surnaturalisme du croyant concident sans trop s'accorder4 ,il cloue ,bonhomet1 tel qu'un vilain oiseau1 sur la porte de l'ternelle ,justice2 son dgot proteste contre un sicle qui ne veut pas se reconnatre en lui1 o il se voit un revenant1 un exil d'une autre re4 ,il croit donc la ralit de ,bonhomet1 il l'excre2 et1 en mme temps1 il se joue de lui comme d'une ombre grotesque suscite par son rve1 et que1 d'un souffle1 il dissipera4 ,cette contradiction tient la dplorable emprise qu'eurent ,fichte et ,hgel sur sa jeunesse3 si l'univers est une fantasmagorie de la pense1 libre au pote de se divertir des simulacres qu'il anime1 d'envisager les tres selon lui1 non selon eux4 ,lenoir1 dans sa controverse philosophique avec ,bonhomet1 aventure une ide qui nous ouvre l'arrire-fond de l'ironie habituelle ,villiers3 ,pourriez-vous me dire si l'tre extrieur1 apparent1 que vous offrez1 qui se manifeste nos sens1 est rellement celui que vous savez tre en vous8#fc #fc ,tribulat ,bonhomet1 p4 #aig4 ,l'ironie1 d'un coup d'ongle1 dchire le masque et la grimace des apparences1 met nu la vrit des mes4 ,seulement1 l'crivain dont l'esprit ne cesse pas d'ironiser restera-t-il naturel8 ,toute ironie prsente une sorte de miroir dformant4 ,la simple ralit se prend au srieux2 l'ironie la disloque ou la recompose afin de briser son illusion4 ,voil pourquoi l'ironie de ,villiers contribue l'artificiel de son uvre4 ,la conception comme l'expression laisse discerner ce manque frquent de naturel4 ,mais1 lorsqu'on parle d'artifice littraire1 une incertitude a besoin d'tre lucide3 quel mur1 quelle zone franche spare du naturel l'artificiel8 ,l'art n'est jamais qu'une transposition idale o les aspects innombrables du monde sont styliss dans des formes4 ,le gnie des couleurs fut et reste1 en son principe1 quelque chose de spontan2 et1 cependant1 si loin que nous allions vers les origines de leur art1 chez les fabulistes de l',inde1 les ades de l',hellade homrique1 ses formes primitives1 une fois tablies1 se rvlent continues selon des rgles acquises pour longtemps4 ,les mmes lgendes1 les mmes procds narratifs1 les mmes comparaisons1 les mmes pithtes suffirent des gnrations de potes4 ,par quoi sommes-nous induits juger qu'un rcit d',homre1 l'histoire1 entre autres1 de ,nausicaa1 possde cette beaut1 pour nous si prcieuse3 le naturel8 ,c'est que les images de la vie s'y rflchissent avec leur ordre simple et normal1 comme si elles ne pouvaient tre autrement2 et les personnages profrent sans recherche les paroles qu'exigent des sentiments et des situations plausibles4 ,au rebours1 un artiste moderne--dans l'espce1 ,villiers de l',isle-,adam--fait siennes des faons de narrer qu'il renouvelle1 toffe1 assouplit par inspiration et par volont4 ,il est n original1 mais s'vertue l'tre davantage4 ,il entrenoue dans ses contes des incidents inattendus1 conduit1 pour aboutir au dnouement1 des sapes sinueuses1 et finit sur quelque mot prodigieux ou sur un fait qui dconcerte#fd4 ,un de ses contes les plus poignants1 la torture par l'esprance#fe1 nous entrane la suite du vieux rabbin ,aser ,abarbanel1 depuis un an tourment au fond d'une gele de l',inquisition1 et cherchant s'vader4 ,les inquisiteurs l'ont prvenu1 le soir1 qu'il ferait partie1 le lendemain1 d'un autodaf2 aprs leur dpart il s'aperoit que la porte de son cachot est mal verrouille1 il la pousse1 il se glisse en rampant contre la paroi d'un corridor infini4 ,des inquisiteurs le rencontrent et n'ont pas l'air de le voir4 ,il arrive1 aprs d'pouvantables angoisses1 au seuil de jardins merveilleux2 il se croit sauv et1 pour bnir encore le ,dieu qui lui accordait cette misricorde1 il tendit les bras devant lui1 en levant les yeux au firmament4 ,ce fut une extase4 #fd ,baudelaire1 dont il est proche1 soutenait1 avec ,edgar ,po1 dans ses ,curiosits esthtiques1 ce paradoxe que le beau est toujours bizarre4 #fe ,voir les ,nouveaux contes cruels4 ,alors1 il crut voir l'ombre de ses bras se retourner sur lui-mme3--il crut sentir que ces bras d'ombre l'entouraient1 l'enlaaient1--et qu'il tait press tendrement contre une poitrine4 ,une haute figure tait1 en effet1 auprs de la sienne4 ,confiant1 il abaissa le regard vers cette figure--et demeura pantelant1 affol1 l'il morne1 trmbond1 gonflant les joues et bavant d'pouvante4 --,horreur6 ,il tait dans les bras du grand ,inquisiteur lui-mme1 du vnrable ,pedro ,arbuez d',espila1 qui le considrait1 de grosses larmes plein les yeux1 et d'un air de bon pasteur retrouvant sa brebis gare6 ,le sombre prtre pressait contre son cur1 avec un lan de charit si fervente1 le malheureux juif1 que les pointes du cilice monacal sarclrent1 sous le froc1 la poitrine du dominicain4 ,et1 pendant que le rabbin ,aser ,abarbanel1 les yeux rvulss sous les paupires1 rlait d'angoisse entre les bras de l'asctique dom ,arbuez et comprenait confusment que toutes les phases de la fatale soire n'taient qu'un supplice prvu1 celui de l',esprance1 le ,grand ,inquisiteur lui murmurait l'oreille1 d'une haleine brlante et altre par les jenes3 --,eh quoi1 mon enfant6 ,a la veille peut-tre du ,salut1 vous vouliez donc nous quitter6 ,en ses plus infimes dtails ce rcit atteste une science de terreur hallucinante2 ,c'est la russite d'un art affin l'excs4 ,mais on voit trop bien de quelle intention factice il procde3 ,villiers avait lu le ,puits et le pendule2 il se plut dmontrer qu'en se passant des engins matriels dont ,edgar ,po s'tait aid pour crer une effroyable fiction1 il obtiendrait un effet d'horreur1 d'une intensit plus haute et stupfiante4 ,il a gagn cette sorte de pari1 superbement4 ,malgr tout1 l'anormale et atroce frocit du cauchemar volontaire provoque dans notre esprit une raction de mfiance2 il consent la secousse1 une fois1 par surprise2 quand on relit plus froidement1 on dcouvre dans la liaison des pisodes une srie d'hypothses arbitraires et forces2 et comment s'attarder en compagnie du monstrueux sans admettre la perversion esthtique qu'rigeait en prcepte ce vers paradoxal3 ,le charme de l'horreur n'enivre que les forts8 ,le got de l'horrible correspond celui de l'artificiel4 ,l'existence relle dvoile une masse de petites noirceurs beaucoup plus que des drames atroces4 ,l'artiste en qute d'atrocits risque de se perdre hors nature2 son imagination l'emmne comme un somnambule courant sur la gouttire d'un toit4 ,le ,puits et le pendule1 les ,diaboliques1 la torture par l'esprance#ff sont des chefs-d'uvre d'exception1 tels que des plantes magiques dont les fleurs blouissantes auraient bu les vapeurs d'un sol satur de poisons4 ,sans doute le satanisme emerge-t-il palpablement des perversits extrmes4 ,mais les fumes du puits de l'abme ont des principes mortels pour ceux-l qui ne veulent plus rien respirer d'autre4 ,un art surnaturaliste ne peut rester humain et naturel que s'il est nourri1 comme au moyen ge1 par une foi ingnue4 ,dante vivait1 en familier avec les trois mondes suprasensibles2 aussi transposait-il sans effort ni dformation les accidents terrestres en ralits transcendantes2 et son ,paradis faisait quilibre son ,enfer4 ,baudelaire1 ,edgar ,po1 ,barbey d',aurevilly1 ,villiers de l',isle-,adam1 ,huysmans ont restitu dans l'art la prsence d'un ,surhumain malfaisant2 ils n'ont su rouvrir le ,jardin des ,batitudes4 ,il s'ensuit que leur satanisme est souvent outr1 malfique1 et1 mme sincre1 ressemble de la littrature4 #ff ,v4 aussi dans les ,amants de ,tolde 7,nouveaux ,contes cruels7 l'trange invention de cruaut sadique attribue ,torquemada4 ,chez ,villiers1 magnifique crivain pourtant1 la frquente absence de naturel se rflchit dans ses faons d'crire4 ,il appartint l'espce des hommes de lettres qui ont deux styles3 l'un1 quand ils parlent ou crivent spontanment2 l'autre1 quand ils font une uvre4 ,sans aller1 comme certains esthtes1 jusqu' se convaincre que1 pour avoir un style1 on doit noncer les choses en des termes dont personne n'userait1 il composait ses ides un vtement de songe4 ,il aurait pu obir aux appels faciles de l'improvisation2 il produisait1 au contraire1 avec une difficult voulue4 ,lorsqu'il travaillait1 il se couchait--ft-ce au milieu du jour--rapprochait du lit son pupitre1 et l rvait les phrases1 les regardait se former mot mot1 prendre leur me en mme temps que leur corps4 ,mais ce choix du vocable ne s'accomplissait pas aisment1 car sa probit d'artiste se laissait combattre par des scrupules trangers#fg4 #fg ,gustave ,guiches1 cit par ,,rougemont 7,villiers de l',isle-,adam1 p4 #aaj74 ,il pesait les mots1 disait-il1 dans des balances en toile d'araigne4 ,ce n'tait point la manire d'un rhteur1 d'un parnassien choyant une pithte pour elle-mme4 ,il se tourmentait d'enclore dans une priode toute la puissance de synthse visionnaire qu'elle pouvait susciter4 ,moins simple que ,flaubert1 il ne visait pas1 comme lui1 la seule nettet plastique2 il voulait pntrer au del des formes4 ,va oultre1 lui enseignait une des deux devises de sa race4 ,il cherchait voir et rvler l'intime des tres1 faire sentir le mystre dont ils sont pleins4 ,voici1 par exemple1 l'vocation nocturne d'un coin de ,jrusalem1 dans le palais de ,salomon3 ,au-dessus d'eux1 hauteur des feuillages extrieurs1 la mystrieuse ,salle des ,enchantements1 uvre des ,chaldens1 la ,salle o mille statues de jaspe font brler une fort de torches d'alos1 la haute ,salle des festins1 aux colonnades mystiques1 expose tous les vents de l'espace1 prolonge1 au milieu du ciel1 le vertige de ses profondeurs triangulaires3 les deux cts de l'angle initial s'ouvrent1 en face du ,moria1 sur la ville ensevelie dans l'ombre du ,temple1 tiare lumineuse de ,sion#fh4 #fh ,l',annonciateur 7,contes cruels1 p4 #cbc74 ,qu'on ne demande pas de telles phrases le relief architectural d'un lieu bien dfini2 ,villiers nous apporte moins et plus2 il entre-bille1 dans le brouillard d'un rve1 la salle inimaginable o brle1 aux mains de mille statues1 la fort des torches2 et1 dominant ,sion1 la forme mystique de leur flamboiement lui apparat semblable une tiare lumineuse4 ,or1 pouvait-il configurer cette hyperbole de splendeur et ne pas imposer l'expression quelques violences anormales8 ,des trouvailles de ce genre3 prolonge le vertige de ses profondeurs triangulaires correspondent une complication dcadente de style1 telle qu'en poursuivent1 aujourd'hui encore1 des symbolistes attards4 ,on dirait que pour ces chercheurs de quintessence les rapports habituels des mots rendent un son us de vieil orgue4 ,villiers1 aprs ,baudelaire et ,po1 semblait trop souvent crire dans cet tat d'hyperacuit lucide que dtermine l'opium1 au dbut de l'ivresse#fi4 ,le simple et le rel lui devenaient alors inexistants et l'on s'explique des paysages1 comme celui-ci1 o lui-mme reconnat une sorte de simulation imaginaire3 ,c'tait le crpuscule d'une journe d'clipse4 ,a l',occident1 des rais d'une aurore borale allongeaient sur tout le ciel les branches de leur sinistre ventail4 ,l'horizon donnait la sensation d'un dcor444 ,du sud au nord-ouest se roulaient de monstrueux nuages pareils des monceaux de ouate violette1 bords d'or4 ,les cieux paraissaient artificiels#gj4 #fi ,tout le monde sait que ,po et d'autres entretenaient avec des liqueurs fortes leur exaltation quotidienne4 ,villiers fut-il exempt de ces habitudes8 ,ceux qui l'ont connu l'affirment1 quoiqu'il passt au caf la plupart de ses nuits4 #gj ,l've future1 pp4 #cac1 #cad4 ,de mme1 quand il essaie d'illuminer l'intrieur des mes1 il s'vertue tre profond1 profond jusqu'au vertige1 mais ne l'est point sans des obscurits inquitantes3 ,lorsque le front seul contient l'existence d'un homme1 cet homme n'est clair qu'au-dessus de la tte2 alors1 son ombre jalouse1 renverse toute droite au-dessous de lui1 l'attire par les pieds1 pour l'entraner dans l',invisible4 ,en sorte que l'abaissement lascif de ses passions n'est strictement que le revers de la hauteur glace de ces esprits#ga4 #ga ,l',annonciateur 7,contes cruels1 p4 #ccc74 ,dans un pome lgendaire1 la surtension descriptive1 les nuages du sentiment appartiennent1 en un certain sens1 l'irralit du sujet4 ,mais au thtre1 il est plus difficile d'accepter des hommes et des femmes vtus comme nous et dclamant des proses lyriques qu' leur place jamais des humains vraisemblables n'auraient l'ide de concevoir4 ,les deux dernires parties d',axel 7le monde occulte et le monde passionnel7 rsistent1 par l1 aux conditions normales du verbe scnique2 ,axel1 matre ,janus1 ,sara1 discourent comme des livres2 ou plutt c'est1 en eux1 ,villiers dont le lyrisme mtaphysique dialogue avec lui-mme4 ,en #ahgj1 il put faire jouer un petit drame deux personnages1 la ,rvolte#gb1 impeccablement crit1 d'une perfection de langage mme trop stricte pour sembler vraie4 ,le sujet met aux prises un banquier et sa femme1 lui1 sec et positif1 elle1 affame de tendresse sentimentale et de posie4 ,or1 les moindres paroles de ce bourgeois sont ornes de la distinction concise1 tranchante propre ,villiers2 l'ironie de l'auteur perce partout1 notamment en cette tirade#gc o ,flix dclare3 ,je n'aime pas les montagnes trop hautes1 ni dans les personnes1 ni dans la nature4 ,si l'on veut tre sublime444 qu'on le soit du moins avec discrtion4 #gb ,,lemerre1 d4 #gc ,pages #bf-bg4 ,aprs quelques reprsentations orageuses1 la ,rvolte tomba et n'a jamais t reprise4 ,une des causes de son chec fut l'criture continuellement artiste de scnes o la mdiocratie moderne ne pouvait reconnatre le timbre de sa voix vulgaire4 ,villiers de l',isle-,adam suscite peut-tre l'impression de l'artificiel1 parce qu'il demeure aristocrate1 alors que le naturel1 en son temps1 et t de sentir et de parler comme un bourgeois4 ,mais son art est vraiment factice1 toutes les fois qu'il se trahit1 soucieux de se faire valoir avant de faire valoir les choses mmes qu'il veut rendre4 ,car1 en somme1 c'est ici la ligne de partage entre le naturel et l'artificiel3 quand un sentiment spontan1 une juste interprtation de l'humain ou du divin prdomine sur les procds esthtiques et le mirage verbal1 l'crivain est proche du naturel1 de la bonhomie1 et il a les plus hautes chances de s'y maintenir1 s'il se soumet et s'efface devant les ralits4 ,seulement1 les ralits1 il faut y croire1 et l'idaliste ,villiers1 trop souvent1 incline les tourner en un jeu4 ,c'est alors que la bonhomie lui manque avec la simplicit4 99 99 99 99 99 ,cependant l'artificiel1 pour achever de se dfinir1 a besoin d'tre mis en contraste avec ce qui ne l'est pas4 ,villiers1 dans ses plus franches inspirations1 atteignit cet tat de foi intuitive o la sincrit du cur et de l'intelligence donne l'irrsistible accent du vrai4 ,il chappe d'abord l'artificiel par le dsir de s'en vader4 ,un admirable lan lyrique1 dans l've future1 nonce douloureusement cette angoisse de l',illusion qui se voudrait existante et relle1 tandis qu'elle n'est qu'une apparence1 un songe et un cho4 ,hadaly regarde le parc illumin par la lune3 ,nuit1 dit-elle1 avec une simplicit d'accent presque familire1 c'est moi1 la fille auguste des vivants1 la fleur de ,science et de ,gnie rsulte d'une souffrance de six mille annes4 ,reconnaissez dans mes yeux voils votre insensible lumire1 toiles qui prirez demain2 et vous1 mes des vierges mortes avant le baiser nuptial1 vous qui flottez1 interdites1 autour de ma prsence1 rassurez-vous6 ,je suis l'tre obscur dont la disparition ne vaut pas un souvenir de deuil444 ,o parc enchant6 ,grands arbres qui sacrez mon humble front des reflets de vos ombrages6 ,herbes charmantes o des tincelles de rose s'allument et qui tes plus que moi6 ,et vous1 cieux d',esprance1--hlas6 si je pouvais vivre6 ,si je possdais la vie6 ,oh6 que c'est beau de vivre6 ,heureux ceux qui palpitent6 ,o ,lumire1 te voir6 ,murmures d'extase1 vous entendre6 ,amour1 s'abmer en tes joies6 ,oh6 respirer seulement une fois1 pendant leur sommeil1 ces jeunes roses si belles6 ,sentir seulement passer le vent de la nuit dans mes cheveux6 ,pouvoir1 seulement1 mourir6#gd #gd ,pages #cdc-cdc4 ,en attestant par la voix d',hadaly que la science ne peut contrefaire la vie1 uvre transcendante1 ,villiers nonait donc implicitement3 ,la vie1 hors de ma pense1 existe et j'y crois4 ve1 c'est la vie4 ,dans ce roman bizarre o il dploie une ingniosit prodigieuse transmuer en posie une fiction scientifique1 s'est dlivre sa nostalgie de la femme idale ayant une me parfaite comme son corps1 de l've ptrie par les mains divines2 il ne rve pas un paradis futuriste1 il se ressouvient de l'den perdu4 ,la soif d'absolu dont il brlait ne pouvait se calmer qu'en buvant dans les yeux de la crature dsirable la lumire de l',essence incre4 ,il retrouvait l'apptit platonicien et chrtien de la ,beaut pure1 de l'tre4 ,celte et gentilhomme1 ataviquement initi au culte de la femme1 il a fait entreluire1 en beaucoup de ses contes1 des figures d'hrones dlicates et sublimes1 qu' force de sincrit il rend vraisemblables3 ,je sentais1 dit l'ami de ,mlle d',aubelleyne1 que c'tait seulement la transparence de son me qui me sduisait en cette jeune femme1 et que toute passionnelle pense1 sa vue1 me serait toujours d'un idal mille fois moins attrayant que le simple et fraternel partage de sa tristesse et de sa foi4 ,ruth ,moore#ge1 ,frdrique#gf1 ,paule de ,luanges#gg portent le commun signe d'une distinction mystique1 thre et grave1 qui vapore en partie la substance charnelle de leur ralit et les laisse pourtant vraies1 au moins d'une vrit de songe1 exemplaires de la ,femme presque restitue sa candeur et sa perfection primordiales4 #ge ,dans son drame1 ,le ,nouveau ,monde4 #gf ,l'amour sublime4 7,nouveaux ,contes cruels47 #gg ,la ,maison du bonheur 7,histoires insolites74 ,d'autre part1 quand ,villiers a voulu rendre la bassesse ou la perversit fminine1 s'il n'a pas lud quelques lieux-communs romantiques 7sa ,mistress ,andrews du ,nouveau ,monde71 il a burin avec une force incisive1 et sans lourdeur1 ces modles effrayants de sottise goste ou de professionnelle dpravation1 ,miss ,alicia ,clary1 la cabotine pour qui sa voix et sa beaut ne sont qu'un gagne-pain1 et ,miss ,evelyn ,habal1 la danseuse qui mne1 par une lente dchance1 son amant jusqu'au suicide4 ,il serait difficile d'exposer plus pertinemment le mcanisme d'une passion dgradante qu'en cette aventure d',anderson avec ,miss ,evelyn ,habal1 et ,villiers atteint une des causes les plus secrtes du prestige meurtrier que dtiennent de pareilles femmes3 ,leur action fatale et morbide sur leur victime est en raison directe de la quantit d'artificiel dont elles font valoir--dont elles repoussent plutt--le peu de sductions naturelles qu'elles possdent#gh4 #gh ,l've future1 p4 #aia4 videmment1 son optique d'idaliste l'induisait trop distribuer les humains en deux catgories3 ceux que tourmente un idal et ceux qui vgtent dans le terre--terre des calculs et des convoitises4 ,il n'en eut pas moins1 sur la vie quotidienne1 des intuitions d'une certitude prophtique4 ,a ses yeux1 par exemple1 manciper les apptits de la plbe1 c'tait dplacer le faix des souffrances et l'accrotre au lieu de l'allger3 ,la victime1 une fois ses liens desserrs1 n'a gure d'autre idal que d'en treindre le col de son librateur1 car la place des misrables ne saurait demeurer vacante en ce monde1 et l'on ne peut en racheter un seul qu'en se substituant lui#gi4 #gi ,tribulat ,bonhomet1 p4 #afa4 ,il prouvait1 devant la bassesse des masses1 un ddain compatissant qu'il a transcrit en plus d'un pathtique symbole3 tel le mendiant centenaire assis contre la grille du parvis ,notre-,dame et clamant3 ,prenez piti d'un pauvre aveugle1 s'il vous plat#hj4 #hj ,vox populi4 7,les ,contes cruels47 ,la voix de ce pauvre1 voix vraie1 intime voix du ,peuple lamentable1 persiste travers les tumultes des vnements1 toujours la mme1 et perptue la prire occulte de la ,foule qui ne voit pas sa misre et ne se sait point aveugle4 ,tel aussi le messager triomphal envoy des ,thermopyles ,sparte par ,lonidas et les ,trois ,cents4 ,il porte l'annonce de la victoire1 mais on le prend pour un fuyard1 et1 du haut des murs1 les citoyens le lapident1 crachent sur lui4 ,il tombe1 une nue de corbeaux le dchire encore vivant2 il meurt1 l'me perdue de cette seule gloire que jalousent les dieux et fermant pieusement les paupires pour que l'aspect de la ralit ne troublt d'aucune vaine tristesse la conception sublime qu'il gardait de la ,patrie444#ha #ha ,impatience de la foule 7,contes cruels47 ,comme ,vigny1 mais sans y mettre sa glaciale dsesprance1 ,villiers comprenait la majest des agonies silencieuses et de la rsignation dans la mort4 ,son duc de ,portland1 lpreux et moribond1 tendu1 minuit1 sur la grve o sa fiance s'agenouille prs de lui1 ne profre avant d'expirer que ces trois mots3 --,au revoir1 ,hlena6#hb #hb ,duke of ,portland 7,contes cruels74 ,au sens des grandeurs aristocratiques ,villiers ajouta celui des sublimits populaires1 tmoin la parole de ,ruth dans son drame1 le ,nouveau-,monde3 ,mon ,dieu1 bnissez ce pain qui va devenir du sang pour couler au nom de la ,libert#hc4 #hc ,le ,nouveau ,monde1 acte ,,iv1 p4 #acb4 ,sans rester captif des lgances artificielles1 il sut mettre au thtre1 selon leur vrit triviale de sentiment et d'locution1 des types plbiens comme le forat ,pagnol et le sinistre ,pre ,mathieu#hd4 ,dans le mode comique1 quelle satire exactement raliste du petit bourgeois1 l'ineffable scne du ,socle de la ,statue#he1 le dialogue de l'picier ,gambade et de son pouse1 le soir o est lu dput leur fils ,pantalon6 #hd ,personnages de l'vasion1 drame en #a acte 7,stock4 d474 #he ,le socle de la ,statue1 nouvelle insre dans un recueil posthume4 ,chez les passants 7,comptoir d'dition1 #ahij74 ,d'autre part1 le dernier des l',isle-,adam1 pour servir des causes qu'il jugeait sacres1 dploya1 en plus d'une rencontre1 une loquence de haute allure1 invinciblement dmonstrative4 ,l'entretien du ,duc et du ,chevalier#hf1 aprs la mort du ,comte de ,chambord1 indique1 sur l'avenir possible de la monarchie1 des vues essentielles4 #hf ,propos d'au-del 7,ajouts aux ,nouveaux ,contes cruels47 ,dans un ordre de conceptions plus stable1 le premier acte d',axel1 taill au cur des liturgies monastiques1 en dveloppe non seulement les magnificences tangibles1 mais l'intime asctisme4 ,le conflit muet de ,sara1 la novice1 et des forces traditionnelles qui s'vertuent la retenir1 l'abbesse et l'archidiacre dresss comme des images de vitrail1 et si vivants dans la roideur oppressive de leur dogmatisme1 la jubilation nocturne de ,nol1 le ,non terrible qui1 tombant des lvres de ,sara1 l'instant de profrer ses vux1 change en tnbres d'horreur l'allgresse de l'office1 le geste de la rebelle1 quand elle contraint1 la hache en main1 l'archidiacre descendre dans le caveau de l'in pace o il voulait la faire ptir1 cet ensemble1 d'une puissance barbare et d'une angoissante solennit1 forme un des plus beaux pomes catholiques qu'on ait jamais rvs4 ,enfin1 n'envisager1 chez ,villiers de l',isle-,adam1 que l'ironiste et le lyrique intime1 dans son ironie mme les vrits surabondent4 ,les bassesses des temps modernes1 le mercantilisme1 le scientisme1 l'avilissement des intelligences1 l'idoltrie du ,progrs resteront marqus1 par ses mots incisifs1 d'une cicatrice de plus en plus nette et mordante1 mesure que l'exprience des gnrations aura mieux accus la justesse de ses traits4 ,sa revanche sur les sottises et les iniquits dont il souffrit leur survivra4 ,son lyrisme1 plus abstrait que sentimental1 dlie des nuances indites dans les clairs-obscurs mal explors de la vie intrieure4 ,l'invisible1 dans ses phrases1 donne plus au visible qu'il n'en reoit4 ,sa vision atteste1 au del des phnomnes1 des rgions irrvles4 ,le plus saisissant1 peut-tre1 de ses contes1 l',intersigne#hg nous met de plain-pied avec des mondes inconnus et proches dont nous spare seulement la gele obscure de nos sens4 ,l1 le surnaturel s'insre1 sans violence factice1 parmi des conjonctures tragiquement simples et normales4 ,a une poque ngatrice du mystre1 ,villiers aura t l'un des hommes par qui le mystre a dit d'une voix inludable3 ,j'existe4 ,et sa prose1 avec des sonorits neuves1 nous chante l'antique mlodie des sicles o le cur des hommes montait de ce qu'ils voyaient ce qu'ils ne voyaient pas4 ,ses mtaphores font souvent entreluire des horizons immenses1 comme l'arche prismatique d'un arc-en-ciel illumine1 dans un soir humide1 des avenues indfinies de nues4 #hg ,dans les ,contes cruels4 ,tout cela n'est point de l'artificiel1 mais de la profonde ralit4 ,j'achve ces rflexions1 ma fentre ouverte en face du jardin mme dont les arbres1 il y a trente ans1 purent consoler ses yeux de moribond4 ,derrire ces marronniers plus touffus qu'alors le soleil dcline ainsi qu'une strophe expire aux lvres lasses d'un pote1 et demain1 revivra1 aussi jeune qu'hier4 ,quelques mois avant la mort de ,villiers1 un autre mourant1 et aussi glorieux1 ,barbey d',aurevilly1 regardait1 le jour de ,pques1 ces mmes arbres1 une dernire fois4 ,pourquoi ,barbey d',aurevilly1 moins affin1 moins artiste1 nous semble-t-il plus sain et fort que ,villiers de l',isle-,adam8 ,une ddicace de son ,chevalier ,destouches ,victor-mile ,michelet abrge le secret de sa supriorit3 ,en agissant1 dit-il des hros de son roman1 ils firent nos livres4 ,nous n'avons su que les crire4 ,d',aurevilly considrait que l'action est la fin suprme4 ,l',axel de ,villiers dclarait au contraire3 ,j'ai trop pens pour daigner agir4 ,or1 on a vu quelles suites impliqua cette erreur d'isoler la pense de l'acte4 ,l'art1 issu du rel1 doit tendre1 de toute son nergique certitude1 au rel1 afin d'accrotre1 dans ce qui mrite de durer1 la permanence de l'tre4 ,,le ,,greco ,,de ,,maurice ,,barr,s ,,et ,,le ,g,,nie ,,mystique ,,de ,l',,espagne ,l',espagne offre ,maurice ,barrs une somme de concidences avec sa complexion et son esprit que nul pays1 sauf la ,lorraine1 ne lui rserverait4 ,extrieurement1 on imagine sans peine son profil parmi ceux des gentilshommes en noir qui1 sur la toile de ,greco1 assistent la spulture du comte d',orgaz4 ,chez lui1 comme chez ces ,toldans1 se discerne un fond nerveux et triste1 un ensemble d'indolence aristocratique et d'nergie discipline1 une me voluptueuse et pourtant svre1 de l'enttement au point d'honneur et certaines traditions1 il faut ajouter ce que lui-mme dit de leur peintre1 un art matre de soi1 liminant avec un magnifique sang-froid1 tout ce qui n'est pas l'essentiel1 d'une intensit froide et lumineuse1 capable de rendre sensible la mtaphysique qui enveloppe ses modles1 et surtout ennobli de rverie religieuse4 ,la forme de sa pense s'ajuste aux lignes de paysages taills reliefs concis1 plus imprieux que suaves1 o une lumire presque abstraite1 d'un gris cendr1 comme l'aimait ,vlasquez1 anime de ses vibrations rythmiques les plus tnus dtails4 ,l',espagne qui lui correspond le plus exactement me semble celle de ,tolde1 beaucoup plus que l'autre1 dont il couta la chanson avant d'crire3 ,du sang1 de la volupt et de la mort4 ,dans les impressions qu'il avait reues de cette dernire1 quelque chose persistait des images que nous en rapportrent un ,mrime1 un ,gautier1 un ,hrdia4 ,sans doute1 la ,sville qu'a depuis magnifie ,louis ,bertrand dans ses fresques du ,rival de don ,juan pouvait retenir quelques jours son admiration d'artiste2 aujourd'hui encore il aime la plnitude sensuelle qui s'exhale des vigoureux chevaux d',andalousie1 d'une jeune ,svillane clatante4441 des normes illets parfums de ,cordoue4 ,mais ce qu'il y a1 dans l',espagne populaire1 d'exubrance1 de jovialit1 d'emportement1 de faconde et de gesticulation le divertit sans le pntrer#hh4 ,au rebours1 il devait s'attacher l',espagne castillane et noble1 recluse en ses villes de province1 dans ses maisons armories1 dans la courtoisie de sa vieille civilisation1 dans ses orgueils et sa foi4 ,la singularit des mes l'y attire et le mystre des races complexes que le principe catholique a domptes sous lui4 #hh ,barrs me disait un jour qu'il aimait peu ,goya1 mme le ,goya jeune1 blouissant du ,prado4 ,c'est qu'il sent sous cet clat charnel un fond de vulgarit4 ,c'est le mysticisme contemplatif de ,greco qui fixa son attrait pour ce peintre trange2 les chapitres ramasss comme des eaux-fortes o il fait saillir les caractres de ,tolde aboutissent une sorte d'essai sur la mystique espagnole1 une apologie succincte de la vie supra-sensible4 ,mais1 bien que cet ordre de rflexions nonce le mouvement de son intelligence vers une spiritualit de plus en plus ferme1 il n'y porte aucun dogmatisme et se contente de transcrire ce qu'il a ressenti dans une glise1 un couvent ou en face de quelques tableaux4 ,a ceux mme qui ne connaissent ni ,tolde ni l',espagne1 il impose la justesse de ses observations4 ,une des forces de ,m4 ,barrs est de savoir1 en prsence d'un objet ou d'un problme1 dcouvrir d'un coup d'il le point vif qu'il faut atteindre1 reconnatre la position prendre et s'y tenir obstinment4 ,quand d'aventure il dcrit1 des traits rapides lui suffisent pour configurer les linaments des tres et ce qu'il appelle leur qualit morale4 ,je revenais d'un plerinage transpyrnen lorsque je lus son livre2 je pus d'autant mieux saisir l'exactitude de ses notations sur le catholicisme espagnol2 autour d'elles mes souvenirs se brodaient4 ,l o il montre1 dans la cathdrale de ,tolde1 des enfants de chur courant comme des estafettes1 j'en revoyais deux1 pendant une grand'messe1 ,barcelone1 qui1 au sortir de la sacristie1 s'en allaient par une nef1 babillant1 riant1 et se faisant l'un l'autre un simulacre de gnuflexion gentille et preste1 sans indcence ni vulgarit4 ,de mme1 son simple mot sur les trilles des sonnettes l'lvation1 me reprsentait un clergeon1 les mains pendues une corde1 dans l'attente de l'instant o le prtre s'agenouillerait devant l',hostie1 et alors un soudain carillon1 dgringolant en tierces1 de clochettes criardes dont la frnsie prolonge semblait vouloir rendre plus prodigieux le ,mystre accompli sur l'autel4 ,un des traits qui sautent aux yeux dans la dvotion espagnole est justement la familiarit avec les choses saintes1 l'aisance o l'on est chez ,dieu1 comme chez soi4 ,les fidles ignorent les allures compasses que nous infligea le rationalisme jansniste4 ,d'autre part1 il leur manque cet lment d'apologtique qui nous vient de la chaire1 si indigente qu'elle soit2 les prtres espagnols dbitent1 pour la plupart1 leurs sermons avec une effrayante volubilit2 ils paraissent se piquer de ne jamais respirer entre les phrases4 ,l'auditoire est mis hors d'tat de suivre des ides1 et il s'en passe1 attentif seulement la mimique1 au rythme des priodes et au son des mots vnrables4 ,tandis que1 dans nos cathdrales1 tout converge unitairement la grande nef et au matre-autel1 le coro qu'enferme un jub et o s'isolent les chanoines ne laisse autour de la ,capilla mayor qu'un espace restreint4 ,les fidles s'parpillent le long des chapelles ou s'en vont aux multiples autres glises2 jamais1 sauf pour les grandes ftes1 on n'a l'impression d'une foule assemble et ordonne dans une ferveur compacte4 ,les retables dors1 les statues tages au creux des niches et les baldaquins en style baroque ont l'air de ne s'taler que pour flatter l'orgueil des sacristains et rjouir les yeux des pauvresses qui1 assises sur leurs talons1 dvident tout haut leur chapelet4 ,ce faste1 ,m4 ,barrs en lucide d'un mot l'origine1 lorsqu'il voque le triomphe de l'glise militante proclam par ces orchestres de fer1 d'argent1 de marbre et d'or4 ,le catholicisme d',espagne1 en conflit permanent avec le gnie smitique1 marqua sur lui sa victoire par une emphase qu'excitait l'apptit d'hidalgos pauvres pour les opulences les plus arrogantes4 ,au fond1 la mme passion de vivre que rvle la sensualit de ce peuple se transmue en dsir mystique4 ,tendu vers la certitude de la possession1 il veut avoir1 ds ici-bas1 dans la bouche1 le got de ce qui ne peut pas mourir4 ,c'est pourquoi le dogme de la ,prsence relle seul assouvit sa foi4 ,maurice ,barrs a trs bien vu que le catholicisme espagnol est1 avant tout1 eucharistique4 ,et ce ralisme sacramentel fut l'aliment du ralisme dans l'art2 le plus laid des gueux semblait aux peintres avoir le droit de prendre place1 tel qu'il tait1 sur une toile1 aussi bien qu'il l'avait de s'agenouiller la ,table sainte4 ,de mme1 dans un pays o l'adoration de la femme se changeait volontiers en idoltrie chevaleresque1 ce sentiment pur1 surnaturalis1 lana les mes au culte perdu de la ,vierge immacule4 ,si la personne du ,christ souffrant se prsentait aux imaginations avec des plaies rouges et des opprobres tangibles1 c'tait moins un instinct de volupt cruelle qui se complaisait ces violences qu'un besoin de sentir1 de savourer la ,rdemption dans la vue d'une chair divine humilie et du prcieux ,sang rpandu4 ,il ne faudrait pas en conclure que la pit des ,espagnols s'arrte grossirement des images4 ,m4 ,barrs admire leur noblesse de contemplation asctique1 o il veut reconnatre pourtant des affinits juives et arabes4 ,mais une nergie s'y ajoute que les smites avaient peu connue1 le libre amour conqurant ,dieu par la plnitude de la foi1 une sorte d'aimantation qui prcipite vers les gloires clestes l'tre spirituel et arrache les corps eux-mmes leur poids corruptible4 ,chez les saints espagnols ce don d'extase--trs diffrent des visions passives comme celles des ,prophtes juifs--atteignit une puissance vraiment sans gale4 ,l'exemple le plus extraordinaire que j'en connaisse se rencontre dans la vie de saint ,jean de la ,croix4 ,il s'entretenait un jour avec sainte ,thrse1 spar d'elle par une grille1 lorsqu'il sentit soudain que la vhmence du dsir de ,dieu le soulevait au-dessus du sol2 il rsistait l'impulsion1 pesait sur le sige o il tait assis1 mais1 malgr lui1 montait1 et sainte ,thrse1 son tour1 emporte par la mme ardeur1 perdait terre1 s'levait4 ,un tel pisode explique comment les peintres de l'poque surent fixer1 sans froideur ni contorsions1 de semblables tats surnaturels4 ,le ,saint ,hermnigilde d',herrera le ,vieux bondit1 un crucifix au poing1 vers les espaces radieux d'o les ,anges lui tendent les bras1 et il n'a point d'autres ailes que l'esprance et la charit4 ,nul1 mieux que ,greco1 n'a rendu cette ascension des formes allges de la misre terrestre4 ,le ,christ de sa ,rsurrection1 mince1 dmesurment long1 son tendard la main1 se dlivre du spulcre2 les gouffres du ciel l'aspirent hors de nos tnbres2 il monte comme une pierre descend4 ,dans sa ,pentecte1 analyse avec motion ,maurice ,barrs1 les ,aptres et les saintes femmes s'lancent d'un seul et mme mouvement1 hors de leur condition naturelle1 pour rejoindre l',esprit-,saint qui plane lumineusement4 ,nous les voyons devant nous qui se spiritualisent4 ,un enchantement d'enthousiame les perce et les transfigure1 les hrose4 ,cette transposition des apparences au sein d'une lumire extatique dveloppe dans la pense de ,m4 ,barrs une curiosit dont les effets dpassent la mystique et l'art espagnols1 parce qu'elle touche au plus intime de la vie spirituelle4 ,l'ide de perfection qu'noncent les figures de ,greco ne repose point sur l'harmonie plastique2 souvent il tire les corps1 projette sur les visages une clart spectrale4 ,y a-t-il donc un dsquilibre suprieur l'harmonie8 ,ou bien ne faut-il pas une rupture d'quilibre pour constituer un quilibre plus parfait8 ,tout lan vers l',invisible suppose le ddain d'une sant moyenne1 l'immolation des apptits infrieurs1 et l'art lui-mme1 chez ceux qui s'y donnent absolument1 devient un mode d'asctisme dont ,flaubert a condens le symbole en cette phrase d'une de ses lettres3 ,de cet arbre au feuillage verdoyant je voulais faire une colonne toute nue pour y poser tout en haut je ne sais quelle flamme cleste4 ,maurice ,barrs1 en d'autres temps1 semblait suivre un idal analogue celui de ,gthe1 la mise en uvre mthodique de toutes ses facults d'homme1 afin de porter son ,moi au plus haut degr possible de puissance et de bonheur4 ,aujourd'hui1 sans renoncer aux fins immdiates1 il se prend concevoir que la perfection dernire est le fruit du ,sacrifice4 ,mais qui donc peut lui en offrir l'exemple8 ,ce ne sera ni ,greco ni aucun artiste de la plus mystique ,espagne4 ,seuls1 les ,saints rconcilient avec une pleine aisance l'ternel et le transitoire3 sainte ,thrse et saint ,jean de la ,croix n'ont-ils pas crit1 l'un son livre des ,fondations1 l'autre ses ,maximes et avis spirituels1 deux merveilles de sagesse pratique8 ,l'harmonie des forces que paraissait rompre le perptuel holocauste de leur corps et de leur volont tait refaite en eux suprieurement par la ,grce4 ,,maurice ,,barr,s ,,et ,,sa ,,pens,e ,,religieuse ,la colline inspire ,j'ai relu ces jours-ci1 loisir1 comme elle le mrite1 cette uvre haute et singulire4 ,les ides qui la supportent1 les figures qui s'y dveloppent se sont faonnes et lies lentement dans une me mditative1 jusqu' ce que leur ensemble ait pris la cohsion1 l'ampleur d'un pome symphonique o l'on peroit sous la mlodie dominante les sonorits multiples de motifs accidentels et nanmoins profonds4 ,maurice ,barrs a voulu concentrer autour des ,baillard et de la colline mystique toute la geste du pays lorrain2 quand bien mme ses personnages sont un peu minces pour loger la richesse des sens qu'il lui plut d'accumuler en eux1 la force grave de son lyrisme les soutient dans des aspects hroques interrompus seulement par des phases de platitude et de triviales misres4 ,sur le mamelon herbu qui marque le plus haut point de la colline1 il a vu1 travers le vent et la pluie d'automne1 monter les ombres tristes des trois prtres hrsiarques4 ,ce qu'il a pu ranimer de leur histoire authentique1 ce qu'il en a devin par son intimit native avec la campagne lorraine1 il le retrace en traits srs et concis1 selon sa manire d'interprter moralement les faits et d'en construire une idologie4 ,d'un crayon dcisif il indique l'essentiel de leur vie extrieure1 mais dgage plus encore les mouvements de leurs mes associs aux vibrations des paysages1 l'pret des murs traditionnelles et surtout aux vertiges d'un mysticisme drgl4 ,si l'on veut pntrer les dviations mentales d'un hrtique1 il faut suivre le vintrasien ,lopold ,baillard en ses frnsies douloureuses et tenaces4 ,barrs a suprieurement expos le dsordre de cette intelligence croyante qui rpudie tout mdiateur et toute hirarchie4 ,dans la mise en valeur d'un tel caractre rien n'tait plus difficile que d'exprimer sans parti pris d'aversion ni complaisance sentimentale l'amalgame d'absurdit et de foi splendide1 de grandeur et de ridicule inhrent ses actes4 ,lorsque1 dnu de ressources1 il va mettre aux pieds d'une statue de ,marie la bourse des qutes1 dans l'espoir qu'un miracle la remplira1 son lan serait admirable s'il partait d'une confiance humble et non d'un orgueil d'illumin4 ,ailleurs1 quand il se raidit contre l'amertume des opprobres en se comparant au ,christ insult par la populace1 c'est l'orgueil aussi qui change un sentiment sublime en une illusion dmente4 ,aprs l',anne noire1 qu'il avait prophtise avec enthousiasme--car le fanatique1 observe ,barrs1 reoit de ses visions un surcrot d'nergie1 alors mme qu'elles le terrifient1--il prononce un mot d'une surprenante clairvoyance1 mais o se soulage son amour-propre exaspr3 ,les ,franais n'ont pas t assez malheureux444 ,c'est recommencer4 ,l'art de ,barrs1 sobre et ddaigneux des gros effets comme des analyses pesantes1 laisse sentir par de simples1 mais fortes notations1 en quoi ce rvolt verse dans le faux1 et d'autant plus qu'il se croit dans le vrai1 qu'il s'engage sans cesse sur la lisire du droit sentier pour en ressortir l'instant4 ,et les dsastres de ses ambitions1 au lieu de lui rendre une vue nette de ses erreurs1 l'y emmurent plus obstinment4 ,il a beau1 avant de mourir1 signer une rtractation2 son ide fixe ou plutt la volont fanatique de ,vintras s'entte le dominer4 ,il ne veut ni ne peut comprendre qu'il s'est tromp3 ,vintras1 tu as pass par ces preuves4 ,telle est sa parole suprme4 ,cette tragdie d'une me insoumise me semble d'un prodigieux attrait2 elle et t pourtant plus poignante si l'crivain y avait infondu les terreurs et les extases d'une foi dont il aurait l'immdiate exprience4 ,en plus d'un pisode1 il fait entrevoir la prsence possible d'un agent dmoniaque3 c'est la nuit1 dans la ,chartreuse de ,bosserville1 o ,lopold sent quelque chose entrer et s'arrter auprs de son lit444 ,ce qu'il sentait l1 prs de lui1 vivant et se mouvant1 c'tait abstrait comme une ide et rel comme une personne444 ,et1 le plus odieux1 c'est que cette chose1 il ne pouvait la fixer nulle part4 ,elle ne restait jamais en place1 ou plutt elle tait partout la fois1 et s'il croyait par moment la tenir sous son regard1 dans quelque coin de la chambre1 elle se drobait aussitt pour apparatre l'autre bout4 ,c'est la tentative diabolique de ,sur ,lazarine#hi voulant sduire l',abb ,florentin4 ,ce sont les simagres mmes de ,vintras1 ces exhibitions d'hosties sanglantes ou parfumes1 de calices vides tout d'un coup remplis de vin1 supercheries probables d'un bateleur--autrement1 on devait y reconnatre des phnomnes d'un satanisme effrayant2--mais1 en racontant ces faits tranges1 ,barrs observe l'attitude d'un historien pote que son sujet captive1 il n'prouve ni de donne l'apprhension d'une ralit surnaturelle4 #hi ,barrs a trs bien senti1 mais montre discrtement qu'une exaltation mystique sans contrainte pouvait aboutir1 chez les femmes surtout1 des fureurs hystriques et des garements charnels4 ,quelle est donc au juste sa pense devant ces visionnaires8 ,outre la posie lorraine de leur histoire1 tait-ce une curiosit de psychologue qui l'attirait s'y enfoncer8 ,ou bien poursuivait-il cette investigation en homme troubl par les problmes de l',invisible et qui veut au moins voir clair dans la notion qu'il s'en fait8 ,aprs la campagne que nul1 sa place1 n'et mene bien et qu'il a soutenue avec une tnacit si noble en faveur des glises1 beaucoup de catholiques attendaient la ,colline inspire comme un livre o s'attesterait une volont de croire1 o celui qui s'vertue sauver les murs et les votes du sanctuaire entrerait dans la nef pour s'agenouiller4 ,ils ont t dus2 certains mme--et ceux-l ont eu tort1 je crois--se sont scandaliss que des prtres et des religieuses apparussent en des postures de dchance et d'indignit4 ,pour moi1 je n'ai point eu d'tonnement1 vu la position dj prise par ,maurice ,barrs devant l'glise et ses dogmes1 et qu'il n'a pas encore dpasse4 ,la ,colline inspire me produit1 avant tout1 l'impression d'une enqute intrieure poursuivie par le moraliste sur son mode de religiosit et d'orthodoxie positiviste2 je l'y retrouve avec cette combinaison de fantaisie lyrique1 voluptueuse et d'intellectualisme dont il s'affranchira peut-tre un jour4 ,au dbut du livre1 l'idalisme renanien pse davantage sur son esprit2 ,l'me6 ,le ciel6 crit-il p4 #ag1 vieux mots dont la magie garde sa force6 ,on croirait rentendre avec un autre son la phrase fameuse3 ,dieu6 l'me6 l'immortalit6 tous ces bons vieux mots6444 ,seulement ,renan ajoutait3 ,un peu lourds peut-tre1 et ceci1 ,barrs ne le penserait plus4 ,il s'est rendu compte que l'adoration religieuse est ncessaire aux mes1 et il accepte le catholicisme en tant que ses principes rpondent nos besoins actuels de civiliss et de ,franais4 ,mais1 dans la religion1 il admet la croyance elle-mme1 non l'objet de la croyance4 ,d'o le malaise que nous cause plus d'une page de la ,colline inspire4 ,a nous qui possdons la ,face vivante de l',homme-,dieu et de sa ,mre1 que nous importent ,rosmertha1 la grce quivoque et dfunte de l',hermaphrodite1 et toutes les fausses images vanouies devant la clart du ,christ6 ,le pote coute les ,symphonies sur la prairie1 le chant qui sort de deux mes1 celle de l'enthousiaste sans loi1 et celle du prtre fidle la rgle4 ,il peroit avec dlices leur alternance et serait afflig si1 en ce drame musical1 l'une des deux parties manquait4 ,qui des deux a raison contre l'autre1 le ,pre ,aubry ou ,lopold8 ,en fait1 la droiture de ,barrs n'hsite pas2 il conclut la ncessit salutaire de l'orthodoxie1 et prsente comme juste1 si dure qu'elle soit1 la condamnation du schismatique4 ,seulement1 il ne reconnat point l'essence ternelle et absolue de la hirarchie1 cette manation de l'autorit du ,verbe1 allant du ,conscrateur invisible l'vque qui consacre le prtre1 et du prtre la communion des fidles4 ,la chapelle1 dans l'pilogue1 nous dit3 ,visiteurs de la prairie1 apportez-moi vos rves pour que je les pure1 vos lans pour que je les oriente444 ,je prolonge la prairie1 mme quand elle me nie4 ,j'ai t construite1 force d'y avoir t rve444 ,qui que tu sois1 il n'est en toi rien d'excellent qui t'empche d'accepter mon secours444 ,nous avons t prpars1 toi et moi1 par tes pres#ij4 ,comme toi1 je les incarne444 #ij ,entre cette conception et celle de ,charles ,maurras on a signal des analogies4 ,l'une et l'autre concident1 en effet1 sur ce point4 ,mais1 dans l'ensemble1 les tendances religieuses de ,barrs contredisent les principes de ,maurras1 puisqu'il fait une large place au sentiment4 ,sous l'loquence de ce langage persiste l'inadmissible ide que le catholicisme1 comme tout autre systme religieux1 a t prpar par les rves des gnrations et constitu par une loi toute naturelle d'ordonnance et de discipline1 en d'autres termes1 qu'il n'est pas vraiment divin1 au sens o nous y croyons4 ,il y a pourtant1 au seuil du mme pilogue1 un passage qui laisse percer1 chez ,maurice ,barrs1 une inquitude mystique plus srieuse1 c'est en sa rflexion sur les saisons qui recommencent3 ,combien de fois me sera-t-il donn de tourner dans ce cercle qui1 moi disparu1 continuera infatigablement8 ,l'nigme de la mort s'offre sur son chemin1 et il ne fuit pas devant elle4 ,le seul endroit de la ,colline inspire o l'motion de l'crivain impose un tour de vrit son expression de la foi catholique1 n'est-ce pas l'admirable chapitre qui raconte la fin du vieux ,baillard rconcili8 ,aprs une telle uvre1 je ne vois pour son art qu'un moyen de grandir4 ,dieu ne lui a pas fait largesse de si beaux dons uniquement afin que son me se donne en spectacle elle-mme4 ,ce musicien prestigieux est attendu aux orgues saintes o peut seule rsonner la mlodie des certitudes4 ,avant d'y poser ses doigts1 il lui reste prier avec nous pour que l',esprit descende en lui4 ,,georges ,,dumesnil ,au moment o j'appris sa mort1 le matin du #g aot#ia1 je descendais entendre la messe l'glise voisine4 ,on y clbrait un service pour un soldat tomb au loin2 un drapeau1 derrire le catafalque1 tait dploy4 ,dans l'affliction qui m'absorbait1 je ne pus suivre les rites1 couter l'absoute qu'en appliquant tout l'office notre ami1 comme si son corps et t l1 entre les cierges4 ,certes il mritait bien le grand repos1 lui qui a tant travaill1 et la lumire promise1 aprs l'avoir si fermement attendue4 ,et n'avait-il pas succomb1 lui aussi1 pour la ,france1 ayant souffert pour elle plus que beaucoup de soldats dans les tranches8 #ia ,dumesnil est mort le #ca juillet #aiaf4 ,dumesnil est un des ,franais qui ont pris le plus au srieux la guerre4 ,ds le commencement il avait offert ,dieu sa propre vie1 s'il lui plaisait de la prendre afin que le pays ft sauv4 ,durant les premiers mois1 il traversa de terribles angoisses1 il eut des sueurs froides1 dclarait-il ensuite1 la pense d'un dsastre possible4 ,il connaissait les ,allemands1 il avait vu de prs leur force d'oppression2 peut-tre mme se l'exagrait-il2 et il se disait que la supriorit d'une civilisation ne suffit pas la dfendre3 les ,barbares1 au ,ve sicle1 culbutrent l',empire romain2 or1 jamais leurs dvastations n'ont t pleinement rpares ni venges4 ,ses ,rflexions pendant le combat soulagrent ses tourments et sa juste haine4 ,quelle revanche sur les ,germains1 ces notes incisives o1 la faon d'un chirurgien inflexible1 il dpouille et charcute l'paisseur de leur pdantisme1 les replis de leur frocit perverse6 ,il continua1 deux ans1 cette vivisection2 et1 si rpugnante que ft la matire1 jamais sa main ne trembla4 ,nanmoins son sang-froid couvrait des violences qu'il se fatiguait rprimer3 contrainte hroque1 mais qui aggrava le mal dont il a pri4 ,dumesnil1 d'ailleurs1 dans l'ensemble de ses actes1 matrisait sous le calme du philosophe une poignante sensibilit4 ,il a t un des rares penseurs de sa gnration vraiment dignes du nom d'intellectuel1 pithte souvent drisoire1 que l'on colle sur des cerveaux sensitifs1 hors d'tat de joindre logiquement deux ides4 ,il mit toute sa conscience dvelopper au plus haut point dont il tait capable la facult raisonnante#ib4 ,pourtant sa raison ne put mater sans des luttes constantes ses nerfs douloureux4 ,s'il n'avait t chrtien1 cet effort d'ascte s'vertuant vers une paix difficile l'et men au non-espoir stoque4 ,il en sortit vainqueur1 us1 malgr tout1 par sa victoire mme4 ,philosopher1 c'est apprendre mourir4 ,dumesnil le comprenait mieux que ,socrate2 bien qu'il aimt la vie prsente et les joies de son activit1 il s'tait longuement prpar autre chose2 il vivait comme un homme qui attend un ,visiteur dans la nuit et tient sa lampe allume444 #ib ,revue de la ,jeunesse du #be fvrier #aiad4 ,ses amis savent ce qu'ils perdent en le perdant4 ,sa droiture de cur leur assurait dans son intimit une plnitude de confiance2 il appelait l'affection par une bont large et accueillante1 mais si discrte qu'ayant beaucoup d'amitis il semblait appartenir uniquement chacune d'elles4 ,un vigoureux instinct de paternit l'attirait vers la jeunesse1 et les jeunes gens venaient lui4 ,j'en ai vu plus d'un1 aprs une simple rencontre1 se donner sans rserve son ascendant4 ,ils sentaient en sa personne une force directrice2 et sa bonhomie l'tablissait de plain-pied avec eux4 ,il savait les mettre en valeur1 les modelait son image sans opprimer leurs qualits propres4 ,le plus fervent de ses disciples fut ,lon ,silvy1 mort1 hlas6 en #aijg2 personne ne rendra gloire ,dumesnil autant que ,silvy l'a fait dans ses lettres#ic4 ,dumesnil tait aim des jeunes parce qu'il tait jeune encore aux alentours de la soixantaine1 ouvert l'imprvu des enthousiasmes1 presque naf dans certaines admirations4 #ic ,elles ont t runies en volume 7,beauchesne1 diteur74 ,en mme temps1 sa perspicacit faisait1 pour une grande part1 le charme de son commerce4 ,il n'eut rien d'un dilettante instable4 ,mais1 au lieu de se claquemurer dans un dogmatisme de pdagogue ou de mtaphysicien abstrus1 l'intrieur de quelques principes1 sans fentres sur l'espace tangible1 son exprience s'appropriait les faits significatifs aussi bien que son intuition pntrait les mes4 ,il laisse en histoire des vues originales2 il discourait pertinemment sur les peintres2 il commentait avec profondeur les potes1 exera lui-mme ses dons potiques et dramatiques4 ,l'art et la philosophie n'taient point devant ses yeux deux mondes trangers l'un l'autre2 son esprit de synthse s'attachait raliser leurs multiples points d'harmonie1 transmuer l'ide en image1 ainsi qu' illuminer l'image par l'ide4 ,les hommes de la gnration antrieure la sienne1 un ,taine1 un ,flaubert1 convoitaient une sorte d'universalit encyclopdique4 ,dumesnil1 en une sphre plus modeste1 manifesta comme un ,x,v,i,ie sicle succdant une ,renaissance exubrante#id4 ,il se souciait peu d'accumuler2 il triait1 il ajustait4 ,je retrouve1 dans sa manire de concevoir et d'crire1 le gnie strict d'un ,malherbe4 ,descartes tait son matre4 ,a l'poque de ,boileau1 il se serait vu rang parmi ceux qu'on appelait alors les honntes gens4 ,quand paratra1 plus tard1 sa correspondance1 elle tonnera par l'ampleur toute moderne des sujets qu'elle touche et enrichit1 mais nous y admirerons aussi la tenue1 la dignit1 l'aisance1 la sagesse pondre d'un ,franais de l'ancien temps4 #id ,flaubert voulut tre un classique2 mais il tait enclin aux expressions dbordantes1 ,rabelais l'enivrait3 ,ce que j'aime1 dit-il dans une de ses lettres1 c'est l'exubrance4 ,ces qualits fussent demeures vaines1 si la foi ne les et fertilises4 ,je viens de songer au ,x,v,i,ie sicle4 ,le christianisme1 tel que ,dumesnil l'exprimait1 voque la religion d'un auditeur de ,bossuet1 une religion solide et pratique1 plus raisonnable qu'exalte1 sociale et charitable avec mesure4 ,il laissait ,huysmans la recherche des singularits particulires aux tats mystiques4 ,ce n'tait pas qu'il ft dnu de mysticisme4 ,je me souviens mme d'un surprenant pisode qu'il me confia3 il avait une sur cadette1 fort pieuse2 elle mourut dix-sept ans2 quelques annes aprs1 un jour qu'il se dbattait intrieurement dans une crise de dsespoir1 il reut tout d'un coup la certitude sensible1 miraculeuse d'une communication avec l'absente1 et se trouva aussitt dlivr4 ,dumesnil fut cependant un mystique de raison plutt que de sentiment4 ,lorsqu'il se convertit1 des motifs doctrinaux1 mtaphysiques1 le dcidrent3 ,j'tudiai le concept de ,dieu1 comme il se forme dans la philosophie antique1 et je fus surpris de reconnatre par raison que le concept de la ,trinit chrtienne comblait d'une richesse infinie tout ce que l'intelligence humaine avait pu pressentir1 et qu'il se prsentait elle comme un bloc de diamant o elle ne saurait trouver une fissure444 ,le cruel problme de notre libert n'avait cess de me mettre la gne depuis que les termes s'en taient poss devant moi2 le dterminisme scientifique et positiviste appesanti sur ma gnration m'en faisait entrer les chanes dans la chair4 ,je les rompis4 ,je reconnus que le mcanisme universel ne menait rien et quivalait au nant1 mais voici qu'en approfondissant ces difficults et ces penses1 je tombai dans une doctrine de la causalit qui1 dchirant le rseau mathmatique1 me menait tout droit la grce444 ,de l1 je devais venir aux rapports de ,dieu avec le monde et l'homme1 au lieu de la grce2 et si je restai fidle ma maxime de discerner en tout le meilleur1 il est facile d'imaginer o il clatait mes yeux4 ,il fallait m'aveugler volontairement ou voir le ,mdiateur1 seul arm de son infinie puissance sacrificielle4 ,a ce point d'vidence1 j'tais tenu de me rendre ou de m'abmer4 ,mais qu'on se rassure3 j'avais un collaborateur qui ne voulait pas me laisser perdre4 ,pour avoir suivi une marche intellectuelle1 je serais bien insens et mal converti1 si je m'en attribuais le mrite4 ,comment ,dieu acheva le dialogue avec moi qui pensais d'abord parler seul1 c'est mon affaire4 ,elle avana peu peu1 par une foule de rflexions et de mouvements#ie4 #ie ,une conversion intellectuelle 7,revue de la ,jeunesse47 ,dumesnil n'aurait crit aucun livre1 sa vie mriterait d'tre offerte en haut exemple tous les ,franais qui savent penser4 ,mais son uvre est debout1 telle qu'une maison bien construite avec des pierres de choix et o chaque chose est sa place4 ,normand1 il s'entendait btir1 et mieux que les ,normands2 car1 tandis que la maison normande1 presque dpourvue d'ouvertures sur le dehors1 parat goste1 inhospitalire1 la sienne dployait les deux battants de ses portes quiconque n'tait pas indigne de s'y abriter4 ,beaucoup y sjournrent1 apprirent1 en considrant la fire solidit des charpentes et les dlicatesses des sculptures1 vivre selon les conceptions de l'architecte4 ,ce serait assez1 pour aimer ,dumesnil1 de savoir qu'il contribua de tout son labeur refaire une ,france vigoureuse1 croyante1 ordonne1 amie du beau4 ,l'influence d'un homme ne s'value pas au chiffre d'ditions qu'ont eu ses ouvrages4 ,parfois les livres qui ont le plus agi sur une gnration sont ceux dont elle parle le moins4 ,mais1 disait le ,prophte1 comme la pluie descend du ciel et enivre la terre et la pntre1 et donne la semence celui qui sme et le pain celui qui mange2 ainsi ma parole1 celle qui sortira de ma bouche1 ne reviendra pas moi vide1 mais elle fera tout ce que j'ai voulu et prosprera dans les choses pour lesquelles je l'ai envoye4 ,on peut trouver inique1 l'gard de ,georges ,dumesnil1 la disproportion entre l'importance de ses travaux et leur demi-obscurit4 ,sa mort mme n'a dcid qu'un petit nombre de critiques#if s'occuper de lui4 ,cette ingratitude des temps est trop explicable4 ,un philosophe ne devient clbre que si on annonce son de trompe l'extraordinaire de ses doctrines4 ,dumesnil enseignait en province2 et il tait trop digne1 il n'aurait pas organis autour de sa chaire un orchestre forain4 ,la simple rectitude de ses vues1 la svrit de son exposition ne pouvait captiver qu'une lite2 le public inconsistant1 celui qui s'est engou de l'volution cratrice1 ignora ,dumesnil ou le ngligea4 ,les autres philosophes1 cela va de soi1 se seraient bien gards de propager son nom2 lorsqu'on tient les ttes de pont du succs1 on n'accorde le droit de passage qu' des mdiocres4 ,quant aux catholiques1 leurs enthousiasmes s'vadent trop souvent vers ce qui est ct ou en dehors de l'orthodoxie4 ,il avait un moyen pourtant de s'imposer aux badauds3 faire valoir sa conversion4 ,mais il estimait que la pudeur sied un converti et mprisait les gens qui battent monnaie avec le rcit de leurs incroyances4 ,il recevait sans dplaisir les tmoignages d'estime spontans et ne s'abaissait point en quter auprs des puissants4 #if ,entre autres1 ,julien de ,narfon dans un gnreux article du ,figaro 7#h aot #aiaf74 ,mais voici l'heure1 pour nous1 de le proclamer en toute certitude3 ,dumesnil a t le seul philosophe spiritualiste ayant continu aprs ,maine de ,biran et ,ravaisson la forte tradition cartsienne4 ,il a t notre seul mtaphysicien catholique1 seul construire une ontologie rationnelle adquate la foi2 et je ne sais rien de comparable au ,miroir de l',ordre#ig1 cette synthse abrge des rapports de ,dieu avec l'univers que le mystique voit consomms dans le sacrement de l',eucharistie3 #ig ,le ,miroir de l',ordre parut d'abord1 en #aijb1 ,aix-en-,provence1 dans le ,pays de ,france1 la revue qu'avait fonde notre ami commun1 ,joachim ,gasquet2 il fut ensuite rdit en plaquette dans la ,bibliothque de l',amiti de ,france 7,beauchesne1 d474 ,le corps glorifi de ,jsus-,christ dans l',eucharistie ralise avec un infini pouvoir1 sous les conditions prescrites par la ,providence1 l'ubiquit imite laborieusement et un degr toujours relatif par tout corps mobile2 dans l',eucharistie sont souverainement concilis l'activit d'un corps capable de se mouvoir avec un pouvoir infini et le repos de ce corps dans chaque lieu o il est4 ,le miracle y est le type et la raison de l'ordre naturel4 ,et l',eucharistie1 qui est une intussusception de ,dieu par l'homme1 est inversement et par l'interpntration de la grce une intussusception spirituelle de l'homme par ,dieu4 ,l'homme qui y concourt d'un plein abandon entre dans le courant mme du souffle divin1 du ,saint-,esprit qui1 par son aspiration1 l'emporte sur la voie infinie de ,dieu4 ,ses ouvrages purement spculatifs1 le ,rle des concepts1 le ,spiritualisme1 les ,conceptions philosophiques perdurables1 la ,sophistique contemporaine exigent du lecteur1 s'il veut tout saisir1 une certaine prparation4 ,au contraire1 sa vaste tude sur l'ide de l'volution applique la littrature et surtout l',amiti de ,france reprsentent la pense concrte de l'essayiste1 du moraliste et de l'artiste4 ,l',amiti de ,france1 en ses neuf annes de dveloppement1 a pu former une excellente image de ce que serait notre pays1 libr du dsordre rvolutionnaire1 avec la varit de ses provinces1 la vigueur de ses traditions restaure1 sa vie sociale1 politique et ses arts groups autour du vieux clocher roman1 sous l'immuable devise des peuples qui veulent vivre3 ,diex ae4 ,cette admirable revue1 paraissant tous les trois mois1 pouvait donner mieux que des articles2 chapitres philosophiques1 essais d'histoire1 pomes1 analyses critiques y alternaient selon un tranquille quilibre2 et l'on tait sr d'y trouver1 comme dans les ateliers des anciens ,matres1 du travail solide et probe1 le rythme d'une vrit bien assise et d'une beaut pleine2 car ,dumesnil tait un crivain net1 grave1 possdant la science du verbe et la puissance de colorer l'abstraction2 sa prose1 tout imbue qu'elle ft des classiques1 possdait un accent ferme qui la rendait reconnaissable entre mille4 ,il est attristant de savoir que l',amiti de ,france1 impossible soutenir sans celui dont la personnalit l'emplissait1 nous quitte avec lui4 ,c'est le lieu de redire un mot du grand ,anctre qu'il glorifia souvent1 de ,barbey d',aurevilly3 ,dieu ne veut pas que ceux qu'il aime achvent rien4 ,je pense vous1 mon cher ,dumesnil1 en ce soir d't1 sur ce quai dsert du port de ,brest1 o volontiers vous m'eussiez accompagn1 vous que l',ocan grisait et qui rviez autrefois d'tre un marin4 ,l',occident retient encore le prisme du crpuscule4 ,devant moi1 dans l'ampleur de la rade1 les ombres des nuages sont en suspens sous les eaux ples et mordores4 ,les navires de guerre1 presque sans feux1 reposent comme des lots morts ou des cathdrales de plomb4 ,pas un phare ne s'allume4 ,une barque rentre1 sa voile brune pend le long du mt4 ,un paquebot s'loigne vers le chenal de la passe2 l'inconnu du large1 dj combl par les brumes1 l'aspire doucement4 ,les artes des jetes1 les mles des falaises1 les pentes des collines1 tout devient vague comme s'il n'y avait derrire que du vide et de l'infini444 ,la mer descend1 je la vois peine2 elle ne fait aucun bruit2 mais son odeur s'vapore des grves qu'a mouilles le flot2 et je sais qu'elle est l4 ,la nuit s'est dplie1 comme un drap funbre1 sur nos ttes2 mon cur est anxieux4 ,o tes-vous1 heureux ami8 ,hors des tnbres1 hors du chaos1 et jamais4 ,vous tenez la plnitude de l'tre2 pour vous l'ternel ,prsent resplendit4 ,vous nous laissez dans le noir1 au bord d'une re effrayante et sublime dont nous ne connaissons que les douleurs4 ,nous allons pourtant1 nous aussi1 vers le terme de notre attente1 comme dans une glise1 quand une foule va communier1 ceux qui sont au bas de la nef avancent lentement vers la table sainte1 mais ils avancent1 jusqu' ce que ce soit leur tour enfin4 ,,histoire ,,de ,,mon ,,amiti ,,pour ,,camille ,,saint-,,sa,,ns ,le #ag dcembre #aiba1 les amis de ,saint-,sans apprenaient tristement que1 la veille au soir1 vers dix heures1 cet homme prodigieux avait termin sa longue carrire4 ,je portai longtemps ce deuil en silence4 ,mais ,saint-,sans a tenu dans mon pass une place tellement haute et intime que ma mmoire se plat revenir aux temps heureux de notre amiti4 ,le livre o je fixai autour de son uvre une synthse des formes musicales#ih a rempli dix annes de ma jeunesse4 ,ceux qui l'ont lu ou le liront le comprendront mieux quand ils sauront l'ensemble de ses origines et toutes les circonstances qui le suivirent4 ,on me pardonnera si1 en voulant exposer mes relations avec ce grand mort1 je parais crire un chapitre de ma vie4 #ih ,les grandes formes de la ,musique4 99 99 99 99 99 ,il tait venu ,lyon--ma ville natale--en #ahgf1 pour diriger au ,grand-,thtre tienne ,marcel4 ,son passage laissa une forte impression1 mais seulement dans les milieux trs musicaux4 ,ses uvres taient alors juges trop audacieuses1 savantes l'excs4 ,quelques annes plus tard--j'avais treize ans--j'entendis un soir mon pre et ma cousine milie ,lucas jouer la ,sonate pour violoncelle en ut mineur4 ,ce fut une secousse inoubliable4 ,il faut dire que mon pre1 violoncelliste fougueux1 au jeu mordant et contrast1 dchanait en cette sonate ses propensions batailleuses2 et la pianiste lui donnait superbement la rplique1 dramatisant les pisodes1 sans nerver la svrit de l'ensemble4 ,mon enthousiasme eut pourtant d'autres causes que la vigueur de l'excution4 ,la ,sonate exaltait mon sens inn du tragique4 ,depuis mon enfance1 je vivais subconsciemment dans l'attente--non dans l'angoisse--de choses terribles4 ,j'tais n deux ans avant #gj2 mon pre1 avec le pessimisme outrancier des monarchistes d'alors1 prdisait chaque instant que la guerre allait recommencer et que les ,allemands1 cette fois1 ne feraient de nous qu'une bouche4 ,je sentais la ,france vraiment amoindrie2 j'avais assist des expulsions de religieux qui m'indignrent4 ,je gardais le pressentiment de catastrophes expiatrices2 il ne m'accablait point1 me haussait au contraire vers l'inconnu des actes hroques4 ,dans les thmes et l'lan de la ,sonate1 je percevais d'une faon obscure un tat d'esprit correspondant4 ,l'andante1 par son calme de liturgie1 me transportait sous les nefs de la proche cathdrale1 de cette cathdrale ,saint-,jean que je ne puis jamais revoir sans y reconnatre l'architecture et la couleur de ma vie secrte4 ,enfin1 je trouvais dans le dernier temps un sauvage essor nostalgique2 mes apptits d'indpendance et de bonheur sans limite se laissaient emporter sur ce torrent4 ,je regardais1 en coutant1 une toile d',isidore ,flachron qui reprsente la cour intrieure d'une mosque d',alger4 ,j'y voyais des tombes1 un minaret1 des femmes en blanc1 voiles1 et un vieux dattier1 courb par sa haute taille1 lanc contre le ciel crulen1 un ciel comme ,lyon je n'en avais jamais souponn4 ,pouvais-je me douter qu'un jour j'habiterais deux pas de cette mosque1 que cette petite cour deviendrait un lieu choisi pour mes heures de paresse mditative8 ,je ne prsumais pas non plus que je connatrais1 ,alger mme1 l'auteur de la ,sonate4 ,telle fut ma premire rencontre avec lui2 elle dcida une passion durable4 ,j'tudiai la ,sonate2 j'arrivai l'excuter assez bien2 mon pre consentit la jouer avec moi1 en public1 devant un nombreux auditoire4 ,je la reprenais tout seul1 par cur1 pour le plaisir de m'en gorger1 indfiniment et sans lassitude4 ,vers la mme poque1 j'eus l'occasion d'entendre le ,dluge4 ,comme j'avais l'imagination emplie de scnes bibliques1 j'entrai aisment dans l'esprit de l'austre oratorio4 ,je me souviens de l'impression hallucinante du prlude4 ,l'image que j'ai prcise depuis1 au sujet des dernires mesures en mineur3 ,quelqu'un1 la nuit tombante1 marche sur les eaux solitaires1 attendant l'arche et l'homme nouveau1 je la vis s'baucher ce jour-l1 devant la transition suspensive et formidable des basses4 ,je ressens encore aujourd'hui la fracheur idalement simple de la phrase du contralto3 ,c'tait un homme juste1 et le calme du chant des cordes qui succde au tableau du cataclysme4 ,quand se dveloppa la fugue terminale3 ,croissez et multipliez1 de l'escalier o je me tenais debout1 dominant la salle au plafond noy d'oriflammes et la foule qui me semblait immense1 je crus voir1 du fond des sicles1 comme une seule arme1 se dployer la file interminable1 magnifique des gnrations444 ,du temps que j'tais tudiant1 j'assistais un soir une reprsentation1 paisible et terne1 de ,mireille4 ,au moment o elle finissait1 le rgisseur vint sur la scne annoncer que l'illustre pianiste ,paderewski allait jouer le concerto en ut mineur de ,saint-,sans4 ,paderewski1 traversant ,lyon1 offrait son ami ,luigini et ses musiciens la fte imprvue d'une audition tardive4 ,il arriva1 long et ple1 la tte nimbe de ses cheveux ariens1 surnaturel comme un fantme--l'heure des fantmes allait sonner4 ,la manire fatidique dont il fit vibrer la phrase initiale m'est reste pour jamais dans l'oreille4 ,entre chaque morceau1 je hurlais1 je trpignais d'enthousiasme4 ,les impressions que j'ai1 depuis1 voques sur ce concerto sont une faible rminiscence de cette ivresse corybantique4 ,l'indiffrence d'une partie des auditeurs la tournait en une sorte de furie guerrire qu'ensuite une ,polonaise de ,chopin porta au paroxysme4 ,luigini1 chef d'orchestre entreprenant1 avait organis de beaux concerts symphoniques4 ,a l'un d'eux il donna la symphonie de ,saint-,sans avec orgue4 ,je suivis les rptitions2 je pntrai dans ses replis cette uvre immense4 ,dix ans aprs1 lorsque j'eus entre les mains1 pour la commenter1 la partition1 je la lus comme une chose familire dont les sonorits chantaient en moi4 ,j'en dgageai une synthse du monde1 thologique et dantesque1 laquelle se retrouve au fond de tous mes livres4 ,mais ,samson eut sur ma pense une action encore plus dcisive4 ,l'ardeur de la foi1 le conflit de la chair et de l'esprit1 du ,dieu vivant et des ,puissances tnbreuses1 le chtiment du dsir et la rdemption par la douleur1 tout ce que j'ai exprim ncessairement vivait dans ce drame et dans cette musique4 ,pourquoi1 mme aujourd'hui1 ne puis-je entendre sans un frisson le dbut du premier acte ou le lamento de la meule8 ,assurment1 la lecture des ,psaumes et de ,job#ii me prparait comprendre la ligne et l'accent des mlodies1 mais surtout elles me rvlaient dans leur beaut persuasive le mystre d'expiation o s'enfonce toute exprience humaine2 car ,samson1 c'est le purement humain1 dfini par ,wagner1 sans que nul de ses hros ait pu tout fait l'incarner4 #ii ,un pote lyonnais1 ,jules ,beauverie1 me ddia la paraphrase qu'il en fit dans ses ,pomes bibliques et vangliques 7#ahhi71 sachant l'attrait particulier que m'inspirait ce livre sublime4 ,ce drame lyrique enfermait un autre lment de vrit--et j'allais bientt le connatre--l'expression du pays o le musicien l'avait compos1 de l',afrique ardente et douloureuse4 ,a la fin de septembre #ahia1 je partis pour ,alger4 99 99 99 99 99 ,saint-,sans y vint passer l'hiver1 comme les annes d'avant2 cause de sa poitrine dlicate1 le froid lui tait insupportable4 ,on lui proposa de faire jouer dans la cathdrale sa messe de ,requiem2 l'organiste1 ,m4 ,roy1 tait de nos amis2 il m'avertit du soir o le ,matre dirigerait la rptition des churs et de l'orchestre4 ,l1 pour la premire fois1 je vis ,saint-,sans4 ,j'ai dit1 dans ,les grandes formes de la musique1 la majest funbre du dcor1 l'glise tendue de noir et sans lampes1 le chur illumin o les choristes1 des ,pres blancs1 se massaient autour de l'orgue4 ,assis devant le triple clavier1 ,saint-,sans prsentait le profil dominateur d'un aigle apocalyptique4 ,a l'instant o j'entrai1 les trompettes du ,tuba mirum lanaient leur quinte nue1 ut sol1 terrible dans sa simplicit2 l'orgue y rpliqua par un accord fracassant comme si1 d'un bloc1 l'univers croulait dans un gouffre sans nom4 ,j'eus la vision du ,jour de colre1 cet perdument qui agenouillait les foules du moyen ge sous une rafale d'angoisse1 l'ide du ,juge ouvrant le ,livre de vie4 ,saint-,sans--il l'a nonc plusieurs fois--envisageait1 malgr lui1 dans le dogme1 le principe de crainte que la dvotion moderne en voudrait liminer4 ,cependant1 le quid sum1 miser444 attendrissait d'une piti l'anantissement o il se terminait1 et le ,recordare balana une supplication indiciblement douce1 coupe1 il est vrai1 par des reprises de terreur4 ,je me livrais d'un cur trop plein cet moi religieux pour apercevoir1 en certaines parties du ,requiem1 des procds de mtier plutt qu'une volont pieuse4 ,mais l',agnus ,dei me transporta1 lamentation charge de splendeur qui se droulait1 comme un cortge flamboyant1 autour de l'ternelle ,victime4 ,j'y sentais ralis le rythme de souffrance et de gloire o triomphe l'quilibre catholique4 ,quelques semaines aprs1 l'excellente ,mme ,roy1 la femme de l'organiste1 nous offrit d'aller en sa compagnie faire une visite ,saint-,sans4 ,il habitait la ,pointe ,pescade4 ,la route1 au del de ,saint-,eugne1 tait d'une sauvagerie magnifique1 tournant1 le long de la mer1 au bas de collines touffues tailles en cnes1 en mamelons1 avec des ravins broussailleux4 ,la maison qu'il avait loue regardait une petite lande trangement rude4 ,des nons y paissaient et quelques chvres4 ,un ,arabe1 tresseur de nattes1 y avait bti une cabane parmi des alos1 des figuiers de ,barbarie2 tout au bout1 sur un roc d'un noir basaltique1 se raidissait la tour brche d'un fortin turc1 tellement roussie par le soleil et brle par la salure des embruns qu' de certaines heures elle semblait en feu4 ,on entendait la mer s'brouer contre la falaise1 comme une jument dans son curie4 ,ce jour-l1 un ciel gristre l'ensommeillait sous des brumes4 ,par des temps clairs1 je l'avais vue de ce promontoire1 bondir1 toute sa crinire au vent1 tincelante1 et mordre la cte abrupte comme un mors blanc d'cume4 ,saint-,sans m'accueillit avec l'affabilit d'un artiste qui sait trop ses prminences pour s'en prvaloir et pontifier4 ,il avait une singulire animation de mouvements et de paroles#ajj2 original sans le vouloir1 tranger tout cabotinage4 ,son zzaiement ne choquait point comme un ridicule1 pas plus que sa voix1 nasillarde et mordante4 ,il tait lui dans ses moindres gestes4 #ajj ,v4 dans ,les grandes formes de la ,musique son portrait plus dvelopp4 ,sur sa table s'talaient les pages du trio en mi mineur qu'il terminait ce moment4 ,nous lui demandmes de se mettre au piano2 il s'empressa de trs bonne grce2 c'tait son plaisir d'en donner ses visiteurs1 et j'ai compris1 dans la suite1 qu'il trouvait ainsi une occasion de travailler mme en leur prsence2 car il cherchait peu les compliments4 ,il nous joua1 entre autres choses1 une transcription du quatuor d',henri ,,viii2 ce morceau1 pour des raisons qui dpassaient la musique1 m'tait cher depuis mon adolescence4 ,son jeu se distinguait par une franchise d'attaque foudroyante1 une fabuleuse lgret--plus tonnante encore l'orgue qu'au piano--2 sa rectitude vitait la scheresse4 ,hors de sa musique1 ce qu'il rendait le mieux1 c'tait ,rameau1 ,bach1 ,mozart1 ,beethoven4 ,chopin et ,schumann--j'entends le ,schumann lyrique--taient moins dans ses cordes4 ,nous le quittmes1 trs contents de sa rception4 ,une seule chose me heurta3 comme il nous raccompagnait dans son jardin1 jusqu' la porte mauresque de la villa1 quelqu'un fit allusion au ,pater de l'vangile4 ,saint-,sans dcocha contre le texte divin une boutade voltairienne4 ,je protestai2 il rpliqua1 et je compris qu'il avait perdu l'intelligence des vrits suprieures4 ,mais son actuel aveuglement empchait-il ses plus belles uvres d'avoir mri dans la lumire de la foi8 ,on donna ,samson au thtre d',alger2 il conduisit l'orchestre1 le soir de la premire reprsentation4 ,j'crivis un article que publia une revue depuis longtemps dfunte1 la ,chronique africaine4 ,j'y marquais surtout les rapports de la couleur musicale avec la terre d',afrique1 proche parente de l',orient o ,samson prit d'avoir connu ,dalila4 ,le surlendemain1 je rencontrai ,saint-,sans dans une soire2 il m'apprit qu'il m'avait lu et que j'allais recevoir une lettre de lui3 ,j'ai tch de ne pas vous dire des sottises4 ,sa lettre1 en effet1 dbordait d'une satisfaction vhmente4 ,il vint chez moi1 un peu plus tard1 l'improviste1 me remercier et fit mon piano rtif l'honneur de le dompter sous ses doigts imprieux4 ,l'hiver d'aprs1 je le vis rarement1 sauf la fin de la saison4 ,le #a;er avril #ic1 il joua pour la premire fois en public sa fantaisie avec orchestre1 ,africa4 ,la veille1 la rptition1 je lui tournai les pages4 ,au bout du presto1 comme je tournai une seconde en retard1 je me souviens qu'il roula contre moi des yeux furibonds4 ,ds ce temps-l1 je songeais une vaste tude sur son uvre2 et je l'avais tout de suite conue comme un monument d'ensemble1 o ,saint-,sans serait considr parmi le chur des grands musiciens4 ,le monument aurait pu craser l'homme1 et l'arc de triomphe devenir un catafalque4 ,la preuve du haut gnie de ,saint-,sans1 c'est qu'il soutint le fardeau d'un tel hommage1 et1 rcemment1 ayant relu pour une nouvelle dition mon livre vieux de vingt ans ou plutt de trente1--si je remonte ses origines1--j'ai eu la certitude que l'ampleur de son plan tait justifie4 ,je ne lui parlai de mon dessein qu'en #id1 l'issue d'un concert donn par la romantique ,mme ,jall4 ,il ne fut pas1 vrai dire1 trs encourageant4 ,me jugeait-il tmraire8 ,volontiers mfiant1 se tenait-il sur le qui-vive8 ,je crois surtout que mon projet l'tonna1 lui parut invraisemblable4 ,non qu'il st tre exempt d'orgueil1 mais il gardait de sa jeunesse un pli excellent1 d la svrit de sa mre3 ,mme ,saint-,sans l'avait habitu ne jamais s'enfler d'une vaine prsomption4 ,au lieu de humer l'encens1 il se htait de s'y drober4 ,il ne ressemblait pas ceux qui entretiennent leur gloire comme une matresse exigeante et jouissent de s'humilier1 de s'avilir pour elle4 ,il comptait sur sa force2 quelle porte pouvait avoir le livre d'un jeune homme obscur8 ,je n'en poursuivis pas moins deux ans la prparation de mon ouvrage1 en pleine effervescence lyrique1 et1 d'autre part1 tchant d'identifier mon commentaire l'uvre interprte1 la recrant avec des mots1 telle1 s'il tait possible1 que le musicien avec des sons l'avait engendre4 ,j'avais crit divers fragments et une partie du chapitre sur les ,pomes ,symphoniques4 ,en mai #if1 j'tais ,nice2 au soleil couchant1 je flnais devant la mer2 je vois un homme passer d'une allure plus que vive1 effrne4 ,je reconnais temps ,saint-,sans et je l'arrte4 ,il arrivait d',italie2 pour se remettre d'une longue immobilit fatigante1 il marchait avec emportement4 ,nous convenons de nous revoir1 chez moi1 le lendemain4 ,il vint en effet1 et1 pendant qu'il absorbait des tasses de caf1 je lui lus mon chapitre2 son impression fut profonde2 partir de ce jour-l1 il prit vraiment au srieux mon travail4 ,par malheur1 je m'y donnai sans mesure1 le surajoutant mes tches quotidiennes1 et je tombai malade1 au point que je dus rester toute une anne inactif4 ,je ne commenai1 aprs une reprise mthodique du sujet1 crire avec suite que durant l'automne de #aijj4 ,en septembre #aijb1 on joua aux ftes de ,bziers ,parysatis de la bonne ,mme ,dieulafoy4 ,saint-,sans avait compos pour ce drame une partition importante4 ,il m'invita1 et je me rendis ,bziers1 ivre de retrouver pour quelques heures le ,midi brlant1 de participer une solennit o l'homme que j'aimais recevrait une apothose4 ,quand je dbarquai dans la ville1 un soir pluvieux m'accueillit1 une pluie chaude qui faisait sortir1 comme en ,afrique1 des arbres et de la terre1 une sueur embaume4 ,le dimanche matin1 il pleuvait encore2 mais1 pendant le djeuner1 chez ,m4 ,castelbon de ,beauxhostes1 le ciel s'claircit4 ,nous coutions ,faur raconter que1 deux ans auparavant1 tandis qu'on jouait son ,promthe1 un orage non fictif avait coup le dernier acte2 et la foudre tait tombe sur le roc mme d'o le ,titan avait blasphm ,jupiter4 ,en ce moment1 un des convives se retourna vers les fentres1 et s'cria3 ,le soleil a vaincu6--,tant que a1 rpondit ,faur par un calembour qui eut au moins le mrite de l'inattendu4 ,saint-,sans1 qu'nervait l'attente de l'aprs-midi1 fut pris d'un fou rire2 il se cacha la figure dans sa serviette1 et dut sortir de table pour se calmer4 ,la reprsentation de ,parysatis1 comme celle de ,djanire1 eut une splendeur olympique4 ,la foule qui montait vers les arnes1 le long de l'avenue ,saint-,sans1 tait elle seule un grandiose spectacle4 ,ces ,mridionaux s'avanaient comme en procession2 le sentiment d'une solennit contenait les voix1 et ce fut merveille de voir la multitude s'ordonner sans peine sur les gradins1 puis1 un simple coup de cloche1 s'tablir dans un silence liturgique o l'on n'entendit plus que la palpitation des ventails4 ,les trois cent cinquante musiciens de l'orchestre taient masss vers la droite du cirque2 les cordes des vingt harpes scintillaient4 ,lorsque les cuivres lancrent le motif initial1 rigide et soleillant1 il sembla qu'clatait le triomphe de tout un peuple4 ,mle l'air limpide1 la musique1 avec ses fortes lignes1 prenait toute sa valeur dcorative4 ,dans la loge o nous tions1 le dialogue des acteurs n'arrivait que par bribes4 ,j'ignore si nous y perdions beaucoup4 ,mais1 entendant peine les paroles1 nous admirions plus librement les architectures et le paysage scniques4 ,le ,palais de ,suse appuyait ses colonnades des alles montantes de palmiers et de fleurs irrelles qui se perdaient vers de trs hautes montagnes1 d'un gris fluide1 vaporis sous la lumire4 ,les mouvements du chur1 le long des portiques1 harmonisaient des blancheurs1 des robes oranges et des nuances flottantes comme celles des vagues irises de soleil4 ,les chants rsonnaient dans le cristal de l'espace1 comme si l'univers se rsolvait en une seule clart1 au sein d'un mirage d'ternel aprs-midi4 ,pourtant1 le soleil s'en allait1 touchant d'une main vermeille les toits du palais1 les buissons de fleurs1 et la tunique mauve d',aspasie expirante1 dont un hautbois sanglotait l'agonie4 ,un silence prodigieux oppressait la foule4 ,puis1 quand le suprme accord de l'orchestre s'teignit1 une clameur frntique dchana l'ovation sans fin4 ,j'en fus heureux pour ,saint-,sans1 autant que si j'avais t moi-mme le triomphateur4 ,je lui avais apport les cent premires pages de mon manuscrit2 il les lut le soir mme et1 le lendemain1 avant de quitter ,bziers1 j'eus de lui une lettre enthousiaste1 non sans une note comique3 ,vous tes cause que je me suis pass de dormir444 ,c'est drle de se voir dissqu vivant4 ,mais vous avez beau dire1 je ne puis arriver me trouver si intressant4 ,il terminait sur cette rflexion o ceux qui l'ont connu retrouveront sa fidlit d'ami3 ,grand merci pour ce que vous avez dit de ,regnault et de ,bizet que j'ai tant aims et que j'aime toujours4 ,le livre fini--en septembre #aijd1--;il m'aida gnreusement le publier1 mais ne fit rien pour le rpandre4 ,il prouvait une gne vanter un volume qui le magnifiait2 ses travaux personnels1 ses tournes de virtuose l'emportaient d'ailleurs dans un vorace tourbillon4 ,chose plus bizarre1 presque jamais il ne me reparla de mon ouvrage1 et j'vitais--on s'en doute--d'y ramener son attention2 je n'y songeais mme pas4 ,j'aurais cru injuste de le supposer oublieux2 il me prouvait qu'il ne l'tait point4 ,mais1 en me tmoignant une dilection constante1 il sous-entendait les motifs o elle avait pris naissance4 99 99 99 99 99 ,notre amiti a dur jusqu' sa mort4 ,les contradictions qui la troublrent quelquefois valent d'tre mentionnes1 parce qu'elles touchaient des points essentiels4 ,lorsqu'il reut mon premier roman3 l',immol1 le titre d'un chapitre3 ,le prlude de ,tristan1 lui dplut4 ,il s'imagina que j'avais voulu chanter les louanges de ,wagner1 en fut outr comme d'une trahison1 et m'crivit sur un ton d'amertume presque des invectives4 ,je lui rpondis une lettre indigne1 et lui dmontrai qu'il n'avait pas compris l'intention symbolique du passage1 que je rprouvais1 au contraire1 l'hystrie amoureuse de ,tristan4 ,il reconnut son erreur1 s'excusa2 mais1 le #bf aot #aiad1 il me rappela cette dispute1 obstin me croire wagnrien3 ,comprenez-vous maintenant pourquoi je vous ai si rudement malmen quand vous avez wagnris dans un de vos romans8444 ,wagner1 c'tait la pntration pacifique444 en attendant l'autre4 ,j'tais seul le voir4 ,s'il avait trouv le temps de relire les endroits de mes livres o ,wagner est mis en cause1 il aurait bien vu que je n'ai jamais wagnris4 ,mais l'ensorcellement des philtres wagnriens a rd autour de moi4 ,je les ai dfinis aprs avoir connu le pril d'y tremper mes lvres4 ,saint-,sans1 bien qu'il admirt musicalement ,wagner1 restait tranger son lyrisme4 ,il ne pouvait comprendre que j'eusse dcrit avec exaltation les vertiges de cet art4 ,lui1 il le repoussait pour des motifs de stratgie1 de sauvegarde nationale3 ,wagner1 c'tait l'invasion de notre thtre par l'ennemi2 c'tait l'imprialisme de l',allemagne sous sa forme la plus persuasive1 donc la plus redoutable4 ,j'admettais ces raisons1 mais j'en apercevais d'autres1 des raisons mtaphysiques et morales4 ,je les ai condenses dans un article paru vers la fin de la guerre#aja1 et qu'a trop justifi1 depuis1 la rentre souveraine de ,wagner sur la scne de l',opra4 ,le danger de sa musique ou plutt de toute la pense allemande tient son panthisme idaliste4 ,tu es tout ce que tu vois1 semblent clamer l'orchestre et le drame wagnrien2 donc tu n'as qu' te perdre au sein du ,tout4 ,les limites qui font l'ordre du monde sont dvores par le chaos4 trange illogisme1 chez des ,latins1 de s'abandonner cette confusion6 ,mais la musique est le lieu des incohrences2 on ne voit pas qu'elle domine et ptrit1 par les joies sensitives1 l'homme tout entier4 #aja ,l'idalisme musical et l'avenir franais 7,revue des ,jeunes1 #aj juillet #aiah74 ,sur ,wagner le malentendu entre ,saint-,sans et moi fut promptement clairci4 ,sur les questions religieuses1 il tait impossible de nous entendre4 ,nous avions1 trs longtemps1 par un accord tacite1 retard ce conflit4 ,la querelle devait clater2 ce fut l'improviste1 un jour que nous djeunions ensemble1 dans un restaurant de l'avenue des ,champs-lyses4 ,au dessert1 nous vnmes parler de ,barbey d',aurevilly4 --,barbey d',aurevilly1 observa ,saint-,sans1 un homme de parade qui posait pour le catholique renforc444 --,mais ce n'tait pas une pose1 rpliquai-je2 il l'tait sincrement4 --,alors1 vous croyez1 reprit ,saint-,sans1 qu'on peut l'tre sincrement6 --,vous savez bien que je le suis4 --,c'est ce que je ne peux pas comprendre444 ,et il entreprit de me dmontrer l'absurdit de croyances qui reposaient sur des mythes3 le ,paradis terrestre1 le ,serpent qui parle la femme1 l'homme dchu pour avoir mang un fruit1 etc444 ,je lui rpondis simplement que1 pour avoir le droit de nier les faits miraculeux1 surtout quand ils sont lis un ensemble d'autres faits certains1 il faudrait d'abord dmontrer impossible l'intervention divine dans l'histoire humaine4 ,nous sortmes du restaurant1 trs anims par une controverse que nous ne pouvions plus interrompre4 ,nous marchions du ct de la ,concorde1 en discutant sur l'existence de ,dieu4 ,saint-,sans ne niait point une ,cause premire1 mais repoussait1 comme inintelligible1 la spiritualit d'une me qui pt vivre indpendante du corps et immortelle4 ,nous tions arrivs devant la rue ,royale4 ,l1 parmi la cohue des passants1 le vacarme des vhicules1 nous poursuivions1 arrts au bord du trottoir1 en nous gosillant l'un et l'autre1 le grand dbat4 ,et je soutenais ,saint-,sans1 les yeux dans les yeux3 --,vous avez beau dire1 il ne peut vous tre indiffrent de penser que1 si un camion vous crasait la tte1 de votre gnie1 de vous-mme il ne resterait qu'une chair broye et un peu de phosphore prt se dissoudre4 --,eh bien6 si1 cria-t-il en tapant de sa canne sur le bitume1 et projetant sur moi des prunelles terribles1 il ne restera rien1 vous entendez1 rien444 ,et1 hlant une voiture1 il y monta1 plus irrit de ma rsistance que troubl de mes arguments4 ,quand je le revis une semaine ensuite1 il ne fit aucune allusion--ni moi non plus-- l'orage de ce conflit4 ,sa jeunesse avait t nourrie dans de fermes croyances religieuses4 ,des cahiers de catchisme qu'on a gards attestent une instruction mthodique1 reue avec attrait4 ,l'empreinte du dogme le pntra si bien qu'on la retrouve dans son uvre chaque instant4 ,il lui manqua d'abord d'avoir fait une bonne philosophie4 ,sa carrire musicale lui laissa peu de temps pour approfondir les principes qu'il avait reus4 ,jusqu' vingt-cinq ou trente ans il conserva la foi4 ,mais il suivit cette gnration de #ahej que mdusaient les doctrines positivistes4 ,il perdit1 sans doute1 l'habitude des pratiques sacramentelles1 et s'aperut tout d'un coup qu'il ne croyait plus4 ,en souffrit-il8 ,il se considra plutt comme libr4 ,pour moi1 m'a-t-il dit souvent1 une chose ne peut pas tre vraie ou fausse demi4 ,l'tat d'esprit d'un ,renan ne fut jamais le sien4 ,son dogmatisme se retourna au profit d'hypothses scientistes qu'il accepta comme des certitudes intangibles4 ,il se butait principalement aux objections de la prhistoire et l'impossibilit du miracle4 ,j'essayai1 plusieurs fois1 d'inquiter la fausse paix de son incroyance4 ,mais1 chez un homme de son ge1 il se produit une sorte de sclrose mentale2 moins d'un prodige1 modifier ses prventions exigerait un effort surhumain2 et comment soumettrait-il sa raison une discipline d'humilit8 ,votre religion est admirable2 c'est tout ce que je puis vous accorder4 ,voil ce qu'il m'crivait en #aiaf1 au bout d'une longue discussion2 et1 la mme anne1 dans une lettre du #bg octobre1 il concluait3 ,vous m'aimez beaucoup4 ,et moi donc6 je vous aime tendrement1 et si vous souffrez de me voir incrdule1 je souffre de voir un grand talent comme le vtre prisonnier de croyances qui entravent son essor4 ,il m'tait trop facile de lui rpondre3 ,pourquoi supposez-vous que la foi m'entrave1 quand j'ai l'vidence intrieure de lui devoir ma seule force8 ,mais je suis convaincu1 envisager seulement son uvre1 qu'il a1 en perdant le contact du divin ,amour1 graduellement teint les sources de son inspiration4 ,s'il tait demeur croyant1 il et chapp cette erreur o il se desscha3 envisager dans l'art la forme avant tout4 ,il n'en continua pas moins1 jusqu' ses dernires annes1 quand il le pouvait1 crire de la musique religieuse4 ,le #g janvier #aiaf1 il m'crivait3 ,mon temps est dvor par une effroyable correspondance et par un tas d'occupations parasites4 ,pourtant je suis parvenu dernirement crire deux petits morceaux d'glise3 un quam dilecta pour quatre voix et un ,laudate pour voix d'enfants1 ce dernier pour en offrir la ddicace un charmant abb avec qui je suis en correspondance4 ,et si cela vous tonne que j'aime tant faire de l'art religieux1 je vous citerai le ,prugin qui tait incroyant1 ,raphal dont la vie n'tait gure difiante#ajb6 ,en revanche1 le ,p4 ,lambillote1 qui tait probablement un saint homme1 a fait de la musique religieuse dplorablement profane6 #ajb ,hlas1 mon cher ,saint-,sans1 voil sans doute pourquoi le ,prugin est si froid1 et ,raphal si profane dans sa peinture religieuse4 ,tout ce qui se rapporte l'art sacr ne cessera pas de le passionner4 ,ayant appris que la ,socit de ,sainte-,ccile avait1 pour sa messe annuelle1 fait excuter1 au lieu d'une ,messe1 une cantate de ,bach1 il s'indigna d'un tel non-sens liturgique et protesta auprs de l'archevque de ,paris4 ,il avait la dvotion de son art1 et1 jusqu' son dernier souffle1 il persvra dans ce grand amour4 ,par l s'explique une activit qui demeura surprenante1 pass quatre-vingts ans4 ,je le trouvai cependant accabl par l'ge1 en septembre #aibj4 ,il marchait avec peine1 il manquait d'entrain2 son regard tait las1 et1 quand il jouait du piano1 son toucher n'avait plus sa puissance4 ,mais1 presque aussitt1 il rebondit4 ,comme je l'avais flicit d'avoir pu se faire entendre au ,trocadro1 le #c novembre1 il me rpondit3 ,que parlez-vous de vigueur pour cet unique morceau qui n'est pour moi qu'un jeu6 ,il fallait me voir en ,suisse1 en ,belgique1 en ,normandie1 dans les concerts o j'ai tenu le piano pendant deux heures et jou des choses terribles4 ,l'anne suivante1 il semblait gaillard1 plein d'une flamme merveilleuse4 ,un soir de septembre1 il nous joua des pices de ,rameau1 les ,cyclopes entre autres1 avec une fougue presque juvnile4 ,nous revmes chez lui1 pour la dernire fois1 un vieil ami d',alger dont je viens d'apprendre la mort1 ,charles de ,galland1 musicien raffin1 homme d'un cur exquis4 ,quelques jours aprs1 ,saint-,sans vint rue ,rousselet1 dans l'ancien logis de ,barbey d',aurevilly1 m'apporter six fugues pour le piano qu'il m'avait promises4 ,il rencontra dans cette chambre--maintenant anantie--,mlle ,read dont la vivacit charmante le frappa4 ,elle n'avait jamais vu ,saint-,sans1 mais elle n'eut qu' puiser dans la chiffonnire de ses souvenirs pour en trouver qui le touchrent4 ,lorsqu'il nous quitta1 je le reconduisis jusqu'au palier de l'tage4 ,je l'embrassai1 et je le regardai descendre appuy la rampe1 un peu lent4 ,nous ne devions plus nous revoir4 ,une lettre du #cj octobre--la dernire de toutes--m'annona son dpart prochain pour l',algrie4 ,je suis bien content1 ajoutait-il1 que mes petites fugues vous aient plu4 ,je n'avais pas l'intention d'en faire et j'ignore comment l'ide m'en est venue4 ,je ne les sais plus1 je les emporterai ,alger et les travaillerai pour me distraire4 ,en relisant cette lettre et les autres1 j'ai l'impression qu'il est toujours l4 ,la personne d'un homme1 si peu qu'il soit devant l',infini1 subsiste pourtant comme un absolu1 comme une chose inaltrable4 ,quand son ,moi a t puissant1 quand son uvre lui survit1 sa prsence continue1 tellement vivace qu'il ne devient jamais un disparu4 ,saint-,sans ne pourrait l'tre dans ma vie2 je l'ai trop aim4 ,et je pense son me qu'il voulait anantir1 son me qui a vu maintenant la ,vrit4 ,il sait dsormais ce que signifiait pour elle notre amiti4 ,pour moi1 j'ai reu de sa musique des joies immenses et salutaires4 ,j'ai d beaucoup aussi son intimit4 ,je nglige le bonheur de frquenter un grand artiste1 bien que ce soit une lvation et un aliment fort4 ,mais1 en le regardant vivre1 j'ai admir un bel exemplaire de droiture1 de franchise1 d'nergie infatigable1 et une simplicit ennemie de tous les artifices4 ,s'il avait une pente amre au sarcasme1 une rudesse qui se changeait parfois en duret1 jamais je n'ai surpris chez lui un sentiment bas4 ,il restera1 sur ma route1 un de ces compagnons invisibles dont le silence mme est un appui4 ,,deuxi,,me ,,partie ,,la ,,gloire ,,unique ,un grand pril1 pour l'artiste1 est de s'adorer lui-mme4 ,depuis la ,renaissance1 depuis le temps o ,ptrarque acceptait de se voir couronn au ,capitole les paules drapes du manteau royal de ,robert de ,naples1 l'homme de pense tendit se croire un demi-dieu4 ,ronsard1 au bas d'un acte de baptme que nous avons1 signait3 ,pierre de ,ronsard1 premier pote du ,roi4 ,il dclarait aux potes1 ses contemporains3 ,vous tes mes sujets et je suis votre ,roi4 ,si le ,x,v,i,ie sicle rabattit1 en apparence1 de cette infatuation1 les crivains d'alors mritaient pourtant la rude apostrophe de ,bossuet3 ,on en voit qui passent leur vie tourner un vers1 arrondir une priode1 en un mot1 rendre agrables des choses non seulement inutiles1 mais encore dangereuses1 comme chanter leurs amours et remplir l'univers des folies de leur jeunesse gare4 ,aveugles admirateurs de leurs ouvrages1 ils ne peuvent souffrir ceux des autres444 ,s'ils remportent ou qu'ils s'imaginent remporter l'applaudissement du public4441 ils apprennent mettre leur flicit dans les voix confuses1 dans un bruit qui se fait dans l'air1 et prennent rang parmi ceux qui le prophte adresse ce reproche3 ,vous qui vous rjouissez dans le nant4 ,que si quelque critique vient leurs oreilles1 avec un ddain apparent ou une douleur vritable1 ils se font justice eux-mmes2 de peur de les affliger1 il faut bien qu'une troupe d'amis flatteurs prononcent pour eux et les assurent du public4 ,attentifs son jugement1 o le got1 c'est--dire ordinairement la fantaisie et l'humeur1 ont plus de part que la raison1 ils ne songent pas ce svre jugement1 o la vrit condamnera l'inutilit de leur vie1 la vanit de leurs travaux1 la bassesse de leurs flatteries444 ,o tromperie6 ,o aveuglement6 ,o vain triomphe de l'orgueil#ajc6 #ajc ,trait de la concupiscence1 chapitre ,,viii4 ,les romantiques dilatrent jusqu' l'extravagance l'outrecuidante fiction de l'artiste privilgi par cela seul qu'il est artiste1 exempt des rgles de toute commune sagesse1 ayant aussi bien le droit de ne point payer ses dettes que de prendre sa femme son voisin4 ,j'ai entendu quelquefois1 dans des bouches o il tonnait1 ce lieu commun ridicule3 ,un artiste est toujours sr d'tre sauv4 ,cela ressemble au mot impudent qu'on prte la marchale de la ,melleraye3 ,dieu y regardera deux fois avant de damner des gens comme nous4 ,en fait1 le don qu'un homme a reu d'exceller dans un art1 c'est une monnaie qui passe entre ses mains1 un talent faire valoir1 non pour lui1 mais pour ,dieu4 ,si je me glorifie moi-mme1 ma gloire n'est rien4 7,jean1 ,,viii1 #ed47 ,ainsi se considrait l',homme-,dieu1 le ,saint des ,saints4 ,que devraient penser de leur gloire d'impurs et fragiles ratureurs de papier8 ,le disciple n'est jamais au-dessus du ,matre4 ,mais nous n'avons pas ou dire que les vanglistes aient tir vanit d'avoir transcrit les paroles et les miracles du ,seigneur4 ,se chercher soi-mme est1 pour le commun des gens1 la grande misre4 ,pour le seul artiste sera-ce un principe de joie et une force8 ,l'art profane1 et surtout l'art moderne1 dprit justement de cette infirmit3 l'hypertrophie du ,moi1 l'outrance du lyrisme personnel1 la torture de vouloir tre original4 tre original1 mais c'est tre fidle ses origines6 ,seul est original1 celui qui1 purant son me des apptits infrieurs1 en fait un net miroir du rayon d',en ,haut1 de la ,trinit divine1 dont elle est l'image4 ,c'est pourquoi les ,saints obtiennent le privilge d'tre vraiment originaux1 dans leur style comme dans leurs actes4 ,de frustes pcheurs1 des bergres illettres ont dit ou crit des choses incomparables1 parce qu'ils les recevaient du ,pre des pauvres1 de l',esprit d'intelligence4 ,vous donc1 jeune crivain1 srieusement chrtien1 qui1 vous mettant au travail1 faites le signe de la croix et appelez votre aide cet ,esprit de vrit1 prservez votre art de se tourner en ftiche ou en instrument d'ambition2 ne vous laissez point tourdir par le subtil ,dmon des vanits chatouilleuses4 ,gardez-vous d'attifer votre gloire comme une poupe de cire qu'on habille d'toffes rutilantes pour l'exposer dans une vitrine4 laborez votre uvre de votre mieux1 mais en sachant qu'elle est infime4 ,ne vous admirez pas vous-mme4 ,entre ce qu'on veut faire et ce qu'on fait1 la disproportion reste humiliante4 ,les plus beaux chefs-d'uvre1 confronts avec la beaut absolue1 nous paratraient de chtifs avortements4 ,n'crivez pas non plus avec l'arrire-dessein d'clipser les autres ou de vous faire admirer4 ,qu'importe qu'on murmure autour de vous les syllabes de votre nom8 ,demain1 peut-tre1 dans votre ternit1 vous n'entendrez plus cette rumeur moutonnire1 vous la mpriserez4 ,quand vous seriez fameux comme ,victor ,hugo1 il y aura toujours plus d'hommes ignorants de vous que vous n'aurez d'admirateurs4 ,si une gnration vous encense1 celle d'ensuite vous oubliera4 ,et combien de sots parmi ceux qui vous loueront6 ,combien vous dnigreront sans savoir pourquoi6 ,le bruit du monde1 disait ,dante1 ,oderisi1 n'est qu'un souffle de vent qui vient tantt d'ici1 tantt de l1 et change de nom en changeant de ct4 ,le moyen ge seul a bien compris l'enfantillage des gloires qui sont des glorioles4 ,a ,sens1 dans la cour du vieux palais synodal1 contre la muraille1 est sculpte la figure d'un moine tenant entre ses mains jointes un compas4 ,les rudits prtendent que cette statuette est l'emblme de la gomtrie4 ,la lgende veut y reconnatre ,guillaume de ,sens1 l'architecte de la cathdrale1 et la lgende me semble symboliquement vraie4 ,ce ,guillaume n'a pas mme inscrit son nom sur une pierre de l'glise avec la pointe de son compas2 il n'exige point qu'on dise3 c'est son uvre4 ,mais il joint ses mains en oraison1 comme pour signifier au passant3 ,prie avec moi et pour moi que tu n'as jamais connu4 ,telle est la rclame que devrait admettre un auteur chrtien4 ,telle est l'humilit d'o surgissent les grandes uvres4 ,aimez la gloire2 convoitez-la perdument1 puisque nous sommes ns pour elle1 pour un poids de gloire incommensurable1 mais cherchez-la o elle repose1 dans la splendeur du ,christ1 visible ds ici-bas2 et alors1 sur tout ce que vous crerez1 quelque chose de sa glorieuse prsence descendra4 ,quels transports de l'art profane ont pu valoir l'inspiration d'un psaume1 d'un hymne liturgique1 d'un vaisseau de cathdrale8 ,notre pense1 par elle-mme n'est qu'une scorie grise1 un charbon fumeux4 ,jetons-la dans l'indfectible fournaise avec l'espoir qu'elle y devienne blanche et translucide comme la braise qui toucha les lvres d',isae4 ,,tre ,,simple ,ce n'est point une chose qui s'enseigne1 comme le jeu de l'oie4 ,dire aux crivains3 ,soyez simples1 cela revient presque leur dire3 ,soyez en tat de grce4 ,un prdicateur pourrait extraire de ce prcepte le sujet d'un beau sermon4 ,ici1 je scrute simplement l'intrieur d'un mot4 ,dieu est simple par essence2 rien n'est en ,lui qui ne soit ,dieu4 ,il voit tout dans une nudit sans ombre4 ,il est simple en ses actes3 vouloir et faire1 pour ,lui1 sont identiques2 quand ,il aime1 ,il se donne absolument2 quand ,il rprouve1 sa justice n'hsite jamais2 quand ,il parle1 son langage est la substance mme du verbe communicable3 ,ego sum qui sum4 ,l'homme1 jusqu' la chute1 tait simple1 autant que peut l'tre une crature constitue de deux principes2 toutes ses puissances obissaient la lumire de sa raison1 image de la ,lumire incre4 ,en s'adorant lui-mme1 il perdit la simplicit de son origine1 il se dsaccorda1 sa chair convoita contre son esprit2 l'artifice et le mensonge envelopprent tous les lments de son intelligence et de son vouloir comme les replis du serpent enserraient le tronc de l'arbre sacr4 ,redevenir tout fait simple quivaudrait rentrer dans le ,paradis perdu4 ,la simplicit prsuppose donc l'unit d'essence1 ou l'harmonie de principes subordonns une fin lucide1 la droiture de l'intuition1 la concordance du mouvement intime et de l'acte2 dans le langage1 c'est un rapport juste et immdiat entre l'ide et l'objet rendre1 entre le fond d'un sentiment et les mots o il s'enferme1 entre la matire et la forme4 ,la simplicit ne se confond pourtant pas avec la justesse4 ,l'crivain simple trouve1 sans se mettre en peine1 les paroles qu'il faut1 celles que tout autre semblerait pouvoir dire sa place4 ,la simplicit s'ignore1 tandis que la justesse1 souvent1 se cherche et s'vertue4 ,le gnie--seul aprs les ,saints--rencontre la pure1 l'ingnue simplicit4 ,elle est trs diffrente d'une certaine mollesse de pense et de plume qui se dispense et dispense le lecteur du moindre effort de concentration4 ,aussi dsavoue-t-elle ces proses laxatives1 surtout d'un genre pieux1 dont les bonnes dames sont satisfaites et disent3 ,comme c'est simple6 ,comme c'est coulant6 ,elle n'abhorre pas moins la fausse simplicit1 les affteries qui veulent tre naves1 les calculs de sobrit ou de raccourcis violents1 tout ce que le snobisme imite1 parce que c'est facile imiter4 ,en gnral1 les vues intellectuelles restent plus simples que les modes d'expression o le sentiment prvaut4 ,un long pome1 un roman sentimental qui serait1 d'un bout l'autre1 une me crite1 je ne sais si cette merveille a jamais pu s'accomplir4 ,ds que la facult cratrice1 au lieu de tendre droit l'objet1 subit les persuasions du ,moi infrieur1 ds qu'on veut plaire ou s'blouir de sa force1 toutes les fois qu'une arrire-pense1 une coquetterie1 une timidit1 une enflure vaniteuse1 dvient le jet direct de l'motion1 l'uvre est voue au manirisme1 l'artificiel1 au confus1 au faux sublime4 ,il est rare que les lettres d'amour soient simples2 les amants pensent trop eux-mmes avec le souci de se faire voir dans un beau jour et de charmer4 ,baudelaire accusait la littrature dvote1 l'art dvot d'tre invitablement prcieux4 ,leur commune faiblesse est bien plus l'insignifiance conventionnelle que la prciosit4 ,mais les deux dfauts sortent d'une seule cause3 en parlant ,dieu ou en reprsentant les choses saintes1 on se voit soi-mme1 et non ,lui2 dans cette complaisance1 l'lan sincre s'alambique2 on pare de colifichets son oraison2 ou bien la pit imaginative se tourmente charger de dorures un autel1 ciseler sur une colonne une profusion de symboles4 ,on suit la mode2 et l'homlie mondaine1 l'glise aux formes composites ne logent pas un atome de simplicit vraie4 ,car la simplicit n'est qu'un trait de la clart cleste touchant les cimes de l'intelligence et du cur4 ,mais1 avant que ,dieu pntre1 il faut que les petites complications et les brouillards de l'amour-propre soient partis4 ,quel motif1 cette heure1 m'engage en ces rflexions8 ,je viens de lire un livre dont un ami m'avait fait les plus grandes louanges1 et je le ferme1 du1 presque irrit4 ,l'auteur est un esprit subtil1 mditatif1 imbu d'une haute formation religieuse1 trop exerc aux roueries de l'criture littraire4 ,il affrontait un sujet tout gonfl de pathtique divin2 or1 loin de se livrer aux solennelles motions que je cherchais dans son rcit1 il les transpose en priodes laborieusement compasses1 copie les rythmes factices d'un tel1 les images moralisantes d'un autre1 les phrases sans verbe d'un troisime4 ,j'aurais voulu1 par lui1 m'exalter1 et il m'inflige un exercice de rhteur4 ,je sais bien que les modernes ont1 pour n'tre pas simples1 toutes sortes de raisons3 tant d'incertitudes subconscientes1 de philosophies htrognes1 d'esthtiques antagonistes se bousculent au fond de leur culture6 ,chez plus d'un qui se croit vigoureux1 les contours vacillants des ides ressemblent la rondeur fuyante de la mer2 une surface tranquille couvre les grouillements de l'abme4 ,quant aux blass1 aux survivants du dilettantisme1 ils se divertissent dans leur incohrence2 tantt ils qualifieraient de simple ce qui est informe1 de naf ce qui confine la stupidit2 tantt ils ont soif de l'imprvu1 du baroque1 du fin des fins4 ,si la musique1 mieux que nul autre art1 accuse les signes mentaux d'une gnration1 quelle horreur du naturel en ces pochades sonores1 ces jeux d'harmonies quintessencis o le discours musical ne veut avoir ni commencement1 ni milieu1 ni conclusion logique1 o des larves de thmes vagissent et succombent dans des carillons d'accords dsorbits6 ,tout cela1 demain1 paratra vieillot1 comme l'est depuis longtemps la posie des imitateurs de ,verlaine4 ,l'avenir retiendra-t-il1 de cet art transitoire1 mme quelques fantaisies exquises et mivres8 ,les sicles1 en effet1 sont des voyageurs htifs n'emportant avec eux que le ncessaire4 ,les aliments qu'ils se transmettent sont des chants simples1 des livres simples dont la forme s'est soumise aux rgles gnrales de la structure esthtique et du langage raisonnable4 ,la simplicit du gnie franais1 en son plus bel clat1 a fait1 pour une part vidente1 l'universalit durable de ses uvres4 ,il est habituel d'associer la simplicit la grandeur4 ,un homme qui peut construire de vastes ensembles ne s'attarde pas finioler4 ,une fois acquise la plnitude de l'laboration1 il nonce les choses telles qu'il les sent1 et1 comme son insu1 prolonge1 au del de ce qu'il exprime1 des perspectives immenses4 ,j'ouvre la ,gense1 je lis au seizime verset du premier chapitre3 ,dieu fit deux grands luminaires1 un plus grand pour commander au jour1 un moins grand pour commander la nuit1 et les toiles4 ,la faon ngligente et sublime de cette fin3 ,et les toiles1 me semble un exemplaire de simplicit dans la grandeur4 ,l'esprit de simplicit devait emplir1 entre tous les livres1 celui qui porte le sceau de la rvlation primitive4 ,certaines parties des critures ne maintiennent pas1 dans leur style1 ce caractre au mme degr3 zchiel est moins simple d'imagination que ,mose ou ,david1 et les derniers prophtes trahissent le got des subtilits symboliques1 des artifices d'cole1 comme pour faire glorieusement valoir la nudit diaphane des vangiles4 ,c'est un lieu commun1 canonis par ,fnelon1--ce modle du faux simple--de clbrer la simplicit des ,grecs1 selon lui1 plus proches que nous de la nature4 ,homre lui donne raison dans ce qu'il a de plus archaque4 ,mais1 les churs des tragdies1 les strophes de ,pindare1 les discours de ,thucydide1 quoi de plus compliqu6 ,et l'alexandrinisme1 aprs avoir infest l'art grec1 corrompit dans sa fleur la posie latine1 dont les plus hauts virtuoses1 hors des inspirations qu'ils tinrent du pays et de ses robustes races1 ne furent que des mosastes1 des arrangeurs d'images empruntes4 ,le moyen ge lui-mme1 nourri l'cole de la dcadence latine1 tourment d'allgories morales1 n'atteignit que par instants1 chez ,dante1 chez ,villon1 dans les arts d'glise1 et plus encore chez les saints mystiques1 un beau simple o l'invisible se rflchit navement et directement3 rien peut-tre1 en ce sens1 n'gale les quatrains du ,dies irae4 ,aprs le moyen ge1 les rhtoriqueurs1 puis la mode italienne des concetti1 les extravagances du romanesque espagnol1 puis les prcieuses1 et1 au ,x,v,i,i,ie sicle1 les arlequinades des salons1 les pastiches des tragdies pseudo-classiques1 toutes les poques attestent1 de la simplicit1 qu'elle est difficile et rare4 ,il y a pourtant une alternance salutaire entre les phases de prciosit complexe et les retours au grand art spontan3 ainsi1 l'htel de ,rambouillet succdrent les puissants ralistes de l'apoge franaise2 d'eux nous reviennent en foule des traits de superbe simplicit3 ,je vous aime ,beaucoup moins que mon ,dieu1 beaucoup plus que moi-mme4 ,madame fut douce envers la mort1 comme elle l'tait envers tout le monde4 ,le ,snat fut sduit2 une loi moins svre ,mit ,claude dans mon lit et ,rome mes genoux4 ,de mme1 aprs l'exsangue classicisme du premier ,empire1 surgissent un ,lamartine1 un ,victor ,hugo1 et plus tard1 aprs les divagations romantiques1 le ,flaubert de ,mme ,bovary ou d',un cur simple4 ,ce rythme historique nous confirme dans une esprance1 c'est de voir bientt triompher la simplicit de l'art pour laquelle nous sommes quelques-uns batailler depuis vingt-cinq ans4 ,la priode dont nous voulons sortir1 celle qui eut comme initiateur un ,mallarm1 fut terriblement factice4 ,on pouvait croire que la guerre1 jetant les hommes face face avec l'essentiel de la vie1 exterminerait d'un coup les formules de cnacles1 les systmes myopes qui prtendent1 leur guise1 dformer le rel4 ,mais la plupart des hommes qui ont fait la guerre en reviennent avec le pli qu'ils y ont port4 ,l'impression des vnements normes ne modifiera qu' distance l'me de la prochaine lite4 ,il faut attendre d',en ,haut1 beaucoup plus que des conjonctures humaines1 le moment rnovateur4 ,tout au moins apercevons-nous quelques-unes des conditions qu'il exige3 un dogmatisme solide1 au lieu de vellits sentimentales2 une soumission patiente l'objet2 l'habitude racquise de considrer les tres dans la prsence radieuse du ,verbe ou les tnbres de la chute2 la force du recueillement contemplatif2 un don de soi total aux grandes choses1 non aux mesquines2 le mpris des ruses et des poses littraires2 la constance de ne jamais mentir en crivant1 de crier le cri de son cur et les certitudes de sa raison4 ,au reste1 ne l'oublions pas1 nous-mmes qui aimons la simplicit3 elle est comme la foi1 un don plus ais perdre qu' obtenir2 le ,paradis de l'art simple n'ouvre qu'une porte troite2 les humbles seuls et les purs ont promesse d'entrer4 ,l',,art ,,surnaturaliste ,,et ,l',,art ,,naturaliste ,les doctrines sans les uvres seraient peu de chose4 ,l'imagination cratrice dprit si on veut l'enchaner des vues thoriques comme un perroquet son perchoir4 ,en ouvrant ici une controverse sur l'art paen et l'art chrtien1 nous ne visons point poser une thse comme le fit ,chateaubriand dans son ,gnie1 quitte l'appuyer ultrieurement par des exemples1 selon la mthode qu'il avouait dans la prface des ,martyrs4 ,l'art monte du sensible l'intelligible4 ,l'intuition prcde1 chez l'inspir1 tout prcepte potique4 ,jamais des formules abstraites n'engendrrent un beau pome ni un bon roman4 ,mais est-ce dire que les doctrines sont vaines1 et qu'autour d'elles les discussions ne servent de rien8 ,a son insu ou consciemment1 l'artiste est gouvern par une mtaphysique1 une esthtique4 ,elles informent dans un sens dfini la matire qu'il met en uvre4 ,si elles sont fausses1 il interprtera la vie1 comme un aveugle marche ttons1 devinant parfois la route1 et1 plus souvent1 lui tournant le dos1 incapable1 s'il s'est gar1 de retrouver le point o il se trompa4 ,une dviation religieuse1 une fallacieuse ide du beau peuvent1 pour des sicles1 perdre une littrature4 ,l'importance est donc formidable de savoir d'o l'on vient1 o l'on va4 ,nous avons1 derrire nous1 des expriences millnaires2 et1 la ntre s'y ajoutant1 il nous semble licite de conclure3 ,tel arbre donna toujours tel fruit3 jamais il n'en donnera d'autre4 ,a regarder les choses de haut et largement1 l'art ne suit que deux directions possibles3 ou il est surnaturaliste ou il est naturaliste4 ,mme avant l',incarnation du ,verbe1 tant que les hommes ont suivi la ,rvlation primitive1 l'art1 comme la foi1 rapporta son principe et sa fin la gloire du ,seigneur invisible et transcendant1 mais que toutes les cratures manifestent1 tant ,lui et faites par ,lui4 ,le cantique des trois jeunes hommes dans la fournaise appelle au grand hosanna1 avec les anges et les esprits des justes1 le soleil et la lune1 la pluie et la rose1 le feu et la neige1 les nues et la foudre1 les montagnes et les collines1 tout ce qui germe sur la terre1 sous la mer et les fleuves1 les oiseaux du ciel et les btes des champs4 ,saint ,paul1 dlimitant ce qu'taient1 jusqu' la venue du ,fils de ,dieu1 les lumires de la raison1 nous expliquera mieux qu'un esthticien l'essence d'un art surnaturaliste3 ,l'invisible qui est en ,dieu1 dit-il au dbut de l'ptre aux ,romains1 nous est intelligible et visible par les cratures de ce monde4 ,et ,dante1 au premier chant du ,paradis1 enclora dans des termes scholastiques la mme dfinition3 ,les choses1 toutes tant qu'elles sont1 tutte quante1 ont un ordre entre elles2 et cet ordre est la forme qui fait l'univers ressemblant ,dieu4 ,qu'est-ce donc qu'un pote surnaturaliste8 ,celui qui sent et conoit ces vrits distinctes3 le monde n'est pas ,dieu1 mais il se meut en ,dieu2 l'tre ternel dborde infiniment le cr1 et nous ne connaissons de ,lui que son nom1 c'est--dire les signes de sa puissance2 mais ce sont des signes dchiffrables et vivants1 des hiroglyphes tracs au front des toiles comme dans l'effort molculaire du plus infime des vibrions4 ,entre ,dieu et nous1 il existe un autre langage que celui des choses extrieures4 ,nous sommes ses images1 sans tre ,lui1 sans qu'il soit nous2 mais il est en notre me1 il nous parle1 nous lui parlons2 et1 venant de ,lui1 nous retournons ,lui4 ,job voulait crire avec un stylet de fer sur une lame de plomb ou sculpter sur une pierre avec un couteau les paroles de son esprance3 ,je sais que mon ,rdempteur vit1 et qu'au dernier jour je me lverai de terre444 ,et je verrai dans ma chair mon ,dieu4 ,je le verrai par mes yeux1 moi et non un autre4 ,ainsi1 la flamme illimite de la vie divine nourrit1 enveloppe1 surinvestit les vivants1 sans qu'ils cessent d'tre eux-mmes4 ,rappelons-nous la ronce ardente o flambait la ,prsence sacre2 et la ronce ne se consumait point4 ,la ronce1 c'est la nature2 le brasier1 c'est la surnature1 l',esprit d'amour et de vrit4 ,le sentiment de cette limite1 de cette dpendance et de cette souveraine pntration fait1 il me semble1 le fond du surnaturalisme biblique1 de celui des ,psalmistes et des ,prophtes1 ou1 pour mieux dire1 de tout l',ancien ,testament4 ,surnaturalisme tantt glorieux1 perdu d'allgresse1 ou d'une tendre ingnuit1 tantt farouche et anxieux dans le contact du ,seigneur qui foudroie1 au passage du souffle inconnu1 ml aux agonies des visions nocturnes1 pantelant sous la main qui trace le long du mur1 en lettres de feu1 des prophties vengeresses4 ,malgr tout ce qu'il a de durement hbraque1 le surnaturel de ces ,livres ,saints reste si juste d'accent1 si mesur que l'glise1 pour introduire les ,psaumes dans la perptuit de ses liturgies1 n'eut pas les modifier2 et ces hymnes1 le plus souvent jaillis des circonstances1 lis l'troite vie d'un homme ou d'un peuple1 dominent les espaces et les sicles des sicles1 tant d'involontaires prfigurations4 ,mon ,dieu1 mon ,dieu6 criait ,david du plus bas abme de sa dtresse1 regarde vers moi2 pourquoi m'as-tu dlaiss8 ,et ,jsus voudra exhaler la plainte suprme de son abandon avec les mots du mme verset1 imposant sa douleur divine la forme liturgique o il la voyait prophtise4 ,jsus se dfendit d'avoir apport au monde quelque chose qui n'y ft pas dj2 car lui-mme y tait1 ds avant que les montagnes fussent cres4 ,l',incarnation n'en fut pas moins un agrandissement prodigieux1 incomprhensible de la nature au-dessus d'elle-mme2 par suite1 l'art en a reu des possibilits surnaturalistes qu'il n'puisera jamais4 ,ce que l'homme porte en soi de divin1 les paens l'avaient entrevu1 mais asservis aux apparences1 et persuads que l'action la plus religieuse est d'exposer des formes pures#ajd4 ,le ,christ1 en disant ceux qui l'aiment3 ,soyez parfaits1 comme l'est votre ,pre dans les cieux1 fit descendre sur la figure humaine la rvlation de l'ternelle beaut4 ,sa ,passion retourne en splendeur les plaies et l'ignominie des supplices4 ,alors que1 de la plante des pieds au sommet de la tte1 tout est1 dans son corps1 navrures livides1 sang caill1 enflure des coups1 ce pendu1 affreux sous sa coiffure d'pines1 devient1 pour les yeux qui comprennent1 le plus beau des enfants des hommes4 ,auprs de lui1 les ,apollon1 les ,herms1 les ,zeus ne paraissent que de froides btisses d'une chair prissable et morne4 ,l'absolu de la souffrance est illumin par la batitude4 ,le dedans1 l'ineffable transfigure les effrayantes laideurs4 ,l'horrible de la mort est vaincu4 #ajd ,,flaubert4--,tentation de ,saint ,antoine4 ,regarder ,jsus en croix1 leon1 tout ensemble1 de ralisme svrement fidle1 et de surnaturalisme6 ,n'ayons point peur de considrer en face1 avec la fixit douloureuse d'un amour impuissant tout saisir1 les dfigurations du visage1 les crachats colls aux sourcils1 les ordures ptries dans la barbe1 et1 sous la peau des membres lamentables1 avec les bourreaux dont nous fmes1 dnombrons les saillies des os4 ,fermer les yeux devant le mystre de nos dchances serait dmentir la ncessit de la ,rdemption4 ,les hommes ne demandent qu' oublier ce qui les fait abjects4 ,il faut les contraindre au spectacle de leur opprobre1 non pour les dsesprer2 mais afin qu'ils se jettent dans les bras dchirs du ,librateur4 ,aussi jugeons-nous difficile qu'un art idyllique1 fardant toutes les hideurs sous une gracieuse idalit1 ait rien de fortement chrtien4 ,il y a des cas o le pote et1 plus encore1 le romancier doit crire une page ou une phrase qui mettra peut-tre en fuite dix mille lecteurs1 si la vrit du sujet rclame de malplaisantes violences4 ,cependant1 me dira-t-on1 certains artistes ne sont aptes concevoir que les joies et les tendresses3 pour un ,fra ,angelico1 la crucifixion elle-mme ressemble une bienheureuse extase4 ,et1 en effet1 d'aprs l'exemplaire divin du ,christ1 la vie relle peut tre reprsente dans trois tats diffrents3 ou la souffrance sans la gloire1 ou la gloire sans la souffrance1 ou la gloire par la souffrance4 ,tel crivain1 tel pote surtout1 sera prdestin ne chanter que l'tat de gloire1 et c'est1 en apparence1 un magnifique privilge1 cette impossibilit voir le laid1 sentir la douleur4 ,mais je ne puis oublier la parole illuminatrice de l',imitation3 ,un cur pur pntre le ciel1 la terre et l'enfer4 ,le ciel d'abord sans doute1 et1 si ,dante est entr dans la fort sauvage qui menait aux lieux d'horreur1 ,batrice1 d'en haut1 lui envoyait un guide4 ,il avait dessin des anges sur des tablettes avant d'apercevoir ,ugolin faisant craquer sous ses dents atroces le crne de son ennemi4 ,pourquoi1 nanmoins1 ,dante reste-t-il le matre du chant catholique1 celui qui nous donnons l'pe comme lui-mme la donnait au grand ,homre8 ,c'est qu'il a embrass dans son ampleur l'immensit de la vie4 ,le mal est nu devant ses yeux1 parce qu'il voit le rapport de ce qui habite la nuit des gouffres avec l'empyre des ,bienheureux4 ,il faut tre descendu jusqu'au fond des iniquits et des chtiments pour adorer les justices divines et comprendre d'o sort toute l'abomination de l'univers4 ,la grandeur de l'art catholique est justement d'atteindre avec certitude l'universalit4 ,un paen peut sentir les analogies1 les correspondances des phnomnes dans le monde tangible4 ,seul1 le chrtien apporte de derrire l'horizon la clart originelle o s'explique le mouvement de tout ce qui respire1 soit vers ,dieu1 soit vers ,satan4 ,l'largissement des choses terrestres1 quand on les envisage ainsi1 est inexprimable4 ,l'me du dernier des hommes dtient en son mystre les splendeurs des trois ,personnes divines4 ,les conjonctures de son passage sur le pont qui va d'une ternit l'autre intressent le ciel1 la terre et les damns4 ,autour d'elle1 les anges et les dmons soutiennent la bataille qui durera jusqu' la fin des temps4 ,ses actes et ses penses ont des rpercussions normes1 peuvent sauver des multitudes de vivants ou les perdre1 hter la dlivrance des morts lents expier1 accrotre la flicit des saints et la gloire mme de ,dieu4 ,l'infini converge dans la pauvre tincelle de notre vie1 et qui saura l'y reconnatre1 si ce n'est le voyant1 le contemplatif1 ou l'artiste ayant la foi8 ,pour le pote surnaturaliste1 l',enfer1 le ,purgatoire et le ,ciel sont accessibles1 parce que les apparences d'ici-bas s'y retrouvent leves au-dessus1 d'elles-mmes des modes inconnus4 99 99 99 99 99 ,en esquissant les perspectives inestimables de l'art surnaturaliste1 nous laissons entendre1 du mme coup1 ce qui manque au naturalisme4 ,il lui manque1 c'est trs simple1 d'tre la vrit4 ,un mot du ,symbole de ,saint ,athanase abrge merveilleusement l'ossature des deux doctrines4 ,le ,christ1 y lisons-nous1--et cela sous-entend le genre humain1 corps mystique du ,christ1--est un1 non par la conversion de la divinit en forme charnelle1 mais par l'assomption de l'humanit une forme divine4 ,le paganisme fut un sanglot vers l'unit de l'tre1 une manire de joindre l'homme1 ses instincts1 sa raison1 un principe plus stable que lui4 ,seulement1 sans nous arrter aux fictions polythistes1 nous constatons que ni les initis orphiques1 ni les mtaphysiciens n'arrivrent tablir la transcendance de l',amour crateur1 le ,verbe en qui et par qui toutes choses furent faites et respirent4 ,l'esprit ordonnateur du monde1 pour la plupart1 reste ml au monde1 soumis ses limites4 ,at1 la figure du ,destin qui opprime les hommes1 marche sur leurs ttes2 mais qu'est-elle1 sinon une force aveugle appliquant une loi qu'elle n'a pas cre8 ,dans la conception naturaliste1 c'est toujours l'humanit qui se fait dieu4 ,pour y parvenir1 ou bien la personne humaine devra se perdre au sein du ,tout1 et cet apptit de se fondre avec l'univers quivaudrait un monstrueux dsir du nant1--que peut tre la batitude sans la conscience de notre moi8--ou bien les forces du ,tout se concentreront dans la personne humaine1 seul rel exemplaire de la divinit4 ,a cette seconde position s'arrta le paganisme grco-latin1 et1 sa suite1 depuis plus de trois sicles1 les paens modernes y sont revenus4 ,si l'homme est l'unique dieu rvl1 difier ses instincts sera sa religion et sa vertu4 ,cependant1 l'exprience avait appris aux anciens que la libert des joies se paie en d'excessives douleurs4 ,aussi imposaient-ils une norme aux instincts2 ils voulaient que la tradition des anctres et la raison fussent les rgulatrices de la vie normale4 ,mais1 cette raison n'admettant au-dessus d'elle-mme que les inaccessibles ,destines1 ou s'adorera dans la chimre du sage impassible et suprieur aux dieux1 ou n'enseignera qu'une sagesse de juste milieu1 une prudente mdiocrit4 ,oui1 la mdiocrit1 c'est fatalement l'idal et la grande misre du naturalisme paen4 ,est-ce dire que les hauteurs surnaturalistes lui aient t impraticables8 ,je n'oublie certes pas tel fragment sublime de ,parmnide1 ni ,eschyle1 ni les ,bacchantes d',euripide1 ni les mythes de ,platon1 ni certains vers de ,virgile o tremblait l'aube du jour attendu4 ,mais1 dans l'ensemble1 l'art paen n'exprimait que la vie du corps et la beaut rythmique des gestes1 les modes lmentaires de la souffrance et de l'allgresse1 des maximes de sens commun1 l'hrosme dirig vers des fins restreintes1 une humanit lie la terre comme une statue l'est son socle4 ,adonis mort ne ressuscitait que pour les ivresses d'un printemps4 ,compar la lumire suprasensible du ,verbe1 le soleil o s'agitaient les athltes1 sur le sable des palestres1 n'tait qu'un lumignon fumeux4 ,une nuit opaque rendait comme inexistante devant les yeux des vivants l'ternit relle4 ,vus d'o les mystiques peuvent les voir1 du ,thabor de la foi transfigurante1 les temps paens furent des temps sombres4 ,un vase d'bne autour duquel sont dessins en traits rouges des danseurs secouant des torches1 telle serait1 je crois1 l'image de l'illusion antique4 ,reconnaissons que la structure du vase est exquise2 une saine et nave justesse de coup d'il conduisit la main qui l'orna2 mais ces figures se meuvent sur le noir1 dans le noir1 et quand elles nous ont offert l'essentiel de leurs lignes1 elles n'ont plus rien nous apprendre4 ,l'trange1 dans l'histoire de l'art naturaliste1 n'est point que le paganisme s'en soit content1 c'est qu'aprs la ,rvlation chrtienne1 aprs tout le moyen ge et ,dante1 on soit retomb lui4 ,par quel faux enivrement un ,ronsard1 chanoine1 prtre mme1 comme l'atteste un acte officiel#aje1 mit-il ou peu s'en faut#ajf1 la porte de la posie le ,christ1 les saints1 les mystres liturgiques1 la vrit humaine de l'homme pcheur1 l'nigme de son avenir sans terme1 pour clbrer des galanteries phmres et toutes sensuelles1 des hros mythologiques ou les paysages dont l'agrment touchait ses yeux8 #aje ,le procs-verbal de son installation1 en #aefj1 comme chanoine1 au chapitre du ,mans o nous lisons3 ,accepimus nobilem et circumspectum virum ,petrum de ,ronsart1 presbyterum4 #ajf ,on rencontre1 travers les huit volumes de son uvre1 quelques vers1 quelques morceaux chrtiens1 uniquement suscits par des circonstances accidentelles4 ,mis bout bout1 ils tiendraient peut-tre en tout vingt pages4 ,quand il se dfend contre les calomnies des huguenots1 il professe sa foi catholique dont la sincrit ne peut tre mise en doute4 ,il crit1 parce qu'on lui a demand ces pomes1 une paraphrase sur le ,te ,deum1 des hymnes ,saint ,blaise1 ,saint ,roch1 ,saint ,gervais1 etc4 ,l',hercule chrtien fut compos la requte du cardinal de ,chtillon pour complaire--,ronsard l'avoue en propres termes-- ce protecteur opulent qu'il appelle ailleurs son ,mecenas4 ,c'est1 au reste1 une similitude grossirement poursuivie entre ,hercule1 dompteur des monstres1 et ,jsus1 vainqueur de ,satan4 ,l'anne mme o il versifiait l',hercule chrtien 7#aefj71 ,ronsard faisait1 dans une des ,odes retranches1 cette dclaration trs peu chrtienne3 ,au moins1 avant que trespasser1 ,que je puisse mon aise1 un jour1 ,jouer1 sauter1 rire et dancer ,avecque ,bacchus et ,amour4 ,il n'est point superflu d'claircir les causes d'une telle dchance d'inspiration1 et d'autant qu'elles menaceront indfiniment les renaissances de l'art chrtien4 ,une tapisserie du dix-septime sicle1 que j'ai souvent l'occasion de revoir dans une glise1 reprsente ,mose frappant le rocher avec la verge miraculeuse4 ,autour de lui1 des gens puiss de soif2 l'eau jaillit devant eux et dcourt au creux du sol2 mais les uns1 avant de boire1 merveills1 lvent leurs mains ou les joignent et rendent grces ,dieu d'o descend l'eau qui sauve2 un autre1 accroupi1--et on devine qu'il se mettrait volontiers plat ventre--offre sa cruche au jet1 et se retourne1 faisant signe ses compagnons d'accourir1 afin qu'ils se dsaltrent1 comme des animaux1 sans penser rien qu' la volupt de n'avoir plus soif4 ,les premiers sont des surnaturalistes2 le reste figurerait trop bien le naturalisme instinctif4 ,idoltrer la vie prsente1 se courber vers elle1 s'en abreuver goulment1 cela n'exige aucun effort2 le poids de notre infirmit nous prcipite cet assouvissement2 il y a au fond de nous un paganisme indestructible2 toujours la chair convoitera contre l'esprit2 et1 ds que les yeux sont enfoncs dans les jouissances ou les dsirs infrieurs1 ils ne rflchissent plus les clarts clestes1 ils les oublient s'ils ne les nient point4 ,la tension des sicles asctiques avait courbatur les volonts paresseuses2 par lassitude1 par besoin de changer1 elles s'manciprent2 l'effervescence paenne1 chez les clercs comme chez les laques1 fut effrne1 et l'imagination des potes se fit complice du commun dbridement4 ,mais1 dans la posie1 d'autres motifs affadirent le got des sublimits chrtiennes4 ,les rhtoriqueurs1 vers la fin du moyen ge1 force de subtilits symboliques1 de complications mtriques et verbales1 avaient rendu fastidieux le mysticisme imaginatif2 on dlaissait au milieu des voies prilleuses de ce monde le ,traverseur de ,jean ,bouchet1 comme nous abandonnmes1 dans la futaie de leurs pineux symboles1 ,mallarm et ceux qui lui ressemblaient4 ,ajoutons que la posie chrtienne ne lguait1 en ,france1 aucun haut chef-d'uvre pouvant offrir un modle imitable comme ceux des anciens4 ,pas une chanson de geste n'a valu l',iliade1 pas un mystre n'est comparable dipe-,roi2 la farce de ,pathelin reste une minime bauche devant les comdies d',aristophane4 ,le lyrisme de ,villon1 si pntrant pour nous1 devait sembler mprisable des gens qui ne voulaient plus connatre le visage de la pnitence et de la mort4 ,au moyen ge1 la posie1 le roman1 le thtre mme quand il ne fut plus dans l'glise1 avaient t trop souvent considrs comme des passe-temps1 des jeux rcratifs auxquels on demandait surtout d'tre sans danger pour les mes4 ,cette erreur1 qui est encore aujourd'hui celle de trop nombreux catholiques1 lucide l'insuffisance d'improvisations populaires1 d'une littrature d'amateurs dont on faisait bon march4 ,ronsard et ses disciples eurent de leur travail d'artistes une ide plus consciencieuse4 ,ils s'y donnaient tout entiers1 aspiraient la perfection patiente4 ,mais ils voyaient dans l'art une technique s'assujettir1 non une chose profonde1 o le tout de la vie doit se rflchir et se continuer4 ,la forme plus que l'essence des tres sollicitait leur conqute4 ,la posie devint donc avec eux un aimable et prestigieux mensonge2 et leur poque les admira1 parce qu'on ne prenait pas au srieux la posie2 des hommes graves1 directeurs de collges1 se plaisaient divertir leurs coliers en leur faisant jouer des pices tailles dans quelque mythe antique1 belles parfois quand elles taient d'heureuses traductions1 mais trangres au monde vrai o il faut vivre et vides forcment de tout esprit chrtien4 ,ici1 quelques-uns1 peut-tre1 se rcrieront3 --,alors1 vous rprouvez donc l'antiquit profane et ce que nous devons de meilleur la civilisation grecque ou latine8 ,je m'en garderais comme d'une ingratitude4 ,ne battons pas notre nourrice4 ,si le got d'une forte simplicit1 des justes rapports entre l'objet et l'expression rsiste1 chez nous1 toutes les perversions accidentelles1 notre fidlit aux lettres classiques nous mrite1 pour une part prcieuse1 cette noblesse d'esprit4 ,mais l'antiquit n'aurait jamais d tre une idole4 ,c'est une matresse d'cole dont il faut avoir cout la voix1 en retenant son exprience l o elle concorde avec la discipline de l'glise4 ,elle doit rester une humble servante2 on fit d'elle1 ds la ,renaissance1 la desse ,raison4 ,et1 malgr l'nergique redressement du dix-septime sicle1 le pli paen persista dans l'art1 il domina si bien les intelligences que ,polyeucte et ,athalie1 magnifiques exceptions1 n'eurent aucun succs4 ,on crut ,boileau quand il conduisit doctoralement de l'pope et du thtre les sujets chrtiens comme n'tant point susceptibles d'ornements gays4 ,il est inou de voir le pieux ,fnelon formant son lve avec des fables toutes paennes1 avec ,tlmaque4 ,il prtendait faire au paganisme sa part2 le pouvait-il8 tre chrtien dans sa vie1 paen dans sa littrature1 ce ddoublement est une chimre4 ,lorsqu'un systme est matre de l'imagination1 il l'est bientt du cur1 de l'entendement2 il envahit1 il mne l'homme tout entier4 ,a cette vidence les temps o rgna ,voltaire allaient apporter la plus dsolante des illustrations4 ,et nous savons trop ce que fut la posie d'alors3 un jeu mondain1 une acrobatie de priphrases1 des tirades sur la tolrance1 ou des couplets de petits soupers4 ,d'une montagne de tragdies1 d'odes1 d'pitres philosophiques1 il ne reste aujourd'hui qu'une pince de cendre4 ,mme un gueux mourant de faim comme le douloureux ,gilbert en tait rduit se plaindre en vers avec les mtaphores de bourgeois qui ont bien dn3 ,au banquet de la vie infortun convive ,j'apparais un jour et je meurs4 ,jadis1 l'picurien ,lucrce avait1 non sans mpris1 assimil la vie des ripailles2 cette image1 au dix-huitime sicle1 passa dans les murs absolument2 l'lgante ou cynique partie de plaisir se prolongea jusqu' ce que la populace culbutt la table1 impatiente de s'y gorger4 ,alors bondit de la poitrine d'un homme un cri d'indignation1 vrai et superbe4 ,chnier1 la veille de monter sur la charrette1 crivit ses ,iambes o il en appelle la ,justice immuable contre les bourreaux1 barbouilleurs de lois4 ,il fallut le cataclysme pour dessiller quelques yeux4 ,je trouve dans une longue lettre de ,chateaubriand ,fontanes1 date du #bb dcembre #ahjj1 cette phrase mmorable3 ,vous n'ignorez pas que ma folie est de voir partout ,jsus-,christ4 ,mot d'une porte extraordinaire1 pigraphe1 radieuse comme un labarum1 du renouveau surnaturaliste4 ,par malheur1 ,chateaubriand ne sut pas vivre toute sa foi4 ,schement voltairien dans sa manire de juger les hommes1 dnu de solide thologie1 il nona un christianisme plus littraire qu'intime1 il aspergea d'eau lustrale la littrature plutt qu'il n'y fit remonter la sve divine4 ,le merveilleux des ,martyrs est glac1 faux la manire d'une machine de thtre4 ,malgr la scne terminale dont l'ide reste une splendeur1 le principe paen prvaut dans ce livre composite4 ,car c'est trop peu d'avoir une imagination chrtienne4 ,toutes les puissances de l'me doivent tre immerges dans le surnaturel4 ,l'uvre est une expiration des lments vitaux que l'artiste aspira2 l'air de la vie moderne tant satur de contagions hostiles1 si le cur et l'intelligence de l'crivain ne sont sursaturs de vigueur chrtienne1 ses pomes1 ses romans seront comme ces enfants dont le pre est douteux2 leur forme accusera un mtissage impur1 la tare des clectismes adultrins4 ,envisag de la sorte1 quel a t le sicle d'o nous sortons8 ,assurment1 tous les crivains1 mme les plus irrligieux1 s'y proccuprent du catholicisme4 ,un ,stendhal1 un ,mrime furent conduits exprimer des mes catholiques et les comprendre au moins dans les aspects superficiels de leurs ractions4 ,que serait le ,faust de ,gthe sans le conflit1 autour du salut de ,faust et de ,marguerite1 des bons ,anges et de l',ennemi8 ,mais1 chez le plus grand nombre1 de multiples influences dvirent1 dbilitrent ou turent l'essor catholique4 ,en l'un--tel ,lamartine--c'est une religiosit mysticisante o se dissout le dogme imprieux4 ,en l'autre--tel ,musset--la dissipation1 les faux amours1 l'ignorance thologique ruinent les vellits d'un retour la foi4 ,ou bien c'est le jansnisme dsespr d'un ,vigny1 le panthisme extravagant d'un ,victor ,hugo1 avec ses dclamations sur le progrs et ses virulences anticlricales2 cet homme qui a reu dans ,la fin de ,satan1 sur la damnation1 sur le ,dluge1 sur la ,passion de ,jsus1 des blouissements de visionnaire inspir1 devait laisser son pome avorter en cette fiction purile et grotesque3 ,satan pardonn1 parce qu'une de ses plumes d',archange lumineux1 reste au seuil du ,paradis1 devient1 en #aghi1 l',ange libert6 ,plus tard ,flaubert1 obsd par ,saint ,antoine1 capable de sentir la lgende d'un ,julien l',hospitalier1 ne trouva jamais lui-mme l'humilit de la prire ingnue2 et son me demeura pareille celle du solitaire dans la nuit de la tentation1 une citerne vide1 avec des ronces tout autour1 et1 au fond1 une grande tache noire4 ,presque tous les romantiques--et aussi les positivistes--du sicle dernier me rappellent une fantaisie d'un sculpteur symboliste1 la figure d'un homme beau jusqu'au buste1 cherchant se mettre en marche vers des horizons de lumire que son front rflchit2 mais le reste de son corps est fait d'une squelle de monstres emmls2 il les trane1 il se trane2 de sa suite hideuse qui donc le dgagera8 ,n'induisons pourtant pas des misres du dix-neuvime sicle qu'il nous offre seulement l'exemple d'erreurs viter4 ,nous devons aux romantiques le sens de la couleur1 de l'intimit spirituelle1 de la richesse des analogies1 de l'unit du monde que les potes1 depuis la ,renaissance1 avaient perdu4 ,si beaucoup se sont gars1 rdant l'aventure1 dans l'indfini du mystre1 ils nous ont rappris l'audace d'en explorer les approches4 ,nous devons aux positivistes le souci de confronter avec la svre exprience nos vues et nos aspirations1 le mpris de ce que ,renan appelait le gongorisme catholique1 de l'enflure et de la creuse faconde1 flau dont tous nos crivains et surtout nos orateurs sont encore loin d'tre indemnes4 ,mais1 au-dessus des romantiques et des positivistes1 saluons1 de toute la vnration de notre amour1 les grands apologistes1 les romanciers et les potes catholiques sans qui nous ne serions pas ce que nous sommes4 ,nommons-les ici1 quand mme ils sont dans la mmoire de tous1 comme on lit les noms des morts tombs au champ d'honneur3 de ,maistre1 ,bonald1 ,lamennais avant son apostasie1 ,balzac1 en dpit de ses confusions philosophiques1 ,blanc de ,saint-,bonnet1 ,lacordaire1 ,barbey d',aurevilly1 ,veuillot1 ,villiers de l',isle-,adam1 ,hello1 ,huysmans1 ,verlaine1 ,lon ,bloy4 ,ces grands ans marchent devant nous1 non pour nous imposer d'tre leurs disciples1 mais pour nous exciter faire mieux qu'ils n'ont fait4 ,pour nous qui voyons de loin dj ces luminaires d'un autre sicle1 la concordance de leurs mouvements espacs nous est un haut signe d'espoir4 ,ils eurent mission de rintgrer le ,christ au centre de la pense et du vouloir humain1 et1 dans cette uvre essentielle1 ils se sont continus1 comme s'chelonnent des astres sur les routes ternelles4 ,entre ,joseph de ,maistre tablissant la suprmatie du dogme et ,barbey d',aurevilly dclarant dans la prface de l',ensorcele que l'art catholique1 avec sa grande largeur1 ne craint pas de toucher aux passions lorsqu'il s'agit de faire trembler sur leurs suites1 nous percevons cette commune certitude3 dans tous les domaines1 aussi bien dans celui de l'imagination que dans celui de l'intelligence1 le catholicisme doit tre souverain4 ,il doit l'tre avant tout1 au fond de l'crivain lui-mme4 ,si nos ans nous laissent des modles imparfaits1 ce n'est point seulement que tout gnie reste court par quelque endroit4 ,c'est qu'ils furent incompltement des catholiques et des chrtiens4 ,supposez ,balzac prenant la peine de s'assimiler une bonne philosophie scholastique2 il n'et point confondu la nature et le surnaturel1 comme il l'a fait dans le galimatias de ,louis ,lambert et de ,seraphita4 ,supposez ,verlaine s'vadant sans retour du cloaque o il avait expriment l'immondice des instincts2 il nous et donn mieux que la dolence de ses faiblesses2 il se ft dpouill d'un je ne sais quoi d'indcis et d'artificiel qui s'insre en ses plus suaves lvations4 ,car1 s'il est souverain dans l'tre intrieur du pote1 le catholicisme exclut de son uvre les cabotinages littraires1 les sournoises habilets comme les molles ngligences4 ,toute posie o une certaine forme de rythme et d'expression devient tyrannique1 calcule1 porte un germe de mort1 n'est pas vraiment chrtienne4 ,l'art chrtien1 toujours difficile1 est plein de piges pour quiconque1 guett par le dmon du factice1 s'y engage sans la candeur d'une foi absolue4 ,et cette candeur mme est plus aise perdre qu' obtenir4 ,il serait odieux d'en faire une attitude4 ,vous vous rappelez ce hros d'un roman de ,chesterton qui voyait des anges agenouills dans l'herbe1 avant d'avoir vu l'herbe4 ,il serait beau de voir le monde ainsi2 trs peu d'entre nous--et trs peu1 c'est beaucoup dire--ont ce degr d'ingnuit4 ,contentons-nous donc d'tre sincres1 vrais devant les hommes comme devant nous-mmes4 ,le propre d'un crivain catholique est d'aimer perdument ce qui est vrai4 ,pour atteindre le supra-sensible1 nous avons refouler le brouillard1 dense comme des tnbres1 d'un naturalisme athe4 ,il ne s'agit point de fermer les yeux en le traversant1 mais d'lever en notre main la lampe ardente qui le percera4 ,projetons-en la flamme hardie sur tout ce qui peut tre clair4 ,quand on tient ces deux vrits1 la chute et la rdemption1 il n'est aucun gouffre o l'on ne puisse envoyer une flamme de justice1 un signal de compassion1 un appel d'esprance4 ,pour un artiste d'une foi vigoureuse1 l'attitude en face de la nature est aise dfinir3 il regarde1 il sent la vie telle que sa vue de raliste la lui fait voir et aimer2 et il l'interprte selon l'optique chrtienne qui ne dforme pas les objets1 qui les rejoint entre eux et les explique en les illuminant4 ,notre unanime dsir est que cet ensemble d'ides aboutisse susciter1 dans la littrature prochaine1 plus d'ardeur cratrice1 plus de beaut4 ,durant la guerre et surtout au moment de la victoire1 j'avais espr des temps cornliens1 un panouissement d'enthousiasme1 d'allgresse1 de force exubrante1 des cris de clairons ails dans un soleil de gloire1 puis le chur austre des hrosmes pacifiques tendus vers la patrie et le monde rnover4 ,ni l'esprit public1 ni la multitude des livres surgis depuis quatre ans n'ont correspondu cette illusion4 ,les ,hymnes de ,joachim ,gasquet1 symphonie dlirante1 splendide par intervalles1 ne chantent que le pan du triomphe d'un jour4 ,au lendemain du triomphe1 le poids immense des deuils1 l'normit de la tche reprendre1 les dceptions du prsent et les anxits de l'avenir ont dtermin chez beaucoup une sorte d'affaissement sur eux-mmes1 une dissolution des forces viriles4 ,il est grand temps1 pour les volonts en dsarroi1 de se reprendre4 ,aux crivains catholiques plus qu' personne1 il incombe de sonner le ralliement des nergies4 ,je voudrais que leur voix1 par-dessus la lourde rumeur des incertitudes1 ressemblt ces cloches de balises dont la vibration1 large et douce comme celle d'un cor lointain1 domine les chocs des vents et les hurlements de la mer4 ,je voudrais que les plus puissantes et les plus pures d'entre elles fussent des cloches de cathdrale1 des cloches de ,te ,deum1 des cloches de ,fte-,dieu1 des cloches de deuil aussi1 de piti ou d'alarme1 mais1 plus encore1 des cloches nuptiales1 des cloches de rsurrection4 ,les mes ont besoin de savoir qu'elles ne vont pas mourir4 ,d'o leur viendra1 sinon du pote chrtien1 en forme de libre cantique1 le message de la paix1 le message de l'ternit8 ,nulle conception ne saurait tre vaste et forte l'gal du surnaturalisme catholique4 ,lorsque j'en cherche l'idale figure1 je me souviens d'un vieux mystique comparant l'amour parfait un anneau d'or qui serait plus ample que le ciel1 la terre et toutes les choses cres4 ,quand je m'en reprsente la ralit plus modeste1 je pense une parole de l'admirable ,mistral dans une lettre ,lamartine3 ,si humble et si petit que soit le grain de bl1 lorsqu'il monte en pis sous la rose du ciel1 il peut encore faire honneur la main qui l'a sem4 ,voil le grand point3 que le champ o nous voulons remplir notre journe de bons ouvriers soit troit ou large1 avare ou plantureux1 ne disons jamais comme les hommes sans foi3 ,ce champ est nous2 il y a nous et rien que nous2 ne cherchons pas notre gloire1 mais rendons-la toute la ,main qui a tout donn4 ,,les ,,possibilit,s ,,du ,,roman ,,catholique ,il ne sera jamais superflu de le redire3 de toutes les formes littraires1 la plus ardue1 c'est le roman4 ,nulle autre ne requiert la mise en jeu d'lments si complexes ni une telle constance de vrit cratrice4 ,l'uvre romanesque1 parfaite comme est parfait1 au thtre1 dipe-,roi1 semble un prodige encore natre4 ,un bref roman d'analyse1 une idylle1 un rcit fantaisiste peuvent donner l'illusion d'un ouvrage sans dfaut4 ,mais1 lorsqu'un vaste sujet entrelace des caractres et des milieux1 fait surgir1 au-dessus de figures multiples et d'une masse d'pisodes1 une grande ide vitale1 cette entreprise quivaut vouloir introduire dans le plan du rel un systme de forces1 presque un monde incr4 ,pareille audace reste forcment infrieure son objet4 ,elle a plus de chances encore de ne point l'atteindre1 si l'artiste veut faire tenir en une synthse les relations du visible avec l'invisible1 s'il est un romancier catholique et mystique4 ,nous vivons dans la sphre des apparences4 ,elles retiennent l'imagination par tout le poids de leurs attraits2 ou bien elles l'oppriment par la terreur et le dgot4 ,pour les dominer1 il faut les avoir scrutes sous la lumire des rgions divines2 il faut aussi les avoir bien vues d'un regard qui observe afin de reprsenter fidlement4 ,le romancier catholique doit tre tout ensemble un raliste et un surnaturaliste4 ,je dis raliste1 non point naturaliste4 ,catholique et naturaliste1 ces deux mots hurlent de se voir ensemble4 ,le naturaliste s'attache au fait pour le fait2 il se pose devant la cration comme un clerc de notaire inventoriant un mobilier2 ou1 s'il la considre en philosophe1 c'est1 asservi un dur systme2 il saisit dans l'homme l'animalit2 il constate les tares ataviques1 la mesquinerie des habitudes1 la hideur des vices4 ,quand il note les caractres d'un milieu1 il n'a souci que d'ajouter quelques fiches au dossier humain2 il se donne la volupt strile de construire une figuration4 ,s'il se penche avec sympathie sur la misre de ses personnages1 s'il y reconnat la sienne1 il peut vivifier d'un souffle douloureux ces ombres qui s'agitent dans le vide4 ,la ,sapho d',alphonse ,daudet1 la ,germinie ,lacerteux des ,goncourt sont des tmoignages probants1 comme une confession1 sur la dchance o peut glisser une pauvre me dans l'abandon4 ,la vie lui parat le plus ennuyeux des non-sens4 ,le monde se dresse contre elle1 comme une machine stupidement implacable1 pour l'craser4 ,la mort lui reste1 seule fentre entre-bille sur le libre espace4 ,c'est pourquoi tant de romans naturalistes1 depuis ,madame ,bovary1 finissent1 d'une manire invitable1 par un suicide4 ,les casiers de l'observation naturaliste ressemblent ces geles suffocantes o ,sainte ,thrse1 dans sa vision de l',enfer1 se sentit bloque1 sous un plafond si bas1 entre des parois si troites qu'elle ne pouvait se tenir debout ni s'asseoir2 et1 navement1 elle s'tonnait qu'au sein de tnbres opaques on pt distinguer toutes les choses affreuses pour la vue4 ,image de damnation qui n'est pas un mensonge1 quand le romancier considre la socit moderne1 en son dsordre et son athisme4 ,les mes ne peuvent plus mme jeter le cri de leur dtresse3 ,le silence est au fond de tout le bruit qu'on fait4 ,si1 par intervalles1 le naturaliste et le raliste catholique ont l'air de se rejoindre1 c'est dans la nause des laideurs4 ,mais le premier n'y reconnat que le jeu accidentel de forces inconscientes2 l'autre y dcouvre les suites du pch2 au bout des drames les plus atroces il voit entreluire la ,rdemption4 ,l'art du naturaliste est un miroir qui rflchit de mornes surfaces2 celui du raliste chrtien pntre jusqu' la substance et aux racines des vnements4 ,le naturalisme est tellement inhumain que ses fanatiques eux-mmes n'ont gure pu s'y confiner4 ,flaubert s'abma dans une sorte de nihilisme idaliste1 celui que le ,diable1 au plus aigu de la tentation1 souffle l'oreille de ,saint ,antoine3 ,peut-tre qu'il n'y a rien4 ,zola devait aboutir au songe millnariste1 puril et grossier1 d'une humanit innocente1 heureuse par la satisfaction de ses apptits4 ,la notion de substance1 seul1 le catholique en possde la ferme plnitude4 ,il rvre en toutes les choses de ce monde la main divine qui les cre et les sauve4 ,il admire les lys des champs1 comme ,jsus les admirait1 vtus plus splendidement que ,salomon sur son trne4 ,jsus n'apportait pas aux hommes une chimre de perfection4 ,il voulait rellement souffrir et mourir4 ,vere passum1 immolatum4 ,la foi en la ,prsence relle demeure le fondement du ralisme catholique4 ,c'tait l'amour du ,christ uni la terre dans le pain et le vin de l',hostie qui jetait ,saint ,franois en contemplation devant les plus infimes cratures et lui faisait parfois embrasser avec des pleurs de joie les arbres ou les rocs dont le ,seigneur a dit que1 si les hommes se taisaient1 leurs pierres crieraient sa gloire4 ,l'homme tant conu comme l'image de ,dieu1 l'artiste s'appliqua plus exactement la vrit de la ressemblance#ajg4 #ajg ,il serait facile de montrer que tout ralisme profond part d'une intention religieuse4 ,ainsi1 dans l'art gyptien4 ,de l1 chez l'artiste chrtien1 un sens de la beaut cleste1 un sens de la laideur aussi que le paganisme n'avait point souponn4 ,car le pch dforme la ressemblance divine2 le ,dmon y superpose son affreuse empreinte4 ,et nous ne songeons pas seulement la vrit des contrastes1 l'exactitude plastique4 ,le plus important1 c'est l'intrieur de l'homme1 l'ternel conflit dont il est le champ de bataille1 le mystre des perspectives surnaturelles o se prpare le dnouement4 ,ralisme et surnaturalisme ne font qu'un4 ,appliques au roman dont les formes ont une autre souplesse que le thtre ou le pome lyrique1 les possibilits de l'art chrtien sont immenses4 ,il semble trange qu'on les ait si peu explores4 ,certains romans du moyen ge--ainsi ,perceval le ,gallois--proposaient des fictions tailles1 si l'on peut dire1 en plein drap1 dans le dogme1 et pleines de symboles mystiques4 ,raymond ,lulle1 dans son ,blanquerna1 inspir1 croit-on1 d'un roman hindou1 suivit l'histoire d'un homme jeune qui s'aventure travers le monde1 en qute de bonheur et de sagesse2 il se marie1 puis entre dans un monastre2 il devient ensuite un prlat1 un cardinal2 il est lu ,pape2 aprs quoi il se retire loin du monde2 ermite au fond d'un bois1 il gote enfin la batitude4 ,les ,espagnols ont souvent imit ce type de roman qui peut esquisser toutes les conditions sociales1 peindre des milieux1 des sentiments multiples1 se faire vari comme la vie mme4 ,cependant le genre1 ds le moyen ge1 flchissait vers une frivolit mondaine4 ,on y cherchait ce qu'on y cherche trop encore1 un phmre amusement4 ,la plupart des sujets tournaient1 comme des cureuils dans leur cage1 l'intrieur de cette monotone intrigue3 un tel sera-t-il l'amant d'une telle8 ,ils allaient de l'amour hroque l'amour idyllique1 laissant aux rcits des contes les licences de l'amour grivois4 ,nous ne demanderons pas un modle de roman catholique l',amadis ni l',astre1 ni au ,grand ,cyrus1 ni mme ,don ,quichotte1 encore moins au ,dcamron ou ,pantagruel1 bien que les plus idalistes de ces livres impliquent la civilisation chrtienne avec ses dlicatesses1 et que ,boccace1 ,rabelais1 l mme o ils travaillent corrompre le catholicisme1 en restent nourris4 ,le seul beau roman qui ait surnag au ,x,v,i,ie sicle fut1 il est vrai1 un roman chrtien2 la ,princesse de ,clves repose sur l'ide du renoncement4 ,mme de ,clves sacrifie un bonheur possible2 elle s'obstine le repousser1 quand la mort de son mari l'a rendue libre4 ,mais1 chez elle1 l'amour humain ne s'immole pas l'amour cleste2 elle assure1 avant tout1 le repos de sa conscience2 elle a peur de s'engager en de nouveaux liens4 ,deviendra-t-elle jamais un grand cur mystique8 ,elle est bien plutt une femme raisonnable qui pse des risques et se range au parti de l'entire scurit4 ,il et t prodigieux que le ,x,v,i,i,ie sicle libertin vt surgir un roman chrtien d'esprit4 ,manon ,lescaut aurait pu l'tre4 ,le conflit d'un sentiment profane et d'une vocation pieuse1 la rdemption aprs la chute1 le relvement de la brebis perdue enfermaient la donne d'pisodes admirables4 ,l'abb ,prvost n'en tira qu'un roman d'aventures trop mollement bti1 o serpente le perfide lieu commun de la courtisane rhabilite4 ,les romans de ,voltaire visaient exterminer toute conception chrtienne de la vie4 ,candide est le ricanement satanique du dsespoir1 devant l'nigme du pch4 ,nanmoins1 le blasphme atteste ,dieu2 l'homme qui descend jusqu'au fond de sa misre impuissante rveille1 mme contre son gr1 le besoin d'un appel au ,rdempteur4 ,candide est plus prs d'une apologtique rebours que la nouvelle ,hlose ou ,paul et ,virginie4 ,avec sa thse3 ,la nature est bonne1 ,jean-,jacques semblait ruiner1 dans l'art1 les chances d'un renouveau chrtien4 ,la ,terreur se chargea de le dmentir4 ,et ,chateaubriand1 converti1 osa prendre le contre-pied de ,rousseau2 ,atala rtablit au-dessus de la nature la sainte loi du sacrifice4 ,trs imparfaitement1 d'ailleurs4 ,si la mre d',atala n'avait li par un vu imprudent l'avenir de sa fille1 les amants s'uniraient en libert2 nous aurions1 avec des horizons plus vastes1 une reprise de ,paul et ,virginie4 ,la contrainte catholique intervient comme un trouble-fte4 ,un disciple de ,rousseau et estim qu'elle a tort2 ,chateaubriand devait tre un peu de son avis4 ,les parties chrtiennes du roman sont pauvres et sches d'expression4 ,de mme1 ses ,martyrs restent une uvre indcise entre le christianisme et le mensonge paen4 ,en dpit de ses insuffisances1 ,chateaubriand ouvrait au roman chrtien d'tonnantes perspectives4 ,atala et les ,martyrs1 aprs le ,gnie du ,christianisme1 dterminrent puissamment cette proccupation religieuse qui ne sera presque jamais absente de la littrature1 au ,x,i,xe sicle4 ,mais1 pour trouver ce qui s'appelle un roman catholique1 il faut dpasser les temps lamartiniens1 ,hugo et ,balzac lui-mme2 il faut aller jusqu' ,barbey d',aurevilly4 ,le romantisme eut1 d'abord1 cette nfaste action de dissoudre en vague sentimentalit l'lan spirituel4 ,le sujet de ,jocelyn1 qui est un roman versifi1 offrait la matire d'une profonde tude sur la vie intrieure d'un prtre4 ,or le livre se rduit de verbeuses descriptions1 des effusions lyriques4 ,sauf en deux ou trois pisodes o se dessine le drame1 la pense du pote ne se concentre pas vers le dedans des tres4 ,les rapports d'une me sacerdotale avec le dogme et la discipline ecclsiastique sont peine indiqus4 ,l'indigence de mysticisme est navrante dans cette histoire d'un sublime renoncement4 ,n'en soyons point surpris2 l'crivain jette en son uvre ce qu'il porte au fond de sa vie relle4 ,comment exprimer l'asctisme si l'on n'a l'intelligence et le dsir d'une rgle asctique8 ,le prtre de ,jocelyn1 comme l'vque des ,misrables1 est construit sur le modle du ,vicaire ,savoyard2 la seule excuse de ,lamartine et de ,hugo1 c'est qu'on rencontrait alors des prtres et des vques forms sur un tel patron4 ,balzac1 avec sa pntration raliste du catholicisme en tant qu'ordre social1 a magnifiquement exprim l'action de la foi sur les murs1 les gnrosits qu'elle suscite1 le drame des antagonismes qu'elle approfondit4 ,rappelez-vous simplement ,mme de ,mortsauf du ,lys dans la valle1 ,mme ,grandet et sa fille4 ,il a peint toute la gradation des milieux ecclsiastiques1 depuis le cur du village jusqu'au prlat raffin4 ,on a pu extraire de la ,comdie humaine un ensemble de maximes que ne dsavouerait pas le plus orthodoxe apologiste2 c'est lui1 dans ,la ,cousine ,bette1 qui a dit de la ,vierge ,marie3 ,elle efface par sa grandeur tous les types hindous1 gyptiens1 grecs4 ,la ,virginit1 mre des grandes choses1 tient dans ses belles mains blanches la clef des mondes suprieurs4 ,enfin1 cette grandiose et terrible exception mrite tous les honneurs que lui dcerne l'glise4 ,pourquoi cependant ,balzac n'a-t-il pas donn un seul roman qu'on puisse qualifier d'exclusivement catholique8 ,c'est qu'il mlait au dogme une philosophie confuse1 idaliste1 panthiste1 avec un amalgame de mysticisme svedenborgien4 ,un seul axiome soutient l'normit de son uvre3 ,la nature est une et compacte4 ,ce qu'on nomme attractions et rpulsions des choses1 ralis dans les intelligences1 devient l'amour et l'antipathie4 ,ce qui est1 en nous1 la volont est1 dans la plante1 odeur ou sve4 ,matire et pense1 l'en croire1 seraient les deux modes d'une ,puissance unique4 ,sa vision du monde spirituel1 des sphres angliques1 et l prodigieuse dans ,seraphita1 est trouble par les baroques extravagances qui lui viennent du protestant ,svedenborg4 ,d'autre part1 il brouillait la notion prcise du surnaturel et le surnaturalisme tel que l'entendra1 d'aprs lui1 ,baudelaire1 une transposition1 exalte jusqu'au vertige1 des sensations o les mots se crispent impuissants rendre l'ineffable3 ,il m'a souvent sembl1 dclare ,emilio1 dans ,massimilla ,doni1 au sujet de la femme qu'il aime1 que le tissu de sa peau empreignt des fleurs sur la mienne quand sa main se pose sur ma main444 ,l'air devient alors rouge et ptille2 des parfums inconnus et d'une force inexprimable dtendent mes nerfs1 des roses me tapissent les parois de la tte1 et il me semble que mon sang s'coule par toutes mes artres ouvertes1 tant ma langueur est complte4 ,autrement exacte et svre fut la conception de ,barbey d',aurevilly4 ,l',ensorcele1 ,un prtre mari1 les ,diaboliques nous offrent les premiers exemplaires de romans ou de nouvelles qui procdent du dogme1 de la morale1 de la tradition catholique et qui1 hors d'elle1 seraient impossibles#ajh4 #ajh ,il faudrait y ajouter ,l',honnte femme1 de ,louis ,veuillot4 ,voir ce que j'en ai dit dans les ,lettres de fvrier #aibg4 ,un ralisme thologique soutient ici le jeu des passions4 ,supposons1 dans l',ensorcele1 la fiction dpouille de l'lment surnaturel4 ,il lui resterait un tragique de folie amoureuse1 ml aux rminiscences de la ,chouannerie4 ,mais son aspect lgendaire1 son grandiose s'vanouiraient4 ,le grandiose tient au souffle satanique qu'on y respire2 et le satanisme fait la vrit profonde du rcit4 ,l'glise1 avec ses dogmes1 amplifie au reste tout ce qu'elle touche4 ,parce qu'elle est1 comme le ,christ1 un signe de contradiction1 en dressant contre les apptits humains une digue1 elle les force rebondir1 torrent orageux1 ou les sublimise par la soumission impose4 ,c'est ainsi que d',aurevilly1 dans ,un prtre mari1 entoure d'une grandeur inoue la tendresse de ,sombreval pour sa fille4 ,sombreval1 avant de se marier et d'avoir une fille1 tait un prtre4 ,il a beau vivre en mcrant2 le signe de l'onction demeure sur lui4 ,il ne peut dire3 ,ma fille6 sans rpter un sacrilge ineffaable devant ,dieu et devant les hommes4 ,dans le plus naturel et le plus noble des sentiments il mange1 il boit toute heure sa rprobation4 ,on reprochera au romancier1 sans doute1 de se complaire dans l'anormal4 ,cette critique ne serait point vaine4 ,le surnaturel1 pour se rvler1 a-t-il besoin de pripties et d'mes extraordinaires8 ,il semble plus probant s'il s'insre dans la trame des faits quotidiens4 ,mais d',aurevilly aurait pu rpondre que l'anormal est incessant4 ,nous croisons des humains que des yeux superficiels dclarent quelconques2 rien d'trange au dehors ne signale leur vie4 ,si nous en connaissions le fond1 nous serions terrifis de ce qu'elle cache1 ou parfois blouis de leurs vertus ignores4 ,d',aurevilly sentait ce qui manquait1 dans son uvre1 une synthse du visible et de l'invisible4 ,des mes existent1 ailes1 radieuses1 qu'un vent pur enlve1 comme la colombe de l'arche1 au-dessus des cloaques tnbreux4 ,le conteur des ,diaboliques rvait de leur donner un pendant3 les ,clestes4 ,faute de temps ou d'inspiration il ne les a jamais esquisses4 ,c'est qu'il est plus accessible d'exprimer les passions mauvaises que la vertu4 ,celle-ci parat trop aisment conventionnelle1 hors du possible4 ,au temps de ,barbey d',aurevilly1 une mode pessimiste portait les crivains faire leur pture de l'horrible1 du monstrueux1 de tout ce qui rvolte une sensibilit moyenne4 ,huysmans1 avant sa conversion1 par un sadisme morbide1 se divertira en voquant les atrocits d'un ,gilles de ,rais4 ,l-bas s'achve sur l'effroyable rcit d'une ,messe noire4 ,lon ,bloy transposera1 dans le ,dsespr1 les souffrances de sa jeunesse1 exagrant au del du vraisemblable les calamits qu'un artiste peut appeler sur lui4 ,le ,dsespr n'est pas un roman1 pas plus qu',en route de ,huysmans4 ,un roman1 disait d',aurevilly1 c'est de l'histoire possible4 ,quand les faits rels dbordent sur la fiction ou paraissent l'exclure1 nous n'avons plus un roman1 mais des confessions1 des mmoires1 une autobiographie1 avec ce que ,bloy appelait l'arrangement littraire1 la libert de modifier ou mme de dformer l'histoire1 en vue d'un certain effet4 ,bloy1 d'ailleurs1 tait trop lyrique1 et1 comme ,huysmans1 trop proccup de lui-mme1 pour se mettre dans l'tat d'esprit propre au romancier4 ,s'il eut sur le roman quelque influence1 ce fut par ricochet1 en tant qu'il secouait d'pres invectives l'illusion paenne o s'engourdissait1 chez certains1 la ferveur de la foi4 ,au contraire1 les livres de ,ferdinand ,fabre sont de vrais romans1 et catholiques de pense1 bien qu'il n'y mnage gure les milieux clricaux4 ,une scne comme les obsques nocturnes de ,mgr de ,roquebrun1 dans l',abb ,tigrane1 exigeait1 pour tre conue1 un sens rare du dramatique inhrent aux liturgies4 ,on peut blmer comme outre la fureur ambitieuse d'un ,rufin ,capdepont4 ,mais n'oublions pas que ce roman se passe en un diocse montagneux1 dans un vieux pays proche de l',espagne1 o les antagonismes devaient s'exasprer sans merci4 ,l'auteur a moins cherch la stricte vraisemblance que la vrit symbolique4 ,le ,dmon1 au surplus1 quand il rde autour d'une me insensible aux convoitises charnelles1 n'a prise sur elle que par l'ambition1 l'orgueil ou le dsespoir2 c'est lui qui trouble le terrible et grand ,capdepont4 ,nulle intention d'apologiste ne s'ajoute la peinture des murs2 et pourtant une apologtique indirecte s'en dgage2 la force divine de l'glise est avre mme dans les faiblesses de ceux qui la reprsentent4 ,avec ,barbey d',aurevilly et ,ferdinand ,fabre se dfinissait dj ce que j'appellerais le roman catholique intgral3 regarder la vie d'aussi prs qu'on peut l'atteindre1 mais en clairer tous les aspects par cette flamme mystrieuse qui vient des gouffres d'en haut ou d'en bas4 ,beaucoup d'uvres modernes--et des plus importantes--sont nes1 d'autre part1 dans un rythme catholique2 elles seraient impossibles si l'auteur ne pensait en croyant4 ,paul ,bourget1 confrontant avec son exprience les doctrines de l'glise1 fut amen ce tmoignage que ses livres1 depuis le disciple1 ritrent obstinment3 l'ordre catholique est principe de vie2 tout ce qui lui est contraire engendre le chaos1 la mort4 ,ren ,bazin a pos1 dans la ,barrire1 un duel de consciences autour de l'orthodoxie1 parce que lui-mme attachait sa foi un prix pathtique4 ,henry ,bordeaux1 dans la ,maison morte1 aurait-il rendu avec une simple motion la mort pieuse d'une paysanne1 s'il n'avait trouv au fond de son cur la pit d'un tel spectacle8 ,franois ,mauriac a beau dclarer3 ,je ne suis pas un romancier catholique2 je suis un catholique qui crit des romans1 sa sensibilit1 ses fictions1 son got mme de l'amer pch1 tout suppose chez lui une vie intrieure catholique dont son art est pntr jusqu'aux fibres4 ,mais1 ce que je veux attester1 c'est l'largissement des horizons romanesques par le surnaturalisme4 ,il me conviendrait mal d'aller prendre dans mon uvre des arguments4 ,j'aime mieux voquer l'admirable scne du ,sanguis martyrum de ,louis ,bertrand o les mineurs chrtiens voient surgir prs d'eux un prtre inconnu qui leur apporte sous terre le ,pain cleste4 ,ici1 le miraculeux se mle comme naturellement l'humain de la vie2 il s'impose parce qu'il est dsir1 attendu2 il n'affirme pourtant pas3 ,c'est moi4 ,qu'on se rappelle aussi1 dans le ,vin de ta vigne 7de ,louis ,artus7 la trs suave et prophtique nouvelle3 ,l'enfant qui n'allait pas l'cole4 ,un roman paru l'an dernier1 ,un pnitent de ,furnes1 d',henri ,davignon1 peut expliquer d'une faon probante quel imprvu poignant le symbole chrtien ajoute une situation peu neuve en soi4 ,la femme de ,rginald ,camerlinghe l'a quitt2 il veut expier pour elle son erreur2 d'autant plus qu'il n'est pas lui-mme sans reproche4 ,il suit1 comme pnitent1 la lourde croix sur l'paule1 travers les rues de ,furnes1 le cortge de la ,kermesse qui reprsente la ,passion4 ,chaque pisode de la ,kermesse1 au lieu d'tre devant ses yeux un jeu pictural1 retentit en son cur2 il sent le poids de la ,croix qu'il soutient et sa vertu expiatrice4 ,quelle beaut1 par exemple1 en ce dtail trs simple1 agrandi jusqu'au symbole3 ,jsus se relve1 raccepte le fardeau1 et repart de son pas rapide1 court et cadenc4 ,sa silhouette projete sur le mur semble vouloir emplir l'horizon4 ,de la foule1 une petite vieille se dtache et tend vers l'homme en sueur un verre d'eau claire4 ,il a fait non de la tte1 tout sa tche infinie6 ,plus rcemment encore qu',henri ,davignon1 ,georges ,bernanos1 dans son roman trange3 ,sous le ,soleil de ,satan1 explore avec une audace de visionnaire les profondeurs de l'invasion dmoniaque4 ,cette uvre synthtise des qualits superbes3 un ralisme fort et condens1 n'ayant peur ni du laid1 ni du cynique1 parce que le laid et le cynique1 c'est le rire du ,dmon1 sa revanche sur l'uvre divine2 une pntration des mes tranchante1 subtile1 amre2 l'intensit continue1 mme excessive de l'hallucination2 une faon de peindre o le dedans projette sur le dehors des lueurs transcendantes2 des dialogues dont chaque mot enferme du silence4 ,la couleur de l'ensemble est1 comme le fond de certaines toiles espagnoles1 furieusement sombre2 car le soleil de ,satan1 c'est la nuit4 ,l'histoire de la malheureuse fille que le dmon pousse du dsordre au suicide est lie celle de l'abb ,donissan par une relation toute mystique4 ,le drame se concentre dans le cur de ce prtre ascte1 tourment par l',esprit du mal4 ,le ,dmon lui apparat mme--c'est l'pisode capital du roman1--et cette vision doit1 pour une haute part1 sa puissance au ralisme qui en soutient la terreur surnaturaliste4 ,le cur de ,lumbres reoit1 plus tard1 le don des miracles2 un fermier1 dont l'enfant vient de mourir1 l'adjure de ressusciter son enfant4 ,le prtre croit entendre un ordre mystrieux qui le contraint d'oprer cette rsurrection4 ,il l'essaie1 il voit le petit mort soulever ses deux paupires2 mais le cadavre retombe4 ,un clat de rire retentit1 celui de la mre qui l'a suivi son insu2 l'abb reconnat le rire de ,satan2 il s'enfuit pouvant4 ,aprs un tel dsastre1 il n'a plus qu' mourir4 ,le point contestable du livre semble cette outrance de faits dsesprants4 ,certaines mes saintes vivent1 il est vrai1 dans la plus noire dsolation1 et cet tat peut se prolonger des annes4 ,elles ne sont point tentes1 malgr tout1 au del des forces humaines4 ,dieu les soulage par d'inexprimables joies4 ,un prtre1 chaque matin1 quand il offre le ,corps de son ,dieu1 est combl d'une ,prsence o il reoit un avant-got du ,paradis4 ,mais l'abb ,donissan se mfie mme de ces consolations3 ,j'ai ha le pch1 se dit-il1 puis la vie mme1 et ce que je sentais d'ineffable dans les dlices de l'oraison1 c'tait peut-tre ce dsespoir qui me fondait dans le cur4 ,satan1 craint-il1 est dans le regard qui le brave1 il est dans la bouche qui le nie4 ,il est dans l'angoisse mystique1 il est dans l'assurance et la srnit du sot444 ,prince du monde6 ,prince du monde6 ,et il en vient cette conclusion terrible3 ,nous sommes vaincus6 ,vaincus6 ,vaincus6 ,assurment1 il ne faudrait pas confondre une telle torture mystique avec l'ide fixe1 l'obsession maladive du ,diable1 qui va souvent jusqu' la folie 7j'ai rencontr1 ,sainte-,anne1 une vieille dame folle1 convaincue qu'elle tait ,satan en personne74 ,mais l'abb ,donissan me parat un jansniste effrn1 presque un manichen4 ,avouer le triomphe de ,satan quivaut dsesprer de la ,misricorde1 et nous ne sommes pas trs loin du pch contre l',esprit4 ,je crains que ,georges ,bernanos1 soit par une violence systmatique de temprament1 soit par une recherche de l'effet1 n'ait dpass toute mesure dans l'expression de la tristesse spirituelle#aji4 #aji ,il reconnat lui-mme que la douceur et la confiance font dfaut l'abb ,donissan2 ce prtre est un saint manqu4 ,mais la grandeur anormale dont il l'investit abuse le lecteur sur les limites du personnage4 ,et nous touchons ici une des graves difficults du roman catholique4 ,il reprsente l'homme pcheur1 il doit le reprsenter4 ,un roman catholique ne doit jamais tre un fade mensonge d'idylle4 ,cette expression du dsordre1 si forte qu'elle soit1 va-t-elle nanmoins infliger aux mes un accablement8 ,je l'ai dit propos des passions amoureuses3 ,la grande rgle1 pour l'artiste chrtien1 est de ne rien peindre qui laisse aux lecteurs l'impression dominante d'un trouble sduisant1 de restreindre les pisodes charnels1 d'en faire sentir les suites douloureuses1 de prsenter le pch comme le pch1 la honte comme la honte4 ,mais1 quand le romancier approfondit un drame spirituel1 la limite est plus dlicate franchir1 et le danger plus subtil4 ,il faut une nette fermet de sens thologique1 la justesse prudente de l'analyse1 par-dessus tout1 la bonhomie et la droiture de l'intuition4 ,les possibilits du roman catholique sont immenses2 ses difficults les galent4 ,qu'elles ne rebutent pas les jeunes crivains4 ,qu'ils expriment1 dans son ampleur1 le mystre joyeux comme le mystre douloureux de la vie intrieure4 ,qu'ils gardent1 devant elle1 une prcieuse humilit4 ,seul la rendrait1 avec sa plnitude1 celui qui en aurait toute l'exprience1 c'est--dire un ,saint4 ,mais les ,saints ont mieux faire que des romans4 ,,le ,,si,,cle ,,eucharistique ,dans quelques jours2 toutes les routes de la chrtient s'empliront des plerins qui vont au ,congrs de ,lourdes4 ,une anne de plus dresse les reposoirs de la procession universelle o sera glorifi le ,christ-,hostie4 ,aucun fait1 depuis le commencement du nouveau sicle1 n'est plus imposant que ces vastes assembles de catholiques venus de pays sans nombre pour articuler ensemble un acte d'adoration4 ,le moyen ge lui-mme n'a jamais connu de telles assises mystiques3 on se rendait alors ,saint-,jacques de ,compostelle comme en un lieu qui dtenait les restes corporels d'un aptre et la vertu sanctifiante de ses os4 ,ici1 les attraits tangibles deviennent secondaires3 l',eucharistie peut s'adorer dans un pauvre ostensoir de village aussi bien que sous un dais escort par cent vques4 ,ce serait puril1 pour expliquer l'affluence des fidles1 d'en admettre seulement les causes extrieures1 la force d'impulsion qui sollicite les hommes vers tout point o de longues foules se dirigent1 l'attente de magnificences extraordinaires et d'unanimes motions4 ,il faut atteindre au fond des mes et1 plus encore1 dans les volonts conductrices de l',esprit ,saint1 les raisons durables de ce mouvement4 ,a mesure que la fin des temps approche1 une partie du genre humain s'endurcit davantage nier sa ,rdemption2 mais celle qui reste croyante veut plus nergiquement proclamer sa foi4 ,le soir tombe sur le monde2 la nuit commenante sera la nuit du dernier exode4 ,c'est l'heure o les fils d',isral immolaient l',agneau sans tache4 ,nous aussi1 nous savons qu'il faut marquer de son sang le linteau de notre porte afin que l'archange justicier1 s'il passe1 ne touche point nos ttes de son glaive4 ,comme eux1 nous devons manger la pque1 tenant la main le bton de l'imminent voyage et en hte1 avec la faim d'un grand dsir4 ,plus l'glise voit sa mission terrestre prs d'tre acheve1 plus elle se retrempe en ses origines4 ,aux premiers sicles1 la communion quotidienne tait si bien admise que les chrtiens se communiaient eux-mmes dans leurs maisons4 ,mais1 bientt#aaj1 un scrupule dont le moyen ge ne sut se librer et qui opprime toujours les schismatiques grecs1 retint les laques une distance respectueuse du ,sacrement2 plus tard1 en ,france du moins1 les controverses protestantes et le jansnisme attidirent1 chez la masse de ceux qui communiaient ,pques et aux ftes solennelles1 toute fervente familiarit4 ,l'expression traditionnelle1 s'approcher des ,sacrements1 correspondait cet tat de mfiance rationaliste2 on s'en approchait1 on ne les mlait pas son tre intime4 ,aujourd'hui encore1 les hommes de la gnration antrieure la ntre sont imbus d'un prjug contre la communion frquente4 ,pourtant1 sur ce point comme sur tant d'autres1 le pontificat de ,pie ,x marque un retour la profonde vie primitive4 ,si beaucoup de catholiques ont suivi docilement ses inspirations1 c'est qu'ils comprennent le principe trs simple jadis expos par saint ,ambroise3 #aaj ,ds le ,i,ve sicle et mme avant1 par une rpercussion de l'arianisme 7d'aprs le rapport de dom ,j4 ,chapman1 de l',ordre de ,saint-,benot1 au ,congrs eucharistique de ,westminster1 en #aijh74 ,puisque chaque fois que le ,sang est vers1 il est vers pour la rmission des pchs1 je dois le recevoir toujours1 afin que mes pchs soient toujours remis4 ,je pche constamment2 je dois donc constamment prendre le remde contre le pch444 ,si c'est notre pain quotidien1 pourquoi attendez-vous une anne pour le recevoir1 comme le font les ,grecs en ,orient8 ,recevez tous les jours ce qui tous les jours vous est profitable4 ,celui qui ne mrite pas de communier chaque jour ne mrite pas de communier une fois l'an4 ,il n'est point d'me pour qui ne rsonne incessamment le prcepte d'amour3 ,prenez et mangez4 ,mais1 tandis que la multitude des mcrants rejette en hochant la tte et souvent avec d'immondes opprobres le ,dieu qui ne se lasse pas de s'offrir tous1 le reste du troupeau demeur fidle s'lance d'autant plus avide vers la nourriture dlectable4 ,dilate ta bouche et je l'emplirai1 disait le ,seigneur son peuple par la voix du ,psalmiste2 cette parole1 d'une insondable munificence1 est entre dans nos oreilles plus clairement qu'en celles de nos anctres4 ,ce n'est pas que nous mritions mieux les largesses divines2 mais elles se multiplient la mesure de notre indigence4 ,le viatique est pour les fragiles1 les infirmes et les moribonds4 ,or1 le monde ressemble un grand malade qui ne sait plus de quel ct se retourner sur son lit4 ,de quoi peut-il avoir encore faim1 sinon du ,pain vital1 promesse d'ternit8 ,il a donn aux tristes la coupe de son ,sang1 chante une hymne de la ,fte-,dieu4 ,plus que jamais il faut aux chrtiens1 pour n'tre pas tristes1 l'esprit de triomphe qui les fait marcher avec scurit1 comme les jeunes hommes dans la fournaise1 au milieu des tentations et des haines4 ,d'o recevraient-ils cette allgresse1 sinon en mlant leur sang toute la substance du ,fort des forts1 du ,dominateur dont le royaume n'aura pas de fin8 ,tel est le sens des ,congrs eucharistiques et surtout des ,congrs internationaux4 ,les plerins appartenant aux patries les plus distantes et les plus hostiles ne s'y donnent point rendez-vous seule fin de dmontrer que le catholicisme restaure la famille humaine en son harmonie plnire par l'unanimit d'une foi supra-terrestre4 ,leur concorde jubilante figure pour quelques jours la communion des lus1 l'tat de gloire et d'adoration perptuelle qui se nomme le paradis4 ,on dirait qu'alors1 du ,levant jusqu'au ,ponant1 les blasphmes se sont tus1 les hrsies et les schismes sont morts1 que le puits de l'abme est clos sur le dragon li jamais2 l1 tous sont en tous1 tant tous en ,dieu4 ,c'est comme un aprs-midi d't vtu d'une splendeur et d'une paix o rien ne semble plus pouvoir changer4 ,si quelque chose peut donner une image des batitudes1 n'est-ce pas l'instant d'une bndiction solennelle1 quand le prtre lve au-dessus de la foule le ,saint ,sacrement8 ,et mme1 les bienheureux qui voient la ,face de ,jsus-,christ ne peuvent plus mriter comme nous1 prosterns devant l'ostensoir4 ,l'hommage que rendent de faibles humains la ,prsence relle enferme une sublimit dont les anges doivent tre jaloux4 ,un soir1 il y a deux mille ans1 ,jsus1 tenant du pain entre ses doigts1 a dit3 ,ceci est mon ,corps2 et ses disciples ont cru sa parole1 ils ont fait ce qu'il avait fait1 ils le feront jusqu' la fin des sicles et1 avec eux1 tous ceux qui croiront en lui4 ,le voil1 le rgne du ,verbe o la parole accomplit tout6 ,dans le miracle de la transsubstantiation1 les apparences1 infimes et passives1 subsistent seulement pour que la foi ait lieu d'agir et que les sens ne soient point dus4 ,sous elles pourtant s'abrgent l'univers1 la terre et le froment1 le soleil nourricier1 la chair et le sang de l'homme2 et1 par la substance du ,fils1 la crature finie consomme son union avec l',infini en trois personnes4 ,il est trop vrai de dire que l'ternit n'puisera pas la contemplation d'un tel mystre4 ,en mme temps1 quoi de plus simple1 de plus accessible aux simples6 ,je me souviens d'un mot dit par une femme de pcheur1 aux ,sables-d',olonne1 une voisine dont les vilenies l'exaspraient3 ,allez6 ,vous me le payeriez cher si1 ce matin1 je n'avais pas mang mon ,dieu4 ,manger son ,dieu6 ,personne autre que les catholiques n'a jamais os se servir de cette prodigieuse expression4 ,mais1 surtout1 qu'on songe ce qu'y mettait la pauvre femme et qu'on essaye d'valuer quelle somme de charit humble1 de misricorde1 de puret1 de patience1 de paix entre dans le monde par l',eucharistie4 ,lorsque les dlgus de la catholicit s'assemblent pour adorer et mditer le ,sacrement saint entre tous1 l'effet qu'il produit en eux est de leur communiquer1 autant qu'ils peuvent la recevoir1 son unit surnaturelle2 il fait d'eux comme des grains de bl moulus et ptris qui deviennent un seul pain4 ,s'ils se sparent ensuite1 la force d'une cohsion mystique persiste dans leur vie1 se propage autour d'eux4 ,dieu seul mesure l'efficacit qu'ont eue et auront1 en des pays o1 depuis des sicles1 la ,prsence relle tait officiellement nie1 des spectacles tels que ceux de ,westminster et de ,cologne1 ces processions immenses qui figuraient la continuit de la vritable glise1 son plerinage militant et triomphant1 conduit du ,golgotha au jugement dernier4 ,lille peut se glorifier d'avoir t la premire ville choisie pour un grand ,congrs eucharistique4 ,c'tait en #ahha3 trois cents prtres et laques s'y taient groups2 quatre mille hommes prirent part la crmonie de clture4 ,ce commencement1 compar ce que furent les rcents ,congrs1 fait penser au grain de senev croissant en un arbre o les oiseaux du ciel btissent leur nid4 ,le choix de ,lourdes1 cette anne1 a une signification magnifique3 il atteste une reprise solennelle de la terre de ,france par ,jsus-,christ ,roi et par ,marie4 ,lourdes est pour les catholiques un fief inexpugnable2 le ,sauveur est l1 si l'on peut dire1 chez lui plus qu'en nul autre lieu2 il circule parmi les foules qui l'acclament1 et sa prsence est tellement sensible que jamais il ne passe sans gurir des infirmes ou dlivrer des mes souffrantes4 ,les apparitions de ,lourdes ne sont qu'une rvlation anticipe1 imparfaite du paradis4 ,quand on lit les rcits de ,bernadette et des tmoins immdiats#aaa1 on prouve quelque chose de ce rafrachissement qu'au sortir du purgatoire doivent connatre les sanctifis4 #aaa ,ils sont bien transcrits dans le livre limpide et fervent de ,m4 ,,reyn,s-,,monlaur1 la ,vision de ,bernadette4 ,je ne crois point qu'il y ait dans l'histoire du christianisme une srie de phnomnes comparables aux dix-huit apparitions1 ces conversations1 devant une foule1 entre une petite fille agenouille et la ,dame qu'on ne voyait pas1 mais dont le visage se rverbrait sur le sien1 qui elle rpondait1 selon les volonts de qui elle agissait2 et la source irrcusable afflua pour tmoigner elle-mme que ,bernadette avait vu4 ,cela se passait en #aheh1 alors que ,renan1 matre des esprits1 prtendait avoir exclu1 sans retour1 des faits le surnaturel4 ,quelle compassion dmesure dans cette insistance de ,marie s'affirmer existante6 ,mais1 bien qu'elle ait ,lourdes redit trois fois le mot3 ,pnitence6 elle ne s'y rvle pas1 comme la ,salette1 la ,mre douloureuse1 transfixe par les sept glaives et prdisant ses fils ingrats les dernires pouvantes4 ,quand elle se montre ,bernadette1 elle sourit et1 tandis que l'enfant rcite son chapelet1 elle prononce avec elle3 ,gloire au ,pre1 et au ,fils1 et au ,saint-,esprit4 ,ce sourire de l',immacule1 cet hosanna ritr la ,trinit sainte1 n'est-ce point le paradis vermeil1 celui qui descendait sur la figure de ,bernadette1 transparente comme si de la lumire passait au travers8 ,et1 racontait la voyante1 la ,dame souriait aussi en regardant les autres petites filles qui taient l1 les hommes et les femmes1 toute l'humanit pcheresse4 ,or1 le regard de ,marie sur nous1 c'est celui mme du ,fils de ,dieu resplendissant en elle1 l'blouissement de l'ternelle ,hostie rflchi sur celle qui n'a jamais pch4 ,ainsi1 ,lourdes est bien l'endroit de la terre o il nous convient le mieux de clbrer les merveilles du ,saint ,sacrement4 ,ainsi1 nous tissons notre sicle un manteau d'une pourpre radieuse1 o sera ml1 souhaitons-le1 le rouge de notre sang#aab1 mais qui porte dj la couleur du ,sang de ,jsus-,christ4 ,quand bien mme son avenir serait lourd de calamits et d'ignominies1 il aura eu l'ineffable privilge d'tre le sicle eucharistique4 #aab ,ces pages furent crites en ,juin #aiad2 elles parurent le #ab ,juillet dans ,la ,semaine littraire4 ,,la ,,joie ,,chr,,tienne ,certains mots portent1 dans l'unit simple de leur forme1 un signe d'absolu4 ,est-ce hasard si notre langue et d'autres font tenir en une syllabe le nom qui surpasse tout nom3 ,dieu8 ,le terme joie semble lmentaire comme le feu1 quand la flamme1 droite et vive1 surgit des sarments prts flamber4 ,s'il fallait dfinir la joie1 nous dirions que c'est un accroissement d'essor vital par l'esprance ou la possession d'un bien4 ,l'arbre qui monte le plus haut qu'il peut1 hors du taillis1 vers le soleil1 reoit en ses fibres un sourd bien-tre1 tandis que ses feuilles boivent dans l'azur1 la source ardente4 ,j'ai vu1 en mer1 sur le pont d'un bateau1 des poulains hennir de contentement au premier rayon de l'aurore qui touchait leurs yeux4 ,un chien bondit son cuelle pleine1 comme s'il conqurait pour la premire fois la vie4 ,la joie des enfants est semblable celle des jeunes animaux1 nave1 imptueuse et totale4 ,elle imite d'autre part celle des ,anges et des lus parce qu'ils savent atteindre dans les plus humbles dlices la prsence du parfait4 ,ils dsignent du doigt1 en questionnant1 le mystre des origines2 ils ont la paix des simples1 la paix avec les cratures et avec ,dieu2 ils s'lvent aisment l'vidence de son tre2 et lui-mme nous a prvenus que nous n'entrerions pas dans son ,royaume1 si notre me n'tait pareille leur me4 ,mais1 les enfants1 dj leur condition d'homme les loigne du ,paradis4 ,ils naissent en souffrant et pour souffrir2 leur volont convoite au del de ce qu'elle possde2 elle s'exaspre des rsistances2 elle est ramene durement en de des bornes4 ,la candeur les quitte2 une loi de dchance signifie durement leur faiblesse3 ,en toi1 c'est le pch4 ,et1 ds qu'ils ont grandi1 la joie1 mme naturelle1 leur est encore moins concde4 ,elle exige une victoire gagner et regagner sur le trouble des apptits1 sur les puissances de la mort4 ,ceux qui jouissent d'elle combien sont-ils8 ,on peut trouver1 dans l'histoire1 des sicles qui eurent de la gat2 un sicle joyeux est encore natre4 ,l'homme moderne a sculpt1 plus profondes1 sur son visage1 les rides de la tristesse4 ,les romantiques s'en sont pars4 ,sot et vilain ornement aurait dit ,montaigne qui ne songeait1 en picurien de ,gascogne1 qu' se maintenir gaillard et dispos4 ,affaissement de la vie spirituelle1 dbilit physique1 frnsie et lassitude des sens1 inquitude des curs isols1 nostalgie du perptuel ailleurs1 perturbations nationales1 pressentiments de catastrophes1 dgot et dsespoir1 toutes les misres du sicle dernier devaient aboutir au refrain d',edgar ,po1 ,nevermore3 ,mon me hors de cette ombre qui gt flottante sur le plancher ,ne s'lvera jamais plus4#aac #aac ,dernire strophe du ,corbeau4 ,au temps de ,musset et de ,baudelaire il et sembl absurde d'inscrire au front d'un livre le mot fulgurant2 joie4 ,zola1 plus tard1 l'a os dans un roman dont le titre a survcu4 ,mais l'ensemble de son uvre atteste impossible cette joie paenne de vivre qu'il s'essayait prcher4 ,la logique d'un matrialiste le courbe vers le non-espoir2 d'une vie que des forces imbciles ont faite pour l'exterminer sans savoir pourquoi1 il ne peut attendre que des minutes heureuses2 et encore1 de ces minutes-l saura-t-il liminer l'amertume de songer qu'elles finies1 tout est fini8 ,s'il se console1 c'est dans la fiction d'une humanit future1 libre de la souffrance1 fraternelle1 pacifique et juste4 ,il met au bout de l'horizon un ,paradis terrestre sans ,dieu4 ,non1 le culte des instincts naturels ne nous a pas redonn le sens de la joie4 ,la plupart des romans naturalistes se terminent fatalement par un dsastre4 ,l'esprance est un aimant dont la pointe n'est en repos que tourne vers le ciel4 ,l'glise seule a gard le rythme de l',alleluia4 ,elle convertit en une fte quotidienne le cercle uniforme des jours4 ,tous les matins1 elle reprend l'ternelle rjouissance1 le ,sacrifice qui ouvre la batitude4 ,ses liturgies honorent des couleurs triomphales1 l'or1 le blanc et le rouge2 quant au noir1 elle le met la portion congrue4 ,les oraisons des rites#aad1 les litanies de la ,bienheureuse ,vierge et des ,saints dtiennent des trsors de magnificences4 ,nulle exaltation n'est comparable la liesse d'une foule croyante1 presse dans une cathdrale1 entonnant le ,credo1 le ,te ,deum1 le ,magnificat4 ,c'est pour les sens et pour tout l'tre1 la synthse des ivresses1 la communion dans la plnitude4 #aad ,dans l'ordination des diacres1 le ,pontife1 en les revtant de la dalmatique1 dit chacun3 ,induat te ,dominus vestimento laetitiae4 ,a cette jubilation extrieure correspond la paix des volonts4 ,maintes fois je me suis dit que1 mme si tous les bonheurs terrestres m'taient refuss1 personne ne me dpouillerait de cette allgresse3 le ,verbe s'est fait chair et il habite parmi nous4 ,la communion matinale illumine les plus grises1 les plus douloureuses journes d'un chrtien4 ,l'vangile est par essence un message de joie4 ,aussi les crivains qui ont restitu la pense moderne la notion d'esprance1 le got de la splendeur sont-ils des catholiques4 ,mme ,lon ,bloy1 dans son ,dsespr1 a suspendu1 par le rcit d'une grand'messe1 les sombres et furieux dchirements de ,marchenoir4 ,verlaine1 le pitoyable ,verlaine1 nota en des modes exquis la douceur d'tre catholique3 ,va1 mon me1 l'espoir immense#aae444 #aae ,sagesse4 ,ceux qui surent et purent croire1444 ,ceux-l1 vers la joie infinie1 ,sur la colline de ,sion1 ,monteront1 d'une aile bnie1 ,aux plis de son ,assomption#aaf4 #aaf ,sagesse4 ,voir aussi ,liturgies intimes1 le pome intitul3 ,vpres rustiques4 ,le ,christ1 en apparence1 est venu apporter aux hommes de la douleur plus que de la joie1 le glaive plus que la paix1 les pines de sa couronne pour oreiller et les clous de sa ,croix1 pour qu'ils les enfoncent dans leurs mains4 ,ses vrais disciples ont t1 seront toujours des martyrs4 ,on concevrait mal un ,saint dont la vie serait exempte de souffrances singulires1 sans des phases de scheresse dsole et le brisement de toutes les inclinations naturelles4 ,la nature et la ,grce s'opposent comme deux terribles adversaires2 ce qui est donn l'une amoindrit l'autre2 ce que l'une veut1 l'autre le dteste2 et1 comme la nature ne s'anantit pas1 il faut qu'elle soit tourmente jusqu' la mort4 ,dirons-nous pourtant des ,saints qu'ils ressemblent ce cur de campagne dont ,mme de ,svign s'amusait3 ,il mange de la merluche en ce monde afin de manger de la morue dans l'autre8 ,la batitude venir reste la chose inestimable1 la perle unique4 ,pour l'avoir1 vendre tout le reste1 c'est payer bien peu cher4 ,et1 ds ici-bas1 l'esprance de la conqurir fait1 seule1 la joie qui est4 ,les ,saints1 parce qu'ils souffrent1 ont le don d'tre joyeux4 ,ils le tiennent de leur ,matre qui souffrit dans la joie4 ,un des rapports insondables de l'humain et du divin en la personne de ,notre-,seigneur ,jsus1 c'est qu'au moment o il subissait les affres de l'agonie1 alors qu'il se lamentait1 crucifi et impuissant3 ,mon ,dieu6 mon ,dieu6 pourquoi m'avez-vous abandonn8 il se voyait sublime la droite de son ,pre2 il percevait les fruits magnifiques de la ,rdemption4 ,il tait ineffablement heureux2 et1 en un sens1 l'absolu de ses opprobres1 de son dlaissement1 de ses tortures1 augmentait sa gloire divine1 la consommait4 ,une simultanit analogue1 trs imparfaite1 se noue dans l'me des ,saints4 ,en mme temps qu'ils ptissent au del des forces humaines1 ils sont combls d'un bonheur supra-sensible4 ,car la joie mystique n'est point la jouissance1 mais la conformit dans l'amour avec le souverain ,bien4 ,elle est l'expansion de la charit parfaite4 ,dans le plus affreux abandon1 celui qui aime gote la paix2 et1 parce qu'il est dsol sans perdre l'amour1 il mrite d'incroyables dlices1 il les acquiert par anticipation4 ,les ravissements des extatiques succdent volontiers des preuves o1 sans une aide mystrieuse1 ils auraient succomb4 ,rien de plus triste pour des yeux frivoles qu'une vie pnitente comme celle d'un ,ranc considrant qu'aprs ses dsordres il n'avait qu'une ressource3 se revtir d'un sac et d'un cilice en repassant ses jours dans l'amertume de son cur4 ,eh bien6 ,ranc acceptait1 comme un viatique de consolation1 mme les rigueurs qui le frappaient par les mains d'hommes injustes3 ,ma profession veut que je me regarde comme un vase bris qui n'est plus bon qu' tre foul aux pieds2 et1 dans la vrit1 si les hommes me prennent par des endroits o je ne suis pas tel qu'ils me croient1 il y a en moi des iniquits qui ne sont connues de personne et sur lesquelles on ne dit mot2 de sorte que je ne puis ne pas croire que les injustices qui me viennent du monde ne soient des justices scrtes et vritables de la part de ,dieu444 ,c'est la disposition dans laquelle je suis et que je dois conserver d'autant plus que les extrmits de ma vie sont proches3 aux portes de l'ternit il n'y a rien de plus puissant pour faire que ,dieu me juge dans sa clmence que d'tre jug des hommes sans piti#aag4 #aag ,lettre au marchal de ,bellefonds crite en #afgh4 ,des joies sont lies aux humiliations pnitentes1 non le sursaut d'orgueil qui pousserait un ,saint jouir d'tre mpris1 mais le contentement de savoir qu'une loi de justice est satisfaite par l'iniquit de ses ennemis1 et mieux encore1 l'lan de l'obissance aimante1 l'allgresse de continuer la bienheureuse ,passion4 ,la flicit des ,saints est d'un ordre paradoxal1 transcendant2 elle se fonde sur un renversement des valeurs communes2 ce qui est souffrance pour les autres se tourne en bonheur pour eux4 ,mais cette joie surnaturelle devient comme une seconde nature1 si bien qu'ils ne semblent plus pouvoir la perdre4 ,dans le parloir d'un couvent je rendais un jour visite une religieuse1 femme d'un grand cur et qui montre1 d'ordinaire sur son visage1 une sorte d'hilarit cleste4 ,elle venait1 l'instant1 d'apprendre la mort d'une personne qu'elle aimait2 elle arriva1 les yeux pleins de larmes2 mais le pli de ses lvres restait souriant2 et ce sourire illuminait ses pleurs4 ,j'ai revu nagure un fascinant ,franois d',assise sculpt en bois brun par ,alonso ,cano1 d'aprs quelque moine surpris dans une extase4 ,cette figure1 comme celle du ,saint ,paul d',hugo ,van der ,gos1 concentre une double expression3 regarde droite1 elle voque1 sous le capuchon1 un jeune ,frre1 de mine fruste et radieuse1 tendu vers la vision du ,paradis prochain2 regarde gauche elle donne la prsence mme de la ,batitude2 les muscles de la face sont caresss d'une flamme suave qui semble descendre en eux2 la bouche entr'ouverte oublie de respirer2 un rayon invisible attire en haut le regard embu d'ivresse4 ,l'humain subsiste2 et pourtant la transfiguration est plnire4 ,l'me s'est dj comme installe dans le ciel4 ,je me souviens aussi d'un petit trappiste blondin qui je demandais3 tes-vous heureux8--,oh6 oui1 me rpondit-il1 trop heureux4 ,ces ardeurs de joie ne sont-elles qu'une flambe de jeunesse8 ,ici1 la nature tendrait prvaloir4 ,le plus grave obstacle o s'mousse la joie1 ce ne sont pas les tentations2 c'est plutt la torpeur1 la fatigue d'actes longtemps ritrs1 la paresse d'un ,moi qui renonce se librer de lui-mme4 ,la joie requiert une souplesse neuve de mouvements1 des impressions fraches4 ,seul1 un puissant amour rpte sans ennui des paroles qu'use l'habitude4 ,le vieux moine1 quand il monte d'un pas lourd la stalle o il reprendra son office1 le mme depuis cinquante ans1 sommeille quelquefois sur les psaumes1 non seulement parce qu'il est vieux1 mais parce que les psaumes n'ont pas chang4 ,cependant1 par le jeu de la ,grce1 une loi suprieure intervient3 plus on a aim1 plus on aime4 ,l'exprience consomme de l'oraison affective vaut l'ascte une plus ferme possession de la mthode qui soutient le colloque avec l'inlassable ,ami4 ,la joie dans la prire est un don2 elle est1 beaucoup d'gards1 une science4 ,certains hommes d'ge possdent un cur plus allgre que bien des jeunes2 et ceux-l connaissent la perfection de la joie4 ,ainsi donc1 joie et saintet sont synonymes4 ,nous le savions sans doute avant que le ,r4 ,p4 ,hostachy et l'heureuse audace de mettre sous leur signe les portraits de ,saintes dont il nous offre la quatrime srie4 ,mais son ouvrage illustre par toute la richesse des faits cette divine relation4 ,matire inpuisable1 ample comme l'univers des mes4 ,les formes de la joie sainte varient prodigieusement selon ses causes et ses objets1 selon les caractres1 les milieux et les temps4 ,la joie d'une ,claire d',assise1 parfaitement pauvre ds qu'elle a secou1 comme la poussire de ses pieds1 les biens de ce monde1 ne peut tre pareille celle d'une ,mlanie la jeune1 s'vertuant disperser entre les mains des pauvres une fortune si norme qu'elle n'en sait pas l'tendue4 ,la joie d'une ,jeanne de ,chantal1 femme de ,france1 raisonnable et fine1 hroque avec rflexion1 ne ressemble pas aux hyperboles extatiques d'une ,angle de ,foligno4 ,la joie dominicaine n'est pas la joie franciscaine2 l'une est plus logicienne1 dominatrice2 l'autre plus ingnue4 ,la premire considre avec ,dante--dont le ,paradis est thomiste--que la batitude se fonde d'abord sur l'acte de voir1 puis sur l'acte d'aimer qui vient aprs#aah4 ,la seconde inclinerait aimer d'abord1 puis comprendre parce qu'elle aime4 #aah ,paradis1 ,,xxviii1 #cg4 ,voir aussi l'opuscule attribu saint ,thomas sur la batitude et les confrences du ,r4 ,p4 ,janvier 7,carme de #aijc7 sur le mme sujet4 ,l'historien d'une sainte ,catherine de ,gnes dfinira en elle la joie du repentir4 ,le biographe d',eustochium1 la trs pure et charmante amie de saint ,jrme1 s'attachera aux joies de la virginit4 ,le pieux auteur s'est gard de tourner ses portraits en mditations difiantes ou en sches tudes de sentiments4 ,comme dans une ,lgende dore1 mais d'o seraient bannis les miracles invraisemblables et les trop nafs dtails1 il choisit les moments les plus expressifs d'une destine1 ses parties dramatiques4 ,des anecdotes1 des extraits de lettres nous introduisent1 de plain-pied1 prs de saintes et de leur entourage4 ,bien qu'il ait cru devoir associer des figures lointaines quelques mystiques plus modernes1 ,thrse d',avila1 ,marguerite-,marie1 il a compris que la nouveaut serait de ranimer surtout des chrtiens des premiers sicles4 ,revenir aux sources1 c'est le grand attrait4 ,le commun des lecteurs connat fort mal l'glise du temps des ,pres et se plairait la connatre4 ,si l'on veut s'assimiler la pleine joie catholique1 il semble rationnel de la saisir en sa floraison native4 ,le ,christianisme se prsentait comme la voie du bonheur4 ,au moyen ge1 les pouvantes du ,jugement1 l'ombre pnitentielle des cathdrales offusqueront d'une anxit cette candide esprance4 ,villon1 dans sa ,ballade fameuse1 fait dire sa bonne femme de mre1 devant les vitraux o elle voit peints l'enfer et le paradis3 ,l'un me fait paour1 l'autre joie et liesse444 ,la peur avant la joie1 n'est-ce pas1 en germe1 l'effroi jansniste vis--vis de l'ternit8 ,au sicle de saint ,jrme1 et1 plus encore1 au temps des ,aptres1 la ,parousie se rvlait comme la grande fte promise aux ,saints1 la gloire du ,christ attendue1 la soumission ultime des cratures au ,vainqueur de la mort4 ,le ,paradis tait vu trs simplement3 dans un pacage1 au milieu des brebis1 le bon ,berger avec sa houlette2 ou1 comme ,alexandrie1 sur la peinture murale rapporte de la crypte d',abou-,girgeh1 un ,saint en robe jaune1 aurol1 parmi des fleurs vertes et roses1 prs d'un poisson mystique1 en face d'un homme et d'une femme debout dans leur nudit d'innocence4 ,pour les perscuteurs et les impies la menace du chtiment surgissait2 les fidles n'envisageaient1 aprs les brves tribulations et le feu purificateur#aai1 que la joie sans fin4 #aai ,sur le ,purgatoire1 on se rappelle1 dans les ,actes des ,saintes ,perptue et ,flicit1 la vision de ,dinocrate altr4 ,la joie1 ils l'embrassaient en ce monde comme la fille authentique du ,seigneur4 ,saint ,grgoire de ,nazianze crivait1 de son exil1 la diaconesse ,olympiade1 qu'elle devait har la tristesse4 ,la mre du ,saint1 au bout d'une vie heureuse1 mourut en extase devant l'autel3 ,de l'une de ses mains1 elle tenait la ,sainte ,table2 et1 en levant l'autre1 elle semblait dire3 ,christ1 mon ,roi1 sois-moi propice4 ,grgoire lui-mme1 quand il se vit moribond1 se fit habiller1 pour mourir1 de vtements blancs4 ,lorsque ,mlanie l',ancienne1 qui venait de perdre son mari1 enterra ses deux fils1 elle ne versa aucune larme2 mais prosterne aux pieds du ,christ1 elle semblait lui sourire4 ,les joies surnaturelles laissaient vivre1 en les transfigurant1 celles de la nature4 ,eustochium1 un jour de fte1 envoyait1 en cadeau1 son matre ,jrme1 un panier de cerises1 des colombes1 et quelques-uns de ces bracelets d'honneur1 armillae1 que l'on donnait aux plus vaillants soldats de la lgion4 ,saint ,paulin de ,nole clbrait dans un pome les douceurs de l'affection conjugale4 ,dmtriade1 ,carthage1 le jour o elle reut le flammeum des vierges1 consentit mettre sa plus belle toilette2 et cette prise de voile1 dit saint ,jrme1 jeta dans un dlire l'assistance2 il y eut l comme une danse joyeuse et sacre de tout le peuple africain4 ,si les ,saints fermaient une fentre sur les choses charnelles1 c'tait pour faire entrer1 par une autre1 plus large flot1 la splendeur du ciel4 ,saint ,sbastien1 avant son martyre1 paraissait tout d'un coup environn de lumire1 sous un manteau blanc1 et sept ,anges se tenaient debout devant lui4 ,saint ,tiburce1 marchant sur des charbons ardents1 disait3 ,il me semble que je marche sur un lit de roses4 ,la pauvret1 la mort1 les supplices taient pouss dans l'ivresse4 ,pourquoi cette joie primitive touche-t-elle notre cur comme si elle tait ntre8 ,c'est qu'au fond notre sensibilit envahie par la mollesse paenne est prs de celle des paens convertis4 ,il nous faut des ,saintes1 toutes en sourires1 mles aux roses1 comme la suave ,thrse de l',enfant-,jsus4 ,nous avons le pressentiment de cataclysmes possibles1 de temps plus cruels que ceux o saint ,jrme pleurait sur ,rome dtruite4 ,les ,barbares sont nos portes2 ils rgnent dj chez nous4 ,pour surmonter l'horreur des ruines1 on aura besoin de joies dbordantes4 ,l'art chrtien de l'avenir sera fait d'allgresse et de clart2 des basiliques semblables ,fourvires1 des hymnes tels qu'en chantait la jeune chrtient de l'ge d'or4 ,plus le monde avancera vers son terme1 plus l'glise sera le dernier refuge de la joie4 ,car c'est elle1 la femme forte1 qui les ,livres ,saints promettent qu'elle rira au dernier jour4 ,l',,esprit ,,de ,,triomphe ,,dans ,l',,glise ,fait l'image de l',invincible1 l'homme est n pour vaincre4 ,son histoire a commenc par une dfaite multiplie en d'innombrables dsastres4 ,mais1 ds l'instant de la chute1 la revanche tait promise4 ,sans la revanche1 la chute serait mme difficile concevoir4 ,la femme qui ,dieu dit3 ,tu craseras la tte du serpent2 et il guettera ton talon1 ce n'tait pas seulement l',immacule1 la ,mre du ,vainqueur2 la prophtie divine prfigurait l'glise1 certaine d'exterminer la ,bte au terme des sicles1 mais dont le talon reste mordu1 corn par les crocs perfides1 tant qu'une partie du genre humain1 soustraite son corps1 sinon son me1 vgte ou meurt spirituellement4 ,la promesse messianique1 l'attente de ,celui qui aurait l'empire sur son paule devait tre la force d',isral jusqu' l'avnement du ,christ et mme ensuite4 ,pourtant la vrit de cette force a pass de la synagogue en l'glise1 depuis l'heure o le ,matre1 avant de quitter les siens1 leur laissa l'assurance3 ,allez hardiment1 j'ai vaincu le monde4#abj #abj ,ces pages taient crites lorsque a paru l',encyclique instituant la fte du ,christ-,roi4 ,elles ne sont que le commentaire anticip de cet auguste document4 ,parole inoue1 profre la veille d'une catastrophe1 en apparence1 irrmdiable3 ,jsus sait qu'aprs trois annes de prdication1 trente-trois ans1 il va mourir1 clou1 comme un misrable1 sur une potence2 que ses disciples vont tre disperss1 dsesprs2 que son uvre naissante1 si elle n'tait divine1 aurait toutes les chances d'tre anantie4 ,c'est alors qu'il se proclame victorieux4 ,car1 en consentant descendre jusqu'au fond des opprobres1 jusqu' la mort1 il a rtabli dans sa dignit le vieil ,adam dchu4 ,la dfaite n'est plus possible parce que ,dieu-homme a consomm la dfaite4 ,sa rsurrection1 en le dmontrant ,dieu1 signifiait pour l'humanit la certitude d'une vie bienheureuse et immortelle4 ,sans l'vidence de ce prodige1 sans la promesse que le ,seigneur1 une date inconnue1 reviendrait avec des lgions d',anges1 dans la splendeur du feu1 et donnerait aux justes comme aux iniques la rtribution dernire1 la jeune glise aurait eu grande peine soutenir les perscutions1 pntrer du ferment nouveau les masses paennes1 surmonter les hrsies et les dfaillances4 ,elle savait que la grce du ,christ la porterait au del de toutes les preuves4 ,l'esprit de triomphe est surtout ncessaire au commencement des grandes entreprises1 ou dans des phases de lassitude1 quand les nergies sommeillent4 ,a un degr magnifique1 saint ,paul le reut et le communiqua4 ,les tribulations prsentes lui semblaient peu de chose ou rien auprs du poids de gloire dont l'ide l'accablait4 ,il se comparait volontiers au coureur tendu vers la couronne mise en rserve pour sa victoire4 ,au bout du gmissement immense des cratures il voyait la rvlation des enfants de ,dieu4 ,cette rvlation1 l',apocalypse de saint ,jean la prophtise dans son message d'allgresse1 o les souffrances de l'glise sont figures comme la prparation de son triomphe4 ,mais les chrtiens des premiers sicles espraient communment que l'vangile atteindrait d'un lan rapide les extrmits de la terre2 que les signes prcurseurs tant accomplis1 le retour du ,christ glorieux ne se ferait pas longtemps attendre4 ,peu peu1 la suprmatie tangible de la chrtient apaisa l'impatience mystique du ,jugement4 ,le mot prt ,julien l',apostat3 ,tu as vaincu1 ,galilen61 atteste sous une forme lgendaire la fiert de la foi chrtienne sre d'avoir rduit l'impuissance le paganisme en droute4 ,sur le toit des basiliques la ,croix se haussa comme un trophe4 ,le bon ,pasteur des catacombes devint le ,christ imprial qui sige en ,juge sur les mosaques des absides4 ,sa ,mre eut la majest d'une ,thotokos dont l',enfant tient en sa petite main le globe du monde2 elle eut la toute-puissance que l'art byzantin a fixe avec une grandeur perdue dans la suite4 ,le moyen ge pourtant sut l'imiter1 lorsqu'il reprsentait ,notre-,dame comme ,reine du ciel et ,mre du ,seigneur4 ,tmoin le grand vitrail occidental de ,chartres1 une des ,vierges les plus triomphantes que l'on ait peintes depuis les ,vierges byzantines4 ,les hymnes aussi clbrrent la royaut du ,christ sur le mode o une arme victorieuse chanterait l'entre de son chef dans les villes conquises4 ,telle la prose carolingienne3 ,christus vincit1 ,christus regnat1 ,christus imperat1 presque terrible en sa rudesse comme si elle voulait atterrer l',ennemi4 ,et les cathdrales s'rigrent1 vaisseaux de gloire qui encloront1 jusqu' la fin des temps1 la somme des splendeurs catholiques4 ,dans un chur prodigieux comme celui du ,mans1 sous le triple tage des vitraux1 semblable un ,paradis vermeil qui descendrait vers la terre1 quand les hautes colonnes1 pares d'oriflammes1 tressaillent des vibrations de l'orgue et des chants mles de la matrise1 quand1 au bas de l'autel embras1 devant l'ostensoir o l'humilit de l',hostie sublimise tous les hommages1 entre les cierges et les encensoirs1 se massent les chapes d'or1 les surplis blancs1 les robes violettes et les tranes de pourpre1 alors le plus obscur des fidles1 en participant cette pompe liturgique1 reoit les prmices des magnificences paradisiaques4 ,pour lui-mme et pour la communion universelle de l'glise il possde la ,prsence divine1 la vrit1 la joie1 la beaut1 l'avant-got de la vie parfaite4 ,quelle fte humaine offrirait aux mes de pareilles ivresses triomphales8 ,nanmoins1 il ne faudrait pas croire que l'esprit de triomphe se soit toujours maintenu sans flchissement ni dviation4 ,l'esprit de crainte le contraria3 le texte du ,dies irae1 admirable par sa profondeur pnitente1 n'voque du ,jugement que les aspects formidables4 ,il pose aux pieds du ,juge le pcheur tremblant1 mais sous-entend la suprme allgresse des justes4 ,on y peroit dj la pente moderne du sentiment religieux1 ramen quelque chose d'individuel o l'homme se voit en face de ,dieu1 bien plus qu'il ne voit ,dieu en face du genre humain4 ,une autre cause devait affaiblir l'esprit de triomphe3 toute force comprime1 perscute1 tend par la lutte une perfection plus cohrente1 gage1 pour elle1 des victoires prochaines4 ,toute force qui se croit victorieuse se dtend1 s'amollit1 et perd la volont de vaincre4 ,c'est ainsi qu'au ,x,i,ie sicle et plus tard l'afflux des prosprits amena parmi les clercs de multiples relchements2 les mystiques s'affligeront de cette dcadence spirituelle2 ,dante oppose l'glise triomphante1 celle du ,paradis1 l'glise terrestre o tant de spectacles le dsolent et l'indignent4 ,l'chec des croisades aussi avait fait sentir que1 longtemps1 hors de la chrtient ou contre elle1 subsisteraient des rgions normes1 impntrables la foi4 ,puis vint le dchirement de la ,rforme et le jansnisme anmiant1 la scheresse rationaliste1 la mondanit sceptique1 tout ce qui pouvait affaiblir1 dans les curs chrtiens1 l'ingnuit de l'esprance4 ,le faste des liturgies1 au ,x,v,i,i,ie sicle1 survivait2 mais l'attente et le dsir du ,christ triomphant1 comme c'tait loin6 ,ensuite1 l'glise eut traverser une phase d'humiliations2 aprs les souffrances de la ,terreur elle subit les chanes du pouvoir temporel4 ,il fallut1 pour que l'esprit de triomphe se rveillt1 l'excs des adversits4 ,c'est la veille d'tre captif que ,pie ,,ix runit le ,concile du ,vatican4 ,une des mosaques de ,fourvires symbolise superbement cette heure triomphale2 le ,pontife levant ses bras au-dessus des mitres innombrables comme si1 avec l'glise prsente1 celle des temps passs et futurs s'assemblait l pour entendre proclamer le dogme radieux4 ,depuis lors1 bien des signes ont confirm que l'univers catholique a senti s'accrotre la conscience de sa force3 ascendant du ,saint-,sige mme parmi les nations spares2 fiert intellectuelle de l'lite croyante2 autorit de la science orthodoxe2 renouveau des tudes scholastiques et de l'exgse2 splendeur des manifestations1 en particulier ,lourdes et dans les congrs eucharistiques1 o le ,sacrement de l'autel est glorifi1 comme l',agneau ador dans le ciel par des multitudes sans nombre4 ,durant l',anne ,sainte enfin1 ,rome a vu s'agenouiller en ses basiliques tous les peuples de la terre ou peu s'en faut4 ,a ,bruxelles et ,paris d'imposantes assembles ont prpar le retour des glises dissidentes l'unit premire4 ,de plus en plus1 l'glise seule peut dire3 ,l'avenir est moi4 ,les dynasties s'croulent1 les empires s'vanouissent2 le rgne de l'argent laisse prvoir son dclin4 ,la seule barque dont nous savons qu'elle ne sombrera point1 c'est la ntre4 ,mme quand arriveront les jours prdits o la foi aura presque disparu1 quand l'glise ne sera plus qu'un petit troupeau errant1 pourchass de ville en ville1 vou l'extermination1 les derniers fidles devront penser que le grand triomphe est proche4 ,aprs ces temps-l1 en effet1 le ,fils de l'homme reviendra4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,premi,,re ,,partie ,prface #i ,lamennais3 la crise de sa chute #ae ,une auxiliatrice de ,lacordaire3 ,anna ,mos #ci ,le catholicisme de ,barbey d',aurevilly #fh ,villiers de l',isle-,adam #ajg ,le ,greco de ,maurice ,barrs #ada ,maurice ,barrs et sa pense religieuse dans la ,colline inspire #aej ,georges ,dumesnil #aeh ,histoire de mon amiti pour ,camille ,saint-,sans #agj ,,deuxi,,me ,,partie ,la gloire unique #aie tre simple #bjj ,l'art surnaturaliste #bjh ,les possibilits du roman catholique #bcb ,le sicle eucharistique #bea ,la joie chrtienne #bfj ,l'esprit de triomphe dans l'glise #bgd ,,achev ,d',,imprimer ,,le ,,vingt-,,neuf ,,mars ,,mil ,,neuf ,,cent ,,vingt-,,sept ,,par ,l',,imprimerie ,,orl,,anaise1 ,a ,,orl,,ans1 ,,pour ,,bernard ,,grasset