,,adolphe ,,rett ,,lettres ,a ,,un ,,indiff,,rent ,,paris ,,bloud ,,et ,,gay1 ,,diteurs #c1 ,,rue ,,garanci,,re1 #c #aiba ,tous droits rservs ,,du ,m,,me ,,auteur ,du ,diable ,dieu4--,rcit d'une conversion4 ,le ,rgne de la ,bte4--,roman4 ,un sjour ,lourdes4--,journal d'un plerinage pied4 ,impressions d'un brancardier4 ,sous l'toile du matin4--,la premire tape aprs la conversion4 ,dans la lumire d',ars4--,rcit d'un plerinage4 ,au pays des lys noirs4--,souvenirs politiques et littraires4 ,quand l',esprit souffle4--,rcits de conversions4 ,ceux qui saignent4--,notes de ,guerre4 ,sainte ,marguerite-,marie4--,vie de la ,rvlatrice du ,sacr-,cur1 d'aprs les documents originaux4 ,en prparation3 ,histoire populaire et illustre de saint ,franois-,rgis4 ,le ,soleil intrieur4 ,a ,,gaston ,,rais ,,qui ,n',,est ,,pas ,,un ,,indiff,,rent ,,pr,,face ,quelques annes avant la guerre1 au milieu de septembre1 je fis une excursion en auto avec un ami g de trente-cinq ans environ4 ,je l'avais rencontr l'htellerie d'une communaut de ,bndictins exile en ,belgique depuis l'poque o l'athisme officiel baptisa dfense laque une crise de rage antireligieuse4 ,aux offices1 nous nous trouvions cte cte ainsi qu'au rfectoire4 ,comme nous tions les seuls retraitants1 il arriva que1 pendant les rcrations nous changemes des propos qui me prouvrent qu'il possdait une forte culture littraire4 ,d'ailleurs il gardait toujours1 sous son bras ou dans la poche de son veston1 un exemplaire de la ,divine ,comdie4 ,je remarquai que ce pome constituait sa lecture unique l'exclusion de tout livre de pit4 ,il le feuilletait la chapelle o il me parut qu'il ne priait pas4 ,il l'annotait dans sa cellule tandis que le missel dont le ,pre htelier l'avait muni1 comme moi1 demeurait immuablement ferm4 ,nous n'tions pas encore assez lis pour que je lui demandasse le motif d'une prfrence aussi exclusive4 ,au surplus1 trs courtois mais distant1 il se livrait peu4 ,il parlait assez volontiers de ,dante pour louer la splendeur farouche ou la suavit insinuante des images dont le grand ,florentin illustra ses vers2 il analysait1 de faon perspicace1 son symbolisme4 ,si l'entretien amenait le nom de quelque auteur contemporain1 les jugements qu'il formulait tmoignaient de son sens critique et de son bon got4 ,mais1 quant tout autre sujet1 il se tenait sur une grande rserve--au point que1 parfois1 s'il entamait une phrase qui aurait pu ouvrir un jour sur son tre intime1 il s'interrompait net et laissait tomber la conversation4 ,on et dit alors qu'il fermait une porte triples verrous pour empcher son interlocuteur de pntrer dans son me4 ,je crus m'apercevoir1 tout d'abord1 qu'il y avait l non de la mfiance mon gard1 mais plutt un sentiment de crainte tel que celui qu'on prouverait peser sur une plaie mal gurie et d'o le sang ne demande qu' jaillir4 ,nanmoins1 je me sentais intrigu car il est rare que deux hommes sympathiques l'un l'autre--c'tait notre cas--vivent1 pendant une quinzaine1 dans un tte--tte journalier sans en venir aux confidences personnelles4 --,aprs tout1 me dis-je1 cela ne me regarde pas4 ,si ce garon aime garnir de palissades les entours de son me1 je ne vois pas pourquoi je tenterais de forcer la clture4 ,il apprcie ainsi qu'il sied ,dante et l'art en gnral2 ce n'est dj pas si commun4 ,profitons de son intelligence et gardons-nous d'entreprendre le cambriolage de sa personnalit4 ,cependant1 la seconde semaine de mon sjour s'achevait et je dus songer boucler ma valise pour le dpart4 ,j'en parlai au ,pre htelier devant ,maurice--c'est le nom que je donnerai mon nouvel ami4--,de plus1 je manifestai le regret de n'avoir pas visit la clbre abbaye de ,maredsous qui s'lve une vingtaine de kilomtres du chteau isol que nos cnobites avaient adapt1 tant bien que mal1 aux rgles et aux coutumes de la discipline monastique4 --,je puis vous conduire ,maredsous1 intervint ,maurice1 j'ai mon auto4 ,en moins d'une heure1 nous serons l-bas4 ,aprs1 je vous mnerai la gare de ,namur o vous prendrez le train pour ,paris4 ,tandis qu'il me faisait cette proposition1 je le regardais et il me sembla que ce n'tait pas une politesse banale qui l'avait inspire4 ,d'ordinaire impassible1 la physionomie de ,maurice laissait percer le dsir que j'acceptasse4 ,je ne saurais expliquer comment j'eus l'intuition que ma socit lui tait bonne4 ,ce fut une sorte d'avertissement qui se formula d'une faon assez prcise en moi4 ,j'acquiesai donc sans hsiter4 ,nous gagnons l'abbaye2 nous la parcourons rapidement1 pilots par un frre convers4 ,comme1 remonts sur la machine1 je m'inquitais de l'heure approchante du train1 ,maurice me demanda tout coup3 --tes-vous trs press de retourner chez vous8 --,press8444 ,mon ,dieu non3 en ce moment je m'octroie des vacances et je n'ai pas d'autre projet que celui d'tre ,fontainebleau pour la fin du mois4 ,c'est le moment o ma chre fort commence se dorer d'automne4 --,en ce cas1 reprit-il1 pourquoi ne resteriez-vous pas encore avec moi8 ,il m'est venu l'ide de battre un peu le pays en votre compagnie4 ,je le connais passablement et j'y sais des coins attrayants4 ,nous garderons l'auto3 nous irons droite1 gauche1 sans itinraire fix d'avance2 nous rencontrerons de vieilles glises d'architecture savoureuse et des paysages bons se fixer dans la mmoire4 ,ce ne sera pas du temps perdu pour vous444 ,pour moi1 non plus4 ,l'invite me sduisit et je n'eus pas grand'peine consentir4 ,la vie ressemble si souvent un sentier gristre et rectiligne entre deux talus monotones qu'il faut s'empresser de saisir1 avec gratitude1 les occasions de sauter par-dessus le remblai pour flner parmi les plaines--peut-tre feriques--qui s'largissent l-bas et vont se perdre dans la brume empourpre o se transfigurent des horizons mystrieux4 ,en outre1 je sentais de plus en plus que ,maurice avait besoin de ma prsence444 ,ce rcit n'ayant pas pour objet de dvelopper des impressions de voyage1 je mentionnerai seulement que nous avons parcouru en tous sens les ,ardennes belges1 pouss une petite pointe en ,allemagne1 une autre en ,hollande4 ,bien entendu1 nul chauffeur mercenaire ne nous soumettait sa tyrannie4 ,maurice tenait le volant4 ,aux tapes1 je lui donnais un coup de main pour nettoyer et graisser la machine1 changer les pneus1 djouer l'astuce des aubergistes4 ,quant aux sensations d'art et de belle nature1 la rcolte fut abondante444 ,je passe rapidement sur tout cela pour en venir l'pisode qui me rvla enfin mon compagnon de route4 ,une seule fois1 au cours de notre randonne1 ,maurice eut la vellit de s'ouvrir davantage4 ,nous visitions l'glise d'une bourgade dont le nom m'chappe4 ,nous y fmes retenus par un retable du quatorzime sicle reprsentant une ,mise au tombeau4 ,j'en admirai l'art naf et pathtique4 ,puis un enchanement d'ides me fit rappeler la mort pour notre salut du ,rdempteur4 ,maurice m'coutait sans mettre une syllabe2 comme l'habitude1 ses traits demeuraient rigides4 ,pourtant1 lorsque j'ajoutai que ce divin holocauste nous valait de sentir le ,christ vivre en nous1 sa physionomie s'anima soudain2 ses joues ples se colorrent2 une flamme1 aussi vite teinte qu'allume1 passa dans ses prunelles2 et il dit d'une voix sourde3 --,jsus est mort en moi2 il ne ressuscitera pas444 ,surpris1 j'attendais avec quelque anxit qu'il poursuivt4 ,mais1 fch sans doute d'avoir rompu la consigne de silence sur soi-mme qu'il s'imposait1 il se matrisa4 ,son visage redevint morne4 ,une minute aprs1 il se mit dtailler1 du ton le plus froid et un point de vue purement technique1 le travail de l'artiste qui avait sculpt le retable4 ,je craignis de le dsobliger en contrariant son parti-pris et ne relevai point le propos4 ,il me suffisait1 quant prsent1 d'tre assur que la rserve insolite dont il se masquait l'me1 lui servait refrner des orages4--,sous cette glace o il fige l'expression de ses sentiments1 pensai-je1 se creuse1 sans doute1 un cratre en ruption2 il m'a envoy un jet de lave444 ,attendons la suite4 ,elle ne tarda pas4 ,le lendemain1 nous passons la nuit dans un hameau perch sur une colline1 peu de distance de ,lige4 ,au rveil1 je m'aperois que c'est dimanche et1 naturellement1 je demande la patronne de l'auberge s'il y a une glise o entendre la messe4 --,pas ici1 me rpondit-elle1 la paroisse est une bonne lieue4 ,mais vous trouverez1 au bas de la cte1 un couvent de religieuses du ,sacr-,cur o la messe se dit sept heures4 ,la chapelle est ouverte au public4 --,cela vous convient-il8 dis-je ,maurice4 ,d'ordinaire1 tant l'urbanit mme1 et aussi1 tenant1 je crois1 beaucoup m'tre serviable1 il adhrait gracieusement tout ce que je lui proposais4 ,je fus donc fort tonn de le voir froncer le sourcil1 pincer les lvres et secouer la tte4 ,pour la premire fois1 il montrait de la mauvaise humeur4 --,rellement1 dit-il1 est-ce que vous tenez ne pas manquer la messe8 --,mais oui1 j'y tiens444 ,d'ailleurs1 c'est dimanche4 --,je le sais bien que c'est dimanche444 ,seulement1 j'avais combin notre itinraire du jour de faon visiter deux ou trois sites assez loigns d'ici444 ,si nous allons la messe1 nous perdrons du temps4 ,je repris3 --,une messe basse dure vingt minutes4 ,et puis1 en ce qui me concerne1 je n'estime pas que ce soit du temps perdu444 ,s'il vous dplat d'y assister1 rien ne vous oblige de m'accompagner4 ,il me regarda longuement1 l'air indcis4 ,je dois avouer que j'avais parl d'une manire assez sche4 ,le fait est que je me sentais drout car si jusqu'alors j'avais eu lieu de souponner chez ,maurice une sorte d'inertie1 quant la foi1 j'avais pu galement constater qu'au monastre comme ailleurs1 il s'tait conform aux rites et aux prceptes sans effort apparent ni rpugnance marque4 ,or1 aujourd'hui1 quelque chose me disait que ,maurice cherchait se drober et que cette mauvaise raison d'une journe de voyage fort charge ne constituait qu'un prtexte4 ,cependant1 comme je ne voulais aucun prix me donner1 vis--vis de lui1 le rle d'un censeur importun1 je conclus en souriant3 --,eh bien1 je file la messe4 ,si vous n'y venez pas1 j'en serai quitte pour prier en double3 un introt pour vous1 puis un pour moi et le reste de mme444 ,ma plaisanterie ne le drida pas4 ,il demeurait contract4 ,mais1 comme je passais le seuil en disant3 ,a tout l'heure1 il me rejoignit1 murmurant3 --,je vais avec vous4--,puis il ne desserra plus les dents jusqu' la chapelle4 ,de mon ct1 je rflchissais4 ,j'tais assez perplexe4 ,pourquoi ,maurice s'insurge-t-il propos d'une chose aussi simple que l'assistance la messe dominicale8 ,s'il ne croit plus1 pourquoi s'est-il astreint une retraite chez les moines8 ,pourquoi s'applique-t-il avec tant de soin drober les mouvements profonds de son me8 ,pourquoi1 s'il nourrit de l'hostilit contre l'glise1 semble-t-il prendre plaisir ma socit8 ,il a pu vrifier que--bien imparfaitement1 certes1 mais avec bonne volont--je m'efforce d'observer la loi catholique2 donc1 s'il en est devenu l'adversaire1 il aurait d m'viter1 ne pouvant tabler sur mon approbation444 ,tout cela1 et d'autres remarques analogues que j'avais faites son sujet1 formaient un problme tram d'lments contradictoires4 ,pour le moment1 je n'tais pas mme de le rsoudre4 ,je ne pus que me remmorer l'aphorisme de ,tourgueneff3 ,l'me d'autrui1 c'est une fort obscure4 ,mais dans cette fort il y a parfois des vipres4 ,qui sait si le ,vieux ,serpent n'engluait pas de son venin la conscience du pauvre ,maurice8 ,je conclus3 ,en tout cas1 il souffre et je voudrais essayer de lui venir en aide4 ,je vais prier pour lui444 ,s'il est dans les vues de ,dieu que je lui sois auxiliateur1 unissant mon oraison au ,saint ,sacrifice1 j'obtiendrai que les mrites de ,notre-,seigneur supplent mon insuffisance4 ,nous arrivons la chapelle4 ,elle tait de dimensions exigus3 une poigne de paysans1 de tcheronnes et de fermires1 une trentaine d'enfants l'emplissaient presque jusqu'au porche1 de sorte que nous emes quelque peine trouver place4 ,la messe commena4 ,quoique je fisse de mon mieux pour la suivre1 je dus m'apercevoir que ,maurice ne priait pas4 ,il gardait l'attitude d'un homme bien lev que les circonstances forcent de subir une corve2 mais ses yeux erraient et l1 en qute d'un incident ou d'un objet propre fixer son attention4 ,on et dit qu'il cherchait me faire entendre qu'il tait venu l par condescendance mais que toute pense religieuse lui restait trangre4 ,attrist1 je m'enfonai dans une prire aussi fervente que possible son intention4 ,la sonnette tinta pour la ,conscration et ,jsus descendit sur l'autel4 ,et alors1 je vis1 d'un regard d'me1 le ,jardin des ,olives4 ,les disciples sommeillaient1 tendus sur le sable2--parmi eux ,maurice plus assoupi que quiconque4 ,notre-,seigneur1 le visage inond du sang de son agonie1 vint lui et lui dit3 ,tu n'as pas pu veiller une heure avec moi8444 ,mais ,maurice ne rpondit rien2 il dormait4 ,cette image me fut dcisive4 ,dieu soit lou1 me dis-je1 il ne livre pas le bon ,matre aux juges iniques2 il ne le flagelle ni ne le couronne d'pines6444 ,il dort et un mauvais rve l'obsde4 ,seigneur1 faites que je parvienne l'veiller444 ,la messe termine1 la chapelle se vida rapidement4 ,dehors1 les fidles changeaient1 en patois wallon1 des phrases joviales puis se sparaient pour regagner qui sa mtairie1 qui sa chaumine4 ,je dis ,maurice3 ,maintenant1 je suis vtre4 ,embrayons le moteur et en route6444 ,mais il ne paraissait plus aussi press de partir4 ,tournant le dos l'auberge1 il me fit signe de le suivre et prit un chemin troit qui montait notre gauche et aboutissait une plate-forme d'o l'on dominait le pays4 ,j'allai aprs lui sans l'interroger4 ,a l'expression de sa figure1 j'avais devin que quelque chose venait de se produire en lui qui modifierait nos rapports4 ,nous arrivons au sommet de la monte et nous dbouchons sur la petite esplanade que ,maurice m'avait indique4 ,nous y dcouvrons un banc de bois vermoulu4 ,trois tilleuls l'ombrageaient dont le feuillage odorant bruissait avec douceur au vent frais du matin4 ,devant nous1 des prairies descendaient en une longue pente que jalonnaient des pommiers touffus o rougissaient les premires teintes de l'automne4 ,tout au bas1 la ville de ,lige se tassait1 grise et confuse1 travers les fumes onduleuses qui montaient de ses toits d'ardoise4 ,elle emplissait la valle d'une rumeur vague o se cadenaient les gammes joyeuses des cloches du dimanche4 ,la ,meuse dcrivait une courbe au lointain et brillait1 comme un large cimeterre d'or et d'acier fabuleux1 sous le soleil oblique4 ,je revois ce paysage2 je me rappelle1 avant tout1 le ciel si pur1 si profond1 si diaphane1 qui rpandait sur nos ttes sa lumire argente4 ,nous nous asseyons4 ,maurice1 les yeux baisss1 se tait assez longtemps2 et je me garde de le troubler1 car je crains d'effaroucher son esprit ombrageux en manifestant trop tt l'intrt fraternel que je lui porte4 ,enfin il relve le front1 me fixe bien en face--la tristesse de son regard m'meut--et1 me serrant la main d'un geste spontan1 il se met me parler3 --,combien j'ai d vous froisser1 tout l'heure1 en montrant1 d'une faon aussi malgracieuse1 que la messe me dplaisait6444 --,me froisser1 ce serait beaucoup dire1 rpondis-je1 mais j'avoue que je fus quelque peu drout4 ,en effet1 vous reconnatrez que1 depuis notre rencontre1 rien dans vos manires d'agir ne pouvait me donner supposer que la pratique religieuse vous ft rpulsive4 --,oui1 reprit-il1 vous deviez croire un caprice saugrenu de ma part4 ,mais mon incartade avait des causes4 ,si cela ne vous ennuie pas1 je vais vous les exposer444 ,aprs tout1 je suis las de me taire4 ,il y a trop de temps que le fardeau de mes penses m'crase4 ,il me soulagerait de vous en dcrire la pesanteur4 ,si vous pouviez m'aider le supporter1 je me fliciterais du hasard qui nous lia4 --,ce n'est peut-tre pas un hasard1 observai-je4 --,nous verrons444 ,pour commencer1 il importe que je vous esquisse1 grands traits1 ma vie antrieure4 ,il se recueillit quelques minutes4 ,les cloches allgres chantaient toujours2 les ramures oliennes des tilleuls frmissaient l'unisson2 cach la cime1 un ramier sauvage roucoulait timidement1 par intervalles4 ,sous le soleil pacifique1 toute la campagne se reposait dans le ,seigneur et murmurait un hymne sa gloire4 ,cette harmonieuse srnit me fit du bien4 ,j'avais besoin de ce rconfort1 car de tels abmes se creusent parfois dans une me qui s'apprte vous livrer son secret6 ,lorsqu'il plat ,dieu de m'en ouvrir quelqu'une1 je suis d'abord pris de panique3 le sentiment de ma propre misre m'accable et ce n'est que par une fuite perdue dans le ,cur de ,jsus que j'obtiens le courage de revenir elle et d'affronter les vertiges de la fort obscure4 ,enfin ,maurice reprit la parole4 ,il s'exprimait avec lenteur1 sans faire un geste3 --,j'appartiens une famille qui1 si loin que remonte le souvenir1 fut trs pieuse et mme rigide quant l'observation des prceptes du catholicisme4 ,ma mre avait perdu ses parents lorsque je vins au monde4 ,veuve aussi1 peu aprs son mariage1 elle passait la plus grande partie de ses journes l'glise4 ,tout enfant1 elle m'emmenait avec elle2 elle exigeait que je reste agenouill son ct et me rprimandait si je marquais de la fatigue ou de l'ennui4 ,a la maison1 c'taient des exercices de pit interminables1 des lectures haute voix1 choisies dans des traits d'asctisme rbarbatifs qui1 quoique je les comprisse mal1 m'infligeaient la notion que j'tais un tre abominable de naissance et qu'en moi ne cessaient de germer mille instincts pervers4 ,les mots d'enfer et de damnation revenaient tous les paragraphes4 ,quand ma mre commentait ces textes lugubres1 elle en aggravait encore la dsolation2 un ,dies ir perptuel grondait en ses discours4 ,de sorte que je vivais dans une atmosphre de compression et d'effroi4 ,je concevais ,dieu comme un tyran prt me pulvriser pour un billement involontaire aux offices1 pour la demande d'une cuillere de confiture en plus sur le pain de mon goter4 ,plus tard1 j'ai compris que ma mre1 par hrdit ou par nature1 s'tait imbue de jansnisme4 ,je sentais bien qu'elle m'aimait tout de mme1 mais il y avait trop de jours o elle se reprochait son affection comme une faiblesse4 ,alors1 elle redoublait de svrit mon gard et1 pour expier ce manquement la rgle farouche qu'elle s'tait impose1 elle s'crasait de mortifications4 ,plusieurs fois1 je la vis changer de confesseurs2 elle ne les trouvait jamais assez austres4 ,enfin elle dcouvrit un vieux prtre retir du ministre et qui professait la sombre doctrine d'pouvante et de rprobation o elle se cramponnait comme un naufrag de l'ocan glacial une banquise4 ,j'appris le connatre1 cet homme1 car ds que j'eus sept ans1 elle obtint qu'il me confesst toutes les semaines4 ,je me rappelle la rudesse opinitre qu'il mettait fulminer l'anathme contre mes pauvres petits pchs4 ,il s'appliquait1 avec un zle atrabilaire1 me persuader que j'tais un compos de toutes les imperfections et que1 trs probablement1 ,dieu m'avait prdestin aux rigueurs de sa justice4 ,bien entendu1 les plaisirs de mon ge m'taient interdits2 je n'ai jamais possd ni toupie ni soldats de plomb4 ,on m'levait soigneusement l'cart des autres enfants1 tenus pour des vases de perdition4 ,en dehors de son directeur1 ma mre ne recevait que trois dvotes surannes qui partageaient son garement4 ,parques inflexibles1 leur me se rvlait plus sche1 plus rugueuse et plus racornie que le cuir d'un dromadaire tu par la soif au centre du ,sahara4 ,elles s'accordaient pour jeter de la cendre la face de l'univers entier1 critiquer prement le clerg de leur paroisse1 plucher avec malveillance et assaisonner de vinaigre les faits et gestes de quiconque leur frlait le coude4 ,leurs propos me transperaient comme une bise de novembre4 ,mais s'il m'arrivait d'ternuer en leur prsence1 elles ne perdaient pas une seconde pour me prdire la carrire d'un sclrat4 ,dnouement du drame3 des claques sur mes joues plotes et ma rclusion dans un cabinet noir444 ,quand je me reporte aux annes de ma morne enfance1 je les revois pareilles une courette obscure1 humide et froide1 trangle entre quatre maisons hautes de huit tages1 aux murailles verdtres comme des linceuls moisissants1 aux fentres closes de persiennes inexorables4 ,un ciel couleur de suie pse sans cesse sur les toits4 ,tout au fond1 grelotte un acacia malingre dont les quelques feuilles se fripent et se recroquevillent sitt sorties du bourgeon4 ,et cet arbrisseau qui s'tiole1 c'est moi-mme444 ,lorsque je fis ma premire communion1 l'implacable jansniste m'avait tellement imprgn du sentiment de mon indignit que je reus l'hostie sans aucune joie4 ,je passai le reste du jour dans le tremblement1 me redire que je venais1 presque coup sr1 de profaner le corps du ,dieu terrible dont la ,majest courrouce m'opprimait ainsi qu'un bloc de granit4 ,peu aprs1 ma mre mourut subitement4 ,j'eus pour tuteur un parent assez loign qui crut assez faire en administrant1 avec probit1 la fortune assez considrable dont j'hritais4 ,pour le surplus1 je fus transplant dans un collge ecclsiastique1 au loin4 ,j'y passai mme toutes mes vacances444 ,vous n'avez que faire de descriptions4 ,je n'entrerai donc pas dans le dtail de ma nouvelle existence4 ,ce qu'il importe d'en retenir1 c'est que le milieu1 si diffrent de celui o j'avais langui auparavant1 ne russit pas modifier l'tat de mon me4 ,le contact de mes camarades de pension--d'assez gentils enfants pour la plupart--ne me dgourdit point4 ,je laissai tomber les avances que quelques-uns me firent4 ,je ne les rabrouais pas1 mais je prenais un air si malheureux et si morose quand on m'invitait une partie de barres ou de billes1 qu'on finit par me considrer comme un jeune hibou qui ne saurait se plaire aux envoles ppiantes des passereaux4 ,on me laissa dans mon coin2 et cet isolement me maintint dans la stupeur terrifie o je me figeais depuis que j'avais reu l'empreinte du jansnisme4 ,des professeurs et des surveillants1 aucun n'obtint ma confiance ni mon affection4 ,je ne leur reproche pas de m'avoir nglig4 ,c'taient de bons prtres1 attentifs leur fonction4 ,mais n'tant qu'une demi-douzaine1 toujours surmens1 parmi un grand nombre d'lves1 ils ne pouvaient gure se donner l'un plus qu' l'autre4 ,ils nous instruisaient et nous duquaient la grosse1 d'aprs des mthodes traditionnelles1 s'attachant surtout nous canaliser dans un courant d'habitudes pieuses qui nous devinssent une routine prservatrice pour l'avenir4 ,or je crois qu' cette poque1 j'aurais eu besoin d'une sollicitude particulire4 ,j'eusse rencontr un cur d'aptre1 comme on prtend qu'il en existe1 quelqu'un de brlant qui me tmoignt de la tendresse1 qui me rchaufft l'me1 peut-tre serais-je sorti de l'ombre taciturne o je me confinais pour m'panouir au grand soleil de la joie1 ainsi que le faisaient mes camarades4 ,ce sauveteur clairvoyant je ne le trouvai pas4 ,je passai donc les jours rver tristement dans le vague4 ,pourtant1 la longue1 une pense obsdante s'empara de moi qui fixa mon esprit jusqu'alors la drive4 ,la voici3 je comparais1 toute heure1 la religion rbarbative1 que ma mre et son vieux directeur m'avaient inculque1 la dvotion aise que nos matres nous apprenaient4 ,je m'aperus vite qu'elles ne concidaient en aucun point4 ,et je me demandais3 ,dieu est-il un despote inaccessible dont nous ne sommes jamais srs d'apaiser la colre8 ,ou bien est-il un dominateur indulgent1 que quelques exercices de pit1 accomplis avec exactitude mais sans trop de rflexions1 suffisent contenter8 ,j'avais beau me poser la question1 je n'arrivais pas une rponse qui me tranquillist4 ,enfin1 force d'incertitudes1 un scrupule me vint4 ,je m'imaginai que1 par manque de soin dans mes examens de conscience1 j'avais dissimul des pchs dont la survivance en moi m'aveuglait quant la faon de comprendre ,dieu et de lui tre agrable4 ,je me crus damn sans rmission4 ,cette ide me fut bientt si pnible que je rsolus de la soumettre mon confesseur4 ,si j'avais su m'expliquer1 si surtout j'avais remont jusqu' la cause initiale de mon dsarroi1 il est peu prs certain qu'il aurait saisi la gravit du mal dont je souffrais et qu'il y aurait port remde4 ,mais1 par timidit et aussi par crainte d'offenser ,dieu en allguant des excuses au crime dont je m'estimais coupable1 je me bornai dire au ,pre que je ne pouvais plus communier parce que1 malgr les absolutions antrieures1 ma conscience demeurait charge de pchs4 ,je m'exprimai sans doute d'une faon trs gauche car mon confesseur comprit que je lui avais cach des fautes dont j'avais eu honte de lui spcifier l'espce4 ,mais il ne lui fallut pas beaucoup d'interrogations pour se rassurer cet gard4 ,il en conclut que mon scrupule ne provenait que d'un dfaut de confiance dans la misricorde divine4 ,il me reprocha1 en termes peut-tre trop sommaires1 un excs d'analyse sur moi-mme et me prescrivit de mettre dsormais plus de simplicit dans ma prparation au sacrement de pnitence4 ,puis1 comme trente lves attendaient leur tour1 agenouills la file dans la chapelle1 il me congdia4 ,je demeurai anxieux4 ,la question n'tait pas rsolue3 qui avait raison des tenants du ,dieu svre ou des partisans du ,dieu de mansutude8 ,les impressions reues jadis restaient trop fortes pour que je ne penchasse pas vers les premiers4 ,elles l'emportrent et il en rsulta que je m'ancrai dans le dsespoir avec la conviction que les matres1 les lves et moi-mme nous tions tous des rprouvs4 ,par suite1 nos confessions1 nos communions1 nos prires n'taient que gestes et chuchotement vains dans les tnbres444 ,plus rien faire pour notre salut6 ,cette crise tait trop violente pour durer444 ,vous m'objecterez que j'aurais d1 par exemple1 me confier au ,suprieur4 ,homme d'exprience1 il m'aurait1 je le suppose1 tir de la cave sans soupiraux o je m'isolais de la sorte444 --,assurment1 rpondis-je1 dans un cas pareil1 se taire1 c'est aggraver son mal4 --,oui1 mais voil1 je ne parlai pas4 ,je ne sais quelle force latente me murait dans mon silence4 ,il semble que1 rabattue sur elle-mme de si bonne heure1 attaque dans sa volont1 mon me tait devenue incapable de dilatation4 ,lorsque le sentiment de dsespoir qui l'opprimait s'attnua par l'accoutumance1 je fus pris d'une sorte d'atonie religieuse4 ,je ne me drobai point la pratique2 je continuai d'obir1 sans objections1 au rglement3 j'allais la messe1 je me confessais1 je communiais comme les autres4 ,mais je faisais tout cela d'une faon machinale1 parce qu'il n'tait pas dans mon caractre de me rvolter4 ,une rsignation passive atrophiait mes facults4 ,on disait de moi3 ,ce n'est pas un mauvais garon1 mais il a l'air d'un somnambule444 ,et c'est ainsi que j'entrai dans l'indiffrence4 ,que vous dcrire de plus8 ,mon me gisait dans mon corps comme un cadavre dans son cercueil4 ,mes annes d'tudes finies1 je passai mon baccalaurat et je retournai dans le monde4 ,mon tuteur1 qui avait hte de se dbarrasser de moi1 me fit manciper et me rendit compte de ma fortune4 ,a dix-neuf ans1 je me trouvai mon matre1 sans avoir gagner mon pain1 mais aussi sans personne qui s'intresst moi4 ,du reste1 j'aurais dcourag les sympathies par mon manque d'entregent4 ,or1 il advint qu'aussitt libre de me conduire ma guise1 je m'loignai de la religion4 ,comment cela se produisit1 je ne saurais trop l'expliquer3 je le constate4 ,du jour au lendemain1 la foi se retira de moi4 ,je ne mis plus les pieds l'glise2 mes lvres perdirent l'habitude de formuler la moindre prire4 ,je ne pensai plus ,dieu4 ,cette volution se fit sans luttes ni angoisses4 ,simplement1 toute ide religieuse me quitta comme1 en octobre1 l'corce de certains platanes se dtache et tombe4 ,je ne m'alarmai pas de ce changement4 ,au contraire1 je respirai plus l'aise parce que la qualit de mon indiffrence avait chang3 la rsignation avait disparu2 elle tait remplace par la sensation agrable d'tre libr d'un joug trop onreux pour mes paules4 ,aussi ne fis-je rien du tout pour ragir4 ,cependant1 il n'est pas dans la nature que l'intelligence et la sensibilit demeurent oisives4 ,l'existence d'un mondain dsuvr ne m'intressait pas4 ,le contact de ce qu'on appelle la bonne socit m'ennuyait prodigieusement et je m'empressai de m'en tenir distance4 ,d'autre part1 je ne me sentais de got pour aucune profession4 ,je me tournai donc vers l'art1 la littrature et les philosophies4 ,je les cultivai1 non dans le dessein de crer une uvre1 mais de meubler d'objets dlectables la solitude de mon esprit4 ,en somme1 je fus un dilettante1 un collectionneur de belles formes et de penses ingnieuses1 nullement soucieux de les classer d'aprs une doctrine prconue4 ,je me disais3 ,si1 comme l'assure ,stendhal1 la beaut est une promesse de bonheur1 peut-tre en la cherchant un peu partout1 deviendrai-je ce que je n'ai jamais t--heureux4 ,tout d'abord1 je lus avec avidit1 sans m'imposer un choix4 ,la substance de cent bibliothques m'emplit le cerveau4 ,puis je voyageai2 je visitai des muses2 j'appris des langues1 entre autres l'italien si fond1 que je pus lire ,dante dans le texte4 ,des mtaphysiques contradictoires m'occuprent comme l'avaient fait les styles diffrents des crivains et des peintres4 ,nulle ne me retint4 ,elles m'amusaient1 mais pour mon jugement1 elles n'avaient pas plus de consistance que ces fumes qui montent de la ville devant nous4 ,au bout de quelques annes de ce rgime1 je dcouvris soudain que toutes ces choses ne m'intressaient plus4 ,je me trouvai1 parmi leurs prestiges fragiles1 comme un promeneur sous une futaie saisie par la gele et qui se dpouille4 ,art1 littrature1 philosophies me furent des feuilles sches qui papillonnaient autour de moi1 puis descendaient s'abattre sur la terre durcie4 ,je les foulais d'un pied paresseux et leur bruissement monotone cessa bientt de me divertir4 ,je vgtai alors quelques mois dans un tat d'inertie intellectuelle et morale4 ,je sentais en moi un vide immense que1 rien au monde1 me semblait-il1 n'tait capable de combler4 ,l'ennui1 fils de la morne incuriosit1 comme dit ,baudelaire1 s'installa dans mon me4 ,je ne fus qu'un billement continuel et je regrettai de ne pouvoir user les vingt-quatre heures du jour dormir4 ,a la longue1 cette lthargie m'effraya comme un symptme d'hbtude2 une raction se fit4 ,voulant galvaniser l'automate ambulant que je devenais1 je m'aperus que j'avais des sens et je me dis3 ,mais des gens existent qui n'ont d'autre occupation que de rgaler leur sensualit4 ,puisque les plaisirs de l'esprit m'ont du1 pourquoi ne pas les imiter8 ,aprs tout1 gorger la brute1 qui veille en nous1 des jouissances qu'elle prfre1 c'est peut-tre le moyen d'chapper au spleen rongeur dont je suis possd4 ,je n'hsitai pas beaucoup2 j'allai la dbauche comme j'aurais pris le train pour faire une cure dans une ville d'eaux4 ,ayant de l'argent1 j'eus des amis ou1 du moins1 des personnages joviaux se dirent tels1 qu'affriandait ma bourse facilement ouverte4 ,sous leurs auspices1 je bus l'excs1 je passai des nuits entires au jeu1 je connus des filles4 ,notez que je me conduisis de la sorte sans l'ombre de scrupules ni de remords4 ,cette faon de tuer le temps m'apparaissait parfois un peu malpropre et passablement stupide1 mais pas du tout dgradante4 ,j'y voyais une diversion ma solitude intrieure4 ,c'est pourquoi je me rendais l'orgie quotidienne sans entrain mais avec autant d'exactitude qu'un employ de ministre qui se rend son bureau4 ,cela dura jusqu'au moment o je crus m'prendre d'une crature dont la plastique admirable n'avait d'gale que sa science du vice4 ,le charme tout animal qui se dgageait d'elle me conquit4 ,roue comme pas une1 experte dans l'art de circonvenir la vanit masculine1 elle tablit si adroitement ses gluaux qu'elle parvint me persuader qu'elle m'aimait avec dsintressement4 ,l'illusion me tint pendant une anne environ4 ,puis une circonstance fortuite me fit apercevoir qu'entre ses doigts dlis1 j'tais un pantin dont elle tirait les ficelles loisir4 ,je dcouvris sa rapacit foncire1 sa malfaisance1 et que la comdie sentimentale joue par elle dissimulait les plus vulgaires des calculs4 ,je la pris en grippe1 je rompis notre liaison2 du mme coup1 je me dgotai de la fte et je tournai le dos aux bruyants imbciles qui m'y avaient initi4 ,mais alors l'ennui1 l'affreuse sensation de vide1 peine assoupis1 se rveillrent en moi4 ,la vie m'apparut tellement insipide1 tellement dsole que je rsolus de m'en vader3 le suicide1 c'tait la dlivrance4 ,j'avalai du laudanum4 ,malheureusement1 j'en pris une dose trop forte4 ,on vint mon secours2 on me fit vomir4 ,je fus trs malade1 mais je ne mourus pas444 ,et je me retrouvai tout seul1 semblable un bout de bois flottant et l sur une eau stagnante o se dcomposent de ftides vgtaux4 ,c'est ainsi que je me peignais mon existence prsente et venir4 ,je signalerai que je n'prouvai pas le dsir de renouveler mon suicide4 ,lors de ma tentative manque1 au moment o je crus que tout tait fini1 l'ide de ,dieu m'avait travers l'esprit4 ,ce ne fut qu'un clair mais1 par elle1 j'eus l'intuition confuse que ma destine n'tait pas accomplie4 ,revenu moi1 j'ai interprt ce mouvement comme un sursaut de l'instinct de conservation1 car nul retour la foi perdue ne s'ensuivit4 ,par la suite1 tant donn que mon intelligence avait besoin de se formuler une conception du monde1 je me cantonnai dans une espce de bouddhisme teint d'ironie4--,nous sommes le jouet des apparences1 me dis-je2 sachant cela1 je puis me laisser aller au flux d'images sans cesse changeantes que l'illusion universelle fait ondoyer autour de nous et en nous1 mais je ne les prendrai pas au srieux4 ,puisque la vie n'est qu'un songe entre deux nants1 j'viterai du moins que le rve tourne au cauchemar4 ,ne voulant ni bien ni mal personne1 j'assisterai1 en spectateur sceptique et souriant1 aux agitations humaines4 ,et parmi ceux qui tiennent un rle dans cette parade multicolore1 j'observerai de prfrence les nafs qui s'imposent un idal1 le prennent pour une ralit et se figurent y conformer leurs actes4 ,c'est pourquoi je choisirai comme principal thtre de mes observations1 les communauts de religieux contemplatifs4 ,les autres hommes sont mus par des ambitions mdiocres ou assez basses tandis que les nues chatoyantes o ces reclus transposent leur raison de vivre ne manquent pas d'une certaine lvation4 ,sous prtexte de retraites1 j'allais donc de monastre en monastre4 ,retenez que1 ce faisant1 je restais indiffrent aux convictions de mes htes4 ,je ne cherchais nullement les partager4 ,en mme temps1 je m'pris de ,dante et je fis de son uvre une tude suivie4 ,il en rsulta que je vcus dans une atmosphre de christianisme intense4 ,je sympathisais avec l'glise catholique par le cerveau2 j'approfondissais sa doctrine1 son crmonial1 son art1 mais je tiens bien spcifier que cet attrait relevait uniquement de mon sens esthtique4 ,ni mon intellect ne s'y soumettait1 ni ma sensibilit n'entrait en jeu4 ,toute pratique me restait trangre4 ,il y avait des textes d'oraison dont j'admirais l'loquence comme j'aurais admir un morceau de rhtorique d un orateur de talent1 mais je ne priais pas4 ,pourquoi l'aurais-je fait8 ,ne concevant ,dieu que comme une illusion cultive par des mes plus nobles que celles du vulgaire1 je ne me sentais pas enclin le louer ni l'implorer4 ,j'en tais l1 lorsque1 il y a trois mois1 me trouvant chez des ,trappistes1 j'allai matines dans l'intention de me bercer vaguement aux cadences de la psalmodie4 ,on disait l',invitatoire4 ,tout coup1 un verset se dtacha en relief de cette rcitation monotone et fixa mon attention d'une manire insolite4 ,je le traduis tel que je le compris3 ,aujourd'hui1 si vous entendez sa voix1 n'endurcissez pas vos curs ainsi qu'au jour de colre et de tentation dans le dsert#a4 #a ,c'est un passage du psaume #id3 ,hodie si vocem ejus audieritis1 nolite obdurare corda vestra sicut in exacerbatione secundum diem tentationis in deserto4 ,dieu y offre la grce4 ,la repousser serait nfaste4 ,aussitt une ide jaillit en moi et s'panouit1 comme le bouquet d'un feu d'artifices1 travers les tnbres somnolentes o je me dorlotais444--,quoi1 me dis-je1 cette religion1 dont j'use pour engourdir mon ennui comme je ferais d'un opium de qualit suprieure1 dtiendrait-elle la vrit8 ,peut-tre que le ,dieu invoqu par ces braves gens existe d'une faon concrte1 peut-tre qu'il rcompense leur docilit ses prceptes par un flot d'amour444 ,s'il les aime en effet1 pourquoi ne m'aimerait-il pas moi aussi8 ,j'essayai de ragir contre l'motion si trange qui m'amollissait4 ,mais j'avais beau recruter des explications rationnelles ce bouleversement de mon tre le plus intime3 influence du milieu trop fervent1 analyse trop assidue de la ,divine ,comdie1 etc41 une voix me rptait3 ,n'endurcis pas ton cur4 ,maintenant tu n'es plus dans le dsert444 ,et mon cur1 je le sentais comme travers d'un coup de flche la fois douloureux et suave4 ,et la voix reprenait avec une autorit lumineuse3 ,dieu t'aime6444 ,nanmoins1 je ne voulus pas me rendre encore4 ,je m'enfuis de la ,trappe2 je mis ,dante sous clef dans un tiroir4 ,j'entrepris des diversions4 ,vains efforts2 ce sentiment ne cessait de me ressaisir3 ,dieu n'est pas le tyran dont on crasa mon enfance6 ,il est l',amour6 ,son premier effet sur mon me fut de me tirer de l'indiffrence3 je pris un intrt singulier aux choses de la foi4 ,pour m'clairer sur la signification et la porte de ce changement1 je rsolus de consulter un prtre444 ,or1 je ne le fis pas4 ,cela vous tonne sans doute8 --,auriez-vous craint1 demandai-je1 de vous heurter quelque ,bournisien qui vous recommanderait1 contre les troubles de l'me1 un verre d'eau frache additionn de cassonade8 --,ce n'est pas cela du tout4 ,j'avais pris rendez-vous avec un thologien de qui j'avais entendu vanter la culture et l'esprit de charit4 ,je devais le trouver son confessionnal une heure fixe par lui4 ,or1 ds que je fus entr dans l'glise1 le ,suisse me prvint qu'il tait retenu la sacristie par les zlatrices d'une uvre et qu'il me faisait demander de l'attendre quelque peu4 ,je m'assis dans un coin et je me mis colliger mes impressions rcentes4 ,notez que je ne priais pas ni n'avais envie de me confesser4 ,je venais prendre une consultation1 et rien de plus4 ,or1 peine commenais-je rflchir1 qu'une vritable tempte s'leva en moi4 ,je me sentis une aversion violente pour ce prtre1 que je n'avais jamais vu et qui1 une minute plus tt1 je dsirais pourtant exposer ce qu'il y avait de plus secret et de plus douloureux dans mon me4 ,puis des ricanements saccads1 des blasphmes dont je n'avais aucunement l'habitude me labourrent l'entendement2 et je devais me contraindre pour ne pas les articuler voix haute4 ,puis il me sembla que quelqu'un d'invisible avait surgi prs de moi et me tirait vers la porte4 ,en mme temps1 une voix sarcastique paraissait me chuchoter ceci3--,pauvre niais1 tu ne vois pas que tu es la dupe de ton imagination surchauffe8 ,ne compte pas sur ce rveur fanatique pour te fournir une explication plausible de ton tat4 ,il ne pourrait que t'encombrer l'esprit de ses propres chimres4 ,ce soi-disant retour un ,dieu plus qu'hypothtique1 c'est encore une illusion1 la plus nuisible de toutes2 elle aurait pour consquence un surcrot d'inquitude4 ,ne t'y livre pas2 dguerpis au plus vite et tu redeviendras ton matre sans avoir subi l'humiliation de te confier un radoteur d'oremus qui serait trop fier de t'asservir6444 ,a ce coup1 je crus avoir retrouv mon quilibre4 ,cette voix1 qui formulait1 avec nettet1 des directions d'ides dont1 hier encore1 quoique d'une faon moins virulente1 je gotais la vraisemblance1 me parut celle mme du bon sens4 ,sans balancer1 je gagnai la sortie4 ,une fois dehors1 il me sembla que je respirais plus l'aise4 ,mais cela ne dura pas4 ,loin d'avoir reconquis l'indiffrence et surtout la paix1 ds le lendemain1 je fus en proie une forme nouvelle d'incertitude angoisse qui m'cartela4 ,d'une part1 cette sorte d'avertissement1 ce444 rayon d'amour reu chez les ,trappistes reparaissait1 dissipait les nues sombres qui pesaient sur mon me4 ,mon cur se pntrait d'une tendresse mystrieuse4 ,j'avais envie de m'agenouiller1 d'adorer1 de prier4 ,d'autre part1 l'tre de persiflage et d'amertume1 qui semblait s'tre install en moi1 bafouait mes vellits de croire et de me soumettre l'glise4 ,cette dualit ou1 si vous voulez1 ce duel me devint bientt si pnible que je dcidai d'entreprendre une exprience4 --,je vais1 me dis-je1 retourner chez des moines4 ,si j'y ressens quelque chose d'analogue ce que j'prouvai aux matines de la ,trappe1 ce sera peut-tre un signe que le ,dieu d'amour n'est pas une illusion4 ,alors il se peut que je lui rende les armes444 ,comme j'avais repris ma vie errante de nagure1 je m'enquis du couvent le plus proche4 ,c'tait ce monastre de ,bndictins o nous nous sommes connus4 ,tout d'abord1 rien de dterminant ne se produisit4 ,je ne priais pas2 j'attendais4 ,et je me sentais toujours de la rpugnance prendre quelqu'un des ,pres pour confident de mon litige intrieur4 ,en ce qui concerne mes rapports avec vous1 j'avais lu le rcit de votre conversion4 ,par instants1 j'y voyais un exemple que j'aurais profit suivre4 ,mais1 plus souvent1 vous me ftes l'effet d'une intelligence et d'une sensibilit aberrantes qui1 par exaltation morbide1 avaient lch la proie pour l'ombre4 ,est-ce que ma franchise vous blesse8 --,nullement1 dis-je1 cette apprciation rsulte de votre tat d'me avec beaucoup de logique4 ,mais continuez1 je vous prie444 --,malgr ces pousses de malveillance involontaire votre gard1 je ne tardai pas me sentir de l'amiti pour vous4 ,nos causeries d'art et de littrature me faisaient du bien4 ,j'y oubliais mes dchirements d'me et je m'en trouvais un peu pacifi4 ,c'est pourquoi je vous ai propos ce voyage4 ,si vous aviez refus1 j'en aurais t fort ennuy4 ,je ne me trompe point1 n'est-ce pas1 en avanant que1 durant nos courses1 nous nous sommes fort lis8 ,nanmoins1 je dois vous dire que chaque fois qu'il vous est arriv de porter l'entretien sur la religion1 je ne sais quelle impulsion1 dont je ne me rends pas compte1 m'carta de vous4 ,cela ressemblait de la haine4 ,j'y rsistais1 mais je me htais de parler d'autre chose4 ,vous l'avez remarqu8 --,je l'ai remarqu1 dis-je4 --,enfin1 lorsque1 ce matin1 j'ai essay de vous faire manquer la messe1 j'obissais un mouvement de ce genre4 ,puis j'ai craint de vous avoir chagrin4 ,je vous ai donc accompagn la chapelle4 ,mais pendant tout le commencement de la crmonie1 j'tais domin par la proccupation de bien vous montrer que ma condescendance n'impliquait pas l'adhsion la prire commune2 je ne pouvais m'empcher de me poser en esprit suprieur qui regarde des enfants jouer la balle4 ,quelle absurdit1 n'est-ce pas8 --,oh6 non1 rpondis-je1 c'tait la suite oblige de tout le reste444 --,maintenant voici le plus trange4 ,ma comdie de scepticisme indulgent ne dura pas4 ,un autre phnomne succda4 ,voici3 ,quoique1 de corps1 je me sentisse trs veill1 il me sembla que mon me s'ensommeillait444 ,comment vous expliquer cela8 ,le jeu normal de mes facults paraissait suspendu4 ,je perdis la notion du temps et de l'espace4 ,j'eus l'impression de m'enfoncer dans un rve au cours duquel je me suis tendu par terre1 dans un jardin sombre4 ,je dormais d'un sommeil agit1 peupl d'images lugubres444 ,un peu aprs la ,conscration1 il me sembla que quelqu'un de lumineux se dressait prs de moi qui m'invitait me rveiller444 ,alors le sentiment d'amour de ,dieu1 prouv nagure la ,trappe1 m'envahit tout entier444 ,je sentis la ,paix6444 ,il s'interrompit une minute4 ,une motion extraordinaire lui soulevait la poitrine4 ,je vis qu'il avait les yeux pleins de larmes4 ,je pense qu'on me croira si je dis que j'tais presque aussi haletant que lui4 ,faisant effort pour conclure1 ,maurice reprit3 --,eh sortant de la messe1 j'tais dcid tout vous raconter4 ,c'est pourquoi je vous ai amen ici444 ,mais1 ajouta-t-il avec un sourire plutt piteux1 je gage que je vous fais l'effet d'un insens4 ,a prsent que j'ai fini cet expos de mes variations et de mes errements1 je m'apparais moi-mme une merveille d'incohrence4 ,tenez-moi pour un fou1 si vous le jugez propos1 mais1 de grce1 donnez-moi un conseil6444 ,je fus quelque temps sans rpondre4 ,j'tais tout hors de moi considrer l'action divine sur cette me4 ,surtout1 le fait que nous eussions t transports1 la mme minute1 au ,jardin des ,olives1 pour y entendre l'appel de ,notre-,seigneur1 me remplissait d'une gratitude infinie4 ,prenant tout de suite la parole1 je n'aurais pu que pousser des cris de joie4 ,mais il ne s'agissait pas encore de chanter ,magnificat4 ,il me fallait raisonner1 exposer ,maurice le sens de sa laborieuse volution du ,dieu d'pouvante au ,dieu d'amour1 tel qu'il m'tait octroy de le concevoir4 ,d'ailleurs1 le cher garon attendait ma rponse avec anxit4 ,voyant que je me taisais1 il reprit3 --,n'est-ce pas1 je vous semble tellement inconsistant et absurde que vous hsitez me l'avouer8 ,n'importe1 ne mnagez pas mon amour-propre2 dites-moi votre opinion sans priphrases4 ,je me suis soulag en vous dcrivant ma triste existence mais je n'y vois pas clair4 ,me laisserez-vous dans cette obscurit8 ,puisque nous sommes amis1 vous me devez du secours4 ,moquez-vous de moi si vous voulez1 mais ne m'abandonnez pas6444 ,il n'y avait pas diffrer davantage4 ,quoique le sentiment de mon insuffisance me ft frmir1 je suppliai1 en esprit1 ,notre-,seigneur1 de venir mon aide et je parlai3 --,certes non1 je ne me moquerai pas de vous6 ,si peu que je vaille1 il faudrait que je fusse un bien trange paltoquet pour ne pas prendre au grand srieux votre angoisse4 ,je vais donc essayer de vous donner un avis fraternel selon que ,dieu me montre l'tat de votre me444 ,je vous affirme1 d'abord1 que loin de juger votre aventure comme une course incohrente dans la nuit sans toiles1 j'y distingue1 au contraire1 une marche continue1 voulue de ,dieu1 vers la lumire4 ,les vnements1 leur influence sur vous s'y lient d'aprs une logique toute surnaturelle4 ,sachez-le3 pas un instant vous ne ftes abandonn444 ,maurice me regarda d'un air surpris1 comme s'il me souponnait de divaguer2 mais1 me voyant trs calme1 il me fit signe de poursuivre444 ,je continuai3 --,au sortir de votre enfance1 abme1 glace par une hrsie dont l'aberration se double de frocit1 vous aviez1 avant tout1 besoin d'une dtente4 ,dieu vous plaa dans un milieu de pit modre1 comme on plonge dans un bain d'eau tide un piton qui fut trouv enseveli1 un soir d'hiver1 sous six mtres de neige4 ,l1 bien que vous n'en ayez pas eu la notion1 votre me dgela4 ,cela1 par le seul fait que les pratiques de rgle suivies par vous avec docilit vous attiraient des grces qui1 pour n'tre pas sensibles1 n'en agissaient pas moins dans cette partie profonde de nous-mme qu'on nomme le subconscient4 ,vous m'objecterez que1 cependant1 vous ne cessiez pas de subir l'impression du fantme impitoyable que le ,jansnisme substitue ,notre ,pre qui est aux cieux4 ,c'est qu'il fallait que vous appreniez1 par votre seule exprience1 que cette atroce doctrine ne mne qu' une impasse o rside le dsespoir4 ,l'effet fut produit le jour o vous tes entr dans l'indiffrence par la fatigue de frapper du front contre un mur sans issue4 ,il se fit alors en vous un vide que ,dieu se rservait de combler son heure4 ,ainsi que vous l'avez dit1 toute ide religieuse vous quitta comme l'corce de certains platanes se dtache et tombe4 ,ensuite1 ,dieu1 qui voulait que vous exprimentiez le nant des liesses humaines1 o il n'a point de part1 permit que vous tentiez de remplacer-- l'imitation de tant d'autres qui s'y perdent6--la foi clipse par le culte de l'art1 de la littrature et de ces idoles dcevantes qui s'intitulent philosophies4 ,ce ne fut qu'une diversion passagre4 ,ces jeux de l'esprit n'agitaient que la surface de votre me2 mais1 en sa substance1 le travail divin continuait d'une faon latente4 ,c'est pourquoi vous n'avez pas tard vous apercevoir que votre vaine recherche d'une beaut--qui n'est pas d',en-,haut--ne vous rapportait que poussire et feuilles sches4 ,et de nouveau1 vous avez senti--le vide4 ,or1 il fallait que vous fissiez le tour complet des expdients par lesquels nous nous efforons de leurrer l'inexorable ennui qui fait le fond de la nature humaine ds qu'elle s'loigne de ,dieu1 comme dit ,bossuet4 ,du quant aux joies de l'intelligence1 vous avez espr abolir votre inquitude par l'exercice d'une sensualit grossire4 ,vous avez chou puisque1 trs vite1 les ,bacchanales vous dgotrent1 puisque la ,bacchante1 qui menait les danses1 en vous tenant la main1 vous apparut ce qu'elle tait1 c'est--dire3 une sorcire puant le sabbat et couronne de crapauds4 ,il vous restait une tape franchir4 ,repris de dsespoir1 vous aviez tent ce crime sur vous-mme3 le suicide4 ,dieu para le coup4 ,et alors vous avez bu cette coupe de chloral qu'on appelle le bouddhisme4 ,vous vous figuriez obtenir1 par cette religion du nant1 la certitude que le monde n'est qu'un fleuve d'illusions dont il suffit d'absorber les reflets sans se proccuper de sa source ni de son embouchure4 ,venu ce point1 vous risquiez l'abrutissement total4 ,mais ,dieu veillait votre insu2 car1 dans le mme temps1 il vous rendit le got exclusif des choses religieuses4 ,oh6 naturellement1 pour en savourer le charme1 vous avez cru vous placer un point de vue purement esthtique4 ,mais l rsidait l'lment dcisif de votre rsurrection4 ,c'est tellement vrai1 qu' l'heure fixe par lui1 ,dieu surgit dans votre dsert3 il vous fit sentir sa prsence2 il vous rvla qu'il tait l',amour6444 ,et maintenant1 dites-moi si1 parmi vos dbauches d'esprit et de corps1 vous aviez jamais ressenti quoi que ce soit qui galt en intensit1 en ralit1 cette sensation1 cette certitude3 ,dieu est l1 il rayonne dans mon cur et il m'aime8 ,maurice n'eut pas rflchir4 --,sincrement1 non6 dclara-t-il1 je me sentais si heureux que j'aurais voulu rester l toujours tant je me sentais pntr d'un effluve de tendresse misricordieuse4 --,oui1 comme saint ,pierre1 vous auriez voulu planter votre tente sur le ,thabor4 ,mais il vous restait mriter1 par de nouvelles luttes1 le retour de la ,grce444 --,et voil ce qui me droute1 s'cria ,maurice1 ce qui ferait croire un trouble de mon intelligence4 ,tout ce que vous venez de me dvelopper me semble plausible2 vous le reconnaissez vous-mme3 ce moment1 ,dieu m'avait conquis4 ,pourquoi1 ds lors1 quand j'ai voulu recourir au prtre1 me suis-je drob8 ,pourquoi1 presque malgr moi1 ai-je subi ces mouvements de rpulsion1 proches de la haine1 contre l'ide religieuse et aussi contre vous parce que vous pratiquiez8 ,pourquoi cet orgueil amer qui m'obligeait de feindre l'indiffrence8 ,je repris3 --,la faon dont la ,grce illuminante vous toucha relve de la ,mystique car la ,mystique1 telle que ,pascal l'a fort bien dfinie1 c'est ,dieu senti par le cur4 ,vous n'avez pas eu raisonner pour vous convertir parce que1 comme il arrive dans la voie extraordinaire o vous tiez conduit1 la prsence de ,dieu fit1 pour ainsi dire1 explosion au centre mme de votre sensibilit4 ,mais c'est galement une loi sans exception de la ,mystique que quand le ,surnaturel divin se manifeste de la sorte en nous1 le ,surnaturel diabolique se dresse aussitt pour le combattre4 ,le ,dmon entre en fureur ds qu'il voit une me sur le point de lui chapper4 ,il n'est rien qu'il ne tente pour la retenir4 ,c'tait lui qui vous suggrait vos rsistances et vos ironies malveillantes contre le prtre1 contre la messe1 contre votre compagnon de voyage4 ,vous alliez l'ordre1 donc il s'efforait de vous rejeter dans le dsordre4 ,dieu vous avait dit3 ,oui1 je suis l et tu me suivras3 lui rpondait3 ,non6 car il est l',esprit qui toujours nie4 ,or il fut vaincu puisque1 malgr toutes ses ruses1 vous vous tes libr en me confiant votre histoire1 puisque1 tout de suite auparavant1 ,notre-,seigneur vous avait attir ,gethsmani pour vous rveiller du sommeil nfaste o vous vous attardiez444 ,maurice demeura pensif4 ,pendant plus d'un quart d'heure il se tint1 la tte incline1 les mains jointes1 mditer la misricorde de ,jsus4 ,je me gardai de rompre ce silence4 ,je priais1 ah6 comme je priais pour lui6 ,comme je suppliais le ,bon ,matre d'achever sa conqute6 ,je rptais mentalement3 ,seigneur1 j'ai fait ce que j'ai pu2 je ne saurais faire davantage1 mais dites seulement une parole et son me sera gurie6444 ,soudain1 ,maurice se redressa4 ,son visage exprimait la soumission et l'humilit2 deux larmes glissaient lentement sur ses joues4 ,il dit3 --,notre ,pre qui tes aux cieux1 dlivrez-moi du ,mal6444 ,puis1 se tournant vers moi3--,a prsent votre avis1 que faut-il que je fasse8 ,je rpondis3 --,constatez qu'en analysant vos tats d'mes1 je me suis tenu sur le plan psychologique d'une faon exclusive4 ,je crois que ,dieu m'a plac1 sur votre chemin1 comme un poteau indicateur et rien d'autre4 ,je n'ai pas qualit pour peser1 dans les balances de la morale chrtienne1 vos mrites et vos dmrites1 pour tablir la distinction entre ce qui excuse1 en partie1 vos fautes ou ce qui les aggrave4 ,me poser en confesseur1 tmoignerait d'une outrecuidance que je n'oserais me permettre4 ,seul1 un prtre peut vous diriger dsormais dans la voie o ,dieu vous appelle avec tant d'insistance4 ,allez trouver celui que vous avez fui4 ,il possde1 m'avez-vous dit1 une grande intelligence et la charit4 ,il aura donc grce d'tat pour appliquer votre me le discernement des esprits4 ,par le sacrement de pnitence1 il enlvera l'amas de pchs qui pourrit en vous4 ,puis il vous apprendra comment correspondre aux grces que vous avez reues1 celles que vous recevrez encore4 ,sous sa direction1 comme vous tes de bonne volont1 vous obtiendrez la paix intrieure promise aux enfants de la ,rdemption4 --,ds demain1 dit ,maurice1 je suivrai votre conseil4 ,mais je voudrais vous demander encore un service4 ,je pressens qu'il me faudra donner un objet mon activit future4 ,lequel m'engagez-vous choisir8 --,jusqu' aujourd'hui1 repris-je1 vous viviez confin en vous-mme comme dans une pice obscure au plafond surbaiss4 ,il faut en sortir2 il faut respirer le grand air salubre du dehors4 ,nombre de vos souffrances proviennent de ceci que vous ne vous tes jamais occup que de votre seule personne4 ,or1 le culte du ,moi1 cet gotisme dont certains se vantent est une manie solitaire par o l'me se gche1 s'atrophie et se strilise4 ,notre-,seigneur a dit3 ,si quelqu'un veut venir aprs moi1 qu'il fasse abngation de lui-mme4 ,cela peut s'entendre3 ,qu'il se sacrifie pour son prochain1 comme je me suis sacrifi pour le salut de tous les hommes4 ,c'est la gnrosit que nous mettons au sacrifice qui compte devant ,dieu4 ,efforcez-vous de l'acqurir4 ,vous tes riche2 allez aux pauvres4 ,en les aimant1 avec la pense constante qu'ils sont les membres souffrants de ,jsus1 vous vous unirez au ,crucifix1 vous dtruirez en vous l'orgueil et l'gosme4 ,au contact des humbles1 vous deviendrez humble1 car il vous sera donn de comprendre que1 seul1 le sang qui ruisselle des plaies de ,notre-,seigneur1 sanctifie nos dsirs et nos actes4 --,j'essaierai1 dit ,maurice4 --,nous allons nous sparer1 poursuivis-je1 et me souvenant combien moi aussi1 je me suis dilu nagure dans l'anarchie des sens et de la pense1 je prierai pour vous comme je vous demande de prier pour moi4 ,mes prires ne valent pas grand'chose1 mais vous pouvez tre sr que je les offrirai1 de grand cur1 votre intention4 ,et puis nous nous crirons444 ,un dernier mot3 pour ma part1 c'est d'une faon bien insuffisante1 bien misrable que j'ai rpondu l'appel de ,dieu4 ,cependant son amour pour une pauvre crature sans cesse dfaillante est si indulgent qu'il me fait sentir tous les jours davantage le bonheur d'appartenir son glise4 ,elle m'encadre dans ses dogmes1 elle me stimule par l'exemple de ses ,saints1 elle me fortifie par la sve surnaturelle que ses sacrements m'infusent4 ,quelles que soient les difficults de la vie quotidienne1 jamais1 du temps de mes tnbres1 je n'aurais pu concevoir que des joies aussi lumineuses fussent possibles4 ,ah6 si je faisais mon devoir1 tout mon tre ne serait qu'un cantique d'actions de grces perptuel6444 ,toi ,maurice1 tu connatras bientt cette allgresse et cette paix intrieures et tu verras qu'au regard de cette batitude1 les volupts du monde ne sont que de la brume sur un fumier4 ,va donc de l'avant1 sans retourner la tte2 noli obdurare cor tuum4 ,sous la conduite du saint prtre qui t'attend pour te purifier1 revts-toi de ,jsus-,christ1 ainsi que nous le prescrit l',aptre2 par ,lui1 avec ,lui1 en ,lui1 tu possderas l',amour et ses splendeurs444 ,quelques heures plus tard nous nous quittions aprs nous tre embrasss comme des frres4 ,pour finir1 voici ce que ,dieu tira de notre rencontre4 ,la guerre vint4 ,maurice1 officier de rserve1 fit partie des troupes qui combattaient en ,flandre1 lors de la ,course la ,mer4 ,un clat d'obus le frappa sous ,dixmude1 en octobre #aiad4 ,il est mort comme un ,saint1 et en priant pour vous1 m'crivit l'aumnier qui l'assista durant son agonie4--,les pauvres le pleurrent car il leur avait tout donn3 son grand cur et sa fortune4 ,et cela1 comme nous l'enseigne ,notre-,seigneur au ,saint vangile1 c'est la pierre de touche de la conversion parfaite chez un riche4 ,c'est de mon colloque avec ,maurice sur le tertre aux tilleuls que naquit la premire ide de ce livre3 habent sua cunabula libelli4 ,les lettres que je lui crivis1 ses rponses en constituent partiellement la substance4 ,mais depuis1 combien d'autres ,indiffrents j'ai rencontr6 ,celui qui observe les rites d'une faon machinale mais qui fuit l'oraison parce que1 prtend-il1 ,paris1 on ne peut pas se recueillir4 ,celui qui ne va plus la messe parce que les affaires l'absorbent4 ,celui dont un vice d'habitude avait fait la conqute1 qui1 par la grce de ,dieu1 s'en tait dlivr et qui1 retomb1 se dcourage4 ,celui qui dclare3 ,il y a du bon dans toutes les religions et qui1 par suite1 estime plus expdient de n'en pratiquer aucune4 ,et d'autres1 et d'autres encore1 peuple d'ombres qui1 certaines heures1 se pressent1 en gmissant autour de moi4 ,et surtout ceux-l qui traitent la ,sainte glise en grand'mre fort cacochyme et un peu ennuyeuse qui l'on rend des devoirs de politesse avec froideur et correction4--,a bien considrer notre temps1 on s'aperoit qu'une partie des maux qui l'accablent proviennent de cette indiffrence1 plus ou moins maquille1 o tant d'mes se figent4 ,de mme que1 parfois1 dans des organismes anmis1 la circulation se ralentit1 de mme l',esprit qui vivifie les mes1 ne trouve plus chez beaucoup qu'une inertie de la foi1 qu'une paresse marcageuse o il ne peut prendre son courant4 ,et cependant1 ,jsus ne cesse de saigner pour nous sur le ,calvaire6444 ,usant de mes observations1 de mes souvenirs1 et de nombreuses expriences1 je tche1 dans les lignes qui suivent1 d'attiser en tous ces somnolents1 la flamme languissante de l'amour de ,dieu4 ,mais tout seul1 je ne puis rien ou si peu de chose6 ,qu'elles viennent donc mon aide par leurs prires1 les belles mes dont les encouragements me soutinrent tant de fois depuis que ,notre-,seigneur me commanda de le suivre dans la voie douloureuse4 ,qu'elles m'obtiennent l'assistance de la ,sainte ,vierge et l'intercession des ,bienheureux4 ,que le ,crucifix me demeure un phare immuable dans les tnbres qui couvrent de plus en plus la terre empoisonne d'orgueil matrialiste4 ,que la grce de ,dieu les protge1 ces amis1 et me protge durant les flaux qui vont venir4 ,alors nous goterons la flicit d'tre tenus pour des fous-- cause de ,jsus-,christ vivant en nos curs4 ,et la porte du ,paradis s'ouvrira devant nous6--,ainsi soit-il4 ,,lettre ,i ,,la ,,privation ,,de ,,dieu ,dieu n'est pas d'actualit4 ,cet axiome fut promulgu1 vers le milieu du dix-neuvime sicle1 par ,franois ,buloz1 borgne arrogant1 qui fonda la ,revue des ,deux-,mondes sous ,louis-,philippe et qui la dirigea pendant une quarantaine d'annes4 ,pour tre quitable1 on doit reconnatre qu'il publia parfois des crivains de talent2 mais1 d'ordinaire1 le recueil s'encombrait de mdiocres aux ides flasques et dgageait des nappes d'ennui plus asphyxiantes que les gaz foments par les ,boches4 ,l'toile de la maison s'appelait ,planche1 critique sec et plat comme son nom1 disait ,victor ,hugo4 ,a le lire1 on prouvait la sensation de mcher de la pierre ponce--et c'tait terrible4 ,plus tard1 il y eut d'autres favoris de ,buloz4 ,ces cuistres furent pteux4 ,leurs articles ressemblaient des paquets de nouilles mal cuites1 servies sans sel ni poivre et collant aux gencives--et c'tait terrible aussi4 ,or1 ,buloz mit la phrase ci-dessus pour refuser un travail sur ,dieu1 considr comme un paradoxe historique1 que lui proposait ,pierre ,leroux1 sophiste clapotant et diffus qui avait trouv mieux que le christianisme4 ,la dcouverte en soi n'et pas t pour offusquer l'autocrate de la ,revue si1 vou ds son jeune ge au culte des reliques de ,voltaire1 il n'avait estim qu'il faut une religion pour le peuple4 ,dans sa pense1 cette ncessit ne s'appliquait d'ailleurs pas la clientle bourgeoise qui ruminait son papier4 ,elle n'avait pas besoin1 jugeait-il1 qu'on lui rappelt1 mme pour le nier1 ce ,dieu dont les prceptes cadraient mal avec les spculations sur les chemins de fer o l'poque dployait son gnie4 ,ne jamais parler de ,dieu1 y penser le moins possible1 telle tait la rgle de vie que ,buloz dsirait suggrer ses abonns4 ,sous ce rapport1 lui1 ses mules et leur postrit intellectuelle ont fort bien russi4 ,seulement1 par une consquence que les classes dirigeantes n'avaient pas prvue1 le peuple n'a pas tard suivre leur exemple4 ,avec une logique indiscutable il s'est dit3 --,du moment que la religion a fait son temps pour les propritaires1 par quelle tyrannie prtendraient-ils me l'imposer comme une actualit permanente8 ,on m'apprit l'cole cet immortel principe que les hommes naissent libres et gaux en droits4 ,donc1 tant l'gal des bourgeois1 j'ai le droit1 moi aussi1 de mettre ,dieu au rancart et de cultiver librement les intrts de mon tube digestif et de mon appareil reproducteur4 ,en consquence1 je me conduirai comme un porc toutes les fois que j'en trouverai l'occasion4 ,on lui fit observer qu'il fallait d'abord acqurir des rentes4 ,mais l'argument le toucha si peu qu'il rpondit3 --,des rentes8 je prendrai les vtres4 ,et gare qui se mettra en travers4 ,je taperai dessus4 ,il n'y a pas manqu4 ,d'o la ,commune1 les bombes anarchistes et le bolchevisme4 ,la ,bourgeoisie considra cette volution du mme il qu'une poule qui aurait couv un uf de vautour4 ,aujourd'hui1 vu le rsultat1 certains d'entre eux s'arrachent les cheveux et regrettent1 par bouffes1 les croyances de jadis4 ,mais revenir1 d'abord1 eux-mmes1 la religion1 ils ne peuvent s'y rsigner2 et ils se posent ce problme insoluble3 --,comment obliger le peuple d'aller la messe sans lui en donner l'exemple8 ,nous voudrions qu'il prie pendant que nous fumerons notre cigare4 ,car enfin nous1 n'est-ce pas1 nous ne pouvons pas prier6 ,cette pratique bonne pour le ,moyen ,age n'a plus de sens pour les raffins de civilisation que nous sommes6444 ,au surplus1 s'ils priaient1 ce ne serait pas pour demander ,dieu la rforme de leur me1 mais pour le sommer de remplir1 vis--vis du proltaire en rvolte1 les fonctions d'un gendarme poigne irrsistible4 ,je crains que ,dieu n'y soit point dispos4 ,de sorte1 ,bourgeois1 que te voil condamn pitiner sur place jusqu' la minute o ,dmos1 mancip par toi1 lorsque tu campais la desse ,raison sur les autels1 te dcoupera en plusieurs morceaux4 --,alors que faire8 ,implorer ,dieu afin qu'il amollisse ton cur dur par la rose de sa grce4 ,vois-tu1 il faudrait d'abord rouvrir ton catchisme4 ,ce bouquin prim t'apprendrait que si tu veux tre aim de ,dieu1 tu dois l'aimer1 toi-mme1 par-dessus toutes choses4 --,mais1 objectes-tu1 il existe pourtant des philosophies qui n'imposent pas de ces exigences sentimentales8444 ,te furent-elles efficaces8 ,le panthisme te procura-t-il autre chose qu'une vaporation de ta conscience travers les champs de navets et les folles herbes des talus8 ,l',impratif catgorique te donna-t-il jamais l'envie de servir de modle tout l'univers8 ,le vice radical de tous les systmes philosophiques c'est de ne savoir parler au cur4 ,aussi1 comme force de conservation sociale1 leur puissance est-elle nulle4 ,tu devrais l'avoir expriment depuis longtemps4 ,rappelle-toi ,rivarol4 ,il avait cru1 lui aussi1 qu'on pourrait dompter la bte froce1 issue de la ,rvolution1 sans le secours de l'glise et de sa doctrine4 ,il s'tait imagin1 l'cole de ,rousseau1 que l'homme est naturellement bon et que ce sont les institutions dfectueuses qui le pervertissent4 ,or1 aprs la ,terreur1 revenu de ses illusions1 il crivait ceci3 ,la religion est infiniment plus favorable l'ordre politique et plus conforme la nature humaine que la philosophie1 parce qu'elle ne dit pas l'homme d'aimer ,dieu de tout son esprit mais de tout son cur4 ,elle nous prend par ce ct sensible et vaste qui est peu prs le mme dans tous les individus et non par le ct raisonneur1 ingal et born qu'on appelle l'esprit4 ,et il ajoutait3 ,l'histoire nous apprend que partout o il y a mlange de religion et de barbarie1 c'est la religion qui l'emporte2 mais que1 partout o il y a mlange de barbarie et de philosophie1 c'est la barbarie qui triomphe444 ,en un mot1 la philosophie divise les hommes par les opinions1 la religion les unit dans un mme principe4 ,par celle-ci1 tout tat est un vaisseau mystrieux qui a ses ancres dans le ,ciel444 ,ces lignes disaient vrai aux jours affreux o elles furent publies4 ,elles disent encore vrai en cette anne #aibj o je les transcris4 ,mais toi1 pauvre homme1 pour ne pas flchir ton orgueil devant la leon que les faits t'infligent1 tu qutes une doctrine qui rassurerait ton gosme4 ,par instants1 tu te voudrais stoque dans les souffrances qui t'assaillent1 superbe contre celles qui te menacent4 ,mais1 tout au fond de toi1 tu reconnais que la privation de ,dieu n'est point compense par les rodomontades des rhteurs qui t'affirment que si tu t'imposais de nier les effets de la douleur sur ton endurance1 les ruines du monde te frapperaient sans t'mouvoir4 ,avec peu d'enthousiasme1 car tu n'aimes pas te raidir1 tu essayas de ce remde empirique4 ,or1 l'expdient choua3 il te manquait toujours quelque chose pour te sentir l'me en paix4 ,d'autres fois1 attestant ,dieu dans le secret de tes mditations solitaires1 la crainte de passer pour un esprit rtrograde t'empcha de dire3 je crois en ,lui1 la face de ceux qui dcrtent1 au nom des progrs de la science1 que des combinaisons d'atomes suffisent expliquer le mystre de vivre et que ,dieu n'est plus qu'un moteur dmod1 bon relguer dans une vitrine de muse4 ,leur assurance te choque un peu4 ,nanmoins1 pour n'tre pas tax de clricalisme1 tu t'abstiens de protester4 ,tu ressembles alors ce rentier conciliant dont les ,goncourt notrent l'attitude en un passage de leur ,journal4 ,je veux te rapporter et mme te dvelopper cette anecdote1 d'autant que personne1 sauf les ,dix de leur ,acadmie1 ne lit plus les ,goncourt4 ,il y avait deux amis1 ,belloir et ,dujonchet1 qui1 retirs des affaires la campagne1 se promenaient chaque jour1 en dialoguant1 sur la route pierreuse o s'levaient cte cte les maisonnettes difformes qu'ils appelaient leurs villas4 ,belloir1 c'tait un athe aussi tenace qu'un durillon sur l'orteil d'un trimardeur4 ,il avait longtemps frquent une ,loge prside par un charcutier vhment qui ne cessait de demander qu'on lui livrt la prtraille pour la mettre en galantine4 ,il avait lu et relu les uvres compltes de ,,mm4 ,homais1 ,ernest ,renan1 ,victor ,flachon et autres sages de la mme cole4 ,enflamm de zle par ces beaux gnies1 il niait ,dieu avec rage et n'arrtait pas de secouer des arguments matrialistes sur la tte de son voisin4 ,dujonchet les subissait passivement4 ,inhabile la dialectique1 il se contentait de pousser1 parfois1 quelques hem6 hem6 timides qui auraient bien voulu exprimer de vagues restrictions4 ,car lui croyait en ,dieu1 se rappelant quelle douceur consolante il avait prouv prier le jour o il mena au cimetire son fils unique que la typhode lui avait ravi en pleine jeunesse et en pleine vigueur4 ,depuis1 il allait la messe le dimanche4 ,mais quand ,belloir lui reprochait prement cette faiblesse1 il ne se trouvait pas le courage de confesser sa foi4 ,il se contentait de balbutier que s'il agissait de la sorte c'tait pour faire plaisir sa femme4 ,belloir taxait l'explication de misrable excuse4 ,et comme il s'tait jur d'empcher son ami de franchir dsormais le seuil de la paroisse1 il multipliait les hymnes l'loge de la ,matire omnipotente dans l'espoir que tant d'loquence finirait par convaincre ,dujonchet4 ,a la longue1 celui-ci s'en trouvait importun4 ,pourquoi ne rompait-il pas des relations qui lui devenaient pnibles8 ,parce qu'il redoutait que ,belloir1 pour se venger1 ne lui ft la rputation d'un rtrograde inapte soutenir une controverse4 ,et aussi parce que la partie de dominos o ils usaient leurs soires lui tait devenue plus qu'une habitude1--un besoin4 ,un matin1 au milieu de la route coutumire1 ils aperurent un gros caillou soigneusement lav et qui semblait avoir t plac l pour retenir l'attention des passants4 ,sur sa face la plus apparente1 une inscription1 trace au vernis noir1 luisait4 ,ils s'arrtrent1 se penchrent dessus et lurent ces mots3 ,je n'existe pas1 sign ,dieu4 ,aussitt ,belloir se redressa1 les yeux tincelant d'allgresse4 ,ouvrant les bras1 il s'cria3 --,l1 tu vois bien que j'avais raison6444 ,dujonchet restait interloqu4 ,ce n'tait pas que les objections lui fissent dfaut4 ,il aurait pu demander ce que prouvait cette mdiocre factie d'un mule probable de ,belloir et aussi comment un personnage qui n'existe pas acquiert soudain de la vitalit pour se nier lui-mme4 ,mais il tait1 par sa mollesse invtre1 tellement enclin biaiser1 travestir en libralisme sa couardise devant les assertions brutales des adversaires de sa croyance intime qu'il se contenta de rpondre presque voix basse3--,toutes les opinions sont respectables4 ,hlas1 ils se comptent1 en trop grand nombre1 notre poque1 les chrtiens effarouchs qui se drobent au devoir de proclamer hautement la ,vrit unique en toutes circonstances et quelles que puissent tre les suites de leur bravoure4 ,beaucoup paraissent avoir honte de leur foi et craindre de souffrir pour elle4 ,qu'une coalition de dmoniaques et d'aveugles se forme contre l'glise1 ils se htent de mettre chapeau bas et de murmurer comme ,sosie3 ,qui va l8444 ,heu6 ma peur chaque instant s'accrot6 ,messieurs1 ami de tout le monde6444 ,avant mme que l'ennemi de ,jsus ait achev de vomir ses invectives et ses blasphmes1 ils s'empressent de vanter son savoir et l'ampleur de son esprit critique4 ,ils s'imaginent ainsi mnager son amour-propre et susciter sa modration4 ,en quoi ils se trompent fort1 car l'athe en conclut qu'il n'a pas se gner vis--vis de convictions aussi glatineuses que fuyantes4 ,et lorsque le caprice lui vient de saper1 une fois de plus1 les murailles du sanctuaire1 il manie le pic et la pioche1 en riant des catholiques grelotteux qui le regardent dmolir et qui se contentent de marmotter de vagues maximes la gloire de la tolrance4 ,certes1 on ne leur demande pas d'empoigner des armes et de fondre1 en vocifrant un chant de guerre1 sur la cohorte impie des profanateurs4 ,dans notre sicle1 les mes de ,croiss se font rares4 ,mais qu'au moins1 ils aient le courage de se grouper au pied du ,crucifix et de rpondre aux menaces1 aux injures et aux drisions des sectaires qui l'assaillent3--,nous sommes chrtiens4 ,cette croix c'est l'tendard de notre ,roi4 ,avant de la dtruire1 il faudra nous tuer4 ,l'athe criera peut-tre au fanatisme4 ,pourtant1 soyez srs qu'en lui-mme il prouvera du respect pour les intrpides qui mourraient plutt que de dissimuler leur foi4 ,au contraire1 si1 afin de montrer que vous tes capables de servir deux ,matres1 vous fuyez le ,golgotha sous prtexte que cette colline est mal abrite contre les simouns qui soufflent du dsert2 ou bien1 si pour montrer que vous avez l'esprit large1 vous gardez le silence quand l'ennemi outrage votre ,dieu1 l'ennemi mprisera votre lche prudence et1 vous cartant de son chemin1 comme des savates cules1 il poursuivra son avantage4 ,alors1 par votre faute1 ,jsus boira le fiel et le vinaigre1 sera perc de la lance et couvert de crachats une fois de plus4 ,n'est-ce pas la pire des indiffrences votre marche oblique entre ,dieu et le ,dmon8 ,et quel sort l'attend8 ,probablement celui que rapporte ,dante2 444 ,des soupirs1 des plaintes1 des cris aigus retentissaient dans l'air sans toiles1 de sorte que je me mis pleurer4 ,langages divers1 horribles jargons1 paroles de douleur1 accents de colre1 voix aigus et rauques et1 avec elles1 des bruits de mains produisaient un tumulte qui tourbillonnait sans cesse dans cette atmosphre ternellement obscurcie1 pareil aux mouvements du sable agit par la tempte4 ,et moi1 qui avais la tte ceinte d'horreur1 je dis3 --,matre1 qu'est-ce que j'entends et quelle est cette race qui semble si abattue par la douleur8 ,et lui3 --,ce sort misrable est celui des tristes mes de ceux qui vcurent sans infamie et sans honneur4 ,elles sont mles au chur dtestable des ,anges qui ne furent ni rebelles ni fidles ,dieu1 mais qui se tinrent dans la neutralit par gosme444 ,la ,misricorde comme la ,justice les ddaignent4 ,n'en parlons pas1 mais regarde et passe4 ,et je vis une si longue file de gens que je n'aurais jamais cru que la mort en et tant dtruit444 ,tout de suite1 je compris1 d'une faon certaine1 que c'tait le troupeau des lches qui dplaisent ,dieu autant qu' ses ennemis4 ,ces pleutres qui ne furent jamais dignes de vivre1 taient nus et aiguillonns sans cesse par des taons et des gupes qui se trouvaient l4 ,ils leur rayaient le visage d'un sang qui1 ml de larmes1 tombait leurs pieds et tait recueilli par des vers infects444 7,dante3 l',enfer1 chant ,,iii47 ,,lettre ,,ii ,d',,apr,s ,l',,imitation 444 ,comme je me plaignais1 quelqu'un d'autoris me dit3 --,c'est une bien trange illusion celle de l'homme qui tente d'liminer la souffrance de sa vie et qui espre y russir4 ,l'exprience de chaque jour devrait pourtant lui apprendre qu'on n'abolit pas la douleur2 tout au plus on la transpose4 ,soit dans notre chair1 soit dans notre esprit1 soit dans nos sentiments1 soit par autrui1 soit par nous-mmes1 nous en subissons sans cesse les atteintes4 ,tu dsertes ton logis pour lui chapper1 tu la retrouveras dehors4 ,tu verrouilles ta porte pour qu'elle n'entre pas1 dj elle est assise ton foyer4--,crois-tu donc1 te dit l',imitation1 pouvoir t'affranchir d'une loi dont personne encore n'a t exempt8 ,non1 personne1 pas mme le ,verbe incarn4 ,admets enfin1 qu'il y a l un fait inluctable et permanent contre lequel il est chimrique de t'insurger4 ,ce serait une entreprise aussi vaine que de prtendre ne pas te mouiller l'piderme quand tu te plonges dans l'eau4 ,l'incrdule qui1 par orgueil1 n'avait compt que sur ses propres forces pour supporter la douleur fut du4 ,son malheur est indicible car ,dieu1 qu'il prtend ignorer1 se tait en lui4 ,il se targue alors de ne rpondre que par un froid silence au silence ternel de la ,divinit4 ,mais cela1 c'est le dsespoir4 ,et le dsespr a beau s'affirmer impassible1 sois sr qu'en tte--tte avec sa conscience1 il souffre plus que quiconque4 ,pour toi1 chrtien1 tu ne te soumettras la douleur1 tu n'en saisiras les bienfaits que1 du jour o tu te conformeras ,jsus-,christ4 ,car ,jsus fut une gerbe de souffrances offerte en sacrifice pour t'acqurir non pas la flicit sur la terre mais la flicit dans l'autre vie4 ,tu connais ce principe essentiel de la religion que tu te figures pratiquer1 tu sais qu'elle ne te promet qu'une aide souveraine pour supporter les maux ncessaires ton salut et pourtant tu n'arrtes pas de gmir3--,je voudrais tre heureux1 l1 tout de suite1 toucher en plaisirs sensuels les intrts du capital de croyance que j'ai plac sur la ,rdemption4 ,quand tu parles de la sorte1 il me semble entendre ,notre-,seigneur te rpondre ce qu'il a dit sainte ,angle de ,foligno3 --,ce n'est pas pour rire que je t'ai aim4 ,autre subterfuge3 il t'arrive de proposer un march ton ,dieu4 ,tu lui dis3--,je prendrai sur mes occupations le temps de vous rciter un ,pater4 ,vous1 en retour1 vous m'enlverez ce mal de dents qui m'agace et1 ce soir1 vous me donnerez la lune4 ,ou bien1 tu t'cries1 sans prambule3--,je ne veux pas souffrir6444 ,jsus te rpond3--,il faudra donc que je souffre ta place4 ,le sens mme de l'nigme de vivre rside l3 le monde gravite autour de la ,croix4 ,lorsque tu auras senti ceci3 tu es solidaire de ,jsus crucifi partout et toujours1 c'est alors seulement que l'acceptation de la souffrance te deviendra fconde en joies d'ordre surnaturel4 ,uni sa ,passion par l'amour1 tu goteras la volupt de souffrir avec lui4 ,tu le soulageras en l'aidant porter sa croix comme le fit le ,cyrnen4 ,en rcompense1 ,lui t'aidera porter la tienne4 ,par ses mrites1 et aussi cause de ta bonne volont1 tu connatras les saintes allgresses de la ,voie douloureuse4 ,tu recevras la grce illuminante2 elle te fera lire1 au fronton de la porte qui ouvre sur la ,batitude1 ces mots tracs en lettres d'or radieux3 ,quand tu en seras venu trouver la souffrance douce et l'aimer pour l'amour de ,jsus1 estime-toi heureux1 car tu auras trouv le paradis sur la terre 7,imitation1 ,,ii1 #ab74 ,en dehors de cette vrit fondamentale3 vivre par ,jsus1 avec lui1 en lui1 il n'y a que folles arguties et empirismes trompeurs4 ,les scientifiques de la matire1 les positivistes qui s'amputent de cette facult3 la recherche du divin et qui le dclarent inconnaissable1 les faux sages de tout acabit peuvent s'gosiller1 te proposer mille drogues pour anesthsier en toi le sentiment de la douleur1 je te le jure1 par mon salut ternel1 ni les chloroformes1 ni les cocanes de leurs systmes ne valent pour te consoler4 ,au contraire1 si tu mets docilement tes pas dans les pas sanglants de ,jsus1 tu cueilleras1 parmi les ronces1 les belles fleurs de l',amour absolu4 --,je m'criai3--,ah6 que c'est difficile6444 ,mon instructeur reprit3 --,sans doute2 mais tout est difficile--mme d'apprendre jouer au bilboquet4 ,aussi ne compte pas russir par tes propres ressources1 ni par des raisonnements en plusieurs points4 ,l'oraison persvrante1 mise de tout ton cur1 peut seule te faire atteindre le but4 ,demande1 sans arrire-pense vers les choses de ce monde 7pour lesquelles le bon ,matre a spcifi qu'il ne priait pas7 et il te sera donn4 ,un mystique inconnu me disait un jour--,pendant plusieurs annes1 je criais sans cesse ,jsus3 ,seigneur1 ma pnurie d'amour est vaste comme la mer4 ,faites que je vous aime4 ,enfin1 il m'envoya la maladie4 ,elle m'apprit l'aimer et1 depuis je suis heureux par son amour4 ,c'est en mditant saint ,paul en ses ptres qu'on commence sentir natre en soi le sentiment que la vie souffrante de ,jsus-,christ circule en son glise1 comme la sve dans l'arbre1 et s'y manifeste par les floraisons miraculeuses de l'esprit de sacrifice4 ,rappelle-toi1 applique-toi cette sublime clameur3 ,moi qui1 maintenant me rjouis dans mes souffrances et accomplis dans ma chair ce qui manque aux souffrances du ,christ1 pour son corps qui est l'glise6444 ,comment n'imiterions-nous pas l',aptre1 puisque c'est le seul moyen que nous possdions de nous hausser au-dessus du marcage o nous nous enlisions dans la bourbe des liesses animales8 ,et n'oublions pas que1 par le don total de notre tre1 nous vivifions le prochain comme lui-mme nous vivifie s'il accepte le don d'amour car saint ,paul a dit aussi3 ,comme dans un seul corps nous avons beaucoup de membres1 ainsi1 quoique nombreux1 nous sommes un seul corps en ,jsus-,christ tant tous1 et chacun en particulier1 les membres les uns des autres4 ,cela1 c'est l'initiation4 ,la pratique succde4--,or elle nous devient aise ds que nous nous sommes fait une habitude d'accompagner ,jsus du ,cnacle au ,calvaire pour partager les pripties suprmes de son holocauste4 ,ah6 d'abord ne le dlaissons pas au ,jardin des ,olives4 ,demandons-lui de noyer notre gosme dans la sueur de sang qui ruissela de tout son corps sur la terre lorsqu'il lui fut rvl1 en tant que ,fils de l',homme1 que son sacrifice serait mconnu1 ddaign1 relgu dans la lgende par trop de curs endurcis d'orgueil et de fausse science4 ,quelle vision il eut alors de l'ingratitude humaine6 ,la voyante de ,dulmen1 ,catherine ,emmerich1 nous a dcrit son agonie4 ,je ne connais rien dans la littrature religieuse qui gale le tableau qu'elle nous en a donn4 ,lisons quelques passages de son rcit3 ,devant ,jsus parurent toutes les souffrances futures de ses aptres1 de ses disciples1 de ses amis444 ,il vit la tideur1 la corruption1 la malice d'un nombre infini de chrtiens1 le mensonge et la fourberie des docteurs orgueilleux1 les sacrilges des prtres impurs et les suites affreuses de leurs actes444 ,je vis passer devant l'me du pauvre ,jsus les scandales de tous les sicles jusqu' la fin du monde4 ,les apostats1 les hrsiarques1 les corrupteurs et les corrompus l'outrageaient et le tourmentaient comme n'ayant pas t suffisamment crucifi4 ,beaucoup le maltraitaient1 le reniaient2 beaucoup secouaient la tte avec moquerie en le regardant et fuyaient les bras qu'il leur tendait444 ,il en vit une infinit d'autres qui s'cartaient1 avec dgot1 des plaies de son glise comme des enfants lches et sans foi abandonnant leur mre au moment de la nuit1 quand viennent les voleurs et les meurtriers auxquels leur ngligence ou leur malice a ouvert la porte444 ,il vit une foule d'hommes tantt spars de la vraie vigne1 tantt comme des troupeaux gars1 conduits par des mercenaires dans de mauvais pturages444 ,ivres d'eux-mmes1 ils n'avaient ni froment pour leur faim1 ni vin pour leur soif444 ,il me fut dit que ces quantits innombrables d'ennemis du ,sauveur taient ceux qui le maltraitaient de diffrentes manires dans le ,saint-,sacrement4 ,je reconnus parmi eux toutes les espces de profanateurs de la divine ,eucharistie4 ,il y avait l des aveugles qui ne voulaient pas voir la ,vrit1 des paralytiques qui ne ne voulaient pas marcher avec elle1 des sourds qui refusaient d'couter ses avertissements1 des muets qui se drobaient pour ne pas la dfendre par la parole1 des enfants gars la suite de leurs parents et tous ceux qui oublient ,dieu1 qui se dgotent des choses clestes et qui1 ayant dpri loin d'elles1 sont devenus jamais incapables de les goter444 ,je vis encore1 autour de ,jsus1 des clercs irrvrencieux1 des prtres lgers dans la clbration du ,saint-,sacrifice1 des masses de communiants tides ou indignes444 ,ah6 c'tait un horrible spectacle car je voyais l'glise comme le corps de ,jsus et cette masse d'hommes dchiraient1 arrachaient1 dispersaient des morceaux palpitants de sa chair vivante444 ,ayant lu ce passage1 mon instructeur reprit444 ,ne cesse de te rpter1 homme au cur partag1 que toutes ces tortures subies par ton ,sauveur tu les renouvelles chaque fois que tu le ngliges pour vivre selon les maximes de ton poque4 ,vois-tu1 la ,passion n'est pas un vnement dsormais historique1 qui eut lieu une fois pour toutes1 et dont il ne reste qu'une date classer dans le mme carton que celles de la construction de la ,tour ,eiffel ou de l'invention de l'automobile4 ,elle est une ralit toujours vivante et qui1 comme l'a dit ,pascal1 durera jusqu' la fin du monde4 ,si donc tu entends mriter l'amour de ,jsus1 si tu veux que sa parole3 ,le royaume du ,ciel est en vous te soit un viatique1 efforce-toi de lui obir quand il te dit3 ,si quelqu'un veut venir aprs moi1 qu'il renonce d'abord lui-mme1 qu'il prenne sa croix et qu'il me suive4 ,le suivre8 ,est-ce grener trente-six chapelets la file en pensant aux fluctuations de la rente8 ,est-ce glapir avec nonchalance des cantiques mollients la gloire du ,sacr-,cur en cartant l'ide que ce symbole1 surmont de la croix1 enlac de la couronne d'pines1 signifie amour par la souffrance8 ,non1 c'est accompagner ,jsus au ,calvaire4 ,mais si tu refuses de souffrir avec lui1 crains que ,jsus ne refuse d'agrer le vain crmonial de tes hommages4 ,et crains de devenir le figuier strile qu'il coupe et qu'il jette au feu444 ,ami1 je crois que cette instruction te sera salutaire1 comme elle me le fut2 c'est pourquoi je te la transmets4 ,,note4 ,la doctrine de saint ,paul et1 par consquent1 celle de l'glise1 a t admirablement expose par l'abb ,fouard la fin de son ouvrage sur l',aptre 7t4 ,i1 ,saint ,paul et ses missions1 p4 #dgc et suiv474 ,la voici3 ,le regard de saint ,paul a sond la profondeur de la chute originelle4 ,il y a vu l'homme devenu chair1 le pch imposant la loi ses membres et leur faisant produire des fruits de mort1 la volont la plus souvent impuissante sortir de l'esclavage1 impuissante surtout atteindre la justice1 leve par l'aptre des hauteurs que les ,juifs ne souponnaient pas4 ,la ,justice de ,paul1 en effet1 ne se borne pas la vertu naturelle dans ce qu'elle a de plus achev1 c'est la saintet divine elle-mme communique nos mes et y maintenant une conformit absolue de nos volonts celles de ,dieu4 ,d'o vient cette communion l'ternelle ,justice8 ,de la foi1 dont l',aptre1 en son ptre aux ,romains nous a fait connatre la puissance surnaturelle4 ,oprant par la charit1 elle nous unit au ,christ en qui s'est incarne la saintet1 la vie divine4 ,elle fait plus3 elle cre en nous un tre nouveau dont le souffle est l'esprit de ,jsus4 ,unis1 livrs ,lui par cette vie nouvelle1 nous pouvons faire tout ce qu'il fait3 mourir en lui la chair et au pch pour renatre la vie spirituelle4 ,parlons d'une faon plus prcise3 le ,christ seul vit1 agit1 prie1 souffre1 meurt et ressuscite en nous4 ,chef de l'humanit rgnre1 il forme de tous ceux qui croient1 un corps mystique dont les membres sont unis par la charit1 qu'anime une mme vie1 o bat un seul cur--le cur de ,jsus4 99 99 99 99 99 ,ce mariage total de l'me fervente avec son ,dieu1 nulle autre religion1 nulle philosophie ne le procure4 ,l'usage des ,sacrements1 l'abngation de nous-mmes le rendent chaque jour plus troit4 ,par mansutude vanglique1 par un effet dg la haute sagesse qu'elle doit l'infusion constante du ,saint-,esprit en elle1 l'glise en tempre parfois les exigences pour les mes faibles4 ,mais son enseignement ne varie pas et il implique le don entier de tout notre tre ,jsus1 pour qu'il l'immole avec lui--pour que son ,rgne arrive avec celui du ,pre4 ,il n'est pas mauvais de rappeler ces choses car1 de nos jours1 trop de croyants semblent oublier que le christianisme est une religion asctique avant tout4 ,ils se contentent de suivre1 tant bien que mal1 les rites prescrits1 mais l'amour de ,dieu et son corollaire3 l'esprit de sacrifice sont absents de ce formalisme exsangue4 ,ils prient des lvres et non pas du cur4 ,et c'est comme s'ils cassaient des noix sches devant le ,saint-,sacrement4 ,,lettre ,,iii ,,la ,,messe ,mon ami1 je serais trs content que tu te tiennes d'abord pour assur de ceci3 je ne suis pas un docteur improvis qui se juche dans une chaire d'occasion1 et t'assne des prches sur le crne4 ,comme-toi1 je suis un misreux que son dnuement extrme oblige sans cesse de demander ,jsus pour deux sous d'amour de ,dieu4 ,quoiqu'il ne puisse faire grand cas d'un mendiant tellement enclin gaspiller ses aumnes1 sa bont est si grande qu'il les renouvelle mme quand je ne les mrite pas4 ,que pourrais-je faire pour lui tmoigner un peu de gratitude sinon les partager avec toi8 ,admire la sollicitude du ,bon ,matre2 il m'a pris1 guenille humaine1 trane dans toutes les immondices de l'orgueil et de la sensualit2 il m'a promu au rang d'ouvrier de la onzime heure et il m'enseigna1 avec mille peines1 le mtier de vigneron dans la ,vigne aux grappes de lumire4 ,parce qu'il m'admit trs tard la vendange1 j'ai pu faire la comparaison entre les fruits que sa ,grce me dsignait et les aigres prunelles sauvages que je prenais1 hier encore1 pour des framboises parfumes4 ,c'est pourquoi les raisins du clos de la ,rdemption possdent pour moi une saveur toujours renaissante1 toujours plus intense et sur laquelle je ne saurais me blaser4 ,je ne puis faire autrement que de rester dans la ,vigne car le monde1 alentour1 me semble dsormais une lande seme d'euphorbes et de jusquiames o croassent des freux4 ,et cependant1 pour ne point cder aux illusions diaboliques qui voudraient me le peindre comme un jardin de magnolias o chantent des fauvettes et des rouges-gorges1 j'ai besoin de me rappeler1 avec insistance1 que1 hors de ,jsus1 je ne suis rien1 je ne puis rien1 je ne vaux rien4 ,c'est pourquoi1 quand1 sur ta demande1 je te dis3 ,tu devrais agir de telle ou telle sorte1 je te rpercute simplement l'cho d'un discours que je viens de m'adresser moi-mme4 ,c'est pourquoi aussi1 je me risque te dcrire mes expriences1 celles qui proviennent du temps o je vagabondais loin de ,jsus1 et celles datant de l'poque bienheureuse o il daigna commencer me faire sentir son amour4 ,il est une de ces expriences dont j'prouvai les effets d'une faon si efficace que je ne saurais trop te la recommander4 ,c'est l'assistance quotidienne la messe4 ,j'ai dj dvelopp ce point dans un autre livre4 ,si j'y reviens prsent1 c'est que j'ai touch du doigt qu'il est difficile--pour ne pas dire impossible--de progresser et mme1 pour certains1 de se maintenir dans la voie troite si l'on ne se fait une rgle de cette pratique4 ,mais que dis-je1 ce n'est pas une rgle6 ,il ne s'agit pas d'une discipline morose et importune4 ,cela devient trs vite une joie1 un bain de vie surnaturelle vers quoi l'on s'empresse avec autant de hte que le voyageur vers une eau frache sous les saules aprs un parcours insipide dans un train surchauff par la canicule et tout imprgn de noires poussires malodorantes4 ,c'est ,lourdes1 durant l'anne que j'y passai pour crire ,sous l'toile du ,matin1 que je pris l'habitude d'aller tous les jours la messe et d'y communier4 ,elle me fut inculque par un saint directeur1 le ,pre ,burosse--mort depuis4 ,quand je vins le trouver pour lui demander de m'apprendre aimer ,dieu1 il ne me cacha point que1 vu mes imperfections innombrables1 j'avais beaucoup besogner pour obtenir une aussi enviable faveur4 ,aprs une confession gnrale1 il me dmontra que les racines du vieil homme taient encore trs vivaces en moi4 ,ah6 il ne me dlaya point une homlie au sirop de guimauve2 son exhortation fut rude et sans mnagements--ainsi qu'il m'tait ncessaire4 ,dieu me fit la grce de le comprendre4 ,je le priai alors de vouloir bien se charger de cette seconde conversion qu'il me prsentait comme essentielle pour mon salut4 ,il y consentit en spcifiant avec nettet que je lui obirais d'une faon exacte en tout ce qu'il croirait devoir me prescrire pour le bien de mon me4 ,les avantages de cette soumission taient trop vidents pour que j'hsitasse m'engager4 ,je le fis donc avec allgresse4 ,satisfait1 il me dit3 --,le don purement gratuit que ,dieu vous a octroy en vous ramenant au bercail vous cre des devoirs proportionns ses misricordes4 ,vous viendrez donc tous les matins la messe2 vous la suivrez attentivement1 sur votre paroissien1 d'aprs l'ordo1 et vous y communierez4 ,de plus1 vous ne manquerez pas de venir vous confesser chez moi1 tous les samedis soirs cinq heures4 ,naturellement j'acquiesai4 ,et je te prie de croire qu'il tint strictement la main l'observation de cette discipline4 ,il ne me passa aucune ngligence4 ,les premiers temps1 il m'arrivait parfois de me chercher une excuse pour esquiver la messe1 une ou deux fois par semaine4 ,ce n'est pas qu'il m'ennuyt d'y assister4 ,mais1 assez souvent1 le dmon me soufflait que le ,pre exagrait1 que j'avais le droit d'interprter d'une manire large1 sans l'appliquer au pied de la lettre1 son injonction4 ,une visite un peu prolonge la ,grotte1 dans la matine1 me disais-je1 compenserait mon abstention4 ,alors1 comme un colier qui combine une fugue loin de l'antre o trne son pdagogue1 je pensais3--,bah6 il y a beaucoup de monde la chapelle3 les surs de ,nevers1 les orphelines1 pas mal de dames pensionnaires1 des ,hospitaliers4 ,dans le tas1 le ,pre ne s'apercevra pas de mon clipse444 ,profonde erreur6 ,toujours il la remarquait4 ,dans la journe1 il me faisait appeler et m'interrogeait svrement sur le motif de mon absence4 ,j'avais beau chercher des priphrases pour ne pas lui dire trop carrment mon dsir d'escampette1 il dmlait tout de suite de quoi il retournait et il m'extirpait1 sans amnit1 l'aveu du prtexte choisi pour me drober4 ,sur quoi1 il me disait3 --,oui ou non1 avez-vous promis de venir la messe tous les jours8 ,oui1 n'est-ce pas8 ,donc il n'y a pas de ,grotte qui tienne--d'autant que rien ne vous empche d'y aller plus tard4 ,que cela ne se renouvelle pas1 sinon vous voudrez bien vous adresser un autre confesseur4 ,je me rcriais1 n'ayant pas du tout envie de le quitter4 ,alors1 il m'infligeait une pnitence avec l'ordre de la faire aussitt4 ,et le diable du battait en retraite4 ,d'autres fois1 l'heure du lever1 surtout l'hiver1 quand il ne faisait pas jour et qu'il avait gel1 les yeux encore mi-clos1 je trouvais plus agrable de rester sous la couverture bien chaude que de gravir1 en grelottant sous la bise1 la pente ardue qui menait la chapelle4 ,je rusais avec moi-mme1 j'inventais des excuses ma mollesse--tant notre nature est ingnieuse et fconde en subterfuges quand il s'agit de nous viter un effort4 ,je me disais par exemple3--,hier j'ai beaucoup travaill1 un peu de repos en surcrot me fera du bien4 ,d'ailleurs1 il me semble1 en m'examinant bien1 que j'prouve une vellit de nvralgie4 ,m'exposer au froid serait imprudent444 ,ce raisonnement me paraissait si solide que je m'enfonais dans les draps et que je manquais la messe4 ,mais quand tait venu le moment de comparatre devant le ,pre1 celui-ci me proposait immdiatement de m'enclore dans un coffret garni de ouate4 ,puis il me faisait convenir de ma fainantise--et vlan1 une pnitence6 ,il ajoutait aussi que si1 d'aventure1 quelque malaise me tenait au rveil1 je devais le surmonter2 je m'apercevrais bientt que la prire en union avec le ,saint-,sacrifice et l',eucharistie taient d'excellents remdes contre les dfaillances passagres ou mme assez graves du physique4 ,indication dont j'ai reconnu1 par la suite1 le bien-fond4 ,j'y reviendrai4 ,le ,pre concluait3--,c'est seulement dans le cas de maladie relle et si vous ne pouvez absolument pas sortir du lit que je vous dispenserai de la messe4 ,or1 cela n'arriva point car1 cette anne-l1 grce la ,sainte ,vierge1 je jouissais d'une bonne sant4 ,voici maintenant le bnfice que mon me retira de la messe et de la communion de chaque jour4 ,suivant1 par obissance1 le texte liturgique1 je ne tardai pas le savoir par cur1 ou peu prs4 ,alors1 je pus en goter toute la splendeur et en dgager le symbolisme admirable4 ,puis1 de la contrainte qui m'avait t impose1 naquirent une aisance et une libert dans l'oraison telles que j'en vins parfois voir les pripties de ce drame incomparable3 la ,sainte ,messe comme une suite d'images lumineuses1 riches de sens et d'une beaut dont rien n'approche sur la terre4 ,j'en acquis de la ferveur1 du zle pour combattre mes vices et surtout le moyen d'aimer ,dieu en connaissance de cause#b4 #b ,si ,dieu me prte vie1 j'crirai quelque jour un commentaire mystique de la messe4 ,le ,pre me dit1 quand je lui exprimai ma reconnaissance de m'avoir amen cette contemplation1 malgr mes drobades1 qu'il avait vis ce rsultat et qu' l'avenir1 je devais prendre garde de ne pas galvauder1 par infidlit ou relchement1 la grce ainsi reue444 ,l'habitude1 une fois prise1 on se dit1 avec joie1 au rveil1 quand l'aube innocente teinte de ses clarts baptismales l'orient du ciel3 --,parce que j'aime mon ,jsus1 j'irai partager son holocauste quotidien2 j'irai puiser ce rservoir d'nergie3 son sang adorable1 les vertus dont j'ai besoin pour purifier ma nature1 toujours encline mal faire1 pour tenir distance les meutes galeuses du dmon4 ,et l'on va2 et1 chemin faisant1 il semble1 mme par les matins brumeux ou neigeux de dcembre1 il semble qu'une lumire d'or rose caresse vos prunelles et que les ailes des anges1 qui vous survolent1 laissent tomber des plumes4 ,ah6 comme ils voltigent autour de vous1 les flocons de neige pareils aux ptales dlicats des fleurs de pommiers1 en avril6 ,entr dans le sanctuaire1 ft-il dehors trs sombre et trs froid1 n'y et-il au dedans qu'une humble veilleuse luire devant la ,prsence ,relle1 il vous apparat qu'une brlante atmosphre d'amour s'irradie du tabernacle pour rchauffer votre me et votre corps et que le ,crucifix qui surmonte l'autel brille comme un astre dont l'clat de nul soleil n'approche444 ,quant la communion1 elle m'tait devenue aussi trs vite un besoin4 ,je m'aperus qu'elle aiguisait mes facults naturelles et me rendait l'esprit davantage lucide pour mon travail4 ,mais aussi elle agissait merveilleusement sur le physique4--,que de fois1 depuis ce temps-l1 il m'est arriv de me traner la messe1 le corps tout souffrant et le cerveau semblable un morceau de bois6 ,eh bien1 presque toujours1 je revenais de la ,sainte ,table dou d'une vigueur renouvele et avec quarante ides dans la tte4 ,ou si ,notre-,seigneur jugeait bon de me laisser dans le malaise corporel et dans la vacuit de l'intellect1 il m'accordait une grce de patience4 ,si bien que1 offrant1 offert avec ,lui1 je portais ma croix sa suite sans regimber4 ,mon ami1 comme tu n'es pas le mulet rtif que j'tais1 lorsque je me mis sous l'obdience du ,pre ,burosse1 tu n'imiteras pas les tides qui tentent de se faire une religion d'aprs une cote mal taille entre leurs devoirs envers ,dieu et ce qu'ils appellent leurs devoirs envers le monde4 ,ceux-l1 sous prtexte d'obligations professionnelles1 ne communient que le plus rarement possible4 ,je les compare d'tranges convives aux noces de ,cana4 ,ils ne tiennent pas du tout ce que l'eau de leur indiffrence soit change en vin d'amour de ,dieu4 ,et si1 cependant1 ,notre-,seigneur opre le miracle1 par leurs communions peu frquentes1 ils tmoignent d'une prfrence pour le moins bon vin du dbut4 ,le grand cru surnaturel que le ,matre leur offre de boire tous les repas1 ils le ddaignent4 ,en punition1 leur me s'ankylose et ils deviennent incapables de gravir allgrement la ,voie douloureuse--seul chemin qui mne en ,paradis1 travers les roses rouges et les pines4 ,,note4 ,pour la confession1 le ,pre ,burosse n'agissait pas avec moins de sollicitude et de ncessaire rigueur4 ,les pnitences dont il me faisait la faveur taient--rudes4 ,comme dit sainte ,marguerite-,marie1 il m'en donnait de fortes et auxquelles je ne m'attendais pas4 ,si je mentionne le fait1 c'est afin de dmontrer combien il est utile un converti rcent d'avoir auprs de soi quelqu'un qui lui concasse l'amour-propre et qui possde le discernement des esprits4 ,sans cela1 point de progrs dans la vie purgative4 ,d'ailleurs1 en dehors de cette excellente discipline1 le ,pre me laissait la plus grande latitude pour suivre mes attraits dans l'oraison4 ,mme1 il encourageait le penchant la contemplation affective que ,dieu m'avait donn et mon got trs vif pour la mditation des uvres de sainte ,trse et de saint ,jean de la ,croix4 ,,lettre ,,iv ,,la ,,confession ,sully-,prudhomme fut un pote qui souffrit beaucoup d'avoir perdu la foi4 ,mais aussi pourquoi ne put-il se rsoudre faire ce qu'il fallait pour la reconqurir8 ,il est crit que le royaume du ,ciel souffre violence4 ,ce n'est pas en se confinant1 comme ce fut son cas1 dans une inertie larmoyante qu'on force l'entre de ce paradis intrieur o ,dieu nous rend amour pour amour si nous apprenons l'y obliger4 ,de notre part1 la faim de le possder se prouve par la volont1 non par des gmissements sentimentaux4 ,de la sienne1 sa tendresse se prouve par la volont de nous assister de sa grce4 ,car1 comme l'a dit saint ,thomas d',aquin1 l'amour est dans la volont4 ,mconnaissant ce principe exprimental1 imbu d'un disme flasque1 gt de sciences dcevantes1 ,sully-,prudhomme se figurait qu'il parviendrait concevoir ,dieu et le servir hors des prescriptions de l'glise4 ,l'orgueil de l'esprit--qui est la pire des concupiscences--l'cartait des sacrements4 ,son excs de confiance en soi-mme allait ce point qu'il nous rapporte qu'ayant commis une faute grave et tant lacr par le remords1 il gagna la campagne1 fit un trou en terre et y chuchota l'aveu de son pch4 ,cette singulire opration ne soulagea nullement sa conscience car il s'crie3 ,je voudrais bien prier1 je suis plein de soupirs6444 ,j'ai beau joindre les mains et1 le front sur la ,bible1 ,redire le ,,credo que ma bouche pela1 ,je ne sens rien du tout devant moi3 c'est horrible6444 ,il existe des gens qui trouvent tout fait admirable cette pseudo-confession l'oreille du ,grand-,pan4 ,tout catholique y voit la misre d'une me que le respect humain et une profonde estime de son jugement propre empchrent de s'humilier en s'agenouillant devant un prtre qui1 mme mdiocre1 aurait eu grce d'tat pour la purifier et l'clairer4 ,ajoutez que cette pitoyable vergogne1 qui procdait aussi de ses habitudes d'analyses dans le vague1 s'aggravait de l'illusion que ,dieu se donne qui le cherche par des mthodes plus ou moins empiriques et que sa prsence en nous1 on peut en obtenir la notion par les ,a ,b d'une quelconque algbre4 ,en somme1 il aurait voulu qu'on lui dmontrt la ,sainte ,trinit par l'galit des angles d'un triangle rectangle et qu'on lui fournt une photographie instantane de l',annonciation4 ,enfin1 il ne possdait mme pas l'excuse de l'ignorance3 ayant eu une enfance et une pubert pieuses1 il connaissait sa religion et il savait ce qu'elle exige4 ,l'infatuation de son intelligence1 jointe la vanit particulire aux crivains1 obscurcirent en lui les clarts qui nous viennent du sentiment lorsque nous l'appliquons la solution du problme de vivre en chrtien4 ,il prtendait n'avoir recours qu' la raison4--,or la raison a du bon pour acqurir la notion abstraite de ,dieu1 pour le contrle des envoles de l'imagination et des mouvements de la sensibilit4 ,mais elle ne suffit pas nous conduire en ,dieu parce que1 suivant la phrase clbre de ,pascal3 ,le cur a des raisons que la raison ne connat pas#c4 #c ,maxime si souvent dtourne de son vrai sens par de soi-disant psychologues qui l'appliquent niaisement aux plus pitres des amours humaines4 ,n'ayant pas compris cette vrit essentielle1 ,sully-,prudhomme erra dans la nuit et fut trs malheureux4 ,il eut beau se ptrir un idalisme blafard1 il eut beau en distiller des pomes didactiques et mous3 le ,bonheur1 la ,justice1 il ne russit qu' se tourmenter davantage et infliger un ennui visqueux aux infortuns qui tentrent de les lire4 ,en effet1 ses rveries se formulaient en des strophes tranardes qui font penser une procession de limaces dans un potager plant de salades peu avantageuses4 ,encore ces mollusques sont-ils d'une belle couleur orange1 tandis que les alexandrins de ,sully-,prudhomme ressemblent ces longues limaces1 habilles de gris terne et de noir1 qu'on rencontre1 aprs la pluie1 dans certains taillis de la fort de ,fontainebleau4 ,nulle paix dans l'me du pote ne rsulta de ces rapsodies4 ,son inquitude1 la sensation de vide1 qui le faisaient tant souffrir1 s'accrurent4 ,pourtant ,dieu lui procura un moyen de se rnover4 ,la maladie vint1 paralysa ses membres infrieurs et le cloua1 sans rmission1 sur une chaise longue4 ,cette preuve aurait pu lui tre dcisive4 ,mais comme il s'enttait remplacer le catchisme par un trait de gomtrie1 il n'apprit point sanctifier ses souffrances4 ,une autre occasion lui fut fournie de s'instruire4 ,un jour1 quelques-uns de ses collgues acadmiciens lui rendirent visite4 ,parmi eux1 le bon ,coppe4 ,celui-ci ne s'tait jamais astreint poursuivre cette quadrature du cercle3 l'existence de ,dieu dmontre par la science exclusivement4 ,malade1 il s'tait humblement soumis la ,providence4 ,il avait pleur ses fautes1 demand l'absolution qui de droit1 sans se dissquer l'me perte de vue4 ,en rcompense1 il avait reu la grce d'aimer la souffrance rdemptrice et celle d'obir1 trs simplement1 l'glise4 ,il en acquit cette exquise charit qui le rendait si auxiliateur aux repentis qui venaient lui confier leurs peines4 ,j'en parle d'exprience444 ,la conversation s'engagea entre le malade et ses visiteurs4 ,aprs quelques propos sur ses chances de gurison1--espoir peu prs nul et il le savait1--,sully leur confia qu'il tchait1 sans trop y russir1 de s'enclore en une sorte d'ataraxie boudhique et il conclut en leur rcitant un de ses tercets d'autrefois3 mu1 je ne sais rien de la cause mouvante1 ,c'est moi-mme1 bloui1 que j'ai nomm le ,ciel1 ,et je ne sais pas bien ce que j'ai de rel444 --,mais1 ajouta-t-il1 cet expdient ne me console pas toujours444 ,ah6 j'aimerais mieux croire6 --,croire1 s'cria un philosophe imbib de dterminisme1 cela se pouvait avant le rgne de la science4 ,mais ce stade de l'volution est aujourd'hui dpass4 ,que certains le regrettent1 c'est leur droit2 quant remonter le courant1 pour tout esprit cultiv1 c'est impossible4 ,alors ,coppe1 trs doucement3--,moi1 je crois4 --,vous croyez1 s'exclama ,sully-,prudhomme1 en tendant les mains vers lui1 vraiment1 vous croyez8444 ,ah6 que vous avez de la chance6444 --,vous allez la messe8 demanda un autre avec un sourire mi-indulgent1 mi-mprisant4 --,je vais la messe1 rpondit ,coppe4 ,il y eut un silence bref2 puis ce fut comme une dbcle d'irrligion4 ,chacun expliqua ses motifs d'carter le catholicisme de son existence4 ,l'un dnonait l'absurdit des dogmes2 l'autre1 leur encontre1 vantait les splendeurs du paganisme antique2 un troisime prconisait la morale d'picure4 ,chez tous se rvlait1 pour un observateur1 une sorte de haine sournoise contre l'glise4 ,ce n'tait pas exprim crment mais cela serpentait sous toutes les paroles changes4 ,quand ils eurent fini1 ,coppe1 qui avait cout sans interrompre1 dit avec calme3--,tout cela1 c'est parce qu'on ne veut pas se confesser4 ,ils le regardrent1 pleins d'une stupeur irrite4 ,on peut admettre que ,coppe avait touch juste car ils se htrent de dtourner la conversation1 tandis que ,sully-,prudhomme reposait sa tte sur l'oreiller en exhalant un grand soupir d'angoisse444 ,j'ignore comment ,sully-,prudhomme a fini4 ,mais je veux esprer qu'il reut les sacrements et que la ,misricorde infinie lui inspira la contrition4 ,en ce cas1 en ,purgatoire1 il a1 sans doute1 terriblement besoin de prires4 ,car si ,dieu se montre indulgent pour les simples et les ignorants1 il est fort exigeant pour ceux qu'il gratifia du don d'influencer autrui par l'exercice de leur intelligence4 ,et cela est on ne peut plus quitable1 puisque1 s'ils ont us de leurs talents pour pervertir ou tourner au doute leurs contemporains1 ils furent le pre qui donne un caillou l'enfant qui lui demandait du pain1 qui donne un scorpion l'enfant qui lui demandait un uf4 ,notre-,seigneur nous avertit1 au saint vangile1 qu'il y a l une malice des plus virulentes#d444 #d ,depuis que ces lignes furent crites1 j'ai appris que ,sully-,prudhomme s'tait confess et avait reu le ,saint ,viatique trs peu avant de mourir4 ,laus ,deo6 ,quant aux bienfaits de la confession1 un mystique ignor me disait3--,a l'poque o ,dieu me fit la grce de l'aimer pour de bon1 j'ai compris que la communion de chaque jour impliquait la confession frquente4 ,depuis1 il ne se passe gure dix jours sans que j'apporte mes immondices ce boueux des mes3 le prtre1 pour qu'il les assemble et les vide au cloaque4 ,plusieurs estiment que j'outrepasse le prcepte et me considrent comme un scrupuleux4 ,c'est qu'ils ne me connaissent pas4 ,si je faisais devant eux mon examen de conscience1 si je pouvais leur taler mon tre intime1 ils constateraient quelles nues couleur de fumier et de suie tentent1 toute heure1 d'y clipser le rayonnement de ce soleil interne3 ,jsus-,christ4 ,je n'ai aucun mrite les dissiper par l'aveu de mes ngligences1 de mes manquements la ,loi divine et de mes offenses qui sont innombrables1 puisque1 avant d'avoir reu1 de bonne volont1 l'absolution1 mon cur est comprim dans les mchoires d'un tau1 et que j'touffe tant que les vapeurs malsaines voilent l'astre d'amour en moi4 ,mais aprs le pardon1 quand je me relve avec le ferme propos de me rformer1 je gote1 en son amplitude1 la parole de ,notre-,seigneur3 ,je vous donne la paix1 je laisse en vous ma paix4 ,il me semble alors que1 dtestant mes fautes1 je dtache ,jsus du gibet d'ignominie o je l'avais clou1 pour l'ensevelir dans le suaire de mon amour4 ,je baise1 je trempe de mes larmes ses pieds sanglants2 je suis heureux de me dchirer les doigts en enlevant de son front la couronne d'pines4 ,je bois de la lumire la plaie de son ,cur adorable4 ,et ce breuvage salubre me rend plus fort pour carter l'enfer et ses fangeux traquenards444 ,ensuite1 l'atmosphre o voluent mes sentiments et mes ides s'imprgne d'une clart nouvelle4 ,les images merveilleuses qui s'y dploient symbolisent les vertus que je dois cultiver4 ,les unes1 ce sont des anges aux ailes d'arc-en-ciel2 ils s'appellent ,foi1 ,esprance1 ,charit4 ,d'autres1 ce sont des colombes poignardes dont la gorge candide se pare d'une petite croix vermeille2 elles s'appellent3 ,contrition1 ,humilit1 ,joie de souffrir comme ,jsus1 pour ,jsus4 ,parfois aussi1 c'est le paysage1 alentour1 qui se transfigure parce que1 comme l'a dit saint ,jean de la ,croix3 ,l'me dont les sens sont purifis et soumis l',esprit tire de toutes choses sensibles1 mme de leurs premires impressions1 les dlices d'une savoureuse prsence de ,dieu et d'une trs suave contemplation4 ,je te dcrirai un retour chez moi par une fin de journe1 aprs une bonne confession444 ,j'habitais un village la lisire de grands bois o rgnaient souverainement la solitude et le silence4 ,pour regagner mon logis1 j'avais traverser une futaie rocheuse o les vieux chnes trapus alternaient avec les pins lancs comme des flches de cathdrales et avec ces peuplades frissonnantes que forment mes frres les bouleaux4 ,la nuit commenante noyait de sombre azur les taillis et gagnait peu peu les clairires o le sentier traait une mince ligne blanche1 de moins en moins distincte4 ,la lune1 moiti de sa plnitude1 montait lentement dans le ciel trs pur et argentait1 par places1 les frondaisons immobiles4 ,qu'il tait tide1 qu'il tait calme1 qu'il tait recueilli ce beau soir d't o toute la nature semblait en prire6444 ,j'avance sans me presser4 ,j'coute la fort norme respirer dans l'ombre avec douceur4 ,je me rjouis de sentir les lianes de mes surs les clmatites sauvages qui retombent des branches basses pour me caresser la tte4 ,tout1 jusqu'au parfum des rsines1 jusqu'au frlement des fougres flexibles contre mes genoux me devient amical4 ,pardonn1 je reois cet enseignement que les effluves du ,paraclet sanctifient la face de la terre et ne ddaignent mme pas de pntrer l'innocence du monde vgtal4 ,tandis qu'un hymne au ,consolateur chantait en moi1 je m'y absorbai si fort que je m'cartai du chemin sans m'en apercevoir4 ,je m'garai parmi les fts brillants de lune des bouleaux4 ,foulant la mousse1 je descendis la pente d'une combe2 au fond1 des blocs de grs rugueux s'amoncelaient pour former une sorte de caverne assez spacieuse4 ,a cette heure1 la cavit aurait d tre des plus obscures4 ,mais point3 mesure que j'approchais1 je vis qu'il en sortait une clart d'or fluide qui me parut tout fait insolite4 ,je crus d'abord que c'tait un jeu de lune aux interstices des pierres444 ,je dus rejeter l'explication1 car l'astre ne pouvait mettre cette mystrieuse splendeur dont je n'avais jamais vu l'analogue4 ,et puis mon cur brlait comme il m'arrive chaque fois que le sentiment habituel de la prsence divine se transforme en une ineffable sensation444 ,j'avanai encore en formulant1 bouche close1 des actes d'amour4 ,plus je les multipliais1 plus la lumire croissait en clat4 ,quand je fus l'entre de la grotte1 je vis--de quel regard1 je ne sais--l',enfant-,jsus dans sa crche4 ,j'eus1 en mme temps1 la notion que la sainte ,vierge et saint ,joseph se tenaient en oraison auprs de ,lui4 ,mais je ne fis que les pressentir sans les distinguer444 ,l',enfant me sourit4 ,et comme je tombais genoux en m'criant3--,mon ,seigneur et mon ,dieu6 il leva la main et traa sur moi le signe de la croix4 ,il me parut ensuite qu'il me disait ces mots3 ,lapillus n'a pas craint les amertumes de la myrrhe2 il m'apporte l'encens2 je lui donnerai l'or#e4 #e ,lecteur1 si tu es fcheusement muni d'cus1 ne vas pas te mprendre3 le symbolisme mystique entend par la myrrhe1 la souffrance1 par l'encens1 l'oraison1 par l'or1 l'amour de ,dieu4 ,je ne saurais dcrire le flot d'amour qui me submergea l'me3 je vivais en ,jsus1 ,jsus vivait moi444 ,ah6 les mots font dfaut pour exprimer cette union totale avec le ,bien-,aim6444 ,je dus rester longtemps fondu en mon ,dieu1 car lorsque je repris conscience des choses extrieures1 la lune dclinait vers l'horizon occidental444 ,ami1 ne crois-tu pas que la confession frquente qui procure de telles joies est une pratique qui vaut d'tre observe8 ,,note4 ,il y a des gens qui non seulement ne se confessent pas souvent1 mais qui1 lorsqu'ils se rsignent prendre cette mesure d'hygine1 le font dans des sentiments assez444 bizarres4 ,un jeudi de semaine sainte1 je sortais d'une glise4 ,deux dames1 issues d'un confessionnal et appartenant1 je pense1 la bourgeoisie aise1 marchaient devant moi4 ,le portail franchi1 elles se mirent dialoguer d'une voix si perante qu'il me fut impossible de ne pas entendre leurs propos4 ,l'une disait3--,tout de mme1 l'abb ,x444 est bien mticuleux4 ,on dirait qu'il prend plaisir vous troubler4 ,croiriez-vous qu'il m'a parl de l'enfer6444 ,l'autre repartit3--,oh6 moi1 vous savez1 ce qu'il raconte1 j'en prends et j'en laisse444 ,et puis1 le diable1 n'est-ce pas1 c'tait bon au ,moyen ,age6444 7,sic74 ,cet aphorisme1 mis d'un ton de certitude des plus premptoires1 me cloua sur place4 ,mais il faut se mfier des crivains3 tout de suite1 je ne pus m'empcher d'extraire de ma poche mon carnet de notes et d'y inscrire1 d'un crayon diligent1 ce que je venais d'entendre4 ,tout d'abord1 j'eus un mouvement de gat4 ,puis1 rflchissant1 il me parut qu'une telle aberration ouvrait un jour un peu terrible sur l'tat d'me de celle qui s'y enlisait4 --,est-ce hrsie dlibre1 me demandai-je1 ou bien est-ce simplement ignorance8 ,et1 dans ce dernier cas1 qui la faute8444 ,il n'y a pas lieu de rsoudre ici le problme4 ,seulement1 je dois dire que cette phrase--textuellement cueillie au vol--m'induisit en dductions pnibles4 ,par un rapprochement d'ides trs normal1 je pensai aux mes--assez nombreuses1 m'ont dit plusieurs prtres--qui font des confessions incompltes4 ,ces aveugles ne se reprsentent sans doute pas le danger qu'ils courent4 ,on devrait leur prescrire la mditation d'un certain livre qui les clairerait1 d'une manire complte1 sur leur cas4 ,c'est l'ouvrage du ,pre ,zelle 7,s4 ,j474 ,il s'intitule3 la ,confession d'aprs les grands ,matres#f4 #f ,un volume chez ,beauchesne1 #e;e dition4 ,je le dcouvris dans la bibliothque d'un cur de village4 ,comme il gisait en un coin dlaiss1 sur la tablette la plus leve1 et qu'une notable couche de poussire veloutait sa reliure1 je jugeai que l'ecclsiastique ne le consultait gure4 ,je lui demandai ce qu'il en pensait4 --,bah6 me dit-il1 c'est un tissu d'exagrations fabriqu par un jsuite jansniste4 ,je ne m'en sers pas444 --,un jsuite jansniste1 m'criai-je1 ce doit tre un trange phnomne6444 ,pour me renseigner plus fond1 je lus le livre4 ,eh bien6 je ne sais si1 par dfaut de perspicacit1 je me suis imbu de jansnisme1 mais le volume me fut on ne peut plus salutaire4 ,les conseils et les avertissements qu'il donne m'ont difi autant qu'instruit4 ,et j'ai saisi quel risque formidable encouraient ceux qui usent1 d'un cur rticent1 du sacrement de pnitence4 ,quand on songe que1 gardant peut-tre quelque pch ignoble sur la conscience1 ils osent ensuite recevoir la sainte ,eucharistie1 on ne peut que les classer parmi les disciples de ce moine dfroqu qui1 sous la ,rvolution1 consacrait des hosties et les jetait aussitt dans l'auge de ses cochons4 ,au surplus1 l'auteur ne se borne pas signaler la plaie purulente4 ,il apporte1 l'appui de ses dires les tmoignages de plusieurs saints touchant les consquences de ce sacrilge4 ,en voici deux4 ,d'abord saint ,benot ,labre4 ,le saint mendiant tait venu ,fabriano4 ,il fut pri de visiter une pieuse famille dont il partagea le modeste repas4 ,a table1 comme on vint parler de la confession1 ,benot raconta qu'une nuit1 il avait vu1 en un songe mystique1 trois processions de pnitents4 ,la premire1 se composant de personnages habills de blanc1 tait peu nombreuse2 ceux qui formaient la seconde portaient des habits rouges et leurs files taient assez longues2 la troisime semblait innombrable et la multitude qui s'y pressait portait des habits lugubres et noirs4 ,je demandai1 ajouta le ,saint1 la signification de cette diversit de couleurs et de nombre4 ,il me fut rpondu que la procession en habits blancs se composait de ceux qui1 ayant la conscience purifie de tout pch1 montaient au ciel aussitt aprs leur mort4 ,la deuxime tait forme des mes qui se rendaient en purgatoire pour achever de satisfaire la justice divine4 ,la troisime comprenait les malheureux pcheurs qui courent vers l'abme444 ,oh6 toutes ces mes que j'ai vues prcipites aux gouffres ternels par le mpris de la confession ou par des confessions incompltes et sacrilges6 ,elles tombent dans l'enfer aussi presses que les flocons de neige pendant l'hiver6444 ,maintenant sainte ,trse4 ,dans l'ouvrage du ,p4 ,segneri1 dont le titre est3 l',instruction du ,pnitent1--crit le ,p4 ,zelle1--on trouve ces remarquables paroles3 ,il est certain que sainte ,trse avait coutume de dire que l'enfer se remplissait continuellement par les confessions sacrilges4 crivant un jour un prdicateur1 elle lui donnait cet avis3--,mon ,pre1 prchez contre les confessions mal faites1 parce que le dmon n'a pas de pige avec lequel il prenne tant d'mes que celui-l444 ,ici je ne veux pas dissimuler que cette affirmation de la ,sainte1 toujours si raisonnable et mesure1 me causa d'abord quelque tonnement4 ,mais ensuite1 la longue exprience que j'ai acquise dans les missions1 o l'on traite avec toutes sortes de personnes1 m'a fait connatre avec vidence que la ,sainte n'avait rien exagr4 ,beaucoup de pcheurs se rassurent parce qu'ils se sont confesss souvent et ils ne considrent pas que1 peut-tre1 ils ne se sont jamais bien confesss4 ,sous ce prtexte trompeur ils marchent leur perte444 ,grce ,dieu les bons prtres zls pour obtenir de leurs pnitents des aveux intgraux ne manquent pas4 ,mais c'est parfois le troupeau des soi-disant fidles qui regimbe4 ,un ami me racontait3 --,je suivais un ,carme prch par un ,capucin dans l'une des plus grandes paroisses de ,paris4 ,ce religieux1 peu enclin aux homlies sirupeuses1 consacra ses trois premiers sermons l'enfer4 ,et je vous prie de croire qu'il nous fit comprendre que nous avions beaucoup nous rformer pour y chapper4 ,aprs le troisime sermon1 j'allai la sacristie saluer le cur1 prtre excellent qui voulait bien m'honorer de son amiti4 ,je ne pus m'empcher de lui dire que le prdicateur m'avait fait grand bien en m'avertissant du risque effroyable que je courrais par des confessions incompltes4 ,le cur m'couta en souriant d'un air mlancolique4 --,eh bien1 me rpondit-il1 tout le monde ne partage pas votre sentiment4 ,je viens de recevoir une dlgation de dames qui1 se disant les fondes de pouvoir d'un certain nombre d'auditrices1 me firent entendre que le bon ,pre les offensait en leur parlant de l'enfer avec tant d'insistance4 ,elles ont ajout que s'il continuait1 elles dserteraient l'glise444 ,il ne fit pas de commentaires4 ,mais il leva les bras au ciel en murmurant3 --,quelle piti6 ,ces dames1 si sres de leur saintet1 devaient appartenir l'cole du ,pharisien dont il est parl dans l'vangile selon saint ,luc1 au chapitre ,,xviii3 ,le pharisien1 se tenant debout1 priait ainsi3--,mon ,dieu1 je vous rends grces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes qui sont voleurs1 injustes et adultres4 ,je jene deux fois la semaine1 je donne la dme de tout ce que je possde444 ,cet homme tait fort content de lui-mme4 ,mais voici que ,notre-,seigneur dclare3 ,je vous dis qu'il ne s'en alla pas chez lui justifi444 ,,lettre ,v ,,une ,,ame ,,du ,,purgatoire ,a la fin de #aiad1 au front1 un sergent de la ligne me fit une confidence mouvante4 ,il appartenait une division de l'arme ,franchet d',esperey4 ,atteint de bronchite lgre1 nous l'avions gard une semaine l'ambulance1 le mdecin-chef n'ayant pas jug que son cas ft assez grave pour motiver son vacuation sur l'arrire4 ,a cette poque1 les circonstances le permettant1 je pouvais assister presque tous les matins la messe d'un de nos prtres-ambulanciers1 engag volontaire malgr sa sant fragile4 ,ds qu'il fut mieux1 le sergent y vint aussi4 ,il montrait beaucoup de recueillement1 mais je remarquai qu'il ne communiait pas4 ,c'tait un jeune homme de haute taille1 blond1 aux yeux d'un bleu trs ple o flottait constamment un rve triste4 ,par la suite1 j'appris qu'avant la guerre1 il tait employ de commerce4 ,tant que nous emes le soigner1 j'changeais parfois une ou deux phrases insignifiantes avec lui4 ,mais1 d'ordinaire1 il parlait fort peu1 se tenait l'cart et semblait s'absorber dans un cycle de penses solitaires qu' l'expression de sa physionomie on pouvait conjecturer moroses4 ,cependant1 le jour o1 tout fait remis1 il fut dsign pour rejoindre1 le lendemain1 son rgiment dans la tranche1 il m'aborda1 aprs la soupe de dix heures1 et me demanda de lui fixer un rendez-vous4 --,j'ai un conseil vous demander1 ajouta-t-il4 ,pris par cent besognes1 toutes urgentes1 je ne lui avais1 jusqu'alors1 gure donn d'attention4 ,cette fois1 l'envisager1 je le vis si sombre que je pressentis une me en dtresse4 ,aussi1 je lui indiquai quatre heures de l'aprs-midi--moment o je disposais de quelque loisir--et je lui fixai l'endroit de notre rencontre3 une passerelle jete sur une petite rivire par nos sapeurs du gnie et qui bientt allait couler rouge de sang4 ,cette requte ne m'avait pas beaucoup surpris4 ,je l'ai dit ailleurs3 il y a quinze ans qu'il m'arrive1 d'une faon assez frquente1 d'tre consult1 sous forme pistolaire ou de vive voix1 par des gens qui estiment que l'exprience d'un homme qui connut le diable avant de connatre ,dieu leur peut tre utile#g4 #g ,quelques-uns me reprocheront de mentionner le fait4 ,mais ce n'est pas de ma faute si ,dieu daigne parfois employer l'ouvrier de la onzime heure repcher des mes qui se noyaient dans la dsesprance ou les clairer en posant un lampion sur leur route obscure8 ,au surplus1 les prtres vangliques qui j'amne des pcheurs repentants m'en savent gr et prient pour moi4 ,cela me suffit4 ,a l'heure dite1 je joignis le sergent444 ,tandis que j'cris ces lignes1 le paysage autour de notre colloque me revient avec une nettet totale4 ,le village ruin o nous cantonnions accumulait ses dcombres mi-hauteur d'une colline crayeuse1 divise en vergers dont les arbres fruitiers avaient t en majorit rass par les obus4 ,au pied1 une plaine ondule qui fut un vignoble1 mais o il ne restait que des chalas rompus et des dbris arrachs de sarments noirtres4 ,le r tranait ses eaux paresseuses entre des berges abruptes1 semes d'orties et feutres d'herbe sche4 ,la passerelle1 construite de sapins encore verts1 craquait avec une insistante assez agaante4 ,par hasard1 il ne pleuvait pas1 quoique de gros nuages plombs1 voguant bas dans le ciel1 nous promissent un dluge pour la soire4 ,mais1 l'occident1 une claircie dcoupait un lac couleur de safran1 de rose fane et d'aigue-marine trouble o le ple soleil de dcembre s'enfonait peu peu4 ,il faisait trs calme1 car1 depuis midi1 les batteries allemandes et les ntres s'abstenaient de rugir4 99 99 99 99 99 ,le sergent ,louis ,z4 ne prit aucune prcaution oratoire pour entrer en matire4 ,tout de suite il commena3 --,je vous ai observ ces jours-ci et1 je ne sais pourquoi1 ni comment1 il m'a sembl que je pouvais me confier vous4 --,j'ignore si je serai mme de vous tre auxiliateur1 rpondis-je2 mais ce que je puis vous garantir1 c'est mon attention toute fraternelle4 --,merci1 j'y compte1 reprit-il4 ,je n'hsiterai donc pas vous relater une priode de mon existence dont j'ai honte et regret4 ,une mort soudaine nous menace tous les jours3 je ne veux pas l'affronter avec ce fardeau sur la conscience4 ,d'ailleurs1 le remords me harcle et il s'y ajoute un fait trange1 qui s'est produit rcemment1 et qui me bouleverse l'esprit4 ,je vais tout vous dire444 ,parlant de la sorte1 il s'efforait de rester matre de soi4 ,mais je voyais bien qu'une motion violente lui treignait l'me et qu'il avait autant besoin de s'en librer qu'un diphtrique d'expulser les fausses membranes qui lui obstruent l'arrire-bouche4 ,il continua3 --,j'avais vingt-trois ans2 j'tais au rgiment et1 dans la ville o nous tenions garnison1 j'ai sduit une ouvrire de dix-huit ans dont la fine beaut avait veill ma sensualit volontiers conqurante4 ,j'indique1 en passant1 que je n'avais pas t form prouver des scrupules cet gard4 ,j'eus quelque peine obtenir que ,marthe me cdt4 ,elle avait1 en mme temps que de la vertu naturelle1 des sentiments religieux qui1 jusqu' moi1 l'avaient garde intacte dans le milieu anormal o elle tait ne4 ,c'tait sa seule dfense1 car sa mre tait morte en la mettant au monde4 ,il ne lui restait qu'un pre ivrogne qui ne s'occupait d'elle que pour l'injurier et1 souvent1 pour lui ravir le salaire drisoire qu'elle gagnait dans une passementerie4 ,je la poursuivis de lettres si passionnes1 je montai si obstinment la garde sous sa fentre1 je l'tourdis1 quand elle se rendait son atelier1 de propos si captieux1 qu'elle finit par faiblir et me laissa voir qu'elle s'prenait de moi444 ,enfin1 sur l'engagement que je pris--sans aucune intention de le tenir--de l'pouser quelque jour1 elle devint ma matresse4 ,mon temps de service termin1 je l'emmenai ,paris1 o je trouvai assez rapidement un emploi4 ,nous vcmes ensemble au grand dpit de ma famille qui avait ngoci1 mon insu1 mon mariage avec la fille d'un quincaillier en gros1 commandit par mon pre4 ,cette jeune personne tait rousse1 un peu bossue et doue d'un caractre des plus grincheux4 ,mais on lui attribuait une dot imposante1 ce qui1 aux yeux des miens1 compensait largement ses imperfections physiques et morales4 ,vex qu'on et dispos de moi comme d'un effet fin-courant1 sans me consulter1 je refusai net de consentir cette union4 ,mes parents1 outrs de ma drobade1 non seulement fltrirent mon manque de sens pratique1 mais m'obsdrent de lamentations aigres-douces4 ,chaque fois que j'allais les voir1 c'taient des querelles et des reproches opinitres4 ,cela devint tellement insupportable1 que je rompis tous rapports avec eux4 ,si j'avais prouv pour ,marthe l'affection qu'elle mritait par sa tendresse1 son intelligence1 sa conduite irrprochable et le dvouement qu'elle me tmoignait sans mesure1 cette brouille m'aurait attach elle davantage4 ,mon devoir--je le comprends aujourd'hui--tait de l'pouser comme je le lui avais promis4 ,je ne pus m'y rsoudre4 ,une sotte vanit me retenait4 ,je faisais semblant de ne pas entendre les timides allusions qu'elle risqua quelquefois4 ,mais un jour o elle avait montr plus d'insistance1 je lui rpondis durement3 ,tu n'avais qu' me rsister1 tu serais peut-tre maintenant ma femme4 ,elle se tut2 et je feignis de ne pas remarquer son chagrin silencieux4 ,de fait1 je n'envisageais notre liaison que comme une aventure passagre4 ,je m'estimais beaucoup trop distingu pour rgulariser ma situation vis--vis d'une fille du peuple4 ,le second la ganterie que j'tais devenu visait quelque chose de plus reluisant4 ,et qui sait si1 un jour ou l'autre1 je n'aurais pas1 de moi-mme1 renou les projets familiaux avec la roussote de la quincaillerie8 ,quand l'amour de l'argent nous empoigne1 nous devenons capables de bien des salets6444 ,quoi qu'il en soit1 btement1 honteusement1 je mprisais ,marthe4 ,je ne distinguais pas les qualits qui faisaient de cette plbienne une femme exquise1 fort suprieure la moyenne des jeunes bourgeoises que j'avais eu l'occasion de rencontrer4 ,mais--je m'en rends compte1 hlas6 trop tard--les sentiments que ,marthe m'inspirait taient de l'ordre le plus vulgaire et le plus chiennement brutal444 ,ah6 je ne me cherche pas d'excuses3 je me conduisis envers elle comme un de ces malotrus qui1 tant que dure l'effervescence de leur instinct1 ne tiennent la femme que pour un instrument de plaisir4 ,puis on le jette l ds que la satit est venue1 ds que le jouet se dtriore ou ds qu'un caprice voluptueux vous sollicite vers une autre4 ,ce fut ce qui m'advint4 ,une gourgandine de caf-concert me capta4 ,ds lors1 je fis souffrir ,marthe de toutes les faons2 je lui manifestai bassement que j'tais repu d'elle4 ,bref1 je fus le mufle intgral4 ,calculant que mes procds finiraient par la rvolter1 qu'elle me prendrait en aversion et qu'il s'ensuivrait une rupture l'amiable1 sans disputes ni rcriminations1 je me mis dcoucher avec persvrance444 ,elle pleura beaucoup1 mais ne se plaignit pas4 ,j'agis alors d'une manire encore plus vile4 ,un de mes camarades de comptoir ne dissimulait pas trop son got pour ,marthe4 ,je lui insinuai1 mots couverts1 qu'il me rendrait service s'il parvenait me dbarrasser d'elle4 ,j'esprais que ma compagne--que je jugeais ma mesure--tomberait dans le pige et me fournirait ainsi un prtexte plausible pour la quitter4 ,l1 je fus dsappoint4 ,marthe1 par sa froideur mprisante1 dcouragea le belltre4 ,elle tait affreusement malheureuse et elle maigrissait vue d'il4 ,moi1 brute que j'tais1 je bafouai avec cruaut son tiolement1 comme si je n'en avais pas t la cause6 ,et cependant1 douce et plus que jamais fidle1 la pauvre fille s'efforait de me cacher sa peine4 ,sa patience m'exaspra4 ,le silencieux reproche qu'elle impliquait me semblait un outrage4 ,je devins de plus en plus malveillant4 ,la moindre vtille me fut un motif de torturer ma victime4 ,surtout1 je hassais le regard de ses grands yeux tristes444 ,oh6 quel dgot de moi-mme m'empoigne quand ma conduite de ce temps-l me revient la mmoire pour me corroder le cur6444 ,il eut un sanglot et se cacha la figure dans les mains4 ,or il fallait que l'abcs ft vid fond4 --,continuez1 dis-je1 d'un ton bref1 votre souffrance est ncessaire444 ,il obit3 --,jusqu'au moment o je la trompai1 sachant que1 malgr la faute o je l'avais entrane1 elle tait reste pieuse et esprait en ,dieu1 je ne l'avais jamais empche de se rendre l'glise4 ,quoique peu instruit de la religion et m'abstenant de toute pratique depuis l'ge de quatorze ans1 je respectais son recueillement lorsque je la voyais prier4 ,mais une fois dcid la froisser sur tous les points1 de plus en plus affol par la gueuse qui m'avait conquis1 je me mis la poursuivre de sarcasmes d'o suintait le plus grossier anticlricalisme4 ,chose bizarre1 l'vidence de sa foi dans la misricorde divine suscitait en moi des mouvements de fureur d'une cret tout fait diabolique444 ,c'est extraordinaire1 n'est-ce pas8 --,nullement1 rpondis-je1 c'est un fait commun444 ,poursuivez4 --,nos relations en taient l lorsque1 un soir1 je rentrai tout tourdi de boisson1 la suite d'une orgie avec ma nouvelle matresse4 ,je trouvai ,marthe genoux devant son ,crucifix4 ,rien que son attitude me mit hors de moi4 ,aussitt1 une rage indicible me saisit4 ,je m'approchai d'elle1 crachant des blasphmes1 et je la bousculai plusieurs reprises4 ,puis1 comme lui meurtrissant les bras1 j'allais sans doute la renverser1 elle me cria3 ,prends garde1 ,louis1 je suis enceinte6444 bahi1 je la lchai444 ,soudain1 je fus dgris4 ,la voyant dfaillir1 je la relevai1 je la posai sur le lit et je me mis arpenter la chambre de long en large1 ne sachant que rsoudre4 ,d'abord1 je me sentis confus d'avoir abus de ma force contre la pauvre fille4 ,je m'en repentais2 je voulais lui demander pardon444 ,mais presque tout de suite1 une vague d'gosme balaya ce bon sentiment4 ,positivement1 il me sembla qu'une voix amrement railleuse formulait en moi ces phrases3--,ah6 1 vas-tu faire le jobard et te laisser prendre ces simagres dvotieuses8 ,quoi donc6 n'est-ce pas assez de traner1 comme un boulet1 cette crature que tu n'aimes plus8 ,faudra-t-il encore que tu assumes la charge de ce mioche444 hypothtique8 ,mais une autre voix chuchotait au plus profond de mon tre3--,aie piti d'elle1 aie piti de ton enfant1 aie piti de toi-mme6444 ,pendant quelques minutes1 je m'attendris4 ,je fus sur le point d'aller vers ,marthe1 et de lui promettre que1 bientt1 nous serions mari et femme pour lever l'enfant et vivre une vie nouvelle4 ,sous l'influence de cette pense1 je m'approchai du chevet444 ,marthe s'tait assoupie4 ,mais sa souffrance persistait dans le sommeil4 ,de grosses larmes filtraient entre ses cils et glissaient lentement sur ses joues4 ,ses lvres remuaient4 ,je me penchai sur elle et je l'entendis murmurer3 ,cur sacr de ,jsus1 ayez piti de nous6 ,pardonnez ,louis6444 ,pardonnez-moi6444 ,ainsi1 broye1 outrage la dernire limite1 elle priait pour moi6444 ,ah6 j'aurais d tomber genoux1 la prendre dans mes bras et la consoler444 ,au contraire1 mon courroux se ralluma4 ,je ne sais quelle impulsion mauvaise m'carta du lit4 ,des sentiments ignobles m'empoisonnrent l'me4 ,je me dis3 ,bah6 tout cela1 c'est un de ces incidents qui arrivent tous les jours2 il ne faut pas m'en exagrer la gravit4 ,raisonnons froidement4 ,il y a un fait3 je n'aime plus ,marthe et sa seule prsence m'horripile4 ,peut-tre qu'elle m'aime encore4 ,mais qu'y puis-je8 ,dois-je entraver un avenir qui se promet brillant cause d'une femme qui1 aprs tout1 ne me rsista pas8444 ,si je la quitte1 elle m'oubliera2 elle en prendra un autre444 ,ou si1 par grand hasard1 elle reste seule1 eh bien6 je lui enverrai de l'argent mais sans lui crire444 ,ah6 diable1 et l'enfant8 ,sur cette dernire question1 malgr mon endurcissement1 j'hsitai4 ,j'avais beau me raidir1 je sentis que j'allais m'mouvoir4 ,je balanai quelque peu4 ,la voix salutaire me disait3 ,songe la douceur sacre d'tre pre1 aie piti de cette innocence qui a des droits sur toi6444 ,mais la voix nfaste touffait cet avertissement3 ,allons donc1 ne te laisse pas effminer par un sentimentalisme absurde444 ,l'enfant1 ,marthe le mettra en nourrice4 ,elle pourra le faire1 puisque tu comptes lui octroyer une pension1--bien que tu ne lui doives rien4 ,ce ne sera qu'un btard de plus4 ,il n'en manque pas dans le monde1 et ils se firent d'affaire6444 ,a ce coup1 ma rsolution fut prise4 ,sans1 tout de mme1 oser regarder du ct du lit1 je fis un paquet de mes objets de toilette2 je plaai quelques billets de banque sur la table de nuit avec une feuille o j'avais crit ces mots3 ,je m'en vais et je ne reviendrai plus4 ,tous les mois1 tu recevras une certaine somme4 ,n'essaie pas de renouer2 c'est bien fini nous deux4 ,marthe dormait4 ,je sortis sur la pointe des pieds et je courus chez ma chanteuse4 ,je la rveillai pour lui apprendre la rupture et que nous allions vivre ensemble4 --,chic6 dit-elle en battant des mains1 on va rigoler6 ,je fis chorus son allgresse4 ,je me croyais trs heureux de ma libration4 ,et pourtant1 une fois au lit1 je ne pus m'endormir4 ,je ne sais quelles plaintes1 pareilles celles d'une brebis qu'on gorge1 rsonnaient1 me semblait-il1 travers la chambre4 ,je tremblais comme si je venais de commettre un meurtre6444 ,cela se passait quatre mois avant la guerre444 ,je vcus donc--assez salement--avec ma piailleuse alcoolique et dprave4 ,je n'ai pas besoin de vous dire qu' son contact1 je m'avilis fort4 ,au bout de deux ou trois semaines1 je m'tais tellement abruti que je ne sentais mme plus ma conscience me lanciner au sujet de ,marthe abandonne4 ,elle avait refus l'argent que j'avais voulu lui faire parvenir par un vague homme d'affaires et elle m'avait renvoy les billets que je lui avais laisss4 ,j'appris qu'elle tait rentre dans la passementerie et qu'elle travaillait durement pour gagner son pain4 ,jamais elle ne m'crivit ni ne tenta de me revoir1 et j'en conclus qu'elle s'tait rsigne444 ,or1 un matin de juillet1 un prtre vint me demander au magasin4 ,intrigu1 car je n'avais aucune relation dans le clerg1 je me htai de le rejoindre sur le trottoir o il m'attendait4 ,c'tait un homme d'une quarantaine d'annes1 le visage trs austre mais trs doux4 ,tandis que je le saluais1 les yeux pleins d'interrogations1 je remarquai qu'il m'observait avec une expression de svrit triste qui me dconcerta4 --,monsieur1 me dit-il1 j'ai une mission remplir auprs de vous4 ,je viens de la part de mademoiselle ,marthe ,x4 ,fort surpris de cette intervention d'un ecclsiastique dans une affaire qui1 pensais-je1 ne relevait gure de sa comptence1 je ne savais que rpondre4 ,je ne pus que balbutier niaisement3 --,ah6444 ,et comment va-t-elle8 --,monsieur1 la suite d'une chute dans son escalier1 rsultant d'une grande faiblesse due une alimentation insuffisante1 elle est morte cette nuit1 en mettant au monde un enfant qui1 venu avant terme1 n'a pas vcu4 ,cette nouvelle m'tourdit comme un coup de casse-tte4 ,j'eus un blouissement4 ,mes jambes pliaient et je fus oblig de m'appuyer au mur4 --,vous vous trouvez mal8 demanda le prtre2 dsirez-vous du secours8 ,mais1 par crainte d'assembler les passants1 je m'tais dj ressaisi4 ,je compris que cet homme savait tout et que1 malgr sa charit sacerdotale1 il me mprisait--avec combien de raison6 ,je me passai la main sur le front3--,et444 et444 repris-je1 qu'est-ce que je dois faire8444 --,ce que vous dictera votre conscience1 dclara le prtre1 sans se dpartir de cette rserve glace qui me causait un malaise indicible3 ,mlle ,marthe m'a seulement charg de vous faire savoir qu'elle vous pardonnait du fond du cur votre conduite son gard et que1 l o ,dieu la mettrait1 elle prierait pour vous4 ,j'ajoute1 de mon chef1 qu'elle a reu les sacrements de pnitence et d'extrme-onction4 ,appel auprs d'elle1 sur sa demande1 son repentir et son ardente confiance dans la misricorde divine m'ont difi4 ,il ne me dit rien de plus mais demeura quelques instants me fixer d'un regard moins rprobateur et o1 cette fois1 il me sembla lire de la piti4 ,il paraissait attendre quelque chose de moi4 ,mais j'tais trop boulevers pour rassembler mes ides en droute4 ,je gardai le silence1 me tordant les mains d'une faon machinale1 et respirant avec peine tant j'avais le cur serr4 ,voyant que je continuais me taire1 il me tendit sa carte et1 aprs m'avoir salu1 s'loigna sans que je trouvasse la force de le retenir pour lui demander d'autres dtails--ou lui crier le remords qui soudain me dchirait l'me4 ,j'tais comme ptrifi de douleur4 ,quand il fut loin1 je lus ce qu'il y avait sur la carte1 ceci3 l'abb ,n41 vicaire l'glise ,saint-,a444 ,plus bas1 son adresse personnelle et ces mots tracs au crayon3 ,memento1 soror beat ,magdalen pro te orat444 ,je la serrai dans mon portefeuille2 la voici444 ,je rentrai1 tout hbt1 au magasin4 ,je me dis souffrant1--ce qui n'tait pas un mensonge1 car ma pleur effraya tout le monde1--et je demandai un cong pour la journe444 ,pendant que je me dirigeais vers mon logement1 j'allais d'abord comme un automate1 clou sur cette pense3--,marthe est morte et c'est moi qui l'ai tue444 ,je suis un immonde individu444 ,il faut que j'expie444 ,il faut444 il faut que je prie pour obtenir mon pardon444 ,je suis incapable de vous expliquer comment il se fit que cette rsolution s'imposa moi avec une sorte de douceur imprieuse4 ,elle scintillait en moi1 si je puis dire1 comme une petite toile dans les tnbres crasantes o je me sentais plong4 ,ensuite1 je dcidai de fuir1 sans perdre une heure1 l'odieuse cabotine qui m'avait enclos dans la porcherie de ses pratiques luxurieuses4 ,je sentais tout lien coup entre nous4 ,arriv notre appartement1 je constatai1 avec joie1 qu'elle tait absente4 ,la concierge1 interroge1 me dit d'un ton goguenard qu'elle venait de partir avec un monsieur et qu'ils semblaient des mieux ensemble4 ,mais maintenant1 cela m'tait bien gal4 ,je rassemblai mes effets1 je les descendis sans laisser mme un mot d'explication4 ,je remis la clef la concierge1 la chargeant d'informer ,madame que je m'en allais et que je ne reviendrais plus4 ,puis je pris un taxi et je me fis conduire un htel1 trs loin444 ,aprs1 je me suis rconcili avec mes parents4 ,je prenais mes repas leur table et je passais toutes mes heures de libert chez eux1 quand la guerre clata444 ,il s'interrompit4--,la nuit venait rapidement4 ,le crpuscule farouche qui1 depuis le coucher du soleil1 ensanglantait l'horizon1 s'effaait peu peu4 ,dans l'ombre envahissante je ne distinguais plus la figure de ,louis4 ,les artilleries avaient rouvert le feu et leur tonnerre grondait avec un tel fracas qu'il devenait difficile de s'entendre4 --,rentrons au cantonnement1 dis-je1 je vais vous mener la cave o mes camarades m'ont install une couchette4 ,en fermant la porte1 nous serons un peu prservs du tapage de cette canonnade4 ,comme personne ne viendra nous dranger1 vous pourrez terminer votre rcit loisir4 ,le sergent me suivit sans faire d'objections4 ,entrs dans ma taupinire1 j'allumai la lanterne dont je me servais pour clairer nos mouvements lorsque1 vers minuit1 les fourgons sanitaires nous amenaient des blesss qu'on pansait la hte avant de les diriger sur la gare d'vacuation4 ,puis je fis asseoir ,louis ct de moi1 sur le tas de paille humide qui me servait de lit1 et je l'invitai reprendre sa confidence4 ,je sentais que je n'avais pas lui dire mon opinion tant qu'il ne se serait pas compltement--dlivr4 ,il reprit3--,la ferveur patriotique1 le tumulte de la mobilisation1 les milles proccupations de l'entre en campagne1 les devoirs absorbants o m'obligeait mon grade ne me permirent pas souvent de me replier sur moi-mme4 ,en somme1 cette diversion me fut salutaire1 car si j'tais rest en tte--tte avec mon remords1 je ne sais ce qu'il serait advenu de moi444 ,cependant la pense du crime dont je m'tais rendu coupable ne m'avait pas quitte4 ,elle me revenait l'improviste pendant les marches et les combats4 ,et c'tait comme une tenaille qui me broyait le cur4 ,autour de moi1 l'on remarquait ma tristesse continuelle4 ,mais beaucoup tant1 pour diverses causes1 peu ports l'allgresse1 on admettait que je me tinsse l'cart des godailles par quoi quelques-uns de mes collgues sous-officiers essayaient de ragir contre le sentiment d'inscurit o nous vivions4 ,je n'ai pas vous raconter le commencement de la guerre4 ,mon rgiment faisait partie de l'arme ,lanrezac4 ,nous sommes entrs en ,belgique4 ,nous avons t battus et horriblement dcims sur la ,sambre1 non loin de ,charleroi4 ,durant cette lutte acharne1 une ide fixe me tenait qui se formulait ainsi3--,mon ,dieu1 faites-moi la faveur qu'une balle me tue2 je suis trop malheureux6444 ,je vous la rapporte pour bien vous spcifier qu' cette poque1 mes regrets ne m'incitaient pas encore tablir une relation entre les peines subies par celle que j'avais martyrise et mon propre tourment4 ,voici le fait mystrieux qui m'claira sur ce point444 ,ici1 il s'arrta4 ,une motion insolite le faisait frmir4 ,il y avait de la crainte dans l'expression de son regard1 mais aussi1 tout au fond1 de l'esprance4 ,a la lueur vacillante de la lanterne1 je suivais1 avec sollicitude1 l'alternance de ces sentiments sur sa physionomie1 tantt toute peureuse1 tantt comme illumine par un rayon venu du dedans4 --,courage1 dis-je enfin en lui serrant la main1 allez jusqu'au bout1 vous verrez qu'ensuite vous vous trouverez soulag4 ,ce tmoignage d'intrt lui fit du bien4 ,il releva la tte1 qu'il avait peu peu incline presque jusqu' ses genoux1 et continua3 --,a la fin de notre retraite vers la ,marne1 je fus dtach au dpt pour y instruire des rservistes4 ,l1 n'tant plus dans l'angoisse de la bataille1 j'eus du temps pour rflchir4 ,je pensai1 de nouveau1 beaucoup ,marthe4 ,je rcapitulais nos annes de vie commune4 ,je me rappelais certaines de ses phrases1 certaines de ses actions qui prouvaient quelle me d'lite j'avais mconnue4 ,ces souvenirs me lacraient et je pleurais ds que je me trouvais seul4 ,alors1 presque sans que je m'en sois aperu1 comme si une force occulte1 vigilante en moi1 m'y dterminait1 je me mis prier1 non seulement pour moi-mme1 mais aussi pour ,marthe1 nous unissant1 d'une faon continuelle1 dans mes implorations4 ,cette pratique quasi involontaire me procurait du calme et lnifiait l'amertume de mes remords4 ,cependant je sentais1 au plus intime de mon tre1 que cela n'tait pas suffisant et qu'un obstacle barrait la route1 entre ,dieu et moi1 qui empchait mes prires d'tre pleinement accueillies4 ,ouvrir la barrire n'tait pas difficile1 d'autant que les enseignements du catchisme--oublis depuis si longtemps--me revenaient la mmoire avec une prcision tonnante4 --,il faut aller au confesseur1 me dis-je2 il m'entendra et m'absoudra peut-tre4 ,tout de suite1 je pensai l'abb ,n444 ,je retrouvai sa carte et1 comme nous tions proximit de ,paris1 je comptais obtenir facilement une permission qui me permettrait de dposer ses pieds le fardeau de mes fautes4 ,je fis ma demande1 mais je fus du3 nous devions partir incessamment pour le front4 ,le capitaine1 chef du dpt1 m'expliqua que nul ne pouvait s'absenter1 mme pour quelques heures1 parce que l'ordre de dpart viendrait d'une minute l'autre4 ,pas plus tard que le lendemain1 l'ordre arriva4 ,sous la direction d'un lieutenant1 je conduisis du renfort1 destin combler un vide dans mon rgiment actuel4 ,nous fmes bientt notre poste1 puisque1 comme vous le savez1 notre division s'tendait alors1 au demi-repos1 entre ,saint-,souplet et ,lizy-sur-,ourcq4 ,le dlai1 avant notre entre en ligne1 se prolongea4 ,rien ne m'empchait donc de me confesser1 les prtres--aumniers volontaires ou autres--ne manquant point parmi nous4 ,mais voil que je me pris atermoyer4 ,imbu d'une rpugnance bizarre1 je remettais de jour en jour4 ,je me sentais tent d'carter le souvenir de la morte4 ,de misrables excuses ma conduite barbare envers elle s'esquissaient en moi et je ne les accueillais pas sans complaisance4 ,la voix intrieure--si discrte mais si persuasive--qui me conseillait de passer outre ces vellits d'luder mon devoir de rachat1 me devenait importune4 ,bref1 je balanais entre le pour et le contre avec tendance demeurer inerte4 ,il en rsulta que je vivais dans le trouble et l'inquitude#h4 #h ,les catholiques de naissance et de pratique ont parfois quelque peine concevoir que les touches de la ,grce illuminante soient ainsi tenues en chec par la force mauvaise qui toujours veille4 ,en #aiad1 lorsque je publiai ,quand l',esprit souffle1 o l'on trouve le rcit de cas analogues1 quelques-uns m'crivirent pour me demander si rellement ces vicissitudes d'une conscience en voie de rnovation se produisaient telles que je les dcrivais4 ,je m'empressai de leur rpondre que je les rapportais selon l'exactitude la plus entire4 ,ah6 une conversion1 c'est une rude bataille parmi de terribles souffrances6 ,qu'on n'oublie pas non plus que ces luttes prouvent le libre arbitre et qu'il n'y a pas de contrition parfaite qui n'ait pour prface ce duel tragique entre le ,bien et le ,mal dans l'me d'un grand pcheur repentant4 ,mais il est assez comprhensible que ceux qui reurent la faveur de rester fidles ,dieu aient quelque peine raliser l'tat d'une me cartele de la sorte4 ,un soir--je me rappelle la date1 c'tait le #h dcembre--je me couchai encore plus anxieux que de coutume4 ,j'avais voulu prier mais1 ds que j'essayai de me recueillir1 mon attention se dispersa parmi des niaiseries sans aucun rapport avec mon dsir4 ,les phrases liturgiques que je bredouillais m'taient insipides4 ,elles me semblaient des formules prives de sens et je les rptais avec impatience et mauvaise humeur4 ,me sentant totalement aride1 je finis par y renoncer et1 m'enveloppant dans ma couverture1 je m'tendis sur la paillasse1 mme le carreau1 qu'on m'avait dsigne4 ,longtemps je me tournai et me retournai1 en proie une agitation pnible du corps et de l'esprit4 ,cependant1 la longue1 le sommeil vint4 ,je dormais1 je crois1 depuis assez longtemps quand je fis un rve4 ,mais tait-ce un rve8444 ,il me parut que je m'veillais avec la sensation d'une prsence ct de moi4 ,c'tait comme si quelqu'un se tenait mon chevet et me regardait avec insistance4 ,ma premire ide fut que l'un des trois sous-officiers qui partageaient ma chambre tait indispos et s'tait lev pour me demander de l'aide4 ,mais non1 la demi-clart1 qui entrait par la fentre dpourvue de rideaux1 me permettait de distinguer leurs corps tendus4 ,aucun n'avait boug4 ,a leur respiration forte et rgulire1 je constatai qu'ils dormaient profondment4 ,et pourtant1 je ne pouvais pas douter qu'un tre invisible ft l1 tout prs de moi1 comme en attente4 ,qu'attendait-il8 ,je l'ignorais1 mais j'prouvais de la douceur le sentir si proche2 j'avais une intuition nette qu'il ne m'tait pas hostile et qu'au contraire quelque chose comme un courant de tendresse mlancolique s'tablissait de lui moi444 ,je dcris mal cet incident si trange1 mais c'est tellement difficile exprimer6444 --,ne vous proccupez pas de chercher vos mots1 dis-je1 racontez seulement comme cela vous vient et en toute simplicit4 ,bientt1 poursuivit le sergent1 l'tre prit une forme4 ,je le perus envelopp d'une lumire assez faible qui se drapait autour de lui en une sorte de tunique vaporeuse aux reflets ondoyants et comme empourprs par un foyer intrieur4 ,lui-mme1 je le voyais1 pour ainsi dire1 en transparence4 ,puis je me rendis compte que c'tait une femme et enfin1 les traits de son visage se prcisant1 je reconnus ,marthe6 ,impulsivement1 j'essayai de lui tendre les bras et de crier son nom4 ,impossible3 mes membres taient comme clous au grabat et je ne parvenais pas remuer la langue4 ,cependant1 je n'prouvai pas de crainte3 le courant de tendresse1 si pur et si ml de piti infinie1 qui venait de ,marthe moi1 croissait en intensit et m'inondait l'me3 ah6 je sentais combien elle m'avait pardonn6444 ,maintenant1 il me semblait qu'elle tait1 la fois1 ct de moi1 en moi et1 dtail inexplicable1 loin de moi-- une distance effrayante4 ,c'est ainsi444 ,ensuite1 sous son influence1 une envie vhmente me fit battre le cur3 celle d'aimer ,dieu autant que je sentais qu'elle l'aimait et de me rapprocher de ,lui4 ,mais alors mon me1 lourde de pchs1 pesa d'un tel poids dans mon corps que je compris qu'il ne fallait pas songer suivre l'apparition l d'o elle venait4 ,j'en souffris horriblement3 c'tait comme si un feu infernal m'avait calcin jusqu'aux os1 m'imprgnant de dsespoir4 ,a cette minute1 j'prouvai un repentir violent d'avoir diffr ma confession4 ,car je compris que c'tait ma ngligence qui m'empchait de rejoindre ,marthe444 ,mentalement1 je la suppliai de me secourir4 ,elle me rpondit--oh6 pas des lvres3 je sentis sa pense descendre en moi comme une eau dans un creux4 ,elle dit3--,viens mon aide comme je suis venue la tienne4 ,nous souffrons du mme pch2 tu peux nous dlivrer4 ,fais ce qu'il faut444 ,elle n'ajouta rien4 ,je la contemplais perdment4 ,tantt1 ses yeux se fixaient sur moi et me versaient une flamme aussi intense que celle qui me dvorait auparavant--mais cette fois1 purificatrice1 gnratrice d'espoir4 ,j'avais alors l'impression d'tre en combustion dans le mme foyer que ,marthe4 ,tantt ses regards se tournaient vers le ciel et rayonnaient d'une foi sans bornes4 ,une force irrsistible me faisait l'imiter et alors1 mon me pntre de confiance en ,dieu1 comme la sienne1 m'apparaissait toute lumineuse444 ,combien de minutes ou d'heures cela dura-t-il8 ,je ne saurais le dire3 la dure semblait abolie444 ,enfin ,marthe se pencha sur moi et me mit au front un baiser dont la brlure1 pareille celle d'un fer rouge1 me fut1 en mme temps1 douloureuse et suave4 ,je la sens toujours l6444 ,il dsigna l'entre-deux de ses sourcils4 --,marthe disparut4 ,je recouvrai l'usage de mes membres2 je repris conscience des choses et je promenai autour de moi des regards tonns4 ,rien d'anormal3 mes camarades dormaient4 ,le petit jour grisaillait aux vitres4 ,au loin1 un coq chantait444 ,mais l'apparition avait laiss une telle empreinte en moi qu'il me sembla que c'tait le monde peru par mes sens qui tait un songe et que mon rve constituait la seule ralit444 ,il s'interrompit encore une fois et me regarda1 d'un air indcis1 comme s'il craignait une raillerie de ma part4 --,tout cela vous parat peut-tre bien peu naturel8 ajouta-t-il enfin4 --,non1 dis-je1 ce n'est pas naturel1 cela rentre1 je pense1 dans l'ordre surnaturel4 ,voyez-vous1 nous baignons dans le surnaturel et le grand malheur1 c'est que beaucoup ne semblent pas s'en douter4 ,pour moi1 je crois1 d'une foi humaine bien entendu1 que malgr vos fautes1 par l'intercession de votre victime1 ,dieu a permis que sa ,grce vous visitt4 ,mais un prtre vous renseignerait mieux que moi4 ,j'entends un prtre de vie intrieure1 comme l'abb ,gilbert1 par exemple4 ,vous le connaissez2 vous avez assist sa messe ct de moi1 et j'y ai mme t impressionn agrablement par l'vidence de votre pit4 --,oui1 rpondit-il1 coup sr1 l'abb ,gilbert est un bon prtre4 ,a sa messe1 je suivais ses moindres gestes1 je l'coutais prononcer1 avec une gravit toute pntre de foi1 les paroles rituelles et lorsqu'il consacrait1 un tel amour de ,dieu manait de lui que je me sentais port la vertu1 rien qu' l'observer4 --,certes1 repris-je1 il est bien comme vous dites4 ,hein1 quel brandon de ferveur1 un prtre qui aime ,dieu6444 ,mais il ne s'agit pas de cela4 ,pourquoi1 puisque vous apprciez l'abb ,gilbert sa valeur1 ne vous tes-vous pas dj confess lui8 ,voil quinze jours passs depuis le #h dcembre4 ,et l'avertissement que vous avez reu tait pourtant assez clair6 ,le sergent hsitait me rpondre4 ,comme je rptais ma question1 il finit par murmurer d'un air confus3--,j'avais honte de lui avouer toutes mes ignominies4 --,quelle sottise1 m'criai-je1 vous pouvez tre certain qu'il en a entendu bien d'autres6 ,et puis n'oubliez pas qu'coutant1 pesant vos aveux1 il tiendra la place de ,notre-,seigneur4 ,or ,jsus est venu sur la terre1 surtout pour les chenapans1 les luxurieux1 les mes les plus souilles4 ,et il a voulu mourir entre deux voleurs1 dont l'un se convertit4 ,enfin il a rpondu aux ,pharisiens qui lui reprochaient d'accueillir des individus de mauvaise rputation3 ,ceux qui sont en bonne sant n'ont pas besoin de mdecin1 mais bien les malades444 ,je veux la misricorde1 car je ne suis pas venu appeler les justes mais les pcheurs4 ,or comment le mdecin gurira-t-il le malade si celui-ci ne lui expose pas son mal8444 --,c'est vrai1 reconnut le sergent4 --,il doit y avoir un autre obstacle1 continuai-je1 je flaire que votre fausse honte ne fut pas seule vous retenir444 --,eh bien1 dit-il1 oui1 quelque chose m'obsde3 chaque fois que je fus tout prs de me confesser1 je sentis natre soudain en moi le sentiment que j'tais indigne de pardon1 rprouv sans merci et je reculai444 ,pourtant ,dieu1 qui me voit1 sait combien je me repens6444 ,ah6 comme je retrouvais l une vieille connaissance6 ,que de fois1 ml des conversions1 j'avais eu djouer cette manigance444 jansniste du ,prince de ce monde6 ,l'exprience me dictait ma conduite4 ,je me levai2 prenant ,louis par le bras1 je le menai dehors3--,vous allez1 dis-je1 venir trouver tout de suite1 avec moi1 l'abb ,gilbert4 ,je vous garantis qu' peine serez-vous genoux devant lui1 vos scrupules et vos frayeurs se dissiperont comme des fumes au vent6 ,il n'objecta rien de plus et me suivit1 trs humble1 au gte de l'abb4 ,celui-ci tait l4 ,assis sur son sac1 faute d'un sige plus commode1 il lisait son brviaire4 ,en quelques mots1 je lui prsentai ,louis et lui exposai sommairement de quoi il retournait4 ,puis je me retirai4 ,regagnant ma cave1 j'admirais l'action de ,dieu sur cette me qui1 comme tant d'autres1 avait pch plus par ignorance de notre sainte religion que par perversit foncire4 ,de quel cur je me fondis en humble action de grces envers ,notre-,seigneur qui1 une fois de plus1 avait daign choisir le trs pauvre instrument que je suis pour rabattre une brebis errante vers le bercail unique6444 ,ensuite1 rcapitulant le cas de ,louis1 je remarquai que la vision s'tait manifeste le #h dcembre1 fte de l',immacule-,conception4 ,il y avait l1 je n'en doutais pas1 une intervention de la sainte ,vierge4 ,je n'en tais pas surpris car j'ai des raisons de penser que la ,dame des lys s'intresse particulirement aux mes du ,purgatoire4 ,le lendemain matin1 je revis le sergent4 ,inutile de rapporter notre dialogue4 ,je mentionnerai seulement que je fus transport de joie en constatant la lumire heureuse qui transfigurait son regard4 ,la paix de ,jsus rgnait en lui444 ,le jour mme1 il rejoignit son rgiment4 ,voici le dnouement4 ,en janvier #aiae1 notre arme livra la bataille de ,crouy qui fut un revers4 ,absorb par des occupations que l'on devine1 je n'avais pas revu ,louis et je ne savais ce qu'il devenait4 ,or1 deux jours aprs le combat1 l'abb ,gilbert vint me trouver et me dit3--,notre sergent est mort444 --,savez-vous s'il est bien mort8 demandai-je avec quelque anxit4 --,oui1 reprit l'abb1 je ne vous ai cherch que pour vous dire comment les choses se sont passes4 ,en entranant sa section l'assaut d'une pente occupe par les ,allemands1 ,louis a reu un clat d'obus qui lui dchira les entrailles et lui fit au foie une lsion irrmdiable4 ,deux brancardiers l'ont emport et ont russi traverser l',aisne sur le seul pont de bateaux que la crue subite de la rivire n'avait pas emport4 ,au poste de secours1 le major n'a pas eu besoin de l'examiner longtemps pour le dclarer perdu4--,quoiqu'on essayt de lui dissimuler son tat1 ,louis ne s'est pas fait d'illusions4 ,il avait toute sa connaissance et ses premiers mots furent pour me rclamer4 ,par chance providentielle1 je n'tais pas loin et je pus accourir auprs de lui sans retard4 ,il me serra la main et voulut se confesser4 ,ce que je puis vous dire c'est que je n'eus pas l'absoudre de grand'chose4 ,maintenant je tiens vous rapporter sa phrase suprme4 ,il l'articula d'une voix faible mais trs nette1 peu avant d'entrer en agonie3 ,dites ,r4 que1 depuis notre rencontre1 je n'ai cess d'offrir ma vie ,dieu pour qu'il ft sortir ,marthe du ,purgatoire et m'y ret sa place4 ,au moment mme o j'ai t frapp1 j'ai senti1 me semble-t-il1 que je serais exauc444 ,l'abb se tut4 ,nous nous regardmes1 les yeux pleins de larmes1 et nous nous embrassmes4 ,puis1 d'un mouvement spontan1 nous nous sommes mis genoux et nous avons rcit le ,magnificat444 99 99 99 99 99 ,sainte ,mre glise1 comme nous t'aimons6 ,serviteurs du ,dieu que tu nous apprends connatre1 nous sommes heureux de lui vouer passionnment nos forces entretenues1 accrues par l'usage de tes ,sacrements et de lui offrir les fleurs de bon-vouloir que sa grce fait clore dans nos mes4 ,sainte glise militante1 tu nous enseignes entretenir un brasier de charit envers nos dfunts4 ,sainte glise souffrante1 tu nous prodigues l'oraison des mes qui1 cites par la ,mort1 au tribunal de ,dieu1 se reconnurent indignes de la ,batitude immdiate4 ,elles demandrent les flammes rdemptrices o elles obtiennent le surcrot d'amour qui leur fit dfaut sur la terre4 ,sainte glise triomphante1 tu accueilles les mes laves de leurs taches en ,purgatoire et tu les fonds dans la splendeur de la ,lumire incre1 dans la ferveur de l',amour ternel4 ,sainte glise catholique et romaine1 nous sommes fiers de nous proclamer tes enfants2 car c'est par toi que nous adorons le ,dieu de justice et de misricorde qui t'institua et qui dcrta que jamais ,satan ne prvaudrait contre ton privilge6444 ,,lettre ,,vi ,,la ,,vierge ,,au ,,jardin ,mon ,ami1 tu dsires1 m'cris-tu1 que je te parle encore du ,purgatoire4 ,je le ferai volontiers d'autant que cette patrie future m'est chre et que1 par l'oraison1 j'y passe bien des heures4 ,je te donnerai aussi quelques images qui me vinrent comme je faisais1 pour des morts aims1 une neuvaine ,marie ,immacule dans l'octave de l',assomption4 ,l'tat des mes qui constituent l'glise souffrante a t dcrit par sainte ,catherine de ,gnes dans cet incomparable ,trait du ,purgatoire dont1 on peut dire1 sans crainte d'exagrer1 qu'en soixante-dix pages1 il renferme plus de substance que beaucoup d'in-octavo prolixes sur la matire4 ,pas une phrase inutile2 tous les mots portent2 telle phrase brve ouvre des abmes de splendeur4 ,cet opuscule1 c'est1 la fois1 une merveille de concentration et de nettet dans la doctrine4 ,c'est encore un pome dict par un ,sraphin4 ,toutes les strophes1 sitt lues1 avivent en nous l'esprit de charit4 ,elles nous mettent en relation sensible avec ceux de nos frres qui1 dlivrs de cet exil3 l'existence terrestre1 souffrent par amour afin de mriter la joie de se perdre dans ce fleuve d'or en fusion3 la vie ternelle dans l'absolu divin4 ,sainte ,catherine montre comment ces mes se dcouvrent elles-mmes1 en une synthse indicible1 ds qu'elles comparaissent1 aprs la mort1 au tribunal de ,dieu4 ,le ,seigneur ne fixe sur elles qu'un regard et1 tout de suite1 dans une clart foudroyante elles discernent les imperfections qui font qu'elles doivent se juger indignes de la ,batitude ardemment dsire4 ,la rouille et les taches de leurs pchs les dfigurent2 alors1 se sentant difformes1 elles comprennent qu'il leur est aussi impossible de s'unir la ,beaut parfaite qu' un charbon de briller comme un diamant4 ,sans retard1 spontanment1 allgrement1 elles volent au ,purgatoire4 ,en ce creuset trs saint leur rouille se consume de telle sorte1 par les flammes purifiantes1 que l'me1 s'offrant de plus en plus l'attrait de la divine lumire1 devient de plus en plus propre ses infusions4 ,soumises au feu qui les imprgne1 elles endurent des tourments si formidables et si continuels qu'il n'y a ni langue qui les puisse exprimer ni entendement qui en puisse concevoir la moindre tincelle4 ,mais1 d'une faon simultane1 elles gotent la prsence de ,dieu avec une intensit pour l'expression de laquelle les pauvres mots dont nous disposons se rvlent d'une pitoyable insuffisance4 ,la ,sainte formule ainsi les dons qu'elles reoivent3 ,comme leur volont est parfaitement conforme celle de ,dieu1 elles reoivent les impressions de son amour avec une si grande abondance que1 pour ce qui regarde leur volont1 elles jouissent d'un contentement parfait4 ,pour ce qui regarde le pch1 elles sont dans une puret aussi entire qu'elles l'taient au moment de leur cration4 ,s'tant accuses1 sur la terre1 de toutes leurs fautes1 s'en tant repenties sincrement1 ayant eu une volont effective de ne les plus commettre1 ,dieu1 par sa misricorde1 leur en remet toute la coulpe au moment de leur mort4 ,et il ne leur en reste plus que ces stigmates de rouille que les flammes expiatoires effacent plus ou moins rapidement4 ,ainsi1 se trouvant exemptes de tout pch1 et dj unies ,dieu par leur volont conforme la sienne1 elles voient ,dieu clairement selon la connaissance graduelle qui leur en est donne et elles comprennent de quel accomplissement sera pour elles la totale et parfaite jouissance de cet tre souverain4 ,a mesure que ces mes se purifient1 ,dieu1 ajoute la ,sainte1 leur prodigue une rose de grces de plus en plus abondante et laquelle contribuent1 d'une manire trs efficace1 nos prires pour les dfunts et les messes dites leur intention4 ,car1 spcifie-t-elle encore1--et ceci ralise le sublime--les mes du ,purgatoire sont bien trop prises de ,dieu pour penser elles-mmes4444 ,ayant lu1 les images que me valut ma neuvaine me montrrent comment la ,grce tait rpartie entre les mes du ,purgatoire4 ,je vais essayer de te dcrire le symbole de cette divine opration4 ,ce sera srement terne et gauche1 mais enfin je ferai de mon mieux pour te donner une ide approximative de cette splendeur4 ,mon imagination me reprsenta donc une haute montagne qui tait le ,purgatoire4 ,une lumire d'une blancheur blouissante1 inondait la cime lance vers le ciel incandescent dont mes yeux1 affaiblis par le pch1 ne purent supporter l'clat4 ,cette clart1 mesure qu'elle descendait vers la base1 se nuanait peu peu de rose1 puis d'incarnat1 puis d'carlate et se fonait1 de plus en plus1 jusqu'au rouge-sombre4 ,au pied de la montagne1 elle devenait presque brune et s'arrtait net sur le bord d'un abme au fond duquel rgnaient des tnbres fugilineuses1 stries de lueurs livides4 ,une rumeur confuse y flottait1 faite de gmissements irrits et de blasphmes4 ,c'tait l'enfer4 ,mais de la montagne tout entire s'levait un hymne d'amour dont les modulations exprimaient la fois la peine de l'exil et l'esprance infinie d'obtenir un jour la patrie cleste4 ,ce chant1 plein d'une douceur mlancolique1 couvrait largement les discordances qui grinaient dans la ghenne4 ,sur les pentes de la montagne1 tages en gradins1 se pressait un peuple innombrable de grandes roses dont les massifs1 couleur de sang caill1 tout en bas1 s'clairaient1 d'une faon progressive1 chaque tage ascendant1 selon les teintes de la lumire misricordieuse4 ,et1 ainsi1 elles devenaient d'un blanc radieux au sommet4 ,mais quelle que ft leur varit1 les ptales de toutes s'panouissaient autour d'un cur de feu vermeil4 ,c'taient toutes ces fleurs qui chantaient et j'entendis leurs paroles4 ,je reconnus les implorations de la squence au ,paraclet3 ,viens1 ,esprit-,saint1 du ciel envoie-nous un rayon de ta splendeur4 ,viens1 ,pre des pauvres1 viens donateur des biens uniques1 viens1 illumination des curs6 ,consolateur dbordant de bont1 hte suave de mon me1 rafrachissement velout6 ,pour mon labeur1 tu es le repos1 pour l'ardeur dont je brle1 une modration1 un soutien dans les larmes de l'exil4 ,o lumire bienheureuse1 remplis jusqu'au plus intime mon cur qui t'est fidle4 ,sans ta divinit1 il n'y aurait rien en moi1 rien qui ne soit impur4 ,lave donc les souillures de mon me1 arrose ma scheresse1 guris ma blessure1 ,plie ma raideur1 chauffe ma froideur1 redresse mes dviations4 ,j'ai confiance1 je suis ton fal3 donne-moi le ,septenaire sacr2 ,donne-moi la vertu mritoire1 ouvre-moi l'asile du salut1 accorde-moi le bonheur ternel1 ,amen4--,allluia6444 ,alors je sus que ces roses taient les mes du ,purgatoire et que leurs nuances signifiaient le degr de purification o elles taient parvenues1 leur place sur les gradins1 le temps d'preuve qu'elles avaient encore subir avant leur admission dans la ,batitude4 ,un arome de myrrhe amre et d'encens trs suave s'effusait des corolles2 ce parfum mlang voulait dire3 amour par la souffrance4 ,et une brise brlante1 qui soufflait avec une imptuosit rgulire1 l'emportait vers le ,ciel4 ,tout pntr1 moi aussi1 de cette flamme mobile1 qui me causait joie et douleur1 je ne me rassasiais pas d'y baigner mon me4 ,je dcouvris ensuite qu'un sentier1 pareil un ruban d'or limpide1 commenait la cime1 longeait1 en lacets circulaires1 les gradins et descendait jusqu' l'extrme bord de l'abme4 ,je me demandais quel tait le sens de cette voie quand je vis y paratre1 descendant du sjour des ,bienheureux1 la ,jardinire du jardin des roses souffrantes--des roses heureuses de souffrir4 ,drape d'une robe de lumire candide dont le rayonnement me fit1 par souvenir1 trouver bien obscur celui de notre pauvre soleil1 elle avait la chevelure fauve et les yeux bleu-sombre des filles de ,galile4 ,une adolescence ternelle fleurissait sur ses joues4 ,son sourire exprimait une telle plnitude de charit divine que j'essaierais vainement d'en donner une approximation4 ,tu comprendras mon impuissance quand je t'aurai dit que c'tait la ,sainte ,vierge444 ,elle allait lentement1 de parterre en parterre4 ,elle portait une amphore qui rayonnait1 elle aussi1 comme un astre et qui contenait une onde inpuisable4 ,marie l'inclinait sur les fleurs2 elle les rafrachissait d'une pluie de grces lnifiantes4 ,cette eau tait faite de nos prires et des messes offertes pour nos dfunts2 et l'infusion du ,saint-,esprit la douait d'une vertu rdemptrice4 ,a son contact1 les mes chantaient plus haut1 et avec une ferveur inoue1 le ,salve ,regina4 ,je voyais1 en mme temps1 les taches de rouille1 qui maculaient leurs ptales1 plir chez les plus loignes du sommet1 s'effacer peu peu chez celles des gradins suprieurs4 ,lorsque l',auxiliatrice fut arrive au bord de l'abme1 elle y laissa tomber1 avec un regard de piti indicible1 quelques gouttes lumineuses4--,et je compris combien elle tait vridique la parole de sainte ,catherine de ,sienne3 ,la bont de la ,providence s'tend jusqu' l'enfer2 elle y envoie un rayon de sa misricorde et les damns n'y souffrent pas autant qu'ils devraient souffrir4 ,la ,sainte ,vierge1 ayant rempli son office de charit1 remonta le sentier4 ,au passage1 elle effleurait les mes d'une caresse de ses doigts maternels4 ,ds qu'elle fut arrive au sommet1 je vis qu'un grand nombre de roses1 les toutes blanches1 qui s'en trouvaient le plus proche1 se pressaient ses pieds en ondulant avec le murmure joyeux d'un peuple d'abeilles4 ,puis ce fut l',assomption4 ,la ,vierge1 les mains jointes1 les yeux dirigs vers la clart fixe--aveuglante pour moi--qu'irradiaient les profondeurs clestes1 s'leva de la montagne4 ,les mes pardonnes lui firent un cortge4 ,puis ces roses devinrent des toiles qui lui formrent une aurole scintillante4 ,et enfin1 elles se fondirent1 avec la ,consolatrice1 dans la ,lumire incre444 ,tout disparut444 99 99 99 99 99 ,o ,dame1 disait ,dante la ,sainte ,vierge1 tu es si grande et si puissante1 que vouloir obtenir une grce et ne point recourir toi1 c'est vouloir que le dsir vole sans ailes4 ,comment ne serait-elle pas toute-puissante1 tant unie1 d'une faon si troite1 la ,trinit6 ,fille de l',ancien des jours1 ,mre du ,rdempteur1 pouse de l',esprit1 elle est la ,sagesse4 ,et c'est pourquoi elle s'exprime en termes si grandioses et si mystrieusement solennels dans l'ptre de son office4 ,rappelle-toi1 elle dit3 ,j'ai t cre ds le commencement et avant les sicles4 ,je ne cesserai point d'exister durant la succession des ges444 ,j'ai pris racine dans le peuple que le ,seigneur a honor1 et dont l'hritage est le domaine de mon ,dieu4 ,et j'ai tabli ma demeure dans la plnitude de l'assemble des ,saints4 ,chacune de ces paroles ouvre l'oraison des perspectives infinies sur le privilge de ,marie au sein des trois glises3 la militante qui est la foi1 la souffrante qui est l'esprance1 la triomphante qui est l'amour4 ,parce qu'elle est au-dessus des temps1 parce qu'elle est immacule1 elle rayonne dans le sanctuaire aux trois coupoles3 de rubis1 d'meraude et de saphir3 foi encore et esprance et amour1 o nous l'honorons4 ,elle concentre enfin ce dogme de la communion des ,saints o s'harmonisent les mes de tous les fidles dans notre existence transitoire et dans l'ternit4 ,je voudrais1 ah6 je voudrais te montrer l'ocan d'une profondeur d'azur inoue que certains dcouvrent s'ils osent plonger un regard dans les yeux de la ,vierge4 ,je voudrais aussi t'expliquer le symbole de la grenade1 aux grains innombrables1 qu',elle tient dans sa main droite444 ,je ne puis pas1 car comment formuler par des phrases enchanes la suite les unes des autres1 une grce d'oraison qu'ils reoivent simultanment par la sensibilit1 par l'imagination1 par la raison1 par toutes les puissances du cur et de l'esprit8 ,il y a pourtant un effet que tu comprendras parce qu'il est possible que tu l'aies prouv4 ,voici ce que quelqu'un1 qui l'prouva1 m'en rapporte3--,quand ,notre-,seigneur se rend sensible une me1 la lumire qu'il dgage1 l'ardeur qui mane de ,lui1 on peut--quoique cela soit trop faible--les comparer l'or effervescent du soleil de midi aux plus longs jours de l't4 ,quand c'est la ,sainte ,vierge1 sa clart ressemble celle de la lune par une nuit de septembre sans nuage4 ,et son rayonnement argentin rafrachit1 repose l'me1 calcine d'amour au contact de son ,dieu444 ,mais ,marie n'est pas seulement la ,reine de sapience2 elle est aussi la matresse de notre maison terrestre4 ,c'est elle qui commande1 avec sollicitude1 aux serviteurs que nous sommes en ces noces de ,cana perptuelles3 la vie catholique4 ,elle ne cesse de nous dsigner son ,fils1 et chaque fois qu'elle remarque que nous allons ngliger son service1 elle nous prescrit3 ,tout ce qu'il vous dira1 faites-le4 ,ds que nous lui avons obi1 l'eau se change en vin--notre routine se change en zle--notre me se fond en ,jsus-,christ444 ,lorsqu'on rcapitule tout ce que nous devons la ,vierge1 on prend en grande piti nos frres spars du protestantisme qui se divisent chaque jour davantage parce qu'ils ne veulent pas la connatre4 ,et l'on prie pour que cette autre parole de la ,sagesse les claire3 ,heureux celui qui m'coute1 qui veille1 avec diligence1 l'entre de ma demeure et qui se tient au seuil4 ,celui qui m'a trouv1 trouve la ,vie et il puise son salut dans le ,seigneur4 ,ah6 qu'ils l'entendent1 les protestants1 cette monition4 ,alors ils deviendront les bergers de bonne volont4 ,ils recevront l'hospitalit dans la grotte de ,bethlem4 ,il n'y aura plus qu'un bercail et qu'un troupeau444 ,,lettre ,,vii ,,le ,,prince ,,de ,l',,usure ,te voici bien ennuy1 mon cher ,ami6 ,tu m'cris que1 par suite d'un hritage pour lequel vous vous trouvez plusieurs lgataires1 des cousins rapaces te chicanent1 te cherchent noise1 te souhaitent male-mort et1 avec la complicit des pieuvres lgales qui s'embusquent autour des tribunaux1 contestent ton droit4 ,tu ajoutes3 ,quelle salet que l'argent qui souille ainsi les mes6 ,tu as bien raison4 ,ceux qui ne hissent pas le coffre-fort sur un autel pour lui rendre un culte passionn t'approuvent4 ,mais prends garde3 si tu revendiques1 d'une faon trop pre1 les piles d'cus qu'on te dispute1 tu risques de t'intoxiquer l'gal de ces malheureux que l'amour frntique de l'or tire1 comme un aimant irrsistible1 vers le royaume du ,trs-,bas4 ,le plus sage serait d'abandonner aux apptits qui grognent ton encontre ces agglomrs jaunes et luisants que ,belphgor racla1 dans les latrines de l'enfer1 pour la perte des fils d've3 ppites et lingots4 ,tu te dclarerais pauvre par volont dlibre4 ,or plus tu serais pauvre devant les hommes1 plus tu serais riche devant ,dieu4 ,notre-,seigneur dit au ,saint vangile3 ,l o est ton trsor1 l1 aussi rside ton cur4 ,si ton bien suprme villgiature dans le portefeuille de ton agent de change1 ton cur l'y a suivi4 ,si tu as tout donn pour suivre ,jsus1 ton bien c'est le ,sacr-,cur et ton cur rside dans ce tabernacle adorable4 ,il est vrai que beaucoup de nos contemporains se rcitent sans cesse les articles essentiels du ,credo cher la finance3 ,je crois en un seul ,dieu1 le capital4 ,je vnre ses prtres3 les ,boursiers4 ,je consens tre leur dupe pour duper autrui1 grce la magie de leurs combinaisons4 ,je vendrais joyeusement mon me au diable pour qu'ils m'octroient l'hostie macule et d'autant plus attirante qui a nom3 ,quarante-pour-cent#i4 #i ,voir la note #b la fin de cette lettre4 ,or si tu refuses d'obir aux prceptes de leur religion1 ils te mpriseront4 ,ils condamneront1 comme une hrsie1 ton manque de sens pratique4 ,ils te dnonceront quelque moraliste isralite muni d'une patente et consum de respect devant quiconque possde ou gagne beaucoup d'argent--pour qu'il excommunie1 au nom de la ,banque et des ,hautes ,affaires1 ta scandaleuse insouciance4 ,tu dis que l'estime de ce flagorneur t'importe peu4 ,tu le prouves en ngligeant de faire fructifier ton avoir de manire en conqurir des rentes abusives4 ,ton revenu1 tu en distribues la plus forte part aux famliques4 ,donc tu mrites la gloire d'tre considr moins qu'une pluchure par toute la ventripotence bourgeoise4 ,j'imagine que ce ddain de leur part te rjouit parce qu'il t'arrive souvent la mme aventure qu' un ami de ,dieu qui1 ayant coutume de se boucher le nez devant les idoles aurifres1 fut1 comme il sied1 trait de fol incurable par divers acrobates de la spculation1 accoutums se disloquer1 pour des gains illicites1 dans son voisinage4 ,je t'ai dj fait allusion cette histoire4 ,permets-moi de la rpter3 elle a une valeur d'apologue4 ,barthlemy--nous l'appellerons ainsi--avait acquis une certaine fortune1 par les moyens les plus honntes1 en ,afrique4 ,de retour au pays provenal1 qui l'avait vu natre1 il ne se soucia nullement de l'engraisser jusqu' la rendre monstrueuse4 ,loin de faire btir un palace de style saugrenu1 il garda sa modeste maison patrimoniale1 sise sous les palmiers1 au bord d'une anse de la ,mditerranne radieuse4 ,l1 il vivait effac et frugal dans le recueillement et l'oraison4 ,aimant ,jsus-,christ1 il aimait1 par consquent1 les pauvres4 ,il assistait des parents besogneux1 sans paratre remarquer les regards flamboyants de convoitise dont ils scrutaient l'tat de sa sant et la serrure du tiroir qui1 croyaient-ils1 reclait un testament en leur faveur4 ,il nourrissait maintes victimes de cette barbarie industrielle et ploutocrate que des conomistes notoires1 surpays1 dcors de vingt crachats1 baptisent3 la civilisation splendide du vingtime sicle4 ,aussi possdait-il cette ,paix incomparable des mes que le ,christ1 ,son ,pre et l',esprit prennent volontiers pour demeure4 ,un jour1 l'ide lui vint que s'il vendait sa maison1 avec le domaine attenant1 il en tirerait une somme assez considrable qui lui permettrait d'tendre ses charits4 ,la pense de ce dpouillement le remplit de joie4 ,il fit afficher la mise en vente dans l'tude de son notaire et l'annona dans les feuilles spciales4 ,et1 tout de suite1 il eut lieu de vrifier ce que vaut la nature humaine quand elle s'est hypnotise devant la richesse4 ,jusqu'alors1 me dit-il1 on me marquait de la considration4 ,j'tais mssieur ,barthlemy1 propritaire bien assis dont on respectait l'immeuble tout en dplorant sa nonchalance en augmenter le revenu4 ,on me saluait bas2 on me parlait d'une voix pleine d'inflexions caressantes2 on me sollicitait d'entrer au conseil municipal4 ,or1 ds que le bruit se fut rpandu que je cherchais faire argent de ma proprit1 presque tout le monde en tira cet augure que j'tais ruin4 ,la considration que l'on me tmoignait s'vapora comme une flaque d'eau de pluie au soleil4 ,le revirement fut instantan4 ,lorsque j'allais par les rues1 les notables qui1 nagure1 s'empressaient de m'aborder1 avec un sourire de jubilation1 me prodiguaient les poignes de main chaleureuses et s'informaient1 plein de sollicitudes1 de l'tat de mes digestions et de la rgularit de mon sommeil1 semblrent m'ignorer4 ,du plus loin qu'ils m'apercevaient1 certains passaient sur l'autre trottoir et prenaient tout coup un intrt prodigieux aux volutions des girouettes sur les toits4 ,d'autres feignaient de s'absorber dans la contemplation des talages du premier magasin venu4 ,ceux qui ne pouvaient absolument pas m'viter1 se composaient une mine glaciale pour rpondre brivement mes phrases de politesse et sautaient sur n'importe quel prtexte pour se drober au plus vite4 ,ces comdies m'amusaient et m'curaient la fois4 ,il tait vident que la terreur de m'entendre peut-tre solliciter un emprunt motivait ces paniques4 ,puis commena chez moi le dfil des fournisseurs4 ,d'habitude1 je rglais leurs notes tous les trois mois4 ,mais1 persuads de ma dconfiture1 ils n'attendirent pas l'chance coutumire4 ,chacun s'amenait1 arm de sa facture1 balbutiait des formules obliques sur l'imminence d'un gros payement qui le talonnait ou sur l'incertitude des affaires et sollicitait1 d'un ton mi-humble1 mi-menaant1 des espces immdiates4 ,mes parents1 dvors d'inquitude1 firent plusieurs dmarches pour me tirer des prcisions sur l'tat de ma fortune4 ,comme je les rabrouai assez schement et que je me gardai de les rassurer1 ils s'assemblrent en conseil de famille et agitrent le projet de me faire interdire4 ,il y eut enfin un pisode d'un comique navrant4 ,j'employais parfois une vieille femme de quatre-vingts ans1 peu prs aveugle et misreuse au possible1 de menus travaux dans mon potager4 ,vous pensez bien qu'elle ne me rendait pas grands services4 ,mais ce m'tait un subterfuge pour lui donner l'illusion qu'elle tait encore capable de gagner un salaire4 ,l'ayant visite1 je la priai de venir le lendemain lier1 au potager1 des salades qui ne demandaient qu' blanchir4 ,mais la bonne femme secoua la tte et marmotta3 ,je ne veux pas perdre mon travail4 ,a cette heure1 faudra me payer d'avance444 ,barthlemy n'ajouta aucun commentaire4 ,il s'efforait de rire1 mais je vis qu'il avait les yeux humides4 ,il connaissait les hommes et savait les vilenies dont beaucoup sont capables4 ,nanmoins1 le souvenir du cynisme avec lequel son entourage avait manifest1 en cette occasion1 son culte de la ,fortune1 lui serrait le cur4 ,il reprit3 ,lorsque1 informations prises1 il fut avr que mon projet de vente n'tait que l'incartade d'un original1 et que mes revenus restaient intacts1 tous les coups de chapeaux serviles1 tous les sourires aimables1 tout l'empressement ramper devant mes cus1 ressuscitrent4 ,ce fut vomir6444 ,il haussa les paules en soupirant et ajouta3 ,pauvre humanit6 ,et dsignant1 avec un regard d'infinie tendresse1 un ,crucifix accroch au mur1 il conclut3 ,heureusement1 j'ai ,celui-ci qui me console de tout6444 ,veux-tu maintenant que je te peigne le pendant de ce vilain tableau8 ,ce sera facile4 ,il y a une trentaine d'annes1 je vivais dans les tnbres1 loin de ,dieu4 ,cependant1 malgr mon aveuglement1--blasphmatoire1 l'occasion1--,notre-,seigneur daignait dj m'octroyer cette grce incomparable3 le mpris de la fortune mal acquise4 ,or j'habitais un petit village sis proximit du parc plant par les ,rothschild autour de leur affreux chteau de ,ferrire4 ,le chef de la dynastie1 c'tait alors le baron ,alphonse que1 bien qu'tant son voisin1 je n'avais jamais vu4 ,disgrce dont je me consolais facilement4 ,il advint pourtant que nous nous rencontrmes444 ,le pote ,banville commit une erreur quand il s'cria3 ,que ,rothschild est plaindre3 il n'a pas vu ,lagny6 car ce fut prcisment la gare de ,lagny que ce prince de l'usure hbraque m'apparut dans sa gloire bahissante4 ,j'attendais le train pour ,paris en faisant les cent pas sur l'asphalte de l'embarcadre4 ,tout fonctionnait selon la routine quotidienne4 ,les hommes d'quipe vaquaient leur besogne avec nonchalance4 ,le chef de gare s'tirait1 en billant1 au seuil de son bureau4 ,de vagues voyageurs1 chous et l sur des bancs1 changeaient des propos sans imprvu4 ,soudain1 un timbre lectrique grelotte3 un train allant vers ,meaux est signal4 ,et1 en mme temps1 un coup bleu-sombre1 attel d'un bai magnifique1 vient se ranger la barrire de sortie4 ,je riais sous cape en observant l'air d'impayable majest que se donnait le cocher rubicond qui occupait le sige1 quand1 la vue de cet quipage1 un mouvement insolite se produit parmi le personnel4 ,le chef de gare se prcipite vers ses subordonns1 les rassemble d'un geste imprieux et les aligne prs de la barrire4 ,fait anormal1 les employs lui obissent avec empressement4 ,ils se tiennent immobiles1 les yeux carquills d'anxit respectueuse1 le cou tendu vers le viaduc sous lequel la locomotive1 dbouchant d'une courbe1 vient de surgir4 ,eux aussi1 les voyageurs secouent leur apathie4 ,ils se lvent et1 exhibant des figures o se marque la plus intense vnration1 ils forment un groupe bourdonnant au bord du quai4 ,j'y entends murmurer ces mots3 --,rothschild est dans le train6444 ,et l'on devine qu'ils se prparent saluer le ,matre de l',or comme ils ne salueraient peut-tre pas le ,saint-,sacrement la procession de la ,fte-,dieu4 ,le train entre en gare1 patine sur les rails et stoppe4 ,d'un compartiment rserv descend un homme de taille assez haute1 trs simplement vtu de gris-clair1 coiff d'un tube huit reflets et gutr de blanc4 ,il a le teint terreux1 le nez crochu1 des favoris poivre et sel4 ,un bandeau noir lui couvre l'il gauche4 ,pour l'il droit1 glauque et perant1 il luit d'une telle arrogance sre d'elle-mme que je renonce en donner une ide4 ,le chef de gare1 congestionn d'motion1 accourt sa rencontre et s'incline presque jusqu'au marchepied4 ,sa casquette balaie le sol et il marmotte1 d'une voix entrecoupe1 une phrase d'humble bienvenue4 ,les employs1 tte nue galement1 flchissaient comme des joncs la brise4 ,leur chine dessinait un accent circonflexe4 ,quant aux voyageurs1 ils s'puisaient en salutations ritres4 ,mme1 la tenancire du petit local o l'on voit souvent s'engouffrer des gens avides d'isolement1 se tenait le plus prs possible1 des papiers et un petit balai la main4 ,elle ne cessait de plonger en de larges rvrences4 ,tenez pour certain qu'elle et considr ce jour comme le plus beau de son existence si ,rothschild avait daign stationner quelques minutes dans son tablissement4 ,mais le potentat de ,banque ne regardait personne4 ,a peine s'il fit un petit geste protecteur l'adresse du chef de gare qui1 toujours pli en deux1 l'accompagnait vers sa voiture4 ,lorsqu'il passa devant les hommes d'quipe1 ceux-ci se courbrent si bas qu'on et cru qu'ils allaient baiser la poussire4 ,quant moi1 ,rothschild ne faisant point partie de mes relations1 je n'avais aucune raison de le saluer4 ,je le regardai donc tranquillement1 les mains derrire le dos et le chapeau sur la tte4 ,en me croisant1 il ne me lana qu'un coup d'il oblique comme si mon attitude le surprenait4 ,mais la mine du chef de gare tmoignait du scandale inou que lui causait mon crime de lse-,plutus4 ,ds que le ,haut-,shylock se fut install dans le coup1 qui partit aussitt1 le prpos la circulation ferroviaire revint sur moi et me demanda d'un ton la fois rprobateur et afflig3--,vous n'avez donc pas reconnu le baron de ,rothschild8 ,son intonation tait la mme que s'il m'et dit3 ,pourquoi ne rends-tu pas hommage ,dieu8 ,je lui rpondis avec douceur3--,ce monsieur ne m'a pas t prsent444 ,et je lui tournai le dos tandis qu'il demeurait clou sur place1 plus tonn que s'il m'avait entendu faire une dclaration d'amour la dame mafflue1 gardienne du petit local444 ,bien souvent depuis1 je me suis remmor cet pisode4 ,considrant la destine mystrieuse du peuple juif1 me rappelant les sages prcautions que prenait l'ancien ,rgime pour les maintenir hors de ses cadres1 une fois de plus j'ai reconnu les maux qui naquirent du sophisme galitaire1 gnrateur d'envie et de discordes4 ,l'esprit de la ,rvolution les propage parmi nous1 car ,dmocratie1 cela implique ploutocratie#aj4 ,et comme les ,juifs sont les ploutocrates par excellence--ils ont contribu1 plus que quiconque1 difier cette maison l'envers3 la socit contemporaine4--,d'ailleurs1 ils y jouent un double rle3 empereurs de la finance1 ils nous puisent par leurs pratiques d'usure cosmopolite2 fournisseurs de subventions au socialisme ils sapent1 avec ironie1 les assises vermoulues des rgimes qu'instaura tour tour la bourgeoisie ne des principes de #hi4 ,ils sont les vrais bnficiaires du cataclysme horrible1 qui1 hier1 branla et qui continue d'branler le monde4 ,parasites ou destructeurs1 il semble que les ,juifs soient les instruments de la colre divine4 ,et qui sait ce qu'ils seront demain8 #aj ,c'est ce que ,charles ,maurras a merveilleusement dmontr dans l',avenir de l',intelligence et ailleurs4 ,un fait constant1 c'est que1 d'une faon plus ou moins avoue1 ils hassent l'glise4 ,le ,crucifix1 pour tout ,juif sincre vis--vis de lui-mme1 constitue un outrage permanent son orgueil4 ,aussi1 comme ils rvent de l'abolir1 de le noyer jamais dans la boue du matrialisme pesant dont ils touffent les mes d'un grand nombre de nos contemporains6444 ,ami1 tu ne seras pas de ceux-l4 ,tu pouseras joyeusement la sainte pauvret car1 vois-tu1 elle est la grande ,dame1 veuve depuis ,jsus-,christ1 disait saint ,franois d',assise4 ,quand viendront les ombres du ,grand ,soir elle maintiendra ceux des catholiques1 qui n'encensent pas le ,veau d'or1 dans la ,lumire4 ,en ce crpuscule1 peut-tre prochain1 ce ne sont pas les bien-pensants aux goussets dors1 serviteurs des ,juifs1 ni les bavards1 disciples de ,nicomde1 des parlements qui sauveront l'glise4 ,ce seront les trs pauvres des monastres et ceux qui1 dans le sicle1 auront ddaign l'or corrupteur3 des ,trappistes1 des ,jsuites1 des ,franciscains1 des ,carmlites1 des ,clarisses et des ,surs de l',assomption1 et bien d'autres religieux et moniales de tous les ,ordres4 ,ce seront des prtres sculiers qui se seront dpouills pour les indigents1 des laques sans capitaux ni rentes4 ,oui1 c'est ce bataillon sacr qui formera la garde d'honneur autour de ,jsus remis en croix4 ,prions le ,seigneur pour qu'il nous rende dignes d'tre enrls parmi ces aptres des derniers temps6444 ,,note ,i4 ,l'volution future des ,juifs me parat judicieusement suggre dans un article de ,cyr que publia la ,croix du #bd juillet #aibj4 ,il n'est pas sans propos de le reproduire4 ,,pl,,nitude ,,des ,,temps ,c'est un bien trange et troublant corollaire de la grande guerre que cette cration d'un home national juif en ,palestine4 ,un home c'est un chez soi4 ,national1 ce home fera que tous les fils des douze tribus d',isral seront politiquement chez eux en ,terre ,sainte4 ,et donc les non-juifs indignes n'y seront plus que des trangers1 plus ou moins tolrs d'abord1 puis brims1 vincs1 dpossds au fur et mesure des arrivages isralites4 ,et cela commence4 ,une correspondance des ,nouvelles religieuses du #ae juillet signale l'encombrement1 par les immigrants juifs1 du chemin de fer qui relie l'gypte la ,palestine4 ,elle montre l'accaparement foncier et la pntration des administrations par ces nouveaux venus1 la diffusion de leur langue devenant peu peu obligatoire4 ,ce n'est pas quatre1 c'est vingt1 c'est cent pieds qu'ils mettent dans le home aprs les deux premiers4 ,en sorte que tous les juifs du monde ont dsormais deux patries444 au choix2 celle de leur origine et celle que leur offre la falote munificence de la ,socit dite des nations4 ,deux patries1 c'est beaucoup4 ,voil au moins des gens qu'on ne pourra plus nommer des sans-patrie4 ,quand un juif sera fatigu de servir l'une--ou que de s'en servir cessera d'tre fructueux--il pourra porter ou demander secours l'autre4 ,en temps de guerre1 par exemple1 ce sera trs commode1 car on veillera ce que les deux patries ne soient pas entranes dans une mme conflagration4 ,trs commode aussi1 dans les cas de faillite ou de perscution judiciaire de la part des goym3 ,quel lieu d'asile de tout repos qu'un pays o l'on peut se sauver et tre chez soi avec un gouverneur juif1 une police et une magistrature juives6 ,les lois du ,talmud sont1 d'ailleurs1 d'une prvoyance paternelle pour toutes ces situations pineuses o peuvent se trouver ses fidles4 ,et puis1 pour les mystiques1 pour les fervents serviteurs de ,jhovah1 quelle sainte jubilation se retrouver matres en cette ,jrusalem o leurs pres ont crucifi ,jsus1 ,bethlem o il naquit1 ,nazareth o s'coulrent son enfance et sa jeunesse6 ,quelle belle suite donner au ,tolle1 au ,crucifige6 ,quelle revanche contre la maldiction dix-neuf fois sculaire qui pse sur la tte des dicides et de leurs enfants6 ,c'est un peu l',amrique et c'est beaucoup l',angleterre qui ont voulu ce triomphe du sionisme4 ,ce sont les fils de ,richard ,cur de ,lion1--brave et versatile comme ,lloyd ,george1 traitant volontiers avec l'infidle et se rsignant aisment aux paix ruineuses--ce sont les descendants des ,croiss qui ont eu cette paradoxale ide de donner ce couronnement la grande ,croisade1 pour le droit et pour la libert1 qui consiste imposer aux indignes syriens un gouvernement juif avec un ,samuel ,smith comme gouverneur et de convoquer tous les smites de l'univers pour rgner en matres absolu en ce chez soi install chez les autres4 ,rien1 selon nous1 ne dnote plus clairement l'emprise des ploutocrates juifs sur le gouvernement anglais1 rien sinon l'obstination du ,cabinet de ,londres vouloir traiter avec les forcens commissaires du bolchevisme1 dont #ii p4 #ajj sont des juifs4 ,mais cette rentre du peuple juif ,jrusalem soulve1 dans l'esprit des catholiques1 des penses plus graves4 ,si cet vnement se ralise vraiment et si le home national juif s'tablit compltement1 ce sera un fait capital dans les destines du monde4 ,en prdisant avec une saisissante prcision de dtails la ruine de ,jrusalem et du ,temple1 telle qu'elle eut lieu une quarantaine d'annes plus tard 7en #gj71 sous les ordres de ,titus1 ,jsus dit des ,juifs3 ,ils tomberont sous le tranchant du glaive1 ils seront emmens captifs parmi toutes les nations1 et ,jrusalem sera foule aux pieds par les gentils 7les non juifs7 jusqu' ce que les temps des nations soient accomplis4 ,sur ce passage1 ,bossuet fait cette observation3 ,il faut1 dit-il1 remarquer ce dernier mot3 jusqu' ce que les temps des nations soient accomplis4 ,il y a un temps des nations1 un temps que les gentils doivent perscuter l'glise1 un temps qu'ils y doivent entrer4 ,aprs ce temps1 les juifs que les nations devaient jusque-l fouler aux pieds reviendront4 ,et aprs que la plnitude des gentils sera entre1 tout ,isral1 tout ce qui en restera1 sera sauv4 ,la dernire phrase souligne est de saint ,paul4 7,rom41 ,,xi1 #be-bf47 ,tous les grands interprtes la rapprochent1 comme ,bossuet1 du texte vanglique cit plus haut4 ,d'aprs eux1 lorsque les peuples non isralites auront parcouru les divers stades que leur assignent les dcrets divins1 quand la plnitude des nations sera entre dans l'glise ou aura reu l'annonce de l'vangile1 la misricorde de ,dieu se retournera vers les restes d',isral1 les rassemblera et les ramnera la vraie foi4 ,jrusalem1 pensent-ils1 et1 parmi eux1 saint ,thomas d',aquin1 cessera alors d'tre sous la domination des nations et redeviendra la capitale d',isral4 ,d'autres sont plus prcis et trouvant dans zchiel 7,,xxviii-,,xxix7 le tableau allgorique de la dernire attaque des nations impies contre l'glise1 dduisent de tous ces textes que les juifs runis de nouveau en corps de nation sur le sol de la ,palestine et manifestant alors leurs vellits de conversion au vritable ,messie1 seront attaqus l'improviste par une ou plusieurs puissances antichrtiennes 7arabes et musulmanes par exemple71 dont la dfaite1 due une intervention manifeste de ,dieu1 htera la conversion d',isral ,jsus-,christ4 ,quoi qu'il en soit de ces interprtations1 il est certain que dans le texte vanglique1 ces mots qu'il faut remarquer1 dit ,bossuet3 ,jusqu' ce que les temps des nations soient accomplis1 sont immdiatement suivis de la description grandiose de la fin du monde1 de l'avnement du ,fils de l',homme et du jugement dernier3 ,et erunt signa6 videmment1 il y aurait tmrit tirer de ces rapprochements des conclusions formelles1 attendu que ,jsus a eu soin de prvenir que de ces vnements nul1 pas mme les anges1 ne connat ni le jour ni l'heure4 ,mais nous en profiterons pour rappeler la leon morale que le divin ,matre en dduit3 ,veillez sur vous-mmes de peur que vos curs ne s'appesantissent par les excs de jouissances et par les soucis de la vie1 et que ce jour ne fonde sur vous l'improviste4 ,veillez et priez sans cesse afin que vous soyez dignes de triompher de tous ces maux et de paratre debout devant le ,fils de l',homme4 ,,cyr4 ,pour le temps prsent1 ne pas perdre de vue ceci3 la finance juive a besoin1 pour ses trafics1 que la ,france soit faible et divise contre elle-mme4 ,de l1 des accords sournois avec ses coreligionnaires bolcheviks et une protection occulte accorde l',allemagne1 son gte d'tape patrimonial4 ,,note ,,ii4 ,comme je corrigeais les preuves de cette lettre1 je lus le tome ,v des ,mlanges de ,louis ,veuillot4 ,j'y trouvai la citation d'un article d',eugne ,pelletan4 ,c'tait un acte d'amour la pice de cent sous qui correspondait assez au ,credo capitaliste o j'ai tch de synthtiser l'tat d'me des fervents de l'or4 ,qu'on ne croie pas de l'ironie chez ,pelletan2 il rpondait un disciple de ,proudhon qui prconisait l'abolition du numraire2 et de l1 ce cri du cur4 ,lisez3 ,je vois dans un cu toute la loi de l'histoire enferme dans une parcelle d'argent4 ,je regarde ce symbole de toute civilisation et je dis3 ,c'est toi qui as rachet le monde444 ,passe donc de main en main1 toi qui nous a rachets du pch originel1 qui tollis peccata mundi2 ,christ matriel de notre destine1 je t'aime4 ,et il y a des gens pour prtendre que je suis un homme d'exagrations6444 ,,lettre ,,viii ,,une ,,dame ,m,,tallique ,il ne faudrait pas que ma dernire lettre te ft supposer que j'ai de la haine contre le clan ,rothschild et ses mules4 ,d'abord1 tu me croiras si je te dis qu'il m'est impossible de har personne4 tant un pauvre homme1 plein de dfauts1 je me laisse parfois emporter par un mouvement de colre l'gard de tel ou tel qui salit le prochain ou qui sme des cailloux tranchants sous les pas de ,notre-,seigneur2 mais les poursuivre d'une animosit persvrante1 je ne saurais4 ,la dplorable humanit1 en fivre cause de l'or mphitique dont elle s'empoisonne l'me1 me cause surtout de la piti4 ,bientt reconquis par l'oraison1 je ne puis1 aprs tout1 que la plaindre4 ,je plains particulirement les usuriers du genre de ce ,juif dont je t'esquissai la figure4 ,songe ceci3 jamais ils ne sont assurs d'inspirer un sentiment sincre qui que ce soit4 ,tous les visages se griment de servilit ds qu'ils paraissent2 toutes les bouches leur mentent2 sous un voile d'hypocrite vnration pour leur fortune1 tous les regards s'allument des feux verdtres de l'envie4 ,sitt qu'on le peut1 on les vole4 ,ils se sentent horriblement solitaires et ils savent que si l'or leur tait enlev1 la foule les trpignerait avec des clameurs de joie frntiques4 ,ils n'ignorent pas non plus que leurs congnres en antithse1 les gars du communisme1 ceux qui rvent d'un paradis terrestre sans ,dieu ni matre1 les feraient fusiller avec empressement le lendemain de la rvolution sociale4 ,ils ont appris que1 ds maintenant1 il s'aiguise des couteaux et il se charge des bombes dans l'ombre autour d'eux4 ,jouir en scurit de leur opulence frauduleuse leur est donc interdit4 ,ils n'ont mme pas le rconfort de trouver la paix en eux-mmes car la passion du lucre malhonnte leur dtraque l'me4 ,le dmon1 la griffe implacable1 qui les possde1 ne cesse de les aiguillonner afin qu'ils entreprennent des rapines de plus en plus monstrueuses4 ,une pre inquitude les mine car toutes les puissances de leur tre s'absorbent dans ce dsir3 augmenter le monceau d'cus dont ils sont1 la fois1 les gardiens et les captifs4 ,les rides qui sabrent le front du financier en train de combiner une coquinerie1 quelle pense rongeuse elles rvlent6 ,enfin1 ils ont peur4 ,peur de leurs hritiers qui les voudraient dans le spulcre4 ,peur des pauvres dont la physionomie famlique leur semble pleine de menaces4 ,peur haineuse de ,dieu qui1 trs souvent1 leur inflige1 ds ce monde1 le plus imprvu des chtiments3 le supplice de la faim4 ,car c'est un fait3 on voit des milliardaires mourir de faim4 ,cet ,alphonse de ,rothschild1 dont je te parlais hier1 ne pouvait digrer1 et encore au prix de souffrances aigus1 que des ptes et des pures de lgumes arroses d'eau claire4 ,tu devines de quel il il contemplait les rois dans la gne1 les nobles dgrads1 les politiciens l'encan qui savouraient des vins illustres et des mets rares la table o les runissait son orgueil de ,juif et de parvenu4 ,parmi des relents de ,ghetto1 il leur soufflait la face son haleine ftide4 ,il les mprisait et les bafouait avec frocit4 ,mais il aurait donn1 avec allgresse1 une dizaine de millions pour se rgaler l'exemple de ses convives4 ,or c'tait une chimre3 il lui fallait se contenter d'une trs petite portion de nouilles sans assaisonnement ou de chicore trop cuite4 ,son frre ,edmond mourut d'inanition par le fait d'un cancer qui lui mit l'estomac en charpie4 ,ainsi d'un autre roi de l'or3 ,pierpont ,morgan4 ,celui-l n'tait pas un ,juif4 ,mais sa rage d'accaparement ne le cdait en rien aux avarices hbraques4 ,lorsqu'il eut entass de la finance haut comme une tour de ,babel1 une concrtion que nulle pince ne put extirper--peut-tre une ppite--lui boucha le pylore4 ,tout aliment tait rejet4 ,les mdecins les plus notoires1 accourus son appel et pays d'un salaire fabuleux1 tinrent consultation autour du lit o il agonisait4 ,d'aprs leur avis1 une vache1 appartenant une race renomme pour les vertus de son lait et choisie entre mille1 fut nourrie de drogues fortifiantes4 ,le produit de sa traite fut rserv au malade4 ,futile expdient3 sitt aval1 ce breuvage incomparable tait rendu en caillots sanguinolents4 ,et ,pierpont ,morgan1 matre et seigneur de quatorze milliards1 mourut en hurlant3 ,j'ai faim6444 ,ah6 les ironies formidables de la ,providence6444 99 99 99 99 99 ,j'ai1 dans mes notes1 bien d'autres exemples des mfaits de l'or et des tortures qu'il inflige ceux qui se rendent ses esclaves4 ,on peut les rsumer de la sorte3 quand le ,dmon empoisonne une me de ce rsidu des digestions infernales1 il lui persuade qu'il va lui procurer le moyen d'tre heureuse--trs loin de ,jsus-,christ4 ,sclrate illusion6 ,ou le riche se contamine d'avarice2 le souci de conserver son trsor en l'augmentant lui vaut des nuits sans sommeil et des jours consums d'inquitude4 ,pour lui1 le pauvre est un vaincu dont il importe de surveiller les gestes et d'touffer les plaintes4 ,idoltre de l'or souverain1 il se sent un cur de granit l'encontre du monde entier4 ,ou encore le riche se cre des besoins artificiels4 ,ceux-ci le gouvernent en despotes1 dveloppent en lui un gosme funbre1 veulent qu'il dpense avec profusion mais uniquement pour le contentement de ses apptits les plus vils4 ,loin de connatre le bonheur1 il vit dans un tat de trpidation morbide car plus il cherche les assouvir ces besoins1 plus leurs exigences se font imprieuses4 ,il ne peut chapper cette loi de la nature humaine3 les dsirs croissent proportionnellement aux satisfactions qu'on leur donne4 ,j'ai souvent eu lieu de la formuler cette loi1 je ne saurais trop la rappeler4 ,elle certifie une rgle qui ne comporte pas d'exceptions4 ,j'ajouterai que1 comme toutes les passions1 l'amour de l'or implique la contrefaon enrage des mthodes propres nous faire mriter la ,batitude ternelle4 ,c'est l un fait certain et que la ,mystique constate tous les jours3 l'glise du ,diable est une parodie de l'glise de ,dieu4 ,de mme que celle-ci nous prescrit d'aimer ,dieu de toutes nos forces et de toute notre me1 de mme1 celle-l nous incline aimer l'or de toute notre me et de toutes nos forces4 ,mais que les conclusions sont diffrentes6 ,si tu aimes ,dieu1 plus que toutes choses prissables1 tu connatras la paix radieuse des lus4 ,si tu aimes l'or1 tu te voues l'inquitude ici-bas et1 sauf repentir1 au dsespoir dans les tnbres qui n'auront pas de fin444 ,cependant la socit est ainsi faite que beaucoup tentent d'quilibrer en eux les contraires4 ,j'ai frquent jadis une veuve sans enfants qui se dsirait bonne chrtienne et qui1 en mme temps1 adorait la fortune dont elle tait abondamment pourvue4 ,ce culte allait si loin que je l'avais surnomme1 part moi1 la dame mtallique4 ,oh6 elle pratiquait3 elle allait la messe plusieurs fois par semaine2 elle observait les jenes et les abstinences2 elle communiait le dimanche et aux grandes ftes4 ,mme--et ceci est vraiment mritoire--elle s'imposait un effort pour soulager la misre autour d'elle4 ,ce lui tait1 du reste1 une contrainte des plus pnibles4 ,quand elle ouvrait sa bourse1 elle faisait une grimace aussi douloureuse que s'il se ft agi de s'extirper de l'orteil un ongle incarn4 ,mais enfin elle donnait--pour l'amour de ,dieu4 ,d'autre part1 la gestion de ses capitaux absorbait peu prs toutes les heures de son existence4 ,il en rsultait une conversation o le galimatias financier tenait une place par trop majeure4 ,un jour que je lui avais rendu visite elle m'accabla de phrases boursicotires truffes de3 rponse des primes1 de comptant1 de termes dont huit1 de coupons dtacher444 ,sur ces derniers mots1 moi qui ne comprenais goutte tout ce jargon1 je crus bonnement qu'il s'agissait d'une toffe macule de sirop ou de graisse4 ,et je lui conseillai la benzine4 ,mais elle n'eut pas l'air de m'entendre4 ,elle entama un autre discours o elle gmit1 presque en larmoyant1 cause de la faiblesse des cuivres1 du flchissement des ,rio-,tinto1 des escomptes fallacieux de son agent de change1 etc4 ,agac1 la fin1 de subir cette grle de vocables1 pour moi dnus de sens1 je rsolus de lui rendre la pareille et je criai3 --,j'n'entrave que pouic2 c'est-il qu'on vous a refil du pze la manque8 ,stupfaite1 car1 bien entendu1 elle ignorait l'argot1 elle s'arrta net puis me posa cette question3 --,qu'est-ce que vous dites8 --,je dis que je ne vous comprends pas et je vous demande si l'on vous a trompe en vous repassant de la fausse monnaie4 --,mais non1 reprit-elle1 je vrifie toujours1 pice par pice1 les sommes qu'on me verse4 --,alors de quoi vous plaignez-vous8 --,mais1 s'exclama-t-elle d'une voix tragique1 du tracas norme que me cause l'administration de mes revenus4 --,oh6 dis-je1 avec flegme1 s'il ne s'agit que de cela1 il y a un moyen trs simple de vous soulager4 --,et lequel8 --,donnez toute votre fortune aux pauvres1 d'un seul coup444 ,vous verrez ensuite comme vous respirerez l'aise6 ,mais la dame ne gota pas du tout ce conseil pourtant judicieux4 ,elle prit un air pinc1 comme si je venais de commettre quelque incongruit4 ,elle me fit entendre que ma prsence lui tait importune4 ,ce pourquoi je pris cong sans retard1 en m'efforant de dissimuler1 sous une mine contrite1 l'immense envie de rire--peut-tre aussi de pleurer--qui me tenait4 ,depuis1 elle me bat froid4 ,lorsque je la rencontre1 je lui envoie un grand coup de chapeau4 ,mais c'est peine si elle me rpond par une petite inclination de tte1 trs sche et trs rserve4 ,j'ai bien peur d'avoir perdu son estime-- moins qu'elle ne me considre comme un fou dangereux qu'il importe de maintenir distance444 ,en contraste1 ,ami1 avise un peu celles et ceux qui se voulurent pauvres pour plaire ,notre-,seigneur--les ,saints par exemple4 ,voici ,benot ,labre1 le sublime mendiant1 plein de poux et de lumire4 ,sois persuad qu'il fut l'homme le plus admirable du dix-huitime sicle4 ,de son temps1 nombre d'mes commenaient s'orienter vers cette pourriture matrialiste dont le rgne a pris1 de nos jours1 son dveloppement total4 ,pour compenser les outrages ,dieu des soi-disant philosophes1 la dbauche luxueuse des rois et des grands1 l'ardeur aux gains illicites de la multitude1 la tideur et les ngligences d'une grande partie du clerg1 il vcut1 volontairement1 dans la faim1 dans le dnuement1 dans la crasse--et dans l'oraison perptuelle4 ,il ne se nourrit gure que d'pluchures de lgumes jetes au ruisseau4 ,il ne porta que des guenilles ddaignes par les ncessiteux les plus effondrs4 ,quand la vermine1 qui formait un dvorant cilice sur son corps1 tentait d'migrer1 il se htait de la ressaisir et de la remettre dans ses manches4 ,il couchait sur les marches des glises1 sous un escalier de pierre1 dans un rduit o l'on entassait des balayures et1 la fin de sa vie1 dans un taudis d'hospice que partageaient avec lui des vieillards nausabonds4 ,lorsque son confesseur l'engageait modrer ses pnitences1 il lui rpondait humblement3 ,dieu me dsire ainsi4 ,et le prtre bloui voyait aussitt une aurole fulgurante se dessiner autour de sa tte4 ,eh bien1 le soleil divin rayonnait d'une telle splendeur dans ses yeux1 un tel ravissement clatait sur sa face que certaines gens tiroirs dbordant d'cus qui1 d'abord1 s'taient carts de lui avec horreur et dgot1 ne tardaient pas subir l'effluve de saintet qu'il irradiait4 ,lui offrant une aumne--presque toujours refuse--ils rclamaient ses prires du mme ton qu'ils eussent sollicit d'un joaillier richissime les plus prcieuses de ses gemmes4 ,ds que le mendiant les leur avait octroyes--gratis--ils couraient au plus prochain confessionnal se dcharger du tas d'iniquits que la soif de l'or leur avait fait commettre4 ,pourquoi cette influence mystrieuse de saint ,benot ,labre8 ,parce que ne possdant rien au monde1 il possdait ,jsus-,christ4 ,voici maintenant sainte ,trse qui n'admettait absolument pas de vivre autrement qu'au jour le jour4 ,son abandon ,notre-,seigneur tait si total qu'avec quinze francs pour toutes ressources1 elle entreprenait les fondations les plus onreuses et construisait des monastres sans savoir d'o lui viendraient les sommes ncessaires payer l'architecte et les maons4 ,tu te rappelles son aphorisme3 ,trse et cinq ducats1 ce n'est rien1 mais ,dieu1 ,trse et cinq ducats1 c'est tout4 ,lis ses relations1 tu constateras que jamais sa confiance ne fut trompe4 ,toujours1 les ressources arrivaient en temps opportun4 ,pour elle-mme1 le manque de bien-tre lui tait trs indiffrent4 ,peu avant sa mort1 dj trs souffrante1 elle dut s'aliter dans une de ces auberges misrables o elle avait coutume de prendre gte4 ,afin de se soutenir1 elle aurait eu bien besoin d'un peu de lait4 ,or on ne put lui offrir que deux oignons et une demi-douzaine de figues sches4 ,comme sa compagne ne pouvait s'empcher de dplorer une telle pnurie1 elle se dclara tout fait contente et absorba en riant cette nourriture grossire4 ,notre-,seigneur1 dit-elle1 n'en avait pas toujours autant sur les routes de ,jude4 ,voici enfin saint ,franois d',assise4 ,il tait n d'une famille de riches marchands et son pre comptait le porter la plus haute fortune4 ,cependant le jeune homme se mit en tte de ne vivre que pour l'amour de la pauvret en ,jsus-,christ4 ,son pre le maudit et le chassa4 ,lui1 alors1 ne voulut rien garder de son opulence4 ,il se dpouilla de ses habits1 les remit au ngociant exaspr et se retira nu1 comme il tait venu au monde4 ,puis1 en cet tat1 il alla trouver l'vque et lui demanda un vtement4 ,le prlat lui donna une robe de bure avec sa bndiction pour commencer une vie nouvelle4 ,les personnes correctes hurent sa dmence4 ,mais ,jsus-,christ l'aima au point de lui octroyer ses stigmates4 ,or tous ces prtendus insenss se montraient d'un bon sens incomparable lorsqu'il leur fallait ngocier avec les gens positifs1 gouverner une communaut1 conseiller autrui1 rdiger une rgle4 ,les mondains1 au contraire1 si pratiques qu'ils se figurent tre1 dans des circonstances analogues1 accumulent cent bvues4 ,cela s'explique3 ce qui fausse le jugement de la plupart des hommes1 c'est l'amour-propre et l'intrt personnel4 ,les ,saints l'emportent sur eux parce qu'ils ont dtruit l'amour-propre et parce qu'ils ne connaissent que l'intrt de ,dieu4 ,les propritaires d'un gros tas d'or1 dont les miasmes ne leur procurent qu'une mlancolie permanente1 se demandent aussi quelquefois1 avec stupeur1 la raison de cette anglique gat qu'ils remarquent chez tant de moines et de moniales qui leur vu de pauvret interdit de garder ne ft-ce que quatre sous dans leur poche4 ,l'explication n'est pas trs difficile4 ,ces privilgis de la ,grce illuminante1 s'tant donns sans restriction aucune au ,pauvre absolu1 qui a nom ,jsus-,christ1 pour le suivre1 l'imiter et se fondre dans son ,sacr-,cur1 ne peuvent tre qu'infiniment joyeux puisque ils ont fait abngation d'eux-mmes4 ,leur dtachement des choses de la terre n'a d'gal que leur attachement passionn aux choses du ,ciel4 ,c'est pour cela que leur rire sonne comme une cloche de cristal tintant les messes du ,paradis444 ,ami1 n'est-ce pas que nous nous modlerons sur eux d'aussi prs que possible8 ,n'est-ce pas que1 mprisant la richesse1 nous nous appliquerons seulement gagner notre pain quotidien la sueur de notre front--parce que c'est la ,loi4 ,n'est-ce pas que s'il plaisait ,dieu de nous retirer1 pour un temps1 l'indispensable1 nous n'aurions pas honte de le mendier8 ,alors1 peut-tre1 nous obtiendrons que ,notre-,seigneur nous dise3 ,aimant aujourd'hui ta pauvret1 tu as aim la mienne2 tu auras donc part1 au festin de ma ,batitude1 demain et dans l'ternit444 ,,lettre ,,ix#aa ,,lectures 7posie74 #aa ,je spcifie que1 dans cette lettre1 traitant de littrature1 je ne rdige ni un catalogue1 ni un palmars1 ni un prospectus4 ,ce sont ici des arabesques autour de quelques livres aims4 ,cher ,ami1 la petite excursion que nous venons d'entreprendre travers le royaume du ,tant-pour-,cent t'aura1 sans nul doute1 un peu encrass l'imagination4 ,pour la purifier1 il sera bon1 je crois1 de lui permettre quelques plonges dans cette piscine aux ondes salubres3 la belle littrature4 ,a cet effet1 nous prendrons d'abord un bain de posie4 ,ensuite1 nous voguerons1 comme sur une rivire ensoleille1 parmi des proses dont l'envergure harmonieuse nous voquera une flottille de cygnes ouvrant leurs ailes aux souffles qui viennent de ,dieu4 ,des vers1 notre poque1 on en publie d'une faon immodre4 ,tel qui1 par la suite1 deviendra un chef de bureau modle ou un receveur de l'enregistrement sans gal1 a dbut1 dans l'existence1 par une plaquette o les plus rcentes cabrioles de la prosodie furent scrupuleusement imites4 ,il jette sa gourme1 disait la famille1 inquite d'abord mais vite rassure en constatant qu'en effet il s'agissait pour le jeune bourgeois de subir une crise passagre de posie comme on a la coqueluche ou la scarlatine4 ,il y a aussi de futurs parlementaires ou des ferblantiers en esprance qui1 destins faire du bruit dans le monde1 alignrent auparavant des rimes sous-parnassiennes et primes4 ,toutefois il sied d'tablir une distinction entre ces deux catgories de gens sonores3 les ferblantiers nous rendent des services en nous fournissant d'objets mnagers d'une grande utilit2 tandis que les parlementaires1 jabotant dans le vide1 ne font que compliquer et entraver la solution des problmes nationaux les plus urgents4 ,puis il y a l'amateur1 qui ne se lasse pas d'encombrer de lyrismes rachitiques1 imprims sur des papiers insolites1 les botes inluctables des bouquinistes sur les quais de la ,seine1 ,paris4 ,l'excessive indulgence de la critique favorise leur enttement chevaucher ,pgase malgr ,apollon4 ,et enfin il y a cette race pdiculaire et pullulante3 les potesses4 ,celles-l1 plus on en crase1 plus il en renat4 ,nous nous tiendrons grande distance de ces divers hybrides engendrs par la ,muse en une minute d'garement4 ,nous fuirons aussi les vers de jeunesse pondus jadis par des crivains uniquement dous pour la prose4 ,leur chef de file1 c'est ,m4 ,claude ,larcher4 ,ses vers asthmatiques1 plus chevills que des blindages de cagnas1 feraient tomber en syncope les enfants lus de l',inspiration s'ils ne s'en dtournaient avec horreur4 ,au surplus1 ,m4 ,larcher1 ayant eu la maladresse de dfinir ,sainte-,beuve le plus mconnu de nos grands lyriques1 a prouv par-l son incomptence totale en matire de posie4 ,nous dcrterons l'ostracisme contre ce chansonnier mi-montmartrois1 mi-armoricain1 qui1 jouant du mirliton dans un biniou1 procure du vague l'me aux caissires surmenes4 ,au risque de susciter des rclamations indignes1 nous ne parlerons pas non plus de ,pguy4 ,ce pote ne fut pas sans mrite4 ,mais1 que voulez-vous1 ses clameurs tautologiques et monotones m'assourdissent sans m'difier4 ,il n'a1 du reste1 pas besoin de mon suffrage car il possde ,m4 ,maurice ,barrs et douze mille adorateurs pour vanter ses tintamarres dans des feuilles grands tirages comme dans les humbles bi-hebdomadaires des plus obscurs chefs-lieux de cantons4 ,le solitaire hirsute que je suis1 parat-il1 dtonnerait parmi ce concert unanime sa gloire4 ,les critiques qui blment1 avec persvrance1 mes partis-pris en concluront1 si cela leur fait plaisir1 qu'une noire envie dtermina mon abstention4 ,je n'en ai cure3 l'art balourd de ,pguy m'assomme--et je le dis sans priphrase#ab4 #ab ,voir la note la fin de cette lettre4 ,mais nous clbrerons ,verlaine1 parce que le pauvre ,llian fut1 malgr ses tares1 le plus grand pote catholique dont l'glise ait eu le droit de se glorifier au dix-neuvime sicle et parce qu'il n'est pas encore remplac4 ,ah6 je sais bien3 ds qu'on prononce ce nom1 certains sourcils doumiculaires se froncent4 ,d'autre part1 des lippes pharisiennes formulent des vocables rprobateurs3 --,bohme1 prison1 hpital1 ivrognerie1 acoquinement aux filles du trottoir6444 ,hlas6 bourgeois au cur de pierre1 pourquoi ne voulez-vous pas admettre ce que ceux qui le connurent fond ne cessent de vous rpter3--,verlaine fut un extrme sensitif1 saignant par mille blessures cause des coups de poignards que l'poque prodigue ses potes4 ,n'ayant jamais eu plus de volont qu'un enfant de six ans1 dlaiss par l'pouse unique1 il resta toujours la merci de ses impulsions3 les bonnes aussi bien que les mauvaises4 ,mais le bourgeois1 enclin tout pardonner aux gens bien mis qui gardent les apparences1 ne pardonne rien au pote gnial qui ses autres torts ajouta celui de ne pas avoir le sou4 ,sans penser une minute faire l'apologie des vices de ,verlaine1 on reconnatra1 pourvu qu'on l'tudie avec l'esprit de charit1 que1 malgr ses faiblesses1 ses contradictions et ses rechutes1 il aima ,dieu4 ,son me fut une ,madeleine aux pieds de ,notre-,seigneur4 ,et1 maintes fois1 nettoy de son ordure1 il chanta les splendeurs de la ,grce selon des cadences si souples et si oliennes que nul encore n'en a retrouv le secret4 ,c'est pourquoi je ne puis m'empcher d'esprer que le ,sacr ,cur--clbr par lui d'une lyre si pure--lui aura t misricordieux4 ,qu'il subisse prsentement un svre purgatoire1 je n'en doute pas4 ,qu'il soit en enfer1 je ne saurais le croire4 ,je ne suis pas le seul penser de la sorte4 ,je reois assez souvent de dlicieuses lettres signes d'une grande chrtienne qui habite une ville de l',amrique du ,sud et qui a donn trois de ses enfants l'glise4 ,elle m'crivait rcemment que1 touche l'extrme par les vers frmissants d'humanit saignante et d'espoir en ,dieu o ,verlaine pancha ses souffrances1 elle priait tous les jours son intention et qu'elle faisait dire des messes pour le repos de son me4 ,ame exquise1 me d'indulgence1 exacte suivre les enseignements du bon ,matre1 comme tes appels au ,dieu de pardon en faveur de ,verlaine me rjouissent au regard des grimaces pudibondes qu'affichent les marguilliers badigeonns d'austrit feinte qui vident leur seau de toilette sur le crne dnud du pauvre ,llian6444 ,donc1 afin de placer cette mise en lumire de quelques beaux vers catholiques sous l'gide du pote pnitent de ,sagesse1 nous citerons l'un de ses derniers pomes1 crit l'hpital4 ,il y rsuma sa vie1 ses douleurs1 ses fautes et ses humiliations1--sa foi aussi1 et son esprance1 et son humble et tremblant amour de ,dieu4 ,mieux qu'aucun commentaire1 ceux qui savent lire1 ces strophes feront comprendre tout ,verlaine4 ,une science parfaite du mtier1 un art accompli s'y dissimulent sous une forme trs simple4 ,c'est sa vie intrieure elle-mme qui parle3 ,seigneur1 vous m'avez laiss vivre ,pour m'prouver jusqu' la fin4 ,vous chtiez cette chair ivre ,par la douleur et par la faim4 ,et vous permtes que le diable ,tentt mon me misrable ,comme l'me forte de ,job2 ,puis vous m'avez envoy l'ange ,qui gagna le combat trange ,avec le grand aeul ,jacob4 444 ,j'ai march dans le droit sentier1 ,y cueillant sous des cieux propices ,pleine paix et bonheur entier3 ,paix de remplir enfin ma tche1 ,bonheur de n'tre plus un lche pris des seules volupts ,de l'orgueil et de la luxure2 ,et cette fleur3 l'extase pure ,des bons projets excuts4 ,c'est alors que la mort commence ,son uvre inexpiable8 ,non1 ,mais que me saisit la dmence ,bien qu'encor criant votre ,nom4 ,l'ami me meurt1 aussi ma mre1 ,une rancune plus qu'amre ,me pitine en ce dur moment ,et me cantonne en la misre ,du froid et du dlaissement4 ,tout s'en mle3 la maladie ,vient en aide l'autre flau1 ,le guignon1 comme un incendie ,dans un pays o manque l'eau1 ,ravage et dvaste ma vie1 ,tranant sa suite l'envie1 ,avec l'obscne trahison1 ,la sale piti drisoire1 ,jusqu' cette rumeur de gloire ,comme une insulte la raison6 444 ,mais1 ,vous1 donnez-moi la force1 ,donnez1 comme l'arbre l'corce1 ,comme l'instinct l'animal1 ,donnez ce cur1 votre ouvrage1 ,seigneur1 la force et le courage ,pour le bien et contre le mal6444 ,je crois en l'glise romaine1 ,catholique1 apostolique et ,la seule humaine qui nous mne ,au but que ,jsus indiquait1 ,la seule divine qui porte ,notre croix jusques la porte ,des libres cieux enfin ouverts1 ,qui la porte1 par vos bras mme1 ,o grand ,crucifi suprme1 ,donnant pour nous vos maux soufferts4 ,je crois en la toute prsence1 ,a la messe1 de ,jsus-,christ1 ,je crois la toute-puissance ,du sang que pour nous il offrit444 ,je confesse la ,vierge unique1 ,reine de la neuve ,sion1 ,portant aux plis de sa tunique ,la grce et l'intercession4 ,elle protge l'innocence1 ,accueille la rsipiscence ,et debout1 quand tous genoux1 ,demande le pardon du ,pre ,pour le pcheur qui dsespre1-- ,mre du ,fils1 priez pour nous#ac6 #ac ,,paul ,,verlaine1 ,posies religieuses1 prface de ,j4-,k4 ,huysmans1 #a vol4 chez ,messein1 diteur4 ,ne pas oublier que dans ce recueil1 comme dans l'uvre entire de ,verlaine1 l'inspiration est tout fait ingale4 ,des pomes sublimes y alternent avec des morceaux d'une insigne faiblesse4 ,prions donc pour ,verlaine en nous rappelant sa plainte et sa requte dans la dernire strophe de l'admirable ,chanson du pauvre ,gaspard3 ,qu'est-ce que je fais en ce monde8 ,suis-je n trop tt ou trop tard8 ,o vous tous1 ma peine est profonde3 ,priez pour le pauvre ,gaspard6444 99 99 99 99 99 ,il y a des potesses4 ,je t'ai dj dit1 je crois1 combien cette varit de la gent-de-lettres me paraissait encombrante4 ,le pire1 notre poque1 c'est qu'elles se croient une mission4 ,elles se hissent volontiers sur un pidestal d'o1 taquinant d'un doigt fbrile une guimbarde chevele1 elles poussent des cris aigus et peu rythmiques pour revendiquer l'mancipation de la femme4 ,leurs vocalises proclament qu'elles entendent vivre leur vie en beaut4 ,cela signifie1 en bon franais1 qu'elles tiennent les prceptes de la religion et les lois de la pudeur pour d'enfantins prjugs4 ,et aussi1 cela veut dire que1 pour elles1 le comble de la posie c'est de montrer les parties obscnes de son me1 sans feuille de vigne1 tous les passants comme les ballerines d'opra montrent leurs jambes aux vieillards libidineux du parterre4 ,au vrai1 si l'on prte l'oreille une minute aux confidences hontes de ces dames en folie1 on ne peut s'empcher de les comparer des cavales hennissantes1 lches travers prs et galopant1 sans licol ni frein1 la poursuite de l'talon4 ,dire que beaucoup sont maries6444 ,te reprsentes-tu leur mnage8 ,pour moi1 je songe1 avec angoisse1 aux hiatus lugubres qui dshonorent les chaussettes de leurs maris4 ,je plains ces infortuns vous aux pot-au-feu anmiques que leur confectionnent des cuisinires insuffisamment surveilles1 tandis que ,madame gambade4 ,il arrive plusieurs de ces ,muses effervescentes de clbrer1 par ou-dire1 les ombelles dlicates du cerfeuil1 la rotondit puissante des citrouilles et toutes les gloires du potager4 ,mais je gage qu'elles seraient incapables d'plucher un oignon ou de distinguer une escarolle d'une laitue4 ,si tu m'en crois1 tu te garderas d'ouvrir les volumes o les rigones de la posie contemporaine talent ainsi leurs appas peinturlurs de fards divers4 ,tu ne liras pas non plus les articles o les gardiens du srail1 qui les encensent1 donnent pour des traits de gnie les carts de leur temprament4 ,ce n'est pas sur les trteaux de la rclame que tu dcouvriras une femme dont les vers te puissent mouvoir d'une chaste motion4 ,c'est1 loin des salons tapageurs1 une vierge mi-voile dont les pomes de pnombre1 refltant des toiles discrtes1 murmurent comme une source trs limpide1 sous la mousse et les pervenches1 au fond des grands bois4 ,celle-l1 les reporters ne lui prennent pas d'interview444--,excuse cet horrible jargon3 il s'apparente au dialecte cosmopolite dont les dames suggres ci-dessus usent en leurs odes incohrentes au ,mle4--,celle-l1 aucune revue1 en faveur auprs des snobs1 ne publia son portrait4 ,je ne saurais dire la couleur de ses cheveux ni la nuance de ses prunelles4 ,j'ignore si1 depuis la publication de ses vers1 elle a contract mariage4 ,mais1 dans ce cas1 je tiens pour assur qu'elle tient trs bien son mnage3 car elle est une vraie fille de l'glise4 ,il s'agit de ,jeanne ,termier4 ,lon ,bloy--contre sa coutume--n'a pas exagr quand il crivit1 dans la prface qu'il lui donna pour son unique recueil3 ,c'est une jeune fille de vingt et un ans et son volume1 ,derniers ,refuges1 a t l'un des beaux tonnements de ma vie4 ,depuis ,verlaine1 je n'avais rien lu de pareil et je ne croyais pas que cela ft possible#ad444 #ad ,,jeanne ,,termier1 ,derniers ,refuges1 #a vol41 chez ,bernard ,grasset1 diteur4 ,il a raison3 depuis ,verlaine1 on n'avait rien lu de pareil4 ,en gnral1 lorsqu'une jeune fille se mle de rimer1 elle imite1 avec plus ou moins d'adresse1 quelque pote dont le talent l'impressionna4 ,ou bien elle assemble des strophes fadasses1 peuples de ,vierges anmiques et de ,petits-,jsus rostres1 qui rappellent les plus curants produits de l'imagerie religieuse4 ,ici1 nulle mivrerie3 une sobrit d'expression qui n'exclut pas la vigueur4 ,c'est intense en dedans4 ,et la russite est d'autant plus saisissante que les sujets traits dans ces vers n'voquent que des figures baignes des clarts diffuses d'un crpuscule d'automne ou marchant1 pas assourdis1 dans une brume mystrieuse4 ,sont-ce des fantmes8 ,sont-ce des vivants8 ,en tout cas1 ce sont les symboles mme des mditations d'une me que l'norme souffrance qui pse sur le monde emplit de tristesse et d'effroi4 ,jeanne ,termier a expos la gense de son inspiration en une page de prose qu'il faut absolument citer1 car elle donne le sens de ses pomes d'une faon si pntrante que toute analyse ne pourrait qu'en affaiblir la porte4 ,voici3 ,parfois1 en des foules de plerinage o des cierges vacillent1 o l'on voit des visages et des mains luire doucement dans la nuit des vtements de misre--ils viennent1 cherchant des tapes4 ,ils restent appuys1 dans l'ombre1 aux murs des basiliques sonores de cantiques4 ,et1 parmi ceux qui passent au rythme des processions lentes1 les uns jugent3 ,ce sont des orgueilleux qui veulent se diffrencier ou se faire comprendre4 ,d'autres songent1 effleurs d'anxit3 ,peut-tre qu'ils ne savent comment vivre8 ,mais tous1 n'avons-nous pas travers de semblables heures8 ,y a-t-il une seule me qui ne se torde d'angoisse et ne sanglote lamentablement dans les bras de quelque pauvre rve4448 ,seulement1 toutes les souffrances ne se ressemblent pas4 ,les unes sont comme des enfants sages qu'on vient prendre par la main1 pour les emmener1 quand quelqu'un meurt dans la maison4 ,elles s'endorment et se tranquillisent4 ,eux1 leur souffrance est une vierge folle que personne n'a jamais console4 ,passionnment1 ils ont vcu toutes les morales4 ,ils ont cru qu'il fallait tre soi1 et follement ils ont tent de se suffire1 ne cherchant que l'affirmation de leur tre dans l'amour ou dans la piti4 ,puis1 s'tant dpasss1 ils ont voulu vivre pour les autres4 ,formule incomplte et transitoire6444 ,alors1 il leur fallut trouver ,dieu ou mourir4 ,ils ont cherch ,dieu1 et non plus par la seule intelligence1 fume bleue du trpied que renverse l'angoisse de l'me4 ,ils ont cherch ,dieu par la vie1 par toutes les vies puisque1 par l',amour enseigns1 ils taient devenus l'ardeur1 la faim1 la misre de toutes les vies4 ,et la morale chrtienne leur apparut1 morale si haute qu'aucune vie ne l'exprima jamais1 morale de la hte o toujours quelque chose de plus grand reste faire444 ,mditez ces phrases1 sombres et sereines la fois1 charges de mlancolie grandiose comme une sonate de ,beethoven4 ,ames d'oraison1 vous y reconnatrez la ,beaut mystique4 ,c'est donc la marche douloureuse d'anxieux plerins en qute de ,jsus1 travers les campagnes mornes et les villes enfumes d'une terre o mme les ,pauvres se dtournent de l',amour ternel4 ,la maison de leur enfance leur sera revche2 les faubourgs bruyants les rejetteront2 les auberges des villages ne leur seront pas accueillantes4 ,ils se sentiront affreusement solitaires4 ,alors3 ,il leur restera dans des trains noirs de misres1 ,de fredonner la manire des enfants1 ,de se bercer avec des airs confus et lents ,o flotte la douceur des pitis populaires4 ,il leur restera la ,musique o les rves las ,se tranent1 oublieux des tapes malsaines1 ,comme des blesss hallucins sur des plaines1 ,par la rouge splendeur d'un soleil large et bas4 ,mais ni les rythmes1 ni la grande ,nuit pensive1 ,ni les refuges clairs o d'autres vont s'asseoir1 ,ni la ,mort--qu'autrefois ils s'effrayaient de voir ,cheminer ct de l',amour1 attentive1 ,et qui devait1 plus tard1 tre pour ces errants1 ,entre les arbres noirs de l'incertaine voie1 ,la figure altre et ple de la joie1-- ,ni la ,mort ne pourra les retenir longtemps4 ,il leur faut la ,lueur inconnue et vivante ,qui vient parfois des frontires de l',ame sur ,la ,vie444 ,il leur faut ,dieu pour tout l'abme obscur ,qu'agrandissent en eux la terreur et l'attente4 ,or ils prolongent la recherche presque dsespre de ce ,dieu qui les environne pourtant1 cach dans cette lumire blouissante dont saint ,jean de la ,croix nous affirme qu'elle est une nuit obscure pour les mes en voie de purification vers l',absolu4 ,ils ttonnent sur des quais balays de silence et de vent2 ils coulent des jours tirs comme des sarments ples1 ,entre les vains efforts o notre me se perd4 ,ils grelottent1 en larmes1 sous la nuit de dcembre3 ,la nuit lugubre de cinq heures1 l'trangre ,qu'accompagnent1 quand elle passe entre les toits1 ,les regards envieux des lampes de misre1 ,captives des vivants dans les logis troits2 ,la nuit ple qu'on voit fuir le long des faades ,dans sa dtresse convulsive1 et qu'on entend ,pleurer1 quand sur le bois pourri des palissades ,s'acharne la colre effrayante du vent4 ,alors le pote a peur que nul ne vienne plus jamais secourir ces dlaisss4 ,il demande3 ,est-ce qu'ils vont se rchauffer dans l'ombre paisse8 ,est-ce qu'ils ne sont pas trop raidis et glacs8 ,est-ce qu'ils vont mourir de n'tre plus bercs1 ,sans que personne1 en se penchant les reconnaisse8 ,non1 les chercheurs de ,jsus toucheront le but aprs bien des tortures1 bien des incertitudes1 aprs les pieds lacrs par ces silex qui jalonnent les routes de la ,vie1 sems l par les dmons aux yeux ternes de l',orgueil et de la ,sensualit4 ,et pourtant3 ,il faudra bien qu'un soir1 aux limites du monde1 ,aux limites de l'me parse1 ils la devinent ,cette ,lueur qui fait la vie humble et fconde1 ,cette ,lueur pareille l'aube des collines4 ,il faudra bien que1 saouls de misre insense1 ,aveugles1 ignorant le chemin parcouru1 ,emportant1 comme un pain de pauvres1 leur pense1 ,ils trbuchent sur ,dieu dans la nuit apparu4 ,tel est1 trop sommairement prsent1 ce volume4 ,offrez le mme sujet l'un de ces rhteurs blafards ou mignards qui encombrent la posie1 quels dveloppements de bavardages il en tirera6 ,que de prosopopes geignardes6 ,que de fleurs d'autel en papier peint outrageant la saine nature6 ,ici rien de semblable3 mais des images aussi imprvues qu'exactes2 aucune rhtorique mais l'effusion profonde de la sainte ,piti4 ,c'est pourquoi je vous dis que c'est l du grand art catholique4 ,je vous dis que c'est un chant d'orgue dans une cathdrale aux lampes d'oraison4 ,je vous dis que ,jeanne ,termier est un pote#ae444 #ae ,j'aurais pu relever1 et l1 dans ces pomes1 des gaucheries1 des inexpriences1 des trous dans le rythme4 ,a quoi bon8 ,l'ensemble est d'une qualit rare4 ,cela suffit4 99 99 99 99 99 ,j'avise1 sur les rayons de la bibliothque1 d'autres recueils de vers4 ,je les prends1 je les ouvre au petit bonheur1 je les feuillette2--je bille et je les remets en place444 ,qu'une poussire bnvole les couvre4 ,que l'araigne tisse sa toile entre les gardes3 de longtemps je ne troublerai son industrie4 ,pourquoi existe-t-il tant de rimeurs qui savent le mtier1 qui pondraient1 sur commande1 du symbolisme1 du naturisme1 voire du dadasme ou des logogriphes mallarmens8 ,leur virtuosit strile1 leur empirisme dnu d'me ne sauraient nous mouvoir4 ,ah6 plutt qu'un merle factieux leur siffle3--,vous n'irez plus au bois3--les lauriers sont coups2 et que ces rhapsodes se taisent444 ,enfin1 j'aperois les volumes de ,louis ,le ,cardonnel#af4 ,ici nous nous arrterons1 car il ne s'agit plus de ces clowneries dsosses o1 sous prtexte d'assouplir les rythmes1 d'ternels apprentis--qui se croient des ,matres--rduisent la forme l'tat de poussire amorphe4 #af ,,louis ,,le ,,cardonnel1 ,pomes1 ,carmina sacra1 #b volumes1 librairie du ,mercure de ,france4 ,dans les vers de ,le ,cardonnel1 on admire des cadences disciplines par un art sr de soi4 ,ce ne sont pas des sensations troubles1 vagies par de jeunes vieillards1 qu'on y cueille1 mais des penses hautes qui embaument notre mditation1 semblables de grandes roses1 cultives par une fille de ,sainte-,claire1 sous les arceaux svres d'un clotre ombrien4 ,vous dites que ,le ,cardonnel pche par abus des procds oratoires8 ,il se peut1 en effet1 qu'il y ait quelque verbalisme dans les moins bienvenus de ses pomes4 ,mais comme1 plus souvent1 le sentiment se concentre et1 pntr de la sve catholique1 s'panche en des strophes d'une sonorit grave et dont l'loquence ne doit rien aux rhtoriques artificieuses6 ,seul un contemplatif1 comprenant1 aimant les cruauts saintes et les splendeurs du ,sacrifice1 a pu crire les vers suivants3 ,a ,,celle ,,qui ,,va ,,faire ,,ses ,v,,ux ,demain les glas sacrs annonceront tes vux1 ,o toi qui vas t'offrir1 en un chaste offertoire1 ,pour tre1 en ce couvent1 colombe expiatoire4 ,l'an se meurt1 o tu vins immoler tes cheveux1 ,palpitante l'attrait des gloires pressenties1 prise de souffrir plus que les repenties4 ,novice1 l'an s'efface o tu balbutias ,ta promesse premire aux saintes fianailles3 ,sur le seuil de l'poux maintenant tu tressailles4 ,par le matin bercs1 les grands acacias ,dans le grave jardin pandront de leur neige ,sous les pas de l',abbesse et du claustral cortge4 ,et le cortge pur t'emmnera1 chantant ,des proses de candeur par les longues alles1 ,puis les grilles1 ma ,sur1 sur tes jours blancs scelles4 ,ils diront que ta vie est un morose tang1 ,mais tu seras la sainte en flamme qui s'lance1 ,radieuse d'avoir pous le ,silence4 ,comme tous les contemplatifs1 ,le ,cardonnel est dou d'une extrme sensibilit4 ,aussi1 les sensations pres ou douces que lui apportent les saisons1 suscitent-elles en lui tout un peuple d'images lyriques qui se colorent de teintes joyeuses ou funbres4 ,mais la nature n'est pas seulement le dcor de ses rves4 ,sachant que1 comme le dit ,baudelaire1 l'homme y passe travers des forts de symboles1 il la spiritualise4 ,soit qu'il souffre de ses rigueurs1 soit qu'il jouisse de ses sourires1 il y voit le miroir o se reflte la face de ,dieu4 ,de l1 par exemple ce pome3 ,,fin ,d',,automne ,un bel automne1 encor1 dans l'abme se couche3 ,la vendange est finie et l'arrire-saison1 ,a travers les champs nus1 que bat le vent farouche1 ,nous ramne attrists vers la triste maison4 ,sans gloire l'occident1 lui-mme le jour tombe1 ,sur les coteaux blmis pse le firmament3 ,l'espace qui frissonne est froid comme une tombe2 ,tout n'est que monotone vanouissement4 ,ah6 comme en leur dclin les choses sont amres6444 ,dans la campagne vide o l',autan noir se plaint1 ,nous sentons la nature et la vie phmres3 ,le pntrant dgot du cr nous treint4 ,de svres pensers avec le soir descendent2 ,et toi seule1 clart de l'ternel ,amour1 ,immuable1 malgr ces ombres qui s'tendent1 ,tu brilles dans la mort de l'automne et du jour444 ,sat prata biberunt3 restons sur cette impression de beaut mlancolique et religieuse qu'un excellent pote nous octroya4 ,,note4 ,peut-tre qu'une antipathie de nature me rendit trop svre pour ,pguy4 ,si l'on en juge ainsi1 qu'on lise1 en compensation1 le livre de ,m4 ,pierre ,lasserre3 les ,chapelles littraires 7#a vol4 chez ,garnier74 ,on y trouvera1 sur ,pguy et d'autres1 un modle de critique objective et qui met au point444 bien des choses4 ,j'y reviendrai ailleurs4 ,,lettre ,x ,,lectures 7prose74 ,paulo minora canamus444 ,car1 aprs tout1 la prose1 mme d'une forme accomplie1 ne vaudra jamais les beaux vers4 ,si l'on demandait3--,quel est1 l'heure prsente1 le prosateur catholique qui nous accorderons la palme8 un chur de vieilles dames et de jeunes demoiselles1 amies d'une religion modre1 plaant leur livre de caisse au mme rang que leur paroissien1 rpondrait tout de suite3--,anselme ,chambry4 ,eh bien non6--,m4 ,anselme ,chambry est un notable ngociant qui s'entend1 comme pas un1 fournir de morale mitoyenne sa clientle bien pensante4 ,ayant pris1 en solde1 le fond de commerce de la maison ,jorjonet1 il tient boutique de camelote en peluche et en simili-bronze4 ,c'est bleutre1 c'est gristre2 cela transporte d'admiration force dactylographes sentimentales et un grand nombre de rentires qui aiment enguirlander leur th de cinq heures de quelques myosotis dcoups dans de la percaline4 ,a merveille3 cela ne gne personne4 ,un ,chambry est ncessaire pour inculquer la ,bourgeoisie le sentiment qu'elle ralise la perfection4 ,celui-ci fermerait son bazar qu'il faudrait immdiatement lui trouver un successeur4 ,car1 je vous le demande1 que deviendrait le ,tiers-tat si on le frustrait de ce petit morceau d',idal--sans emballement--dont il aime se poisser le cur entre deux oprations de ,bourse8 ,notre ,allobroge1 tant dou d'un style en caramel mou1 le lui procure pour un prix relativement modique4 ,l',acadmie approuve2 et le gros public en redemande4 ,encore une fois1 tout cela va trs bien4 ,seulement1 les crivains--personnages acaritres--ne reconnaissent pas ,m4 ,anselme ,chambry pour un des leurs4 ,leur opinion1 sur son compte1 peut se rsumer en cette brve anecdote dont tu me permettras de te faire part4 ,cte cte sur une plateforme de tramway1 le philosophe lyonnais ,j4 ,s4 et moi1 nous allions vers ,perrache4 ,comme nous enfilions une rue1 longue mais ne prsentant aucun caractre particulier1 ,s4 me dit soudain3 ,lorsque ,m4 ,chambry se retirera des affaires1 aprs fortune faite1 c'est de ce ct qu'il devrait lire domicile4 --,et pourquoi8 demandai-je1 un peu surpris4 ,s4 me dsigna1 de l'index1 une plaque indicatrice l'angle de la place ,antoine-,vollon2 je lus3 ,rue du ,plat444 ,et je gardai un silence bourr d'approbation#ag4 #ag ,il y a quelques mois1 ,chambry reut l'autorisation de porter un chapeau plumes et de broder son habit avec du persil1 sous ce prtexte que ,jules ,lematre tait mort et enterr4 ,or rencontre bizarre3 ,lematre excuta jadis1 en un article clbre1 l'uvre flasque de ,jorjonet4 ,et voici que ,chambry1 succdan de ,jorjonet1 vient de publier un loge de ,lematre6--,des experts au got mouss comparent cet opuscule un vin de ,bordeaux gnreux4 ,mais les vrais connaisseurs n'y dcouvrent qu'une piquette vente4 99 99 99 99 99 ,heureusement1 personne n'est forc de lire du ,chambry4 ,loin des rgions o ce triomphateur rgne l'tat endmique1 le vritable art catholique se manifeste en des livres qui1 sans prches assoupissants1 sans effusions papelardes1 peuvent susciter ou entretenir en nous un zle viril pour ,jsus-,christ4 ,entre autres1 ceux d'mile ,baumann4 ,vous vous rappelez l',immol1 ce drame de conscience1 cet acte d'un martyr contemporain1 cette relation poignante des luttes d'une me qui se voulait sainte et que les dmons de la sensualit attaqurent d'une faon formidable4 ,elle vainquit1 mais au prix de son sang vers pour l'glise4 ,or certains critiques1 ns dans le clan ,talpa1 estiment que les crivains serviteurs de l'glise doivent ne publier que des volumes uniquement propres dulcorer les jeunes filles du catchisme de persvrance4 ,quand parut l',immol1 ils se rcrirent1 se voilrent la face et prononcrent cette sentence quivalant une condamnation sans appel3 --,cela ne peut pas tre mis entre toutes les mains6 ,ces pudibonds effarouchs sont cause de toute une littrature difiante1 blanche jusqu' la chlorose et qui donne maints jouvenceaux et jouvencelles l'envie vhmente de lire en cachette les ouvrages dfendus4 ,il est assez comprhensible que se voyant servir1 tous les repas de son intelligence1 un horrible mlange de bouillon de veau et de sirop d'orgeat1 cette jeunesse rve de piments et de moutardes illicites4 ,rien de pareil dans l',immol1 uvre austre4 ,seulement voil3 il y est trait d'une liaison coupable4 ,et lesdits critiques nourrissent la folle ambition de faire croire leurs lecteurs que jamais1 au grand jamais1 un catholique g de vingt ans ne s'prit d'une gueuse4 ,cette drobade devant la ralit1 trop frquente dans les milieux pratiquants1 cette tactique peureuse1 je les compare la sottise de l'autruche qui se cache la tte dans un tas de sable pour ne pas voir le pril4 ,mais1 grce ,dieu1 tout le monde ne pense pas ainsi4 ,la preuve1 c'est que l'autre jour1 un excellent prtre1 qui confesse beaucoup de jeunes hommes1 me disait3 ,l',immol est un livre salutaire4 ,j'en ai conseill la lecture plusieurs de mes pnitents et j'ai eu me fliciter de son influence sur eux4 ,au point de vue de la psychologie1 ce roman donne1 en effet1 aux esprits1 susceptibles de rflchir et de comparer1 cette sensation du vrai qui est la marque unique d'une uvre de valeur4 ,une telle qualit jointe la vigueur colore du style valut ,baumann le suffrage des lettrs4 ,mais n'oublions pas qu'une considrable portion de la ,bourgeoisie catholique n'aime pas du tout qu'on lui apporte la vrit4 ,quant au grand style vocateur ils le jugent3 une inconvenance4 ,il leur faut ,chambry1 vous dis-je6 ,d'autres ouvrages1 qui tenaient les promesses de ce beau dbut1 suivirent4 ,ce rcit de plerinages3 ,trois villes saintes1 o l'motion mystique plane1 autour des sanctuaires du ,cur d',ars1 de l'aptre saint ,jacques et de l'archange saint ,michel1 comme un aigle empourpr du soleil de la ,grce illuminante4 ,un second roman1 la ,fosse aux lions1 fcheusement dcousu quant la composition1 mais o abondent des scnes de murs d'un intrt angoissant et de pntrantes descriptions de paysages vendens4 ,la tragdie de famille qui se joue en ce livre prendra au cur tout croyant1 car elle met en scne des conflits d'influences surnaturelles faits pour lui remuer l'me jusqu'au trfond4 ,j'aime moins la ,paix du septime jour4 ,ce n'est pas que cette mditation lyrique sur la guerre expiatrice dont nous sortons peine ne contienne des passages remarquables4 ,mais elle dvie1 avec trop de complaisance1 vers des hypothses d'ordre plus ou moins apocalyptique1 dont l'origine semble peu sre4 ,enfin voici le ,baptme de ,pauline ,ardel1 manire de chef-d'uvre sur lequel je m'tendrai davantage#ah4 #ah ,le ,baptme de ,pauline ,ardel1 #a vol4 chez ,bernard ,grasset1 diteur4 ,il s'agit d'une jeune fille1 orpheline de mre1 pas baptise1 leve dans l'incroyance par un pre qui1 quoique de famille catholique et fervente1 a perdu la foi depuis son adolescence4 ,universitaire infatu de la science1 possd de l'esprit d'orgueil1 souponneux au point d'avoir rompu toutes relations avec son frre1 prtre1 qu'il accuse1 tort1 d'avoir capt l'hritage d'une parente1 ,m4 ,ardel appartient cette catgorie d'athes qui ne se cantonnent pas dans l'indiffrence4 ,son hostilit contre l'glise ne cesse de se prouver militante4 ,trop intelligent et trop cultiv pour imiter le bas anticlricalisme injurieux des ,loges1 il ne laisse passer1 cependant1 aucune occasion d'affirmer qu'il tient l'tat d'me religieux pour un stade de l'volution jamais dpass4 ,et il monte1 avec soin1 la garde autour de ,pauline afin qu'elle n'en subisse pas l'influence4 ,ainsi forme1 la jeune fille partage1 comme il tait fatal1 les opinions paternelles4 ,le fait est pos nettement ds le premier chapitre o ,baumann nous montre ,m4 ,ardel1 rcemment nomm professeur d'histoire ,sens et visitant avec elle la cathdrale4 ,deux citations prciseront leur faon de voir au cours de leur dambulation sous les votes vnrables3 ,dans l'abside pend la muraille nue un ,christ en bois d'un jaune bruni1 coiff de sa couronne lamentable4 ,des cheveux confus se collent le long de ses joues et sur sa poitrine2 chacune de ses ctes parat dire3 comptez-moi4 ,ses bras dcharns sont raidis2 les rotules de ses genoux et les os de ses jambes1 incurvs comme des baguettes1 distendent sa peau4 ,tout ce que peut souffrir la chair de l'homme s'est rsum dans ce cadavre et dans sa tte incline1 indiciblement meurtrie4 ,pauline fut affecte d'une piti vague mais plus encore d'une rpulsion3--,est-ce possible1 se dit-elle1 que d'un affreux supplici on ait fait un ,dieu6444 ,pour le professeur1 voici3 ,les vpres commencent4 ,m4 ,ardel battit en retraite2 le chant des psaumes l'et ennuy4 ,pauline et lui sortirent par le portail de ,mose2 un aveugle fit tinter inutilement sa sbille o dansaient des sous rares4 ,le professeur1 respirer hors de l'glise1 sentit une lgre satisfaction3--,leurs cathdrales1 nona-t-il1 ne sont que des ncropoles2 tout y est bien mort444 ,plus tard1 le pre et la fille se promnent dans la campagne4 ,ils y rencontrent le professeur de dessin du lyce1 ,m4 ,rude accompagn de ses trois enfants3 deux filles1 ,marthe et ,edme1 un jeune homme d'une vingtaine d'annes1 ,julien4 ,les deux pres causent1 assez d'accord sur l'art1 aux antipodes l'un de l'autre sur la faon de concevoir l'existence4 ,les ,rude sont d'ardents catholiques4 ,les ,ardel ne l'ignorent pas et1 quoiqu'ils apprcient la culture et les gots artistiques de cette famille1 ils s'tonnent qu'elle y joigne des habitudes de superstition4 ,la conversation des enfants montre combien1 malgr des points de contact1 ils sont1 quant la vie profonde de l'me1 loigns les uns des autres3 ,pauline entretenait ,edme de leur peine trouver une domestique et du logis o ils taient encore assez mal installs4 --,votre rue me plairait1 observa ,edme1 parce que l'glise est deux pas de chez vous4 ,pauline1 aprs un cours intervalle1 rpondit3--,nous n'avons que faire d'une glise4 ,mon pre n'est pas croyant ni moi non plus444 ,elle regarda ,edme1 aperut dans ses yeux affables une dsillusion subite2 et pourtant elle ne regretta point de l'avoir avertie sans rticence4 ,une pointe d'orgueil avivait sa franchise3 si ,edme la voulait pour amie1 elle l'accepterait comme elle tait4 ,mais ,julien1 deux pas derrire1 mit d'une voix paisible et pntrante3 --,si vous saviez quel don c'est de croire6 ,elle tourna la tte et riposta durement3--,ce don-l m'est aussi tranger que les chimres d'un fumeur d'opium4 ,julien se rapprocha3 bien qu'une motion vibrt dans sa gorge1 il se maintenait calme au dehors3--,des chimres6 ,pour les aveugles-ns1 le soleil aussi est une chimre1 ou le serait s'ils ne croyaient en ceux qui voient4 --,c'est possible1 trancha ,pauline1 je suis une aveugle-ne444 ,il semblerait d'aprs cette rencontre1 o les convictions diffrentes se froissent comme les pes d'un duel que nulle entente ne sera possible entre des mes aussi en dsaccord4 ,pourtant ,pauline s'prendra de ,julien4 ,et1--ce qui est trs bien observ1 femme et donc tre de sentiment1 l'amour humain va la conduire l'amour de ,dieu4 ,cette prsentation des personnages en conflit1 ramasse avec sobrit en un seul chapitre prouve de la matrise4 ,je ne commente pas dans le dtail la suite du livre4 ,on y voit comment ,pauline1 peu peu attire vers le jeune chrtien1 sent s'effriter ses prventions contre la foi catholique4 ,trs habilement1 ,baumann a su se garder d'un didactisme pdant4 ,le ton des controverses entre les deux amoureux est celui de la causerie4 ,et mme au moment le plus pathtique1 aprs que ,julien a offert1 en secret1 sa vie pour la conversion de ,pauline1 lorsque exauc1 il va mourir et que sa fiance souffre son chevet d'agonisant1 la scne est dcrite avec une retenue d'expression qui en renforce la porte4 ,je citerai la fin du chapitre4 ,julien sent la mort toute proche et rassemble ses forces pour faire ses adieux l'entourage plor4 ,il les embrassa tous1 comme un voyageur qui s'en va4 ,l'effort qu'il venait d'accomplir l'extnuait2 il referma les paupires et parut sommeiller un instant2 mais il se recueillait1 ayant dire autre chose et1 brusquement1 il se souleva3 --,ardel1 promettez-moi444 jurez-moi444 ,pauline veut tre chrtienne1 vous ne l'empcherez pas8 --,mon ami1 je le jure1 rpondit ,ardel sans hsiter4 --,pauline1 donnez-moi votre main444 ,je suis avec vous444 ,au revoir444 ,il parlait de loin et de haut1 dj libr de ses liens corporels et il ne souffrait plus2 des bras compatissants l'enlevaient au-dessus des ombres de la terre4 ,il balbutia des mots qu'on pouvait peine saisir1 un dernier acte de foi et de repentance4 --,julien1 nous vois-tu8 demanda encore ,m4 ,rude4 ,les globes de ses prunelles devinrent vitreux2 sa bouche restait entr'ouverte1 sa langue claquait entre ses dents brillantes2 les phalanges de ses doigts tricotant dans le vide et se rtractant1 semblaient chercher ttons une porte invisible2 puis il se tourna sur le ct droit1 laissant aller sa tte1 pour s'endormir comme un enfant dans le baiser du ,seigneur444 ,pauline alors est conquise3 cette mort1 par sacrifice pour le salut de son me1 achve de lui montrer ,dieu4 ,enfin1 ce qui l'incline aux dmarches ncessaires pour son entre dans l'glise1 c'est la lecture d'un carnet o ,julien avait coutume de noter quelques penses au jour le jour4 ,en voici quatre des plus significatives3 ,la preuve la plus assure de l'amour1 c'est de conserver dans la souffrance la volont de souffrir4 ,celui-l seul abolit la douleur qui consent la prendre toute en soi4 ,plus j'aime ,dieu1 plus je veux que tous l'aiment avec moi4 ,ma souffrance1 c'est que je ne puis le faire voir tous4 ,mriter l'me de ,pauline4 ,souffrir pour elle4 ,je l'aime trop1 ,dieu1 pour qu'elle reste spare de vous4 ,c'est en mditant ces phrases1 en s'imprgnant de leur vertu que ,pauline va au baptme4 ,baumann est un trop bon observateur de la ralit pour ne pas nous montrer1 en contraste avec la famille si conforme au cur de ,jsus des ,rude certaines mes difformes1 badigeonnes de dvotion1 comme il s'en rencontre malheureusement dans l'glise4 ,celle-ci par exemple3 ,il y avait1 au bout de la rue1 dans une maison dcrpite1 qu'elle louait presque en entier1 une vieille fille riche et sordide3 ,mlle ,crpin4 ,pauline la voyait passer tous les matins1 allant la messe de sept heures1 ratatine sous une plerine noire1 coiffe d'une capote de forme archaque et marchant en zigzag comme si elle cherchait1 entre les fentes des pavs1 des louis d'or perdus4 ,mlle ,crpin1 qui passait pour millionnaire1 accroissait son revenu par des spculations habilement conseilles4 ,elle participait la fureur d'agiotage dont tait possde cette petite ville de rentiers oisifs444 ,elle se mlait d'uvres charitables mais appliquait au bien des pauvres les principes qu'elle suivait pour le sien propre2 elle plaait l'argent recueilli leur intention et mme si elle les savait dans les plus affreuses ncessits1 elle les rationnait en aumnes et mme ne laissait fuir de leur capital que des bribes drisoires444 ,elle revenait souvent du march avec trois navets dans son cabas en se lamentant de ce que la vie devenait impossible4 ,elle passait l'hiver sans feu1 se chauffait les mains sur le couveau o cuisait son potage4 ,quand elle n'tait pas l'glise1 elle comptait ses coupons ou s'occupait de faire rentrer ses loyers4 ,et1 une fois1 en grimpant une soupente pour sommer d'en dguerpir le locataire qui l'habitait1 elle avait failli se rompre le cou6 ,quelle mordante eau-forte et combien vridique6 ,les timides qui prtendent que des portraits de ce genre nuisent la religion1 se figurent peut-tre que les incroyants sont aveugles et qu'ils ne s'aperoivent pas des difformits qui contaminent l'assemble des fidles4 ,allez1 bons tardigrades1 ce n'est pas la mise en lumire de ces tares qui empchera une me en peine de ,dieu de se convertir4 ,ce qui retarderait son adhsion la ,vrit unique1 ce serait plutt la lecture des bouquins fleuris d'illusions o des scribes par trop optimistes tentent de se persuader que le catholicisme contemporain est un rceptacle de toutes les vertus thologales et autres4 ,or il s'en faut6444 ,ce qu'on admire aussi chez ,baumann1 c'est son sentiment profond de la nature4 ,dans ce livre1 comme dans les prcdents1 il s'exprime en des descriptions des mieux russies4 ,voyez ce matin de beau temps en hiver3 ,pieds nus1 ,pauline ouvrit les volets de ses deux fentres4 ,l'aube grelottait sur le toit d'en face1 gris de givre2 le ciel d'acier ple1 d'un rose diaphane l'orient1 prsageait un jour splendide4 ,l'air aigu1 des ablutions froides et l'espoir du soleil montant1 la mirent en gaiet4 ,le soleil tait son idole3 lorsqu'il se montrait1 les vitres de sa chambre flambaient comme des vitraux2 il se prlassait jusqu' trois heures aprs-midi contre la maison2 le mur le buvait par toutes ses pierres et la vigne par tous ses sarments4 ,et cette fine aquarelle impressionniste3 ,sous les arches du pont1 l',yonne glissait d'un mouvement presque insensible2 la ligne oblique des coteaux l'arrtait ainsi qu'un tang2 les formes brunes des nuages1 les ombres masses des toits et des peupliers figeaient le courant opaque4 ,un canot descendait et chaque fois que les rameurs levaient leurs rames1 un peu de ciel blanc luisait entre leurs bras car le crpuscule s'attardait encore sur les collines4 ,il y a aussi une course en plaine1 par temps de neige1 symphonie en blanc et noir d'une profonde beaut444 ,bref1 lorsque vous aurez allum votre feu avec les uvres compltes d',anselme ,chambry1 remplacez-les1 dans votre bibliothque1 par les livres d'mile ,baumann4 ,quand vous prouverez de la joie les relire1 ce sera le signe que vous comprenez enfin le vritable art catholique4 99 99 99 99 99 ,je continue explorer mes livres4 ,j'en ouvre un encore1 l'aventure1 et je lis ceci3 ,le soleil1 travers les branches1 versait sous bois une averse d'or rouge4 ,par moments on voyait le haut des collines tout empourpr4 ,la fort anxieuse sentait mourir en elle le soleil et la vie4 ,des millions de touffes d'herbe agitaient vers lui leurs bras souples4 ,les gros oiseaux s'effaraient4 ,dj les merles1 avec un air de peur fanfaronne1 avaient gliss mi-hauteur des baliveaux vers les parties les plus fourres du bois4 ,les dernires grives s'agitaient en criant la pointe des chnes4 ,c'tait l'heure des chants menus qui dcroissent4 ,les bouvreuils qui voyagent en mars1 les pinsons1 les verdiers qui ont jen l'hiver1 sifflaient mais sans changer leur chanson du jour1 avec la confiance que demain serait bon1 serait meilleur encore444 ,ils se turent3 le soleil tait descendu au-dessous de l'horizon4 ,alors les derniers oiseaux dirent leur adieu au jour4 ,ce furent les rouges-gorges1 puis les msanges1 toute la tribu des fouilleuses de lichens1 des exploratrices d'corces1 petits paquets de plumes grises qui ne prennent point de repos tant qu'il y a de la lumire et dont le cri aigu achve la chanson des btes diurnes444 ,le jour se meurt de plus en plus sur la fort et je lis encore3 ,il faisait trs froid2 le vent avait dj bu sur les branches la tideur amasse pendant le jour4 ,il rebroussait les brindilles1 courbait les gaulis et leur arrachait une plainte monotone comme celle des vies pauvres4 ,l'odeur des feuilles mortes montait plus vive dans l'ombre4 ,au-dessus des branches1 les hauteurs du ciel taient ples et des toiles commenaient poindre4 ,en savourant ces lignes1 mon tre jamais sylvestre tressaille de nostalgie1 je revois ma chre fort de ,fontainebleau1 loin de laquelle je ne cesse de me sentir en exil4 ,et je remercie l'crivain qui me valut d'y revivre par le souvenir4 ,c'est ,m4 ,ren ,bazin4 ,et le livre relu1 c'est le ,bl qui lve1 uvre que l'arome de la ,terre maternelle imprgne d'un grand souffle vivifiant#ai4 #ai ,le ,bl qui lve1 #a volume chez ,calmann-,lvy1 diteur4 ,je ne vais pas feindre de vous rvler ,ren ,bazin4 ,de niais matrialistes le dprcient parce qu'il est chrtien4 ,mais quiconque joint l'amour de la nature l'amour de ,dieu gote son art nuanc1 contenu qui ne vocifre ni ne se plat aux peinturlurages violents4 ,cette rserve ne l'empche pas de restituer avec vracit les drames de passion qui agitent l'me des simples4 ,rappelez-vous3 ,donatienne1 la ,terre qui meurt1 l',isole4 ,ce sont des livres substantiels1 d'une observation trs exacte et qui n'exclut point la posie4 ,je m'attache surtout au ,bl qui lve cause d'une figure de rural3 ,gilbert ,cloquet qui synthtise on ne peut mieux les caractristiques de l'me paysanne notre poque4 ,tour tour cultivateur et bcheron1 foncirement honnte1 il a souffert durement par sa femme et par sa fille2 et la douleur l'affina4 ,comme les sources du sentiment religieux se sont presque taries en lui1 cette dviation de l'esprit d'quit qu'on nomme le socialisme le conquit et l'inclina quelque temps vers la haine et la rvolte4 ,puis la sottise et la cruaut des syndiqus qu'il recruta le dgotrent2 il se trouva tout fait seul dans l'existence jusqu'au jour o1 sur la proposition bnvole d'un boucher catholique1 par hasard rencontr1 il se dcide faire une retraite dans une maison de mission pour ouvriers et paysans4 ,l1 comme il est tout saignant des blessures que lui infligea l'existence et comme il a soif de consolations1 il ressuscite la foi4 ,les pages dcrivant le travail de la ,grce en ,gilbert sont parmi les plus belles du livre4 ,je veux absolument vous en citer un peu d'autant qu'elles montrent comment un vrai prtre sait parler aux humbles4 ,je ne sais si ,m4 ,bazin y rsume une allocution entendue par lui-mme ou s'il se borne transcrire un texte publi2 quoi qu'il en soit je les crois bonnes rapporter parce qu'elles biffent1 dans notre mmoire1 plusieurs sermons doucetres rcits avec nonchalance1 subis avec une rsignation qui n'allait pas sans billements4 ,dans le silence de la maison de retraite1 neuf heures et demie1 quand les lumires furent teintes1 et que1 tout le long des corridors1 dans les chambres1 les compagnons eurent commenc leur somme1 ,gilbert ,cloquet se ressouvint de ce qu'il avait entendu4 ,les phrases lui revenaient telles qu'elles avaient t dites1 avec leur accent1 avec la vie fraternelle et divine qu'elles enfermaient4 ,le prtre avait dit3 ,mon pauvre frre1 pourvu que tu le veuilles1 tu es riche4 ,ton travail est une prire et l'appel la justice1 mme quand il se trompe de temple en est une autre4 ,tu lves ta bche et les anges te voient2 tu es envelopp d'amis invisibles2 ta peine et ta fatigue germent en moissons de gloire444 ,dieu est la grande piti1 la grande bont4 ,il cherche toute me droite4 ,il a pardonn les aveuglements de l'esprit4 ,il a pardonn surtout les fautes du cur et des sens4 ,il n'a t svre que pour les hypocrites4 ,tous les autres1 il les attire lui4 ,dieu n'injurie pas4 ,son reproche tient dans un regard4 ,lve seulement les yeux1 mon frre et tu liras le pardon avant mme le reproche444 ,il avait dit encore3 ,vous avez un si mince bagage quand vous arrivez ici3 une valise en carton1 une paire de souliers1 une chemise au bout d'un bton4 ,mais le bagage de vrit que porte votre esprit est encore bien plus petit4 ,et ses voleurs ne se comptent pas4 ,savez-vous ce que je crois8 ,c'est que vous tes les prcurseurs1 les premiers appels des foules qui se lveront de partout1 redemandant leur ,ciel dont elles ont soif6 ,vous le demandez ,dieu1 vous6 ,les autres1 ils le demanderont aux hommes1 coups de fusil et d'incendies1 dans la rvolte1 les hurlements1 les ruines1 les blasphmes4 ,d'autres dtruiront ce qu'ils convoitent pour voir ce qu'il y a de plaisir dans l'abus de la puissance4 ,ils jetteront par les rues l'argent qui aurait d servir l'aumne4 ,ils auront tout--except ce qu'ils cherchent4 ,vous croyez que c'est le pain qui vous manque8 ,un peu4 ,mais le creux est plus profond4 ,c'est ,dieu qui vous manque4 ,priez-le avec moi444 ,tout cela qu'il avait entendu revenait ,gilbert dans le silence et pntrait le cur du bcheron4 ,couch dans son lit1 les yeux clos1 il n'avait jamais eu tant de penses la file1 tant d'lans de tendresse1 tant de regrets et de souvenirs qui luttaient les uns pour1 les autres contre ,dieu4 ,enfin il dit3 ,j'irai4 ,les larmes lui montrent aux yeux et elles coulrent doucement4 ,une heure matinale sonna4 ,sans savoir pourquoi1 il se mit genoux1 en chemise1 sur son lit et chercha quelque chose dire4 ,ne trouvant rien1 il fit un grand signe de croix4 ,c'tait la seule prire dont il se souvnt444 ,gilbert se confesse2 il communie4 ,et1 se gardant de semer de points d'exclamation son rcit1 usant d'une discrtion suggestive1 ,m4 ,bazin voque d'une faon parfaite l'influence salubre et persistante de l',hostie sainte sur cette me rachete de la colre1 de la luxure et de la rancune4 ,ce qui rend l'uvre entire de l'auteur du ,bl qui lve si sympathique c'est qu'on y trouve l'amour des humbles1--cette tendresse pour les simples qui est la marque de l'crivain vraiment catholique4 ,or1 ,bazin a fort bien dml que chez les hommes de la plbe1 les tcherons de la campagne comme les ouvriers des villes1 on rencontre des vertus dont les classes plus cultives1 bien qu'elles en affichent volontiers le simulacre1 ont trop souvent perdu le sentiment profond4 ,c'est pourquoi ,notre-,seigneur aime tant les pauvres4 ,c'est pourquoi ceux qui s'efforcent de marcher sa suite vivent1 d'inclination1 parmi eux4 ,d'autres crivains voudraient nous faire croire que cinquante mille francs de rente sont ncessaires la germination et au dveloppement de qualits suprieures dans les mes4 ,ils clbrent le ,marquis de ,carabas1 fabricien condescendant1 qui touche des jetons fructueux dans les conseils d'administration de socits financires et qui alimente au compte-gouttes le denier du culte4 ,ils adulent ,climne qui amalgame les fleuretages en socit de fainants bien vernis avec les pratiques d'une dvotion intermittente et--distingue4 ,a ces mes1 tides envers ,dieu1 ardentes envers l'or1 ,m4 ,bazin prfre videmment ,gilbert ,cloquet1 laboureur aux mains noires1 l'me blanche1 devenue de plus en plus lumineuse ds que son hrdit catholique1 stimule par la ,grce1 l'emporte sur cette forme du dsespoir matrialiste3 le socialisme4 ,mettons donc le ,bl qui lve et quelques autres livres de ,m4 ,bazin1 ns d'une inspiration analogue1 en bonne place parmi nos favoris4 ,et plaons ct les ,contes de ,bonne ,perrette1 recueil on ne peut plus attrayant4 ,ils y figureront avec plus d'avantage que ne le feraient les histoires pcheresses de ,m4 ,henri de ,froideflte1 rotique de banquise1 dont l'art me semble aussi excitant qu'une carafe frappe4 99 99 99 99 99 ,aimez-vous les brochures8 ,joseph ,serre en a mis partout4 ,sitt qu'une question religieuse1 susceptible de lui fournir prtexte tresser des guirlandes d'ides aussi souples que subtiles1 le sollicite1 il lance quelque opuscule bourr d'aperus ingnieux4 ,parfois1 il se conforme la plus louable orthodoxie4 ,parfois aussi1 fcheusement touch d'hglianisme1 il caresse l'identit des contraires au bord des gouffres o bafouille et clapote la mtaphysique allemande4 ,il a rfut l'hrtique ,loisy d'une faon premptoire4 ,mais il s'est plu auprs de ,lacuria1 prtre interdit qu'il canoniserait volontiers sous le nom de saint ,pythagore4 ,du reste1 ses intentions sont toujours droites4 ,chrtien zl1 son seul but c'est la glorification de notre mre l'glise4 ,mais il ne la sert pas toujours comme elle entend tre servie4 ,d'o1 des msaventures4 ,des roquets1 qui se disaient catholiques intgraux1 lui japprent aux talons4 ,cela n'avait gure d'importance1 lesdits gardiens de basse-cour s'tant rvls surtout les envieux de tout talent original4 ,chose plus grave1 des thologiens trs autoriss se virent dans la ncessit de l'avertir qu'il risquait de s'engager dans des voies prilleuses4 ,htons-nous de constater que1 fils obissant de l'glise1 il se soumit sans retard4 ,en rsum1 il y a chez ,joseph ,serre deux hommes3 un apologiste1 heureux de propager la ,doctrine unique2 un assembleur de nues chatoyantes qui ne dteste pas de se balancer1 par rcration1 sur l'escarpolette du paradoxe1 entre l'affable ,imprimatur et l',index bourru4 ,il y a aussi un grand cur qui aime ,jsus-,christ4 ,on espre que1 dsormais1 vu l'effondrement de l'aberration pangermaniste1 ,serre vitera les mthodes protestantes d',outre-,rhin4 ,il appliquera1 sans recourir aux alliages douteux1 la pure philosophie catholique--latine1 la seule qui convienne aux spculatifs de notre race4 ,il reconnatra que ,kant1 ,fichte1 ,hegel ne valent pas grand'chose au regard de saint ,jrme et de saint ,thomas d',aquin4 ,il constatera que la mystique de ,schopenhauer aboutit la dilution de l'tre dans les tnbres inertes du bouddhisme tandis que la mystique de sainte ,trse et de saint ,jean de la ,croix s'est prouve gnratrice d'nergie dans la lumire et de vie intense en ,dieu4 ,le ,joseph ,serre imbu d'clectisme et de conciliation entre les doctrines les plus opposes a commis une brochure3 les ,hypothses sur ,lourdes qui avance une thorie du miracle dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle offusque la thologie traditionnelle4 ,il y donne1 comme rfrences1 les livres de l'abb ,bertin et de ,boissarie1 les documents runis par ,lasserre et par ,estrade1 ce qui mrite approbation4 ,mais1 ct1 il cite ,zola dont les bourdes touchant le souffle gurisseur des foules ne sont prises au srieux que par les sous-penseurs des estaminets anticlricaux o le vieux ,combes et l',anatole ,france dclinant trinquent sur le comptoir4 ,plus loin1 il semble faire grand cas de l'opinion mise1 quant aux faits miraculeux de ,lourdes1 par les occultistes et les thosophes4 ,or ces ,jocrisses et ces charlatans du ,surnaturel1 qui prennent la vessie du dmon pour une lanterne magique ou qui dcouvrent ,jeanne d',arc dans un pied de table1 ne doivent1 en aucune circonstance1 tre allgus1 comme autorits1 par un catholique tudiant l'intervention divine dans les choses de ce monde4 ,de mme1 ,joseph ,serre s'avance beaucoup lorsque1 dans son dsir de mettre d'accord les croyants et les athes1 il crit ceci3 ,renan hsiterait-il1 aujourd'hui1 devant les faits de ,lourdes1 soutenir qu'on n'a jamais constat de miracle8 ,il rpond que l'auteur des ,origines du christianisme hsiterait probablement4--,mais n'en croyez rien3 ,le sceptique irrductible qui dnonait1 comme attentatoire sa raison1 l'horrible manie de la certitude1 aimait trop ne pas conclure pour se soumettre l'vidence1 surtout lorsque l'vidence offre un caractre religieux4 ,par ailleurs1 ,serre rfute merveille les tentatives du monisme pour expliquer1 par des causes naturelles1 les gurisons de ,lourdes4 ,quelques phrases prcises et1 cette fois1 nullement conciliantes1 lui suffisent dmontrer la fragilit de ces hypothses4 ,c'est ce qu'il y a de meilleur dans sa brochure4 ,mais o il s'gare totalement1 c'est lorsqu'il formule sa propre thorie du miracle dans les termes que voici3 ,la nature est une immense chelle ascendante dont tous les chelons sont la fois naturels en eux-mmes et surnaturels pour les chelons infrieurs4 ,la raison ainsi est surnaturelle pour la matire1 comme l'aigle est surnaturel pour la taupe1 comme le chrtien est surnaturel pour l'homme#bj qui l'est son tour pour l'animal qui est en nous4 ,j'applique cette thorie au miracle4 ,drogation aux lois d'une nature infrieure1 le miracle1 fait relatif1 est une des grandes lois scientifiques du monde4 ,je suis un thaumaturge pour la pierre que ma main fait voler4 ,la rose est miraculeuse pour l'humus qu'elle transsubstantie en fleur4 ,mais pour l'tre qui l'accomplit1 le miracle n'existe pas3 cet tre agit selon sa nature4 ,le miracle est le point de vue de l'infrieur4 ,c'est dire que1 pour ,dieu1 il n'y a point de miracle3 il n'y a que l'exercice de sa vie 787 et de sa libert4 #bj ,quel trange classement6 ,le chrtien n'est donc pas un homme8 ,tout cela pue le panthisme plein nez4 ,a l'encontre1 nous nous en tiendrons aux enseignements du catchisme4 ,les systmes philosophiques1 qui nient le ,dieu personnel1 ne nous offrent que les chimres de l'intelligence quand elle se confie ses seuls moyens4 ,le catchisme nous prsente la ,vrit unique parce qu'il se confie ,dieu4 ,par lui1 l'acceptation du mystre universel fortifie la raison4--,il reste des obscurits1 dites-vous8 ,sans doute1 ,dieu ne nous ayant pas donn la connaissance de toutes choses4 ,mais cette nuit est pleine d'toiles pour quiconque l'explore sur les ailes de la ,foi4 ,au contraire les philosophies sans ,dieu1 qu'elles se mettent sous l'enseigne d',auguste ,comte1 ou qu'elles suivent l'tendard judaque de ,bergson1 ne sont que ttonnements travers un brouillard o vagabondent des feux-follets phmres4 ,donc l'glise tant seule dtenir par rvlation la ,vrit est galement la seule possder l'explication du miracle4 ,elle le dfinit3 une intervention exceptionnelle de la ,grce par o ,dieu droge aux lois gnrales qu'il a tablies--une exception confirmant la rgle4 ,les savants ont le droit de dire en prsence du miracle3--,cet incident n'est pas de notre ressort2 il chappe aux prises de la science4 ,mais ils n'ont pas le droit de dire3 ,malgr cent mille tmoignages1 le miracle n'existe pas4 ,que font les mdecins du bureau des constatations8 ,ils tudient fond les gurisons obtenues la piscine ou la bndiction du ,saint ,sacrement et ils concluent3--,voici un fait qui ne relve pas de la raison humaine4 ,toutefois il est incontestable4 ,nous le soumettons1 avec ses antcdents et ses suites1 au jugement de l'glise4 ,alors l'autorit religieuse1 seule comptente pour prononcer1 s'appuyant sur leur rapport1 ouvre une enqute minutieuse et prolonge pendant plusieurs annes s'il le faut4 ,sa conviction une fois forme1 elle dcrte3 il y a miracle ou il n'y a pas miracle4 ,et devant son verdict tous les catholiques s'inclinent4 ,mais lorsque1 propos de ,lourdes1 notre ami tente de greffer quelques brins de vrit rvle sur les sauvageons de l'erreur1 il joue un jeu dangereux o il ne nous aura point pour partenaires4 ,je vous ai montr le mauvais ,joseph ,serre4 ,je vais vous montrer le bon4 ,je trouve ce dernier dans une brochure qu'il publia nagure sous les auspices de la revue lyonnaise3 l',universit catholique4 ,elle traite de ,tolsto#ba4 #ba ,le ,penseur chez ,tolsto1 #a brochure de #fc pages1 ,vitte1 diteur4 ,on sait le don d'vocation de ce gnie dsordonn--barbare au sens o l'entendaient les ,grecs4 ,les personnages de ses romans3 ,anna ,karnine1 la ,guerre et la ,paix1 mme ceux de ,rsurrection vivent d'une vie intense4 ,la socit russe1 trois poques diffrentes1 est peinte de faon nous donner l'impression totale de la ralit4 ,l'inspiration s'avre dsenchante mais l n'est point la tare4 ,en effet1 lorsqu'on tudie l'humanit d'un peu prs1 il est difficile de la voir en beau4 ,quoique diffus1 lents et dnus de composition1 ces livres rvlaient une telle capacit d'analyse psychologique1 tant de talent descriptif qu'il fallait tenir ,tolsto pour un crivain et1 et l1 un moraliste perspicace4 ,par la suite1 ce ,grand-,russien1 mtin de ,tartare1 crut se dcouvrir une mission4 ,formulant en prceptes une conception antisociale de l'existence1 recommandant1 comme un idal1 le somnambulisme o s'attarde l'intelligence rudimentaire des moujicks les moins civiliss et des hordes errantes de la steppe1 il s'effora de l'inculquer ses contemporains4 ,aptre de l'anarchisme sentimental1 il prconisa une sorte d'vanglisme trouble1 vid de son contenu surnaturel et qui1 en somme1 se basait sur le sophisme de ,rousseau3 l'homme nat bon2 ce sont les institutions mauvaises qui le dforment4 ,tolsto connut1 quelque temps1 une vogue extraordinaire4 ,en ,france1 ce fut ,melchior de ,vogu--trs brave homme avec1 parfois1 des vellits d'avoir du talent mais chimrique au plus haut degr--qui le fit d'abord connatre1 sans y entendre malice4 ,l'exotisme servit de passeport aux paradoxes tolstoens4 ,on ne semblait pas s'apercevoir qu'ils reproduisaient simplement1 en un bizarre mlange1 outre les rveries de ,rousseau1 l'hrsie des ,fratricelles et les divagations de certains sous-encyclopdistes1 prcurseurs de la ,rvolution1 ,morelly par exemple4 ,vers la fin du dix-neuvime sicle1 ,tolsto fut un oracle pour un grand nombre d'esprits dvoys4 ,ses thories taient surtout propages par des ,juifs1 issus des ,ghettos de ,lithuanie et de ,pologne4 ,obissant cet instinct dissolvant qui pousse sans cesse ,isral dtruire les principes fondamentaux de la civilisation chrtienne1 ces mtques exaltrent ,tolsto sur tous les tons1 comme le ,prophte de la socit future sans ,dieu ni lois4 ,des ,franais nafs les crurent et se mirent leur unisson4 ,et l'engouement dura jusqu' l'intronisation de ,nietzsche1 autre idole barbare1 apporte de ,germanie par des ,juifs francfortois d'origine4 ,la guerre a balay toutes ces folies4 ,les leons qu'elle nous donna nous apprennent1 cette heure o la ,france se refait1 pratiquer un nationalisme trs en garde contre les influences trangres4 ,les cosmopolites du judasme crieront l'troitesse d'esprit et la raction4 ,mais s'ils lvent par trop la voix1 on pourra les prier de passer la frontire3 ,berlin ou le ,moscou des bolchevicks leur seront des refuges tout indiqus444 ,or ,joseph ,serre1 bien inspir cette fois1 a prononc1 dans sa brochure1 le jugement le plus quitable qu'on puisse porter sur ,tolsto4 ,c'est d'une dialectique solide1 d'un style net2 cela rfute avec une fermet1 qui n'exclut pas la courtoisie1 les illusions du ,slave4 ,la conclusion de cette tude me parat un modle de bien dire au service d'une pense conforme aux enseignements de l'glise4 ,je la cite3 ,le malheur de ,tolsto fut1 non pas1 certes1 son esprit chrtien1 mais son interprtation outrancire1 incomplte1 htrodoxe du christianisme4 ,catholique1 il et tout concili3 le dogme et la morale1 l'autorit et l'amour1 la hirarchie et la gnrosit1 l'ordre social et l'esprit de pauvret volontaire4 ,il n'aurait pas oppos et mis en guerre1 l'un contre l'autre1 tous ces lments de la vrit et du bonheur dont la disharmonie l'a troubl et dont l'accord l'et fait grand1 saint et heureux444 ,mais1 vrai dire1 avec la bont1 la rsignation1 le renoncement et la puret morale1 c'tait aussi l'ignorance1 la non-rsistance au mal1 la destruction de tout ordre extrieur1 le retour la barbarie1 la ngation de toute religion positive que prchait ce fils slave de ,rousseau4 ,a cette me aspirant aux cimes de la perfection1 la svre discipline du catholicisme seul1 qui a fait les ,franois d',assise1 et pu fournir une sre direction4 ,plus il y a d'amour1 plus il faut d'ordre444 ,hors de l1 les lans du gnie lui-mme1 du gnie surtout1 ne sont trop souvent qu'tranget1 dsordre1 pril social4 ,tolsto a popularis le rve moderne d'une religion irrligieuse et produit des fanatiques par le mirage d'une justice et d'un bonheur anarchiques4 ,il a bien vu que c'est l'me qui manque notre civilisation1 c'est--dire la vie profonde et chrtienne4 ,ce n'tait pas une raison pour en dtruire le corps1 l'organisme extrieur et essentiel et encore moins pour en affaiblir l'me elle-mme en tarissant la plus haute source de la vie spirituelle1 la croyance dogmatique4 ,a ces titres1 l'uvre de ,tolsto est1 aux deux-tiers1 ngative et dangereuse4 ,l'homme sincre et gnreux qui l'crivit peut avoir droit la misricorde de ,dieu3 l'uvre reste et mrite dans quelques pages l'admiration1 dans un plus grand nombre la mfiance des mes4 ,depuis1 ,serre fut quelque peu ressaisi par sa proccupation de concilier les doctrines les plus opposes4 ,dans une brochure intitule le ,sillon et l',action franaise1 ne s'est-il pas imagin de proposer la fusion de la dmocratie teinte d'anarchisme que professent les ,sillonistes avec la tradition monarchique et ses partisans les plus irrductibles6 ,prcipiter ,marc ,sangnier dans les bras de ,charles ,maurras1 obtenir qu'ils fassent alliance et qu'ils marchent dsormais la main dans la main1 sous la bndiction posthume d',hegel1 c'tait former un projet passablement--chimrique4 ,est-il besoin de mentionner qu'il choua8 ,enfin ,joseph ,serre a publi la ,lumire du cur#bb1 livre profond o1 malgr quelques propositions douteuses1 il y a de trs belles pages sur la morale chrtienne4 ,mais une de ses meilleures uvres c'est la part qu'il prit au sauvetage de ,lwengard4 ,je veux m'y arrter parce que la conduite de ,serre1 en cette occasion1 porte un enseignement que beaucoup des ntres trouveront profit mditer4 #bb ,la ,lumire du cur1 #a volume1 ,vitte1 diteur4 ,j'exposerai les faits d'autant plus volontiers que1 depuis la publication de ,quand l',esprit souffle1 nombre de personnes m'ont demand de vive voix ou par lettres ce qu'tait devenu ce pauvre ,juif gar4 ,voici ma rponse4 ,on se souvient qu' la fin de l'tude o j'analysais le cas de ,lwengard1 j'ai laiss entrevoir quelques craintes touchant sa persvrance4--,hlas1 l'vnement les justifia4 ,lwengard ne s'tait jamais donn la peine d'apprendre sa religion et il n'avait pas trouv de directeur qui lui ft un devoir de s'instruire4 ,il en rsulta que le catholicisme resta pour lui un dcor splendide1 fournissant un cadre la littrature apologtique qu'il mditait d'y installer4 ,d'autre part1 tant d'une sant trs fragile1 presque indigent et souvent malade1 il vivait la merci des impulsions de son excessive sensibilit4 ,enfin des influences malsaines1 venues de son entourage le plus immdiat1 tendaient sans cesse le replonger dans ces marais ftides de l'occultisme d'o il avait eu tant de peine se dgager4 ,a une poque1 ,serre et moi1 nous essaymes de le dcider faire une retraite assez prolonge dans un monastre o il aurait trouv1 comme directeur des htes1 un saint moine1 trs vers dans la connaissance des mes et sous les auspices duquel il aurait perfectionn son instruction chrtienne4 ,par lui1 il aurait pris l'habitude de frquenter1 avec assiduit1 avec rgularit1 les sacrements1 deux conditions essentielles pour qu'un converti rcent progresse dans la vie intrieure4 ,lwengard accueillit d'abord avec joie notre proposition#bc4 ,j'crivis au monastre pour demander qu'on lui permt d'y sjourner plus longtemps qu'il n'est de coutume4 ,naturellement1 la rponse fut favorable4 ,mais alors1 ,lwengard nous dclara schement qu'il avait chang d'ide4 ,puis il dit ,serre qu'il me tenait pour un perfide1 car l'vidence s'imposait qu'en manuvrant pour l'incarcrer dans un couvent1 mon objectif tait de mettre sous l'teignoir son talent dont l'clat m'offusquait4 7,sic47 #bc ,l'infortun sentait bien1 ce moment1 qu'une cure de solitude et d'oraison dans un milieu sanctifiant lui tait ncessaire4 ,j'avais dj remarqu1 en maintes circonstances1 qu'il devenait de plus en plus ombrageux mon gard4 ,comme1 en mme temps1 sa nervosit s'accroissait vue d'il1 j'en conclus qu'il faisait de la neurasthnie aigu4 ,mille petits faits le dmontraient1 et surtout sa tendance inquitante se croire en butte la malveillance universelle4 ,pour ce qui me concerne1 j'aurais trouv tout fait saugrenu de lui en vouloir4 ,je rompis nos relations afin de ne pas l'irriter davantage4 ,mais cette rupture eut lieu d'une faon tacite4 ,je cessai de le voir2 et ce fut tout4 ,on sait que je ne lui en consacrai pas moins un long chapitre de ,quand l',esprit souffle4 ,nul ne pourrait prtendre qu'il ne lui est pas sympathique4 ,au surplus1 ,serre m'a confi1 par la suite1 qu'il en avait t touch4 ,c'est qu'aprs tout c'tait une me loyale1 foncirement droite4 ,seules la maladie et les manigances du ,dmon la troublaient et dformaient4 ,sous cette double action1 et nul prtre intelligent ne lui tant venu en aide1 il s'aigrit de plus en plus4 ,puis il s'imagina qu'une mission de prophte rconciliant la synagogue avec l'glise lui tait confie4 ,il le proclama et les railleries que lui valut cette conception mgalomane de sa destine1 le mirent en fureur4 ,enfin ce qui acheva de le combler d'amertume--et1 sur ce point on ne doit aucunement le blmer--c'est la faon mprisante dont un clan de notables le jugeait4 ,divers potentats de la soierie1 plusieurs dignitaires dans le commerce des saucissons habills d'un maillot d'argent ne voyaient en lui que le fils besogneux d'un pre en faillite et l'accusaient de jouer la comdie de la conversion pour se rendre intressant4 ,j'ai1 moi-mme1 entendu des propos de ce genre tenus sur son compte par des hommes d'uvres que je pourrais nommer4 ,les ,pharisiens seront toujours les ,pharisiens4 ,ainsi dvoy par la maladie1 par son orgueil d'artiste follement pris de son ,moi1 par manque d'une formation religieuse assez forte pour lui inculquer la discipline catholique1 par la niaiserie cruelle et le manque de charit d'une partie importante des milieux pratiquants1 il entra en rvolte1 et proclama que l'glise l'ayant tromp1 il allait en sortir4 ,en vain de bons prtres1 ,joseph ,serre1 un ou deux autres de ses amis1 tentrent de le retenir sur la pente prilleuse1 il refusa de les couter4 ,il pronona le non serviam et1 sous l'influence du dmon qui le poussait au vertige1 publia un manifeste o il exposait ses griefs--ceux qu'on peut admettre1 pour une part1 comme assez justifis et ceux qui n'taient que de pauvres prtextes venger sa vanit froisse4 ,je n'analyserai pas ce libelle2 j'en dirai seulement les consquences4 ,parmi les catholiques1 les vrais disciples de ,jsus s'attristrent grandement de sa chute et prirent pour sa rsipiscence4 ,les dvts de surface le couvrirent d'injures sans mme prendre la peine d'examiner son cas4 ,a la synagogue1 o il alla frapper1 on lui rit au nez et on le mit la porte4 ,il se tourna vers les socialistes qui d'abord l'accueillirent1 pour triompher de son apostasie et en tirer un argument contre l'glise4 ,mais quand il leur eut tenu des propos occultistes1 ils le bafourent et se htrent de l'abandonner4 ,la guerre clata4 ,lwengard1 que son tat de sant avait fait rformer1 ds le premier jour1 tomba1 reni de tous1 dans une misre noire4--,serre fut peu prs le seul entretenir des relations avec lui4 ,il ne lui cachait pas sa dsapprobation mais1 en mme temps1 il lui montrait de la piti et de la sollicitude pour l'avenir de son me4 ,le malheureux sut gr ,serre de sa charit4 ,il l'excepta1 lui unique1 de la rancune qu'il vouait dsormais tout le genre humain4 ,et lorsque cet ami vanglique s'efforait1 par des paroles appropries1 de rallumer la ,lumire teinte dans son me1 il l'coutait sans trop d'impatience4 ,enfin1 un jour vint--pendant l't de #aiae--o ,lwengard1 de plus en plus affaibli par les privations et par le chagrin1 tomba gravement malade4 ,comme son dnuement tait total1 il risquait de mourir dans la rue4 ,on le fit alors transporter dans une maison de sant4 ,pendant plusieurs semaines ,lwengard fut dans le dlire2 l'on put craindre qu'il ne mourt sans reprendre connaissance4 ,nanmoins1 par la grce de ,dieu1 une amlioration passagre se produisit3 il reprit conscience de soi-mme et constata que l'ami fidle venait souvent son chevet4 ,remu jusqu'au fond du cur1 plein de gratitude1 lucide comme il ne l'avait jamais t1 il se rendit compte de l'erreur navrante o il s'tait perdu#bd4 ,les larmes du repentir emportrent1 comme un torrent1 les dbris de son orgueil abattu4 ,doucement encourag par ,serre1 il demanda un prtre1 se confessa et reut l',eucharistie4 #bd ,il reut aussi1 cette poque1 la visite d'un ,juif converti qui vint de loin1 exprs pour le supplier de rentrer dans l'glise4 ,cette dmarche vanglique le toucha fort4 ,le mieux ne persista pas4 ,mais1 souffrant toujours davantage1 sentant venir sa fin1 ,lwengard accepta dsormais1 avec patience et mme avec des sentiments d'entier abandon ,dieu1 cette purification rdemptrice4 ,il mourut aprs avoir reu les derniers sacrements et en murmurant3--,mon ,jsus1 ayez piti de moi6444 ,joseph ,serre ne se doute pas1 au moment o j'cris ceci1 que j'ai jug bon de divulguer qu'il fut alors le bon ,samaritain4 ,peut-tre en sera-t-il un peu fch4 ,mais tant pis3 mon indiscrtion aura plusieurs rsultats apprciables4 ,d'abord1 les belles mes qui m'ont confi le chagrin que leur causait l'apostasie de ,lwengard seront consoles1 le sachant sauv4 ,ensuite1 les ,pharisiens qui le vilipendrent prouveront peut-tre quelque remords de leur duret aggrave d'hypocrisie4 ,enfin1 j'aurai prouv que j'avais raison de dire1 au dbut de cette relation1 que le sauvetage de ,lwengard tait une des meilleures uvres de ,joseph ,serre4 ,dieu soit lou de tout4 ,,lettre ,,xi ,,lectures 7prose1 fin74 ,l'histoire de l'glise--si ncessaire connatre par tout catholique dsireux de bien servir sa ,mre--vient d'acqurir un nouvel historien3 ,m4 l'abb ,mourret4 ,son uvre se constitue de vivantes annales crites avec un esprit d'impartialit1 une concision1 une claire mthode qui la classent au premier rang des travaux de ce genre#be4 #be ,abb ,,fernand ,,mourret1 professeur d'histoire au sminaire de ,saint-,sulpice3 ,histoire gnrale de l'glise1 #i volumes1 chez ,bloud et ,gay1 diteurs4 ,le #h;e volume3 l'glise contemporaine1 premire partie 7#ahbc-ahgh7 a paru en #aibj4 ,rohrbacher tait lourd1 diffus1 souvent inexact4 ,dawas se montra trop hant par le souci maladroit de justifier les fautes politiques ou de dissimuler les vices de certains ,papes du ,moyen ,age4 ,ici rien de pareil1 point d'apologies forces1 point non plus de dnigrements par dfrence aux opinions de l'adversaire4 ,m4 ,mourret ignore le parti pris2 utilisant les documents les plus authentiques1 les dcouvertes les plus rcentes1 faisant tat de la tradition comme de l'exgse1 il dit le mal quand il y a lieu et le bien ds qu'il se prsente4 ,ses portraits1 dessins en quelques lignes vigoureuses1 donnent l'impression de la ralit4 ,on admire aussi1 dans son uvre1 l'art avec lequel il a su classer les vnements d'aprs leur importance4 ,enfin il expose la doctrine orthodoxe avec tant de lucidit que tout lecteur1 mme peu vers dans les tudes dogmatiques1 saisit sur-le-champ le sens surnaturel du magistre de l'glise dans les affaires de ce monde4 ,je relve galement1 pour la louer1 la faon sobre et complte dont l'auteur dfinit et rfute les hrsies les plus insidieuses4 ,il y a1 par exemple1 au tome ,,vi1 l',ancien ,rgime1 une relation du jansnisme rsumant en une vingtaine de pages1 tout l'essentiel de la question4 ,c'est un modle de narration4 ,et le mrite n'est pas mince car cette erreur s'enchevtre parmi de telles broussailles thologiques et morales que1 seule1 une intelligence perspicace1 au service d'une rudition de premier ordre1 pouvait en faire toucher du doigt la glaciale dsolation1 sans se perdre dans les dtails accessoires4 ,je signalerai aussi1 au tome ,v1 la ,renaissance et la ,rforme1 l'mouvant rcit du schisme puis de l'apostasie d',henri ,,viii4 ,j'ai sous les yeux le tome ,,viii1 l'glise contemporaine1 premire partie1 et j'y relis avec dlectation l'histoire de cet admirable concile du ,vatican o fut dfini et proclam le dogme de l'infaillibilit4 ,je voudrais m'y arrter un moment4 ,lorsque ,pie ,,ix convoqua le concile1 on pense bien que cette initiative suscita l'animosit des incrdules1 des schismatiques et des protestants4 ,rien de surprenant cela2 c'est la rgle3 chaque fois que l'glise s'affirme1 face au monde1 par un acte de foi1 ses adversaires entrent en fureur4 ,mme dans son sein1 surgissent alors des mes inquites qui s'imaginent que toute initiative froissant les prjugs de leur poque ne peut avoir que des rsultats nfastes4 ,c'tait le cas des libraux1 en ce temps-l4 ,n'oublions pas que le libral est un homme possd de cette ide fixe3 conclure un mariage entre la colombe glise et le putois ,rvolution4 ,donc les libraux s'criaient3 ,l'glise a besoin d'un #hi4 ,le mot fut attribu l'un des plus444 politiques d'entre eux3 le comte de ,falloux4 ,celui-ci le dsavoua mais en des termes si ambigus qu'un doute subsiste quant sa vracit4 ,du reste1 s'il ne l'a pas prononc1 ses intrigues1 ses dires et ses crits1 avant et pendant le concile1 prouvent que telle tait bien sa pense4 ,ses amis ne demeuraient pas en arrire3 leur dsir et t que le ,pape devnt une sorte de monarque constitutionnel gouvernant l'glise en collaboration avec un sanhdrin de prlats runis priodiquement1 constituant des partis1 discutant1 administrant la religion d'aprs les mthodes parlementaires4 ,or1 considrer la faon dont les assembles de la dmocratie usent du parlementarisme1 on peut se rendre compte des maux que ce rgne du bavardage strile et produit dans l'glise4 ,tous les trois mois on aurait vu germer des schismes4 ,dieu soit bni de nous avoir pargn cette tribulation6 ,m4 ,mourret a dcrit sans virulence1--mais non sans quelque souriante ironie1--les grands mouvements que se donnaient les libraux pour empcher la promulgation du dogme4 ,il nous rappelle les manigances fielleuses de ,dllinger--qui allait bientt apostasier--les fureurs enfantines de ,montalembert1 l'agitation brouillonne de ,dupanloup4 ,mais il nous montre aussi la haute raison qui dicta au plus grand nombre des vques une adhsion lucide au projet de dogme rdig par les thologiens du ,pape4 ,au concile1 on laissa les opposants discourir tant qu'il leur plut2 mais il arriva que leurs objections ne rusissaient convaincre personne4 ,en vain1 quelques-uns d'entre eux firent-ils craindre une intervention des puissances sculires4 ,en vain les plus diplomates essayrent d'obtenir un ajournement4 ,plus ils multipliaient les arguments dilatoires1 plus la majorit favorable au dogme s'accroissait4 ,louis ,veuillot1 dans ce livre d'une inspiration pntrante1 ,rome pendant le ,concile1 fait sentir1 avec nettet1 le nant de cette opposition par trop imbue des fausses prudences humaines4 ,enfin tout s'apaisa4 ,selon la prdiction de ,pie ,,ix1 il y avait eu trois phases successives3 celle des hommes1 celle du diable et celle de l',esprit-,saint4 ,pendant la premire1 les opinions divergentes s'taient entreheurtes2 pendant la seconde1 ,satan s'tait efforc de semer la zizanie4 ,pendant la troisime1 la ,lumire de ,dieu inonda les mes4 ,voici comment ,m4 ,mourret rapporte la sance o le dogme fut proclam3 ,le #ah juillet1 neuf heures du matin1 la session publique eut lieu1 suivant le crmonial ordinaire1 dans la grande salle du concile4 ,au moment du vote1 un orage1 qui grondait sourdement sur ,rome1 depuis le matin1 clata tout coup4 ,les placet des ,pres luttaient avec l'ouragan1 au milieu des grondements du tonnerre1 la lueur des clairs clatant toutes les fentres1 illuminant le dme et les coupoles de ,saint-,pierre4 ,cela dura sans interruption pendant une heure444 ,cinq cent trente-cinq ,pres taient prsents4 ,on entendit seulement deux non placet444 ,les deux opposants se soumirent1 l'un et l'autre1 aussitt aprs la dcision prise4 ,on rapporte qu'au moment o le ,pape sanctionna de son autorit suprme la ,constitution dogmatique1 un grand calme se produisit dans l'atmosphre et qu'un rayon de soleil illumina son visage4 ,c'tait le symbole de l'uvre entire du concile1 qui s'tait ouvert et poursuivi au milieu de tant d'orages et qui se terminait dans la lumire et dans la paix4 ,savez-vous quels sont les catholiques qui apprcient le mieux les bienfaits du dogme de l'infaillibilit8--,ce sont les convertis4 ,voyez le tmoignage de ce gnial crivain1 de ce tendre aptre dont l'me fut une musique3 ,monseigneur ,benson4 ,dans son livre3 ,confession d'un ,converti1 il dcrit les angoisses o le maintenaient les fluctuations de la thologie anglicane et le dsarroi de son me prise de stabilit dans la foi4 ,c'tait au temps o la ,grce n'avait pas encore triomph de son ducation individualiste4 ,mais du jour o il entra dans la vritable glise1 la joie de possder enfin un ,pre infaillible le remplit de gratitude envers ,dieu et de zle pour servir la ,vrit unique4 ,il la clbra en des pages qui touchent au sublime4 ,et moi1 pauvre balayeur au porche du sanctuaire1 quand je me reprsente le ,pape nous enseignant ex cathedra1 je le vois aurol des splendeurs vivantes du ,paraclet1 et les yeux pleins de larmes heureuses je remercie1 une fois de plus1 ,dieu d'avoir voulu que je connusse l'obissance et la paix dans la certitude1 par la ,sainte glise6 99 99 99 99 99 ,ici1 comme dans les deux lettres qui prcdent1 tu te seras aperu que je n'ai gure fait mtier de critique4 ,j'ouvre des livres et l2 je te dis en quelques mots pourquoi ils me plaisent et je t'en cite des passages qui1 je l'espre1 te donneront l'envie de les lire1 ton tour1 d'un bout l'autre4 ,car1 vois-tu1 ceux qui les crivirent aiment ,notre-,seigneur et il faut que tu l'aimes1 toi aussi4 ,le volume qui vient de me tomber sous la main a pour auteur le ,pre ,albert ,bessires 7,s4 ,j47 qui fit toute la guerre comme aumnier d'un rgiment de dragons4 ,il s'intitule3 ,ames nouvelles#bf4 #bf ,,albert ,,bessi,,res3 ,ames nouvelles1 #a vol4 chez de ,gigord1 diteur4 ,c'est le rcit1 avec lettres et tmoignages l'appui1 de deux conversions d'instituteurs primaires3 ,pierre ,lamouroux et ,albert ,thierry4 ,je prends ,lamouroux4 ,il vint ,dieu de loin car1 comme la plupart de ses collgues1 il avait t form dans la haine de l'glise et dans la foi aux vertus de la morale laque4 ,cette nourriture peu substantielle lui avait laiss un vide profond dans l'me4 ,l'humanitairerie le dut4 ,jeune1 ardent1 en qute d'un idal moins inconsistant1 il le chercha dans la littrature rvolutionnaire d'une part1 et dans la posie symboliste de l'autre4 ,lamouroux avait t le camarade d'enfance du ,pre ,bessires4 ,bien que professant un anticlricalisme agressif1 il gardait avec lui des relations amicales et lui crivait assez souvent3 ,au milieu de protestations d'amiti1 dit le ,pre1 il m'exposait sa nouvelle foi avec l'enthousiasme d'un nophyte4 ,tout le credo socialiste et cgtiste interprt par un mystique3 l'apologie de la cit anarchique1 de l'union libre1 de la solidarit maonnique1 toute la littrature de ,jaurs1 d',herv1 de ,jean ,grave4 ,avec cela1 un pareil enthousiasme pour la jeune littrature1 des citations de ,verlaine1 un dithyrambe sur ,mallarm et la posie symboliste4 ,cela se passait en #aijd4 ,mais1 peu peu1 la lecture des uvres catholiques de ,verlaine1 un vieux fond de foi hrit de ses anctres croyants1 l'insuccs constat des morales laques auprs des gavroches de ,paris dont on lui confiait le difficile dressage1 tout cela et la grce intrieure donne toute me droite1 avait cr en lui une nostalgie de la foi4 ,un incident minime produisit le choc qui fit crouler l'armature d'incroyance o ,lamouroux encastrait ses illusions sur l'ge d'or promis par les apologistes de la morale sans ,dieu4 ,il le rapporta au ,pre en ces termes3 ,j'avais surpris un gamin de ma classe commettant une vilaine action4 ,je prends ma voix la plus grave pour le rprimander3 --,mon ami1 on ne fait pas cela4 ,lui me regarde1 de ses yeux gris1 sans la moindre gne3--,et pourquoi ,m'sieur8 --,parce que c'est dfendu4 --,et par qui8 ,j'hsitai1 abasourdi3 au fait1 par qui8444 ,mais il ne fallait pas avoir le dessous4 ,je fronai les sourcils3--,par qui8 ,par moi4 ,je me dtournai tandis que le gavroche disait son voisin3--,qu'est-ce que a me fait1 ce pion6 ,partant de ce fait1 je me mis rflchir pour faire une leon de catchisme moral et laque4 ,je possdais toutes les thories de nos manuels les plus rcents3 hygine1 respect de soi1 solidarit4 ,par avance1 je vis mes gaillards ouvrir des yeux normes puis clater de rire4 ,jamais je n'avais senti aussi douloureusement la pauvret1 la sottise1 la niaiserie de ce catchisme auquel ses auteurs ne croyaient pas plus que moi4 ,mais il fallait avoir l'air de faire quelque chose4 ,avouer tout de suite1 comme certains hauts mandarins de l'enseignement primaire ou suprieur1 que nous ne savons pas1 que le bien et le mal sont pour nous des mots vides de sens1 qu'il existe1 tout au plus1 des actes utiles1 ou jugs tels par la majorit des consciences1 et des actes nuisibles que la socit rprouve au nom de ses intrts4 ,avouer cela1 devant des gamins d'esprit trs veill1 autant et valu les abreuver d'alcool4 ,a tout prix1 il fallait sauvegarder le mot ftiche3 ceci est dfendu444 ,oui1 mais pourquoi et par qui8 ,n'y avait-il pas dans la rplique de mon lve plus de philosophie que dans les dissertations de ,lon ,bourgeois1 de ,durkheim1 de ,lvy ,brhl et d',albert ,bayet8444 ,c'tait donc l1 rduite ses proportions relles1 cette vocation d'ducateur dont je m'tais construit un si bel idal8 ,faire natre la peur du gendarme ou du pensum1 me transformer moi-mme en gendarme8 ,c'tait moins beau qu'un mtier de policier car ce dernier croit la loi--et moi1 je n'y croyais pas4 ,parti de l1 l'instituteur se mit la recherche d'une conviction4 ,il fit son anne de service militaire o1 quoique trs en garde contre toute discipline1 il conut qu'il y avait dans l'obissance volontaire une vraie beaut4 ,rentr dans le civil1 il reprit le harnais pdagogique1 mais le cur n'y tait plus4 ,avec quelques-uns de ses collgues1 dgots comme lui1 il forma une sorte de petit cnacle o l'on se mit en qute de la vrit4 ,on y oscillait entre ,karl ,marx et ,kropotkine4 ,mais ,lamouroux ne se satisfit pas des enseignements de ces faux prophtes1 de ces barbares aberrants4 ,peu peu1 il se dtacha de ceux de ses amis qui se cramponnaient au socialisme4 ,il chercha autre chose4 ,comme il tendait le cercle de ses lectures1 il rencontra les ,penses de ,pascal4 ,il en tira tant de rconfort que ce devint son livre de chevet4 ,le rsultat1 le voici4 ,il avait repris des relations avec le ,pre ,bessires et entretenait avec celui-ci une correspondance active4 ,il s'ensuivit qu'au commencement de #aiad1 il se rendit enfin aux appels de la ,grce4 ,les fragments suivants d'une de ses lettres rvlent son tat d'me cette poque3 ,je suis bien impatient d'arriver des conclusions qui fixent ma vie et ma pense4 ,mais je sens qu'il faut modrer cette impatience et attendre et souffrir et tre inquiet pour payer en quelque sorte les pchs d'esprit de ma jeunesse folle et mriter que la porte troite s'ouvre devant moi--la porte de ,lumire6444 ,voil o j'en suis2 mais je sens bien qu'il ne faut pas se contenter d'attendre et d'esprer4 ,il faut prier1 me dis-tu4 ,oui1 tu dois avoir raison3 la discussion irrite2 la spculation lasse2 la mditation elle-mme est vide et inutile sans la prire4 ,je veux faire cet effort2 je veux m'engager faire une prire le matin et soir4 ,et pour que cette promesse je ne puisse pas la reprendre1 c'est toi que je la fais1 que j'en confie le dpt4 ,il en tait cette priode de la conversion o l'me sent1 d'une faon intense1 que le temps des hsitations est pass1 et que1 seule avec elle-mme1 elle ne peut plus rien pour avancer vers ,dieu4 ,alors les derniers linaments de l'orgueil se rompent en elle4 ,le nophyte s'agenouille et il demande le secours de ce nouveau-venu mystrieux le ,saint ,esprit4 ,il le sentira dsormais rayonner1 presque palpable en lui4 ,telle fut l'influence bienfaisante de la prire humble et contrite sur ,lamouroux1 qu'en avril #aiad il se dcidait faire une retraite la ,villa ,saint-,rgis dans l'isolement1 le calme et la mditation4 ,voici dans quels sentiments il s'y donna3 ,mon ,dieu1 crit-il sur son carnet1 que mon cur soit une cire molle et palpitante entre vos doigts2 que ma volont soit votre servante444 ,seigneur1 mon me est lourde de ses pchs444 ,parlez1 mon ,dieu1 parlez mon cur pour le changer1 tandis que les vrits que je lis frappent et persuadent mon esprit4 ,ainsi dispos1 il avance rapidement dans la voie purgative4 ,une faim pressante lui vient de recevoir l',eucharistie4 ,le ,vendredi-,saint1 il crit3 ,mon ,dieu1 je vous ai vol3 j'ai gaspill vos dons4 ,il ne me reste plus qu'une esprance3 me jeter vos pieds4 ,je m'abandonne entirement votre volont4 ,et enfin1 le jour de ,pques1 il crit au ,pre ,bessires3 ,dieu soit bni6 ,c'est fait6 ,comment t'exprimer ce monde de penses o j'ai peine me retrouver8 ,pendant ces trois jours de solitude1 j'ai mdit1 j'ai pri1 j'ai vu4 ,j'ai senti deux bras tendus vers moi4 ,je m'y suis jet4 ,maintenant1 c'est la paix1 une paix immense que je n'avais jamais connue4 ,je n'aurais jamais cru pouvoir connatre tant de joie6 ,je me suis confess et je me suis retrouv une me toute jeune444 ,mais il faut lire toute la lettre4 ,je vous y renvoie4 ,je ne connais pas de tmoignage o les effets de la ,grce illuminante soient mieux attests2 ce n'est pas de la littrature1 c'est bien plus haut2 c'est le cri d'allgresse d'un ressuscit d'entre les morts4 ,comme le dit fort bien le ,pre ,bessires ces pages rendent le son d'une me magnifique2 c'est l'esprit d'un recommencement d'vangile1 d'un printemps de la foi1 d'une renaissance catholique4 ,la guerre vint4 ,lamouroux1 adjudant puis sous-lieutenant1 combattit1 en premire ligne1 la bataille de l',aisne1 puis dans les tranches4 ,toutes ses lettres de cette poque marquent un abandon total la volont de ,dieu1 une comprhension vive des merveilles de la souffrance purificatrice et un sentiment du devoir fortifi par la foi4 ,il crivait1 par exemple1 sa femme3 ,si je te disais que je ne m'ennuie pas1 tu penserais que je n'ai pas de cur ou que je mens4 ,et1 en effet1 ce serait un mensonge4 ,mais je t'assure que je supporte cette longue preuve sans la moindre amertume4 ,est-ce le sentiment du devoir1 la joie du sacrifice1 le fruit de la prire8 ,il y a dans cette force qui me soutient un peu de tout cela et beaucoup de la grce de ,dieu444 ,le #e octobre #aiae1 un sergent de sa section1 son ami1 catholique fervent1 comme lui1 crivait sa femme3 ,j'ai la douleur de vous apprendre la mort de ,m4 votre mari4 ,il est mort en hros1 la tte de sa section1 au combat du #c octobre4 ,ses soldats l'aimaient et le pleurrent4 ,le bien qu'il leur fit est spcifi dans ce passage d'une lettre crite par l'un d'eux3 ,je perds mon plus intime ami et j'aime mieux ne pas penser que ces soires de discussion1 si fructueuses pour moi1 sont jamais disparues6 ,car je perds un directeur de conscience qui avait dj pu voir les heureux effets de sa parole sur son disciple4 ,je m'efforcerai de devenir digne de lui444 ,il n'est d'ailleurs pas mort puisque ce qu'il y avait de meilleur en lui survivra y dans ceux qui l'ont approch444 ,comme on le voit1 ,lamouroux1 brlant de reconnaissance envers ,dieu1 s'tait fait l'aptre que doit tre tout converti qui a conscience de l'immensit des grces reues4 ,il ne se contente pas de savourer solitairement le ,pain de ,vie2 il veut le partager avec autrui444 ,rendant compte d',ames nouvelles1 le docte et perspicace critique de la revue3 l',ami du ,clerg1 l'abb ,cothenet a dit3 ,on a1 dans la presse1 dpens beaucoup d'encre et de poudre pourfendre la mentalit dite primaire4 ,n'a-t-on pas trop perdu de vue que les primaires sont des hommes et que1 vis--vis de ces mes le chrtien a des devoirs8 ,nous trouvons tous sur notre chemin1 un jour ou l'autre1 l'instituteur laque4 ,il faut le connatre pour lui faire du bien4 ,c'est faute de le connatre que tant de coups1 dans notre camp1 ont port faux et c'est pourquoi le livre du ,pre ,bessires se recommande instamment la lecture et la mditation de tous les catholiques4 ,interficite errores1 diligite homines1 exterminez les erreurs1 mais aimez les hommes4 ,le double prcepte de saint ,augustin a rarement t aussi bien accompli que dans ces pages du ,pre ,bessires4 ,l'abb ,cothenet a raison3 ce livre contient tout ce qu'il faut pour clairer bien des mes noyes dans les tnbres du matrialisme militant4 ,rpandons-le4 99 99 99 99 99 ,il y a des mes lues qui n'ont pas besoin de regarder longtemps la socit mondaine pour en dcouvrir le vide1 la vaine agitation et les penchants trs bas sous un vernis d'lgance4 ,s'adonner aux fanfreluches et aux caquets mdisants1 parader dans les salons1 fleureter avec de jeunes cormorans qui1 tout en leur prodiguant les fadeurs1 supputent part soi le chiffre de leur dot1 ne saurait les sduire4 ,elles sentent1 d'une faon profonde1 qu'elles sont appeles quelque chose de plus lev-- l'oraison1 au dvouement1 au sacrifice4 ,de bonne heure1 la vocation les sollicite et se fait tous les jours plus insistante4 ,bientt1 elles l'coutent et elles vont la vie religieuse1 afin de se fondre en ,dieu comme1 le long d'une pente rapide1 un ruisseau de montagne descend se mler au fleuve salubre qui l'emmnera se perdre1 avec lui1 dans un ocan sans limites4 ,telle fut la jeune ,lucie ,d4 ,m4 dont ,mgr ,landrieux a narr la courte existence dans ce livre exquis3 ,une ,petite ,sur#bg4 #bg ,mgr ,,landrieux1 vque de ,dijon3 ,une ,petite ,sur1 #a vol41 librairie de la ,bonne ,presse4 ,d'aprs lui1 je t'esquisserai1 grands traits1 l'histoire de la vocation qui1 presque malgr elle1 entrana cette prdestine4 ,tout enfant1 elle possdait dj cet amour de la nature et ce got de la solitude qui caractrisent de telles mes4 ,elle a lu1 dit son biographe1 pleines pages1 dans ce beau livre de la nature1 avant de connatre son alphabet4 ,son imagination1 saisie1 dans la fracheur de ses premires impressions1 par la grandeur de ces spectacles1 s'est veille1 loin des banalits de la vie1 au contact direct des uvres de ,dieu4 ,sous l'influence de cette leon muette et pntrante des choses1 l'ge o les nafs tonnements de la raison se mlent1 sans les troubler1 aux candeurs de la pit1 elle a pris conscience du monde et d'elle-mme444 ,l',ocan l'attirait4 ,elle aimait s'installer sur la plage avec ses livres et ses cahiers4 ,elle y revenait tous ses moments libres1 absorbe1 des heures entires1 elle si vive1 dans ces rveries sans fin qui s'achvent si vite en prires4 ,comme il arrive souvent chez les mes de cette catgorie1 ce penchant la mditation dans la solitude s'alliait une grande indpendance de caractre qui tolrait difficilement un joug quel qu'il ft4 ,pas toujours matresse d'un premier mouvement1 mais prompte se ressaisir1 elle a cherch d'abord1 dans son amour-propre1 un frein ses passions2 puis1 peu peu1 le sentiment du devoir a domin4 ,elle-mme s'effrayait de ses dispositions la rvolte3 ,ma colre me fait peur1 crivait-elle1 et je me demande jusqu'o j'irais si je n'tais pas chrtienne4 ,afin de se dompter elle dormit1 toute une nuit mme le plancher de sa chambre1 non par mortification mais par orgueil1 pour la satisfaction d'avoir mnag sa volont ce triomphe sur la nature4 ,ainsi que le constate fort exactement ,mgr ,landrieux1 ces natures-l sont les meilleures ou les pires3 elles ne s'attardent jamais dans la mdiocrit4 ,a quinze ans1 au couvent de l',assomption o elle faisait ses tudes1 elle s'tait jur de ne subir aucune influence1 de se renfermer en elle-mme et de porter seule le secret de sa vie intime4 ,elle crit3 ,lorsque1 pour la premire fois1 j'ai entendu parler de directeur et de direction1 affirmer qu'on ne devrait pas se conduire toute seule dans la vie1 je me suis dit1 avec un orgueil qui me frappe maintenant3--,jamais je ne confierai rien de moi qui que ce soit4 ,personne ne me conduira4 ,tant pis si je me perds6 ,et longtemps elle a tenu ce serment4 ,elle avait donc d'abord se convertir1 en brisant cet orgueil qui1 sous prtexte de sauvegarder son indpendance1 lui tendait le plus dangereux des piges4 ,ensuite seulement1 la vocation1 encore latente en elle1 pourrait s'panouir et la mener l'holocauste que ,dieu attendait de cette me gnreuse4 ,se tenant parole1 ni dans sa correspondance1 ni dans ses propos1 elle ne laissait rien deviner de son intrieur4 ,l'aumnier que sa rserve glace proccupait1 fit plusieurs tentatives pour obtenir sa confiance4 ,prtre clairvoyant1 il sentait qu'elle souffrait de la contrainte qu'elle s'imposait avec tant de rigueur1 il y discernait une manigance du ,mauvais et tchait de la mettre en garde4 ,il lui crivait3 ,vous voulez rester seule4 ,vous voulez vous isoler avec votre mal444 ,vous tes donc dans un chemin dangereux4 ,je ne sais pas o il vous mnera mais j'ai peur4 ,car le dmon est habile avec vous4 ,il vous endort2 il vous fait perdre1 une une1 vos habitudes de pit4 ,il excite sournoisement ce qu'il y a de moins bon au fond de votre nature444 ,il vous attire l'cart dans le dsert o il n'y a plus rien du tout de ,dieu4 ,votre bon ange vous suit toujours et proteste avec votre conscience et c'est cela qui vous trouble encore4 ,mais il y a une limite o il s'arrtera2 et alors vous serez seule444 ,ne restez pas dupe de votre illusion4 ,notre-,seigneur vous attend parce qu'il vous aime et je vous dis de sa part3--,n'endurcis pas ton cur1 enfant4 ,oh6 oui1 reprenez-vous bien vite simplement1 loyalement1 humblement4 ,si vous tes forte1 brisez vos liens et dites3 --je me lverai et j'irai mon ,pre6 ,la jeune fille rsistait encore cet appel vanglique4 ,mais alors ,dieu intervint4 ,comme il arrive presque toujours cette phase de la conversion1 il la rendit humble par la souffrance4 ,l'enfant tomba malade1 puise1 la tte en feu sans qu'on pt dfinir la maladie qui l'prouvait4 ,en mme temps elle reut la grce de voir1 avec nettet1 l'tat de son me4 ,aussitt1 pleine de remords et d'pouvante1 elle se rendit4 ,elle fit appeler son confesseur3 ,je n'en puis plus1 dit-elle4 ,ce n'est pas mon corps qui est malade1 c'est mon me4 ,le mdecin n'a rien y faire4 ,j'ai t folle de lutter ainsi contre le ,bon ,dieu4 ,tout ce que vous me disiez1 je le comprenais4 ,je sentais parfaitement que j'avais tort1 sans avoir le courage de l'avouer4 ,l'orgueil me fermait la bouche4 ,il me semble maintenant que ma conscience ressuscite4 ,je vous en donne la cl2 je ne la reprendrai plus4 ,le surlendemain1 elle tait debout et se retrouvait en bonne sant sans mme qu'il y et eu convalescence4 ,une priode de ferveur et de progrs dans la spiritualit suivit4 ,toutefois elle luttait encore1 par moments1 contre le penchant qui l'entranait de plus en plus vers la vie religieuse4 ,a dix-sept ans1 une petite intrigue sentimentale1 avec un ami de ses frres lui laissa au cur un trouble qui dura plusieurs mois4 ,elle prit aussi quelque got pour les runions mondaines4 ,elle eut de la coquetterie4 ,il est question dans une de ses lettres1 d'un certain chapeau bleu marine1 garni d'une touffe de bleuets1 dont elle tait toute fire4 ,enfin1 dans les salons1 elle montrait un esprit caustique1 prompt railler les ridicules d'autrui qui la faisait msestimer par les superficiels4 ,mais son directeur la rprimanda2 et1 avec la droiture de jugement qui la caractrisait1 elle reconnut tout de suite que ces dfauts ne rpondaient point aux grces d'oraison que ,dieu lui prodiguait4 ,elle se rforma4 ,ds lors1 elle ne cessa d'avancer dans la vie intrieure4 ,il en rsulta que des vertus se dvelopprent en elle dont elle n'avait possd1 jusque-l1 que le rudiment4 ,elle apprit l'abngation de soi-mme1 une sollicitude plus active l'gard de son pre et de toute sa famille4 ,comme elle avait un got trs sr1 le sens du beau1 une horreur instinctive de tout ce qui est vulgaire et banal1 les relations mondaines lui devinrent insipides4 ,cette volution tait normale car1 comme le dit son biographe1 quel contraste entre cette belle nature1 toute en actes1 virile et gnreuse1 et ces petites natures frivoles1 fleurs banales de vanit1 molles et prtentieuses1 aux grands yeux satisfaits au fond desquels on ne voit rien1 dont les horizons ne vont gure au del du piano1 du roman1 du tennis et du coffre-fort4 ,lucie sentait1 ce moment1 avec une vivacit toujours accrue1 qu'elle n'tait plus faite pour le train-train monotone et tide d'une existence bourgeoise4 ,elle crivait son directeur3 ,je veux par dessus tout me sanctifier4 ,or les moyens de sanctification sont plus abondants dans la vie religieuse444 ,et puis le ,bon ,dieu m'appelle4 ,je le sens bien4 ,ses sollicitations sont discrtes4 ,elles datent dj de trois ans4 ,j'y veux rpondre puisque j'ai compris4 ,elle spcifiait aussi qu'elle ne se sentait pas faite pour la vie contemplative ni pour l'enseignement et elle ajoutait3 ,je serai ,sur de ,charit4 ,j'aime passionnment les pauvres et je veux me donner aux malheureux1 me sentant un ardent dsir de travailler au salut des mes sans autre rcompense que ,dieu seul444 ,tu liras dans le livre de ,mgr ,landrieux les cruelles preuves et les contradictions qu'elle eut subir avant d'tre mise mme de rpondre son attrait4 ,lorsque ,dieu appelle une me suivre ,jsus-,christ1 il lui donne la croix porter et il la maintient dans la voie douloureuse4 ,mais quelle rcompense une fois qu'elle est arrive au sommet du ,calvaire6 ,je te dirai seulement que ,lucie ne devint pas une fille de ,saint-,vincent de ,paul4 ,d'une faon fort imprvue1 elle entra dans la congrgation des ,petites-,surs de l',assomption dont la rgle se rsume fort exactement en ces paroles de son fondateur le ,p4 ,pernet3 ,on soignera les pauvres1 rien que les pauvres1 pour rien1 toujours pour rien4 ,ce prcepte est dvelopp dans les principaux articles de la ,rgle dont voici la substance3 ,la ,petite-,sur ne voit1 dans la maladie1 qu'un prtexte pour entrer4 ,son but1 c'est de restaurer dans le ,christ la famille ouvrire4 ,elle ne se contente pas de faire une apparition dans la mansarde1 au foyer du pauvre4 ,elle s'y installe titre d'infirmire1 de servante1 de bonne tout faire1 quatre heures le matin1 quatre heures le soir4 ,elle retrousse ses manches et met son tablier4 ,quand le malade a t soign1 les enfants lavs1 peigns1 habills1 elle fait le mnage1 la cuisine1 tout ce que ferait la mre et souvent davantage444 ,la ,petite-,sur va dans les milieux o le prtre ne saurait pntrer4 ,a force de patience1 d'humilit1 d'attentions1 d'gards1 elle ouvre les curs la confiance4 ,et alors1 un mot du ,bon ,dieu arrive aisment jusqu' l'me3 conversions1 abjurations1 mariages rhabilits1 premires communions tardives1 baptmes d'adultes--voil les uvres courantes de la ,petite-,sur4 ,lucie1 porte l'hrosme1 s'enflamma pour ce sublime programme4 ,elle fut admise au noviciat et s'y montra bientt l'une des plus joyeusement zles pour devenir une religieuse irrprochable4 ,elle allait faire profession1 quand elle tomba gravement malade4 ,il n'tait pas dans les desseins de ,dieu de la laisser en ce monde4 ,sans doute1 voulait-il qu'elle restt1 pour les novices futures1 le modle idal de la probation4 ,elle mourut vingt-quatre ans1 le sourire aux lvres4 ,dans le petit calepin o elle notait ses penses au jour le jour1 on trouva ceci3 ,l'oubli de soi1 c'est le secret de la saintet4 ,elle avait appliqu intgralement cette maxime4 99 99 99 99 99 ,et pourquoi ne pas terminer ces ,lectures comme nous les avons commences--par des vers8 ,de la musique avant toutes choses6 disait ,verlaine4 ,aprs aussi4 ,je choisis les quatrains qu'un dlicieux pote ,jean-,marc ,bernard crivit peu avant sa mort au front4 ,ses vers antrieurs constituaient une magnifique promesse2 on ne peut que s'attrister en songeant aux beaux pomes qu'il aurait certainement donns s'il avait vcu4 ,ses premires uvres rvlent un crivain dj sr de son art1 possdant la tradition classique1 la science du rythme et l'invention des images aussi justes qu'imprvues4 ,il est vrai que1 dans la fougue de son adolescence1 il chanta les plaisirs sensuels4 ,mais comme le dit fort bien ,m4 ,ren ,fernandat1 dans la pntrante tude qu'il lui a consacre3 ,jean-,marc ,bernard ne crut pas scandaleux d'crire un livre qu'il destinait aux seuls potes1 pensant qu'un pch de plume est tt pardonn444 ,or1 quand la guerre clata1 l'heure tait venue o il se croyait autoris nous livrer toute son me4 ,le catholique militant et os alors1 aux prises avec de durs soucis1 mais rconfort par la rception de son ,dieu1 exhaler de son me des accents longtemps contenus4 ,c'est peut-tre le seul bienfait de cette guerre1 aux suites trop exclusivement industrielles et commerciales1 que de grandes mes aient t ramenes ,dieu par la souffrance purificatrice4 ,celle de ,bernard fut du nombre4 ,pour preuve1 et en conclusion1 je citerai ses derniers vers1--si mlancoliques et si fervents la fois1 tracs au crayon la veille de sa mort3 ,du plus profond de la tranche1 ,nous levons les mains vers vous1 ,seigneur6 ,ayez piti de nous ,et de notre me dessche6 ,car plus encor que notre chair ,notre me est lasse et sans courage4 ,sur nous s'est abattu l'orage ,des eaux1 de la flamme et du fer4 ,vous nous voyez couverts de boue1 ,dchirs1 hves et rendus444 ,mais nos curs les avez-vous vus8 ,et faut-il1 mon ,dieu1 qu'on l'avoue8 ,nous sommes si privs d'espoir1 ,la paix est toujours si lointaine1 ,que parfois nous savons peine1 ,o se trouve notre devoir4 clairez-nous dans ce marasme1 ,rconfortez-nous et chassez ,l'angoisse des curs harasss2 ,ah6 rendez-nous l'enthousiasme6 ,mais aux morts qui tous ont t ,couchs dans la glaise ou le sable1 ,donnez le repos ineffable3 ,seigneur1 ils l'ont bien mrit6 ,le #i juillet #aiae1 sur les huit heures du matin1 prs de ,souchez1 ,jean-,marc ,bernard fut pulvris par un obus de gros calibre4 ,il venait de se confesser et de communier4--,ce sang gnreux n'a pas coul en vain pour le rachat de la ,france4 ,on rend grces2 on s'incline sous la main du ,dieu de justice4 ,mais un soupir gonfle la poitrine quand on songe tant de jeunes talents fauchs dans leur prime closion4 ,ils acceptrent noblement le sacrifice4 ,on se rsigne1 mais on les regrette et1 priant pour eux1 on cherche se rappeler l'inflexion des voix chres qui se sont tues comme disait encore ,verlaine4 ,,lettre ,,xii ,,beata ,,solitudo ,d'entendre parler sans cesse1 autour de toi1 d'inflation fiduciaire et d'intensification de la production te dgote passablement1 ,ami1 tu as envie de fuir la ville4 ,tu chercheras1 dis-tu1 quelque coin de campagne l'cart o il te sera loisible de choyer1 loin des rumeurs financires1 tes rves d'art et de philosophie ante focum si frigus erit1 si messis in umbra4 ,oui1 ce beau vers elliptique de ,virgile1 tu en appliquerais la formule si tu tais un paen revenu de tout et qui mdite de cultiver dsormais son gosme hors des agitations humaines4 ,mais si tu es le chrtien qui se veut toujours plus pris de ,jsus1 tu liras la bienheureuse solitude parce que c'est seulement en ses refuges que tu pourras recevoir pleinement la lumire qui mane du ,bon ,matre4 ,sur la montagne1 au cur de la fort1 parmi l'atmosphre argente qui baigne les hauts plateaux1 parmi le murmure des brises1 travers les feuillages onduleux1 ton me se sentira enfin libre de se perdre joyeusement dans les splendeurs vivantes de l'ternel ,amour4 ,en cette solitude bnie1 tu goteras le silence et1 par le silence1 tu goteras ,dieu4 ,car la sainte ,mre ,marie de ,jsus nous l'enseigne3 ,le silence est la loi mme et l'habitude de ,dieu4 ,de toute ternit1 il existe une vie intense qui va du ,pre au ,fils et l',esprit ,saint2 et cette vie se passe dans le silence absolu4 ,la vie aussi que ,dieu communique la nature organise est une vie silencieuse3 la sve monte1 l'arbre bourgeonne et fructifie dans le silence4 ,si ,dieu s'approche pour parler ses cratures1 c'est dans le silence qu'il se manifeste1 suivant l'admirable tmoignage de saint ,jean de la ,croix3 le ,pre a dit une seule parole1 c'est son ,verbe et son ,fils2 il la dit ternellement dans un ternel silence et c'est dans le silence que l'me l'entend444 ,le silence1 c'est de l'amour4 ,c'est l'aide que nous donnons ,dieu pour qu'il puisse nous combler comme il le veut#bh4 #bh ,texte cueilli dans la ,vie de ,mre ,marie de ,jsus4 ,les ,carmlites de ,paray-le-,monial ont bien voulu me communiquer les preuves du livre o elles racontent l'existence1 les uvres et les vertus de leur ,fondatrice4 ,ami1 je n'ai nullement qualit pour te conseiller une voie plutt qu'une autre4 ,si ,dieu te destina aux uvres extrieures1 s'il te faut garder la solitude et le silence intrieurs parmi les remous et les babils du sicle--tche trs ardue mais possible moyennant la ,grce--suis docilement sainte ,marthe4 ,mais si tu es de ceux dont l',aropagite a dit que non seulement ils conoivent ,dieu mais qu'ils sentent la divinit vivre en eux tu feras comme ,marie3 tu resteras agenouill aux pieds de ,notre-,seigneur1 tu y rpandras1 comme un parfum1 ton oraison pour tes frres tumultueux du monde2 tu te fixeras en une retraite trs cache1 loin des villes1 au sein de la grande nature2 et l tu goteras les harmonies profondes de la solitude et du silence--en ,dieu4 ,laisse-moi te dcrire quelques-unes des joies qui te seront alors prodigues4 99 99 99 99 99 ,corolles jaune livide des euphorbes1 bleu tratre des aconits1 rouge sombre des pavots qui engourdissent la conscience1 nagure des liens de fleurs empoisonnes attachaient l'me au monde4 ,voici qu'elle les a briss et qu'elle s'offre ,dieu1 paisible et limpide comme un petit lac1 tout au fond d'un val ignor1 afin qu'il daigne y reflter sa face4 ,elle a travers d'abord des fourrs pineux o elle a cueilli les roses sanglantes de la ,passion4 ,leur parfum lui apprit aimer ,jsus pour lui-mme2 et son abngation lui valut des flicits auprs de quoi les allgresses des sens ne lui apparaissent plus que des soubresauts d'infirmes clopinant dans des ornires boueuses4 ,elle connat maintenant la joie unique1 celle dont saint ,thomas d',aquin a dit qu'elle n'est pas une vertu distincte de la ,charit1 mais qu'elle en est l'acte et le fruit4 ,mais1 aprs cette priode de suave aprs-midi qu'imprgnent les clarts candides de l'innocence reconquise1 pour la grande purification qui doit finir d'effacer toutes ses taches et lui ouvrir le royaume de la ,grce illuminante1 l'me a pass par la nuit obscure1 o elle connut les amertumes du ,jardin des ,olives4 ,il lui a fallu accepter l'angoisse et la scheresse et cela pendant un laps de temps assez long pour draciner ses habitudes encore imparfaites aussi bien l'gard des choses divines que des choses humaines4 ,au milieu des flammes de cette contemplation tnbreuse1 elle s'est revtue de puret et de simplicit2 elle est devenue apte recevoir les touches sublimes1 quoique passagres1 du ,parfait ,amour444 7,saint ,jean de la ,croix3 la ,nuit obscure1 l4 ,,ii1 ch4 ,,ix47 ,par volont d'aimer ,jsus toujours davantage1 l'me a subi victorieusement l'preuve4 ,alors elle connat la quitude4 ,un jour1 sans qu'elle se soit rendu compte du progrs accompli1 sans que1 cette fois1 la volont intervienne1 son oraison se transforme4 ,elle est tout endormie quant au monde1 tout veille vers ,dieu4 ,c'est une naissance o elle ne peut formuler de paroles1 et elle ne cherche d'ailleurs point en formuler3 elle sent ,dieu en elle1 elle en ,dieu2 et pendant la brve dure de cette union1 elle n'a eu besoin d'aucun effort pour se maintenir dans l'heureux sommeil qui l'immobilise4 ,c'est1 dit sainte ,trse1 l'amour s'unissant l'amour2 les oprations de l'esprit y sont ineffablement pures et d'une dlicatesse telle qu'il est presque impossible de les exprimer2 mais ,dieu sait bien les faire sentir6 ,repos ineffable1 station splendide sur un sommet ensoleill o il semble que les ailes des anges caressent notre front1 qui vous a connus souffrirait des supplices plutt que de se rendre indigne de vous mriter encore6444 ,seigneur ,jsus1 gardez-nous du ,dmon qui voudrait nous rompre les jarrets afin de nous empcher d'atteindre cette cime3 la quitude en ,vous4 99 99 99 99 99 ,comme1 forte de son viatique1 la prsence habituelle de ,dieu1 l'me purifie ne s'arrte pas de gravir1 avec courage1 la voie troite qui mne des sommets encore plus levs1 ,dieu la rcompense en lui donnant des images4 ,qu'ils sont radieux ces tableaux et ces symboles6 ,quelle flamme de vertu ils allument au centre le plus intime de la voyageuse6 ,le mystique ignor1 qui me rapporta sa rencontre de l',enfant-,jsus dans la fort1 me disait une autre fois3 ,il y a des jours o j'entre dans un recueillement trs profond4 ,mon me est alors comme une toile o une invisible main dessine et colore des paysages de la plus intense beaut4 ,d'abord1 je les admire1 sans en pntrer la signification4 ,mais bientt1 pour peu que je la demande au ,bon ,matre1 elle m'est donne1 non point par des paroles1 mais par une intuition dont je ne saurais te faire saisir toute la nettet4 ,que te dirais-je8 ,je comprends par la vue sans avoir besoin de mditer ni de raisonner4 ,un soir1 j'tais dans ma chambre1 agenouill sur mon prie-,dieu4 ,en face de moi1 la muraille tapisse d'un papier gris4 ,tout coup1 cette surface monotone disparut4 ,je dcouvris un ruisseau qui coulait1 en chantant comme une tribu d'alouettes1 travers une plaine1 tout frmissante de sves printanires et toute pare de grands lys dont les pistils d'or et les ptales d'une blancheur bouissante se miraient avec prdilection dans l'onde heureuse qui glissait devant mes yeux4 ,qu'elle tait bleue cette eau1 et si pure qu'elle semblait un fragment du ciel de mai tomb sur la terre6 ,je ne me lassais pas de la contempler2 et j'aurais voulu m'y plonger pour suivre son courant loin1 trs loin--jusqu'au ,paradis444 ,et en mme temps1 la paix de ,jsus rgnait en moi1 plus souveraine que jamais4 ,j'ai su que ce ruisseau signifiait la vie unitive1 fondue continuellement en ,dieu1 o je pourrais tre admis si je restais fidle la ,croix dont ,jsus m'a fait la faveur de charger mes paules444 ,je ne puis m'expliquer davantage4 ,ce que j'ajouterai1 c'est que cette image occupa1 en les illuminant1 toutes les puissances de mon tre jusqu'au matin et que le murmure de l'eau mlodieuse ne cessa de rsonner en moi durant toute la journe qui suivit4 ,il se tut quelques instants1 les yeux fixs ailleurs que sur la terre4 ,puis il reprit3 ,on ne peut confondre ces images1 qui viennent de ,dieu1 avec celles que nous prsente parfois notre imagination4 ,celles-ci s'effacent rapidement sans nous laisser aucun souvenir et sans nous avoir incits la vertu4 ,de mme1 les simulacres1 que le ,dmon tente parfois d'insinuer en nous1 ne russissent pas leurrer1 d'une faon persistante1 l'me en tat de grce4 ,d'abord chatoyants1 ils ne tardent pas s'obscurcir4 ,et puis ils apportent bien vite du trouble et des penses fangeuses4 ,un signe de croix suffit les dissiper4 ,et il conclut1 les maintes jointes1 le regard vers son ,crucifix3--,seigneur ,jsus1 ne permets pas que l',ennemi se dguise en ange de ,lumire pour substituer ses images fallacieuses celles que ton ,amour daigne parfois m'octroyer quoique je ne les mrite aucunement444 99 99 99 99 99 ,un autre jour encore1 ,lapillus me dit3 ,il y a plus haut que les images4 ,il y a cette contemplation involontaire o l'on distingue les choses de ce monde unies aux choses du ,ciel par un regard d'me indicible parce qu'il relve de notre seule intelligence unie celle de ,dieu444 ,dimanche dernier1 la grand'messe1 le peuple et le clerg1 tous ensemble1 chantaient le ,credo4 ,je chantais aussi quand1 tout coup1 il me sembla que chacun des articles1 profrs en toute ferveur1 devenait--une synthse4 ,je vis1 pas des yeux du corps1 mais d'un regard d'me ineffable1 les ,aptres runis1 sous la prsidence de la sainte ,vierge1 promulguer1 pour tous les sicles1 l'autorit immuable du ,credo4 ,je vis1 simultanment1 l',incarnation s'irradier en ,marie2 je vis les hrsies aboyer autour de ces ,dogmes1 comme des chiens enrags4 ,je vis--ah6 je vis la communion des ,saints sur terre1 en ,purgatoire1 en ,paradis4 ,et je vis ,jsus vivre continuellement en nous par le ,credo444 ,il se tut un peu4 ,puis il reprit d'une voix qui sonnait comme une harpe olienne3 ,seigneur ,jsus1 garde-moi de l'orgueil4 ,fais que je ne perde pas de vue un seul instant que cette ,lumire1 je la dois ta seule misricorde et non pas mon mrite4 ,je ne suis rien1 je ne vaux rien1 je n'existe pas--hors de ton ,sacr-,cur444 ,,final ,mon ,jsus1 il y a des minutes d'infatuation o je me figure que je t'aime comme tu veux tre aim4 ,c'est alors que je reproche aux autres leur indiffrence ton gard tout comme si1 moi-mme1 je n'tais pas le pire des indiffrents6 ,or1 afin de me remettre ma place1 c'est--dire dans la brousse1 au pied de la sainte ,montagne1 tu me rappelles mes ingratitudes1 tandis que tu montais au ,calvaire par la ,voie douloureuse4 ,permets que j'crive tes enseignements4 ,i4--,quand ,pilate se lava les mains aprs ta condamnation1 c'est moi qui tenais la cuvette4 ,,ii4--,quand les soldats mirent la ,croix sur tes paules1 je dis1 en ricanant1 qu'elle n'tait pas assez lourde4 ,,iii4--,quand tu tombas pour la premire fois1 c'est parce que j'avais ajout le poids de ma sensualit ce fardeau rdempteur4 ,,iv4--,quand tu rencontras ta ,mre1 je me bouchai les oreilles parce qu'il m'ennuyait d'entendre ses sanglots4 ,v4--,quand le ,cyrnen t'aida porter la ,croix1 j'touffai le cri de ma conscience qui me disait de faire comme lui4 ,,vi4--,quand ,vronique te tendit le linge1 o tu imprimas ta ,face adorable1 je haussai les paules1 la taxant d'ostentation4 ,,vii4--,quand tu es tomb pour la seconde fois1 c'tait parce que je t'avais surcharg de mes curiosits imbciles vers les choses du monde4 ,,viii4--,les filles d',isral qui prtendaient te consoler1 c'taient mon entendement1 ma volont1 mon imagination4 ,tu leur dis de pleurer sur elles-mmes4 ,et je n'ai pas compris ta parole-- cause de mon cur dur4 ,,ix4--,quand tu es tomb pour la troisime fois1 c'tait parce que j'ai ajout la lourdeur de la ,croix ce bloc de plomb3 mon orgueil4 ,x4--,quand on t'a enlev tes vtements1 j'ai fait cadeau ,satan de ta tunique trempe de ta sainte sueur et de ton sang vers pour moi4 ,,xi4--,quand on t'a clou sur la ,croix1 je tendais aux bourreaux le marteau et les clous4 ,,xii4--,quand tu es mort pour moi1 je m'intressais aux nuances de l'ombre qui pesait sur la colline4 ,,xiii4--,mais quand ,longin t'a perc le cur de sa lance1 j'ai su que ,longin c'tait moi4 ,ton sang ruissela sur ma tte et je me sentis soudain une me nouvelle4 ,,xiv4--,alors j'ai compris et je t'ai aim4 ,et je t'ai mis au tombeau dans mon me4 ,le spulcre tait bien misrable1 mais tu l'as empli de ta lumire444 ,mon ,jsus1 ne m'abandonne pas en ce monde o je mourrais de froid si ta prsence ne me rchauffait des flammes de ton ,sacr-,cur4 ,fortifie ma faiblesse2 infuse ta volont dans mon amour2 c'est la seule prire que je puisse dsormais t'adresser3 ,aie piti de moi6 ,et toi1 lecteur charitable1 prie beaucoup pour le mendiant d'oraisons qui t'offre ce livre4 ,,fin4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,prface #g ,lettre ,i4--,la privation de ,dieu #ea ,lettre ,,ii4--,d'aprs l',imitation #fc ,lettre ,,iii4--,la ,messe #gc ,lettre ,,iv4--,la ,confession #hc ,lettre ,v4--,une me du purgatoire #ajj ,lettre ,,vi4--,la ,vierge au jardin #acj ,lettre ,,vii4--,le prince de l'usure #ada ,lettre ,,viii4--,une dame mtallique #aeh ,lettre ,,ix4--,lectures 7posie7 #agj ,lettre ,x4--,lectures 7prose7 #aij ,lettre ,,xi4--,lectures 7prose1 fin7 #bbe ,lettre ,,xii4--,beata solitudo #bdi ,final #beg #dhic4--;,imprimerie spciale de la ,maison ,bloud et ,gay4