,,adolphe ,,rett ,,le ,,voyageur ,,tonn ,,paris ,,albert ,,messein1 ,,diteur #ai1 ,,quai ,,saint-,,michel1 #ai #aibh ,librairie ,a4 ,,messein1 #ai1 ,quai ,saint-,michel1 ,paris ,,du ,m,,me ,,auteur ,,po,,sies 7#ahig-aijf73 ,campagne premire1 ,lumires tranquilles1 ,pomes de la fort 7,messein7 #g fr4 ,une belle dame passa 7,messein4 #a vol4 in-#ab7 #g fr4 ,le ,symbolisme 7anecdotes et souvenirs74 #aijc 7,messein4 #a vol4 in-#ab7 #i fr4 ,,uvres ,,catholiques ,du diable ,dieu1 rcit d'une conversion 7,messein74 ,le rgne de la ,bte1 roman 7,messein74 ,un sjour ,lourdes1 journal d'un plerinage pied1 impressions d'un brancardier 7,messein74 ,sous l'toile du ,matin1 la premire tape aprs la conversion 7,messein74 ,dans la lumire d',ars1 rcit d'un plerinage 7,tolra74 ,au pays des lys noirs1 souvenirs de jeunesse et d'ge mr 7puis74 ,quand l'esprit souffle1 rcits de conversions3 ,huysmans1 ,verlaine1 ,claudel1 etc4 7,messein74 ,ceux qui saignent1 notes de guerre 7,bloud et ,gay74 ,sainte ,marguerite-,marie1 vie de la ,rvlatrice du ,sacr-,cur1 d'aprs les documents originaux 7,bloud et ,gay74 ,lettres un indiffrent1 apologtique raliste 7,bloud et ,gay74 ,le ,soleil intrieur1 ,saint ,joseph de ,cupertino1 ,catherine de ,cardonne1 une ,carmlite sous la ,terreur1 la ,charit du malade 7,bloud et ,gay74 ,louise ,ripas1 une privilgie de la ,sainte-,vierge1 prface de ,mgr ,landrieux1 vque de ,dijon 7,bloud et ,gay74 ,lon ,bloy1 essai de critique quitable 7,bloud et ,gay74 ,la ,maison en ordre1 ,mmoires #ahgj-aibc 7,messein74 ,les ,rubis du ,calice1 mditations et oraisons sur des textes de la ,messe 7,messein74 ,la basse-cour d',apollon1 murs littraires 7,messein74 ,jusqu' la fin du monde1 commentaire vcu et d'une actualit brlante de la phrase de ,pascal3 ,jsus sera en agonie jusqu' la fin du monde 7,messein74 ,la ,conversion1 brochure1 nouvelle dition augmente d'un prcis des livres de l'auteur 7,messein74 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,ce ,,livre3 #e exemplaires sur pur fil ,lafuma numrots de #a #e4 ,a ,,marius ,,boisson ,idem velle1 idem nolle1 ea demum firma est amicitia4 ,salluste4 ,,pr,,ambule ,depuis plusieurs annes il plat ,dieu de m'prouver par la maladie4 ,des crises frquentes me vouent l'inaction pendant des priodes plus ou moins prolonges4 ,l'laboration d'un livre m'est devenue si pnible que1 quand je pose la plume aprs en avoir crit les dernires lignes1 je ne puis m'empcher de m'crier3--,cette fois1 l'effort m'a puis2 jamais plus je ne serai capable de le renouveler444 ,cependant quelques mois passent et voici que dans cet tre plein de cendres grises et froides3 ma cervelle1 un feu se rallume que nourrit l'espoir de servir ,notre-,seigneur et son glise jusqu' mon dernier souffle4 ,c'est ce qui m'arrive encore aujourd'hui4 ,des mes1 charitables au vieil clop qu'elles fortifient de leurs prires1 me rappellent que ,dieu daigna souvent employer mes pauvres critures leur rendre videntes les merveilles de ,son ,amour4 ,a certaines heures d'oraison1 il me semble aussi voir se presser autour de moi ceux qui j'appris tracer sur leur front le signe de la croix4 ,ds lors1 qu'importent ma lassitude et mes flchissements dans la voie douloureuse8 ,pour les uns et les autres j'assemblerai1 tant bien que mal1 quelques floraisons d'automne en leur demandant de penser moi lorsqu'ils les dposeront au pied du ,crucifix4 ,terminerai-je ce livre8 ,ou bien1 laissant l'uvre inacheve1 serai-je cit demain au tribunal de mon ,juge8 ,je l'ignore4 ,je sais seulement ceci3 n'attendant rien des choses de ce monde1 je garde les yeux fixs sur l'horizon o grandissent les premires lueurs de la vie ternelle et je sens que ma raison unique de subsister c'est de me tenir prs du ,christ au ,calvaire4 ,vous le comprenez1 amis en ,dieu qui lirez ces pages4 ,par suite1 comme vous comprendrez que chacune d'elles reprsente une souffrance6444 ,,le ,,voyageur ,,tonn ,jadis1 quand1 pour runir quelque pcune alimentaire1 je parlais des publics fort disparates1 j'ai beaucoup voyag4 ,en ,france1 et parfois hors de ,france1 j'ai vu nombre de villes et de hameaux1 des plaines riches en moissons ou striles1 des montagnes neigeuses et des collines fleuries de bruyres1 des fleuves au cours majestueux et des torrents qui se prcipitaient en cascades turbulentes1 des forts et des landes1 l',ocan et la ,mditerrane1 des aubes de pure lumire et des crpuscules noys dans la brume444 que sais-je encore8 ,partout j'admirais1 partout je m'tonnais car il n'est pas d'admiration sans tonnement4 ,mais il arrivait aussi que j'eusse l'occasion de m'tonner sans admirer1 par exemple aux endroits o les hommes montrent une ingniosit dplorable enlaidir l'uvre de beaut--l'uvre de ,dieu4 ,a prsent qu'il ne m'est plus donn de prgriner et l en collectionnant maints aspects de l'univers1 je fais encore de splendides voyages dans ces rgions de la vie contemplative o tant de grces sont octroyes toute me qui s'applique prendre pour guides vers le ,paradis les ,saints de ,notre-,seigneur4 ,itinraire incomparable dont l'oraison dsigne les tapes1 o les auberges sont des glises1 o les phares sont les petites lampes1 jamais teintes1 qui brlent devant la ,prsence relle6 ,les paysages que l'on dcouvre en cette contre surpassent tous les sites de la terre4 ,l'humanit1 on ne l'y rencontre qu'en posture d'adoration4 ,les pauvres par dilection1 les souffrants1 les humbles y apprennent la gratitude envers la misricorde divine qui leur ouvrit ces refuges4 ,c'est l que je continue d'tre le voyageur tonn4 ,c'est l que la prire pour tous m'lve au-dessus de moi-mme4 ,c'est l que le ,verbe incarn m'admet porter la croix avec ,lui et qu'il la fleurit de roses radieuses4 ,j'en respire le parfum et alors1 par un miracle de sa charit1 je saisis le sens des paroles qu'il murmure tout au fond de mon cur444 ,laissez-moi tenter de vous en transmettre l'cho4 ,certes1 je le ferai bien maladroitement1 bien insuffisamment4 ,mais si vous rendez ,jsus un peu de l'amour ineffable qu'il nous tmoigne1 vous complterez ce que je voudrais vous exprimer aussi nettement que je l'prouve4 ,et nous monterons1 tous ensemble1 en chantant1 comme des alouettes1 vers ce soleil des printemps de l'me3 le sourire de ,notre-,seigneur4 99 99 99 99 99 ,,des ,,matins ,a ,,notre-,,dame ,,de ,,paris4--,n'importe o hors du monde6 s'criait le malheureux ,baudelaire4 ,et il y a tant de pauvres tres qui rptent cette phrase d'un cur dsol parce que leur me a trop vagabond loin de ,dieu6 ,je leur rponds avec le ,psalmiste3--,nous irons dans la maison du ,seigneur444 ,que pourrais-je leur dire de plus dcisif puisque1 du jour o je fus reu merci par le ,bon ,matre1 j'ai compris que la maison du ,seigneur c'tait ma maison8 ,ah6 c'est que j'avais t longtemps le ,grasnien dont une horde d'esprits pervers rgissaient les penses et les actes4 ,maintenant qu'ils ont fui parmi les pourceaux1 j'obis la parole de mon ,sauveur3--,retourne en ta maison et raconte aux tiens comment ,dieu t'a pris en piti4 ,voici vingt-deux ans que je le raconte et tous mes livres procdent1 sans exception1 de la grce inoue que j'ai reue4 ,si je mentionne le fait1 qu'on veuille bien admettre que c'est en toute humilit4 ,je certifie qu'il m'et t impossible d'agir diffremment4 ,je retrouve dans des notes anciennes la trace des circonstances o ,dieu me fit entendre que dsormais ma littrature serait voue ,lui seul4 ,permettez-moi de les dvelopper3 peut-tre quelques-uns qui dbutent dans la voie troite1 en seront-ils encourags et davantage ports la persvrance4 ,donc1 en octobre #aijf1 aprs ma premire communion l'glise ,saint-,sulpice1 et avant de rejoindre ma solitude sylvestre en ,arbonne1 je passai une quinzaine ,paris4 ,je m'tais log sur un quai de la ,rive ,gauche1 proximit de ,notre-,dame4 ,tous les matins1 j'y allais entendre la messe de six heures4 ,ceux qui ne connaissent la basilique vnrable que pour y avoir suivi quelque crmonie magnifie par les splendeurs du luminaire et le chant solennel des grandes orgues ne peuvent se figurer comme1 au petit jour naissant1 l'me s'y imprgne de recueillement et s'y perd1 sans obstacle1 en ,dieu4 ,une obscurit sainte1 o flotte un faible parfum d'encens1 emplit l'norme vaisseau4 ,c'est tout au plus si1 l'orient1 un soupon de clart diffuse esquisse les lignes des vitraux qui dominent le chevet4 ,et quelle ampleur de silence6 ,j'en tais si pntr que1 pour ne pas le troubler1 ds le portail franchi1 j'touffais le bruit de mes pas4 ,je gagnais le bas-ct de droite et j'allais m'agenouiller devant la chapelle de ,saint-,georges o1 en ce temps-l1 un vieux prtre disait la premire messe4 ,il n'y avait que fort peu d'assistants3 quatre ou cinq femmes du peuple1 ouvrires ou servantes1 venues l pour recevoir de ,jsus-,christ la force d'accomplir leur dur labeur de la journe4 ,apprenti de la pit1 je m'entranais la prire par l'exemple de ces humbles4 ,je m'en rendis compte la premire fois que je pris place auprs d'elles et je pensai3--,elles sont si admirablement ferventes que j'aurai peine les galer1 moi1 pauvre chose sous le regard de ,dieu6444 ,il faisait trop sombre pour qu'on ft mme de lire l'office dans un paroissien4 ,m'y unir par la mmoire1 je ne le pouvais car j'ignorais les textes liturgiques4 ,je ne connaissais alors que l'essentiel des vrits religieuses rsumes dans le catchisme4 ,cependant je ne demeurais point inerte4 ,comme mon confesseur m'avait muni d'un ,nouveau ,testament et d'une ,imitation et qu'il m'avait recommand de les mditer avec soin sitt lev1 je ne manquais pas de me prparer la messe par la lecture de l'un ou l'autre volume4 ,durant le court trajet de mon domicile la cathdrale1 l'enseignement acquis de la sorte fructifiait en moi4 ,au cours du ,saint-,sacrifice1 ce que j'en avais retenu1 continuait de se dvelopper1 de saillir en lumire pour les yeux de mon me4 ,cela devenait parfois tellement intense qu'au moment de la ,conscration1 je disais ,notre-,seigneur1 descendu sur l'autel3 ,faites que votre parole1 qui est mon pain et mon vin1 ne cesse de m'alimenter1 faites que1 m'y conformant1 je devienne digne de votre amour4 ,j'ai gard souvenir de deux messes o des phrases lues dans ces conditions prirent une importance extraordinaire4 ,un matin1 ouvrant mon ,imitation au hasard1 je tombai sur ce verset 7chapitre #ej du livre ,,iii73 ,que possde votre serviteur sinon ce que vous lui avez donn sans qu'il le mrite4 ,j'en reus un choc intrieur4 ,tout mu1 je rptais3--,sans qu'il le mrite6 ,et j'ajoutais3--,c'est absolument vrai que je ne mritais pas ma conversion6 ,je le sais4 ,toutefois1 je ne l'ai jamais senti comme aujourd'hui444 ,cette certitude que ,dieu m'avait tir du marcage o je croupissais par un acte tout fait gratuit de sa misricorde s'imposait moi dans une blouissante clart4 ,j'en prouvais1 coup sr1 de la reconnaissance mais surtout un indicible tonnement4 ,c'est en cet tat d'me que je me rendis l'glise4 ,il persista jusqu' l'ite missa est4 ,je contemplais mon ,sauveur en sa perfection1 puis ma chtive personne en son nant de mrite et je balbutiais3--,seigneur1 est-ce bien vous qui rayonnez ainsi8 ,est-ce bien moi qui suis si noir8 ,hier je ne prononais votre nom qu'avec drision et voici qu'il est tout pour mon me4 ,quelle surprise dont je n'arrive pas me dprendre6444 ,l'incident fut dcisif pour mon avenir4 ,depuis1 il me revient frquemment l'esprit et1 en particulier1 lorsque ma nature mauvaise cherche m'insinuer des conseils de ngligence et de tideur4 ,aussi ai-je l'intuition que ,notre-,seigneur use de ce moyen pour m'avertir et me prserver d'une rechute dans les tnbres de jadis4 ,c'est comme s'il me disait3--,regarde ce que j'ai fait pour toi et prends garde ce que tu vas faire6 ,un second effet de la sollicitude de mon ,matre se produisit la veille de la ,toussaint4 ,je venais de lire cet admirable ,x,i,i,ie chapitre de l'vangile selon saint ,matthieu o des paraboles divinement persuasives se succdent pour nous montrer comment la ,grce opre dans les mes qui l'implorent avec l'humidit requise4 ,l'une d'elles se fixa en moi sous la forme d'une image merveilleuse qui me resta prsente durant toute la messe4 ,la voici3 ,le royaume des cieux est semblable au grain de snev qu'un homme prit et sema dans son champ4 ,c'est la plus petite de toutes les semences1 mais lorsqu'elle a cru1 elle est plus grande que toutes les plantes et devient un arbre1 de sorte que les oiseaux du ciel viennent et habitent dans ses branches4 ,cette image me possda si totalement que je ne distinguais ni l'autel1 ni l'officiant1 ni l'assistance1 ni la nef4 ,je voyais mon me comme une glbe retourne par le soc de l'preuve4 ,un atome vivifiant1 pareil un fragment d'toile1 y tombait des hauteurs de l'azur1 germait aussitt1 grandissait rapidement et devenait l'arbre immense de la parabole4 ,ses racines s'incrustaient au plus profond de mon tre2 sa ramure chatoyante s'panouissait l'infini2 son feuillage frmissait harmonieusement au souffle d'une brise de ,paradis4 ,sur les branches se pressait un peuple d'oiseaux d'une blancheur immacule et dont les yeux d'or limpide refltaient la batitude ternelle4 ,je compris que c'tait l le royaume des ,cieux tel que ,notre-,seigneur nous l'a promis1 tel que la ,grce l'apporte aux mes qui se tournent vers ,lui4 ,depuis1 je n'ai connu de paix qu' l'ombre de cet arbre4 ,le murmure de ses feuilles1 les battements d'ailes des oiseaux qui s'y rassemblent font chanter en moi toute une musique d'oraison4 ,et c'est pourquoi le scribe infime que je suis a vou sa plume la louange de ,dieu et au service exclusif de la ,sainte glise444 ,,ames ,,du ,,purgatoire ,c'tait comme si quelqu'un voyait se soulever le mur de sa chambre1 derrire lequel il avait suppos les tnbres du dehors1 et qu'au lieu de ce vide il et aperu soudain une foule compacte de visages appelant au secours1 se pressant vers lui1 l'environnant d'instances suppliantes4 ,,robert-,,hugh ,,benson3 ,l'aventure de ,franck-,guiseley4 ,i ,,les ,,veilleurs ,nous sommes trois dans la salle manger1 sans meubles1 de cette maison isole sur un tertre sablonneux et dont les habitants ont fui ,dieu sait o4 ,nous nous tenons assis sur des caisses pleines de lainages et nous essayons de nous rchauffer au feu de dbris de planches que nous avons allum dans l'tre4 ,mais nous n'y russissons gure car la chemine tire mal et le bois humide donne plus de fume que de flammes4 ,au dehors rgnent l'hiver1 la nuit et la pluie4 ,le vent d'ouest souffle par rafales opinitres qui secouent les volets dlabrs1 s'insinuent dans le corridor qu'elles remplissent de longs sanglots o se mlent les rles d'une gouttire engorge qui s'trangle rejeter1 avec l'eau des averses1 la mousse et les morceaux de tuiles dont le toit vtuste l'encombra4 ,par intervalles1 des grondements de canonnade rendent plus lugubre encore cette morne symphonie4 ,ceci se passe en janvier #aiae et il n'y a qu'une dizaine de kilomtres entre l'abri prcaire o nous veillons et l'entre des boyaux menant aux tranches de premire ligne4 ,dtachs provisoirement d'une ambulance de combat1 nous avons mission d'attendre l que passent les fourgons de blesss qu'on vacue sur les hpitaux de l'arrire4 ,s'il se trouve parmi eux des mourants incapables de supporter le trajet1 on nous les confie4 ,nous les installons sur les paillasses garnissant le plancher des chambres du haut et nous recevons leur dernier soupir4 ,c'est notre seule besogne4 ,en effet nous ne possdons rien pour adoucir l'agonie de ces victimes du grand massacre--pas mme de bandes pour remplacer leurs pansements boueux4 ,on se rappelle qu' cette poque la pnurie des services sanitaires en campagne tait peu prs totale4 ,toutefois1 si nous sommes rduits l'inaction quant aux soins corporels1 nous avons pu1 quant l'me1 secourir ces infortuns4 ,l'un de nous est un prtre dont le grand cur contient les paroles de lumire4 ,il les a prodigues ce soir deux moribonds qui1 clairs par lui1 entrrent dans la vie ternelle sans avoir subi les angoisses de la dsesprance4 ,maintenant leurs cadavres reposent au-dessus de nos ttes4 ,il est prs de minuit et1 selon toute probabilit1 il n'y en aura pas d'autres d'ici demain1 tant donn que1 sauf les cas d'attaque imprvue1 les charrois de blesss1 ne suivent que rarement les routes cahoteuses du front plus tard qu'onze heures4 99 99 99 99 99 ,lors de la mobilisation1 l'abb ,cerny tait vicaire d'une paroisse populeuse dans une grande ville du ,centre4 ,de temprament dlicat et d'une sant rendue chancelante par les travaux excessifs o son zle pour l'vangile se dpensait1 il fut d'abord vers dans l'auxiliaire4 ,mais il n'y sjourna point longtemps4 ,il n'acceptait pas l'ide de vivre la guerre loin de ceux qui en subissaient quotidiennement les risques4 ,a force de dmarches1 il se fit verser dans l'active et1 ds la fin de septembre1 rejoignit l'ambulance o je l'ai connu4 ,il y marqua par son dvouement infatigable et surtout par un don de persuasion qui lui valut de ramener bien des mes rfractaires ,dieu1 ignorantes ou gares4 ,tout le monde l'aimait et mme les plus hostiles la religion le respectaient4 ,normalement1 il aurait d flchir sous les travaux1 les intempries et les privations qui ne nous taient pas mesurs4 ,mais un tel foyer d'ardeur surnaturelle brlait en lui qu'il endurait beaucoup mieux que d'autres1 plus robustes1 l'norme tribulation inflige tous pour le salut de la ,france4 ,le second d'entre nous1 c'tait un religieux1 g de vingt-cinq ans environ et venu d'une abbaye cistercienne du ,midi4 ,on l'appelait le frre ,placide4 ,jamais nom ne fut mieux port4 ,ame d'abngation et de prire perptuelle1 habitu une existence paisible dans la clture du monastre1 il avait d'abord t mis passablement en dsarroi par le tumulte du dpt et les rudesses de la formation militaire4 ,ses gaucheries1 ses mprises1 sa rserve lui attirrent des algarades et des quolibets d'un got plutt douteux4 ,mais il s'tait bientt ressaisi4 ,a l'ambulance de combat o il fut envoy ds novembre #aiad1 il se rvla comme un excellent infirmier dont le concours nous devint des plus prcieux4 ,je remarquai tout de suite qu' travers les pripties et les dangers de notre mission1 il gardait un calme immuable4 ,ce n'tait pas indiffrence mais esprit de sacrifice car les plaies et les mutilations atroces qui s'talaient sous nos yeux lui arrachaient parfois un cri de piti ou des larmes4 ,il se dominait rapidement4 ,tout ple1 tout frmissant d'une charit fraternelle1 il redoublait d'empressement auprs de nos blesss4 ,et rien n'tait plus admirable que le regard lumineux dont il couvrait leurs souffrances4 ,on sentait qu'uni d'une manire troite la ,passion1 selon le privilge douloureux des contemplatifs1 il distinguait rellement en eux des membres saignants du corps mystique de ,jsus-,christ444 99 99 99 99 99 ,donc cette nuit-l1 dans la maison funbre1 nous prolongions notre veille la lueur morne d'une lanterne dont la mche charbonnait4 ,l'abb ,cerny lisait son brviaire4 ,le frre ,placide grenait son chapelet4 ,moi1 je ne m'interrompais de rpondre ses ,pater et ses ,ave que pour tisonner le feu misrable devant lequel il nous et t utile de scher un peu nos capotes rendues spongieuses par tant d'averses qui les avaient cribles depuis le commencement de cet hiver diluvien4 ,autour de la maison la tempte allait grandissant4 ,le vent redoublait ses plaintes et prenait1 par moments1 des intonations presque humaines pour nous submerger dans un ocan de dtresse et d'abandon4 ,on aurait dit que des voix d'outre-tombe se multipliaient parmi les tnbres et s'angoissaient de n'tre pas entendues4 ,a la longue j'en fus obsd ce point qu'il me parut qu'elles articulaient une phrase1 toujours la mme3--,venez notre aide6444 ,venez notre aide6444 ,c'tait si poignant que je frissonnai d'une crainte mystrieuse4 ,l'abb remarqua mon malaise4 --,qu'avez-vous donc8 me demanda-t-il1 vous semblez prs de vous trouver mal6444 --,a coup sr1 rpondis-je1 je mentirais si j'affirmais que je me sens confortable et il ne me dplairait pas d'avoir un peu plus chaud4 ,mais ce qui me trouble1 ce sont surtout ces lamentations dans la nuit444 ,dirait-on pas des mes qui appellent au secours8 ,l'abb1 pensif1 hocha la tte3--,oui1 je les coute comme vous4 ,et je ne puis m'empcher de croire que ,dieu permet peut-tre que sur ce champ de bataille qui a vu tant d'agonies1 parmi un si grand nombre d'mes qui furent prcipites l'improviste dans le ,purgatoire1 certaines empruntent les clameurs de l'ouragan pour solliciter nos prires4 --,eh bien1 dis-je tout bas1 c'est prcisment l'ide qui me hante4 --,moi aussi1 murmura le frre ,placide4 ,l'abb reprit3--,que ce soit une illusion due la fatigue et notre solitude funraire ou qu'en effet1 l'autre monde se manifeste nous1 il est indiqu de prier pour tous ces dfunts4 ,rcitons le ,de profundis4 ,nous le fmes aussitt avec grand recueillement et avec le dsir intense de soulager ceux qui cette heure subissaient1 cause de leurs fautes1 les flammes rdemptrices4 ,lorsque1 pour conclure1 l'abb eut demand la ,misricorde infinie de leur tre une aube de fracheur dans l'ombre brlante o ils expiaient et de leur octroyer l'espoir d'un repos prochain en son royaume de la ,paix ternelle1 il nous dit3 --,ce n'est pas la premire fois que j'ai le sentiment d'tre investi par les mes du ,purgatoire4 --,moi non plus1 rpondis-je1 et je garde le souvenir prcis d'une circonstance o j'ai pu concevoir une relation sensible entre les vivants et certains dfunts particulirement affligs4 --,contez-nous cela4 ,aussi bien1 ce sont des propos qui s'adaptent aux heures que nous vivons prsentement4 --,je parlerai volontiers1 dis-je1 et vous pouvez tre assurs que je vous exposerai les choses exactement comme elles se sont passes4 ,la ralit fut trop mouvante pour que j'y ajoute les broderies de l'imagination4 ,l'abb m'approuva du geste et j'entamai le rcit qu'on va lire4 ,,ii ,,un ,,revenant8 ,il y eut cinq ans la fin de septembre dernier1 un de mes amis1 mdecin de campagne habitant un village la lisire de la fort de ,fontainebleau1 m'avait invit venir le voir4 ,comme nous tions fort lis1 je l'aurais fait bien auparavant si les obligations que m'imposait mon mtier de porte-paroles ne m'eussent tenu sans cesse loin de la rgion o il exerait4 ,et mme1 lorsque je russis combiner mes dplacements de faon lui rendre visite1 je ne pus1 mon grand regret1 lui consacrer que trs peu de temps4 ,arrivant de ,belgique1 me dirigeant vers les ,pyrnes1 il me fallut le prvenir qu'il me serait impossible de passer plus de vingt-quatre heures chez lui4 ,de fait1 je descendis du train la nuit tombante et je repartis dans la soire du lendemain4 ,mon ami--le docteur ,dufoyer--et sa jeune femme m'attendaient la gare4 ,ils me firent un accueil des plus chaleureux que je savais sincre car l'un et l'autre partageaient mes convictions religieuses et1 en outre1 toutes leurs habitudes de pense correspondaient aux miennes4 ,aprs les premires effusions1 le docteur me dit3--,nous n'occupons plus la maison o vous tes venu nagure4 --,vous trouvez-vous bien de ce dmnagement8 demandai-je4 --,mais oui1 notre nouveau logis est plus spacieux et prsente des avantages que le premier ne possdait pas4 ,ajoutez que je l'ai pay un prix assez minime444 ,j'attribue ce bon march ceci que1 quoiqu'il ft en vente depuis trs longtemps et que les acheteurs d'immeubles ne manquent pas dans le pays1 personne ne semblait se soucier de l'acqurir4 ,c'est sans doute la raison pourquoi le prcdent propritaire s'est montr plutt facile au cours de nos ngociations4 ,je ne m'en plains pas6444 --,mfiance1 dis-je1 la maison recle peut-tre des inconvnients qui ne se dcouvriront qu' la longue4 --,oh6 vous pensez bien que j'ai examin les choses de prs avant de traiter4 ,et puis voil bientt un an que nous sommes installs et ma femme1 qui ne manque pas de sens pratique1 vous dira comme moi que nous n'avons pas lieu de regretter notre achat4 --,en effet1 appuya ,mme ,dufoyer1 et d'ailleurs je vous affirme que1 de mon ct1 j'avais pris toute sorte d'informations4 ,pour tout dire1 je dois avouer que cette enqute ne m'a pas fourni beaucoup de rsultats4 ,vous connaissez nos paysans3 ce sont les tres les plus ferms du monde4 ,lorsque je demandais nos voisins s'ils savaient le motif pour lequel une maison1 si commode et d'aspect si plaisant1 demeurait vide depuis tant d'annes1 ils pinaient les lvres ou prenaient un air distrait et dtournaient la conversation4 ,lorsque j'insistais1 les moins sur leurs gardes rpondaient3--,ben oui1 c'est une btisse pas chtive444 ,je revenais la charge2 je les pressais afin qu'ils m'indiquassent les tares possibles4 ,tout ce que j'obtins fut cette rponse3--,il y en a qui n'en disent rien444 ,jamais je n'ai pu les sortir de ces phrases vasives4 ,alors1 que voulez-vous1 nous avons conclu et1 jusqu' prsent1 nous n'avons pas eu nous en repentir4 changeant ces propos1 nous avions suivi la venelle o s'levait la maison qui les suscitait4 ,la nuit tait trs obscure d'autant que de gros nuages encombraient le ciel et que nulle lanterne municipale n'clairait la voirie4 ,il en rsulta qu'arrivs chez mes amis1 je ne perus que confusment la faade sans pouvoir me rendre le moindre compte des entours4 ,retenez ce dtail4 ,il a son importance4 ,a souper1 la conversation erra parmi les souvenirs que nous avions en commun4 ,elle ne se prolongea1 d'ailleurs1 pas trs tard4 ,j'y mettais assez peu d'entrain1 le voyage m'ayant extrmement fatigu4 ,le docteur le constata et m'offrit aussitt de gagner mon lit4 --,nous regrettons fort1 ajouta-t-il1 que votre sjour soit si bref mais enfin puisque demain1 nous aurons la journe entire pour causer loisir1 ce soir1 il vous faut du repos4 ,comme1 en effet1 j'avais peine tenir les yeux ouverts1 je ne me fis pas beaucoup prier4 ,le docteur alluma une bougie et1 ds que j'eus pris cong de ,mme ,dufoyer1 me conduisit ma chambre4 ,tout en montant l'escalier1 il m'expliqua3--,il n'y a qu'un tage avec un grenier au-dessus4 ,vous n'avez pas craindre d'tre rveill par des alles et venues2 ma femme et moi1 nous couchons au rez-de-chausse2 mon chauffeur et ma cuisinire1 qui sont maris ensemble1 logent dans les communs hors de la maison4 ,les marches gravies1 nous enfilmes un assez long couloir sur lequel donnaient deux ou trois portes closes4 --,pices de dbarras1 me dit le docteur1 il n'y a que votre chambre1 celle du fond1 qui soit meuble444 --,bon1 rpondis-je en riant1 je vois que je serai tranquille-- moins que quelque revenant ne vienne me tirer la couverture de dessus le nez444 --,ah6 quant cela1 reprit-il1 entrant dans la plaisanterie1 je ne rponds de rien444 ,mais nous voici rendus4 ,la chambre1 plutt grande1 tapisse de neuf1 occupait l'angle est de la maison4 ,un mur plein la limitait de ce ct4 ,le lit s'y appuyait4 ,une large fentre1 ouvrant vers le sud1 tait garnie de rideaux en mousseline fort lgers mais point de persiennes4 ,le docteur s'en excusa3--,j'ai d faire enlever les volets qui tombaient en dbris car n'oubliez pas qu'il y a presque un sicle que la maison est inhabite4 ,j'en ai command d'autres1 mais le menuisier du village est si nonchalant que je ne sais quand ils seront en place tant ce potentat de la varlope trane pour les faonner4 --,cela m'arrange trs bien1 dis-je1 o que je sois1 je dteste me calfeutrer et comme je m'veille de bonne heure1 rien ne m'est plus agrable que d'assister au lever du jour4 ,sur quoi1 le docteur me quitta en me ritrant l'assurance que nul bruit n'interrompait mon sommeil1 de sorte que je pourrais faire la grasse matine si l'envie m'en prenait4 ,je rapporte ce dialogue1 d'une banalit complte1 pour bien vous souligner l'tat d'esprit o je me trouvais4 ,constatez-le3 pas plus le local que les phrases changes avec mon ami n'taient de nature me tenir l'imagination en alerte4 ,en somme1 ma lassitude ne me laissait qu'une ide nette3 m'tendre le plus vite possible et reposer4 ,je me dshabillai rapidement1 je posai ma montre sur la table de nuit1 je me fourrai dans les draps1 je soufflai la bougie et je m'endormis tout de suite d'un profond sommeil444 ,soudain1 je fus rveill en sursaut par quelque chose d'insolite qui se passait dans la chambre4 ,il me sembla que je n'tais plus seul--qu'une prsence indfinissable s'efforait de se manifester mes sens et souffrait de n'y point russir4 ,encore tout assoupi1 ne ralisant que d'une faon incohrente ce que j'prouvais1 je frottai machinalement une allumette et je consultai ma montre444 ,minuit et demie444 ,il y avait trois heures que je dormais4 ,je demeurai assez longtemps trs vague4 ,puis je promenai travers la chambre un regard qui ne me fit rien dcouvrir d'anormal4 ,je me tournai vers la fentre et je remarquai que les nuages1 qui couvraient le ciel mon arrive1 s'taient dissips4 ,la nuit resplendissait d'toiles et rgnait1 toute pacifique1 sur la campagne4 ,pas un souffle de vent4 ,dans la maison1 rien ne bougeait2 nul trottinement de souris dans le grenier2 auprs de moi1 nul de ces craquements de meubles qui clatent parfois l'improviste4 ,partout1 un silence absolu4 --,bah6 me dis-je1 je subis sans doute une petite pousse de fivre due la fatigue du voyage444 ,tchons de nous rendormir4 ,je remis ma tte sur l'oreiller et je commenais reprendre mon somme si fcheusement interrompu1 lorsque je subis la sensation trange d'tre observ par quelqu'un qui aurait voulu se rendre visible mais n'y parvenait pas4 ,alors j'avoue que je me sentis troubl4 ,et1 par instinct prservateur1 j'articulai les deux vers qui ouvrent la seconde strophe de la conjuration de ,saint ,ambroise3 ,procul recedant somnia ,et noctium phantasmata444 ,j'allai poursuivre lorsqu'une longue plainte--basse et sanglote--s'leva tout coup dans l'ombre immobile4 ,de quelle indicible souffrance elle paraissait l'expression6444 ,puis j'entendis comme un pitinement tout proche4 ,cela semblait d'abord me parvenir travers le mur o touchait mon lit4 ,je pensai3--,il doit y avoir un malade dans la maison contigu4 ,srement1 on ne tardera pas recourir au docteur444 ,d'un moment l'autre1 je m'attendais ce que la sonnerie lectrique de l'entre vibrt et je faisais la rflexion qu'il serait peu amusant pour ,dufoyer d'tre oblig de se lever en pleine nuit4 ,cependant le bruit augmentait3 des gmissements entrecoups1 des supplications balbuties1 des pas lourds qui s'arrtaient parfois brusquement1 puis reprenaient avec une allure de panique4 ,la rumeur allait toujours grandissant de sorte que j'avais maintenant l'impression d'en tre environn4 ,ce fut au point que je m'criai3--,il est impossible que1 l-dessous1 mes amis n'entendent pas6444 ,mais non1 aucun mouvement n'indiquait leur rveil4 ,et alors1 une ide singulire1 comparable une clart indcise dans de la brume1 surgit en mon esprit3--,est-ce que ce tumulte ne serait perceptible que444 pour moi8 ,en vain je m'efforai d'carter cette suggestion et de me convaincre de son extravagance4 ,elle m'obsda bientt si fort que j'eus beau me raisonner1 il me fallut y plier mon jugement4 ,pour faire diversion1 j'allumai la bougie et je scrutai la chambre d'un il passablement effar4 ,or je n'aperus rien d'extraordinaire3 il n'y avait personne auprs de moi2 tous les meubles taient leur place4 ,toutefois1 le bruit avait cess4 ,ce calme si subit aurait d me rassurer4 ,au contraire2 je me sentis plus anxieux4 ,mon cur battait grands coups et j'avais beau me rpter1 avec une obstination purile1 que certainement1 j'avais rv1 la certitude incoercible s'ancrait en moi d'une prsence mystrieuse qui ne voulait ou plutt ne pouvait pas s'loigner4 ,longtemps1 peut-tre une heure1 je me tins sur mon sant1 l'oreille au guet1 sondant du regard tous les coins de la chambre1 construisant des hypothses plus ou moins plausibles4 ,enfin1 le silence persistant1 je me rassurai quelque peu4 ,j'teignis et je me recouchai en m'affirmant que1 le matin venu1 cet incident pour le moins bizarre s'claircirait de la faon la plus simple et la plus naturelle4 ,tout aurait t fort bien condition que je pusse rcuprer mon sommeil paisible d'avant minuit4 ,mais les choses allrent diffremment4 ,a peine eus-je baiss les paupires que le bruit se renouvela4 ,cette fois1 c'tait peut-tre plus touff mais tout aussi dconcertant4 ,d'abord la sensation que je n'tais pas seul s'accusait davantage4 ,puis les pas se multipliaient tandis qu'un murmure d'imploration--o il me fut pourtant impossible de distinguer une parole prcise--ne cessait de dferler vers moi comme les vagues d'une mare montante4 ,parfois la ,prsence semblait s'carter un peu1 se diriger vers la porte1 puis la franchir sans toucher la serrure et arpenter le couloir en renforant sa plainte4 ,ensuite un arrt et un silence comme si l'tre qui la profrait attendait anxieusement une rponse4 ,tout continuant dormir dans la maison1 il battait en retraite4 ,et1 derechef1 la chambre retentissait de son tourment4 ,que faire pour me librer de cette obsession8 ,je simulai un violent accs de toux4 ,j'levai la voix pour demander s'il y avait quelqu'un l4 ,point de riposte formule par des mots1 mais un redoublement de plaintes4 ,j'eus l'ide de prier1 me reprochant de ne l'avoir pas fait plus tt4 ,et comme1 dans toutes les passes difficiles de mon existence1 j'ai recours l',immacule1 je rcitai un ,sub ,tuum444 ,fort en vain4 ,la nuit s'coula sans repos1 ,tantt je m'engourdissais en une vague somnolence1 mais alors mme je ne perdais pas la notion de cette ,prsence invisible4 ,tantt je rouvrais les yeux et tchais de me distraire en comptant1 travers la vitre1 les toiles rpandues dans le sombre azur du ciel4 ,quoi que je fisse1 la ,prsence ne consentait pas me quitter2 inlassable1 elle pitinait1 affreusement triste1 elle gmissait4 ,ce ne fut qu'au point du jour qu'elle me laissa comme si la lumire la mettait en fuite4 ,j'aurais pu esprer quelques heures de sommeil suivi4 ,mais je me sentais trop nerv pour m'attarder au lit4 ,je me levai donc avec le projet de sortir le plus vite possible1 car j'avais hte de quitter cette chambre o flottait encore je ne sais quelle atmosphre pesante l'me4 ,dehors1 l'air frais du matin me rendrait sans doute mon quilibre4 ,tout en m'habillant1 je me disais3--,si c'est cela que le docteur appelle une nuit tranquille1 je lui en fais1 d'avance1 mes compliments6444 ,quelle sera son attitude quand je lui rapporterai mes tribulations8 ,ds que je fus prt1--et cela ne tarda pas--je descendis l'escalier4 ,la servante ouvrait la porte d'entre juste comme je mettais le pied dans le vestibule4 ,elle me souhaita le bonjour et m'apprit que ses matres n'taient pas levs et que le djener ne serait pas servi avant une demi-heure4 ,elle ajouta3--,je vais me dpcher pour que ,monsieur n'attende pas trop longtemps4 ,si ,monsieur veut faire un tour dans le jardin1 le temps est trs beau4 --,ah6 dis-je1 il y a un jardin8 --,mais oui1 ,monsieur1 il entoure la maison et s'tend par derrire4 ,je suivis son conseil d'autant plus volontiers que je dsirais explorer les abords de cette demeure--fallait-il dire hante8 ,je voulais surtout tudier la maison voisine1 ne pouvant m'ter de l'esprit que l rsidait l'origine des bruits qui m'avaient perscut4 ,or peine le coin tourn1 je dcouvris qu'il n'y avait pas de maison voisine4 ,entre le mur oriental de celle du docteur et la haie trs paisse et trs haute qui limitait le jardin1 se succdaient une alle de gravier1 un long parterre de dahlias et de graniums1 puis une bande de gazon4 ,je mesurai de l'il l'espace que couvrait cet ensemble et je l'valuai une vingtaine de mtres4 ,en outre1 par del la clture1 j'aperus un autre jardin1 plant d'arbres touffus et o ne s'levait aucune habitation4 ,c'tait concluant4 ,je dus abandonner l'hypothse d'un444 tapage nocturne venu de l'extrieur1 exagr et dform par une disposition fivreuse rsultant de mon voyage4 ,il n'y avait plus de doute3 ma chambre avait t le thtre de phnomnes qu'il importait de relater mes htes4 ,absorb dans ces rflexions1 je me tenais immobile au milieu de l'alle quand la servante vint m'avertir qu'on m'attendait pour djener4 ,je rentrai sa suite en me disant3 ,tout va peut-tre s'claircir444 ,ds que j'eus franchi le seuil de la salle manger1 mes amis s'empressrent de me demander des nouvelles de ma nuit4 --,elle a t trs mauvaise1 rpondis-je4 ,ils s'tonnrent4 ,mais sans leur laisser le temps de me poser des questions1 j'interrogeai mon tour3--,et vous1 avez-vous bien dormi8 --,on ne peut mieux1 dclara le docteur1 tandis que sa femme l'approuvait de la tte4 --,vous n'avez rien entendu d'insolite8 --,absolument rien444 ,et tous deux me regardaient d'un air bahi4 ,de toute vidence1 il leur tait invraisemblable qu'on connt l'insomnie sous leur toit4 ,je leur narrai alors1 dans le plus grand dtail1 ce que j'avais eu supporter de minuit et demie cinq heures du matin4 ,en pilogue1 je dis3--,vous me concderez que je ne suis ni fou ni malade4 ,or j'ai maintenant la conviction que je n'tais pas seul dans ma chambre4 ,ils m'avaient cout en silence quoique des sentiments complexes se peignissent sur leur visage4 ,chez le docteur1 un mlange de doute quant la ralit matrielle des faits et de confiance dans ma vracit4 ,chez ,mme ,dufoyer1 de la crainte puis1 sur mon affirmation finale1 un effort de mmoire4 ,brusquement1 elle devint toute ple et s'cria3--,mon ,dieu1 je me rappelle6444 ,ma sur nous a visits la semaine dernire2 elle a pass une nuit dans cette chambre et elle s'est plainte1 comme vous1 d'avoir t obsde jusqu'au matin par les lamentations d'une personne invisible6444 ,ce sont ses propres termes4 ,c'est ma foi vrai1 confirma le docteur1 j'avais oubli l'incident4 --,donc1 repris-je1 il y a l une concidence tout au moins trange4 ,certes6 ,aussi1 je n'ose vous resservir l'explication que je donnai ma belle-sur savoir qu'elle avait eu le cauchemar6 --,des cauchemars identiques ce point1 ce serait1 en effet1 fort extraordinaire444 ,mais1 dites-moi1 votre belle-sur est-elle d'une nature facilement impressionnable8 --,du tout1 c'est une femme pondre1 pieuse mais nullement encline aux superstitions4 --,elle est tellement raisonnable1 observa ,mme ,dufoyer1 que1 comme nous la plaisantions sur l'importance qu'elle attachait ce que nous pensions tre la suite d'une mauvaise digestion1 elle finit par rire avec nous4 --,puisqu'il en est ainsi1 dis-je1 le mot de l'nigme m'chappe444 ,au cours du repas1 nous fmes encore diverses conjectures1 puis1 ,mme ,dufoyer1 de plus en plus apeure1 nous pria de changer de propos4 ,chacun s'y effora mais la conversation languit4 ,le mystre pesait sur nous4 ,comme nous nous levions de table1 le docteur1 tout proccup1 s'exclama3--,je veux savoir quoi m'en tenir6 ,je ne commencerai pas ma tourne chez mes malades avant d'avoir obtenu des informations plus prcises que celles qui me furent donnes l'poque o j'achetai cette maison4 ,quelqu'un peut1 je crois1 me les fournir1 c'est le cur4 ,je vais de ce pas au presbytre4 ,m'accompagnerez-vous8 ,j'y consentis d'autant plus volontiers que je connaissais ce prtre1 l'ayant quelque peu frquent l'poque o je rsidais dans la rgion4 ,chemin faisant1 le docteur m'apprit que c'tait prcisment le cur qui lui avait signal la maison comme confortable et d'un prix peu lev4 --,et il ne vous a point rvl de particularits susceptibles de vous mettre en garde8 --,non1 et c'est bien ce qui m'tonne4 ,s'il savait quelque chose1 je trouve sa discrtion fort intempestive4 ,rendus au presbytre1 nous fmes tout de suite introduits4 ,le cur venait de dire sa messe et rompait le jene dans sa petite salle manger4 ,c'tait un homme d'une soixantaine d'annes1 encore vert4 ,ses yeux vifs sous une chevelure entirement blanche exprimaient l'intelligence et la bont4 ,il nous accueillit avec une politesse affectueuse4 ,tandis que lui et moi nous nous flicitions de renouveler connaissance1 le docteur s'agitait4 ,on voyait qu'il avait hte d'exposer l'objet de sa visite4 ,le prtre s'en aperut et en tmoigna de la surprise car1 entretenant avec mon ami des relations presque journalires1 il n'avait point coutume de remarquer en lui tant de nervosit4 ,que se passe-t-il donc1 cher ,monsieur8 demanda-t-il4 ,vous1 si calme d'ordinaire1 vous semblez1 ce matin1 tout boulevers444 ,puis-je vous tre utile8 ,sur cette invite1 ,dufoyer entama d'une voix fbrile1 l'expos de la situation4 ,mais1 trop mu pour y apporter de la mthode1 il s'emptra dans un fouillis de digressions d'o il ne russit pas se dgager1 de sorte que le cur ne saisit pas grand'chose4 ,j'intervins4 ,je recommenai posment le rcit de ,dufoyer4 ,j'insistai spcialement sur le fait que la sur de sa femme et moi1 quelques jours de distance1 nous avions subi des impressions analogues4 ,puis je m'efforai de bien dfinir les sentiments que m'avait suggrs cette ,prsence occulte qui paraissait si malheureuse4 ,ici1 le cur1 qui me prtait la plus srieuse attention1 me demanda ce qui avait prdomin en moi de la piti ou de la frayeur4 --,la frayeur1 rpondis-je1 mais non point la panique car tout le temps que cela dura1 je restai matre de mon jugement4 ,cependant je sentais que j'aurais d prier davantage et avec plus de ferveur que je ne le fis4 --,et pourquoi8 --,parce que j'avais l'intuition d'tre mis en contact spirituel avec une me qui avait terriblement besoin de prires4 ,mais ses accents de dtresse me troublaient si fort que je ne parvenais pas me recueillir4 ,le prtre ne se hta point de nous donner un avis4 ,rassis et mesur par caractre1 il mditait profondment lorsque le docteur1 qui avait peine se contenir1 s'cria3--,enfin1 ,monsieur le cur1 m'apprendrez-vous le motif pour lequel vous ne m'avez pas averti que cette maison tait de celles qu'on prfre ne pas habiter8 ,administrant la paroisse depuis bien des annes1 vous deviez savoir quelque chose6 ,le ton dont il profra ces phrases rvlait une violente irritation4 ,je le regardai1 avec surprise1 ne le connaissant pas sous ce jour4 ,mais le cur ne se formalisa point4 ,il eut un geste pacifiant et dit avec beaucoup de calme3--,mon cher ,monsieur1 croyez-vous qu'il soit ncessaire de me quereller pour obtenir que je m'explique8 ,le docteur1 honteux de son emportement1 s'excusa4 --,n'y pensons plus1 reprit le prtre1 nous sommes deux amis qui ne demandent qu' s'entendre1 n'est-ce pas8 ,ceci rappel1 laissez-moi vous dire qu'en effet1 j'avais eu des renseignements fcheux sur cette maison444 ,dufoyer1 stupfait et repris de courroux1 sursauta4 ,il ouvrait dj la bouche pour lancer quelque apostrophe volcanique4 ,mais le cur prvint l'ruption4 --,je vous en prie1 patientez quelques minutes4 ,avant de rcrminer1 il faut d'abord que vous m'coutiez4 ,vous me le promettez8444 ,bien3 je poursuis4 ,et1 tout d'abord1 pour vous viter une dception1 je dois spcifier que ce que je sais se rduit presqu' rien4 ,le voici3 ds longtemps1 j'avais remarqu que votre maison1 quoique trs logeable et d'aspect assez plaisant1 ne se louait ni ne se vendait4 ,un jour1 j'en parlai au propritaire4 ,celui-ci1 moins verrouill que la plupart de nos paysans1 me confia qu'elle appartenait sa famille depuis le commencement du sicle dernier et qu'il dsirait fort s'en dbarrasser car1 ajouta-t-il1 je crois qu'elle porte malheur4 ,je le pressai de me dire ce qui avait pu lui inspirer une ide aussi singulire4 ,il ne montra gure de dispositions s'tendre sur ce sujet4 ,cependant1 comme j'insistais1 il finit par me conter que1 jadis1 en un pass trs lointain1 un homme avait--prtendait-on--gorg sa femme et ses enfants dans la chambre d'angle du premier tage1 celle-l mme o votre belle-sur et ensuite ,monsieur1 ici prsent1 ont couch4 ,la mmoire s'tait perdue des causes du massacre4 ,mais tout le monde affirmait dans le pays que1 chaque anne1 vers la date o ce crime fut commis--c'est--dire dans la seconde quinzaine de septembre--l'me du meurtrier revenait hanter le lieu tmoin de son forfait4 ,du dehors1 bien des gens avaient peru ses clameurs douloureuses4 ,je lui demandai alors s'il avait personnellement vrifi le fait2--,oh non6 me dit-il1 tout frmissant1 j'avais trop peur que a me soit prouv6444 ,et il dtourna la conversation4 ,je l'avoue1 je n'tais pas trs persuad que cette funbre histoire et un fondement rel4 ,les natifs de la rgion1 comme vous l'avez sans doute observ1 sont trs ports se forger toute sorte de lgendes macabres4 ,or quiconque les tudie1 sans prventions1 ne tarde pas1 le plus souvent1 dcouvrir qu'elles se basent sur des apparences interprtes de travers4 ,il y a malheureusement beaucoup faire pour clairer mes paroissiens4 ,je m'y emploie mais je n'obtiens gure de succs4 ,ainsi1 dans le cas qui nous occupe1 lorsque j'essayai de proposer mon interlocuteur d'entreprendre une enqute de concert avec moi1 il s'y refusa de la faon la plus premptoire4 ,je compris que nul argument ne vaincrait sa rpugnance4 ,et je me gardai de revenir la charge4 ,depuis1 personne n'ayant jamais fait allusion la maison hante devant moi1 j'avais peu prs oubli son mauvais renom4 ,je m'en souvins seulement quand vous avez t sur le point de l'acheter4 ,mais je ne m'y suis pas arrt d'autant que je n'y attachais gure d'importance et il ne m'est pas venu l'ide que vous puissiez tre amen rompre le march sur un racontar aussi vague4 ,si j'ai eu tort1 je vous prsente mes sincres excuses4 ,a prsent1 la question change de face4 ,nous devons tenir grand compte du tmoignage de vos htes qui ne sont pas des paysans superstitieux et influencs par une tradition douteuse4 ,ce qui me frappe surtout1 c'est que nous sommes la fin de septembre1 poque signale comme celle o une me coupable solliciterait des prires l'endroit o le sang innocent a t vers4 ,je vais donc interroger encore l'ancien propritaire4 ,je tcherai aussi de faire parler ceux de mes paroissiens que je jugerai les mieux informs4 ,je compulserai les archives de la commune bien qu'elles contiennent peu de documents anciens4 ,enfin1 au besoin1 je passerai1 moi-mme1 une nuit dans la chambre d'angle4 ,ensuite1 s'il y a lieu1 nous agirons444 ,pour le moment1 tenez-vous en paix dans la pense que l'glise seule a mission pour se prononcer quant aux effets sensibles du ,surnaturel--qu'ils viennent de ,dieu ou qu'ils viennent du ,dmon4 ,le docteur restait sombre et perplexe4 ,pour moi1 j'estimais tout fait judicieux les propos du prtre et j'approuvais son plan4 ,nous prmes cong4 ,comme nous retournions chez ,dufoyer1 je remarquai que1 loin de se tenir en paix1 selon la recommandation du cur1 il se rembrunissait toujours davantage4 ,les sourcils froncs1 les gestes brusques1 il marchait grands pas tandis que de ses lvres crispes s'chappaient des interjections grincheuses4 --,voyons1 lui dis-je1 calmez-vous6 ,qu'est devenu votre sang-froid coutumier8 ,persuadez-vous1 une bonne fois1 que le plus sage c'est d'attendre sans impatience le rsultat des dmarches que le cur va entreprendre4 ,et puis ne vous hrissez pas contre lui4 ,je vous assure qu'il a raison4 --,vous en parlez votre aise1 s'cria ,dufoyer1 mais moi1 je prvois des complications de toute sorte1 celle-ci par exemple3 ma femme est de sant fragile et elle a l'imagination volontiers galopante4 ,je crains qu'elle ne tombe malade ou qu'elle ne prenne en grippe cette maudite maison4 ,alors1 s'il nous faut dguerpir1 qui la cder1 tant donn sa rputation8 ,et avec quel argent en achterai-je une autre8 ,je ne suis pas riche6444 ,a cela il n'y avait rien rpondre4 ,je me contentai d'engager mon ami ne pas augmenter les alarmes de ,mme ,dufoyer et surtout s'abstenir de lui rapporter que le souvenir d'un crime particulirement horrible planait sur cet obscur incident4 ,il suivit mon conseil et dit simplement sa femme que le cur prenait l'affaire au srieux et ne diffrerait pas de s'en occuper4 ,le reste de la journe s'est coul sans vnements notables4 ,mme ,dufoyer paraissait souffrante mais1 pour ne pas inquiter son mari1 elle gardait le silence4 ,le docteur et moi1 nous avons fait1 trois reprises1 le tour de la maison et nous avons examin les murailles avec soin4 ,puis nous avons explor fond toutes les chambres1 la cave et le grenier1 sond les moindres recoins4 ,nulle part nous n'avons rien dcouvert de suspect4 ,c'tait une vieille btisse encore solide1 et voil tout4 ,le soir1 je dus m'en aller1 tant1 je vous le rappelle1 attendu dans les ,pyrnes4 ,le docteur me fit la conduite jusqu' la gare4 ,mais1 chaque instant1 il laissait tomber la conversation ou ne rpondait que d'une faon distraite mes efforts pour le dtourner de l'ide fixe qui le tenait4 ,la dernire phrase qu'il me dit sur le marchepied du wagon o je pris place fut celle-ci3--,j'ai le pressentiment que tout cela finira mal6444 ,je me tus4 ,aprs un petit silence1 l'abb ,cerny me demanda3--,et1 par la suite1 vous n'avez pas eu la solution du problme que vous laissiez en suspens8 --,mon ,dieu non6444 ,d'abord1 je n'ai jamais eu le loisir de retourner au village4 ,en outre1 quoique le docteur m'et promis de m'crire ce que donnerait l'enqute du cur1 il n'en a rien fait4 ,moi-mme1 n'tant gure pistolier1 j'ai nglig de m'informer4 ,j'ai su seulement1 et encore d'une faon indirecte1 que sa femme tait morte la fin de septembre juste un an aprs ma visite1 que ,dufoyer quitta le pays le lendemain des obsques et que la maison1 remise en vente1 ne trouvait pas d'acqureur4 ,quelque chose m'est pourtant rest de cet pisode3 je gardais1 au fond de ma mmoire1 l'intonation dsesprment suppliante des plaintes mises par la ,prsence4 ,un soir d'oraison contemplative1 elle me revint si forte qu'elle m'induisit rflchir sur la triste condition des dfunts dont aucun membre de l'glise militante ne se soucie plus4 ,j'en ressentis tant de piti que je pris1 devant ,dieu1 l'engagement d'une prire quotidienne pour l'me la plus abandonne du ,purgatoire4 ,et j'ai tenu parole4 ,,iii ,,un ,r,,ve ,tandis que le vent d'hiver renforait sa plainte inapaisable autour de notre gte1 nos penses continuaient errer parmi les morts4 ,plus encore3 nous nous sentions en famille avec eux4 ,aussi1 le frre et moi1 nous avons prt une oreille attentive quand l'abb ,cerny nous dit tout coup3--,je vous le rpte1 ce n'est pas la premire fois que les mes du ,purgatoire m'investissent4 ,je vais vous rapporter un rve que je fis il y aura bientt trois mois et qui recle1 je crois1 un grave enseignement4 ,certes1 il serait puril de considrer tous les rves comme des phnomnes d'ordre surnaturel4 ,la plupart proviennent d'un rsidu d'impressions enregistres1 plus ou moins consciemment1 au cours de notre existence journalire et flottant l'aventure sur les ondes de notre sommeil4 ,ceux-l s'effacent ds le rveil et nous n'en gardons aucun souvenir4 ,mais il en est d'autres qui semblent nous tre envoys par ,dieu4 ,les images qu'ils impriment en nous offrent une prcision1 une logique1 un enchanement et une force d'vidence trs distincts du ple-mle de sensations incohrentes1 absurdes ou mme monstrueuses qu'engendrent les rves ordinaires4 ,au surplus1 l'criture ,sainte nous fournit maints exemples de songes prmonitoires ou symboliques par lesquels ,dieu a daign avertir ou instruire des mes4 ,nous n'avons donc pas de motif de tenir1 a priori1 pour un caprice de notre imagination tel rve prsentant les conditions que je viens d'numrer et dont s'ensuit un grand bien pour notre vie intrieure4 ,celui que je dsire vous narrer1 il n'est peut-tre pas tmraire de le classer dans cette catgorie4 ,l'abb se recueillit quelques instants puis reprit en ces termes3--,j'avais un frre jumeau dont la vocation pour l'tat militaire s'est dessine ds son enfance4 ,a dix-huit ans1 il s'engagea dans l'infanterie de ligne1 devint rapidement sous-officier1 passa par l'cole de ,saint-,maixent et1 sa sortie1 fut nomm sous-lieutenant dans un bataillon de chasseurs pied4 ,il possdait de grandes qualits mais1 par contre1 certains dfauts inhrents son temprament sensuel et qu'il ne tarda pas cultiver avec une dplorable complaisance au lieu de les combattre4 ,pourtant1 nous avions reu une ducation des plus chrtiennes4 ,mais1 de bonne heure1 il en ngligea les principes et1 sitt qu'il lui fut loisible de satisfaire ses penchants1 il dlaissa la pratique religieuse pour s'adonner1 sans mesure1 son got des liaisons coupables4 ,je n'ai pas besoin de vous dcrire par le menu le chagrin que me causait sa conduite4 ,je fis bien des efforts pour le tirer de l'ornire boueuse o il s'enlisait de la sorte4 ,comme il tenait garnison assez loin de ma rsidence1 toutes les lettres que je lui crivais contenaient ma dsapprobation trs nette de ses garements et un rappel des saintes vrits que nos parents dfunts nous inculqurent4 ,je me gardais1 d'ailleurs1 d'y mettre de l'acrimonie4 ,au contraire1 ne cessant de l'aimer beaucoup1 je m'appliquais le maintenir dans le sentiment que notre vive affection mutuelle me dictait mes reproches autant que mon devoir de prtre4 ,ses rponses ne marquaient en rien que ces admonitions l'eussent importun4 ,elles furent toujours chaudement fraternelles mais je n'y trouvai pas une ligne qui pt me faire esprer son amendement4 ,sur ce point1 silence absolu4 ,je dus en conclure que1 redoutant de m'infliger un surcrot de peine par l'aveu de sa persvrance dans la voie mauvaise1 il prfrait se taire plutt que de feindre un repentir qu'il n'prouvait pas4 ,tels taient nos rapports lorsque1 trois mois avant la guerre1 j'appris qu'il s'tait attach une femme marie d'un lien dont tout annonait la dure4 ,jusqu'alors il se dispersait en des amours passagres o il ne recherchait que le plaisir des sens et o son cur n'avait point de part4 ,mais1 cette fois1 il tait conquis entirement4 ,le plus triste1 c'est que les circonstances favorisaient cette liaison3 non seulement sa matresse lui rendait passion pour passion mais encore il n'y avait rien craindre du mari1 celui-ci se livrant la dbauche avec des souillons de carrefour et tmoignant d'une totale indiffrence quant l'infidlit de son pouse4 ,on m'a mme affirm qu'instruit qu'elle le trompait avec mon frre1 il clata de rire et dclara3--,elle a raison d'en prendre son aise puisque je lui donne l'exemple6444 ,combien je souffrais de voir mon frre courir de cette allure fougueuse la perdition de son me6 ,que rsoudre8444 ,lui crire plus fortement que je ne l'avais encore fait8 ,je venais d'exprimenter que mes lettres ne l'avaient point persuad au temps o il se contentait d'assouvir sa sensualit en des rencontres de hasard4 ,qu'obtiendrais-je maintenant que la possession d'une femme sans pudeur mais fort intelligente et fort belle1 disait-on1 semblait satisfaire en lui un idal longuement poursuivi8 ,quoique extrmement pris par mon ministre1 je formai le projet d'aller vers lui le plus tt possible4 ,qui sait si1 de vive voix1 mes reprsentations n'auraient pas plus d'effet que mes lettres8 ,je voulus m'en donner la certitude et je calculai qu'une semaine me suffirait pour le voyage et le sjour auprs de mon frre4 ,je me prparais au dpart quand la guerre clata4 ,quel contre temps6 ,il n'tait pas douteux que son bataillon serait envoy au feu sans dlai4 ,comment le joindre auparavant8 ,je n'en voyais pas le moyen et je vivais des jours d'angoisse4 ,sur ces entrefaites1 je reus un tlgramme par lequel il me donnait avis que1 traversant ,lyon1 il y passerait vingt-quatre heures et il me demandait de venir l'embrasser4 ,ah6 que la lecture de ce petit papier bleu me soulagea6 ,je ne perdis pas une minute pour me munir des autorisations indispensables4 ,vu la mobilisation gnrale1 ce ne fut pas trs facile1 mais je me dbrouillai si activement que1 le soir mme1 je montais dans le train4 ,a ,lyon1 je descendis dans un htel prs de la gare4 ,on m'y procura un commissionnaire que j'envoyai tout de suite mon frre avec un billet lui mandant que je me tenais sa disposition1 soit que je l'attendisse dans ma chambre1 soit que j'allasse le trouver au fort de la ,duchre o le bataillon compltait son effectif4 ,mon message expdi1 je m'exhortai au calme1 et j'essayai de prier4 ,mais je ne parvenais me recueillir tant je me sentais cartel entre mon devoir qui me commandait d'clairer mon frre sur le pril encouru par son me et ma tendresse qui m'incitait ne lui donner que des tmoignages d'affection sans rserve4 ,si brve serait cette entrevue--peut-tre la dernire que nous aurions en ce monde6444 ,grce ,dieu1 je n'eus pas longtemps me labourer de la sorte4 ,deux heures aprs avoir reu ma lettre1 mon frre ouvrait la porte et me tendait les bras4 ,de quel cur nous nous sommes accols6 ,je riais et je pleurais la fois4 ,lui n'tait pas moins mu4 ,d'abord nous avons chang des phrases dcousues o dbordaient nos sentiments rciproques4 ,mais1 hlas1 ds que nous en vnmes des propos plus suivis1 il me fallut reconnatre qu'un abme s'largissait entre mon tat d'me et le sien4 ,je ne me rappelle plus par quelle voie je fus amen lui dire que je savais sa liaison4 ,ce dont je me souviens cruellement c'est de l'expression rigide que prit son regard et du mouvement hostile qui le fit s'carter de moi quand je le suppliai de se rendre compte que cette passion dsastreuse le mettait hors de la loi divine4 ,il eut un geste coupant pour m'interdire de continuer3--,tais-toi1 profra-t-il d'une voix sche1 ne cherche pas m'influencer1 tu chouerais4 ,sache seulement que si je reviens de cette guerre1 celle que j'aime divorcera et je l'pouserai4 --,charles1 m'criai-je1 as-tu donc perdu toute croyance en ,dieu8 --,que j'aie conserv la foi ou non1 cela me regarde4 ,mais retiens ceci3 mon amour c'est ma vie4 ,y renoncer ce serait me suicider444 ,il ajouta des paroles si acrimonieuses sur ce qu'il appelait mes ides de prtre que j'aime mieux ne pas les rpter4 tant l'un et l'autre de caractre imptueux1 si je lui avais rpliqu sur un ton analogue1 une querelle d'une violence qui1 cette minute1 aurait eu quelque chose de fratricide pouvait clater4 ,dieu me donna la force de me matriser4 ,je saignais en-dedans mais je cachai ma blessure4 ,d'ailleurs peu importait que je fusse bless6444 ,comme m'adressant moi-mme1 je me contentai de murmurer3--,est-ce donc pour nous heurter si douloureusement que nous nous sommes rencontrs8 ,le temps s'coule d'une faon irrparable et voil que nous l'employons nous faire du mal6444 ,charles1 nous sparerons-nous ainsi8 ,il parut touch4 ,nanmoins1 il se tenait sur la dfensive car il rpondit3--,cela dpend de toi4 ,promets-moi de ne plus faire aucune allusion au sujet qui nous divise et pendant le peu d'instants qui nous restent passer ensemble1 je me charge de te prouver que je t'aime toujours autant4 --,ton me m'est trop chre pour que j'accepte cette condition1 dis-je en sanglotant1 j'aurais beau te promettre mon silence sur ce point1 je sais que je manquerais mon engagement4 ,songe1 je t'en conjure1 que si je t'obissais1 ce serait1 devant ,dieu1 comme si je plantais un poteau indicateur1 ton intention1 sur la route qui va en enfer4 --,alors1 reprit ,charles en se dirigeant vers la la sortie1 nous n'avons plus rien nous dire444 ,adieu6 ,sur le seuil1 il s'arrta4 ,j'esprais un revirement providentiel4 ,mais1 avec une inflexion de voix d'une trange douceur1 il dit simplement3--,prie pour moi1 mon ami4446 --,ah6 tu n'avais pas besoin de me le demander6 ,et je m'lanai vers lui4 ,mais dj1 il tait de l'autre ct de la porte et je l'entendis descendre prcipitamment l'escalier4 ,une heure plus tard1 le cur bris1 l'esprit en dsarroi1 je quittai ,lyon4 99 99 99 99 99 ,les jours suivants1 ma pense revenait sans cesse ,charles4 ,rcapitulant les pripties de notre brve entrevue1 je m'empoisonnais du sentiment amer de mon impuissance le sauver4 ,a quelle profondeur sa passion le possdait6 ,j'ai beaucoup confess2 j'ai donc eu souvent affaire des infortuns que rongeait cette dmence qui prend son origine dans une soumission servile l'instinct3 le culte idoltrique de la femme4 ,mais l'exemple que me fournissait mon pauvre frre surpassait tous les autres4 ,a force de ressasser cette ide1 mon jugement se faussait2 je me sentais tout faible1 prt1 par instants1 lui faire savoir que1 selon son dsir1 je ne lui parlerais plus jamais de sa conduite4 ,mais alors il me semblait entendre le sinistre clat de rire du ,malin dsormais assur que nul ne librerait cette me du filet aux mailles de feu o il la tenait captive4 ,et je m'criais3--,si je renonce1 que rpondrai-je ,dieu quand il me demandera3 ,qu'as-tu fait de ton frre8 ,ce rveil de conscience finit par l'emporter d'une faon dcisive4 ,je rejetai avec horreur toute vellit de m'avouer vaincu4 ,et1 aussitt1 l'inspiration me vint d'aller au front pour y mriter le salut de ,charles4 ,cette grce me fut octroye4 ,depuis1 en assistant ceux qui s'offrent au danger perptuel d'une mort subite1 je tche de compenser devant ,dieu les garements de mon frre bien-aim444 ,maintenant1 voici mon rve4 ,ce soir-l1 comme1 couch sur la paille de l'curie o cantonnait notre ambulance1 je commenais m'assoupir1 la dernire phrase que ,charles m'avait dite me revint fortement l'esprit3 ,prie pour moi1 mon ami6 ,elle signifiait1 coup sr1 qu'il n'tait pas perdu sans rmission puisque1 malgr notre msentente1 il gardait assez de foi pour admettre que mes prires plaideraient sa cause au tribunal de ,dieu4 ,cette pense me fut un rconfort4 ,j'en avais besoin car1 n'ayant aucune nouvelle de lui1 depuis plusieurs semaines1 sachant seulement que son bataillon avait pris part la victoire de la ,marne et combattait rcemment sur l',yser1 je vivais dans une anxit continuelle son sujet4 ,je m'endormis en formulant le dsir d'apprendre bientt ce qui lui tait advenu4 ,alors1 il me sembla que j'tais transport ailleurs444 dans une plaine immense o il n'y avait ni routes1 ni sentiers1 ni fleuves ni ruisseaux1 ni arbres1 ni vgtations quelconques1 ni le moindre vestige d'un travail accompli par la main de l'homme4 ,c'tait une effrayante solitude o rgnait la chaleur d'une fournaise inextinguible et sur laquelle s'tendait une morne lueur crpusculaire dont la teinte rougetre donnait l'impression d'une nappe de sang diffuse dans un ocan de brouillard4 ,d'abord1 une tristesse crasante me ploya l'me4 ,je me croyais jamais abandonn dans ce dsert4 ,mais lorsque je regardai autour de moi1 je m'aperus que je n'tais pas seul4 ,des apparences diaphanes m'environnaient--pas tout fait des ombres1 car une sorte de rayonnement trs faible manait d'elles1 comparable au reflet1 mi-voil par un nuage1 d'un astre infiniment lointain4 ,toutes taient tournes ou plutt tendues vers un segment de l'horizon comme si1 l-bas1 allait natre la pleine lumire4 ,quelques-unes paraissaient dj l'entrevoir mais moi1 mes regards se heurtaient des tnbres qui bornaient les confins de la terre et du ciel4 ,renonant les percer1 j'examinai attentivement les ombres qui m'taient le plus voisines4 ,j'avais le sentiment d'une corrlation avec elles et pourtant je n'en reconnus aucune4 ,leurs visages taient si vagues6 ,on et dit1 l'avers de trs anciennes mdailles1 des effigies rendues presque indistinctes par l'usure4 ,je demandai3--,o suis-je donc8 ,nulle parmi les ombres ne manifesta qu'elle m'avait entendu4 ,mais une voix intrieure me rpondit3--,tu es en ,purgatoire4 ,je ne m'tonnai ni ne m'alarmai4 ,ainsi qu'il arrive dans les rves1 je trouvais ce ,surnaturel--tout naturel4 ,cependant un incident ne tarda pas se produire qui me remua jusqu'au plus intime de mon tre4 ,les ombres1 sans paratre toutefois avoir souponn ma prsence1 s'cartrent de moi4 ,elles se mirent en marche vers ce point mystrieux qui les attirait d'une faon irrsistible et elles se fondirent dans l'atmosphre torride o nous tions immergs4 ,je me disposais les suivre lorsque j'en fus empch par la survenue d'une me qui me barra le passage4 ,celle-ci me voyait4 ,elle s'arrta net pour me fixer4 ,deux flammes1 jaillies de ses prunelles1 lui clairrent le visage d'une faon si intense que1 sans erreur possible1 je reconnus mon frre ,charles6444 ,clou sur place1 la gorge serre1 le cur tressautant1 je m'efforai de crier son nom4 ,d'un geste1 il m'imposa silence4 ,alors1 non par l'oue mais au-dedans de moi1 je l'entendis murmurer3--,je suis mort cette nuit444 ,prie pour moi6 ,simultanment1 je fus averti que1 jumeaux sur terre1 en ,purgatoire nous n'avions qu'une me4 ,c'est pourquoi1 bien que ,charles n'articult plus une seule syllabe1 j'prouvais ses souffrances comme lui-mme les prouvait4 ,elles taient doubles4 ,d'une part1 un feu1 d'une ardeur toujours croissante le consumait1 rongeait1 comme un vitriol implacable1 les taches laisses par ses pchs4 ,d'autre part1 l'amour de ,dieu1 le dsir de le possder dans l',absolu le calcinait au point qu'il n'est pas de soif d'ici-bas qui puisse lui tre compare4 ,ensuite1 je sentis la ralit de ce que j'avais nagure appris par la foi--ceci3 comme toutes les mes du ,purgatoire1 ,charles ne pouvait rien pour abrger la dure de sa pnitence4 ,c'tait uniquement par les prires des fidles en tat de grce et appartenant l'glise militante qu'une telle faveur lui serait consentie4 ,et l'attente plore de cette intercession constituait une troisime torture444 ,ds que je fus tout imprgn de son supplice1 ,charles leva la main et me dsigna l'horizon et1 aussitt1 l o je n'avais peru qu'une muraille de nuit opaque1 je vis se dresser une cathdrale tout en or radieux4 ,elle brillait comme dut briller l'toile qui conduisit les ,mages la crche de ,bethlem4 ,il n'est pas de chiffre capable d'valuer l'effrayante distance qui nous en sparait4 ,a ce moment1 notre fusion l'un dans l'autre prit fin4 ,charles eut un sourire de gratitude mlancolique car il lisait en moi que1 jusqu' mon dernier souffle1 toutes mes nergies se voueraient solliciter pour lui la ,misricorde divine et l'assister de mes oraisons durant son long1 si long voyage vers la ,batitude ternelle4 ,puis un rideau de brume embrase se droula entre nous444 ,tout disparut et je me rveillai1 ruisselant de larmes4 ,pendant toute cette journe et celle du lendemain1 je restai sous l'influence de mon rve4 ,sans arrt1 je me posais des questions douloureuses3 ce songe figure-t-il un avertissement venu d',en-,haut8 ,n'est-ce qu'un cauchemar o se condensrent mes proccupations depuis des semaines8 ,par-dessus tout1 je me demandais si mon frre tait encore de ce monde4 ,le matin du troisime jour1 je reus une lettre signe de l'aumnier volontaire qui accompagnait son bataillon4 ,elle m'apprenait la mort de ,charles6 ,menant ses hommes l'attaque d'une tranche allemande1 il avait t transperc d'un coup de baonnette et il n'avait survcu que peu de temps sa blessure4 ,et cela s'tait pass dans la nuit et l'heure o lui-mme m'annonait son entre en ,purgatoire444 ,la missive de l'aumnier se terminait par ces lignes qui se gravrent en moi de telle sorte que je puis les rpter sans crainte d'en dformer le sens3 ,je me suis tenu prs de votre frre jusqu'au dnouement4 ,tant que se prolongea son agonie1 je lui ai prodigu toutes les consolations religieuses dont je suis capable4 ,il avait sa connaissance2 il m'entendait mais1 le sang l'touffant1 il ne pouvait me rpondre4 ,pourtant1 au moment suprme1 il se souleva de terre2 une expression d'humilit adorante lui claira la figure2 il se frappa la poitrine et russit mettre ce seul mot3 ,confiteor6 ,puis il retomba et tout fut fini444 ,je crois ne pas me tromper en affirmant que ,dieu lui a octroy l'entire contrition de ses fautes444 ,l'abb ,cerny inclina le front et entra dans une mditation profonde que1 pleins de sympathie et de respect1 nous nous gardmes de troubler4 ,enfin1 relevant la tte1 il s'cria3--,louanges ,dieu6 ,charles expie mais il est sauv4 ,il dpend de moi d'obtenir pour son me une rduction de peine1 ,maintenant1 accourez souffrances et occasions de sacrifices--je suis prt6444 ,,iv ,,les ,,hirondelles ,le frre ,placide a cout avec la plus grande attention le rcit de l'abb ,cerny et le mien4 ,je ne m'en tonne point1 sachant que la communaut o il fit profession s'adonne spcialement la prire perptuelle pour les mes du ,purgatoire4 ,je pressens que1 dans la sainte clture qui le garda tout ,dieu depuis l'ge de dix-sept ans1 il a reu des lumires de choix4 ,aussi1 je ne tarde pas lui dire3 --,maintenant1 mon petit frre1 c'est votre tour de parler4 ,il se trouble2 il rougit4 ,se mettre en vidence lui dplat si fort que mon invitation l'effarouche4 ,cependant1 comme l'abb ,cerny vient la rescousse1 il finit par nous rpondre3--,je crois avoir appris quelque chose sur les mes du ,purgatoire mais je suis tellement gauche et je m'exprime si mal que je ne puis gure vous le rendre4 --,ne vous inquitez pas4 ,dites-le comme vous l'avez senti et ce sera trs bien4 ,visiblement1 mon affirmation ne suffit pas le rassurer4 ,toutefois1 pour ne pas nous dsobliger1 il fait un effort sur lui-mme et c'est avec une entire simplicit qu'il nous rapporte ce qui suit3 --,vous savez qu'au monastre1 nous avons chacun notre cellule4 ,nous n'y rsidons gure que la nuit car1 du rveil au coucher1 nous sommes pris par les offices liturgiques et le travail manuel4 ,eh bien1 un soir1 peu prs un mois avant la guerre1 je venais d'y rentrer pour prendre mon repos4 ,ainsi qu'il est de rgle1 j'avais quitt mes souliers et ma ceinture et je m'tais tendu sur la paillasse pique qui1 avec un traversin de varech1 constitue notre couchette444 --,je connais1 interrompis-je1 c'est peu prs aussi moelleux qu'une table de granit6 ,le frre rit doucement3--,peut-tre1 reprit-il1 mais je puis vous certifier que1 d'habitude1 cela ne m'empche pas d'y dormir poings ferms4 ,ce jour-l1 il n'en fut pas de mme4 ,depuis le matin1 rgnait une chaleur orageuse qui accablait et nervait la fois4 ,des nuages de plomb couvraient le ciel1 pesaient de plus en plus bas et1 comme nous tions en pleine canicule1 il n'y avait pas esprer que quelque fracheur naqut avec l'aube4 ,je suffoquais4 ,quoique je m'appliquasse ne pas bouger1 j'avais le corps tremp de sueur4 ,je l'avoue3 j'aurais quitt bien volontiers ma tunique et mon scapulaire1 chang ma grosse chemise de bure contre du linge sec4 ,mais ce nous est interdit puisque nous sommes l pour rparer et que nous avons fait vu de pnitence l'intention de secourir les dfunts qui expient1 dans l'autre monde1 le trop de complaisance qu'ils donnrent leur bien-tre ici-bas4 ,je me sentis bientt si mal l'aise que je ne pus y tenir4 ,je mis les pieds sur le carreau1 je me tranai vers la fentre grande ouverte et je m'agenouillai le front appuy contre le bois vermoulu du chambranle4 ,j'aspirais d'une bouche avide l'air extrieur4 ,mais il ne m'apporta nul soulagement car1 au dehors comme dans la cellule1 l'atmosphre1 d'une noirceur rigide1 semblait provenir d'une forge o l'on aurait entretenu un sombre brasier dont le souffle me calcinait les poumons4 ,j'essayai de prier4 ,comme nos constitutions nous prescrivent de le faire lorsque nous nous rveillons la nuit1 je murmurai3--,fidelium animae requiescant in pace444 ,mais ce ne me fut qu'une formule machinale4 ,et mme elle me parut si dpourvue de sens que j'prouvais une sorte de dgot la rabcher4 ,c'est que je passais par une de ces minutes de dpression corporelle dont le ,diable1 toujours aux aguets1 sait si bien profiter pour nous lacrer l'me et y semer des orties4 ,affaiss comme je l'tais1 je ne ralisai pas le danger de cet assaut4 ,sous l'influence dmoniaque1 d'un cur dbordant d'amertume1 je m'criai3 ,a quoi bon ces prires8444 ,a quoi bon cette pnitence8444 ,a quoi bon vivre8444 ,et je ne cherchais pas enrayer l'esprit de rvolte qui s'efforait d'abolir en moi la grce de la vocation religieuse4 ,hach comme un ftu par la grle1 je balbutiai3--,je ne peux pas1 je ne peux pas lutter davantage6444 ,et1 je me laissai choir tout de mon long sur le sol1 rptant ce que me dictait la voix sardonique de l',ennemi3--,tout ce que tu entrepris1 avec tant de joie1 pour le salut des mes1 est totalement inutile6444 ,or1 voyez la bont de ,dieu6 ,tandis que1 prostr de la sorte1 versant des larmes et me tordant les mains1 je m'enfonais1 sans ragir1 dans ces tnbres affreuses1 voici qu'une lumire blouissante envahit tout coup la cellule4 ,j'ouvris les yeux1 je me relevai1 d'un bond je courus la fentre4 ,ce que je dcouvris alors m'merveilla jusqu' l'extase4 ,la croise donnait sur une partie assez limite du jardin entourant le monastre4 ,directement au-dessous1 le regard se posait sur des planches de choux et de salades4 ,vingt mtres plus loin se dressait une range de cyprs si serrs qu'ils formaient une cloison au del de laquelle il tait impossible de rien apercevoir4 ,c'tait1 du moins1 l'aspect du lieu tel qu'il se prsentait journellement ma vue4 ,mais1 maintenant1 ces choses avaient disparu4 ,a la place1 un immense verger s'tendait o l'herbe d'un vert clatant1 moir de reflets vermeils1 se parsemait de larges fleurs o chatoyaient toutes les nuances du prisme4 et l1 des arbres tendaient leurs frondaisons4 ,je ne pus en dterminer l'espce car ils taient chargs d'hirondelles au point qu'on ne distinguait plus le feuillage4 ,sur l'ensemble1 un ciel bleu d'une profondeur inoue et une clart solaire si intense et si pure la fois que je ne me souvenais pas d'en avoir connu de semblable1 mme aux jours les plus beaux de l't4 ,et ce paysage et cette lumire me furent plus rels que toute ralit perue par les yeux du corps4 ,en effet1 j'avais l'intuition que c'taient les yeux de mon me qui absorbaient cette ferie4 ,les hirondelles chantaient perdument4 ,oh6 ce chant6444 ,ce n'tait pas leur gazouillis coutumier1 mais un hymne de joie qui exprimait une reconnaissance infinie1 une flicit sans bornes4 ,frais comme l'eau d'une source sous-bois1 pntrant comme un parfum de tubreuse1 arien et subtil6444 ,mais pourquoi chercher des comparaisons8 ,cela dpassait tout ce que nos sens1 rendus infirmes par le pch1 peuvent s'assimiler--tout ce que notre esprit1 entrav par la chair1 peut concevoir4 ,et le chant disait3 ,gloire ,dieu au plus haut des cieux6444 ,a couter1 dans le ravissement1 cette action de grces1 il me fut appris que ces hirondelles signifiaient les mes du ,purgatoire dont les prires de la communaut avaient obtenu la dlivrance4 ,avant leur migration dfinitive vers la batitude ternelle1 ,dieu permettait qu'elles me rvlassent que mes oraisons1 ma vie pnitente1 moi pauvre moine si imparfait1 et jusqu' mon agonie entre les griffes du ,dmon1 n'avaient pas t en vain4 ,alors1 mon cur se dilata1 s'panouit comme une rose de mai2 je riais1 je pleurais des larmes d'allgresse1 je chantais1 moi aussi3 ,gloire ,dieu6444 ,enfin les hirondelles se levrent toutes1 dployrent leurs ailes1 montrent vers les hauteurs radieuses o1 chantant toujours1 elles se perdirent en ,dieu4 ,ah6 que j'aurais voulu les suivre6444 ,le frre ,placide n'ajouta rien4 ,l'abb ,cerny et moi1 nous ne fmes aucun commentaire4 ,et qu'aurions-nous pu dire8 ,nous tions transports1 comme lui1 loin de ce triste monde3 ce qu'il avait vu1 nous devenait sensible et nous prenions pleinement conscience qu'il est salutaire1 quiconque se veut ami de ,jsus1 de souffrir avec nos surs pathtiques3 les mes du ,purgatoire4 99 99 99 99 99 ,la nuit a pass4 ,un petit jour blafard colle maussadement sa face aux vitres4 ,le vent ne souffle plus1 mais la pluie redouble4 tendus cte cte sur le plancher1 nous commenons nous assoupir quand une canonnade enrage nous force de dclore les paupires4 ,nos #ge lancent des aboiements secs4 ,au loin1 dans le brouillard1 les grosses pices allemandes leur rpondent par de lourds grognements enrous4 ,allons3 le sang ruisselle comme il a ruissel hier1 comme il ruissellera demain4 ,et les mes des morts tourbillonnent parmi les rafales homicides3--,priez pour nous6 ,priez pour nous6 implorent-elles4 ,nous prions444 ,,br,,ves ,,tapes ,,du ,,voyageur ,,clop ,portant ma croix1 j'ai suivi la voie douloureuse en mmoire du ,matre4 ,la trace de ses pas restait empreinte en lumire sur les pavs obscurs4 ,elle brillait si fort que souvent je faisais halte pour l'admirer et la vnrer4 ,alors mon cur brlait de ,son ,amour4 ,et me retournant vers vous1 je vous criais3 ,ne monterons-nous pas tous ensemble jusqu'au ,calvaire8 ,,lapillus4 ,,argument ,amis trs chers1 dont la sollicitude m'assiste fraternellement depuis tant d'annes qu'il plut ,dieu de m'appliquer ,le servir par des livres1 varis quant aux sujets qu'ils traitent1 semblables quant au dsir de ,le faire aimer davantage1 il faut que je vous confie ma fatigue4 ,lorsque je commenai le prsent volume1 j'avais conu le projet d'y runir des narrations o des faits de vie intrieure vous seraient exposs dans une forme analogue celle choisie pour le chapitre que vous venez de lire4 ,or1 j'y dois renoncer et voici pourquoi3 le mal chronique dont je suis atteint va s'aggravant2 ses redoublements journaliers m'enlvent la possibilit de fournir un travail continu4 ,et1 sans continuit dans l'effort1 comment mener bien des rcits o tout s'enchane8 ,l'esprit le voudrait--le corps regimbe et reste sourd aux injonctions d'une volont qui1 elle1 ne flchissait pas4 ,a vingt reprises1 aprs avoir longuement rflchi la tche que je m'tais fixe1 j'ai pris la plume4 ,mais peine avais-je trac quelques lignes qu'une douleur lancinante m'obligeait de tout laisser pour m'tendre1 pendant des heures1 sur ma chaise longue4 ,d'autres fois1 une si grande faiblesse me tenait qu'il n'y avait mme pas tenter la rdaction d'une page4 ,c'tait1 tout au plus1 si je pouvais me traner la messe quotidienne4 ,et1 au retour1 je devais ou prendre le lit ou1 demeurant sur pied1 me rsigner l'inaction4 ,ce sont l1 vous en conviendrez1 des nuds gordiens o le glaive d',alexandre s'brcherait4 ,d'autre part1 je respecte trop mon art pour me contenter de vous soumettre des esquisses imparfaites alors qu'il est de mon devoir de vous offrir des tableaux auxquels j'aurais donn tous mes soins4 ,vous donc1 qui m'aimez comme je vous aime1 qui priez pour moi comme je prie pour vous1 acceptez1 faute de mieux1 ces notes parses1 disjecta membra1 o je me suis efforc de vous confirmer dans la certitude que le ,royaume de ,dieu est en nous et qu'il serait vain de le chercher ailleurs4 ,fruits spontans de l'oraison1 mditations sur des textes sanctifiants1 apprciations sur le temps prsent d'aprs des lectures profanes1 je les assemble en une sorte de petit calendrier dont les feuillets vous rappelleront votre compagnon de route quand il vous aura quitt pour le ,purgatoire4 ,et ainsi1 vous pourrez attester que1 jusqu' son dernier souffle1 il marcha les yeux fixs sur le ,bon ,matre lumineux et sanglant--tel qu'il daigne nous apparatre au sein des ombres qui couvrent ce monde en proie aux prcurseurs de l',antchrist4 ,,juin ,,dans ,l',,octave ,,de ,l',,ascension4--,cette anne1 la fte de l',ascension se clbra le #bf mai4 ,une impression reue ce jour-l fut si forte qu'elle persiste en moi aprs une semaine coule4 ,il faut que je la note4 ,j'assistais la messe dans la chapelle des ,dominicaines gardes-malades1 humble petit sanctuaire o je sens si profondment que ,notre ,seigneur aime rsider1 pauvre parmi ses filles servantes des pauvres6 ,pour suivre la liturgie1 je venais d'ouvrir mon paroissien4 ,mais avant que mon regard se ft pos sur le texte1 une phrase me naquit dans l'me et l'absorba totalement1 de sorte qu'elle m'empcha de lire et mme d'entendre le chur des religieuses qui chantaient l',introt4 ,la voici3 ,quand j'aurai t lev de terre1 j'attirerai tout moi4 ,on se souvient qu'elle se trouve au ,x,i,ie chapitre de l'vangile selon saint ,jean4 ,jsus la formule1 cet endroit1 pour annoncer son crucifiement d'o rsultera notre rachat4 ,mais l'office de l',ascension ne la cite nulle part4 ,du reste1 ce n'est pas sur le moment que je fis cette remarque4 ,la phrase1 se renforant1 se rpercutant tous les chos de mon me1 ne me laissait pas le loisir de raisonner son sujet4 ,plus encore1 elle me devint bientt une image intrieure qui me reprsenta le ,christ s'levant vers le ciel--en croix4 ,toutefois1 les tnbres frmissantes qui surgirent lorsqu'il pronona la parole3 ,tout est consomm ne l'environnaient point4 ,une calme lumire manait de lui et remplissait tout l'espace4 ,cette image me demeura prsente jusqu' la fin de la messe4 ,elle tait l lorsque j'allai recevoir l',eucharistie2 elle tait l durant mon action de grces qui en fut exclusivement contemplative4 ,puis elle occupa ma pense1 d'une faon presque continuelle1 jusqu'au dimanche dans l'octave o il me semble que le sens m'en fut donn4 ,en cette mme chapelle1 aprs la lecture de l'ptre1 je me remmorais ce que le chur avait chant le jeudi prcdent3 ,dominus1 ascendens in altum1 captivam duxit captivitatem444 ,et je me dis3--,nagure1 captif du monde1 j'en fus dlivr par la ,croix4 ,maintenant1 captif heureux de la ,croix1 je sens que ,jsus m'attire1 par elle1 vers sa gloire4 ,si je reste l'homme de bonne volont1 elle m'attirera de plus en plus parce que je ne puis m'lever au-dessus de moi-mme qu'en l'acceptant avec allgresse4 ,alors je me mis prier3--,seigneur1 au temps de ,nol1 tandis que je vous adorais ,bethlem1 j'ai vu l'ombre de la ,croix se dcouper sur le mur de l'table4 ,au temps de ,pques1 j'ai vu les plis du linceul1 abandonn par vous dans le tombeau1 dessiner la ,croix4 ,le matin de l',ascension1 je vous ai vu rayonner sur la ,croix dans la ,lumire incre4 ,daignez me maintenir uni vous par le sentiment que la grce de votre prsence est insparable de la grce de souffrir pour l'amour de vous et1 en corrlation1 pour l'amour de ceux qui vous ont perdu1 de ceux qui vous cherchent et de ceux qui vous ont trouv4 ,car1 vous venez de me l'apprendre1 ces deux mots3 ,rdemption1 ,ascension signifient une seule chose ,l-,haut4 99 99 99 99 99 ,,pentec,,te4--,voici une chambre plonge dans l'obscurit1 la fentre et ses volets tant tenus rigoureusement clos4 ,l'homme qui l'habite1 s'il ne passe ses jours rvasser en une morne torpeur1 s'occupe de ranger le ple-mle de meubles poussireux dont elle est encombre4 ,vaine besogne car1 comme il ne voit pas clair1 il n'arrive qu' augmenter le dsordre4 ,d'ailleurs il se rebute vite1 d'autant plus qu'il respire mal en ce logis follement calfeutr o l'atmosphre1 jamais renouvele1 se charge d'une myriade de corpuscules nuisibles qui lui encrassent les poumons4 ,et quelle odeur de renferm6 ,haletant et morose1 il s'acagnarde alors devant le foyer1 tout noir de suie ancienne1 o un tison chtif achve de s'teindre sous un amas de cendres4 ,il dit3--,ce feu va mourir444 ,ensuite1 je claquerai des dents mais je n'ai ni brindilles ni copeaux pour rveiller la flamme1 ni bois pour l'entretenir4 ,et1 je me l'avoue1 je suis trop paresseux pour prendre la peine de refaire ma provision de combustible4 ,foin de l'effort6444 ,cependant1 l'extrieur1 le grand soleil darde de longues flches d'or dont quelques-unes pntrent par les fentes des volets et filtrent travers la bue malpropre qui rend les vitres opaques4 ,si l'homme ouvrait tout1 il recevrait1 en surabondance1 chaleur et clart4 ,mais--foin de l'effort6444 ,au dehors1 souffle un vent joyeux tout embaum des parfums de la vie4 ,si l'homme le laissait entrer1 comme il assainirait la chambre1 comme il en chasserait les miasmes1 comme il stimulerait le prisonnier volontaire qui s'y engourdit et s'y hbte6 ,mais--foin de l'effort6444 ,l'homme a soif4 ,il soulve sa cruche afin de se dsaltrer et s'aperoit qu'elle est vide4 ,devant la maison coule une fontaine intarissable dont le murmure parvient jusqu' lui4 ,il n'aurait qu' descendre et se pencher sur la vasque4 ,l'eau qui la remplit jusqu'aux bords lui rafrachirait la bouche et le cur pour longtemps4 ,mais--foin de l'effort6444 ,ainsi de l'me que la grce sanctifiante rpandue par le ,saint-,esprit sollicite et qui refuse de l'accueillir4 ,elle est en proie--comme dit ,bossuet1-- cet inexorable ennui qui fait le fond de la nature humaine4 ,elle languit faute de lumire1 faute de chaleur1 faute d'air pur1 faute de l'eau o s'imbiberait son aridit4 ,le ,saint ,esprit lui apportait toutes ces richesses et plus encore puisqu'il entretient en nous ce sentiment de la prsence du ,pre et du ,fils sans lequel nous ne pouvons tre qu'un terroir infcond4 ,qu'on se rappelle cette strophe de l'admirable squence au ,paraclet conue par ,thomas d',aquin3 ,sine tuo numine ,nihil est in homine ,nihil est innoxium4 ,elle dfinit en sa vigueur concise1 l'tat effrayant de l'me rfractaire au ,saint-,esprit4 ,bientt1 celle-ci devient inapte le recevoir4 ,elle est dsormais cet animal riv ses instincts pervers dont parle saint ,paul dans la premire ptre aux ,corinthiens4 ,et cela1 parce que1 tel jour o la ,grce se faisait plus pressante1 son libre-arbitre ayant choisir1 en pleine conscience1 entre ,dieu et le diable1 a choisi dlibrment le diable4 ,c'est aussi parce qu'elle a commis ce pch contre le ,saint-,esprit dont ,notre-,seigneur nous prvient qu'il ne sera jamais pardonn4 ,voil l'histoire de bien des conversions avortes4 ,mais la charit du ,saint-,esprit est infatigable4 ,ft-ce au lit de mort1 ft-ce la dernire minute1 il s'offre encore l'homme qui se verrouillait1 lui-mme1 dans le cachot de son orgueil4 ,que l'me pcheresse1 sentant alors son indicible solitude1 invoque1 avec la simplicit d'un enfant1 le secours qu'elle avait si longtemps mpris1 ,jsus lui dit3--,je ne te laisserai pas orpheline4 ,et il lui envoie le ,consolateur4 ,immdiatement1 la pauvre me dcouvre que les oripeaux bariols1 dont elle se glorifia durant tout son voyage sur terre1 n'taient que de sales guenilles4 ,elle s'en dpouille avec allgresse et--quelle que soit la date de son revirement--elle revt la tunique de pourpre et d'or1 tisse par les anges1 que la ,grce illuminante lui tenait en rserve pour une suprme ,pentecte4 ,car ne vont en enfer que ceux qui l'ont voulu--jusqu'au bout444 ,le lundi de la ,pentecte1 je mdite ces choses1 un livre ouvert sur ma table3 ,vie de ,marguerite du ,saint-,sacrement1 ,carmlite de ,beaune qui fut1 au ,x,v,i,ie sicle1 la servante privilgie de l',enfant ,jsus4 ,mes yeux s'arrtrent sur une page dont je transcris l'essentiel3 ,marguerite vit le double mouvement par lequel le cur de ,jsus se resserre afin de s'imprgner du divin ,esprit dans le sein du ,pre puis se dilate afin de communiquer l'glise1 qui est son corps1 la chaleur vitale qu'il avait produite pour lui-mme4 ,glose magnifique d'une parole de ,jsus rapporte au chapitre ,,xii de saint ,luc3--,je suis venu rpandre le feu sur la terre et que veux-je sinon qu'il s'allume8 ,oui1 c'est par une effusion du ,sacr-,cur que ce ,feu vivifiant3 le ,paraclet1 s'panche dans nos mes4 ,mais qu'arrivera-t-il le jour1 peut-tre proche1 o presque tous les baptiss prendront pour guide ,celui d',en-,bas1 o il n'y aura plus qu'un petit troupeau pour suivre le ,pasteur unique8 ,il arrivera la fin du monde par embrasement4 ,et ce mme ,feu qui allumait en nous un foyer d'amour allumera l'incendie vengeur de la ,justice divine444 99 99 99 99 99 ,,fructum ,,in ,,nobis4--,en cette ,fte-,dieu o le fruit de la ,rdemption qui a nom3 ,sainte ,hostie mrit en nos curs d'une faon plus sensible1 o son arome dissipe l'arrire-got de la pomme vnneuse que notre mre ve cueillit au jardin d'den1 j'prouve une joie paisible recenser les jours les plus heureux que j'ai connus ici-bas4 ,je me rappelle qu'ils me furent dpartis dans la solitude4 ,ce n'est pas du tout que je sois1 comme quelques-uns se le figurent et mme le publient1 un tre atrabilaire et peu abordable1 un ,alceste reclus dans une caverne dont les abords se hrissent d'orties contre le prochain et qui chrit la retraite misanthropique ,o d'tre un ronchonneur on ait la libert4 ,j'aime mes frres d'humanit et je plains ceux d'entre eux qui tchent d'oublier qu'ils ont une me en se mlant1 avec une folle persvrance1 aux tumultes et aux sarabandes d'un monde dont la rgle de vie se formule en ces mots3 ,il faut tre de son temps4 ,or si une poque se caractrise par l'agitation dans le vide1 c'est bien la ntre4 ,jamais le prcepte de saint ,paul3 ,nolite conformari huic saeculo ne fut davantage mconnu4 ,pour moi1 la grce de ,dieu--et non point mon mrite car je ne vaux pas grand'chose--fait que je ne me sens aucunement port prendre contact avec les gens d'affaires1 les gens de sport1 les gens de lettres1 les gens du monde en gnral4 ,de loin1 je les regarde et cela fait que je prie pour eux fort souvent et avec le plus de ferveur qu'il m'est possible4 ,il arrive aussi que je ne puisse m'empcher de rire un peu lorsque j'observe leur application poursuivre des bulles de savon souffles par le ,diable et leur physionomie dsappointe ds qu'elles leur crvent entre les doigts4 ,mais que mes contemporains m'attristent ou qu'ils m'gaient1 je suis en mesure de certifier qu'il n'entre point d'acrimonie dans les sentiments que je nourris leur gard4 ,nous ne nous plaons pas au mme point de vue1 eux et moi1 et voil ce qui nous spare4 ,eux croient qu'il y a des ralits en dehors de ,jsus-,christ1 moi1 la souffrance habituelle et l'amour de la solitude me maintiennent dans la conviction qu'il n'y a de ralit qu'en ,lui4 ,je l'ai dj dit et c'est1 en somme1 ce que signifient tous mes livres depuis plus de vingt ans qu'il plut ,dieu de m'ouvrir la porte de son glise4 ,permettez-moi de le rpter et de vous le dmontrer une fois de plus en vous traant un fusain des jours heureux que j'ai vcus dans la fort1 sur la route de ,lourdes et dans les monastres4 ,ce faisant1 je ne me donne pas comme un modle suivre4 ,j'expose les raisons pour lesquelles je me conforme sans peine la volont de ,dieu sur moi4 ,et rien de plus4 99 99 99 99 99 ,,dans ,,la ,,for,t4--,ds que mon me eut reu la ,lumire unique1 je pus m'crier avec ,dante3 ,je me trouvais dans une fort obscure ayant perdu la voie droite4 ,ah6 qu'il m'est pnible de dire ce qu'elle tait cette fort sauvage1 pre1 paisse1 dont le souvenir renouvelle mon effroi4 ,cela1 c'tait la fort symbolique1 la fort aux taillis dltres o j'errais hallucin par ces btes fauves3 mes passions et mes vices4 ,lorsque les rayons de la ,grce illuminante chassrent1 ainsi qu'un brouillard empoisonn1 les mirages qui constituaient cette sylve implacablement tnbreuse1 quelle allgresse j'prouvai1 moi aussi1 saluer l'heure o commence le matin1 o le soleil monte avec ces toiles qui l'accompagnaient quand le divin ,amour leur donna1 pour la premire fois1 le mouvement6 ,alors1 je conus l'espoir d'chapper au lion1 la louve1 la panthre qui m'avaient fascin4 ,toi1 fort palpable1 fort de ,fontainebleau qui1 mme au temps de mes pires garements1 entretenais en moi le got de la solitude1 je te vis avec des yeux nouveaux4 ,tes sites1 gracieux ou svres1 ne me furent plus seulement un ensemble de formes changeantes selon les saisons4 ,ils me devinrent des miroirs o se refltait l'ternelle ,beaut--la face de ,notre ,seigneur ,jsus-,christ4 ,ils vivent dans ma mmoire ces jours de flicit1 ces jours de transfiguration et d'oraison brlante4 ,je ne cesse d'entendre les profonds feuillages chanter1 d'une voix unanime1 la gloire de mon ,dieu4 ,voici les bouleaux qui frmissent comme des lyres oliennes2 voici les chnes et les htres qui prolongent leurs graves accords2 voici les pins pensifs qui rsonnent comme de grandes lyres2 voici toutes les frondaisons qui s'meuvent au souffle du ,saint-,esprit4 ,fort1 je suis loin de toi dans l'espace1 mais tu peuples toujours ma vie intrieure et c'est par ton cantique perptu que se grave souvent dans mon me l'image de ,jsus4 ,comprenez-vous maintenant pourquoi rien ne m'est plus hors de cette radieuse prsence du ,bon ,matre1 pourquoi je me tiens l'cart du monde1 pourquoi j'ose rpter--moi1 poussire et vermisseau--la parole de l',aptre3 ,je connais celui en qui j'ai cru et j'ai l'assurance qu'il me gardera en dpt jusqu' l'heure o il me jugera en juge quitable8444 ,j'aime le ,christ et le ,christ daigne m'aimer1 malgr mes imperfections innombrables4 ,et je me rjouis d'tre compt parmi ceux de qui les gens du sicle disent avec un sourire mprisant3--,ils sont fous cause du rveur galilen444 99 99 99 99 99 ,,sur ,,la ,,route ,,de ,,lourdes4--,en juin #aijh1 j'accomplis1 du monastre de ,ligug1 prs de ,poitiers1 ,lourdes1 le plerinage pied dont j'avais fait le vu dix mois auparavant4 ,j'en ai racont les tapes dans un livre qui1 parat-il1 me suscita quelques imitateurs et me valut d'tre gourmand par certains critiques dont l'tat d'me ne concidait certes pas avec le mien4 --,quoi1 me disait1 en substance1 l'un de ces porte-frule1 vous avez parcouru des rgions o abondent les monuments historiques et vous n'en soufflez pas un mot6 ,quel voyageur incomplet vous ftes6444 --,ah6 aurais-je pu lui rpondre1 il s'agissait bien de cela6 ,au long du chemin1 j'tais tout la prire et1 je l'avoue1 mon bon ,monsieur1 lorsque j'entrais dans une glise1 c'tait encore pour prier et non pour admirer les dtails1 peut-tre fort remarquables1 de son architecture4 ,l',immacule me guidait vers sa grotte de ,massabielle2 je marchais envelopp du rayonnement de cette trs pure toile et j'tais absorb par la musique de l',angelus qui n'arrtait pas de carillonner dans mon cur4 ,ds lors comment m'et-il t possible de fixer mon attention sur les btisses prissables que la main de l'homme difia8 ,j'emportais un volume avec moi1 mais c'tait le ,petit ,office de la ,sainte ,vierge et non pas le ,guide du touriste4 ,tout cela vous explique ce manque d'impressions d'art1 dans le rcit dont vous signalez doctement les dfauts4 ,pour vous1 amis qui me lisez avec indulgence1 je voudrais rendre l'allgresse qui me soulevait au cours de cette randonne4 ,parti1 le plus souvent1 ds l'aube1 aussi lger que si j'avais eu des ailes aux talons1 j'abattais les kilomtres sans m'en apercevoir4 ,quoique1 cette anne-l1 juin ft charg d'orages dont les averses brusques me douchaient journellement1 j'tais si joyeux de vivre dans la familiarit de ,marie que1 malgr l'atmosphre humide et pesante1 je chantais tout le temps4 ,oui1 je chantais pleine voix1 les psaumes et les antiennes du ,petit ,office4 ,et quand j'avais fini1 je recommenais ou bien je faisais alterner les strophes du ,magnificat avec celles de l',ave maris stella suivant les mthodes apprises chez les moines4 ,ou encore1 lorsqu'il me fallait gravir une cte particulirement rude1 j'entonnais1 pour me stimuler1 cette sublime imploration3 le ,salve ,regina4 ,j'ajoute que1 pour comble de bndictions1 je jouissais d'une solitude peu prs complte4 ,en effet1 cette poque1 les routes n'taient pas encombres comme aujourd'hui de mcaniques puantes1 poussant des cris de canard en dtresse1 portant des cervels que possde l'trange manie d'aller vite1 vite1 toujours plus vite4 ,il y avait si peu de pitons que je faisais des lieues sans croiser personne4 ,pas mme de gendarmes en tourne1 ce qui me convenait passablement vu qu'avant mon dpart1 ayant garni un portefeuille de pices d'identit1 je l'avais oubli sur ma table4 ,donc1 je n'aurais pu prouver ces braves gens que je n'tais pas un trimardeur professionnel4 ,a la traverse des villes et des villages1 comme j'tais couvert d'un enduit o se mlangeaient l'huile qui1 monte de mes chaussures1 imbibait mon pantalon1 la poussire et la boue1 comme une vieille casquette dfrachie me coiffait et que mon veston s'avrait des plus rps1 mon aspect minable provoquait bien quelque tonnement4 ,mais sitt qu' ceux qui m'interpellaient1 j'avais rpondu que j'tais un plerin de ,lourdes1 deux fois sur trois1 les figures se faisaient tout amicales4 ,dans les auberges o je passais les nuits1 de dlicates attentions me furent prodigues4 ,ainsi1 je pus le constater d'une faon touchante1 le culte de la ,sainte ,vierge persiste dans beaucoup plus d'mes que ne se l'imaginent les athes de carrire qui1 au gouvernement ou ailleurs1 s'appliquent transformer le bon peuple de ,france en une cohue de verrats et de truies pour le plus grand profit du dmon de la bestialit4 ,a travers tout1 par-dessus tout1 je me sentais le nophyte plac sous la protection de ,marie4 ,cela se comprend4 ,quelques mois seulement avaient pass depuis mon entre dans l'glise2 mon inexprience faisait que m'engager dans la voie troite qui monte ,jsus me semblait difficile et mme quelque peu effrayant4 ,quiconque a connu cet tat d'enfance spirituelle attestera combien alors on a besoin d'une tendresse vigilante qui soutienne et dirige nos pas incertains1 qui nous relve et nous console aprs les chutes invitables4 ,cette affection maternelle1 la ,sainte ,vierge nous la prodigue4 ,elle accentue les progrs de notre initiation2 elle nous forme aux vertus qui feront de nous des athltes capables d'aider son ,fils porter l'norme fardeau de la ,croix jusqu'au ,calvaire4 ducation virile o n'intervient nul sentimentalisme affadissant1 car cette ,mre1 concentrant au foyer de son amour la ,sagesse ternelle1 n'alimente notre dbilit native que d'un lait dont la saveur recle une saine et sainte amertume4 ,et c'est pour avoir accept1 d'un cur docile1 cette nourriture fortifiante que je marchais si allgrement sur le chemin de ,lourdes444 ,ma ,grande ,dame des lys1 parce que tu m'obtins cette grce--et tant d'autres la suite6--je rpterai tes louanges d'une lvre inlassable4 ,tu apportas le pain de vie au pauvre scribe gisant sur un fumier1 affam de son ,dieu sans le savoir4 ,tu daignas ensuite lui permettre de souffrir avec toi au pied de la croix o ,jsus a saign1 saigne et saignera jusqu'au jour du ,jugement4 ,gloire ton ,immacule-,conception6444 99 99 99 99 99 ,,dans ,,les ,,monast,,res4--,et maintenant1 voici mes jours les plus heureux de tous4 ,ce sont ceux o je savourai intgralement la solitude et le silence en ,dieu chez les ,trappistes4 ,hautecombe o je commenai ,dans la lumire d',ars1 ,lrins o j'crivis ,quand l',esprit souffle1 ,septfons o je mditai ,sainte ,marguerite-,marie1 toi enfin1 ,notre-,dame d',acey o furent composs les ,rubis du ,calice1 refuges de prire intense et de recueillement total1 loin des tumultes imbciles d'un sicle vou au rgne de la ,bte1 quelle douceur j'prouve me remmorer les mois vcus entre vos murs6 ,les additionnant1 je constate qu'ils englobent une dizaine d'annes qui certes furent dcisives pour mes progrs dans la voie troite4 ,aujourd'hui1 ma sant ruine ne me permet plus de m'vader du monde pour me retremper dans l'atmosphre des clotres cisterciens4 ,du moins1 grce l'asctisme que j'y appris1 grce certain dvouement qui m'interdit de le nommer1 grce aussi aux mes fraternelles qui m'assistent1 j'ai pu enclore ma pauvret de telle sorte que je continue mener l'existence contemplative faute de quoi je ne serais qu'une chandelle teinte4 ,cependant1 parce qu'ils me connaissent1 mes bienfaiteurs ne me taxeront pas d'ingratitude si je leur confie que1 hors des monastres1 je me sens toujours en exil4 ,mais gardons-nous de nous plaindre3 ,dieu est le seul matre4 ,il daigne m'employer ,lui amener des gars et des paens4 ,s'il me prive des flicits de la vie claustrale1 il m'octroie largement le bienfait de la souffrance purificatrice pour que j'applique sa sainte loi de rversion4 ,tout est bien puisque tout procde de sa munificence4 ,revenons1 par la pense1 au monastre4 ,en cette clture dont les htes sont prvenus qu'ils ne doivent pas en repasser le seuil avant leur dpart1 toutes choses sont disposes pour que l'me se rive ,dieu3 les repas brefs et maigres1 le sommeil abrg1 l'isolement dans une cellule ne contenant que les meubles indispensables et un ou deux livres de pit1 l'assistance obligatoire tous les offices sauf matines1 l'exercice pris dans un jardin ou dans un parc plutt ngligs et que jalonnent des ,crucifix et des statues de ,saints models sans art4 ,donc rien n'y sollicite les sens4 ,les seuls colloques sont avec le ,pre-,htelier qui1 une ou deux fois dans la journe1 visite le retraitant1 s'informe de ses besoins et lui apporte des instructions et des conseils4 ,au surplus1 qu'on relise la description donne par ,huysmans dans ,en ,route des rglements suivis ,notre-,dame de l',atre4 ,elle est rigoureusement exacte et s'applique1 avec d'infimes variantes1 toutes les ,trappes4 ,soyez persuads que cette rclusion est tout fait propre sanctifier ceux qui s'y prtent par esprit de pnitence ou pour cultiver en eux les grces d'oraison444 ,or1 parmi les souvenirs de mes sjours prolongs au monastre de ,notre-,dame d',acey1 il en est un qui me revient fortement tandis que je trace ces lignes4 ,c'tait en dcembre4 ,j'tais arriv la veille de l',immacule-,conception et je ne repartis que le lendemain de ,nol4 ,comme de coutume1 chaque matin je me levais trois heures1 je descendais l'glise pour ,laudes et je recevais la communion l'une des messes qui se clbrent vers quatre heures4 ,il faisait trs froid et nul calorifre ne rchauffant les vastes nefs1 on pourrait supposer que les ,religieux et leur hte1 immobiles dans les stalles y taient trop occups grelotter pour suivre la liturgie et s'en assimiler la substance4 ,eh bien1 l'on se tromperait3 l'atmosphre spirituelle tait si brlante que l'me s'y embrasait1 qu'elle ragissait sur le corps et l'empchait de ptir d'une temprature abaisse plusieurs degrs au-dessous de zro4 ,je me rappelle1 entre autres1 une matine o cet incendie d'amour divin m'envahit tellement que j'prouvai la sensation de me consumer comme un cierge d'offrande au seuil du ,paradis4 ,c'tait l'action de grces4 ,ml aux frres convers--dont les plus jeunes gisaient prosterns1 le front sur les dalles--j'avais conscience de me perdre en ,jsus-,christ4 ,articuler une syllabe1 faire un geste m'et t impossible4 ,le silence adorant qui emplissait l'glise1 il me semblait que c'tait moi-mme4 ,et ce bienheureux ravissement1 dont rien ne saurait rendre la surnaturelle intensit dura longtemps car il tait plus de six heures quand le mouvement me fut rendu pour regagner ma cellule6444 ,on comprendra sans peine que mon regret du monastre redouble lorsque j'voque ce pass si proche o la ,bont infinie daigna me visiter moi1 vile pluchure1 avec tant de surabondance4 ,alors1 j'habitais une terre de refuge s'levant bien plus haut que les brouillards ftides qui flottent sur ce morne marcage3 la socit contemporaine4 ,alors tous les souffles du ,ciel me caressaient4 ,alors1 le soleil de la ,sainte-,trinit me couvrait de sa lumire ineffable4 ,c'est pourquoi mon me se tourne sans cesse vers l'encens d'oraison qui brle dans les monastres cisterciens4 ,et de cette odeur de saintet je garde la nostalgie ingurissable4 ,,juillet ,d,,tachement4--,une phrase lue ce matin m'induit rflexions#a4 ,la voici3 ,le chrtien qui1 dans sa vie intime1 au lieu de viser la perfection1 s'accommode d'une honnte mdiocrit et compte que celle-ci lui vaudra une petite place en ,paradis1 pourrait faire un assez mauvais calcul4 ,chaque jour qui passe1 les obstacles accumuls par la faiblesse humaine1 les constantes occasions de pch se chargent suffisamment de restreindre notre idal4 ,si nous mettons au point de dpart un idal dj restreint1 si nous n'avons pour but que la mdiocrit1 nous risquons de tomber au-dessous du mdiocre4 #a ,je l'extrais1 d'un bel article de ,m4 ,robert ,,havard1 intitul ,tout ou rien et publi dans son journal bi-mensuel3 ,,rome4 ,combien exact6 ,mais ceux que ne saurait satisfaire la routine d'une dvotion paresseuse chappent au pril4 ,tt ou tard1 pour les mes prises de vie intrieure1 il arrive un moment o la prsence de ,dieu prend1 en elles1 toute son ampleur4 ,elles sentent que le ,matre veut dsormais les avoir ,lui sans partage4 ,simultanment1 elles acquirent une intuition si lucide de sa parfaite ,beaut qu'elles se voient toutes difformes par comparaison4 ,alors1 elles n'ont plus qu'une ide3 se conformer ce divin modle4 ,leur but1 c'est l'union avec ,lui4 ,elles comprennent que pour y parvenir1 il leur faut se dpouiller d'abord de tout attachement charnel aux choses prissables de ce bas-monde4 ,et elles subissent1 avec une docilit joyeuse1 l'opration qui1 parmi de grandes souffrances et travers une ombre indicible1 les rendra propres se fondre dans le ,soleil absolu qui les attire4 ,la nuit d'preuve se divise en trois phases3 celle o les sens se purifient par l'asctisme2 celle o l'esprit1 renonant aux fausses clarts de l'entendement humain1 ne s'oriente plus que d'aprs cette toile polaire qu'on nomme la ,foi2 celle o1 prive d'attraits sensibles1 la ,foi le dirige1 par l',esprance toute nue1 vers la ,charit totale4 ,nuit ardente et glace la fois1 nuit toute solitaire et la fois tout prs de ,jsus crucifi1 nuit de dlivrance par la rclusion1 nuit terriblement douloureuse et pourtant pleine de joies clestes6 ,si tu en sors vainqueur de toi-mme1 ta rcompense sera d'exprimenter vraiment ce que c'est que la possession de ,dieu sur la terre4 ,ds lors1 tu ne te rsigneras stationner encore un peu de temps parmi les hommes que pour ,le faire aimer comme tu l'aimes2 ayant enfin saisi1 en sa signification intgrale1 cette parole du rdempteur3 ,la ,vrit vous rendra libres1 me maintenant sans entraves1 tu chanteras avec saint ,jean de la ,croix3 ,pendant une nuit obscure1 ,embrase d'un amour plein d'anxit1 --,oh6 l'heureuse fortune6-- ,je sortis1 sans tre aperue ,alors que ma demeure tait toute purifie444 ,a la faveur de cette heureuse nuit1 ,personne ne me voyait ,et moi1 je ne regardais rien2 ,je n'avais ni guide ni lumire1 ,except celle qui brille dans mon cur4 ,cette lumire me guidait1 ,plus srement que celle de midi1 ,au terme o m'attendait ,celui qui me connat parfaitement444 ,le visage inclin sur le ,bien-,aim1 ,je restai l et j'oubliai tout ,pour le contempler au milieu des lys444 ,,aout ,,lectures4--,quand j'crivais1 dans la ,basse ,cour d',apollon1 qu'il y a une foule de choses aussi intressantes que la littrature1 je rsumais une faon de voir qui m'est coutumire ds longtemps4 ,je lis beaucoup pour occuper les loisirs que m'impose la maladie4 ,mais ce ne sont ni les romans ni les recueils de vers qui constituent la plus grande part de mes lectures4 ,d'abord1 l'exprience m'apprit qu'il en existe fort peu qui vaillent la peine qu'on y fixe son attention4 ,ensuite1 les trois-quarts de mes penses se vouant explorer les diverses provinces du ,royaume de ,dieu1 je ne puis vraiment m'attacher qu'aux volumes qui les dcrivent ou qui montrent que leurs auteurs gardent1 tout au moins1 la notion du divin4 ,fait assez rare l'heure actuelle4 ,mme1 certains qui1 dans le priv1 s'affirment catholiques1 ne manifestent gure qu'une foi vivante rgisse leur production4 ,trop souvent1 celle-ci donne supposer que1 par rvrence l'gard du matrialisme pesant dont notre poque est imbue1 ils ont honte de s'avouer enfants de ,notre-,seigneur4 ,c'est affaire eux4 ,pour moi1 je ne saurais imiter leur444 prudence4 ,il se peut que j'aie droit l'pithte de lettr dont quelques critiques veulent bien me gratifier1 mais1 coup sr1 je ne suis pas un gens-de-lettres1 c'est--dire un homme persuad que l',art a sa propre fin en soi4 ,mon objectif invariable le voici3 servir ,dieu et son glise4 ,de l1 mon uvre depuis vingt ans2 et1--je le mentionne sans orgueil comme sans fausse humilit--j'ai des preuves incessantes que1 visant faire connatre1 faire aimer davantage le ,bon ,matre1 elle ne fut pas strile4 99 99 99 99 99 ,donc1 il est assez rare que je lise des romans4 ,et pourtant ce n'est pas faute d'tre renseign1 au jour le jour1 sur ceux qui dansent1 comme une escadrille de boues multicolores1 parmi les remous de cet ,achron aux ondes troubles3 la publicit commerciale6 ,le temps est pass de la critique3 elle vgte la dernire ou l'avant-dernire page de quelques quotidiens4 ,encore ne lui concde-t-on1 le plus souvent1 qu'un petit nombre de lignes rdiges en style de tlgraphe4 ,il reste les revues2 mais leur public est restreint4 ,ce qui possde la vogue1 c'est la rclame mise en vedette de faon tirer l'il4 ,aujourd'hui1 ouvrant un journal1 on tombe sur un vermicelle de l'illustre maison ,gongoraz4 ,hier c'tait sur le roman vant comme de la meilleure marque et que vient de pondre le sublime ,troufignard4 ,demain1 ce sera une cafetire perfectionne par le savant ,goulenbuis4 ,aprs-demain1 le roman fracassant du supersublime ,gaufrencuir4 ,et ainsi de suite3 comestibles1 ustensiles1 littrature ple-mle4 ,d'autres fois1 ce sont des notices1 bourres de promesses aphrodisiaques1 qui clbrent le roman de ,m4 ,darenfeu ou celui de ,mme ,paupiette1 ne ,julie ,ravigote4 ,comme on n'est jamais mieux servi que par soi-mme1 en gnral1 le soin de composer ces dithyrambes aguichants est laiss l'auteur3 444 ,mes petits sont mignons1 ,beaux1 bien faits et jolis sur tous leurs compagnons disait la ,mre-,hibou de ,lafontaine4 ,puis on exhibe des photographies4 ,tel1 ,narcisse ,cacafougnac prsent en des dimensions insolites4 ,un texte1 au-dessous de sa figure1 nous apprend qu'elle fut prise dans le dpartement de ,gascogne-et-,grosse-,caisse tandis que ce scribe terminait le foudroyant chef-d'uvre offert notre admiration pour la modique somme de douze francs4 ,peut-tre ,cacafougnac espre-t-il sduire1 par l'talage de ses charmes1 quelque lectrice nave et frmissante8 ,je dois l'avertir qu'il pourrait tre du4 ,l'autre semaine1 une dlicieuse jeune fille1 jetant un regard sur son effigie1 s'criait devant moi3--,fi6 qu'il est vilain6444 ,il y a encore les annonces tintamarre sur les bandes qui entourent les volumes rcemment mis en vente4 ,la plupart nous rvlent que les romanciers dont elles ceinturent les travaux sont d'incomparables penseurs1 des stylistes blouissants et1 par dessus tout1 qu'ils se montrent hors de pairs dans l'art de stimuler maintes sensualits dfaillantes4 ,tout cela est bien consolant4 ,des grincheux prtendaient que la littrature est en dcadence4 ,erreur totale3 lisez les journaux2 vous y constaterez que les romanciers de gnie pullulent1 qu'il n'est pas de matin o ne se lvent deux ou trois de ces astres miraculeux et que des peuples entiers se prcipitent pour en absorber les splendeurs4 ,c'est pourquoi nous applaudissons1 en versant des larmes attendries1 quand une ,herriotte-,rcamire mdite de transmuer en pensionns de l'impratrice ,marianne tous ces affams de gloire lucrative4 ,des grognons malappris diront peut-tre de leur ,muse3 ,she is a whore6 ,mais nous ne les couterons pas4 ,bref1 on se demande comment fait l',acadmie ,goncourt pour s'y reconnatre parmi cette multitude de romans1 tous de magistrale envergure4 ,il est vrai qu'elle devient1 dit-on1 de plus en plus un aropage de vieillards somnolents--ce que lui reproche avec vhmence l'un de ses membres1 trs veill lui1 ,m4 ,lucien ,descaves qui la somme de rajeunir son recrutement4 ,aura-t-il gain de cause8 ,je l'ignore et1 du reste1 cela m'est fort indiffrent4 ,ce que je sais--et cette fois1 je parle sans ironie--c'est que des amis moi1 plus enclins que je ne le suis s'informer des romans du jour1 affirment que les derniers laurats de ladite assemble sont trs444 ordinaires et que1 depuis ,rabevel--livre o il y a de grandes qualits et de gros dfauts1--rien de saillant n'a t couronn4 ,je suis port les croire d'autant que mes amis ne sont ni des chers ,matres ni des chers confrres ni des entrepreneurs de publicit1 mais simplement des lettrs friands de bonne littrature4 ,pour moi1 je le dclare parmi le peu de romans que j'ai lus ces temps-ci1 deux1 et pas davantage1 me sont rests dans la mmoire3 ,la passe dangereuse de ,somerset ,maugham et ,lewis et ,irne de ,m4 ,paul ,morand4 ,le premier m'a plu parce qu'en une forme nette il prsente un cas d'adultre d'une btise et d'une bassesse particulirement bien observes4 ,l'adultre donne toujours un exemple de stupidit nocive4 ,mais il importe de signaler que1 dans ,la passe dangereuse1 les coupables1 un belltre rpugnant et une petite pouse dnue d'intelligence et de cur1 sont dessins d'une faon si pre et si nette qu'ils en prennent une valeur typique4 ,le roman ne soutient d'ailleurs aucune thse4 ,l'auteur1 avec raison1 s'est abstenu de prcher sur la fidlit conjugale4 ,mais1 de par la seule puissance d'une analyse tout objective1 une leon morale se dgage du heurt des caractres4 ,l'action est situe en ,chine2 les personnages principaux sont des fonctionnaires de la colonie anglaise et le milieu motive des paysages exotiques peints larges touches et d'autant plus vocateurs4 ,enfin on y rencontre des figures de ,religieuses1 dont le dvouement s'exerce parmi les indignes pendant une pidmie de cholra4 ,ces saintes filles mettent un rayon du soleil de ,dieu dans cette histoire fort sombre4 ,aussi1 on a plaisir fliciter ,m4 ,maugham--qui est sans doute protestant--d'avoir si bien compris la charit catholique4 ,d'un tout autre genre1 ,lewis et ,irne4 ,l'intrt de ce roman provient de ceci qu'il peint1 avec une prcision brillante et sche la fois1 ce que devient l'amour entre deux cosmopolites vous la finance sous les espces de la ,banque4 ,a ce titre1 c'est un document significatif sur notre poque o prdominent la luxure paenne et1 jusqu' la fureur1 le got de l'argent4 ,analysant l'un et l'autre1 ,m4 ,paul ,morand se rvle un psychologue perspicace quoique limit4 ,de plus1 son style1 trs fourni d'images1 parfois un peu trop cherches1 souvent ingnieuses1 a de la concision et de la vigueur4 ,mais quelle amoralit est la sienne6 ,c'est qu'il appartient une gnration littraire o les mes vides de ,dieu1 n'apercevant rien que la terre1 constatent qu'elle est petite et fort gte par la sottise et la mchancet humaines4 ,comme la ,lumire unique leur fait dfaut1 elles ttonnent dans la nuit du matrialisme sensuel4 ,de l1 leur nervosit et la tristesse qui imprgne leurs crits4 ,on les plaint2 on comprend qu'elles soient en dsarroi2 on aimerait les soulager4 ,or1 cette inquitude1 avec les tares qu'elle implique1 je la trouve1 l'tat aigu1 dans l'uvre de ,m4 ,paul ,morand4 ,c'est pourquoi1 sans doute1 celle-ci me frappa et aussi parce qu'elle est pleine de talent#b4 #b ,il va sans dire que ni la ,passe dangereuse ni ,lewis et ,irne ne doivent tre mis entre toutes les mains4 99 99 99 99 99 ,et les vers8--,eh bien1 parmi ceux que j'ai lus de potes rcents1 il n'y en a pas non plus un grand nombre qui m'aient produit une impression durable4 ,quelques noms pourtant surnagent dans ma mmoire4 ,celui de ,louis ,pize qui1 dans une forme lgante et louablement classique1 a su nous voquer de beaux paysages de ,provence et des ,cvennes et a chant1 avec une motion communicative1 la gloire de la ,sainte ,vierge et celle de saint ,franois ,rgis4 ,combien je garde aussi un bon souvenir du recueil de ,jean-,marc ,bernard3 ,sub tegmine fagi6 ,ce jeune pote fut tu au front1 pendant la guerre abominable dont nous n'avons pas fini de panser les blessures4 ,c'est grand dommage car il y avait en lui une magnifique promesse4 ,mais les pomes que je lis avec le plus de plaisir toutes les fois que je les rencontre dans un journal ou une revue1 ce sont ceux de ,m4 ,tristan ,derme4 ,cadences et rythmes conformes aux meilleures traditions s'y allient en des strophes d'une habile et charmante souplesse pour exprimer1 avec une clart toute franaise1 des sentiments propres toucher quiconque ne prise ni la dclamation romantique ni l'incohrence prtentions gniales4 ,m4 ,derme montre des qualits de mesure1 de finesse1 de lyrisme tempr1 de bonne humeur qui l'apparentent ,lafontaine4 ,je ne crois pas outrer l'loge en mettant cette opinion4 ,vous parlerai-je maintenant des controverses o1 sous couleur de posie pure1 les hritiers littraires du dplorable ,mallarm et divers thoriciens occasionnels dpensent des tonnes d'encre8 ,certes non6444 ,comme elles sont infiniment nbuleuses1 comme elles n'ont pour but que de nous signifier qu'il existe un art transcendant dont1 seuls1 une poigne de rhapsodes abscons possdent le privilge1 nous laisserons ces messieurs changer leurs arguments1 leurs prtendus claircissements et leurs apologies inconsistantes dans les cnacles minuscules o ils se retranchent4 ,quant aux potes innombrables qu'une stricte justice obligerait de traiter comme ,apollon traita ,marsyas1 il est bien inutile de les morigner4 ,a toute critique1 chacun d'eux rpondrait l'exemple d',oronte3 ,et moi je vous soutiens que mes vers sont fort bons6444 ,personne n'a le temps ni l'envie de les dtromper4 ,il est donc prfrable d'observer leur gard un parfait silence4 99 99 99 99 99 ,rcemment1 de divers cts1 on m'a demand ce qu'il fallait penser de ,m4 ,paul ,claudel4 ,il n'est pas malais de rpondre3 du catholique1 beaucoup de bien car sa sincrit--que nul1 du reste1 ne mit jamais en doute--est vidente2 de l'crivain beaucoup de mal car il s'est livr de terribles attentats sur la langue franaise4 ,deux grands lettrs ont dfini1 avec perspicacit1 les lacunes et les vices de l'esthtique chre ,m4 ,claudel4 ,ce sont ,m4 ,charles ,maurras et ,m4 ,pierre ,lasserre4 ,du croyant1 ils ne parlrent pas4 ,ils eurent raison car ils n'avaient pas comptence pour le faire4 ,m4 ,maurras--fort plaindre en ceci--ne considre le catholicisme que comme un des matriaux propres tre encastrs dans l'difice politique dont il rve la restauration4 ,le sens surnaturel de la religion lui chappe et lui-mme en convient avec loyaut4 ,m4 ,lasserre professe une philosophie o la doctrine de l'glise n'a point de part4 ,au surplus1 sa prdilection pour ,renan s'y oppose4 ,mais1 du point de vue de la littrature1 l'un et l'autre ont fort nettement relev dans l'uvre de ,m4 ,claudel l'influence du romantisme individualiste et nfaste4 ,m4 ,maurras a formul son verdict dans un entretien avec un journaliste intelligent qui1 quoique fru d'admiration pour l'auteur de ,tte d',or1 semble avoir rapport avec exactitude les propos de son interlocuteur4 ,m4 ,lasserre apprcia comme il sied1 donc svrement mais sans malveillance1 cette mme uvre dans un volume#c que doit consulter quiconque dsire se former une opinion rflchie ce sujet4 #c ,pierre ,,lasserre1 ,chapelles littraires1 #a vol4 chez ,garnier4 ,heureux de me trouver1 en tout point1 d'accord avec ces deux experts en bien-dire1 je n'ai pas l'intention d'tudier longuement1 ici1 ,m4 ,claudel4 ,voici seulement quelques aperus touchant les graves dfauts par lesquels il choque les esprits pondrs1 amis de l'ordre dans les ides et dans le style4 ,ce qui cause1 tout d'abord1 une sensation pnible quand on entame la lecture ardue de ses crits c'est qu'ils n'ont gure de rapports avec le gnie franais4 ,a peu prs tout ce qu'il publie nous apparat transpos d'une langue trangre dans la ntre4 ,c'est pourquoi l'enquteur citant ,m4 ,maurras une tirade sur l'enfer s'entendit rpondre3 ,cela ne ressemble pas mal une mauvaise traduction de ,dante4 ,excellent jugement3 j'y souscris d'autant plus volontiers que je m'adonne depuis des annes l'tude du grand ,florentin4 ,par suite1 lisant le texte de ,m4 ,claudel1 une remarque analogue m'tait venue l'esprit4 ,mais ,m4 ,claudel n'aurait fait que montrer de la gaucherie dans une imitation de ,dante1 on pourrait encore l'excuser parce que1 malgr tout1 il serait rest dans la tradition latine4 ,malheureusement1 l'idiome que rappelle surtout le langage dont il use1 c'est l'allemand4 ,m4 ,lasserre y voit l'indice d'habitudes mtaphysiques qu'on ne peut approuver3 ,jamais1 dit-il1 chez ,fichte1 ,schelling ou ,hegel1 je n'ai rencontr une faon d'enchaner les ides plus trangre aux faons dont je suis capable de les lier moi-mme4 ,j'y perds mon allemand444 ,je ne sais plus qui comparait les systmes des sophistes de ,germanie des fabriques de vent4 ,la phrasologie de ,m4 ,claudel nous dmontre que ce vent1 lorsqu'il souffle avec persistance sur une cervelle franaise y propage des brumes fcheuses4 ,m4 ,lucien ,dubech1 qui est1 mon avis le meilleur critique dramatique d'aujourd'hui1 a constat1 lui aussi1 cette intoxication dans les drames de ,m4 ,claudel4 ,et de mme ,m4 ,paul ,lautaud qui1 rendant compte de sa pice3 l'change1 crit3 ,il n'est qu'un rhteur et d'une rhtorique rugueuse4 ,son style me fait toujours l'effet du franais parl avec le dur accent allemand4--,et bien d'autres que ce dialecte htroclite offusque jusqu' les faire crier4 ,un scolastique du moyen ge a mis cet aphorisme3 ,obscuritate mentis verba saepe obscurantur4 ,j'estime qu'il s'applique ,m4 ,claudel3 sa forme est obscure parce qu'il s'est obscurci l'entendement4 ,ensuite1 il essaye1 force de boursouflure1 de faire prendre ce dfaut pour une qualit4 ,car1 c'est encore un fait que ses pomes hybrides--sont-ils prose1 sont-ils vers8 on ne sait--veulent tonner4 ,mais ils ne nous offrent que d'affligeants exemples de style ampoul4 ,parfois il s'efforce de se montrer simple et naf4 ,mais que de gauche artifice en cette feinte ingnuit6 ,c'est ,alberich1 le nain des ,nibelungen1 parodiant la grce sauvage de ,siegfried4 ,a ces tares s'ajoute l'extrme incorrection du style et1 trop souvent1 l'improprit des termes employs par ,m4 ,claudel4 ,citons ,m4 ,lasserre3 ,la langue franaise n'a pas les tolrances de l'allemande3 elle est trs sensible aux injures et ne les souffre pas4 ,le ,pre de ,tonqudec de la ,compagnie de ,jsus1 auteur de la seule tude raisonnable qui ait t jusqu'ici crite sur ,m4 ,claudel1 remplit deux grandes pages avec le catalogue de ses fautes de franais4 ,encore ne dit-il rien de ce qui est plus grave peut-tre que ces fautes formelles et consenties3 les innombrables phrases dont la construction est douteuse et que l'on est oblig de relire plusieurs fois pour s'assurer de ce qui est sujet1 complment ou attribut4 ,chez ,mallarm1 l'impressionnisme se moquait du sens2 il fait ici valser la grammaire444 ,pdantisme de pion6 s'crient les sides de ,m4 ,claudel quand ils lisent cette juste critique4 ,mais non3 respecter la syntaxe1 c'est prouver qu'on possde le sens de l'ordre4 ,m4 ,claudel la viole d'une faon presque continuelle4 ,ce faisant1 il nous confirme dans l'opinion que son incontestable talent1 ne saurait nous sduire parce qu'il est volontairement dsordonn4 ,la preuve qu'il y a chez lui parti-pris de mal crire1 on la trouve1 par antithse1 dans le rcit qu'il nous donna de sa conversion4 ,c'est un morceau superbe1 trs clair1 trs mouvant et rdig en un franais irrprochable4 ,tel quel1 j'ai eu lieu de le constater1 il a touch des mes croyantes et fortement intress des intelligences ouvertes aux questions psychologiques#d4 ,comme il est dommage que ces qualits ne se manifestent plus que par clairs beaucoup trop brefs dans les autres crits de ,m4 ,claudel6 ,qu'en est-il rsult8 ,ceci3 il a conquis les suffrages d'un tout petit clan de mtques1 de jeunes gens dnus de culture classique1 de snobs turbulents et d'esthtes fbriles qui poussent des hurlements hydrophobes ds qu'un esprit quilibr se permet de toucher leur idole4 ,mais il reste inconnu ou indiffrent un grand nombre de lecteurs qui1 rfractaires aux littratures baroques1 sont parfaitement capables d'apprcier un beau livre n'enfreignant pas les rgles les plus essentielles4 #d ,j'ai reproduit intgralement ce rcit dans mon livre3 ,quand l',esprit souffle4 ,au point de vue religieux1 on regrette que1 par sa seule faute1 un catholique aussi fervent que l'auteur de l',annonce faite ,marie se soit enlev la joie de rayonner sur le chemin qui monte ,dieu4 ,en une phrase magnifique1 sainte ,hildegarde a dit3 ,l'art est un souvenir du ,paradis perdu4 ,l'art de ,m4 ,claudel n'entretient pas en nous cette mmoire vivifiante4 ,il est encore temps pour lui de s'amender mais--il n'est que temps4 99 99 99 99 99 ,m,,urs ,,litt,,raires4--,parmi les quatorze raisons qui1 voici une trentaine d'annes1 me firent prendre le parti de me tenir distance prudente de la gent-de-lettres1 deux me furent particulirement dcisives3 fuir un milieu o l'envie rgne l'tat endmique2 chapper au spectacle de la couardise qui fait que trop d'crivains n'osent pas publier ce qu'ils pensent4 ,l'envie1 on la remarque chez cette foule de mdiocres qui infestent les vallons du ,parnasse et dont la multiplication1 jusqu' l'absurde1 des prix littraires1 ne cesse d'augmenter le nombre4 ,tels qui se seraient peut-tre distingus dans la fabrication des chaussures pour la troupe ou dans le commerce des denres coloniales1 voyant tant de scribes1 sans grande valeur1 obtenir des couronnes1 se disent3--,pourquoi ne me risquerais-je pas1 moi aussi1 bcler un volume qui1 en y mettant un peu d'intrigue1 aurait chance de fixer l'attention des juges paternes ou roublards qu'assigent mes futurs confrres8 ,du dsir l'excution il n'y a qu'un pas4 ,et ils le franchissent4 ,c'est ainsi qu'on a pu tablir que1 depuis la guerre1 il paraissait deux romans par jour4 ,cette surproduction insense a-t-elle profit aux mdiocres et aux nullits ambitieuses qui l'alimentent8 ,point du tout4 ,malgr l'estampille donne par des ,notoires plus ou moins perspicaces1 malgr les rclames payes1 malgr leurs flagorneries aux ,chers ,matres trnant sur les autels de l'arrivisme1 ces pauvres diables ne russissent pas se crer un public4 ,alors le fiel le plus cre leur empoisonne l'me4 ,tout grimaud de plume1 s'estimant un gnie devant lequel l'univers entier aurait le devoir strict de se ptrifier de gratitude admirative1 se tient pour mconnu4 ,quiconque ne subit pas un dboire pareil au sien est considr par lui comme un voleur de gloire4--,pourquoi cet intrus et pas moi8 ,c'est une iniquit1 marmonne-t-il avec une rage recuite4 ,et aussitt1 dans tous les conciliabules o les gens de lettres s'assemblent pour distiller du venin1 il s'applique dnigrer1 voire calomnier ceux dont le talent l'offusque comme un teignoir sur sa chandelle4 ,les mdiocres forment la majorit dans les cnacles et les chapelles littraires4 ,ils rpandant autour d'eux un atmosphre de ragots d'une puanteur qui nous suffoquerait si nous n'avions pris le soin d'en viter les effluves4 ,je dis nous parce que1 heureusement pour le bon renom de la ,muse1 nous sommes un certain nombre qui1 ne trouvant aucun plaisir clabousser de fange la rputation de nos confrres1 nous tenons sagement l'cart4 ,grce ,dieu1 quand on a choisi la solitude1 non par misanthropie1 mais parce qu'elle favorise l'oraison1 l'on y peut admirer les belles uvres sans tre troubl par les coassements de l'envie4 ,et c'est si bon1 si salubre l'me d'admirer6444 99 99 99 99 99 ,la couardise1 on la constate surtout chez pas mal de critiques dont le souci de suivre une des modes passagres de la littrature influence le jugement4 ,on la peroit aussi chez ceux qui1 afin de se concilier les nouveaux-venus1 n'osent blmer leurs tentatives1 fussent-elles extravagantes4 ,on la relve galement chez les suivants des ,chers ,matres mme quand ceux-ci dmontrent1 par des livres bavochants1 qu'ils ont franchi les confins de la dcrpitude intellectuelle4 ,d'autres--et ce sont1 je crois1 les plus nombreux--tremblent la seule pense de s'attirer des rancunes4 ,pour viter la bataille1 ils louent tout le papier noirci qui leur tombe sous les yeux4 ,ces ultra-timides font penser ,sosie4 ,il semble que1 comme l'esclave d',amphytrion1 ils ne cessent de s'crier3 ,qui va l8444 ,heu6 ma peur chaque instant s'accrot3 ,messieurs1 ami de tout le monde6444 ,mais ceux qui caractrisent le plus nettement le bas niveau de l'poque actuelle1 ce sont les esprits soi-disant mancips qui se considreraient comme rgressifs s'ils tenaient compte de la qualit morale des livres qu'ils tudient4 ,ces faux braves ont donn leur mesure lorsqu'un pourceau esthtique1 du nom d',andr ,gide1 publia ses apologies de ,sodome4 ,des crits de cet individu se dgagent simultanment l'odeur rance des vieilles culottes de ,calvin et les relents qui tranent sur le lac ,asphaltite4 ,en bonne justice1 on devrait1 comme disait ,lon ,bloy1 les annexer la petite bibliothque des latrines4 ,on les y mettrait en contact intime avec l'objet des prfrences du ,corydon susnomm et c'est1 sans doute1 l'hommage qui pourrait lui tre le plus agrable4 ,je ne prtends pas que les critiques qui1 tout en faisant de trs vagues rserves1 dgustent ces salets comme ils savoureraient de l'ambroisie1 soient tous des ,alexis4 ,non1 mais il n'empche que leur indulgence rvle un tat d'me singulirement faisand4 ,leur proccupation essentielle c'est de ne pas donner prise une minute au soupon que la morale chrtienne fait partie de leur bagage4 ,paens1 ils veulent tre1 paens ils sont et1 par l1 ils fournissent un exemple probant de la dcomposition rapide o se dilue une socit dont les gambades voquent la plus lugubre des danses macabres#e444 #e ,a ma connaissance1 le seul crivain qui protesta courageusement contre les ignominies du sieur ,gide1 c'est ,m4 ,jean de ,gourmont1 dans le ,mercure de ,france4 ,encore ne le fit-il que par instinct de propret1 car il a hrit de son frre une haine du christianisme qui le maintient dans la tradition de ,m4 ,homais4 7,il vient de mourir3 avril #aibh47 99 99 99 99 99 ,,le ,,culte ,,du ,,moi ,,en ,l',,une ,,de ,,ses ,,cons,,quences4--,saint ,franois de ,sales1 pour prciser combien l'amour-propre tient une place considrable dans l'ensemble de nos passions1 avait coutume de dire en plaisantant3 ,son amour-propre survit l'homme au moins un quart d'heure4 ,qu'est-ce chez la plupart des crivains6 ,en eux1 ce dfaut de notre nature dchue prend des proportions gigantesques et leur fait considrer toute atteinte l'ide superbe qu'ils se font d'eux-mmes comme une sorte de sacrilge qui mrite le plus rigoureux chtiment4 ,feuilletant1 ces jours-ci1 le ,journal posthume de ,jules ,renard1 je tombai sur un passage confirmant1 d'une faon tout fait significative1 les rflexions que je viens d'crire4 ,le voici3 ,maurice ,barrs1 menac d'un article reintant de ,lon ,bloy1 qui1 dit-il1 lui fera beaucoup de tort en province1 va demander ,schwob s'il connat ,bloy1 parce que1 dit-il1 je veux le faire assommer1 avant l'article par deux hommes que je paierai4 ,je serais chagrin s'ils se trompaient444 7,journal de ,jules ,renard1 tome #a1 page #agj74 ,a quelles extrmits peut porter le culte du ,moi6 ,toutefois ne prenons pas les choses trop au tragique4 ,barrs ne fit pas assommer ,bloy4 ,celui-ci publia l'article et il eut raison car1 si l'on y regrette quelques injures puriles1 l'auteur de ce livre blasphmatoire et malsain qui s'intitule3 ,un homme libre y est fustig selon la plus stricte justice4 ,il faut tre un catholique de foi bien indolente pour ne pas en approuver la teneur4 ,j'ajouterai cette citation de ,renard un souvenir datant de #ahif ou #ig et qui m'est dernirement revenu l'esprit4 ,c'tait au printemps4 ,ayant discuter un trait avec mon diteur1 j'avais quitt1 pour une journe1 ma retraite villageoise sept lieues de ,paris4 ,l'affaire conclue1 je traversais1 vers cinq heures de l'aprs-midi1 le boulevard ,saint-,germain1 au carrefour de la rue de ,rennes1 lorsque je fus hl par ,jean ,moras qui trnait1 solitaire1 la terrasse du caf des ,deux ,magots4 ,il y avait plus d'un an que je ne l'avais vu4 ,mais c'tait l un dtail qui importait fort peu au pote des ,stances4 ,comme si nous nous tions rencontrs la veille1 peine m'eut-il convi m'asseoir prs de lui1 que1 sans prambule1 il me dclara3--,mon cher1 j'ai fait1 cette nuit1 des vers admirables444 coutez-les4 ,soit dit en passant1 ,moras ne respirait que pour son art4 ,tout ce qui n'tait pas posie lui semblait vaines contingences qu'il cartait d'un geste ddaigneux4 ,lui prsent1 si l'on essayait d'entamer un autre sujet de conversation1 il haussait les paules et si ses interlocuteurs persistaient varier le propos1 il se retranchait dans un silence boudeur jusqu' ce qu'il trouvt prtexte imposer de nouveau l'objet de ses mditations4 ,si1 comme c'tait aujourd'hui le cas1 il venait d'achever un pome1 il fallait en subir1 cote que cote1 la rcitation4 ,ce n'tait d'ailleurs nullement dsagrable car ,moras fut un excellent pote et ses vers taient le plus souvent d'une forme accomplie4 ,mais1 peine avait-il scand de sa voix de cuivre1 l'accent fortement levantin1 la dernire strophe1 qu'il recommenait depuis la premire4 ,et ainsi1 trois ou quatre fois de suite4 ,a la longue cela devenait monotone4 ,si bien qu'en ces occasions1 il m'arrivait de lui dire3--,moras1 vous me rappelez tout fait un personnage de ,trence1 vous savez1 celui qui s'crie dans ,,eunuchus3 ,plenus rimarum sum1 hac atque illac perfluo6444 ,en faveur de la citation1 il ne se fchait pas4 ,il souffrait mme qu'aprs l'avoir compliment sur la perfection de ses vers1 je changeasse d'entretien4 ,mais il ne me prtait qu'une oreille des plus distraites et1 tant il tait possd par la ,muse1 continuait remcher sourdement des rythmes4 ,quiconque frquenta ,moras l'a connu tel et peut tmoigner que je n'exagre pas4 ,donc suivant le rite immuable1 j'avais dj reu deux fois l'initiation au pome de ,moras et je me prparais lui servir ,trence quand survint ,maurice ,barrs4 ,non rlu au prcdent renouvellement de la ,chambre1 il venait de se prsenter une lection partielle ,levallois-,perret contre un certain ,sautumier1 radical tout fait digne de siger parmi les bavards intempestifs du ,palais-,bourbon4 ,celui-ci l'avait battu et ,barrs semblait ne pouvoir prendre son parti de cet chec4 ,fivreux1 maudissant les caprices de ,dmos1 il cherchait du rconfort auprs de ses amis de la littrature de sorte qu'on le voyait circuler sur la ,rive ,gauche beaucoup plus frquemment que nagure4 ,il prit place notre table et1 comme de juste1 ,moras annona tout de suite une nouvelle dclamation de ses vers4 ,mais ,barrs ne l'coutait pas4 ,il fronait le sourcil1 s'agitait sur sa chaise4 ,de toute vidence1 il tait cent kilomtres de la ,posie4 ,constatant sa nervosit1 je finis par lui dire3--,qu'avez-vous donc8 ,sont-ce les chos du triomphe de ,sautumier qui vous empchent d'our les vers de ,moras8 --,non1 rpondit-il1 mais la persistance de ses partisans me poursuivre de leurs diatribes4 --,et en quoi peuvent-ils vous toucher les coassements de ces batraciens8 --,h6 s'il ne s'agissait que de politique1 vous pensez bien que ce me serait fort gal4 ,mais ils ont lch mes trousses un petit avorton de lettres qui n'arrte pas de critiquer fielleusement mes livres4 ,cet individu--il le nomma--m'horripile et je veux le punir6444 --,quoi1 repris-je1 aprs avoir livr tant de batailles pour l'art et les avoir gagnes d'une faon clatante1 tes-vous rest si sensible que les attaques envieuses d'un chtr qui se venge de son impuissance en crachant de la bile sur votre uvre vous meuve ce point8 ,vous qui vous rclamez de ,snque1 je vous aurais cru davantage de stocisme4 ,barrs ne se calmait pas3--,,ii faut qu'il se taise1 dit-il tout en colre4 ,je ne tolre pas qu'on me critique de la sorte6444 ,j'ai des relations dans le journal o crit cette canaille et je connais le moyen de l'en faire chasser6444 --,ainsi1 vous enlverez son gagne-pain un pauvre diable dont personne de sens ne prend au srieux les invectives4 ,je vous conseille le silence et le mpris4 ,mais ,barrs irrductible3--,tant pis s'il crve de faim2 ce ne sera qu'une vermine de moins444 ,alors ,moras1 qui suivait son rve au sommet du ,parnasse et que notre colloque scandalisait comme un crime de lse-,apollon3--,tout cela1 ce sont des foutaises6444 coutez plutt mes vers4 ,ce disant1 il brandissait1 la hauteur du monocle qui lui encadrait l'il gauche1 un index autoritaire4 ,mais voici que dboucha de la rue ,bonaparte notre ami ,ren ,boylesve qui1 nous ayant aperus1 vint nous joindre4 ,je le ftai car1 depuis que nous avions dirig ensemble la revue3 l',ermitage1 nous tions fort lis4 ,barrs et ,moras faisaient aussi grand cas de lui4 ,le second1 se flicitant d'un auditeur de plus1 ouvrait dj la bouche pour le requrir d'entendre son pome4 ,je ne lui en laissai pas le loisir4 ,que ,barrs s'amoindrt jusqu' montrer de la rancune propos d'un pitre pamphltaire me paraissait--et me parat encore--d'une mesquinerie peu en accord avec son grand talent4 ,je le dis non sans quelque vhmence4 ,barrs me rpliqua1 d'un ton acerbe4 ,une querelle allait peut-tre jaillir entre nous4 ,mais ,boylesve1 homme de mesure et qui nous tudiait en souriant et en caressant sa belle barbe assyrienne1 sut nous apaiser4 ,il nous fit convenir que l'incident ne valait pas la peine de nous chauffer si fort4 ,puis il conclut3--,cependant1 ,barrs1 je ne saisis pas quel attrait vous trouvez vous galvauder chez les politiciens4 ,vous auriez mieux faire444 ,alors ,barrs fut magnifique4 ,il nous exposa son rve d'une rpublique athnienne dont il ambitionnait d'tre le ,pricls4 ,il mit tant d'loquence1 dvelopper ce thme--d'ailleurs chimrique--que nous fmes charms1 sinon persuads6 ,moras1 lui-mme1 l'coutait avec plaisir3 et cela c'tait un rel triomphe6 ,on le sait3 ,barrs n'a pas russi imposer son idal aux ,clons de la dmocratie4 ,a la ,chambre1 comme jadis ,lamartine1 il sigeait au plafond4 ,mais1 de quel regard1 terriblement perspicace1 il valuait les intrigues de ses misrables collgues6 ,son exprience nous a valu un chef-d'uvre3 ,leurs figures qui1 en un style gal celui de ,tacite1 brlant comme le fer rouge1 cautrise ce chancre qui ronge la ,france3 le parlementarisme4 ,sa harangue termine1 nous le flicitons sans rserves4 ,moras1 effilant sa moustache aile-de-corbeau1 rpte3--,c'est trrrs bien1 je vous dis que c'est trrrs bien6444 ,puis1 rempoignant aussitt sa marotte1 il nous lance la premire strophe de son pome et cette fois1 il va jusqu'au bout4 ,nous applaudissons ainsi qu'il sied4 ,tout de suite1 il veut le reprendre4 ,mais sat prata biberunt6 ,nous nous levons tous trois et tandis qu'il nous dvisage d'un air offens1 nous allguons des excuses premptoires pour nous dfiler3 ,barrs3--,j'ai un rendez-vous1 auquel je ne puis manquer1 de l'autre ct de l'eau4 ,boylesve3--,il faut que j'aille corriger les preuves d'un article qui parat demain4 ,moi3--,l'heure de reprendre mon train approche444 ,moras1 indign qu'on prfre d'aussi futiles occupations ses cadences1 s'crie3--,vous n'tes pas srieux6444 ,et il tourne le dos4 ,mais sa rprobation ne pouvait nous blesser car nous sentions fort bien que cet amour intransigeant de la ,posie avait sa beaut444 ,jours enfuis6444 ,que nous restons peu de la gnration qui fit ses dbuts dans les lettres vers #ahhf6 ,moras est au tombeau1 ,barrs1 au tombeau1 ,boylesve1 au tombeau4 ,et que d'autres6 ,et moi1 j'entends une voix1 de plus en plus pressante1 m'adresser l'injonction d',hernani ,ruy ,gomez3 ,vieillard1 va-t'en donner mesure au fossoyeur6444 ,,septembre ,,voyages4--,je lis le plus que je peux des rcits de voyage4 ,lorsque leurs auteurs possdent la facult de ne point s'embarquer munis d'une opinion prconue touchant les pays qu'ils se proposent d'tudier1 lorsqu'ils ont assez de talent pour nous rendre1 avec acuit1 leurs impressions1 je les prfre au plus grand nombre des romanciers d'aujourd'hui4 ,ceux-ci1 en notable majorit1 semblent n'avoir pour objectif que de nous dcrire1 avec un grand luxe de dtails1 les coucheries d'un tas de possds de ,priape4 ,depuis quelque temps1 d'ailleurs1 il y a recrudescence4 ,divers crivains--surtout parmi ceux qui esprent obtenir la forte vente en sollicitant les plus bas instincts d'un public amoral--se sont pris d'un rotomane autrichien du nom de ,freud dont les divagations leur apparaissaient comme le fin du fin de la psychologie4 ,de l1 des romans o ,sodome1 ,lesbos1 l'inceste et autres gentillesses du mme acabit reoivent un culte dlirant4 ,c'est ainsi que se forma une chapelle littraire autour d'un demi-juif dtraqu3 ,marcel ,proust qui ses admirateurs confrent du gnie4 ,son style est pourtant aussi lourd qu'incorrect4 ,puis il ne cesse de s'emptrer dans un fatras prolixe de considrations insipides d'o surgissent et l quelques trouvailles ingnieuses dans le domaine du subconscient4 ,mais combien clairsemes et combien dilues parmi les exhalaisons puantes d'une me pourrie jusqu'au trfonds6 ,toute intelligence saine se dtourne de ces ,freud1 de ces ,proust1 de leurs disciples et des caves insalubres o ils se tapissent en se baisotant l'un l'autre et en chuchotant3--,nous sommes une lite4 ,tout esprit quilibr court chercher ailleurs le grand air et le grand soleil vivifiant4 ,des voyageurs nous les apportent entre autres3 ,louis ,chadourne et ,roland ,dorgels4 ,ceux-l nous prouvent1 par leurs relations1 qu'ils savent regarder autre chose que des sexes en folie4 ,ils aiment la nature et la faon probe dont ils l'observent nous vaut une srie de remarques des plus plausibles4 ,en outre1 ils n'abusent point de la description ni de la rhtorique exclamative4 ,leurs paysages1 dessins en quelques lignes1 peints sans excs de couleurs crues1 nous retiennent4 ,et enfin1 ils savent choisir les traits de murs les plus significatifs du caractre des peuples dont ils parcourent le terroir4 ,aussi1 quand ils nous disent3 ,j'tais l1 telle chose m'advint1 nous y croyons tre nous-mmes4 ,mort en pleine jeunesse--et c'est fort regrettable--,louis ,chadourne laisse un volume1 intitul le ,pot au noir1 qui raconte un voyage aux ,antilles1 en ,guyane1 au ,vnzuela4 ,en des chapitres brefs1 mais o il rsume tout l'essentiel1 il dit la nonchalance crole et l'hbtude farouche des forats4 ,il nous prsente des figures d'aventuriers grotesques ou sinistres4 ,il nous montre les les1 les comptoirs parfums de l'odeur des pices et du bois de rose1 les palmes balances dans l'azur ou givres de clair de lune1 les cases fleuries d'hibiscus1 la foule bariole des docks1 les ,chinois vtus de soie noire1 les ,hindous au visage incrust d'or1 les ,malais jaunes aux yeux brlants1 les ,europens creuss de fivre1 les ngresses aux madras orange1 toutes les races grouillantes dans la dure lumire des ,tropiques1 avides ou rsigns1 indolents ou passionns1 doux ou cruels--tous vous au mme destin4 ,partout1 il a vrifi que l'homme reste semblable lui-mme sous des apparences varies4 ,et1 en conclusion1 comme il n'appartenait pas ce troupeau de nafs1 endoctrins par des charlatans1 qui se font un dogme de cette sornette3 le ,progrs1 il a crit une page qui vaut d'tre cite3 ,avidement1 j'ai rempli mes yeux du spectacle du monde4 ,j'ai vu les cits bties par des marchands sur les bords des mers lointaines1 sur des rivages enfivrs o seule une cupidit tenace peut enchaner l'homme blanc2 la diversit des coutumes et l'uniformit des passions2 les vaines agitations des coureurs d'aventures2 la rue vers l'or2 la cruaut des sauvages et celle plus dangereuse des civiliss2 la mle des haines1 des convoitises et des superstitions sous ce soleil tropical qui chauffe le sang et illumine brutalement les dessous de l'me humaine1 de mme que le faisceau d'une lampe1 projet sur un visage1 en rvle les tares secrtes4 ,j'ai dcouvert maintes faces o se refltent la folie et la sagesse1 la haine et l'amour dont les traits1 sous tous les cieux1 sont les mmes4 ,j'ai vu la vaine frnsie des hommes se dbattre sous la vote des forts et le long des rivires chaudes1 au cur de cette nature qui brasse indiffremment la vie1 la douleur et la mort4 ,toutes ces images1 je les ai emportes en moi comme un trsor1 sachant que le temps est court pour faire sa moisson et donner son tmoignage4 ,et voici que1 maintenant pench sur ma richesse1 je suis comme un homme altr qui veut boire au creux de sa main444 et l'eau fuit entre ses doigts6 ,la mlancolie sans illusions qui imprgne ces lignes montre que1 comme tant d'autres nobles mes1 notre poque1 ,chadourne n'avait1 hlas pour lui1 pas trouv ,dieu4 ,ne possdant pas ce viatique1 dont rien au monde ne remplace la dcisive influence1 il souffrait d'avoir subi1 mme au sein de contres d'une splendeur incomparable1 ce que ,baudelaire appelle3 ,le spectacle ennuyeux de l'immortel pch4 ,c'est peut-tre de cela qu'il mourut4 ,en tout cas1 le ,pot au noir est un beau livre que placeront dans leur bibliothque et que reliront souvent les sages qui considrent sans enthousiasme la tragicomdie putride joue par notre prtendue civilisation4 99 99 99 99 99 ,m4 ,roland ,dorgels est l'auteur d'un des livres les plus vrais et les plus mouvants qui aient t publis sur la guerre de #aiad3 les ,croix de bois4 ,il lui valut une juste notorit4 ,depuis j'ai lu de lui un roman intitul3 ,saint ,magloire o se rvle de la sympathie pour le christianisme et une proccupation du ,surnaturel montrant que1 comme pas mal d'crivains d'aujourd'hui1 il ne se satisfait pas des hypothses vermoulues proposes aux mes la recherche de la certitude par les pauvres cervelles de la science sans ,dieu4 ,voici maintenant de lui un rcit de voyage en ,indo-,chine3 ,sur la route mandarine o il rsume1 en des pages incisives1 l'aspect des territoires qu'il explora aussi bien que les murs des coloniaux et des indignes4 ,j'ai particulirement got1 dans ce beau livre1 la visite aux ruines d',angkor1 le sjour chez les ,mos et surtout le chapitre consacr aux lpreux de l'le du ,dragon4 ,il alla les voir sur le conseil d'une religieuse dont il nous donne un portrait dlicieux4 ,je cite3 --,mais non1 n'ayez pas peur1 vous verrez comme ils sont gentils1 m'avait dit souvent ,sur ,adeline quand je lui parlais des lpreux de ,culao-,rong1 ses voisins4 ,gentils1 oui1 elle disait gentils444 ,j'aimais beaucoup sur ,adeline et je la vnrais4 ,elle a d'abord vcu douze ans en ,guyane1 puis elle est venue en ,indo-,chine o elle soigne les malades depuis bientt vingt ans4 ,quand elle est arrive l'hpital de ,mytho en ,cochinchine1 elle a demand de venir au lazaret4 --,j'aime mieux les contagieux1 a-t-elle simplement dit1 avec son ternel sourire4 ,et depuis1 elle n'a plus quitt ses malades--des cholriques1 des varioleux1 des typhiques1 des enrags que leurs familles amnent quand les rebouteux et les sorciers les ont abandonns et que nul n'ose plus les approcher4 --,vraiment1 ma ,sur1 vous m'tonnez1 lui disais-je parfois4 ,vous n'avez peur de rien4 --,moi8 ,mais je suis trs peureuse444 ,il y a trois choses qui me font une peur affreuse3 le diable1 le tonnerre et les serpents4 ,le tonnerre1 on l'entend gronder souvent la fin de la saison sche quand s'amassent les noirs nuages de pluie4 ,les serpents1 cela ne manque pas non plus4 ,quant au diable1 ,sur ,adeline ne le verra jamais4 ,je crois1 comme ,m4 ,dorgels1 que ,sur ,adeline ne verra jamais le diable--du moins dans son empire de l'autre monde4 ,mais il est fort probable que1 durant sa longue carrire de dvouement1 elle l'a rencontr quelquefois4 ,il soufflait sa haine quelques fonctionnaires issus des ,loges maonniques4 ,en effet1 chez les lpreux1 ,m4 ,dorgels a constat que l',administration s'efforait de soustraire ces parias aux entreprises de l'obscurantisme4 ,parlant d'un missionnaire1 qui s'est fait leur chapelain1 il crit3 ,le ,pre n'a plus le droit1 comme autrefois1 de vivre dans le village de ses lpreux--une jolie place1 n'est-ce pas et que beaucoup doivent lui envier6 ,il s'est donc install proximit1 dans une bicoque sordide et on le voit1 matin et soir1 aller et venir sur la digue qui mne au camp3 l'indpendance religieuse est sauvegarde444 ,indpendance religieuse1 libert des croyances1 comme tout cela parat absurde au milieu de ses sept cents sacrifis que le reste du monde abandonne6 ,jamais un ,annamite de qualit1 un chef de village1 un mandarin n'est entr dans le camp maudit pour y apporter un mot d'espoir1 une promesse1 une plainte444 ,le missionnaire1 lui1 est venu4 ,alors1 peu peu1 les lpreux sont alls la foi chrtienne1 simplement parce qu'un chrtien est l qui leur parle avec bont4 ,ces monstres1 dont les membres bleuis s'en vont en morceaux1 se passent des scapulaires au cou et1 chaque nuit1 tour de rle1 l'un d'eux couche1 comme un chien de garde1 la porte de la chapelle de peur qu'on ne vienne leur voler le seul bien qu'ils possdent3 le brancard rouge et dor qui leur sert promener la ,vierge les jours de procession1 quelques bannires brodes et les objets du culte444 ,le chapitre se conclut par ces lignes3 ,ces femmes en cornette ont quitt la ,france vingt ans1 sachant qu'elles partaient pour soigner les lpreux et qu'elles ne reviendraient plus4 ,depuis1 combien de paquebots ont ramen ,marseille des trafiquants enrichis6 ,on en a dcor plusieurs1 ces dernires annes3 ils ont rendu de prcieux services la colonie--parat-il444 ,mais ma pense se reporte vers cette sainte ,sur ,brigitte1 religieuse de ,saint-,paul-de-,chartres1 qui contracta le mal en soignant les lpreux de ,bangkok et qui se mourait1 souriante1 dans une petite case blanche de l'le du ,dragon4 ,on voit que ,m4 ,dorgels a tout ce qu'il faut pour entendre l'appel du ,bon ,matre4 ,quand celui-ci lui fera signe1 on espre qu'il ne se drobera pas4 99 99 99 99 99 ,,histoire4--,j'ai toujours beaucoup aim l'histoire--davantage1 je crois bien1 que les fictions les plus attrayantes4 ,il se peut1 du reste1 que ce penchant me soit venu par hrdit4 ,comme je l'ai rapport ailleurs1 tout enfant1 assis sur un petit fauteuil ma taille1 dans le cabinet de travail de mon grand-pre maternel1 je passais des heures enchantes m'assimiler ce que je pouvais comprendre des graves bouquins qui garnissaient sa bibliothque4 ,lui-mme m'y encourageait et il rpondait volontiers mes questions4 ,ce n'tait pas sans comptence car il avait t le professeur d'histoire du roi ,lopold ,,ii4 ,par la suite1 recteur de l',universit de ,lige1 l'poque o ,sainte-,beuve--qui le nomme dans la prface de ,chateaubriand et son groupe littraire--y donnait un cours1 il publia trois volumes sur la ,rvolution brabanonne dont les spcialistes firent grand cas4 ,a mesure que j'avanais dans la vie1 mon got de l'histoire alla s'accroissant4 ,si absorb que je fusse par des occupations d'un genre trs diffrent1 j'ai russi me tenir au courant4 ,et c'est ce qui fait1 aujourd'hui1 qu'ayant choisir entre un livre d'histoire--,souvenirs1 ,mmoires ou rcits d'ensemble dcrivant les vicissitudes d'une nation travers les ges--et un roman1 mme remarquable1 j'entame le premier avant mme d'avoir coup les pages du second4 99 99 99 99 99 ,dieu m'a fait la grande grce de me dtacher des intrts et des passions qui divisent les hommes et les prcipitent les uns contre les autres pour m'attacher ,lui seul4 ,dans ma solitude1 je puis donc tudier l'histoire en me fixant pour objectif de relever la faon dont les socits observent ou transgressent la volont divine et aussi de distinguer l'action permanente du ,surnaturel dans les affaires de ce bas-monde4 ,l'application de ce principe m'a permis de formuler un certain nombre de remarques qui1 mon avis1 rsument des vidences4 ,d'abord celle-ci3 depuis qu'elle subit les effets de la faute commise par ,adam et ve1 depuis que l'archange au glaive flamboyant lui barre le seuil de l'den1 l'humanit se dpense en efforts frntiques pour se crer quand mme des paradis terrestres o les deux lois qui la rgissent3 souffrance et rversion seraient abolies4 ,agissant de la sorte1 elle mconnat les enseignements et l'exemple donns par son ,rdempteur et plutt que de l'aider porter la ,croix1 elle adore les idoles que ne cesse de modeler son usage ,celui-des-,tnbres1 le ,rebelle qui a dit3--,non serviam4 ,le plus rcent de ces ftiches1 elle le nomme le ,progrs et elle s'imagine qu'en multipliant les conditions de bien-tre matriel1 en satisfaisant le plus possible ses instincts animaux1 elle finira1 un jour ou l'autre1 par raliser la promesse railleuse que lui fit1 au lointain des temps1 son guide de perdition3--,vous deviendrez semblables des dieux6444 ,hlas1 pauvre troupeau qui t'gares dans la nuit sans toiles1 ce n'est pas la conqute de l'den que tu marches4 ,c'est vers la cit de dsesprance infinie sur la porte de laquelle ,dante a lu l'avertissement formidable3 ,per me si va nell'eterno dolore444 99 99 99 99 99 ,le ,surnaturel1 o se manifeste-t-il avec le plus d'clat aux yeux de quiconque apprit percevoir la ralit par-del les apparences8 ,dans l'histoire de l'glise4 ,or1 pour l'tudier1 il ne faut pas se mettre l'cole de ces apologistes timors qui ne la conoivent que comme un pangyrique perptuel o les fautes et les erreurs des chefs et des fidles sont passes sous silence1 excuses selon une rhtorique spcieuse ou relgues dans une pnombre quivoque4 ,au cours de sa lutte sculaire contre le ,prince de ce monde1 l'glise a connu de grandes dfaillances4 ,les pallier ou les dissimuler1 c'est faire preuve d'une fausse prudence qui1 du reste1 ne trompe que les ignorants4 ,et ceux-ci1 les intelligences loyales estiment qu'on doit les clairer en leur montrant combien la nature humaine s'ouvre largement aux entreprises du ,mauvais chaque fois que1 cdant sa perversit foncire1 elle se ferme la ,grce4 ,la mthode suivre1 en cette matire1 a t formule par un historien de haute science3 ,monseigneur ,baudrillart4 ,dans la prface d'un de ses plus beaux livres1 il a crit3 ,je n'ai jamais eu de got pour les faux-fuyants ni pour ce qu'on est convenu d'appeler les pieux mensonges4 ,l'glise n'a besoin que de la vrit et elle est de taille la supporter tout entire4 ,eh bien1 si l'on examine l'histoire de l'glise avec le souci d'acqurir une opinion conforme la ralit1 l'on dcouvre trois ordres de faits qui prouvent que la promesse du ,christ d'tre avec elle jusqu' la fin du monde a t tenue4 ,d'abord1 chaque fois que ceux qui la composent prvariquent en adoptant les murs des sicles1 plus ou moins enclins au ,dmon1 qu'elle traverse1 il la chtie4 ,ensuite1 il ne cesse de lui envoyer des ,saints dont l'hrosme dans l'exercice des vertus thologales lui rappelle que l'vangile constitue sa loi immuable4 ,enfin1 lorsque l'excs des maux produits par ses infidlits la ramne vers la voie troite1 il lui octroie la grce de maintenir la doctrine formule1 une fois pour toutes1 au concile de ,nice et rsume dans le ,credo4 ,cela1 malgr les assauts de l'hrsie et malgr ses propres manques au ,dcalogue4 ,et voil le miracle perptuel qui dmontre quel point elle est d'institution divine4 ,des origines aux jours piteux de ce ,x,xe sicle lourdement matrialiste o nous poursuivons la tche ardue de mriter la ,batitude ternelle1 on trouve de multiples exemples de cette misricorde du ,rdempteur envers ses enfants4 ,en citer quelques-uns n'est pas hors de propos4 ,prenons le ,moyen ,age2 ce fut une splendide priode qui vit lever une abondante moisson de ,saints4 ,elle subit pourtant le ,grand ,schisme d',occident o l'glise se divisa de telle sorte qu'humainement parlant1 son unit semblait jamais compromise4 ,alors se runit le concile de ,constance qui1 sous l'inspiration du ,paraclet1 rtablit l'ordre troubl par les ambitions opinitres des candidats au ,saint-,sige4 ,durant le ,moyen ,age1 prenons le ,x,i,i,ie sicle4 ,l'intgrit de la foi y fut souvent mise en pril par les disputes des thologiens4 ,mais ,dieu suscita saint ,thomas d',aquin de qui la ,somme cimente la philosophie catholique et l'arme1 encore aujourd'hui1 contre les esprits brouillons qui1 trop confiants dans la pauvre raison humaine1 tentent de rduire le rle du ,surnaturel dans l'glise sous prtexte de la moderniser4 ,dans le mme temps1 la passion du lucre et la luxure pourrissaient un grand nombre d'mes parmi le clerg comme parmi les laques4 ,mais ,dieu suscita saint ,franois d',assise qui1 matant la chair voluptueuse1 pousant cette grande dame veuve depuis ,jsus-,christ3 ,sainte ,pauvret dressa un modle d'asctisme que beaucoup imitrent pour le plus grand bien de l'glise4 ,saint ,thomas d',aquin1 ange debout dans le soleil de la science de ,dieu6 ,saint ,franois d',assise1 ange debout dans le soleil de l'amour de ,dieu6#f444 #f ,je trouve1 dans le beau livre du ,pre ,,lhande1 ,huit fresques de ,saints 7librairie de l',art catholique71 un commentaire remarquable de cette expression3 ange debout4 ,au dbut du chapitre qu'il consacre saint ,thomas d',aquin1 le ,pre crit3 ,le ,florentin sublime qui nous montre au premier chant de son ,paradis1 ,batrix les yeux dans le soleil1 a conu pour glorifier son buon frate ,tommaso une apothose suprieure celle dont il a nimb l'image de l',aime4 ,dans son pome1 en effet1 l',aquinate ne se borne pas fixer l'astre blouissant comme jamais aigle ne le fixa1 mais ce foyer au del duquel il n'est il qui plonge1 devient son domaine souverain et son trne de gloire4 ,le soleil1 ,thomas d',aquin y rside1 y sige et y enseigne4 ,cette conception1 d'une hardiesse et d'une beaut ingalables1 pour exalter l',ange de l'cole et le ,messager inspir du ,saint-,sacrement1 fut-elle suggre ,dante par la vision o saint ,jean voque un ,ange debout dans le soleil et conviant d'une forte voix la grande ,cne de ,dieu tous les oiseaux qui volent en plein ciel8 ,on ne sait4 ,toujours est-il que les figures offrent une singulire analogie4 ,fidles interprtes de la pense de ,dante1 presque tous les artistes du moyen ge ont uni l'image du ,docteur anglique l'attribut symbolique du soleil4 ,plus tard1 ce rveil du paganisme que des intellectuels aveugls d'orgueil prirent pour une ,renaissance pntra1 pour les contaminer1 jusque dans les antichambres du ,vatican4 ,la punition fut prompte car la prtendue ,rforme s'ensuivit4 ,mais l'esprit de rvolte dont elle favorisait les dbordements1 l'glise contrite opposa les dcrets du concile de ,trente qui rassirent le dogme branl1 qui rtablirent1 sur un terrain solide1 la discipline la drive444 ,o l'on saisit de la faon la plus nette la persistance de la sollicitude divine envers l'glise c'est dans le fait que si normes qu'aient t les garements et mme les crimes de certains ,papes1 aucun de ceux-ci ne toucha au dogme pour l'adultrer ou en fausser la signification traditionnelle4 ,jamais la barque de ,pierre ne subit d'avaries doctrinales de la part des ,pontifes--parfois indignes--qui avaient charge de la diriger4 ,l'exemple le plus frappant de cette intgrit dans la foi nous est fourni par l'homme affreux1 le pape simoniaque et purulent de sale luxure qui eut nom ,alexandre ,,vi1 ,borgia4 ,eh bien1 comme l'a crit1 en toute exactitude1 ,joseph de ,maistre le bullaire de ce monstre est irrprochable4 ,enfin1 le pouvoir temporel avec ses abus3 le npotisme1 l'ambition d'annexer de nouveaux territoires au patrimoine de l'glise avaient entran1 maintes fois1 le ,saint ,sige dans des aventures d'ordre politique d'o rsultrent de grands dtriments pour le salut des mes4 ,au ,x,i,xe sicle1 ,dieu supprima les causes de tentation4 ,il permit qu'un voleur couronn drobt le domaine terrestre de l'glise4 ,il faut bnir ce bienheureux larcin car1 librant la ,papaut d'une attache par trop humaine1 il lui rendit son pur essor vers les hauteurs o il n'y a point de nuages pour intercepter les rayons du ,saint-,esprit4 ,ainsi1 partout et toujours dans l'histoire de l'glise c'est le rgne du miracle4 ,et c'est parce qu'il se renouvelle sans clipse que1 malgr ses tares et ses faiblesses1 l'glise maintient1 au temps d'incroyance brute que nous traversons1 ses vertus essentielles3 stabilit dans la doctrine1 continuit dans la tradition1 sens de la rgle1 de la hirarchie et de la discipline1 zle pour la propagation de la foi4 ,voil sa gloire et sa force et c'est ce qui fait que les portes de l'enfer ne prvaudront point contre elle4 99 99 99 99 99 ,,sur ,,la ,r,,volution4--,pour les nations europennes1 le philosophe ,blanc de ,saint-,bonnet a fait cette remarque trs juste que l'affaiblissement de la raison date du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,ce fut1 en effet1 cette poque qu'on acclama comme une dcouverte gniale le sophisme mis par ,voltaire savoir3 la religion catholique n'est qu'un amas de superstitions grossires exploit par des fourbes2 la raison humaine se doit de les carter car elle suffit largement diriger les hommes vers un avenir de perfection intellectuelle et morale4 ,encore ,voltaire1 macaque qui fientait avec obstination devant le ,saint-,sacrement1 prtendait-il professer un disme trs vague4 ,mais ses mules1 les ,encyclopdistes voyaient en ce dbris de croyance une faiblesse regrettable4 ,logiques avec leurs principes1 ils nirent ,dieu et s'appliqurent1 sans rpit1 extirper du cerveau de leurs contemporains cette ,entit dmode444 ,le ,x,v,i,i,ie sicle adopta1 d'un cur lger1 cette croyance dans la souverainet de la raison sans ,dieu4 ,tenant dsormais l'homme pour un animal par lui-mme raisonnable1 il s'imagina1 en outre1 que c'tait un bimane originairement bon et que seuls les vices d'une socit mal conue en ses assises l'avaient perverti4 ,cela1 ce fut l'apport d'un fou n ,genve1 ,jean-,jacques ,rousseau1 que dtraquaient la fois les effets d'une sexualit anormale1 la manie de la perscution et ce penchant irrsistible enfanter des chimres que les ,grecs appelaient ,paranoa#g4 #g ,le paranoaque est celui qui pense ct1 qui se trompe sur toutes choses aussi bien sur les faits que sur les sentiments d'autrui et qui1 par suite1 se fait une conception fausse du monde et des ides4 ,c'est prcisment le cas de ,rousseau4 ,on trouvera sur celui-ci une excellente observation dans les ,nouvelles pages de critique et de doctrine de ,m4 ,paul ,,bourget3 ,tome ,i4 ,rousseau condensa l'essentiel de ses rveries dans un des livres les plus btes qui aient jamais t publis3 le ,contrat social4 ,ce recueil de paradoxes extravagants trouva de chauds approbateurs1 particulirement dans les classes sociales dont il contestait la raison d'tre3 la noblesse et le clerg4 ,l'ancien ,rgime prsentait certes beaucoup d'abus car en aucun temps les hommes n'ont valu grand'chose4 ,cependant1 une forte et bienfaisante armature1 celle du catholicisme1 en maintenait toutes les parties et1 malgr ses dbordements d'orgueil et de sensualit1 le pntrait d'esprit surnaturel4 ,or1 du jour o ,voltaire et les ,encyclopdistes1 ennemis de ,dieu1 furent applaudis parce qu'ils dpeignaient son glise comme une vieille masure dont la dmolition s'imposait1 du jour o ,rousseau et ses disciples opposrent1 avec succs1 les soi-disant ,droits de l',homme au ,droit divin1 le rgne de la draison commena4 ,on vit des vques de cour s'unir pour fermer l'piscopat aux roturiers1 ne pas plus s'occuper de leurs diocses que s'ils eussent t situs dans la lune1 dilapider le bien des pauvres pour entretenir leur luxe et subvenir leurs dbauches4 ,on vit la commende--pratique dtestable ds l'origine--multiplier les laques dissolus et les prtres mondains comme suprieurs des monastres d'hommes au dtriment de la ,rgle4 ,on vit la noblesse1 renforant un autre abus sculaire1 encombrer de jeunes filles sans vocation les monastres de religieuses dont beaucoup devinrent aussitt des foyers de frivolit4 ,on vit maints prdicateurs commenter logieusement en chaire les divagations de ,rousseau et ne plus mme oser y prononcer le nom de ,jsus-,christ de peur de s'attirer les moqueries d'un auditoire de plus en plus sceptique4 ,on vit une portion considrable de la ,bourgeoisie suivre les exemples donns par les classes dirigeantes4 ,on vit enfin le ,roi ,trs-,chrtien taler1 avec une tranquille impudeur1 le cynisme de ses murs aux yeux de ses sujets4 ,s'installant alors dans leur incrdulit1 ces gars se mirent s'admirer eux-mmes et un flot de sentimentalisme submergea les mes4 ,chacun s'attendrit sur sa propre vertu4 ,on vanta les bergers innocents et les bons sauvages4 ,on se reprsenta la nature comme une ,crs bnigne prodiguant les bienfaits ses adorateurs4 ,parmi ces idylles1 les soi-disant philosophes prdisaient l'avnement prochain de l'ge d'or4 ,et maints athes1 fiers d'avoir aboli ,dieu1 versaient de douces larmes en saluant l'heureux avenir qu'ils prparaient l'humanit tout entire4 ,or chaque fois qu'une socit s'imagine que1 pour assurer le plein exercice de la raison1 il importe de mettre le surnaturel au rancart1 elle devient le jouet du ,diable4 ,celui-ci1 comme de juste1 tait biff au mme titre que ,dieu4 ,par l1 on lui donnait toute facilit pour manifester son pouvoir4 ,en effet1 comme l'a dit le ,pre de ,ravignan1 le plus grand succs du ,dmon1 c'est de faire nier qu'il existe4 ,comme on avait tari dlibrment les sources de la ,grce1 on lui ouvrait largement l'accs des mes et il s'y dchana sans obstacles4 ,ce fut la ,rvolution dont ,joseph de ,maistre a fort judicieusement dnonc le caractre satanique4 ,a grands traits1 en voici le rsum4 ,la ,convention1 assemble de sectaires formulant en dcrets d'innarrables sottises4 ,victor ,hugo1 toujours fcond en fariboles solennelles1 l'a compare l',himalaya#h4 ,mais aux intelligences lucides elle voque plutt un tumulte de chimpanzs en dlire dans la grande cage des singes du ,jardin des ,plantes4 ,pour grands hommes2 ,marat1 dment possd d'une frnsie homicide2 ,danton1 noceur braillard et vnal2 ,robespierre1 rhteur fielleux1 mdiocre gonfl de vanit meurtrire1 instaurant un tre suprme son image4 ,puis le massacre tort et travers de femmes1 d'enfants1 de vieillards1 d'adultes pris au hasard dans toutes les classes et coups en deux le plus souvent sans savoir pourquoi4 ,le meurtre de ,louis ,,xvi et de ,marie-,antoinette1 victimes expiatoires pour les pchs de leur race4 ,l'apostasie de nombreux prtres et ceux qui restaient fidles l'glise traqus avec rage comme des btes nuisibles4 ,les meneurs de la rvolte se guillotinant tour de rle au nom des idoles2 libert1 galit1 fraternit4 ,la ,france mise au pillage par les desservants du nouveau culte4 ,une guerre civile d'une rare atrocit dcimant les ,franais en concurrence avec une guerre contre toute l',europe qui dura vingt-deux ans4 ,enfin1 pour sanctionner tant de folies et d'horreurs1 on hissa1 sur le matre-autel profan de ,notre-,dame1 une fille publique reprsentant la desse ,raison et on l'adora--officiellement4 #h ,voir son roman3 ,quatre-vingt-treize4 ,c'est ainsi que la ,rvolution engendra la dmocratie matrialiste1 esclave des puissances de l',or1 poussire d'individus sans consistance sociale et cette prtendue civilisation du ,x,xe sicle qui prfigurent1 l'une et l'autre1 le rgne de l',antchrist4 ,ah6 que ,satan doit rire et se frotter les mains lorsqu'il considre ces fruits de son labeur puisque l'affaiblissement de la raison chez le plus grand nombre de nos contemporains fait qu'ils se croient de force liminer ,dieu en rptant avec orgueil3--,non serviam6444 ,,note ,sur l'tat d'me de quelques-unes des victimes innocentes de la ,terreur et sur celui de leurs bourreaux voici une page vridique4 ,je l'emprunte ,m4 ,g4 ,lentre3 ,le #ag juillet #agid1 la fourne tait belle3 #ci condamns1 quatre charrettes au moins dont deux taient remplies de #af femmes uniformment couvertes de manteaux blancs2 elles chantaient444 ,elles chantaient de leurs voix grles et calmes un hymne latin sur un air bien oubli mais que beaucoup reconnaissaient pour l'avoir entendu1 pour l'avoir chant eux-mmes au temps o l'on ne guillotinait point3 c'tait le ,salve ,regina auquel--le trajet tant long--succda le ,te ,deum4 ,les seize femmes taient des ,carmlites de ,compigne4 ,quelques-unes taient trs vieilles--deux d'entre elles avaient soixante-dix-neuf ans--la plupart taient d'ge mr1 deux seulement1 dont une novice1 paraissaient fort jeunes4 ,toutes maintenant psalmodiaient le ,miserere4 ,marchant autour des voitures1 les furies de guillotine qui1 d'ordinaire invectivaient et raillaient les condamns1 coutaient1 muettes et dconcertes4 ,celles qui suivirent jusqu' la place du ,trne1 o tait dress l'chafaud1 assistrent un spectacle unique4 ,descendues des charrettes1 les saintes filles se mirent genoux et chantrent le ,veni ,creator pendant que les valets du bourreau procdaient aux derniers prparatifs4 ,la premire qu'ils saisirent fut la novice4 ,elle fit une gnuflexion devant sa suprieure pour lui demander la permission de mourir et1 en gravissant l'chelle1 entonna le psaume ,laudate dominum4 ,quinze voix s'unirent la sienne4 ,a mesure que les formes blanches montaient et disparaissaient1 le chant glorieux s'assourdissait jusqu' ce qu'une voix chantt seule3 celle de la ,prieure qui mourut la dernire444 ,les ,carmlites de ,compigne avaient t arraches de leur clture sous l'inculpation d'avoir mdit l'assassinat de la ,convention4 ,le temps de constater leur identit devant le ,tribunal rvolutionnaire1 elles furent condamnes mort et excutes six heures plus tard4 ,maintenant voici1 d'aprs un rapport de ,police1 conserv aux ,archives1 l'tat d'me des fermes rpublicains qui assistaient au supplice3 ,le peuple regrette seulement qu'il n'y ait pas de supplice plus rigoureux que la guillotine4 ,on dit qu'il aurait fallu en inventer un qui ft longtemps souffrir les condamns4 ,,octobre ,,sur ,,la ,,restauration4--,l',empire n'avait t qu'une aventure hroque mene par un soldat de gnie et dont les suites--proches ou lointaines--furent dsastreuses pour la ,france4 ,la ,restauration aurait pu tout rparer1 sous l'gide de la monarchie lgitime1 si l'esprit de la ,rvolution n'avait continu d'empoisonner les murs et de fausser l'intelligence de la ,bourgeoisie4 ,on commence rendre justice la ,restauration4 ,des livres se publient o son rle dans l'histoire de notre pays est tudi selon des mthodes impartiales4 ,voici1 par exemple1 le ,louis ,,xviii de ,m4 ,pierre de la ,gorce#i4 ,tout d'abord1 la lgende des ,bourbons remis sur le trne par les trangers y est dtruite avec des arguments premptoires4 ,ensuite1 la figure de ,louis ,,xviii y est prsente sous son jour vritable et dgage des racontars malveillants qui tendaient n'en faire qu'une basse caricature4 #i ,la ,restauration3 ,louis ,,xviii1 #a vol4 chez ,plon4 ,louis ,,xviii ne fut peut-tre pas un trs grand roi1 comme l'ont soutenu des apologistes trop zls4 ,mais ce fut un roi trs intelligent et trs avis1 possdant une vue nette des normes difficults de la situation et s'appliquant1 avec lucidit1 les rsoudre4 ,la tche tait d'autant plus difficile qu'il avait lutter non seulement contre les hritiers de la ,rvolution et un certain nombre de bonapartistes irrductibles mais aussi contre une portion de ses propres partisans plus royalistes que le roi et qui1 parce qu'il refusait de se mettre leur remorque1 le traitaient de ,jacobin4 ,c'taient1 pour la plupart1 des migrs4 ,soit dit en passant1 sauf quelques exceptions honorables1 les migrs1 surtout ceux de la premire heure1 n'taient pas intressants car1 au lieu de se grouper1 au moment du pril1 autour de ,louis ,,xvi1 ils l'avaient lchement abandonn4 ,en outre1 ils avaient port les armes contre la ,france4 ,enfin imbibs des sophismes voltairiens1 desschs par la vie de salon1 ils ne considraient la religion que comme un instrument de rgne dont l'action devait s'exercer leur profit4 ,fort sagement1 ,louis ,,xviii les tint l'cart le plus possible et il renvoya la ,chambre dite introuvable o ils formaient une majorit de chimriques furibonds4 ,un des plus grands bienfaits du rgne de ,louis ,,xviii1 ce fut le rtablissement rapide des finances4 ,comme le dit fort bien ,m4 de la ,gorce1 les spcialistes choisis par le roi s'y montrrent de premier ordre4 ,en effet3 ,la monarchie1 crit-il1 recueillait une succession greve de toutes les dettes qu'avaient engendres les dernires guerres1 greve1 en outre1 des gros traitements que ,napolon avait multiplis4 ,l'acte constitutionnel stipulait que tous les engagements des anciens gouvernements seraient respects4 ,cette disposition mrite d'tre note4 ,louis ,,xviii datait ses actes de la dix-neuvime anne de son rgne4 ,c'tait le signe que la tradition royale n'avait pu subir d'interruption4 ,mais de ce mme pouvoir rvolutionnaire ou imprial1 on acceptait1 en fait1 l'hritage financier4 ,ainsi s'affirmrent les maximes de probit stricte que la ,restauration observa sans en dvier jamais4 ,non seulement elle se prouva honnte et soucieuse d'administrer avec conomie les deniers publics mais encore elle le fit avec tant de bon sens qu'on doit1 en stricte quit1 reconnatre que les annes #ahbj #ahcj furent parmi les plus prospres que la ,france ait jamais connues4 ,au point de vue religieux1 la ,restauration ne russit pas d'une faon aussi satisfaisante4 ,il y eut cela plusieurs causes4 ,une des principales c'tait l'insuffisance du clerg4 ,m4 ,georges ,goyau a fort exactement rsum l'tat des choses dans sa trs belle ,histoire religieuse de la ,nation franaise quand il dit3 ,dans les sanctuaires1 dans les mes1 d'immenses ruines subsistaient4 ,six mille ,franais1 peu prs1 de #ahja #ahae1 s'taient vous au service de l'autel4 ,or1 anciennement1 il y avait en ,france six mille ordinations par an1 c'est--dire quatorze fois plus de prtres4 ,treize mille paroisses sans presbytres6 gmissait en fvrier #ahaf le dput ,roux-,laborie4 ,avant peu d'annes1 annonait ,chateaubriand1 les deux tiers de la ,france seront sans prtres et sans autels4 ,on tait plus proccup d'ordonner rapidement des prtres que de les instruire longuement3 cette hte mme crait un pril4 ,les facults de thologie demeuraient des corps sans me4 ,et l'on bataillait routinirement contre la philosophie du sicle pass sans s'inquiter de la philosophie et de l'exgse germaniques4 ,et parmi les #b4bjj4jjj volumes qui de #ahag #ahbd pourchassrent l'ide catholique1 trs nombreux taient ceux qui dissminaient partout l'esprit de ,voltaire6 ,quant aux matres d'cole1 ils professaient souvent l'athisme et1 presque toujours1 l'irrligion4 ,il n'y avait pas que les matres d'coles4 ,l'enseignement moyen et l'enseignement suprieur donnaient l'exemple de l'impit4 ,et les journaux les plus lus menaient l'attaque contre ,dieu avec une persvrance diabolique4 ,d'autre part1 les politiques de la ,bourgeoisie1 actionns eux-mmes par les ,francs-,maons1 conspiraient contre le rgime1 jetaient en avant des officiers en demi-solde qu'ils laissaient ensuite guillotiner ou fusiller en jurant qu'ils n'avaient rien de commun avec eux4 ,et surtout1 on empoisonnait les masses en leur persuadant qu'elles taient en proie un pouvoir occulte3 la ,congrgation dont on dnonait les menes tnbreuses et la connivence avec les ,jsuites--boucs missaires de tous les forfaits qu'on accusait l'glise de mditer4 ,malgr tant de circonstances adverses1 malgr des erreurs presque invitables tant donn le dfaut de sens politique chez beaucoup d'honntes gens sincrement dvous aux ,bourbons1 quand prit fin le rgne de ,louis ,,xviii1 la ,france tait toute prte fleurir en beaut et la reconstitution de ses forces permettait la dynastie de concevoir pour elle de glorieux destins4 ,c'est pourquoi ,m4 de la ,gorce a eu raison d'crire dans la conclusion de sa remarquable tude3 ,quelles que fussent ses lacunes1 le roi1 en ses derniers jours1 pouvait1 en toute justice1 rendre un plein hommage sa propre sagesse4 ,une ralit positive lui apparaissait1 trs consolante pour ses yeux qui allaient se fermer4 ,il avait trouv la ,france envahie3 il la laissait libre4 ,il l'avait trouve pauvre3 il la laissait riche4 ,l'arme avait d tre licencie3 elle tait solidement refaite4 ,une seule uvre restait inacheve1 celle de la rconciliation entre l'ancien rgime et la socit nouvelle4 ,mais ici1 le recul des temps1 le travail des gnrations pourraient rapprocher ceux qui demeuraient dsunis2 il y avait lieu d'esprer cette paix moins qu'avec un nouveau rgne1 les maladresses ne se multipliassent au point de se transformer en lourdes fautes4 ,des maladresses1 le successeur de ,louis ,,xviii1 le roi ,charles ,x1 en commit4 ,non pas qu'il ft cette intelligence borne que raillaient mensongrement les pamphltaires4 ,mais il n'avait pas au mme degr que son an la connaissance des hommes4 ,de l des choix tout fait regrettables4 ,on le vit bien en #ahcj4 ,a cette poque1 ,charles ,x conut nettement le pril qu'encourait la socit franaise si l'on tardait plus longtemps enrayer la marche de l'esprit rvolutionnaire4 ,il voyait des romantiques comme ,chateaubriand proclamer leur loyalisme mais s'allier en fait avec les plus sournois des ennemis du rgime pour assouvir des rancunes personnelles4 ,il perait jour la conduite quivoque de maints parlementaires qui1 sous couleur d'amliorer les institutions1 s'employaient en miner les assises4 ,ceux-ci ont prouv que le roi ne s'tait pas tromp sur leur compte puisque aprs la rvolution de juillet1 certains d'entre eux avourent qu'en feignant d'accepter et de soutenir les ,bourbons1 ils avaient jou une comdie de quinze ans4 ,enfin1 le roi constatait que1 sous mille formes1 la presse1 enhardie par la mansutude de son gouvernement1 accentuait l'offensive contre la religion1 gardienne et garantie des seuls principes susceptibles de maintenir et de faire fructifier une civilisation conforme la raison c'est--dire la loi divine4 ,ce fut alors que1 judicieusement1 il promulgua les ,ordonnances4 ,malheureusement1 il confia le soin de les appliquer un homme dont ses ennemis les plus virulents ont reconnu les vertus prives mais qui1 au point de vue politique1 manifesta la plus totale incapacit3 le prince de ,polignac4 ,ds lors tout fut perdu444 ,tout fut perdu1 car la monarchie lgitime une fois renverse1 les rgimes qui lui succdrent1 dpendant tous plus ou moins de l'lection1 tous plus ou moins obligs de compter avec la dmagogie athe1 portaient en eux la cause essentielle de leur ruine4 ,tous essayrent de pactiser avec la ,rvolution1 tous prirent parmi des catastrophes dont la ,france a subi et subit encore cruellement les effets4 ,bientt peut-tre le socialisme1 aboutissant logique des sophismes issus de la ,rvolution1 fera de nous une peuplade bestiale1 uniquement soucieuse de rgaler ses instincts4 ,alors la ,bourgeoisie hritire des aberrations de #aghi1 classe dirigeante depuis cent ans et plus1 appellera dsesprment le ,seigneur ,jsus son secours4 ,mais il sera trop tard4 ,celui qui viendra aura nom3 l',antchrist4 ,gravons dans notre mmoire l'avertissement que contient cette phrase de la premire encyclique du grand et saint pape ,pie ,x3 ,qui pse ces choses a droit de craindre qu'une telle perversion des esprits soit le commencement des maux annoncs pour la fin des temps et comme leur prise de contact avec la terre et que vritablement le ,fils de perdition dont parle l',aptre n'ait dj fait son avnement parmi nous4 99 99 99 99 99 ,,biographies4--,voici un volume3 ,tristan ,corbire que vient de publier ,m4 ,ren ,martineau4 ,j'en dirai quelques mots car cette figure d'un pote breton1 assez mal connu avant son prsent biographe1 peut intresser en tant que curiosit esthtique1 comme disait ,baudelaire1 ceux des lettrs qui aiment faire des excursions hors des domaines habituels de la littrature4 ,m4 ,ren ,martineau excelle1 d'ailleurs1 nous renseigner1 de la faon la plus prcise1 sur des crivains apprcis de travers ou ngligs par la critique courante4 ,il possde1 un degr remarquable1 le don de dcouvrir des documents dcisifs et de les mettre en valeur par des commentaires ingnieux4 ,c'est ainsi que nous lui devons un ,lon ,bloy indispensable lire par quiconque voudra se faire une ide complte de ce singulier gnie qui1 avec ses normes dfauts1 que contrebalancent des qualits minentes1 semble un phare clipses parmi tant de pauvres lampions bien-pensants dont la faible lueur ne contribue gure illuminer la faade majestueuse de l'glise4 ,c'est ainsi encore qu'il nous a donn sur ,barbey d',aurevilly des tudes par lesquelles une justice tardive sera rendue l'uvre de ce ,crois pour la foi qui mrita le titre de ,conntable des lettres4 ,beaucoup de gens gotent l'art trs fin et les belles trouvailles de ,m4 ,martineau1 il en est mme qui les utilisent avec un sans-gne excessif4 ,tel1 ce polygraphe surabondant mais insipide qui ne se fit aucun scrupule de le plagier effrontment1 il y a quelques mois4 ,quant ,tristan ,corbire1 ,m4 ,martineau a su dpeindre son existence aventureuse et faire saillir les traits les plus caractristiques de sa personnalit passablement dcousue4 ,il nous montre le milieu o se dveloppa principalement son temprament de pote de la mer3 la petite ville de ,roscoff3 ,c'est l1 crit-il1 qu'il rencontra tous ses sujets d'inspiration1 les vieux marins du port dont il aime les rcits et le vocabulaire1 le douanier avec lequel il fit les cent pas sur la dune1 les artistes en villgiature dont quelques-uns devinrent ses amis et la blonde ,italienne qui l'entrana jusqu' ,paris4 ,le premier sjour de ,tristan ,roscoff fut comme la rvlation de ce caractre d'emprunt1 de cette bizarrerie faite d'ironie douloureuse qui sera bientt l'essence mme de sa posie4 ,en effet1 quelques-uns des vers les plus pntrants runis par lui dans le seul volume qu'il ait laiss1 sous ce titre plutt baroque3 les ,amours jaunes1 sont tout imprgns des odeurs et des couleurs de l',ocan4 ,nullement gens-de-lettres1 indiffrent la notorit1 il rigeait en systme les paradoxes o se condensait son individualisme outrancier3 ,on ne doit pas peindre ce qu'on voit1 disait-il1 on doit peindre uniquement ce qu'on n'a jamais vu1 ce qu'on ne verra jamais4 ,ainsi1 on ne relve que de soi et personne ne peut vous critiquer4 ,thorie prilleuse et qui peut mener loin dans l'extravagance4 ,extravagant1 ,corbire l'est assez souvent et les esprits qui prfrent aux carts d'une originalit poursuivie de parti-pris les belles ordonnances classiques1 ne retiendront pas cette partie de son uvre4 ,mais ils distingueront les plaintes si sincres que les cruauts et les vulgarits de la vie quotidienne arrachaient cet ultra-nerveux4 ,en somme1 ,huysmans l'a bien jug dans ,a ,rebours1 analysant les ,amours jaunes ce livre o le cocasse se mlait une nergie dsordonne1 o des vers dconcertants clataient dans des pomes d'une parfaite obscurit4 ,l'auteur parlait ngre1 affectait une gouaillerie1 se livrait des quolibets de commis-voyageur insupportable4 ,puis1 tout coup1 dans ce fouillis1 se tortillaient des concetti falots1 des minauderies interlopes et soudain1 jaillissait un cri de douleur aigu comme une corde de violoncelle qui se brise444 ,m4 ,ren ,martineau estime qu',huysmans a trop rduit la qualit des pomes de ,corbire4 ,quand on a compris l'homme1 assure-t-il1 on ne peut s'empcher de l'aimer et plus l'homme se laisse deviner1 plus le pote apparat grand4 ,il est certain que grce ,m4 ,martineau1 nous pouvons maintenant comprendre l'homme en ,corbire4 ,qu'il s'ensuive que celui-ci soit un grand pote1 la chose semble moins vidente4 ,je crois que le propre d'un grand pote c'est que son uvre prsente un caractre d'universalit4 ,corbire est un pote d'exception donc1 mon avis1 poeta minor4 ,n'importe la lecture de ce livre1 contant une vie si mouvemente1 est plus attachante que celle de beaucoup de romans4 99 99 99 99 99 ,m4 ,ren ,benjamin possde plusieurs qualits qui lui confrent le droit d'tre compt pour beaucoup dans la littrature contemporaine4 ,d'abord1 il ne s'incarcre point dans une de ces tours d'ivoire un peu ridicules o les grands hommes des petites chapelles se ratatinent pour recevoir le culte d'un certain nombre de snobs persuads que l'anormal est le signe du gnie4 ,il aime observer la socit actuelle en ses manifestations multiples et1 comme ses enqutes lui ont fait constater qu'une sorte de comique lugubre se dgage sans cesse des chimres et des vices dont elle se montre prodigue1 il nous en prsente une satire qu'approuveront les esprits assez indpendants pour ne pas chausser les lunettes troubles d'un optimisme bat4 ,ensuite1 ,m4 ,benjamin a la gat1 vertu rare en un temps o la majorit des crivains se croiraient indignes de manier la plume s'ils ne se gourmaient en des attitudes moroses4 ,mais son rire1 devant le spectacle bouffon et tragique la fois que nous offre une soi-disant civilisation en train de se dcomposer sous les auspices du ftiche-,progrs1 n'est pas celui d'un quelconque vaudevilliste4 ,il fait rflchir4 ,j'en veux pour preuve sa pice1 si charmante et si profonde sous des apparences lgres3 ,les plaisirs du hasard4 ,je ne l'ai pas vue jouer parce qu'il y a plus de trente ans que je n'ai mis les pieds dans un thtre4 ,mais je l'ai lue--et relue et j'estime qu'elle contient plus de sage philosophie que tout ce fatras de drames et de comdies prtentions ambitieuses dont nous encombrent maints penseurs jeunes et vieux qui ne surent jamais regarder que leur nombril4 ,m4 ,benjamin a aussi publi des romans3 ,gaspard1 ,grandgoujon o se profilent1 dans le dcor effroyable de la ,grande ,guerre1 des figures de combattants et d'embusqus remarquablement dessines4 ,mais c'est surtout dans ses tudes de murs qu'il a dploy sa verve et son sens aigu de la folie humaine4 ,ses livres3 les ,justices de paix1 le ,palais et ses gens de justice1 nous montrent tout un peuple de plaideurs pitoyables ou grotesques1 de juges distribuant1 au petit bonheur1 des tranches de ,thmis1 d'un aloi suspect1 aux innocents comme aux coupables1 d'avocats retors ou maniaques1 vendant leur faconde comme ils vendraient des verroteries ou de la cassonnade4 ,dans cette catgorie d'ouvrages1 il a peut-tre le mieux russi lorsqu'il nous a peint et dcrit la farce politique o nous emptra cette institution baroque3 le suffrage universel4 ,son livre3 ,valentine ou la folie dmocratique est un chef d'uvre d'observation exacte4 ,les fantoches qu'il voque3 ,cachin ou ,painlev1 ,herriot ou ,charles ,humbert nous apparaissent1 de par lui1 tellement vrais que nous croyons les voir et les entendre gambader et babiller devant nous4 ,mais il n'y a pas que de la plaisanterie dans ce livre4 ,il y a encore le dgot d'un honnte homme1 prs de vomir lorsque les puanteurs qui se dgagent des basses manigances de la politique lectorale lui montent par trop fort au nez4 ,ainsi quand il nous montre les radicaux rsums admirablement dans cette page vengeresse3 ,un parti de petites1 toutes petites natures1 toujours effares devant ce qui est grand4 ,il ne s'adresse qu' de petits lecteurs1 petits fonctionnaires1 petits boutiquiers1 de petites vies1 de petites aigreurs4 ,ce sont des mes minuscules444 mais si sensibles6 ,ah6 voil3 ils dissimulent leur pitrerie sous le masque treize sous d'une motion qu'ils ont apprise dans les plus faibles pages de ,jean-,jacques et de ,victor ,hugo4 ,les foules mdiocres ne rsistent pas l'attendrissement1 cette mollesse qui en appelle la justice1 la lchet qui invoque le droit4 ,scnario de cinma6 ,je ne connais rien pour dgoter plus srement de la nature humaine4 ,en attendant1 ils sont des dupes avec leur bon air de tartuffes4 ,ils dfendent ceci tout en admettant cela et s'ils bannissent cela1 c'est par respect de ceci4 ,aux hommes de gauche ils tendent les bras1 mais ils saluent les hommes de droite4 ,ils pensent droite1 ils sentent gauche et ils se croient des hommes complets alors qu'ils ne sont que faux-fuyants4 ,ils confondent la rhtorique et l'action1 la conduite des ides qui docilement s'en vont o on les mne et le gouvernement des hommes qui1 rebelles et ttus1 ne se plaisent pas tous dans le mme chemin4 ,ils dtestent la force3 d'une voix trmolante1 ils lui opposent leurs chers ,droits de l',homme4 ,ils sont jaloux de l',esprit et ils essayent de l'trangler par leurs principes de bonheur et de bien-tre4 ,ils ne sont jamais hardis1 jamais potes4 ,s'ils amnistient les canailles1 c'est qu'ils suent la peur d'tre tus4 ,s'ils chassent les moines1 c'est qu'en leur bassesse1 ils ne croient ni la vertu ni la prire4 ,ds qu'ils sont battus1 ils fuient4 ,vainqueurs1 ils crnent4 ,ils promettent1 si on les lit1 ,paix1 ,fortune1 ,concorde4 ,on les lit3 ils chassent trois religieux1 librent un tratre1 flicitent un instituteur qui a su dire son fait un cur4 ,aprs quoi1 ils se campent devant le peuple1 et1 essouffls1 ils demandent3--,eh bien8444 ,n'avons-nous pas agi8444 ,mon parti est bien pris3 j'aime mieux tout que ces gens-l4 ,quand les communistes triompheront1 s'ils me jettent dans un puits de mine et m'crabouillent coups de pav1 aux trois quarts cras1 je penserai3 ,ceux-l1 du moins1 savent tuer6 ,et on ne les subit pas longtemps6 ,tandis que les autres nous laissent vivre dans le dgot4 ,je ne les croise plus sans nause et j'ai piti de moi1 puisque je crains la police et les juges1 et que je n'ai pas le courage de leur envoyer1 chaque fois une pote d'eau par la figure6#aj #aj ,ces radicaux1 si nettement gravs l'eau-forte par ,m4 ,benjamin et qui font le lit o se prlassera le socialisme imminent1 on peut leur appliquer la phrase de ,montaigne3 ,ceux qui donnent le branle un tat sont volontiers absorbs dans sa ruine4 ,le fruit du trouble ne demeure gure celui qui l'a remu3 il bat et brouille l'eau pour d'autres pcheurs4 ,fouaillant de la sorte les travers du temps prsent1 ,m4 ,benjamin a suscit bien des rancunes4 ,cela se conoit3 la plupart des hommes n'aiment pas du tout qu'on leur prsente le miroir o se refltent leurs difformits4 ,pour leur plaire1 il faut entretenir leurs illusions1 flatter leurs prjugs1 servir leurs passions4 ,sinon1 ils vous jettent des cailloux et de la fange4 ,l'auteur de ,valentine l'a prouv particulirement lorsqu'il publia son dernier livre3 ,aliborons et dmagogues4 ,quel hourvari chez les primaires que1 cette fois1 il prenait partie et quelles indignations chez les politiciens qui battent la mesure au chur des grenouilles dans la mare dmocratique6 ,cribl d'invectives1 il se secoua et rpondit un journaliste qui l'interrogeait sur ses impressions de combat3 ,oui1 je suis sorti de cet abme de btise paisse et je n'ai pas envie de m'y replonger4 ,pourquoi y suis-je entr8 ,c'tait un pisode de ma chasse aux ,cuistres4 ,aprs avoir vu les chefs1 il me fallait passer en revue les troupes4 ,pour le moment je suis cur4 ,de l'air1 de la vie1 de la lumire4 ,de la beaut6444 ,mais je sais bien que1 dans un an ou dans deux ans1 quelqu'un me signalera une floraison de stupidit1 une excroissance de laideur imbcile1 un monstrueux champignon pouss quelque part et qui offusque le regard des honntes gens6 ,et je me connais1 je recommencerai3 il y a tant de crtins ici-bas contre lesquels il faut se mettre en garde si l'on ne veut pas qu'ils envahissent toute la terre6444 ,admirable cri d'un combattant hroque pour le ,vrai et pour le ,beau6 ,on aime ,m4 ,benjamin de l'avoir pouss4 ,certes nous esprons bien qu'il reprendra son fouet aux lanires acres4 ,il reste beaucoup d'chines cingler dans la ptaudire o trne la ,marianne-aux-savates-fangeuses6444 ,je dirai maintenant quelques mots du plus beau livre1 mon sens1 de ,m4 ,ren ,benjamin4 ,c'est cette ,vie de ,balzac qui a ravi tous les balzaciens dont je suis depuis l'ge de dix-huit ans4 ,balzac est tenu1 quelles que soient1 par ailleurs1 les divergences d'opinions des crivains1 pour un gnie dont la ,comdie humaine domine la littrature du ,x,i,xe sicle et1 jusqu' prsent1 celle du ,x,xe4 ,tous les romanciers de valeur certaine venus aprs lui doivent quelque chose son gnie et ne s'en cachent pas4 ,c'est que1 malgr ses grands dfauts--lourdeur du style1 manie des digressions1 dductions parfois hasardeuses1 prolixit--il a ce don qui surpasse tout3 la vie4 ,ses personnages sont si vrais1 si frappants1 si conformes la nature qu'ils nous offrent des types d'humanit1 non pas seulement reprsentatifs d'une poque limite mais appartenant tous les temps4 ,et1 enfin1 dou d'une clairvoyance extraordinaire1 il a prdit1 avec une justesse tonnante1 les maux et les ruines qui rsulteraient pour la socit des faux dogmes issus de la ,rvolution4 ,aussi fut-il un apologiste constant de l'glise4 ,comme l'a fort bien dit ,m4 ,paul ,bourget3 ,l'antinomie prtendue entre la ,science et la ,foi1 ,balzac1 le plus scientifique des observateurs littraires1 ne l'a jamais admise4 ,on peut objecter son christianisme qu'il y a vu surtout1 suivant ses propres expressions1 un systme complet de rpression des tendances dpraves de l'homme et1 par consquent1 le plus grand lment d'ordre social4 ,entre parenthses1 quel indice de vrit que la bienfaisance d'une thorie sur la vie humaine1 n'est-ce pas la plus grande probabilit qu'elle est conforme aux lois du ,rel8 ,mais un indice n'est tout de mme pas une preuve et l'apologtique balzacienne n'est qu'une varit de pragmatisme4 ,je crois1 qu'au moins1 en certains endroits de son uvre1 ,balzac a vu plus loin et qu'il eut souvent l'instinct de l'action du surnaturel qu'implique le catholicisme--par exemple dans ce conte3 ,jsus-,christ en ,flandre1 crit en #ahca et qui se termine par ces mots3 ,je viens de voir passer le convoi d'une ,monarchie1 il faut dfendre l'glise6 ,la ,monarchie lgitime1 il la concevait comme la gardienne ncessaire de la famille1 cellule essentielle de toute socit qui veut vivre4 ,il eut1 ce propos1 des paroles vraiment prophtiques4 ,celles-ci entre autres3 ,sais-tu1 mon enfant1 quels sont les effets les plus destructifs de la ,rvolution8 ,voici3 en coupant la tte ,louis ,,xvi1 la ,rvolution a coup la tte de tous les pres de famille4 ,il n'y a plus de famille aujourd'hui1 il n'y a que des individus4 ,en voulant devenir une nation1 les ,franais ont renonc tre un empire4 ,en proclamant l'galit des droits la succession paternelle1 ils ont tu l'esprit de famille4 ,ils ont cr le fisc#aa mais ils ont prpar la faiblesse des supriorits et la force aveugle de la masse1 l'extinction des arts1 le rgne de l'intrt personnel et fray le chemin la conqute trangre4 ,nous sommes entre deux systmes3 ou reconstituer l'tat par la famille ou le construire sur l'intrt personnel3 la dmocratie ou l'aristocratie1 la discussion ou l'obissance1 le catholicisme ou l'indiffrence religieuse--voil la question en peu de mots4 ,j'appartiens ceux qui veulent rsister ce qu'on nomme le peuple et cela1 dans son intrt bien compris4 ,il ne s'agit plus de droits fodaux1 quoiqu'en prtendent des niais1 ni de gentilhommerie4 ,il s'agit de la vie de la ,france4 ,tout pays qui ne prend pas sa base dans le pouvoir paternel est sans existence assure4 ,l commence l'chelle des responsabilits et la subordination qui monte jusqu'au roi4 ,le roi1 c'est nous tous6 ,mourir pour le roi1 c'est mourir pour soi-mme1 c'est--dire pour sa famille qui ne meurt pas plus alors que ne meurt un royaume4 ,chaque animal a son instinct1 celui de l'homme est l'esprit de famille4 ,un pays est fort quand il se compose de familles dont tous les membres sont intresss la dfense du trsor commun4 ,il est faible quand il se compose d'individus non-solidaires auquel il importe peu d'obir sept hommes ou un seul1 un ,russe ou un ,corse1 pourvu que chaque individu garde son champ4 ,et ce malheureux goste ne voit pas qu'un jour on le lui tera4446 ,si nous ne restaurons pas la famille1 7--ici je rsume--7 nous allons un tat de choses horrible6 ,il n'y aura plus que des lois pnales ou fiscales--la bourse ou la vie6 ,le pays le plus gnreux de la terre ne sera plus conduit par des sentiments levs4 ,on y aura dvelopp1 envenim des plaies incurables4 ,et d'abord1 une jalousie universelle4 ,les classes suprieures seront confondues4 ,on prendra l'galit de dsirs pour l'galit des forces444 ,on ne peut rien fonder sur des millions d'ambitions pareilles1 vtues de la mme livre--celle de la mdiocrit4 7,mmoires de deux jeunes maries4 ,la mme thse est soutenue dans le ,mdecin de campagne et dans le ,cur de village47 #aa ,cr est exagr4 ,il aurait1 peut-tre1 mieux valu dire3 hypertrophi les droits du fisc4 ,mais ce n'est pas seulement comme observateur clairvoyant de l'tat social que ,balzac a conquis l'admiration de ceux qui savent rflchir4 ,il vaut surtout comme peintre des murs4 ,ses tableaux sont fortement vridiques et1 par l1 ils effarouchent ou attristent les esprits timides qui aiment qu'on leur serve des mensonges attrayants4 ,pourtant1 la vie n'est pas une idylle2 la btise et la mchancet humaines en font un drame o il y a plus de vilenies et de douleurs que de sourires4 videmment1 aussi1 l'uvre de ,balzac n'est point faite pour tre mise entre les mains des jeunes filles qui suivent--ce qui est fort louable--le catchisme de persvrance4 ,ce n'est pas dire qu'elle soit indcente3 mme lorsqu'il anatomise les plus virulentes des passions1 il ne verse pas dans la luxure4 ,voyez par exemple un des principaux parmi ses plus beaux livres3 ,la cousine ,bette4 ,il y traite d'un cas d'rotisme snile4 ,eh bien1 vous n'y trouverez pas une ligne de nature provoquer la sensualit du lecteur4 ,mettez le mme sujet entre les pattes d'un ,zola1 dans quel purin il l'aurait dlay6444 ,m4 ,benjamin1 en nous exposant la vie tout en contrastes et en exubrances de ce grand homme1 nous l'a ressuscit4 ,son livre est une uvre digne du ,matre et peut-tre mme un chef-d'uvre4 ,je ne crois pas l'loge excessif4 ,,novembre ,,un ,,critique ,,catholique4--,m4 ,jos ,vincent m'a envoy un livre3 ,propos un peu vifs#ab4 ,je l'ai lu avec tant d'intrt qu'il m'est agrable de le signaler aux amis qui veulent bien me suivre4 ,au surplus1 ce volume corrobore quelques ides qui me sont chres et pour lesquelles lui et moi nous avons combattu1 cte cte1 en #aibb et #aibc4 #ab ,jos ,,vincent1 ,propos un peu vifs1 essais de critique 7#a vol4 ditions du ,monde moderne74 ,quand ,barrs publia le ,jardin sur l',oronte1 ce fut l'occasion pour ,vincent de donner la ,croix un article o tout en disant son estime pour les qualits d'art et de pense de son uvre antrieure1 il faisait des rserves formelles touchant le faux mysticisme et la sensualit trouble qui dparent ce roman4 ,une controverse s'ensuivit au cours de laquelle j'crivis ,vincent combien j'tais heureux de lui voir dfendre aussi vigoureusement des principes que je tenais pour essentiels4 ,en effet il dclarait3 ,mon article1 c'est la manifestation rationnelle d'un tat d'esprit nouveau dans la critique catholique qui s'impose maintenant l'obligation de ne pas cder fond la magie d'un art suprieur4 ,il y a vingt-cinq ans1 le chrtien lettr1 le critique chrtien s'imaginaient1 de bonne foi et faute de pousser jusqu'au bout la logique de leur ,credo1 que la morale1 la religion et l'art figuraient autant de domaines distincts spars par des murs bien clos4 ,a prsent1 nous voulons tre des catholiques consquents1 logiques1 rsolus1 intransigeants444 ,non seulement j'applaudis mais je citai cette phrase dans le chapitre que je consacrai ,barrs l'poque de sa mort 7,voir la ,basse-,cour d',apollon74 ,a ,vincent comme moi cette intolrance valut quelques diatribes et par ailleurs les protestations timidement plores d'un certain nombre d'amis de la chvre et du chou4 ,nous ne nous en sommes gure mus ni l'un ni l'autre4 ,j'ai poursuivi ma voie1 comme le savent mes lecteurs4 ,et ,vincent a fait de mme ainsi que le dmontre le prsent volume4 ,ds le dbut1 il rsume1 en ces termes1 l'irritation et le dpit de ceux qui refusent aux catholiques le droit de formuler des opinions strictement conformes leur foi4 ,il crit3 ,le destin de l'actuelle critique catholique est bien trange4 ,elle dchane des fureurs qui amnent invinciblement ses adversaires proclamer qu'elle n'est point4 ,soit4--,mais alors qu'on la laisse dans le repos de son nant ou tout au moins dans les limbes du possible illimit4 ,a la vrit1 elle inquite1 elle gne1 pour ainsi dire1 mme avant d'tre4 ,on aimerait mieux1 en tout cas1 qu'elle ne ft point4 ,peut-tre n'est-ce pas tout fait une raison pour qu'elle ne soit pas4 ,et1 dveloppant cette proposition1 ,vincent montre que la critique catholique existe4 ,c'est ainsi qu'il a mis debout une prface1 nourrie de faits et d'arguments pressants1 qu'on doit lire avec rflexion et qui constitue la meilleure des rponses aux partisans de l'teignoir sur l'glise et ceux de la drobade devant l'ennemi4 ,ayant mdit cet essai si substantiel1 le lecteur de bonne foi ne pourra que leur dire3 ,les gens que vous tuez se portent assez bien6444 ,je reviendrai tout l'heure sur cette prface4 ,mais je veux d'abord examiner quelques-uns des chapitres contenus dans le livre4 ,voici des apprciations sur ,m4 ,claudel quitables et judicieuses4 ,m4 ,vincent en dit3 ,les tnbres du lyrisme claudelien vous oppressent8 ,elles ne m'oppressent pas moins444 et j'eus nagure pour mon compte la plus grande peine le traduire4 ,je me fis l'effet1 ce jour-l1 de ,joseph ,scaliger en face de l',alexandra de ,lycophron#ac4 ,mais il ajoute3 ,comme la gratitude et l'amour dbordent de l'me de ,claudel et que1 d'autre part1 le saint amour et l'infinie gratitude ne sauraient totalement s'exprimer1 sa faon le pote tente de traduire tout cela avec les mots nafs1 avec les mots gauches1 et nonobstant parfois profonds1 dont se servent les enfants pour dire1 au petit bonheur et comme a leur vient1 leur tendresse ou un merci4 #ac ,depuis que j'ai crit sur ,claudel le jugement qu'on a lu plus haut1 un livre m'est tomb sous les yeux3 ,le ,roman de l',alsace1 par ,raymond ,postal 7ditions de la vraie ,france71 o j'ai trouv une confirmation bien significative de l'impression germanique produite sur les esprits nourris de clart latine1 par l'auteur de ,tte d'or4 ,m4 ,postal crit qu'il rencontra ,strasbourg un ,jsuite d'origine alsacienne et il ajoute3 ,ce religieux vint me dire qu'il attribuait la part allemande de sa formation l'aisance avec laquelle son esprit avait donn audience l'uvre de ,paul ,claudel4 ,il n'est pas douteux que celle-ci1 qui nous choque par la nature mme de sa substance potique1 n'est pas sans apparatre aux ,franais sous un aspect d'un sotrisme dconcertant3 ,notre interlocuteur devait sa culture bilingue d'y pouvoir entrer de plein-pied4 ,cela revient dire que pour bien comprendre ,claudel1 il faut savoir l'allemand4 ,c'est fcheux6 ,et c'est en effet1 dans les trop rares pomes o le chrtien se dbarrasse de toute rhtorique tnbreuse1 que ,claudel arrive1 parfois1 nous mouvoir4 ,plus loin1 ,m4 ,vincent s'occupe de ce qu'il appelle3 le cas ,montherlant4 ,ici1 j'avoue mon incomptence totale4 ,je n'ai rien lu de ,m4 ,montherlant1 non point par prvention mais parce que1 je l'ai dj dit1 je ne lis gure de romans et que1 si je ne me trompe1 ,m4 ,montherlant est surtout un romancier4 ,aprs la lecture du chapitre1 d'ailleurs fort intressant1 que ,vincent lui consacre1 j'ai demand un prtre de mes amis que ses fonctions obligent suivre de prs la littrature contemporaine ce qu'il fallait penser de cet crivain4 ,il m'a rpondu3 ,m4 ,montherlant a fait alterner la tauromachie avec la culture des lettres4 ,il a du brillant dans l'une et l'autre profession4 ,ensuite il a pris l'glise sous sa protection4 ,et comme il estime qu'elle ne s'est pas montre suffisamment reconnaissante1 ces jours-ci1 il lui a signifi la rupture4 ,l'glise aura1 sans doute bien de la peine s'en remettre mais avec le temps444 ,vient ensuite dans les ,propos un peu vifs1 un chapitre consacr ,jouffroy1 philosophe romantique fort oubli1 mais dont les paradoxes anticatholiques firent jadis1 vers #ahdj1 quelque bruit4 ,m4 ,vincent1 propos d'un livre rcent1 montre d'une faon trs concluante1 le peu de porte des dires de cet mule de ,victor ,cousin4 ,voici maintenant un chapitre intitul3 ,hugo ,jersey ou les propos d'un pied de table qui traite de la foi accorde au spiritisme par le pote de la ,lgende des ,sicles#ad4 ,m4 ,vincent y rsume fort bien l'inanit de la doctrine chez ce rhteur norme qui ne russit jamais devenir un penseur4 ,il crit avec raison3 #ad ,qu'il me soit permis de rappeler que1 ds #aiac1 dans mon livre3 ,au pays des lys noirs1 j'ai trait le mme sujet au chapitre intitul3 ,une danse de trpieds belges4 ,hugo1 y disais-je1 dcouvre ,dieu dans un pied de table4 ,je suis heureux de cette rencontre avec ,m4 ,vincent4 ,aprs l'orgueil1 ce qu'il y eut toujours de plus dmesur dans ,victor ,hugo1 ce fut la navet 7,moi1 j'aurais dit carrment3 la btise74 ,rappelez-vous1 ce propos1 ses piteux oracles sur l'imminente paix mondiale1 sur la toute prochaine constitution des tats-,unis d',europe1 et l'dnisation de la plante par la dmocratie et par l'amour4 ,et1 en conclusion3 ,la religion d',hugo1 une religion romantique1 sans armature de logique intrieure1 sans dogme autre que celui--sacro-saint--du libre examen1 une mtaphysique flottante1 emptre de mtapsychique1 une thodice dans laquelle l'ide du divin tend de plus en plus se dissoudre1 en attendant de s'anantir tout fait4 ,au surplus1 on sait avec quel acharnement ,hugo combattit l'glise et quelles invectives il lui prodigua4 ,or c'est une rgle sans exception3 quiconque se laisse infuser par le ,diable la haine de l'glise devient stupide--incurablement stupide4 ,c'est le premier chtiment inflig aux gars volontaires qui pchent contre le ,paraclet4 ,bien plus propres retenir l'attention que les turlutaines d',hugo1 hypnotis par les tables tournantes1 se dclent les mditations de ,m4 ,georges ,duhamel la recherche du bonheur sur terre4 ,m4 ,duhamel est un crivain de grand talent et un homme de cur qui a crit sur la dernire guerre un livre d'une humanit saignante et frmissante3 ,vie des ,martyrs4 ,m4 ,vincent analyse son essai d'une doctrine intitul3 la ,possession du monde et il constate que faute d'une foi prcise dcoulant de la ,tradition rvle1 ,m4 ,duhamel se perd en des considrations vagues et des paradoxes fumeux d'o ne saurait se dgager une certitude4 ,cependant1 ajoute-t-il1 parmi ces erreurs et ces rves dbiles1 la ,possession du monde offre quelques chappes consolantes4 ,on y aime1 par exemple1 le touchant respect de l'auteur pour saint ,franois d',assise malheureusement plutt envisag dans un sens ,sabatier que dans un sens ,joergensen4 ,on y peut louer l'apptit de souffrir ou mieux1 la peur de n'avoir pas assez souffert tandis que se dchanait l'orage mondial qui emporta tant de vies humaines et tant d'espoirs4 ,ce got du sacrifice pouvait mener loin1 trs loin un philosophe de bonne volont qui saurait se contraindre marcher quand mme et droit devant soi jusqu'au but une fois aperu444 ,l'vangile lui rvlerait le reste4 ,malheureusement1 ,m4 ,duhamel est rest en route4 ,hlas1 conclut ,vincent1 la pense de ce remarquable et subtil crivain n'a pas suivi un essor comparable celui de son talent4 ,c'est grand dommage6444 ,pour terminer ce bref aperu d'un livre trs substantiel et pour bien en marquer le ton indpendant1 je mentionnerai un passage de la prface o ,jos ,vincent1 aprs avoir rprouv les timidits et les pauvres finasseries de la critique dite librale1 voque1 l'encontre1 la grande ombre de ,veuillot--notre matre nous tous qui prtendons que le service de l'glise demande de la crnerie dans les convictions et de la verdeur1 sans faux-fuyants ni respect humain1 dans la dfense de la ,vrit unique4 ,il crit3 ,veuillot n'est plus l pour redire ces choses de sa grande voix furieuse4 ,il est loin1 bien loin de nous4 ,on l'honore cette heure1 on l'embaume d'hommages comme on embaumerait avec une sollicitude nuance de respect et de terreur la dpouille enfin assoupie d'un grand homme longtemps encombrant4 ,on lui sait gr de ne plus faire de tumulte4 ,on lui sait gr de n'tre plus l4 ,plus rien n'empche maintenant d'exalter sa provocante bravoure4 ,on est assur de son silence4 ,les modrs--il me sera1 pour sr1 beaucoup pardonn1 au dernier jour1 pour l'immense et fraternelle charit de cet euphmisme--sont contents444 ,dieu l'est-il8 ,pour moi1 j'ai bien peur qu',il ne le soit pas4 ,les modrs1 ce sont les tides4 ,et ,notre-,seigneur a dit3 ,je vomis les tides444 99 99 99 99 99 ,,un ,,ami ,,du ,,peuple4--,m4 ,jacques ,valdour1 docteur en droit1 docteur s-lettres1 eut nagure cette ide que pour bien connatre les ouvriers1 il fallait vivre avec eux et comme eux1 travailler ct d'eux4 ,en cela1 il se distingue fort des conomistes1 personnages graves1 harnachs de science abstraite1 bonds de thories prconues1 tapis entre quatre murailles1 faites de statistiques et de graphiques1 o nulle lucarne ne s'ouvre sur l'ambiance4 ,sitt form le projet de s'instruire par la pratique1 il le mit excution4 ,c'est ainsi que1 depuis #aiji1 il a t tour tour1 tisserand ,roanne1 trfileur ,lyon1 figurant de thtre et manuvre en dcors ,paris1 marinier sur les canaux du ,centre1 teinturier en ,espagne1 ouvrier agricole en ,brie et en ,beauce1 chauffeur ,roubaix1 nettoyeur de chaudires et tourneur ,paris1 manuvre dans une fabrique de pompes ,saint-,denis1 carrossier d'automobile ,levallois-,perret1 ciseleur dans le quartier du ,marais1 fondeur ,belleville1 ouvrier en meubles ,charonne et au faubourg ,saint-,antoine1 derechef manuvre aux ateliers du chemin de fer ,saint-,pierre-des-,corps1 bniste ,tours1 mineur ,lens et ,saint-tienne1 derechef tisserand ,cholet1 mtallurgiste au ,mans1 chaudronnier ,nantes4 ,partout1 il a vcu exclusivement de son salaire1 log dans les maisons qu'occupent les proltaires1 mang dans leurs restaurants1 assist leurs runions politiques et autres4 ,il s'est assis auprs d'eux dans les cinmas et les thtres qu'ils frquentent4 ,il a pris part leurs discussions dans les syndicats4 ,bref1 pendant des annes1 il s'est assimil de la faon la plus complte1 tous les lments de leur existence1 au point de vue matriel comme au point de vue intellectuel1 au point de vue social comme au point de vue de la religion4 ,il a condens les rsultats de ces multiples enqutes dans une douzaine de volumes dont l'ensemble constitue le plus prcieux amas de documents sur la vie ouvrire au commencement du ,x,xe sicle#ae4 ,les conclusions que ,m4 ,valdour en tire ne sont pas de nature satisfaire les partisans du suffrage universel ni les admirateurs de l'enseignement laque4 ,catholique pratiquant1 il constate les ravages produits dans le peuple par l'incroyance rige en systme et il en donne des exemples--terribles4 ,le mot n'est pas trop fort4 ,suprieurement dou pour l'observation des murs et des coutumes1 possdant de rels dons d'crivain1 il voque1 en une srie de tableaux d'une rare intensit1 l'anarchie industrielle o nous maintient cette dmocratie parlementaire qui n'est1 en somme1 qu'une lutte d'apptits sans vergognes sous le despotisme des ploutocrates qui sont les matres actuels du monde4 #ae ,les deux derniers publis ont pour titre3 ,la menace rouge et ,le ,glissement 7#b vol4 ditions de la ,gazette franaise1 #aibf74 ,la lecture rflchie des livres de ,m4 ,valdour--vingt fois plus intressante1 mon avis1 que celle de la plupart des romans dont s'encombrent les vitrines des libraires--fournit largement de quoi mditer aux esprits assez mancips pour reconnatre que la ,bourgeoisie1 matresse du pouvoir depuis la ,rvolution1 a chou dans sa tentative de construire un tat social conforme la justice1 parce qu'elle limina ,dieu de sa politique1 parce qu'elle remplaa l'autorit traditionnelle par la concurrence des mdiocres et des bavards de carrire pour l'exploitation des pauvres et des humbles4 ,ayant donc lu et relu l'uvre de ,m4 ,valdour1 tant de plus fort enclin prfrer le ,populaire au ,bourgeois1 j'ai assembl pas mal de notes d'aprs ses tudes et d'aprs mes expriences personnelles4 ,j'en donne1 ci-dessous1 quelques-unes4 99 99 99 99 99 ,il y a peu1 je relisais les ,sermons de ,bossuet1 en particulier1 celui qui porte ce titre3 ,sermon sur l'minente dignit des pauvres dans l'glise#af et j'en avais l'me toute remue parce que j'y trouvais expos1 de la faon la plus probante1 le privilge surnaturel du pauvre1 du simple et1 par consquent1 de l'ouvrier manuel auprs de ,notre-,seigneur4 ,bossuet le prcise trs nettement ds son exorde3 #af ,on le trouvera dans ce volume3 ,choix de sermons de ,bossuet1 dition critique par ,e4 ,,gandar4 ,on vient de clbrer le tricentenaire de ,bossuet4 ,a cette occasion1 un grand nombre d'articles furent publis et l4 ,un des plus remarquables est celui de ,m4 ,gabriel ,,brunet 7,mercure de ,france1 n du #a;er octobre #aibg74 ,la ,mystique du grand vque y est expose avec clairvoyance4 ,en voici la conclusion3 ,la religion a impos ,bossuet la plus troite limite1 mais1 en le plaant immdiatement dans une voie de certitude1 elle lui a permis le plus extraordinaire enrichissement1 l'abri mme de cette limite4 ,elle lui a permis d'tre en mme temps une personnalit sans moi et la plus complte personnalit totalisante et synthtique1 largie jusqu' l'universalit4 ,la plante humaine a des moyens bien diffrents de s'panouir4 ,en ,bossuet s'atteste la manire dont un homme aux inclinations multiples peut se raliser dans l'harmonie2 l'ampleur et la puissance au moyen de la religion4 ,l'glise1 cette cit merveilleuse1 dont ,dieu mme a jet les fondements1 a ses lois et sa police par laquelle elle est gouverne4 ,mais comme ,jsus-,christ1 son instituteur1 est venu au monde pour renverser l'ordre que l'orgueil y a tabli1 de l vient que sa politique est directement oppose celle du sicle1 et je remarque cette opposition principalement en trois choses4 ,premirement1 dans le monde1 les riches ont tout l'avantage et tiennent les premiers rangs4 ,dans le royaume de ,jsus-,christ1 la prminence appartient aux pauvres qui sont les premiers-ns de l'glise et ses vritables enfants4 ,secondement1 dans le monde1 les pauvres sont soumis aux riches et ne semblent ns que pour les servir4 ,au contraire1 dans la sainte glise1 les riches n'y sont admis qu' la condition de servir les pauvres4 ,troisimement1 dans le monde1 les grces et les privilges sont pour les puissants et les riches et les pauvres n'y ont de part que par leur appui4 ,au contraire1 dans l'glise de ,jsus-,christ1 les grces et les bndictions sont pour les pauvres et les riches n'ont de privilge que par leur moyen4 ,ainsi cette parole de l'vangile1 que j'ai choisie pour mon texte1 s'accomplit dj ds la vie prsente3 les premiers sont les derniers et les derniers sont les premiers1 puisque les pauvres1 qui sont les derniers dans le monde1 sont les premiers dans l'glise2 puisque les riches1 qui s'imaginent que tout leur est d et qui foulent aux pieds les pauvres1 ne sont dans l'glise que pour les servir2 puisque les grces du ,nouveau ,testament appartiennent de droit aux pauvres et que les riches ne les reoivent que par leurs mains4 ,un peu plus loin1 utilisant une comparaison emprunte une homlie de saint ,jean ,chrysostome1 ,bossuet renforce encore son ide et la souligne4 ,il dit3 ,il n'appartenait qu'au ,sauveur et la politique du ciel de nous btir une ville qui ft vritablement la ville des pauvres4 ,cette ville1 c'est la ,sainte glise444 ,les riches1 je ne crains point de le dire1 tant de la suite du monde1 tant1 pour ainsi dire1 marqus son coin1 n'y sont soufferts que par tolrance et c'est aux pauvres1 qui portent la marque du ,fils de ,dieu1 qu'il appartient proprement d'y tre reus4 ,prononant ces paroles1 il soulignait la prminence que ,notre-,seigneur accorde aux pauvres1 ,lui qui travailla1 comme charpentier1 dans l'atelier de saint ,joseph1 ,lui qui choisit ses aptres principalement parmi des pcheurs gagnant leur pain au jour le jour1 ,lui dont le disciple le plus relev comme condition sociale1 saint ,matthieu n'tait qu'un petit employ de l'octroi4 ,a ces humbles qu'il avait choisi pour annoncer le ,royaume de ,dieu1 ,il prodigua les splendeurs de sa ,grce et ,il leur donna l'investiture le jour o les yeux levs vers son ,pre1 ,il s'cria3 ,gloire toi1 ,seigneur du ciel et de la terre1 parce que tu as cach ces choses aux prudents et aux sages selon le monde et que tu les a rvles aux petits6 ,ainsi donc1 point d'quivoque possible3 qui veut mriter de connatre1 ds ici-bas1 le ,royaume de ,dieu doit tre pauvre1 doit1 tout au moins1 se rendre pauvre en esprit4 ,mais si le monde garde pour lui quelque prestige1 il ne franchira point les limites de cette ,terre promise o s'panouissent les roses lumineuses de l'amour de ,dieu4 ,toute l'histoire1 depuis la venue du ,rdempteur1 donne le spectacle des tentatives de l'homme baptis pour concilier1 en son me1 les attraits du monde avec les prceptes de ,jsus-,christ4 ,de nos jours o un paganisme effectif reconquiert la socit1 les enseignements de l'glise apparaissent beaucoup1 qui les rptent d'une lvre machinale1 comme des formules sans application pratique1 mais dont il est convenu qu'elles font partie d'une bonne ducation4 ,de l1 le pharisasme qui s'tale dans les murs de la ,bourgeoisie dite bien pensante4 tre bien pensant c'est se forger une sorte de religion htroclite o le souci de se conformer au sicle entre en balance avec celui de plaire ,dieu4 ,or le propre du prsent sicle1 c'est le culte exclusif de la fortune et la recherche des moyens de l'acqurir rapidement4 ,le bien-pensant n'y contredit pas4 ,mais1 d'autre part1 il entend garder les apparences4 ,de sorte que1 se montrant1 en fait1 tout aussi dur de cur que n'importe quel bourgeois mal-pensant1 il feint parfois l'amour des pauvres4 ,en ralit1 il les mprise et il s'en carte avec sollicitude4 ,on pourrait multiplier les exemples de cette aversion devenue tout instinctive4 ,en voici un qui me fut rapport1 il n'y a pas trs longtemps1 par un bon prtre de mes amis4 ,celui-ci venait d'tre nomm cur d'une paroisse comprenant1 pour la plus grande part1 des artisans et des ouvriers de fabriques4 ,on y comptait1 cependant1 quelques familles de rentiers passablement cossues4 ,or il ne tarda pas remarquer que1 quoique pratiquantes1 celles-ci s'abstenaient de frquenter son glise4 ,par exemple1 la grand'messe du dimanche ne runissait gure qu'une assemble de proltaires4 ,il s'tonna1 il s'informa et il dcouvrit que ses paroissiens d'origine bourgeoise prfraient se rendre aux offices clbrs dans l'glise d'un quartier assez loign mais o les gens hupps de la ville avaient coutume de se rencontrer4 ,a juste titre1 cette faon d'agir le choqua4 ,il fit des observations qui furent reues trs froidement4 ,on ne les releva point mais on se garda d'en tenir compte4 ,comme il les renouvelait auprs d'une dame qui passait1 dans l'endroit1 pour l'arbitre des lgances1 elle lui rpondit textuellement ceci3--,voyons1 ,m4 le cur1 vous admettrez bien que nous vitions certains voisinages et que1 pour la messe1 nous choisissions une glise o nous sommes srs de ne nous trouver en contact qu'avec des personnages de notre classe6444 ,inutile1 je suppose de commenter cette dclaration4 ,elle rsume tout un tat d'me4 ,elle fait saisir pourquoi les bien-pensants ne sont soufferts que par tolrance1 comme dit ,bossuet1 dans la ,sainte glise et pourquoi ils demeurent jamais rfractaires aux embrasements de l'amour divin444 ,,note ,il ne faut pas gnraliser l'excs4 ,grce ,dieu1 il existe dans toutes les classes de la socit des mes admirables qui chrissent la ,sainte ,pauvret4 ,celles-l recherchent les humbles et trouvent leur joie les conduire par les chemins qui montent en paradis4 ,je pense1 en crivant ces lignes tels groupements d'apostolat que n'empoisonne pas la politique et o l'on respecte les pauvres4 ,ainsi l'association qui s'intitule3 ,pcheurs d'hommes4 ,si l'on veut se rendre compte de l'esprit qui l'anime1 qu'on lise le livre si substantiel et si vanglique de ,m4 ,jabouley3 ,autour des idoles 7#a vol4 chez ,aubanel74 99 99 99 99 99 ,un des livres les plus mouvants de ,m4 ,valdour c'est celui qu'il consacra aux ,mineurs et particulirement la seconde partie o il dcrit son labeur et ses souffrances dans une mine de charbon de ,saint-tienne4 ,nulle dclamation d'ailleurs4 ,c'est force d'accumuler les petits faits significatifs1 c'est en notant les propos de l'quipe dont il fit partie que ,m4 ,valdour russit nous donner cette impression de vracit absolue qui se dgage de son uvre4 ,je citerai une page qui fera saisir sa manire et qui me fournira en outre la conclusion que je veux donner ce trop bref aperu touchant la vie ouvrire3 ,mes camarades ne se font aucune ide du plaisir que le travail peut procurer par lui-mme4 ,cela tient1 bien sr1 ce qu'ils ne connaissent que le travail dnu d'agrment1 la rude tche matrielle o le corps s'use1 o l'me s'teint1 l'effort physique sans idal1 sans esprance4 ,dj1 aprs une semaine passe dans la mine1 je me sens comme prisonnier jamais de ma nouvelle vie4 ,elle ne m'ouvre aucune perspective vers la possibilit du mieux4 ,il me semble que je suis riv pour toujours ma dure et obscure condition4 ,les sommets de la socit1 mme ses rgions moyennes1 m'apparaissent comme quelque chose d'tranger1 de lointain1 d'inaccessible4 ,et quand1 du fond du trou noir o je peine ou de la chambrette misrable et entoure de misre o je me repose avant de retourner au puits1 je pense ceux que j'ai quitts et au cadre heureux o j'ai vcu1 cette vocation n'est plus pour moi que celle d'un vain rve dont il ne me parat pas que je puisse jamais plus connatre la ralit4 ,en remontant la surface1 mes compagnons de cage se prennent se dire mutuellement leur ge3 quarante-cinq ans444 cinquante-trois ans444 ,l'un d'eux1 comme s'il sentait fuir jamais un beau rve1 soupire3 ,c'est tout de mme vite pass la vie444 ,et l'on ne sait toujours pas pourquoi l'on a vcu6 ,mais mon voisin1 dissipant violemment l'aspiration trs haute qu'enveloppait ce regret d'tre rest dans l'ignorance de la rponse l'nigme de sa propre existence1 mon voisin s'crie3 ,pourquoi8 ,mais1 farceur1 c'est pour gagner des millions aux autres6444 ,nous1 il nous faut toujours peiner pour gagner tout juste de quoi manger6 ,et a n'est pas nous qui buvons le meilleur vin6444 ,un silence douloureux retombe sur notre groupe444 ,nous devons vivre pour boire le meilleur vin6 ,et cette philosophie du paradis sur terre les plonge dans le dsespoir444 ,quel symbole celui qu'voque cette apparition de pauvres tres perdus dans les tnbres d'une nuit dsormais sans toiles6 ,ils se lamentent1 ils se rptent que1 jusqu' la fin de leur existence1 il leur faudra s'puiser pour le pain quotidien sans autre diversion que1 de loin en loin1 une orgie brutale o ils s'efforceront d'oublier qu'ils possdent une me444 ,prisonniers d'un souterrain dont on boucha toutes les issues vers la lumire du ciel1 vous me reprsentez le peuple tel que l'a voulu l'esprit de la ,rvolution4 ,plus de ,dieu mais1 sa place1 un matrialisme opaque1 des intelligences dvoyes1 des murs corrompues1 la rage et la rvolte dans tous les curs4 ,vous aviez une socit aux assises fermes et qui1 malgr ses vices1 se tenait unie sous le signe de la ,croix4 ,vous1 bourgeois qui vous rclamez des prtendus ,droits de l',homme1 vous l'avez dtruite et vous l'avez remplace par une poussire d'individus sans consistance relle et qui tourbillonnent au souffle du ,dmon4 ,et c'est ce que les sophistes aveugles qui nous mnent appellent le ,progrs6444 ,ceux d'entre les catholiques1 pour qui la foi en ,jsus-,christ se manifeste autrement que par une pratique machinale et strile1 se rendent compte que ce ne sont point les subterfuges et les intrigues de politiciens trop confiants dans la nature humaine qui retarderont l'avnement de l',antchrist4 ,ames d'oraison1 ils tournent leurs regards vers les abmes radieux o rside le ,surnaturel4 ,une voix fatidique en mane qui leur crie3--,,la ,,france ,a ,,besoin ,,de ,,saints444 ,oui1 la ,france a besoin de ,saints6444 ,et1 comme l'a dit ,lon ,bloy au dernier chapitre de ce beau livre3 la ,femme pauvre1 il n'y a qu'une tristesse1 c'est de n'tre pas des ,saints6444 ,,lectures ,,pr,f,r,,es ,mon ,dieu1 donnez-moi afin que je vous donne et que j'acquitte ainsi une faible partie de ma dette envers vous4 ,,saint ,,augustin3 ,confessions ,,xi4 ,la littrature c'est trs bien et je ne m'en dsintresse pas puisque1 la requte de quelques amis1 je viens de donner mon sentiment sur un certain nombre de volumes rcemment publis4 ,mais combien je prfre les ouvrages o il n'est parl que de ,dieu et de son action sur les mes6 ,je l'ai dit dans ,jusqu' la fin du monde3 ,rien n'a d'importance hormis la ,sainte ,trinit4 ,cet axiome rgit ma vie ultrieure1 inspire mes jugements et mes actes4 ,ceux qui ne l'admettent pas ne saisiront jamais totalement la signification de mes critures4 ,il y a d'abord mes lectures quotidiennes1 celles o1 trs loin de la gent-de-lettres et de ses vaines rumeurs1 j'entretiens mon got de l'oraison contemplative dans la solitude et le silence3 ,livres chris1 je vous garde sans cesse porte de ma main3 vangiles1 ptres de saint ,paul1 ,imitation1 uvres de sainte ,trse et de saint ,jean de la ,croix1 trait d'asctisme de ,ribet4 ,en tous1 j'ai trouv l'aliment ncessaire ma souffrance joyeusement consentie1 mes sources de prire et l'objet capital de ma mditation4 ,parfois1 telle phrase lue au rveil se traduit en images dont la splendeur m'absorbe tout un jour4 ,parfois elle se dveloppe en un enchanement d'ides imprvues moins qu'elle ne se concentre en de vastes symboles o rayonne ce ,soleil incomparable3 l'amour de ,dieu4 ,oui1 grce vous1 livres essentiels1 je m'absorbe en cette atmosphre transparente et lumineuse o rside le ,seigneur ,jsus3 le centre mme de l'me prise de ,lui seul4 ,plein de misricorde pour le voyageur fatigu1 il m'y rvle les secrets de sa tendresse ineffable1 il me promne parmi les floraisons du jardin merveilleux1 son royaume ici-bas1 qui prfigure les ,jardins ternels6444 ,mais taisons-nous3 ces choses ne peuvent tre exprimes par les mots maladroits dont usent nos pauvres dialectes humains4 ,bonum est sacramentum ,christi ,regis abscondere444 ,et maintenant1 amis1 je vous parlerai de trois ou quatre volumes o j'ai trouv de quoi satisfaire notre commune prdilection pour les choses de ,dieu et de son glise4 ,les lignes qui vont suivre ne contiendront ni des analyses dveloppes ni de la critique proprement dite4 ,ce sera simplement l'cho en moi des musiques qu'veillrent dans quelques mes de bonne volont la joie de dnombrer maints serviteurs du ,bon ,matre et de les suivre loin de l'poque imbcile o la plupart de nos contemporains s'affairent paver1 sabler1 fleurir la voie que fouleront bientt l',antchrist et ses cortges casqus d'or infernal4 99 99 99 99 99 ,,des ,,saints4--,la pauvre humanit1 toujours encline s'embourber dans les marcages de la vie sensuelle1 perdrait compltement l'habitude de lever les yeux vers le ciel s'il n'y avait les ,saints pour lui rappeler qu'elle a autre chose faire ici-bas que de fournir d'esprits immondes les troupeaux de porcs du pays de ,grasa4 ,les ,saints1 par l'exemple1 par la parole1 par la foi lumineuse qu'ils rpandent autour d'eux1 suscitent les courants purificateurs qui empchent l'glise de s'assoupir dans la routine4 ,ils sont les vhicules fulgurants du ,paraclet4 ,ils sont les surhommes qui nous rapprennent sans cesse vouloir la volont de ,dieu4 ,contemplatifs appliquant la loi de rversion1 souffrants rivs ,jsus-,christ dans la ,voie douloureuse comme au ,golgotha1 fondateurs d'ordres1 aptres de la pnitence1 clairons infatigables du ,verbe incarn1 hros de la guerre sans armistices1 sur ses champs de bataille de l'me o ,satan rallie ses milices1 eux seuls doivent tre exalts en opposition avec ces prtendus gnies dont le sicle athe se targue--les choisissant de prfrence parmi ceux qui harent ,notre ,seigneur4 ,depuis quelques annes1 parmi les catholiques1 certains ont commenc comprendre qu'il est plus efficace de chercher une direction chez les ,saints que de compulser les recettes graillonneuses o se dpense l'astuce des gargotiers de la politique bien pensante4 ,on a publi et l'on publie des ,vies de ,saints1 et plusieurs y ont rcupr--pour le plus grand bien de leur me--le sens du ,surnaturel4 ,tels les deux volumes o une trentaine d'crivains runis par ,m4 ,gabriel ,mourey ont rsum la ,vie et les uvres de quelques grands ,saints#ag4 ,trente1 c'est beaucoup et l'on ne me croirait pas si j'affirmais que tous montrrent de la transcendance traiter le sujet qui leur tait confi4 ,pour ne chagriner personne1 n'tablissons point de palmars et contentons-nous de dire que1 dans cette galerie de portraits1 on en distingue une dizaine qui tranchent bellement sur l'ensemble4 ,l'un m'a particulirement retenu1 c'est le ,saint ,jean de la ,croix sign de ,m4 ,maurice ,brillant4 ,celui-ci a parfaitement rsum la vie de ce premier lieutenant de sainte ,trse pour la rforme des ,carmes et des ,carmlites4 ,il a vu toute la porte de cette alliance entre une femme de gnie et un thologien combl de grces exceptionnelles et qui tait en outre un admirable pote4 ,il crit3 #ag ,la ,vie et les uvres de quelques grands ,saints1 #b vol4 ,librairie de ,france4 ,j'avais accept d'y donner une tude sur sainte ,trse d',avila1 grande ,reine de la ,mystique1 qui je dois tant4 ,je n'ai pu tenir parole1 le mal qui me tient m'ayant empch de la mettre au point pour la date fixe4 ,la rencontre des deux plus illustres mystiques de l',espagne1 le premier entretien de cette femme de cinquante-deux ans1 riche d'expriences intrieures et qui a compltement unifi sa discipline avec le jeune moine inconnu de vingt-cinq ans1 mais qui1 mr de bonne heure1 a rassembl lui-mme ses ides directrices et sait o il va1 le contrat moral pass entre ces deux grandes mes1 diffrentes la vrit1 semblables toutefois1 sinon toujours par le chemin parcouru1 du moins par le terme o elles aboutissent et par la mme vie d'union profonde avec ,dieu--cette rencontre1 voil videmment une date des plus mouvantes dans l'histoire spirituelle de l'humanit4 ,une petite rserve3 ,m4 ,brillant1 au cours de cette tude d'ailleurs si substantielle1 n'a peut-tre pas suffisamment marqu qu'au cours de leurs luttes pour la rforme du ,carmel1 c'est sainte ,trse qui garde le sens le plus net de la ralit4 ,a travers les contradictions et de cruelles perscutions1 elle va son chemin1 disant ce qu'il faut dire au moment voulu1 se taisant propos et laissant passer1 avec sang froid1 les houles de la calomnie horriblement dchane contre elle4 ,l1 comme durant toute son existence1 elle est la fois intensment humaine et intensment surnaturelle4 ,saint ,jean de la ,croix1 en butte la haine des ,mitigs qui l'emprisonnent et le maltraitent1 se montre plus rfractaire aux circonstances4 ,pote infiniment sensible1 pour rsister la tempte1 il lui faut se raidir et son effort se sent jusque dans ses crits de cette poque4 ,en somme1 ici comme toujours1 sainte ,trse reste le ,matre et saint ,jean de la ,croix1 le disciple4 ,ce dont il faut louer sans rserves ,m4 ,maurice ,brillant c'est de son analyse des uvres de saint ,jean de la ,croix et particulirement de la ,monte du ,carmel et du ,cantique spirituel4 ,la place lui tant mesure1 il ne lui tait pas facile d'voquer en quelques paragraphes1 la profusion de penses et de sentiments tout embrass d'amour divin que contiennent ces incomparables pomes4 ,il a pourtant russi en condenser l'essentiel dans les lignes suivantes que j'ai plaisir citer presque intgralement3 ,rien n'est beau dans l'histoire de la ,mystique1 rien n'est mouvant comme cette ascension en ligne droite1 toute d'un lan1 d'un lan volontaire1 conscient et contrl qui n'en monte que plus haut et avec plus de force1 sans crainte1 sans dviation1 sans repentir444 ,et que dire1 pour aller plus avant1 du drame intrieur1 humain et divin que rvlent ces textes denses et nerveux et qui nous plaira encore par son pathtique sans dclamation1 ardent et concentr1 fait non de mots mais de chair et de sang et toutefois1 sous la rudesse mme1 frmissant d'une si merveilleuse tendresse et d'un amour quoi nul amour de la terre n'osera se mesurer4 ,enfin1 voici le pote1 voici justement1 la gerbe de fleurs parant l'obscure cellule1 clairant l'ombre o combat ce dur mystique4 ,voici la source chantant sous les verdures1 oasis inattendue parmi les pres rochers2 c'est l'enchantement de la musique1 cette musique1 nous le savons1 qu'aimait saint ,jean de la ,croix1 comme l'aimait sainte ,trse1 comme l'aiment tous les ,carmels444 ,c'est toute la nature asservie un rle divin1 avec la multitude panouie des images chatoyantes1 sductrices1 barioles qui se pressent pour exprimer le grand amour dont brle le cur du pote1 toute la beaut du monde phmre jete sous les pas du ,dieu qui ne change point4 ,ceux qui font des uvres de saint ,jean de la ,croix un des aliments quotidiens de leur me--c'est le cas de celui qui crit ces lignes--sauront le plus grand gr ,m4 ,maurice ,brillant1 d'avoir si bien compris le grand pote du ,carmel4 99 99 99 99 99 ,l',,toile ,d',,avila4--,la vie intrieure est comme un ciel tout fleuri d'toiles miraculeuses4 ,mais1 parmi ces astres que suscite l'oraison1 il en est dont l'me contemplative distingue le rayonnement personnel au sein de cette vote embrase o elle dploie son essor4 ,sainte ,trse1 tu me fus l'toile1 radieuse entre toutes1 ds la premire minute o ton uvre m'a t rvle4 ,il y a vingt-deux ans4 ,j'avais communi1 pour la premire fois de ma vie1 trois semaines auparavant4 ,c'est tout au plus si j'avais appris mon catchisme et les traits1 par trop didactiques1 o je m'efforais de m'instruire davantage m'alourdissaient l'intellect sans m'clairer4 ,d'aventure1 une dame me fit cadeau de la vie de la ,sainte crite par elle-mme4 ,cela ne la privait d'ailleurs pas beaucoup car elle dclarait n'y comprendre goutte4 ,mais1 parce que l',esprit souffle o il veut1 moi1 chtif dbutant1 l'ore de la voie troite1 j'en reus une illumination instantane et dont le souvenir persiste en moi comme si l'vnement avait eu lieu tout l'heure4 ,je revois le coin de fort dor d'automne o j'ouvris le volume1 le rocher feutr de mousse gristre o1 tout dfaillant de stupeur admirative1 mes jambes ployant sous moi1 je dus m'asseoir afin de poursuivre ma lecture4 ,je n'avais pas besoin de raisonner les phrases qui me passaient sous les yeux4 ,je voyais ce que me dcrivait sainte ,trse4 ,et les images qu'elle faisait natre en mon esprit m'absorbaient si fort que c'est seulement la nuit tombante1 quand il me devint impossible de distinguer l'imprim1 que je repris conscience du monde extrieur444 ,depuis cette aprs-midi de novembre #aijf1 sainte ,trse a t la grande institutrice de mon me4 ,si certains de mes crits ont ramen ,dieu quelques gars1 c'est aux lumires qu'elle m'obtint que je le dois1 c'est son intercession infiniment bienfaisante que je dois aussi tre devenu un allgre pionnier de souffrance sur le chemin qui monte vers ,notre-,seigneur en croix4 ,c'est pourquoi je suis heureux chaque fois que se publie un nouvel ouvrage o celle qui ouvrit1 plus que quiconque1 le royaume tout en flammes adorantes de la vie unitive aux contemplatifs est explique par des mes d'oraison1--couronne par des mains expertes4 ,cette joie nous fut procure il n'y a pas trs longtemps par le livre de ,m4 l'abb ,hoornaert3 ,sainte ,trse crivain1 7#a vol4 chez ,descle7 et nous venons encore de la ressentir par celui de ,m4 ,louis ,bertrand3 ,sainte ,trse 7#a vol4 chez ,fayard74 ,est-il besoin de rappeler que ,m4 ,bertrand est l'auteur d'un ,saint ,augustin o la psychologie de la conversion d'une grande me est analyse avec lucidit8 ,et quel est le catholique1 dou du sens de la beaut mystique1 qui n'admire cet admirable rcit du temps des premires perscutions3 ,sanguis martyrum8 ,j'y sais un chapitre1 les mineurs du ,christ1 o l'ineffable prdilection de ,notre-,seigneur pour ceux qui l'attestent parmi les tourments prend une valeur d'vidence4 ,certes1 on doit dire1 sans crainte de se tromper1 que ,m4 ,louis ,bertrand est un des trs rares crivains qui galent quelquefois ce matre du roman religieux la fin du ,x,i,xe sicle et au commencement du ,x,xe3 ,robert-,hugh ,benson4 ,aussi1 nous les ,carmlitains1 ne fmes-nous nullement tonns quand nous le vmes russir1 avec tant de clairvoyance1 l'expos des tats d'me de notre mre vnre et chrie3 sainte ,trse d',avila4 ,j'ai l un monceau de notes prises au cours des lectures ritres que je fis de ce volume4 ,ne pouvant les dvelopper toutes1 je veux au moins en transcrire deux ou trois4 ,dans son ,prologue1 ,m4 ,bertrand1 parlant des adeptes de la science athe qui braqurent sur sainte ,trse leurs bsicles aux verres opaques1 crit ceci3 ,c'est un des spectacles les plus bouffons et les plus affligeants qui soient que de voir certaines mains grossires toucher des mes de saints4 ,aprs tant de msaventures pitoyables1 il devrait tre dsormais entendu que la saintet n'est pas du ressort de la science4 ,il n'y a de science positive que de ce qui se compte ou de ce qui se mesure4 ,or on ne compte pas1 on ne mesure pas l'me des saints ni d'ailleurs aucune me444 ,et c'est ainsi que toute la littrature pseudo-mdicale qui a t crite sur sainte ,trse--avec la prtention de ramener ses tats mystiques des cas pathologiques--est ct de la question1 sans compter qu'elle rebute par son paisseur et sa vulgarit de pense4 ,que ces mdecins-l se dcident laisser sainte ,trse tranquille3 c'est bien assez que leurs pareils aient failli la tuer quand elle tait de ce monde444 ,c'est pourtant vrai qu'il a t publi force sottises soi-disant scientifiques sur sainte ,trse4 ,et lorsque parut le livre de ,m4 ,bertrand1 certains critiques1 de tradition voltairienne1 ne manqurent pas de les rappeler en prenant des airs doctement avertis4 ,pour moi1 il y a longtemps que j'tais fix quant l'inanit des rveries de ,charcot et autres dsquilibrs du matrialisme touchant la voyante du ,chteau intrieur4 ,mditant sur les maux dont elle fut accable durant sa jeunesse et dont quelques-uns persistrent toute sa vie1 frapp de la prcision qu'elle mit les dcrire je m'tais dit3--,plus j'y pense1 plus je souponne que les souffrances de sainte ,trse avaient une origine paludique4 ,ce n'tait pas sans motif que je m'ancrais dans cette conviction car le paludisme1 je le connais fort bien--et pour cause4 ,je fis part de mes conjectures un thologien de mes amis1 des plus verss dans les tudes carmlitaines4 ,ce prtre me dclara qu'il partageait mon opinion4 ,et afin de m'y confirmer1 il me prta un numro des ,annales de philosophie chrtienne portant la date de juin #ahif et contenant un article du docteur ,goix o le cas de sainte ,trse est examin selon une perspicacit et une comptence auxquelles il faut rendre les armes4 ,dans cette minutieuse tude1 le docteur ,goix dmontre que les signes diagnostiques des maladies nerveuses font absolument dfaut chez sainte ,trse4 ,il prouve ensuite que la fivre quarte paludenne1 endmique ,avila et dans la rgion a certainement prouv la sainte et que ses accs suffisaient expliquer les vicissitudes de son tat sanitaire4 ,il conclut3 ,ses crises rappellent1 trait pour trait1 la forme comateuse de la fivre intermittente paludenne1 telle qu'elle s'observe encore notre poque4 ,tous les dtails donns par la rformatrice du ,carmel se retrouvent dans nos observations d'aujourd'hui4 ,sainte ,trse ne fut donc pas une hystrique4 ,c'est une conclusion scientifique d'une porte indiscutable4 ,je livre bien volontiers la rfrence ,m4 ,bertrand avec le dsir qu'elle lui soit utile pour un appendice une dition subsquente de son beau livre4 ,maintenant voici que1 feuilletant nouveau ces pages1 je remarque la nettet et la clart avec lesquelles ,m4 ,bertrand est parvenu exposer l'ascension en ,dieu de sainte ,trse et dsigner les points culminants de sa contemplation4 ,par l se dcle sa connaissance des grces d'oraison et1 en outre1 les qualits solides de son art1 tout en prcision latine4 ,quel contraste avec les bafouillages troubles de tant d'autres6 ,pour citer1 l'on n'a que l'embarras du choix4 ,voici1 par exemple1 les lignes o il rsume l'panouissement total de la saintet chez ,trse arrive la consommation du marinage spirituel c'est--dire cette septime demeure dont elle-mme a dit1 en langage sraphique1 les merveilles3 ,d'abord1 un entier oubli de soi-mme4 ,devenue l'pouse du ,christ1 l'me n'a plus d'autre souci que le service de l'poux4 ,travailler pour sa gloire1 voil dsormais toute sa vie3 ,occupe-toi de mes affaires1 dit le ,seigneur sa servante1 je m'occuperai des tiennes4 ,et ainsi elle n'a plus d'autre dsir que de ptir pour ,lui4 ,elle n'aspire plus aux grces et aux consolations du dbut1 toutes ces douceurs que ,dieu accorde l'me novice pour l'engager et l'entraner dans les voies spirituelles4 ,elle sait maintenant que la vraie voie c'est la voie de la douleur--le chemin de la ,croix4 ,c'est pourquoi elle ne s'effraie plus de souffrir4 ,les perscutions mmes lui causent une grande joie4 ,au milieu de ses tribulations et de ses preuves1 la certitude d'tre constamment unie ,dieu lui suffit et1 d'avance1 elle est satisfaite de tout ce qu'il plat l'poux d'ordonner pour elle4 ,elle ne souhaite plus de mourir mais seulement de souffrir4 ,maintenant elle consentirait vivre plusieurs existences et mme des existences sans fin1 uniquement pour se sacrifier1 pour que ,dieu soit plus aim1 plus lou1 mieux servi4 ,absorbe par le soin du service1 elle n'prouve plus ni scheresses ni peines intrieures1 ,dieu tant toujours prsent en elle et1 en quelque sorte1 sous-entendu dans ses moindres paroles et dans ses moindres actions4 ,si1 par hasard1 elle pouvait l'oublier un instant1 ,dieu se rappellerait aussitt sa conscience1 en excitant dans la partie la plus tendre de son me1 un vif lan d'amour4 ,les extases et les ravissements lui sont devenus inutiles4 ,tous ces mouvements imptueux se font en elle de plus en plus rares4 ,a prsent le corps et l'me sont capables de supporter sans flchir les plus hautes faveurs4 ,l'union mystique apporte l'pouse une srnit peu prs inaltrable3 ce qui caractrise cet tat suprme1 c'est le repos admirable dont l'me jouit4 ,j'ai tenu reproduire intgralement ce tableau1 dessin et peint avec tant de prcision1 parce qu'on y trouve l'idal o nous tendons1 nous1 les plerins du ,carmel que ,notre-,seigneur prdestina aux embrasements de ,son ,amour par la souffrance1 nous qui avons appris de celle qui fut initie ses plus profonds secrets le dtachement des choses prissables1 nous qui rptons avec elle parce que nous le sentons comme elle3 ,ce sont les vivants de la vie spirituelle qui me paraissent les vrais vivants4 ,tout le reste est un songe et ceux qui vivent de la vie de la terre me semblent tellement morts que le monde entier n'offre mes yeux aucune compagnie4 ,tout ce que je vois par les yeux du corps me parat un simulacre4 ,au contraire1 ce que je vois avec les yeux de l'me1 c'est la vraie ralit1 la seule que je dsire--mon ,jsus6444 ,pour finir1 une critique ou plutt un regret3 la dernire partie du volume ne se rattache gure ce qui prcde4 ,brusquement1 ,m4 ,bertrand passe des splendides tats d'me qu'il vient de nous dcrire1 selon les rgles les plus exactes de la ,mystique1 un bref rsum de l'action trsienne sur les contemporains et aux rapports de la sainte avec ,philippe ,,ii4 ,on attendait autre chose1 par exemple un rcit de la vie active de la sainte d'aprs ce document incomparable3 le ,livre des ,fondations4 ,il y a l matire un second volume qui complterait le travail de ,m4 ,bertrand4 ,on veut esprer qu'il l'crira4 ,il possde tout ce qu'il faut pour que ce livre soit un chef-d'uvre3 99 99 99 99 99 ,,un ,t,,moignage4--,qu'une tertiaire dominicaine se risque donner un aperu de l'ordre dont elle relve1 cela semblera peut-tre quelques-uns une entreprise passablement tmraire4 ,c'est pourtant ce que vient de tenter ,mlle ,rene ,zeller#ah4--,le prfacier avait formul cette crainte3 ,que vont dire1 demande-t-il1 les gens grincheux8 ,une femme dcrire la vie d'un ordre religieux1 viril entre tous6 ,une vie que l'on n'a pas soi-mme mene6 ,quelle autorit et1 par suite1 quelle confiance8 ,aussi m'a-t-il sembl que ce qu'on me demandait c'tait d'inscrire1 au lieu d'une prface1 mon nom prcd de quelques mots qui diraient3 pour copie suffisamment conforme4 ,c'est ce que je fais mais sans limitation et sans rticence4 ,un peu plus loin1 il ajoute3 ,l'auteur a longuement frquent l'me chaude et fleurie du bienheureux ,henri ,suzo4 ,a sa suite1 il a rpandu1 travers son uvre1 une ardeur et un souffle printanier qui n'en altrent pas le contenu4 ,les mes austres qui liront ce livre n'oublieront pas que les fleurs ne font pas injure aux fruits2 que l'motion sincre ne porte pas atteinte la vrit4 #ah ,rene ,,zeller1 ,la vie dominicaine1 prface du ,p4 ,mandonnet ,o4 ,p4 7#a vol4 chez ,grasset74 ,pour moi j'avais confiance4 ,ouvrant le volume1 je me remmorais que ,mlle ,zeller avait prouv prcisment par les travaux qu'elle consacra au grand contemplatif ,henri ,suzo que son talent unissait le sentiment des ralits de l'histoire au sens des ralits mystiques4 ,je n'ai pas t du4 ,il y a dans ce livre3 la ,vie dominicaine de quoi intresser et instruire non seulement les familiers de l'ordre mais encore tous ceux qui savent que1 parmi l'ocan de folies dont l'humanit docile au ,diable submerge la cration1 maints lots o la sagesse aime se rfugier s'appellent3 les ordres religieux4 ,le volume comprend deux parties3 ,i4 ,origine et organisation de l'ordre des frres-prcheurs avec tout d'abord1 une vie rsume dans ses grandes lignes1 du fondateur3 saint ,dominique4 ,puis la vie galement retrace en ses traits les plus essentiels du restaurateur de l'ordre en ,france au ,x,i,xe sicle3 le ,pre ,lacordaire4 ,,ii4 ,la formation religieuse chez les dominicains4 ,c'est1 mon avis1 la partie la plus attrayante du volume car ,mlle ,zeller a su y empreindre cette flamme pour la gloire et le service de ,dieu dont il est visible qu'elle est pntre4 ,et il faut louer galement le chapitre intitul3 l'tudiant1 elle a su y voquer cette grande figure de saint ,thomas d',aquin dont la doctrine constitue le temple de granit o rsident les dogmes immuables1 dont la forte voix ne cesse de retentir travers le monde pour imposer silence aux rumeurs batraciennes de l'incrdulit3 ,dedit in doctrina mugitum quod in toto mundo sonavit1 a dit l'un de ses premiers disciples4 ,enfin l'on apprciera1 pour peu qu'on ait le culte de la vie intrieure--pour peu qu'on soit de ces abeilles qui butinent1 de prfrence1 parmi les roses de l'amour divin1 le pollen ardent de la ,mystique1 les deux chapitres qui portent ces titres3 la saintet dominicaine et le baiser de saint ,dominique et de saint ,franois4 ,voici quelques lignes qui donneront une ide de l'art propre ,mlle ,zeller et qui feront saisir combien elle se montre experte faire tenir beaucoup de choses en peu de mots3 ,si1 dj1 par la contemplation et l'utilisation de la vie souffrante du ,sauveur1 la psalmodie des heures canoniales peut1 non seulement rendre la ,trinit le tribut de louange du ,christ1 en tte de ses frres les hommes1 mais encore continuer son uvre salvatrice des mes1 que dire des ralits du sacrifice de l'autel1 centre et pivot du jour liturgique8 ,la seule image du ,crucifi retenait saint ,thomas d',aquin genoux1 l'orbite agrandie par la vision interne des merveilles de l',amour4 ,mais que se passe-t-il donc entre ,jsus et son prtre lorsque1 la conscration faite1 le regard divin perce le voile lger des azymes pour plonger dans celui de l'officiant1 riv1 son tour1 sur cette petite chose blanche o palpite le ,cur infini8 ,l1 le thologien dominicain s'hypnotise1 en quelque sorte1 la vision de la ,trinit1 perue dans le ,christ qui1 descendant1 entrane avec ,lui le ciel4 ,il se laisse pntrer1 submerger1 emporter par le flot de lumire qui flue de l',hostie et remonte incessamment sa source1 aprs s'tre largi en vagues toujours plus envahissantes et plus victorieuses4 ,identifi au sacrifice qu'il accomplit1 il devient l'adoration mme et la ,rdemption en ce ,christ dont il a pris la voix et la place et dont la vie se transfuse en lui4 ,il renouvelle1 en vrit1 le ,calvaire avec la gloire qui en jaillit jusqu'aux inaccessibles hauteurs du ciel de ,dieu et la misricorde qui s'en rpand sur l'humanit444 ,sa vie de louange est emporte dans le torrent ascendant de celle de ,jsus et sa vie pnitente dans l'coulement incessant des grces de salut4 ,lorsque1 selon un rit de son ,ordre1 le prtre dominicain baise le bord du calice o1 tout l'heure1 il va puiser la fois la ,sagesse en sa source et l'amour rpandu dans le sang du ,sauveur1 un pacte secret s'tablit entre le ,dieu fait homme et l'homme divinis par la misricorde de ,dieu3 ,je suis tien jusque dans tes souffrances et dans la mort dit le geste aimant du sacrificateur et la ,victime de rpondre3 ,voici que je suis avec toi tous les jours et jusqu' la fin4 ,le principe de la saintet dominicaine1 reproduction totale du ,christ1 gt dans ce mystrieux change4 ,belle page1 tout imprgne de fconde doctrine1 toute dbordante de symboles magnifiques pour les mes prises de ,jsus et dsireuses de souffrir avec ,lui4 ,elle n'est pas unique dans le livre de ,mlle ,zeller4 ,c'est pourquoi vous ferez bien d'en enrichir votre bibliothque4 99 99 99 99 99 ,,en ,,pays ,,de ,,mission4--,il n'est pas aux antipodes ce pays de mission1 mais au cur mme de la ,france4 ,les peuplades qui l'habitent ne se composent point de paens qui l'vangile ne fut jamais prch4 ,non1 c'est un bracelet de communes encerclant le monstrueux ,paris4 ,on y trouve des lecteurs et des contribuables4 ,et si l'enseignement laque en a fait des sortes de sauvages1 n'oubliez pas qu'il n'y a gure plus d'un sicle1 ils connaissaient encore la civilisation parce qu'ils se groupaient en paroisses dont la flamme vitale se perptuait devant le ,saint ,sacrement4 ,depuis1 la ,rvolution est venue qui1 niant ,dieu1 animalisa la nature humaine4 ,il en rsulta cette socit1 dvote la ,finance1 esclave de la machine1 qui remplaa le ,crucifix par un coffre-fort et par une pile lectrique et qui se considre comme une incarnation de cette entit fabuleuse3 le ,progrs4 ,elle se subdivise en bourgeois et en proltaires qui se considrent avec une mfiance haineuse et ne laissent passer aucune occasion de s'exploiter les uns les autres en attendant qu'ils s'entredchirent4 ,c'est donc tout autour de la grand'ville chatoyante et purulente que s'agglomrent1 en grand nombre1 ces salaris dont les prcurseurs de l',antchrist ont mutil l'me sous prtexte de les manciper4 ,parmi eux1 l'on ne rencontrerait que tnbres si1 dans cette rgion qui porte le sobriquet significatif de ceinture rouge1 l'glise1 rptant la phrase toute frissonnante de piti que pronona ,notre-,seigneur3 ,misereor super turbam1 ne rallumait1 avec un zle infatigable1 l'tincelle de la foi4 ,ainsi se propagent des incendies d'mes l mme o l'on aurait pu croire qu'il n'y aurait plus dsormais que cendres froides et scories nausabondes4 ,dans un livre admirable1 en regard duquel toute la littrature profane de l'anne1 sans aucune exception1 m'apparat un trs vain bavardage1 un jsuite1 le ,pre ,lhande vient de dcrire le labeur hroque des prtres qui ont accept la tche infiniment ardue d'vangliser ces barbares inconscients4 ,le livre s'intitule3 ,le ,christ dans la banlieue#ai4 ,point de dclamations ni d'artifices de rhtorique3 des faits trs simplement rapports3 l'effroyable pnurie de croyances religieuses en des milliers d'mes1 le cri d'alarme de quelques dvous qui savent1 par exprience1 que l'homme ne se nourrit pas seulement de pain1 l'existence apostolique des prtres qui se donnent tout entiers rnover ici le rgne de ,jsus1 frre des pauvres4 ,voici le presbytre d'un de ces intrpides3 #ai ,p4 ,pierre ,,lhande1 ,le ,christ dans la banlieue1 #a vol4 chez ,plon4 ,nous montons les quatre planches d'un invraisemblable perron4 ,il y a l une salle de trois mtres carrs1 aux murs dcrpits1 sans fentres1 que la porte ouverte seule peut clairer4 ,ni chaises ni bancs4 ,le mobilier consiste en une pendule dont l'mail est tomb1 sauf sur un mince losange entre neuf et onze heures6 ,elle marche6 dit l'abb avec fiert4 --,ah8 ,et comment reconnaissez-vous l'heure8 --,on a l'habitude4 ,je m'approche indiscrtement d'une porte3--,je crois bien que vous logez ici1 n'est-ce pas8 --,oui1 jusqu' ce que le toit me tombe sur la tte444 a peut arriver1 parat-il4 ,l'abb a tourn le loquet4 ,nous voici dans un rduit dont les fentres sont garnies de morceaux de cartons en guise de vitres4 ,des piles de livres encombrent les trois-quarts de l'espace4 ,au milieu1 un petit pole1 ronflant de toutes ses forces1 essaie de chauffer1 travers les cartonnages bossels des croises1 aussi bien la cour1 l'avenue1 le quartier que la salle elle-mme3 --,ma chambre1 dit l'abb4 --,je regarde1 stupfait1 mon interlocuteur qui ajoute d'un air dtach1 en fermant la porte3--,oh6 moi1 le confortable ne m'intresse pas444 ,tel est le ton4 ,ni prches1 ni creuses apostrophes4 ,et ce livre dit le vrai avec une telle force de persuasion qu'il secoua l'inertie bien pensante et que1 dans un grand nombre de curs1 pesamment embourgeoiss1 il rveilla l'amour de ,dieu par l'amour des pauvres444 ,tandis que je mditais ces pages1 j'y voyais briller une lumire analogue la trace de feu laisse dans mon me par les heures o j'ai suivi saint ,paul dans les plus misrables faubourgs de ,thessalonique et de ,corinthe4 ,ensuite1 un souvenir me revint tellement vivace et si charg de sens spirituel qu'il faut que je vous le rapporte4 ,c'tait dans une assez grande ville du sud-est1 tout enfume et toute retentissante de tintamarres mtallurgiques4 ,j'y tais venu voir un de mes amis1 mdecin fort occup du fait que divers administrateurs d'usines l'avaient choisi pour donner ses soins ceux de leurs ouvriers qui se laissaient agripper par les crocs d'un laminoir ou rissoler par le retour de flamme d'un haut-fourneau4 ,prcisment1 le jour de ma visite1 des coups de tlphone fbriles ne cessaient de rclamer le docteur aux quatre coins de la fournaise industrielle pour des pansements dont l'urgence s'imposait4 --,vous voyez1 me dit-il1 je n'ai pas une minute moi6444 ,comme1 de votre ct1 vous n'avez que cette journe me donner1 je ne vois qu'un moyen pour que nous puissions causer un peu3 je vous prends dans mon auto2 vous m'accompagnez travers les quartiers o gtent mes clops4 ,chemin faisant1 nous avons le temps d'changer quelques propos et lorsque je serai oblig de vous quitter un quart d'heure ou davantage1 vous connaissant1 je suis sr qu'en remde l'attente1 vous dcouvrirez de quoi ne pas vous ennuyer4 --,cela va trs bien ainsi1 rpondis-je4 ,nous avions suivi ce programme4 ,dj1 deux ou trois fois1 il avait interrompu notre conversation pour s'engouffrer dans les couloirs obscurs et puants de maisons sordides4 ,et1 que ce ft dans une rue ou dans une autre1 descendu de l'auto et faisant les cent pas l'entour1 je constatais le dlabrement et la salet des taudis o la prtendue civilisation du ,x,xe sicle entasse ses proltaires4 --,quand on pense1 me dis-je1 qu'il n'y a pas de semaine o des journaux et des revues ne dnoncent1 en des tirades redondantes1 ces ignominies1 point de parades lectorales o les charlatans1 qui exploitent cette force aveugle3 le suffrage universel1 ne promettent pour le lendemain de leur avnement1 la suppression de ces infmes baraques4 ,tout pour le bien-tre du peuple6 s'crient1 la main sur le cur1 ces philanthropes4 ,rsultat3 nant4--,nous vivons une poque de verbalisme o1 quand on a prononc un discours rsonnance gnreuse1 imprim une tartine humanitaire1 on s'imagine volontiers qu'on a rempli son devoir et que tout est sauv4 ,c'est ce que les primaires1 de cervelle ratatine1 qui nous avons la navet de confier le pouvoir lgislatif nomment le ,progrs4 ,cependant1 des familles nombreuses1 ouvriers1 ouvrires1 apprentis1 vtrans de la machine1 sont condamns pourrir1 empils les uns sur les autres par une socit au maintien de laquelle ils sont pourtant indispensables mais que le culte exclusif de la desse ,pcune a rendu aussi froce que stupidement goste4 ,quand le dmon du communisme entrera en scne et changera tout fait en btes carnassires ces malheureux saturs de sentences matrialistes1 quand les gorgements et les incendies se propageront par toute la terre--ce qui sera le prodrome du rgne de l',antchrist--les ,bourgeois hurleront3 ,mea ,culpa6 ,mais ,dieu se fera sourd4 ,car la ,bourgeoisie a tout mrit444 ,ainsi j'assemblais des penses de colre et de dsastre4 ,mais alors la grce de ,dieu me fit apercevoir l'autre face de la question1 celle qui n'est jamais longtemps sans revenir l'esprit de ceux que l'habitude de vivre avec ,jsus souffrant doue d'un regard lucide pour dnombrer les garements de l'aveugle humanit4 ,et comme1 pour peu que nous soyons dtachs de ce bas-monde et des illusions qu'il engendre1 le ,surnaturel ne cesse de nous investir1 comme les signes nous en deviennent aisment perceptibles1 je reus1 ce moment mme une image qui me montra l'tat d'me rel des infortuns1 bourgeois1 patriciens ou proltaires1 que nulle clart d',en-,haut n'attire plus vers l'table de ,bethlem4 ,l'auto stationnait juste en face d'un de ces trs humbles sanctuaires que l'on rencontre et l dans les quartiers pauvres et que le vocabulaire ecclsiastique dsigne1 je crois1 sous ce nom3 chapelles de secours4 ,faade de briques noircies1 deux fentres en ogives aux carreaux verdtres1 une porte exigu1 badigeonne d'ocre terne1 l'difice malingre longeait le trottoir l'alignement des autres maisons et1 seule1 une croix peine en relief sur l'un des vantaux avertissait que ce n'tait pas ici un hangar quelconque4 ,j'y entrai d'autant plus volontiers que j'ai du penchant pour les glises dpourvues de faste4 ,toutefois1 qu'on n'aille pas se figurer qu'infect de maussaderie huguenote1 je rprouve les basiliques et les cathdrales o le grand art et la richesse se dpensent avec profusion au service de ,notre-,seigneur4 ,si les mtaux prcieux sont bons quelque chose c'est tre forgs en tabernacles o repose la ,sainte-,hostie4 ,si des musiques graves et profondes comme l',ocan1 des peintures pareilles des rves de paradis1 des toffes qui voquent des aubes de printemps sur des jardins en fleurs sont quelques parts leur place c'est dans les nefs o la pit catholique runit ses fidles pour clbrer la gloire de cette beaut absolue3 la ,sainte ,trinit4 ,mais voici un fait3 c'est toujours dans quelque chapelle perdue au fond d'un quartier de misre1 et elle-mme fort dnue d'ornements pompeux1 que j'ai le mieux senti la prsence de ,notre-,seigneur4 ,lui qui voulut tre le ,pauvre par excellence1 il se plat parmi les pauvres4 ,et c'est sans doute parce que je ne possde nul bien au monde que sa tendresse me pntre d'une faon si admirable dans les sanctuaires indigents o j'aime me blottir contre son ,cur4 ,tel tait celui o je venais d'entrer4 ,a cause du temps couvert et aussi parce que les fentres parcimonieuses n'y laissaient s'insinuer que fort peu de jour1 il y faisait obscur4 ,ce fut presque ttons que je gagnai l'un des bancs aligns devant l'autel4 ,quand je me fus agenouill1 le recueillement me prit tout de suite4 ,a travers cette pnombre o scintillait1 solitaire1 la petite lampe qui veille devant le ,saint-,sacrement1 mon me se reposait suavement aux pieds du ,bon ,matre et le contemplait1 panouie en une de ces oraisons de quitude o l'adoration ne cherche pas de mots pour s'exprimer parce qu'elle a choisi la meilleure part4 ,personne autre que ,lui et moi dans la chapelle4 ,une atmosphre de paix et de silence y rgnait si souveraine que mme les bruits de la ville1 au-dehors1 semblaient avoir recul vers les lointains pour se fondre en un murmure indcis4 ,je crois que je serais demeur l toute la journe sans m'apercevoir de la fuite des heures4 ,quand je repris quelque peu conscience des choses extrieures1 je dcouvris que je n'tais plus seul3 une femme1 entre pendant que je m'absorbais en ,jsus1 se tenait assise1 trois ou quatre pas sur ma droite1 dans la mme range de bancs que moi4 ,au premier aspect1 elle ne prsentait rien de particulier4 ,je la vis comme une mnagre d'une quarantaine d'annes1 portant un fichu de laine gristre sur la tte1 vtue d'un caraco et d'une jupe propres mais ternes et fort usags1 chausse de galoches informes4 ,il tait probable qu'elle avait l'habitude de rendre ainsi visite la ,prsence ,eucharistique afin d'y puiser secours contre les soucis et les chagrins d'une existence prcaire4 ,je ne lui donnai tout d'abord qu'un coup d'il indiffrent et j'allais renouer le fil de mon oraison quand1 soudain et sans que je saisisse d'abord pourquoi1 je fus oblig de la considrer d'une faon beaucoup plus attentive4 ,j'essaierai d'expliquer1 pour ceux qui reurent le sens de la ,mystique1 ce que me reprsenta en ,jsus cette crature inattendue4 ,ce fut son regard qui me capta4 ,il tait effrayant car les prunelles1 dilates la limite du possible1 fixaient le tabernacle avec une expression rigide o il n'y avait ni amour1 ni confiance1 ni mme un rudiment d'espoir mais l'exprience trs amre d'un pass priv de ,dieu1 la pesanteur tnbreuse d'un prsent que ,dieu n'clairait pas1 la dsolation indescriptible d'un avenir o le soleil de la foi en ,dieu ne se lverait jamais plus4 ,et il y avait aussi--dans ce regard--comme le dsir suppliant d'un miracle qui1 sans qu'elle et recours aux prires oublies1 rendrait cette me le sentiment de son immortalit4 ,j'eus alors l'intuition que cette femme1 prostre devant le ,saint-,sacrement et ne trouvant rien lui dire1 n'tait que le reflet peru comme dans un miroir--selon le mot de l',aptre--d'une ralit formidable4 ,dans l'ordre surnaturel1 qui est l'ordre suprme1 elle figurait la socit d'aujourd'hui1 carte de ,dieu par les artifices des ,sept ,dmons qu'elle adore1 enceinte de l',antchrist et proche de son terme1 prouvant encore1 par une sorte d'instinct1 la nostalgie de ,jsus mais incapable dsormais de l'appeler son aide4 ,boulevers de piti1 je sentis qu' cette foule qui ttonne dans une nuit sans toiles1 il tait coupable de dcocher des maldictions et des anathmes4 ,il fallait1 l'exemple des prtres admirables qui1 sans dgot pour les purulences dont elle ruisselle1 lui impriment au front le baiser de paix1 l'aimer comme le plus souffrant des membres de ,notre-,seigneur et convoiter de souffrir pour elle444 ,la femme avait disparu4 ,de nouveau1 je priais tout seul dans la chapelle si pauvre et si bnie d'tre pauvre4 ,mais une joie anglique me dilatait le cur car je croyais entendre mon ,matre dire tout bas3 ,misereor super turbam4 ,elle rayonnait en moi la douce phrase pathtique aurole d'arc-en-ciel6 ,je rptais aprs ,lui3--,misereor super turbam6444 ,et1 une fois de plus1 parce que je l'avais demand1 je suivis1 avec ,lui1 la ,voie douloureuse4 ,,notes ,,testamentaires ,,marivaux3 ,nous qui sommes borns en tout1 pourquoi le sommes-nous si peu lorsqu'il s'agit de souffrir8 ,,lapillus3 ,parce que la souffrance rdemptrice est la loi du monde et nous fait mriter la ,batitude ternelle4 ,,apologie ,,succincte ,et d'abord1 pourquoi ce titre3 ,notes testamentaires8 ,simplement parce qu'il est fort probable que je n'ai plus longtemps vivre et surtout parce que les progrs du mal qui me tient m'empcheront sans doute bientt de manier la plume4 ,j'ai prvu la chose au chapitre ,argument 7page #gc7 et j'y renvoie les esprits bnvoles qui eurent la patience de m'accompagner jusqu' l'tape finale o nous voici parvenus4 ,le prsent livre sera donc le dernier que je publierai4 ,avant d'en formuler la conclusion qui se vouera toute1 comme il sied1 ,notre-,seigneur1 je voudrais rcapituler mes rapports avec les hommes du sicle--particulirement avec la gent-de-lettres--et montrer--si possible--qu'il tait non seulement logique mais encore ncessaire que mon uvre suscitt des contradictions acrimonieuses et qu'elle me valt1 en revanche1 des amitis toute preuve4 ,au surplus1 je ne m'tendrai pas outre mesure ce sujet4 ,il suffira que j'indique brivement et nettement quelques faits significatifs et que j'en fasse ressortir les consquences en me plaant au point de vue de la vie intrieure--le seul qui nous intresse1 mes lecteurs habituels et moi-mme4 99 99 99 99 99 ,au cours d'un article tendu et1 en somme1 assez perspicace qu'il voulut bien me consacrer dans le ,mercure de ,france de juillet #aibb1 ,m4 ,tancrde de ,visan a crit ceci3 ,rett a soulev des haines violentes dans la littrature4 ,j'aurais eu peine1 moi-mme1 les imaginer si je n'avais reu les confidences de plusieurs de ses contemporains4 ,lisant ces lignes1 les personnes qui ne connaissent pas les murs et coutumes de la gent-de-lettres se demanderont quel crime j'ai bien pu commettre pour m'attirer ce point la malveillance et les rancunes des crivains qui manifestrent1 mon propos1 un courroux exceptionnel4 ,mon crime1 le voici3 ayant toujours eu le got de l'indpendance et l'amour de la solitude1 je ne suis le captif d'aucune coterie4 ,plutt que de barboter1 en palmipde docile1 dans les auges qui jalonnent cette basse-cour passablement mal-tenue3 la littrature d'aujourd'hui1 j'ai cherch ma provende intellectuelle dans des halliers bourrus o mrissent des fruits dont la saveur pre ne peut que dplaire aux scribes domestiqus#bj4 ,quand j'ai port des jugements sur les livres qui se publient au jour le jour1 je l'ai fait sans tenir compte des modes et des engouements qu'affichaient maintes petites chapelles qui prtendaient runir une lite4 ,c'est ainsi qu' la grande indignation des symbolistes1 j'ai signal dans la prose et les vers de feu ,stphane ,mallarm un cas de dtraquement plus ou moins esthtique dont tout cerveau bien constitu devait viter la contagion4 ,enfin1 et surtout1 les intrigues1 coalitions1 dissensions1 polmiques1 papotages1 menes envieuses1 rputations souffles comme des baudruches1 ragots de concierges1 o le clan des porte-plume dpense les trois-quarts de son activit1 m'ayant toujours paru du plus haut comique1 je les plaisantai1 sans fiel1 chaque fois que l'occasion s'en prsenta4 #bj ,ceux qui suivent mes crits reconnatront ici une allusion la prface de ,la ,basse-,cour d',apollon4 ,en voil suffisamment pour faire comprendre les sentiments peu fraternels que professent mon gard tant de chers matres dont j'ai refus de prendre au srieux le pontificat4 ,mais il y a autre chose que ces petites rumeurs d'une catgorie d'humanit follement prise d'elle-mme4 99 99 99 99 99 ,dans les ,lettres un ,indiffrent1 j'ai racont comment je dois1 en grande partie1 ma formation religieuse au ,pre ,burosse1 chapelain de l'hospitalit de ,lourdes1 qui fut mon directeur d'me pendant plus d'une anne4 ,non seulement il m'apprit observer les disciplines gnrales de l'glise1 mais encore il dveloppa1 selon une mthode de strict asctisme1 la vocation contemplative qu'il avait discerne en moi4 ,me portant une vive affection--que certes je lui rendais bien--et m'ayant tudi de fort prs1 il voyait si clair dans mon me qu'il fut bientt mme de m'indiquer la demeure que le ,pre ternel m'assignait dans sa ,maison et l'avenir qui m'y attendait4 ,je me rappelle1 d'une faon trs nette1 la circonstance o il me donna cet enseignement et la prdiction qu'il me fit la suite4 ,depuis quelques mois1 je m'tais beaucoup dpens pour le bien d'une uvre dont on m'avait demand1 instamment1 de m'occuper4 ,en guise de rcompense1 j'eus subir les mauvais procds de ceux-l mmes qui m'y avaient introduit4 ,plus encore1 ils se concertrent pour me dnigrer auprs de mon confesseur4 ,je me hte d'ajouter que le ,pre ,burosse1 perant jour leur dloyaut1 les rabroua1 non sans quelque rudesse et les rduisit au silence en les mettant au dfi de prouver leurs insinuations contre moi4 ,cet incident o1 sans avoir rien fait pour provoquer les manuvres de mes adversaires1 je m'tais vu en butte une ruption de la malice qui lit domicile dans l'me de certains dvots1 m'avait fort contrist4 ,le ,pre ,burosse s'en aperut et c'est alors qu'il porta sur moi le pronostic o se rsumait mon destin4 ,il me dit3--,au fond1 je ne suis pas fch que ces personnages obliques vous aient meurtri4 ,vous avez besoin de vous aguerrir car vous tes prdestin la souffrance comme tous ceux que ,dieu mne par les voies de la ,mystique4 ,a cet effet1 il vous octroie le sentiment habituel de sa prsence et l'intuition que l'univers extrieur tels que le peroivent la plupart des hommes n'est qu'une reprsentation imparfaite de cet univers intrieur o les mes que pntra la ,grce illuminante reconnaissent le royaume du ,christ4 ,ce sont l d'normes et redoutables privilges4 ,pour qu'ils ne vous induisent point en tentation d'orgueil1 ,dieu permet que la ,passion de son ,fils soit le pain quotidien de votre oraison et que vous en ressentiez les angoisses dans votre chair et dans votre esprit--mais avec la certitude immuable que1 si fervente que soit votre soif de sacrifice1 jamais vous n'galerez le ,divin ,modle qui nous est offert en exemple4 ,en outre1 comme votre chre sainte ,trse vous en avertit1 vous aurez souffrir du fait qu'il y aura un dsaccord continuel entre vos faons de voir et d'agir et celles d'un grand nombre4 ,si droites que soient vos intentions1 ce grand nombre ne les comprendra pas4 ,vous gnerez1 vous dplairez et on vous le fera sentir de telle sorte qu'il y aura des heures o il vous semblera que vous tes un corch vif qu'on obligerait de se frayer un chemin travers un fourr de ronces4 ,c'est alors que vous saisirez la signification intgrale de la parole de ,jsus et que vous aurez lieu de vous l'appliquer sans rserve3 ,si vous tiez du monde1 le monde aimerait ce qui est lui4 ,mais parce que vous n'tes pas du monde1 cause de cela1 le monde vous hait6 ,le serviteur n'est pas plus grand que le ,matre4 ,et puisqu'ils m'ont perscut1 ils vous perscuteront aussi4 ,telle s'annonce votre vie parmi les mdiocres chrtiens qui pullulent aujourd'hui dans l'glise4 ,a en juger les pripties d'aprs les pitres maximes de la sagesse humaine1 elle sera donc fort peu enviable4 ,mais si on la considre du point de vue o se placent ces fous cause de ,jsus-,christ parmi lesquels saint ,paul nous invite nous ranger1 elle sera pareille un jardin de roses terriblement pineuses mais suavement odorantes et merveilleusement nuances1 ,allez1 mon enfant1 beaucoup vous dtesteront parce que vous refuserez de servir deux ,matres4 ,mais d'autres1 que ,jsus choisit pour le suivre dans la voie douloureuse1 vous aimeront1 vous accompagneront jusqu'au pied de la ,croix rdemptrice et1 afin de s'en imprgner l'me1 recueilleront comme vous1 le sang lumineux qui ruisselle du ,sacr ,cur4 ,et ceci compensera cela6 99 99 99 99 99 ,la prdiction de mon bon ,pre ,burosse s'est ralise de point en point4 ,parmi les catholiques j'ai rencontr force mdiocres dont la foi routinire dgage une odeur d'encens frelat4 ,ceux-l ne cherchent pas du tout faire clore en eux ces belles fleurs d'amour dont la graine se rcolte chez les ,aptres et chez les ,saints4 ,ceux-l se confinent dans les grisailles bien-pensantes4 ,promulguant cet axiome3 ,il ne faut rien exagrer1 ils tiennent surtout pour essentielle la maxime chre tous les transfuges3 ,dieu n'en demande pas tant444 ,nous qui avons la navet de croire que ,dieu demande tout1 il est inluctable que nous soyons mal vus dans les salons o champignonnent ces mes incurablement bourgeoises parce que l'esprit surnaturel les offusque comme un manque de tact4 ,leur religion1 c'est un article du code des lgances4 ,notre religion1 c'est un brasier que ravivent sans cesse les grands souffles de la ,grce4 ,d'eux nous1 si peu de penses communes6444 ,aussi1 nous leur sommes importuns4 ,et1 pour ma part1 comme je ne leur ai pas dissimul que leur pnurie de zle au service de ,jsus me semblait abominable1 ils ne me pardonnent point ma franchise4 ,des scribes leur solde insinuent volontiers que je suis un vagabond insociable dont les personnes de quelque ducation doivent viter le contact4 ,or voyez combien leur opinion sur mon compte est justifie3 je n'ai jamais marqu la moindre intention d'amender nos rapports4 ,bien plus1 je remercie tous les jours ,notre-,seigneur d'avoir creus un gouffre entre ces gens si pondrs et le pauvre ,moi1 son esclave trs infime444 99 99 99 99 99 ,o j'ai constat le plus de divergence entre mes faons de voir et celles d'autres catholiques1 c'est chez ceux qui s'intitulent libraux ou dmocrates4 ,entre nous je crains que toute entente sur des points capitaux soit impossible4 ,en effet1 depuis des annes et dsormais de plus en plus1 je m'efforce d'appliquer le prcepte de saint ,paul3 ,nolite conformari huic saeculo4 ,eux soutiennent3--,il faut tre de son temps4 ,et1 dans leur bouche1 cette formule signifie que1 pour se faire tolrer par ses adversaires innombrables1 l'glise doit adapter son ,credo l'esprit de la ,rvolution#ba4 ,sophisme effarant mais qu'ils ne cessent de reproduire en l'affublant de souquenilles plus ou moins disparates6 #ba ,voici l'antinomie3 la ,religion catholique promulgue la souverainet du ,crateur2 l'esprit de la ,rvolution proclame la souverainet de la crature4 ,en vain1 on leur dmontre1 par l'histoire1 l'exprience et le raisonnement1 que l'alliance dont ils rvent serait strile ou n'engendrerait que de hideux avortons4 ,en vain on leur prouve que les hritiers de la ,rvolution1 athes irrductibles1 hassent ncessairement l'pouse de ,jsus-,christ et ne peuvent que mpriser les chimriques qui sollicitent leur bon vouloir4 ,ils se bouchent les oreilles et1 si l'on insiste1 manifestent le plus hargneux des courroux4 ,quiconque tente de les clairer en reoit les claboussures4 ,il n'est donc pas surprenant que1 comme tant d'autres1 j'aie subi leur disgrce4 ,il y a1 du reste1 entre nous1 un surcrot de msentente du fait qu'ils s'imaginent que1 les critiquant1 j'ai le dsir d'affirmer des opinions monarchiques4 ,or1 je ne m'en cache pas1 la conviction s'est faite peu peu en moi que le rgime le moins mauvais1 parmi ceux que les hommes inventrent depuis que des civilisations se sont formes qui voulaient vivre1 c'est le gouvernement hrditaire d'un seul4 ,homre le disait jadis et d'autres l'ont rpt aprs lui qui n'taient pas des intelligences dbiles4 ,les exemples de corruption1 de discorde1 de gaspillage et de versatilit dsastreuse que nous donnent les dmocraties parlementaires ne peuvent qu'affermir tout esprit rflchi dans cette opinion4 ,mais il ne s'ensuit pas que la ,monarchie soit en toute occurrence une panace sociale d'o rsulte forcment l'ge d'or4 ,en ,france1 notamment1 pour produire quelque bien1 il serait indispensable qu'elle mritt intgralement ce titre de ,fille ane de l'glise qui fit jadis sa gloire et sa force4 ,un roi athe1 se disant trs chrtien par calcul1 mais imbu de positivisme machiavlique1 ne ferait qu'attirer sur nous la colre divine4 ,quelles que soient les tares de la dmocratie1 si celle-ci se prouvait sincrement1 foncirement chrtienne1 je la prfrerais1 sans hsiter1 une monarchie o l'glise ne serait considre que comme un instrument de rgne4 ,au surplus1 la question ne se pose pas actuellement4 ,rien n'est moins probable qu'une restauration4 ,et j'ajoute que l'attitude vis--vis de ,rome de certains qui la prconisent d'une plume empirique ne donne pas envie de la souhaiter immdiate4 ,donc1 partisan de la royaut en thorie--et1 si l'on veut1 d'une faon platonique--en fait1 je suis de ceux qui placent avant tout et au-dessus de tout le rgne de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ et qui ont dvou toute leur existence l'tablir dans les mes4#bb #bb ,ce qui manque beaucoup de catholiques c'est l'esprit surnaturel4 ,s'ils le possdaient1 ils verraient combien l'glise est au-dessus de tous les partis4 ,et ils saisiraient ce qu'il y a de divine ironie dans la phrase de ,notre-,seigneur3 ,rendez ,csar ce qui est ,csar4 ,nous ne sommes ni des catholiques libraux1 ni des dmocrates-catholiques1 ni des catholiques d',action franaise4 ,nous sommes des catholiques tout court ayant pour devise3 ,dieu d'abord4 ,nous voyons l'univers courir des catastrophes indicibles parce qu'il s'enfonce1 chaque jour davantage1 dans ce matrialisme pourri d'amour de l'or et de frnsie luxurieuse o l'engluent les ,prcurseurs de l',antchrist4 ,nous voyons nombre de baptiss se dtourner du ,crucifix rdempteur cause des mirages que ces missionnaires de ,satan font dfiler sous leurs yeux4 ,il semble que l'heure sonne o se ralise la prdiction si nette qu'on lit dans l',,pitre ,a ,,thimoth,e3 ,un temps viendra o les hommes ne pourront plus souffrir la saine doctrine4 ,au contraire1 ayant une extrme dmangeaison d'entendre ce qui les flatte1 ils auront recours une foule de docteurs habiles satisfaire leurs penchants4 ,fermant l'oreille la vrit unique1 ils l'ouvriront des fables4 ,en ce pril extrme1 persuads qu'il n'y a de salut possible que par ,jsus1 nous nous cartons de quiconque prtend trouver un remde aux maux de l'glise parmi les drogues que distillent1 dans des laboratoires obscurcis de vapeurs malsaines1 les illusionns de la politique4 ,soucieux de maintenir intacte la ,tunique sans coutures1 nous nous conformons strictement la doctrine que promulguent les ,vicaires du ,sauveur parce qu'elle seule entretient la flamme du surnaturel dans les mes en butte aux attaques vhmentes ou sournoises du rationalisme4 ,nous sommes avec ,pie ,x qui a dit3 ,il faut tout construire dans le ,christ4 ,nous sommes avec ,pie ,,xi qui a dit3 ,celui que nous proclamons notre ,roi universel1 c'est le ,christ4 ,dclarations mouvantes6 ,elles font tressaillir d'amour de ,dieu les mes habitues l'oraison car elles leur attestent que le cur de ,jsus bat toujours dans son corps mystique3 l'assemble des fidles et que le ,paraclet ne cesse d'inspirer les ,chefs de l'glise pour tous les actes de leur magistre infaillible4 ,toutefois1 se soumettre au ,pape1 non seulement par discipline mais encore par un vif sentiment de sa haute clairvoyance en ce qui regarde le bien des peuples1 en outre1 s'appliquer1 par fidlit au ,christ1 ne pas tre de son temps1 cela vous attire l'hostilit de ceux d'entre les catholiques qui errent par excs de confiance dans la raison humaine ou qui s'prennent de cette dcevante idole3 le ftiche-,progrs4 ,comme je l'ai dit plus haut1 j'ai connu cette tribulation4 ,en voici un pisode choisi parmi les plus anodins4 ,je venais de publier ,jusqu' la fin du monde1 livre o1 d'aventure1 j'eus rappeler quelques ides fausses dont ,m4 ,marc ,sangnier fait ses dlices4 ,inutile1 je pense1 de spcifier que je m'tais exprim avec calme et que les lignes consacres au rveur inconsistant du dfunt ,sillon prsentaient surtout un intrt documentaire4 ,il n'en fallut pas plus pour faire entrer en ruption un dmocrate impulsif dont1 par charit1 je tais le nom4 ,il m'crivit une lettre furibonde o1 entre autres amnits1 je lus ceci3 ,sangnier1 vous voudriez bien le tuer1 n'est-ce pas8 7,absolument sic74 ,dsire-t-on un commentaire de cette phrase tonnante8 ,le voici3 ,le nombre des sots est infini4 ,ce n'est pas moi qui dis cela1 c'est la ,sainte criture4 ,or1 quand je reois--ce qui arrive encore assez souvent--des ptres ou des articles de ce ton1 je suis contraint d'avouer qu'il existe une varit de sottise spcialement catholique444 ,en d'autres circonstances1 j'ai reu beaucoup d'injures1 parfois des ennemis de ,jsus1 parfois aussi de gens qui affichaient un grand zle pour l'glise4 ,on a rpandu sur mon compte des lgendes ineptes--voire quelques calomnies4 ,poussires qu'emporte le vent qui passe6444 ,je n'ai qu'un fait opposer ces vilenies couves1 en gnral1 par de trs pauvres cervelles qu'il faut prendre en piti3 je mne1 au grand jour et par dilection1 une vie peu prs cnobitique et qui n'a rien redouter des enqutes les plus ombrageuses4 ,et n'importe qui est mme de le constater4 ,quant aux gens-de-lettres d'aujourd'hui1 je n'attends de la plupart aucune quit4 ,mes lecteurs savent maintenant pourquoi4 ,mais je dois ajouter ceci3 pour les crivains en gnral1 la littrature constitue le tout de l'existence4 ,pour moi1 elle est une bague au doigt et rien de plus4 ,l'objet capital de mes penses et de mes affections rside ailleurs4 ,les choses tant de la sorte1 on comprendra sans peine qu'il y ait peu de corrlation entre eux et mon humble personne4 ,peut-tre quelques-uns me rendront-ils justice aprs ma mort4 ,c'est possible et mme assez vraisemblable4 ,mais je dois mentionner1 en toute franchise1 que cette ventualit ne me proccupe gure4 ,mon ,juge ne sige pas ici-bas4 ,il domine les contingences humaines4 ,et la sentence qu'il prononcera sur mon uvre sera souverainement adorable--soit qu'elle la condamne1 soit qu'elle l'absolve444 99 99 99 99 99 ,pour clore cette apologie testamentaire1 qu'il me soit permis de dire quelques mots des compensations que mon ,pre ,burosse m'avait prdites et que j'ai reues4 ,si je conformais mon existence cette prtendue bonne loi naturelle dont se rclame l'athisme1 je serais un personnage des plus moroses4 ,en effet1 je suis vieux1 continuellement souffrant et aussi pauvre qu'on peut l'tre4 ,eh bien1 je suis gai4 ,sainte ,trse1 ma mre spirituelle1 qui fut et qui reste le grand pote de l'allgresse en ,dieu1 crivait1 un jour1 d',avila au ,pre ,gratien1 son confesseur et son disciple1 pour lors en proie maints ecclsiastiques tout revches sous une carapace d'austrit glace3 ,ne me parlez pas de ces dvots qui prennent un air renfrogn et qui n'osent ni parler ni rire ni respirer de peur que leur dvotion ne s'vapore6444 --,comme elle avait raison ma chre ,sainte et que je suis heureux d'avoir appris son cole cette gaiet qui s'ensoleille au regard du ,sauveur et qui1 comme un oiseau des printemps du ,paradis1 dploie ses ailes dans une chaude atmosphre d'oraison1 bien au-dessus des brumes cadavreuses o se noient les ftes lugubres des gens du sicle6 ,je suis gai1 non par affectation de stocisme mais parce que la foi qui me fut nagure octroye1 par faveur infiniment gratuite1 me vaut ce sentiment habituel de la prsence de ,dieu qui transfigure la vie intrieure--qui rend l'me pareille une cathdrale tout illumine d'une profusion de cierges1 toute harmonieuse d'alleluias infatigables4 ,merveille de la ,grce qui vivifie toutes les heures de la journe6 ,je pensais quelque arrangement mnager ou je soumettais la pierre de touche de l'analyse un texte littraire que je venais de lire et dont la forme m'avait retenu ou je retournais de cent faons dans ma tte les phrases d'un chapitre en train4 ,tout coup1 la prsence adorable se fait sentir en moi et m'envahit l'me avec une imprieuse douceur4--,oh6 dis-je1 le ,matre est l6444 ,et je laisse tout et j'oublie le monde entier pour le contempler tandis que mes puissances se dilatent dans son amour et s'panouissent comme de jeunes floraisons sous un grand ciel d't sans nuages444 ,ou bien encore1 je dormais d'un sommeil paisible et voici que la divine ,prsence se manifeste en mon repos--jet de feu fulgurant parmi les ombres de la nuit4 ,aussitt1 elle m'absorbe jusqu'au matin en une oraison sans paroles o mon me se dverse en ,jsus comme un fleuve dans l',ocan4 ,o bienheureuse insomnie6444 ,ou enfin1 je marchais dans la rue1 l'esprit quelque visite de politesse1 d'utilit ou d'agrment4 ,peut-tre aussi flnais-je inoccup1 requis seulement par les devantures des boutiques1 l'il amus par les silhouettes des passants4 ,or voici que1 par cas fortuit1 je ctoie la faade d'une glise dont le portail est entr'ouvert4 ,alors1 il me semble encadre la voix du ,bien-,aim me chuchoter3--,ta visite1 elle est pour moi1 viens tre seul avec moi444 ,et j'entre2 et je vais m'agenouiller devant le ,saint ,sacrement et je gote une paix si souveraine ce tte tte avec ,jsus cach sous de trs humbles apparences que je perds jusqu'au moindre souvenir du motif qui m'avait fait sortir de chez moi444 ,plus j'avanais dans la voie troite1 plus la ,prsence divine se rvlait moi sous son aspect de perfection absolue4 ,alors1 je me vis trs difforme et je compris que pour la mriter toujours davantage1 il me fallait1 sans restrictions et dans la mesure entire de mes forces1 rprimer en moi tout ce qui1 par penses1 paroles et actions1 entraverait l'lan de mon me vers cette infinie ,beaut dont l'image l'emplissait de lumire4 ,chaque fois que j'avais mis de la persvrance briser les chanes qui me rivaient l'habitude du pch1 je me sentais indiciblement fortifi4 ,ah6 c'est que je saisissais1 avec une lucidit nouvelle1 la porte de la promesse que nous fait le ,bon ,matre quand il nous dit3 ,la ,vrit vous rendra libres4 ,elle se dveloppait en moi de la sorte3--,c'est ,lui qui est la ,vrit1 c'est ,lui le modle incomparable de toutes les perfections6 ,si donc je m'efforce de l'imiter1 il me retirera de l'esclavage des sens1 il me rendra libre--en ,lui4 ,et il m'infusera cette plnitude de la joie que saint ,jean l'entendit annoncer aux disciples le soir de la ,cne4 ,je me mis la besogne4 ,assur que moins j'accorderais la nature plus j'obtiendrais de la ,grce je m'adonnai1 d'un cur allgre1 l'asctisme4 ,j'eus1 au dbut1 de grandes dfaillances car je ne suis qu'une pauvre balayure d'orgueil et de sensualit4 ,mais1 sans me dcourager1 je me chtiai par de rudes pnitences4 ,et comme je suis rest l'homme de bonne volont en marche sous le regard de ,jsus1 au dclin de mes jours terrestres1 ,il m'apprend considrer comme des bndictions ces preuves que le monde a en horreur3 infirmits de l'ge1 souffrances corporelles2 pnurie d'argent4 ,oui1 je ne saurais trop le rpter1 par un effet de sa misricorde envers le voyageur clop1 j'aime cette vieillesse1 cette maladie1 cette pauvret qui m'attachent si troitement sa ,passion4 ,et voil une des principales raisons pourquoi je suis gai4 99 99 99 99 99 ,une autre raison qui n'est pas moins probante4 ,on m'a quelquefois demand3--,pourquoi1 depuis #aijf1 tous vos livres ne parlent-ils que de ,dieu1 de la ,vierge ,marie1 des serviteurs de ,dieu ou des choses de ,dieu8 ,la rponse est facile3--,parce que1 sans l'ombre d'un parti-pris de ma part1 il s'est trouv que seuls dsormais m'intressaient ,dieu1 sa ,mre immacule1 les ,saints et le travail pour le service de ,jsus et de son glise4 ,je n'en tire aucune vanit--car je sais le peu que je vaux--et je ne m'autorise pas de ce fait pour regarder avec hauteur ceux de mes confrres pratiquants que la ,grce conduit par d'autres sentiers4 ,rcapitulant les annes depuis la publication de ,du ,diable ,dieu1 je constate simplement qu'il m'tait impossible de traiter d'autres sujets4 ,il ne me parat pas tmraire d'admettre qu'il y avait l un dessein providentiel sur mon insignifiante personne puisque mes livres ont touch des mes appartenant aux catgories les plus diverses4 ,des gars dans la lande fuligineuse o la ,malice ternelle embusque ses lgions4 ,des opinitres qui s'taient rendu sourds volontairement pour ne plus mme entendre l'cho de ta voix1 ,seigneur ,jsus4 ,des ignorants qui personne n'avait jamais dit3 ,si tu savais le don de ,dieu6 ,des inquiets1 de ceux dont1 en l'un de ses pomes tout murmurants d'une musique de songe et dont les images semblent des vols de papillons-fantmes sous la lumire attnue d'un clair de lune mi-voil de nuages diaphanes1 ,jeanne ,termier a dit3 ,il faudra bien que1 saouls de misre insense1 ,aveugles1 ignorant le chemin parcouru1 ,emportant1 comme un pain de pauvres1 leur pense1 ,ils trbuchent sur ,dieu dans leur nuit apparu444 ,des nonchalants qui avaient laiss s'assoupir sous les cendres d'une routine monotone la flamme sans laquelle il n'est pas d'amour de ,dieu4 ,non seulement mes critures ont ramen plusieurs de ces enfants perdus qui ttonnaient hors de la ,voie unique1 mais encore j'ai connu la joie incomparable de faire progresser dans l'union ,jsus des mes qui me sont infiniment suprieures mais que telle page de mon uvre tirait soudain de la ,nuit obscure o il plaisait au ,matre de les maintenir4 ,enfin1 de grands curs fraternels me donnrent manger quand j'avais faim1 me vtirent quand j'tais en guenilles1 me logrent quand j'tais sans gte1 me prodigurent les marques dlicates d'un dvouement infatigable4 ,c'est que ces amis selon ,jsus avaient reu par mes livres des consolations dans leurs peines1 des clarts pour la contemplation4 ,ils l'attestent et je ne feindrai pas la fausse humilit de les dmentir4 ,ainsi1 par les mrites du ,sauveur--et non par les miens qui n'existent pas--j'ai reu de grandes grces4 ,et que pourrais-je demander de plus8 ,notre-,seigneur a daign user de mes livres--si imparfaits qu'ils soient--pour se conqurir beaucoup d'mes6 ,voil ma gloire4 ,nul ne peut me l'enlever--et je n'en dsire pas d'autre4 ,et c'est aussi pourquoi je suis gai6444 ,,per ,,ipsum--,,et ,,cum ,,ipso--,,et ,,in ,,ipso ,,oraison ,plus je mdite le texte de la ,messe1 plus j'y dcouvre de nouvelles profondeurs et de nouvelles beauts4 ,c'est ce qui m'advint encore l'autre jour comme je venais de rciter la fin de la prire qui termine le canon3 ,per quem haec omnia1 ,domine1 semper bona creas1 sanctificas1 vivificas1 benedicis praestas nobis4 ,per ipsum et cum ipso et in ipso est tibi ,deo patri omnipotenti in unitate ,spiritus omnis honor et gloria4 ,pendant tout le reste du ,saint ,sacrifice1 ce verset radieux ne cessa de se rpercuter en moi avec insistance4 ,comme1 aprs l'action de grces1 mon esprit s'y reportait de nouveau1 sans que ma volont et part ce mouvement1 je le vis soudain flamboyer aux profondeurs de mon tre4 ,j'en fus tout embras et je dis3--,prodige d'amour o la ,sainte ,trinit se concentre puis s'irradie par ,jsus1 qui la donne en se donnant6 ,oui1 je vois le mystre rayonner d'une clart indicible4--,par ,lui-mme1 je reois la ,vie surnaturelle comme une sve fcondante et je perois que celui qui la refuse est mort1 quoiqu'il paraisse vivant aux yeux du grand nombre4 ,avec ,lui-mme1 je m'engage dans la voie troite o il y a tant de ronces et de cailloux aigus mais aussi tant de fleurs incomparables cueillir4 ,en ,lui-mme1 je me fondrai quand se lvera le soleil de la ,rsurrection4 ,per ipsum1 et cum ipso1 et in ipso6 ,je rpte ces mots mainte et mainte fois et il me semble entendre chanter dans toute mon me les grandes orgues d'un office triomphal444 ,ce matin-l1 naquit l'oraison que l'on va lire et qui formera la conclusion du prsent volume4 99 99 99 99 99 ,seigneur ,jsus1 je suis parti ta recherche hors des tnbres qui couvrent ce triste monde o trop d'hommes n'changent que des paroles futiles1 puantes de luxure1 astucieuses ou cruelles4 ,ce n'est point l'astre des ,mages qui clairait ma route4 ,pour me guider1 la ,sainte ,vierge1 ma mre souriante1 dtacha une toute petite toile de sa couronne4 ,quoiqu'elle brille peine comme un ver luisant dans l'herbe drue1 je la distingue trs bien au fond de l'azur nocturne4 ,et je sais que ,marie la rserve aux voyageurs clops qui ne trouvrent pas d'autre abri que l'table de ,bethlem4 ,seigneur ,jsus1 je t'ai cherch--je t'ai trouv dans la solitude et le silence de la fort o les vieux arbres1 patriarches robustes1 enlacent leurs ramures pour t'difier un sanctuaire de feuillage4 ,seigneur-,jsus1 je t'ai cherch--je t'ai trouv dans la solitude et le silence des vastes plaines que traversaient mes chemins de plerinage et que tu bnissais en y faisant souffler des brises salubres dont la cadence rglait celle de mes prires et de mes pas4 ,seigneur-,jsus1 je t'ai cherch--je t'ai trouv dans la solitude et le silence des monastres o1 parfumant l'me des lus que tu dsignas pour l'abngation totale sous la stricte clture1 l'oraison monte vers le ciel comme un grand lys candide4 ,mais c'taient alors les tapes d'une course de printemps o la ,grce multipliait ses sourires4 ,plus tard1 vinrent les marches par les saisons dures4 ,comme je gravissais les premires pentes du ,carmel1 sainte ,trse1 saint ,jean de la ,croix et ,pascal ensuite vinrent ma rencontre et me rvlrent que tu seras en agonie jusqu' la fin du monde et ils m'invitrent partager tes souffrances comme ils les partageaient eux-mmes4 ,par prdestination1 j'acceptai4 ,mais comme il fallait que ma force de volont ft prouve1 j'entrai d'abord dans une nuit glaciale o mon me grelottait toute nue1 subissait1 sans pouvoir ragir1 les frlements du ,dmon et1 se croyant abandonne--tandis que jamais tu n'avais t aussi prs d'elle6--sanglotait3 ,quia tu es1 ,deus1 fortitudo mea1 quare me repulisti6444 ,malgr tout1 le pressentiment subsistait en moi que tu me viendrais en aide car1 d'une faon immuable mais sans le moindre vestige de consolation sensible1 ma pense demeurait tout entire toi4 ,et ce rudiment d'espoir ne fut pas tromp puisque1 au moment de la plus grande angoisse1 tu me revtis soudain d'une tunique de flammes vivifiantes et tu illuminas l'ombre o je gisais d'une profusion d'images dont je n'essaierai mme pas de dcrire approximativement la splendeur444 ,je repris l'ascension4 ,mais mi-hauteur de la montagne1 je m'aperus que les images se rarfiaient et qu'elles allaient bientt me quitter tout fait4 ,j'en ressentis du chagrin et j'eus des vellits de retourner en arrire4 ,tu me barras le chemin et tu me plongeas dans une nuit bien plus terrible que la premire4 ,aux confins de la dsesprance1 comme si j'tais sur le point de franchir le seuil de la ,ghenne1 je m'criais3--,je suis aveugle et je ne puis gurir2 mon esprit est pareil une pierre inerte3 je ne comprends plus rien ce qui m'entoure1 je ne saisis plus le sens surnaturel de ce que l'glise m'enseigna1 je ne reconnais plus mon ,jsus dans cette force qui m'entrane--mais je monterai quand mme parce que je veux l'aimer quand mme444 ,alors1 tu me rendis ta ,lumire et tu me conduisis par une pente encore trs ardue1 mais toute fleurie de roses rouges1 au sommet de la ,sainte ,montagne4 ,et voici que c'tait le ,calvaire444 ,depuis1 ,seigneur ,jsus1 tu m'as uni ta ,passion et tu permets que1 te contemplant sans trve1 je murmure3 ,mon ,matre aim1 mon ,matre ador1 ta tte saigne sous la couronne d'pines444 ,que j'ai mal cette tte6 ,mon ,matre aim1 mon ,matre ador1 tes mains saignent perfores de clous trs aigus444 ,que j'ai mal ces mains6 ,mon ,matre aim1 mon ,matre ador1 ton cur palpite affreusement sous les coups de lance que lui prodigue l'ingratitude humaine444 ,comme je sens dans mon cur les battements angoisss de ton cur6444 ,mais je brle d'amour puisque tu daignes m'associer tes tortures pour le rachat de mes frres captifs du ,prince de ce monde6444 ,et maintenant1 mon bon ,matre1 la fatigue m'crase cause du long voyage que je fis ta suite4 ,permets que je dpose ma plume au pied de ta ,croix4 ,permets que j'aille bientt en ,purgatoire afin que les flammes purificatrices nettoient mon me des taches et des rouilles qu'y imprimrent mes pchs innombrables444 ,en ,purgatoire6444 ,il me semble que j'y suis dj4 ,le feu justicier1 le feu salutaire m'enveloppe et1 sous son treinte1 mon me devient toute blanche4 ,et voici que1 par l'intercession de ta ,mre1 tu me fais signe de monter vers ce ,soleil ternel o tu rsides1 ,un avec ton ,pre et le ,saint ,esprit4 ,et voici que je t'entends me dire3 ,euge1 serve bone et fidelis1 intra in gaudium ,domini tui444 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,d,,dicace #e ,,pr,,ambule #g ,,le ,,voyageur ,,tonn #i ,,des ,,matins ,a ,,notre-,,dame ,,de ,,paris #aa ,,ames ,,du ,,purgatoire #ag ,,les ,,veilleurs #ai ,,un ,,revenant8 #bf ,,un ,r,,ve #di ,,les ,,hirondelles #fd ,,br,,ves ,,tapes ,,du ,,voyageur ,,clop #ga ,,argument #gc ,,juin #gg ,,juillet #if ,,ao,t #ii ,,septembre #abf ,,octobre #aej ,,novembre #agb ,,lectures ,,pr,f,r,,es #aic ,,notes ,,testamentaires #bbe ,,saint-,,amand 7,,cher74--,,imp4 ,r4 ,,bussi,,re4--#aa-f-aibh4