,,christianisme ,,cahiers ,,publi,s ,,sous ,,la ,,direction ,,de ,p4-,l4 ,,couchoud ,,propos ,,sur ,,le ,,christianisme ,,par ,,alain ,quatrime mille ,,les ,,ditions ,,rieder #g1 ,,place ,,saint-,,sulpice1 #g ,,paris ,m4,,cm4,,xxviii ,,du ,m,,me ,,auteur ,,propos ,d',,alain ,,propos ,,parus ,,en ,,volumes3 ,,cent ,,un ,,propos ,d',,alain1 #are srie1 #aijh4 puis4 ,,cent ,,un ,,propos ,d',,alain1 #b;e srie1 #aiji4 puis4 ,,cent ,,un ,,propos ,d',,alain1 #c;e srie1 #aiaa4 puis4 ,,cent ,,un ,,propos ,d',,alain1 #d;e srie1 #aiad4 puis4 ,,vingt ,,et ,,un ,,propos ,d',,alain1 #aiae 7,camille ,bloch1 ,paris74 ,,les ,,propos ,d',,alain 7#b volumes71 #aibj 7ditions de la ,nouvelle ,revue ,franaise74 ,,propos ,,sur ,l',,esth,,tique1 #aibc 7,librairie ,stock1 ,paris74 ,,libres ,,propos4 ,journal d',alain4 7ditions de la ,nouvelle ,revue ,franaise74 ,,autres ,,uvres ,,les ,,marchands ,,de ,,sommeil 7,camille ,bloch1 ,paris74 ,,quatre-,,vingt-,,un ,,chapitres ,,sur ,l',,esprit ,,et ,,les ,,passions 7,camille ,bloch1 ,paris74 ,,syst,,me ,,des ,,beaux-,,arts 7ditions de la ,nouvelle ,revue ,franaise74 ,,mars ,,ou ,,la ,,guerre ,,jug,e 7ditions de la ,nouvelle ,revue ,franaise74 ,,la ,,visite ,,au ,,musicien 7,revue ,musicale1 #aibb74 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage3 #fj ,,exemplaires ,,sur ,,velin ,,pur ,,fil ,,des ,,papeteries ,,lafuma1 ,,de ,,voiron1 ,,dont #aj ,,hors ,,commerce1 ,,num,,rot,s ,,de #a ,a #fj2 #ajj ,,exemplaires ,,sur ,,velin ,d',,alfa1 ,,num,,rot,s ,,de #fa ,a #afj4 ,,droits ,,de ,,traduction ,,et ,,de ,,reproduction ,r,,serv,s ,,pour ,,tous ,,pays4 ,,copyright ,,by ,f4 ,,rieder ,,et ,cie1 #aibd4 ,,au ,,lecteur ,je demande indulgence pour ces pices mal cousues4 ,il n'y a pas apparence que je m'attaque jamais directement et systmatiquement au sujet redoutable que mon titre annonce4 ,toutefois je veux dire ici comment je procderais le cas chant4 ,peut-tre les ides auxquelles je touche dans ces pages seront-elles alors plus aisment mises en place et en valeur4 ,premirement je voudrais retracer une histoire de cette religion1 non pas tant pour y faire remarquer des changements qui n'altrent point son fond1 que pour montrer d'o elle est partie1 en quoi elle ressemble l'hbrasme et l'hellnisme1 en quoi elle s'y oppose4 ,mais surtout1 afin qu'on n'estime pas ces thologies elles-mmes au-dessous de leur prix1 je voudrais peindre encore derrire elles1 comme un horizon1 l'impntrable fort des cultes anciens1 bien mieux1 en m'efforant de retrouver1 dans les superstitions les plus folles1 cette folle elle-mme1 notre imagination telle qu'elle se montre encore1 et1 autrefois comme aujourd'hui1 toujours soutenue par l'entendement4 ,on souponnerait1 d'aprs cette suite d'erreurs1 que l',esprit ,humain n'est pas une fiction4 ,en second lieu1 je voudrais donner quelque ide d'une ,physiologie des religions1 d'aprs l'esprit ,darwinien1 c'est--dire sans jamais sparer l'organisme humain de ce milieu terrestre qui le porte et qui le nourrit4 ,tout mouvement humain dpend de la structure du corps humain et en mme temps de l'objet antagoniste2 c'est d'aprs cette double condition que les pieds tracrent le sentier4 ,d'o il faudrait tirer une thorie des signes1 tant de ceux qui s'inscrivent dans le corps humain1 comme est la danse1 que de ceux qui sont marqus dans les choses1 comme le sentier et le tombeau4 ,suivant cette double ide on rendrait compte ce que je crois1 et sans supposer d'abord la moindre pense thologique1 de cette antique et assez uniforme politesse que l'on nomme le ,culte1 comme aussi de ces monuments et traces qui furent les premires idoles4 ,en considrant ainsi les choses humaines la manire du naturaliste1 on apercevrait que l'anthropomorphisme fut dans les choses avant d'tre dans les penses4 ,et je crois qu'une telle analyse applique au ,christianisme1 et dans ce cas particulirement difficile conduire1 expliquerait cette corce ou forme extrieure qui cache les penses4 ,dans une troisime partie1 que serait comme l'thique de la religion1 j'aurais dcrire les motions1 les passions1 les sentiments1 et le passage montant des unes aux autres1 d'aprs l'ide ,cartsienne1 c'est--dire en joignant les deux termes qui font le problme humain2 d'un ct l'animal machine1 dj amplement dcrit1 et de l'autre ce gnie infatigable qui se veut libre en cette prison4 ,je tiens1 par exemple1 que le passage de la passion au sentiment1 qui est substantiel au sentiment1 a toujours la forme de la prire1 comme l'lan lyrique de ,rodrigue en ses stances1 non moins que celui de ,polyeucte1 le fait assez entendre4 ,d'o l'on verrait que l'ide du ,salut est universelle1 et naturellement lie une discipline des mouvements1 de faon qu'lever les mains et les joindre est un signe qui signifie quelque chose4 ,par quoi l'on pourrait comprendre que tous les arts sont religieux et vont droit sauver l'me2 qu'ainsi l'adoration1 quoiqu'elle vise l'esprit1 se prend pourtant toujours un objet4 ,en quel sens donc il y a ,idolatrie et ,vrai ,culte1 c'est ce qui serait expliqu ici4 ,sous le titre de ,philosophie du ,christianisme il faudrait enfin dvelopper cette doctrine chrtienne comme vraie4 ,c'est ce que nous faisons tous1 et il n'y a pas en nous de pense1 je dis mme concernant les sciences physiques1 qui ne soit chrtienne sa racine4 ,comte a pouss fort avant cette ide4 ,mais le principal serait d'expliquer encore mieux1 s'il tait possible1 ce que c'est que croire4 ,savoir croire est un grand art1 et encore profondment cach4 ,homre est toujours bon lire1 et chacun en convient4 ,ces beaux rcits donnent un corps nos penses2 et l'exprience fait voir que l'tat ancien d'une ide est le meilleur dpart1 si l'on veut la former correctement4 ,lire ,homre dans cette disposition1 c'est y croire il me semble4 ,il nous manque tous1 en ce qui concerne l'vangile et les penseurs chrtiens1 de les aborder ainsi gnreusement1 c'est--dire avec l'assurance de former mieux nos ides1 et plus prs de notre nature1 leur cole1 qu'en suivant de plus rcents penseurs1 plus avancs peut-tre1 mais qui aussi nous laissent moins former4 ,par le prjug laque nous avons1 pourrait-on dire1 l'esprit bien meubl2 mais le corps reste enfant4 ,l'imagination n'est point discipline1 parce qu'elle n'entre pas dans le jeu4 ,aussi ce ne serait pas un petit avantage si nos enfants tiraient leurs ides justement d'o elles viennent4 ,pour tout dire il faudrait1 en cette dernire partie1 un commentaire des livres sacrs considrs comme des auteurs classiques4 ,la lecture vritable se fait toujours sous deux conditions1 d'un ct le respect du texte1 qui donne appui l'esprit1 mais1 de l'autre1 une volont de comprendre1 et de ne point s'arrter aux signes4 ,car s'arrter aux signes1 est-ce lire8 ,telle est l'imparfaite esquisse qui aidera peut-tre comprendre les chapitres qui suivent4 ,j'insiste encore en terminant sur cette ide que croire est nant1 si ce n'est pas un mouvement pour penser ce que l'on croit4 ,fvrier #aibd4 ,i ,,chateaubriand ,comme je lisais ,les ,martyrs de ,chateaubriand1 je vins penser que ce livre conviendrait pour nos coliers4 ,un esprit libre acceptera aisment ,tlmaque1 qui est un livre paen2 pour ,les ,martyrs1 il y aura quelque rsistance2 mal fonde4 ,si nous voulons que nos garons et nos filles aient quelques vues de l'histoire humaine1 nous ne pouvons pas vouloir qu'ils ignorent le catholicisme2 et la vrit du catholicisme ne peut pas tre spare de ce paganisme qu'il a remplac4 ,ce passage est d'importance2 il domine encore nos murs et se trouve marqu dans toutes nos ides sans exception4 ,un enfant ne doit pas ignorer ce moment de l'histoire humaine4 ,imaginez quelque fils de riche qui ne connatrait au monde d'autre source de lumire et de chaleur que l'ampoule lectrique4 ,la connaissance qu'il en aurait serait abstraite parce qu'elle serait immdiate2 l'ampoule lectrique suppose avant elle1 aussi bien en ide qu'en fait1 une suite d'essais plus faciles1 le verre1 le charbon1 le feu1 le silex2 j'en oublie4 ,de mme toutes nos penses1 de thorie et de pratique1 dveloppent le catholicisme1 qui dveloppe lui-mme le paganisme1 comme on comprend d'abord par les anticipations des ,stociens et mme de ,platon1 comme on voit encore aujourd'hui d'aprs les superstitions bretonnes1 si naturellement incorpores au culte des saints1 de la ,vierge et de la ,trinit2 mais la mtaphore me trompe2 c'est bien plutt la mtaphysique catholique qui prend corps dans le polythisme subordonn4 ,qui n'a point mdit l-dessus ignore l',humanit4 ,chateaubriand est un bon guide ici1 et le meilleur peut-tre1 par cette contemplation potique qui laisse toute chose sa juste place4 ,d'un ct la nouvelle organisation de la famille1 la condamnation de l'esclavage1 la guerre transforme devant l'esprit1 et dchue de son rang1 tout ce bel avenir1 tout cela est clbr comme il faut4 ,mais d'un autre ct le paganisme n'est point dfigur2 ,dmodocus1 le prtre ,homrique1 n'est pas moins vnrable que l'vque ,cyrille1 et l'ermite chrtien du ,vsuve a les dehors et les maximes d'un stocien4 ,le ciel des anges et l'enfer des diables dirigent les combats humains et distribuent les preuves1 comme font les dieux de l',iliade4 ,il apparat1 par le rcit mme1 que le courage1 la pudeur1 la justice1 n'avaient pas moins de prix pour les anciens que pour nous4 ,mme le fanatisme catholique n'est point dguis2 on voit ici au naturel l'enfant ingrat qui frappe sa nourrice2 et cela est propre clairer le progrs humain1 toujours servi1 mais souvent mal servi1 par l'nergie des passions4 ,j'admire cette force de l'esprit qui prend ses distances1 et veut tre spectateur de cette religion mme laquelle il a jur d'tre fidle4 ,il y a de la hauteur1 en cet homme1 qu'il veut nommer indiffrence1 mais qui vient plutt de clairvoyance4 ,humain et solitaire1 ce voyageur4 ,napolon ne l'tonna point2 il annona la ,rpublique4 ,cependant il fut fidle invinciblement aux rois lgitimes1 ce mme homme qui a crit3 ,je ne crois pas aux rois4 ,je trouve une belle parole dans ,les ,martyrs4 ,eudore1 chrtien1 couvre un pauvre de son manteau4 ,tu as cru sans doute1 dit la paenne1 que cet esclave tait quelque dieu cach8 ,non1 rpondit ,eudore1 j'ai cru que c'tait un homme4 ,,ii ,,oracles ,,et ,,miracles ,il n'y a point d',humanits modernes1 parce que l',humanit n'est pas une somme d'tres qui vivent selon l'change1 mais une suite et un progrs4 ,la socit humaine n'est pas entre ceux qui sont ici ou l dans le mme temps1 mais entre ceux qui sont et ceux qui furent4 ,comte a prononc que les socits d'abeilles1 de fourmis ou de castors ne sont point des socits vritables1 parce qu'on ne voit point que le meilleur de chaque gnration se conserve par monuments1 posie ou maximes2 ainsi il n'y a d'autres liens d'un ge l'autre que l'hrdit biologique1 qui est une ressemblance de forme1 et qui conduit seulement refaire toujours les mmes actions4 ,mais cette forte ide est souvent oublie4 ,le spectacle des peuples sur la plante1 les rivalits1 les alliances1 la circulation des biens1 les instruments du travail et du transport1 l'organisation de la puissance1 tout cela attire l'esprit2 il y va comme au plus press4 ,viennent les passions1 et nous voyons que ces grands voyageurs1 visiteurs1 enquteurs1 sont nafs comme les hros d',homre4 ,dans le miroir des temps passs1 c'est l que l'homme se reconnat et se juge4 ,non point d'aprs ces rsums qui ne trouvent crance en personne1 mais d'aprs les grandes uvres1 o la pense est tellement entrelace aux superstitions que l'homme est la fois empch de s'y reconnatre et forc de s'y reconnatre4 ,il est trs important de savoir1 par vue directe1 que les anciens tenaient dj une bonne partie de notre sagesse dans les temps o les chefs allaient gravement consulter l'oracle4 ,d'o nat la rflexion sur cette puissance de l'imagination1 qui couvrit la plante de temples et de sacrifices4 ,les sciences portent en elles-mmes leurs preuves2 mais il y manque souvent jusqu' l'ide des immenses difficults que les savants rencontrrent autour d'eux et en eux-mmes4 ,celui qui reoit la dernire ide1 abstraite1 vidente1 aisment vrifie1 sait beaucoup sur la chose1 mais il ne sait rien de l'homme4 ,le catholicisme est tout prs de nous2 il se mle nos penses et nos actions2 il se propose comme un problme un artisan aussi bien qu' un philosophe4 ,mais comment juger ces institutions et cette doctrine si l'on n'a pas quelque connaissance relle des oracles et des sibylles8 ,que l'on se jette au catholicisme1 ou bien qu'on s'en dtourne comme d'un ensemble de contes faire rire les enfants1 ce n'est toujours pas juger4 ,sicles d'ignorance et de fanatisme4 ,fort bien4 ,mais que direz-vous alors de cette religion qui sacrifia ,iphignie8 ,que direz-vous de cette politique soumise l'oracle ,delphien8 ,il faut avoir vcu prs des anciens1 par leurs potes1 par leurs orateurs1 pour comprendre le prix d'une religion sans sacrifices humains et sans oracles4 ,les miracles catholiques font rire l'ignorant2 mais la moindre culture fait voir que le catholicisme doit tre considr1 au contraire1 et par relation1 comme la premire religion sans miracles2 non pas absolument sans miracles1 mais l-dessus raisonnable et dfiante toujours2 en tout cas sans oracles2 la fonction du prtre n'est nullement d'annoncer l'avenir4 ,bref1 si l'on veut tre juste l'gard du pass immdiat1 il faut avoir form quelque ide du pass lointain1 et le faire revivre dans ce mlange de beaut1 de vrit1 et d'erreurs en elles-mmes incroyables1 que les anciens auteurs nous apportent4 ,et cela seul peut nous gurir d'utopie et de misanthropie1 deux erreurs jointes1 d'o la guerre renat toujours4 ,,iii ,,prom,,th,e ,une tombe1 une grossire image1 des marques reconnues sur l'arc ou sur la hache changent soudain les penses4 ,l'air natal1 le jardin de la premire enfance et des premiers jeux1 la maison paternelle1 les rues de la ville et les bonnes femmes au march1 toutes ces choses reconnues font bien mieux encore que verser des souvenirs1 des regrets1 des affections2 elles disposent le corps selon la confiance purile1 depuis longtemps oublie2 c'est une douceur et une grce que l'on sent et que l'on touche2 les passions amres sont aussitt dlies2 c'est l'heure des espoirs et des serments2 c'est un retour de force et de jeunesse4 ,ainsi nos nafs anctres1 touchs par la beaut des choses1 adorrent une invisible prsence2 d'abord des morts familiers1 puis des morts illustres1 mesure que les vivants se runissaient pour prouver de nouveau1 et bien plus fortes1 ces motions dlicieuses4 ,les temples1 par la masse1 l'cho1 les souvenirs accumuls1 grandirent le ,dieu4 ,le retour des crmonies1 les rcits qu'on en faisait1 les chants et les danses portrent les sentiments esthtiques jusqu' une sorte de dlire4 ,les malheureux furent consols2 bientt ils furent consols en espoir1 et1 par la prire1 ils voqurent l'assemble dans la solitude4 ,c'est pourquoi il ne faut point dire que l'on leva d'abord des temples en l'honneur des dieux2 mais il y eut des monuments1 des maisons plus grandes et plus solides1 des reliques de l'homme1 des pierres et des nuds de bois sa ressemblance1 bientt sculpts par le tmoignage des mains4 ,le dieu vint habiter l'idole et le temple4 ,la premire rflexion porta sur ce grand et mystrieux sujet4 ,on croyait aisment et mme avec ferveur tout ce qui visait expliquer tant bien que mal le bonheur le plus tonnant4 ,le miracle fut ainsi la premire preuve4 ,il faut admirer comment les plus sages1 toujours ramens au positif par la pratique des mtiers1 parvinrent mettre un peu d'ordre et de raison dans les inventions thologiques4 ,il est vrai que les guerres formaient des grandes units politiques1 et qu'il fallait tablir la paix aussi chez les ,dieux4 ,la parent des dieux1 et le pouvoir patriarcal transport dans l',olympe1 furent des inventions comparables celles de ,copernic et de ,newton4 ,les thogonies1 dont nous voulons rire1 marqurent un immense progrs de la raison commune4 ,la ,sagesse1 fille de la ,beaut1 trouva asile chez les ,dieux2 et les philosophes commencrent rflchir leur tour sur les mythes populaires1 souponnant dj que l'homme juste dictait ses lois ,jupiter4 ,d'aprs cela il faut considrer le catholicisme comme un progrs dcisif1 mme dans l'ordre intellectuel1 puisqu'en dcrtant un seul ,dieu et une seule loi pour tous les hommes1 il rduisit les autres dieux l'tat de puissances subalternes1 et tendit toujours nergiquement purifier les miracles1 en les ramenant au cur humain1 qui est le vrai lieu des miracles4 ,il est clair que ce nouvel objet devait tre soumis de nouveau la rflexion et la critique1 et que le ,dieu mtaphysique1 qui n'intervient plus que selon les lois immuables de la sagesse1 devait rassembler en son ide toute l'humaine esprance4 ,pour peu de temps2 car le progrs des sciences1 n lui-mme de ce long mouvement de rflexion1 touchait dj1 avec ,descartes1 ce moment de l'esprit o l'imagination1 avec son cortge de dieux1 est enfin loge dans le corps humain4 ,promthe connat maintenant le secret des ,dieux4 ,,iv ,,libre ,,pens,e ,la conversation n'instruit point1 mme rgle4 ,j'y vois cet inconvnient1 pour les deux1 que la pense drive sans cesse1 et oublie ce qui l'avait d'abord arrte2 ou1 pour parler autrement1 celui qui explique sa pense en perd toujours quelque chose1 et c'est souvent le meilleur4 ,l'tat de rflexion1 qui seul importe1 suppose l'arrt devant un objet humain que l'on ne peut s'empcher d'interroger1 et qui ne rpond rien4 ,il n'y a que les monuments qui fassent penser4 ,j'entends aussi1 sous le nom de monuments1 les potes1 mieux protgs que tous les autres auteurs contre le changement2 mais tous les auteurs acquirent quelque caractre monumental par la vnration1 qui dtourne de les changer1 et nous ramne toujours la forme inflexible4 ,la danse des penses1 qui est la plus instable des danses1 trouve alors un centre et comme un autel4 ,aucun homme n'a jamais pens autrement que sous cette autorit de la chose crite1 et d'aprs ce prjug vertbral que ce qui est crit est vrai4 ,sans cette ide1 le lecteur est jet une autre pense et encore une autre2 le collier est rompu et les perles roulent4 ,bon pour les chiens de courir aprs ce qui roule4 ,la ,bible a form un grand nombre d'esprits vigoureux1 aussi bien par ses nigmes4 ,c'est une condition excellente d'tre tenu par un texte monumental2 le moment contemplatif est alors prolong et renouvel2 l'esprit se pose4 ,balzac et ,stendhal n'agiraient pas moins s'ils avaient la majest2 mais ils ne l'ont pas encore2 il faut que j'y mette du mien et que j'admire tout par dcret1 et peut-tre mme des fautes d'impression1 comme l'insinue le grammairien2 ce risque est de peu en comparaison du profit4 ,mais je ne garderais point cette foi1 qui est fidlit1 si je n'tais averti par le cortge des admirateurs4 ,encore aujourd'hui si j'en rencontre un1 il m'affermit et je l'affermis2 aprs cela je lis mieux2 je suis plus fort contre le dmon polmique4 ,servilit1 direz-vous1 mais cela me fait rire2 des opinions de ,balzac sur la politique et sur la religion1 je n'en ai pas pris une4 ,il n'y a que les abrgs qui fassent des esprits serfs4 ,il est chimrique de vouloir former les jeunes esprits autrement que par les anciens livres4 ,plus les livres sont jeunes et plus on y choisit1 plus on y cherche ce qui plat1 et des thses pour les passions2 ce n'est point discipline4 ,l',imitation1 livre vnrable1 n'est point de mes livres2 mais c'tait un des livres de ,comte1 forte tte pourtant2 et c'est toujours un des plus beaux titres de livre2 car c'est par l'imitation de l'humain que l'on apprend penser4 ,celui qui ne lit que ce qui lui plat1 je le vois bien seul4 ,toujours en compagnie de ses chtives ides personnelles1 comme on dit2 mais il ne sortira pas d'enfance4 ,il faut du secours l'esprit enfant1 et une inscription sur le granit pour sa lecture4 ,tlmaque vaut mieux pour apprendre lire que ,francinet1 et l',iliade vaut mieux que ,tlmaque4 ,comte avait pris pour lui cette maxime de l',imitation3 ,l'intelligence doit suivre la foi et non la prcder ni la rompre4 ,j'ai pris moi-mme cette maxime par contagion1 quoiqu'elle ne me plt gure2 elle m'a conduit plus loin qu'aucune autre1 et1 par exemple1 l'ide mme que j'explique maintenant4 ,v ,,de ,,la ,,culture ,jamais les ,humanits classiques n'ont fait comprendre1 ni au matre1 ni l'lve1 que l',humanit est une suite et un progrs4 ,pour les jsuites1 qui ont constitu l'enseignement classique1 il y a deux vrits ternelles1 l'une religieuse1 qui se trouve dans l'criture commente par l'glise1 l'autre littraire1 qui est dans ,homre et ,virgile4 ,pour comprendre que l'antiquit classique est un ge de l'humanit1 il a fallu dcouvrir1 par del le monde grec et romain1 le monde chinois et le monde gyptien1 et1 par del tous ces mondes1 l'ge de pierre1 et1 pour faire ces dcouvertes1 rompre le cercle magique o l'enseignement classique nous enfermait4 ,les ,humanits classiques prendront toute leur valeur quand elles seront tout fait mortes4 ,j'ai transcrit cette page du ,critique1 et je n'y trouve rien reprendre4 ,mais plutt1 saisissant mon tour la massue1 je voudrais dire que le ,christianisme lui-mme1 et aussi l'organisation catholique1 ne prendront toute leur valeur que quand ils seront tout fait morts4 ,comte est remarquable parmi les penseurs modernes principalement en ceci1 qu'il a jug sans passion et humainement du progrs catholique4 ,et pourquoi8 ,parce qu'il n'est nullement catholique4 ,moment dpass2 objet distance de vue4 ,mais non point oubli2 conserv au contraire1 et renvoyant son tour selon la juste perspective toute l'antiquit classique si bien dpasse et en mme temps conserve par l'esprit catholique4 ,j'ai lu que ,saint ,jrme s'accusait de lire avec trop de plaisir les auteurs paens4 ,ainsi le plus beau du pass revenait dans la pense chrtienne1 et l'humanisait4 ,c'est un beau et juste mouvement qui ramne ainsi nos ides l'enfance1 et les mrit de nouveau dans la moindre de nos mditations4 ,je dirais d'aprs cela que d'un ct ce sont les vues plus tendues de l'histoire qui mettent en place l'antiquit classique et la rvolution chrtienne2 car ce grand drame humain est lui-mme petit dans l'immense suite du progrs4 ,mais1 d'un autre ct1 ces antcdents proches font vivre les autres par une reconnaissance qui soutient les diffrences1 et nous fait historiens4 ,un ,chinois est trop diffrent de nous peut-tre2 de mme un ftichiste d',amrique ou de ,polynsie4 ,tacite est un autre genre de sauvage1 bien plus prs de nous2 nous ne pouvons mconnatre notre frre2 et c'est le beau d'abord qui nous en prserve1 le beau1 bien plus puissant que le vrai4 ,sans ce passage1 qui d',homre port dj par ,platon1 nous conduit tout prs de nos nafs anctres et congnres1 nous pourrions bien connatre les gyptiens1 ,chinois et ,peaux-,rouges comme on connat les murs des fourmis1 tout en restant inhumains peut-tre4 ,je ne sais rien des ,jsuites que par ou-dire2 peut-tre eussent-ils t plus fanatiques encore sans ce fort prjug1 fond sur le jugement esthtique1 et qui les tirait hors du temps prsent4 ,par quoi ils formaient des esprits libres1 bien contre leur intention4 ,gardons-nous1 au rebours1 de former des esprits esclaves1 bien contre notre intention4 ,,vi ,,humanit,s ,il n'y a point d',humanits modernes1 par la mme raison qui fait que coopration n'est pas socit4 ,il faut que le pass claire le prsent1 sans quoi nos contemporains sont nos yeux des animaux nigmatiques4 ,ils le sont pour nous1 si nous manquons d'tudes2 ils le sont en eux-mmes1 s'ils manquent d'tudes4 ,l'homme qui invente le tlphone sans fil n'est qu'un animal ingnieux2 ce qu'il peut montrer d'esprit vient d'autre source4 ,j'ai observ un certain genre d'incrdulit qui ne suffit rien4 ,les dogmes de l'glise sont premire vue indmontrables et mme absurdes4 ,soit donc1 et laissons-les4 ,mais celui qui regarde dans les perspectives du temps aperoit beaucoup d'autres dieux1 d'autres crmonies1 et des temples qui parlent humainement4 ,chane d'nigmes qui dtourne de s'bahir parce qu'un polytechnicien va la messe4 ,les hommes ont suivi bien d'autres messes4 ,mais il faut s'approcher2 il faut connatre un peu plus intimement le peuple du ,droit1 qui est le ,romain1 et le peuple ,sophiste1 qui est le ,grec2 sans ngliger le peuple adorant1 qui est le ,juif4 ,ici un sublime sauvage et impossible2 ici1 par une crainte sans mesure1 les superstitions de la main et du pied1 du couteau de table et du pot beurre4 ,dans les deux autres peuples1 si proches de nous aussi1 mais par d'autres cts1 des dieux en tout bois et sur toute colline1 des oracles1 des augures et des haruspices4 ,l'gypte et l',assyrie1 incomprhensibles1 forment le fond lointain4 ,l',orient rve encore derrire1 et le ,polynsien danse4 ,on ignorerait tout de l'homme si l'on n'avait1 par bonheur1 familiarit avec les ,juifs1 avec les ,grecs1 avec les ,romains1 qui ont tant avanc en diverses parties de la sagesse1 gardant avec cela d'tonnantes erreurs4 ,celui qui ignore cela est sauvage encore1 par une incrdulit mal assise2 dont ,montaigne nous peut gurir2 mais il nous renvoie aux anciens2 il y faut aller4 ,ou bien considrer ,pascal comme une sorte de fou1 et mme ,descartes1 qui plerina ,lorette4 ,ainsi le ,moderne1 j'entends sans culture rtrospective1 ne voit que fous2 mais je l'attends au spiritisme1 la thosophie1 tous ces fruits de l'tonnement2 car ce sont des moments dpasss2 mais il faut les avoir dpasss et surmonts par une sorte de jeu4 ,les tudes classiques assurent le pied sur cette plante2 l'homme s'y tudie croire sans se jeter4 ,nos folles guerres viennent certainement de trop croire1 comme il arrive ceux qui n'ont rien vu4 ,polynsiens tlphonant2 cela ne fait pas un homme4 ,d'o ces autels sanglants1 et sans dieu4 ,mais tous les autels furent sanglants et sans dieu4 ,on ne remarque pas assez que l'humaniste1 dj avec rosa la rose1 se lave les mains de ce sang ml l'eau de la source ,bandusienne4 ,les ,bacchantes retournent la frise de marbre4 ,posie gurit de frnsie4 ,les surprises du cur sont disciplines2 un dieu balance l'autre4 ,le galop des ,centaures ne jette plus dans la charge panique4 ,dj ,socrate et ,phdre1 leurs pieds nus dans l'eau1 s'amusaient l'entendre4 ,ce sont nos travaux d',hercule1 et nos voyages d'esprit1 par quoi nous effaons sur la mdaille humaine ce pli de fanatisme bas4 ,d'o mrira l'enthousiasme qui ne tue point4 ,jaurs modle4 ,modle de tous1 et du forgeron encore mieux2 car toute force est redoutable1 et elle-mme aussi4 ,les ,belles-,lettres donc pour tous8 ,et pourquoi non8 ,regardons cette ide en face4 ,,vii ,,de ,,la ,,th,,ologie ,il y a quelque chose de mort dans toute ,thologie1 quelque chose de mort aussi dans toute ,gomtrie4 ,ce sont des ides sous clef2 nul n'y va plus voir1 et l'on en fait le compte par des registres et abrgs1 comme font les teneurs de livres4 ,or ces provisions d'esprit se corrompent encore plus vite que les provisions de bouche4 ,et qu'est-ce qu'une ide laquelle on ne pense point8 ,bossuet prouve ,dieu par les vrits ternelles4 ,une vrit ne peut cesser d'tre vrit4 ,descartes meurt1 ,bossuet meurt1 la vrit ne meurt point4 ,mais comme une vrit n'est rien aussi sans quelque pensant1 il existe donc un ,pensant ternel4 ,voil une pense de disciple et une armoire aux ides4 ,descartes est bien plus difficile suivre1 parce qu'il brise l'armoire aux ides et les ides mmes1 allant jusqu' dire qu'il n'y a point du tout de vrits ternelles et que la volont de ,dieu en dcide chaque instant1 mme du triangle et du cercle4 ,comprenne qui pourra4 ,toujours est-il qu'il y a ici du scandale et une occasion de douter de l'indubitable1 par quoi la thologie de ,descartes se trouve anime d'incrdulit4 ,au feu les idoles4 ,ainsi va le vrai ,gomtre1 toujours doutant et dfaisant1 d'o les ides naissent et renaissent4 ,car je tiens que si l'on veut savoir ce que c'est qu'une ligne droite il faut y penser toujours1 j'entends la vouloir et maintenir toujours1 ce qui est douter et croire ensemble4 ,quant la ligne droite qui tient d'elle-mme1 et qui est enferme en quelque ,palais des ,mesures1 je sais qu'elle n'est point droite4 ,rien au monde n'est droit4 ,rien au monde n'est juste4 ,aucun objet n'est ,dieu4 ,mais l'homme juste est celui qui pense toujours au juste1 et continuellement le maintient et le veut1 imitant le ,dieu de ,descartes en cette cration continue4 ,c'est ainsi que le juste fait justice de tout1 comme le gomtre fait gomtrie de tout4 ,un tel homme ne se fie point l'ordre des choses1 et la pointe de son jugement toujours attaque la justice tablie et vnre1 la redressant d'aprs le modle qui n'existe pas4 ,ce feu du jugement moral1 cette ardeur briser1 ce culte du ,dieu seulement aim1 nu1 et sans aucune puissance1 voil par o la religion vit et revit4 ,plus religion dans ce ,socialiste que dans ce ,thomiste4 ,mais il se peut bien que le socialisme soit thologique maintenant1 et que la ,justice soit maintenant sous clef dans quelque ,pavillon des ,justes ,mesures4 ,l'ide aura donc pri par la ,suffisance4 ,on doit appeler machine1 dans le sens le plus tendu1 toute ide sans penseur4 ,je remarque que la tlphonie sans fil gurit de comprendre et mme d'essayer de comprendre4 ,et l'avion a tu l'ide de l'avion1 comme les ailes1 en l'oiseau1 ont tu le doute1 me des formules de ,newton et d',euler4 ,car qui pensera1 si tout est pens8 ,qui rglera1 si tout est rgl8 ,la violence est l'effet invitable1 et souvent prochain1 d'une pense sans aucun doute2 et c'est ce que l'on voit en gros chez les fous4 ,peut-tre est-il dans la destine de toute thologie1 aussitt acheve1 de rouler sur la terre comme un char d'assaut1 ,c'est ainsi que la puissance dshonore la justice4 ,,viii ,,de ,l',,art ,,de ,,persuader ,pensant ,joseph de ,maistre1 je faisais une revue en moi-mme des hommes qui ont fait serment de croire2 et au premier rang j'apercevais ,socrate1 tel que ,platon le reprsente en son ,gorgias1 ou bien dans sa ,rpublique1 faisant de la tte signe que non1 chaque fois que les disputeurs l'accablent de leurs preuves d'exprience2 et1 comme dit justement ,socrate1 il n'est pas difficile de faire voir que la force gouverne partout et que la justice est ce qui plat aux plus forts2 c'est le spectacle humain2 on n'entend que cela2 on ne voit que cela4 ,suivez ces longues discussions en leurs dtours1 vous verrez apparatre la justice1 et soudain disparatre4 ,on la saisit la fin2 il vient un moment heureux o toutes les parties de la nature humaine sont rassembles et comme pacifies selon la loi interne de justice1 laquelle les manifestations externes de la force sont de loin subordonnes4 ,tout s'ordonne alors1 et la vraie punition rpond la vraie rcompense4 ,mais1 pour parvenir cette vue1 il faut autant de patience au moins qu'en montre ,socrate4 ,un lecteur press verra partout l'injustice revenant toujours la suite de la puissance1 et la justice autant dmunie de preuves que de richesses4 ,en quoi il n'y a point de jeu ni d'artifice1 mais au contraire la plus parfaite peinture de ces ttonnements et dtours de pense qui rebutent promptement celui qui n'a pas jur4 ,il faut jurer d'abord1 et dire non aux arguments diaboliques avant de savoir comment on y rpondra4 ,autre chose encore1 et qui irrite toujours un peu4 ,vous lisez2 vous pesez au passage les preuves ,socratiques2 vous les rassemblez2 vous saisissez l'ide2 vous la confiez comme un trsor au coffret de la mmoire4 ,mais le diable guette encore par l4 ,quand vous ouvrez le coffret de nouveau1 vous ne trouvez plus qu'une pince de cendres2 lments dissous et disperss2 chaos4 ,il faut tout refaire2 il faut s'aider de nouveau de l'art socratique2 de nouveau l'injustice est brillante et forte2 de nouveau la clameur diabolique assourdit le pauvre homme2 il faut passer par ce chemin-l4 ,si le courage manque1 tout est dit4 ,c'est pourquoi on voit trbucher tant de penseurs vieillissants1 et s'asseoir au festin de la ,force1 o l'on boit l'hydromel dans le crne de l'ennemi4 ,j'ai vu un noble penseur se lever et marcher grands pas1 allant et revenant1 et disant moi3 ,on devrait savoir une bonne fois4 ,quand on a pass le lieu difficile1 on devrait le laisser derrire soi pour toujours4 ,et quand on a form l'ide1 on devrait la possder4 ,tout sera donc toujours recommencer8 ,c'est ce que ,socrate demandait en ces termes mmes4 ,en tout1 on veut une charte ou un diplme1 et dormir dessus4 ,mais ce n'est point permis4 ,d'aprs ces rudes expriences1 il faut comprendre ces prjugs invincibles et volontaires que l'on rencontre en tout homme un peu compos1 et qui rendent si pnible le travail de prouver et de convaincre4 ,combat difficile1 o les meilleurs coups1 les plus savants1 les mieux dirigs1 sont justement ceux qui branlent le moins l'adversaire4 ,j'ai observ comment un esprit vigoureux esquive la preuve forte1 et qu'il voit venir de loin1 refusant attention ce que vous dites1 non parce qu'il le juge faible1 mais parce qu'il le juge fort1 et rcitant en lui-mme son serment de fidlit comme une prire4 ,l'homme est beau alors4 ,car1 si difficile que soit notre condition de pensant1 songez qu'elle serait tout fait misrable1 si nous devions abandonner une ide prcieuse1 et bien des fois prouve1 ds que nous n'avons rien rpondre quelque disputeur4 ,dans le fait1 personne ne pense ainsi4 ,tout homme pensant s'appuie sur une foi invincible2 c'est son rduit et donjon4 ,d'o je tire la rgle des rgles1 qui est de ne point penser contre l'autre1 mais avec l'autre1 et de prendre sa profonde et chre pense1 autant que je la devine1 comme humaine et mienne4 ,et quand cette pense est la ,justice ternelle1 qu'on l'appelle ,dieu ou comme on voudra1 on peut s'y tablir1 et travailler en partant de l2 prises de ce ct-l1 les murailles tomberont4 ,,ix ,,proph,,ties ,en aucun temps je ne me fiai aux coteaux de l',aisne comme en l't de l'an quatorze4 ,je me trouvais rconcili cette terre1 sauvage un peu par ses roches1 et par les noms sinistres qui rappelaient les guerres de l'autre sicle4 ,de prcieux amis vieillissaient l4 ,vingt marches de pierre me conduisaient leur jardin fleuri2 vingt marches encore1 et l'on tait au paisible jardin des morts1 fleuri de marjolaine et d'hysope1 autour de l'glise paysanne4 ,de ce promontoire la vue s'tendait presque jusqu' ,soissons1 par une troue fameuse4 ,sur le plateau bl1 presque la hauteur du coq indicateur des vents1 passait la ,route des ,dames au nom charmant4 ,la falaise tait riche de sureaux et de vignes et portait1 sur ses pentes arides1 des genvriers et un rosier sauvage odeur musque que je n'ai vu que l4 ,on pouvait s'y plaire2 et1 en ce mois de ,juillet1 j'achevais une clture durable autour d'une maison de tisserand4 ,c'est l que j'entendis deux prophties4 ,une premire fois moi-mme je vaticinai1 je ne sais pourquoi1 en compagnie d'un philosophe paysan1 que l'on jugeait un peu fou4 ,cette scurit des travaux1 dont l'image s'offrait partout1 me parut d'un moment1 comme elle tait4 ,il ne faut qu'une peste1 disais-je1 ou une querelle entre les hommes1 pour que cette sauvage corce de la terre1 que l'on voit par places1 recouvre le coteau1 le plateau1 la valle1 et les collines parses semblables des les4 ,le soir1 qui effaait les diffrences1 et la vue aussi de mon mlancolique compagnon1 me faisaient penser ces choses2 mais il me semble maintenant que je dclamai un peu plus que l'tat prsent ne le conseillait4 ,l'avenir d'alors1 maintenant pass1 donne trop de sens ces paroles de hasard4 ,un autre jour ce fut une sorte de sorcire qui prophtisa1 courbe en deux par les travaux1 levant vers moi son regard bleu et son visage couleur de brique4 ,elle me montrait1 dans le jardin et dans les vergers en terrasse1 une quantit tonnante de taupinires1 et elle parla en ces termes3 ,vous savez ce qu'on dit par ici et ce que je sais2 autant de taupinires1 autant de tombes4 ,elle redit plusieurs fois la mme chose1 en regardant droite et gauche1 comme elle avait coutume4 ,sur quoi je fermai mon imagination comme une porte1 admirant comment la ressemblance fait preuve en ces esprits trop faibles pour soulever la mtaphore4 ,or il y eut1 partout par l1 comme on sait1 encore plus de tombes que de taupinires4 ,de ces rencontres mouvantes1 je ne pense rien4 ,il y a1 toute minute1 des rencontres aussi admirables que celles-l1 si l'on voulait admirer2 et tout est signe ds que l'on cherche des signes4 ,du moins je comprends un peu mieux les temps homriques1 et ces prsages continuellement tirs des oiseaux1 des nuages1 de la foudre2 dont quelques-uns se trouvaient vrifis par hasard1 et beaucoup raliss par l'action de ceux-l mme qui y croyaient2 car souvent l'oracle conseille en mme temps qu'il annonce2 et ce n'est pas merveille si la mle devient terrible1 selon la prdiction1 du moment qu'on y croit4 ,le monde n'a point chang1 et notre sagesse repose toute sur elle-mme4 ,qui veut croire trouvera des preuves1 d'autant que le souvenir ne retrouve jamais le pass tel qu'il fut1 mais le recouvre de ce qui a suivi1 suspendant au prsage l'accomplissement comme une couronne4 ,les dieux sont les premiers ns du souvenir4 ,x ,,des ,m,,taphores ,je n'approuve point ceux qui veulent changer la pantoufle de verre1 dans ,cendrillon1 disant que ce n'est point du verre1 et qu'il n'y eut jamais de pantoufles de verre1 chose dure et cassante1 mais qu'il s'agit de vair qui est fourrure souple et chaude4 ,remarquez qu'il y a bien d'autres choses impossibles1 dans les autres contes et dans celui-l4 ,mais l'rudit est assez content d'avoir remis une pantoufle en place2 il attend l'occasion d'expliquer par la mme mthode la citrouille qui devient carrosse1 ou cette ronde de petites filles1 qui1 force de tourner1 devient motte de beurre4 ,on peut rire du pdant2 mais il faut quelquefois le prendre au srieux4 ,c'est la sottise arme4 ,je range le ,pdant dans la puissante classe des ,dtourneurs1 dans laquelle on trouve aussi des espces non dpourvues d'lgance4 ,et la chasse du ,dtourneur est une chasse aux ,ides4 ,ds qu'une ide s'envole ils la tuent1 comme on tue les ,ides1 en dtournant de les chercher4 ,l',esprit se jette sur quelque pauvre relation bien aise saisir et redresser4 ,il rit de cette victoire facile1 et le ,dtourneur marque un point4 ,j'ai dit souvent que tous les contes sont vrais2 mais ce n'est pas assez dire4 ,la profonde sagesse populaire est plus ruse que nos philosophes4 ,et1 au rebours du ,dtourneur1 elle nous met en garde contre cette fausse ,raison1 qui n'est qu'imagination conforme la coutume4 ,et par un piquant moyen1 aussi ancien que l'espce humaine1 qui est de nous jeter l'absurde aux yeux1 de grossir et de redoubler l'impossible1 par quoi l'imagination est dfinie1 en mme temps qu'elle est veille1 et rappele son rle de ,folle4 ,a quoi servent aussi ces comparaisons tranges que le gnie potique jette comme un dfi4 ,j'admire la grandeur des enfants1 qui ne discutent jamais sur la ,lettre4 ,non qu'ils saisissent d'abord l',esprit2 mais ils savent bien que l',esprit ne vise pas ce maigre gibier4 ,ainsi en s'amusant de l'absurde ils ne dshonorent pas l',esprit1 mais au contraire ils l'honorent4 ,par la croissance qu'il sent l'uvre en lui1 et qui lui donne espoir et patience1 ce bel ge voit grand4 ,il attend quelque chose de mieux que des fictions cohrentes4 ,certes il y a de la ,majest laisser jouer l',imagination en mme temps que le corps1 et par les mmes lois4 ,mais il y a quelque chose d'imprieux aussi vouloir que l'absurde soit conserv comme il est2 c'est refuser les petites raisons4 ,shakespeare se moque de ceux qui voudraient comprendre comment ,othello ou ,hamlet sont passs d'un lieu l'autre1 invitant ainsi nergiquement le spectateur comprendre d'autres vrits1 plus caches et plus difficiles4 ,sur l'absurde mme l',esprit rebondit1 car il n'y peut rester4 ,cette apparence ne peut tromper1 il faut donc voir au del4 ,ces signes nous dlivrent des signes4 ,au contraire1 par des signes de raisonnable apparence1 nous venons penser les signes1 et la coutume nous tient4 ,telle est la vieillesse de l',esprit4 ,,xi ,,des ,,apparences ,quand un ,hindou se marque au visage de signes rouges ou bleus selon sa caste1 vous ne demandez point si cela est vrai ou faux4 ,il vaudrait mieux se demander en quel sens et sous quel rapport cela est vrai2 pour le faux1 il n'est point dans les faits ni dans les actions1 ni dans les penses2 il y a vrit de tout2 il faut seulement dire que nous sommes bien loin de connatre la vrit de tout2 mais la privation n'est rien4 ,attendez les exemples4 ,il y a une apparence du mouvement du ciel autour de son axe2 cette apparence n'est qu'apparence1 c'est dire qu'elle n'est point vraie2 mais je ne dirai pas non plus qu'elle est fausse2 car1 placs comme nous sommes sur cette terre qui tourne1 nous ne pouvons la voir tourner4 ,pour mieux dire1 je ne vois aucune chose comme elle est4 ,je vois l'angle de mon plafond trois angles joints dont je sais qu'ils sont d'querre tous les trois1 mais je les vois obtus tous les trois1 et la perspective m'apprend que je dois les voir ainsi4 ,si je change de place1 je les verrai obtus autrement2 mais ce sont toujours trois angles droits4 ,ceux qui retournent dans leur tte les paradoxes d',einstein croient souvent qu'ils ont choisir entre plusieurs apparences du temps et un temps unique2 je les invite rflchir sur l'objet unique1 qui donne pourtant d'innombrables perspectives4 ,je dirai volontiers que cet ,hindou qui se peint le visage se rgle sur quelque perspective de l'existence physiologique et politique2 et1 autant que je connais le vrai de la chose1 il faut que je comprenne cette perspective qui est sienne2 et aussi bien cette perspective d'un autre qui se fait moine1 et de moi-mme aussi qui mets une cravate4 ,si vous me proposez une religion1 je l'examine1 non point avec l'ide qu'elle est fausse1 mais au contraire avec l'ide qu'elle est vraie4 ,d'o vient donc que je passerai pour irrligieux8 ,c'est que je pense la mme chose de toutes les religions4 ,chacune d'elles n'est qu'une perspective plus ou moins dforme dans laquelle il faut que je retrouve l'objet unique4 ,travail copernicien4 ,difficile assurment1 mais considrez ce qui arrive quand on me montre des tours de passe-passe ou des jeux de miroirs4 ,ce sont alors des apparences tranges2 mais je sais sans le moindre doute que si je connaissais bien les objets dont ces apparences sont les apparences1 je ne verrais plus rien d'trange dans ce spectacle4 ,lorsque ,galile disait que la terre tourne1 c'tait parce qu'il avait devin le secret d'une apparence1 et vu1 en quelque sorte1 le double fond de la bote4 ,ainsi1 bien loin qu'il penst que les autres se trompaient1 au contraire1 il comprenait leur erreur mme comme vrit1 et se trouvait ainsi plus assur de ce qu'ils disaient qu'eux-mmes4 ,mais eux voulaient le ramener aux apparences1 et lui faire jurer qu'il voyait les apparences4 ,aussi lui1 qui voyait le soleil tourner1 comme voit n'importe quel astronome1 ne trouva sans doute point autant de difficult qu'on voudrait croire dire comme ils disaient2 et peut-tre comprit-il aussi le vrai de leur colre1 et l'ternel objet politique sous ces menaantes apparences4 ,marc-,aurle a dit l-dessus le dernier mot peut-tre3 ,instruis-les1 si tu peux2 si tu ne peux les instruire1 supporte-les4 ,quand le roi ,david chante3 ,l'ternel est mon rocher1 je lui donne raison1 mais non pas comme il voudrait3 on peut parier qu'avant la fin de mon discours il m'aurait fait pendre4 ,il faut tre bien intolrant pour se laisser pendre4 ,,xii ,,science ,,et ,,religion ,a ceux qui voudraient dire que l'homme est arriv la sagesse par la prudence1 je conte souvent ce que j'ai lu dans les journaux au lendemain d'un attentat politique4 ,deux bombes avaient t lances2 une seule clata2 l'autre fut porte au commissaire peut-tre deux jours aprs par un homme qui l'avait trouve et mise dans sa poche4 ,j'ai suppos d'abord que cet homme tmraire n'arrivait pas croire que ce morceau de fonte en forme de pomme de pin pouvait clater au moindre choc et mettre un corps vivant en charpie2 et il faut bien supposer cela1 mais il ne faut pas expliquer cette action seulement par l'ignorance2 un chimiste peut bien tre tmraire aussi4 ,j'aimerais mieux dire que l'homme en solitude1 et attentif surtout ses actions1 n'arrive jamais imaginer un vnement redoutable4 ,et1 bien regarder1 un corps sain1 vigoureux et intact ne peut point tmoigner du tout1 par ses affections1 que la griffe du lion peut le dchirer1 mais au contraire il exclut naturellement une telle image4 ,ainsi le danger serait trop tard connu toujours1 et l'exprience n'instruirait gure4 ,chose digne de remarque1 la crmonie modifie bien plus nergiquement les sentiments de chacun4 ,cela vient de ce que1 dans la crmonie1 les actions sont prvues et faciles1 et que notre corps est principalement occup imiter les mouvements d'autrui2 nous sommes tous alors des tragdiens de bonne foi4 ,par exemple la peur nous est alors directement communique1 la manire d'une maladie2 l'objet quel qu'il soit1 mme absent ou invisible1 reoit de cette peur une puissance sans mesure4 ,on peut comprendre ainsi que des hommes trs rsolus en leurs actions soient comme des enfants lorsqu'ils pensent aux revenants1 aux lutins1 aux diables1 quoiqu'ils ne les connaissent que par des rcits4 ,un rcit est bien plus puissant que la chose mme1 par l'effervescence commune au rcitant et la foule des auditeurs4 ,j'irais jusqu' dire que les choses ne savent point toucher l'esprit de l'homme2 elles ne passent point jusque-l2 cet animal a l'esprit cuirass contre tout exprience4 ,mais le cri d'un enfant1 le soupir d'une femme1 le lger vent d'un geste humain1 tous les signes entrent librement dans la citadelle4 ,encore mieux les armes de signes qui s'envolent d'une assemble4 ,d'o il arrive que l'homme croit moins ce qu'il a vu que ce qu'on lui raconte1 ce qui claire toutes nos passions4 ,mais je veux retenir seulement ceci1 que l'histoire des ,sciences expose sans l'expliquer1 que l'homme est venu la prudence par le respect1 et la ,science par la ,religion2 autrement dit que nos premires connaissances1 et les seules que nous prenions naturellement au srieux1 sont de ou-dire1 et non d'exprience4 ,la crainte de ,dieu serait donc la premire des craintes1 et le modle de toutes4 ,,xiii ,,le ,,temple ,une des ides de l',eupalinos est que le temple meut l'homme2 par quoi l'architecture ressemble la musique4 ,mais il faut voir comment le temple meut l'homme4 ,par ceci que les grands reliefs s'aplatissent ds que l'on s'arrte1 comme si l'air des profondeurs en tait chass4 ,au contraire1 ds que le spectateur se met en mouvement1 si peu que ce soit1 le temple aussitt dplace ses perspectives1 et d'autant plus que les parties en apparence juxtaposes sont rellement plus loignes les unes des autres2 mais c'est ce qu'il faut essayer1 car on ne le croit jamais assez1 en se dplaant seulement d'un pas devant l'entrecoupement des arceaux et des flches1 ou devant les clipses des colonnades4 ,c'est explorer la profondeur1 et se rendre sensible la solidit de la chose4 ,c'est donc la mort de la chose dans son apparence qu'il faut vaincre par le mouvement4 ,ainsi le monument nous appelle2 mais d'une certaine manire1 selon sa structure4 ,et ,hegel a bien su dire que la cathdrale gothique forme le plus nergique appel1 par l'opposition du dehors et du dedans1 par l'nigme des contreforts et par la promesse des portes et cette foule presse des statues qui nous font un chemin4 ,une colonnade grecque nous meut d'autre faon4 ,ainsi la ,madeleine serait plus politique que ,notre-,dame4 ,mais de toute faon il faut se mouvoir2 et c'est par le mouvement que le monument nous fait penser4 ,la peinture au contraire nous tient immobile4 ,supposons un monument peint dans le fond d'un tableau2 cette image ne rpond point nos mouvements1 et l'on n'observe point ce glissement des colonnes qui se montrent et se cachent selon nos pas2 ce qui rabaisse aussitt le monument peint au niveau des accessoires2 ce qui1 surtout1 nous avertit que cette apparence doit rester l'tat d'apparence1 et qu'ici le vrai est de nous et non de l'objet4 ,il est donc profondment vrai que l'architecture et la peinture ne sont point du mme ge4 ,car le puissant objet de pierre nous tire une pense commune de manire effacer toute mditation de soi sur soi2 il nous soumet la doctrine4 ,mais la peinture au contraire1 par cette apparence dsormais fixe1 nie l'tre et divinise l'existence4 ,le miracle de la peinture c'est de donner tre ce qui passe2 c'est pourquoi tout peut plaire en peinture1 un arbre1 un nuage1 un reflet4 ,par quoi nous voil immobiles1 en quelque sorte1 la seconde puissance2 car nous savons bien que le mouvement est un adieu l'apparence et soi1 mais plutt une sorte d'hymne ce monde solide1 et un massacre des apparences4 ,un arc de triomphe est peut-tre l'objet le plus loquent qui soit4 ,ce n'est pourtant qu'une porte de ville1 et spare des murs4 ,le petit arc du ,carrousel est pos sur cette place comme un signe2 on voit d'autres choses par l'ouverture2 ce n'est qu'un passage2 mais il faut passer4 ,entrer et sortir1 ce n'est qu'un4 ,ainsi s'veille le pas militaire2 ainsi1 par cette porte qui n'est que porte1 l'entreprise qui ne promet rien1 ce qui donne vie au grenadier de pierre4 ,il attend de partir4 ,et au-dessous1 les ombres sur le sable strile font oubli et dsert4 ,car1 par la vertu de ce monument1 qui signifie absolument l'en-dehors de soi1 il y faut passer1 mais on n'y peut rester4 ,,xiv ,,idoles ,l'esprit dans la chose1 voil le dieu4 ,une horloge en ses rouages et accrochages me raconte l'ide de l'horloger2 mais il n'y a point de merveilleux l-dedans2 chaque roue ne dit qu'une chose4 ,au lieu que la ,joconde en dit bien plus que le peintre ne savait4 ,une belle statue signifie sans fin2 les arceaux d'un clotre ont des milliers d'aspects1 tous parents de nous-mme4 ,un quatuor de ,beethoven prend plus de sens d'anne en anne4 ,toutes ces uvres1 outre l'immense pense qui leur est propre1 et qui nous dpasse toujours1 renvoient aussi tout ce culte et tous ces hommages qu'elles ont reus1 comme ces autels plus vnrables par les couronnes4 ,le temps n'puisera point cet avenir de gloire4 ,j'ai lu l',iliade une fois de plus2 c'est comme si j'avais apport encore une pierre ce grand tombeau4 ,quand le sauvage eut bauch des tronons basaltiques selon la forme humaine1 il ne put juger son uvre2 mais au contraire c'est lui qui fut jug4 ,ces yeux de pierre furent plus forts que lui4 ,cette immobile arme le tint en respect mieux qu'un despote2 car un despote change d'attitude et de lieu et dsire enfin quelque chose2 mais les statues n'ont pas besoin de nous1 ni de rien4 ,ainsi la statue fut un dieu4 ,je dois appeler prire cette mditation devant le signe1 cette offrande qui est due1 et dont le dieu n'a pas besoin1 ce muet dialogue o1 d'un ct1 toutes les rponses sont faites d'avance1 et toutes les demandes d'avance devines4 ,ainsi la pense sait o elle va1 et le vrai se montre dans l'immobile4 ,on voudrait dire que l'homme a fait des idoles parce qu'il tait religieux2 c'est comme si l'on disait qu'il a fait des outils parce qu'il tait savant2 mais au contraire la science n'est que l'observation des outils et du travail par les outils4 ,de mme je dirais plutt que la premire contemplation eut pour objet l'idole1 et que l'homme fut religieux parce qu'il fit des idoles4 ,il fallait rendre compte de cette puissance du signe1 et inventer la mythologie pour expliquer le beau4 ,l',imitation de ,jsus-,christ n'est que la traduction abstraite de cette imitation du signe1 qui est crmonie4 ,la rflexion sur l'idole arrive nier l'idole1 par les perfections mmes que l'on y devine2 mais c'est dj impit4 ,l',iconoclaste doit se trouver sans dieu finalement4 ,de ce ct est la perfection sans objet2 ce nant nous renvoie l'idole1 objet alors d'une adoration purifie2 tel est l'art en notre temps1 moment dpass et conserv1 comme dit ,hegel4 ,les moyens de ce penseur1 qui avance toujours par position1 ngation et solution1 seraient donc les instruments de l'histoire4 ,ceux qui ont mpris trop vite cette dialectique devraient bien considrer que ,comte1 qui la mconnut aussi1 est pourtant arriv faire entendre1 par d'autres mots1 les mmes relations4 ,car selon ses vues1 chaque jour mieux vrifies1 l'ancien ftichisme est bien la religion essentielle1 tandis que la religion pense et purifie n'est que la ngation de la religion1 qui1 sous le nom de thologie et de mtaphysique1 tire le dieu hors du signe1 et mme hors du temple1 lui-mme signe1 et nous jette dans l'infini sans matire1 d'o nous devons aussitt revenir1 ,c'est alors que1 selon l'esprit positif1 l'ancien ftichisme1 sous le nom de contemplation esthtique1 doit orner l'existence cooprative1 qui est elle-mme ngation de ngation4 ,,xv ,,la ,,cath,,drale ,l'glise1 dit l'un1 est le thtre du peuple4 ,la messe est un drame musical dont la fable n'intresse plus1 mais qui plat encore par les formes architecturales1 la musique et les cortges4 ,je ne vois1 parmi nos arts rels1 que la ,revue ,militaire qui ait autant de puissance que la messe2 et je crois que cette nouvelle religion1 qui nous emporte1 agit encore plus que l'autre1 qui nous retient4 ,ceux qui veulent tre trangers l'une et l'autre n'ont point d'art solide qui les dispose selon leurs ides par gymnastique et musique4 ,nos thtres profanes sont lgers comme leurs toiles peintes2 ce jeu d'apparences dlasse et disperse2 il ne peut mieux4 ,l',humanit n'a point de temples4 ,il faudrait donc1 dit l'autre1 un thtre plus solidement plant2 des dcors de pierre convenables pour tout drame humain1 et qui fassent rellement comme un fond de tableau pour le spectacle de notre vie4 ,une architecture qui assemble les formes des abris naturels et celles de nos toits4 ,de puissants chos qui dtournent de crier1 et qui ramnent la parole au chant1 et le chant lui-mme la dcence4 ,un lieu pour la mditation commune1 d'o soit bannie la dangereuse ,effervescence1 qui trane ,violence sa suite4 ,remarquez que le thtre profane arrive apaiser cette agitation qu'il excite1 et cela par les signes partout visibles de la ,frivolit4 ,il y a un ridicule1 dans toutes les scnes d',opra1 dont le spectateur ne sent pas tout le prix2 c'est ce ridicule qui dtourne de croire vraiment1 d'aimer et de har vraiment4 ,ce que la ,comdie met en pleine lumire1 afin de rompre le fanatisme par le rire1 se trouve dj enferm dans la ,tragdie4 ,ces arts sont bien dits profanes1 car ils usent la foi4 ,le thtre de l',humanit1 au contraire1 se doit garder du mensonge1 et donc se relier1 sans aucun intermdiaire1 l'art de l'architecte1 qui ne sait pas mentir4 ,de nouveau le thtre sera temple1 et le temple1 thtre4 ,maintenant1 dit le premier1 quelle tragdie en ce solide dcor8 ,il n'y a qu'un drame1 il me semble2 c'est l'esprit humain l'preuve1 et harcel par la nature infrieure4 ,en chacun c'est le seul drame et c'est la passion essentielle4 ,mais ce qui n'est que passion n'est plus rien du tout2 car il n'importe point la pierre de rouler ou de s'arrter4 ,il faut donc1 pour que le drame s'lve1 quelque centre de rsistance1 quelque gnie intrieur qui dise non aux forces1 enfin quelque dieu insult4 ,dfaite1 d'une certaine manire1 parce qu'aucun homme n'achve rien de ce qu'il veut2 mais victoire en ce sens que toujours l',esprit est ressuscit4 ,toujours le juste est vaincu par les forces1 mais toujours la justice garde valeur4 ,la guerre peut tout contre la paix1 except de la rendre moins belle4 ,que le juste soit mpris1 reni1 mis en croix1 et ador1 d'un mme mouvement en tous1 et d'un mme mouvement en lui-mme1 tel est le drame humain1 sans aucun dieu extrieur4 ,comdie et ,tragdie ont le mme ge que les dieux homriques2 ici la ,fatalit rgne seule1 sous l'aspect du mcanisme extrieur4 ,le drame des temps nouveaux ne fera qu'un avec le nouveau culte4 ,mais qui l'crira8 ,l'uvre est toujours faite avant qu'on y pense4 ,et le symbole signifie bien avant qu'on ait song le comprendre4 ,le dieu de pierre attend4 ,,xvi ,,dogmatisme ,j'ai vu peu de discussions relles dans les assembles4 ,quand les hommes reconnaissent les signes et s'accordent sur les signes1 comme il arrive la messe1 ils gotent quelque chose du bonheur de penser4 ,ne leur demandez pas quoi ils pensent1 ni sur quoi ils s'accordent2 il leur suffit de s'accorder4 ,quand ils se donnent le plaisir d'couter des disputeurs1 ils aiment encore s'accorder sur les signes1 et reconnatre les deux thses rivales d'aprs leur habillement accoutum1 souvent aussi d'aprs leur parure4 ,par cette raison1 souvent les disputeurs s'en vont contents et l'auditoire aussi4 ,mais celui qui invente une nouvelle manire de soutenir une des thses dplat aux deux et tous4 ,il faut comprendre que l'accord est le plus ancien signe du vrai1 et le premier pour tous4 ,car1 puisqu'il faut d'abord apprendre les signes1 chacun commence par s'accorder aux autres1 de tout son corps1 et rpter ce que les autres signifient jusqu' ce qu'il les imite bien4 ,selon la nature1 imiter un signe ce n'est autre chose que le comprendre4 ,un homme s'abrite sur le ct droit d'une route2 je fais comme lui2 j'ai compris le signe2 non pas tout fait puisque je ne sais peut-tre pas pourquoi il s'abrite2 mais j'ai compris ce qui importe le plus4 ,c'est pourquoi un homme simple trouve une scurit et un bonheur plein dans les crmonies o les signes sont encore revus et confirms4 ,il faut commencer par l4 ,qui ne s'accorde avec personne ne peut disputer contre personne1 ni instruire personne4 ,l'glise1 par une dogmatique sans faiblesse ni concession1 posait la condition pralable de la pense universelle4 ,et1 quoique je ne me range point sous l'autorit de l'glise1 nanmoins je trouve toujours plus d'avantages m'accorder d'abord1 et par prjug1 avec l'auteur que je lis1 qu' disputer au troisime mot4 ,bref1 je me suis toujours mieux trouv de vouloir comprendre que de vouloir contredire4 ,on se fait communment une trange ide de ce que c'est qu'une opinion neuve et hardie4 ,c'est toujours une opinion vieille comme les rues1 mais explique4 ,ce qui sort de l'ordinaire1 c'est d'avoir rellement des opinions ordinaires1 j'entends de comprendre les signes communs4 ,de l'accord1 faire pense2 car la marche inverse est prilleuse1 faute de signes4 ,ainsi qui comprendrait tous les mots de sa langue1 et selon le commun usage1 saurait assez4 ,et qui comprendrait seulement tous les signes de la messe1 il saurait dj beaucoup4 ,car tout signe est vrai2 mais le difficile est de comprendre de quoi le signe est signe4 ,,xvii ,,jans,,niste ,,et ,j,,suite ,le ,jansniste est un ami rude1 qui n'a point piti1 parce qu'il ne regarde pas votre faiblesse1 mais qui frappe toujours votre puissance1 ce qui est honorer4 ,redoutable1 parce qu'il exige justement ce que vous ne pouvez pas refuser1 qui est que vous soyez un homme libre4 ,sa manire d'aider est de ne point vouloir aider2 car sa maxime principale est que1 si l'on ne s'aide point soi-mme1 rien ne va4 ,je le compare une coupe qui va dborder de mpris2 telle est sa manire de rconforter4 ,comme il est assur que les moyens extrieurs1 qui sont de police et de contrainte1 ne changent point rellement un homme1 mais que l'homme seul peut se changer lui-mme par forte rsolution1 il observe aprs le coup de baguette qui avertit1 attendant le miracle4 ,et il ne veut mme point dire1 ni laisser entendre1 que le miracle lui fera plaisir1 car l'homme se sauverait peut-tre pour lui faire plaisir1 et cela ne vaudrait rien4 ,il faut1 pense-t-il1 que votre salut dpende seulement de vous2 et ce que votre volont peut1 rien d'autre au monde ne le peut faire1 ni la contrainte1 ni la piti1 ni mme l'amour4 ,si vous voulez apprendre le latin1 la musique1 la peinture1 ou la sagesse1 trouvez quelque jansniste qui sache ces choses4 ,vous l'aimerez d'abord sans savoir pourquoi1 et peut-tre aprs vingt ans vous dcouvrirez que lui seul vous aimait4 ,forgeron4 ,le ,jsuite est un ami indulgent1 qui ne compte pas trop sur vous1 mais aussi qui travaille d'approche1 et vous prend dans les liens tnus de l'habitude1 ne vous demandant que de sourire d'abord1 et de vous plaire avec lui2 c'est qu'il a prouv la faiblesse humaine et que c'est l qu'il regarde toujours1 se disant que les actions finissent toujours par entraner l'homme4 ,aussi que vous fassiez ce qu'il faut faire avec ennui1 ou pour lui plaire1 ou seulement par esprit d'imitation1 il n'y regarde gure1 prtant surtout attention au costume et aux manires1 enfin la grce extrieure1 faute de laquelle l'homme le mieux dou trbuche sur le premier obstacle4 ,celui-l1 vous commencerez par croire qu'il vous aime1 et par vous faire reproche de ne pas l'aimer4 ,seulement1 aprs vingt ans1 quand il vous aura appris tirer parti mme de votre paresse1 vous dcouvrirez qu'il vous mprise un peu1 comme il mprise tout et lui-mme4 ,or le ,jsuite a raison aussi2 car il n'y a point de vie humaine bien compose si l'on nglige le ct extrieur et les moyens de politesse4 ,ayez donc les deux comme prcepteurs si vous pouvez1 et ensuite comme amis4 ,je dis ,jsuite et ,jansniste parce que ces mots font portrait4 ,mais sachez bien que ces deux espces d'hommes sont un peu plus anciennes que les ordres chrtiens1 les hrsies et le drame du ,calvaire4 ,,viii ,l',,homme ,,de ,,dieu ,l'homme de dieu vient sans avertir1 et s'en va de mme2 soit qu'il parle1 soit qu'il revive un moment en ses crits austres1 soit qu'un rude aptre nous ramne la doctrine4 ,et que dit l'homme de dieu8 ,il dit que nulle puissance de ce monde tal ne mrite respect2 il dit qu'un ,csar vaut l'autre1 et qu'aucune justice ne natra ni par les triques ni par les piques4 ,que la perfection est toute dans ce pouvoir invisible de penser et de vouloir1 et enfin de se gouverner soi-mme4 ,que nous sommes comptables premirement de cette paix avec nous-mmes qui dpend de nous4 ,que nous sommes rois chacun de notre petit royaume1 et qu'en voil bien assez pour nous occuper4 ,que les choses humaines autour de nous1 si mauvaises qu'elles soient1 font assez voir une justice redoutable1 par toutes ces passions que l'on voit prises leur propre pige et par ces flches qui reviennent sur l'archer4 ,qu'on ne recrute que l'envie contre l'ambition1 que la lchet contre l'orgueil et la fureur2 que1 s'il fallait choisir1 la condition de l'esclave est encore la meilleure1 parce que la ncessit d'obir nous conduit naturellement rgner sur nous-mmes2 au lieu que le lourd devoir de gouverner nous jette hors de nous et dans les apparences de la justice4 ,qu'ainsi chacun doit rester sa place2 que chacun doit craindre d'avoir et craindre de pouvoir4 ,que de toute faon l'preuve de la souffrance et de la mort est commune tous et impose1 non point par quelque ,csar1 ce qui montre assez que notre travail d'homme n'est pas d'carter l'preuve1 mais plutt de la surmonter par la ressource de l'esprit4 ,que c'est la mme preuve pour le soldat et pour tous1 et qu'il faut un aveuglement volontaire1 c'est--dire la plus grande lchet de l'esprit1 pour que nous nous trompions l-dessus4 ,qu'au reste ce surcrot de maux1 si c'en est un1 qui vient des hommes est trs videmment la suite de leurs erreurs1 mensonges et convoitises1 et que nul ne peut se permettre de s'en plaindre s'il ne s'est purifi lui-mme4 ,l'homme de dieu est importun4 ,il faut pourtant suivre aussi ces penses hivernales1 faire retraite et carme4 ,le paysage dnud nous y invite4 ,quand toutes les feuilles sont tombes1 le soleil touche la terre justement en ses points de fertilit4 ,mais ce n'est qu'un moment4 ,l'esprit revient l1 mais n'y peut rester4 ,parce qu'il s'est mis au monastre1 s'appliquant ne respecter que ce qu'il doit respecter1 par cela mme il en doit sortir4 ,comme ce corps vivant sait bien rappeler l'esprit qui veut s'exiler1 ainsi les pouvoirs excommunis par le silence de l'esprit appellent au secours2 car ,csar aussi est l'homme de dieu1 et conspire avec tous contre lui-mme4 ,tout homme veut respect2 et tout homme s'y connat4 ,non pas cette obissance spare2 personne n'en veut4 ,il n'est point de riche qui cherche seulement la richesse2 tout ambitieux veut approbation4 ,et de mme j'ai remarqu que celui qui refuse le mieux n'est pas celui qui se plaint le plus4 ,tous ces morts n'irritent en effet que la partie mortelle1 et cela ne va pas loin4 ,mais un mensonge qui cherche approbation irrite autrement2 est-ce irriter qu'il faut dire8 ,il rveille la partie haute4 ,on a observ pourtant que rvolte ne vient pas tant de misre2 mais on n'en tire point la consquence qui est que la sottise est moins supporte qu'aucun autre mal1 peut-tre par cet cho en nous-mmes4 ,car ces sottises naissent et renaissent en chacun1 par cette me de vrit qui en doit sortir2 et l'homme de dieu ne peut pas nous permettre de laisser l'esprit dans ses langes4 ,ce ne sont point les actes1 ce sont les discours qui nous appellent4 ,csar veut penser2 ,csar1 nous sommes de ta suite4 ,cette collaboration ne se refuse point4 ,,xix ,,descartes ,le choix de ,descartes doit tre considr attentivement4 ,car il n'est pas hors de nos forces de deviner une pense animale et une me domine par les besoins et les apptits dans la msange1 le rat1 le chien ou le buf4 ,cette parent une fois reconnue1 la nature toute entire est mythologique4 ,toutes les btes sont des esprits dchus2 dont il faut croire qu'ils peuvent revenir et qu'ils reviennent1 quoique par longs dtours1 et durement ramens en arrire par la ncessit immdiate4 ,ainsi ,ulysse1 pensant seulement qu'il pourrait voir la fume monter de sa terre natale1 voulait mourir2 mais la faim1 le sommeil et l'amour le retenaient dans sa condition d'esclave2 et il fallut donc quelque pardon des dieux pour que ,calypso le laisst partir4 ,schelling certes a parl beau quand il a dit que la nature est comme l',odysse de l'esprit4 ,mais le difficile n'est pas d'adorer l'esprit en toutes ses formes2 c'est idoltrie proprement parler4 ,il n'est permis d'adorer que l'homme2 tel est le sens de ce dcret cartsien qui refuse toute pense aux btes4 ,auguste ,comte est de la mme ligne1 purement ,occidental aussi1 mais par dtour1 et par soumission la ncessit4 ,car cette nature tendre et trs peu militaire a beaucoup pens la pense des btes1 et principalement des bons serviteurs1 comme buf et chien1 avec lesquels il veut que nous fassions une sorte de socit4 ,mais1 d'un autre ct1 la ncessit de chasse et de dfrichement1 et la domination de l'homme lui parat la condition premire de cette socit continue sans laquelle il n'y aurait point du tout de pense4 ,rien ne dit que tels animaux1 s'ils avaient domin sur la terre1 n'auraient point form socit aussi1 traditions aussi1 bibliothques aussi2 rien ne dit que l'homme1 rduit une vie isole et difficile comme celle du rat et du lapin1 aurait plus de pense qu'eux4 ,il faut donc qu'une espce triomphe1 et l'homme trouve le choix tout fait4 ,adorer l'humanit seulement c'est une ncessit dure2 mais il faut virilement l'accepter4 ,mon semblable1 c'est l'homme2 il n'y a de salut que de l'homme4 ,la tche est dj assez difficile4 ,quand on examine les formes de l'histoire1 les guerres1 les supplices et les dieux1 on reconnat que l'esprit est revenu d'assez loin1 par tant de dtours et tant de fois pris au pige4 ,c'est donc l'histoire qui est l',odysse de l'esprit2 et le mme ,schelling1 devenu vieux1 a fini par le dire1 bornant ses ambitions1 et terminant cette vaine mythologie1 fille d',orient4 ,l'occidental est athe au fond4 ,en passant de l',orient l',occident1 l'ancien dieu a pris de plus en plus la forme humaine2 et la marche mme du ,christianisme1 d'abord mystique1 puis politique1 ne fait que raliser son mythe fondamental4 ,il fallait resserrer cet universel amour1 afin de lui donner puissance2 il fallait mettre hors de discussion les droits de l'homme par une sorte de dcret romain4 ,toute pense se borne de ncessit1 ou bien elle perd forme2 ainsi l'homme crase sans faon la fourmi et le rat4 ,le difficile pour un homme est de rester bon tout en menant cette guerre2 et notre civilisation offre ce double aspect chacun de ses pas4 ,ce que les ,romains traduisaient en disant que le prteur n'a pas souci des petites choses4 ,et si un homme fut jamais prteur en sa pense1 c'est bien ,descartes4 ,,xx ,,cardinaux ,on demande si ces cardinaux1 si l'ancien pape1 si le nouveau pape croient selon leurs actions et selon leur pouvoir4 ,mais tout homme1 il me semble1 croit selon ses actions et selon son pouvoir4 ,dans le mme temps sous les yeux du marchal ,joffre1 se droulrent d'autres crmonies et d'autres cortges2 et le roi ,sisowath1 port sur une litire d'or par cinquante hommes1 ne douta point du tout qu'il ft roi4 ,toutes les crmonies font preuve d'elles-mmes1 et cette preuve suffit4 ,nous demandons d'autres preuves1 nous autres1 parce que nous sommes hors de la crmonie2 semblables au spectateur qui se demande pourquoi les danseurs trouvent tant de plaisir danser4 ,un chasseur pied1 millime d'un bataillon1 croit ncessairement pendant qu'il dfile4 ,on voudrait distinguer dans la masse des croyances1 et les examiner une par une1 en vue de retenir celle-ci et d'carter celle-l3 mais la crmonie ne se laisse pas couper en morceaux2 et la seule erreur ici est de rompre le cortge4 ,que faites-vous1 malheureux8 ,c'est droite qu'il fallait tourner4 ,ici est votre sige1 et non ailleurs4 ,la faute serait rpare aussitt1 avec repentir et confusion2 mais ces cardinaux ne se trompent point d'un pas ni d'une gnuflexion4 ,cette unit de la procession soutient la doctrine4 ,ds que vous portez la chape1 vous acceptez toutes les broderies4 ,douter est comme dcoudre4 ,ainsi les costumes bien cousus font preuve1 et la crmonie bien cousue fait preuve4 ,comme dans l'excution d'un morceau de musique1 l'incertitude fait voir l'ignorance2 et c'est tout ce qu'un cardinal peut penser d'un incrdule4 ,nous autres nous voulons toujours en venir la preuve ontologique et aux attributs de ,dieu2 ce qui a juste autant de place dans la tte d'un cardinal que les formules balistiques dans la tte d'un colonel d'artillerie4 ,un colonel se croit d'abord1 et se croit colonel1 et se sait colonel2 c'est une chose qu'il ne se prouve point lui-mme par mathmatique4 ,il faut prouver en effet que ,dieu est1 si l'on n'est point cardinal1 ou conclaviste1 ou enfant de chur1 ou bedeau2 mais quand on est cardinal il faut prouver d'abord que l'on est cardinal1 ce qui se fait par geste1 rite et majest2 les autres ides du cardinal tiennent comme le fil rouge dans le costume4 ,la plus ancienne forme de religion1 autant qu'on peut savoir1 n'enfermait aucune ide1 proprement parler1 en dehors du culte lui-mme2 tout le respect allait la crmonie1 aux costumes1 aux images1 au temple4 ,ce genre de foi ne manquait jamais de preuve1 car il n'y a point de diffrence entre aimer la danse et savoir danser4 ,selon l'ordre vritable ce n'est point la lgende qui fonde la crmonie1 mais au contraire c'est la crmonie qui porte la lgende4 ,quant aux subtilits thologiques1 elles sont situes encore bien plus loin de terre4 ,ce sont des jeux de paroles qui n'intressent et ne touchent que par leur relation la crmonie4 ,cet ordre se trouve renvers ds que l'on vient mpriser les costumes et les crmonies2 ainsi l'esprit protestant est abstrait1 discuteur et dogmatique en mme temps2 c'est construire une tour dans les airs4 ,au contraire affirmer le culte et affirmer par le culte1 c'est terminer d'abord de vaines discussions1 en rtablissant les plus anciens des dieux1 qui sont le ,srieux et l',importance4 ,,xxi ,,de ,l',,galit ,parmi ceux qui travailleront rformer l'enseignement public1 je ne vois personne1 il me semble1 qui pense selon l'galit dmocratique4 ,descartes1 ,prince de l',entendement1 a crit que le bon sens est la chose du monde la mieux partage2 ce puissant esprit ne voulait point voir de diffrence entre les hommes1 si ce n'est pour la facilit de mmoire et les gentillesses extrieures2 mais j'ai remarqu plus d'une fois que cette pense n'est point comprise4 ,ds qu'un homme l'emporte par ce qu'il a lu ou retenu1 ou par l'art d'crire ou de parler1 il prend ses distances1 s'installe dans l'lite dirigeante1 et cherche des seconds et successeurs parmi les brillants lves qui lui ressemblent4 ,au sujet de la masse1 nulle autre pense que de lui bien apprendre un mtier2 la masse est utilisable et gouvernable1 plus ou moins1 selon la prvoyance du lgislateur4 ,mais que tous puissent avoir part1 et doivent avoir part1 la vraie science et la vraie culture1 c'est une ide qui ne se montre point4 ,un haut personnage disait rcemment qu'il importe de ne laisser sans doctrine aucun de ceux1 ft-il berger1 qui sont capables de tenir leur place dans les rangs de l'lite dirigeante4 ,voil leur ,dmocratie4 ,un esprit lent et engourdi1 sans facilit et sans grce1 est marqu d'esclavage2 le savoir technique1 qui est de l'il et de la main1 est assez bon pour lui4 ,utile instrument dans la main du chef4 ,le monde antique instruisait ses esclaves1 si on l'entend ainsi2 il est hors de doute que le petit animal forme humaine qui montrait quelque aptitude la cuisine ou au jeu de la flte tait mis l'cole prs des habiles2 s'il aimait la lecture1 l'criture et la grammaire1 il n'en avait que plus de prix4 ,s'il s'levait jusqu' l'intrigue politique1 il pouvait tre affranchi1 et avoir part aux grandes affaires4 ,cette loi de slection joue encore parmi nous2 et j'ai connu plus d'un esclave bien dou qui s'approche maintenant de l',acadmie4 ,il y a un beau livre crire sur nos ,affranchis1 joueurs de flte ou grammairiens1 attentifs plaire4 ,il est vrai pourtant que l'cole moderne a commenc seulement avec le catchisme1 quand le prtre eut le devoir d'enseigner au plus endormi et au plus arrir justement ce qu'il savait de plus beau4 ,nous dveloppons cette grande ide2 mais il s'en faut qu'elle soit assez en faveur et en lumire4 ,toujours instruire les plus aptes2 toujours faire une exacte revue des petits sauvages1 afin d'y trouver des polytechniciens2 les autres seront instruits par procuration1 retrouvant en leurs matres leurs gaux d'hier1 et assez contents2 car de quoi se plaindraient-ils8 ,il suffit qu'on n'ait point laiss un seul gnie garder les moutons4 ,or ce facile problme est rsolu1 comme il fut toujours4 ,mais l'autre est peine touch1 qui est d'veiller tout esprit le plus qu'on peut1 par les plus hautes et les plus prcieuses connaissances1 et de donner plus de soins l'esprit le plus lent2 enfin de rgler l'enseignement non sur les mieux dous1 mais sur les moins dous4 ,car le vrai progrs n'est pas en l'esprit d'un ,thals1 mais en l'esprit de sa servante4 ,,xxii ,,le ,,cat,,chisme ,l'glise en son admirable tentative d'universelle rconciliation1 se fondait sur cette ide que les hommes1 si diffrents qu'ils soient par l'aspect1 la force1 les aptitudes1 et encore diviss par les passions et les intrts1 ont en commun l',esprit1 qui est justement ce qu'il y a de plus minent en chacun d'eux1 et qui soutient et porte tout le reste4 ,cette ide de l',humanit ,relle n'tait pas inconnue aux grands ,anciens2 elle est implique dans ,platon1 explicite dans ,marc-,aurle4 ,mais enfin c'est l'glise qui a tent pour la premire fois sur cette ,plante d'enseigner la ,fraternit selon la ,fraternit mme1 c'est--dire tous1 sans considrer la puissance1 la richesse ou les aptitudes4 ,le ,catchisme est le premier essai de l'cole universelle4 ,et quoiqu'elle parlt par figures1 la doctrine tait mouvante et persuasive par l'ide qui y tait cache1 qui n'est autre que l'ide de l',esprit ,humain4 ,nos murs sont encore1 et heureusement pntres et vivifies de ce puissant systme auquel nous devons la dignit de la femme1 l'esprit chevaleresque1 et l'ide d'un ,pouvoir ,spirituel au-dessus des rois et des nations4 ,mais1 comme dit ,auguste ,comte1 ce systme1 d'inspiration droite1 et qui poussa assez loin l'organisation de l'immense famille humaine1 a manqu par le haut4 ,il est bon de sentir en soi la communaut humaine2 mais il faut encore pouvoir l'prouver par le doute et l'investigation4 ,faute d'une doctrine dmontrable1 l'glise tait menace de deux cts2 d'un ct par tous les genres d'inspirs et d'nergumnes1 qui devaient proposer et ont propos en effet des croyances tout aussi arbitraires et tout aussi peu vraisemblables que les dtails du dogme1 surtout pris la lettre4 ,et d'un autre ct l'lite mme des penseurs1 des organisateurs1 des instituteurs1 dont l'glise ne pouvait se passer1 devait frapper1 sonder1 prouver la doctrine1 d'aprs ce sentiment de l',universel qui les portait nergiquement la recherche des preuves4 ,ainsi la grande ide de l'glise devait prir faute de contenu4 ,c'est la ,science ,positive qui a institu le contenu et la preuve de l',ide ,catholique4 ,car il est vrai que les hommes s'accordent par le dedans1 et en quelque sorte en puissance2 mais c'est la dmonstration qui les accorde rellement1 par le double moyen de la thorie et de l'exprience4 ,et il n'est point ncessaire qu'un homme sache tout et comprenne tout2 il suffit qu'il sache et comprenne bien une seule chose pour qu'il se sente en cela le frre et le semblable de tous ceux qui savent et comprennent4 ,par exemple1 pour une clipse1 ils peuvent tous suivre1 l'heure fixe1 le passage de la lune sur le soleil2 cette prdiction qui s'accomplit1 c'est le miracle de l'esprit4 ,mais1 sans pntrer jusqu'aux dtails la thorie de l'clipse1 ils peuvent encore se faire une ide suffisante des raisonnements et calculs qui permettent de prvoir la dure de l'clipse1 l'heure et le lieu o elle sera visible4 ,qu'ils remarquent seulement le tour de la lune d',ouest en ,est parmi les toiles2 qu'ils le comparent au tour que fait le ,soleil dans le mme sens1 mais en un an2 ils comprendront dj que la lune rattrape et dpasse le soleil1 et qu'ainsi l'clipse commence par l'ouest4 ,comparant aussi les deux vitesses1 qui diffrent l'une de l'autre en gros comme le mois et l'anne1 ils calculeront la dure d'une clipse sans erreur grossire1 assez pour prouver en eux-mmes et veiller en eux-mmes cette puissance de penser qui a dj effac de ce monde la terreur1 la fureur et les querelles que l'clipse tranait dans son ombre1 et qui effacera bien d'autres terreurs1 fureurs et querelles1 mesure que les hommes prendront le got de penser4 ,ainsi je suivais l',ide1 en marchant sur des ombres en forme de faucilles1 pendant que les hommes1 les uns travers un verre noirci1 les autres dans le reflet des eaux1 regardaient l',image4 ,l',esprit de ,platon tait avec nous4 ,,xxiii ,,le ,,pharisien ,le ,menteur1 l',hypocrite1 le ,vaniteux1 le ,glorieux1 le ,matamore1 tous personnages de comdie1 sont dpasss de loin par le ,pharisien4 ,le ,pharisien est esquiss dans l'vangile1 plus d'une fois4 ,si par rflexion on runit ces traits dans un contour plus appuy1 on fait natre un effrayant personnage1 essentiellement tragique4 ,tartuffe est bien petit ct4 ,le ,pharisien est un homme qui croit en ,dieu1 et qui croit que ,dieu est content de lui4 ,les fameux bandits qui ne sont pas prs d'tre oublis1 ne croyaient rien du tout2 encore pourrait-on dire qu'ils croyaient au courage2 aucun d'eux ne se serait pardonn s'il avait hsit devant l'action difficile4 ,et pourtant1 selon les principes qu'ils voulaient affirmer1 il n'y a point de courage3 il n'y a que des forces2 la fuite et la peur sont naturelles ds qu'elles se produisent1 comme l'audace et la volont4 ,je rappelle ici leurs exploits et leurs crits pour faire voir qu'il est rare qu'on ne croie rien4 ,et tout homme qui se compare un homme idal1 par exemple savant1 temprant1 courageux1 juste1 se trouve aussitt bien petit4 ,mais le ,pharisien fait voir cette union incroyable de la religion ingnue et de l'admiration de soi4 ,il se veut savant et il se croit assez savant2 il honore rellement le courage1 et il se croit courageux4 ,il dcouvre rellement1 profondment1 sa conscience devant un juge qui1 d'aprs lui1 sait tout et devine tout1 et il prie ainsi3 ,seigneur1 n'es-tu pas content de moi8 ,ne suis-je pas ton ministre et ton interprte8 ,ne suis-je pas l',importance8 ,fais donc marcher ton tonnerre1 et pulvrise ces gens de rien1 car ,mon ,importance est la tienne4 ,je ne sais si un tel monstre existe4 ,quelquefois on est amen penser qu'il existe au moins par moments2 les flatteries1 les acclamations ont tant de force4 ,on a souvent mal compris l'humilit vanglique2 ce n'est sans doute au fond que la volont de n'tre jamais ce monstre-l4 ,les forces de perscution ne s'expliquent gure par la mchancet seule4 ,jsus en prison n'tait pas bien redoutable1 ni ,jeanne d',arc la ,tour4 ,des politiques auraient oubli4 ,mais supposez le ,pharisien et son ,importance1 on comprend la ,croix et le ,bcher4 ,qui offense le ,pharisien offense ,dieu4 ,seigneur1 tu es juste2 tu connais mon esprit et mon cur4 ,tu n'aurais pas clair ce pauvre charpentier et cette pauvre bergre4 ,la lumire morale1 c'est moi qui l'ai2 la lumire politique1 c'est moi qui l'ai4 ,toute perfection agit par moi1 par moi et par toute la hirarchie1 et par tous ceux qui la reconnaissent4 ,c'est pourquoi je n'ai pas le droit de pardonner4 ,ainsi sera brl1 jet au vent1 solennellement maudit1 effac de la terre1 tout miracle qui n'aura pas suivi la ,voie ,hirarchique4 ,ainsi l'me ,bureaucratique s'est leve deux fois jusqu'au sublime qui lui est propre2 deux fois les ,pharisiens ont cru tout fait en eux-mmes4 ,dans le train ordinaire de l'histoire1 ils n'ont que des mouvements d'humeur1 quelquefois loquents2 mais leur voix tremble2 je reconnais mieux l'homme4 ,,xxiv ,,le ,,figuier ,il arriva que ,jsus eut soif2 il s'approcha d'un figuier et n'y trouva point de figues4 ,aussitt il maudit l'arbre inutile1 et l'arbre scha sur pied4 ,or1 dit le livre1 ce n'tait point la saison des figues4 ,cette tonnante remarque ne peut venir ni d'un copiste1 ni d'un commentateur2 ces gens-l ne font que des changements raisonnables4 ,aussi je ne suppose point ici d'erreur4 ,tout au contraire1 en ce terrain pierreux1 de telles failles et vitrifications1 d'abord inexplicables1 me font dire que l'esprit a frapp l4 ,scandale1 dit le lecteur pieux2 je ne puis comprendre4 ,patience4 ,plus grand scandale quand vous comprendrez4 ,il me plat d'imaginer la dfense du figuier4 ,pourquoi maudit8 ,je ne me rgle point sur votre soif2 je me rgle sur les saisons1 et j'obis la ncessit extrieure4 ,image donc je suis1 et utile image1 de cette loi qui irrita les impatients4 ,aussi je me moque des impatients4 ,le mme ,dieu qui a limit les mares est celui qui a voulu que j'eusse des figues en un certain temps1 comme des fleurs en un certain temps4 ,je suis l',ancienne ,loi1 la ,loi de ,toujours4 ,on reconnat le discours du ,pharisien4 ,or les figuiers n'ont point cess d'obir aux saisons1 et les ,pharisiens parlent plus haut que jamais4 ,mettez-vous cent mille en cortge et demandez aux ,docteurs de la ,loi d'tablir enfin la vraie paix entre les nations4 ,vous entendrez un discours assez fort4 ,suis-je matre des ncessits8 ,est-ce moi qui ai fait ce monde comme il va8 ,ne parlons pas1 ,messieurs1 de nos dsirs4 ,j'aime la paix autant que vous l'aimez2 je la souhaite2 je la veux4 ,mais o avez-vous lu que nos dsirs1 que nos souhaits1 que nos volonts sont la loi des choses8 ,je ne fais pas de miracles4 ,quand les conditions d'une vraie ,paix seront ralises1 la vraie ,paix sera4 ,je vous l'annoncerai4 ,mon affaire est de savoir ce qui est1 et d'en conclure le possible et l'impossible4 ,et qui sait mieux que moi8 ,j'ai des rsums de tout1 et je les tiens jour4 ,j'ai trente commissions qui enqutent pour moi et qui rsument pour moi4 ,j'ai des artilleurs1 j'ai des juristes1 j'ai des conomistes j'ai des dmographes1 j'ai des gographes1 j'ai des statisticiens4 ,je suis document1 et vous ne l'tes point4 ,vous me faites savoir ce que vous voulez2 et moi je vous fais savoir ce qui est et ce qui sera par ncessit4 ,les cent mille manifestants s'en iront plus pauvres qu'ils ne sont venus4 ,une fois encore dpouills d'esprance4 ,et contents4 ,non pas contents tout fait4 ,le nouveau ,dieu est ressuscit2 il n'a pas aboli l',ancienne ,loi1 mais l'ancienne loi non plus n'a pas effac l'image du scandaleux supplici1 c'est ainsi que ,claudel le nomme4 ,que les figuiers suivent les saisons1 cela juge les figuiers4 ,mais1 aux yeux de l'homme1 la ncessit n'est nullement respectable4 ,la loi des btes sera surmonte2 la loi de l'homme sera4 ,il n'est pas d'assassin qui n'invoque la ncessit2 qu'il soit donc trait selon la loi des btes4 ,mais quel est l'homme raisonnable1 ou seulement rsolu n'tre point fou1 qui reconnat valable cette loi de ncessit1 source indubitablement de ses plus folles penses1 de ses plus inhumains dsirs1 de ses plus brutales colres8 ,eh oui1 ce sera ainsi et toujours ainsi si nous laissons aller la ncessit extrieure4 ,spectateur des choses humaines1 donc2 toujours souhaitant1 et n'osant rien4 ,attendant ses fruits du vent1 du soleil et de l'eau4 ,mais il n'y a que le fou qui s'abandonne ainsi4 ,l'homme vritable n'attend point la saison de la paix4 ,,xxv ,,le ,,signe ,,de ,,la ,,croix ,voici ce qui me fut cont1 par une amie cheveux blancs qui s'est retire la campagne et fait apprendre le catchisme des enfants barbouills4 ,il est bon de dire que cette femme n'est pas plus croyante que moi2 le catchisme n'est donc que l'occasion d'enseigner la morale commune1 enfin de dbarbouiller les esprits4 ,flche de tout bois1 tous les travaux avec un seul outil1 c'est la loi de campagne4 ,je transcris maintenant l'histoire4 ,un enfant de vagabonds1 fixs pour un temps dans les ,creutes1 qui sont des grottes de ce pays-l1 fait retentir un jour la sonnette4 ,que veux-tu1 petit homme8--,je veux qu'on m'apprenne ma prire et mon catchisme4 ,c'tait le jour2 il prend place4 ,on lui apprend le signe de la croix4 ,a quoi que a sert8 ,discours4 ,c'est le signe de ,jsus mis en croix pour avoir enseign l'galit1 la justice1 l'amour1 le pardon des injures4 ,le signe est pour rappeler ces choses1 dans le moment o l'on va se laisser emporter par la colre1 ou la vengeance1 ou la haine1 ou le mpris4 ,c'est comme si l'esprit du ,juste mis en croix venait alors au secours4 ,enfin tout ce que peut dire du signe de la croix quelqu'un qui n'en use point4 ,une semaine passe4 ,on s'entretient de la colre1 toujours propos du catchisme4 ,et l'un des enfants1 assez prompt remarquer les faiblesses d'autrui1 de dire3 ,c'est ,michel 7ce petit vagabond7 qui est colreux4 ,hier1 il poursuivait ,andr1 tenant dans sa main une grosse pierre1 et disant3 je te tiens1 tu n'iras pas jusqu' ta maison4 ,mais voil 7se moquant71 voil qu'il s'arrte tout coup1 et1 avec sa pierre1 fait le signe de la croix1 et jette sa pierre1 disant ,andr qu'il n'aie pas peur1 et qu'il peut rentrer chez lui4 ,j'avais travers des tendues neigeuses1 o l'on ne voyait pas la trace d'une voiture1 je chauffais mes pieds au feu1 et j'entendais cela4 ,tolsto a saisi toutes ces harmonies4 ,le petit vagabond n'tait plus revenu2 ainsi l'histoire n'avait pas de suite4 ,il se fit donc un silence1 et tous les dieux passrent4 ,il faut dj une science profonde pour comprendre que les passions1 et leurs preuves si vives1 dpendent des mouvements du corps1 et que1 pour dnouer la colre1 il suffit de dnouer les poings4 ,mais qui croira1 au premier moment1 qu'il est plus matre de sa main que de sa pense8 ,c'est pourtant ainsi4 ,n'essayez point d'abord d'tre juste en pense l'gard de votre ennemi1 mais desserrez vos dents d'abord1 ouvrez vos mains1 pliez les genoux1 inclinez la tte4 ,car la vie s'trangle elle-mme1 avant d'trangler l'autre4 ,et c'est ainsi1 par gymnastique d'abord1 que la pense rduit les passions2 alors seulement les ides reprennent leur sens humain4 ,mais1 si l'effet est visible1 les causes sont naturellement caches4 ,de l cette croyance1 vieille comme le ,temps1 que des gestes rituels voquent l'esprit de vrit1 et qu'il vient du dehors comme l'ange4 ,et voil le miracle1 essentiellement2 car il est vrai qu'un geste change tout4 ,si tu veux concevoir la paix1 pose d'abord tes armes4 ,,xxvi ,,des ,,signes ,nol n'est pas un soir ni une fin4 ,nol est une aurore et un commencement4 ,cette messe est minuit et clbre un enfant4 ,cependant l'hiver a commenc2 la neige ensevelit l'automne2 les arbres montrent leurs squelettes dpouills2 le vent du nord descend sur la terre4 ,mais l'il voit d'autres signes2 le ciel se creuse par ces lgres architectures de la fort2 la lumire est comme dlivre2 la neige double le ciel4 ,sur les bourgeons du marronnier j'ai touch une sve visqueuse4 ,les astronomes de leur ct mesurent ce solstice tranant2 le soleil a fini de descendre4 ,ainsi tous les signes s'accordent1 et la jeune ,esprance est fte justement quand il faut4 ,les anciens peuples avaient tous des danses rgles qui figuraient les choses du ciel et les saisons2 c'est ainsi qu'ils se souvenaient2 c'est ainsi qu'ils se persuadaient eux-mmes4 ,on dit souvent l-dessus que ces danses figuraient la mythologie2 mais je suis assur au contraire que la mythologie fut un commentaire de ces danses1 qui premirement exprimrent le rapport de l'homme la nature des choses1 tout fait de la mme manire que le chant des oiseaux raconte le printemps4 ,ainsi l'ancien culte fut d'abord en action1 et absolument vrai4 ,c'est de l que les hommes prirent leurs ides4 ,je veux bien que penser ce soit1 selon un mot connu1 se retenir d'agir2 mais je dirais plutt que penser c'est s'arrter de danser1 ou bien regarder danser4 ,car il faut un objet nos penses comme telles2 il faut un autre monde1 solide comme le monde1 image du monde1 et autre que le monde4 ,la premire contemplation fut danse1 et la premire rflexion fut contemplation de la danse4 ,pensez-y avec suite4 ,on ne peut compter sans les noms de nombre2 mais comment nommer les nombres avant d'avoir compt8 ,cherchez d'un autre ct2 le nombre fut sans doute une abstraction de la danse1 et autrefois sacr1 comme la danse4 ,le dtail chappe4 ,mais posons seulement que l'accord des signes fut toujours ador4 ,on peut comprendre alors cette mythologie universelle1 o la forme humaine reprsente une partie ou un aspect de la nature inanime4 ,si la danse est la plus ancienne vrit1 tout s'explique2 et aussi comment l'ordre de la nature fut naturellement expos sous la forme d'un rcit lgendaire4 ,la lgende fit la premire explication de la danse4 ,comment expliquer autrement ce sens des mythes1 qui se retrouve et se redouble jusque dans leurs derniers replis8 ,la fte fut d'abord juste1 non moins juste que le chant des oiseaux4 ,elle exprima l'ordre universel4 ,les rcits que l'on en tira furent gouverns par ces gestes infaillibles2 aussi n'y a-t-il pas une faute dans ces mtaphores qui furent les anciens dieux4 ,personne1 ou presque1 ne remarque que les pomes sont rgulateurs la fois et rvlateurs de nos sentiments2 mais tous l'prouvent4 ,encore bien moins remarque-t-on que les mythes sont les rgulateurs la fois et les rvlateurs de nos penses2 mais aussi ceux qui prouvent cet accord dans le moment de la prire sont transports si violemment par cette beaut inexplicable1 qu'ils sont disposs alors accorder beaucoup et mme tout la thologie raisonneuse4 ,toutefois cette thologie elle-mme convient que celui qui prend le mythe pour vrai en ses apparences1 et qui adore directement et simplement les images1 est plus prs du vrai que les docteurs4 ,mais celui qui comprendrait que la prire est une parfaite perception de la nature et de l'homme ensemble serait encore plus prs des dieux4 ,,xxvii ,,no,l ,nol est la fte de l',esprance1 et dans la plus longue nuit de l'anne1 ou presque4 ,la fte de ,pques est barbare ct4 ,au temps de ,pques le printemps se montre par des signes que l'esprit le plus grossier peut comprendre2 et il n'est pas ncessaire d'avoir un gnomon et une ligne mridienne pour tre assur que le soleil remonte vers l't4 ,mais ,nol1 qui peut savoir que l'hiver est fini8 ,a peine il commence2 souvent la neige tombe et la gele enchane les ruisseaux4 ,ce qui est en perspective1 d'aprs la coutume1 c'est une suite de jours froids et l'aigre bise du nord ou de l'est4 ,mais la petite ,esprance1 l',esprance enfant1 comme chante ,pguy1 se loge justement en ce creux de l'hiver comme dans un nid et forme son chant printanier au milieu mme de la nuit annuelle4 ,pques est la fte ,paenne1 la fte des sens4 ,nol est la fte ,chrtienne1 la fte de l'esprit4 ,fte de l'enfant4 ,la juste image de ,pguy revient1 et nous contraint de joindre l'esprit au corps enfant2 ide dont je ne vois point de trace chez les anciens2 car leurs yeux la perfection de l'enfant est dans l'homme1 comme le plus beau de l'anne est le triomphe du printemps4 ,mais nous autres1 fatigus de l'invariable ,csar1 infatuation1 puissance1 richesse1 nous adorons le ,jsus en son berceau2 et fort bien nous nommons tous les enfants des ,jsus1 reprsentant par l notre invincible esprance4 ,maternels1 non paternels1 par cet immense changement qui a voulu et qui veut ranger l'humanit sous la prsidence fminine1 ou1 en d'autres mots1 subordonner la politique la morale4 ,telles sont les penses qui conviennent en ce temps-ci1 puisque l'image de la ,vierge ,mre est plus forte que nos penses1 et forme naturellement le centre de nos mditations politiques4 ,la mre nous renvoie l'enfant2 tant d'uvres ici s'accordent qu'il n'y a point de doute sur l'ide universelle en notre ,occident4 ,que les vieillards aient mis en croix tant de jeunes hommes1 et s'en lavent les mains1 cela ne termine point notre esprance1 car l'espce sans cesse se rajeunit et se lave2 et les ,ponce-,pilate1 quand ils criraient vingt volumes de justifications1 sont tout de mme en train de mourir4 ,comme tout printemps est neuf1 tout enfant est neuf4 ,les dieux anciens taient vieux2 l'amour1 le seul enfant parmi les dieux1 tait pire2 vieillard visage d'enfant1 la plus laide chose en ce monde4 ,et1 puisque toute religion signifie une pense commune1 il importe beaucoup que nous ne laissions point mettre en croix de nouveau cette jeune pense2 et que nous ne permettions point que les docteurs1 de nouveau1 la jugent1 la mprisent et la condamnent4 ,car chacun1 s'il ne rsiste l'ge1 renie d'anne en anne ses penses d'enfant2 mais ceux qui comprennent par les causes la triste sagesse des vieillards feront hommage et crdit l',enfant ,dieu1 comme firent les rois mages4 ,mieux1 en eux-mmes1 chacun1 retrouvant leurs penses d'enfance et leur jeune esprance1 renouvelleront leur foi par serment1 rglant leur pense non sur la neige et sur les arbres dpouills1 mais sur la plus longue des ombres mridiennes1 dj passe4 ,,xxviii ,l',,enfant ,j,,sus ,la nuit de ,nol nous invite surmonter quelque chose2 car sans aucun doute cette fte n'est pas une fte de rsignation2 toutes ces lumires dans l'arbre vert sont un dfi la nuit qui rgne sur la terre2 et l'enfant en son berceau reprsente notre espoir tout neuf4 ,le destin est vaincu2 et le destin est comme une nuit sur nos penses2 car il ne se peut point que l'on pense sous l'ide que tout est rgl1 et mme nos penses2 il vaut mieux alors ne penser rien et jouer aux cartes4 ,l'ordre politique ancien effaait le temps2 l'enfant imitait les gestes du pre2 prtre ou potier1 il tait d'avance ce qu'il serait2 il le savait1 et il ne savait rien d'autre2 l'hrdit fut dans la loi politique avant d'entrer dans nos penses4 ,mais savoir pour recommencer ce n'est point du tout savoir4 ,la pense est rformatrice1 ou bien elle s'teint2 comme on voit par l'action machinale qui se fait sans lumire1 et que la lumire trouble4 ,tout ce qui arrivait1 dans ce sommeil de l'espce1 tait dj connu et su et rebattu1 guerre1 famine ou peste2 tout cela tait attendu2 l'enfant naissait vieux4 ,quand l',orient nous enseigne que le salut teint la pense1 il n'enseigne que ce qui fut4 ,les apparences sont fortes1 car l'enfant imite4 ,le vtement de la caste et les outils rglent encore ses mouvements de plus prs1 et ses penses en mme temps que ses mouvements4 ,l'opinion et l'institution ensemble le persuadent4 ,selon la ,politesse toute pense est scandaleuse2 c'est le vieillard qui sait2 espres-tu faire mieux8 ,cette loi n'est plus crite1 mais elle est puissante encore4 ,ce qu'il y a de puril en toute ide est si activement mpris par les ,anciens que l'on voit la jeunesse1 aprs un tonnant dpart1 bientt demander pardon tous les dieux barbus et chauves1 et ainsi se faire vieille avant le temps1 ce qui est la coquetterie des jeunes ministres4 ,la grande nuit de ,nol nous invite au contraire adorer l'enfance2 l'enfance en elle et l'enfance en nous4 ,niant toute souillure1 et toute empreinte1 et tout destin en ce corps neuf2 ce qui est le faire dieu par-dessus les dieux4 ,que cela ne soit pas facile croire1 je le veux2 si l'enfant croit seulement le contraire1 il donnera les preuves du contraire2 il se marquera de l'hrdit comme d'un tatouage4 ,c'est pourquoi il faut rsolument essayer l'autre ide1 ce qui est l'adorer4 ,ayez la foi1 et les preuves viendront4 ,il tait prouv qu'on ne pouvait se passer d'esclaves2 mais c'tait l'esclavage lui-mme qui faisait preuve2 et la guerre aussi est la seule preuve contre la paix4 ,l'ingalit et l'injustice font preuve d'elles-mmes par le fait1 et se justifient par le fait2 de ce que la force rgne1 il rsulte qu'il faut se dfendre1 et la force rgne2 mais c'est un cercle d'institution et de costume2 de quoi il n'y a point pense proprement parler2 penser c'est refuser4 ,je ne lis jamais un discours public sans admirer ces penses sans penseur1 penses d'abeille1 bourdonnement4 ,nous recommencerons donc toujours8 disait ,socrate1 ce vieillard enfant4 ,cependant les vieillards pensaient selon leur bonnet1 et les jeunes se donnaient l'air vieux afin de mriter le bonnet2 car l'ancienne foi dtourne de vouloir4 ,mais la nouvelle foi commande d'abord de vouloir1 et donc d'esprer1 car l'un ne va pas sans l'autre4 ,et puisque le beau signifie quelque chose1 tel est le sens de cette belle image1 les rois ,mages1 chargs d'insignes1 adorant l'enfant nu4 ,,xxix ,,la ,,vierge ,m,,re ,en ces jours clments du mois d'aot1 on voit partout des mres portant des tout petits peine ns4 ,chacun admire ces mouvements de pit parfaite1 cette paix1 cette esprance1 cet enveloppement1 cette prcaution1 surtout ce retour de l'enfant vers sa propre vie1 parfaite amiti et adhrence1 qui n'a point lass les peintres4 ,a bon droit les prtres clbrent la ,vierge ,mre en ces temps du plein t4 ,mais y penseront-ils seulement8 ,et qui donc y pensera8 ,le vrai culte se voit dans la foule1 sans une seule faute2 l'impatient se range de lui-mme2 la mre passe la premire partout1 comme une reine4 ,ce bonheur sans paroles1 et par la seule vue1 range les passions et les fait sourire4 ,que l'athlte ait t ador au-dessus des aveugles forces1 c'est un beau moment4 ,mais l',humanit montre de la suite et une parfaite philosophie1 comme les mythes le font voir4 ,le ,juste en croix est dieu dj dans le ,gorgias de ,platon2 cette ide tonne2 ,socrate n'en peut trouver de preuve que dans sa propre volont4 ,voyez pourtant comment une ide peut faire son chemin4 ,mais la commune mditation ne pouvait s'arrter l1 et la froide doctrine de l'homme dut plier devant l'intercession de la ,vierge ,mre4 ,cette simple image de la mre et de l'enfant vainquit les docteurs4 ,l'enfant ,jsus rgna par le bonheur1 comme rgne l't4 ,tel est l'ordre des ides2 nos aigres doctrinaires n'y changeront rien4 ,la beaut est heureusement la rgle premire et dernire de nos penses4 ,la femme1 dit le svre ,aristote1 doit surmonter la difficult d'obir4 ,cette pense semble heurter l'autre1 et la femme elle-mme s'y trompe2 mais qui donc pense selon son propre tre8 ,il serait mieux de contempler le vrai visage du commandement1 qui n'est que celui de la ncessit extrieure4 ,il n'y a ici qu'une fausse majest4 ,il faut1 c'est le mot du roi1 et c'est le mot de l'homme2 mais c'est comme s'il disait3 ,je ne puis4 ,entendez cet aveu toujours dans les orgueilleuses dclamations du chef4 ,or1 pour savoir ce qui est de ncessit1 il n'y a qu' observer1 compter et mesurer sans aucun respect4 ,la ncessit d'obir est commune l'homme et la femme2 mais c'est plutt l'homme1 observateur et mesureur des choses1 qui la fait connatre2 et cela ne mrite point respect1 mais seulement prcaution4 ,les passions de l'orgueil doivent tre apaises par cette vue1 aussi bien chez l'esclave que chez le matre4 ,o donc est l'abus8 ,en ceci que les passions commandent plus qu'il ne faudrait4 ,et o donc le remde1 sinon en cette ,humanit persuasive par sa seule prsence8 ,et cette opinion de prsence ferait assez si la folle ambition de la femme n'empruntait les penses de l'homme1 afin de participer aussi ce pouvoir du chef1 qui n'est qu'esclavage4 ,la femme est mgre en ce rle2 car la mesure1 du moins1 sauve le chef2 mais les ,furies1 comme l'art ancien l'avait senti1 sont bien nos punitions4 ,que de ,furies au temps des massacres6 ,ce laid visage nous avertit assez2 mais le laid avertit mal1 parce qu'il irrite4 ,adorons maintenant le vrai et beau visage des mres4 ,gurissons-nous de grimace4 ,imitons cette paix4 ,la justice suivra4 ,,xxx ,,la ,,lune ,,pascale ,les ftes du ,printemps sont de nature1 et l'institution n'y a gure ajout que des mtaphores4 ,l'ide de mort et de rsurrection se retrouve chez tous les peuples1 exprimant en mme temps cet achvement de l'hiver1 les feuilles pourries et redevenues terre1 les arbres dnuds1 et aussitt le rveil des forces vgtales4 ,c'est pourquoi toutes les crmonies du monde1 en ce temps-ci1 imitent la mort et la renaissance2 et que le langage soit toujours humain1 cela ne doit pas tonner2 c'est la mtaphore essentielle4 ,je ne vois point de superstition dans la religion1 ni la moindre erreur1 bien regarder4 ,ou bien alors il faudrait dire qu',homre se trompe ou nous trompe1 disant que les gnrations des hommes sont comme les feuilles des arbres4 ,les palmes et le buis des ,rameaux sont des signes1 et la messe de ,pques aussi4 ,la lune est par elle-mme un signe de mort et de recommencement4 ,surtout dans les pays o le ciel est souvent clair1 le retour de la lune fut clbr grands cris comme le signe que rien n'est irrvocable et que tout recommence2 ce signe n'a jamais t trompeur2 et les astronomes savent mieux cela que les ignorants1 puisque la priode courte de la lune est lie des priodes plus longues dont dpend toute notre vie terrestre2 le fidle retour de la lune tait donc le signe du fidle retour des saisons1 et l'expression la plus frappante de l'ordre astronomique2 aussi le culte de la lune exprima une ide juste1 non point dmentie par la suite1 mais au contraire confirme4 ,la lune en son croissant et dcroissant reprsente toute croissance et dcroissance4 ,a chaque lune nouvelle l'esprit d'entreprendre et d'esprer se trouvait ranim2 et au contraire la lune finissante inspirait la temporisation et la patience1 enfin une sorte de carme mensuel2 dont il reste des traces jusque dans les soins donner aux vins1 car beaucoup disent qu'il ne faut point embouteiller ni soutirer en dcours4 ,or ces pratiques1 qui sont de superstition1 et non de religion1 enferment encore cette utile sagesse qui prescrit de rgler toutes les actions humaines d'aprs les signes du ciel4 ,l'astronomie dbrouille seulement cette grande ide1 sans l'altrer essentiellement1 joignant les signes lunaires aux signes solaires4 ,d'aprs ces anticipations prcieuses1 la lune pascale devait tre sacre entre toutes1 puisqu'avec ce croissant d'quinoxe on voyait rellement toutes choses crotre1 en mme temps que le rouge-gorge1 le merle et le pinson annonaient tous les autres chants4 ,c'est pourquoi cette lune1 arrive son plein1 fut le signe par excellence2 et les deux divinits du ciel1 alors rconcilies1 fixrent la fte du printemps bien avant que l'glise et dress le ,comput1 qui est le calcul de ces rencontres entre la lune des bourgeons et le soleil quinoxial4 ,que l'homme ressuscite alors1 et se reconnaisse ,dieu1 ce n'est que mimique et danse rgle1 qui exprime1 redouble et confirme l'allgresse universelle1 en mme temps qu'elle la tempre4 ,car il n'y a que les faunes et chvre-pieds qui dansent sans mesure et au premier rayon2 ce sont des tres sans mmoire et sans archives1 qui n'ont pas remarqu la loi priodique1 et les vrais signes du recommencement4 ,et ces formes imaginaires reprsentent bien des hommes encore pris dans l'animalit1 et qui ont en quelque sorte les pieds plus prompts que la tte4 ,c'est pourquoi ces mtaphores sont belles aussi1 et vraies aussi4 ,seulement les chvre-pieds n'en savent rien2 ils dansent4 ,,xxxi ,r,,surrection ,il faut tre dj avanc dans l'astronomie pour clbrer dans la nuit de l'anne la naissance du ,sauveur2 la ,nol n'appartient pas l'enfance humaine4 ,au contraire la fte de ,pques fut toujours et partout clbre4 ,sous tant de noms1 d',adonis1 d',osiris1 de ,dionysos1 de ,proserpine1 qui sont la mme chose que le ,mai1 la ,dame de ,mai1 ,jacques le ,vert1 et tant d'autres dieux agrestes1 il faut au temps des primevres clbrer la rsurrection2 cette mtaphore nous est jete au visage4 ,et1 par contraste1 ces retours du froid sont des flches de passion4 ,au matin1 aprs une nuit de glace1 la mort est nergiquement affirme2 les tendres pousses sont rduites la couleur de la terre et des arbres nus2 quelque chose est consomm4 ,espoirs tromps1 pnitence1 et quelquefois rvolte1 comme en cette fte des ,rameaux o la foule porte des branches de buis et de sapin2 cette forte mimique entrelace l'espoir1 la dception et l'impatience en couronne printanire4 ,naf pome1 sans aucune faute4 ,nous croyons faire des mtaphores1 mais bien plutt nous les dfaisons4 ,de ce premier tat de la pense1 o les choses elles-mmes font nos danses1 nos chants et nos pomes1 tous les arts viennent porter tmoignage1 chacun selon son rang2 mais le langage commun est sans doute l'uvre la plus tonnante4 ,j'ai mis un long temps reconnatre la parent que le langage signifie entre l'homme cultiv et le culte2 mais que tout culte soit frre de culture au sens ordinaire1 cela passe toute profondeur4 ,on devine des temps anciens o la mimique pascale tait la mme chose que le travail4 ,qu'une chose en signifie une autre1 cela doit tre expliqu par la structure du corps humain1 agissant selon les choses1 mais surtout selon sa propre forme1 objet aussi pour chacun dans la commune danse4 ,ainsi les dieux dansrent d'abord4 ,et par ce dtour1 les animaux qui miment aussi selon leur corps les ftes de nature1 devaient tre objets aussi de ce culte des signes1 comme on le vit aux temps passs4 ,il n'y eut point d'abord de diffrence entre le culte et l'levage4 ,la religion fut donc agreste1 et le moindre ornement de nos temples en tmoigne encore4 ,cet accord ,sybillin1 comme parle ,hegel1 entre l'homme et la nature1 est ivresse par soi2 ivresse1 encore un mot sens double que les potes reconnaissent2 et dans l'orgiaque il y a ce double sens aussi1 et la colre au fond4 ,d'aprs ces vues on comprend les ,bacchantes1 et les mystres de ,crs ,eleusine4 ,le fanatisme est aussi ancien que la danse4 ,et il se peut bien que l',homme ,signe ait t anciennement sacrifi1 aux jours o l'on ftait ensemble la mort et la rsurrection de toutes choses4 ,frazer sait bien dire que dans les rites primitifs la victime tait le dieu lui-mme1 ce qui nous approche de notre thologie4 ,au temps de ,chateaubriand1 les apologistes essayaient encore de prouver les dogmes catholiques par cet accord et ce pressentiment des religions sur toute la terre2 mais en ce sens toutes les religions se trouvent ensemble prouves1 par cet accord1 et toutes vraies1 comme il est vident1 puisqu'elles s'expliquent enfin par la structure du corps humain et par les rapports de la vie humaine la vie plantaire4 ,la premire pense fut l'art1 la premire rflexion sur l'art fut religion1 la rflexion sur la religion fut philosophie1 et la science enfin fut rflexion sur la philosophie mme1 ce qui explique assez nos ides1 toutes mtaphoriques1 toutes abstractions de crmonie4 ,,xxxii ,,la ,f,,te-,,dieu ,on s'instruit en voyageant1 et assurment cette diversit des peuples1 des coutumes1 et des ,dieux est utile considrer4 ,mais1 d'un autre ct1 l'on n'apprend jamais que ce que l'on sait dj4 ,je viens de voir une longue procession de ,franais qui clbraient la fte du bl4 ,c'est dans le temps que l'on voit jaunir les moissons1 quand le soleil est au plus haut de sa course4 ,alors se droule cette fte1 qui est remarquable par les chants et par une srieuse allgresse2 je me suis cru dans mon pays4 ,les jeunes filles vtues de blanc1 et les jeunes garons portant l'habit militaire1 mais sans aucune arme1 font un long cortge2 tout le peuple a revtu ses vtements de fte1 et les femmes ont des chapeaux fleuris1 en hommage au soleil4 ,sur le chemin du dieu1 les maisons sont pares d'toffes blanches1 de verdure et de fleurs4 ,le sol est jonch de fleurs et de longues flammes d'iris1 disposes de faon reprsenter le soleil1 pre du bl4 ,au devant du dieu s'avancent des enfants vtus de blanc et couronns de roses1 qui jettent des roses effeuilles4 ,l'image du dieu est porte par un vieillard tout vtu d'or et protg par un grand voile tout dor que portent les plus riches des habitants1 qui font ainsi hommage au soleil et au bl1 sources de toute richesse4 ,il n'est pas permis de contempler l'image du dieu1 et tous se prosternent sur son passage4 ,toutefois1 usant du privilge des voyageurs1 et ainsi que font les trangers chez nous1 je me suis permis de regarder de ct1 tout en donnant les marques du plus profond respect4 ,l'image a la forme d'un soleil d'or1 mais le centre en est d'un blanc immacul4 ,un prtre m'a dit que ce que l'on voit ainsi dans une sorte de bote de cristal qui est au centre du soleil1 c'est un morceau du pain le plus pur1 et sans levain2 et c'est ce pain qui reprsente le dieu4 ,j'ai compris d'aprs cela que cette fte est la fte du bl1 et aussi la fte du soleil1 pre du bl4 ,toutefois le prtre qui a bien voulu m'instruire parle volontiers par figures1 comme font tous les prtres1 et pense que ce pain sans levain reprsente une nourriture d'esprit1 qui donnerait force d'me et sagesse4 ,de mme ce soleil d'or reprsenterait l',intelligence infinie1 source de toutes nos ides4 ,il m'a paru possder l-dessus une doctrine secrte1 et plaindre ceux qui l'ignorent4 ,j'ai donc feint de le comprendre2 mais il me semble que je le comprends beaucoup mieux qu'il ne se comprend lui-mme4 ,nul n'ignore que le ,soleil et le ,pain sont les soutiens de toute sagesse et de tout esprit en ce monde4 ,et si quelque orgueilleux se disait matre de penser et de vouloir sans ces secours extrieurs1 je voudrais le voir deux jours seulement sans soleil ni pain4 ,je veux bien qu'on appelle grce ces secours qui nous permettent de savoir un peu et de vouloir pour le mieux2 que cette grce nous arrive par le soleil et le pain1 c'est ce qui frappe tous les yeux2 et c'est donc sous les formes du soleil et du pain qu'il est convenable de clbrer le ,bienfaiteur4 ,mais il me semble qu'aprs cela c'est notre propre affaire de vouloir et de penser comme il faut2 et il me paratrait impie de remercier le ,bienfaiteur de ce que nous avons nous-mmes fait de bien en ce monde2 car cela1 c'est notre affaire1 une fois que nous sommes pourvus de bl4 ,il est remarquable que la religion universelle soit toujours jointe quelque croyance superstitieuse1 conseillre de paresse et de faiblesse4 ,ainsi philosophait le ,huron1 parce qu'il avait vu passer la procession de la ,fte-,dieu4 ,,xxxiii ,,le ,,culte ,,des ,,morts ,le culte des morts se trouve partout o il y a des hommes1 et partout le mme2 c'est le seul culte peut-tre1 et les thologies n'en sont que l'ornement ou le moyen4 ,c'est ici surtout que l'imagination tend ses piges1 voquant les apparences1 et crant une sorte de terreur d'instinct o il entre trop peu de relle pit4 ,ce genre de superstition dtourne de penser aux morts2 il s'oppose ainsi aux affections les plus naturelles2 aussi tout l'effort du culte va calmer cette peur presque animale1 et les plus naves religions ont toujours senti que le retour des morts dans leur apparence extrieure tait le signe qu'on ne leur avait point rendu les honneurs qu'on leur devait4 ,le pre d',hamlet revient1 parce qu'il n'est pas veng2 d'autres demandent spulture4 ,ces coutumes font entendre qu'il y a une manire1 en quelque sorte passive1 de penser aux morts1 qui n'est point bonne4 ,se souvenir n'est donc pas le tout2 il y a un devoir qui concerne ce souvenir mme1 et qui vise purifier les morts de leur enveloppe grossire1 enfin obtenir une prsence vraie et digne de respect4 ,le plus beau travail des affections est d'orner et d'embellir ce qu'on aime1 en gardant toutefois la ressemblance2 et chacun sait bien que l'objet vivant et prsent en son corps ne favorise pas toujours ce genre de mditation4 ,c'est pourquoi il serait impie d'voquer en esprit les dfauts1 les petitesses ou les ridicules de ceux que l'on a aims2 mais aussi la volont s'applique carter ce genre de souvenirs et y parvient toujours4 ,d'o cette ide universelle que les morts ont un genre d'existence plus libre par rapport aux ncessits infrieures qui font les passions et l'humeur4 ,l'ide de purs esprits ou d'mes spares est donc naturelle2 naturelle aussi l'ide que cette purification dpend beaucoup de nous-mmes1 et de notre attention penser aux morts comme il convient4 ,le mythe du purgatoire est vrai sans aucune faute2 et l'on comprend ici l'origine de la prire1 qui est une mditation selon l'amour1 applique retrouver seulement ce qui fut sage1 juste et bon1 en oubliant le reste4 ,en retour les morts gouvernent les vivants1 selon la belle expression de ,comte2 non point par leurs caprices et leurs imperfections1 mais au contraire par leurs vertus1 et comme des modles purifis4 ,on sait comment les hros devinrent des dieux2 mais cette transformation n'est pas le privilge des hros2 tous les morts sont dieux par leurs mrites1 et l'affection sait toujours trouver les mrites4 ,ainsi1 par le culte des morts1 nos penses prfres sont toujours meilleures que nous4 ,l'entretien avec les morts ressemble la lecture des potes1 dont nous tirons ingnieusement les plus belles penses et les meilleurs conseils1 par le bonheur d'admirer qui est le sentiment le plus commun4 ,d'o1 en retour1 nous sommes toujours purifis un peu2 c'est ainsi qu'il faut entendre que les morts prient pour les vivants4 ,,xxxiv ,,les ,,grandes ,,images ,d',hercule ,jsus1 la suite1 l'opposition1 le progrs sont assez clairs4 ,ces rcits sont rels par les penses4 ,on ne demande point si les contes orientaux sont vrais2 on connat qu'ils sont vrais1 parce que les hommes ont certainement pens d'abord leur propre existence d'aprs le pur vnement1 qui tantt trompe l'esprance et tantt la comble2 et ce tableau des contes reprsente ternellement les jeux de l'imagination et des passions ensemble1 un genre de prire qui n'est que curiosit et dsir1 enfin le premier tissu de toutes nos penses4 ,hercule foule aux pieds ce tapis magique2 il n'y fait pas seulement attention4 ,il est vrai que l'action termine le rve2 mais il est plus profondment vrai que l'exercice athltique rduit l'imagination la perception claire4 ,hercule est donc clairvoyant par sa force1 bon et juste par sa force4 ,cet ordre de la force et cette vertu de l'excution furent adors longtemps et le seront toujours assez4 ,l'homme en marche et assur de lui-mme mesure la ncessit extrieure et frappe coup sr4 ,les maux d'vnement sont alors finis et dtermins2 la vigilance et l'industrie en font le tour4 ,l'homme amnage et assainit la plante1 se portant d'un mouvement vif et mesur contre l'eau1 le feu1 la pestilence1 le brigandage4 ,hercule reconnatrait ses fils4 ,mais suivons le rcit4 ,hercule prit par ses propres passions4 ,les dmons intrieurs se montrent4 ,d'autres maux1 sans mesure1 colls nous comme la brlante tunique2 les cris d',hercule emplissent le monde4 ,qu'est cela1 sinon le crime aim et dtest1 la fraternit et la haine ensemble1 la puissance de police et d'industrie se dtruisant elle-mme8 ,c'est quoi nos travaux d',hercule nous ont conduits1 et c'est la guerre l'tat de puret1 vertu contre vertu1 et le meilleur1 ouvrier du pire4 ,conflit de soi avec soi4 ,ici est l'hydre dont les ttes revivent1 peine coupes4 ,ici prit la force discipline1 par la force discipline1 et sans fin4 ,par quoi8 ,par l'opinion seulement4 ,la seule opinion a tu dix millions d'hommes en ces temps-ci4 ,une autre vie se montre1 puissante sans aucune puissance4 ,un autre athlte1 par le jugement seul4 ,la puissance de ,csar attend le consentement et le culte2 mais le consentement et le culte lui sont refuss4 ,un autre salut proccupe l'homme divin2 il ne regarde qu'en lui-mme1 au dsir1 l'amour1 l'ambition1 l'avarice1 pour les subordonner4 ,nullement satisfait de l'ordre politique1 qui donne apparence de raison toutes ces choses1 mais annonant au contraire que si on leur donne quelque peu du consentement intrieurs on leur donne tout4 ,plus profondment1 discernant que les forces au service de l'esprit dshonorent l'esprit2 que l'esprit vaincra1 mais seul1 et dsarm2 que tout le bien extrieur possible viendra de ce refus et de cette retraite de l'esprit en lui-mme1 et de cette purification au sens propre du mot4 ,enfin la puissance est dchue de son droit divin4 ,si l'instrument du supplice1 ador dans le temple nouveau1 signifie quelque chose1 il signifie1 n'en pas douter1 que la puissance n'est plus un attribut de ,dieu4 ,l'on saisit ici la vertu de ces grandes images1 sur lesquelles le discours n'a pas de prise4 ,que de sophismes thologiques en vue de rassembler l'esprit et la force1 et de composer une mme prire pour l'un et pour l'autre6 ,mais le ,signe reste2 il attend nos penses4 ,,xxxv ,,idolatrie ,quelquefois l'on s'arrte pour observer un convoi de fourmis qui traverse une alle1 cherchant le soleil1 et portant aux mchoires des momies blanches qui sont leurs larves4 ,ou bien1 soulevant une pierre1 on dcouvre les galeries et les chambres1 et la panique du peuple dor4 ,stendhal lui-mme1 sur ce spectacle1 raisonne thologiquement4 ,il y a apparence1 dira quelqu'un1 que les fourmis nous peroivent comme nous percevons le cyclone ou le tremblement de terre4 ,si les fourmis pensaient1 il y aurait sans doute deux partis1 dont l'un voudrait concevoir l'extraordinaire d'aprs l'ordinaire1 au lieu que l'autre souponnerait la prsence et l'action d'une force intelligente1 immensment suprieure aux fourmis4 ,il y aurait quelque ,voltaire pour se moquer des thologiens1 qui seraient pourtant plus prs du vrai que les autres4 ,mais non1 dirait un autre1 tout fait loin du vrai1 au contraire4 ,car1 raisonnant toujours d'aprs leur commune exprience1 les fourmis thologiennes supposeraient quelque projet dans les talons de chaussure1 ce qui approcherait du vrai peine une fois sur mille4 ,elles n'arriveraient jamais concevoir l'organisation1 les projets1 l'industrie1 les travaux des hommes1 au regard desquels elles ne comptent pas plus que la poussire des chemins4 ,qu'est-ce qu'une fourmilire pour le facteur1 pour le laboureur1 pour le maon1 pour le soldat8 ,il se peut1 dirait un autre1 que notre humaine existence dpende des actions d'un tre bien plus puissant que nous et dou comme nous d'intelligence2 mais il se peut aussi que l'intelligence d'un tel tre n'ait point d'gards pour nous et mme nous ignore tout fait4 ,si la voie lacte n'est1 au regard des travaux d'un immense biologiste1 qu'une partie de liquide1 invisible mme son microscope1 et si un milliard de nos annes ne compte pas plus pour lui qu'une minute pour nous1 peut-tre ce dieu puissant presse-t-il maintenant notre voie lacte entre les deux verres de son instrument2 peut-tre le commencement de la pression a fait tourner ces mondes2 notre civilisation a trouv sa place sous son pouce2 mais une pression un peu plus forte finira tout4 ,cet tre a une puissance dmesure contre nous1 mais il ne peut rien pour nous2 et1 quoique l'on puisse le supposer trs savant1 trs ingnieux1 et trs bon1 cela ne nous avance point1 et tout se passera pour nous comme s'il tait une aveugle et dlirante brute4 ,car le plus doux des fakirs crase encore des centaines de pucerons1 et des milliers de pucerons de pucerons quand il se met en prire4 ,et cet homme pacifique mne ici une guerre sans piti parce qu'il est trop fort au regard de ces bestioles4 ,puissance1 dirait un autre1 n'est point bont2 mais au contraire il semble que toute puissance soit guerre1 et sans mauvaise volont1 comme ces enfants que l'on dit brutaux et qui ont seulement du poids et de bons muscles4 ,nos thologiens ont trac finalement un assez beau portrait de dieu1 d'aprs les saints et les justes2 mais peut-tre ont-ils tout gt en y mlant la puissance1 ne pouvant se dlivrer de cette ide que la perfection est grande et lourde4 ,il n'y a pourtant point plus de perfection dans une grande machine que dans une petite2 et je ne vois rien de divin dans ce double du double2 il n'y a rien adorer par l4 ,peut-tre dira-t-on nos enfants que la divine perfection est ce qu'il y a de plus faible au monde1 et qu'il n'y a rien de plus dmuni que ,dieu4 ,nos mythes y sont venus2 car1 selon le naf sentiment1 on n'adore rien plus qu'une mre et un tout petit enfant4 ,et pourquoi m'tonnerais-je de ce pouce gigantesque8 ,il n'en faut pas tant pour tuer un homme1 et ,pascal l'a dit4 ,mais le ridicule d'adorer la force n'est pas encore assez senti4 ,voulant honorer le courage1 aussitt nous honorons la victoire1 et nos prtres remercient le dieu fort qui a permis que nous fussions dix contre un4 ,pourquoi ne pas adorer aussi une pierre qui tombe1 ou un poids qui fait pencher la balance8 ,quand ces fourmis adoreraient l'homme1 elles seraient toujours fourmis en cela1 et idoltres1 exerant la force et subissant la force1 et terminant toujours leur pense leur cuirasse2 autant dire sans pense1 comme je les vois4 ,,xxxvi ,,de ,,la ,,foi ,il faut croire d'abord4 ,il faut croire avant toute preuve1 car il n'y a point de preuve pour qui ne croit rien4 ,auguste ,comte mditait souvent sur ce passage de l',imitation3 ,l'intelligence doit suivre la foi1 et non pas la prcder2 encore moins la rompre4 ,si je ne crois point qu'il dpend de moi de penser bien ou mal1 je me laisse penser la drive2 mes opinions flnent en moi comme sur un pont les passants4 ,ce n'est pas ainsi que se forment les ,ides2 il faut vouloir1 il faut choisir1 il faut maintenir4 ,quel intrt puis-je trouver dans une preuve1 si je ne crois pas ferme qu'elle sera bonne encore demain8 ,quel intrt1 si je ne crois pas ferme que la preuve qui est bonne pour moi est bonne pour tous8 ,or cela je ne puis pas le prouver1 parce que toute preuve le prsuppose4 ,de quel ton ,socrate expliquerait-il la gomtrie au petit esclave1 s'il n'tait assur de trouver en cette forme humaine la mme ,raison qu'il a sauve en lui-mme8 ,il ne manque pas d'esprits sans foi4 ,ce sont des esprits faibles1 qui cherchent appui au dehors2 mais il n'y a point d'appui au dehors4 ,la ,nature est trop riche pour nous2 elle dpassera toujours nos ides4 ,penser sans hypothses pralables1 raisonnablement formes1 et fermement tenues1 c'est combattre sans armes4 ,cette misanthropie profonde1 qui vise l'homme en son centre1 dessche celui qui la reoit1 et les autres autour de lui4 ,on ne peut croire en soi si l'on ne croit en l',homme2 penser pour soi-mme1 c'est dj instruire4 ,si vous manquez l'esprit1 l'esprit vous fuira4 ,qu'est-ce qu'un auteur8 ,du noir sur du blanc1 si vous n'osez pas croire4 ,platon lui-mme se vide de pense devant ces esprits chagrins qui font des objections au troisime mot4 ,jurez d'abord et par provision que ,platon dit vrai2 sous cette condition vous pourrez le comprendre4 ,mais sans cette condition vous perdez votre temps le lire4 ,ce serait trop commode si ,platon versait ses ides en vous comme l'eau en cruche4 ,noir sur blanc1 je vous dis4 ,vit-on jamais un homme dchiffrer une inscription en prenant comme ide directrice que cette inscription n'a point de sens8 ,les anciens n'avaient pas tir au clair cette condition premire1 qui est la ,foi4 ,les plus courageux pensaient esthtiquement2 il leur semblait plus beau de penser4 ,beau risque1 disait ,socrate4 ,aussi c'est le sceptique qui termine cette scne de l'histoire1 le sceptique qui veut qu'on lui prouve qu'il y a une preuve de la preuve4 ,et le ,dieu de ,pascal1 qui est cach1 et qui veut qu'on croie sans la moindre preuve1 est l'hroque ngation de cette ngation4 ,mtaphore violente1 qui remet l'homme sur pied1 et la ,volont en sa place4 ,ce grand moment domine la pense moderne1 et1 en ce parti dsespr1 la vraie ,esprance se montre1 et nos penses s'ordonnent partir du serment initial4 ,ainsi1 devant le regard ,positif1 toute religion finit par tre vraie4 ,,xxxvii ,,les ,,vertus ,,th,,ologales ,quand on voit qu'un homme qui entreprend quelque chose doute dj de russir avant d'avoir essay1 on dit qu'il n'a pas la ,foi4 ,cette manire de dire est consacre par l'usage4 ,une immense ide1 que les anciens souponnaient peine1 s'est dgage des langes thologiques1 et marche maintenant sur la terre1 sans aucun soutien extrieur4 ,mais il faut dvelopper ce riche hritage4 ,quand un homme doute au sujet de ses propres entreprises1 soit qu'il organise la paix1 soit qu'il veuille rformer la justice1 soit qu'il prpare sa propre fortune1 il craint toujours trois choses ensemble1 les autres hommes1 la ncessit extrieure et lui-mme4 ,or il est videmment fou d'entreprendre si l'on ne se fie d'abord soi4 ,vouloir sans croire que l'on saura vouloir1 sans se faire soi-mme un grand serment1 ce n'est point vouloir4 ,qui se prvoit lui-mme faible et inconstant1 il l'est dj4 ,on ne peut ici s'en rapporter l'exprience1 parce qu'une volont ferme ou chancelante change l'exprience4 ,il n'est pas sr que les chemins s'ouvriront si vous avez la foi1 mais il est sr que tous les chemins seront ferms si vous n'avez pas d'abord la foi4 ,c'est se battre en vaincu2 c'est sauter le foss avec l'ide qu'on tombera dedans4 ,si chacun doute d'abord de son propre vouloir1 il n'en faut pas plus1 guerre suivra guerre4 ,ainsi la premire vertu est ,foi4 ,la ,foi ne peut aller sans l',esprance4 ,quand les grimpeurs observrent de loin les premires pentes de l',everest1 tout tait obstacle4 ,c'est en avanant qu'ils trouvrent des passages4 ,c'est pourquoi dcider d'avance et de loin que les choses feront obstacle au vouloir1 ce n'est pas vouloir4 ,essayer avec l'ide que la route est barre1 ce n'est pas essayer4 ,aussi voit-on que les ,inventeurs et ,rformateurs tournent autour de la montagne1 et s'avancent par chaque valle aussi loin qu'ils le peuvent1 et trouvent finalement passage2 car dans la varit des choses1 qui est indiffrente1 qui n'est ni pour nous ni contre nous1 il se trouve toujours occasion et place pour le pied4 ,et1 selon le sens commun des mots1 cette vertu devant les choses est bien l',esprance4 ,les hommes sont toujours dans le jeu4 ,que peut-on au monde sans la foi et l'esprance des autres8 ,mais souvent les hommes sont presque tout et mme tout2 la paix et la justice dpendent des hommes seulement4 ,c'est pourquoi la ,misanthropie tue l'esprance et mme la foi4 ,si les hommes sont ignorants et paresseux sans remde1 que puis-je tenter8 ,tenterai-je seulement d'instruire un homme si je le crois stupide et frivole8 ,il y a donc un genre d',esprance qui concerne les hommes et dont le vrai nom est ,charit4 ,et cette puissante ide1 labore ainsi que les deux autres par la ,rvolution ,chrtienne1 n'est pas encore entre avec tout son sens dans le langage populaire1 qui s'en tient ici aux effets extrieurs4 ,le faible et abstrait devoir d'aimer ses semblables n'est pas encore rentr dans la sphre des devoirs envers soi-mme4 ,ce sentiment est laiss l'estomac4 ,mais1 par la force de la commune pense1 conserve par le commun langage1 le mot ,charit se maintient dans le domaine des choses qu'il faut vouloir1 et y dveloppera tout son sens4 ,alors la pense commune apprendra aux philosophes tonns que la ,foi1 l',esprance et la ,charit sont des vertus4 ,,xxxviii ,,jeanne ,d',,arc ,les ,dieux d',homre me gtent l',iliade4 ,car ces hommes nafs et si bien dessins seraient entirement beaux voir1 s'ils n'taient conduits par les dieux invisibles4 ,leurs passions mmes sont rgles au conseil des dieux2 leurs actions sont perptuellement dvies4 ,s'il faut veiller ou endormir le courage1 la colre1 la dfiance1 un songe est bientt envoy4 ,un bon archer lance sa flche comme il faut2 mais une desse protectrice dtourne la pointe2 ou bien l'ennemi est emport dans un nuage4 ,deux ides dominent ces hommes et ce pome4 ,une destine invincible1 qui conduit aussi les dieux et qui rgle aussi les courages2 et1 avec cela1 une intervention continuelle des dieux1 qui contrarient et retardent le destin1 sans pourtant arrter l'vnement principal1 qui vient comme un nuage orageux4 ,ainsi est dj dessine cette thologie accablante pour l'esprit1 d'aprs laquelle l'homme s'agite et ,dieu le mne4 ,ide que je retrouve encore dans les ingnus disciples de ,kart ,marx1 d'aprs lesquels le devenir des choses humaines se droule selon un parfait mcanisme qui nous fait agir1 vouloir1 craindre et esprer1 le tout bien vainement1 selon l'poque et le moment4 ,thologie sans dieu4 ,nos lgendes sont meilleures que notre philosophie4 ,jeanne d',arc change les choses par bonne volont1 par libert1 sous l'ide d'un devoir imprieux4 ,ses dieux l'inspirent1 mais ne l'aident point2 ce sont des ides seulement4 ,aucun dieu invisible ne marche ct de la cavalire2 aucune flche n'est dtourne4 ,tout va par ressorts humains1 persuasion1 contagion1 confiance4 ,pguy1 dans son pope1 fait natre d'abord l',esprance1 ouvrire de tout2 mais ce bon pote veut encore un dieu dans les nuages2 c'est pourquoi il ne pouvait faire qu'une espce d',iliade l'ancienne mode1 bonne pour les bibliothques4 ,dans le fait ,jeanne est seule2 l'ide est seule4 ,partout seule4 ,ses hommes la suivent sans la comprendre4 ,on ne devrait point lire autrement cette pope2 on ne peut s'y tromper4 ,il y a le bcher de la fin1 qui claire assez le commencement4 ,on finit par considrer comme magie noire et diabolique ce miracle de volont1 ce dangereux miracle4 ,il n'y aurait donc qu' vouloir pour changer tant de choses8 ,prodigieux exemple pour tout l'avenir humain2 et tous les hommes de toute espce de puissance devaient en tre scandaliss4 ,car un vrai miracle1 selon l'ordre traditionnel1 descend du ciel sur les hommes2 au lieu que ce nouveau miracle tait seulement dans le cur4 ,on peut bien dire que ni les rois1 ni les vques ni les vrais hros ne s'y tromprent4 ,hlas1 aucun ,dieu ne lui donna seulement du courage contre les flammes1 cette pauvre fille4 ,j'aimerais mieux tre dcapite cent fois444 ,o sont les dieux d',homre8 ,cette belle histoire1 quand on l'aura tout fait purifie1 sera la nouvelle ,iliade4 ,et voici l'vangile nouveau4 ,la paix sera si les hommes la font2 la justice sera si les hommes la font4 ,nul destin1 ni favorable1 ni contraire4 ,les choses ne veulent rien du tout4 ,nul ,dieu dans les nuages4 ,le hros seul sur sa petite plante1 seul avec les dieux de son cur1 ,foi1 ,esprance et ,charit4 ,,xxxix ,,catholicisme ,c'est bien le ,catholicisme qu'il faut raliser4 ,a quoi les prtres n'ont pas russi1 parce qu'ils en sont toujours vouloir rallier les esprits sur des croyances fantastiques1 et toujours par l'autorit1 faute de dmonstrations4 ,cette mthode arrire n'a point prcisment produit une masse de doux rveurs1 mais plutt une masse de catholiques rellement incrdules1 sans doctrine aucune1 et revenus en vrit une sorte de sauvagerie4 ,l'humeur montre alors ses aigres fruits2 toute fureur fait preuve et vrit en ces esprits sans refuge4 ,dans la doctrine ,universelle ou ,catholique1 comme on voudra dire1 je vois deux ordres1 ordre de science et ordre de foi4 ,ordre de science qui tend son rgne sur tous4 ,les uns y viennent par la recherche exprimentale1 dont la mathmatique ne doit jamais tre spare2 les autres par la pratique industrielle qui fait toucher de la main l'ordre naturel2 tous plus ou moins par le spectacle de cet accord qui s'tablit spontanment dans la doctrine1 par le spectacle aussi d'expriences1 comme clipse annonce1 tlgraphie sans fil1 et autres merveilles4 ,mme parmi ceux qui ne savent pas bien1 il n'y en a point qui puissent se refuser cette commune croyance4 ,au reste1 comme nul ne sait tout1 l'autorit revient ici1 mais avec cette diffrence que ceux qui ont autorit font profession de ne rien dcider jamais que d'aprs la commune raison4 ,donc plus on examine ce corps de doctrine1 mieux on le comprend4 ,cet accord universel1 fond d'abord sur la confiance1 et toujours confirm par l'esprit d'examen1 est le grand fait des temps modernes4 ,la ,foi n'est pas pour cela sans objet4 ,il me semble qu'elle est dtourne maintenant de ce qui est4 ,ce qui est1 est d'abord objet de croyance1 chacun prenant ses premires connaissances par ou dire4 ,mais la science seule dcouvre ce qui est4 ,ds que l'on veut savoir par soi-mme comment est fait ce monde1 comment sont faits les animaux et l'homme1 il faut y aller voir1 et emporter sa boussole1 ses lunettes et sa rgle calculer4 ,constater1 mesurer1 prvoir1 calculer1 essayer1 tel est le sommaire de toute recherche4 ,mais la ,foi sans preuve1 o est-elle8 ,elle n'a point chang2 elle s'est purifie et comme dgage des croyances1 qui sont tout fait autre chose4 ,la ,foi d'un socialiste ne va nullement affirmer ce qui est d'aprs une inspiration mystique1 mais elle se rassemble toute affirmer ce qui sera par volont4 ,la foi d'un pacifiste1 de mme4 ,et ce qui est n'est pas preuve4 ,ce qui est c'est la guerre et ses suites2 et ce qui sera par le jeu des forces mcaniques1 et par le jeu des passions qui n'en sont que les images1 n'est pas bien difficile prvoir2 toujours injustice et guerre4 ,maintenant1 que cet ordre soit modifiable par la ,sagesse et la ,bonne ,volont1 voil ce qui n'est point prouv1 et c'est pourtant ce que tout homme veut croire4 ,regardez bien ici2 ne vous laissez pas tourdir par les discours abstraits4 ,il n'est point d'homme qui ne croie qu'il dpend de lui de bien penser1 d'tre juste1 de dominer l'humeur1 la colre1 la peur2 ou bien c'est un fou4 ,fou proprement parler celui qui considre sa propre nature d'homme comme une mcanique monte1 se disant lui-mme3 ,je pense ce que je pense1 je fais ce que je fais1 et je n'y peux rien4 ,fou celui qui n'ose pas vouloir4 ,mais qui ose se changer lui-mme un peu1 et surmonter le premier mouvement comme la premire apparence1 il change un peu tout l'ordre humain4 ,le doute1 faites-y attention1 prouverait l'autre thse2 car si l'on attend pour vouloir1 aussitt l'ordre mcanique se ralise et jette aux yeux la preuve d'exprience1 la mauvaise preuve3 ,qu'y pouvait-on8 ,et qu'y peut-on8 ,nier ce genre de preuve1 qui prouve seulement que l'on n'a pas voulu essayer1 c'est justement l'objet de la ,foi2 et le doute est dj une faute2 c'est peut-tre toute la faute4 ,cette lumire perce dj de place en place travers le nuage thologique4 ,,xl ,l',,universel ,un peu de catholicisme ne nuit pas4 ,un lecteur inconnu reprend cette trange pense dans mes propos1 voulant comprendre que je cherche aprs tant d'autres un peu de posie dans la religion1 afin de rchauffer l'esprit positif1 un peu abstrait et froid4 ,ce n'est point faux radicalement1 mais ce serait une manire extrieure encore de rattacher le pass au prsent4 ,mon lecteur1 et tous ceux qui veulent mditer utilement l-dessus1 feront bien de repasser1 selon les ides de ,comte1 l'ensemble de l'histoire humaine1 mais en surmontant cette conception1 elle-mme mtaphysique1 qu'il y a des ides d'imagination sans aucune vrit1 et dont le cur ne peut se passer4 ,peut-tre ,comte a-t-il encore cd un prjug puissant1 quoique purement ngatif1 quand il a voulu loger le sentiment dans le derrire de la tte4 ,sentiment est pressentiment de raison2 raison est sentiment dvelopp4 ,le cur n'a rien perdu4 ,les dieux sont nos mtaphores1 et nos mtaphores sont nos penses4 ,un ami prcieux et assez bourru a bien voulu me dire1 il y a peut-tre dix ans1 que j'tais1 plutt que toute autre chose1 une espce de pote4 ,il se peut4 ,lisant ,chateaubriand ces temps-ci1 j'tais forc de me reconnatre comme un fils indigne de cet homme-l4 ,mais si je ne fais pas sonner mes phrases comme le bcheron sa hache1 ainsi qu'il fait1 je vise dbrouiller mieux que lui cet amour triste qui le portait toujours en arrire4 ,le temps a pass depuis lui1 et ce n'est point le ,catholicisme qui a dvelopp la vrit du ,catholicisme4 ,comprendre c'est toujours dpasser2 le temps nous y aide1 mais il faut aider aussi le temps4 ,il faut penser sur des exemples1 sans quoi cet immense sujet engloutira nos faibles voiles4 ,l'glise a ralis le catchisme pour tous et la socit internationale des esprits4 ,cette audacieuse entreprise dpassait de loin ce que ,socrate et ,marc-,aurle pouvaient esprer4 ,le moindre esclave1 le fils d'un serf ou d'un bohmien errant avait les mmes droits que d'autres lire et entendre dans le ,livre ,universel4 ,l',esprit ternel tait finalement juge de tous les rois et de toutes les puissances4 ,la maison commune s'levait au-dessus des choppes artisanes1 et la puissance n'y tait reue fraternellement que sous la condition d'tre juste4 ,les valeurs s'ordonnaient comme il tait convenable2 l'ordre humain se montrait4 ,mais les forces reprirent cette province nouvelle4 ,je me souviens qu'au petit collge de curs o j'ai commenc mes tudes1 il y avait une ingalit choquante entre les riches et les pauvres4 ,c'est au lyce seulement1 et chez les incrdules1 que j'ai retrouv l'galit catholique4 ,le trsor ne s'est pas perdu2 il a chang de mains4 ,et le catchisme non plus ne s'est pas perdu2 il s'est conserv et enrichi de toute science et de toute doctrine4 ,l'ide de l'esprit universel a trouv son corps1 sa force et ses preuves2 toute dmonstration est une preuve de l'esprit universel2 tout fait est une preuve de l'esprit universel1 car aucune perception ne vaut que par l'universel assentiment2 les rves et les visions1 les dieux eux-mmes sont des perceptions individuelles1 mles de nos humeurs1 non accordes encore aux perceptions de nos frres les hommes4 ,c'est selon un admirable pressentiment que les temples1 lieux des prodiges1 effacrent les prodiges et firent l'union des esprits par leur masse solide et ordonne1 o les perspectives1 les symtries et les ressemblances ramenaient les diffrentes vues un seul objet4 ,d'o l'on vint peler la grande fort de l'exprience relle1 chacun de sa place tmoignant pour tous4 ,mais o cette ,science maintenant8 ,o cette ,fraternit8 ,o cette ,paix promise8 ,hors du temple4 ,l'vangile1 en cette dernire guerre1 fut brav par les prtres2 et le grand pasteur ne sut rien faire de cette puissance qu'il veut avoir sur les esprits rebelles4 ,le ,te ,deum fut chant dans la maison commune4 ,insulte l'glise ,universelle1 insulte la communion des hommes1 dans le temple mme4 ,mais1 hors du temple1 maldiction sur tous les violents1 absolution sur tous ceux qui ont pay de leur vie4 ,par qui8 ,par l'glise muette1 forme aux arts et aux sciences4 ,d'o il ne faut point dire que l'autre glise est morte4 ,frappez sur son tombeau1 il est vide4 ,,xli ,,christianisme ,,et ,,socialisme ,chrtien sans savoir qu'il l'est1 voil le ,socialiste4 ,je ne sais4 ,je pense tant de conciliateurs qui appliquaient une pauvre mthode trop connue3 ,retenons ce qui nous unit2 oublions ce qui nous divise4 ,pour mon compte1 je n'ai jamais vu aucun bien ni aucun progrs sortir de la conciliation2 c'est plutt la commune sottise que la commune sagesse qui se trouve rassemble par ce moyen4 ,j'attends quelque chose de mieux des oppositions1 surtout fortement poses4 ,c'est pourquoi je repousse ce mlange sans saveur1 o ,socialisme et ,christianisme perdent chacun leur vertu propre4 ,ce qui est commun aux deux1 et toutes les doctrines pratiques1 c'est le ,bien1 faible abstrait qui ne rsout rien4 ,le ,socialisme me parat essentiellement politique1 en ce qu'il espre beaucoup de l'organisation4 ,la ,cooprative est une exprience o le socialiste reprend des forces1 ayant pu constater et constatant chaque jour que la seule participation ce raisonnable systme donne chacun un peu plus de temprance1 d'ordre et de sagesse politique4 ,en partant de l je dirais mme que l'esprit ,socialiste cherche toujours modifier l'ordre humain en le prenant par le bas1 ou par le dessous4 ,par exemple n'attendons point que l'ouvrier ait le got de l'tude pour lui donner des loisirs2 n'attendons point que l'instruction et la culture de tous ralisent un ordre politique meilleur2 mais faisons agir les intrts2 changeons d'aprs cela l'ordre politique2 l'instruction et la culture de tous en rsulteront4 ,il faut d'abord modifier les conditions du travail1 qui portent tout le reste4 ,ide puissante1 qu'il faut se garder d'affaiblir4 ,l',ide ,chrtienne y est tout fait contraire4 ,l'organisation politique est selon le chrtien toujours mdiocre1 souvent mauvaise1 parce que l'esprit en chacun marche tte en bas4 ,il faut premirement redresser l'individu1 afin qu'il juge bas ce qui est bas et vnrable ce qui est vnrable4 ,quand la notion des ,valeurs sera rtablie1 quand le jugement individuel regardera ce qui est prcieux dans l'homme1 alors la loi de police1 toujours extrieure et mprisable1 sera passable1 et c'est tout ce qu'elle peut tre4 ,chacun doit donc prendre pour fin son propre salut1 se garder de vanit1 de colre et de convoitise2 ainsi1 mettant l'ordre en lui-mme1 il travaillera changer l'ordre politique autant qu'il peut2 et la lettre ici n'importe gure2 toute constitution est bonne par l'esprit1 mauvaise par la lettre4 ,tel est le mouvement vanglique1 au regard de quoi tout ,socialisme est un ,pharisasme sauv4 ,deux vues sur la guerre4 ,le ,socialiste dit3 ,organisez la production selon la justice1 et il n'y aura plus de guerres4 ,l'vangliste dit3 ,que chacun soit pacifique en esprit et vrit1 et il n'y aura plus de guerres4 ,et il est assez clair que le ,socialisme porte la guerre en lui-mme par les passions1 comme on le reconnat dans le moindre discours4 ,il est assez clair aussi que l'vanglisme ne peut rien contre la guerre1 faute d'organisation4 ,l'opposition tant ainsi rtablie1 on peut esprer quelque ide relle qui la surmontera4 ,l',ide ,catholique1 considre par rapport l',ide ,chrtienne1 tait un essai d'organisation selon l'esprit4 ,en quoi belle et efficace1 en quoi insuffisante1 c'est ce qu'il faudrait savoir et dire4 ,,xlii ,,le ,,pouvoir ,,spirituel ,la rencontre de ,napolon et du pape ,pie ,,vii est un grand moment1 non point tant par les vnements qui en rsultrent que par la signification lgendaire de ces fortes images1 o l'on voit les deux ,puissances affrontes4 ,chateaubriand dit en ses ,mmoires que le pape ne joua point tout le jeu4 ,il suit en ide les consquences d'une excommunication o l'empereur aurait t expressment nomm4 ,d'autres1 en petit nombre1 dans ce nouveau dchanement des forces que nous avons vu1 ont attendu aussi les foudres pontificales1 seules capables peut-tre d'imposer une ,trve de ,dieu4 ,on sait que le fanatisme catholique est souvent joint au fanatisme guerrier dans les mmes hommes1 tout au moins chez nous4 ,parmi ces hommes-l1 combien s'en serait-il trouv qui eussent humili leur devoir de citoyen devant leur devoir de catholique8 ,ils y sont tenus pourtant1 et cela signifie pour nous que l',humanit est au-dessus des patries4 ,mais cette grande ide a chang de camp2 elle n'est plus forme par les catholiques2 elle n'est plus reue dans leurs temples2 elle est errante1 pauvre1 perscute1 comme les ,aptres autrefois4 ,crise redoutable2 interrgne spirituel4 ,quelque ,chateaubriand de nos jours voudrait-il dire que le ,pape1 cette fois encore1 n'a pas jou le jeu8 ,et conclurons-nous1 nous autres1 qu'un pouvoir qui ne se montre point tout abdique8 ,j'ai agit plus d'une fois cette question en moi-mme4 ,je n'y pouvais chapper quand je voyais les ministres catholiques plus ardents au massacre1 plus enivrs de force que les militaires eux-mmes4 ,et quand je lisais les instructions pontificales1 toutes inflexibles sur les principes1 je me disais que ces prtres se trouvaient tous interdits et excommunis par leurs sentiments mmes2 mais nul n'en savait rien4 ,sans considrer ce qui serait arriv si on l'avait su1 et qui aurait t sans doute de peu de consquence1 j'ai voulu rflchir sur les conditions du ,pouvoir ,spirituel1 qu'on le prenne en un pape1 o peut-tre il n'est plus qu'en image1 ou bien dans quelque positiviste1 dans quelque socialiste1 dans quelque pacifiste1 o ce pouvoir s'est peut-tre rfugi4 ,ce pouvoir1 par sa nature1 juge seulement et ne condamne point2 le jugement dernier est laiss ,dieu ou la conscience4 ,la faute contre l'esprit est presque toujours cache4 ,nul homme n'affirme la force nue1 si ce n'est quelque criminel audacieux1 en ses coups de main dlibrs et prpars4 ,mais est-ce affirmation8 ,nous voyons bien ses actions2 que savons-nous de sa pense8 ,le pouvoir catholique1 d'aprs une forte tradition1 le suivra jusqu' l'chafaud1 guettant quelque rveil de l'me1 ouvrant encore l'glise1 c'est--dire la communion humaine1 cet homme retranch4 ,par sa loi intrieure1 donc1 le ,pouvoir ,spirituel devait de ses foudres majeures frapper seulement les pchs d'esprit explicites1 comme sacrilge et hrsie4 ,jeu funeste dans le fond1 et qui devait ruiner l'institution tout entire1 puisque l'esprit est par lui-mme sacrilge et hrsie4 ,que peut alors l'esprit juge1 quand le crime de guerre est revtu en chacun des plus beaux motifs8 ,quand le combattant invoque le droit de l'innocent injustement attaqu1 le progrs humain1 la civilisation1 et prend solennellement la ,paix mme comme fin de la guerre8 ,le ,pouvoir ,spirituel1 quel qu'il soit1 ne peut supposer ici quelque profonde hypocrisie2 cette supposition est par elle-mme injuste4 ,mais il doit se borner rappeler1 par toutes les raisons tires de la nature humaine1 l'incertitude des jugements1 la puissance des illusions1 surtout collectives1 l'aveuglement propre aux passions1 le violent contraste entre l'idal qui est crit sur les drapeaux et l'horrible action4 ,ce qui est convier chacun un svre examen de conscience1 le laissant juge1 ou laissant ,dieu juge1 ce qui est une autre manire de dire4 ,car o est notre pouvoir de choisir les coupables1 quand la faute est de presque tous8 ,qui n'a pas cd l'ivresse de plaire1 de flatter1 de menacer8 ,faute de tous1 et punition de tous par le jeu des effets1 svre1 mais sans reproche4 ,et c'est ce que le ,pape veut appeler la justice de ,dieu4 ,doctrine non dveloppe1 mais en elle-mme forte4 ,,xliii ,,la ,,trinit ,considr1 autant que faire se peut1 selon la rigueur de l'entendement1 le christianisme offre un ensemble de vrits sans reproche4 ,ce dieu nouveau1 qui enfin est homme1 termine un long ttonnement d'idoltrie errante1 assur enfin dans son vrai chemin par le dieu grec1 la fois athltique et politique4 ,mais on n'en pouvait rester cette forme extrieure ni cette socit extrieure4 ,le plus divin1 en ce dieu homme1 c'est la conscience2 et la conscience1 leve aussitt jusqu' l'esprit1 propose une autre socit et une autre vie4 ,voil donc l',esprit4 ,mais pourquoi le ,fils et le ,pre8 ,d'abord1 pourquoi le ,fils1 dit aussi ,fils de l',homme8 ,cela signifie que la forme humaine faible1 souffrante et spare1 est divine encore4 ,entendez que la condition de l'esprit en cette forme ne doit point tre exige d'abord4 ,un ignorant1 un mchant1 un fou exigent encore respect par la seule forme extrieure4 ,ainsi le culte cherche l'esprit et l'espre1 comme l'enfant dieu le signifie assez4 ,il me semble aussi que le buf et l'ne ne sont point hors de place dans cette puissante image2 ils figurent les dieux de l',inde et de l'gypte1 dchus1 mais encore participants4 ,mais que signifie le rapport du ,pre et du ,fils8 ,le ,dieu des anciens dieux fut toujours le ,destin ou la ,ncessit1 ce qui revient dire le ,monde en son inexplicable existence1 puissant par l absolument1 mais aussi en ses raisonnables1 explicables1 irrprochables connexions qui font suivre l'effet de la cause selon une sorte de justice implacable4 ,en cet tre nous baignons de toutes parts2 nous vivons de lui et sommes ns de lui2 dpendants en ce sens1 et sans remde4 ,car1 si haut que l'esprit nous lve jamais1 il faudra d'abord vivre1 c'est--dire d'abord obir1 et encore mieux bnir cette obissance qui nous donne pouvoir4 ,ainsi le plus ancien des dieux est encore immensit1 puissance et sagesse4 ,cette ide ne doit pas tre oublie1 ni l'autre1 ni non plus l'autre4 ,et que les trois ne fassent qu'une1 c'est ce que l'esprit termine1 retrouvant ses propres lois en cet univers4 ,tel est le sommaire de nos penses1 et ceux qui ne le dvelopperont pas ne dvelopperont rien4 ,tout homme qui connat1 si peu que ce soit1 connat selon ces relations souveraines4 ,peut-on adorer les images8 ,mais que peut-on adorer1 sinon des images8 ,le gomtre lui-mme ne se passe point de ces tracs grossiers qui disposent son corps comme pour accompagner l'attention intellectuelle4 ,mais bien plus justes encore1 bien plus puissantes pour nous dlivrer de ce mouvement trangl des passions1 plus justes et plus puissantes sont ces images si exactement propres soutenir nos penses1 et ainsi rconcilier le corps et l'esprit4 ,ces mtaphores parles ou chantes1 maonnes1 sculptes ou peintes1 sont la premire preuve1 et encore la dernire4 ,elles prparent1 par cette atteinte du beau1 corporelle certainement1 mais spirituelle aussi4 ,car le beau n'a jamais rien cot l'intelligence1 ni jamais exig d'elle aucun reniement1 et c'est ce qu'annonce la belle image4 ,mais le beau est encore ce qui termine nos penses et les rassemble4 veil la fois et sommeil de nos penses1 comme la musique1 ouvrant et fermant sans cesse la porte d'inquitude1 le reprsente si bien4 ,toutefois ce n'est pas assez de chanter au lutrin2 et c'est le mouvement mme de la religion humaine qui nous rappelle que l'esprit est aussi quelque chose4 ,,xliv ,,pascal ,pascal plat presque tous1 aussi bien ceux qui refusent l'glise4 ,non pas seulement par cette prose surprises1 rompue1 clatante1 mais par l'esprit mme1 qui s'y voit indomptable4 ,car des belles apparences1 et encore bien composes1 qu'en laisse-t-il8 ,et des majests1 qu'en laisse-t-il8 ,dbarbouillant l'acteur1 au lieu d'en rire4 ,la guerre juge1 la justice juge1 les rois jugs2 sans aucune prcaution2 jugs aussi ceux qui jugent1 car le trait rebondit4 ,il n'est pas ncessaire1 parce que vous tes duc1 que je vous estime1 mais il est ncessaire que je vous salue4 ,mchant salut2 mais il faut le rendre2 et le sot guri en reste sot4 ,tout est dfait1 refait et ressemblant4 ,le duc enfin sait de quoi il est fier4 ,voil le modle du jansniste1 si bien assur de mpris qu'il n'estime que ce qu'il veut et n'pargne que ce qu'il veut4 ,dangereuse amiti1 turbulent citoyen4 ,mais la plus libre pense est de mordre2 car de cder l'objet il n'en est point question2 si l'objet s'galait au penseur1 l'objet serait trop fort2 si l'ide s'galait au penseur1 l'ide serait trop forte4 ,d'o1 pour l'honneur de penser1 ce travail de pointe1 qui fait voler un clat puis un autre4 ,peu ou beaucoup2 il faut entamer cette dure matire2 ce jeu n'est pas un jeu2 la pense se compte toujours aux dbris4 ,pascal fait opposition continuellement1 essentiellement2 hrtique orthodoxe4 ,si les raisons de croire s'avisaient d'tre plus fortes que l'homme1 le coup alors serait plus rude1 car il faut que toute preuve s'miette4 ,la pense ne respecte rien qu'elle-mme2 mme la contrainte1 mme la coutume1 il faut les choisir et refaire1 non pas les subir4 ,soumission parfaite1 mais redoutable libert4 ,telle est la messe de ,pascal4 ,le doute est partout2 un doute actif et fort1 par quoi tout se tient debout4 ,d'o vient la puissance d'attaque1 et mme d'offense1 de ces terribles penses2 mme quand elles posent1 elles dposent dj4 ,chacune va toujours au-del d'elle-mme2 elle en cache d'autres1 et aussitt les dcouvre1 toutes rompues dans l'me2 ainsi elles ont toutes un avenir violent4 ,n'importe quel penseur1 et mme l'apprenti1 s'y fait une puissance et aussitt l'essaye2 car qui a fait la preuve la peut dfaire4 ,quoi donc8 ,le chapelet8 ,la religion des bonnes femmes8 ,mais cela est pour le corps2 ce sont des politesses1 sans importance que celle qu'on leur donne4 ,mais1 pour l'esprit1 quel aliment8 ,lui-mme4 ,tout de libre consentement4 ,tout gratuit4 ,tout gnreux4 ,on ne peut crocheter le ciel4 ,d'o ce rabaissement des uvres et des mrites devant la grce2 d'o l'humilit1 l'inquitude et le paradoxe de la prdestination1 qui est pour enlever l'assurance4 ,ces mythes font un objet insupportable2 mais prenez-les comme signes2 ils reprsentent assez bien la situation du penseur1 ds qu'il se risque2 car il n'a jamais assurance sans en tre aussitt puni2 l'infatuation est l'enfer de l'esprit4 ,et les uvres ne sauvent jamais l'esprit1 comme mille lignes crites n'assurent pas la ligne qui suivra2 car telle est la svre condition de ce qui est libre1 c'est qu'il n'y a point de condition4 ,celui qui rflchit ne gagne pas le pain du lendemain1 ni mme celui de la journe4 ,qui peut se promettre une pense8 ,l'attention est donc une belle prire4 ,ainsi tant que l'invention sera la plus grande affaire humaine1 ,pascal sonnera comme il faut l'oreille de l'homme4 ,,xlv ,,encore ,,pascal ,on ne lit plus les ,provinciales1 mais on lit certainement les ,penses4 ,je ne songe pas ici au professeur ni l'tudiant1 qui lisent par tat1 mais bien au ,liseur1 animal non apprivois et dont les murs sont mal connues4 ,le libraire tmoigne l-dessus indirectement2 vous trouvez partout une dition des ,penses de ,pascal1 conforme aux plus rcents travaux1 et dlivre de ces notes qui nous remettent l'cole4 ,mais qui se plat cette brutale philosophie8 ,quelque catholique qui a peur de l'enfer8 ,cela je ne le crois point du tout4 ,bien plutt ce genre de catholique qui est commun chez nous1 et que je veux appeler libre ,penseur4 ,avec ou sans la messe4 ,cette foule de solitaires couvre une grande tendue de pays4 ,au juste1 quoi8 ,une pense intrpide4 ,un mpris assur de toutes les ,importances4 ,un jugement dernier sur tout1 o les rois sont aussi nus qu' leur naissance4 ,le jsuite ne souffre point cette manire1 et il est plaisant d'apercevoir que la querelle des ,provinciales1 que l'on croit oublie1 revient ici par le dessous4 ,il ne manque pas de jsuites sans messe2 et le fond du jsuite est en ceci qu'il y a des choses qu'il ne faut point dire1 et que le mieux est donc de n'y point penser4 ,le jsuite sans messe fait sa prire aux hommes comptents1 ornant le prfet1 l'acadmicien1 le gnral et le ministre de cette suave perfection que l'on revt en mme temps que le costume4 ,d'o un change d'acadmiques sourires4 ,ah6 qu'il est doux d'tre jsuite6 ,sur ce propos somnifre1 ,pascal entre au jeu et vous rveille tous ces gens-l4 ,je tirerai1 dit-il1 mon bonnet toutes les puissances1 comme vous faites4 ,mais comprenons pourquoi4 ,je veux bien tre esclave1 mais je ne veux pas tre sot4 ,il faut un mdecin pour mourir2 et si je ne choisis pas de mdecin diplme1 me voil livr aux gurisseurs et sorciers1 qui se battront autour de ma carcasse4 ,comme en politique1 o il y a moins craindre d'un sot1 qui rgne par droit de naissance1 que d'un millier de demi-habiles qui se battraient pour la couronne4 ,en ce sens ce qui est tabli est juste1 et je salue ce qui est tabli4 ,mais sans respect4 ,mon bonnet1 oui2 mon respect1 non4 ,jsuites consterns4 ,on ne peut point mettre en prison un homme qui obit4 ,pourquoi dire ces vrits amres8 ,puisqu'il faut saluer1 n'est-il pas plus simple de respecter8 ,la politesse fait tous les jours ce miracle de faire entrer le respect par l'ouverture du geste1 et de le pousser jusqu'au derrire de la tte4 ,prire1 c'est politesse4 ,abtissez-vous1 oui2 mais ne le dites pas1 et d'abord ne le pensez pas1 toute l'exprience vise l4 ,ce ,pascal est impie et sacrilge2 profondment impie et sacrilge4 ,voyez comme sa pense prend force en son derrire de tte4 ,mais cela mme il ne faut point le dire1 car on lirait ce nouveau ,lucifer1 bien nomm ,porte-,lumire1 teignons-nous et administrons4 ,j'ai rencontr de ces demi-jsuites qui pensent encore trop1 et qui veulent1 pour le ,roi accus1 plaider la sottise4 ,c'est un pauvre homme1 vanit seulement4 ,que voulez-vous qu'il ait fait8 ,mais1 mon cher demi-jsuite1 il ne faut pas le dire1 car aucun homme ne s'arrange d'une moiti de pense4 ,et lui1 aussitt1 travaille s'teindre1 et cherche le jeu de cartes4 ,cette lchet est le seul mal humain peut-tre4 ,le seul qui soit de consquence4 ,j'aime ces proltaires qui veulent donner aux choses leur vrai nom4 ,remarquez qu'il y a des jsuites par l aussi1 et surtout un bon nombre de demi-jsuites qui voudraient s'enfermer en leur demi-pense4 ,mais1 qui pense seulement une chose1 il pense tout4 ,et quant aux extrmes jugeurs1 on ne m'tera point de l'esprit qu'ils seraient invincibles1 s'ils prenaient le parti d'obir2 au lieu qu'en la rvolte je vois revenir l'ordre invincible1 et le chapeau sur un bton qu'il faut adorer4 ,nous tournons sur place1 et ,pascal est loin en avant4 ,,xlvi ,,dante ,,et ,,virgile ,la commmoration a ramen l'attention universelle sur le visage de ,dante1 qui exprime si bien la svrit et le malheur4 ,rflchissant mon tour sur cette pope qui nous lve son ciel asctique en partant des profondeurs1 je voulais comprendre pourquoi1 ds les premiers tercets1 nous partons d'un pas assur1 comme en une fort la puissance des arbres annonce le sol ferme et le dos vierge de la terre4 ,il n'y a plus ici de convention2 nature intacte4 ,loin de la ville raisonnable et perfide4 ,ici c'est le courage qui fait la route2 et ce rythme l'annonce assez1 qui fait trois pas et regarde4 ,je veux suivre ce guide sr1 ce mulet aux jambes sches4 ,ce que je vois8 ,l'humain et moi-mme2 le pire et le meilleur1 et le passable aussi1 de ce monde humain1 sans aucun de ces convenables arrangements qui font horreur4 ,mais cet enfer donne esprance1 par le juste spectacle2 dj purgatoire1 et reflet du ciel des penses1 par le juste spectacle2 ce que ce rythme fort nous promet4 ,ne t'arrte qu'un moment1 dit-il2 ce n'est ici qu'un chemin et passage4 ,qui se regarde se juge2 qui se juge se sauve4 ,tout examen de conscience est ici enferm4 ,descendre pour remonter4 ,tout ce qui m'est si prs1 tout ce qui est moi1 en spectacle et comme recul et spar4 ,par le secours du pote4 ,dante suit ,virgile1 et je les suis l'un et l'autre1 comme la chvre suit la chanson du chevrier4 ,ce monde des enfers et des ombres fut toujours l'image fidle des penses humaines1 et des passions sans consistance qui semblent d'abord les porter4 ,ulysse1 ce festin qu'il offre aux mes1 ne voyait accourir que des ombres maigres et affames4 ,c'tait le temps o l'homme passionn se dchargeait un peu de fureur et de crainte par la fiction du dieu extrieur1 tantt loin1 tantt prs1 et voyageant sur les nuages4 ,immense progrs dj4 ,car le peuple enfant et ftichiste est doux1 pieux1 dvou1 inhumain1 bestial selon l'humeur et l'occasion1 sans aucun jugement sur soi2 aussi ne se souvient-il point proprement parler1 mais plutt il recommence4 ,au lieu que les dieux d',homre1 aux formes brillantes1 talent assez bien au regard ces apparences sans corps qui sont ,jalousie1 ,vengeance et ,gloire4 ,l'ombre d',achille ainsi considre sa vie comme un vain mlange des lments4 ,j'aimerais mieux tre un valet de ferme sur la terre1 qu'tre ,achille parmi les ombres4 ,telle est la premire thique1 un peu au-dessus du dsespoir1 quoique sans esprance2 car le vrai dsespoir est sans aucune rflexion4 ,ici la ,fatalit rgne encore2 elle est du moins juge4 ,quand ,virgile descend aux enfers son tour1 tenant en main le rameau d'or1 et conduit par la ,sybille ,italique1 les ,ombres1 passions mortes1 sont dj autrement ranges4 ,politiquement1 la ,romaine4 ,d'aprs un avenir de conqutes2 d'aprs le lien des causes et des effets4 ,non plus caprice extrieur1 selon les intrigues des dieux2 mais inflexible dtermination1 o l'esprance de chaque tre se trouve prise et d'avance crase4 ,quelle revue que celle de ces armes romaines non encore existantes1 et dj mortes6 ,et ce ,marcellus1 espoir de l'empire1 mort prmaturment2 dj mort en sa fleur1 avant mme d'tre n4 ,tu seras ,marcellus2 mains pleines jetez des lis4 ,c'est le plus haut tragique1 ce moment de la rflexion o1 la ,fatalit capricieuse tant vaincue1 l'inflexible ,ncessit se montre4 ,ainsi ,virgile peignait ses fresques immobiles4 ,la troisime pope est de ,jugement et de ,libert4 ,non publique1 mais prive4 ,non de ,destin1 mais de crime1 chtiment1 purification et salut4 ,c'est le moment de la faute1 du remords et du repentir4 ,tous les dieux aux enfers1 l'humain sur les pentes1 la lumire sur les cimes4 ,lumire1 seule justice4 ,chacun jug par soi1 comme ,platon avait os dire2 mais la foi ,platonicienne se jouait2 et ,socrate mourant n'tait assur que de lui-mme4 ,le mouvement pique ne tirait pas encore les foules vers cette ,justice qui n'est que lumire4 ,l'pope ,dantesque nous trouve assis et rvant sur les marches de quelque temple de ,minerve4 ,trop heureux de ne plus croire rien4 ,mais ce mouvement humain ne peut pas s'arrter l4 ,aussi le premier appel du guide l'anguleux visage nous met aussitt debout4 ,,xlvii ,,du ,,peuple ,,juif ,les ,grecs composaient et conciliaient1 par cette prudence politique qui ressort de tous leurs crits4 ,mme dans l'existence ,homrique ils se trouvent spars du destin par un peuple de dieux intermdiaires1 d'o un retard dans l'accomplissement1 qui laisse respiration4 ,et ces fictions reprsentent assez bien notre pratique2 car que faisons-nous jamais1 que gagner du temps sur les ncessits extrieures1 qui finiront par vaincre8 ,cette sagesse s'exprime presque chrtiennement dans la rsignation stocienne qui compose le devoir quotidien et l'troit et suffisant passage pour nos actions avec une fatalit invincible4 ,la libert1 de sa nature infinie et miraculeuse1 s'est trouve pose au milieu mme du peuple ,juif1 parce que le destin y tait immdiat et comme irrespirable4 ,je conseille de lire la ,bible d'un seul trait1 en vue de contempler une existence impossible4 ,depuis la ,gense ce n'est toujours qu'une cration sublime1 violente1 absolument arbitraire au regard de l'existence humaine1 qui est chtive et comme nant4 ,je n'y vois point d'esprance1 ni aucun essai d'industrie ou de vraie politique1 mais seulement une prompte obissance1 qui n'arrive pourtant pas courir aussi vite que le chtiment4 ,toutes les fautes sont gales au regard de l',absolue ,volont4 ,les enfants de la faute sont maudits avant de natre4 ,la lettre rgne4 ,la guerre y est mtaphysique4 ,chacun des combattants accomplit la volont de ,dieu pour sa part4 ,c'est ce qu'annonce le sacrifice d',abraham2 mais je trouve dans l',exode une plus forte image de la ncessit3 ,lorsque ,mose levait sa main1 ,isral tait le plus fort2 et lorsqu'il baissait sa main1 ,amalek tait le plus fort4 ,les mains de ,mose tant fatigues1 ils prirent une pierre qu'ils placrent sous lui1 et il s'assit dessus4 ,aaron et ,hur soutenaient ses mains1 l'un d'un ct1 l'autre de l'autre2 et ses mains restrent fermes jusqu'au coucher du soleil4 ,ces hommes ont contempl l'ternel4 ,aussi la plainte de ,job ne cesse pas d'adorer4 ,voltaire n'a pu surmonter cette ide crasante1 qui est pourtant vraie1 car tel est bien notre destin tous1 ds que nous l'acceptons4 ,et ds qu'un homme croit fermement qu'il ne peut plus marcher1 comment ferait-il un seul pas8 ,d'o devait natre1 en ce peuple couch1 l'ide antagoniste3 ,prends ton lit1 lve-toi1 et marche4 ,les miracles furent possibles cette fois-l1 par l'excs du dsespoir4 ,et1 parce que la volont de l'homme tait frappe en son centre1 tant prive absolument1 systmatiquement de cette foi en elle-mme sans laquelle elle n'essaie mme pas1 ici devait se faire la rsurrection1 par la foi elle-mme4 ,ide infinie2 car celui qui pense la limite ne se pense plus libre1 et perd tout4 ,donc un autre absolu1 d'autres possibles1 d'autres relations1 une autre vie4 ,par rapport quoi l',immense ,existence devait paratre enfin ce qu'elle est1 inexplicable en soi1 inexorable1 mais aussi sans aucune volont mauvaise ou bonne1 sans aucun dcret mauvais ou bon4 ,les miracles de la foi mettaient le terme aux miracles de la nature2 le destin tait dchu de son rang4 ,ces ides se dessinent2 on les trouvera en clair dans ,descartes3 mais il s'en faut de beaucoup qu'elles gouvernent en la plupart des hommes4 ,bien plutt1 ds que la ncessit montre un visage humain1 comme dans la guerre et dans tout ce qui s'y rapporte1 les hommes reviennent aisment l'ancien ,dieu4 ,abraham lie tristement son fils4 ,aaron et ,hur soutiennent les mains de ,mose4 ,,xlviii ,l',,esprit ,,chr,,tien ,l'esprit chrtien n'est pas encore dvelopp1 mme en ses premiers replis2 nous n'apercevons pas le moment o l'ide mme du jugement intrieur appellera son oppos1 c'est savoir une forme politique purifie1 dont nous n'avons presque aucune ide4 ,selon les vues profondes de ,hegel1 qu'il faut elles-mmes dvelopper hardiment1 la religion n'est jamais que la premire rflexion sur les monuments1 parmi lesquels je compte les lgendes2 et la philosophie elle-mme n'est qu'une rflexion sur la religion4 ,c'est pourquoi je dis que la ,libre ,pense n'est et ne sera autre chose que le ,christianisme dvelopp4 ,je dis dvelopp2 non point rconcili avec l'ancien ordre politique2 non point interprt d'aprs l'ancienne logique2 mais lui-mme devenant logique et finalement politique4 ,je prendrai en exemple le salut individuel1 o ,comte lui-mme1 si attentif recueillir l'hritage humain1 n'a pourtant reconnu que l'gosme renaissant4 ,il est clair qu'il faut cooprer d'abord1 et cote que cote sauver les autres en mme temps que soi1 et ne point quitter femme1 amis et compagnons pour soigner sa propre me4 ,rien n'est plus vident2 mais il y a beaucoup de choses videntes et qui ne s'accordent point4 ,il faut cooprer pour la paix2 trs bien4 ,mais le moindre essai dans ce sens-l fait paratre une autre guerre4 ,la grande guerre a port cette contradiction et nous la jette maintenant en discours irrfutables4 ,suivons l'autre ide1 si jeune encore2 il est assez clair que l'lment de la guerre est cette colre intrieure en chacun1 si aisment pare en indignation4 ,le monde des hommes est agit en tous sens de ces gnreuses colres1 salues sous le nom de courage4 ,mais nous ne poussons point au-del4 ,autour de cette ide nous voyons se reformer les lgions de ,csar4 ,o donc le salut1 sinon dans une retraite l'intrieur de soi-mme en vue de se bien gouverner8 ,chacun reconnat promptement1 d'aprs ses premiers essais1 qu'il est difficile d'aider les autres2 mais c'est encore trop peu savoir4 ,il faut comprendre1 par jugement irrvocable1 que les moyens de force1 et mme d'apparence douce et persuasive1 sont ncessairement soumis aux lois de la force4 ,cette vue prise1 et ce monde une fois exil de nous1 une autre ide se montre1 qui est que la paix de chacun avec soi sera ncessairement la paix universelle4 ,ainsi c'est par gouvernement de moi-mme que j'aide les autres1 et seulement ainsi4 ,en toutes choses2 car si je ne convoite point1 j'tablis la justice autant qu'il est en moi2 si je ne violente point1 j'tablis la libert autant qu'il est en moi4 ,ce que traduit exactement et sans la moindre erreur cette potique doctrine d'aprs laquelle celui qui a sauv son me intercde et prie pour tous les autres4 ,mais ce n'est pas assez de croire2 il faut savoir4 ,cela est ainsi4 ,tous les maux humains viennent de ce que je me jette sauver les autres d'esclavage1 d'injustice et de violence1 au lieu de me sauver moi-mme4 ,dans le ,juste1 toutes les fois qu'on le rencontre1 on reconnat non sans tonnement un certain refus d'aimer et mme d'aider1 par un regard l'ordre invisible et immdiatement universel o le sage gouverne absolument4 ,mais cela est encore plus admir que compris4 ,on s'tourdit chercher une loi civile qui prserverait les hommes d'tre violents1 injustes1 esclaves4 ,au lieu que c'est parce qu'ils ne se sauvent point chacun de violence1 d'injustice et d'esclavage1 que la loi civile est corrompue par ce mlange d'amour et de vengeance4 ,,xlix ,,le ,,grand ,,programme ,catholique veut dire ,universel4 ,ce mot arrte tout net la critique4 ,que voulons-nous tous penser1 nos meilleurs moments1 si ce n'est l',universel8 ,ce fut donc un grand moment de l'histoire humaine1 lorsque le catchisme eut la prtention d'enseigner la mme doctrine tous et partout4 ,c'tait lever n'importe quel esprit la hauteur de l'arbitre1 et dj excommunier cette partie de l'homme qui juge du vrai d'aprs le lieu1 l'occasion et l'intrt4 ,par cette vue un riche et mme un roi1 aussi bien qu'un esclave1 tait invit faire deux parts de sa vie2 l'une1 animale1 et occupe faire au corps humain son lit et sa place1 et lui assurer pitance2 l'autre1 vraiment humaine et soucieuse de l',universel1 soit dans son savoir1 soit dans ses maximes de pratique1 soit mme dans ses sentiments4 ,remarquez que c'est toujours par cette vaste contemplation que l'esprit se dlivre1 et qu'au contraire il s'enchane et1 bien plus1 se dshonore lorsqu'il pense selon ses passions4 ,deux pouvoirs se montraient1 comme ,comte l'a vu1 et pour la premire fois spars4 ,l',esprit1 toujours cherchant la communion universelle1 jugeait les individus1 les rois1 et les nations1 petits et grands animaux1 toujours exerant et nourrissant leur puissance4 ,il faut convenir qu'avant la rvolution chrtienne et l'organisation catholique1 l'esprit en venait toujours adorer la puissance2 et c'est toujours l qu'il revient lors qu'il a perdu le sens catholique4 ,l'athlte lui-mme est comme un cyclone dans l'excution s'il ne sait par moments suspendre et juger sa propre force1 tout fait comme un pape jugeait un roi4 ,la doctrine tait donc fortement dessine1 et selon la loi de nos penses1 c'est--dire d'abord circonscrite abstraitement comme le dessin par la ligne4 ,autrement dit c'tait et c'est encore le ,grand ,programme4 ,on pourrait bien dire que tout savant est catholique et que tout sage est catholique4 ,mais1 l-dessus1 le svre programme est encore bon consulter4 ,car toute science est tire de deux cts4 ,d'un ct1 et autant qu'elle cherche l',universel1 je la vois exigeante sur les preuves2 mais1 de l'autre1 autant qu'elle cherche la puissance1 je la vois prenant le succs comme la meilleure preuve1 et disant mme que le succs est la seule preuve1 et que1 du moment que l'avion s'lve1 il ne faut point se soucier de savoir comment cela se fait4 ,ce mpris de la thorie est assez commun1 et va souvent la colre2 au fond c'est colre de roi4 ,par o l'on peut remarquer que beaucoup1 qui se disent catholiques1 ne le sont point du tout4 ,ce beau mot ne se laisse point dformer4 ,je remarque la mme chose dans les sages4 ,car il y a une sagesse toute de prudence1 pour ne pas dire de peur1 et qui montre seulement ses fruits4 ,c'est par ce dtour qu'un avare est parmi les plus sages des hommes1 loign de tout amour ruineux1 de toute gourmandise et de tout emportement1 par une prudente garde de ses frontires de chair4 ,tel encore le bienfaiteur1 s'il donne pour recevoir1 ou seulement pour conserver4 ,tel encore le vaniteux1 qui loue afin d'tre lou4 ,c'est par ce jeu des passions enchanes que toute puissance a grandi et s'est maintenue4 ,mais1 selon le sens catholique1 ces prtendues vertus sont de nulle valeur2 l'homme se doit d'agir et de sentir humainement1 et non point animalement1 c'est--dire de suivre encore ici le modle universel1 ce qui suppose d'abord que l'esprit sache se retirer et mpriser les basses uvres4 ,mais1 ce ,grand ,programme blesse les rois1 j'entends tous les gourmands de puissance4 ,et1 regardant qui s'irrite1 et qui rougit de fureur1 et qui invoque comme de saintes et de vnrables lois les plus animales ncessits1 par exemple de dfense commune1 vous dciderez encore une fois que1 parmi ceux qui ont l'ambition de se dire catholiques1 il y en a beaucoup qui ne sont nullement catholiques4 ,l ,,pour ,,le ,,mat,,rialisme ,le ,congrs des ,religions a fltri le matrialisme4 ,une bonne dfinition aurait mieux valu2 car il y a un ,spiritualisme sans discipline qui n'est pas sain non plus4 ,tout est plein de dieux1 disait un ancien4 ,quand ,pascal crit3 le silence ternel de ces espaces infinis m'effraie1 c'est tout fait la mme pense1 car cela veut dire3 les dieux ne rpondent point4 ,lucrce louait son matre picure1 pour avoir apport aux hommes cette ide libratrice qu'il n'y a point de volonts caches dans la tempte et le tonnerre1 et qu'il n'y a pas plus de mystre dans une clipse que dans mon ombre par terre4 ,ide nette1 virile1 bienfaisante1 du mcanisme des phnomnes1 car tous les dieux sont souills de sang humain1 et ce n'taient que les plus redoutables passions1 sauvagement adores4 ,la peur faisait les sorciers1 et puis les brlait4 ,la colre inventait quelque dieu vengeur1 et puis faisait la guerre en son nom4 ,le fou est ainsi2 ses passions font preuve2 il leur donne la forme d'objet1 et il agit d'aprs cela4 ,de mme toujours1 dans cette sombre histoire des superstitions1 chacun fit des dieux selon ses passions et se fit gloire de leur obir4 ,sincrement1 et c'tait bien l le pis4 ,quand nos passions prennent figure de vrits1 de ralits dans le monde1 d'oracles et de volonts surhumaines dans le monde1 tout est dit4 ,le fanatisme est le plus redoutable des maux humains4 ,c'tait donc une grande ide1 la plus grande et la plus fconde peut-tre1 que celle des atomes dansants1 petits corps sans pense aucune1 n'ayant que duret et forme1 les uns ronds1 les autres crochus1 formant par leur mcanique tous ces spectacles autour de nous1 et nos corps mmes1 et jusqu' nos passions4 ,car le grand ,descartes1 et ,spinoza aprs lui1 et encore mieux1 sont alls jusqu' cette rflexion dcisive que1 mme en nous1 mme ramenes nous1 nos passions sont comme les orages1 c'est--dire des flux1 des tourbillons1 des remous d'atomes gravitant et croulant1 ce qui ruinait leurs brillantes preuves4 ,et telle est la seconde tape de la sagesse matrialiste4 ,aprs avoir ni le ,dieu le veut et le prsage ou signe dans les cieux1 l'homme en colre arrive nier le je le veux1 et se dire3 ce n'est que fivre et chaleur de sang1 ou force sans emploi2 douchons-nous1 ou manions des poids4 ,mais qui ne voit1 dans ces hardies suppositions et dans ces perceptions nettes1 la plus belle victoire de l'esprit8 ,pratiquement nul n'en doute4 ,penser1 rduire l'erreur1 calmer les passions1 c'est justement vouloir1 et vaincre l'aveugle ncessit en mme temps qu'on la dfinit4 ,je sais qu'il y a plus d'un pige2 et il arrive que celui qui a reu l'ide matrialiste1 sans l'avoir assez faite et cre par sa propre volont1 est souvent cras son tour et mcanis par cette autre thologie1 disant qu'on ne peut rien contre rien1 et que tout est gal1 sans bien ni mal1 sans progrs possible2 c'est comme un maon qui murerait la porte avant de sortir4 ,mais ce danger est plus thorique que rel4 ,dans le fait1 je vois que le spiritualiste l'ancienne mode tombe neuf fois sur dix dans l'adoration des passions et dans le fanatisme guerrier1 ce qui revient accepter les forces matrielles2 au lieu que c'est le hardi matrialiste1 neuf fois sur dix1 qui ose vouloir la ,justice et annoncer les forces morales4 ,,li ,,de ,l',,incr,,dulit ,penser1 c'est dire non4 ,remarquez que le signe du oui est d'un homme qui s'endort2 au contraire le rveil secoue la tte et dit non4 ,non quoi8 ,au monde1 au tyran1 au prcheur8 ,ce n'est que l'apparence4 ,en tous ces cas-l1 c'est elle-mme que la pense dit non4 ,elle rompt l'heureux acquiescement4 ,elle se spare d'elle-mme4 ,elle combat contre elle-mme4 ,il n'y a pas au monde d'autre combat4 ,ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives1 ses brouillards1 ses chocs dtourns1 c'est que je consens1 c'est que je ne cherche pas autre chose4 ,et ce qui fait que le tyran est matre de moi1 c'est que je respecte au lieu d'examiner4 ,mme une doctrine vraie1 elle tombe au faux par cette somnolence4 ,c'est par croire que les hommes sont esclaves4 ,rflchir1 c'est nier ce que l'on croit4 ,qui croit seulement ne sait mme plus ce qu'il croit4 ,qui se contente de sa pense ne pense plus rien4 ,je le dis aussi bien pour les choses qui nous entourent4 ,qu'est-ce que je vois en ouvrant les yeux8 ,qu'est-ce que je verrais si je devais tout croire8 ,en vrit une sorte de bariolage1 et comme une tapisserie incomprhensible4 ,mais c'est en m'interrogeant sur chaque chose que je la vois4 ,ce guetteur qui tient sa main en abat-jour1 c'est un homme qui dit non4 ,ceux qui taient aux observatoires de guerre pendant de longs jours ont appris voir1 toujours par dire non4 ,et les astronomes ont de sicle en sicle toujours recul de nous la lune1 le soleil et les toiles1 par dire non4 ,remarquez que dans la premire prsentation de toute l'existence1 tout tait vrai2 cette prsence du monde ne trompe jamais4 ,le soleil ne parat pas plus grand que la lune2 aussi ne doit-il pas paratre autre1 d'aprs sa distance et d'aprs sa grandeur4 ,et le soleil se lve l'est pour l'astronome aussi2 c'est qu'il doit paratre ainsi par le mouvement de la terre dont nous sommes les passagers4 ,mais aussi c'est notre affaire de remettre chaque chose sa place et sa distance4 ,c'est donc bien moi-mme que je dis non4 ,toute religion est vraie1 de la mme manire que le premier aspect du monde est vrai4 ,mais cela ne m'avance gure4 ,il faut que je dise non aux signes2 il n'y a pas d'autre moyen de les comprendre4 ,mais toujours se frotter les yeux et scruter le signe1 c'est cela mme qui est veiller et penser4 ,autrement c'est dormir4 ,si dcid que l'on soit tout croire1 il est pourtant vrai que ,jsus est autre chose que cet enfant dans la crche4 ,il faut percer l'apparence4 ,le ,pape lui-mme la perce1 en chacune de ses prires4 ,autrement serait-ce prire8 ,non point1 mais sommeil de vieil homme4 ,derrire le signe il y a la thologie4 ,mais la thologie1 si elle n'est que signe1 qu'est-elle8 ,et qu'y a-t-il derrire la thologie8 ,il faut comprendre1 ce qui est toujours dire non4 ,non tu n'es pas ce que tu sembles tre4 ,comme l'astronome dit au soleil2 comme dit n'importe quel homme aux images renverses dans l'eau4 ,et qu'est-ce que scrupule1 si ce n'est dire non ce qu'on croit8 ,l'examen de conscience est dire non soi couch4 ,ce que je crois ne suffit jamais1 et l'incrdulit est de foi stricte4 ,prends ton lit et marche4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,,au ,,lecteur #g ,i4 ,,chateaubriand #ac ,,ii4 ,,oracles ,,et ,,miracles #af ,,iii4 ,,prom,,th,e #ai ,,iv4 ,,libre ,,pens,e #bb ,v4 ,,de ,,la ,,culture #be ,,vi4 ,,humanit,s #bh ,,vii4 ,,de ,,la ,,th,,ologie #ca ,,viii4 ,,de ,l',,art ,,de ,,persuader #cd ,,ix4 ,,proph,,ties #ch ,x4 ,,des ,m,,taphores #da ,,xi4 ,,des ,,apparences #dd ,,xii4 ,,science ,,et ,,religion #dh ,,xiii4 ,,le ,,temple #ej ,,xiv4 ,,idoles #ec ,,xv4 ,,la ,,cath,,drale #ef ,,xvi4 ,,dogmatisme #ei ,,xvii4 ,,jans,,niste ,,et ,j,,suite #fa ,,xviii4 ,l',,homme ,,de ,,dieu #fd ,,xix4 ,,descartes #fg ,,xx4 ,,cardinaux #gj ,,xxi4 ,,de ,l',,galit #gc ,,xxii4 ,,le ,,cat,,chisme #gf ,,xxiii4 ,,le ,,pharisien #hj ,,xxiv4 ,,le ,,figuier #hc ,,xxv4 ,,le ,,signe ,,de ,,la ,,croix #hf ,,xxvi4 ,,des ,,signes #hi ,,xxvii4 ,,no,l #ib ,,xxviii4 ,l',,enfant ,j,,sus #ie ,,xxix4 ,,la ,,vierge ,m,,re #ih ,,xxx4 ,,la ,,lune ,,pascale #aja ,,xxxi4 ,r,,surrection #ajd ,,xxxii4 ,,la ,f,,te-,,dieu #ajh ,,xxxiii4 ,,le ,,culte ,,des ,,morts #aaa ,,xxxiv4 ,,les ,,grandes ,,images #aad ,,xxxv4 ,,idolatrie #aag ,,xxxvi4 ,,de ,,la ,,foi #aba ,,xxxvii4 ,,les ,,vertus ,,th,,ologales #abc ,,xxxviii4 ,,jeanne ,d',,arc #abf ,,xxxix4 ,,catholicisme #abi ,,xl4 ,l',,universel #acc ,,xli4 ,,christianisme ,,et ,,socialisme #acg ,,xlii4 ,,le ,,pouvoir ,,spirituel #adj ,,xliii4 ,,la ,,trinit #add ,,xliv4 ,,pascal #adg ,,xlv4 ,,encore ,,pascal #aej ,,xlvi4 ,,dante ,,et ,,virgile #aed ,,xlvii4 ,,du ,,peuple ,,juif #aeh ,,xlviii4 ,l',,esprit ,,chr,,tien #afa ,,xlix4 ,,le ,,grand ,,programme #afd ,l4 ,,pour ,,le ,,mat,,rialisme #afh ,,li4 ,,de ,l',,incr,,dulit #aga ,,achev ,d',,imprimer ,,pour ,f4 ,,rieder ,,et ,cie ,,en ,,juin #aibd ,,par ,,la ,,soci,t ,,de ,,gravure ,,et ,d',,impression ,d',,art1 ,a ,,cachan ,r,,imprim ,,en ,f,,vrier #aibh ,,par ,,la ,,soci,t ,,moderne ,d',,impressions1 ,a ,,paris