,,alain ,,souvenirs ,,concernant ,,jules ,,lagneau ,deuxime dition ,,paris ,librairie ,gallimard ,,ditions ,,de ,,la ,,nouvelle ,,revue ,,fran,,aise #c1 rue de ,grenelle 7,v,ime7 ,,du ,m,,me ,,auteur ,,ditions ,,de ,,la ,,nouvelle ,,revue ,,fran,,aise ,systme des ,beaux-,arts #a vol4 ,mars ou la ,guerre ,juge #a vol4 ,les propos d',alain #b vol4 ,,camille ,,bloch ,quatre-,vingt-,un ,chapitres sur l',esprit et les ,passions #a vol4 ,les ,marchands de ,sommeil #a plaquette4 ,,librairie ,,stock ,propos sur l',esthtique #a vol4 ,,rieder ,,et ,c ,propos sur le ,christianisme #a vol4 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage1 ,,apr,s ,,impositions ,,sp,,ciales1 #aji ,,exemplaires ,,de ,,luxe ,,in-#d ,,telli,,re ,,sur ,,papier ,,verg ,,pur ,,fil ,,lafuma-,,navarre1 ,,dont #i ,,hors ,,commerce ,,marqu,s ,,de ,a ,a ,i1 ,,et #ajj ,,exemplaires ,r,,serv,s ,,aux ,,bibliophiles ,,de ,,la ,,nouvelle ,,revue ,,fran,,aise ,,num,,rot,s ,,de ,i ,a ,c1 ,,et #hdc ,,exemplaires ,,sur ,v,,lin ,,pur ,,fil ,,lafuma-,,navarre1 ,,dont #ac ,,hors ,,commerce ,,marqu,s ,,de a ,a m1 #hjj ,,exemplaires ,,num,,rot,s ,,de #a ,a #hjj1 #cj ,,exemplaires ,d',,auteur ,,hors ,,commerce ,,num,,rot,s ,,de #hja ,a #hcj4 ,,tous ,,droits ,,de ,,reproduction1 ,,de ,,traduction ,,et ,d',,adaptation ,r,,serv,s ,,pour ,,tous ,,les ,,pays ,y ,,compris ,,la ,,russie4 ,,copyright ,,by ,,librairie ,,gallimard #aibe4 ,i ,,souvenirs ,d',,colier ,je veux crire ce que j'ai connu de ,jules ,lagneau1 qui est le seul ,grand ,homme que j'aie rencontr4 ,il tait mieux de livrer au public un expos systmatique de la doctrine2 mais cela je ne l'ai point pu4 ,les raisons s'en montreront chemin faisant2 je puis dire que ce qui me rendit la tche impossible ce fut surtout la peur d'offenser cette ombre vnre4 ,nos matres1 vers l'anne #ahhh1 qui est celle de mes vingt ans1 taient svres comme on ne l'est plus2 mais ce matre de mes penses l'tait1 en ce qui me concernait1 par des raisons plus prcises4 ,j'tais dj un habile rhteur1 et je ne respectais rien au monde que lui2 ce sentiment donnait des ailes ma prose d'colier2 en crivant je combattais pour lui1 et je mprisais tout le reste1 d'o une audace1 une force persuasive1 un art de dblayer qui amassrent plus d'une fois des nuages autour du front redoutable4 ,mes camarades1 non moins dvous que moi1 mais autrement1 conservaient1 dans leur manire d'crire1 tout le scrupule1 toute la patience1 tous les dtours et retours de l',homme1 cet embarras de la parole1 et jusqu' ces gestes qui traduisaient loquemment l'insuffisance de tout ce qu'on pouvait dire4 ,comment aurais-je traduit un sentiment que je n'prouvais pas8 ,pendant que tout s'obscurcissait devant lui1 tout s'clairait pour moi2 j'apercevais comme de brillantes trajectoires2 je les parcourais hardiment4 ,je ne crois point du tout que la ,foi me rendt facile sur les raisons2 je l'expliquerai assez4 ,je ne crois pas non plus avoir en ce temps-l ni dans la suite jamais rabaiss la pense au rang d'un jeu de rhtorique4 ,n'empche que1 par une facilit qui naquit en mme temps que l'enthousiasme1 j'en donnai plus d'une fois l'apparence1 et cela me valut plus d'un rude avertissement4 ,mais enfin1 mis au fouet1 je n'en galopais que mieux4 ,le ,matre en prenait son parti2 et je surpris plus d'une fois sur le puissant visage une joie qui m'tait bien douce4 ,toujours est-il qu'alors qu'une page d'un de mes camarades tait quelquefois lue comme un modle1 je n'eus jamais cet honneur4 ,il faut donc1 si je veux conserver le fidle souvenir du penseur1 que je ne cesse jamais de peindre l'homme1 de faon qu'il parle lui-mme4 ,et1 pour les commentaires1 je dois les prendre pour moi et en porter le poids2 c'est un dveloppement de sa pense1 ce n'est pas autre chose2 mais je n'oserais pas dire que c'est sa pense4 ,et pour que toutes ces diffrences soient bien en place1 comme l'exige une fidlit que j'ose dire sans alliage1 il faut ncessairement que je parle beaucoup de lui et beaucoup de moi4 ,ce petit livre1 que je commence1 et dont je ferais des volumes1 si j'osais1 est une uvre de courage2 la pit serait muette4 99 99 99 99 99 #ahhh1 c'tait le temps du ,boulangisme4 ,j'ai vu le cheval noir et les mouvements de la foule4 ,je n'ai point remarqu que mes camarades parisiens prissent srieusement ces querelles2 pour moi1 qui arrivais d'une province tout fait paysanne1 je n'y pouvais prendre intrt4 ,peut-tre est-il juste de dire que notre gnration n'eut point d'opinions politiques4 ,le socialisme ne nous tait gure connu2 d'aucune manire il ne nous touchait4 ,nous tions pauvres2 nous n'avions d'autre ambition que de faire de bonnes tudes1 et d'arriver quelque rputation de professeur ou de critique littraire4 ,en ce qui me concerne1 l'ambition n'allait mme pas si loin2 je poursuivais ma carrire de boursier4 ,je me pliais aux camarades et j'tais cordialement de la mme humeur qu'eux4 ,un vif sentiment me tenait2 je ne me lassais pas de voir ,paris4 ,il faut dire que du lyce ,michelet1 qui n'tait encore que le lyce de ,vanves1 on dcouvre toute la ville4 ,aller cet objet pour le mieux percevoir1 ce fut ma grande affaire et ma grande joie4 ,tout le reste tait imit4 ,je ne pressentais nullement quelque grande vrit de l'ordre moral1 ni quelque grand ,systme1 ni un destin extraordinaire4 ,ce fut alors que1 par la rencontre d'une famille de musiciens1 j'entendis pour la premire fois du ,mozart et du ,beethoven2 ainsi je connus que j'aimais la musique2 et je crois bien que la musique tait mon principal got et ma vraie vocation1 mais je n'avais aucun moyen de l'apprendre4 ,je pense peu volontiers ma nature2 j'y vois une simplicit qui me dtourne et une absence d'ambition qui me dconcerte4 ,j'tais venu au lyce ,michelet avec l'intention de suivre les ,mathmatiques ,spciales2 la carrire des ,belles-,lettres me parut plus facile1 et ce fut pour cela que je la prfrai4 ,au reste j'tais robuste1 gai1 et heureux de tout4 ,je n'tais point pensif2 encore maintenant je ne le suis gure4 ,quelles furent donc mes passions8 ,a peu prs celles d'un cheval au dressage4 ,je ne souffris point de cet esclavage des internats1 en cette foule de gamins moqueurs4 ,je m'en dlivrai par des coups de violence1 violence de langage et violence de poings4 ,cela n'tait pas matire pense2 et j'en dirais autant aujourd'hui4 ,une chose m'tonna que je dois dire2 je fus calomni2 c'taient des calomnies d'colier2 je dus me justifier devant le ,matre2 je le fis avec cette violence qui est un genre d'loquence et qui a toujours mis les contradicteurs en fuite2 j'en eus honte1 mais ,lagneau me dit1 d'un ton de vivacit tonnant3 ,non1 non2 gardez cette force4 ,j'anticipe4 ,il fallait faire connatre un peu l'colier qui s'assit un jour d'octobre en haut des bancs et regarda le ,matre4 99 99 99 99 99 ,jules ,lagneau tait un homme roux1 barbu1 de haute taille et se tenant droit4 ,les mains1 le visage1 le cou avaient des taches de rousseur dores4 ,le vtement tait celui des ,universitaires en ce temps-l1 sans aucune lgance1 mais non sans beaut2 le corps tait bien bti1 et dcoupl1 sans rien de gauche4 ,ce qui tonnait d'abord1 c'tait un front de penseur1 une sorte de coupole qui semblait avancer au-dessus des yeux2 un crne haut1 large1 important aussi en arrire1 premire vue dmesur2 mais j'eus le temps de le bien voir1 et je m'exerai plus d'une fois le dessiner2 mes dessins furent toujours sans grce1 mais corrects2 ainsi je ramenai ses vraies proportions ce crne d'abord imaginaire2 je saisis cette forme sculpturale1 ce front model et bien distinct1 quoique les cheveux relevs se fissent un peu rares sur le devant4 ,les sourcils roux taient mobiles1 olympiens4 ,les yeux petits1 enfoncs1 vifs1 perants1 noirs autant que je me souviens1 avec des points d'or4 ,l'attention habitait tout ce sommet4 ,au-dessous taient la bont et le sourire4 ,le nez petit et fin1 nez d'enfant la narine bien coupe4 ,la bouche petite1 tendre1 couleur de minium vif2 les dents comme des perles serres2 petite moustache1 mais une rude barbe sur un menton rocheux qui rpondait l'architecture du crne4 ,l'ensemble tait puissant et beau2 je n'ai jamais connu de chose vivante qui en approcht4 ,toujours en action4 ,je n'ai jamais vu sur ce visage l'expression de l'ennui1 ni mme de la fatigue4 ,aucun souci1 et nul effort de mmoire jamais2 la pense effaait tout4 ,quel genre de pense8 ,si j'ai la patience d'aller ainsi1 sans autre soin que de dire vrai1 vous finirez par le savoir4 ,l'extrieur d'abord4 ,on voyait paratre un carnet noir ferm par un lien lastique4 ,de mauvais yeux y lisaient de ct1 non sans peine4 ,la parole rvlait aussitt une simplicit et un mpris de l'lgance dont je renonce donner l'ide2 les mots chevauchaient les uns sur les autres et sortaient dans la plus grande confusion2 les mains1 qui toujours dessinaient par le geste1 taient libres1 fortes1 prudentes1 persuasives4 ,la pense avanait par corrections et reprises2 toujours improvise1 toujours neuve pour lui4 ,ce qu'il disait tait son tour objet de mditation1 d'o des silences tonnants2 le front alors se chargeait de sang et de vie2 c'est alors que nous attendions quelque formule ternelle1 et l'attente n'tait jamais trompe4 ,souvent1 au lieu du carnet noir1 on voyait paratre un volume de ,platon ou de ,spinoza4 ,il fallait alors des lunettes1 et l'embarras de lire le grec ou le latin1 d'expliquer1 de commenter1 le tout ensemble1 portait la difficult de suivre au plus haut point4 ,remarquez qu' part cinq ou six vtrans dont j'tais1 il y avait sur ces bancs une trentaine d'apprentis bacheliers2 leur attention ne se lassait pas plus que la ntre2 chacun comprenait comme il pouvait1 mais l'admiration tait commune tous1 sans qu'on et seulement le temps de se le dire4 ,je vis alors l',esprit rgner1 comme il rgne en effet1 sur toutes sortes de cratures4 ,et si vous songez que quelquefois1 et un mois durant1 c'tait le ,time de ,platon qui descendait sur nous1 vous comprendrez que ,lagneau pensant exerait sur nous peu prs le mme pouvoir que ,beethoven chantant4 ,a vingt ans1 donc1 j'ai vu l'esprit dans la nue4 ,c'tait moi de m'en arranger comme je pourrais2 mais faire que cela n'ait pas t1 et que le reste ne soit pas comme rien ct1 c'est ce que je ne puis4 99 99 99 99 99 ,nous ne savions rien de lui1 sinon que depuis la mort de sa mre il vivait seul avec une servante1 presque toujours couch1 ou bien faisant de maigres repas d'ufs peu prs crus ou de lgumes en pure4 ,cette maladie n'tait pas imaginaire2 je sus de lui que1 pendant les preuves d'agrgation1 il vivait de viande crue pile avec de la glace2 ces maux taient la suite d'une maladie d'enfance4 ,et malgr tout je ne pense jamais ,jules ,lagneau comme un malade4 ,la parole1 le mouvement1 la marche1 tout tait vif et jeune2 hors de la classe1 il parlait volontiers et longtemps4 ,rien de fivreux1 de triste1 ni de convulsif4 ,il vivait difficilement1 mais il vivait harmonieusement4 ,je ne dirai jamais que l'excs de la mditation l'a tu2 la mditation tait joie pour lui1 sans aucun doute1 comme pour ceux qui l'entendaient4 ,et au contraire1 tout jeune que j'tais1 mais clair pour la premire fois par un sentiment vrai1 je sentais que l'on pouvait prolonger jusqu' la vieillesse cette vie prcieuse1 si seulement on le dlivrait des scrupules du mtier4 ,nous fmes ici ce que nous pmes1 par un concert d'loges enthousiastes qui fut entendu2 nous redoublmes d'efforts quand nous vmes un peu plus tard quels tranges personnages tait confi le soin d'expliquer ,platon et ,spinoza aux ,normaliens4 ,nous ne russmes point4 ,des intrts alarms1 d'actives ambitions s'veillrent et se mirent en campagne4 99 99 99 99 99 ,je veux viter l'anecdote1 et surtout1 je ne nommerai personne4 ,l',ombre du ,matre m'ordonne de comprendre par les causes1 et1 s'il reste un peu de passion1 comme il est invitable1 de mpriser seulement4 ,mais1 de cet homme suprieur1 il faut que je dise tout ce que je sais1 et ce n'est gure4 ,que sait un lve8 ,je demande indulgence pour quelques histoires d'lve4 ,lagneau n'tait ni timide ni hsitant1 bien plutt il se portait ce qu'il croyait juste tout droit1 sans prcautions ni gards4 ,ce genre de puissance est inexplicable4 ,j'en vis une fois les effets1 en vrit miraculeux4 ,le premier des nouveaux cette anne-l avait nom ,charmet2 je mets ici son nom pour qu'il puisse tmoigner avec moi4 ,il alla donc composer pour le baccalaurat1 tomba par chance sur le sujet mme qui lui avait valu sa place de premier1 revint content1 et1 huit jours aprs1 connut par un avis officiel qu'il tait refus pour cette composition mme1 et avec une note inavouable4 ,il haussa les paules1 et n'en dit pas plus4 ,le lendemain je trouve ,lagneau en sa classe1 o il n'avait que faire1 et qui me parut fort calme4 ,je vais1 dit-il1 prendre le proviseur2 nous allons la ,sorbonne1 et dites ,charmet qu'il sera reu demain l'oral par mon ami ,sailles2 je ne veux plus de surprise4 ,j'avais une finesse de paysan2 je lui dis3 ,le proviseur aura peur et n'ira pas2 mais c'est gal1 je suis bien content pour ,charmet4 ,je trouve mon ,charmet1 et je lui dis1 avec la foi de l'aptre3 ,demain1 tu seras reu l'oral par ,sailles1 et c'est ,lagneau qui me l'a dit4 ,lui dit simplement3 ,ah1 trs bien1 et le lendemain fut reu en effet4 ,je ne connus pas le dtail2 ,lagneau n'en parla plus1 et ces choses-l ne se racontent point4 ,un sot important1 qui je fis imprudemment ce rcit1 me dit avec colre3 ,je vous interdis de me raconter des histoires pareilles1 si videmment fausses4 99 99 99 99 99 ,qu'on me permette ici quelques remarques4 ,le sujet est mince1 je le veux bien2 mais enfin il est rel4 ,j'ai vu quelques actions2 il n'en est pas une laquelle le nom d'action convienne mieux qu' celle-l4 ,et il est vrai que l'excution me fut cache2 mais que voit-on jamais d'une action8 ,celle-l m'instruisit plus que toute autre par le prompt succs1 par la rsolution1 et je dis mme par une sorte de violence militaire4 ,et quels rares attributs1 cette puissance solitaire rassemble1 qui ne prend point conseil1 et qui traverse d'un seul lan le terrain administratif1 le mieux dfendu qui soit6 ,on pense bien que deux ou trois jeunes ttes se mirent supposer4 ,lagneau avait au moins deux amis dans la place1 ,brochard et ,sailles4 ,je ne sais comment nous connmes le nom du correcteur1 qui tait un historien2 circonstance favorable4 ,et il est vrai que toute correction peut tre contrle2 mais il faut une commission1 une enqute et du temps4 ,il est clair que l'action alla tout droit1 emportant et mme bousculant4 ,au vrai nous nous reprsentions cette victoire comme on fait de toute victoire4 ,mais je sais mieux maintenant ce que c'est que vanit1 ce que c'est que peur1 et comment l'ardeur demander et surtout exiger durcit l'obstacle humain4 ,la justice prtend trop haut1 effarouche un jugement qui se veut libre1 et ainsi passe moins aisment quelquefois que la faveur4 ,disons aussi qu'un effet qui n'importe pas beaucoup n'est pas pour cela plus ais produire1 et souvent tout au contraire2 on remet aisment une chose de peu4 ,enfin il n'arrive jamais que les hommes se trouvent rassembls et sans autre affaire au moment o on le voudrait4 ,ces obstacles1 comme je les conois maintenant1 sont d'imagination2 l'homme d'action doit vaincre d'abord ce genre de mditation sur les possibles1 qui seraient mieux nomms impossibles4 ,je me risque dire1 d'aprs tout ce que j'ai expliqu ou expliquerai dans ces pages1 que ce genre de mditation fut rabattu son rang1 et par cela mme dfait1 par cette mthode de penser qui n'attaquait jamais qu'un objet rel et prsent4 ,j'appelle abstraites ces penses qui n'offrent jamais passage ni solution4 ,comme une montagne vue de loin1 elle n'offre point de passage4 ,on connat ce beau rcit de ,descartes sur le bateau1 tirant l'pe4 ,cette action est tout l'oppos de ce que l'on appelle communment dfiance et mme prudence2 elle est l'improviste et rpond une situation qui n'est pas prvue1 mais vue2 et c'est de quoi dtourne un genre de prvision abstrait1 que j'appellerai la prvision aux yeux ferms4 ,quand on dit que la pense souvent paralyse l'action1 on entend mal la pense1 voulant toujours que la pense soit une mditation sur les possibles4 ,et il est profondment vrai que les mditations errantes sur l'espace sont des mditations sur l'espace seulement possible4 ,cette remarque porte encore mieux sur le temps1 parce que le temps ne reoit d'aucune faon le possible2 et c'est par l que les spculations sur le temps tombrent plus d'une fois l'absurde4 ,ici1 d'aprs l'exemple1 de ,lagneau1 et par anticipation1 je dis qu'il faut tre ,spinoziste4 ,j'y reviendrai1 mais j'use de cette prise que je trouve maintenant4 ,qu'y a-t-il dans ,spinoza1 et qui ne soit nulle part ailleurs8 ,a premire vue1 je dis pour ceux qui le lisent1 un effacement des ides gnrales1 qui met d'abord en droute4 ,mais ces ngligentes remarques du clbre ,scholie de la proposition ,,xl partie ,,ii ne sont elles-mmes qu'un signe1 et je ne crois pas qu'on puisse directement en tirer profit et nourriture1 car la ngation n'est rien2 toutefois cette formule mme1 que la ngation n'est rien1 nous renvoie la ,doctrine ,substantielle1 d'aprs laquelle l'immense existence1 la prsente existence1 est pose premirement1 et secondement toujours maintenue comme le seul objet possible devant le sage en mditation4 ,il en faut donc former l'ide1 et de l l'thique1 qui est un livre qui ne nous laisse point le choix4 ,non qu'il ne faille ici se dfendre1 et je dirais mme sauter en arrire1 aussi promptement que le mineur quand les menues pierres commencent rouler4 ,il faut se dfendre et se sauver dans le plein sens de ce beau mot4 ,mais aussi c'est de cela prsent et par soi pos1 invincible l'entendement1 c'est de cela mme qu'il faut se sauver1 ou bien l'on ne se sauve point4 ,il y a moins de libert qu'en aucun lieu du monde dans ces dangereux possibles1 que j'ai dj mieux nomms impossibles2 moins qu' cette rugueuse muraille du monde existant4 ,nous ne la touchons point2 il y a une dialectique de tous instants et de tous tats qui nous en dtourne4 ,chacun agit dans la situation donne1 mais qui donc pense dans la situation donne8 ,je les ai vus quasi tous1 et les militaires aussi bien1 toujours pensant en avant ou en arrire1 dlibrant sur ce qui aurait pu tre1 7,que diable allait-il faire dans cette galre87 ou sur ce qui sera1 croient-ils1 dans quinze jours4 ,chacun peut remarquer que prvoir est ce qui dtourne merveilleusement de voir4 ,ici se montrent d'imposantes maximes1 qui toutes dtournent de vouloir4 ,d'o l'on vient admirer ceux qui poussent en aveugles1 et mpriser les faibles et hsitantes penses2 mais ce ne sont point des penses4 ,bref l'opposition si souvent prtendue entre les hommes d'action et les hommes de pense est et sera toujours surmonter4 ,ce dveloppement est sans fin4 ,je veux seulement remarquer ici que l'heureuse aventure qui me mit en prsence d'un ,penseur me fit voir presque aussitt dans le mme homme l'esprit d'excution4 ,l'exemple est petit4 ,mais comme je disais3 ,que sait-on jamais d'une action8 je dirais aussi bien3 ,que sait-on jamais d'un homme8 ,lagneau s'est vad de ,metz travers les lignes ennemies2 il fut fantassin avec ,faidherbe2 et je me souviens qu'il y fit allusion une fois1 de faon que je crus le voir soudain en culotte rouge et capote bleue1 et mal coiff d'un kpi trop petit pour sa tte2 au total1 terrible4 ,c'est tout ce que j'en ai su1 et ceux que j'ai interrogs n'en savaient pas l-dessus plus que moi4 ,toujours est-il que sans effort1 et me souvenant de ces yeux perants1 de ce menton rocheux et de cette dure barbe rousse1 je me reprsente aussi bien ce penseur plein de prcaution comme un chef de partisans4 99 99 99 99 99 ,mais l'homme va m'chapper encore4 ,o loger maintenant ce souci de l'ordre humain1 cet avertissement1 qui revenait toujours1 de n'entreprendre jamais de le changer1 et surtout de ne point donner au peuple l'ide qu'on pourrait le changer8 ,on remarquera ce genre de prudence dans les ,simples ,notes et dans quelques-unes des ,lettres4 ,le menu peuple secouru dans les occasions1 et gnreusement aim1 et le mme peuple tenu en tutelle1 voil une doctrine assez commune2 en cet ,homme je ne crois pas qu'elle tait apprise1 ni imite4 ,et1 quoique j'y aie toujours rsist1 toujours choisissant de penser la politique sous l'ide des droits de l'autre1 plutt que sous l'ide de mon propre devoir1 il est d'autant plus important que je comprenne comment s'ordonnaient les notions pratiques en ce puissant esprit4 ,en cette action que j'ai raconte1 il n'eut point tant d'gards aux puissances1 ni l'ordre tabli4 ,mais plutt1 devant son propre jugement1 il considra la chose juge1 administrativement juge1 comme de peu1 et mme tout fait mprisable2 je dis dans la forme1 quand il me fit connatre son propre dcret1 et les effets qui allaient suivre4 ,ainsi parle le ,prince1 et tout homme reconnat le ,prince4 ,mais il faut comprendre comment ce genre de pouvoir s'arrange avec les pouvoirs4 ,tout homme raisonnable reconnat la ncessit dans les choses1 par cette vue que tout tient tout1 comme les mares la lune2 il vient donc s'en arranger1 selon ce mot de ,descartes que ce qui manque nous russir doit tre jug1 en ce qui nous concerne1 absolument impossible1 comme de voler la manire des oiseaux4 ,par opposition on pourrait bien croire que l'ordre humain est au contraire aisment modifiable1 de faon que la discorde1 la guerre1 l'injustice puissent en tre effaces aisment si l'on voulait bien4 ,d'o l'ardeur rformatrice1 qui va toujours changer les lois4 ,toutefois c'est une vue d'enfant2 car tout tient tout1 dans l'ordre humain comme dans l'autre1 et tout dpend finalement de la machine humaine1 qui est trs videmment prise dans la nature extrieure4 ,cette vue est bien ,cartsienne1 de considrer le monde des hommes comme tranger aussi et mcanique1 et de le prendre tel quel1 sans plus disputer sur l'origine des pouvoirs que sur le nombre des plantes ou sur l'inclinaison de leurs orbites4 ,on raconte que ,hegel voyageant trouvait dire devant les montagnes3 ,c'est ainsi4 ,les montagnes nous servent peler2 mais enfin il faut lire1 et de proche en proche1 devant la guerre1 devant l'ingalit1 dire enfin3 ,c'est ainsi4 ,en ,spinoza on peut apprendre cette sagesse4 ,mais il y a autre chose prendre dans ,spinoza2 autre chose1 que l'on ne trouve1 je crois bien1 que l4 ,ne point dserter notre poste d'entendement1 qui est strictement dtermin par ce corps vivant1 si bien tenu4 ,ne pas croire que l'entendement s'exerce dans cette connaissance abstraite1 qui n'a point de lieu ni de condition1 et qui voit toutes choses de haut et d'ensemble2 ce genre de contemplation est d'imagination4 ,chose digne de remarque1 mais difficile aussi saisir 7quod difficillime fit71 c'est en ces penses planantes1 et comme abstraites de nous-mmes1 que nous sommes corps4 ,nous sommes esprits1 au contraire1 en notre poste1 o se rassemble l'immensit des choses en une existence bien dtermine1 dpendante la fois1 et1 en un autre sens1 totale exactement1 parce qu'elle est dpendante4 ,c'est o l'on existe et comme l'on existe1 de sa place enfin1 comme ,gthe l'avait compris1 que l'on contemple en ternit et que l'on connat ,dieu4 ,spinoza est ici si imprieux1 quoiqu'obscur1 qu'il faut le laisser1 ou bien le comprendre4 ,et nous serons guris de lgifrer4 ,non point d'agir4 ,j'ai dit plus d'une fois1 la suite du ,matre1 qu'il faut vaincre ,spinoza4 ,mais il faut le vaincre o il rsiste1 o il nous a mis1 et c'est peut-tre le comprendre tout fait4 ,a cette pointe de la doctrine1 il faut dpasser toute doctrine4 ,ainsi est l'action qui s'offre1 et le passage devant nous4 ,c'est ici le texte des mditations de tout homme1 et il ne faut pas craindre d'y regarder longtemps4 ,l'ide de la ncessit extrieure ne peut dtourner un homme d'exercer sa puissance2 ou bien ce n'est que l'ide abstraite de la ncessit1 d'aprs laquelle nous croyons voir se drouler toutes choses en leur ordre1 et pour ainsi dire le plan de ,dieu4 ,mais cela est imaginaire4 ,l'homme qui pense ainsi oublie son poste singulier1 et sa fonction singulire4 ,et il est naturel qu'en cette contemplation de trop haut1 dont les souvenirs sont les soutiens misrables1 et qui enchane selon le temps1 on croie impossible de changer quelque chose sans changer les lois4 ,or changer les lois nous ne trouvons point de prise2 au lieu que la circonstance singulire est appui pour l'homme au contraire1 et instrument d'action4 ,qui cherche sa puissance1 qu'il la cherche l4 ,l'existence politique en est encore pour la plupart cet tat o nous contemplons plus volontiers le systme abstrait des lois que le poste rel o nous nous trouvons serrs et arms4 ,avec cette diffrence que les lois nous paraissent aisment modifiables1 parce qu'il nous semble que l'arbitraire humain1 qui les a faites1 les peut aussi dfaire3 ,il a bien mal plac cette citrouille-l4 ,nous sommes tous ,garo en politique4 ,la vue tonnante de ,montesquieu1 qui aperut et voulut vaincre cette ambigut du mot loi1 n'est pas aisment suivie1 ni mme volontiers suivie4 ,considrons pourtant1 en ,spinozistes1 l'ordre humain comme une partie de l'ordre extrieur1 et nous ne serons plus tents de confondre les lois imaginaires1 ou arbitraires1 qui ne sont qu'abstraites1 avec les vritables lois1 dont la gomtrie nous donne bien l'ide1 mais pourvu que nous scrutions l'ide et non la chose dans le triangle4 ,d'o nous serons ramens notre poste d'homme4 ,de l il nous paratra aussi vain de vouloir changer les lois relles de l'ordre politique que de souhaiter d'autres cieux et une autre terre4 ,et mme une telle intention nous sera un signe de l'imagination matresse et du dchanement des passions4 ,par ce long dtour je comprends encore mieux un certain genre de colre1 et la ferme volont de rompre sur le champ toute discussion et mme tout commencement d'examen1 penses orageuses qui ne s'exprimaient point1 mais que je crois lire encore sur le visage soudain svre et tranger4 ,bref1 l'gard des pouvoirs1 la loi abstraite est l'obissance2 et un esprit bien fait ne trouve mme pas contester4 ,c'est ainsi2 et insens celui qui veut que les montagnes soient autres4 ,c'est contester quand la maison croule4 ,ainsi est condamne ce qu'on pourrait appeler l'action d'esprit1 qui est une mprise4 ,l'action est singulire1 et la pense qu'elle change tout n'est certainement pas celle qui doit la conduire4 ,advienne que pourra1 cette belle formule doit s'entendre en ce sens que ce qui n'est point peru est laiss aux dieux1 comme on dit4 ,et c'est la svre loi des actions relles1 que le droit s'y dfinisse par la puissance4 ,je me risque jusque l1 quoique le lien entre cette autre formule spinoziste et celles que j'ai expliques ne me soit pas rellement connu4 ,toutefois je vois bien clairement qu'il n'y a point d'excuse1 en ce qu'il fallait faire1 si l'on n'y a jet toute sa puissance4 ,je fus tourdi d'admiration en lisant un mot de l',otage3 ,me soumettre la volont de ,dieu1 dit peu prs ,coufontaine4 ,mais comment1 quand je n'ai d'autre moyen de la connatre que de la contredire8 ,je comprends ici pourquoi ,lagneau ne traitait jamais de morale4 ,c'est assez d'apprendre penser4 ,qui rassemblera son attention sur les choses antagonistes1 et je dirai mme sur les hommes comme choses1 sera dlivr de souhaiter1 comme aussi d'hsiter et d'attendre4 ,mais qui peut se vanter d'avoir seulement saisi cette vrit amre et forte1 quoiqu'encore prliminaire1 que la morale est pour soi et non pour autrui8 99 99 99 99 99 ,la bibliothque d'tude contenait notamment les uvres de ,renouvier2 j'en fis ma pture2 j'y trouvai de ces connaissances abrges1 et principalement concernant l'histoire des doctrines1 sans lesquelles on ne peut faire figure1 mme l'gard de soi1 et aussi des raisonnements forts contre les raisonneurs4 ,chose digne de remarque1 ,lagneau1 qui avait fait acheter ces livres alors peu connus1 ne parlait jamais de ,renouvier1 ni pour l'approuver1 ni pour le critiquer1 ni pour s'en faire un dpart4 ,peut-tre jugeait-il1 comme je fis plus tard1 que ce phnomnisme sans reproche se trouvait par cela mme hors de l'tre2 mais plutt je crois qu'il ne le rencontrait point1 parce qu'il se mouvait lui-mme dans l'tre plein4 ,j'espre que tout cela deviendra clair un moment ou l'autre pour le lecteur de bonne volont4 ,je rappelle une des formules du ,matre3 ,il n'y a point de connaissance subjective4 ,c'est un exemple de ces arrts1 je dirais de ces oracles de notre ,jupiter assembleur de nues4 ,ce n'taient point les conclusions d'un raisonnement que l'on pt suivre1 ni mme que l'on pt retrouver4 ,mais d'abord les doctrines infrieures taient secoues avec scandale et poussire2 et puis la nature entire paraissait en quelque exemple comme la table1 l'encrier ou le morceau de craie2 toutefois sans progrs apprciable2 ou plutt la nature des choses semblait prendre1 devant cette attention violente1 encore plus d'paisseur et de densit2 mais soudainement le chne de ,dodone prenait le langage humain1 et nous savions ce qui importait4 ,certes j'tais bien dou en ce sens que j'aurais fui avec la simplicit et la rapidit de l'homme des cavernes si quelqu'un avait sembl mettre en doute l'existence de l',univers2 on ne m'aurait point revu4 ,mais enfin ce bagage de mots1 sans aucune consistance1 comme sensations1 tats de conscience1 apparences1 opinions1 ides1 hypothses1 fait pourtant ce que l'on peut appeler une philosophie d'institut2 c'est un jeu que l'on peut jouer bien ou mal4 ,comme ce nigaud soutenant sa thse un autre nigaud objectait3 ,mais comment8 ,ce livre que vous tenez la main1 c'est donc une ide8 ,et l'autre3 ,je soutiens que ce n'est qu'une ide2 car qu'y a-t-il de plus4448 etc4 ,je les aurais laisss ,molire4 ,l',esprit n'aurait t que vengeur4 ,mais j'avais besoin d'esprit1 car je supportais difficilement les passions4 ,l'oracle heureusement m'claira4 ,il n'y a point de connaissance subjective4 ,j'avais maintenant de quoi penser4 ,je pouvais entrer dans la critique de ,kant1 malgr les piges tendus autour par la philosophie d',institut1 et marcher du fameux thorme de l',analytique au quatrime ,paralogisme1 qui sont les pierres milliaires de l',esprit4 ,d'autant que l'oracle jetait d'autres lumires3 ,la sensation est un abstrait2 et d'autres pour rire un peu3 ,monsieur ,ribot fait de la physiologie a priori1 non moins perantes4 ,l-dessus j'crirais des volumes4 ,mais je veux prsenter ces vrits l'tat naissant2 car autrement je devrais ici retrouver ces discussions prliminaires qui n'avanaient point1 et qui revenaient toujours demander d'un auteur mdiocre3 ,que veut-il dire8 ,mais quel intrt8 ,le ,matre tait faible dans la discussion et fort dans la conclusion2 et c'est pourquoi la rdaction de nos cours1 que j'avais entreprise autrefois comme un monument de pit1 ne m'a pas paru mriter l'attention des philosophes4 ,je ferai mieux connatre l',homme par ces dtours et digressions auxquels je m'abandonne1 et cette manire indirecte et errante donnera une ide assez exacte de ces leons surcharges1 confuses1 interminables1 propres scandaliser le ,pdant4 ,ce dtour tait pour arriver au ,pdant4 ,je nommerai ainsi l'auteur de manuels rputs en ce temps-l1 et qui n'taient ni meilleurs ni pires que ceux d'aujourd'hui4 ,cette philosophie d',institut1 dont je parlais1 laisse encore quelques trous pour respirer2 le manuel n'en laisse jamais4 ,ces divisions1 ces querelles1 ces solutions n'ont rellement point de sens4 ,donnez-moi le meilleur manuel de ce temps-ci2 rellement je n'y comprends rien4 ,en ce temps-l donc1 les diteurs firent entrer dans notre classe un bon nombre de manuels du ,pdant4 ,lagneau le sut et1 sans autre commentaire1 les fit mettre sous clef4 ,trois mois aprs environ1 nous vmes arriver1 muni des pouvoirs de l',inspection ,gnrale1 le ,pdant lui-mme1 et je considrai avec curiosit la scne qui allait suivre4 ,elle fut assez belle4 ,le ,professeur rendait aux lves une composition sur ce sujet3 ,montrer qu'on ne peut tre assur de rien tant qu'on n'est pas assur de l'existence de ,dieu4 ,le lecteur reconnatra ici l'ide que je rappelais tout l'heure4 ,sur quoi le ,pdant fit ce prambule1 que c'taient l sans doute de hautes questions1 mais qu'enfin ces jeunes gens n'taient peut-tre pas en ge de les bien saisir1 et qu'il dsirait que ,m4 le ,professeur ft expliquer celle-l par un des lves4 ,nous regardions cependant la tte puissante1 qui demeurait immobile et incline2 mais de sombres nues s'assemblaient autour4 ,un des lves1 choisi parmi les nouveaux1 fut pri de rpondre2 et je vois encore cette jeune tte qui imitait l'autre et se chargeait de nuages2 mais il ne dit rien4 ,il fut demand par le ,pdant si ,m4 le ,professeur n'en dsignerait pas un autre4 ,mme jeu4 ,encore un autre4 ,mme jeu4 ,sur quoi le ,pdant1 faisant remarquer que ce silence justifiait les doutes qu'il avait exprims tout l'heure1 et la crainte que l'enseignement du ,professeur ne passt bien au-dessus des lves1 demanda si ,m4 le ,professeur voudrait bien son tour expliquer comment il entendait que la question ft traite4 ,les veines se gonflrent un peu plus sur le puissant crne1 mais j'affirme qu'il n'en sortit pas d'autre signe4 ,ce fut un silence admirable4 ,aprs quoi d'un ton lger soudainement ,lagneau me pria de donner les explications ncessaires4 ,c'tait lcher le chien sur le visiteur4 ,je fus un peu insolent1 je le crains1 mais brillant comme il fallait4 ,ce souvenir me pntre encore d'une joie dlirante4 ,le ,pdant s'en alla sans rpliquer4 ,j'ai su que le jour mme ,lagneau lui crivit demandant un poste dans un collge4 ,j'ai lu la rponse1 qui n'tait point d'un sot1 abondait en loges1 nommait ,lagneau membre de la commission des livres scolaires1 et laissait esprer encore d'autres faveurs4 ,il faut dire que le clbre ,jules ,lachelier fut toujours favorable ,jules ,lagneau1 qui fut au nombre de ses lves1 ce point mme que cette faveur s'tendit plus tard jusque sur les fidles disciples du matre4 ,ncessairement j'aurai comparer1 sous le rapport des doctrines1 ces deux hommes minents4 ,cela fait trembler4 ,mais ce livre enferme bien d'autres difficults4 ,pour gagner du temps avec moi-mme1 je veux dire une autre histoire assez comique1 et qui concerne encore le ,pdant4 ,cette mme anne1 l',acadmie des ,sciences ,morales et ,politiques ayant mis au concours un expos de la philosophie de ,spinoza1 il y eut deux mmoires sur les rangs dont on disait qu'ils se partageraient le prix4 ,j'ai lu ces deux mmoires depuis trop longtemps pour en parler2 ,lagneau ne m'en a jamais rien dit4 ,comme le prix tait ainsi dcern en rumeur1 un troisime larron se jugea assez recommand pour figurer aussi au partage1 et il rdigea son mmoire un peu vite1 ayant coutume de donner plus de temps solliciter qu' rflchir4 ,le prix fut donc partag en trois4 ,par un hasard1 ce troisime mmoire fut envoy par le ,pdant lui-mme ,jules ,lagneau1 promu comme j'ai dit aux fonctions de critique officiel2 ce livre lui arrivant avec un mot de courtoisie1 il rpondit au ,pdant1 aprs avoir coup les pages1 je cite de mmoire1 mais je rponds de ma mmoire pour le principal3 ,je vous adresserai bientt un rapport dtaill2 mais un rapide examen m'a dj assez instruit4 ,c'est d'une sottise qui dsarme l'indignation4 ,la rponse arriva promptement3 ,c'est par erreur1 rpondit le ,pdant1 que ce livre vous a t envoy2 il est dj aux mains de ,m4 ,x4441 et je vous prie de vous pargner la fatigue d'un examen plus approfondi4 ,et de rire4 99 99 99 99 99 ,lagneau tait de ,metz2 il fut enferm ,metz pendant le sige2 et c'est l qu'il eut le spectacle d'une foule qui venait tous les jours la mme heure voir dans les vitres d'une vieille maison l'arme de la dlivrance4 ,il nous l'a cont plus d'une fois4 ,le philosophe1 si jeune qu'il ft1 ne pouvait tre ici que spectateur2 car il n'y avait point de vraisemblance1 ni d'autres donnes que des irisations rouges et bleues sur de vieux carreaux de vitre4 ,mais il ne se peut point1 comme dit l'autre1 que l'homme n'ait pas de passions4 ,bien des annes aprs1 ,lagneau se hrissait encore en prsence de l'ennemi1 et l'on m'a cont qu'un professeur allemand ayant dsir entendre une de ses leons1 ,lagneau ne put prendre sur lui de parler4 ,ce rcit m'tonna4 ,je n'approuvais pas davantage une autre passion vingt fois exprime devant moi et dans les termes les plus vifs4 ,lagneau avait un fort prjug contre les ,juifs4 ,j'objectai un jour ,spinoza et ,jsus-,christ1 ce qui le fit rire4 ,jules ,lematre tait son grand ami4 ,d'aprs tout cela pris ensemble1 je me suis demand ce qui serait arriv au cours du procs ,dreyfus si ,lagneau avait vcu jusque-l4 ,quelquefois je l'imagine renferm dans un silence farouche2 d'autres fois se jetant sans prcaution1 et tout entier1 dans le chemin de la justice4 ,mais il y a une chose dont je suis sr1 c'est qu'il n'aurait nullement approuv en aucun cas les passions politiques qui m'y jetrent moi-mme1 non plus que cette collaboration suivie aux petits journaux qui date de ce temps-l4 ,non plus1 je le crains1 ce que j'ai crit de la guerre et de la paix4 ,de mon ct je n'aimerais gure entendre ce qui sera dit solennellement ,metz quand on honorera sa mmoire dans la maison o il est n4 ,j'ai connu de sombres mditations sur la route de ,metz1 entre ,rambucourt et ,flirey2 c'tait pendant l'hiver de #aiad2 mais apaisons ces tristes penses qui sont peine des penses4 99 99 99 99 99 ,apaisons4 ,mais si je recule aussi devant les seules penses qui aient fait en moi une espce de drame1 que dirai-je8 ,l'opposition que je sentais en ce temps-l1 et que j'ai depuis dveloppe1 peut donner encore une ide du puissant esprit qui ne put1 et de bien loin1 me modeler son image4 ,d'autant qu'il se peut bien que cette contradiction1 qui semble de nature1 soit des ides dans le fond1 et qu'elle habitt en cet homme1 et qu'elle ait fait en lui cet tat violent dont les lettres que l'on a pu recueillir donnent quelque ide4 ,mais il faut revenir l'homme1 et donc aux histoires d'colier1 car mon exprience ici fut d'un colier4 ,j'avais tudi les lments de la gomtrie et de l'algbre1 sans aucune peine1 et avec un plein succs4 ,a vrai dire je ne vis jamais dans les problmes1 et surtout dans ceux de la gomtrie lmentaire1 comme constructions de triangles ou lieux gomtriques1 qu'une difficult de rhtorique1 que j'eus toujours plaisir surmonter4 ,l'ordre1 l'conomie1 et l'art de tout ramener la fin1 comme dans la fugue1 me donnrent alors la premire ide du style4 ,autrement1 ces choses ne m'intressaient pas trop1 et il me semble que j'en appris assez pour mon salut1 comme dirait quelque ,pascalien4 ,les autres exercices scolaires taient de singerie4 ,mais maintenant1 veill pleinement par le spectacle de cette pense1 dans le feu et la fume de cette forge1 je montais d'un degr2 je m'attaquais des problmes tout vifs1 donns par la nature elle-mme2 et il me semblait1 cette ide ne m'a point tromp1 que j'tais en mesure d'y proposer des dmonstrations invincibles sans jamais me dtourner de l'apparence1 ni m'carter du commun langage4 ,car il m'tait demand seulement de dire ce que je pensais1 comme je le pensais1 sans aller jamais au del1 sans chercher derrire1 sans voyages ni aventures d'aucune sorte4 ,telle est l'expression en creux si je puis dire1 de cette forte ide qui s'offrait moi en relief1 et laquelle le matre revenait toujours1 disant qu'il s'agissait de retrouver toute la pense dans la moindre de nos penses1 et enfin d'expliquer en quoi elle tait une ,pense4 ,cette majuscule plaisait2 mais je n'en fis jamais un rel usage2 ce n'tait mes yeux qu'une politesse4 ,et si quelque trait me distingua aussitt de mes condisciples1 qui certes ne vnraient pas le ,matre moins que moi1 c'est bien ce trait-l4 ,jamais je n'eus l'ide de quelque objet d'accs difficile1 et cach comme dans des nuages1 comme un ,sina o il faudrait aller1 et d'o il faudrait revenir portant les ,tables de la ,loi4 ,nul mystre mes yeux1 soit dans la varit de la nature1 soit dans les profondeurs de l'me4 ,nul passage1 nul saut prilleux1 entre mes faibles penses et la pense absolue4 ,au contraire je me trouvai aussitt affermi et pour toute une vie sur mon terrain propre1 n'ayant rsoudre jamais que cette seule question3 ,qu'est-ce que je pense rellement dans mes penses les plus naturelles8 ,on voit ici la ,rhtorique revenir2 car mes penses sont des penses1 mais d'abord trs mal exprimes2 et bref1 je n'eus jamais dbrouiller au monde que ceci1 qui vrai dire n'est pas peu3 ,qu'est-ce que je pense dans chaque concept1 comme ,espace1 ,temps1 ,cause1 ,libert1 ,ncessit1 ,force1 ,droit8 ,l'ide mme de chercher plus avant et en quelque sorte au dehors 7mais voici un exemple3 ,qu'est-ce que je pense quand je dis au dehors871 cette ide-l ne m'est jamais venue4 ,je dirais bien aujourd'hui que1 du moment que je pense correctement1 je pense absolument4 ,en quoi j'tais et je suis encore irrligieux1 mais dogmatiquement1 ce qui peut passer pour neuf4 ,le plus tonnant ici1 c'est que je n'ai jamais rflchi au systme de mon ,matre sans retrouver aussitt cette mme ide2 mais c'est la plus cache aussi2 c'est en ,spinoza qu'on peut l'apprendre2 j'aurai revenir encore plus d'une fois l-dessus4 ,on ne se sauve point aisment de ,spinoza1 mais je m'en suis sauv1 sans le nier jamais1 en le prenant ainsi1 et j'ose dire en surface seulement1 occup seulement de redresser la phrase clbre3 ,ma maison s'est envole dans la poule de mon voisin1 et autres fautes de rhtorique4 ,il me revient ce sujet un souvenir d'colier encore1 et bien mince2 mais je fais argent de tout1 n'ayant que peu de matire4 ,comme ,lagneau me parlait au sujet d'un camarade plus jeune1 et que j'ai toujours aim1 plein d'lan et de feu1 enfin tel qu'on se reprsente le jeune philosophe en ses premires effusions1 le ,matre trouva dire1 aprs un loge de cur1 que ce garon manquait de rhtorique4 ,le son de cette parole m'tonna4 ,j'en ai vu depuis les suites1 et comment1 aprs avoir trop espr1 on revient l',idoltrie1 c'est--dire prendre les discours mal faits comme ils sont et l',apparence comme elle n'est point4 ,nous ne sommes pas si loin de la route de ,metz2 car plus d'un y est entr avec gloire1 mais moi j'en suis encore regarder cette route sinistre1 m'attachant bien penser1 compltement penser cette simple question3 ,que faisais-tu l8 ,on nat homme de troupe4 ,l'homme de troupe creuse o on le met4 ,je n'oublierai jamais cette premire dissertation o j'crivis uniquement ce que je voulais crire1 et exactement ce que je pensais1 sans rien de confus1 sans rien d'ambitieux1 sans aucune trace d'imitation ni de flatterie4 ,quelles seraient1 demandait le ,matre1 les impressions d'un aveugle-n qui une double opration rendrait successivement1 quelques jours d'intervalle1 l'usage des deux yeux8 ,quelque sot ne manquerait pas de dire qu'il faut ici faire l'enqute1 interroger l'aveugle-n ou le mdecin4 ,or1 si quelque chose me fut vident aprs trois mois d'attention aux discours toujours assurs1 quoique toujours ttonnants1 que j'entendais sur ces questions-l1 c'est que l'opinion de l'aveugle ou du mdecin ne peut qu'ajouter quelques formules mal venues celles que l'on entend ou que l'on lit communment l-dessus1 par exemple que les objets sont vus d'abord sur un mme plan1 ce que l'on arrive faire dire l'aveugle1 ou que les objets doivent d'abord paratre renverss1 ce que l'on n'arrive point pourtant lui faire dire4 ,c'est mon affaire1 il me semble1 de deviner ces fantastiques tmoignages1 et mme de les trouver au naturel dans mes penses immdiates1 ou plutt dans l'expression qui m'en vient d'abord4 ,les mots permettent tout et les maisons s'envolent4 ,quand je vis se prsenter ces impossibilits1 et donc ces ncessits1 dans nos connaissances les plus naturelles et les moins travailles1 qu'il faudrait nommer l'apparence de l'apparence1 j'eus un monde devant moi1 un travail sans fin1 et une allgresse admirable4 ,je suis le mme encore1 et dans ce travail encore2 et cette attitude m'a valu en toute rencontre le mpris plus ou moins dguis1 et quelquefois la colre1 de tous les ,importants sans exception4 ,c'est ce qu'ils appellent juger sans vouloir s'informer4 ,je leur pardonne1 et j'espre qu'ils seront quelque jour battus et contents4 ,toutefois cela ne m'inquite gure4 ,mais que j'aie saisi le commencement et comme l'esquisse de ce mouvement dans le seul homme que j'aie vnr1 cela ne peut point aller sans quelque examen des causes4 ,aprs des annes de mditation l-dessus1 et celles-l non sans tristesse1 j'aperois que tous les problmes de la pratique1 et exactement de la politique1 sont ici rassembls4 ,il faut1 en d'autres termes1 que ces pages enferment aussi les aveux d'un radical impnitent4 ,devant mon papier blanc1 je ne vis pas si loin4 ,je m'appliquai seulement dire l'aveugle1 en langage correct1 ce qu'il aurait voulu dire mal4 ,mais quel besoin d'entendre l'aveugle8 ,n'apprenons-nous pas voir chaque instant8 ,pour mieux dire1 c'tait une expression du ,matre1 et il me plat ici de l'emprunter1 voir n'est-il pas chaque moment explorer comme fait l'aveugle8 ,il n'y a point l de difficult1 si ce n'est le manque de courage1 qui nous porte aller chercher d'abord quelque nouvelle relation l-dessus4 ,je me souviens que j'eus seulement peine dcrire1 au moins par approche1 ce que voit un homme qui ne sait pas encore ce qu'il voit2 car il faut qu'il y ait quelque affection d'abord1 sans lieu ni forme1 qui serait mieux nomme sentiment que sensation2 encore eus-je bien soin de dire que cette premire affection ne peut jamais tre sentie que par souvenir et retour1 enfin par comparaison avec un premier essai de reprsentation4 ,ce travail est ,bergsonien2 j'indique ici en mme temps1 comme l'apercevra le lecteur attentif1 comment le moment ,bergsonien est ncessairement dpass de toutes les faons4 ,bref je fus content de moi pour la premire fois1 hors des mathmatiques4 ,le ,matre dit seulement que c'tait bien1 et je n'eus pas le premier rang4 ,sans doute craignit-il une redoutable facilit1 et trop peu de respect aussi l'gard des sottises que l'on lit partout4 ,la premire place tait occupe1 et fortement1 par un garon au large front qui a fini par douter de tout et de lui-mme4 ,il admirait par dessus tout ,bouvard et ,pcuchet1 et je gagnai un moment cette maladie4 ,sans doute aperut-il trop d'erreurs redresser1 et prit-il le parti de s'accommoder la sottise rgnante selon le mode de l'ironie2 cela mne fort loin4 ,et voil une ide qui ne me vint jamais4 ,au contraire1 puisque je voyais que1 dans des questions si simples1 le savoir ne prservait pas de l'absurde1 tout m'tait clair1 et je devinais des maux incroyables seulement dus l'infatuation1 l'imitation1 au faux respect4 ,ce vif mouvement et ce dpart sans prcaution durent effrayer le ,matre1 pour des raisons dont j'ai dj fait paratre quelques-unes1 et qui sont de morale et de politique4 ,lagneau avait la svrit du saint1 mais il ignorait nos existences aventureuses4 ,il tait seulement en dfiance de ce que nous pouvions faire1 laisss notre seul caprice1 et il n'avait pas tort4 ,il n'est pas une de nos actions qui ne l'et indign2 et sous ce rapport le garon dont je parlais1 si attentif aux respects de forme1 ne valait pas mieux que moi4 ,mais ce n'tait pas une raison de ne pas vnrer et craindre le ,matre4 ,aujourd'hui1 encore bien mieux qu'en ce temps-l1 j'aperois comment la doctrine de la ,libert porte celle du ,devoir4 ,comme je ne me pardonne pas aisment de manquer de courage dans la spculation thorique1 je voudrais bien aussi n'avoir jamais t lche dans le sentiment ni dans l'action4 ,ainsi1 les vertus dont le ,matre donnait l'exemple1 je puis les enseigner sans aucune hypocrisie4 ,ma pit serait donc sans aucun mlange1 si je n'avais cru discerner en ce ,matre de ,libert une disposition tonnante confondre les carts de la vie prive et les hardis jugements de la vie politique comme rsultant d'un mme fond de diabolique rvolte4 ,descartes fait voir partout la mme prudence4 ,quand ,jules bachelier m'crivait3 ,je vous conjure de ne point vous mler de politique1 je n'en tais pas surpris4 ,au regard de ce thologien1 l'ordre politique ne pouvait apparatre que comme une suite de l'ordre universel4 ,qu'il y et des pouvoirs1 c'tait comme une disposition impntrable de notre monde humain2 que ces pouvoirs pussent tre aveugls1 c'tait un compte entre les hommes providentiels et la providence elle-mme4 ,toute rsistance1 et mme toute critique publique1 tait alors considre comme l'effet des dsirs et des passions1 dsordre dans l'tat et dsordre dans l'individu4 ,le devoir d'obir1 et1 d'une certaine manire1 juste autant que les opinions sont des actions1 le devoir de respecter1 rentrait ainsi dans le devoir envers soi1 ce qui n'empchait nullement ce grand ,administrateur1 comme on sait1 de gouverner nergiquement selon sa conscience1 selon sa part de pouvoir1 et selon la place qu'il occupait dans l'ordre humain4 ,je ne trouve pas ici de difficult4 ,chacun fait son mtier d'homme1 et le reste aux ,dieux1 comme ,marc-,aurle aurait dit4 ,que ,lagneau rglt l'ordinaire de ses actions et toutes ses penses politiques selon de tels principes1 c'est ce qui paratra vident d'aprs ses lettres1 et j'en puis tmoigner d'aprs cette crainte qu'il montrait toujours1 qu'on ne prt le pouvoir de penser pour le droit d'oser tout dire4 ,mais on verra dans la suite que l'ide d'une existence respectable ou1 pour parler autrement1 d'un ,dieu objet1 n'avait pu tenir dans ses penses4 ,on a vu dj dans ses actions1 ds que son propre jugement l'clairait assez1 une mthode qui pouvait faire scandale1 et qui fit scandale en effet4 ,la chose juge n'tait rien ses yeux4 ,petit exemple1 je le rpte1 mais qui n'tait pas petit pour l'colier4 ,il est impossible que devant cette conscience scrupuleuse le problme des pouvoirs ne se soit pas pos4 ,cet homme voulait tre religieux1 et1 dans un sens profond1 il l'tait4 ,mais ayant jug une fois les pouvoirs rguliers1 les ayant condamns et redresss1 pouvait-il promettre une obissance sans condition1 bien plus une obissance d'esprit sans condition1 comme pourtant il me parat qu'il a toujours voulu faire1 l'gard de l'ensemble des pouvoirs diviniss en quelque sorte sous le nom de la ,patrie8 ,nous voici encore une fois sur la route de ,metz4 ,lui-mme1 un demi-sicle plus tt1 comme j'ai dit1 s'est vad de ,metz et a combattu en volontaire dans l'arme de ,faidherbe2 ces rencontres rchauffent le cur4 ,ici donc1 et quant l'action1 nous tions d'accord et la ,grande ,ombre tait contente4 ,mais c'est moi qui par rflexion n'tais pas content4 ,car cette volont de croire et en vrit d'adorer1 quels que fussent les chefs1 et en prenant la haute politique comme un mystre impntrable au commun1 c'tait bien clairement mes yeux la cause responsable de ce massacre machinal auquel je participais4 ,or j'admets qu'il faut finalement obir2 mais qu'il faille encore plier ses penses1 et approuver pleinement ce que l'on fait1 c'est ce que je ne puis recevoir4 ,et j'eus dans ces nuits sinistres plus d'un dbat avec la ,grande ,ombre4 ,j'allai jusqu'au reproche1 il me semble4 ,j'voquais cette anecdote du professeur prussien1 envers qui il avait manqu au devoir homrique de l'hospitalit4 ,je me disais et je lui disais3 ,quel exemple pour moi d'une folie adore6 ,toutes les passions reviennent ici4 ,quoi8 ,mon devoir le plus clair n'est-il pas maintenant d'aimer tout risque cet ennemi aveugl qui toute minute cherche me nuire8 ,ce n'est pas dix ans aprs que je dois pardonner1 mais c'est tout de suite4 ,quand je ne le pourrais pas1 je sais que je le devrais4 ,ce sont des hommes2 et1 s'ils l'oublient1 c'est moi de m'en souvenir4 ,tout m'y invite et jusqu'aux anciennes traditions de la chevalerie1 mal soutenues pourtant par l'ide thologique du jugement de ,dieu4 ,dans le fait je reconnaissais bien le ,fanatisme1 quoique la religion ft autre4 ,sur ce coupant1 il me semble qu'on ne peut rester4 ,ds que l'on pense1 il faut tomber d'un ct ou de l'autre4 ,ou bien revenir au ,dieu objet1 ou bien examiner tout4 ,en ce second parti1 nous sommes l'ouvrage sur le bord du temps1 et en grande incertitude1 non pas de ce que nous devons penser1 mais de ce qui sera1 sans autre ressource que d'expliquer tout ce qu'on pourra soi-mme et aux autres1 et devant la menace de l'ignorance et des passions1 qui donnent si vite la libert un hideux visage4 ,mais en quoi la guerre est-elle moins hideuse8 ,en n'importe quel cortge rvolutionnaire on retrouvera ce mlange de courage et de colre1 cette exaltation et cet avilissement1 ces ides sublimes et cette misanthropie4 ,avouez seulement que le plus redoutable cortge1 le plus enivr1 le plus convulsif1 est un petit mal ct de ce foss fulminant et saignant qui dvorait chaque jour des milliers de victimes4 ,que les pouvoirs soient absous de ce crime1 et que les chefs de rvolte ne soient pas absous de l'autre1 voil qui suppose un choix absolu concernant l'existence donne1 et une sorte de sauvage prfrence pour l'ordre de fait1 quel qu'il puisse tre4 ,or quand l'esprit a repouss de croire l'existence comme un absolu1 il faut se rsoudre1 tout au moins1 penser pour le mieux et tout dire1 et enfin tuer la formule creuse ds qu'elle parat4 ,sauver cette puissance de penser1 ne la soumettre rien1 ne la dshonorer par aucun genre d'ivresse1 n'est-ce point la morale1 mon ,matre8 ,et si je n'ai pu la suivre toujours1 est-ce une raison pour que1 d'enthousiasme1 j'y manque en ce cas-l8 ,ou bien est-ce ma punition8 ,n'ai-je plus le droit de tenir ici pour la pense1 quand je l'ai trahie tant de fois8 ,je fais les demandes et les rponses4 ,et il le faut bien4 ,tel serait peut-tre le dernier mot de cet homme bon et redoutable4 ,peut-tre viendrait-il me rappeler que la morale n'a pas pour premire fin de juger les autres1 mais plutt de se contrler soi4 ,et qu'enfin c'est le fond de l'injustice si l'on exige paix et justice des autres en n'apportant au fond commun que mauvaise foi1 fantaisie et guerre4 ,il me terrasserait ainsi1 je le vois bien2 il me condamnerait faire la guerre4 ,aussi l'ai-je faite1 et je ne dis pas que je n'aie pas mrit de la faire4 ,mais dois-je adorer pourtant le diable et sa fourche8 ,je veux pousser encore un peu plus loin ces amres penses4 ,j'y reconnais ce gris de la justice1 sans agrment1 mais sans confusion aucune1 que j'ai imagin dans cette grande prairie o ,platon nous invite choisir notre paquet4 ,on peut choisir1 mais non dans le paquet4 ,j'ai mis quelque temps bien entendre cette fable4 ,cela ne veut point dire que tout soit fatal1 et que l'on choisisse des tranches d'avenir1 seulement assembles par la ncessit extrieure4 ,cela c'est l'image et l'corce2 le choix en image ne serait point un choix2 tout serait mcanique1 et on aurait quelque raison d'accuser ,dieu4 ,mais je ne l'entends pas ainsi2 car ce n'est pas par une ncessit extrieure que le tyran se cache de chambre en chambre1 sans pourtant pouvoir dormir4 ,ce n'est pas par hasard qu'un mensonge marque de mensonge beaucoup de nos penses1 et peut-tre toutes4 ,ce n'est pas par hasard que le souvenir de la colre est colre encore1 et que paresse est une raison de paresse1 ironie1 d'ironie1 et ainsi du reste4 ,si nos fautes revenaient sur nous avec leur mme visage1 ce serait encore un avantage1 comme ,platon dit1 car c'est pnitence2 mais qui ne voit que le chtiment serait une rcompense8 ,la justice va plus loin1 et toujours par des penses1 non point par des prisons4 ,quand ,platon veut nous dire que le paquet est fait et qu'il faut le prendre tout1 il entend dans le fond qu'une pense est toute la pense2 il nie l'extrieur1 et un genre de suite qui a la forme de l'extrieur4 ,je reviens la guerre4 ,il est clair que celui qui nie la guerre et la refuse veut diviser le paquet4 ,prendre permission pour d'autres fautes1 et la refuser pour celle-l4 ,mener la vie comme une guerre1 et faire ce qui plat1 on se jette sur ce paquet-l2 on y trouve guerre enfin dcouvert1 et l'une des causes que l'on voit le mieux est que le chef a gouvern comme le fantassin a vcu2 il est bien plaisant d'accuser le chef4 ,j'apercevais des liens de ce genre dans les ,mmoires du ,cardinal de ,retz1 uvre de fer4 ,chacun admirera que les devoirs d'une charge d'glise1 toujours prsents1 toujours suivis1 qu'une pit claire et mme profonde dans les grandes choses1 et le serment tenu de se dcider toujours selon le bien de l'tat1 que tout cela se termine naturellement violence et rvolte1 et toujours des situations telles que le mieux qu'on y puisse faire est encore un mal4 ,mais il faut regarder une vie drgle absolument4 ,de plus prs encore1 regardons ce mpris pour les femmes1 qui rduit l'amour un jeu sans consquence2 la riposte est voulue2 on la joue soi-mme1 par cette politique d'orgueil1 de vengeance1 ou seulement d'humeur1 que les femmes mnent selon les passions1 et qui traverse continuellement les meilleurs desseins4 ,il serait commode d'attendre que mademoiselle de ,chevreuse1 madame sa mre et les autres1 rendissent justice contre injustice2 mais elles rendent injustice et folie1 et c'est la justice de ,minos1 ,eaque et ,rhadamante4 ,je comprends un peu mieux d'aprs cela ces femmes si promptement durcies au feu de la guerre1 si lgres parler1 chanter1 clbrer4 ,j'y vis toujours comme une vengeance1 mais bien au-dessus de tout projet2 ce n'est que la duret masculine renvoye ses uvres1 la guerre paraissant alors1 non point du tout comme la punition de cette autre guerre contre les faibles1 et de tout ce mpris1 mais plutt comme une sorte d'excuse et de justification1 par une ncessit d'obir auprs de laquelle celle o se trouvent les femmes n'est presque que douceur4 ,la tendresse tait comme dlivre et rendue2 l'amour baisait ces mains sanglantes4 ,l',amour trouvait tre selon une certaine justice qu'il exige toujours4 ,cet exemple en claire d'autres1 quoique le dtail nous passe4 ,j'ai souvent remarqu1 et non sans impatience1 un mlange tonnant1 dans mes rudes compagnons1 de rvolte et d'enthousiasme1 je dirais presque de piti1 comme si d'un ct ils rprouvaient1 et comme si1 de l'autre1 ils reconnaissaient une destine enfin gale1 enfin commune1 des penses en clair1 un accord des volonts seulement tardif1 aprs cette paix nigmatique4 ,d'o j'arrive comprendre les svres pages o ,lagneau a dfini le devoir pratique l'gard du prochain4 ,scandale mes yeux1 scandale nos yeux1 que l'amour ne doive jamais emprunter le dtour politique4 ,et pourtant1 qu'est-ce que le dtour politique1 sinon un essai de recevoir plus qu'on ne donne1 et enfin d'assurer la paix sans que chacun y sacrifie autre chose que ce quoi il ne tient pas8 ,vivons en paix1 voulez-vous8 ,mais sans rien changer4 ,d'o1 par cette rflexion1 une charit hautaine1 j'entends qui jure de ne point changer l'ordre1 parce que l'ordre1 tel quel1 n'est que l'exacte expression de ce qui manque en nos actions relles4 ,et si cet ordre est mdiocre de toutes faons et terrible un moment1 par son inhumaine structure1 ce n'est que notre faute exactement renvoye4 ,et1 comme dit la ,voix1 ,dieu est innocent4 ,voil le tour que je puis faire l'intrieur de la ,svrit4 ,pour le dehors je m'y heurte comme une porte de fer2 mais la porte n'est pas ferme4 ,saint-,simon le duc connut la ,trappe de ,ranc un monsieur de ,saint-,louis qui y faisait retraite aprs un long service de guerre4 ,cet homme s'tait crev un il d'un coup de houssine1 en corrigeant un cheval4 ,cette image est digne de ,platon4 ,il n'est pas un homme de guerre sur qui la guerre pse comme un crime2 mais je crois plutt qu'elle quilibre cette contemplation sans paroles par le juste rapport des fautes la punition4 ,c'est toi qui l'as voulu4 ,j'ai dit que le ,matre ne traitait point de ,morale4 ,mais il nous lisait ,platon comme une ,bible1 et souvent ,la ,rpublique1 o1 mesure que l'on approche de la fin1 et par cette implication des caractres et des constitutions1 par le tableau final de la tyrannie1 se rgle peu peu le compte de l'homme par la ,somme intgrale de ses penses d'aventure4 ,le ,matre estimait sans doute que c'tait bien assez si nous savions lire1 et aussi qu'il faut apprendre lire en considrant d'abord l'encrier1 le morceau de craie et le cheval de bois4 ,il y a du secret dans toutes les grandes mes1 et ce qui est le plus secret est1 par le jeu des passions1 ce que nous voudrions savoir d'abord4 ,d'o cet amour qui refuse piti4 ,je ne puis expliquer mieux les nuages toujours circulant autour de ce front sublime4 ,et ce n'est pas trop dire que dire qu'il fuyait et hassait le clair4 ,clarum per obscurius1 ce fut sa devise4 ,car la clart est comme un refus4 ,mais la ,pense est justement le refus du refus4 ,ici je revois son visage et son geste4 ,assurment je ne me trompe pas d'un cheveu4 ,mais aussi ce visage est sans doute le seul signe auquel j'aie fait rellement attention4 ,il n'est presque point de natures suprieures o l'on ne trouve ce geste de refus devant ceux qui esprent changer le dedans par le dehors2 je citerai ,kant et je citerai ,proudhon1 si diffrents d'ailleurs1 mais d'accord contre ceux qui ne savent pas bien obir4 ,deux effets de l'action morale1 et de l'union pour l'action morale4 ,d'un ct se rassemblent des curs pleins de piti et des esprits qui cherchent preuve1 sans aucune disposition adorer cet ordre terrible qui fait voir l'ingalit1 la raison d'tat et la guerre comme des faces de ,mduse4 ,mais de l'autre un petit nombre d'hommes austres1 plus rigoureux encore sur la preuve1 plus profondment inventeurs2 souvent un seul1 qui avec une puret et un scrupule constant de justice dans sa vie prive1 se place l'gard des pouvoirs dans une situation qui produit les mmes effets que la crainte4 ,platon n'aimait point trop le peuple en cortge1 ni ces nes1 comme il dit1 qui portent si librement la tte4 ,en ,gthe1 le mme esprit condamnait ,fichte4 ,quand ce serait mon propre fils1 disait-il4 ,ce genre d'homme est inexorable4 ,ils perdent sentiment et sont comme des pierres ds qu'ils entrevoient1 et ils entrevoient de fort loin1 une cohue d'ignorants qui demandent justice4 ,ces ,matres craignent une guerre d'esclaves4 ,je souponne que l'exprience des passions en eux-mmes1 et des cohues de l'me en ces renversements1 les font indulgents d'une certaine manire1 mais svres aussi1 l'gard de tout mouvement anarchique4 ,il se peut aussi que l',esprit leur fasse peur1 par la libert infinie qu'ils y trouvent1 car l',esprit peut nier tout1 et c'est la dmarche propre de toute pense de se rfugier d'abord en ce centre de ngation1 comme ,descartes le fait voir tous les moments de sa rforme4 ,on comprendra assez que ,lagneau avait touch ce point d'indiffrence d'o l'on revient1 et mme y retournait toujours2 dans ce mouvement de la rflexion1 il n'tait que bont et grce1 en ce monde d'coliers1 ferm la politique1 ouvert au monde2 c'tait le moment de l'incrdulit et de l'innocence4 ,il est vrai aussi que cette enfance du monde n'est possible un moment que par l'ordre svre autour4 ,l'autre mouvement1 qui fermait la porte1 avait la duret militaire4 ,il y avait de la violence dans ces soudains changements4 ,violence contre violence1 en lui-mme d'abord1 comme ,platon l'a tant de fois rappel4 ,la justice n'est point aimable1 mais plutt redoutable1 quand elle commence par le redressement de soi par soi4 ,je ne puis comprendre autrement le drame que je veux appeler physiologique1 et qui fatiguait jusqu' l'puisement ce corps vigoureux4 ,j'ai su qu'il avait prdit quelque chose me concernant4 ,c'est une violence1 dit-il1 qui se tournera contre elle-mme4 ,c'tait trop d'honneur4 ,mais cela donne vue sur cette puissante nature et sur les flux et reflux de ce sang vif qui colorait ses lvres de vermillon pur2 ce signe ne trompe gure4 ,on verra1 d'aprs ses lettres1 qu'il n'tait nullement socialiste2 on devinera mme qu'il ne recevait point qu'un homme raisonnable pt l'tre4 ,cela arrte net2 aussi j'ai voulu1 en disant ici tout ce que j'ai pu saisir de cet homme1 prparer le lecteur ce passage1 faute de quoi l',acadmicien y croirait reconnatre sa faiblesse et l'adorer1 et l'autre parti la maudire4 ,la privation n'est rien2 mais de la force pensante aussi il faut s'arranger au mieux4 ,le socialisme est profondment une politique2 en quoi il s'oppose directement l'esprit chrtien1 qui enferme un mpris l'gard de toute politique4 ,et le fond de la politique est de modifier les situations1 en vue de changer les penses4 ,sous quelque forme qu'on la prenne1 dans le cabinet d'un ministre ou dans le grenier d'un rvolutionnaire1 toujours elle s'en prend au rapport extrieur2 cette vue dfinit entirement la faveur1 qui prtend ramener les mcontents et y russit souvent4 ,c'est misanthropie2 car l'esprit est digne d'tre cross1 c'est son droit propre4 ,on voit que la charit s'entend en deux sens2 et le commun langage le fait bien voir1 par ceci que le plus beau mot peut-tre et le plus fort se trouve tre aussi bien le plus faible et le plus avili4 ,il y a une charit revche et comme jansniste2 l'autre est de faveur1 et voudrait rcolter sagesse4 ,l'esprit chrtien va tout la premire1 qui honore esprit1 courage1 volont1 vertu1 une mme vertu sous ces noms1 et qui n'honore rien d'autre4 ,je dis esprit chrtien1 je dirais aussi bien esprit stocien4 ,marc-,aurle laisse chacun sa place1 bonne ou mauvaise1 parce qu'il n'y fait point de diffrence4 ,cela est hautain4 ,on retrouvera ce ton dans les ,simples ,notes2 mais cela est hautain1 pour les deux1 par une ide de l'galit qui mprise les diffrences au lieu de les effacer4 ,cette vertu est ce qui sauve la guerre o1 comme a dit quelqu'un1 l'ingalit est la loi1 entendez que la justice n'y est point du tout dans la rencontre ni dans l'extrieur1 mais uniquement dans une fire simplicit que l'on rencontre quelquefois4 ,j'ai connu un hros jansniste parfait en ce genre1 et qui il tait impossible de ne pas obir1 par ceci qu'tre au-dessus ou au-dessous n'tait point de plus d'importance ses yeux que pour les pierres d'un mur4 ,le pouvoir ainsi gouvern gouverne sans faiblesse4 ,ici l'homme rpond l'homme2 et l'on ne va point chercher quelque galit de gomtrie ou de latin2 cela mme instruit4 ,nous ne sommes point quittes l'gard d'une ingalit si belle2 et1 pour ma part1 je ne dmle pas sans peine en mes sentiments les plus forts une gale disposition la rvolte et l'obissance4 ,l'autre charit n'est que flatteuse1 dans le sens o ,platon le dit de la rhtorique en son ,gorgias4 ,donnons-leur trois francs cinquante1 disait un homme d'tat assez cynique devant les gmissements des femmes1 au temps o les hommes taient au pril4 ,la ,raison peut reprendre cette ide et en faire systme4 ,le systme est que tout homme est capable de s'veiller en esprit jusqu' tre enfin respectable1 mais qu'il faut commencer par changer la condition extrieure1 en adoucissant cet excs de travail1 d'esclavage et de malheur qui hbte l'esprit4 ,hugo a pens cette ide avec force1 et l'autre ide aussi1 sans pouvoir les joindre4 ,toujours est-il que l'essence du socialisme est de subordonner la vertu aux situations1 comme il clate dans les conceptions de ,karl ,marx4 ,cette ide de regarder d'abord aux droits1 et au droit tonnant d'exister1 qui est le principe de tous1 est bien une ide1 et ainsi va fort loin4 ,c'est la mme chose que de diviniser l'objet1 c'est un ,spinozisme mal entendu1 et c'est peut-tre le ,spinozisme4 ,en ce travail o il faut que je devine presque tout1 on me pardonnera ces dtours souterrains1 d'o j'arrive quelques lumires4 ,on trouvera1 dans un article de critique de ,lagneau sur une traduction du ,court ,trait1 une note tonnante sur la ,bible1 et qui m'claire certains traits du ,matre4 ,la note est injuste premire vue1 car la terrible religion de ,job ne laisse l'homme que patience au travail et rsignation hroque2 et l'on ne peut pas dire que le bonheur soit propos ici comme fin4 ,mais le regard de ,lagneau lisait plus loin que le ntre2 et sans doute apercevait-il que ce culte presque fanatique de l'immense existence telle quelle devait conduire une recherche du bonheur1 en vrit sans esprance1 et au fond mcanique1 comme les travaux des fourmis4 ,l'esprit n'tant pas fait pour cela1 et portant mieux tout malheur que la ngation de lui-mme1 peut-tre tenons-nous ici par les causes la colre communiste1 et ce paradoxe de fonder l'extrme paix sur l'extrme guerre4 ,les socialistes voudraient bien rester entre deux2 mais leur principe les force1 qui est de changer d'abord la maison1 en vue de changer l'habitant4 ,cela revient attendre la justice autour pour tre juste4 ,on verra plus loin que toute la philosophie de ,lagneau vise subordonner l',entendement au ,jugement4 ,or c'est une vue d'entendement proprement parler de changer l'objet selon la rgle1 afin de trouver appliquer la rgle2 au lieu que le ,jugement s'exerce sur la situation maintenant perue et fait ordre de tout4 ,quand l'eau courbe un bton1 ma raison le redresse1 tel est le dernier mot de l'entendement2 au lieu que le ,jugement ne redresse point du tout le bton1 mais le pense courb selon le vrai1 c'est--dire selon l'eau et selon l'il1 et ainsi pense encore mieux4 ,bref1 au regard d'une philosophie qui veut penser droitement dans la perception mme1 et non point au-dessus ni au del1 ce n'est point demain ou dans dix ans que l'esprit s'veillera4 ,le rve n'est que de paresse1 et la vrit du rve c'est la perception4 ,dieu de chaque moment1 tel est le ,jugement2 et il ne demande point que l'objet soit autre2 non1 mais que la pense soit autre4 ,sur cette surface du prsent1 seule nous1 se tient donc cet ,esprit incorruptible1 qui n'attend point et qui n'espre point1 assez occup de passer du chaos l'ordre1 comme tout rveil il faut faire4 ,d'o je comprends encore mieux ce geste des mains1 que j'essaie encore d'imiter en mes meilleures rflexions1 et qui refuse de prendre4 ,aider1 c'est donner la main2 mais la confiance entranera les deux4 ,voil peu prs tout ce que je sais dire de ce refus de politique4 ,ainsi me voil en cette bordure1 me dfendant d'y trop croire1 et de m'y jeter2 mais il n'est pas dfendu d'y regarder4 99 99 99 99 99 ,lagneau ne traitait jamais de ,morale4 ,sans doute se dfiait-il des passions2 mais je ne crois point du tout qu'il et t en ces matires hsitant ou indulgent4 ,bien plutt je le vois terriblement clairvoyant et svre4 ,mais quoi8 ,nous tions des enfants1 et il ne nous connaissait gure4 ,dans les circonstances rares o je l'ai vu agir1 dans d'autres qu'on m'a rapportes1 il tait prompt1 hardi1 et sans mnagement pour lui-mme4 ,peut-tre estimait-il que la morale en discours est trop facile4 ,peut-tre aussi tait-il naturellement retenu par d'autres leons qui se prsentent d'elles-mmes les premires1 et qui l'occupaient toute l'anne4 ,toujours est-il qu'il n'a jamais trait devant moi que de la ,perception et du ,jugement4 ,l'invitable prambule sur la ,mthode de la ,psychologie ne faisait que prparer ces deux leons principales4 ,je sais que dans la suite il lui arriva de traiter de l'existence de ,dieu2 j'ai suppos longtemps qu'il n'y avait eu que le titre de chang2 je ne me trompais gure4 ,je ne me fie1 la rigueur1 qu' mes propres souvenirs4 ,toutes les heures srieuses de ma vie ont t occupes rpondre cette question3 ,que pensait-il8 ,que voulait-il dire8 ,il n'y a pas longtemps je revenais une formule que j'ai entendue plus d'une fois3 ,retrouver dans une de nos penses toute la pense1 et je buttais l comme autrefois4 ,je ne me plains point de cette lenteur d'esprit2 c'est lui qui m'apprit mpriser mes fragiles constructions4 ,toujours est-il que j'avais assez de lui pour mditer cent ans4 ,un ami plus jeune que moi m'avait entretenu plus d'une fois de cette leon fameuse1 o le ,matre allait conclure1 je rsume comme je l'entendis de cet ami1 conclure que ,dieu ne peut tre dit exister1 puisqu'exister c'est tre pris dans le texte de l'exprience4 ,nouveau thme pour des mditations difficiles2 j'y retrouvai un ,cartsianisme pouss bout1 et qui certes n'avait rien de ,spinoza2 car1 ce que j'ai toujours remarqu en ,spinoza1 c'est que l',immense ,existence s'y offre la premire1 dans son ,ide1 il est vrai1 et donc tout entire en chaque rencontre1 mais enfin d'abord existence1 et de l essence1 et finalement pense1 d'o une libert mure4 ,j'oserais presque dire que les premires dmonstrations de ,spinoza vont plutt de l'existence l'essence1 au rebours de ,descartes4 ,mais je prends ce commentaire mon compte2 je n'en veux point charger le ,matre2 on voit seulement par quel dtour j'essayais de deviner l'essence qui passe l'existence4 ,au reste je ne poussais pas bien loin par l1 et mme j'aurais choisi de ne rien dire l-dessus si1 quelque temps aprs que j'eus commenc d'crire ces mmoires1 je n'avais reu une visite mmorable4 ,nous avions annonc notre projet de rassembler les crits de ,lagneau2 cette nouvelle avait couru4 ,la rputation o est encore ,lagneau1 aprs une courte vie et si peu de bruit1 est quelque chose de miraculeux1 et qui fait honneur l'espce4 ,bref je vis arriver chez moi un homme de forte structure1 tte chevaline 7,diogne disait ,platon3 ,bonjour1 cheval7 et de rustique simplicit4 ,il portait une valise bourre de papiers1 d'o je vis sortir les leons dj connues1 par lui rdiges1 ma grande honte1 comme je n'avais su faire1 et enfin les prcieux cahiers portant au titre ,de l'existence de ,dieu4 ,cet homme1 que je surnommai aussitt l',homme de ,dieu1 avait t pcheur de morue dans sa jeunesse1 et puis marin long-courrier1 ensuite tudiant1 et1 sur la trentaine1 lve de ,lagneau1 justement aprs moi2 finalement laboureur et leveur de bufs en cette ,normandie1 notre commun berceau4 ,ceux qui ont connu ,jules ,lachelier1 ,normand lui-mme1 pourront se faire une ide de cette tte forte mchoire1 de cette structure tasse et osseuse1 de cette mditation sculpturale d'o remonte le regard bleu1 mouvement de retour et de rveil ce monde-ci4 ,lagneau tait autre1 et1 ce qu'il me semble1 interrogeait l'objet toujours4 ,imaginez donc cet autre sage1 assis contre sa haie normande1 tirant ses cahiers de sa poche1 et trouvant l le dernier mot sur sa destine1 enfin ce qu'il avait vainement cherch autour du monde1 comme il m'a dit4 ,je me retrouvai au temps de ,solon4 ,l'amiti fut prompte1 par ceci de commun que nous n'avions ni l'un ni l'autre jamais craint ni respect aucun tre au monde l'exception de notre commun ,matre4 ,je lus donc les pages sublimes4 ,la marque y tait1 mais aussi quelque chose d'abstrait et de dsertique1 qui n'tait point dans mes souvenirs d'colier4 ,un autre genre d'colier1 un autre genre aussi de srieux1 avait-il rabattu tous les ornements sur ce pierreux chemin8 ou bien le ,matre sentait-il qu'il tait temps de finir8 ,ou bien l'attention dvorante de ce nouveau disciple1 qui attendait toujours le dernier mot1 avait-elle insensiblement tir l'analyse hors de ce monde jusqu' l'extrme bord de la rflexion dialectique8 ,je me trouvai d'abord ici comme je fus tant de fois devant les pages les plus abruptes de ,fichte ou de ,schelling1 cherchant l'objet1 qui1 dans ,hegel au contraire1 ne me manque jamais4 ,toutefois je reconnaissais l'accent du ,matre1 et sa pense1 n'en pas douter4 ,il fallait jurer1 je jurai4 ,je dcidai que ces pages seraient imprimes telles quelles1 et je fis bien4 ,maintenant je sais que le dernier mot y est4 ,toutefois je n'aurais pas cherch si loin4 ,que me manque-t-il8 ,un genre de dsespoir1 et de n'avoir pas dout assez loin4 ,de n'avoir pas t assez ,spinoziste pour perdre ,descartes et le retrouver4 ,j'espre qu'une partie s'clairera par l'autre4 ,pour ce qui est de cette leon1 qui sera clbre1 et de ce ,dernier ,mot1 voici ce que j'en comprends4 ,je n'ai jamais cd au ,fatalisme1 et l-dessus j'ai brav le ridicule4 ,on sait que tout penseur1 ou presque1 est sarcastique contre la libert1 et ,spinoza lui-mme4 ,toutefois c'est en ,spinoza que j'ai le mieux compris que l'ordre des ides1 quoiqu'il soit le mme que celui des choses1 pourtant ne lui ressemble en rien1 allant jusqu' apercevoir que l'ide du cercle ne ressemble nullement au cercle1 ni l'ide de la ligne la ligne4 ,par l1 il m'apparaissait impossible que les ides fussent dites exister1 en aucun sens2 mais plutt elles taient faites et refaites1 non pas arbitrairement1 non pas ncessairement non plus4 ,je compris alors en quel sens ,lagneau1 dans une lettre sur ,spinoza1 dit qu'il y a deux ncessits4 ,mais depuis1 revenant ,descartes1 je ne voulais point dire deux ncessits1 car c'est bien assez d'une4 ,et1 quoique je ne sois que trop sujet prendre l'imagination pour l'entendement1 je fus ramen par la vertu des premires leons de ,lagneau sur la perception1 et aussi par l'avertissement ,spinoziste1 comprendre de nouveau que l'tendue en son ide n'est pas ce vtement aux couleurs clatantes ou ples1 et que la ligne droite1 en son ide1 n'a point de longueur ni de parties4 ,d'o l'on est gard contre ces erreurs brillantes et grossires qui reviennent de temps en temps1 et qui sont l'preuve de l'apprenti4 ,je regardais par l1 content de tenir mon poste d'homme1 qui est la surface de ce monde1 et occup manier ce monde le plus longtemps possible sans m'en laisser mordre4 ,maintenant1 en remontant vers mon propre tre1 j'apercevais plusieurs choses qui taient considrer4 ,la principale1 la plus tonnante1 tait que l'entendement lui-mme tait en quelque faon mcanique1 ou1 si l'on veut1 physique1 comme ,descartes l'avait dit4 ,car il n'est point de dmonstration sans objet1 je dis sans existence2 les figures et aussi bien les critures d'algbre sont des objets existants2 ainsi mes conclusions sont toujours d'existence1 comme le ,si de nos hypothses nous en avertit assez4 ,ce monde mcanique est bien l'image de l'autre2 et nous y glissons et nous y tombons encore1 sur un chemin seulement mieux trac4 ,il y a de l'irrvocable par une dfinition1 ds que nous la faisons exister avec d'autres4 ,mais que l'esprit soit jamais pris en ces jeux de ncessit1 c'est ce que je n'ai pu concevoir4 ,cette position intermdiaire consiste seulement supposer quelque chose fait et chercher ce qui en rsultera1 d'aprs cette convention que l'on se rduit tre spectateur4 ,ainsi nos dmonstrations et nos calculs imitent assez bien les choses que l'on laisse courir1 mais n'imitent point1 et ne peuvent1 les actions vritables1 o l'on modifie au lieu d'observer4 ,cela est mal compris1 parce que l'immdiat de l'action n'est pas objet de rflexion2 la conscience1 qui est toujours division1 n'y peut tre1 ni la mmoire en rien garder4 ,mais je ne vais pas maintenant par l4 ,au contraire je dois remonter vers ce que nous appelons les axiomes ou principes1 dont nous faisons aisment un difice abstrait et comme dcharn1 un objet enfin qui n'est plus objet1 mais qui garde1 et mme qui rend plus sensible1 le coupant et le rsistant de l'objet4 ,c'est vouloir penser sans matire1 et croire qu'on le peut1 et ne pouvoir4 ,c'est garder du triangle ce qui est chose1 ou existence1 et prendre cela pour l'essence4 ,or notre condition est telle que l'on devine l'essence1 mais que l'on ne peut la saisir comme un objet4 ,ce que ,descartes exprimait comme il pouvait1 disant qu'il n'y a point de ncessit en ,dieu4 ,en suivant ces difficiles ides1 qui ne sont mme plus des ides1 en les prolongeant jusqu'au foyer et l'intersection dernire1 on trouvera quelque chose comme ce que trouva le ,stocien1 qui n'apercevait plus d'autre raison de ,vouloir que de sauver le ,vouloir mme2 et cela parle assez clair tout homme4 ,mais dans l'ordre de la spculation thorique1 encore apercevoir la ,libert suspendue elle-mme1 sans rien d'autre1 cela passe le pouvoir des mots2 et pourtant c'est ainsi3 car l'existence est hypothtique par essence1 et la course au premier moteur ou la dernire limite est peut-tre ce qui le fait voir le mieux4 ,le monde ainsi pris est cette fois absolument comme il s'offre1 et insondable1 mais non point en fait4 ,c'est le silence ternel de l'entendement qu'il faut finalement reconnatre4 ,ce monde1 infini sa manire1 serait donc notre charte4 ,je reviens toujours au monde1 ou plutt j'y suis toujours1 et au contact4 ,car ce que l'on trouvera de dialectique dans la clbre leon dont je parle1 cela peut clairer d'autres hommes1 mais cela ne me touche point du tout4 ,il se peut que je tire ,lagneau moi1 comme l'autre lui4 ,toujours est-il que je n'ai point connu ,lagneau hors de perception2 et c'est en cela que je le vis grand1 et que je le vois grand4 ,l'ide que le monde ne serait qu'une apparence1 dont il faudrait se dtourner1 et que l'entendement ait des moyens d'aller chercher l'autre monde au del1 ou aussi bien de le chercher en de1 par une rflexion sans yeux1 c'est ce qui ne peut obtenir audience de moi2 et il me semble mme que j'en fus guri jamais par le secours de ce gnie terrestre4 ,kant1 tant de fois lu1 m'a ramen l par dure discipline2 ,spinoza aussi1 parmi tant de preuves qui glissent sur moi1 par ces lumires des ,scholies4 ,mais enfin c'est ,lagneau qui m'a mis l'ouvrage4 ,l'ide n'est point spare1 ni sparable2 ,l',esprit n'est ni loin1 ni cach1 ni derrire nous1 ni derrire la chose1 mais dedans4 ,una eademque res4 ,vint l',esprit1 dit ,anaxagore1 qui mit tout en ordre4 ,mais ce n'est que mythologie4 ,l',esprit met tout en ordre1 et voil ce que signifie l'apparence4 ,ceux qui ont suivi avec attention ,descartes et ,spinoza en ce rveil de pense1 le seul sans doute depuis ,platon1 ont certainement remarqu que ces penseurs ont cherch l'image sans la trouver1 voulant toujours dire1 mme devant un miroir ou un prisme1 devant un mirage mme1 que cela est d'entendement non moins que le soleil quatre cents fois plus loign que la lune4 ,ainsi viennent-ils loger les images dans le corps humain1 o elles ne sont plus images1 mais notions vraies de la liaison du corps l'esprit4 ,celui qui n'a pas mdit1 et j'ose dire vide1 sur les tableaux peints de ,spinoza et ses images rtiniennes1 ne peut me suivre4 ,il faut apercevoir ici1 pour vaincre cette dernire apparence d'apparence1 que ces deux auteurs sont encore trop dialecticiens2 mais entendons bien aussi que1 sans cette prparation dialectique1 nous n'aurions pu revenir du prtoire la nature4 ,ils cherchent donc cette premire apparence1 partant de laquelle l'entendement pourrait s'lancer4 ,mais les images sont images faute de rflexion1 non point faute d'esprit4 ,lagneau ne quittait point l'apparence2 d'o cette leon sur la perception1 qui ne finissait point4 ,je le vois traant au tableau les apparences du cube et demandant si ces apparences taient quelque chose avant qu'on st de quoi elles taient apparences4 ,car1 qu'elles fussent sur un plan1 et sans profondeur1 cela se rapportait au tableau noir et la craie1 non au cube2 c'tait y chercher le vrai du tableau noir et de la craie1 non l'apparence du cube2 mais comme apparences du cube elles taient vraies1 par le vritable cube4 ,et la signification d'un de ces angles1 qui me semble aigu ou obtus par la perspective1 c'est justement que je le pense droit2 non pas droit ailleurs1 mais droit l mme o je le vois aigu ou obtus4 ,et vrai dire je ne le vois pas aigu ni obtus1 ni non plus droit1 mais tout cela ensemble1 droit et obtus1 voir et penser cela1 et l'un par l'autre1 c'est voir qu'on voit1 ce qui est voir4 ,la vue premire ou immdiate n'est rien1 parce qu'il n'y a que la rflexion qui puisse faire tenir ensemble l'apparence et le vrai4 ,le propre du rve pur est qu'il n'est rien pour personne2 mais l'apparence est le rve retrouv4 ,ainsi tait analyse la rflexion comme rveil1 en mme temps que la perception comme rveil4 ,cette aurore de l'esprit merveille4 ,on ne s'en lasse point4 ,elle m'est neuve encore chaque fois4 ,mais on voudrait croire que c'est chose faite1 et courir aux consquences2 journe de manuvre4 ,en cette classe1 comme sur ce visage architectural1 c'tait toujours matin4 ,,ii ,,platon ,de ses leons sur ,platon1 qui furent nombreuses1 amples1 et toujours quelque dialogue en main1 le ,thtte1 le ,philbe1 le ,time1 je n'ai retenu que ,platon4 ,non point ,platon athnien1 non point ,platon accident1 ni moment1 mais ,platon vrai4 ,je l'ai retenu et je l'ai retrouv4 ,je n'ai pas eu1 une seule fois1 le sentiment qu'il y et jamais1 en ces uvres illustres par-dessus toutes1 la moindre chose reprendre1 ni d'autres difficults que celles qui s'offrent nous tous dans notre commune situation d'hommes percevants4 ,or1 si je sais ici expliquer ce que je sens1 aucun auteur ne convient mieux pour faire entendre que ,lagneau pensait mtaphysiquement4 ,les ides de ,platon sont communment un objet d'histoire1 ou bien une erreur admirable2 mais on les veut toujours sparer4 ,dans ,platon je ne les vis jamais spares1 mais l'uvre1 et formant la substance de ce monde4 ,car c'est en ce monde que l'un et l'tre se posent1 s'opposent et se nient2 et le jeu clbre du ,parmnide est le jeu du monde4 ,deux est un en ces deux roses que je perois1 comme quatre est un dans les osselets du ,thtte2 et il est pourtant vrai que cette unit qui les fait quatre n'est en aucun d'eux1 ni non plus l'unit de chacun1 qui fait de chacun d'eux une partie de quatre2 pas plus que ,thtte n'est en lui-mme grand ou petit4 ,c'est par de tels rapports pourtant que ,thtte et les osselets sont dits exister2 ces rapports sont substantiels1 mais refusent d'tre des choses4 ,sous mes yeux1 cette participation se fait et se dfait4 ,sous mes yeux1 cette dialectique pose le courbe par le droit et le plusieurs par l'un4 ,sous mes yeux le grand et le petit prennent leur course alterne1 et leur fuite fait en mme temps deux abmes pleins de crations4 ,mais l'unit les ramne au repos4 ,d'o nous allons faire le compte de ces tres1 leur gnalogie1 leur filiation4 ,ici ,platon sourit4 ,voici le ,time1 et tous les dmiurges l'uvre1 clouant le ,mme et l',autre sur l'cliptique4 ,et que faisions-nous tout l'heure1 nous-mmes1 dieux infrieurs et prposs1 et toujours faisant tre les choses par les ides8 ,ainsi plat-il chaque ,dieu1 parce qu'il est bon2 et1 de vrai1 rien ne l'y force4 ,ainsi ,lagneau1 tenant en main le ,time1 semblait lui-mme une figure de ,michel-,ange1 sparant la lumire et les tnbres4 ,je ne pense pas que l'ide soit jamais venue aucun de nous de rfuter ,platon4 ,nous approchions plus prs avec le ,thtte2 et ce fameux passage du cheval de bois1 je ne l'ai jamais relu sans y apprendre encore quelque chose4 ,si nous tions comme le cheval de bois1 il y aurait un objet pour notre main et mme pour chacune de nos mains1 pour nos deux oreilles1 pour nos deux yeux2 mais ce n'est pas ainsi4 ,ce qui fait l'objet que nous percevons1 cet encrier1 ce crayon ou cette fleur1 c'est qu'il est objet la fois pour nos mains et nos yeux2 et ces milliers d'apparences d'un mme objet ne le multiplient point1 mais l'affermissent en son unit1 ou1 pour mieux dire 7ainsi parlait le matre71 ne sont elles-mmes plusieurs que par cette unit de la chose2 ainsi dans cet objet1 encrier1 crayon ou fleur1 il est pens que toutes ces apparences sont vraies sous condition1 diffrentes les unes des autres1 identiques les unes aux autres1 et varies selon les lieux du monde d'o on verrait l'objet2 ainsi la loi universelle1 dans tous les sens de ce beau mot1 est la substance mme de l'objet2 non pas ce que le philosophe y suppose1 mais ce que chacun y pense ds qu'il le peroit4 ,platon n'a rien ajout au monde4 ,il est dit justement le ,mtaphysicien1 non pas parce que ses ,ides sont ternellement hors du monde1 mais plutt parce qu'elles sont le tissu du monde4 ,lagneau n'ajoutait rien au monde2 c'tait ,platon revivant4 ,un prcieux ami me disait ce matin mme1 comme nous parlions du ,matre1 qu'il a connu et admir autant que moi3 ,pote lyrique que vous tes1 vous lui ferez dire tout ce qui vous viendra l'esprit4 ,lagneau a laiss trop peu d'crits pour que je puisse me dfendre l-dessus2 mais ,platon existe en son uvre2 il est facile de savoir si j'ajoute maintenant quelque chose ,platon4 ,c'est toujours d'aprs l'image du ,dmiurge que je me reprsente le philosophe vritable1 ou si l'on veut le ,mtaphysicien4 ,non pas isolant les ides et les produisant dans l'abstraction1 comme s'il se dtournait du spectacle des choses1 mais au contraire revenant de ces abstractions faciles1 allant toujours du clair l'obscur1 paississant le nuage jusqu' lui donner la consistance des choses4 ,ce qui est dit aussi dans la clbre allgorie de la caverne2 seulement il faut la lire jusqu' la fin4 ,ces pages relues1 on ne peut rester dans les jeux logiques2 encore bien moins peut-on laisser ce corps vivant se repatre d'ombres1 ombre lui-mme1 mais il faut donner substance ces ombres1 et les crer continuellement4 tre ou ne pas tre1 soi et toutes choses1 il faut choisir4 ,je citerai sans doute encore plus d'une fois cette parole tonnante2 je l'cris ici pour que l'on comprenne qu'en suivant ,platon je me tiens troitement attach la philosophie de ,jules ,lagneau4 ,j'aperois bien les difficults de mon sujet4 ,il ne manque pas de ,platoniciens1 et la clbre doctrine des ,ides est comme un passage o tous les philosophes finissent par se rencontrer4 ,lire1 admirer1 aimer ,platon1 cela ne dfinit pas un homme4 ,mais de nouveau tre ,platon1 s'asseoir dans la caverne1 et expliquer les ombres aux captifs1 cela je ne l'ai pas vu plus d'une fois4 ,seulement alors j'ai vu un ,homme4 ,si je ne sais pas faire toucher du doigt cette rare grandeur1 quoi me sert cette plume8 ,mais attention1 je suis soumis la commune condition2 il faut que mon ,philosophe existe de nouveau par l'ide2 et1 si je manque de courage1 je n'voquerai qu'une ,ombre plaintive1 comme ,ulysse4 ,quoi8 dit l'homme faible4 ,eh bien1 il est mort et nous le pleurons2 mais vous ne le ferez pas revivre2 et laissons cette ncromancie4 ,il est vrai que si j'hsite vouloir1 aussitt l'ombre s'loigne et se fond2 cela fait bien voir la fois qu'il faut aimer et qu'il ne suffit pas d'aimer4 ,mais quel est donc l'objet qui tient un seul moment devant le regard paresseux8 ,qu'est-ce qu'une maison8 disait ,lagneau4 ,c'tait l son centre2 il y revenait toujours4 ,aucun objet n'est donn4 ,c'est ici que l'exemple1 encrier ou morceau de craie1 tait mis la question4 ,et il est rigoureusement vrai qu'il n'y a de perception que par une vrit de la perception2 et il est vrai aussi que la vrit de la perception ne peut tre perue2 il n'y a pas de lieu d'o l'on voie toutes les parties d'une maison2 il n'y a point de lieu ni de rapports de lieu qui reprsentent comment les parties ensemble font une maison1 et comment les perspectives ensemble font une maison1 et comment le toucher1 la vue1 l'oue explorent une maison1 et comment tout l',univers autour jusqu'au plus loin fait cette maison-l4 ,ainsi l'esprit dpasse la perception et ce passage lui donne existence et nat lui-mme l'tre de conscience2 par quoi l'apparence apparat4 ,et je voudrais bien qu'un psychologue m'expliqut ce qu'est l'apparence1 et pour qui apparence1 si l'apparence n'est pas un moment dpass4 ,j'emploie ici le langage de ,hegel2 je ne crois pas que ,lagneau le connt bien4 ,il n'en parlait jamais1 autant que je sais4 ,il n'tait pas historien dans le sens o l'autre l'est4 ,or j'ai tout trouv dans ,hegel1 except une suffisante thorie de la perception4 ,c'est pourquoi ce spectacle de la nature1 en ,hegel1 se tient par soi et devient par l'esprit qui lui est intrieur2 les moments de l'esprit sont ainsi reprsents par des formes2 bref le monde est cr1 la ncessit se droule1 et l'esprit ne s'en chappe pas sans peine1 je veux dire que les lecteurs et disciples de ,hegel sont touchs toujours un peu par la ,fatalit qui montre comme une ruse de ,dieu2 car il est vrai qu'il faut tout faire1 mais il est vrai aussi que tout est fait4 ,penseur politique et au fond religieux4 ,je voudrais expliquer1 et je n'y arriverai pas sans peine1 que ,lagneau n'tait ni politique1 ni religieux2 bien plutt cette dialectique divine longues priodes 7mais qu'est-ce qui est long ou court87 se ramassait toute en un mouvement d'attention de ,lagneau2 il surmontait en acte2 et de la puissance comme telle il n'avait que le sentiment4 ,c'est la raison pourquoi hors de la pense en acte il ne se promettait rien et n'esprait rien4 ,personne ne pensait pour lui1 et tout tait toujours recommencer4 ,moins d'esprance donc1 mais1 il me semble1 plus de joie4 ,c'est une des vertus de ,platon de rduire le progrs4 ,jeu d'imagination1 qui revient toujours1 par une mythologie qui ncessairement jette l'esprit au del4 ,de faon que ce choix des mes1 dans la ,prairie du ,jugement1 il est clair que nous le faisons sans cesse2 et1 en disant mythologiquement que ce choix est toujours fait d'avance1 c'est cela mme qu'il veut dire4 ,l'ternit n'est pas un temps sans fin1 mais plutt c'est le miroir du temps2 ainsi le salut est de toujours4 ,aussi les formes animales ne peuvent tre dans la mythologie ,platonicienne l'tat ancien de l'esprit en sommeil1 mais plutt elles sont l'image de l'esprit dchu4 ,c'est pourquoi il n'y avait dans la pense de ,lagneau rien de pareil ce que l'on trouve dans ,hegel sous le titre de ,philosophie de l',esprit4 ,une telle philosophie signifie ncessairement que la nature se sauve2 ou1 pour autrement parler1 c'est raliser la pense confuse4 ,mais disons aussi que toute la dialectique de ,hegel est suspendue une philosophie de la ,nature1 ce qui est vident pour la philosophie sociale1 o la ,nature porte l',esprit et en mme temps le retient et l'assure en fixant le progrs2 mais il en est de mme pour la ,logique1 porte au fond par l'histoire des ,ides comme la ,philosophie de l',esprit est porte par l'histoire politique4 ,sans quoi tout recommence sans cesse1 et la moindre rflexion physicienne se porte de la ,substance la ,cause et aussitt l',action d'change qui les fait tre l'une et l'autre2 et le moindre rveil de l'attention nous jette l'tre nu1 qui reoit tous les attributs aussi bien qu'il les repousse tous2 car tel est le premier moment de l'apparition pour ,hamlet et pour chacun4 tre ,hglien1 c'est croire un destin1 ce qui est ,dieu ,objet4 ,il ne faudrait donc point dire que ,lagneau a ignor ,hegel1 et que c'est bien dommage1 non plus que le temps lui a manqu pour construire quelque ,histoire ,universelle de l',esprit4 ,disons plutt que le penseur rigoureux s'est dtourn d'une ncessit extrieure qui serait esprit4 ,monstre divin2 dieux d'autrefois1 dieux de boue et de sang1 comme parle ,hegel1 un de ceux qui ont mesur le mythe immense de l',homme-,dieu1 mais il ne l'a point tir tout fait hors de l'idoltrie4 ,adorer l'tat sauveur1 c'est comme adorer la ,vache ou le ,crocodile4 ,platon tait dj sa tche d'homme4 ,a mes yeux tout cet effort de pense de ,lagneau1 et presque tout perdu1 reprsenterait1 si l'on voulait des ges1 le dernier ge1 auquel ,renouvier n'a pas t tout fait tranger1 la libert ne pouvant se conqurir1 soit dans la rflexion1 soit dans l'action1 qu'en repoussant elle-mme la ncessit purement mcanique2 et c'est cette pense en acte qui efface tout fait le ,destin4 ,mais toute religion enferme un destin1 comme les ,jansnistes eux-mmes l'ont prouv4 ,c'est pourquoi1 en cette leon que je n'ai pas entendue1 ,lagneau voulait prouver que ,dieu ne peut tre dit exister4 ,le lecteur voudra bien croire1 au moins par provision1 que je suis ici au centre de la difficult4 ,si j'avais pour fin de coordonner les documents qui nous restent1 j'arriverais trop aisment rsumer une philosophie idaliste qui ressemblerait beaucoup d'autres4 ,ce genre d'erreur serait le pire2 et c'est pour n'y point tomber que j'ai pris cette mthode libre et ttonnante1 sans autre prtention que d'avertir4 ,si l'on me suit dans ce long dtour1 je suis assur que les textes et les tmoignages s'claireront alors autrement4 ,quand j'tais jeune1 un bon ami1 et fidle disciple lui aussi1 me disait quelquefois3 ,ne te crois pas oblig d'tre obscur4 ,dans une note que je fis passer aux journaux aprs la mort de ,lagneau1 j'avais employ le mot ,gnie sans aucune pithte2 mais les philosophes d'institut crivirent la place de ce mot ambitieux une priphrase assez plate3 ,un vritable gnie philosophique2 ainsi dirent-ils4 ,je veux gagner ce procs-l4 ,puisque j'tais sur le sujet de la religion ou de l'irrligion1 il est maintenant propos que je me risque comparer deux hommes que je place trs haut1 mais qui1 mon sens1 ne se ressemblent point du tout4 ,d'aprs le conseil de ,lagneau1 nous lmes alors la plume la main le ,fondement de l',induction et surtout ,psychologie et ,mtaphysique4 ,ce genre de pense1 mieux li1 tait certainement plus facile suivre que la pense de ,lagneau4 ,je me souviens que1 dans une conversation particulire sur ce sujet-l1 je fus ramen par une remarque du ,matre bien inattendue1 et que je ne compris pas tout de suite3 ,oh6 derrire ,m4 ,lachelier il y a l'vangile4 ,comment interprter l'oracle8 ,non pas certes en ce sens que l'vangile serait de peu et dpass2 mais pourtant c'tait bien le signe de l'irrligion en un sens4 ,et d'un autre ct quel rapport entre l'vangile et une dialectique abstraite1 rigoureuse1 subtile1 et1 surtout dans le clbre article qui tait alors nouveau1 purement rationnelle8 ,dans la suite1 et assez longtemps aprs la mort de ,lagneau1 j'eus plus d'une fois l'occasion d'entendre le ,penseur ,catholique1 en des remarques sur tous sujets et toujours de grande porte et d'une pntration merveilleuse4 ,mais1 pour moi qui avais connu le ,penseur ,incrdule1 je voyais bien clairement que cet esprit catholique tait1 si j'ose dire1 absent de ses penses les plus hardies4 ,si je puis me permettre une autre comparaison1 sans manquer du tout au respect que je dois la mmoire de cet homme vnrable1 je le comparerais ces gymnastes qui voltigent au-dessus d'un filet3 ils ne tombent jamais2 mais enfin il y a un filet4 ,il est impossible de croire que la doctrine catholique1 si explicitement mtaphysique et mme dialectique1 ne donne pas un penseur cette scurit de la chose juge1 ou si l'on veut en soi pense1 en soi acheve1 laquelle l'esprit doit finalement et toujours se conformer4 ,en toutes les aventures de pense on se trouve soutenu alors par un invincible prjug2 l'esprit est ador comme par serment2 mais c'est encore trop peu dire1 car le serment1 selon la doctrine1 serait encore suspect2 ce serait un parti pris une fois contre le doute toujours menaant2 cela mme est hrsie4 ,je souponne1 faute d'exprience1 car je n'ai connu que la foi de l'enfant de chur1 qui dit son chapelet et qui a peur de l'enfer1 je souponne1 dis-je1 une certitude de fait1 et un accord de l'esprit avec la ,providence1 aussi intime et aussi familier que le rapport de notre corps avec l',univers nourricier4 ,tout tant rgl pour le fond1 la pense s'exerce alors professionnellement dans le dtail des choses2 le professeur1 l'ingnieur1 le gnral1 l'homme d'tat pensent alors chacun selon son mtier1 ce qui fait voir tantt des penses mdiocres et la suite1 tantt des vues de gnie1 politiques1 ou mcaniciennes1 ou mtaphysiques2 mais la libert de ces esprits1 qui passe souvent toute audace1 a ceci de remarquable qu'elle est soutenue de toutes parts et toujours sans risques4 ,dont ,descartes a offert sans doute le plus illustre exemple4 ,et ce qu'il dit du libre arbitre1 qui va fort loin1 est premirement une opinion de gentilhomme bien pensant4 ,si l'on veut considrer la chose au point de vue de l'histoire1 peut-tre faut-il dire que l'obligation de croire fut1 ce moment dcisif1 un prcieux secours et peut-tre indispensable contre le prestige de la ncessit mcanique4 ,enfin le catholique n'a jamais la charge de penser tout4 ,quelqu'un pense pour lui4 ,il est sauv par l de ce dsespoir absolu que ,lagneau a nomm une fois1 au moins une fois4 ,cet autre ,atlas portait toute la pense4 ,par la fatigue1 ou seulement par l'inattention1 tout tait par terre4 ,de cela je suis bien sr4 ,aprs des peines infinies et une lutte ingale1 on dirait ingrate1 contre des doctrines faibles1 dont la force est qu'elles traduisent trs bien nos faibles penses1 il arrivait toujours quelque clair2 mais on ne voyait point de progrs1 ni d'une semaine l'autre1 ni d'une anne l'autre4 ,tout tait toujours recommencer2 et pour avoir dit une fois ce que c'tait qu'espace et ce que c'tait que temps1 on n'tait point assur du tout par l contre des apparences trop connues1 toujours galement redoutables4 ,preuve que le mcanisme pensant tait surmont2 mais un tel rgime peut user l'homme4 ,il est difficile de croire1 mais agrable1 il est plus beau de savoir4 ,on peut penser1 comme ,comte pensait de ,hegel3 ,que veut-il dire avec son ,esprit8 ,cette position est difficile1 et au fond impossible par un continuel balancement de la conscience l'objet1 et de l'objet la conscience1 la connaissance tant relgue dans le corps vivant1 qui pourtant1 ensemble avec les autres corps1 est l'objet de la connaissance1 et se trouve en elle plutt qu'elle en lui4 ,et comme il faut croire au monde1 et que toute raison s'appuie l1 comme toute folie ce qui n'est qu'en la conscience1 la rflexion se trouve aussitt suspecte et contre l'ordre1 comme il apparat en la forte maxime de ,comte3 ,rgler le dedans sur le dehors4 ,cette division et cet exil en quelque sorte est propre l'incrdulit2 elle en est comme la punition chaque instant4 ,tous ceux qui perdent communication avec l'esprit1 par une sorte de crainte l'gard de l'attention vritable1 se retrouvent aussitt trangers au monde et soumis au monde par une sorte de religion renverse1 comme on voit au tragique dans ,lucrce1 et plus secrtement en tous ceux qui se font une idole de l'exprience brute4 ,le gnie1 en ses moindres clairs1 est alors une sorte de maladie1 comme ils finissent par dire tous4 ,on n'ose conjecturer ce qu'ils pensent de ,platon1 et eux-mmes n'osent pas le dire4 ,tel est l'tat du matrialisme consquent2 la fatalit y revient toujours1 qu'on l'attnue ou non1 que l'on ruse ou non1 et une misanthropie irrite1 par une peur bien naturelle de tous ces fous en libert1 qui se croient eux-mmes4 ,de ceux qui sont religieux dans le sens strict du mot1 ce qui revient1 je pense1 trouver des signes de l'esprit en des apparences trangres l'esprit1 je ne sais que dire4 ,je suppose seulement que leur pense se retourne contre elle-mme1 par une critique sans fin1 mais qui est aussi sans inconsquence et sans peur puisque l'on sait qu'il y a promesse de salut1 et extrme objectivit dans l'extrme subjectivit4 ,l',esprit ,absolu est une garantie en quelque sorte contre la tmrit de penser2 car quoi que l'on pense1 ce n'est jamais vrai que par la ngation4 ,toutes nos reprsentations restent l'tat d'nigme4 ,et c'est ce qui m'a toujours arrt en ce clbre ouvrage de ,jules ,lachelier sur le ,fondement de l',induction1 dont la conclusion est bien qu'il faut croire contre les preuves4 ,toute la force de cette analyse est en ceci que la reprsentation et cet ordre qu'elle montre ne se justifie nullement et ne s'explique nullement par elle-mme2 l'esprit de ,hume1 proprement diabolique1 s'y tale1 par ceci qu'on ne voit pas pourquoi ce monde est rel2 mais comme le penseur sait bien que ,dieu ne trompe point1 il faut donc croire que le dsordre chaque instant menaant pourtant n'est pas possible2 et c'est faire l'inventaire de ce que nous devons croire si nous voulons vivre1 j'entends nous sauver de cet insupportable ennui de penser1 que ,hume a pour finir si bien dcrit4 ,cela m'apparut un jour que ,jules ,lachelier lui-mme1 contre de tmraires affirmations empruntes son ouvrage1 du moins je le croyais1 voulut bien se faire l'avocat du diable1 et le fit avec cette puissance de critique et de ngation que devineront tous ceux qui ont entendu ce croyant1 le plus incrdule peut-tre des hommes1 hors sa foi4 ,mais je dis maintenant incrdule par sa foi mme4 ,plus prs de ,hume que de ,kant4 ,au reste1 ce que j'ai lu dans les fameux disciples de ,kant et surtout en ,fichte1 savoir que ,kant ne suffit pas et qu'on n'y peut rester1 je l'ai compris par la pense mme de ,lagneau1 qui connaissait fort bien ,kant1 mais tait bien loin de s'y jeter comme en ,platon4 ,toutefois par o ,kant ne suffit pas1 c'est ce que je vis dans le tissu mme de l'analyse4 ,et l'induction ne sera pas un mauvais exemple pour l'expliquer1 quoique1 comme on va voir1 ,lagneau ne traitt jamais1 proprement parler1 de l'induction4 ,je considrerai un objet peru1 soit cet encrier ou cette bote craie qui fait un cube4 ,exemples sacrs pour moi4 ,qu'on m'excuse si je parle tant de moi2 je suis le tmoin1 j'oserais dire le seul tmoin1 le seul bon tmoin1 et voici pourquoi4 ,quand je fus assis mon banc d'colier devant cet homme vnr et videmment vnrable1 je l'coutai d'abord avec une extrme dfiance1 m'attendant de belles phrases et quelque doctrine vertueuse4 ,les discours publics de ,lagneau offrent bien cette apparence1 et je suis capable maintenant de les prfrer beaucoup d'autres1 et seulement d'aprs le son4 ,mais il reste vrai pourtant que prfrer n'est pas la mme chose que penser4 ,or1 en ce temps-l1 assez et trop nourri de discours vraisemblables1 et n'ayant encore trouv de pense me satisfaire que dans la gomtrie d',euclide1 je me trouvais plac dans un tat d'indiffrence qui n'est point en gnral celui des jeunes1 avides d'admirer et d'imiter4 ,j'ai souvent pens ce ,polmon couronn de fleurs1 et qui entre par hasard aux leons d'un sage4 ,couronn moi aussi de jeunesse1 et nullement inquiet des grands problmes1 encore moins des solutions d'aventure que l'on m'avait proposes1 je me trouvais ici comme au spectacle1 sensible au plaisir de combiner1 mais bien rsolu n'tre pas dupe4 ,aussi ne le fus-je point4 ,nulle piperie2 nul talage de doctrines louables4 ,mais cet encrier et cette bote craie2 mais une exacte analyse de ce que c'est que voir1 toucher1 entendre2 une lenteur et une confusion hroques4 ,tout le bagage des naturalistes1 d'abord1 tal l2 toutefois bientt lacr1 exactement en morceaux4 ,car qu'est-ce que voir si ce n'est que voir8 ,qu'est-ce que toucher si ce n'est que toucher8 ,d'abord cette folle ide des images renverses sur la rtine et qu'il faudrait donc redresser4 ,mais toutes les images renverses1 que signifie8 ,ici le rire du ,matre2 et je me prends au jeu4 ,cette raison qui vient de paratre en clair n'est pas timide2 elle ne conjecture pas4 ,c'est le faux qui m'est dcouvert1 non pas le douteux4 ,le naturaliste croit qu'il peroit d'abord de l'objet l'image qui se peint sur sa rtine2 mais cette image est au vrai la perception d'une rtine1 par exemple de buf et gratte1 et de l'image qui se peint dessus4 ,ainsi m'apparaissait une immense mprise4 ,autre tonnement4 ,la double image visuelle et le stroscope taient dcrits selon la rigueur4 ,comment arrivons-nous voir l'objet simple8 ,mais nous ne le voyons pas simple2 les deux images ne concident pas2 elles ne peuvent4 ,mais les diffrents aspects1 innombrables1 de ce cube1 ne concident pas2 ils ne peuvent4 ,je me souviens de cette formule3 ,les deux images sont justement une occasion de remarquer l'unit de l'objet4 ,or cet objet unique1 quel il le verra8 ,quelle main le touchera8 ,j'abrge encore maintenant1 comme autrefois je me jetai sur l'ide du cube1 raison de toutes les apparences du cube1 mais qui ne ressemble aucune de ces apparences4 ,ds que l'on en est l1 on n'a plus craindre que les diverses images tactiles1 visuelles et autres1 ne se rassemblent pas bien en une image composite2 car il est vrai que le toucher que je reois d'un cube ne ressemble nullement la forme diversement colore que j'en vois2 mais il est vrai aussi qu'une des images visuelles du cube ne ressemble nullement une autre et qu'elles ne concident jamais en un cube2 et c'est l'ide du cube qui les explique toutes et les rassemble1 sans du tout les mler ni les confondre4 ,mais que dis-je8 ,en les distinguant au contraire4 ,seulement n'allons pas si vite2 rendons-nous ces vrits prsentes4 ,j'en tais dj y croire4 ,par chance la svre mthode1 l'incroyable scrupule du ,matre me ramenaient les former de nouveau d'aprs d'autres exemples1 et toujours l'ide dans la chose1 l'ide relle1 nullement l'ide spare4 ,l'analyse infatigable dfaisait enfin cette fantasmagorie1 ce charlatanisme des images flottantes qui seraient d'abord subjectives1 et qui prendraient ralit par la supposition d'une ide4 ,l',homme ne jouait point ce jeu4 ,non qu'il montrt quelque prjug contre les analyses du genre anglais ni contre les arrogantes mthodes de la ,revue ,philosophique4 ,au contraire il prenait leurs descriptions de bonne foi2 mais il fallait enfin sourire devant cette navet sans mesure4 ,car qu'est-ce enfin qu'une image visuelle qui ne serait que visuelle8 ,qu'est-ce que cette surface sans la profondeur et cet espace mutil8 ,au vrai n'importe quelle image n'a de sens que parce qu'elle reprsente un objet4 ,par exemple que peut signifier une forme visuelle sinon une rgle de mouvement8 ,et comment parler d'espace visuel quand l'espace est cette loi mme qui d'un sens l'autre nous reprsente l'effet de nos mouvements8 ,par exemple la profondeur visuellement connue n'est telle que pour le toucher4 ,l'image qui n'est qu'image tombe donc au nant4 ,faisons bien attention ici4 ,quand on demande d'o nous savons que les objets rels se conforment des lois1 cette question mme suppose des objets d'abord donns1 mais comme des images subjectives et dont on demanderait comment ils sont lis et s'ils sont lis4 ,et en bref on se propose de passer des apparences subjectives un monde ordonn1 d'un monde interne un monde externe4 ,or dj ,kant avait1 par une sorte de force dialectique1 cart tout fait cette question1 ce qui est sans loi n'tant point du tout objet4 ,par exemple le permanent soutenait le changeant1 la causalit soutenait la succession1 et l'action d'change donnait seule un sens la simultanit4 ,d'o un thorme clbre1 et beau de force abstraite3 ,la seule conscience de soi pourvu qu'on n'oublie pas qu'elle est empiriquement dtermine1 etc4 ,mais l'objet sans loi avait encore une ombre d'existence2 et l'espace se montrait encore l'imagination comme un cadre1 ou comme un contenant dont on a dit sans prcaution tant de fois qu'il est quelque chose d'abstrait et de rigide2 sur quoi s'est greffe cette tourdie manire de dire1 qu'un espace peut tre courbe4 ,c'est ainsi que l'imagination se repat de gomtrie4 ,lagneau ne suivait pas ce chemin2 trouvant non point un chimrique espace visuel1 ni un inconcevable espace tactile1 mais trouvant l'espace en mme temps que l'objet1 il n'y pouvait voir jamais que la reprsentation d'une loi qui lie d'un sens l'autre nos impressions nos mouvements4 ,ce n'est aussi autre chose qu'apercevoir la loi substantielle1 intime l'objet1 insparable1 l'objet tant liaison4 ,on voit en quel sens le problme de l'induction tait dpass4 ,aussi bien apparat-il chacun que c'est par induction que nous lions le vert des feuilles leur consistance1 et l'odeur de la rose sa couleur4 ,mais la paresse d'esprit1 qui1 mes yeux1 fait scandale1 consiste en ceci qu'on ne se demande jamais ce que serait la couleur d'une rose sans ce lien au tissu soyeux1 la tige1 aux pines1 la terre et toutes choses4 ,et c'est par l que cherchait le ,philosophe4 ,d'exemple en exemple et comme en ttonnant il poursuivait la sensation pure1 attentif1 et longtemps1 et revenant toujours1 vouloir dire ce que serait le solide senti comme tel1 sans aucune reprsentation ni anticipation2 aussi ce que serait la couleur sans distance aucune1 sans anticipation d'aucune sorte2 enfin le pur vnement1 sans aucun rapport2 poursuivant1 aprs ,platon1 la vrit ,hraclitenne4 ,et l'antrieure et premire exprience toujours s'enfonait dans le sommeil4 ,nul autre rve que le monde4 ,nul genre de conscience hors de la perception des objets rels4 ,nul temps sparable2 car1 encore plus profondment que l'espace1 le temps exprime la liaison de toutes choses1 un chemin rel parmi tous les possibles4 ,tout au dehors2 et ce seul rel soutenu et comme tiss de rapports4 ,comme le monde ne se retire point de l'esprit1 l'esprit ne se retire point du monde4 ,c'est pourquoi j'ai mis en avant ces deux formules que la sensation est un abstrait et qu'il n'y a point de connaissance subjective4 ,c'est toujours le vrai qui claire le faux2 l'esprit est partout prsent1 et entier partout4 ,car ce n'est pourtant pas la chose qui est loin ou prs1 grande ou petite2 et c'est tout le carr qui est carr4 ,que chercher de plus8 ,que chercher au del8 ,l'essence porte l'existence4 ,il ne s'agit plus de croire ou de ne pas croire4 ,savoir va plus loin que croire4 ,il n'y a1 disait-il1 qu'un fait de pense1 qui est la ,pense4 ,ainsi trouvait-il plus qu'aucune religion ne veut4 ,mais aussi tout est vrai de ce que disent les religions1 et plus vrai qu'elles n'osent dire4 ,mais aussi l'on ne peut plus croire2 on ne peut que savoir en acte1 et la preuve ne peut tre garde4 ,tout est signe1 et sans nul mystre2 mais le mystre est bien plutt en ceci que les petites raisons reprennent force aussitt4 ,en sorte qu'il est vrai que nous avons tout secours de ce monde merveilleux et ami1 mais qu'il est vrai aussi que nous n'avons d'autre secours chacun que nous-mme1 tant abandonns de tout ds que nous nous abandonnons4 ,on en voudrait jurer1 on n'en peut jurer4 ,il n'y a rien de plus simple1 de plus facile1 ni de plus agrable que d'oublier que l'on est esprit4 ,les religions nous le rappellent1 mais en vrit nous dispensent aussi de le savoir4 ,et1 sous le nom de matrialisme pur1 c'est encore la mme facilit qui nous guette4 ,comme me le disait un jeune homme fort instruit3 ,si vous preniez le parti d'tre matrialiste1 toutes ces difficults seraient effaces4 ,je le crois bien2 une sensation associe une autre1 quelle formule plus maniable et plus riche8 ,et qui ne retombe pas l8 ,lui jamais4 ,sa voix se faisait rude pour nous redresser4 ,et telle est1 ce que je sais1 la seule leon de morale qu'il nous donna jamais4 ,mais c'est celle aussi qui effraie le plus2 car certainement la charge d'un esprit est lourde4 ,pourtant la force de l'attention doit surmonter ici mme l'impossible2 car ou il n'y a rien ou c'est ainsi4 ,c'est ainsi4 ,et cette solution nous ouvre des difficults sans fin1 un travail qui est toujours refaire1 des devoirs sans mesure1 des scrupules sans fin et sans aucun secours extrieur4 ,ainsi pensait-il1 avec joie1 sans aucune crainte et sans aucune esprance4 ,l'esprit imaginaire promet tout et est lui-mme promesse4 ,l'esprit rel ne promet rien2 il ne commande mme pas1 mais plutt il demande1 comme l'exprime le beau mythe du dieu faible et trois fois reni4 ,il est bon que l'on sache que ces dveloppements n'taient nullement dialectiques1 comme on voit dans les philosophes qu'une ide conduit une autre4 ,la philosophie de ,lagneau tait premirement et je dirais peut-tre uniquement une thorie de la perception4 ,il semble que la nature mme l'avait averti au sujet de cette connaissance qui semble immdiate4 ,un jour1 comme je lui faisais visite1 en cette chambre o la fatigue le retenait souvent1 il me fit voir par la fentre un treuil qui servait des maons4 ,ce n'est pas1 me dit-il1 un petit avantage d'avoir une mauvaise vue2 les moindres objets sont alors des nigmes2 ainsi ce n'est qu'aprs des heures d'attention que j'ai bien saisi ce que c'est qu'un treuil4 ,j'avais la vue bonne et j'ai toujours devin trs vite le secret des mcaniques4 ,le treuil est une des plus simples1 et c'est l'lment de toutes2 je l'aurais toujours suppos assez connu1 et je me serais amus aux composs sans cet oracle4 ,depuis je n'ai jamais vu un treuil sans y faire grande attention1 et chaque fois j'ai dcouvert quelque chose4 ,d'o je dis souvent que1 si j'avais crit quelque thse doctorale1 c'et t sur les nuds de corde1 qui sont des treuils combins1 bien regarder1 en vue de prouver que tous les exemples sont bons pour penser1 et que les plus simples et les plus vulgaires sont les meilleurs4 ,mais sans cet oracle1 j'tais perdu1 je crois bien1 par la diabolique facilit2 je vois qu'elle en a perdu d'autres4 ,c'est peu de chose que comprendre le treuil2 toutefois cette mditation1 extrieure encore1 mais du moins dlivre des signes1 avait certainement contribu veiller cette rflexion percevante1 dont j'ai voulu retracer ici quelque chose4 ,cette mditation n'avait d'autre objet que les choses mmes1 et c'est pourquoi elle tait naturellement si loigne de la forme crite2 c'est pourquoi aussi1 je ne puis que la raconter4 ,la clbre illusion d',aristote1 par les doigts croiss1 tait interroge sans fin4 ,quiconque a ainsi peru deux billes au lieu d'une doit sentir que le secret de la reprsentation est ramass ici sous ses doigts4 ,ces piges aussi tendus notre vue1 ces reliefs ambigus1 ces lignes parallles qui semblent divergentes1 cette raction des grandeurs sur les grandeurs1 c'tait l'espace vivant en quelque sorte1 l'espace pens1 et le jugement sans paroles4 ,et cela revient montrer que l'ide de l'objet change les apparences et dplace si l'on peut dire les sensations4 ,mais ,lagneau ne pouvait pas dire1 et ne disait jamais1 que ce sont l des jeux d'imagination4 ,les reliefs1 les grandeurs1 les distances1 les formes reprsentent un objet rel ou ne sont rien4 ,encore une fois qu'est-ce qu'une apparence qui n'est qu'apparence8 ,ces grandes ides paraissaient en ces figures traces au tableau4 ,et c'est tout fait autre chose que de montrer que toutes choses sont en vue d'une fin4 ,l'esprit vint1 qui mit tout en ordre2 mais1 comme ,socrate l'avait remarqu1 il ne suffit pas de le dire2 et non plus1 dirai-je1 d'en jurer4 ,la religion soutient la philosophie comme la nourrice soutient l'enfant2 ce n'est pas marcher4 ,lagneau ne pensait point thologiquement1 ni politiquement1 ni pour le bonheur1 ni pour la vertu2 mais sans soutien aucun que ce monde1 et toujours tenant la preuve entre ses doigts2 assur et confirm en sa place d'homme2 toujours creusant1 toujours trouvant2 assez riche du monde autour et de soi4 ,souvent il m'apparut comme le ,gnie de la ,terre4 ,,iii ,,spinoza ,l'thique tait son autre livre1 et notre autre livre4 ,non qu'il se fit ,spinoza comme ,platon4 ,au contraire il lisait cet autre ,livre de ,sagesse avec prcaution1 avec dfiance4 ,comme il croyait sans doute1 quoiqu'il ne l'ait jamais dit que je sache1 que c'est ,platon qui a raison contre ,aristote1 de mme et explicitement et amplement il montrait que c'est ,descartes qui a raison au fond contre ,spinoza4 ,tel tait l'objet de la deuxime leon du cours1 la premire traitant de la perception1 d'octobre mars peu prs1 la seconde sur le ,jugement1 terminant l'anne2 je n'en ai point entendu d'autres4 ,il faut dire que les autres leons du cours tenaient en des exposs fort bien faits1 et1 autant que je sais1 sans faute4 ,idologie correcte et qui a son prix4 ,il y a un repos de l'esprit1 qui se confie la forme et pense selon la vraie rhtorique4 ,le meilleur enseignement se borne quelquefois l en se rglant sur le souvenir de mditations plus appuyes qui orienteraient1 mais sans jamais paratre1 les penses subalternes4 ,c'est ainsi que la religion fait quelquefois d'honntes philosophes1 et quelques-uns brillants4 ,le culte d'un matre ou d'un grand livre agit souvent la manire d'une religion2 et mme on peut faire religion de ses meilleures penses4 ,toutefois j'ai remarqu qu'on ne peut rester ce niveau1 arrangeant les discours d'aprs ce qu'on a su comprendre ou d'aprs ce qu'on croit4 ,il en est comme de saint ,thomas l'gard d',aristote1 et l'ordre infrieur ne peut tenir sans la cration continue4 ,au fond c'est compter trop sur l'ordre moral1 ou sur l'difice des sciences2 ni l'un ni l'autre ne portent l'imprudent4 ,c'est pourquoi je manquerais tout fait mon but si je laissais croire que la philosophie seconde1 mme sans reproche1 est encore quelque chose4 ,enfin je vise donner une ide de la premire grandeur de l'esprit4 ,c'est l'hommage que je dois un tel ,matre4 ,si je n'y russis pas du tout1 pas mme comme dans les songes1 tout ce que j'ai pu crire1 assez et trop1 sur mille sujets1 est comme rien ou presque4 ,il est trs important1 pour tous ceux qui ont got de rflchir1 de savoir que les penses enchanes par preuves et en mme temps soutenues par l'objet1 sont encore des espces de faits1 ou1 pour autrement dire1 participent encore plutt de l'existence que de l'essence1 comme les gomtres eux-mmes l'prouvent4 ,ainsi les ides claires font nigme par leur clart2 ce que ,platon ne se lasse pas de nous faire entendre4 ,ce prambule est de prcaution1 l'gard du redoutable penseur qui nous occupe maintenant4 ,un jeune homme l'appelait ,monstre1 ayant t aussitt dvor par cet autre ,sphinx qui rpond toujours par la question4 ,tel est le premier abord4 ,mais nous autres nous tions gards par un matre que j'oserai dire1 devant cette ,prsence qui est l'attribut de l'thique1 plus souponneux que jamais4 ,non plus souriant comme ,platon1 mais ici peseur d'or4 ,car mme l'or pur nul ne se fie1 qui n'est jamais que signe4 ,dfiance donc au second degr4 ,c'tait notre pole et notre hivernage4 ,maintenant comment prenait-il ,spinoza1 au lieu d'en tre pris8 ,je connais le ,livre et j'ai connu l',homme4 ,comment donner une ide de leur rencontre8 ,il faut suivre ici le sentiment naturel4 ,ma vie sera ce qu'elle peut tre2 ainsi disait ,lagneau lorsqu'il parlait de lui-mme4 ,la ncessit lui tait sensible chaque instant par cet tat maladif qui tendait la mditation et arrtait l'expression1 en sorte que littralement sa pense ne pouvait passer l'existence4 ,en cette preuve continue1 et en ce qu'il en a dit1 je ne vois rien qui ressemble une prire4 ,la ncessit sans misricorde1 c'est ce qui se montre dans l'thique4 ,et peut-tre ce puissant ouvrage met-il au jour ce qu'il y a de vrai dans le matrialisme4 ,non que l'esprit y soit diminu et mconnu4 ,l-dessus1 il ne peut y avoir mprise4 ,n'allons point prendre l'ide pour une peinture muette4 ,l'ide enveloppe affirmation2 et1 bien loin que le jugement1 comme le prend ,descartes1 soit refus par le disciple1 au contraire on pourrait dire que le jugement est restitu partout1 contre cette sparation de l',entendement qui conoit1 et de la ,volont qui juge4 ,mais ,descartes allait au plus press4 ,en ,spinoza donc1 et explicitement1 l'ide n'est nullement chose2 et la prcaution du philosophe va jusque-l que les rectangles quivalents enferms dans l'ide d'un cercle ne reprsentent encore que grossirement comment une ide est contenue dans une autre4 ,les ides des modes qui n'existent pas444 ,cette proposition doit tre retenue2 elle me servira plus d'une fin4 ,l'exemplaire dont se servait ,lagneau avait un signet cet endroit4 ,donc1 et sans jamais oublier que l'ordre et la connexion des ides et l'ordre et la connexion des choses sont une seule et mme chose1 7una eademque res71 n'allons point perdre ici l',esprit1 comme dans un nouveau ,lucrce4 ,la puissance de l'homme est borne1 et celle des choses extrieures surpasse la sienne infiniment1 d'o l'adage3 ,quod cito fit cito perit4 ,mais n'oublions pas aussi que la force par laquelle chaque chose persvre dans son tre ne se confond point avec ces conditions extrieures qui la limitent et bientt l'excluent4 ,ces causes extrieures ne sont que privation l'gard d'un tre dtermin1 et la privation n'est rien4 ,au total nous sommes soumis cette condition qui d'abord parat trange et qui peut-tre ne sera jamais comprise tout fait1 c'est que nous dpendons1 quant notre existence1 de causes qui ne peuvent nullement expliquer notre nature4 ,en d'autres termes les vicissitudes de l'existence1 comme ce tesson sur la tte de ,pyrrhus1 sont absolument sans relation avec notre valeur d'tre4 ,platon est mort4 ,lagneau a conquis sa pense sur son corps1 et non pas longtemps4 ,cela donnerait honte de vivre1 mais c'est mler tout4 ,cette vrit n'est pas si amre4 ,faute de la saisir assez par la connaissance du troisime genre1 nous en sommes assurs du moins par celle du second4 ,dire qu'une nature mrite d'exister1 ce ne serait pas dire autre chose que ceci1 savoir que l'essence enveloppe l'existence2 mais cela n'est vrai que de ,dieu4 ,il n'y a donc point de doute4 ,la nature extrieure ne me donne point l'existence1 mais elle peut me l'enlever2 sous ce rapport il n'y a point d'gards4 ,d'o cette rude doctrine du droit et de la vertu que l'on trouve en la quatrime partie de l'thique1 et qui avertirait assez si l'on n'avait pas lu d'abord un peu trop vite1 ce qui arrive4 ,et l'on saisit ce que j'entendais par cette dfiance et ce soupon au premier degr qui armaient le visage du ,matre ds qu'il lisait dans le livre reliure rouge4 ,il faut craindre ici d'abord de ne pas faire galement attention tout4 ,nous avons heureusement une lettre de ,lagneau sur ,spinoza1 qui s'est retrouve aux mains du destinataire1 mais que j'avais copie auparavant sur l'original1 en y joignant une premire rdaction barre4 ,tout est ternel8 ,non pas4 ,mais tout est ncessaire1 et il y a deux ncessits1 etc4 ,par exemple l'impossibilit que les scantes d'un cercle donnent en se coupant des rectangles diffrents n'est pas du mme ordre que l'impossibilit qu'une roue reste ronde dans un crasement4 ,mais1 encore une fois1 que l'on ne pense pas ici selon la figure dont s'aide le gomtre1 c'est--dire en considrant toujours tel ou tel rectangle existant1 mais que l'on pense la dmonstration elle-mme4 ,l-dessus un esprit prompt et sans recul prend l'imagination rgle pour l'entendement1 et le fait mange la preuve4 ,cette prcaution prise1 nous voil pourtant dans l'ternel4 ,la pense de ,platon est seulement humaine1 mais la preuve ontologique a fait son chemin4 ,par l'ide de perfection1 pniblement spare de la grandeur1 pense comme ide et non plus comme chose1 il faut enfin s'arrter2 ou plutt l'infini n'est plus cherch au del des limites1 car un mode de pense ne nous renvoie point un autre1 mais enferme toute la pense4 ,le monde pens attend toujours aprs une chose une autre2 mais le monde pensant n'attend point1 et le moindre logarithme1 comme ont dit quelques-uns1 s'il est possible1 par cela seul est4 ,la moindre pense suppose cela1 non point hors d'elle1 mais intimement en elle4 ,ainsi ,dieu est1 et tout est fini4 ,encore une fois reculons4 ,ici je pense ce geste de ,lagneau qui retirait sa main ouverte1 au lieu de prendre4 ,en ,spinoza1 a-t-il dit1 tout est tal et abstrait1 tout est objet4 ,mais toute la puissance de ,spinoza est en ceci qu'il chappe longtemps ce jugement1 et peut-tre toujours4 ,ainsi ce jugement serait prmatur4 ,j'ai souvent observ ce scrupule en ,lagneau1 ce qui1 joint la fermet de l',homme1 faisait de beaux moments comme une statue immobile et silencieuse4 ,son art tait de revenir et de toujours recommencer4 ,a quoi sert l'thique1 quoique si bien finie4 ,mais aussi il se peut bien que ce soit le livre le plus difficile lire1 et mme1 pour parler en ecclsiastique1 le plus dangereux4 ,nos philosophes du ,x,v,i,i,ie sicle l'ont beaucoup lu1 mais ne l'ont pas surmont4 ,j'aime penser qu'un ,gthe y a trouv sa vie4 ,mais ,gthe avait ses raisons de pote1 et quelques-unes petites1 je suppose1 pour ne se point soumettre au vrai sans conditions2 sans compter ce qu'il y a de ,platon dans ce pote4 ,que ,lagneau se soit sauv de mme en cette solitude o il vivait1 aux prises avec des maux continuels comme il tait1 sans aucun hommage et tmoignage que ceux de quelques enfants1 c'est par l que je mesure son gnie4 ,et c'est cette puissance propre de surmonter le destin qui le faisait tous immdiatement secourable4 ,comme je vis d'un homme simple qui avait perdu son fils4 ,ce fils tait l'un de nous1 et juste titre l'orgueil1 l'ambition et l'espoir de son pre4 ,ce pre vit ,lagneau une journe1 et je ne sais ce qu'ils se dirent2 mais je sais que le souvenir de cette journe adoucit cette peine dans le premier moment et toujours4 ,qu'on me permette d'ajouter un autre exemple1 quoique bien sommaire et que j'ai su de ,lagneau lui-mme4 ,un jeune enfant ne voulait point se sparer de sa mre malade2 et pourtant il le fallait4 ,lagneau lui dit3 ,allons6 ,viens avec moi4 ,l'enfant mit sa main dans la main de l',homme1 et le suivit4 ,je souponne plus d'un trait de ce genre dans cette vie1 et de bien plus grande porte2 celui-l est rest pour moi symbolique1 par le plus beau sourire que j'aie jamais vu1 celui de l',homme qui racontait4 ,et moi aussi je le suivais1 et j'ai toujours suivi son ,ombre4 ,heureux assez celui qui trouve occasion d'tre fidle4 ,par cette secourable prsence1 l',union pour l',action ,morale se trouva faite2 ceux qui survivent y pensent encore1 et c'est le meilleur de leur pense4 ,toutefois il mesurait assez que l'existence ne se suffit pas elle-mme1 et que les conditions de l'action mme louable ne font qu'imiter l'me de l'me1 et ne la remplacent jamais4 ,je dois citer ce mot que j'entendis de lui1 parlant de ce groupe dont il se trouvait1 par un manifeste clbre1 le chef spirituel4 ,ne voulant point conseiller ce genre d'action aux deux disciples qui l'coutaient1 ni non plus les en dtourner1 discours assez ttonnant et que je n'ai point gard exactement dans ma mmoire1 il se tut un moment et exprima la plus svre attention2 puis il dit seulement ceci3 ,il y manque la pense4 ,ce jugement me parut amplement justifi dans la suite et plus d'une fois4 ,mais attention ici4 ,n'allez pas croire que les partis que je pris1 je dis sur la politique1 et notamment sur la paix et la guerre1 me donnent quelque titre de penseur au-dessus de ces honntes gens4 ,d'abord je suis bien loin d'apercevoir en ses dtours le lien qui joint la philosophie premire cette philosophie seconde ou plutt troisime4 ,et bien plus je voudrais esprer que mes commentaires les plus assurs ne fassent point gronder le ,juge s'il revenait2 je suis loin d'en tre sr4 ,mais revenons l'thique2 c'est le mouvement vrai1 en de tels embarras4 ,l'analyse ,platonicienne1 si on la suivait selon l'esprit paen et sans prjug thologique1 comme ,lagneau sut faire1 montrait les rapports ternels tellement impliqus dans le texte de l'exprience1 le grand et le petit donnant tre aux qualits1 qu'il tait alors impossible de dire ce que serait l'exprience1 ou seulement ce qu'elle aurait l'air d'tre1 sans cette armature incorruptible4 ,car le grand n'est pas grand en soi1 et le loin n'est pas loin en soi2 non plus l'aigu n'est aigu en soi1 ni le rouge n'est rouge en soi4 ,d'o l'on ne pouvait plus sparer1 d'un ct les immuables vrits dont la science gomtrique offre l'image1 de l'autre un objet sans elles1 dont la connaissance1 si l'on peut dire1 serait sans pense4 ,ainsi contre tout ,hraclite1 et mme par lui1 l'esprit se trouvait port la perfection dans le fantme mme1 qui n'est trompeur que parce que les rapports qui le font apparatre ne sont pas tous saisis2 par exemple l'ombre d'un arbre exprime aussi l'azimuth et la hauteur du soleil1 et le bton bris marque la surface de l'eau4 ,d'emble donc nous pensons tout par la ,pense ,absolue ou par le vrai1 et mme nos erreurs1 comme le soleil explique le jour et la nuit4 ,ces mythes de ,platon1 o ,lagneau vivait et respirait selon son essence terrestre1 ont en tous leurs replis cela de remarquable qu'ils loignent ,dieu1 de mme que l'astronome1 mesure qu'il calculait mieux1 loigna de nous le soleil4 ,nous oublions1 disait ,lagneau1 le sourire de ,platon4 ,parvenus donc ce point critique o l'apparence de la subjectivit est surmonte1 il faut tomber dans l'thique2 et peut-tre y est-on jet par le srieux du malheur4 ,alors tout se montre la fois comme vrai et comme fait1 et nous ne comptons gure4 ,telle est l'entre de l'thique4 ,ce sont les limbes de l',esprit4 ,la barque glisse sur l'eau noire4 ,et o mon guide8 ,la premire faute1 en ce prilleux voyage1 est de vouloir tout penser par la ncessit de l'existence2 car elle est rationnelle et gomtrique1 sans le plus petit reproche4 ,limitation1 conflit1 crasement ou victoire1 jeu des forces1 c'est la loi mme de l'existence1 comme ,descartes l'a expliqu par sa chose tendue qui est la chose considre absolument comme dtermine par l'extrieur2 et1 l'tre de l'atome tant toujours hors de lui1 il n'y a mme point d'atomes4 ,or1 par l'absolue unit de l'tre suprme1 nul n'est hors de ce jeu2 et cette dpendance de tout tre est sa premire union ,dieu et la plus visible4 ,tout tre considr sous ce rapport ,dieu est un corps ou une chose2 et son existence dpend de toute l'existence4 ,l'tendue est un attribut de ,dieu4 ,ainsi se trouve mise en place une ide ancienne1 tant de fois retourne et examine par les hommes inquiets4 ,sur quoi le ,platonicien avait beaucoup dire2 notamment que la connaissance de cet ordre est abstraite au regard de chaque tre1 puisqu'elle dit de lui ce qu'il n'est pas4 ,mais ,spinoza le montre de plus prs si l'on entre dans le dtail de ses dmonstrations4 ,car le rel ordre des faits dtermine bien nos penses1 mais selon le choc et la rencontre1 et nullement selon l'ordre de nos dmonstrations2 autrement dit ce conflit de toutes choses ne nous est connu dans le fait que par des changements dans notre corps4 ,l'existence relle c'est notre existence4 ,toute autre connaissance de l'existence est abstraite1 comme des lois du choc et du rebondissement1 et nous traduit seulement le possible4 ,par exemple nous concevons bien qu'une perception nous fasse penser une autre1 par la nature du corps humain prise en gnral2 mais la connaissance de ceci qu'une perception est la suite d'une autre dans le fait1 se borne cette suite mme de perceptions4 ,les passionns cherchent1 bien vainement1 un sens ces choses4 ,en bref1 tout est fortuit dans l'vnement1 l'gard de nos penses2 et la raison qui prouve que rien ne peut tre dit contingent est tire directement de la nature de ,dieu4 ,c'est pourquoi l'existence est irrationnelle dans le fait4 ,l-dessus je renvoie aux propositions ,,xxx et ,,xxxi de la deuxime partie de l'thique4 ,il suit de l que toutes les choses particulires sont contingentes et corruptibles4 ,cela afin d'claircir un peu ce que ,lagneau dit dans sa ,lettre1 redressant1 avec cette vivacit qui lui tait propre1 une erreur d'interprtation que je crois assez commune4 ,le signet ne se trouve point l2 mais un peu plus haut1 la ,proposition ,,xiii de la mme partie4 ,l'objet de l'ide qui constitue l'me humaine est un corps existant en acte1 et n'est rien d'autre4 ,la racine de la prsente ide se trouve justement l4 ,pour en finir avec les ,signets1 j'en ai trouv trois dans l'exemplaire vnrable2 et le troisime se trouve la lettre ,,xix ,oldenbourg1 o ,spinoza s'inquite des attaques des thologiens et des passages du trait ,thologico-,politique qui ont pu donner scrupule aux docteurs4 ,le lecteur attentif apercevra peut-tre comment l'attention porte au cours fortuit des choses1 et l'impossibilit o nous sommes radicalement d'en former une connaissance rationnelle1 dfinit tous les genres de prophtes et l'idoltrie elle-mme qui n'est que le culte des signes4 ,toutefois1 si on lit les lettres qui suivent la lettre ,,xix1 on sera ramen1 il me semble1 cette ide qui fait d'abord scandale1 c'est que le tableau de la ,nature1 tel qu'il s'offre nos sens1 ne peut nullement et en aucun sens nous tre directement intelligible4 ,sur la ncessit de l'essence1 on trouvera encore des difficults1 au fond de mme source2 car il est vrai que les exemples destins nous faire entendre comment une ide en enferme une autre sont tous pris de la gomtrie et reviennent souvent4 ,comment le cercle pourrait-il recevoir la nature du carr8 ,mais le premier signet doit nous avertir encore1 en nous ramenant au ,scholie de la proposition ,,viii deuxime partie1 qu'il n'y a1 en tous ces exemples1 que comparaison4 ,puisque les dmonstrations1 comme ,platon l'expliquait dj1 vont bien au del des figures qui sont des modes existants1 l'entendement pur est donc quelque chose1 et nous pouvons concevoir une autre ,ncessit que celle de l'existence2 d'o nous concevons ,dieu sous un autre attribut1 qui est la ,pense4 ,ici j'espre1 moins que jamais1 expliquer assez l'ide de l'ide1 et ce genre de connaissance que ,lagneau appelait1 d'aprs ,spinoza1 l',analyse ,rflexive4 ,littralement ,lagneau l'entendait ainsi3 retrouver dans le moindre objet pens toute la ,pense4 ,ici taient nos limites1 nous autres disciples1 autant que je sais4 ,le travail d'analyse que je suivais mon banc d'colier me parat maintenant encore principalement critique1 j'entends de valeur objective1 mais humain4 ,et peut-tre l'esprit mtaphysique se borne-t-il cette participation de l'ternel4 ,mme dans l'thique1 connatre ,dieu ce n'est pas penser comme ,dieu4 ,et sans doute ne connaissons-nous aucune des essences affirmatives qui sont l'tre de chaque tre2 car l'me humaine ne se connat point elle-mme4 ,mais de cela seul que ,dieu est chose pensante1 il rsulte ncessairement qu'en ,dieu est donne l'ide vraie de tout tre1 d'o il suit que tout tre s'efforce de persvrer dans l'tre4 ,ainsi l'existence1 quoiqu'elle dpende des conditions extrieures1 n'est point rduite aux conditions extrieures2 mais le moindre des tres a sa perfection propre1 qui se trouve tantt augmente1 tantt diminue2 et telle est la clef de la ,nature1 et le principe de toute ,philosophie de l',esprit1 entendue comme ,philosophie de la ,nature4 ,et s'il faut hasarder une ,philosophie de la ,nature1 comme ,hegel l'a pens1 cela signifie qu'une ide vraie est ncessairement l'me d'un tre particulier4 ,toutefois j'estime que l'on se tromperait en considrant des recherches de ce genre comme proprement mtaphysiques4 ,rservant plutt de telles conjectures le nom de ,mythologie ,rationnelle1 je dfinirais l'esprit mtaphysique par cette conscience de participer l'esprit crateur par la seule perception des choses4 ,une dialectique1 ainsi que ,kant l'a fait voir1 ne peut que dvelopper ce qu'elle a4 ,lagneau restait tranger tout genre de dialectique4 ,il tait mtaphysicien1 si je puis dire1 de sa place1 et aussi bien dans la thorie de la vision4 ,d'o j'ai pris cette ide que le passage la vrit dpend de l'entendement1 comme aussi le pyrrhonisme vient toujours de ce que l'on imagine au lieu de concevoir4 ,afin de l'expliquer autant que je pourrai1 je veux considrer l'exemple1 tant dbattu de nos jours1 de l'espace ,euclidien4 ,il est facile d'affirmer que cet espace est seulement un des espaces possibles1 objet seulement de prfrence pour l'homme1 ou bien lui impos par la structure de ses sens4 ,mais bien souvent1 et en suivant l-dessus les analyses de ,lagneau1 j'ai remarqu qu'une suffisante rigueur venait toujours rduire ces penses de complaisance4 ,je citerai cet espace de ,delbuf1 un temps clbre1 et qui revient souvent sous d'autres formes1 o les grandeurs sont assujetties diminuer partir d'un centre4 ,aussi les espaces courbure positive ou ngative2 et enfin les espaces si lgrement supposs et mme dcrits1 d'aprs une imagerie grossire1 qui n'auraient que deux dimensions avec des tres plats1 ou une seule1 avec des tres linaires ou ponctuels4 ,or ,lagneau m'a fait saisir plus d'une fois1 et sans aucune dialectique1 mais par la seule rigueur de l'expression1 que la surface sans profondeur n'est pas objet de pense4 ,par exemple cette paresseuse manire de dire1 que la vue nous fait connatre les objets sur une surface sans profondeur1 et donc distance nulle1 n'a rellement aucun sens4 ,d'o je suis venu considrer comme des jeux d'imagination ces prtendues conceptions d'un monde auquel manquerait la troisime dimension1 ce qui rendrait impossible la rotation autour d'une droite4 ,si l'on ne veille pas bien ses propres penses dans ce passage1 on est pris4 ,car de ce que des tres plats1 et en mme temps gomtres1 jugeraient que la rotation autour d'une droite est impossible1 et se tromperaient pourtant en cela1 on ira conclure que nous nous trompons peut-tre de mme en jugeant impossible quelque rotation de degr suprieur1 comme autour d'un plan4 ,le fameux romancier ,wells1 en ses paradoxes sur le temps1 joue le mme jeu4 ,quant aux suppositions de courbure ou de diminution des grandeurs1 elles enferment une confusion en vrit grossire entre l'espace et les choses mmes2 car c'est la chose qui est droite ou courbe2 c'est la chose qui augmente ou diminue4 ,mais l'espace1 si l'on conduit rigoureusement l'analyse1 est seulement une loi d'aprs laquelle nos impressions sont lies d'un sens l'autre4 ,il perd alors tout fait1 comme j'ai dj tent de l'expliquer1 cette apparence de bote rigide et transparente1 ou bien de contenant universel o les choses se rangent et s'empilent2 mais en mme temps aussi1 et par la seule rigueur1 la droite n'est plus confondue avec la ligne trace1 et les dimensions1 de longueur1 de largeur et de profondeur1 n'ont de sens que les unes par les autres1 ce qui termine le jeu des sceptiques4 ,que reste-t-il des espaces non ,euclidiens quand on arrive cette remarque1 que plusieurs ont faite1 c'est qu'ils sont tous ,euclidiens8 ,le dbat sur les temps et le ,temps relve de la mme ,critique2 et il suffit1 ici encore1 de penser rigoureusement pour penser absolument4 ,selon mon opinion ce n'est pas le dogmatisme qui est dialectique1 mais c'est bien plutt le pyrrhonisme4 ,je dois pourtant mentionner ici1 puisqu'elle est reste dans mes souvenirs1 une sorte de digression1 de forme dialectique1 concernant les trois dimensions de l'espace4 ,elles correspondent1 dit un jour ,lagneau1 ceci que dans une perception sont toujours compris ensemble le rel1 le possible et l'union des deux2 hors de quoi ou aprs quoi il n'y a rien4 ,j'ai tent plus d'une fois de m'expliquer moi-mme cette espce de preuve1 disant que1 dans la perception de cet encrier1 il y a l'impression relle1 ce noir1 l'impression seulement possible1 cette couleur jaune de la table ct1 que j'explore aisment d'un coup d'il2 enfin l'union des deux1 qui est la prsence pour un sens de ce qui n'est que possible pour un autre1 comme ce relief vu et non touch4 ,j'avoue qu'il m'est arriv de conduire le commentaire tout fait autrement1 et qu'enfin je n'y comprends rien4 ,mais je souponne du moins1 et encore aujourd'hui en y pensant de nouveau1 qu'il ne faudrait qu'un plus haut degr d'attention et je dirais mme de courage pour entendre ici une pense profonde4 ,car en beaucoup d'autres questions il m'est arriv1 tantt de manquer de courage1 et tantt de m'y appliquer assez pour effacer toute incertitude4 ,d'o je me suis fait une ide des esprits faibles4 ,mais je devrais1 comme exemple1 citer toutes mes penses sans exception1 qui toutes sont sans force aussitt que je suis sans courage4 ,me voil donc l'ide principale4 ,mais avant d'expliquer comment ,lagneau nous ramenait de ,spinoza ,descartes1 je veux mettre ici une ide laquelle j'ai souvent pens depuis que j'ai quitt les bancs de l'cole4 ,la ,mtaphysique est communment estime par ce qu'elle promet1 et discrdite par le rsultat4 ,pour moi qui ai suivi les leons d'un ,mtaphysicien proprement parler1 j'ai voulu dire ce que j'en sais2 mais je veux dire aussi ce que j'en crois4 ,j'ai vu l',homme4 ,il ne m'a point paru que sa fonction ft spcialement d'enseigner4 ,je suis assur qu'en toute fonction d'homme1 chef ou juge1 il et t grand1 comme il l'tait en expliquant ,platon ou ,spinoza4 ,aller droit la chose1 sans aucun secours d'imagination et de coutume1 ce qui est se savoir esprit1 et1 autrement dit1 chez soi dans ce monde1 c'est peut-tre plus difficile dans le mtier de professeur que dans tout autre4 ,toutefois bien des exemples1 en toute espce d'hommes1 m'ont fait voir que la difficult est la mme pour tous1 et qu'il y a une dialectique de tous mtiers1 et1 par une suite naturelle1 un scepticisme de tous mtiers4 ,la dialectique est de ce qu'on en dit et de ce qu'on en a dit1 qui mne le monde2 et le scepticisme est un refus de penser1 qui vient de ce que la dialectique nous laisse incertains4 ,si l'on cherche les raisons du mdiocre1 soit dans l'administrateur1 soit dans le juge1 on trouve toujours des ides juges suffisantes1 un grand appareil de preuves1 et un tonnant refus de percevoir4 ,dont le commerce1 l'industrie1 la politique et la guerre apportent des exemples4 ,et c'est ce qu'exprime trs bien la forte expression3 ,se tromper4 ,qui n'a cherch s'accorder aux autres1 ou soi-mme1 par peur de se reconnatre esprit1 c'est dire directement saisi et investi dans le moment1 et mis en demeure de juger8 ,chacun cherche dlai et terme1 et remet sa fonction d',homme pensant4 ,l'histoire de la ,libre ,pense serait aussi bien l'histoire d'un certain genre de servitude1 par un refus de la religion et de la libert ensemble1 enfin par un double effort mal dirig contre le courage de penser et de vouloir4 ,cette contradiction annonce un dveloppement et d'abord un passage de l'esprit psychologique l'esprit sociologique4 ,ce qui est remarquable1 c'est que ,lagneau tait tranger l'un et l'autre4 ,pour la psychologie1 je n'en ai jamais t sduit1 et il me semble que j'ai assez expliqu pourquoi2 il n'y a peut-tre pas une notion1 dans ce savoir dcourag1 qui tienne devant l'attention4 ,mais1 dans le fond1 c'est un refus de penser1 et souvent irrit1 qui gouverne ce peuple d'ombres4 ,quant la ,grande ,histoire1 qui est pour ainsi dire l',histoire de l'histoire1 et dont ,hegel a laiss une puissante esquisse et des parties acheves1 j'avoue que je m'y laisserais entraner aisment4 ,dans le vrai ce n'est toujours qu'une philosophie de la ,nature1 c'est--dire le tableau de la pense sans rflexion1 ou de l'enchanement de nos erreurs4 ,ce dveloppement1 il est vrai1 fait preuve ontologique sa manire2 mais aussi il appartient l'ordre de l'ide1 non l'ordre du jugement4 ,tel est1 par exemple1 le rapport du ,socialisme la justice2 et l'on peut bien attendre que le ,socialisme apporte la justice2 mais il faut attendre4 ,l se trouve la part de la ,civilisation dans nos penses1 qui n'est pas petite4 ,mais j'ai vu l'uvre l'esprit immdiat1 l'esprit qui n'attend pas1 et qui est comme le sel de toute lgislation4 ,enfin le gnie1 en toute rencontre1 se reconnat ce trait qu'il n'attend pas et qu'il force la nature par l'entreprise relle1 ce qui fait souvent une uvre et toujours un homme4 ,ce qui se voit1 il me semble1 trois traits principaux4 ,d'abord une connaissance qui ne se dtourne jamais de l'objet4 ,secondement et par rflexion1 le sentiment que l'esprit est ici dans son propre domaine1 et qu'il n'y a point du tout cette pellicule projections entre l'objet et nous1 mais que l'ide au contraire lui est constitutive et substantielle4 ,qu'en toute erreur1 donc1 c'est l'esprit qui se manque lui-mme1 et que tel est l'avertissement des songes4 ,le gnie n'a point de songes1 mais saisit le rel dans ses songes1 et1 toujours en juste contact avec le monde1 y voit toujours place et passage1 comme le pilote le long de la vague4 ,d'o ce regard libre et rconcili4 ,le vrai pote est l'homme pour qui le monde existe2 et tel est l'exemple le plus sensible de la grandeur4 ,mais il faut dire que tout inventeur et tout pilote est mtaphysicien d'un moment2 c'est par l que je distinguerais la mthode rflexive de la rflexion dialectique1 qui a les yeux ferms4 ,l'esprit rvait2 le monde tait son rve4 ,il faut bien entendre cette parole de ,lagneau1 qui rassemble d'abord les deux termes contre l'ancienne et redoutable apparence de la reprsentation subjective4 ,car ce songe n'est songe que par le sommeil4 ,ainsi nos songes nous jugent4 ,lagneau lisait avec ravissement ce passage o ,descartes nous conte qu'il tait arriv n'avoir plus que des rves raisonnables4 ,tel est le ralisme de l'homme de gnie4 ,un autre trait que j'y vois encore concerne ses semblables4 ,d'un ct il les voit comme ses frres en esprit2 mais1 par cette adhrence de l'esprit la chose1 qui est le moment du jugement1 il les voit singuliers1 diffrents1 inimitables1 et gaux par cela mme1 pourvu qu'ils n'imitent pas4 ,cette dernire ide est dans ,spinoza4 ,elle est la vie et comme l'me de ce puissant systme4 ,les autres aussi peut-tre4 ,l'homme qui s'y cherche s'y reconnat pensant1 et participant de l'tre4 ,mais1 d'un autre ct1 on doute toujours1 quand on le lit1 si l'imagination est une connaissance spare1 ou bien si l'entendement la porte et enfin la sauve4 ,je vois le soleil deux cents pas1 et je n'y puis rien2 la connaissance de la vraie distance est donc d'un autre ordre1 et spare4 ,je rve que ,paul m'est prsent1 ou ,jacques1 alors qu'ils sont morts2 c'est un effet de la fabrique du corps humain2 et cette vision n'est fausse qu'autant que j'ignore cela mme2 mais il n'est jamais dit en quel sens cette vision est vraie4 ,pour mieux dire1 toute perception et toute imagination est par elle-mme trangre au vrai4 ,l'apparence1 comme telle1 serait donc un fait de l'me4 ,mais1 d'un autre ct1 si l'on poursuit1 selon la rigueur des termes1 cette connaissance qui n'est pas connaissance1 cette pure image enfin1 on ne peut1 en suivant ,spinoza lui-mme1 que rduire cette prsence trompeuse la prsence mme du corps humain modifi2 ainsi l'affection serait le rel de l'image4 ,contempler un objet comme prsent1 ce ne serait donc rien de plus qu'tre de soi-mme affect comme s'il tait prsent4 ,lagneau fixait l notre attention1 et l'y ramenait1 nous invitant dcider dans cette mouvante polmique1 o ,descartes fait d'abord figure d'colier4 ,que l'entendement et la volont soient deux puissances distinctes1 cela voudrait dire qu'il peut y avoir ide sans jugement4 ,je vous ai mieux compris1 dit le disciple1 et je sais qu'une ide ne se tient pas seule1 comme un tableau peint4 ,en toute ide il y a jugement1 c'est--dire affirmation4 ,ainsi l'ide n'est pas chose4 ,mais la volont n'en succombe pas moins sous le poids de l'tre1 et l'ide fausse n'est rien4 ,ces thses sont bien connues3 mais ,lagneau1 d'aprs ce que j'ai entendu de lui1 ne nous invitait jamais considrer l'enchanement des dmonstrations2 plutt il tournait et retournait l'exemple4 ,la reprsentation du soleil deux cents pas ne peut tre dite fausse qu'en ce sens que d'autres ides nous manquent1 comme celle des triangulations1 perceptions encore1 qui renvoient le soleil beaucoup plus loin1 comme celle des lois de l'optique et de la vision1 perceptions encore1 qui expliquent que les moyens nous manquent1 par la faible base entre nos deux yeux et l'impossibilit de toucher1 d'apprcier cette immense distance4 ,mais d'un autre ct on ne peut pas dire que cette distance de deux cents pas soit donne comme en une image1 car toute distance est pense4 ,et la pure image serait plutt l'image peinte sur la rtine2 mais non pas encore2 car une image sur une rtine est une perception et une pense2 et l'il comme partie du corps1 de mme4 ,la pure image n'tant plus qu'une affection de notre corps1 on voit que dans la perception du soleil deux cents pas il se trouve un commencement de vrit4 ,le soleil est plus loin que ce que je puis toucher1 plus loin que les arbres1 plus loin que l'horizon1 plus loin que la lune1 comme l'clipse le fait voir2 ainsi de nouveaux rapports ajoutent cette ide1 s'y incorporent1 la transforment2 tout cela en implication par le dedans1 non en juxtaposition4 ,l'ide vraie n'est donc pas autre chose que cette perception du soleil2 elle est cette perception juge en son rapport au corps humain1 au soleil1 l'air1 toutes les autres choses2 car la direction de deux ombres assez loignes confirmerait encore cette ide que le soleil est bien au del de deux cents pas4 ,mais considrons la chose de plus prs2 cette ide vraie1 qui enfermerait tous les rapports possibles1 nous ne l'avons jamais2 nous rformons un jugement par un autre4 ,et la rfraction nglige1 toute autre dviation1 et enfin cette condition que nous ne savons pas tout1 font qu'on peut dire aussi bien que la vraie distance nous manque toujours4 ,mme1 par rflexion1 si nous voulons chercher en quel sens la nave reprsentation ne trompe plus le savant1 nous voyons que c'est la mme ide qui fait que son calcul et ses mesures ne le trompent plus2 c'est l'ide qu'il n'y a point d'ide suffisante4 ,ici1 dans la pense en mouvement1 ou plutt en acte1 apparat le doute1 qui n'est point faiblesse1 mais force1 et plutt affirmation redouble2 car l'esprit a donc assez de porte pour dpasser ses objets quels qu'ils soient et les juger4 ,ainsi le doute n'est pas ce flottement d'imagination que ,spinoza dcrit1 mais c'est le plus haut du jugement1 par quoi on pourrait dire que la certitude est acheve et couronne4 ,qu'est-ce qu'un homme qui croit former une ide vraie8 ,n'est-ce pas celui-l mme qui se trompe8 ,rellement l'erreur en toute matire est de rflexion1 et consiste en ceci que l'on soumet le jugement l'ide4 ,ainsi ,descartes reparat toujours4 ,l'erreur et la vrit paraissent ensemble1 toutes les fois qu'une ide est dpasse4 ,spinoza est irrfutable en tout1 et notamment quand il soutient qu'il n'y a rien de positif par quoi une ide fausse puisse tre dite fausse4 ,mais il faut l'entendre mieux4 ,l'apparence finalement serait juste et vraie1 puisqu'elle exprime le rapport de l'homme pensant et existant au tout de la pense et au tout de l'existence2 par exemple la grandeur apparente du soleil est finalement vraie par la distance du soleil et les conditions de la vision4 ,il ne nous manque que de connatre rigoureusement notre condition pour nous en contenter4 ,il n'y a qu'une vrit absolue1 c'est qu'il n'y a pas de vrit absolue4 ,je crois avoir donn ici une ide exacte d'une de ces leons touffues1 marche sinueuse1 et qui1 partant d'un exemple ou d'un autre1 nous ramenaient toujours1 l'thique en main1 la vrit de la bote craie et de l'encrier1 et en mme temps la vrit de l'thique elle-mme4 ,l'me de ,descartes sortait du tombeau4 ,nous tions hommes1 seulement hommes4 ,l'immense ,objet ne nous tourdissait plus4 ,j'ai dj dit que je n'tais pas dispos faire grand cas d'une preuve dialectique2 mais comment refuser de penser un objet prsent1 de dire ce que j'en sais1 et ce que c'est que savoir ce que j'en sais8 ,aventure1 oui2 mais c'tait bien la mienne4 ,notre sort nous tait remis chacun2 l'esprit et le fait ensemble1 la dpendance et le pouvoir ensemble1 un travail dj commenc1 et un pouvoir aussi de refus auquel il nous abandonnait tous1 nous laissant libres de sa main1 comme des crations1 sans autre conseil1 ce qui est le plus fort conseil et le seul4 ,je me souviens qu'un jour1 aprs qu'il eut fait revivre l'esprit de ,descartes solitaire1 il se dchargea soudain de nos mes1 improvisant cette sublime pense que j'ai retrouve dans ses notes3 tre ou ne pas tre1 soi et toutes choses1 il faut choisir4 ,transmission de pouvoirs4 ,confiance qui est pour faire trembler4 ,il serait plus simple d'oublier2 mais la svre condition est celle-ci1 que chacun prouve dans les moindres choses1 c'est que si l'on oublie le principal1 il faut de proche en proche oublier beaucoup et mme tout4 ,ainsi cet homme bon avait souvent ce mouvement svre de se retirer4 ,je ne puis penser pour vous ni dcider pour vous1 voil ce que disaient ,minos1 ,eaque et ,rhadamante ensemble dans ce regard rflchissant4 ,,iv ,l',,homme ,quand nous renonons au bonheur parfait et la logique parfaite1 nous y arrivons sans nous en douter4 ,j'ai retrouv cette pense de ,lagneau en pigraphe sur mes notes d'colier4 ,je mesure mieux maintenant cette force de rupture qui mprise tout arrangement4 ,l'thique est certes un arrangement2 mais on peut bien la nommer aussi le tombeau de ,descartes4 ,l'esprit s'y fait chose4 ,si j'ai compris mon ,dmiurge1 et cette cration continue1 il fallait toujours dlivrer ,descartes4 ,le ,trait des ,passions et les ,lettres la ,princesse lisabeth ne nourrissent point l'esprit de la mme manire que l'thique4 ,en ,descartes ce n'est pas le ,dieu des ,mditations qui rsout1 mais c'est plutt l'esprit de ,descartes qui1 mditer sur ,dieu1 a essay ses forces1 et se trouve aprs cela plus riche de rsolution que de doctrine4 ,c'est pourquoi l'argument ontologique est1 d'une certaine manire1 impntrable4 ,peut-tre faut-il dire qu'aucune preuve ne prouve que la pense4 ,et ,lagneau arrivait souvent faire entendre que l'insuffisance mme de la preuve tait le plus prcieux et le plus solide en la preuve2 tel est le passage4 ,et l se trouve sans doute aussi l'extrme difficult de penser sans se nier soi-mme4 ,l',objet est fort1 grand et lourd4 ,qu'on me pardonne de rassembler le problme en termes abstraits2 je voudrais justement faire comprendre que1 sous cette forme1 il n'a point de solution4 ,peut-tre ai-je assez montr que seule la rflexion sur un objet donn prouve ,dieu2 et c'est ce que ,spinoza a dit aussi1 car il a tout dit4 ,mais444 en ce ,mais je revois le penseur intrpide1 ou pour mieux dire invincible1 que j'ai entrepris de ressusciter2 bien tmrairement4 ,mais comment faire entendre assez ce ,mais8 ,toujours est-il que je vois bien une des conditions pour qu'on l'entende4 ,il faut comprendre ,spinoza1 je dirai mme l'accepter tout2 le voir vrai2 ne pas craindre de le voir vrai4 ,je dirais autrement qu'il faut ne pas craindre la gomtrie4 ,ce qui la rend redoutable1 et ce qui rend toute ide redoutable1 ce n'est pas qu'elle soit trop vraie1 mais c'est plutt qu'elle ne le soit pas assez4 ,atteindre pour dpasser4 ,avancer1 non reculer4 ,clarum per obscurius2 on retrouvera cette formule hardie dans un article que ,lagneau avait crit pour la ,revue ,philosophique4 ,si on veut l'entendre1 il faut relire ,descartes1 et saisir le mouvement des ,mditations2 car tout tait si simple dans ,saint ,thomas1 si simple dans ,saint ,anselme4 ,il y a certainement une clart qui laisse stupide1 et le jugement meurt devant la preuve4 ,chacun sentira ici quelque chose qui est vrai4 ,mais je voudrais parler autrement que par nigme4 ,on demande deux choses1 il me semble1 au penseur4 ,on lui demande de se penser libre2 mais on lui demande aussi de ne pas mpriser les ncessits de raison4 ,certainement il faut passer par la preuve1 et la confirmer4 ,on sait1 d'aprs d'nergiques affirmations1 que la philosophie de ,lagneau tait une philosophie de la libert4 ,nous l'interrogions souvent l-dessus1 parce qu'il nous semblait qu'il savait l-dessus tout ce qu'on peut savoir4 ,or jamais on ne le vit dispos faire bon march des preuves1 qui sont toutes contre2 mais on et dit au contraire que ces preuves taient son appui4 ,il connaissait de prs ces louables entreprises1 o il est expliqu1 dans l'intrt des bonnes murs1 et en vue de rassurer les esprits faibles1 que le systme de la ,ncessit1 qui est le systme de l',objet1 n'est peut-tre pas si solide qu'on le croit4 ,ces entreprises1 il n'en parlait gure2 je sais qu'il les mprisait4 ,au contraire il venait toujours dire que c'est la suffisance de la ncessit qui fait voir son insuffisance1 et que l'universelle ncessit est en tout cas le commencement de la preuve4 ,ce n'est pas parce que la ,nature manque en quelques points et laisse des trous qu'il nous reste une chance d'tre libres4 ,l',objet se tient4 ,mieux on le sait et mieux on est assur que l',objet n'est pas tout1 et enfin que l'existence n'est pas ,dieu4 ,je n'ai pas entendu cette clbre leon sur ,dieu1 mais j'en connais le sommaire et mme plus que le sommaire4 ,finalement on ne peut pas dire que ,dieu existe1 car qu'est-ce qu'exister sinon tre pris dans le texte de l'exprience8 ,l'existence n'est donc point substance1 et ,spinoza n'a pas dit le dernier mot4 ,mais enfin1 pour parler le langage des esclaves1 comment ,lagneau accordait-il le libre arbitre avec l'inflexible ncessit8 ,je ne saurais le dire4 ,non seulement il paraissait peu se soucier d'accorder ensemble le non de ,spinoza et le oui de ,descartes1 mais bien plutt il s'attachait marquer l'opposition et la corrlation en mme temps des deux notions1 au reste sans chercher d'autre secours ni faire voir aucune inquitude1 comme si la difficult disparaissait dans l'investigation mme4 ,d'aprs l'nergique position de ,kant1 quoiqu'abstraite1 et d'aprs les recherches de ,renouvier sur ce point-l1 je crois que nous sommes arrivs cet ge humain o le destin doit tre surmont par les seuls moyens de l'homme1 et sans aucun tour de gobelets4 ,j'ai cru deviner que ,lagneau se tenait ferme et attentif justement sur ce point de difficult4 ,je veux dire enfin ce qu'il m'en semble1 en me tenant tout prs de ses formules4 ,leibniz ne se laissa pas plus sduire que ,spinoza lui-mme par ce rapport de composition1 qui est abstrait1 et qui n'exprime aussi que l'absolue dpendance1 sans aucun noyau de suffisante ralit2 la pense cartsienne est claire par l4 ,toutefois ,leibniz n'vita pas1 comme on sait1 de dire que le passage du ,rubicon tait ternellement dans la pense de ,dieu1 joint la notion de ,csar et des autres tres1 comme attribut d'une proposition vraie4 ,il ne suffit donc pas d'avoir vaincu le mcanisme1 en le rduisant n'tre qu'un moyen de la reprsentation1 et pens4 ,le mcanisme revient sous la forme de la ,logique1 qui n'est sans doute que l'abstraction du mcanisme4 ,toujours est-il que ce mcanisme et cette logique ne se tiennent pas d'eux-mmes comme penses2 mais cette activit qui construit et soutient la reprsentation de la ncessit extrieure n'est pas encore tout ce que pose ,descartes sous le nom de libre arbitre4 ,aussi je n'ai jamais tenu pour suffisante la seule libert du jugement4 ,ce n'est pas assez de comprendre la ncessit2 il faut la vaincre en quelque faon4 ,la libert du jugement n'est donc que le signe et le commencement d'une doctrine4 ,par la ,thodice de ,leibniz1 on voit bien ce qui crase le jugement2 et c'est toujours l'objet2 c'est toujours le total de l'existence1 abstraitement considr4 ,peut-tre faudrait-il dire1 l-dessus1 que l'existence relle n'est jamais qu'objet d'exprience1 et qu'une suite de causes au del de notre perception doit tre rabaisse au rang de simple possible4 ,ou bien1 pour parler autrement1 on pourrait dire que l'existence est imparfaite par nature et inacheve4 ,aucun possible n'aurait donc de raisons suffisantes d'exister2 au contraire1 nous partons toujours de l'existence pour conclure que ce qui existe tait possible2 mais c'est trop peu conclure2 nous concluons que ce qui existe tait seul possible1 et c'est trs bien conclu4 ,c'est donc l'existence qui1 parmi les possibles1 montre ce qui tait rellement possible2 cela1 l'existence le prouve en se montrant4 ,aussi bien la premire sagesse est-elle de ne pas dlibrer sur ce qui est arriv4 ,mais il n'est pas vident que dlibrer auparavant ft par cette mme raison draisonnable4 ,si une prdiction tait aussi bien fonde qu'une perception1 il faudrait dire que ce qui est prdit est ds maintenant arriv2 mais pourtant ce qui manque toute prdiction c'est cela mme1 c'est l'vnement4 ,spinoza est fort quand il prouve que nous n'avons de l'existence venir1 soit des autres choses1 soit de nous-mmes1 qu'une connaissance inadquate2 et la vraie raison de cela c'est qu'un compte achev de l'existence1 ou bien l'existence absolue1 est contre la notion mme de l'existence4 ,mais quand ,spinoza conclut du tout de l'existence1 considr abstraitement1 la ncessit absolue de tout ce qui arrive et arrivera1 il est moins fort4 ,l'abstrait ne contient pas le fait4 ,c'est pourquoi il reste vrai que ce qui arrivera n'est pas encore arriv1 et que le temps est quelque chose4 ,il faut porter l'attention sur les subtilits de ce genre4 ,car dans toute espce de fatalisme il y a d'abord cette ide commune et forte que ce qui arrive termine toute dlibration par sa prsence1 et qu'il n'y a plus y revenir1 ce qui carte cette strile pense de vouloir se transporter de nouveau dans le pass et chercher alors si quelque chose d'autre n'aurait pas pu tre4 ,et c'est ce qu'il y a de vrai dans cette remarque souvent faite1 mais ambigu1 que les hommes d'action sont fatalistes2 ils le sont pour le pass et il faut l'tre2 et c'est ce genre de tranquillit l'gard de ce qui est fait1 qui permet que les hommes d'action se tiennent toujours1 en quelque sorte1 sur le bord de l'avenir1 s'appuyant1 non pas sur ce qui aurait d tre1 mais sur ce qui est1 afin de changer un peu ce qui sera4 ,sur quoi il est clair qu'un homme d'action n'a pas de doute2 et j'en juge plutt d'aprs ses actions que d'aprs ce qu'il en dira2 car il est naturel qu'un tel homme1 ennemi des travaux inutiles1 range aussitt ses propres actions1 ds qu'elles sont faites1 du ct de l'irrparable4 ,mais il y a mieux peut-tre dire l-dessus4 ,nous pensons aisment la suite des causes dans un systme ferm2 telle est la pense du physicien4 ,dans de tels cas1 o l'exprience peut tre recommence1 l'esprit1 soutenu par la coutume1 va de la cause l'effet du mme pas qu'il prend pour aller de la dfinition la consquence4 ,la ncessit est alors suffisante4 ,mais dans les vnements o nous sommes mls1 et qui font l'histoire prive et publique1 la ncessit n'est jamais perue comme suffisante1 parce que toutes les choses ici concourent1 qu'on ne peut rassembler toutes par la pense chaque moment4 ,une clipse de soleil1 qui n'est qu'un changement de lumire1 met une arme en fuite2 une migraine du gnral change la bataille2 une mouche irrite le cheval et jette le cavalier par terre4 ,aussi quand nous voulons penser d'avance que l'vnement est invitable1 nous pensons abstraitement1 jusqu' ce point que nous disons que l'vnement quel qu'il soit est invitable4 ,mais il n'y a point de pense plus creuse que celle-ci3 je sais que ce qui va arriver1 que je ne sais pas1 est invitable2 c'est une pense qu'on ne peut rfuter1 parce qu'on ne peut la saisir1 comme ,aristote l'a si bien vu en son exemple du combat naval4 ,et ajoutons que la connaissance des causes dterminantes est alors abstraite aussi1 et tout fait indtermine4 ,nous attendons2 c'est notre tat d'attendre4 ,et quand l'vnement se produit dans l'existence1 c'est alors que la chane des causes antcdentes se solidifie et prend elle-mme existence ce contact4 ,chane insuffisante toujours1 mais suffisante par le tmoignage de l'effet4 ,il ne faudrait pourtant pas prendre cette pense aprs coup pour une vrification de l'autre4 ,j'ajouterais encore quelque chose1 afin de vaincre cette pense abstraite de quelque chose qui arrive1 et enfin d'un commencement dans le cours de l'histoire4 ,en gros il y a des commencements1 comme un coup de canon1 une blessure1 et choses semblables2 mais1 regarder de plus prs1 ce qui arrive ne cesse pas d'arriver1 et l'vnement est comme un fleuve2 ce qui semble arriver est dj commenc1 mais en continuel changement4 ,de mme1 et cette remarque a plus d'importance1 aucun homme ne cesse jamais d'agir pour une part1 comme un nageur dans le fleuve4 ,a le supposer libre1 il faut dire que la relation de ses mouvements ses jugements ne cesse jamais de modifier le cours des choses1 important ou non4 ,cette remarque n'a rien qui puisse tonner1 mais on n'en raisonne pas moins comme si l'homme1 un temps spectateur1 dlibrait d'abord sans rien faire1 et se dcidait un certain moment intervenir1 et enfin commencer absolument quelque chose4 ,il ne faut pas s'tonner si une notion ainsi spare ne peut tre ensuite incorpore1 ni trouver sa place dans le cours de l'histoire4 ,toutes ces remarques vont changer tout fait le problme1 jusqu' ce point qu'on ne reconnat plus alors les objections ordinaires1 et qu'elles n'ont plus lieu ni moment dans cet emportement de la vie relle1 o tout est pass aux yeux de la rflexion contemplative2 c'est ce que le beau mot de ,reprsentation exprime si bien4 ,maintenant peut-tre aperoit-on que c'est mal penser que vouloir appliquer les formes et rgles de la reprsentation l'action mme4 ,il est donc vident1 par une analyse toute proche de la perception1 que l'homme ne peut pas se penser libre4 ,par cette remarque1 toutes les preuves tombent1 comme venant toujours trop tt ou trop tard4 ,o vont ces remarques8 ,certainement rabattre la logique abstraite1 dont les ncessits reprsentent trop imparfaitement notre liaison la nature entire4 ,aussi appliquer toujours l'objet1 sans jamais l'en retirer1 cette logique transcendantale qui n'est que la forme de la perception en acte4 ,ce qui fait voir clairement1 il me semble1 que les notations usuelles1 sur ce point-l1 sont tout fait insuffisantes4 ,demander1 par exemple1 si l'homme peut commencer d'agir1 n'est-ce pas se mettre hors de la situation humaine8 ,car l'homme ne cesse jamais d'agir2 il ne passe point de la pense l'action1 mais plutt son action se droule sans interruption aucune1 car il est toujours quelque part2 et1 se tenir ici et non l1 cela change tout4 ,sa pense cependant suit ses actions1 tantt devant1 tantt derrire1 plus ou moins approche1 adhrente1 attentive1 en sorte que l'action est tantt machinale1 tantt imite1 tantt rgle d'aprs la perception claire1 comme on voit pour le pilote1 qui tient toujours la barre1 mais qui considre tantt le profit1 tantt l'toile1 tantt la rise4 ,agir c'est continuer1 c'est rparer1 c'est imprimer une flexion cette ligne d'action que nous laissons dans le monde4 ,ainsi nos moyens dpendent d'actions1 et nos motifs aussi4 ,un pauvre ne dlibre point sur l'emprunt ,japonais4 ,le chirurgien dlibre en agissant4 ,ses explorations sont dj des actions1 et toutes ses tudes de mme4 ,csar passe le ,rubicon toute sa vie4 ,et il est vrai qu'une action en entrane une autre2 mais cet enchanement1 qui tient le fou1 est ce qui donne force au sage4 ,hercule retrouve le clbre carrefour chaque moment2 mais ses actions passes sont de puissants motifs contre le doute1 la peur ou la fatigue4 ,le libre vouloir1 et efficace1 ne doit donc pas tre pris comme une force qui intervient1 ni tre reprsent par les moyens de l'analyse mcanicienne4 ,au reste peut-on tre libre en thorie8 ,libre hors de l'action8 ,libre quand on se demande si on est libre8 ,tous les exemples ici sont des exemples de professeur4 ,une action simplement possible n'est jamais libre1 parce que ce n'est pas une action4 ,lagneau ne traitait pas de cette question prcisment ainsi1 autant que j'ai su4 ,mais sa mthode constante y conduisait1 par ce continuel retour la perception en acte et aux exemples2 par un art aussi1 dont je n'ai jamais trouv l'quivalent1 de remettre en mouvement ces mesures1 ces distances1 ces plans1 ces perspectives1 ces rapports qui soutiennent la reprsentation1 qui y tracent dj des actions et des chemins4 ,j'ai vrifi par l'exprience1 et bien des fois1 que la pense abstraite retrouve toujours l'apparence d'une ncessit invincible1 mais que l'analyse directe des choses et des relles actions1 insparables des relles perceptions1 nous remet en train et en notre vraie place1 sur cette bordure du temps o l'avenir se fait continuellement4 ,c'est rappeler la pense son objet1 et la sauver tout fait de thologie1 je ne dis pas de religion4 ,ce sujet est infini4 ,ce qu'il y a de pense dans notre vie oscille sans cesse entre l',incrdulit et la ,foi1 la premire se rduisant au fatalisme sous toutes formes1 l'autre consistant d'abord dans ce pouvoir d'oser1 sans lequel il n'y a point d'action ni mme de pense4 ,mais si je me laissais aller expliquer ces ides1 je m'loignerais de mon sujet1 et je craindrais de voir le visage du ,juge se couvrir de nuages2 sa vertu propre1 dans l'ordre intellectuel1 tait une lenteur qu'on n'a point revue peut-tre depuis ,socrate4 ,enfin1 je ne veux exposer ici que des ides qui lui appartiennent1 et non point couvrir de son autorit mes conjectures personnelles1 qui sont toujours promptes et aventureuses1 qui l'ont toujours t1 et qui le seront toujours1 comme il convient au disciple1 qui n'a pas assurer la doctrine en son centre4 ,ce n'est pas que je ne connaisse aussi une certaine lenteur2 mais elle est apprise4 ,au temps des examens et concours1 je savais trs bien adapter l'instrument un sujet qui m'tait nouveau4 ,la rhtorique1 qui est cet art de transposer1 donnait alors des rsultats brillants1 et mme1 ce que je crois encore1 sans grave mprise4 ,mais au retour1 et tout joyeux raconter mes exploits d'colier1 je trouvais ce front nuageux1 ce regard perant1 et l'expression du plus complet mpris4 ,c'tait un genre d'estime1 et je ne m'y trompais pas4 ,il craignait d'prouver une seconde fois l'aventure de ,maurice ,barrs1 qui fut son lve1 et dont il dit un jour3 ,il a vol l'outil4 ,j'ai entendu ce mot de mes oreilles1 mais il ne s'est point autrement expliqu l-dessus1 et1 au temps du ,jardin de ,brnice1 ce n'tait pas ncessaire4 ,le temps a pass4 ,si le matre vivait encore1 charg d'annes1 mais toujours ,juge1 quelle serait maintenant la sentence8 ,je n'en sais rien4 ,si les morts gouvernent les vivants1 il faut avouer que c'est de bien haut1 et par des voies indirectes4 ,dieu est un1 mais il y a plusieurs diables4 ,encore un souvenir d'colier4 ,il arriva qu'au grand ,concours on nous donna pour thme la ,justice2 c'tait une question que ,lagneau ne traitait jamais4 ,toutefois1 confiant dans la rhtorique1 j'aperus aussitt une mthode de transformation1 comme disent les gomtres1 qui me faisait matre du sujet4 ,j'approchai ma plume de mon papier blanc4 ,justement ,lagneau se trouvait parmi les professeurs surveillants4 ,invoquant ce ,sina1 plus orageux que jamais1 que n'allais-je pas transcrire sur mes tables de la loi8 ,mais lui me fit un signe plein de force1 qui voulait dire3 ,vous ne savez rien l-dessus4 ,je vous dfends d'improviser4 ,je fis deux ou trois sonnets4 ,on pardonnera ce qu'il y a de puril en ces souvenirs1 qui viennent soudain traverser le cours de mes penses1 et rompre1 semble-t-il1 l'attention4 ,considrez que je trouve peu de secours contre les piges d'imagination2 j'tais peine hors de l'cole quand mon ,matre est mort4 ,il faut bien pourtant que je saisisse encore une action dans ce signe nergique1 auquel j'obis si promptement et si docilement4 ,quand je ne ferais qu'imiter1 par l'affection toujours prsente1 ce mouvement d'obir1 j'y retrouverais dj cette foi d'enfance1 tout allge1 et jetant tout fardeau par terre1 assure sans rien d'assur1 vers l'avenir seulement2 c'est l',esprance nue4 ,je suppose que d'autres croyants ont trouv cette renaissance en la prire1 comme cet homme de ,pguy qui confie son enfant la ,vierge1 et ne s'en soucie plus4 ,toutefois je n'ai jamais envi aucun de ces croyants2 j'avais mon culte et je l'ai4 ,de quelque faon qu'il me dlivre1 et jusqu' me dpouiller1 comme on a pu voir en ces pages o il m'arrive que devant le ,juge je n'ai plus rien montrer qui soit digne1 nanmoins il m'en vient et il m'en reste une force toute neuve1 et ce pardon soi qui est la chose au monde la plus ncessaire4 ,on a saisi1 je pense1 le mouvement d'paules de l'colier1 soudain dcharg de ce srieux emprunt qui fait toute la sottise4 ,mais ici encore regardons2 regardons puisque le souvenir revit4 ,qu'y a-t-il en cette svrit sans complaisance8 ,quel est ce refus d'une offrande qui tait tout ce que je pouvais donner8 ,quel est cet art de dcourager1 qui donne courage8 ,le sujet tait de ceux qui veulent rponse4 ,la ,justice1 quoi de plus pressant8 ,j'ai peut-tre appris l1 et par l'enfantine vertu de jeter tout au commandement du ,matre1 qu'il faut toujours se refuser aux penses pressantes4 ,c'est encore quelque chose de plus que le sourire de ,platon qu'il faut imiter ici1 et c'est la nonchalance de ,socrate4 ,plus profondment1 n'est-ce pas se moquer de la ,justice que disserter sur la justice1 bien ou mal1 quand le langage mme nous avertit qu'un esprit juste enferme toute la justice qu'il peut tenir1 hors de l'action8 ,c'est livrer la justice aux hasards4 ,et il me semble que je tiens ici devant moi l'esprit des ,simples ,notes1 et enfin la vritable raison pour quoi ,lagneau ne traitait jamais de morale4 ,par opposition essayons ici de penser au ,politique1 dont la fin est toujours de dterminer l'autre selon une rgle4 ,platon1 malgr l'apparence1 l'entendait autrement1 disant dans sa ,rpublique1 aprs tant de prparations et de dtours1 que parmi tant de manires de prendre le bien d'autrui1 il y en a sans doute plus d'une qui n'est pas mauvaise1 comme d'enlever l'enfant l'arme qui le blesserait4 ,je bats les buissons1 moi aussi2 mais enfin il faut arriver dire que celui qui rveille en chacun l'esprit libre1 et sur le point d'y russir1 ne peut rester sans scrupule devant l'incrdulit totale1 peut-tre prmaturment dlivre1 disons mme toujours prmaturment dlivre4 ,car d'un ct il n'y a plus de respect1 et de l'autre il n'y a plus au monde que le respect2 or ce monde humain ne fait pas voir des apparences respectables4 ,sur ce point de dlivrer l'homme1 il vient aisment une peur4 ,la position de ,lagneau est rare1 et peut-tre unique1 par ceci que l'objet tant dchu de son rang divin1 non pas d'aprs de petites remarques1 non plus d'aprs un doute lger et badinant1 mais au contraire d'aprs les plus srieuses penses1 il ne reste plus que la force nue qui puisse tenir debout l'ordre tel quel4 ,quand le provisoire et donn n'est plus tenu par la pense1 il vient une violence de police et sans aucun mnagement4 ,peut-tre a-t-on surpris ce vif mouvement de dfense qu'il faut appeler militaire4 ,bref il ne faudrait pas croire que le ,mpris ,assur pardonne jamais au ,mpris ,errant4 ,et parce que le nouvel ,esprit ne croit point1 il ne faut pas s'attendre le voir pour cela moins assur en ses prcautions de police4 ,tout au contraire1 le visage en cette ,guerre le plus redoutable n'est pas celui de la justice en bataille1 mais plutt cette apparition fugitive du guerrier qui ne respecte rien1 qui ne croit point du tout faire uvre sainte1 et qui n'espre point prouver quelque chose par la victoire1 sinon que la violence n'est ni pense ni preuve4 ,cette ide1 que la justice est suspendue1 est ce qui rend terrible l'homme en armes4 ,ici est le profond et total dsespoir du vainqueur1 sans aucune trace de cette piti hypocrite1 qui retenait les guerres d'autrefois souvent entre les bornes d'un jeu1 par cette double illusion de croire d'abord qu'une guerre est juste1 et par moments d'avoir un doute l-dessus1 illusoire encore4 ,dans l'ge de la libert1 s'il se lve1 il faut s'attendre une rpression plus prompte1 moins soucieuse d'entendre le coupable1 une dfense plus mcanique1 par une vue du ncessaire et une ngation du fatal4 ,revenons au srieux1 j'entends au bien fond4 ,je suis assur de conclure tout prs de l'enseignement magistral en appelant l'attention sur ceci que1 de mme que ,dieu ne peut tre dit exister1 de mme1 et encore mieux peut-tre1 la libert ne peut tre dite existante1 puisqu'exister c'est tre pris dans le texte de l'exprience4 ,c'est pourquoi nos reprsentations1 si bien nommes1 l'excluent rigoureusement4 ,jamais je ne verrai la libert l'uvre1 comme une chose qui en pousse une autre4 ,je n'en puis avoir aucune exprience1 parce que ce qui est objet d'exprience est chose4 ,mais1 par la mme raison1 je ne puis trouver d'exprience qui prouve qu'elle n'est pas4 ,tout ce qui est pense est soumis cette condition1 qu'on oublie toujours1 voulant que la pense soit une chose de plus1 ou une suite de choses4 ,il n'y a1 disait-il1 qu'un fait de pense1 qui est la pense4 ,mme une ide n'est pas un fait de pense2 une ide est un objet2 et aussi l'ide de l'ide2 mais la rflexion mme nous fait esprit4 ,ce qu'on exprime en disant que ,dieu est intrieur1 non extrieur2 et toute la religion n'a-t-elle pas t toujours dire d'un dieu ou d'un autre3 ,tu n'es pas le vrai dieu8 ,la vraie foi n'a donc d'autre objet qu'elle-mme4 ,ainsi pensait le ,briseur d',images4 ,l',esprit1 quand il parvient ainsi son front de bataille1 a trouv sans doute sa destination4 ,mais ce combat ne finit point1 par cette chute continuelle de nos penses1 qui deviennent ides1 et d'ides1 images4 ,ngation de la ngation1 comme parle ,hegel2 combat sans gloire1 puisque1 toutes les idoles abattues1 il laisse paratre en leur tat naissant les choses1 les hommes et soi1 ce qui n'est pas pour tonner4 ,de tels hommes ne sont grands que de prs1 dans le moment mme o ils pensent par dessus l'ide4 ,l'ternel parat ici1 que tous invoquent1 et qui va par jugements singuliers1 par actions invincibles et promptes4 ,dont il est rest peu de tmoins1 tous s'accordant sur la force et sur la grandeur1 tous arrts en respect et religion4 ,pour moi1 au seuil d'une longue enfance1 qu'y pouvais-je entendre2 et qu'en ai-je pu sauver8 ,une mesure de grandeur2 aussi des parties de doctrine1 inbranlables1 et propres donner assurance1 sans dvelopper trop l'orgueil1 si naturel au fils de la ,terre4 ,heureux si j'ai fait sentir quelqu'un quelque chose de ce feu d'admirer1 consolation pour tous1 et vertu des forts4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,i4--,souvenirs d'colier #g-hf ,pourquoi souvenirs1 p4 #i4--,l'colier en #ahhh1 p4 #aj4--,portrait1 p4 #ac4--,la classe1 p4 #ae4--,lagneau malade1 p4 #af4--,la carrire de ,lagneau1 p4 #ag4--,une action1 p4 #ah4--;,commentaires1 p4 #ai4--,l'homme d'action1 p4 #bb4--,l'ordre humain1 p4 #bf4--,la ,poste d'entendement1 p4 #bh4--,vaincre ,spinoza1 p4 #bi4--,l'obissance et l'action1 p4 #cb4--,renouvier1 p4 #cd4--,l'oracle1 p4 #ce4--,le ,pdant1 p4 #cg4--,les passions du ,matre1 p4 #da4--,la rhtorique1 p4 #dd4--,premiers essais de l'colier1 p4 #dh4--,l'aveugle-n1 p4 #ej4--,opinions politiques1 p4 #ec4--,sur la route de ,metz1 p4 #ee4--;,guerre et politique1 p4 #eg4--,le ,matre rpond1 p4 #eh4--,notre paquet est fait1 p4 #ei4--,retz1 p4 #fj4--,le dtour politique1 p4 #fb4--,la justice selon ,platon1 p4 #fd4--,lagneau svre1 p4 #fe4--,le socialisme1 p4 #fh4--,le droit1 p4 #gj4--,la ,bible1 p4 #ga4--;,entendement et ,jugement1 p4 #gb4--,les ,cours de ,lagneau1 p4 #gd4--,une leon clbre1 p4 #ge4--,l',homme de ,dieu1 p4 #gg4--;,essai de commentaire1 p4 #gi4--,la ,dialectique1 p4 #hc4--,l',entendement dans la ,perception1 p4 #hd4--,le rveil1 p4 #hf4 ,,ii4--,platon #hg-aah ,les ides l'uvre1 p4 #hg4--,le cheval de bois1 p4 #hi4--,lagneau dmiurge1 p4 #ia4--,l'objet et l'apparence1 p4 #ic4--,le choix1 p4 #ie4--,l',esprit et l'histoire1 p4 #if4--,le destin effac1 p4 #ig4--,un ,penseur ,catholique1 p4 #ii4--,l'incrdule1 p4 #ajb4--,le fondement de l'induction1 p4 #ajd4--,la bote craie1 p4 #ajf4--,l'ide dans la chose1 p4 #ajh4--,la loi dans l'objet1 p4 #aaj4--,l'espace1 p4 #aaa4--,pense et ,religion1 p4 #aac4--,le treuil1 p4 #aaf4--,lagneau mditant1 p4 #aag4 ,,iii4--,spinoza #aai-aec ,des ides claires1 p4 #aai4--,le ,sphinx1 p4 #aba4--,la ,ncessit1 p4 #abb4--;,causes extrieures1 p4 #abd4--;,deux ncessits1 p4 #abe4--,l',attribut ,pense1 p4 #abf4--,spinoza surmont1 p4 #abg4--,le consolateur1 p4 #abh4--,l',union pour l',action ,morale1 p4 #abi4--,platon et ,spinoza1 p4 #acj4--,l'attribut tendue1 p4 #acb4--,signets1 p4 #acd4--,l',analyse ,rflexive1 p4 #acf4--,l',espace ,euclidien1 p4 #ach4--,les trois dimensions1 p4 #adj4--;,de ,spinoza ,descartes1 p4 #adb4--,le ,mtaphysicien1 p4 #adb4--,sceptiques1 p4 #adc4--,le gnie1 p4 #ade4--,le soleil deux cents pas1 p4 #adg4--,le doute1 p4 #aej4--;,hommes1 seulement hommes1 p4 #aeb4 ,,iv4--,l'homme #aed-agg ,le tombeau de ,descartes1 p4 #aed4--,mais444 p4 #aee4--;,clarum per obscurius1 p4 #aef4--,preuves juges1 p4 #aeg4--,le destin1 p4 #aeh4--,leibniz1 p4 #aei4--,la prdiction1 p4 #afa4--,le fatalisme1 p4 #afb4--,les causes1 p4 #afc4--,y a-t-il des commencements8 p4 #afd4--,libert1 p4 #afg4--;,barrs1 p4 #agj4--,un souvenir d'colier1 p4 #agj4--,svrit1 p4 #aga4--,la ,justice1 p4 #agb4--;,encore la ,guerre1 p4 #agd4--,la vraie foi1 p4 #agf4--,tout est toujours recommencer1 p4 #agg4 ,,achev ,d',,imprimer ,,le #f ,,juillet #aibe ,,par ,,emmanuel ,,grevin ,a ,,lagny-,,sur-,,marne