,,michel ,,corday ,les mains propres ,,essai ,d',,ducation ,,sans ,,dogme ,,paris ,,ernest ,,flammarion1 ,,diteur #bf1 ,,rue ,,racine1 #bf ,tous droits de traduction1 d'adaptation et de reproduction rservs pour tous les pays4 ,il a t tir1 de cet ouvrage1 quinze exemplaires sur papier de ,hollande1 tous numrots4 ,,ouvrages ,,du ,m,,me ,,auteur ,,librairie ,e4 ,,flammarion ,dans la mme collection3 ,vnus ou les ,deux ,risques4 ,les ,embrass4 ,ssame ou la ,maternit consentie4 ,les ,frres ,jolidan4 ,les ,demi-,fous4 ,la ,mmoire du cur4 ,mariage de demain4 ,les ,rvles4 ,les ,convenus4 ,monsieur1 ,madame et l',auto4 ,plaisirs d'auto4 ,les ,casseurs de bois4 ,,en ,,pr,,paration3 ,les ,feux du ,couchant4 ,les ,hauts ,fourneaux4 ,e4 ,,grevin--,,imprimerie ,,de ,,lagny ,droits de traduction et de reproduction rservs pour tous les pays4 ,copyright #aiai by ,,ernest ,,flammarion4 ,a ,,la ,m,,moire ,,de ,,jean ,,jaur,s ,,les ,,mains ,,propres ,,pr,,ambule ,,le ,,but ,,et ,,le ,,plan ,cet essai s'adresse ceux qui lvent leurs enfants en dehors des dogmes1 dans un esprit de libre examen4 ,quiconque a entrepris cette tche en sait les difficults4 ,ds qu'on rflchit avant d'agir1 ds qu'on se demande pourquoi on agit1 ds qu'on ne fait plus une chose uniquement parce qu'elle se fait1 tout devient problme4 ,on a quitt la bonne vieille grande route1 si commode1 si facile1 si plane1 et que le troupeau des gnrations a suivie4 ,on a devant soi l'espace en friche1 o serpentent quelques pistes indcises1 toutes fraches4 ,o est la bonne direction8 ,ici1 faut-il prendre droite1 gauche8 ,parfois1 on sent l'angoisse du doute4 ,mais il faut avancer4 ,alors1 on jette des vues1 on s'oriente1 on se dcide4 ,et l'on marche1 en entranant ses petits par la main4 ,il faut que l'effort de chaque pionnier serve ceux qui lui succderont4 ,il faut qu'ils puissent profiter de ses recherches1 qu'ils retrouvent les dterminations qu'il a prises1 les directions qu'il a suivies1 l'empreinte de ses pas4 ,cet ouvrage n'a pas d'autre but1 ni d'autre plan4 ,c'est un ensemble de modestes solutions aux innombrables problmes qui se posent au long de la route4 ,ce n'est qu'une suite d'opinions4 ,et on ne s'en tonnera pas4 ,en effet1 qu'est-ce qu'duquer8 ,c'est complter1 fortifier et redresser1 par l'influence du milieu1 les notions confuses dposes dans le petit tre par l'atavisme et l'hrdit4 ,or1 nous ne pouvons agir sur l'enfant que par notre exemple1 nos causeries1 nos enseignements2 et nous ne faisons alors1 en toutes ces circonstances1 qu'imprimer dans la jeune cervelle nos propres opinions sur toutes choses444 ,la premire partie de cet essai est prcisment un expos des opinions gnrales dont nous souhaitons que les enfants soient pntrs1 plus encore par les entretiens de leurs parents et l'atmosphre du foyer que par la lecture des livres et les leons des matres4 ,la seconde partie est toute d'adaptation4 ,quant au titre de cet ouvrage1 il est emprunt l'une de ces vues morales qui se sont affranchies des anciens dogmes4 ,,premi,,re ,,partie ,,opinions ,,chapitre ,,premier ,,le ,,bonheur ,quand on se lance1 hors de la grande route1 hors des chemins battus1 possde-t-on une indication gnrale sur la direction suivre8 ,la vie humaine a-t-elle une tendance8 ,car cette tendance devrait nous guider4 ,nous devrions marcher dans son sens4 ,oh6 ,il ne s'agit pas de rechercher le destin final de l'homme4 ,a ce sujet1 disons-nous simplement que cette plante mourra comme les autres4 ,il s'agit de savoir s'il existe une aspiration commune tous les tres depuis qu'ils respirent sur la terre1 un signe indicateur de la vie4 ,hlas6 ,la plupart des humains ne se posent mme pas la question4 ,ils naissent1 subsistent1 meurent1 sans avoir pris conscience de ce qu'ils ont tent de raliser pendant leur vie4 ,et pourtant1 cette tendance existe4 ,voyez une rue frquente1 vers le soir4 ,tous les passants courent1 se htent1 se pressent4 ,or1 si les buts sont diffrents1 le mobile est unique4 ,obissant tout droit leur instinct dbrid ou tenus en lisire par le devoir1 cherchant l'utile ou l'agrable1 la hautaine volupt du sacrifice ou le bas plaisir1 regardant le ciel ou la terre1 tous aspirent raliser leur dsir1 tous vont vers leur satisfaction4 ,oui1 tous1 malgr des apparences contraires1 malgr de dconcertants dtours1 tous veulent leur bonheur4 ,c'est l'instinct primordial de toute existence4 ,on le surprend chez le plus infime animalcule dans le champ du microscope4 ,il fuit la peine et cherche la joie1 c'est--dire qu'il fuit le milieu o il souffre et cherche le milieu o il se plat4 ,en quoi il obit bien la loi de la vie3 car la joie est de la vie accrue1 plus intense et plus ardente2 et la douleur est de la vie diminue1 l'acheminement vers la mort4 ,mais qu'est-ce donc que le bonheur8 ,ce serait folie d'en donner une dfinition applicable tous les humains1 puisque ce milliard et demi d'tres sont diffrents les uns des autres1 puisqu'il n'y a pas deux visages--ni sans doute deux cerveaux--identiquement semblables4 ,il y a autant de bonheurs que d'individus4 ,mais peu importe qu'on demande ces joies au pouvoir1 aux honneurs1 l'art1 aux voyages1 aux plaisirs de la table ou de l'amour1 la conscience de la tche accomplie1 aux sereines recherches du laboratoire1 aux lans de l'altruisme1 aux flicits du propritaire1 du collectionneur1 de modestes travaux manuels1 mme aux motions de la chasse ou de la pche4 ,tous ces bonheurs ont des traits communs4 ,ils donnent l'tre sa satisfaction1 le sens de la plnitude4 ,ils portent la vie sa plus haute tension4 ,il existe dans la nature un exemple de cette tendance continuelle s'accrotre4 ,c'est le vgtal4 ,une plante1 une vie humaine s'efforcent toutes deux d'atteindre leur exubrance totale4 ,elles s'lvent1 l'une vers la lumire1 l'autre vers le bonheur4 ,au surplus1 la croissance de l'esprit est toute pareille celle de la plante1 qui d'abord cherche sa subsistance de toutes parts1 aveuglment1 par ses mille racines1 dans l'obscurit de la terre1 puis1 s'lanant au jour1 se nourrit d'lments plus subtils1 obit ses affinits et enfin s'exprime et s'panouit dans les contours prcis de ses verdures fleuries4 ,si toutes les manifestations d'une existence1 actes et penses1 pouvaient prendre une forme sensible1 s'inscrire dans l'espace comme autant de feuilles et de fleurs1 l'ensemble d'une vie complte apparatrait comme un bel arbre1 harmonieux1 touffu1 luxuriant1 tendant ses branches en tous sens1 dans un frmissant dsir de s'accrotre encore4 ,un beau rosier est l'image du bonheur4 ,et1 de mme qu'il y a des vgtaux de toutes tailles1 du chne au brin d'herbe1 mais qui tous ont ce caractre commun de remplir leur ligne1 de tendre vers leur complet dveloppement1 de mme il y a des vies de toutes envergures1 les unes trs modestes1 les autres magnifiques1 mais qui toutes peuvent tre galement heureuses1 atteindre leur plein panouissement4 ,ce n'est pas une question de dimension1 c'est une question de densit1 de plnitude4 ,une destine heureuse1 c'est une destine remplie4 ,enfin1 de ce point de vue1 le but de l'ducation apparat4 duquer1 c'est cultiver4 ,c'est favoriser l'expansion de la plante humaine4 ,c'est la redresser1 l'abreuver1 l'monder1 la bien exposer1 de faon qu'elle soit forte1 saine1 qu'elle donne toutes les qualits de l'espce1 qu'elle atteigne sa plus haute puissance4 99 99 99 99 99 ,devant la morale du bonheur1 une objection se dresse aussitt4 ,mais1 dira-t-on1 si chacun poursuit son bonheur1 uniquement son bonheur1 chacun blessera son voisin1 dans cette poursuite4 ,aussi faut-il en tracer immdiatement les bornes4 ,oh6 elles sont indiques dans toutes les morales1 par la simple loi3 ,tu ne nuiras pas4 ,il faut s'arrter au moment de nuire4 ,notre bonheur a pour limites le bonheur du voisin4 ,pour reprendre l'analogie avec le monde vgtal1 un groupe humain ne doit plus tre l'inculte fort o les arbres s'touffent mutuellement4 ,une socit civilise doit tre un jardin1 cultiv avec intelligence1 o chaque plante1 pour donner toutes ses fleurs et tous ses fruits1 arrte ses frondaisons aux frondaisons voisines4 ,ainsi la plante reste d'un exemple total3 monter bien droit1 dans la clart1 s'accrotre1 s'panouir1 s'orner de fleurs1 se rpandre en parfums1 donner des fruits1 et ne borner son expansion qu' l'expansion des autres4 ,d'ailleurs--et ceci est capital--cette limitation elle-mme apparat de notre intrt4 ,les preuves en abondent4 ,il est bien certain que si chacun s'efforait d'observer cette loi restrictive1 tant de heurts1 de drames1 de souffrances seraient vits1 que l'tat gnral de l'humanit serait meilleur4 ,le monde serait plus agrable habiter4 ,la vie d'un village est symbolique cet gard4 ,l1 par une lente sagesse1 tous les habitants sont parvenus respecter la terre du voisin4 ,leur bien se borne au bien d'autrui4 ,ne sont-ils pas plus heureux que s'ils dpassaient les limites de leur propre domaine et dbordaient sans cesse sur les domaines adjacents8 ,que de querelles1 de luttes1 de haines abolies6 ,ce serait la guerre4 ,c'est la paix4 ,il y a aussi un fait d'exprience qui1 dans l'intrt de notre propre bonheur1 doit nous dtourner de nuire4 ,c'est que1 le plus souvent1 tout acte nuisible retombe sur son auteur4 ,la loi d'quilibre1 ou de compensation1 joue4 ,cet acte nuisible fait boomerang4 ,on croit le projeter contre autrui4 ,il revient son point de dpart4 ,le bonheur conquis sur le voisin n'est plus du bonheur4 ,on l'a pay trop cher4 ,on lui garde rigueur des remords qu'il veille4 ,au fond1 nous souffrons plus du mal que nous faisons que du mal qu'on nous fait4 ,enfin1 la notion relativement rcente1 pour ainsi dire scientifique1 de la solidarit1 vient encore confirmer qu'il est de notre intrt de ne pas nuire4 ,en lsant autrui1 nous ne sommes jamais srs de ne pas nous lser nous-mmes1 prcisment parce que toutes les cellules sociales sont dpendantes1 solidaires4 ,quand un point de l'organisme s'enflamme1 tout l'organisme a la fivre4 ,tout ce qui nuit la collectivit nuit l'individu4 ,celui qui1 au mpris de la prudence ou de l'hygine1 jette quelque virus dans la circulation1 est-il jamais sr que le mal1 cheminant travers le monde1 ne viendra pas frapper l'un des siens8 ,ainsi1 le souci bien compris de notre bonheur mme1 nous amne le borner4 ,et ceux-l se trompent qui accusent la morale du bonheur de n'avoir ni sanctions ni freins4 ,elle les trouve en elle-mme4 99 99 99 99 99 ,au surplus1 la comprhension1 le soin de notre propre bonheur1 ne nous dtournent pas seulement de nuire1 de faire le mal4 ,ils nous incitent aussi faire le bien1 car ces lois d'quilibre et de rciprocit jouent pour le bien comme pour le mal4 ,faire du bien autrui1 c'est en faire soi-mme4 ,on fait des heureux pour tre heureux4 ,on reoit en reflet le bonheur que l'on donne4 99 99 99 99 99 ,oui1 entre la morale religieuse1 froide1 tranchante1 nue1 austre1 et la sauvage morale de la force1 la morale du browning1 il y a place pour une morale souriante1 panouie1 rayonnante1 la morale de la fleur4 99 99 99 99 99 ,il ne faut point cependant opposer la morale du bonheur aux morales religieuses4 ,leur antagonisme est plus apparent que rel4 ,il est dans les mots4 ,qui n'applique en fait la morale du bonheur8 ,il faut1 au contraire1 considrer cette morale humaine comme le prolongement des morales divines4 ,celles-ci tenaient l'homme en lisire4 ,elles guidaient ses pas4 ,elles le jugeaient incapable encore de marcher seul4 ,ainsi1 la morale chrtienne le maintenait dans le droit chemin par la crainte de l'enfer et l'espoir du paradis4 ,la morale du bonheur marque un progrs4 ,elle correspond un tat nouveau de civilisation4 ,elle estime que la crature peut enfin s'affranchir de tutelle1 qu'elle est adulte1 qu'elle peut avancer sans aide1 que sa conscience avertie peut clairer sa conduite4 99 99 99 99 99 ,les connaissances humaines se prsentent comme un tronc dont trois rameaux ont jailli3 art1 science1 morale4 ,le premier1 l'art1 a donn son lan et ne progresse plus gure2 le deuxime1 celui de la science1 vient de se dvelopper prodigieusement2 le troisime1 celui de la morale1 vgte4 ,faut-il dsesprer qu'il rattrape les deux autres8 99 99 99 99 99 ,il faudrait embellir la vie1 la fleurir4 ,n'est-ce pas la tendance gnrale des progrs humains8 ,en effet1 quels taient les instincts primitifs de l'homme8 ,se nourrir1 se reposer1 se reproduire4 ,voyez comme nous avons peu peu par1 enjoliv ces trois instincts grossiers6 ,du besoin de se nourrir1 nous avons fait le dlicat plaisir de la table4 ,du besoin de se reposer1 la volupt du lit4 ,et le besoin de se reproduire est devenu l'amour444 ,il y a tant faire1 pour embellir la vie1 pour l'gayer4 ,qu'y a-t-il de plus triste qu'une fte foraine8 ,ces muses d'horreur1 ces jeux de massacre1 ces manges bruyants et laids4 ,ne pourrait-on pas1 peu peu1 couler des divertissements plus jolis1 sans s'carter du got de la foule8 ,on ne dira jamais assez la tristesse des monuments publics4 ,et les magasins8 ,pourquoi ne sont-ils pas gnralement plus plaisants aux yeux8 ,pourquoi la rtisserie1 la poissonnerie1 la boucherie1 ne sont-elles pas toujours dcores de cramiques1 de marbres8 ,pourquoi ne pas rechercher un dcor qui soit plus joyeux sans tre plus coteux8 ,les tentatives qu'on a faites en ce sens ont presque choqu4 ,il semble qu'il y ait quelque chose de sacrilge mettre de la grce1 de la beaut1 dans le dtail de la vie4 99 99 99 99 99 ,une humanit travaillant pour le bonheur tendrait encourager par les plus belles rcompenses tous ceux qui collaborent ce bonheur1 l'artiste1 l'inventeur444 ,et ce ne sont pas les grands hros4 99 99 99 99 99 ,mettons dans notre vie de la grce1 de l'lgance1 de la bont1 de la posie1 des enthousiasmes1 du plaisir4 ,en un mot1 cherchons l'accrotre1 la fleurir1 la faire la plus opulente1 la plus luxuriante4 ,ayons aussi des raisons1 des buts de vivre4 ,sans quoi1 nous descendons la conception la plus misrable1 la plus primitive de la vie1 un tat inconscient o l'tre ne cherche qu' subsister au jour le jour4 99 99 99 99 99 ,candide disait3 ,cultivons notre jardin4 ,oui4 ,reprsentons-nous chaque existence comme un jardin4 ,et voyez1 surface gale1 combien les jardins sont diffrents4 ,l'un est la brousse1 l'autre le paradis4 ,tout dpend des soins qu'on y donne4 99 99 99 99 99 ,nous ne pouvons pas prtendre au bonheur absolu1 mais nous devons chercher l'atteindre par le plus grand nombre de points possible4 ,notre bonheur est enclos dans notre vie1 comme la statue dans le bloc de marbre4 ,c'est nous de le dgager4 ,les sculpteurs praticiens procdent comme si la statue existait dj dans sa gangue de pierre4 ,ils l'atteignent par des sondages nombreux1 qui s'arrtent juste la surface de la future image4 ,ils la touchent par points4 ,nous devons tre les praticiens de notre bonheur4 99 99 99 99 99 ,il faut saisir les beaux instants1 c'est--dire ceux o l'on est heureux sans nuire4 ,et il faut aussi les proclamer1 en soi1 autour de soi4 ,on dit plus volontiers3 ,quel sale temps6 que3 ,le beau temps444 ,il faut que nos propos soient l'image de la vie1 qui roule le bon et le mauvais4 ,ne serait-ce que pour rgler notre pense sur nos paroles et nous pntrer de ce sens de l'quilibre4 ,il y a d'ailleurs un bonheur dont nous ne prenons pas assez conscience3 l'absence de malheur4 ,par exemple1 que de justes petites volupts on se procure se rendre compte qu'on ne souffre plus de maux familiers dont on a pti4 ,nous n'en jouissons pas4 ,nous ne nous disons pas assez3 ,quelle chance de ne pas avoir mal la tte1 mal aux dents6 99 99 99 99 99 ,au fond1 tous nos actes tendent vers l'utile ou l'agrable4 ,cette formule en deux mots enferme notre vie4 ,c'est un vase qui la contient4 ,a nous d'en faire une belle amphore1 de l'largir vers le haut1 d'y mettre toutes les belles fleurs de l'lgance1 de l'art1 de l'altruisme4 99 99 99 99 99 ,l'aspect d'une roseraie publique1 comme celle de ,bagatelle1 un dimanche1 o la foule lente1 recueillie1 discrte1 se promne sous les arceaux de fleurs1 apparat une anticipation1 une vision de demain4 ,,chapitre ,,ii ,,le ,,temps ,la foi dans l'avenir4--,la connaissance de l'avenir4--,le prsent vaut le pass4--,l'hritage du pass4 ,foi dans l'avenir4 ,nous aussi1 nous croyons une vie meilleure1 une vie future4 ,mais nous ne la garantissons pas dans cet au-del de la mort que nul encore n'a sond d'un regard certain4 ,notre vie meilleure1 c'est celle de nos descendants4 ,notre vie meilleure1 c'est l',avenir4 ,elle n'est pas dans le ciel4 ,elle est sur la terre4 ,c'est la vie que nous forgeons pour ceux qui nous succderont4 ,nous y croyons parce que nous y travaillons1 parce qu'elle est le prolongement de notre vie4 ,voil l'acte de foi qui doit nous soutenir au cours de notre existence4 ,cette vie meilleure1 nous ne l'attendons pas dans la rsignation1 sous le joug des dogmes4 ,nous la prparons1 nous apportons notre humble pierre l'difice1 dans le courage et l'allgresse4 99 99 99 99 99 ,devant les vagues monstrueuses1 stupides et magnifiques qui se jettent et se brisent contre la jete1 je pense que les hommes ont dompt les forces extrieures de la nature et qu'ils n'ont pas encore dompt les forces intrieures1 c'est--dire celles qui sont en eux3 la colre1 la haine1 la mchancet1 celles qui les poussent nuire1 tuer444 ,ils ont asservi les flots1 les vents1 la foudre2 ils n'ont point encore refrn leurs instincts barbares4 ,mais qui donc aurait os prdire aux premiers hommes ces victoires sur la nature dchane8 ,et qui peut assurer que les hommes futurs ne couronneront pas cette victoire1 en l'achevant sur eux-mmes8 99 99 99 99 99 ,dans les grandes maladies qui frlent la mort1 les tres se montrent souvent si beaux1 si grands1 si dlicats1 si exquis1 si touchants1 qu'ils dvoilent une humanit suprieure4 ,ils montrent ce qu'ils auraient pu tre1 ce qu'ils auraient t s'ils avaient pu se librer de toutes les entraves qui les retenaient de montrer le meilleur d'eux-mmes4 ,on dirait qu'au seuil de la mort ils voient l'avenir des hommes et dj le ralisent4 99 99 99 99 99 ,j'entends des gens dire que nous avons la mme mentalit que l'homme des cavernes1 que la morale n'a pas fait de progrs1 paralllement la science et sous son influence4 ,est-ce bien sr8 ,et surtout s'est-il coul assez de temps pour que ces progrs nous soient sensibles8 ,les phnomnes d'volution1 ceux qui ont sculpt la surface de la terre1 ceux qui ont peu peu ralis l'tre humain1 sont tellement lents1 exigent tant de milliers d'annes6 ,les notions acquises depuis quelques sicles seulement modifient peut-tre l'esprit de l'homme4 ,mais l'empreinte n'est pas encore assez profonde pour que nous discernions ce relief nouveau4 ,prenez en exemple la conception de l'infini1 la conception qu'il y a des astres derrire les astres1 qu'il n'y a pas de limites l'espace4 ,elle est rcente1 puisque les anciens voyaient un univers born1 vot4 ,elle est fille de l'astronomie moderne4 ,or1 cette notion de l'infini1 de notre terre perdue comme un grain de boue1 comme une cellule isole d'un organisme immense1 cette notion n'est-elle pas pour nous montrer la petitesse1 la vanit de nos querelles1 de nos luttes1 et par consquent pour amliorer peu peu la morale8 ,ne donne-t-elle pas l'esprit une sorte d'apaisement bienfaisant1 cette srnit de l'aronaute ou de l'aviateur qui vogue dans l'espace8 ,peut-tre cette influence d'une vrit neuve s'exerce-t-elle en ce moment mme sur nos cerveaux8 ,peut-tre modifie-t-elle le sens de nos lans1 de nos aspirations8 ,mais la mtamorphose est trop frache1 trop actuelle1 pour que nous en prenions nettement conscience4 99 99 99 99 99 ,on dit que la science ne change pas la vie4 ,cependant1 prenez un modeste exemple3 le tlphone444 ,n'a-t-il pas cr un tat nouveau des relations humaines8 ,ces gens qui sont loigns et qui se parlent l'oreille1 qui s'entendent sans se voir1 comme des aveugles spars par l'espace et non plus par la nuit444 ,n'a-t-il pas donn l'amour1 l'important amour1 une facette nouvelle8 ,entendre une voix chre et ne pas voir le visage4 ,avoir un peu plus que la pense1 un peu plus que l'criture1 avoir la parole444 et n'avoir pas les lvres4 ,et si chacun voulait dresser le bilan de ce qu'il doit au tlphone1 de ce qu'il a pu faire grce lui et de ce qu'il n'aurait pas fait sans lui1 il serait bien contraint de reconnatre qu'il y a quelque chose de chang dans sa vie4 ,d'une faon gnrale1 les communications rapides1 transports et messages1 ont rendu la vie plus sensible1 en runissant des tres chers1 en assurant de prompts secours4 ,elles la rendent plus dense et plus pleine1 puisqu'elles permettent1 dans un mme temps1 d'agir davantage4 ,et elles n'ont fait qu'baucher1 depuis quatre-vingts ans1 leur uvre de pntration internationale4 ,il n'est pas jusqu' la photographie qui n'ait ragi sur les murs4 ,depuis trente ans qu'elle s'est vulgarise1 on a pu1 grce elle1 prendre d'une mme personne d'innombrables aspects1 exacts et vivants4 ,grce elle1 les absents et les morts sourient sous nos yeux4 ,ainsi a-t-elle fortifi les liens des gnrations et le culte du souvenir4 99 99 99 99 99 ,un esprit de tradition1 fidle au pass1 reconnatra aisment que la dcouverte de l'imprimerie et de l',amrique entrana la ,renaissance et la ,rforme1 bref agit sur les murs1 il y a quatre cents ans4 ,mais demandez-lui si le chemin de fer et le tlphone1 la sans-fil et l'aviation exerceront une influence morale1 il niera4 ,ce qu'il y a d'ailleurs d'un peu comique chez les zlateurs du pass1 les ennemis du progrs1 c'est qu'ils se servent de la science1 tout en la maudissant4 ,ils usent de la dpche1 du petit bleu1 des transports rapides1 auto et chemin de fer1 pour leurs affaires et leurs plaisirs4 ,ils vantent les vieux logis et ils les dsertent4 ,ils dnigrent la maison moderne et ils s'y portent en foule4 ,ils blaguent les mdecins et les appellent au premier bobo4 ,ils ne ddaignent ni l'ascenseur1 ni l'incandescence4 ,et ils ne pourraient plus se passer de leur journal1 vite inform1 vite imprim1 vite servi444 99 99 99 99 99 ,il y a1 malgr tout1 bien des raisons de croire un progrs des murs1 des raisons tires de la vie courante4 ,ainsi1 on n'abme pas le matriel du chemin de fer1 bien qu'on puisse impunment1 quand on est seul dans un compartiment1 obir un instinct de rapt et de destruction4 ,c'est un humble et curieux signe d'honntet gnrale4 99 99 99 99 99 ,chaque fois qu'on modifie un engin de transport en commun1 on va toujours de l'inconfort vers le confort4 ,rappelez-vous le vieil omnibus1 la diligence4 ,voyez les transformations successives du wagon1 du tramway4 ,n'est-ce point l un signe que l'humanit tend inconsciemment vers le mieux-tre8 99 99 99 99 99 ,le progrs s'affranchit difficilement de la routine4 ,il ne s'arrache pas sans peine aux formes du pass4 ,ainsi1 les premires automobiles taient juches sur de grandes roues arrire parce qu'elles drivaient des voitures chevaux4 ,on n'en vint que plus tard aux petites roues gales4 99 99 99 99 99 ,nous raillons les ,anglais pour les perruques de leurs juges et le crmonial surann de leurs ftes royales4 ,ils nous raillent pour nos barrires d'octroi et pour nos duels1 parce qu'ils sont affranchis de ces usages4 ,dans une mue perptuelle1 le monde se dpouille de ses vieilles plumes4 ,il en reste de ci1 de l1 quelques-unes4 ,et nous rions de celles du voisin4 99 99 99 99 99 ,toutes les qualits acquises1 les sentiments dlicats1 les fines sensations1 tout ce que l'homme a conquis depuis qu'il apparut faible et nu sur la terre1 me semblent comparables cet humus qui s'est lentement dpos sur la rude corce du globe1 cet humus qui n'est que le rsidu de la vie1 la poussire accumule des gnrations1 et qui nous donne les fleurs4 99 99 99 99 99 ,je ne sais pas de plus nfaste geste que celui de ,diogne rejetant l'cuelle dont il se servait1 la vue d'un enfant qui buvait dans le creux de sa main4 ,est-ce qu'au contraire le progrs humain n'est pas une suite d'acquisitions8 ,la crature jete nue sur la terre1 peu peu1 accru sa vie4 ,elle l'a pare1 elle l'a embellie4 ,elle l'a adoucie4 ,supprimer l'cuelle1 c'est retourner l'tat primitif4 ,c'est marcher en arrire4 ,c'est renier tout l'effort sculaire que reprsente la cration de cette cuelle4 ,la connaissance de l'avenir4 ,on ne peut pas prtendre qu'on ne prdira jamais l'avenir4 ,on prdit dj l'avenir astronomique1 le retour des clipses et des comtes4 ,or1 il en est d'un geste humain comme de la marche d'une toile dans le ciel4 ,l'un et l'autre sont le rsultat de causes dterminantes1 de forces prcises et qui se composent4 ,le phnomne terrestre est peut-tre plus complexe que le phnomne cleste1 mais tous deux sont du mme ordre4 ,on ne peut donc pas affirmer qu'on ne prdira pas l'un comme on a prdit l'autre4 99 99 99 99 99 ,quelle sera la prochaine prvision8 ,sans doute la connaissance exacte du temps1 au point de vue mtorologique1 grce une tude mthodique de ses phnomnes et grce leur coordination1 rendue possible par les moyens de communication instantane1 comme la tlgraphie sans fil4 ,dj1 on annonce plusieurs jours d'avance la marche d'une inondation1 celle d'un cyclone1 d'une dpression baromtrique4 99 99 99 99 99 ,l'usage des graphiques1 des courbes qui enregistrent par exemple la temprature ou la pression baromtrique1 nous familiarise avec l'ide de la connaissance de l'avenir4 ,en effet1 si on arrte la courbe en un point quelconque1 on connat la direction qu'elle va suivre immdiatement au del de ce point4 ,cette direction se confond pendant quelques instants avec celle de ce qu'on nomme la tangente en ce point1 tangente qui nous est connue4 ,on peut donc dire que l'on sait quelle sera la temprature ou la pression un peu au del du moment prsent4 ,on a pu prdire quelques conditions de l'avenir immdiat4 99 99 99 99 99 ,s'accommodera-t-on de savoir l'avenir8 ,oui4 ,car nous connaissons dj une circonstance future de notre existence3 nous avons la certitude de notre mort4 ,et nous nous en accommodons4 99 99 99 99 99 ,les alchimistes ont cherch la transmutation des corps1 c'est--dire l'unit de la matire4 ,sans doute cette notion deviendra-t-elle une vrit scientifique4 ,de mme la lecture de la pense1 qui n'est encore qu'une ressource de prestidigitateur1 deviendra1 elle aussi1 une science exacte4 ,ainsi1 des empiriques1 guids par un obscur instinct1 ont entrevu l'avenir4 ,pourquoi ne soulverions-nous pas d'autres pans du voile8 99 99 99 99 99 ,nous devons lutter contre une paresse de notre esprit1 qui se refuse concevoir un autre tat de murs que l'tat actuel4 ,bien qu'un regard jet sur le pass suffise nous convaincre de la ralit d'une volution1 nous avons peine admettre que cette volution se poursuivra4 ,c'est ainsi que1 de trs bonne foi1 des gens vous crasent sous des formules comme celle-ci3 ,il y aura toujours des douanes1 lorsqu'on s'efforce d'voquer un temps o les nations tireraient leurs ressources financires d'un autre systme fiscal et supprimeraient ainsi une chance de guerre4 99 99 99 99 99 ,nos descendants seraient tonns de quelques traits de barbarie de notre poque1 comme nous le sommes nous-mmes par l'histoire des serfs qui battaient l'eau des douves afin d'apaiser les grenouilles et de protger le sommeil du seigneur4 ,comme nous le sommes par ces rvlations sur la salet de la noblesse du grand ,roy1 sur l'absence de lieux d'aisances au chteau de ,versailles1 sur la misre des paysans rduits manger de la terre444 ,ils douteront de l'existence d'une socit o l'ouvrier peinait de l'aube au soir pour subsister tandis que le financier gagnait des millions en signant un ordre4 ,d'une socit o cinq cents francs de fleurs dcoraient le couvert d'un dner1 tandis que des misreux s'alignaient aux portes des casernes en attendant une cuelle de soupe4 ,ils refuseront de croire que des gabelous et des douaniers palpaient les sacs main1 tripotaient les victuailles1 faisaient ouvrir les malles1 violaient les intimits du linge1 et fouillaient les personnes mme jusque dans leurs plus secrets replis4 ,ils seront stupfaits de constater que la mmoire1 la seule mmoire1 donnait accs aux carrires les plus recherches4 ,car1 pour devenir ingnieur1 mdecin1 professeur1 avocat1 officier1 il fallait subir des examens qui taient uniquement des exercices de mmoire et qui ne tenaient nul compte du caractre1 de l'intelligence1 ni du jugement4 ,et notre hygine1 dont le taudis reste la tare honteuse1 ne leur inspirera qu'un dgot apitoy4 ,ne seront-ils pas bahis d'apprendre que nos mnagres avaient le droit--qu'elles exeraient avec la gravit sereine du devoir--de verser sur la foule matinale1 en marche vers les ateliers et les bureaux1 tous les dchets1 tous les dtritus d'humanit1 toutes les poussires1 toutes les pellicules1 tous les germes de mort1 contenus dans les tapis1 les paillassons1 les plumeaux et les chiffons secous par les fentres8 ,puissions-nous les tonner comme nos anctres nous tonnent4 ,car l'humanit aura donc fait un nouveau pas vers le mieux4 99 99 99 99 99 ,les enfants se plaisent ce jeu des anticipations1 qui prennent pour eux des allures de contes de fes4 ,ils adorent btir les palais de l'avenir4 ,ainsi leur esprit s'are et s'largit4 ,ils se familiarisent avec l'espace et le temps4 ,quand je cherchais devant mon fils1 tout petit1 les progrs possibles de l'espce humaine1 il me disait avec un grand geste gnreux3 ,je te donne des sicles1 je te donne des sicles444 ,le prsent vaut le pass4 ,chaque gnration se juge suprieure celle qui la suit4 ,c'est videmment une illusion1 dont on retrouve la trace dans tous les livres de tous les temps4 ,ainsi que le disait dj ,montesquieu1 si cette dchance se marquait ainsi d'ge en ge1 nous serions retourns au temps des cavernes4 ,les hommes les plus intelligents crivent ou s'crient3 ,ah6 de mon temps6444 ,tout s'en va444 videmment1 ce que nous regrettons dans le pass1 c'est notre jeunesse4 ,cette explication simpliste devrait suffire nous garder de ce travers4 ,mais il y a d'autres raisons cette singulire illusion4 ,ainsi1 la plupart des hommes mrs accusent les jeunes de frocit4 ,c'est un des grands griefs de chaque gnration contre celle qui lui succde4 ,d'o vient cette accusation--videmment fausse1 car si chaque gnration dpassait la prcdente en frocit1 nous serions en effet redevenus de vritables btes fauves8 ,elle vient surtout d'une singulire facult d'oubli1 qui nous fait perdre le souvenir1 dans l'ge mr1 de ce que nous avons t dans notre jeunesse4 ,un capitaine manque d'indulgence aux frasques d'un sous-lieutenant comme s'il ne se rappelait pas avoir commis des frasques de sous-lieutenant4 ,un pre met son fils interne comme s'il ne se rappelait pas ses propres souffrances d'interne4 ,et1 d'une faon plus gnrale1 ces manires cassantes et roides1 cet apptit ingnu de parvenir1 enfin tous ces dfauts inhrents la jeunesse1 nous ne nous rappelons pas les avoir eus4 ,nous les condamnons chez ceux qui nous suivent comme des signes nouveaux1 des marques de dgnrescence4 ,enfin1 il faut ajouter que notre propre jeunesse nous apparat dans le lointain1 tout empotise par la mlancolie du regret4 ,le pass est un jardin dont nous ne voyons plus que les fleurs4 99 99 99 99 99 ,il faut ragir1 mme de bonne heure1 contre notre trange penchant de dnigrer notre temps et de trouver le pass bien suprieur4 ,notre prsent sera le pass de l'avenir4 ,ne l'oublions pas4 ,et ce moment-l1 on le trouvera admirable4 ,supposez qu'il y ait eu1 vers l'an #afjj1 des journaux chroniques4 ,j'en vois une1 inspire par une invention nouvelle1 et qu'on dnigre1 naturellement4 ,o allons-nous8 ,on vient de construire des moulins eau6 ,comment dire l'horreur de ce btiment qui s'accroupit grossirement sur le ruisseau1 jambe de ci1 jambe de l1 qui le barre et qui le bat8 ,c'en est fini de la posie de la rivire qui serpentait librement travers les prairies4 ,o est le vieux moulin de nos pres1 qui tournait gaiement ses ailes dans le vent8444 ,et son tour1 le moulin eau est devenu le vieux moulin potique4 ,c'est le temps qui embellit tout4 99 99 99 99 99 ,il en est des choses comme des actrices3 on ne les trouve belles que lorsqu'elles ne sont plus toutes jeunes4 ,pour que nous apparaisse la beaut d'un objet nouveau1 il faut du temps4 ,quand nos anctres sculptaient des cathdrales1 ils n'en savaient pas toute la beaut4 ,il a fallu des sicles pour dgager leur svre splendeur4 ,il a fallu l'ducation des yeux1 le consentement des gnrations4 ,a peine nos enfants commencent-ils goter la beaut d'une locomotive4 ,et nous qui donnons notre admiration aux travaux romains1 nous la refusons encore ces grands viaducs1 ces audacieuses et lgres dentelles d'acier jetes en charpe sur la gorge des montagnes4 99 99 99 99 99 ,soyons fiers du prsent4 ,quelle joie1 quel orgueil d'avoir assist l'closion de tant de dcouvertes6 ,plaignons ceux que l'orientation de leur esprit a dtourns de goter ces splendides1 ces potiques dlices des grands horizons de science1 l'air et la mer pntrs1 l'univers dvoil1 la cellule viole1 l'atome grandi1 la terre rduite4 ,l'hritage du pass4 ,il serait parfaitement injuste de croire qu'on rpudie tout le pass parce qu'on aime la vie moderne4 ,on peut avoir tout ensemble le culte du souvenir et de l'avenir4 ,on peut tre pris des grandes dcouvertes scientifiques1 en sentir l'ardente posie1 et s'attacher passionnment aux vestiges mouvants ou gracieux des poques disparues4 ,nous ne sommes pas les ennemis de tout le pass4 ,nous voudrions garder tout ce qu'il eut d'aimable et n'abolir que ce qu'il eut de nuisible4 ,nous voudrions n'accepter son hritage que sous bnfice d'inventaire1 le soumettre l'examen4 ,il faut trier le pass1 et non pas le tuer4 ,on peut tre remu jusqu'aux larmes par une antique maison1 un bibelot vnrable1 une coutume touchante1 une vieille chanson1 se passionner pour les annales de sa famille1 pour les lieux o elle a vcu1 tre rassur1 satisfait de sentir au-dessous de soi des racines profondes1 sans pour cela tout admirer du pass1 aveuglment1 en bloc1 sans pour cela respecter les superstitions1 les cruauts1 l'ignorance1 sous couleur qu'elles nous ont t lgues par les anctres6 ,par exemple1 est-il rien de plus charmant1 de plus justifi1 que le costume rgional8 ,il rsulte du climat4 ,il est1 comme la flore1 le produit du sol et le reflet du ciel4 ,loin de le laisser disparatre1 ne devrait-on pas s'efforcer de le ressusciter8 ,nous voulons galement ramener les belles ruines la lumire du jour1 clbrer ainsi la dure dans ses plus nobles monuments4 ,nous voulons que survivent les touchants usages1 les vieilles ftes locales1 les jolies traditions4 ,nous voulons que refleurisse sans cesse cette guirlande lgre qui court au long des ges4 ,mais nous entendons allger la chane pesante des prjugs qui nous rive aux erreurs du pass4 99 99 99 99 99 ,car ces prjugs1 ces traditions1 ces usages1 sont oppressifs4 ,tous exigent qu'on leur obisse1 et qu'on les suive4 ,il importe donc de les examiner avant de les suivre et de ne leur obir que s'ils apparaissent dignes d'tre obis4 ,il faut rigoureusement leur demander leur origine1 leurs papiers1 leur justification4 ,ah6 c'est un jeu curieux1 que d'observer ainsi toutes les coutumes1 toutes les convenances1 d'un regard neuf1 d'un esprit affranchi4 ,on en voit dont clate l'illogisme cruel4 ,ainsi1 une socit qui exalte la repopulation et qui devrait par consquent honorer la maternit sous toutes ses formes1 crase sous la honte la fille-mre4 ,ailleurs1 cet illogisme apparat surtout grotesque4 ,voici un trait que j'en ai cit souvent4 ,un homme dcouvre la photo de sa femme enlace pleins bras par un galant4 ,altr de sang1 il fonce sur la coupable1 qui reconnat en souriant l'preuve3 c'est l'instantan d'un tour de valse1 dans une garden-party4 ,aussitt le mari s'croule4 ,il tuait le couple immobile4 ,il demande pardon au couple mobile4 ,sous ce jour cru1 tout aspect de la vie devient un sujet d'tonnement4 ,s'agit-il d'un repas8 ,tout fait question4 ,pourquoi les hommes ont-ils choisi comme tenue de gala prcisment celle des domestiques8 ,comment tolrons-nous que des tres1 qui nous sont semblables1 se tiennent debout derrire nous1 nous prsentant des plats1 nous versant boire8 ,comment poussons-nous l'inconscience jusqu' parler devant eux comme s'ils n'existaient pas8 ,comment les femmes osent-elles s'accrocher des bijoux un peu partout1 pour une courte jouissance d'ostentation et de coquetterie1 quand chacun de ces grains de pierre ferait la fortune d'une humble famille1 quand un rang de perles reprsente un collier de bonheurs8 ,qui rgla l'ordre des prsances8 ,pourquoi place-t-on trs haut certaines professions et en tient-on d'autres en petite estime8 ,quelles lois mystrieuses dressrent la hirarchie des mtiers8 ,on exalte le chirurgien1 on mprise un peu le dentiste4 ,pourtant tous deux ne font que curer des parties diffrentes de l'individu444 ,le spectacle de la rue n'est pas moins riche en surprises pour peu qu'on se soit un instant dpouill de ses prjugs1 qu'on l'examine avec un esprit tout neuf1 mis nu4 ,on s'tonne alors que les passants s'treignent les mains pour marquer ou feindre de la sympathie1 qu'ils se dcouvrent le crne pour tmoigner de la dfrence4 ,les modes deviennent des motifs d'hilarit3 se parer de la dpouille des oiseaux ou des animaux fourrure1 se comprimer la taille des organes vitaux1 tour tour s'anantir ou s'exagrer la poitrine1 l'abdomen et les hanches1 tout apparat follement jovial4 ,les costumes d'exception deviennent comiques4 ,on s'aperoit que le mme bicorne coiffe la tte du gnral1 du garon de recettes1 du polytechnicien et du gardien de muse4 ,pourquoi le militaire et le garon boucher sont-ils seuls porter au ct l'instrument de leur profession1 l'un le sabre et l'autre la pierre affter8 ,on reste stupfait de la vnration qui s'attache aux emblmes honorifiques4 ,pourquoi des hommes inspirent-ils plus de respect en s'enveloppant les jambes dans l'unique fourreau d'une robe que dans les deux fourreaux d'un pantalon8 ,passe-t-il un enterrement8 ,stupeur nouvelle4 ,bien qu'ils aient l'horreur et l'effroi de la mort1 les hommes la saluent comme une amie et les femmes l'honorent du mme signe que leur dieu4 ,tous tolrent1 bien qu'ils cherchent l'carter de leur pense1 qu'elle s'impose en spectacle1 conduite par un cocher silhouette de polichinelle1 entoure de dguiss macabres1 suivie d'une foule o tout choque1 la douleur vraie qui s'exhibe1 et l'indiffrence qui se masque mal4 ,ainsi1 qu'on lise un journal1 un livre1 ou qu'on observe la vie de ce regard dpouill1 nos murs ne cessent pas de surprendre4 ,leurs lois apparaissent incohrentes1 mettant ici de la honte sur une maladie1 l de la gloire sur le massacre1 parfois aussi injuste dans leurs pudeurs que dans leurs enthousiasmes1 dans leurs svrits que dans leurs indulgences1 dans le choix de leurs victimes innocentes que dans celui de leurs hros malfaisants4 ,c'est pourquoi un rigoureux examen s'impose1 devant l'amas des coutumes1 norme bric--brac hrit d'un pass proche ou lointain1 o se ctoient l'excellent et le pire1 le robuste et le vermoulu1 le grotesque et le charmant4 ,autant il importe de conserver1 de consolider les bons usages1 autant il est juste de travailler dtruire les mauvais4 99 99 99 99 99 ,il en est des habitudes comme des traditions4 ,il ne faut leur obir qu'aprs les avoir examines4 ,elles servent en nous l'instinct du moindre effort4 ,ce sont des lignes de moindre rsistance que notre esprit suit volontiers1 comme l'eau qui descend au flanc des valles suit les pentes les plus rapides4 ,mais il y a deux sortes d'habitudes4 ,la bonne habitude1 c'est celle qui simplifie notre vie1 en nous facilitant des actes ncessaires mais peu intressants4 ,ainsi1 pour tous les gestes de la toilette1 le rangement d'objets dont nous usons pareillement chaque jour1 l'habitude est excellente4 ,elle nous dispense de rflchir1 de chercher1 elle nous pargne du temps1 dans des besognes qui ne sont vraiment dignes ni de rflexion1 ni de recherches4 ,qui ne connat la mauvaise habitude1 l'ineffaable pli de l'esprit1 n de la rptition d'un acte que nous ne pouvons plus nous empcher d'accomplir1 mme en nous en reprsentant le ridicule ou la nocivit8 ,il faut la briser impitoyablement1 car elle nous enlve sans profit le contrle de nous-mme et nous ravale au rang de la brute4 99 99 99 99 99 ,si l'on rflchissait avant d'agir444 ,la face du monde changerait4 ,rien ne serait perdu1 mais tout serait nouveau4 ,on condamne1 on excute1 au nom de l'usage1 sans voir plus loin4 ,ah6 videmment1 cette rgle est simple et commode4 ,ne rien discuter1 pouser les ides reues1 respecter toutes les traditions1 agir comme les autres1 s'habiller comme les autres1 penser comme les autres444 ,oui1 c'est une ligne de vie qu'on serait tent de suivre4 ,d'autant qu'en dehors de cette voie1 on ttonne1 sans guide et sous les coups4 ,mais c'est justement parce que cette morale est oppressive et cruelle1 impitoyable1 qu'on ne peut pas s'y soumettre sans lchet4 ,et puis1 on ne peut plus la respecter ds qu'on l'examine4 99 99 99 99 99 ,en abordant les traditions et les usages avec circonspection1 en examinant la lumire de la raison cette floraison pousse sur la couche du pass1 o le bon et le mauvais s'entremlent1 nous faisons acte de progrs4 ,car1 en obissant toutes les coutumes1 par simple esprit d'imitation1 parce que cela se fait1 pour faire comme tout le monde1 nous nous rapprochons de la bte qui1 guide par l'instinct1 accomplit toujours la mme tche avec les mmes gestes1 sans y rflchir4 99 99 99 99 99 ,cet instinct d'imitation1 ce souci de faire comme les autres1 d'tre comme les autres1 sont tout-puissants4 ,ils n'en sont pas plus respectables4 ,dans une assemble bien duque1 il ferait beau voir que tous les individus ne fussent pas habills de la mme faon6 ,avoir la mme tenue que les autres444 mais c'est un besoin profond4 ,quand un convive en redingote tombe1 dans un dner1 parmi des habits noirs1 pourquoi son vtement lui pse-t-il cent mille kilos sur les paules1 pourquoi est-il empoisonn au point de vouloir reprendre la porte8 ,ce n'est pas par vanit1 car mme si son costume tait plus fastueux que les autres1 il prouverait la mme gne4 ,ce qui l'oppresse1 c'est que ce costume soit diffrent des autres4 ,c'est un instinct si violent qu'il en est agressif4 ,si quelqu'un se promenait dans la rue en violet1 couleur discrte mais inaccoutume1 il irait sous les rires et bientt sous les hues4 ,pourtant il ne nuirait personne1 il ne choquerait aucun sentiment vraiment respectable4 ,mais il faut tre comme les autres et faire comme les autres4 ,nous sommes encore des tres d'habitude1 comme ces insectes qui tuent celui d'entre eux qui1 pour une cause quelconque1 a cess de leur ressembler4 ,nous les imitons presque4 ,la foule a houspill1 frapp des malheureuses qui essayaient de lancer la ville la mode1 pourtant discrte et commode1 de la jupe-culotte adopte bicyclette4 99 99 99 99 99 ,il y a aussi1 dans le respect des usages1 un grand souci du qu'en dira-t-on1 souci qui n'est ni trs noble1 ni trs courageux4 ,il y a enfin1 dans ce respect aveugle1 une grande paresse morale4 ,balzac dit d'un de ses personnages3 ,les institutions pensaient pour lui4 ,le contrle et la critique des usages exigent en effet un effort continu4 ,est-ce dire qu'il faille s'en affranchir a priori8 ,mille fois non4 ,encore une fois1 il y a des traditions excellentes dans le legs du pass4 ,l'important est de les discerner4 99 99 99 99 99 ,certes1 on est sans cesse oblig de faire des concessions au milieu o l'on vit4 ,pour rester avec ses semblables1 il faut adopter la plupart de leurs conventions4 ,un homme qui la langue franaise dplairait serait oblig de la parler en ,france pour se faire comprendre4 ,il doit obir la loi1 aux autorits4 ,s'il refuse l'impt1 on le vend4 ,s'il rsiste un agent1 on l'empoigne4 ,s'il insiste1 on l'esquinte4 ,et il n'a mme pas la facult de se retirer dans une le sauvage1 car les naturels le mettraient la broche1 sous couleur1 prcisment1 qu'il n'a pas leurs coutumes4 99 99 99 99 99 ,il y aurait d'ailleurs un grave danger mpriser ouvertement tous les usages reus4 ,on ne peut pas-- moins d'tre un aptre--vivre hors du temps et du milieu o l'on est n4 ,a anticiper trop1 on s'amoindrit inutilement1 on se nuit4 ,et on a rarement le droit de se nuire4 ,il y a des concessions ncessaires4 ,rien n'tait plus stupide que le duel1 o l'offens pouvait se faire percer la peau par un offenseur plus habile ou plus heureux4 ,et cependant1 celui qui refusait le duel1 au nom de ses principes1 se diminuait socialement1 puisque sa conviction pouvait tre prise pour de la crainte4 ,il en est de mme du mari qui se sait tromp4 ,il peut1 intrieurement1 admettre cette situation2 mais1 face au monde1 il se ridiculise4 ,de l encore1 la ncessit de cacher une liaison qui1 sans lser personne1 heurte les prjugs444 ,car1 en l'affichant1 on risquerait de nuire cette union mme1 ceux qui l'ont contracte4 ,ainsi il y a de durs compromis entre le besoin d'adapter ses actes ses doctrines et l'impossibilit d'chapper son poque4 ,on n'agit pas toujours comme on pense4 ,mais on peut toujours travailler dtruire pour les gnrations suivantes les prjugs dont on est contraint de porter le joug4 99 99 99 99 99 ,dans cette sorte de dfiance consciente contre les prjugs et traditions1 on aura souvent lutter contre le vieil homme1 c'est--dire celui qui garde en nous tous les instincts ataviques que nous roulons dans notre sang4 ,c'est l'ancestral1 le barbare1 le fodal4 ,il a des rveils1 des lans1 et des impulsions rprouvs par l'homme de raison qui s'est peu peu dvelopp en nous4 ,d'o des conflits frquents444 ,il faut terrasser le vieil homme4 99 99 99 99 99 ,nous sommes comme ces insectes qui ont des antennes et un lourd arrire-train4 ,nous avons des antennes qui ttent l'avenir et nous sommes retenus dans notre marche par un arrire-train lourd des prjugs du pass4 99 99 99 99 99 levs dans l'esprit d'examen1 les enfants s'exposent ce que1 plus tard1 parvenus l'ge adulte1 on les accuse de vouloir tout dtruire4 ,il serait profondment injuste de confondre l'esprit critique et l'esprit destructeur4 ,il est bien entendu qu'on ne peut enlever une pierre de l'difice des murs sans en tenir une autre prte lui tre substitue4 ,toute convenance dont on croit devoir s'affranchir au nom de l'intelligence de la vie doit tre remplace par une rgle meilleure4 99 99 99 99 99 ,s'il me semble juste et bon de soumettre l'examen les traditions1 les convenances1 les prjugs1 les habitudes1 il ne s'ensuit pas qu'il faille faire fi de la rgle et de l'ordre4 ,ce sont des directrices ncessaires la vie de la socit comme celle de l'individu4 ,la marche de l'univers est l'exemple parfait1 le chef-d'uvre de l'ordre4 ,c'est une des consquences de la loi d'quilibre qui tout obit4 ,et la rgle facilite l'existence4 ,c'est un guide1 une rampe d'appui4 ,mais elle aussi1 il faut l'examiner avant de la suivre4 ,elle peut tre caduque1 vermoulue4 ,elle peut nous entraner dans des dtours inutiles4 ,mettons donc de l'ordre dans notre vie1 mais un ordre consenti1 dont nous aurons mis nous-mmes les lois en harmonie avec le bon sens et les exigences du milieu4 ,donnons-nous des rgles1 mais des rgles vrifies1 que nous aurons soumises ce mme travail de mise au point4 ,,chapitre ,,iii ,,la ,,vie ,la vie en souplesse4--,la vie est complexe4--,la vie est prcaire4--,l'inutile tristesse4--,l'harmonie dans la vie4--,le plan du rel4 ,la vie en souplesse4 ,le ,x,i,xe sicle fut le sicle de la vitesse4 ,tous ses progrs sont des progrs de vitesse4 ,on voyage plus vite1 on correspond plus vite1 on portraitise plus vite4 ,locomotion1 tlgraphie1 photographie1 ce sont des progrs de vitesse4 ,on tend partout vers l'instantan4 ,je crois qu'aprs avoir progress en vitesse1 on progressera en souplesse4 ,j'entends par l que la vie1 aprs tre devenue plus rapide1 deviendra plus plastique4 ,ce sera--pour qui a foi dans le progrs et pour qui en voit les signes dans ces changements--la prochaine amlioration humaine4 99 99 99 99 99 ,si l'on admet que l'enfant recommence l'humanit1 en parcourt toutes les tapes1 on s'aperoit que nous progressons en souplesse4 ,en effet1 l'enfant manque d'abord de souplesse4 ,pour atteindre un but1 il fait un mouvement dmesur1 il dploie une trop grande nergie4 ,il commence par s'envoyer la cuiller dans l'il pour atteindre sa bouche4 ,c'est peu peu qu'il calcule son geste et son effort pour obtenir le rsultat avec la moindre dpense1 une souple facilit4 ,il en est de mme dans le dbut d'un exercice physique1 tel que l'escrime4 ,d'abord1 on se roidit1 on se fatigue4 ,et c'est peu peu qu'on gagne en harmonieuse souplesse ce qu'on pargne en force maladroite4 ,en ces matires1 l'ducation tend donc dvelopper le moindre effort pour atteindre le but4 ,ainsi1 le ruisseau1 pour descendre de la montagne la plaine1 se trace le chemin le plus court4 ,ainsi le courant lectrique suit la ligne de moindre rsistance4 ,mais il ne faut pas considrer cette recherche du moindre effort comme un encouragement la paresse6 ,loin de l4 ,il s'agit du moindre effort pour un rsultat dtermin4 ,il s'agit de la meilleure utilisation1 du meilleur rendement4 ,c'est encore le triomphe de l'lgance et de la souplesse4 99 99 99 99 99 ,un symptme--qui est en mme temps un symbole--de cette tendance l'assouplissement de la vie3 le train tait oblig de suivre sa voie2 puis l'auto s'affranchit du rail et peut1 la mme vitesse1 suivre son caprice au long des routes2 enfin l'aroplane s'vade de la terre mme1 il a tout l'espace pour sa fantaisie4 99 99 99 99 99 ,l'ide de souplesse s'appliquera aux usages trop rigides1 ceux qu'on suit uniquement parce que cela se fait4 ,on les brisera1 dans le sens o l'on brise une chaussure trop troite pour l'assouplir et l'adapter son pied4 ,elle s'appliquera aux habitudes qui1 si elles nous aident parfois1 souvent nous ankylosent4 ,elle s'appliquera aux rgles de la vie usuelle1 qui ont souvent quelque chose d'automatique1 d'inutilement dur4 ,par exemple1 on se dplacera vers des villgiatures1 non pas une seule fois par an comme on en avait coutume au temps des voyages difficiles1 mais plusieurs fois1 selon les loisirs1 selon la couleur du ciel1 selon les opportunits4 ,et dj cette tendance se dessine4 ,on s'chappe de la ville diverses vacances4 ,on va et on vient4 ,on tend les congs des enfants1 sans nuire leurs tudes4 ,il y a plus d'aisance dans le jeu de la vie4 99 99 99 99 99 ,il faut assouplir les rgles de la vie mnagre4 ,elles sont trop rigides4 ,ainsi1 quand elle fait une chambre1 la servante ouvre la fentre aussi largement tous les jours4 ,il faudrait nuancer1 ouvrir plus ou moins selon que le temps est humide ou sec1 que le vent est plus ou moins violent4 ,dj1 pour le vtement masculin1 nous avons suivi cette loi de l'assouplissement4 ,ce n'est plus la gaine troite1 l'armure rigide qui s'imposaient nos anctres4 ,ais1 flottant1 il se plie1 s'adapte notre forme1 sur mesure4 ,pourquoi ne pas suivre cette tendance dans toutes les directions de la vie pratique8 99 99 99 99 99 ,il faut aussi composer avec soi-mme1 ne pas s'imposer inutilement une roide discipline1 mais au contraire tirer de soi1 de son organisme1 le meilleur profit4 ,ainsi1 a-t-on sommeil le matin8 ,est-on1 comme on dit1 du soir8 ,il ne faut pas lutter1 et souffrir vainement toute sa vie4 ,il faut transporter au soir la besogne qu'on aurait voulu faire le matin4 ,il faut adapter au mieux son labeur aux besoins de son tre physique4 99 99 99 99 99 ,ainsi1 dans les bureaux1 les ateliers1 ne devrait-on pas essayer1 mme avec des grossires approximations1 de se guider sur le soleil1 pour commencer le travail#a4 #a crit en #aiac4 ,de l'hiver l't1 il y a quatre heures de diffrence1 quant au lever du soleil4 ,on devrait commencer la journe beaucoup plus tard en hiver1 beaucoup plus tt en t1 afin de travailler moins la lumire artificielle et de mieux profiter du jour4 ,salaires1 emploi du temps1 pourraient tre modifis de faon que ni la production ni les gains ne soient1 au total1 troubls par ces changements saisonniers4 ,il faut assouplir la vie1 la dure vie4 99 99 99 99 99 ,la vie matrielle1 la vie des coutumes1 deviendront donc plus souples4 ,et aussi la vie morale4 ,l'indulgence1 c'est la souplesse de l'esprit4 ,nous adapterons nos jugements aux tres1 aux circonstances4 ,oui1 il faut des rgles1 mais non pas des rgles rigides4 ,il faut des rgles souples1 qui s'appliquent notre silhouette4 ,nous avions un dur talon1 le mtre de platine1 qui ne se courbe pas4 ,au mtre droit1 substituons le mtre-ruban4 ,la vie est complexe4 ,recherchons toute action des causes multiples4 ,certes1 un de ces mobiles est souvent prdominant4 ,c'est en gnral le seul que nous apercevions4 ,nous aurions grand tort de ngliger les autres4 ,d'autant que nous risquerions d'en mconnatre de fort importants4 ,en effet1 toutes les forces qui nous sollicitent sont comme autant de poids que nous jetons dans la balance de notre jugement4 ,or1 n'est-ce pas souvent un tout petit poids1 ajout au dernier moment1 qui dcide du sens o vont incliner les plateaux8 ,ainsi l'ide d'unit s'oppose et nuit l'ide de complexit4 ,que de malentendus naissent de ce fcheux concept d'une cause unique1 qui nous masque les autres6 ,c'est un excellent exercice que de suivre ainsi le jeu de nos dcisions1 d'en analyser tous les lments4 ,cet entranement nous rend plus habiles et plus prompts nous dterminer4 ,puis1 bien pntrs par notre propre exemple de la complexit des causes1 nous pntrerons1 parfois mieux qu'eux-mmes1 les raisons des autres4 ,cette comprhension nous assure un grand avantage dans tous nos rapports avec notre prochain1 qu'il s'agisse de persuader1 de vaincre ou de pardonner4 99 99 99 99 99 ,un exemple de la complexit de la moindre sensation3 celle du chaud1 du froid4 ,nous croyons qu'elle est enregistre par le thermomtre1 par l'unique thermomtre4 ,c'est inexact4 ,il y a des jours o le thermomtre est trs bas et o nous avons chaud et rciproquement4 ,pour recueillir toutes les coordonnes1 tous les lments de notre impression1 il faudrait en mme temps employer le baromtre qui mesure la pression1 l'hygromtre qui mesure l'humidit1 l'anmomtre qui mesure la force du vent1 le radiomtre qui mesure celle du soleil4 ,peut-tre d'autres1 qui mesureraient la tension lectrique444 ,rien n'est simple4 99 99 99 99 99 ,nous appelons souvent mensonge une des faces de la vrit1 une de celles qui ne nous apparaissent pas4 ,plis concevoir l'unit du vrai1 nous accusons de fausset tout ce qui n'est point cette couleur unique du vrai4 99 99 99 99 99 ,la vrit est si diverse qu'on peut en peindre deux aspects opposs1 galement exacts et sincres4 ,cela dpend du point de vue o l'on s'est plac4 ,il est plus juste encore de reprsenter la vrit comme une matire plastique1 analogue la glaise1 que chacun ptrit son empreinte4 ,les avocats exploitent prcisment cette plasticit des faits4 ,ils s'efforcent de leur donner une figure favorable la cause qu'ils dfendent4 ,ce n'est pas de l'artifice4 ,c'est de l'art4 99 99 99 99 99 ,l'ide d'unit fait qu'on s'tonne de voir un mme tre se prsenter sous des aspects diffrents4 ,on l'accuse de manquer de sincrit4 ,mais nous ne nous tonnons pourtant pas qu'un mme arbre soit1 l'hiver et l't1 nu ou couvert de feuilles4 ,l'apparence change4 ,l'armature reste4 99 99 99 99 99 ,habituons-nous la diversit d'un mme tre1 avant qu'il soit diminu nos yeux du fait d'tre divers4 ,tel homme aime une femme et en parle lgrement4 ,pourtant1 il est sincre1 tour tour1 dans la tendresse et l'ironie4 ,un ami ne nous trahit pas parce qu'il mdit un tantinet de nous4 ,ce sont des tats diffrents4 ,voil tout4 ,vous protestez8 ,vous vous cabrez8 ,mais vous-mme1 vous savez bien que vous avez t dans ces tats diffrents1 sans cesser d'tre vous-mme4 ,examinez-vous4 ,n'avez-vous pas t tour tour tendre et dur1 cruel et bon1 sensible et sec8 ,cette diversit de l'tre apparat dans les tmoignages en justice4 ,l'un dit d'un accus3 il tait doux4 ,un autre3 il tait violent4 ,un troisime3 il tait franc4 ,un autre encore3 il tait fourbe4 ,tmoins charge1 tmoins dcharge trouvent dans sa vie des traits opposs et qui peuvent tre tous vrais4 ,car nous sommes divers4 ,cela droute notre coutume de penser selon l'unit1 de juger les hommes comme s'ils taient des statues1 d'une seule matire1 tout en bronze1 tout en marbre4 ,et nous ne sommes qu'une mosaque4 99 99 99 99 99 ,au point de vue de la diversit de l'tre1 nous pouvons constater sur nous-mme1 dans le dtail de la vie1 des manifestations d'un instinct et d'un contre-instinct correspondant4 ,exemple3 nous sommes sociables1 puisque la solitude nous est mortelle1 ainsi que le prouve le rgime cellulaire4 ,et nous souhaitons farouchement d'tre seul en wagon4 ,de mme1 l'homme a certainement le got et le besoin d'une compagne4 ,par l1 il est monogame4 ,et en mme temps il aspire la polygamie4 ,ces contradictions sont innombrables4 ,en sa diversit1 la crature apparat contradictoire4 ,chacun de nous est un livre dont les feuillets ne se rptent pas4 ,nous-mme1 nous n'en savons pas dchiffrer toutes les pages4 ,et nous ne savons mme pas d'o vient le souffle qui les fait tourner4 99 99 99 99 99 ,dans l'amas des usages1 il en est de bons et de mauvais4 ,eux aussi sont divers4 ,mais notre esprit1 pli l'unit1 accepte tout4 ,la crainte et la paresse aidant1 il refuse de procder l'inventaire1 de conserver les uns et de dtruire les autres4 ,on ne dplorera jamais assez cet esprit d'unit4 ,tout est compos1 tout est complexe4 99 99 99 99 99 ,cette ide de diversit doit s'appliquer aussi la multitude1 aux tres considrs les uns par rapport aux autres4 ,il y a longtemps qu'on a remarqu que les empreintes digitales diffrent d'un individu l'autre4 ,il faut transporter cette notion dans le domaine moral4 ,tous les individus sont aussi diffrents les uns des autres que leur empreinte digitale4 ,la premire consquence1 c'est qu'il ne faut pas juger un autre d'aprs soi4 ,en lui prtant nos propres mobiles1 nous risquerions fort de nous tromper4 ,d'autant que lui-mme1 tombant dans le mme travers1 nous prte les siens4 ,c'est la source d'innombrables malentendus4 ,une autre consquence de cette diversit1 c'est de faire apparatre le dfaut de la ,loi1 telle que nous l'ont lgue les civilisations antiques4 ,pntre de l'esprit d'unit1 elle entend s'appliquer tous les hommes1 les juger comme s'ils taient identiques4 ,les soumettant au mme gabarit1 elle opprime trop les uns1 pargne trop les autres4 ,l'ide de diversit et l'ide de souplesse1 domines elles-mmes par la notion du dterminisme1 prsideront sans doute la refonte des ,codes4 ,la vie est prcaire4 ,deux conceptions de la vie sont en prsence4 ,la premire est fonde sur la certitude de vivre trs vieux4 ,celui qui l'adopte dira par exemple3 ,dans dix ans1 je ferai cela1 quitte s'vaporer dans dix jours4 ,elle a pour principal inconvnient de sacrifier les plus belles annes de la vie la prparation de la vieillesse1 de choisir une situation mdiocre1 o l'on rogne sur le superflu1 sur le ncessaire1 pendant sa jeunesse et sa maturit1 pour avoir droit cette retraite laquelle on ne parviendra peut-tre pas444 ,la seconde conception consiste prendre conscience de la prcarit de l'avenir1 de la fragilit de la vie1 de l'imprvu du lendemain4 ,c'est elle que va ma prfrence4 ,je la crois plus humaine4 ,la premire ressemble trop la srnit animale4 ,on m'a souvent oppos que le sens de la prcarit de l'avenir dcourageait l'effort4 ,c'est une erreur4 ,n'ayant pas la certitude bate d'une longue vie1 on n'en est que plus press d'aboutir1 de raliser sa tche1 de crer l'uvre qu'on veut laisser aprs soi4 ,c'est un stimulant1 non pas un anesthsiant4 ,et1 au point de vue spcial de la retraite1 de l'pargne rserver pour la vieillesse1 cette ide de la fragilit de la vie n'entrane pas une frivole insouciance de l'avenir1 un gaspillage au jour le jour4 ,non4 ,elle restreint simplement la part norme que l'on sacrifie cette retraite dans la socit actuelle1 part dmesure1 puisqu'on voit des milliers de gens choisir le mtier de fonctionnaire1 tre malheureux toute leur vie1 pour cette fameuse retraite dont ils ne doutent pas de jouir1 et dont beaucoup ne jouiront pas4 99 99 99 99 99 ,j'ai entendu des gens qui1 se plaignant de leurs occupations1 soupiraient3 ,on oublie de vivre444 ,et c'est vrai4 ,ne conoit-on pas une existence plus souple1 plus intelligente1 o l'on ait le temps de vivre8 ,par exemple1 ne pourrait-on pas avoir la sagesse de se retirer plus tt1 en pleine force1 au risque de n'avoir pas autant d'aisance8 ,a quoi bon tant de richesse1 si on meurt avant d'en profiter8 99 99 99 99 99 ,des commerants1 des industriels1 des grands cultivateurs1 hsitent souvent saisir l'occasion unique d'un voyage qui maillerait leur vie d'un rare souvenir4 ,ils obissent plus la routine qu'au zle4 ,qu'ils tombent gravement malades1 ou qu'ils se cassent une jambe1 ils feront ainsi la preuve qu'ils ont pu abandonner pour un temps leurs affaires sans qu'elles en souffrent srieusement4 99 99 99 99 99 ,pour ragir contre cette foi instinctive dans la scurit de l'avenir1 pour laisser la place du hasard1 il existe un moyen qui1 si puril qu'il paraisse1 n'en est pas moins efficace4 ,a propos d'un voyage prochain1 on dit1 on crit1 avec une lourde certitude3 ,je partirai tel jour444 j'arriverai tel jour444 je prendrai le train de telle heure444 crivez ou dites plutt3 ,je compte partir444 je me propose d'arriver444 j'ai l'intention de prendre tel train444 ,on est contraint de penser les mots qu'on prononce4 ,par ce simple artifice1 on prend le sens de la prcarit de la vie1 on fait la part du destin1 on s'incline lgrement devant le dieu inconnu4 99 99 99 99 99 ,notre vie sera courte ou longue1 nous ne le savons pas d'avance4 ,l'important1 c'est qu'elle soit toujours pleine et brillante4 ,nous soufflons chacun notre bulle de savon4 ,nous ne savons pas quand elle clatera4 ,peut-tre sera-t-elle encore petite ce moment-l4 ,peut-tre sera-t-elle devenue grande4 ,mais l'important1 c'est qu'elle soit emplie d'un souffle sain1 et qu'elle s'irise444 ,l'inutile tristesse4 ,que d'exemples on pourrait donner du fcheux penchant qui nous incline ne voir que le mauvais ct de la vie6 ,j'en ai dj cit4 ,vieux restes sans doute des terreurs ancestrales1 du temps o l'homme dsarm tremblait devant les monstres et peuplait la nature de fantmes et de divinits froces4 ,ainsi le paysan se plaint sans cesse du mauvais temps4 ,il constate bien plus rarement le beau temps4 ,d'une faon plus gnrale1 on constate plus volontiers le mal que le bien4 ,les journaux sont le plus frappant exemple de cette tendance4 ,ils sont tristes4 ,ils n'enregistrent que le crime et l'accident4 ,ils ne donnent pas un reflet exact de la vie4 ,cela ragit certainement sur la mentalit du pays4 ,car nous sommes des imitateurs-ns4 ,pourquoi1 dans ces quotidiens1 ne pas donner aux vnements heureux1 gais1 curieux1 une place analogue celle qu'ils tiennent dans la vie ct des vnements dramatiques8 ,faut-il vraiment du sang pour exciter l'intrt8 ,plus tard1 en feuilletant nos journaux1 on s'tonnera de voir que neuf portraits sur dix reprsentaient des assassins4 99 99 99 99 99 ,pourquoi1 lorsqu'on a commenc de btir des gares1 des casernes1 des hpitaux1 des lyces1 a-t-on fait triste8 ,pourquoi n'avoir pas fait riant8 ,il n'en et gure cot davantage4 ,je sais deux gares charmantes4 ,l'une1 o le poste d'aiguillage est pavois de roses4 ,l'autre1 o la vigne entoure les piliers de la marquise et fait son fronton une frise admirable4 ,l'exemple est suivre4 ,les seuls tablissements publics qui soient gracieux1 n'taient pas destins leur emploi actuel3 les ministres1 installs dans des palais dsaffects4 ,et encore1 bien vite1 l'esprit administratif a su les enlaidir1 grand renfort de banquettes1 de cloisons1 de tapis verts1 taches d'encre et garons de bureau4 99 99 99 99 99 ,ouvrez un dictionnaire de synonymes4 ,les mots tristes ont beaucoup plus d'quivalents que les mots gais4 ,autre preuve du triste penchant qu'on pourrait redresser3 ,la plupart des prsages annoncent un vnement fcheux3 le sel rpandu1 les couverts croiss1 treize table1 la glace brise1 etc4 ,il n'y en a qu'un qui soit optimiste4 ,araigne du soir1 espoir4 ,encore semble-t-il avoir t forg pour faire pendant 3 ,araigne du matin1 chagrin4 ,en somme1 il y a peu de prsages de bonheur4 99 99 99 99 99 ,nous avons un mot qui signifie3 dire de quelqu'un du mal injustifi4 ,c'est mdire4 ,mais nous n'avons pas de mot qui signifie3 dire de quelqu'un du bien injustifi4 99 99 99 99 99 ,une preuve encore que nous inclinons vers la tristesse3 la plupart de nos rves sont tristes4 ,ce sont des cauchemars4 ,notre esprit1 libre1 sans brides1 lanc dans le champ infini des imaginations1 se repat de malheurs4 99 99 99 99 99 ,nous sommes encore si peu accoutums au bonheur que nous ne voulons pas y croire4 ,la nouvelle d'une grande joie nous laisse d'abord incrdules3 ,non8 ,ce n'est pas possible8 ,ce n'est pas vrai444 ,le premier cri d'allgresse1 c'est un cri de doute4 ,l'harmonie dans la vie4 ,nous ne savons pas mettre d'harmonie1 d'quilibre1 entre nos dpenses--ou nos pargnes--et leurs effets4 ,nous ne rglons pas nos efforts sur leurs rsultats4 ,nous obissons encore des instincts que nous ne soumettons pas la raison4 ,ainsi1 pour conomiser le prix d'une voiture1 une bourgeoise en tenue de gala risquera1 un soir de pluie1 de perdre sa robe1 ou mme sa vie1 si la bronchite s'ensuit4 ,et l'exemple du tlgramme8 ,on s'vertue parler petit ngre1 on compromet la clart du texte--au risque d'tre incompris1 de perdre tout le bnfice d'une affaire1 quelquefois des milliers de francs--pour conomiser un mot1 un sou6 99 99 99 99 99 ,dans une maison o l'argent coule flot1 et presque sans contrle1 on fera la toute petite conomie d'un blanchissage et l'on assira son convive devant une nappe macule d'une tache douteuse et gnante444 99 99 99 99 99 ,on voit une femme de condition moyenne passer des heures ravauder une paire de chaussettes4 ,elle passe1 cette besogne ingrate1 un temps dmesur4 ,car elle essaie de restaurer1 de ressusciter cette ruine qui n'est plus que reprises4 ,et elle ne rflchit pas au prix minime de cet article4 ,je crois donc qu'il faudrait mettre les jeunes filles en garde contre cette tendance1 leur apprendre l'usage harmonieux de leur temps et de leurs occupations4 99 99 99 99 99 ,on peut citer encore1 comme exemple de dpense dmesure d'nergie1 celui de l'homme qui--sans raison capitale--veut attraper le tramway444 ,il court1 s'accroche1 se cramponne1 flotte en drapeau au flanc de la voiture4 ,enfin il se hisse4 ,il a risqu de se faire tuer ou tout au moins de se faire broyer les jambes4 ,et tout cela pour gagner deux minutes6 ,n'y a-t-il pas disproportion entre le risque et le rsultat8444 ,ah6 si1 en des occasions capitales de sa vie1 qui le laissent au contraire indolent et mou1 il dveloppait cette sauvage ardeur6 ,le plan du rel4 ,nous ne manquons pas d'prouver une dception chaque fois que nous apprenons une dfaillance de notre prochain4 ,a la faveur d'un scandale1 ouvre-t-on l'armoire secrte d'une famille1 y dcouvre-t-on fatalement quelque linge sale8 ,nous rvle-t-on dans notre entourage quelque faiblesse1 quelque turpitude8 ,nous en ressentons chaque fois une surprise due4 ,quelque chose en nous se dcroche1 automatiquement4 ,nous n'apprenons la vie qu' coups d'tonnements attrists4 ,pourquoi8 ,surtout parce que notre ducation nous a peint un monde parfait4 ,les livres qui composent la bibliothque enfantine ne connaissent pas les flchissements soudains de la crature4 ,les personnages n'en sont point humains4 ,ce sont de pures marionnettes qui s'agitent au-dessus de la vie4 ,puis1 au foyer1 les parents--ces modles immdiats--apparaissent impeccables1 dans une sorte de surhumanit4 ,le bandeau du respect cache aux petits les fautes des grands4 ,bref1 nous ne tentons rien pour acheminer prudemment l'enfant vers l'humaine vrit4 ,qu'arrive-t-il8 ,qu'il place les tres dans une atmosphre idale1 sur un plan trop lev4 ,pour les ramener au plan du rel1 il doit les faire descendre4 ,chaque fois1 c'est la chute d'un ange4 ,enfin1 nous portons peut-tre en nous l'image d'un monde suprieur4 ,elle illustrerait notre espoir qu'il se ralise4 ,elle serait une anticipation4 ,le sentiment du divin1 qui s'agite au fond des mes1 n'est peut-tre lui-mme que l'aspiration vers ces temps meilleurs1 la prescience de l'homme futur4 ,dieu1 c'est une prvision444 99 99 99 99 99 ,ah6 pourquoi a-t-on cultiv en nous cette notion d'une humanit ds maintenant parfaite8 ,pourquoi1 aux yeux de l'enfant1 a-t-on plac les individus sur un plan suprieur au rel8 ,acqurir de l'exprience1 c'est perdre ensuite ces illusions dont on prit soin de nous nourrir4 ,nous employons notre existence dpouiller1 de dsenchantement en dsenchantement1 cette ingnuit tenace4 ,ce doit tre une des causes de la tristesse de la vie4 ,si on nous avait peu peu dvoil la faiblesse et la misre pitoyables de la crature1 nous ne sentirions pas cette continuelle chute des feuilles dans notre cur4 ,nous n'prouverions pas1 par exemple1 un inutile dchirement dcouvrir que nos parents eurent des travers et des dfaillances1 comme les autres4 ,cela nous paratrait naturel4 ,erreur nfaste1 de nous avoir fait vivre d'abord dans un monde si haut1 qu'ensuite la ralit nous apparaisse toujours basse4 ,en clbrant perdment dans nos pomes et dans nos romans l'haleine parfume de toutes les amantes1 nous avons mis dans chaque baiser une dception4 99 99 99 99 99 ,mais1 en montrant aux enfants la vie telle qu'elle est1 vous allez en faire d'affreux petits sceptiques1 des pessimistes froces et recroquevills6 ,telle est l'objection qui se dresse contre cette vue4 ,elle ne me parat pas fonde4 ,l'ducation au foyer permet le tact1 la mesure1 la prudence1 l'art patient des prparations4 ,par elle1 l'adolescent ne sera-t-il pas mieux initi aux ralits que par le choc brutal de ces ralits mmes8 ,et puis1 tout prendre1 si l'existence doit lui rserver des tonnements1 ne doit-on pas prfrer1 la triste surprise des dsillusions1 la surprise heureuse de dcouvrir ce qu'il y a--malgr tout--de joli1 d'lgant dans la vie8 99 99 99 99 99 ,il y a peut-tre de l'gosme aussi chez les parents qui veulent garder leurs enfants toute la fleur de l'ignorance pour s'en donner l'agrable spectacle4 ,ainsi1 je ne suis pas bien sr que ,nol soit une si charmante fiction4 ,est-ce bien pour la joie des enfants que nous la conservons8 ,n'est-ce pas pour le plaisir que nous donne la vue de leur frache surprise8 ,qui donc a mis en balance l'allgresse de l'enfant le soir de ,nol1 avec sa secrte dception le jour o il apprend qu'il n'y a pas de ,nol8 99 99 99 99 99 ,il n'y a gure de collaborateurs1 mme de ceux dont nous associons1 dont nous soudons les noms1 comme ,erckmann-,chatrian1 qui ne se soient1 un moment de leur vie1 brouills et combattus4 ,chaque fois que nous apprenons une de ces haines intimes1 c'est en nous une dception1 un dcrochement d'illusion4 ,pourquoi8 ,parce que nous portons en nous1 par hrdit1 par ducation1 peut-tre par instinct du futur1 cette notion des affections fraternelles1 parfaites1 immuables4 ,la vie se charge de la dtruire4 ,si nous n'avions pas cette ide prconue1 et cultive en nous1 toute union de ce genre serait nos yeux l'heureuse surprise4 99 99 99 99 99 ,s'il tait bien entendu1 bien admis1 que la discrtion humaine est toujours relative1 qu'elle n'est jamais absolument tanche1 impermable1 on n'aurait pas de dception chaque fois qu'on apprend une indiscrtion4 ,et1 de plus1 on ne confierait personne ce qu'on ne veut absolument pas divulguer4 99 99 99 99 99 ,physiquement1 on n'est pas toujours en beaut2 quand on bille1 on est laid4 ,eh bien1 de mme1 on ne peut pas toujours tre beau moralement4 ,on a ses moments d'abandon1 ses billements4 ,prenons-en bravement notre parti4 ,et ne soyons pas du de ces flchissements de notre prochain4 99 99 99 99 99 ,quand nous passons la ralisation de nos projets1 il se produit toujours une sorte de retrait analogue celui du mtal quand il se refroidit dans son moule4 ,nous pourrions1 sans verser dans le pessimisme ni le scepticisme1 nous viter ces dsillusions4 ,nous pourrions prvoir ce retrait1 comme on prvoit celui du mtal4 ,,chapitre ,,iv ,,vues ,,morales ,les mains propres4--,le dterminisme4--,la loi d'quilibre4--,le contrle4--,la bravoure4--,la mort4--,la religion4 ,les mains propres4 ,de longs sicles nous ont donn le got de nous laver4 ,ce got est devenu presque un instinct1 une ncessit4 ,nous souffrons de ne pas nous sentir nets1 physiquement1 et non seulement sur les parties visibles de nous-mmes1 mais sur notre corps tout entier4 ,ce got de la propret se rpand4 ,il pntre dans des classes de plus en plus modestes et de plus en plus nombreuses4 ,il descend la pyramide sociale4 ,car on peut s'imaginer la socit comme une pyramide3 au sommet1 le tout petit groupe des privilgis2 puis des couches qui vont en s'largissant au fur et mesure qu'on s'loigne plus de la richesse et du pouvoir4 ,eh bien1 si la propret est devenue un instinct1 comment affirmer que la probit n'en deviendra pas un galement1 par un travail analogue8 ,nous n'tions pas plus contraints d'tre propres que nous ne le sommes d'tre honntes4 ,pour qui tablit une continuit absolue entre l'tre physique et l'tre moral1 les deux besoins se confondent4 ,on prouve la mme satisfaction et on retire le mme avantage tre propre physiquement et tre propre moralement4 ,les taches gnent autant sur la conscience et sur les mains4 ,d'ailleurs1 toutes les notions nouvelles sur la solidarit1 sur l'interdpendance des tres1 sur la mutuelle rpercussion de leurs actes1 tendent dmontrer qu'on a encore plus d'intrt tre probe qu' tre propre4 99 99 99 99 99 ,l'argot1 qui labore la langue de demain1 avait prvu cette fusion du physique et du moral1 cette troite analogie de la probit et de la propret4 ,pour une mauvaise action1 un acte vil1 il dit3 une salet1 une crasse4 99 99 99 99 99 ,quand on n'tablit pas de diffrence entre ce qu'on appelle le physique et ce qu'on appelle le moral1 entre le corps et l'me1 quand on les bloque en un tout1 quand on les confond aussi troitement que le cierge et sa flamme1 cette vue des mains propres apparat toute naturelle4 ,il semble normal que l'individu1 par l'effet continu d'une lente culture1 aprs avoir prouv le besoin d'tre propre physiquement1 prouve le besoin d'tre propre moralement4 99 99 99 99 99 ,et peut-tre mme une nouvelle tape sera-t-elle franchie4 ,quand la propret s'affine1 elle devient l'lgance4 ,aprs qu'on s'est lav1 on aspire se parer4 ,ce sont les phases successives de la toilette4 ,peut-tre la propret morale aura-t-elle aussi son luxe1 son lgance1 se parera-t-elle de ces vertus nobles et charmantes qui sont la grce de la crature4 ,le dterminisme4 tre dterministe c'est1 surtout1 croire que nos actes1 que nos paroles1 sont dtermins par des influences qui s'exercent sur nous1 des ractions qui se dveloppent en nous1 mais dont nous ne sommes pas matres1 pas plus que nous ne sommes matres des phnomnes de notre vie physique4 ,toutes ces forces se combinent1 se composent1 aboutissent une rsultante1 qui est notre acte ou notre parole4 ,notre conscience enregistre cette dlibration1 mais ne la dirige pas4 ,si j'analyse le plus simple de mes gestes1 saisir un objet1 marcher vers un but1 je vois que j'obis un ensemble de sollicitations que je n'ai pas provoques spontanment4 ,au moment o nous croyons prendre librement une rsolution1 toutes ces voix intrieures ont dj dlibr1 conclu cette dcision4 ,nous n'avons que l'illusion de la volont4 ,la sphre mentale est un vritable parlement1 o les instincts se groupent1 dlibrent1 expriment enfin1 par un vote dcisif1 la volont de l'organisme tout entier1 comme le vote parlementaire exprime la volont nationale4 ,mme dans notre langue usuelle1 les mots trahissent ce travail intrieur3 on pse le pour et le contre1 on balance1 on se rsout1 on se dtermine4 99 99 99 99 99 ,c'est une erreur de croire que la formule3 ,ce n'est pas sa faute ne puisse pas servir de rgle de vie1 ne puisse pas tre la base d'une morale4 ,penser fortement que ce n'est pas plus la faute d'un homme s'il est irascible que s'il est phtisique1 regarder les vices1 les travers1 enfin toutes les tares de l'esprit1 du mme il que les tares du corps1 les accueillir avec la mme piti1 comment ne sent-on pas ce qu'une telle conception entrane fatalement de mansutude1 de patience1 et comme elle est vraiment large et charitable8 99 99 99 99 99 ,si nos instincts nous dirigent1 c'est nous amliorer les bons1 rduire les mauvais4 ,il y a l tout un entranement1 toute une orthopdie pratiquer4 ,de mme que nous fortifions un buste malingre par l'exercice1 nous pouvons dvelopper un instinct faible par l'ducation4 ,quelle vue fconde6 ,traiter les maladies morales comme les maladies physiques1 cela signifie aussi les soigner1 remonter leurs causes--ce qu'on n'a jamais fait--essayer de les gurir4 ,mais qu'on y fasse bien attention4 ,cela signifie aussi se dfendre contre elles4 ,o l'on dit coupable1 il faut dire nuisible4 ,c'est la mme sauvegarde1 avec plus d'indulgence et sans l'ide sombre de vindicte4 videmment l'heure n'est pas venue o une telle maxime3 ,ce n'est pas sa faute1 inspirera les lois4 ,mais ds maintenant1 pour qui en est fermement convaincu1 satur1 elle est1 en toutes circonstances1 devant soi et devant les autres1 tout instant1 le guide sr et juste444 99 99 99 99 99 ,les deux grands mots profonds des enfants sont3 ,ce n'est pas ma faute et3 ,je ne l'ai pas fait exprs4 ,ils ont bien raison4 ,c'est tout le fond du dterminisme4 ,mais s'ensuit-il qu'il n'y ait pas de suite donner leurs petits dlits8 ,et que cela les absolve et leur permette de recommencer8 ,cent mille fois non6 ,voil l'erreur des gens qui prtendent que nous sommes libres de faire le bien et le mal et qui accusent les doctrines dterministes d'tre dissolvantes4 ,pas du tout4 ,quand un enfant attrape la rougeole1 ce n'est pas sa faute4 ,il ne l'a pas fait exprs4 ,on le soigne1 pourtant4 ,eh bien1 de mme quand il a commis une faute4 ,on s'efforce d'en dcouvrir les causes1 d'en montrer les inconvnients1 d'en viter le retour4 99 99 99 99 99 ,on peut agir sur ses sentiments dans la mesure o l'on peut agir sur son organisme4 ,il semble qu'on puisse soigner une crise morale comme on soigne une maladie1 en puisant dans le dsir de gurir l'nergie ncessaire la cure4 ,les remdes sont analogues dans les deux cas4 ,les rvulsifs1 les drivatifs1 deviennent1 dans la maladie morale1 les distractions qui dtournent l'esprit de sa hantise et le portent vers d'autres objets4 ,il y a des anesthsiants qui endorment la sensibilit douloureuse1 par exemple une saine fatigue1 un labeur acharn4 ,il y a l'opration1 qui coupe court1 comme l'absence1 le long voyage1 le silence4 ,il y a l'homopathie1 qui combat le mal par le mal1 l'amour par l'amour444 ,il y a enfin la recherche des causes1 qui dmontre parfois l'origine toute fortuite1 la nature fragile de la crise et qui permet de l'atteindre sa source4 99 99 99 99 99 ,entre la thorie du dterminisme et celle qui nous suppose libres de choisir entre le bien et le mal1 il n'y a au fond qu'une question de mots4 ,se croire de la volont1 ou savoir qu'on n'a que l'illusion de la volont1 cela revient au mme4 ,ce sont deux faons diffrentes de voir la nature humaine4 ,mais le dterminisme est plus indulgent4 ,et il est aussi plus fcond1 parce qu'il indique les moyens directs de se soigner1 de s'amender1 de s'amliorer4 ,il faut s'lever violemment contre la confusion du dterminisme et du fatalisme4 ,le fataliste s'abandonne sa destine4 ,tandis que le dterministe envisage les moyens de se mettre en garde contre lui-mme1 de trouver des remdes ses dfaillances4 ,si l'on conoit chaque dcision sous la forme simpliste d'une pese1 o des poids jets dans les deux plateaux de la balance finissent par la faire osciller et se fixer dans un certain sens1 on sent bien qu'on pourra faire intervenir de nouveaux poids pour la faire pencher dans le meilleur sens4 ,se sent-on tent par une mauvaise action1 sollicit par un vice8 ,on appelle son secours des aides nouvelles4 ,on se reprsente les dangers1 les inconvnients que l'on va risquer4 99 99 99 99 99 ,si l'on a admis que le travail de nos dcisions ressemble celui d'une opration o l'on met des poids dans les deux plateaux de la balance1 il y aura intrt se livrer consciemment cette besogne de dtermination1 porter en deux colonnes les raisons pour et les raisons contre4 ,on psera mieux4 99 99 99 99 99 ,il faut considrer les peines du code comme des contre-poids4 ,la crainte qu'elles inspirent est un poids que l'on jette dans la balance de nos dcisions4 99 99 99 99 99 ,a la lecture des faits-divers1 on a conscience qu'un grand nombre de drames auraient pu tre vits si1 au pralable1 on avait soign mentalement le meurtrier4 ,car souvent on voit qu'il tait en puissance de crime4 ,mais on ne soigne pas le cerveau1 parce que c'est l'me1 l'intangible1 le diffrent du corps4 99 99 99 99 99 ,je crois que les hommes ne se disent pas d'avance3 je vais tre noir1 je vais tre fatal4 ,ils se laissent entraner4 ,ils glissent au mal et au crime4 99 99 99 99 99 ,pour se dterminer1 il faut chercher la solution de moindre inconvnient4 ,on ne peut pas toujours viter de faire de la peine4 ,il faut faire la moindre peine4 99 99 99 99 99 ,je suis trs persuad que les mots exercent une influence mcanique sur la pense4 ,j'entends par l que l'on contraint sa pense couler dans le moule des mots qu'on prononce4 ,elle prend leur empreinte4 ,on pense comme on parle4 ,ainsi1 en dterminisme1 le simple artifice qui consiste dire3 ,c'est de son fait1 au lieu de3 ,c'est de sa faute1 modifie la mentalit4 ,l'emploi mme de la formule efface de l'esprit l'ide de blme1 de responsabilit au sens religieux1 d'expiation1 la remplace par une constatation apaise1 sereine1 o dj se lve l'indulgence4 ,la loi d'quilibre4 ,la loi d'quilibre qui semble rgir l'univers et suspendre les astres dans l'espace1 cette mme loi doit gouverner le dtail de notre vie4 ,elle veut qu' toute action corresponde une raction gale4 ,on ne dira plus3 tout se paye4 ,mais peut-tre dira-t-on3 tout se compense4 ,il faut seulement que cette loi ait le temps de jouer4 ,elle ne connat pas d'exception4 ,quand elle semble en dfaut1 nous pouvons nous en prendre nos sens ou notre savoir borns4 ,l'exemple est classique de ,leverrier dcouvrant par le calcul l'existence de ,neptune4 ,la loi d'quilibre exigeait1 pour tre respecte1 que cette plante ft4 ,ainsi1 tout se balance1 le positif et le ngatif1 le beau et le laid1 le bon et le mauvais4 ,tous les contraires se neutralisent4 ,toutes les forces opposes s'annihilent dans un quilibre final4 ,et la notion1 en somme1 est rassurante1 de cette harmonie faite d'antagonisme1 de ce nant fcond4 99 99 99 99 99 ,la loi d'quilibre nous ouvre des vues consolantes4 ,car elle veut que le bien et le mal se compensent4 ,ainsi1 dans le monde innombrable des plantes1 il doit y en avoir autant de bienfaisantes que de malfaisantes4 ,je crois qu'on n'a pas arrach aux simples tous leurs secrets4 ,les hommes ont dcouvert des poisons vgtaux qui1 en quelques secondes1 amnent l'organisme de la sant la mort4 ,la loi d'quilibre permet de prvoir qu'on dcouvrira1 en opposition avec ces toxiques1 des toniques qui amneront instantanment la sant un organisme au seuil de la mort4 ,non pas des contre-poisons1 mais de puissants rvulsifs qui ressusciteront l'individu prs de succomber un choc1 un traumatisme1 une asphyxie4 ,de mme1 dans une autre direction1 on peut prvoir que l'quilibre se rtablira entre les villes et les campagnes4 ,avant qu'un pendule ne prenne la verticale1 il oscille droite1 puis gauche4 ,ce qui manque une vie humaine1 c'est le temps de voir le pendule prendre l'quilibre4 ,on n'assiste qu' une oscillation4 99 99 99 99 99 ,tout se compense1 la condition que cet quilibre ait le temps de se raliser4 ,c'est bien en effet un quilibre qui s'tablit entre le bon et le mauvais1 au cours d'une existence4 ,supposez un joueur de roulette qui jouerait un nombre de coups infini444 ,les mathmatiques prouvent que ses gains et ses pertes se seraient quilibrs4 ,je crois que le mal et le bien se compensent dans une existence1 car le total d'une vie1 comme le rsultat d'une longue opration de jeu1 doit tendre vers zro1 vers l'quilibre qui rgit tout4 ,seulement1 nous avons dans l'esprit l'ide d'expiation qui vient de la terreur inspire aux premiers hommes par le mystrieux univers qui les entourait4 ,nous voulons que le mal qu'on endure expie le mal qu'on a fait4 99 99 99 99 99 ,il doit y avoir en nous un sens du juste et de l'injuste4 ,quelque chose nous avertit1 par exemple1 qu'il y a de l'injustice dans le cas du fermier1 oblig de travailler pour verser de l'argent un fils de famille qui n'a fait qu'hriter1 dans le cas de l'ouvrier qui trime avec les mmes gestes pendant cinquante ans1 pour enrichir un patron qui se donne tous les plaisirs de l'oisivet4 ,mais nous devons cultiver1 dvelopper ce sens de la justice4 ,c'est un des aspects de cette loi d'quilibre qui rgit les mondes4 ,rien d'tonnant ce que ce sens ne soit pas renforc en nous4 ,car c'est la vrit scientifique1 en dcouvrant par exemple la loi de la gravitation1 qui a dvoil cette notion de l'quilibre universel4 ,dcouverte relativement rcente1 notion encore neuve4 ,c'est nous la dgager1 la faire resplendir en nous4 ,le ,contrle4 ,il est utile de se rendre compte du rle en chacun de nous de l'inconscient4 ,c'est une zone du cerveau que l'tat de nos connaissances ne nous permet pas encore de circonscrire1 o s'laborent nos penses avant de parvenir aux rgions o nous en prenons conscience4 ,antre obscur1 o se cuisinent1 o s'agitent nos rsolutions avant d'merger au jour4 ,il est bon d'imaginer l'existence de cette zone o certaines de nos penses naissent1 flottent1 s'bauchent4 ,peut-tre est-ce la partie du cerveau la plus ancienne1 celle qui ressemble le plus celle des autres animaux1 celle de l'instinct1 tandis que les rgions1 o s'exerce notre contrle1 sont des conqutes rcentes1 le propre de l'homme1 le signe du progrs et du perfectionnement4 ,parfois1 bien que tout ce travail ait lieu notre insu1 cette bauche de notre dcision est trs pousse4 ,elle jaillit1 elle merge toute arme1 toute prte1 dans la lumire de notre conscience4 ,a peine avons-nous le temps de l'examiner4 ,dj elle agit1 dj elle commande nos gestes4 ,c'est l'impulsion1 avec tous ses charmes et tous ses dangers4 ,donc1 pensons tout ce travail cach1 secret pour nous-mmes1 toute cette prparation qui parfois va nous surprendre4 ,quand on a le sentiment de cet inconscient1 on s'explique bien des dcisions subites1 qui se sont labores dans l'antre1 dans l'ombre de nous-mmes444 99 99 99 99 99 ,a l'inverse1 il arrive frquemment que des paroles1 des images1 bref le butin de nos sens1 tombent dans notre inconscient sans que nous les percevions au passage1 sans que nous ayons eu le temps de les enregistrer1 un peu comme un visiteur se glisse dans l'immeuble sans tre vu du concierge4 99 99 99 99 99 ,grce aux journaux1 nous nous soucions de toutes sortes de faits que nous eussions ignors sans cette lecture4 ,a propos d'vnements qui ne nous touchent pourtant pas directement1 nous nous crons des petites joies1 des petits chagrins1 des triomphes et des dfaites4 ,nous savons ce qui se passe dans l'univers et dans l'esprit des autres4 ,nous participons plus que nos anctres la vie gnrale4 ,l'information nous arrive en ondes rapides4 ,et notre conscience du monde s'en trouve prolonge4 ,ainsi elle s'tend en surface4 ,de mme qu'elle doit1 physiologiquement1 gagner en profondeur4 ,au fur et mesure que des tres se civilisent1 le domaine de la conscience doit conqurir dans leur cerveau des zones nouvelles1 empiter de plus en plus sur l'obscure rgion de l'instinct4 ,nous devenons conscients de plus de choses autour de nous et de plus de choses en nous4 ,dans une nouvelle tape1 cette conscience de l'univers deviendra plus sensible4 ,elle nous aidera compatir4 ,ainsi1 jadis1 nous eussions ignor une catastrophe lointaine4 ,aujourd'hui1 nous la connaissons1 mais elle ne nous meut pas4 ,plus tard1 elle nous touchera comme nous touche actuellement une catastrophe toute proche4 99 99 99 99 99 ,j'ai dit que1 dans notre cerveau1 le domaine o s'exerce la conscience1 le contrle de la pense1 devait grandir peu peu et que cet accroissement devait marquer notre progrs1 nous loigner des animaux1 chez lesquels semble rgner l'instinct4 ,mais cette expansion du domaine de la conscience ne se manifeste-t-elle pas dans cet organisme encore imparfait qu'on appelle un peuple8 ,est-ce que le progrs de ce peuple en civilisation ne se marque pas par le nombre toujours croissant d'lments1 c'est--dire d'individus1 qui prennent conscience d'tre des hommes1 qui ne se laissent plus mener comme un troupeau1 avec des ordres--ou des mots d'ordre--qu'ils ne comprennent pas1 qu'ils n'examinent pas8 ,il faudrait agrandir encore cette conscience sociale1 en surface et en profondeur1 l'enrichir de vrits nouvelles4 ,ainsi1 un grand progrs ne sera-t-il pas accompli1 le jour o la majorit des gens seront pntrs de cette notion que faire du bien autrui1 c'est s'en faire soi-mme8 99 99 99 99 99 ,plus nous pourrons contrler nos gestes1 nos paroles1 avant de les laisser jaillir de nous-mmes1 plus nous nous amliorerons4 ,et il me semble que l'tre se perfectionne dans ce sens4 ,la zone de sa conscience s'agrandit4 ,c'est--dire qu'il prend conscience d'un nombre grandissant d'instincts qui jadis s'vadaient1 l'entranaient d'une impulsion1 sans contrle4 ,qui n'a observ ce phnomne sur soi-mme8 ,avant de prononcer une parole1 gnralement on l'essaye4 ,et c'est aprs l'avoir ainsi vrifie qu'on la laisse passer4 ,mais il y en a qui jaillissent de nous-mme sans passer au guichet de la rflexion4 ,ce sont les impulsions4 ,eh bien1 ces impulsions gagneraient tre contrles4 ,qu'y perdrait-on8 ,nous ne laisserions plus chapper1 aprs ce petit examen1 le mot mchant1 les suggestions de la haine et de la vengeance4 ,et nous donnerions tout de mme la vole aux lans du cur4 ,il faut rflchir avant d'agir1 faire passer toutes les sollicitations de notre instinct au contrle de la conscience4 ,encore une fois1 pas de regret3 si le geste est beau1 nous l'accomplissons4 ,s'il est sot1 nous le retenons4 ,ce don d'examen1 c'est un des signes de la conqute humaine4 ,de la ,fidlit4 ,la vertu qu'il importe peut-tre le plus de cultiver en nous1 c'est la fidlit4 ,et je l'entends au sens le plus large1 qui s'tend jusqu' la loyaut4 ,la langue a d'ailleurs elle-mme prvu cette synonymie3 l'immuable attachement d'un peuple sa race originelle ne s'appelle-t-il pas le loyalisme8 ,nous pouvons peu sur nous-mme4 ,nous pouvons nanmoins dvelopper et fortifier un sentiment dans notre cur en nous reprsentant sans cesse l'avantage de l'prouver et le dommage d'y manquer4 ,or1 les bienfaits que la fidlit rpand sur la vie sont innombrables4 ,sous tous ses aspects1 elle sduit1 elle conquiert1 on l'honore4 ,que ce soit dans le domaine du sentiment1 de la croyance ou de la doctrine1 partout elle force le respect et l'admiration4 ,on vnre la fidlit dans la tendresse lorsqu'elle soude deux tres jusqu' la mort4 ,et cela qu'il s'agisse de l'amiti1 du mariage ou de l'amour4 ,la fable et l'histoire sont peuples de ses hros4 ,leurs noms nous sont familiers4 ,ils sont unis deux deux dans notre mmoire4 ,et ces couples illustres sont les plus belles images de la lgende humaine4 ,nous admirons aussi la fidlit une croyance1 une doctrine1 un idal4 ,celle-l compte galement ses hros et ses martyrs4 ,les noms sont grands de ceux qui ont accept la mort plutt que de renier leur vie4 ,sans mme qu'elle s'achve en tragdie1 une carrire nous semble belle pourvu qu'elle soit droite4 ,on estime trs haut l'artiste1 le tribun1 le philosophe1 qui restent toute leur existence fidles leur cole1 leur cause1 leurs principes4 ,par contre1 quelle unanime svrit pour l'infidle1 pour tous les infidles6 ,on mprise le politicien trop souple qui louvoie1 prend le vent1 arbore des convictions aux couleurs changeantes du temps1 dessine une carrire pleine d'inflexions1 de dtours et de crochets4 ,on sourit de l'crivain trop habile qui1 rpudiant la gnreuse audace de ses dbuts1 pouse de fades opinions plus propices au succs4 ,et quand les ,mmoires du pass ressuscitent nos yeux une de ces sduisantes figures de femme1 toutes pares de grces1 d'intelligence et de beaut1 ne sommes-nous pas secrtement dus qu'au lieu de se vouer un unique amour elle adresse des hros successifs des serments chaque fois ternels8 ,ah6 comme nous lui en voulons d'avoir fait dfleurir une illusion dans notre cur444 ,ainsi1 un blme public ou cach atteint toujours les infidles4 ,et cependant ils pourraient plaider heureusement leur cause4 ,s'ils voluent--car telle est l'indulgente formule dont ils baptisent leur inconstance--c'est qu'ils suivent la loi de nature4 ,n'est-elle pas elle-mme en continuelle volution8 ,notre organisme se renouvelle sans cesse4 ,pourquoi n'en serait-il pas de nos penses comme des cellules qui les tiennent encloses8 ,mais un instinct plus fort que cette apparente logique souhaite que l'esprit demeure1 si la matire change4 ,peu importe qu'on verse sans cesse un aliment nouveau la lampe du phare1 pourvu que le feu reste fixe444 ,quel est donc cet instinct qui attache tant de prix la constance8 ,peut-tre aspire-t-il vers une humanit meilleure8 ,peut-tre en sert-il l'espoir et la prvision8 ,on ne sait4 ,mais on peut1 en tout cas1 dcouvrir ses racines4 ,la constance satisfait d'abord en nous un besoin de scurit4 ,les contrats entre deux tres ou deux entits n'ont pas de plus sr garant que la fidlit4 ,non seulement elle pargne les consquences tragi-comiques de la trahison conjugale et les ravages corrosifs de l'inconstance amoureuse1 mais encore elle veille sur tous les accords1 toutes les ententes1 tous les traits4 ,sans elle1 ils ne sont pas4 ,elle est le solide appui dans la conduite de toutes les entreprises4 ,elle est la condition de la confiance4 ,par elle1 la vie1 qui n'est qu'un continuel phnomne d'changes1 devient plus franche et plus directe1 plus facile et plus douce1 plus simple et plus noble4 ,enfin1 la fidlit flatte en nous le got de la dure4 ,nous aimons que rien ne change autour de nous4 ,cela nous rassure et nous donne l'illusion de notre prennit4 ,l'homme s'efforce de se survivre1 de se prolonger4 ,il grave son nom sur l'corce des arbres et sur les tables d'airain4 ,il dresse des monuments pour perptuer sa mmoire4 ,il construit son tombeau plus solidement que son logis4 ,par tous les moyens1 il entend persister4 ,et l'art lui-mme n'est que de la vie qui dure plus qu'une vie444 ,or1 la fidlit satisfait en nous ce got de l'immuable4 ,elle en est le symbole humain4 ,dans la dtresse de voir autour de soi tout s'effriter1 tout se fltrir1 tout vieillir1 comment ne pas s'attendrir et ne pas s'merveiller devant cette fe charmante qui ne change pas8 ,l'me fidle1 c'est le marbre o tout demeure de ce qu'on y inscrit2 l'me inconstante n'est que l'ardoise o tout s'efface4 ,il ne fallait pas tant de raisons pour que la fidlit appart1 touchante et sacre1 au premier rang des grces dont se puisse parer la crature et s'affirmt peut-tre la vertu capitale4 ,la bravoure4 ,la vraie bravoure1 dans un monde conscient que nous devons tous travailler construire1 ce sera d'exposer sa vie pour un effet utile4 ,actuellement on trouve brave celui qui expose sa vie1 tout court4 ,on n'examine pas s'il l'expose par ostentation pour blouir des tmoins1 pour leur montrer qu'il n'a pas peur de la mort ni du danger4 ,on n'examine pas s'il l'expose dans une impulsion pour un effet futile1 qui ne vaut pas son sacrifice4 ,a la vue de ces actes irrflchis1 s'veille et applaudit en nous un trs vieil instinct qui nous pousse admirer le mpris de la mort1 le ddain de la vie4 ,on dira que ce vieil instinct contient en germe l'altruisme1 puisqu'il nous fait admirer l'homme qui sauve son semblable4 ,j'en doute4 ,car on admire aussi l'homme qui risque sa vie pour un tour de force1 pour le plus stupide pari1 o nulle existence n'est sauver4 ,ainsi que nos autres sentiments--plus mme que beaucoup de nos sentiments--la bravoure demande tre contrle1 pour devenir consciente1 cesser d'tre parfois un jeu de vanit1 pour s'exercer utilement1 noblement1 humainement4 99 99 99 99 99 ,il a d se produire une confusion dans l'esprit4 ,on admire l'exploit qui sauve une existence ou qui vainc une difficult utile briser4 ,et1 par extension1 par gnralisation1 on en est venu admirer l'exploit qui sauvera peut-tre une existence1 mme en en sacrifiant certainement plusieurs1 ou l'exploit qui vaine une difficult purile4 99 99 99 99 99 ,au point de vue de la bravoure1 de ce qu'elle est et de ce qu'elle devrait tre1 on pourra examiner ce petit problme3 quand un cambrioleur vous donne choisir entre le silence et la mort1 pourquoi l'homme qui s'est tu sort-il un peu diminu de l'aventure8 ,il aurait donc d plutt mourir8 ,ainsi il apparat bien qu'en ces questions de bravoure1 de peur1 de dvouement1 une conception nouvelle devrait s'tablir1 o aurait pass la claire raison4 99 99 99 99 99 ,il y aurait beaucoup rformer dans les ides qu'voque le suicide4 ,on a mis de la honte autour de lui1 comme on en a mis autour d'autres actes qui nuisaient au sort de la race et qui taient faciles accomplir3 l'onanisme1 qui va contre la reproduction2 la dsertion1 qui va contre la nation2 le faux-monnayage1 qui va contre le monopole financier de l'tat4 ,on a donc lev une barrire de honte contre ces tentations4 ,dgag de prventions1 le suicide apparat avec une face nouvelle4 ,il apparat comme une vasion hors de la douleur4 vasion qui demande du courage4 ,car elle doit vaincre l'instinct de conservation1 forcer l'affreux passage de la vie la mort4 ,quant au droit au suicide1 il faut distinguer4 ,il me semble que l'homme qui ne produit rien pour la communaut et qui est seul sur terre peut parfaitement se dtruire4 ,celui qui est l'objet d'affections ou qui croit avoir encore produire uvre utile doit au contraire mettre ces considrations en antagonisme avec les souffrances ou les preuves auxquelles il veut chapper4 99 99 99 99 99 ,une des curieuses inconsquences de notre morale1 c'est qu'on a mis de la honte autour du suicide1 autour de l'tre qui sacrifie sa vie pour chapper la douleur1 et qu'on a mis de l'admiration autour de l'tre qui sacrifie sa vie mme pour un exploit inutile1 voire stupide4 ,la mort4 ,comme on sait peu de choses sur la seule certitude de la vie1 la mort6 ,on dit d'un tre3 il est mort4 ,on met son chevet deux bougies1 de l'eau bnite1 un mdecin htif passe1 et le cadavre est happ par les exigences de l',administration4 ,sans doute1 l'instinct de rsignation1 l'horreur mprisante du corps1 exploits par la religion1 servent l'ignorance o l'on veut rester de la mort4 ,et cependant la mort n'est pas si vite dfinitive4 ,la physiologie a dcouvert que les organes et les tissus meurent successivement4 ,elle a fait revivre des organismes4 ,les expriences de ,carrel en sont tmoin4 ,l'automobile est venue illustrer cette notion3 en bien des cas1 on pourrait rparer la machine4 ,si on remplaait l'organe ls1 elle repartirait1 elle revivrait4 ,abandonne aprs la panne au bord de la route1 elle s'effriterait1 se rouillerait1 achverait de se dissoudre1 de mourir4 ,un mdecin lgiste me disait qu'un milliardaire qui se ferait suivre1 comme de son ombre1 d'un mdecin1 chapperait un certain nombre de chances de mort1 celles qui suspendent la vie sans la briser du coup4 ,d'ailleurs1 la traction rythme de la langue dans toutes les asphyxies montre qu'on va de plus en plus profondment chercher la vie dans la mort4 ,la mort recule comme l'ignorance4 ,cette notion de la mort successive1 continue1 ouvre une vue singulire4 ,les gens qu'on a ranims1 grce la traction rythme de la langue1 ont t retirs de la mort4 ,ils ont commenc mourir4 ,ils ne rapportent de cette incursion aucun souvenir4 ,n'est-ce pas un dbut de preuve de la non-existence d'un au-del8 99 99 99 99 99 ,il n'y a qu'une certitude dans la vie3 c'est la mort4 ,tout le reste n'est qu'hypothse4 ,et je m'tonne toujours qu'on n'ait pas bti tout l'difice de la vie sur cette solide certitude de la mort4 ,en se reprsentant la vie comme enferme dans un espace clos1 on est plus tent de l'emplir1 de la faire intelligente1 dense et belle1 que lorsqu'on ne s'imagine point ses limites4 ,il est singulier qu'on n'ait encore fond1 comme difice de vie1 sur la certitude de la mort1 que les ,assurances4 99 99 99 99 99 ,sans la vie future1 la morale change d'axe4 ,la vie humaine apparat plus prcieuse4 ,on ne la sacrifie plus qu' des croyances mdites1 consenties4 ,c'est en vertu d'atavismes religieux qu'on trouve lche de tenir la vie4 ,sans l'ide d'immortalit1 le culte de la vie apparat juste et bon4 99 99 99 99 99 ,nous tendons sans cesse embellir la vie4 ,les religions tendent embellir la mort4 ,elles en ont fait le seuil du bonheur4 ,nous en avons fait la fin du bonheur4 ,grce cette promesse1 les prtres ont pu entraner des gnrations la souffrance et au massacre4 ,ils leur ont fait btir des pyramides1 ils les ont jetes dans les batailles4 ,qu'importait8 ,la vie future1 l'ternit tait au bout de ces phmres preuves4 ,en ralit1 ils fondaient1 sur ce besoin de croire l'immortalit1 leur pouvoir humain4 ,ils ont exalt le nant de la vie4 ,nous prchons le nant de la mort4 99 99 99 99 99 ,voici un exemple singulier de la perturbation jete dans la morale par la suppression de l'ide de vie future4 ,on n'a pas trouv de plus cruelle vengeance1 de plus grand chtiment que la mort4 ,c'est la suprme expiation4 ,c'est l qu'en veulent venir deux ennemis acharns4 ,c'est la peine capitale inflige par la socit4 ,or1 qu'est-ce que la mort1 sans la vie future8 ,c'est l'oubli absolu4 ,c'est la fin de la souffrance4 ,si bien que pour punir1 pour chtier un tre excr1 on le fait chapper toute douleur1 dans le nant4 ,pourtant1 s'il ne se survit pas1 s'il n'a pas d'me immortelle1 sa punition est courte4 ,elle s'arrte la mort4 ,elle ne dure que le temps de la menace de la mort4 ,on le prive1 dira-t-on1 de ce bien suprme1 la vie8 ,mais puisqu'il ne sera plus l pour dplorer cette privation6 ,puisque la mort est la fin de tout444 ,puisqu'une fois mort il ne saura plus qu'il est priv de la vie6 ,et1 cependant1 quand on essaie de faire pntrer cette notion dans l'esprit de la personne la plus lucide1 on se heurte une rsistance invincible3 ,si6 dit-elle1 je serai prive de la vie4 ,vainement rpliquera-t-on3 ,mais puisque vous ne saurez pas que vous en tes prive444 ,elle ne se rend pas4 ,le sens spiritualiste doit persister en elle4 ,il lui souffle qu'elle se survivra1 qu'elle assistera sa mort1 qu'elle en aura conscience1 qu'elle voltigera au-dessus de sa dpouille1 qu'elle se pleurera4 ,en fait1 l'affreux1 le cruel1 c'est le passage de la vie la mort4 ,c'est l'apprhension1 l'approche1 le prambule1 les circonstances de la mort4 ,c'est l'adieu la vie4 ,et plus cet adieu est bref1 plus la peine est courte4 ,elle est nulle dans la mort imprvue1 instantane4 ,en ralit1 la mort d'un tre ne frappe que ceux qui1 l'aimant1 lui survivent4 ,on peut dire aussi qu'elle lse la collectivit1 puisqu'il la prive du concours qu'il et pu lui donner encore4 ,mais1 en matrialisme1 cet tre lui-mme ne survit pas sa disparition4 ,il ne la regrette que le temps qu'elle se prpare4 ,son regret cesse avec sa vie4 99 99 99 99 99 ,on a dit bien souvent que les vieillards devaient se prparer la mort1 s'y accoutumer1 vivre en bon voisinage avec elle et l'appeler comme un repos dfinitif4 ,j'estime mme qu' partir d'un certain ge1 on devrait chaque matin s'tonner un peu de vivre encore1 considrer chaque rveil comme une amusante rsurrection1 et s'merveiller de ce miracle quotidien4 ,religion4 ,sans doute faudrait-il nourrir les enfants de la religion catholique si nous vivions dans un milieu de foi1 tel qu'on nous peint le moyen ge4 ,mais qui peut prtendre srieusement que la crainte de l'enfer ou l'espoir du paradis guide actuellement les actes de la plupart d'entre nous8 ,sans foi1 il ne reste plus qu'une question de rites observer4 ,et du moment que ces usages ne sont pas soutenus par une croyance profonde1 ils ne mritent plus le respect4 ,suivre des coutumes uniquement pour le qu'en dira-t-on1 pour imiter le voisin1 sans en sentir vraiment le besoin1 est-ce digne de nous8 ,il ne s'agit pas d'ailleurs d'lever les enfants dans le mpris du catholicisme4 ,il suffit qu'ils soient areligieux4 ,s'ils rencontrent plus tard la foi dans ce dogme1 ou dans d'autres1 il sera temps pour eux de s'y rfugier1 d'en demander alors1 consciemment1 tous les sacrements4 ,ne pas donner de religion1 c'est les donner toutes4 99 99 99 99 99 ,comment se dissimuler que la chrtient ne rgne ni sur tous les peuples ni sur tous les temps1 qu'elle n'occupe qu'un fragment de la plante et qu'un moment de l'histoire8 ,comment se dissimuler qu'il y a plus de quatre cents religions1 que chacune dit3 ,je suis la seule4 ,hors de moi1 pas de salut4 ,n'a-t-on pas le droit de jeter ce regard d'ensemble sur notre petit globe8 99 99 99 99 99 ,la foi n'est respectable que quand elle ne s'impose pas1 quand elle n'enrle pas par contrainte sous ses bannires ceux qui ne la partagent pas4 99 99 99 99 99 ,que cherche-t-on donner aux enfants8 ,le bonheur4 tre areligieux1 cela leur enlve-t-il une chance de bonheur8 ,non1 du moment qu'on ne peut pas leur donner la foi opaque1 la foi moyengeuse1 que leur raison percerait4 99 99 99 99 99 ,quand on discute avec un fervent catholique1 quand on lui demande comment il croit tre plus agrable son ,dieu en mangeant de la sarcelle que du poulet le vendredi1 il refuse de s'expliquer et dit3 ,c'est un acte d'obissance4 ,vous ne comprendriez pas4 ,il faut la grce4 ,il faut la foi4 ,soit4 ,mais quand on n'a pas cette foi dans le dogme1 pourquoi en suivre les rites8 99 99 99 99 99 ,n'est-ce pas une foi1 de croire une justice plus juste1 une libert plus libre1 une vie meilleure sur la terre8 99 99 99 99 99 ,l'ide divine pntre profondment l'tre humain1 elle se glisse en particulier dans la langue1 expression et reflet de la pense1 hritage que se transmettent les gnrations4 ,on dit3 ,adieu4 ,on s'crie3 ,mon ,dieu6 ,jsus6 ,ciel6 ,grand ,dieu6 ,bon ,dieu6 ,on rend grce ,dieu3 ,dieu merci6 ,le ,ciel soit lou6 ,le mot est sur les lvres4 ,est-il autant dans les curs8 99 99 99 99 99 ,mais il y a1 dit-on1 un besoin de prier1 de se rfugier l'abri d'une grande puissance inconnue1 de lui demander secours dans l'extrme pril4 ,soit4 ,mais pourquoi ceux qui prouvent ce besoin n'auraient-ils pas leur dieu1 sans se plier toutes les exigences du dogme1 qui apparaissent si tranges1 souvent si choquantes1 quand on n'a plus la foi simple et aveugle que nous prtons nos anctres de l'an mille8 99 99 99 99 99 ,un penchant de notre esprit incline accepter la souffrance sans examen ni rvolte1 sous la terreur obscure d'un chtiment4 ,c'est une pente qui plonge vers les lointains abmes du pass1 o l'homme faible et dsarm1 blotti au fond d'une caverne1 frmissait aux rugissements des monstres et croyait les entendre dans toutes les clameurs de la nature4 ,c'est sur cette pente que les religions ont volontiers bti leur glise4 99 99 99 99 99 ,certes1 la religion n'a jamais fait que rpondre aux appels de la crature4 ,mais ses prtres n'ont point rsist la tentation de dominer1 de transformer leur influence en instruments de pouvoir1 d'enchaner les bras qui se tendaient vers eux4 ,le besoin de la prire et des pompeuses crmonies a empli leurs temples et leurs aumnires2 le besoin de confession leur a livr les foyers et les curs2 la peur de la vie brutale a peupl leurs clotres et leurs retraites2 et la peur de la mort a surtout servi leur puissance4 ,car1 apaisant cette crainte par la promesse du paradis1 ils ont exalt du mme coup la rsignation aux misres terrestres1 pouss ainsi les masses moutonnires vers les durs labeurs et les massacres stupides4 99 99 99 99 99 ,la croyance en une vie future n'est peut-tre pas ne uniquement de la peur de la mort4 ,elle est peut-tre aussi l'aspiration vers le mieux1 mais le mieux sur la terre1 la prescience d'une humanit plus heureuse4 ,il serait curieux que la religion et mtamorphos cette notion du progrs en la promesse1 si largement exploite par elle1 d'un monde meilleur4 99 99 99 99 99 ,on oublie souvent que la croix--devenue l'emblme du sacrifice de ,jsus la rdemption du monde--tait un instrument de supplice4 ,si la foi socialiste s'impose son tour1 si elle a son grand martyr et s'il prit sur l'chafaud1 il est singulier de penser qu'on voudra perptuer son souvenir par l'instrument de son supplice et qu'on verra1 comme on voit aujourd'hui des calvaires1 se dresser de symboliques guillotines aux croises des chemins4 ,,chapitre ,v ,,vues ,,sociales ,altruisme4--,solidarit4--,quelques iniquits4--,l'ide de patrie4 ,l'altruisme4 ,allons6 ,il faut avoir le courage de le crier3 chacun pense soi1 d'abord soi1 frocement soi4 ,soi1 soi1 c'est le centre de l'univers4 ,tous nos sens1 qui concentrent en nous la perception du dehors1 n'aident-ils point cette illusion8 ,plus on avance dans la vie1 plus cette vue s'impose4 ,la conversation nous en offre un exemple typique4 ,chacun ne vise qu' briller1 qu' se raconter1 qu' tenir la scne4 ,nos paroles ne provoquent chez les autres que des retours sur eux-mmes4 ,citez-vous un personnage8 ,l'interlocuteur ragit automatiquement3 ,je le connais1 je ne le connais pas4 ,nommez-vous un site3 ,j'y ai t1 je n'y ai pas t4 ,l'intressant1 ce n'est pas votre personnage ou votre site1 c'est de savoir si votre partenaire le connat ou ne le connat pas4 ,contez-vous une anecdote8 ,elle en suggre immdiatement une autre au voisin4 ,et il n'coute plus la vtre1 dans sa hte trpidante de placer la sienne4 ,chacun parle avec une chaleur passionne de ses ambitions1 de ses entreprises1 de ses amours4 ,et le confident1 pendant ce temps1 par association d'ides1 songe ses amours1 ses entreprises1 ses ambitions4 ,il tente de leur donner l'essor1 en coupant d'un classique3 ,ainsi moi444 ,c'est comme moi444 ,ou bien il guette1 dans une impatience distraite1 le moment de prendre enfin la parole4 ,on se demande s'il exista vraiment de brillants causeurs4 ,personne n'coute4 ,tout le monde attend de parler4 ,et il y a bien d'autres exemples1 incessants1 de cette opration automatique1 fatale4 ,c'est un jeu auquel on peut se livrer avec la certitude de gagner4 ,en lanant une ide1 vous tes sr qu'elle va frapper votre auditeur au centre de lui-mme1 et qu'elle va faire se dresser une ide analogue qui tait en lui4 ,ainsi1 quand on vise une cible1 le fanion sort et s'agite4 ,mais ici1 on est sr de mettre chaque fois dans le mille4 ,une fois qu'on a considr de ce point de vue la vie de relation1 on s'aperoit que ces phnomnes se rptent avec une vigueur1 une gnralit absolues4 ,et cela devient un mlancolique amusement que de voir ces lois se vrifier sans exception4 ,et certes1 le spectacle n'est pas beau1 de cet tre qui pense d'abord lui1 qui est toujours plein de lui1 de ses uvres et de ses soucis4 ,et cependant c'est de cet gosme que jaillit toute la floraison charmante de l'altruisme4 ,car l'altruisme n'est bien que de l'gosme affin1 cultiv4 ,la plante humaine n'est pas seulement un buisson aux lignes sches1 au feuillage aride1 et qui se borne lui-mme4 ,elle se couvre et se pare aussi de fleurs qui1 semant leur poussire fconde et leur parfum1 lui permettent de se rpandre et de se dpasser4 ,et ces fleurs s'appellent courtoisie1 bont1 indulgence1 gnrosit1 dvouement1 piti1 amour4 ,oui1 l'altruisme n'est bien que l'panouissement fleuri1 le prolongement intelligent et gracieux de l'gosme4 tre bon1 tre gnreux1 c'est pouvoir se donner la fine joie d'tre gnreux et bon1 d'en recueillir les bienfaits en retour4 ,avoir de la piti1 c'est d'abord tenter d'abolir la douleur dont le spectacle offense4 ,le sacrifice1 l'abngation ne sont1 au fond1 que de hautaines volupts4 ,et ce qui fait la beaut de l'amour1 de toutes les amours1 c'est que1 dans la tendresse1 l'homme tend d'autres tres sa proccupation jusqu'alors personnelle4 ,il cesse de s'appartenir uniquement1 frocement4 ,il pense d'autres que soi4 ,il se penche sur eux4 ,il les coute4 ,il pouse leurs vux4 ,il n'est plus la plante sans parfum4 ,il s'exhale4 ,voil le vrai progrs moral1 la plus prcieuse conqute du prsent sur le pass1 cette tendance l'expansion de soi-mme vers les autres4 ,l'tre le plus barbare est celui qui1 enferm dans sa dure carapace1 satisfait bassement1 prement1 ses seuls apptits4 ,le plus civilis est le plus sensible la vie extrieure1 celui qui s'y mle et qui s'y donne4 ,ainsi la crature peu peu obit la loi universelle1 la douce loi de rayonnement3 l'astre scintille1 la fleur embaume1 l'homme aime4 99 99 99 99 99 ,les fleurs sont le symbole de ce qu'il y a de meilleur et de plus noble en nous4 ,les btes nous rappellent par leur exemple nos ncessits1 nos bas besoins1 nos pauvres postures4 ,les btes nous rappellent notre bte4 ,tandis que les fleurs nous rappellent la fine fleur de nous-mme4 ,elles ne sont pas gostes4 ,elles rayonnent1 elles exhalent un peu d'elles-mmes1 elles se rpandent1 elles se donnent4 ,et elles montent toujours droit vers la lumire4 ,puis elles se nourrissent discrtement1 par la racine4 ,elles boivent une goutte de rose4 ,leur petit cadavre ne sent pas mauvais4 ,et elles cachent leur sexe dans leur cur1 au centre d'elles-mmes4 ,elles sont de l'amour1 offert dans la robe des ptales4 ,solidarit4 ,la plus grande dcouverte humaine est peut-tre celle de l'interdpendance des tres1 des choses mmes1 la connaissance des liens invisibles qui les unissent et qui les rendent solidaires4 ,elle est rcente4 ,la notion n'en est pas encore installe dans les esprits4 ,car elle a t mise en lumire par la science4 ,les lois de la gravitation universelle nous ont appris que les astres exeraient les uns sur les autres une attraction1 que les mondes eux-mmes se tenaient1 qu'un trouble dans la vie d'une toile lointaine se rpercutait dans les autres toiles1 que la chute d'une pierre sur ,jupiter tait ressentie sur notre terre4 ,l'tude du corps humain1 rcente galement1 tenue longtemps secrte1 est venue renforcer cette notion de dpendance et de solidarit4 ,elle a montr qu'une cellule malade troublait l'organisme entier1 que tout l'tre avait la fivre pour un point enflamm4 ,et les individus dpendent les uns des autres1 ragissent les uns sur les autres1 comme les astres jets dans l'infini1 comme les cellules d'un organisme4 ,nul de nous n'est isol4 ,quoi que nous en ayons1 le sort du voisin influe sur notre sort4 ,nous vivons d'change4 ,penses1 plaisirs1 labeurs1 tout n'est qu'change4 ,de ce phnomne vital1 les exemples abondent galement4 ,la contagion nous en fournit une preuve sensible4 ,la notion en est neuve encore1 comme celle de toutes les dcouvertes scientifiques1 et si peu familire aux esprits que1 dans les classes restes incultes1 on ne croit pas la contagion1 on ne la craint pas1 on s'y expose niaisement4 ,cependant1 elle matrialise ces liens invisibles qui1 jets d'un tre l'autre1 mnent souvent leur destine4 ,si la contagion nous montre la mutuelle dpendance des individus sous son jour nfaste1 elle nous rvle aussi l'enseignement que nous devons en tirer4 ,chacun doit se persuader que sa sant dpend souvent de celle du voisin4 ,il est de l'intrt de chacun1 pour ne point attraper la fivre typhode1 que personne ne l'ait dans le milieu o il volue4 ,souvent1 la tuberculose ou la syphilis d'un riche viennent d'un pauvre4 ,rien ne montre mieux l'intrt des privilgis combattre ces maux dont ils sont menacs4 ,ainsi1 travers ce symbole un peu rude1 apparat le prcepte capital de la solidarit humaine3 ,toutes les existences se tiennent4 ,chacune est influence par l'ensemble des autres4 ,les soigner toutes1 c'est soigner la sienne4 ,c'est travailler son bonheur particulier que de travailler au bonheur gnral4 ,et1 l encore1 l'utilit de faire le bien prolonge l'utilit de ne pas faire le mal4 99 99 99 99 99 ,certes1 on pourra juger svrement une morale qui proclame l'intrt pour chacun de rendre heureux autrui afin d'tre heureux soi-mme4 ,encore n'est-elle utilitaire qu'en apparence1 puisqu'au fond elle entend faire jaillir l'altruisme des sources de l'gosme1 puisqu'elle veut faire du bonheur universel la condition ncessaire du bonheur personnel4 ,elle est en harmonie avec notre nature1 qui tend faire de chacun de nous le centre de l'univers et qui nous anime d'abord du souci de nous-mme4 ,et si elle fait appel nos intrts et nos passions1 du moins les dirige-t-elle dans la voie gnreuse4 99 99 99 99 99 ,les aptres de la solidarit ne l'ont pas borne aux lignes un peu sches de sa dfinition scientifique1 qui constate simplement la mutuelle dpendance des tres4 ,ils l'ont revtue d'un plus ample vtement4 ,ils lui ont donn un sens social4 ,considrant que chaque individu profitait du labeur de la collectivit1 ils entendent qu'il paye de retour cette collectivit4 ,puis1 associant l'uvre des morts celle des vivants1 ils dclarent que chacun de nous1 bnficiant des efforts des gnrations1 a contract une vritable dette envers la socit4 ,enfin1 ils rclament l'entr'aide1 le concours de tous les individus l'action commune4 ,ils prchent le groupement1 l'association1 dont les organismes naturels donnent l'exemple et nous ont rvl les bienfaits4 ,qu'on ne s'y trompe pas3 l'ide de solidarit1 dans ses expressions diverses1 vaincra4 ,elle animera les volutions futures4 ,elle sera la foi de demain4 99 99 99 99 99 ,on ne met pas assez les enfants devant cette ralit que1 ns sur un sol1 en un temps donn1 ils doivent accepter les obligations de la vie sociale telle qu'elle est rgie sur ce sol et en ce temps4 ,de ce fait1 ils ont contract une sorte d'engagement1 touchant les impts1 les charges1 les lois4 ,c'est l du patriotisme pacifique4 ,c'est aussi un aspect de la solidarit4 ,nous devons beaucoup ceux qui nous ont prcds4 ,tout objet dont nous nous servons est le rsultat d'une longue suite d'efforts4 ,nos vtements1 nos trains1 notre tlphone1 nous trouvons tout cela sous notre main1 nous jugeons tout naturel de nous en servir4 ,mais tout cela nous le devons ceux qui sont morts4 ,voil ce qui rend les gnrations solidaires4 99 99 99 99 99 ,l'enfant ignore tout de cette dpendance des tres4 ,il est absolu4 ,il n'est pas relatif4 ,et comme nous devons lui apprendre en quelques annes ce que les hommes ont acquis en des centaines de sicles1 nous devons l'initier cette loi si fconde et si gnrale1 bien le persuader qu'il est li1 lui qui se croit libre1 tout ce qui l'entoure4 99 99 99 99 99 ,on ne saisira jamais assez d'occasions1 on n'inventera jamais assez d'anecdotes1 pour pntrer l'enfant de cette dpendance4 ,par exemple1 on lui montrera que le plus insignifiant de ses gestes1 en apparence1 peut retentir sur une destine voisine4 ,car nous sommes1 notre insu1 comme l'araigne au centre de sa toile4 ,nos actions se prolongent au-del de nous-mmes1 s'irradient1 jettent autour de nous une trame invisible1 o les autres viennent se prendre4 ,oui1 nos gestes ont leurs prolongements inconnus1 leurs retentissements mystrieux4 ,s'il existe une solidarit des tres1 il existe aussi une solidarit des actes4 ,encore un phnomne capital1 qui devrait souvent fixer notre rflexion4 ,au moment d'arrter une dcision1 si mince soit-elle1 il ne faudrait pas dire1 comme on nous y invite volontiers ,bah6 rien n'a d'importance6 ,non1 non4 ,il faudrait dire3 ,tout peut avoir de l'importance4 ,mditant sur une grave circonstance de notre vie1 nous sommes souvent tents d'en rechercher les causes en remontant le cours du pass4 ,nous ne le pouvons pas4 ,car elle est l'aboutissement d'une suite d'vnements dont beaucoup nous chappent4 ,elle nous apparat suspendue une chane dont bien des maillons nous sont cachs4 ,mais il nous arrive pourtant d'isoler1 de saisir un de ces maillons4 ,sans lui la chane se ft rompue4 ,notre destine a dpendu de lui4 ,nous l'examinons444 ,et nous sommes frapps de sa petitesse et de sa fragilit4 99 99 99 99 99 ,il y a beaucoup d'associations1 de mutualits1 certes4 ,mais ce sont encore des flaques isoles1 comme celles qu'on voit sur la grve mare basse4 ,elles ne sont point encore unies en un flux irrsistible4 ,un trait montrera combien l'esprit d'association est encore nbuleux4 ,a ,paris1 les locataires d'une mme maison ne s'unissent jamais4 ,pourtant1 ils reprsentent une association indique1 dont tous les membres couchent et mangent sous le mme toit1 dans une troite communaut de dangers1 de soucis1 d'intrts4 ,combien leur entente unanime agirait puissamment sur le propritaire1 le grant1 le concierge444 ,ils pourraient1 dans un autre ordre d'ides1 acheter des objets d'utilit gnrale3 une bascule pour le charbon1 une balance pour les viandes et les lgumes1 des extincteurs d'incendie1 une sonnette d'alarme4 ,ils pourraient mme avoir une cuisine commune444 ,non1 ils s'ignorent et ils ignorent la force que reprsente leur superposition4 99 99 99 99 99 ,souvent les frais d'une amende dpassent de beaucoup le montant de cette amende4 ,des droits de timbre et d'enregistrement majorent dmesurment la valeur d'une taxe4 ,mille excs du mme ordre nous crasent4 ,et personne ne proteste6 ,eh bien1 nous n'avons que ce que nous mritons1 du moment que nous ne trouvons pas l'nergie de nous grouper1 de nous compter1 de nous apercevoir que nous sommes le nombre et que nous pourrions faire chaque jour de la rvolution pacifique4 ,car enfin1 qui nous impose ces abus8 ,des irresponsables1 des larves de bureau1 dont la force est faite de notre faiblesse4 ,comme nous les verrions trembler et se terrer1 si nous nous dressions444 99 99 99 99 99 ,visitez un domaine avec le chtelain4 coutez-le3 ,j'ai bti cette aile1 plant ce fruitier1 dessin ce hall1 ouvert cette route444 ,mesurez l'norme effort que cet homme a dpens en si peu d'annes444 ,concevez-vous quels rsultats on obtiendrait si tous ces propritaires-l--car ils sont lgion sur le sol de ,france--consacraient un peu de cet effort1 avec la mme ardeur1 la chose commune1 quelque grande entreprise d'intrt gnral1 comme l'aviation1 le rseau routier1 la suppression des taudis8 ,et cela viendra quand ils s'apercevront que servir l'intrt commun1 c'est encore servir leur intrt particulier4 99 99 99 99 99 ,un exemple du bienfait du souci d'autrui1 de la concession au voisin1 nous est donn par le spectacle de la rue4 ,si chacun allait droit son chemin sans s'occuper des autres1 s'il ne se rangeait pas un peu1 s'il n'y mettait pas un peu du sien1 ce ne seraient que collisions1 algarades1 horions4 ,nul n'avancerait4 ,donc1 il y a avantage ces concessions mutuelles4 99 99 99 99 99 ,cependant1 la foule n'a pas encore conscience de la solidarit4 ,une femme renoue-t-elle le cordon de son soulier dans l'escalier du mtro1 parmi le flot qui se rue vers la sortie8 ,elle arrte ou retarde cent personnes derrire elle4 ,elle peut compromettre des intrts1 des satisfactions1 des bonheurs4 ,tant d'vnements sont la merci d'une minute444 ,mais elle ne souponne pas encore que son simple geste puisse se prolonger en rpercussions si nombreuses et si graves4 99 99 99 99 99 ,nous ne pensons pas assez au voisin4 ,nous ne nous mettons pas assez sa place4 ,cependant1 ce petit travail de rciprocit serait toujours de notre intrt4 ,ainsi1 on ajourne volontiers la note d'un fournisseur1 mme sans ncessit4 ,et soi-mme on souffrira de voir ajourner une rentre attendue4 ,qui nous dit que ce fournisseur n'attend pas1 lui aussi1 sa rentre8 ,il faut dvelopper en nous le sens de la rciprocit4 ,quelques iniquits4 ,quand on pense aux ouvriers1 on est comme suffoqu1 tant on aurait dire444 ,et puis1 on garde le silence1 parce qu'on craint que toute parole ne soit vaine1 pour le prsent4 ,les petites rformes1 les amliorations de dtail sont si peu1 ct de l'norme injustice que constitue l'opposition du labeur et du luxe4 ,et on sent que cette injustice ne cessera que dans une autre re1 sous un autre rgime1 dans une de ces cits futures qui ne sera peut-tre pas celle qu'bauchent les collectivistes1 mais qui est aussi dans la terre promise444 99 99 99 99 99 ,la question sociale ne fera de grands pas qu' partir du moment o ceux qui peuvent la rsoudre y auront un intrt sentimental4 ,j'entends le moment o ceux qui dtiennent la fortune ne pourront plus penser sans malaise la famille nombreuse grouillant dans un taudis1 l'ouvrier qui va l'hiver ds sept heures au travail sous sa mince pelure et qui fera tout le jour le mme geste jusqu' la mort1 l'ouvrire en chambre qui cre du luxe pour un salaire de famine4 ,j'entends le moment o ces avantags auront pris si intimement conscience de l'injustice qu'elle leur sera insupportable4 ,le moment o ils auront sur le cur le poids de la misre humaine4 ,alors ils chercheront s'en dbarrasser4 ,aujourd'hui1 la jeune fille qui rentre du bal l'aurore1 regarde d'un il indiffrent1 du fond de sa limousine1 les travailleurs qui vont l'usine4 ,elle n'en souffre pas4 ,entre elle et eux1 il y a la vitre1 une cloison dure1 mince1 impermable4 ,mais un jour viendra o cette jeune fille souffrira1 comme elle souffre dj la vue d'un cheval abattu entre ses brancards4 99 99 99 99 99 ,nous avons une rsignation vraiment trop facile la misre d'autrui4 ,oui1 le pcheur1 le mineur sont attachs leur tat1 par habitude1 par hrdit4 ,mais leur a-t-on fait goter d'une autre vie8 ,et qui donc soutiendrait qu'ils ne souhaitent pas un sort plus doux8 ,un jour ne viendra-t-il pas o l'on fera de la pisciculture comme on fait aujourd'hui de la culture1 o l'levage en bassins1 le long des ctes1 supprimera les rigueurs et les prils de la grande pche8 ,un jour ne viendra-t-il pas1 en attendant de recueillir tout droit l'nergie solaire1 o on la demandera l'alcool des vgtaux1 o on la rcoltera la surface de la terre1 au lieu de l'extraire si durement de ses entrailles8 99 99 99 99 99 ,en ce moment1 la piti active ne va qu'aux animaux4 ,encore elle ne les connat pas tous4 ,ses grands protgs sont le chien1 le chat1 le cheval4 ,elle ignore superbement tous les animaux comestibles4 ,elle rugit contre la vivisection de laboratoire4 ,mais elle n'a pas un pleur pour l'abattoir4 ,ni pour la chasse4 ,bref1 ses lois sont tellement obscures et contradictoires1 qu'il ne faut pas dsesprer de la voir1 enfin1 aller vers les hommes4 99 99 99 99 99 ,de nos jours1 quand on voit un ouvrier avec un lorgnon1 on est surpris4 ,ainsi1 ce simple bienfait reste encore le monopole d'une classe4 ,n'est-ce pas un exemple des normes progrs accomplir8 99 99 99 99 99 ,pour soulever un rail de onze mtres1 il faut qu'un chef d'quipe donne le commandement3 par les cheveux ou3 l'paule4 ,sans ce signal1 l'quipe ne lverait pas le rail4 ,une coordination est ncessaire et justifie le commandement4 ,ainsi1 le chef apparat indispensable4 ,mais il ne sera unanimement accept que s'il est lu4 99 99 99 99 99 ,les grandes administrations sont restes fodales4 ,elles traitent encore leur clientle comme les seigneurs traitaient leurs serfs4 ,on ne se sent pas de plain-pied avec elles4 ,entre elles et soi1 il y a le guichet1 comme il y avait le pont-levis4 ,dans la forme de leurs mandements1 elles sont brutales1 bourrues1 oppressives4 ,les ,finances rclament une contribution sous la menace de poursuites4 ,le ,gaz1 l'lectricit rclament leur d sous la menace de couper la lumire4 ,et cela sans dlai1 grossirement1 inutilement1 pour le plaisir4 ,il y a l un esprit ancien1 qui devra changer4 ,l'administrant et l'administr sont des individus quivalents4 ,et l'on n'imagine pas combien les murs seraient plus aimables s'il y avait derrire les guichets de la bonne grce4 99 99 99 99 99 ,on ne maudira jamais assez l'esprit de bureau4 ,c'est notre cancer1 monstrueux1 flasque1 envahissant1 indracinable4 ,on ne dnoncera jamais assez cette passion de l'immobilit1 ce gnie de la complication1 cette horreur de l'innovation1 ce mpris du public1 cette pleutrerie de l'irresponsabilit unie l'arrogance du despotisme4 ,c'est lui qui anmie l'organisme social4 ,c'est lui qui en abaisse le rendement un taux ridicule4 ,au jeu des anticipations1 je n'imagine pas la rvolution qui en triomphera1 tant que nous garderons nos traits de race4 99 99 99 99 99 ,redoutons la justice4 vitons son contact4 ,elle marque tout ce qu'elle touche4 ,l'homme qui bnficie d'un non-lieu ou d'un acquittement demeure diminu socialement4 ,elle est brutale4 ,qui n'a pas vu1 la correctionnelle1 distribuer des annes de prison la minute comme on estampille des lettres la poste1 ne peut pas imaginer cette stupfiante horreur4 ,elle est obscure et cruelle4 ,elle guillotine et elle jargonne4 ,elle coupe les gens en deux et les cheveux en quatre4 ,elle est injuste4 ,elle acquitte volontiers les crimes de la passion1 c'est--dire de la passion amoureuse1 et elle condamne les crimes de la faim4 ,la faim aussi est une passion6444 ,de deux accuss1 elle relche celui qu'elle croit fou1 elle garde celui qu'elle croit lucide4 ,comme s'ils n'taient pas galement dangereux6 ,ainsi ses arrts sont incohrents et contradictoires4 ,pourquoi8 ,parce qu'elle est btie sur des ruines1 avec des ruines4 ,elle est romaine1 napolonienne1 chrtienne4 ,elle n'est pas humaine4 ,au nom de quel idal svit-elle8 ,la peine qu'elle applique1 est-ce l'expiation1 le chtiment dans le sens religieux du mot8 ,est-ce un effet de la loi du talion8 ,est-ce1 au point de vue social1 une dette8 ,est-ce un exemple8 ,il y a de tout cela dans sa subtile barbarie4 ,sa toge est un habit d'arlequin4 ,souhaitons une refonte totale des ,codes4 ,certes1 une collectivit doit se dfendre4 ,mais la faon dont se dfend un organisme4 ,or1 la nature ne punit pas la cellule dangereuse4 ,elle l'empche de nuire4 ,tel sera l'unique point de vue de la justice prochaine4 ,elle sera d'abord prventive4 ,elle cherchera viter l'closion puis le dveloppement de la mauvaise cellule4 ,et quand elle n'aura pas pu viter le mal1 elle ne se demandera pas dans quelle mesure l'accus est coupable1 elle se demandera dans quelle mesure il est nuisible4 ,l'ide de ,patrie#b4 #b ,les notes qui composent cet ,essai ont t runies de #aijc #aiad4 ,celles qui concernent l'ide de ,patrie datent du printemps #aiad4 ,je n'ai rien y changer4 ,j'aurais trop y ajouter4 ,on devrait pouvoir discuter du patriotisme sans tre accus d'en affaiblir le sentiment ou de se drober ses charges4 ,hlas6 ,il n'en est rien4 ,dfense de l'examiner1 dfense d'y rflchir4 ,ds qu'on le conoit autrement que ses prtres farouches1 on est le lche1 on est le tratre4 ,je ne sais pas de plus odieuse1 ni de plus stupide injustice4 ,le premier grief que l'on puisse faire au patriotisme1 c'est de se prsenter comme immuable4 ,au contraire1 il se transforme1 il s'largit sans cesse4 ,pourquoi masquer son caractre transitoire1 au lieu de montrer son volution1 d'en pntrer les esprits et1 par l mme1 de la prparer1 de la hter8 ,comment nier cette mtamorphose continuelle8 ,l'ide de patrie444 ,mais elle nat du jour o l'homme fixe sa tente1 habite une caverne4 ,et elle aboutit aujourd'hui ces immenses tats-,unis d',amrique qui sont dix-sept fois plus vastes que la ,france4 ,mais cette ,france elle-mme n'est qu'un patient agglomrat de parcelles d'abord ennemies4 ,elle est un exemple de cet accroissement successif1 indfini4 ,le chaud langage du patriotisme appelle la ,france la tunique sans couture4 ,au contraire1 elle n'est faite que de pices cousues4 ,au moment o ces lignes sont crites1 beaucoup de gens vivent encore qui ont vu l'annexion de la ,savoie et du ,comt de ,nice4 ,la ,lorraine et l',alsace devinrent franaises sous ,louis ,,xiv et la premire ,rvolution4 ,il fut un temps o l',austrasie et la ,neustrie s'tendaient sur notre territoire actuel4 ,elles se dtestaient4 ,elles taient en guerre continuelle4 ,et1 sans doute1 le papa neustrien disait son petit garon3 ,la ,neustrie1 c'est la tunique sans couture4 ,il faut aimer la ,neustrie4 ,il ne faut aimer que la ,neustrie4 ,il faut dtester l',austrasie4 ,c'est l'ennemie hrditaire4 ,et puis1 un jour1 la ,neustrie et l',austrasie1 cela s'est appel la ,france444 ,dans un autre temps1 notre sol tait morcel en fiefs fodaux1 dont les seigneurs luttaient sans cesse les uns contre les autres4 ,et j'imagine encore les langages si diffrents que tenaient peut-tre leurs enfants les gardiens de deux forteresses rivales4 ,l'un d'eux disait3 ,on se battra toujours de chteau chteau4 ,en face1 c'est l'ennemi ternel4 ,dressons le pont-levis4 ,et l'autre3 ,on ne se battra peut-tre pas toujours de chteau chteau4 ,notre voisin ne sera peut-tre pas toujours notre ennemi4 ,en y pensant1 prparons ce temps-l4 ,hlas6 ,il n'est pas encore venu4 ,dressons le pont-levis4 ,des deux1 quel tait le sage8 ,a qui le temps donna-t-il raison8 ,on vit en paix entre voisins de campagne1 entre communes1 entre provinces4 ,qui peut prtendre qu'on ne vivra pas en paix entre nations8 ,et cependant ces deux gardiens dressaient l'un et l'autre le pont-levis4 ,on peut1 en effet1 croire et travailler un avenir amlior sans se drober aux ncessits prsentes1 quoi qu'en prtendent les patriotes de carrire4 ,on ne saurait trop y insister4 ,ainsi1 puisqu'il y a des malfaiteurs1 il serait fou de supprimer la police4 ,mais on doit nanmoins tenter de diminuer le nombre de ces malfaiteurs--par l'ducation1 la lutte contre les grands maux populaires--afin de parvenir rduire la police4 ,de mme1 il serait fou de supprimer l'arme1 puisqu'il y a encore des nations fondes sur la force4 ,mais ne doit-on pas essayer de modifier l'tat d'esprit de ces nations1 de les clairer sur elles-mmes1 afin d'arriver rduire les armes8 ,contre cette notion d'une patrie toujours plus vaste1 sans cesse largie1 on peut dresser deux objections principales4 ,la premire est tire de l'histoire4 ,des empires sont ns1 ont grandi1 sont parvenus un dveloppement limit1 puis ils ont disparu4 ,leur exemple semble donc dmentir cette tendance un largissement continu1 indfini1 puisque1 parvenus leur taille1 leur accroissement final1 ces empires ont achev leur histoire1 furent rays de la carte du monde1 au lieu de se fondre dans une plus vaste agglomration4 ,mais l'ide de patrie n'chappe pas la loi de transformation universelle qui1 partant de l'embryon1 tend sans cesse vers des organismes plus complets4 ,or1 cette loi procde par essais successifs4 ,les empires dont l'histoire a gard la trace furent des bauches successives de patries4 ,chacun a profit de l'hritage du pass1 a laiss son apport1 a marqu un pas en avant4 ,les tats qui nous ont prcds taient des organismes plus imparfaits que ceux que nous ralisons aujourd'hui4 ,ainsi1 leurs divers lments n'taient pas runis par le rseau des liens rapides1 des communications instantanes que nous possdons actuellement4 ,de mme1 dans l'chelle ascendante des tres1 c'est le systme nerveux qui va se perfectionnant4 ,nous ne sommes qu'un moment de le cohsion humaine4 ,seconde objection3 seuls les hommes qui parlent une mme langue s'unissent sous un mme drapeau4 ,c'est le signe de ralliement1 le trait de race4 ,cette ncessit s'oppose donc l'agglomration d'tats dont les langages sont diffrents4 ,il serait facile de rpondre que nombre de ,bretons et de ,provenaux ne parlent pas le franais et le dsapprennent mme aprs le rgiment4 ,mais il y a mieux4 ,il existe un tat dont les citoyens1 unis par un mme idal1 poussent trs haut le sentiment patriotique1 et qu'on cite souvent en exemple de dmocratie organise4 ,cependant1 groups en rgions1 ils parlent trois langues3 le franais1 l'allemand1 l'italien4 ,c'est la ,suisse1 qui apparat comme le modle rduit des confdrations futures4 ,aprs avoir fait grief au patriotisme de se prsenter comme immuable1 on doit lui reprocher d'tre uniquement guerrier4 ,il est singulier qu'entre les individus d'une mme nation l'instinct de solidarit ne soit encore vraiment invoqu1 cultiv1 que face l'ennemi possible4 ,le drapeau1 signe de ralliement1 est un emblme belliqueux4 ,ds qu'il devient pacifique1 on ne le salue plus4 ,une guerre ventuelle ne devrait pas tre l'unique occasion1 pour les gens d'un mme pays1 de se serrer les uns contre les autres1 de communier dans l'enthousiasme1 de s'entr'aider1 d'ajouter leurs efforts1 de coordonner leurs lans gnreux4 ,il y en a mille autres1 des occasions de fraternelle gnrosit4 ,on imagine une nation dont les citoyens diraient3 ,unissons-nous pour que la patrie soit forte1 mais aussi pour qu'elle soit belle1 aimable1 brillante1 pour qu'elle n'ait plus ces plaies abominables qui la rongent3 la misre1 la sottise1 l'injustice1 l'alcoolisme4 ,non4 ,un peuple ne vibre l'unisson que sous la menace trangre4 ,il ne s'excite que contre le voisin4 ,il ne se tourne que vers la frontire4 ,il voit le pril extrieur4 ,il ignore les ennemis intrieurs4 ,il n'y a pas encore de patriotisme pacifique1 de patriotisme productif4 ,on ne conoit pas encore que les savants soient des patriotes au mme titre que des officiers4 ,c'est trs beau de mourir pour sa patrie1 mais il faudrait aussi vivre pour elle4 ,que ft-il advenu de toutes les dcouvertes1 si les inventeurs n'avaient pas affront le lent martyre de leurs efforts et de leurs dceptions8 ,imagine-t-on un propritaire qui mettrait toute son ardeur dfendre son domaine contre les voisins et qui ne garderait rien de son activit pour le parer et l'enrichir8 ,c'est ainsi que vivait le seigneur fodal4 ,dans son chteau-fort1 nul bien tre1 nul agrment4 ,tout y tait sacrifi la crainte de l'envahisseur4 ,ce n'tait que fosss1 murailles1 travaux de dfense et de guet4 ,les chteaux ne commencrent s'embellir que lorsqu'ils cessrent de se fortifier4 ,entre elles1 les nations en sont au moyen ge4 ,ce caractre uniquement guerrier du patriotisme est si marqu qu'il existe d'admirables socits pour les blesss militaires1 fonctionnant fbrilement vide1 ou s'entranant1 se faisant la main dans les expditions coloniales4 ,mais il n'y en a pas d'quivalentes pour les blesss civils1 bien que l'usine et le taudis soient des champs de bataille quotidiens4 ,ce patriotisme1 tout en carapace1 pointes en dehors1 sans chair intrieure1 se hrisse uniquement contre les prils de l'heure4 tant guerrier1 il touffe le patriotisme pacifique4 ,voil son grand mfait4 ,il rugit si l'on murmure que ces prils pourraient cesser d'exister4 ,pourtant il suffirait que les peuples menacs par la guerre ne voulussent pas la guerre1 que leur volont unanime ft vraiment la rsultante de toutes les volonts4 ,mais le patriotisme ne veut rien entendre4 ,il stigmatise des mots les plus avilissants ceux qui souhaitent de prparer un tel tat d'esprit4 ,il prdit la guerre4 ,il l'appelle presque4 ,la preuve8 ,qu'une guerre lointaine clate--expdition coloniale ou lutte entre demi-civiliss--ce patriotisme se tourne en ricanant vers les pacifistes4 ,il triomphe4 ,il l'avait bien dit1 qu'il y aurait toujours des guerres4 ,il nous dit encore3 ,les barbares vont couler sur nous comme aux premiers sicles4 ,leurs hordes sont nos portes4 ,hlas6 c'est possible3 il y a des patriotes enflamms dans tous les pays4 ,il est possible que les changements rcents survenus dans l'organisme europen n'aient pas encore eu le temps de faire sentir leurs effets bienfaisants1 de triompher de la folie guerrire4 ,car il existe des internationalismes partiels1 dont des congrs frquents sont les signes trop inaperus4 ,en particulier1 un internationalisme financier1 d'une sensibilit extrme1 d'une puissance incalculable1 et qui prside peut-tre nos destines4 ,le rseau des communications intenses et rapides1 tendu sur les tats1 est tout neuf4 ,le chemin de fer a soixante-dix ans1 le tlphone quarante ans1 l'auto vingt ans1 la sans-fil et l'aviation dix ans4 ,tout cela tient dans la dure d'une vie humaine4 ,comment prtendre1 en un si court laps de temps1 mesurer les effets de ces modifications profondes dans la vie de relation8 ,il faut l'avouer4 ,ce patriotisme qui n'a qu'enthousiasme pour les travaux de la guerre et que sarcasmes pour les travaux de la paix1 ce patriotisme est servi par l'me populaire1 si routinire1 si lente se raliser1 prendre conscience d'elle-mme4 ,au ,x,xe sicle1 on parle de la guerre avec la mme rsignation1 le mme fatalisme1 que de la mort4 ,il semble que ce soient deux flaux galement invitables4 ,au cinma1 des femmes du peuple1 regardant dfiler des scnes abominables d'une rcente guerre orientale1 disaient1 les doigts au creux de la joue3 ,quelle horreur6 ,d'autres fermaient les yeux4 ,et ces mmes foules1 des deux cts de la frontire1 ne se disent pas encore3 ,pourtant1 si nous ne voulions pas nous tuer8 ,cette rsignation la barbarie de la guerre apparat encore plus surprenante quand on la compare la mentalit gnrale4 ,nul doute que les murs ne soient moins rudes que dans le pass4 ,nous ne constatons pas leurs progrs1 mais ils sont rels4 ,et le contraste est clatant entre ces murs adoucies1 polices1 et l'indulgence rsigne pour la frocit guerrire4 ,quand un mineur ou un puisatier est enseveli sous un boulement1 toute la nation frmit pour cette vie humaine4 ,on suit avec angoisse dans les journaux les progrs des travaux de sauvetage4 ,le retirera-t-on mort ou vivant8 ,et puis1 que quarante mille hommes prissent en un jour de bataille1 on ne s'mouvra pas4 ,on lira sans rvolte3 ,l'artillerie a fait merveille444 ,quand1 en pleine paix1 l'quipage d'un sous-marin ou d'un cuirass prit dans une catastrophe1 c'est un deuil national4 ,les pauvres gens1 comme on les plaint6 ,on pleure1 on enqute4 ,mais on ne se dit pas que dans une seule rencontre1 il en prirait cent fois1 mille fois davantage6 ,ce carnage belliqueux1 on l'admet1 on l'accepte--d'avance4 ,on ne fait pas tout ce qui est moralement possible pour l'viter4 ,ce contraste n'est-il pas frappant8 ,supposez deux villas voisines1 la campagne4 ,l'un des propritaires s'arme jusqu'au toit4 ,un jour1 il massacre tous ses voisins4 ,lui-mme a perdu dans la bagarre quelques-uns des siens4 ,quel tolle si les juges proclamaient3 ,les droits qu'il a si chrement acquis la conqute sont sacrs4 ,la proprit voisine lui appartient4 ,c'est cependant le langage que tient1 d'un consentement unanime1 la diplomatie autour des belligrants1 la lutte termine4 ,il y a une grce d'tat pour les choses de la guerre4 ,pourtant1 on devrait cesser de se rsigner ds qu'on examine les misrables causes d'une guerre4 ,faut-il parler de ses causes apparentes2 minuscule incident1 prtentions diplomatiques8 ,elles sont d'un comique sinistre1 tant elles sont follement dmesures avec les indicibles ravages qu'elles vont dchaner4 ,derrire ces raisons de paravent1 s'abritent les vrais apptits4 ,mais qu'il s'agisse d'un trne consolider1 d'une diversion des troubles intrieurs1 de grosses convoitises de territoire ou d'argent1 qu'importe8 ,rien de tout cela n'intresse le bonheur des deux peuples qu'on va jeter l'un sur l'autre4 ,et enfin1 derrire ces mobiles apparents ou rels1 il y a les agissements profonds1 ceux qui ont rendu la guerre possible1 en la dclarant invitable4 ,il y a une certaine presse qui travaille les masses de ses ferments actifs et dont les meneurs obissent tour tour--ou tous ensemble--au chauvinisme1 la folie des grandeurs1 aux tentations de la ,bourse1 aux apptits mtallurgistes1 au dsir de flatter les primitifs instincts de leur clientle4 ,et si l'atroce conflit clate1 qui retardera de plusieurs sicles la civilisation terrestre1 on retrouvera peut-tre1 parmi les artisans inconscients de l'uvre abominable1 quelques hommes au pouvoir qui1 croyant servir leur ambition et peut-tre mme leur pays1 n'auront servi que d'troits intrts et de longues rancunes de caste4 ,enfin1 il y a le patriote chauff1 le bon patriote1 comme ils disent4 ,oh6 ceux-l sont les grands coupables4 ,d'autant plus inexcusables que1 tout en versant de chaudes larmes sur l'abandon des grands idals du pass1 sur la monte de l'individualisme1 ils suivent1 eux aussi1 dans le terre--terre de la vie1 l'humble morale du bonheur4 ,ils n'ont jamais t profondment influencs par la foi qu'ils professent4 ,dans l'existence1 ils se conduisent comme de simples pacifistes4 ,tout en maudissant le progrs1 ils en usent4 ,mais non1 ils ne veulent pas en convenir4 ,ah6 ceux-l1 pourquoi ne peut-on pas leur crier que le culte de la personne humaine--ce culte qu'ils servent pour eux-mmes--entrane celui de la collectivit1 mais non point d'une collectivit rduite un coin de terre4 ,je maudis leur doctrine de haine4 ,ils veulent chasser l'tranger1 ses reprsentants1 ses produits4 ,qu'adviendrait-il donc de notre richesse1 si l'tranger appliquait la loi du talion1 supprimait le bienfaisant change8 ,je les maudis de battre monnaie avec un idal qu'ils considrent comme sacr1 en mettant au jour des romans1 des pices--dont ils touchent les droits--qui exploitent un chauvinisme exaspr4 ,je maudis le patriote de table d'hte1 celui qui dcerne des diplmes de bon franais1 qui les dtient1 qui en a le monopole4 ,celui qui veut sur la nappe un pot de moutarde franais1 bien franais4 ,et qui louche sur son voisin ds que la courbe de son nez ne lui parat pas bien franaise4 ,celui qui ravale l'homme au rang de la bte1 en le poussant foncer sur quiconque ne lui ressemble pas4 ,oh6 celui-l1 j'appelle de tous mes vux sa disparition de la surface de la terre4 ,je n'ai de haine que pour la haine444 99 99 99 99 99 ,beaucoup d'esprits n'imaginent pas encore les tats-,unis d',europe4 ,cependant1 on peut dire que cette prvision est dj ralise certains yeux4 ,si elle n'existe pas dans le temps1 elle existe dans l'espace4 ,en effet1 pour l',amricain du ,sud1 par exemple1 la ,france1 l',angleterre1 l',allemagne1 l',espagne1 l',italie1 sont dj des dpartements d',europe4 ,de mme que nous associons1 que nous confondons dans l'loignement1 le ,brsil1 le ,prou1 l',argentine1 le ,chili444 ,et cependant ces nations1 elles aussi1 ont creus entre elles les fosss du patriotisme4 ,mais dj nous les rapprochons4 99 99 99 99 99 ,un chauffeur1 qui avait fait ,pkin-,paris en automobile1 me disait qu'il avait eu le mme battement de cur en voyant le poteau ,europe en quittant l',asie qu'en voyant le poteau ,france au retour d'un voyage en ,italie4 ,ce simple trait ne montre-t-il pas ce qu'il y a de transitoire dans le groupement actuel8 99 99 99 99 99 ,dans un salon1 on admet qu'il y ait un banquier1 un artiste1 un prolifique1 un clibataire4 ,et dans le groupe europen1 chacun veut tre au premier rang1 en tout4 ,pourquoi n'y aurait-il pas la nation artiste1 la nation riche1 etc48 99 99 99 99 99 ,les nations rappellent ces filles lgres et changeantes qui1 habitant la mme hospitalire maison1 se disputent1 se fchent1 se rconcilient1 toujours excessives dans leurs manifestations de haine et de tendresse4 ,voulez-vous penser aux relations de la ,france et de l',angleterre depuis cent ans1 de ,waterloo l',entente cordiale1 en passant par la ,crime et ,fachoda8 99 99 99 99 99 ,l'ide de patrie est subtile4 ,la dette contracte envers les morts1 la conservation du patrimoine d'uvres et d'efforts accomplis avant nous1 l'atmosphre particulire1 la faune1 la flore1 les coutumes considres comme des reflets du ciel qui les domine1 autant de notions trs tnues1 trs dlicates4 ,et on peut s'tonner que ce soit au nom de sentiments presque insaisissables1 qu'on demande aux hommes les plus incultes les suprmes sacrifices4 ,mais on rpond qu'ils en ont l'instinct4 ,et il faut ajouter aussi qu'on a d habiller ces sentiments1 les pavoiser1 les rendre plus perceptibles en les soutenant de grands mots sonores1 amour sacr1 honneur1 gloire444 ,,deuxi,,me ,,partie ,,adaptations ,,chapitre ,,premier ,,de ,l',,ducation3 ,,principes ,,et ,,moyens ,d',,action ,pour bien se pntrer du rle norme que l'ducation devrait jouer dans la vie du pays et de la famille1 il faut rflchir qu'elle ne doit pas se proposer seulement de rendre nos enfants aussi heureux et aussi arms que possible4 ,non4 ,elle a aussi une porte sociale4 ,elle est notre seul moyen vrai de travailler au progrs moral4 ,car nous ne pouvons nous amliorer que dans nos enfants4 ,le caractre de l'adulte ne se modifie gure4 ,il a ses traits arrts1 comme le visage4 ,quel chagrin1 parfois1 malgr les plus fermes rsolutions1 de constater qu'on ne parvient pas redresser sa nature444 ,et alors1 cette consolation nous reste3 tous les fruits dcevants de notre exprience1 nous allons en faire profiter ceux qui sont ns de nous4 ,nos efforts vers le mieux1 nous allons tout de mme leur faire toucher le but2 ce seront nos enfants qui les raliseront1 qui en profiteront4 ,car1 chez eux1 la substance est encore tendre1 plastique4 ,il y a une nourriture et une orthopdie morales1 vraiment efficaces4 ,toutes ces qualits que nous rvions pour nous-mmes1 nous les en parerons4 ,ils les auront pour nous4 99 99 99 99 99 ,au point de vue social1 nous soignons nos ulcres et non pas notre sang4 ,nous emprisonnons1 nous hospitalisons tous les dchets humains1 ns de notre mauvaise organisation1 et nous ne cherchons pas atteindre le mal sa source4 ,ici apparat un des rles de l'ducation4 ,elle seule peut faire comprendre aux hommes leur vritable intrt2 elle seule peut viter que ne soient jets la circulation tant d'lments nuisibles1 car elle peut seule crer une mentalit enfin rvolte contre des conditions sociales qui permettent l'closion1 la mise au jour de tant de dchets lamentables4 99 99 99 99 99 ,pour amliorer une race1 il ne faut gure compter sur les lois1 qui ne sont que l'enjeu des luttes de partis4 ,il faut agir directement sur ses murs4 ,c'est l'uvre de chacun1 qui tient ainsi un peu de l'avenir dans ses mains4 ,et l'action la plus facile1 la plus logique1 la plus urgente1 ne doit-elle pas s'exercer sur l'ducation1 par l'ducation8 99 99 99 99 99 ,nous ne pouvons prparer un meilleur tat social qu'en pntrant nos enfants des monstrueuses iniquits qui dshonorent notre poque1 qu'en leur montrant ensuite comment l'difice entier pourrait tre restaur pierre pierre1 selon nos rves4 ,il faut les frapper d'exemples qui les pntrent jusqu'au cur4 99 99 99 99 99 ,l'ducation est bien fonde sur l'imitation4 ,mfions-nous de ce fait4 ,que d'enfants prennent les faons de saluer1 de parler1 de leurs parents6 ,et1 la meilleure preuve que l'ducation est base d'imitation1 c'est que l'enfant n'apprend parler qu'en appelant les choses comme il les entend appeler4 ,il en va de mme de ses autres acquisitions4 ,avez-vous rflchi que nous accomplissons un acte norme quand nous apprenons notre enfant le nom d'une chose8 ,cela n'a l'air de rien1 mais c'est le symbole de l'ducation4 ,ce petit ne savait pas comment appeler cette chose4 ,il ne sait rien4 ,c'est la page blanche4 ,nous prononons un nom4 ,dsormais1 l'enfant appellera1 de par nous1 cette chose par ce nom444 ,mais1 direz-vous1 ce n'est pas une bien grave responsabilit1 puisque cette chose s'appelle ainsi du consentement unanime4 ,d'accord4 ,mais nous lui apprenons des ides1 de la mme faon que des mots4 ,et1 souvent1 il restera aussi troitement fidle aux ides qu'aux mots4 ,il continuera d'appeler cuiller1 comme nous le lui avons appris1 l'ustensile qui lui sert manger sa soupe4 ,de mme1 il continuera de penser sur les usages1 la famille1 la socit1 la politique1 comme nous le lui avons appris4 ,quand vous enseignez un mot1 quand vous inculquez une ide1 songez la gravit de votre acte444 99 99 99 99 99 ,l'enfant est absolu4 ,il est extrme4 ,il hurle pour un tout petit caprice4 ,ses gestes sont exagrs4 ,il n'a pas le sens du juste milieu4 ,et c'est une des tches de l'ducation de l'amener la pondration1 la coordination1 l'quilibre1 comme on rgle une balance instable1 excessive1 jusqu' ce qu'elle indique les poids sans faire d'abord des oscillations dsordonnes4 99 99 99 99 99 ,ayons de l'loignement pour l'espigle1 l'enfant terrible4 ,il est d'un exemple nfaste4 ,ses dfauts1 qu'on admire1 ne sont pas les traits vritables de l'enfance4 ,oui1 l'enfant doit passer par toutes les tapes de l'humanit--il la recommence--mais faisons-lui franchir les tapes ingrates au pas redoubl4 ,et mfions-nous aussi de cette indulgence aux fredaines1 que les enfants retiennent3 ,il faut bien que jeunesse se passe6444 ,il jette sa gourme6444 ,folle avoine6444 ,c'est sous ce manteau-l qu'on cache tant de hontes et qu'on prpare tant de maturits frelates4 99 99 99 99 99 ,quand des enfants se passionnent pour un jeu1 une besogne1 il ne faut pas les en dtourner brusquement1 mme s'ils s'y absorbent trop4 ,car la crature s'attache ce dont on l'loigne1 comme elle s'carte de ce qu'on lui impose4 99 99 99 99 99 ,il faudrait pouvoir classer les dfauts des autres dans l'esprit de l'enfant1 ses yeux1 en dfauts curables et dfauts incurables4 ,bien pntr de cette notion1 il ne se moquera jamais d'un infirme1 d'un disgraci1 parce qu'il sera bien persuad que ceux-l n'y peuvent rien4 ,il rservera sa verve et son instinct critique pour le petit camarade prtentieux1 la petite amie frivole4 ,ceux-l1 les blaguer1 c'est un peu les soigner4 ,c'est un critrium trs sr1 ce sens du corrigible et de l'incorrigible4 ,faisons un retour sur nous-mme4 ,nous savons fort bien ceux de nos travers que nous pouvons ou que nous ne pouvons pas redresser4 99 99 99 99 99 ,le grande infirmit incurable1 c'est la vieillesse4 ,enseignons bien aux enfants ne pas la railler4 ,certes1 ils ne peuvent pressentir l'incessante1 la pathtique angoisse1 les tournants tragiques de cette descente la mort4 ,mais qu'ils s'accoutument la contempler avec autant de gravit que la mort mme4 ,qu'ils ne la mprisent pas1 qu'ils en aient piti4 ,si nous n'touffons pas dans leur cur ce germe de ddain cruel que nous inspire nous-mme la vieillesse1 ils le perptueront4 ,nous dcouvrons sur notre voisin les signes de l'ge avec une jubilation froce1 une sorte de mpris impitoyable4 ,il nous parat diminu1 dchu1 terre4 ,un farouche hallali sonne en nous4 ,et nous aurions peut-tre besoin nous-mme1 ce mme moment1 d'indulgence et de compassion4 ,n'est-ce pas effrayant que deux amants1 remis face face aprs avoir t longtemps spars par la vie1 au lieu d'tre attendris d'abord par leurs communs souvenirs1 pensent avant tout1 cruellement3 ,comme il a vieilli444 ,comme elle a vieilli444 99 99 99 99 99 ,le colre1 le mpris1 la tristesse1 l'ironie1 impriment chacun aux traits humains une expression particulire4 ,et1 inversement1 par une sorte d'instinct atavique1 en voyant ces expressions sur un visage1 nous dcidons qu'il est irrit1 mprisant1 triste1 ou railleur4 ,mais cette proposition inverse n'est pas toujours vraie4 ,et voil une remarque faire entrer dans l'esprit des enfants4 ,il suffit d'un pli1 d'un relief lger1 sculpt dans notre chair1 pour que notre masque exprime ces divers tats d'esprit4 ,et l'individu qui porte ce masque n'est pas toujours dans cet tat4 ,s'il a les traits tombants1 on dit qu'il est triste4 ,si sa lvre se retrousse1 on dit qu'il est mprisant4 ,qui sait8 ,il est peut-tre intrieurement trs gai1 ou il ne mprise peut-tre personne4 ,et qui plus est1 il ne sait peut-tre pas qu'il a l'air triste1 ou mprisant4 ,le proverbe3 ,ne jugeons pas les gens sur la mine1 prend ici son sens le plus fort4 ,car cette mine modele par le coup de pouce fantaisiste de la nature1 n'exprime pas toujours les sentiments qui s'agitent derrire elle4 99 99 99 99 99 ,que les enfants soient mis en garde contre les mfaits du silence4 ,plus on est muet1 paresseux parler1 plus on se rapproche du vgtal1 des rgnes naturels qui nous ont prcds4 ,la parole1 l'criture1 tous les moyens de correspondre entre les humains1 sont des acquisitions1 des signes de culture4 ,en profiter1 c'est aller dans le sens de l'avenir4 ,les ddaigner1 c'est aller en sens contraire4 ,ah6 ,le mal que peut faire le silence1 entre compagnons de vie444 ,il faut se le reprsenter1 pour le vaincre4 99 99 99 99 99 ,mlons autant que possible nos enfants notre existence4 ,il y a des enfants soigns1 peigns1 comme des plates-bandes de parterre1 mais tenus dans l'ignorance1 l'cart de la vie4 ,ils ne doivent rien savoir de ce qui se passe hors de leur salle d'tudes4 ,ils sont prisonniers4 ,on les a tellement disciplins1 faonns1 qu'ils ne sont pas eux-mmes4 ,ils n'ont pas d'lans1 de gestes spontans4 ,ils n'osent mme plus lever la voix4 ,ils touffent4 99 99 99 99 99 ,accoutumons les enfants serrer de prs les projets4 ,donnons-leur l'exemple4 ,projetons-nous--le mot l'indique--dans l'avenir4 ,nous nous verrons alors aux prises avec de petites difficults de dtail qui ne nous taient pas tout d'abord apparues4 ,elles ne doivent pas nous dcourager4 ,mais nous devons nous ingnier d'avance les rsoudre4 ,ce petit travail d'anticipation n'est pas du travail perdu4 99 99 99 99 99 ,la mre franaise est grondeuse4 ,elle a la main leste et la tape sche4 ,sans cesse elle rprimande1 elle houspille ses enfants1 qui finissent par ne plus entendre4 ,quand une femme interpelle un enfant d'une voix imprieuse1 on peut affirmer3 c'est la mre4 ,combien un mot calme et bien plac reste plus efficace6 ,est-on sr que les enfants ne deviennent pas dsobissants cause de ce manque de prestige1 de cet avilissement de la rprimande8 99 99 99 99 99 ,il faut insister sur ce penchant de la mre franaise se rpandre en gronderies1 en rprimandes1 si nombreuses1 si continues1 que l'enfant ne prte plus d'attention ces observations en chapelet et n'en garde plus qu'une confuse impression de tristesse1 celle que lui donne la chute continue d'une averse4 ,il les range au nombre des calamits naturelles4 99 99 99 99 99 ,il arrive ceci3 c'est qu'en ,france1 l'enfant n'entend jamais signaler que ses dfauts4 ,jamais on ne vante ses qualits4 ,s'il est bon de redresser ses travers1 il serait salutaire d'exalter et d'accrotre par la louange ses dons4 ,l'enfant ne connat de lui-mme1 pour se les tre entendu reprocher1 que ses travers4 ,le femme1--et mme l'homme1 y rflchir--ne s'entend clbrer que dans l'amour4 ,pour la premire fois1 un autre tre rend hommage ses vertus1 ses beauts1 ses grces4 ,et je me demande si ce n'est pas un des secrets de la toute-puissance de l'amour4 99 99 99 99 99 ,dans la bourgeoisie franaise1 les enfants en bas ge accaparent la mre4 ,elle ne vit que pour eux4 ,elle ne vit pas pour elle4 ,et c'est pourtant la fleur de sa jeunesse4 ,puis1 au contraire1 plus tard1 elle met ces mmes enfants en pension1 elle ne les voit presque plus4 ,toujours le manque d'harmonie1 de mesure4 99 99 99 99 99 ,il existe un moyen1 pour la jeune mre bourgeoise1 de se vouer moins uniquement la premire ducation de ses enfants et de pouvoir profiter ainsi des plus charmantes annes de son existence4 ,pourquoi ne pas confier1 de plus en plus1 les petits-enfants aux grands-parents8 ,tout milite en faveur de cette tendance4 ,la grand-mre n'est plus l'aeule en cheveux blancs des clichs convenus4 ,elle est active1 allante4 ,elle peut assumer la tche4 ,et d'un cur d'autant meilleur qu'elle a tout de mme renonc en partie l'agitation du monde et qu'elle a1 pour ses petits-enfants1 une mansutude1 une patience1 une douceur1 que n'ont pas toujours les mres4 99 99 99 99 99 ,il y a des mres trs malheureuses4 ,peut-tre sont-elles les artisans de leur propre malheur4 ,peut-tre en faut-il voir les causes dans la sche svrit de la premire ducation1 puis dans l'abandon de l'internat4 ,il faut avoir le courage d'ouvrir les yeux des enfants sur ce grand et triste drame1 qui fait tant de victimes4 ,il s'agit de ce malentendu si frquent1 bien plus frquent qu'on ne croit1 entre la mre et ses enfants4 ,elle les aime et elle ne parvient pas s'en faire aimer4 ,elle se plaint de ne pas les avoir prs d'elle et1 quand elle les a1 elle les accable d'observations1 elle leur rend ces runions pnibles4 ,il y a alors1 chez ces enfants1 un sentiment qui n'a de nom dans aucune langue4 ,ce n'est pas de la haine1 de l'loignement1 de l'hostilit4 ,non4 ,je le rpte4 ,cela n'a pas de nom4 ,enfin1 ces enfants et leur mre ne se comprennent plus4 ,chaque fois qu'ils tentent de s'treindre1 dans un lan1 ils se heurtent et se blessent4 ,et ce sont l1 je le rpte1 des mres trs malheureuses1 trs douloureuses4 ,elles ont beaucoup d'amour refoul dans le cur4 ,et quand elles veulent le montrer1 elles se sentent maladroites4 ,il leur parat qu'on accueille mal leurs caresses4 ,il leur jaillit des mots diffrents des mots qu'elles voudraient dire4 ,quel calvaire devient alors leur existence444 ,et les enfants comprennent tard--avec quelle affreuse mlancolie--le malentendu qui les a spars de leur mre4 ,aussi faut-il le dnoncer1 s'efforcer de le dissiper temps4 99 99 99 99 99 ,l'enfant doit apprendre vivre ds qu'il commence vivre4 ,de sa premire anne dpendront toutes ses annes4 ,on doit appliquer pour ainsi dire ds la naissance les principes dont on entend s'inspirer4 ,c'est une ncessit capitale4 ,plus l'ducation devient une science1 plus cette influence initiale apparat dcisive4 ,le petit tre que nous portons dans nos bras est d'une plasticit incomparable4 ,a ce moment de son existence1 l'action du milieu s'exerce profondment sur les instincts hrditaires1 encore inconsistants et l'orthopdie morale peut accomplir des miracles4 ,le livre1 le thtre mme1 ont montr l'importance du choix de la nourrice sur la destine de l'enfant4 ,ils ne se sont pas attards1 que je sache1 devant une vue que m'a dvoile la prescience d'un illustre physiologiste4 ,si la nourrice communique srement l'enfant des tares de son temprament physique1 peut-tre lui donne-t-elle aussi quelques-uns des grands traits de son caractre4 ,il est possible qu'il devienne un peu breton1 ou normand1 ou gascon1 selon le lait qu'il a suc4 ,les enfants nourris par une chvre ne gardent-ils pas quelque chose de capricant8 ,on a tout dit des soins qui doivent entourer les premires sensations de l'enfant qui s'ouvre la vie4 ,que rien ne l'offense1 que tout le flatte1 de ce qu'il voit1 entend1 gote1 touche et respire4 ,qui sait si des sens heureux ne prparent pas une me heureuse8 ,on a tout dit de la ncessit1 ds cette premire anne de l'enfant1 de fortifier en lui les bonnes habitudes1 de briser les mauvaises1 de combler ses justes dsirs et de rsister ferme ses caprices malicieux4 ,la bibliothque de la premire ducation est riche en conseils4 ,l'un d'eux mrite pourtant qu'on s'y arrte encore4 ,puisque l'enfant apprend la langue qu'il entend1 enseignons-lui tout de suite un langage correct4 ,ne lui parlons pas bb4 ,n'employons pas nous-mmes ces mots purils qu'il balbutie et qu'il devra ensuite dsapprendre4 ,pourquoi appeler devant lui tuture un objet qu'il devra finalement appeler voiture8 ,ne tombons pas dans le travers de ces gens qui1 pour se faire comprendre d'un anglais1 lui parlent franais avec un accent britannique4 99 99 99 99 99 ,il n'y a pas de pire moyen d'ducation que la violence4 ,les grands clats de voix1 les aigres gronderies1 sont inefficaces4 ,nous l'avons dit3 l'enfant s'y accoutume et cesse bientt de les entendre4 ,dans les champs1 la plupart des charretiers mnent leurs chevaux grand renfort d'effroyables jurons4 ,mais bientt ils ne peuvent plus se dpasser eux-mmes en violence4 ,et leurs hurlements sont sans action4 ,au contraire1 le taciturne obtient tout d'un mot qui porte4 ,proscrivons aussi la menace du pre ,fouettard et autres ,croquemitaines4 ,a quoi bon peupler l'imagination des enfants de fantmes d'pouvante8 ,la ralit leur rserve assez de visions d'effroi sans que nous en ajoutions4 ,enfin1 n'usons pas des punitions corporelles4 ,la gifle n'est qu'une dcharge de la colre4 ,de sang-froid1 on la regrette4 ,elle soulage qui la donne4 ,elle ne gurit pas qui la reoit4 ,n'en usons donc pas1 ni du martinet1 ni de la fesse1 de la pote d'eau froide1 ni du cabinet noir4 ,toute cette purile torture a les effets de la vraie torture4 ,elle inspire toutes les suggestions1 toutes les lchets de la peur4 ,je suis persuad que la plupart des enfants mentent par crainte du chtiment4 ,c'est le moyen de dfense des faibles4 99 99 99 99 99 ,au lieu de la punition qui n'explique rien1 il faut mettre des freins sur la route des mauvais penchants4 ,il faut1 par exemple1 reprsenter vivement les consquences de la glissade vers le mal4 ,c'est le ,attention6 ,tournant dangereux1 qui vite au chauffeur la culbute4 ,rien ne vaut la peinture des suites successives d'une sottise initiale pour en dtourner un enfant4 ,dans les ,impressions de ,voyage en ,suisse1 ,dumas pre raconte l'aventure d'un jeune ,anglais timide4 pris d'une jeune fille1 il est invit chez le pre de l'idole4 ,comme entre de jeu1 il crase1 dans un salut correct1 l'orteil goutteux du vieux lord4 ,troubl par ce dbut1 il accroche un tapis de table o pose un encrier4 ,le liquide se rpand4 ,il l'tanche avec son mouchoir qu'il remet dans sa poche4 ,mais la fin du repas1 il avale une bouche de pudding brlant et s'ponge la face du mouchoir plein d'encre4 ,le voil ngre4 ,la galerie n'y rsiste plus4 ,elle clate de rire4 ,le pauvre jeune homme s'enfuit4 ,il n'pousera pas l'adore4 ,ainsi s'enchanent les bvues4 ,que de fois n'a-t-on pas l'occasion d'voquer l'histoire de l',anglais timide8 99 99 99 99 99 ,une des consquences de la fusion entre le physique et le moral1 c'est de soigner les travers de la mme faon que les maux du corps4 ,ainsi qu'on l'a vu propos du dterminisme1 le principal moyen de cure contre la tentation de mal faire consiste se reprsenter fortement tous les inconvnients de l'acte commettre4 ,on se les mettra devant les yeux et on trouvera ainsi une raison de rsistance4 ,on puisera la force de se livrer cette exhortation dans l'instinct qui nous souffle de rester en sant morale1 de ne pas nous nuire4 ,c'est le remde prventif4 ,on pourra aussi s'appliquer chapper la tentation en s'occupant fortement une autre besogne attirante4 ,c'est le remde rvulsif1 celui qui aiguille sur d'autres voies l'ardeur et le dsir4 99 99 99 99 99 ,un pre devrait toujours tre indulgent aux travers de son fils3 il ne sait jamais s'il ne les lui a pas lgus444 99 99 99 99 99 ,au lieu de punir1 de se montrer autoritaire1 je voudrais qu'on exert sur l'enfant du prestige1 cet ascendant que nous acqurons parfois sur nos amis1 notre entourage4 ,et cela ds la toute petite enfance4 ,c'est cette sorte de respect bloui qu'il faut lui inspirer pour le diriger1 jusqu'au jour o nous pourrons agir sur sa sensibilit et sa raison1 ces deux rnes idales4 ,comment l'obtenir8 ,jamais1 en tout cas1 avec des coups4 ,ce prestige1 c'est de notre opinitret vouloir nos desseins1 c'est de la dignit de notre attitude qu'il doit natre4 ,nous devons donner l'enfant la notion de notre fermet comme de la solidit des murs1 de la clart du jour4 ,un sourcil fronc1 une voix simplement durcie1 valent alors toutes les imprcations du monde4 ,un autre mot me satisferait autant que le prestige pour dfinir ce pouvoir ncessaire avant l'veil du cur et de l'intelligence3 c'est la crainte1 mais la crainte au sens divin du mot4 ,car nous sommes1 nous devons tre pour le tout petit une sorte de divinit4 ,c'est de nous qu'il tient toute sa morale de berceau4 ,ce qu'il doit faire et ne pas faire1 c'est ce que nous permettons et dfendons4 ,provisoirement1 nous sommes sa conscience6 ,et voil en quoi1 devant le grand observateur qu'est le petit enfant1 nous devons surveiller nos gestes1 nos paroles1 paratre en beaut1 comme des dieux qui seraient visibles4 ,ce prestige1 qui nous sert quand l'enfant s'veille peine la vie1 dans les premires annes de son existence1 il faut le garder ses yeux quand il commence comprendre et sentir4 ,c'est plus difficile1 mais c'est aussi ncessaire444 99 99 99 99 99 ,nous nous enorgueillissons par trop1 devant les enfants1 de notre exprience4 ,ce n'est que la somme de nos dceptions4 ,n'en soyons pas plus fiers que des cheveux qui blanchissent ou qui tombent3 l'exprience n'est qu'enthousiasmes plis1 illusions fanes4 ,la vie ne nous donne gure de sagesse4 ,en faut-il un exemple8 ,deux crises bornent l'existence virile3 l'aube1 l'veil des sens1 au dclin1 leur sommeil4 ,or1 ces deux crises font commettre l'homme des folies analogues4 ,ne croyons donc pas devenir d'augustes1 de marmorennes statues4 ,ayons humblement conscience de notre continuelle fragilit4 99 99 99 99 99 ,il y a une sorte de contrat tablir entre l'enfant et ses parents4 ,jusqu' l'ge o il subvient ses besoins1 une subordination de sa part est invitable4 ,c'est aux parents l'en pntrer et lui rendre douce cette ncessit d'obissance4 99 99 99 99 99 ,il faut insister sur cette ide qu'en ne punissant pas les enfants1 on leur vite de mentir4 ,en effet1 ils emploient le mensonge comme un bouclier4 ,ils se dissimulent derrire lui4 ,c'est un moyen de cacher la faute et d'viter le chtiment4 ,si1 lorsqu'ils ont commis une maladresse1 cass quelque objet1 ils savent qu'en l'avouant on ne les grondera pas1 qu'on ne les frappera pas1 qu'on leur dira simplement3 ,ce n'est pas bien4 ,tche de faire attention1 qu'on leur reprsentera le prix des choses1 le soin qu'il en faut avoir1 dans ce cas-l1 ils avoueront1 ils ne mentiront pas4 ,ils auront acquis1 pour l'avenir1 le prcieux bnfice de la franchise4 99 99 99 99 99 ,pour cultiver cette franchise chez l'enfant1 il faut1 comme je l'ai dit1 ne pas lui inspirer la crainte du chtiment violent1 qui est le secret de la dissimulation chez les petits4 ,il faut lui montrer aussi l'avantage de la franchise1 le persuader que c'est la suprme habilet dans la vie4 ,il n'y a qu'une limite la franchise3 le souci de ne pas faire autrui une peine inutile3 on ne signale pas un dfaut physique2 on cache au malade la gravit de son tat4 99 99 99 99 99 ,on n'imagine pas tout ce qu'on peut obtenir des enfants1 lorsqu'on a remplac1 ds l'origine1 la svrit par la douceur1 l'autorit par le prestige4 ,lorsqu'ils ont commis un acte rprhensible1 on les touche plus que par une punition en leur disant de trs simples phrases1 qui varient seulement selon leur nature3 ,ce n'est pas chic444 ce n'est pas lgant1 ou3 ,tu m'as fait de la peine4 99 99 99 99 99 ,surtout lorsqu'un enfant est difficile1 il faut toucher ses cordes sensibles1 il faut en jouer4 ,ce sont des moyens d'agir sur lui4 ,il n'y a pas de crature compltement indomptable4 ,mais les faons varient d'apprivoiser4 99 99 99 99 99 ,lorsque nos enfants regimbaient devant quelque usage ncessaire1 nous les envoyions dans une le imaginaire qu'au mpris de la gographie nous appelions la ,papouasie4 --,tu ne veux pas le suivre8 ,eh bien1 il faut aller vivre en ,papouasie4 ,la ,papouasie1 c'tait une le sauvage o l'on pouvait s'affranchir de toutes les coutumes1 de toutes les convenances4 ,ds qu'un refus de suivre la rgle commune nous paraissait regrettable1 nous prononcions l'arrt3 --,eh bien1 va en ,papouasie4 ,par ce prompt exil1 nous faisions toucher ces petites intelligences les usages dont on ne peut pas s'affranchir sans se nuire1 sans se diminuer1 du moment qu'on a accept de vivre dans notre socit actuelle4 ,c'est la concession au milieu4 ,et cela nous permettait un triage entre les coutumes444 ,seules1 celles que nous jugions indispensables exigeaient1 en cas de rbellion1 le fatal3 --,alors1 va en ,papouasie1 99 99 99 99 99 ,on ne saurait trop proclamer les bienfaits de l'ducation au plein air1 au jardin4 ,d'ailleurs la vie aux champs est aussi salutaire aux grands qu'aux petits4 ,les milieux de luxe ou d'argent1 mme les milieux artistes ou politiques1 exercent sur le sens moral une action dissolvante4 ,il s'y relche ou s'y atrophie4 ,cette seule vue suffirait justifier l'utilit des retraites momentanes au contact de la nature1 o l'on se purifie1 o l'on se restaure1 o l'on se ressaisit4 ,mais l'ducation proprement dite au jardin prsente d'innombrables avantages et facilite singulirement la tche des parents qui s'y consacrent4 ,un jardin1 c'est surtout un inpuisable champ d'tude1 mais c'est aussi une charmante salle d'tude4 ,une table et des chaises de fer sur la pelouse l'ombre1 et voil la classe prte4 ,les ingrats et ncessaires dbuts de l'instruction1 criture1 calcul1 orthographe1 rudiments d'histoire et de gographie1 paraissent moins arides1 au grand air1 dans la verdure4 ,une heure y suffit1 chaque matin4 ,et encore1 comme l'attention des petits est courte et vite lasse1 coupe-t-on la sance de brves dtentes1--le temps de butiner une fleur1 d'baucher une pirouette dans l'herbe--dont on revient avec une cervelle toute neuve1 toute frache1 la rose4 ,mme pour ce travail d'colier1 le jardin ne prte pas seulement ses meubles et son dcor4 ,il y apporte une aide plus directe4 ,il fournit des instruments de dmonstration4 ,s'agit-il d'arithmtique8 ,les brins d'herbe sont des units trs commodes que l'on peut diviser1 fractionner1 runir4 ,faire un bouquet1 c'est faire une addition4 ,et c'est plaisir que d'apprendre la soustraction en enlevant les grains d'une grappe de groseilles ou de raisin4 ,au jardin1 la gographie devient un jeu4 ,avec le sable des alles1 on construit des villes1 des contres entires1 hrisses de montagnes1 creuses de valles et de fleuves1 bordes d'estuaires et de golfes4 ,et tous les noms1 toutes les formes1 entrent sans effort dans les petites mmoires4 ,le jardin lui-mme1 avec ses cultures varies1 ses dtours1 est un plan familier1 qu'on s'exerce lire4 ,de l1 procdant toujours du simple au compos1 de l'immdiat au lointain1 la vue s'tend au village1 au canton1 au dpartement1 au pays tout entier4 ,c'est au cadran solaire que les petits apprennent s'orienter1 qu'ils pressentent1 devant l'ombre qui s'avance sur la table d'ardoise1 la marche de l'univers4 ,et le soir1 tendus sur un banc devant la maison1 le nez lev vers le grouillement infini des toiles1 ils interrogent1 ils veulent connatre le nom des astres et des constellations1 le sens de ces images ingnieuses et charmantes que les anciens ont dessines sur le ciel4 ,sans cesse1 leurs questions vont au-devant des problmes que le jardin leur pose4 ,aussi la science leur est-elle aimable et lgre4 ,rien qu'en lanant ces bulles de savon dont le vol hsitant papillonne sur les fleurs1 ils apprennent autant de physique qu'en une classe morose4 ,en effeuillant une fleur1 en la dpouillant de sa robe charmante de ptales1 en dcouvrant le pistil o dort le fruit futur1 l'tamine gonfle de pollen1 ils se prparent comprendre1 dans l'esprit le plus chaste et le plus sain1 le mystre merveilleux des fcondations4 ,le jardin les initie encore d'autres connaissances1 plus humbles et souvent plus utiles1 de celles que ddaignent les examens et les brevets4 ,ils suivent les progrs du potager1 depuis le jour o le jardinier a fait ses premiers semis4 ,ils pient les jeunes pousses ds l'closion1 sous les cloches de verre et les chssis1 puis en pleine terre4 ,ils savent ce qu'il faut chacune d'eau1 de chaleur et de soleil4 ,ils souffrent des privations qu'elles endurent4 ,ils connaissent l'poque o fruits et lgumes seront maturit4 ,combien peu de leurs ans1 dans les villes1 possdent ce calendrier rural8 ,enfin1 s'tant intresss troitement la vie des plantes1 ils les suivent jusqu'aux suprmes tapes1 jusqu' l'office1 jusqu' la cuisine1 et ils n'ignorent rien de l'art modeste de les cueillir1 de les dresser1 mme de les accommoder4 ,d'autres enseignements1 plus hauts1 plus vastes1 naissent et jaillissent encore du jardin4 ,ils dpassent bien un peu les petites ttes enfantines4 ,mais ils secouent tout de mme sur elles une semence de vrit4 ,ainsi1 les enfants ont voulu trois petits enclos dans le grand4 ,chacun le sien4 ,le sens de la proprit est si profondment enracin444 ,mais quelle bonne leon de mutualit lorsqu'ils consentent--la chose arrive-- s'entr'aider dans leur arrosage1 se prter leurs outils1 ou mme mettre en commun un carr de lgumes1 afin d'en obtenir un meilleur rendement444 ,autre exemple4 ,a suivre jour par jour cette vgtation qui les entoure1 la voir natre d'une graine1 d'un bourgeon1 de rien1 presque1 puis1 insensiblement1 travers les vicissitudes1 couvrir la terre et masquer mme le ciel1 les enfants prennent la meilleure leon de patience et de tnacit4 ,ils conoivent comment1 persvrer sans cesse dans son labeur travers les obstacles1 on parvient l'achever4 ,ils prennent la notion prcieuse de l'effort continu1 qui mne l'panouissement de l'uvre4 ,dans le plant de radis1 le jardinier a sem les graines profusion4 ,cependant1 un nombre restreint vient croissance4 ,ce sont les plus fortes1 les mieux armes pour la lutte1 pour conqurir leur place au soleil4 ,les choses ne vont gure autrement par le monde4 ,et en se penchant sur leurs radis1 les enfants trouvent un exact reflet de la lutte qui les attend4 ,et quand le jardinier--ce philosophe sans le savoir--choisit les meilleures graines et les meilleurs semis1 il fait de la slection1 cette sagesse de l'avenir4 ,un jardin1 c'est plein de symboles4 ,a-t-on oubli1 le dernier automne1 des pommes de terre au fond de la cave8 ,elles ont pouss1 ce printemps-ci1 des tiges1 longues1 ples et minces1 de vrais cierges1 o les enfants en joie cherchent vainement un air de famille avec la plante trapue1 d'un vert chaud1 qui s'panouit en ce moment au soleil4 ,ainsi apparat l'uvre dprimante de la nuit1 et le bienfait de la lumire4 ,rien ne ressemble plus l'esprit laiss dans l'ignorance1 que ce tubercule abandonn dans la cave4 ,un jour1 on a coup un arbre trop vieux1 ou dont l'ombre devenait nuisible4 ,mais il lance obstinment1 les annes suivantes1 des rejets qu'il faut abattre de nouveau4 ,ainsi les longues erreurs1 profondment enracines1 reparaissent aprs qu'on les a jetes bas4 ,on croit les avoir arraches1 et il faut1 longtemps encore1 combattre leurs pousses renaissantes4 ,mais1 dira-t-on1 voil de petits enfants pour qui la vie au jardin ne doit pas tre foltre tous les jours3 s'entendre ainsi tirer une moralit de tout ce qu'on voit8 ,erreur4 ,ils s'instruisent en riant1 en jouant1 en courant1 au hasard de la promenade1 au dtour d'une alle4 ,tout cela ne les empche pas d'arroser1 de bcher1 de grimper aux chelles1 de se livrer la plus saine gymnastique1 de vivre en sant1 en lumire1 comme les autres plantes du jardin4 ,ils accomplissent la vraie mission de l'enfance1 qui est de satisfaire son immense gat et son immense curiosit4 ,et la sagesse en puissance1 parse1 qui monte du jardin1 les fconde sans qu'ils y songent1 comme le pollen qui danse dans l'air chaud tombe au calice de leurs surs les fleurs4 99 99 99 99 99 ,les sjours la campagne ne sont pas seulement riches en exemples et favorables au recueillement4 ,ils exercent aussi une action sdative et tonique4 ,on peut concevoir que la vie au grand air enlve aux enfants le got de ce qu'on appelle les ides diaboliques4 ,aprs une journe de saine fatigue o ils se sont dpenss1 ils n'prouvent plus le besoin de dverser le trop-plein de leur exubrance en inventions plus ou moins saugrenues4 99 99 99 99 99 ,on ne doit pas duquer en chaire4 ,toutes les occasions sont bonnes d'enseigner aimablement la vie4 ,il suffit la plupart du temps de tirer d'un acte courant sa moralit4 ,j'en prendrai pour exemple la leon de conduite1 o le pre apprend son fils mener une auto4 ,a y regarder de prs1 les principes du chauffeur1 appliqus la vie1 constituent une vritable petite morale4 ,le garon qui se pousserait par le monde comme il dirige sa voiture par les campagnes ferait sans doute son chemin4 ,c'est une mme science de savoir conduire et de savoir se conduire4 ,que demande-t-on avant tout au bon mcanicien8 ,de bien connatre sa machine1 afin de prvenir le mal1 et1 au besoin1 de le dcouvrir et d'y remdier4 ,a quoi sert un chauffeur d'tre audacieux1 brillant1 rapide1 s'il est ignorant1 s'il reste sottement en panne faute d'avoir prvu l'accroc ou de pouvoir le rparer8 ,c'est la connaissance la base1 la qualit essentielle4 ,sans elle1 toutes les autres sont inutiles et vaines4 ,eh bien1 notre machine1 nous1 c'est notre corps4 ,d'ailleurs1 l'auto est presque un tre1 dont l'essence est le sang1 dont le mtal est la chair1 dont l'lectricit est le flux nerveux1 la source de vie4 ,on nous a laisss longtemps dans l'ignorance1 et mme dans le mpris de notre corps4 ,au contraire1 nous devons le connatre en tous dtails1 savoir ce qu'il y a dedans1 comme le mcanicien doit connatre sa machine organe par organe4 ,et cette connaissance aussi sera pour nous capitale1 ncessaire1 la base4 ,car elle nous permettra de prvenir souvent le mal1 de veiller sur notre sant1 la plus prcieuse des richesses--on ne le rptera jamais assez--puisque1 sans elle1 nous ne pouvons jouir d'aucune autre4 ,la deuxime vertu qu'on exige d'un mcanicien1 c'est le soin4 ,non content de bien connatre sa machine1 il l'entretient bien4 ,il la graisse1 il la huile1 la nettoie1 la palpe1 il en vrifie les jointures1 il l'ausculte1 il dresse l'oreille au moindre bruit insolite4 ,ces attentions1 appliques nous-mmes1 s'appellent l'hygine et le sport4 ,elles doivent donc tenir encore dans notre existence une place importante1 primordiale4 ,ainsi donc1 graissons1 huilons1 nettoyons1 entretenons notre propre machine1 faisons jouer ses articulations1 si nous voulons qu'elle garde longtemps sa force1 sa souplesse1 son tat de neuf4 ,mais voici notre mcanicien sur la route4 ,il a dmarr4 ,va-t-il foncer tout droit1 en obus8 ,non1 moins que ce ne soit un fou4 ,il aura l'il4 ,il veillera au verre cass1 au chien1 au croisement1 au virage1 au pochard1 l'embarde1 bref toutes les embches du chemin4 ,il cherchera1 avant tout1 dans sa marche1 ne pas se nuire4 ,et ainsi de nous4 ,nous cherchons1 avant tout1 nous viter l'accident4 ,l'intrt personnel1 le puissant instinct de la conservation1 demeure notre premire loi4 ,on a cherch masquer cette vrit1 parce qu'on lui trouvait un visage froce4 ,mais ceux-l mmes qui la niaient en paroles la justifiaient par leurs actes4 ,ayons donc le courage de la regarder honntement en face4 ,notre premier devoir1 c'est un devoir envers nous-mme4 ,les autres n'en sont que les prolongements lgants1 les fleurs4 ,car il y en a d'autres4 ,notre mcanicien1 observant soigneusement les rgles de la route1 vitera d'emboutir les passants et les voitures4 ,de mme qu'il conjure l'accident pour lui-mme1 il conjure l'accident pour autrui4 ,bref1 il ne fera pas aux autres ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui ft4 ,cette maxime-l1 toutes les religions et toutes les philosophies l'ont inscrite en tte de leurs lois4 ,c'est encore de l'intrt personnel1 mais de l'intrt personnel largi4 ,et l1 encore1 l'cole du chauffeur est l'cole de la vie4 ,enfin1 s'il dcouvre sur la route un confrre en panne et les bras au ciel1 notre mcanicien s'arrte4 ,il s'enquiert de ses besoins4 ,il lui passe l'outil1 la pice1 le bidon d'essence qui lui manquent4 ,il fait aux autres ce qu'il voudrait qu'on lui ft4 ,c'est un change de bons procds1 de la gnrosit avise1 de l'gosme au troisime degr4 ,c'est un sens social qui vient peine d'apparatre sur notre plante1 qui s'y dveloppe lentement1 et qu'on a baptis d'un nom un peu lourd et massif3 la solidarit4 ,ainsi1 ne pas se nuire1 ne pas nuire aux autres1 aider les autres1 voil les trois rgles de conduite4 ,avec ces trois maximes-l dans la tte1 ces trois freins sous la main1 on peut marcher4 ,droit et souple1 lgant et rflchi1 habile et prudent1 bien pntr du rle de la chance dans les actes humains1 on peut foncer vers le but qu'on s'est donn1 en s'emplissant perdument la poitrine de la griserie de l'air et les yeux de la beaut des sites444 ,,chapitre ,,ii ,,de ,l',,ducation3 ,,quelques ,,aspects ,argent4--,mnage4--,de la parure4--,de la discussion4--ducation sexuelle4--,mariage1 amour1 famille4 ,argent4 ,bien user de l'argent1 c'est aussi difficile que de jongler sur la corde raide3 il faut1 en effet1 en user avec une attention habile1 harmonieuse1 avec une grce lgante1 comme un jongleur fait de ses boules2 et1 en mme temps1 il faut rester en quilibre1 viter de tomber de l'un ou l'autre ct1 dans l'un des deux travers de l'avarice ou de la prodigalit4 ,y a-t-il rien de plus laid que l'avare8 ,de crature plus sordide que le faux pauvre1 qu'on trouvera mort sur une paillasse o de la vermine grouillera parmi les billets de banque8 ,y a-t-il rien de plus sot que l'homme qui trime toute sa vie1 qui accumule de l'argent1 sans prendre le temps d'en user1 sans la satisfaction mme de le laisser des tres aims8 ,et le prodigue est aussi un tre dplorable4 ,d'abord1 il donne le pire exemple ses enfants4 ,puis il prpare leur ruine4 ,car son vice est de ceux qui frappent les gnrations successives4 ,et le secret des plus vilaines dchances1 des pires bassesses1 des plus navrantes turpitudes1 ne tient-il pas dans cette formule3 dpenser plus qu'on n'a4 ,ces limites traces1 il devrait y avoir un art de la dpense4 ,on n'y apporte pas toujours assez de logique1 assez d'harmonie4 ,j'ai dj cit l'exemple du sou du tlgraphe4 ,au risque d'envoyer un texte obscur qui sera prjudiciable1 on se martyrise la cervelle pour conomiser un mot1--un sou--dans une dpche4 ,et1 quelques instants plus tard1 par ostentation1 par routine1 on donnera dans un caf un pourboire presque gal au prix du verre de bire4 ,j'ai voqu ces femmes qui vitent de prendre une voiture par la pluie1 perdent leur robe ou contractent une maladie dont les soins coteront mille fois plus qu'une heure de taxi4 ,on me cite galement le cas de ce jeune mari qui offre sa femme une bague de trois mille francs et1 ses rserves fort cornes1 lui sert un voyage de noces dans des conditions si mesquines qu'elle en garde un souvenir nfaste pour l'avenir du mnage4 ,oui1 il existe une science de conduire un budget4 ,science dlicate1 modeste1 essentielle1 qu'on ne peut gure enseigner que par de continuels exemples et qu'on ne peut jalonner que de quelques principes4 ,ne pas triquer sa vie par une pargne dmesure--la mort vient1 on n'a joui de rien--ne pas la gcher par une dpense excessive1 et user intelligemment de ce dont on dispose4 ,il faut mettre des fleurs dans sa vie1 mais seulement les fleurs qu'on peut acheter1 celles qu'on ne doit personne4 ,on rpartira ses ressources par chapitres1 en donnant chacun de ces chapitres des dimensions selon ses gots4 ,ainsi1 dans tel mnage1 on sacrifiera un peu le loyer au voyage2 dans tel autre1 le voyage la table4 ,mais1 la part faite de ces lgitimes prfrences1 cette distribution doit demeurer harmonieuse4 ,aucune de ses parties ne doit tre dmesure4 ,il y a1 dans le langage familier1 une expression qui condense toute cette science3 savoir s'arranger4 ,faute de savoir s'arranger1 il y a des mnages qui vivent dans la gne avec des ressources dix fois suprieures--et un train d'apparence gale-- celles d'autres mnages plus judicieux4 ,il faut se rendre compte et se rendre des comptes soi-mme4 ,c'est--dire qu'il faut d'une part dominer sa situation1 voir o on va1 et d'autre part examiner de prs1 en connaissance de cause1 les diffrents articles de son budget4 ,en particulier1 l'argent de poche1 l'argent qui coule entre les doigts1 chappe au contrle et provoque d'irrparables surprises1 si l'on ne surveille pas sa fuite4 ,enfin1 et ce n'est pas le moins important de ces conseils gnraux1 il faut que les poux se consultent et se concertent4 ,ils doivent briser cette trange pudeur qui retient tant d'tres de parler argent4 ,ils doivent apporter1 aux choses de l'argent1 le mme got de franchise profonde et dvoile qu'aux choses de l'amour4 ,ainsi1 quilibre1 harmonie1 examen1 on retrouve toujours1 pour toutes les manifestations de la vie1 les mmes lois4 99 99 99 99 99 ,ce n'est pas l'argent qui est hassable1 ce sont ses effets1 sa recherche et son usage444 ,l'argent1 lui1 n'est qu'une reprsentation de pouvoir4 ,le dtestable1 ce sont les bassesses commises pour acqurir ce pouvoir1 pour le conserver1 pour en msuser4 99 99 99 99 99 ,l'hritage direct m'apparat lgitime1 parce qu'il peut tre une compensation d'autres legs que nous ne pouvons pas empcher1 le legs des maladies1 des vices de constitution4 ,pourquoi ne pas lguer nos biens nos enfants1 puisque nous leur lguons1 en les leur versant dans le sang1 toutes nos autres hrdits8 99 99 99 99 99 ,cette formule d'un fort banquier m'a toujours frapp et vaut qu'on la creuse et la mdite3 ,si je n'tais pas honnte par nature1 je le serais par intrt4 ,oui1 c'est notre intrt d'tre honnte4 ,c'est l'habilet suprme1 quoi qu'il y paraisse4 99 99 99 99 99 ,il faudrait montrer l'intrt d'tre honnte1 par des anecdotes4 ,ainsi1 un monsieur refile #ebg francs une obligation qu'il sait tre sortie au pair #ejj francs4 ,il se rjouit de sa roublardise4 ,or1 elle avait gagn #ajj4jjj francs444 99 99 99 99 99 ,on reprsentera tout le mal que se donne le voleur1 toute l'inquitude qui le hante1 les risques qu'il court1 ses frissons1 ses alertes1 ses sursauts4 ,s'il dpensait autant de sa substance pour un labeur inoffensif1 non nuisible1 il gagnerait davantage4 ,surtout que le voleur est le plus souvent pinc4 voquez les grands vols qui ont frapp l'opinion dans ces vingt ou trente dernires annes444 la plupart des voleurs sont pris4 ,ils ne profitent donc pas du larcin4 ,et1 par l1 ces rcits sont de la morale en action1 puisqu'ils prouvent l'avantage de l'honntet4 ,mnage4 ,plumeaux esbrouffants1 courants d'air1 bastonnades des meubles1 tapis dfenestrs1 servantes en quilibre sur le vide pour frotter les vitres1 odeur pre et pointue de l'encaustique1 mares sur les carrelages1 cuivres anciens astiqus au grand dommage de leur patine1 invitable ranon des bibelots briss1 voil le mnage1 dans sa manire agressive1 niaise1 traditionnelle4 ,a mesure que l'outillage se perfectionne1 remplaons par l'aspirateur le ridicule poussetage qui ne fait que dplacer la poussire4 ,rendons le mnage moins inutilement dsagrable et bruyant3 assouplissons-le4 99 99 99 99 99 ,le culte de l'escalier1 dans la maison de province1 symbolise la conception du mnage4 ,dans ces vieilles demeures o l'on ne trouve pour se laver que des cuvettes de poupe1 l'escalier resplendit comme une agate4 ,les invits qui le descendent1 la main crispe la rampe1 flattent tout haut la propritaire3 ,oh6 ,oh6 cet escalier est d'une propret hollandaise4 ,et ils apprhendent tout bas3 ,srement1 je vais me casser la figure4 ,quand la matresse de maison y dcouvre une trace de pas1 elle gmit1 dshonore3 ,ce n'est plus un escalier1 c'est une route4 ,elle le soigne comme d'autres cultivent leur esprit4 ,elle s'y mire4 ,il lui tient lieu de conscience4 ,nous ferions mieux d'apporter d'abord en nous ce got de nettet brillante4 99 99 99 99 99 ,amliorons le rangement1 l'odieux1 le terrible rangement1 qui groupe en pile les objets les plus disparates1 botes1 papiers1 livres1 carnets1 pourvu qu'ils aient la mme dimension4 ,l'odieux rangement1 qui fait1 de tout objet rang1 un objet introuvable4 99 99 99 99 99 ,il faut apporter un peu d'initiative1 de got personnel1 dans l'amnagement du logis4 ,pourquoi suivre aveuglment les dcrets du tapissier ou l'exemple du voisin8 ,pourquoi1 par exemple1 s'astreindre orner toujours la chemine d'une pendule1 mettre l'heure sur le feu1 comme la marmite sur le fourneau8 ,mettez-y des fleurs3 elles sonneront les saisons4 ,pourquoi encore obir la sotte coutume qui fait du salon un dsert glac1 et qui veut que la plus belle pice du logis soit la moins frquente8 99 99 99 99 99 ,une femme doit connatre peu prs le prix des choses que sa cuisinire achte4 ,sans quoi1 comment modrer la danse du panier8 ,un excellent entranement pour l'adolescente1 c'est d'accompagner parfois la domestique aux ,halles4 ,et puis1 il faut pouvoir au besoin mettre la main la pte1 connatre des principes et un peu de pratique culinaires4 ,la patronne qui rprimande sa cuisinire sans rien savoir du mtier1 manque autant de prestige et frise autant le ridicule qu'un ingnieur qui reprend un ouvrier sans pouvoir saisir l'outil et lui montrer comment s'en servir4 99 99 99 99 99 ,l'attitude des enfants envers les domestiques de leur maison est dlicate4 ,la situation de la servante est tellement fausse6 ,mais1 l comme ailleurs1 ils ne feront qu'imiter leurs parents4 ,quels exemples ceux-ci doivent-ils donc leur donner8 ,pour beaucoup de gens1 les domestiques ne sont pas des tres humains2 ils ne sont pas de la mme race4 ,on leur parle avec une duret inconsciente1 comme des esclaves4 ,on a pour eux des paroles et des procds blessants4 ,en province1 la matresse de maison met son orgueil ce que les servantes soient leves avant le jour1 astiquent la chandelle1 sans ncessit4 ,on leur impose des travaux rpugnants1 dmesurs4 ,et quand1 au contraire1 on s'est pntr de l'injustice d'une telle attitude1 quand on les considre comme des tres pareils soi1 comme des semblables1 on est continuellement choqu1 gn1 des services qu'on leur demande4 ,je sais un acadmicien qui ne peut se rsoudre faire vider son vase de nuit par sa bonne4 ,en somme1 il faut regarder les domestiques dans la maison comme des collaborateurs4 ,chacun1 dans cette association1 fait son mtier4 ,monsieur gagne de l'argent4 ,la cuisinire fait la cuisine4 ,une fois cette position prise1 on sera vite amen leur pargner le ton rude1 les faons ddaigneuses et les besognes inutilement humiliantes4 ,l'cueil1 c'est que1 traits sur le pied d'galit1 ils ne comprennent pas toujours ce pacte1 car leur ducation ne les y a pas prpars4 ,et ils gagnent la main1 se relchent et dbordent4 ,il y a l une mesure garder4 ,comme vis--vis des enfants1 c'est en exerant sur eux une sorte de prestige1 qu'on les maintiendra dans leur rle4 ,leur situation est si injuste1 si douloureuse--cet isolement1 ces chambres au septime1 cette constante ingalit de condition avec leurs matres1--qu'il faut y remdier par une grande bont1 une compassion attentive4 ,a moins d'inconduite incurable1 il ne faut pas chasser la bonne enceinte1 il faut la mettre mme de faire ses couches et la reprendre4 ,et puis1 il faut tendre surtout supprimer la domesticit4 ,l',amrique nous offre un exemple partiel de cette volution4 ,le machinisme nous y aidera4 ,il y a dj des monte-charges1 des nettoyages par le vide4 ,il faut encourager ces tentatives4 ,et puis on s'aperoit avec surprise qu'on peut accomplir soi-mme--ds qu'on se trouve dans une situation un peu exceptionnelle--toutes sortes de petites besognes que l'on jugeait indignes de soi ou dont on se croyait incapable3 faire le lit1 les chaussures1 etc4 ,de la parure4 ,quelles ides devons-nous laisser tomber1 dans l'esprit de nos filles1 par nos conversations1 nos enseignements1 notre exemple1 sur la toilette et la parure8 ,l'une et l'autre tiennent une place norme dans la vie de la femme actuelle4 ,faut-il la restreindre et dans quelle mesure8 ,voyons d'abord pourquoi la parure et la toilette jouent un rle si important dans la vie fminine4 ,ce got de s'enjoliver par les vtements1 les bijoux et par de menus artifices1 ce got est inhrent la nature mme4 ,puis l'ducation et le milieu l'ont singulirement favoris4 ,ce got1 ai-je dit1 est naturel4 ,en effet1 sans tmoin1 sans recherche d'approbation extrieure1 pour lui-mme1 l'tre humain prouve une satisfaction nave et pleine se sentir orn d'atours4 ,c'est un instinct de l'animal4 ,le paon s'offre pour lui seul l'orgueil de son splendide ventail4 ,le coq agite la crte et tend l'ergot1 le faisan promne son plumage d'or et de feu4 ,une chatte1 pour elle-mme1 se lisse1 se pomponne avec les mmes petites mines soigneuses et tendues qu'une femme occupe se remettre de la poudre sur le nez4 ,l'homme prouve du plaisir1 mme loin des regards1 porter un costume d'exception qui le dgage1 l'avantage et l'empanache--uniforme ou travestissement4 ,et1 si les miroirs pouvaient parler6 ,s'ils pouvaient raconter tous les sourires complaisants1 les regards approbateurs1 toutes les attitudes essayes1 ils tmoigneraient par leurs aveux que le got de la parure est1 avant tout1 un instinct de solitaire4 ,mais l'ducation va renforcer cette tendance naturelle4 ,en ,france surtout1 la classe moyenne lve ses enfants au-dessus d'elle-mme4 ,elle les entoure de plus de soins et de luxe qu'elle n'en a connu4 ,elle fait de ses filles des poupettes pomponnes qui flattent l'orgueil et les yeux4 ,elle en fait des objets d'amour et de vanit4 ,puis on dveloppe1 avec une niaise lgret1 la coquetterie chez la petite fille4 ,on lui dit1 les mains jointes2 ,oh6 comme elle a une jolie robe6 ,l'enfant se pavane et ces louanges lui deviennent si ncessaires qu'elle les provoque au besoin3 ,tiens1 regarde comme j'ai une jolie robe4 ,ainsi le germe naturel est fcond4 ,la coquetterie va se dvelopper1 emplir l'tre4 ,enfin1 l'enfant grandit et l'influence du milieu va s'exercer son tour4 ,il s'agit dsormais de briller aux yeux des rivales1 de les galer ou de les clipser4 ,et1 pour triompher1 la femme va dsormais se plier la tyrannie dlicieuse de la ,mode4 ,ah6 ,tout ce qu'on peut1 tout ce qu'on doit dire contre la ,mode4 ,elle fait appel de bas instincts3 la frivolit1 la sottise1 l'ostentation4 ,elle trane derrire elle toutes les dfaillances4 ,combien de femmes1 conduites par la ,mode1 descendent jusqu'au crime1 en tous cas jusqu' ce crime domestique de dpenser au-del des ressources du mnage8 ,la tentation des grands magasins a foment autant de drames que l'alcool des assommoirs4 ,la ,mode est dtestable aussi lorsqu'elle apparat1 chez ceux qui la lancent1 comme une spculation industrielle4 ,sous couleur de caprice1 elle force les femmes des changements frquents de costumes1 au grand profit de ceux qui vendent ces nouveaux modles4 ,la ,mode est odieuse lorsqu'elle impose la vanit fminine ces colliers dont chaque perle reprsenterait pour une famille pauvre un monde de bonheur4 ,si l'on devait dsesprer de l'intelligence des femmes1 ce serait en les entendant parler toilette4 ,comme elles prennent alors une voix chaude1 passionne1 unique6 ,et n'est-ce pas pleurer1 lorsqu'on rencontre une jeune femme qu'on a connu fine1 cultive1 de ne l'entendre plus parler que robe1 de sentir toutes ses penses attaches la robe8 ,n'est-ce pas attristant d'assister la rencontre de deux femmes1 d'couter leurs propos frmissants3 ,vous avez un chapeau exquis--le vtre est dlicieux4 ,et comme on mesure bien la colossale importance qu'une femme attache sa robe1 lorsqu'on la voit entrer dans un salon avec un nouveau modle1 toute trouble1 les genoux dfaillants1 la pense de l'effet qu'elle produit4 ,ne doit-on pas dsesprer de cette intelligence1 lorsqu'on voque tous les excs de la ,mode dans un pass bien court8 ,oui1 on a vu des femmes qui devaient rester genoux dans leur voiture cause de la hauteur de leur chapeau4 ,on en a vu qui ne pouvaient pas entrer dans cette mme voiture1 cause de la largeur de ce mme chapeau4 ,on a vu des femmes crases par une auto qu'elles ne pouvaient pas fuir1 tant leur jupe tait entrave4 ,on en a vu crever des yeux et dchirer des joues avec leurs longues pingles chapeau4 ,et encore je ne parle pas des souffrances qu'elles endurent1 sous le corset1 du haut de leurs talons4 ,ces sortes de supplices sont si ridicules que nous les raillons chez les autres peuples4 ,nous n'avons pas assez de sarcasmes pour le pied atrophi des ,chinoises ou l'anneau dans le nez des ,peaux-,rouges4 ,et cependant1 cette mode1 il faut la subir dans une certaine mesure1 pour plusieurs raisons4 ,d'abord il faut la considrer comme une ncessit sociale1 presque aussi imprieuse que la ncessit de se vtir4 ,une femme qui s'affranchirait compltement de la ,mode nuirait la renomme de son mnage4 ,on le croirait ruin ou tout au moins en fcheuse situation4 ,la robe de la femme est le drapeau de l'association conjugale4 ,l'il de ses amies excelle dchiffrer l'ge de ses vtements4 ,si son chapeau1 si son manteau datent1 on croira qu'elle n'a pas pu les renouveler4 ,et par une sorte de loi absurde et inluctable1 il s'ensuivra une dprciation de sa valeur sociale4 ,elle tombera1 sinon dans l'estime1 au moins dans l'estimation de son entourage4 ,pour se payer le luxe de garder tout au long de sa vie la mme forme de robe ou de chapeau1 une femme devrait tre tellement riche et tellement gnreuse1 qu'on ne pt imputer ni l'avarice1 ni la gne cette fidlit4 ,il faut encore subir la ,mode afin de plaire4 ,mais dira-t-on1 pourquoi faut-il plaire8 ,pour bien des raisons4 ,d'abord1 la femme doit plaire parce que c'est une de ses raisons d'tre4 ,tout en elle n'est-il pas fait pour sduire et charmer8 ,le dsir de plaire l'anime4 ,qui n'a mesur l'extraordinaire pouvoir d'un mot de louange sur une femme8 ,or1 dans l'attrait qu'elle exerce1 sa grce et sa beaut jouent un rle important1 et aussi la faon de servir cette grce et cette beaut4 ,pourquoi abandonnerait-elle ces lgitimes moyens d'action8 ,la femme recle comme la fleur l'avenir de la race1 elle a droit aussi la corolle4 ,ensuite1 plaire1 c'est s'accrotre4 ,c'est marquer une conqute sur la nature4 ,c'est une acquisition sur la crature primitive4 ,et tous les efforts des humains n'ont-ils pas toujours tendu se cultiver1 se perfectionner1 embellir la vie8 ,de ce point de vue1 l'lgance est un progrs4 ,une femme doit se parer1 non pas pour tre mieux que les autres1 mais pour tre mieux qu'elle-mme4 ,une femme doit plaire encore dans l'intimit du foyer1 pour garder son prestige vis--vis de son compagnon d'existence4 ,fi de celles qui se montrent trop volontiers en vieille robe de chambre ou en savates cules4 ,pour entretenir le culte1 il faut parer l'autel4 ,elle doit plaire1 enfin1 pour se dfendre contre les attaques de l'ge1 pour s'affermir contre lui1 pour reculer l'heure du dclin4 ,souci pathtique1 digne de respect et de piti4 ,donc1 il faut plaire4 ,or1 la femme ne peut plaire que dans les lignes auxquelles nos yeux sont accoutums4 ,feuilletez un album de gravures de modes4 ,celles qui datent de cinq ans nous paraissent surannes1 touchantes et comiques4 ,on s'crie3 ,comment les femmes ont-elles pu avoir des manches pareilles8 ,le regard oublie aussi vite qu'il s'habitue1 en matire de costumes4 ,en s'cartant de la mode1 on s'enlve des chances de plaire4 ,force est donc de la suivre4 ,mais il faut le suivre de loin1 et non point jusque dans ses excs4 ,il faut s'en inspirer1 lui prendre ce qu'elle a de gracieux4 ,il ne faut pas qu'une femme1 dans la rage d'tre la mode1 abdique son got personnel4 ,et le cas est frquent4 ,telle mode avantage une femme1 telle autre mode la dsavantage4 ,va-t-elle donc les suivre aussi troitement l'une et l'autre8 ,non4 ,telle mode est fort coteuse4 ,telle autre l'est moins4 ,il faudra par consquent1 avant de les suivre1 consulter ses ressources4 ,il importe de garder1 mme sur ce terrain1 l'esprit de rflexion1 d'examen1 d'harmonie1 ncessaire tous les actes de la vie4 ,de la discussion4 ,persuadons-nous bien que les neuf diximes des discussions sont fondes sur des malentendus4 ,et parfois sur des malentendus matriels4 ,on coute si peu les autres444 ,mais c'est souvent sur les dfinitions qu'on s'est mal entendu4 ,mettez-vous bien d'accord sur la signification des mots1 sur l'objet de la discussion4 ,et vous verrez que vous serez d'accord1 ou prs de l'tre1 sur le fond mme de la question4 ,cette crainte du malentendu est d'ailleurs excellente en tous cas4 ,elle met de la prudence1 de la modration1 de la clart dans la discussion4 ,elle fait frein4 ,le malentendu ne prside pas seulement aux querelles4 ,il se glisse silencieusement entre deux adversaires qui s'imaginent nourrir de mutuels griefs4 ,ils ne s'en sont jamais expliqus4 ,y parviennent-ils8 ,l'erreur et la vindicte se dissipent en mme temps4 ,on ne saurait trop mettre les enfants en garde contre cet incessant danger4 ,il est mme peut-tre plus gnral encore qu'on ne pense4 ,deux tres1 anims du dsir de s'ouvrir l'un l'autre1 de se pntrer1 ne se comprennent jamais compltement4 ,l'un et l'autre ne donnent point aux mots le mme sens4 ,chacun sert et suit sa pense4 ,il semble que les langages humains soient encore des instruments imparfaits de comprhension4 ,la vie n'est peut-tre qu'un long malentendu4 99 99 99 99 99 ,il faut apporter dans la discussion une large tolrance4 ,on n'y peut parvenir qu' la condition d'tre anim de l'esprit d'examen1 c'est--dire de l'esprit de science4 ,en effet1 ses doctrines sont sans cesse perfectibles1 sujettes rvision4 ,elles sont fondes sur l'hypothse1 la merci d'une dcouverte nouvelle4 ,elles ont un caractre transitoire4 ,ce ne sont que des travaux d'approche1 des tapes vers le vrai4 ,aussi leurs adeptes1 si passionnment qu'ils y soient attachs1 ne les affirment-ils jamais avec une lourde assurance4 ,ils mnagent un adversaire dont ils respectent la sincrit et dont ils craignent de froisser les convictions4 ,car ils admettent qu'on en puisse avoir d'autres que les leurs4 ,au contraire1 un esprit de dogme et de pass n'imagine pas qu'on puisse avoir un autre avis que le sien4 ,l'excellence de ses opinions lui apparat vidente4 ,parlant de sa cause1 de ses journaux1 de son patriotisme1 il dit3 la bonne cause1 la bonne presse1 de bons franais4 ,il a le monopole de ce qui est bon4 ,il en tient brevet4 ,sa croyance est si absolue qu'il se dfend d'y rflchir1 car rflchir c'est discuter avec soi-mme4 ,ses principes lui apparaissent si parfaits qu'il les expose avec une impassible puissance1 sans souponner qu'on puisse penser autrement4 ,quand il laisse tomber la vrit--sa vrit--de ses lvres1 il ne conoit pas qu'il puisse blesser quelqu'un4 ,ainsi crase-t-on avec srnit le pied du voisin1 justement parce qu'on ignorait qu'il ft l4 ,force apparente1 relle faiblesse4 ,assurons-nous donc cette discrte supriorit dans la discussion1 que donne seul l'esprit d'examen4 99 99 99 99 99 ,avant de formuler une opinion1 dites3 ,je trouve que444 ,ou bien dbutez par3 ,a mon avis444 ,cela vous fait sourire1 cela n'a l'air de rien4 ,cela semble une simple forme de langage4 ,et pourtant cela suffit pour plier l'esprit la tolrance2 pour lui reprsenter1 chaque fois1 qu'il s'agit d'une opinion personnelle et que d'autres peuvent penser autrement4 ,faites dire vos enfants3 ,je trouve que444 ducation sexuelle4 ,depuis une vingtaine d'annes1 de srieux efforts se sont exercs en faveur de l'ducation sexuelle4 ,un vritable apostolat s'est efforc d'arracher le manteau de honte qui cachait les maladies vnriennes et les rendait d'autant plus graves qu'elles taient inavouables4 ,d'excellents petits livres1 crits mme par des mamans1 ont montr comment initier les jeunes filles aux choses de la maternit4 ,besogne d'autant plus utile que l'ducation bourgeoise1 prenant l'ignorance pour l'innocence1 avait creus un foss profond entre la vie de la jeune fille et la vie de la femme4 ,qu'une main malhabile le lui ft franchir1 elle risquait d'en rester blesse jamais4 ,mais ces gnreuses tentatives se heurtaient de trop lourds prjugs pour provoquer un de ces courants qui emportent la foule4 ,elles n'ont mme pas cr une mode1 donn le ton4 ,et la moiti de l'humanit1 par la contagion ou l'hrdit1 est touche par la syphilis4 ,et la moiti des mariages est fausse ds l'origine par une effraction imprvue4 ,c'est chacun de nous qu'il appartient de reprendre l'uvre des aptres de la franchise1 d'apporter la lumire notre foyer1 de faire lever doucement cette aube444 99 99 99 99 99 ,car c'est bien le point capital3 il faut agir par progrs insensibles1 comme croissent les tres1 comme se lve l'aurore4 ,on procdera lentement et on procdera aussi naturellement4 ,c'est--dire qu'on lancera peu peu des ides ou des mots que les convenances rprouvent1 mais qu'approuve la raison1 en paraissant trouver cela naturel1 en les sortant le jour o pour la premire fois l'occasion opportune s'en prsente dans l'entretien4 ,c'est le mystre jet sur toutes les choses de la gnration qui leur a donn un got de perversit4 ,dit-on un enfant qui n'achve pas sa phrase3 ,voyons1 accouche8 ,le mot lui parat scabreux1 honteux mme4 ,le mot lui et sembl naturel comme la chose elle-mme1 s'il n'avait pas t dfendu1 si ses parents l'avaient plac dans la conversation1 paisiblement1 sainement1 comme les mots natre ou mourir4 ,c'est pour cet enseignement surtout qu'il ne faut pas monter en chaire4 ,il n'est pas de pire mthode1 pour un pre ou pour une mre1 que d'initier leur enfant un jour avec solennit4 ,tout au contraire1 c'est l'uvre lente par excellence4 99 99 99 99 99 ,on ne rptera jamais assez1 propos d'ducation sexuelle1 ces trois mots3 lenteur1 opportunit1 naturel4 ,il est bien entendu qu'elle ne peut tre entreprise sainement que dans la vie de famille1 par le contact frquent des parents et des enfants4 ,pendant des sicles1 peut-tre1 tant que l'esprit gnral ne sera pas redress1 tout ce qu'un enfant apprendra sur ce sujet par ses camarades aura un got de fruit dfendu1 un relent de vice4 ,les plus belles notions seront confondues avec l'obscnit et la pornographie4 99 99 99 99 99 ,il va de soi que la vie la campagne--ft-ce pendant quelques mois de l'anne--favorise singulirement cette ducation4 ,l'exemple des plantes et des animaux familiarise les enfants avec tous les mystres de la reproduction4 ,quand ils ont dissqu les organes de la gnration de la fleur1 qui ressemblent si troitement ceux de la gnration humaine1 quand ils ont vu mener la vache au taureau1 natre les petits lapins1 le veau et le poulain1 la procration n'a plus pour eux de mystre2 elle leur parat simple et sainte et ils en parlent avec autant de naturelle candeur que des autres rites de la vie4 99 99 99 99 99 ,il est presque impossible de donner un conseil d'ensemble sur la conduite tenir au moment de l'veil des sens chez un garon4 ,car c'est bien l que s'applique le prcepte3 ,il n'y a pas de rgles gnrales4 ,il n'y a que des cas particuliers4 ,tantt cet veil est tardif et tantt prcoce4 ,chez les uns cet veil sonne en fanfare4 ,chez les autres il demeure un demi-sommeil4 ,on ne peut que mettre en garde et en armes les tempraments imprieux--dont on s'exagre peut-tre le nombre et les exigences--contre les deux grands risques de la maladie et de l'enfant1 leurs suites irrparables4 ,pour tous ceux que ne dominent pas leurs sens1 le mariage jeune1 trs jeune1 apparat de beaucoup la meilleure solution4 99 99 99 99 99 ,persuadons-nous qu'on peut arriver tout dire aux enfants4 ,cela dpend de la manire de dire et aussi des murs admises4 ,la preuve8 ,les opras que les pures jeunes filles de la bourgeoisie vont entendre1 racontent souvent d'affreuses histoires4 ,aprs un mariage clandestin contre le consentement des parents1 un jeune homme de vingt ans s'introduit la nuit chez une jeune fille de quinze ans par une chelle de soie4 ,c'est ,romo et ,juliette4 ,une jeune fille a un enfant1 d'un sducteur qui l'a tente avec des bijoux4 ,elle tue son enfant4 ,c'est ,faust4 99 99 99 99 99 ,que de femmes ne surveillent pas leur corps1 par cette rpugnance1 cette honte qu'on a mises autour de lui4 ,il y en a qui cachent des maladies de leur sexe1 par fausse pudeur1 et jusqu' en mourir4 ,il y en a bien plus encore qui ngligent--et la frivolit de l'ducation se conjure ici avec le mpris du corps--le soin d'hygine lmentaire et capital d'avoir le corps libre4 ,elles se soucient plus de leur robe que de la garde-robe4 99 99 99 99 99 ,il faut agir en matire de lecture comme en matire d'ducation sexuelle4 ,c'est--dire viter de donner l'impression1 l'attrait malsain du dfendu4 ,puis allonger progressivement1 insensiblement les rnes4 ,suivre la taille1 qui elle aussi grandit sans qu'on la voie grandir4 ,et toujours garder un ton naturel1 sain4 ,il faut arriver ce que l'adolescent demande librement3 --,est-ce que je peux lire a8 ,afin de pouvoir lui rpondre avec simplicit3 --,oui4 ,ou3 --,plus tard4 a ne t'intresserait pas encore4 ,au surplus1 la curiosit varie normment d'un enfant l'autre4 ,je suis d'avis de leur laisser beaucoup de libert1 de leur permettre un maximum4 ,qu'importe8 ,ce qu'ils ne comprennent pas ne les intresse pas4 ,et quant aux livres vraiment mauvais1 d'une perversit voulue1 le mieux est de les mettre totalement hors de vue4 ,je ne sais pas de pire mthode que de coudre des pages4 ,voil qui veille l'ide et la tentation du fruit dfendu6 ,mariage1 ,amour1 ,famille4 ,quelle ide du mariage souhaitons-nous donner nos enfants8 ,c'est de ce seul point de vue qu'il importe d'examiner la question conjugale en matire d'ducation4 ,c'est pntrs1 nourris de cette ide qu'ils aborderont et qu'ils rsoudront plus tard ce grave problme4 ,leur sort en dpend4 ,elle vaut donc qu'on y rflchisse4 ,et cette opinion--comme toutes les autres opinions--nous la leur communiquerons surtout par nos entretiens1 par nos propos parfois les plus incidents1 et par notre propre attitude4 ,il faut donc prendre parti4 ,devons-nous soutenir le mariage ou le combattre1 le vanter ou le dcrier8 ,j'estime qu'il faut prendre la dfense du mariage4 ,tout imparfait1 tout prcaire qu'il soit1 de fortes raisons plaident pour lui4 ,il est la solution de moindre inconvnient4 ,dans le moment prsent1 il est1 pour un couple1 la formalit ncessaire1 qui le met en rgle avec la socit et lui ouvre les portes4 ,il est le passe-port et le passe-partout4 ,lui seul permet au pre et la mre de se prolonger ouvertement dans leurs enfants1 car lui seul leur permet de les avouer1 de les garder1 de les lever selon leur pense1 de leur lguer leur nom1 leurs reliques et leurs biens4 ,le mariage ne fait que consacrer un groupement dont on doit souhaiter la force et la dure4 ,car la famille1 limite aux parents et aux enfants1 constitue la vraie cellule sociale1 microcosme o jouent dj ces vertus d'association dont l'essor doit sauver le monde4 ,en contraste avec l'gosme du clibat1 le mariage apparat en effet une longue preuve d'altruisme4 ,la vie conjugale contraint penser aux autres1 travailler pour les autres4 ,le renoncement1 la tolrance1 s'y exercent incessamment4 ,elle n'est qu'une longue suite de concessions mutuelles4 ,en boutade1 on pourrait appeler le mariage une concession perptuit4 ,puis le mariage est dans le sens de l'avenir4 ,la tendresse s'affine et s'pure travers les sicles4 ,le monde primitif1 le pass barbare1 voquent la promiscuit animale1 le toutes tous4 ,le monde futur ralisera peut-tre l'union mrement dlibre1 respecte sans effort ni contrainte1 sous la devise ,une seule pour un seul4 ,d'ailleurs1 chaque homme1 qui recommence et refait pour son compte toute l'histoire de l'humanit1 passe par toutes ces tapes4 ,il est d'abord le collgien qui dsire toutes les passantes2 puis il devient peu peu plus exigeant1 et son choix1 de plus en plus rare1 tend enfin vers une seule femme4 ,a quoi bon arracher le sceau lgal attach par le mariage ces deux grands besoins qui mnent la crature et qui dureront tant que battra un cur humain3 s'appuyer sur un autre tre1 et se survivre par l'enfant8 ,du fond de l'avenir1 des rvolutions grondantes peuvent accourir1 tout abattre pour tout restaurer4 ,elles n'aboliront pas le sens de la paternit1 claire raison de vivre1 douce tyrannie que l'homme subit sans rvolte1 culte qu'il sert dans la ferveur1 foi modeste qui possde pourtant1 comme ses surs altires1 ses sacrifices1 ses tentations1 sa vie future1 ses extases1 ses mystres et ses grces1 humble religion qui survit toutes les religions444 ,des cataclysmes d'ides1 des dluges de sang peuvent bouleverser le monde4 ,ils n'aboliront pas cet instinct qui1 aux sommets de la joie et de la souffrance1 dans l'amour et la dtresse1 jette l'homme contre un sein de femme et1 dans un lan de tendresse ou de compassion1 ouvre les bras de sa compagne sur le doux refuge d'oubli1 l'asile voluptueux et maternel444 ,il faut donc ragir1 dans l'esprit de l'enfant1 contre ce continuel dnigrement du mariage que propagent tant de refrains1 de satires et de vaudevilles et dont nos faciles plaisanteries--sans doute par un besoin de revanche contre les petites misres de la vie--se font trop volontiers l'cho4 ,railleries tellement rpandues1 tellement admises1 qu'une pice1 un roman1 ne peuvent pas mettre en scne des poux amoureux sans paratre ridicules et suranns4 ,l'incompatibilit entre le mariage et l'amour est si solidement tablie que1 pour un passant dans la rue1 un couple enlac n'est jamais un couple mari4 ,s'il importe de ne pas reprsenter1 aux yeux des enfants1 la vie au-dessus du plan du rel1 il importe tout autant de ne pas la leur reprsenter au-dessous de ce plan4 ,ayons donc le petit courage d'affirmer1 en dpit de la littrature et de nos facties1 que s'il n'existe gure de mnages d'amour au sens parfait du mot1 il existe par contre nombre d'unions tendres1 fortes et durables4 ,n'en voit-on pas1 de ces couples parvenus leur automne1 o l'on sent que les deux compagnons s'estiment toujours et se plaisent encore4 ,attentifs l'un l'autre1 appuys l'un l'autre1 ils rsistent au temps et la vie4 ,les souvenirs purs et frais des primes annes ont laiss dans leur cur un parfum qui ne s'vanouit pas4 ,puis les enfants1 tant de peines et de joies partages1 l'habitude1 les liens de la chair1 les mutuelles confidences1 ont tiss entre eux une trame innombrable et solide4 ,et cette trame leur est prcieuse4 ,car elle est leur uvre1 elle est ne de leur effort1 comme la maison qu'ils ont btie1 le jardin qu'ils ont cultiv4 ,oui1 les invitables intempries ont dfeuill la fleur printanire4 ,mais elles ont dcouvert et fcond un solide fruit de tendresse1 dont le suc tonique reste le grand cordial1 aux heures d'preuve444 ,et c'est encore une trs belle ralisation4 ,montrons aussi aux enfants que la grande chance et la meilleure garantie de bonheur sont dans le libre choix des fiancs1 o ils puissent longuement s'prouver1 reconnatre entre eux l'entente et l'attrait1 aussi bien les affinits morales que les affinits physiques1 dont la place est si large dans la vie deux4 ,une telle union ne promet-elle pas plus de scurit que celles ou prsidrent l'intrt1 le caprice romanesque1 un fade arrangement8 ,devant de tels gages1 inclinons nos prfrences personnelles4 ,rservons simplement notre droit de contrle et ne l'exerons qu'au cas o nous aurions dcouvert chez le prtendant une tare ineffaable4 ,les conversations et les lectures donnent aussi l'enfant des ides fausses et contradictoires sur l'adultre4 ,d'une part1 dans nos propos1 nous le traitons en gaudriole4 ,un homme est-il tromp8 ,il est comique4 ,on lui fait les cornes4 ,on l'appelle cocu4 ,et l'on passe gaiement4 ,et1 d'autre part1 les faits-divers sont rouges des drames d'adultre4 ,le cocu devient tragique4 ,il tue4 ,son geste parat si lgitime que le jury l'absout et que la justice lui accorde l'excuse lgale s'il abat sa femme en flagrant dlit444 ,l'enfant recueille ces propos et ces exemples incohrents4 ,qui croire8 ,en fait1 la vrit est entre ces deux erreurs4 ,l'adultre ne mrite ni l'humour ni la mort4 ,il n'est point si facile1 ni si ais1 ni si gracieux4 ,il impose1 ceux qui le commettent1 toutes sortes de lchets1 d'entraves1 d'humiliations1 de mensonges1 d'effrois et d'alertes4 ,il inflige1 ceux qui en souffrent1 d'indicibles chagrins4 ,et1 par ailleurs1 pour tous ceux qui portent haut le respect de la vie humaine1 il n'est pas de dfaillance qui exige du sang1 pas de cas passionnel qui ne se rsolve autrement que par le meurtre4 ,les enfants--qui voient tout--voient autour d'eux des mnages se rompre4 ,accoutumons-les l'ide que le divorce est juste et logique pour deux poux sans enfant qui se sont tromps l'un sur l'autre1 ou l'un l'autre4 ,mais convenons qu'il apparat insuffisant1 mdiocre et boiteux1 ds qu'il s'agit d'un pre et d'une mre4 ,l'enfant est entre eux1 qui les tient par la main4 ,il les unit d'un lien qu'ils hsitent trancher4 ,c'est seulement quand les petits sont capables de s'envoler du nid que les parents peuvent l'abandonner leur tour4 ,mais notre propre exemple1 notre propre attitude1 sont encore les meilleures leons des choses du mariage4 vitons donc avant tout ces discussions1 ces disputes1 qui frappent l'esprit des enfants et finissent par y associer les deux ides de querelle et de mnage4 ,au contraire1 quel merveilleux enseignement donne le spectacle d'un foyer o les poux en tous points se concertent et se mettent d'accord4 ,ministre en miniature1 o les deux dirigeants se partagent1 pouvoir gal--car la femme tend trs justement devenir l'quivalente de l'homme--les divers portefeuilles selon leurs aptitudes et non plus selon les traditions3 l'un les finances1 les affaires trangres2 l'autre l'intrieur1 le commerce444 ,c'est au foyer qu'on apprend toute la dlicate conduite de la politique mnagre4 ,depuis les petites opportunits1 celle de ne pas quitter trop tard le nglig du matin1 de ne pas chausser trop tt les pantoufles du soir1 jusqu'aux grandes oprations de police1 o l'on vince du pouvoir ceux qui tendraient l'usurper1 amis trop assidus1 parents trop tyranniques444 ,politique au grand jour1 qui montrera le bienfait de la franchise1 de la clart1 des ententes explicites1 incessantes1 et qui laissera dans l'ombre les aveux inutilement pnibles d'o naissent les conflits4 ,c'est l'cole du foyer qu'on prend les grandes leons d'indulgence et de mansutude1 en particulier l'gard de ces caprices1 de ces changeantes humeurs qui sont souvent chez la femme des reflets de sa sant4 ,c'est l enfin que s'acquiert l'art charmant des prvenances1 des attentions1 tout cet actif change1 si ncessaire la dure de la tendresse entre deux tres3 cadeau qui fte les dates heureuses1 fine louange qui ensoleille une me fminine1 continuel souci de l'autre1 de lui assurer sa joie1 toute sa joie4 ,certes1 l'enfant ignore bien des rites de ce culte assidu et fervent1 ceux surtout qui valent un homme d'tre appel par sa compagne--de quelle voix reconnaissante--un bon mari4 ,mais d'aimables images sont tombes dans sa mmoire4 ,plus tard il en saisira le sens profond1 la porte cache4 ,il comprendra que le symbole du mariage est un solide autel bti d'estime et de confiance1 o ne doit pas s'teindre la flamme du plaisir4 99 99 99 99 99 ,pour l'amour comme pour le mariage1 une seule question s'impose1 du point de vue de l'ducation3 quelle ide de l'amour souhaitons-nous donner nos enfants par notre continuel enseignement1 afin de les prparer la vie8 ,ah6 ,bien plus encore que pour le mariage1 il importe de redresser les notions convenues qui tranent dans les livres1 les pices1 les conversations1 partout4 ,toute notre littrature se nourrit de l'amour4 ,les opras chantent l'amour4 ,les tableaux1 les statues1 illustrent l'amour4 ,l'art tout entier s'inspire de l'amour1 sent l'amour1 sert l'amour4 ,et nous respirons un immense mensonge4 ,jamais la reprsentation de la vie ne s'est tant carte du rel4 ,sans cesse1 elle tend nous montrer l'amour facile1 l'amour sans risques1 l'amour parfait4 ,or1 il n'est pas une aventure1 pas une seule1 o l'homme ne se heurte la crainte de la maladie ou la crainte de l'enfant4 ,dans l'aventure mondaine1 la femme jette autour de ses reins une invisible ceinture de strilit qu'il faut tourner avec toutes sortes de ruses amoindrissantes1 de soucis triviaux1 sans s'affranchir pourtant d'une longue suite de bas soucis4 ,et l'aventure galante1 o le plaisir s'apaise la source banale1 empoisonne par d'innombrables passages1 apparat encore plus dcevante en ses fraudes ou tragique en ses dangers4 ,et nous nous faisons les complices de cette norme duperie1 par nos propos4 ,nous jonglons lgrement avec ces lourds prils4 ,nous servons de fades lieux communs avec un clignement d'il1 un bon rire gaulois4 ,l'enfant illgitime8 ,pch de jeunesse4 ,la maladie8 ,coup de pied de ,vnus4 ,quitte d'ailleurs djuger nos paroles par nos actes1 en accablant de la mme honte impitoyable1 de la mme rprobation froce1 la fille-mre et le vnrien4 ,il faut dnoncer un autre dlit de la littrature3 elle nous reprsente la frquence et la dure du grand amour1 d'un amour si grand qu'il emplisse toute une existence d'une immuable flicit4 ,le grand amour444 ,on le voit apparatre dans tous les romans1 dans toutes les comdies4 ,o le voit-on dans la vie8 ,a feuilleter les ,mmoires du pass1 regarder autour de soi1 on constate vite que--sauf chez quelques tres d'exception--il n'est point de passion qui demeure tale1 qui se soutienne d'une ardeur fixe tout au long d'une existence4 ,on s'aperoit que tout s'effrite1 se ride et flchit1 et que l'amour vieillit encore plus vite que l'amoureux4 ,peut-tre faut-il discerner encore1 dans cette croyance au grand amour1 au long amour1 une prvision d'une humanit suprieure o tous les tres seraient enfin fidles et resplendiraient de cette noblesse1 de cette force et de cette beaut que donne la constance4 ,mais ces temps ne sont pas venus4 ,il n'est pas plus d'amour inaltrable que de jeunesse ternelle4 ,ah6 ,si l'on pouvait lacrer tout ce dcor d'illusions1 briser tous ces mensonges dors qui flattent et refltent notre espoir d'absolu4 ,si l'on pouvait faire admettre que le bonheur est relatif et la passion saisonnire444 ,parmi ces couples qui se jettent au grand amour1 d'une rue farouche et parfois meurtrire1 il en est qui renonceraient au voyage1 d'autres qui du moins en apercevraient d'avance le terme4 ,que de dceptions1 de drames vits444 ,est-ce dire que l'amour ne soit pas important8 ,nullement4 ,il suffit d'interroger l'histoire prsente ou passe pour se convaincre qu'il est partout1 au centre de tout1 qu'il anime tout4 ,ce n'est pas seulement dans un crime qu'il faut chercher la femme4 ,mais derrire tous les gestes de l'homme1 des plus bas aux plus nobles4 ,la conqute de l'argent1 celle du pouvoir1 qui semblent les grands mobiles humains1 ne sont elles-mmes que des moyens de conqurir la femme4 ,le dsir mle dresse l'axe du monde4 ,oui1 l'amour est important4 ,mais c'est cause de cette importance mme qu'il ne faut pas le montrer sous des traits faux et fards ceux qui dcouvrent la vie4 ,il ne faut pas que l'enfant croie le plaisir si facile1 ni l'amour si frquent444 99 99 99 99 99 ,au moment o l'volution fminine s'acclre et se marque1 il peut tre intressant d'examiner si elle influencera l'amour1 s'il y aura quelque chose de chang dans ses modalits1 du fait que la femme s'affranchit1 se ralise et devient vraiment la moiti de l'humanit4 ,a mon sens1 on n'en peut pas douter4 ,il semble bien que la femme doive payer la conqute de ses droits sociaux4 ,et sur quel terrain devra-t-elle reculer1 sinon sur celui o s'exerait souverainement son empire8 ,voici donc la prdiction qu'autorise et qu'impose l'inluctable loi d'quilibre et de compensation3 ce qu'elle gagnera en pouvoir visible1 la femme le perdra en pouvoir cach4 ,il s'agit d'abord d'une diminution de ferveur4 ,car la galanterie n'est que le signe sensible du culte dont la femme tait l'objet1 du pouvoir secret qu'elle exerait sur l'homme4 ,et ce pouvoir tait formidable4 ,injustement opprime par la loi du mle1 contrainte la ruse dfaut du droit1 elle avait d dans l'ombre aiguiser ses armes naturelles1 son charme et sa beaut1 ses dons d'attrait et de sduction4 ,par sa duret mme1 l'homme obligeait la femme aux souples habilets4 ,pour lutter contre lui1 elle dut tendre des piges1 dont sa grce tait l'appt4 ,mais rduite jouer ce rle secret1 elle s'y montra merveilleuse4 ,le langage mme de l'amour peignait sa souverainet4 ,elle tait l'idole4 ,elle tait la matresse4 ,le tyran lui parlait genoux4 ,et ce fut sa revanche continuelle444 ,la loi disait rudement3 ,la femme doit suivre son mari4 ,mais1 dans la rue1 le mari suivait les femmes4 ,on la chassa du trne3 mais elle rgna sur les rois4 ,elle mena la plante sans jamais se montrer et1 par l1 fut divine4 ,on avait fait d'elle une crature rare1 distante1 convoite1 referme sur elle-mme1 dfensive4 ,soit4 ,elle usa1 pour parvenir ses fins1 de son prestige mystrieux4 ,sa moindre dmarche troublait et flattait l'homme en place4 ,il tait prt d'avance l'couter et la satisfaire4 ,il l'attendait dans une petite fivre1 aprs un coup d'il la glace et un coup de doigt la moustache4 ,et si elle obtenait tant avec un sourire1 que n'obtenait-elle pas en accordant davantage8 ,c'est cet empire secret qui va peut-tre resserrer ses frontires4 ,c'est sur cette carte du ,tendre que la femme nouvelle va peut-tre abandonner du terrain4 ,sortie du temple o l'avait relgue l'homme et prenant place au forum1 elle ne connatra plus tous les rites du culte ancien4 ,ds son avnement au grand jour1 elle devra laisser tomber son voile de mystre et combattre visage dcouvert dans le duel de l'amour4 ,est-ce dire que les deux rivaux vont subir une mtamorphose complte8 ,que la femme va perdre sa coquetterie1 ses charmantes pudeurs1 ses grces mouvantes1 son bel idal de tendresse dvoue1 de passion absolue8 ,que l'homme n'aura plus ce constant dsir d'blouir1 de vaincre sa chre ennemie1 et aussi de se rfugier contre elle8 ,non pas4 ,ce sont des traits de l'espce1 des raisons d'tre4 ,mais dans ce combat1 les armes seront dsormais presque gales4 ,il y aura1 dans les aveux1 une sorte d'quivalence et de rciprocit4 ,on a vu tout ce qu'ont acquis de rsolution1 de force dcide1 les femmes nouvelles qui travaillent4 ,elles savent ce qu'elles veulent et ce qu'elles valent4 ,cette autorit1 elles l'apporteront partout4 ,la vie sentimentale y gagnera en franchise4 ,il y aura moins de madrigaux1 mais plus de sincrit1 moins de papillonnages autour de la fleur rare1 mais moins de fleurs dlaisses4 ,combien de destines en deviendront meilleures6 ,combien de malheureuses ont soupir en vain aprs le compagnon souhait qu'elles aimaient secrtement4 ,peut-tre et-il t heureux de se savoir prfr4 ,mais il ne savait pas4 ,et il passait4 ,vienne1 aprs le rgne des paupires baisses1 celui des regards droits1 et c'en sera fini de ces injustes souffrances4 ,plus audacieux1 mais plus rflchi1 plus consenti1 le don de soi apparatra plus noble4 ,tout libre-change fait passer sur les frontires un grand souffle salubre4 99 99 99 99 99 ,la vraie famille se limite au groupe parents-enfants4 ,dj1 l'affection vritable n'est pas si frquente entre frres et surs4 ,pourquoi tenter de l'tendre8 ,le cousinage n'est que la caricature de la famille4 ,il en souligne les dfauts sans en montrer les qualits4 ,il suscite la jalousie sans veiller la solidarit4 ,les gens que l'on contraint de s'aimer inclinent se dtester4 ,ils ont1 dira-t-on1 des souvenirs communs8 ,mais ils profitent de se connatre pour se mieux dchirer4 ,les soucis d'hritage enveniment encore ces querelles4 ,le cousinage semble avoir t invent par les notaires4 ,faisons donc table rase de ces parents loigns qu'on ne rencontre que dans les mariages et les enterrements4 ,s'il en est qui nous plaisent1 tant mieux4 ,rien ne nous empche de les attirer4 ,a la famille impose1 substituons la famille d'lection1 celle que constituent les amis que nous nous sommes donns4 ,l1 point de vilains soucis d'argent4 ,mais des affinits qui se sont reconnues4 ,si notre choix fut mauvais1 ne nous en prenons qu' nous-mmes4 ,du moins sommes-nous libres de le rpudier4 ,certes1 tout est prcaire1 tout est fragile1 mme l'amiti4 ,ces liens ne sont pas indissolubles4 ,mais nous chercherons les entretenir1 parce que nous les avons spontanment tresss4 ,,chapitre ,,iii ,,de ,l',,instruction4 ,,principes ,,et ,,moyens ,d',,action ,le ,lyce4--,le ,foyer4--,la ,valise4--,comment apprendre4--,le ,choix d'un ,mtier4 ,le ,lyce4 ,a quoi sert de savoir8 ,voici ce que nous rpondions aux enfants3 ,a se rendre compte de ce qu'on voit4 ,a tre aussi fort qu'autrui dans la lutte4 ,a s'assouplir l'esprit1 dvelopper ses dons d'invention1 qui serviront toujours1 quoi qu'on fasse4 ,a connatre en surface1 quitte creuser plus tard en profondeur sur certains points4 ,a se parer1 se meubler l'esprit1 faire qu'on soit une bibliothque pleine au lieu d'une bibliothque vide4 ,a jouir1 par la comprhension1 de tout ce qu'on peroit4 ,a s'loigner de l'tre primitif qui s'agite pour manger1 dormir1 mourir4 99 99 99 99 99 ,de l'aveu mme de certains pdagogues1 le lyce est avant tout une garderie4 ,il permet aux parents de se dcharger de l'instruction des enfants et de se dbarrasser de leur prsence4 ,le lyce plaide timidement en faveur de son enseignement1 qui assouplit l'esprit1 qui donne le got des ides gnrales4 ,mais il se justifie en ralit par la ncessit de prparer aux examens1 de franchir ces obstacles de steeple-chase1 ces haies dresses et sans cesse surleves1 dont on barre l'entre de toute carrire4 ,l'examen est un tamisage ncessaire8 ,il donne--au moins quant la mmoire--le pas aux meilleurs8 ,soit4 ,mais on sait bien que les programmes d'tudes sont surchargs pour accrotre les difficults des concours1 pour rtrcir la maille du tamis1 pour hausser la haie4 ,et on sait bien aussi que1 pour un examen1 on s'emplit la cervelle refus1 comme on emplit une ponge d'eau4 ,l'examen pass1 on presse l'ponge1 on oublie tout4 ,consquence3 les plus charmantes1 les plus prcieuses annes de la vie1 celles o l'on a dj la comprhension1 la sensibilit1 sans avoir encore le souci1 se passent dans une gele4 ,en moyenne1 dix ans de dtention4 ,l'exigence n'est-elle pas dmesure avec le rsultat1 qu'il s'agisse de concours ou de culture gnrale8 ,non4 ,le rle de garderie explique seul une si longue rclusion4 ,une intelligence d'adolescent1 demeure frache et neuve1 absorberait en deux ou trois ans toutes ces indigestes matires qu'on mchonne dix ans4 ,en ralit1 il suffirait1 depuis la cinquime jusqu' la quinzime anne1 d'une demi-heure par jour de leon pour possder une culture suffisante4 ,ensuite1 si on veut forcer la porte d'coles spciales1 de carrires examens1 il serait bien temps1 pour un cerveau tout frais1 d'assimiler pour un moment l'norme fatras des programmes4 ,et surtout1 pas d'internat6 ,mme le provincial loign d'un lyce pourrait tre plac dans un foyer ami1 o il goterait la vie de famille1 o il viterait l'affreuse promiscuit444 99 99 99 99 99 ,oh6 non1 pas d'internat4 ,pas de cette gele o les enfants semblent faire dix ans de prison prventive pour tous les dlits qu'ils commettront plus tard6 ,pourquoi les parents internent-ils leurs enfants8 ,d'abord1 je l'ai dit1 par gosme1 pour se librer de surveillance et de souci4 ,par routine1 parce que a se fait1 pour imiter le voisin4 ,par ignorance1 feinte ou vraie4 ,la mre--car le pre1 lui1 ne peut pas avoir oubli--la mre croit que l'interne travaille mieux loin des distractions1 que le rptiteur se penche avec sollicitude sur son paule1 l'aide rsoudre les difficults de sa tche4 ,alors qu'en fait le pion prpare lui-mme un examen et n'exige que le silence et la paix4 ,et dans quel froce petit monde jettent-ils ainsi leurs enfants6 ,image rduite et dforme de l'humanit1 o les instincts et les vices apparaissent nu1 sans ce vernis de politesse et de dignit que donnent aux hommes les annes1 sans ces souffles de piti1 d'enthousiasme1 d'art1 qui deviennent l'ornement de la vie4 ,rien ne lui manque1 ce monde de nains3 ses meneurs1 ses tyrans1 ses banquiers1 ses bretteurs1 ses mouchards1 ses filles444 ,l'internat franais prpare de mauvais hommes4 ,ils ne peuvent pas connatre le tendre respect filial1 puisqu'ils furent bannis du foyer de famille4 ,ils ne peuvent pas pleinement connatre le respect de soi1 car de honteux souvenirs les font longtemps encore rougir d'eux-mmes4 ,ils ne peuvent pas connatre le bienfait d'une vie intrieure1 puisqu'ils ont vcu jusqu' vingt ans dans l'ennui morne et malsain1 loin du spectacle du monde4 ,l'internat444 ,abject temps1 ptri de bassesses1 et dont on reste tent de dtourner la tte444 ,enfance poisseuse1 dont on passe toute l'existence se laver444 ,oh6 ,ces annes1 de dix vingt ans1 ces annes qui devraient tre le jardin1 la parure1 comme le paradis de l'existence1 o l'me devrait clore avec ravissement1 tout apprendre1 tout comprendre1 avec surprise1 avec extase1 o les yeux devraient s'emplir de souvenirs ensoleills1 pendant que l'on est encore irresponsable et sans souci1 dj sensible et conscient1 ces annes o plus tard nos mlancolies devraient pouvoir butiner mille et mille images de dlices1 ces annes1 des murs caduques les ont injustement1 inutilement encloses de hauts murs1 sans lumire1 sans visages et sans joie4 99 99 99 99 99 ,on a jug commode de plaisanter et de tourner en chanson la dtresse de l'enfant intern4 ,on l'appelle potache et tout est dit4 ,c'est une lourde faute4 ,il ne faut pas rire des chagrins purils4 ,s'ils paraissent plus petits que les soucis adultes1 c'est qu'ils sont la taille de l'enfant3 mais ils l'emplissent tout entier4 ,il n'est point endurci contre la douleur1 il n'est pas distrait d'une peine par d'autres peines1 entran par la ncessit salutaire de continuer vivre4 ,non4 ,son chagrin est grand comme lui4 ,et1 quoi que lui rserve le destin1 jamais il ne rencontrera de douleur aussi complte1 aussi continue1 aussi injuste4 99 99 99 99 99 ,on dit aussi3 le lyce rend dbrouillard1 au contact d'autrui4 ,mais le jour o un garon qui n'a pas t au lyce enfourche une bicyclette1 o il prend son essor1 se dtermine1 se renseigne1 prend contact avec le monde1 ce jour-l1 sa bcane lui rend agrablement1 ce mme point de vue1 le mme service que l'affreuse gele du lyce4 ,on dit enfin3 la duret du lyce fait1 en contraste1 paratre ensuite la vie meilleure4 ,toujours cette notion du paradis4 ,souffrons sur terre1 pour une rcompense ternelle4 ,n'est-il pas juste d'viter d'abord la souffrance dans l'existence dont on a la certitude8 ,n'est-il pas juste d'viter d'abord la souffrance l'enfant1 l'adolescent8 ,qui sait ce que lui rserve la vie8 99 99 99 99 99 ,le lyce dveloppe l'esprit de ruse4 ,on s'y dnonce4 ,pour ne pas tre distanc dans une composition1 on invente des trouvailles machiavliques4 ,je sais un garonnet qui1 pour assurer sa supriorit et fort de sa mmoire1 oubliait consciemment son livre afin que le professeur ne laisst de livres personne4 ,merveilleuse cole de probit6 ,singulier effet de l'mulation1 de la fameuse mulation1 tant vante1 du3 ,ote-toi de l que je m'y mette6 ,et faut-il tellement admirer l'usage des prix8 ,rcompenser la mmoire1 l'intelligence1 est-ce bien juste8 ,ce sont des dons1 comme la sant1 la force4 ,or1 on sourit du prix de gymnastique4 ,il faudrait s'entendre4 ,je conois qu'on attache des valeurs diffrentes chacun de ces avantages diffrents comme la vigueur1 l'esprit1 l'adresse1 le talent4 ,mais l'injuste1 c'est d'tablir une nette ligne de dmarcation entre les qualits physiques et les qualits intellectuelles1 de considrer les premires comme un cadeau de la nature dont le destinataire n'est pas responsable1 tandis qu'on lui fait des secondes un mrite1 digne de rcompense4 ,les unes et les autres sont pourtant galement des dons4 99 99 99 99 99 ,dans la pense des hommes d'tat1 les deux grandes conqutes sociales modernes sont la libert et la solidarit4 ,or1 le jeune franais est faonn1 lamin successivement par le lyce et la caserne4 ,au lyce1 pendant dix ans1 l'ge le plus mallable1 on lui rpte3 ,tche d'tre avant ton voisin4 ,tche de prendre sa place4 ,s'il le dpasse1 il est rcompens4 ,s'il l'aide1 il est puni4 ,admirable prparation l'altruisme4 ,a la caserne1 au nom de la discipline1 on l'introduit dans une socit toute oppose celle o il voluera plus tard4 ,on lui inculque la notion du suprieur et de l'infrieur4 ,on lui interdit d'agir et de penser par lui-mme4 ,et cela l'ge de sa formation morale4 ,comment ce jeune homme pourra-t-il retrouver le sens de la libert et celui de la solidarit1 qu'on a successivement touffs en lui8 ,le ,foyer4 ,j'ai dit ce que je pense du lyce4 ,l'idal serait l'instruction par les parents1 au moins jusqu' la quinzime anne4 ,j'entends dj leurs cris3 ,ils n'ont pas le temps4 ,ce n'est pas mon avis4 ,que chacun fasse son examen de conscience4 ,une demi-heure par jour suffirait largement4 ,qui ne perd pas une demi-heure8 ,les femmes1 en courses1 en visites1 en ths4 ,les hommes1 au caf1 au jeu1 ou chez leurs matresses4 ,on peut toujours trouver une demi-heure4 ,une autre objection se dresse1 assez comique4 ,un jour1 je disais un de mes confrres1 un crivain trs rput1 que j'avais entrepris l'instruction de mon fils4 ,il m'interrompit1 ingnument3 --,mais alors1 vous avez d tout rapprendre8 ,le mot est double fond4 ,creusez-le4 ,vous y trouverez tout le procs de l'instruction actuelle4 ,car enfin1 si nous devons tout rapprendre pour instruire nos enfants1 c'est donc que nous avons tout oubli4 ,c'est donc que nos annes de lyce ne nous ont servi rien8 99 99 99 99 99 ,la preuve qu'on pourrait consacrer beaucoup moins de temps l'instruction1 c'est la somme norme de connaissances que l'enfant encaisse dans ses toutes premires annes4 ,songez qu' sa cinquime anne1 il a tout appris1 le nom de tout1 la notion de tout1 ce que le monde a mis des milliers d'annes savoir4 99 99 99 99 99 ,pour diminuer le rle de la mmoire1 il faudrait que l'usage soit gnralis des prcis1 des vademecum1 des lexiques1 de ce qu'on appelle justement des aide-mmoire4 ,et qu'il n'y et pas diminution s'en servir4 ,mais il y aurait diminution4 ,supposez un mdecin qui tirerait un petit carnet de sa poche pour ordonner exactement des dosages4 ,il serait perdu4 ,et pourtant444 99 99 99 99 99 ,dans le train1 fin septembre1 une mre1 rentrant de vacances avec sa fillette aux joues claires et rebondies1 aux jambes brunies1 la sant sous la peau1 disait avec une admirable et niaise rsignation ceux qui la complimentaient sur cette belle apparence3 ,oui1 mais elle aura perdu ses belles couleurs en janvier4 ,et cependant elle la ramenait ,paris1 pour le ,cours4 99 99 99 99 99 ,je suis persuad que la plupart des enfants pourraient s'instruire avec le seul concours des livres--surtout si ces livres taient conus dans ce dessein4 ,malheureusement ces prcis sont rares4 ,c'est une trange illusion de la part des parents--d'autant plus inexplicable que les pres ont pass par le lyce et savent ce qu'il en est--que cette foi dans le pouvoir de la classe et de l'tude4 ,le professeur parle pour trente lves4 ,il ne peut pas s'occuper de chacun d'eux4 coute qui veut1 comprend qui peut4 ,mais1 dira-t-on1 l'lve de lyce est oblig de prendre des notes1 de faire des devoirs1 d'apprendre des leons4 ,tandis qu'un enfant n'aura jamais la sagesse et la raison d'tudier seul dans les livres4 ,double erreur4 ,nous savons bien que presque tout s'oublie1 de ce qui fut appris sous le fouet de l'amour-propre ou la crainte de la punition4 ,et j'affirme aussi qu'un enfant s'instruira par le livre1 le jour o1 son got se dessinant1 il trouvera dans ses lectures des connaissances qui l'intresseront1 qu'il saura ncessaires son futur mtier4 ,c'est une question de moment4 99 99 99 99 99 ,pour les parents qui ne voudraient pas tirer leur science de leur propre fonds1 les cours par correspondance seront un guide excellent4 ,certains manuels d'instruction au logis sont dj conus dans un esprit lucide et pratique4 ,et1 je le rpte1 je crois beaucoup l'enseignement par le livre1 pour celui qui s'intresse ce qu'il apprend4 ,on peut approfondir1 creuser un sujet1 revenir en arrire1 mditer1 mrir4 ,on n'est pas talonn4 ,tandis qu'un professeur qui parle trente lves ne peut pas s'occuper de chacun d'eux4 ,il va1 il va4 ,il sme4 ,tant pis si sa parole ne germe pas4 ,la ,valise4 ,a quoi bon apprendre par cur les proprits thoriques du sulfure de baryum8 ,qui se rappelle tout ce fatras8 ,il ne faut charger sa mmoire que d'un minimum ncessaire4 ,d'une part1 ce qu'il faut savoir dans la vie de relation1 pour ne pas paratre ignorant1 pour ne pas se nuire par le monde4 ,d'autre part1 les connaissances gnrales qui nous permettront de comprendre une science lorsque nous voudrons ensuite l'approfondir1 par got ou par ncessit4 ,ce bagage indispensable1 qu'on emporte partout avec soi1 dans sa tte1 c'est ce que nous appelions la ,valise4 ,les lourdes malles1 les chapelires1 tout le confort1 le luxe et le superflu1 ne font que suivre4 ,avec la valise1 on n'est dplac nulle part4 99 99 99 99 99 ,il faut faire de la gographie coups de serpe4 ,dbiter dans le bloc terrestre de gros morceaux dont on saura la place et l'aspect4 ,on toilera la carte d',europe de ses grandes villes4 ,et il suffira de connatre la figure et les noms de cette constellation4 99 99 99 99 99 ,en histoire1 il suffit de pouvoir placer les vnements dans leur sicle1 afin de ne pas commettre une hrsie sensible4 99 99 99 99 99 ,en arithmtique1 les quatre rgles4 ,dj1 la racine carre est un luxe4 ,en gomtrie1 la notion et le calcul des surfaces et des solides simples4 99 99 99 99 99 ,en chimie1 on ne s'embarrassera donc pas de ces ractions1 descriptions de chaque corps1 qu'on nonne pour les examens4 ,on apprendra les gnralits1 sels1 bases1 acides1 en en signalant le caractre transitoire1 en les prsentant comme des lois approches1 qui satisfont actuellement l'esprit4 ,puis1 quelques proprits1 utiles ou curieuses1 de certains corps usuels4 99 99 99 99 99 ,en physique1 les lois gnrales1 illustres autant que possible des exemples de la vie1 du logis1 de la science amusante4 99 99 99 99 99 ,en mythologie1 en histoire gnrale1 y compris l'histoire sainte1 il faut un bagage mondain3 savoir la signification des noms1 des lgendes qui prtent aux allusions4 ,plus tard1 si on s'y intresse1 il sera toujours temps de fouiller une poque4 99 99 99 99 99 ,on n'oubliera pas d'emporter dans la valise la liste des locutions vicieuses--comme3 s'en rappeler--afin de les viter4 ,car il y a des gens qui vous jugent svrement sur ces fautes lgres et l'on se dprcie dmesurment les employer4 ,la liste galement des locutions trangres1 de langues mortes ou vivantes1 qui courent dans la conversation et dont l'ignorance est gnante4 99 99 99 99 99 ,il faudra connatre aussi1 afin de ne pas se trouver en tat d'infriorit1 les types sortis des pices et des romans et qui continuent de vivre dans la mmoire contemporaine3 ,giboyer1 ,mme ,marneffe4 ,de mme les artistes qui ont cr un genre1 au thtre1 et dont le nom est devenu synonyme de ce genre mme3 une ,dugazon4 99 99 99 99 99 ,comme hommes illustres--noms et uvres--on fera un triage1 en retenant ceux auxquels on fait frquemment allusion dans la causerie et ceux qui sont dignes de mmoire4 ,nous avions compos cinq cents cartes4 ,au recto1 un nom4 ,au verso1 le sicle1 la profession1 l'uvre4 ,et une petite anecdote caractristique1 autant que possible4 ,le jeu consistait1 lisant le recto1 connatre l'invisible verso4 ,cela s'appelait le ,panthon4 99 99 99 99 99 ,dans un chapitre spcialement consacr aux principales lacunes de l'instruction officielle1 on trouvera l'indication de quelques connaissances utiles emporter dans la ,valise4 ,comment apprendre4 ,il faut savoir attendre4 ,un adolescent1 rouvrant un livre qu'il avait tudi avec ennui dans l'enfance1 est surpris de s'apercevoir qu'il le comprend mieux1 qu'il s'y attache4 ,ainsi1 il y a un ge1 une maturit1 o1 pour chaque tude1 l'intrt et la comprhension sont point4 ,la hte o l'on est de bourrer les cerveaux de connaissances pour les examens1 parce qu'il faut tre reu1 cette hte a fait devancer l'ge propice4 ,c'est pourquoi l'enfant ne retient rien de ce qu'il apprit trop tt1 dans l'curement4 ,aussi1 ne faut-il graver en lui que l'indispensable1 l',a ,b ,c de tout et1 pour le reste1 attendre l'ge o s'veillent l'intelligence et la curiosit1 en une sorte de pubert de l'esprit4 99 99 99 99 99 ,il y a un moment o votre petit garon vous dit spontanment3 ,j'ai compris inversement proportionnel6 ,on a bien fait de ne pas insister plus tt4 ,il vient seulement d'tre mr pour cette ide4 99 99 99 99 99 ,mme pour les jeux--qui sont encore des enseignements--il faut savoir attendre4 ,il faut guetter le moment o ces jeux intresseront les enfants1 l'heure qui sonne4 ,ainsi1 j'avais achet une petite presse et une casse d'imprimerie4 ,les enfants taient trop petits pour s'en servir et s'en amuser4 ,j'ai d attendre dix ans6 ,et puis1 un beau jour1 ils ont dcouvert leur imprimerie4 ,et il a fallu courir les magasins de ,paris pour se procurer de l'encre1 des rouleaux1 sans attendre un instant de plus444 ,de mme pour la photographie4 ,j'en ai fait leurs cts pendant des annes sans qu'ils y mordent4 ,et je ne les y incitais pas4 ,et l'heure aussi a sonn1 et 'a t le ravissement1 la trouvaille1 le grand zle qu'on a seulement pour ce qu'on aime444 99 99 99 99 99 ,on n'insistera jamais trop sur cette ide3 aprs avoir instruit l'enfant des connaissances la base--la valise--il faut attendre1 pour toute culture de luxe1 que le got s'en veille4 ,comme on apprend vite et mieux1 quand on a le dsir de savoir1 quand on sait pourquoi on apprend6 ,voyez le cas de l'anglais4 ,le jour o des enfants expriment le dsir de savoir cette langue1 il suffit de leur faire suivre1 par exemple1 pendant deux mois les cours de ,berlitz1 dose intensive1 deux leons par jour4 ,puis une jeune anglaise vient s'installer deux saisons leur foyer4 ,elle apprend le franais1 elle enseigne l'anglais4 ,ainsi1 dans l'agrment1 au bout de huit mois au total1 ils parlent couramment l'anglais4 99 99 99 99 99 ,quand il s'agit de fleurir1 de parer l'enseignement de fond1 il faut choisir1 ou plutt laisser choisir1 guetter l'veil des gots4 ,ainsi1 de deux fillettes1 galement doues1 l'une aura un penchant pour le dessin de modes1 l'autre pour le prcieux dessin japonais4 ,il faut alors suivre ce penchant1 et l'accuser1 l'affirmer4 99 99 99 99 99 ,la dure d'une leon ne doit pas tre de plus d'une demi-heure4 ,dans son tude sur l',attention volontaire1 ,ribot value la dure totale de l'attention une heure et il l'estime plus faible chez l'enfant1 la femme1 le vieillard4 ,d'ailleurs1 la vie nous en donne un exemple frappant4 ,au thtre1 o l'on s'amuse--gnralement--l'acte ne dure jamais plus de trois quarts d'heure4 ,on a senti le besoin instinctif de ne pas demander plus l'attention continue1 ft-elle agrable4 99 99 99 99 99 ,il faut voir si l'enfant retient mieux par la mmoire des yeux ou la mmoire des sons1 s'il est visuel ou auditif4 ,les visuels sont infiniment plus nombreux que les auditifs1 d'ailleurs4 ,et c'est surtout par l'image qu'on devra frapper leur esprit4 ,le cinma1 quelle ressource6 ,il n'est pas une connaissance lmentaire1 pas une1 qui ne puisse se drouler en film4 ,je suis certain que l'colier primaire apprendrait ainsi1 jamais1 en huit jours1 ce qu'il nonne en huit ans4 99 99 99 99 99 ,il faut viter ce que nous appelions le ton institutrice4 ,je ne sais quoi d'aigre1 d'imprieux1 d'en classe1 mesdemoiselles1 qu'on est tent de prendre ds qu'il s'agit d'enseignement et qui rend d'avance la leon maussade4 ,il ne faut pas que cette demi-heure soit odieuse1 grce d'pres3 ,as-tu fait ta tche8 ,il faut viter de renforcer cette ide du travail-ennui4 ,on ne doit pas river l'enfant la table comme le bagnard la chane4 ,s'il est inattentif1 fatigu1 il faut pouvoir offrir paisiblement3 ,veux-tu cesser8 99 99 99 99 99 ,il faut divorcer le travail et l'ennui4 ,c'est une union tellement admise1 tellement troite1 que les enfants1 lorsqu'on est parvenu les instruire en les amusant1 disent3 ,ce n'est pas travailler1 puisque ce n'est pas ennuyeux4 ,quelle antique et terrible erreur6 99 99 99 99 99 ,il faut faire impression sur l'enfant1 et pour cela1 le toucher1 l'intresser1 l'amuser1 piquer sa curiosit1 frapper son imagination1 mouvoir son cur4 ,et il ne faut jamais l'ennuyer4 99 99 99 99 99 ,rendons la science aimable1 attrayante4 ,pour enseigner l'invention des ballons1 par exemple1 de vieilles estampes1 de vieilles assiettes1 fixeront mieux les souvenirs que de longs discours4 99 99 99 99 99 ,pour amuser1 on emploie des ruses4 ,ainsi1 pour faire comprendre l'adaptation des organismes au milieu1 on imagine un monde #ejj degrs1 un monde de feu1 o couleraient des fleuves d'tain1 o pousseraient des plantes mtalliques1 o circuleraient des salamandres1 o la vie aurait d'autres exigences que sur la terre4 99 99 99 99 99 ,on inventera une agriculture fantaisiste1 o on ondulerait les champs pour leur donner plus de surface2 o on lverait plusieurs tages de terre sur des charpentes mtalliques1 les plus bas pour la culture ombre1 les plus hauts pour la culture au soleil2 o on couperait les bls d'un seul coup1 avec un fil rougi par l'lectricit2 o on soutiendrait les pis1 tents de se coucher1 par un treillage horizontal444 99 99 99 99 99 ,il y a des vertiges qu'il est bon de donner1 une sorte d'ivresse de l'imagination4 ,ainsi1 songer que1 peut-tre1 la terre n'est qu'un atome d'un monde norme1 qui lui-mme n'est qu'une cellule dans l'infini444 ,ou bien1 quelques personnes sont runies dans un salon4 ,il faut se dire qu'il a exist1 qu'il existe ou qu'il existera1 sur un autre monde1 une assemble identique1 o les mmes personnes prononceront les mmes paroles1 feront les mmes gestes4 ,pourquoi8 ,parce que cette assemble se compose d'un nombre fini de cellules4 ,et comme les cellules sont en nombre infini dans l'espace et le temps1 elles ont ralis et raliseront nouveau le groupement que reprsente cette assemble4 ,et cette combinaison elle-mme se renouvellera un nombre infini de fois444 99 99 99 99 99 ,aux livres arides de physique1 je prfre la ,science amusante1 la science au foyer1 ces petites expriences que certains auteurs ont runies en srie4 ,une fois que la curiosit est amorce1 il est temps d'voquer les grandes et sches lois gnrales4 ,c'est une conclusion4 ,d'ailleurs1 n'est-on pas parti de l'exprience pour arriver aux lois8 ,pourquoi ne pas suivre cette tendance naturelle8 ,ou bien on racontera des vies d'inventeurs4 ,il faut s'amuser faire de la physique4 99 99 99 99 99 ,pour les premiers lments de chimie1 comme pour la physique1 il faut se placer au niveau de l'enfant1 le frapper avec des expriences4 ,partir des petits faits de la vie1 comme les mlanges rfrigrants1 le vert-de-gris1 la mousse du champagne1 pour parvenir aux grandes lois gnrales4 ,il faut1 autant que possible1 raconter des histoires4 ,que se rappelle une jeune fille brevet de la chimie telle qu'elle l'a apprise8 ,rien4 99 99 99 99 99 ,on ne rpand pas assez les arts d'agrment1 le dessin1 la sculpture1 le modelage4 ,on ne fleurit pas assez la vie4 ,ces notions lmentaires devraient tre diffuses1 au lieu de rester le privilge d'une caste4 ,ou alors1 on a t l'extrme4 ,exemple3 ,par mode1 par convenance1 par imitation1 pour se donner un signe de richesse1 on impose aux filles des sances normes de piano4 ,et la plupart y touchent peine1 une fois maries4 ,y a-t-il proportion entre les heures d'tudes et la joie qu'on en retirera8 ,seules1 celles qui sont doues devraient s'y consacrer4 ,on devrait viter cet excs4 ,pour pouvoir lire la musique1 pour dchiffrer cette langue universelle et charmante1 pour en connatre les lments1 l'criture1 il suffirait de s'entraner d'abord1 l'ge des connaissances premires1 sur un instrument simple1 comme la cithare4 99 99 99 99 99 ,pour rendre la gographie attrayante1 on peut partir du jardin1 tendre la notion la commune1 au canton1 l'arrondissement1 etc4 ,pour l'histoire1 cette mthode serait sduisante1 de partir de la famille1 de remonter aux grands-parents4 ,mais il faut y renoncer1 car elle ne permettrait pas de suivre l'humanit pas pas dans ses progrs1 tandis que ces tapes et ces conqutes sont sensibles quand on prend l'homme ses origines connues4 ,naturellement1 il faut ramener les guerres et les rois leur importance relle et rendre la place qu'ils mritent aux coutumes1 aux dcouvertes1 aux arts1 aux grands mouvements de la pense1 tout le labeur des hommes4 99 99 99 99 99 ,on pourrait apprendre l'histoire de ,france rien qu'avec une suite de romans comme ceux d',alexandre ,dumas1 ,erckmann-,chatrian1 ,paul ,adam1 les frres ,margueritte4 ,cela ne serait pas exact1 direz-vous8 ,cela le serait tout autant que l'histoire toute sche1 surtout au point de vue de l'atmosphre gnrale des poques4 ,il suffit de se rendre compte que1 sur un fait contemporain1 il y a mystre ou dsaccord1 pour convenir que l'histoire1 telle qu'elle nous est transmise1 ne peut pas tre exacte quant aux faits4 ,quand on est dans un vnement1 on est comme un alpiniste dans un nuage3 on n'en voit pas les contours4 99 99 99 99 99 ,j'ai dj montr quel enseignement on pouvait tirer1 en matire d'ducation1 d'un fait usuel comme la conduite d'une auto4 ,la leon est tout aussi attrayante1 du point de vue de l'instruction4 ,songez que1 d'instinct1 l'enfant veut tout connatre1 tout comprendre4 ,chaque jour1 il se rveille avec un pourquoi8 et s'endort avec un comment8 ,avec ses points d'interrogation1 il entend crocheter tous les mystres1 forcer tous les secrets4 ,vous voyez d'ici tout ce qu'une auto doit rvler son ardente curiosit3 ,pourquoi les gaz s'enflamment-ils8 ,comment le moteur tourne-t-il8 ,chaque carter contient une nigme enclose dont il lui faut la cl4 ,et le changement de vitesse8 ,et le diffrentiel8 ,et les engrenages8 ,si bien que pour apaiser cette fringale1 c'est tout ensemble un peu d'lectricit1 de chimie et de mcanique qu'on doit lui servir444 ,ce petit exemple concrte les deux grandes rgles qui doivent prsider l'instruction4 ,la premire1 passer du connu l'inconnu4 ,la seconde1 rendre la leon attrayante1 la donner comme un aliment et non comme un mdicament4 ,choix d'un mtier4 ,le mtier1 c'est un compagnon qu'on retrouve chaque matin pour ne le quitter que le soir1 toute la vie4 ,si on l'aime1 cette vie en est embellie4 ,si on le dteste1 elle en est empoisonne4 ,une profession6 ,conforme aux gots et aux aptitudes de chacun1 elle lui vaudrait le robuste plaisir de produire un effort qui ne lui coterait pas1 la juste fiert de prosprer en raison mme de cet effort4 ,chez nous1 peine une poigne d'hommes ont le courage et l'nergie d'un tel choix1 d'o dpend pourtant la couleur de la vie4 ,et la plupart1 pour qui chaque heure de travail devient un fardeau1 qui guettent1 la montre la main1 l'instant de l'vasion quotidienne1 se laissent mollement entraner non seulement par le hasard1 mais par d'absurdes prjugs4 ,les exemples qui pourraient suggrer des prfrences manquent aux enfants isols par l'internat4 ,chacun de nous ne connat qu'une profession1 celle de son pre4 ,il nous en loigne volontiers parce qu'il en connat les difficults ou parce qu'il nous y juge inaptes4 ,et si l'un de nous1 pourtant1 manifeste du got pour une carrire d'exception1 la prudence paternelle l'en dtourne encore4 ,il faut apporter la mme attention au choix d'un mtier qu'au choix d'une compagne de vie4 ,les parents qui choisissent pour leur enfant le mtier qu'ils aiment et non celui qu'il aime1 doivent bien se rendre compte qu'ils s'exposent commettre un vritable crime4 ,ils usent de cette autorit redoutable1 vestige de la loi romaine1 qui donnait au pre le droit de vie et de mort sur son fils4 ,il faut guetter chez l'enfant1 chez l'adolescent1 l'veil d'un got4 ,cet veil est souvent assez tardif4 ,mais qu'importe8 ,a quinze ans1 un garon peut prparer n'importe quel examen1 franchir tous les obstacles placs au seuil des carrires privilgies4 ,veut-il tre mdecin1 marin1 ingnieur1 officier8 ,pour aucune de ces professions1 il n'y a encore de temps de perdu4 ,le garon de quinze ans peut se mettre en course pour n'importe lequel de ces steeple-chase1 mme--on pourrait presque dire surtout--s'il n'y est pas entran par l'nonnement de dix ans de classe4 ,a la condition1 bien entendu1 qu'il ait le got de la profession choisie1 que son nergie soit tendue vers le but4 ,dans ces conditions1 il aura le got du travail mme le plus ingrat1 car il comprendra pourquoi il travaille4 ,mais bien des gens disent3 ,mon fils n'a pas d'aptitude1 il n'a de got pour rien4 ,il faut provoquer l'closion du got1 le rvler l'enfant lui-mme1 pier le moindre petit germe et1 dsormais1 le cultiver et le renforcer4 ,si l'enfant marque un penchant pour la mcanique1 faites-lui visiter des usines1 donnez-lui un petit outillage4 ,s'il se plat la culture1 mettez-le en contact avec les paysans1 avec leurs labeurs1 faites-lui sentir la belle et noble indpendance qu'assurent les travaux de la terre4 ,et ainsi1 encouragez la moindre prdilection4 ,cet veil de la prfrence peut tenir des causes si subtiles1 et si lointaines4 ,n'a-t-on pas dit cent fois l'influence de la panoplie sur la vocation militaire8 ,il y aurait beaucoup dire sur cette question du mtier d'officier4 ,il est juste de le remettre son plan4 ,les vnements prouveront peut-tre que l'officier de rserve et de territoriale1 qui tait dans la vie ingnieur1 picier ou financier1 court absolument les mmes risques que l'officier de carrire4 ,il ne faut donc pas laisser ce dernier le monopole de l'hrosme et du sacrifice1 car ce serait dnier d'avance aux autres ces mmes qualits d'abngation4 ,et il y a tant d'officiers malheureux dans leur mtier444 ,en vrit1 pour rester quitables1 il faudrait mettre aux mains des enfants des panoplies de tout4 ,des costumes d'alpiniste1 de facteur1 d'explorateur1 d'aviateur1 de chauffeur1 de marin4 ,au moins1 on ne fausserait pas leur choix4 ,et1 quoi qu'on en ait dit sur ce puril sujet1 je suis d'avis de proscrire les soldats de plomb4 ,car il attise chez l'enfant le got de la guerre1 il en montre la face attrayante1 sans lui en laisser souponner les deuils irrparables1 les indicibles horreurs4 ,c'est une gnration de plus qui se trouve ainsi prpare l'accepter sans rvolte1 d'avance1 sans l'envisager sous son jour vritable1 en n'en voyant que la pompe1 le dfil1 tout ce qui sduit et flatte en nous un vieil instinct barbare4 ,d'innombrables jeunes hommes1 faute de prfrences spontanes ou suggres1 se laissent aussi hypnotiser par l'administration4 ,elle les blouit4 ,c'est le soleil sur l'horizon vide4 tre fonctionnaire ou ne pas tre4 ,pour eux1 voil la question4 ,avoir un petit titre1 un petit fixe1 un petit travail1 une petite scurit1 une petite retraite1 voil le rve4 ,et de belles nergies se calcinent1 tombent en cendres1 devant le disque flamboyant4 ,il tend ses rayons sur les campagnes comme sur les villes3 plus de moissons1 d'autant plus hautes que le sillon fut plus profond4 ,mais une bonne petite place bien sre d'homme d'quipe4 ,quand un vieux paysan dit3 ,mon fils est sur les chemins de fer1 il se dcouvre en tremblant4 ,peut-tre son gars lave-t-il les cabinets1 mais il a une casquette4 ,toute administration d'apparence puissante et stable draine des centaines d'intelligences1 bientt enlises dans une besogne machinale1 galement paye quel que soit l'effort et rcompense au tour de bte4 ,un chef de bureau n'a qu'un mrite3 avoir vcu jusqu' l'ge d'tre chef de bureau4 ,encore grise par le bienfait rcent de l'instruction pour tous1 la masse prtend en tirer argent1 au lieu de la considrer comme un ornement ncessaire4 ,c'est une sorte de vtement de l'esprit3 elle veut le vendre4 ,il faut vivre1 dit-on4 ,on n'a pas le choix4 ,eh bien1 si1 on avait le choix1 mais on se l'est ferm4 ,par cette fascination nfaste du titre et du fixe1 par un faux orgueil de jouer au monsieur1 on s'est interdit les entreprises audacieuses et les libres et jolis mtiers d'artisan4 ,avoir un titre6 ,autre frnsie passagre qui souffle sur tout le pays4 ,il faut une ligne mettre sur une carte de visite4 ,le prjug nobiliaire n'est pas teint1--tant s'en faut--et dj la vanit en a engendr un autre qui1 obissant aussi la grande loi de vulgarisation1 est infiniment plus vaste que le prcdent4 ,peut-on prsenter ,monsieur un tel1 qui est bon1 nergique1 et juste8 ,non4 ,il lui faut un titre1 partout1 en toutes circonstances4 ,a tel point qu'il se nuit s'il n'en a pas4 ,et plus ce titre est incompris1 plus il impose4 ,une hirarchie nouvelle s'est donc tablie4 ,au-dessus du petit titre pour tous--commis ou employ d'administration1--brille le titre de choix1 le titre prestigieux4 ,une formalit redoutable le dlivre3 les examens4 ,noblesse d'examens6 ,moins arbitraire que l'ancienne1 mais non moins despotique1 et dont les ,universits1 les coles1 dispensent chaque anne1 par milliers1 les parchemins ncessaires4 ,de mme que nos anctres portaient la hache de pierre sur l'paule ou l'pe au flanc1 nous portons des diplmes dans nos poches4 ,ce sont nos armes nous1 nos armes de papier4 ,une vieille dame demandait un jour devant moi1 en parlant d'un jeune garon3 ,est-il reu8 ,elle ignorait profondment quelle carrire il se destinait4 ,mais un vague instinct l'avertissait qu'aujourd'hui tout adolescent doit tre reu4 ,combien a-t-on vu de ces jeunes gens qui1 sans vocation1 par vanit1 parfois cdant mme l'attrait de quelques avantages d'ordre militaire1 dcident ainsi de toute leur vie et se laissent prendre par l'engrenage1 souvent crasant1 des concours4 ,car1 et-on pass d'un quart de sicle l'ge des examens1 on ne peut songer sans un battement de cur ces preuves froces4 ,vraiment1 elles provoquent des motions physiques trop violentes pour d'aussi tendres organismes en pleine formation1 affaiblis par un labeur dmesur4 99 99 99 99 99 ,il y aura lieu de se proccuper de plus en plus d'une profession pour les filles4 ,la question des mtiers de femme prendra sans doute une importance croissante4 ,pour moi1 c'est une erreur de faire faire aux femmes la mme chose qu'aux hommes4 ,la femme ne doit pas viser tre l'gale de l'homme1 mais son quivalente4 ,la rpartition des mtiers est refaire de fond en comble4 ,une rvision s'impose4 ,il est ridicule qu'un gaillard bien rbl vende des gants aux dames4 ,il est odieux qu'il y ait des porteuses de pain4 ,il faudrait remettre les noms de tous les mtiers dans une grande corbeille et recommencer logiquement la distribution entre les deux sexes4 99 99 99 99 99 ,afin que les adolescents ne soient pas pousss tous vers les mmes professions1 afin d'largir leur choix1 il serait bon de montrer ce qu'il y a d'inconsquent et souvent de stupide dans la hirarchie des mtiers1 telle qu'elle s'est installe dans l'estime publique4 ,car cette hirarchie existe4 ,on en a une preuve curieuse dans la rdaction des lettres mortuaires4 ,dans l'numration de la famille1 on fait figurer les titres des officiers1 des magistrats1 et on se garde bien de mentionner les industriels1 les commerants1 les agriculteurs1 les ingnieurs mme4 ,par quelle lente stratification de prjugs cette hirarchie s'est-elle tablie8 ,les professions les plus honores sont-elles les plus prilleuses8 ,non4 ,car les tables de mortalit nous apprennent que le pourcentage le plus lev dans la paix est atteint par les couvreurs et les vidangeurs4 ,celles qui ont exig le plus de travail pralable8 ,non4 ,car le professeur de lyce1 qui a pass par ,normale suprieure et fourni un labeur crasant1 ne vient pas en tte de liste4 ,celles qui exigent le plus de dsintressement8 ,non4 ,car les fonctionnaires1 galement peu pays1 ne jouissent pas d'un prestige culminant4 ,les plus fructueuses8 ,non4 ,car on n'estime pas spcialement les financiers4 ,les plus puissantes8 ,non4 ,car les hommes arms du plus vaste pouvoir sont les journalistes et les policiers4 ,tant de raisons complexes ont jou dans ce classement6 ,il y a des carrires qui furent brillantes dans le pass et qui gardent un clat persistant3 la carrire diplomatique1 bien que ses murs soient surannes1 son rle1 hlas6 souvent vain et parfois dangereux4 ,puis il y a des titres qui inspirent d'autant plus de respect qu'on les comprend moins3 ,conseiller rfrendaire la ,cour des ,comptes4 ,d'autres prjugs viennent d'un pass plus lointain4 ,si le commerce ne jouit pas de plus d'estime1 c'est peut-tre qu'il tait exerc dans les anciennes civilisations par des esclaves4 ,enfin1 la vieille supriorit de l'me sur le corps a exalt dmesurment le travail de l'esprit et rejet dans l'ombre le mtier manuel4 ,qu'en conclure8 ,que cette hirarchie s'est assise sous cent influences complexes1 illogiques1 et qu'il faut puiser1 dans le sentiment de cette incohrence1 la force de s'affranchir de ses dcrets4 99 99 99 99 99 ,une preuve de l'injustice des prventions contre les mtiers manuels3 au dbut de l'automobile1 le milliardaire qui conduisait lui-mme rparait la panne4 ,il se mettait du cambouis jusqu'au coude1 jusque dans les cheveux1 il trifouillait sa voiture jusqu'aux entrailles1 et il ne trouvait cette besogne rien de dshonorant ni de pnible4 99 99 99 99 99 ,il faut bien se rendre compte de l'importance et de la ncessit de l'apprentissage4 ,c'est lui qui nous fait profiter de tout l'acquit des gnrations qui nous ont prcds4 ,ce serait folie de vouloir s'en affranchir4 ,l'amateur le plus habile1 livr ses seules ressources1 ne parviendra jamais faire un assemblage aussi correct que celui d'un modeste menuisier de village4 ,il y a quelque chose de touchant dans cette pense qu'en quelques mois1 quelques semaines1 un humble artisan nous verse le trsor des connaissances patiemment acquises par nos anctres depuis des milliers d'annes4 ,,chapitre ,,iv ,,de ,l',,instruction3 ,,quelques ,,lacunes ,les langages secrets4--,la constitution4--,soi-mme4--,self-defence4 --,planter un clou4--,les applications4 ,les langages secrets4 ,on jargonne autour de nous des langues qui sont aussi diffrentes du franais1 aussi mystrieuses que les langues trangres1 mortes et vivantes4 ,or1 le programme des tudes fait une place importante au latin1 voire au grec1 qui sont des fleurs de luxe et de haute culture4 ,il consacre un temps moindre l'anglais et l'allemand1 qui ne sont qu'utiles4 ,et il ddaigne absolument ces langages la fois usuels et secrets dont on aura toujours besoin dans la vie actuelle4 ,quels sont donc ces idiomes hermtiques1 qu'on n'apprend pas et qu'il faut comprendre8 ,mais tout d'abord celui qu'on parle au pays de ,finance4 ,nous en ignorons1 au moment d'entrer dans la lutte1 les plus lmentaires rudiments4 ,qui donc nous apprit la simple diffrence entre une action et une obligation8 ,entre le dividende et l'intrt8 ,qui nous initia au mystre de l'hypothque1 du march terme et au comptant1 du change et de l'escompte1 du report et de la couverture8 ,qui nous rvla l'nigme allchante de l'action de jouissance et celle1 angoissante1 du chque barr8 ,et tant de mots dtourns de leur sens originel1 le parquet1 la coulisse1 la liquidation444 ,les cours de comptabilit jettent bien l-dessus quelque lumire4 ,mais ils ne figurent qu'au programme d'une instruction dj spcialise4 ,tout le monde ne les suit pas4 ,et tout le monde aura besoin de connatre ces notions4 ,tout le monde se heurtera1 tt ou tard1 ces mots impntrables4 ,dans ce pays o le sens de l'pargne est si vif1 o chacun s'efforce1 aux dpens de son bien-tre prsent1 d'amasser pour l'avenir une petite liasse de titres1 n'est-il pas surprenant qu'on n'enseigne pas le moyen de s'en servir8 ,l'argent circule dans le corps social comme le sang dans un organisme4 ,les phnomnes financiers mnent le monde actuel4 ,ils font la paix et la guerre4 ,il y a l1 au point de vue des rapports internationaux1 une gographie qui en vaut bien une autre4 ,or1 par une hypocrisie pareille l'hypocrisie sexuelle1 on garde1 sur ces questions qu'on sait pourtant vitales1 un silence absolu4 ,on rtorquera que1 l-dessus1 chacun fait son apprentissage1 le moment venu1 tant bien que mal1 sous la pression du besoin4 ,fcheuse mthode4 ,d'abord1 c'est risquer d'tre pris de court dans une circonstance imprvue4 ,et puis1 ce ne serait pas la peine de consacrer l'instruction dix des plus charmantes annes de la vie1 si l'on n'acqurait pas ce prix l',a ,b ,c des connaissances utiles1 si l'on devait tout apprendre plus tard1 dans l'urgence et sous le joug de la ncessit4 ,pourquoi ne pas inculquer ces simples notions l'ge o l'on admet que la mmoire est spcialement sensible1 tendre et fidle8 ,encore une fois1 il ne s'agit pas de faire de nos adolescents autant de petits financiers4 ,il n'est question que d'un enseignement trs lmentaire1 qui n'exigerait gure de temps dans l'norme total des heures de classe4 ,et si cet enseignement ne figure aucun degr du programme des tudes gnrales1 c'est sans doute que ce plan a t conu dans un esprit dj ancien1 une poque o la ncessit de ces connaissances ne se ft justifie ni par la prodigieuse extension des affaires1 ni par la non moins stupfiante diffusion des fortunes4 ,il existe encore un autre langage aussi ncessaire et aussi ferm4 ,c'est celui que parlent les notaires et les avous4 ,c'est la langue du ,palais4 ,l1 encore1 nul ne peut dire qu'il ne se heurtera pas quelque jour un jargon incomprhensible et dont il aurait pourtant besoin de pntrer le sens4 ,pour conclure en connaissance de cause un acte d'association1 industrielle ou conjugale1 il nous faudrait des clarts qu'on ne nous a pas donnes4 ,quels fiancs ont saisi un mot la lecture de leur contrat de mariage8 ,o subtilits de la communaut rduite aux acquts1 lourdes entraves du rgime dotal1 rigueurs du remploi1 vous restez lettre close pour les tendres amoureux4 ,et quand ils vous dcouvrent1 il est trop tard4 ,que de drames seraient vits1 en trois leons6 ,et combien d'industriels1 de commerants1 ont d maudire leur ignorance lorsqu'ils se sont sentis prisonniers de leur acte de socit1 faute d'avoir pu venter les piges tendus chaque ligne8 ,actuellement1 pour se marier1 pour s'tablir1 pour mourir mme--car on ne sait pas rdiger son testament--il faut avoir fait son droit4 ,mais1 dira-t-on1 il y a le notaire4 ,je sais bien4 ,d'abord1 il ne peut pas s'intresser chacun de nous aussi troitement que nous-mme4 ,puis1 on ne peut pas se faire accompagner toute sa vie par un notaire4 ,on signe des actes hors de sa prsence4 ,et1 en tout cas1 ce n'est point une ambition dmesure1 ni une prcaution superflue1 que de vouloir comprendre un peu le langage qu'il nous parle444 ,voil bien l'effet--et peut-tre aussi la cause--de notre ignorance3 elle justifie le notaire4 ,elle le rend indispensable1 mme en des circonstances o l'on conoit qu'on pourrait se passer de lui4 ,que d'actes pourraient tre signs sans gros frais1 non dans une tude1 mais dans un bureau qu'on ouvrirait dans les mairies1 si nous avions quelques connaissances en droit usuel6 ,en parlant un langage obscur et qu'on nous laisse ignorer1 le tabellion obit peut-tre une sorte d'instinct de conservation4 ,tous les hommes de robe--les mdecins qui professent s'en affublent encore en crmonie--ont besoin1 pour garder leur pouvoir1 de s'envelopper de mystre1 comme ils s'entourent les deux jambes dans un unique fourreau4 ,notre ignorance fait pidestal leur science4 ,enseignons donc nos enfants les quelques lments essentiels de ces deux langages1 celui de la ,bourse et celui du ,palais1 comme on apprend d'avance les mots principaux d'une langue vivante1 afin de ne pas tre tout fait dsempar sur la terre trangre4 ,la ,constitution4 ,on ne sait gure comment marche la machine gouverner4 ,qui s'avise de la distinction entre le lgislatif et l'excutif1 du rle du ,prsident1 de ses ministres et du parlement1 du jeu de la vie administrative8 ,en ,france1 on mprise volontiers la politique4 ,certes1 on peut tayer cette attitude de forts arguments4 ,quand1 jetant les yeux sur le fourmillement parlementaire1 on aperoit les servitudes et les apptits1 la terreur des responsabilits1 les intrigues et les compromissions1 les rivalits et les palinodies1 je conois qu'on en dtourne le regard4 ,mais ce n'est l qu'une vue partielle1 donc injuste4 ,du logis qu'on visite1 on n'explore pas uniquement l'office4 ,les politiciens1 n'tant que des hommes1 en ont les passions et les dfaillances4 ,nous les apercevons d'autant mieux qu'ils sont en vedette et que leur vie nous appartient4 ,mais ils ne commettent pas que des turpitudes4 ,cette agitation cache des efforts1 produit du travail1 engendre des lois444 ,les sances du ,parlement donnent une ide inexacte des parlementaires4 ,elles laissent ignorer le labeur rel des ,commissions4 ,la politique est une fonction ncessaire du corps social4 ,et tous les organismes ont leurs basses servitudes4 ,quiconque tudie l'pope napolonienne ou l'uvre de la premire ,rvolution1 ne s'arrte pas la trivialit des hros4 ,il juge d'ensemble4 ,efforons-nous d'apporter cette harmonieuse impartialit dans notre apprciation du prsent4 ,un trange instinct nous pousse croire que le temps o nous vivons est infrieur toutes les poques passes4 ,qui sait8 ,l'histoire de ce rgime naissant1 de sa rsistance aux assauts1 de la dfense obstine de son idal travers les crises suprmes1 inspirera peut-tre nos descendants une curiosit recueillie4 ,pour ma part1 je dplore ce divorce entre la politique et le pays4 ,je crois qu'il est n de malentendus1 servi par les lgendes que laisse flotter dans l'air l'clatement des scandales1 qu'il fut surtout nourri de faciles couplets de revue1 excit par d'pres journaux de parti1 entretenu par le snobisme4 ,je crois qu'il y aurait grand bnfice ce qu'on suivt passionnment le spectacle de la vie publique4 ,il y a l un cercle vicieux4 ,se dsintresser de la politique1 la tenir en msestime1 c'est autoriser les dfaillances1 permettre l'affaissement des consciences4 ,garder le contact avec les lus1 ce serait stimuler leur zle1 exercer sur eux le meilleur contrle4 ,les gens qui se savent regards conservent toujours une grande dignit d'attitude4 ,souvent1 on voit des hommes se plaindre que le ,parlement n'agisse pas selon le programme des candidats4 ,mais se donnent-ils la peine de rappeler leur dput ses promesses8 ,lui font-ils connatre leurs vues1 leurs dsirs8 ,lui donnent-ils un mandat prcis1 renouvel1 vivant1 se modelant sur les circonstances1 sur la vie8 ,non4 ,prcisment parce qu'ils le ddaignent1 parce qu'ils l'ignorent1 aprs l'avoir nomm4 ,ils ne se rappellent lui que pour le charger de dmarches et de commissions4 ,ils lui donnent leurs voix1 mais ensuite ils ne le chargent pas d'exprimer leur pense444 ,je dplore encore ce dtachement ddaigneux pour une autre cause3 tous1 plus ou moins1 nous dpendons de la politique444 ,en effet1 il faut bien se rendre compte qu'une douzaine de ministres se partagent toute l'activit du pays4 ,chacun d'eux jette sur la ,france--et c'est une gographie qu'on n'apprend gure--un rseau administratif1 une trame plus ou moins serre4 ,la ,justice la partage en ,cours d'appel1 l'instruction ,publique en ,universits1 la ,guerre en ,corps d'arme1 etc4 ,les ,chambres de ,commerce1 les ,trsoreries gnrales1 les rgions minires et agricoles constituent des divisions analogues4 ,et nous sommes toujours pris dans les mailles d'un de ces filets lancs sur le territoire national4 ,quelque mtier qu'on exerce1 on est tributaire d'un de ces dpartements4 ,l'artiste dpend des ,beaux-,arts1 le cultivateur de l',agriculture1 l'ouvrier du ,travail1 le ngociant du ,commerce4 ,celui qui convoite une juste faveur--le plus souvent de couleur rouge ou violette--ou celui qui rclame mme l'exercice d'un droit1 se voit contraint de s'adresser au ministre dont il est justiciable4 ,malgr lui1 il fait de la politique4 ,le simple fait d'tre citoyen franais1 de payer l'impt1 d'obir la police1 de servir1 de voter1 nous contraint de reconnatre plusieurs de ces pouvoirs dont1 soit dit en passant1 nous subissons le prestige1 tout en les mprisant4 ,leurs dcisions1 leurs dcrets nous touchent4 ,le moindre changement dans la loi fiscale ou militaire ragit sur notre vie ou sur celle des ntres4 ,entre nous et le rgime accept1 s'est fatalement tablie une solidarit ncessaire4 ,alors1 puisque nous sommes contraints d'obir aux lois1 puisque nous ne pouvons pas les ignorer1 pourquoi feindre leur gard un dtachement puril8 ,puisque nous en subissons les effets1 pourquoi se dsintresser de leurs causes8 ,pourquoi ne pas en suivre la gense1 tout le travail d'laboration8 ,l1 encore1 l'enseignement officiel est le grand coupable4 ,sur ce terrain1 cependant1 il aurait d marcher de l'avant1 donner le got du rgime4 ,mais non4 ,il donne l'exemple de l'indiffrence4 ,au lieu d'en dmonter les rouages1 d'en montrer les grands mouvements1 il laisse pour ainsi dire ignorer tout le machinisme de la ,constitution4 ,il ne s'agissait pourtant pas pour lui de prendre parti4 ,au contraire1 il et favoris l'esprit critique4 ,comment1 par exemple1 discuter l'existence de ces grands corps comme le ,conseil d'tat1 la ,cour des ,comptes1 dont nous ignorons le rle8 ,comment condamner celle des sous-prfets1 du moment qu'on nous en a cach soigneusement les services8 ,si l'adolescent connaissait le fonctionnement de la machine politique1 il ne s'en dsintresserait peut-tre pas dans la vie4 ,convaincu qu'il participe son mouvement et qu'il en subit les effets1 il continuerait d'en suivre le travail4 ,au surplus1 le spectacle n'est pas si morose que semblent croire ceux qui en dtournent les yeux4 ,toujours instructif1 souvent savoureux1 il est parfois brillant et pathtique4 ,il y a de la beaut dans la passion4 ,sourds aux plaisanteries et aux prjugs1 tudions donc un peu cette planche d'anatomie politique qui s'appelle la ,constitution4 ,en un temps o volontiers on cocardise1 ce n'est pas la moins intelligente faon d'aimer son pays que de savoir comment il vit4 ,soi-mme4 ,tout le monde sait la place de la ,serbie4 ,peu de gens savent la place de leur glande thyrode4 ,cette ignorance de soi-mme1 du site1 du rle et du jeu des principaux organes humains1 apparat prodigieuse1 inconcevable1 quand on l'oppose au prix et l'importance que chacun attache sa vie1 sa sant et aussi la sant et la vie de ceux qui lui sont chers4 ,je m'en tonnai un jour devant un homme qui a donn des marques clatantes d'intelligence gnrale4 ,il rpondit avec un geste de pudique dgot3 --,cela ne m'intresse pas4 ,notez que ce mme homme sait parfaitement qu'une migraine le fauche1 qu'il est la merci de ce corps mpris4 ,et il pousse l'extrme le souci de ne pas vieillir avant l'ge4 ,il fait analyser ses444 rsidus courts intervalles4 ,il veille au grain de sable4 ,conoit-on pareilles contradictions dans un matre cerveau8 ,on devrait pouvoir parler de son corps comme on parle de son cur4 ,il serait curieux de rechercher dans le pass les origines de cet trange mpris pour notre guenille4 ,mais il importe surtout de le constater dans le prsent4 ,le programme des tudes secondaires comporte bien quelques leons de sciences naturelles4 ,mais elles s'tendent volontiers sur les gnralits et passent rapidement sur le chapitre de l',homme4 ,la preuve que cet enseignement est trop sommaire8 ,mais c'est que nul ne s'en souvient444 ,je le rpte1 il suffit de s'interroger pour reconnatre qu'on ne sait rien de soi1 rien de ce qui se passe en soi4 ,quant aux effets de cette ignorance1 ils se manifestent mme l'tat de sant4 ,cette sant1 nous ne savons pas la dfendre4 ,nous ne savons pas prendre pour elle ces simples1 ces instinctives mesures de prcaution qui nous font conserver1 brillante1 entre nos mains en coquille1 la lueur d'une allumette4 ,nous ne savons pas nous mettre en garde contre les risques1 contre les suites d'une imprudence1 des excs1 du surmenage4 ,rien ne nous avertit des sourdes alertes du mal1 dans sa priode d'incubation1 alors qu'il serait temps de l'enrayer et qu'on ne songe point encore appeler le mdecin4 ,o donc aurions-nous appris tout cela8 ,nous ne savons pas nous nourrir4 ,la notion des aliments vraiment nutritifs1 de ceux qui ne le sont pas1 est totalement ignore de la mnagre qui dresse le menu4 ,cependant1 le principe est simple1 la liste est courte4 ,il y aurait grand intrt ce qu'ils fussent rpandus1 aussi bien pour notre conomie vitale que pour l'conomie de notre budget4 ,nous ne savons mme pas dormir6 ,en ce sens que nous ne savons pas favoriser par des moyens naturels notre sommeil1 o pourtant se rgnre notre vie4 ,on ne nous enseigne pas le rgime qui lui soit le plus propice4 ,et nous ne savons rien de l'influence de ces courants magntiques qui1 dirigeant l'aiguille de la boussole du nord au sud1 agissent sans doute sur notre organisme au repos1 peut-tre sur notre organisme en action1 et devraient tout au moins dcider de l'orientation de notre lit4 ,et cette prcieuse intgrit de nous-mme1 nous ne savons gure plus l'entretenir et la dvelopper que la protger4 ,la plupart des gens ignorent leurs ressources physiques1 le parti merveilleux qu'ils pourraient tirer d'eux-mmes1 les rsultats stupfiants1 extra-rapides de simples exercices gymnastiques444 ,il suffit pourtant1 le matin1 de quelques mouvements rguliers1 pour amplifier le jeu de la respiration--nous ne savons pas respirer1 nous n'utilisons pas pleinement nos poumons--pour renforcer les muscles en retard1 pour retoucher la statue4 ,avec une chelle1 une simple chelle1 on accoutume un enfant au vertige4 ,en l'escaladant l'endroit1 l'envers1 en s'y suspendant1 il se dveloppe harmonieusement4 ,il faudrait encore choisir parmi les sports1 les adapter aux complexions1 en viter les excs4 ,si le canotage est excellent pour tous1 parce qu'il exige l'exercice complet des muscles en mme temps qu'il aiguise la prsence d'esprit1 la bicyclette est nfaste quelques-uns4 ,mais l encore1 nous allons ttons4 ,cette ignorance de la machine humaine est encore plus fcheuse quand nous nous trouvons en prsence d'un accident ou des premiers symptmes d'une maladie dclare4 ,notre bon vouloir est dsarm4 ,il peut mme tre nfaste4 ,car nous risquons1 par exemple1 de placer un asphyxi dans une mauvaise position ou de prendre au sujet d'un malade des dcisions contre-indiques4 ,et qu'on ne prtende pas1 dans ces deux cas1 qu'on a toujours un mdecin sous la main4 ,il peut tre loign1 occup1 absent4 ,bref1 il y a toujours une priode d'attente1 o notre ignorance peut tre mortelle1 faute de quelques connaissances mdicales4 ,elle est fatale encore quand elle nous masque toute la vie sexuelle1 qui joue un rle si important dans l'conomie humaine4 ,je l'ai dit3 de courageuses initiatives ont soulev un coin du voile1 protest contre le mystre honteux qui aggravait les maux vnriens4 ,mais l'histoire de la gnration ne se borne pas au chapitre de la maladie1 heureusement4 ,et c'est l'ensemble de cette histoire que l'on tient secret4 ,j'ai entendu le propritaire d'une roseraie fameuse s'assurer1 l'il inquiet1 avant d'expliquer le mariage des roses3 ,il n'y a pas de jeunes filles8 ,de pareilles pudibonderies ne sont-elles pas indcentes8 ,mais c'est justement grce l'exemple des fleurs1 des btes domestiques1 qu'on parvient jeter1 sur ces grandes lois vitales1 quelques clarts dans l'me enfantine1 sans la choquer ni la dcevoir4 ,et cela sans solennit1 je le rpte une fois de plus1 tout simplement1 tout naturellement1 au hasard des occasions et des causeries4 ,point n'est besoin d'aller vite4 ,la prudence n'est pas de la pruderie4 ,et alors l'initiation perdra ce vilain attrait de fruit dfendu qui lui donne actuellement son caractre de louche obscnit4 ,alors seront vites bien des blessures morales1 chez la femme qu'une rvlation trop brutale a froisse jamais4 ,et ce ne seront pas seulement des blessures morales qui seront vites1 mais aussi les blessures physiques4 ,ce mpris1 cette honte qu'on s'inspire soi-mme1 retiennent des malheureux des deux sexes d'avouer mme au mdecin leur intime misre1 quelle qu'en soit l'origine4 ,ayant mis un bandeau sur les yeux1 on a mis du mme coup un billon sur les lvres4 ,et il y en a qui se laissent mourir plutt que de parler1 s'immolant ainsi volontairement aux exigences farouches de la pudeur convenue4 ,enfin1 mme silence sur les choses de la maternit4 ,n'est-il pas prodigieux qu'on amliore toutes les autres espces animales1 qu'on tudie pour elles les lois de la reproduction et de la slection1 et qu'on abandonne encore au pur hasard la procration humaine8 ,combien d'poux1 faute d'en connatre les prmisses--o donc en auraient-ils connu8--arrivent au jour de la dlivrance sans savoir si elle s'annonce et se prsente normalement1 si elle est prcde de ses signes ncessaires1 et alors1 ce sont des catastrophes1--aisment vitables--o le petit enfant perd souvent la vie4 ,tels sont1 grands traits1 les ravages de l'ignorance de soi-mme4 ,tels sont les fruits du ddain et de la honte que nous inspire notre corps4 ,je ne sais pas de prjug qui fasse plus de victimes ni qui mrite d'tre plus obstinment dnonc4 ,self-defence4 ,un jour1 un bon bourgeois passait aux environs de la gare ,saint-,lazare1 quand il sentit une main s'abattre durement sur son paule4 ,tournant la tte1 il vit un homme sombre et furieux qui lui ordonna de le suivre4 --,o donc8 --,au poste4 ,on n'est jamais tout fait innocent4 ,arrt sans cause connue1 on a vite fait soi-mme d'en dcouvrir une dans son pass4 ,bref1 sans plus regimber1 notre promeneur se laissa conduire au commissariat voisin4 ,et l1 il s'aperut qu'il avait t arrt par un fou444 ,oui1 c'tait un vrai fou1 qui1 sans doute atteint de la manie des grandeurs1 se croyait policier4 ,l'anecdote est authentique4 ,a notre poque1 un fou peut arrter un passant et le conduire au commissariat4 ,comment pareille aventure est-elle possible8 ,l'explication est fort simple3 le passant ignore ses droits4 ,il ne sait pas les garanties qu'il doit exiger de l'homme qui veut l'arrter4 ,dmuni d'armes lgales1 il ne peut pas se dfendre4 ,que chacun s'interroge sincrement et se place dans un cas semblable4 ,certes1 selon sa nature1 il se cabrera plus ou moins haut4 ,mais1 en vrit1 il ne saura pas au juste les catgories d'individus qui ont le droit d'arrter les autres4 ,il ignorera les moyens de vrifier leur identit4 ,il ne saura pas dans quelles conditions d'heure et de lieu1 ni sur la prsentation de quels mandats cette arrestation est lgale4 ,pour les perquisitions1 mme histoire4 ,nous ne sommes pas mieux arms pour la dfense de notre foyer que pour celle de notre personne4 ,l1 encore1 les faits-divers nous apportent leurs tmoignages4 ,que de fois la femme1 reste seule au logis1 laisse fouiller les meubles et crocheter les tiroirs--quand elle n'en livre pas elle-mme les clefs--par de faux policiers1 qu'elle a crus sur leur arrogance et leur mauvaise mine6 ,elle ne savait pas4 ,elle ignorait sur quel ,ssame nous devons ouvrir notre porte la loi4 ,et nous ne savons pas plus dans quelles conditions nous devons l'ouvrir la rquisition militaire en temps de manuvre1 l'inquisition fiscale en matire de fraudes4 ,quand un rat de cave1 flairant un petit dlit1 se prsente chez un viticulteur souponn ou dnonc1 il se nomme peine4 ,il entre1 il est chez lui4 ,seul1 son sans-gne est garant de son autorit4 ,le propritaire se tait et se tient coi4 ,et pour cause4 ,sait-il seulement les rfrences qu'il peut exiger de l'inquisiteur8 ,ce sont l1 dira-t-on1 des cas exceptionnels4 ,soit4 ,mais tout le monde paie l'impt1 et tout le monde passe l'octroi4 ,or1 sommes-nous mieux arms pour exiger le respect de nos biens que pour dfendre celui de notre personne et de notre logis8 ,chacun paie aveuglment ses contributions4 ,qui donc en pourrait vrifier l'exactitude8 ,nul ne sait1 nul ne se soucie de savoir sur quelles bases elles sont calcules4 ,quand la main du gabelou s'abat sur nos bagages1 sur notre auto1 connaissons-nous exactement nos droits8 ,pouvons-nous simplement donner au sbire la clef de notre malle et le laisser sa basse besogne1 ou peut-il nous contraindre dboucler et reboucler8 ,quand nous lui affirmons que nous n'avons rien dclarer1 peut-il nonobstant exiger la fouille8 ,ainsi1 qu'il s'agisse de nous ou de notre proprit1 nous ne savons pas nous dfendre4 ,nous avons nglig les armes que nous tendait la loi4 ,mais elles existent1 ces armes1 elles reposent l'ombre de l'paisse fort du ,code4 ,il nous serait relativement ais de les ramasser4 ,a-t-on dj tent en ce sens quelque effort officiel8 ,j'ai consult le programme actuel des lyces de ,france4 ,j'ai vu que1 dans une classe de troisime1 on consacrait une heure par semaine l'tude du droit usuel4 ,et encore on ne fait du droit usuel que dans la division ,b o l'on n'apprend pas le latin4 ,si bien que le latiniste est condamn ignorer toute notion de droit4 ,mais tranquillisez-vous3 ces notions de droit usuel ne descendent pas jusqu' ces applications pratiques dont on aurait besoin dans la vie4 ,en fait1 latinistes et modernes restent galement ignorants1 galement dsarms dans l'art de se dfendre contre les abus de l'autorit4 ,planter un clou4 ,un dimanche matin1 ,monsieur1 pris d'un beau zle1 dcide de se passer des services toujours onreux du tapissier et d'accrocher lui-mme quelques tableaux4 ,il se munit de clous1 s'arme d'un marteau1 prend d'assaut l'escabelle4 ,il frappe4 ,l'opration semble aise4 ,or1 elle est rarement couronne de succs4 ,le marteau ne veut rien savoir pour tomber sur le clou4 ,il marque le mur d'une empreinte ineffaable ou il meurtrit les doigts de ,monsieur4 ,cependant1 parmi tant de coups1 certains parviennent destination4 ,a force de persvrance1 la pointe s'enfonce4 ,mais la malice des choses n'a pas dit son dernier mot4 ,tantt le clou s'enfonce trop bien dans un joint de pltre et ,monsieur le cueille comme un fruit mr4 ,tantt le clou rencontre de la brique et1 sous les coups qui l'atteignent1 il se tord4 ,comme il a raison de se tordre6 ,n'est-ce pas comique1 qu'un homme cultiv ne soit pas capable de planter un clou8 ,mais qui donc le lui aurait appris8 ,c'est l'ternelle question4 ,dans la bourgeoisie qui destine son fils aux carrires librales1 le collge prend l'enfant ds sa premire culotte1 ne le lche que pour le confier aux coles spciales4 ,elles le passent la caserne1 qui le jette enfin dans la vie4 ,il y tombe tout fait gauche1 tout fait inadapt1 puisqu'on s'est bien gard1 au cours de ces stages successifs1 de lui donner cette dextrit pratique dont l'art de planter un clou n'tait qu'un modeste symbole4 ,d'ailleurs1 c'est ds le berceau qu'on a nglig d'apprendre l'enfant l'usage de ses mains4 ,en ralit1 nous n'avons qu'une main4 ,nous nous privons du bnfice d'en avoir deux4 ,nous n'avons pas de main gauche4 ,nous agissons comme si nous n'en avions pas4 ,nous nous imposons d'tonnantes gymnastiques pour laisser la main gauche son rle de reine fainante4 ,l'art de jongler table avec sa fourchette et son couteau est aussi curieux observer que difficile exercer4 ,seule1 la main droite rgne4 ,la mre dit son enfant sans rflchir3 ,ta main droite6 ,a la campagne1 on dit3 ,ta belle main6 ,pourquoi n'utilisons-nous pas les deux8 ,pourquoi n'entrane-t-on pas l'enfant les employer tour tour la mme besogne afin d'acqurir1 par une habitude gale1 une gale habilet8 ,il y a bien d'autres traits de cette inaptitude se servir de ses mains et des outils qui les prolongent4 ,on n'est pas adroit1 chez les privilgis de la vie4 ,le serait-on1 qu'on l'ignorerait4 ,comment s'en serait-on aperu8 ,cette gaucherie nous rend pour ainsi dire trangers notre propre logis et tributaires1 au moindre accroc1 de tous les corps de mtier4 ,pour poser une sonnerie1 pour changer une lampe lectrique1 pour remplacer un plomb qui saute1 pour remonter l'horloge1 bien vite il faut faire venir un spcialiste4 ,le plus modeste emballage dcourage les meilleures volonts4 ,scier une planche1 c'est encore plus difficile que de planter un clou4 ,loin de donner aux enfants le got de l'habilet manuelle1 il semble qu'on les en ait dgots4 ,tirer parti de ses mains1 c'est une sorte de dchance4 ,c'est effrayant ce que la serrurerie de ,louis ,,xvi lui a fait du tort devant l'histoire4 ,quand on a dit d'un particulier qu'il btit des petits ouvrages en bois dcoup ou qu'il tourne des ronds de serviette1 on l'a marqu d'un signe indlbile de mdiocrit4 ,cela vaut pourtant mieux que de cartonner4 ,et ce mpris du travail manuel ne rend pas seulement l'homme inapte aux besognes familires4 ,il le prive de l'agrable en mme temps que de l'utile4 ,il lui dfend les petits plaisirs inpuisables du bricolage1 la joie de mettre son empreinte sur les objets qui l'entourent4 ,il lui interdit la pratique de ces arts charmants qui lui permettraient de dcorer1 d'embellir peu de frais son logis et par consquent de s'y attacher4 ,cette inaptitude1 ce dfaut de prparation la vie pratique1 il en souffre dans toutes sortes de directions4 ,sait-il1 par exemple1 le prix des choses8 ,j'entends le prix approximatif des choses qui ont un cours4 ,savons-nous le prix moyen d'un kilo de beurre1 d'un kilo de buf1 d'un kilo de fer8 ,pourrions-nous tablir le prix1 mme vaguement approch1 du mtre courant d'une maonnerie dtermine8 ,cela pourrait cependant servir pour dresser un devis1 prparer un budget1 ou tout simplement pour n'tre pas dupe devant une facture4 ,il y aurait l une vingtaine de chiffres savoir4 ,ce ne serait pas plus inutile qu'une vingtaine de dates de bataille4 ,on n'apprend pas se servir de la vie4 ,j'entends par l que les enfants1 dont la cervelle est bourre1 en vue des examens1 de notions dont ils n'auront jamais besoin1 ne sont pas initis toutes sortes de petites connaissances utiles qui rendraient la vie d'un usage plus commode4 ,ainsi1 pour prciser par un exemple1 entrane-t-on un adolescent se servir de la poste8 ,a l'envoi des mandats1 des diffrents mandats8 ,a quel moment lui apprend-on les diverses manires d'expdier un paquet1 par colis postal1 messageries1 etc48 ,mais1 dira-t-on1 il l'apprendra bien l'user4 ,d'abord1 mieux vaut le lui enseigner au moment o1 au dire mme des pdagogues1 il a la mmoire facile4 ,puis1 dans la vie1 plus tard1 on n'a pas le temps4 ,on n'apprend pas crire une lettre1 un tlgramme1 les composer d'avance dans sa tte1 tre clair1 prcis1 faire tenir en peu de mots l'essentiel1 mettre chaque chose sa place4 ,les lettres8 ,nous ne savons mme pas les lire4 ,faites l'exprience4 ,ou nous sautons des mots1 ou nous faussons leur sens4 ,on n'apprend pas parler au tlphone1 y dire d'abord l'important1 sans bavardage prliminaire1 pour le cas o la communication viendrait tre coupe4 ,et toujours tre exact1 limpide1 y verser une parole dpouille4 ,ce sont de petits arts ncessaires4 ,en somme1 qu'il s'agisse de manier le bois1 de manier le fer1 de manier la plume1 ou de manier l'argent1 tout exige un apprentissage4 ,ni l'instruction1 ni l'ducation ne nous le donnent4 ,les ,applications4 ,l'enseignement officiel se flatte de donner une culture gnrale4 ,mais c'est une culture sans fruit4 ,avec elle1 on ne rcolte pas4 ,on pioche dans le sol aride1 on l'abandonne ds qu'il devient fcond4 ,aussitt que la leon menace de devenir intressante1 de s'appliquer la vie1 au point prcis o apparatrait son utilit1 elle s'arrte4 ,cet enseignement a ses raisons de planer sur les hauteurs1 de ddaigner la terre4 ,il entend dcouvrir l'esprit des vues plus tendues1 l'largir et l'assouplir4 ,certes1 une telle gymnastique doit permettre de descendre ensuite aisment aux vulgaires contingences4 ,mais le dtour est singulier4 ,on rirait d'un quidam qui monterait en ballon pour apprendre marcher4 ,qu'arrive-t-il1 en effet8 ,l'colier devient tudiant1 soldat1 il entre enfin dans la vie normale4 ,or1 il n'a jamais eu le temps de prolonger son instruction1 de la complter au point de vue pratique4 ,sa mmoire a vomi les matires indigestes dont on l'avait charge4 ,de tout ce qu'il apprit1 rien ne lui reste4 ,en faut-il des exemples8 ,on apprend beaucoup de physique1 au lyce4 videmment1 puisqu'on en demande aux examens4 ,on s'tend avec complaisance sur les lois1 les thories1 schement illustres d'expriences classiques4 ,mais voici notre bachelier dans la vie4 ,n'et-il1 par un miracle unique1 rien oubli de sa science1 il restera comme un simple sot1 incapable d'une explication1 d'une clart1 devant tant de phnomnes familiers qui sont cependant de la physique4 ,sait-il pourquoi la chemine tire mal1 pourquoi la lampe file8 ,non4 ,il ignore mme qu'il faut percer un tonneau de deux trous pour que le liquide s'en coule4 ,il ignore le fonctionnement de son radiateur1 de son ascenseur1 de son chauffe-bain1 qui contiennent pourtant des menaces de danger4 ,bien qu'il ait la cervelle farcie des lois d',ampre et de ,faraday1 il ne sait rien de l'appareillage lectrique1 sonnerie1 lumire et tlphone4 ,bref1 il ignore tout de la physique du logis4 ,s'il descend dans la rue1 il n'y brille pas davantage4 ,je le mets au dfi d'expliquer comment fonctionnent le mtro1 le tramway1 l'horloge lectrique4 ,et je ne suis pas bien sr que le capot d'une limousine ne recle pas pour lui du mystre4 ,pourquoi8 ,parce que la science officielle1 dans je ne sais quel antique esprit de renoncement1 de mpris pour la vie vraie1 s'est rsolument arrte devant les applications4 ,et il en est ainsi pour chaque branche de l'enseignement4 ,on la coupe au moment o l'on va cueillir1 son extrmit1 la fleur ou le fruit4 ,s'agit-il de gographie8 ,on s'est bourr la mmoire de nomenclatures de fleuves1 de montagnes4 ,on a appris les noms des comts1 duchs1 principauts1 de tous ces petits lambeaux de sol que s'arrache l'ambition humaine4 ,bref1 on est trs cal en gographie4 ,seulement1 on n'a pas appris lire la carte444 ,j'entends la lire pratiquement1 savoir se dbrouiller1 s'orienter1 venir en aide au pilote1 au chauffeur assis ses cts4 ,en histoire1 on possde fond les civilisations abolies1 les ges disparus4 ,mais on connat fort mal son propre sicle4 ,on sait mieux le successeur de ,louis ,,xiv que celui de ,sadi-,carnot4 ,je veux dire par l qu'on ne le connat pas d'une manire intime1 familire1 qui permette de juger les vnements actuels et de les relier ceux de la veille4 ,notons en passant que dans l'ducation familiale1 on tombe dans le mme travers4 ,on va ce qui est loin dans l'espace et le temps4 ,et on ignore ce qui est proche4 ,on ignore sa famille au-dessus de ses grands-parents4 ,on apprend la filiation des rois et on ne sait pas la sienne4 ,on ne sait pas le nom de son bisaeul et encore moins son mtier1 son uvre sur la terre4 ,on ignore l'histoire et le plan de la ville qu'on habite4 ,et on apprend des dates de batailles et les affluents du ,danube444 ,on pioche l'histoire littraire en vue des examens1 mais on n'apprend pas les noms de ces hros de ,balzac1 de ,daudet1 de ,zola1 d',anatole ,france1 qui sont devenus1 par la puissance du gnie1 des entits vivantes4 ,on apprend peu prs les noms des artistes de la ,renaissance1 mais on ignore les noms de ces peintres rcents qui fondrent des coles et dont les toiles deviennent cependant classiques4 ,on n'est point apte saisir toutes les allusions que roule l'entretien1 lorsqu'elles s'inspirent d'uvres contemporaines4 ,car c'est la dernire fleur de l'histoire et l'enseignement ne la connat pas4 ,en dessin1 mme chanson4 ,pour les concours1 on apprend reproduire tant bien que mal les traits d'un morne ,romain de pltre1 grand renfort d'effets d'estompe4 ,mais veut-on montrer un menuisier1 un maon1 le petit projet qu'on rve de raliser8 ,impossible4 ,on ne sait pas se servir de ses doigts4 ,on ne peut pas les contraindre exprimer par des traits sa pense4 ,ils se drobent4 ,ils refusent4 ,ils trahissent4 ,c'est toujours le rsultat de l'enseignement4 ,appliquer des notions de dessin la pratique8 ,fi donc6 ,on devrait enseigner aux enfants un peu de modelage1 leur mettre aux mains la boulette de glaise ou de plastiline4 ,rien n'accoutume mieux pntrer le secret des formes1 des reliefs et des contours4 ,mais on ne demande pas de modelage aux examens6 ,tous ces reproches doivent se retourner contre ceux qui laborent les programmes scolaires4 ,pourquoi en cartent-ils ces applications qui en apparaissent le couronnement logique8 ,pourquoi cette cassure entre l'enseignement et la vie8 ,il suffirait de jeter du lest par ailleurs1 d'liminer de vaines connaissances dont notre mmoire fait justice4 ,pour en finir avec ces lacunes des programmes officiels1 notons encore qu'on n'apprend pas l'ethnographie4 ,elle nous enseigne pourtant ce merveilleux change d'effluves entre le ciel et la terre1 qui cre les races1 les faunes1 les flores4 ,elle devrait tre la prface souriante de la gographie4 ,on ne donne point aux enfants1 parmi les connaissances la base1 quelques notions d'architecture4 ,elles leur permettraient cependant de comprendre et de goter ces sages leons d'quilibre et d'harmonie qui sont inscrites dans les lignes d'un beau monument4 ,elles leur permettraient aussi de discerner le style d'un difice ancien1 de donner un ge ces tmoins mouvants du pass1 qui nous entourent et que pourtant nous ne savons pas voir4 ,enfin1 on n'apprend gure d'astronomie1 dans les notions gnrales4 ,et cependant ce devrait tre une connaissance la base4 ,elle est1 de toutes les sciences1 la plus troitement mle notre existence4 ,c'est elle qui rgle le pendule et le calendrier4 ,c'est elle qui fait le jour et la nuit1 la pluie et le beau temps1 elle qui entrane autour de la terre la ronde des saisons4 ,les spectacles astronomiques nous entourent3 le rayon de soleil qui nous verse la vie1 le clair de lune qui nous verse la paix1 les constellations qui sont la parure de la nuit1 tous les phnomnes qui frappent l'imagination1 clipses1 toiles filantes1 comtes4 ,et cependant les notions acquises sur l'univers sont peu rpandues4 ,elles ne sont pas descendues dans les couches profondes4 ,elles ne nous sont pas familires4 ,il y a sans doute dans cette ignorance l'effet d'un instinct religieux4 ,l'astronomie ne reprsente pas le ciel tel que le catholicisme l'avait organis4 ,de plus1 l'astronomie ouvre l'esprit des vues dangereuses pour l'ordre tabli4 ,elle nous ramne notre taille1 qui est petite4 ,elle nous montre combien sont mesquines nos luttes1 combien sont brefs les empires1 devant l'infini de l'espace et du temps4 ,et c'est l le pril4 ,car1 prtres et chefs d'tat1 pour garder leur pouvoir et mener les foules1 ont besoin d'entretenir un fanatisme1 haine des peuples et crainte de ,dieu1 que dissiperait1 si nous rflchissions1 le clair regard d'une toile4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,prambule4--,le ,but et le ,plan #a ,,premi,,re ,,partie ,,opinions ,chapitre ,ier4--,le ,bonheur #e ,chapitre ,,ii4--,le ,temps #ag ,la ,foi dans l',avenir4--,la ,connaissance de l',avenir4--,le ,prsent vaut le ,pass4--,l',hritage du ,pass4 ,chapitre ,,iii4--,la ,vie #dc ,la ,vie en souplesse4--,la ,vie est complexe4--,la ,vie est prcaire4--,l',inutile ,tristesse4--,l',harmonie dans la ,vie4--,le ,plan du ,rel4 ,chapitre ,,iv4--,vues ,morales #fg ,les ,mains propres4--,le ,dterminisme4--,la ,loi d'quilibre4--,le ,contrle4--,la ,bravoure4--,la ,mort4--,la ,religion4 ,chapitre ,v4--,vues ,sociales #ii ,altruisme4--,solidarit4--,quelques iniquits4--,l'ide de ,patrie4 ,,deuxi,,me ,,partie ,,adaptations ,chapitre ,ier4--,de l'ducation3 ,principes et moyens d'action #aca ,chapitre ,,ii4--,de l'ducation3 ,quelques aspects #afa ,l',argent4--,le ,mnage4--,de la ,parure4--,de la ,discussion4--ducation sexuelle4--,mariage1 amour1 famille4 ,chapitre ,,iii4--,de l',instruction3 ,principes et moyens d'action #aii ,le ,lyce4--,le ,foyer4--,la ,valise4--,comment apprendre4--,le ,choix d'un mtier4 ,chapitre ,,iv4--,de l',instruction3 ,quelques lacunes #bcc ,les ,langages secrets4--,la ,constitution4--,soi-mme4 --,self-defence4--,planter un clou4--,les applications4 ,e4 ,,grevin--,,imprimerie ,,de ,,lagny