,,mile ,,baumann ,,le ,,bapt,,me ,,de ,,pauline ,,ardel --,,roman-- ,,paris ,,bernard ,,grasset1 ,,diteur #fa1 ,,rue ,,des ,,saints-,p,,res1 #fa #aiac ,tous droits de reproduction1 de traduction et d'adaptation rservs pour tous pays4 ,copyright by ,bernard ,grasset1 #aiac4 ,,du ,m,,me ,,auteur ,les ,grandes ,formes de la musique3 l'uvre de ,camille ,saint-,sans 7,ollendorff1 diteur74 ,l',immol1 roman1 ouvrage couronn par l',acadmie franaise 7,bernard ,grasset1 diteur74 ,la ,fosse aux lions1 roman 7,bernard ,grasset1 diteur74 ,trois villes saintes3 ,ars-en-,dombes1 ,saint-,jacques de ,compostelle1 le ,mont ,saint-,michel 7,bernard ,grasset1 diteur74 ,pour paratre3 ,le ,fer sur l'enclume1 roman4 ,il a t tir de cet ouvrage3 cinq exemplaires sur ,japon des ,manufactures ,impriales de ,tokio numrots de #a #e et vingt exemplaires sur ,hollande ,van ,gelder numrots de #f #be4 ,une dition hors commerce1 rimpose in-#h raisin1 a t tire pour la socit ,les ,,xx4 ,a ,s,,ur ,,marie ,,de ,,la ,,croix du ,carmel de ,v444 ce roman qu'elle ne lira jamais4 ,e4 ,b4 ,,le ,,bapt,,me ,,de ,,pauline ,,ardel ,i ,la cathdrale avait l'air triste sous la brume4 ,ses deux tours austres fixaient l',occident o le soleil de dcembre se coucherait sans avoir lui4 ,soumises depuis sept cents ans aux hivers enfums et aux nues pleurantes1 elles se rsignaient1 jusqu' ce que1 pour leur dlivrance1 le clairon de l'archange mt debout le ,christ de gloire assis entre elles au-dessus du porche et du vitrail4 ,en bas1 sur le parvis1 bien que ce ft un dimanche et que l'heure des vpres approcht1 les passants taient rares1 et ils traversaient vivement comme des provinciaux casaniers qu'attend une maison chaude4 ,la place se trouvait dserte1 lorsque ,m4 ,victorien ,ardel1 accompagn de sa fille ,pauline1 dboucha de la rue des ,quatre-,vents4 ,tous deux s'avancrent du ct de la halle1 puis1 s'arrtant1 se retournrent vers la faade de l'glise1 la faon d'trangers qui1 pour la premire fois1 l'examinaient4 ,m4 ,ardel1 agrg d'histoire1 venait d'tre1 un mois auparavant1 nomm professeur ,sens4 ,il n'avait pas encore pris le loisir d'tudier la cathdrale2 ce monument le touchait peu2 car1 tant un esprit fort1 il s'vitait ainsi qu' sa fille la rencontre d'images mystiques qu'il liminait de leur commune vie4 ,nanmoins1 par une curiosit d'historien et d'esthte1 il s'tait dcid1 ce dimanche1 ne plus diffrer une visite au reste inoffensive pour son indiffrence prouve4 ,il considra donc1 d'un il critique1 d'abord la tour des cloches1 depuis l'troite et courte ogive de la porte jusqu'au campanile octogonal que la ,renaissance a viss tout au sommet4 ,pauline la regardait en mme temps2 mais quelque chose1 dans cette masse hautaine1 lui dplaisait3 tait-ce le relief rude et perpendiculaire des contreforts1 la noirceur des abat-son1 l'orgueil des pinacles qui surplombent solitairement l'autre tour dcoiffe et tronque8 ,le visage de ces pierres la rebutait comme celui d'un justicier rbarbatif4 ,son attention1 une seconde1 s'accrocha aux cinq statues blanches loges mi-hauteur sous des niches pointues2 mais ces vques1 avec leur crosse1 ne lui exprimaient rien4 ,ses yeux s'inflchirent gauche vers le ,saint tienne du porche1 en robe de clerc1 mince et long comme une colonnette1 doux et mditatif1 prsentant entre ses mains le ,livre mystrieux4 ,puis elle se dtourna1 le nez au vague1 et1 d'un air de discrte impatience1 fit deux ou trois pas en avant4 --,il n'y a pas dire1 remarqua1 la canne leve vers la faade1 son pre qui la rejoignit1 le moyen ge eut la tradition de la force6 ,m4 ,ardel n'articula point le mot3 force6 sans une certaine emphase4 ,il laissait voir en sa dmarche ce je ne sais quoi d'autoritaire et de gourm o se ressemblent un pdagogue et un magistrat4 ,sa faon de balancer les bras et de porter sa tte accusaient le contentement acquis d'une supriorit4 ,c'tait d'ailleurs un homme d'une figure encore belle1 quoique fatigue par d'excessifs travaux4 ,si des bajoues alourdissaient le contour de son menton1 sa bouche restait fine et mordante sous une moustache drue2 son nez aurait pu servir de modle un sculpteur romain2 l'arc trangement noir des sourcils se dessinait sur des yeux d'une mobilit sombre dont on avait peine soutenir le choc4 ,dans les traits de sa fille1 comme dans les siens1 une rectitude latine tait inscrite3 l'ovale des joues de ,pauline se dtachait noblement d'un cou ferme et dlicat2 l'il bien fendu rpondaient une bouche et des oreilles un peu grandes1 mais rgulires2 une moue d'orgueil renflait sa lvre infrieure1 mais son regard s'en allait imbib de tendresse4 ,une voilette noire et la froidure excitaient sous sa peau l'clat d'un sang radieux4 ,sans dpasser de beaucoup son pre qui tait de stature moyenne1 elle semblait d'une venue vigoureuse en ses dix-huit ans2 son port et ses mouvements offraient une harmonie naturelle plutt grave que vive4 ,le srieux de sa mise exprimait1 soit l'insouciance de paratre1 soit la discipline d'conomie qu'elle tenait de sa mre1 morte il y avait six ans4 ,ils se rapprochrent des portails et1 devant les saints sculpts contre le soubassement ou le long des voussures1 tous sans tte1 et qui vivent1 gesticulent pourtant1 comme des martyrs impossibles tuer3 --,les pauvres gens6 dit ,pauline4 ,quels misrables se sont amuss ce jeu de massacre8 ,m4 ,ardel se dispensa de lui rpondre2 du haut de la tour le premier coup des vpres tinta2 ils l'coutrent4 ,la cloche mettait le son d'un glas2 chacun de ses battements descendait larges intervalles et les vibrations s'amplifiaient sur la ville engourdie1 pareilles aux cercles ondulatoires que forme une goutte d'eau tombant du plafond d'une grotte dans un lac tnbreux4 ,pauline1 cet appel1 n'prouva qu'une oppression confuse4 --,entrons-nous8 demanda-t-elle1 comme si elle avait eu le dsir de ne pas entrer4 --,mais oui1 rpondit froidement son pre4 ,et il pntra la premier l'intrieur de la cathdrale dont le vide tonna ,pauline et la mit l'aise4 ,m4 ,ardel s'arrta au bas des nefs1 prs de l'un des matres piliers1 formidable en son paisseur1 et cependant allg par l'lan des sveltes colonnes comme un buffet d'orgue par ses tuyaux4 ,il fut saisi d'admiration2 d'autant plus sensible la vigueur nave de cet art qu'il tait satur de culture livresque4 ,mais1 tout de suite1 en face de la grande nef1 reparurent ses habitudes de sche analyse3 --,vote sexpartite1 observa-t-il1 un peu basse4 ,alternance de grosses colonnes gmines et de piliers444 ,il continua1 prenant le bras de ,pauline3 --,tu vois ces deux arcs plus aigus que les autres2 le pan avait d s'effondrer1 on les a refaits au quinzime sicle4 ,et1 dans les bas-cts1 ces alvoles romanes1 elles datent de ,viollet-,leduc4 ,on s'imagine visiter un difice du moyen ge1 et c'est du ,louis-,philippe que nous touchons4 ,de l'ancienne glise il reste peine la carcasse4 ,si ,pauline avait eu des vellits d'enthousiasme1 des rflexions pareilles visaient les annihiler4 ,nourrie dans le ddain de toutes les religions1 elle croyait pouvoir explorer une cathdrale avec le mme dtachement qu'une pagode hindoue4 ,ses aeux1 sa mre et son pre en leur enfance n'en avaient pas moins ador dans des temples semblables celui-l4 ,des persistances obscures1 un sourd moi1 son insu1 la troublaient4 ,mais elle n'avait pass le seuil des glises qu' l'occasion de mariages et surtout d'enterrements4 ,de sinistres ides mortuaires se liaient pour elle l'office chrtien4 ,le crpuscule o ce jour d'hiver dclinant enfonait le vaste vaisseau aggravait cette impression4 ,l'ombre filait ses toiles d'araigne contre les murailles2 des tentures noires se dpliaient entre les vitraux4 ,dans le chur1 un sacristain vot1 demi perclus1 allumait prs de chaque stalle une bougie4 ,sur les dalles o il tranait ses pantoufles des lueurs froides coulaient4 ,deux vieilles femmes1 ramasses sous leurs manteaux1 entrrent et se signrent2 la porte du tambour claqua lourdement sur leur dos4 ,pauline se demanda si on n'allait pas amener un mort4 ,une anxit la prit de se trouver dans le lieu saint2 elle le jugeait sournoisement hostile4 ,pour un peu elle et dit son pre3 ,allons-nous-en4 ,mais l'ennui d'expliquer son inquitude la dissuada d'y cder2 elle se raisonna3 qu'avait-elle craindre de ces autels muets8 ,non vraiment1 tait-elle assez purile de subir une motion superstitieuse1 comme s'il y avait eu l quelqu'un6 ,elle suivit d'un pas dlibr le professeur auprs du retable de ,salazar1 vis--vis la chaire2 ils y firent une courte halte4 ,sous le dais en fuseau d'une niche amenuise1 ouvrage la faon d'une broderie1 entre deux ,saints une ,vierge au visage finement rustique et grave soutient sur son bras l',enfant qui lve le doigt4 --,qu'ils sont vrais1 murmura ,pauline1 cette femme et cet enfant6 ,elle ne songeait qu' la vrit des figures et des attitudes2 mais le sens de sa parole dpassait ce qu'elle avait cru dire4 ,plus loin1 ,m4 ,ardel s'intressa aux cintres et aux chapiteaux d'une primitive chapelle vote en cul-de-four4 ,pauline voulut savoir ce qu'on faisait d'un bnitier oblong drap d'un voile1 qu'elle toucha d'une main curieuse4 --,les fonts baptismaux1 rpondit-il ngligemment4 ,ils s'taient engags derrire l'orgue du chur1 dans le profond dambulatoire1 et ils longeaient une suite de vitraux anciens dont ,pauline1 plus que son pre1 fut merveille4 ,elle se souciait peu d'abord des scnes qu'ils racontaient1 n'y voyant qu'une imagerie d'pinal blouissante et enfantine4 ,mais les mdaillons sertis dans des armatures noires sollicitaient son me par un mystre semblable l'intimit d'une musique pleine de nostalgies4 ,le bleu qui les trempe1 crulen1 presque violet1 lui offrait un crpuscule tel que jamais1 dans les plus beaux soirs1 elle n'en avait contempl4 ,sur ce fond1 l'mail vert d'une robe1 la tte d'un palefroi1 caparaonne d'or1 le profil d'un moine brlaient d'une flamme inextinguible2 une sorte de chaleur joyeuse en descendait1 ils semblaient s'aviver de toutes les tnbres qui s'paississaient alentour4 ,l'un de ces vitraux1 dcoup en losanges et en arcs de cercle1 tait si net de dessin qu' le fixer une minute elle apprit1 sans le vouloir1 la lgende de saint ,eustache4 ,trois ou quatre pisodes du moins1 au premier coup d'il1 s'lucidrent4 ,dans une clairire bleue comme les songes elle voyait entre les cornes d'un cerf brun une croix de feu2 un chasseur s'agenouillait devant elle1 tandis que son cheval argent1 paisible1 pturait4 ,plus haut1 le mme personnage reparaissait1 amaigri1 genoux dans une cuve baptismale1 et un vque infondait de l'eau sur son front cern d'un nimbe rouge4 ,ailleurs1 elle le retrouvait s'embarquant sur une mer ensoleille444 ,pauline l'abandonna en chemin2 mais elle pensa aux flicits naves des hommes qui avaient assez cru de telles fables pour les peindre avec tant de ferveur et de patience4 ,en continuant le tour de l'abside1 ,m4 ,ardel s'attarda derrire le fastueux baldaquin du matre-autel soutenu par quatre colonnes de marbre opulentes1 jadis tailles pour figurer sur la place des ,victoires1 autour de la statue du grand ,roi4 ,pauline l'avait devanc jusqu'au bas de la fentre grille d'o les archevques1 sans sortir de leur palais1 assistaient aux offices4 ,l1 pend la muraille nue un ,christ en bois1 d'un jaune bruni1 coiff de sa couronne lamentable4 ,des cheveux confus se collent le long de ses joues et sur sa poitrine2 chacune de ses ctes parat dire3 ,comptez-moi2 ses bras dcharns sont raidis2 les rotules de ses genoux et les os de ses jambes incurvs comme des baguettes distendent sa peau4 ,tout ce que peut souffrir la chair de l'homme s'est abrg dans ce cadavre et dans sa tte encline1 indiciblement meurtrie4 ,pauline fut affecte d'une piti vague1 mais plus encore d'une rpulsion3 --,est-ce possible1 se dit-elle1 que d'un affreux supplici on ait fait un dieu6 ,l'horloge de la tour sonna trois heures moins un quart avec la lenteur dolente des vieilles horloges qui ne semblent plus croire au temps2 le second coup des vpres se prolongea4 ,la cathdrale commenait s'animer3 deux chanoines envelopps d'amples manteaux1 l'un1 obse et court1 l'autre1 sec1 long et ple1 enfilrent le couloir sombre de la sacristie au mme instant qu'en sortait un petit abb rond dans son surplis1 rubicond1 vif et trotte-menu1 montrant sur sa mine la jovialit spirituelle d'un bourguignon content de vivre4 ,m4 ,ardel avait rejoint ,pauline devant un escalier dont il loua les gracieuses arcades2 il aborda le vicaire au passage pour s'enqurir si le ,trsor tait visible4 --,pas maintenant1 monsieur2 aprs les vpres1 rpondit l'abb1 s'arrtant peine2 et1 preste comme un moineau qui s'envole1 il s'lana vers le chur4 ,le professeur frona les sourcils et grommela3 --,sont-ils malotrus1 ces curs6 ,pauline et lui gagnrent le milieu du transept2 pendant qu'il s'assimilait d'un regard synthtique l'harmonie de la cathdrale1 la structure de l'ensemble1 robuste et froide1 sa fille admirait1 au-dessus du portail d',abraham1 la rosace du ,paradis enfermant dans les torsions ardentes de ses nervures un azur vierge o des anges qui tiennent des violes ploient leurs ailes1 d'une blancheur translucide2 au centre1 dans l'pais brasier d'un soleil couchant1 s'enclt une ,face triomphale2 tait-ce le mme ,christ qu'elle venait de voir si douloureux8 ,elle aurait eu peine concilier toute l'humiliation avec toute la gloire2 elle ne l'essaya point2 car sa pense ressemblait ces eaux des lacs qui ne savent rien du ciel dont elles absorbent la splendeur4 ,de telles images y dposaient pourtant l'ide incertaine d'une vie supra-sensible que jusqu'alors elle n'avait pas conue4 ,les vpres allaient commencer2 les chanoines et les clercs taient monts leurs stalles4 ,m4 ,ardel constata1 non sans ironie1 le nombre drisoire des fidles3 peu ou point d'hommes1 des femmes ges1 des petites filles1 quelques religieuses longue coiffe4 ,le suisse1 plein de majest1 se cambrait devant les chaises vides comme s'il avait eu des foules contenir4 ,aussitt que rsonna le ,deus in adjutorium1 ,m4 ,ardel battit en retraite2 le chant des psaumes l'eut ennuy4 ,pauline et lui sortirent par le portail de ,mose2 un aveugle fit tinter inutilement sa sbile o dansaient des sous rares4 ,le professeur1 respirer hors de l'glise1 sentit une lgre satisfaction4 --,leurs cathdrales1 nona-t-il1 ne sont que des ncropoles3 tout y est bien mort444 ,il n'appuya pas sur sa remarque1 trouvant superflu d'affirmer que le catholicisme1 au dedans de lui-mme1 ne rendait plus aucun son4 --,j'aime cette cour1 dit ,pauline1 qu'un instinct juvnile poussait contredire l'aridit de l'incroyance paternelle4 ,elle indiquait1 au bout des grilles pompeuses dployes droite et gauche1 sur une porte vote1 un pavillon en briques rehauss de moulures dlicates1 avec des croises troites meneaux1 telles qu'on en voit aux chteaux franais de la ,renaissance2 et1 derrire eux1 la rose magnifique qui1 mme en l'absence du soleil1 flamboyait4 ,la cour n'en concentrait pas moins une mlancolie de cimetire abandonn4 ,sous des thuyas et des sureaux moisissaient1 dans l'herbe jaunie1 des feuilles mortes4 ,d'un ct1 les ardoises de l'archevch1 ses fentres toujours closes depuis que les archevques ont t chasss de leur demeure2 de l'autre1 les tuiles vernisses du palais synodal1 le flanc de la tour des cloches et le toit des nefs l'enfermaient svrement4 ,des corneilles1 parmi les gargouilles1 s'envolaient de leurs ailes pesantes2 elles se jetaient un cri aigre-doux1 analogue celui d'une girouette use4 ,de l'intrieur1 les ronflements de l'orgue et la psalmodie des prtres ne s'pandaient qu'attnus1 lointains4 ,pauline se plut quelques instants les entendre2 cette musique sourde la captivait comme l'illusoire cho d'un monde fini4 ,l'ducation rigide1 hautaine1 qu'elle avait reue auprs d'un pre despote et studieux la prdisposait comprendre la solitude d'un lieu vnrable2 de ces difices1 o six sicles s'taient continus1 manait une paix accueillante4 ,c'tait une influence dont ,m4 ,ardel non plus ne cherchait pas se dfendre1 tant il croyait dfuntes toutes ces choses1 et il se taisait1 induit un attendrissement qu'il ne voulait point laisser voir4 ,mais1 soudain1 il secoua les paules1 frappa le pav de ses pieds impatients4 --,on gle ici1 dit-il2 marchons4 ,ils descendirent d'un pas allgre le long et noir boyau de la grande rue2 et1 arrivs au quai de l',yonne1 ils franchirent le vieux pont trapu que dominait une croix de fer4 ,devant l'glise ,saint-,maurice1 un passant coiff d'un gibus1 portant une rosette la boutonnire de son pardessus1 les honora d'un salut crmonieux4 ,m4 ,ardel reconnut un de ses collgues1 ,m4 ,lemerle1 lequel1 depuis vingt-neuf ans1 professait au lyce la rhtorique4 ,m4 ,lemerle1 outre son invariable gibus1 se signalait par des lunettes bleues1 une barbe gristre et courte1 des faons de pasteur protestant2 sur sa figure probe1 mais rogue1 s'tait durci un masque de svrit qu'il semblait devoir conserver jusqu' sa mort et au del4 --,tu as vu cet homme1 exposa ,m4 ,ardel sa fille2 il est un des derniers survivants d'une race qui va s'teindre en ,france1 comme s'est teinte celle des bons domestiques4 ,c'est le professeur-n1 le cuistre lunettes6 ,il ne peut concevoir une existence ayant d'autre but que d'expliquer du ,bossuet et de corriger des versions4 ,il fait sa classe la manire dont ,dandin jugeait4 ,et quel fonctionnaire6 ,il ne vous parle que d'inspections1 de dossiers1 d'avancement4 ,a propos d'une copie o un lve avait risqu cette phrase3 ,nous regardions avec indiffrence dfiler le cortge officiel3--,monsieur1 s'est cri ,lemerle en courroux1 au passage d'un cortge officiel on ne doit jamais tre indiffrent6 ,pauline1 ce trait1 fit un clat de rire4 ,son pre n'appartenait certes pas la race des ,lemerle1 et elle en tait fire1 bien qu'ayant pti elle-mme de son humeur intraitable4 ,envoy fort jeune ,bordeaux1 ,victorien ,ardel donnait toutes les promesses d'un sujet1 selon la formule1 trs distingu4 ,mais1 un jour que son ,recteur visitait sa classe1 sur une critique qui lui fut faite1 il s'emporta1 eut avec lui une altercation4 ,cinq jours aprs on l'expdiait ,roanne o il resta seize ans1 oubli1 disait-il1 comme au jeu de l'oie1 dans le puits4 ,c'tait ,roanne1 parmi la laideur des fabriques1 et en un foyer pauvre1 qu'avait grandi ,pauline4 ,des sjours ,lyon1 chez son grand-oncle ,jrme1 lui rvlrent1 avec une existence plus large1 la majest d'une ville insigne et antique4 ,la souche des ,ardel tait lyonnaise depuis prs d'un sicle4 ,le bisaeul1 ,fabricio ,ardello1 natif de ,turin1 avait fond1 en #ahab1 sur la place ,bellecour1 une maison d'armurerie4 ,son fils an1 ,octave1 le pre de ,victorien1 tint boutique jusqu'aux dernires annes du second ,empire2 une sotte affaire o l'ensorcela un aigrefin1 la construction1 aux ,brotteaux1 d'un ,alcazar fastueux1 culbuta son patrimoine et sa maison4 ,des trois fils d',octave1 le premier1 ,adolphe1 lieutenant de chasseurs alpins1 avait pri1 prcipit dans un trou par une avalanche2 le troisime1 ,jacques1 avait pris la soutane au grand sminaire de ,saint-,just4 ,quant ,victorien1 brillant colier1 il s'tait dcid pour l'enseignement2 car il apercevait l une position prompte et la certitude de loisirs copieux4 ,dans sa tche un seul attrait l'excita1 la part de vie pensante qu'il savait maintenir au-dessus des rabchages quotidiens4 ,un livre sur le ,duc de ,saint-,simon lui avait acquis un renom d'originalit4 ,au rebours des historiens rvolutionnaires1 il y justifiait l'aristocrate en lutte avec les gens de robe4 ,le contact d'tres asservis n'avait pu qu'irriter son besoin d'indpendance4 ,les hommes francs du collier1 rares dans l'histoire1 avaient toute son estime autant que les autres son aversion4 ,c'est pourquoi1 la vue de ,m4 ,lemerle1 il s'tait soulag par quelques sarcasmes4 ,du haut de son orgueil sauvage il considrait ce collgue peu prs comme un pervier des ,alpes regarde un canard de basse-cour4 ,pauline et lui se dirigeaient vers les coteaux dont l',yonne rflchit1 l'ouest1 les murs crayeux4 ,un sentier qui s'lve entre des buissons les attira2 ils allaient sans causer1 ,pauline tant faite aux habitudes silencieuses du professeur toujours absorb dans ses lucubrations4 ,elle marchait plus vite que lui1 et s'animait gravir cette colline malingre pour la seule joie de monter1 d'atteindre de l'tendue4 ,mais1 devant elle1 sur la croupe du tertre1 une glise rustique terminait l'horizon2 la jeune fille avait l'air de s'y rendre en plerinage4 ,si sa vue s'abaissait1 elle dcouvrait1 dans les champs1 prs de la rivire1 la chapelle et l'enclos d'une abbaye4 ,si elle se tournait du ct de ,sens1 la cathdrale commandait la plaine2 sa tour des cloches1 accrue du campanile1 semblait une formidable tour de guetteur2 les toits bruns et les arbres nus se brouillaient au-dessous d'elle dans des vapeurs pareilles de la suie dlaye2 la ville n'existait qu'autour du donjon massif et par lui4 ,pauline distingua cependant un autre clocher1 ,saint-,pierre-le-,rond1 voisin de la rue qu'elle habitait4 ,que d'glises dans ce pays6 songea-t-elle4 ,on le croirait peupl de prtres et de nonnes4 ,elle s'arrta au bord du talus1 attendant son pre2 et elle suivait1 sur l'eau plate de l',yonne1 une pniche qui remontait doucement1 hale par des haridelles4 ,puis sa pense se dissipa vers le nord1 parmi la confusion des brumes2 et1 sans savoir pourquoi1 elle se mit fredonner la chanson de ,miarka3 ,nuages1 nuages1 que dites-vous8 ,la voix de ,m4 ,ardel l'interrompit3 --,le site est mdiocre1 opinait-il avec un hochement de tte ddaigneux4 a ne vaut pas les environs de ,roanne4 ,ces coteaux parallles1 ces terres ples1 ces peupliers rangs comme des soldats la parade1 c'est sans relief et sans nergie1 du classique rgulier et morne4 ,je te montrerai1 au ,louvre1 des paysages de ,van der ,meulen1 disposs pour y peindre les batailles de ,louis ,,xiv2 ils furent peut-tre inspirs de celui-ci4 --,dcidment1 rpondit ,pauline d'un ton clin qui attnuait ses paroles1 tu ne seras jamais content1 nulle part2 tu souhaitais la proximit de ,paris1 tu l'as1 et1 dj1 tu voudrais tre ailleurs4 ,si je voyais les choses comme toi1 il ne nous resterait qu' nous pendre4 --,oh6 ma foi444 ,le reproche inattendu de sa fille atteignait ,m4 ,ardel au vif de ses tristesses latentes4 ,c'tait trop vrai3 l'inquitude1 avec le non-espoir1 faisait son me strile2 et1 devant tout spectacle1 l'esprit critique en lui tuait la jouissance4 --,ce que tu dis l1 pauvre pre1 rpliqua ,pauline1 tu ne le penses pas2 autrement1 ce serait croire que je ne suis rien pour toi4 ,et je me demande1 continua-t-elle plus srieuse1 si je suis beaucoup pour toi2 ton talent1 tes travaux1 voil ce qui compte dans ta vie2 mais ta fille444 --,tais-toi donc1 fit-il en haussant les paules1 tu sais bien que tu es mon tout6 ,deux larmes mouillrent ses prunelles qu'exalta soudain une tendresse dsespre1 et1 attirant ,pauline lui1 il l'embrassa4 ,ils arrivaient au sommet du tertre et passaient contre l'glise de ,saint-,martin dont les fentres closes par des planches avouaient le dlabrement1 lorsqu'au tournant d'un chemin1 droite du cimetire1 parut une famille de promeneurs4 ,en tte montaient un jeune homme et une adolescente2 plus bas1 s'avanait le pre1 homme d'un aspect majestueux qu'il devait non seulement sa grande barbe presque blanche1 aux larges bords de son feutre1 l'ampleur de son ulster1 mais son allure de bonhomie patriarcale4 ,une petite fille lui donnait la main4 ,ds qu'il aperut ,m4 ,ardel1 il hta le pas dans l'intention manifeste de l'aborder4 ,m4 ,rude1 professeur de dessin1 tait l'un des rares collgues de ,m4 ,ardel avec qui une liaison lui part possible4 ,il en recevait l'impression d'une nature d'artiste1 gaillarde et forte1 que son mtier de pdagogue ne parvenait pas dprimer4 ,de son ct1 ,m4 ,rude estimait chez ,m4 ,ardel une sduisante intelligence des anciens peintres2 il l'avait entendu dfinir1 mieux que lui-mme ne l'aurait su faire1 le ,matre de ,moulins4 ,s'il le connaissait libre-penseur1 il sentait pourtant qu'une formation croyante avait d empreindre dans sa personne des touches indlbiles2 des mots brusques de ,victorien1 il entrevoyait quelqu'un de fier1 d'pre1 de douloureux1 ayant comme lui l'horreur des bassesses4 ,aussi1 en se rencontrant l'improviste sur la colline1 eurent-ils l'un et l'autre un mouvement de plaisir4 ,les enfants de ,m4 ,rude conquirent tout de suite ,pauline par leur simplicit d'accueil4 ,julien ,rude entrait dans sa vingtime anne3 haut et flexible1 il laissait sa tte se pencher en avant2 une dmarche un peu tranante1 la ngligence d'un col de veste dpassant celui du pardessus1 son chapeau rabattu sur son nez aquilin lui donnaient un air indolent1 bizarre4 ,mais quand il se trouva en prsence de ,pauline1 elle fut saisie de ses manires et de son visage4 ,il ne lui rappelait pas un seul des tudiants qu'elle avait pu voir chez son pre4 ,il mit dans son salut une aisance grave1 rserve1 et changea avec la jeune fille un regard limpide dont elle se ressouvint plus tard1 comme si1 en cet instant-l1 un autre moi et pris possession d'elle-mme4 ,la figure de ,julien1 longue1 plutt fine que robuste1 tait domine par un front d'une ampleur clatante4 ,une force de rflexion tranquille s'accumulait en ses yeux1 des yeux d'un brun clair1 devant qui tout semblait doux et fraternel4 ,sa moustache n'empchait pas de voir au coin de sa lvre une fossette pleine de grce4 ,il avait le teint vermeil1 la main effile1 les signes d'une lgance native qu'un fond sanguin de vigueur pondrait4 ,pauline cependant tourna aussitt son attention vers ,edme ,rude2 ravie de dlier sa langue avec elle1 car1 depuis sa venue ,sens1 elle vivait sans aucune compagne4 ,edme1 rose et fluette1 le menton enfonc dans une tole de fourrure1 prsentait une vivacit de minois toute bourguignonne4 ,pauline se pencha pour baiser les joues de ,marthe1 la cadette2 celle-ci1 avec un battement de cils1 la dvisageait de son il hardi1 profond4 --,la gentille petite sur que vous avez1 dit ,pauline bonnement4 --,oui1 gentille1 mme trop1 repartit ,edme tandis qu'elle caressait les cheveux dlis et blonds de ,marthe4 ,elle a de ces ides parfois qui nous font peur4 ,hier soir1 elle regardait1 derrire la vitre1 les toiles3 ,on ne peut pas les attraper avec des chelles8 nous a-t-elle demand4 ,le bon ,jsus saura bien me mener l-haut4 ,est-ce qu'il m'y mnera bientt8 ,tu viendras m'y trouver1 ,edme1 et ,julien aussi4 ,j'aurai des ailes1 n'est-ce pas1 maman8 ,une surprise altra le sourire de ,pauline2 elle ne pouvait comprendre cette curiosit du ,paradis2 aux premires paroles d',edme1 l'obstacle chrtien se posait entre elles4 ,edme ne savait pas encore ,pauline irrligieuse2 mais elle devina qu'une chose inconnue les sparait2 et1 sans s'attarder sur des intimits vaines pour une trangre1 elle lui parla du paysage qu'elles surplombaient1 bien vilain sous son capuchon gris4 --,c'est au printemps qu'il faudra le voir et l'automne4 ,d'ici1 vers la mi-octobre1 la plaine est dlicieuse4 ,je ne sais si vous tes comme moi2 j'aime tant l'automne1 l'odeur des feuilles tombes1 les peupliers lgers1 tout en feu comme des tabernacles6 --,moi1 rpondit ,pauline1 toute saison me va2 mais j'adore l't4 ,quand le soleil chante1 que les oiseaux chantent1 je me sens plus de cur chanter4 --,vous devez tre musicienne444 --,j'ai de la voix1 rpondit simplement ,pauline1 ddaignant de se faire valoir2 et vous8 ,edme lui dclara qu'elle se passerait de pain plus volontiers que de son piano2 son pre jouait du violon1 son frre1 du violoncelle2 chaque dimanche1 aprs leur promenade1 et le soir1 de temps autre1 ils excutaient des trios4 ,cette dcouverte d'une affinit prcieuse charma ,pauline davantage qu',edme1 parce que sa solitude lui rendait une amie plus dsirable4 ,tout en causant1 elles se dirigeaient vers une butte d'o1 jadis1 suivant la tradition1 les sentinelles romaines observaient au loin la valle4 --,si nous grimpions l-haut1 insinua ,marthe sa sur4 --,allons-y1 fit ,pauline4 ,elle entrana ,marthe par une main1 ,edme s'empara de l'autre1 et toutes trois prirent leur lan jusqu'au fate du glacis2 puis1 riant et courant1 elles redescendirent4 --,vous tes1 mademoiselle1 plus leste que les chvres1 dit ,pauline ,m4 ,rude qui survint avec son fils et ,m4 ,ardel4 --,j'ai eu des aeux montagnards1 rpliqua-t-elle en manire de badinage1 je suis faite pour les cimes6 ,julien1 au son de ces derniers mots1 la fixa1 se tut une seconde1 et reprit la conversation qu'il avait entame sur le livre de ,m4 ,ardel4 ,l'auteur jouissait de s'entendre commenter par ce jeune homme avec une ferveur ingnue4 --,vous allez me trouver sentimental1 poursuivit ,julien2 mais un des traits que j'admire en ,saint-,simon1 c'est d'avoir ordonn1 dans son testament1 qu'on lit aprs sa mort son cercueil celui de sa chre pouse par des anneaux et des crochets de fer1 afin que leurs corps fussent unis jusqu' la ,rsurrection4 ,pour ma part1 si je me marie jamais1 je ne voudrais qu'un amour de cette trempe1 long et fort comme l'ternit444 ,pauline n'entendit pas sans tonnement un langage si nouveau pour elle2 mais elle s'tonna peu de voir1 mesure que ,julien s'animait1 le professeur plisser sa bouche d'une moue d'ironie sceptique4 --,voyez1 dit tout coup ,m4 ,rude1 le joli rayon1 derrire nous1 l-bas6 ,en effet1 la chute du jour1 tandis que les coteaux de l',est et la plaine succombaient sous un brouillard de plus en plus dense o des chemines d'usines brandissaient leurs fumes sombres1 les nues du couchant se fendirent1 le soleil apparut1 tel qu'un prtre en chape rutilante qui s'en va dans l'abside illumine d'une basilique1 et au-dessus de ,saint-,martin un peu de ciel flotta1 fugitif et doux4 ,la coloration de l'air froid communiquait aux visages une sorte de puret diaphane4 ,julien1 pour ,pauline1 en fut transfigur4 --,voici l'heure1 dit-il1 que nous aimons en hiver1 celle o s'allument les lampes des boutiques1 et les rverbres1 un un1 dans la brume1 le long des quais444 --,et l'heure1 acheva ,edme1 o des tincelles ptillent sur les fourneaux des marchands de marrons4 ,tous rirent de cette saillie et ils reprirent ensemble le chemin de la ville4 ,les deux jeunes filles descendaient en avant2 ,julien suivait1 et ,marthe1 lasse de la course un peu longue pour des jambes de cinq ans1 se pendait sa main4 ,plus haut1 dans l'troit sentier1 sonnait le pas martel des deux professeurs2 la grosse voix de ,m4 ,rude roulait comme un grondement4 ,il expliquait son collgue qu'aprs avoir surveill cinq ou six heures par jour les barbouillages de ses lves1 il reprenait1 chaque soir1 dans la belle saison du moins1 avec une joie d'enfant1 son labeur de peintre3 --,mais1 ajoutait-il1 je conois l'excution d'un tableau comme l'aurait conue un disciple de ,memling1 et vous pensez que de temps j'y mets4 ,m4 ,ardel ne lui cacha point qu' sa place il se ft ht de produire des toiles faciles et fructueuses2 de la sorte1 il vivrait indpendant et se donnerait tout son art3 --,non1 mon cher1 rpliqua ,m4 ,rude tranquillement4 ,je suis un pauvre passeur qui mne d'une rive l'autre les gnrations2 quand personne ne vient me qurir sur la berge1 je rentre dans ma cahute et je songe mes pinceaux4 ,pauline1 en descendant1 contait ,edme son uniforme existence entre un pre tyrannis par ses livres et un grand-oncle clibataire1 maniaque et morose1 qu'ils avaient recueilli4 ,elle l'entretenait de leur peine trouver une domestique1 du logis o ils taient encore assez mal installs3 --,votre rue me plairait1 observa ,edme1 parce que l'glise est deux pas de chez vous4 ,pauline1 aprs un court intervalle1 confessa3 --,nous n'avons que faire d'une glise2 mon pre n'est pas croyant1 ni moi non plus444 ,elle regarda ,edme1 aperut dans ses yeux affables une dsillusion subite2 et pourtant elle ne regretta point de l'avoir avertie sans rticence2 une pointe d'orgueil exaltait sa franchise2 si ,edme la voulait pour amie1 elle l'accepterait comme elle tait4 ,mais ,julien1 deux pas derrire1 mit d'une voix paisible et pntrante3 --,si vous saviez quel don c'est de croire6 ,elle tourna la tte et riposta durement3 --,ce don-l m'est aussi tranger que les chimres d'un fumeur d'opium4 ,julien se rapprocha3 bien qu'une motion vibrt dans sa gorge1 il se maintenait calme au dehors3 --,des chimres6 ,pour les aveugles-ns1 le soleil aussi est une chimre1 ou le serait1 s'ils ne croyaient en ceux qui voient4 --,c'est possible1 trancha ,pauline1 je suis une aveugle-ne4 ,un silence d'embarras aurait succd ces chocs imprvus1 sans une diversion qui s'offrit4 ,ils attendaient au bas de la monte ,m4 ,rude et ,m4 ,ardel4 ,un prtre1 venant de la campagne1 passa dans le crpuscule1 sur la route4 ,un paysan1 venant de la ville1 ivre et hors d'tat d'aller plus loin1 s'tait assis au bord du foss4 ,a la vue de l'ecclsiastique1 il montra le poing1 grogna des invectives4 ,le prtre s'arrta en face de cet homme avec une attitude compatissante3 --,mon ami1 lui dit-il1 d'o tes-vous8 ,voulez-vous que je vous aide rentrer8 ,le froid de la nuit va vous prendre4 ,on vous ramassera mort demain4 ,l'ivrogne tenta de se dresser1 et tomba sur les genoux2 mais il vocifrait3 --,viens ici1 feignant de corbeau1 que je te fasse ton affaire6 ,le prtre immobile le considra tristement1 puis il s'loigna4 ,avant de disparatre sous le pont du viaduc1 il se retourna une fois encore4 ,du talus1 ,m4 ,ardel avait pu l'examiner2 un tonnement anxieux l'attachait suivre la forme noire qui s'en allait2 ds qu'il ne la vit plus1 il dit ,m4 ,rude3 --,tout de mme1 il y a des rencontres inexplicables4 ,zoroastre1 d'aprs la lgende1 croisa1 dans une alle de son jardin1 sa propre image1 son double qui dambulait4 ,ce qui m'arrive est autre4 ,j'ai un frre vicaire ,lyon2 or1 ce prtre1 l-bas1 lui ressemble comme son fantme4 ,c'est son encolure1 sa taille1 son profil4 ,matriellement1 ce ne peut tre lui1 et pourtant c'est lui444 --,il serait facile de s'en assurer1 offrit ,julien4 ,si vous me permettez1 je le rattrape et lui demande son nom4 ,m4 ,ardel s'y opposa3 alors mme que son frre1 par une fantastique concidence1 visitant la rgion1 se ft promen1 cette heure1 sur cette route1 il ne tenait pas le revoir2 depuis longtemps ils taient brouills4 ,cependant1 on se remit en marche4 ,au passage niveau1 le sifflet furieux d'un rapide arrivant de ,paris les arrta4 ,devant eux1 les deux lampes du chariot brlant coururent le long des parallles d'acier2 le train roula1 trpida1 comme un ouragan1 dans la fume1 et1 avant qu'ils eussent travers la voie1 le fanal du dernier wagon se perdait au fond de la nuit tombante4 ,pauline en prit occasion pour confier ,edme son dsir des grands pays lointains que1 sans doute1 elle ne connatrait jamais2 elle se divertissait en lisant des rcits exotiques1 de mme qu'en chantant3 ,cet asile aimable1 d',orphe1 elle trouvait l'illusion d'irrels bocages lysens4 ,leur propos revint la musique1 comme un des points solides o leurs enthousiasmes concordaient4 ,il fut dcid que1 le dimanche suivant1 ,m4 ,ardel et sa fille iraient en couter chez les ,rude4 ,pauline se spara d'eux1 le cur dilat d'une joie nave2 avide d'affection1 elle s'lanait cette sympathie neuve4 ,m4 ,rude l'attirait par une largeur de bont dont son propre pre semblait incapable4 ,elle voyait dj en ,edme une sur lue1 et si tendre1 si dlicate6 ,quant ,julien1 plus distant1 elle ne lui gardait nulle rancune de sa lgitime rplique une parole vexante3 ,nous sommes quittes1 pensait-elle4 ,sans tre trouble de son image1 elle lui reconnaissait une mystrieuse supriorit1 une me loyale1 ardente que1 malgr leurs contradictions1 elle aimerait4 ,dans le soir funbre et glacial1 elle rentra tout en fte2 sa vie prochaine s'ouvrait comme un champ de roses sous une lune de printemps4 ,,ii ,la maison des ,ardel donnait sur la rue de la ,synagogue1 une rue monastique1 faite de longs murs et de portails fermant des jardins4 ,on l'appelait dans la ville la maison la treille1 parce que c'tait la seule qui et gard1 selon la mode d'autrefois1 un tortis de vigne contre sa faade4 ,pauline1 de sa chambre1 n'avait contempler que le toit rouge d'une grange2 si elle se penchait1 elle dcouvrait sa gauche des acacias sans feuilles et le clocher rond de ,saint-,pierre4 ,mais1 la plupart du temps1 elle se tenait en bas1 dans la salle manger1 occupe du mnage1 cousant1 lisant1 et le soir1 au salon1 lorsqu'elle ouvrait son piano pour chanter4 ,cette demeure avait au moins cent cinquante ans d'ge4 ,ses fentres en retrait dans les murailles paisses conservaient leurs menus croisillons1 et les plaques des chemines montraient en relief les trois lys de ,france4 ,l'amour des anciens logis n'tait pas ce qui avait dcid ,m4 ,ardel et ,pauline louer celui-l2 ils l'avaient pris1 faute d'en rencontrer un plus commode o chacun ft indpendant2 car l'oncle ,hippolyte1 leur payant sa pension1 se croyait en droit d'exiger ses aises4 ,la maison pourtant exerait sur ,pauline un ascendant singulier4 ,a ,roanne1 ils avaient habit une rue bruyante1 un appartement moderne o on se sentait camp1 jamais chez soi4 ,ici1 au contraire1 aprs un mois de sjour1 elle se figurait y tre fixe pour la vie4 ,les meubles de famille se rangeaient chacun une place qui paraissait leur convenir uniquement4 ,en accrochant des estampes aux cloisons1 elle se disait que ces boiseries fanes les avaient1 depuis un sicle1 attendues4 ,les chambres1 immenses1 avec leur plafond travers dans sa longueur par une matresse-poutre1 dtenaient la gravit confidentielle des vieilles gens qui savent beaucoup de secrets4 ,leur silence quivalait1 pour elle1 un silence d'glise4 ,si1 de fois autre1 le colloque des passants1 des galoches claquant sur le pav1 les ressauts d'une charrette1 et1 tous les quarts d'heure1 l'horloge de la cathdrale n'eussent couvert les battements lgers de la pendule1 elle aurait pu se croire vingt lieues d'un pays frquent4 ,quand son pre sortait ou rentrait1 elle l'entendait peine1 tant les parois taient sourdes4 ,par les nuits de tempte1 les plus folles bourrasques s'amortissaient en un vague ronflement4 ,tout d'abord1 elle ne s'ennuya point de ce calme absolu2 ses penses prenaient l une couleur d'intimit si pleine de dlices qu'elle ne songeait pas y rien changer2 tandis qu'elle ordonnait cans toutes choses1 elle s'attachait davantage l'intrieur qu'elle faisait sien4 ,elle emplit de vaisselle et de linge les placards1 aligna sur des rayons les livres du professeur1 appendit des rideaux aux fentres de l'oncle4 ,cet emmnagement ressuscitait une foule d'objets domestiques auparavant ensevelis sous la poussire d'autres armoires4 ,dans celle de sa propre chambre elle mit1 non sans l'avoir pousset1 un crucifix d'ivoire1 relique probable de sa grand'mre1 et dont un bras tait cass4 ,les premires semaines1 ces soins l'absorbrent4 ,ensuite1 sa tranquillit lui devint excessive2 elle n'en souffrait pas jusqu' l'ennui1 trop bien portante pour subir des ides mlancoliques1 apercevant toujours une tche prcise remplir1 et capable1 sans tre tourmente de ses rves1 d'en meubler son isolement4 ,mais elle souhaitait une occasion de le rompre3 plus tt qu'elle ne l'esprait1 sa rencontre avec les ,rude rpondit cette attente4 ,ce fut1 toute la soire du dimanche1 l'aliment de ses mditations4 ,m4 ,ardel1 au souper1 avait dit des ,rude3 ,ils sont trs bien4 ,mais1 sur ,julien1 il ajouta une rserve immdiate3 --,j'ai peur que ce garon ne soit un dangereux mystique4 --,pourquoi dangereux8 s'inquita ,pauline4 --,parce qu'il doit s'vertuer endoctriner tous ceux qu'il approche4 ,elle sourit d'une faon quelque peu mprisante3 --,je lui ait fait sentir qu'avec nous il n'y a rien faire4 --,ah6 dit-il en se tortillant la moustache1 c'est donc qu'il a essay8 --,non1 protesta-t-elle vivement1 nous avons chang deux ou trois mots pointus1 et c'est tout4 ,m4 ,ardel voulut savoir quelle botte ,julien lui avait pousse et comment elle l'avait pare4 ,pauline rpta la phrase3 ,si vous saviez quel don c'est de croire1 et sa violente riposte4 ,mais elle tut l'allusion aux aveugles-ns1 dans la crainte vague que son pre1 froiss par le dogmatisme inflexible de ,julien1 ne prt en mfiance tous les ,rude1 au point de briser net leur amiti naissante4 ,puis1 cette rflexion l'humilia3 --,est-ce moi1 ,pauline1 qui ruse ainsi8 ,faut-il que cette famille me tienne dj au cur8 ,qui sait si je ne me trompe pas comme une sotte sur les sentiments d',edme8 ,nanmoins1 la figure si franche de la jeune fille1 le premier regard de ,julien1 le timbre de sa parole s'imposaient sa mmoire2 elle entendait l',a bientt6 cordial de ,m4 ,rude2 se pouvait-il que leurs avances fussent un mensonge8 --,c'est vrai1 conclut-elle1 je commence les aimer4 ,mais eux1 que pensent-ils de moi8 ,ils ont d me juger pdante et brutale444 ,tant pis6 ,ce n'est pas ma faute s'il m'insinuait ses opinions absurdes4 ,il m'appelle une aveugle-ne1 parce que je n'admets pas avec lui que trois dieux n'en font qu'un1 qu'il y a un enfer pour les incrdules1 et que les prtres auraient le droit de me brler vive en punition de mes pchs6 ,l'aveugle1 est-ce moi ou lui8 ,quelle chose trange6 ,sur d'autres questions il raisonne admirablement4 ,aprs tout1 ,kepler croyait aux astrologues1 et c'tait quand mme un grand gnie444 ,en fait1 ,julien1 par cela seul qu'elle le connaissait1 avait entam la scurit de son incroyance2 mais trop d'orgueil l'empchait de se l'avouer2 autrement1 elle se ft dtourne de lui avec irritation4 ,il s'offrait comme un livre dont certaines pages taient crites en une langue nigmatique4 ,la douceur dominatrice qu'mettaient ses moindres gestes1 elle l'attribuait non une vie transcendante qui dgageait en lui l'essence divine de la beaut d'un homme1 mais sa noblesse native et sa culture d'esprit4 ,quoi qu'il en ft1 elle se coucha en pensant aux ,rude1 et1 le lendemain1 au rveil1 elle y et pens encore si l'impression d'un songe pnible ne se ft interpose3 pendant son sommeil1 sa mre lui tait apparue4 ,mme ,ardel1 aprs la naissance d'un enfant mle qui ne vcut pas1 avait succomb une fivre lente4 ,pauline se la rappelait expose sur son lit avec des fleurs contre elle1 tant de fleurs qu'on en suffoquait4 ,seulement1 elle cartait d'habitude ce souvenir comme tout ce qui la mettait vis--vis de la mort4 ,mais1 cette nuit1 la dfunte tait revenue3 debout devant une glace o se mirait1 jaune1 dessch et affreusement triste1 son visage de cadavre1 elle avait l'air de se coiffer1 elle se penchait1 dmlait ses cheveux gris2 une sorte de phosphorescence dansait autour d'eux depuis leur pointe jusqu' leur racine2 et1 du creux noir de ses orbites1 se dtachait par instants une larme semblable une goutte de cire brillante4 ,pauline tait l1 elle se voyait telle qu' douze ans1 assise sur une chaise de paille un peu haute1 les deux pieds joints1 et brodant un feston4 ,elle s'tait leve soudain1 pour courir sa mre1 les bras tendus4 ,celle-ci alors avait tourn la tte regret2 sa face se dcouvrit tout entire1 tordue et consume par une inconcevable affliction4 ,sa fille allait1 en la touchant1 s'assurer que c'tait bien elle2 mais une larme tomba sur sa main1 et il lui sembla qu'une pingle rougie au feu la transperait4 ,l'illusoire souffrance de cette brlure resta tellement poignante qu' demi-rveille elle regarda si sa peau n'en portait aucune marque4 ,elle se frotta les yeux et secoua sa vision3 les morts pouvaient-ils se montrer1 puisqu'ils ne sont plus rien8 ,mais est-on sr qu'ils ne soient rien8 ,le petit souffle qui enflait leurs narines de vivants se dissout-il dans l'air o ils ont expir8 ,de leur conscience1 subtile vibration d'atomes1 quelque chose d'impondrable n'chappe-t-il pas au nant8 ,ainsi raisonnait ,pauline1 perdue dans les cavernes de son ignorance mtaphysique4 ,elle avait interrog quelquefois ,m4 ,ardel sur ce mystre1 et il s'tait content de rpondre3 ,nous ne savons pas4 ,cependant1 elle gardait1 comme lui1 de ses anctres italiens1 deux rudiments de l'instinct religieux3 le culte des ,mnes et l'apprhension de l',inconnu4 --,au cimetire de ,roanne1 pensa-t-elle1 ma mre est seule2 personne n'ira plus la voir4 ,je vais crire qu'on mette des bruyres du ,cap et des roses de ,nol444 ,mais elle ajouta intrieurement1 avec plus de curiosit que d'angoisse3 --,que se passera-t-il pour moi dans cette maison et dans cette ville8 ,elle sauta hors du lit1 prompte se lever1 les jours o le professeur faisait sa classe le matin2 elle-mme1 en effet1 lui prparait son bol de chocolat4 ,pieds nus1 elle ouvrit les volets de ses deux fentres4 ,l'aube grelottait sur le toit d'en face1 gris de givre2 le ciel1 d'acier ple1 d'un rose diaphane l'orient1 prsageait un lundi splendide4 ,l'air aigu1 des ablutions froides et l'espoir du soleil montant la remirent en gaiet4 ,le soleil tait son idole2 lorsqu'il se montrait1 les vitres de sa chambre flambaient comme des vitraux2 il se prlassait1 jusqu' trois heures aprs midi1 contre la maison2 le mur le buvait par toutes ses pierres et la vigne par tous ses sarments3 --,que vivre est beau6 se disait ,pauline1 enfilant les manches d'un peignoir douillet4 ,qui donc a fait la mort8 ,elle descendit en hte1 un bruyant coup de sonnette2 la laitire venait de poser ses berthes sur le trottoir4 ,l'ample ,mme ,naudot entra comme un tourbillon et profra d'un gosier criard1 avec son accent de l',ile-de-,france3 --,je vous amne le beau temps2 c'te nuit1 une heure1 quand je me suis leve1 le ciel n'tait qu'une toile4 ,pauline s'amusait de son babil et admirait en elle une race qu'elle croyait disparue1 la bonne femme de jadis1 simple et carre1 diligente au labeur1 toujours joviale4 ,elle paraissait jeune1 bien qu'elle et quatre filles et deux fils dont l'an avait fini son temps4 ,un mouchoir nou autour du chignon1 une marmotte telle qu'en ont les paysannes de la ,brie1 serrait son front court1 entaill d'une ride horizontale2 sa rude mchoire soutenait des joues rougeaudes1 si rebondies qu'elles renfonaient ses yeux ptillants4 ,elle savait ,pauline sans cuisinire et lui en offrit une de sa connaissance1 une fille honnte et forte1 travailleuse1 propre1 mais aussi propre qu'un oignon6 ,pauline la remercia3 elle en attendait une autre qu'on devait tout l'heure lui prsenter4 ,aussitt que le djeuner fut prt1 elle agita une cloche afin d'avertir ses deux hommes4 ,l'oncle ,hippolyte arriva le premier1 ponctuel la manire d'une horloge dont le mouvement1 disait-il lui-mme1 restait bon4 ,ce petit vieillard chauve1 droit dans sa robe de chambre1 affirmait une solidit de charpente faite pour prouver la patience de ses hritiers4 ,son crne bossu1 pointu1 semblait dur comme du silex2 ses bajoues1 frachement rases1 s'avivaient de colorations fermes4 ,si ses pupilles de myope et de bureaucrate nageaient dans le vague sous ses lunettes1 un sourire de sant bnvole montait de ses lvres lippues aux ailes voluptueuses de son nez4 ,il levait entre ses doigts1 d'une faon gauche et comique1 un habit queue rp1 frip1 avec des parements crasseux et une doublure en loques3 --,tiens1 fit-il sa nice qui riait1 un cadeau que je t'apporte4 ,j'aurais bien pu le mettre encore un an ou deux4 --,voil les cadeaux de mon oncle1 remarqua in petto ,pauline4 ,il rangea dans un coin une chaise de cuir qu'il jugeait mal aligne--car l'ordre tait une de ses manies les plus despotiques--et1 en silence1 il s'attabla4 ,m4 ,hippolyte ,ardel avait exerc trente ans l'emploi de caissier au ,crdit ,lyonnais4 ,les millions des autres1 en coulant par ses mains1 n'avaient su qu'empirer sa pingrerie instinctive4 ,il choyait l'argent pour l'argent2 et1 lorsque sa vue faiblissante le contraignit de renoncer la cage grillage de son bureau1 ce fut le seul crve-cur de sa vie4 ,il ne s'tait point mari1 professant qu'il faut1 avant tout1 penser soi4 ,victorien lui avait offert son domicile dans un sentiment de fidlit familiale et la prvision d'un hritage qui ferait la dot de ,pauline4 ,l'oncle ne soufflait mot de ses affaires personne2 on le supposait1 en sa qualit d'avare1 plus riche qu'il n'tait4 ,d'ailleurs1 ses penchants sordides se rvlaient peu aux trangers2 il conservait1 en sa mise1 lorsqu'il sortait1 une correcte biensance4 ,dans la maison1 au contraire1 il usait ses hardes jusqu' la corde2 mais1 ,pauline l'ayant plaisant sur son frac ignominieux1 il le sacrifiait1 non sans mlancolie4 ,sa nice obtenait de lui cette surprenante concession4 --,au moins1 dit-il tout d'un coup1 aprs s'tre gratt la gorge1 garde-toi de le donner un pauvre qui le vendrait pour cent sous4 ,je n'entends pas que ma garde-robe aille finir sur le dos d'un chenapan4 ,pauline1 tout en se prparant une tartine de beurre1 le rassura3 --,les mendiants savent dj qu'il est inutile de sonner ici4 ,elle excluait de toute compassion les mendiants4 ,ses pre et mre et ses matres de morale lui avaient tant ressass que les pauvres sont des exploiteurs1 que l'aumne est une prime la fainantise ou un outrage la dignit humaine1 et qu'on ne doit plus parler de charit1 mais de justice6 ,dans le pauvre1 elle apercevait une figure de la mort excrable4 ,cependant1 ,victorien tait survenu1 press par l'heure1 et djeunait quatre quatre4 ,contre la croise glissa au dehors la silhouette d'un ecclsiastique4 ,cette ombre ramena dans l'esprit de ,pauline le prtre de la route2 jamais1 depuis son enfance1 elle n'avait approch d'un homme en soutane2 elle prouvait leur gard la mfiance oppressive qu'infligent des tres occultes1 puissants et dangereux3 ,que de bizarreries dans une famille6 ,moi1 libre-penseuse1 je suis la nice d'un prtre6 ,pourquoi ,m4 ,ardel s'tait-il brouill avec l'abb ,jacques8 ,le professeur observait sur son frre un perptuel silence de rprobation2 il le relguait au fond d'oubliettes dont ,pauline1 pas une seule fois1 n'avait os soulever la trappe2 et mme aprs l'allusion brve de la veille1 elle s'tait abstenue de le questionner4 ,proccupe des ,rude1 tout le soir elle ngligea le singulier pisode4 ,maintenant1 le fantme du prtre et le simulacre de sa mre se rejoignaient en son ide par des chemins obscurs4 ,et1 soudain1 elle voulut claircir ce qu'elle ignorait3 l'inimiti des deux frres sortait-elle seulement de leurs discordances religieuses8 ,ce ne fut pas ,victorien qu'elle s'adressa3 la bouche encore pleine1 il mettait son manteau pour partir2 mais l'oncle ,hippolyte1 plus lent manger1 demeurait3 --,jacques est un vilain monsieur1 rpondit-il d'un ton aigre o perait une implacable rancune4 ,il a entortill ma belle-sur ,ltitia1 si bien qu'elle a lgu cent mille francs aux ,missions africaines de ,lyon1 et1 nous autres1 nous nous sommes partag les bribes4 ,l'oncle1 en mme temps1 ramassait vers le creux de sa main les miettes de son djeuner et les jetait au fond de son bol1 attentif ne rien perdre4 ,il plia rageusement sa serviette1 l'enfila dans un coulant ddor1 et l'envoya rouler l'autre bout de la table1 comme pour souffleter au loin le vilain monsieur4 ,il remontait en sa chambre1 quand la jeune bonne attendue se prsenta2 son pre l'accompagnait1 un journalier d'assez malingre tournure1 avec les jambes arques1 le teint vineux1 et qui1 aprs avoir touch son feutre en manire de salut1 le garda sur sa tte4 ,sa fille reproduisait son profil de mouton1 son nez en pied de marmite1 mais plus grande et plantureuse1 pourvue d'paisses mains carlates mal dshabitues du travail des champs2 elle avait un air de placidit soumise1 l'il rond et bat4 ,pauline lui posa les questions d'usage1 et s'enquit pour quel motif elle avait quitt ses prcdents matres4 ,le pre se lissa la moustache et entama une explication3 --,mademoiselle1 commena-t-il1 je vais vous dire le fait sans prendre des mitaines2 c'est moi qui l'a retire1 rapport des manires qui ne me plaisaient pas1 osqu'elle tait4 ,ses patrons l'envoyaient la messe1 confesse4 ,pas besoin de tant d'affaires4 ,ma fille n'a pas t baptise1 elle n'a point fait de communion1 et vous voyez qu'elle a bien profit quand mme4 ,sa mre et moi1 nous lui avons donn de bons bras et de bonnes jambes4 ,que veut-on de plus8 ,elle est forte1 elle est honnte4 ,pour la frquentation1 elle sait qu'on n'aime pas a dans le grand monde1 elle se tient bien4 ,mais que voulez-vous8 ,on a le sang vif dix-neuf ans4 ,je vous la donne pour ce qu'elle est2 si nous nous arrangeons1 je vous la loue2 si elle ne vous convient pas1 je n'ai pas l'habitude d'impatienter mes clients et de leur casser la tte444 ,ces propos1 il les dgoisait d'une gorge grasse1 carquillant ses doigts qu'il secouait par saccades1 et gonfl d'une satisfaction niaise1 outrecuidante4 ,pauline eut grande envie de leur montrer la porte4 ,cependant1 une aide dans le mnage lui tait ncessaire1 et au plus tt4 ,elle rpondit simplement qu'elle n'envoyait personne la messe1 puisqu'elle n'appartenait aucune confession4 ,la fille1 lorsqu'elle l'eut fait parler1 sembla moins sotte que le pre2 et sur-le-champ elle la retint4 --,comment vous appelez-vous8 lui demanda-t-elle4 --galit ,lacroix4 --galit8 ,ce prnom-l n'est pas dans mon calendrier4 ,notre dernire bonne s'appelait ,marie2 je vous nommerai comme elle1 ,marie4 ,elle apprit1 en reconduisant ,lacroix1 qu'il tait bcheron1 natif du ,morvan1 qu'il avait quitt tout jeune ce pays de misre o les nobles voulaient tenir les petits4 --,moi1 dclara-t-il1 j'tais majeur sept ans2 j'tais matre douze ans de ce que je gagnais4 ,je suis un fils naturel non reconnu6 ,il articula ce titre de gloire avec une grotesque vantardise1 devant sa fille impassible1 et1 rejetant son feutre en arrire1 il continua3 --,j'ai battu bien des grosses villes1 j'ai fait le maracher1 j'ai roul la vie de ,paris4 ,l o je suis1 j'y resterai six ans et1 aprs1 j'irai ailleurs4 ,j'ai t mari deux fois1 je suis veuf de ma seconde femme4 ,elle avait eu d'un autre un gars avant notre mariage1 je l'ai reconnu--ici1 il baissa la voix--2 j'ai essay l une boule que je ne sais pas si elle russira4 ,le gamin n'est pas fort2 s'il meurt1 c'est ma fille que l'argent revient1 l'argent des grands-parents2 ils ne sont pas malheureux444 ,pauline le poussa presque dehors2 sans quoi il n'et jamais fini4 ,cet homme lui rvlait une espce dplaisante1 le nomade sans feu ni lieu1 cynique1 n'ayant pris de ses anctres paysans que la tortuosit des calculs1 un chtif anarchiste aigri contre tout ce qui l'humiliait4 ,pour elle1 un seul mrite corrigeait ces tares3 affranchi des errements superstitieux1 ,lacroix suivait jusqu'au bout la logique de son incroyance4 ,elle aurait1 dans la personne de ,marie-galit1 une servante faonne1 par un endroit capital1 son image4 ,m4 ,ardel1 rentr pour midi1 ratifia le choix de ,pauline2 il ne la blma point d'avoir baptis d'un prnom usuel et commode la nouvelle venue2 galit choquait ses prjugs de caste1 plus forts que son irrligion4 ,aprs le repas1 vers la fin du dessert1 comme il mditait dans la vapeur d'une tasse de caf et allumait sa cigarette1 quelqu'un sonna4 galit alla ouvrir1 puis revint1 la mine ahurie4 --,monsieur1 c'est un ,monsieur le ,cur qui vous demande1 vous ou ,mademoiselle4 --,un cur6 ,vous ne pouviez pas dire qu'il n'y a personne6 tana le professeur en levant les bras au ciel4 ,ce doit tre pour une qute2 vas-y1 commanda-t-il ,pauline1 expdie-le un peu sec4 ,elle obtempra sans empressement1 et1 pendant qu'elle gagnait par la cour le vestibule1 prparait une phrase de refus4 ,mais une surprise la confondit3 le prtre qui attendait tait celui de la route4 ,elle n'avait pas oubli son cou maigre1 les lignes anguleuses de sa figure italienne4 ,ple1 maladif d'aspect1 il se prsentait dans une contenance douce et modeste2 digne pourtant1 point embarrass2 il vint au-devant d'elle avec un sourire cordial1 mais douloureux3 --,pauline1 dit-il d'une voix qui ressemblait celle de ,victorien1 je suis votre oncle ,jacques2 voulez-vous prvenir votre pre8 ,le visage de ,pauline se fit dur comme un marbre4 ,le griefs de l'oncle ,hippolyte rsonnaient encore ses oreilles1 et l'arrive de ce prtre dans la maison contractait tout son corps d'un malaise insurmontable4 ,elle avait beau savoir qu'il tait son proche1 la violence de ses prventions suffoquait l'instinct du sang4 ,une parole lui brla les lvres3 ,c'est inutile2 mon pre ne veut pas vous voir4 ,mais l'abb la pressait d'un regard humble et imprieux2 il la dominait par la force1 difficile luder1 du faible qui s'appuie sur une ,toute-,puissance invisible4 ,dans la salle manger il avait peru un dialogue1 il se disait3 ,mon frre est l1 et s'avanait vers le seuil4 ,pauline n'osa rien rpondre que ces mots1 d'une froide politesse3 --,veuillez entrer1 monsieur4 ,elle s'effaa devant lui et1 sans pntrer sa suite1 referma la porte2 toutefois elle resta derrire pour couter4 ,le tressaut de deux chaises recules brusquement signifia que ,victorien et l'oncle ,hippolyte1 comme l'approche d'un spectre1 s'taient levs en moi4 ,elle entendit ,m4 ,ardel qui s'exclamait3 --,toi6 ,jacques6 ,est-ce possible8 ,que viens-tu faire par ici8 --,victorien1 expliqua la voix du prtre1 incisive et nanmoins tremblante1 j'ai d quitter le diocse de ,lyon1 je te dirai plus tard pourquoi1 et je suis1 depuis septembre1 cur d'une petite paroisse1 tout prs de ,sens1 ,druzy4 ,hier seulement1 j'ai appris que nous tions voisins4 ,tu ne peux te faire une ide de ma joie4 ,enfin je te retrouve2 il y avait treize ans que je fatiguais ,dieu de cette prire444 --,tu n'es pas encore exauc1 coupa ,m4 ,ardel sarcastique et brutal2 tu sais tout ce qui nous spare4 --,quand on s'est conduit comme toi1 appuya l'oncle ,hippolyte1 je m'tonne qu'on ait le front de se prsenter chez les gens1 aprs avoir tout fait pour les mettre sur la paille6 ,l'abb devait avoir prvu cet accueil2 car la vhmence de l'attaque ne parut qu'affermir sa riposte4 --,mon oncle1 commena-t-il1 je suis bien aise que vous abordiez si nettement la question4 ,le legs de la tante1 jamais je ne m'en suis ml4 ,c'tait moi qu'elle comptait donner les cent mille francs4 ,elle m'a crit ses intentions2 j'ai rpondu que je refusais1 je l'ai supplie de penser vous4 ,cela1 je te l'ai dit une fois3 ,victorien1 tu t'es but ne pas me croire1 sans rflchir que si j'avais ensorcel1 comme tu le prtendais1 la pauvre tante1 j'eusse travaill d'abord mon profit4 ,or1 je n'ai hrit d'elle qu'une miniature et son secrtaire ,empire plaques de cuivre2 et1 dans son secrtaire1 vendredi1 par une rencontre miraculeuse1 j'ai retrouv la lettre o j'opposais mon refus4 ,elle avait gliss entre deux tiroirs4 ,tiens1 lis-la2 l'enveloppe est encore timbre1 date444 ,tout se tut un instant2 ce silence anxieux exaspra la curiosit de ,pauline4 ,les rvlations qu'elle venait d'entendre la bouleversaient3 l'oncle1 dont elle se faisait un monstre1 elle le sentait un homme1 un homme souffrant1 bon1 et envers qui on tait apparemment injuste4 ,chez elle1 la haine de l'injustice tendait s'exagrer1 pour compenser l'indigence d'autres notions morales4 ,une honte brusque la prit d'couter la porte1 comme une petite fille indiscrte1 et elle entra rsolument4 ,l'abb1 debout prs de la table1 piait sur le visage de son frre1 tandis qu'il lisait la lettre1 l'aveu d'une immdiate conviction4 ,victorien persistait en sa rigueur1 et tirait des bouffes de sa cigarette ou en appuyait le bout sur le cendrier4 ,lorsqu'il eut fini1 il remit le pli dans l'enveloppe1 et1 la tendant ,jacques3 --,ce n'est pas ce qui s'appelle un document probant4 ,enfin444 assieds-toi4 ,ce langage et le geste dont il l'alourdissait nonaient une condescendance tellement blessante que ,pauline songea3 ,si j'tais lui1 je m'en irais4 ,mais1 voulant rparer l'aigreur de son pre1 elle rapprocha une chaise1 insista3 --,asseyez-vous1 mon oncle4 ,l'abb avait rougi1 s'tait mordu les lvres2 sa fiert lui commandait de partir2 malgr tout1 allait-il1 ds le premier choc1 consentir une dfaite8 ,il tait venu chercher son frre1 s'humilier devant lui en justifiant ses actes2 maintenant1 il le tenait presque1 il esprait1 bientt1 pouvoir l'treindre dans ses bras1 et1 plus tard1 lui rouvrir ceux du ,pre pitoyable aux curs aimants4 ,son affection l'emporta2 il s'assit donc et dit ,pauline3 --,vous aviez peine quatre ans1 la dernire fois que je vous ai vue1 chez l'oncle ,jrme4 ,je me souviens d'une poupe habille de rouge1 dont vous pleuriez la tte toute fendue4 ,vous l'avez mise sur mes genoux1 je vous ai demand3 ,que veux-tu que je lui fasse1 ta poupe8 ,et vous m'avez rpondu3 ,elle est bien malade1 guris-la4 ,nul de ces dtails ne surnageait dans la mmoire de ,pauline2 mais1 mesure que l'abb parlait1 il cessait d'tre pour elle un tranger4 ,ce n'tait pas seulement sa voix qui sonnait le son des ,ardel4 ,il avait la mme faon que ,victorien de lever et de baisser les paupires sur des pupilles sombres1 tour tour fulgurantes et lasses4 ,la moue ddaigneuse de la lvre renfle s'attnuait d'une compassion meurtrie4 ,la contrainte d'une discipline asctique purait sa maigreur1 faisait son nez plus mince et son menton plus ovale2 une me qui avait beaucoup souffert modelait en son visage quelque chose de la beaut des ,saints4 ,pauline se laissait subjuguer par une vnration2 cependant1 elle ne s'accoutumait pas encore au costume de son oncle3 la funbre soutane1 le chapeau singulier1 les mains gantes de noir hors des manches de la douillette la repoussaient par un vague effroi1 comme si de cet extrieur manait une autorit inquitante1 un pouvoir de vie et de mort sur les hommes4 ,l'oncle ,hippolyte1 ds qu'il vit l'abb s'asseoir1 sortit au fond par la cuisine en grommelant assez haut pour tre entendu3 --,tout l'heure ils s'embrasseront4 ,ah6 c'est du propre6 ,m4 ,ardel avait allum une autre cigarette2 il allait et revenait1 pas allongs1 entre la table et le grand pole de faence que dcorait1 en haut1 un buste de ,stendhal3 --,je souponnais1 fit-il1 que tu gtais dans ces parages4 ,hier soir1 tu as pass devant nous au bas de ,saint-,martin1 tu t'es arrt prs d'un ivrogne4 ,mais par quelle lubie as-tu lch ,lyon pour t'chouer au fond d'une misrable campagne8 --,une aventure1 rpondit l'abb1 comme il n'en arrive qu'aux ,ardel4 ,j'ai soufflet publiquement un jeune faquin de journaliste qui tenait en ma prsence un propos indigne4 ,la presse a men quelque vacarme autour de l'incident2 l'archevch s'est mu4 ,bref1 j'ai compris qu' ,lyon j'tais flamb4 ,tu le sais aussi bien que moi1 par exprience3 dans la vie sociale il est irrparable d'avoir trahi qu'on est violent444 ,ici1 je connaissais un des vicaires gnraux2 les prtres manquent1 on m'a donn de suite une paroisse4 --,et tu es heureux8 ,l'abb crut inutile d'initier ,victorien toutes ses douleurs sacerdotales4 ,druzy1 depuis un demi-sicle1 vgtait dans la plus sinistre indiffrence1 sauf trois ou quatre vieilles femmes1 les villageois entraient l'glise tout juste pour les mariages et les spultures4 ,ils y pntraient1 le chapeau sur la tte et la pipe la bouche4 ,son prdcesseur avait achev de les perdre4 ,on le trouvait quelquefois1 au moment des offices1 ivre-mort en sa cave4 ,il laissait dans les burettes pourrir des cadavres de mouches noyes4 ,les gens l'invitaient par drision des enterrements civils4 ,le clergeon qui lui servait sa messe n'y consentait que s'il empochait1 avant l',introt1 ses deux sous de salaire1 et1 quand le cur oubliait de fermer clef la porte1 il se sauvait pendant la ,conscration4 ,l'archevque avait suspendu le prtre impuissant et mpris4 ,l'glise tait demeure close huit mois1 quand l'abb ,ardel accepta1 pour le ressusciter1 ce pays de mcrants4 ,d'abord1 il avait pleur amrement1 mais sans perdre confiance2 prsent1 ses espoirs se confirmaient1 et ce fut de l'uvre commence qu'il entretint son frre3 --,au dbut1 dit-il1 j'eus la tristesse d'un vigneron qu'on charge de faonner une vigne morte2 j'ai pri seul dans le sanctuaire et j'ai attendu4 ,le premier dimanche1 il est venu deux femmes et une petite2 j'ai chant la grand'messe1 tour tour l'autel et l'harmonium1 bien que ce ne soit pas trs liturgique2 je leur ai parl1 elles ont t contentes4 ,le dimanche suivant1 elles taient cinq2 nous arrivons neuf aujourd'hui4 ,j'ai pu mettre la main sur un vieux chantre et deux enfants de chur1 je les forme au chant grgorien4 ,j'atteindrai certainement quelques jeunes filles2 il y a toujours1 dans une paroisse1 des malades1 des pauvres1 des abandonns2 je vais les voir1 ils me reoivent bien4 ,ne ft-ce pas des lpreux1 des paralytiques et des aveugles qui coutrent les premiers l'vangile8 --a ne te mnera jamais loin1 contesta ,m4 ,ardel4 ,c'est honteux qu'on relgue en un trou un garon de ton mrite6 ,tu devrais comprendre que les religions ont fait leur temps et chercher ailleurs4 ,hier1 l'heure des vpres1 nous avons visit la cathdrale3 elle tait vide4 ,d'aprs ce que j'entends dire1 tes confrres ici ne pensent qu' se chamailler2 vous n'avez mme plus l'nergie du ralliement contre l'adversaire4 ,vos cloches ont bien raison de sonner leur glas monotone1 le glas de ,rome et du ,christ1 le glas des songes qui ne recommenceront plus6 ,l'abb serra fortement son chapeau entre ses doigts2 mais1 sans trop d'impatience1 l'il tendu sur ,victorien1 il rdargua3 --,attends demain1 mon pauvre ami1 et tu seras confus d'avoir si mal prophtis4 ,l'glise n'est pas une chose qui1 tant ne tel jour1 finira tel autre2 l'glise est1 elle est dans le ,christ ternel4 ,elle a terrestrement ses traverses d'angoisse1 mais ce sont des veilles de triomphe4 ,le prcdent sicle fut plus religieux que son an1 le vingtime prsage une re de foi splendide2 ce sera un grand sicle eucharistique4 ,toi qui es historien1 dis-moi donc si jamais1 depuis le moyen ge1 la ,papaut fut plus haute qu'aujourd'hui4 ,il fallait que le monde puist l'exprience de l'erreur4 ,maintenant1 c'est fait2 la libre-pense a vid le fond de son sac2 sur tout ce qu'il importe aux hommes de savoir1 vous n'offrez que des ignorances et des abstractions4 ,vous avez l'air de soldats sans pain mordant leurs cartouches pour tromper leur faim4 ,cela1 tu ne te l'avouerais pas1 ou tu le sens moins que d'autres1 parce que tu as de la moelle chrtienne plein les os2 mais si tu voyais1 comme moi1 chez mes paysans1 la bestialit plate et sordide1 des foyers sans enfants1 et en tout l'abjecte mdiocrit1 ta conclusion loyale serait un cri d'effroi444 ,l'abb s'chauffait dans son loquence1 lorsqu'il discerna sur la mine de ,victorien une maussaderie croissante2 il se leva1 s'approcha de lui3 --,je compte1 fit-il1 changeant de propos1 qu'un de ces jeudis vous arriverez me surprendre2 vous partagerez mon repas d'ermite4 ,c'est moi qui suis mon cuisinier2 ,pauline me donnera des conseils444 ,voyons1 quel jour viendrez-vous8 --coute1 objecta ,m4 ,ardel en se croisant les bras1 j'aime mieux te parler tout rond4 ,des rapports durables sont-ils possibles entre nous1 alors que nous n'avons plus une ide commune8 --,et le sang1 qu'en fais-tu8 s'cria l'abb4 ,mon pre est pourtant le tien6 ,il montrait contre la tapisserie le portrait au crayon d'un vieillard la barbe foisonnante1 dont le front se gonflait de rides sinueuses1 avec d'pais sourcils1 des joues creuses1 une gravit morose1 comme le ,lonard de ,vinci dessin par lui-mme en ses derniers ans4 --,je le revois1 dans cette alcve du quai des ,clestins1 mort1 et si beau que les femmes du voisinage amenaient leurs enfants pour le contempler4 ,avant de mourir1 tu te souviens1 il nous avait dit3 ,mes fils1 aimez-vous2 soyez fidles ,dieu et votre nom444 --,je le sais1 rpliqua ,m4 ,ardel1 sourdement irrit4 ,mais ne t'en prends qu' toi si entre nous deux se dressent d'enfantins concepts thologiques que tu mets au-dessus de la famille1 au-dessus de tout4 ,prisse la nature humaine plutt qu'un dogme1 voil votre principe vous autres prtres4 ,vous faites1 en sens adverse1 comme nos primaires frus de leur morale laque4 ,vous n'tes que des cuistres enjuponns4 ,l'abb1 d'une moue railleuse1 rtorqua sur l'agrg cette pithte de cuistre2 il n'en sentit pas moins l'intention mprisante1 et1 plus vif1 rpliqua3 --,si j'tais un cuistre1 tu ne me verrais pas chez toi4 ,je suis ton frre qui t'aime1 qui ai voulu te le dire1 malgr ta duret et tes injustices4 ,quand vous serez dans la peine1 vous saurez o me trouver4 ,ma cuistrerie moi1 c'est de bnir6 ,ici1 par une faute trop explicable1 il abandonna la partie au moment o il allait peut-tre la gagner4 ,s'il avait insist dix minutes de plus1 ,victorien1 affam de tendresse en dpit de ses allures grincheuses1 sentimental sous ses raideurs de positiviste bourru1 serait aisment parti d'un sanglot et lui et ouvert ses bras4 ,mais l'abb jugea contraire sa dignit d'essuyer de nouveaux affronts2 en prolongeant sa visite1 il courait le risque d'une brouille sans retour2 ses nerfs que1 jusque-l1 il avait pu matriser1 frmissaient d'tre surtendus4 ,il mit sa main dans celle de son frre qui la prit assez froidement2 il la tendit aussi ,pauline2 elle donna la sienne avec une bonne grce attendrie4 --,au revoir1 ,victorien1 dit-il de son air affable1 comme sr1 malgr tout1 de l'avenir4 --,adieu1 ,jacques2 rappelle-toi que de ta moelle chrtienne1 dans mes os1 il n'y a plus rien1 rien6 ,pauline ouvrit la porte de la rue2 dj dehors1 l'abb retourna la tte vers sa nice1 lui envoya1 de ses longs doigts1 un salut affectueux2 une larme avivait ses yeux brlants2 il s'loigna d'un pas press4 ,deux heures1 au mme instant1 sonnrent la cathdrale2 ,m4 ,ardel sursauta3 --,deux heures6 ,un peu plus1 il me faisait manquer ma classe6 ,,iii ,les ,rude1 ce dimanche1 ds les vpres finies1 rentrrent chez eux2 ils attendaient ,pauline et son pre2 ,m4 ,ardel avait annonc l'intention de venir tt1 pour voir1 en bonne clart1 l'atelier du peintre4 ,il faisait un ciel de printemps2 la lumire tait fine comme celle qui poudroie dans les vieilles porcelaines4 ,le vent du sud se jouait avec des banderoles soyeuses de nues2 sur la rivire1 le soleil talait un pont d'argent4 ,au bas de l'autre berge1 en amont1 l'eau comptait les images des peupliers grles2 leurs pointes se confondaient sous une bue blonde1 et1 contre l'arte de la colline1 des atomes de rayons dansaient parmi les ombres4 ,de leur terrasse1 l'angle du cours ,tarb1 les ,rude possdaient ce paysage fluide et riant4 ,l'illusion d'un renouveau1 la mi-dcembre1 semblait si douce que ,mme ,rude et ses deux filles s'accoudrent un moment au balustre4 ,non loin d'elles1 les pattes de devant appuyes un parapet1 leur chienne caniche1 ,javotte1 tendait vers l'espace la truffe humide de son museau4 ,d'une fentre ouverte sortait le murmure d'un violoncelle2 ,julien prludait au concert4 --,je me trouve1 dit ,edme1 lgre aujourd'hui comme une bulle de savon4 --,maman1 demanda ,marthe1 tandis qu'elle regardait le courant frtiller de petites ondes cailleuses1 est-ce les poissons qui font les vagues avec leurs queues8 ,mme ,rude1 en lui rpondant1 ramenait sur la tempe de ,marthe une mche de cheveux gare derrire son oreille4 ,c'tait une mre passionne1 inquite4 ,elle avait1 rendu au ,paradis1 son fils cadet1 ,emmanuel1 mort neuf ans1 dont elle portait toujours le deuil4 ,une croix d'or son cou seule rompait la svrit de son corsage4 ,on aurait pu la prendre pour la grande sur d',edme1 tant elle restait svelte1 aise d'allure4 ,elle gardait un de ces visages maigres qui ne vieillissent gure1 la courbe d'un nez suave nacr vers le bout1 une fossette mutine au coin de sa bouche un peu pince1 des yeux trop saillants1 parfois bizarres1 mais1 l'ordinaire1 d'une transparence bleue1 comme virginale1 et caressante4 --,je suis curieuse de cette ,pauline1 avouait-elle ,edme2 et cependant1 je doute qu'elle puisse devenir ton amie444 ,une paenne1 une athe444 ,mi-espigle1 mi-srieuse1 ,edme rpliqua3 --,il faut bien aller aux montagnes1 quand elles ne viennent pas nous4 ,pauline est moins dure qu'une montagne2 je lui crois un cur capable d'aimer ,dieu1 si elle le connaissait4 --,rentrons1 dit sa mre2 la fracheur tombe2 les ,ardel vont arriver4 ,ils ne tardrent point2 ,edme les introduisit dans l'atelier o ptillait un grand feu de bches4 ,cette pice1 d'une intimit radieuse1 avec ses fentres au couchant1 faisait oublier le banal aspect de la villa4 ,le piano occupait un angle2 un pupitre1 charg de musique1 tait dress2 les toiles du peintre1 des portraits pour la plupart1 composaient une mditative assistance au-dessus de fauteuils ,louis ,,xv1 en bois blanc1 ramages cramoisis1 que ,m4 ,rude avait hrits de son trisaeul4 ,mais1 avant tout autre objet1 les visiteurs aperurent1 en face de la porte1 isol sur la boiserie du fond1 un ,christ d'ivoire4 --,quel besoin d'ostentation croyante6 remarqua ,m4 ,ardel part soi4 ,sur la pense de ,pauline1 l'ombre du ,crucifi glissa4 ,un souffle de bienvenue l'accueillait dans cette maison2 le bonheur ingnu de s'y voir s'panouissait en son regard2 elle entra1 de sa dmarche lente1 avec le balancement tranquille d'une simple robe grise rehausse par des bandes de velours noir4 ,elle tenait un rouleau1 des morceaux de chant qu',edme l'avait prie d'apporter4 ,son air de franchise attnua les premires craintes de ,mme ,rude4 ,julien s'empressa de poser son violoncelle et son archet pour aller au-devant d'elle4 ,javotte vint la flairer comme quelqu'un d'ami4 ,mais1 tout de suite1 ,m4 ,ardel s'approcha d'un tableau pos sur un chevalet1 et1 en apparence1 prs d'tre fini4 ,l'uvre reprsentait un coin de l'hospice de ,beaune1 trois religieuses1 vtues de bleu1 grand hennin1 agenouilles en ligne1 les paumes jointes1 le profil droit1 recueillies dans l'attente de la communion4 ,le jour descendait sur elles d'un vitrail aigu et du ciboire lumineux qu'un prtre1 l'autel1 leur prsentait4 ,la pnombre1 en arrire1 laissait distinguer une vote brune en berceau1 des lits de malades1 le recul d'une salle immense comme le rceptacle de toutes les infirmits4 ,l'ensemble tait peint touches serres1 sans faux-fuyants1 avec cette harmonie tonale1 si rare chez les modernes1 et qu'eurent aisment les vieux peintres1 pleins de foi4 --,c'est bon1 trs bon6 exprima au bout d'un court silence ,m4 ,ardel1 sujet aux brusques enthousiasmes1 mais attentif uniquement aux mrites de la facture4 --,ces femmes ont pos devant vous8 s'enquit ,pauline1 tonne d'un tel sujet4 ,m4 ,rude lucida qu'tant1 lui et sa femme1 de ,beaune1 o son beau-pre faisait valoir un modeste vignoble1 ils y passaient toutes leurs vacances1 et qu'il pouvait1 chaque matin1 patiemment s'assimiler ces religieuses4 --,vous voyez1 ,ardel1 continua-t-il1 je ne m'excite pas des visions factices4 ,j'ai l'horreur des faux mystiques1 de ceux qui singent les ,primitifs1 des charlatans de toute farine4 ,ce que j'ai observ1 je le transcris2 je cherche simplement dcouvrir sur des visages en prire une rflexion d',en ,haut2 car je n'aime portraiturer que des gens qui prient1 ou bien des enfants1 parce que le ciel nage dans leurs yeux4 ,je me suis appropri le prcepte3 ,laissez venir ces petits moi1 et je crois tre plus pur1 tandis que je les peins4 ,celui-ci1 regardez444 --,mon pauvre ,emmanuel trois ans6 soupira ,mme ,rude4 ,et comme c'est lui6 ,de la grande chaise o il tait assis1 l'enfant avait l'air d'interroger les spectateurs avec ses pupilles bleues1 dilates1 trop clairvoyantes1 pareilles celles de ,marthe4 ,ses lvres entrecloses semblaient spares dans une respiration paisible4 ,mais ses traits menus1 la soie cendre de ses cheveux1 son cou trop long1 ses bras minces perdus sous des dentelles indiquaient un tre fragile4 ,au milieu d'un demi-jour argent1 tout en blanc1 neigeux1 immatriel1 il paraissait dj vivre ailleurs444 --,j'admire1 opina ,m4 ,ardel1 qu' l'aide de moyens si sobres vous obteniez une telle puissance d'effet4 ,mais comment n'avez-vous jamais expos au ,salon8 ,m4 ,rude1 presque ahuri1 le fixa3 ,au ,salon6 ,ses toiles fourvoyes parmi les voisinages invitables de crotes et d'horreurs obscnes6 ,au printemps prochain1 toutefois1 il pensait louer ,paris une salle pour y montrer quelques uvres4 --,ces choses-l sont secondaires4 ,mais une ide qui me taquine1 ce serait de pouvoir concentrer en six portraits six principaux types asctiques d'ordres religieux4 ,j'aurais l dix annes de travail merveilleuses4 ,je vous l'ai dit dj1 je vais trs lentement1 et ce n'est pas pour moi seul que je m'vertue bien faire4 ,dans la puret concise d'une ligne1 qui enchantera des gnrations1 je vois un mode de charit2 je sais qu'en visant au parfait je prfigure une ombre de la ,batitude o toute chair sera acheve en sa forme444 ,il causait de ses travaux sans vanit1 simplement et religieusement4 ,par instants1 il enroulait ses doigts les boucles de sa barbe1 et1 comme bloui d'une soudaine conception1 il fermait demi les yeux4 ,pauline coutait les paroles du peintre1 sans comprendre tout ce qu'elles signifiaient1 mais captive par sa voix grave de mme que par les sons d'un orgue4 ,elle sentait que cet homme habitait un jardin radieux ferm pour elle1 et les prestiges de son art l'induisaient le suivre jusqu' la porte4 ,m4 ,ardel1 pourtant1 prouva le besoin d'une objection4 --,je comprends trs bien qu' rtrcir son optique votre pense gagne en force4 ,mais ne souffrez-vous pas de rejeter hors de votre champ visuel presque toute l'immensit de la vie concrte8 ,les matres de la ,renaissance faisaient des tableaux religieux1 mais ils peignaient aussi des scnes populaires1 des paysages1 du nu444 --,voil pourquoi1 dit tout coup ,julien1 ils manquaient tant de profondeur4 ,c'est par le sacrifice qu'on mrite l'extase4 ,or1 dans l'extase1 on tire soi1 pur1 le monde infrieur que les sens atteignent confusment4 --,et puis1 confirma son pre1 quelle folie de s'imaginer qu'on va treindre le grand ,tout6 ,est-ce que l'infinit des images1 quand nous en aurons saisi quelques-unes1 ne s'coulera pas toujours intacte1 inpuisable8 ,mieux vaut donc prendre au torrent ce que peut tenir le creux de notre main4 ,m4 ,ardel1 jamais bout d'arguments1 se disposait rpliquer1 lorsque ,edme1 peu divertie par cette controverse1 entrana ,pauline avec intention vers un tableau voisin3 --,un vieux ,breton et sa fille1 expliqua-t-elle444 ,je les aime comme si je les avais connus4 ,ils taient figurs tous deux genoux sur le carreau d'une cuisine2 le soleil entrait par la croise ouverte2 au dehors1 s'espaaient les pommiers en fleurs d'un verger4 ,le vieux avait un nez court et les pupilles enfonces sous un front rugueux1 de fortes pommettes1 un poil gris mal ras autour d'une bouche tenace1 mais un air de rsignation extatique2 il joignait ses doigts et regardait un crucifix pendu au mur de la haute chemine4 ,sa fille baissait les paupires2 l'ombre de sa coiffe tremblait contre sa joue2 de ses grosses lvres on sentait sourdre les syllabes pieuses qui les purifiaient4 ,l'un et l'autre se tenaient l1 fixs pour l'ternit dans une attitude d'oraison o se condensait toute leur existence1 toute la dvotion d'un peuple4 ,cette peinture ne plut gure ,pauline3 les ,bretons semblaient imposer la foi par la faon dont ils priaient4 ,si peu que pntrt l'impression1 son incroyance se mettait en garde4 ,m4 ,ardel1 sans quitter sa dsinvolture critique1 se montra plus froid que devant les premires toiles2 il s'apercevait davantage d'un dfaut inhrent la probit trop minutieuse de ,rude3 le tourment du dtail engendrait de la scheresse2 tandis que l'artiste1 dans la vie familire1 paraissait ne jamais dmentir sa bonhomie d'allures1 lorsqu'il peignait1 il manquait de confiance en soi1 de cette ampleur que dploie l'improvisation4 ,mme ,rude1 cependant1 conta l'histoire singulire des deux paysans4 ,un prtre1 natif de ,plougastel1 avait migr dans le diocse de ,sens1 parce qu'il se lassait d'tre en son pays vicaire perptuit4 ,on lui donna la cure de ,druzy2 il s'y morfondit de tristesse et mourut1 laissant son pre et sa sur qu'un cur d'alentour retira chez lui4 ,ce vieux et sa fille conservaient des habitudes de longues prires communes o le peintre les avait tudis son aise2 agenouills l'un prs de l'autre ils se perdaient en ,dieu si absolument que nul pisode extrieur ne pouvait les dranger2 une fois1 pendant un orage1 comme ils rcitaient l',anglus1 la foudre tomba sur le toit du presbytre2 ils n'y prtrent mme pas attention4 ,lorsque le pre1 us par les ans1 rendit l'me--c'tait minuit--sa fille attendit l'aube pour en avertir son cur3 ,va zat 7mon pre7 est mort1 lui dit-elle2 venez voir comme il est beau4 ,elle pleurait1 mais de joie1 l'ide que son pre contemplait1 face face1 le ,seigneur dans son ,royaume4 ,pauline eut envie de s'crier3 ,c'tait absurde6 ,pourtant le mot de la ,bretonne3 ,venez voir comme il est beau1 lui remit en mmoire ce qu'elle avait entendu dire l'abb ,jacques sur son grand-pre ,ardel2 sa pense rapprocha la fin mlancolique du pauvre prtre breton et la solitude o languissait son oncle1 rebut des siens2 un mouvement furtif de compassion l'inclina vers le dlaiss4 --,a propos de ,druzy1 nona ,julien1 j'ai pu savoir que le prtre de dimanche en est justement le cur2 c'est bien l'abb ,ardel1 du diocse de ,lyon4 --,c'est lui en effet1 rpondit ,victorien d'un ton qui affectait l'indiffrence4 --,il est venu nous voir1 complta presque en mme temps ,pauline4 ,d'un coup d'il le professeur la tana3 est-ce que les trangers devaient tre mis au fait des pisodes qui se passaient dans la maison8 --,eh bien6 si nous coutions un peu de musique8 insinua ,mme ,rude1 devinant que ,julien avait froiss ,m4 ,ardel4 ,edme ouvrit son piano1 on alluma des lampes1 le violon et le violoncelle s'accordrent4 ,pauline adorait ces prparatifs musicaux2 les sonorits confuses des instruments enfermaient l'attente de l'harmonie qui succderait au dsordre4 ,dans l'audition passive elle pressentait les dlices de rveries incommunicables4 ,les musiciens jourent l',adagio du grand trio de ,beethoven en si bmol4 ,la plnitude du motif peu peu la combla d'une ivresse sentimentale4 ,elle ne s'arrtait pas la tranquillit liturgique de cette large mlodie1 mais croyait y dmler la nostalgie d'un bonheur sans bornes et impossible4 ,vis--vis d'elle1 l'occident1 sur la colline hausse comme un mur brumeux et dans l'eau miroitante1 le crpuscule dveloppait un dais immense de vapeurs violettes et pourprines2 de minces nues roses se dliaient au sein de cette flambe magique2 ,pauline fut envahie d'un frisson qui monta jusqu' ses cheveux3 ,que je suis heureuse6 pensa-t-elle4 ,ah6 si de tels moments pouvaient durer toujours4 ,oui1 sans fin6 ,le violon et le violoncelle reprirent doucement la phrase initiale2 puis1 les tierces du piano dcomposrent en sons fugaces la trame des harmonies4 ,au dehors1 le dais du ciel s'endeuillait2 les cuves fumeuses de l'horizon brunirent2 la rivire se dcolora1 et bientt l'enchantement transitoire1 prmice d'un jour supra-terrestre1 ne fut plus1 au fond du couchant1 qu'un petit reflet de lampe agonisante4 ,pauline aurait voulu le retenir en ses yeux1 ainsi qu'en ses oreilles les phases du chant4 ,l'ide que tout cela lui chappait rabattit son exaltation2 elle comprit alors1 d'une manire obscure1 qu'on pt avoir l'apptit de la vie ternelle4 ,quand le dernier accord expira1 le silence d'ensuite lui parut dcevant2 elle supplia ,m4 ,rude et ,edme de recommencer4 --,n'est-ce pas1 dit ,julien1 que ,beethoven a crit peu de choses aussi transportantes8 ,il atteint l une srnit purement catholique d'motion4 --,on peut y voir tout ce qu'on veut1 opposa ,m4 ,ardel2 pour moi1 je crois fort que ,beethoven suivit bonnement son thme en musicien1 et n'eut aucune de ces intentions adventices4 --,parbleu6 oui1 rpliqua ,julien2 il ne les eut pas1 mais elles y sont quand mme4 ,une dispute s'engagea qui se ft prolonge1 si ,m4 ,rude n'et frapp de son archet un lger coup sur le pupitre4 ,on ritra l',adagio2 ,pauline fut moins remue que la premire fois2 mais elle essayait de saisir le sentiment de ,julien1 ce qu'il appelait l'motion catholique1 et de la sorte elle la subissait son insu4 ,tout l'heure il venait de jeter ce mot3 ,l'glise est le seul milieu o la libert des mes s'accorde exactement avec le poids d'une tradition4 ,elle dmla qu'en effet l',adagio de ,beethoven exprimait un tel quilibre1 et1 par lui1 un tat de paix bienheureuse2 elle rpugnait pourtant conclure comme ,julien2 cette vellit d'analyse se dissipa d'ailleurs parmi d'autres songeries instables4 ,mme ,rude1 aussitt aprs1 la pria de se faire entendre4 ,pauline chanta3 ,plaisir d'amour1 un air de ,martini1 dont la grce noble et simplette s'ajustait la srnit familiale de l'auditoire1 au srieux des portraits1 aux fauteuils de jadis4 ,sa voix1 naturellement limpide1 vibrait d'une tendresse nuance4 ,de bon cur1 tout le monde1 mme son pre1 applaudit1 et ,m4 ,rude lui demanda de chanter encore4 ,edme l'accompagna dans le ,rveil de ,brunnhilde2 cette effusion lyrique correspondait l'intime consonance de toutes ses nergies2 elle la fit retentir pleine gorge1 perdument4 ,mais1 lorsqu'elle se tut1 elle sentit peu d'enthousiasme dans les louanges qu'on lui donna4 ,oppress d'un trouble latent1 ,julien restait assis distance1 le menton appuy sur sa main4 ,m4 ,rude confessa qu'en dpit de splendeurs exorbitantes1 il n'aimait pas ,siegfried2 ,wagner1 sauf dans les ,matres-,chanteurs et les scnes liturgiques de ,parsifal1 n'tait ses yeux qu'un magicien nfaste1 ayant tritur des philtres de dsordre et de vertige4 ,pauline protesta que ces philtres ne pouvaient agir sur les curs sains4 --,plt ,dieu1 ma chre enfant1 rpondit vivement le peintre2 mais qui donc peut se flatter d'tre sain8 ,une discussion aigu allait se dchaner2 ,edme prit ,julien par le bras1 l'attira vers le piano1 s'y remit elle-mme1 et dit trs fort ,m4 ,ardel3 --,nous allons vous jouer une sonate de ,saint-,sans4 ,pauline n'avait entendu ,julien que dans le trio o son jeu se fondait avec celui du violon4 ,jusqu'alors elle le jugeait un rveur candide1 entt ses imaginations dvotes4 ,mais1 de mme que1 pour lui1 le ,rveil de ,brunnhilde avait fait sortir une ,pauline frmissante1 folle de sa jeunesse1 la sonate dcouvrit ,pauline un ,julien qu'elle ne souponnait pas4 ,il attaqua les premires mesures1 comme s'il et lanc au piano un dfi strident4 ,tour tour il tirait du violoncelle des sons crpus et fauves ou tendres jusqu'au sanglot4 ,elle regardait ses coups d'archet vhments1 mais srs2 dans l'pret dont il dtacha une courte phrase interrogative1 elle reconnut son intransigeance dogmatique1 mais rsolue en acte1 nonce avec une furie provocante4 ,son excution et celle d',edme s'harmonisaient fougueusement1 fidles au reste l'uvre qu'ils jouaient1 d'une rectitude inflexible au milieu des plus torrentueuses violences4 ,cette musique causait ,pauline une sorte d'angoisse mle la tension de sa volont lucide4 ,il lui semblait marcher travers des tnbres1 sur une chausse troite coupe par un abme qui l'aspirait1 o filaient des tres innombrables1 dans un horrible et sourd dchirement4 ,quelqu'un venait contre elle1 la poussait en arrire1 au-dessus du gouffre2 elle se dgageait1 rebondissait et courait vers un point d'or vif qu'elle entrevoyait1 haut et loin1 comme un feu sur une tour invisible4 ,les images s'bauchaient1 se dfaisaient1 taient renoues selon les colorations de l'ide musicale2 mais l'esprit de ,pauline1 chaque fois qu'il se drobait l'emprise hallucinatoire des sons1 revenait au seul ,julien2 elle admirait sa vigueur imprieuse et1 nanmoins1 y redoutait confusment1 pour sa propre indpendance1 une menace4 ,l',andante le lui rendit1 tel que d'abord elle l'avait connu4 ,le violoncelle escortait d'un staccato ferme le choral du piano1 cantique d'une foi rsigne1 soumise au mystre4 ,pauline pouvait croire visiter1 comme l'autre dimanche1 une cathdrale4 ,le violoncelle semblait un suppliant qui s'lance un ,dieu cach2 la volupt d'une extase modulait les mtamorphoses du verbe mlodique4 ,les notes graves de l'instrument1 l mme o il s'gayait en dessins rapides1 possdaient l'autorit d'une parole secrte1 apaisante et sainte4 ,mais avec le final1 le piano et lui repartirent comme dans l'ouragan d'une bataille4 ,de rauques dissonances se martelaient entre des pisodes syncops1 plaintifs1 essors d'espoirs inassouvis4 ,un dsir sauvage de conqurir le monde et une volont d'amour mystique alternaient larges intervalles2 ,pauline s'imagina que les mmes sentiments se disputaient l'me de ,julien1 proche de la sienne par ses apptits juvniles2 et1 cette supposition1 elle tressaillit tout entire4 ,au bout de la sonate1 ,edme1 la figure moite et ardente1 trahit que ses muscles avaient excd leurs rserves de force2 ,julien1 au contraire1 parut mis en train par ce nerveux exercice4 ,mme ,rude sonna2 la servante apporta le th4 ,m4 ,ardel s'tonna que ,julien trouvt le loisir de s'adonner la musique1 outre les travaux srieux qu'il poursuivait2 car il prparait son doctorat en droit1 visait entrer dans les consulats4 --,julien est comme moi1 observa ,m4 ,rude2 la vie qu'on est convenu d'appeler positive et l'art se rythment pour lui mthodiquement4 ,mais voyez combien sont mystrieuses les transmissions4 ,mes deux ans ne feraient en peinture rien de fameux4 ,julien sera pote1 orateur1 musicien1 jamais peintre4 ,tandis qu',emmanuel avait l'il d'un coloriste1 et ,marthe dessine des bonshommes pas mal du tout444 ,marthe s'tait perche sur un genou de son pre1 jouait avec sa barbe4 ,javotte1 avide de se faire caresser1 poussa du museau1 l'improviste1 le coude de son matre et projeta hors de sa main la tasse de th pleine qu'il tenait4 ,les jeunes filles en rirent navement2 il fallut essuyer le tapis2 ,mme ,rude rappela la servante2 c'tait une fille d'une simplicit modeste1 joufflue1 panouie1 qu'on sentait joyeuse et familire dans la maison4 ,pauline la compara incidemment galit dont les attitudes sournoises lui pesaient dj4 ,ici1 nulle discordance ne gtait la joie confiante qui tait l'air du logis4 ,elle voulut oublier quelles choses profondes l'isolaient des ,rude1 et se donner l'illusion qu'une telle famille devenait un peu la sienne4 ,mme ,rude reprochait1 devant elle1 ,edme1 de ngliger1 pour son piano1 ses autres tudes2 son mpris des diplmes masquait une excessive paresse4 ,edme1 en croquant un macaron1 fit une pirouette3 --,et si c'est ma vocation d'tre ignorante8 ,tu ne me vois pas change en une intellectuelle1 sche comme un morceau de craie4 --,cependant1 ,mlle ,pauline1 rpliqua sa mre avec un sourire malicieux1 n'a rien d'un morceau de craie1 et je la sais fort cultive4 --,oh6 trs peu1 se dfendit ,pauline1 j'aime la lecture1 ,edme l'aime aussi4 ,j'ai commenc le latin1 pour faire plaisir mon pre2 si j'avais gagner ma vie1 je donnerais des leons de chant2 mais il me dplairait d'tre une licencie ou une agrge4 ,marthe1 sur ces entrefaites1 avait apport un cheval de bois1 sautait dessus1 le faisait osciller1 redescendait4 ,m4 ,rude1 silencieux1 dvisageant ,pauline1 cherchait lire en ses traits les vestiges d'une pense pieuse1 ce signe de lumire1 faute duquel une figure humaine tait1 devant lui1 comme inexistante4 ,m4 ,ardel discutait avec ,julien la sonate de ,saint-,sans qu'il estimait1 vers la fin1 trop frntique4 --,trop frntique6 releva ,julien2 mais1 monsieur1 c'est une uvre crite sous la commotion de la guerre1 et la plus prement guerrire que je connaisse1 sauf la huitime ,polonaise de ,chopin4 --,ah6 vous voil bien1 les mystiques6 persifla le professeur en gat4 ,ds que vous prononcez le mot guerre1 vous semblez avoir bu un lixir enivrant4 ,je ne vous blme point1 les pacifistes sont une de mes excrations4 ,seulement1 chez des chrtiens1 je trouve a baroque tout de mme444 ,julien passa dans ses cheveux sa main maigre1 comme toutes les fois qu'un sentiment nergique le saisissait1 et repartit3 --,pourquoi pas8 ,si ,dieu m'avait fait natre au temps de la bonne ,lorraine1 j'eusse t volontiers des hardis compagnons qui1 sa suite1 culbutrent les garnisons anglaises1 entraient dans les villes reprises1 la lance haute1 fiers de leurs balafres1 et1 aprs avoir chant un ,te ,deum1 trinquaient galamment avec les archers4 ,ce n'est pas le got des tueries1 mais des aventures courir que l'ide de la guerre excite en moi4 ,a vingt ans1 on a dans les veines plus de sang qu'on n'en peut verser4 ,j'ai la certitude que1 le jour o je recevrais ma feuille de route1 je me sentirais immdiatement libr d'une foule de sots apptits qui alourdissent la vie d'un homme4 ,ce serait comme si je partais pour le clotre4 ,rien ne vous met mieux qu'un risque de mort en face de l'ternit4 ,et puis1 dans cet abandon de soi1 il y a une allgresse1 quelque chose comme une participation la batitude du ,christ1 lorsqu'il s'immole444 ,la voix de ,julien s'enflait1 tandis qu'un afflux de penses mettait son tre en vibration2 la simplicit de son accent excluait tout soupon de fanfaronnade1 et ,m4 ,ardel1 en l'coutant1 n'avait plus son air sardonique4 ,les femmes1 autour de lui1 cessrent de causer2 mais ,pauline1 aprs un sursaut d'enthousiasme1 se reprit soudain3 par cette folie chrtienne de sacrifice1 le ,julien qu'elle et rv lui chappait6 ,le carillon fluet d'un cartel prluda au coup de sept heures2 ,m4 ,ardel songea qu'il tait temps de se retirer4 ,dans le vestibule1 ils trouvrent ,marthe1 les mains derrire son dos1 en mditation prs d'une cage o un canari et un serin1 la queue raide et les paupires closes1 sommeillaient sur leur barre1 cte cte4 --,ils ne sont pas morts1 maman8 voulut-elle claircir1 inquite de leur immobilit4 --,non1 ma chrie1 rassura ,mme ,rude2 ils dorment comme des enfants bien sages2 demain1 ils se rveilleront avant toi4 --,regardez1 dans l'eau1 cette moiti d'orange1 dit plaisamment ,m4 ,rude1 tourn vers la fentre du vestibule4 ,elle donnait sur un jardin1 et1 dans le bassin d'une pompe1 flottait la lune demi pleine4 ,sa grise blancheur faisait le sol semblable une nappe d'eau tremblante2 au-dessus d'un mur1 entre les rameaux aigus et noirs d'un tilleul1 des toiles pendaient comme des fruits dors4 ,pauline quitta ,edme et ,mme ,rude avec la persuasion de leur amiti vraie2 la poigne de main qu'changrent elle et ,julien fut d'une cordialit plus discrte2 mais la rserve qu'elle y mit signifiait qu'elle le distinguait des autres4 ,de la porte des ,rude1 les ,ardel1 jusqu' leur maison1 avaient trois minutes de marche4 ,pendant ce trajet1 comme ,pauline ne disait mot1 livre la rumination confuse encore des mille dtails qui lui revenaient de cette visite1 son pre inopinment l'interrogea3 --,tu es muette2 quoi penses-tu8 --,tu veux le savoir1 rpondit-elle en foltrant2 eh bien6 je pensais au sommeil du canari et du serin444 ,mais1 redevenue grave1 elle expliqua3 --,je pensais la question de la petite3 chez les ,rude1 c'est bizarre1 tout le monde a la mort en tte1 et ils sont pourtant heureux6 ,,iv ,au retour1 contre leur attente1 ni le souper n'tait prt1 ni la table mise4 galit1 s'tant oublie dans un bal de guinguette1 venait peine de rentrer1 quand ses matres survinrent4 ,le professeur1 d'habitude1 se mlait peu du mnage2 pour le coup1 il l'admonesta vertement4 ,elle n'osa maugrer1 mais bouscula son fourneau1 fit un beau tapage de marmites4 ,ce n'tait pas la premire fois que ,pauline surprenait en cette fille1 sous l'extrieur apathique commun aux gens du pays1 les rancunes de l'esclave mancipe qui enrage de servir4 ,ds le surlendemain de sa venue1 parce qu'elle charbonnait les portes avec ses doigts1 il avait fallu la gourmander3 ,je veux qu'on soit propre1 avait ajout ,pauline1 je suis minutieuse4--,mais1 moi aussi1 ,mademoiselle1 rpliqua la bonne d'un ton vex4 ,chose plus grave1 ,pauline1 en montant aux mansardes pour s'assurer si galit faisait son lit et balayait1 trouva la chambre ferme double tour4 ,le surcrot de son escapade1 les pendeloques cliquetant sur son corsage1 une odeur de musc que semait sa jupe1 tout avertissait qu'on ne pourrait la garder longtemps4 ,ce souci vulgaire1 aprs les ravissements dont ,pauline sortait1 la jeta dans une tristesse4 ,l'oncle ,hippolyte tait descendu et demanda si1 ce soir1 on ne dnait pas4 ,il marchait de long en large1 par la salle manger1 les mains enfonces dans les manches de sa robe de chambre2 de cinq minutes en cinq minutes1 il tirait sa montre ou la confrontait avec la pendule1 soupirait1 se grattait la tte4 ,une catastrophe autour de lui n'et gure plus drang son rgime d'automate que ce retard de son potage3 serf1 toute sa carrire1 de la ponctualit1 il n'admettait pas1 dans les rouages de son existence1 la plus minime variation4 ,pauline conservait son grand-oncle un sentiment o entrait un peu de la piti qu'on a pour les enfants et les faibles2 par lui elle se prolongeait dans le pass des siens2 elle voyait en ce vieillard un meuble de famille dont l'tonnante survivance paraissait un dfi au destin1 une gageure qu'elle l'aidait soutenir4 ,bien qu'il grognt mme propos de ses attentions1 dclarant qu'on ne devait jamais se tter1 il les attendait1 les rclamait presque4 ,sa nice lui tait ncessaire1 il l'aimait par rapport soi2 mais ce vague retour qu'elle obtenait de lui marquait sur l'gosme du clibataire une victoire unique4 ,pourquoi1 cette heure1 en le regardant circuler comme le balancier d'une pendule1 le trouva-t-elle insupportable8 ,elle opposait l'intrieur paternel celui des ,rude1 chaud de tendresse et d'amnit4 ,les flammes de leur tre clairaient pour elle les creux arides de sa vie4 ,elle mrirait1 vieillirait peut-tre entre deux somnambules dont l'humeur goste la vouait une strile abngation4 ,si elle se mariait1 son pre1 grincheux et jaloux de sa tranquillit1 tolrerait-il un gendre sous son toit8 ,a supposer qu'elle se spart de lui1 ne deviendrait-il pas la proie d'une gouvernante1 ou1 ce qu'elle apprhendait plus encore1 d'une seconde femme8 ,se marier6 ,d'ordinaire elle y pensait peu4 ,que ce soit le plus tard possible1 avait rpondu1 ,roanne1 ,m4 ,ardel dclinant la demande d'un jeune collgue amoureux fou de ,pauline1 gauche d'ailleurs1 pdant1 prtentieux1 et qu'elle n'et point accept sans rpugnance4 ,mais ,julien maintenant occupait le thtre de ses songeries4 ,elle ne s'en croyait pas le moins du monde prise2 il ne lui avait laiss voir aucun signe d'inclination1 pas la moindre de ces nuances prvenantes auxquelles une femme n'est jamais insensible4 ,seulement1 elle se concevait aime de quelqu'un qui lui ressemblerait par sa gnrosit1 ses dons sensitifs1 son ascendant de parole4 ,l'imagination de ,pauline1 d'un bond1 sautait aux extrmes1 achevait le tour d'une ide2 elle assistait ses fianailles et voyait la toilette de ses noces4 ,ici1 pourtant1 la rflexion rabrouait la fantaisie3 un jeune homme1 tel que ,julien1 destin1 selon toute apparence1 un brillant avenir1 pouserait-il une fille presque pauvre8 ,sa dot la plus solide1 elle le savait1 serait l'hritage de l'oncle ,hippolyte2 pour acqurir un mari1 devrait-elle trangler son oncle8 ,et1 surtout un mystique1 semblable ,julien1 ferait-il sa femme d'une libre-penseuse8 ,son mot de l'autre dimanche tintait dans sa mmoire3 ,je ne voudrais qu'un amour long et fort comme l'ternit444 ,c'tait bien ce qu'elle-mme1 de tout son dsir1 aspirait recevoir et donner4 ,mais1 un amour si rare1 elle et souhait d'en puiser1 ds cette vie1 la plnitude1 avec un homme exempt des croyances qui n'taient pas les siennes4 ,elle secoua ses rves1 lorsqu'elle sonna la cloche du dner enfin servi4 ,il fut1 l'ordinaire1 taciturne et expditif4 ,toutefois1 ,m4 ,ardel1 entre la pomme et le fromage1 annona son projet de passer ,paris le jeudi d'ensuite2 il ne reviendrait que le vendredi matin4 --,et tu ne m'emmnes pas8 se rcria sa fille4 ,le3 ,non1 qu'il rpondit1 ne permettait point de rplique4 ,des courses au ministre1 la bibliothque de la ,sorbonne1 des visites o il ne pouvait la conduire empliraient toute sa journe4 --,est-ce que j'y vais1 moi6 observa l'oncle1 pour faire sentir ,pauline1 que1 lui restant1 elle ne pouvait bouger4 --,c'est entendu1 repartit-elle chagrinement1 je serai toujours une sacrifie4 ,l'il vert de ,m4 ,hippolyte1 par-dessous ses lunettes1 s'irrita3 --,tu n'auras pas longtemps l'tre6 ,je sens trs bien que vous vous dites tous les deux3 ,quand donc serons-nous dbarrasss de cette vieille ganache encombrante8 ,ah6 si je pouvais crever bientt6 ,pauline1 furieuse d'une telle injustice1 faillit rpondre3 ,esprons-le4 ,victorien tourmentait sa moustache2 une colre le rendit ple2 ses sourcils se rapprochrent2 il envoya sur le vieillard le feu terrible de ses pupilles1 et1 d'un ton imprieux1 mais correct3 --,calmez-vous1 mon oncle1 et mditez cet axiome3 ,le monde appartient aux esprits froids444 ,l'oncle baissa le nez vers son assiette1 puis se moucha sans insister4 ,victorien promit sa fille qu'elle irait1 pendant les vacances du nouvel an1 ,paris3 elle y choisirait1 chez une bonne faiseuse1 un chapeau4 --,me prends-tu1 dit alors ,pauline rassrne1 pour une petite fille que l'on console avec un bout de chocolat8 ,tu veux voyager seul1 tu as tes raisons1 je ne te les demande pas444 --,tu les connais1 interrompit-il assez durement2 et ce fut tout4 ,a cette crise d'acrimonie succda1 le lendemain1 une priode de paix4 ,l'oncle1 ayant besoin de sa nice pour une reprise un paletot1 voulut se montrer aimable2 il conta1 au djeuner1 son premier voyage de ,lyon ,paris1 du temps o le bateau aubes1 le ,parisien1 vous remontait jusqu' ,chlons2 de l1 on prenait la diligence2 mais1 durant une partie du trajet1 le vhicule1 dgarni de ses roues et soulev avec ses voyageurs sur un wagon1 tait remorqu par une locomotive2 ensuite1 une halte dont le nom ne lui revenait plus1 on revissait les roues1 et la diligence1 remise terre1 repartait avec ses chevaux4 ,devant l'oncle ,hippolyte1 ,paris apparaissait toujours aussi lointain qu' l'poque du roi ,louis-,philippe2 ainsi s'expliquait la gravit que prenait ses yeux le dpart de ,victorien ou de ,pauline pour ,paris4 ,la perspective de cette courte fugue gayait1 au contraire1 ,m4 ,ardel2 ,pauline discerna sans surprise qu'il ne s'ennuierait nullement de la faire seul4 ,le jeudi matin1 aprs l'avoir accompagn1 elle revenait de la gare2 sur le pont1 ,mme ,rude et ,edme la rencontrrent2 toutes deux s'en allaient visiter des pauvres du faubourg4 ,ds qu',edme apprit l'absence de ,m4 ,ardel3 --,eh bien6 dit-elle1 si on nous le permet1 j'irai vous chercher une heure2 et nous sortirons avec ,julien dans la campagne4 ,elles ne s'arrtrent pas longtemps ensemble2 un vent d'est acr leur mordait les oreilles2 l'horizon1 en aval1 se bourraient des nuages1 d'un gris roux de laine sale1 qui annonaient de la neige4 ,mais l'invitation de son amie enfla le cur de ,pauline d'une joie dmesure2 en rentrant1 elle se mit au piano1 roucoula de longues vocalises2 puis1 tout d'un coup1 elle se gronda de cette exubrance4 --,serait-ce cause de ,julien8 ,quelle folle je suis6 ,vers midi1 la neige commena2 il ne volait encore que des flocons disperss par la bise1 des papillons de neige4 ,edme fut exacte au rendez-vous2 sa figure1 sous le capuchon d'un manteau1 tait frache comme une fleur d'glantier4 ,julien1 les jambes serres par des molletires1 et avec un caban de toile cire1 avait la tournure d'un jeune lieutenant qui part en reconnaissance4 ,il tendit la main ,pauline1 lui demanda de quel ct elle prfrait se diriger4 --,o il vous plaira1 rpondit-elle2 mais les hauteurs sont plus tentantes4 ,ils gagnrent donc1 au del de l',yonne1 les collines1 droit devant eux1 gravirent1 dans une gorge humide1 le sentier du ,ru de ,chivre1 et se trouvrent en pleins champs1 au bord d'un plateau o le vent abattait les tourbillons d'une neige de plus en plus paisse4 ,ils avanaient contre elle1 les joues cingles1 les yeux entreclos1 et1 dj1 ne s'entendaient plus marcher4 ,le grsillement des flocons s'assourdissait sur la terre blanche4 ,edme prouvait une douceur de se mler cet ensevelissement silencieux2 ,pauline1 la volupt batailleuse de cheminer1 en dpit du froid et de la tourmente1 dans un pays nouveau1 que la neige faisait immense et fantastique4 ,julien les prcdait1 et1 de temps autre1 se rapprochant d'elles1 leur lanait une parole brve4 ,la route s'engageait entre des taillis de jeunes bois2 quelques feuilles dbues battaient au bout des branches2 les ramilles se croisaient en rseaux dlicats1 semblables1 dit ,julien1 l'entrelacs des veines sur la main d'une femme4 ,et il regarda celle de ,pauline1 comme si1 travers son gant1 il et suivi1 sous sa peau1 les lignes bleutres4 ,ce fut l'aveu1 peine saisissable1 de sensations qu'il rprimait4 ,en lui1 les mouvements de l'instinct et l'effort de les matriser se succdaient par subits contrastes4 ,plus loin1 ils aperurent1 autour d'une mare1 des osiers rouges oscillant1 si rouges que leurs tiges paraissaient enduites d'un sang fig4 --,quand je vois de ces osiers-l1 exprima-t-il comme pour lui-mme1 ils me font songer aux verges de la ,flagellation444 ,pauline1 tout trangre qu'elle ft l'histoire du ,christ1 comprit de quelle flagellation il se souvenait4 ,deux semaines plus tt1 elle et tax de folle son ide2 aujourd'hui1 elle dsirait saisir le pourquoi d'un tel rapprochement4 ,d'ailleurs1 la solitude et le vent glac1 la rflexion brillante de la neige portaient son cerveau un tat de clairvoyance o ses lourds prjugs se dissipaient4 --,vous tes tonnant1 fit-elle4 ,a quoi bon chercher de la souffrance1 mme dans les plantes qui ne souffrent pas8 --,elles souffrent une peine confuse1 reprit1 avec animation1 ,julien1 le deuil du premier ,paradis1 l'attente de la gloire et de la paix dernire4 ,toutes les cratures ont sur elles le signe de la ,passion1 puisqu'elles sont l'uvre du ,verbe fait chair et crucifi par consentement depuis l'origine des sicles4 ,mais nous1 nous savons qu',il souffre1 et cause de nous4 ,supposez-vous chrtienne1 chrtienne totalement--non comme moi qui sais ce qu'il faut faire et ne le fais pas1--chercheriez-vous dans cette vie autre chose qu'un miroir de la ,rdemption8 --,tout est l1 dit ,pauline1 vous admettez la ,rdemption2 moi1 je ne puis pas4 ,l'innocent ptir pour le coupable1 c'est horrible1 c'est monstrueux2 vous adorez un ,dieu froce1 avide de sang1 et1 ensuite1 un ,dieu qui se laisse torturer et qui meurt comme un misrable1 pour payer une faute commise contre lui1 ,dieu4 ,la contradiction me rvolte444 --,ah6 protesta ,julien d'un ton d'affectueux reproche1 vous n'avez gure le sens de l'amour4 ,est-ce que les hommes ne sont pas tous un seul homme8 ,d'innocent1 il n'y en a point4 ,j'ai moi-mme une faible exprience de la douleur2 mais je sais que je vaux peu ou rien4 ,voil pourquoi nulle injustice ne me heurte dans les calamits qui pleuvent sur le monde autant que ces flocons de neige sur nos ttes4 ,si j'tais un cur moins tide et puril1 je voudrais expier pour ceux qui ont le plus mrit de souffrir4 ,dieu seul aime absolument1 comme ,il est juste absolument4 ,dans l'abme o se joignent la ,justice et l',amour1 vous ne pntrez pas1 moi non plus1 ni personne2 c'est le mystre des mystres4 ,mais le pch et la douleur sont des faits2 la ,rdemption aussi1 et un fait1 sans lequel les deux autres rendraient l'existence incomprhensible444 --,il s'agirait d'abord de prouver1 objecta ,pauline1 que le pch n'est pas un mythe4 --,alors1 intervint ,edme d'une manire ptulante1 vous ne pchez jamais8 ,vous avez de la chance6 --,et vous1 quels crimes pouvez-vous bien commettre1 exquise et bonne comme vous l'tes8 --,oh6 moi6 reprit ,edme1 sans trop de contrition dans l'accent1 du matin au soir je pche4 ,au moment o je me lve1 j'ai la paresse de me lever2 pendant que nous disons la prire1 je me dissipe vingt fois par minute4 ,si je djeune avec du pain rassis1 je soupire l'ide d'une brioche4 ,je sors2 les glaces des devantures me renvoient la silhouette de ma personne1 et je n'en suis pas mcontente1 je lis dans les yeux des passants qu'on me trouve bien4 ,vous avez tort de me croire bonne2 je me prive rarement pour les pauvres1 j'ai une langue pointue2 quand arrive un ennui aux gens qui ne m'aiment pas1 mon premier cri1 si je ne me retenais1 serait3 ,tant mieux6 etc41 etc444 ,peut-on savoir tout le mal dont on est capable8 ,pauline se mit rire3 en cette confession elle ne dmlait que l'enfantillage de scrupules dvots1 superficiels du reste1 puisqu',edme les nonait aussi cavalirement4 ,il lui tait difficile d'atteindre une me catholique de moyenne espce1 forme aux minuties de l'examen de conscience1 et familire avec les sacrements1 choye dans le giron de l'indulgente glise1 o1 sachant le pardon sa porte1 elle se tourmentait peu de ses faiblesses4 ,ils descendirent en silence au pli d'un mamelon qui les abrita du vent4 ,la neige continuait tomber d'une chute imptueuse et molle2 les bois1 sous cette toison gristre1 perdaient leur couleur brune d'corce de chtaigne2 ,pauline1 malgr la cuisson de l'air froid sur ses joues1 se figurait marcher dans une chambre tendue de ouate4 ,a la fourche de deux chemins1 le long d'une pente1 les toits d'un hameau parurent2 une vieille femme en venait1 sa hotte aux paules2 elle prsentait un profil sec et fin1 sans caractre comme sans vulgarit1 effigie use d'un ancien type rustique4 ,edme1 d'un signe de tte1 lui dit bonjour2 la vieille1 au lieu de rpondre1 baissa le nez par maussaderie4 --,nous ne sommes plus au temps1 dit ,julien1 o le salut des paysans faisait les routes hospitalires mme aux inconnus qu'ils croisaient4 ,a prsent1 les matres1 savez-vous comment ils les appellent8 ,les cranciers4 ,lorsqu'ils nomment1 ici1 tout prs1 la comtesse du ,frnoy1 ils disent tout court1 la faon des sans-culottes3 la ,frnoy4 ,les vastes communs d'une ferme antique tranchaient parmi des masures2 le pignon moussu d'une de ses mansardes pointait hors de la neige2 une lucarne se couronnait d'un fronton triangulaire1 pompeux et d'autant plus baroque qu'au-dessous s'appuyait une fruste chelle dont les chelons taient noirs de purin4 ,edme apprit ,pauline que cette ferme dpendait jadis du ,frnoy1 et1 indiquant l'ouest le chteau invisible derrire les futaies1 elle narra de son histoire un pisode attendrissant4 ,il appartenait1 vers la fin de la ,restauration1 un certain marquis de ,subligny1 lequel avait fricass son bien dans de sottes aventures1 et dut laisser vendre avec son mobilier la maison de ses pres1 mais se rfugia non loin1 dans une bicoque1 seul en compagnie d'un vieux domestique4 ,celui-ci nourrissait son matre de la culture d'un jardin et des conomies faites sur ses gages d'antan4 ,le marquis1 cependant1 se mourait de consomption et du chagrin d'avoir gaspill sa jeunesse4 ,quand les acqureurs du chteau connurent son triste tat1 ils lui offrirent en sa propre demeure l'hospitalit4 ,on lui rserva le plus seigneurial des appartements1 et1 l1 entour de ses meubles1 de tout ce qui perptuait les fastes de sa famille1 il s'en alla d'une fin douce1 dans l'illusion d'tre encore le matre de cans4 ,l'anecdote toucha ,pauline plus qu'elle ne l'et fait en d'autres lieux4 ,la mlancolie qui tombait sur la campagne muette o le jour semblait dj moribond lui insinua une sympathie lointaine pour l'inconnu dont elle coutait la lgende4 ,la communaut d'un sentiment fugitif1 son insu1 la rapprochait davantage d',edme et de ,julien4 ,julien voulut regagner la plaine en coupant au milieu des terres4 ,il ne s'y dcida point sans consulter ,pauline dont les chaussures un peu minces courraient quelques risques dans les sillons combls de neige4 ,elle se moqua de l'avertissement1 se prtendit infatigable4 ,ils s'avancrent donc hors des chemins frays4 ,la bise1 maintenant1 leur jetait contre le visage des poignes de flocons1 qui1 se figeant au bout de leurs cils1 les aveuglaient demi4 ,par endroits1 ils arrachaient avec effort leurs pieds de la neige profonde3 ,pauline ne sentait plus la pointe de ses orteils2 elle soutenait pourtant son entrain4 ,julien se rendit compte qu'elle et ,edme auraient peine s'en tirer jusqu' la grand'route2 il leur proposa fraternellement toutes deux son bras4 ,pauline le prit d'un geste rserv4 ,mais1 comme elle bronchait au creux d'une ornire1 elle serra fort la manche de son guide dont l'appui nerveux la maintint d'aplomb4 ,la vigueur de ,julien se communiquait sa volont1 attnuait sa fatigue4 ,les champs1 au crpuscule1 s'amplifiaient et paraissaient avoir perdu leurs horizons2 cependant ils dcouvrirent une ferme solitaire prs de laquelle se hrissaient en ligne des poiriers1 pareils1 sous la neige1 dit ,edme1 des porte-cierges1 quand de la cire y a coul4 ,elle ajouta en regardant son frre3 --,il ferait bon s'arrter1 l-bas1 cogner la porte1 comme le petit ,poucet1 et se griller vis--vis d'un bon fagot4 --,vous tes lasse8 dit ,pauline1 pour se convaincre qu'elle-mme ne l'tait point4 --,encore une demi-lieue1 appuya ,julien1 et nous empoignons la route4 ,imaginez-vous jusque-l que cette cte1 devant nous1 est un sommet des ,alpes o nous allons sauver des voyageurs en dtresse444 ,pauline n'avait pas besoin de stimulation2 elle et souhait que leur aventure ne fint jamais2 et elle jouissait d'unir sa marche au pas ferme de ,julien2 mais1 tout coup1 par une coquetterie irraisonne1 elle quitta son bras4 ,l'imperceptible dplaisir qu'elle crut1 un froncement de sourcils1 deviner en lui1 la traversa d'une joie secrte444 ,a prsent ils dominaient la valle confuse et des peupliers tordus d'o s'enleva une bande de corbeaux1 comme des loques noires charries par le vent4 ,ds qu'ils furent au bas du coteau1 sur la route plate1 ,julien se tourna vers ,pauline3 --,savez-vous o nous sommes8 ,a un quart d'heure de ,druzy4 ,voulez-vous faire une surprise votre oncle8 ,un instant elle hsita3 sa mfiance du prtre se rveillait l'ide d'entrer chez lui2 et que dirait son pre de cette visite8 ,mais elle commenait sentir1 comme ,edme1 sa lassitude2 une curiosit1 le pressentiment du bonheur qu'elle porterait son pauvre oncle1 le dsir tacite de ses deux compagnons1 tout la dcida4 ,l'glise de ,druzy commande1 la faon d'un chteau fort1 les approches du village2 ancienne collgiale1 de loin elle prend des proportions qui tonnent3 les flancs de son vaste chur s'vident et poussent au dehors des prolongements toit aigu2 le chapeau d'une tourelle s'appuie contre sa nef au-dessous d'un vigoureux clocher roman4 ,de prs1 elle trahit des tristesses de ruine2 une moisissure verte suinte de ses murailles l o le lierre vorace ne s'en est pas rendu matre4 ,julien cherchait du regard1 proche l'glise1 le presbytre1 quand il reconnut1 dans un chemin montant1 la porte que surmontait une croix rouille4 ,il tira la corde d'une cloche2 des sabots1 sur le sol feutr1 rsonnrent sourdement1 et l'abb ,jacques vint ouvrir en personne1 car il se passait de servante4 ,a la vue de ,pauline1 il demeura comme suffoqu1 rougit d'un transport qu'il ne chercha pas contenir4 --,je vous esprais1 dit-il se ressaisissant2 et ,victorien1 o est-il donc8 ,pauline1 en quatre mots1 sans mensonges de politesse1 lucida comment le hasard l'avait conduite proximit de ,druzy2 elle prsenta ,edme et ,julien4 ,l'abb les mena dans sa cuisine2 il y instruisait1 cette heure1 les enfants du catchisme2 la sacristie1 o il le faisait d'ordinaire1 et t1 par ce froid1 malsaine4 ,une lampe de cuivre sans abat-jour tait pose sur une table de bois blanc2 deux petits gars et deux petites se tenaient assis en rang1 un livre entre leurs mains1 le dos tourn au feu1 et la neige du dehors claircissait leurs visages de son reflet immacul4 ,le cur alla prendre pour ses htes des chaises dans la pice voisine2 tandis que les jeunes filles se scheraient au coin de l'tre1 il demanda la permission d'achever son catchisme2 l'assistance imprvue y ajouta une solennit4 ,pauline remarqua tout de suite que les garons possdaient mal le texte qu'ils rcitaient et ne semblaient rien y comprendre4 ,les petites1 au contraire1 plus dniaises1 levaient souvent le doigt pour rpondre4 ,la moins grande1 qui s'appelait ,louise1 avait un air espigle et fut2 ses cheveux bruns dpassaient le chle blanc qu'elle gardait sur sa tte2 ses yeux1 d'une limpidit si brillante que ses cils mme paraissaient bleus1 sa bouche menue1 son teint rose s'animaient de grces mutines2 quand elle ne savait pas1 elle faisait une jolie moue1 et1 en se dandinant1 interrogeait le plafond4 ,l'abb leur expliquait l'existence de ,dieu dont personne1 visiblement1 ne leur avait parl2 et il tchait de mettre leur niveau une preuve image de la ,cause cratrice4 --,vous avez vu1 mes enfants1 des anneaux aimants pendre les uns aux autres2 d'o leur vient tous la puissance qu'ils ont de se tenir entre eux8 ,louise1 d'o vient-elle8 ,voyons1 ,augustine8 ,ernest8 ,charles8444 --,eh bien6 reprit-il1 comme tous se taisaient1 elle vient d'un premier aimant444 ,vous vivez4 ,d'o vient la vie8 ,elle vient de quelqu'un qui a t avant vous1 avant vos pres1 qui a toujours t4 ,il s'nonait avec une gravit affable1 haussant peu la voix1 et l'attention des enfants semblait suspendue ses lvres1 comme par l'aimant qu'il voquait4 ,pauline1 forme1 selon le pli paternel1 valuer les gens sur leurs mrites d'intelligence1 reconnaissait son oncle une parfaite clart d'exposition4 ,elle voulait ngliger la substance de sa doctrine1 mais suivait1 malgr tout1 cette mtaphysique lmentaire aussi neuve pour elle que pour les jeunes sauvages de ,druzy4 ,lorsqu'il eut achev1 il se mit genoux sur les carreaux1 les y fit mettre autour de lui1 et1 tous ensemble1 ils dirent le ,pater1 puis l',ave4 ,julien et sa sur se joignirent l'oraison commune4 ,les enfants observrent que l'autre demoiselle demeura1 hors du cercle1 assise1 et fixait les braises du foyer4 ,elle reut pourtant1 les entendre1 la rvlation de ce que peut tre la prire3 la voix de l'abb ,jacques imprimait aux mots rpts par ces bouches enfantines une ferveur si simple qu'une religion paraissait natre dans cet humble lan vers le ,pre qui est dans les cieux et la ,vierge bnie entre toutes les femmes4 ,la douceur de prier1 jamais ,pauline ne l'avait comprise4 ,maintenant1 elle admettait1 au moins en ide1 le besoin d'invoquer la ,cause inconnue1 quand mme nous ne savons pas o s'en va notre appel4 ,cette sympathie d'motion se mlait la pauvret accueillante du presbytre1 aux dlices du feu dont la tideur coulait en ses membres1 et des rminiscences plus lointaines de foi familiale que le contact de son oncle ranimait au fond d'elle4 ,les enfants congdis avec des bons points et des images1 l'abb1 au bout de quelques minutes1 revint1 tenant une bouteille de ,chablis mousseux4 --,ut vinum ltificet cor hominis1 dit-il tout jubilant de voir sa nice sous son toit4 ,et1 pour la fter1 comme le pre de famille immola le veau gras1 il apportait son unique bouteille de choix4 ,il se mit en devoir de la dboucher2 mais le bouchon rsistait son effort2 ,julien s'empressa de la lui prendre1 et1 d'une main aise1 dlivra le vin fumant4 --,c'est en cette cuisine1 dit ,edme1 je la reconnais1 que mon pre vit le vieux ,breton et sa fille agenouills444 --,au temps de ,m4 ,le ,goff1 sans doute8 ,j'ai lu ce nom sur le registre de mes prdcesseurs4 ,ah6 ce registre1 il contient des choses bien affligeantes6 ,quarante annes durant1 ma pauvre paroisse eut un prtre constitutionnel4 ,faut-il s'tonner que la foi s'y soit perdue8 --,comme vous devez tre seul1 mon oncle1 fit ,pauline1 tous les soirs1 dans cette maison6 ,l'abb venait de lever la sant de ,victorien son verre o il ne s'tait vers qu'une goutte2 il y trempa ses lvres et sourit3 --,mais1 je ne suis pas seul1 ma chre enfant2 j'ai toute la communion des bienheureux et les trois personnes de la sainte ,trinit pour compagnie4 ,d'ailleurs1 ajouta-t-il1 mme extrieurement ses journes taient si pleines6 ,le matin1 aprs sa messe1 et son mnage fait1 il travaillait une heure son potager1 quoique le sol n'en valt rien1 la craie sortant fleur de bche4 ,ensuite1 il s'adonnait un ouvrage de thologie1 un grand catchisme historique qui exigeait d'normes lectures4 ,l'aprs-midi1 il s'en allait voir ses paroissiens1 ceux des hameaux distants1 o1 depuis une gnration1 pas un prtre ne s'tait montr2 il choisissait les jours de pluie et les temps affreux1 sr d'atteindre les gens au logis2 et ils osaient moins alors lui fermer leur porte4 ,les rebuffades ne l'effrayaient point2 la veille1 entrant pour la premire fois chez une paysanne1 il s'tait prsent comme le nouveau cur4 ,qu' qu'a m'fait moi8 ,telle fut sa rponse2 et elle lui tourna le dos1 partit dans son table4 ,on l'avait prvenu que1 sil pntrait en de certaines fermes1 sa visite aurait pour les tenanciers l'allure d'un dfi leurs opinions2 ils lcheraient leurs chiens contre lui4 ,il s'y tait rendu quand mme2 les chiens l'avaient laiss tranquille2 mais1 l'aspect de sa soutane1 comme l'approche d'un sorcier ou d'un lpreux1 matres1 domestiques1 enfants s'cartaient1 on touchait du fer1 on se cachait avec une sorte d'horreur superstitieuse4 ,d'autres le repoussaient1 parce qu'ils avaient des tares dans leur vie1 une femme notamment dont ses voisins racontaient qu'elle avait empoisonn en son berceau son fils unique4 ,d'autres l'accueillaient1 l'invitaient prendre un verre2 nanmoins1 il ne pouvait leur parler que du bestial1 des rcoltes1 de la sant des enfants2 ds qu'il en venait la religion1 tous prenaient un air stupide4 ,un point surtout les ahurissait1 c'tait qu'ils fussent capables de pch4 --,des pchs6 se rebiffait un vieux moribond2 mais1 monsieur1 je puis lever la tte1 j'ai toujours t un honnte homme4 --,j'en ai bien1 moi1 des pchs1 rpliqua l'abb ,jacques4 --,vous en avez6 ,eh bien6 c'est du propre6 ,pourquoi alors que vous vous tes fait cur8 ,pauline1 en coutant ces propos1 se souvint de ce qu'elle-mme avait ressenti la venue de son oncle2 et elle eut presque honte d'avoir partag les prventions de rustres imbciles4 ,la figure du prtre1 lamine par les jenes et la contention intrieure1 exerait sur elle un prestige que1 pour l'instant1 elle se plaisait subir4 ,on et dit qu'un pouce surhumain1 appuyant sur ses joues1 y avait creus deux trous d'ombre1 pour faire saillir plus fortement ses os d'ascte et renfoncer la pointe de son regard4 ,ses doigts1 qui se joignaient1 puis se sparaient tout d'un coup1 accusaient le fond de violence nerveuse qu'il s'appliquait rfrner2 mais une paix transcendante1 indfinissable flottait autour de sa personne3 ,pauline se voyait infrieure lui1 et cependant elle n'en souffrait pas2 elle trouvait plutt dans cet abaissement la dlivrance d'un malaise obscur4 --,quand le temps est beau1 continuait-il1 je m'en vais travers champs1 je lis l mon brviaire2 je tche de joindre les hommes au travail4 ,j'ai conquis l'amiti d'un berger natif du ,morvan2 il mne le long des communaux ses deux cents moutons et ses deux chiens1 et il vit1 tout le jour1 dans le silence1 appuy sur sa houlette4 ,nous sommes faits pour nous entendre444 ,le soir1 je me remets mon ouvrage1 puis je retourne l'glise4 ,j'en ai besoin2 voyez-vous1 il y a pour le cur de ,druzy1 comme pour bien d'autres1 des heures trs douloureuses4 ,je ne parle pas des affronts que je dois avaler comme de l'eau1 des mourants qui me ricanent au nez1 du maire que je croisais1 dimanche1 escort de son conseil1 allant faire un baptme civil1 et il fallait voir de quel il ces messieurs me regardaient6 ,mais lorsque je songe que1 sur six cents mes moi confies1 j'en atteins une vingtaine au plus1 je voudrais1 pour dompter ces endurcis1 le pouvoir des miracles1 je sens mon indignit crasante1 et parfois je m'tonne que les pierres de mon glise ne crient pas avec moi vers ,dieu leur dsolation4 --,oh6 je vous comprends1 exprima ,julien1 touch par l'accent de cette confidence4 ,moi-mme1 qui ne suis qu'un cervel1 j'ai1 par moments1 de ces ides-l1 il me semble que des prodiges d'expiration suffiraient peine2 la terre1 plus que jamais1 a soif des saints et des martyrs444 --,mon oncle1 fit ,pauline et se levant1--car cet change d'ardeurs mystiques o elle n'avait aucune part l'indisposait1--nous allons vous dire3 ,au revoir2 l'oncle ,hippolyte se croirait perdu1 si le dner n'tait pas servi la minute o il l'attend4 --,attendez1 je veux que vous emportiez quelque chose de votre visite4 ,un souffle glacial sortit de la porte qu'il ouvrit au fond2 dans la chambre o il pntra le vent se plaignait comme un enfant sans mre4 --,voulez-vous voir mon cabinet8 ,pauline et ,edme1 puis ,julien en passrent le seuil2 le froid de ce lieu leur donna le frisson3 un papier1 en guise de vitre1 battait contre un des montants de la croise4 ,l'abb1 d'un ton joyeux1 expliqua sa misre3 le bois de la fentre tant moisi1 comme il l'ouvrait tout l'heure pour clore ses volets1 l'espagnolette et un des carreaux lui taient rests entre les doigts4 ,le dlabrement des parois elles-mmes causait un phnomne trange3 la tapisserie1 troue par endroits1 se gondolait chaque bourrasque2 le mur semblait vaciller avec des ombres fumeuses1 tandis que les flammes de la lampe clairaient quelques gravures appendues1 le portrait du ,pape entre une estampe du saint ,bruno mourant de ,lesueur et la ,vision de ,zacharie d'aprs ,gustave ,dor4 ,edme entrevit un harmonium dans un coin1 une table de travail en bois blanc comme celle de la cuisine1 et ,julien s'approcha des livres rangs avec mthode sur des rayons2 il n'y reconnut pas un seul de ces volumes mondains dont les prtres dsuvrs de la campagne se plaisent gayer leur bibliothque1 mais uniquement1 les ouvrages o s'est condense la forte moelle de la tradition thologique depuis les ,pres jusqu' ,franzlin et ,mgr ,pie4 ,pauline1 se demandant quel souvenir son oncle lui rservait1 s'attendait1 non sans ironie1 une image de pit2 il s'tait assis devant le secrtaire de la tante ,ltitia1 et il prit dans le tiroir une miniature qui reprsentait une jeune dame en toilette du premier ,empire1 les paules et les bras nus1 ayant des accroche-cur sur le front1 des frisons sur les joues1 un air de tendresse aimable et de smillante ingnuit4 --,tenez1 dit-il ,pauline1 c'est votre arrire-grand-mre paternelle2 ,victorien la dsirait4 ,ce cadeau imprvu la transporta2 plus d'une fois le regret l'avait prise d'ignorer presque tout de cette aeule1 qu'elle savait par ou-dire1 charmante4 ,a prsent1 elle possdait au moins ses traits2 que ne pouvait-elle percevoir le timbre de sa voix1 vivre en sa compagnie1 lui dire qu'elle l'aimait6 ,elle cartait la miniature pour la faire mieux voir ,edme2 l'abb1 derrire elle1 haussait la lampe qu'il protgeait de sa main contre les coups de vent1 et ,julien1 comparant le profil de la dame celui de ,pauline1 admirait la fidlit d'une race une noblesse de type longuement acquise4 ,l'abb1 lorsqu'ils partirent1 voulut les raccompagner jusqu' la petite gare1 au bas du village4 ,le grsil neigeux1 plus menu1 pleuvait du ciel nocturne1 tel que de la farine coulant hors du blutoir4 --,les jolis arbres de ,nol6 dit ,edme en face des pommiers tout blancs4 --,la neige1 reprit ,julien1 est une chose douce comme la manne dans le dsert4 --,oui1 rpondit l'abb1 une tombe de neige ressemble la descente illimite des ,hosties saintes sur les autels444 ,sa phrase1 que coupa le sifflet du train1 remit une distance entre ,pauline et lui2 un instant plus tt1 elle et volontiers embrass son oncle1 oubli qu'il tait prtre4 ,julien1 pendant le bref trajet1 avec une flamme extraordinaire1 loua la sublimit de cette me sacerdotale heureuse dans l'abngation et soumise mme aux opprobres4 ,pauline n'acceptait qu' demi son langage1 mais elle recevait l'influx de son nergie qu'elle sentait courir le long de ses nerfs en ondes sourdes4 --,vous verrez1 insinua ,edme finement pour confesser son frre1 qu'un de ces matins ,julien suivra l'exemple de votre oncle4 --,hlas6 non1 rpliqua-t-il1 le monde me tient trop444 --,c'est dommage1 lui jeta ,pauline1 vous seriez parfait en abb4 --,comme vous en carmlite4 ,un sans-faon d'amiti exempt de toute aigreur anima cette riposte3 qu'ils taient loin dj de leur premire rencontre6 ,si ,pauline avait pris le temps de s'examiner1 elle et t confuse d'avoir tressailli d'un bonheur furtif entendre que ,julien ne serait pas un prtre2 et pourquoi se donnait-elle l'air de souhaiter qu'il le ft8 ,une fois rentre au logis1 durant le souper monotone1 puis dans sa chambre1 assise vis--vis d'une flambe1 tandis qu'elle reprisait le paletot de l'oncle ,hippolyte1 elle laissait les impressions de l'aprs-midi se dvider capricieusement en sa mmoire2 mais une question insistante qu'elle ne s'tait pas encore pose la tira de la somnolence o le bien-tre du feu liait son cerveau tourdi par la froidure et le vent3 ,julien n'avait-il pour elle qu'une sympathie phmre8 ,devait-elle chercher au fond de ses gards l'arrire-pense de la convertir8 ,certains signes pourtant1 des nuances de gestes1 des coups-d'il brusques semblaient avouer un attrait involontaire1 presque un sursaut de passion4 --,au reste1 conclut-elle en se couchant1 qu'il sente et veuille ceci ou cela1 peu m'importe4 ,son besoin de se dfendre dmentait son indiffrence affecte2 elle s'endormit avec la lumire des yeux de ,julien contre ses yeux2 et elle voyait remuer ses lvres vermeilles articulant ce blme qu'elles rendaient suave3 ,ah6 vous n'avez gure le sens de l'amour444 ,au milieu de la nuit1 un bruit insolite1 venant de la rue1 la rveilla3 quelqu'un1 en bas1 prs de la porte1 secouait ses semelles charges de neige2 serait-ce son pre revenu par un train tardif8 ,elle se leva1 entr'ouvrit sa porte1 et faillit lcher un cri en reconnaissant de dos galit2 une petite lanterne dans une main1 ses chaussures dans l'autre1 la bonne1 rentrant d'une quipe1 montait en tapinois l'escalier de sa mansarde4 ,pauline se recoucha1 bien rsolue chasser le lendemain cette vilaine fille1 et indigne d'abord de son hypocrisie2 mais elle se mit raisonner sur cette escapade3 --,aprs tout1 si tel est son plaisir444 ,de quel droit la condamnerais-je1 si ce n'est parce qu'elle est sortie sans permission1 et qu'elle pourrait1 une autre nuit1 ne plus rentrer seule8 ,j'irais me promener le soir avec un ami qui me plairait1 serait-il juste qu'on me lapidt8 ,elle tendit l'oreille1 comme si un nouveau bruit allait dranger le silence4 ,a l'intrieur de la maison rien ne bougeait4 ,dehors1 un chien1 sans doute en qute parmi des immondices1 faisait craquer un os entre ses mchoires2 des chevaux1 dans une curie1 tiraient leur chane4 ,la neige avait d cesser1 et la lune se dgager des nuages2 car une clart fluide glissait par les fentes des volets1 et ce ne pouvait tre celle du rverbre qu'on teignait avant minuit4 ,pauline cdait au rve qu'elle venait d'baucher3 une course dans les bois1 sous la lune blanche1 travers la neige muette1 indfinie2 ,julien l'accompagnait1 et bien que la campagne ft dserte1 il lui parlait voix basse4 ,subitement1 sa conscience se rveilla4 --,quoi donc6 ,je l'aimerais8 ,c'est trop absurde4 ,un hautain1 un ambitieux1 et peut-tre un instable1 comme ils le sont tous444 ,quand je ne suis pour lui que l'trangre qui passe1 et une mcrante444 ,c'est fini1 je ne veux plus le revoir4 ,mais faut-il tre niaise et romanesque8 ,je l'ai rencontr trois fois1 et dj je me laisse prendre6 ,non1 je le reverrai1 et je serai froide1 mprisante444 ,qu'a-t-il fait pour que je le traite ainsi8 ,hier1 du premier au dernier moment il s'est montr plein d'attentions1 affectueux comme malgr lui4 ,si pourtant il me comprenait4446 ,son cur palpita d'une agitation radieuse1 des fleurs rouges tremblrent dans les rideaux de son lit4 ,mais1 tout d'un coup1 le demi-jour lunaire vint s'teindre1 les tnbres furent totales4 ,un long frisson lui saisit les paules4 ,l'angoisse d'un dsir impossible combler la mit en face de sa misre2 elle eut peur de l'ombre1 peur de sa faiblesse1 se sentit isole1 captive au creux d'un puits noir2 o tait-il celui qui la sauverait d'elle-mme8 ,elle se souvint des enfants genoux rcitant le ,pater2 le murmure de leurs petites voix l'avait mue2 que ne savait-elle prier comme eux1 comme lui8 ,et1 dans cette minute de dtresse1 son orgueil se fondit2 les yeux grands ouverts1 elle pronona3 ,o ,vous que j'ignore1 tre inconnu qu'on appelle ,dieu1 je ne sais qui ,vous tes1 ni qui je suis2 si vous tes1 je suis au monde par ,vous1 c'est ,vous qui m'avez cre1 comme vous avez fait la neige et le vent4 ,je ne vous ai rien donn1 et vous m'avez tout donn2 ,vous me connaissez et je ne vous connais pas2 si ,vous venez moi1 je ne puis ,vous voir2 si ,vous me dlaissez1 je n'en sais rien4 ,faites-moi comprendre au moins que ,vous tes1 envoyez-moi la paix dont j'ai besoin444 ,un coq lointain poussa dans la nuit glace son appel de clairon qui veille2 plus calme peu peu1 elle se rendormit4 ,v ,m4 ,ardel revint harass et content3 il avait hum dans les rues de ,paris ce vent de gloriole qu'on respire l1 et non ailleurs2 au ministre1 il avait reu l'assurance d'tre nomm bientt ,versailles2 et1 quand mme il ddaignait l'avancement1 cette promesse lui arrivait comme un souffle du large auquel il tendait ses voiles4 ,en termes succincts il mit ,pauline au fait de sa journe et du temps affreux qu'il avait d braver3 ,paris1 vers deux heures du soir1 submerg par un tourbillon de neige2 les vhicules marchaient au pas2 plus personne sur les boulevards2 on n'y entendait que les lourds chevaux d'omnibus haletant et glissant2 la suspension de l'activit dans l'norme ville ressemblait un cataclysme2 mais tout en pestant1 il s'tait exalt par une marche pique4 ,pauline coutait peine1 consterne d'un dpart probable et prochain4 --,et toi1 tout hier1 quel a t ton emploi du temps8 ,ds qu'elle rpondit que les ,rude l'avaient emmene aux environs3 --,les ,rude qui ne le sont gure1 dit-il en veine de boutades4 ,si le fanatisme religieux ne leur prtait du mordant1 ce serait la famille franaise d'aujourd'hui dtrempe dans trop de douceur4 ,elle prolongea le rcit de la randonne sur les coteaux1 retardant celui de la visite ,druzy2 il fallut y venir enfin1 et son pre1 ainsi qu'elle l'avait prvu1 reprit sa mine d'ironie mauvaise3 --,l'incident tait concert entre l'abb et ,julien3 tu as donn1 comme une bonne dinde1 dans le panneau6 --,pas du tout1 protesta-t-elle en rougissant1 et avec une vivacit excessive2 je suis certaine qu'ils ne s'taient jamais vus4 ,elle lui prsenta1 pour faire diversion1 la miniature2 mais il ne la prit point sans une saillie contre son frre3 --,tout de mme444 il a compris4 ,voil dix ans qu'il aurait d me remettre1 moi1 son an1 ce souvenir de famille6 ,en dpit des apparences1 le cadeau ajouta une satisfaction celles qu'il rapportait de son voyage3 outre qu'il tenait l'objet lui-mme1 l'acte de l'abb prenait devant lui le sens d'un hommage et presque d'une rparation4 ,victorien tait de ceux-l qui ont besoin1 pour se voir en beau1 de ravilir les autres2 s'il avait t un triomphateur romain1 il et essuy voluptueusement la poussire de ses sandales sur des ttes de rois captifs4 ,seulement1 il ne souponna gure quel point ses paroles revches heurtaient sa fille et la dtachaient de son influence4 ,jusqu'alors1 chez elle1 la navet des lans et les habitudes de ngation critique se contrariaient sans qu'elle en souffrt2 il lui semblait ncessaire que l'intelligence dt3 ,non1 quand le sentiment disait3 ,oui4 ,elle voyait en l'esprit d'analyse une forme de supriorit2 son pre tenait ses yeux la sienne de ce qu'il passait toutes ses ides au crible d'une mthode1 d'un raisonnement4 ,elle vivait auprs de lui1 dans un air imbu d'un poison subtil1 et n'en tait pas plus affecte que de la vapeur des cigarettes qu'il fumait4 ,a prsent1 ce dualisme allait la torturer2 et1 ou bien elle y chapperait1 ou elle aboutirait au dsespoir4 ,l'hypothse que ,julien1 d'accord avec son oncle1 avait prmdit toute leur promenade1 lui fut insupportable2 le doute insinu la froissait pour lui autant que pour elle-mme2 cependant1 elle ne l'limina qu'aprs avoir pes le oui et le non2 mais elle en voulut ,m4 ,ardel d'une suspicion inique3 vraiment1 il gnralisait trop2 sa peur d'tre dupe tournait la hantise3 partout il flairait des piges1 des perfidies6 ,en supposant des hostilits1 il s'en crait4 ,c'est pourquoi1 dans son milieu professoral1 sa disgrce avait tant dur4 ,la veille encore1 elle se ft rjouie de savoir que1 sous peu1 ce dni de justice prendrait fin4 ,maintenant1 la perspective de quitter ,sens et leur maison l'affligeait comme une menace d'exil1 et1 sur la cause de sa tristesse1 une certitude plus poignante que dlicieuse s'imposait sa lucidit3 elle aimait ,julien4 ,toutefois elle essayait d'accumuler contre son inclination une srie d'obstacles2 le plus immdiat paraissait tre un loignement o il aurait tt fait de l'oublier1 mme si entre eux se nouait une amiti fragile4 --,il vaut mieux que nous partions1 puisque je dois vivre ici malheureuse444 ,elle ressongeait son trouble de la nuit1 au mouvement d'anxit qui l'avait ploye jusqu' l'humiliation d'une prire4 ,sa prire1 sans foi ni ferveur1 abstraite et conditionnelle1 lie par la crainte de jeter dans le vide un sanglot inentendu1 nonait nanmoins le dsir de croire4 ,comment avait-elle pu en arriver l8 ,sa raison discutait les origines de cet instant mystique1 et dbrouillait le fil de ses motions par un jeu presque instantan1 tant il lui tait habituel6 ,depuis sa visite la cathdrale1 un rseau de concordances pieuses l'avait enveloppe2 mais pourquoi les avait-elle subies1 elle auparavant si tranquille dans son irrligion8 ,les heures passes avec ,julien et son oncle ne suffisaient point expliquer le changement qui s'tait fait en sa vie secrte2 il y avait quelque chose de plus1 un mystre qu'elle ne dmlait pas2 elle le sentait si bien qu'elle se disait3 ,a quoi sert de me dfendre1 si les impulsions doivent tre plus fortes que moi8 ,puis son indpendance se rebella contre l'abandon de sa volont3 ,je vais y mettre bon ordre1 m'interdire de penser tout cela4 ,mais1 quoi qu'elle voult1 elle ne pouvait redevenir ce qu'elle tait quinze jours avant1 et il lui semblait que1 devant un miroir1 elle s'tait brusquement dcouvert un autre visage4 ,un soin extrieur la dtourna de cet examen4 ,m4 ,ardel1 ds qu'il apprit la conduite d'galit1 intransigeant sur la morale domestique1 lui signifia qu'elle s'en irait dans la huitaine4 --,tout de suite1 rpliqua la bonne2 et elle monta faire ses paquets4 ,pauline eut donc sortir pour chercher une nouvelle servante4 ,il gelait plus dur que la veille2 mais le vent tait tomb1 et la neige des toits prenait sous le soleil une douceur d'hermine4 ,au moment o1 debout sur le seuil1 elle achevait d'ajuster ses gants1 ,julien passa dans la rue4 ,la concidence tait-elle l'effet d'une aimantation commune8 ,pauline eut une surprise si forte qu'elle plit4 ,au lieu de la saluer simplement1 il vint elle1 s'informa si la course ne l'avait point fatigue1 si le professeur tait rentr sans encombre de ,paris4 ,dans les mots rapides qu'ils changrent1 elle connut plus de bonheur que dans le long contact de la veille4 ,elle n'en voulait rien laisser voir1 tandis qu'une joie tincelante et victorieuse s'chappait des pupilles de ,julien1 faisait son teint plus diaphane et ses gestes plus dlibrs4 ,lgre comme une brise1 elle s'en alla1 ressaisie par tout l'enchantement de ses espoirs3 ,il me dnie1 rvait-elle1 le sens de l'amour4 ,je saurais bien aimer pourtant1 si j'tais sre qu'on m'aime6 tre aime1 voil ce dont elle manquait1 depuis que sa mre tait morte4 ,m4 ,ardel lui imposait son atmosphre de laboratoire2 prsent qu'elle avait respir un air tonique1 ses poumons ne voulaient plus s'en accommoder4 ,elle le comprit plus nettement encore1 le soir du mme jour1 durant deux visites qu'eut son pre1 celle de ,mlle ,total1 professeur d'anglais1 et de ,m4 ,flug1 son jeune collgue de philosophie4 ,mlle ,total tait une personne longue et raide1 doue d'une dmarche d'autruche1 jaune de peau comme une noix sche1 toujours efface sous des vtements sombres1 et portant jusqu'en sa manire de friper sa voilette sur ses bandeaux d'un gris morose le nglig spcial aux institutrices d'ge mr4 ,son me de clibataire se devinait macre dans des aigreurs2 mais elle s'accordait plus d'une consolation4 ,respecte comme une femme d'lite1 elle exerait en son petit monde d'lves un prestige qui allait croissant4 ,ses tches lui plaisaient2 elle avait la psychologie des corrections et savourait relever des solcismes au long des copies une jouissance jamais puise4 ,preneuse de notes infatigable1 elle lisait prodigieusement2 son intellect prsentait la grossire universalit d'un magasin de solde o on et rencontr de tout1 mais rien qui ft elle4 ,au surplus1 elle se croyait exempte de pdantisme1 simple autant qu'une bonne mre de famille1 bien qu'elle et intimement pour cette espce un parfait mpris4 ,elle jugeait ,m4 ,ardel intressant et l'abreuvait de louanges qu'il acceptait1 tant peu blas sur ce nectar4 ,des conseils bibliographiques sollicits auprs de l'rudit les avaient mis en rapports2 son tour1 il se servait de la vieille fille pour des recherches accessoires1 et1 en rcompense1 l'avait convie prendre une tasse de th4 ,elle vint la premire1 trouva le professeur une cigarette aux lvres1 allant et venant par son salon4 ,il affectionnait cette vaste pice aux anciennes boiseries blanches1 o le canap et les fauteuils d'un vert pass1 les vases et la pendule ,empire semblaient avoir conquis leur dcor exact4 ,pauline n'avait encore allum aucune lampe2 mais les flammes de la chemine dansaient au plafond et le rverbre de la rue projetait l'intrieur sa clart crue que trois grandes glaces se renvoyaient trangement4 ,les incartades d'galit fournirent l'entre en matire de la conversation4 ,mlle ,total1 qui inclinait au socialisme1 opina qu'on devait se rsigner voir les proltaires voluer vers une mancipation progressive4 --,en attendant1 jeta ,pauline sans amertume1 ce sont nos provisions qui voluent2 cette fille1 je viens de m'en apercevoir1 nous a emport dans sa malle un kilo de sucre4 --,l'esclavage1 confirma ,m4 ,ardel1 mme pour les esclaves1 avait du bon4 ,mlle ,total1 le menton dans sa main droite1 observa d'un air profond3 --,c'est que l'enseignement populaire n'a pas encore donn tous ses rsultats4 ,on sonna et ,pauline s'empressa d'aller ouvrir ,m4 ,flug2 elle le voyait pour la premire fois2 aussi fut-elle tonne de son aspect3 gringalet1 d'une pleur glabre1 les oreilles couvertes par des cheveux en filasse1 son nez court coiff d'un lorgnon1 il gardait la tenue d'un tudiant bohme ou d'un cabotin sans emploi4 ,ses jambes grles flottaient dans un pantalon trop large2 malgr la rigueur du temps il se dispensait d'un pardessus4 ,il ta d'un mouvement ahuri1 comique1 son feutre bossu1 et1 introduit au salon1 salua1 comme l'et fait un somnambule1 ,mlle ,total qui rpondit avec dfrence4 ,flug marchait entour d'une clbrit excentrique2 de mme que ,m4 ,ardel--et cette similitude de msaventures les rapprochait1--ds ses dbuts1 la suite d'une querelle avec ses chefs1 il s'tait fait relguer dans un trou1 mais avait pu s'en vader4 ,il se donnait comme anarchiste2 sa philosophie dpassait les hardiesses permises1 exposant une sorte d'idalisme radical1 dont la bizarrerie assurait ses livres un succs de curiosit4 ,m4 ,ardel1 en le voyant arriver si maigrement vtu1 insista pour qu'il s'asst auprs du feu4 --,vous semblez croire1 ricana ,flug1 que le froid existe2 pour moi1 il n'existe pas444 --,oh6 pour vous rien n'existe6 --,rien6 c'est affirmer trop4 ,la matire et l'esprit sont de vagues donnes de connaissance2 quelque chose devient-il en leur coulement8 ,nous ne savons4 --,vous ne nierez pourtant pas1 rfuta ,mlle ,total1 que la science existe4 --,la science6 ,vocable creux6 ,la science de quoi8 ,les phnomnes1 pendant que nous tentons de les fixer1 se dforment ou sont dissous2 les lois se rduisent des rythmes sans consistance2 le monde m'apparat un flocon de vapeur qui s'irise dans le miroir de mes yeux mobiles444 ,cet tat de nihilisme bouddhique o le philosophe arrivait se perdre1 ,m4 ,ardel le jugeait tellement fou qu'il s'en ft amus pour sa part comme d'un innocent paradoxe2 mais une confidence1 tout l'heure1 l'avait clair sur les fruits de la doctrine4 --,qu'eussiez-vous fait1 dit-il1 ma place1 s'il vous advenait ce qui m'est advenu aujourd'hui8 ,un de vos lves1 qui est aussi le mien1 ,pigaut1 est venu me trouver aprs la classe et m'a tenu ce langage3 ,monsieur1 pourriez-vous m'aider d'un conseil8 ,je suis dans une passe lamentable2 depuis un mois1 j'ai l'ide que le monde extrieur est faux1 je comprends qu'il y a en mon cerveau une fausse notion de mon corps1 de ma pense1 de tout ce qui est444 ,et il accompagnait sa confession d'un regard implorant4 ,je l'ai d'abord tourne en plaisanterie1 je lui ai pinc le bras3 ,voyons6 ,sentez-vous que le monde extrieur est vrai8 ,pour toute rponse le malheureux s'est mis pleurer4 ,j'ai pris un autre ton1 il m'a promis de regimber contre l'ide fixe1 mais je le vois trs malade4 ,flatt de l'anecdote1 ,flug souriait paisiblement2 il se doutait peu que ses thses eussent un tel pouvoir de pntration4 --,la bonne mthode pour le gurir1 dclara-t-il1 serait1 j'estime1 la contraire de celle que vous avez suivie4 ,il fallait approuver son point de vue1 lui persuader que le bonheur est justement de ne plus croire la ralit des choses444 ,pauline1 sans attendre la suite de son discours1 sortit pour prparer le th2 en revenant1 comme elle offrait ,flug des ptisseries1 il n'eut pas l'air d'apercevoir l'assiette qu'elle lui tendait2 accoud contre un coussin du canap1 les jambes tendues1 il continuait disserter en pleine abstraction4 --,monsieur1 dit-elle aprs un instant de patience1 voulez-vous faire mes semblants de biscuits l'honneur de les prendre pour de vrais gteaux8 ,flug allongea nonchalamment vers l'assiette sa main exsangue4 ,le got du premier biscuit ayant plu son palais1 il se leva1 en reprit un second1 puis un troisime4 ,mlle ,total et ,pauline se regardrent avec un sourire4 ,il dveloppait ses ironies contre la science1 insouciant de froisser l'historien1 son hte1 et encore moins ses interlocutrices4 --,savoir les dates de ,rhamss ,ier1 la composition du radium1 ou bien jouer au bilboquet1 ce sont1 devant l',absolu qui est le ,nant1 des occupations quipollentes4 ,m4 ,ardel1 la longue irrit par ce verbiage mtaphysique1 dvisageait son collgue d'un il sinistre1 en prcipitant les bouffes de sa cigarette4 --,mais1 sacrebleu6 s'cria-t-il soudain1 si l',absolu est le ,nant1 qu'il nous laisse tranquilles dans nos contingences4 ,je tiens des faits1 ils me passionnent1 je nglige de m'enqurir1 parce que c'est inutile1 s'il y a1 dessous1 quelque chose ou rien4 ,cela me permet au moins des positions nettes dans ma vie1 tandis que1 la vtre1 vous tes bien forc d'en faire deux parts1 dont l'une dment l'autre et s'en moque4 ,par exemple1 devant vos lves1 vous ne pouvez pas aller jusqu'au bout de vos principes2 sans quoi1 ils vous riraient au nez4 --,ds l'instant que je pense une ide1 riposta ,flug1 entamant un quatrime biscuit1 j'ai le droit de l'noncer1 et je l'nonce4 ,ainsi1 pour moi1 ,jsus n'est qu'un mythe2 je l'ai indiqu en passant1 mes bonzes1 et ils n'ont pas bronch4 ,de mme1 je leur ai dmontr comme quoi la justice est un mensonge4 --,la justice elle-mme6 glapit ,mlle ,total4 ,alors1 que nous laissez-vous8 --,la justice1 appuya ,flug de sa voix mordante1 pareille au son d'un fifre1--ou ce que nous appelons de ce mot1--est fonde sur la scurit sociale qui est la suprme injustice2 car le bien collectif ne peut jamais dpendre de la souffrance de quelques-uns1 et les droits d'un seul galent ceux de tous runis4 ,pauline se rsignait en silence1 rtive la dialectique de ,flug1 quoiqu'elle ne st point y objecter d'argument premptoire4 ,elle fut1 au reste1 soulage lorsque partirent les deux visiteurs3 ,mlle ,total lui semblait aride comme une pierre ponce2 ,flug1 dtestable en ce qu'il faisait de l'existence une fantasmagorie1 o1 seul rel1 il promenait1 pour se divertir1 sur une toile vide1 des ombres drisoires4 ,que d'orgueil chez ce philosophe6 ,quelle ponge racornie doit-il avoir en guise de cur6 ,elle l'opposait ,julien1 et celui-ci sortait de la comparaison grandi jusqu'aux toiles4 ,flug n'avait pas seulement contre lui d'tre laid1 ddaigneux1 mal duqu2 la foi o elle se refusait suivre ,julien envoyait sur ce ,caliban un reflet qui en accusait la grimace4 ,l'intelligence1 quand elle se tourne nier1 finit par se dvorer elle-mme1 et rend l'homme pareil l'animal monstrueux qui se mangeait les pattes4 ,pauline commenait s'en apercevoir et chercher ailleurs un principe de vie4 ,o est le lieu de la ,sagesse8 se demandait son me2 mais1 ce lieu1 des tnbres l'en cartaient4 ,elle tomba donc dans une phase d'inquitude que sa jeunesse robuste et la pense de ,julien1 sans doute aussi une aide invisible1 lui firent traverser courageusement4 ,des anxits et des apptits fougueux de bonheur tour tour l'assaillaient4 ,elle s'attacha d'une affection presque tremblante au logis et la petite ville dont elle pouvait1 d'un jour l'autre1 se voir spare4 ,chaque matin1 en se levant1 elle s'attendait ce que son pre trouvt dans la bote aux lettres la nomination nfaste4 ,le soir1 tandis qu'elle brodait sous la lampe1 coutant fuser le bois des tisons1 des sifflets lointains d'express1 semblables aux cris aigres des paons dans la solitude d'un grand parc1 l'emportaient vers les villes inconnues que maintenant elle ne dsirait mme plus connatre4 ,au rebours1 elle enviait la quitude des provinciaux srs de mourir sous les solives o leurs pres ont entendu1 tout enfants1 les rats grignoter4 ,si elle rangeait du linge en son armoire1 le plaisir naf de le toucher et de le mettre en ordre tait gt par cette rflexion3 ,demain peut-tre il me faudra l'empiler dans une malle4 ,grce aux ,rude elle avait pu retenir une servante d'ge1 qu'on lui certifiait srieuse et probe2 mais est-ce la peine1 se disait-elle1 que je la mette au pli1 si1 dans un mois1 nous devons la renvoyer8 ,au fond de ses craintes s'insinuait l'ide constante de ,julien4 ,quand elle sortait1 les femmes qu'elle entrevoyait tricotant dans l'embrasure des fentres1 le vieux crieur1 au coin d'une place1 qui battait du tambour1 puis mettait ses besicles pour lire d'une voix enroue l'annonce d'une vente publique1 le petit clerc d'une tude qui1 la plume derrire l'oreille1 le nez coll contre la vitre1 piait les passants1 le capitaine en retraite qui entrait au caf de l'cu faire son bridge avec le percepteur1 mme le chanoine courb qui se dirigeait d'un pas lourd vers la cathdrale1 tous ces gens1 pour elle1 taient heureux3 leur allure et leurs moindres gestes rpondaient la scurit d'une existence bien assise et d'un avenir que rien1 sauf la mort1 ne dconcerterait4 ,a la nuit close1 aprs le souper1 ,m4 ,ardel se promenait rgulirement une heure2 ,pauline et lui1 le plus souvent1 remontaient un boulevard entre des files profondes d'ormes dominant des pans d'anciennes murailles presses de toits et de jardins2 puis1 ils s'en revenaient1 tournaient le long des rues confines et muettes4 ,de loin en loin1 sous le brouillard1 un rverbre brisait sa clart dans le large ruisseau dont le courant1 divis par des pierres plates1 glissait avec un bruit furtif4 ,des boutiques1 et l1 restaient encore claires1 une boulangerie dserte o les pains dormaient sur des rayons1 une basse choppe o un savetier indolent martelait une semelle4 ,ailleurs1 les volets des maisons taient clos comme les paupires d'aeules assoupies2 quelques-unes1 tout en bois1 avaient de rares fentres troites1 et leur tage surplombant tayait de lattes brunes ses parois vermoulues4 ,des ruelles noires eussent paru mortes1 sans une lampe devine derrire une persienne1 sans les accords faux d'un piano us4 ,parfois1 un portail d'htel que charge un fronton triangulaire s'entre-billait1 une dame emmitoufle franchissait le ruisseau1 soulevait le heurtoir d'une porte voisine4 ,pauline s'imaginait les habitants de ces demeures aussi paisibles que leur toit1 et une veille gaie1 comme elle pouvait l'tre chez les ,rude4 ,il y avait1 sur leur chemin1 une maison d'une vtust frappante qui arrta un soir ,m4 ,ardel2 on l'appelait la maison d',abraham1 parce qu'elle montre1 l'angle de son pignon1 le patriarche sculpt1 genoux1 le front contre sa main1 voyant en songe sa descendance jusqu' la ,vierge ,marie figure plus haut avec l',enfant4 --,un arbre de ,jess1 indiqua nonchalamment le professeur4 ,pauline tint savoir ce qu'on entendait par un arbre de ,jess4 --,c'est un symbole smitique1 rpondit-il sans plus d'explication4 ,elle en exigea pourtant1 et s'tonna qu'on lui et laiss jusque-l ignorer l'histoire des religions4 --,je veux l'tudier1 il faut que je lise la ,bible et le ,coran4 --,la ,bible n'est pas un livre pour les jeunes filles4 ,elle rpliqua simplement qu'un abrg lui suffirait1 et il supposa qu'elle aurait1 le lendemain1 oubli cette fantaisie4 ,au bout de la rue ,dauphine1 ils passrent devant la cathdrale2 une lanterne clignotait sous le porche de droite3 quelque office1 pensa-t-elle1 o doit tre ,edme1 sinon ,julien4 ,mais1 en levant les yeux sur la grande tour1 elle retrouva son aversion premire2 la tour1 dont le fate1 presque terrible1 s'isolait dans la nuit diffuse1 semblait mpriser les ombres chtives circulant ses pieds2 sa fiert sauvage humiliait et repoussait4 ,ses flancs durs enfermaient le silence crasant des cloches1 le vertige d'escaliers infinis et de charpentes tnbreuses arcboutes au-dessus du vide4 ,pauline en avait peur1 comme d'une prison d'angoisse o l'on devait suffoquer4 ,elle et souhait1 malgr tout1 revoir l'intrieur illumin de l'glise1 entendre les cantiques4 ,ainsi1 en son tre intime1 se faisait un flux et reflux de sollicitations contraires4 ,ils redescendirent du ct de l',yonne et suivirent gauche les maigres tilleuls du quai4 ,rien1 dans ce paysage1 ne laissait ,pauline indiffrente3 les lumires du pont1 vives et tranquilles1 se prolongeaient sous l'eau silencieuse1 une eau1 disait ,m4 ,rude1 faite pour couler le long d'une ,trappe4 ,le croissant de la lune y reposait1 prs du bord1 comme une bague rayonnante oublie parmi les joncs2 la ligne des coteaux se fondait en brume2 sur le ronflement grave du barrage passa le cri d'une chouette1 dans les peupliers de l'autre berge4 ,c'tait l'horizon mme o ,julien respirait4 ,ils contournrent le bas du jardin2 et ,pauline1 en apercevant du feu aux fentres de l'atelier1 songea qu'ils devaient tre l1 tous runis4 --,n'est-ce point pour dimanche1 demanda ,m4 ,ardel1 que les ,rude nous ont invits8 ,elle tressaillit sa question1 fit un signe d'assentiment4 --,eh bien6 continua-t-il1 je crois que nous n'irons pas4 ,je ne puis sacrifier mon aprs-midi1 j'ai trop de travail4 --,comme tu voudras1 rpondit-elle1 tout fait matresse de ses inflexions et de son visage4 ,elle n'en craignait pas moins que son pre1 sous un prtexte ou un autre1 n'espat1 puis ne cesst les relations noues avec les ,rude2 la possibilit d'un dpart justifierait l'interruption d'une amiti dont il se mfiait4 ,mais1 le surlendemain1 vers quatre heures1 un coup de sonnette la fit courir la porte et elle se trouva en prsence de ,julien1 moins triomphant1 plus grave qu' leur dernire rencontre2 il venait voir le professeur1 ayant quelque chose lui proposer4 ,comme il connaissait dj le cabinet de ,m4 ,ardel3 --,vous savez le chemin1 dit ,pauline1 sans le conduire en haut4 ,sa visite dura un assez long moment1 et1 quand il ressortit1 elle entendit son pre lanant d'un ton satisfait3 --,je vous laisse aller4 ,a l'autre dimanche4 ,elle se tenait au seuil de la salle manger2 sur le vestibule flottait un jour vague d'o se dgageaient son buste calme dans un corsage blanc1 ses mains claires et son front1 la pulpe de ses lvres qui semblait d'un rouge assombri4 ,elle regardait ,julien descendre3 sa cravate bouffait sous son cou svelte2 il balanait une canne bec d'ivoire faite d'un jonc qu'il avait coup dans les bois4 ,elle crut saisir en ses yeux la tendresse contenue d'une pense qu'il taisait4 ,un instant il s'arrta prs d'elle1 lui parla d',edme1 laquelle tait souffrante3 une langueur mal dfinie l'opprimait2 elle ne mangeait plus1 restait1 des heures1 frileuse et triste au coin du feu1 et dlaissait mme son piano4 --,j'irai prendre de ses nouvelles1 dit ,pauline4 ,comme il la quittait1 elle aperut au bas de son manteau un long fil2 elle se pencha prestement1 et1 avec une grce discrte1 elle l'ta4 ,ils en rirent1 se sparrent dans une simplicit affectueuse4 ,la persuasion d'avoir son amiti enivra plus fort ,pauline de ses esprances4 ,mais sa hte tait grande d'apprendre ce qu'il avait pu dire son pre4 ,le professeur1 quand elle lui monta sa lampe1 s'en ouvrit de son propre mouvement3 un ami de ,julien offrait de traduire en anglais le ,saint-,simon1 et des conditions avantageuses2 l'affaire tombait d'autant mieux qu'en cette fin d'anne ,m4 ,ardel se voyait court d'argent4 --,ce garon-l1 dcidment1 a du bon4 ,il possde le flair des mystiques pour tirer de la vie tout ce qu'elle peut donner444 ,voil pourquoi1 oubliant ses intentions de rupture1 ,victorien promettait une visite aux ,rude4 ,julien avait su le prendre par son point le plus sensible1 sa vanit d'auteur peu lu4 ,sous son corce de dur gosme1 cet homme gardait un fond de navet enfantine1 et1 s'il rencontrait du dvouement1 il le payait d'un retour subit d'affection4 ,pauline1 le lendemain1 alla1 de bonne heure aprs midi1 voir ,edme4 ,la jeune fille se prtendit tout fait mieux1 quoique sa figure tire dclart une longue lassitude2 elle se prparait sortir avec sa mre pour assister1 au ,carmel1 une prise d'habit4 --,nous vous emmenons8 invita ,mme ,rude cavalirement4 ,pauline ne refusa point1 curieuse d'une crmonie singulire pour une profane2 et elles partirent4 ,en chemin1 ,edme leur confia qu'elle enviait la postulante admise recevoir le voile2 mais1 sa mre ayant paru chagrine de cet aveu3 --,rassure-toi1 fit-elle de son accent clin2 tu le sais bien1 je ne te quitterai jamais1 pas mme pour me marier6 --,vous ne vous marierez pas8 s'tonna ,pauline en la sondant d'un regard jusqu'en ses moelles4 --,ah6 mais non6 les hommes sont une trop vilaine espce4 --,qu'en sais-tu8 rpondit ,mme ,rude1 qui clata de rire4 --,vous1 ,pauline1 reprit ,edme1 vous avez ce qu'il faut pour le mariage1 vous serez une dlicieuse pouse4 --,pas plus qu'une autre2 mais1 si je me mariais1 j'aimerais absolument mon mari444 ,tant de monde se pressait en l'troite chapelle du couvent qu'elles eurent peine s'y faire place4 ,l'odeur des cires brlant au-dessus de l'autel saisit ,pauline d'une volupt confuse4 ,elle se haussa sur la pointe des pieds pour entrevoir en avant de l'assistance la novice1 toute blanche comme une marie1 assise dans un fauteuil1 avec un prie-,dieu et un cierge allum devant elle1 la tte incline profondment4 ,pauline la jugea grande et remarqua la maigreur pointue de ses paules4 ,a la droite du chur1 un dais couvrait l'archevque coiff de la mitre1 entour de prtres amples dans leur surplis4 ,l'aumnier du ,carmel1 en chaire1 achevait un sermon2 il exposait la puissance rdemptrice d'une pauvre clotre sauvant un monde qui l'ignore et ne veut point d'elle2 il commentait aussi la devise que sainte ,thrse inscrivit sous l'pe ardente de ses armes3 ,zelo zelatus sum4 ,pauline l'coutait sans motion2 ses yeux taient attirs1 la gauche de l'autel1 l o une grille noire laissait deviner une arrire-chapelle emplie de clart1 le chur des religieuses dont elle ne voyait rien4 ,il se fit un brusque remuement de chaises2 le sermon termin1 la novice se leva2 elle prit le bras d'un vieillard1 un homme la moustache rude1 offrant la carrure d'un ancien officier1 et se dirigea vers la sortie4 ,pauline la vit passer tout contre elle1 baissant les paupires1 laide1 mais transfigure par une jubilation douloureuse1 inexprimable1 tandis que le vieillard1 son pre1 sanglotait4 ,lgre et cleste1 comme si elle ne touchait plus le sol1 la fiance du ,christ gagna le fond du vestibule1 prs de la clture1 dont la porte s'entrouvrit4 ,les nonnes1 dans leurs manteaux noirs1 ranges derrire1 un cierge la main1 l'attendaient en psalmodiant4 ,elle s'agenouilla devant les prtres pour avoir leur bndiction1 puis elle embrassa sur les deux joues son pre1 ses frres1 et ses surs1 tous en larmes comme si1 morte1 ils l'ensevelissaient4 ,le silence tait si poignant que1 seul1 s'entendait le son funbre des baisers coups par de sourds sanglots4 ,elle pntra1 sans se retourner1 dans la clture1 se remit genoux1 baisa la croix qu'on lui prsentait1 et disparut la suite de la procession o elle marchait la dernire1 pendant que la porte se refermait pour ne plus s'ouvrir sur elle4 ,cette crmonie simple et dchirante bouleversa ,pauline2 c'tait un peu comme si elle et assist un holocauste sanglant4 ,tout le pli paen de sa nature rsistait l'hrosme de la victime qu'elle estimait goste et mme barbare3 pourquoi faire souffrir les siens1 et pourquoi rpudier les douceurs permises d'une destine normale8 ,mais ,edme1 l'attirant1 la remmena dans la chapelle o elle se fit passage imptueusement jusqu'au chur4 ,celui des clotres1 derrire les barreaux pais de la grille1 apparaissait rose1 tant le jour qui tombait de deux fentres sans rideaux tait vif sur les murs blancs1 au-dessus des boiseries brunes4 ,le plancher miroitant rptait les lumires d'un petit autel1 au fond de la salle o se dvoilait ce grand air espagnol de noblesse pauvre que sainte ,thrse lgua aux ,carmlites4 ,dj la procession rentrait1 et les surs s'arrtrent en deux ranges2 les flammes paisibles de leurs cierges se continuaient1 leur voile retombait sur leur face encline1 et elles semblaient informes sous le lourd manteau d'o sortaient leurs mains ples4 ,pauline eut cette ide3 --,on dirait des mendiantes4 ,et ces femmes taient bien en effet les mendiantes de l'ternelle ,compassion1 les vierges sages veillant la porte de l'poux1 dans l'attente de l'heure o ,il les convierait aux noces4 ,cependant1 la novice s'tait agenouille contre la grille2 l'archevque lui posa les questions voulues par la rgle4 --,que demandez-vous8 --,la misricorde de ,dieu1 la pauvret de l',ordre et la compagnie des surs4 ,elle rpondit d'une voix trs calme1 ayant1 depuis longtemps1 nonc en son cur ce qu'elle articulait devant les hommes4 ,ensuite elle sortit au bras de la prieure1 sa paranymphe2 son pre les regardait toutes deux s'en aller4 ,on chanta en son absence le ,psaume3 ,in exitu ,israel1 et chaque verset vibrait comme le choc d'un glaive tranchant les liens de cette me avec la terre corruptible4 ,elle revint1 portant l'habit du ,carmel1 sauf le grand voile et le manteau que l'archevque bnit en de longs oremus4 ,pauline fut surprise qu'il ne mt pas dans ces prires plus d'motion4 ,l'impersonnalit des rites la dpassait4 ,l'archevque lui parut vieux1 maussade3 haut et lourd1 avec des paupires mornes1 un menton de galoche1 une voix casse4 ,les joues cramoisies1 il suffoquait visiblement dans la chapelle trop pleine1 sa mitre scintillante avait l'air de brler son front1 et le seul effort de lire le fatiguait au point que son grand vicaire1 par instants1 devait le remettre en bonne voie sur la page o il se perdait4 ,mais1 ds qu'il eut achev la liturgie1 deux religieuses vtirent la nouvelle sur de la ceinture1 du scapulaire et du manteau4 ,pauline fut touche de cette toilette sainte1 de la grce des doigts prestes arrangeant les plis4 ,au milieu du chur un tapis de grosse serge tait dploy2 la ,carmlite s'y prosterna1 les bras en croix2 les prtres chantrent le ,veni creator2 puis l'archevque commena un lugubre ,pater noster1 poursuivi voix basse1 de mme qu'aux enterrements1 tandis qu'on encense le cercueil4 ,une des surs jeta sur elle de l'eau bnite en silence4 ,pauline1 se substituant la nonne immobile allonge comme un cadavre sous un suaire1 se reprsenta la rvolte qu'elle-mme et prouve mimer ainsi ses funrailles4 ,elle croyait impossible l'absolu d'un tel renoncement1 et vaine cette parade de mort4 ,pourtant1 lorsqu'elle la vit se relever et passer devant les autres en leur donnant le baiser de paix1 quand toutes se mirent psalmodier3 ,ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum1 les paroles d'exultation tranes sur une note languide que variait seule1 au terme du verset1 une pause dolente1 attendrirent ,pauline jusqu'aux larmes4 ,la douceur svre de la mlope lui fit entrevoir chez ces recluses un sentiment suprieur l'amour humain1 la charit1 prlude de la communion des bienheureux dans l',ineffable4 ,au moment du ,salut elle redescendit avec ,edme et ,mme ,rude hors du balustre de l'autel1 et1 cette fois1 elle s'abandonna sans ergoter l'impression des chants1 des luminaires1 de l'encens4 ,le plaisir qu'elle recevait allait au del d'un bien-tre sensitif2 son esprit trouvait une affinit sympathique entre la consomption des grains de l'encens qui fumait1 celle des bougies brlant sur les candlabres1 les unes plus haut1 les autres plus bas1 les unes droite1 les autres gauche de l'ostensoir1 et la ferveur soumise des clotres consumant leur chair en jenes et en oraisons4 ,la gravit du ,tantum ,ergo1 l'adoration des assistants concentre sur l',hostie la pntraient d'effluves pieux1 et c'tait1 pour son me1 tellement nouveau qu'il lui sembla1 quelques minutes1 entrer dans une vie parfaite4 ,en sortant de la chapelle1 ,mme ,rude lui demanda3 --,eh bien6 que dites-vous d'une prise d'habit8 --,je ne sais trop2 ce que j'en puis penser n'a gure d'importance4 ,je viens de voir des choses trs belles1 mais plus d'une qui me choque et m'ennuie4 ,ces religieuses ont une foi violente1 c'est vident2 sont-elles sres de ne pas se sacrifier pour rien8 ,en tout cas1 je ne serai jamais du bois dont on fait les ,carmlites4 ,cette dclaration rpliquait un mot de ,julien1 au retour de ,druzy2 en contredisant ,julien1 elle ramenait encore vers lui sa pense4 ,le dimanche o elle comptait le revoir1 il prvint sa mre par un tlgramme qu'il ne rentrait pas2 la veille1 il avait d faire une confrence ,paris1 dans un cercle d'tudiants1 et on l'y retenait1 pour une seconde runion1 jusqu'au lundi4 ,pauline1 la dconvenue profonde qu'elle dissimula1 put sonder la blessure de son amour4 ,mais1 avec l'injustice de la passion1 elle interprta l'absence de ,julien comme un signe de lgret indiffrente4 ,la place que je tiens dans ses actes est minime1 sinon nulle4 ,autrement1 il aurait fait bon march de sa runion4 ,et qui sait si elle n'est pas un simple prtexte8 ,elle cdait ces amertumes1 pendant que ,m4 ,rude jouait avec ,edme la sonate de ,csar ,franck4 ,toute la langueur du premier temps rpondait sa tristesse2 le motif du violon se balanait comme un oiseau marin perdu sur la houle au crpuscule2 il s'levait1 port par un dsir d'espace inassouvible1 puis retombait vers le flot monotone1 immense1 de son ennui4 ,pourtant1 reprenait ,pauline qui se blmait de ses suspicions1 j'ai tort de supposer ,julien capable d'un mensonge4 ,s'il n'est pas revenu1 c'est qu'il avait des raisons srieuses4 ,puis-je lui en vouloir8 ,ai-je aucun droit sur ses faits et gestes8 ,oui1 continuait-elle1 durant l'orageux et rauque allegro2 mais devrai-je indfiniment souffrir dans l'incertitude8 ,et1 quel moyen d'amener une explication8 ,est-il sage de la souhaiter1 si elle doit faire mon dsespoir8444 ,la torpeur dsole du lento accabla son cur malade4 ,nanmoins1 tandis que le canon du final entrelaait1 comme le carillon d'un matin de ,pques1 ses voix ferventes1 elle se laissa rassrner d'une joie presque liturgique4 ,elle-mme chanta1 voulant1 songeait-elle1 faire plaisir ces bons ,rude1 un air d'une cantate religieuse de ,bach1 celle pour tous les temps4 ,quelques jours plus tard1 ,edme vint la surprendre un matin1 et arriva1 pressant contre son corsage une botte de mimosas2 un oncle de ,mme ,rude qui habitait ,toulon lui en avait expdi une caisse4 ,aussitt elle ajouta3 --,julien m'a dit3 ,tu devrais en offrir ,pauline ,ardel1 et maman a t1 comme moi1 tout fait de son avis4 ,pauline s'extasia de toucher ces fleurs que les vents de la mer avaient nourries sur un sol ardent2 le chrome clair de leur coton duvet voquait l'ambre d'un ciel diaphane2 mais1 surtout1 elle respira dans leur haleine dlicate et insinuante les sentiments qu'elle prtait ,julien4 ,elle tria les tiges1 les disposa dans des vases et1 plus d'une semaine aprs1 par ses soins l'odeur emmielle du mimosa imbibait encore le salon4 ,pour la retrouver1 elle s'y attardait plus longuement que d'habitude et ritrait ses exercices de chant avec une tnacit dont fut bahi son pre4 ,parfois elle se grondait de ses ivresses puriles3 ,cette attention ne prouve pas du tout qu'il m'aime444 ,je saurai bien1 dimanche1 si ce n'tait qu'une attention4 ,en effet1 comme1 cet aprs-midi-l1 elle se trouvait chez les ,rude1 avant qu'on comment faire de la musique1 elle et ,julien s'approchrent ensemble d'un tableau1 le portrait d'une jeune fille en robe mauve1 tenant un lis la main4 --,ce lis1 dit-elle1 n'gale pas pour moi le ravissant mimosa d',edme4 ,elle n'osait mettre un remerciement direct2 mais son sourire le profra4 --,n'en parlons pas1 se dfendit ,julien2 le pauvre ne donne que ce qu'on lui a donn4 --,il n'est jamais pauvre1 celui qui sait donner beaucoup avec peu4 --,dites plutt qu'il est riche1 celui qui1 en recevant peu1 sait avoir beaucoup4 ,sa repartie aurait pu tre dplaisante s'il ne l'et commente d'un coup d'il brusquement idoltre devant lequel ,pauline abaissa ses paupires4 ,leur conversation ne dura point davantage1 ,edme les ayant rejoints4 ,pauline emporta comme une victoire le regard de ,julien4 ,cependant1 rflchir1 elle conclut que1 s'il prouvait pour elle un penchant vrai1 des scrupules et des objections l'en dissuadaient4 ,durant les mois qui suivirent1 nulle imprudence amoureuse ne lui chappa2 il se contraignait dans les limites d'une sage amiti4 ,elle aussi se raisonnait1 envisageait les difficults d'un mariage o1 entre l'pouse et l'poux1 des heurts quotidiens seraient invitables3 ,je ne conois gure ,julien se mettant matin et soir genoux pour prier1 allant la messe le dimanche1 et moi boudant seule dans mon coin4 ,elle sentait impossible le compromis dont vivent tant de mnages1 lorsque la femme est croyante et l'homme indiffrent4 ,d'autre part1 l'essor de sympathie qui l'avait passagrement souleve vers les confins d'une religion1 ne tarda pas flchir4 ,elle acheta1 pour quatre sous1 l'talage d'un brocanteur1 une traduction des vangiles1 et commena la lecture de ,saint-,mathieu4 ,mais1 faute d'un guide1 le ,livre sacr la scandalisa3 ds les premiers chapitres1 l'toile des ,mages et les songes de ,joseph la mirent en dfiance comme un conte de fes2 ,jean-,baptiste1 avec son vtement de poil de chameau et sa voix qui rugit la menace du feu inextinguible1 lui produisit l'effet d'un sauvage ,arabe fanatisant des foules4 ,dans la tentation de ,jsus au dsert1 elle n'aperut qu'un symbole vide de ralit4 ,et1 prise d'un dgot bizarre1 elle s'abstint de pousser plus avant4 ,la venue du printemps lui fut une diversion3 cet hiver interminable1 tellement pre que certains soirs1 selon l'hyperbole comique d',edme1 les dentiers des vieilles dames1 quand elles les taient1 devaient claquer de froid sur leur table de nuit1 se fondit dans une soudaine tideur4 ,l'air se fit doux comme un vtement4 ,la maison des ,ardel possdait une troite cour intrieure enclose par les murs des jardins proches4 ,un frne et un acacia s'y entrelaaient au-dessus d'un puits4 ,pauline s'gaya de voir sortir leurs premires feuilles4 ,les tilleuls du voisin lui appartenaient un peu1 car ils laissaient retomber des frondaisons jusqu' porte de sa main4 ,des pinsons qui les habitaient venaient sautiller sur ses arbres1 ils descendaient sur son dallage picorer les miettes qu'elle leur rservait4 ,il y avait quelques pieds de terreau o elle sema des hliotropes et des violettes4 ,aux heures chaudes elle s'asseyait l1 brodait un chemin de table destin ,mme ,rude4 ,l'oncle ,hippolyte1 devant elle1 marchait petits pas4 ,sur le toit de la remise1 contre la lucarne dcoupe en demi-losange1 une des branches de l'acacia remuait vaguement son ombre2 le soleil ranimait le vert des mousses au milieu des tuiles effrites4 ,elle entendait les jeunes filles d'une pension rire en jouant1 jeter des cris aigus et1 souvent1 chanter des churs1 un entre autres qui la charmait par sa mlancolie simplette releve de vigueur3 ,c'tait ,anne de ,bretagne avec ses sabots444 ,malgr tout1 elle se plaisait davantage travailler prs des fentres de la rue1 dans l'obscure attente de voir passer ,julien4 ,lorsqu'elle y venait1 ,armance1 sa nouvelle bonne1 mettait une distance respectueuse sa chaise en face de la sienne1 et tricotait ou raccommodait sans mot dire4 ,armance tait veuve1 et inconsolable d'un fils unique1 qui1 faisant son service ,auxerre1 avait voulu sauter1 une nuit1 le mur de la caserne et s'tait tu sur le coup4 ,sche et menue1 coiffe d'un bonnet noir1 elle laissait lire en ses traits et sa contenance la dignit des douleurs muettes4 ,elle tmoignait ,pauline un dvouement soumis et nanmoins presque maternel4 ,m4 ,ardel l'estimait1 bien qu'il la st dvote et que le bruit de son chapelet1 le soir1 entre ses doigts1 l'offenst comme une dissonance dans la maison4 ,vers la fin d'une journe d'avril1 toutes deux cousaient1 la croise entr'ouverte4 ,de la rue1 pntrait1 circulant avec une brise1 l'acide exhalaison de l'herbe qui crot1 mlange au parfum des lilas4 ,des formes de passants se rflchissaient dans les vitres1 et ,pauline y distinguait deux messieurs gants causant auprs d'un portail1 d'un ton bas1 la manire des provinciaux toujours inquiets d'tre espionns4 ,en ce moment1 le pas vif et autoritaire de ,m4 ,ardel retentit sur la chausse2 une autre voix d'homme1 mridionale et grasse1 ripostait la sienne1 fort cassante4 ,son interlocuteur et lui s'arrtrent un peu avant la porte4 ,pauline reconnut ,m4 ,galibert1 le professeur de quatrime4 ,natif de ,marseille1 il offrait les dehors d'un commis voyageur ais plutt que d'un pdagogue3 les joues opimes1 les paules larges1 la barbe fleurie en ventail1 la poitrine avantageuse o s'talait un plastron rouge1 les mains charges de bagues2 il faisait miroiter le pommeau d'argent de sa badine et cartait ses larges pieds plats2 d'une loquacit incoercible1 ,galibert s'imposait par l'assurance de sa verve2 il prtendait protger et morigner tous ses collgues2 au reste1 vantard et pleutre1 tirant sans enthousiasme ses quinze heures de service par semaine1 mais satisfait de soi1 de son sicle et du gouvernement4 ,il venait d'avertir ,m4 ,ardel au sujet d'un article paru le matin mme contre lui dans une feuille locale2 on l'y incriminait comme ractionnaire41 sous prtexte qu'en exposant ses lves la politique de ,louis ,,xiv1 il avait justifi le pouvoir absolu4 --,j'ai grand'peur1 insinua ,galibert1 que cet article n'arrive simplement pour corser d'antrieures dnonciations anonymes4 ,vous espriez1 n'est-ce pas1 votre nomination ,versailles8 ,pourquoi l'attendez-vous encore8 7,ici ,pauline fut tente de se dire3 ,tant mieux si elle ne vient pas6 ,mais elle refrna ce mouvement d'gosme47 --,je veux vous parler en ami1 continuait-il4 ,vous savez la formule1 quand on s'occupe de vous3 ,m4 ,ardel1 il est part4 --,a part6 rpliqua ,victorien1 je n'y serai jamais assez4 ,les tares d'un mtier ne s'impriment que trop sur un mercenaire1 comme l'usure du harnais sur la croupe d'un ne4 ,maintenant1 qu'on me fasse blanc ou noir1 en aurai-je un cheveu de plus ou de moins8 ,je souffre suffisamment1 croyez-le1 des contraintes qu'il me faut subir4 ,je ne dis pas tout haut le vingtime de ce que je pense2 mais1 quand je rencontre chez mes lves un de ces prjugs primaires qui me dgotent1 c'est mon devoir de les secouer4 --,nego1 mon cher collgue4 ,un fonctionnaire ne doit pas avoir d'autre opinion que l'tat4 ,et1 puisque j'ai commenc1 j'irai jusqu'au bout4 ,une chose vous fait du tort1 votre liaison avec les ,rude3 vous passez pour calotin4 --a1 c'est plus raide6 ,sachez1 monsieur1 que je n'ai pas mme fait baptiser ma fille4 ,et1 sans lui serrer la main1 ,m4 ,ardel rentra en faisant claquer la porte4 ,a l'instant o il pronona la phrase3 ,je n'ai pas mme fait baptiser ma fille1 les yeux de ,pauline se croisrent avec ceux d',armance1 aigus comme deux pointes d'aiguille2 la bouche ride de la veuve se frona d'une tristesse effare2 puis elle se pencha vers son ouvrage pour cacher son moi4 ,pauline sentit amrement ce recul de la servante3 ,faut-il qu'elle soit bte6 ,mais1 son insu1 elle devint toute ple de la rvlation faite un tiers sur sa personne2 jamais ,victorien ne lui avait appris d'une faon prcise qu'elle tait une non-baptise2 jamais non plus elle n'avait song lui poser la question4 ,six mois plus tt1 elle et trouv logique la conduite du professeur et ne se ft aucunement froisse de ce qu'elle avait entendu4 ,maintenant1 elle s'en chagrinait1 comme d'une humiliation publique3 ,le baptme en soi1 ce n'est rien2 sur le front d'un homme ou d'une femme1 cela ne se voit pas4 ,et pourtant c'est immense1 d'adhrer1 en principe1 une communion sociale444 ,mon pre ne pensait qu' lui1 lorsqu'il m'en a exclue4 ,elle se leva prcipitamment pour monter chez ,m4 ,ardel et provoquer une explication4 ,mais elle rflchit que mieux valait attendre de s'tre matrise4 ,un moment plus tard1 elle lui porta du linge qu',armance avait blanchi1 et1 s'vertuant rester calme3 --,je t'ai entendu1 dit-elle1 rentrer avec ,galibert4 ,quel besoin as-tu de faire connatre toute la ville que je ne suis pas baptise8 ,ce serait moi1 il me semble1 d'en tre informe la premire4 --,bah6 ,un dtail sans importance4 ,je ne vois pas ce qui peut l t'ennuyer4 ,aurais-tu honte d'tre mancipe8 ,j'ai mis d'accord mes actes avec mes convictions4 ,trs peu l'osent1 et quoi de plus simple8 --,trop simple6 ,tu m'imposais1 ds ma naissance1 ta volont1 sans savoir quelle serait la mienne4 --,tu deviens joliment raisonneuse4 ,c'est justement pour la rserver1 ta volont1 que j'ai agi comme j'ai agi4 ,ceux qui mnent au baptme les nouveau-ns n'engagent-ils pas leurs enfants dans une religion dont ceux-ci1 avant d'tre hommes1 ne voudront plus8 ,m'a-t-on demand1 moi1 ma permission pour me baptiser8 --,en tout cas1 il est inutile de le crier sur les toits et de me signaler comme un phnomne4 --,alors1 tu n'as pas le courage de ton indpendance8 ,va1 tu n'es qu'une chiffe6 --,sois tranquille1 rpliqua-t-elle1 je te prouverai que je ne le suis pas4 --,oui-da6 ,en quoi faisant8 ,elle ne rpondit point et s'enferma dans sa chambre o elle pleura sans bruit1 dsesprment4 ,d'elle son pre1 en la chane invisible de leur affection un anneau tait rompu2 et1 ailleurs1 nulle main secourable ne se tendait4 ,les ,rude et ,julien lui prsentaient la possibilit d'un appui1 mais inefficace2 comment leur confier sa dtresse1 alors qu'elle ne pouvait leur dire3 ,je suis avec vous8 ,son orgueil1 nanmoins1 se raidit reprendre une srnit de surface1 elle essuya le tour de ses yeux rougis1 les lava1 et redescendit l'heure du souper4 ,victorien1 dans l'intervalle1 s'tait avou qu'elle avait1 en un point1 raison contre lui3 ,on doit interdire mme les approches de sa vie intime au commun des gens2 les forts vivent sur un pied de guerre perptuel1 bards d'une cotte de mailles1 et montrant seulement leur bras droit1 avec un bon glaive au bout4 ,ces aphorismes familiers1 il s'en voulait de les dmentir1 et d'avoir saboul1 humili sa fille2 mais il rpugnait s'excuser de ses violences4 ,il se contenta1 au dessert1 de lui offrir une promenade3 --,non1 rpondit-elle1 je suis un peu souffrante2 je te laisserai aller4 ,il fit quelque pas1 de long en large1 selon son habitude1 en fumant sa cigarette4 ,la sonnerie d'un cor arriva d'un jardin1 puis se tut3 --,pourquoi cesse-t-il8 rva ,m4 ,ardel mi-voix4 ,j'aime1 comme disait l'autre1 le son du cor au fond des bois ou mme hors des bois4 ,je me souviens que ta mre et moi1 les premiers temps de notre mariage1 nous coutions avec dlices1 les soirs d't1 des cors qui sonnaient le long des berges de la ,sane444 ,une fois de plus il dvoilait cette sentimentalit endolorie que couvrait un calus de scheresse4 ,c'tait une faon de faire entendre ,pauline3 ,pardonne-moi et viens4 ,mais elle tait trop bien sa fille pour ne pas ressaisir une supriorit en lui tenant rigueur de son algarade4 ,il sortit donc seul regret2 l'oncle ,hippolyte se retira1 et ,pauline resta dans la salle manger4 ,la tte lui brlait1 elle rouvrit la fentre ferme pendant le repas et entrejoignit les contrevents4 ,elle se mit broder sous la lumire1 essayant d'engourdir sa peine par un travail appliqu4 ,au dehors1 un homme passa1 venant d'une lente allure1 et fit halte en face de la salle manger4 ,pauline comprit qu'on la regardait1 elle crut avoir discern la dmarche par instants tranante de ,julien2 mais1 soit timidit1 soit caprice1 elle ne se retourna point pour s'en assurer4 ,julien--elle l'avait bien reconnu--la contemplait de biais1 assise prs du tapis rouge de la table2 il voyait sa main droite1 s'cartant d'une bande de festons que la gauche soutenait1 s'arrondir1 tirant l'aiguille et la poussant avec tranquillit4 ,son visage demeurait pour lui dans la pnombre2 autour de ses cheveux bruns s'enflait une clart rousse444 ,il s'avana plus bas dans la rue1 mais revint en arrire1 et repassa juste au moment o1 s'tant leve pour clore les volets1 elle les attirait elle4 ,il salua presque gauchement1 et s'loigna1 baissant le front1 confus et transport de savoir qu'elle l'avait vu4 ,pauline eut une joie dfaillir1 il lui sembla que son cur s'arrtait4 ,si elle avait moins aim ,julien1 elle aurait joui de le surprendre en une posture de soupirant timide2 mais une seule ide l'emporta3 ,cette fois1 j'en suis sre1 il m'aime2 et moi aussi1 je l'aime1 oh6 oui1 comme je l'aime6 ,elle s'lana dans l'escalier1 vola jusqu' la fentre de sa chambre2 peut-tre le dcouvrirait-elle encore d'en haut1 sans tre aperue4 ,la rue tait vide2 au-dessus des toits ptillaient les feux des toiles1 les illets des pelouses embaumaient2 une cloche limpide1 la petite cloche de la cathdrale1 battait coups lgers3 ,il est heureux1 lui1 de pouvoir bnir son ,dieu6 ,elle se souvint de l'unique obstacle qui les divisait2 cependant elle ne s'en tourmentait plus1 tant le bonheur amplifiait sa force d'illusion3 elle saurait assez comprendre ,julien pour qu'il ne sentt point leurs dissidences1 et1 gnreux comme elle le connaissait1 il la chrirait pauvre en foi1 mais non en amour4 ,quand on aime1 les choses qui psent ne psent plus2 ce qui est amer devient doux4 ,lorsque son effervescence fut tombe1 elle se reprsenta nanmoins une objection redoutable3 la volont de ,julien ne suffisait pas2 ses pre et mre donneraient-ils leur assentiment8 ,alors surtout que la nouvelle serait corne leurs oreilles3 --,la fille de ,m4 ,ardel1--croiriez-vous8 n'est pas baptise4 ,ses prvisions n'taient que trop justes2 le colloque de ,victorien avec ,galibert se colporta chez les ,rude4 ,elle n'en put douter1 le dimanche suivant1 son entre au milieu d'eux4 ,le charitable effort qu'ils soutinrent de ne rien changer leur accueil dnonait leur changement4 ,dans leur ton d'amiti se glissait une sollicitude compatissante et grave4 ,edme avait perdu son habituelle exubrance4 ,pauline ne retrouvait plus en ,julien l'amoureux contemplatif de l'autre soir2 son attitude tait empresse1 mais triste2 il avait d s'ouvrir son pre de ses intentions1 et recevoir des conseils svres4 ,entre ,m4 ,ardel et lui une discussion s'aiguisa sur la misre des temps modernes4 ,julien ne pouvait la contester1 bien qu'il nourrt la certitude de magnifiques rsurrections futures2 toutefois il n'en admettait qu'une cause initiale3 l'indiffrence religieuse4 --,alors1 argua le professeur1 si le monde va de mal en pis1 comme je le crois1 mais aprs une ,rdemption1 comme vous le croyez1 que devient l'uvre du ,messie8 ,o est-il8 ,que fait-il8 --,vous demandez1 repartit ,julien d'une voix incisive1 ce que fait cette heure le ,fils du charpentier8 ,je vous rpondrai3 ,il prpare le cercueil de ,julien4 ,edme1 au mme moment1 montrait ,pauline une minuscule statuette gyptienne en bronze verdi1 figurant une femme1 les jambes serres dans une jupe-entrave4 ,toutes deux ne saisirent que les derniers mots profrs par le jeune homme2 une angoisse inexplicable se mla au coup d'il qu'elles changrent4 --,que racontes-tu1 s'cria ,edme1 de cercueil et de ,julien8 --,votre frre1 expliqua ,m4 ,ardel avec une ironique amertume1 me compare gentiment l'empereur1 son homonyme1 et sans doute comme le chrtien de la lgende1 il prophtise ma mort prochaine444 --,dieu m'en garde6 protesta en riant ,julien4 ,c'est moi qui mourrai avant vous444 ,inattentif l'interruption1 le professeur poursuivit3 --,un point cloche dans le rapprochement3 ,le ,julien de l'histoire fut chrtien quelque temps1 au moins d'apparence1 au lieu que1 moi1 je ne l'ai jamais t4 ,a l'ge de ,marthe1 j'apprenais du catchisme comme de la mythologie4 a me laissait froid4 ,oncques n'ai pu m'assimiler le surnaturel4 ,marthe1 l'cart1 habillait une poupe1 et coutait1 de sa fine oreille1 ces propos qu'elle retenait sans dmler ce qu'ils voulaient dire4 ,m4 ,rude1 pour couper net le dbat1 accorda son violon1 et on excuta un paisible trio d',haydn4 ,victorien jugea bon d'observer ensuite3 --,la musique rapproche autant que les dogmes sparent4 ,rude remettait dans la bote son instrument4 ,il rpliqua1 presque irrit du lieu commun3 --,mon cher1 une pe tranchante1 sparant bien ce qu'il faut sparer1 est plus ncessaire qu'un violon ou des pinceaux4 ,mais je veux une pe dont la garde soit une croix2 la ,croix seule rallie les mes dans un amour indfectible4 ,au travers de ces disputes une cordialit se maintenait4 ,pauline1 cependant1 s'en retourna1 convaincue que cette famille ne pourrait devenir sienne2 la phrase de ,m4 ,rude sur l'pe qui spare ce qu'il faut sparer sous-entendait une admonition pour elle-mme et pour ,julien4 ,dans l'inanit certaine de ses esprances elle retrouva une paix morne1 faite d'un renoncement stoque au bonheur2 mais le non-espoir1 dix-huit ans1 excdait ses forces4 ,elle chercha quelqu'un1 autour d'elle1 qui lui ft oublier ,julien4 ,des jeunes gens qu'elle rencontra dans une sauterie1 chez le conservateur des hypothques1 la rebutrent par leur vulgarit2 tous rvaient une vie de petit travail et de petites jouissances aboutissant ce port commode et plat1 la retraite4 ,s'ils songeaient au mariage1 ils ne cherchaient qu'un sac4 ,auprs d'eux1 la figure de ,julien1 absent1 resplendissait comme celle d'un saint sur un vitrail1 et1 plus que jamais1 elle se donna en dsir lui4 ,,vi ,les vacances de la ,pentecte taient proches2 ,m4 ,ardel1 malgr la mauvaise humeur de l'oncle ,hippolyte1 dcida que ,pauline l'accompagnerait ,paris1 o il comptait passer deux jours4 ,elle n'avait travers ,paris qu'en hiver1 sous le crachin1 dans la boue2 elle se dfendait d'prouver pour la grande ville l'attirance bate d'une provinciale qui n'a rien vu4 ,pourtant1 la promesse du voyage l'exalta comme un philtre de joie qu'on et vers dans ses veines2 elle comprit ce pressentiment1 lorsque1 la veille du dpart1 son pre annona3 --,rude et ses enfants y vont aussi1 je les ai invits djeuner pour mercredi1 et nous reprendrons le train ensemble4 ,un soleil dur de juin accueillit ,pauline entrant1 vers deux heures1 dans ,paris4 ,de la voiture dcouverte que prit ,m4 ,ardel1 pour la conduire son htel1 prs de l',odon1 elle se complut1 quoique tourdie par le tumulte1 au spectacle des quais4 ,sur le pont d',austerlitz1 des charrois s'engageaient1 des attelages suants1 dont les forts chevaux arrachaient du feu des pavs meurtris1 et1 glissant sur les rails1 tendaient l'encolure1 se roidissaient4 ,les jurons des charretiers1 les claquements des fouets1 la vapeur des tramways qui s'brouent1 les trompes d'automobiles1 les sirnes des remorqueurs rompaient le bruit d'ocan des rues lointaines4 ,au milieu des fiacres et des pitons allant avec l'automatisme htif des foules impatientes1 elle remarqua un vieil homme cheveux blancs1 tte nue1 les rides du front gonfles et luisantes de sueur1 qui tirait seul une charrette craquant sous des piles de chaises4 --,j'aime1 dit ,victorien1 voir peiner ce peuple autour de moi4 ,cet ahan sauvage1 sous un soleil d't1 c'est beau444 ,mais1 en aval du fleuve gristre1 que le soleil faisait bouillir comme de l'tain liquide1 ,pauline regardait les tours de ,notre-,dame allger l'horizon4 ,songeuses immobiles1 tournes vers l'ouest et la mer1 elles se haussaient en plein ciel1 hors des haleines du sol et des fumes4 ,ils longeaient le ,jardin des ,plantes1 o on entrevoyait des btes dans leur parc1 des gens assis dans les alles1 des enfants qui jouaient4 ,une douceur biblique semblait habiter ces ombrages4 --,si nous vivions ,paris1 exprima ,pauline1 je viendrais souvent l4 ,m4 ,ardel1 au passage1 lui indiqua une rue qui monte entre deux murs bas1 dserte1 sans maisons1 sans un pouce d'ombre1 meuble seulement1 vers le haut1 de quelques arbres poudreux4 --,la rue ,cuvier1 fit-il2 quand j'tais tudiant1 je la frquentais dans cette saison et cette heure1 pour me donner l'illusion d'un site africain4 ,pauline voqua son pre1 vingt ans1 seul et lyrique1 promenant sa silhouette sur le pav torride2 et elle partit d'un bon rire3 --,quel original tu tais6 ,de l'htel il la conduisit au muse du ,luxembourg qu'il n'avait pas revu depuis des annes4 ,ils firent lentement le tour des salles2 ,victorien trouva surtout l'occasion d'en critiquer les toiles2 sauf des portraits et des scnes de genre1 que de choses misrables6 ,la banalit des nus l'curait2 il s'tonnait qu'on dlaisst la grande peinture d'histoire4 --,rude dplorerait l'indigence de ce muse en fait d'art religieux4 ,il accorda nanmoins ,pauline que le ,christ en croix de ,carrire n'tait pas mal4 ,mais il ne pouvait souffrir la taie de brouillard que ce peintre tissait sur toutes les formes4 ,pauline1 au rebours1 acceptait le clair-obscur douloureux o ,carrire rend palpable l'nigme des visages humains4 ,elle comprenait la femme qui sanglote dans son mouchoir1 au pied de la croix4 --,celle-l1 elle ne sait pas s'il est ,dieu2 mais elle a piti de lui1 piti d'elle-mme2 elle me fait envie1 cette femme6 ,elle se rappela son aversion1 ,sens1 devant le vieux ,christ de la cathdrale3 comme son cur et sa pense1 en quelques mois1 s'taient largis6444 ,le soir1 aprs deux visites assez ternes chez d'anciens camarades du professeur1 ils dnrent1 boulevard ,saint-,michel1 dans un restaurant proche du quai4 ,m4 ,ardel revenait volontiers ses gargotes de jadis4 ,le seul ,paris qui existt pour son ge mr restait celui de sa jeunesse4 ,dans le va-et-vient anonyme1 indfini des passants1 ,pauline se demandait si elle ne reconnatrait pas ,julien4 ,mais les figures vagues1 derrire la vitre1 sous le jour faux des reverbres1 et qui s'effaaient aussitt1 devenaient1 en se multipliant1 comme irrelles4 ,semblables des lampes folles et fantastiques courant sans guide sur la chausse1 les phares des automobiles se croisaient4 ,elle prouvait1 de son premier contact avec ,paris1 cette lassitude qu'inflige la visite d'une norme usine o le dchanement de la vie mcanique assourdit toute rflexion4 ,sa fatigue se dissipa1 lorsqu'ils s'en allrent1 au crpuscule1 le long de la ,seine1 par le quai des ,grands-,augustins4 ,l1 les bruits s'apaisaient2 un ciel immense1 d'un vert brun1 se regardait dans l'eau frissonnante o frmissaient les feux illimits des deux rives4 ,ils traversrent un pont1 et ,victorien mena sa fille jusqu' l',arc du ,carrousel4 ,l'esplanade1 par un tel soir1 amplifiait sa majest triomphale4 ,le ,louvre1 derrire eux1 rigeait ses corniches augustes et noires4 ,devant1 les lumires1 en deux files parallles qui s'incurvaient au loin1 puis se confondaient1 dveloppaient une voie de splendeur jusqu' l'toile1 jusqu'aux toiles1 s'cria ,pauline enthousiasme4 ,le simplisme de cette magnificence l'blouit2 ,paris semblait attendre un roi pour le fter2 et le grondement des vhicules1 distance1 roulait comme la rumeur d'une arme qui passe4 ,c'tait tout prs1 dans la cour du ,palais-,royal1 que ,m4 ,ardel devait rejoindre1 le lendemain1 les ,rude4 ,a travers l'orchestre confus des bruits nocturnes1 ,pauline coutait venir cette journe dcisive pour son amour2 autour d'elle et de ,julien qu'elle savait prsent1 toutes les voix de ,paris n'taient plus qu'un los d'hymen dans un brasier444 ,le lendemain matin1 elle laissa sortir ,victorien seul et fit une toilette un peu plus tudie qu' l'ordinaire4 ,sa fentre donnait sur un coin sommeillant du ,luxembourg2 la fracheur des arrosages veillait les verdures vaporeuses2 des marchandes de fleurs circulaient4 ,quand elle fut prte1 elle s'examina dans l'armoire glace1 se concda que sa robe gros bleu et son chapeau de paille relev cavalirement avec un nud sombre seyaient la clart de son teint4 ,une dcision rayonnante partait de ses yeux2 les lignes de ses joues et de ses bandeaux nageaient dans une sorte de halo vibrant2 elle s'en tonna1 comme si la figure d'une autre se ft rpte en face d'elle4 ,un grand moment lui restait avant l'heure du rendez-vous4 ,elle s'assit et tira de sa valise un petit livre qu'elle s'tait impos d'y mettre1 la traduction des vangiles2 elle le reprit l'endroit o elle l'avait laiss1 au ,sermon sur la ,montagne4 ,l'accent d'une parole surhumaine1 irrfragable1 tinta aux portes de son me2 mais1 arrive la fin du chapitre1 elle abandonna sa lecture3 --,o sont-ils1 ceux qui suivent exactement ces prceptes1 qui arrachent leur il droit1 s'il les scandalise1 et donnent encore leur tunique1 si on leur a pris leur manteau8 ,je serais chrtienne1 voil ce qu'il me faudrait pratiquer4 ,non1 ce sera toujours trop fort pour moi444 ,a midi sonnant1 elle et son pre arrivaient dans le jardin du ,palais-,royal4 ,la quitude voluptueuse de ce lieu mlancolique ravit ,pauline comme le prsage d'une flicit romanesque4 ,elle aima ce silence trois pas du bruit1 les grilles dores entre les colonnades grises1 les boutiques d'orfvres et de libraires o personne ne se montrait1 et1 au milieu1 le jet d'eau neigeux dont les gouttes se brisaient dans la vasque brillante avec un murmure de soie froisse4 ,mais1 derrire les colonnes1 elle cherchait avidement ,julien2 il surgit tout d'un coup et1 sa suite1 ,edme devanant ,m4 ,rude4 tait-ce la stimulation de ,paris qui l'mancipait de sa gravit8 ,ou avait-il flchi selon son dsir la volont paternelle8 ,pauline lui retrouva son air dgag1 riant des premiers mois2 ,edme l'embrassa de toute sa ptulance1 et ,m4 ,rude1 en lui prenant la main3 --,que je suis content de vous voir1 tonna-t-il1 ma chre enfant6 ,victorien leur proposa d'aller djeuner au frais1 sous les arbres1 dans un restaurant des ,champs-lyses4 ,une voiture les y dposa2 ,pauline voguait en une allgresse dont elle avait peine contenir l'exubrance4 ,ils s'attablrent sous une vranda1 prs d'un grand platane4 ,l'ombre des feuilles bougeait sur la nappe1 les rayons qu'elles distillaient semblaient couler dans les veines d',edme et de ,julien1 et ,pauline lisait au fond de leurs prunelles que sa propre beaut s'avivait4 --,avez-vous remarqu8 disait ,m4 ,rude2 vers midi1 l',arc de ,triomphe se colore de gris argents1 analogues ceux des rocs1 en ,provence1 le long des ,alpilles4 ,les masses se volatilisent2 il n'y a plus que du soleil et des angles pour l'arrter6 ,m4 ,rude tait en verve2 il parlait de la salle qu'il avait enfin rsolu de louer1 rue ,richepanse1 l'automne1 o il exposerait2 et ce brave homme1 jusque-l insoucieux du succs1 presque heureux d'tre obscur1 insistait avec une candeur qui divertissait ,victorien sur les assurances d'articles qu'il avait reues de critiques notoires4 ,pour ,victorien1 le rsultat positif de son voyage1 c'tait de savoir que sa nomination ,versailles ne se ferait pas de sitt4 ,on le jugeait dcidment un excentrique et un esprit frondeur4 --,je m'en moque1 concluait-il1 je suis bien ,sens444 --,et moi donc6 souligna ,pauline mi-voix1 se penchant vers ,edme4 --,je tiens les lments1 poursuivait ,m4 ,ardel1 d'un livre trs curieux1 l'histoire d'un de vos archevques1 ,pardaillan de ,gondrin1 un des gaillards les plus originaux de la ,fronde1 pas difiant par exemple1 mais un type de ,franais batailleur1 aventurier1 indomptable4 --,comme j'eusse voulu l'tre1 dit brusquement ,julien4 --,comme on ne peut plus l'tre1 coupa le professeur4 --,cependant1 appuya ,julien1 quand je serai consul1 si je puis me faire envoyer dans le ,levant ou en ,extrme-,orient1 dans quelque poste scabreux1 croyez-vous que je ne trouverai pas l de beaux champs de bataille8 ,victorien sourit en douteur2 mais le front de ,pauline se plissa d'un dsappointement2 si ,julien partait au loin1 et si elle le suivait1 que deviendrait son pre isol8 ,la conception nette d'un sacrifice ncessaire balaya les mirages o elle s'exaltait2 sa gat revint aussitt1 mais avec une teinte de srieux qui persista tout le repas4 ,en sortant de table1 ils remontrent pied jusqu' la place de la ,concorde4 ,pauline marchait devant1 entre ,edme et son frre4 ,edme lui rvla que ,mlle ,total1 cette envieuse1 dnigrait sous le manteau ,m4 ,ardel1 cause de ses relations avec la famille ,rude4 --,alors1 s'exclama ,pauline1 pourquoi nous fait-elle tant de chatteries8 ,la vilaine bte6 --,il ne faut pas vous mouvoir1 observa ,julien4 ,quand vous recevez un croc-en-jambe1 c'est toujours des gens qui se disent vos amis4 ,les femmes surtout se dlectent aux petits jeux des frocits sournoises4 ,rien n'est plus rare qu'une me bien ne4 ,quel trsor d'en dcouvrir une6 ,et1 se tournant vers elle avec une soudaine effusion3 --,vous1 au moins1 vous tes vraie1 simple1 jamais farde2 c'est ce qui fait qu'on vous aime4 ,pauline1 presque interdite1 rpondit seulement3 --,vous me jugez comme je vous juge2 c'est que vous tes un grand cur4 ,au coin de la rue ,royale1 ils se sparrent4 ,m4 ,rude avait rendez-vous avec un marchand de tableaux2 il emmena ,julien1 ayant peu de got pour se faire valoir et se dfendre lui-mme2 ,m4 ,ardel et ,pauline gardrent ,edme4 ,pauline mditait l'abrupte et nave profession d'amiti que ,julien lui laissait3 assurment1 il l'avait prmdite et jete dans la conversation l'improviste1 par une impatience d'amoureux4 ,sa phrase1 tout un moment1 chanta dans sa tte folle2 elle ne vit plus rien des choses qu'elle traversait4 ,un omnibus1 rue de ,rivoli1 l'aurait crase1 si son pre ne lui et temps saisi le bras4 ,il discutait avec ,edme sur la niaiserie des ,parisiens4 ,a ,paris1 prtendait ,edme1 la sottise commune s'attnue1 en apparence1 sous la vivacit d'allure qu'exige le qui-vive incessant et la dfense de soi4 --,allons donc6 rpliquait-il2 nulle part1 l'esprit d'imitation1 autrement dit la suprme sottise1 n'est pouss plus loin qu'ici4 ,sont-ce des femmes ou des pastiches de femmes1 ces cratures toutes vtues sur un patron identique1 trottant la file1 avec la mme manire de balancer leur bras1 de se dhancher8 ,ils entrrent au ,louvre1 dans la galerie des peintres du dix-huitime sicle1 o le professeur voulait examiner quelques portraits4 ,pauline retint ,edme devant l',embarquement pour ,cythre4 ,edme gotait fort peu les scnes galantes1 et n'admirait de cette toile que la chaude ferie du paysage2 ,pauline l'aimait plus qu'elle ne l'osait dire2 elle trouvait surtout charmante la dame qui baisse les yeux en coutant les douceurs de son cavalier1 et aussi l'autre1 d'une grce paresseuse1 qui1 la dernire1 se dcide suivre4 ,de salle en salle leur guide les entrana1 si bien que toutes deux taient lasses quand les portes du muse1 cinq heures1 se fermrent4 ,m4 ,ardel1 infatigable1 les mena1 pour des emplettes1 jusqu' la rue ,saint-,denis4 ,au retour1 ils traversrent en voiture le parvis ,notre-,dame1 le long des porches de l'glise2 celui du milieu restait ouvert2 dans la profondeur des nefs et du chur tellement sombre qu'il semblait tendu de noir1 des cierges brlaient1 des verrires violettes s'clairaient4 ,ce fut l'image grave que ,pauline emporta de ce second soir ,paris4 ,elle voyait1 d'une attente heureuse1 approcher le moment de gagner la gare et de retrouver ,julien4 ,elle et ,edme1 lorsqu'elles pntrrent sous le hall1 y cherchrent en vain ,m4 ,rude et lui4 ,victorien rassura ,edme2 mais ,pauline prit pour elle-mme l'inquitude de son amie3 qu'avait-il pu leur arriver8 ,elle essayait de rprimer1 d'avance1 sa dception1 si le voyage se faisait sans ,julien2 son dsir pourtant se crispait sur l'ide qu'il allait venir4 ,enfin1 trois minutes avant le dpart du train les deux voyageurs apparurent1 essouffls1 en sueur3 le cheval de leur fiacre s'tait abattu1 une srie d'encombrements les avait ensuite retards4 --,j'ai bien cru que nous le manquerions1 fit ,m4 ,rude en s'pongeant4 --,et moi1 triompha ,julien1 qui regarda ,pauline1 je savais que nous ne le manquerions pas6 ,le soleil s'tait couch sur ,paris dans une vapeur d'un bleu cendr1 sans rayons1 et rouge1 dit ,edme1 comme un cachet de cire sur une lettre4 ,on suffoquait encore l'intrieur des wagons2 ,julien1 visiblement fivreux1 sortit dans le couloir2 ,edme et ,pauline le suivirent4 ,l'express avait dpass ,melun2 droite et gauche dormaient des futaies pesantes1 d'o sortait la respiration du soir1 l'odeur des corces suintantes de sve1 des fougres humides et des sureaux en fleurs4 ,il semblait trange ,pauline de glisser au milieu de ce silence crpusculaire1 dans la trpidation orageuse des roues4 ,un instant1 elle perut1 travers le vacarme1 les coups de gorge stridents d'un rossignol4 ,edme1 qu'un besoin de sommeil accablait1 rentra s'asseoir2 ,pauline demeura1 car ,julien lui parlait4 ,il lui confiait son penchant pour les longs exodes1 mais1 en mme temps1 sa volont de fixer sa vie autour d'un centre stable4 ,et il eut une faon de la dvisager1 passionne1 srieuse1 qu'elle comprit trop bien4 ,elle laissa tomber ses paroles dans le silence et se disposait le quitter4 --,quelle journe splendide nous avons eue6 dit-elle en manire de conclusion4 ,pourquoi faut-il qu'elle ait une fin8 --,il y en aura une plus belle pour moi1 celle o je pourrai vous dire tout haut3 ,pauline1 je vous aime444 ,si toutefois1 je ne vous suis pas indiffrent444 ,ils se tenaient appuys contre la porte du compartiment et assez prs l'un de l'autre pour que ,pauline ne perdt rien de ces mots articuls d'une voix tremblante4 ,elle s'attendait son aveu2 cependant la commotion qu'elle en reut contracta ses lvres1 serra sa gorge2 elle regardait dans le vague et se taisait4 --,non1 put-elle dire enfin1 mais sans se retourner vers lui1 vous ne m'tes pas indiffrent444 ,julien planta sur elle l'ardeur tendre et envahissante de ses yeux4 --,ah6 reprit-il plus ferme1 je n'ai jamais dout que votre affection rpondrait la mienne4 ,ds la premire heure o nous nous sommes vus1 j'ai pens3 ,la voici1 l'lue de mes songes1 celle qui m'est prdestine4 ,je ne vous dirai pas que je vous aime simplement parce que vous tes belle1 et pourtant votre voix seule m'meut comme le son d'une harpe qui aurait une me2 de voir le bout de vos doigts ou le balancement de votre robe1 tout mon tre en frmit4 ,mais je sens au fond de vous des trsors d'amour et d'intelligence qui me ravissent mille fois plus encore4 ,une seule chose me dsolerait1 si je ne mettais mon espoir dans le ,christ que vous ignorez1 et1 cette chose1 vous ne l'ignorez pas444 --,je la connais1 rpliqua-t-elle1 dominant son trouble444 ,si vous m'aimiez plus que tout au monde1 vous la ngligeriez2 mais je ne peux pas vous en vouloir de mettre avant l'amour d'une femme celui du ,dieu en qui vous croyez4 ,seulement1 qu'y puis-je8 ,la foi est un don2 je l'ai dsire2 j'ai mme pri2 elle n'est pas venue2 sans doute1 je ne la mrite gure1 parce que1 si je devenais maintenant chrtienne1 ce serait cause de vous444 --,vous avez pri1 dit ,julien2 mais souvent8 --,pas souvent2 une fois1 le soir de notre course ,druzy4 --,eh bien6 promettez-moi dsormais1 chaque soir et chaque matin1 d'lever votre dsir ,celui qui vous entend444 ,elle fit un signe de promesse muette1 mais o il devina trop peu d'esprance4 --,il est crit1 poursuivait ,julien3 ,heurtez1 et on vous ouvrira4 ,si vous grattez la porte et vous en allez1 est-ce tonnant qu'on ne vous ait pas encore ouvert8 ,il faut heurter fort et longtemps1 y meurtrir vos mains444 ,en somme1 tes-vous heureuse de ne pas croire8 --,auparavant1 je n'en souffrais point1 je me croyais mme suprieure aux autres4 ,a prsent1 je veux savoir1 et je ne sais rien4 ,un rideau opaque s'paissit entre mes yeux et les mystres que je voudrais atteindre4 ,en pensant vous1 j'ai compris qu'on pt dsirer un amour sans lassitude et sans terme444 --,alors1 pourquoi tardez-vous sortir de cette anxit qui n'est pas un terme8 --,pourquoi8 ,si je vous demandais3 ,pourquoi n'tes-vous pas un saint8444 ,pourquoi8 ,parce que je suis une pauvre me faible et seule444 --,vous n'tes jamais seule1 protesta ,julien2 vous oubliez1 sans parler de moi1 tous les miens qui prient pour vous1 et votre oncle1 et les ,carmlites1 et d'autres1 qui1 sans vous connatre1 supplient la ,lumire de descendre en vous4 ,mais vous sentez votre faiblesse1 vous avez faim dj du ,viatique444 ,ah6 que vous serez heureuse--et moi6--le jour o vous croirez6 ,l'air sera lger sur vos paules2 ce sera comme ce soir d't1 s'il ne devait jamais finir4 ,le train1 maintenant1 courait dans une plaine1 prs d'une rivire entrevue parmi des peupliers4 ,des corbeilles de fleurs semblaient dissoutes en ses eaux mordores2 la rougeur hle du couchant brunissait au fond de l'espace2 pourtant1 le gazon des berges1 les bls jaunissants1 les frondaisons des arbres1 un clocher bleu sur un coteau1 tout conservait une empreinte de clart1 et on et dit1 non que le jour s'teignait1 mais qu'une aurore allait natre4 ,l'arrt de ,montereau approchait2 ,pauline rentra auprs d',edme2 celle-ci1 sous la lampe1 continuait un somme paisible1 tandis que les deux professeurs s'gosillaient1 mis aux prises par une furieuse controverse4 ,pauline dmla que son pre prtendait prouver l'impuissance de l'glise ressaisir une suprmatie prime2 mais elle se recueillait dans l'intimit de sa joie4 ,julien1 songeur1 s'tait assis en face d'elle2 de temps autre ils se regardaient2 puis elle fermait les paupires et se disait3 ,fais silence1 mon me4 ,une heure pareille1 peut-tre1 ne reviendra plus4 ,,vii ,la journe s'achve lourdement2 des nuages de plomb pendent dans l'air extnu2 sur la petite cour o ,pauline1 en peignoir bleu1 arrose ses plantes1 les branches des tilleuls voisins s'affaissent2 elle aperoit1 par leurs claircies1 les rflexions du couchant livide et fumeux2 un crapaud1 contre le mur d'un jardin1 ritre sa plainte sonore4 ,victorien mdite1 enfonc au creux d'un fauteuil de toile2 et le vieil oncle1 promeneur abstrait1 les deux mains dans ses poches comme s'il grelottait1 suit d'un il soucieux les chauves-souris qui dcrivent de grands cercles autour de son crne4 --,avez-vous vu quelquefois1 dit soudain ,pauline1 s'ouvrir les belles-de-nuit8 ,les deux hommes1 tels que des dormeurs1 ont sursaut2 ,victorien1 ignorant comme un matre d'cole1 tranger aux faits simples de la nature1 se lve1 attir par le curieux phnomne3 les fleurs jaunes1 sur les tiges tendres1 une une1 dcollent leurs ptales2 avec une nonchalance voluptueuse les corolles se redressent2 c'est une lthargie dont elles s'veillent2 une impulsion mystrieuse propage leur frisson vibratile4 --,les fleurs ont donc une volont8 interroge ,pauline4 --,oh6 veut-il expliquer1 ce sont des rflexes tout mcaniques444 ,si nous sortions444 ,ici1 j'touffe4 ,pauline est monte lestement s'habiller1 et ils s'en vont au bord de l'eau4 ,sous les arches du pont l',yonne glissait d'un mouvement presque insensible2 la ligne oblique des coteaux l'arrtait ainsi qu'un tang2 les formes brunes des nuages1 les ombres masses des toits et des peupliers figeaient le courant opaque2 un canot descendait le long du ,clos-le-,roi1 et1 chaque fois que les rameurs levaient leurs avirons1 un peu de ciel blanc luisait dans l'intervalle de leurs bras2 car le crpuscule s'attardait encore sur les collines1 un crpuscule profond1 aurait dit ,m4 ,rude1 comme un chant grave de clarinette4 ,pauline distinguait1 en aval1 pressant le dos d'un tertre et semblable un manoir abandonn1 la chapelle de ,saint-,martin prs de laquelle ,julien1 pour la premire fois1 l'avait rencontre4 ,elle voulait entraner son pre gauche1 du ct de la maison des ,rude2 par esprit de contradiction1 il se dirigea vers les hauteurs4 ,en passant au milieu du pont1 contre la croix de fer surmonte d'une ampoule lectrique1 elle se remmora la promesse faite son ami2 elle n'y avait pas manqu1 depuis un mois1 un seul jour1 et1 ce soir aprs les autres1 elle rpta intrieurement cette prire3 ,o ,dieu1 si vous m'entendez1 faites que je ,vous connaisse2 si vous tes la ,vrit1 donnez-vous moi4 ,mais nul indice extrieur1 nul appel dcisif ne lui rvlait qu'elle ft exauce4 ,le christianisme excitait sa curiosit1 elle dsirait s'initier aux dogmes2 toutefois cette sympathie restait fragile1 comme la coque d'un uf mal form qui s'effrite au moindre choc4 ,devant la notion du surnaturel1 ses habitudes de jugement se raidissaient3 ,si ,dieu est1 tout lui est possible2 mais pourquoi le miracle8 ,est-ce rationnel de concevoir qu'ayant fait le monde selon un ordre bon1 il y superpose tout propos un ordre meilleur8 ,un prtre profre une parole sur un peu de pain2 ,julien croit que cette hostie devient la chair et le sang du ,verbe2 quelle preuve en a-t-il8 ,d'autres avant lui l'ont cru3 le ,christ lui-mme l'aurait dit2 o est le signe authentique du prodige indfiniment renouvel8 ,la nettet des objections qu'elle se proposait ainsi rpondait un long travail latent2 sa pense avait beau vouloir s'chapper dans des rveries fantaisistes1 elle revenait autour des problmes religieux1 de mme qu'une hirondelle1 entre sous la vote d'une glise1 bat des ailes autour des piliers1 se cogne contre les vitraux4 ,quand elle causait1 tout autre propos manquait pour elle de saveur2 en prsence de son pre1 une contrainte la tenait1 le poids de son hostilit2 il fallut nanmoins qu'elle s'impost avec lui un claircissement3 si1 plus tard1 elle embrassait une croyance1 elle se proccupait de savoir quel accueil il ferait sa conversion4 ,pendant qu'ils gravissaient la cte dserte du ,chemin-,neuf1 un mot bref suffit provoquer l'clat qu'elle apprhendait et souhaitait4 --,tu sais1 dit-elle en rompant le silence1 que mon oncle ,jacques1 outre sa cure de ,druzy1 a maintenant un cours au grand sminaire8 --,tant mieux pour lui1 rpliqua-t-il d'un ton qui signifiait3 ,la nouvelle m'est fort gale4 ,d'o tiens-tu ce dtail8 --,edme l'a su de ,julien4 ,il parat que ton frre est toujours trs malheureux de ne pas nous voir4 ,je n'ai point de conseil te donner2 mais1 un de ces dimanches1 il me semble1 nous aurions bien pu aller le remercier de la miniature444 --,le remercier d'une restitution8 ,allons donc6 ,je connais ,jacques fond2 la seule mthode pour vivre en termes corrects avec lui1 c'est de nous voir le moins possible4 ,je lui lcherais des vrits peu flatteuses1 il me rpliquerait4 ,a quoi bon chercher des scnes inutiles8 ,et puis1 non4 ,cela ne me dit rien4 ,il est prtre2 je ne puis pas avoir de plaisir frquenter un prtre4 --,c'est tant pis2 j'aimerais vous entendre vous disputer sur la religion4 --,bah6 qu'en peut-il sortir8 ,du vent4 ,si tu avais tudi1 comme je le fais pour mon ,gondrin1 les noises stupides des jansnistes et des jsuites1 tu sentirais combien ces thologies sont surannes1 finies1 cadavreuses4 --,alors1 dans quelle intention les tudies-tu8 --,comme on tudie les sarcophages d'gypte ou comme on cherche lire l'trusque4 ,parce que tout objet de dcouverte attire un savant4 --,il y a pourtant des milliers d'mes qui vivent des ides chrtiennes1 et moi1 qui ne suis pas croyante1 elles m'intressent de plus en plus4 ,victorien dvisagea sa fille d'un air offusqu et souponneux3 --,dcidment1 tu as bien chang1 et j'ai eu grand tort de ne pas suivre mon intuition2 toutes ces billeveses te viennent des ,rude2 jamais je n'aurais d me lier avec eux4 ,me crois-tu donc aveugle8 ,julien t'a tourn la tte1 tu es folle de lui4 ,mais j'y vais mettre ordre et1 ds demain1 faire sentir au pre que je ne laisserai pas circonvenir et capter ma fille4 ,pauline blmit ce coup brutal1 effraye des suites que pouvait avoir sa franchise4 ,cependant1 son amour lui prta la force de rpondre avec sang-froid3 --,je n'ai aucun motif de cacher mon amiti pour ,julien2 et tu n'en as aucun1 non plus1 de sauter1 ce propos1 comme un baril de poudre4 ,tu comprends1 je suppose1 qu'il n'pousera jamais une fille non baptise444 --,aussi espre-t-il t'amener au baptme444 --,s'il l'espre1 il se trompe2 libre toi de me juger stupide2 je ne le suis pas encore au point de suivre une croyance parce que quelqu'un me l'aura souffle4 ,je conois qu'on en ait une1 mais seulement lorsqu'on cde l'vidence d'une certitude accepte par la raison4 --,mais1 ma pauvre enfant1 s'exclama-t-il1 la raison est ployable tout4 ,tu croiras tenir des preuves1 quand tu seras le jouet de tes sentiments4 --,en ce cas1 si tu nies la raison1 quel principe t'autorise soutenir3 ,ceci est vrai1 cela est faux8 ,m4 ,ardel allait rpondre2 mais1 contre la grille d'un clos isol1 un norme chien1 leur passage1 se dressa en aboyant avec furie4 ,le professeur haussa les yeux vers le coteau2 sur l'chine d'un nuage des clairs couraient comme des frissons1 et des bouffes de vent qui se levaient rapprochaient les craquements sourds de la foudre4 ,pauline regardait sans joie la ville tale leurs pieds1 espaant les rverbres mlancoliques de ses quais2 dans le ciel1 droite1 au-dessus des terres vagues1 montait un grand disque de cuivre ardent1 la lune pleine barre d'une vapeur1 et1 derrire elle1 une attente morne1 un silence s'approfondissait2 autour de l'astre trange comme un mtore1 des nues fauves immobiles avaient l'air de btes fascines4 --,redescendons1 dit ,m4 ,ardel2 nous aurons de l'orage tout l'heure4 ,il prit1 pour la mieux convaincre1 le bras de ,pauline et se remit discourir3 --,tche donc de pntrer mon point de vue4 ,si tu savais combien c'est triste de penser que tu restes trangre au plus intime de ma vie1 que je suis seul6 ,moi1 j'ai subi l'oppression tacite du pass o mes pre et mre furent ptris2 mais je me disais3 ,ma fille au moins sera pleinement libre et heureuse1 je n'aurai pas lutt en vain4 ,comprends-moi3 je ne suis pas incrdule pour l'unique et grossier motif que l'absurdit des dogmes contredit les lois de l'exprience--et l'exprience est la pierre de touche du vrai4--,non1 je pars d'un fait immdiat3 l'glise1 comme tout systme humain1 a eu son commencement1 sa croissance1 son apoge2 depuis la fin du moyen ge1 elle rsiste la mort1 mais elle dcline1 elle s'en va d'une vieillesse lente et d'autant plus irrmdiable4 ,de ses cendres une autre religion surgira-t-elle8 ,ou l'homme comprendra-t-il enfin qu'en adorant des dieux il s'adorait lui-mme8 ,pour le moment1 tu m'avoueras qu'il est sage de ne pas lier nos actes au joug troit d'une discipline condamne par le temps4 ,l'humanit qui marche regarde devant elle1 non en arrire4 ,moi1 et plus encore toi1 nous avons mieux faire que de rvasser devant des tombeaux vides6 ,pauline se tut d'abord1 lui laissant l'illusion qu'elle ne trouvait rien rpondre1 mais elle songeait3 ,a supposer qu'il ait raison1 en serai-je1 comme il dit1 plus heureuse8 ,au contraire1 la seule perspective de ne plus pouvoir esprer lui apparut intolrable2 et ,julien n'tait pas la cause exclusive de cette angoisse4 ,elle aperut clairement en cette minute que le dsir de croire s'tendait aux fibres profondes de sa substance1 qu'elle en avait besoin pour vivre4 ,l'branlement du choc reu rvlait jusqu'o il avait port4 ,aprs un instant elle reprit3 --,ce que pensera l'humanit dans un sicle1 dans vingt1 je l'ignore4 ,je veux du bonheur1 le mien1 un bonheur infini1 oui1 infini4 ,qui me le donnera8 ,tu as beau dire1 ils sont plus heureux que nous1 ceux qui ont la foi4 ,ils croient savoir d'o ils viennent1 o ils vont2 pour eux la mort ne compte plus2 ils ont eu ,dieu ds cette vie1 ils entrent dans l'autre avec la confiance de l'avoir ternellement4 --,ou d'tre ternellement damns6 ricana ,m4 ,ardel4 ,et1 s'chauffant d'une sorte d'enthousiasme asctique3 --,le ,paradis vrai1 le seul1 c'est celui qu'on se fait soi-mme1 le ,paradis du labeur et de la pense4 ,quand je suis abattu1 je me mets au travail1 et1 peu peu1 ma tristesse se dissipe1 je sens une effusion de lumire descendre en moi et d'abondantes dlices y fleurir4 ,mais1 toi1 je me rends fort bien compte de ton tat3 notre intrieur ne te suffit plus1 tu aspires autre chose2 il faut que je te cherche un mari444 --,ne prends pas cette peine1 rpliqua-t-elle d'une voix frmissante3 le mari1 d'avance1 est refus4 --,ah6 fit-il avec une colre incoercible et appuyant ses phrases par des coups de tte doctoraux comme toutes les fois qu'il voulait implanter une affirmation1 je ne me suis donc point tromp6 ,c'est ,julien que tu veux1 et1 pour l'avoir1 tu passeras sous les ,fourches ,caudines des prtres4 ,mais dis-le-toi bien3 le jour o tu iras confesse1 ce sera fini entre nous2 et1 je serai franc jusqu'au bout1 j'aimerais mieux te voir morte que bigote6 ,exaspre1 elle lui cria3 --,puisque tu le prends sur ce ton1 je ne mettrai plus les pieds chez les ,rude2 tu comprendras alors qu'ils n'taient pour rien dans mes ides4 --,c'est tout ce que je te demande1 rpondit-il1 soudain apais4 ,plus tard1 quand tu seras majeure1 si cela te plat et si ton pre est devenu inexistant pour toi1 tu croiras ,lourdes1 la ,salette1 saint ,expdit1 au ,sacr ,cur1 et leurs grotesques boniments4 ,je m'en lave les doigts2 mais j'espre encore en ton intelligence4 ,bon sang ne doit pas mentir444 ,leur querelle tomba sur ce mot2 cependant ,pauline se dsesprait d'avoir1 de ses propres mains1 trangl son unique joie2 quelle folle bravade de s'engager ne plus voir ,julien6 ,d'autre part1 les ngations que l'ironie paternelle essayait de lui inculquer la tenaillaient d'un doute3 si ,victorien disait vrai1 pourquoi vivre8 ,a quoi bon se traner jusqu'au nant8 ,oui1 mais o trouver le ,dieu qu'elle attendait8 ,l'effort d'une conversion lui semblait au-dessus de ses forces2 mais1 si elle ne le tentait1 la lumire possible ne se retirerait-elle point8 ,la veille1 elle avait rouvert1 au hasard1 les vangiles3 ce verset brusquement s'tait offert3 ,je m'en irai1 et vous me chercherez1 et vous mourrez dans votre pch4 ,a prsent1 l'pouvante d'tre dlaisse sans retour et l'anxit d'aller un ,dieu qui ne serait pas un ,dieu faisaient en sa conscience une dure agonie4 ,une sueur froide lui venait aux tempes2 elle aurait voulu s'tendre sur les pierres de la route1 fermer les yeux1 ne plus rien sentir4 ,ils arrivaient1 prs de la gare1 au passage niveau2 devant la barrire close1 une grosse charrette foin attendait4 ,un rapide tait annonc4 ,m4 ,ardel entra en conversation avec le garde-barrire2 celui-ci se plaignait d'avoir du travail la nuit comme le jour1 sans une heure de rpit3 ,autant vaudrait accrocher une ficelle au poteau1 et moi aprs4 ,il se mit conter succinctement un terrible suicide dont son fils1 employ ,laroche1 avait t1 quelques jours avant1 le spectateur3 ,la femme d'un homme d'quipe tait devenue la matresse d'un mcanicien2 ce dernier1 un beau jour1 lui signifia qu'il en avait assez2 pour le punir et lui donner du remords1 elle se jeta1 un dimanche soir1 sous la machine qu'il conduisait4 ,on la ramassa dcapite1 en quartiers1 on la porta dans un hangar1 on mit une bche sur elle1 et on alla prvenir son mari4 ,il tait ivre et ne voulait pas se dranger3 a lui apprendra vivre1 dclara-t-il en guise de lamentation funbre4 ,il vint enfin1 deux camarades posrent le cadavre sur une brouette1 l'emmenrent chez lui4 ,pour leur peine1 il dboucha une bouteille1 se remit boire avec eux4 ,ensuite1 ct de la brouette toujours charge1 il se jeta sur le lit et s'endormit4 ,cette femme1 pensa ,pauline1 eut-elle tort8 ,elle quittait un monde de brutes4 ,ce serait simple d'en faire autant444 ,mon pre conclut qu'il aimerait mieux me voir morte4 ,que dirait-il1 si je le prenais au mot8444 ,oui1 quand le train passera1 un mouvement1 et ce serait fini4 ,dans une minute1 je saurais1 je verrais face face l',absolu1 ou bien1 plus rien1 le sommeil jamais1 dont personne ne pourrait plus m'arracher4 ,et ,julien8 ,il se consolerait1 il prierait pour moi444 ,un des chevaux de la charrette secoua ses grelots1 hennit4 ,pauline regarda autour d'elle3 les poteaux du tlgraphe se penchaient confusment1 sous les toiles rares que noyait le clair de lune4 ,une courbe inflchissait les voies2 elles s'en allaient1 au del des signaux1 vers l'infini des routes nocturnes1 et la terre les emportait1 comme une ceinture d'acier1 sur ses flancs1 en roulant dans le vide noir illimit4 ,l'orage s'loignait1 une vibration assourdie de tonnerre expira2 mais un autre bruit croissait1 d'abord ml au ronflement du barrage1 puis furieux comme le fracas d'un torrent qui s'approchait4 ,du martellement des roues se dtacha le branle prcipit de la bielle2 et soudain1 au tournant1 les deux lampes clatrent1 leur clart s'tira sur les rails polis4 ,pauline ne voyait qu'elles et la crinire de feu se tordant avec des tincelles en arrire de la machine sombre4 ,la tentation de mourir l'treignit1 comme si toute volont succombait en son tre4 ,la frnsie d'une dlivrance abolissait l'horreur de la mort4 ,elle s'tait carte de son pre quelques pas2 il parlait au garde4 ,elle le considra une suprme fois1 leva ses yeux vers les toiles1 et elle allait s'lancer4 ,en cette seconde1 elle eut la sensation prcise que quelqu'un lui empoignait la main1 l'immobilisait444 ,le vent du rapide souleva sa robe1 les marchepieds la frlrent1 le sol tressauta2 la trombe de fer roula contre son visage1 triturant les rails1 crasant les cailloux qu'elle faisait rebondir1 et le dernier wagon s'enfuit d'un lan rigide1 comme un obus lanc dans la nuit4 ,ensuite1 ce fut un grand calme4 --,tu viens8 dit sa fille ,m4 ,ardel qui ne s'tait dout de rien4 ,ils reprirent en silence le chemin du logis4 ,pauline1 maintenant lucide1 recomposait les instants de son dsespoir4 ,il lui restait de cette crise la stupeur de l'avoir subie et une courbature indicible4 ,comment avait-elle pu perdre tout empire sur ses impulsions1 au point d'tre conduite un acte qu'elle aurait1 une heure avant1 rprouv et cru impossible8 ,et qui donc l'avait sauve de sa dmence8 ,car une main relle avait pris la sienne1 une main d'homme1 maigre et brlante comme celle de ,julien1 et ses papilles sentaient encore la pression des doigts imprieux4 ,elle s'humilia devant les ,puissances invisibles qui prenaient en piti sa personne chtive2 ,dieu1 parmi le frmissement de l'univers1 voulait entendre battre son cur de vivante1 comme elle se souvenait d'avoir1 ,paris1 dans le tumulte d'une rue1 mis prs de son oreille sa petite montre1 pour en couter les pulsations4 ,elle respira dlicieusement l'air lumineux de cette nuit1 la fracheur de l'eau1 l'arome des foins coups et des tilleuls4 ,o ,dieu1 murmura-t-elle tous bas1 soyez bni d'avoir fait le monde si beau4 ,puisque c'est votre volont que j'y sois1 je m'abandonne ,vous1 menez-moi o je dois aller4 ,rassrne dans sa tristesse1 elle se coucha et dormit d'un somme jusqu'au soleil levant4 ,ce matin-l1 elle reprit avec une douceur neuve le fil de ses jours terrestres4 ,en s'habillant elle se plut manier son linge1 ses robes1 tout ce qui lui rendait palpable la possession de la vie4 ,elle descendit revoir son jardin2 les pinsons ppiaient sur les branches du frne2 le ciel ardent se mirait dans la rose de l'herbe4 ,l'oncle ,hippolyte1 quand il vint djeuner1 lui remit deux louis d'or pour payer d'avance des chemises dont il voulait enrichir sa garde-robe4 --,mais pourquoi1 mon oncle1 vous pressez-vous tant8 --,parce que1 dit-il en se grattant la tte1 c'est ennuyeux de payer1 et une fois que c'est fait1 on n'y pense plus4 ,il y avait1 dans cette saillie d'avare1 une telle ingnuit qu'elle en rit4 ,victorien partit l'heure de son cours2 sa fille et lui changrent leur bonjour habituel sans allusion ce qui s'tait pass4 ,pauline1 avant d'envoyer ,armance au march1 la chargea de commissions minutieuses2 elle aimait commander et y trouvait en ce moment une joie singulire1 comme un exercice de sa puissance de vivre4 ,elle entra au salon1 s'assit son piano et chanta4 ,les volutes de ses vocalises s'unissaient aux reflets liquides que les vrilles de la treille ensoleille remuaient dans les rideaux4 ,mais1 bientt1 elle s'arrta1 reprise d'une pense anxieuse3 ,pendant que je chante1 mon pre fait peut-tre ,m4 ,rude une scne irrparable4 ,un pas rsonna sur le trottoir1 on sonna2 tant seule1 elle alla ouvrir2 c'tait ,julien6 ,il rapportait ,m4 ,ardel un livre que le professeur lui avait prt1 sur les ,corporations au moyen ge4 --,je me sauve1 fit-il1 je ne veux pas entrer4 --,si1 dit-elle1 entrez un instant1 il faut que je vous dise deux mots4 ,il pntra dans le vestibule3 elle avait rougi1 confuse de sa hardiesse2 mais il la mit l'aise en parlant le premier3 --,moi aussi1 j'aurais1 non deux mots1 mais un million vous dire444 ,avez-vous souffert cette nuit8 ,j'ai rv de vous2 je vous suivais marchant dans une campagne1 prs d'un puits ru1 un de ces puits au fond desquels on entend bruire une rivire souterraine4 ,la margelle du puits tait basse2 vous regardiez au fond2 tout d'un coup1 vous m'avez dit1 d'un air triste et bizarre3 ,voulez-vous voir comme c'est simple d'y sauter8444 ,vous preniez votre lan1 j'ai cri1 je vous ai saisi la main444 --,oh6 s'exclama-t-elle1 votre main1 je l'ai reconnue2 sans elle1 je ne serais plus au monde4 ,elle le mit au fait de l'explication acerbe avec son pre1 du dsespoir qui l'avait tourdie et du secours tangible1 mystrieux1 dont la commotion lui demeurait prsente4 ,il en parut frapp1 plus encore qu'elle ne s'y attendait3 --tes-vous bien sre que1 vraiment1 une main vous ait touche8 ,non1 ce n'tait pas la mienne4 ,ce ne pouvait pas tre moi4 ,et pourtant1 cette concordance1 ce rve444 ,j'en ai fait un autre1 moins trange2 se vrifiera-t-il aussi8 --,lequel8 ,dites-le-moi4 --,plus tard444 ,toute parole est une pierre qu'on jette dans l'ternit et qu'on ne reprend plus4 --,racontez-moi votre rve2 si vous avez des secrets pour moi1 c'est que votre amiti tient bien peu4 --,dans huit jours1 je vous le promets2 la premire fois que nous nous reverrons444 ,il s'tait avanc vers la porte et posait son doigt sur la serrure2 il se retourna vers ,pauline1 la contempla d'un regard fou3 son peignoir dgageait la fermet de son cou marmoren1 une langueur affinait son teint pourpr2 les secousses de la veille avaient imprim un cercle bleutre autour de ses yeux battus2 une larme se mlait l'eau vive de ses prunelles2 et toute sa beaut1 franche1 harmonieuse1 s'offrait telle qu'un fruit plein de suc1 prt mrir4 ,elle sentit obscurment de quel moi vibrait ,julien2 mais aussitt il se dompta2 une limpidit fraternelle reparut en ses yeux4 --,soyez forte dsormais1 pronona-t-il avec gravit4 ,je veux qu'une femme soit une force dans ma vie4 ,et1 ,celui qui a pass prs de vous1 hier1 pour vous sauver1 ne le faites pas trop attendre4 ,il lui prit la main dans les deux siennes1 o le sang battait1 et sortit d'un pas rapide4 ,lorsque ,m4 ,ardel rentra1 ,pauline essaya d'interprter sa contenance2 si ,m4 ,rude et lui s'taient quitts sur des propos hargneux1 sa figure aurait gard les vestiges d'une agitation1 son il et pris cette duret absente1 cette noirceur morne de basalte qu'elle connaissait trop4 ,au contraire il se montra dtendu1 presque affable2 il avait d rflchir qu'en malmenant sa fille il la rebuterait de lui et de ses ides4 ,jusque-l1 il avait cru choyer en elle un miroir docile2 pouvait-il admettre qu'elle lui chappt8 ,son mouvement d'indpendance l'avait indign d'abord2 mais1 n'tant pas sr de le comprimer1 il pensait en venir mieux bout par la logique et la persuasion4 ,de mme1 l'gard des ,rude1 il jugeait sage de ne pas brusquer une rupture o il confesserait que leur influence lui faisait peur4 ,aprs le dner1 il tira de sa poche un livre mince cartonn en brun3 --,tiens1 dit-il ,pauline1 tu m'as demand un ,manuel de l'histoire des religions4 ,en voici un2 tu y trouveras1 sous une forme concise1 les donnes les plus scientifiques4 ,pauline en lut les premires pages2 mais l'auteur trahissait un parti pris si lourd de tourner une ngation du christianisme l'expos de tous les systmes religieux1 qu'elle s'en mfia sur-le-champ1 et l'effet de ce ,manuel fut exactement oppos celui qu'esprait ,victorien4 ,elle revint aux vangiles en partant de ce principe que1 pour comprendre un livre o le miracle est toutes les lignes1 il fallait raisonner comme si le miracle tait possible4 ,elle se proposait aussi de chercher une histoire de l'glise crite dans un esprit d'quit4 ,julien pourrait lui indiquer un titre2 toutefois1 quand le reverrait-elle8 ,car1 son engagement de ne plus aller chez les ,rude1 elle tait rsolue le tenir1 jusqu' ce que son pre1 de lui-mme1 l'en dlit4 ,a l'improviste1 elle rencontra sur le ,mail ,edme avec sa bonne1 ,antoinette4 ,edme venait d'avertir le mdecin3 ,julien1 depuis deux jours1 avait d se coucher1 pris de vomissements et d'une fivre intermittente2 les vomissements s'taient arrts2 cependant il ne pouvait dormir1 il souffrait d'une soif horrible accompagne d'un petit hoquet et de douleurs abdominales2 on commenait se demander si quelque maladie grave ne couvait pas dans ses organes4 ,le lendemain1 ,pauline fit prendre par ,armance de ses nouvelles2 il se croyait mieux et parlait de se mettre en route pour passer ,paris un examen4 ,mais1 le vendredi soir1 au milieu du souper1 ,m4 ,ardel annona3 --,on est venu chercher ,rude avant la fin de sa classe2 ,julien1 parat-il1 est trs mal444 ,il ne put dire cette nouvelle sans une tristesse dans la voix2 mais il dvisagea ,pauline pour mesurer l'impression produite4 ,elle ne songea point cacher son bouleversement2 ses lvres devinrent blanches2 ses pupilles si caressantes se durcirent autant que celles de ,victorien lui-mme2 elle le fixa d'une manire qui exprimait3 ,qu'attendais-tu pour me l'apprendre8 ,ne sens-tu donc rien8 ,et elle garda un silence mprisant1 comme devant quelqu'un qui ne comprenait pas sa souffrance4 --,nous irons tout l'heure1 reprit-il au bout d'un instant1 voir comment il va4 ,pendant le court trajet1 avec le ton froid d'un mdecin tablissant un diagnostic1 il articula des considrations sur la maladie probable de ,julien3 ce garon vivait trop par les nerfs1 pas assez par les muscles2 son mysticisme1 s'ajoutant son activit crbrale1 le consumait2 la croissance1 les fortes chaleurs1 tout aidait1 sur un tel terrain1 les virulences infectieuses4 --,julien est vigoureux1 rpliqua ,pauline1 farouche dans son espoir2 si ,dieu veut le gurir1 les mdecins ne l'en empcheront pas4 ,ils sonnrent doucement2 sur la mine d',antoinette1 o s'panouissait d'ordinaire une quitude monastique1 ils lurent l'angoisse de la maison4 ,edme vint au-devant d'eux dans l'antichambre3 vers trois heures1 des suffocations l'avaient saisi1 le hoquet avait redoubl1 les douleurs taient devenues intolrables2 le mdecin1 maintenant1 y voyait clair et il craignait une inflammation du pritoine4 ,une vessie pleine de glace1 applique sur le ventre du malade1 avait calm ses tortures2 mais la priode critique se prolongerait deux ou trois jours4 ,m4 ,rude arriva et dit simplement de son fils3 --,il ne va pas bien4 ,avec l'optimisme des gens robustes qui ne peuvent croire aux catastrophes1 ,rude ne concevait pas encore l'imminence du pril4 --,voulez-vous entrer un instant8 ,votre visite lui fera du bien4 ,on avait transport le lit de ,julien dans la chambre de sa mre1 en face de la fentre qui renvoyait sur lui la flamme de l'occident jaune comme le cur d'un lis4 ,mme ,rude1 assise son chevet1 nerveuse et enfivre1 le regardait en piant les moindres mouvements de son visage4 ,quand il entendit annoncer les ,ardel1 il tourna la tte demi4 ,pauline dut faire un effort pour rpondre son sourire3 une sorte de masque funbre s'tait coll sur sa face2 une mche de ses cheveux pendait contre sa joue2 ses narines1 en se pinant1 allongeaient la courbure de son nez4 --,merci d'tre venus1 profra-t-il2 voyez quel beau soir6 ,depuis notre retour de ,paris il n'y en a pas eu un pareil4 ,on dirait1 au bord de ces nues1 des enfants qui balancent des palmes444 ,un hoquet sec l'interrompait2 sa voix rsonnait chantante et calme1 en dpit d'un essoufflement1 mais autre que la sienne1 et comme faite d'un cristal qui allait se briser4 ,il paraissait oublieux de son mal1 en dtourna la conversation1 et s'enquit de ,victorien si le traducteur du ,saint-,simon aurait achev bientt ce travail4 ,pauline1 en l'entendant1 voulait se rassurer1 ne pas admettre que ce ft possible de mourir vingt ans1 quand on portait1 comme lui1 dans son avenir1 tout un monde4 ,mais ,m4 ,ardel1 aprs l'avoir quitt1 nona dehors entre haut et bas1 cette opinion3 --,j'ai bien peur qu'il ne soit perdu4 --,au moins1 ne me le dis pas1 supplia ,pauline2 tu te plais donc me dsesprer6 ,et elle poursuivit intrieurement3 ,si je n'tais pas indigne de savoir prier1 quel cri je pousserais vers le ,tout-,puissant6 ,non1 je ne veux pas qu'il meure2 est-ce que la terre serait habitable sans lui8444 ,mais ma prire ne vaudrait rien3 sa vie1 c'est pour moi que je la dsire1 pour moi plus encore que pour lui et les siens4 ,elle monta dans sa chambre1 se dshabilla1 mais tarda se coucher1 certaine de ne pouvoir dormir2 elle s'unissait l'insomnie de ,julien1 le voyait1 sous une veilleuse1 haletant avec son hoquet3 ,de tous ceux qui l'aiment1 personne ne peut l'aimer comme moi2 et1 sur les deux jours peut-tre qu'il vivra1 j'aurai un quart d'heure le revoir6444 ,cette ide affreuse lui arrachait les entrailles4 ,elle alluma sa lampe1 et1 cherchant un secours contre son tourment1 elle reprit ses vangiles4 ,le livre s'ouvrit de lui-mme1 au chapitre ,,xiv de saint ,marc1 au rcit de la ,passion4 ,ds les premires lignes1 l'image de la femme qui verse sur la tte de ,jsus le nard prcieux atteignit son me comme une allusion misricordieuse sa propre indignit3 ,ce qu'elle a pu faire1 elle l'a fait2 elle a prvenu l'onction des parfums dont on oindra mon corps enseveli444 ,ces mots infondaient dans la pense de la mort une douceur d'esprance prophtique et divine4 ,elle ne s'tonna plus que le ,matre st d'avance la trahison de ,judas1 ni qu'en rompant le pain1 il et dit3 ,ceci est mon ,corps4 ,si ,jsus croyait pouvoir se donner lui-mme en se multipliant par un holocauste sans fin1 elle comprenait cette volont d'immolation perptuelle4 ,la douleur excitait chez elle1 comme et dit ,julien1 le sens de l'amour4 ,certaines rflexions de lui1 le jour d'hiver o ils marchaient dans la neige1 s'claircissaient en sa mmoire2 et d'autres phrases lourdes de pressentiments1 sa rponse ,m4 ,ardel3 ,il prpare le cercueil de ,julien2 et ce rve qu'il n'avait pas voulu lui raconter1 succdant la vision de l'angoisse qu'elle endurait6 ,la certitude de ses intuitions aggravait celle de sa fin prochaine4 ,pauline lisait prcisment le passage3 ,mon me est triste jusqu' la mort444 ,mon ,pre1 emportez loin de moi ce calice444 ,mais faites1 non ce que je veux1 mais ce que vous voulez4 ,les mots de cette oraison lui semblrent sortir de son cur transperc2 un sanglot secoua sa poitrine1 comme s'ils venaient du fond d'elle-mme4 ,pourtant1 la rsignation o ils s'achvent excdait ses forces3 ,il fallait tre plus qu'un homme pour accepter le calice2 moi1 je ne peux pas444 ,elle laissa tomber sa tte dans ses mains1 puis continua sa lecture jusqu'au verset3 ,une seconde fois il les trouva dormants4 ,aurais-je dormi comme eux8 ,non4 ,est-ce que je pourrais dormir pendant que ,julien agonise8444 ,o les lches qui se sont tous enfuis6 ,elle arrivait l'interrogatoire devant le grand-prtre3 ,es-tu le ,christ1 le fils du ,dieu bni8--,je le suis4 ,ailleurs dj elle avait lu3 ,le ,pre et moi1 nous ne sommes qu'un4 ,avant qu',abraham ft1 je suis4 ,comment l'homme1 qui1 seul d'entre les hommes1 a os parler ainsi1 voulut-il les crachats des ,juifs1 les verges et les coups de bton sur sa tte coiffe d'pines8 ,si tout cela est vrai1 se peut-il qu'on pense autre chose1 qu'on vive d'autre chose8 ,et ils durent prendre un passant de force pour lui porter sa croix6 ,personne de bonne volont4 ,o mystre d'inconcevable dtresse6444 ,je ne sais pas si vous tes ,dieu1 pronona-t-elle mi-voix4 ,mais j'ai compassion de vous1 comme si vous tiez mort d'hier1 et mort cause de moi4 ,et vous1 si vous gurissiez vraiment les malades1 ayez piti de nous1 gurissez votre serviteur ,julien1 et je croirai en vous4 ,cependant1 elle l'avait suivi1 loin derrire les saintes femmes1 derrire la populace1 jusqu' sa crucifixion2 elle s'arrta sur ce verset3 ,qu'il descende maintenant de la croix1 pour que nous le voyions et que nous croyions4 ,et ceux qui taient crucifis avec lui l'insultaient4 ,ce que faisait cette canaille1 rflchit-elle1 je l'ai fait4 ,il est clou injustement sur ce bois4--,qu'il y reste1 ai-je dit en passant avec indiffrence4 ,le pch de ma vie1 le voil6 ,et1 dcouvrant soudain la vrit de sa misre1 elle pleura4 ,elle pleurait sur elle-mme sans pouvoir1 comme le centurion1 s'crier aussitt3 ,cet homme tait vraiment le ,fils de ,dieu1 mais abme devant son cadavre dans une humiliation rparatrice4 ,j'aurai donc vcu dix-neuf ans1 ignorante de vous1 insouciante1 comme si vous n'aviez pas souffert6 ,maintenant1 je puis crier avec ,vous3 ,mon ,dieu1 pourquoi m'avez-vous abandonne8 ,le grand cri o vous avez expir arrive moi1 et je ne cesserai plus de l'entendre444 ,l'agonie de ,jsus pourtant la ramenait cette possibilit dchirante3 ,julien va mourir1 et toute sa violence d'espoir y rsistait4 ,avant l'aube1 vers l'heure o roucoulent les tourterelles1 vaincue par la lassitude et le chagrin1 elle s'assoupit4 ,le lendemain1 dans la matine1 elle courut s'informer si la nuit avait t moins mauvaise4 --,il ne va pas plus mal1 mais gure mieux6 rpondit ,edme1 plus triste que la veille4 ,ah6 si je pouvais vous dire3 ,priez avec nous6 --,vous pouvez le dire444 murmura ,pauline4 ,un clair d'allgresse illumina les yeux d',edme1 elle sauta au cou de son amie1 et elles s'embrassrent en sanglotant4 ,a cinq heures du soir1 elle y retourna2 sur le pas de la porte1 le mdecin1 visiblement soucieux1 causait avec ,m4 ,rude1 dont le visage dvast1 mais ferme1 ne permettait plus d'illusion4 --,l'enflure monte1 dit-il d'un ton bas ,pauline2 le ventre est distendu1 tir en haut comme celui d'un crucifi4 ,le cur1 chavir1 peine atrocement444 --,est-ce qu'il voit son tat8 --,oui4 ,il m'a interrog3 ,je veux savoir o j'en suis2 parle2 je n'ai pas peur de mourir4 ,je lui ai rpondu sans le tromper444 ,demain matin1 il recevra le ,viatique4 ,elle n'eut pas la force d'mettre une parole de rconfort1 serra la main du pre afflig1 et partit1 ivre de dsolation4 ,une vieille femme1 un peu plus haut que la maison des ,rude1 tournait la manivelle d'un orgue de ,barbarie2 l'aigreur implorante et chtive des fredons exaspra la dtresse de ,pauline4 ,je ne veux pas qu'il souffre de cette musique1 se dit-elle1 et elle tira de son porte-monnaie une pice de cinq francs qu'elle tendit la mendiante en l'adjurant de s'loigner4 --,dieu vous le rende1 remercia la vieille1 blouie de cette aumne4 --,vous croyez en ,dieu8 repartit ,pauline1 la gorge pleine de larmes2 priez-le pour la gurison d'un mourant4 ,a table1 elle fit semblant de toucher aux plats1 par convenance1 mais les bouches ne passaient point4 ,victorien s'en aperut2 il ne se permit aucune rflexion1 respectant sa douleur1 et constern lui-mme la nouvelle que ,julien1 selon ses prvisions1 tait bien perdu4 ,ils revinrent1 la nuit tombante1 pour offrir leurs amis l'aide dont on peut avoir besoin dans des moments dsesprs4 ,m4 ,rude avait averti ,pauline de ne pas sonner et d'entrer en bas1 par la porte du jardin4 ,elle en souleva discrtement le loquet4 ,une seule lumire et faible se distinguait dans la chambre du malade4 ,les fentres demeuraient ouvertes1 car le soir tait touffant4 ,une voix1 celle d',edme1 rcitait tout haut le chapelet2 ,marthe et les femmes avec ,m4 ,rude rpondaient4 ,m4 ,ardel1 ce bruit de prire1 fut tent de rebrousser chemin4 ,pauline coutait profondment les ,ave ,maria s'teindre et se ranimer sous le ciel embras d'toiles4 ,edme les reprenait avec un accent d'insistance qui s'enflait chaque fois plus perdu4 ,c'taient comme des vagues d'extase et de supplication qui s'en allaient sans se lasser dans le sein de la ,mre misricordieuse4 ,pauline elle-mme ritrait en mme temps qu',edme les seuls mots qu'elle savait de la ,salutation anglique3 ,je vous salue1 pleine de grce2 le ,seigneur est avec vous4 ,l'hymne1 recueilli des lvres d'un ,sraphin et que les hommes n'eussent jamais connu si ,marie ne l'et rpt elle-mme de sa bouche immacule1 faisait descendre une rose suave en son cur meurtri4 ,les voix s'interrompirent2 ,julien1 sans doute1 rclamait quelque soin4 ,des chiens1 dans une cour1 se mirent hurler4 ,pauline et son pre gravirent sur la pointe des pieds l'escalier de la terrasse2 en s'approchant1 ils entendirent ,julien disant sa mre3 --,continuez le chapelet2 je souffre moins quand vous priez444 ,le timbre de cette parole eut une tranquillit imprative1 comme si ,julien ft dj presque tranger et suprieur aux vivants qui l'entouraient2 ,m4 ,rude1 ayant aperu les visiteurs1 vint eux sans bruit3 aucun changement depuis tout l'heure2 le malade tait cependant plus calme4 ,victorien et ,pauline1 aprs une minute d'entretien voix basse1 se retirrent comme deux fantmes3 ,s'il mourait cette nuit1 songeait ,pauline1 il ne saurait pas que je suis venue lui dire adieu4 ,elle s'attendait1 le dimanche matin1 le retrouver moribond4 ,o ravissement6 ,un mieux palpable s'indiquait2 l'instant o il avait communi1 une transfiguration s'tait opre sur ses traits1 le hoquet avait cess1 il ne suffoquait plus2 l'enflure paraissait dcrotre4 ,les mdecins--ils taient revenus deux--auguraient maintenant huit chances de gurison contre vingt4 ,m4 ,rude1 prompt l'esprance1 vit aussitt son fils hors de danger2 et ,edme1 en action de grces1 alluma un cierge devant le petit crucifix de bois qu'on avait pos sur une nappe pour y recevoir le ,viatique4 --,venez jusqu' sa porte1 ma chre ,pauline1 dit ,m4 ,rude4 ,vous ne lui parlerez pas1 mais vous verrez comment il est4 ,avec prcaution elle s'avana vers le seuil1 d'o elle aperut1 rflchie dans une glace1 la tte de ,julien sur l'oreiller blanc4 ,sa figure1 bien qu'tire1 avait repris sa coloration vermeille2 peine l'aurait-elle cru malade4 ,javotte1 le museau appuy au bord de la courtepointe1 se faisait caresser par lui4 ,l'odeur languide d'un matin d't glissait avec un rai de soleil entre les lames des contrevents4 ,marthe1 assise au pied du lit1 feuilletait sagement des images2 elle redressa le front la vue de ,pauline2 ,julien suivit son mouvement4 --,qui est l8 demanda sa voix faible1 mais tranquille4 ,mme ,rude1 occupe lire sa ,messe1 quitta son livre et fit signe ,pauline qu'elle pouvait entrer4 --,bonjour1 ,pauline1 profra ,julien1 rouge d'motion4 ,vous voyez1 je n'ai pas l'air d'tre encore mr pour partir4 ,elle vint jusqu'au lit1 et il releva1 en la lui tendant1 sa longue main qui pendait4 --,vous tes bonne1 reprit-il2 je sais que vous avez pri en pensant moi4 --,oh6 oui1 rpondit-elle avec une dcision exalte1 si vous gurissez1 je me convertis4 --,et mme si je ne gurissais pas8 --,taisez-vous2 j'ai foi que vous gurirez4 ,de toute son affection vhmente elle le considra1 comme pour lui insuffler la sant dont elle regorgeait2 puis elle regarda ,mme ,rude1 et celle-ci s'effora de sourire2 mais1 seule1 la mre semblait douter4 ,cependant1 ,pauline1 en sortant1 se rptait3 ,il vivra1 il doit vivre1 ce serait fou de mourir1 gonfl de force1 comme il l'est4 ,la tte lui tournait de joie1 dans cette confiance de le revoir sauv4 ,par crainte de se montrer indiscrte1 elle attendit la fin du jour avant d'aller s'assurer que le mieux persistait4 ,vers sept heures et demie du soir1 au moment o ,armance servait le potage1 ,edme1 l'air hagard1 apparut la fentre de la salle manger4 --,il est au plus mal2 je cours chercher l',extrme-,onction4 ,pauline1 ple et rsolue1 se leva de table4 --,nous partons8 dit-elle son pre presque imprieusement4 --,patience6 rpliqua-t-il avec humeur2 quand on l'aura administr4 --,et s'il meurt dans l'intervalle8 ,tu ne veux pas lui dire adieu8 ,elle bondit dans sa chambre passer une robe1 mettre un chapeau4 ,pendant ce temps1 ,victorien se htait d'avaler sa soupe2 l'lan de sa fille et son amiti pour ,julien l'emportaient sur ses rpugnances4 --,qu'est-ce qu'a donc ,pauline8 gronda l'oncle ,hippolyte4 ,elle est toque6 ,alors on me laisse seul8 ,ce jeune homme mourra-t-il un quart d'heure plus tt ou plus tard1 parce que vous n'aurez pas dn8 ,elle redescendit1 ils partirent2 les passants se retournaient surpris de leur allure4 ,o vont-ils8 s'interrogeaient les gens du quartier1 attabls en famille1 dans cette soire paisible d'un dimanche de juillet4 ,pauline allait devant elle sans penser1 comme si le monde ft prt s'abolir par un cataclysme4 ,l'excs mme de son dsespoir en suspendait le sentiment2 une nergie instinctive1 semblable celle qui enlve le soldat au milieu d'une alerte1 tendait sa volont4 ,ils entrrent tout droit auprs de ,julien1 et ,pauline fut terrifie du changement que sa figure avait subi depuis le matin4 ,une couleur terreuse cernait le bas de ses joues1 des cercles noirtres1 sous les sourcils remonts1 faisaient le tour de ses orbites1 des taches se formaient au creux de ses narines4 ,le hoquet convulsif lui secouait la tte1 et1 du bord de ses lvres1 ,mme ,rude essuyait une cume brune et ftide4 ,il ne gmissait pas1 mais soupirait3 ,j'touffe6 ,j'clate6 ,dans l'horreur d'un spasme il avait dchir sa chemise sur sa poitrine2 et le cur1 visible sous la peau1 palpitait grands coups4 ,m4 ,rude ouvrait toutes les fentres et les portes2 le vent bouscula les rideaux2 de lourdes ombres1 comme des ailes funbres1 souffletaient la face du moribond4 ,victorien s'approcha de lui1 prit ses doigts que glaait la moiteur de l'agonie4 --,j'ai froid1 se plaignit ,julien4 ,pauline s'lana au-devant d',antoinette qui rapportait de la cuisine des linges brlants4 ,puis1 elle s'empara1 sur la chemine1 d'un ventail1 et1 l'agitant contre la bouche de ,julien1 elle attnuait ses suffocations4 ,quand il la vit son chevet1 ses cils battirent2 il articula un3 ,merci1 coup par un rle4 ,edme revint1 des voisins entraient1 et presque aussitt1 le cur de la paroisse arriva1 portant les saintes huiles2 un autre prtre l'accompagnait4 ,victorien reconnut son frre1 mais ne se demanda mme pas pourquoi il venait aussi2 ils se serrrent la main en silence4 ,julien1 la vue des prtres1 sembla respirer plus librement4 ,ds que le cur commena les prires rituelles1 il se tint en repos2 ses souffrances s'assoupirent2 seul1 le bruit sec du hoquet rompait les oraisons4 ,tous s'taient mis genoux2 ,victorien1 isol dans le vestibule1 s'inclina1 respectueux de la mort et repris son insu par l'ascendant des liturgies immmoriales4 ,pauline s'tait recule dans un coin obscur et1 comme les autres1 agenouille4 ,pendant que le cur faisait au mourant les onctions1 elle regardait ,mme ,rude tenant pour l'clairer un flambeau1 et le flambeau ne tremblait pas4 ,elle admirait la force d'me de cette mre debout et douloureuse2 et1 en ce moment1 elle ne songeait plus que ,julien allait mourir2 l'huile dont on touchait ses mains et ses pieds apportait une vertu rsurrectrice2 la paix de l',esprit-,saint tait entre dans la demeure avec le chrme plein de ses dons4 ,les onctions accomplies1 le prtre releva sa large figure ple1 d'une douceur mortifie et grave1 il fixa une seconde ,julien toujours immobile1 puis l'exhorta d'une voix fervente redire aprs lui cette invocation3 ,mon ,dieu1 pardonnez-moi mes fautes6 ,mon ,dieu1 je vous aime4 ,et ,julien redit3 ,mon ,dieu1 je vous aime6 avec une tendresse candide1 enfantine2 les femmes y rpondirent par un sanglot touff4 ,pauline sentit alors la transfixion d'un glaive3 ,julien naissait une seconde vie2 il n'tait plus qu'en apparence du monde de tnbres o il l'abandonnait4 ,cependant1 le cur sortit et laissa l'abb ,jacques prier auprs de l'agonisant4 ,bientt les angoisses recommencrent2 ,julien tendait ses grands bras et s'enlaait au cou de son pre1 implorait3 --,transportez-moi sur un autre lit2 j'touffe444 ,portez-moi dehors1 je veux voir encore une fois les toiles444 ,le cur n'a plus de boussole2 c'est fini1 je vais passer444 ,donnez-moi du champagne1 pour que je dure jusqu'au soleil levant4 ,j'touffe1 mon ,dieu6 ,son corps le ramenait sous sa loi par un suprme raidissement1 et pourtant n'arrachait sa volont aucun murmure de rvolte4 ,m4 ,rude1 aid de ,victorien1 le mit sur un lit bas1 contre la fentre4 --,calme-toi1 mon pauvre enfant1 suppliait ,mme ,rude1 brise1 haletante4 ,l'abb lui prsenta le crucifix de bois o se colla sa bouche avide2 puis1 avec un rameau tremp dans de l'eau bnite1 il traa sur son front le signe de la ,croix4 ,il lut d'un ton pntrant les prires de l'agonie et les litanies des ,saints2 tout le temps que dura cette recommandation de l'me aux ,anges de la douce mort1 ,julien1 les mains jointes1 les paupires closes1 remuait les lvres sourdement1 absorb dans l'attente de l'ternit prochaine4 ,quand l'abb eut fini1 il y eut quelques instants d'un silence accabl4 ,on n'entendait que les rles des suffocations et une grosse mouche1 au plafond1 qui bourdonnait4 ,mme ,rude et ,edme1 genoux contre le lit1 rchauffaient1 chacune entre ses mains1 les doigts transis4 ,m4 ,rude1 en face de son fils1 incrustait dans sa mmoire avec une attention poignante ce masque de mourant dont le nez sinistre s'allongeait4 ,victorien1 debout en arrire1 se demandait combien de minutes la vie se dfendrait encore2 et ,pauline s'tait assise pour prendre sur ses genoux ,marthe que le sommeil gagnait4 ,tout d'un coup1 ,julien rouvrit les yeux2 travers ses touffements1 il profra3 --,priez pour moi1 priez tous444 ,faites prier les prtres1 faites prier les moines444 ,j'ai trop peu souffert444 ,il fallait tre un saint444 ,et1 comme sa mre se dtournait1 fondant en larmes3 --,ne pleure pas1 maman1 regarde-moi1 je t'aime444 ,pre1 ne pleure pas1 travaille pour le ,christ1 vis avec les vivants444 ,edme1 ,marthe1 vous les consolerez4 ,je serai toujours parmi vous4 ,il les embrassa tous1 comme un voyageur qui s'en va4 ,l'effort qu'il venait d'accomplir l'extnuait2 il referma les paupires et parut sommeiller un instant2 mais il se recueillait1 ayant dire autre chose1 et1 brusquement1 il se souleva3 --,ardel1 promettez-moi444 jurez-moi444 ,pauline veut tre chrtienne1 vous ne l'empcherez pas444 --,mon ami1 je le jure1 rpondit ,victorien sans hsiter4 --,songez votre me1 put reprendre ,julien2 aimez votre frre444 il est bon444 ,pauline1 donnez-moi votre main444 ,je suis avec vous4 ,au revoir444 ,il parlait de loin et de haut1 dj libr de ses liens corporels1 et il ne souffrait plus3 des bras compatissants l'enlevaient au-dessus des ombres de la terre4 ,il balbutia des mots qu'on pouvait peine saisir1 un dernier acte de foi et de repentance4 --,julien1 nous vois-tu8 lui demanda encore ,m4 ,rude4 ,les globes de ses prunelles devinrent vitreux2 sa bouche restait entr'ouverte1 sa langue claquait entre ses dents brillantes1 les phalanges de ses doigts1 tricotant dans le vide et se rtractant1 semblaient chercher ttons une porte invisible2 et il se tourna sur le ct droit1 laissant aller sa tte1 pour s'endormir1 comme un enfant1 dans le baiser du ,seigneur444 ,,viii ,pauline revenait du cimetire o elle avait laiss ,julien2 elle ne pleurait point1 ayant trop pleur2 mais l'oppression de sa douleur1 maintenant que tout tait fini1 retombait sur son me et sur son corps1 comme si elle et t1 elle aussi1 retranche de ceux qui respirent et marchent sous le soleil4 ,le monde lui apparaissait insipide1 dcolor2 entre les jours de sa jeunesse et l'avenir qu'elle entrevoyait1 la fosse de ,julien creusait un intervalle aussi profond qu'une mer4 ,elle n'avait plus de got qu' revivre ses derniers moments4 ,elle pensait mme sans horreur son cadavre allong entre des cierges sur le grand lit2 on l'avait revtu1 pour l'ensevelir1 d'un costume bleu qu'il portait le matin o il tait venu la voir2 sa face1 parseme de marbrures noires1 exprimait une lassitude triste1 le dsir d'un ternel sommeil2 mais ses mains croises serraient un chapelet1 tenaces dans l'esprance de la rsurrection4 ,et il semblait impossible ,pauline que cette esprance ft trompe4 ,jamais elle ne l'avait senti plus vivant qu' l'heure de mourir2 sa forme charnelle pourrait se dissoudre2 de sa conscience qui tait lui rien ne se concevait prissable4 ,la prennit de son tre1 pas une seconde elle ne l'avait mise en doute4 ,seulement1 elle s'en faisait une ide presque paenne2 elle s'imaginait l'esprit du mort ml aux lieux et aux humains qu'il avait frquents1 percevant des impressions terrestres4 ,a l'glise1 tandis que l'ophiclide poussif cherchait ses notes1 s'brouait sous le ,dies ir des chantres1 ,julien ne suivait-il pas humblement1 au del de cette mauvaise musique1 la page redoutable du ,livre o ses actes taient crits8 ,au cimetire1 devant la fosse1 quand on eut retir le drap blanc du cercueil offert aux rayons d'un soleil vorace3 --,qu'il doit souffrir l-dedans6 s'tait-elle dit avant toute rflexion4 ,lorsqu'elle rentra1 dans le vestibule o elle avait caus avec lui1 elle retrouva une ombre de sa prsence corporelle2 le timbre de ces phrases y rsonnait pour son oreille3 ,toute parole est une pierre qu'on jette dans l'ternit444 ,celui qui a pass prs de vous1 ne le faites pas trop attendre4 ,la porte paraissait couter si son large pas ne retentirait point dans la rue4 ,pauline aurait entendu son coup de sonnette et sa voix sans en tre autrement surprise1 tant elle avait peine le croire disparu6 ,elle monta1 ta son chapeau et se dshabilla d'une faon toute machinale4 ,sa vieille pendule de bois marquait midi et demi1 l'oncle ,hippolyte sortit de sa chambre1 descendit pour faire comprendre qu'il avait faim4 ,et maintenant1 songea-t-elle1 on va se mettre table1 le train-train continuera1 comme si rien n'tait chang6 ,o drision6444 ,les gens1 tout l'heure1 disaient3 ,pauvre ,julien6 ,c'est moi qui suis pauvre1 moi1 veuve de mon seul amour avant d'avoir t fiance6 ,le dsastre de son bonheur la mettait vis--vis de ce mystre crasant3 jusqu' ce qu'elle et connu ,julien1 la souffrance n'avait qu'effleur sa vie1 ses premiers troubles et ses anxits datrent du soir de leur rencontre2 et1 au moment o elle s'ouvrait aux dlices d'une inclination qu'il partageait1 ,dieu avait saisi comme une proie son bien-aim4 ,chose admirable6 ,nul mouvement de rbellion contre ,dieu ne l'emporta vers le dsespoir4 ,bien que sa prire se ft1 en apparence1 perdue dans le nant1 une force intime1 inexplicable1 maintenait au fond de son chagrin une sorte de paix amre4 ,mais elle n'avait pas l'intuition des ,batitudes assez ferme pour voir poindre1 au travers des tentures funbres1 la gloire des saints2 elle se butait une pense3 ,il tait beau1 il tait pur1 et la terre ne le verra plus4 ,m4 ,rude1 la veille1 l'nonait en gmissant3 ,nous irons lui1 il ne reviendra pas nous4 --,et moi1 concluait-elle1 je n'ai qu' m'abattre dans la poussire1 en attendant d'aller lui4 ,armance vint l'avertir3 ,ces messieurs avaient commenc4 ,elle s'imposa de les rejoindre1 mais ne put manger4 ,le silence de ,m4 ,ardel et de sa fille pesait d'un tel poids que l'oncle ,hippolyte lui-mme prouva l'envie d'y faire diversion4 --,depuis la fin d'aot #ih1 observa-t-il1 on n'a pas eu des chaleurs pareilles4 --,j'ai plus soif que faim1 dit ,victorien1 repoussant son assiette4 ,il ne voulait pas l'avouer3 c'tait la tristesse qui lui tait l'apptit4 ,sauf la perte de sa femme1 rien ne l'avait affect autant que la mort de ,julien4 ,il aimait en lui l'image d'une force croissante et noble4 ,la jalousie de sentir que ,pauline l'idoltrait jusqu' renier sa propre influence avait cependant tourn en rancune cette affection4 ,il en serait venu le har1 si la brusquerie de la catastrophe n'et culbut son ressentiment4 ,un autre se ft rjoui en secret de voir succomber celui qu'il redoutait pour sa fille4 ,victorien se prserva de cette bassesse3 la mort gnreuse de ,julien stimula sa gnrosit4 ,il jugeait d'ailleurs inutile et sot de rsister ,pauline dans un tel moment4 ,il se fit un point d'honneur1 en sa qualit d'incrdule1 d'endurer le spectacle de l',extrme-,onction1 les litanies des agonisants1 et d'accomplir un devoir d'immdiate assistance que sa compassion vraie lui rendait ais4 ,mais cette nuit affreuse avait drang les assises de ses principes3 qu'un jeune homme qui donnait de magnifiques espoirs ft1 sans raison plausible1 tordu en quelques heures1 cet accident lui montrait une fois de plus le ,hasard1 seul roi de l'univers1 gorgeant1 comme un prtre aveugle1 d'un bras infatigable1 des victimes innocentes1 engendres pour l'unique fin de mourir4 ,et1 d'autre part1 si l'homme ne peut se passer d'tablir une logique dans cette hcatombe1 l'explication des thologiens devenait bienfaisante1 puisqu'elle convertit en un sacrifice propitiatoire ce dsordre o l'quilibre d'une vie qui dure est presque un miracle incomprhensible4 ,victorien admirait l'hroque simplicit que ,julien avait soutenue jusqu'au bout2 les siens1 comme lui1 s'taient rsigns dans une confiance pleine de douceur et d'amour4 ,a sa place1 celle de son pre1 qu'aurais-je fait8 ,assurment1 je me fusse comport en stoque1 mais sans espoir4 ,n'ai-je donc pas t sage d'accorder que ,pauline agirait sa guise8 ,en pratique1 je ne puis la priver d'un lment de paix intrieure et d'nergie dont elle prtend avoir besoin4 ,il ne lui restait pas moins dur de tenir sa promesse3 ,ma fille ne sera plus avec moi1 ne sera plus moi4 ,rude peut se dire que son fils est mort selon sa foi1 dans le rythme o son cur bat4 ,moi1 en laissant libre ,pauline1 je m'immole plus absolument que lui444 ,cet effort1 ajout l'impression des obsques1 comprimait sa poitrine comme sous une meule4 ,pauline le vit si morne qu'elle ragit sur son chagrin1 essaya de causer4 ,mais1 de ses ides aux siennes la fissure s'tait largie2 pouvait-elle changer sur ,julien des choses qu'il sentt comme elle8 ,a l'enterrement1 dans le convoi1 certains assistants1 et des collgues de ,rude1 jacassaient trs haut derrire la famille et s'entretenaient de politique avec une inconvenance scandaleuse4 ,elle conta l'indignation qu'elle en avait eue4 --,ce sont des brutes1 fit ,m4 ,ardel2 ils ne comprennent rien4 ,et il baissa les yeux1 se rencognant en son mutisme4 ,le repas fini1 ,pauline soupira3 --,que faire1 jusqu'au soir1 de ma journe8 ,elle se mit cependant travailler et appela auprs d'elle ,armance pour l'aider au raccommodage d'une paire de bas4 ,depuis la maladie de ,julien1 la veuve redoublait ses attentions discrtes1 et prenait sa part silencieuse des angoisses de sa matresse4 ,cet aprs-midi1 pendant que toutes deux reprisaient1 ,pauline lui demanda3 --,il y a longtemps1 ,armance1 que vous avez perdu votre fils8 --,ne m'en parlez pas1 mademoiselle2 la ,saint-,vincent1 j'ai compt trois annes pleines2 mais ce sera comme d'hier1 jusqu' la fin4 ,allez1 il n'y en a gure de plus plaindre que moi444 --,vous croyez8 ,nos amis ,rude sont bien malheureux4 --,oh6 que non4 ,ils devraient chanter ,allluia4 ,leur garon s'en est all comme un petit saint2 il a fait une mort1 la plus belle de toutes4 ,et le mien6444 ,si le bon ,dieu et la bonne ,mre ne m'avaient secourue1 j'en aurais crev sur le coup4 ,au coin de ses lvres minces que pinaient des rides1 deux creux d'amertume se marqurent1 et elle se dtourna pour essuyer une larme4 ,la simple confidence de sa servante fit descendre ,pauline dans l'abme d'un christianisme qu'auparavant elle n'eut jamais admis4 ,armance regardait la mort sous le flambeau de l'ternit4 ,c'est pourquoi1 semblable la ,bretonne du presbytre1 elle songeait que les ,rude auraient d pleurer de joie4 ,ds le surlendemain1 ,pauline les revit4 ,elle arriva1 vers une heure1 comme ils taient encore table4 ,les moments de communaut familiale alourdissaient leur deuil4 ,leurs yeux cherchaient l'absent1 sa place vide4 ,une des tantes de ,marthe l'avait emmene la campagne1 et c'tait une tristesse de plus4 ,mme ,rude1 que le chagrin tournait la sauvagerie1 s'isolait dans sa chambre d'o elle ne sortait que pour se rendre sur la tombe de son fils4 ,elle ne voulait mme pas1 rvla ,edme ,pauline1 ouvrir les lettres d'amis qui affluaient4 ,elle refusait de voir ses parents venus aux funrailles4 ,toute parole de compassion remuait son dsespoir comme une pierre jete au milieu d'un tang4 --,ni ,marthe1 ni moi1 ni mon pre1 nous n'existons plus pour elle2 et elle vous en veut1 disant que vous tes cause si mon frre est mort4 ,comment cette ide bizarre troublait la tte de la pauvre femme1 ,pauline en eut l'explication1 quand ,m4 ,rude1 la prenant part avec ,edme1 les emmena dans l'atelier et leur lut des pages o il avait retrouv les notes intimes de ,julien4 ,c'tait1 sur les feuillets quadrills d'un carnet recouvert de moleskine1 des phrases sans suite qui correspondaient des sentiments ou des pisodes demeurs sous-entendus4 ,par une raction naturelle chez un tudiant en droit excd de faits et de mnmotechnie1 beaucoup de ces rflexions avaient pris la forme d'aphorismes lyriques3 ,vivre1 c'est se purifier444 ,devenir comme les toiles qui n'ont jamais pch444 ,la preuve la plus assure de l'amour1 c'est de conserver dans la souffrance la volont de souffrir4 ,ce que le dsir faisait paratre ncessaire1 une fois le dsir assouvi1 parat misrable4 ,donc la fatalit des passions n'est qu'une imposture4 ,celui-l seul abolit la douleur qui consent la prendre toute en soi4 ,le ,christ est comme un glaive qu'il faut tenir par la poigne1 la pointe en avant2 autrement il se retourne sur votre poitrine1 et on ne peut plus l'en arracher4 ,chercher sous les apparences le dedans des tres4 ,plus j'aime ,dieu1 plus je veux que tous l'aiment avec moi4 ,ma souffrance1 c'est que je ne puis le faire voir tous4 ,notre gnration sera celle par qui la ,france renatra4 ,mais nos voix sont encore telles que des rumeurs de cloches disperses sur le tumulte d'une ville o l'on se bat4 --,vous occupiez1 ma chre enfant1 continua ,m4 ,rude1 une place bien grande dans sa pense4 ,je tiens vous le dire1 parce que vous devez savoir ce qu'il esprait de vous4 coutez ceci1 par exemple3 ,vu ,pauline aujourd'hui4 ,pour cette amiti comme pour d'autres1 le meilleur temps sera-t-il celui o elle commence8 ,mriter l'me de ,pauline1 souffrir pour elle4 ,je l'aime trop1 ,dieu1 pour qu'elle reste spare de vous444 ,descendu dans la crypte de ,saint-,savinien1 bais la dalle qu'imprgne son sang4 ,c'est pour ,pauline qu'il le versa4 ,journe ,paris avec ,pauline444 ,je vois le ciel et les arbres vtus d'un clat qui les fait plus beaux qu'eux-mmes4 ,chaque minute est une agonie des splendeurs passes menant celles qui vont natre4 ,oui1 tous les ,saints1 chantez sur vos harpes6 ,dieu est trop bon1 la vie est trop douce444 ,rv de ,pauline4 ,nous marchions ensemble par la campagne4 ,elle voulait se jeter dans un puits ru1 je l'ai arrte444 ,et ce rve tait vrai4 ,j'en ai fait un autre cette nuit2 le sera-t-il8 ,je me voyais mort et j'assistais mon enterrement2 je compatissais aux tristesses de ceux qui me pleuraient1 et j'observais curieusement les autres444 --,ah6 s'exclama ,pauline1 je comprends pourquoi il n'a pas voulu me le communiquer4 --,c'est singulier1 reprit ,m4 ,rude en feuilletant avec lenteur1 quel point le pressentiment de la mort s'imposait sa lucidit3 ,pour moi1 le jour du ,seigneur ne viendra pas comme un voleur dans la nuit4 ,s'il me fallait mourir1 je n'irais pas au grand passage la faon de ,camille ,desmoulins qui se colleta dans le tombereau avec l'excuteur4 ,vivre comme si le ,juge tait dj sur les nues444 ,m4 ,rude se tut1 continuant tourner ces pages o il atteignait la vie profonde de son fils2 ,pauline1 assise en face de lui1 le fixait sans parler2 elle rentendait les phrases qu'il avait lues se moduler dans l'air1 avec la voix persuasive de ,julien4 ,edme1 le menton appuy sur sa main1 s'hbtait par la tension prolonge de sa douleur4 ,les volets de l'atelier taient entreclos2 les portraits semblaient en deuil au-dessus du piano et de la caisse du violoncelle1 droite comme un homme1 la caisse que ,julien n'ouvrirait plus444 ,tout de mme1 mdita ,m4 ,rude1 s'approchant de l'une des fentres1 s'il avait le spectacle de notre affliction1 qu'il la trouverait grossire6 ,s'il pouvait revenir des pays clairs o il habite1 il nous crierait tout frmissant1 essouffl de bonheur3 ,hosanna6 ,quand son me tremblante s'est vue prcipite dans la fournaise du soleil de ,dieu1 quel blouissement6 ,de quel accent il a d dire3 ,oui1 ,seigneur1 c'est bien vous que je voulais6 ,lui dont les sens palpaient et devinaient par des vibrations subtiles1 il n'est plus maintenant qu'un feu libre1 lanc vers la splendeur du ,pre444 ,s'il souffre pour expier1 c'est dans l'extase2 il sait qu'il ne pchera plus1 que les tabernacles des saints le rassasieront perptuellement4 ,lui qui avait faim et soif de la ,parole1 il coute le ,verbe qui ne se tait point4 ,pourquoi la charit dont il brle ne descend-t-elle pas en nous8 ,nous ne devrions pas plus tenir ce monde qu'un chemineau la poussire des routes secoue derrire lui4 ,mais nous avons beau savoir que les cieux vieilliront comme un vtement2 lorsque ,dieu a touch notre chair misrable1 nous avons peine bnir sa main444 ,quand je pense l'uvre sainte et robuste qu'il aurait accomplie en ce monde6444 ,au moins1 que nos souffrances s'ajoutent aux siennes1 pour hter son ,paradis444 ,m4 ,rude inclina la tte et ses grandes paupires lasses s'abaissrent2 il ressemblait en cet instant1 avec son nez aquilin1 les boucles de sa barbe foisonnante1 et ses longues joues ravages1 au ,mose de ,sluter qui porte sur sa face les clairs du ,sina4 --,ah6 dit-il en revenant vers ,pauline1 il faut que je vous quitte1 ma pauvre enfant4 ,ce soir1 c'est la dernire classe de l'anne2 je veux la faire444 ,vous avez t bonne pour nous444 et pour lui2 mais1 vous le savez1 nous vous aimons comme notre fille444 ,il l'attira1 en mme temps qu',edme1 paternellement1 dans ses larges bras1 et1 toutes deux1 il les baisa au front4 ,cette mle tendresse les laissa rconfortes2 quelques minutes pourtant elles demeurrent muettes1 ne pouvant absorber la surabondance d'espoir et de rsignation qui venait d'tre verse en elles4 --,savez-vous1 ,edme1 pronona enfin ,pauline1 ce que j'prouve cette heure8 ,je crois tre en pleine nuit1 sur la berge d'un fleuve2 il me tend la main pour monter dans une barque4 ,la barque1 je ne la vois pas1 mais je sais qu'elle est l1 que l'eau marche et veut m'emporter4 ,je sais que je ne retournerai point en arrire1 et pourtant je ne me dcide pas monter444 --,vous vous dciderez1 repartit fermement ,edme1 qui retrouvait sa vivacit native4 ,tout ce qui est arriv1 n'est-ce pas pour vous8 ,dieu vous veut tout prix2 ce serait effrayant si vous rsistiez444 ,pourquoi n'est-ce pas moi qui ai t choisie au lieu de ,julien8 ,je serais morte d'un cur si lger6 ,j'avais rsolu--mais je n'en parlais personne--d'entrer au ,carmel4 ,maintenant1 je ne dois plus penser au clotre4 ,je coifferai sainte ,catherine sous le toit des miens4 --,c'est comme moi1 dit ,pauline4 ,en partant1 il a tout bris pour nous4 ,elle se leva1 ,edme l'accompagna dans le vestibule4 ,un feutre de ,julien restait accroch une patre4 ,le canari et le serin1 gazouillant1 voletaient par leur cage2 mais1 roule en boule sur un paillasson1 ,javotte paraissait triste et engourdie4 ,au passage de ,pauline elle s'tira en billant et vint flairer sa robe comme si elle y retrouvait l'odeur du mort que la jeune fille avait approch4 --,un moment aprs la fin1 voqua ,edme voix basse1 elle est arrive1 l'a senti1 et1 voyant qu'il ne bougeait pas1 elle s'est mise faire la belle1 lui a lch les mains4 ,ensuite1 elle s'est glisse sous le lit1 et on ne pouvait plus l'en tirer444 ,pauline1 lorsqu'elle rentra1 transcrivit de mmoire les notes de ,julien qu'elle avait retenues4 ,elle en souligna quelques-unes1 tandis qu'elle y rflchissait1 et s'appesantit sur ce mot presque terrible dans sa violence mystique d'amour3 ,mriter l'me de ,pauline1 souffrir pour elle4 ,entre sa maladie1 sa mort et mon salut1 il y aurait une relation6 ,sa volont de souffrir pour moi nous lie jamais plus srement que ces anneaux de fer entre les deux cercueils des poux dont il parlait444 ,quoi donc6 ,ce serait en rparation de mon incroyance qu'il a offert sa vie6 ,et sa mre n'est pas injuste1 quand elle m'en veut4 ,mais ce bon ,rude1 le grand cur6 lui qui1 malgr tout1 m'a embrasse6 ,ces rflexions o elle s'abmait l'eussent rejete dans le dsespoir si elle n'avait rebondi vers une certitude exaltante3 ,son dsir de souffrance a t entendu2 c'est que la ,communion des ,saints n'est pas un rve2 la ,passion de ,jsus1 comme il le disait1 s'achve en ses membres2 la vertu du ,sang se dilate1 mme sur une indigne telle que moi444 ,votre ,sang1 ,dieu-,homme1 vous l'avez donn mme pour le larron2 laissez-en tomber une goutte jusqu' mes lvres2 je veux croire en vous1 je veux vous aimer2 mais si vous ne m'aidez1 je ne puis rien4 ,elle rsolut de se procurer1 sans plus attendre1 un catchisme1 de s'instruire dans la doctrine de l'glise4 ,seulement1 elle prvoyait des obscurits1 des doutes2 qui la guiderait8 ,elle crivit son oncle en le priant de lui indiquer un prtre qu'elle pt consulter4 ,elle agissait dj comme si elle ft croyante2 la foi n'avait pourtant investi que son cur2 son entendement1 dress la critique1 se rservait une prtention tacite de libert4 ,il ne devait pas tre clair par un coup de foudre1 mais peu peu1 mesure que ses ignorances se dissiperaient1 que ses points opaques et durs seraient comme vitrifis au feu d'une charit plus fervente4 ,l'abb ,jacques1 ds qu'il reut sa lettre1 au lieu de lui rpondre1 vint voir ,victorien2 il l'et fait d'ailleurs1 mme si elle n'et pas crit4 ,l'attitude de son frre1 pendant l'agonie de ,julien1 l'avertissait qu'une rconciliation devenait possible1 et il tenait ne point la retarder4 ,victorien1 cet aprs-midi-l1 travaillait au salon o il trouvait plus de fracheur qu'en haut1 et ,pauline1 dans un cabinet attenant qui donnait sur le jardin1 brodait pour ,mme ,rude son ouvrage qu'elle voulait avoir fini vers le #ae aot4 ,lorsque ,armance introduisit l'abb1 ,m4 ,ardel1 quittant sa table charge de papiers1 vint lui comme s'ils s'taient vus la veille3 --,tu me trouves dans le milieu le plus ecclsiastique du monde4 ,je dbrouille la querelle entre ,m4 de ,gondrin et son chapitre4 ,imagine-toi que1 pour suffire son luxe1 notre archevque avait fait couper les grands bois de la mense4 ,les chanoines y mirent opposition1 et le ,parlement le condamna une amende de cent vingt mille livres4 ,ce cadet de ,gascogne tait un puissant ribaud6 ,pendant la ,fronde1 il se dclara carrment contre le ,roi4 ,des troupes royales taient venues se poster ,saint-,martin-du-,tertre2 il assembla la milice1 monta cheval1 et dlogea ce dtachement4 ,l'anne suivante1 en #afec1 il mettait en droute1 ,saint-,julien-du-,saut1 une autre bande royale4 ,la mme anne1 il excommunia en grande pompe les ,jsuites4 ,ce dut tre admirable1 quand il jeta son cierge terre et que tout son clerg rpta son geste4 ,il voulait faire apprhender le recteur des ,jsuites ,sens et le fourrer dans un de ces dlectables cachots que tu connais1 sous le ,palais ,synodal4 ,il recevait de l'argent des jansnistes1 il affectait leur svrit en matire de murs et souffleta sa nice1 ,mme de ,montespan1 la menaa de l'excommunier1 elle et le ,roi1 s'ils venaient dans son diocse1 ,fontainebleau2 et ils n'osrent plus y reparatre4 ,mais ses murs lui taient fantaisistes4 ,le ,p4 ,rapin en conte de belles sur ses galanteries3 les soirs o ,mme de ,longueville soupait sa table1 les bougies des lustres exhalaient1 en brlant1 des parfums rares2 chaque dame trouvait sous son couvert des gants musqus4 ,il eut mme un procs avec un parfumeur1 dont le mmoire lui parut insolent4 ,je dois dire1 pour tre juste1 qu'il finit trs austrement3 il couchait sur une natte1 faisait trois heures de mditation par jour1 et laissa dans un coffret1 qu'on ouvrit aprs sa mort1 un cilice de crin1 plus une corde nuds444 --,c'est lui dont tu as le portrait l8 interrompit l'abb1 dsignant une estampe que ,victorien avait pose sur un fauteuil4 --,je n'en ai pas un1 j'en ai trois1 rectifia le professeur1 qui prit en main deux autres estampes caches sous la premire4 ,le plus saisissant des trois portraits ressuscitait ,m4 de ,gondrin en son ge mr1 portant les cheveux1 non plus friss autour de sa calotte1 comme au temps de sa jeunesse1 mais taills grosses mches sur son front et ses oreilles2 un peu de moustache attnuait le pli altier et voluptueux de sa lvre2 il avait l'air mi-prlat1 mi-cavalier2 son nez incurv1 bossu1 pointu du bout1 ses prunelles embusques en coulisse sous des sourcils prompts la colre1 ses joues taillades d'une forte ride1 la fossette de son menton carr1 composaient un visage singulier1 romantique d'aristocrate violent dans ses passions et du par toutes1 sauf une seule1 celle de commander4 --,en somme1 questionna l'abb1 quel but t'anime l'tude de ce personnage8 ,victorien ne lui avait pas encore offert de s'asseoir2 il y pensa tout d'un coup1 et s'assit lui-mme1 croisa la jambe droite sur la cuisse gauche1 aprs avoir allum une cigarette4 --,quel but8 ,aucun4 ,c'est de l'indit1 jusqu' prsent1 du moins1 et cela m'amuse4 ,je me plais vivre en compagnie d'un homme de race qui osa maintenir ses coudes franches mme en un temps o tout se ruait vers la servitude1 d'un homme n pour faire ployer les autres devant lui4 ,tu m'objecteras qu'un historien ne doit pas chercher les sujets sympathiques1 que la biographie d'un archevque est chose mince dans l'immensit des faits collectifs4 ,c'est vrai2 mais savoir ne suffit pas1 il faut comprendre1 et comprend-on1 si on ne s'attache8 ,a cette dernire rflexion1 l'abb sourit et approuva d'un signe de tte3 --,je vais plus loin que toi1 appuya-t-il1 l'encontre du scientisme2 comprendre ne suffit pas1 l'objet de la science est d'aimer4 ,dans l'ordre thologique1 il serait absurde de dire3 ,croyez n'importe quoi1 mais croyez4 ,et pourtant la foi n'est pas simplement affaire de dialectique ou d'exgse2 elle part d'un acte d'amour et elle y aboutit4 ,pauline1 travers la porte du cabinet1 percevait tout leur dialogue2 ce que son oncle venait d'mettre confirmait sa pauvre exprience religieuse2 elle en fut ravie4 --,oui1 dcidment1 reprenait ,victorien1 savoir pour savoir n'est qu'un leurre4 ,chaque fait certain que j'ajoute la somme de mes connaissances1 c'est un caillou de plus jet dans cet ocan de dsirs qui pse sur le fond de mon tre4 ,si j'avais1 comme ,faust1 les pouvoirs d'un magicien1 j'enverrais les ,esprits me chercher1 dans des hypoges1 des papyrus o je dchiffrerais l'histoire de rois oublis et de dieux dont nul ne sait plus le nom4 ,mais1 quand je saurais tout ce que les autres ignorent1 me sentirais-je plus assouvi8 ,je suis constitu pour dsirer1 non pour possder4 ,et toi1 tu es1 au fond1 bti comme moi4 ,nous ne mourrons riches ni l'un ni l'autre4 ,te souviens-tu8 ,a ,varambon1 dans cette campagne de ,bresse o on nous menait passer nos vacances1 nous tions alls1 un matin1 chercher du lait la ferme2 nous rapportions une berthe pleine2 nous la tenions chacun par une anse1 et1 tout en courant1 nous la faisions danser1 si bien qu'arrivs au logis1 quand notre mre ouvrit la berthe1 elle n'y trouva plus une goutte de lait4 --,si au moins1 insinua l'abb1 mu par la douceur de ce vieil pisode et surpris de la bonne grce que son frre mettait l'voquer1 si au moins nous avions toujours port notre berthe ensemble1 notre pauvret serait plus joyeuse444 ,tu supposes que rien ne comblera jamais tes dsirs1 et1 cependant1 tu ne peux pas vivre sans dsirer4 ,comment t'vader de cette contradiction8 --,m'en vader8 ,je n'y songe point2 c'est inutile2 je la constate et je m'y rsigne4 ,de la cellule noire o je vgte je me fais1 ma mesure1 un paradis4 --,mdiocre paradis que le non-espoir1 tu m'avoueras4 ,j'ai dans ma paroisse une femme aveugle1 sujette une ide fixe4 ,je l'aperois1 quand je passe1 assise sur son lit1 les bras nus2 elle croit ses bras lis par un cheveau inextricable de fils qui s'entre-croisent2 et1 du matin au soir1 une de ses mains se promne autour de son bras1 dbrouillant avec une patience inoue les fils imaginaires1 mais sans fin1 les retrouvant aussi emmls4 ,le dsir de l'intelligence n'agit-il point dans le vide1 la manire de cette femme1 toutes les fois qu'il ne veut pas tendre vers un terme infini comme lui8 ,et1 si tu as conscience d'un tel nant1 peux-tu appeler cet tat un paradis8 --,appelle-le si tu veux un enfer1 gouailla ,victorien1 se redressant dans son fauteuil et impatient par l'objection4 ,l'enfer a du bon aprs tout4 ,l'apptit du bonheur avec le dsespoir d'y atteindre vaut mieux que la quitude des brutes4 ,l'abb1 son tour1 s'anima1 et l'ardeur affectueuse de son regard se fit pressante1 dominatrice3 --,mon cher1 comme tu es bien toujours le mme1 paradoxal et jamais bout d'ironies6 ,tu ne veux t'appuyer que sur ta force1 sur l'orgueil de ta pense1 et1 quoi que tu en dises1 tu souffres4 ,en ce moment1 je te parle plein cur4 ,si tu savais quelle joie tu me donnes1 moi qui t'aime1 en me rendant un peu de ton affection6 ,l'autre soir1 devant l'agonie de ,julien1 tu t'es si noblement conduit6 ,dans tout ce qui s'est pass l1 comment ne reconnais-tu pas une prdestination tangible8 ,peux-tu admettre qu'un sot hasard ait mis sur le chemin de ,pauline et sur le tien cette me juvnile1 si haute et si brlante8 ,non1 ce n'est pas en vain que vous avez assist sa dernire heure4 ,mais1 si ta fille devient chrtienne1 c'est toi1 ton assentiment gnreux qu'elle devra de pouvoir l'tre4 ,or1 je sais qu'elle a une volont nette de suivre son intention4 ,hier1 elle m'a crit1 et je veux te montrer sa lettre1 parce qu'avant de la conseiller1 j'ai besoin de savoir si tu l'autorises d'une manire formelle se faire instruire et recevoir le baptme4 --,c'est inutile1 opposa ,m4 ,ardel1 tout d'un coup sec et amer1 en mme temps qu'il repoussait la lettre4 ,quels bourreaux vous tes6 ,n'est-ce pas assez d'avoir jur une fois8 ,laissez-moi1 comme disait ,job1 avaler ma salive2 et ne m'en reparlez plus444 ,pauline eut peur que l'abb1 en prenant le taureau par les cornes1 ne se ft rembarrer durement4 ,elle n'avait pas souffl mot son pre1 la veille1 de la lettre qu'elle crivait1 certaine qu'il ne retirerait point la parole donne au mort1 et se gardant de toute allusion une promesse o il voyait une dfaite1 un crve-cur4 ,mais l'abb1 sr maintenant de son frre1 versa dans la plaie qu'il avait touche l'onction chaude de sa tendresse3 --,ne regrette donc pas ton serment4 ,son bonheur en sortira1 et1 sois-en convaincu1 le tien444 ,comme la bouche du professeur bauchait une moue ngative3 --,oui1 continua le prtre avec nergie1 ta fille sera d'autant plus aimante1 dvoue1 qu'elle se modlera sur le ,dieu qui aima les siens jusqu' mourir444 --,elle m'aimera par devoir1 mais elle mprisera mes ides1 les excrera4 --,qui sait si tes ides1 avec le temps1 ne se rapprocheront pas des siennes8 --,oh6 pour a1 mon vieux1 protesta ,victorien en se levant1 n'y compte point4 ,a mon ge1 on ne change gure son pli4 ,je suis un irrductible1 comme toi1 d'ailleurs4 ,je veux bien vivre avec toi en ami2 mais n'essaye pas de me convertir4 ,ces vues intresses me dgoteraient4 ,j'ai pass le temps o j'tais dupe de la sentimentalit des autres et de la mienne4 --tre1 c'est aimer1 rpliqua encore l'abb ,jacques1 et tu es trop vivant pour ne plus pouvoir aimer4 ,il quitta ce sujet1 demanda si ,pauline tait la maison4 ,victorien dsigna du doigt la porte du cabinet qu'elle ouvrit juste en cet instant4 --,vous tes bons tous deux1 fit-elle d'une voix grave et palpitante4 ,elle vint d'abord son pre qu'elle embrassa1 puis tendit son oncle sa main pleine d'effusion4 ,si elle et os1 elle aurait dit aux deux frres3 ,embrassez-vous6 ,mais elle comprit qu'une rserve s'imposait entre eux4 ,ils causrent quelques minutes de ,julien et des ,rude2 lorsque l'abb partit1 ,m4 ,ardel laissa ,pauline l'accompagner dans le vestibule o l'oncle indiqua1 en quatre mots1 sa nice la ligne de conduite qu'elle suivrait4 ,le cur de la paroisse devait lui expliquer la doctrine et la prparer aux sacrements2 mais il allait partir en plerinage pour les ,lieux saints2 elle pouvait donc s'adresser l'un des vicaires gnraux1 son ami1 l'abb ,charmoy1 thologien expert1 homme de sage direction1 doux et fervent4 ,l'abb ,charmoy vivait dans une maison d'assez pauvre apparence1 prs d'un couvent dont il tait l'aumnier4 ,edme1 qui le connaissait1 y mena ,pauline que cette visite tourmentait sourdement4 ,les prjugs o elle avait grandi dominaient encore les arrire-fonds de sa conscience2 ce prtre serait son juge1 son matre en quelque sorte4 ,une part d'elle-mme se rebiffait contre la perspective de subir un mdiateur1 de s'humilier sous une parole2 et1 surtout1 elle apercevait1 au bout de ses colloques pieux1 cette pnible traverse1 la confession4 ,une servante aux yeux ahuris de vieille chouette les fit entrer dans le salon4 ,cette pice1 austre et froide1 avait ses volets clos sur la rue2 seule1 la fentre de la cour clairait son ameublement surann1 ses fauteuils recouverts en tapisserie1 dont les dossiers portaient des voiles faits au crochet4 ,un grand piano carr s'harmonisait leur simplicit dsute4 ,on devinait l'insouciance d'un homme pour qui le dcor tait indiffrent4 ,pauline l'entendit marcher au-dessus1 et descendre sans hte l'escalier4 ,son cur battit vivement2 mais1 ds qu'elle le vit paratre1 elle se rassura4 ,la personne de l'abb ,charmoy respirait une amnit paisible et presque indolente1 propre mettre en repos l'me inquite de ,pauline4 ,moyen de stature1 chauve1 le profil maigre1 le menton en lame de rasoir1 avec une bouche largement fendue1 spirituelle1 il rvlait dans sa dmarche1 dans le rythme balanc de sa soutane1 une pondration native accrue de dignit sacerdotale2 au travers de son srieux rayonnait une constance de bonne humeur et de sagesse4 ,il n'avait pas vu ,edme depuis son deuil2 la conversation s'tendit sur la mort admirable de ,julien4 --,je l'ai trop peu souvent rencontr1 dit-il2 mais il tait de ceux1 bien rares1 avec qui un regard chang suffit pour que le contact ne cesse plus4 ,son il myope1 mais clairvoyant1 s'adressait ,pauline1 tandis qu'il profrait ces mots2 il lui laissa dlicatement pntrer qu'il comprenait son chagrin4 ,il attendait qu'elle-mme expost ce qu'elle venait chercher auprs de lui4 ,elle saisit un instant de silence et1 trs simplement1 expliqua les dispositions qui l'amenaient3 --,je ne suis pas tout fait une catchumne1 monsieur l'abb2 j'ai vcu jusqu' dix-huit ans et plus dans l'ignorance et la ngation du surnaturel2 chaque fois que j'essaye de m'lever ,dieu1 je retombe comme un oiseau en cage qui se heurte des barreaux4 ,quand j'tudie mon catchisme1 des contradictions incessantes me gnent1 je perds le fil de ma croyance4 ,je ne vois pas comment accorder la prdestination et le libre arbitre1 l'indignit des pcheurs et l'incarnation du ,verbe4 ,il y a pourtant des certitudes que je sens fortes en moi3 je ne pourrais plus douter de la rsurrection du ,christ4 ,toutes les hypothses qu'on peut essayer pour n'y pas croire sont absurdes1 impossibles4 ,mais il reste tant de points o j'aurais besoin d'tre claire6 ,je vous apporte mon peu d'esprance et de la bonne volont4 ,l'abb ,charmoy rpondit1 le sourire aux lvres1 que c'tait l l'essentiel1 la bonne volont1 une volont humble1 cherchant ,dieu par la soumission1 sans impatience ni dcouragement4 ,il lui conseilla d'affermir avec mthode dans son esprit les vrits cardinales2 lorsqu'on btit un pont1 on pose les cules avant les arches4 ,plus elle mditerait1 plus elle prierait1 et mieux elle comprendrait ce qu'on peut1 ici-bas1 comprendre4 --,une foi profonde1 dit-il1 est une exprience imparfaite de la batitude4 ,de mme que les saints vont l'infini s'enfonant dans la contemplation glorieuse des mystres1 nous aussi1 mesure que nous mritons et que nous aimons davantage1 nous nous accroissons en connaissance et en joie4 ,un cur pur pntre la terre et le ciel4 ,il l'engagea1 puisqu'elle savait un peu de latin1 lire dans la langue de l'glise1 les ,psaumes1 les vangiles1 et le ,rituale romanum o de merveilleuses prires lui clairciraient le sens surnaturel de la vie prsente4 ,il l'exhorta plus encore visiter les pauvres4 --,ds maintenant1 faites comme si vous aviez la foi totale et la charit2 et le grain de snev qui est en vous deviendra un arbre robuste4 ,pauline convint avec lui qu'elle reviendrait1 le samedi de chaque semaine1 l'entretenir de ses lectures1 de ses rflexions1 de ses doutes1 si elle en avait4 ,elle le quitta1 emplie d'assurance1 confiante1 ainsi qu'un plerin1 chapp des sables mouvants1 qui chemine1 tenant son bton de voyage1 sur une chausse ferme4 ,un des conseils de l'abb ,charmoy la proccupait entre tous3 celui d'aller voir les pauvres4 ,les vangiles avaient dj boulevers1 l'endroit des mendiants1 ses notions sociales2 la parabole de ,lazare et du riche1 qui d'abord la scandalisa1 lui semblait maintenant contenir la ,loi et les prophtes4 --,si je n'aime la pauvret1 je suis indigne du royaume de ,dieu4 ,mais rien n'est plus difficile2 lorsque j'ai besoin d'un chapeau neuf1 continuerai-je porter mon vieux rossignol1 pour donner l'argent de cette emplette des gens qui sont sans pain8 --,vous n'avez1 rpliqua ,edme1 qu' faire1 comme moi1 tous vos chapeaux4 ,elle lui proposa de se rendre1 dans l'le d',yonne1 chez des pauvres superlativement pauvres2 car l'homme tait infirme1 sa mre1 impotente1 sa femme1 qui d'ordinaire1 seule travaillait1 tenue au lit par une bronchite2 et ils avaient sur les bras deux marmots dont l'un ttait encore le biberon4 ,pauline accepta sur l'heure1 s'lanant la prcieuse aubaine d'un acte mritoire pour elle1 tant il contredisait le pli de son ducation4 ,la masure qu'habitaient les ,rouleau se cachait au fond d'une impasse proche de la rivire2 son toit1 verdi par les mousses1 et si bas qu'on aurait pu y monter sans chelle ne recevait qu'au soir un avare soleil4 ,edme frappa2 la voix casse d'une vieille femme rpondit3 ,entrez4 ,c'tait la mre qui1 devant le pole1 pelait des porreaux pour la soupe4 ,elle se leva en boitant1 se trana vers les visiteuses4 ,un mouchoir couvrait sa tte grise2 ses yeux paraissaient avoir toujours pleur2 son nez sec1 ses joues dcharnes1 piques de taches terreuses1 les rides flasques de son cou racontaient cinquante ans de labeur et des jours sans nombre de famine4 ,edme lui prit la main et demanda comment ils allaient4 --,tout la douce4 ,ma bru a ramass un chaud et froid444 ,l'odeur nausabonde de la chambre affectait ,pauline2 mais elle regarda1 au fond1 sur le lit1 la jeune femme tendue1 une figure tique1 recroqueville1 grimaante1 avec les pommettes rouges1 les pupilles allumes par la fivre1 et des doigts cireux qui s'allongeaient sur le drap sale4 --,elle n'a que la peau et les os1 soupira sa belle-mre4 ,c'est une vraie squelette4 ,on en reprsente des squelettes qui ne sont pas pires qu'elle4 ,l'homme1 assis prs de la malade1 paraissait avoir trente ans2 ses moustaches ples1 tombantes rendaient plus triste la maigreur de sa face longue et jaune que l'habitude de souffrir avait comme hbte4 ,il tenait sur ses genoux leur petit dernier1 tandis que l'autre dormait dans son berceau4 --,vous souffrez beaucoup8 dit ,pauline la jeune femme4 --,j'ai soif1 toujours soif1 rpondit-elle d'une voix cotonneuse1 entre deux quintes de toux4 --,d'ici trois semaines elle ne pourra pas travailler1 appuya la vieille4 ,pauline s'tonna qu' l'entrept de ptrole o elle tait ouvrire on ne lui payt pas sa demi-journe2 et elle s'informa de son salaire habituel4 --,nous avons six sous de l'heure1 sauf trois dames qui en ont sept4 --,vous ne seriez pas mieux soigne l'hpital8 --,j'irais bien1 moi1 l'hpital1 dclara la belle-mre4 ,l'hospice1 j'en suis1 j'y suis ne4 ,mais ,ludivine1 a ne lui convient pas4 --,c'est moi qui panse mon mari1 observa ,ludivine en regardant ,rouleau avec une tendresse protectrice4 ,celui-ci1 outre des rhumatismes qui lui enflaient toutes les jointures1 avait les jambes troues par des ulcres4 --,je croyais1 fit ,edme1 que vos plaies de la jambe droite taient guries4 --,oui1 mais d'autres ont perc la gauche prs de la cheville4 ,tenez1 il y a six trous pour aujourd'hui4 ,il dfit lentement les longues bandes de toile enroules autour de son mollet1 et1 quand il eut t les linges sanguinolents1 le spectacle de cette chair vif s'tala4 ,edme1 l'ayant vu dj1 y porta les yeux sans horreur2 mais ,pauline fut saisie d'une rpulsion4 ,rouleau tendait sa jambe1 et la considrait avec une sorte de complaisance1 dans l'espoir probable d'apitoyer les deux jeunes filles4 --,si au moins je pouvais faire quelque chose1 pronona-t-il1 des sacs ou des paniers444 ,mais les douleurs me grugent les bras1 elles me mangent444 ,avant1 j'tais dans la culture2 je faisais les betteraves1 je faisais la moisson1 je faisais tout444 --,et l'huissier qui nous a crit1 continua la belle-mre2 il nous menace de nous chasser si le dernier mois de loyer n'est pas pay444 ,nous avons quarante sous pour la semaine444 ,elle ne geignait pas en exposant leur dtresse2 elle n'prouvait non plus aucune honte de solliciter l'aumne1 puisque autrement ils auraient pri de faim1 sur le pav4 --,nous irons1 dit ,edme1 trouver votre propritaire4 --,je vous apporterai des provisions1 ajouta ,pauline4 ,la vieille remercia1 et ,rouleau1 son tour1 avec la malade1 dit en cho3 ,merci1 mesdemoiselles1 d'un ton doux et touch1 o nulle rancur n'tait sensible4 ,la grand'mre vint au poupon qui tourna sur elle ses pupilles d'un bleu de faence2 son petit minois vieillot1 boursoufl s'baudit la vue de son aeule4 ,elle lui croisa les mains1 zzaya3 --,fais3 bon ,jsus1 ,marie444 ,voyez1 parce qu'on le voudrait1 il ne le veut pas4 ,un chat1 tapi sous une chaise1 s'approcha de l'enfant1 lui lcha les doigts1 et1 d'un air d'amiti1 faisant le gros dos1 la queue en trompette1 se frotta contre lui4 ,ils ont pourtant leurs joies1 pensa ,pauline qui prit le petit dans ses bras et le chatouilla sous le menton pour le faire rire4 --,pensez nous1 dit ,edme la vieille ,rouleau2 nous sommes bien malheureux1 vous savez que mon frre est mort444 ,cette visite fut pour ,pauline comme une descente dans un purgatoire insouponn4 ,que de telles misres fussent possibles1 elle le savait par ou-dire2 comment ne s'en tait-elle jamais soucie8 ,a dfaut de compassion religieuse1 une simple piti aurait pu l'incliner vers des humains qui souffrent2 mais son pre l'avait imbue de son gotisme bourgeois1 mprisant des gueux2 ,victorien rapportait tout soi1 et son unique devoir l'gard de la communaut sociale lui semblait tre de faire fructifier ses puissances intellectuelles4 ,pauline1 en pntrant chez les ,rouleau1 venait de dcouvrir en son pass une nouvelle lacune humiliante4 ,seulement1 au lieu de s'arrter des remords striles1 elle conut le ferme propos de se donner aux pauvres1 et elle en fit ,edme la confidence4 --,les pauvres1 rflchit ,edme1 je les aime trop par inclination naturelle1 mais pas assez parce qu'ils sont la figure de tous nos frres affligs travers le monde1 et la figure de ,jsus dans sa ,passion4 ,si je les voyais ainsi1 je me ferais un honneur1 quand ,rouleau me montre ses plaies1 de les panser moi-mme1 comme s'y serait plu sainte lisabeth de ,hongrie4 ,connaissez-vous l'histoire de cette misricordieuse servante des pauvres8 ,il faut que vous la lisiez4 ,pauline rentra1 l'me rafrachie d'une paix o elle sentit l'avant-got de plus parfaites dlices2 de cette heure1 sa conversion devint une chose vraiment dcide4 ,toutefois1 s'il avait fallu pour la conduire au premier seuil de la vie surnaturelle1 une anne de tourments1 la mort de ,julien1 et les inestimables supplications d'mes qu'elle ignorait1 il lui restait plus d'un doute rsoudre et d'un dgot vaincre4 ,jusqu'alors elle avait jug le monde bien pensant d'aprs les ,rude et son oncle4 ,aussi le croyait-elle suprieur celui dont elle tait4 ,mais ,armance lui apprit sur des gens du voisinage1 rputs dvots1 quelques anecdotes qui l'indignrent4 ,il y avait au bout de la rue1 dans une maison dcrpite qu'elle louait presque en entier1 une vieille fille riche et sordide1 ,mlle ,crpin4 ,pauline la voyait passer tous les matins1 allant la messe de sept heures1 ratatine sous une plerine noire1 coiffe d'une capote de forme archaque1 et marchant en zigzag1 comme si elle cherchait1 entre les fentes des pavs1 des louis d'or perdus4 ,mlle ,crpin1 qui passait pour millionnaire1 accroissait ses revenus par des spculations habilement conseilles2 elle participait la fureur d'agiotage dont tait possde cette petite ville de rentiers oisifs2 et l'on racontait qu'en un seul mois la hausse des cuivres lui avait valu trente mille francs de gain4 ,elle se mlait d'uvres charitables1 mais appliquait au bien des pauvres les principes qu'elle suivait pour le sien propre2 elle plaait l'argent recueilli leur intention1 et1 mme si elle les savait dans les plus affreuses ncessits1 elle les rationnait en aumnes1 ne laissait fuir de leur capital que des bribes drisoires4 ,lorsqu'on n'a pas1 on sait se priver1 tel tait un de ses axiomes2 elle revenait souvent du march avec trois navets dans son cabas en se lamentant de ce que la vie devenait impossible2 elle passait l'hiver sans feu1 se chauffait les mains sur le couveau o cuisait son potage4 ,quand elle n'tait pas l'glise1 elle comptait ses coupons ou s'occupait de faire rentrer ses loyers2 et1 une fois1 en grimpant une soupente pour sommer d'en dguerpir le locataire qui l'habitait1 elle avait failli se rompre le cou4 ,quoique ,pauline connt son renom1 l'ide audacieuse lui vint de sonner sa porte et de mendier une contribution au secours que les ,rouleau attendaient4 tant notre voisine1 peut-tre n'osera-t-elle pas me refuser2 et1 si elle me reoit mal1 j'embourserai l'affront pour les pauvres4 ,un dimanche donc1 aprs vpres1 elle se prsenta chez cette personne de dvotion4 ,mlle ,crpin entre-billa son huis1 laissa voir son menton aigu1 son nez sec chauss de lunettes1 ses yeux clignotants4 ,ds que ,pauline se nomma1 elle prit un air froid et crmonieux3 elle l'introduisit dans la salle manger o des images pieuses ornaient les murs1 et la pria de s'asseoir1 sans insister4 ,mais1 aux premiers mots que ,pauline pronona sur les ,rouleau1 la vieille demoiselle se redressa dans sa petite taille2 ses lvres1 minces comme un fil1 se pincrent4 --,on m'a dj parl de cette famille1 dit-elle d'un ton rogue2 ce ne sont pas des gens intressants2 l'homme et la femme ont vcu ensemble non maris4 --,je crois tre sre1 rpliqua ,pauline1 qu'ils sont maris l'heure actuelle4 --,oui1 je le sais1 le mnage est rgularis--ce mot1 dans une bouche soi-disant chrtienne1 sonnait dplaisamment--2 mais nous n'avons pas cru devoir les mettre sur nos listes4 ,avec les ressources modestes dont nous disposons1 il nous faut imiter les vierges sages qui gardrent l'huile de leur lampe444 ,ne pouvez-vous pas vous adresser au bureau de bienfaisance8 ,ces messieurs vous accueilleront4 ,sa faon d'articuler3 ces messieurs1 s'accompagna d'un coup d'il qui voulait dire3 ,ils sont de votre bord2 nous1 foin de vos gens6 --,mademoiselle1 conclut ,pauline en faisant deux pas vers le seuil1 je suis venue vous1 parce qu'il s'agit d'une dtresse urgente4 ,vous m'opposez la prudence des vierges sages2 permettez-moi de vous rappeler l'imprudence du bon ,samaritain qui n'attendit pas1 pour verser de l'huile dans les plaies du moribond1 de savoir sur quelles listes il tait4 ,elle salua1 et partit rvolte1 moins de sa ladrerie que des motifs dont elle croyait la couvrir4 ,comment6 cette hypocrite pharisienne tait considre par les prtres1 admise communier1 et on respectait en elle une des clefs de vote de la paroisse6 ,les diatribes de son pre contre la platitude clricale lui remontaient aux lvres1 et1 comme ,victorien1 elle gnralisait jusqu' l'injustice3 ,est-ce l'glise vraie du ,christ qui engraisse en ses pturages de pareilles brebis8 ,cueille-t-on des raisins sur des pines et des figues sur des ronces8 ,le lundi1 jour de march1 en sortant de bonne heure avec ,armance1 elle traversa la place de la cathdrale o les merciers tendaient leurs bannes4 --,mademoiselle1 demanda la servante1 veut-elle que j'entre l'glise pour dire un bout de prire8 --,oui2 je vous accompagne4 ,une messe1 l'autel de la sainte ,vierge1 justement commenait2 ,pauline s'tait initie l'ordonnance et aux phases du sacrifice2 elle s'agenouilla dans une pense de vnration mue1 se remmorant la parole3 ,chaque fois que vous ferez cette chose1 vous annoncerez la mort du ,sauveur2 et1 sans croire d'une foi pleine la ,prsence relle1 son esprit suivait attentivement la succession des rites4 ,mais le prtre qui clbrait briffa l',introt1 la ,collecte et l'vangile avec une vlocit qui la dconcerta4 ,dit-il sa messe pour lui seul ou pour les fidles qui sont l8 ,il mettait en ses gnuflexions une nonchalance d'habitude presque irrvrencieuse2 pendant le ,canon1 il traait des signes de croix sur la patne1 leva l'hostie1 puis le calice1 tait et remettait la pale1 tournait les feuillets du missel1 se frappait la poitrine1 communia comme press d'en finir1 et1 en quinze minutes1 la messe fut expdie4 ,pauline eut une dception1 un froid lui tomba sur le cur3 pour l'homme qui venait de ritrer la ,cne1 rien ne vivait donc sous les mots et les gestes o il s'identifiait pourtant ,jsus-,christ8 ,l'accoutumance moussait-elle ce point la ferveur8 ,et alors1 tait-ce la peine de pratiquer un culte dont les liturgies1 la longue1 se vidaient de toute motion8 ,lorsqu'elle revit1 le samedi d'aprs1 l'abb ,charmoy1 elle ne lui dissimula rien de ses dsenchantements4 ,il parut contrari1 mais en prit occasion pour l'clairer sur ses faiblesses qu'il pntrait4 --,vous tes trop impressionnable1 la blma-t-il tranquillement4 ,en principe1 ce n'est point tout fait un mal2 si vous sentiez peu1 vous vous seriez endurcie dans l'abstraction1 et je ne connais gure d'tat plus triste1 plus irrmissible4 ,il faut1 nanmoins1 apprendre gouverner vos sentiments1 vous faire1 comme disent les ,provenaux1 une tte bien cercle4 ,quand vous rencontrerez de mauvais chrtiens1 des prtres ngligents444 ou mme scandaleux1 ne vous pressez pas de conclure que l'glise1 dont ils sont1 est coupable de leur indignit4 ,d'abord1 nous sommes plus tents que les autres1 c'est incontestable4 ,interrogez votre jeune exprience2 vous aviez plus de scurit1 de fausse scurit1 avant le jour o le premier appel d',en ,haut vous troubla4 ,on ne mrite pas la grce sans souffrance1 et il est si commode de s'engourdir1 au lieu de s'vertuer6 ,le dmon de la paresse glisse dans nos veines notre insu2 nos plus belles rsolutions font souvent comme ces petits ermitages que sainte ,thrse1 enfant1 btissait en posant les unes sur les autres des pierres qui tombaient presque aussitt4 ,cet abb1 dont la messe vous afflige1 il ne se doute pas1 je crois1 de son inconvenance4 ,il oublie qu'on nous juge svrement1 plus svrement que d'autres1 et avec raison parce que jamais la mdiocrit1 en nous1 n'est licite4 ,mais1 vous1 soyez plus humble2 chaque fois que l'esprit de critique vous tourmente1 mme si vos griefs sont justes1 appliquez-vous trouver dans l'il du voisin une paille et1 dans le vtre1 une poutre4 ,pauline n'acceptait pas1 sans rsister1 le langage de l'abb ,charmoy2 elle en recevait pourtant la notion prcieuse de l'indulgence catholique et acqurait1 son contact1 ce discernement des valeurs que la raison indpendante oblitre1 neuf fois sur dix1 par un manque d'quilibre4 ,le bon sens du prtre n'tait pas simplement le sien2 sa pense filtrait dix-neuf sicles de certitude exprimentale et de tradition4 ,une circonstance inopine devait bientt faire sentir ,pauline combien la vie de l'glise s'incorporait sa vie4 ,l'oncle ,hippolyte1 en octobre1 se mit au lit2 ce vieillard1 jusque-l ferme comme un roc1 dclina soudain de telle sorte que sa fin parut prochaine4 ,il garda quelques semaines encore l'illusion de se remettre1 et1 le #a;er novembre1 le ciel tant clair1 il dit sa nice3 --,un beau jour de ,toussaint444 ,comme en #ahdj4 ,si je pouvais sortir demain444 ,il faut que j'aille la banque toucher de l'argent444 ,tu me prpareras mes bottines et mon manteau444 ,son grand souci restait de manger le plus possible2 une heure aprs son repas1 il soutenait qu'il n'avait pas dn et qu'on voulait le laisser mourir de faim4 ,cependant1 la paralysie gagnait ses organes2 il dormait parfois des journes entires1 avec une respiration si faible qu'il ne semblait plus devoir se rveiller4 ,ou bien des hallucinations obsdaient son cerveau dont les artres s'atrophiaient4 ,il parlait seul1 d'une voix sourde et absorbe1 dans un dlire sans fivre4 ,il se croyait invit des ripailles et rptait durant des heures les mouvements d'un homme qui mche ou qui boit4 --,je ne crois pas qu'il aille bien loin1 fit un soir ,m4 ,ardel1 pein de perdre son oncle et davantage de voir la mort assise sur le toit de sa maison4 ,une autre anxit proccupait ,pauline3 ,mon oncle va-t-il mourir sans sacrements8 ,l'importance involontaire que prenait pour elle un acte religieux l'avertit quel point la foi devenait l'os de ses os et la moelle de ses moelles4 ,malgr tout1 elle n'osait en parler au malade et justifiait sa timidit par des motifs contestables3 ,mon oncle a eu1 en somme1 une conduite probe4 ,s'il s'est racorni dans des enfantillages d'goste et d'avare1 il a cru faire son devoir en gagnant bien sa vie4 ,il n'a jamais eu beaucoup d'ides1 et1 mme1 les gens qui en ont1 pour lui1 sont des flaux4 ,dieu lui pardonnera1 parce qu'il aura beaucoup ignor4 ,il s'en va plein de jours1 aprs une vieillesse somnolente et calme4 ,a vrai dire1 il aura toujours t un dormant2 son entre dans l'autre monde sera la relle naissance d'une me qui n'a pas vcu4 ,dois-je l'veiller avant la lumire8 ,mais1 un jour que son dlire avait cess1 comme ,pauline1 pour l'gayer1 parlait de la belle saison o il redescendrait au jardin3 --,la belle saison1 fit-il1 je ne la verrai pas4 ,je suis au bout de mon rouleau4 --,puissions-nous vous garder longtemps encore6 rpondit-elle1 entrane par une dcision subite4 ,seulement1 votre ge1 mon oncle1 des surprises sont possibles4 ,verriez-vous sans dplaisir un prtre8 ,il plit cette question1 comme s'il et entendu son arrt2 car1 au fond1 il esprait vivre1 et se disait mourant1 dans l'espoir qu'elle le rassurerait contre ses angoisses4 ,il croyait ,pauline une parfaite paenne1 plus paenne que lui qui conservait pour les principes de son enfance un respect latent2 si elle lui proposait un prtre1 c'tait donc qu'elle le savait bien fini4 --,quand le moment sera venu1 rpondit-il aprs un silence444 ,mais amne-m'en un vieux444 qui me comprenne444 ,huit jours plus tard1 en buvant une tasse de lait1 il s'aperut qu'il ne pouvait avaler2 les muscles de sa gorge se paralysaient4 --,maintenant1 bgaya-t-il d'une langue dj embarrasse2 fais ce que tu m'as dit4 ,l'abb ,charmoy vint le voir1 le confessa1 et lui apporta1 le lendemain1 l',extrme-,onction2 vers le coucher du soleil1 il entra en agonie4 ,pauline retrouva1 prs de son oncle moribond1 certaines des impressions qui l'avaient accable au chevet de ,julien3 un rle sifflait dans la poitrine du vieillard2 sa tte1 renverse en arrire1 oscillait de gauche droite et de droite gauche1 ses mains se crispaient sous le drap4 ,elle lut tout haut les prires qu'elle avait entendu lire l'abb ,jacques2 et il lui semblait qu'elle les lisait pour ,julien4 ,a son me radieuse convenait cette anticipation des triomphes clestes3 ,que la multitude splendide des ,anges accoure au-devant de toi2 que le snat des ,aptres juges vienne aussi1 et l'arme1 vtue de blanc1 des ,martyrs2 que la troupe rutilante des ,confesseurs t'environne1 portant des lis2 que le chur des ,vierges te reoive2 que les ,patriarches te serrent dans leur embrassement au sein d'une bienheureuse quitude2 que le visage de ,jsus-,christ t'apparaisse doux et te fasse fte444 ,qu'importait-il vraiment de traverser le couloir sinistre de la mort1 si1 l'issue1 doivent se dployer les portes ternelles8 ,pauline discernait quelle lourde erreur aveuglait ,victorien1 lorsqu'il induisait des passagres dfaites de l'glise la faillite de sa mission4 ,l'glise visible1 se disait-elle1 s'appuie sur l'invisible assemble des ,saints2 nous n'apercevons de ce concile immense que les rangs infimes1 et n'entendons de ses voix qu'un cho assourdi444 ,peu de jours aprs l'oncle ,hippolyte1 le vieil archevque dcda4 ,son successeur1 ,mgr ,chnedru1 fit1 trois mois plus tard1 son entre solennelle2 ,pauline et ,edme voulurent assister cette crmonie4 ,les bourdons l'annoncrent de leur formidable mugissement4 ,au ventre de la tour leurs voles s'largirent1 et les chocs des deux battants retombaient ensemble1 comme titubant d'ivresse4 ,un ,hosanna pontifical se propageait avec les cercles ondulatoires de leurs vibrations sur les collines et la campagne que le soleil de ,mars ranimait4 ,a l'intrieur1 bruissait un vaste peuple2 on sentait dans l'attente de la foule sourdre une allgresse2 et les pierres des arceaux s'gayaient sous les oriflammes appendues4 ,prcd de ses prtres1 ,mgr ,chnedru pntra en sa cathdrale o son premier acte fut de vnrer le reliquaire de la vraie ,croix4 ,edme et ,pauline se tenaient au milieu de la grande nef1 sur le passage du cortge2 elles reconnurent l'abb ,charmoy et l'abb ,jacques2 celui-ci nageait dans une exultation2 il dirigea vers ,pauline un regard de victorieuse esprance4 ,l'avnement du nouvel archevque signifiait pour lui la rsurrection du diocse2 et les plus inertes paroisses tressailliraient sous la rafale d'enthousiasme qu'en arrivant l'homme de ,dieu suscitait dj4 ,pauline et son amie virent s'avancer prs d'elles ,mgr ,chnedru2 il leva sa main et les bnit4 ,edme s'inclina vivement pour baiser l'meraude de son anneau2 ,pauline eut un lger recul2 n'tant pas chrtienne1 elle se trouvait indigne de cette faveur2 la recevoir et t un acquiescement de croyante1 et elle n'allait pas encore jusque-l4 ,mais l'aspect de l'archevque la conquit sur-le-champ4 ,bien qu'il ft replet et d'une stature moyenne1 il s'imposait par une puissance d'autorit sans raideur et rayonnante2 il avait l'air d'tre n pour tenir la crosse et porter la mitre4 ,un visage opime1 un il qui tincelait1 des lvres fines aux coins souriants d'o la parole semblait prte jaillir alors mme qu'il se taisait1 et surtout une bont chaude qui s'lanait au-devant des curs dans la persuasion de les atteindre1 tout faisait de lui une force en marche1 douce et imprieuse2 quand on le regardait1 on ne pouvait plus douter que l'glise triomphante existe4 ,pendant qu'il lisait en chaire1 d'une voix perante1 sa lettre pastorale1 ,pauline sentit tomber ses dernires hsitations3 d'une telle bouche1 comme de celle d'un aptre qui aurait reu du ,christ mme sa doctrine1 la vrit descendait4 ,aprs le ,salut1 parmi la foule qui se pressait aux portes1 elle rencontra son oncle jubilant4 --,eh bien6 que vous semble de notre archevque8 --,je l'aime1 rpondit avant elle ,edme avec ferveur4 --,moi aussi1 dclara ,pauline1 il m'a transporte4 --,je vous prsenterai lui1 dit en les quittant l'abb qu'un de ses confrres entrana vers la sortie4 ,la semaine suivante1 ds que se fut coul le flot des rceptions1 il prit jour avec ,mgr ,chnedru et conduisit ,pauline l'archevch4 ,elle ne se vit pas introduite sans motion dans le cabinet o l'archevque les attendait1 debout derrire son bureau1 contre sa bibliothque4 ,cette robe violette et l'ide d'omnipotence qu'elle attachait la dignit piscopale lui imposaient une gne3 ,que doit-il penser de moi1 une infidle8 ,mais il embrassa1 comme un pre1 l'abb ,ardel et fit ,pauline elle-mme un si affable accueil qu'elle reprit toute son aisance4 ,elle exposa franchement l'tat de son me1 l'indiffrence orgueilleuse d'o elle tait partie1 ses prventions d'ignorante contre les prtres1 les doutes qui l'avaient retarde sur le chemin de la foi4 --,j'tais encore incertaine1 ,monseigneur1 continua-t-elle1 quand vous tes venu parmi nous2 depuis que je vous ai vu et entendu1 ma dcision est nette4 ,j'ai mdit tous les articles du ,credo2 il n'en est aucun auquel je ne puisse me soumettre1 mme l'enfer1 bien qu'il n'y soit pas nomm explicitement4 ,les peines ternelles me paraissaient une chose monstrueuse1 lorsque j'avais les plus fortes chances de les mriter4 ,maintenant que j'espre ma rdemption1 les rigueurs de la justice divine ne me rvoltent plus444 ,l'archevque sourit de ce mot naf et pntrant4 --,rflchissez et priez1 ma chre enfant1 approuva-t-il avec cet accent du ,barn qui ajoutait une saveur la bonhomie de son parler4 ,je n'ai pas besoin de vous dire la grande joie que vous apporterez ,notre-,seigneur et moi1 le jour o je pourrai vous donner le saint baptme avant de vous confirmer4 --,dans combien de temps1 demanda ,pauline son oncle aussitt qu'ils eurent pris cong de l'archevque1 pourrai-je tre baptise8 --,a la ,pentecte1 je pense4 ,avant peu1 je reverrai ,monseigneur et l'abb ,charmoy4 ,elle se spara de lui et entra dans l'glise qui allait tre sa paroisse1 ,saint-,pierre-le-,rond4 ,fruste au dehors comme un vieux sanctuaire de campagne1 ,saint-,pierre1 sur une petite place toujours dserte1 est enclos entre les murs de logis silencieux4 ,pauline affectionna1 ds sa premire visite1 la nef troite et longue1 avec les fentres du chur dcoupes en trfle4 ,un recueillement obscur l'habitait o la pense1 mieux qu'ailleurs1 pouvait prendre son vol sans bruit vers ,dieu4 ,elle se mit genoux1 dans le bas-ct1 prs des fonts baptismaux1 et l elle songea au mystre du ,sacrement qu'elle recevrait1 ce sceau du baptme qui1 une fois imprim sur un front1 ne peut plus s'en effacer4 ,pourquoi cette efficacit surnaturelle de l'eau8 ,l'abb ,charmoy lui avait un jour enseign que toutes les eaux terrestres possdaient une vertu de saintet1 depuis l'heure o ,jsus sanctifia celle du ,jourdain en se courbant sous le baptme de ,jean4 ,l'eau purifie1 l'eau fconde1 l'eau submerge2 elle se souvenait du verset d'un psaume3 ,lavabis me et super nivem dealbabor1 tu me laveras et je serai plus blanche que la neige2 cette image lui plaisait en ce qu'elle lui dvoilait le sens prophtique de sa course dans la neige avec ,julien4 ,maintenant il lui fallait s'ensevelir dans le ,christ et renatre avec lui1 de mme que les nophytes s'immergeaient trois fois dans la piscine du baptistre primitif1 de mme que la novice du ,carmel1 avant de prendre place au festin nuptial1 s'anantit sous le drap mortuaire4 ,elle devait mourir ses impits d'antan1 ses vanits enfantines1 toutes les sensualits1 et alors elle serait pure comme la neige1 comme l'eau d'une source o nul n'a jamais bu4 ,l'abb ,charmoy n'avait pas hsit le lui dire3 ,vous tomberiez morte l'instant de votre baptme1 le ,paradis vous recevrait aussi sainte qu'un enfant qui n'a pas encore pch4 ,mais la vertu de l'eau n'oprait qu'unie la parole1 au nom du ,pre1 du ,fils et du ,saint-,esprit4 ,les ,trois ,personnes devant qui les ,anges trouvent balbutier un seul mot3 ,sanctus1 ,sanctus1 ,sanctus1 viendraient donc en elle illuminer son me et la diviniser6 ,qu'ai-je fait1 ,seigneur1 pour mriter vos dons8 ,je vous ai ddaign1 ni1 crucifi4 ,et1 prsent1 est-ce que je vous aime8 ,est-ce que je dsire vous faire aimer8 ,elle s'abmait dans la repentance de ses rbellions1 de son aridit1 de sa tideur1 quand1 tout d'un coup1 une voix mauvaise1 au fond d'elle1 articula3 --,si1 pourtant1 tu t'abusais1 si tu faisais la demande et la rponse1 si1 l-bas1 dans ce tabernacle1 il n'y avait rien444 ,mais elle repoussa l'ide affreuse1 la pitina2 elle et prfr mille fois ne plus vivre que de ne plus croire2 et elle sortit1 comble de la certitude que ses doutes taient tus tout jamais4 ,l'archevque dcida que le baptme1 la confirmation et la communion seraient donns par lui ,pauline dans son oratoire1 la veille de la ,pentecte4 ,elle avait choisi pour parrain ,m4 ,rude1 et ,mme ,rude1 en dpit de sa rpugnance se mler d'aucune fte1 mme liturgique1 accepta d'tre sa marraine4 ,n'tait-ce pas ,julien lui-mme qui l'exigeait8 ,et ce baptme serait l'accomplissement des fianailles mystiques de ,julien avec sa bien-aime4 ,les ,rude estimaient prudent de n'en point parler d'avance autour d'eux4 ,la nouvelle s'bruita on ne sut comment1 et les gens hostiles ,victorien clabaudrent par toute la ville4 --,hein6 rptait ,galibert1 cet ,ardel qui se vantait de n'avoir pas fait baptiser sa fille1 ils l'ont retourn comme un gant6 ,le plus venimeux furent ,mlle ,total1 qu'il avait cess de voir1 et ,flug1 avec qui il s'tait brouill1 aprs avoir qualifi de stupides ses paradoxes dlirants4 ,un journal publia un entrefilet plaisantin sur les drages du baptme1 et ajouta que seul1 le poupon manquerait4 ,inform de ces ragots par un obligeant collgue1 ,victorien haussa les paules1 et rpliqua trs fort3 --,oui1 ma fille va tre baptise1 et c'est moi qui l'ai voulu4 ,leur clique me dgote si bien qu'ils me donnent envie d'aller la messe1 pour les faire enrager6 ,depuis sa conversion1 ,pauline tmoignait son pre une tendresse de plus en plus prvenante2 elle vitait son amour-propre endolori les moindres blessures4 ,mais elle ne lui avait dit mot de l'vnement qui se prparait pour elle2 ce mutisme le peinait2 il finit par se dcider le rompre lui-mme3 --,c'est pour bientt la crmonie8 --,pour samedi1 rpondit-elle avec un battement de cils et en rougissant4 ,et elle insinua d'une faon cline3 --,tu n'y viendras pas8 --,non1 je serais un trouble-fte1 une fausse note4 ,l'archevque et moi1 vis--vis l'un de l'autre1 nous serions mal notre aise444 ,elle n'insista point1 ayant peur de moins bien prier1 si la prsence de son pre incrdule pesait sur sa ferveur4 ,le matin du grand jour1 elle se rveilla1 comme une marie qui va mettre sa robe de noces1 dans une attente extraordinaire4 ,elle avait jen la veille1 et son esprit se mouvait1 presque dgag de son corps1 avec une alacrit lumineuse4 ,ds six heures1 elle sortit1 devant rejoindre1 en la chapelle de son couvent1 l'abb ,charmoy qui la confesserait4 ,il avait plu avant l'aurore2 sur le mail1 o personne ne passait1 un vent d'est lger1 le matinal1 comme disent les paysans de ,bourgogne1 agitait dans les feuilles mouilles des platanes la lumire aussi frache que la rose4 ,la nappe verte et claire des frondaisons d'un acacia remuait dans le vivier du ciel2 les rossignols se rpondaient travers les jardins2 une bue fumait sur des massifs de fleurs2 la tour de la cathdrale tait rose au soleil montant4 ,tout l'heure1 se disait ,pauline1 je serai joyeuse comme ces atomes de rayons qui dansent et qui scintillent4 ,mais la perspective de sa confession couvrait encore d'une ombre le bonheur dont elle palpitait4 ,quoique ses entretiens avec l'abb ,charmoy eussent1 d'avance1 allg1 pour elle1 l'humiliation des aveux1 elle entra1 presque tremblante1 l'intrieur du confessionnal4 ,l'exiguit noire et nue du recoin o ses yeux ne distinguaient qu'une image de ,jsus en croix et la grille ferme d'une planche l'inquitait comme un accus qui attend1 dans une cellule austre1 le moment de comparatre devant un juge infaillible4 ,elle entendit l'abb ,charmoy enfiler son surplis1 mettre son tole et s'asseoir3 tait-ce le mme prtre dont elle connaissait le visage bnin8 ,mais1 ds qu'il eut ouvert la grille et parl1 elle respira4 ,a chacune des fautes qu'elle numrait scrupuleusement1 il prononait1 pour l'encourager1 un3 ,bien1 paisible4 ,son exhortation fut une parole1 moins de reproche que d'espoir grave4 ,pauline s'tonna de la pnitence facile qu'il lui infligea2 trois psaumes lire pour dix-neuf ans d'infidlit6 ,une critique qu'elle fit taire s'baucha en elle1 l'ide d'une indulgence si exorbitante6 ,elle lut aussitt les trois psaumes2 car c'tait ceux prcisment qu'on rcite dans la liturgie du baptme1 et1 de tout son cur1 elle s'appropria ces versets3 ,seigneur1 notre ,dieu1 comme votre nom est admirable sur la terre6 ,votre magnificence est leve au-dessus des cieux444 ,qu'est l'homme1 pour que vous vous en souveniez1 et le fils de l'homme pour que vous le visitiez8 ,vous l'avez tabli un peu au-dessous des anges1 vous l'avez couronn d'honneur et de gloire1 vous l'avez constitu sur les uvres de vos mains444 ,comme le cerf dsire les sources des eaux1 ainsi le dsir de mon me va vers vous1 ,dieu6444 ,quand viendrai-je et quand paratrai-je devant la face de ,dieu8 ,mes larmes ont t1 jour et nuit1 mon pain1 tandis qu'on me disait3 ,o est ton ,dieu8444 ,elle partit en se chantant comme une mlodie les mots extatiques3 ,quare tristis es1 anima mea8444 ,pourquoi tais-tu triste1 mon me1 et pourquoi me troublais-tu8 ,espre en ,dieu1 puisque tu le confesseras4 ,les ailes de sa joie la portaient2 elle aurait couru sur des charbons ardents avec l'illusion de marcher sur des roses4 ,l'espace se faisait bleu comme le vitrail du ,paradis1 dans la cathdrale2 elle pensait1 les yeux dirigs vers le soleil1 la vision de la ,sibylle qui aperut1 autour de l'astre1 un cercle d'or1 et au milieu du cercle une ,vierge merveilleuse1 portant contre sa poitrine un enfant4 ,armance et ,antoinette1 qu'elle avait invites toutes deux son baptme1 l'attendaient devant la porte de l'archevch4 ,bientt1 le parrain et la marraine arrivrent avec ,edme et ,marthe2 le grand voile noir de ,mme ,rude et d',edme semblait cacher derrire elles le fantme de ,julien4 ,l'abb ,jacques et l'abb ,charmoy les suivirent de prs2 le secrtaire de l'archevque1 un jeune prtre suave et modeste1 les fit tous monter dans l'oratoire1 une chambre peu vaste transforme en chapelle1 et qui faisait songer ces rduits o les prtres rfractaires1 sous la ,terreur1 clbraient la messe4 ,mgr ,chnedru1 en pluvial violet1 entra presque aussitt2 il s'agenouilla et se recueillit2 on sentait dans son oraison muette qu'il soulevait vers le ,trs-,haut les misres et l'imploration de tout un peuple2 en baptisant ,pauline il restituait au ,christ une ,france qui ne peut cesser d'tre ,lui4 ,il se tourna vers l'assistance1 et s'adressant la nophyte1 montra le prodige des largesses que ,dieu1 en un seul moment1 allait faire pleuvoir sur elle pleines mains1 la veille du jour o les langues de feu taient descendues1 o les sept dons du ,paraclet emplirent les aptres4 ,il voqua les voies singulires par o elle avait t conduite2 des allusions chaleureuses et pleines de tact l'abb ,ardel1 l'influence tacite des ,rude1 ,julien1 l'abb ,charmoy1 touchrent d'un trait si juste le cur de chacun que ,mme ,rude et ,edme rabattirent leur voile devant leur figure1 afin de pleurer librement4 ,mais1 ajouta ,mgr ,chnedru1 ce n'tait point pour elle seule qu'elle devait tre chrtienne2 il fallait que sa naissance la grce ft un signe et un exemple1 et qu'autour d'elle la lampe ardente de sa pit resplendt444 ,ensuite1 le baptme commena4 ,l'archevque1 s'tant assis1 nona1 selon les formules rituelles1 les mmes questions que les vques des premiers sicles posaient1 dans les catacombes1 aux jeunes chrtiennes de ,rome4 ,pauline y rpondait en latin1 et1 chaque fois qu'elle ritrait le simple mot3 ,credo1 la conviction de sa foi s'implantait plus avant dans son tre1 par cela seul qu'elle l'affirmait4 ,puis1 il se leva1 l'exorcisa en soufflant sur elle2 et elle s'humilia sans effort sous l'ide que sa personne avait pu tre un temple de l',esprit immonde4 ,son me1 cette heure1 tait souple1 fondue d'amour1 telle que l'or liquide et rouge1 quand on le verse dans le creuset4 ,il lui fit avec le pouce une croix sur le front et dit en mme temps3 --,signe ton front1 pour que tu reoives la ,croix du ,seigneur4 ,et il continua3 --,signe tes oreilles1 pour que tu entendes les divins prceptes4 ,tes yeux1 pour que tu voies la clart de ,dieu4 ,ton nez1 pour que tu sentes l'odeur de suavit du ,christ4 ,ta bouche1 pour que tu dises les paroles de vie4 ,ta poitrine1 pour que tu croies en ,dieu4 ,tes paules1 pour que tu prennes sur toi le joug de sa servitude444 ,le ,christ prenait possession de sa servante1 l'investissait tout entire1 la voulant sienne dans les sicles des sicles4 ,l'archevque exorcisa et bnit le sel qu'il mit sur la langue de l'lue1 afin que ce principe de force et de sagesse pntrt dans sa chair et y demeurt ternellement4 ,le parrain et la marraine marqurent1 leur tour1 avec le pouce1 le front de ,pauline d'un signe de croix4 ,de la main du pre et de la mre qui1 par ,julien1 avaient mis en elle les premiers rudiments de sa croyance1 ce geste1 trois fois recommenc1 quivalait une attestation de leur paternit acquise dans la douleur2 et ce fut1 pour eux tous1 une des minutes les plus solennelles de la crmonie4 ,pauline suivait sur son ,rituale romanum le sens intime des oraisons1 en apparence impersonnelles1 mais exactement faites son intention4 ,dans un des exorcismes le clbrant disait3 --,tentateur maudit1 ne viole jamais ce signe de la ,croix sainte que nous mettons sur son front444 ,va-t'en1 tremblant et gmissant4 ,c'est ,jsus-,christ qui te le commande1 lui qui marcha sur la mer1 et tendit sa droite ,pierre qui sombrait4 ,c'tait l une des images o elle se reconnaissait le plus familirement3 l'lan de ,pierre marchant sur les vagues la rencontre du ,matre qu'il avait d'abord pris pour un fantme1 son cri d'angoisse3 ,seigneur1 sauve-moi6 et la main toute-puissante tendue sa faiblesse3 ,homme de peu de foi1 pourquoi as-tu dout8 ,de mme1 plus loin1 l'invocation au ,dieu qui a ouvert les yeux de l'aveugle-n lui remmora le mot de ,julien1 si vrai dans sa svrit6 ,l'archevque lui imposa sa main sur la tte2 avec lui et les assistants elle pronona le ,credo et le ,pater2 il trempa son pouce dans l'huile sainte1 accomplit des onctions sur la poitrine et entre les paules de celle que le baptme allait sanctifier4 ,car l'instant tait venu pour ,pauline de recevoir l'eau de la vie ternelle2 sa personne tait soustraite au ,prince de ce monde2 elle pouvait devenir le tabernacle de l',esprit-,saint4 ,une fois encore l'archevque1 en latin1 lui demanda3 --,crois-tu au ,dieu omnipotent1 crateur du ciel et de la terre8 --,j'y crois4 --,crois-tu en ,jsus-,christ1 son fils unique1 notre ,seigneur1 qui est n et qui a souffert8 --,j'y crois4 --,crois-tu en l',esprit-,saint1 en la sainte glise catholique1 en la rmission des pchs8444 --,j'y crois4 --,veux-tu tre baptise8 --,je le veux4 ,alors elle s'inclina1 il lui versa trois fois l'eau sainte sur sa tte2 puis il lui mit un cierge entre les doigts1 comme une ,vierge prte suivre le cortge de l'poux4 ,tout l'heure1 il demandait au ,christ pour elle1 en l'une des oraisons1 de ne pas la laisser avoir faim longtemps1 jusqu' ce qu'elle ft rassasie de la nourriture cleste4 ,cette nourriture1 elle l'attendait avidement4 ,lorsque l'archevque l'eut confirme1 il ta sa mitre1 revtit une chasuble et dit la ,messe1 que lui servirent l'abb ,charmoy et l'abb ,jacques4 ,pauline ne venait pas en vain de recevoir l',esprit de sagesse et d'intelligence4 ,tandis que la ,messe se dveloppait1 elle entrait--ce qu'elle n'aurait su faire auparavant--dans la sublimit du mystre clbr devant elle et avec elle1 puisque les chrtiens prsents officiaient1 selon leur part de ferveur1 en mme temps que le prtre et l'invisible ,officiant qui s'immolait4 ,toute signe de la croix1 elle la retrouvait multiplie sur la pierre de l'autel1 sur la chasuble1 sur les instruments du sacrifice1 dans les gestes du clbrant4 ,mgr ,chnedru articulait d'un ton haut les prires du rite2 la ,conscration1 il baissa la voix1 mais profra lentes et distinctes les syllabes miraculeuses4 ,pauline sentit rellement s'oprer la divine ,prsence1 elle se vit couverte du sang brlant de la ,victime2 elle aurait t confondue de tristesse en pensant qu'elle-mme avait ouvert ces veines et transperc cette chair1 si l'attente de la communion ne l'et sature d'un bonheur qu'ensuite elle s'tonna d'avoir pu porter4 ,ah6 comment des hommes pouvaient-ils croire vivre1 en ignorant de telles extases6 ,elle ne se laissa point aller pourtant une adoration passive4 ,elle pria pour son malheureux pre3 ,s'il ne se convertit1 mon ,dieu1 disait-elle1 c'est que je ne saurai pas vous aimer444 ,elle pria pour sa mre dfunte1 pour toutes les mes perdues1 pour la dplorable paroisse de son oncle1 pour le diocse dnu de prtres1 pour la ,france ressusciter4 ,elle pria pour les pauvres sans consolateur1 pour les morts dont nul ne se souvient1 pour les juifs et les hrtiques1 pour les immenses peuples qui seront idoltres jusqu' la fin des temps444 ,puis elle revint ceux qu'elle aimait1 aux ,rouleau1 aux deux servantes1 aux bons ,rude1 l'abb ,charmoy1 au saint archevque1 ,julien qui lui mritait sa flicit4 ,elle s'unissait lui dans le ,christ1 comme jamais un amour terrestre ne les aurait unis4 ,dans la salle du festin o l'poux les conviait tous deux1 elle entrait avec sa robe blanche1 immacule1 sa robe baptismale qu'elle ne quitterait plus4 ,,ix ,pauline tait1 depuis deux ans1 chrtienne4 ,la joie de son baptme continuait1 approfondie par l'intimit des ,sacrements et la richesse de mditations ardentes4 ,des peines cependant l'obscurcissaient par intervalles3 d'abord1 elle avait honte d'elle-mme1 quand elle valuait son peu de charit1 sa mdiocre ferveur de pnitence4 ,une chose l'humiliait surtout3 elle ne pouvait prier1 mme un temps court1 sans distraction4 ,quelquefois la claire vue de ses insuffisances la dcourageait2 elle et volontiers renonc l'effort1 se croyant voue trop d'imperfection4 ,puis elle rebondissait1 opposait ce qu'elle tait ce qu'elle avait cess d'tre1 et s'exaltait d'une gratitude inexprimable1 lorsqu'elle mesurait son changement4 ,mais il lui pesait de ressonger ses annes vaines3 comme tout cela tait loin maintenant6 ,une seule amertume les prolongeait1 l'incrdulit persistante de ,m4 ,ardel4 ,il avait nanmoins chang1 lui aussi4 ,le matin du baptme1 au retour de sa fille1 dans ce beau visage une transfiguration l'avait frapp2 un autre sang paraissait couler en ses joues1 et la transparence heureuse de ses prunelles renvoyait une lumire sraphique4 ,il ne songea plus nier que les vieux rites de l'glise continssent encore une efficacit vitale4 ,mais il s'attendait voir ,pauline1 enfle par l'orgueil de sa conversion1 s'loigner de lui2 au rebours1 elle resta simple1 affectueuse1 soumise ses dsirs4 ,elle rappelait une des figures de l'incomparable tapisserie du ,trsor1 l',esther couronne par ,assurus1 modeste dans sa gloire1 comme si elle devait en tre toujours indigne4 ,l'arome de paix qui sortait d'elle agit peu peu sur l'aigreur de ,victorien2 il supportait plus lgrement les dboires de sa carrire2 ses mfiances s'attnuaient2 la sympathie plus quitable qu'il accordait aux croyances de sa fille modifiait l'ensemble de son attitude critique4 ,seulement1 endurci saisir les faits sous l'angle sec de l'intelligence1 il ne concluait pas le moins du monde qu'elle et raison de croire1 ni qu'il dt la suivre4 --,a mon ge1 lui redit-il une fois1 comme il l'avait dit son frre1 on ne change gure son pli4 ,il voyait souvent les ,rude dans une amiti de plus en plus troite1 et le peintre venait de lui annoncer un cadeau dont il tait charm3 le portrait de ,pauline4 ,toutes les semaines1 elle passait donc1 chez ,m4 ,rude1 une aprs-midi4 ,elle s'asseyait1 prenait un livre captivant1 et c'tait en cette attitude de liseuse que l'artiste la fixait4 ,un jeudi d'avril1 ,m4 ,rude lui dit1 d'assez mauvaise humeur3 --,nous n'aurons pas une longue sance aujourd'hui2 une visite nous drangera1 ,gabriel ,authelin avec sa mre4 ,gabriel ,authelin remplaait1 dans la chaire de philosophie1 ,flug que les suites d'une extravagance avaient contraint de s'en aller4 ,a propos d'une dissertation sur le mot de ,montaigne3 ,tout ciel m'est un1 ,flug avait expos que1 pour le philosophe1 la notion de patrie demeurait inexistante3 ,il me serait gal1 avait-il dclar1 d'tre ,allemand aussi bien que ,franais4 ,l-dessus1 deux de ses lves1 se levant1 avaient quitt la classe2 les autres1 sauf un seul1 s'taient empresss d'en faire autant2 des familles s'taient plaintes1 ses chefs l'avaient blm1 de sorte qu'il jugea prudent de porter ailleurs sa mtaphysique4 ,venant aprs lui1 ,authelin semblait justifier la thorie platonicienne sur le rythme des contraires2 dogmatiste et catholique1 il tait le neveu de cet abb ,authelin qui assista ,mme ,rovre#a dans sa maladie et sa prodigieuse gurison4 ,il avait connu ,daniel ,rovre1 le doux martyr1 mort ,tarragone o les ,chartreux l'avaient recueilli4 ,sa philosophie1 imbibe du mysticisme de ,blanc de ,saint-,bonnet et d',hello1 y ajoutait un sens de la vie concrte1 d'autant plus surprenant qu'il tait aveugle4 #a ,v4 l',immol4 ,c'tait l'ge de quatre ans1 quand il vivait avec sa mre dj veuve et ses trois frres1 la campagne1 prs de ,lyon1 sur les hauteurs du mont ,cindre1 qu'au moment d'un orage un coup de foudre l'avait terrass et avait brl ses yeux4 ,mais cette privation de la vue stimula ses facults natives2 ses autres sens s'taient empars du monde extrieur avec une finesse suraigu4 ,a quinze ans1 il parlait sept langues2 sa mmoire1 comme sa dialectique1 se faisait un jeu des connaissances les plus compliques4 ,et il souffrait peu de n'y plus voir2 car il se conduisait seul au dehors1 distinguait si son chemin tait droite ou gauche1 s'il longeait une place ou une rue4 ,il voyait par les oreilles et le toucher2 la canne dont il s'aidait lui communiquait sur les objets voisins des donnes prcises4 ,ses doigts lisaient aussi aisment que l'eussent fait ses yeux2 et1 quand il aimait un livre1 sa mre patiente le copiait son usage d'aveugle4 ,sa vie mditative s'accroissait de tout ce que ses regards pouvaient perdre2 il disait que sa chambre obscure ressemblait certaines chapelles de la cathdrale ,saint-,jean o les tnbres1 en plein midi1 restent opaques1 pour que l'on y puisse mieux faire oraison4 ,l'abb ,ardel1 qui avait rencontr ,lyon ,mme ,authelin1 lui inspira le dsir de connatre les ,rude2 c'est pourquoi1 ce jeudi1 elle devait leur conduire son fils4 ,pauline et ,edme attendaient curieusement cette visite4 ,gabriel entra1 suivant sa mre1 une femme de noble mine1 plus grande que lui1 lente et mesure dans sa dmarche1 par l'habitude qu'elle avait de se mettre au pas de l'aveugle4 ,il ttait1 du bout de sa canne1 d'une faon discrte1 le plancher4 ,il atteignit un fauteuil et s'assit sans embarras4 ,on se ft peine dout1 en l'apercevant1 qu'il n'y voyait rien4 ,il tenait ses paupires baisses1 la faon d'un somnambule2 mais son front bomb1 poli comme un marbre1 ne laissait point voir ce plissement douloureux1 si habituel chez les aveugles4 ,ses cheveux taient longs1 bruns comme sa barbe2 il avait le nez de son oncle1 un nez camus de vigneron2 mais sur toute sa face s'imprimait une srnit pure et presque sacerdotale4 --,vous tes peintre1 monsieur1 disait-il ,m4 ,rude1 et je sais que vous rendez l'art chrtien son naf ralisme d'autrefois4 ,connaissez-vous le ,saint ,pierre d',alcantara de ,zurbaran8 ,si je vous en parle1 c'est que mon pauvre ami ,rovre me l'avait dcrit3 un vieillard dcharn1 puissant1 dans un grand manteau de bure1 qui tient une plume entre ses doigts et lve ses yeux vers une colombe volant au-dessus de sa tte4 ,par sainte ,thrse1--je la lis passionnment1--je le vois encore mieux que par le tableau4 ,il avait1 nous apprend-elle1 vcu quarante ans1 sans dormir1 tant de nuit que de jour1 plus d'une heure et demie2 pour vaincre le sommeil1 il se tenait perptuellement genoux ou debout2 il prenait son repos1 assis1 la tte appuye contre un morceau de bois fix dans le mur4 ,il demeurait l'ordinaire trois jours de suite sans manger4 ,son corps tait tellement extnu qu'il semblait n'tre form que de racines d'arbres4 ,quand il vit que son terme approchait1 il rcita le psaume3 ,ltatus sum1 et1 s'tant mis genoux1 il expira444 ,pauline regardait celui qui1 d'un ton calme1 faisait ce portrait presque effrayant d'un ascte4 ,il lui rvlait des splendeurs mystiques que ,julien et admires1 et1 ds ses premires paroles1 l'entranait en des rgions suprieures celles o elle vivait4 ,la conversation vint sur la musique1 grce laquelle ,authelin composait des paysages intrieurs plus luxuriants que tous les spectacles de la mer et des monts4 ,l'ineffable1 pour ce philosophe1 ne pouvait avoir de symbole plus vrai que certaines mlodies d'glise2 et il exprimait son enchantement d'une messe grgorienne excute1 le dimanche de ,pques1 par les sminaristes1 dans la cathdrale4 --,chantez-nous1 ,pauline1 pria ,m4 ,rude1 cet ,allluia que vous apprenez aux jeunes filles de ,saint-,pierre4 ,la voix de ,pauline1 avec une nettet parfaite d'articulation1 droula les linaments sonores1 d'une grce indfinie et radieuse1 tels que les contours fuyants de figures angliques4 ,gabriel1 extasi1 la supplia de recommencer4 --,rien1 comme ce chant1 dit-il1 ne m'a donn la prsence d'un ciel lumineux4 ,lorsque ,mme ,authelin et lui se retirrent1 ,pauline se trouva sur son passage4 ,dans une pense de compassion admirative1 elle lui tendit la main2 il ne vit pas son geste1 et elle sentit alors seulement qu'il tait aveugle444 ,quelques mois plus tard1 les premiers jours d'octobre1 par un dimanche tide et limpide1 ,victorien et sa fille se promenaient dans les champs1 proche le ,moulin du ,roy4 ,l1 aux creux de berges touffues1 la ,vanne1 d'un flot press1 descend vers l',yonne assoupie4 ,ils s'assirent1 prs d'un petit pont1 devant l'eau noire et brillante o roulaient des feuilles mortes4 ,les grands peupliers1 dont les tiges s'inclinent pour boire la fracheur du courant1 y rptaient l'or des feuillages excit par le soleil qui passait entre leurs branches4 ,en face d'eux1 poudroyait une clairire1 blondie1 jonche de la dpouille de vieux ormes2 d'autres arbres jeunes1 tnus1 semblaient se volatiliser dans le ciel tendre1 et divisaient l'espace plus indcis d'une plaine encore verte1 jusqu' des collines rousses entrevues sous une brume4 --,quel charme lger1 vaporeux a l'automne de ces rgions6 fit ,victorien1 s'abandonnant la douceur des nuances qu'inscrivaient ses yeux4 ,c'est dommage que les gens y soient si mdiocres4 --,ils ne l'ont pas toujours t1 rpondit ,pauline4 ,rappelle-toi le ,village de ,raitif de la ,bretonne3 la ferme patriarcale1 le pre lisant1 ses quinze enfants1 le soir1 une page de la ,bible4 ,et1 il y a quarante ans1 dans des villages de ,bourgogne1 pas trs loin d'ici1 ,m4 ,rude se souvient d'avoir vu la mme coutume encore en honneur4 ,j'ai confiance que ce pays renatra444 --,tu ne sais pas1 interrompit ,victorien1 puisque tu parles de ,rude1 quelle proposition bizarre on lui a faite pour toi444 ,aurais-tu1 en principe1 une totale rpugnance l'ide d'un mariage avec ,gabriel ,authelin8 ,pauline tressaillit1 tant mille lieues d'une pareille supposition4 --,me marier6 ,je n'y songe gure444 ,avec la mort de ,julien1 tout a t fini pour moi4 ,si j'acceptais un mariage1 ce ne serait qu'un mariage de dvouement4 ,voil pourquoi je ne refuse pas tout de suite1 quand tu me parles de ,gabriel ,authelin4 ,j'y rflchirai444 --,je t'en ai dit un mot1 reprit ,victorien1 parce que ,gabriel est un homme d'une haute valeur2 tu retrouveras difficilement quelqu'un qui le vaille4 ,mais j'hsite insister1 parce que ce sera1 pour toi et444 pour moi1 un sacrifice quotidien1 la vie avec un aveugle4 ,il ne connatra jamais ton regard ni ta beaut4 --,oh6 dit-elle1 ce n'est pas un obstacle invincible444 ,a la ,rsurrection1 il me verra2 et1 moi aussi1 je verrai le jour dans ses yeux4 ,alors1 il n'y aura plus d'aveugles4 #aiji-aiac4 ,,orl,,ans4--,,imp4 ,,orl,,anaise1 #fh1 ,,rue ,,royale