,,rainer ,,maria ,,rilke ,,histoires ,,du ,,bon ,,dieu ,,traduction ,,de ,,maurice ,,betz ,,paris ,,ditions ,,mile-,,paul ,,fr,,res #ad1 ,,rue ,,de ,l',,abbaye1 ,v,ie #aibg ,,ouvrages ,,de ,,rainer ,,maria ,,rilke ,,traduits ,,par ,,maurice ,,betz ,les ,cahiers de ,malte ,laurids ,brigge 7mile-,paul frres74 ,auguste ,rodin 7 paratre74 ,pomes choisis 7en prparation74 ,,ouvrages ,,de ,,maurice ,,betz ,scaferlati pour troupes1 pomes 7mile-,paul frres74 ,l',incertain1 roman 7mile-,paul frres74 ,le ,dmon impur1 roman 7mile-,paul frres74 ,la ,fille qui chante1 rcit 7,n4 ,r4 ,f41 collection ,une uvre1 un portrait74 ,petite ,stle pour ,rainer ,maria ,rilke1 essai 7ditions de la ,nue bleue74 ,il a t tir de cet ouvrage3 ,quarante exemplaires sur japon imprial1 numrots de #a #dj2 ,soixante-quinze exemplaires sur hollande ,van ,gelder1 numrots de #da #aae2 ,deux cents exemplaires sur pur fil ,lafuma1 numrots de #aaf #cae2 ,mille exemplaires sur papier alfa1 numrots de #caf #acae1 constituant l'dition originale4 ,copyright by ditions mile-,paul frres1 #aibg4 ,tous droits rservs pour tous pays4 ,,mon ,,amie1 ,,un ,,jour ,j',,ai ,d,,pos ,,ce ,,livre ,,entre ,,vos ,,mains1 ,,et ,,vous ,l',,avez ,,aim ,,comme ,,personne ,,avant ,,vous4 ,,ainsi ,,me ,,suis-,,je ,,habitu ,a ,,penser ,,qu',,il ,,vous ,,appartenait4 ,,souffrez ,,donc ,,que ,j',,crive ,,non ,,pas ,,seulement ,,dans ,,votre ,,livre1 ,,mais ,,dans ,,tous ,,les ,,livres ,,de ,,cette ,,dition ,,nouvelle1--,,que ,j',,crive3 ,,les ,,histoires ,,du ,,bon ,,dieu ,,appartiennent ,a ,,ellen ,,key4 ,,rainer ,,maria ,,rilke ,,rome1 ,,avril #aijd4 ,,en ,,guise ,d',,introduction ,,le ,,conte ,,des ,,mains ,,de ,,dieu ,dernirement1 un matin1 je rencontrai ma voisine4 ,nous nous salumes4 --,quel automne6 dit-elle aprs un silence1 et leva les yeux au ciel4 ,je fis de mme4 ,la matine tait en effet trs claire1 et dlicieuse pour une matine d'octobre4 ,tout coup quelque chose me revint l'esprit4 --,quel automne6 m'criai-je et agitai un peu les mains4 ,et ma voisine approuva d'un hochement de tte4 ,je l'observai pendant un moment4 ,sa bonne figure bien portante allait et venait si gentiment4 ,elle tait toute claire2 autour des lvres et aux tempes seulement1 il y avait de petits plis d'ombre4 ,d'o pouvait-elle donc tenir cela8 ,et1 l'improviste1 je demandai3 --,et vos fillettes8 ,les rides de son visage disparurent une seconde1 puis se ramassrent1 presque plus sombres4 --,elles se portent bien1 ,dieu merci1 mais444 ,ma voisine se mit en mouvement1 et je marchai sa gauche1 selon l'usage4 --,savez-vous1 elles ont toutes deux l'ge o les enfants posent des questions1 du matin au soir4 ,pourquoi1 du matin jusqu' la nuit8 --,oui1 murmurai-je1 il y a une priode444 ,mais elle ne se laissait pas troubler3 --,et pas seulement des questions comme3 ,o va ce tramway8 ,combien d'toiles y a-t-il8 ,dix mille1 est-ce plus que beaucoup8 ,mais bien d'autres choses encore6 ,par exemple3 ,est-ce que le bon ,dieu parle aussi chinois8 ou bien3 ,le bon ,dieu1 comment est-il8 ,toujours tout sur le bon ,dieu6 ,on ne sait pourtant rien l-dessus444 --,non1 en effet1 approuvai-je4 ,on a certaines suppositions4 --,par exemple1 sur les mains du bon ,dieu1 qu'est-ce qu'il faut444 ,je regardai ma voisine en face4 --,permettez1 demandai-je trs poliment4 ,ne disiez-vous pas l'instant3 ,les mains du bon ,dieu8 ,ma voisine hocha la tte4 ,je crois qu'elle tait un peu surprise4 --,oui1 m'empressai-je d'ajouter1 sur les mains il m'est revenu en effet quelques renseignements4 ,par hasard1 ajoutai-je vite1 lorsque je vis ses yeux s'arrondir4 ,tout fait par hasard444 j'ai444 ,bref1 conclus-je assez rsolument1 je vais vous raconter ce que j'en sais4 ,si vous avez un instant1 je vous raccompagnerai jusque chez vous1 cela suffira tout juste4 --,volontiers1 dit-elle1 lorsque1 enfin1 je lui cdai de nouveau la parole1 mais ne croyez-vous pas peut-tre que les enfants eux-mmes444 --,moi8 ,raconter cela aux enfants eux-mmes8 ,non1 chre madame1 cela ne se peut pas4 ,cela1 en aucune faon4 ,voyez-vous1 je serais tout de suite gn si je devais parler aux enfants4 ,ceci1 en soi1 ne serait peut-tre pas trs grave1 mais les enfants1 en voyant mon trouble1 pourraient supposer que je me sens mentir4 ,et comme je tiens beaucoup ce que mon histoire soit vraie444 ,d'ailleurs ne pourrez-vous pas la rpter aux enfants8 ,d'autant plus que vous y russirez beaucoup mieux que moi4 ,vous enchanerez et ornerez l'ensemble1 tandis que je ne fais que vous raconter les vnements1 en toute brivet4 ,n'est-ce pas8 --,bon1 bon6 fit ma voisine distraitement4 ,je rflchis4 ,au commencement4441 allais-je dire1 mais je m'interrompis aussitt3 --,je peux supposer connues de vous bien des choses que je devrais commencer par raconter aux enfants4 ,par exemple1 la cration4 ,il y eut une pause assez longue4 ,puis3 --,oui1 et le septime jour8 ,la voix de l'excellente femme tait pointue et sche4 --,un instant1 dis-je4 ,nous voulons quand mme penser aux jours prcdents1 car c'est d'eux justement qu'il s'agit4 ,donc1 le bon ,dieu commena son ouvrage1 comme vous le savez1 en crant la terre1 en la sparant de l'eau et en commandant la lumire4 ,puis1 avec une merveilleuse rapidit1 il forma les choses1 je veux dire les grandes choses vritables1 savoir3 des rochers1 des montagnes1 un arbre1 et sur ce modle1 beaucoup d'autres4 ,depuis un instant dj j'entendais derrire nous des pas qui ne nous dpassaient ni ne ralentissaient4 ,cela me troublait et je m'embrouillai dans l'histoire de la cration en poursuivant ainsi3 --,on ne peut se faire une ide de cette activit rapide et fconde qu'en admettant qu'aprs de longues et profondes rflexions cela se trouvait tout prt dans sa tte avant que444 ,enfin les pas taient ct de nous1 et une voix dpourvue d'agrment se colla contre nous3 --,oh1 vous parlez sans doute de ,m4 ,schmidt8 ,excusez-moi444 ,je me retournai avec impatience vers la nouvelle venue1 mais madame la voisine paraissait trs embarrasse4 --,hum1 toussotait-elle1 non1--c'est--dire1 oui444 nous parlions justement1 en quelque sorte444 --,quel automne6 dit tout coup l'autre femme1 comme si rien n'tait arriv1 et sa petite figure rouge luisait4 --,oui1 entendis-je rpondre ma voisine1 vous avez raison1 madame ,hupfer1 c'est un automne d'une rare beaut4 ,puis les femmes se sparrent4 ,mme ,hupfer gloussa encore3 --,et bien des choses vos petits1 s'il vous plat4 ,ma bonne voisine n'coutait plus2 elle tait quand mme curieuse de connatre mon histoire4 ,mais1 avec une cruaut incroyable j'affirmai3 --,voil que je ne sais vraiment plus o nous en tions rests4 --,vous disiez justement quelque chose de sa tte1 c'est--dire444 ,ma voisine devint toute rouge4 ,elle me faisait vraiment piti et je me dpchai de raconter3 --,oui1 voyez-vous1 tant qu'il n'avait form que des choses1 le bon ,dieu n'avait pas besoin de regarder continuellement vers la terre4 ,rien ne pouvait s'y passer4 ,sans doute1 le vent franchissait dj les montagnes1 si semblables aux nuages qu'il connaissait depuis longtemps1 mais il vitait encore les cimes des arbres avec une certaine mfiance4 ,et le bon ,dieu en tait trs content4 ,il a fait les choses1 en quelque sorte en dormant4 ,mais pour les btes dj1 il commena trouver le travail intressant3 il se penchait dessus et ne fronait que rarement ses larges sourcils pour jeter un regard sur la terre4 ,il oublia compltement celle-ci tandis qu'il crait l'homme4 ,je ne sais pas quelle partie complique du corps il en tait arriv lorsqu'il y eut autour de lui un battement d'ailes4 ,un ange en passant chantait3 ,o toi qui vois tout444 ,le bon ,dieu prit peur4 ,il avait induit l'ange en pch1 car celui-ci venait de chanter un mensonge4 ,vite ,dieu le ,pre regarda sur terre4 ,et1 en effet1 dj quelque chose s'y tait produit qui serait difficile rparer4 ,un petit oiseau errait de-ci de-l comme s'il avait peur1 et le bon ,dieu n'tait pas capable de lui montrer le chemin du retour1 car il n'avait pas vu de quelle fort la pauvre bte tait venue4 ,il se fcha et dit3 --,les oiseaux doivent rester perchs l o je les ai poss4 ,mais il se rappela que sur les instances des anges il avait prt des ailes aux oiseaux pour que1 sur la terre aussi1 il y et quelque chose qui ressemblt des anges1 et cette circonstance rendit son humeur encore plus dsagrable4 ,mais de tels tats d'me il n'est de meilleur remde que le travail4 ,et1 tout absorb par la construction de l'homme1 ,dieu eut vite retrouv sa gaiet4 ,il avait les yeux des anges devant soi comme des miroirs2 il y mesurait ses traits et1 dans une boule pose sur ses genoux1 ptrissait lentement et avec soin le premier visage4 ,le front tait russi4 ,c'tait plus difficile de rendre symtriques les deux narines4 ,il se penchait de plus en plus sur son travail1 jusqu' ce qu'il y et de nouveau un souffle au-dessus de lui4 ,il leva la tte4 ,le mme ange tournait autour de lui2 cette fois-ci on n'entendait pas d'hymne1 car la voix de l'enfant avait expir avec son mensonge1 mais sa bouche ,dieu reconnut qu'il chantait encore toujours3 ,o toi1 qui vois tout4 ,en mme temps1 saint ,nicolas qui jouit de l'estime particulire de ,dieu1 s'approcha de lui et dit travers sa grande barbe3 --,tes lions se tiennent tranquilles1 ce sont des cratures bien orgueilleuses1 je dois le dire4 ,mais un petit chien trotte la limite de la terre1 c'est un fox-terrier1 regarde1 tout l'heure1 il va tomber en bas4 ,et1 en effet1 le bon ,dieu vit danser quelque chose de clair et de blanc1 comme un lumignon1 dans la rgion de la ,scandinavie1 l o la terre est dj si dangereusement arrondie4 ,et il se fcha pour de bon et rpondit saint ,nicolas que1 si les lions ne lui convenaient pas1 il n'et qu' s'en crer d'autres pour son propre usage4 ,sur quoi saint ,nicolas quitta le ciel en frappant la porte1 ce qui fit tomber une toile1 juste sur la tte du fox-terrier4 ,voici que le dsastre tait complet1 et le bon ,dieu devait s'avouer qu'il tait seul responsable de tout4 ,il dcida de ne plus dtourner un seul regard de la terre4 ,et ainsi fut fait4 ,a ses mains qui1 aprs tout1 elles aussi contenaient la sagesse1 il confia tout le travail1 et1 bien qu'il ft lui-mme trs curieux de savoir quel serait l'aspect de l'homme1 il regarda fixement la terre1 o1 comme pour le dfier1 il n'y avait plus maintenant la moindre feuille qui consentt bouger4 ,pour avoir quand mme une petite joie aprs cette longue peine1 ,dieu avait ordonn ses mains de lui montrer l'homme avant de le livrer la vie4 ,plusieurs fois il demanda1 comme les enfants lorsqu'ils jouent cache-cache3 ,prt8 ,mais pour toute rponse il n'entendait que ses mains qui continuaient ptrir1 et il attendait toujours4 ,le temps lui paraissait trs long4 ,tout coup il vit tomber quelque chose travers l'espace3 c'tait sombre et paraissait venir de son voisinage4 ,pris d'un mauvais pressentiment1 il appela ses mains4 ,elles parurent1 toutes couvertes de glaise1 chaudes et tremblantes4 --,o est l'homme8 s'cria-t-il4 ,la droite alors se jeta sur la gauche3 --,c'est toi qui l'as lch4 --,je t'en prie1 rpliqua la gauche1 irrite1 n'as-tu pas voulu tout faire toi-mme1 sans me laisser dire un mot8 --,c'est justement4 ,tu aurais d le retenir4 ,et la droite allait prendre son lan4 ,mais elle rflchit1 et les deux mains dirent en se rattrapant l'une l'autre3 --,il tait si impatient1 l'homme444 ,il voulait toujours vivre de suite444 ,nous n'en pouvons rien444 ,certainement nous sommes toutes deux innocentes4 ,mais le bon ,dieu tait srieusement fch4 ,il repoussa les deux mains qui lui bouchaient la vue sur la terre3 --,je ne vous connais plus4 ,faites ce que vous voudrez4 ,et les mains depuis lors s'y essaient1 mais elles ne peuvent que commencer ce qu'elles font4 ,sans ,dieu1 il n'y a pas d'accomplissement4 ,et enfin elles furent lasses4 ,a prsent elles s'agenouillent du matin au soir et font pnitence2 ainsi du moins raconte-t-on4 ,mais nous croyons que ,dieu se repose1 parce qu'il est fch contre ses mains4 ,c'est toujours encore le septime jour qui dure4 ,je me tus un instant4 ,madame la voisine mit1 avec beaucoup de bon sens1 ce silence profit3 --,et vous croyez que la rconciliation ne se fera plus jamais8 --,oh si1 rpondis-je4 ,du moins je l'espre4 --,et quand cela sera-t-il8 --,je pense1 quand ,dieu connatra l'aspect de l'homme que ses mains ont lch contre sa volont4 ,madame la voisine rflchit1 puis elle eut un rire3 --,mais il n'aurait eu qu' regarder en bas4 --,pardonnez1 rpondis-je gentiment1 votre remarque tmoigne d'un esprit trs subtil1 mais mon histoire n'est pas encore finie4 ,or donc1 lorsque les mains se furent effaces et que ,dieu put de nouveau dominer la terre du regard1 une minute de nouveau s'tait coule1 ou disons3 un millnaire1 ce qui1 nous le savons1 revient au mme4 ,au lieu d'un homme1 il y en avait un million4 ,mais tous taient dj habills4 ,et comme la mode tait alors justement trs laide1 ,dieu se fit des hommes une ide trs fausse et--je ne veux pas le dissimuler--plutt dfavorable4 --,hum1 fit la voisine qui voulait dire quelque chose4 ,mais je n'y pris pas garde et conclus avec une intonation appuye3 --,et voil pourquoi il est indispensable et urgent que ,dieu apprenne comment l'homme est en ralit fait4 ,rjouissons-nous qu'il y en ait du moins quelques-uns pour le lui dire444 ,mais madame la voisine ne se rjouissait pas encore3 --,et qui serait-ce1 s'il vous plat8 --,tout simplement les enfants1 et de temps autre aussi les hommes qui peignent1 ceux qui crivent des posies1 qui btissent444 --,btissent quoi8 ,des glises8 --,oui1 et n'importe quoi1 en gnral4 ,madame la voisine secoua lentement la tte4 ,plus d'une chose lui semblait trange4 ,nous avions dj dpass sa maison et revenions maintenant lentement sur nos pas4 ,soudain quelque chose l'amusa et elle rit3 --,mais c'est stupide1 tout cela1 puisque ,dieu sait tout4 ,par exemple1 il aurait mme d savoir exactement d'o tait venu le petit oiseau4 ,elle me regarda d'un air de triomphe4 ,j'tais un peu troubl1 je l'avoue4 ,mais lorsque je me fus ressaisi1 je russis faire montre d'un visage infiniment grave3 --,chre madame1 lui enseignai-je1 cela c'est en ralit une histoire part4 ,mais pour que vous ne croyiez pas que ma rponse ne soit de ma part qu'un prtexte 7naturellement1 elle s'en dfendit aussitt avec vhmence71 je veux vous la dire en deux mots3 ,dieu a toutes les qualits1 naturellement4 ,mais avant qu'il ft en tat de les appliquer en quelque sorte au monde1 elles lui apparaissaient toutes comme une seule et immense force4 ,je ne sais pas si je m'exprime clairement4 ,mais en prsence des choses1 ses facults se spcialisrent et devinrent dans une certaine mesure des devoirs4 ,il avait du mal les retenir tous4 ,c'est qu'il y a des conflits4 7,entre nous3 tout cela je ne le dis qu' vous1 et gardez-vous bien de le rpter aux enfants47 --,a quoi pensez-vous8 se rcria-t-elle4 --,voyez-vous1 si un ange tait pass en chantant3 ,toi qui sais tout1 il est vident que tout et t pour le mieux4 --,et cette histoire serait superflue8 --,certainement1 confirmai-je1 et je voulus prendre cong4 --,mais tes-vous bien sr de tout cela8 interrogea-t-elle4 --,absolument sr1 rpondis-je presque solennellement4 --,alors j'aurai de quoi raconter aux enfants1 aujourd'hui4 --,j'aimerais bien entendre cela4 ,au revoir1 madame4 --,au revoir1 monsieur1 rpondit-elle4 ,puis elle revint encore une fois vers moi3 --,mais pourquoi cet ange justement est-il444 --,madame la voisine1 l'interrompis-je1 je vois bien prsent que vos deux fillettes ne posent pas tant de questions parce qu'elles sont des enfants444 --,mais8 demanda-t-elle1 curieuse4 --,oui1 les mdecins affirment que certains dfauts se transmettent444 ,madame la voisine me menaa du doigt4 ,mais nous nous quittmes quand mme bons amis4 99 99 99 99 99 ,lorsque plus tard--et d'ailleurs au bout d'un temps assez long--je rencontrai de nouveau ma chre voisine1 elle n'tait pas seule1 et je ne pus apprendre si elle avait racont mon histoire ses petites filles1 et avec quel succs4 ,de ce doute me tira une lettre que je reus peu de temps aprs4 ,comme son auteur ne m'a pas donn la permission de la publier1 je me borne raconter comment elle finissait1 et l'on en conclura sans peine de qui elle provenait4 ,elle se terminait par ces mots3 ,moi1 et encore cinq enfants1 c'est--dire parce que je suis compt avec4 ,je rpondis par retour du courrier ce qui suit3 ,je crois volontiers1 chers enfants1 que mon conte sur les mains du bon ,dieu vous ait plu2 il me plat aussi4 ,mais je ne peux quand mme pas aller chez vous4 ,ne m'en voulez pas6 ,qui sait si je vous plairais8 ,je n'ai pas de beau nez1 et si1 comme cela m'arrive quelquefois1 un petit bouton devait pousser sa pointe1 vous regarderiez tout le temps ce point1 et vous vous tonneriez1 et n'entendriez pas du tout ce que je serais en train de dire un peu plus bas que mon nez4 ,peut-tre mme en rveriez-vous1 et ce ne serait pas bien du tout4 ,je vous propose donc une autre solution4 ,nous avons--mme en dehors de votre mre--un grand nombre d'amis et de connaissances communs1 qui ne sont pas des enfants4 ,vous apprendrez facilement lesquels4 ,a eux1 de temps en temps1 je raconterai une histoire1 et par ces intermdiaires vous la connatrez toujours plus belle que je n'aurais pu la rendre4 ,car il y a de bien grands potes parmi nos amis4 ,je ne vous trahirai pas de quoi il sera question dans mes histoires4 ,mais comme rien ne vous occupe et ne vous tient cur autant que le bon ,dieu1 je vous promets qu' chaque occasion j'y introduirai ce que je sais de lui4 ,si quelque chose de ce que je vous en dirai n'tait pas dans l'ordre1 crivez-moi de nouveau une belle lettre1 ou faites-le-moi savoir par votre maman4 ,car il est possible qu'en plus d'un endroit je me trompe1 parce qu'il y a si longtemps que j'ai appris les plus belles histoires1 et parce que1 depuis1 j'ai d en retenir beaucoup d'autres qui ne sont pas belles4 ,cela arrive ainsi1 en mme temps que la vie4 ,pourtant la vie est une chose bien merveilleuse3 de cela aussi il sera souvent question dans mes histoires4 ,je vous salue bien4--,moi qui ne suis aussi un que parce que je suis compt avec4 ,,histoires ,,du ,,bon ,,dieu ,l',,tranger ,un homme tranger m'a crit une lettre4 ,ce n'est pas de l',europe que m'a parl cet homme tranger1 ni de ,mose1 ni des grands ni des petits prophtes1 ni de l'empereur de ,russie1 ni du tsar ,ivan le ,terrible1 son dangereux anctre4 ,il n'tait question dans cette lettre ni du maire1 ni de notre voisin le cordonnier1 ni de la ville voisine1 ni des villes lointaines2 et les chevreuils de la fort o je m'gare tous les matins1 non plus ne paraissent pas dans sa lettre4 ,il ne me raconte mme rien de sa petite mre ou de ses surs qui sans doute sont depuis longtemps maries4 ,comment serait-il possible autrement qu'elles ne soient mme pas nommes dans une lettre de quatre pages8 ,il me tmoigne une confiance beaucoup1 beaucoup plus grande2 il fait de moi son frre1 il me parle de sa dtresse4 ,le soir1 l'homme tranger vient chez moi4 ,je n'allume pas de lampe1 je l'aide dfaire son manteau et je l'invite prendre le th avec moi1 parce que c'est justement l'heure de mon th quotidien4 ,et pour de si proches visites il ne faut s'imposer aucune contrainte4 ,lorsque nous sommes dj sur le point de nous mettre table1 je remarque que mon hte est inquiet2 son visage est plein d'anxit et ses mains tremblent4 --,c'est juste1 lui dis-je1 voici une lettre pour vous4 ,et je m'apprte verser le th3 --,prenez-vous du sucre1 et peut-tre du citron8 ,j'ai appris en ,russie boire le th avec du citron4 ,voulez-vous essayer8 ,puis j'allume une lampe1 et je la place dans un angle loign1 un peu haut1 pour que la pnombre en ralit reste dans la chambre1 plus chaude seulement qu'auparavant1--une pnombre rose4 ,et voici que le visage de mon hte semble tre plus sr1 plus chaud et beaucoup plus connu4 ,je le salue encore par ces mots3 --,vous savez1 voil longtemps que je vous attendais4 ,et1 avant que l'tranger ait eu le temps de s'tonner1 je lui explique3 --,je connais une histoire que je ne peux raconter qu' vous4 ,ne me demandez pas pourquoi2 dites-moi seulement si vous tes bien assis1 si votre th est assez sucr et si vous voulez entendre mon histoire4 ,mon hte dut sourire4 ,puis il rpondit simplement3 --,oui4 --,aux trois questions1 oui8 --,aux trois questions4 ,tous deux en mme temps nous nous rencognmes dans nos siges1 de sorte que nos visages devinrent pleins d'ombre4 ,je reposai mon verre de th1 me rjouis de le voir luire d'un clat si dor1 oubliai de nouveau lentement et demandai soudain3 --,vous rappelez-vous encore le bon ,dieu8 ,l'tranger rflchit4 ,ses yeux s'enfoncrent dans l'obscurit et1 avec leurs petits points de lumire dans les pupilles1 ils ressemblaient deux longues treilles dans un parc1 au-dessus desquelles sont rpandus1 rayonnants et larges1 l't et le soleil4 ,ces yeux aussi commenaient par un crpuscule rond1 s'tiraient dans une obscurit de plus en plus troite1 jusqu' un point lointain et scintillant3 la sortie1 de l'autre ct1 sur un jour peut-tre encore beaucoup plus clair4 ,tandis que je reconnaissais cela1 il dit en hsitant et comme s'il ne se servait qu' contre-cur de sa voix3 --,oui1 je me souviens encore de ,dieu4 --,bien1 le remerciai-je1 car c'est justement de lui que traite mon histoire4 ,mais d'abord1 dites-moi encore3 ,parlez-vous quelquefois des enfants8 --,cela m'arrive de temps autre1 en passant444 --,sans doute vous est-il revenu que ,dieu1 par suite d'une vilaine dsobissance de ses mains1 ne sait pas comment sont faits les hommes8 --,j'ai peut-tre entendu dire cela quelque part1 mais je ne sais plus qui1 rpondit mon hte1 et je vis des souvenirs imprcis traverser son front4 --,n'importe1 le troublai-je4 coutez la suite6 ,longtemps ,dieu supporta cette incertitude4 ,car sa patience1 autant que sa puissance1 est grande4 ,mais une fois que d'pais nuages depuis de longs jours stationnaient entre lui et la terre1 de sorte qu'il savait peine encore si tout cela3 le monde et les hommes et le temps1--n'avait pas t simplement un rve1 il rappela sa main droite qui depuis longtemps tait reste exile et s'tait cache en de petites uvres insignifiantes4 ,celle-ci accourut avec empressement2 car elle croyait que ,dieu voulait enfin lui pardonner4 ,lorsque ,dieu la vit devant soi1 dans sa beaut1 sa jeunesse et sa force1 il fut tent de lui pardonner4 ,mais il rflchit temps1 et1 sans regarder1 lui ordonna3 ,tu vas descendre sur la terre4 ,tu y prendras la forme que tu vois aux hommes1 et tu te mettras nue sur une montagne1 afin que je puisse te voir distinctement4 ,ds que tu seras arrive en bas1 va chez une jeune femme et dis-lui1 mais tout doucement3 ,je voudrais vivre4 ,il y aura d'abord autour de toi une petite obscurit1 puis une grande obscurit qui s'appelle l'enfance1 et ensuite tu seras un homme et tu monteras sur la montagne1 ainsi que je te l'ai ordonn4 ,tout cela ne dure qu'un instant4 ,adieu4 ,la main droite prit cong de la gauche1 lui donna beaucoup de noms aimables4 ,oui1 l'on affirme mme que1 soudain1 elle se serait incline devant l'autre1 et aurait dit3 ,o saint esprit6 ,mais dj saint ,paul s'approchait1 coupait la main droite du bon ,dieu1 et un archange la recevait et l'emportait sous son large vtement4 ,de sa main gauche cependant ,dieu couvrait la blessure pour empcher que son sang ne coult sur les toiles1 et de l ne retombt en tristes gouttes sur la terre4 ,peu de temps aprs1 ,dieu qui observait attentivement tout ce qui se passait en bas1 remarqua que des hommes vtus de fer se faisaient autour d'une certaine montagne plus nombreux et plus actifs qu'autour de toutes les autres4 ,et il attendit de voir apparatre sa main4 ,mais il ne vit paratre qu'un homme envelopp d'un manteau rouge1 semblait-il1 et qui tranait avec peine une chose noire et vacillante4 ,au mme instant1 la main gauche de ,dieu qui tait couche devant son sang ouvert1 commena de s'agiter1 et tout coup1 avant que ,dieu pt l'en empcher1 elle quitta sa place et erra comme folle au milieu des toiles et cria3 ,oh1 la pauvre main droite1 et dire que je ne peux pas l'aider4 ,en mme temps elle tiraillait le bras gauche de ,dieu1 l'extrmit duquel elle tait pendue1 et s'efforait de s'chapper4 ,mais toute la terre rougit du sang de ,dieu1 et l'on ne pouvait plus distinguer ce qui se passait en dessous4 ,il s'en fallut peu alors que ,dieu ne mourt4 ,par un suprme effort il rappela sa main droite2 elle vint1 ple et tremblante1 et se coucha sa place1 comme un animal malade4 ,mais la main gauche elle-mme--qui cependant savait bien des choses puisqu'elle avait reconnu la main droite de ,dieu1 en bas1 sur la terre1 lorsque celle-ci1 vtue du manteau rouge1 avait gravi la montagne--ne put apprendre de sa sur ce qui1 ensuite1 s'tait pass sur cette montagne4 ,cela doit avoir t effroyable4 ,car la main droite de ,dieu ne s'en est pas encore remise1 et elle ne souffre pas moins de son souvenir que de l'ancienne colre de ,dieu qui n'a toujours pas pardonn ses mains4 ,ma voix se reposa un peu4 ,l'tranger avait cach sa figure sous ses mains4 ,longtemps il demeura ainsi4 ,puis dit d'une voix que je connaissais depuis longtemps3 --,et pourquoi m'avez-vous racont cette histoire8 --,qui d'autre m'aurait compris8 ,vous venez chez moi1 sans rang1 sans emploi1 sans fonction temporelle1 presque sans nom4 ,il faisait sombre lorsque vous tes entr1 mais je remarquai dans vos traits une ressemblance444 ,l'homme tranger leva un regard interrogateur4 --,oui1 rpondis-je son regard muet1 je pense souvent que peut-tre la main de ,dieu est de nouveau en route444 ,les enfants ont appris cette histoire1 et sans doute la leur a-t-on raconte de telle faon qu'ils ont tout compris2 car ils aiment cette histoire4 ,,pourquoi ,,le ,,bon ,,dieu ,,veut ,,qu',,il ,y ,,ait ,,des ,,pauvres ,l'histoire qui prcde s'est tellement rpandue que monsieur l'instituteur se promne dans la rue avec une expression profondment blesse4 ,je comprends cela4 ,c'est toujours un danger pour un instituteur que les enfants tout coup sachent quelque chose qu'il ne leur a pas lui-mme racont4 ,l'instituteur doit tre en quelque sorte le seul trou dans la planche par lequel on peut regarder dans le potager2 s'il y a encore d'autres trous1 les enfants se pressent chaque jour autour d'un autre1 et se lassent bientt dfinitivement de cette vue4 ,je n'aurais pas retenu ici cette comparaison1 car tous les instituteurs ne consentent peut-tre pas n'tre que des trous2 mais l'instituteur dont je parle et qui est mon voisin1 l'a lui-mme qualifie de tout fait pertinente4 ,et dussiez-vous tre d'un autre avis1 c'est devant l'autorit de mon voisin que je m'incline4 ,il tait debout devant moi1 reculait toujours de nouveau ses lunettes1 et disait3 --,je ne sais pas qui a racont cette histoire aux enfants1 mais c'est certainement incorrect de surcharger et de tendre leur imagination par d'extraordinaires inventions comme celles-ci4 ,il s'agit d'une sorte de conte444 --,je l'ai par hasard entendu raconter1 l'interrompis-je4 7,et ce disant1 je ne mentais pas1 car1 en effet1 depuis ce soir-l1 il m'avait t rapport par madame ma voisine74 --,ah voil6 fit l'instituteur qui cela semblait facilement explicable4 ,eh bien1 qu'en pensez-vous8 ,j'hsitai1 aussi reprit-il trs vite3 --,tout d'abord il me semble incorrect d'utiliser librement et de son propre chef des matires religieuses et surtout bibliques4 ,tout cela a t videmment exprim dans le catchisme de telle manire que cela ne peut tre mieux dit4 ,je voulus faire une remarque1 mais me rappelai au dernier instant que l'instituteur avait dit3 tout d'abord2 et que par consquent la syntaxe et le sain quilibre de la phrase exigeaient un ensuite1 peut-tre mme un et enfin1 avant que je pusse me permettre d'ajouter quoi que ce ft4 ,c'est ce qui arriva en effet4 ,mais1 comme l'instituteur a transmis d'autres encore qui l'oublieront aussi peu que moi1 cette phrase dont la construction sans dfaut emplira d'aise tous les connaisseurs1 je ne veux que rappeler encore ce qui1 aprs ces belles paroles annonciatrices et enfin1 venait comme le finale d'une ouverture3 --444 ,et enfin444 7tout en ngligeant la conception trs fantastique du thme7 il me semble que le sujet n'a mme pas t suffisamment pntr et envisag dans tous les sens4 ,si j'avais le temps d'crire des histoires444 --,il vous semble donc que quelque chose manque dans ladite histoire8 ne pus-je me retenir de l'interrompre4 --,oui1 plus d'une chose4 ,du point de vue de la critique littraire1 en quelque sorte4 ,si vous me permettez de vous parler en confrre444 ,je ne compris pas ce qu'il voulait dire et rpliquai avec modestie3 --,vous tes trop aimable1 mais je n'ai pas que je sache exerc dans l'enseignement aucune444 ,un souvenir1 tout coup1 me revint1 je m'interrompis1 et il poursuivit d'un ton plus froid3 --,pour ne citer qu'un dfaut1 il n'est pas possible d'admettre que ,dieu 7en supposant que nous commencions par accepter le sens mme de l'histoire71 il n'est pas possible que ,dieu1 dis-je1--que ,dieu donc n'ait fait aucune autre tentative pour voir un homme1 tel qu'il est1 je veux dire444 ,a prsent je croyais pouvoir de nouveau me concilier les bonnes grces de monsieur l'instituteur4 ,je m'inclinai lgrement et commenai3 --,tout le monde sait1 cher monsieur1 que vous vous tes consacr avec beaucoup de dvouement 7et1 si j'ose m'exprimer ainsi1 non sans tre pay de retour71 la question sociale4 ,monsieur l'instituteur sourit4 --,je puis donc admettre que ce dont je me propose dans la suite de vous faire part1 n'est pas trop loign de votre intrt1 d'autant plus que je puis le rattacher votre dernire et trs pntrante remarque4 ,il me regarda avec tonnement3 --,dieu1 par hasard1 aurait-il8444 --,en effet1 confirmai-je1 ,dieu est justement en train de faire une nouvelle tentative4 --,vraiment8 s'cria l'instituteur4 ,sait-on cela dans les milieux autoriss8 --,je regrette de ne pouvoir vous le dire1 dplorai-je1 je ne suis pas en rapports avec ces milieux1 mais si vous voulez bien quand mme entendre ma petite histoire8 --,vous me rendriez un rel service4 ,l'instituteur enleva ses lunettes et en essuya les verres avec soin1 tandis que ses yeux nus avaient honte4 ,je commenai3 --,un jour le bon ,dieu regardait dans une grande ville4 ,comme tout ce remue-mnage fatiguait ses yeux 7 la vrit les rets de fils lectriques n'y contribuaient pas peu71 il dcida de confiner ses regards pour quelque temps une haute maison de rapport1 parce que ce serait beaucoup moins fatigant4 ,en mme temps il se souvint de son ancien dsir de voir une fois un homme vivant1 et dans ce but ses regards plongrent1 en remontant peu peu1 dans les fentres des divers tages4 ,les gens du premier 7c'tait un riche commerant avec sa famille71 n'taient pour ainsi dire que vtements4 ,non seulement toutes les parties de leur corps taient couvertes d'toffes prcieuses1 mais les contours extrieurs mme de ces habits montraient en beaucoup d'endroits une telle forme qu'aucun corps ne pouvait se dissimuler dessous4 ,au deuxime tage il n'en allait gure mieux4 ,les gens du troisime taient sans doute beaucoup moins couverts1 mais ils taient si sales que le bon ,dieu ne distinguait que des sillons gris et que dans sa bont il tait dj tout prt leur ordonner de produire des fruits4 ,enfin1 sous le toit1 dans une petite chambre mansarde1 le bon ,dieu trouva un homme1 vtu d'un mchant habit1 qui tait occup ptrir de la glaise4 ,oho1 d'o tiens-tu cela8 l'interpella-t-il4 ,l'homme ne retira mme pas sa pipe des dents1 et grommela3 ,le diable sait d'o4 ,j'aimerais bien mieux n'tre qu'un cordonnier4 ,on est assis l1 toute la sainte journe1 et l'on s'chine4 ,et le bon ,dieu eut beau poser d'autres questions encore1 l'homme tait de mauvaise humeur et ne rpondait plus4 ,jusqu'au jour o arriva pour lui une grande lettre du maire de cette ville4 ,alors1 sans que le bon ,dieu l'et mme interrog1 il se mit tout lui raconter4 ,depuis si longtemps il n'avait plus reu de commande4 ,maintenant1 tout coup1 il devait faire une statue pour le parc municipal1 et elle devait s'appeler3 la ,vrit4 ,l'artiste travailla jour et nuit dans un atelier lointain1 et en voyant cela1 le bon ,dieu retrouvait de vieux souvenirs4 ,s'il n'en avait toujours encore voulu ses mains1 il aurait peut-tre de nouveau entrepris quelque chose4 ,mais lorsque vint le jour o la statue qui s'appelait la ,vrit1 devait tre porte sa place1 au jardin1 o ,dieu aussi et pu la voir dans sa perfection1 il y eut un gros scandale1 car une commission de conseillers municipaux1 de professeurs et d'autres personnages d'importance avait rclam que la statue ft en partie vtue avant que le public l'et sous les yeux4 ,le bon ,dieu ne put comprendre pourquoi1 tant l'artiste poussait des jurons4 ,les conseillers municipaux et les professeurs lui ont fait commettre ce pch1 et le bon ,dieu srement prendra sur ceux444 ,mais qu'avez-vous1 cher monsieur8 ,vous toussez terriblement6 --,c'est dj pass1 rpondit mon instituteur d'une voix tout fait claire4 --,d'ailleurs je n'ai plus que peu de chose vous apprendre4 ,le bon ,dieu quitta la maison de rapport et le parc municipal1 et il allait dj retirer son regard1 d'un seul mouvement1 comme on tire une ligne de l'eau1 pour voir si rien n'a mordu4 ,or justement il y avait quelque chose l'hameon3 une toute petite maison habite par plusieurs hommes1 peine vtus1 car ils taient trs pauvres4 ,c'est donc cela8 pensa le bon ,dieu4 ,il faut que les hommes soient pauvres4 ,ceux-ci1 me semble-t-il1 sont dj trs pauvres1 mais je veux les rendre pauvres au point qu'ils n'aient mme plus une chemise se mettre4 ,ainsi en dcida le bon ,dieu4 ,je fis une pause pour indiquer que j'tais au bout de mon histoire4 ,monsieur l'instituteur cependant n'tait pas satisfait2 il trouvait mon conte aussi peu achev et arrondi que le prcdent4 --,oui1 m'excusai-je1 prsent il faudrait qu'arrivt un pote qui inventt cette histoire quelque conclusion fantastique1 car en ralit elle n'est pas encore finie4 --,comment cela8 fit monsieur l'instituteur1 et il me regarda d'un air attentif4 --,mais1 cher monsieur1 lui rappelai-je1 comme vous avez la mmoire courte6 ,n'tes-vous pas le prsident de l'uvre de charit qui fonctionne ici8 --,oui1 je le suis depuis une dizaine d'annes et444 --,c'est justement cela4 ,vous et votre uvre1 vous empchez le plus souvent ,dieu d'atteindre son but4 ,vous habillez les gens4 --,mais je vous en prie1 monsieur1 fit modestement l'instituteur1 ce n'est que de l'lmentaire charit1 et qui ne peut tre que trs agrable ,dieu4 --,ah1 on est sans doute convaincu de cela dans les milieux autoriss8 demandai-je sans un soupon de malice4 --,bien entendu1 on l'est4 ,en ma qualit de prsident de notre uvre j'ai mme d entendre plus d'une parole logieuse4 ,soit dit entre nous1 l'occasion de la prochaine promotion on veut mme reconnatre mon activit en444 vous comprenez8 ,monsieur l'instituteur rougit pudiquement4 --,mes meilleurs souhaits1 rpondis-je4 ,nous nous tendmes la main et monsieur l'instituteur s'en fut d'un pas si digne et si mesur que je suis convaincu qu'il a d arriver en retard l'cole4 ,comme je l'ai appris plus tard1 une partie de cette histoire 7autant qu'elle pouvait leur convenir71 est quand mme parvenue aux enfants4 ,monsieur l'instituteur aurait-il invent une conclusion8 ,,comment ,,la ,,trahison ,,vint ,,en ,,russie ,j'ai encore un ami1 ici1 dans le voisinage4 ,c'est un homme blond et paralytique qui1 l't comme l'hiver1 a sa chaise tout contre la fentre4 ,il peut paratre trs jeune2 oui1 dans son visage qui coute il y a parfois quelque chose de presque puril4 ,mais d'autres jours au contraire il vieillit1 les minutes passent sur lui comme des annes1 et soudain il est un vieillard dont les yeux las ont presque dj lch la vie4 ,nous nous connaissons depuis longtemps4 ,d'abord nous nous regardions toujours1 plus tard1 involontairement1 nous nous sourmes1 pendant une anne nous nous salumes1 et1 ,dieu sait depuis quand1 nous nous racontons ceci et cela1 sans choix1 comme cela vient4 --,bonjour1 appela-t-il lorsque je passai4 7,et sa fentre tait encore ouverte sur le riche et calme automne47 ,il y a longtemps que je ne vous ai pas vu4 --,bonjour ,ewald4 ,je m'approchai de la fentre1 comme j'en ai l'habitude1 en passant4 --,j'tais en voyage4 --,o tiez-vous8 demanda-t-il avec des yeux impatients4 --,en ,russie4 --,oh6 si loin8 ,il se pencha en arrire1 et puis3 --,quelle espce de pays est-ce1 la ,russie8 ,trs grand1 n'est-ce pas8 --,oui1 rpondis-je1 grand et en outre444 --,ai-je pos une question stupide8 interrompit ,ewald en souriant1 et il rougit4 --,non1 ,ewald1 au contraire4 ,comme vous me demandez3 ,quelle espce de pays est-ce8 bien des choses m'apparaissent plus clairement4 ,par exemple1 les frontires de la ,russie4 --,a l'est8 s'enquit mon ami4 ,je pensai3 ,non4 --,au nord1 interrogeait le paralytique4 --,voyez-vous1 me vint-il l'esprit1 l'habitude de lire des cartes a gt les hommes4 ,tout n'y est-il pas montr en un plan gal et lisse8 ,lorsqu'ils ont nomm les trois continents1 ils croient avoir tout fait4 ,un pays n'est pourtant pas un atlas4 ,il a des montagnes et des abmes4 ,en haut et en bas aussi1 il doit toucher quelque chose4 --,hum1 rflchit mon ami1 vous avez raison4 ,a quoi la ,russie pourrait-elle confiner de ces deux cts-l8 ,soudain1 le malade leva les yeux comme un jeune garon4 --,vous le savez1 m'criai-je4 --,peut-tre ,dieu8 --,oui1 confirmai-je1 ,dieu4 --,ah oui1 approuva mon ami d'un air de comprendre4 ,ce n'est qu'ensuite que lui vinrent quelques doutes4 --,dieu est-il donc un pays8 --,je ne crois pas1 rpondis-je1 mais dans les langues primitives beaucoup de choses portent les mmes noms4 ,il y a sans doute l un empire qui s'appelle ,dieu4 ,les peuples simples souvent ne savent pas distinguer leur pays de leur empereur2 tous deux sont grands et bons1 terribles et grands4 --,je comprends1 dit lentement l'homme assis prs de la fentre4 ,et ce voisinage1 le sent-on en ,russie8 --,on le sent chaque occasion4 ,l'influence de ,dieu y est toute puissante4 ,quoi que l'on apporte1 l-bas1 qui vient d',europe1 ce ne sont jamais que des pierres1 ds qu'elles ont travers la frontire4 ,parfois des pierres prcieuses1 mais seulement bonnes pour les riches1 les hommes prtendus cultivs1 tandis que de l'autre ct1 de l'autre empire1 vient le pain dont vit le peuple4 --,et le peuple1 sans doute1 en a en surabondance8 ,j'hsitai3 --,non1 ce n'est pas le cas4 ,l'importation de ,dieu est rendue plus difficile par certaines circonstances4 ,je tentai de le dtourner de cette pense3 --,mais on a adopt beaucoup des coutumes de ce vaste voisinage4 ,tout le crmonial1 par exemple4 ,on s'adresse au tsar presque comme ,dieu4 --,ah1 on ne lui dit donc pas3 ,votre ,majest8 --,non1 on les appelle tous deux3 petit pre4 --,et l'on s'agenouille devant tous deux8 --,on se jette terre devant eux1 on touche du front le sol1 on pleure et on dit3 ,j'ai pch1 pardonne-moi1 petit pre4 ,les ,allemands qui voient cela prtendent que c'est un esclavage indigne4 ,je pense autrement4 ,que signifie la gnuflexion8 ,elle veut dire3 j'ai du respect4 ,mais il suffit pour cela de se dcouvrir1 dit l',allemand4 ,oui1 sans doute le salut1 la rvrence1 sont en quelque sorte aussi des expressions de dfrence1 des abrviations qui se sont formes dans des pays o il n'y avait pas assez d'espace pour que tout le monde pt s'tendre par terre4 ,mais on se sert bientt mcaniquement des abrviations1 sans plus prendre conscience de leur signification4 ,c'est pourquoi il est bon d'crire en entier1 partout o le temps et l'espace le permettent1 cette belle et importante parole3 ,respect4 --,oui1 si je le pouvais1 je m'agenouillerais aussi1 rvait le paralytique4 --,mais1 poursuivis-je aprs une pause1 beaucoup d'autres choses en ,russie viennent encore de ,dieu4 ,on a le sentiment que chaque chose nouvelle1 chaque vtement1 chaque plat nouveau1 chaque vertu et mme chaque pch doivent d'abord tre autoriss par lui1 avant d'entrer en usage4 ,le malade me regarda1 d'un air presque effray4 --,ce n'est que sur un conte que je m'appuie en disant cela1 me htai-je de le rassurer1 une bylina1 comme on dit1 ce qui signifie3 une chose qui a t4 ,je veux brivement vous en dire le contenu4 ,le titre est3 ,comment la trahison vint en ,russie4 ,je m'appuyai contre la fentre1 et le paralytique ferma les yeux comme il faisait volontiers1 lorsqu'une histoire commenait quelque part4 --,le terrible tsar ,ivan voulait imposer un tribut aux princes qui taient ses voisins et les menaait d'une grande guerre s'ils n'envoyaient pas de l'or ,moscou1 dans la ville blanche4 ,les princes1 aprs avoir tenu conseil1 dirent comme un seul homme3 ,nous te proposons trois nigmes4 ,viens1 au jour que nous t'indiquons1 en ,orient1 prs de la pierre blanche1 o nous serons runis1 et apporte-nous les trois solutions4 ,si elles sont justes1 nous te donnons aussitt les douze tonnes d'or que tu nous rclames4 ,tout d'abord le tsar ,ivan ,vassilivitch rflchit1 mais les nombreuses cloches de sa ville blanche le drangeaient4 ,alors il convoqua ses savants et ses conseillers1 et tous ceux qui ne pouvaient pas rpondre ses questions1 il les faisait conduire sur la grande place rouge o l'on construisait justement l'glise consacre ,vassili le ,nu1 et il les faisait tout simplement dcapiter4 ,cette occupation faisait passer le temps si vite que1 soudain1 il se trouva en route pour l',orient et la pierre blanche o l'attendaient les princes4 ,il n'avait de rponse aucune des trois nigmes1 mais la chevauche est longue et il lui restait toujours encore la chance de rencontrer un sage2 car1 en ce temps-l1 beaucoup de sages taient en fuite1 parce que tous les rois avaient l'habitude de leur faire couper la tte lorsqu'ils ne leur paraissaient pas assez sages4 ,cependant aucun sage ne paraissait l'horizon1 mais un matin il aperut un vieux paysan barbu qui btissait une glise4 ,celui-ci en tait dj arriv la charpente1 et il tait occup poser sur elle les petits chevrons4 ,or c'tait vraiment curieux d'observer que le vieux paysan descendait toujours de nouveau de l'glise1 pour chercher un un les chevrons qui taient entasss en bas1 au lieu d'en prendre beaucoup la fois dans son long caftan4 ,aussi devait-il toujours de nouveau descendre et monter l'chelle1 et l'on ne pouvait pas du tout prvoir1 si1 de cette manire1 il russirait jamais fixer ces centaines de chevrons4 ,le tsar s'impatienta3 --,idiot1 s'cria-t-il 7c'est ainsi qu'en ,russie on interpelle d'ordinaire les paysans71 idiot1 tu devrais prendre une srieuse charge de bois1 et puis escalader ton glise1 ce serait beaucoup plus simple4 ,le paysan qui tait justement descendu1 s'arrta1 tint la main au-dessus des yeux1 et rpondit3 --,laisse-moi plutt faire1 tsar ,ivan ,vassilivitch1 chacun entend son mtier mieux que les autres2 mais puisque te voici justement1 je veux te donner les rponses aux trois nigmes que tu devras connatre1 en ,orient1 non loin d'ici1 la pierre blanche4 ,et il lui inculqua les trois rponses1 l'une aprs l'autre4 ,d'tonnement le tsar ne parvenait mme pas le remercier4 --,que dois-je te donner pour ta rcompense8 demanda-t-il enfin4 --,rien1 fit le paysan1 qui saisit un chevron et voulut remonter l'chelle4 --,halte1 ordonna le tsar4 ,cela ne peut aller ainsi4 ,il faut que tu formes un vu4 --,eh bien1 petit pre1 si tu l'ordonnes1 envoie-moi une des douze tonnes d'or que tu recevras des princes1 en ,orient4 --,bien1 approuva le tsar4 ,je te donne une tonne d'or4 ,puis il s'en fut au galop1 pour ne pas oublier entre temps les rponses4 ,plus tard1 lorsque le tsar fut revenu de l',orient1 avec les douze tonnes1 il s'enferma dans son palais1 ,moscou1 au milieu du ,kremlin cinq portes1 et vida une tonne aprs l'autre sur le parquet luisant de la salle1 jusqu' ce qu'il et devant lui une vritable montagne d'or qui projetait une grande ombre noire sur le sol4 ,oublieux de sa promesse1 le tsar avait vid la douzime tonne4 ,il voulut de nouveau la remplir1 mais regretta de devoir enlever une telle quantit d'or de ce magnifique monceau4 ,la nuit1 il sortit dans la cour1 puisa du sable fin dans la tonne jusqu' ce qu'elle ft aux trois quarts pleine1 rentra sans bruit dans son palais1 tendit l'or par-dessus le sable1 et1 le lendemain matin1 envoya la tonne par un messager dans la rgion de la vaste ,russie o le vieux paysan btissait son glise4 ,lorsque celui-ci vit arriver le messager1 il descendit de son toit qui n'tait toujours pas achev1 et appela3 --,n'approche pas1 mon ami4 ,repars avec ta tonne qui contient trois quarts de sable et peine un petit quart d'or4 ,je n'en ai pas besoin4 ,dis ton matre que jusqu' prsent il n'y avait pas eu de trahison en ,russie4 ,ce sera sa faute lui1 si dornavant il devait s'apercevoir qu'il ne peut compter sur personne2 car il a montr comment on trahit1 et de sicle en sicle son exemple1 dans toute la ,russie1 trouvera beaucoup d'imitateurs4 ,je n'ai pas besoin d'or1 je peux vivre sans or4 ,je n'attendais pas de l'or de lui1 mais de la vracit et de la probit4 ,au lieu de cela1 il m'a tromp4 ,rpte cela ton matre1 le terrible tsar ,ivan ,vassilivitch qui est assis dans sa blanche ville de ,moscou1 avec sa mauvaise conscience et sa robe garnie d'or4 ,aprs quelques instants de chevauche1 le messager se retourna encore une fois3 le paysan et son glise avaient disparu4 ,et l o avait t le tas de chevrons la terre tait plate et vide4 ,alors l'homme1 pouvant1 prit le galop vers ,moscou1 arriva hors d'haleine devant le tsar et lui raconta assez confusment ce qui venait d'arriver1 et que le prtendu paysan n'avait t nul autre que ,dieu4 --,je me demande s'il avait raison1 fit mon ami voix basse1 lorsque le dernier cho de mon histoire se fut perdu4 --,peut-tre1 rpondis-je1 mais vous savez1 le peuple est superstitieux4 --,dommage1 dit sincrement le paralytique4 --,ne voulez-vous pas me raconter bientt une nouvelle histoire8 --,volontiers1 mais une condition4 ,je m'approchai encore une fois de la fentre4 --,laquelle8 s'tonna ,ewald4 --,il faut qu' l'occasion vous racontiez tout cela aux enfants du voisinage1 le priai-je4 --,oh1 les enfants viennent en ce moment si rarement chez moi4 ,je le consolai3 --,ils viendront4 ,sans doute n'aviez-vous pas envie de leur raconter ces temps derniers1--peut-tre faute de sujet1 ou par excs de sujets4 ,mais lorsque quelqu'un sait une vritable histoire1 pensez-vous que cela puisse demeurer longtemps secret8 ,jamais de la vie6 ,cela se rpte1 surtout entre enfants4 --,au revoir6 ,sur ce je m'en allai4 ,et le mme jour encore les enfants ont entendu cette histoire4 ,,comment ,,le ,,vieux ,,timofei ,,mourut ,,en ,,chantant ,quel bonheur de raconter un paralytique6 ,les hommes bien portants sont si peu stables2 ils considrent toutes choses1 tantt d'un ct1 tantt d'un autre1 et lorsque pendant une heure on a march avec eux et qu'ils se tenaient votre droite1 il arrive que tout coup ils vous rpondent votre gauche1 parce qu'ils se sont aviss que ce serait plus poli et que cela tmoignerait d'une meilleure ducation4 ,de la part d'un paralytique on n'a rien de pareil redouter4 ,son immobilit le rend semblable aux objets avec lesquels il entretient en effet les relations les plus intimes4 ,et il est en quelque sorte lui-mme un objet1 un objet qui non seulement coute par son silence1 mais encore par ses paroles rares et douces1 par ses sentiments tendres et respectueux4 ,je n'aime rien autant que de raconter mon ami ,ewald4 ,et je fus tout joyeux lorsqu'il m'appela de sa fentre quotidienne3 --,j'ai quelque chose vous demander4 ,vite j'entrai chez lui et le saluai4 --,d'o provient cette histoire que vous m'avez raconte dernirement8 demanda-t-il enfin4 ,est-elle tire d'un livre8 --,hlas1 oui1 rpondis-je4 ,les savants l'y ont ensevelie depuis qu'elle est morte2 il n'y a pas trs longtemps de cela4 ,voici cent ans elle vivait encore1 insoucieuse1 sur beaucoup de lvres4 ,mais les mots dont les hommes se servent prsent1 ces mots lourds1 difficiles chanter1 lui taient hostiles1 et lui enlevrent une bouche aprs l'autre1 jusqu' ce qu'elle ne vct plus que retire1 et pauvrement1 sur quelques lvres sches1 comme sur un douaire4 ,et elle prit l1 sans descendance1 et fut1 comme on dit1 enterre avec tous les honneurs dans un livre o reposaient dj d'autres histoires de la mme origine4 --,et tait-elle trs ge lorsqu'elle mourut8 demanda ,ewald4 --,quatre cinq cents ans1 rpondis-je en rapportant la vrit1 et plusieurs de ses parents ont mme atteint un ge beaucoup plus considrable4 --,comment8 ,sans jamais reposer dans un livre8 s'tonna ,ewald4 ,je dclarai3 --,autant que je sache1 elles ont toujours err de bouche en bouche4 --,et n'ont jamais dormi8 --,si4 ,lorsqu'elles s'taient leves de la bouche du chanteur1 elles s'attardaient parfois dans un cur o il faisait chaud et sombre4 --,les hommes taient-ils donc assez tranquilles pour que les chansons pussent dormir dans leurs curs8 ,ewald me sembla trs incrdule4 --,il faut bien que les choses aient t ainsi4 ,on prtend qu'ils parlaient moins1 qu'ils dansaient des danses qui grandissaient peu peu et qui beraient4 ,et surtout on dit qu'ils ne riaient pas haute voix1 comme cela devient aujourd'hui de plus en plus frquent malgr notre degr de culture4 ,ewald allait encore me poser une question1 mais il se contint et sourit3 --,je vous interroge444 je ne cesse de vous interroger444 ,mais peut-tre vouliez-vous me raconter une histoire8 ,il me jeta un regard plein d'attente4 --,une histoire8 ,je ne sais pas4 ,je voulais seulement dire que ces chansons taient l'hritage de certaines familles4 ,on les avait reues et on les lguait d'autres1 non sans les avoir uses un peu par l'emploi quotidien1 mais intactes nanmoins1 comme une vieille bible que l'on se transmet de pre en fils4 ,et les enfants dshrits se distinguaient de leurs frres par ceci qu'ils ne savaient pas chanter1 ou du moins qu'ils ne connaissaient qu'une petite partie des chansons de leurs pres et aeux1 et ils perdaient avec les autres chansons la grande part d'exprience que toutes ces bylines et ces skaski contenaient aux yeux du peuple4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que ,jegor ,timofejevitch avait pous contre la volont de son pre1 le vieux ,timofei1 une belle jeune femme1 et tait parti avec elle pour ,kiew1 la ville sainte o se trouvent les tombeaux des plus grands martyrs de la sainte glise orthodoxe4 ,le pre ,timofei1 qui passait dans la rgion pour le chanteur le plus savant1 dix journes de ronde1 maudit son fils et raconta ses voisins qu'il tait souvent convaincu de n'en avoir jamais possd4 ,cependant il devint muet de regret et de tristesse4 ,et il chassait tous les jeunes gens qui s'introduisaient dans sa chaumire1 pour devenir les hritiers des innombrables chansons qui taient enfermes dans le vieillard comme l'intrieur d'un violon poussireux4 ,pre1 petit pre1 donne-nous donc l'une ou l'autre de tes chansons4 ,vois1 nous voulons les porter dans les bourgs1 et tu les entendras retentir dans toutes les cours1 lorsque le soir tombe1 et que le btail s'est calm dans les tables4 ,mais le vieux1 qui tait toujours assis sur le pole1 secouait la tte du matin au soir4 ,il avait l'oue dure1 et comme il ne savait pas si quelqu'un des jeunes gens qui guettaient prsent sans cesse autour de la maison1 n'avait pas de nouveau suppli1 il agitait en tremblant sa tte blanche1 et faisait3 ,non1 non6 jusqu' ce qu'il s'endormt1--et puis encore une fois3 non1 dans son sommeil4 ,il et volontiers fait ce plaisir aux jeunes gens2 il regrettait lui-mme que la poussire muette de son corps dt bientt reposer sur ses chansons1 peut-tre dans trs peu de temps4 ,mais s'il avait essay de leur en enseigner une1 il se serait sans doute souvenu de son ,jegorouchka1 et puis qui sait ce qui serait arriv4 ,car1 c'est seulement parce qu'il se taisait toujours1 que jamais on ne l'avait entendu pleurer4 ,derrire chaque mot veillait un sanglot1 et il devait toujours fermer la bouche1 vite et doucement1 pour qu'il ne s'chappt en mme temps4 ,le vieux ,timofei1 depuis trs longtemps dj1 avait enseign son fils quelques chansons1 et l'ge de quinze ans celui-ci en savait plus long et chantait plus juste que tous les hommes du village et des environs4 ,nanmoins1 le vieux disait son fils1 les jours de fte1 lorsqu'il tait un peu ivre3 --,jegorouchka1 ma colombe1 je t'ai dj enseign beaucoup de chansons1 beaucoup de bylins1 et aussi les lgendes des saints1 une presque pour chaque jour4 ,mais je suis1 tu le sais1 le plus savant de tout le gouvernement1 et mon pre connaissait toutes les chansons de la ,russie1 et mme des chansons tartares4 ,tu es encore jeune1 et c'est pourquoi je ne t'ai pas encore cont les plus beaux bylins1 o il y a des mots pareils des icones1 et que l'on ne peut mme pas comparer aux mots ordinaires4 ,et tu n'as pas encore appris chanter ces mlodies que personne1 ft-il cosaque ou paysan1 n'a jamais pu entendre sans pleurer4 ,timofei rptait cela son fils1 tous les dimanches et tous les jours de fte de l'anne russe1 c'est--dire assez souvent4 ,jusqu' ce que celui-ci1 aprs une discussion violente1 dispart en mme temps que la belle ,ustjenka1 la fille d'un pauvre paysan4 ,la troisime anne qui suivit cet vnement1 ,timofei tomba malade1 l'poque prcisment o l'un de ces nombreux cortges de plerins1 qui de toutes les rgions de l'empire se dirigent vers ,kiew1 allait se mettre en route4 ,et l'on vit alors ,ossip1 le voisin de ,timofei1 entrer chez le malade3 --,je pars avec les plerins1 ,timofei ,ivanitch1 permets-moi de t'embrasser encore une fois4 ,ossip n'tait pas un grand ami du vieillard1 mais prsent qu'il allait entreprendre ce long voyage1 il jugea ncessaire de prendre cong de lui comme d'un pre4 --,je t'ai quelquefois offens1 fit-il en sanglotant1 pardonne-moi1 mon petit cur1 c'tait la boisson1 et tu sais qu'on n'en peut rien4 ,mais je vais prier pour toi et j'allumerai un cierge4 ,adieu1 ,timofei ,ivanitch1 porte-toi bien1 mon petit pre2 peut-tre guriras-tu1 si ,dieu le veut1 et tu nous chanteras de nouveau quelque chose4 ,oui1 oui1 voil bien longtemps que tu ne nous as plus rien chant4 ,quelles chansons taient-ce donc8 ,celle de ,djuk ,stpanovitch par exemple1 crois-tu donc que je l'aie oublie8 ,que tu es bte6 ,je la sais bien par cur4 ,pas comme toi1 naturellement3 pardi1 tu connaissais ton affaire4 ,dieu t'avait accord cela comme il accorde d'autres ceci4 ,a moi par exemple444 ,le vieillard qui tait couch sur le pole se tourna en gmissant et fit un mouvement comme s'il voulait dire quelque chose4 ,ce fut comme si l'on avait entendu prononcer doucement le nom de ,jegor4 ,peut-tre voulait-il envoyer un message son fils4 ,mais lorsque le voisin1 debout prs de la porte1 demanda3 ,tu disais quelque chose1 ,timofei ,ivanitch8 il tait dj de nouveau couch l et secouait doucement sa tte blanche4 ,cependant1 ,dieu sait comment cela advint1 une anne peine aprs le dpart d',ossip1 ,jegor rentra de faon trs inattendue4 ,le vieillard ne le reconnut pas tout de suite1 car il faisait nuit dans la chaumire1 et ses yeux fatigus ne recueillaient plus que malaisment une forme nouvelle4 ,mais lorsque ,timofei eut entendu la voix de l'tranger1 il prit peur1 et sauta en bas du pole1 sur ses vieilles jambes vacillantes4 ,jegor l'attrapa au vol et ils s'treignirent4 ,timofei pleurait4 ,le jeune homme ne cessait d'interroger3 --,es-tu depuis longtemps malade1 pre8 ,lorsque le vieux se fut un peu calm1 il grimpa de nouveau sur son pole1 et interrogea d'une voix svre3 --,et ta femme8 ,silence4 ,jegor cracha3 --,je l'ai chasse1 sais-tu1 avec l'enfant4 ,il se tut un instant1 puis reprit3 --,voici qu'un jour ,ossip arrive chez moi4 ,ossip ,nikiphorovitch1 que je lui dis4 ,il rpond3 ,oui1 c'est moi4 ,ton pre est malade1 ,jegor4 ,il ne peut plus chanter4 ,tout est silencieux au village1 comme s'il n'avait plus d'me notre village4 ,rien ne frappe1 rien ne bouge1 plus personne ne pleure et on n'a mme plus de raison srieuse de rire4 ,je rflchis4 ,qu'est-ce qu'il faut faire8 ,j'appelle ma femme4 ,ustjenka1 que je lui dis1 il faut que je rentre1 plus personne ne chante l-bas1 c'est mon tour4 ,le pre est malade4 ,bien1 dit ,ustjenka4 ,mais je ne peux pas t'emmener4 ,le pre1 tu le sais1 ne veut pas de toi1 et je ne reviendrai sans doute jamais quand je serai l et que je chanterai4 ,ustjenka me comprend3 ,eh bien6 que ,dieu soit avec toi6 ,il y a ici beaucoup de plerins qui donnent l'aumne4 ,dieu nous aidera1 ,jegor4 ,et voil que je m'en vais4 ,et maintenant1 pre1 dis-moi toutes tes chansons4 ,le bruit se rpandit que ,jegor tait rentr et que le vieux ,timofei chantait de nouveau4 ,mais cet automne-l le vent soufflait si fort travers le village qu'aucun passant ne put savoir avec certitude si l'on chantait1 ou non1 dans la maison de ,timofei4 ,et la porte ne fut ouverte aucun de ceux qui frappaient4 ,les deux hommes voulaient tre seuls4 ,jegor tait assis au bord du pole sur lequel tait tendu son pre1 et de temps en temps son oreille s'approchait de la bouche du vieillard2 car celui-ci chantait en effet4 ,sa vieille voix portait1 un peu vote et tremblante1 toutes les plus belles chansons vers ,jegor1 et celui-ci hochait quelquefois la tte1 ou balanait ses jambes pendantes1 comme s'il avait chant4 ,cela dura ainsi pendant de longs jours4 ,timofei trouvait toujours de nouveau une chanson plus belle au fond de son souvenir4 ,souvent1 la nuit1 il veillait son fils et1 tandis que1 de ses mains fanes et pleines de tressaillements1 il faisait des mouvements incertains1 il chantait une petite chanson1 et encore une1 et encore une--jusqu' ce que le matin paresseux comment de bouger4 ,et peu aprs la plus belle1 il mourut4 ,durant les derniers jours1 il avait souvent amrement dplor qu'il portt encore en lui une foule de chansons et qu'il n'et plus le temps de les communiquer son fils4 ,il tait couch l1 le front sillonn de rides profondes1 tout sa mditation tendue et anxieuse1 et son attente faisait trembler ses lvres4 ,de temps en temps il se redressait1 hochait un peu la tte1 remuait les lvres1 et enfin venait une petite chanson douce2 mais prsent il chantait le plus souvent les mmes strophes de ,djuk ,stpanovitch1 qu'il aimait surtout1 et1 pour ne pas le fcher1 son fils devait paratre tonn et feindre de les entendre pour la premire fois4 99 99 99 99 99 ,lorsque le vieux ,timofei ,ivanitch fut mort1 la maison que ,jegor habitait seul1 resta ferme pendant quelque temps encore4 ,puis1 au printemps suivant1 ,jegor ,timofeivitch1 qui portait dj une barbe assez longue1 parut sa porte1 et commena d'aller et venir dans le village1 et de chanter4 ,plus tard1 il se rendit aussi dans les villages voisins1 et les paysans racontaient dj que ,jegor tait un chanteur au moins aussi savant que son pre2 car il connaissait un grand nombre de chants hroques et graves1 et tous les airs que nul1 qu'il ft cosaque ou paysan1 ne pouvait entendre sans pleurer4 ,et1 au surplus1 il avait un ton doux et triste tel qu'on ne l'avait trouv dans la voix d'aucun chanteur avant lui4 ,et ce ton se retrouvait toujours de nouveau dans le refrain1 ce qui le rendait particulirement mouvant4 ,ainsi du moins ai-je entendu dire4 --,il n'avait donc pas appris ce ton de son pre8 dit mon ami ,ewald aprs quelques instants4 --,non1 rpondis-je1 on ne sait pas d'o il provenait4 ,j'avais dj quitt la fentre lorsque le paralytique fit encore un mouvement et me cria de loin3 --,il a peut-tre pens sa femme et son enfant4 ,d'ailleurs il n'a pas d les faire venir1 puisque son pre tait mort4 --,non1 je ne crois pas4 ,car1 en effet1 il est mort seul4 ,,la ,,chanson ,,de ,,la ,,justice ,lorsque je passai de nouveau devant la fentre d',ewald1 il me fit signe et sourit3 --,avez-vous promis quelque chose de particulier aux enfants8 --,comment cela8 m'tonnai-je4 --,voici3 lorsque je leur ai racont l'histoire de ,jegor1 ils m'ont reproch que ,dieu n'y part pas4 ,je sursautai1 effray3 --,comment8 ,une histoire sans ,dieu8 ,est-ce donc possible8 ,puis je rflchis3 --,en effet1 il n'est pas question de ,dieu dans cette histoire4 ,pas la moindre allusion4 ,je ne comprends pas comment cela a pu se produire4 ,si quelqu'un m'avait demand une telle histoire1 je crois que je l'aurais cherche toute ma vie1 inutilement444 --,ne vous tourmentez pas pour cela1 dit-il avec une certaine bienveillance4 ,je pense qu'on ne peut jamais savoir si ,dieu est dans une histoire avant qu'elle soit vraiment finie4 ,car mme s'il n'y manque que deux mots1 mme s'il n'y a plus venir que la pause qui suit les derniers mots du conte1 ,il peut toujours encore arriver4 ,je hochai la tte1 et le paralytique dit d'une voix toute diffrente3 --,savez-vous encore quelque chose de ces chanteurs russes8 ,j'hsitai3 --,ne voulons-nous pas plutt parler de ,dieu1 ,ewald8 ,il secoua la tte3 --,j'aimerais tant en apprendre plus long sur ces hommes tranges4 ,je ne sais pas comment cela se fait2 je pense toujours3 si l'un d'entre eux entrait ici1 chez moi444 ,et il tourna la tte vers la porte1 au fond de la chambre4 ,mais ses yeux revinrent moi1 trs vite1 et non sans une certaine gne4 --,mais naturellement1 ce n'est pas possible1 se reprit-il avec hte4 --,pourquoi donc ne serait-ce pas possible1 ,ewald8 ,tout peut vous arriver1 ce qui est pargn aux hommes qui ont l'usage de leurs jambes1 parce qu'ils passent ou prennent la fuite devant maintes choses4 ,dieu vous a destin1 ,ewald1 tre un point tranquille au milieu de toute cette hte4 ,ne sentez-vous pas comme tout se meut autour de vous8 ,les autres pourchassent les jours1 et lorsque1 enfin1 ils en ont atteint un1 ils sont si essouffls qu'ils ne peuvent mme plus lui parler4 ,mais vous1 mon ami1 vous tes assis simplement votre fentre1 et vous attendez2 et il arrive toujours quelque chose ceux qui attendent4 ,vous avez un sort tout particulier4 ,songez donc1 mme la madone ibrienne1 ,moscou1 doit sortir de sa petite chapelle et1 dans une voiture noire1 attele de quatre chevaux1 se rend chez ceux qui clbrent une fte1 que ce soit un baptme ou la mort4 ,mais chez vous tout doit venir444 --,oui1 dit ,ewald avec un sourire tranger4 ,je ne peux mme pas aller la rencontre de la ,mort4 ,beaucoup d'hommes la trouvent en cours de route4 ,elle apprhende d'entrer dans les maisons et vous appelle dehors1 l'tranger1 la guerre1 sur une haute tour1 sur un pont qui se balance1 dans une brousse1 ou dans la folie4 ,la plupart des hommes vont tout au moins la chercher quelque part1 et la rapportent sur leur dos1 sans qu'ils s'en doutent4 ,car la ,mort est paresseuse2 si les vivants ne la drangeaient toujours de nouveau1 qui sait8 peut-tre s'endormirait-elle4 ,le malade rflchit un moment1 puis reprit avec un certain orgueil3 --,mais chez moi elle devra venir si elle me veut4 ,ici dans ma petite chambre claire1 o les fleurs se tiennent si longtemps1 par-dessus ce vieux tapis1 en passant devant cette armoire1 entre la table et le bois du lit 7ce n'est pas du tout si facile71 jusqu' mon large et cher et vieux fauteuil1 qui alors mourra probablement avec moi parce que lui aussi a en quelque sorte vcu avec moi4 ,et elle devra faire tout cela1 de la manire usuelle1 sans bruit1 sans rien renverser1 sans rien entreprendre d'extraordinaire1 comme si elle n'tait qu'une visite4 ,oui1 cela rapproche singulirement cette chambre de moi4 ,tout se droulera ici1 sur cette scne troite1 et ces dernires circonstances diffreront peine de tous les autres vnements qui se sont produits ici1 ou qui m'attendent encore4 ,tout enfant dj1 je trouvais singulier que les hommes parlassent de la mort autrement que de toutes les autres circonstances1 et cela simplement parce que personne ne trahit rien de ce qui lui arrivera ensuite4 ,mais comment un mort se distingue-t-il d'un homme qui devient srieux1 qui renonce au temps1 et s'enferme pour mditer tranquillement quelque chose dont la solution depuis longtemps le tourmente8 ,lorsqu'on est entour de gens1 on ne peut mme pas se rappeler le ,notre ,pre2 plus forte raison1 comment donc pourrait-on se souvenir de quelque autre correspondance obscure qui ne consiste peut-tre pas en mots1 mais en vnements8 ,il faut aller l'cart1 dans je ne sais quel silence inaccessible1 et peut-tre les morts sont-ils justement des hommes qui se sont retirs ainsi pour mditer sur la vie4 ,il y eut un bref silence que je dlimitai par les paroles suivantes3 --,cela me fait songer une jeune fille4 ,on peut dire que pendant les premires dix-sept annes de sa vie claire1 elle n'a fait que regarder4 ,ses yeux taient si grands et si personnels1 que tout ce qu'ils recevaient1 ils le dpensaient eux-mmes1 et dans tout le corps de cette jeune crature la vie se droulait1 indpendante d'eux1 nourrie de bruits simples et intimes4 ,mais la fin de ce temps je ne sais quel vnement trop violent drangea ces vies distinctes qui se touchaient peine3 les yeux percrent en quelque sorte vers le dedans et tout le poids du dehors tomba travers eux dans le cur obscur1 et chaque jour s'abmait avec une telle force dans ces regards levs et profonds que ce cur clata dans la poitrine troite1 comme un verre4 ,alors la jeune fille devint ple1 dprit1 chercha la solitude pour rflchir1 et enfin1 d'elle-mme1 elle gagna ce silence o les penses1 sans doute1 ne sont plus troubles4 --,comment est-elle morte8 demanda mon ami1 doucement1 et d'une voix un peu rauque4 --,elle s'est noye4 ,dans un tang calme et profond1 la surface duquel se formrent beaucoup de cercles qui s'largirent lentement1 jusqu'au del des nnuphars blancs1 de sorte que toutes ces fleurs en baignant dans l'eau se dilatrent4 --,est-ce aussi une histoire1 cela8 demanda ,ewald1 pour que le silence qui succdait mes paroles ne devnt pas trop puissant4 --,non1 rpondis-je1 c'est un sentiment4 --,mais ne pourrait-on pas le transmettre aux enfants1 ce sentiment8 ,je rflchis3 --,peut-tre4 --,et comment8 --,par une autre histoire4 ,et je commenai raconter4 --,c'tait au temps o dans la ,russie du ,sud on combattait pour la libert444 --,pardonnez-moi1 dit ,ewald1 comment faut-il entendre cela8 ,le peuple voulait-il par hasard s'affranchir du tsar8 ,cela ne s'accorderait ni avec ce que je pense de la ,russie ni avec vos histoires prcdentes4 ,et s'il en tait ainsi1 je prfrerais ne pas entendre votre conte4 ,car j'aime l'image que je me suis faite des choses de l-bas1 et je voudrais la laisser intacte4 ,je dus sourire et le rassurai3 --,les panes polonais 7c'est vrai que j'aurais d commencer par l7 taient les matres dans la ,russie du ,sud et dans ces steppes silencieuses et dsertes que l'on appelle l',ukraine4 ,ils taient des matres durs4 ,leur oppression et l'avarice des juifs1 qui dtenaient mme la clef des glises et ne la restituaient aux chrtiens que contre argent sonnant1 avaient lass et rendu songeur le jeune peuple autour de ,kiew1 et en amont du ,dniepr4 ,la ville elle-mme1 ,kiew la ,sainte1 l'endroit o la ,russie s'tait pour la premire fois raconte par ses quatre cents coupoles d'glises1 s'enfonait toujours plus en elle-mme1 et se dvorait en incendies1 comme en de soudaines penses dmentes1 derrire lesquels la nuit se fait toujours plus illimite4 ,le peuple1 dans la steppe1 ne savait pas trop ce qui lui arrivait4 ,pris d'une trange inquitude1 des vieillards sortaient la nuit de leurs cabanes1 et contemplaient en silence le ciel haut et ternellement calme2 et le jour on pouvait voir au dos des kourgans apparatre des silhouettes qui1 dans leur attente immobile1 se dtachaient des lointains4 ,ces kourgans sont des tombeaux de races disparues qui parcourent toute la steppe comme une ondulation fige et endormie4 ,et dans ce pays dans lequel les tombeaux sont des montagnes1 les hommes sont les abmes4 ,profonds1 obscurs et silencieux sont les indignes1 et leurs paroles ne sont que des ponts fragiles et oscillants1 suspendus au-dessus de leur tre vritable4 ,parfois de sombres oiseaux s'lvent des kourgans4 ,parfois de sauvages chansons descendent dans ces hommes pleins de pnombre1 et disparaissent en eux1 profondment1 tandis que les oiseaux se perdent dans le ciel4 ,dans toutes les directions tout semble sans limites4 ,les maisons elles-mmes ne peuvent prter d'abri contre cette immensit2 leurs petites fentres en sont combles4 ,seules1 dans les angles sombres des chambres1 les vieilles icones sont debout comme des bornes kilomtriques de ,dieu1 et l'clat d'une petite lumire apparat dans leur encadrement1 comme un enfant perdu dans une nuit toile4 ,ces icones sont le seul point fixe1 le seul signe rassurant au bord de la route1 et aucune maison ne peut exister sans elles4 ,toujours de nouveau il est ncessaire qu'on en fasse de nouvelles2 lorsque l'une se dfait de vieillesse1 toute mange par les vers1 lorsque quelqu'un se marie1 ou se btit une cabane1 ou lorsque quelqu'un1 comme le vieil ,abraham1 par exemple1 meurt avec le dsir d'emporter saint ,nicolas dans ses mains jointes1 probablement pour comparer cette image les saints qui sont au ciel1 et reconnatre1 avant tous les autres1 celui qu'il honore le plus444 ,c'est ainsi que ,pierre ,akimovitch1 en ralit cordonnier de profession1 peint aussi des icones4 ,lorsqu'il est fatigu d'un travail1 il passe l'autre1 aprs avoir fait trois fois le signe de croix2 et une mme pit prside aussi bien sa couture et son martelage1 qu' sa peinture4 ,c'est dj un homme assez vieux1 mais toujours vaillant4 ,son dos qu'il vote en faisant des bottes1 il le redresse devant ses images1 et il a su conserver ainsi une bonne tenue et un certain quilibre dans les paules et dans les reins4 ,il a pass seul la plus grande partie de sa vie1 sans jamais prendre la moindre part l'agitation qui rsultait du fait que sa femme ,akoulina mt au monde des enfants1 que ceux-ci mourussent ou se mariassent4 ,dans sa soixante-dixime anne seulement ,pierre tait entr en relations avec ceux qui taient rests dans sa maison et dont1 prsent1 il commenait considrer qu'ils existaient vritablement4 ,c'taient3 ,akoulina1 sa femme1 personne silencieuse et modeste1 une fille laide qui prenait de l'ge1 et ,aliocha1 un fils qui1 n relativement tard1 n'avait que dix-sept ans4 ,a celui-ci ,pierre voulut apprendre la peinture2 car il voyait que bientt il ne pourrait plus suffire toutes les commandes4 ,cependant il ne tarda pas renoncer cet enseignement4 ,aliocha avait peint la sainte ,vierge1 mais il tait rest si loin du svre et vritable modle que son tableau semblait plutt tre un portrait de ,marianne1 la fille du cosaque ,colokopytenko1--c'est--dire une chose trs peu sainte1--et le vieux ,pierre1 aprs avoir fait plusieurs reprises le signe de la croix1 se hta de recouvrir cette planche offense1 d'un saint ,dimitri que1 pour des raisons inconnues1 il prfrait tous les autres saints4 ,aussi ,aliocha n'essaya-t-il plus jamais de peindre un tableau4 ,a moins que son pre lui ordonnt de dorer un nimbe1 il tait le plus souvent dehors1 dans la steppe1 personne ne savait o4 ,personne d'ailleurs ne le retenait chez lui4 ,sa mre s'tonnait qu'il ft tel1 et apprhendait de lui parler1 comme s'il avait t un tranger ou un fonctionnaire4 ,sa sur l'avait battu aussi longtemps qu'il avait t petit1 et maintenant qu',aliocha avait grandi1 elle le mprisait parce qu'il ne la battait pas4 ,au village on ne se souciait pas davantage de ce garon4 ,marianne1 la fille du cosaque1 s'tait moque de lui1 lorsqu'il lui avait dclar qu'il voulait l'pouser1 et ,aliocha n'avait pas demand aux autres jeunes filles si elles voulaient l'accepter pour fianc4 ,dans la ,ssetch1 chez les ,zaporogues1 personne n'avait voulu l'emmener1 parce qu'il semblait tous trop dbile1 et encore un peu trop jeune4 ,une fois dj il avait couru jusqu'au prochain monastre1 mais les moines ne l'avaient pas accueilli1--et il ne lui restait donc que la lande1 la vaste lande ondoyante4 ,un chasseur lui avait un jour fait cadeau d'un vieux fusil qui tait charg1 ,dieu sait de quoi4 ,ce fusil1 ,aliocha le tranait toujours avec soi1 sans jamais tirer1 d'abord pour conomiser sa poudre1 et puis1 parce qu'il n'aurait su quel gibier abattre4 ,un soir tide et calme1 au dbut de l't1 tous taient assis ensemble autour de la table grossire sur laquelle tait pose une gamelle pleine de gruau4 ,pierre mangeait2 les autres le regardaient et attendaient ce qu'il leur laisserait4 ,soudain le vieillard s'arrta1 la cuiller fiche dans l'air1 et avana sa tte large et fane dans la raie de lumire qui venait de la porte1 et traversait la table avant d'entrer dans la pnombre4 ,tous prtrent l'oreille4 ,a l'extrieur des murs de la cabane1 on percevait le bruit qu'et fait un oiseau de nuit qui1 doucement1 et frl les poutres de son aile2 mais le soleil avait peine disparu et les oiseaux nocturnes sont en gnral plutt rares au village4 ,or voici qu'on entendait de nouveau un bruit comme si maintenant une autre grande bte avait fait ttons le tour de la maison1 et comme si1 par tous les murs la fois1 on et entendu son pas4 ,aliocha se leva doucement de son banc2 la mme seconde quelque chose de haut et de grand obscurcit la porte1 repoussa tout le soir1 apporta de la nuit dans la cabane1 et s'avana de toute sa grandeur1 mais comme avec incertitude4 --,c'est l',ostap1 dit la laide1 de sa vilaine voix4 ,et tous1 aussitt1 le reconnurent4 ,c'tait un de ces ,kobzars1 un vieillard qui1 avec sa bandoura douze cordes1 traversait les villages1 et chantait la grande gloire des cosaques1 leur courage et leur fidlit1 leurs hetmans ,kirdjaga ,koukoubenko1 ,boulba1 et d'autres hros3 ce que tous entendaient volontiers4 ,ostap s'inclina trois fois dans la direction dans laquelle il souponnait que fussent les icones 7et il se tournait ainsi1 inconsciemment1 vers la ,znamenskaja71 s'assit prs du pole1 et demanda voix basse3 --,chez qui suis-je1 en somme8 --,chez nous1 petit pre1 chez ,pierre ,akimovitch1 le cordonnier1 rpondit ,pierre avec chaleur4 ,il tait un ami du chant et se rjouissait de cette visite inattendue4 --,ah6 chez ,pierre ,akimovitch1 celui qui peint les images1 dit l'aveugle pour son tour se montrer aimable4 ,puis le silence se fit4 ,dans les six longues cordes de la bandoura commena un son1 et grandit1 pour revenir1 bref et comme puis1 des six cordes courtes1 et cet effet se reproduisait en rythmes de plus en plus rapides1 jusqu' ce que1 finalement1 on dt fermer les yeux1 de peur de voir s'craser quelque part le son de la mlodie qui venait de monter si haut1 une vitesse vertigineuse2 alors l'air tournait court1 et donnait de l'espace la belle voix lourde du ,kobzar qui remplit bientt toute la maison1 et appela mme hors des chaumires voisines les gens qui s'assemblrent la porte et sous les fentres4 ,mais ce n'tait pas les hros que clbrait cette fois la chanson4 ,la gloire de ,boulba1 d',ostranitza et de ,nalivaiko semblait dsormais tablie4 ,pour tous les sicles la fidlit des cosaques tait certaine4 ,ce n'tait pas leurs prouesses que clbrait aujourd'hui la chanson4 ,en eux tous1 qui coutaient1 la danse semblait dormir plus profondment2 car aucun ne remuait les pieds ni ne levait les mains4 ,comme la tte d',ostap1 toutes les autres ttes taient penches1 et la triste chanson les faisait lourdes3 ,il n'y a plus de ,justice dans ce monde4 ,la ,justice1 qui peut la trouver8 ,il n'y a plus de ,justice dans ce monde2 car toute la ,justice est soumise aux lois de l',injustice4 ,aujourd'hui la ,justice1 l'infortune1 est mise aux fers4 ,et l',injustice se rit d'elle1 nous l'avons vue2 elle est assise avec les panes1 dans les siges en or2 dans les siges en or elle est assise avec les panes4 ,la ,justice est couche sur le seuil et supplie2 chez les panes1 l',injustice1 la mauvaise1 est entre2 et ils l'invitent en riant dans leurs palais2 et l',injustice ils remplissent de vin le gobelet4 ,o ,justice1 petite mre1 petite mre mienne1 toi qui as des ailes semblables celles de l'aigle6 ,un homme viendra peut-tre encore qui voudra tre juste1 oui juste4 ,que ,dieu l'aide6 ,lui seul le peut1 il soulagera les jours des justes4 ,les ttes prsent se levrent avec peine et sur tous les fronts tait crit le silence2 ceux-l mme qui voulaient parler1 le voyaient4 ,et1 aprs une pause brve et grave1 le jeu reprit sur la bandoura1 cette fois dj mieux compris par la foule qui grandissait4 ,trois fois ,ostap chanta sa chanson de la ,justice4 ,et elle tait chaque fois diffrente4 ,d'abord plainte1 elle sembla ensuite un reproche1 et1 enfin1 lorsque pour la troisime fois1 le front lev1 le ,kobzar eut pouss comme une chane d'ordres brefs1 alors une colre sauvage fit irruption hors des mots tremblants1 et les saisit tous et les entrana dans un enthousiasme la fois large et anxieux4 --,o s'assemblent les hommes8 demanda un jeune paysan lorsque le chanteur se leva4 ,le vieux qui connaissait tous les dplacements des cosaques1 cita un lieu voisin4 ,vite les hommes se dispersrent1 on entendit des appels brefs1 des armes cliquetrent et1 devant les portes1 des femmes se mirent pleurer4 ,une heure plus tard1 une troupe de paysans arms quitta le village dans la direction de ,tchernigof4 ,pierre avait offert au ,kobzar un verre de mot1 dans l'espoir d'en apprendre plus long4 ,le vieillard mangea1 but1 mais ne rpondit que brivement aux nombreuses questions du cordonnier4 ,puis il remercia et s'en fut4 ,aliocha fit franchir le seuil l'aveugle4 ,lorsqu'ils furent dehors dans la nuit1 et seuls1 ,aliocha interrogea3 --,et tous peuvent-ils partir en guerre8 --,tous1 dit le vieillard1 qui disparut en allongeant le pas1 comme si dans la nuit il avait recouvr la vue4 ,lorsque tous furent endormis1 ,aliocha se leva du pole sur lequel il s'tait couch tout vtu1 prit son fusil et sortit4 ,dehors il se sentit tout coup treindre et doucement baiser sur les cheveux4 ,aussitt il reconnut au clair de lune ,akoulina qui1 petits pas presss1 courait vers la maison4 --,mre1 s'tonna-t-il1 et un sentiment trange l'envahit4 ,il hsita un instant4 ,une porte quelque part tourna dans ses gonds et un chien hurla4 ,alors ,aliocha jeta son fusil sur l'paule et partit grands pas1 car il esprait encore rejoindre les hommes avant l'aube4 ,a la maison tous firent comme s'ils ne s'taient pas aperus de l'absence d',aliocha4 ,lorsqu'ils se furent runis table seulement et que ,pierre eut vu la place vide1 il se leva de nouveau1 gagna l'angle de la pice1 et alluma un cierge devant la ,znamenskaja4 ,un cierge trs mince4 ,la laide haussa les paules4 ,cependant ,ostap1 le vieillard aveugle1 traversait dj le village suivant1 et entonnait d'une voix triste et doucement plaintive la chanson de la ,justice4 ,le paralytique attendit un instant4 ,puis il me regarda1 tonn3 --,eh bien1 pourquoi ne concluez-vous pas8 ,n'est-ce pas comme dans l'histoire prcdente8 ,ce vieillard tait ,dieu4 --,oh6 et moi qui ne le savais pas1 dis-je en frissonnant4 ,,une ,,sc,,ne ,,du ,,ghetto ,,de ,,venise ,m4 ,baum1 propritaire1 maire1 capitaine honoraire du corps des pompiers volontaires1 et autre chose encore1 mais pour tre bref3 ,m4 ,baum donc1 doit avoir surpris une de mes conversations avec ,ewald4 ,cela n'a rien d'tonnant d'ailleurs2 il est le propritaire de la maison dont mon ami habite le rez-de-chausse4 ,m4 ,baum et moi1 nous nous connaissons depuis longtemps de vue4 ,mais dernirement ,m4 le ,maire s'arrte1 lve son chapeau tout juste assez pour qu'un petit oiseau et pu s'envoler1 si par hasard il avait t prisonnier4 ,il sourit poliment et prend l'initiative d'inaugurer nos relations4 --,vous voyagez quelquefois8 --,oui1 oui1 rpliqu-je distraitement1 c'est bien possible4 ,le voici qui reprend sur un ton confidentiel3 --,je crois que nous sommes les seuls ici qui aient t en ,italie8 --,vraiment8--je fais un effort pour tre un peu plus attentif1--alors il est en effet urgent et ncessaire que nous causions l'un avec l'autre4 ,m4 ,baum rit4 --,oui1 l',italie c'est tout de mme quelque chose444 ,par exemple1 prenez ,venise444 ,je m'arrtai4 --,vous vous rappelez encore ,venise8 --,mais je vous en prie1 gmit-il1 car il tait trop gros pour s'indigner sans fatigue1 je vous en prie1 comment n'aurais-je pas8 ,lorsqu'on a vu cela une fois444 cette piazzetta444 n'est-ce pas8 --,oui1 rpondis-je1 j'aime particulirement me rappeler la promenade du canal1 ce glissement lger et silencieux au bord des passs444 --,le ,palazzo ,franchetti1 m'interrompit-il4 --,la ,c d',oro1 rpliquai-je4 --,le march aux poissons4 --,le ,palazzo ,vendramin4 --444 o ,richard ,wagner1 ajouta-t-il vite1 en ,allemand cultiv qu'il tait4 ,je hochai la tte3 --,le ponte1 savez-vous4 ,il eut un sourire orient4 --,bien entendu1 et le muse1 sans oublier l',acadmie o un ,titien444 ,m4 ,baum s'tait soumis de la sorte un examen assez fatigant4 ,je rsolus de le ddommager par une histoire1 et je commenai sans autre3 --,si vous passez sur le ponte di ,rialto1 le long du ,fondaco dei ,turchi et du march aux poissons1 et si vous dites votre gondolier3 ,a droite6 il vous regardera peut-tre bien avec un peu d'tonnement et vous demandera mme3 ,dove8 ,mais vous vous enttez tourner droite1 vous quittez votre barque au bord d'un des petits canaux sales1 vous marchandez avec lui1 vous criez1 et1 travers des dfils de rues et de porches noirs de suie1 dbouchez sur une petite place ouverte4 ,tout cela1 simplement parce que mon histoire se droule l4 ,m4 ,baum me toucha le bras avec douceur3 --,pardonnez-moi1 quelle histoire8 ,ses petits yeux allaient et venaient1 un peu inquiets4 ,je le tranquillisai3 --,n'importe laquelle1 cher monsieur4 ,pas du tout une histoire particulirement digne d'tre conte4 ,je ne peux mme pas vous dire quelle poque elle se droula4 ,peut-tre sous le doge ,alvise ,moncenigo ,,iv1 mais il se pourrait aussi bien que c'et t plus tt ou plus tard4 ,les tableaux de ,carpaccio1 si vous deviez en avoir vu quelques-uns1 sont peints sur du velours pourpre2 partout clate quelque chose de chaud1 comme de bois1 et autour des lumires tamises1 l-dedans1 se pressent des ombres attentives4 ,giorgione a peint sur un vieil or fatigu1 ,titien sur du brocart noir1 mais au temps dont je vous parle on aimait des images claires1 poses sur un fond de soie blanche1 et le nom avec lequel on jouait1 que de belles lvres jetaient dans le soleil1 et que des oreilles ravissantes recueillaient1 lorsqu'il tombait en tremblant1 ce nom tait ,gian ,battista ,tiepolo4 ,mais tout cela ne se droule pas dans mon histoire4 ,cela ne regarde que la vraie ,venise1 la ville des palais1 des aventures1 des nuits ples sur les lagunes qui1 mieux que toutes les autres nuits1 portent le son de secrtes romances4 ,dans ce morceau de ,venise dont je parle1 il n'y a que des bruits pauvres et quotidiens1 les jours passent sur lui1 monotones comme s'il n'y en avait qu'un seul1 et les chansons que l'on entend l1 sont des plaintes croissantes qui ne s'lvent pas1 mais1 comme une fume ondulante1 se couchent sur les rues4 ,aussitt qu'approche le crpuscule1 tout un peuple vagabond se promne2 d'innombrables enfants sont chez eux sur les places et contre les portes troites et froides des maisons1 ou jouent avec des clats de verre et des dbris d'mail bariol comme celui avec lequel les matres ont compos les graves mosaques de ,saint-,marc4 ,rarement un noble pntre dans le ghetto4 ,tout au plus1 l'heure o les jeunes filles juives vont la fontaine1 peut-on voir quelquefois une forme1 noire1 dissimule sous le manteau et le masque4 ,certaines gens savent par exprience que cet homme porte un poignard1 cach dans les plis de ses vtements4 ,quelqu'un veut avoir vu1 par hasard1 au clair de lune1 le visage du jeune homme1 et depuis l'on affirme que ce visiteur noir et lanc serait ,marc ,antonio ,priuli1 le fils du proveditore ,nicolo ,priuli et de la belle ,catharina ,minelli4 ,on sait qu'il attend sous le porche de la maison d',isaac ,rosso1 puis1 lorsque les alentours se font dserts1 traverse la rue en biais et entre chez le vieux ,melchisdech1 le riche orfvre qui a beaucoup de fils et sept filles1 et de ses fils et de ses filles1 beaucoup de petits-enfants4 ,la plus jeune petite-fille1 ,esther1 attend l'tranger1 appuye son vieux grand-pre1 dans une chambre basse et sombre o beaucoup de choses brillent et brlent2 la soie et le velours retombent doucement sur les vases1 comme pour apaiser leurs flammes pleines et dores4 ,ici ,marc ,antonio est assis sur un coussin tiss d'argent1 aux pieds du vieux ,juif1 et parle de ,venise comme d'un conte1 qui jamais ne s'est pass nulle part tout fait ainsi4 ,il parle des acteurs1 des batailles1 de l'arme vnitienne1 de visiteurs trangers1 d'images et de statues1 de la ,sensa1 le jour de l',ascension1 du carnaval et de la beaut de sa mre1 ,catharina ,minelli4 ,toutes ces choses ont pour lui un sens analogue3 ce ne sont que des expressions diffrentes pour le pouvoir1 l'amour et la vie2 et toutes sont inconnues aux deux qui l'coutent2 car les juifs sont svrement exclus de tout commerce1 et mme le riche ,melchisdech ne pose jamais pied dans le ressort du ,grand ,conseil1 bien que1 comme orfvre1 et jouissant de l'estime gnrale1 il et pu s'y hasarder4 ,durant sa longue existence1 le vieillard avait obtenu du ,conseil plus d'une faveur pour ses coreligionnaires qui1 tous1 sentaient en lui un pre1 mais il en avait toujours de nouveau subi le contrecoup4 ,chaque fois qu'un dsastre atteignait l'tat1 on se vengeait sur les juifs4 ,les ,vnitiens taient eux-mmes trop ports au ngoce pour y employer leurs juifs1 comme faisaient d'autres peuples2 ils les harcelaient de tributs1 les dpouillaient de leurs biens1 et rtrcissaient de plus en plus l'emplacement du ghetto1 de sorte que les familles qui1 malgr toute cette misre1 continuaient se multiplier1 en taient rduites construire leurs maisons vers en haut1 les unes sur les toits des autres4 ,et leur ville qui ne touchait pas la mer1 s'levait ainsi1 lentement1 dans le ciel1 comme vers une autre mer1 et1 autour de la place au puits1 se dressaient de tous cts les difices1 pareils aux murs de quelque tour de gants4 ,le riche ,melchisdech1 dans l'tranget de son grand ge1 avait fait ses concitoyens1 fils et petits-enfants1 une proposition surprenante4 ,il voulait toujours habiter la plus haut perche de ces petites maisons dont les tages sans nombre se superposaient4 ,on satisfit d'autant plus volontiers ce dsir surprenant que l'on ne se fiait plus trop la solidit des fondations et que vers le haut on btissait avec des pierres si lgres que le vent ne s'apercevait presque pas qu'il y et des murs4 ,c'est ainsi que le vieillard se mit dmnager deux ou trois fois par an1 et ,esther1 qui ne voulait pas le quitter1 l'accompagnait toujours4 ,enfin1 ils furent arrivs si haut que1 lorsqu'ils sortaient de leur troit logis sur le toit plat1 la hauteur de leurs fronts un autre pays dj commenait1 des usages duquel le vieux1 psalmodiant moiti1 parlait en mots obscurs4 ,il fallait maintenant monter trs haut pour parvenir jusqu' eux1 travers beaucoup de vies trangres1 en gravissant beaucoup de marches raides ou glissantes1 et en passant devant beaucoup de mgres irrites4 ,ce chemin vous exposait encore des assauts d'enfants affams1 et ses nombreux obstacles rarfiaient les relations4 ,marc ,antonio lui aussi avait cess de venir1 et il manquait peine ,esther4 ,durant les heures qu'elle avait passes1 seule avec lui1 elle l'avait regard si longtemps1 et avec des yeux si grands1 qu'il lui semblait qu'alors il s'tait abm dans ses yeux sombres1 qu'il tait mort1 et que maintenant commenait en elle cette nouvelle vie ternelle1 laquelle1 lui1 chrtien1 avait prcisment cru4 ,avec ce sentiment nouveau dans son jeune corps1 elle tait debout sur le toit1 des journes entires1 et cherchait la mer4 ,mais si haut que ft son logis1 on ne distinguait d'abord de l que le pignon du ,palazzo ,foscari1 une tour quelconque1 la coupole d'une glise1 une coupole plus loigne1 comme transie dans la lumire1 et puis une grille de mts1 de poutres et de poteaux1 au bord du ciel humide et tremblant4 ,vers la fin de l't1 le vieillard dmnagea encore une fois1 malgr toutes les objections1 et bien qu'il lui ft de plus en plus difficile de gravir les tages2 car trs haut au-dessus des autres1 on avait construit une nouvelle cabane4 ,lorsque1 aprs un si long intervalle1 il traversa de nouveau la place1 appuy sur ,esther1 nombreux furent ceux qui se pressrent autour de lui1 s'inclinrent sur ses mains ttonnantes1 et implorrent son conseil dans beaucoup de questions2 car il tait pour eux comme un mort qui surgit de sa tombe1 parce qu'un certain temps s'est accompli4 ,et il semblait en effet qu'il en ft ainsi4 ,les hommes lui racontaient que ,venise tait en rvolution1 que la noblesse tait en pril1 que bientt tomberaient les frontires du ghetto1 et que tous jouiraient de la mme libert4 ,le vieillard ne rpondit rien1 hocha seulement la tte1 comme s'il savait cela depuis longtemps1 et bien d'autres choses encore4 ,il entra dans la maison d',isaac ,rosso1 au sommet de laquelle se trouvait son nouveau logis1 et pendant une demi-journe il monta4 ,en haut ,esther eut un petit enfant blond4 ,lorsqu'elle fut rtablie1 elle le porta sur le toit1 et tendit pour la premire fois tout le ciel dor dans les yeux ouverts de l'enfant4 ,c'tait une matine d'automne d'une indescriptible clart4 ,les choses paraissaient sombres1 presque sans clat2 quelques lumires volantes seulement se posaient sur elles comme sur de grandes fleurs1 restaient un instant immobiles1 puis reprenaient un vol vague par del les contours dors1 jusque dans le ciel4 ,et l seulement o les choses disparaissaient1 du point le plus lev1 on pouvait voir ce que nul encore n'avait vu du ghetto3 une calme lumire d'argent1--la mer4 ,et lorsque les yeux d',esther se furent habitus la magnificence1 elle aperut au bord du toit1 son extrme limite1 ,melchisdech4 ,il se leva1 les bras tendus1 et fora ses yeux fatigus regarder dans le jour qui se dployait lentement4 ,ses bras restrent tendus1 son front portait une pense radieuse2 on et dit qu'il accomplissait un sacrifice4 ,puis il se laissa de nouveau tomber en avant1 et appuya sa vieille tte contre la mchante pierre anguleuse4 ,mais le peuple tait rassembl sur la place et regardait en l'air4 ,des gestes et des mots disparates s'levrent de la foule1 sans atteindre le vieillard1 perdu dans sa prire solitaire4 ,et le peuple vit son anctre et son cadet1 comme dans les nuages4 ,mais le vieillard continuait se lever firement et se prosterner toujours de nouveau sur le sol1 humblement4 ,et la foule1 en bas1 grandissait1 et ne le quittait pas des yeux3 ,a-t-il vu la mer1 ou bien l'ternel1 dans sa gloire8 ,m4 ,baum s'effora de rpondre trs vite4 ,il n'y russit pas aussitt3 --,la mer1 probablement1 fit-il schement4 ,c'est d'ailleurs une impression444 ,ce disant1 il se montrait particulirement bien inform et raisonnable4 ,je pris rapidement cong de lui1 mais ne pus me retenir de lui crier en partant3 --,ne manquez pas1 surtout1 de raconter cette aventure aux enfants4 ,il rflchit3 --,aux enfants8 ,mais1 vous savez1 ce jeune noble-l1 cet ,antonio1 ou le diable sait comment il s'appelle1 ne me parat pas du tout un beau caractre2 et puis l'enfant1 cet enfant6 ,il me semble que pour444 des enfants8 --,oh1 le rassurai-je1 vous avez oubli1 cher monsieur1 que les enfants viennent de ,dieu4 ,comment les enfants douteraient-ils qu',esther en ait eu un1 alors qu'elle habitait si prs du ciel8 ,cette histoire aussi1 les enfants l'ont entendue1 et lorsqu'on leur demande ce qu'ils en pensent1 et ce que le vieux juif ,melchisdech a bien pu voir dans son extase1 ils disent sans rflchir3 --,oh1 oui1 la mer6 ,,celui ,,qui ,,coutait ,,les ,,pierres ,je suis de nouveau chez mon ami paralytique4 ,il sourit de sa manire particulire3 --,et de l',italie vous ne m'avez jamais rien racont8 --,cela veut dire que je dois le plus tt possible rattraper le temps perdu8 ,ewald hoche la tte et ferme dj les yeux pour m'couter4 ,je commence donc3 --,ce que nous prouvons comme le printemps1 ,dieu ne le voit passer sur la terre que comme un fuyant et petit sourire4 ,il semble alors qu'elle se souvienne de quelque chose2 en t elle en parlera tous1 jusqu' ce qu'elle se fasse plus sage1 dans le grand silence de l'automne1 par quoi elle se confie aux solitaires4 ,tous les printemps que vous et moi runis avons vcus1 ne suffisent pas combler une seconde de ,dieu4 ,le printemps1 pour que ,dieu le remarque1 ne doit pas rester dans les arbres et sur les prs4 ,il faut qu'il devienne en quelque manire puissant au cur des hommes1 car il se droule alors1 non pas dans le temps1 mais dans l'ternit et en prsence de ,dieu4 ,un jour que ceci arriva1 les regards de ,dieu suspendirent leur vol obscur au-dessus de l',italie4 ,le pays1 en bas1 tait clair1 le temps brillait comme de l'or1 mais1 jete en biais sur lui1 comme un chemin sombre1 s'tendait l'ombre d'un homme aux paules larges1 lourde et noire1 et1 plus loin1 en avant de lui1 l'ombre de ses mains qui travaillaient1 inquite1 agite de sursauts1 tantt au-dessus de ,pise1 tantt au-dessus de ,naples1 tantt se perdant sur le mouvement incertain de la mer4 ,dieu ne put dtourner ses yeux de ces mains qui lui parurent d'abord jointes1 comme des mains qui prient2 mais la prire qui en jaillissait1 les ouvrait largement4 ,il y eut un silence dans les cieux4 ,tous les saints suivirent les regards de ,dieu1 et1 comme lui1 contemplrent l'ombre qui voilait moiti l',italie1 et les hymnes des anges s'arrtrent sur leurs lvres1 et les toiles tremblrent1 car elles craignaient d'avoir commis quelque faute et1 humblement1 elles attendirent le blme irrit de ,dieu4 ,mais rien de tel n'arriva4 ,les cieux s'taient ouverts de toute leur largeur au-dessus de l',italie1 de sorte que ,raphal tait genoux ,rome1 et que le bienheureux ,fra ,angelico de ,fiesole tait debout dans un nuage1 et se rjouissait son aspect4 ,beaucoup de prires cette heure taient en route1 entre terre et ciel4 ,mais ,dieu n'en reconnut qu'une3 la force de ,michel-,ange qui montait vers lui comme une odeur de vignes4 ,et il souffrit qu'elle occupt toutes ses penses4 ,il se pencha davantage1 trouva l'homme qui travaillait1 regarda par-dessus ses paules1 sur ses mains qui coutaient le long des pierres1 et prit tout coup peur3 les pierres auraient-elles aussi des mes8 ,et voici que ces mains s'veillaient1 et fouillaient la pierre comme un tombeau o vacille une voix faible et mourante4 --,michel-,ange1 s'cria ,dieu1 angoiss1 qui est dans la pierre8 ,michel-,ange prta l'oreille2 ses mains tremblaient4 ,puis il rpondit d'une voix sourde3 --,toi1 mon ,dieu4 ,qui d'autre8 ,mais je ne puis parvenir jusqu' toi4 ,et ,dieu comprit alors qu'il tait aussi dans la pierre1 et il se sentit inquiet et l'troit4 ,tout le ciel n'tait qu'une seule pierre1 et il tait enferm en son milieu et il esprait que les mains de ,michel-,ange le dlivreraient1 et il les entendait venir1 mais de loin4 ,le matre cependant tait de nouveau pench sur son uvre4 ,il ne cessait de penser3 tu es un petit bloc1 et un autre que moi pourrait peine trouver un homme en toi4 ,mais moi je sens ici une paule3 c'est celle de ,joseph d',arimathie2 ici se penche ,marie1 je sens ses mains tremblantes qui soutiennent ,jsus1 ,notre ,seigneur1 mort tout l'heure crucifi4 ,si ces trois ont assez d'espace dans ce petit morceau de marbre1 comment d'un rocher ne ferais-je pas surgir toute une race endormie8 ,et larges coups il libra les trois figures de la piet1 mais ne dtacha pas tout fait les voiles de pierre de leurs visages1 comme s'il avait craint que leur profonde tristesse ne se post sur ses mains en les paralysant4 ,aussi fuyait-il vers une autre pierre4 ,mais chaque fois il renonait donner un front sa pleine clart1 une paule sa courbe la plus pure1 et lorsqu'il formait une femme1 il ne posait pas le dernier sourire autour de sa bouche1 pour que sa beaut ne ft pas tout fait trahie4 ,en ce temps-l il baucha le tombeau pour ,jules della ,rovere4 ,il voulait dresser une montagne au-dessus du pape de fer1 et en outre une race qui la peuplerait4 ,agit par beaucoup de projets obscurs1 il alla dans ses carrires4 ,au-dessus d'un pauvre village1 s'levait1 roide1 la pente4 ,encadres d'oliviers et de pierres fanes1 les cassures fraches apparaissaient1 comme un grand visage ple sous une chevelure qui vieillit4 ,longtemps ,michel-,ange demeura devant ce front voil4 ,soudain il aperut en dessous deux immenses yeux en pierre qui le regardaient4 ,et ,michel-,ange sentit qu'il grandissait sous l'influence de ce regard4 ,a prsent lui aussi se dressait haut au-dessus de la terre1 et il semblait que de toute ternit il ft le voisin fraternel de cette montagne4 ,la valle reculait sous lui comme derrire un homme qui monte1 les chaumires se serraient les unes contre les autres comme des troupeaux1 et le visage de roc apparaissait plus proche et plus parent1 sous ses voiles de pierre blanche4 ,il exprimait une attente immobile1 et cependant au bord du mouvement4 ,michel-,ange rflchit3 --,on ne peut te rompre1 car tu n'es que d'une seule pice4 ,puis il leva la voix3 --,je veux t'achever4 ,tu es mon uvre6 ,et il se retourna vers ,florence4 ,il vit une toile1 et la tour du dme4 ,et autour de ses pieds tait le soir4 ,tout coup1 arriv la ,porta ,romana1 il hsita4 ,les deux ranges de maisons s'tendirent vers lui comme des arbres1 et dj elles l'avaient saisi et tir dans la ville4 ,toujours plus troites et plus crpusculaires devenaient les rues1 et lorsqu'il entra chez lui1 il se sentit entre des mains obscures auxquelles il ne pouvait plus chapper4 ,il s'enfuit dans la salle1 et de l dans la chambre1 peine longue de deux pieds1 o il avait coutume d'crire4 ,les murs de la pice se rapprochrent de lui1 et l'on et dit qu'ils luttaient avec sa dmesure et le repoussaient dans sa forme1 ancienne et troite4 ,et il se laissait faire4 ,il se mit genoux et se laissa former par eux4 ,il sentit en soi une humilit1 et prouva le dsir d'tre petit4 ,et une voix vint3 --,michel-,ange1 qui est en toi8 ,et l'homme1 dans sa chambre troite1 posa son front dans ses mains1 et dit d'une voix basse3 --,toi1 mon ,dieu1 qui d'autre8 ,alors l'espace s'largit autour de ,dieu1 et il leva librement son visage qui tait au-dessus de l',italie1 et regarda autour de soi3 avec leurs manteaux et leurs mitres1 les saints taient debout1 et les anges allaient avec leurs chants1 comme avec des brocs d'eau luisante1 parmi les toiles altres1 et le ciel n'avait pas de fin4 ,mon ami paralytique leva les yeux et suivit les nuages du soir1 travers le ciel4 --,dieu est-il donc l8 demanda-t-il4 ,je me tus4 ,puis je me penchai vers lui3 --,ewald1 sommes-nous donc ici8 ,et nous nous tnmes les mains avec motion4 ,,comment ,,le ,d ,a ,,coudre ,,devint ,,le ,,bon ,,dieu ,lorsque je quittai ma fentre1 les nuages du soir taient toujours encore l4 ,ils semblaient attendre4 ,dois-je aussi leur raconter une histoire8 ,je le leur proposai4 ,mais ils ne m'entendirent mme pas4 ,pour leur devenir intelligible et rduire la distance qui nous sparait1 je m'criai3 --,je suis aussi un nuage du soir4 ,ils s'arrtrent2 sans doute me regardaient-ils4 ,puis ils tendirent vers moi leurs fines ailes1 roses et transparentes4 ,c'est leur manire de se saluer entre eux4 ,ils m'avaient donc reconnu4 --,nous sommes au-dessus de la terre1 expliqurent-ils1 plus exactement au-dessus de l',europe1 et toi8 ,j'hsitai4 --,il y a l un pays444 ,ils s'informrent4 --,a quoi ressemble-t-il8 --,du crpuscule parmi des choses444 --,cela1 l',europe l'est aussi1 s'exclama en riant un jeune nuage4 --,possible1 rpondis-je1 mais j'ai toujours entendu dire que les choses en ,europe taient mortes4 --,oui1 en effet1 remarqua un autre1 avec mpris4 --,mais quelle absurdit serait-ce1 que des choses vivantes6 --,les miennes vivent1 m'obstinai-je4 ,c'est l justement qu'est la diffrence4 ,elles peuvent devenir diffrentes3 une chose qui par exemple est venue au monde comme crayon ou comme pole1 ne doit pas pour cela dsesprer de progresser4 ,un crayon peut un jour1 si tout va bien1 devenir mme un mt1 et un pole peut devenir au moins un portail de ville4 --,dcidment1 voil un bien sot nuage du soir1 dit la petite nue qui1 tout l'heure dj1 s'tait exprime avec si peu de rserve4 ,un vieux nuage craignit qu'elle ne m'et offens4 --,il y a des pays trs diffrents1 dit-il en manire d'apaisement4 ,je me suis un jour perdu au-dessus d'une petite principaut allemande1 et aujourd'hui encore je ne puis croire qu'elle fasse partie de l',europe4 ,je le remerciai et dis3 --,je vois que nous nous accorderons difficilement4 ,si vous le permettez1 je raconterai tout simplement ce que j'ai vu durant ces derniers temps se drouler au-dessous de moi4 ,cela vaudra sans doute mieux4 --,je vous en prie1 m'autorisa le vieux nuage au nom de tous4 ,je commenai3 --,des hommes sont dans une chambre4 ,je suis assez haut1 et voil pourquoi ils m'apparaissent comme des enfants4 ,aussi dirai-je tout simplement3 des enfants4 ,des enfants donc sont dans une chambre4 ,deux1 cinq1 six1 sept enfants4 ,ce serait trop long de leur demander leurs noms4 ,d'ailleurs les enfants semblent causer avec animation2 et sans doute leur conversation trahira-t-elle l'un ou l'autre de leurs noms4 ,il y a peut-tre assez longtemps dj qu'ils sont runis1 car l'an 7j'entends qu'on l'appelle ,hans7 remarque comme en manire de conclusion3 --,non1 dcidment1 nous ne pouvons pas en rester l4 ,j'ai entendu qu'autrefois1 le soir1--les soirs tout au moins o l'on tait sage1--les parents racontaient toujours des histoires aux enfants jusqu' l'heure d'aller se coucher4 ,est-ce que ces choses-l arrivent encore aujourd'hui8 ,une petite pause1 puis ,hans se rpondit lui-mme3 ,non1 elles n'arrivent plus nulle part4 ,pour moi1 puisque je suis dj grand1 je leur abandonnerais volontiers les quelques dragons qui leur donneraient tant de mal1 mais1 en somme1 ils ont le devoir de nous dire qu'il y a des ondines1 des nains1 des princes et des monstres4 --,j'ai une tante1 fit remarquer une petite fille1 qui me raconte quelquefois444 --,quelle blague1 l'interrompit ,hans1 les tantes ne comptent pas1 elles mentent4 ,toute la compagnie parut trs intimide en prsence de cette affirmation hardie1 mais irrfutable4 ,hans poursuivit3 --,il s'agit d'ailleurs ici avant tout des parents parce que ceux-ci ont en quelque sorte le devoir de nous instruire de cette manire2 les autres le font tout au plus par bont4 ,on ne peut pas l'exiger d'eux4 ,mais1 coutez-moi bien1 que font nos parents8 ,ils se promnent avec de mchantes figures offenses1 rien ne leur est assez bon1 ils crient et grondent1 et malgr cela ils sont indiffrents1 et la fin du monde arriverait qu'ils s'en apercevraient peine4 ,ils ont quelque chose qu'ils appellent des idaux4 ,peut-tre est-ce une espce de petits enfants qui ne doivent jamais rester seuls et donnent beaucoup de peine2 mais s'il en est ainsi1 ils n'auraient pas d nous avoir1 nous4 ,voici donc1 les enfants1 ce que je pense3 c'est srement triste que les parents nous ngligent4 ,mais nous le supporterions quand mme1 si ce n'tait une preuve que les grands en gnral deviennent btes1 et rtrogradent1 si je puis ainsi dire4 ,nous ne pouvons pas empcher leur dchance1 car1 pendant la journe1 nous n'avons aucune influence sur eux1 et lorsque nous rentrons tard de l'cole1 on ne peut plus exiger de nous que nous nous asseyions et que nous essayions encore de les intresser quelque chose de srieux4 ,cela nous peine vraiment d'tre assis pendant je ne sais pas combien de temps sous la lampe1 et que notre mre ne comprenne mme pas le principe de ,pythagore4 ,tant pis1 nous n'y pouvons rien4 ,les grands deviendront toujours plus btes444 cela ne fait rien3 qu'est-ce que nous y perdons8 la culture8 ,ils se dcouvrent l'un devant l'autre1 et lorsqu'un crne chauve apparat1 par hasard1 ils pouffent de rire4 ,si nous n'tions pas assez raisonnables pour pleurer de temps en temps1 je vous le dis1 il n'y aurait plus d'quilibre1 mme dans ces circonstances-l4 ,et avec cela1 quelle prsomption6 ,ils prtendent mme que l'empereur est une grande personne4 ,j'ai lu dans les journaux que le roi d',espagne est un enfant4 ,c'est le cas de tous les rois et de tous les empereurs--voil la vrit4 ,mais ct de tant de choses superflues1 les grands en ont quand mme une qui ne nous est pas du tout indiffrente3 le bon ,dieu4 ,il est vrai que je ne l'ai jamais vu avec l'un d'eux1 mais c'est cela justement qui est suspect4 ,je pense que dans leur distraction1 avec leurs proccupations et leur hte1 ils ont d le perdre quelque part4 ,mais voil3 il est pourtant bien ncessaire4 ,beaucoup de choses ne peuvent se faire sans lui1 le soleil ne peut pas se lever1 les enfants ne peuvent pas venir au monde1 et le pain aussi risquerait de s'arrter4 ,il a beau sortir chez le boulanger1 c'est le bon ,dieu qui est assis1 et qui tourne les grands moulins4 ,bref1 ce n'est pas difficile de trouver beaucoup de raisons pour lesquelles le bon ,dieu est indispensable4 ,mais c'est un fait1 les grands ne s'occupent pas de lui1 nous donc d'y songer4 coutez ce que j'ai pens4 ,nous sommes tout juste sept enfants4 ,chacun de nous doit porter le bon ,dieu1 pendant un jour3 cela fait qu'il sera avec nous toute la semaine1 et on saura toujours o il est4 ,il y eut ici un instant de grand embarras4 ,comment faire8 ,pouvait-on prendre le bon ,dieu dans sa main1 ou le mettre dans sa poche8 ,un petit1 cependant1 racontait3 --,j'tais seul dans la chambre4 ,une petite lampe brlait prs de moi1 et j'tais assis dans mon lit1 et je disais ma prire--trs fort4 ,quelque chose bougea entre mes mains jointes4 ,c'tait doux et chaud1 comme un tout petit oiseau4 ,je ne pouvais pas ouvrir mes mains parce que la prire n'tait pas finie4 ,mais j'tais curieux et priais horriblement vite4 ,puis1 en disant amen1 je fis comme cela 7le petit tendit ses mains et carta ses doigts71 mais il n'y avait rien dedans4 ,tous pouvaient imaginer cela4 ,hans lui-mme ne savait que conseiller4 ,tous le regardaient4 ,et tout coup il dit3 --,c'est bte1 cela4 ,n'importe quelle chose peut tre le bon ,dieu4 ,il n'y a qu' le lui dire4 ,il se retourna vers le garon le plus voisin de lui1 qui tait roux3 --,naturellement pas un animal4 ,il se sauverait4 ,mais un objet1 vois-tu1 est l4 ,tu entres le jour1 tu entres la nuit1 il est toujours l1 dans la chambre1 il peut donc trs bien tre le bon ,dieu4 ,peu peu les autres s'en convainquirent4 --,mais nous avons besoin d'une petite chose qu'on puisse porter partout avec soi2 sinon1 cela n'a pas de sens4 ,videz tous vos poches6 ,on vit alors paratre d'tranges choses3 des rognures de papier1 des canifs1 une gomme1 des plumes1 de la ficelle1 de petits cailloux1 des vis1 des sifflets1 de petits copeaux de bois1 et beaucoup d'autres choses encore qu'on ne peut reconnatre distance1 ou dont les noms me font dfaut4 ,et toutes ces choses reposaient dans les mains plates des enfants1 comme effrayes par la perspective soudaine de devenir le bon ,dieu1 et toutes celles qui avaient un peu d'clat1 brillaient pour plaire ,hans4 ,longtemps le choix fut indcis4 ,enfin on trouva chez la petite ,resi un d coudre qu'elle avait un jour pris sa mre4 ,il tait brillant1 comme en argent1 et grce sa beaut il devint le bon ,dieu4 ,hans lui-mme l'empocha1 car il commenait la srie1 et tous les enfants1 le reste de la journe1 marchrent derrire lui et furent fiers de lui4 ,on convint plus difficilement de celui qui on confierait le d pour le lendemain1 mais1 prvoyant1 ,hans fixa aussitt le programme de toute la semaine1 pour qu'il n'y et pas de disputes ce sujet4 ,cette organisation apparut en somme excellente4 ,du premier coup d'il et tout moment on pouvait savoir qui dtenait justement le bon ,dieu1 car celui-l marchait un peu plus raide et plus solennel1 avec une figure de dimanche4 ,les trois premiers jours les enfants ne parlrent que de cela4 ,a tout moment l'un d'eux demandait voir le bon ,dieu1 et bien que l'influence de cette grande dignit n'et mme pas transform le d1 sa qualit de d n'apparaissait cependant que comme un vtement discret autour de sa vritable forme4 ,tout se droula dans l'ordre4 ,le mercredi ,paul le dtint1 le jeudi1 la petite ,anna4 ,le samedi vint4 ,les enfants jouaient s'attraper1 et1 hors d'haleine1 s'lanaient les uns entre les autres1 lorsque ,hans tout coup appela3 --,qui donc a le bon ,dieu8 ,tous s'arrtrent4 ,l'un regardait l'autre4 ,aucun ne se rappelait l'avoir vu depuis deux jours4 ,hans fit le compte pour savoir de qui le tour tait venu4 ,il trouva3 la petite ,marie4 ,et sans autre il demanda le bon ,dieu la petite ,marie4 ,que faire8 ,la petite fouilla d'abord ses poches4 ,a prsent seulement elle se rappelait l'avoir reu le matin2 mais il avait disparu1 sans doute l'avait-elle perdu en jouant4 ,et lorsque les enfants rentrrent chez eux1 la petite resta sur le pr et chercha4 ,l'herbe tait assez haute4 ,deux fois des gens passrent et demandrent la petite si elle avait perdu quelque chose4 ,chaque fois l'enfant rpondit3 ,un d1 et continua chercher4 ,les passants l'aidaient pendant quelques instants1 mais bientt1 fatigus de se pencher1 lui conseillaient1 en reprenant leur route3 --,rentre plutt chez toi4 ,il n'y a qu' en acheter un autre4 ,cependant ,mariette continuait chercher4 ,le pr1 au crpuscule1 se faisait de plus en plus tranger1 et l'herbe commenait devenir humide4 ,puis arriva de nouveau un homme4 ,il se pencha sur l'enfant4 --,que cherches-tu8 ,cette fois1 ,mariette1 prte pleurer1 rpondit avec un enttement courageux3 --,le bon ,dieu4 ,l'tranger sourit1 la prit tout simplement par la main1 et elle se laissa conduire1 comme si tout tait bien4 ,en marchant l'inconnu dit3 --,regarde1 le joli d que j'ai trouv aujourd'hui4 ,les nuages s'impatientaient depuis longtemps4 ,le plus sage d'entre eux qui1 dans l'intervalle1 tait devenu trs gros1 se tourna vers moi3 --,pardonnez-moi1 ne pourrais-je savoir le nom du pays au-dessus duquel444 ,mais les autres nuages entrrent en riant dans le ciel1 et entranrent le vieillard4 ,,un ,,conte ,,sur ,,la ,,mort ,,et ,,un ,,pilogue ,d',,une ,,main ,,trang,,re ,je regardais encore toujours dans le ciel qui s'teignait lentement1 lorsque quelqu'un dit3 --,vous semblez beaucoup vous intresser ce pays l-haut4 ,mon regard tomba vite1 comme un oiseau abattu1 et je vis que j'tais arriv au mur bas de notre petit cimetire4 ,devant moi1 au del de ce mur1 un homme tenait une pelle et souriait gravement4 --,et moi1 je m'intresse plutt ce pays-ci1 ajouta-t-il en dsignant la terre noire et humide qui1 en plus d'un endroit1 transparaissait entre les nombreuses feuilles sches qui se murent en bruissant1 avant que je me fusse aperu qu'un vent s'tait lev4 ,une horreur subite me saisit3 --,pourquoi faites-vous cela8 m'criai-je4 --,il nous nourrit1 n'est-il pas vrai8 et puis1 je vous en prie1 tous les hommes ne font-ils pas comme moi8 ,ils ensevelissent ,dieu l-bas1 comme je fais les hommes ici4 ,il montra le ciel1 et m'expliqua3 --,oui1 cela aussi1 c'est un grand tombeau1 o croissent en t beaucoup de myosotis sauvages4 ,je l'interrompis3 --,il fut un temps o les hommes enterraient ,dieu au ciel1 cela est vrai4 --,les choses ont-elles chang8 demanda-t-il avec une tristesse trange4 ,je poursuivis3 --,oui1 chacun jetait alors une poigne de ciel sur lui1 je sais4 ,mais il n'y tait dj plus1 ou tout au moins444 ,j'hsitai4 --,savez-vous1 repris-je1 autrefois les hommes priaient comme ceci4 ,j'tendis les bras et sentis involontairement ma poitrine s'largir4 ,alors ,dieu se jeta dans tous ces abmes pleins d'humilit et de tnbres1 et il ne retournait que contre son gr au ciel qu'insensiblement il rapprocha de plus en plus de la terre4 ,mais une nouvelle foi commena4 ,comme elle ne pouvait faire comprendre aux hommes que son nouveau ,dieu se distinguait de l'ancien 7car ds qu'elle commenait le clbrer1 les hommes reconnaissaient aussitt en lui leur ,dieu de toujours71 l'annonciateur de la nouvelle loi changea la manire de prier4 ,il enseigna que l'on joignt les mains et dcida3 ,voyez1 notre ,dieu veut tre pri ainsi1 il est donc diffrent de celui que vous croyiez jusqu' prsent accueillir dans vos bras4 ,cela1 les hommes le comprirent1 et l'attitude des bras ouverts devint une attitude mprisable1 terrible1 et plus tard on la fixa la croix pour la montrer tous comme un symbole de dtresse et de mort4 ,lorsque ,dieu jeta de nouveau ses yeux sur la terre1 il prit peur4 ,a ct des innombrables mains jointes1 on avait construit beaucoup d'glises gothiques1 de sorte que mains et toits1 galement raides et aigus1 s'avanaient vers lui comme des armes ennemies4 ,le courage de ,dieu est ailleurs4 ,il retourna dans son ciel1 et lorsqu'il eut observ que les tours et les prires nouvelles grandissaient toujours derrire lui1 il quitta ses cieux leur autre extrmit1 et chappa ainsi cette poursuite4 ,il fut lui-mme surpris de trouver au del de sa patrie rayonnante1 un commencement de tnbres qui l'accueillit en silence1 et1 pris d'un sentiment trange1 il s'enfona toujours plus avant dans cette pnombre qui lui rappelait les curs des hommes4 ,il se rappela pour la premire fois que les ttes des hommes sont claires1 mais que leurs curs sont pleins d'une obscurit toute semblable1 et il fut pris d'un dsir d'habiter le cur des hommes1 au lieu de traverser toujours cette insomnie lucide et froide de leurs penses4 ,or donc1 ,dieu a poursuivi sa route4 ,l'obscurit autour de lui se fait toujours plus paisse1 et la nuit o il s'avance a un peu de la chaleur odorante d'une glbe fertile4 ,bientt les racines se tendent vers lui avec le beau geste ancien de la large prire4 ,rien de plus sage que le cercle4 ,le ,dieu qui devant nous s'est enfui dans les cieux1 nous reviendra par la terre4 ,et1 qui sait1 peut-tre1 un jour1 lui creuserez-vous1 par hasard1 vous-mme1 sa porte444 ,l'homme la pelle dit3 --,mais c'est un conte1 cela4 --,dans notre voix1 lui rpondis-je doucement1 tout devient conte1 puisque en elle rien ne peut s'tre pass4 ,pendant quelques instants l'homme regarda devant lui4 ,puis il endossa sa veste avec des mouvements brusques et demanda3 --,nous pourrions peut-tre repartir ensemble8 ,j'approuvai de la tte4 --,je rentre4 ,nous suivons sans doute le mme chemin4 ,vous n'habitez donc pas ici8 ,il franchit la petite porte grillage1 la fit doucement tourner dans ses gonds gmissants1 et rpondit3 --,non4 ,aprs quelques pas1 il devint plus confiant4 --,vous aviez raison1 tout l'heure4 ,c'est bizarre que l'on ne trouve personne qui veuille faire cela1 ici dehors4 ,je n'y avais jamais rflchi autrefois4 ,mais maintenant que je me fais vieux1 des penses me viennent quelquefois1 d'tranges penses1 comme celle-l par exemple1 sur le ciel1 et d'autres encore4 ,la mort4 ,qu'en savons-nous8 ,en apparence tout1 et en vrit1 peut-tre rien4 ,souvent1 lorsque je travaille1 les enfants--je ne sais pas qui ils appartiennent--sont autour de moi4 ,et une de ces ides justement me prend4 ,alors je creuse comme une bte1 pour tirer toute ma force hors de ma tte et la dpenser dans mes bras4 ,la tombe devient beaucoup plus profonde que ne l'exige le rglement1 et une montagne de terre grandit ct4 ,mais les enfants se sauvent lorsqu'ils voient mes gestes sauvages4 ,ils croient que je me mets en colre4 ,il rflchit4 --,et c'est vrai que c'est une espce de colre4 ,on s'mousse1 on croit l'avoir surmonte1 et tout coup cela vous444 ,on a beau faire1 la mort est une chose incomprhensible et terrible4 ,nous suivions une longue route1 sous des arbres fruitiers qui dj avaient perdu leurs feuilles1 puis la fort commena notre gauche1 comme une nuit qui d'un instant l'autre peut nous envahir compltement4 --,je veux vous raconter une petite histoire1 proposai-je1 elle durera tout juste le temps d'aller jusqu'au village4 ,mon compagnon hocha la tte et alluma une vieille petite pipe4 ,je racontai3 --,ils taient deux1 un homme et une femme1 et ils s'aimaient4 ,s'aimer veut dire ne rien accepter de personne1 tout oublier1 et tout recevoir d'un seul homme1 tout1 ce que l'on possdait dj1 et le reste4 ,ces deux tres donc souhaitaient dpendre ainsi l'un de l'autre4 ,mais dans le temps1 dans les jours1 dans tout ce qui va et vient1 avant mme qu'on ait tabli un vrai rapport avec tout cela1 une telle manire d'aimer ne peut pas toujours tre observe jusqu'au bout2 les vnements viennent de tous les cts et le hasard leur ouvre toutes les portes4 ,le couple dcida donc de quitter le temps pour vivre dans l'ternit1 loin de tous les sons d'horloges et des bruits de la ville4 ,et l1 dans un jardin1 ils se btirent une maison4 ,cette maison avait deux portes1 l'une du ct droit1 l'autre du ct gauche4 ,la porte de droite tait celle de l'homme1 et tout ce qui tait lui devait par elle entrer dans la maison4 ,mais la porte de gauche appartenait la femme2 et tout ce qui tait du ressort de celle-ci devait passer sous le cintre de gauche4 ,il en fut ainsi4 ,celui qui1 le matin1 s'veillait le premier1 descendait et ouvrait sa porte4 ,et jusque tard dans la nuit1 bien des choses entraient1 encore que la maison ne ft pas situe au bord de la route4 ,chez ceux qui savent les recevoir1 le paysage pntre jusque dans la maison1 et la lumire1 et un vent qui porte un parfum sur ses paules1 et beaucoup d'autres choses encore4 ,des jours passs mme1 des figures et des destins entraient par les deux portes et tous trouvaient le mme accueil1 si simple qu'ils croyaient avoir toujours habit cette maison dans la lande4 ,cela dura ainsi pendant quelque temps et tous deux taient trs heureux4 ,la porte de gauche s'ouvrait un peu plus souvent1 mais par la porte de droite aussi entraient des visiteurs de couleurs plus diverses4 ,devant celle-ci1 un matin1 attendait444 la ,mort4 ,lorsqu'il l'eut aperue1 l'homme ferma vivement sa porte et la tint close pendant toute la journe4 ,aprs quelque temps la ,mort parut devant l'entre de gauche4 ,en tremblant la femme frappa la porte et en tira le large verrou4 ,ils ne se parlrent pas de cet vnement1 mais ils ouvrirent plus rarement les deux portes1 et essayrent de se contenter de ce qu'il y avait dans la maison4 ,ils vcurent ainsi plus pauvrement qu'auparavant4 ,leurs rserves fondirent et les soucis apparurent4 ,tous deux commencrent mal dormir1 et durant une de ces longues nuits d'insomnie1 l'un et l'autre1 au mme instant1 entendirent tout coup un battement trange et tranant4 ,c'tait derrire le mur de la maison1 gale distance des deux portes1 et l'on et dit que quelqu'un commenait dtacher des pierres1 pour percer une nouvelle porte au milieu du mur4 ,dans leur terreur l'homme et la femme feignirent pourtant de n'avoir rien entendu4 ,ils commencrent parler1 rire trop haut1 et lorsqu'ils furent las1 le bruit de fouilles1 dans le mur1 s'tait tu4 ,depuis cette nuit les deux portes restrent dfinitivement closes4 ,ils vcurent comme des prisonniers4 ,tous deux devinrent maladifs et furent hants par d'tranges images4 ,le bruit se renouvelle de temps en temps4 ,alors ils rient des lvres1 tandis que leurs curs trpassent presque d'effroi4 ,tous deux savent que le bruit devient toujours plus fort et plus distinct1 et ils parlent et rient toujours plus fort de leurs voix de plus en plus lasses4 ,je me tus4 --,oui1 oui1 dit l'homme qui marchait mon ct1 c'est ainsi1 cela c'est une histoire vraie4 --,je l'ai lue dans un vieux livre1 ajoutai-je1 et quelque chose de trs trange se produisit alors4 ,a la fin de la ligne o la ,mort paraissait devant la porte de la femme1 une petite toile tait dessine d'une encre plie4 ,elle regardait travers les mots comme entre des nuages1 et je pensai un instant que si les lignes se dissipaient1 il apparatrait peut-tre une infinit d'toiles1 comme cela arrive quelquefois1 lorsque1 la nuit tard1 le ciel de printemps s'claircit4 ,puis j'oubliai compltement ce fait insignifiant1 jusqu' ce que je retrouvasse1 la fin du livre1 la mme petite toile1 comme reflte dans un lac1 sur le papier lisse et satin qui couvrait l'intrieur de la reliure2 et en dessous commenaient des lignes dlies qui se perdaient1 ainsi que des vagues1 dans la ple surface miroitante4 ,l'criture tait devenue illisible en maints endroits1 mais je russis quand mme la dchiffrer4 ,voici peu prs ce que je lus3 ,j'ai lu cette histoire tant de fois et par tant de jours diffrents1 qu'il m'arrive de croire que je l'ai moi-mme crite1 de mmoire4 ,mais chez moi la suite se droule ainsi que je vais le dire3 ,la femme n'avait jamais vu la ,mort1 et1 confiante1 elle la laissa entrer4 ,la ,mort dit avec une certaine hte1 comme quelqu'un qui n'a pas une bonne conscience3 ,donne ceci ton poux4 ,et lorsque la femme leva les yeux d'un air interrogateur1 la ,mort ajouta3 ,c'est de la semence1 une trs bonne semence4 ,puis elle s'loigna sans se retourner4 ,la femme ouvrit le sachet qui tait dans sa main2 elle y trouva en effet une sorte de semence3 de petits grains durs et laids4 ,la femme pensa3 ,la semence est une chose inacheve1 future4 ,je ne veux pas donner mon poux ces grains dplaisants qui ne ressemblent en rien un cadeau4 ,je vais plutt les semer dans le parterre de notre jardin1 et voir ce qu'ils produiront4 ,alors je le conduirai devant cette plante et lui expliquerai tout4 ,ainsi fit la femme4 ,puis ils reprirent la mme vie qu'auparavant4 ,le mari qui devait toujours penser que la ,mort avait t debout devant sa porte1 commena par concevoir des craintes1 mais en voyant sa femme hospitalire et insouciante comme toujours1 lui aussi ouvrit bientt sa porte larges battants1 de sorte que beaucoup de lumire et de vie entrait dans la maison4 ,le printemps suivant1 il y eut au milieu du parterre1 entre les lis rouges1 un petit arbrisseau4 ,il avait des feuilles troites et noirtres1 lgrement pointues1 semblables celles du laurier1 et un singulier clat planait sur son obscurit4 ,l'homme se proposait chaque jour d'interroger sa femme sur la provenance de cette plante4 ,mais chaque jour il le ngligeait4 ,par un sentiment analogue1 la femme remettait d'un jour l'autre son explication4 ,mais la question rprime d'un ct et la rponse que de l'autre ct la femme n'osait jamais faire1 runissaient toujours de nouveau le couple prs de cet arbrisseau dont l'obscurit verte se distinguait si trangement du jardin4 ,lorsque vint le printemps suivant1 ils s'occuprent de ce buisson comme des autres plantes1 et s'attristrent lorsque1 entour de tant de fleurs jaillissantes1 il resta1 inchang et muet1 comme l'anne prcdente1 sourd tous les appels du soleil4 ,en ce temps ils rsolurent1 sans rien trahir l'un l'autre de leurs dcisions1 de consacrer toute leur force au troisime printemps1 et lorsque celui-ci vint1 doucement et la main dans la main1 ils accomplirent ce que chacun d'eux s'tait secrtement promis4 ,le jardin1 autour d'eux1 devenait sauvage1 et les lis rouges paraissaient plus ples qu'autrefois4 ,mais un jour qu'aprs une nuit lourde et couverte ils pntrrent dans le jardin matinal1 silencieux et rayonnant1 ils surent3 entre les feuilles noires et aigus du buisson tranger1 une fleur ple et bleue avait jailli1 intacte1 bien que dj l'enveloppe du calice se ft de tous les cts trop troite4 ,et ils taient debout devant la fleur1 unis et silencieux1 et prsent ils n'avaient vraiment plus rien se dire4 ,car ils pensaient3 maintenant la ,mort fleurit1 et ils se penchrent en mme temps pour goter le parfum de la jeune fleur4--,depuis ce matin-l tout a chang dans le monde4 ,voici ce qui tait crit dans la reliure du vieux livre1 conclus-je4 --,et qui a crit cela1 demanda l'homme4 --,une femme1 en juger par l'criture1 rpondis-je4 ,mais quoi bon chercher8 ,les lettres taient plies et un peu dmodes4 ,sans doute tait-elle morte depuis longtemps4 ,l'homme tait perdu dans ses penses4 ,enfin il avoua3 --,une simple histoire1 et qui vous touche quand mme444 --,sans doute parce que vous n'entendez que rarement des histoires1 le rassurai-je4 --,croyez-vous8 ,il me tendit sa main et je la retins4 --,mais je voudrais la redire4 ,est-ce permis8 ,j'approuvai de la tte4 --,c'est vrai que je n'ai personne1 se rappela-t-il tout coup4 ,a qui devrais-je la raconter8 --,c'est bien simple4 ,aux enfants qui parfois vous regardent travailler4 ,a qui d'autre8 ,les enfants ont enfin entendu les trois dernires histoires4 ,celle qui leur a t rpte par les nuages du soir1 en partie seulement1 si je suis bien renseign4 ,car les enfants sont petits et les nuages du soir sont par consquent trs loigns d'eux4 ,cela vaut d'ailleurs mieux pour cette histoire4 ,malgr le long discours1 suivi et bien quilibr1 de ,hans1 ils reconnatraient qu'il s'agit d'une histoire qui se passe chez des enfants1 et ils risqueraient de l'apprcier en critiques comptents4 ,or il vaut mieux qu'ils n'apprennent pas au prix de quel effort et avec quelle maladresse nous vivons les choses qui leur paraissent si aises et si simples4 ,,une ,,association ,n,e ,d',,un ,,besoin ,,imp,,rieux ,je viens seulement d'apprendre que notre pays possde aussi une sorte d'association d'artistes4 ,elle est ne rcemment1 d'un besoin1 on le devine1 imprieux1 et le bruit court qu'elle prospre4 ,car lorsque les associations ne savent pas du tout qu'entreprendre1 elles prosprent4 ,elles savent que c'est indispensable une vritable association4 ,je ne devrais pas dire que ,m4 ,baum est membre d'honneur1 fondateur1 porte-bannire1 et tout le reste en une seule personne1 et qu'il a du mal ne pas confondre ses diverses fonctions4 ,il dlgua vers moi un jeune homme qui devait m'inviter prendre part aux sances4 ,je l'en remerciai1 cela va de soi1 trs poliment1 mais ajoutai que toute mon activit1 depuis environ cinq ans1 consistait justement dans le contraire4 --,figurez-vous1 lui expliquai-je avec toute la gravit convenable1 que depuis ce temps1 il ne se passe pas une minute o je ne sorte de quelque association1 et cependant il en existe toujours encore qui me contiennent en quelque manire4 ,le jeune homme regarda mes pieds1 d'abord avec effroi1 puis avec une expression de regret dfrent4 ,sans doute discernait-on sur eux l'habitude qu'ils avaient de sortir1 car il hocha la tte comme s'il comprenait4 ,cela me plut1 et comme je devais prcisment m'en aller1 je lui proposai de m'accompagner un bout de chemin4 ,nous traversmes donc le village1 et le dpassmes1 dans la direction de la gare1 car j'avais affaire aux environs4 ,nous parlmes de bien des choses2 j'appris que le jeune homme tait musicien4 ,il me l'avait modestement confi1 car son aspect ne l'et pas trahi4 ,outre ses cheveux trs abondants1 il se distinguait par un empressement en quelque sorte bondissant4 ,durant cette promenade qui n'tait pas trs longue1 il me ramassa deux gants1 me tint mon parapluie tandis que je cherchais je ne sais plus quoi dans mes poches1 me fit remarquer en rougissant que quelque chose s'tait pris dans ma barbe1 que j'avais un grain de suie sur le nez1 et1 cependant1 ses doigts maigres s'allongeaient comme si l'envie les prenait de s'approcher de ma figure en quelque manire secourable4 ,dans son zle1 le jeune homme restait mme parfois en arrire1 et dtachait des buissons1 avec un plaisir visible1 les feuilles sches qui1 dans leur chute incertaine1 s'taient accroches quelque part4 ,je compris que par ces retards continuels il finirait par me faire manquer le train 7la gare tait encore assez loin71 et je rsolus1 pour retenir mon compagnon mon ct1 de lui raconter une histoire4 ,je commenai sans autre3 --,je suis au courant de la fondation d'une socit qui rsulta1 elle1 d'une ncessit vritable4 ,vous allez voir4 ,il n'y a pas trs longtemps1 trois peintres1 par hasard1 se rencontrrent dans une vieille ville4 ,les trois peintres1 naturellement1 ne parlrent pas d'art4 ,du moins semblait-il en tre ainsi4 ,ils passrent la soire dans l'arrire-salle d'une vieille auberge se raconter des aventures de voyage et des expriences de toute sorte2 leurs histoires devenaient de plus en plus courtes et plus littrales1 et finalement il ne resta que quelques plaisanteries qu'ils agitaient et jetaient toujours de nouveau1 de-ci de-l4 ,pour prvenir tout malentendu1 je dois d'ailleurs prciser ds maintenant qu'ils taient de vrais artistes1 des artistes en quelque sorte voulus par la nature1 et non pas des artistes de hasard4 ,cette morne soire dans cette arrire-boutique n'y peut rien changer2 du reste1 on ne tardera pas apprendre comment elle se poursuivit4 ,d'autres gens--des profanes--entrrent dans cette auberge1 les peintres se sentirent mal l'aise et partirent4 ,a l'instant o ils franchirent la porte1 ils furent d'autres hommes4 ,ils marchrent au milieu de la rue1 l'un toujours un peu l'cart de l'autre4 ,sur leurs visages il y avait encore les traces du rire1 cet trange dsordre des traits1 mais chez tous1 les yeux taient dj graves et contemplateurs4 ,soudain1 celui qui marchait au milieu heurta son voisin de droite4 ,celui-ci comprit aussitt4 ,devant eux s'ouvrait une ruelle1 troite et pleine d'une fine et chaude pnombre4 ,la ruelle montait lgrement1 de sorte que sa perspective surtout tait mise en valeur2 elle avait quelque chose d'infiniment mystrieux1 et cependant de familier4 ,les trois peintres1 pendant un instant1 se pntrrent de ce spectacle4 ,ils ne dirent rien1 car ils savaient3 dire cela1 on ne le peut4 ,s'ils s'taient faits peintres1 c'tait justement parce qu'il y a tant de choses que l'on ne peut pas dire4 ,tout coup la lune se leva quelque part1 retraa le pignon d'un trait d'argent1 et une chanson s'leva d'une cour4 --,quelle recherche d'effets vulgaires6 grommela l'homme du milieu1 et ils reprirent leur marche4 ,ils marchaient maintenant un peu plus prs l'un de l'autre1 bien qu'ils occupassent encore toute la largeur de la rue4 ,c'est ainsi qu'inopinment ils dbouchrent sur une place4 ,cette fois ce fut celui de droite qui rendit les autres attentifs4 ,sur cette scne plus large et plus libre1 la lune n'avait rien de gnant1 au contraire1 il tait presque ncessaire qu'elle ft l4 ,elle faisait paratre la place plus grande1 prtait aux maisons une vie surprenante1 comme attentive1 et le plan clair du pav tait brusquement1 sans gards1 interrompu par un puits et sa lourde ombre porte3 hardiesse qui en imposait singulirement aux peintres4 ,ils se rapprochrent et burent en quelque sorte le lait de cette atmosphre4 ,mais elle fut dsagrablement rompue4 ,des pas presss et lgers s'approchaient1 de l'obscurit du puits se dtacha une forme masculine1 accueillit ces pas et tout ce qui en faisait partie1 avec la tendresse qui est d'usage en pareille circonstance1 et la belle place1 soudain1 ne fut plus qu'une lamentable illustration dont les trois peintres comme un seul peintre se dtournrent4 --,voil de nouveau ce maudit lment anecdotique1 s'cria l'homme de droite en rsumant par cette expression correctement technique le couple d'amoureux prs du puits4 ,unis dans leur colre1 les peintres longtemps encore errrent sans but travers la ville4 ,ils dcouvraient sans cesse de nouveaux sujets1 mais toujours de nouveau s'indignaient de la faon dont n'importe quelle circonstance banale dtruisait le silence et la simplicit de chaque image4 ,vers minuit ils taient assis l'auberge1 dans la chambre de l'homme de gauche1 du cadet1 et ne pensaient pas se coucher4 ,la promenade nocturne avait veill en eux une foule de projets et d'bauches1 et comme elle leur avait en mme temps prouv qu'au fond ils taient d'un seul et mme esprit1 ils changeaient maintenant avec le plus vif intrt leurs opinions respectives4 ,on ne saurait affirmer qu'ils produisissent des phrases impeccables2 ils se dbattaient avec quelques mots qu'aucun profane n'et compris1 mais entre eux ils se faisaient si bien comprendre qu'avant quatre heures du matin aucun de leurs voisins de chambre ne put s'endormir4 ,de ce qu'ils avaient t assis ensemble si longtemps il rsulta quelque chose de rel et de visible4 ,une sorte d'association fut forme2 c'est--dire qu' la vrit elle existait dj ds l'instant que les intentions et les buts des trois peintres taient apparus si proches les uns des autres que l'on ne pouvait que difficilement les sparer4 ,la premire rsolution commune de l'association fut aussitt excute4 ,on partit pour la campagne1 trois heures de l1 et1 ensemble1 on loua une ferme4 ,car cela n'aurait eu aucun sens de rester en ville4 ,l dehors1 on voulait d'abord acqurir le style1 la certitude personnelle1 le regard1 la main1 et toutes les autres choses1 quels que soient leurs noms1 sans lesquelles un peintre peut sans doute vivre1 mais ne peut pas peindre4 ,toutes ces vertus l'union devait aider les acqurir1 l'association prcisment1 et surtout le membre d'honneur de cette association3 la nature4 ,sous le mot nature les peintres comprennent tout ce que ,dieu lui-mme a fait1 ou pourrait aussi bien avoir fait1 dans certaines circonstances4 ,une clture1 une maison1 un puits1 toutes ces choses sans doute sont le plus souvent d'origine humaine4 ,mais pourvu qu'elles restent debout dans le paysage assez longtemps pour adopter certaines qualits des arbres1 des buissons et de tout leur entourage1 elles passent en quelque sorte dans la possession de ,dieu1 et1 ainsi1 deviennent en mme temps la proprit du peintre4 ,car ,dieu et l'artiste ont la mme fortune et la mme pauvret1 cela dpend des jours4 ,or1 en la nature qui s'tendait autour de la ferme commune1 ,dieu ne croyait certainement pas possder une richesse particulire4 ,mais avant qu'un long temps se ft coul1 les peintres lui firent entendre raison4 ,la rgion tait plate1 cela tait indniable4 ,mais la profondeur de ses ombres et l'altitude de ses lumires craient des abmes et des sommets1 entre lesquels une infinit de nuances moyennes correspondaient ces rgions de vastes pturages et de terres fertiles qui font la valeur matrielle d'une rgion montagneuse4 ,il n'y avait que peu d'arbres1 et qui taient tous de la mme espce1 du point de vue botanique tout au moins4 ,mais par les sentiments qu'ils exprimaient1 par la nostalgie de telle ou telle branche1 par la tendre dfiance du tronc1 ils apparaissaient comme une foule d'tres individuels1 et plus d'un pr tait une personnalit qui rservait aux peintres une surprise aprs l'autre1 par la multiplicit et la profondeur de son caractre4 ,l'enthousiasme tait si grand1 et l'on se sentait si un dans ce travail1 qu'il ne faut pas attacher d'importance ce fait qu'aprs six mois chacun des peintres s'installa dans sa propre maison2 cela ne tenait certainement qu' des raisons de commodit4 ,pourtant je dois mentionner ici un autre vnement4 ,les peintres voulurent en quelque manire fter le premier anniversaire de leur association qui1 en si peu de temps1 avait produit tant de bonnes choses1 et chacun1 dans ce but1 dcida de peindre en secret les maisons des autres4 ,certain jour1 ils se runirent1 chacun apportant son tableau4 ,il arriva que justement ils s'entretinrent de leurs habitations respectives1 des situations de celles-ci1 des besoins auxquels chacune rpondait1 etc4 ,ils s'animrent assez et il arriva que la conversation fit oublier1 tous1 les tableaux qu'ils avaient apports1 et que chacun se retrouva chez soi1 tard dans la nuit1 avec son paquet intact4 ,comment cela put arriver1 je le conois difficilement4 ,mais durant le temps qui suivit encore1 ils ne se montrrent pas davantage leurs tableaux1 et lorsque l'un rendait visite l'autre 7ces visites d'ailleurs1 par suite de l'excs de travail1 se faisaient de plus en plus rares7 il trouvait sur le chevalet de son ami les bauches de ce premier temps pendant lequel ils avaient habit ensemble la mme ferme4 ,un jour cependant1 l'homme de droite 7il habitait maintenant la droite des autres1 de sorte que nous continuerons l'appeler ainsi71--l'homme de droite1 dis-je1 dcouvrit chez celui que j'ai nomm le cadet1 l'un de ces tableaux d'anniversaire dont rien n'avait encore trahi l'existence4 ,il le regarda durant un moment d'un air mditatif1 s'approcha de la lumire et clata soudain de rire3 --,tiens1 tiens1 je ne savais pas cela4 ,tu n'as pas trop mal compris ma maison4 ,une caricature vraiment spirituelle6 ,avec ces exagrations dans la forme et dans la couleur1 avec ce dveloppement hardi de mon pignon1 qui est en effet un peu trop marqu1 il y a quelque chose l-dedans4 ,le cadet ne prit pas une de ses mines les plus seyantes1 au contraire2 dans son dsarroi il se rendit chez l'homme du centre pour se faire rassurer par celui qui des trois tait le plus rflchi1 car aprs de tels incidents il tait toujours dcourag et enclin douter de ses dons4 ,il ne rencontra pas le peintre1 et fouilla un peu dans l'atelier4 ,un tableau tout coup lui tomba sous les yeux qui le repoussait singulirement4 ,c'tait un fou1 un vrai fou qui devait habiter une maison comme celle-ci4 ,cette faade6 ,celui qui l'avait construite ne devait avoir aucune notion d'architecture1 et ses pauvres ides picturales1 il les avait mises dans ce btiment4 ,soudain le cadet rejeta le tableau comme s'il s'y tait brl les doigts4 ,a gauche1 au bord de l'image il avait lu la date de leur premier anniversaire1 et1 ct3 ,la maison de notre cadet4 ,naturellement1 il n'attendit pas plus longtemps le matre de la maison et retourna chez soi1 assez mal dispos4 ,le cadet et l'homme de droite1 depuis lors1 taient devenus prudents4 ,ils se choisissaient des sujets trs carts et bien entendu ne songeaient plus prparer quoi que ce ft pour le deuxime anniversaire de leur association si heureuse et si utile4 ,cependant1 avec d'autant plus de zle1 l'homme du milieu qui ne se doutait de rien1 travaillait la peinture d'un sujet tout voisin de la maison de l'homme de droite4 ,un sentiment indtermin le dtournait de prendre la maison elle-mme pour thme de son tableau4 ,lorsqu'il porta l'homme de droite la peinture acheve1 celui-ci se montra singulirement rserv1 n'y jeta qu'un coup d'il rapide et fit quelques remarques qui ne la concernaient pas4 ,puis1 aprs un instant1 il dit3 --,au fait1 je ne savais pas que tu avais fait un si long voyage1 ces derniers temps8 --,comment1 un voyage8 ,o cela8 ,l'homme du milieu ne comprenait pas un mot4 --,mais ce solide travail que voici1 rpondit l'autre1 videmment un sujet hollandais4 ,l'homme du milieu clata de rire3 --,exquis6 ,ce sujet hollandais est devant ta porte4 ,et il ne voulait plus se calmer4 ,mais l'associ1 lui1 ne riait pas1 ne riait pas du tout4 ,il se fora sourire et dit3 --,une bonne plaisanterie4 --,mais pas du tout4 ,ouvre donc la porte1 je te montrerai tout de suite444 ,et l'homme du milieu1 lui-mme1 se dirigeait dj vers la porte4 --,halte1 commanda le matre de la maison1 je te dclare ici que je n'ai jamais vu ce pays et que je ne le verrai jamais1 parce que pour mon il il n'est mme pas capable d'exister4 --,mais1 fit l'homme du milieu1 tonn4 --,tu insistes8 poursuivit l'homme de droite1 irrit4 ,bien1 je pars en voyage aujourd'hui mme4 ,tu m'obliges partir1 car je ne veux pas vivre dans ce pays4 ,compris8 ,ces paroles mirent fin leur amiti1 mais non pas l'association2 car jusqu' ce jour elle n'a pas t dissoute conformment aux statuts4 ,personne n'y a pens1 et l'on a pleinement raison de dire qu'elle s'est propage sur la terre entire4 --,c'est1 de nouveau1 m'interrompit le jeune homme prvenant qui ne cessait de faire la petite bouche1 un de ces formidables succs de la vie cooprative2 de grands matres sont certainement sortis de cette alliance troite444 --,permettez1 le priai-je1 et tout coup il pousseta de nouveau ma manche1 ce n'tait l en quelque sorte que l'introduction de mon conte bien qu'elle soit en ralit beaucoup plus complique que l'histoire elle-mme4 ,je disais donc que l'association s'est propage sur toute la terre1 et c'est un fait4 ,ses trois membres se dispersrent1 pris d'un vritable effroi4 ,nulle part ils ne pouvaient plus trouver de repos4 ,chacun craignait toujours que l'autre ne pt reconnatre encore un morceau de son pays et le profaner par sa criminelle image1 et lorsque tous trois furent parvenus aux trois points opposs de la priphrie terrestre1 chacun d'eux eut en mme temps la pense dsesprante que le ciel aussi1 son ciel1 pniblement conquis par son individualit croissante1 pouvait encore tre atteint par les autres4 ,a cette seconde de suprme branlement ils commencrent1 tous les trois en mme temps1 marcher reculons avec leurs chevalets1 et cinq pas plus loin1 ils seraient tombs du bord de la terre dans l'infini1 et peu s'en fallait qu'ils ne dussent dsormais accomplir une vitesse vertigineuse la double rotation autour de la terre et du soleil4 ,mais ,dieu distingua ce danger et au dernier moment 7qu'et-il d'ailleurs fait d'autre87 il parut au milieu du ciel4 ,les trois peintres eurent peur4 ,ils dressrent leur chevalet et reprirent leur palette4 ,cette occasion1 vraiment1 il ne fallait pas la manquer4 ,le bon ,dieu n'apparat pas tous les jours1 et pas n'importe qui4 ,et chacun des peintres croyait naturellement que ,dieu n'tait que devant lui seul4 ,au reste1 ils se plongrent de plus en plus dans ce captivant travail4 ,et chaque fois que ,dieu veut se retirer dans le ciel1 saint ,luc le prie de rester encore un instant1 jusqu' ce que les trois peintres aient fini leur image4 --,et ces messieurs ont sans doute dj expos1 peut-tre mme dj vendu8 demanda le musicien de sa voix la plus douce4 --,que pensez-vous8 niai-je1 ils peignent toujours encore ,dieu1 et le peindront sans doute jusqu' leur propre mort4 ,mais si--ce qui n'est pas tout fait exclu--ils devaient encore une fois se rencontrer dans leur existence1 et s'ils se montraient les images que dans l'intervalle ils ont peintes de ,dieu1 qui sait8 peut-tre se distingueraient-elles peine l'une de l'autre4 ,mais nous arrivions la gare4 ,je n'avais plus que cinq minutes4 ,je remerciai le jeune homme de sa compagnie et lui souhaitai tout le bonheur possible pour la jeune association qu'il reprsentait si brillamment4 ,en tapotant de l'index1 il enlevait la poussire des accoudoirs de la petite salle d'attente1 et semblait perdu dans ses penses4 ,je dois avouer que je me flattais dj que ma petite histoire l'et fait rflchir4 ,lorsque1 avant de partir1 il m'eut encore tir un fil rouge de mes gants1 la reconnaissance m'inspira ce conseil3 --,d'ailleurs vous pouvez rentrer travers champs2 c'est beaucoup plus court que par la route4 --,pardonnez-moi1 s'inclina le complaisant jeune homme1 je suivrai la route4 ,j'essaie justement de me rappeler l'endroit4 ,tandis que vous aviez l'amabilit de me dire des paroles vraiment significatives1 j'ai remarqu dans un champ un pouvantail1 dans un vieil habit1 dont une manche1 m'a-t-il sembl1 tait reste accroche au piquet1 et ne flottait plus4 ,je me sens donc en quelque sorte le devoir de rendre mon petit tribut aux intrts communs de l'humanit1 qui m'apparat aussi comme une sorte d'association o chacun a une tche remplir1 en restituant cette manche sa vritable fonction1 c'est--dire1 de flotter444 ,le jeune homme prit cong avec le plus gracieux sourire4 ,mais peu s'en fallut que je n'eusse manqu mon train4 ,des fragments de cette histoire ont t chants par le jeune homme l'une des sances de l'association4 ,dieu sait qui lui en aura invent la musique4 ,m4 ,baum1 le prsident1 l'a porte aux enfants1 et les enfants en ont retenu quelques mlodies4 ,,le ,,mendiant ,,et ,,la ,,fi,,re ,,demoiselle ,le hasard voulut que nous fussions1 ,m4 l',instituteur et moi1 tmoins du petit vnement que voici3 ,il y a parfois chez nous1 aux abords de la fort1 un vieux mendiant4 ,aujourd'hui encore il tait l1 plus pauvre et plus misrable que jamais1 et l'on avait peine le distinguer des lattes de la clture vermoulue contre laquelle il s'appuyait4 ,mais il arriva qu'une toute petite fille courut lui pour lui donner une picette de monnaie4 ,cela n'tait en soi nullement fait pour tonner1 mais surprenante tait la manire dont elle s'en acquitta4 ,elle fit une jolie petite rvrence1 tendit vite son aumne au vieillard1 comme si personne ne devait s'en apercevoir1 s'inclina derechef1 et disparut4 ,mais ces deux petites rvrences taient au moins dignes d'un empereur4 ,ceci parut irriter tout particulirement ,m4 l',instituteur4 ,il voulut se diriger vers le mendiant1 probablement pour le chasser2 car1 on le sait1 il appartient au comit de l'uvre des pauvres et il est un adversaire rsolu de la mendicit4 ,je le retins4 --,mais ces gens-l sont secourus1 oui1 on peut mme dire1 pourvus de tout le ncessaire1 s'emporta-t-il4 ,s'ils s'obstinent mendier en pleine rue1 c'est tout simplement444 de l'insolence4 --,cher monsieur1 tentai-je de l'apaiser1 mais il continuait m'entraner vers la lisire du bois4 ,monsieur l',instituteur1 insistai-je1 il faut que je vous raconte une histoire4 --,est-ce si press8 demanda-t-il d'un air venimeux4 ,je pris sa question la lettre4 --,oui1 trs urgent1 rpliquai-je4 ,avant que vous ayez oubli ce que nous venons de voir1 tout fortuitement4 ,l'instituteur se mfiait de moi depuis ma dernire histoire4 ,je lus cela sur sa figure et le rassurai3 --,non1 il n'y est pas question du bon ,dieu4 ,le bon ,dieu n'y figure pas du tout1 c'est quelque chose d'historique4 ,ce disant1 j'avais gagn la partie4 ,il suffit de prononcer le mot historique pour que les oreilles d'un instituteur s'ouvrent4 ,car l'histoire est une chose particulirement estimable1 inoffensive et d'ailleurs susceptible d'tre utilise dans un but pdagogique4 ,je vis que l'instituteur essuyait de nouveau ses lunettes1 ce qui signifiait que ses facults visuelles s'taient portes dans ses oreilles1 et adroitement j'en conclus qu'il fallait profiter de cette minute favorable4 ,je commenai3 --,c'tait ,florence4 ,lorenzo de ,medicis1 qui1 trs jeune1 ne rgnait pas encore1 venait d'imaginer son pome3 ,trionfo di ,bacco e ,arianna1 et dj tous les jardins en rsonnaient4 ,il y avait encore en ce temps-l des posies vivantes4 ,des tnbres du pote1 elles montaient dans les voix1 et voguaient sur elles1 comme sur des canots d'argent1 sans crainte1 vers l'inconnu4 ,le pote commenait une chanson1 et tous ceux qui la chantaient1 l'achevaient4 ,dans le ,trionfo1 comme dans la plupart des posies de ce temps1 la vie tait clbre1--la vie1 ce violon aux cordes lumineuses et chantantes1 sur le fond obscur qu'est le bruissement du sang4 ,les strophes ingales montent dans une gat enivrante1 mais chaque fois qu'elle est bout de souffle1 un refrain reprend1 simple et bref1 qui descend de cette hauteur vertigineuse1 et1 effray par l'abme1 semble fermer les yeux4 ,ce refrain disait3 ,que belle est la jeunesse qui nous rjouit4 ,comment la retenir8 ,elle fuit et regrette4 ,qui veut tre joyeux1 le soit donc aujourd'hui1 ,car pour demain il n'y a nulle certitude4 ,peut-on s'tonner que les hommes qui chantaient cette chanson aient t pris d'une hte1 d'un besoin de dresser toutes les ftes sur ce prsent1 sur le seul rocher sur lequel il valt la peine de btir8 ,et c'est ainsi encore que l'on peut expliquer cette foule de figures qui se pressent sur les tableaux des peintres florentins qui s'efforaient de runir dans une seule image tous les princes et les femmes et les amis1 car on peignait lentement1 et qui pouvait savoir si au temps du prochain tableau tout serait encore aussi jeune1 aussi multicolore et aussi uni4 ,cette impatience s'exprimait naturellement avec le plus d'vidence chez les jeunes gens4 ,les plus brillants d'entre eux taient assis ensemble1 aprs un banquet1 sur la terrasse du ,palazzo ,strozzi1 et ils s'entretenaient des jeux qui devaient avoir lieu prochainement devant l'glise ,santa ,croce4 ,un peu l'cart1 dans une loggia1 se tenait ,palla degli ,albizzi1 avec son ami ,tomaso1 le peintre4 ,ils semblaient discuter avec une animation croissante1 jusqu' ce que ,tomaso s'crit tout coup3 --,cela tu ne le fais pas1 je parie que tu ne le fais pas4 --,qu'avez-vous8 s'informa ,gaetano ,strozzi1 et il s'approcha avec quelques amis4 ,tomaso expliqua3 --,palla veut s'agenouiller la fte devant ,beatrice ,altichieri1 la fire1 et la prier de lui permettre de baiser le bord poussireux de sa robe4 ,tous clatrent de rire1 et ,leonardo1 de la maison ,ricardi1 fit observer3 --,palla rflchira2 il sait que les plus belles femmes ont pour lui un sourire qu'on ne leur voit jamais ailleurs4 ,et un autre ajouta3 --,d'ailleurs ,beatrice est encore si jeune4 ,ses lvres sont encore d'une fermet trop purile pour sourire4 ,c'est pourquoi elle semble si fire4 --,non1 rpliqua ,palla degli ,albizzi1 avec une violence excessive4 ,sa jeunesse n'est pas la cause de sa fiert4 ,elle est fire comme une pierre entre les mains de ,michel-,ange1 fire comme une fleur sur une image de madone1 fire comme un rayon de soleil qui traverse des diamants4 ,gaetano ,strozzi l'interrompit avec quelque svrit3 --,et toi1 ,palla1 n'es-tu pas orgueilleux aussi8 ,a t'entendre1 on dirait que tu veux te mler aux mendiants qui l'heure des vpres attendent dans la cour de la ,santissima ,annunziata que ,beatrice ,altichieri1 le visage dtourn1 leur fasse l'aumne4 --,cela aussi1 je le ferai1 s'cria ,palla1 qui1 les yeux brillants1 se fraya un chemin entre ses amis1 dans la direction de l'escalier1 et disparut4 ,tomaso voulut le suivre4 --,laisse1 intervint ,strozzi1 il faut qu'il reste seul prsent4 ,il deviendra plus vite raisonnable4 ,puis les jeunes gens se dispersrent dans les jardins4 ,ce soir-l1 comme les autres1 une vingtaine de mendiants et de mendiantes attendaient les vpres dans la cour de la ,santissima ,annunziata4 ,beatrice1 qui les connaissait tous par leurs noms1 et allait mme parfois chez les enfants et les malades1 dans les pauvres maisons de la ,porta ,san ,nicolo1 avait coutume de donner chacun d'eux1 en passant1 une petite monnaie d'argent4 ,aujourd'hui elle semblait devoir venir en retard2 dj les cloches avaient appel et il n'y avait plus que quelques filaments de leur son qui pendaient des tours sur le crpuscule4 ,il y eut un mouvement d'inquitude parmi les pauvres1 provoqu aussi par la prsence d'un mendiant inconnu1 qui s'tait gliss dans l'ombre du portail de l'glise1 et1 jalousement1 ils s'apprtaient le chasser1 lorsqu'une jeune fille1 vtue d'une robe noire presque semblable un vtement de nonne1 parut dans la cour1 et1 arrte par sa bont1 alla de l'un l'autre1 tandis qu'une de ses suivantes tenait ouverte une bourse o elle puisait ses petits dons4 ,les mendiants tombrent genoux1 sanglotrent1 et1 la dure d'une seconde1 essayrent de poser leurs doigts fans sur la trane de la robe efface de leur bienfaitrice1 ou baisrent son bord extrme de leurs lvres mouilles et balbutiantes4 ,beatrice avait parcouru tout le rang2 aucun de ses pauvres familiers n'avait manqu l'aumne4 ,mais1 soudain1 elle aperut1 sous l'ombre du portail1 une autre forme trangre1 vtue de haillons1 et prit peur4 ,elle fut prise d'un trouble4 ,tous ses autres pauvres1 elle les avait connus ds son enfance1 et leur faire l'aumne tait devenu pour elle un acte naturel1 comme de laisser tremper ses doigts dans les coupes de marbre1 pleines d'eau bnite1 qui sont places l'entre de toutes les glises4 ,mais jamais encore elle n'avait imagin qu'il pt y avoir des mendiants trangers2 comment pouvait-on s'arroger le droit de leur faire l'aumne sans avoir mrit la confiance de leur pauvret par la connaissance qu'on en avait8 ,n'et-ce pas t une prsomption inoue que de faire la charit un inconnu8 ,et tandis que ces sentiments obscurs se disputaient son cur1 la jeune fille passa ct du nouveau mendiant1 comme si elle ne l'avait pas remarqu1 et pntra dans l'glise haute et frache4 ,mais lorsque vint l'instant du recueillement1 elle ne put se souvenir d'aucune prire4 ,la peur l'envahit qu'elle pt ne plus retrouver le pauvre homme prs du portail1 la sortie des vpres1 et qu'elle n'et rien fait pour adoucir sa misre1 alors qu'tait si proche la nuit qui rend toute pauvret plus dnue et plus triste que le jour4 ,beatrice fit signe celle de ses compagnes qui portait la bourse et se dirigea avec elle vers l'entre4 ,le vide1 dans l'intervalle1 s'y tait fait2 mais l'tranger tait toujours encore l et1 appuy une colonne1 semblait prter l'oreille au chant qui1 trangement lointain1 venait de l'glise comme d'un ciel4 ,son visage tait presque entirement voil1 ainsi que c'est parfois le cas chez des lpreux qui ne dcouvrent leurs hideuses blessures que lorsqu'on est debout prs d'eux et qu'ils sont srs que la piti et le dgot parleront galement en leur faveur4 ,beatrice hsita4 ,elle tenait elle-mme la petite bourse dans ses mains et elle n'y sentait que quelques pices4 ,mais prenant une soudaine dcision1 elle alla vers le mendiant et1 d'une voix incertaine1 un peu chantante1 sans dtacher ses regards fuyants de ses propres mains1 elle dit3 --,ce n'est pas pour vous blesser1 monsieur444 ,ne suis-je pas1 si je ne me trompe1 votre dbitrice8 ,votre pre1 je crois1 a fait dans notre maison1 cette belle grille en fer repouss1 vous savez1 qui orne notre escalier4 ,plus tard1 un jour1 j'ai trouv dans la chambre444 o il avait coutume de travailler444 quelque bourse444 je pense qu'il l'a perdue444 certainement4 ,mais le mensonge maladroit de ses lvres poussa la jeune fille genoux devant l'tranger4 ,elle dposa la bourse en brocart dans ses mains caches par le manteau1 et balbutia3 --,pardonnez444 ,beatrice sentit encore que le mendiant tremblait4 ,puis elle s'enfuit4--,l'histoire est finie4 ,messire ,palla degli ,albizzi resta dans ses haillons4 ,il donna tous ses biens et parcourut le pays1 pauvre et pieds nus4 ,on dit que plus tard il a habit les environs de ,subiaco4 --,quels temps1 quels temps6 dit l'instituteur4 ,a quoi bon tout cela8 ,il allait devenir un dbauch et cet vnement a fait de lui un vagabond1 un maniaque4 ,plus personne aujourd'hui ne parle sans doute de lui4 --,si1 rpondis-je discrtement1 son nom est quelquefois cit dans les grandes litanies catholiques parmi les intercesseurs1 car il est devenu un saint4 ,cette histoire aussi1 les enfants l'ont entendue1 et la colre de ,m4 l',instituteur1 ils prtendent qu'en elle aussi le bon ,dieu figure4 ,j'en suis moi-mme un peu surpris2 car j'avais promis l'instituteur de lui raconter une histoire sans ,dieu4 ,mais les enfants--c'est vrai--doivent le savoir mieux que nous4 ,,une ,,histoire ,,racont,e ,a ,l',,obscurit ,j'allais endosser mon manteau et me rendre chez mon ami ,ewald4 ,mais je m'tais oubli sur un livre1 un vieux livre du reste1 et le soir tait tomb comme vient le printemps en ,russie4 ,un instant plus tt1 la chambre tait claire jusque dans les recoins les plus loigns1 et voici que toutes les choses semblaient n'avoir jamais connu que le crpuscule2 partout s'ouvraient de grandes fleurs1 et un clat glissait autour de leurs calices de velours1 comme sur des ailes de libellule4 ,le paralytique n'tait certainement plus sa fentre4 ,je restai donc chez moi4 ,qu'avais-je projet de lui raconter8 ,je ne le savais plus4 ,mais un instant plus tard1 je sentis que quelqu'un attendait de moi cette histoire perdue1 un homme solitaire peut-tre1 qui tait assis loin d'ici1 la fentre de sa chambre sombre1 ou peut-tre cette obscurit elle-mme qui nous entourait1 moi et les choses4 ,ainsi se fit-il que je commenai de raconter l'obscurit4 ,et elle se penchait toujours plus profondment sur moi1 de sorte que je pouvais parler de plus en plus bas1 prcisment comme il le fallait pour mon histoire4 ,celle-ci se droule du reste dans le prsent et commence4 ,aprs une longue absence1 le docteur ,georges ,lassmann rentrait dans sa petite patrie4 ,il n'y avait jamais possd grand'chose1 et prsent deux surs vivaient seules encore dans sa ville d'origine1 toutes deux maries1 et1 semblait-il1 bien maries4 ,les revoir aprs douze annes1 tel tait le but de son voyage4 ,du moins le croyait-il4 ,mais la nuit1 tandis que dans le train bond il ne pouvait pas dormir1 il lui apparut qu'en ralit il venait pour son enfance1 et esprait en retrouver quelque chose dans les vieilles rues3 un porche1 une tour1 un puits1 n'importe quelle occasion de joie ou de tristesse en laquelle il se reconnatrait4 ,on se perd si facilement dans la vie4 ,plusieurs choses justement lui revenaient3 le petit logement dans la rue ,heinrich1 avec les loquets luisants et les planchers peinturs1 les meubles pargns et ses parents1 ces deux hommes uss1 presque dfrents leur gard2 les jours de semaine rapides et presss1 puis les dimanches qui semblaient des salles vides1 les rares visites que l'on recevait en riant ou avec timidit1 le piano dsaccord1 le vieux canari1 le fauteuil hrit dans lequel il n'tait pas permis de s'asseoir1 un anniversaire1 un oncle qui vient de ,hambourg1 un thtre de marionnettes1 un orgue de ,barbarie1 une invitation d'enfants1 et quelqu'un appelle3 ,clara4 ,le docteur est sur le point de s'endormir4 ,on est arrt dans une gare1 des lumires passent1 et le marteau attentif prouve les roues qui rsonnent4 ,et c'est comme3 ,clara1 ,clara4 ,clara1 rflchit le docteur1 tout fait veill prsent1 quoi donc ,clara8 ,et aussitt il sent un visage1 un visage d'enfant1 avec des cheveux blonds et lisses4 ,non pas qu'il puisse le dcrire1 mais il a le sentiment de quelque chose de silencieux1 de faible1 de dvou1 d'une paire d'troites paules de fillette1 comprimes encore par une robe dcolore au lavage1 et il va inventer un visage--mais voici qu'il sait dj qu'il n'a pas besoin de l'inventer1 le visage est l1 ou plutt1 il tait l1 autrefois4 ,ainsi le docteur ,lassmann se souvient-il de ,clara1 son unique compagne de jeux1 non sans peine4 ,jusqu' l'poque o on l'envoya dans un internat1 vers l'ge de dix ans1 il avait partag avec elle tout ce qui lui advenait4 ,clara n'avait ni frres ni surs1 et il en avait aussi peu qu'elle2 car ses surs anes ne s'occupaient pas de lui4 ,mais depuis lors1 il ne s'tait plus jamais inform d'elle4 ,comment tait-ce donc possible8 ,il s'appuya en arrire4 ,elle tait une enfant pieuse1 se souvint-il encore1 avant de se demander une fois de plus3 qu'a-t-elle bien pu devenir8 ,pendant quelque temps il fut tourment par la pense qu'elle pt tre morte4 ,une angoisse infinie l'envahit dans le compartiment troit et comble2 tout semblait confirmer cette supposition3 elle tait une enfant dbile1 elle n'avait pas t choye chez elle1 elle pleurait souvent2 srement1 elle tait morte4 ,le docteur ne supporta pas plus longtemps cette pense2 il drangea quelques dormeurs et sortit dans le couloir du wagon4 ,l il ouvrit une glace et regarda dans le noir o dansaient des tincelles4 ,il se sentit plus calme4 ,et lorsque1 plus tard1 il eut rejoint son compartiment1 il s'y endormit malgr sa position incommode4 ,la rencontre avec ses deux surs maries ne se droula pas sans quelque gne4 ,tous trois semblaient avoir oubli combien loin ils taient toujours demeurs les uns des autres1 malgr leur troite parent1 et ils essayrent d'abord de se comporter en frre et surs4 ,mais bientt ils se rfugirent d'un accord tacite dans ce ton neutre et poli que la socit a spcialement cr pour servir en de telles circonstances4 ,lassmann tait chez sa plus jeune sur dont le mari occupait une situation particulirement enviable3 il tait industriel et de plus portait le titre de conseiller imprial4 ,aprs le quatrime plat du dner1 le docteur demanda3 --,dis-moi1 ,sophie1 qu'est donc devenue ,clara8 --,quelle ,clara8 --,je ne puis retrouver son nom de famille4 ,la petite1 tu sais1 la fille du voisin avec laquelle j'ai jou comme enfant4 --,ah1 tu veux dire ,clara ,sllner8 --,sllner1 c'est juste1 ,sllner4 ,je me rappelle maintenant4 ,le vieux ,sllner1 n'tait-ce pas cet affreux vieillard1--mais qu'est devenue ,clara8 ,la sur hsita4 --,elle s'est marie1--d'ailleurs elle vit trs l'cart4 --,oui1 fit ,m4 le ,conseiller1 et son couteau glissa en crissant sur l'assiette1 trs l'cart4 --,tu la connais aussi8 demanda le docteur1 tourn vers son beau-frre4 --,oui444i444i1 trs superficiellement2 elle est assez connue ici4 ,les deux poux changrent un regard d'entente mutuelle4 ,le docteur supposa que pour une raison quelconque il devait leur tre dsagrable de parler de cela1 et n'insista pas4 ,en revanche1 ,m4 le ,conseiller montra d'autant plus d'empressement reprendre ce sujet lorsque sa femme eut laiss les messieurs prendre seuls leur caf noir4 --,cette ,clara1 interrogea-t-il avec un sourire malicieux1 et il considra les cendres de son cigare qui tombaient dans le cendrier en argent1 elle tait cependant1 parat-il1 une enfant tranquille et mme plutt laide8 ,le docteur se tut4 ,m4 le ,conseiller se rapprocha de lui avec un air confidentiel4 --,quelle affaire6 ,n'en as-tu jamais recueilli des chos8 --,tu sais bien que je n'ai parl personne4 --,pourquoi1 parl8 sourit finement le conseiller4 ,tu aurais pu le lire mme dans les journaux4 --,quoi donc8 demanda le docteur nerveusement4 --,voil1 elle lui a brl la politesse1--cette phrase surprenante suivit une bouffe de fume1 et l'industriel en attendait prsent l'effet1 avec un bien-tre infini4 ,mais cet effet produit ne sembla pas lui plaire4 ,il prit un air proccup1 se redressa1 et commena sur un autre ton1 objectif1 et comme offens3 --,hum1 on l'avait marie ,lehr1 l'architecte4 ,tu ne dois plus l'avoir connu4 ,pas vieux du tout1 de mon ge4 ,riche1 trs convenable1 tu sais1 tout fait convenable4 ,elle n'avait pas le sou1 elle n'tait pas jolie1 aucune ducation1 bref444 ,c'est vrai que l'architecte ne voulait pas une grande dame1 mais une modeste mnagre4 ,voil que ,clara1--on la recevait partout1 dans le meilleur monde1 on lui tmoignait beaucoup de bienveillance1 vraiment1 oui1 on se conduisait comme il faut1 elle aurait donc facilement pu se faire une situation1 n'est-ce pas8--voil donc que ,clara--un jour1 peine deux ans aprs la noce--partie pour ne plus revenir6 ,tu peux te reprsenter cela3 partie6 ,partie1 o8 ,en ,italie4 ,un petit voyage de plaisir1 naturellement pas seule4 ,pendant toute l'anne prcdente dj1 nous ne l'avions plus invite1--comme si nous avions pressenti cela4 ,l'architecte1 mon ami1 un homme d'honneur1 un homme444 --,et ,clara8 l'interrompit le docteur en se levant4 --,ah oui4 ,eh bien1 le chtiment du ciel l'a atteinte4 ,donc l'homme en question--on dit que c'est un artiste1 n'est-ce pas8--un oiseau volage1 comme cela1 pour la frime1 n'est-ce pas8444 ,donc1 lorsqu'ils furent de retour ,munich3 adieu1 et on ne l'a plus revu4 ,la voici1 avec son enfant sur les bras4 ,le docteur ,lassmann arpenta la chambre d'un air agit3 --,a ,munich8 --,oui1 ,munich1 rpondit le conseiller en se levant son tour4 ,on prtend d'ailleurs qu'elle mne l une existence trs misrable4 --,que veut dire trs misrable8 --,mon ,dieu1 pcuniairement1 fit le conseiller en regardant son cigare1 et puis1 en gnral444 n'est-ce pas8 une de ces existences444 ,soudain1 sa main soigne se posa sur l'paule de son beau-frre1 sa voix gloussa de plaisir4 --,tu ne sais pas8 ,on prtend mme qu'elle vit de444 ,le docteur se retourna brusquement et se dirigea vers la porte4 ,m4 le ,conseiller1 dont la main tait retombe de l'paule de son beau-frre1 mit dix bonnes minutes se remettre de sa stupfaction4 ,puis il alla chez sa femme1 et dit avec mauvaise humeur3 --,j'ai toujours dit que ton frre tait un drle de corps4 ,et celle-ci1 qui venait de faire un petit somme1 billa d'un air paresseux3 --,mon ,dieu1 oui4 ,quinze jours aprs1 le docteur partit4 ,il avait appris tout coup qu'il devait chercher sa jeunesse ailleurs4 ,a ,munich1 il trouva dans le livre d'adresse3 ,clara ,sllner1 ,schwabing1 telle rue1 tel numro4 ,il annona sa visite1 et se mit en route4 ,une femme lance l'accueillit dans une chambre pleine de lumire et de bont4 --,georg1 et vous vous souvenez encore de moi8 ,le docteur s'tonna4 ,puis il dit3 --,c'est donc vous1 ,clara1 c'est bien vous8 ,elle tint sa figure calme au front pur tout fait immobile1 comme pour lui donner le temps de la reconnatre4 ,cela dura longtemps4 ,enfin le docteur sembla avoir trouv quelque chose qui lui prouvait que son ancienne compagne de jeux tait vraiment devant lui4 ,il chercha encore une fois sa main et la serra2 puis il l'abandonna lentement et regarda autour de lui dans la chambre4 ,elle ne semblait rien contenir de superflu4 ,a la fentre1 une table1 garnie de livres et de manuscrits1 laquelle ,clara avait d travailler4 ,la chaise tait encore dplace4 --,vous avez crit8 et le docteur sentit combien absurde tait cette question4 ,mais ,clara rpondit1 sans gne aucune3 --,oui1 je traduis4 --,pour l'impression8 --,oui1 dit ,clara1 simplement1 pour un diteur4 ,georg aperut au mur quelques reproductions d'uvres italiennes4 ,l'une d'elles tait le ,concert de ,giorgione4 --,vous aimez ceci8 ,il s'approcha de l'image4 --,et vous8 --,je n'ai jamais vu l'original2 il est ,florence1 n'est-ce pas8 --,au palais ,pitti4 ,il faut que vous y alliez4 --,tout exprs8 --,tout exprs4 ,une libre et simple gaiet planait sur eux4 ,le docteur leva des yeux pensifs4 --,qu'avez-vous1 ,georg1 ne voulez-vous pas vous asseoir8 --,je suis triste1 hsita-t-il4 ,je croyais444 mais vous n'tes pas du tout dans le besoin4 ,clara sourit4 --,vous avez entendu mon histoire8 --,oui1 c'est--dire444 --,oh1 l'interrompit-elle vite1 ce n'est pas la faute des hommes1 s'ils en parlent autrement4 ,les choses que nous vivons1 ne peuvent souvent s'exprimer1 et quiconque les raconte quand mme1 doit ncessairement commettre des erreurs4 ,silence4 ,puis le docteur3 --,qu'est-ce qui vous a rendue si bonne8 --,tout1 dit-elle avec une chaleur douce4 --,mais pourquoi demandez-vous cela8 --,parce que444 parce que vous auriez d devenir au contraire dure4 ,vous tiez une enfant si faible1 si abandonne2 de telles enfants deviennent plus tard1 ou endurcies1 ou444 --,ou meurent1 voulez-vous dire4 ,eh bien donc1 moi aussi je suis morte4 ,oh1 j'ai t morte pendant de longues annes4 ,depuis que je vous avais vu pour la dernire fois1 chez nous1 jusqu'444 ,elle prit un objet sur la table4 --,tenez1 voici son portrait4 ,il est un peu flatt4 ,sa figure n'est pas aussi claire1 mais plus444 chre1 plus simple4 ,dans un instant1 je vais vous montrer notre enfant qui dort ct4 ,c'est un garon4 ,il s'appelle ,angelo1 comme son pre1 qui est en voyage prsent1 trs loin4 --,et vous tes toute seule8 demanda le docteur distraitement1 toujours encore pench sur le portrait4 --,oui1 moi et l'enfant4 ,n'est-ce pas assez8 ,je vais vous raconter pourquoi4 ,angelo est peintre4 ,son nom n'est pas trs connu4 ,vous ne l'avez sans doute pas entendu4 ,jusqu' ces derniers temps il a lutt1 avec le monde1 avec ses projets1 avec lui-mme1 avec moi4 ,oui1 avec moi aussi4 ,car depuis un an1 je le suppliais3 pars en voyage4 ,je sentais combien cela lui tait ncessaire4 ,un jour il dit en plaisantant3 ,moi1 ou un enfant4 ,un enfant1 dis-je1 et il est parti4 --,et quand reviendra-t-il8 --,quand l'enfant saura prononcer son nom1 c'est ce que nous avons convenu4 ,le docteur voulut faire une remarque4 ,mais ,clara rit3 --,et comme c'est un nom difficile1 nous devrons attendre quelque temps encore4 ,angelino n'aura deux ans que cet t4 --trange1 dit le docteur4 --,quoi1 ,georg8 --,que vous compreniez si bien la vie4 ,comme vous tes grande1 comme vous tes jeune6 ,qu'avez-vous donc fait de votre enfance8 ,nous tions cependant tous deux1 des enfants si dnus de tout4 ,on ne peut pourtant pas changer1 ou faire en sorte que cela n'ait pas t4 --,vous voulez dire que si les choses suivaient leur cours naturel1 nous aurions d souffrir de notre enfance8 --,oui1 c'est justement cela que je veux dire4 ,de ces lourdes tnbres1 derrire nous1 avec lesquelles nous entretenons des relations si faibles et si incertaines4 ,voil un temps auquel nous avons confi nos primeurs1 tout notre commencement1 toute notre confiance1 les germes de tout ce qui1 peut-tre1 devait un jour devenir444 ,et soudain nous savons3 tout cela a sombr dans une mer1 et nous ne savons mme pas exactement quand4 ,nous ne nous en tions mme pas aperus4 ,c'est comme si quelqu'un avait runi tout son argent pour s'acheter une plume et la piquer sur son chapeau3 le premier souffle venu la lui emportera4 ,naturellement1 il rentre chez lui sans plume1 et il ne lui reste plus qu' se demander o elle pourrait bien s'tre envole4 --,vous vous demandez cela1 ,georg8 --,non1 j'y ai dj renonc4 ,je commence quelque part1 aprs ma dixime anne1 l o j'ai cess de prier1 le reste ne m'appartient pas4 --,et comment se fait-il que vous vous soyez souvenu de moi8 --,c'est pourquoi je viens chez vous4 ,vous tes le seul tmoin de ce temps-l4 ,je croyais que je pourrais retrouver en vous444 ce que je ne puis plus trouver en moi4 ,un geste quelconque1 un mot1 un nom1 qui aurait gard quelque chose444 une explication4 ,le docteur reposa la tte entre ses mains froides et agites4 ,mme ,clara rflchit3 --,je me rappelle de mon enfance si peu de chose qu'il me semble que mille vies sont intercales entre elle et moi4 ,mais maintenant que vous m'y faites songer1 un souvenir me revient3 un soir4 ,vous arriviez chez nous1 on ne vous attendait pas4 ,vos parents1 sans doute1 taient au thtre1 ou ailleurs4 ,tout tait clair chez nous4 ,mon pre attendait une visite1 un parent1 un parent loign et riche1 si je me souviens bien4 ,il devait venir de444 de444 je ne sais plus d'o1 de trs loin en tout cas4 ,nous l'attendions dj depuis deux heures4 ,les portes taient ouvertes1 les lampes brlaient1 ma mre1 de temps en temps1 allait lisser une housse sur le sopha1 mon pre tait debout la fentre4 ,personne n'osait s'asseoir ni dplacer une chaise4 ,comme vous arriviez justement1 vous attendtes avec nous4 ,nous enfants1 coutions la porte4 ,et plus le temps passait1 plus l'hte que nous attendions se faisait merveilleux4 ,oui1 nous tremblions mme qu'il ne pt arriver1 avant d'avoir atteint ce dernier degr de splendeur dont chaque minute de retard le faisait approcher davantage4 ,nous ne craignions point qu'il ne vnt pas du tout4 ,il viendra1 mais laissons-lui le temps de devenir grand et puissant4 ,soudain le docteur leva la tte et dit avec tristesse3 --,mais nous savons1 tous deux1 une chose1 c'est qu'il ne vint pas4 ,je ne l'avais pas non plus oubli4 --,non1 confirma ,clara1 il ne vint pas4 ,et aprs un silence3 --,mais ce soir-l fut si beau4 --,quoi8 --,eh bien444 l'attente1 toutes ces lampes444 le silence444 la solennit de tout cela4 ,quelque chose bougea dans la chambre voisine4 ,mme ,clara s'excusa pour une minute2 et1 lorsqu'elle reparut1 gaie et souriante1 elle dit3 --,nous pourrons y aller tout l'heure4 ,il s'est veill et il sourit4 ,mais que disiez-vous l'instant8 --,je me demandais justement ce qui pouvait vous avoir aid parvenir 444 vous-mme1 cette tranquille possession de vous4 ,la vie pourtant ne vous a pas t facile4 ,sans doute1 avez-vous t aide par quelque chose qui me manque8 --,que serait-ce1 ,georg8 ,clara s'assit ct de lui4 --,c'est trange2 lorsque1 pour la premire fois1 je me souvins de nouveau de vous1 voici trois semaines1 au milieu de la nuit1 en rentrant chez moi1 je pensai3 une enfant pieuse4 ,et maintenant que je vous ai vue1 bien que vous soyez si diffrente de celle que j'attendais1--et mme1 serais-je presque tent de dire3 plus forte raison1--je sens que ce qui vous a dirige au milieu de tous les dangers1 c'est votre444 oui1 votre pit4 --,qu'appelez-vous pit8 --,votre relation avec ,dieu1 votre amour pour lui1 votre foi4 ,mme ,clara ferma les yeux4 --,amour pour ,dieu8 ,laissez-moi rflchir4 ,le docteur la considra avec attention4 ,elle semblait formuler ses penses1 lentement1 mesure qu'elles lui venaient3 --,comme enfant444 ai-je aim ,dieu8 ,je ne crois pas4 ,non1 je n'ai mme pas444 c'et t1 me semblait-il1 une prsomption folle444 ce n'est pas le mot juste3 un vritable1 le plus grand pch1 de penser qu'il est4 ,comme si par l je l'eusse forc tre en moi1 tre dans cette fillette dbile1 aux bras ridiculement longs1 dans notre pauvre logement1 o tout tait faux et mensonger1 depuis les imitations d'assiettes de bronze en carton1 jusqu'au vin dans les bouteilles qui portaient des tiquettes si coteuses4 ,et plus tard--,mme ,clara eut un geste des mains1 comme pour se dfendre1 et ses yeux se fermrent plus troitement1 comme s'ils avaient voir sous les paupires quelque chose d'effrayant--j'aurais d le chasser1 si1 en ce temps-l1 il avait habit en moi4 ,je ne savais plus rien de lui4 ,je l'avais compltement oubli4 ,j'avais tout oubli4 ,a ,florence seulement3 lorsque pour la premire fois dans mon existence1 je vis1 j'entendis1 je sentis1 je reconnus1 et que j'appris en mme temps exprimer ma reconnaissance pour tout cela1 alors je songeai de nouveau lui4 ,partout je rencontrais ses traces4 ,sur tous les tableaux je trouvais des traces de son sourire1 les cloches vivaient encore de sa voix1 et sur les statues je reconnaissais les empreintes de ses mains4 --,et vous l'avez trouv l-bas8 ,clara regarda le docteur avec de grands yeux1 pleins de bonheur3 --,je sentis qu'il tait1 qu'il avait t une fois1 quelque part444 ,pourquoi aurais-je senti davantage8 ,c'tait dj presque trop4 ,le docteur se leva et s'approcha de la fentre4 ,on voyait un morceau de champ1 la vieille petite glise de ,schwabing1 et1 au-dessus1 du ciel1 avec dj un peu de soir4 ,soudain le docteur ,lassmann demanda sans se retourner3 --,et maintenant8 ,comme aucune rponse ne venait1 il revint doucement sur ses pas4 --,maintenant1 hsita ,clara1 lorsqu'il fut debout en face d'elle1 et elle leva sur lui des yeux largement ouverts4 ,maintenant je pense quelquefois3 il sera4 ,le docteur prit sa main et la retint pendant quelque temps4 ,il regardait dans le vague4 --,a quoi songez-vous1 ,georg8 --,je songe que c'est de nouveau comme ce soir d'autrefois4 ,vous attendez de nouveau le merveilleux1 vous attendez ,dieu1 et vous savez qu'il viendra4 ,et j'arrive par hasard1 en tmoin4 ,mme ,clara se leva1 lgre et souriante4 ,elle paraissait trs jeune3 --,mais cette fois nous attendrons bien jusqu'au bout4 ,elle dit cela si joyeusement et simplement1 que le docteur dut sourire4 ,et elle le conduisit alors dans la chambre voisine1 chez son enfant4 99 99 99 99 99 ,il n'y a rien dans cette histoire que les enfants ne puissent savoir4 ,cependant les enfants ne l'ont pas apprise4 ,je ne l'ai raconte qu' l'obscurit4 ,et les enfants ont peur de l'obscurit1 ils s'enfuient son approche1 et lorsque1 par hasard1 ils doivent y rester1 ils ferment les yeux et se bouchent les oreilles4 ,mais pour eux aussi viendra le temps o ils aimeront l'obscurit4 ,ils apprendront d'elle mon histoire et sans doute alors la comprendront-ils mieux4 ,,table ,en guise d'introduction3 ,le conte des mains de ,dieu #a ,histoires du ,bon ,dieu3 ,l'tranger #bc ,pourquoi le bon ,dieu veut qu'il y ait des pauvres #ca ,comment la trahison vint en ,russie #da ,comment le vieux ,timofei mourut en chantant #ec ,la chanson de la ,justice #fg ,une scne du ghetto de ,venise #hg ,celui qui coutait les pierres #aja ,comment le d coudre devint le bon ,dieu #aji ,un conte sur la mort et un pilogue d'une main trangre #aba ,une association ne d'un besoin imprieux #acg ,le mendiant et la fire demoiselle #aee ,une histoire raconte l'obscurit #afg ,,imprimerie ,,chaix1 ,,rue ,,berg,,re1 #bj1 ,,paris4--#djdh-f-bg4--7;,encre ,lorilleux74 ,,en ,,vente ,a ,,la ,m,,me ,,librairie ,,andr ,,suar,s ,,pr,,sences ,un volume in-#af4 ,prix #ab francs ,,andr ,,de ,h,v,,zy ,,beethoven ,,vie ,,intime ,un volume in-#h illustr4 ,prix #ae francs ,,aim,e ,,dostoiewsky ,,vie ,,de ,,dostoiewsky ,,par ,,sa ,,fille ,un volume in-#af4 ,prix #ab francs ,,jean ,,cassou ,,les ,,harmonies ,,viennoises ,,roman ,un volume in-#af4 ,prix #ab francs ,,paris4--,,imprimerie ,,chaix4--#djej-c-bg4--7;,encre ,lorilleux74