,,andr ,,gide ,,philoct,,te ,,le ,,trait ,,du ,,narcisse ,,la ,,tentative ,,amoureuse ,,el ,,hadj ,,paris ,,dition ,,dv ,,mercvre ,,de ,,france ,,xv1 ,,rve ,,de ,l',,chavd-,,saint-,,germain1 ,,xv ,m ,,dccc ,,xcix ,tous droits rservs ,,du ,m,,me ,,auteur3 ,andr ,walter 7,les cahiers4--,les posies47 puis4 ,le ,voyage d',urien1 suivi de ,paludes #a vol4 ,les ,nourritures terrestres #a vol4 ,le ,promthe mal enchan #a vol4 ,tir trois cents exemplaires sur verg d',arches1 numrots de #a #cjj4 ,,exemplaire ,n ,droits de traduction et de reproduction rservs pour tous pays1 y compris la ,sude1 la ,norvge et le ,danemark4 ,,philoct,,te ou ,,le ,,trait ,,des ,,trois ,,morales ,a ,marcel ,drouin4 ,philoctte n'a pas t crit pour le thtre4 ,c'est un trait de morale1 que je joins ces trois autres traits1 pour mieux montrer qu'il n'a pas de prtentions scniques4 ,philoctte a paru dans la ,revue ,blanche du #a;er dcembre #ahih4 ,,premier ,,acte ,ciel gris et bas sur une plaine de neige et de glace4 ,,sc,,ne ,i ,,ulysse et ,n,,optol,,me ,n,,optol,,me ,ulysse1 tout est prt4 ,la barque est amarre4 ,j'ai choisi l'eau profonde1 l'abri du ,nord1 de peur que le vent n'y congelt la mer4 ,et1 bien que cette le si froide semble n'tre habite que par les oiseaux des falaises1 j'ai rang la barque en un lieu que nul passant des ctes ne pt voir4 ,mon me aussi s'apprte2 mon me est prte au sacrifice4 ,ulysse6 parle1 prsent2 tout est prt4 ,durant quatorze jours1 pench sur les rames ou sur la barre1 tu n'as dit que les brutales paroles des manuvres qui devaient nous garer des flots2 devant ton silence obstin mes questions bientt s'arrtrent2 je compris qu'une grande tristesse oppressait ton me chrie parce que tu me menais la mort4 ,et je me tus aussi1 sentant que toutes les paroles nous taient trop vite emportes1 par le vent1 sur l'immensit de la mer4 ,j'attendis4 ,je vis s'loigner derrire nous1 derrire l'horizon de la mer1 la belle plage skyrienne o mon pre avait combattu1 puis les les de sable d'or ou de pierre1 que j'aimais parce que je les croyais semblables ,pylos2 treize fois j'ai vu le soleil entrer dans la mer2 chaque matin il ressortait des flots plus ple et pour monter moins haut plus lentement2 jusqu' ce qu'enfin1 au quatorzime matin1 c'est en vain que nous l'attendmes2 et depuis nous vivons comme hors de la nuit et du jour4 ,des glaces ont flott sur la mer2 et ne pouvant plus dormir cause de cette constante lueur ple1 les seuls mots que j'entendais de toi1 c'tait pour me signaler les banquises dont un coup d'aviron nous sauvait4 ,a prsent1 parle1 ,ulysse6 mon me est apprte2 et non comme les boucs de ,bacchus qu'on mne au sacrifice couverts des ornements des ftes1 mais comme ,iphignie s'avana vers l'autel1 simple1 dcente et non pare4 ,certes1 j'eusse voulu1 comme elle1 pour ma patrie1 mourant sans plaintes1 mourir au sein des ,grecs1 sur une terre ensoleille1 et montrer par ma mort accepte tout mon respect des dieux et toute la beaut de mon me3 elle est vaillante et n'a pas combattu4 ,il est dur de mourir sans gloire444 pourtant1 dieux6 je suis sans amertume1 ayant lentement tout quitt1 les hommes1 les plages au soleil444 et maintenant1 arrivs sur cette le inhospitalire1 sans arbres1 sans rayons1 o la neige couvre les verdures1 o toutes choses sont geles1 et sous un ciel si blanc1 si gris1 qu'il semble au-dessus de nous une autre plaine de neige tendue1 loin de tout1 loin de tout444 il semble que ce soit l dj la mort1 et1 tant ma pense chaque heure devenait plus froide et plus pure1 la passion s'tant abandonne1 qu'il ne reste ici plus qu'au corps mourir4 ,au moins1 ,ulysse1 dis-moi que1 par mon sang fidle1 le mystrieux ,zeus content va permettre aux ,grecs la victoire2 au moins1 ,ulysse6 tu leur diras1 dis1 que pour cela je meurs sans crainte444 tu leur diras444 ,,ulysse ,enfant1 tu ne dois pas mourir4 ,ne souris pas4 ,a prsent je te parlerai4 coute-moi sans m'interrompre4 ,plt aux dieux que le sacrifice de l'un de nous deux les contentt6 ,ce que nous venons faire ici1 ,noptolme1 est moins ais que de mourir444 ,cette le qui te parat dserte ne l'est point4 ,un ,grec l'habite2 il a nom ,philoctte et ton pre l'aimait4 ,jadis il s'embarquait avec nous sur la flotte qui1 pleine d'espoir et d'orgueil1 quittait la ,grce pour l',asie2 c'tait l'ami d',hercule et l'un des nobles parmi nous2 si tu n'avais vcu jusqu'ici loin du camp1 tu saurais dj son histoire4 ,qui n'admirait alors sa vaillance8 et qui ne la nomma plus tard tmrit8 ,ce fut elle qui sur une le inconnue1 devant qui s'arrtrent nos rames1 l'emporta4 ,l'aspect des bords tait trange2 les prsages mauvais avaient altr nos courages4 ,l'ordre des dieux ayant t1 nous dit ,calchas1 de sacrifier sur cette le1 chacun de nous attendait que quelque autre voult descendre2 c'est alors que s'offrit en souriant ,philoctte4 ,sur la plage de l'le un perfide serpent le piqua4 ,ce fut en souriant d'abord que ,philoctte rembarqu nous montra prs du pied sa petite blessure4 ,elle empira4 ,philoctte cessa bientt de sourire2 son visage plit1 puis ses regards troubls s'emplirent d'une angoisse ignore4 ,au bout de quelques jours son pied tumfi s'alourdit2 et lui1 qui ne s'tait jamais plaint1 commena de lamentablement gmir4 ,d'abord chacun s'empressait prs de lui pour le consoler1 le distraire2 rien n'y pouvait2 il aurait fallu le gurir2 et1 quand il fut prouv que l'art de ,machaon n'avait sur sa blessure aucune prise1--comme aussi bien ses cris menaaient d'affaiblir nos courages1--le navire ayant approch d'une autre le1 de celle-ci1 nous l'y laissmes1 seul avec son arc et ses flches qui vont nous occuper aujourd'hui4 ,n,,optol,,me ,quoi6 seul6 vous le laisstes1 ,ulysse8 ,,ulysse ,eh6 s'il et d mourir1 nous eussions pu je crois le garder quelque temps encore4 ,mais non--sa blessure n'est pas mortelle4 ,n,,optol,,me ,mais alors8 ,,ulysse ,mais alors devions-nous soumettre la vaillance d'une arme la dtresse1 aux lamentations d'un seul homme8 ,on voit bien que tu ne l'entendis pas6 ,n,,optol,,me ,ses cris taient-ils donc affreux8 ,,ulysse ,non1 pas affreux3 plaintifs1 humectant de piti nos mes4 ,n,,optol,,me ,quelqu'un ne pouvait-il du moins rester1 veiller sur lui8 ,malade et seul ici1 que peut-il faire8 ,,ulysse ,il a son arc4 ,n,,optol,,me ,son arc8 ,,ulysse ,oui3 l'arc d',hercule4 ,et puis je dois te dire1 enfant3 son pied pourri exhalait par tout le navire la plus intolrable puanteur4 ,n,,optol,,me ,ah6 ,,ulysse ,oui4 ,puis il tait absorb par son mal1 incapable jamais de nouveau dvouement pour la ,grce444 ,n,,optol,,me ,tant pis4 ,et nous alors1 ,ulysse1 nous venons444 ,,ulysse coute encore1 ,noptolme3 tu sais1 devant ,troj longuement condamne1 combien de sang vers1 et de vertu1 de patience et de courage2 les foyers dlaisss et la chre patrie444 ,rien de tout cela n'a suffi4 ,par le prtre ,calchas les dieux ont enfin dclar que seuls l'arc d',hercule et ses flches1 par une dernire vertu1 permettraient la victoire la ,grce4 ,voil pourquoi tous deux partis--que bni soit le sort qui nous a dsigns6--il semble qu' prsent abords sur cette le si recule1 toute passion tant abandonne1 nos grands destins enfin vont se rsoudre1 et notre cur ici plus compltement dvou va parvenir enfin la vertu la plus parfaite4 ,n,,optol,,me ,est-ce tout1 ,ulysse8 ,et maintenant1 ayant bien parl1 que comptes-tu faire8 car mon esprit se refuse encore comprendre compltement tes paroles444 ,dis3 pourquoi sommes-nous venus ici8 ,,ulysse ,pour prendre l'arc d',hercule2 ne l'as-tu pas compris8 ,n,,optol,,me ,ulysse1 est-ce l ta pense8 ,,ulysse ,non la mienne1 mais celle que les dieux m'ont donne4 ,n,,optol,,me ,philoctte ne voudra pas nous le donner4 ,,ulysse ,aussi nous en emparerons-nous par la ruse4 ,n,,optol,,me ,ulysse1 je te hais4 ,mon pre m'apprit ne jamais me servir de la ruse4 ,,ulysse ,elle est plus forte que la force3 celle-ci n'attend pas4 ,ton pre est mort1 ,noptolme2 je suis vivant4 ,n,,optol,,me ,et ne disais-tu pas qu'il valait mieux mourir8 ,,ulysse ,non qu'il valait mieux1 mais qu'il tait plus ais de mourir4 ,rien n'est trop malais pour la ,grce4 ,n,,optol,,me ,ulysse6 pourquoi m'as-tu choisi8 ,et qu'avais-tu besoin de moi pour cet acte que toute mon me dsapprouve8 ,,ulysse ,parce que cet acte1 je ne peux1 moi1 le faire3 ,philoctte me connat trop4 ,s'il me voit seul1 il va souponner quelque ruse4 ,ton innocence protgera4 ,cet acte1 il faut que ce soit toi qui le fasses4 ,n,,optol,,me ,non1 ,ulysse2 par ,zeus1 je ne le ferai point4 ,,ulysse ,enfant1 ne parle pas de ,zeus4 ,tu ne m'as pas compris4 coute-moi4 ,parce que mon me tourmente se cache et qu'elle accepte1 me crois-tu moins triste que toi8 ,tu ne connais pas ,philoctte1 et ,philoctte est mon ami4 ,il m'est plus dur qu' toi de le trahir4 ,les ordres des dieux sont cruels2 ils sont les dieux4 ,si je ne te parlais pas dans la barque1 c'est que mon grand cur attrist ne songeait mme plus aux paroles444 ,mais tu t'emportes comme faisait ton pre et tu n'entends plus la raison4 ,n,,optol,,me ,mon pre est mort1 ,ulysse2 n'en parle pas1 il est mort pour la ,grce4 ,ah6 pour elle lutter1 souffrir1 mourir--demande-moi ce que tu veux1--mais pas trahir un ami de mon pre6 ,,ulysse ,enfant1 coute et rponds-moi3 n'es-tu pas l'ami de tous les ,grecs avant d'tre l'ami d'un seul8 ou plutt1 la patrie n'est-elle pas plus qu'un seul8 et souffrirais-tu de sauver un homme s'il te fallait pour le sauver perdre la ,grce8 ,n,,optol,,me ,ulysse1 tu dis vrai1 je ne le souffrirais pas4 ,,ulysse ,et tu conviens que1 si l'amiti est une chose trs prcieuse1 la patrie est chose plus prcieuse encore8444 ,dis-moi1 ,noptolme1 en quoi consiste la vertu8 ,n,,optol,,me ,enseigne-moi1 sage fils de ,laerte4 ,,ulysse ,calme ta passion2 soumets tout au devoir444 ,n,,optol,,me ,mais quel est le devoir1 ,ulysse8 ,,ulysse ,la voix des dieux1 l'ordre de la cit1 l'offrande de nous la ,grce1 et1 comme l'on voit les amants chercher alentour sur la terre les plus prcieuses fleurs en dons faire leur matresse1 et dsirer mourir pour elle1 comme s'ils n'avaient1 malheureux1 rien de mieux donner qu'eux-mmes1 s'il est vrai que ta patrie te soit chre1 que saurais-tu lui donner de trop cher8 et ne convins-tu pas tout l'heure qu'aprs elle aussitt venait l'amiti8 ,qu'avait ,agamemnon de plus cher que sa fille1 si ce n'tait pas la patrie8 ,comme sur un autel1 immole444 mais qu'a de mme ,philoctte1 en cette le o tout seul il vit1 qu'a-t-il de plus prcieux que cet arc1 en don faire la patrie8 ,n,,optol,,me ,mais1 ,ulysse1 en ce cas1 demande-lui4 ,,ulysse ,il pourrait refuser4 ,je ne connais pas son humeur1 mais sais que son dlaissement l'irrita contre les chefs de l'arme4 ,peut-tre irrite-t-il les dieux par sa pense et cesse-t-il horriblement de nous souhaiter la victoire4 ,et peut-tre les dieux offenss ont-ils voulu par nous le chtier encore4 ,en le forant la vertu par l'abandon oblig de ses armes1 les dieux seront pour lui moins svres4 ,n,,optol,,me ,mais1 ,ulysse1 les actes que l'on fait malgr soi peuvent-ils tre mritoires8 ,,ulysse ,ne crois-tu pas1 ,noptolme1 qu'il importe avant tout que les ordres des dieux s'accomplissent8 fussent-ils accomplis sans l'aveu de chaque homme8 ,n,,optol,,me ,tout ce que tu disais avant1 je l'approuvais2 mais prsent je ne sais plus que dire1 et mme il me parat444 ,,ulysse ,chut6 coute444 ,n'entends-tu rien8 ,n,,optol,,me ,si3 le bruit de la mer4 ,,ulysse ,non4 ,c'est lui6 ,ses cris horribles commencent de parvenir jusqu' nous4 ,n,,optol,,me ,horribles68 ,ulysse1 j'entends des chants mlodieux au contraire4 ,,ulysse 7prtant l'oreille47 ,c'est vrai qu'il chante6 ,il est bien bon6 ,a prsent qu'il est seul1 il chante6 ,quand c'tait prs de nous1 il criait4 ,n,,optol,,me ,que chante-t-il8 ,,ulysse ,on ne peut encore distinguer les paroles4 coute3 il se rapproche cependant4 ,n,,optol,,me ,il cesse de chanter4 ,il s'arrte4 ,il a vu nos pas sur la neige4 ,,ulysse 7riant47 ,et voil qu'il recommence crier4 ,ah6 ,philoctte6 ,n,,optol,,me ,en effet1 ses cris sont horribles4 ,,ulysse ,va2 cours porter sur ce roc mon pe2 qu'il reconnaisse une arme grecque et sache que les pas qu'il voyait sont ceux d'un homme de sa patrie4--,hte-toi4 ,le voil qui s'approche4--,c'est bien4--,viens prsent2 postons-nous derrire ce tertre de neige2 nous le verrons sans tre vus4 ,quelles imprcations va-t-il faire6 ,malheureux1 dira-t-il1 et prissent les ,grecs qui m'ont abandonn6 ,chefs de l'arme6 toi1 fourbe ,ulysse6 vous1 ,agamemnon1 ,mnlas6 ,puissent-ils leur tour tre dvors par mon mal6 ,o6 mort6 mort que j'appelle chaque jour1 resteras-tu sourde ma plainte8 ne pourras-tu jamais venir8 ,o antre6 rochers6 promontoires6 muets tmoins de mes douleurs1 ne pourrez-vous jamais444 7,philoctte entre2 il aperoit le casque et les armes poss au milieu du thtre47 ,,sc,,ne ,,ii ,,philoct,,te1 ,,ulysse1 ,n,,optol,,me ,,philoct,,te 7,il se tait47 ,,deuxi,,me ,,acte ,,sc,,ne ,i ,,ulysse1 ,,philoct,,te1 ,n,,optol,,me 7,tous trois sont assis47 ,,philoct,,te ,certes1 ,ulysse1 ce n'est que depuis que je suis loin des autres que je comprends ce qu'on appelle la vertu4 ,l'homme qui vit parmi les autres est incapable1 incapable1 crois-moi1 d'une action pure et vraiment dsintresse4 ,ainsi1 vous444 vntes ici444 pourquoi8444 ,,ulysse ,mais pour te voir1 cher ,philoctte4 ,,philoct,,te ,je n'en crois rien et peu m'importe2 le plaisir que j'ai de vous revoir est grand et me suffit4 ,j'ai perdu le talent de chercher les motifs des actes1 depuis que les miens n'en ont plus de secrets4 ,ce que je suis1 pour qui le paratrais-je8 ,j'ai souci d'tre seulement4 ,j'ai cess de gmir1 sachant qu'ici nulle oreille ne peut m'entendre1 cess de souhaiter1 sachant qu'ici je ne pouvais rien obtenir4 ,,ulysse ,que ne cessas-tu de gmir plus tt1 ,philoctte8 ,nous t'eussions gard prs de nous4 ,,philoct,,te ,c'est ce qu'il ne fallait pas1 ,ulysse4 ,prs des autres mon silence et t mensonge4 ,,ulysse ,tandis qu'ici8 ,,philoct,,te ,ma souffrance n'a plus besoin de mots pour se connatre1 n'tant connue que de moi4 ,,ulysse ,alors1 depuis notre dpart tu t'es tu1 ,philoctte8 ,,philoct,,te ,non pas4 ,mais depuis que je ne m'en sers plus pour manifester ma souffrance1 ma plainte est devenue trs belle1 ce point que j'en suis consol4 ,,ulysse ,tant mieux1 mon pauvre ,philoctte4 ,,philoct,,te ,ne me plains pas1 surtout6 ,j'ai cess de souhaiter1 te disais-je1 sachant que je ne pouvais rien obtenir444 ,rien obtenir du dehors1 il est vrai1 mais beaucoup obtenir de moi-mme2 c'est depuis lors que je souhaite la vertu2 mon me y est toute employe1 et je repose1 malgr ma douleur1 dans le calme2--j'y reposais du moins1 quand vous tes venus444 ,tu souris8 ,,ulysse ,je vois que tu as su t'occuper4 ,,philoct,,te ,tu m'coutes sans me comprendre4--,n'estimes-tu pas la vertu8 ,,ulysse ,si3 la mienne4 ,,philoct,,te ,quelle est-elle8 ,,ulysse ,tu m'couterais sans me comprendre444 ,parlons des ,grecs plutt4 ,ta vertu solitaire t'a-t-elle fait cesser de te souvenir d'eux8 ,,philoct,,te ,pour cesser de m'irriter contre eux1 oui certes4 ,,ulysse ,entends6 ,noptolme4--,ainsi le succs du combat pour lequel444 ,,philoct,,te 444 vous m'avez laiss444 que veux-tu que j'en pense1 ,ulysse8 ,si vous m'avez laiss1 c'tait pour vaincre1 n'est-ce pas8 ,j'espre donc pour vous que vous tes vainqueurs444 ,,ulysse ,et sinon8 ,,philoct,,te ,sinon nous aurions cru l',hellas trop grande4 ,moi1 dans cette le1 je me suis fait1 comprends1 de jour en jour moins ,grec1 de jour en jour plus homme444 ,pourtant1 quand je vous vois1 je sens444 ,achille est mort1 ,ulysse8 ,,ulysse ,achille est mort2 celui qui m'accompagne est son fils4 ,quoi6 tu sanglotes1 ,philoctte8444 ce calme si cherch444 ,,philoct,,te ,achille6444 ,enfant1 laisse ma main flatter ton front si beau444 ,voil longtemps1 longtemps que ma main n'a touch que des corps froids2 et mme les corps des oiseaux que je tue1 tombant sur les flots ou la neige1 sont1 lorsque mes mains s'en approchent1 glacs comme ces rgions suprieures de l'atmosphre qu'ils traversent444 ,,ulysse ,tu t'exprimes bien1 pour quelqu'un qui souffre4 ,,philoct,,te ,o que j'aille et toujours je suis fils de la ,grce4 ,,ulysse ,mais tu n'as plus qui parler4 ,,philoct,,te ,je te l'ai dit2 ne m'as-tu pas compris8 ,je m'exprime mieux depuis que je ne parle plus des hommes4 ,mon occupation entre la chasse et le sommeil est la pense4 ,mes ides1 dans la solitude1 et comme rien1 mme la douleur1 ne les drange1 ont pris un cours subtil que parfois je ne suis qu'avec peine4 ,j'ai compris sur la vie plus de secrets que ne m'en avaient rvls tous mes matres4 ,je m'occupais aussi me raconter mes douleurs1 et1 si la phrase tait trs belle1 j'en tais d'autant consol2 parfois mme j'oubliais ma tristesse1 la dire4 ,je compris que les mots sont plus beaux ds qu'ils ne servent plus aux demandes4 ,n'ayant plus1 prs de moi1 d'oreilles ni de bouches1 je n'employais que la beaut de mes paroles2 je les criais toute l'le1 le long des plages2 et l'le en m'coutant semblait moins solitaire2 la nature semblait pareille ma tristesse2 il me semblait que j'en tais la voix et que les rochers muets l'attendissent pour raconter leurs maladies2 car j'ai compris qu'autour de moi tout est malade444 et que ce froid n'est pas normal1 car je me souviens de la ,grce444 ,et je pris lentement l'habitude de clamer la dtresse plutt des choses que la mienne2 je trouvais cela mieux1 comment te dire8 d'ailleurs cette dtresse tait la mme et j'tais autant consol4 ,puis c'est en parlant de la mer et de la vague interminable que je fis mes plus belles phrases4 ,te l'avouerai-je1 ,ulysse1--,ulysse6--certaines taient si belles que j'en sanglotais de tristesse qu'aucun homme ne les pt our4 ,son me1 il me semblait1 en et t change4 coute1 ,ulysse6 coute4 ,on ne m'a pas encore entendu4 ,,ulysse ,tu pris l'habitude1 je vois1 de parler sans qu'on t'interrompe4 ,allons1 rcite3 ,,philoct,,te 7dclamant47 ,sourires infinis des flots de la mer444 ,,ulysse 7riant47 ,mais ,philoctte1 c'est de l',eschyle4 ,,philoct,,te ,peut-tre444 ,cela te gne4448 7,reprenant47 ,sanglots infinis des flots de la mer444 7,silence47 ,,ulysse ,et puis444 ,,philoct,,te ,je ne sais plus444 je suis troubl4 ,,ulysse ,tant pis6 tu continueras une autre fois4 ,n,,optol,,me ,o6 si tu continuais1 ,philoctte6 ,,ulysse ,tiens6 l'enfant t'coutait6444 ,,philoct,,te ,je ne sais plus parler4 ,,ulysse 7se lve47 ,je te laisse un instant rechercher ta pense4 ,a bientt1 ,philoctte4--,mais1 dis3 il n'est point captivit si dure1 qu'elle n'ait tel repos1 tel oubli1 tel rpit8444 ,,philoct,,te ,en effet1 ,ulysse2 un jour1 un oiseau tomba1 que j'avais tir1 que ma flche n'avait que bless1 que j'esprai faire revivre4 ,mais comment garder cette motion arienne et qui volait1 au ras de cette terre ardue o le froid donne l'eau mme1 gele1 la forme de mes logiques penses4 ,l'oiseau mourut2 je l'ai vu mourir en une heure2 pour l'chauffer encore1 je l'touffais de baisers et d'haleines4 ,il est mort du besoin de voler444 ,mme1 il me semble1 cher ,ulysse1 que le torrent de posie1 sitt quitt mes lvres1 se glace1 et meurt de ne pouvoir se propager1 et que se rduit toujours plus l'infime flamme qui l'anime4 ,bientt1 vivant toujours1 je serai tout abstrait4 ,le froid m'envahit1 cher ,ulysse1 et je m'pouvante prsent1 car j'y trouve1 et dans sa rigueur mme1 une beaut4 ,je marche srement sur les choses et sur les fluides durcis4 ,sans plus rver jamais1 je pense4 ,je ne gote plus d'esprance1 et pour cela ne suis plus jamais enivr4 ,quand ici1 o tout est pierre dure1 je pose quoi444 ft-ce une graine1 je la retrouve1 longtemps aprs1 la mme2 elle n'a jamais germin4 ,ici1 rien ne devient1 ,ulysse3 tout est1 demeure4 ,enfin1 l'on peut ici spculer6--,j'ai gard l'oiseau mort2 le voici2 l'air trop froid l'empche jamais de pourrir4 ,et mes actes1 ,ulysse1 et mes paroles1 comme geles1 permanent1 m'entourent comme un cercle de roches poses4 ,et les retrouvant l1 chaque jour1 toute passion se tait1 je sens la ,vrit toujours plus--et je voudrais mes actions de mme toujours plus solides et plus belles2 vraies1 pures1 cristallines1 belles1 belles1 ,ulysse1 comme ces cristaux de clair givre1 o1 si le soleil paraissait1 le soleil tout entier paratrait au travers4 ,je ne veux empcher aucun rayon de ,zeus2 qu'il me traverse1 ,ulysse1 comme un prisme1 et que cette lumire rfracte fasse mes actes adorables4 ,je voudrais parvenir la plus grande transparence1 la suppression de mon opacit1 et que1 me regardant agir1 toi-mme sentes la lumire444 ,,ulysse 7partant47 ,allons1 adieu4 7,montrant ,noptolme47 ,cause avec lui1 puisqu'il t'coute4 7,il sort47 7,silence47 ,,sc,,ne ,,ii ,,philoct,,te1 ,n,,optol,,me ,n,,optol,,me ,philoctte6 enseigne-moi la vertu444 ,,troisi,,me ,,acte ,,sc,,ne ,i ,,philoct,,te 7,il entre47 ,,philoct,,te 7boulevers par la surprise et la douleur47 ,aveugle ,philoctte6 reconnais ton erreur et pleure ta folie6 ,qu'avoir revu des ,grecs ait pu charmer ton cur444 ,ai-je bien entendu8--,certes3 ,ulysse tait assis1 et prs de lui ,noptolme2 ne me sachant point prs1 ils n'avaient mme pas baiss la voix2 ,ulysse1 conseillant ,noptolme1 lui apprenait me trahir2 il lui disait444 ,malheureux ,philoctte6 c'est pour ravir ton arc qu'ils sont revenus jusqu' toi6 ,comme ils en ont besoin6444 ,prcieux arc1 oh6 l'unique bien qui me reste1 et sans lequel444 7,il prte l'oreille47 ,on vient6 ,dfends-toi1 ,philoctte6 ton arc est bon1 ton bras est sr4 ,vertu6 vertu1 je te chrissais tant1 solitaire6 ,mon cur silencieux s'tait calm1 loin d'eux4 ,ah6 je sais maintenant ce que vaut l'amiti qu'ils proposent6 ,est-ce la ,grce1 ma patrie8 ,ulysse que je hais1 et toi ,noptolme444 comme il m'coutait cependant6 ,quelle douceur6 ,enfant444 aussi beau1 oh6 plus beau que n'tait beau ton pre444 ,comment un front si pur cache-t-il une telle pense8 ,la vertu1 disait-il1 ,philoctte1 apprends-moi la vertu4 ,que lui disais-je8 ,je ne me souviens plus que de lui444 ,et qu'importe prsent ce que je pus lui dire6444 7,il coute47 ,des pas6444 ,qui vient8 ,ulysse6 7,il saisit son arc47 ,non1 c'est444 ,noptolme4 7,entre ,noptolme47 ,,sc,,ne ,,ii ,,philoct,,te et ,n,,optol,,me ,n,,optol,,me 7appelant47 444 ,philoctte6 7,il l'aperoit47 ,ah6 7il s'approche et1 comme dfaillant7 ah6 je suis malade444 ,,philoct,,te ,malade8444 ,n,,optol,,me ,c'est toi qui m'as troubl4 ,rends-moi le calme1 ,philoctte4 ,tout ce que tu m'as dit a germ dans mon cur4 ,tandis que tu parlais1 je ne savais pas que rpondre4 ,j'coutais2 mon cur s'ouvrait naf tes paroles4 ,depuis que tu t'es tu1 j'coute encore4 ,mais voici1 tout se trouble et je suis dans l'attente4 ,parle6 je n'ai pas assez entendu444 ,il faut se dvouer1 disais-tu4448 ,,philoct,,te 7ferm47 444 ,se dvouer4 ,n,,optol,,me ,mais ,ulysse aussi me l'enseigne4 ,se dvouer quoi1 ,philoctte8 ,il dit que c'est la patrie444 ,,philoct,,te 444 ,a la patrie4 ,n,,optol,,me ,ah6 parle1 ,philoctte2 tu dois continuer1 prsent4 ,,philoct,,te 7se drobant47 ,enfant444 sais-tu tirer de l'arc8 ,n,,optol,,me ,oui4 ,pourquoi8 ,,philoct,,te ,pourrais-tu bander celui-ci8444 ,n,,optol,,me 7dconcert47 ,tu veux444 ,je ne sais4 7,il essaie47 ,oui2 peut-tre4--,voil6 ,,philoct,,te 7 part47 ,quelle facilit6 ,il semble que ce soit444 ,n,,optol,,me 7indcis47 ,et maintenant444 ,,philoct,,te ,j'ai vu ce que je voulais voir4 7,il reprend l'arc47 ,n,,optol,,me ,je ne te comprends pas4 ,,philoct,,te ,n'importe1 hlas6444 7,il se ravise47 coute1 enfant4 ,ne crois-tu pas les dieux au-dessus de la ,grce1 et les dieux plus importants qu'elle8 ,n,,optol,,me ,non1 par ,zeus1 je ne le crois pas4 ,,philoct,,te ,et pourquoi donc1 ,noptolme8 ,n,,optol,,me ,car les dieux que je sers ne servent que la ,grce4 ,,philoct,,te ,eh quoi6 ,sont-ils soumis8 ,n,,optol,,me ,non soumis444 je ne sais comment dire444 ,mais1 vois6 tu sais qu'on ne les connat pas hors la ,grce2 la ,grce est leur pays aussi bien que le ntre2 en servant celle-ci1 je les sers2 ils ne diffrent pas de ma patrie4 ,,philoct,,te ,pourtant1 vois1 moi je puis t'en parler1 moi qui ne suis plus de la ,grce--et444 je les sers444 ,n,,optol,,me ,crois-tu8--,ah6 pauvre ,philoctte6 on ne s'chappe pas aisment de la ,grce444 et mme444 ,,philoct,,te 7attentif47 ,et mme8444 ,n,,optol,,me ,ah6 si tu savais444 ,philoctte444 ,,philoct,,te ,si je savais444 quoi8444 ,n,,optol,,me 7se reprenant47 ,non1 parle1 toi2 je suis venu pour couter2 tu interroges444 ,et je sens bien qu',ulysse et toi1 votre vertu n'est pas la mme444 ,mais quand il faut parler1 toi qui parlais si bien1 tu hsites444 ,se dvouer quoi1 ,philoctte8 ,,philoct,,te ,j'allais te dire3 aux dieux444 ,mais c'est donc qu'au-dessus des dieux1 ,noptolme1 il y a quelque chose4 ,n,,optol,,me ,au-dessus des dieux6 ,,philoct,,te ,oui1 puisque je n'agis pas comme ,ulysse4 ,n,,optol,,me ,se dvouer quoi1 ,philoctte8 ,au-dessus des dieux1 qu'y a-t-il8 ,,philoct,,te ,il y a444 7,il se prend la tte dans les mains1 comme accabl47 ,je ne sais plus4 ,je ne sais pas444 ,ah6 ah6 soi-mme6444 ,je ne sais plus parler1 ,noptolme444 ,n,,optol,,me ,se dvouer quoi8 ,dis1 ,philoctte444 ,,philoct,,te 444 ,se dvouer444 se dvouer444 ,n,,optol,,me ,tu pleures6 ,,philoct,,te ,enfant6 ,ah6 si je pouvais te montrer la vertu444 7,il se dresse brusquement47 ,j'entends ,ulysse6 ,adieu444 7,il s'carte et dit en s'en allant37 ,te reverrai-je8 ,n,,optol,,me ,adieu4 7,entre ,ulysse47 ,,sc,,ne ,,iii ,,ulysse et ,n,,optol,,me ,,ulysse ,viens-je temps8 ,qu'a-t-il dit8 ,as-tu bien parl1 mon lve8 ,n,,optol,,me ,grce toi1 mieux que lui4 ,mais qu'importe8--,ulysse444 il m'a donn son arc tendre6444 ,,ulysse ,son arc6 quelle plaisanterie6--,et que ne l'as-tu donc gard1 fils d',achille8 ,n,,optol,,me ,que vaut un arc sans flches8 ,tandis que j'avais l'arc1 il retenait les flches prudemment4 ,,ulysse ,l'habile ami6444 ,se doute-t-il1 crois-tu8 ,que disait-il8 ,n,,optol,,me ,oh6 rien1 ou presque6 ,,ulysse ,et t'a-t-il rcit de nouveau sa vertu8 ,n,,optol,,me ,lui qui parlait si bien nagure1 ds mes questions1 il s'est tu4 ,,ulysse ,tu vois6444 ,n,,optol,,me ,et quand j'ai demand quoi l'on peut se dvouer1 qui ne soit pas toujours la ,grce1 il m'a dit444 ,,ulysse ,il t'a dit8444 ,n,,optol,,me ,qu'il ne savait pas4 ,et quand j'ai dit que les dieux mmes1 ainsi que tu m'avais appris1 s'y soumettaient1 il a rpondu3 ,c'est alors qu'au-dessus des dieux1 il y a444 ,,ulysse ,quoi8 ,n,,optol,,me ,il m'a dit qu'il ne savait pas4 ,,ulysse ,eh6 tu vois bien1 ,noptolme6444 ,n,,optol,,me ,non1 ,ulysse1 il me semble que je le comprends1 prsent4 ,,ulysse ,que tu comprends quoi8 ,n,,optol,,me ,quelque chose4 ,car enfin1 dans cette le si solitaire1 quand nous n'tions pas l1 quoi se dvouait ,philoctte8 ,,ulysse ,mais1 tu l'as dit3 rien4 ,a quoi sert la vertu solitaire8 ,malgr tout ce qu'il croit1 elle s'exhalait sans emploi4 ,a quoi servent toutes ses phrases1 belles tant qu'il voudra444 ,t'a-t-il convaincu8--,ni moi non plus4 ,s'il vit ainsi1 seul dans cette le1 je te l'ai bien prouv1 c'tait pour dlivrer l'arme de ses gmissements et de sa puanteur2 c'est l son premier dvouement1 c'est l sa vertu1 quoi qu'il dise4 ,sa seconde vertu1 ce sera1 s'il est si vertueux1 de se bien consoler1 quand il aura perdu son arc1 en songeant que c'est pour la ,grce4 ,quel autre dvouement s'imagine1 qui ne soit pas pour la patrie8 ,il attendait vois-tu1 que nous vinssions l'offrir444 ,mais1 comme il pourrait refuser1 mieux nous vaut forcer sa vertu1 lui imposer le sacrifice--et je crois plus prudent de l'endormir4 ,vois ce flacon444 ,n,,optol,,me ,ah6 ne parle pas trop1 ,ulysse444 ,philoctte1 lui se taisait4 ,,ulysse ,c'est qu'il n'avait plus rien dire4 ,n,,optol,,me ,et c'est pour cela qu'il pleurait8 ,,ulysse ,il pleurait de s'tre tromp4 ,n,,optol,,me ,non1 c'est cause de moi qu'il pleurait4 ,,ulysse 7souriant47 ,de toi8444 ,ce qu'on commence par sottise1 par orgueil on l'appelle vertu4 ,n,,optol,,me 7clate en sanglots47 ,ulysse6 tu ne comprends pas ,philoctte444 ,,quatri,,me ,,acte ,,sc,,ne ,i ,,philoct,,te1 ,n,,optol,,me 7,philoctte est seul1 assis2 il semble accabl de douleur--ou mdite47 ,n,,optol,,me 7entre en courant47 ,que je le trouve temps6444 ,ah6 c'est toi1 ,philoctte4 ,en hte1 coute-moi4 ,ce que nous venions faire ici est indigne2 mais1 sois plus grand que nous3 pardonne-moi4 ,nous venions444 oh6 j'ai honte le dire444 te voler ton arc1 ,philoctte6444 ,,philoct,,te ,je le savais4 ,n,,optol,,me ,tu ne me comprends pas444 c'est te voler ton arc1 te dis-je444 ,ah6 dfends-toi6 ,,philoct,,te ,contre qui8 ,contre toi8 dis1 mon ,noptolme4 ,n,,optol,,me ,non certes contre moi3 je t'aime et te prviens4 ,,philoct,,te ,et tu trahis ,ulysse444 ,n,,optol,,me ,et suis au dsespoir444 ,c'est toi que je me dvoue4 ,m'aimes-tu8 ,parle1 ,philoctte4 ,est-ce que c'est l la vertu8 ,,philoct,,te ,enfant6444 ,n,,optol,,me ,vois ce que je t'apporte4 ,cette fiole a pour mission de t'endormir4 ,mais moi je te la donne4 ,voici4 ,est-ce de la vertu8--,parle-moi4 ,,philoct,,te ,enfant6 on ne parvient que pas pas la vertu suprieure2 ce que tu fais ici n'est qu'un bond4 ,n,,optol,,me ,alors enseigne-moi1 ,philoctte4 ,,philoct,,te ,cette fiole tait pour m'endormir1 dis-tu8 7,il la prend et la regarde47 ,petite fiole444 toi1 du moins1 ne manque pas ton but6 ,vois-tu ce que je fais1 ,noptolme8 7,il boit47 ,n,,optol,,me ,quoi6 malheureux1 mais c'est444 ,,philoct,,te ,je me dvoue4 ,prviens ,ulysse4 ,tu lui diras444 qu'il peut venir4 7,noptolme pouvant sort en courant et en criant47 ,,sc,,ne ,,ii ,,philoct,,te1 puis ,,ulysse et ,n,,optol,,me ,,philoct,,te1 seul4 ,et tu m'admireras1 ,ulysse2 je te veux contraindre m'admirer4 ,ma vertu monte sur la tienne et tu te sens diminu4 ,exalte-toi1 vertu de ,philoctte6 satisfais-toi de ta beaut6 ,noptolme1 que ne pris-tu mon arc tout de suite8 ,plus tu m'aimais1 plus cela t'tait difficile3 tu ne t'es pas assez dvou4 ,prends-les444 7,il regarde47 ,il n'est plus l444 ,ce breuvage avait un got affreux2 d'y penser1 mon cur se soulve2 je voudrais m'endormir plus vite444 ,de tous les dvouements1 le plus fou c'est celui pour les autres1 car alors on leur devient suprieur4 ,je me dvoue1 oui1 mais ce n'est pas pour la ,grce444 ,je ne regrette qu'une chose1 c'est que mon dvouement serve la ,grce444 ,et non1 je ne le regrette mme pas444 ,mais alors1 ne me remercie pas3 c'est pour moi que j'agis1 non pour toi4--,ulysse1 tu m'admireras1 n'est-ce pas8--,mais1 m'admireras-tu1 ,ulysse8--,ulysse6 ,ulysse6 o donc es-tu8 ,comprends3 je me dvoue1 mais ce n'est pas pour la patrie444 c'est pour autre chose1 comprends2 c'est pour444 quoi8 ,je ne sais pas4 ,vas-tu comprendre8 ,ulysse6 tu vas croire peut-tre que je me dvoue pour la ,grce6 ,ah6 cet arc et ces flches vont y servir6444 ,o les jeter8--,la mer6 la mer6 7,il veut courir1 mais retombe vaincu par le breuvage47 ,je suis sans force4 ,ah6 ma tte se trouble444 ,il va venir444 ,vertu6 vertu6 je cherche dans ton nom amer un peu d'ivresse2 l'aurais-je dj toute puise8 ,l'orgueil qui me soutient chancelle et cde2 je fuis de toutes parts4 ,pas de bonds2 pas de bonds1 lui disais-je4 ,ce que l'on entreprend au-dessus de ses forces1 ,noptolme1 voil ce qu'on appelle vertu4 ,vertu444 je n'y crois plus1 ,noptolme4 ,mais coute-moi donc1 ,noptolme6 ,noptolme1 il n'y a pas de vertu4--,noptolme6444 ,il n'entend plus444 7,il tombe accabl et s'endort47 ,,ulysse 7entrant et voyant ,philoctte47 ,et maintenant1 laisse-moi seul avec lui4 7,noptolme en proie la plus vive motion hsite se retirer47 ,eh oui6 va n'importe o2 cours apprter la barque1 si tu veux4 7,noptolme sort47 ,,ulysse1 seul 7s'approche de ,philoctte et se penche47 ,philoctte6444 ,tu ne m'entends donc plus1 ,philoctte8--,tu ne m'entendras plus8--,que faire8 ,j'aurais voulu te dire444 que tu m'as vaincu1 ,philoctte4 ,et je vois la vertu1 maintenant2 et je la sens si belle1 que prs de toi je n'ose plus agir4 ,mon devoir m'apparat plus cruel que le tien1 parce qu'il m'apparat moins auguste4 ,ton arc444 je ne peux plus1 je ne veux plus le prendre3 tu l'as donn4--,noptolme est un enfant3 qu'il obisse4 ,ah6 le voil6 7,impratif47 ,et maintenant ,noptolme1 prends l'arc et les flches1 et va les porter la barque4 7,noptolme dsol s'approche de ,philoctte1 se penche1 puis se jette genoux et baise ,philoctte au front47 ,,ulysse ,je te l'ordonne4 ,m'avoir trahi ne serait pas assez8 ,veux-tu trahir aussi ta patrie8 ,vois comme il s'y est dvou4 7,noptolme soumis prend l'arc et les flches et s'loigne47 ,,ulysse1 seul4 ,et maintenant1 adieu1 dur ,philoctte4 ,est-ce que tu m'as beaucoup mpris8 ,ah6 je voudrais savoir444 ,je voudrais qu'il sache que je le trouve admirable444 et que444 grce lui1 nous vaincrons4 ,n,,optol,,me 7de loin appelle47 ,ulysse66 ,,ulysse ,me voici4 7,il sort47 ,,cinqui,,me ,,acte ,philoctte est seul1 sur un rocher4 ,le soleil se lve dans un ciel parfaitement bleu4 ,au loin sur la mer fuit une barque4 ,philoctte la regarde longuement4 ,,philoct,,te 7murmure trs calme47 ,ils ne reviendront plus2 ils n'ont plus d'arc prendre444--,je suis heureux4 7,sa voix est devenue extraordinairement belle et douce2 des fleurs autour de lui percent la neige1 et les oiseaux du ciel descendent le nourrir47 ,,le ,,trait ,,du ,,narcisse 7,,th,,orie ,,du ,,symbole7 ,a ,paul ,valry4 ,nuper me in littore vidi4 ,,virgile4 ,le ,trait du ,narcisse parut dans les ,entretiens politiques et littraires1 numro de janvier #ahia2 puis1 presque sitt aprs1 la librairie de l',art indpendant4 ,les livres ne sont peut-tre pas une chose bien ncessaire2 quelques mythes d'abord suffisaient4 ,une religion y tenait tout entire4 ,le peuple s'tonnait l'apparence des fables et sans comprendre il adorait2 les prtres attentifs1 penchs sur la profondeur des images1 pntraient lentement l'intime sens du hiroglyphe4 ,puis1 on a voulu expliquer2 les livres ont amplifi les mythes2--mais quelques mythes suffisaient4 ,ainsi le mythe du ,narcisse3 ,narcisse tait parfaitement beau1--et c'est pourquoi il tait chaste2 il ddaignait les ,nymphes--parce qu'il tait amoureux de lui-mme4 ,aucun souffle ne troublait la source1 o1 tranquille et pench1 tout le jour il contemplait son image444--,vous savez l'histoire4 ,pourtant nous la dirons encore4 ,toutes choses sont dites dj2 mais comme personne n'coute1 il faut toujours recommencer4 99 99 99 99 99 ,il n'y a plus de berge ni de source2 plus de mtamorphose et plus de fleur mire2--rien que le seul ,narcisse1 donc1 qu'un ,narcisse rveur et s'isolant sur des grisailles4 ,en la monotonie inutile de l'heure il s'inquite1 et son cur incertain s'interroge4 ,il veut connatre enfin quelle forme a son me2 elle doit tre1 il sent1 excessivement adorable1 s'il en juge par ses grands frmissements2 mais son visage6 son image6 ,ah6 ne pas savoir si l'on s'aime444 ne pas connatre sa beaut6 ,je me confonds1 dans ce paysage sans lignes1 qui ne contrarie pas ses plans4 ,ah6 ne pas pouvoir se voir6 ,un miroir6 un miroir6 un miroir6 un miroir6 ,et ,narcisse qui ne doute pas que sa forme ne soit quelque part1 se lve et part la recherche des contours souhaits pour envelopper enfin sa grande me4 99 99 99 99 99 ,au bord du fleuve du temps1 ,narcisse s'est arrt4 ,fatale et illusoire rivire o les annes passent et s'coulent4 ,simples bords1 comme un cadre brut o s'enchsse l'eau1 comme une glace sans tain2 o rien ne se verrait derrire1 o derrire le vide ennui s'ploierait4 ,un ennuyeux1 un lthargique canal1 un presque horizontal miroir2 et rien ne distinguerait de l'ambiance incolore cette eau grise1 si l'on ne sentait qu'elle coule4 ,de loin1 ,narcisse a pris le fleuve pour une route1 et comme il s'ennuyait1 tout seul dans tout ce gris1 il s'est approch pour voir passer des choses4 ,les mains sur le cadre1 maintenant1 il se penche1 dans la traditionnelle posture4 ,et voici que comme il regarde1 sur l'eau soudain se diapre une mince apparence4--,fleurs des rives1 troncs d'arbres1 fragments de ciel bleu reflt1 toute une fuite de rapides images qui n'attendaient que lui pour tre1 et qui sous son regard se colorent4 ,puis des collines s'ouvrent et des forts s'chelonnent au long des pentes des valles1--visions qui selon le cours des eaux ondulent1 et que les flots diversifient4 ,narcisse regarde merveill2--mais ne comprend pas bien1 car l'une et l'autre se balancent1 si son me guide le flot1 ou si c'est le flot qui la guide4 ,o ,narcisse regarde1 c'est le prsent4 ,du plus lointain futur1 les choses1 virtuelles encore1 se pressent vers l'tre2 ,narcisse les voit1 puis elles passent2 elles s'coulent dans le pass4 ,narcisse trouve bientt que c'est toujours la mme chose4 ,il interroge2 puis mdite4 ,toujours des mmes formes passent2 l'lan du flot1 seul les diffrencie4--,pourquoi plusieurs8 ou bien pourquoi les mmes8--,c'est donc qu'elles sont imparfaites1 puisqu'elles recommencent toujours444 et toutes1 pense-t-il1 s'efforcent et se tendent vers quelque chose1 vers une forme premire perdue1--paradisiaque et cristalline4 99 99 99 99 99 ,narcisse rve au paradis4 ,i ,le ,paradis n'tait pas grand2 parce que parfaites1 les formes n'y fleurissaient chacune qu'une fois1 et un jardin les tenait toutes4--,s'il tait1 ou s'il n'tait pas1 que nous importe8 mais il tait tel1 s'il tait--comme la forme la plus parfaite de ,dieu4 ,tout s'y cristallisait en une forme ncessaire1 et tout tait parfaitement ainsi que tout devait tre4--,tout demeurait immobile1 car rien ne souhaitait d'tre mieux4 ,la seule calme gravitation faisait lentement voluer l'ensemble4 ,et comme aucun lan ne cesse1 dans le ,pass ni dans l',avenir1 le ,paradis n'tait pas devenu1--il tait simplement depuis toujours4 99 99 99 99 99 ,chaste den6 ,jardin6 jardin des ,ides1 o les formes1 rhythmiques et sres1 rvlaient sans effort leur nombre2 o chaque chose tait ce qu'elle paraissait2 car prouver tait inutile4 den6 o les brises chanteuses ondulaient en courbes prvues2 o le ciel talait l'azur sur la pelouse symtrique2 o les oiseaux taient couleur du temps et les papillons sur les fleurs faisaient des harmonies providentielles2 o les roses taient roses parce que les ctoines taient vertes1 qui venaient c'est pourquoi s'y poser4 ,tout tait parfait comme un nombre et se scandait normalement2 un accord manait du rapport des lignes2 sur le jardin planait une uniforme symphonie4 ,au centre de l'den1 ,ygdrasil1 l'arbre logarithmique1 plongeait dans le sol ses racines de vie1 et promenait sur la pelouse autour1 l'ombre paisse de son feuillage1 o s'ployait la seule ,nuit4 ,dans l'ombre1 contre son tronc1 s'appuyait le livre du ,mystre--o se lisait la vrit qu'il faut connatre4 ,et le vent1 en soufflant dans les feuilles de l'arbre1 en pelait1 le long du jour1 les hiroglyphes ncessaires4 ,adam1 religieux1 coutait4 ,unique1 encore insexu1 il demeurait assis l'ombre du grand arbre4 ,l'homme6 ,hypostase de l'lohim1 suppt de la ,divinit6 pour lui1 par lui1 les formes apparaissent4 ,immobile et central de toute cette ferie1 il la regarde qui se droule4 ,mais1 spectateur oblig1 toujours1 d'un spectacle o il n'a pas de rle1 que celui de regarder toujours1 il se lasse4--,tout se joue pour lui1 il le sait1--mais lui-mme444--mais lui-mme ne se voit pas4 ,et que lui fait tout le reste8 ah6 se voir6--,certes il est puissant1 puisqu'il cre et que ce monde entier se suspend aprs son regard1--mais connat-il cette puissance1 mme1 tant qu'elle reste inaffirme8 ,que lui sert-elle1 cette puissance1 tant qu'il ne se la prouvera pas8--,vraiment1 force de regarder1 il ne se distingue plus bien de ces choses3 c'est insupportable1--ne pas savoir jusqu'o l'on va6 ,car c'est un esclavage enfin1 si l'on n'ose risquer un seul geste1 sans perturber toute l'harmonie4--,et puis1 tant pis6 cette harmonie m'agace1 et son accord toujours parfait4 ,un geste6 un petit geste1 pour savoir1--une dissonance1 que diable6--,eh6 va donc6 un peu d'imprvu4 ,ah6 saisir6 saisir un rameau d',ygdrasil entre ses doigts infatus1 et qu'il le brise444 ,c'est fait4 444 ,une imperceptible fissure d'abord1 un cri1 mais qui germe1 s'tend1 s'exaspre1 strident siffle et bientt gmit comme une tempte4 ,l'arbre ,ygdrasil fltri chancelle et craque2 ses feuilles o jouaient les brises1 frissonnantes et recroquevilles1 se rvulsent dans la bourrasque qui se lve et les emporte au loin1--vers l'inconnu d'un ciel nocturne et vers de hasardeux parages1 o fuit l'parpillement aussi des pages arraches au grand livre sacr qui s'effeuille4 ,vers le ciel est mont une vapeur1 larmes1 nuages qui retombent en larmes et qui remonteront en nues3 le temps est n4 ,et l',homme pouvant1 androgyne qui se ddouble1 a pleur d'angoisse et d'horreur1 sentant1 avec un sexe neuf1 sourdre en lui l'inquiet dsir pour cette moiti de lui presque pareille1 cette femme tout coup surgie1 l1 qu'il embrasse et qu'il voudrait reprendre1--cette femme qui dans l'aveugle effort de recrer un tre parfait et d'arrter l cette engeance1 fera s'agiter en son sein l'inconnu d'une race nouvelle1 et bientt poussera dans le temps un autre tre1 incomplet encore et qui ne se suffira pas4 ,triste race qui te disperseras sur cette terre de crpuscule et de prires1 avec la vision quelquefois dans l'extase1 du ,paradis perdu et que tu rechercheras partout2--race o natront pour te consoler1 des prophtes1--et des potes1 car j'en suis1 qui se souviendront d'un den et recueilleront pieusement les feuillets dchirs1 du ,livre immmorial o se lisaient les vrits qu'il faut connatre4 ,,ii ,si ,narcisse se retournait1 il verrait1 je pense1 quelque verte berge1 un ciel peut-tre1 l',arbre1 la ,fleur1 quelque chose de stable enfin1 et qui dure1 mais dont le reflet tombant sur l'eau se brise et que la mobilit des flots diversifie4 ,quand donc cette eau cessera-t-elle sa fuite8 et repose enfin1 stagnant miroir1 dira-t-elle1 en la puret pareille de l'image1--pareille enfin1 jusqu' se confondre avec elles--les lignes de ces formes fatales1--jusqu' les devenir1 enfin4 ,quand donc le temps1 cessant sa fuite1 laissera-t-il que cet coulement se repose8 ,formes1 formes divines et prennelles6 qui n'attendez que le repos pour reparatre1 quand1 dans quelle nuit1 dans quel silence1 vous recristalliserez-vous8 ,le ,paradis est toujours refaire2 mais il n'est point en quelque lointaine ,thul4 ,le ,paradis est sous l'apparence4 ,chaque chose dtient1 virtuelle1 l'intime harmonie de son tre1 comme chaque sel1 en lui1 l'archtype de son cristal2--et vienne un temps de nuit tacite1 o les eaux plus denses descendent3 dans les abmes imperturbs fleuriront les trmies secrtes444 ,tout s'efforce vers sa forme perdue2 elle apparat1 mais salie1 gauchie1 et qui ne se satisfait pas1 puisque toujours elle recommence2 presse1 heurte par les formes d'auprs qui s'efforcent aussi chacune de paratre1--car1 tre ne suffit plus3 il faut que l'on se prouve1--et l'orgueil infatue chacune4 ,l'heure qui passe bouleverse tout4 ,mais1 comme le temps ne fuit que par la fuite des choses1 chaque chose s'accroche et se crispe pour alentir un peu cette course et pouvoir apparatre mieux4 ,il est des poques alors1 o les choses se font plus lentes1 o le temps repose1--l'on croit2--et comme le bruit1 avec le mouvement1 cesse1--tout se tait4 ,on attend2 on comprend que l'instant est tragique et qu'il ne faut pas bouger4 ,il se fit dans le ciel un silence2 prlude des apocalypses4--,oui tragiques1 tragiques poques1 o commencent des res nouvelles1 o le ciel et la terre se recueillent1 o le livre aux ,,vii sceaux va s'ouvrir1 o tout va se fixer dans des postures ternelles444 mais toujours quelque clameur importune surgit1 qui bouleverse et passe4 ,sur les plateaux lus o l'on croit que le temps va finir1--toujours quelques avides soldats qui se partagent des vtements1 et qui jouent aux ds des tuniques1--lorsque l'extase immobilise les saintes femmes1 que le voile qui se dchire va livrer les secrets du temple2 quand toute la cration contemple le ,christ enfin qui se fige en la croix suprme1 disant les dernires paroles3 ,tout est consomm444 444 ,et puis1 non6 tout est refaire1 refaire ternellement--parce qu'un joueur de ds n'avait pas arrt son vain geste1 parce qu'un soldat voulait gagner une tunique1 parce que quelqu'un ne regardait pas4 ,car la faute est toujours la mme et qui reperd toujours le ,paradis4 ,l'individu qui songe soi tandis que la ,passion s'ordonne1 et1 comparse orgueilleux1 ne se subordonne pas#a4 #a ,les ,vrits demeurent derrire les ,formes--symboles4 ,tout phnomne est le ,symbole d'une ,vrit4 ,son seul devoir est qu'il la manifeste4 ,son seul pch3 qu'il se prfre4 ,c'est l ce que je voudrais dire4 ,j'y reviendrai toute ma vie2 je vois l toute la morale1 et je crois que tout s'y ramne4 ,je ne veux que l'indiquer ici1 en une note2 aussi bien1 en ce mince trait1 craindrais-je d'en faire clater l'troit cadre4 ,nous vivons pour manifester4 ,les rgles de la morale et de l'esthtique sont les mmes3 toute uvre qui ne manifeste pas est inutile et par cela mme1 mauvaise4 ,tout homme qui ne manifeste pas est inutile et mauvais4 7,en s'levant un peu1 l'on verrait pourtant que tous manifestent--mais on ne doit le reconnatre qu'aprs74 ,tout reprsentant de l',ide tend se prfrer l',ide qu'il manifeste4 ,se prfrer--voil la faute4 ,l'artiste1 le savant1 ne doit pas se prfrer la ,vrit qu'il veut dire3 voil toute sa morale2 ni le mot1 ni la phrase1 l',ide qu'ils veulent montrer3 je dirais presque1 que c'est l toute l'esthtique4 ,et je ne prtends pas que cette thorie soit nouvelle2 les doctrines de renoncement ne prchent pas autre chose4 ,la question morale pour l'artiste1 n'est pas que l',ide qu'il manifeste soit plus ou moins morale et utile au grand nombre2 la question est qu'il la manifeste bien4--,car tout doit tre manifest1 mme les plus funestes choses3 ,malheur celui par qui le scandale arrive1 mais3 ,il faut que le scandale arrive4--,l'artiste et l'homme vraiment homme1 qui vit pour quelque chose1 doit avoir d'avance fait le sacrifice de lui-mme4 ,toute sa vie n'est qu'un acheminement vers cela4 ,et maintenant que manifester8--,on apprend cela dans le silence 7#ahij74 ,inpuisables messes1 chaque jour1 pour remettre le ,christ en l'agonie1 et le public en position de prire444 un public6--quand il faudrait prosterner l'humanit entire3--alors une messe suffirait4 ,si nous savions tre attentifs et regarder1 que de choses nous verrions1 peut-tre444 ,,iii ,le ,pote est celui qui regarde4 ,et que voit-il8--,le ,paradis4 ,car le ,paradis est partout2 ne croyons pas les apparences4 ,les apparences sont imparfaites3 elles balbutient les vrits qu'elles reclent2 le ,pote1 demi-mot1 doit comprendre1--puis redire ces vrits4 ,est-ce que le ,savant fait rien d'autre8 ,lui aussi recherche l'archtype des choses et les lois de leur succession2 il recompose un monde enfin1 idalement simple1 o tout s'ordonne normalement4 ,mais1 ces formes premires1 le ,savant les recherche1 par une induction lente et peureuse1 travers d'innombrables exemples2 car il s'arrte l'apparence1 et1 dsireux de certitude1 il se dfend de deviner4 ,le ,pote1 lui1 qui sait qu'il cre1 devine travers chaque chose--et une seule lui suffit1 symbole1 pour rvler son archtype2 il sait que l'apparence n'en est que le prtexte1 un vtement qui la drobe et o s'arrte l'il profane1 mais qui nous montre qu',elle est l#b4 #b ,a-t-on compris que j'appelle symbole--tout ce qui parat4 ,le ,pote pieux contemple1 il se penche sur les symboles1 et silencieux descend profondment au cur des choses1--et quand il a peru1 visionnaire1 l',ide1 l'intime ,nombre harmonieux de son tre1 qui soutient la forme imparfaite1 il la saisit1 puis1 insoucieux de cette forme transitoire qui le revtait dans le temps1 il sait lui redonner une forme ternelle1 sa ,forme vritable enfin1 et fatale1--paradisiaque et cristalline4 99 99 99 99 99 ,car l'uvre d'art est un cristal--,paradis partiel o l',ide refleurit en sa puret suprieure2 o1 comme dans l'den disparu1 l'ordre normal et ncessaire a dispos toutes les formes dans une rciproque et symtrique dpendance1 o l'orgueil du mot ne supplante pas la ,pense1--o les phrases rythmiques et sres1 symboles encore1 mais symboles purs1 o les paroles1 se font transparentes et rvlatrices4 ,de telles uvres ne se cristallisent que dans le silence2 mais il est des silences parfois au milieu de la foule1 o l'artiste rfugi1 comme ,mose sur le ,sina1 s'isole1 sort des choses1 du temps1 s'enveloppe d'une atmosphre de lumire au-dessus de la multitude affaire4 ,en lui1 lentement1 l',ide se repose1 puis lucide s'panouit hors les heures4 ,et comme elle n'est pas dans le temps1 le temps ne pourra rien sur elle4 ,disons plus3 on se demande si le ,paradis1 hors du temps lui-mme1 n'tait peut-tre jamais que l1--c'est--dire qu'idalement#c444 #c ,relire la note #a1 page #hc4 ,narcisse cependant contemple de la rive cette vision qu'un dsir amoureux transfigure2 il rve4 ,narcisse solitaire et puril s'prend de la fragile image2 il se penche1 avec un besoin de caresse1 pour tancher sa soif d'amour1 sur la rivire4 ,il se penche et soudain1 voici que cette fantasmagorie disparat2 sur la rivire il ne voit plus que deux lvres au devant des siennes1 qui se tendent1 deux yeux1 les siens1 qui le regardent4 ,il comprend que c'est lui1--qu'il est seul--et qu'il s'prend de son visage4 ,autour1 un azur vide1 que ses bras ples crvent1 tendus par le dsir travers l'apparence brise1 et qui s'enfoncent dans un lment inconnu4 ,il se relve alors1 un peu2 le visage s'carte4 ,la surface de l'eau comme dj se diapre et la vision reparat4 ,mais ,narcisse se dit que le baiser est impossible1--il ne faut pas dsirer une image2 un geste pour la possder la dchire4 ,il est seul4--,que faire8 ,contempler4 ,grave et religieux il reprend sa calme attitude3 il demeure--symbole qui grandit1--et1 pench sur l'apparence du ,monde1 sent vaguement en lui1 rsorbes1 les gnrations humaines qui passent4 ,ce trait n'est peut-tre pas quelque chose de bien ncessaire4 ,quelques mythes d'abord suffisaient4 ,puis on a voulu expliquer2 orgueil de prtre qui veut rvler les mystres1 afin de se faire adorer1--ou bien vivace sympathie1 et cet amour apostolique1 qui fait que l'on dvoile et qu'on profane en les montrant1 les plus secrets trsors du temple1 parce qu'on souffre d'admirer seul et qu'on voudrait que d'autres adorent4 ,,la ,,tentative ,,amoureuse ou ,,le ,,trait ,,du ,,vain ,d,,sir ,a ,francis ,jammes4 ,le dsir est comme une flamme brillante1 et ce qu'il a touch n'est plus que de la cendre1--poussire lgre qu'un peu de vent disperse--ne pensons donc qu' ce qui est ternel4 ,,cald,,ron 7,la ,vie est un ,songe74 ,la premire dition de ,la ,tentative amoureuse parut la librairie de l',art indpendant en #ahic4 ,ces livres n'auront pas t les rcits trs vrais de nous-mmes1--mais plutt nos tristes dsirs1 les souhaits d'autres vies jamais dfendues1 et tous les gestes impossibles4 ,ici j'cris un rve qui drangeait trop ma pense1 et rclamait une existence4 ,un rve de bonheur1 ce printemps1 m'a lass2 j'ai souhait de moi des closions plus parfaites4 ,j'ai souhait d'tre heureux1 comme si je n'avais rien d'autre tre1--comme si le pass1 pas toujours1 sur nous ne triomphe1--comme si la vie n'tait pas faite de l'habitude de sa tristesse1 et demain la suite d'hier1--comme si ne voici pas qu'aujourd'hui mon me s'en retourne dj vers ses tudes coutumires1 sitt dlivre de son rve4 ,et chaque livre n'est plus qu'une tentation diffre4 ,certes1 ce ne seront ni les lois importunes des hommes1 ni les craintes1 ni la pudeur1 ni le remords1 ni le respect de moi ni de mes rves1 ni toi1 triste mort1 ni l'effroi d'aprs tombe1 qui m'empcheront de joindre ce que je dsire2 ni rien--rien que l'orgueil1 sachant une chose si forte1 de me sentir plus fort encore et de la vaincre4--,mais la joie d'une si hautaine victoire--n'est pas si douce encore1 n'est pas si bonne que de cder vous1 dsirs1 et d'tre vaincu sans bataille4 99 99 99 99 99 ,lorsque le printemps vint cette anne1 je fus tourment par sa grce2 et comme des dsirs faisaient ma solitude douloureuse1 je sortis au matin dans les champs4 ,tout le jour le soleil rayonna sur la plaine2 je marchai rvant au bonheur4 ,certes il est1 pensai-je1 d'autres terres que ces landes dsenchantes o je menais patre mon me4 ,quand pourrai-je1 loin de mes moroses penses1 promener au soleil toute joie1 et dans l'oubli d'hier et de tant de religions inutiles1 embrasser le bonheur qui viendra1 fortement1 sans scrupule et sans crainte8 ,et je n'osai rentrer ce soir-l1 sachant imaginer trop d'inquitudes nouvelles2 je marchai vers les bois o dj1 jadis et tant de fois ma solitude s'tait perdue4--,la nuit vint et le clair de lune4 ,le bois se fit tranquille et s'emplit d'ombres merveilleuses2 le vent frmit2 les oiseaux de nuit s'veillrent4 ,j'entrai dans une alle profonde o le sable mes pieds luisait1 et cette blancheur poursuivie me guidait4 ,entre les branches plus espaces1 quand le vent agitait les arbres1 on voyait flotter sur l'alle la forme insaisissable des brumes2 et comme au milieu de la nuit la rose ruissela des feuilles1 des parfums s'tant levs1 la fort devint amoureuse4 ,il y eut des frmissements parmi l'herbe2 chaque forme cherchant1 trouvant1 faisant l'harmonie1 les fleurs larges se balancrent1 et le pollen flotta1 plus lger que la brume1 en poussire4 ,une joie secrte et pme se sentait bruire sous les branches4 ,j'attendais4 ,les oiseaux nocturnes pleurrent4 ,puis tout se tut2 c'tait le recueillement d'avant l'aube2 la joie devint sereine et ma solitude perdue1 sous la nuit ple et conseillre4 ,qualquiera ventio que sopla4 ,poussire lgre1 qu'un peu de vent disperse4 ,i ,l'aube vint4 ,charg de fleurs1 ,luc sortit du bois encore nocturne et transi un peu de fracheur matinale1 il s'assit au talus de l'ore pour attendre le lever du soleil4 ,devant lui s'talait une pelouse humide1 de fleurs diapre et d'eau vaporeuse et brillante4 ,luc attendait tout le bonheur1 confiant1 et pensant qu'il viendrait comme un essaim volant se pose et que pour lui dj tout s'tait mis en route4 ,l'aurore frmissait d'une joie infinie et le printemps naissait d'un appel de sourires4 ,des chants vibrrent et parut une ronde de jeunes filles4 ,folles et par l'herbe trempes1 et les cheveux encore dfaits de la nuit1 elles cueillirent des fleurs toutes1 et levant leur jupe en corbeille1 laissrent danser leurs pieds nus4 ,puis1 de leurs rondes vite lasses1 elles descendirent au bas du pr1 vers les sources1 s'y laver1 s'y mirer1 s'apprter pour les plaisirs du jour4--,en se quittant1 chacune oublia ses compagnes4 ,rachel revint seule et songeuse2 elle reprit les fleurs tombes et se baissait en geste d'en cueillir de nouvelles1 pour ne pas voir approcher ,luc4 ,elle cueillait des boutons d'or1 des sauges et des marguerites1 et toutes les fleurs des prairies4 ,luc apportait les digitales des ravins et les jacinthes violettes4 ,il tait tout prs de ,rachel2 maintenant elle tressait les fleurs4 ,luc voulait1 mais n'osait joindre ses fleurs la guirlande2 et soudain1 les jetant ses pieds3 ,ce sont les fleurs sombres des bois1 dit-il1 et je les ai cueillies dans l'ombre1--pour vous1 puisque c'est vous qui partes2 j'avais cherch toute la nuit4 ,vous tes belle comme le printemps cette anne1 et plus jeune encore que moi-mme4 ,et j'ai vu ce matin vos pieds nus4 ,vous tiez avec vos compagnes et je n'osais pas m'approcher2 maintenant vous tes la seule4 ,prenez mes fleurs et venez je vous prie2 apprenons-nous des joies charmantes4 ,rachel souriait attentive2 ,luc l'ayant prise par la main1 ce fut ensemble qu'ils rentrrent4 99 99 99 99 99 ,le jour passa dans des jeux et des rires4 ,luc s'en retourna seul le soir4 ,la nuit vint1 pour lui1 sans sommeil2 souvent1 quittant son lit trop chaud1 il marchait dans sa chambre1 ou se penchait la fentre ouverte4 ,il souhaitait d'tre plus jeune et d'une bien plus grande beaut1 pensant qu'entre deux tres1 l'amour a la splendeur de leur corps4--,toute la nuit ,luc dsira ,rachel4 ,au matin il courut vers elle4 ,une alle de lilas menait sa demeure2 puis c'tait un jardin plein de roses1 enclos d'une barrire basse2 ds l'abord1 ,luc entendit ,rachel chanter4 ,il resta jusqu'au soir1 puis il revint le lendemain2--il revint chaque jour2 l'veil il partait2 dans le jardin1 ,rachel attendait souriante4 ,des jours passrent2 ,luc n'osait rien2 ,rachel se livra la premire4--,un matin1 ne l'ayant pas trouve sous la charmille accoutume1 ,luc dcida de monter sa chambre4 ,rachel tait assise sur le lit1 les cheveux dfaits1 presque nue1 couverte seulement d'un chle dj presque tout retomb2 certes elle attendait4 ,luc arriva1 rougit1 sourit1--mais ayant vu ses jambes exquises si frles1 il y sentit une fragilit1 et s'tant agenouill devant elle1 il baisa ses pieds dlicats1 puis ramena le pan du chle4 ,luc souhaitait l'amour mais s'effrayait de la possession charnelle comme d'une chose meurtrie4 ,triste ducation que nous emes1 qui nous fit pressentir sanglotante et navre1 ou bien morose et solitaire1 la volupt pourtant si glorieuse et sereine4 ,nous ne demanderons plus ,dieu1 de nous lever au bonheur4--,puis1 non6 ,luc n'tait pas ainsi2 car c'est une drisoire manie que de faire toujours pareil soi1 qui l'on invente4--,donc ,luc possda cette femme4 ,comment dirai-je leur joie1 prsent1--sinon en racontant1 autour d'eux1 la nature pareille1 joyeuse aussi1 participante4 ,leurs penses n'taient plus importantes3 ne s'occupant que d'tre heureux1 leurs questions taient des souhaits1 et des assouvissements les rponses4 ,ils apprenaient les confidences de la chair et leur intimit devenait chaque jour plus secrte4 ,un soir qu'il la quittait selon son habitude3 ,pourquoi partez-vous8 lui dit-elle2 si c'est pour quelque amour1 c'est bien--allez--je ne suis pas jalouse4 ,sinon restez--venez3 ma couche vous convie4 ,il resta ds lors chaque nuit4 99 99 99 99 99 ,l'air tait devenu plus tide1 la nuit si belle1 qu'ils ne fermaient plus la croise3 ils dormaient ainsi sous la lune--et comme un rosier plein de fleurs montait1 entourait la fentre1 ils en avaient emprisonn des branches2 l'odeur des roses se mlait celle des bouquets dans la chambre4 ,a cause de l'amour ils s'endormaient trs tard2 ils avaient des rveils comme ceux de l'ivresse--trs tard1 encore fatigus de la nuit4 ,ils se lavaient dans une source claire1 qui coulait du jardin1 et ,luc regardait ,rachel se baigner nue sous les feuilles4--,puis ils partaient en promenade4 ,souvent ils attendaient le soir1 assis dans l'herbe et sans rien faire2 ils regardaient le soleil s'abaisser2 puis lorsque l'heure enfin s'tait faite plus douce1 ils regagnaient lentement la demeure4 ,la mer n'tait pas loin2 par les fortes mares1 la nuit1 on entendait faiblement le bruit des vagues4 ,parfois ils descendaient jusqu' la plage2 c'tait par une valle troite et tortueuse1 sans ruisseau2 des ajoncs1 des gents y croissaient et le vent y chassait du sable2 puis la plage s'ouvrait3 c'tait un golfe1 sans barques1 sans navires2 pourtant la mer y tait calme4 ,l'on voyait1 presque en face1 sur la cte recourbe et qui semblait au loin former une le1 en ce point mme1 l'on apercevait comme la grille fastueuse d'un parc2 au soir elle luisait comme de l'or4--,bientt ,rachel ne trouvait plus de coquilles dans le sable2 ils s'ennuyaient devant la mer4 ,non loin aussi tait un village1 mais ils n'y passaient pas souvent cause des pauvres4 ,lorsqu'il pleuvait ou que1 par nonchalance1 ils n'allaient mme pas dans les prs1 ,rachel tendue1 ,luc tant ses pieds1 le priait de lui dire une histoire3 ,parlez1 disait-elle1 j'coute prsent2 ne cessez pas si je sommeille3 racontez-moi des jardins au printemps1--vous savez bien1 et ces hautes terrasses4 99 99 99 99 99 ,et ,luc racontait les terrasses1 les marronniers en enfilade1 les jardins suspendus sur la plaine3--au matin1 des fillettes y venaient jouer et danser leurs rondes1 et le soleil tait encore si bas sur la plaine1 que les arbres ne faisaient pas d'ombre4 ,un peu plus tard1 de grandes jeunes filles tranquilles entrrent parmi les plates-bandes et prparrent des guirlandes--comme vous en faisiez1 ,rachel4 ,vers midi des couples survinrent1--et1 le soleil ayant pass sur les arbres1 la vote opaque des rames fit l'alle1 semblait-il1 plus frache2 ceux qui s'y promenaient ne se parlaient plus qu' voix basse4 ,un peu plus tard1 comme elle tait moins blouie1 on commena de voir la plaine o l't semblait pandu4 ,des promeneurs s'accoudrent1 se penchrent aux balustrades2 des groupes de femmes s'assirent1 les unes dvidaient des cheveaux de laine que d'autres employaient en ouvrages4 ,des heures s'coulrent4 ,vinrent des coliers1 les coles finies2 des enfants jourent aux billes4 ,le soir tomba2 les promeneurs devinrent solitaires2 quelques-uns pourtant encore runis1 parlaient dj du jour comme d'une chose finie4 ,l'ombre de la terrasse descendit sur la plaine1 et tout au bout de l'horizon1 dans le ciel clair1 la lune parut trs fine et pure4--,je suis venu1 la nuit errer sur la terrasse dserte444--,luc se tut et regarda ,rachel1 endormie au bruit des paroles4 99 99 99 99 99 ,ils firent encore une promenade plus longue2 c'tait la fin du printemps4 ,ayant gravi la colline o leur maison se trouvait sise1 ils trouvrent mi-cte1 sur le versant oppos1 un canal4 ,une range de peupliers le bordait2 un chemin en talus le suivait1 puis le terrain continuait sa pente4 ,ayant pu traverser le canal sur un pont1 le soleil qui brlait les fit suivre le bord de l'eau4 ,de la valle une chaleur montait par vagues2 l'air vibrait sur les champs2 une grande route au loin poudroyait quand y passait une charrette2 ils virent l't sur la plaine4 ,le chemin1 les arbres1 le canal suivaient assidment les courbes de la colline2 eux donc suivaient le canal sur la berge2 vers l'autre berge un petit bois venait finir4--,ce fut tout4 ,ils marchrent ainsi trs longtemps2 mais voyant que a continuait indfiniment1 quand ils en eurent assez1 ils revinrent4 ,,ii ,madame--c'est vous que je conterai cette histoire4 ,vous savez que nos tristes amours se sont gars dans la lande1 et c'est vous qui vous plaigniez autrefois que j'eusse tant de peine sourire4 ,cette histoire est pour vous3 j'y ai cherch ce que donne l'amour2 si je n'ai trouv que l'ennui1 c'est ma faute3 vous m'aviez dsappris d'tre heureux4--,que la joie est brve en un livre et qu'elle est vite raconte2 combien est banal un sourire sans vice et sans mlancolie6 ,puis1 que nous fait l'amour des autres1 l'amour qui leur fait le bonheur#d4--,tant pis pour eux1 ,luc et ,rachel s'aimrent2 pour l'unit de mon rcit1 ils ne firent mme rien d'autre2 ils ne connurent de l'ennui que celui mme du bonheur4--,la cueillaison des fleurs tait leur occupation monotone4 ,ils n'cartaient pas le dsir pour une poursuite plus lointaine1 et gotaient peu les langueurs de l'attente4 ,ils ignoraient ce geste qui repousse cela mme qu'on voudrait treindre1--comme nous faisions1 ah6 ,madame--par la crainte de possder et par amour du pathtique4--,ils cueillaient aussitt toute fleur dsirable1 sans souci qu'entre leurs mains tides1 elle ne ft trop vite fane4--,heureux ceux qui comme eux pourront aimer sans conscience6 ,ils en taient peine fatigus2--car ce n'est pas tant l'amour1 et ce n'est pas tant le pch que de s'en repentir1 qui fatigue4 ,donc ils avaient pris cette coutume de regarder bien peu sur les eaux du pass leurs actions flottantes2 et leur joie eux leur venait de l'ignorance de la tristesse2 ils ne se souvenaient que de baisers et de prises qu'on peut refaire4 ,il y eut alors un instant o leurs vies vraiment se fondirent4 ,c'tait au solstice d't2 dans l'air tout bleu1 les hautes branches au-dessus d'eux avaient des gracilits souveraines4 #d ,notre ennui vint surtout cause du bonheur des autres1 dont nous ne voulions pourtant pas4 t6 t6 ,il faudrait chanter cela comme un cantique4--,cinq heures2--je me suis lev2 voici l'aube1 et je suis sorti par les champs4--,s'ils savaient tout ce qu'il y a de rose frache sur l'herbe1 d'eau froide o laveront les pieds frissonnants du matin2 s'ils savaient les rayons sur les champs1 et l'tourdissement de la plaine2 s'ils savaient l'accueil de sourires que l'aube fait qui descend vers elle dans l'herbe1--ils ne resteraient pas dormir1 je suppose1--mais ,luc et ,rachel sont las des baisers de la nuit1 et cette lassitude amoureuse a mis plus de sourires peut-tre dans leurs rves que l'aube n'en met dans les champs4 99 99 99 99 99 ,un matin pourtant ils sortirent2 ils gagnrent cette mme valle et ce canal qu'un jour de printemps ils suivaient2 mais ayant doubl la colline au lieu de la gravir1 ils arrivrent en un lieu o le canal rejoignait une large rivire2 le canal servait au halage2 ils passrent l'eau sur une cluse et suivirent le chemin de halage1 ayant droite le canal1 gauche la rivire4 ,sur l'autre rive1 tait aussi une route4 ,et ces cinq routes parallles dans l'troite valle1 aussi loin qu'ils voyaient1 s'enfonaient4 ,leur promenade ce jour-l fut assez longue1 mais pas intressante raconter4 99 99 99 99 99 ,ils voulurent revoir la plage2 ils redescendirent la valleuse2 ils s'assirent devant la mer4 ,les flots d'une rcente tempte avaient amen sur la grve des coquilles des profondeurs1 des paves et des lambeaux d'algue arrachs2 les vagues encore gonfles tourdissaient par une clameur continue4 ,et ,rachel soudain eut une inquitude3 elle sentit que ,luc commenait penser4 ,un vent plus froid soufflait2 un frisson les saisit2 ils se levrent4--,luc marcha devant1 trop vite1 un peu dclamatoire2 une poutre tait l1 dchiquete et noire1 pilotis inconnu1 fragment de bateau1 bois des les444 et tous deux devant cela s'arrtrent4 ,aprs1 ,luc regarda la mer2 ,rachel1 par besoin1 par instinct1 s'appuya sur ,luc et pencha la tte contre son paule1 sentant confusment en lui l'angoisse et la soif d'aventures4 ,ils restaient debout4 ,le soleil s'en allait1 s'enfonait au del du golfe1 aprs le dtroit1 o l'on voyait entre les promontoires fuir au loin la ligne infinie de la mer4 ,et1 tandis que le soleil plongeait1 alors1 en face d'eux1 comme sur une le1 les grilles du parc inconnu1 recevant les rayons mourants1 commencrent briller d'une manire inexplicable et presque surnaturelle2 du moins il le leur parut ceci qu'ils ne se dirent rien l'un l'autre2 chaque barreau1 plutt d'acier que d'or1 semblait luire de lui-mme1 intimement1 ou cause d'une excessive polissure2 le plus curieux c'tait qu'on croyait voir par derrire la grille1 encore que l'on n'aurait su dire quoi4 ,luc et ,rachel sentirent1 chacun1 que l'autre n'osait pas en parler4 ,en revenant1 ,rachel trouva1 sur le sable1 un uf de sche1 norme1 noir1 lastique1 et d'une bizarrerie de forme comme intentionnelle1 tellement qu'ils la jugrent importante pour eux1 et en cherchrent une cause4 99 99 99 99 99 ,le souvenir de ce jour leur laissa une vague inquitude1 et songeant souvent malgr eux ce parc1 clos devant la mer1 attirs1 questionneurs1 et n'ayant d'ailleurs pas de barque qui les y mne1 ils rsolurent d'y partir un matin1 longeant les ctes1 marchant jusqu' ce qu'ils l'eussent trouv4 ,ils se levrent avant l'aube1 et se mirent en route2 l'heure tait grise et frache encore2 ils marchrent comme des plerins srieux1 silencieux1 proccups1 ayant un but autre qu'eux-mmes2 et leur curiosit retombe laissait en eux comme le sentiment d'une tche4--,mais n'en disons pas trop1 ,madame1 car voici presque qu'ils nous plaisent4--,tant pis6 pour une fois ils marchrent sans souci de la chaleur du jour1 guids par une pense1--car ce n'tait plus un dsir4 ,et ,rachel ne se plaignait pas des graviers roulants de la route1 ou du sable mobile o les pieds appuys s'enfonaient2--tantt suivant la grve1 tantt travers champs1--une fois remontant la berge d'une rivire jusqu' ce qu'ils trouvassent un pont1--puis la redescendant ensuite1--puis travers champs de nouveau4--,ah6 les voil enfin qui parvinrent presque auprs du mur2 c'tait le ,parc2--et pour mieux en dfendre l'approche1 l'eau de la mer amene dans un foss bti de pierres1 battait le pied du mur1 et semblait se fermer sur lui1 et ce mur avanait en digue1 dans la mer1 de sorte qu'on ne voyait rien de ce ct qu'un morne promontoire calcaire4 ,ils avancrent4 ,le foss cessa4 ,alors suivant le mur ils marchrent4 ,le soleil tait lourd2 la route devant eux s'allongeait2--c'tait l'heure o les murs des jardins n'ont pas d'ombre4 ,ils virent1 presque sous le lierre et cache1 une petite porte ferme4 ,insensiblement le mur tournait1 et le soleil1 tournant aussi tandis que s'achevait le jour1 semblait les suivre4 ,par-dessus le mur1 des branches se penchaient1 mais sans gestes4 ,il naissait de l'intrieur du parc1 comme un bruit continu de rires1 mais souvent les jets d'eaux font le bruit mme de paroles4 ,tout d'un coup ils se retrouvrent devant la mer4 ,alors ils furent pris par une grande tristesse1 et ils s'assirent un peu1 avant de se remettre en route pour revenir4 ,devant eux1 ainsi que de l'autre ct un promontoire de pierre s'avanait dans la mer1 et continuait le mur dont la mer battait le pied dans une douve infranchissable4 ,et la tristesse les pntra1 les remplit1 entrant toute la fois par la plus troite fissure4--,surtout1 ils taient las de la course1 et de ce qu'elle et t vaine4--,le soleil maintenant disparaissait derrire le parc2 ils marchaient dans l'ombre envahissante du mur2 il leur parut un peu qu'elle avait en elle un mystre4 ,il leur semblait entendre par instants le bruit comme d'un jeu de doigts sur les vitres1 mais ce bruit cessant sitt qu'ils cessaient de marcher1 ils le dirent caus par l'tourdissement de leur marche4 ,il tait nuit dj depuis longtemps lorsqu'ils rentrrent4 99 99 99 99 99 ,le lendemain1 dans le repos du jour3 ,racontez-moi l'aube d't1 dit ,rachel1 puisque me tient ici prs de vous ma paresse4 ,luc commena3 ,c'tait l't1 mais avant l'aube2 les oiseaux ne chantaient pas encore2 la fort s'veillait peine4--,o6 pas une fort1 dit-elle2 une avenue4 ,l'aube nat1 et si les oiseaux ne chantent pas encore1 c'est cause de la valle trop profonde o la nuit est encore attarde2 mais dj des clarts blanchissent le haut des collines4--,vers ces clarts suprieures1 reprit ,luc1 deux chevaliers s'aventurrent1 et vers le plateau qui domine1 aprs avoir suivi toute la nuit la valle4 ,ils taient silencieux et graves1 ayant march longtemps dans l'ombre1 et les hauts chnes de l'avenue1 au-dessus d'eux tendaient leurs branches4 ,leurs chevaux montaient lentement la route toute droite escarpe4 ,tandis qu'ils montaient augmentait autour d'eux la lumire4 ,sur le plateau le jour parut4--,sur le plateau s'tendait une autre avenue1 plus vaste1 coupant la premire et qui suivait le sommet de la colline4 ,les deux chevaliers s'arrtrent4 ,l'un dit3 ,sparons-nous1 mon frre1 ce n'est pas la mme route qui tous deux nous appelle--et mon courage suffisant n'a que faire du vtre mon aide4 ,o l'un vaut1 l'autre est inutile4--,et l'autre dit3 ,adieu mon frre4--,puis1 se tournant le dos1 chacun d'eux s'en alla vers de solitaires conqutes4--,alors tous les oiseaux s'veillrent4 ,il y eut des poursuites amoureuses sous les feuilles et des chasses d'insectes dans l'air2 on entendait des vols d'abeilles et sur les gazons s'ouvraient les nouvelles fleurs butines4 ,des murmures dlicieux s'levrent4 ,plus loin1 o le terrain cessait1 l'on ne voyait plus que des feuilles2 plus bas1 dans la valle moins tnbreuse1 les cimes flottantes des arbres2 et plus bas encore1 une brume4 ,o6 comme nous nous serions penchs1 pour voir les cerfs descendre boire4--,et les deux chevaliers8 dit ,rachel4--,ah6 laissons-les1 dit ,luc--occupons-nous de l'avenue4--,il y vint1 vers midi1 une assemble de jeunes femmes2 elles marchaient en se donnant la main1 comme vous avec vos compagnes2 elles riaient2 puis vinrent des hommes costums de soie et de dorures frivoles2 s'tant assis1 tous ensemble causrent4 ,le jour passa2 eux s'taient tus et l'ombre avait cr sur la mousse2 ils se levrent et s'en allrent pour voir se coucher le soleil4 ,et l'avenue s'emplit d'inquitude et de murmure2 tout s'apprtait s'endormir2--puis tout se tut2 c'tait le soir et les branches se balancrent2 les troncs gris paraissaient mystrieux dans l'ombre2 il s'leva un chant d'oiseau crpusculaire4 ,alors l'on vit dans la nuit commence deux chevaliers s'en revenir2 ils marchaient l'un vers l'autre1 cause de la route suivie1 et leurs chevaux taient comme aprs une grande fatigue4 ,eux ils taient courbs1 plus graves qu'au matin cause de la tche vaine4 ,et s'tant rejoints sans un mot ils redescendirent l'alle qui redescendait la colline1 s'enfonant dans la nuit sous les branches4--,pourquoi partir alors1 ,luc--dit ,rachel2 quoi sert de se mettre en route4 ,n'tes-vous pas toute ma vie8--,mais vous1 ,rachel1 dit ,luc--vous n'tes pas toute la mienne4 ,il y a bien des choses encore4 ,,iii ,madame1 cette histoire m'ennuie4 ,vous savez bien que si j'ai fait des phrases1 c'est pour les autres et pas pour moi4 ,j'ai voulu raconter un rapport de saisons avec l'me2 il nous fallait gagner l',automne3 je n'aime pas abandonner n'importe quelle tche entreprise4 ,deux mes se rencontrent un jour1 et parce qu'elles cueillaient des fleurs toutes deux se sont crues pareilles4 ,elles se sont prises par la main1 pensant continuer la route4 ,la suite du pass les spare4 ,les mains se lchent et voil1 chacune en vertu du pass continuera seule la route4 ,c'est une sparation ncessaire1 car seul un semblable pass pourra faire semblables les mes4 ,tout est continu pour les mes4--,il en est1 vous savez1 nous le savons ,madame1 qui chemineront parallles1 et ne pourront pas s'approcher4--,donc ,luc et ,rachel se quittrent2 un seul jour1 un seul instant d't1 leurs deux lignes s'taient mles1--un unique point de tangence--et dj maintenant ils regardaient ailleurs4 ,sur le sable assis prs des vagues1 ,luc regardait la mer1 et ,rachel la contre4 ,ils cherchaient par moments ressaisir l'amour qui se dnoue1 mais c'tait du plaisir sans surprise2 c'tait une chose puise et ,luc tait heureux en songeant partir4 ,rachel ne le retenait plus4--,quand ils sortaient ensemble encore ils marchaient en songeant--j'allais dire3 pensifs2 chacun regardait devant lui au lieu de tant regarder l'autre4 ,luc ne songeait plus l'amour1 mais leur amour laissait en eux1 comme le souvenir d'une grande douceur1 et comme le parfum des belles fleurs fanes--tout ce qui restait des guirlandes--mais sans tristesse1 sans tristesse4 ,certains jours1 ils marchaient ainsi1 languissamment et sans paroles4 ,a cause des couleurs splendides qu'avaient prises les feuilles d'automne1 d'un si beau reflet dans les eaux1 ils prfraient les eaux dormantes et se promenaient lentement sur leurs bords4 ,les bois taient glorieux et sonores3 les feuilles en tombant dcouvraient l'horizon4 ,luc songeait la vie immense4--,je dis cela parce que moi j'y songe2 je crois qu'il devait y songer4--,luc et ,rachel m'ennuient1 ,madame2 que vous dirai-je encore d'eux8 ,ils voulurent retourner voir le parc aux grilles merveilleuses4 ,ils trouvrent longeant le mur1 cette petite porte cache1 jadis trs close et sans serrures--ouverte maintenant2 ils entrrent2--c'tait un parc abandonn4 ,rien ne peindrait la splendeur des alles4 ,l'automne jonchait les pelouses1 et des branches s'taient casses2 de l'herbe avait couvert les routes1 de l'herbe en fleur1 des gramines2 ils marchaient l-dedans en silence1 prs des buissons pleins de baies rouges1 o des rouges-gorges chantaient4 ,j'aime la splendeur de l'automne4--,il y avait des bancs de pierre1 des statues1 puis une grande maison se dressa1 les volets clos et les portes mures4--,dans le jardin restait le souvenir des ftes2 des fruits trop mrs pendaient aux espaliers4--,comme le soir tombait ils repartirent444-- 99 99 99 99 99 444--,racontez-moi l',automne dit ,rachel4 ,l'automne reprit ,luc1 ah6 c'est la fort tout entire1 et l'tang brun prs de l'ore4 ,les cerfs y viennent et le cor retentit4 ,taaut6 ,taaut6 ,la meute aboie2--les cerfs se sauvent4 ,promenons-nous sous les grands bois4--,la chasse accourt2--elle est passe2--avez-vous vu les palefrois8 ,le son du cor s'loigne1 s'loigne dans les bois4--,allons revoir l'tang tranquille1 o tombe le soir4-- --,votre histoire est stupide1 dit ,rachel2 on ne dit plus3 des palefrois2 et je n'aime pas le tapage4 ,dormons4--,alors ,luc la laissa2 n'ayant pas encore sommeil4-- 99 99 99 99 99 ,ce fut bientt aprs qu'ils se quittrent2 adieu sans larmes et sans sourires2 tranquille et naturellement2 leur histoire tait acheve4--,ils songeaient aux choses nouvelles4 ,voici l'automne ici1 ,madame2 il pleut1 les bois sont morts et l'hiver va venir4 ,je pense vous2 mon me est brlante et calme2 je suis assis auprs du feu2 prs de moi sont mes livres2 je suis seul1 je pense1 j'coute4--,reprendrons-nous comme autrefois nos beaux amours pleins de mystre8--,je suis heureux2 je vis2 j'ai de hautes penses4 ,j'ai fini de vous raconter cette histoire qui nous ennuie2 de grandes tches maintenant nous appellent4 ,je sais que sur la mer1 sur l'ocan de vie1 des naufrages glorieux attendent1--et des marins perdus1 et des les dcouvrir4--,mais nous restons penchs sur les livres1 et nos dsirs s'en vont vers des actions plus certaines4 ,c'est cela qui nous fait1 je le sais1 plus joyeux que les autres hommes4--,parfois cependant lass d'une tude trop continue1 je descends vers les bois1 par la pluie1 et je vais voir finir l'automne4--,et je sais qu'aprs1 certains soirs1 rentrant de cette promenade1 je me suis assis prs du feu1 comme ivre du bonheur de la vie1 et presque sanglotant d'ivresse1 sentant en ma pense des uvres srieuses faire4--,j'agirai6 j'agirai2 je vis4 ,entre toutes nous aurons aim les grandes uvres silencieuses4 ,ce sera le pome1 et l'histoire1 et le drame2 nous nous pencherons sur la vie1--comme vous le faisiez bien ma sur1 mditative et soucieuse4 ,maintenant je pars1 mais songez1 songez aux bonheurs du voyage444 ,pourtant1 j'aurais aim--voici l'hiver--prolonger ce rcit ensemble4 ,nous serions partis seuls un soir vers une ville de ,hollande3 la neige aurait empli les rues2 sur les canaux gels1 on aurait balay la glace4 ,vous auriez patin longtemps1 avec moi1 jusque dans la campagne2 nous aurions t dans les champs o l'on voit se former la neige elle s'tend infiniment blanche2 il fait bon sentir l'air glac4--,la nuit vient1 mais o luit la neige2 nous rentrons4 ,maintenant vous seriez prs de moi dans la chambre2 du feu2 les rideaux clos1 et toutes nos penses4--,alors vous me diriez1 ma sur3 ,aucunes choses ne mritent de dtourner notre route2 embrassons-les toutes en passant2 mais notre but est plus loin qu'elles--ne nous y mprenons donc pas2--ces choses marchent et s'en vont2 que notre but soit immobile--et nous marcherons pour l'atteindre4 ,ah6 malheur ces mes stupides qui prennent pour des buts les obstacles4 ,il n'y a pas des buts2 les choses ne sont pas des buts ou des obstacles--non1 pas mme des obstacles2 il les faut seulement contourner4 ,notre but unique c'est ,dieu2 nous ne le perdrons pas de vue1 car on le voit travers chaque chose4 ,ds maintenant nous marcherons vers lui2 dans une alle grce nous seuls splendide1 avec les uvres d'art droite1 les paysages gauche et la route suivre devant nous2--et faisons-nous maintenant1 n'est-ce pas1 des mes belles et joyeuses4 ,car ce sont nos larmes seulement qui font germer autour de nous les tristesses4-- ,et vous tes semblables1 objets de nos dsirs1 ces concrtions prissables qui1 sitt que les doigts les pressent1 n'y laissent plus que de la cendre4--,qualquiera ventio que sopla4 99 99 99 99 99 ,levez-vous1 vents de ma pense--qui dissiperez cette cendre4 t #ahic4 ,yport et ,la ,roque4 ,,el ,,hadj ou ,,le ,,trait ,,du ,,faux ,,proph,,te ,a ,frdric ,rosenberg4 ,o6 prophte fais connatre tout ce qui est descendu sur toi cause de ton ,prince1 car si tu ne le fais pas1 tu n'as pas rempli son message4 ,le ,koran1 ,v1 #ga4 ,qu'tes-vous alls voir au dsert8 ,un roseau secou par le vent8--,mais qu'tes-vous donc alls voir8 ,un homme couvert d'habits prcieux8--,mais qu'tes-vous donc alls voir8 ,un prophte8--,oui1 vous dis-je1 et plus qu'un prophte444 ,mathieu1 ,,xi1 #g-i4 ,el ,hadj a paru dans le second numro du ,centaure1 en septembre #ahig4 ,maintenant que prs du soleil couchant les minarets aims rapparaissent1 de la ville enfin regagne2 que le peuple puis rit de dsirs et vers elle se prcipite444 ,allah6 ma tche est-elle termine8 ,ce n'est plus ma voix qui les guide4 ,ah6 qu'ils puissent crier d'amour ce soir au seuil de leur maison1 puisque leur repos s'y retrouve6--je veux m'attarder au dsert4--,mon secret je l'ai tu durant les jours et les nuits2 j'ai port sans appui le fardeau de mon pouvantable mensonge1 et j'ai fait semblant jusqu'au bout2 de peur que ne cherchant un but en vain notre longue errance1 n'en trouvant point ils ne s'abandonnassent aux douleurs et ne pussent plus avancer4 ,maintenant1 parlons6 je suis seul4 ,mais de dsespoir que crierai-je8 ,car je sais maintenant qu'il y a des prophtes1 cachant pendant le jour aux peuples qu'ils conduisent l'inquitude1 hlas6 et l'garement de leur me1 simulant leur ferveur passe pour dissimuler qu'elle est morte--qui sanglotent quand vient la nuit1 quand ils se retrouvent tout seuls--et ne sont clairs plus qu' peine par les toiles innombres et par la trop lointaine ,ide1 peut-tre-- qui pourtant ils ont cess de croire4 ,mais vous1 prince1 vous tes bien mort2 moi-mme je vous ai couch dans la mobilit des sables2 le vent a souffl2 les sables ont coul comme les vagues des grands fleuves1 et qui sait prsent le lieu de votre errante spulture8--,est-ce vous qui meniez votre peuple au dsert8--,ou tiez-vous men vous-mme par quelque autre8 ,qu'avez-vous rencontr dans la plaine8--,il n'y a rien4 ,n'est-ce pas que vous n'avez rien vu dans la plaine8 ,mais vous alliez plus loin sans la mort4--,prince1 j'ai ramen le peuple de la plaine4 ,certes je ne me croyais pas prophte1 d'abord2 je ne me sentais pas n pour cela4 ,je n'tais qu'un conteur des places1 ,el ,hadj1 et l'on m'a pris parce que je savais des chansons4 ,on m'a dit que j'avais ce signe sur le dos1 par quoi ,dieu marque ses aptres2 mais je n'en tais pas averti2 je n'aurais point sinon quitt la ville2 par peur de ,dieu1 je ne les aurais point suivis4 ,mais pouvais-je supposer mon histoire8 ,prophte2 c'est aux autres seuls que j'ai prdit4--,on partait en troupe presse1 on ne savait ni pour quoi1 ni pour o4 ,ils me payrent afin de les distraire2 ainsi je me joignis eux2 je leur chantais des chants d'amour dans l'ennui de la longue route et pleurais avec eux les femmes que nous n'avions pas emmenes2 ainsi je me fis aimer d'eux4 ,nous avancions vers le dsert4 ,devant nous cheminait le prince1 port sur une litire ferme2 nul de nous ne pouvait le voir4 ,la nuit il dormait seul sous sa tente et nul de nous n'en approchait2 des esclaves muets en protgeaient la solitude4 ,comment nous tranait-il sa suite8 ,c'tait une mystrieuse dpendance2 on et dit que sa dcision s'imposait immdiatement sur nous tous4 ,car nul ne transmettait de lui nul ordre2 nous n'avions d'autres chefs que lui et qui gardait toujours le silence2 ou peut-tre parlait-il ses porteurs1 mais sa voix ne nous tait jamais parvenue4 ,de sorte que tous semblions suivre lui qui ne paraissait pas guider4 ,mais c'tait une chose trange1 et je m'en tonnai ds lors1 que notre marche semblt prvue et la route dj prcise1 comme si1 passant avant nous1 d'autres l'avaient dj trace4 ,nous n'tonnions rien sur la route1 et dans les villes approches1 tant aisment l'on nous trouvait des vivres et tant l'on nous admirait peu1 il semblait que l'attente de nous1 nous avait dj prcds4 ,pourtant l'on voyait bien que nous n'tions pas de ces caravanes marchandes qui repassent de ville en ville et que l'on a coutume de recevoir4 ,l'on nous et pris plutt pour une troupe belliqueuse1 si nous avions port plus d'armes--mais mme avant d'avoir compris notre intention pacifique1 de loin encore aucun ne s'effrayait4 ,ds quitt les tats du prince1 par faon1 nous ne campmes plus dans les villes1 mais au pied de leurs murs et du ct de l'orient4 ,quand la ville tait entoure d'oasis nous n'entrions plus sous les arbres sitt que le jour se closait4 ,il y rgnait une fracheur pernicieuse2 nous campions la limite des jardins1 et notre me s'accoutumait n'avoir devant soi qu'une interminable tendue4 ,parfois dans ces jardins1 avant la fin du jour1 je marchais1 accompagnant nos envoys chercher des provisions sur les places1 o peine si les vendeurs nous questionnaient2 d'ailleurs nous cessmes bientt de comprendre aisment leur langue2 c'tait la ntre encore1 mais trop diffremment prononce4 ,et qu'eussions-nous pu leur rpondre8 ,sinon que nous venions d'une capitale du ,sud1 et que par notre longue marche vers le ,nord1 nous voyions chaque jour le pays devenir plus vaste et dsert4 ,parfois1 plus pour les ntres que pour ces trangers qui me comprenaient mal1 et que pour les petits enfants qui1 lorsque notre camp n'tait pas trop distant de leur ville1 nous y suivaient et restaient dans le soir1 silencieux ou chuchotant autour de nos feux de broussailles1 mais que ni notre appareil de voyage1 ni les toffes richement brodes pendant au cou des dromadaires ne paraissaient tonner beaucoup plus que pour s'en assurer du bout des doigts1--je chantais et prolongeais mon chant dans la nuit jusqu' l'approche du sommeil3 --,la ville que nous avons quitte1 est1 tait riche1 grande et belle4 ,si nous ne l'avions pas quitte1 nous ne l'eussions pas nomme1 ,car nous n'en connaissions point d'autres4 ,maintenant nous l'appellerons ,bb-el-,khror1 pour pouvoir en parler entre nous1 ,et pour en porter le renom avec nous travers les terres4 ,notre ville est plus belle que toutes celles que nous avons traverses4 ,j'y sais des cafs o l'on cause le soir1 et o dansent de belles femmes4 ,les femmes que nous avons laisses1 pleurent d'amour nous attendre4 ,chacun de nous en a plusieurs1 et la moindre est encore trs belle4 ,hors de la ville il y a du mas et du bl2 la terre est riche en crales4 ,notre prince est puissant entre tous les princes2 personne ne peut l'approcher2 ,nul n'a jamais vu son visage4 ,ah6 bienheureuse l'pouse qui pourra contempler sa face4 ,d'assez riche pour lui1 qu'aura-t-elle8 ,quel parfum mouillera ses cheveux8 ,o l'attend-elle pour des ftes8 ,l nous irons4 ,elle languit d'ennui dans l'attente ,au bord des eaux dans de vastes jardins4 ,nul ne pourra la voir que le ,prince1 ,mais le soir des noces il y aura pour nous ,du lait de palmes en abondance et du vin doux4 ,ainsi1 devant les autres1 chantions-nous les louanges de notre ville1 par vanit--et nous prdisions-nous des destines fastueuses pour ne pas tre mpriss4 ,mais dans la nuit1 quand nous avaient laisss tous les autres1 nous n'avions plus cette assurance et nous disions3 ,certes1 il est vrai que notre ville est grande et belle1 celle que nous avons quitte2 mais depuis fut longue la route et pour le reste qu'en savons-nous8 ,il faut suivre le prince1 sans doute2 mais jusques quand8 et jusqu'o8--et pour qu'y faire est-ce qu'il nous mne8 ,chantons-le2 mais qui peut le dire8 ,sans doute le prince le sait2 mais qui parlerait le prince8 ,et bien qu' leur triste question ils n'esprassent pas de rponse3 ,a moi1 leur dis-je1 il parlera4--,comment ferais-tu8 dirent-ils2 on ne le laisse pas approcher4--,sachons attendre1 rpondis-je4 ,celui qui marche dans la nuit1 peut pendant le jour goter l'ombre4--,et moi-mme en disant cela j'esprais4 ,le lendemain1 tandis que nous avancions dans la plaine et que les dernires ombres disparaissaient1 je pensais3 quoi me sert-il de chanter si je ne chante pas pour le prince8--,cette nuit1 non loin de sa tente1 j'irai2 eux tous fatigus dormiront2 le prince qui n'a pas march doit peu dormir2 il m'entendra1 et je chanterai si bellement qu'il voudra encore m'entendre4 ,a cela durant tout le jour je songeai2 une ferveur soutint ma marche1 et le dsir de cette nuit me la faisait lente venir1 que j'allais emplir de mon chant4 ,quand vint la nuit3--,o nuit6--chantai-je--et dans le camp tout se taisait4 ,la tente du prince hors du camp1 faisait un isol promontoire1 puis le vaste dsert s'tendait4--,o nuit6--et je rompais mon chant de pauses1 comme si du vent l'emportait qui ferait regretter au prince de ne l'entendre pas tout entier444--,une tente sur le dsert4--,une falouque sur les flots6--,mais des sables1 ,el ,hadj1 que dirais-je8444 et je citais mon nom de plerin1 pensant1 ce qui ne manque pas d'arriver1 que le prince s'en souviendrait ensuite et pourrait me faire appeler4 ,puis1 comme alors la grosse lune se dcomposait en silence et que1 pris d'angoisse la voir1 j'admirais ce qu'aprs la chaleur du jour les sables conservaient encore de lumire qui les faisait paratre azurs1 je chantai3 ,ils sont plus bleus que les flots de la mer4 ,ils taient plus lumineux que le ciel444 ,et tout coup1 comme quelqu'un qui se lamente1 je criai3 ,depuis combien de jours as-tu dit3 voici que les collines du pays s'loignent et que nous n'avons plus pour soutenir nos fidlits que de trop lointains souvenirs4 ,depuis1 qu'avons-nous vu dans la plaine6 ,la plaine4 ,el ,hadj6 que raconteras-tu de la plaine8 ,il n'y a rien4 ,n'est-ce pas que tu n'as rien vu dans la plaine8 --,j'ai vu des fleuves1 des grands fleuves1 disparatre entiers dans le sable2 ils ne s'y jetaient pas1 je suppose2 ils s'y enfonaient lentement2 ils y disparaissaient1 comme des esprances4--,parfois ils reparaissaient plus loin2 ils ne surgissaient pas1 je suppose2 ils ressortaient simplement du sable en une eau fine et filtre2 reparaissaient comme des esprances4 ,plus loin1 il n'y avait plus que du sable2 on ne savait mme plus ce qu'eux ils taient devenus4--,fleuves1 grands fleuves1 ce n'est pas vous que nous sommes venus voir4 ,dites6 qu'avez-vous vu dans la plaine8 ,la caravane immense y a pass4 ,qu'est-ce qu'elle aura vu sur le sable8 ,des os blanchis2 des coquilles vides2 ,des traces2 des traces2 des traces1-- ,que le vent du dsert effaait4 ,l'immense vent du dsert a pass4-- ,ah6 qu'avez-vous t voir dans la plaine8 ,est-ce un roseau tourment par le vent8 ,mais qu'avez-vous t voir dans la plaine8 ,n'avez-vous donc rien t voir8444 ,quand le jour revint1 je craignis qu' cause de mon chant ne m'importunassent les autres2--mais ils ne l'avaient mme pas entendu4--,nous avanmes dans le dsert4 ,quand la nuit revint1 je m'approchai de nouveau de la tente et quand au-dessus du dsert surgit la lune cramoisie3 ,o nuit6 grande nuit6444 m'criai-je--puis je repris beaucoup plus bas3--,comme une barque sur les flots1 prince1 une tente te promne4--,elle te promne jusqu'o8--,et puisque cette nuit j'avais pris ma viole1 de pause en pause j'en simulais une rponse aux questions4--,au soleil1 devant nous1 morne plaine1 t'es-tu suffisamment pme8--,dsert6 ,quand vient la nuit1 ne t'arrtes-tu toujours pas8--,o6 si le vent m'emportait sur ses ailes1 l'autre bord de cette mer embrase1-- que ce soit o la saignante lune1 berger du ciel1 avant de patre va se laver4 ,au bord des eaux1 dans de vastes jardins1 comme une amante au soir des noces1 elle se pare2 elle se regarde dans l'eau4 ,l'amante attend le soir des noces1 prince1 au bord des sources caches4--,ainsi s'enhardissaient mes paroles presque jusqu' l'affirmative1--et pourtant1 pourtant qu'en savais-je8 tait-ce l prophtiser8444 et je chantais avec l'accent toujours plus tendre1 plus pathtique ou plus lass3 ,prince6 o finira ce voyage8 ,est-ce dans le repos de la mort8--,sans doute il est d'autres jardins dans le ,nord1 sous le ciel doux1 o s'tiolent les palmes4 ,a quoi songes-tu8 prince1 est-ce que tu dors8--,prince6 quand jamais te verrai-je8 afin qu' quels petits enfants1 puiss-je1 et dans combien de soirs1 rpondre3 ,oui c'tait cela1--lorsqu'ils me demanderont3 ,el ,hadj6 ,el ,hadj6 que t'a-t-on men voir dans la plaine8 ,est-ce un prince couvert de vtements somptueux8--,prince6 toute mon me soupire2 mon me languit aprs toi444 ,et de lui peu peu je me sentais m'prendre au gr mme de mes paroles1 de sorte que1 dans la troisime nuit1 quand1 ds mon chant1 je le vis sortir de sa tente1 la clart du ciel1 couvert de vtements somptueux1 mais la face cache d'un voile--et1 comme encore je demandais et pensais demander en vain3 ,prince6 qu'tes-vous all voir au dsert8--lorsque1 d'une voix plus subtile qu'aucun chant que j'eusse entendu1 je l'ous inesprment me rpondre3--,un prophte--et plus qu'un prophte--,el ,hadj6 bon plerin1 c'est toi6 demain tu viendras dans ma tente4--je me tus et jusqu' l'aurore sanglotai d'amour dans la nuit4 ,mais le lendemain1 le dsert se couvrit de mirages2 depuis longtemps les oasis avaient cess2 peine1 o de l'eau croupissait1 montait un maigre bois de palmes1 par le mirage foisonn tellement qu'il apparaissait de loin comme une oasis merveilleuse4 ,et rien je vous assure--villes hautes1 palmes et eaux1 n'tait pour nous1 ,allah6 plus dcevant que ces mirages4 ,parfois1 ds l'aube1 nous marchions vers eux1 et jusqu'au soir1 pour nous dsoler de les voir1 d'abord lentement loigns1 dans l'effacement du soleil1 se dissoudre4--,ainsi de vertus en vertus marcherons-nous1 ,el ,hadj1 jusqu' la mort1 dans l'esprance1 et nous soutiendrons-nous jusqu'au bout par la vision miragineuse d'on ne sait quelle flicit--comme qui1 pour s'y endormir1 prparerait assidment un rve son irrvocable sommeil4--,o prince mort6 dans ton sommeil sans visions1 as-tu toujours soif d'eau des sources8--,o visions du paradis6 heureux celui chez qui1 seule la noire mort peut vous teindre4 ,allah8 vous tes seul vritable4--,je sais bien qu'il en est qui disent que ce ne sont point l des irralits1 et que les objets sont ailleurs1 et qu'on finira bien par trouver1--dont voici la flottante apparence1 d'eux par trop de chaleur dtache1--qui se propose1 plus voisine1 fallacieusement nos prises4 ,mais puisque nous ne pouvions la saisir1 ,allah6 pourquoi la proposer8--,et nous nous dconcertions au matin1 quand devant nous se voyait l'horizon se franger1--et mme le pass ne nous paraissait plus avoir d'invitable certitude1 tant1 lorsqu'on se retournait vers le soleil1 tout semblait fondre et presque se fluidifier4--,mais ce que j'admire prsent1 ce qui m'emplit de patience1 c'est de songer1 ah6 pauvre peuple6 qu'elle tait grande ta confiance6 d'o naquit ma compassion444 ,car enfin que connaissait-t-il de ce qu'on attendait de lui8 et qu'en attendait-il lui-mme8--,il leur suffisait1 pour marcher1 de croire que c'tait vers un but1 et que le prince au moins le connaissant1 les menait avec assurance4 ,combien docilement ils suivaient sans savoir2--car de ce que le prince me dit1 je ne crus rien pouvoir leur rvler2 d'ailleurs ils n'auraient pas compris4 ,et quelle certitude d'ailleurs avait-il1 lui-mme1 de l'avenir dont il parlait8 ,s'il croyait maintenant ces noces1 n'tait-ce pas depuis qu'il m'avait entendu les chanter8 ,mais il parlait alors d'une manire si douce1 si crdule et si assure de l'enfant qui devait en natre et porterait son nom rajeuni1 ce nom que nul n'a pu connatre et par qui tout le peuple serait gagn2 il en parlait avec une assurance si grave1 que malgr le pass et cause de mon incomprhension mme j'y croyais4--,el ,hadj6 alors me disait-il1 il te faut1 comprends1 croire moi de toutes tes forces2 l'avenir a besoin de cela pour arriver4--,prince1 force d'amour1 je t'ai cru4--,chante1 ,el ,hadj6 chante maintenant les jardins o m'attend l'amante--mais d'elle ne me parle pas4--,songeant la monomorphie des palmes3 pour faire rver l'habitant du dsert1 me disais-je1 il faut parler des nombreuses ramures du ,nord et des troncs varis des arbres2--et je chantais les profondes forts1 les ravins1 l'odeur des feuilles et des mousses1 les brumes du matin1 du soir1 la fracheur de la nuit1 l'amnit du jour et sur les prs l'humidit dlicieuse4 ,le prince m'coutait lentement4 ,je disais les travaux plus aiss2 la volupt plus souriante1 l'azur plus clair1 l'air moins brlant1 la nuit moins enflamme4--,y serons-nous bientt8 demandait-il4--,nous y serons bientt1 rpondais-je1--,chante encore1 ,el ,hadj bien aim6--,l-bas1 chantais-je1 coulent des eaux non plus sales4 ,ah6 que seront doux nos pieds les cailloux glacs des rivires444 ,a chanter1 la moiti de la nuit se passait4 ,je ne sais si mon chant donnait de l'assurance au prince1 mais moi j'en tais extraordinairement fortifi4 ,ce que je chantais devenait2 aprs l'avoir chant j'y croyais4 ,devant le peuple1 le plus souvent je me protgeais de silence2 il suffisait qu'il crt que le prince guidait4 ,et quand je parlais1 je disais3 ,le prince vous mne2 il sait o il lui plat d'aller4 ,mais de cela que vous dirais-je8 ,que suis-je devant lui1 moi-mme8 ,devant vous1 il est vrai1 prophte2 devant le prince1 un serviteur4 ,et je me prosternais vers sa tente en exemple de soumission4 ,cependant chaque aprs-midi devenait un peu plus accablante4 ,quand les mirages n'y germaient pas1 on ne voyait exactement devant soi que les sables roux de la plaine qui se levaient en dunes par instants2 le seul pisode d'un jour tait d'avoir cueilli des coloquintes4 ,pour occuper j'imaginais des pratiques plus rigoureuses et de singulires privations4 ,a peine dans le camp avions-nous emmen quelques femmes1 mais je citai des heures pour les toucher2 pourtant ils n'avaient point comme moi le cur rempli d'amour pour le prince et n'taient point occups par cela4 ,devant eux je montrais de la suffisance et pour qu'ils ne m'interrogent plus1 je n'affirmais que des choses incohrentes3 aux soumis des promesses de rcompense1 aux rvolts des menaces de chtiment4 ,puis je m'en retournais prs de la tente o le prince ne me laissait entrer que le soir--et jusqu'au soir je sentais se dfaire mon assurance1 qui prs du prince renaissait4--,mais je ne sais comment1 lorsque j'avais faibli le jour1 au soir le prince le savait4--,el ,hadj6 disait-il alors d'une voix toujours amoindrie1 c'est en ta foi que je repose2 en ta croyance en moi je puise la certitude de ma vie4--,je ne comprenais pas alors1 mais aprs chaque jour de doute1 au soir je le trouvais un peu plus affaibli4 ,hlas6 et c'est pourquoi chaque matin ma foi s'en rveillait plus faible2 puis quand auprs de lui toute la nuit je refaisais ma confiance1 lui n'tait point par l fortifi4--,el ,hadj6 disait-il alors1 pauvre prophte6 comme ton amour est petit6 ,vaut-il la peine que j'en vive8 si tu n'en es pas plus brl1--,o6 rpondais-je1 je vous aime1 prince1 autant que je peux vous aimer4--,c'est au soleil que tout chancelle2 la nuit je m'assieds prs de vous et me consume de ferveur4--,que ne suis-je sous votre tente tout le jour8 nous nous consolerions longuement2 durant le jour aussi je vous aime2 j'attends la nuit et pleure que vous ne m'apparaissiez pas4 ,que ne vous laissez-vous mieux connatre8 ,je ne souhaite connatre que vous4 ,ah6 si je pouvais voir ton visage1 prince1 j'en serais tout fortifi4--,alors le prince me prit la main1 et j'en fus tellement troubl444 ,ma tendresse en fut augmente1 mais ma confiance navre--tant cette main brlait de fivre4 ,le lendemain1 entre les marches du long du jour1 prs de sa tente encore dploye1 esprant qu'il m'entendrait1 je chantais3 ,ma tente vogue sur le dsert ,comme sur une mer embrase4 ,portes de toiles1 que le vent vous soulve6 ,portes de ma tente1 vous tes de lumire pntres4 ,soulevez-vous1 portes de toile ,et laissez entrer mon dsir4 ,mais peine si le vent faisait claquer la toile comme la voile d'un navire4 ,le prince dormait tout le jour et ne m'entendait pas chanter4 ,alors je reprenais d'une faon plus murmure3 ,mon doux ami dort sous la tente1 ,c'est pour qu'il dorme que je veille4 ,quand je suis seul c'est que j'attends mon ami1 ,je ne vais lui que le soir4 ,c'est maintenant l'heure de tous les feux du ,midi2 ,toute la terre fltrit de soif et de crainte et d'attente2 ,c'est l'heure o la volont des hommes vaillants s'pouvante1 ,o la pense des sages se dconcerte1 ,o la vertu des purs s'altre1-- ,tant la soif est dsir d'amour ,et l'amour est soif de toucher1-- ,o tout ce qui n'est pas de feu ,sous cette ardeur se dcolore4 ,il en est qui1 le soir venu1 n'ont plus retrouv leur courage et que tant de chaleur a lasss2 ,il en est qui le long du dsert ont cherch toute la nuit aprs1 en vain leur pense gare2-- ,a cause de mon doux ami ,j'attends la douce nuit sans crainte4 ,quand le soir vient1 mon ami se rveille2 ,je vais lui2 nous nous consolons longuement4 ,il promne mes yeux dans les jardins des toiles4 ,je lui parle des grands arbres du ,nord ,et des froids bassins o la lune1 ,berger du ciel1 comme une amante1 va se laver2 ,il m'explique que les seules choses prissables ,ont invent les seules paroles ,et que celles qui ne doivent point prir ,se taisent toujours1 ayant tout le temps pour parler-- ,et que leur ternit les raconte4 ,comprenant peine pourquoi1 je m'effrayais1 ainsi chantant1 cause du silence mme du dsert1 de ces tranges paroles du prince1 que je rapportais dans mon chant4 ,cette nuit1 quand1 sous la tente peine claire1 je le revis1 il tait las3 ,prince1 lui dis-je1 il faut un gage d'alliance--de ton alliance avec moi2 qu' dfaut de toi je possde et dans le cours du jour je puisse regarder4--,comment1 rpondait-il1 ,el ,hadj1 ne comprends-tu pas que toi-mme es gage d'alliance entre le peuple et moi8--et qu'entre toi et moi il ne peut y avoir aucun signe1 puisque toi je ne suis point cach2--quoi d'autre veux-tu de moi1 que moi-mme8 ,tu t'occupes de moi1 je le sais1--mais pas suffisamment de ton peuple2 et pourtant lui ne connat de moi que toi-mme2 c'est par ta face que je parais devant lui et par ta voix que je lui parle4 ,tu ne lui parles pas assez2 comment ds lors veux-tu qu'il m'aime8--,puis1 presque tristement me parut-il1 et d'une voix un peu change il ajouta3 ,certes je te montrerai mon visage1--mais le voir ton amour ne sera pas rassasi4 ,faut-il donc que de plus de dsir tu l'attises8--,et sorti de son lit1 chancelant comme un convalescent trs faible1 il souleva la toile de la tente et devant la face ple des cieux dcouvrit son ple visage4 ,il tait beau d'une beaut surnaturelle1 et semblait d'une autre race que nous1--mais ple inexprimablement et d'expression si lasse que voici que ma foi s'en allait disparatre1 tandis que je sentais en son lieu un amour tout humain m'envahir4 ,et je restais devant lui sans geste et sans parole1 jusqu' ce que tombant ses pieds je saisis de mes bras ses genoux frles1 puis pensai m'vanouir de tendresse1 de doute et de dsolation en sentant sur mon front trop brlant sa main trop tide se poser4 ,ce fut le lendemain1 au soir1 qu'aprs la longue marche1 une suprme dune ayant t franchie1 apparut devant nos dsirs hors d'haleine1 d'un lac ou d'une mer la plaine doucement azure4 ,alors1 dans tout le peuple1 les cris dlirants des premiers faisant se hter tous les autres1 ce fut un mouvement sans nom2 comme si la vue d'une trs prochaine fracheur1 assouvissant dj leur me en esprance1 suffisait pour un soir les dsaltrer2--prosterns ainsi qu'en prire1 ils criaient vers les eaux sans y aller1 et leur soif1 se sentir bientt devoir tre tanche1 en devenait voluptueuse4 ,c'taient des chants1 des cris d'une sensualit reconnaissante et dlivre2 d'autres dansaient4 ,aucun ne songeait plus avancer2 comme si suffisaient des promesses au lieu des satisfactions2 comme si jamais soif avait pu s'tancher d'eau sale1 l'amour de visions1 ou de remises l'esprance4--,a peine une petite lieue sparait encore du rivage1 mais aprs une immense fatigue cette immense joie les brisait4 ,certainement que de son lit ferm qui prcdait toujours la marche1 le prince entendit les cris dlirants de son peuple4 ,les porteurs1 au demi-versant de la dune1 s'arrtrent et la tente royale fut dresse4 ,le soleil dclinait vers un soulvement de brume ou de poussire que son rayonnement oblique rougissait2 l'horizon derrire la mer se fondait en une adorable dorure2 un instant au reflet du ciel les eaux parurent embrases1 puis brusquement1 l'astre disparu1 la nuit vint complte et ferme4--,je savais que parfois les mares sur un sol plan peuvent beaucoup s'tendre et que dangereuses souvent sont les plages des mers inconnues--et donc j'tais heureux que nous nous arrtassions l1 encore loin et haut sur la colline4--,toutes les tentes furent poses2 le camp se forma2 les feux du soir brillrent4 ,la tente du prince1 presque inclaire tait avant le camp comme un isol promontoire2 la mer semblait avoir empli la nuit4--,je m'approchai de la tente du prince4 ,il tait debout1 pench hors de la tente1 soulevant la porte de toile2 il tait sans voile sa face et ses yeux cherchaient dans la nuit4 ,lorsqu'il me vit3 ,je ne vois point la mer1 dit-il1 ,el ,hadj6--,il parlait mystrieusement2 l'entendre prononcer mon nom1 je trouvais une presque amoureuse douceur4--,c'est que la nuit est trop close1 rpondis-je2 tantt la lune paratra4--,je n'entends point la mer1 ,el ,hadj4--,ah6 prince1 c'est qu'elle est trs calme et c'est que nous en sommes trop loin4 --,el ,hadj6 reprit-il lentement1 c'est sur l'autre bord de cette eau que mes noces sont prpares et que grandit pour nous l'attente4 ,el ,hadj6 malgr le nuit1 dans la nuit1 o personne ne puisse te voir1 il faut que vers la mer tu descendes2 la lune se lvera quand tu parviendras sur la rive2 regarde si l'on voit l'autre bord1--ce que l'on voit sur l'autre bord1--si l'on distingue enfin les arbres1 les grands arbres dont tu me parles dans tes chants4 ,va1 mon ,el ,hadj6 ,el ,hadj bien aim1 vas-y vite--puis raccours aussitt vers moi4 ,je partis2--j'allai1 malgr ma lassitude4 ,je descendis les pentes de la dune et me sentis bientt lourdement envelopp par la nuit4 ,m'tant retourn vers le camp je n'en vis plus aucune flamme2 un brouillard presque opaque me les cachait1 dans lequel je pntrais plus avant tandis que je descendais vers la plage4 ,j'avais confiance en la lune pour guider mes pas au retour4 ,j'tais las2 las au point d'en oublier mon esprance4 ,je m'tonnai1 je m'en souviens1 de l'odeur trop fade de l'air2 l'humidit qui le chargeait n'tait point1 comme il et fallu1 pre de la salure marine1 mais rappelait plutt les exhalaisons des marais4--,mais alors1 devant moi qui marchais1 cette vapeur frmit1--chancela1 s'argenta1 s'ouvrit1 et1 comme un ptre aux bergeries1 s'occupa gravement la lune4 ,elle flottait au-dessus d'une plaine d'une quitude inconnue4 ,j'tais au bord d'un tendu mystre o ne remuait pas un flot1 mais sur quoi riait et brillait la belle image de la lune1 indfiniment largie4--,le terrain cessait sans secousse2 le sable plat se remplaait simplement par autre chose1 qui continuait sa planitude1 et que je comprenais ne pas tre de l'eau4 ,j'avanai2 j'entrai--c'tait comme dans une matire incre1 ni tout fait solide1 ni tout fait liquide1 mobile sous mon pied1 sinon tranquille1 mais comme imparfaitement fige4 ,a ma gauche un lan de sable y gagnait1 persistait1 mince promontoire o des joncs dbiles croissaient4 ,j'y marchai444 aprs1 ce n'tait plus1 non1 ni de la terre1 ni de l'eau444 une espce de limon1 de vase1 qu'une mince crote de sel recouvrait1 y mettant les reflets de lune1 et sous le ciel du soir d'abord ayant pu paratre azure4 ,je voulus m'avancer encore2 cette crote fragile crevait2 j'enfonais dans une profondeur dissimule d'abominable fange molle4--,m'accrochant aux joncs1 genoux ou couch1 je revins reposer sur le sable4 ,je m'y assis2 je regardai2 mon tonnement tait si grand devant cette mer irrve1 de boue protge de sel1 o mon poids avait fait un trou--que je ne sentais plus en moi1 plus mme ma dsesprance4 ,accabl de lassitude et de stupeur1 je regardai la lune sereine1 au-dessus de la claire tendue1 sembler rire et briller--sur cette morne plaine insonde1 plus morne encore que le dsert4--,et voici que la lune plus haute1 clairant plus fort l'horizon1 montra de l'autre ct de la mer une autre rive non lointaine1 et il semblait que de grands arbres s'y penchassent444 ,mais le sable o j'tais assis flchissait2 je dus quitter le promontoire1 revenir en arrire1 la berge o cette mer finissait4--,l je me couchai contre terre1 et sentis maintenant si compltement ma solitude et l'environ de cette immensit444 et cette mer1 pour tre troite1 me disais-je1 n'en serait pas plus franchissable444 et toute ma vertu soudain m'abandonna2 elle ne s'enfuyait pas1 je suppose2 elle disparaissait comme de l'eau2 comme de l'eau qui se perd dans le sable2 elle disparaissait compltement4 ,soudain je me sentis sans courage et quelqu'un que sa foi a compltement abandonn4 ,il me semblait que m'envaht1 qu'en moi s'tendt1 s'ouvrt une dsolation sans larmes1 plus vaste encore et aussi morne que le dsert4 ,j'tais trop las pour regagner aussitt les tentes1 et qu'et-ce t pour dire au prince8 ,et1 malgr tout1 l'clat de cette nuit tait si pur1 si dlectable1 que mon esprit dsempar s'y complaisait4 ,pourtant1 ivre de nuit avant l'aube1 pour n'en point rencontrer dj qui1 descendant du camp vers la mer et s'apercevant qu'elle est fausse1 n'importunassent ma douleur par de pitres lamentations1 ds que je vis la nuit enfin dolente chavirer sur la dune o la blancheur naissait1 je me remis en route vers les tentes qu'clairait encore demi la lune dclinante4 ,clarts naissant de tous cts du ciel6 ,blancheurs de lune sur les tentes6444 ,o6 genoux flchissants1 mains tendues1 et1 de qui veut prier1 inquite treinte de l'ombre444 ,prophte1 je le suis1 c'est moi4--,prince6 ton peuple j'ai su parler ds que toi tu n'as plus rien pu dire4 ,ah6 longues marches dans le dsert6 attentes d'on ne sait plus quoi2 genoux rompus2 soif augmente2 passe des heures sans surprises2--langueurs des nuits2 longueur des jours2 oasis au soir dfaillantes4--,arbres du ,nord2 rameaux vaguement dsirs2 ah6 promontoires6 promontoires lancs vers le ciel1 o l'on s'avance1 o l'on s'avance2 aprs lesquels on ne peut plus444 ,blancheurs de lune sur les tentes6 nuit finie2 clarts naissant de tous cts du ciel444 ,puis1 6 porte de toile souleve2 mystrieuse tente o j'entrai6 ,porte de toile retombe1 comme sur un secret se reclt du silence2 couche vers o je m'approchai1 qu'une mourante flamme clairait2 couche horriblement creuse et qui semblait vide1 o le prince gisait sans vie4 99 99 99 99 99 ,prince1 tu t'es tromp2 je te hais4 ,car je n'tais pas n prophte2 c'est par ta mort que je le suis devenu2 c'est parce que tu ne partais plus1 que moi j'ai d parler au peuple444 ,peuples abandonns dans le dsert1 c'est sur vous seulement que je pleure4--,toi1 prince disparu1 que je te hasse1 le sais-je8444 mais je languis d'ennui1 de faim1 de lassitude pour t'avoir tellement aim2 et le doux souvenir de chaque de tes nuits me fait sentir1 hlas plus dsole ma plus dfinitive solitude4 ,je n'aimais point le peuple jusqu'alors1 mais ds lors j'eus piti de lui4--,l'aimais-tu8--,pour quel bien est-ce donc que tu le menais loin des villes8--,car le bruit de tes noces n'a pas retenti jusqu' nous4 ,nous n'avons pas entendu les cymbales4 ,mes oreilles sont pleines d'attente4--,o se sont-elles clbres que dj leur rumeur soit teinte8 ,prince1 je ne le dirai pas444 nul ne sait que c'est dans la mort qu'elles sont si silencieuses4--,prince j'ai d tromper le peuple1 parce que tu l'avais dj tromp--et parce que je connaissais et que j'avais pris en piti ton peut-tre involontaire mensonge4 ,prince1 j'ai prolong ta misre1 jusqu' par del de ta mort4 ,j'ai redfait toute ta route4 ,tu menais le peuple au dsert2 je l'ai ramen vers la ville2 je l'ai guid vers les rassasiements en rmunration des faims qu'au long des sables d'aridit1 ptre indolent1 tu nous fis patre444 99 99 99 99 99 ,le petit matin frmissait2 c'tait l'heure o1 les autres jours1 j'avais coutume de quitter le prince4 ,je sortis de la tente1 les yeux secs1 et le visage compos4 ,nul encore n'tait descendu vers la plage4 ,je voulus prparer leur prochain dsespoir2 donner pour chtiment leur dboire effroyable lorsqu'ils approcheraient de la mer3 inventer donc une certaine faute2 tendre au peuple comme l'occasion d'un pch qui motivt ce chtiment--de sorte qu'ils pussent considrer comme un peu mrite leur histoire1 et1 par cela1 sinon s'en attrister moins1 du moins m'en devenir soumis et me craindre4 ,moi que n'avait men que l'amour je ne les pouvais ramener que par la crainte4--,et donc malgr l'impatience de leur soif1 ou mieux cause d'elle1 je leur dis3 ,le prince met vos fidlits l'preuve4 ,il n'entend pas descendre aprs vous vers la plage tant attendue4 ,ne suis-je pas le premier8 a-t-il dit2 ne dois-je pas le premier m'y laver1 m'y baigner et y boire8 ,malheur qui descendrait vers la mer avant moi4 ,il paierait cruellement cet outrage1 et ne serait pas seul chti4 ,lorsqu'il n'y en aurait qu'un pcher1 vous tous supporteriez la rcompense de sa faute4 ,car mon courroux dpassera toute attente et semblera dborder le pch4--,j'ai besoin1 m'a-t-il dit1 que le peuple me craigne et j'espre de lui la soumission complte2 or1 cette faute me serait signe1 mme commise par un seul1 comme d'une complte insoumission4--,mais coutez3 mon intention n'est pas de descendre aujourd'hui sur la plage1 ni demain1 mais seulement le matin aprs le second jour2 et c'est l que sera votre preuve2 malgr votre soif1 attendez4 ,il faut1 avant de s'approcher de l'eau1 lever un autel ,dieu1 en signe d'action de grce1 et pour y pouvoir sacrifier4 ,c'est quoi vous emploierez ces deux jours4 ,vous lverez cet autel une trs petite distance de la plage1 sans vous inquiter que ce soit sur du sable mouvant4 ,vous trouverez du gypse pour du pltre et au pied de la dune des blocs de sable conglutin4 ,vous creuserez l'autel1 dessous1 comme une cave4--,allez4 ,je veux que tous y travaillent4 ,j'ai hte de pouvoir sacrifier4 ,dans l'ennui des deux jours et malgr la contrainte1 le travail avana rapidement4 ,je ne sais si peut-tre dj quelqu'un d'eux avait secrtement enfreint mon ordre4 ,cela n'importait point4 ,quand tous obiraient1 pensais-je1 la mer n'en serait pas moins telle4 ,on en pouvait toujours supposer un1 pcheur1 pour qui tous ptiraient1--tous ne pouvant savoir ce qu'un seul d'entre eux aurait fait4 ,dans l'ennui des deux jours la mer fut azure2 l'autre rive se rvlait vaguement et se couronnait de mirages que le cours des heures variait4 ,je restais auprs de la tente du prince pour faciliter leur pch4--,la nuit1 je descendais jusqu' la plage dont je connaissais la surprise4 ,je m'asseyais non loin du bord1 uniquement pris de regarder4 ,la lune se levait1 plus pleine que la veille2 moins tonn je la pouvais mieux contempler4 ,il semblait que le silence tait1 l1 vraiment et chose relle1 et que c'tait mon adoration4 ,car je ne savais pas1 avant1 qu'une nuit pt tre si belle1 et je sentais en moi1 plus profondment que je n'eusse pens trouver profondeur en moi-mme1 un autre amour1 plus fervent mille fois1 plus doux1 plus repos que l'amour que j'avais pour le prince1 et auquel il semblait que cet immense calme rpondt4 ,de sorte que1 plus pacifique encore1 cette nuit la troisime1 lorsque la lune vint clairer mes pas vers la berge--lorsque1 plerin fatigu1 furtif comme un voleur de nuit1 j'eus port1 j'eus tran par le pan du manteau qui revenait sur son visage1 le prince1 dont j'aurais pu voir la nudit1 maintenant1 mais cadavre et qui ne valait plus qu'on y penst--lorsque je l'eus pos sous l'autel o le lendemain par pnitence drisoire tout le peuple sacrifierait--quand je l'eus tendu dans cette cave troite que pourquoi j'avais fait creuser--alors1 de l'amour de mon me enfin dsolment dlivr1 seul dans la nuit je pus crier ma joie et repoussant le pass mort1 laisser enfin mon esprance divaguer4--,je ne me doutais pas1 avant1 de combien j'tais las de ce plerinage1 ne savais dans combien de nuit il s'enfonait2 mais alors1 m'avanant une dernire fois sur la berge1 pour revoir sans plus de frayeur cette mer1 aprs tout pour qui seul effrayante la croyait devoir traverser1 la regardant alors si belle et comme de cristal azur1 je sentis ma foi de la veille trs lentement se dplacer2 mon adoration toujours vive1 puisque le prince tait mort perdue1 s'largir puissamment jusqu'aux limites mmes de l'infini dsert2 et1 parce que mon me plus grave se pntrait de majest1 je croyais que c'tait le bonheur4 ,maintenant que je crois qu'il est impossible1 je ne me souviens plus si je parvins vraiment au bonheur4 ,je me souviens que je voulus chanter1 que je ne pus1 puisque ce n'tait plus pour personne1 de sorte qu'en moi-mme et seulement je disais1 et redisais sans plus comprendre ma pense3 ,prince6 qui donc est mort8--,pas moi4 ,joie8 peut-tre2 je ne comprenais pas alors combien en l'instant mme il triomphait2 car il n'tait mort que pour moi et qui prcisment seul l'aimais4 ,devant le peuple sa litire vide devait toujours marcher comme emplie2 je devais incessamment l'avoir vu1 et je ne parlais plus que pour rapporter ses paroles4 ,je ne comprenais pas d'abord de quel poids serait cette ralit de mon mensonge1 et que le prince mort1 dans ce mensonge1 persvrait4 ,car1 l'imaginer sans cesse1 mon amour tait attis4 ,je ne le savais rien que mort2 je ne pouvais l'imaginer que vivant4 ,parfois1 la nuit1 dans sa tente1 tout seul prsent1 je dormais2 et mon sommeil sans rves me devenait comme une reprsentation de sa mort2 mais parfois cause des autres1 prs de sa tente je faisais semblant de lui chanter2 alors je me souvenais de nos nuits et m'attristais d'avoir vu son visage4 ,ma douleur s'acharnait au simulacre impos de sa prsence4 ,comme aux vivants on lui portait chaque jour manger2 tout ce que je faisais pour le reprsenter aux autres m'aidait constater son absence4 ,plus je sentais qu'il et d tre1 plus je savais qu'il n'tait pas4 ,et ds lors m'habita cette pense1 lassante et puissante comme un dsir3 certes je goterai le bonheur de mon me1 dj prt1 mais quand elle sera du peuple et de l'amour et compltement1 dlivre4 99 99 99 99 99 ,maintenant le peuple est parti2 il a repris sa ville dlaisse4 ,je l'ai ramen du dsert4 ,il ne m'a pas aim1 parce que je prophtisais sans douceur1 ayant peur de m'apitoyer2 et il n'a pas aim le prince1 car je ne supposais de lui que des paroles de rudesse3--,je ne pouvais parler d'amour puisque c'tait pour un mensonge4 ,il fallait l'imposer jusqu'au bout2 ne pas autoriser ma dfaillance4 ,puisque je n'avais pas de force1 ne devais-je pas simuler444 ,mais je sais maintenant1 s'il y a des prophtes1 que c'est parce qu'ils ont perdu leur ,dieu4 ,car si ,lui ne se taisait pas1 pourquoi formuler ses paroles8 ,certes aussi j'ai fait de faux miracles2 j'ai fait jaillir l'eau du rocher2 j'ai fait douces des sources amres1 et quand est venu le vol des cailles j'ai dit que c'tait parce que j'avais pri4 ,quand ,boubaker s'est soulev je ne sais pas comment j'ai pu matriser sa rvolte1 sinon que j'agissais en dsespr4 ,j'ai menac4 ,aprs1 plus aucun ne douta de ma force2 il n'y avait que moi qui n'en tais pas convaincu4 ,ma tche de ptre est finie2 mon me est enfin dlivre4 ,maintenant de joie que crierai-je8 ,je ne peux plus ne plus chanter que des chansons4--,je ne peux plus1 baign d'amour1 le soir1 crier des vers au bord des places1 ni plus faire danser les enfants4 ,je ne peux plus n'avoir rien connu que la ville2 n'avoir pas travers le dsert4--,maintenant ,el ,hadj1 que ferai-je8 ,que le prince soit mort--le sais-je8 ,je me souviens des noces qui l'attendent1 comme si rien de lui n'tait mort444 ,voici1 voici dans l'intrieur du palais de la ,ville1 je sais qu'un jeune frre du prince grandit444 ,attend-il que ma voix le guide8 et recommencerai-je avec lui1 avec un nouveau peuple une nouvelle histoire1 que je reconnatrai pas pas444 ou si1 comme ces esprits pleins de deuil et nourris de cendres amres1 je m'en irai tout seul--comme ceux cachant un secret1 qui rdent autour des cimetires1 et qui cherchent sans le trouver leur repos dans les lieux dserts4 ,,table ,,philoct,,te #e ,,le ,,trait ,,du ,,narcisse #fg ,,la ,,tentative ,,amoureuse #ic ,,el ,,hadj #aca ,paris4--,imprimerie ,veuve ,,albouy1 #ge1 avenue d',italie4 #ajd4f4hi