,,ernest ,,psichari ,,les ,,voix ,,qui ,,crient ,,dans ,,le ,d,,sert ,,souvenirs ,d',,afrique ,,pr,,face ,,du ,g,n,,ral ,,ch4 ,,mangin ,,paris ,,louis ,,conard1 ,,libraire-,,diteur #f1 ,place de la ,madeleine1 #f4 ,,mcmxx ,,tous ,,droits ,r,,serv,s ,,du ,m,,me ,,auteur ,terres de ,soleil et de ,sommeil1 ouvrage couronn par l',acadmie franaise4 ,prface de ,monseigneur ,le ,roy1 vque d',alinda4 #a vol4 #e fr4 ,l',appel des ,armes4 ,prface de ,monseigneur ,baudrillart1 de l',acadmie franaise4 #a vol4 #e fr4 ,le ,voyage du ,centurion4 ,prface de ,paul ,bourget1 de l',acadmie franaise4 #a vol4 #e fr4 ,copyright by ,louis ,conard1 #aibj ,,au ,,lecteur ,le titre sous lequel nous publions cette confession angoissante figure1 crit de la main mme de l'auteur1 sur le manuscrit qu'il a laiss aprs sa mort1 survenue1 comme on sait1 le #bb aot #aiad1 ,saint-,vincent-,rossignol1 en ,belgique1 o il est glorieusement tomb l'ennemi4 ,nul autre que lui n'aurait pu choisir un titre plus appropri au sujet#a4 ,ces pages sont un long cri de dtresse jusqu'au moment o le jeune ,africain1 le petit-fils d',ernest ,renan1 s'apaise enfin dans la foi catholique4 ,l'intrt hors pair de cet ouvrage1 c'est qu'il se concevait et s'excutait au fur et mesure qu',ernest ,psichari se convertissait4 ,une fois converti1 pour plus de modestie1 pour plus d'humilit1 il se dissimula sous le nom impersonnel de ,maxence dans son ,voyage du ,centurion1 dsormais classique4 ,en ralit1 il avait essay1 dans ce ,voyage1 de refondre les ,voix qui crient dans le ,dsert4 ,mais1 incapable de se rpter1 il tira des richesses de son fond une uvre toute diffrente et qui1 d'ailleurs1 resta inacheve1 telle qu'elle fut publie en #aiae4 #a ,on a aussitt compris que le titre de ce livre a t inspir ,ernest ,psichari par le fameux verset d',isae 7,,lx1 #c73 ,la ,voix de ,celui qui crie dans le ,dsert1 verset repris ensuite par les quatre vanglistes successivement4 ,l'uvre1 au contraire1 que l'on va lire--et qui a eu l'honneur de paratre dans le ,correspondant1 du #be novembre #aiai au #be janvier #aibj--;est le rcit complet de la conversion d',ernest ,psichari4 ,comme nous l'avons marqu1 les ,voix qui crient dans le ,dsert sont une confession3 le ,centurion est un roman4 ,c'est un roman plutt contemplatif1 tandis qu'ici l'action militaire1 l'vnement matriel1 le voyage proprement dit se mlent sans cesse la contemplation4 ,on a de la sorte tout un drame mouvement1 haut et poignant1 o clate un des plus beaux cris religieux qu'on ait pu recueillir d'un cur humain4 ,,pr,,face ,les ,voix qui crient dans le ,dsert4 99 99 99 99 99 ,il faudrait un saint comme le ,pre de ,foucauld1 officier de cavalerie1 explorateur et moine1 pour les annoncer au monde profane1 mais le ,pre de ,foucauld a t assassin par ordre des ,allemands ds le dbut de la guerre1 en mme temps qu',ernest ,psichari tombait hroquement sur le champ de bataille4 ,par la contemplation de la nature vierge de tout contact humain1 par le silence loquent du ,dsert1 par l'asctisme des privations consenties1 par la magie de l'action et par la pense longuement creuse dans la solitude1 voici que revient aux croyances anciennes un libre esprit moderne1 un lettr1 une me d'lite1 et qui est bien difficile convaincre3 son cur est pris1 son intelligence s'incline1 et il rclame la rvlation lui particulire1 le ,signe4 ,et ce ,signe vient4 ,et quel dcor ce drame intime et troublant6 ,rien de moins monotone que le ,dsert1 tmoin de ces mouvantes pripties4 ,ce soldat est fier de son pe en l'inclinant d'un large geste4 ,ce ,franais sent tout l'orgueil de sa nation1 tout en respectant la noblesse des vaincus et la profondeur de leur foi4 ,ce lettr pense que l'uvre intellectuelle compte bien peu devant la grandeur du sacrifice2 il cite le dicton des ,talebs arabes3 ,l'encre des savants est plus agrable ,dieu que le sang des martyrs1 et il ajoute3 ,malheureuse race qui n'a pas compris ce que valait la goutte de sang d'un martyr1 et combien elle pesait plus que tous les livres du monde1 et que l'encre s'efface1 mais que la goutte de sang ne s'effacera pas6 ,quand de telles paroles s'accompagnent du sacrifice total1 elles retentissent profondment dans tous les curs4 ,,ch4 ,,mangin4 ,juvisy1 #ad janvier #aibj4 ,,les ,,voix ,,qui ,,crient ,,dans ,,le ,d,,sert ,,chapitre ,,premier ,,brackna4--,,tagant4--,,gorgol ,aprs avoir long la berge du ,sngal de ,podor ,boghi1 le ,commissaire du ,gouvernement en ,mauritanie1 que j'avais l'honneur d'accompagner1 se prpara quitter les rives du fleuve1 pour s'enfoncer dans les immenses territoires dont il avait le commandement4 ,le #ag fvrier #aiaj1 au lever du jour1 une petite caravane se mettait donc en route1 aprs avoir dit adieu aux flots paisibles du ,sngal4 ,en tte1 marchait l'avant-garde1 compose de six tirailleurs sngalais sous la conduite d'un sergent indigne4 ,puis venait le colonel1 suivi de son interprte1 le toucouleur ,bala ,biram1 et de quelques cavaliers noirs4 ,enfin1 une section de tirailleurs prcdait le convoi compos de seize voitures ,lefvre tranes mulet4 ,a l'arrire1 marchait le palefrenier du colonel1 firement camp sur un buf1 affubl pour la circonstance d'une selle anglaise1 puis la longue suite des domestiques1 cuisiniers et marmitons1 et enfin1 l'arrire-garde compose d'un sergent europen et de douze tirailleurs sngalais4 ,sur les flancs1 la marche tait garde par une douzaine de partisans maures appartenant la tribu des ,ouled ,biri1 tous monts sur de magnifiques chameaux qui les beraient indolemment4 ,notre premire tape tait le poste d',aleg4 ,une sorte d'avenue borde d'arbres y conduit--mais nous savons qu'il y a le dsert au bout de cette alle rectiligne1 et cette pense nous fait frissonner d'impatience4 ,le #ah1 #aj heures1 nous arrivons au poste2 c'est un petit fortin crnel1 qui couronne une faible hauteur rocheuse4 ,le drapeau franais flotte sur le toit le plus lev4 ,devant le mur d'enceinte1 les tirailleurs sont rangs pour rendre les honneurs3 tableau magnifique1 dans sa pure simplicit1 et qui1 ds l'abord1 nous donne la clef de l',afrique4 ,nous apprenons que c'est notre me qu'elle parlera1 plus qu' nos sens1 et nous voici engags1 par le pur symbole de ce qu'il y a de plus noble sous les cieux1 dans la plus noble vie spirituelle4 99 99 99 99 99 ,nous quittons ,aleg le #ai1 aprs avoir renforc l'escorte d'une trentaine de fusils4 ,a #i heures du soir1 nous passons hauteur du puits de ,tankassas1 mais la lune claire notre route1 et nous ne nous arrtons qu'au milieu de la nuit1 quelque part1 dans la solitude silencieuse4 ,tandis que les tirailleurs s'tendent sur le sable1 enrouls dans leurs couvertures1 je me promne de long en large1 tant de veille1 dans le carr que forme notre camp d'un soir4 ,des souffles frais circulent parmi les mimosas pineux4 ,tout repose dans la puret exquise de la lune claire1 et sur le ciel blanc1 les sentinelles1 baonnettes au canon1 font de vives dcoupures immobiles444 ,ah6 je la reconnais1 ce soir1 cette odeur de l',afrique que j'ai tant aime6 ,je reconnais cette brise vivifiante qui exalte ce que nous avons de meilleur en nous1 et je me reconnais moi-mme1 tel que j'tais en mes annes d'adolescence1 lorsque je traversais d'autres solitudes1 si loin d'ici et si prs4 ,j'ai vcu bien des nuits semblables celle-ci4 ,combien en vivrai-je encore8 ,combien d'annes marcherai-je sous le soleil de la force et sous la lune de la douceur8 ,je l'ignore1 mais ce qu'il faut--de toute ncessit--c'est que l',afrique retrouve me donne d'utiles conseils4 ,si longtemps que nous devions voyager1 nous ne voyagerons pas comme des touristes4 ,il faudra--de toute ncessit--que chaque tape soit utile nos curs4 ,il n'est pas en moi de volont plus arrte1 de plus ferme propos1 que d'aller maintenant travers le monde1 tendu sur moi-mme1 dcid me conqurir moi-mme par la violence4 ,je ne traverserai pas en amateur la terre de toutes les vertus1 mais toute heure je lui demanderai la force1 la droiture1 la puret du cur1 la noblesse et la candeur4 ,parce que je sais que de grandes choses se font par l',afrique1 je peux tout exiger d'elle1 et je peux tout1 par elle1 exiger de moi4 ,parce qu'elle est la figuration de l'ternit1 j'exige qu'elle me donne le vrai1 le bien1 le beau1 et rien moins444 99 99 99 99 99 ,onze jours aprs notre dpart de ,bogh1 nous voici au pied de la haute falaise du ,tagant4 ,la paroi verticale nous crase4 ,le terrible vent d'est fait rage1 nous enveloppe dans un nuage de sable4 ,il pousse1 comme des vagues cumeuses1 de blanches dunes qui risquent de submerger les cases du poste de ,moudjria4 ,pendant trois jours1 nous avons presque une vision de l'enfer1 et c'est un sentiment de dlivrance que nous prouvons lorsque1 contournant la falaise1 nous entrons de plain pied1 par le col du ,toum el ,batha1 dans le montagneux ,tagant4 ,l1 des fonds d'oueds herbeux viennent varier la monotonie des cailloux et des rocs4 ,des plateaux1 o poussent de petites gramines1 offrent de maigres pturages aux moutons des tribus4 ,parfois1 parmi les rocs1 on aperoit un baobab monstrueux1 ou bien l'on suit quelque champ de pastques qui1 seuls1 attestent la vie humaine dans ces parages dsols4 ,de ,moudjria ,tijikja1 pendant la traverse du ,tagant1 on trouve de l'eau toutes les tapes4 ,a ,tin ,ouadin et ,taorta1 nous nous sommes arrts prs des sources qui jaillissent du roc et que l'on nomme guelta en maure4 ,bien que l'eau y ft mauvaise1 cause des troupeaux de chameaux qui nous avaient prcds1 nous tions heureux qu'un peu de pittoresque vnt rompre la monotonie des tapes4 ,les vasques rocheuses ont un grand parfum d'hbrasme4 ,sans doute sont-elles semblables ces sources d'eau vive que la baguette de ,mose fit sortir du sol1 dans une autre ,thbade4 99 99 99 99 99 ,a ,nimelane1 en plein ,tagant1 nous nous sommes arrts prs de la stle de pierres1 leve la mmoire des lieutenants ,andrieux et de ,frausser4 ,elle s'lve non loin de l'peron rocheux o ces deux officiers trouvrent la mort1 en octobre #aijf4 ,nous tions alors tout au dbut de la conqute4 ,quinze mois auparavant1 ,m4 ,coppolani qui1 le premier1 s'tait avanc dans le haut pays1 avait t assassin ,tijikja4 ,inquiets de nos entreprises1 les ennemis de la paix franaise avaient rsolu de tenter un gros effort4 ,le vieux cheickh ,ma el ,anin1 le chef spirituel de tout l',adrar jusqu'au ,sud ,marocain1 s'tait rendu ,fez et avait sollicit contre nous l'appui du sultan ,abdel ,aziz1 qui le cheickh avait donn sa baraka4 ,le sultan avait rpondu en envoyant l'aide des ,maures son cousin ,moulay ,idriss4 ,en octobre #aijf1 ce fanatique envahissait le ,tagant la tte d'une bande de #fjj fusils1 recruts pour la plupart dans l',adrar4 ,il rencontrait dans le cirque aride de ,nimelane1 le dtachement ,andrieux--de ,frausser qui se faisait craser sous le nombre4 ,il reste de cette journe de sang l'humble monument que de bien rares passants viennent saluer4 ,mais ceux-l1 du moins1 y viennent demander un secours4 ,ces plerins-l ont des mes tremblantes devant la ,france4 ,accabls d'amour au souvenir de la patrie1 ils murmurent3 ,oh6 tre digne d'elle6--et c'est l'ardente supplication qu'ils tranent ternellement avec eux4 99 99 99 99 99 #i ,mars1 ,tijikja4--,ici1 un peu de vie nous accueille4 ,la palmeraie bruit doucement et son inexprimable douceur convie au repos1 l'apaisement4 ,mais il faut que le poste1 rectangulaire1 massif1 vienne encore1 avec ses artes droites1 mettre de l'austrit o l'on craignait trop de mivrerie4 ,le lieutenant de ,f4 nous accueille1 et tout de suite1 il nous mne au tombeau de ,coppolani qui se dresse au bout du camp des tirailleurs4 ,la touchante inscription1 en arabe1 rappelle que ,coppolani fut l'ami des ,musulmans4 ,et nous voici reports en cette anne #aije1 o le grand homme rsolut de s'avancer dans les sables de la ,mauritanie4 ,quelle grande aventure6 ,pendant deux ans1 ,m4 ,coppolani reste impuissant sur les berges du ,sngal1 les yeux fixs sur les immenses territoires du ,nord dont la possession devait assurer la paix du ,sngal4 ,le reprsentant de la ,france n'a pas de bagages1 son escorte se compose d'une poigne d'hommes2 l'argent fait dfaut4 ,mais l'on travaille tout de mme4 ,coppolani demande des renforts4 ,il gagne l'amiti du cheickh ,sidia1 le matre spirituel de la plus grande partie du ,sahara mridional4 ,enfin1 en #aije1 il prend la route du ,tagant4 ,sur son chemin1 il montre aux ,maures ce qu'est notre patrie4 ,nul comme lui1 me disait plus tard le capitaine ,a41 qui fut son compagnon1 ne connaissait l'me des ,musulmans4 ,en une heure de conversation1 il retournait compltement les ,maures les plus mal disposs notre endroit4 ,aussi avait-il dans le pays une rputation extraordinaire4 ,j'ai vu des hommes qui faisaient des lieues pour lui apporter un mouton1 engraiss son intention et qu'ils transportaient dos de chameau pour que la viande en ft meilleure4 ,j'ai vu des ,marabouts conduire vers lui des troupeaux de vaches entiers1 pour qu'il ne vnt pas manquer de lait4 ,coppolani continue sa route jusqu' ,tijikja qui est encore aujourd'hui la sentinelle avance du dsert4 ,mais l1 le fanatique ,moulay ,idriss l'assassine1 au moment mme o il songe partir pour l',adrar et rejoindre1 par del les solitudes1 nos possessions du ,sud ,algrien4 ,il me semble qu'il reste quelque chose encore des combats d'autrefois1 et je crois le percevoir dans la gravit sereine de ce premier soir1 o nous revenons vers le poste1 aprs avoir t prendre le th dans la maison du vieux mdecin maure ,mohammed el ,brahim4 ,pendant deux heures1 nous sommes rests dans une pice sombre1 o s'entassent des peaux de bouc emplies de livres et de manuscrits4 ,le matre de la maison1 assis sur une sorte de lit en pierres1 le nez chauss de grandes lunettes1 parlait du pass1 de son pays1 de la ,france4 ,quand nous emes quitt la soupente et retravers la large cour1 le vestibule dsert aux massifs piliers carrs1 ce fut avec joie que nous aspirmes les larges souffles du soir4 ,des enfants nus longeaient les murs des rues troites4 ,devant le ,ksar1 nous nous arrtmes prs du cimetire1 vers qui se courbe un grand nt4 ,nous avions devant nous le lit sablonneux de l',oued1 et1 sur la colline1 le poste ddi la mmoire de ,coppolani4 ,je ressentais jusqu' la douleur le srieux de ce paysage crpusculaire4 ,l1 d'austres souvenirs nous assigent4 ,nous sentons que rien n'est pour l'ironie dans un tel assemblage1 qu'aucune place n'y est faite au sourire4 ,ah6 non1 nous ne rions pas en ,afrique4 ,je sais bien que nous n'y serons pas des sceptiques1 que nous choisirons1 que toujours nous voudrons choisir4 ,nous ne sommes pas de ceux qui veulent tout concilier1 tout aimer4 ,que les dlicats s'en aillent donc6 ,que ceux qu'effraient les sentiments un peu rudes1 que ceux que froisse une trop grande simplicit du cur1 quittent tout jamais la terre de la force et de la vertu6 ,que tous ceux qui hsitent1 tous ceux qui trembleraient devant une vrit trop forte1 ne viennent pas prendre la rude nourriture de l',afrique6 ,il faut ici un regard ferme sur la vie1 un regard pur1 allant droit devant soi1 un regard jeune1 de toute franchise1 de toute clart4 99 99 99 99 99 ,nous sommes revenus ,moudjria par la route du ,nord1 c'est--dire en longeant l',oued el ,abiod1 dpression boise o les tribus viennent chercher un peu d'ombre4 ,c'est sur cette route que l'on rencontre l'ancienne ville de ,ksar el ,barka1 aujourd'hui en ruines4 ,vus des arbres de l',oued o l'on repose l'aise1 ces murs droits en pierres sches1 que ne surmonte plus aucune toiture1 ont encore un grand air antique4 ,nous tions l1 sous des palmiers1 dans une serre chaude lumineuse et brillante1 trs loin de la vie1 trs prs des choses444 ,des ,maures arrivrent1 d'abord un vieillard barbe blanche1 puis des hommes dont les yeux taient beaux1 des enfants enfin4 ,ils venaient de voir le colonel4 ,le bruit de la machine crire1 sous une tente1 troublait le silence2 il me rappelait que nous tions ici pour une grande uvre pratique1 et que l'impressionnisme1 dans l'tat o nous tions1 et t insupportable4 ,c'tait un moment de sincrit4 99 99 99 99 99 ,du ,tagant1 nous devions rejoindre le fleuve par le poste de ,m',bout qui se trouve deux cents kilomtres au sud de ,moudjria4 ,nous partmes de ce dernier point le #bd mars4 ,les deux jours suivants1 nous longemes du dehors la haute paroi du ,tagant1 dont nous tions enfin sortis4 ,le #bf1 nous tions ,touizigjiguit1 petit puits dans le roc o l'on parvient aprs avoir franchi une pente assez dure4 ,de l1 nous pouvions voir la plaine du ,gorgol o nous allions nous enfoncer4 ,a trois heures du soir1 nous nous mmes en route et nous commenmes cheminer lentement dans l'espace indfini qui s'ouvrait devant nous4 ,le soir1 nous longemes quelques faibles hauteurs rocheuses1 puis tout devint imprcis1 infiniment ple et dteint4 ,nous entrions dans la clart lunaire1 encore tourdis du jour trop long qui venait de mourir4 ,a trois heures du matin1 nous nous arrtions1 en attendant le lever du soleil4 ,les tapes suivantes nous rapprochrent trs visiblement du fleuve4 ,la plaine se couvrait de hautes herbes1 d'arbustes pineux de plus en plus denses4 ,le pays se faisait plus aimable4 ,le #a;er avril1 avant l'aube1 nous traversmes le lit du ,gorgol4 ,il est bord d'arbres magnifiques1 sous l'ombre desquels des nues de sauterelles nous accueillirent4 ,quand le jour parut1 nous apermes l'horizon une faible hauteur que surmontait une sorte de tour assez leve4 ,c'tait le poste de ,m',bout4 ,nous allions y parvenir1 lorsque nous vmes se ruer sur nous une horde de ,maures monts sur des chameaux4 ,ils passrent devant nous en hurlant1 puis ralentirent leur allure1 aprs nous avoir dpasss4 ,des cavaliers les suivaient1 accourant bride abattue1 tout en dchargeant en l'air leurs longs fusils pierre4 ,enfin1 nous vmes une centaine de femmes qui s'avanaient vers nous en battant des mains et en criant4 ,arrives notre hauteur1 elles repartirent devant nos chevaux1 et c'est dans cet trange appareil que nous atteignmes les murs du poste1 au pied desquels nous attendaient les tirailleurs sngalais1 correctement aligns4 99 99 99 99 99 ,je ne tenais pas rentrer ,saint-,louis4 ,aussi fut-ce avec joie que je reus l'ordre de reprendre la route du ,tagant1 en qualit d'officier-adjoint au commandant ,f4 ,nous partmes de ,m',bout1 le commandant et moi1 le #f avril1 et1 piquant vers le nord-est1 nous allmes rejoindre la chane de l',assaba4 ,c'est un petit massif montagneux allong du sud au nord1 qui spare de ses hauteurs abruptes les plaines du ,fgeba et du ,gorgol4 ,nous en suivmes le pied jusqu' la source d',an el ,rara1 qui en marque l'extrmit nord4 ,nous avons trouv le long de cette falaise de charmantes sources dont le murmure inattendu nous ravissait4 ,le #ae avril1 nous reposmes ,garavuel4 ,nous tions de nouveau la limite du ,tagant4 ,dans un repli de la montagne1 au fond d'une gorge troite1 on trouve une srie de vasques4 ,des arbres se penchent lourdement sur le noir miroir de l'eau4 ,sur la paroi s'ouvrent des grottes profondes4 ,des oiseaux chantent1 invitant au lourd repos4 ,je me suis tendu dans l'une de ces grottes4 ,de l1 je ne voyais qu'une vaste coupe emplie d'eau1 un grand figuier pouss dans le roc et qui s'inclinait gracieusement4 ,heure douce1 heure de renoncement total1 d'abandonnement4 ,heure de soumission1 non de rvolte4 ,heure d'obissance1 de confiance--on ne sait trop quoi ni en quoi1 mais simplement d'obissance4 99 99 99 99 99 ,le #af1 nous faisons l'ascension de la montagne1 cent vingt mtres de hauteur1 tombant pic sur la plaine noire qui dj s'emplit des brumes du soir4 ,une fois dans le ,tagant1 nous continuons notre route jusque vers le milieu de la nuit4 ,nous marchons dans un dcor trange de rocs enchevtrs4 ,nous sommes forcs de jalonner notre route avec de grands feux qui font1 dans ce dcor de ,walkyrie1 le plus magnifique effet4 ,par derrire les promontoires des rocs1 dans la nuit froide1 sereine1 la terre semble embrase jusqu'aux tages infrieurs de la montagne4 ,deux jours aprs1 nous nous arrtions ,foum ,hajar1 avec l'intention d'y organiser un peu la horde de partisans1 qui nous servait d'escorte depuis ,m',bout4 ,mais le lendemain de notre arrive1 nous dmes nous mettre la recherche d'un campement de ,torch1 dont on nous avait annonc le dpart vers le nord du ,tagant4 ,ces guerriers assez rudes et trs indpendants1 se refusaient depuis longtemps nous laisser recenser leurs chameaux4 ,le #bj1 une heure du matin1 nous partmes grande allure1 et nous longemes la grande dpression de la ,tamourt en ,naje4 ,a l'aube1 un enfant nous indiqua sans difficult l'emplacement du campement4 ,vers huit heures1 nous apercevions en effet les tentes1 dissmines dans des bouquets d'acacias4 ,nous les entourmes rapidement1 nous ramassmes les fusils1 tandis que les partisans partaient la recherche des troupeaux4 ,quand ils les eurent trouvs1 nous en fmes le recensement1 et deux heures aprs1 nous reprenions la route de ,foum ,hajar4 99 99 99 99 99 ,le #bb avril1 le commandant ,f4 quittait ,foum ,hajar pour rejoindre ,moudjria1 o l'appelaient des affaires politiques importantes1 et il me confiait le commandement de notre escorte dont nous avions port l'effectif quarante fusils4 ,je n'avais donc avec moi que des ,maures1 bien recruts1 mais encore fort indisciplins et nullement au courant de nos habitudes militaires4 ,tous taient monts chameau4 ,le #bd1 je recevais l'ordre d'aller m'installer l'est de la guelta de ,moudjria1 en une bonne position militaire4 ,l'ordre fut excut le jour mme4 ,je me transportai au bord de la falaise qui domine le poste de ,moudjria1 et1 aprs avoir fait choix d'un emplacement convenable1 je fis tablir1 sur un carr de trente mtres environ1 une forte clture en branches pineuses1 de celles qu'on nomme communment zriba dans nos troupes d',afrique4 ,je devais y rester jusqu'au #ab juin4 ,c'est l que j'ai connu mes premires heures de vraie solitude1 l que j'ai1 pour la premire fois1 cout pieusement les heures tomber dans l'ternel silence du dsert4 ,dans cette terre morte1 o jamais un homme n'a fix sa demeure1 il me semblait sortir des limites ordinaires de la vie1 m'avancer1 tremblant de vertige1 sur le rebord de l'ternit4 ,pendant l'crasante chaleur des jours1 tandis que les partisans dormaient sous leur soleil familier1 je restais sous ma tente1 les genoux au menton1 ayant1 avec un battement de cur1 comme le sentiment d'une mystrieuse attente4 ,le soir1 je montais gnralement en haut des rochers abrupts qui dominaient le camp vers l'est4 ,jusqu'o le regard pouvait s'tendre1 je ne voyais que des arbustes rabougris aux maigres frondaisons1 disperss sur des aires dsoles4 ,au loin1 des collines grleuses encerclaient l'horizon1 mais mon regard allait plutt se reposer sur la petite grve de sable o se dressaient nos tentes en poil de chameau4 ,seules1 elles taient un peu de vie dans la morne srnit des choses1 comme un faible battement d'ailes dans l'ther4 ,aprs la chaleur accablante du jour1 le frais crpuscule mettait en moi je ne sais quelle lgret1 et il me semblait percevoir comme une ascension de mon me dans l'espace4 ,alors1 perdu sur la terre1 je m'abmais dans le mystre du monde1 les yeux fixs sur ,orion qui1 solitaire1 mergeait des voiles secrets de l'horizon4 ,,chapitre ,,ii ,,moudj,,ria #ab juin #aiaj-af fvrier #aiaa4 ,le #ab juin #aiaj1 je descendis de la montagne et commenai de m'installer ,moudjria4 ,je devais y rester huit mois4 ,rien de plus monotone que la vie dans ces postes qui sont comme les sentinelles avances du dsert4 ,pourtant1 c'est ,moudjria et pendant mes promenades dans le ,tagant1 que j'ai appris connatre les ,maures4 ,cette tude m'a fait passer de charmantes heures4 ,mais elle ne m'a pas men grand chose et je ne crois pas qu'elle ait beaucoup servi m'amliorer4 ,ce que j'ai vu de plus beau dans le ,tagant1 ce sont les traces de notre conqute3 le mausole d',andrieux et de ,frausser ,nimelane1 le tombeau de ,m4 ,coppolani ,tijikja1 et aussi ces quelques piquets qui marquent au sommet de la dune d',el ,beyyedh l'emplacement du camp de ,rey4 ,il y aurait un noble livre crire sur les dbuts de la ,mauritanie franaise4 ,et il s'ouvrirait sur une belle page3 ,m4 ,coppolani se promenant en #aijc sur la rive droite du ,sngal1 dans l'appareil le plus modeste qu'ait jamais eu le reprsentant d'une grande puissance1 et le regard tourn vers le ,nord o mille difficults l'empchaient de s'aventurer4 99 99 99 99 99 ,le capitaine ,a4 me disait encore3 ,j'ai vu des assembles de notables qui venaient ,m4 ,coppolani avec des intentions peu amicales1 et que quelques heures de conversation patiente transformaient compltement4 ,les nomades de l',aftouth taient absolument dans sa main4 ,aussi la lgende s'tablit-elle vite1 dans les tribus hostiles1 que ,coppolani devait ses succs certains pouvoirs mystrieux qu'il possdait444 ,il n'en fallait pas plus pour dchaner le fanatisme et provoquer le drame de juillet #aije4 ,voil la grande figure laquelle nous pensons ,moudjria4 ,mais cette pense se mle une sorte de malaise4 ,il me semble que je ressens encore l'offense faite mon nom4 ,eh quoi8 ,oublions-nous donc si facilement que nous sommes une puissance de chrtient8 ,n'allons-nous pas laisser un peu trop de nous-mmes dans ces parages8 ,quand je repense l'inscription arabe de ,tijikja3 ,ci-gt ,coppolani1 l'ami des ,musulmans1 je ressens un respect ml d'inquitude4 ,et il me prend alors le dsir de relire les histoires du sire de ,joinville et de rapprendre comme il se comportait en l'aventure dou pelerinaige de la croiz4 ,voil peut-tre la drogue qu'il faudrait prendre en ,mauritanie4 ,sur beaucoup de ,franais qui n'ont plus la foi1 mais qui en ont gard le regret1 l',islam exerce une puissante attraction4 ,il ne faut pas trop s'en plaindre4 ,ce got nous a donn une habilet extraordinaire dans la conduite et le maniement des ,musulmans4 ,mais de combien d'inquitudes1 de tristes retours sur nous-mmes payons-nous ce rsultat6 99 99 99 99 99 ,je faisais tous les matins une grande promenade cheval4 ,le plus souvent1 je longeais vers le sud la haute paroi rocheuse du ,tagant1 jusqu' la large troue de ,foum el ,batha4 ,je prenais grand plaisir galoper sur le sable fin1 dans l'ombre que faisait la montagne1 jusqu' une heure assez avance4 ,au retour1 tout tait baign de soleil1 mais le paysage1 protg par la forte assise du ,tagant1 gardait1 avec ses acacias nains et son sol blanc1 un air de finesse assez noble4 ,il avait une lgret exquise1 celle d'une miniature faite de teintes dlicates1 en mme temps que la majest ennuye des choses inutiles4 ,terre mtallique1 avec des transparences et des reflets de cristaux444 ,en rentrant au poste1 je trouvais gnralement plusieurs ,maures qui m'attendaient4 ,vieillards aux traits durs1 aux regards aigus1 dont l'attitude1 et jusqu'au vtement1 faisaient penser quelque ,hbreu de l'criture4 ,il y avait aussi de jeunes hommes aux grands yeux fiers1 avec de belles chevelures longues et anneles4 ,on peut dire que le sang arabe a prdomin en eux4 ,pour moi1 ils me figurent plutt les vrais descendants des premiers ,zenata3 la douceur berbre1 avec la fiert jugurthinienne4 ,a ct de quelques types smitiques1 j'ai trouv de vrais ,aryens4 ,il me semblait parfois reconnatre quelque ,franais de ma connaissance4 ,dans une socit aussi hirarchise que la socit maure1 on ne s'tonne pas que les diffrences de castes apparaissent nettement dans l'attitude1 les gestes1 la dmarche1 jusque dans les regards4 ,nous voyions souvent arriver de jeunes guerriers1 fiers comme des gueux1 dont le maintien srieux1 les poses harmonieuses1 les traits fins annonaient de vrais aristocrates4 ,et l'on restait tonn1 quand ils ouvraient la bouche pour mendier un morceau de sucre1 quelques poignes de th ou de riz4 ,ici1 le plus grand chef est vtu comme le dernier de ses captifs4 ,c'est encore un trait qui prouve que ces ,berbres ne sont pas des ,arabes4 ,la simplicit des murs est grande1 telle exactement que nous la dcrit le vieil ,ibn ,khaldoun1 quand il nous fait le tableau de la vie berbre4 ,la vie rude des coureurs de brousse1 la vie austre des contemplatifs1 voil les deux aspects de l'me maure4 ,ils ne nous loignent pas tant de nous que l'on serait tent de le penser4 99 99 99 99 99 ,un matin de ce mois de juin1 je suis all dans l',aftouth1 de l'autre ct de la dune4 ,comme je trottais sur le terrain mou tapiss d'herbes ples1 j'entendis de grands cris1 des sanglots passionns o je distinguais l'appel des muezzins3 ,la ila illallah6 ,je m'approchai et je vis des tentes1 des hommes rassembls qui gesticulaient4 ,ds que je fus aperu1 les cris cessrent4 ,je descendis de cheval prs des tentes4 ,les hommes me reurent bien et m'offrirent du lait de chvre1 de l'air le plus naturel du monde4 ,c'taient des ,ghoudzf1 disciples de ,cheickh el ,ghazwani1 le grand savant chadelya4 ,ces ,chadelya forment une vaste confrrie religieuse qui n'a que peu d'adeptes en ,mauritanie4 ,sortie1 au ,xe sicle1 de l'cole philosophique du cheickh ,djazouli1 elle se distingue aujourd'hui par un mysticisme exalt dont les pratiques touchent d'assez prs l'hystrie4 ,je venais d'interrompre les exercices spirituels de ces asctes1 en qute du fena1 de l'union mystique rve4 ,le lendemain matin1 je voulus aller les revoir4 ,mais les tentes avaient disparu1 s'taient enfonces dans le dsert1 loin de nos regards indiscrets4 99 99 99 99 99 ,ces pratiques ne sont pas frquentes chez les ,maures4 ,tous se rattachent la grande cole1 plus thologique1 des ,qadryya1 ou celle des ,tidjania qui nous a toujours t favorable1 puisqu'un des grands moqaddems de la secte1 ,abd-el-,kader ben ,hamida accompagnait le colonel ,flatters en #ahhj4 ,m4 ,coppolani1 dans son ouvrage sur les confrries religieuses de l',islam1 nous renseigne admirablement sur ces sectes quelque peu fermes aux profanes4 ,celle des ,qadryya1 rpandue dans le ,sahara tout entier1 fut fonde par ,sidi ,abd-el-,kader el ,djeilani1 originaire de ,bagdad1 le plus grand saint de l',islam1 et le plus populaire4 ,m4 ,coppolani nous apprend que les adeptes doivent rciter jusqu' la congestion crbro-spinale le dikr el hadra3 ,allah6 ,allahou6 ,allahi61 en penchant la tte en avant1 droite et gauche4 ,je n'ai jamais vu de telles folies en pays maure4 ,mais les principes d',abd-el-,kader sont toujours vivants dans l',islam1 et ses vertus morales1 qui furent grandes1 n'ont jamais cess d'tre honores4 ,coppolani nous cite le mot du ,saint ,ali ben ,abou ,taleb3 ,je suis le petit point plac sous la lettre b4 ,il faut savoir que la lettre b est la premire de la fatiha1 le chapitre initial du ,koran1 qui est en mme temps la prire par excellence des ,musulmans4 ,cet ,ali avait certainement atteint la dernire hypostase4 ,rien n'est plus intressant que de suivre dans ,coppolani les diffrents degrs qui mnent cette perfection mystique1 depuis la pauvret qui est l'tat initial1 jusqu'au ,madjma el ,baharim1 le confluent des deux mers1 o le croyant est si prs de ,dieu que pour se confondre avec ,lui1 il ne manque que la longueur de deux arcs4 ,on croit reconnatre ici les diffrentes stations de l'extase no-platonicienne1 telles que nous les dcrivent les ,ennades4 ,c'est ici que ,coppolani nous ouvre des horizons surprenants4 ,il nous montre l'influence profonde de l'alexandrinisme1 de ,porphyre1 de ,jamblique1 de ,plotin1 sur la thologie islamique4 ,ailleurs1 il nous explique comment les fakih1 les lettrs de l',andalousie1 disciples d',avicenne et d',averros1 se joignirent aux ,maures qui revenaient d',espagne1 aprs la conqute1 et qui allaient rpandre leur science dans le monde berbre4 ,et il nous place ainsi au point de jonction de deux grands courants mystiques qui tous les deux nous touchent nous-mmes d'extrmement prs4 ,il faut lire ces belles tudes dans le dcor d'une dune de ,mauritanie4 ,elles y gardent une actualit saisissante4 ,c'est que1 depuis ,abd-el-,kader el ,djeilani1 rien n'a chang dans le ,sahara mridional4 ,ayant chapp jusque dans ces dernires annes l'influence europenne1 et par nature trs attachs leurs traditions1 les ,maures n'ont pas boug4 ,ici nous ressentons l'impression du voyageur qui descend dans les mausoles d'gypte et contemple la momie1 souriante encore1 derrire des bandelettes de deux mille ans4 99 99 99 99 99 ,tant de rves levs1 tant de mysticisme florissant en plein vingtime sicle sur le sol le plus inhospitalier du monde1 peuvent trs bien nous mouvoir4 ,nous avons la sensation fortifiante d'aller des excs1 de nous lever au-dessus de la mdiocrit quotidienne4 ,nous sommes sur une haute tour1 o les bruits des jardins et les parfums des roses n'arrivent plus1 comme nous imaginons ,assurus sur la plus lointaine terrasse de ,suse1 et tout seul au milieu des toiles4 ,mais c'est encore nous-mmes que nous retrouvons en dernire analyse4 ,ainsi1 nous dressons l'oreille1 quand ,coppolani nous cite la rponse d'un soufi un riche qui lui offrait de l'argent3 ,voudrais-tu faire disparatre mon nom du nombre des pauvres moyennant dix mille drachmes8 et qu'il la rapproche du mot de sainte ,thrse3 ,on nous ravit la pauvret qui tait notre trsor4 ,nous sommes ici sur une terre connue4 ,nous sommes chez nous4 ,autrefois1 je me suis amus noter les coutumes tranges des peuples que je visitais4 ,mais ce bibelotage ne m'a laiss qu'une sensation pnible d'ennui4 ,ici1 nous ne ferons pas d'archologie4 ,nous ne ramasserons pas de vieilles poteries4 ,nous ramasserons quelques dbris de notre cur1 que vingt sicles de civilisation intense ont effrit4 99 99 99 99 99 ,vers le milieu de juillet1 je retournai ,ksar el ,barca4 ,le jour de mon dpart et le lendemain1 il tomba quelques bonnes averses4 ,le troisime jour1 quand j'arrivai dans la tamourt des brebis1 il me sembla que j'entrais dans une serre chaude4 ,une odeur de terre mouille montait vers nous1 et j'entendais des oiseaux chanter dans les acacias et les amours4 ,heures rares1 au pays des ,maures1 que celles o nous recevons des choses quelques parfums et des chansons6 ,je passai dans cette tamourt des heures lgres1 un peu amollissantes1 comme celles que l'on passe dans les boudoirs trop chauds1 auprs des dames4 ,cette large coule de verdure1 toute unie et solitaire1 trop large1 o nous voyions de loin s'arrondir des tangs desschs1 depuis toujours desschs1 et les lignes basses de son horizon ptr1 me semblait en dfinitive un mdiocre paradis--comme un essai malheureux de grce franaise4 ,je n'y trouvais pas mon compte4 ,combien plus tard je devais prendre got l'austrit saharienne du ,tiris1 aux grandes lignes dvastes du ,nord6 ,j'avais avec moi le fils du chef des ,kounta du ,tagant1 un grand jeune homme nomm ,ahmed1 qui souvent ,moudjria tait venu boire le th sur ma natte4 ,en arrivant ,ksar el ,barca1 il me dsigna du doigt les ruines de la cit maure4 --,voil le ,ksar1 me dit-il1 o est mort mon grand-pre et o mes anctres ont vcu4 --,oui1 lui dis-je1 je sais que le ,ksar a t dtruit1 au cours de la guerre que les gens de ta tribu soutinrent jadis contre les ,idouach4 ,je serais content de le visiter avec toi4 ,et nous nous dirigeons vers les ruines qui tremblent sous le soleil1 vers les murs larges et bas en pierres sches1 qui semblent aussi des pierres1 mais prcieuses4 ,nous entrons dans de grandes cours1 puis dans des salles troites dont les toitures ont disparu4 ,partout le silence1 cette vague oppression des choses trs vieilles qui ne sont plus que de l'histoire4 ,nous revenons vers la rue et marchons en silence entre les parois resserres des murailles4 ,ahmed s'arrte3 --,voil1 me dit-il1 la maison qu'habitait mon pre4 ,nous entrons dans une cour semblable aux autres4 ,dans un coin1 un terre-plain peu lev4 --,c'est ici1 continue ,ahmed1 que le grand cheickh ,sidi ,mohammed avait coutume de faire son salam4 ,et ces murs que tu vois sur la droite1 c'est la maison de mon grand-pre1 ,sidi ,mohammed el ,kounti4 ,sidi ,mohammed el ,kounti1 cheickh ,sidi ,mohammed1 voil encore de grands noms de l',islam4 ,ils voquent la glorieuse famille des ,bekkaa qui sont1 dit ,m4 ,arnaud1 les vrais directeurs de conscience du ,sahara4 ,la dispersion de ces ,bekkaa me laisse rveur4 ,on les trouve dans le ,touat1 dans l',azaouad1 au nord de ,tombouctou1 ,oualata1 dans le ,hodh1 dans l',haribiuda1 en ,mauritanie4 ,et ces distances prodigieuses ne semblent pas les tonner4 ,ahmed me parle de l',haribiuda1 comme un ,parisien parle de ,bruxelles4 ,j'ai vu dans un campement du ,tagant un neveu du fameux ,abiddine el ,kounti1 le guerrier fanatique qui depuis prs de cinquante ans sillonne de ses rezzous le ,sahara central4 ,ce vieillard est un fils de ,sidi ,mohammed el ,kounti1 dont je visite en ce moment la maison4 ,ainsi souvent1 dans mes promenades avec les ,maures1 mon imagination est reporte vers d'autres horizons plus lointains que sans doute je ne verrai jamais3 l',azouad1 le ,tafilalet1 le ,macina1 l',iguidi1 qui sont l-bas1 dans les profondeurs roses du dsert et dont les noms chantent si fivreusement mon oreille4 ,mon guide m'entrane vers la mosque qui se trouve tout l'ouest du ,ksar4 ,nous franchissons des blocs de pierre dlits et nous voici dans une sorte de colonnade ciel ouvert1 trs nue1 sans l'ombre d'ornements444 ,surprise6 ,les piliers sont ronds1 et derrire1 sur le mur du fond1 j'aperois des essais d'ogives4 ,dans ce pays de nomades1 o la demeure en pierre est si rare1 et o l'architecture n'existe pas1 c'est une grande curiosit que de voir apparatre l'ogive4 ,je n'ai jamais vu d'autre essai du mme genre en ,mauritanie4 ,enfin1 voici un tableau harmonieux1 une joie prcise4 ,les larges assises de la mosque donnent une impression de solidit4 ,et aussi les lignes nettes comme des fils d'acier et qui ne font point d'ombres4 ,je vois la lumire qui s'tend dans le dsordre des lourds piliers1 mais elle ne joue pas sur plusieurs plans4 ,j'observe mon cicerone4 ,il sourit finement et semble me dire3 ,tu vois1 voil ce qu'ils taient capables de faire1 mes anctres6 99 99 99 99 99 ,dans mon voyage de retour vers ,moudjria1 ce charmant ,ahmed s'est dfinitivement acquis ma sympathie4 ,tout prs de ,ksar el ,barca1 ,tamra1 nous avons reu le renseignement qu'un petit medjbour1 alourdi par des prises nombreuses1 remontait vers le nord et qu'il passerait sans doute non loin de nous4 ,b41 qui venait d'arriver de l',adrar avec ses mharistes1 s'lance avec quelques hommes4 ,au bout d'une heure1 j'entends des coups de fusil4 ,je fais seller mon cheval4 ,ahmed et les quelques ,kounta qui l'accompagnent1 sont dj prts1 impatients de sauter sur leurs chameaux4 ,nous partons1 et c'est une course folle sur les traces de ,b4 ,je sens derrire moi les grands pas lastiques des chameaux1 je sens ma petite troupe ramasse dans un mouvement serr et tendu vers l'avant1 un uniforme mouvement de grande coule vers l'avant1 les cous tendus4 ,heure exquise6 ,dj mille imaginations guerrires nous blouissent4 ,je prcde un frmissement de joie--cette griserie qui secoue vite les ,maures quand le vent de la plaine leur coupe le visage et qu'ils reniflent un peu de poudre4 ,tout coup1 nous apercevons un grand dsordre3 des chameaux1 des hommes pied--sur le sol1 des ballots d'toffe1 et1 au milieu de tout cela1 ,b4 qui donne des ordres4 ,les razzieurs1 surpris pendant la sieste1 ont fui1 abandonnant leurs prises2 une centaine de chameaux1 des toffes1 du th1 des pains de sucre4 ,ici1 c'est le mouvement humain qui donne toute sa valeur aux teintes plates1 amiantines de la terre4 ,nous sommes sur une petite hauteur vente4 ,la plaine sans accidents se droule jusqu'aux fils fins1 entremls1 de l'horizon4 ,notre clair aprs-midi s'enveloppe dans le plus sobre des dcors1 et ainsi je sens mieux le prix de ce tableau3 les mouvements des chameaux que des ,maures rassemblent1 les ballots que roulent des noirs1 et ,b41 jeune guerrier franais1 qui crie au milieu de cette confusion4 ,une joie nave et saine de conqurants devant ce butin obtenu de haute main4 99 99 99 99 99 ,j'ai retrouv ,moudjria sans grande joie4 ,quel abandon6 ,quelle tristesse6 ,le sable envahit le petit fortin battu des vents1 et il grimpe l'assaut des murailles4 ,vers le sud1 la dune2 vers le nord1 l'immense paroi verticale du ,tagant4 ,entre la dune et la roche1 seul1 le grand couloir triste o dort le poste4 ,rien qui serve la joie des yeux1 au repos du cur4 ,on est embouteill dans une immense dsolation444 ,l'hivernage s'avanait1 travers d'immenses rafales de vent que chassaient les nuages1 avant qu'ils eussent le temps de crever4 ,parfois1 nous voyions s'lever vers l',est une brume paisse et si rouge qu'on aurait jur le ,tagant en feu1 par derrire4 ,c'tait le dbut de ces grandes tornades sches de juillet4 ,que de fois je les ai vues se vriller vers le ciel en efforts dsesprs1 siffler1 lugubres1 comme un serpent se dresse verticalement et crache vers le ciel son impuissance6 ,a certains moments1 l'immense chevauche semblait hsiter4 ,venue de si loin1 des fonds du ,sahara1 on aurait cru qu'elle cherchait sa route dans la plaine sans bords4 ,un large remous se produisait1 puis aussitt la course folle recommenait1 avec des arrachements subits1 des embardes vers le ciel bas o se boulaient d'immenses flocons4 ,mais les sensations qu'veillait en nous tout ce bruit1 ne valaient pas en intensit le lourd accablement des aprs-midis4 ,l1 un silence de plomb nous engourdissait4 ,couch sur la natte1 dans l'ombre de la case1 que barrait vers la porte un grand rai de lumire1 je reprenais1 dprenais le livre1 doucement oppress1 insoucieux1 revenu de toute curiosit4 ,il me semble maintenant que ces heures-l m'ont aid comprendre certains aspects de l'me maure4 ,peut-tre aurais-je pu les utiliser mon profit4 ,mais le courant remonter tait si fort1 que je ne me sentais pas capable de lutter4 ,a cette poque1 je me disais seulement3 ,ces grandes facilits de mditations que nous consent cette terre spirituelle1 les ,maures les utilisent et ils font1 cette aridit1 d'admirables ornements4 ,pourquoi1 transformant notre mesure de semblables forces et les employant notre bien propre1 n'essayons-nous pas aussi de nous enrichir1 ou plutt de reconqurir nos richesses perdues8 444 ,vers la fin de septembre1 il me sembla que l'air s'allgeait1 reprenait sa fluidit4 ,les milans noirs volaient plus haut4 ,c'est le signe que l'hivernage va finir4 99 99 99 99 99 ,j'ai revu au poste une figure singulire3 celle du vieil ,alsman1 le fils an de ,bakar1 qui est venu faire sa soumission il y a quelques mois1 au moment de mon arrive ,moudjria4 ,le grand ,bakar avait russi grouper et maintenir sous son autorit tous les ,idouach qui sont aujourd'hui1 avec les ,rean1 les seuls guerriers du ,tagant4 ,pendant son long rgne1 il battit les ,mechdouf et les ,kounta1 poussa vers l',adrar une pointe audacieuse1 tint mme ,faidherbe en chec4 ,alors qu'il tait presque centenaire1 il fut tu en #aijf par le commandant ,frrejean1 au combat de ,bou ,gadoum4 ,il laissait d'innombrables fils1 qui tous firent assez vite leur soumission1 sauf l'an1 ,alsman1 qui russit tenir le haut pays jusqu'au dbut de cette anne1 o son grand ge1 la dfection des siens le contraignaient venir son tour nous demander l'aman4 ,je prends une vive curiosit contempler ce vieillard aux cheveux blancs comme la neige1 au regard perant1 au verbe rare et fier4 ,quelles peuvent tre ses penses1 pendant qu'il nous regarde1 nous1 les ennemis de toute sa vie qui avons tu son pre1 vaincu les siens8 ,il semble nous dire3 ,vous avez la force1 et je sais bien qu'il faut plier tt ou tard1 mais vous n'aurez pas mon cur4 ,jusqu' ma mort je resterai ,alsman1 le fils de ,bakar1 qui tait le fils de ,soued ,ahmed4 99 99 99 99 99 ,fanatisme8 ,non4 ,l'ide de la guerre sainte contre l',infidle apparat bien rarement en ,mauritanie4 ,haine du ,roumi8 ,non4 ,mais amour de la libert1 des grandes razzias ensoleilles4 ,et aussi1 fiert d'une grande race qui se rappelle obscurment qu'elle conquit l',espagne et le ,moghreb4 ,c'est encore du rve4 ,sont-ce donc des fanatiques8 ,non1 ce sont des rveurs4 ,m4 de ,gobineau nous rappelle un des mots essentiels de l',islam3 ,l'encre des savants est plus prcieuse que le sang des martyrs4 ,et il nous montre quel point l',islam est une religion d'intellectuels4 ,l'encre des savants6 ,j'y pensais en voyant au poste le vieux cheickh ,el ,ghazwani1 chauss de bsicles1 et en train de psalmodier un trait de la prdestination que venait de lui prter le capitaine ,g4 ,ici1 nous touchons le point faible de l',islamisme1 et surtout du plus pur de tous1 celui des ,maures4 ,nous apercevons l'moussement de la pointe4 ,est-ce admirable1 cette fivre d'intelligence divine8 ,peut-tre1 mais un ,franais sera toujours rvolt par le propos que nous rapporte ,m4 de ,gobineau4 ,quand de jeunes hommes aujourd'hui dnoncent l'intolrable domination intellectuelle de nos modernes savants1 ils font l'uvre la plus belle1 la plus salutaire4 ,mais ce qui nous empche de douter de nous-mmes1 ce qui nous console1 c'est le cri du cur1 ce ,oh6 d'indignation qui jaillit spontanment1 quand nous entendons comparer la plume d'oie de l'crivain la palme du martyr4 ,on frmit d'imaginer ce que nous serions1 ce que serait la ,france1 si les thologiens d',occident avaient proclam une semblable vrit4 ,nous valons mieux que les ,maures4 ,nous valons mieux que nous-mmes4 ,mais il nous faut des avertissements4 ,il faut que l'abaissement du voisin nous avertisse de notre propre grandeur4 ,alors1 touchant certains bas-fonds1 nous faisons comme le plongeur pris dans les algues1 et qui donne un vigoureux coup de pied pour remonter1 vertical1 les bras tendus1 vers la lumire du monde4 ,ainsi ce vieil ,alsman qui est l1 tout tremblant de vieillesse--j'ai admir sa vie sauvage de bandit traqu4 ,mais maintenant je n'ai plus pour lui qu'une grande piti1 et il m'apparat comme la victime lamentable d'une civilisation qui n'a pas su s'orienter4 ,,chapitre ,,iii ,,tagant4--,,adrar1 ,,route ,,de ,l',,ouest ,i4--,,le ,,vestibule ,,de ,l',,adrar ,couch sur ma natte et fumant ma pipe en silence1 je gotais plein le vertige frissonnant de la nuit4 ,les tirailleurs1 disposs en carr1 dormaient dj4 ,quelques ,maures causaient1 assis autour d'un feu1 et la sentinelle1 dans la plaine immense1 se profilait toute entire sur le ciel1 comme dans un chromo militaire4 ,prs de moi1 j'entendais le bruit des chameaux qui ruminaient et parfois1 en un mouvement de lassitude1 je les voyais tendre sur le sol leurs longs cous4 ,c'tait vraiment un tableau commun et familier que j'avais devant moi4 ,et pourtant ce soir-l1 je me livrais tout entier son charme connu4 ,j'avais vingt-deux ans quand je connus pour la premire fois la douceur de ces campements phmres1 perdus dans le silence des forts ou des plaines4 ,depuis1 leur charme repli m'obsde toujours4 ,et dj1 il s'alourdit de souvenirs de beaut444 ,ce soir-l1 tout me paraissait charmant1 me pntrait d'onction4 ,je caressais ma chienne qui s'tirait frileusement sur ma couverture4 ,mon regard s'attachait avec amour au beau ,scorpion qui1 tout l-haut1 commenait son cycle immense4 ,demain matin1 me disais-je devant cette arme cleste1 l'aile marchante aura franchi les trois quarts du ciel4 ,et il me semblait que la terre roulait aussi1 jeune et lgre1 et bondissait1 sa place exacte1 dans les routes libres du firmament4 ,quelques jours auparavant1 le #af fvrier1 j'avais reu l'ordre de partir pour l',adrar1 et le lendemain1 avec un lourd convoi organis en hte1 je m'tais mis en route pour la jeune province franaise1 dont je rvais dj depuis un an4 ,maintenant1 j'tais arriv aux confins du ,tagant4 ,du haut de ses derniers cailloux1 j'avais aperu l'immense plaine1 seme d'cueils rocheux1 qui mne en ,adrar4 ,au seuil des terres nouvelles1 je me sentais un cur gonfl d'aurore et1 comme le claquement d'un large coup d'aile1 j'entendais toute l'envole de la vie4 99 99 99 99 99 ,j'ai eu avec moi1 pendant cette longue route1 un compagnon charmant1 un jeune ,maure d'une trentaine d'annes1 souple et mince comme un palmier1 et qui porte un des plus beaux noms de l',islam3 ,mohammed ,fadel ,oued ,mohammed ,roulam4 ,oh6 le charmant esprit1 cultiv et avide de culture1 aimable et raffin1 fleur d'une trs vieille civilisation1 toute entire tourne vers l'intelligence pure4 ,mais ,mohammed ,fadel est dj plus moderne4 ,pendant nos longues causeries1 il s'informe des vnements du ,maroc sur lesquels1 d'ailleurs1 il est mieux renseign que moi4 ,il me pose des questions sur la ,turquie1 l',angleterre et mme l',amrique4 ,nous effleurions mille sujets1 mais la conversation1 avec un homme comme ,mohammed ,fadel1 revient toujours assez vite la religion4 ,la ntre le proccupait vivement4 ,il estimait1 je crois--comme beaucoup de ,maures clairs--que les ,nazarens ont eu un grand prophte1 sans doute infrieur ,mahomet1 mais venant immdiatement aprs lui et digne de tout le respect des ,musulmans4 ,pourtant certains points le troublaient4 ,ainsi1 un jour1 il me demanda avec une vritable anxit1 si les ,franais croyaient en un seul ,dieu ou en trois4 ,il est le petit-neveu de ,ma el ,anin et le neveu de ,taqiallah1 le moqaddem actuel des ,fadelya de l',adrar4 ,quand je l'ai vu ,moudjria1 il dirigeait tout simplement un convoi dont l'avait charg le ,rsident de ,chingueti4 ,j'ai su depuis que les chefs de la tribu1 et notamment ,taqiallah1 avaient trouv indigne qu'un cheickh des ,fadelya ft un convoi pour les ,chrtiens4 ,mohammed ,fadel1 plus dgag de prjugs1 n'avait pas hsit venir nous offrir ses services4 ,tous ces gens ont d'ailleurs bien des raisons de nous tre attachs4 ,lorsque nos armes ont chass ,ma el ,anin de l',adrar1 les ,ahel ,cheickh ,mohammed ,fadel ont recueilli toute la clientle religieuse du vieux thaumaturge4 ,c'est donc nous qu'ils doivent la situation florissante o ils sont aujourd'hui4 ,j'ai vu plusieurs reprsentants de cette grande famille dont beaucoup de membres sont morts1 en ne laissant pas moins de soixante quatre-vingts fils1 sans compter les filles--que l'on ne compte pas4 ,les ,fadelya que j'ai connus1 avaient tous une grande culture islamique1 mais aucun n'avait le charme1 la simplicit aimable1 la grce toute aryenne de mon ami4 ,nous passions ensemble de longues soires4 ,une fois1 nous nous attardmes longtemps contempler les toiles4 ,je lui disais le nom des constellations1 tandis qu'il m'en donnait les appellations arabes4 ,d'autres fois1 prenant un livre1 il me faisait peler sa langue1 peut-tre la plus belle de toutes1 plus riche1 plus souple1 plus nuance encore que le grec4 ,j'aimais l'entendre lire les lignes mystrieuses1 et je me rappelle la joie qu'il y avait dans sa voix chaude qui modulait les phrases1 les chantait presque4 99 99 99 99 99 ,la compagnie de cet honnte homme m'inclina vers certaines penses qui m'taient dj familires4 ,nos propos tiraient leur valeur de ce que nous ne faisions aucune concession4 ,il restait ,maure1 je restais ,franais4 ,tous les deux1 nous prenions position4 ,mais j'admirais comme il se maintenait facilement dans une certaine donne1 comme il suivait sa ligne avec fermet4 ,nulle trace en lui de dilettantisme4 ,par l1 il nous arrivait de nous rejoindre4 ,d'ailleurs1 comment sourire dans ce pays8 ,nos tapes nous prparaient peu peu l',adrar4 ,le #bd1 ,hassi el ,argoub1 je trouvai quelques tentes d',ouled ,selmoun4 ,jusqu'au ,ksar d',oujeft1 prs d',atar1 nous ne devions plus rencontrer figure humaine4 ,dj ,el ,argoub1 la terre se fait si rude qu'elle ne saurait plus s'accorder avec la figure humaine4 ,on n'y souffre plus que de hautes penses1 celles de la gloire1 de la vertu1 de la fiert4 ,et mme1 elles ne sont pas encore assez pures4 ,il faudrait une musique1 et venue du ciel plutt que de la terre4 ,a ,aouinet es ,sbel1 nous avons camp en pleins rochers4 ,vers l'est1 nous tions domins par une sombre chane1 et1 nos pieds1 nous avions une immense plaine dnude1 sans une herbe1 sans un arbre4 ,le vent la balayait et sa musique tait la seule qui nous vnt dans cet empire du silence4 ,mais dj une oppression singulire m'envahissait4 ,j'eusse rv de franchir tous les cercles de cet enfer1 d'tre le prisonnier de ces abmes4 ,je marchais dans le vertige de ces horizons singuliers1 tous les jours plus troubl1 avec un peu de sueur aux tempes1 des battements d'impatience4 ,des soirs sans amour1 mais plus grands que l'amour4 ,des jours sans hte1 mais o on met vivre plus d'attention4 ,une vie retranche du monde1 retranche dans le monde4 ,et quels retranchements6 ,quelles forteresses6 ,quels oppida6 ,c'est le pays de l'gosme4 ,ce plerinage en vaut bien d'autres1 plus classiques3 ,athnes1 ,rome ou ,bayreuth4 ,ici ce n'est que nous-mmes que nous cherchons4 ,et trouverons-nous quelque chose8 ,a ,hassi el ,motleh1 avant d'arriver au puits1 on rencontre des dunes isoles que le vent d'est s'est amus modeler en forme d'anses4 ,d'ailleurs1 depuis notre arrive1 vers midi1 jusqu'au soir1 nous avons t envelopps dans une tourmente de sable qui1 dfinitivement1 nous a spars du monde4 ,rien n'est dsagrable et rien n'est beau comme ces coups de bliers rageurs du vent1 qui semble s'exciter lui-mme1 veut battre son propre record4 ,ce n'est point encore une image de douceur4 ,mais o trouverait-on des images de la force1 si ce n'est ici8 ,nous voil donc prpars franchir le seuil de ce canton de la pure grandeur qu'est l',adrar4 ,il fallait cette tourmente de sable pour nous laver4 ,le vent arrache l'humus des montagnes et tout ce qui est accessoire4 ,il ne reste plus d'elles que leur forme minrale4 ,le vent fait aussi apparatre les angles de notre cur1 ses saillants1 ses rentrants4 ,d'un jardin anglais1 il fait un bastion la ,vauban1 nu comme la pierre1 rectiligne et rectangle1 l'ordonnance gomtrique4 ,,ii4--,,grandeur ,,de ,,zli ,le #bg au matin1 nous montons insensiblement dans des dunes blanches enchevtres o de maigres titariks ont russi prendre pied4 ,deux heures aprs le dpart1 le sable cesse1 et toute vgtation en mme temps4 ,nous franchissons un col mal dessin4 ,dj1 de tous cts1 la pierre nous enveloppe1 la pierre noire1 rugueuse1 la pierre morte de l',adrar4 ,nous entrons en effet dans le massif de l',adrar proprement dit1 au cur mme de cet trange soulvement granitique1 o rgnent en matres le silence et la mort4 ,dans les cirques sombres que nous franchissons1 pas un arbre1 pas un brin d'herbe ne pousse4 ,dans cet excs de dnuement1 rien ne vient amuser le regard ou l'adoucir4 ,zli1 o nous dressons nos tentes vers dix heures1 est le point culminant de ce voyage4 ,nulle part la pierre ne sera plus tragique qu'ici4 ,le cur se serre1 se noie de tristesse devant ces masses brutales d'o la vie s'est jamais enfuie4 ,de tous cts1 elles bornent notre horizon1 immenses murailles aux replis vierges4 ,parfois une grande muraille isole1 semblable ces tas de charbon pulvrulent que l'on voit aux approches des gares ou des usines444 ,et tout se tait--sinon le vent qui souffle ici d'un bout de l'anne l'autre4 ,prs du camp1 un couloir troit entre les caillasses1 mne une sorte de grotte4 ,l1 au sein des rochers1 dort une eau profonde1 comme en une vasque4 ,il faut encore longer les bords de ce sombre miroir4 ,alors1 du haut d'un dernier tage de rocs1 un spectacle surprenant apparat4 ,la muraille tombe verticale sur une hauteur d'une vingtaine de mtres1 et au bas1 un lac1 un vrai lac d'une centaine de mtres de diamtre1 dort son ternel sommeil que rien ne vient jamais troubler4 ,vers l'est et vers le sud1 la paroi tombe mme dans l'eau profonde4 ,vers le nord1 au contraire1 la rive est en pente douce1 et quelques herbes1 un arbre ont pouss l4 ,l'aprs-midi1 nous sommes alls1 ,f4 et moi1 nager dans ce lac1 unique dans tout l',adrar4 ,l'eau tait glace4 ,nous sommes rentrs au camp par un raccourci1 en nous accrochant de roc en roc1 et cette escalade nous a rchauffs4 ,au camp1 tout reposait4 ,des hommes1 assis prs des feux1 chantaient doucement4 ,nous avons mang notre riz en silence1 dans le calme du soir4 ,peu peu1 les replis de la montagne sont tombs dans l'ombre4 ,l'horizon clos a recul1 laissant plus de solitude encore et plus de dsolation entre nous et lui4 ,et puis1 les toiles ont piqu le ciel1 toutes les toiles1 tremblantes dans la froide nuit d'hiver4 ,c'est une heure exquise1 avant que la fatigue du jour ne nous terrasse1 que de se laisser tenter par l'inconnaissable inconnu de ces lointains scells4 ,mais mme cette heure dclive1 nos muscles jouent1 nous sentons toute notre force4 ,cette terre misrable1 o nous sommes nous-mmes si misrables1 elle a une singulire vertu d'excitation4 ,l'on sent que l'on s'y lve au-dessus de soi-mme4 99 99 99 99 99 ,la terre est battue de tous les vents1 balaye de souffles mortels4 ,voyez-la3 elle est un perptuel gmissement1 elle est une lamentation4 ,elle est pele1 nettoye1 lave et relave1 gratte jusqu' l'os par le vent--les vents du large qui glissent1 lchent sa peau comme des langues de feu1 tuent la plante1 la pierre mme et tout l'ordre de la nature4 ,elle est la terre de l'aura mystique qui nous fait trembler un peu1 tant elle vient de loin1 on ne sait d'o444 ,c'est pourtant notre terre1 cette misrable corce nue1 et c'est notre amie1 et elle sourit pour nous1 cette sombre corce pele1 ride de vieillesse et de misre4 ,c'est que rien n'a chang ici1 ni les hommes1 ni les choses4 ,aujourd'hui1 c'est comme il y a deux mille ans et demain sera encore comme aujourd'hui4 ,comme nous allons vers des terres que nous ne connaissions pas1 voici que nous dcouvrons dans notre cur de grands espaces inexplors4 ,toute cette misre1 celle de la terre et la ntre propre1 nous nous y sentons si l'aise1 nous y sommes tellement chez nous6 ,d'abord quelques singularits nous tonnent4 ,et puis1 aprs1 nous sommes forcs de reconnatre que toute cette misre est trs naturellement nous1 et que c'est au contraire la cit moderne qui n'est pas nous et o nous sommes des trangers4 ,cette pure simplicit de la vie nomade1 cette pure rudesse1 voil les vertus que nous aimons et celles o nous aimons nous mouvoir4 ,oh6 comme elle est bien nous1 cette terre sans noms que nos ,foncins colorent comme ngligemment en bleu6 ,loin des usines et des boutiques et des gares1 comme nous nous reconnaissons les uns les autres1 nous les soldats1 avec1 au cur1 toute la joie de la dlivrance6 ,si loin du progrs1 nous sentons que nous sommes des hommes de fidlit1 et qu'au fond le progrs nous est gal4 ,nous ne sommes pas des rvolts1 nous aimons mme ces douces chanes coutumires qui nous lient aux grandeurs du monde4 ,mais alors1 une pense nous vient4 ,pourquoi tant d'abandons que nous avons consentis1 tant de reniements dont nous sommes coupables1 tant de drlictions qui sont les ntres8--,pourquoi1 parmi ces forces qui s'opposent au progrs abhorr1 garder l'arme et rejeter l'glise8 ,quand je causais avec ,mohammed ,fadel1 je tenais rester ,franais4 ,mais alors1 tout naturellement1 du mme mouvement1 je lui parlais du ,christ en chrtien1 et j'eusse prouv la plus grande honte ne pas le faire4 ,je me rappelle ces conversations comme la chose la plus trange du monde4 ,je n'avais pas la foi et je parlais en croyant1 et pourtant je n'avais pas le sentiment de manquer de sincrit4 ,alors pour la premire fois1 j'ai compris combien le ,christ me liait1 comme malgr moi et mon insu4 ,mais alors1 quels sont ces dtours1 ces chemins de traverse8 ,quels sont ces compromis8 ,il faut pourtant choisir3 si l'on rejette l'autorit1 quitter l'arme dont elle est le fondement mystique2 si on l'accepte1 accepter toute autorit1 l'humaine comme la divine4 ,nous sommes des hommes de fidlit1 et voici que pourtant nous sommes hors de la fidlit4 ,nous ne sommes pas des hommes de reniement1 et pourtant nous renions4 ,nous ne sommes pas des hommes de blasphme1 et du soir au matin1 du matin au soir1 nous jetons au ciel nos blasphmes4 ,que nous reste-t-il donc8 ,il nous reste notre solitude1 notre fiert devant les hommes1 et1 devant nous1 cette petite honte1 ce petit regret1 cette inquitude4 ,il nous reste que nous tranons jusqu'au sein mme de l'infidlit le got ardent de la fidlit4 ,ici1 l'on sait que la place d'un soldat est dans la solitude1 regarder passer les nuages1 les toiles4 ,et nous sommes seuls en effet1 dans ce monde affreux1 qui regardons les toiles4 ,une heure aprs le dpart de ,zli1 le #a;er mars1 nous avons rencontr une tombe isole dans la plaine4 ,elle doit tre de quelque marabout vnr1 car les ,fadelya se sont arrts et ont pri longuement4 ,puis la marche a repris1 monotone1 au pas rgulier des chameaux4 ,un moment1 comme nous marchions depuis longtemps dans un grand rag1 nous nous sommes trouvs devant une forte ondulation rocheuse qui prsentait une pente abrupte4 ,nos chameaux l'ont gravie lentement1 nullement tonns et toujours flegmatiques4 ,du haut de la pente1 l'horizon est immense4 ,jusqu'aux lointains o dort la brume solaire1 de noires collines ondulent1 rayes parfois de lignes blanches qui sont des sables4 ,plus prs de nous1 une tache verte4 ,c'est ,da el ,tofla1 o nous devons nous arrter aujourd'hui4 ,ce qui1 dcidment1 caractrise ce pays1 c'est qu'il n'y a pas de nuances4 ,a peine de la couleur3 du noir1 du blanc4 ,c'est ainsi que je voudrais crire4 ,pas la couleur444 ,rien que la nuance444 dit ,verlaine4 ,mais ,verlaine1 ici1 nous fait horreur4 ,a ,da el ,tofla dj le paysage s'adoucit4 ,nous campons dans le sable fin d'une rivire morte1 le ,oued ,n',beka4 ,l'horizon s'est largi4 ,ce n'est plus l'corce rugueuse de ,zli4 ,et bientt les douces palmeraies d',adrar vont nous accueillir4 ,heureuses stations1 chres aux ,maures1 dans la chaleur bleue des palmes et la lourdeur des longues siestes6444 ,ouakchedda1 le #c4--,la lumire joue entre les palmiers4 ,une brise douce agite leurs cimes1 tout l-haut4 ,les troncs cailleux1 colonnes graciles1 laissent circuler de grandes clarts4 ,des taches de soleil tremblent sur le sol dur o craquent des palmes mortes4 ,,iii4--,,les ,,coordonn,,es ,,de ,,zli ,nous suivons avec amour la route sur laquelle s'est avanc1 il y a juste deux ans1 un soldat magnifique4 ,prpars1 purs par ,zli1 lavs par les grands courants d'air de l',adrar1 nous pouvions donner tout notre cur ces tableaux militaires qui marquent1 de loin en loin1 le sentier de la conqute4 ,voici ,djouali1 ,choummat1 ,tifoujar--tous marqus de quelques gouttes de sang franais4 ,enfin1 le #d mars1 dans les dunes d',amatil1 nous nous arrtons plus longtemps4 ,c'est l que1 les #cj et #ca dcembre #aijh1 les disciples de ,ma el ,anin donnrent contre nos troupes leur premier effort4 ,je dresse ma tente prs des deux bastions improviss que le capitaine ,bablon avait fait tablir l'est de son camp et dans l'un desquels il avait plac ses mitrailleuses4 ,de ces bastions1 il reste encore de larges haies en branches pineuses1 qui bientt seront envahies par les sables4 ,mon cicerone est un jeune ,samoko qui1 le lendemain du combat1 fut nomm tirailleur de premire classe1 pour avoir enterr nos morts sous le feu de l'ennemi4 ,son rcit est un peu confus4 ,ce qui l'a le plus frapp1 ce sont les cris des femmes maures qui1 perches sur un rebord de la montagne1 excitaient leurs maris au combat4 ,dtail digne de l'antiquit6 ,ces combats africains1 pleins de cris1 de soleil et de tumultes1 ne se peuvent videmment comparer ces vastes boucheries que sont les champs de bataille des grandes guerres modernes4 ,mais ils gardent une allure1 une haute couleur militaire1 et jusque dans les plus petits engagements1 quelque chose de vraiment pique4 ,de chaque ct de la ligne de feu1 on crie1 on s'interpelle1 les insultes se croisent1 tandis qu'au loin des femmes mlent leurs sauvages you you aux sifflements des balles4 ,ainsi ,achille hurlait de rage avant la lutte3 ,fils de chiens6 ,curs de cerfs6 ,a ,amatil1 le #cj dcembre1 le contact fut rude4 ,telle fut l'ardeur de l'ennemi qu'il russit pntrer dans l'un des bastions1 et que le sergent ,jhin ne sauva sa mitrailleuse qu'en l'emportant sur son dos6 ,la journe fut trs meurtrire4 ,dans ce champ de silence qu'est maintenant ,amatil1 je me suis arrt auprs de nos tombes3 voici l'adjudant ,vix1 le sergent ,moricard et d'autres tombes1 anonymes celles-l1 celles des tirailleurs qu'enterra le jour mme mon brave ,samoko4 ,station profitable6 ,partout o du sang a t vers pour la ,france1 que ce soit ,champaubert ou ,amatil1 nous nous arrterons avec la mme pit4 ,entre ,champaubert et ,amatil1 la diffrence est de quantit1 non de qualit4 ,le #aj dcembre #aijh1 ,moudjria1 les ,maures disaient3 ,jamais les ,franais ne pourront pntrer dans l',adrar4 ,le #e janvier suivant1 une poigne de ,franais1 que suivaient cinq cents ,sngalais1 entrait ,atar1 aprs une marche de quatre cents kilomtres1 dans un pays nouveau o le sol1 chaque pas1 se dresse contre l'homme4 ,je ne dis pas que ce soit la folle chevauche de ,murat depuis ,ina jusqu' la ,baltique4 ,cependant1 c'taient les mmes hommes1 les mmes mobiles chez les mmes hommes4 ,dans cet ordre1 toutes nos stations seront profitables4 ,partout nous chercherons les lieux o nous pourrons tablir une continuit1 retrouver le lien du pass avec le prsent1 renouer les anneaux de la chane4 ,telle sera notre inquitude4 ,nous ferons des comparaisons--qui seront des raisons--des recoupements1 des approximations4 ,a ,amatil1 nous posons un jalon4 ,nos routes modernes manquent de jalons4 ,nous les rtablirons1 partout o nous pourrons4 ,nous utiliserons le moindre souvenir1 la moindre association d'ides4 ,nous ferons1 enfin1 jalon de tout bois4 ,le lendemain d',amatil1 ,hamdoun4 ,nous sommes dans le long dfil qui1 par le lit mme du ,seguedil1 mne jusqu' ,atar4 ,l1 en #aiji1 l'action fut brve1 mais dcisive4 ,deux colonnes parallles4 ,au centre1 du haut des rochers qui dominent l',oued1 une canonnade1 tout simplement comme ,valmy4 ,celle-ci nous livrait la route d',atar o notre domination1 patiemment1 mthodiquement1 allait s'tablir4 ,magnifique histoire1 trop peu connue6 ,mais la ,france est si riche en gloire qu'elle nglige cette monnaie4 ,nos colonnes volant aux quatre coins du dsert1 les tribus venant jeter leurs armes aux pieds de notre chef ,atar1 mille faits qui prouvent le souci que nous avions de montrer notre justice1 aprs avoir montr notre force1 ce sont l des pages romaines qu'il faudra crire1 des commentaires aussi beaux1 aussi svres que ceux de ,csar4 ,jusqu' ,atar1 on revit les heures de cette grande cohue de #aiji4 ,mais si l'on fait la route aux cts d'un ,mohammed ,fadel1 ce sont aussi des rveries religieuses qui vous assigent4 ,il me semble que de ,zli ,atar1 j'ai vu les deux visages de la ,mauritanie4 ,dans le dsert1 ce sont des imaginations religieuses ou des rves guerriers qui nous assigent4 ,mais ne sont-ce pas l le revers et l'avers d'une mme mdaille8 ,zli m'a prpar comprendre ,amatil1 comme ,amatil m'et aid goter ,zli4 ,dans l'une et l'autre de ces stations1 nous restons dans le pass444 ,mais il est pour nous le prsent rel4 ,rfugions-nous ici ou l1 peu importe4 ,il ne nous suffit que d'avoir un refuge4 ,nous laisserons dire aux positivistes que le ,sahara est le pays des mirages2 mirages peut-tre1 mais qui nous aident vivre et mieux saisir la ralit4 ,,chapitre ,,iv ,,atar ,des femmes dans la palmeraie6444 ,de loin1 voir leurs longs peplums1 leur lente dmarche onduleuse1 on s'imaginerait presque des chophores et l'on souhaiterait sur leurs paules quelque cratre4 ,mais non6 ,a les mieux voir1 ce sont des ,rebecca dfaillantes sous leurs voiles qui reclent en leurs plis toute la langueur de l',orient4 ,il en est dont les yeux ardents1 cerns de kohl1 semblent promettre quelque plaisir4 ,quelques-unes essaient un geste1 comme pour se voiler4 ,hlas6 ,elles continuent me regarder sournoisement1 et les voil mme qui m'adressent la parole1 trop peu sauvages4 ,pourtant1 je leur sais gr de n'tre pas ces beauts de bazar1 ces bayadres d'exposition universelle qui empoisonnent1 de leur fade odeur1 l',afrique du ,nord4 ,et puis1 tous ces palmiers1 mols et graciles1 font un dcor de plaisir o le cur s'alanguit1 s'abandonne vite444 ,vais-je donc trouver1 aprs les cercles de ,dante1 les terrasses de la ,perse1 et les roses de ,chiraz1 aprs l',arabie ptre8 ,ces belles esclaves m'ont accueilli ,atar4 ,partout je les rencontrais1 dans la chaude ville1 des petites--dj coquettes--de frles adolescentes1 des matrones drapes1 comme les muses de ,puvis--toutes ardentes comme les fruits des les et bien faites pour verser l'oubli4 ,cette ville semble avoir t abandonne par les hommes1 partis pour quelque aventure1 et livre toute entire aux jacassements des gynces4 ,quelle diffrence avec l'austre ,chingueti qui bientt m'accueillera1 la ville des vieux docteurs o les seuls bruits sont ceux du muezzin1 les seuls murmures1 des prires6 ,soumettons-nous aux influences du lieu et entrons1 en conqurants1 dans ces palais sordides444 99 99 99 99 99 ,pourtant1 quelques heures d'oubli valent-elles qu'on s'y attarde8 ,la volupt est l'accident1 et pour l'amour1 qu'a-t-il faire avec les soldats8 ,c'est toujours la faon de ,napolon que nous comprendrons l'amour3 ,une nuit de ,paris rparera tout cela1 disait-il aprs ,friedland4 ,et c'est de cette faon-l1 en effet1 que l'amour est l'me du monde4 ,l'amour ne saurait tre qu'une machine fabriquer des soldats4 ,c'est un service militaire1 comme l'intendance ou le gnie4 ,mais l1 le rglement est inutile4 ,et pourtant que de gloses1 que de commentaires sur ce vain sujet1 depuis que les hommes crivent6 ,c'est un fait digne de remarque qu'aucun soldat n'ait parl de l'amour avec bonheur4 ,xnophon1 ,csar sont muets sur ce sujet4 ,courrier n'en dit mot1 bien qu'il ait traduit ,longus4 ,vigny n'a mme pas pour la femme la galanterie traditionnelle de l'officier franais4 ,il reste l',amour de ,stendhal4 ,mais est-il un livre plus dpourvu d'amour1 plus cruel pour l'amour8 ,possible que ces beaux lieutenants aient les moustaches retrousses4 ,au fond1 je les crois inaptes l'amour et peu habiles dans le dduit4 ,voil le signe de la grandeur1 et qui prouve que le soldat1 de par sa vocation1 est rserv des destins suprieurs ceux de la moyenne humanit4 444 ,ce qui manque ici1 c'est la musique4 ,cette nostalgie1 parfois1 va jusqu' la douleur4 ,c'est que la musique est un ordre surnaturel que rien1 dans l'ordre naturel1 ne saurait remplacer4 ,ce pays nous apprend le mpris des formes sensibles1 et voil bien sa plus grande leon4 ,seulement1 il ne nous livre pas ces paradis artificiels1 dont nos nerfs de civiliss ne peuvent plus se passer4 ,il est vrai qu'il nous dlivre du papier imprim4 ,mais comment s'habituer ce silence8 ,c'est lorsqu'il tait sourd que ,beethoven entendit ses plus beaux accords4 ,mais il avait le gnie4 ,rien1 dans l'ordre de la nature1 ne peut remplacer la neuvime symphonie4 ,au lieu que le plus beau des ,parthnons ne vaut pas un moutonnement de dunes dores par le soleil4 ,la peinture1 les chants mme des potes sont de l'ordre de la nature4 ,au lieu que la musique est d'un autre ordre et d'un ordre qui dpasse tous les autres1 de la distance1 par exemple1 qui nous spare des toiles4 ,l'art et la nature sont un ordre1 et la musique est un autre ordre4 ,l'art et la nature sont un monde1 mais la peinture1 par exemple1 n'est pas un monde4 ,au lieu que la musique est un monde1 et elle est un ordre1 elle toute seule4 ,l'art et la nature sont notre monde4 ,la musique1 elle seule1 est l'autre monde4 ,comment le nierait-on parmi ces beauts si pures1 si transcendantes du ,sahara8 ,et pourtant1 l'affreux silence de la mort y rgne en matre4--,oui1 mais dj ici1 nous commenons nous lever au-dessus de l'ordre de la nature4 ,et par l1 nous nous rapprochons de l'ordre de la musique4 ,ainsi le dsert est-il presque une musique444 99 99 99 99 99 ,comme je me promenais dans le ,ksar et que j'entendais les murmures des voix dans la mosque1 j'imaginais avec quelque gat ,antistius ,atar4 ,ce prtre moderniste y et t vite mis la raison4 ,pourtant1 devons-nous le blmer de ne pas s'tre conform la tradition et de n'avoir pas souill de sang ses mains sacerdotales8 ,ou bien dire qu'il eut tort dans sa grandeur1 parce que la religion est bonne pour le peuple8 ,affreuse tristesse6 ,cet ,antistius qui veut faire figure de grand intellectuel1 nous fait horreur4 ,c'est donc pour quelques chimres mtaphysiques qu'il va saper le temple1 qui avait su crer l'union des peuples du ,latium8 ,est-il donc si assur de la vrit8 ,qu'on lui donne1 comme l'abb ,loisy1 une chaire au ,collge de ,france1 mais qu'on lui dfende le ,forum6 ,hlas6 ,antistius a triomph4 ,ses dissertations qui eussent t excellentes l',acadmie1 sont devenues la rgle du monde et son sourire a perdu la ,france1 qui a fait pourtant sa grandeur dans le sang et dans les larmes4 ,brave pdagogue6 ,honnte professeur de philosophie1 qui nous prpare le progrs en formules6 ,il parle de la ,raison comme ,robespierre en parlera1 et il se croit son prtre infaillible4 ,pourtant1 quand il mesure le mal qu'il a fait son peuple1 il nous donne une grande leon4 ,nous savons alors que le sort de la patrie est li celui des rites4 ,il sourit2 les rites1 la patrie1 illusions ncessaires qu'il ne faut pas enlever au peuple6 ,lui1 il voit plus loin que les rites et que la patrie4 ,ma foi6 ,tant mieux pour lui6 ,il suffit qu'il nous ait montr leur union4 ,toute tradition est-elle donc forcment bonne8 dira ,liberalis4--,elle est une des formes du divin1 ,liberalis6 ,elle chappe notre raison4 ,elle plonge si loin1 si loin que1 devant elle1 nous sommes saisis de vertige et nous taisons1 comme nous le faisons maintenant devant les voix qui sortent des murs pais de cette mosque4 ,la tradition se fait tous les jours4 ,de nouvelles branches poussent au vieil arbre4 ,mais ce mouvement mystrieux de la sve qui monte et qui descend et qui remonte1 il chappe nos regards et pourtant fait vivre l'arbre4 ,ainsi le pass inconnu nous mne et nous vivons dans le prsent connu4 ,effroyable antinomie que les philosophes ne rsoudront pas6 99 99 99 99 99 ,souratoul el ,koufar4 ,ils disaient1 ces ,maures1 la ,sourate des ,infidles4 ,dis3 ,infidles6 je n'adorerai point ce que vous adorez4 ,vous n'adorerez point ce que j'adore4 ,j'abhorre votre culte4 ,vous avez votre religion1 et moi la mienne4 ,ainsi parle le ,koran et ainsi chantent-ils encore1 prisonniers dans leur mosque4 ,admirable psalmodie qui les met tout de suite dans la fiert1 dans la noblesse4 ,dans la ville ruine et dvtue1 il ne reste plus que ce cri d'orgueil et de solitude4 ,tous les jours1 ils disent cette ,sourate des ,infidles4 ,et nous1 pouvons-nous dire comme eux3 ,j'abhorre votre culte4 ,vous avez votre religion et moi la mienne8 ,il ne tiendrait qu' nous pourtant--et les ,croiss ne le disaient-ils point8 ,au ,sahara1 dans toutes les terres qui sentent l',orient1 on pense aux ,croiss4 ,c'est un des ples de notre mditation4 99 99 99 99 99 ,on regrette de n'avoir pas plus de dtails sur les mirs de l',adrar4 ,les traditions locales1 si pauvres1 laissent pourtant entrevoir des histoires dignes des temps mrovingiens4 ,si l'on en avait la matire1 il faudrait la plume d',augustin ,thierry pour les crire4 ,au ,x,v,i,ie sicle et au ,x,v,i,i,ie1 tandis que les fils du conqurant ,maghfar1 ,terrouze et ,barkani se partageaient les pays qui sont devenus1 depuis1 le ,trarza et le ,brackna1 l',adrar n'tait habit que par les ,idechilli guerriers et diverses tribus maraboutiques3 ,smassides d',atar1 ,idaouali de ,chingueti1 ,amgaridj d',ouadan4 ,vers la fin du ,x,v,i,i,ie sicle1 un des petits-fils de ,barkani1 ,boubba ben ,ammoni ben ,akchar1 entreprit de faire la conqute de l',adrar4 ,les ,idechilli1 son approche1 s'taient retirs sur le fate des monts ,tegguel qui forment1 vers l',ouest d',atar1 la lisire de l',adrar4 ,c'est l que les ,ouled ,jaffria1 conduits par ,boubba1 les rencontrrent et leur infligrent une dfaite sanglante4 ,le fils de ,boubba1 ,cheunan1 et son petit-fils1 ,lefsdil1 s'installrent dfinitivement dans le pays o leurs gens fondaient les groupements actuels des ,ouled ,ammoni1 ,ouled ,akchar1 ,ouled el ,lobd4 ,ils faisaient leurs vassaux des tribus autochtones1 ,idechilli et ,marabouts4 ,pourtant1 ce n'est que vers #ahei que le fils de ,lefsdil1 ,lasra1 imposa sa domination tout l',adrar et s'intitula mir du pays4 ,il rgna sept ans et fut tu par les ,ouled ,bou ,sba1 venus de l',oued ,noun1 pour piller les palmeraies de cette contre favorise4 ,son successeur ,azman1 second fils de ,lefsdil1 garda l'mirat onze ans1 mais son fils ,sidi qui lui succda vers #ahgh1 fut destitu au bout de deux ans et dut se retirer chez les savants de ,chingueti4 ,les gens de l',adrar mirent sa place son neveu ,m',hamed ben ,ahmed ,ada4 ,au bout de dix ans1 ce jeune homme se fit tuer par les ,ouled ,ghelan1 tribu qui dpendait de son mirat4 ,son successeur1 ,chaudzora1 fut chass par les gens de l',adrar1 au bout de deux ans1 et1 dit-on1 en mourut de rage4 ,ce fut son neveu1 ,ahmed ben ,m',hamed1 petit-fils d',ahmed ,ada1 qui lui succda vers #ahij4 ,aprs un court rgne1 il fut assassin par un de ses vassaux1 ,salem ,oued ,bouchama1 des ,idechilli ,ouled ,heunoun4 ,ahmed1 fils de ,sid ,ahmed1 un autre fils d',ahmed ,ada1 fut mir jusqu' l'arrive dans l',adrar de la mission ,blanchet1 en #aijj4 ,a cette poque1 il mourut par accident de la chute d'une poutre de sa maison4 ,ahmed ben ,moktar1 fils d'un troisime fils d',ahmed ,ada1 se conduisit bien l'gard de la mission ,blanchet4 ,les ,oulad ,bou ,sba le turent en #aija4 ,depuis cette poque jusqu' notre arrive en #aiji1 ,sid ,ahmed1 fils de ,moktar1 deuxime fils d',ahmed ,ada1 tait mir de nom1 mais ne possdait aucune autorit4 ,l'hritier de l'mirat1 ,sid ,ahmed1 le fils de l'mir mort en #aijj et arrire-petit-fils d',ahmed ,ada1 s'tait1 malgr son jeune ge1 dbarrass de son frre an ,m',hamed et il allait prendre le pouvoir1 lorsque les ,franais arrivrent dans l',adrar4 ,plutt que de se soumettre1 il prfra partir dans la rgion de ,tichitt4 ,c'est l qu'il tomba entre nos mains1 le #af janvier #aiab4 ,j'coutais avidement mon fidle compagnon ,sidia1 fils d',alea1 lorsqu'il me contait1 sous la tente1 ces rudes histoires4 ,il me semble qu'elles prcisent le caractre d',atar1 la rsidence des mirs4 ,c'est la ville du mouvement1 de la haine et de l'amour1 la cit terrestre o se brassent les passions1 et toute baigne dans la lumire de la vie4 ,tandis que ,chingueti1 la vieille cit1 repose assoupie sur la dune et regarde le ciel en priant4 ,les ,maures disent qu'il faut faire remonter la construction de ,chingueti avant l'hgire1 au lieu qu',atar serait de date relativement rcente4 ,c'est peut-tre son antiquit que la calme cit doit sa parure de mditations monacales4 ,au lieu qu',atar1 plus jeune1 frmit encore au souffle des passions humaines et prfre l'encre1 le sang4 99 99 99 99 99 ,il faut que je revienne encore ces jolies filles qui1 un jour1 m'ont souri4 ,elles sont l pour dlasser des guerriers4 ,leur valeur1 c'est qu'elles se rendent un compte exact du rle qui leur est assign dans la socit humaine4 ,elles sont habitues recevoir ceux qui ont longtemps couru le dsert et rentrent dans la ville1 harasss1 couverts de poussire1 le front brlant4 ,elles savent les remdes qu'il leur faut et ont pour eux des baisers plus frais que l'eau des sources4 ,voil donc celles qui allaient ,amatil1 il y a deux ans et1 l'heure du combat1 excitaient leurs hommes de la voix4 ,j'imagine que c'taient des cris de passion qu'elles poussaient1 et que dj elles pensaient aux enlacements qui suivent la victoire4 ,mais1 au fond1 peu leur importe le vainqueur4 ,il suffit qu'il ait la force et parle en matre4 ,aussi sont-elles rieuses et dvoiles4 ,elles ne dparent pas ce cercle d'ombre bleue perdu dans le feu du ciel4 ,mais1 le ceinturant de cris1 elles en rendent la fracheur irritante4 ,leur odeur est du musc1 du benjoin1 mais cet curement procure encore un bien-tre sauvage et oriental4 ,et c'est encore l',orient que rappellent leurs coiffures compliques1 ces tresses noires qu'alourdissent des pierres1 de l'ambre1 de la nacre1 des pridots--bijoux sauvages de ,salom4 99 99 99 99 99 ,et1 en effet1 nous sommes les matres4 ,nous les sommes1 et nous ne nous en trouvons pas4 ,ivresse nouvelle qui nous rejette en nous-mmes et nous commande de nous suffire4 ,nul autre n'y rsisterait qu'un soldat4 ,il faut la froide logique des conqurants pour supporter cet abandon4 ,ceux-l ont un systme de la vie1 des principes et des formules d'application qui valent pour tous les cas4 ,et c'est pourquoi l'art fait horreur aux soldats4 ,il ne sert pas la force et les signes de l'algbre n'y oprent plus4 ,par contre1 les soldats sont arms pour la vie et pour la solitude4 ,ils ont un systme qui vaut ce qu'il vaut1 mais o ils se tiennent4 ,ah6 ,ils savent bien pourquoi ils vivent4 ,ainsi peuvent-ils rejeter les matres et tre les matres4 ,dira-t-on qu'ils ont l'me indigente et que leur mathmatique a tu le libre gnie1 la fluidit8 ,c'est croire que la richesse de la vie est en extension--au lieu qu'elle est en approfondissement4 ,le dilettante qui butine toutes les fleurs1 n'est pas plus riche que le conqurant avec ses deux ou trois principes assurs4 ,le moindre capital vaut mieux que mille possibilits de fortune2 car1 mille possibilits quivalent ici l'impossibilit444 ,voil encore pourquoi ils s'loignent du romantisme qui est un retour vers la vie1 un effort vers sa mobilit4 ,l'ordonnance classique1 si loin qu'elle semble de la ralit1 leur sert davantage4 ,dcidment1 nous rejetons ,antistius4 ,celui-l aussi1 trop riche1 mais dsordonn1 tait un romantique4 ,que fera-t-il dans ce rduit aux angles droits1 la double enceinte de murs que des soldats ont construits8 99 99 99 99 99 ,au seuil1 les mouvements secs de la sentinelle qui rend les honneurs1 vous accueillent4 ,un large chemin1 entre deux murs crnels4 ,des caisses de riz1 de farine1 s'y entassent4 ,la deuxime porte franchie1 vous vous trouvez dans une cour carre qu'occupent de toutes parts des btiments svres1 dont deux1 se faisant face1 sont tage4 ,deux escaliers de pierre mnent la terrasse suprieure1 flanque de bastions et crnele sur tout son pourtour4 ,deux grandes vrandas y dispensent une ombre paisse et chaude4 ,tout ici respire l'ordre1 la mesure dans la force1 la rgle harmonieuse4 ,chaque pierre a sa raison1 et rien n'est inutile4 ,nous sommes ici la borne septentrionale de notre empire4 ,mais comment arrtera-t-on ce large mouvement1 auquel l'ocan peut seul mettre un terme8 ,la force qui nous pousse est invincible1 parce qu'elle est ordonne1 comme ces rduits mmes o nous sommes et qui portent1 sans le vouloir1 toute la signification de notre action4 ,que faire contre la force1 unie la raison8 ,c'est un flot disciplin qui roule d'un bord l'autre du ,sahara1 et non la masse brutale qu'aucune pense n'anime4 ,nos matres--les matres de la ,france--s'inquitent3 ,arrtez6 ,n'allez pas plus loin6 ,mais ils ne sont pas aussi forts que cette force-l4 ,du haut de la vranda du ,nord1 on est presque dans le balancement des palmes4 ,au pied des fts graciles1 des chevaux hennissent4 ,des hommes1 des enfants passent4 ,et derrire ce jeu d'ombres qui tremblent1 c'est le grand tincellement immobile des sables1 c'est le lit toujours sec de l'oued1 que borne sur l'autre rive un paysage indfini de cailloux et de molles ondulations4 ,je suis descendu vers le jardin potager4 ,sur la terre ingrate1 voici pourtant des tomates clatantes1 des navets1 des carottes1 des betteraves4 ,il semble que de la chaleur monte de cette terre remue et se mle aux rayons verticaux du soleil tombant d'en haut4 ,je ferme les yeux1 bloui4 ,rien ne bouge que les lourdes flches des palmiers4 ,elles font peu prs ce bruit auquel s'amuse le vent du large1 lorsqu'il agite1 aux bords de nos mers du nord1 les cimes des pins4 ,je vois un autre jardin1 aux alles droites plantes de poiriers1 un vieux jardin cercl de folle verdure--et ces longs aprs-midis d't1 o1 comme ici1 le moindre bruit se rpercute1 branle l'me4 ,il y avait aussi des peupliers d',italie qui faisaient cette mme musique4 ,il faudra contourner le poste et s'arrter la lisire des palmiers1 pour retrouver le cours ordinaire de nos impressions4 ,l s'tend une plaine noire1 o parfois s'lvent en tourbillons de blanches colonnes qui montent vers le ciel1 tordues1 arraches--puis disparaissent4 ,de hautes masses dominent la plaine2 c'est la muraille de l',adrar1 abrupte et verticale1 fortement assise1 accroche au sol1 unie aussi1 mais avec de larges plissements1 et qui s'estompe vers le nord-est en lointaines grisailles4 ,nous la reconnaissons bien1 cette aridit4 ,mais ici1 elle donne toute leur valeur aux lignes droites et simples du poste1 et plus que la gracilit des palmiers ou la douce exhalaison des jardins4 99 99 99 99 99 ,la musique est donc le seul art qui puisse retenir un soldat1 puisque1 justement1 elle drive de la mathmatique4 ,mais c'est peine un art et c'est beaucoup plus4 ,les combinaisons harmonieuses du nombre1 voil qui plat l'intelligence prise de logique4 ,une partition d'orchestre aussi est un systme1 et construit si serr qu'on se demande par quelles mailles il laisse filtrer le rve4 ,elle fait rver la faon dont les fameuses proprits de l'asymptote font rver4 ,et les seules rveries qui vaillent viennent des nombres4 ,c'est ,platon qui a donn la thorie de la musique444 ,il n'est point de musique romantique1 malgr les apparences4 ,c'est par une extension qu'on dit ,berlioz romantique4 ,simple association d'ides-- moins qu'un gilet rouge ne constitue le romantisme4 ,les rgles de la musique sont immuables4 ,nul n'y saurait toucher4 ,au lieu que les autres arts sont libres l'excs et que toutes les folies y sont permises4 ,l'histoire de la musique n'offre pas ce dsordre qui marque l'histoire des autres arts4 ,c'est1 si j'ose dire sans rire1 l'art de la mesure4 ,la musique trouve son emploi dans une vie base sur quelques abstractions4 ,alors le rythme est tout4 ,mais si l'on reste dans la diversit de la vie terrestre1 il faut se condamner des suites d'images d'o l'unit profonde est absente4 ,c'est dans la musique que l'effort vers l'unit est port au plus haut point4 ,donc1 c'est la patrie des mystiques1 qui s'efforcent en dsesprs vers l'unit--et des conqurants1 ces mystiques de l'action4--,il y a aussi dans la nature une unit profonde2 mais l'art justement la brise1 la fragmente4 ,de mme1 une aile de papillon tombe en poussire ds qu'on la touche4 ,ces vieilles pierres du ,ksar1 dlites par le temps1 ont bien encore leur grandeur4 ,tous les soirs1 j'allais m'y perdre1 attendant l'heure o rentrent les moutons1 en troupeaux presss1 tandis que des nues d'enfants1 fiers et charmants1 s'amusent en poussant des cris4 ,j'aimais surtout longer ces murailles en ruines1 qui font la ville une ceinture de misre et d'abandon4 ,je voyais ainsi les derniers reflets du soleil couchant sur la haute paroi granitique de l',adrar4 ,parfois1 ces sombres rocs se coloraient en rouge garance1 et il semblait alors que toutes les couleurs devenaient plus intenses4 ,les palmiers d'un vert cru se dtachaient sur les sables ocrs de la batha4 ,seules les pierres du ,ksar restaient dans la grisaille1 charges de poussire et de sicles4 ,les terrasses sont couronnes d'pines4 ,aucune ne dpasse les autres4 ,ainsi elles s'isolent1 mais aucune ne prtend s'imposer4 ,ce n'est point par une vaine btisse que la race affirme son orgueil4 ,au reste1 les habitants d',atar1 ,smassides pour la plupart ou simples captifs1 sont les plus bas des ,maures4 ,les vrais ,maures n'habitent pas dans des maisons de pierre1 mais sous des tentes en poils de chameau1 perdues dans les replis du dsert4 ,c'est ainsi qu'ils entendent la fiert4 ,vers le soir1 chaque minute compte1 chaque seconde rend un son que l'on voudrait terniser et fait vibrer notre sensibilit dcuple4 ,nous sommes comme un gong o le temps frappe3 de petits coups et les ondes du mtal s'largissent1 se chevauchent1 s'amplifient1 mais selon un certain ordre mathmatique4 ,je rentrais1 ivre de bruits et de couleurs1 par la palmeraie qui dj reposait dans le silence4 ,l1 il faut franchir des enclos de palmes sches1 suivre d'troits sentiers entre les carrs de bl ou de mas4 ,mille petits canaux s'entrecroisent1 et1 prs des puits1 des bassins circulaires brillent encore aux dernires lueurs du jour4 ,mais ici1 le travail des hommes tonne4 ,on ne veut que la paresse1 l'abandon de la nuit1 le mystre que fait l'ombre4 99 99 99 99 99 ,vu la lumire de midi1 ce ,ksar n'est au vrai qu'un ghetto4 ,rien n'est plus sordide que ces voies troites1 o une cre odeur vous prend la gorge1 o1 depuis des sicles1 la salet s'accumule4 ,parfois le passage d'une lente beaut1 demi-voile1 achve l'illusion2 nous sommes dcidment dans une juiverie4 ,pour reprendre pied1 il faut voir des hommes2 dans leurs traits fiers et doux1 on retrouve le vieux sang berbre1 si prs du ntre444 ,j'ai pntr dans quelques taudis de ce misrable bourg4 ,ds l'entre1 on est assailli par des nues de mouches4 ,au centre du bouge1 dans une cour troite1 des femmes chantent ou bercent des bambins crasseux1 tandis que mille odeurs violentes se mlent dans l'air et font chavirer le cur4 ,chez le pre de l'mir1 vieillard souriant et aimable1 c'est la mme misre1 le mme abandon4 ,pourtant1 les cours sont plus vastes et mieux tenues4 ,j'ai pass des heures sur la terrasse o poussent des plants de henn1 mais mes regards se tournaient toujours vers nos murs de brique et cette forte assise quadrangulaire1 dont la masse rose s'levait parmi les doux ploiements des palmiers4 ,ainsi1 l'ordre latin reposait ma vue qu'offensaient les replis malodorants de ce labyrinthe d',orient4 ,les palmiers semblent de grands jeunes hommes1 courbs et graciles1 aux fronts trop lourds4 ,a voir leur compagnie presse harmonieusement autour de nos bastions1 dj envahis de soleil1 j'prouvais je ne sais quel sentiment de plnitude1 une grande joie srieuse o l'on se noie444 ,ici1 nous sommes plus absolument qu'ailleurs1 des ,latins1 je veux dire que1 mieux qu'ailleurs1 nous y connaissons notre dignit latine4 ,ayant tabli son camp vers ce ct de l'oppidum qui1 spar du fleuve et des marais1 prsentait un troit passage1 ,csar entreprit de prparer les matriaux ncessaires la construction de la terrasse--aggerem apparare2 de pousser des baraques d'approche--vineas agere2 enfin d'lever deux tours--turres duas constituere4 ,car1 la nature du lieu empchait de faire des circonvallations1 prohibebat circumvallare4 ,pour ce qui est du ravitaillement en bl--de re frumentaria--il ne cessa de presser les ,boens et les duens4 ,ces derniers1 qui n'avaient aucun zle1 ne nous taient gure utiles4 ,les premiers n'avaient pas grandes ressources et le peu qu'ils avaient servit leur propre nourriture4 ,l'arme ne laissait pas de souffrir de l'extrme difficult du ravitaillement1 due la pauvret des ,boens1 l'indiligence des duens1 et aux incendies des magasins4 ,ce fut mme au point--usque eo ut--que1 de nombreux jours1 les soldats manqurent de grain1 et1 le btail venant de villages trs loigns1 souffrirent d'une grande famine--extremam famem sustentarent4 ,nanmoins1 aucune parole ne fut entendue de leur part1 qui ft indigne de la majest du peuple romain et de la supriorit des vainqueurs--nulla tamen vox ab iis audita1 populi ,romani majestate et superioribus victoriis indigna444 ,cela se passait dans une rude colonie et pendant une des plus dures campagnes coloniales de l'histoire4 ,on pataugeait dans des marcages4 ,on souffrait du froid et de la faim1 et l'on avait faire de fiers gars qui ne vous laissaient pas une minute de repos4 ,c'tait justement au sige d',avaricum1 o les ,gaulois d'aujourd'hui fabriquent des canons et des cartouches4 ,dans ce temps-l1 l',yvre1 l',yvrette1 l',auron1 les paisibles rivires qui font un fin collier la ,bourges moderne1 n'taient qu'un vaste marais4 ,c'est l que ,csar se mit construire ses tours1 ses remparts bastionns1 ses cavaliers4 ,il me semble que nous les connaissons1 ces murs carrs1 ces nobles tracs1 les pures lignes droites des oppida et des voies romaines4 ,et aussi ces difficults de ravitaillement et ces inquitudes au sujet de la res frumentaria4 ,demandez-le aux conqurants de l',adrar--mil neuf cent soixante-trois ans aprs la guerre des ,gaules4 ,et aussi1 et surtout1 ce que nous reconnaissons1 c'est cette populi romani majestas1 cette sereine et rectiligne souverainet1 ce tranquille orgueil qui1 joint la fiert gauloise1 devait faire beaucoup mieux que la populi romani majestas3 la dignit franaise4 ,,chapitre ,v ,,reconnaissance ,,vers ,,bir ,,igni ,je me retrouve dans mon dsert et tout entier lui1 si loin des demeures des hommes4 ,dans les contres sans nom o je m'en vais1 l'immensit est traverse de souffles unis4 ,tous veulent m'apprendre ce que1 sur la terre1 on peut savoir de l'infini4 ,l'esprit de ,dieu tait port sur les eaux4 ,voil le mot qui me revenait sans cesse1 tandis que je traversais l',akchar1 balanc monotonement sur mon chameau pendant les longues heures du jour4 ,le paysage lmentaire nous reporte la nbuleuse primitive4 ,que l'on essaie de se reprsenter1 selon la ,gense1 le ,saint-,esprit1 la ,troisime ,personne1 planant sur les eaux qu'animent de grands remous paisibles1 alors que les armes innombrables des ,anges venaient d'tre cres dans le ciel444 ,l'on aura alors une ide du vertige qui vous prend devant ces ouragans de sable1 que nous dominons pourtant de toute la hauteur de la pense humaine4 ,l'esprit de ,dieu est port sur les sables444 99 99 99 99 99 ,parfois1 surtout aux heures paisibles du matin1 et quand on a devant soi la perspective d'une grande matine de route1 on ressent un apaisement indicible4 ,mes hommes marchent derrire moi4 ,je les connais et ils me connaissent4 ,ce qui nous lie1 c'est que nous sommes la vie de ce dsert4 ,a ,atar1 je pensais l'ordre latin4 ,mais cet ordre n'tait-il pas la figure d'un autre ordre1 la pierre angulaire d'un autre ordre8 ,sur ces routes du ,tijirit1 je pense un centurion de ,rome que nous connaissons bien1 et c'est celui qu'admira ,jsus-,christ1 le jour mme qu'il entra ,capharnam4 ,faveur unique6 ,nous pouvons dire1 aprs cela1 que l'arme a une place minente dans l'ordre chrtien1 puisque c'est un soldat qui a t proclam le premier par la foi4 ,nec in ,isral tantam fidem inveni4 ,un humble lieutenant des cohortes romaines a surpass en amour ceux mme de la race lue1 de la race choisie entre toutes6 ,un humble officier subalterne1 comme nous sommes tous1 a t jug plus digne que tous les docteurs d',isral6 ,nous aussi1 nous sommes des centurions4 ,nous avons cent hommes sous nos ordres et nous disons l'un3 ,va-t'en1 et il s'en va2 l'autre3 ,viens1 et il vient4 ,nous aussi nous commandons et nous obissons4 ,rien n'est chang--sinon la soumission vritable1 que nous n'avons pas1 sinon la modestie et l'amour4 ,les centurions de l'vangile sont comme nous de braves gens1 d'honntes soldats qui ne demandent qu' savoir--et obir1 des simples comme nous1 des hommes de bonne volont4 ,car les soldats de tous les temps sont pareils4 ,les centurions de l'vangile1 quand ils ont vu1 ne se voilent pas la face1 mais ils disent3 ,cet homme tait vraiment le fils de ,dieu4 ,car l'honntet des soldats est quelque chose de surprenant4 ,elle n'est pas l'honntet de tout le monde4 ,elle est une candide bonne foi1 une sincrit nave1 une enfantine navet4 ,elle est une honntet courageuse comme celle de l'enfant1 hardie avec placidit4 ,une honntet qui n'a peur de rien1 pas mme de la vrit4 ,peut-tre ne connatrons-nous jamais le bonheur du centurion de ,capharnam4 ,mais nous savons que nous ne rsisterons pas et que le bon ,dieu entrera sous notre toit1 quand il lui plaira4 ,voil la base3 ne pas rsister la vrit quelle qu'elle soit1 attendre1 attendre patiemment1 sans nervosit1 sans inquitude1 attendre l'hte que l'on dsire1 et dont1 pourtant1 on ne sait rien4 99 99 99 99 99 ,j'tais ,capharnam avec le centurion444 ,quand je sortis de ma tente1 vers six heures1 je fus saisi d'un vertige4 ,l'immense tendue horizontale du ,tijirit semblait dj de velours noir1 mais le ciel jusqu'au znith tait encore d'une clart merveilleuse4 ,nous avions reu1 la veille1 une forte pluie--la premire depuis plus d'un an4 ,aussi le ciel se peignait-il de couleurs inaccoutumes4 ,sa teinte translucide tait faite de vert d'eau trs ple1 ou d'un rose dteint1 vieillot1 ou plutt elle ne pouvait se nommer en aucune langue humaine4 ,seules1 certaines roses dlicates que j'ai vues en ,brie pourraient rappeler cette puret de ton1 ou encore certains fonds de mer1 dans les golfes de ,bretagne4 ,vers le znith1 le tableau se fondait en rose1 insensiblement1 tandis que vers l'horizon1 quelques nuages s'allongeaient1 trs lgers1 trs lointains1 tout proches de l'ther glac444 ,le soleil venait de disparatre4 ,d'immenses rayons divergents qui semblaient de vastes plissements du ciel1 partaient du point o il venait de tomber4 ,mais ces rayons n'taient pas faits de lumire4 ,ils n'taient que des tranes obliques d'un rose vert1 plus ple encore que le reste du ciel4 ,a ce moment1 la plaine me parut d'une immensit prodigieuse4 ,la chane de ,tahament1 vers laquelle nous marchions depuis trois jours1 tait d'un gris trs ple et pourtant1 elle faisait une vive dcoupure sur l'infinie profondeur du couchant4 ,rien1 hors d'elle1 dans la plaine1 n'attirait le regard1 sinon une faible ligne argente3 c'tait un de ces lacs phmres de l'hivernage1 qui1 dans quelques jours1 vont disparatre1 pour plusieurs annes peut-tre444 ,de grandes choses peuvent assurment se faire1 par ce ciel-l4 ,son silence mme nous presse4 ,l'heure vesprale nous talonne4 ,elle nous enjoint de revenir en nous-mmes1 je veux dire dans cette partie de nous-mmes qui est le pur esprit et o nous retrouverons cela mme qui n'est pas nous4 ,elle nous dgage des bassesses de l'gosme1 et pourtant elle nous demande de prendre la pleine possession de nous-mmes4 ,elle nous projette hors du temps1 hors de l'espace1 dans une rgion o l'exprience humaine apparat misrable1 et o pourtant ce que nous dcouvrons en nous est indiciblement beau4 99 99 99 99 99 ,je sens qu'il y a1 par del les dernires lumires de l'horizon1 toutes les mes des aptres1 des vierges et des martyrs1 l'innombrable arme des tmoins et des confesseurs4 ,tous me font violence1 m'enlvent par la force vers une rgion morale plus leve que celle o je vis aujourd'hui4 ,ce soir1 nous dsirons de tout notre amour leur puret1 leur humilit1 leur piti1 leur chastet1 leur sagesse1 leur force1 leur science1 leur pit4 ,nous concevons que l'on puisse aspirer la perfection4 ,quand je pense au problme de la foi1 aucune des difficults souleves par l'exgse moderne n'arrive m'mouvoir4 ,les prtendues contradictions des synoptiques ne servent qu' ceux qui sont1 ds l'abord et avant tout examen1 dcids nier le surnaturel4 ,si ignorant que je sois1 je sens bien que d'aussi misrables discussions ne sauraient entraner une conviction1 quelle qu'elle soit4 ,en fait--toute la question est l--il s'agit de savoir si l'on dsire un certain fond moral1 un certain rejaillissement de l'me1 une sorte d'innocente puret4 ,il s'agit de savoir si l'on a le got du ciel1 ou non2 si l'on dsire de vivre avec les anges1 ou avec les btes2 si l'on a la volont de s'lever1 de se spiritualiser sans cesse4 ,l est toute la question4 ,a tout argument l'on peut opposer un argument1 et ainsi apparat la vanit de l'argumentation4 ,si donc ce dsir d'agrandir son cur1 si donc ce got de ,dieu n'existe pas1 nulle preuve ne peut tre administre utilement1 nul argument n'est efficace4 ,mais si l'on aime s'attarder cette angoisse du chrtien qui n'est que le dsir de la perfection1 si l'on ne redoute pas l'absolu1 mais qu'au contraire on se sente un cur assez vaste pour le contenir1 si l'on a assez de finesse pour dsirer autre chose que la morale naturelle1 si bienfaisante ft-elle--alors l'on n'est pas loin de dire1 comme saint ,paul foudroy3 ,seigneur1 que voulez-vous que je fasse8 99 99 99 99 99 ,dans notre vie peineuse1 soucieuse1 nous sentons bien que nous ne pouvons pas nous en remettre uniquement nous-mmes4 ,nous savons ce que nous sommes4 ,nous connaissons la tche qui nous a t mesure4 ,nous sommes pntrs de l'ide que la ,france1 c'est nous4 ,nous savons qu'un seul homme reprsente1 pour des milliers d'tres1 la ,france tout entire4--,en particulier1 je sais qui je suis1 ce qu'on attend de moi4--,nous savons que nous sommes ici des hommes considrables4 ,nous sommes obligs de russir4 ,si nous nous faisons battre1 nous aurons tort4 ,si nous nous faisons battre moralement1 c'est--dire si nous fondons l'injustice l o il faut fonder la justice1 nous aurons tort bien davantage4 ,si humbles que nous soyons1 nous avons pourtant une mission4 ,et quelle mission6 ,celle d'imposer la ,france4 ,a chaque jour de notre vie1 nous engageons le nom franais4 ,une dfaillance nous est interdite1 autant qu'elle est impossible la ,france4 ,le #g juin1 lorsque je tombai1 ,medenet ,haouat1 sur le campement de ,mohammed ben ,breika1 je sentais violemment tout ceci2 car1 pour la premire fois1 le vieux chef1 rcemment soumis ,atar1 allait voir jouer l',administration franaise4 ,il s'agissait de recenser la tribu et d'y percevoir l'amende de guerre sous forme de chameaux444 ,misrable campement6 ,j'ai compt tout juste huit tentes de la famille des ,beni ,allal1 rattache la tribu des ,souaad1 huit tentes de ,beni ,tidrarim1 cinq tentes de ,larousseyn1 une tente d',ouled ,delim1 une tente de ,skarna#b4 ,qu'importe8 ,la majest de la fonction l'emporte1 et si je n'ai devant moi que vingt-trois tentes misrables1 j'ai derrire moi tout un peuple4 #b ,tous ces gens devaient repartir en dissidence quelques mois plus tard4 ,tandis que je prlevais sur les troupeaux de la tribu une dizaine d'animaux de selle1 le vieux cheickh me regardait d'un il sombre4 ,je sentais qu'il contenait difficilement sa fureur4 ,pourtant1 quand l'opration fut acheve1 il se ressaisit1 discuta1 implora1 protesta mme de son dsir de vivre en bonne intelligence avec nous4 ,aprs une longue palabre sous ma tente1 il parut s'adoucir4 ,nous devions tous repartir le lendemain1 car nous prenions de l'eau dans une mare qui commenait s'puiser4 ,il me dit qu'il allait partir vers l'est4 ,mais je devais constater le lendemain qu'il m'avait menti4 ,j'avais pris parmi les chameaux d'amende un bel azouzel blanc1 que je montai pendant plusieurs mois4 ,je perdis plus tard ce bel animal dans la mare de ,toumgad1 o il se cassa l'paule4 ,cet accident me fut trs sensible4 99 99 99 99 99 ,aprs notre sjour ,medenet ,haouat1 nous partmes vers le sud-est4 ,nous marchions lentement1 pour ne pas fatiguer nos animaux4 ,au puits de ,birtgui1 le #ab1 nous rencontrmes encore trois ,maures4 ,puis ce fut tout4 ,pendant des jours1 les sables et les cailloux alternrent1 sans qu'aucun souffle humain vnt en attnuer l'pouvante4 ,depuis tant de temps1 depuis tant de routes1 nous avons oubli les villages de la patrie4 ,nous avons oubli la famille1 toutes les joies de la vie4--,dans notre solitude peineuse1 il ne nous reste que quelques rves4 ,dans notre solitude1 il ne nous reste que de n'tre plus seuls tout fait4 ,dans notre drliction1 nous cherchons un matre1 car nous sommes de ceux qui brlent de se soumettre1 pour tre libres4 ,et quel matre ne nous faut-il pas maintenant8 ,c'est le ,matre du ,ciel et de la ,terre que nous appelons4--,nous savons ce qu'est la soumission du soldat4 ,nous savons sa grandeur4 ,mais nous savons aussi qu'elle n'est qu'une figure d'une soumission plus haute4 7,tout n'est qu'image et figuration47 99 99 99 99 99 ,je discerne1 dans ma vie intrieure1 deux lments3 #a ,je dois m'efforcer de toutes mes forces de mriter ,dieu1 de me perfectionner jusqu' forcer la ,grce4 ,violenti rapiunt illud444 ,car je sais que tout m'est permis4 ,je sais qui je suis4 ,je sais ce que peut faire l'effort humain4 #b ,je sais pourtant que j'ai un matre2 que tout1 en dfinitive1 dpend de lui4 ,j'affirme que ,dieu est tout1 que je ne peux rien1 absolument rien devant ,lui4 ,mais il me semble1 par cette apparente contradiction1 que je rentre dans l'ordre4 ,car1 qu'est-ce que l'effort humain1 sans la soumission--et qu'est-ce qu'une soumission qui ne laisserait plus de place l'effort humain8 ,effort et soumission1 libert et servitude1 voil le plus haut tat de la conscience humaine4 ,car il est une raison de progrs et un motif d'humilit4 ,la grce est la part de ,dieu4 ,le dsir de la grce est ma part4 ,on peut avoir le dsir d'largir sa vie morale en dehors de ,dieu4 ,ainsi les stociens1 les protestants4 ,mais alors vient l'orgueil qui gte tout4 ,et avec l'orgueil1 la scheresse du cur1 l'gosme4 ,cette scheresse1 cette duret apparaissent bien chez les huguenots4 ,dsirer de monter infiniment haut1 tout en se sachant infiniment bas1 voil ce que peut donner ,jsus-,christ4 ,la misre se concluant de la grandeur1 et la grandeur de la misre444 ,malgr la vue de toutes nos misres1 qui nous touchent1 qui nous tiennent la gorge1 nous avons un instinct que nous ne pouvons rprimer1 qui nous lve444 ,la grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connat misrable444 ,le christianisme est trange6 ,il ordonne l'homme de reconnatre qu'il est vil1 et mme abominable1 et lui ordonne de vouloir tre semblable ,dieu444 ,la misre persuade le dsespoir1 l'orgueil persuade la prsomption444 99 99 99 99 99 ,dans plus de cent passages1 ,pascal montre cet quilibre parfait du christianisme qui tient compte de tout1 pse tout1 fait tout sa part4 ,et quelle autre religion1 en effet1 pourrait expliquer l'homme tel qu'il est1 dans sa servitude et dans sa libert8 ,les protestants ne voient que la grandeur infinie4 ,les musulmans ne voient que la misre infinie4 ,dieu est tout1 l'homme n'est rien4 ,ni les uns ni les autres ne me rendent compte de tout ce complexe que je sens pourtant bien en moi4 ,et1 en effet1 sans la rdemption1 tout est inexplicable4 ,en arrivant ,labb1 j'ai vu une immense plaine blanche1 poudre de clarts1 et que ne revtait nulle parure4 ,autour1 il y avait des dunes de sable si fin1 si fluide1 qu'aucune herbe n'avait pu y pousser4 ,pourtant1 il me sembla que sur les pentes de l'est1 quelques plants d'alfa avaient russi s'accrocher4 ,il tait deux heures de l'aprs-midi et nous marchions depuis le jour4 ,tandis que mes partisans montaient ma tente1 dans ce grand silence que fait la fatigue humaine1 il me sembla apercevoir1 tout au fond de l'horizon1 un chameau qui marchait vers nous4 ,j'envoyai deux hommes4 ,au bout d'un instant1 ils revinrent avec un mhariste du poste d',atar qui m'apportait1 dans cet enfer1 des nouvelles de mon pays4 ,je passai donc mon aprs-midi lire le paquet de lettres si longtemps attendu4 ,mais je n'prouvai pas le plaisir que j'en escomptais444 ,il faut venir ici pour pleurer au doux nom de la ,france4 ,les malheureux6 ,ont-ils quelque sombre passion qui les guide dans la vie8 ,vivent-ils seulement8 ,pensent-ils aux grandes choses du monde1 la mort1 au ,paradis8 ,pensent-ils aux anges du ,ciel1 ces armes si nombreuses que nulle image humaine n'en peut donner l'ide1 et qui viennent1 par vagues presses1 contempler tour tour le visage de ,dieu8 ,pensent-ils l',enfer1 ces cercles enrouls jusqu'au plus profond de la terre1 que dchirent d'indicibles sanglots8 ,pensent-ils autre chose qu' ce que voient leurs yeux1 qu' ce que sent leur cur8 ,mais ce sont d'honntes gens4 ,ils ont le got dlicat1 l'esprit orn1 l'amour des choses de l'intelligence444 ,oui1 mais est-ce tout8 ,j'tais comme cela autrefois1 et il me semble que ma vie tait un dsert1 bien plus aride que celui que je traverse en ce moment4 99 99 99 99 99 ,agoatim1 #ai juin4--,ici1 l'on suivrait assez volontiers ceux des matres de la vie spirituelle1 qui nous assurent que rien n'est ,dieu de ce qui est douceur1 soupir d'amour1 agrment du cur4 ,la vie dpouille1 immobilise dans l'attente1 dgage de tout le sensible1 mme le sensible du cur1 voil ce qui conviendrait ici4 ,ah6 comme j'aurais su utiliser cette terre1 si j'y tais venu en chrtien6 99 99 99 99 99 ,nous longeons la faible dpression du ,tassarat qui coupe du sud-ouest au nord-est les dunes de l',akchar4 ,le #bb1 cinq heures du matin1 je retrouve le capitaine ,b4 ,mais je n'ai pas le temps de jeter l'ancre4 ,nous repartons aussitt pour la passe de ,toujounin4 ,notre but est d'atteindre par petites tapes et en utilisant les pturages de passage1 la grande dpression de ,ouadan qui se trouve l'extrmit est des territoires reconnus1 et o nos chameaux pourront se refaire pendant les mois chauds4 ,le #bc1 une heure1 nous atteignons ,toujounin4 ,nous sommes alors au pied d'une haute falaise1 semblable la falaise de l',adrar qu'elle prolonge vers le nord1 et qui n'est coupe que de quelques cols praticables4 ,six jours aprs1 le capitaine ,b4 partait en reconnaissance1 et je me prparais moi-mme lever le camp1 nos voraces chameaux ayant dj tondu les maigres espaces verts du bas de la passe4 ,le col de ,toujounin est une coupure abrupte dont le fond est encombr de dunes pic assez longues franchir4 ,un troit sentier sinue travers les pans de rocs4 ,il est1 du ct de la plaine1 encombr d'boulis que les chameaux du ,tiris1 inaccoutums aux cailloux1 traversent difficilement4 ,le #cj1 du haut de la falaise verticale1 je suivais des yeux ma petite colonne qui s'grenait au bas de la pente et ce spectacle familier me reposait de l'immense horizon du ,tiris1 dvelopp par del les portants de ce dcor fantastique et noy dans la lumire de midi4 ,le jour mme1 j'arrivai au puits de ,tengharada1 d'o j'envoyai chercher le chef de la petite ville de ,teurchane4 ,je lui faisais donner l'ordre d'amener avec lui un guide qui me pt conduire dans les pturages de ,jraf4 ,le chef arriva vers le soir1 accompagn d'une suite nombreuse4 ,aprs les salutations d'usage1 je lui demandai de me prsenter le guide qu'il me destinait4 ,il me montra un enfant d'une huitaine d'annes1 moiti nu1 ayant la mine veille1 et qui ne semblait nullement effray de la responsabilit qui allait peser sur lui4 ,le vieux ,maure m'affirma impudemment que cet enfant tait le seul qui connt la route de ,jraf4 ,je lui dis aussitt que je n'tais pas dupe de ce mensonge2 j'exigeai qu'il donnt au jeune guide un compagnon plus g1 lequel aurait ainsi l'occasion de faire connaissance avec ,jraf4 ,le gamin me conduisit trs heureusement jusqu'au terme du voyage4 ,son compagnon avait l'air d'ignorer rellement la route1 et il coutait de l'air le plus intress du monde1 les explications que lui donnait le jeune guide4 ,je ne saurai jamais s'il jouait la comdie1 pour ne pas dmentir son chef1 ou s'il tait sincre4 ,le jeune guide tait tonnant4 ,il courait pied devant la colonne1 sans manifester la moindre fatigue et tout plein1 au contraire1 de son importance4 ,lorsque nous arrivmes ,jraf1 il me demanda de le garder avec moi et dclara qu'il ne voulait plus retourner dans son ,ksar4 ,je lui accordai cette faveur1 mais son pre vint le rechercher quelques jours aprs1 et le jeune aventureux quitta notre camp1 non sans verser d'abondantes larmes4 99 99 99 99 99 ,sur la route de ,jraf1 j'ai rencontr le touabir ,ahmed ,ould er ,rmaza4 ,il dpend du chef des ,kounta de ,ouadan1 ,sidi ,ould ,sidati4 ,mais il vit seul1 avec sa femme1 son ne et ses vingt-cinq moutons4 ,quand j'arrivai dans l',oued caillouteux o il avait plant sa tente1 son misrable bagage tait charg sur le petit ne et il s'apprtait dcamper4 ,sa femme tenait un poupon dans ses bras4 ,avant de partir1 il me conduisit obligeamment ,ouarouar1 o se trouvent des oglats que je savais tout proches de mon campement4 ,il y avait l quelques ,ouled ,silla qui venaient de dplier leurs tentes4 ,je vis un vieillard qui grattait paisiblement la terre1 entour de jeunes enfants1 pour tcher de trouver un peu d'eau4 99 99 99 99 99 ,les palmiers de ,jraf1 ses buissons de tarefas odorifrants1 ses dunes ombreuses m'accueillirent aimablement4 ,je comptais passer l quelques jours dans la tranquillit1 mais le #ab1 le capitaine ,b4 m'apprenait par courrier rapide que le spahi ,abdoulaye ,faye et deux partisans de son escorte avaient dsert1 et il me donnait l'ordre de le rejoindre pour renforcer son effectif4 ,le capitaine ne se trouvait qu' #bh kilomtres de ,jraf1 dans la petite valle boise o sont les puits de ,utid4 ,je m'y rendis aussitt1 mais peine arriv1 je dus repartir pour ,atar o j'avais quelques documents importants consulter4 ,je laissai donc ma section ,utid1 et dans la nuit du #ac au #ad1 je franchis avec une petite escorte1 les #fj kilomtres qui me sparaient de la capitale de l',adrar4 ,la vue du drapeau franais qui flottait sur la plus haute case du poste1 en l'honneur de la fte nationale1 suffit me reposer de la longue marche nocturne que j'avais d fournir4 ,les tirailleurs dans leurs plus beaux habits1 allaient et venaient devant la porte1 navement dcore de papiers dcoups4 ,cette touchante vocation de la patrie1 l'extrme limite des terres franaises1 me parut infiniment douce4 ,tout de suite1 malgr la simplicit du dcor1 je me trouvais rattach la civilisation1 la plus douce1 la plus humaine1 la plus harmonieuse de toutes4 ,certes1 ce ne sera pas ,atar que je tidirai et m'affaiblirai4 ,ici plus qu'ailleurs1 je veux tre tout entier cette ,france qui est la ,france de ,jeanne d',arc1 de ,pascal et de ,bossuet1 qui est avant tout la ,france militaire et chrtienne4 ,singulire chose que cette liaison ternelle laquelle je reviens obstinment6 ,on peut le dire sans paradoxe3 nul n'est pleinement ,franais1 s'il n'est avant tout catholique 7sans que cette ide enlve rien la grandeur de la catholicit1 de l'universalit74 ,ce qui est requis pour la qualit de ,franais1 c'est la foi de saint ,louis et de ,jeanne d',arc1 sinon leur saintet4 ,combien pensent comme moi et n'osent pas le dire1 en ce jour qui commmore l'acte le plus bassement dmagogique qu'ait conserv l'histoire6 99 99 99 99 99 ,je retrouvai le capitaine ,b41 le #ah4 ,nous partmes trois jours aprs pour ,ouaddan1 o nous arrivmes le #a;er aot4 ,notre route nous avait contraints de passer ,chingueti qui est1 avec ,atar1 l'un des deux grands ,ksours de l',adrar4 ,chingueti est la ville des savants et des prtres4 ,ses maisons en pierres sches1 sans fentres1 et surmontes de terrasses1 s'chelonnent sur les dunes clatantes qui dominent le lit sablonneux de l',oued4 ,sur la rive adverse1 s'lvent les palmiers touffus au milieu desquels on a construit le poste franais4 ,tout un matin1 j'ai err sous l'ombre lgre de la palmeraie4 ,de loin en loin1 j'entendais les voix des enfants qui rcitaient le ,koran1 assis en cercle autour de quelque matre d'cole4 ,quelques oiseaux1 dans les plus hautes palmes1 chantaient4 ,on se sentait alangui par je ne sais quelle nonchalance1 le doux bruissement des oasis d',afrique4 ,j'tais avec ,b41 un camarade du poste4 ,nous marchions l'un derrire l'autre entre des cltures de paille1 sans presque parler4 ,tous deux1 nous gotions cette dtente que fait un doux tableau d't4 ,nous tions au moment o l'on touche en soi la plus vieille humanit1 la plus lmentaire et la plus inexprimable en mme temps4 ,ce clair apaisement1 ces voix enfantines qui psalmodiaient dans l'innocent matin1 il n'en fallait pas plus pour faire lever en nous toute la tendresse humaine1 cette douce affection universelle qui nous est interdite dans les lourdes heures de nos exils444 ,les rues du ,ksar sont charges de dvotion4 ,on y voit passer de grands vieillards amaigris par les jenes et dont les yeux ardents ne daignent mme pas s'abaisser vers nous4 ,un moment1 j'ai entendu un bourdonnement de prires3 nous tions devant la mosque4 ,elle est le centre1 l'me vritable de ce petit bourg que noient de toutes parts les sables les plus arides de la ,mauritanie4 ,ainsi1 dans le fond du dsert1 en pleine dsolation1 s'lve une ville de prires1 une cit de ,dieu battue de tous les vents1 et qui1 rejete des jardins de la terre1 est alle rejoindre le ciel4 ,ce qui tonne1 c'est la pesante tristesse des visages1 je ne sais quelle barre d'ennui inscrite sur les fronts4 ,lorsqu'on a connu des moines ou que l'on a vu simplement les fresques de l',angelico1 l'affreux souci de ces autres hommes de ,dieu apparat mieux4 ,il vient de ce qu'ils adorent ,dieu1 mais ne lui demandent rien4 ,or1 d'o vient le bonheur des chrtiens8 ,de demander1 de demander beaucoup1 et de recevoir davantage encore2 de demander tout et de recevoir plus encore que tout4 ,mais comment seraient-ils combls1 eux qui ne demandent rien et qui pensent que le ,ciel est ferm leurs prires8 ,ils meurent de n'avoir pas entendu la phrase adorable1 d'o seule peut dcouler sur terre un peu de joie3 ,petite et accipietis1 pulsate et aperietur vobis4 ,et pourtant1 cause du grand oubli o nous sommes nous-mmes1 ,chingueti est encore une station profitable4 ,sur ce petit lot de vie spirituelle1 nous pouvons pleurer sur nous-mmes et battre nos poitrines4 ,nous ne valons mme plus ces grands rveurs qui adorent du moins le vrai ,dieu1 s'ils ne l'adorent pas en vrit4 ,eux1 du moins1 ils se sont vads du cercle o nous nous consumons2 privs de la vision de ,dieu1 ils ne sont plus dans ces basses terres o nos forces s'puisent sans gloire4 ,je les vois dans ces rgions obscures1 et pourtant clestes1 o l'appel de ,dieu est peru1 mais non compris1 dans ces limites thres o le ,tabernacle1 ternellement clos1 est pourtant entrevu1 objet d'un dsir infini et qui jamais ne s'assouvit4 ,,chapitre ,,vi ,,ouadan ,nous voici parvenus l'une des bornes du dsert4 ,au del1 les sables vierges1 les immensits sans eau1 la mort4 ,tout de suite1 nous sommes jets dans cette implacable solitude1 plus imprenable assurment que les forteresses les mieux assises4 ,nous nous arrtons d'abord au ,ksar4 ,il domine de sa masse paisse la chaude palmeraie o courent des enfants nus1 o1 tout le jour1 bourdonnent des chansons1 des appels444 ,quand1 ayant gravi la pente de roc en roc1 nous nous apprtons entrer dans ses rues tortueuses et immondes1 nous voyons hauteur de nos pieds les ttes des palmiers agites d'un perptuel frisson et qui tremblent avec des bruits secs de lattes4 ,vers la gauche1 le long de la pente1 une grande coule de ruines qui se teintent certaines heures du rose le plus tendre4 ,non plus que dans les autres ,ksours1 nul essai1 nulle trace de fortification4 ,pourtant1 on respire ici un air plus militaire qu' ,chingueti1 et la ville1 perche sur son roc sauvage1 fait tout de mme un peu figure de citadelle4 ,les gens de ,ouadan--,idaou el ,hadj el ,kounta--accueillent tous les medjbours qui passent1 et il n'en manque pas1 car le ,ksar est plac sur l'une des principales routes qui relient aujourd'hui la ,mauritanie au ,sud ,marocain4 ,route militaire4 ,ksar militaire d'ailleurs tout dchir de luttes intestines1 qui notre loignement permet de s'panouir librement4 ,des gens de toutes les tribus passent ,ouadan3 ,chorfas du ,hodh1 ,at ,toussa du ,maroc1 ,reguebat4 ,j'y vis un jour un jeune homme qui appartenait cette sauvage tribu des ,nmadis1 propritaires de chiens1 que je devais rencontrer plus tard dans la rgion de ,tichitt4 ,nous avons pass un jour ,ouadan1 dans l'animation pittoresque de la palmeraie4 ,des chefs venaient nous raconter leurs vieilles querelles et chacun implorait notre appui contre son ennemi4 ,que de fivres1 que de passions resserres dans ce coin perdu du dsert6 ,dj1 nous voyons plus de flamme aux yeux que dans la paisible et universitaire ,chingueti4 ,quand nous sommes arrivs1 les ,ouadaniens ont tir des coups de fusil en notre honneur4 ,c'est la premire fois que je recevais en ,mauritanie un tel accueil4 ,ici1 le geste naturel est de sauter sur son fusil1 que ce soit pour la paix ou pour la guerre4 ,mais poussons un peu plus loin4 ,ouadan est la porte d'une immense cuvette1 tire vers le nord-est1 et tapisse d'herbes chres aux chameaux4 ,c'est l1 prs du puits de ,bou ,tellis1 #ah kilomtres du ,ksar1 que nous allons dresser nos tentes pour l'aot444 ,longues journes1 mais toujours avec ces mouvements de fivre1 ces dsirs d'essor1 de mouvements libres qui parent les solitudes africaines4 ,souvent1 pendant ce mois1 j'allais au puits1 dont nous tions une demi-heure de marche4 ,c'tait toujours dans le feu ardent de midi4 ,trois ou quatre ,maures tiraient de l'eau en poussant des cris rauques1 et les btes1 par trois ou quatre1 venaient boire longuement l'eau qui tremblait dans les toiles des tentes4 ,on entendait les appels des bergers qui rassemblaient leurs animaux4 ,je fermais les yeux1 tourdi par le soleil1 par la vie parse1 incertaine4 ,quand je les rouvrais1 je frissonnais de plaisir devant ce tableau nomade1 si simple et pur et primitif4 ,parfois1 j'allais flatter de la voix un beau mhari que je connaissais4 ,j'tais heureux4 ,il me semblait que je ramassais mes forces dans le soleil4 ,ce sont les bonnes heures qui me sont restes de cette priode4 ,aux autres moments1 j'prouvais une sorte de malaise qui venait de mille penses confuses1 de sentiments mystrieux qu'encourageait la solitude et que1 avec l'instinct d'ordre des ,aryens1 j'aurais voulu prciser et cataloguer4 ,peut-tre s'y joignait-il aussi l'amertume d'tre arriv au but de ma course1 et de savoir que je ne pourrais plus que revenir sur mes pas4 ,dans les premiers jours du mois1 je fus trs occup recevoir l'impt qui se paie dans l',adrar1 en chameaux4 ,mais ds que les tribus furent parties1 ma premire ide fut de m'avancer au bord de l'abme1 et d'aller voir ces sables de l'ouest o jamais je ne pourrais m'aventurer4 ,un matin1 je partis4 ,sur un tertre dnud1 quelques centaines de mtres du camp1 je vis quelques maisons en ruines4 ,ma journe commenait sur un chant de mort et d'abandon4 ,au bout de quelques instants1 j'entrai dans les dunes de ,ouaran4 ,mon guide me racontait des histoires1 il m'exasprait4 ,ces dunes sont si fires dans leur strile ennui1 que la parole humaine y rend un son analogue celui que ferait1 je pense1 un pipeau de berger prs de la basilique de ,saint-,pierre4 ,nos chameaux enfonaient dans le sol mouvant1 aux lignes vagues et molles4 ,l'horizon se noyait dans l'imperceptible couronne de sable que soulevait1 en caressant la dune1 le vent d'est4 ,tout coup1 je vis des ttes de palmiers4 ,nous franchmes une1 deux ondulations1 et nous fmes dans une trs petite palmeraie1 blottie entre les sables3 --,el ,hassen1 me dit mon guide4 ,surprise6 ,un vieillard tait l1 gardien de ces palmiers perdus au fond des sables4 ,ce vieux captif1 compltement sourd et trs impotent1 nous apporta des dattes exquises et de l'eau frache1 mais sale4 ,je ne m'attardai pas2 je recherchais une motion prcise1 celle d'un enfant qui1 sur une barque lgre1 s'aventurerait au bord d'une mer dangereuse et dfendue4 ,je remontai la pente sablonneuse et l1 dans le vent brlant1 je m'arrtai4 ,j'avais devant moi un immense tableau d',afrique4 ,vers le nord-est1 mon guide me montra la passe de ,touijnit4 ,elle mne aux derniers puits de la barrire de l',adrar3 ,bir ,ziri1 ,ghalaouya4 ,mais vers l'ouest1 c'tait l'immense droulement du ,sahara1 le royaume inviol du silence4 ,l'imagination bondit de dune en dune4 ,elle part sur de rapides chameaux1 elle vole pendant des jours et des jours et pendant des nuits sans fin1 et toujours c'est pareil1 et toujours c'est le mme sable et le mme ciel4 ,la gorge est altre2 on dfaille de soif1 on marche encore1 le puits est l-bas1 l-bas444 de l'autre ct de l',afrique4 ,mon guide me tira de ma rverie4 ,il me montrait vers le nord une ligne de rochers noirs3 --,c'est l1 me disait-il1 que se trouve la case du cheickh ,mohammed ,fadel4 ,mais elle est aujourd'hui abandonne1 parce que les guerriers du ,nord la visitaient trop souvent4 ,pauvre retraite de philosophes inoffensifs6 ,je me devais d'y aller1 ne ft-ce qu'en souvenir de mon ancien compagnon1 le fils de ,mohammed ,roulam4 ,une petite heure de trot m'y eut vite conduit4 ,j'entrai dans la cour que protge mal une longue muraille carre4 ,au fond1 en angle1 la maison1 trs simple1 construite1 la manire des ,maures1 toute en largeur4 ,par terre1 il y avait un bassour dmoli1 des fragments de calebasse4 ,la maison semblait abandonne de la veille4 ,jusqu' ce que le soleil ft tomb1 je restai l1 perdu dans un songe intense4 ,mon guide tait parti pour entraver nos montures dans un maigre champ d'herbes4 ,devant la demeure o tant de ,fadelya avaient rv de leur dieu1 je ressentais une sorte d'exaltation3 elle faisait lever en moi des penses nombreuses1 mais toutes ordonnes les unes par rapport aux autres4 ,j'avais soif de prcision4 ,c'tait une bonne fortune qui m'avait conduit la demeure des hommes1 aprs ces heures de langueur dans le mystre des sables4 ,nous sortions de l',ocan et nous prenions pied sur un rivage connu4 ,ce bienfait sensible1 il ne fallait pas le perdre en imitant cet ,alexandre ,svre qui1 au ,i,ie sicle1 accueillait tous les dieux dans son laraire1 depuis ,orphe jusqu' ,jsus4 ,nous1 plus prudents1 nous n'accueillerons les visiteurs de notre route1 que sous bnfice d'inventaire444 99 99 99 99 99 ,allons-nous donc1 me disais-je1 comparer nos prires leurs prires1 mesurer nos penses leurs penses1 soupeser nos mrites1 tablir la balance8 ,ce serait une vanit1 et1 plus1 une indcence4 ,aussi ne cherchons-nous pas une discrimination morale1 mais nous clairer un peu leur lumire4 ,telle sera ici notre mthode4 99 99 99 99 99 ,chaque sicle a sa faon de voyager4 ,nous ne voyageons pas comme ,jules ,csar1 ni comme les ,croiss1 ni comme les romantiques4 ,nous ne voyageons pas comme voyageait ,chateaubriand ou ,fromentin4 ,nous ne voyageons mme plus comme voyageait ,m4 ,pierre ,loti4 ,nous vivons dans une sombre poque4 ,nous avons des soucis qu'ils n'avaient pas4 ,nous vivons dans une fivre1 avec des sursauts de doute et de haine et d'amour1 dans le souci et dans la tribulation4 ,un beau tableau d',afrique1 par ses seules lignes et ses seules nuances1 n'emploie plus suffisamment notre activit sentimentale4 ,au travers1 c'est notre me que nous songeons1 la parer1 l'ennoblir4 ,car nous avons le sentiment d'une effroyable responsabilit1 la certitude pesante1 trane partout1 rive nous1 d'une accablante responsabilit4 ,nous tous1 qui sommes ns avec le sicle1 ayons le sentiment de notre importance4 ,c'est en nous que sont remis tous les espoirs--et nous le savons4 ,c'est de nous que dpend le salut de la ,france1 donc celui du monde et de la civilisation4 ,tout se joue sur nos ttes4 ,nous savons bien que nous verrons de grandes choses1 que de grandes choses se feront par nous--et que ce n'est pas le moment d'aller prendre un pinceau et une bote aquarelles4 ,nous ne sommes pas des amateurs1 ni des touristes--sachant ce qu'on attend de nous4 ,nous ne sommes pas des gens spirituels1 et nous contestons mme leur esprit aux spirituels1 aux fins causeurs1 tous les pantins peinturlurs de couleurs brillantes1 et qui prtendent encore maintenir la vraie tradition franaise4 ,nous ne sommes pas des hommes de salon1 ni de boudoir1 ni de fumoir4 ,nous sommes de bons ouvriers--et nous1 en particulier1 nous sommes les ardents compagnons du tour d',afrique4 ,nous aussi1 nous pourrions faire de la littrature1 si le cur nous en disait4 ,mais nous avons dans la bouche un got si amer1 nous ressentons si fort la honte de l'infidlit1 de l'abandon1 de la dfection tout ce qui est franais1 que non1 vraiment1 le cur ne nous dit pas4 ,notre mthode ne peut pas tre leur mthode4 ,on dit que l'on aime mieux la ,france quand on revient de l'tranger1 que rien ne sert l'amour de la patrie comme les lointains exils4 ,pourtant1 je le sens bien1 jamais je n'aimerai la ,france davantage qu'en ces jours o notre commandant des batteries cheval nous emmenait manuvrer vers ,issy1 ,vanves1 ,asnires1 ,clamart1 ,chtillon--vieux forts1 communes tragiques dont les seuls noms1 si loin1 si loin1 nous font encore passer des frissons sacrs4 ,ces heures-l resteront toujours ingales4 ,mais peut-tre de loin1 connat-on mieux sa patrie1 si l'on ne l'aime pas plus4 ,ce n'est pas de l'amour que nous gagnons1 c'est de la connaissance4 ,ainsi ,maurice ,vincent1 ce n'est pas l'amour qu'il apprend au tropique1 c'est la connaissance du sol natal4 ,allons-nous donc1 pendant ces arrts-l1 o1 jetant le bton1 nous mettons la main en visire au-dessus des yeux1 et assurons notre regard--allons-nous donc nous puiser en d'nervantes analyses8 ,nous n'en avons pas le loisir4 ,magnum opus facio1 disent quelques jeunes hommes qui m'attendent l-bas4 ,et comme celui qui1 pierre pierre1 reconstruisait les murailles de ,jrusalem3 ,je ne peux pas descendre444 et non possum descendere4 ,lorsque je la vis1 cette case du cheickh ,mohammed ,fadel me sembla porter toutes les marques de la servitude3 ennui1 morne rsignation1 dcouragement4 ,une grande foi1 mais une foi d'esclaves4 ,a quoi bon8--dit l',islam1 ,dieu fait tout et nous ne pesons rien dans sa main4 ,presque toutes nos grandes connaissances1 ils les ont eues1 mais frappes de strilit1 dpouilles de leur vie4 ,et mme cette grande ide de la ,rsurrection des ,morts et du ,jugement1 elle est chez eux dcolore1 crase par ce poids qui pse sur le monde4 ,qu'avons-nous donc de plus que les ,maures8 ,la conscience de notre dignit et de notre indignit4 7,nous sommes1 au dedans de nous1 aussi srs de l'une que de l'autre1 mais tout s'accorde par la ,chute et par la ,rdemption47 ,la connaissance du prix que nous valons1 et du vil prix que nous valons4 7,nous le sentons de nous-mmes1 mais tout s'accorde encore par l',incarnation47 ,le sentiment de notre puissance1 et celui de notre impuissance4 7,nous savons trs bien1 par les lumires naturelles1 que nous sommes libres1 et nous sentons trs bien aussi que nous ne sommes pas libres--accord qui se fait dans la ,grce47 ,ainsi sommes-nous riches1 d'une richesse infinie4 ,toutes les forces qui sont en nous s'quilibrent1 se balancent et finalement s'orientent dans le sens de l'action la plus pleine1 la plus sereine4 ,tous les champs de notre me sont des champs du bon ,dieu1 tous peuvent promettre une admirable rcolte4 ,le sentiment de notre libert et celui de notre servitude3 deux joies infinies4 ,toute notre action oscille entre ces deux ples de batitude4 ,mais comment agirons-nous donc1 si nous sommes dans les fers8 ,notre ,pre1 disent les ,franais4 ,parce que ,dieu1 c'est le ,pre1 c'est notre ,pre4 ,c'est le ,pre qui nous aime1 qui a confiance en nous1 qui nous laisse les coudes franches1 qui nous veut libres et joyeux4 ,ainsi toute notre force est-elle dans ce ,notre ,pre4 ,tel est le secret de ce que nous valons4 7,comme s'claire bien ici l'affreuse hrsie jansniste--double hrsie1 donc3 dogmatique et nationale74 ,mais comme d'ici1 en effet1 nous connaissons mieux notre ,france6 ,je vois tomber les murs du vieux cheickh4 ,c'est un grand souffle qui passe4 ,le voici qui accourt du fond des sables et qui transfigure le dsert4 ,voici que maintenant nous y faisons figure de grands seigneurs4 ,nous savons qui nous sommes1 ce que nous faisons4 ,si petits dans cette solitude1 nous connaissons notre grandeur4 ,et1 en mme temps1 nous connaissons l'affreuse dgradation de la pense moderne4 ,comment1 quand je suis ivre de ma force1 et que je contemple la faiblesse d'une race asservie1 n'irai-je pas penser nos philosophes et nos savants8 ,ceux-l1 tandis que mon cur1 gris d'espace1 bnit les richesses que plusieurs gnrations de catholiques ont mises en moi1 dans leurs cabinets et leurs bibliothques1 ils proclament un froid mcanisme d'o la vie1 le mouvement1 toute la ralit du monde1 toute l'unit du monde sont vides4 ,toute notre dignit1 la grandeur morale qui a prsid vingt sicles d'histoire n'existent plus1 noyes dans l'immense mdiocrit qui nous submerge4 ,la vie intellectuelle appauvrie et languissante1 la vie morale irrmdiablement abaisse1 tel est l'aspect que prsente d'ici cet autre dsert1 mais combien plus morne et dsol1 qu'est la ,france des modernes4 ,ces penseurs--nos matres--voici ce que ,jacques ,maritain en disait1 en #aiaj3 ,ce n'est pas la vrit1 c'est la manire dont elle nous parvient qui leur importe4 ,et comme ce n'est pas la vrit qu'ils cherchent1 mais eux-mmes1 ils n'acceptent de vrit que celle qui passe par eux4 ,qu'on lise1 par exemple1 les spculations des biologistes sur l'origine de la vie1 on verra avec quelle douce assurance ils cartent l'ide d'une cration1 parce qu'elle est thologique1 et y substituent les hypothses les plus absurdes1 comme de supposer que les germes vivants sont tombs du ciel ou qu'une substance inorganique1 pteuse de prfrence1 s'est mise un beau jour respirer1 se nourrir et produire une monstrueuse progniture1 et l'on s'assurera sans peine que les penseurs modernes prfrent a priori1 et sans aucune hsitation1 dix erreurs venant de l'homme une vrit venant de ,dieu4 ,et ce misrable abaissement de la science1 qu'est-il auprs de l'ennui pesant qui crase toute la cit3 pourriture de la politique1 dsordre de l'art1 pauvret de la morale8 ,ainsi donc ce fier lys de ,france qui veut vivre1 cette fine fleur chrtienne1 c'est elle que je sens maintenant refleurir au fond de moi1 et c'est elle qu'ils veulent arracher1 ces fossoyeurs6 ,qu'ils viennent ici1 par toute l',afrique1 apprendre ce que c'est qu'une race lue1 et ce que c'est qu'une race qui ne l'est pas4 ,qu'ils viennent voir ces grands rveurs d',islam--auprs desquels ils sont encore de bien misrables chiens--et qu'ils apprennent d'eux1 non de nous1 ce que nous devons la pense chrtienne4 99 99 99 99 99 ,ce mcanisme unique de la ,grce1 cette fiert d'homme1 et ces lettres de noblesse qui nous ont t donnes1 cette libre allure dgage1 hardie1 la tte haute1 cette gentillesse et cette bonhomie1 toute notre force et toute notre vertu1 voil ce que les malheureux veulent avilir1 toute cette force que les ,maures eux-mmes sentent en nous confusment1 et devant laquelle1 blouis et tremblants1 ils baissent les yeux4 ,la tte haute et droite sans tre gne1 les yeux fixs devant soi1 dit le ,rglement4 ,voil qui nous permet de traverser le dsert1 d'un pas mieux assur1 et nous fait1 dans le froid droulement des sables1 une personnalit4 ,nous ne sommes pas des touristes1 ni des machines enregistrer des sensations1 ni des collectionneurs d'tats d'me4 ,il me semble que nous valons mieux1 que notre action a une raison1 qu'elle est un grand droulement4 ,c'est aux ,croisades que je remonte si je veux1 trop isol dans la dune de ,ouaran1 insrer mon action particulire dans un grand mouvement d'humanit4 ,vingt sicles d'histoire1--et toute une ternit pralable--psent sur nous4 ,si nous ne servons pas l'excution d'un plan prodigieux1 que faisons-nous ici8 ,j'ai souvent pens1 dans d'autres ruines1 ces ruines que sont nos mes4 ,mais enfin1 la diminution de nos croyances importe-t-elle rellement devant cette grande lection du peuple franais8 ,si loin que nous soyons de la foi1 il est une marque divine en nos actions4 ,je le sens bien1 moi qui n'ai jamais vcu que devant les portiques de nos temples4 ,qu'importe une vocation particulire devant l'lection de tout un peuple8 ,si je ne marche pas dans les sentiers de la ,grce1 je sais pourtant bien que j'agis dans un certain sens1 que je continue une grande action chrtienne passe et que je participe une grande action chrtienne prsente4 ,je suis embarqu dans une voie dont je ne puis pas m'carter4 ,nullement lu moi-mme1 je participe nanmoins la grande lection du peuple franais4 ,et c'est comme serait un jeune garon enrl dans l'arme3 il ne sait o le mne son chef1 mais il marche sur la route avec confiance4 ,il marche sa route allgrement1 car il sait ce qu'il a faire1 s'il ne sait pourquoi il le fait4 ,ainsi va l'histoire de ,france1 ainsi vont1 sur la grande route droite1 les millions de ,franais qui font l'histoire de ,france4 ,qu'est la vocation devant l'lection8 ,qu'est un salut particulier devant le salut ternel de la ,france8 ,nous agissons de mme4 ,supposons donc le problme rsolu4 99 99 99 99 99 ,je suis retourn1 un jour1 dans cette dune de ,ouaran1 la grande ,tentatrice1 l',ennuye4 ,quel aimant m'attirait encore vers son horizon sans grce et sans honneur8 ,nous aussi1 me disais-je1 nous pourrions imaginer dans cette mer une autre ,lorelei4 ,au lieu de la chevelure d'algues et des yeux glauques1 elle aurait la tte couronne de lumire1 le regard apitoy d'un ange bleu444 ,cette fois-l1 ma curiosit m'appelait vers le sud de la dune1 au puits de ,meateg4 ,vers dix heures1 j'arrivai un vaste espace dpouill1 dont la pellicule craquait sous les pas de nos chameaux4 ,sur ma gauche1 des arbres de bergerie couronnaient une dune4 ,je revoyais un de ces ternels paysages dlavs sous les ruissellements du soleil1 faits de poussires tnues1 impondrables1 et qui n'arrivent pas me confier une parole amie4 ,j'tais dans une ,sebkhra1 je voyais les bouches noires des puits ranges en demi-cercle444 ,un de ces ternels recommencements--recommencement de la matire et recommencement de nous-mmes1 o tout le tragique tient dans l'exacte rptition1 l'implacable restitution des mmes lignes et des mmes penses1 dans des heures semblables4 ,j'allais me laisser aller de l'ennui1 quand mon guide m'entrana vers les puits4 ,tous taient sec1 sauf un1 o croupissait une eau noire1 une faible profondeur4 --,tire-moi de l'eau1 dis-je mon compagnon4 ,mais1 comme rponse1 il m'emmena un peu l'cart du puits et me montra un cadavre demi enfoui dans le sable4 ,la chair tait dans un tat de dcomposition trs avance et1 par endroits1 arrache4 ,des lambeaux d'toffe--celle qui avait servi vtir le mort--tranaient sur le sol4 --,ce jeune inconnu1 me dit le guide1 a t trouv mort1 il y a quelques jours1 dans le fond du puits o tu veux te dsaltrer4 ,il venait1 croit-on1 du sud du ,tagant1 du ,regueba4 ,il est arriv ici1 puis par la soif et1 pour boire plus vite1 il est descendu au fond du puits4 ,c'est ce qui l'a tu4 ,des gens de ,ouadan qui passaient par ici1 ont repch son cadavre et l'ont enfoui en hte dans une fosse peu profonde4 ,aussi les chacals sont-ils venus le dterrer et le dchirer1 comme tu le vois prsent4 444 ,o la surprenante apparition6 ,je revoyais l'humble voyageur aux jambes nues1 son invraisemblable fusil tenu par le canon sur l'paule1 et qui marchait depuis des jours et des jours1 solitaire et obstin4 ,il franchissait les cercles sans cesse renaissants de l'horizon--aprs une dune passait une autre dune--et toute sa pense se tendait vers ce puits de ,meateg1 qu'il fallait atteindre tout prix4 ,enfin1 dans la lutte gante avec le sable1 il est le plus fort1 il atteint le but1 mais inutilement4 ,c'est de son succs mme qu'il va mourir444 ,race infortune1 qu'crasent son ,dieu et sa terre6 ,race de vaincus6 ,peuple esclave6 ,pourtant aujourd'hui1 n'insultons pas1 puisqu'une fleur de piti a pouss ,meateg4 444 ,je suis revenu au camp par le ,ksar de ,ouadan4 ,qu'il est aimable1 l'accueil de la palmeraie1 aprs tout un jour dans la dune6 ,on s'enchante de retrouver enfin des ombres et des lumires4 ,ces clarts lointaines de palmeraies--lumires diffuses et masses d'ombre--ces clairs-obscurs1 l'il s'en va jouer avec1 sans se lasser4 ,on voudrait caresser tous les enfants1 bambini florentins peine bronzs4 ,et l'on sent l'heure qui s'tire1 dans un billement heureux d'insouciance4 ,ce ne sont pas ces heures-l que j'aime le mieux1 mais elles ont un parfum violent qui reste444 ,le chef des ,kounta m'a apport un beau mouton que j'ai mang en mchoui1 avec mes compagnons4 ,au lever de la lune1 je suis parti vers le camp4 ,quelques jours aprs1 le #i septembre1 je repassais une dernire fois ,ouadan2 nous repartions vers l'ouest1 pour reprendre1 en ,adrar1 nos postes de surveillance du dsert4 ,,chapitre ,,vii ,,de ,,ouadan ,a ,,nijan ,le #i septembre1 une heure du matin1 je donnai l'veil au camp4 ,la lune clairait mal un paysage que je ne comprenais pas1 parce que j'tais arriv en pleine nuit au camp du capitaine ,b4 ,encore ensommeill1 je titubais au milieu des chameaux1 agenouills de tous cts au milieu de nos caisses1 et qui faisaient leur musique habituelle4 ,combien n'en ai-je pas vcu1 de ces heures incertaines de la nuit1 o le cur est vide et ne souhaite plus qu'un ternel repos8 ,a ces heures-l1 on se sent abandonn1 lche et courb4 ,on se prend dsirer quelque douceur dans la vie444 ,une fois le dpart donn1 c'est fini4 ,on hume l'espace endormi1 on se laisse aller au doux bercement des dromadaires4 ,celui que je monte aujourd'hui est un superbe azouzel blanc1 qui m'a t donn par un chef dans l',azefal4 ,il est doux et tranquille1 et ds que je fais entendre l'appel de langue qu'il faut1 il part au trot1 d'un grand trot mou et cadenc1 cet amble bien balanc et bien glissant sur le sol1 si doux et si ais4 ,nous voici dans la nuit1 sur les plaines sans routes4 ,nous allons tout droit1 tandis que1 devant nous1 les toiles se lvent lentement de l'horizon4 ,la lune s'affaisse l'autre bord et dj elle n'est plus qu'un vague disque perdu dans la brume4 ,un vent froid s'lve1 et nous voici dans la nuit noire1 cette heure mortelle o la lune est couche et o le soleil n'est pas encore lev4 ,quand il parat1 six heures1 nous dcouvrons autour de nous de grandes nappes de sfar1 petite herbe blanche dont les chameaux se nourrissent volontiers4 ,nos peaux de bouc sont pleines d'eau4 ,nous passerons donc la journe dans ce pays sans nom1 attendant de nouveau la fracheur nocturne pour repartir4 ,il faudra donc que le soleil monte jusqu'au znith1 que la terre chauffe tremble de lumire4 ,a cette heure1 nous sortirons de l'ombre clatante de nos tentes et nous irons voir nos troupeaux1 ruminant dans le midi calcin4 ,puis1 de nouveau couchs sur nos nattes1 nous attendrons que le soleil soit redescendu jusqu'au couchant1 ayant achev son temps444 ,comme cette patiente attente de la nuit s'accorde mal avec l'ardeur qui nous dvore6 ,nous voudrions ne pas perdre notre temps1 utiliser enfin les heures de paix qui nous sont donnes4 ,je me disais ,ouadan que peut-tre nous serions ceux par qui la ,france reviendrait l'ordre et la fidlit4 ,mais aujourd'hui1 un immense dcouragement m'envahit4 ,nous-mmes1 sommes-nous dans l'ordre et dans la fidlit8 ,que peuvent tre nos penses de solitude1 sinon un affreux chaos que n'ordonne aucune rgle1 qu'aucune force n'aimante8 ,et d'abord1 que pouvons-nous esprer de nous1 tant que nos curs seront impurs1 ou mme purs selon l'ordre du monde--enfin1 impurs selon quelque manire--tant que nos vies ne seront pas tablies sur un plan suprieur et trs loin de cette vulgarit o nous sommes4 ,toute notre insuffisance intellectuelle vient de l4 ,mais il faut1 pour y remdier1 quelque aide qui nous dpasse et qui1 peut-tre1 nous sera toujours refuse4 99 99 99 99 99 ,le #ad septembre1 ,douerat1 nous arrivions enfin dans un pturage convenable1 trouv aprs trois jours de recherches4 ,nous y installions le camp1 le capitaine et moi1 mais ds le lendemain1 il me fallait repartir pour ,chingueti o m'appelaient diverses affaires de service4 ,je franchis en huit heures les cinquante kilomtres qui me sparaient du poste1 j'y passai deux jours de travail htif et1 le #ba1 j'tais de retour ,douerat1 o je pouvais enfin prendre un peu de repos4--,mais qu'est-ce donc que le repos pour qui cherche se fuir soi-mme dans l'enivrement de l'espace1 pour qui redoute par-dessus tout de se trouver face face avec le bourbier de son me1 pour qui1 enfin1 ne s'arrtera plus qu'il n'ait trouv l'ordre parfait et la suave harmonie de la vrit8 99 99 99 99 99 #bi ,septembre4--,aprs les exercices de tir qui occupent quelques heures de la matine pendant les jours de repos1 je me suis promen longtemps dans les taillis qui encombrent la molle dpression o nous avons dress nos tentes4 ,ds que l'on sort de cette petite oasis de verdure1 l'on est dans le caillou noir1 dans la terre dure et nue444 ,voici les ruines d'un ,ksar1 des boulis de pierres sches la lisire d'un bois4 ,de sombres lgendes se rattachent cette ville1 trs anciennement dtruite4 ,mais aujourd'hui1 je pense de tout mon cur la patrie--je pense des vies franaises bien ordonnes1 toutes occupes de prires et d'honntes travaux1 bien tablies dans la puret et dans la paix du cur4 ,l-bas1 il est des mes qui ne cherchent pas la griserie du voyage1 parce qu'elles ont trouv le port et qu'elles ont jet l'ancre dans l'incomparable batitude4 ,au lieu que nous1 nous sommes lancs dans le monde1 dans le pch4 ,inquiets1 nous rdons en cercle1 travers les champs de la terre1 le regard oblique1 la bouche amre4 ,et parfois1 dans cette course affreuse1 nous nous arrtons4 ,la peur se glisse en nous3 ,il n'est pas possible1 nous dit une voix obscure1 que la vie soit l1 dans cette rancur1 dans ce dsespoir qu'est le pch4 ,il n'est pas possible que la vraie route soit celle-ci1 qui ne mne nulle part4 ,il n'est pas possible que les ,saints ne prvalent pas contre nous et que la puret ne prvale pas contre l'impuret4 ,heureux1 dit-elle encore1 ceux qui sont immaculs dans la voie--dans la voie qui est droite et qui a un point de dpart et un point d'arrive1 dans la voie qui est la plus courte1 et non dans celle-ci1 qui sinue travers les jardins du monde et qui ramne ternellement au mme point4 --,pourtant1 rpond le voyageur1 le pch est dans l'ordre du monde4 ,il est le fait de l'homme4 ,nous ne sommes pas des anges4 --,tu peux du moins1 pauvre me errante1 reprend la voix1 chercher une raison de progrs4 ,tu peux quitter cette route qui revient ternellement sur elle-mme4 ,tu peux t'avancer sur cette route royale que je te montre4 ,le terme en est lointain8 ,que t'importe8 ,puisque chacun des pas que tu y fais est un nouveau rejaillissement de ton me1 une nouvelle conqute sur le ciel444 --,mais je suis homme444 --,aussi1 toutes les morales humaines sont-elles impuissantes te donner la paix4 ,comment1 tant tout pch1 sortiras-tu du pch par tes propres forces8 ,comment mme1 dans ta nature finie1 trouverais-tu une raison de progrs indfini8 ,prends le plus pur des paens4 ,suppose le stocien le plus admirable4 ,il arrive vite au terme de sa perfection4 ,arriv ce terme1 il s'arrte1 il se regarde1 et il crit1 s'il lui plat1 les ,penses de ,marc ,aurle ou l',encheiridion d'pictte4 ,prends maintenant le plus humble des ,saints4 ,la morale naturelle est peu pour lui1 parce que ce qui est facile ne lui suffit pas4 ,ce qu'il veut1 c'est de vivre de la vie des anges4 ,jusqu' sa mort1 il garde l'inquitude de la perfection1 ce mcontentement de soi-mme qui n'est que le sentiment de sa relle impuissance4 ,a mesure qu'il s'affine dans sa vie morale1 il voit se creuser davantage l'abme qui le spare de son ,dieu4 ,plus il s'approche de la perfection1 plus il la voit fuir devant lui4 ,aussi sa vie est-elle un rejaillissement perptuel1 un perptuel mouvement1 une glorieuse ascension1 et comme une escalade du ciel qui ne laisse nul rpit4 --,que ferai-je donc pour sortir de cette mortelle langueur o je suis1 pour m'lever au-dessus des monotones campagnes de la terre8 ,et la voix dit3 --,rien par toi-mme4 ,tes pieds sont rivs au sol4 ,ce n'est point toi qui te donneras des ailes4 ,mais voici venir ,celui qui t'a promis la vie et qui1 pour t'lever jusqu' ,lui1 te donne chaque jour sa chair en pture4 coute les paroles qui dlient et qui1 selon la promesse1 rendront ton me plus blanche que ne l'est la colombe4 ,dvore le ,pain des ,anges1 pour n'tre plus abandonn toi-mme4 ,prends cette main sanglante qui t'est tendue4 ,veille et prie444 ,alors le voyageur s'arrte4 ,il s'assied sur les ruines des cits4 ,une angoisse affreuse le saisit la gorge1 et il murmure dans sa solitude3 ,mon ,dieu1 puisque vous m'avez men jusqu'ici pour me faire entrevoir votre visage1 ne m'abandonnez plus4 ,manifestez-vous enfin1 puisque vous seul pouvez le faire et que je ne suis rien4 ,comme vous avez montr ,thomas vos plaies sanglantes1 envoyez-moi1 mon ,dieu1 le signe adorable de votre prsence444 99 99 99 99 99 ,aprs dix jours de repos ,douerat1 le pturage tant puis1 nous prenions tous ensemble la route de l',ouest4 ,en quelques tapes1 nous arrivions aux environs de ,chingueti1 o le capitaine se rendait1 tandis que j'installais nos gens et nos animaux dans la petite palmeraie de ,tenaghel4 ,le soir de ce mme jour--le #f octobre--je me rendais moi-mme dans l'antique cit des ,maures4 ,je ne l'ai jamais revue sans plaisir4 ,mais ce soir-l1 ayant rgl toutes mes affaires de service quelques jours auparavant1 je pouvais m'y abandonner sans partage1 aux rveries spirituelles qu'elle verse sans compter au voyageur attentif4 ,de la plus haute terrasse du poste1 on domine l'immense batha1 le lit de sable fin o ne coule jamais d'eau4 ,sur la rive adverse1 les murs nus du ,ksar1 les murs sans fentres1 font une masse sombre qu'encadre de tous cts la blancheur de la dune aride4 ,de toutes ces grandes lignes horizontales1 il n'est que la mosque qui pointe1 toute droite1 vers le ciel1 simple tour carre1 aux grands espaces de pierres4 ,devant ces demeures des savants de l',islam1 je retournais vite mes mditations de ,ouadan4 ,comment ne pas penser encore l'effroyable maldiction qui pse sur cette malheureuse race1 vaincue1 semble-t-il1 par les magnifiques forces humaines qu'elle n'a pas su utiliser8 ,cette libert1 me disais-je1 que nous tenons1 au contraire des ,maures1 pour d'un si grand prix1 cette libert qui est nous1 et non eux1 que n'est-elle pas1 pour que tant de miracles de ,jsus1 tant de saintet n'aient pu l'enchaner8 ,quelle n'est pas sa grandeur1 pour que ,jsus soit toujours le signe de contradiction dont avait parl le ,prcurseur3 ,signum1 cui contradicetur8 ,car cela mme a t prvu4 ,o ,dieu1 o donc est la lumire clatante1 o donc l'unique ralit8 ,domine1 tange oculos meos et secundum fidem meam fiat mihi et aperiantur oculi mei4 ,parfois1 la magnifique clart venue de l',orient m'aveugle4 ,j'entends l'appel pressant du matre4 ,tout m'assure qu'il est de ,dieu et non de l'homme1 cet appel auquel vingt sicles de ,rdemption ont rpondu4 ,et puis1 d'autres moments1 je me rvolte4 ,faut-il donc que je croie que ce pain est votre chair1 que ce vin est votre sang8 ,voil l'impossible exigence4 ,et je dis comme vos disciples mmes1 au lendemain de vos grands enseignements de ,capharnam3 ,durus est hic sermo4--,voil de bien dures paroles1 et qui peut les couter8 ,et pourtant1 je vois l encore ce jeu de la libert que vous avez voulu rserver4 ,il faut bien que la foi soit difficile1 pour qu'elle soit mrite4 ,et encore3 si la foi tait facile1 o serait son caractre surnaturel8 ,et comment serait-elle la marque de l'lection8 ,il faut donc que le monde soit divis son sujet1 selon ce que disait saint ,jean4 ,il faut donc que pas mme devant le tombeau de ,lazare entr'ouvert1 l'homme ne soit forc de se rendre4 ,il faut donc que jusqu'au bout1 il reste libre de croire ou de ne pas croire1 que jamais sa raison ne soit asservie4 ,de sorte que dans cette institution de la libert1 dans ce systme1 le signe de contradiction est le signe mme de vrit4 ,une chose nous est demande3 le dsir1 l'humble dsir du vrai4 ,il dpend de nous de l'avoir ou de ne pas l'avoir4 ,mais pour peu que nous l'ayons1 nous sommes bien assurs d'avoir au del mme de ce que nous dsirons et de recevoir l'infinie misricorde1 en change de la plus petite bonne volont4 ,veux-tu tre guri81 demande ,jsus l'homme qui tait malade depuis trente-huit ans4--,oui1 ,seigneur1 rpond-il1 mais je n'ai personne qui1 lorsque l'eau s'agite1 me jette la piscine4--,que fais-tu1 infortun1 prs de la fontaine de ,bethsada8 ,cet humble aveu1 cette faiblesse te suffisent4 ,dj la parole qui sauve et qui gurit est prononce3 ,lve-toi et marche4 ,o mon ,dieu1 daignez voir ma misre et ma confiance4 ,ayez piti de l'homme qui est malade depuis trente ans6 99 99 99 99 99 ,le #g octobre1 quatre heures du soir1 nous quittions ,chingueti1 le capitaine ,b4 et moi1 accompagns de nos domestiques4 ,au campement de ,tenaghel1 tout tait prt pour le dpart4 ,nous prmes simplement la tte de la colonne et continumes la route travers le lit sablonneux de l',oued ,chingueti4 ,a huit heures1 nous arrivions ,mrafeg3 c'est le nom de quelques trous d'eau qui ont t creuss dans le sable de l',oued4 ,le lendemain soir1 le capitaine ,b4 prenait la route d',atar4 ,je partais moi-mme pour la rgion de l',amaga o de beaux pturages nous avaient t signals4 ,au dpart de ,mrafeg1 je marchai vers l',est1 tandis que le capitaine1 suivi de son escorte1 obliquait franchement vers le nord4 ,je suivis des yeux son burnous blanc et les gandourahs bleues de ses hommes4 ,la petite troupe s'avanait vers une ligne de rochers noirs qui barraient l'horizon4 ,elle tait dj trs loin1 quand je rejoignis au trot la queue de ma colonne qui progressait pniblement parmi les cailloux4 ,a dix heures du soir1 je m'arrtai au pied de la montagne de ,zarga qui1 sous la pleine clart de la lune1 dressait sa masse noire au milieu des dunes arides4 ,on m'avait promis que je trouverais l de l'eau et du pturage4 ,malgr la nuit je vis bien qu'il n'y avait pas l'ombre d'une herbe dans ces dunes dsoles1 et1 de plus1 nous trouvmes tous les puits sec4 ,nous partmes de bonne heure le lendemain4 ,aprs cinq heures de marche en pleine dsolation1 nous parvnmes l',oued ,tifrirt1 o nos yeux se reposrent enfin sur une verdure abondante4 ,la journe qui suivit1 nous la passmes dans cette oasis1 et comme de nombreuses tentes d',ouled ,selmoun et de ,torch s'y trouvaient rassembles1 j'occupai mon temps causer avec les chefs et prendre les nouvelles du pays4 ,le soir1 cinq heures1 nous levions le camp4 ,nous rencontrmes sur la route un convoi de dix chameaux chargs de barres de sel provenant d',idjil4 ,un vieillard1 deux hommes et un enfant l'accompagnaient4 ,ils allaient vendre ce sel ,nioro1 en plein ,soudan1 mille kilomtres d'ici4 ,ils ne font gure plus de trois kilomtres par heure1 mais ils marchent du lever du soleil au coucher444 99 99 99 99 99 ,tristesse du voyageur4 ,ainsi s'en va le voyageur travers le monde des apparences4 ,jadis1 il se plaisait suivre des yeux la lente descente des vapeurs sous le soleil1 ou la fuite des cirrus roses1 dans le ciel4 ,mais maintenant ce plaisir mme l'accable4 ,que lui sont ces beaux prestiges du monde1 alors que son cur malade appelle avec ferveur ce qui ne peut se voir8 ,la confusion des campagnes de la terre1 elle n'est plus que l'image de son propre dsordre4 ,il voit1 chaque cercle de l'horizon franchi1 des configurations1 tous les contours du monde sensible1 avec des lignes nettes en bordure4 ,et puis1 des teintes1 douces ou violentes1 sur ce visage4 ,mais c'est la voix immatrielle1 la voix qui clame dans le dsert qu'il appelle en sanglotant4 ,et reprenant son bton1 il part de nouveau vers l'horizon scell1 en maudissant le jour4 99 99 99 99 99 ,a ,erigi ,abdaoua1 quelques palmiers enserrent une belle nappe d'eau1 surprise agrable nos yeux4 ,ici encore1 de nombreux ,maures sont arrts par la sentinelle et conduits ma tente4 ,voici deux ,oulad ,sassi1 aux cheveux en dsordre1 aux yeux sauvages4 ,ils font patre leurs moutons non loin d'ici4 ,voici un ,idaouali craintif4 ,il vient de toucher un cadeau du pre de ,bouna1 pour les soins donns au corps de son fils1 tu rcemment dans un combat444 ,vers le soir1 le soleil tant assez bas1 nous nous remettons en route4 ,a six heures1 nous sommes sur une haute dune d'o nous apercevons1 quelques kilomtres1 le ,ksar d',oujeft4 ,une heure aprs1 nous tions tout prs du ,ksar1 sur une dune blanche1 o les bruits de la petite ville nous parvenaient1 mystrieux et confus4 ,quelques vieilles femmes sont l4 ,un coup de fusil part3 c'est un ,smasside qui ne nous a pas reconnus et qui croit l'arrive d'un razzi4 ,le chef1 ,ali ,oued el ,hoummoud1 ne parat point4 ,enfin le camp s'organise1 aprs la confusion de cette arrive nocturne4 ,et voici venir1 le sourire la bouche et faisant mille courbettes1 le vieux bandit ,ali4 ,mais je ne rponds pas ses saluts empresss3 --,veux-tu me dire1 ,ali1 pourquoi je ne t'ai pas vu ds mon arrive8 --,je croyais que tu t'tais arrt au camp des ,franais 7l'ancien camp tabli en #aiji par le commandant ,claudel74 ,et j'en viens1 ayant appris l-bas ton heureuse venue4 --,eh bien1 il faut1 ,ali1 m'apporter immdiatement vingt moutons et cent mouds de dattes que je paierai bien4 ,le vieux cheickh lve les bras au ciel3 --,vingt moutons6 ,mais o les trouverai-je8 ,tous mes moutons sont partis dans le ,rht4 ,quant aux dattes1 tu peux faire fouiller tout le ,ksar1 et si tu en trouves1 je veux que tu me coupes la tte4 --,je vais en effet envoyer des partisans4 ,prends garde ta tte1 ,ali6 ,le vieux1 pris au mot1 courbe la tte devant l'inexorable fatalit4 ,pourtant il se redresse4 ,d'un geste1 il carte ses familiers et mes partisans accroupis autour de lui4 ,puis il me dit1 pench vers moi3 --coute1 j'ai dans ma maison une jeune captive trs belle4 ,personne n'y a touch encore4 ,je l'enverrai dans ta tente1 cette nuit444 ,je n'en reviens pas6 ,habitu voir les fiers nomades du dsert1 je sais qu'un ,maure ne doit jamais prononcer mme le mot de femme devant l'homme qui il doit le respect4 ,mais ,ali1 depuis trois ans1 est en contact avec la civilisation1 et il a perdu les nobles habitudes de sa race4 ,je les lui rappelle vivement1--et je joins mon admonestation l'annonce d'une amende de vingt moutons1--tandis que le vieux quitte ma tente1 la tte basse1 dsespr4 99 99 99 99 99 ,prs de ,oujeft1 la mare de ,toumgad1 je suis mont sur la falaise pic qui domine le ,oued el ,abiod4 ,je pensais au rocher surplombant le vide qui figure sur le tableau d',ary ,scheffer3 ,le ,christ tent par le diable1 ce rocher d'o le tentateur fit apparatre en un instant tous les royaumes de la terre4 ,le voil bien1 me disais-je1 en voyant l'aride contre laquelle je donnais les plus belles annes de ma vie1 le voil bien1 le champ de bataille immmorial de l',impur4 ,depuis les ,thbades antiques jusqu' celles d'aujourd'hui1 c'est ici que l',ennemi afflige le ,solitaire444 ,nous sommes au point prcis o il nous faut choisir entre la rvolte et l'obissance4 ,ainsi le dsert est un carrefour sacr1 d'o l'on sort condamn ou sauv4 ,le ,diable vient ici1 parce que ,dieu y est4 ,le pch vient ici1 parce que la vertu y est4 ,le dsert oscille constamment entre l',ange et le ,dmon4 ,heureux ceux qui ont gard jusque dans ces latitudes la plus petite flamme de fidlit1 l'impatience obir4 ,car ,dieu n'est pas loin d'ici1 et il a vite fait de reconnatre cette me de silence et de bonne volont qui le dsire4 ,et juste1 au contraire1 la rvolte s'exalte dans la solitude4 ,l'homme d'orgueil y succombe vite4 ,et qui sait si1 aprs l'preuve terrible du dsert--l'preuve du feu--l',ange le couvrira jamais de son aile blanche dploye8 ,aprs ,oujeft1 il ne nous restait plus qu' remonter le ,oued el ,abiod jusqu' ,nijan1 o nous devions trouver les pturages tant dsirs4 ,le ,oued el ,abiod n'est qu'une dpression sablonneuse1 large de cent mtres environ et borde de hautes falaises qu'escaladent jusqu' mi-hauteur des dunes tincelantes4 ,ainsi1 lorsqu'il se porte sur les flancs de la valle1 l'il distingue trois plans nettement tranchs3 les maigres frondaisons du bas-fonds1 les dunes blanches1 enfin1 le large bandeau noir que font1 au sommet du tableau1 les rochers4 ,a ,choumat1 o nous dressons nos tentes le #ac1 la paroi de l'est se creuse en une gorge resserre1 pleine d'ombre et de mystre4 ,c'est l que fut massacre1 au dbut de la colonne de l',adrar1 la patrouille du marchal des logis ,djilali ben ,iliman4 ,l'atmosphre de ce creux d'enfer serait accablante1 si le souvenir d'un beau drame humain ne venait mettre dans sa mort un peu de vie4 ,au reste1 il faisait ce jour-l une chaleur torride4 ,nous tions positivement dans les flammes4 ,et nous touffions1 dans ce coin des ,tropiques perdu en pleines montagnes d',adrar4 ,les rochers nous renvoyaient fidlement toute l'ardeur solaire1 tandis que les titarik et les aouarach qui nous entouraient de toutes parts1 interceptaient les moindres courants d'air de l'atmosphre embrase4 ,vers le soir1 aprs cette longue immobilit1 la terre sembla se rveiller4 ,je vis passer les troupeaux du vieil ,ali ,ould el ,hoummoud3 chvres tiques1 moutons laine courte que suivaient1 en courant et en gmissant1 les nouveau-ns444 99 99 99 99 99 ,le lendemain1 nous arrivions enfin ,nijan4 ,nous tions dans cette plaine de l',amsaga vers laquelle je marchais depuis huit jours4 ,je marquai l'emplacement du camp prs du tombeau de ,bouna1 fils de ,sidina1 ,ouali des ,ouled ,daman1 qui mourut1 je pense1 vers #ahej4 ,nous tions peine arrivs qu'un cousin de mon partisan ,sidia se prsentait moi4 ,il venait1 disait-il1 de percevoir l'impt de la horma chez les ,idechilli4 ,ce jeune homme m'apprit que nous tions proximit de nombreux campements de ,ouled ,ghelan1 de ,mechdout1 de ,reguebat1 de ,ouled ,akchar1 et que mme le campement de l'mir ,moktar tait ,bou ,ghzama1 quelques kilomtres d'ici4 ,l'endroit tait donc excellent pour prendre quelques jours de repos4 ,tandis que les chameaux utiliseraient les pturages de la plaine1 nous pourrions profiter de nos loisirs pour prendre contact avec plusieurs de ces tribus qui ont si fort besoin d'tre visites1 si nous voulons y maintenir constamment notre autorit4 ,dans l'aprs-midi1 il s'leva une de ces tourmentes de sable si frquentes dans ces parages4 ,tout de suite1 nous fmes envelopps dans des tourbillons de sable fin et brillant4 ,ils pntraient par les quatre coins de la tente1 qui menaait de tomber chaque rafale4 ,les tirailleurs s'taient enfouis dans leurs abris prcaires4 ,il fallait fermer les yeux pour n'tre pas aveugl et le sable se collait notre sueur1 car le vent1 venu de l'est1 tait brlant4 ,tout avait cd devant lui1 il tait le matre incontest de la plaine1 et l'on n'entendait plus que son gmissement sourd et grandiose4 ,le ciel voil de cendre devait se vriller en gouffres impalpables1 tout l-haut1 jusqu' la limite prcise de l'ther immobile4 ,et nous1 nous restions bien dans l'ombre de la terre444 ,terram tenebrosam et opertam mortis caligine444 ,o ,dieu1 nous chavirons au milieu de vos lments4 ,nous voici1 la tte courbe1 dans le souffle des temptes4 ,nous avons peur4 ,nous tremblons de ne pas rpondre votre appel1 le jour o il vous plaira de venir vers nous4 ,faites1 mon ,dieu1 qu' cette heure-l nous vous voyions distinctement1 et faites que nous ayons la force de dire notre tour3 ,seigneur1 que voulez-vous que je fasse8--sans contester1 ni tergiverser1 ni discuter l'heure1 cette heure que vous aurez choisie de toute ternit4 ,,chapitre ,,viii ,,bouaga ,cet endroit n'avait pas encore t reconnu1 mais nous savions qu'il tait riche en pturages et que plusieurs tribus importantes avaient l'habitude d'y sjourner4 ,il fut donc dcid que je m'y porterais avec ma section et que j'y nomadiserais1 jusqu' ce que des ordres vinssent d',atar4 ,le #a;er novembre #aiaa1 je fis mes adieux au capitaine ,b41 et je me rendis mon camp de ,nijan o je commenai mes prparatifs de dpart4 ,le #c1 dans l'aprs-midi1 nous nous mettions en route4 ,nous campions le soir six kilomtres de l1 dans les champs de pastques de ,teintana1 o sjournent d'ordinaire de nombreuses tentes d',idechilli4 ,les indignes que je vis le lendemain me donnrent des renseignements sur les medjbours1 qui sillonnaient l'ouest de nos territoires et sur l'emplacement des tribus ,reguebat4 ,enfin1 ils me fournirent des moutons pour ma route et un guide qui s'appelait ,ioouda1 fils de ,tezgao4 ,le lendemain1 #e novembre1 au soir1 je donnai le signal du dpart4 ,nous couchmes au pied des monts ,ibi1 dans une immense plaine de cailloux dpourvue de toute vgtation4 ,le #f1 je rsolus de fuir au plus vite ces lieux dsols1 et nous nous portmes1 en longeant les monts ,ibi1 jusqu' la source d',erigi1 neuf heures de marche de notre campement du matin4 ,le #g1 je m'arrtai l'extrmit des monts ,ibi et le #h1 j'arrivai ,tizgui1 puits peu abondant au pied des hautes dunes mouvantes de l',amatlich4 ,l1 malgr l'insuffisance du pturage1 j'tais forc de reprendre haleine et de chercher quelques renseignements sur la route que j'allais avoir suivre4 ,j'tais assez embarrass1 quand je vis venir mon camp trois ,reguebat qui venaient justement de ,bouaga4 ,ils en taient partis le matin mme4 ,je calculai1 d'aprs leur rcit1 que ce point devait se trouver #aje kilomtres au sud de ,tizgui4 ,mais1 pour s'y rendre1 deux routes se prsentaient4 ,la premire1 incurve vers le sud-est1 longeait le massif de l',adrar et permettait d'utiliser de nombreux points d'eau dj reconnus4 ,l'autre1 franchissant directement du nord au sud la distance qui spare ,tizgui de ,bouaga1 tait dpourvue de puits et elle n'avait pas encore t parcourue4 ,les ,reguebat m'assurrent que cette route prsentait de bons pturages1 au lieu que la premire tait ce moment peu prs dpourvue d'herbes4 ,cette considration1 jointe l'intrt que prsentait un itinraire nouveau1 m'encouragea dlaisser la route du sud-est1 et gagner d'une seule traite ,bouaga travers le dsert de l',am ,khacir4 ,lorsque les deux sous-officiers qui m'accompagnaient connurent cette dcision1 ils vinrent me trouver et me reprsentrent que le passage d'une aussi longue rgion sans eau n'irait pas sans difficults1 cause du train de femmes et d'enfants qui nous suivait1 et du peu de rcipients d'eau dont nous disposions4 ,je les rassurai et fixai le dpart au lendemain matin4 ,on commena d'abreuver les animaux et de remplir les peaux de bouc huit heures du matin4 ,mais le dbit des puits tait si lent que ce travail n'tait pas achev le soir4 ,au milieu de la nuit1 les ,sngalais et les ,maures tiraient encore de l'eau4 ,fort heureusement1 le premier quartier de la lune tait assez avanc et une molle clart enveloppait la terre4 ,je ne pouvais dtacher mes yeux du petit groupe que faisaient nos gens4 ,pour gagner du temps1 un ,maure tait descendu au fond du puits et il remplissait la main les sacs en peau de mouton1 qui servent au dsert tirer l'eau4 ,on entendait sa voix souterraine laquelle rpondaient les appels de ses camarades rests sur le sol4 ,les moutons1 auprs des abreuvoirs en cuir1 blaient et ils se pressaient et se battaient avec la tte4 ,tout ainsi1 la mme nuit et la mme lune taient jadis sur ,sichem3 ,les frres de ,joseph allrent ,sichem1 pour y faire patre les troupeaux de leur pre4 ,et ,isral dit ,joseph3 ,vos frres font patre nos brebis dans le pays de ,sichem2 venez1 que je vous envoie vers eux4 ,et la mme citerne tait dans le mme dsert3 ,ruben les ayant entendus parler ainsi1 tchait de le tirer d'entre leurs mains1 en disant3 ,ne lui tons point la vie4--,ne rpandez point son sang1 ajouta ,ruben1 mais jetez-le dans cette citerne qui est dans le dsert444 99 99 99 99 99 ,a deux heures du matin1 tout tant prt1 nous montmes chameau4 ,la lune tait trs basse et ne donnait plus qu'une clart incertaine4 ,nous franchmes l',amatlich par la passe facile de ,tizgui4 ,il faisait tout fait noir1 quand nous pntrmes dans la plaine de l',am ,khacir4 ,un vent froid s'tait lev qui nous glaait les veines1 et nous restions engourdis sur nos selles1 ne pensant rien et ne sentant mme plus nos corps4 ,enfin1 une aube mortelle se leva2 elle n'veillait nul chant d'oiseau1 ne secouait nul sommeil444 ,et puis1 le soleil parut dans la solitude1 solitaire lui-mme1 et point accompagn de ces feux et nuages et riches rayons et bruits des villages1 qui renaissent la vie dans l',angelus4 ,je mis pied terre1 laissant cheminer la colonne et ,sidia seul descendit1 qui se taisait4 ,j'tais le centre d'un immense cercle de dsolation1 et1 dans l'immobilit de tout1 hors du soleil qui grimpait allgrement la pente de l',orient1 je sentais en moi le sens des rvolutions clestes4 ,il me semblait1 debout au milieu du silence1 que l',ange tait prsent1 si la cloche ne l'annonait pas4 ,angelus nuntiavit ,mariae444 ,les tintements sont l-bas1 trs loin dans le ,nord1 et ici est l',ange1 et ici est la servante du ,seigneur4 ,ecce ancilla ,domini444 ,et les tintements eux-mmes sont ici1 voyageant et roulant travers le monde1 et aussi les cloches n'allant plus ,rome seulement1 mais infiniment plus loin1 jusqu' l'autre bout de la terre444 ,le cur d'un voyageur1 quand il a pass la nuit dans la ville1 ne peut pas rsister l'lan d'amour et de reconnaissance que fait le jour quand il parat4 ,je restai longtemps contempler l'horizon1 coutant natre en moi ce qu'il ne pouvait pourtant pas me donner4 ,quand je rattrapai la colonne1 le soleil tait dj haut1 et il tait l'heure de prendre enfin du repos4 ,le soir1 nous avanmes encore de dix kilomtres1 ce qui nous porta aux premires heures de la nuit4 ,nous tions arrivs dans une rgion de fortes dunes1 o je craignais que le guide ,ioouda ne se perdt4 ,aussi1 fis-je arrter la tte de colonne et allumer de grands feux avec les maigres herbes qui se trouvaient l1 pour guider l'arrire-garde de la colonne4 ,ces feux faisaient des figurations fantastiques dans la mer de sable o le hasard nous avait conduits4 99 99 99 99 99 ,le lendemain #aa1 nous partmes trois heures du matin4 ,les dunes cessrent bientt2 nous tions dans une plaine noire seme de petits cailloux4 ,a la lueur des toiles1 je voyais de petites montagnes s'grener notre gauche4 ,ioouda me dit qu'elles s'appelaient ,idjibitten4 ,je pus monter sur l'une d'elles1 lorsque le soleil se leva4 ,le terrain ressemblait une corce rugueuse lgrement souleve certains endroits1 et quelques pics dnuds rompaient la monotonie du paysage pour en accentuer l'infertilit4 ,tandis que j'essayais de placer ces montagnes sur le papier1 l'aide de la boussole1 j'coutais en moi les battements de mon cur abandonn lui-mme4 ,je remerciais ,dieu d'y avoir mis plus de choses qu'il n'en pouvait contenir1 et d'avoir ainsi daign m'avertir que ce qu'il cachait tait plus grand que ce qu'il montrait4 ,et pourtant c'tait cette force surnaturelle que j'avais si longtemps employe contre lui1 et c'tait de ,dieu mme dont je m'tais servi contre ,dieu6 99 99 99 99 99 ,a huit heures1 nous entrmes dans de nouvelles dunes1 allant ainsi toujours des sables aux cailloux et des cailloux aux sables4 ,quand la chaleur commena se faire sentir1 nous reposmes pendant quelques heures1 puis reprmes notre route4 ,nous marchions dans la plaine de sable1 plus htivement peut-tre1 car l'on commenait dsirer le point d'eau4 ,je calculais que1 depuis la veille1 nous avions d faire quatre-vingt-cinq kilomtres et que nous ne devions plus tre trs loin des puits1 ce qui tait dsirer1 car la provision d'eau s'puisait4 ,je songeais tout cela1 quand le guide ,ioouda vint prs de moi et me dit que les puits n'taient pas trs loin1 mais qu'il tait craindre que les hommes n'en pussent boire l'eau qui tait extrmement sale4 ,comme les tirailleurs marchaient tout prs derrire moi1 je craignis que les paroles de ,ioouda ne leur fissent mauvaise impression1 et je donnai l'ordre au ,maure de se porter en avant4 ,quelques minutes aprs1 j'allai le rejoindre4 ,il me confirma ses craintes4 ,la nuit tait venue4 ,je contemplais la terre mauvaise1 et1 comme la mauvaise pouse1 infconde444 in terra deserta et invia1 et inaquosa444 ,et pourtant1 je n'avais nulle crainte1 sentant l',ange devant moi1 et non plus la colonne de feu1 mais une forme blanche1 plus visible que toutes les choses visibles et qui nous protgeait dans notre voie4 99 99 99 99 99 ,le lendemain matin1 nous partmes quatre heures4 ,nous avions fait une quinzaine de kilomtres1 quand nous atteignmes une immense plaine dont la surface se craquelait d'efflorescences salines3 c'tait la ,sebkhra de ,bouaga4 ,ioouda me montra l'horizon une ligne blanche qui tremblait3 ,les oglats61 me dit-il4 ,au bout d'une heure1 nous mettions pied terre4 ,nous tions l'extrmit de la ,sebkhra1 et il semblait que ce ft aussi l'extrme bordure du monde1 tant la drliction de ces lieux tait grande4 ,vingt trous de faible diamtre semaient le sol4 ,je fis tirer de l'eau de l'un d'eux et je la gotai1 elle tait tellement sale que je faillis en avoir le cur brouill4 ,je ne marquai rien de mon inquitude et me fis donner de l'eau d'un oglat voisin2 cette eau tait mauvaise1 mais elle n'avait pas le mme got que celle du premier oglat4 ,je ne me dcourageai pas et continuai mes expriences4 ,enfin1 au sixime oglat1 je m'aperus que l'eau tait excellente4 ,j'allai aussitt rassurer les tirailleurs qui avaient suivi mon mange avec un peu d'inquitude et nous allmes1 pleins de joie1 installer le camp une centaine de mtres de l4 99 99 99 99 99 ,dans cette vie qui n'est faite que de dparts et d'arrives1 il n'est qu'exaltations et recueillements4 ,tel est le double jeu de l',afrique1 tel est le double mouvement dans l'ordre de l'action et dans l'ordre du rve1 auquel nous sommes soumis4 ,les jours qui suivirent mon arrive ,bouaga1 je fus trs occup par les rquisitions de vivres1 que j'avais faire1 et par l'envoi de diverses reconnaissances importantes4 ,pourtant1 m'aventurant dans cette immense mer de sable o crot le hd mtallique1 l'herbe chre aux chameaux1 je rentrais en moi-mme1 j'essayais de saisir le sens de mon action1 je veux dire de ce perptuel effort o j'tais1 et nanmoins de ce droulement continu que je savais bien ne pas ordonner tout seul4 ,sincrit que l'on a difficilement en ,europe1 ici toute franche et simple1 et bien allante4 ,et quelle joie de se rveiller dans de jeunes matins et de s'endormir dans de jeunes soirs1 plus jeune soi-mme et plus confiant1 et non pas craignant la reconnaissance en nous de l',absolu1 mais au contraire l'appelant de tout notre cur enfin guri6 ,crpuscules de batitude1 c'est vous que l'on doit de se sentir encore capable d'adoration et d'tre comme ,isral attendant l'arrive du ,seigneur3 ,a custodia matutina usque ad noctem1 speret ,isral in ,domino4 ,et voici que nat du dsert la connaissance d'un adorable mystre4 ,car cet espoir de ,dieu1 peine est-il form qu'il est dj ralis1 et peine cesse-t-on de le former qu'il cesse de se raliser4 ,et la connaissance de ,dieu n'est que l'espoir1 sans cesse irralis1 de ,dieu4 ,je ne te chercherais pas1 si je ne t'avais trouv1 et je cesserais de te trouver si je ne te cherchais plus4 ,a peine ce faible et vacillant dsir est-il n1 non pas simple et volontaire1 mais obscur et spontan1 que dj l'objet du dsir apparat et que dj le but devient volontaire et connu4 ,chercher ,dieu n'importe plus1 puisque la recherche est elle-mme la trouvaille4 ,au ,sud de ,bouaga1 il est d'immenses montagnes de sables meubles1 dont les profondeurs striles n'ont point encore t pntres4 ,de mon camp1 j'en voyais les premires ondulations et je me rptais leur nom dfendu4 ,l',aouker6 ,beau mot harmonieux et de grande tentation6 ,le #ah1 j'allai avec quelques compagnons au puits de ,sbaa1 afin de relier ,bouaga ce point connu du ,trarza4 ,sbaa est un lieu de grande circulation4 ,quand j'y arrivai1 des ,ouled ,cheickh remplissaient d'eau leurs peaux de bouc4 ,je vis aussi un vieil ,el ,hadj qui avait sa tente non loin du puits et qui faisait boire ses bufs4 ,un convoi1 charg d'toffes et de sucre et destin au vieux commerant ,yezid1 passa1 se rendant ,atar4 ,j'appris que des fractions importantes d',idechilli se trouvaient au ,sud de ,sbaa1 dans l',aouker1 et je rsolus de m'y rendre1 avant de rentrer mon campement de ,bouaga4 99 99 99 99 99 ,le jeune homme qui me servait de guide1 me conduisit donc le lendemain au campement d',eli ,oued ,alouibib1 vieux chef de la famille des ,ouled ,silla4 ,ce vieux ,maure en robe blanche1 croyant que je ne le comprenais pas1 reprocha vivement mon guide de m'avoir conduit auprs de lui4 ,sur quoi1 je pris la parole1 et je lui dis mon tonnement de voir un musulman manquer aux lois de l'hospitalit4 ,eli1 tonn de m'entendre parler maure1 se confondit en excuses et me fit apporter sur l'heure deux tentes1 du lait et deux moutons gras4 ,je passai la journe causer avec les chefs des ,idechilli1 que j'avais fait venir des environs4 ,ces gens possdent de beaux troupeaux de moutons1 qu'ils ne mnent au puits de ,sbaa que tous les dix jours4 ,il est vrai que le pays o nous sommes est tapiss d'herbes de toutes sortes1 et que la qualit du pturage permet aux animaux de se passer d'eau4 ,je quittai les ,idechilli le lendemain1 et marchai toute la journe assez vive allure4 ,nous longions la bordure de l',aouker1 laissant notre droite des dunes imposantes et o dj la vgtation avait cess1 et nous-mmes nous cheminions dans des sables peine onduls1 dont un arbre maigre venait de loin en loin couper la monotonie4 ,la journe tait charmante1 semblable un peu celle d'un automne de ,france1 et nous nous laissions aller l'amble gal des chameaux1 voyant fuir sous nos pas le sol lger1 oubliant nos affaires et nos soucis4 ,et l'air avait un got si fin1 un tel bouquet de navet qu'il semblait mme capable d'effacer le pch4 ,les hommes de mon escorte chantaient1 et moi1 je ne chantais point1 mais priais1 comme ainsi me l'avait appris l',afrique4 99 99 99 99 99 ,j'arrivai mon camp1 le #bb4 ,il n'y avait que quatre jours que je l'avais quitt1 et pourtant mon cur battit1 quand je revis de loin nos tentes perdues dans l'akl1 puis les mitrailleuses qui surmontaient deux petits monticules de sable1 puis les hommes1 mes chers compagnons du tour d',afrique1 accourant tous vers moi1 tandis que des femmes poussaient1 selon l'usage1 des cris stridents4 ,c'est ces heures-l que l'on sent comme tout est li dans une troupe1 et quel est ce lien indicible qui noue et enchane1 plus fort que l'amiti et plus fort que l'amour4 ,et ce n'est ni de l'amour paternel1 ni de l'amour filial1 ni de l'amour fraternel1 mais c'est un autre amour qui n'a pas t dit1 un autre amour qui balaie le reste1 ne laisse plus rien aprs lui4 ,qui dira comment ,napolon a aim la vieille ,garde8 ,je ne devais pas rester longtemps ,bouaga4 ,a peine avais-je termin mes affaires que le capitaine ,b4 me convoquait ,hassei ,tob1 puits peu loign de la barrire de l',adrar et o le capitaine tait install depuis quelques jours4 ,le #bf au soir et le #bg1 je franchis les vingt lieues qui me sparaient d',hassei ,tob4 ,cette route peut tre coupe en son milieu par le puits d',aguielt en ,neuz1 qui veut dire en arabe le petit puits de la moiti4 ,au del d',aguielt en ,neuz1 on suit pendant de longues heures une immense plaine--un de ces rags noirs qui sont la plus grande figuration d'ternit qui soit4 ,je m'y reposai quelques heures1 me laissant griser par le vent1 tandis que mes partisans dormaient dans le grand incendie de midi4 ,ah6 qu'il n'y faut point dormir1 qu'il n'y faut point oublier les heures1 dans cette terre divine qui ne nous cache rien6 ,tout debout1 je ne vois dans la plaine nul recreux1 nul coin secret1 mais au contraire cette grande franchise sans dtours que hait le dmon4 ,la terre se montre toute1 sans ambages1 sans feintes1 sans fourberie ni cafardise4 ,et nul coin ne s'y voit o le pch se puisse cacher4 ,deux jours aprs1 je repassais par cette mme plaine1 mais je ne m'y arrtais pas4 ,je devais retourner dans les campements de l',aouker pour y procder l'arrestation d'un chef qui venait de nous donner des preuves de son infidlit1 et il me fallait franchir toute allure les cent quatre-vingts kilomtres qui me sparaient des campements4 ,le #c dcembre enfin1 je rentrais mon camp1 mais c'tait pour dire adieu ,bouaga2 je venais de recevoir l'ordre de me rendre le plus tt possible ,tijikja1 pour y prendre part la colonne de ,tichitt4 ,je voulus voir une dernire fois le soleil se coucher sur la ,sebkhra dserte1 et je m'loignai du camp1 affam de grandeur et de solitude4 ,tandis que je franchissais les petites dunes o tombait l'ombre1 je repassais dans ma mmoire les vnements des derniers jours1 voulant faire mon bilan et calculer les tapes4 ,mais non6 ,il ne le faut pas4 ,quand j'arrivai dans la plaine rugueuse1 toute semblable un grand lac dessch1 et o le soleil crachait d'immenses gerbes de lumire sereine1 dans ce grand frissonnement de la terre qui elle-mme va sombrer dans l'oubli1 je descendis1 frissonnant aussi1 au fond de mon me1 rejetant le sophisme et l'quivoque et regardant bien en face le crpuscule444 ,nous en avons assez fait1 nous avons assez roul et pein sur les routes1 pour que1 maintenant1 nous n'ayons plus peur de nous-mmes4 ,nous avons conquis nos grades dans la batitude et il faudra bien qu'on nous laisse la paix avec les preuves et les syllogismes1 et les inductions et les dductions4 99 99 99 99 99 ,maintenant1 ce n'est point prouver ,dieu que nous allons occuper nos heures1 mais tcher de le rencontrer4 ,ce n'est point le chercher que nous allons nous employer1 mais le trouver4 ,amem non inveniendo invenire1 potius quam inveniendo non invenire te6444 ,voici un grand soleil et une terre simple1 et nous devons faire notre me leur image1 claire et simple4 ,voici une plaine silencieuse et nue1 et comme elle notre me sera silencieuse et nue1 pour qu'elle entende ce grand bruit et cette grande prsence qui y taient444 ,et maintenant1 prions aussi1 tout petits et sincres devant sa ,face3 ,o mon ,dieu1 je n'aurai plus peur de ,votre lumire1 maintenant que j'ai vu cette lumire1 et je n'aurai plus peur de moi-mme1 puisque je sais que ,vous tes en moi-mme4 ,je ne ,vous connaissais pas1 parce que je voulais ,vous prouver et maintenant je ,vous connais parce que je ne peux plus ,vous prouver4 ,et pendant que je ne ,vous connaissais pas1 ,vous tiez en moi pourtant1 et pendant cette grande drliction o j'ai t de tous ,vos ,sacrements1 pendant cette longue nuit1 ,vous prpariez pourtant l'avnement de cette lumire surnaturelle4 ,je ,vous connais1 mon ,dieu1 parce que1 simplement1 il ,vous a plu de ,vous faire connatre4 ,je ,vous connais par ce qui est inconnaissable en ,vous4 ,je ,vous connais par ,vos mystres inconnaissables qui sont la ,sainte ,trinit1 l',incarnation1 la ,rdemption4 ,voil les preuves que ,vous avez daign m'envoyer4 ,o mon ,dieu6 ,pardonnez-moi ce grand mensonge o j'ai vcu1 puisque je sentais bien en moi cette force intrieure qui me guidait dans la vie1 et que je ne voulais pas ,vous la reporter4 ,pardonnez-moi cette ingratitude o j'ai t de ne pas ,vous restituer ce qui ,vous appartenait en moi1 et que cette voile que gonflait l'idal n'ait point appareill vers ,vous4 ,pardonnez-moi cette lchet d'avoir cru l'amour1 sans avoir cru ,votre ,amour1 la loi1 sans avoir cru ,votre ,loi1 la bont1 sans avoir cru ,votre ,bont4 ,pardonnez-moi cette flonie1 d'avoir contempl l'ocan de la lumire et de ne m'y tre pas aventur1 et d'avoir hsit au bord de l'ternit que ,vous m'aviez donne4 ,pardonnez-moi ce grand orgueil d'avoir voulu ,vous tudier1 avant que de ,vous aimer1 et d'avoir voulu ,vous connatre1 ce qui tait1 en quelque manire1 cesser de ,vous connatre4 ,vespertina oratio ascendat ad te1 ,domine4 ,et descendat super nos misericordia tua 7,office des vpres du samedi1 ,v4 et ,r4 de l'hymne3 ,jam sol recedit igneus74 ,,chapitre ,,ix ,,op,,rations ,,autour ,,de ,,tichitt ,je gotai un vritable repos moral sur la route qui me menait ,tijikja4 ,j'tais dbarrass des soucis d'un lourd commandement4 ,je n'avais avec moi que quelques compagnons fidles--ceux qui ne devaient pas me quitter1 jusqu' mon retour en ,france4 ,nous passions de longues heures causer1 et ce dlassement tait d'un ton assez aristocratique pour qu'il pt tre en mme temps de quelque profit4 ,les problmes de la vie religieuse tourmentent les ,maures4 ,sidia les abordait souvent1 soit qu'il me vantt les beauts de sa foi1 soit qu'il me questionnt sur mes propres croyances4 --,je sais1 me dit-il un jour1 qu',issa est un grand prophte1 mais que dites-vous1 vous autres les ,nazarens1 son sujet8 ,je regardai ,sidia4 ,on sait qu',issa est le nom de ,jsus-,christ en arabe4 ,je n'hsitai pas une minute et je rpondis ,sidia3 --,issa1 mon ami1 n'est pas un prophte1 mais1 en toute vrit1 il est le fils de ,dieu4 ,peut-tre as-tu vu dans le livre qu'il est le fils de la ,vierge ,meryem1 qui le conut par la grce de l',esprit de ,dieu4 ,or1 quand il vint au monde1 des bergers vinrent l'adorer1 et des rois1 du fond de l',orient1 apportrent ses pieds des cadeaux prcieux2 car1 en effet1 il tait plus grand que les rois4 ,et ce ,roi des rois1 pendant trente ans1 resta cach1 attendant l'heure de sa mission1 et quand l'heure fut venue1 il annona la grande nouvelle que le rgne de ,dieu tait proche et que tout ce qu'il y avait de mal sur la terre allait tre dli4 ,mais il fallait de toute ternit que le sang de l',homme-,dieu coult1 pour que cette promesse ft accomplie4 ,aussi ,issa fut-il crucifi1 non point victorieux1 mais vaincu1 non point glorieux1 mais abaiss et bafou1 pour que les hommes fussent sauvs4 ,ds qu'il fut mort1 ,issa descendit aux ,enfers o il dlivra les mes des justes et d'abord celles des prophtes qui l'avaient prcd et annonc4 ,le troisime jour1 il ressuscita d'entre les morts1 et pendant quarante jours1 il se montra ses disciples dans son corps redevenu glorieux4 ,enfin il remonta au ciel o il est assis la droite du ,pre1 et d'o il reviendra juger les vivants et les morts1 au jour de la ,rsurrection4 ,je m'arrtai1 la gorge serre4 ,j'avais les yeux pleins de larmes4 ,car l'adorable histoire tait-elle la mienne8 ,avais-je donc le droit de m'en emparer1 de constater ,jsus-,christ1 sans y croire8 --,sidia1 continuai-je1 tu sais maintenant quel est le matre des ,nazarens4 ,apprends donc que pour le service de ce ,matre1 nous donnerions volontiers notre vie2 que toute notre force1 que tu admires1 nous vient de ,lui1 et que nous ne cessons de recourir ,lui1 comme notre ,pre bien-aim444 ,j'tais alors dans le plus trange tat d'esprit4 ,car je ne croyais pas que ,jsus-,christ ft le fils de ,dieu1 et je ne savais pas prier4 ,et pourtant1 je parlais du fond de ma conscience1 et il ne me semble pas que j'aie manqu de franchise4 ,que de larmes dlicieuses je devais verser plus tard1 au souvenir de ces heures troubles qui prcdent l'arrive de la ,grce6 ,a ce moment1 je savais bien que je mentais1 mais je savais aussi que j'eusse menti bien davantage1 si je n'avais pas confess la vrit de mon ,dieu4 99 99 99 99 99 ,le #be dcembre1 la ,nol1 aprs dix jours de route et dix jours d'attente au poste de ,tijikja1 je rejoignis le capitaine ,a41 sous les ordres duquel j'avais t plac4 ,il tait camp dans la paisible valle d',edderoum1 et il attendait dans cette oasis de verdure1 l'ordre de rejoindre la colonne qui tait en formation dans les environs du poste de ,tijikja4 ,ce fut une courte priode d'un calme dlicieux1 o nos esprits se recueillaient1 dans l'espoir des batailles prochaines4 ,car nous esprions bien que la prise de ,tichitt1 qui tait le but de la colonne1 n'irait pas sans coup frir et que nous aurions l'occasion d'y montrer nos vertus4 ,pour moi1 je passais de longues heures chasser la pintade et la perdrix qui abondaient dans ce coin privilgi du ,tagant1 et ce m'tait une occasion pour ressasser les penses qui m'taient familires4 ,ma vie misrable1 que je n'arrivais pas ordonner1 me faisait horreur--et d'autant plus que je pensais me battre bientt4 ,il me semblait qu'une bataille mle de prires devait tre la plus haute motion humaine1 et le point de jonction o nous pouvons atteindre l'infini4 ,au lieu qu'une bataille que ne domine pas le nom d'un ,dieu1 ne peut tre qu'une exaltation incomplte1 celle d'une partie seulement de notre beaut intrieure4 ,la passion guerrire nous enrichit1 mais aussi elle rveille en nous d'autres instincts1 elle nous rend insatiables1 nous fait dsirer de nouvelles richesses spirituelles4 ,ds que l'on fait un pas hors de la mdiocrit1 l'on est sauv1 l'on est assur de ne plus s'arrter dans la voie du perfectionnement intrieur1 o l'on s'est imprudemment engag4 ,celui qui est assoiff d'hrosme devient vite assoiff de divin4 ,il est embarqu dans l'absolu1 qu'il soit terrestre ou qu'il soit cleste1 et il ne peut plus que se soumettre humblement tout ce qui est imprissable dans le monde4 ,je sentais confusment la beaut d'une prire1 lorsqu'elle prcde une victoire et la beaut d'une victoire1 lorsqu'elle suit une prire4 ,mystrieuses correspondances que1 seule1 la logique du cur peut expliquer4 ,on n'empchera pas que l'hymne ambrosien n'appartienne aux soldats4 ,pntr de ces penses1 je ne pouvais qu'appeler mon aide le ,dieu des armes et le supplier de se manifester moi4 ,une fois que je m'tais aventur assez loin1 je connus une de ces minutes qui restent ineffaables dans la vie4 ,dans la chaleur bruissante de midi1 je cherchais un peu d'ombre4 ,j'avais err longtemps dans les rochers qui dominent la valle4 ,enfin1 dans le lit jamais dessch de l',oued1 un arbre assez pais m'invita au repos4 ,autour de moi1 tout tait si mlodieux1 si assoupi1 qu'il me semblait tre en cette terre comme en un berceau4 ,lorsque je fus sous l'arbre1 je tombai genoux4 ,c'tait la premire fois de ma vie--mais le geste1 si nouveau pour moi1 m'avait t command de trs loin et toute rsistance et t impossible4 ,dans mon frle abri1 je me sentais infiniment bien pour adorer la puissance qui me courbait et lui exposer avec franchise les besoins de mon cur4 ,en mme temps1 je savais de toute certitude que ces besoins seraient satisfaits1 que ces dsirs seraient exaucs1 et au del4 ,j'tais bien sr que je serais un jour catholique et je ne ressentais qu'une impatience sans nervosit1 du bonheur qui m'tait promis4 99 99 99 99 99 ,je n'ai pas travers de crise en ,mauritanie4 ,nul drame intrieur4 ,nul dchirement4 ,nulle anxit4 ,une attente calme1 appuye sur la certitude que les ,sacrements sauraient bien me donner plus tard la foi qui me faisait dfaut4 ,parfois1 je maudissais les dsordres de ma vie1 mais je me disais aussitt3 ,cela aussi sera guri4 ,je rougissais de ma faiblesse dans la vie1 mais aussitt je me disais3 ,je serai fortifi4 ,je tremblais d'tre si abandonn dans la vie1 mais aussitt je me disais3 ,une main se tendra vers moi1 un jour4 ,et mon cur battait se rompre1 quand je pensais ce que pourrait tre ce jour-l4 ,nulle impatience de la vrit4 ,si ,dieu existe1 me disais-je1 il ne manquera pas de me le faire connatre1 il prendra ma bonne foi en considration1 et pourvoira au reste4 ,et1 en effet1 celui qui ne s'est jamais pos la question ne peut tre sauv4 ,mais celui qui s'est demand une seule fois o tait la vrit1 est sr qu'il la possdera un jour4 ,la ngation bte et brutale ne mne rien4 ,mais ds que la question est pose1 elle est dj peu prs rsolue4 ,je ne voyais de beaut que dans le christianisme1 je ne pouvais pas penser que la beaut ft ailleurs que n'est la vrit4 ,ce qui nous touche dans le monde antique1 c'est son attente du ,dieu inconnu4 ,c'est ,cicron invoquant l'heure de sa mort la cause des causes1 causa causarum4 ,c'est ,platon dcrivant le juste qui viendra3 ,fouett1 tortur1 mis aux fers1 on lui brlera les yeux2 enfin1 aprs lui avoir fait souffrir tous les maux1 on le mettra en croix444 ,et parlant encore de la puret de l'me et du corps1 c'est ,snque disant3 ,notre ,dieu et ,notre ,pre4 ,et3 ,que la volont de ,dieu soit faite4 ,c'est ,virgile annonant le sicle qui va venir3 ,adspice1 venturo laetantur ut omnia saeclo4 ,c'est ,properce parlant le premier dans le monde latin de la piti4 ,ce qui nous touche dans l',islam1 c'est la part de vrit ternelle qu'il maintient4 ,c'est la part qui lui est revenue du grand hritage judaque4 ,et c'est qu'il est1 comme le dit ,nicole1 une secte chrtienne--vue profonde dont on est bien assur1 lorsque l'on vient de lire le ,koran dans les terres mmes des ,musulmans4 ,ainsi1 tout nous presse1 tout nous donne de l'espoir1 de l'assurance4 ,de tous cts nous sommes fortifis4 ,mille reconnaissances lointaines nous mettent en scurit1 et nous permettent d'attendre dans l'amour1 la conjonction fatale de toute la beaut avec toute la vrit4 99 99 99 99 99 ,sur la route de ,tichitt1 #aj ,janvier4--,rien ne prpare mieux l'hrosme que la confusion ordonne d'une colonne4 ,on prend vite got manier l'outil humain--l'on se dit vite que rien n'est interdit au soldat4 ,quand on va1 de l'extrme arrire-garde la pointe de l'avant-garde1 et que l'on dpasse successivement le long convoi1 l'infanterie qui s'grne en deux minces colonnes1 l'tat-major du commandant de la colonne1 les pelotons de mharistes monts sur leurs lourds chameaux1 on aperoit ce qu'est l'unit dans la dispersion4 ,chacun se sent sa place1 bien adapt l'effort qui lui est demand1 il bnficie d'une vertu suprieure chaque individu et que chaque individu contribue pourtant faire natre4 ,le capitaine ,b41 les lieutenants ,b4 et ,m41 avec leurs units mharistes1 sont partis ce matin pour ,tichitt en reconnaissance d'avant-garde4 ,nous avons march pendant onze heures dans une plaine noire1 o ne poussent que quelques maigres pineux4 ,le #aa1 nouvelle marche de onze heures4 ,nous continuons suivre le rag monotone de la veille4 ,a #d heures du soir1 nous arrivons aux puits de ,oumoula ,ouitgat4 ,la colonne s'organise lentement1 prenant le dispositif de bivouac2 des sous-officiers courant en tous sens2 sous une tente1 une voix brve dictant des ordres2 un groupe d'officiers causant debout444 il n'en faut pas plus pour avoir une image de la guerre et se sentir vritablement en campagne4 ,aussitt mille folies1 les plus belles du monde1 renaissent en nous4 ,on voudrait jouer sa vie sur un coup de sabre1 se mesurer avec la destine et connatre ces heures o l'on vit familirement avec la mort4 99 99 99 99 99 ,le lendemain1 ,ganeb4--,dans l'tincellement de midi1 nous avons eu une vision magnifique4 ,le rag que nous suivions depuis deux jours se transforme en dunes1 d'o l'on domine vers le sud l'immense ocan rose de l',aouker4 ,a gauche1 on voit la barrire rocheuse du ,seun1 oriente de l'est l'ouest1 et ses pieds1 le ,baten1 la plaine troite qui spare la muraille abrupte des dunes4 ,nous descendons la batha ,touga1 puis la pente sablonneuse entre jusque dans le ,baten que nous dominions tout l'heure4 ,ganeb est une petite oasis situe dans une ,sebkhra circulaire4 ,le dsert la ceint troitement1 le dsert des sables au sud1 le dsert des rocs au nord4 ,les puits sont lgrement sals4 ,la journe est consacre l'abreuvoir des chameaux et au remplissage des peaux de bouc qui contiendront l'eau de la colonne jusqu' ,tichitt4 ,le #ac1 nous recevons l'ordre de franchir le ,seun et de flanquer sur le rebord du plateau1 le gros de la colonne qui longera le ,baten4 ,nous nous dirigeons vers le dfil de ,foum ,hajar1 tout proche de ,ganeb1 qui nous permettra d'atteindre l',adafer4 ,ce dfil semble taill coups de hache dans le sein de la montagne4 ,on monte pic travers des boulis de rocs1 en suivant de sombres prcipices1 qui mettent une note romantique dans la terre classique des larges horizons4 ,a cinq heures du soir1 nous sommes hauteur d',el ,boyyeur4 ,c'est l que se termine le ,seun4 ,la barrire s'affaisse insensiblement1 se perd dans les sables de l',aouker4 ,de loin1 on aperoit le ,zahar ,tichitt1 et plus prs1 sur notre droite1 la montagne isole de ,zik4 ,le #ae1 vers huit heures1 nous sommes au ,nord du ,zahar-,tichitt dont nous laissons les rocs sur notre droite4 ,le terrain est couvert de dunes fatigantes pour les chameaux4 ,vers trois heures1 le capitaine ,a4 reoit un courrier4 ,il en prend connaissance1 arrte la petite colonne1 fait mettre les hommes en cercle autour de lui1 et1 dans un silence solennel1 il fait connatre les nouvelles qu'il vient de recevoir4 ,le capitaine ,b41 les lieutenants ,b4 et ,m41 sont arrivs ,tichitt le #ac janvier1 huit heures du matin4 ,le drapeau vert flottait sur la mosque4 ,il y eut un engagement heureux pour nos armes4 ,l'ancien sultan de l',adrar1 ,sid ,ahmed ,oued ,ada1 a t bless et fait prisonnier4 ,les principaux chefs des dissidents ont t tus4 ,a la suite de l'engagement1 nous sommes entrs dans le ,ksar4 ,le drapeau vert a t enlev et remplac par le drapeau franais4 ,les dissidents se sont enfuis vers l',est1 dans la direction d',angi4 ,b4 est sur leurs traces avec son peloton mhariste444 ,le capitaine ,a4 a termin son rcit4 ,il remarque la mine abattue de ses tirailleurs sngalais1 navrs de n'avoir pas t au combat4 ,il leur dit alors que tout n'est pas termin1 qu'ils auront encore l'occasion de se battre et qu'ils ne doivent pour l'instant que se rjouir du succs de leurs camarades4 ,l-dessus1 la colonne se reforme et reprend la route de ,tichitt1 que nous atteindrons vers le soir4 ,l'motion d'une belle heure franaise a rompu la monotonie de la route4 ,nous courons plus joyeusement vers la ville o1 depuis le matin1 flottent les trois couleurs4 ,ce soir-l nous semble un de ces soirs d'apothose en qui se ramasse tout le pass1 qui efface par sa plnitude tant d'heures mdiocres1 tant d'heures dgrades4 ,la beaut du dcor nous aide encore4 ,de longs arpges sahariens nous bercent de gloire4 ,l'air est profond4 ,l'on sent toute la force jeune du soleil4 ,autour de soi1 tout est magnifique4 ,ce n'est pas une terre en guenilles4 ,c'est un jeune seigneur qui ne fait rien et qui s'ennuie4 ,tout l'enivrant parfum de la vie se ramasse en nous3 la jeunesse1 la gloire1 l'amour du nom franais1 la fiert444 ,tout coup1 j'arrte mon chameau4 ,me voici sur le haut d'une dune1 et1 mes pieds1 une plaine s'tale4 ,une longue trane verte y sinue3 c'est la palmeraie de ,tichitt4 ,non loin1 le ,ksar parat1 firement pos sur son assise de rocs4 ,derrire moi1 le soleil lance ses dernires flammes dans le silence magnifique du ciel4 ,et j'aperois sur l'unique tour de la ville1 la tour de la mosque1 un point qui tremble1 un petit point o mon regard s'accroche intensment4 ,le cur brlant d'amour1 de respect1 je salue cette petite chose1 toute seule dans le soir1 et qui a pouss l1 comme une fleur cleste dans l'exil4 99 99 99 99 99 ,deux jours plus tard1 je suis envoy en reconnaissance avec une vingtaine de partisans maures4 ,j'emmne avec moi le marchal des logis ,zmori ben ,sliman et un guide1 ,ideboussat4 ,ds que nous avons dpass la palmeraie de ,tichitt1 nous entrons dans les dunes de l',aouker4 ,cette immense mer de sables s'tend sur des lieues et des lieues4 ,les pturages y sont assez beaux1 mais il n'y a pas de points d'eau4 ,aussi les ,maures ne s'aventurent-ils qu'avec prudence dans ces sables de la soif1 o plus d'un voyageur imprudent est tomb4 ,nous nous arrtons vers le soir4 ,nous sommes sur les traces du campement de ,chorfa que j'ai mission d'arrter4 ,le lendemain matin1 dpart4 ,je rencontre un ,rean dissident4 ,il est porteur d'une lettre destination de ,tichitt4 ,il me dit que le campement des ,chorfa1 d'o il vient1 tait depuis trois mois dans l',habara1 rgion de l',aouker situe au sud-est de ,tichitt4 ,le #ac1 ces ,maures passaient hauteur de ,tichitt1 entendaient les coups de fusil1 et s'enfonaient aussitt dans le sud-ouest4 ,la lettre arabe que porte le ,rean est de la femme du chef1 ,fatma ,mint ,allal1 son beau-frre ,cherifou1 marabout influent de ,tichitt4 ,j'emmne avec moi le ,rean4 ,le #ag1 dpart six heures du matin4 ,a quatre heures1 nous atteignons le campement des ,chorfa1 en fuite depuis une huitaine de jours4 ,il comprend trois membres de la pieuse famille des ,ahel ,cherref1 trois ,rean dissidents1 sept femmes ,chorfa1 quinze femmes ,rean1 de nombreux enfants1 deux petites captives rcemment reues par le chef1 un beau troupeau de moutons et une vingtaine de chameaux4 ,les ,ahel ,cherref donnent une impression que l'on prouve rarement dans les pays maures3 celle du vrai fanatisme4 ,le nab ou chef1 ,bakhiallah1 est un illumin1 indiffrent tout1 plong toute la journe dans la lecture des livres sacrs4 ,je le fais venir devant ma tente1 pour tcher d'obtenir de lui les renseignements que j'ai mission de recueillir4 ,il arrive1 firement drap dans sa gandourah blanche2 il fixe sur moi un regard dur1 s'assied en murmurant les prires qui ne cesseront d'agiter ses lvres pendant tout l'entretien4 ,au bout d'une demi-heure1 il se met grener le chapelet qu'il tient entre ses doigts4 ,je me fche4 ,sans mot dire1 il s'arrte1 levant sur moi ses grands yeux noirs qui brillent comme des charbons4 ,cet homme intraitable ne veut rien me dire d'intressant4 ,aprs l'avoir congdi1 je dpche ,sidia dans le campement4 ,je pense que grce sa pit1 sa race illustre1 il y recevra bon accueil4 ,je le charge d'aller causer avec la femme du chef1 ,fatma ,mint ,allal4 ,cette femme a une grande influence parmi les ,maures4 ,elle passe pour avoir la baraka1 ainsi d'ailleurs que mon ,bakhiallah4 ,tous deux sont grandement vnrs1 mme par nos partisans4 ,cette circonstance rend toute enqute fort difficile4 ,pourtant1 grce ,sidia1 j'ai pu obtenir des renseignements prcieux4 ,les gens du campement m'ont apport sans difficult1 les jattes de lait et les tentes que je leur avais demandes4 ,mais on sent qu'ils subissent la force1 sans l'accepter4 ,le #ah1 deux heures du soir1 nous partons dans la direction de ,ganeb1 o j'ai reu l'ordre d'amener le campement4 ,j'arrive en ce point le lendemain matin4 ,j'installe le campement des ,chorfa et le mien sur le haut des dernires dunes de l',aouker1 trois kilomtres des puits1 proximit d'un petit pturage d'arbres1 o nos chameaux et les moutons de la tribu pourront subsister quelques jours4 ,la patrouille envoye l'arrive pour reconnatre la palmeraie et ses abords1 ramne un ,nemadi qui s'tait enfui devant elle4 ,cet homme avait un compagnon que mes gens n'ont pu atteindre4 ,il venait de cacher son fusil prs du puits4 ,la patrouille signale en ce point un rassemblement de moutons4 ,j'envoie aussitt quelques ,maures qui ramnent les moutons1 avec une douzaine de chameaux et quatre guerriers ,rean1 dont la tribu vient d'tre razzie par le brigadier algrien ,eddin1 en reconnaissance dans l',adafer4 ,je garde tout ce monde avec moi4 ,le #bj1 au matin1 je fais faire l'abreuvoir de nos chameaux qui n'ont pas bu depuis huit jours4 ,le ,nemadi poursuivi hier revient de son plein gr mon camp4 ,il se prsente avec un attelage de six chiens magnifiques4 ,j'avais souvent entendu parler des chiens ,nemadis1 mais je n'en avais jamais vu4 ,ils constituent la seule richesse de cette trange tribu qui ne vit que de la chasse1 et ne ressemble en aucune faon aux autres ,maures4 ,ces ,nemadis ont la rputation de gens sans religion1 mais qui peuvent rendre de grands services1 grce leur connaissance du pays1 leur agilit prodigieuse la course et leurs qualits cyngtiques4 ,il faut1 pour cela1 les mettre en confiance et leur laisser leur libert1 quoi ils tiennent par-dessus tout4 ,les partisans occups l'abreuvoir1 rapportent un renseignement intressant4 ,ils ont vu des ,rean qui leur ont signal le passage1 proximit de ,ganeb1 d'une troupe de ,ouled ,ghelan avec qui le brigadier ,eddin a chang des coups de fusil dans la matine du #ae4 ,je dcide aussitt de les poursuivre4 ,les chameaux sont rappels de l'abreuvoir et nous partons au dclin du soleil4 ,le ,nemadi1 ,mohammed ,oued ,m',hamed1 me sert de guide et court devant nos chameaux1 pour suivre les traces du razzi1 d'ailleurs trs difficiles retrouver dans les pierres noires du rag4 99 99 99 99 99 ,le #bj au soir1 la veille de nous battre4 ,nous nous sommes arrts neuf heures1 les traces devenant impossibles suivre cause de l'obscurit4 ,tout le monde se couche en silence4 ,zmori et moi1 nous dnons d'une bote de viande conserve1 car j'ai1 naturellement1 dfendu d'allumer le moindre feu4 ,la sentinelle rde autour des dormeurs appesantis par la fatigue4 ,je m'tends sous les toiles4 ,cette nuit est la plus belle de toutes4 ,je ne ressens qu'un bien-tre trange1 je suis dans l'ocan de la batitude ternelle1 tout prs de ,dieu1 qui a dj inscrit des noms sur le ,livre4 ,quels sont ceux qui sauront demain l'blouissante vrit8 ,lesquels1 parmi ceux-ci1 iront apprendre la grande nouvelle8 ,il me semble que ma joie est noble1 que mes yeux1 comme la veille de mourir1 voient plus clair4 ,n'est-il pas doux d'tre de ceux qui dfendent la vertu et les autels8 de ceux qui attendent les miracles1 aiment la mort1 tout ce qui dpasse l'horizon born de la vie8 ,j'ai dj connu des veilles de bataille4 ,aujourd'hui1 pour la premire fois1 je me prends murmurer3 ,que votre volont soit faite1 ,seigneur1 et non la mienne444 99 99 99 99 99 ,le #ba1 quatre heures du soir4 ,j'accompagne sa dernire demeure mon compagnon d'armes1 ,sid ,ahmed ,oued ,dehlil4 ,son corps si maigre est enroul dans une blanche gandourah qui colle1 rouge de sang1 ses cts4 ,la tombe est creuse dans une crique pierreuse que domine la haute masse du ,seun4 ,quelques partisans m'accompagnent4 ,ils sont altrs1 ruisselants de sueur4 ,nos chameaux sont loin d'ici et1 depuis le matin1 nous n'avons pas une goutte d'eau4 ,tous se taisent1 mais d'puisement1 non de douleur4 ,deux hommes dposent ,sid ,ahmed dans le trou4 ,puis ils jettent de la terre1 le recouvrent d'un petit monticule de pierres444 ,il faut partir1 remonter le ,seun1 rejoindre nos animaux4 ,avant de quitter l'humble tombe1 les partisans disent adieu leur ami1 chacun l'un aprs l'autre1 et j'entends la mme phrase1 faiblement prononce1 mais qui sonne clair dans cette plaine de mort3 ,ouaddtek el ,moulna1 ,sidi444 ,que notre ,seigneur t'accompagne1 ,sidi444 ,ouaddtek el ,moulna1 ,sidi444 ,et moi1 le dernier3 ,ouaddtek el ,moulna1 ,sidi444 99 99 99 99 99 ,il me semble que ,joseph de ,maistre nous fait faire un grand pas1 quand il prouve que le paganisme ne contenait que des vrits1 mais des vrits corrompues4 ,car si l'on suit cette dmonstration un peu loin1 on reconnatra que l'homme n'a pas une seule ide qui ne corresponde quelque ralit et qu'ainsi ,dieu est prouv par la seule ide que l'on a de ,lui4 ,mais ,j4 de ,maistre nous touche davantage1 quand il reconnat dans le dogme paen des sacrifices1 la grande ide du salut par le sang4 ,ce que nous admirons dans la ,rdemption1 c'est le couronnement infiniment surnaturel de cette ide naturelle1 insre depuis la cration du monde dans les fibres mmes de l'humanit4 ,or1 aujourd'hui mme1 un champ de bataille n'est-il pas l'image temporelle de la miraculeuse grandeur du sacrifice8 ,si nous croyons la vertu du sang rpandu au ,calvaire1 comment ne croirions-nous pas1 d'une manire analogique1 la vertu du sang rpandu pour la patrie8 ,la vertu de ce sang-l est aussi certaine dans l'ordre naturel1 que la vertu de l'autre1 dans l'ordre surnaturel4 ,oui1 nous savons que le sang des hosties offertes la patrie1 nous purifie4 ,nous savons qu'il purifie la ,france1 que toute vertu vient de lui1 que sa vertu est infinie--que toute patrie ne vit que de sa vertu4 ,sine sanguine non fit remissio4 ,mais il n'est pas besoin du tmoignage de la ,bible4 ,nous savons bien1 nous autres1 que notre mission sur la terre est de racheter la ,france par le sang4 99 99 99 99 99 ,ganeb1 #be ,janvier4--,j'ai pass une partie de ma journe dans la tente de ,bakhiallah4 ,le terrible ,chorfa s'est beaucoup adouci1 et nous sommes devenus les meilleurs amis du monde4 ,lorsque je suis rentr ,ganeb1 il m'a fait1 mon grand tonnement1 trs bon accueil et1 depuis ce jour1 il m'accable de ses visites4 ,voil ce que peut faire l'aurole de la victoire6444 ,cet aprs-midi1 le cheickh m'a montr sa bibliothque4 ,elle est contenue dans deux grands sacs en peaux de bouc4 ,quelques-uns des manuscrits m'ont paru intressants4 ,ce sont des commentaires tidjanites du ,koran1 orns de logogriphes1 de hadits disposs en losange4 ,bakhiallah1 en feuilletant ces pages1 sourit batement et il ne peut se retenir de me lire les mystrieuses paroles4 ,sa voix tremble1 ses mains frlent avec respect le vlin4 ,bakhiallah m'oublie--et je sais bien qu'il n'est plus ici4 99 99 99 99 99 #bg ,janvier4--,la colonne s'est loigne4 ,elle regagne ,tijikja4 ,aprs deux jours de brouhaha1 me voici de nouveau dans le sommeil de mon dsert4 ,je me suis promen longuement dans la lande dcharne du ,baten4 ,je ne sais pourquoi1 je pensais encore ,capharnam1 le petit bourg incertain qui sommeillait jadis en ,galile1 et qui1 un jour1 reut ,dieu444 ,,chapitre ,x ,,tagant4--,,adrar1 ,,route ,,de ,l',,est ,avant de nous mettre en route pour aller reprendre1 l'extrmit nord de l',adrar1 nos postes avancs du dsert1 arrtons-nous un moment1 jetons un coup de sonde1 et voyons ce que deux annes dj d'errances ininterrompues dans la misre et dans la joie1 ont mis en nous4 ,aprs une priode d'activit intense1 comme l'avait t la colonne de ,tichitt1 ce travail n'est pas inutile1 si toutefois nous savons y mettre une entire simplicit1 et si notre regard est ferme et sans faiblesse4 ,voici donc1 en dsordre1 quelques-unes de nos penses d'alors3 #a ,le ,pre cleste3 ,comme je l'aimerai1 quand je serai catholique4 ,la ,sainte ,vierge3 ,comme je serai bien humblement ses pieds1 quand je serai catholique4 ,et encore ,comme j'aimerai quand je croirai4 ,mais je ne doutais pas1 comme je l'ai dit1 que la foi ne me ft donne un jour4 ,et en effet1 me disais-je1 la foi n'est-elle pas promise qui vient s'agenouiller aux pieds des autels1 qui demande1 dans la confiance et dans la paix1 la ,parole qui dlie les pchs1 et le ,pain qui vivifie8444 ,cette assurance dans laquelle j'ai vcu si longtemps1 avant de recevoir les ,sacrements1 cette grande esprance qui m'tait donne alors que je la mritais si peu1 je sais maintenant quoi je la devais1 et j'y pensais mme ds alors1 dans les clairs qui venaient traverser ma nuit2 elle me venait de l'eau du ,baptme que j'avais eu le bonheur de recevoir1 tant l'enfant emmaillot de langes1 tant l'enfant qui ne sait pas4 ,o miracle6 ,o preuve adorable6 ,ainsi donc1 en ce jour inconnu et bni1 j'tais entr comme malgr moi dans le monde de la ,grce1 j'avais t1 bon gr mal gr1 embarqu dans la vie surnaturelle444 ,ainsi donc1 je pouvais avoir vcu pendant des annes dans l'ignorance et dans le pch1 je pouvais approcher de la trentaine sans avoir entendu une seule messe et en ignorant mme le ,notre ,pre1 sans qu'une douce ,prsence ne cesst pourtant de me protger1 sans que le ,don qui m'avait t fait ft perdu1 sans que l',eau baptismale ne m'pargnt les angoisses et les incertitudes du ,dmon6 ,je pouvais avoir vcu toute une vie d'homme sans la ,grce1 je n'en tais pas moins l'enfant sur le front duquel un prtre avait inscrit le ,signe ,rdempteur1 l'innocent qui les substances de l',eau et de l',huile et du ,sel1 avaient tout jamais imprim la marque authentique de la prfrence4--,et maintenant1 travers mes trente ans de drliction1 la ,grce baptismale rejaillissait1 et je me savais l'enfant chri1 celui qui tout a rellement t donn4 #b ,je ne sais rien1 mais je n'ai pas peur4 ,pourtant1 c'est un grand inconnu qui m'appelle1 et je ne sais pas1 au fond1 o me mnera cette aventure4--,peu importe1 j'ai bon espoir4 ,je regretterai peut-tre1 mais je regretterai encore bien plus si je m'arrte en route4 ,je serai peut-tre malheureux1 courb sous cette loi4--,mais plus encore1 si je l'ignore tout jamais4 ,je ne peux pas n'y plus penser4--,alors1 mieux vaut en avoir le cur net4 ,le vin est tir--il faut le boire4 ,il faudra changer ma vie1 me faire de nouvelles habitudes8--,dieu y pourvoira4 ,le ,saint ,esprit m'assistera4 ,j'ai confiance4 ,a mon ge1 c'est un bien rude pas franchir4--,mais non1 je ne ferai rien1 et c'est ,jsus qui fera tout4 ,c'est ,lui qui sera occup de moi et inquiet1 tandis que je serai insouciant et paisible4 ,c'est ,lui qui sera pench vers moi1 tandis que je dormirai4 ,o mon ,dieu6 je sais que vous avez dit3 ,ce n'est pas vous qui ,m'avez lu1 mais c'est ,moi qui vous ai lu4 #c ,le pch4 ,je parle de vous1 ,seigneur1 et je ne passe pas un jour sans vous offenser4 ,je sais que je suis une trs sale bte1 et je continue violer1 non seulement ,votre loi1 mais mme la loi humaine1 et je n'essaie mme pas de remonter le courant1 de reconqurir cette puret que m'a donne votre ,baptme4--,c'est vrai1 je n'essaie pas1 parce que j'attends la ,grce de vos ,sacrements4 ,je n'essaie pas1 parce que1 sans ,vous1 je ne puis rien4 ,votre loi ne serait pas divine1 si je pouvais m'en passer4 ,je m'arrterai1 aprs ma conversion4--,en aurai-je la force8 ,cela1 j'en ai l'assurance4 ,plus les fautes que je commets sont grandes1 plus vous tes prouv mes yeux4 ,j'offenserais vos ,saints ,sacrements1 si je croyais pouvoir me rformer sans eux4 ,j'avoue avoir eu de ces penses1 et souvent4 ,elles taient lches4 ,mieux et valu1 certes1 s'efforcer de mriter la ,grce en ennoblissant ma vie4 ,hlas6 je remettais plus tard1 sans songer aux jours de l'chance1 o il faudrait pourtant rgler les comptes4--,j'avais du remords--comme tout le monde4 ,parce qu'au fond le pch n'est pas drle4 ,parce que le vice n'amuse personne4 ,mais je ne pensais pas au chtiment1 ni l'expiation4 ,j'avais du remords1 un remords sourd1 pinant--mais je n'avais pas de peur4 ,c'est dans l'ordre1 me disais-je4 ,tant que tu seras en dehors de l'glise1 il faudra que tu roules d'abme en abme1 jusqu'au plus bas4 ,je n'avais pas de trouble4 ,je ne savais pas trs bien ce qui se passerait4 ,mais je savais que le jour o je serais catholique1 cet instant prcis1 tout changerait1 tout s'arrangerait selon un ordre nouveau1 toute difficult s'aplanirait4 #d ,dans le monde1 ceux que j'aime le mieux1 au fond1 ce sont les dvots4 ,ceux avec qui je m'entendrais le mieux1 ce sont les vrais dvots1 les hommes de sacristie et de confessionnal1 les hommes enfin de scrupuleuse fidlit1 les hommes d'exactitude et d'onction1 en mme temps1 les hommes d'observances1 les obissants et les pacifiques4 ,pourquoi ne vais-je pas mes vrais amis8 ,il ne manque absolument que cette petite tincelle de la ,grce444 99 99 99 99 99 ,l',adafer est une plaine de cailloux noirs qui prolonge le ,tagant vers le ,nord-,est4 ,il faut le traverser rapidement1 car on n'y trouve pas d'eau4 ,le caractre de ce pays est d'tre cras sous le ciel4 ,mme une chane entrevue le cinquime jour--la petite chane de ,kahmeit1 qu'escaladent des vagues de sable blanc--donne mieux l'impression de la platitude4 ,vers le ,nord1 le plateau se dcoupe en estuaires1 en promontoires o vient dferler le sable du ,kht4 ,arriv cette lisire1 le voyageur doit s'arrter l'humble palmeraie de ,talmeust4 ,doux nom1 douces syllabes--et tragiques pourtant1 puisque c'est ,talmeust que se livra1 le #ad juin #aijh1 un des combats les plus meurtriers de la conqute4 ,tandis que le capitaine ,mangin se faisait massacrer avec tout son dtachement quelques lieues d'ici1 le vtrinaire ,amiet recevait1 en ce jour mmorable1 le choc d'une deuxime harka de dissidents1 quatre fois plus nombreuse que son dtachement4 ,sa situation tait dsespre1 lorsque surgit l'horizon le sergent sngalais ,ouelo ,coulibaly4 ,ouelo a quatre hommes1 mais il fonce sur la masse compacte des ,maures1 et il fait si grand tapage que les assaillants croient avoir faire forte partie4 ,impressionns par les cris sauvages de ces furieux1 ils se dconcertent1 lchent pied1 et finalement abandonnent le terrain4 ,je lis dans un rapport de l'poque que les quelques hommes du dtachement ,amiet1 tirrent en cette journe prs de dix mille cartouches4 ,aujourd'hui1 ce que nous voyons ,talmeust1 ce sont quelques palmiers resserrs entre des rocailles en dsordre1 et aussi une vieille maison en ruines1 o gtent quelques ,kounta de la famille des ,sidi el ,ouafi4 ,tandis qu' l'heure de midi1 j'errais dans le camp1 je pensais au brave ,ouelo1 aux bons ,sngalais de ,mangin4 ,et d'un mme mouvement1 j'abaissais mon regard vers mes ,sngalais moi1 vers mes compagnons de route de tant de mois444 ,les voil tous4 ,ils dorment4 ,ils sont las1 ils sont saouls de fatigue1 ils sont sales1 ils sont affreux4 ,a l'arrive1 ils ont dress leurs misrables abris1 carrs d'toffes que fixent au sol les baonnettes1 minces toiles de tente que transperce facilement l'implacable soleil4 ,la plupart ont la tte enfouie sous ces pauvres loques multicolores1 tandis que les jambes et la moiti du tronc restent en dehors4 ,ils dorment1 les bras en croix1 le ventre sur le sable1 crucifis par ces interminables routes du dsert--ou bien encore sur le dos1 les genoux levs1 la bouche ouverte1 ou bien tasss en boule1 tout pelotonns dans leur misre4 ,ils dorment de ce formidable sommeil de soldat1 de ce sommeil inoubliable pour ceux qui l'ont contempl une seule fois1 et qui donne une si forte impression de tragique--sommeil non dtendu1 ni facile1 mais contract1 sombr net dans le nant1 semblable une mort subite4 ,pauvres gens6 ,eux aussi sont des malheureux4 ,eux aussi sont des exils4 ,ils ont laiss leurs cases du ,soudan1 leurs femmes1 la vie paisible1 facile des villages au bord des fleuves4 ,et les voici dans la grande fournaise1 suant et peinant pour leur nouvelle patrie1 qu'ils ne verront jamais444 ,ah6 vraiment1 c'est une trange existence que la ntre6 ,voici des annes que nos demeures sont ces toiles incertaines1 des annes que nous avons perdu le got des joies les plus humbles de la vie3 le foyer1 les livres1 l'abri moelleux d'une chambre--oui1 des annes dj que nous sommes dans la fivre1 dans le dsordre1 dans l'incertain4 ,et je pense que peut-tre1 pour tant de tourments1 beaucoup de choses nous seront pardonnes4 ,oui1 beaucoup de choses seront pardonnes aux soldats4 ,le plus misrable d'entre nous n'est-il pas l'ouvrier magnifique d'une uvre de douleur1 l'obscur artisan d'une uvre qui ennoblirait le cur le plus souill8--,et s'il nous faut payer un jour1 toutes ces annes peineuses ne nous compteront-elles point8 99 99 99 99 99 444 ,toujours le mme ciel1 la mme vote de bleu opaque4 ,un petit fou de nuage gar vient lcher la paroi tincelante1 et puis s'en va1 on ne sait o4 ,et puis1 tout revient comme avant3 c'est le ciel de ,ptolme1 une grande sphre solide1 avec la terre1 au point ,o4 ,mais1 pour moi1 c'est le ciel de mes premires prires1 le ciel o se sont allumes mes premires prires1 toiles tremblantes1 les premires nes de la nuit4 ,voici le ciel vers qui1 jetant mon bton sur le sol1 j'ai lev mes regards tonns1 et celui vers qui j'ai dit3 ,mon ,dieu1 je ,vous en supplie1 si ,vous existez1 manifestez-,vous moi1 et m'envoyez le ,signe qui me ploiera deux genoux4 ,qu'il est bni1 le ciel des premires prires6 ,qu'il est riche1 ce ciel-l1 o nos premires prires se sont piques1 si humbles1 si pareilles1 si simples et monotones6 444 ,nous tions en plein milieu du ,kht4 ,toujours plus avide de solitude1 je voulais m'enfoncer dans ces toilements de dunes1 imbriques l'une dans l'autre1 chevauchant l'une sur l'autre1 s'chafaudant en architectures incertaines que chaque jour fait et dfait4 ,mais un ,maure est venu au camp1 un ,maure sordide1 peine vtu1 sa longue chevelure en dsordre4 ,je reconnais son air de violence1 sa face tragique1 ses yeux ardents et mobiles4 ,c'est le chef des ,ahel ,hajour1 ,mohammed ,salem ,oued ,sidi ,lekhal4 ,les jambes croises sur une natte1 il nous conte ses inquitudes4 ,la situation de son frre1 ,mohammed ,mahmoud1 qui n'a jamais voulu faire sa soumission1 et que traquent nos troupes de la rgion de ,tichitt1 lui donne les plus graves soucis4 ,le #ac janvier1 le courrier s'tait ht vers le repaire d',angi o ,mahmoud se croyait en sret3 ,les ,franais sont ,tichitt6--,mahmoud rit3 ,allons donc6 ,jamais ils n'y viendront6 ,pourtant1 un fuyard arrive1 puis un autre1 puis un autre4 ,ils confirment la nouvelle4 ,stupeur4 ,fuite en dsordre vers le nord4 ,cependant1 ,mohammed ,salem1 plus sage que son frre1 voit le pril4 ,il va demander au colonel un laisser-passer pour se rendre auprs de ,mahmoud1 et le supplier de faire sa soumission4 ,le colonel l'autorise tenter cette dmarche1 mais1 trs sagement1 ne veut pas avoir l'air de s'y associer en lui donnant un papier4 ,mohammed ,salem renonce son voyage4 ,or1 la bande de son frre--une quarantaine de fusils--est en majeure partie compose de trs jeunes gens1 incapables de supporter les preuves d'une longue campagne4 ,elle ne peut mme songer gagner le ,maroc1 de sorte qu'elle risque tout instant d'tre prise dans les filets1 que ne manquent pas de lui tendre nos partisans4--,mohammed ,salem nous conte ses histoires d'une voix anime1 en faisant de grands gestes1 et en ramenant1 chaque instant1 le bord de son aouli par-dessus l'paule4 ,il nous dit encore qu'il n'y a pas d'eau ,charanya1 comme nous le supposions4 ,le premier puits dans le nord est ,amijeujer1 quinze heures de marche d'ici4 ,il faut donc partir sans tarder1 car nous n'avons presque plus d'eau dans nos outres444 ,ah6 ces histoires du dsert1 quel parfum elles ont pour moi6 ,je leur trouve un got sauvage et guerrier4 ,toujours elles viennent voquer des fuites de gandourah dans le bleu du ciel1 des campements errants sous le soleil1 de grands mouvements mystrieux1 de grandes alles et venues dans cette chose informe1 en apparence immobile qu'est le dsert1 si pleine de vie en ralit1 si balaye de remous humains4 ,et il me semble1 quand je les coute1 qu'elles me fixent tout jamais dans cette misre4 ,elles rejoignent de propres impressions de fatigue1 d'accablement dans l'universelle aridit1 quand les fronts en sueur maudissent le casque et appellent la nuit4 ,elles laissent sans peine retomber autour de nous tout le silence444 99 99 99 99 99 ,le #ae1 nous nous mettons joyeusement en selle2 c'est aujourd'hui que nous arrivons l'eau1 que nous touchons enfin un puits4 ,pendant deux heures1 nous marchons dans l'akl1 on nomme ainsi des rgions de dunes trs basses1 figurant comme relief le clapotis d'une mer agite4 ,puis1 pendant cinq nouvelles heures1 c'est le rag1 l'immense plaine noire qui fait sur l'horizon la ligne la plus nette444 ,voici quelques dunes isoles1 arrondies en croissant1 toutes orientes dans le mme sens4 ,d'aprs nos guides1 elles marquent l'approche d',amijeujer4 ,en effet1 au bout de quelques instants1 nous descendons une faible pente rocailleuse1 et nous nous trouvons jets dans des taillis d'arbres maigres1 au milieu desquels s'inscrivent les bouches tant dsires des puits4 ,nous tions peine arrts qu'un courrier s'est prsent4 ,cette fois-ci1 ce sont des nouvelles du ,nord qui nous arrivent4 ,nous apprenons que les gens de ,b4 ont rejet la mer1 hauteur des ,canaries environ1 des ,ouled ,delim venus en rezzou vers le sud4 ,ces dissidents1 privs de leurs chameaux1 ont d sauter dans des barques1 pour tcher de regagner leur pays4 ,les ,reguebat ont t culbuts1 trois jours au nord de ,smara1 par les ,ouled ,bou ,sba4 ,plusieurs de ceux-ci seraient rests sur le carreau dans cette affaire4 ,le commandant de l',adrar assigne comme zone de nomadisation ma section1 la rgion ,zoug-,matalla-,aghilan-- cent kilomtres environ au nord d',atar4 ,et c'est tout4 ,nous retombons dans le silence1 dans le grand engloutissement1 dans la solitude recourbe sur soi-mme4 ,l'aprs-midi1 suivi de ma chienne fidle1 ,selysette1 je suis all faire une ronde au pturage4 ,les chameaux sont prs du camp4 ,la sentinelle est l-haut1 sur ce haut peron rocheux qui domine l'troite valle o nous sommes camps4 ,j'en fais pniblement l'ascension et je me retrouve sur l'immense plateau sur lequel nous avons march1 pendant toute la matine4 ,voici les dunes isoles1 la plaine noire1 l'austre courbure de la plaine4 ,comme nous sommes loin1 ici6 ,je m'approche de la sentinelle1 elle s'immobilise1 prsente l'arme qui fait un bruit sec4 ,je ne sais pourquoi ce geste m'meut4 ,si loin de ma patrie1 c'est encore le salut des soldats de chez moi qui m'accueille4 ,et ainsi me voil assur d'tre dans une ,rgle1 dans une certaine ,rgle dont l'observance troite prvaut pourtant contre le temps et l'espace4 ,ce brave tirailleur1 sous les quarante degrs qui nous assomment1 rend les honneurs tout juste de la mme faon1 et aussi correctement1 que fait la sentinelle du quartier ,rochambeau1 en la place de ,cherbourg4 ,aprs un repos de quelques jours ,amijeujer1 nous avons fait un nouveau bond vers le ,nord et nous avons gagn en deux petites journes1 les puits de ,toudouchin4 ,ils se trouvent dans un fond d',oued trs vert et nous dcidons d'y laisser pturer l'aise nos chameaux1 puisque l'ordre qui nous rappelle dans les rgions du nord de l',adrar1 ne comporte pas d'urgence4 ,nous sommes donc rests cinq jours l'ombre de nos tentes4 ,et puis1 nous sommes repartis1 et1 aprs deux jours de marche1 nous avons atteint une large zone de verdure que nous ne nous attendions pas trouver et qui1 de nouveau1 nous a invits au repos4 ,comme l'eau faisait dfaut1 notre brigadier algrien1 ,eddin ben ,sliman1 a fait creuser un puits et il a t assez heureux pour trouver de l'eau quatre mtres de profondeur4 ,c'est de ce point1 dont j'ignore le nom1 que je suis parti1 le #d mars1 pour me rendre ,chingueti1 achevant ainsi ma troisime traverse de l',adrar1 du nord au sud4 99 99 99 99 99 ,douze lieues me sparaient de la vieille ville maure1 mais comme je n'avais avec moi que quelques partisans bien monts1 je pouvais esprer franchir cette distance en sept heures4 ,nous nous mmes en selle1 comme le soleil commenait paratre4 ,une journe de silence s'ouvrait ma mditation4 ,sept heures1 me disais-je en montant sur ma rakla1 sept heures rester sur cette bosse1 sept heures me laisser aller1 sans nul souci1 au trot berceur de ce chameau1 plonger dans l'espace1 rver1 me taire1 fumer4 ,je veux occuper tout ce temps mditer4 ,vaine rsolution6 ,j'avais allum ma pipe1 et le trot de nos mharas rasait l'ternelle plaine noire4 ,je n'avais que des sensations douces1 mais il me semblait que ma tte tait vide4 ,pourtant1 mille penses tranges et rapides passaient et repassaient au dedans de moi1 mais je ne pouvais fixer mon attention sur aucune3 ,je ferai un livre sur la psychologie des champs de bataille4 ,si j'essayais de mettre en ordre mes ides sur ce sujet8444 ,chevrillon1 du haut de la falaise de ,perros1 me dcrivait la mer qui tait nos pieds3 ,voyez comme elle est ceci444 et cela444 ,je voudrais savoir1 moi aussi1 regarder le monde444 ,quand je serai rentr en ,france1 je ferai des mathmatiques444 ,quelle btise de donner des mitrailleuses aux sections mharistes6 ,il faudra que j'en parle au capitaine ,v444 ,et tout cela dfilait avec une rapidit prodigieuse4 ,nous marchions depuis longtemps dj1 tantt au petit trot1 tantt au pas1 pour reposer nos montures4 ,le pays ne changeait pas4 ,pourtant quelques arbres grles et compltement dpourvus de feuilles1 apparaissaient sur la plaine4 ,un moment1 j'eus l'impression que nous avions tourn vers l'est2 le soleil tait dj haut1 et nous ne pouvions plus nous guider d'aprs lui4 ,il me semble1 ,eddin1 que nous ne sommes pas dans la bonne route4--,pardon1 mon lieutenant6 ,vois-tu ces arbres8 ,ils marquent juste la moiti de la route4 ,et le silence retombe1 plus lourd encore1 plus dfinitif4 ,or1 un certain moment1 sur le point de m'assoupir1 je sentis en moi comme une douce lumire qui m'envahissait1 et se divisait dans mon cerveau1 et envahissait de l tous les recoins de mon tre4 ,je me rappelle trs bien3 ,soudainement1 je fus comme arrach moi-mme1 une vague de penses affluait qui ne m'taient pas habituelles1 et pourtant je n'avais pas alors l'ide qu'elles me fussent envoyes4 ,depuis le dpart de ,tichitt1 je n'avais pas pens ces choses1 j'tais surpris1 je demandais simplement que le doux miracle se continut4 ,comment cela vint-il8 ,je ne sais plus4 ,il me semble que je me rappelai avec une grande prcision une action abominable que j'avais commise la veille4 ,alors je me dis3 ,ce serait si bon pourtant1 d'aimer le bon ,dieu6 ,pendant un long temps1 je me rptai cette phrase machinalement4 ,et puis1 j'eus l'ide d'un but qui tait difficile atteindre4 ,quelle que soit la vrit1 pensais-je1 c'est une grande joie1 c'est une grande noblesse que d'avoir un tel but en la vie4 ,la difficult1 c'est l'unique noblesse et1 de nouveau1 je me rptai cette phrase1 comme si j'avais de la peine la comprendre et la graver dans ma tte4 ,alors je vis une existence entire droule dans un progrs indfini1 non point tournant1 comme la mienne1 dans un cercle troit d'habitudes1 mais progressant au contraire1 et se renouvelant constamment1 et allant mme au del de ses propres forces1 pour tancher sa soif inextinguible du divin2 je vis enfin ce lieu de jonction de toute la vrit et de toute la ,batitude1 auquel tendrait une telle me1 et cette conjonction1 ce lieu commun1 je le nommai ,dieu4 ,je ressentais un apptit extraordinaire de savoir4 ,mon incertitude m'accablait1 et pourtant1 il me semblait doux1 en un certain sens1 d'y rester4 ,que se passait-il donc l-haut1 auprs du ,pre8 ,j'essayais d'imaginer cette lumire du ,paradis1 dont rien ne peut donner l'ide4 ,la lumire est encore quelque chose de matriel4--,suppose donc1 me disais-je1 une lumire qui n'a rien de commun avec la lumire que tu connais1 suppose une lumire insupposable1 imagine n'importe quoi1 et dis-toi encore que ce n'est pas cela4 ,et puis1 dans cette chose sans nom1 place les ,trois ,personnes1 contemple le ,pre dans le ,fils1 le ,fils dans le ,pre1 et puis ce mutuel ,amour qui est entre ,eux1 le ,saint-,esprit4 ,o vertige6 ,abme impossible6 ,chasse toute image1 toute ide mme1 si elle n'est ordonne que selon la logique humaine1 installe-toi dans ces rgions sans bords o les contraires s'accordent1 o la division mme est vue dans l'unit1 et l'unit dans la division4 ,et dis-toi que plus tu t'efforceras vers cette impossible possession1 plus elle t'chappera1 et plus tu te nourriras de cette vrit et de cette batitude qui sont ,dieu1 plus tu resteras affam4 ,je retombai1 puis4 ,je sentais toute l'impuissance humaine1 toute la misre qui est la ntre4 ,le soleil tait aux deux tiers de sa course4 ,un vent lger s'leva4 ,nous entrions dans les grandes dunes de ,mraleg1 qui prcdent l'arrive ,chingueti4 ,allons6 me disais-je1 courage6 ,dieu aura piti de nous4 ,il me permettra de recevoir ,ses ,sacrements1 et alors tout s'clairera1 je saurai444 ,mon ,dieu6 ,que je suis heureux6 ,que je suis heureux6444 ,nous passmes auprs d'un troupeau de moutons que gardait un jeune homme4 ,c'tait la premire figure humaine que nous croisions depuis notre dpart4 ,il ne daigna mme pas nous regarder4 ,la dune s'abaissait1 nous descendmes dans un troit couloir de sable et nous nous trouvmes dans le batha de ,chingueti4 ,a notre droite1 le ,ksar dressait sa masse sombre1 tale sur la pente sablonneuse2 devant nous1 nous apercevions le poste1 la palmeraie4 ,j'tais tout la joie d'arriver1 de voir des camarades4 ,rien ne restait en moi des penses qui m'taient venues durant la route4 ,c'tait exactement comme si rien ne s'tait pass4 99 99 99 99 99 ,le capitaine ,b4 vint1 le #f1 me rejoindre ,chingueti4 ,nous avions reu de nouvelles instructions4 ,les derniers vnements du ,maroc avaient fait mauvaise impression sur nos tribus4 ,dans l',oued ,noun1 le fils de ,ma el ,anin1 ,el ,heyba1 essayait avec l'aide du cad de ,talzeroit1 de susciter un mouvement antifranais4 ,les fractions teekna s'taient dans ce but momentanment rconcilies4 ,d'autre part1 de nombreux ,reguebat taient1 en ces derniers temps1 partis en dissidence1 et avaient rejoint1 au ,nord de ,smara1 les ,ouled ,dlim4 ,enfin1 l'on craignait que la cession probable l',espagne de la cte1 au nord du ,rio de ,oro1 n'et une rpercussion fcheuse sur les agissements des tribus de cette rgion sans cesse trouble4 ,les ,maures paraissent1 en effet1 persuads que les ,espagnols n'auront pas les mmes exigences que nous pour l'impt4 ,le but est donc de rpartir des forces mharistes assez importantes1 dans la partie du dsert qui s'tend au nord-ouest d',atar4 ,c'est l o nous devons nous rendre sans dlai4 99 99 99 99 99 ,sur la route d',atar4 ,marche1 vieux voyageur1 emplis tes poumons de l'air immacul de la plaine1 repose-toi dans la paix des soirs1 et repars1 dans les beaux matins1 avec un cur tout neuf1 un cur facile4 ,ne te fais point de soucis1 voyageur6 ,tandis que tu emplis tes yeux des beauts de la terre1 et que tu chantes1 au pas docile des mharas1 et que tu continues ta bonne besogne humaine--le ,seigneur1 ton ,dieu1 marche auprs de toi4 ,il marche si doucement que tu ne l'entends mme pas--et pourtant ,il est l1 et ,il te protge1 et ,il te regarde de tout son amour1 plus grand que le monde4 ,non det in commotionem pedem tuum3 neque dormitet qui custodit te4 ,il ne fera point chanceler ton pied1 et ,il ne dormira point1 ,celui qui te garde4 ,dominus custodit te1 ,dominus protectio tua1 super manum dexteram tuam4 ,le ,seigneur est ,celui qui te garde1 le ,seigneur est ta protection1 ,il est ta droite4 ,per diem sol non uret te1 neque luna per noctem4 ,pendant le jour1 le soleil ne te brlera pas1 ni la lune pendant la nuit4 ,dominus custodiat introitum tuum et exitum tuum3 ex hoc nunc et usque in saeculum4 ,le ,seigneur te gardera ton entre et ta sortie1 et pendant toute ta route1 toute la longue1 l'interminable route--depuis maintenant1 jusque dans les sicles des sicles4 ,,chapitre ,,xi ,,char ,,et ,,mabrouk ,l'encre des savants est plus agrable ,dieu que le sang des martyrs4 ,malheureuse race qui n'a pas compris ce que valait la goutte de sang d'un martyr1 et combien elle pesait plus que tous les livres du monde1 et que l'encre s'effacera1 mais que la goutte de sang ne s'effacera pas6 ,tous les parfums de l',arabie n'effaceront pas une goutte de sang d'un martyr1 mais la moindre pluie effacera toute l'encre de tous les livres4 ,malheureuse race qui n'a pas reconnu le prix du ,sacrifice1 celui d'un frre pour ses frres1 celui d'un homme pour les hommes1 celui d'un ,dieu pour les hommes6 ,voil ce qu'il en cote de n'avoir point un ,dieu qui ait connu la souffrance et qui soit mort sur une croix de bois4 ,lui1 leur prophte1 il n'est pas mort sur la ,croix1 mais ils savent ce que a leur cote maintenant1 les malheureux6 ,il est mont au ciel sur un beau cheval blanc qui s'appelait ,bourak1 et les ,maures m'assurent que c'est sa route qu'on voit l-haut1 cette voie lacte444 ,il est mont au ciel dans un grand piaffement1 dans un envolement d'toffes claires1 comme un chevalier casqu qui s'apprte au tournoi4 ,mais la moindre goutte de sang aurait mieux valu4 ,toute cette envole de rve ne valait pas une vraie goutte de sang qui aurait coul4 ,les malheureux1 ils savent ce qu'il leur en cote de n'avoir pas appris la valeur du ,sacrifice1 et de quel prix ils l'ont paye1 cette encre des savants4 ,abandonns de leur ,dieu dans toute l',afrique1 bientt1 demain peut-tre1 dans toute l',asie et dans l',europe1 ils pourront mesurer l'intrt que produit sur le march du monde la palme d'un martyr4 ,nous valons mieux que ce que veulent faire de nous nos savants4 ,seulement1 il faut aller un peu loin pour savoir ce que nous valons4 ,nos savants aussi voudraient que nous les prfrions aux martyrs et aux hros4 ,mais nous ne marchons pas1 nous flairons la mauvaise aventure1 nous devinons la piperie4 ,pour moi1 je prfre la goutte de sang de ,violet toute leur encre-- tout ce malhonnte usage qu'ils en font444 99 99 99 99 99 ,ksar ,teurchane1 #ae mars #aiab444 ,il y a donc deux ans et huit mois1 le #ae juillet #aiji4 ,les partisans du capitaine ,dupertuis sont masss prs d'une dune1 au sud du ,ksar4 ,on attend les renforts qui doivent venir d',atar4 ,mais les gens d',el ,oueli occupent la palmeraie1 deviennent menaants4 ,le sous-lieutenant ,violet reoit l'ordre de balayer cette racaille4 ,vtu1 comme son ordinaire1 de boubous blancs finement brods1 le monocle l'il1 le sabre lev1 il s'lance4 ,mugnier-,pollet1 qui l'a vu de loin1 ne peut s'empcher de murmurer3 ,c'est chic1 a64 ,pourtant1 les partisans hsitent4 ,ils se cabrent devant la mort certaine1 invitable4 ,violet crie3 ,en avant6 ,partisans64 ,il arrive la lisire de la palmeraie4 ,quatre hommes seulement l'y ont suivi4 ,un coup de fusil part de derrire un palmier4 ,violet tombe mort4 ,la balle lui a tranch la carotide4 ,toute la scne a dur une dizaine de minutes4 ,drame violent1 ramass en profondeur1 pur comme un profil de mdaille antique4 ,nous pensons ces jeunes hros de la ,grce1 beaux comme des dieux1 qui entraient dans la mort1 couronns d'asphodles1 et souriants4 99 99 99 99 99 ,mourir1 me dites-vous1 mes amis1 ce n'est pas malin4 ,nous sommes des milliers qui en ferions autant4 ,nous sommes des milliers qui consentons tout1 aux pires ennuis1 aux pires mdiocrits1 dans l'esprance d'une heure qui soit belle1 dt-elle tre la dernire4 ,nous n'avons pas dit notre dernier mot4 ,que l'on nous fasse crdit4 ,voil ce qu'ils disent1 ces ,franais1 mes camarades1 dans leur soif du sacrifice1 vieille comme ,jsus4 ,et ils ont raison4 ,peut-tre mourront-ils dans une bataille4 ,beaucoup d'autres y sont morts4 ,beaucoup qui taient mes camarades1 et d'autres qui taient mes grands ans4 ,mais tous n'ont pas eu--et qui sait ceux qui l'auront8--ce geste de ,violet1 quand1 en messager1 il s'lanait vers la mort1 arm de sa latte tincelante1 et1 comme l',ange ,azral1 vtu de blanc4 ,on croyait qu'il allait retrouver sa fiance1 et la joie1 dj1 le transfigurait4 ,alors1 ajustant le turban qu'il avait coutume de porter1 le corps lgrement pench en avant1 il se mit courir1 dans l'exultation bondissante1 et rebondissante1 de ses vingt-huit ans4--,j'ai entendu des ,maures me conter tout cela4 ,quand ils parlaient de ,violet1 leurs yeux taient humides et brillants d'admiration444 ,tous n'ont pas laiss aprs eux un tel sillage444 ,ce jour-l1 le #ae juillet #aiji1 il y eut aussi une envole d'toffes1 un envolement de rve4 ,mais il y avait1 au bout1 une goutte de sang4 ,minute parfaite6 ,plnitude admirable de cet instant6 ,minute franaise entre toutes1 qui contient tout1 qui dit tout4 ,c'est le ramassement d'une belle vie1 tout entire tendue vers l'action et ivre de s'immoler1 d'une belle vie droite1 sans dviations1 sans ornements1 o il n'y a rien retrancher ni ajouter4 ,il s'tait battu au ,tchad4 ,il avait sabr des ,maures la nuit de ,rasseremt4 ,mais l1 il sentait qu'il fallait faire mieux1 et1 tout naturellement1 il trouva le geste qu'il fallait1 il trouva faire exactement ce qu'il y avait faire--le geste lgant1 plein de dcence et de grce1 et de srieux1 le geste la ,steinkerque1 un peu aristocrate--,violet tait ainsi--sans rien de vulgaire1 ni qui sente le soudard1 sans dclamation non plus1 sans rien enfin qui excde la mesure1 ou qui reste en de444 ,tous1 chacun de nos jours1 nous remercions ,dieu qui nous a faits ,franais4 ,c'est la reconnaissance qui nous vient aux lvres naturellement1 chacun de nos matins et chacun de nos soirs4 ,mais il est des fois o la reconnaissance devient une frnsie d'amour1 un mouvement prcipit du cur qui va se rompre4 ,j'ai connu une de ces fois-l1 ,ksar ,teurchane4 99 99 99 99 99 444 ,a cent vingt kilomtres au nord d',atar1 ,char1 et sa casbah dmantele4 ,un clotre1 aprs un champ de bataille4 ,j'ai vcu l de longues et solitaires heures4 ,comme nous nous accrochons ces rares tmoins de pierres3 ,oujeft1 ,atar1 ,chingueti1 ,ouadan1 ,tinigui1 ,ksar ,teurchane1 ,char6 ,je les ai tous nomms4 ,mais ,char1 c'est vers le ,nord le dernier retranchement1 au del duquel il n'est plus que du sable rose et du caillou noir6 ,j'ai vu la case de ,char pour la premire fois1 dans les feux du soleil levant4 ,au flanc des rochers que patinait l'aurore1 elle se tenait accroche1 fortement lie au sol1 tasse dans sa royale solitude4 ,ses murs bas1 quadrangulaires1 sa forte masse paralllipipdique1 flanque de bastions militaires1 ses pierres qui avaient la teinte mme des rocs environnants1 ses murs unis percs de meurtrires1 c'tait assez pour prolonger les imaginations guerrires qui m'avaient assig l'avant-vieille1 ,teurchane4 ,mais une fois que j'eus pntr dans l'enceinte1 je dus m'orienter d'un autre ct4 ,j'tais entr par un large et bas portique1 formant vestibule4 ,les murs1 droite et gauche1 taient par endroits effondrs4 ,tout tait baign de silence4 ,je me trouvais dans une grande cour1 au sol ingal1 sur laquelle s'ouvraient des portes basses4 ,je franchis une brche1 j'aperus un ddale de cases longues et troites1 entnbres1 avec des clarts subites que faisaient les jours de la toiture en ruines4 ,au bout d'un instant1 j'tais dans une autre cour1 beaucoup plus petite que la premire2 je pensais que c'tait celle o devaient se tenir les femmes et les esclaves4 ,je retournai sur mes pas1 je m'engageai dans un couloir4 ,il me conduisit un large patio1 o la lumire se jouait entre de grands piliers massifs4 ,au centre1 une cour carre1 ciel ouvert4 ,autour1 une large promenade444 ,je pensais ces petits clotres d',italie1 baigns de paix1 de lumire douce1 et bien enclos4--,c'tait d'ailleurs une mosque1 mais si simple1 si pauvre1 si nue1 si paisiblement dormante1 qu'il me sembla qu'elle pouvait sans peine accueillir d'autres rves que ceux de l',islam1 tous les rves444 ,c'est encore un plaisir moral que je gote dans cette sorte d',escurial saharien4 ,j'y retrouve le double idal1 religieux et militaire1 de la race maure1 mais c'est la mosque qui donne une me l'difice1 plus que ces pauvres bastions1 aujourd'hui effondrs4 ,voici que nous avons remis de la vie dans toute cette mort4 ,nos gens1 dans le vestibule1 causent et boivent le th4 ,le sous-officier qui m'accompagne s'est install dans la case la moins ruine1 et j'aperois1 prs du seuil de la porte1 une marmite1 pose sur trois pierres1 au-dessus d'un feu4 ,pour moi1 j'ai choisi la mosque1 o j'ai galement plac les tirailleurs4 ,couch prs d'eux pendant la sieste1 j'entends les bruits gaux de leurs souffles1 parfois la plainte rauque d'un dormeur4 ,et tout ce sommeil1 auprs de moi1 aggrave encore la solitude et le silence4 ,la nuit1 tout le monde dmnage1 et nous allons coucher sous les toiles1 dans la dune qui commence non loin des murs1 vers l'est4 ,des raisons militaires l'ordonnent ainsi1 mais1 je l'avoue1 ces pierres m'oppressent4 ,quand1 tout un jour1 ma rverie s'est gare parmi elles1 solitaire1 ressasse et tournoyante1 comme le vol des corneilles au-dessus d'un puits1 quelle dlivrance que de sentir l'air lger qu'ont filtr les sables du large1 de s'tendre sur le dos1 dessous ,orion1 et le ,scorpion1 et ,cassiope1 les belles constellations6444 ,je dnombre les toiles1 l'une aprs l'autre1 et voil que je m'embrouille dans les sentiers clestes4 ,le sommeil vient4 ,les astres se rapprochent1 ils sont l1 tout prs1 tout prs444 ,il me semble qu'en tendant les bras1 je pourrais les attraper et souffler dessus1 comme sur des bougies4 99 99 99 99 99 ,un beau matin1 ,sidia m'a racont l'histoire de ,char4 ,il y a une trentaine d'annes1 l',adrar tait command par l'mir ,ahmed ,oued ,sid ,ahmed ,oued ,ada1 le pre de l'mir dissident1 ,sid ,ahmed1 que nous fmes prisonnier ,tichitt4 ,cet ,ahmed tait en son temps l'homme le plus fort de l',adrar1 et l'on dit de lui qu'il tait capable d'assommer un buf d'un coup de poing4 ,ce colosse avait fait de nombreux voyages au ,maroc1 d'o il rapporta certains principes d'architecture1 naturellement inconnus aux ,maures4 ,comme les environs d',atar1 sa rsidence ordinaire1 n'offraient pas de pturages pour ses chameaux1 il lui prit l'ide de construire cette case de ,char1 situe dans un bon pays et auprs d'un puits dont l'eau claire tait inpuisable4 ,il l'leva sur le modle des casbahs fortifies qu'il avait vues au ,maroc1 et il prit l'habitude d'y passer l'hiver1 car l't le rappelait ,atar pour la rcolte des dattes et les soins de son administration4 ,prs du puits1 il fit planter quelques palmiers1 et sans doute il avait l'ide de crer l une grande palmeraie4 ,mais1 pendant l't de #ahii1 comme il se trouvait dans sa maison d',atar1 un violent orage survint4 ,le toit s'effondra1 et ,ahmed1 encore dans la force de l'ge1 tomba mort1 frapp la tte par une poutre de la toiture4 ,aprs sa mort1 la case de ,char ne fut plus occupe et elle commena1 malgr ses solides assises1 subir les injures du temps4 99 99 99 99 99 ,il faisait beau et je partis4 ,c'tait une belle matine de printemps1 de celles o l'on se lve lger1 avec des membres dtendus1 et o l'on chante4 ,et je marchais1 et je chantais1 et je sautais de roc en roc1 dans l'insouciance heureuse de ma jeunesse4 ,ces matins d',afrique1 o l'on sent toute sa force1 ces purs matins aprs nos chastes nuits1 ce sont comme ces belles mares que laisse entre les rocs la mer descendante1 et o frissonnent des algues blondes en des clarts de vasque4 ,ces matins-l1 nous nous baignons dans la bont du monde qui nous protge4 ,si loin de toute vulgarit1 nous sentons nos curs inattingibles4 ,pitinant le sol comme de jeunes chevaux1 nous rapprenons la lumire dans la jeunesse de tout4 ,ah6 je les connais bien ces matins-l1 o l'on est ivre de ses muscles2 il semble qu'on partirait la conqute4 ,je montais une pente douce1 bien marchante1 d'une belle courbe large4 ,je venais de perdre de vue la maison de ,char1 quand1 du ct oppos1 j'aperus l'immense droulement ple d'une plaine4 ,la montagne sur laquelle j'tais1 descendait pic3 grande coupure brusque1 taille coup de hache1 falaise abrupte sur la mer ptrifie qui s'appelle1 d'un nom de rve1 le ,tiris4 ,un promontoire me cachait une partie de l'immense horizon4 ,je m'avanai et je vis bientt dans son entier1 l'immense arc de cercle qui rejoignait1 au nord et au sud1 la falaise4 ,pendant longtemps1 je restai sur cette admirable terrasse4 ,mes yeux se perdaient dans le lointain2 ils cherchaient avidement quelque signe humain1 et j'coutais1 pench sur le bord de l'abme1 si quelque bruit ne viendrait pas jusqu' moi de l'horizon scell4 ,mais non2 la plaine sche1 dcolore par la lumire1 semblait cristallise dans un sommeil millnaire4 ,je voyais merger des centaines de petits lots rocheux1 et je pensais la baie d',along1 aux langueurs de l',asie4 ,tout le reste tait d'une matire impondrable1 irrelle1 faite de lune et de matire stellaire--de la lunite4 ,je pensais avec ivresse que dans quelques jours1 lorsque le capitaine ,b4 serait arriv1 je reprendrais par l ma course vagabonde4 ,et peine arriv1 je rvais du dpart444 ,impatience de vivre1 de brler des tapes1 d'errer au fil des heures1 dans l'immense figuration du monde4 99 99 99 99 99 ,le lendemain matin1 j'allai m'garer dans une fort de tarefas1 qui fait devant le puits un large ventail de verdure4 ,ces tarefas sont une sorte de thuyas trs odorifrants1 dont les fins rameaux dcoups semblent chargs de soleil et d't4 ,je marchais1 cartant les branches devant moi1 dans des bourdonnements d'insectes et j'aspirais l'aigre odeur de conifre que rpandait l'ombre chaude et bleue4 ,sous mes pieds1 je sentais le sol glissant d'une pineta4 ,ma pense se perdit vers de sauvages jardins de ,provence1 o croissent d'cres plantes1 des fenouils1 des trbinthes444 ,en plein milieu de ce buisson pais1 je trouvai ma grande surprise une case en paille1 o dormaient1 en des caisses1 d'innombrables manuscrits arabes1 feuillets pars1 rongs de vers1 exhalant une rude odeur de poussire et d'encens4 ,c'taient les dernires traces de la fuite des tlamides de ,ma el ,anin vers le nord4 ,une grande pense mystrieuse1 et qui dormait dj sous la cendre du temps4 99 99 99 99 99 ,dans la mosque de ,char1 une invincible mlancolie m'assige4 ,je la fuis1 je vais m'battre dans le soleil4 ,mais elle m'attire1 il faut que j'y revienne4 ,les grands secteurs de lumire tournent1 avec les heures du jour1 autour des piliers carrs4 ,l'ombre gagne1 et bientt elle enveloppe toutes les pierres de sa fracheur4 ,les tirailleurs sont partis vers le camp4 ,j'attends dans le silence quelque grand vampire qui ne vient pas4 ,seul1 un scarabe gratte la pierre et s'obstine contre une muraille4 ,un souffle tombe du ciel et se perd444 ,alors1 on voudrait crire des choses tristes et dures4 ,on enrage de ne pas avoir de gnie4 ,c'est une heure o rien ne peut plus nous contenter4 ,on est mcontent de soi4 ,et puis un vague remords se glisse4 ,on pense sa jeunesse perdue1 tant d'heures lches1 des heures qui ne fondent rien4 ,ce ne sont pas des ides prcises--mais un pincement au cur qui fait trs mal444 ,demain1 c'est la dlivrance4 ,le capitaine ,b4 doit arriver1 et nous allons fuir4 99 99 99 99 99 444 ,sur la route de ,mabrouk1 vers le nord-ouest4 ,la nuit est claire1 baigne de lune4 ,le capitaine ,b4 et moi1 nous nous taisons4 ,prs de nous dfilent de grandes masses sombres1 et parfois nous croyons marcher dans une avenue royale1 borde de lions444 ,mais il faut attendre l'aube4 ,quand nous repartons dans la douce clart matinale1 nous sommes parmi les dmes arides1 en plein milieu de l'archipel o mon rve1 sur la falaise de ,char1 allait se perdre4 ,des pitons1 des dmes1 rien que des formes simples1 mais tout cela sans raccords1 sans jointures4 ,ah6 ce pays-ci ne connat gure l'art de mnager les transitions6 ,le sol est d'ocre brle1 sabl de cailloux1 et parfois il y a de grandes bandes de sable1 o crot le hd mtallique1 poussireux1 qui a la couleur du chardon4 ,aux excroissances de rocs1 nul revtement4 ,on chercherait en vain des mousses1 des lichens1 ou quelque autre adoucissement4 ,vers dix heures1 nous nous arrtons pour attendre le soir1 et je monte sur le piton au pied duquel nos domestiques ont dress les tentes4 --,dis-moi1 mon ami1 comment se nomment ces montagnes8 ,mais1 o cela peut-il me mener8 ,pendant que1 docile1 il grne les noms barbares et doux1 ma pense roule1 comme une bille folle1 sur le tapis rp de la plaine4 ,un peintre tout occup d'images1 de couleurs1 enfin de pittoresque1 trouverait peut-tre son compte ici4 ,ainsi ,fromentin au ,sahel4 ,mais nous1 qui sommes altrs d'histoire et de pense humaine1 comme nous sommes abandonns ici6 ,rien ne nous soutient4 ,rien ne vient aider nos dmarches4 ,abandonns nous-mmes1 nous crions3 ,o sont les lgendes1 ,terre8 ,o sont les hros1 et quelles sont les couronnes8 ,montre-nous quelque sentier qui nous mne quelque part1 nous assure d'un but4 ,mais les plaines des ,maures n'ont pas de sentiers1 et nulle fleur d'histoire n'y a pouss4 ,alors1 tout nous rejette dans le spirituel1 et c'est le ciel qui nous donne le soutien que nous ne pouvons trouver sur la terre4 99 99 99 99 99 ,le lendemain1 #e avril1 nous jetons l'ancre ,mabrouk4 ,il me fallait attendre des nouvelles de ,s4 et l'endroit tait favorable4 ,nous tions une heure du puits1 l o le sable finit1 et avec lui1 la pauvre vgtation de ce pays4 ,autour de nous1 les montagnes s'taient resserres4 ,vers l'est et vers l'ouest1 elles fermaient compltement notre horizon qu'elles dominaient de leurs hautes masses noires1 puissantes1 rugueuses4 ,vers le nord1 un espace libre1 mais plus gris2 nous voyions encore d'autres pitons semblables d'innombrables termitires gantes4 ,je restai dix jours dans ce site austre et magnifique4 ,souvent1 j'allais dans la montagne4 ,j'y trouvais des gorges resserres o croissaient de maigres arbustes1 des pentes vierges1 peles par le vent1 que1 seuls1 visitaient de loin en loin1 les mouflons et les oryx4 ,dans ce royaume du silence1 je pensais1 je ne sais pourquoi1 ce grand silencieux que fut ,livingstone4 ,stanley cite un des prceptes que le solitaire avait coutume de rpter3 ,n'oublie pas1 disait-il1 que tu devras rendre compte de toutes tes paroles inutiles4 ,voil bien le conseil de toute l',afrique4 ,ici les bavardages dont on a coutume en ,europe1 seraient intolrables4 ,a leur fatigue se joindrait le sentiment pnible d'une indcence4 99 99 99 99 99 ,c'est tout naturellement que nous appelons une pense catholique dans un pays qui n'a pas de pense propre4 ,quelle autre matire pourrions-nous jeter dans cette forme vide8 ,la pauvret de nos premires coles nous accable4 ,ici1 il nous faut quelque amour excessif1 quelque grand cri dans le dsert3 ,vox clamantis in deserto444 ,ce que l'on m'a appris pendant vingt ans1 me laisse impuissant vis--vis de moi-mme4 ,or1 ici1 je suis seul avec moi-mme4 ,j'aime me persuader que ce sol divin appelle la ,grce4 ,n'en ai-je pas fait l'exprience et oublierai-je tant d'heures d'onction1 qui ont jalonn ma pauvre route solitaire8--,deux sicles durant1 au troisime et au quatrime1 la ,grce donne ses plus belles fleurs dans un dsert semblable1 la ,thbade4 ,et aujourd'hui1 c'est elle encore que nous invoquons4 ,si belle est la ,face de ,dieu sur ces ,horebs6 ,ici1 je sens que la ,grce peut jouer plein1 qu'elle est chez elle1 sur sa terre d'lection4 ,certes1 nous voici bien allgs de tout le poids oppressant de la fausse science1 de la fausse raison4 ,vus de loin1 nos savants1 nos philosophes1 ceux qui mnent la cit et dirigent la jeunesse1 nous ont paru de pauvres ombres1 vides de tout contenu4 ,ces hommes-l ne sont pas vrais4 ,nous1 nous voulons une plnitude de vrit1 une pense1 non de fiction1 mais de ralit4 ,nous voulons la ,vrit--c'est--dire1 retrouver le mystre du monde1 que leur vain orgueil a voulu nier4 ,nous voulons tre plus riches qu'ils n'ont t4 ,ils ont peur de l',absolu4 ,mais1 en ,afrique1 il n'est point d'mes tides4 ,nous accepterons la ,vrit1 quelle qu'elle soit1 vnt-elle mme de ,dieu1 voil ce que disent ceux qui sont devenus des hommes en ,afrique4 ,et ils ajoutent3 ,qui donc nous donnera la ,vrit1 qui nous mnera du contour apparent des choses leur essentielle ralit1 si ce n'est ,dieu8 ,en vrit1 ils sont des aveugles--mais qui demandent du moins la lumire4 ,miserere mei1 ,domine1 fili ,david6--,quid tibi vis faciam8 ,at1 ille dixit3 ,domine1 ut videam6 ,et1 perdus dans l'ombre1 ils attendent la ,main qui touchera leurs paupires4 99 99 99 99 99 ,pendant des jours et des annes1 nous nous sommes baigns dans l'unit du monde1 et nous avons dormi sous les toiles4 ,la solitude1 la divine solitude nous a rendus nous-mmes1 et que de richesses nous y avons retrouves3 rves de l'glise1 promesses d',isral1 mouvements obscurs1 palpitations1 bruits d'ailes6444 ,le grand silence de nos ,thbades prparait les voies de la ,grce4 ,nous voyions une grande avenue bien droite qu'une lumire jeune baignait4 ,et nous marchions pleins de confiance1 ayant oubli nos cits4 ,mais1 moins heureux que les plerins d',emmas1 nous attendons toujours la fraction du pain4 ,deum quem in divinae scripturae expositione non cognoverant1 in panis fractione cognoscunt4 ,ils savaient1 dit ,saint ,grgoire le ,grand--et c'est ,jsus qui leur avait fait la leon6--et pourtant ils restaient dans les tnbres4 ,et il a fallu la fraction du pain pour qu'ils reconnussent ,jsus1 c'est--dire toute la ,vrit4 ,il me semble que nous savons4 ,ne nous manque-t-il donc plus que le vrai signe de la reconnaissance1 le gage de la certitude3 la ,,fraction ,,du ,,pain8 ,,chapitre ,,xii ,,dans ,,le ,,tiris #ae-be avril #aiab4 ,le #ae avril1 je faisais mes adieux au capitaine ,b41 que je ne devais plus revoir jusqu' mon retour en ,france4 ,je partais avec une petite escorte pour le campement de ,s41 o je devais prendre le commandement d'une nouvelle unit mhariste4 ,je n'emmenais avec moi que mes domestiques et quelques partisans1 qui tenaient suivre ma fortune jusqu'au bout4 ,parmi ceux-ci se trouvaient ,sidia ,oued ,alea1 son cousin ,lazam1 ,el ,kounti ,oued ,daoula1 le chef goumier ,amod ,oued ,marabot1 ,brahim ,oued ,ahmed ,chengor--braves gens qui ont pour moi un touchant dvouement1 et qui toutes les routes franchies ensemble m'ont singulirement attach4 ,a ,mabrouk1 l'extrmit de l',azefal1 nous nous trouvons au seuil d'une immense rgion1 que je vais tre forc de traverser de l'est l'ouest4 ,c'est le pays de ,tiris1 vaste pnplaine1 dit ,m4 ,chudeau1 o les seuls reliefs sont des dmes granitiques dans la partie orientale1 des crtes de quartzite dans la partie occidentale4 ,il s'tend au nord des dunes de l',azefal jusqu' hauteur du massif d',el ,akrab au nord et du massif d',idjil1 jusqu' la rgion montagneuse de l',adrar ,souttouf1 l'ouest1 soit sur deux cents kilomtres carrs environ4 ,cette immense tendue de graviers1 coupe de trs faibles dpressions et seme d'un vritable archipel de tmoins rocheux1 souvent fort levs1 se couvre1 dans les annes o il a plu1 de bons pturages d'herbes4 ,c'est ainsi qu' la premire reconnaissance du ,tiris en #aiaj1 les rapports signalaient la rgion comme un terrain de parcours excellent pour les animaux4 ,aujourd'hui1 aprs deux ans de scheresse1 on a peine trouver de loin en loin quelque emplacement favorable aux troupeaux4 ,les puits sont assez nombreux1 mais souvent loigns de deux trois jours de marche4 ,ils ont une profondeur qui varie entre six et quatorze mtres1 et donnent une eau souvent sale4 ,on devine par cette sche description1 que le ,tiris prsente l'aspect gnral d'une nature extrmement pure4 ,c'est ainsi que le dsert1 mesure que l'on marche vers le nord1 se simplifie4 ,la terre se dnude encore1 les horizons s'largissent1 s'abaissent pour laisser plus de place au ciel4 ,l'il n'est plus gn par rien4 ,il est tout la grande lumire du soleil4 ,la terre peu peu fait place au ciel4 99 99 99 99 99 ,le #ag1 nous partmes de bonne heure4 ,les cartes portaient soixante-quinze kilomtres entre ,arounit et ,bouir el ,rzel et1 la veille1 nous avions fait quarante-cinq kilomtres environ4 ,je comptais donc qu'il nous restait environ six heures de route pour atteindre le puits4 ,la marche tait facile4 ,nous traversions la plaine du ,tiris1 et sur le rag dnud1 les chameaux allaient bonne allure4 ,mais vers onze heures1 la chaleur devint trs forte et la marche se ralentit4 ,j'interrogeai le guide4 ,il me dit que nous tions encore loin du puits4 ,mais je n'avais pas assez d'eau pour pouvoir camper dans ce dsert4 ,nous continumes notre route4 ,quand je me retournais1 je voyais les ttes des hommes qui s'inclinaient1 et1 courbes sous le soleil1 vacillaient444 ,elles sont de telle maigreur1 et si ples1 qu'elles semblent transperces par la lumire de midi4 ,images de la force et de la faiblesse4 ,soumission devant l'astre des jours1 image de toute soumission4 ,a trois heures1 nous longeons un petit massif de rochers abrupts4 ,le puits est proche4 ,la colonne s'arrte en silence1 sinon les plaintes rauques des chameaux4 ,mais encore est-ce un silence lourd de sommeil qu'elles viennent percer1 et la noire plaine ne peut pas s'en mouvoir4 ,bouiz el ,rzel444 ,le puits est proche le camp4 ,des hommes1 le vtement serr la ceinture1 halent sur la corde4 ,l'eau est sale4 ,la plaine elle-mme a un got amer4 ,et seul1 notre cur est de douceur et de reconnaissance4 ,o terre1 ,dieu1 que je voudrais vous remercier6444 ,il faut prier4 ,mon tre se fond devant l'espace4 ,le ,pre du ,ciel est l1 du fond du ciel4 ,a chaque tape nouvelle1 l'on voudrait crier vers lui1 et que ce cri aille aussi loin en descendant en nous1 et aussi loin en montant vers lui4 ,toutes nos preuves sont bnies4 ,tous nos instants sont lourds1 sont gonfls de bndiction1 et ils s'coulent dans le silence de ,dieu4 ,prier1 ce serait jeter l'ancre dans cet ocan de batitude4 ,mais il faut des livres qui sachent prier1 et non plus seulement un cur qui sache prier4 ,car le cur est impuissant devant ,dieu4 ,quoi8 ce gonflement d'amour ne suffit-il point8 ,cet abandonnement d'amour1 ce pur panchement8444 ,faut-il donc des mots prcis1 des formes sensibles1 quelques modes d'oraison apprise8 99 99 99 99 99 ,aprs un jour de repos1 je repars vers l'ouest4 ,devant nous se dressent des crtes de quartzite2 c'est le massif d',aoussirt1 sur lequel nos yeux restent fixs toute la matine du #ai4 ,a droite et gauche1 d'autres lots rocheux dominent la plaine1 et le regard se perd dans ce noir archipel ceint du flot noir des pierres4 ,nous recoupons les traces d'une centaine de chameaux qui se dirigent vers le nord4 ,ce sont sans doute des ,reguebat rcemment partis en dissidence4 ,je lance quelques hommes sur cette piste444 ,aoussirt1 qui semblait proche ce matin1 s'loigne mesure que nous marchons vers lui4 ,vers dix heures1 la montagne danse dans le soleil1 et son pied ne se voit plus1 dans le tremblement de l'air4 ,l'horizon se peuple de formes tranges1 stalactites solaires1 colonnes de lumire1 prismes changeants4 ,le mirage charge d'illusions la terre de toutes les ralits4 ,je comprends comment la nature nous loigne de la nature4 ,ici1 dans la terre enfant1 dont les artifices mmes sont de toute navet1 je devrais ne suivre que cette lumire naturelle qui est en moi--et1 par la force naturelle de mon cur1 m'unir ,dieu4 ,mais non6 ,car ceci mme est une contradiction4 ,moi1 tre fini1 je ne puis atteindre l'infini par mes propres forces1 et je le sais bien1 quand je reste1 frapp d'impuissance1 devant mon cur qui va trop loin1 franchit trop de vierge espace4 ,donc1 il m'est absolument impossible1 dans ma faiblesse1 d'atteindre ce qui dpasse toute force humaine2 dans ma nature1 d'atteindre le surnaturel4 ,absolument impossible--en dehors des signes que ,dieu lui-mme m'a envoys pour le connatre4 ,car si1 hors de ces signes1 je pouvais connatre ,dieu1 ce serait que je serais ,dieu moi-mme4 ,en effet1 je rentre en moi aujourd'hui4 ,j'y vois la parfaite ignorance de ,dieu1 et pourtant le dsir de lui4 ,preuve admirable6 ,car si je le connaissais en dehors de sa rvlation1 ce serait donc qu'il serait humain--et non plus ,dieu4 ,j'arrive une clart insoutenable4 ,le mirage se dissipe--et c'est pour que je sois aveugl de lumire4 ,si je la dcouvre1 c'est pour ne pouvoir plus la supporter4 ,il faut pourtant aller jusqu'au bout1 puisque j'ai fait vu d'tre sincre4 ,donc--et mon sentiment est ici conforme ma raison--sans des signes1 je ne puis pas connatre cet tre inou1 que rien d'humain ne peut me reprsenter1 unique en trois personnes1 invisible et partout prsent1 matre du temps et pourtant hors du temps1 infigurable et pourtant rel4 ,mais1 au contraire1 avec des signes--pourvu qu'ils soient rvls--nous pouvons joindre cet ordre surnaturel1 et mme1 pour les ,sacrements1 tre intimement lis ce surnaturel1 et1 en tant que nous les recevons1 participer de ,dieu lui-mme4 ,il faut que l'infini descende jusqu' nous1 se fasse fini pour nous1 et ce n'est pas nous de le limiter1 mais lui seul doit venir nous1 pour que nous soyons exalts jusqu' lui4 ,donc ,dieu n'est connu que s'il nous envoie les moyens de le connatre4 ,c'est l'erreur des musulmans de vouloir l'atteindre par des moyens naturels1 et le tort de ,mahomet est d'tre ,envoy1 non point ,dieu4 ,les actes symboliques sont rvls1 ou ils ne sont rien4 ,mais s'ils ne sont rien1 ,dieu m'chappe4 ,il faut que les distes de toutes les sortes y viennent3 ou ,dieu n'est pas1 ou il n'est connu que par la rvlation1 et il n'est de rvlation que dans l'glise catholique4 ,les musulmans s'arrtent au dsir naturel de ,dieu1 et je les vois trs justement dans l'tat o je suis1 dsirant ,dieu par la simple lumire de la raison et ne le possdant pas4 ,le point o j'en suis me rend compte trs exactement du point o ils en sont4 ,quelle que soit ma bonne intention1 si droit que soit mon dsir1 j'arrive une impasse4 ,ici1 abandonn de tout1 je sens l'insuffisance du moyen humain1 l'insuffisance de mon propre cur4 ,j'en suis sr1 un panchement de l'me1 si pur soit-il1 ne peut atteindre que mon me4 ,une pense humaine1 si leve soit-elle1 ne peut connatre ce qui1 par dfinition1 est hors de la pense humaine4 ,et1 par le mme travail1 l'ordre divin ne peut tre saisi par un ordre divin1 si quelque forme sensible ne s'y mle4 ,il faut donc1 pour saisir l'ordre divin1 un ordre humain qui procde de l'ordre divin1 un symbole4 ,c'est la prire1 jusqu' sa forme la plus parfaite1 la ,sainte ,messe4 99 99 99 99 99 ,le #bj1 en route sur ,arelass4 ,je vois la ,france pleine de prires4 ,les portiques des temples sont ouverts1 et au fond1 dans un soleil d'or1 brille le ,saint-,sacrement4 ,la foule noire1 immobile1 est prosterne1 et un pontife1 alourdi par les chles divins1 entre dans la nue444 ,chre ,france1 celle qui prie et non celle qui blasphme1 celle qui est soumise et non celle qui se rvolte1 chre ,france1 meilleure que moi1 chre ,france prosterne1 c'est maintenant que je t'aime4 ,c'est maintenant que je t'attends4 ,c'est maintenant que j'attends et que je me soumets1 non plus seulement soldat soumis1 mais chrtien soumis1 et tel dsormais dans le divin que dans l'humain4 ,l'attente est longue4 ,elle fait frissonner de regret4 ,elle est ardente et pourtant calme4 ,elle est avide de ,jsus-,christ et pourtant patiente4 ,je sens bien que mon lan est beau1 mais je sens aussi qu'il n'treint que le vide4 ,mes bras se tendent et n'embrassent rien4 ,il faut une mdiation4 ,par une nuit claire1 au puits d',arelass4 ,la lune claire des groupes de chameaux qui dressent le col et l'abaissent4 ,toute la petite troupe est l1 une dizaine d'hommes qui tirent de l'eau du puits1 et moi1 assis sur un rocher1 j'coute si quelque bruit ne viendrait pas du large1 de la lune peut-tre444 ,je pense au silence1 et que c'est en lui que s'entend le verbe de ,dieu4 ,voici donc une nouvelle preuve4 ,car le peu que je connais de ,dieu1 c'est encore par quelques moyens humains1 par quelques vertus spciales qu'il a plu ,dieu d'tablir sur cette terre4 ,la charit parfaite ne peut se concevoir sans l'aide de la prire1 des ,sacrements4 ,mais le dsir lui-mme de la charit1 il faut encore quelque moyen naturel pour l'obtenir4 ,l encore1 il faut une mdiation4 ,il faut certaines vertus divines1 et pourtant accessibles1 pour possder le dsir4 ,et d'abord1 le silence4 ,point de dsir de ,dieu sans le silence4 ,ainsi dj1 le peu de bien que j'ai en moi1 je suis forc de le reporter hors de moi4 ,j'imagine bien qu'un chrtien1 lorsqu' la ,communion1 son ,dieu s'avance vers lui1 lui reporte tout l'amour qu'il en reoit4 ,mais en moi-mme1 ce faible dsir vacillant que je ressens1 dj il a pour cause une grce spciale1 qu'il a plu ,dieu de rpandre sur cette terre4 ,moyen imparfait1 puisqu'il ne donne que le dsir1 si quelqu'une des formes qu'il a institues par son glise1 vient manquer4 ,ainsi commencent de s'tablir l'ordre1 l'harmonie chrtienne4 ,la paix intrieure1 l'attente1 l'attention1 la parfaite rserve1 sont les dons de cette terre discrte1 et ils sont les annonciateurs du ,verbe divin4 ,grce ce silence auquel nous sommes contraints1 la moindre bonne volont1 le moindre bon mouvement de notre part sont tourns notre profit4 ,si loin que nous soyons de la parfaite connaissance1 abandonnons-nous un instant ce silence1 profitons-en1 l'clair d'un instant1 pour descendre en nous-mmes1 et dj nous sentons que nous devenons plus attentifs ,dieu4 ,plus mme1 c'est dj presque un avant-got de ,dieu que nous avons dans le silence4 ,et qui sait mme si ce silence de l',afrique n'est pas une intention spciale1 une institution particulire destine remplacer les moyens dont le ,pre ,cleste a coutume de se servir notre endroit8 ,et ensuite1 la pauvret4 ,car nous sommes des pauvres1 et cette pauvret nous a t envoye4 ,or1 rien ne nous avance dans la vie spirituelle comme de vivre d'une poigne de riz par jour et d'un peu d'eau sale4 ,un homme raisonnable peut trs bien penser que les mortifications de certains religieux sont excs de zle4 ,mais ici1 il faut se rendre1 reconnatre que rien ne prpare une me recevoir son ,dieu que de la vider de tout plaisir sensible4 ,tout naturellement1 la pense de l'ternel nat d'un cur d'o tout l'phmre de la vie a t chass1 qui n'a plus de dsir que de la croix de son ,dieu4 ,voici donc un nouveau don de ,dieu par l',afrique4 ,l encore1 il faut savoir utiliser4 ,mais comme la tche est aise6 ,je sens que le moindre bon mouvement m'est compt4 ,esurientes implevit bonis4 ,c'est la devise du ,sahara4 ,il n'est pas douteux que les ,maures eux-mmes ne soient aids1 dans leur dsir de ,dieu1 par leur extrme dnuement1 et l'asctisme est encore aujourd'hui l'une des plus belles fleurs spirituelles du dsert4 ,dieu nous donne la pauvret4 ,a nous de savoir la prendre1 et que nos heures de jene ne nous soient point perte4 ,mais dj1 par la seule misre1 comme tout l'heure par le seul silence1 nous nous sentons ports trs loin1 aussi loin que peuvent mener les moyens naturels4 ,nous sommes vraiment au seuil de ,dieu4 ,j'ai franchi rapidement les treize heures de marche qui sparent ,arelass de ,matalla4 ,notre route s'est faite dans une vraie tourmente de sable4 ,le #ba au soir1 je me suis arrt dans un rag dnud o le vent hurlait4 ,nous n'avons pu que nous rouler dans nos couvertures et nous tendre sur le sol1 balay des souffles du nord4 ,nous tions prs de quelques arbres gars dans la plaine1 mais si maigres que la rafale ne trouvait mme pas de prise sur eux4 ,et nous-mmes n'tions rien1 prostrs par terre et attendant la fin4 ,c'tait le lendemain que je devais retrouver ,s4 ,et je pensais qu'il fallait bien que ma route solitaire s'achevt sur cette belle heure romantique4 ,ce soir-l1 j'ai vraiment senti ma solitude4 ,qui sait mes rves1 mes dsirs d'amour8 ,qui connat ma force et ma faiblesse8 ,dj je suis bien loin de ces pauvres enfants gars qui se pressent prs de moi1 dans l'ombre de la nuit mauvaise444 ,o mon ,dieu6 ,la terre mme des ,infidles devient un instrument de votre misricorde4 ,les vertus que vous y avez mises deviennent une raison d'esprer4 ,o terre auxiliatrice6 ,o ,dieu6 l'une dans la main de l'autre1 comme le globe dans la main de l',empereur1 donnez-moi d'tre un enfant devant vous1 et de pouvoir manger le pain de votre force444 99 99 99 99 99 ,a ,matalla1 dans un petit carr d'herbes vertes enclos de rocs1 j'ai trouv la section de ,s4 ,elle est commande pour l'instant par un sous-officier1 car ,s4 est parti pour ,port-tienne4 ,j'apprends que le #af1 vers cinq heures du soir1 un medjbour s'est approch du camp et a vol une trentaine de chameaux4 ,un sous-officier est parti le jour mme sa poursuite4 ,il me faut attendre le retour de nos patrouilles1 avant de prendre une dcision4 ,le #bd1 le sous-officier rentre au camp1 sans avoir pu atteindre les pillards4 ,il a pouss jusqu' #gj kilomtres au nord de ,tnouaka4 ,le lendemain1 la patrouille de ,maures que j'avais envoye sur les traces des campements en fuite1 rentre galement aprs avoir pouss fort loin dans le nord4 ,elle confirme le dpart en dissidence d'un grand nombre de tentes ,reguebat4 ,le retour des patrouilles me rend plus libre de mes mouvements4 ,je vais en profiter pour aller au-devant de ,s4 ,il faut donc que je continue encore ma route solitaire4 ,n'est-ce point une grce spciale que je reois1 que cette solitude obstine1 qui me laisse face face avec l'ternit8 ,oh6 profitons jalousement des heures de recueillement qui nous sont comptes4 ,utilisons en avares ces purs instants de libert1 puisque c'est dans la seule libert que l'on sait devenir esclaves444 ,,chapitre ,,xiii ,,voyage ,a ,,port-,,tienne #be avril #aiab-af mai #aiab4 ,le #be avril1 je quittai le puits de ,matalla1 avec une dizaine de ,maures1 fidles compagnons de mes routes4 ,mon intention tait de marcher dans le sud-ouest1 jusqu' ma rencontre avec ,s41 sous les ordres duquel j'avais t plac4 ,le mme jour1 je traversai de l'est l'ouest l',adrar ,souttouf4 ,il faut se reprsenter cette rgion comme un plateau peu lev1 trs dcoup et domin par des chanes de quartzite artes vives1 gnralement orientes du sud-ouest au nord-est4 ,la vgtation est naturellement trs peu abondante4 ,pourtant1 dans les bas-fonds1 on trouve des herbes et des arbres maigres1 qui sont pourtant une raret dans ces rgions dshrites4 ,aprs une journe de marche parmi les pierres noires de ces paysages rugueux1 j'arrivai au puits de ,bou ,gouffa et me couchai1 les membres engourdis de fatigue1 sous les toiles amies4 ,le lendemain1 le rveil fut charmant4 ,je me trouvais dans une sorte de lande bretonne1 o poussaient l'envi des touffes de plants dont le vert ple rappelait les bruyres de mon pays4 ,une rose abondante couvrait le sol4 ,devant moi1 j'apercevais les sombres dentelures de l',adrar ,souttouf1 couronnes de brumes lgres4 ,l'air tait allg1 dcant dans les laboratoires du matin et il nous apportait1 en brises tides1 des parfums de terre mouille4 ,quelques gouttes de pluie tombrent dans le silence4 ,nous assistions une scne de la naissance du monde4 ,comme je contemplais ce spectacle1 ,sidia s'approcha de moi1 et1 faisant un grand geste vers l'horizon1 mu1 transfigur1 il me dit3 --,dieu est grand6 444 ,oh6 comme ce mot me fit du bien6 ,je connaissais enfin que ma joie n'tait pas la cration d'un touriste en qute de sensations1 ou l'illusion d'un civilis4 ,lui aussi1 le petit barbare1 il frmissait devant la beaut des choses1 et devant le soleil qui se levait1 nous tions1 lui et moi1 le mme homme4 99 99 99 99 99 ,jloua4--,je me suis arrt longtemps dans le cimetire1 et avec ,sidia1 j'ai dchiffr les inscriptions crites en belles lettres arabes4 ,ci-gt ,maryam1 fille de ,beyh1 fils d',ali1 fils d',hayb1 fils de ,sak1 fils d',ali ,nabi ,r1 fils d',el ,mahtav1 fils d',haybou4 ,ci-gt ,mohammed el ,bokhary1 fils d',el ,filali1 fils d',ahmed ,moskel1 fils de ,bari ,kallah1 fils de ,bazed el ,yakhou1 fils de ,jaffria el ,machoumih4 ,que la bndiction de ,dieu soit sur lui6 ,ce ,jaffria el ,machoumih nous transporterait peu prs dans la premire moiti du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,mais il doit tre en ralit beaucoup plus ancien1 car les ,maures1 dans leurs gnalogies1 sautent volontiers des chelons et ne citent que les anctres dont le nom est illustre4 ,ces cimetires maures sont toujours placs dans les endroits les plus arides et les plus dsols4 ,celui de ,jloua1 dans son immense horizon de pierrailles1 nous rappelle qu'il y a pourtant des hommes dans ces rgions sinistres de l',adrar ,souttouf4 ,toutes ces tombes appartiennent aux ,bari ,kallah1 tribu de marabouts qui furent autrefois de riches propritaires d'animaux1 et qui l'on doit l'ouverture de la plupart des puits du ,tiris et du ,zemoul4 ,j'ai remarqu1 parmi les pierres qui entourent les tumuli1 des piquets de tente1 des pilons1 objets confis la garde des morts1 car jamais un ,musulman ne volera un objet laiss dans un cimetire4 ,le #be1 j'entrai avec mes compagnons dans l',aguerguer1 plat pays de cailloux blancs1 de sables blancs1 parsem de dmes de sable tincelants4 ,nos chameaux y trouvaient grand'peine un peu de nsid1 un peu d'askaf sec4 ,o pays de clart1 pensais-je1 pays faits la gloire du soleil1 pays faits l'intention du soleil1 solitudes troubles de loin en loin par le passage de quelques mharas ou la fuite d'un campement1 quelle figure faisons-nous parmi toi8 ,ce n'est pas sans raison que l',islam a horreur de la reprsentation humaine4 ,la terre aussi444 ,j'arrivai le #bi1 aprs quelques recherches1 au puits de ,bir ,gueudouze4 ,il est trs difficile trouver4 ,les ,franais qui y sont passs avant moi1 c'est--dire ,dufour en #aiaj et ,schmitt en #aiaa1 s'y sont perdus4 ,il est certain qu'il faut un guide habile pour trouver dans une telle uniformit de landes1 une bouche de puits d'un mtre de diamtre6 ,au puits1 je vis les traces de ,s41 qui dataient de l'avant-veille4 ,je ne pouvais pas songer le rattraper1 et comme mes hommes n'avaient plus de vivres1 je rsolus de pousser jusqu' ,port-tienne--une bonne tape de cent vingt kilomtres4 ,je franchis cette distance en un jour et demi4 ,a mesure que j'approchais de la mer1 je sentais crotre mon excitation4 ,je chantais1 je riais1 je plaisantais avec mes partisans4 ,je traversais un pays qui ressemblait ces terrains de dmolition1 que l'on voit aux faubourgs des villes1 terrains vagues1 chargs de gravats blancs1 hachs de fosss et d'excavations4 ,les ,maures l'appellent le ,korban4 ,dans les rags de sable qui bordent les soulvements calcaires de cette rgion1 j'apercevais parfois des fuites de gazelles au galop lastique1 et qui dtournaient la tte vers nous1 comme dans les tableaux des primitifs4 ,je trouvai quelques arbres pour la halte mridienne4 ,mais je m'arrtai sans plaisir et repartis1 ds que nous emes mang notre riz4 ,je marchai alors dans de grands couloirs de dunes mouvantes1 sans vgtation1 qui me conduisirent au bord d'une immense ,sebkhra4 ,elle talait vers le sud1 jusqu'au bout de l'horizon1 son tapis noir et uni4 ,mais vers l'ouest1 elle tait borde de hauteurs mamelonnes qui prenaient dans la nuit claire et froide1 d'tranges formes4 ,je reconnus alors que mon guide s'tait tromp et avait trop appuy vers le nord4 ,je lui donnai l'ordre de longer les escarpements de la ,sebkhra1 mais huit heures1 la marche tait devenue si incertaine et difficile que nous dmes nous arrter4 ,le lendemain1 peu de temps aprs le dpart1 j'apercevais l'horizon de la ,sebkhra une ligne sombre4 ,c'tait la mer6 ,je pris le trot1 exalt par les odeurs qui dj nous arrivaient du fond du golfe4 ,une heure aprs1 les contours vagues d'une grve immense se dessinaient4 ,tout au fond1 la mer scintillait4 ,elle semblait s'taler en des formes qu'on ne comprenait pas4 ,la cte elle-mme1 mal dessine1 achevait de donner ce spectacle un aspect de confusion grandiose4 ,mais1 la baie de l'toile o nous arrivmes neuf heures1 nous trouvmes le repos4 ,nous tions tous charms1 les ,maures et moi1 par la prcision extrme des lignes1 par l'harmonie parfaite de cette anse qui1 succdant aux tristesses molles de la lagune1 nous emplissait l'me de paix et de bonheur4 ,de petites vagues venaient mourir sur le sable fin et1 peu de distance du rivage1 on voyait des marsouins bondir au-dessus de la mer bleue1 ou d'immenses cormorans se poser dlicatement sur les vagues4 ,je ressentais en moi l'enthousiasme de ,chateaubriand1 quand il dit du ,lido3 ,les vagues que je retrouvais ont t partout mes fidles compagnes2 ainsi que des jeunes filles se tenant par la main dans une ronde1 elles m'avaient entour ma naissance2 je saluai ces berceuses de ma couche4 ,je me promenai au limbe des flots1 coutant leur bruit dolent1 familier et doux mon oreille4 ,souvent je m'arrtai pour contempler l'immensit plagienne2 un mt1 un nuage1 c'tait assez pour veiller mes souvenirs4 99 99 99 99 99 ,port-tienne1 son dsordre et son abandon m'ont fait la plus triste impression4 ,la terre1 d'un ton sale1 incertain1 ondule sans grce4 ,sa rudesse est sans majest4 ,pourtant1 il reste la mer qui fait une belle couronne d'azur profond cette poussire4 ,j4 m'a emmen voir les anciennes pcheries ,villemorin4 ,nous avons travers des terrains vagues1 long des rails de wagonnets4 ,sur le sol1 des dtritus1 des tessons de bouteilles tmoignaient que j'avais retrouv la civilisation4 ,en route1 nous nous sommes arrts un instant l'appareil distillatoire4 ,je reconnus que le bruit de la machine vapeur faisait une musique assez singulire dans ce paysage africain4 ,mais ce ne sont pas des sensations aussi heurtes que je suis venu chercher4 ,j'ai prfr la longue station que nous fmes sur la plage troite o nous arrivmes aprs une demi-heure de marche4 ,devant nous1 des barques se balanaient mollement1 et plus loin on voyait une grande carne abandonne4 ,nous avons rencontr1 sur cette grve1 des pcheurs espagnols qui halaient sur le sable de lourds filets chargs de poissons4 ,j'entends encore leurs cris gutturaux3 ,ala6 ,ala6 ,a la riva6 ,de larges mouvements ordonns1 dans un soleil tide qu'adoucissait encore la brise du large4 ,aux pcheries1 nous avons trouv un aimable ,breton1 ,m4 ,leme1 seul occupant des vastes locaux qui n'ont connu qu'une activit phmre4 ,les pcheries1 luxueusement tablies1 ont fait faillite et le ,gouvernement a rachet1 il y a deux ans1 les installations faites grands frais sur cette terre inhospitalire4 ,rien de plus morne que ces grands hangars1 ces schoirs1 ces vastes communs1 ces maisons dmontables qui ne connatront mme jamais la beaut des ruines4 ,mais ,m4 ,leme y mettait de la vie1 en nous contant ses grands voyages faits1 en compagnie du savant ,m4 ,gruvel1 sur les ctes de l',angola et du ,sud-,afrique444 ,pendant le retour au poste1 nous voyions ce qu'il y a de plus beau ,port-tienne3 les quatre grands pylones de la tlgraphie sans fil1 beaut moderne1 scientifique1 beaut mtallique1 grle et forte tout ensemble1 beaut faite de prcision1 et qui sait aussi nous faire rver4 99 99 99 99 99 ,tandis que le capitaine ,m4 causait avec un paquebot passant au large1 je montrais ,sidia les immenses tincelles dont les dtonations se mlaient au ronflement rgulier du moteur4 --,tu vois1 lui disais-je1 les ,maures sont fous de vouloir rsister des gens aussi riches et aussi puissants que les ,franais4 ,sidia reste un moment silencieux1 puis il me dit cette phrase inoue3 --,oui1 vous autres1 ,franais1 vous avez le royaume de la terre1 mais nous1 les ,maures1 nous avons le royaume du ,ciel6 ,il me semble que de telles phrases projettent une vive lumire sur toute une faon de sentir1 de voir la vie4 ,j'ai rencontr dans les cailloux du ,tagant d'admirables asctes qui m'voquaient exactement le moine ,paphnuce4 ,mais jamais le fond de rverie mystique de la race1 ne m'est apparu de faon plus claire qu'aujourd'hui4 ,j'ai fait un assez triste retour sur moi-mme4 ,voil donc l'ide que ces ,maures ont de nous1 aprs cinq ans d'occupation6 ,je voulais dire ,sidia3 ,tu te trompes3 tu as ton ,dieu1 et j'ai le mien4 ,tu as ton prophte1 et j'ai le mien qui est fils de ,dieu1 qui a t crucifi1 et qui est assis aujourd'hui la droite de son ,pre4 ,mais j'ai le sentiment que je l'tonnerais sans profit4 ,quelques jours aprs1 pensant ,sidia1 j'crivais au vnrable vque de ,sngambie1 ,mgr ,jalabert3 ,depuis six ans que j'ai fait connaissance avec les ,musulmans d',afrique1 je me suis rendu compte de la folie de certains modernes1 qui veulent sparer la race franaise de la religion qui l'a faite ce qu'elle est et d'o vient toute sa grandeur4 ,auprs de gens aussi ports la mditation mtaphysique que les musulmans du ,sahara1 cette erreur peut avoir de funestes consquences4 ,j'en ai acquis la conviction3 nous ne paratrons grands auprs d'eux qu'autant qu'ils connatront la grandeur de notre religion4 ,nous ne nous imposerons eux qu'autant que la puissance de notre foi s'imposera leur regard4 ,certes1 nous n'avons plus les mes des ,croiss1 et ce n'est pas la pense d'aller combattre l',infidle qu'un officier1 dsign pour le ,tchad ou l',adrar1 va se rjouir4 ,pourtant1 j'ai vu des camarades qui dans leurs conversations avec les ,maures1 souriaient des choses divines et faisaient profession d'athisme4 ,ils ne se rendaient pas compte de combien ils faisaient reculer notre cause et de combien1 en abaissant leur religion1 ils abaissaient leur race mme4 ,car1 pour le ,maure1 ,france et ,chrtient ne font qu'un4 ,ne nous appellent-ils pas ,nazarens plus volontiers que ,franais8 ,et c'est une chose trange que ce soient eux qui viennent sur ce point nous clairer sur nous-mmes et nous donner une leon4--,j'ignore le nombre de musulmans qu'a convertis le vnrable et illustre ,pre de ,foucauld dans le ,sahara septentrional4 ,mais je suis assur qu'il a plus fait pour asseoir notre domination dans ce pays que tous nos administrateurs civils et militaires4 ,ce serait un beau rve que de souhaiter des mes de missionnaires tous les officiers sahariens4 ,mais nous ferons de la politique franaise1 le jour o1 respectueux des croyances de nos ,berbres1 nous resterons fervents dans les ntres1 le jour enfin o ces musulmans verront ,saint-,louis et ,dakar1 quand ils s'y rendront1 la beaut de nos temples et le nombre des fidles qui s'y rendent4 99 99 99 99 99 ,j'crivais ,mgr ,jalabert dans un vritable sentiment d'exaltation4 ,mais1 la fivre tombe1 je suis forc de le reconnatre3 nous sommes tellement enlizs dans la plus abjecte des civilisations1 que le mot cruel de ,sidia a bien quelque apparence de vrit4 ,suis-je capable de ces longues mditations qui nous tirent violemment hors du monde sensible1 et auprs desquelles la ralit devient une poussire fade et incolore8 ,le sentiment de la patrie nous mne fatalement chrir l'ide religieuse4 ,comment sparer l'un de l'autre1 quand ils furent les deux mobiles qui se mlrent intimement dans les mes de nos pres8 ,la fille ane de l'glise4 ,il y a peut-tre aussi la fille ane de l',islam4 ,nous1 nous sommes la fille ane de l'glise4 ,ainsi le veut l'ordre franais4 ,gesta ,dei per ,francos4 ,on peut le regretter1 mais on ne peut changer l'ordonnance franaise4 ,ce n'est pas en vain que la maison de ,france dcoule d'un ,saint1 que la filiation directe remonte un ,saint4 ,nous n'y pouvons rien1 nous sommes engags1 enrouts4 ,la ,france fait son salut malgr elle4 ,au pied de l'arbre franais1 nous avons un ,saint1 qui intercde pour toute la maison de ,france4 ,et comment sparerons-nous la maison de ,france de la ,france elle-mme1 la ,france elle-mme de ceux qui l'ont faite8 ,mais aprs cette reconnaissance1 nous sommes forcs de nous arrter4 ,moi-mme qui ai ressenti si profondment l'offense de ,sidia1 que suis-je dans le domaine du ,spirituel8 ,o est ma foi8 ,o sont mes uvres pour la mriter8 ,et mme1 dans ce particulier domaine du ,spirituel1 quelle figure fais-je ct de ,sidia8 99 99 99 99 99 ,j'ai eu beaucoup de peine retrouver ,bir ,gueudouze au retour4 ,aprs avoir march tout le jour1 mon guide se dclara perdu et je m'arrtai dans une sorte de large dpression o quelques arbres maigres tordaient1 une faible hauteur du sol1 leurs bras dcharns4 ,ces pauvres branchages nous mirent pourtant un peu l'abri du vent d'est1 qui balayait sans piti cette misrable terre4 ,le lendemain matin1 j'envoyai deux de mes hommes la recherche du puits o j'avais laiss1 l'aller1 une partie du dtachement et mes bagages4 ,nous n'avions plus une goutte d'eau1 et la journe nous parut longue4 ,heureusement1 vers le soir1 mes deux hommes parurent4 ,aprs avoir err toute la journe1 ils avaient fini par dcouvrir le puits3 il ne se trouvait qu' une heure de l'endroit o nous tions6 ,nous y arrivmes une heure avant minuit et je retrouvai mes hommes avec plaisir4 ,l'un d'eux me raconta l'arrive du guide1 aprs sa longue recherche4 ,il tait si fatigu1 si altr1 me disait-il1 que j'ai d le descendre moi-mme de son chameau4 ,mais je crois que sa fatigue venait surtout de la peur qu'il avait eue de ne pouvoir trouver l'eau4 ,au dpart de ,bir ,gueudouze1 je dcidai de brler ,jloua et de me diriger directement sur ,bou ,gouffa4 ,le premier jour1 la chaleur devint trangement lourde4 ,l'air s'immobilisait totalement4 ,l'ther se chargea d'une fine poussire jaune1 emplie d'clatante lumire solaire4 ,le lendemain1 la chaleur devint si torride que je craignis fort de laisser en route quelques-uns de mes animaux4 ,nous avions la sensation exacte d'un couvercle de plomb qui se serait abattu sur nous4 ,j'essayai de ne marcher que la nuit4 ,malheureusement1 la lune et les toiles taient caches par la brume1 ce qui rendait la direction trs difficile4 ,le #h mai1 dans le petit jour1 j'arrtai mes hommes pour leur laisser faire la prire du fedjer4 ,nous marchions dj depuis deux heures4 ,l'immense plaine se taisait1 comme si la vie du monde et t suspendue4 ,jamais je n'avais vu la terre des ,maures aussi empreinte de solennit4 ,bientt le gros disque fuligineux du soleil sortit des brumes de l'horizon1 et dj1 au bas de sa course1 il rpandait d'immenses nappes de lumire cuivreuse qui fatiguait le regard4 ,nous nous remmes en marche1 et peu de temps aprs1 nous voyions les premires hauteurs de l',adrar ,souttouf1 qui se dessinaient toutes proches de nous4 ,nous traversions de larges ondulations pierreuses1 tandis que nous apercevions encore1 notre droite1 les dmes sablonneux de l',aguerguer4 ,enfin1 dix heures1 nous nous arrtions au puits de ,bou ,gouffa o1 quelques jours auparavant1 j'avais eu un si joli rveil4 ,il serait dit que pendant tout ce voyage1 la ,providence me serait rigoureuse4 ,j'tais reparti le soir mme pour ,matalla o je comptais retrouver ,s4 ,mais1 dix heures1 nous nous trouvmes pris entre deux hautes parois de rochers4 ,dans la nuit noire1 nos chameaux n'avanaient qu'avec peine4 ,de tous cts1 des boulis de rocs1 dont nous tions les prisonniers4 ,parfois1 nous dchirions nos burnous aux pines d'un arbre accroch au flanc des rocs1 comme en un tableau de ,ruysdal4 ,nous tions perdus dans les gorges de l',adrar ,souttouf1 l o sans doute aucun tre humain n'avait encore pass1 parmi les solitudes sauvages que trouble seul de loin en loin le passage d'un mouflon solitaire4 ,cette pense qui me vint ce moment1 me grisait lgrement et1 sans songer ma situation1 je m'abandonnais l'influence de ce lieu tragique4 ,pourtant1 il fallait aviser1 c'est--dire trouver un endroit o nos chameaux pussent baraquer4 ,je pris la tte de la petite colonne et je descendis une pente trs raide1 mais heureusement sablonneuse4 ,au bas se trouvait un fond d'oued troitement resserr entre des rochers abrupts4 ,c'est l que je m'arrtai en attendant l'aurore4 ,comme je m'tendais sur le sable1 je vis apparatre1 derrire les brumes du ciel1 les quatre toiles de la tte du ,scorpion qui me permettaient de m'orienter4 ,j'appelai ,sidia et lui montrai ma dcouverte4 --,oui1 me dit-il1 avec un calme imperturbable1 nous avons march trop au sud et je crois que nous sommes dans la ,koudia el ,ghenem444 ,ce dtour ne me fit arriver qu' deux heures aprs midi1 le lendemain1 ,matalla4 ,j'y trouvai un mot laiss par ,s41 la bouche du puits4 ,le mot1 dat de l'avant-veille1 disait que le groupe partait pour ,zoug1 cent dix kilomtres dans le sud4 99 99 99 99 99 ,a ,matalla1 je passai quelques jours dans un extrme dnuement4 ,je n'avais plus rien manger1 et la provision de riz de mes hommes commenait elle-mme s'puiser4 ,comme abri1 je n'avais que l'arbre unique1 qui dresse prs du puits sa maigre frondaison4 ,nos seuls compagnons taient des compagnies de corbeaux qui venaient se poser en cercle sur le rebord du puits4 ,assis gravement comme un conseil d'anciens1 ils ne s'effrayaient mme pas de notre approche444 ,parfois aussi1 nous voyions un chacal fuir sournoisement de son trot effil1 les oreilles droites4 ,malgr cette grande pauvret1 je n'ai pas conserv un mauvais souvenir des heures que je passai ,matalla1 en attendant l'arrive de mes bagages laisss en arrire4 ,ce furent des heures de douce rverie1 de vie ralentie1 o dfilaient avec paresse les mille beauts que j'avais entrevues dans mes voyages4 ,je ressentais bien qu'il m'en restait une sorte de malaise1 et je souffrais de ne pouvoir mettre un peu d'unit dans cette dispersion4 ,mais je me disais3 ,il sera temps de me dsoler1 lorsque j'aurai retrouv la froide ,europe4 ,maintenant1 laissons agir le silence4 ,c'est un grand matre de vrit4 ,ces grands espaces de silence qui traversent ma vie1 je leur dois bien tout ce que je puis avoir de bon en moi4 ,malheur ceux qui n'ont pas connu le silence6 ,le silence qui fait du mal et qui fait du bien1 qui fait du bien avec le mme mal6 ,le silence qui coule comme un grand fleuve sans cueils1 comme une belle rivire1 pleine jusqu'au bord1 gale6444 ,bien souvent1 il est venu vers moi1 comme un matre bien-aim1 et il semblait un peu de ciel qui descendait vers l'homme pour le rendre meilleur4 ,par nappes immenses1 il venait du ,ciel1 des grands espaces interstellaires1 des parages sans remous de la lune froide4 ,il venait de derrire les espaces1 de par del les temps--d'avant que furent les mondes et de l o les mondes ne sont plus444 ,alors1 je m'arrtais1 plein d'amour et de respect4 ,car le silence est aussi le matre de l'amour4 ,l'absence de bruits est un grand repos4 ,mais le silence est plus4 ,c'est une grande plaine d',afrique o l'aigre vent tournoie1 c'est l',ocan ,indien1 la nuit1 sous les toiles444 ,c'tait le silence qu'coutait ,pascal dans les nuits de ,port-,royal1 et c'est lui que parfois nous avons retrouv dans les solitudes de l',afrique4 ,nous connaissions ces moments-l1 que c'tait1 hlas6 la seule chose qui nous vnt de ,dieu4 ,,chapitre ,,xiv ,,zoug #af mai #aiab-ah juillet #aiab4 ,le camp de ,s4 est pittoresque et de bon accueil4 ,ce qui m'a frapp en arrivant1 c'est un dsordre de petits abris en paille1 de tentes basses barioles et rapices o semblait grouiller une vie confuse4 ,lorsque je suis descendu de chameau1 une petite fille1 presque blanche et moiti nue1 m'a salu d'un joli sourire4 ,elle m'a montr la tente de ,s41 qui n'est gure plus haute ni plus luxueuse que celles de ces soldats4 ,j'ai circul entre ces pauvres abris1 vitant les cordes qui s'entrecroisaient presque au ras du sol4 ,cela ressemblait au grouillement d'une banlieue4 ,en me penchant1 j'apercevais sous la laine grossire des tentes1 toute une vie domestique et paisible3 des femmes1 de petits enfants jouant sur les nattes de paille grossire1 des cuelles de bois1 d'humbles objets familiers4--,beaucoup de tirailleurs et de partisans sont maris4 ,et au troupeau des femmes et des enfants1 il faut joindre tous les petits boys qu'attire ici l'espoir de quelques grains de riz manger4 ,le camp est resserr sur le fate d'une petite colline de sable1 qui surplombe peine l'immense mer des dunes basses1 faiblement ondules1 noyes de lumire blanche4 ,je reconnais tous les points de repre de l'horizon3 au sud1 le dme granitique de ,ben ,amera et celui1 tout petit1 d',acha2 au sud-ouest1 le piton d',adekmar et le ,gelb ,azfar2 au nord1 ,khnefissa2 enfin1 l'ouest1 la longue et mince chane de ,zoug1 finement dentele et qui semble un dessin la spia fait mme sur le ciel4 ,au milieu d'une large cassure de la chane1 se dresse tout seul un cne noir1 dont la base plonge dans le sable blanc4 ,il semble un de ces volcans teints qui figurent sur les estampes du ,japon4 ,c'est tout4 ,a part ces quelques cailloux isols1 rien qui attire le regard ou le puisse amuser4 ,ni formes1 ni couleurs4 ,du blanc1 du gris sale4 ,de la lumire sans couleur4 ,mais il y a le ciel1 qui est ici le motif principal4 ,il est immense--hmisphre d'azur o l'on guette la course folle des nuages1 qui n'amnent jamais de pluie4--,sous la calotte des cieux1 sous la vote du ciel--ces expressions courantes prennent ici toute leur valeur4 ,il faut vraiment que l'asctisme rponde certaines ncessits spirituelles1 pour que nous arrivions ne point trop nous dplaire dans un paysage apparemment si laid4 99 99 99 99 99 ,mes domestiques ont mont ma tente prs du magasin1 un amoncellement de caisses de riz1 de biscuits1 de tonnelets destins l'approvisionnement des deux cents hommes du groupe4 ,plus loin1 sont les tentes des ,maures444 ,pendant la sieste1 dans le grand silence mridien1 j'entends tout coup le vagissement d'un enfant et la voix de la mre qui le calme4 ,ce bruit semble en veiller quelques autres4 ,deux tirailleurs changent quelques mots rauques4 ,on entend un appel3 ,ali6 ,ali64 ,puis tout retombe dans le silence1 plus lourd encore qu'auparavant4 ,mais ces quelques bruits humains m'ont remu le cur4 ,aprs vingt jours de marche1 dans les solitudes du ,tiris et du ,zemmoul1 avec trois ou quatre compagnons1 c'est un peu de vie qui m'accueille en cet lot perdu4 ,sur ces quelques mtres carrs1 il y a de l'amour1 de la tendresse1 du dsir1 de la haine4 ,il y a des pleurs et des baisers1 et des rires4 ,et moi qui avais oubli tout cela1 c'est presque une dcouverte que je fais4 99 99 99 99 99 ,le nouveau rsident de l',adrar1 commandant ,d4 est arriv avec ,m41 qui vient prendre le commandement du peloton4 ,il est si gros qu'il ne peut monter chameau1 sans l'aide d'un tabouret et de plusieurs tirailleurs4 --,eh quoi6 ,pas un arbre6 dit-il1 en mettant pied terre et en jetant un regard circulaire sur l'horizon4 ,s4 est tellement habitu ce paysage inclment1 qu'il semble tout surpris de l'exclamation du commandant4 ,zoug1 malgr son aridit1 est cependant un point important4 ,sur les cartes par renseignements1 qu'a dresses il y a bien longtemps ,m4 ,coppolani1 ,zoug figurait dj en grosses lettres4 ,ce dut tre de tout temps un lieu de rassemblement des tribus4 ,quand le capitaine ,b4 et ,s4 y vinrent pour la premire fois1 au dbut de #aiaa1 ils y trouvrent runies de nombreuses tentes ,reguebat et ,yaggout4 ,il y a des fractions qui restent ici toute l'anne1 et l'on peut valuer plusieurs dizaines de mille1 le nombre des chameaux qui broutent en permanence les herbes de ,zoug4 ,le puits1 dont nous sommes une dizaine de kilomtres1 a un dbit extrmement abondant4 ,j'en trouve l'eau trs agrable au got1 mais le ,dr ,m41 qui est venu ici peu de temps aprs le dpart du commandant1 pour soigner une pidmie de bribri1 trouve l'eau trs lgrement sale4 ,j'ai t bien souvent me promener ce puits4 ,a quelque heure que ce ft1 j'y ai toujours trouv des troupeaux en train de boire1 ce qui atteste le grand nombre des chameaux qui vivent dans la rgion1 en mme temps que le fort dbit du puits4 ,dans la plaine1 on ne trouve gure que cette petite plante piquante dont les chameaux sont si friands1 le hd4 ,les mharas la mangent toute l'anne4 ,c'est une herbe qui n'a pas de saison4 ,j'ai vu des petites pousses de hd vert1 sortir du sable aprs deux jours de vent d'est brlant--et il est de fait que le vent d'est1 si frquent dans ces rgions1 favorise la venue du hd4 ,un puits de dbit sr et du hd1 il n'en faut pas davantage ici1 pour faire du plus pauvre endroit une sorte d'oasis o les campements se rfugient4 99 99 99 99 99 ,les journes sont monotones1 inemployes4 ,pourtant1 elles passent vite et il est des fois o l'on regrette leur brivet4 ,le temps est devenu trs chaud4 ,il ne faut plus gure songer aller chasser4 ,alors1 on reste sous la tente1 presque tout le jour4 ,des ,maures viennent1 et l'on cause4 ,ou bien l'on s'puise en rveries1 qui s'nervent de ne pas aboutir4 ,mais ne valent-elles pas mieux que les leons plus prcises que je recevais jadis8 ,il ne s'agit pas ici1 dans cette vie si simple1 au milieu de cette nature si simple1 d'un retour la simplicit4 ,ce n'est pas l'enseignement que comportent ces paysages4 ,on voit souvent ces expressions3 ,le retour la simplicit1 la navet des premiers ges4 ,quelle bonne histoire6 ,ne sont-ce pas nos crivains d'aujourd'hui1 avec leurs trois ou quatre pauvres ides1 nos faux savants qui1 par la ngation1 ont lud les grands problmes1 nos matres d'cole1 nos artistes1 ne sont-ce pas tous ces barbares qui sont les vrais nafs et les vrais simples8 ,il faudrait s'entendre et savoir lequel est le simple et le naf1 de ,m4 ,durckheim ou de saint ,thomas4 ,les ,maures aussi sont des barbares1 de nafs barbares4 ,pourtant1 lorsque l'on considre le point de vie intrieure o ils sont parvenus1 on trouve qu'ils ont su mieux que nous se garder de l'inculture et de la grossiret4 ,pour moi1 je n'estime pas que le pays de ,zoug ramne la simplicit4 ,l'me n'y reoit de la nature aucun soutien4 ,au contraire1 mille souffles religieux viennent s'y battre et1 comme l'armature de la civilisation ne nous soutient plus1 il ne faut pas songer luder le combat4 ,nous sommes seuls1 abandonns nous-mmes1 notre misre1 dsempars dans le vent de la plaine1 dans les vents qui soufflent des vingt ptales de la rose444 la rose des vents4 ,c'est un aigre breuvage que la solitude1 et il sole4 99 99 99 99 99 ,nous sommes bien avertis qu'il faut retourner quelque chose1 nous ramasser au fond de nous-mmes4 ,mais ce n'est pas de simplicit qu'il s'agit4 ,saint ,paul1 saint ,augustin n'taient pas des simples2 et rien n'est plus contraire la tradition franaise que la foi du charbonnier4 ,une tentative de rnovation chrtienne1 comme celle de ,tolsto1 est minemment contraire au gnie franais4 ,ce qui fait le fond de la tradition franaise1 c'est une foi solide--celle de la religion catholique1 apostolique et romaine--appuye sur une large culture1 ou parallle une large culture intellectuelle4 ,foi et humanisme4 ,il tait naturel que les ennemis de l'une devinssent les ennemis de l'autre--les mmes hommes--et nous avons vu cela4 ,quand on considre cette haute mission de la race franaise1 cette apparence d'lection qui domine toute son histoire1 cette marque divine1 et quel point la ,france est rellement la ,fille ane de l'glise1 il semble que l'on n'ait plus le droit de parler de simplicit4 ,c'est rapetisser1 c'est ramener de trop humaines proportions le gnie de la ,france4 ,que les ,maures tiennent leurs seules vertus d'une fidlit extraordinaire au gnie propre de leur race1 cela ne parat pas douteux--ni que leur unique beaut vienne d'un attachement inbranlable leur ,dieu1 dans la dfaite1 dans l'abaissement1 jusque dans l'abandon vident que ce ,dieu d',islam a fait de sa race4 ,il y a1 dans la tnacit des ,maures croire au triomphe final de leur prophte et de leurs livres1 quelque chose de comparable1 une beaut analogue l'esprance1 l'admirable confiance des anciens prophtes d',isral4 ,pourtant1 ce n'est pas de la simplicit qu'il faut chercher parmi eux1 j'entends de la simplicit d'esprit--mais la simplicit des murs n'est-elle pas en raison inverse de la simplicit de l'esprit8 ,nous en sommes la preuve4 99 99 99 99 99 ,la rose des vents4 ,pendant tout le jour1 nous sommes rests crass de chaleur4 ,on aurait entendu voler une mouche4 ,on tait comme dans nos pays1 lorsqu'on attend l'orage4 ,une brume claire1 pntre de clart diffuse1 voilait le ciel4 ,l'horizon tait noy de vapeurs4 ,nous nous pongions1 le ,dr ,m4 et moi1 piant la moindre brise4 ,parfois1 un lger souffle1 semblant venir de trs loin1 faisait un petit tourbillon et s'en allait1 comme un visiteur press444 ,la nuit fut encore calme1 mais le lendemain matin1 d'assez bonne heure1 le vent d'est attendu commena sa chevauche furieuse4 ,toute la journe1 il s'est ru l'assaut de nos tentes1 nous emplissant les yeux de sable1 brlant comme l'air qui sort du four des boulangers4 ,on essaie bien de se calfeutrer1 mais c'est en vain4 ,le sable filtre de tous les cts1 fuse en jets rapides par tous les interstices4 ,le camp baigne lui-mme dans un nuage de sable4 ,a dix pas1 on ne voit rien4 ,rsigns1 nous laissons couler les heures lentes4 ,parfois une trombe de sable vient se coller plus furieusement sur la toile de la tente4 ,cela fait un peu le bruit des paquets de mer qui se plaquent sur les flancs d'un navire1 les jours de tempte4 --,mon cher ami1 ce n'est gure le temps de philosopher4 ,laisse l tes chimres1 me dit le vent4 ,mais ceux que j'admire1 ce sont nos ,maures4 ,ils sont l1 la gandourah releve par-dessus la tte1 et dormant du sommeil des justes444 99 99 99 99 99 ,ainsi1 quand je dis que je prfre ,zoug aux leons des intellectuels1 ce n'est pas un retour la nature que je dis1 la navet1 mais plutt l'intelligence1 qui est1 en un sens1 si l'on veut1 la plus grande des simplicits4 ,depuis que je suis ,zoug1 j'ai fait plus ample connaissance avec les ,yaggout4 ,ce sont de curieuses gens que ces ,yaggout4 ,les autres ,maures les considrent volontiers comme des ,koufars1 et les retrancheraient assez facilement du monde musulman4 ,il entre beaucoup de jalousie dans ce sentiment1 parce que les ,yaggout1 comme les ,reguebat1 sont grands propritaires de chameaux4 ,mais il est vrai que les ,yaggout font figure part dans la socit maure4 ,ils sont en gnral d'un type trs fin4 ,quelques-uns ont l'air de vrais smites4 ,les femmes sont presque blanches1 jolies et peu farouches4 ,j'en ai rencontr une au puits de ,zoug qui tirait l'eau du puits1 au milieu des hommes de la tribu4 ,elle portait un pantalon et un boubou d'homme4 ,ce n'tait pas une captive1 et d'ailleurs1 elle avait le type le plus fin et le plus aristocratique4 ,pendant un instant1 j'ai vraiment pris plaisir suivre des yeux le jeu de ses muscles souples et la suite harmonieuse de ses mouvements4 ,les femmes maures sont gnralement trs indolentes1 ne sortent pas de la tente1 s'emptent ne pas bouger et boire du lait4 ,voici1 chez les ,yaggout1 une autre conception de la fminit1 plus voisine de la ntre4 ,les ,yaggout sont venus nous trs vite1 et1 semble-t-il1 avec plus de sincrit que les ,reguebat4 ,bien que nous ne les connaissions gure que depuis un an1 plusieurs sont dj engags au peloton o ils servent en qualit de bergers4 ,il y a parmi eux le propre neveu du chef1 ,m'barek el ,arbi4 ,ce ,m'barek el ,arbi est un vieillard intelligent et avis4 ,il est certainement l'un des chefs de la rgion1 sur lequel on puisse le plus compter4 ,il est le fils an d',ahmed ,billal qui vint assez jeune dans le ,tiris et y mourut en #aiaa1 et le petit-fils d',el ,billal qui1 lui1 passa toute sa vie dans les rgions du ,sud ,marocain et mourut ,el ,ksabi1 vers #ahej4 ,le frre d',el ,billal1 ,el ,hamer1 mourut dans le ,tafilalet4 ,c'est tout ce que j'ai pu recueillir sur l'histoire des ,yaggout4 ,que sont-ils8 ,d'o viennent-ils8 ,il semble difficile de le dire4 ,pour moi1 je verrais assez volontiers dans ce peuple1 de purs ,berbres4 ,le t final de leur nom1 leurs murs1 leur caractre peu religieux1 leur type fin et blanc sembleraient l'attester4 ,les ,yaggout prtendent remonter un anctre1 ,yaggouti1 qui aurait eu trois fils3 ,ghahamna1 ,yassin et ,hammad1 pres des trois grandes fractions de ce peuple4 ,les ,ghahamna vivent dans le ,gharb1 et je crois que nos troupes du ,maroc ont dj eu s'occuper d'eux4 ,hammad aurait eu pour fils ,sed1 anctre des ,at ,sed1 fraction du chef actuel ,m'barek el ,arbi--,taleb el ,amzaoui1 anctres des ,at ,taleb et des ,amzaoui2 ,yassin aurait eu pour fils ,labeidi1 anctre des ,lebodat1 ,iborck1 anctre des ,at ,iborck1 et ,hammou1 pre des ,at ,hammou4 ,ce sont l les grandes divisions actuelles des ,yaggout4 ,si les ,ghahamna sont cantonns dans le ,gharb1 les ,at ,yassin et les ,at ,hammad sont partags entre le sud du ,maroc 7,seguiel el ,hamra ,oued ,noun7 et le ,tiris1 mais ces diffrents pays ne forment pour eux qu'un seul et immense terrain de parcours4 ,j'avoue prouver moins de sympathie pour les ,reguebat4 ,ce sont les plus grands propritaires de chameaux des pays maures1 et en mme temps1 les plus habiles leveurs4 ,en #aiji1 au moment de la conqute1 ils reurent d'assez svres leons ,tourine et ,el ,beeddh4 ,malheureusement1 on prit par la suite l'habitude de les considrer comme des gens redoutables1 et1 aprs les avoir vaincus1 on parut les craindre4 ,nous allmes mme jusqu' leur faire l'imprudente promesse1 que jamais un ,franais n'entrerait dans leur campement4 ,en #aiaj1 mon camarade ,d41 mhariste fervent1 ayant voulu voir en amateur les troupeaux des ,reguebat1 reut des chefs de campement une fin de non-recevoir absolue4 ,ce qui n'empcha pas qu'en #aiaa1 on n'baucht le recensement de leurs chameaux1 opration ncessaire1 car ces chameaux forment la base de la remonte des mharistes4 ,nous mmes la tte des innombrables fractions ,reguebat de l',adrar1 un vieillard intelligent1 bien qu'illettr1 ,mohammed ,oued ,khalil1 qui jouit incontestablement d'une grosse autorit4 ,mohammed ,oued ,khalil nous a rendu des services4 ,il n'a pu pourtant empcher les nombreux dparts de tentes vers l',oued ,noun et la ,seguiel1 qui se produisirent en #aiaa et #aiab4 ,les ,reguebat sont1 comme les ,yaggout1 un peu mpriss des autres ,maures4 ,mais ils n'ont ni la finesse1 ni la race des ,yaggout4 ,je les estime peu comme guerriers4 ,pourtant1 dans leurs luttes incessantes contre les ,ouled ,bou ,sba1 ils ont eu de beaux succs4 ,en #aiaj notamment1 ,mohammed ,oued ,khalil1 avec ses seules forces1 a inflig une grosse dfaite un medjbour d',ouled ,bou ,sba1 descendu du nord pour se refaire en chameaux4 ,ce qu'il faut admirer dans leur faon de faire la guerre1 c'est leur service d'exploration grande distance4 ,on peut dire que les chefs ,reguebat ont en permanence des patrouilles nombreuses1 qui battent l'estrade fort loin des campements1 aux environs des points de passage forcs sur les routes venant du nord4 ,ce sont ces choufs qui ont sauv ,mohammed ,oued ,khalil1 en #aiaj4 ,mais je pense une phrase du colonel ,gouraud1 crite en novembre #aiji3 ,il faudrait les amener reprendre leur ancien mtier de caravaniers et les utiliser alors pour les convois libres4 ,oui1 ils ont plus l'air de caravaniers que de guerriers4 99 99 99 99 99 ,mes partisans m'apportent souvent de petits silex taills en forme de flches1 de haches de granit ou de quartzite4 ,je trouve que rien ne fait plus rver que ces tmoins de l'ge de pierre4 ,on rencontre beaucoup de ces silex travaills dans les environs des puits du ,tiris et du ,zemmoul1 notamment ,bir ,gueudouze4 ,ils attestent que le pays a t habit depuis une trs haute antiquit et1 sans doute aussi1 que l'on y trouvait plus d'eau dans ce temps-l qu'aujourd'hui4 ,le ,greco de ,maurice ,barrs me ramne vers cette lointaine ,espagne qui fut ma premire station vers l',islam4 ,et ne sommes-nous pas ici dans le pays des anciens matres de ,tolde8 ,bien dchus de leur splendeur d'autrefois1 sans doute4 ,et pourtant1 quand on voit les grands mystiques qui vivent encore sur cette terre si rude1 aussi nue que la ,castille1 on ne peut s'empcher de penser la figure que faisait le ,greco dans ,tolde4 ,il me semble que si les ,maures avaient tant soit peu le got de la figuration humaine1 ce serait l le peintre qu'ils aimeraient et comprendraient4 ,j'ai rencontr1 dans les gorges du ,tagant1 de vrais asctes1 qui auraient fait le bonheur du ,greco1 et qui avaient mme les formes allonges et squelettiques chres au ,toldan4 ,et de fait1 le ,greco voyait1 sinon ces asctes-l1 du moins leurs parents ou des gens qui les avaient touchs de prs4 ,ici1 plus que partout ailleurs1 grce la rudesse du pays1 la pauvret inoue des habitants1 l'absence de toute civilisation1 et aussi sans doute1 au primitif sang berbre1 le caractre mystique1 spirituel de la race1 s'est conserv avec une puret tonnante4 ,contrairement ce qu'on voit en ,algrie1 le plus grand chef maure est vtu comme le dernier de ses captifs4 ,dans son pays sans grce1 aux grandes lignes nues1 le ,maure est incapable de toute manifestation artistique4 ,et pourtant1 ses ,almoravides1 conqurants du ,moghreb et de l',espagne1 taient1 je crois bien1 de vritables ,maures4 ,mais ,grenade a t faite par les princes rgnants1 les ,omaades d'gypte1 et non par eux4 ,tout ce que l'on dit du ,greco peut s'appliquer1 peu de chose prs1 l'me des ,maures ou1 l'espagnole1 des ,mores4 ,,chapitre ,,xv ,,reconnaissance ,,sur ,,tagnedest ,la reconnaissance que j'entrepris en juillet1 avait pour but de surveiller la rgion de ,tagnedest1 toute proche de l',ocan1 d'assurer ainsi la protection d'un lourd convoi de vivres1 que le ,rsident de l',adrar avait envoy sur ,port-tienne1 et1 par ailleurs1 de faire plus ample connaissance avec une rgion qui n'avait encore t explore1 je pense1 que par le lieutenant ,s4 ,j'avais avec moi un sous-officier franais1 quarante tirailleurs1 une vingtaine de partisans maures et quelques bergers4 ,point ou peu de bagages4 ,les hommes portaient leurs vivres sur eux1 ct de leurs selles4 ,ces vivres taient rduits au strict minimum4 ,pour mon usage personnel1 je n'avais que du riz1 et un peu de caf1 sans sucre4 ,mais comme un convoi de vivres tait annonc d',atar1 il fut convenu que le partisan ,el ,kounti nous apporterait ,bou ,gouffa1 le complment de notre ration pour un mois4 ,c'tait le temps qui avait t prvu pour la reconnaissance4 ,quand je quittai ,zoug1 la chaleur tait accablante4 ,pourtant1 je n'y pensais gure et je m'abandonnais ce sentiment de pleine libert que l'on prouve1 lorsque--portant toutes ses richesses avec soi et ne dpendant plus que de ,dieu seul--l'on se lance dans le dsert1 comme en un pacifique ocan444 ,oui1 vraiment1 j'tais comme le capitaine son bord1 ne comptant plus sur les hommes et s'en remettant son toile444 99 99 99 99 99 ,il nous fallut d'abord traverser le ,tiris4 ,c'tait la deuxime fois que je franchissais cette aride rgion1 o plusieurs annes de scheresse avaient brl les moindres herbes--ce vrai monde de la pnitence1 sur qui semblait s'appesantir un chtiment4 ,bientt nous apermes les hauteurs de l',adrar ,souttouf1 o j'avais pass de si belles heures lors de mon voyage ,port-tienne4 ,nous entrmes dans le massif de plain pied1 au sortir de la plaine nue qui en marque la limite vers l'orient4 ,ce massif n'est1 vrai dire1 qu'une faible boursouflure d'origine mtamorphique1 mais il est parsem de chanes de quartzite qui l'encombrent de leur dsordre1 et lui donnent l'aspect le plus sauvage du monde4 ,de l'est l'ouest1 la traverse de cette rgion pierreuse ne prend qu'une forte tape4 ,de l'autre ct1 l'on arrive tout de suite au puits de ,bou ,gouffa1 que ceint une troite couronne d'herbes grises et mdiocres4 ,en y arrivant1 le #bc juillet1 mon premier soin fut d'envoyer une patrouille dans les campements ,bari ,kalla de ,tajanit4 ,j'appris1 au retour de cette patrouille1 qu'un razzi d'une trentaine d',ouled ,dlim tait pass1 il y avait sept jours1 ,tajanit1 se dirigeant vers le sud1 dans le but sans doute de piller les campements de l',agnetir4 ,d'aprs mes calculs1 ce razzi devait passer le #bf au puits de ,togba1 quatre-vingts kilomtres au nord de l'endroit o nous tions4 ,je pensais qu'il ferait de l'eau soit ce puits de ,togba1 soit ,bou ,gouffa mme1 et je dcidai d'envoyer ,togba mon sous-officier1 avec la moiti du dtachement4 ,je lui donnai rendez-vous1 l'affaire termine1 ,tagnedest4 ,j'tais tonn de ne pas voir apparatre ,kounti avec les vivres annoncs1 mais je pensais que le convoi d',atar avait d subir un retard4 ,le #bg1 n'ayant pas entendu parler du razzi1 je me mis en route sur ,tagnedest1 o je comptais bien recevoir le courrier4 ,nous entrions dans une rgion nouvelle1 le ,zemoul4 ,c'est une plaine de sable recouverte de petits cailloux ronds et polis1 extrmement agrables de couleur4 ,de larges ondulations orientes du nord au sud1 coupent cette plaine4 ,elles sont parfois surmontes de petits pitons caillouteux peu levs4 ,dj nous commencions ressentir l'influence de la mer1 et1 parfois1 des souffles vivifiants nous en apportaient l'odeur saline et sauvage4 ,le matin1 une rose abondante1 due la proximit de l'ocan1 tombait sur le sol et rendait la vie aux plantes et aux herbes de cette rgion relativement favorise4 ,nous avions peine quitt ,bou ,gouffa que nous recoupions sur le sable de nombreuses traces de medjbours1 attestant que nous tions bien sur la route ordinaire des pillards du nord4 ,un moment1 je remarquai sur le sol les empreintes d'une forte troupe de chameaux1 et mes partisans m'affirmrent que c'taient les traces du razzi dont j'avais eu nouvelle ,bou ,gouffa1 et sur lequel j'avais lanc mon sous-officier4 ,malheureusement1 les traces ne se dirigeaient pas sur ,togba1 comme je l'avais espr1 mais sur un point qui ne figurait pas sur mes cartes et qui s'appelle les oglats ,oude ,sfi4 ,on me dit que les ,ouled ,dlim passaient souvent par ces puits qu'ils savaient ignors des ,franais4 ,je me promis aussitt d'en faire la reconnaissance1 lorsque nous quitterions ,tagnedest4 ,a mon arrive en ce point1 je trouvai mon marchal des logis qui1 naturellement1 n'avait rien vu ,tobga4 ,nous nous trouvions dans un bas-fonds herbeux1 et nous avions pour nous abreuver quelques puits peu profonds1 dont le dbit tait extrmement lent4 ,d'autres puits furent creuss1 ce jour-l et les jours suivants4 ,je vis ,tagnedest deux ,ouled ,dlim qui me donnrent sur le razzi des renseignements intressants4 ,ce razzi1 compos de dix-huit hommes1 avait pris soixante chameaux aux ,ouled ,dlim soumis4 ,ceux-ci taient partis leur poursuite1 les avaient atteints ,tikhermet1 leur avaient tu deux hommes1 et avaient repris tous leurs chameaux4 ,les dissidents dsempars s'taient spars en deux3 neuf taient alls chercher asile auprs des ,espagnols1 ,villa ,cisneros1 les autres taient remonts vers le ,oued ,noun4 ,les deux hommes qui taient venus mon camp ramenaient prcisment chez eux les chameaux vols4 ,ce qui m'ennuyait le plus1 c'est que j'tais toujours sans nouvelles du partisan ,el ,kounti4 ,je commenais avoir un pressant besoin des vivres qu'il devait m'apporter1 et je me demandais s'il n'avait pas t rencontr par quelques dissidents4 ,nous tions alors dans la plus extrme misre4 ,je n'avais pas trouv de moutons acheter sur ma route1 de sorte que j'tais forc d'envoyer tous les matins des hommes la chasse1 mais souvent les chasseurs revenaient les mains vides4 ,la farine commenait s'puiser1 la graisse faisait compltement dfaut4 ,nous en tions rduits au riz cuit l'eau1 et encore nous fallait-il prvoir que le riz viendrait un jour manquer4 ,pourtant1 les ,ouled ,dlim que j'avais vus mon camp1 m'ayant confirm le passage du medjbour aux oglats ,oude ,sfi1 je rsolus de faire la reconnaissance de ce point1 d'autant plus que nous tions dj au #e aot et que nous devions penser au retour4 ,je laissai le gros du dtachement sous les ordres du marchal des logis1 et1 accompagn de quinze hommes bien arms1 je me mis en route dans la direction du nord-est4 ,j'avais comme guide un vieux ,bari ,kallah que j'avais emmen avec moi depuis ,bou ,gouffa1 mais il ne connaissait pas l'emplacement exact des oglats4 ,il me mena fort bien jusqu' l'oued bois o ils reposent et l1 je n'eus pas de peine1 avec l'aide de nos ,maures1 les dcouvrir4 ,il m'avait fallu quinze heures de marche de ,tagnedest1 pour atteindre l',oued ,sfi1 et j'avais couvert la distance en un jour et demi4 ,de l',oued ,sfi ,bou ,gouffa--o je devais retrouver mon dtachement--la direction est constamment nord-sud4 ,on traverse de nouveau le ,zemoul1 mais les ondulations de cette plaine s'accentuent1 et on longe des chapelets de ,sebkhras que bordent des hauteurs arides4 ,toute cette rgion1 sauf l',oued ,sfi1 ne prsente aucune verdure4 ,a ,bou ,gouffa1 je retrouvais le reste de mon monde et j'apprenais que le dtachement avait1 pendant mon absence1 pris contact avec quelques ,ouled ,dlim qui partaient en dissidence4 ,au cours de l'affaire1 trois d'entre eux avaient t faits prisonniers et ramens par le sous-officier ,bou ,gouffa1 avec un jeune garon qui avait t enlev par les misrables1 et plusieurs chameaux vols par eux4 ,cet engagement faisait le plus grand honneur au marchal des logis1 le brave ,p41 qui devait d'ailleurs se faire tuer plus tard1 deux mois aprs mon dpart de l',adrar4 ,un avantage inattendu de ce coup de main1 fut d'amliorer quelque peu notre ordinaire1 car1 les chamelles des ,ouled ,dlim avaient du lait1 et1 dans l'tat de dnuement o nous tions1 ce lait tait extrmement apprciable4 ,je commenais dsesprer de revoir jamais ,el ,kounti4 ,j'avais dsormais la conviction que ce malheureux s'tait fait attaquer dans sa route vers nous1 et qu'il se reposait en ce moment pour l'ternit1 dans quelque coin inconnu du dsert4 ,pourtant1 il me fallait prendre une dcision pour le retour4 ,je considrai que j'assurerais plus efficacement la protection du convoi de ,port-tienne1 en me rapprochant de lui1 que1 d'autre part1 je pouvais dans ce cas1 esprer le rencontrer et me ravitailler en cas de famine1 et enfin que la traverse nord-sud de l',adrar ,souttouf1 dj accomplie par ,s41 mritait d'tre refaite4 ,donc1 le #aa1 je quittai ,bou ,gouffa1 piquant vers le sud1 droit sur les montagnes1 dont nous voyions de notre camp les ondulations violettes4 ,peu aprs le dpart1 un ,algrien de mon escorte recoupait les traces d'une trentaine d',ouled ,dlim qui se dirigeaient vers le sud4 ,cette dcouverte tait assez alarmante1 parce qu'il tait craindre que ce nouveau medjbour ne vnt inquiter notre convoi de ,port-tienne4 ,il semblait marcher tout juste dans sa direction4 ,a ,jloua1 on nous confirma l'existence de ce medjbour et l'on nous dit qu'il tait pass le #f ,erchmar-- notre sud4 ,il tait croire qu'il repasserait hauteur de ,tichel vers le #ad1 et comme le convoi devait lui-mme passer en ce point1 je rsolus de le rejoindre au plus vite ou tout au moins de me rapprocher de sa route probable1 puis de battre le pays1 afin d'assurer le passage4 ,pourtant1 je calculai encore que le convoi de ,port-tienne pourrait bien passer vers le #ac ,erchmar1 la limite sud de l',adrar ,souttouf1 et c'est ce point que je me fixai comme but4 ,sur ma route1 je rencontrai encore un ,bari ,kalla qui revenait de ,zoug o il avait vu ,m4 ,il me dit que le lieutenant lui avait confi un gros courrier pour moi1 mais qu'en route il avait rencontr le fameux medjbour1 lequel l'avait emmen fort loin dans le sud1 aprs avoir brl toutes mes lettres6 ,cette nouvelle me porta un coup4 ,je me sentais absolument isol du monde1 et comme perdu dans une plante qui ne serait pas la terre4 ,notre traverse de l',adrar ,souttouf fut extrmement dure4 ,mes hommes1 autant que moi1 commenaient ressentir les effets de la faim1 car mme le riz tait arriv puisement1 et nous n'avions plus pour nous nourrir que les biches que je faisais tuer par les partisans4 99 99 99 99 99 ,or1 ce fut cette poque de dnuement1 la plus rude assurment que j'aie vcue en ,mauritanie1 qu'il me vint pourtant les plus douces penses touchant les consolations qui1 je le savais1 m'taient rserves4 ,je le vois aujourd'hui3 les penses qui me vinrent alors n'taient pas de moi1 mais d'une force bien plus haute laquelle j'tais soumis4 ,malgr ma misre1 je me mis vivre dans une exaltation extraordinaire--et peut-tre mme cause de cette misre1 car la situation exceptionnelle o j'tais1 me semblait un tat privilgi1 auquel certainement de grandes faveurs devaient tre attaches4 ,je me persuadai vite que si ,dieu me rduisait--contre mon gr-- vivre comme les asctes de la ,haute-gypte1 de leur plein gr1 avaient vcu1 c'est qu',il comptait aussi m'accorder les rcompenses qu',il leur avait accordes1 eux4 ,la ,grce procde par touches4 ,elle agit l'heure qu'elle veut1 et1 si elle le veut1 n'agit pas1 et nous sommes naturellement soumis ses fluctuations4 ,depuis longtemps1 je vivais dans une parfaite scheresse et sans nul amour pour ,celui qui1 plusieurs fois dj1 m'avait pourtant tendu ,ses ,mains sanglantes4 ,c'est l1 entre ,bou ,gouffa et ,erchmar1 en plein ,adrar ,souttouf1 qu'ayant eu faim1 j'ai vraiment dsir d'tre rassasi4 ,la ,grce agit par touches4 ,un clair surgit dans la nuit4 ,la colombe plane dans le ciel sans tache4 ,et puis1 elle remonte1 tire d'ailes1 auprs du ,pre1 et laisse le voyageur dans le dsir et dans le regret4 ,c'est fini4 ,on pleure de tristesse et de dpit4 ,mais bientt la vie--c'est--dire ce qui en est l'affreuse drision--remet sa griffe sur notre me et l'on oublie4 ,c'est que la chair est lourde--c'est que le corps est pesant1 et si pesant1 que l'on dsespre de jamais s'lever au-dessus de la boue originelle4 ,loin de la vie surnaturelle1 les penses1 si sublimes soient-elles1 sont du corps ou1 si l'on veut1 d'une partie de notre intelligence si basse qu'elle est1 en quelque manire1 corporelle4 ,ft-il pictte ou ,marc ,aurle1 celui qui ignore l'onction de ,jsus-,christ est1 on peut le dire1 du monde de la chair4 ,mais1 ft-il le plus vil pcheur1 celui qui vit de l',onction de ,jsus-,christ est trs rellement du monde de l'esprit4 ,or1 il est bien certain que le dtachement des biens de la terre1 mme s'il n'est pas volontaire1 peut aider entrer dans ce monde de l'esprit4 ,s'il n'est pas volontaire1 il est donc une preuve que ,dieu envoie ceux qu',il a choisis4 ,oui1 me disais-je1 je vaux mieux que ceux qui mangent et qui boivent1 je vaux mieux que ceux qui sont riches1 je vaux mieux que ceux qui sont heureux et combls4 ,dans ma drliction1 certaines vertus auxquelles je n'avais gure encore pens1 m'apparaissaient comme les plus hautes qui pussent enrichir une me4 ,mais toutes1 elles taient des vertus proprement chrtiennes3 le renoncement1 l'humilit1 le dtachement du monde1 l'esprit de pnitence1 l'asctisme1 la chastet--non celle du corps1 qui est vulgaire--mais celle mme de l'esprit4 ,j'prouvais un bonheur infini sentir pour la premire fois1 la bonne odeur des vertus chrtiennes4 ,sans doute1 me disais-je encore1 il y a1 parmi les incroyants1 de grandes mes4 ,bien que rarement4 ,il y a du dsintressement1 du courage1 de la bont chez ceux mme qui vivent le plus loin de l'glise1 cela peut se voir4 ,mais combien1 dans l'tat d'puration o me conduit le ,seigneur1 ces vertus m'apparaissent1 en dfinitive1 comme grossires6 ,combien elles me semblent insuffisantes1 pour une me vraiment fine6 ,je pensais aux plus beaux exemples de vertu que m'avait proposs le monde sans ,dieu o j'avais vcu4 ,ils me semblaient misrables auprs de ce que je savais des ,saints1 et de leur modle1 ,jsus-,christ4 ,en vrit1 tre un bon pre de famille1 tre une vertueuse pouse1 une bonne mre de famille1 remplir en toute honntet son devoir humain1 c'est quelque chose4 ,mais c'est peu1 me semblait-il1 aux regards de ,celui qui a impos aux mes vraiment choisies1 des exigences autrement lourdes que celles de la morale humaine4 ,si quis venit ad me1 et non odit patrem suum1 et matrem1 et uxorem1 et filios1 et fratres1 et sorores1 adhuc autem et animam suam1 non potest meus esse discipulus 7,luc41 ,,xiv1 #bf74 ,qui enim voluerit animam suam salvam facere1 perdet eam2 qui autem perdiderit animam suam propter me1 inveniet eam 7,matth41 ,,xvi1 #be74 ,nisi granun frumenti cadens in terram mortuum fuerit1 ,ipsum solum manet2 si autem mortuum fuerit1 multum fructum affert 7,jo41 ,,xii1 #bd-be74 ,vos autem contristabimini1 sed tristitia vestra vertetur in gaudium 7,jo41 ,,xvi1 #bj74 ,beati eritis cum vos oderint homines 7,luc41 ,,vi1 #bb74 ,sint lumbi vestri praecincti1 et lucernae ardentes in manibus vestris 7,luc41 ,,xii1 #ce74--,perfecti estote 7#a ,cor41 ,,xiv1 #bj74 ,ces ordres terribles me revenaient la mmoire1 et je me disais que c'tait ,jsus--et ,lui seul--qui avait donn de tels ordres4 ,mourez vous-mmes1 soyez humbles1 perdez-vous dans mon amour444 ,que sont les pauvres commandements laques auprs de cette abondance spirituelle1 de cette force souveraine1 de cette plnitude qui s'exhale des moindres paroles de ,jsus8 ,et puis1 je pensais ceux qui avaient fidlement excut ces ordres1 je me tournais vers les ,saints et les ,bienheureux1 et je ne pouvais pas nier qu'ils ne fussent les plus hauts exemplaires d'humanit1 qui aient paru dans le monde4 ,alors1 aprs les regards d'amour vers le ,paradis1 je ne pouvais pas penser que le dsir des plus suaves vertus me ft jamais interdit4 ,la religion qui proclame une telle morale1 est-elle donc fausse8 ,telle tait la question que je devais me poser1 telle tait la deuxime dmarche que je devais faire4 ,car1 il y avait1 mon sens1 tant d'intrt ce que ,jsus et son glise eussent raison1 qu'il tait ncessaire d'y regarder deux fois avant de proclamer leur fausset4 ,non1 la religion catholique n'tait pas fausse4 ,sans doute1 il y avait en elle des difficults1 mais aucune n'tait insurmontable1 et au contraire1 si on les surmontait1 tout apparaissait comme parfaitement beau et harmonieux1 dans notre cur comme dans notre esprit4 ,supposons le problme rsolu1 me disais-je4 ,alors1 nous avons un systme du monde cohrent et magnifiquement ordonn1 nous avons une morale que rien n'gale4 ,aussitt1 une lumire miraculeuse se distribue dans les coins et recoins les plus obscurs de notre me4 ,c'est donc que la solution est bonne4 ,arriv en ce point1 que pouvais-je faire sinon bnir de toutes les forces de mon tre1 ,celui qui avait daign m'envoyer de tels avertissements8 ,non seulement je ,le bnissais1 mais je bnissais aussi ma misre1 puisque c'est au milieu d'elle que j'avais dcouvert les trsors infinis que reclent les vangiles4 ,vous tes heureux1 vous qui avez faim1 parce que vous serez rassasis4 ,oui1 ,seigneur1 je suis heureux1 parce que j'ai faim1 parce que je suis triste1 parce que je suis solitaire et dmuni4 ,mais lorsque j'aurai faim et que je serai triste1 et que je serai solitaire pour l'amour de ,vous1 alors mon bonheur sera grand en mourir4 ,toute cette faim-l et cette tristesse ne sont qu'une image de cette autre faim1 de cette mortelle tristesse que ,vous m'enverrez1 ,seigneur1 puisque ,vous me le promettez en ce moment mme4 ,venez moi1 vous tous1 qui peinez et tes chargs d'un grand poids1 car moi je vous soutiendrai4 ,mon ,dieu1 me voici donc3 je suis nu1 je suis sur un fumier horrible et dj1 comme ,lazare avant que ,vous ne le touchiez1 j'exhale une odeur ftide4 ,o ,dieu de misricorde1 voici pourtant mon me1 que je ,vous donne1 afin que je n'aie vraiment plus rien1 pas mme elle4 99 99 99 99 99 ,or1 le #ac1 ,erchmar1 nous rencontrmes le convoi de vivres qui revenait de ,port-tienne4 ,il contenait des provisions de toutes sortes1 aussi ne ft-ce pas sans joie que nous apermes nos braves ,reguebat1 au moment mme o ils quittaient le puits4 ,je prlevai bon nombre de victuailles1 je mangeai ma faim--et1 naturellement1 j'oubliai les grandes leons que m'avaient donnes les preuves subies dans l',adrar ,souttouf4 ,car telle est notre me misrable1 que1 lorsqu'elle n'est pas secourue par ,jsus-,christ lui-mme1 elle s'essaie voler1 mais retombe1 impuissante1 et repart1 et retombe encore1 ses faibles ailes replies4 ,j'tais tout la joie de ma rencontre1 et d'autant plus que si j'avais souffert de mon jene1 je n'avais pas moins souffert de voir la pnurie o mes tirailleurs taient rests pendant si longtemps1 sans pourtant s'en plaindre une seule fois4 ,pourtant1 nous devions continuer notre route4 ,j'avais perdu tout espoir d'attraper le medjbour qui avait menac un moment notre convoi1 mais l'essentiel pour moi tait que ce convoi passt sans encombre--et de cela j'tais assur4 ,je n'tais plus tourment que par l'nigme de mon pauvre ,kounti1 nigme dont je devinais l'effroyable solution4 ,le #ae1 nous arrivions ,tichel1 notre dernire tape avant ,zoug4 ,nous tions #ejj mtres de la bouche du puits1 lorsqu'une forte odeur de cadavre me prit au nez4 ,je jetai les yeux autour de moi et je dcouvris1 quelques mtres de l'endroit o j'tais1 une forme noire qui me sembla tre un homme4 ,je descendis de chameau et je m'approchai4 ,c'tait bien un cadavre que j'avais devant moi1 mais dans quel tat6 ,la chair avait t dchiquete par les chacals1 la peau noire et dessche tait boursoufle certains endroits1 un pied rduit l'tat de momie tranait quelques pas de l1 et le tout exhalait une odeur insoutenable4 ,je pensai aussitt ,kounti4 ,la reconnaissance du corps n'tait pas difficile faire1 car ,kounti avait eu jadis l'il gauche emport par une balle4 ,pourtant1 la tte tait si mconnaissable1 que j'hsitai une minute4 ,enfin1 je dus me rendre3 c'tait bien lui qui tait devant moi4 ,aprs un examen attentif1 nous reconnmes qu'il avait reu deux blessures1 l'une la tte1 l'autre au ct droit4 ,tout prs de la place o il reposait1 je trouvai huit tuis de cartouches4 ,kounti tait le meilleur tireur que j'aie connu chez les ,maures2 certainement il avait d dfendre chrement sa vie4 ,tandis que je contemplais cette affreuse dpouille humaine1 mes partisans dcouvraient dans un creux des rochers1 deux autres cadavres3 c'taient ceux de deux ,ouled ,dlim tus par ,kounti4 ,connaissant de longue date la valeur de ce ,maure et ses qualits de tireur1 je ne doutais pas qu'il n'et bless d'autres ,ouled ,dlim1 et je ne doutais pas surtout qu'il n'et fait par son sang-froid et son courage1 la plus grande impression sur ses assaillants4 ,les dissidents sauront ainsi1 me disais-je1 que ce ne sont pas les plus mauvais des ,maures qui viennent nous4 ,et cette pense me consolait1 dans la peine trs vive que j'prouvais4 ,plus tard1 je pus recueillir sur cette belle mort quelques renseignements plus prcis3 ,kounti avait tir neuf cartouches4 ,sur ces neuf cartouches1 deux seulement furent perdues4 ,deux des assaillants furent tus1 deux furent blesss1 enfin trois chameaux tombrent4 ,d'autre part1 l'examen des traces m'avait montr que ,kounti1 au moment o il reut les premiers coups de feu1 venait du nord4 ,je supposai donc qu'il quitta le puits de ,tichel1 puis qu'il se perdit1 et que ne pouvant retrouver sa route1 il rsolut de revenir au puits4 ,c'est l que l'attendaient les misrables1 en nombre probablement considrable4 ,c'est une belle race assurment que celle-ci1 et capable de hautes vertus4 ,certes1 ils ne seront pas condamns par la justice de ,dieu1 ceux-l--fussent-ils hrtiques--qui meurent bravement en un combat4 ,mais1 si le salut peut tre assur si peu de frais1 s'il est possible mme dans l'hrsie1 pourquoi nous tourmenter8 ,restons loin de l'glise et ,dieu nous reconnatra nanmoins4 ,voil ce que dit le paresseux4 ,pourtant1 nous n'avons pas le droit d'tre paresseux4 ,nous sommes d'une race lue entre toutes1 et certainement il nous sera beaucoup plus demand qu'au pauvre ,kounti4 ,il me semble que nous sommes comparables au serviteur qui a reu cinq talents4 ,les ,maures reprsentent le serviteur qui a reu un talent4 ,le serviteur qui n'a reu qu'un talent1 l'enfouit en terre4 ,il est bien excusable4 ,mais le serviteur qui a reu cinq talents1 secundum propriam virtutem1 les fait fructifier et en gagne cinq autres4 ,en vrit1 il serait impardonnable de ne pas le faire4 ,serons-nous donc toujours des serviteurs inutiles8 ,,chapitre ,,xvi ,,le ,,retour #ah aot-#af novembre1 #aiab4 ,au retour de cette reconnaissance mouvemente1 je trouvai mon camp de ,zoug le lieutenant ,m41 qui venait prendre le commandement du peloton mhariste4 ,pendant deux mois1 ce fut avec ce charmant compagnon que je continuai mes errances mlancoliques de pturage en pturage4 ,zoug1 ,adekmar1 ,amokick1 ,tintouadan1 ,agoatim1 sont les noms sans gloire de nos stations4 ,mais alors j'avais hte de rejoindre la ,france1 afin d'y commencer une vie nouvelle et de m'y laver de toutes les misres1 que vingt-huit annes d'impit avaient amasses en moi4 ,quand nous tions en route1 je regardais avec ennui notre smalah1 dont la confusion m'amusait autrefois4 ,il y avait des files et des files de chameaux1 puis de petites masses de mharistes groups en damiers sur la plaine1 des femmes de tous cts1 des bergers1 des boys1 des bourricots1 des partisans444 ,que n'avions-nous pas8 ,et la marche vermiculaire allait par tassements et relchements alternatifs1 tous les groupes s'talant ou se resserrant en largeur autant qu'en profondeur4 ,comme cette cohue tait bien l'image de mon me6 ,il avait plu--de sorte que dans le fond des dunes1 quelques flaques d'eau subsistaient1 et rien n'tait plus inattendu1 plus ravissant que ces dayas1 lorsque le dclin du soleil les teintait de rose4 ,elles marquaient nos tapes4 ,pendant longtemps1 nous emes devant les yeux la haute montagne de ,zoug4 ,puis1 nos courses nous rapprochrent de la montagne d',adekmar1 et ce fut elle que nous contemplmes dsormais1 sous les multiples incidences d'une marche apparemment dsordonne4 ,puis enfin1 le piton d',agoatim nous guida1 et nous errmes sur les bords de son affreuse ,sebkhra4 ,parfois1 un vif tableau de ,sahara nous plongeait dans le ravissement4 ,c'est ainsi que nous vmes un jour1 un immense troupeau de chamelles que suivait un jeune enfant solitaire4 ,ces bergers suivent les btes1 au hasard de leurs fantaisies et sans les guider aucunement4 ,ils passent ainsi des mois et des mois en pleine brousse1 se nourrissant du lait des chamelles et se bornant obir leurs caprices errants4 ,ils sont vtus de quelques lambeaux d'toffe et n'ont pas le moindre abri4 ,aussi sont-ils cuits et recuits par le soleil et presque aussi noirs que des ngres4 ,vie terrible et magnifique6 ,mais enfin1 toutes ces austres beauts du dsert ne me suffisaient plus4 ,je sentais que le bon ,dieu m'appelait ailleurs4 ,le jour vint o je dus quitter ,m4 et mes braves compagnons d'armes1 pour rejoindre ,atar1 puis de l1 travers quatre cents kilomtres de dsert1 la blanche ,podor1 d'o j'tais parti1 il y avait juste trois ans4 ,nos adieux furent plus tristes que je ne l'aurais cru4 ,au moment de quitter ceux qui avaient partag les prils de mon existence1 vcu les mmes heures d'exil1 prouv les mmes fatigues1 je sentis combien je leur tais attach1 et de quelle vraie1 de quelle profonde affection6 ,nul lien peut-tre ne vaut celui que crent les mmes preuves et les mmes travaux4 ,m41 lui1 ne me voyait pas non plus partir sans tristesse4 ,le pays tait extrmement troubl4 ,la mort de ,kounti1 celle de ,soued1 l'enlvement de nos patrouilles1 le dpart en dissidence des ,reguebat et des ,yaggout1 prouvaient que des heures difficiles taient rserves au malheureux lieutenant1 qui1 seul en plein dsert1 a la lourde responsabilit de prs de deux cents vies humaines4 ,et c'tait au moment critique o nous tions1 qu'il me fallait abandonner ,m4 son sort hasardeux4 ,m4 avait de sombres pressentiments4 ,ils devaient se raliser cruellement1 puisque1 deux mois aprs mon dpart1 ce brave soldat se faisait massacrer avec toute sa troupe au puits de ,liborat1 peu de distance de l'endroit o je l'avais quitt4 ,le #ae octobre #aiab1 quand je quittai le campement d',agoatim1 je sentis en moi un grand dchirement4 ,toute une priode de ma vie tombait brusquement dans le pass4 ,un grand trou sombre se creusait derrire moi4 ,un lourd crpuscule s'appesantissait sur mes annes de misre4 ,mais aussi1 une aube se levait1 une aube de jeunesse et de puret--et une clart cleste embrasait l'horizon devant moi4 ,cette fois-ci1 je savais o j'allais4--,j'allais vers la ,sainte glise1 catholique1 apostolique et romaine4 ,j'allais vers la demeure de paix et de bndiction1 j'allais vers la joie1 vers la sant1 j'allais1 hlas6 vers ma gurison4 ,et alors1 pensant cette vritable mre qui depuis des annes1 m'attendait l-bas1 travers deux continents1 et qui de loin me tendait ses bras qui pardonnent tout1 je pleurais de bonheur1 d'amour et de reconnaissance4 ,oui1 c'tait une magnifique vrit qui m'appelait l-bas1 dans la douce patrie4 ,tout l'ordre chrtien m'apparaissait1 dans un ciel rajeuni2 un temple immense et majestueux1 fond sur des pierres solides1 un temple de ,raison et de divine ,sagesse se levait devant moi1 et toutes les lignes de ce temple taient si droites1 si pures1 si unies que1 devant lui1 l'on ne pouvait plus dsirer autre chose que de vivre ternellement son ombre1 loin des prestiges et des vanits du monde4 99 99 99 99 99 ,i4 ,au fond du ciel1 je vois la trs tranquille ,trinit3 le ,pre1 la premire ,personne1 qui n'est engendre d'aucune autre2 le ,fils1 la deuxime ,personne1 qui est engendr du ,pre avant tous les sicles2 le ,saint-,esprit1 la troisime ,personne qui procde du ,pre et du ,fils4 ,trois ,personnes et pourtant une seule substance4 ,trois personnes que l'on ne peut distinguer que par leurs proprits respectives1 mais dont la substance est unique1 gale en gloire1 ternelle et toute puissante4 ,je vois l'adorable fcondit du ,pre1 qui1 se considrant et se connaissant ,lui-mme1 engendre le ,fils1 par une gnration incomprhensible1 par une gnration en dehors du temps4 ,je vois le ,fils1 le ,verbe incr1 gal au ,pre1 coternel et consubstantiel4 ,je vois leur mutuel ,amour1 le ,saint-,esprit qui unit tout jamais ,celui qui engendre et ,celui qui est engendr1 gal l'un et l'autre1 procdant de l'un et de l'autre4 ,en mon me je vois trois qualits3 l'tre1 la volont1 la connaissance4 ,je suis1 je veux1 je connais1 trois qualits distinctes dans une seule et mme me--faite l'image de ,dieu4 ,l'tre produit la connaissance et la volont4 ,la volont procde de l'tre et de la connaissance4 ,la connaissance ne procde pas de la volont1 mais elle est engendre par l'tre4 ,si j'tais une nature en qui tout ft substantiel1 sans qu'aucun accident ne pt survenir la substance1 je serais trois personnes subsistantes dans une seule substance1 c'est--dire que je serais ,dieu4 ,d'o il suit que le mystre redoutable est en mon me d'abord1 avant d'tre en ,dieu 7,voir ,bossuet1 lvations1 ,i,ie sem41 ,v,ie lv41 d4 ,guillaume1 ,,ii1 #ahd74 ,je suis forc de confesser la trs ,sainte ,trinit1 sous peine de reconnatre l'imposture des vangiles et de toute l'criture ,sainte--imposture si grossire qu'il serait impossible d'admettre que dix personnes seulement aient pu y croire4 ,dans tout l',ancien ,testament1 le ,fils de ,dieu est annonc1 le ,saint-,esprit est mentionn4 ,ds les premires lignes de la ,gense1 ne dit-on pas3 ,l',esprit de ,dieu tait port sur les eaux8 ,dans les vangiles1 ,jsus-,christ se dit ,fils de ,dieu4 ,patrem suum dicebat ,deum1 aequalem se faciens ,deo 7,jo41 ,v1 #ah74 ,princeps sacerdotum ait illi3 ,adjuro te per ,deum vivum1 ut dicas nobis si tu es ,christus1 ,filius ,dei4--,dicit illi ,jesus3 ,tu dixisti 7,matth41 ,,xxvi1 #fc--fd74 ,d'autre part1 ,jsus-,christ dit aux ,aptres3 ,euntes ergo docete omnes gentes1 baptizantes eos in nomine ,patris et ,filii et ,spiritus sancti 7,matth41 ,,xxviii1 #ai74 ,,ii4 ,au fond du ,ciel1 je vois encore ,jsus-,christ1 le doux ,seigneur des ,chrtiens1 mon ,rdempteur4 ,c'est l qu',il trne1 en son corps glorifi1 que rien d'humain ne peut nous reprsenter1 puisque ce corps a d'abord t form du ,saint-,esprit et du sang trs pur de la ,sainte ,vierge1 puis enfin glorifi1 c'est--dire1 rendu parfaitement lumineux1 incorruptible1 dou d'ubiquit1 de transparence et de lgret absolue et d'immortalit4 ,or1 si une foi refuse d'adhrer ce mystre1 je sais du moins--par le tmoignage de ,luc1 notamment--que les onze aptres ont entr'aperu ce corps glorieux dans sa royale ascension4 ,et1 cum haec dixisset1 videntibus illis1 elevatus est1 et nubes suscepit eum ab oculis eorum 7,act4 ,ap41 ,i1 #i47 ,je conois aussi la raison de ce mystre1 qui nous est donne par ,saint ,paul3 ,non enim in manufacta sancta ,jesus introivit1 exemplaria verorum1 sed in ipsum coelum1 ut appareat nunc vultui ,dei pro nobis 7,hebr41 ,,ix1 #bd47 ,la grande affaire de ,jsus c'est notre rdemption4 ,c'est son amour pour nous4 ,ds lors1 c'est en avocat qu',il va se prsenter pour nous devant ,son ,pre4 ,en entrant dans le ,ciel1 ,il nous en a ouvert les portes1 que le pch d',adam avait fermes4 7,catch4 du ,s4 ,conc4 de ,trente1 d4 ,descle1 p4 #ia74 ,et en entrant dans le ciel1 comme homme1 il a fait asseoir la nature humaine la droite de ,dieu1 donnant ainsi l'assurance tous les ,chrtiens qui sont ses membres1 de le retrouver un jour et de se joindre ,lui dans la ,gloire cleste4 ,assurance qui n'est pas indigne de ce que nous sentons d'infiniment grand au dedans de nous-mmes4 ,,iii4 ,or1 ce corps glorieux qui est rellement dans le ,ciel1 ,jsus le tenait de la ,vierge ,marie en qui il ,lui plut de s'incarner--ce qui justifie le culte d'hyperdulie d la ,sainte ,vierge dans la religion catholique4 ,il est trs admissible que la ,sainte ,vierge ait elle-mme t conue selon l'ordre absolument naturel1 mais aussi sans la tache originelle1 afin que1 dit la prire de l'glise1 un digne habitacle ft ainsi prpar ,jsus-,christ3 ,deus1 qui per immaculatam ,virginis ,conceptionem dignum ,filio tuo habitaculum praeparasti 7,oraison de la messe pour la ,fte du #h dcembre74 ,et c'est ce qui a proclam le dogme de l',immacule ,conception1 auquel tous les chrtiens croyaient1 avant mme qu'il ne ft officiellement proclam par ,pie ,,ix4 ,nous concevons bien la naissance du ,sauveur l'aide de la comparaison que propose le concile de ,trente3 ,de mme444 que les rayons du soleil traversent le verre sans le briser ni l'endommager1 ainsi1 mais d'une manire beaucoup plus merveilleuse1 ,jsus-,christ naquit de sa ,mre qui conserve le privilge de la ,virginit 7,cat4 du ,s4 ,conc4 de ,trente1 p4 #ec74 ,marie est un des ples de la ,rdemption1 comme ve est l'autre ple3 ,sumens illud ,ave ,gabrielis ore1 ,funda nos in pace1 ,mutans ,hevae nomen4 ,car par ve1 nous sommes enfants de la colre1 et par ,marie1 nous sommes enfants de la ,grce4 ,et nous sommes infiniment bas par notre descendance d've1 et infiniment haut par la transcendance de ,jsus-,christ1 qui nous a t donne par la ,sainte ,vierge4 ,nous rejoignons ici toutes les observations psychologiques que fait ,pascal au sujet de la grandeur et de la bassesse de notre nature4 ,le jour mme de la chute d've1 ,dieu faisait entrevoir le salut et annonait l',immacule3 ,ipsa conteret caput tuum 7,gen41 ,,iii1 #ae71 dit ,dieu au serpent3 ,elle-mme crasera ta tte4 ,ce privilge inou de la ,virginit1 ,marie le tenait du ,saint-,esprit1 c'est--dire tout simplement de ,dieu4 ,car c'est un usage des ,livres ,saints d'attribuer l',amour au ,saint-,esprit1 et l',incarnation de ,notre-,seigneur est la preuve immense de son ,amour pour nous4 ,mais il reste entendu que les trois ,personnes n'agissent pas l'une sans l'autre1 et que l',incarnation est une dcision des ,trois ,personnes de la ,sainte ,trinit 7,catch4 du ,s4 ,con4 de ,trente1 p4 #di74 ,une ,vierge concevra et enfantera un fils1 avait dit ,isae 7,is41 ,,vii1 #ad74 ,et avant mme toute parole de ,marie1 ,sainte lisabeth avait dit3 ,et unde hoc mihi1 ut veniat mater ,domini mei ad me8 7,luc41 ,i1 #dc74 ,il va de soi que ce mystre de l',incarnation est1 comme les autres1 incomprhensible et dpasse absolument notre intelligence4 ,mais on peut1 par les lumires de la raison1 s'en approcher et voir qu'il n'y a pas d'obstacle y croire4 ,nous ne pouvons savoir non plus ce qu'tait le ,corps de ,jsus1 ainsi form du ,saint-,esprit et du sang infiniment pur de la ,vierge ,marie4 ,mais on peut supposer qu'il avait une dlicatesse infinie1 afin que les souffrances de la ,passion y fussent infiniment grandes et que s'accomplt ainsi notre ,rdemption4 ,l'glise enseigne que ,jsus runit en ,lui la perfection de la nature divine et la perfection de la nature humaine4 ,il est ,dieu parfait et homme parfait4 ,il a toutes les proprits de la nature divine et toutes celles de la nature humaine--les premires1 parce qu'il est ,dieu1 les secondes1 parce qu'elles sont les conditions mme de la ,rdemption4 ,il fallait que ,dieu souffrt comme homme1 pour que nous fussions rachets4 ,aussi prend-il soin de nous avertir qu'il souffre rellement et physiquement de tous nos besoins4 ,sitio1 dit-il sur la ,croix2 il souffre mme moralement1 afin que la plnitude de la souffrance soit lui3 ,anima mea tristis usque ad mortem4 ,et cette souffrance est1 au juste1 inimaginable1 d'abord cause de la nature extrmement dlicate du ,corps de ,jsus-,christ1 puis parce que ,dieu lui refusa certainement1 les consolations ineffables qu'il prodigua ses ,saints et ses ,martyrs1 et que ,jsus1 assumant toute la plnitude de la misre humaine1 ne pouvait recevoir4 ,nul rachat1 nulle rdemption n'et t possible sans cela4 ,or1 d'o vient la ncessit de la ,rdemption8 ,,iv4 ,je crois la chute1 parce que je suis forc de reconnatre l'existence du mal et celle du pch1 parce que je connais ma misre1 misre si grande qu'il n'a pas fallu moins que l',incarnation de ,dieu lui-mme pour y remdier4 ,tout dans la nature humaine montre un ,dieu perdu4 ,car enfin1 si l'homme n'avait jamais t corrompu1 il jouirait dans son innocence1 et de la vrit et de la flicit avec assurance4 ,et si l'homme n'avait jamais t que corrompu1 il n'aurait aucune ide ni de la vrit ni de la batitude444 ,nous avons une ide de bonheur et ne pouvons y arriver1 nous sentons une image de la vrit et ne possdons que le mensonge4 7,pascal1 d4 ,e4 ,havet1 ,,viii1 #a1 t4 ,i1 p4 #aae74 ,je crois que l'homme avant la chute tait saint1 parce que je reconnais en moi les traces de cette ancienne saintet1 parce que je connais ma grandeur1 grandeur si grande que le ,sauveur n'a pas refus de prendre ma propre nature1 se faisant1 au dire de ,saint ,paul1 le premier n d'un grand nombre de frres 7,rom41 ,,viii1 #bi74 ,comment ,dieu a-t-il permis la ,chute8 ,parce qu'il a cr l'homme son image1 et donc libre4 ,parce que la libert est le plus beau des dons qu',il lui ait fait4 ,si l'homme n'et pas t libre de choisir entre le ,bien et le ,mal1 il et t bte1 et non homme4 ,d'ailleurs1 en permettant la ,chute1 ,dieu permettait la ,rdemption4 ,d'o la felix culpa de l'glise4 ,donc1 l'homme peut user de sa libert contre ,dieu4 ,mais ,dieu--tre infiniment bon--tourne tout sa gloire et notre utilit4 ,ainsi1 la ,faute existe1 mais ,dieu la tourne son profit1 se servant du ,mal lui-mme pour crer le ,bien4 ,la transmission du mal ne fait pas difficult4 ,en enfantant1 ve devait produire un corps son image et une me son image1 comme cela se voit dans toute gnration4 ,nous sommes devant une loi institue par ,dieu de toute ternit et nous en voyons les effets partout4 ,d'ailleurs1 si nous refusons cette transmission1 nous sommes incomprhensibles nous-mmes4 ,l'homme est plus inconcevable sans ce mystre que ce mystre n'est inconcevable l'homme 7,pascal1 ,,viii1 #a1 t4 ,i1 p4 #aae74 ,dpourvu des lumires de la foi1 comment nous approcherions-nous de ce mystre8--,pourtant1 on peut admettre que la ruine de l'homme fut si grande aprs la chute que nul tre1 sinon le ,fils de ,dieu lui-mme1 ne pouvait y porter remde4 ,seul ,il pouvait1 en se revtant de l'infirmit de notre chair1 dtruire la malice infinie du pch1 et nous rconcilier avec ,dieu dans son sang 7,catch4 du ,s4 ,conc4 de ,trente1 d4 ,descle1 p4 #cf74 ,on conoit assez bien que les deux natures--humaine et divine--dussent tre mles en un seul tre pour que la nature humaine ft rconcilie avec la divine4 ,comment s'accomplit1 dans le temps1 cette ,rdemption8 ,elle a t annonce par ,dieu1 ds aprs la faute d've4 ,elle a t dvoile ,abraham4 ,elle a t prdite par ,david1 par ,isae1 par ,daniel1 par maints prophtes de l'ancienne ,loi4 ,jsus arrive1 il prouve sa divinit par des miracles indubitables1 puis il se livre la mort1 l'heure qu'il a choisie4 ,nemo tollit animam meam a me2 sed ego pono eam a me ipso1 et potestatem habeo ponendi eam1 et potestatem habeo iterum sumendi eam3 hoc mandatum accepi a ,patre meo 7,jo41 ,x1 #ah74 ,il fait dire ,hrode3 ,ecce ejicio daemonia1 et sanitates perficio hodie et cras1 et tertia die consummor 7,luc41 ,,xiii1 #cb74 ,enfin1 au jour qu'il a marqu1 il s'avance vers ses ennemis en disant3 ,me voici--,ego sum 7,jo41 ,,xviii1 #e74 ,or1 il convenait1 dit ,saint ,paul1 que le ,fils de ,dieu mourt3 ut per mortem destrueret eum qui habebat mortis imperium1 id est1 diabolum 7,hebr41 ,,ii1 #ad74 ,jsus lui-mme avait dit3 ,le prince de ce monde va en tre chass 7,jo41 ,,xii1 #cj74 ,la ,passion de ,notre ,seigneur nous a rconcilis avec ,dieu1 parce qu'elle fut un vritable ,sacrifice4 ,saint ,paul3 ,et ambulate in dilectione1 sicut et ,christus dilexit nos1 et tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam ,deo in odorem suavitatis 7,eph41 ,v1 #b74 ,assurment1 le conseil de la divine ,providence en cette affaire de la ,rdemption1 est bien tonnant4 ,mais qui sait si cette ,providence n'a pas obi la grande ,loi qu'elle-mme avait institue1 la ,loi du ,rachat et de la ,rversibilit8 ,dieu ,lui-mme n'a pu droger cette loi d'quilibre o certainement ,il se complat4 ,de sorte qu',il ne pouvait pas1 dans sa bont parfaite1 ne pas dsirer notre salut et ,il ne pouvait pas1 dsirant notre salut1 l'assurer autrement qu'en s'offrant lui-mme son propre ,fils4 ,car quelle autre oblation et t suffisante pour compenser la puissance du mal8 ,et qui et t offert ,dieu sinon ,dieu lui-mme8 ,car l'homme tait dchu et sa libert ne s'exerait que vers le mal4 ,et les ,anges1 avec toutes les puissances clestes1 ne suffisaient pas racheter leur frre dchu1 n'tant1 comme lui1 que des cratures4 ,de sorte que1 de ce point de vue1 la ,rdemption n'est pas l'uvre d'une volont particulire de ,dieu1 en d'autres termes1 un miracle1 mais1 au contraire1 le parfait accomplissement d'une ,loi divine institue de toute ternit4 ,un roi a un serviteur fidle qu'il aime tendrement4 ,le fils de ce serviteur commet un crime abominable4 ,mais le pre intercde auprs du roi et ses mrites servent au coupable4 ,le roi1 considrant les vertus de son serviteur1 pardonne la faute du fils4 ,voil un exemple de cette grande loi humaine et divine de la ,rversibilit de l',innocence sur la ,faute--loi laquelle ,dieu n'a pu1 en aucune faon1 se soustraire1 puisque c'est ,lui-mme qui1 dans sa parfaite sagesse1 l'a institue 7,j4 de ,maistre74 ,cette grande ide du rachat rend compte1 en vrit1 de la possibilit du mal dans l'conomie du plan divin4 ,il ne s'agit plus de maudire1 parce que le mal existe1 mais de bnir1 parce qu'il se trouve toujours assez de bien pour racheter le mal4 ,ce qui importe1 c'est la balance finale et que tout mal est pay1 et bien au del--non seulement par les mrites infinis de ,jsus-,christ1 mais encore par toutes les bonnes uvres que nous pouvons accomplir4 ,dieu ne peut pas vouloir le mal1 mais il ne peut non plus supprimer la possibilit du mal dans l'homme1 sans ruiner notre libert4 ,un seul remde3 la ,rdemption4 ,l'innocence paie pour le crime1 c'est comme si le crime n'tait plus4 ,d'autre part1 la ,rdemption1 telle qu'elle s'accomplit sur la ,croix1 sauvegarde ce bien qui nous a t donn par ,dieu3 la libert4 ,car si ,jsus est mort pour tous--,jesu1 redemptor omnium1 dit l'glise--il n'en reste pas moins que la ,grce de ,jsus-,christ est rserve aux mes de bonne volont qui mritent de la recevoir 7,hymne des ,vpres de ,nol74 ,il ne fallait pas que la ,passion de ,jsus assurt notre ,salut1 sans nulle intervention de notre part1 car ,dieu tient rserver notre libert4 ,mais il fallait que ce salut ft possible pour tous1 et de fait1 nous ne pouvons1 en aucune faon1 connatre ceux qui la ,gloire cleste est rserve4 ,au dernier jour1 ,jsus-,christ convertira tout le monde1 mais1 dit magnifiquement ,pascal3 ,ce n'est pas en cette sorte qu'il a voulu paratre dans son avnement de douceur 7d4 ,e4 ,havet1 ,art4 ,,xx1 #a1 t4 ,,ii1 p4 #dg74 ,il n'a pas voulu paratre d'une faon trop manifeste1 pour sauvegarder la libert et pour qu'il y ait mrite le suivre2 ni d'une faon trop cache1 pour qu'il ft possible aux mes de bonne volont de le trouver4 ,comment s'en tire une religion qui ne reconnat pas la ,rdemption8 ,car elle se heurte cette contradiction3 ,dieu est infiniment bon et le mal existe--au lieu que les ,chrtiens disent avec ,pascal3 ,nos pchs ne seront jamais l'objet de la misricorde1 mais de la justice de ,dieu1 s'ils ne sont de ,jsus-,christ4 ,il a adopt nos pchs et nous a admis son alliance2 car1 les vertus lui sont propres1 et les pchs trangers2 et les vertus nous sont trangres1 et nos pchs nous sont propres 7,pascal1 ,,xxv1 #aje1 t4 ,,ii1 p4 #agc74 ,dans l'ordre humain1 je crois1 par exemple1 que les crimes politiques de la ,france sont rachets1 et amplement1 par le sang que nous rpandons dans les colonies4 ,c'est une figure de la ,rdemption4 ,v4 ,or ce dogme tant le plus beau de la doctrine chrtienne1 rend compte1 si on l'admet1 de plusieurs autres points qui sont3 la ,communion des ,saints1 la thorie des indulgences1 l'utilit de l'asctisme4 ,les plus grands excs de l'asctisme sont justifis par le dsir1 le crime par la douleur4 ,la thorie des indulgences montre que non seulement l'homme jouit de ses propres mrites1 mais que les satisfactions trangres lui sont imputes par la justice ternelle1 si1 toutefois1 il s'est rendu digne de cette faveur 7,j4 de ,maistre1 ,soires1 ,,ii1 p4 #aih74 ,la ,rdemption1 dit encore ,j4 de ,maistre1 n'est qu'une grande indulgence accorde au genre humain par les mrites infinis de l'innocence par excellence1 volontairement immole pour lui4 ,plus encore3 ces satisfactions qui nous sont imputes1 sont rversibles1 leur tour1 sur la tte des coupables4 ,ainsi donc1 d'une part1 l'glise nous applique les mrites surabondants de ,jsus-,christ1 de la ,sainte ,vierge et des ,saints1 et1 d'autre part1 nos mrites eux-mmes peuvent tre encore reverss sur d'autres1 selon l'quitable et mystrieuse distribution que ,dieu en fait4 ,tel est le fondement mystique de l'glise4 ,elle est1 disent les thologiens1 un ,corps dont ,jsus-,christ est la tte invisible1 le ,pape la tte visible1 et dont tous les fidles sont les membres4 ,toutes les grces reues par les ,fidles1 toutes les bonnes uvres par eux accomplies1 sont mises en commun et rparties par la divine ,providence de sorte telle que1 d'une faon absolument mystrieuse1 le salut soit en fin de compte le plus fort4 ,mais les pcheurs--les hrtiques mmes--peuvent tre aids par les ,chrtiens vraiment fidles et recevoir certains fruits de salut1 si ,dieu le veut1 c'est--dire si cela importe sa gloire finale et l'tablissement de son rgne4 ,il faut et il suffit que la balance penche vers le bien4 ,mais nous en sommes assurs--rien que par les seuls mrites de notre ,seigneur ,jsus-,christ4 ,,vi4 ,voici donc la ,sainte glise1 catholique1 apostolique et romaine4 ,elle est temporelle et spirituelle1 et par l1 elle permet l'homme qui n'a pas reu la ,grce1 mais qui la dsire humblement1 de s'approcher de la vrit4 ,et de fait1 quelle splendeur ne se dgage pas de cette glise8 ,a celui mme qui est en dehors d'elle1 elle apparat comme un principe d'ordre1 comme un grand difice de raison et d'intelligence1 et en mme temps comme un difice d'amour et de tendresse4 ,en ,elle1 tout est belle ordonnance1 tout est sant1 tout est sagesse4 ,en ,elle aussi1 tout apparat comme divin1 tout porte tmoignage de la divinit4--,et d'abord1 son tablissement4 ,les douze aptres4 ,pierre4 ,la primaut de ,pierre4 ,ds que ,pierre apparat1 le ,seigneur change son nom de ,simon contre celui de ,cphas1 c'est--dire ,pierre4 ,pierre1 le premier1 confesse la divinit de ,jsus-,christ3 ,tu es ,christus1 filius ,dei vivi2 et ,jsus lui rpond3 ,ego dico tibi quia tu es ,petrus et super hanc petram aedificabo ,ecclesiam meam4 ,pierre reoit de ,jsus le pouvoir des clefs3 ,dixit ,dominus ,simoni ,petro3 ,quodcumque ligaveris super terram erit ligatum et in coelis3 et quodcumque solveris super terram erit solutum et in coelis4 ,aprs la ,rsurrection1 ,pierre le premier voit ,jsus en son ,corps de ,gloire et c'est alors qu'il reoit la mission prcise laquelle il ne faillira pas3 ,petre1 amas me8 ,pasce oves meas4 ,pierre1 premier ,pontife de l'glise1 tablit son ,sige ,rome et ce seront ses successeurs1 ce seront les vques de ,rome qui recueilleront1 aprs sa mort1 l'hritage magnifique que lui avait laiss le ,seigneur ,jsus4 ,et ensuite1 l'histoire de l'glise4 ,la promesse de ,jsus ,pierre n'a cess de se raliser4 ,c'est bien sur cette pierre romaine que l'glise a t difie4 ,battue de tous les orages1 dchire de luttes1 accable de tristesses1 jamais elle n'a cess de maintenir l'intgrit de la doctrine2 jamais elle n'a failli son rle de gardienne de la foi2 et jamais en fin de compte1 elle ne s'est trouve vaincue1 malgr les assauts furieux qu'elle a subis4 ,mille fois elle a t la veille d'une destruction universelle2 et toutes les fois qu'elle a t en cet tat1 ,dieu l'a releve par des coups extraordinaires de sa puissance4 ,c'est ce qui est tonnant1 et qu'elle s'est maintenue sans flchir et plier sous la volont des tyrans 7,pascal1 d4 4 ,havet1 ,,xi1 #e bis1 t4 ,i1 p4 #gb74 ,l'histoire de notre temps confirme de faon merveilleuse cette vue de ,pascal4 ,jamais1 mme au moment o ses chefs taient indignes1 l'glise n'a perdu l'exercice de ses droits et de ses devoirs4 ,et jamais la ,papaut1 mme aux temps les plus funestes de son histoire1 n'a manqu d'assurer l'intgrit et l'unit de l'glise dont elle avait la garde4 ,la ,papaut a connaissance--elle a toujours eu connaissance--de sa mission surnaturelle4 ,elle a connaissance de son ternit1 de sa primaut1 qui n'est autre que celle de ,pierre1 transmise travers vingt sicles d'histoire4 ,que de fois la rsistance de l'glise s'est manifeste au monde tonn1 au moment mme o l'on pensait que le ,saint-,sige ne pouvait conserver son existence qu'en se montrant conciliant6 ,alors prcisment il ne s'est pas montr conciliant1 mais1 plein de confiance dans le secours de ,dieu1 il a risqu son existence444 7,a4 von ,ruville1 ,retour la ,sainte glise1 ,paris1 #aiaa1 p4 #fc74 ,durus est hic sermo1 disaient les ,juifs1 lorsque ,notre-,seigneur leur proposait croire que ,son ,corps tait vraiment une nourriture et ,son ,sang vraiment un breuvage4 ,et de fait1 si ce n'et t vrai1 pourquoi et-il jou la difficult8 ,ne lui tait-il pas plus facile de ne pas avoir cette exigence1 cette intolrable exigence8 ,si ce n'et pas t vrai1 ,jsus-,christ loignait donc de lui1 de gat de cur1 une grande multitude d'hommes4 ,mais c'tait vrai1 et ,jsus savait que par ,sa ,grce1 les hommes croiraient eux aussi4 ,il ne pouvait avoir aucune inquitude1 tant lui-mme la ,toute-,puissance4 ,la ,papaut a suivi la tradition de ,jsus4 ,bien souvent1 devant ses dcisions1 le monde a t tent de dire3 ,durus est hic sermo4 ,et pourtant1 le monde s'est toujours rendu elle4 ,c'est donc qu'elle est la vrit mme4 ,du point de vue humain1 la conduite de la ,papaut est inexplicable--par exemple1 en ce qui concerne l'tablissement des dogmes de l',immacule ,conception et de l',infaillibilit pontificale4 ,l'tablissement de ces dogmes n'tait-il pas absolument inopportun8 ,mais la ,papaut n'a jamais hsit heurter le monde de front4 ,c'est donc qu'elle est vraiment d'institution divine4 ,les tats priraient1 dit encore ,pascal1 si on ne faisait ployer souvent les lois la ncessit4 ,mais jamais la religion n'a souffert cela1 et n'en a us444 ,que cette religion se soit toujours maintenue1 et inflexible1 cela est divin 7,ed4 ,e4 ,havet1 ,,xi1 #f1 t4 ,i1 p4 #agd74 ,la ,papaut est vraiment infaillible1 par son institution mme1 par sa mission1 et par l'accomplissement sculaire de cette mission4 ,il faut que la pierre soit infiniment solide1 sur laquelle repose une telle glise4 ,que deviendrait la mission de l'glise1 si le ,saint-,esprit n'envoyait son ,pasteur des lumires spciales1 lorsqu'il s'agit de remplir cette mission1 c'est--dire de sauver l'intgrit de la foi8 ,l'infaillibilit est le gage de l'ordre1 et le fondement de la discipline4 ,ubi sunt duo vel tres congregati in nomine meo1 ibi sum in medio eorum 7,matth41 ,,xviii1 #bj74 ,,vii4 ,nous avons vu le premier avnement de ,jsus-,christ1 celui que ,pascal appelle de douceur4 ,que sera donc le second avnement8 ,ce sera le jour de l'indignation du ,seigneur et de la consommation de toute justice4 ,alors1 le ,fils de l',homme viendra sur les nues du ciel1 au milieu du bruit et des clameurs de toute la terre--et non plus humble et cach1 comme l'table de ,bethlhem--mais il viendra en ,juge vritable et il dira aux uns3 ,venez1 les bnis de mon ,pre1 ,venite1 benedicti ,patris mei1 et aux autres3 ,retirez-vous de moi1 maudits1 ,discedite a me1 maledicti 7,matth41 ,,xxv1 #cd1 #da74 ,car ,dieu a donn ,son ,fils la puissance de faire le ,jugement3 ,comme le ,pre a la vie en lui-mme1 ainsi ,il a donn au ,fils d'avoir aussi la vie en ,lui-mme1 et ,il lui a donn la puissance de faire le ,jugement1 parce qu'il est le ,fils de l',homme 7,jo41 ,v1 #bf74 ,quelle est la raison de cette dernire mission que tous les vanglistes reconnaissent ,jsus-,christ8 ,on peut rpondre qu'elle ne nous sera rvle qu'au dernier jour4 ,adoptons pourtant la belle explication du ,concile de ,trente3 ,nos actions ont une rpercussion infinie2 mme aprs notre mort1 elles continuent d'exercer une influence bonne ou mauvaise1 et elles continuent de l'exercer1 cette influence1 jusqu'au dernier jour du monde4 ,ce n'est donc qu' ce moment-l1 que nos actions pourront tre juges vritablement2 car1 leurs lointaines rpercussions peuvent augmenter le chtiment ou la rcompense qui leur sont dus4 7,catch4 du ,conc4 de ,trente1 p4 #if--ig74 ,les rcompenses et les chtiments seront dcerns aux mes comme aux corps1 parce que1 dit le ,catch4 de ,trente 7p4 #ig7 chez les bons comme chez les mchants1 les corps ne sont jamais trangers aux actes de cette vie4 ,le bien et le mal appartiennent donc nos corps d'une certaine manire1 puisque nos corps ont t l'instrument de l'un et de l'autre4 ,les vangiles nous apprennent que le ,jugement sera prcd de la conversion de toute la terre3 ,et praedicabitur hoc ,evangelium regni in universo orbe1 in testimonium omnibus gentibus2 et tunc veniet consummatio 7,matth41 ,,xxiv1 #ad74 ,ici1 nous sommes pris d'un vritable saisissement4 ,que voyons-nous dans la prdication de ,jsus3 des paroles de victoires et des paroles de dfaites3 ,vous tes le sel de la terre 7,matth41 ,v4 #ac74 ,ayez confiance1 j'ai vaincu le monde4 ,il donne mission aux ,aptres de rpandre l'vangile par toute la terre1 ,praedicate ,evangelium omni creaturae 7,marc1 ,,xvi1 #ae74 ,et cette mission s'accomplit4 ,mais en mme temps il est1 comme l'avait annonc ,jean-,baptiste1 le signe de contradiction4 ,il sait qu'il vient pour diviser le monde et il proclame enfin que l'union ne se fera qu'au dernier jour4--,sur tous ces points1 la suite de l'histoire a montr la vrit de la doctrine vanglique4 ,mais1 en ralit1 ce retard est bien cruel4 ,dieu pourrait clairer toute la terre1 et1 au lieu de cela1 il prive plus de la moiti des hommes de sa ,grce et de son ,salut4 ,le feu ternel rserv aux trois quarts de l'espce humaine1 voil ce que l'glise nous propose croire4 --,non1 car nous entrons ici de plain pied dans un grand mystre1 qui est la distinction du ,corps et de l',ame de l'glise4 ,or1 toute me qui1 de bonne foi1 ignore l'obligation d'adhrer au catholicisme1 peut encore faire partie de l'me de l'glise 7,hugueny1 ,critique et catholique1 p4 #bjh74 ,mais dans ce cas mme1 la foi catholique est ncessaire4--,oui1 mais si la foi est une1 son dveloppement peut varier avec les conditions1 les facults1 la vocation de chaque croyant4 ,elle peut mme se rduire la notion trs simple d'une autorit souveraine 7,hugueny1 op4 cit4 p4 #bji74 ,cette foi lmentaire444 suffit1 aprs comme avant la promulgation de l'vangile1 tous ceux que cette promulgation n'a point atteints444 7ibid41 p4 #baa74 ,or1 tous les peuples ont la croyance un monde invisible et un tre suprme4 ,tout revient cette parole de ,notre-,seigneur3 ,omne peccatum et blasphemia remittetur hominibus2 ,spiritus autem blasphemia non remittetur 7,matth41 ,,xii1 #ca74 ,ainsi1 tous les pchs du ,maure ,sidia pourront lui tre remis4 ,mais si1 connaissant l'excellence de la religion catholique comme je la connais1 je refuse pourtant d'y adhrer1 ce pch-l ne me sera pas remis4 ,si je ne reois pas le don de ,dieu1 tout peut m'tre pardonn4 ,mais si1 le recevant1 je le mprise1 alors je tombe sous la maldiction de ,jsus-,christ4 ,mettons part ces blasphmes contre l',esprit4 ,que voyons-nous8 ,une infinit de degrs dans la vie spirituelle1 une ascension merveilleuse qui va des tnbres peine traverses d'un faible rayon divin1 o dort le sauvage de l',afrique centrale1 jusqu' la lumire blouissante1 o se complaisent et se rjouissent les ,saints les plus hauts de l'humanit4 ,la civilisation1 dit le pre ,hugueny1 a ses foyers d'o les peuples reoivent plus ou moins de lumire1 selon qu'ils subissent plus ou moins leur rayonnement444 ,la mme conomie rgle le dveloppement de la vie surnaturelle et1 en particulier le rle de l'glise catholique dans le monde 7,op4 cit41 p4 #bah74 ,les ,musulmans n'ont pas cette ide4 ,ainsi1 ,sidia me croit trs fermement condamn au feu ternel4 ,il condamne au feu ternel tous les tres humains--sauf la petite lite des ,musulmans4--,croyance absurde4 ,mais moi1 je ne professe pas que ,sidia est forcment condamn1 parce qu'il n'est pas catholique4 ,au contraire1 je crois qu'il obtiendra plus aisment son salut qu'un catholique qui aura failli la ,grce4 ,croyance certaine4 ,et enfin1 ,sidia lui-mme connatra la ,vrit au ,jour du ,jugement1 afin que la ,toute-,puissance de ,dieu soit conserve et que sa manifestation soit clatante4 ,,viii4 ,reste l',eucharistie4 ,ici nous touchons le mystre rserv entre tous1 celui qui est vraiment le privilge des mes de foi4 ,comment y croirais-je sans la ,grce des ,sacrements8 ,pourtant1 la parole de ,jsus me presse4 ,elle est prcise4 ,elle est imprieuse4 ,elle interdit le doute4 ,impossible d'chapper sa rigueur4 ,prenez et mangez1 ceci est mon ,corps4 7mysterium fidei1 disent1 la ,messe1 les mots mmes de la ,conscration74 ,ceci est mon corps1 ,moi qui suis l prsent et vivant au milieu de vous4--,faites ceci en mmoire de ,moi444 ,matthieu1 ,marc1 ,luc portent le mme tmoignage1 et ,jean le ,bien-aim1 celui-l mme qui1 cette heure unique1 appuyait sa tte sur la ,poitrine du ,matre1 prcise la divine ,promesse3 ,nisi manducaveritis carnem ,filii hominis et biberitis ejus sanguinem1 non habebitis vitam in vobis 7,jo41 ,,vi1 #ed74 ,qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem1 habet vitam aeternam 7,jo41 ,,vi1 #ee74 ,caro enim mea vere est cibus1 et sanguis meus vere est potus 7,jo41 ,,vi1 #ef74 ,ainsi1 nulle hsitation n'est permise1 nul biais1 nulle chappatoire1 nulle subtilit4 ,il semble qu'il faille se rendre4 ,il faut en tout cas choisir4 ,nous sommes arrivs au point redoutable o il nous faut porter sur ,jsus un jugement extrme4 ,si l'institution eucharistique est mensonge1 les paroles de ,jsus sont une affreuse extravagance4 ,si elle est vrit1 quel degr d'amour ne serons-nous pas ports8 ,si la promesse est fausse1 ,jsus n'est plus l'homme de gnie que l'on nous propose1 mais au contraire1 il est l'homme le plus digne de notre mpris4 ,si elle est vraie1 ,il est1 en toute vrit1 un ,dieu4 ,l',eucharistie est une preuve dcisive1 pour ou contre4 ,choisirons-nous l',amour ou le mpris8 ,un tel miracle est impossible6 voil le seul argument des ennemis de ,jsus4 ,et l'argument est faible1 parce qu'il est de sens commun4 ,impossible8 ,et pourtant les ,aptres qui sont l assis la table pascale1 ne doutent pas4 ,le legs que le ,matre leur transmet1 ils l'acceptent1 et aussitt aprs sa royale ascension1 ils accomplissent fidlement ce qui leur a t ordonn4 ,les premiers ,chrtiens qui devaient connatre la pense de ,jsus1 ne doutent pas que l',eucharistie ne soit un vritable ,sacrement1 transmissible par la voie du sacerdoce1 jusqu' la consommation des temps4 ,pendant vingt sicles1 la ,chair de ,jsus est dvore par tous ceux qui cherchent dans le monde un secours leur faiblesse4 ,pendant vingt sicles1 elle est la force du voyageur1 la consolation de l'afflig1 et la vraie nourriture du pauvre4 ,impossible que l',eucharistie soit vraie1 disent-ils4 ,alors c'est dommage4 ,nous avons tant besoin d'un secours qui vienne de ,dieu1 pour que nous puissions aller jusqu' ,lui6 ,voyons pourtant si cette impossibilit mme n'est pas un gage de certitude4 ,si elle n'et t vraie1 pourquoi ,jsus nous aurait-il demand de croire une chose impossible8 ,j'admets qu'elle soit impossible4 ,mais alors son impossibilit devait retrancher des milliers d'tres de la communion de ,jsus1 et ,jsus manquait d'habilet en l'imposant gratuitement4 ,mais1 au contraire1 il s'est trouv que cette folie tait habile4 ,n'est-ce donc pas qu'elle est vraie8 ,si le sacrement eucharistique est vrai1 les plus riches bndictions seront sur nous1 nous aurons vraiment la plnitude de la vie surnaturelle4 ,s'il est faux1 nous serons privs de cette bndiction et de cette plnitude4 ,il faut donc y regarder deux fois4 ,l',eucharistie est la pierre de touche4 ,assurment1 on ne peut rien imaginer de plus difficile accepter pour la faible raison humaine4 ,jsus nous a dj beaucoup demand4 ,mais ici1 il dpasse les bornes4 ,encore un effort1 dit-il4 ,cela aussi1 il faut le croire4 ,je n'attends pas moins de vous4 ,n'tes-vous pas mes bien-aims8 ,on hsite1 on tremble1 et puis on baisse la tte3 ,allons1 il le faut bien4 ,si dures que soient vos exigences1 nous ,vous suivrons1 ,seigneur1 parce que nous savons que ,vous avez les paroles de la vie ternelle4 ,et1 comme ,pierre1 l'on se range du ct de ,jsus1 le ,matre unique4 ,mais si l'on se retourne1 l'on voit que ce mystre1 le plus haut de tous1 le plus transcendant1 est pourtant la porte des plus humbles4 ,la ,chair de ,jsus-,christ est la nourriture des pauvres d'esprit1 celle des malheureux et des dshrits1 celle des orphelins et des voyageurs4 ,mystre plus haut encore que le reste6 ,et le plus misrable pcheur1 ds qu'il entre dans l'glise qu'illumine la ,prsence ,relle1 se sent vraiment consol par ce ,jsus qui repose1 l-bas1 en toute ralit1 au fond du tabernacle4 ,mais c'est ici que la folie de ,jsus apparat sagesse4 ,nous voulons1 au contraire1 qu',il soit corporellement dans le ,saint ,sacrement1 parce que nous sommes corps et esprit et que nous voulons du divin une manifestation corporelle4 ,la communion spirituelle1 la possession directe de l',esprit de ,dieu est rserve la vision batifique4 ,mais tant que nous serons sur cette terre1 cette communion est incompatible avec nos moyens humains4 ,c'est du ,corps de ,notre ,seigneur que doivent se nourrir nos mes1 tant qu'elles seront unies nos corps4 ,rien de tout cela ne prouve1 en dfinitive1 l',eucharistie4 ,mais l'glise--comme la raison--la proclame4 ,rien1 sinon la ,grce de ,dieu1 ne peut donner une telle croyance4 ,toute la question est de savoir si l'on doit le dsirer4 ,mais si on le dsire1 le devoir le plus net est d'aller au ,sacrement de l'autel--car1 un semblable dsir ne peut tre que du ,saint-,esprit4 99 99 99 99 99 ,dans ce tableau1 o manquent les plus beaux traits1 il me semble qu'une me prise de vrit peut se complaire4 ,et pourtant1 que sont toutes les raisons1 en regard de la seule raison1 qui est la ,grce de ,dieu8 ,que sont ces faibles lueurs1 au regard de la ,splendeur de la ,grce8 ,par les ,saints1 par les confesseurs et les martyrs1 par les ,vierges et les ,veuves1 nous savons ce que peut tre la foi1 ce qu'elle peut faire4 ,vient-elle donc de l'homme1 cette foi1 ou de ,dieu8 ,et si elle vient de ,dieu1 ne ferons-nous pas tous nos efforts pour la mriter8 ,le jour o l'me se sent avide d'ternit1 le jour o elle dsire vraiment une vrit1 ce jour-l1 elle a accompli la dmarche la plus importante1 la seule qui lui soit demande4 ,le reste appartient ,dieu seul4 ,quae tandem1 dit saint ,augustin1 quae tandem mens avida aeternitatis1 vitaeque praesentis brevitate permota1 contra hujus divinae auctoritatis lumen culmenque contendat8 ,quelle argutie nous est donc possible1 aujourd'hui que le dsir de ,dieu est en nous8 ,ah6 ,non6 ,sur les routes du ,trarza1 je ne discutais plus avec ,dieu1 mais1 confiant en ,lui et me reposant en ,lui1 aprs tant de voyages et de dmarches1 j'attendais1 au contraire1 en paix et joie1 de connatre jusqu' sa magnifique plnitude la douceur du nom chrtien4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages ,au ,lecteur ,,vii ,prface ,,ix ,,chapitre ,i ,brackna4--,tagant4--,gorgol #a ,,chapitre ,,ii ,moudjria #ai ,,chapitre ,,iii ,tagant4--,adrar1 route de l'ouest #da ,i4 ,le vestibule de l',adrar4 ,,ii4 ,grandeur de ,zli4 ,,iii4 ,les coordonnes de ,zli4 ,,chapitre ,,iv ,atar #fa ,,chapitre ,v ,reconnaissance vers ,bir ,igni #he ,,chapitre ,,vi ,ouadan #ajg ,,chapitre ,,vii ,de ,ouadan ,nijan #abg ,,chapitre ,,viii ,bouaga #adi ,,chapitre ,,ix ,oprations autour de ,tichitt #afi ,,chapitre ,x ,tagant4--,adrar1 route de l'est #aia ,,chapitre ,,xi ,char et ,mabrouk #bac ,,chapitre ,,xii ,dans le ,tiris #bcc ,,chapitre ,,xiii ,voyage ,port-tienne #bdi ,,chapitre ,,xiv ,zoug #bfi ,,chapitre ,,xv ,reconnaissance sur ,tagnedest #bhg ,,chapitre ,,xvi ,le ,retour #cjg ,,imprim ,,par ,,philippe ,,renouard #ai1 rue des ,saints-,pres ,,paris