,,dora ,,melegari ,,chercheurs ,,de ,,sources ,,sixi,,me ,,dition ,,paris ,,librairie ,,fischbacher ,,soci,t ,,anonyme #cc1 ,,rue ,,de ,,seine1 #cc ,tous droits rservs ,,ouvrages ,,de ,,dora ,,melegari ,,ames ,,dormantes #f;e dition4 #a volume in-#ab #c fr4 #ej ,ouvrage couronn par l',acadmie franaise ,,faiseurs ,,de ,,peines ,,et ,,faiseurs ,,de ,,joies #g;e dition4 #a volume in-#ab #c fr4 #ej ,,chercheurs ,,de ,,sources #a volume in-#ab #c fr4 #ej ,,romans ,expiation 7sans nom d'auteur74 ,marthe de ,thiennes 7,sous le pseudonyme de ,forsan74 ,les ,incertitudes de ,livia4 ,id4 ,dans la vieille rue4 ,id4 ,la ,duchesse ,ghislaine4 ,id4 ,kyrie ,eleison4 ,id4 ,la petite ,mlle ,christine 7sous le nom de l'auteur74 ,les ,mres3 ,caterina ,spadaro4 ,id4 ,,autres ,,ouvrages ,journal intime de ,benjamin ,constant1 et lettres sa famille et ses amis1 avec une ,introduction par ,dora ,melegari4 ,lettres intimes de ,joseph ,mazzini1 avec une ,introduction par ,dora ,melegari4 ,la ,jeune ,italie et la ,jeune ,europe4 ,lettres indites de ,joseph ,mazzini ,louis-,amde ,melegari1 publies par ,dora ,melegari4 #a volume in-#ab #c fr4 #ej ,,en ,,italien ,le tre capitali4--#a;er volume3 ,la citt forte4 ,il sonno delle anime4 #b;e dition4 ,la ,giovine ,italia e la ,giovine ,europa1 dal carteggio inedito di ,giuseppe ,mazzini a ,luigi ,amedeo ,melegari4 ,artefici di pene ed ,artefici di gioie1 #b;e dition4 ,,en ,,pr,,paration ,amis et ,ennemis4 ,published1 november #ajth #aijh4--,privilege of copyright in the ,united ,states reserved under the act approved ,march #c;d #aije1 by ,dora ,melegari4 ,a ,,ceux ,,qui ,,savent ,,voir ,,et ,n,,anmoins ,,esp,,rent ,,pr,,face ,aprs une longue priode improductive1 nous assistons1 depuis quelques annes1 une exubrante floraison d'tudes philosophiques1 religieuses et mystiques2 mais ces ouvrages1 dont le but devrait tre la recherche d'une vie meilleure1 plus large et plus joyeuse1 s'occupent assez rarement de l'application de leurs thories la vie vcue4 ,faut-il en conclure que leurs auteurs se sont complus uniquement des exercices intellectuels ou que la crainte secrte de dterminer les consquences de leurs principes et celles mme des principes opposs1 pousse ces crivains garder le silence sur le ct pratique des questions qu'ils dveloppent8 ,faire du spiritualisme thorique et ne pas aborder les problmes moraux qui en dcoulent semble illogique3 cette rserve dnote-t-elle un manque de courage ou une incertitude de pense8 ,pourquoi tant de rticences et d'hsitations8 ,le fait d'tablir la ncessit d'une ligne de conduite conforme aux principes qu'on accepte ou qu'on professe1 n'implique point que tous auront la constance de la suivre sans interruption2 ne pas prvoir les reculs et les chutes possibles indiquerait un manque de discernement1 une conception errone de la nature humaine et une singulire ignorance des forces secrtes qui la dirigent ou l'garent4 ,durant certaines priodes de sa vie1 l'homme ne peut tre sans cesse arm victorieusement contre les puissances tentatrices qui le sollicitent1 en lui et hors de lui4 ,seuls les hros1 les stoques1 les rois d'eux-mmes et ceux qui ont le privilge de se sentir en contact avec les puissances invisibles1 sont capables de persvrer toujours1 sans faiblir jamais1 dans la recherche de la vie meilleure4 ,cela n'est pas1 hlas1 possible tous2 plusieurs trbuchent et mme tombent en route4 ,mais ceux qui ont eu1 ne ft-ce qu'une seule fois1 la vision nette de ce que l'homme doit tre1 se relvent toujours et se remettent1 plus ou moins briss ou meurtris1 la culture de leur jardin intrieur4 ,il est1 par consquent1 indispensable de connatre et de dfinir ce qu'un certain ordre de croyances implique1 comme ligne de conduite personnelle4 ,mais1 je le rpte1 les observateurs de la psych humaine et les chercheurs de vrits profondes vitent volontiers d'appuyer sur ce point4 ,ils prfrent rester la surface intellectuelle des questions et se refusent d'aider au dveloppement de la conscience gnrale2 c'est pourtant la seule chose ncessaire1 puisque d'elle procde le sentiment de la responsabilit1 sans lequel l'tre humain n'est qu'un atome s'agitant perdument dans le vide4 ,lorsqu'arriv la maturit de l'ge1 l'homme qui n'a pas cultiv sa vie intrieure1 s'aperoit tout coup qu'il n'est qu'un automate perfectionn1 et essaie de descendre en lui-mme la recherche de sa conscience1 il doit parcourir un chemin long1 fatigant1 obscur1 et souvent il n'arrive pas rveiller l'endormie ou ressusciter la morte6 ,au contraire1 si1 jadis1 elle a vcu et parl en lui1 il russit toujours la tirer de son sommeil et de son silence4 ,habituer l'homme tablir un dialogue constant entre sa raison et sa conscience1 lui enseigner1 ds l'enfance1 se rendre compte de ce qu'il voit1 de ce qu'il sent1 de ce qu'il fait1 devrait tre la principale proccupation des moralistes et des ducateurs4 ,ainsi l'humanit serait dbarrasse de cette conception superficielle et automatique de l'existence1 qui retarde l'volution de la plupart des tres4 ,rendre l'homme conscient en toute chose1 c'est lui donner des lettres de noblesse1 c'est largir son horizon1 c'est le consoler du bonheur1 s'il ne l'a pas1 c'est1 s'il le possde1 en centupler1 pour lui1 les jouissances4 ,mais l'usine o s'labore la vie consciente n'est pas la mme pour tous4 ,dans ces mystrieuses profondeurs1 les jets et les flamines jaillissent de faon diffrente et1 pour les faire surgir1 chaque me a un ressort qu'il faut savoir toucher4 ,par consquent1 dcouvrir les sources est toute la science de l'ducation et de la vie4 ,les potes racontent qu',armide avait l'oreille si fine qu'elle entendait l'herbe crotre4 ,ceux qui veulent veiller chez l'homme le dsir des satisfactions suprieures devraient faire comme la magicienne antique3 appliquer leur oreille la terre et essayer d'y percevoir le murmure souterrain des sources caches4 ,,dora ,,melegari4 ,rome1 janvier #aijg-;avril #aijh4 ,,chercheurs ,,de ,,sources ,,chapitre ,,premier ,,chercheurs ,,de ,,sources ,tu frapperas le rocher et il en sortira de l'eau4 7,exode1 ,,xvii-#f47 ,l'art de la rabdomancie est trs ancien1 en ,orient4 ,avec leur baguette divinatoire1 les rabdomanciens dcouvraient les trsors et les sources caches4 ,la verge de ,mose fit jaillir l'eau du rocher1 et ,circ tait sans doute1 elle aussi1 arme d'une baguette magique1 quand elle changea en pourceaux les compagnons d',ulysse4 ,le bton a t1 de tout temps1 le symbole des forces mystrieuses4 ,mercure avait son caduce1 ,bacchus son thyrse1 ,aaron sa verge4 ,chez les ,francs1 et mme chez les premiers ,captiens1 les hrauts d'armes portaient devant les chefs une baguette sacre1 marque de leur dignit4 ,cependant1 l'usage de la branche de coudrier pour la dcouverte des trsors et des sources ne date gure1 en ,europe1 que du seizime sicle4 ,longue de deux pieds et lgrement courbe au milieu1 elle devait appartenir la pousse de l'anne et avoir t coupe1 le premier mercredi de la lune1 entre onze heures et minuit1 tandis que certains mots spciaux taient prononcs4 ,ensuite1 on la bnissait selon la formule magique1 et lorsque le rabdomancien arrivait l'endroit o se trouvait la source1 la baguette semblait tourner entre ses mains comme sollicite par des forces inconnues4 ,malebranche attribuait le phnomne l'uvre du dmon2 le ,dictionnaire des ,merveilles de la ,nature essaie de le ramener aux principes de la physique2 les sceptiques supposent qu'au moyen de viroles de mtal dissimules dans le bois1 et d'un adroit mange des mains1 on parvenait1 au moment voulu1 imprimer un mouvement de rotation la baguette2 plusieurs croient aussi1 comme ,balzac1 que le soi-disant magicien obissait1 dans le voisinage des eaux1 quelque sympathie lui-mme inconnue4 ,aujourd'hui encore1 en ,france1 les rabdomanciens ont une clientle2 il y en a de clbres1 que l'on fait venir grands frais pour qu'ils dcouvrent des sources jaillissantes dans les terres dessches4 ,on ignore1 du reste1 pourquoi cette vertu magique a t attribue au coudrier4 ,est-ce parce qu' son ombre les bergers de ,virgile se livraient au combat du chant et qu'on en brlait le bois1 le jour des noces1 pour porter bonheur aux jeunes poux8 ,phylis aime les coudriers4 ,et tant qu'elle les aimera1 ,les coudriers l'emporteront ,et sur les myrtes de ,vnus ,et sur les lauriers d',apollon6 ,phylis est morte depuis presque deux mille ans1 et la branche de coudrier fait encore jaillir l'eau des sources4 ,lgende1 superstition ou force physique1 inconnue encore et que la science dterminera quelque jour1 peu importe6 ,c'est le symbole qui m'intresse2 c'est lui que je voudrais dgager et appliquer1 car il renferme un enseignement profond4 ,l'me des hommes est semblable la terre2 elle contient des sources caches qu'on ne s'occupe pas assez de faire jaillir1 et qui pourraient changer en jardins fleuris1 des sols infconds2 en vignes luxuriantes1 des rochers arides6 ,se donner la tche de chercher les sources serait1 pour les bonnes volonts humaines1 un inpuisable et splendide champ d'activit4 ,si les personnes qui croient savoir1 par leur propre exprience1 o se trouvent la vrit1 la lumire et la joie1 s'armaient de la branche de coudrier pour dcouvrir les eaux courantes dans les mes qui les cachent1 nous marcherions vraiment vers une humanit meilleure2 et ceux qui auraient aid cette transformation1 dans la mesure de leur intelligence et de leur force1 pourraient mourir avec la certitude de n'avoir pas vcu en vain4 99 99 99 99 99 ,ce qu'il faut essayer tout d'abord1 et cela ds les premires annes de la vie1 c'est de dvelopper l'imagination de l'enfant4 ,pour sa sensibilit1 on doit attendre1 car souvent1 dans de petits corps fragiles1 une sensibilit prmature nuit la sant physique4 ,l'imagination n'offre pas les mmes dangers1 et c'est l'une des sources que l'on fait jaillir le plus facilement de l'me enfantine4 ,chez quelques-uns1 la source est pauvre1 et il faut se hter avant qu'elle ne se soit tarie d'elle-mme1 ou perdue sous terre en petits ruisseaux qui se desschent vite4 ,l'homme dpourvu d'imagination est une pauvre crature misrable1 mme si elle semble riche1 car l'imagination est la force et la joie de l'esprit4 ,le devoir des ducateurs est donc1--comme celui des hyginistes en ce qui concerne le dveloppement du corps1--de donner tous leurs soins l'accroissement de cette puissance de vie1 et de ne l'touffer sous aucun prtexte4 ,dans la seconde moiti ou le second tiers du dix-neuvime sicle1 aprs le dclin du romantisme1 l'imagination a t1 pendant un temps1 dprcie et considre comme une facult dmode1 nuisible au succs des intrts matriels1 et qu'il fallait1 par consquent1 liminer de gr ou de force des jeunes cerveaux4 ,tous les pdagogues s'y sont employs4 ,dire d'un jeune homme ou d'une jeune fille3 ,il1 ou elle1 a beaucoup d'imagination1 quivalait presque une injure1 et ceux qui possdaient ce trsor le cachaient comme une tare pour ne pas devenir suspects4 ,la signification du mot n'tait mme plus comprise par ses dtracteurs4 ,le vulgaire avait fini par appeler imagination1 non plus la charmeuse qui jette un voile d'or sur toutes choses1 mais le dfaut1 propre certains esprits1 de se crer de fausses et chimriques illusions1 c'est--dire de donner au moindre incident une porte qu'il ne possde point4 ,or cette tendance purile ne doit pas tre classe sous le nom d'imagination2 elle indique simplement une mentalit vaniteuse1 dsquilibre et dpourvue de discernement4 ,l'imagination a une bien autre envergure2 ses ailes1 qu'elles soient dlicates comme celles du colibri1 ou puissantes comme celles de l'aigle1 portent toujours sur les hauteurs4 ,l'homme qui les dieux ont confr ce prcieux don ne pourra jamais tomber tout fait bas4 ,on me citera ,edgar ,po1 ,musset1 ,verlaine et d'autres potes encore1 dont la muse dut plusieurs fois se voiler le visage2 mais ceux-l1 du moins1 sentaient leur honte1 et plusieurs d'entre eux trouvrent des accents de terrible angoisse pour dcrire leurs chutes4 ,d'autres1 l'accs pass1 se reprenaient et planaient parfois des hauteurs vertigineuses4 ,s'ils n'avaient pas eu d'imagination1 ils auraient succomb sans souffrance et se seraient vautrs voluptueusement dans la boue o ils taient tombs4 ,puis1 ils seraient morts obscurs1 dans l'abjection1 sans avoir eu la vision des cimes1 ni su faire vibrer les curs4 ,mme1 exception faite des potes1 on peut affirmer que l'imagination est la base de toute grandeur et de tout progrs4 ,s'ils n'avaient pas eu d'imagination1 les conqurants seraient rests sur leurs sols troits4 ,alexandre1 ,csar1 ,napolon ont t de grands imaginatifs4 ,c'est l'imagination qui les a aids vaincre1 plus encore que leur audace1 leur bravoure1 leur science stratgique4 ,pour les hommes d'tat galement1 le grand ressort des conceptions gniales est1 avant tout1 l'imagination4 ,cavour et ,bismarck en taient largement pourvus4 ,sans elle1 les intrigues politiques avorteraient avant de natre1 car1 pour les concevoir et les faire aboutir1 l'imagination est indispensable2 sans elle1 il n'y aurait plus de grands lanceurs d'affaires6 ,sans elle1 l',amrique n'aurait pas t dcouverte6 ,c'est un prjug rpandu de croire que1 dans les professions dont le but unique est le gain1 on n'a pas besoin de l'aide de l'imagination3 on va jusqu' affirmer qu'elle peut tre nuisible4 ,oui1 peut-tre1 pour les simples instruments qui se contentent d'emboter le pas leurs prdcesseurs ou leurs patrons1 mais toutes les grandes industries1 toutes les grandes entreprises sont nes dans le cerveau d'un imaginatif4 ,un avocat d'assises qui manquerait d'imagination ne sauverait jamais une tte6 ,dans les sciences positives aussi1 d'o procdent les dcouvertes fameuses dont on mne si grand bruit8 ,des hypothses nes dans un cerveau imaginatif1 analyses ensuite et passes au crible de la mthode exprimentale4 ,sans l'imagination1 rien de tout cela n'aurait eu lieu4 ,archimde devait possder une imagination puissante4 videmment1 seule ou insuffisamment soutenue1 elle ne suffit pas1 mais ds qu'on la supprime1 les conceptions gniales deviennent impossibles2 c'est pourquoi1 ne pas dvelopper l'imagination des enfants ou touffer celle qu'ils manifestent1 quivaut les appauvrir1 appauvrir l'humanit et commettre1 par consquent1 un crime social4 99 99 99 99 99 ,je suis persuade que la crainte de l'imagination1 qui a domin l'opinion publique et le systme ducatif de la seconde moiti du dernier sicle1 a priv la science1 la littrature et l'art de plusieurs forces vives4 ,lorsque celle qu'on a dnomme tort la folle du logis et qu'il faudrait appeler la lumire de l'me est trs puissante1 elle rsiste tous les efforts tents pour l'craser1 et peut-tre mme rebondit-elle plus nergiquement lorsqu'on s'efforce de la dtruire4 ,mais ce sont l des cas exceptionnels2 en gnral1 lorsque l'imagination est moyenne1 on russit trs bien enrayer son dveloppement1 et mme persuader l'enfant que c'est une facult honteuse ou1 pour le moins1 ridicule1 dont il doit dissimuler les manifestations avec soin#a4 #a ,que d'enfants1 dans ce temps-l1 ont cruellement souffert du mpris o l'on tenait l'imagination1 et des efforts que l'on exigeait d'eux pour qu'ils apprissent la dissimuler4 ,sans ce travail d'touffement auquel on s'est livr sur l'enfance et la jeunesse pendant au moins un tiers de sicle1 je suis persuade que notre civilisation serait plus avance et nos littratures plus riches#b4 ,cette perte est irrparable1 et non seulement on n'a pas permis une gnration de donner sa mesure1 mais on a sevr des vies humaines de beaucoup de joies et de plaisirs4 #b ,j'ai connu des enfants auxquels on interdisait les compositions1 dans la crainte que ce genre de travail ne dveloppt leurs facults imaginatives4 ,demandons-nous 7je parle1 bien entendu1 des gens pour lesquels les repas du jour1 le sommeil de la nuit et les jouissances physiques ne reprsentent pas le summum des dlices humaines7 quels sont les meilleurs moments de nos journes et les heures dont notre mmoire garde l'imprissable souvenir8 ,nous citerons celles que notre imagination a claires4 ,qu'est l'amour lui-mme1 si l'imagination ne l'embellit pas1 ne le relve pas1 ne le dore pas8 ,une fonction impose par le gnie de l'espce et que beaucoup d'tres assimilent presque aux plaisirs de la table4 ,tandis qu'aid par l'imagination1 l'amour est la plus grande douceur des mes1 la clart lumineuse des vies1 l'enchanteur qui change les ralits grises en visions radieuses4 ,mais1 dira-t-on1 pourquoi transfigurer ainsi l'amour1 puisque1 fatalement il doit s'vanouir1 se changer en cendres au got amer8 ,plus et mieux l'on aime1 plus on souffre1 et le but de la vie est de ne pas souffrir444 ,erreur1 lamentable erreur6 ,le got des cendres sera plus curant et amer si les sens et le cur n'ont jamais connu les voiles d'or4 ,non seulement l'amour aura cess d'exister1 mais son souvenir aura perdu tout prestige et tout charme4 ,au contraire1 ce qui a t1 ne ft-ce qu'un jour seulement1 clair par l'imagination1 continue illuminer l'existence1 malgr les douleurs1 les abandons1 les chutes444 ,de mme1 pour que l'amiti ne reste pas terne et grise1 l'imagination est indispensable autant que le soleil la croissance et la coloration des fleurs4 ,pas d'enthousiasme non plus sans imagination1 pour les personnes ou pour les causes1 puisque l'un procde directement de l'autre6 ,l'enthousiasme procure l'me une dilatation dlicieuse3 l'esprit s'y largit et s'y repose4 ,et cependant on lui fait une guerre acharne4 ,que de gens se plaisent jeter des seaux d'eau froide sur nos admirations6 ,un petit sourire mprisant et suprieur erre sur leurs lvres1 et ce sourire impressionne la jeunesse2 elle en a peur1 elle se sent diminue par ces regards ironiques1 qui arrivent mme parfois lui faire renier ses dieux4 ,plus tard1 dans la vie1 lorsqu'on s'est rendu compte de la valeur relle des choses1 la situation se renverse2 l'on rend avec usure le sourire mprisant et l'on plaint les malheureux dpourvus d'imagination1 qui n'ont jamais connu l'enthousiasme et ses saintes erreurs4 ,ce sont de pauvres1 de trs pauvres gens6 ,il faudrait se borner les plaindre1 s'ils n'avaient pas le tort de dconcerter les jeunes esprits4 ,j'ai connu une femme qui a us plusieurs annes de sa vie dans le pnible effort qu'elle faisait pour ressembler aux autres1 pour devenir comme tout le monde1 pour touffer le don divin qu'elle avait reu4 ,heureusement pour elle1 ses tentatives furent vaines1 mais cependant certains manques d'lan qu'elle dplora plus tard et qui la firent souffrir1 taient la consquence du mpris pour l'imagination qui1 dans sa jeunesse1 rgnait en matre sur l'opinion publique4 ,diminuer1 touffer1 tuer l'imagination dans une crature humaine1 c'est tarir en elle1 on ne saurait assez le rpter1 les sources des joies les plus pures1 des joies objectives1 de celles que donnent la nature#c et l'art4 ,le devoir des chercheurs de sources est donc de dcouvrir cette prcieuse facult1 de l'veiller1 de la faire jaillir et d'apprendre l'homme tirer d'elle toutes les richesses et les forces qu'elle tient en rserve4 #c ,voir ,faiseurs de peines et ,faiseurs de joies4 ,les tres privs d'imagination ne peuvent faire de bons ducateurs3 il faudrait les carter de l'enseignement1 et1 en tous cas1 ne jamais leur confier la direction d'une ducation complte4 ,tout au plus pourrait-on leur permettre certaines branches spciales qu'ils enseigneraient suffisamment et mdiocrement4 ,jamais ils ne parviendront faire de bons pdagogues dans la haute acception du mot4 ,je dis qu'ils enseigneront mdiocrement1 car mme dans les sciences exactes1 telles que la chimie1 l'histoire naturelle et la botanique1 l'imagination est une aide puissante4 ,dans les sciences historiques son rle est d'une importance capitale4 ,un matre1 dpourvu d'imagination enseignera l'histoire sans lui donner de relief et ne saura pas faire saisir l'enfant les grands ensembles qui se fixent dans la mmoire4 ,l'enfant1 de son ct1 tudiant sans intrt1 ne pourra se passionner pour les personnages hroques ou coupables qui se meuvent travers les vnements qu'on lui raconte avec froideur4 ,par consquent1 il ne les comprendra pas1 car c'est par l'imagination que l'intelligence enfantine arrive saisir les grands mouvements de l'histoire4 ,il en est de mme pour la posie1 la littrature1 l'art444 ,rien1 en somme1 dans le savoir humain1 ne peut se passer de l'imagination4 ,elle facilite tout2 c'est la grande source des connaissances1 des dcouvertes1 des hrosmes1 et quand elle n'est pas un don naturel1 il faudrait pouvoir la faire natre artificiellement4 ,ceux qui se proccupent1 bon droit1 de l'avenir des gnrations nouvelles1 devraient s'entendre pour remettre l'imagination en honneur et la soustraire l'injuste ddain sous lequel les gnrations utilitaires avaient essay de l'craser4 ,mais il ne s'agit pas simplement de lui jeter la bride sur le cou3 ce serait aller au-devant des pires dangers4 ,si l'on dveloppe cette facult merveilleuse1 ce n'est pas pour la laisser sans aliments4 ,le travail intellectuel et moral de ceux qui1 sous une forme ou l'autre1 ont charge d'mes1 en sera considrablement augment4 ,il faut empcher avant tout que l'imagination devienne subjective#d1 et beaucoup de discernement est ncessaire pour parer ce grave pril4 ,non seulement les ducateurs ont besoin de science et de conscience1 ils doivent possder encore des mes vivantes et communicatives1 des intelligences ouvertes1 capables de tracer des routes et d'indiquer les sommets4 #d videmment dans son essence l'imagination est toujours subjective2 en me servant de ce terme un peu impropre1 je veux indiquer les imaginations qui ne possdent ni puissance d'observation1 ni la vision des choses extrieures4 ,la mauvaise habitude de s'exalter faux pour soi-mme1--cause des dceptions amres et d'amoindrissement moral1--est un des rsultats de l'imagination subjective3 celle-ci intensifie le personnalisme1 excite la sensibilit et renforce l'gosme1 tandis que l'imagination objective1--celle qui s'extriorise1--en portant l'intrt de l'homme hors de lui-mme1 le pousse aux conqutes de l'esprit1 aux recherches nobles1 aux dcouvertes1 aux combinaisons1 aux entreprises qui apportent la gloire et la richesse4 ,dans des proportions plus modestes1 elle sert embellir1 colorer1 adoucir la vie4 99 99 99 99 99 ,plus tard1 et avec d'habiles prcautions1 les chercheurs de sources devront s'occuper de la sensibilit de l'enfant1 car elle est aussi ncessaire que l'imagination1 son dveloppement intgral4 ,qui enrichit sa sensibilit1 enrichit son intelligence1 dit avec raison ,maeterlinck4 ,au sicle dernier1 par raction contre les thories de ,rousseau1 on a essay de l'extirper1 elle aussi1 en cultivant avant tout dans les mes les sentiments utilitaires4 ,la mdiocrit morale d'une bonne partie de nos contemporains suffit montrer combien cette noble entreprise a russi4 ,au point de vue social1 ce travail de destruction a t une erreur grave1 la sensibilit tant plus importante que l'imagination pour tout ce qui se rapporte aux relations des hommes entre eux4 ,un individu dpourvu de sensibilit1 moins qu'il ne soit dou d'une intelligence trs fine1 est presque toujours un vulgaire et un grossier4 ,il y a une science du cur qui se reflte dans les attitudes et les paroles et que rien ne remplace quand elle manque4 ,la gentilezza d'animo1 comme l'appellent les ,italiens1 est la source du tact vritable2 sans elle tous les chocs sont durs1 bruyants1 cassants4 ,un homme1 au contraire1 dont on aura cultiv la sensibilit ds l'enfance1 conservera toujours une sorte de douceur dans les procds1 quelles qu'aient t les luttes et les amertumes de son existence4 ,combien d'individus l'on rencontre--aujourd'hui surtout1 ils pullulent--qui ne s'occupent jamais que de l'utilit pratique des choses4 ,a leurs yeux1 le tableau et le livre n'ont de valeur qu'en raison de ce qu'ils ont rapport2 la dcouverte scientifique1 en raison de ses rsultats d'argent2 l'amiti1 en raison des portes qu'elle ouvre1 et ainsi de suite6 ,trs probablement1 ces personnes taient nes avec une sensibilit mdiocre qui n'a pas rsist au systme d'touffement auquel on l'a soumise4 ,il n'en reste plus trace1 et mme la sensibilit d'autrui excite leur ddain4 ,les sensibles le devinent1 le comprennent1 et ont la faiblesse de rougir de ce dont ils devraient se glorifier1 donnant ainsi raison1 par leur attitude piteuse1 ces arrogants dtracteurs des vritables lettres de noblesse de l'homme4 ,quand donc les gens qui ont du cur et de l'altruisme arriveront-ils mpriser ouvertement ceux dont les facults affectueuses sont concentres sur eux-mmes8 ,malheureusement1 ce jour n'est pas proche1 car le manque de courage est aujourd'hui1 un des traits caractristiques1 des tres sensibles et bons4 ,il faudrait apprendre l'enfant que les gens sans cur sont des pauvres qu'il faut d'abord plaindre et ensuite ddaigner1 comme des non valeurs4 ,tout cela1 bien entendu1 dans la mesure o le ddain est permis ceux qui voient1 dans tous les hommes1 des frres1 dont ils ne peuvent se dsintresser compltement4 ,en parlant de sensibilit1 je n'entends point cette sensiblerie ridicule ni ce faux sentimentalisme#e qui font le malheur et l'ennui de tant de familles1 et sont les vers rongeurs de l'amour et de l'amiti1 mais bien cette puissance d'affection qui est la source des joies humaines et la meilleure consolation que la vie accorde aux hommes4 #e ,voir ,ames dormantes4 ,ne pas aimer les autres1 signifie d'ordinaire s'aimer soi-mme l'excs1 c'est--dire tre un misrable idoltre#f4 ,je crois1 et je l'ai crit ailleurs1 que le moment viendra o l'on considrera comme un ridicule et une tare1 d'afficher le moi hassable4 ,mais que l'aube de ce jour est lointaine encore6 #f ,voir ,faiseurs de ,peines et ,faiseurs de ,joies4 ,ce que j'ai dit pour l'imagination est galement vrai pour la sensibilit4 ,si elle devient subjective#g1 il vaudrait mieux l'touffer2 pour tre la source frache et pure o nous nous dsaltrons1 et o les autres se dsaltrent leur tour1 il faut qu'elle ne garde pas toutes ses eaux pour elle-mme4 ,apprendre l'enfant qu'il doit aimer objectivement les gens et les choses1 c'est avoir fait jaillir une source de son cur1 c'est lui avoir ouvert1 pour l'avenir1 des perspectives de bonheur toujours ralisable et des facults d'largissement spirituel4 #g ,voir la note #d1 page #ad4 ,le mysticisme moderne1 l'tat d'me le plus exquis et le plus lev que l'homme puisse connatre ne saurait natre et se dvelopper chez les cratures dpourvues d'imagination et de sensibilit4 ,je ne dis pas qu'il faille lever les enfants dans l'ide d'en faire des mystiques1 ce serait les conduire et nous conduire des dconvenues certaines4 ,pour connatre cet tat spcial1 il ne suffit pas d'tre un imaginatif et un sensible1 il faut un appel du dedans et du dehors1 et que les htes mystrieux qui viennent parfois nous visiter1 fassent leur demeure en nous4 ,le but de l'ducation doit tre simplement de former des hommes et des femmes dous d'une large comprhension humaine1 capables de sentir toutes les joies1 de supporter courageusement toutes les douleurs1 et chez lesquels rien ne s'oppose aux contacts avec le divin4 ,or1 je le demande la conscience de ceux qui ont des fils et des filles lever1 cette proccupation les hante-t-elle beaucoup8 ,ils vont au plus press3 il faut1 d'abord1 apprendre aux enfants ce qu'il est indispensable de savoir1 pour ne pas faire une trop piteuse figure dans les rapports sociaux4 ,puis1 dans les familles o le travail est une ncessit1 il y a les examens passer1 les carrires choisir pour les fils1 les mariages combiner pour les filles4 ,atteindre l' peu prs est dj difficile2 comment viser aux sommets8 ,en effet1 la tension d'esprit serait trop considrable1 moins que le besoin et le dsir de chercher les sources ne soit devenu1 chez les parents et les ducateurs1 partie intgrale d'eux-mmes1 une de ces rgles de conscience auxquelles on obit sans effort et qui ne causent presque plus de fatigue4 ,certes1 l'homme ne peut se mettre la place de ,dieu1 et il est forc de faire1 chaque jour1 un acte de foi pour ranimer son courage et ne pas se laisser abattre par les soucis que lui donne l'avenir de ceux qu'il aime4 ,il doit aussi s'en remettre1 en grande partie1 la ,providence ou au ,destin1 en ce qui concerne la formation de leurs caractres4 ,cependant un effort est toujours demand l'homme1 mme lorsque ,dieu parat intervenir miraculeusement en sa faveur4 ,ainsi1 lorsque ,jsus ressuscita ,lazare1 il aurait pu1 d'un geste lointain et majestueux1 soulever la lourde dalle qui fermait la grotte o reposait le frre de ,marthe et de ,marie4 ,mais il exigea que l'effort humain et sa part dans le miracle1 et il ordonna aux assistants de dplacer la pierre du spulcre4 ,les exemples de ce genre pourraient se multiplier l'infini1 et nos expriences personnelles confirment1 elles aussi1 l'existence de cette loi3 ,dieu veut que nous soyons ses cooprateurs6 ,on n'obtient rien sans peine1 et dans les plus merveilleuses histoires de succs humain1 une part d'effort personnel est toujours demande4 ,comment pourrions-nous nous y soustraire dans l'ducation des tres que la nature ou la confiance d'autrui a remis entre nos mains8 99 99 99 99 99 ,l'ingalit#h existe partout dans la nature3 les caractres1 les tendances1 les facults sont diverses et1 sauf quelques principes fondamentaux1 il faudrait lever chaque enfant de faon diffrente4 ,cela n'est pas possible2 mais les ducateurs sont semblables des musiciens qui1 chargs d'accorder et de faire vibrer des instruments1 devraient couter avec attention les sons qui en sortent pour tre capables d'insister1 suivant les cas1 sur telle ou telle note2 ils enrichiraient ainsi1 pour chaque tre1 la source des plaisirs par le dveloppement des gots4 #h ,voir1 dans ,faiseurs de peines et ,faiseurs de joies1 le chapitre3 l'galit4 ,les gots6 ,quelle immense ressource ils sont dans la vie6 ,ds qu'un got se manifeste chez un enfant1 il faudrait empcher qu'il ne se dessche et prisse avant d'avoir donn ses fruits4 ,c'est une plante prcieuse que l'on devrait arroser avec sollicitude1 soutenir et greffer444 ,les gens qui ont des gots ne s'ennuient jamais4 ,or1 une bonne partie des tristesses de la vie sont causes par l'ennui qui ronge tant d'existences4 ,ceux qui ont appris regarder et savent voir#i1 ne connaissent jamais la monotonie des longues journes mornes4 ,ils trouvent partout des sources d'intrt1 d'observation1 de comparaison3 les gens qui sont en contact avec les forces mystrieuses de la nature1 pour lesquels le vent a une voix1 les eaux un secret1 les bois un mystre1 le ciel des promesses1 le soleil des enchantements1 qui les tirent de leur petit ,moi1 pour leur faire presque toucher l'infini1 ces gens-l ne s'ennuient jamais1 car leur vie est toute imprgne de posie4 #i ,il existe des coles en ,angleterre1 dont le programme consiste apprendre aux enfants regarder4 ,ils doivent considrer une carotte pendant deux ans de suite4 ,aprs quoi1 ils sont capables de la dcrire et de la dessiner avec une parfaite exactitude4 ,les potes8 ,combien ce mot s'applique mal souvent6 ,j'en connais de profonds qui n'ont jamais crit un vers ou cherch une rime1 mais qui ont dans les profondeurs caches de leur me des sources secrtes de posie intarissable2 ils en mettent dans leurs sentiments1 leurs sensations1 leurs penses2 ils n'ont pas l'avarice des potes de profession1 qui gardent jalousement leurs inspirations1 de peur d'en perdre quelque chose au profit d'un autre2 ils sont larges1 gnreux et font librement part de ce trsor ceux qui vivent dans leur rayonnement4 ,cette source de posie intrieure pourrait tre dveloppe par l'ducation4 ,elle est1 du reste1 le rsultat naturel de l'imagination et de la sensibilit4 ,ces deux sources vives de chaleur et de lumire donnent aussi naissance un autre phnomne moral3 l'hrosme6 videmment1 des existences entires peuvent s'couler1 sans que la possibilit d'accomplir un acte hroque s'y prsente jamais3 il s'agit donc moins de prparer l'enfant des actions glorieuses que de lui en faire savourer la beaut4 ,du reste1 si l'occasion d'acqurir publiquement le titre de hros se rencontre rarement1 celle d'tre un hros obscur se trouve chaque pas4 ,tous les renoncements joyeusement accepts sont une forme d'hrosme2 tous les actes ignors de courage moral1 dont l'existence de certains tres est remplie1 en sont une galement4 ,si l'on avait touff en ceux-ci le germe de l'imagination et de la sensibilit1 ils n'auraient t1 sans doute1 que des utilitaristes mdiocres et tristes4 ,dvelopper chez l'enfant le got du beau1 sous toutes les formes1 est aussi l'un des devoirs des chercheurs de sources4 ,lui apprendre discerner et savourer la beaut1 c'est le prparer des joies inconnues du vulgaire et que la mchancet humaine ne pourra lui ravir jamais4 ,si l'on disait aux mres3 ,par telle parole1 par tel acte vous pourrez enrichir vos enfants1 quels sacrifices n'accepteraient-elles pas1 pour assurer ceux qu'elles aiment cet accroissement de richesse8 ,ce qu'elles font et comprennent si bien dans l'ordre matriel1 pourquoi se refusent-elles si obstinment l'entendre dans l'ordre moral8 ,en certains pays1 la littrature a essay d'ouvrir aux joies dsintresses l'me de l'homme et de l'enfant4 ,ainsi les ,anglais1 par l'obligation qu'ils imposent toute personne bien leve d'tre cheerful1 ont travaill utilement en ce sens1 malgr les brumes de leur climat et leur temprament spleentique4 ,une vieille ,anglaise de la classe moyenne1 solitaire1 pauvre mme1 vivant l'tranger1 aura toujours un petit home confortable1 o il y aura des livres1 des gravures1 un bouquet de violettes et une tasse de th1 les soirs d'hiver4 ,des ,italiennes1 des ,franaises vivant dans les mmes conditions mdiocres d'existence1 rentreront dans un logis terne1 o ne se verra pas la moindre tentative de confort ou l'lgance4 ,quand elles ont cess d'tre jeunes1 elles ne vont qu' l'indispensable et excluent1 pour la simplifier1 toute esthtique de leur vie2 tre cheerful et confortable1 dans les limites du possible1 ne leur apparat pas comme une obligation morale4 ,l'ducation1 sur ce point1 leur a manqu4 99 99 99 99 99 ,a la sensibilit1 l'imagination1 au got de l'hrosme1 il est indispensable d'ajouter un lment qui est le correctif de ces dons prcieux et les empche de mettre le dsordre dans les esprits et dans les vies4 ,je veux parler de l'esprit de mthode4 ,malheureusement il est rare de voir les imaginatifs et les sensitifs en reconnatre suffisamment l'utilit et la valeur2 d'un autre ct les intelligences mthodiques pchent presque toujours par une aridit dsolante4 ,il faudrait unir ces extrmes pour former l'homme complet4 ,la mthode simplifie toute chose1 dans l'ordre matriel comme dans l'ordre intellectuel4 ,elle est indispensable l'organisation des vies larges ou modestes1 et l o elle manque1 la srnit et le calme1 sont absents4 ,or1 sans srnit et sans calme1 il est difficile d'arriver au succs1 surtout une poque tourbillonnante comme la ntre2 par consquent1 aprs la dcouverte des sources1 le devoir des ducateurs est de faire comprendre l'enfant que1 pour coordonner ces forces1 la mthode est indispensable4 ,de cette faon seulement on arrivera donner l'homme intrieur le dveloppement auquel il a droit1 car ce n'est que dans l'expansion de tout son tre que la crature humaine peut apprendre sentir la valeur de la vie4 ,si son cur et son cerveau restent des champs arides1 o trouvera-t-elle se dsaltrer8 ,nous dpendons normment de notre prochain#aj2 cependant1 si nous ne possdons rien en propre1 personne ne peut nous aider efficacement1 et ce que nous possdons doit reprsenter et valoir quelque chose4 ,si notre cur et notre esprit ne reclent aucun trsor1 nous sommes semblables cette herbe fltrie1 bonne seulement tre jete dehors4 ,tous connaissent la sensation atroce des jours o aucune vibration intrieure ne se fait sentir et o1 mme les mes les plus riches1 ne trouvent en elles que vide et scheresse4 ,en ces jours-l1 elles donneraient leur vie pour rien6 ,cet tat pitoyable est constant chez ceux en qui nul n'a song faire jaillir les sources caches4 ,quelques-uns n'ont pas besoin d'aide3 leurs sources sont si abondantes et si riches qu'elles sortent de terre sans le secours de personne2 mais ce sont les exceptions4 ,en gnral1 il faut aider les mes et les creuser patiemment1 pour que l'eau en jaillisse4 #aj ,voir ,faiseurs de peines et ,faiseurs de joies4 ,le moment est grave4 ,ceux qui ont encore le bonheur de croire et dont la foi est ferme comme le rocher dont parle l'vangile1 ne peuvent se faire illusion3 le sentiment religieux a dsert la plupart des curs4 ,pour beaucoup1 le vide du ciel est un fait certain1 aucun doute cet gard n'existe plus1 et ils refusent mme de discuter sur ce point4 ,il en est d'autres1--et ils sont assez nombreux aujourd'hui1--que des besoins religieux tourmentent encore1 mais qui repoussent les formes thologiques existantes et la morale officielle4 ,on ne peut les abandonner leurs douloureuses incertitudes1 et cependant il ne suffit pas de leur dire3 ,croyez1 et tout deviendra limpide vos yeux4 ,la foi ne se commande pas4 ,une seule chose est possible3 veiller en eux1 par l'imagination et la sensibilit1 les forces1 les cultes et les gots qui conduisent vers ces hauteurs o ,dieu1 de tout temps1 s'est manifest l'me de l'homme4 ,,chapitre ,,ii ,,les ,,parents ,comment se fait-il1 les enfants tant si intelligents1 que les hommes soient si btes8 ,cela doit tenir l'ducation4 ,,alexandre ,,dumas1 ,,fils4 ,chacun sent plus ou moins vaguement1 aujourd'hui1 qu'une grande partie de notre systme d'ducation est refaire et qu'il faut trouver d'autres procds pour former l'me de l'enfant et l'initier la vie4 ,la premire ducatrice et la premire initiatrice est la mre1 et je vais toucher ici un point dlicat#aa et un problme difficile4 ,seul1 le sentiment de ma complte objectivit me donne le courage de formuler la question suivante3 ,a part les soins matriels1 o plusieurs excellent1 dans quelles proportions les mres actuelles1 tant donns les courants de la pense moderne1 sont-elles capables de faire jaillir des sources dans l'esprit et le cur de leurs enfants8 #aa ,si j'tais mre moi-mme ou simplement institutrice1 j'hsiterais aborder l'argument1 car on pourrait croire que je veux me citer en exemple et blmer les autres1 pour prconiser mon systme personnel d'ducation4 ,il y a des mres parfaites1 il y en a d'admirables1 auxquelles nul rabdomancien ne peut tre compar1 et qui l'on voudrait donner l'humanit entire lever4 ,mais il est inutile de s'occuper de ce qui marche droit en ce monde2 ce sont les gens difformes et les boiteux qu'il est urgent de redresser4 ,a notre poque1 la fois si grande et si effrayante1 le rle de la mre est devenu infiniment plus difficile qu'il y a vingt ou trente ans1 alors que l'esprit de rbellion et d'anarchie n'avait pas encore envahi le cerveau des jeunes gens et mme des enfants1 et qu'il existait des croyances et des traditions auxquelles on pouvait faire appel1 avec la certitude qu'elles veilleraient un cho dans les consciences4 ,des vrits a prioriques1 des principes moraux indiscutables taient alors gnralement admis1 tandis qu'aujourd'hui1 de tous cts1 le terrain est mouvant1 et plus rien n'est accept sans discussion4 ,les mres ont1 par consquent1 besoin d'une exprience1 d'une instruction1 d'une force morale1 d'une finesse d'intuition dont elles pouvaient se passer autrefois1 alors que leur titre suffisait les couvrir d'autorit et de dignit4 ,dsormais1 pour possder et conserver le prestige maternel1 il faut le mriter1 car l'enfant se rend compte1 raisonne1 critique1 et1 iconoclaste d'instinct1 est toujours prt renverser les anciens autels4 ,cependant1 pour le bonheur et le progrs de l'humanit1 on ne peut renoncer l'influence de la mre sur l'enfant1 ni l'initiation qu'elle lui donne1 car de cette influence et de cette initiation dpendent en grande partie le salut du monde4 ,prparer des mres pour l'avenir et induire celles qui ont dj charge d'me se persuader de l'extraordinaire grandeur de leur mission est le devoir des moralistes modernes1 et cela est ncessaire aussi bien dans l'ordre physique que dans l'ordre spirituel4 ,on ne pourra jamais recourir1 pour la naissance des hommes1 aux procds qu'on emploie1 dans les haras1 pour le perfectionnement de la race chevaline2 mais il faudrait1 du moins1 empcher la reproduction des tres malsains1 rongs de maladies transmissibles et ingurissables4 ,les femmes1 quand elles l'auront compris1 pourront y aider efficacement4 ,il y a1 en outre1 une foule de personnes auxquelles la paternit et la maternit devraient tre interdites1 en raison de leurs tares morales et intellectuelles4 ,or1 celles-l justement mettent des enfants au monde avec une inconscience absolue du cruel dlit qu'elles commettent4 ,nourrir l'illusion que la socit parviendra jamais exercer un contrle complet cet gard1 serait caresser l'impossible chimre2 mais peut-tre arrivera-t-on un jour faire comprendre la conscience humaine que donner la vie d'autres tres implique des responsabilits graves4 ,cette ide a dj gagn du terrain3 les parents des classes bourgeoises se sacrifient aujourd'hui pour leurs enfants bien plus qu'ils ne le faisaient autrefois4 ,peut-tre mme dpassent-ils la mesure et ont-ils obtenu1 comme rsultat1 un dveloppement trs accentu d'gosme chez la gnration nouvelle4 ,dans les classes populaires1 celles o les penses s'expriment crment1 on entend aujourd'hui des jeunes gens et des enfants reprocher leurs parents de les avoir fait natre1 afin de se dispenser envers eux de tout devoir filial4 ,dans les classes leves1 l'ducation empche ces mmes penses de se formuler brutalement1 mais sommes-nous bien certains qu' la premire dception1 elles ne surgissent pas silencieusement dans les curs arides et gostes des jeunes jouisseurs de notre poque1 qui ont rig en dogme leur droit personnel au bonheur et au plaisir8 ,pour lutter contre ces tendances et essayer d'en empcher l'closion1 il faut des qualits de discernement et d'intuition dont les parents d'autrefois1 je le rpte1 n'avaient pas besoin au mme degr4 ,ceux d'aujourd'hui se rendent-ils compte de ce besoin8 ,a de rares exceptions prs1 ils se contentent d'aimer leurs enfants et de pourvoir leur subsistance4 ,la formation des caractres les occupe assez peu4 ,quelques-uns s'affligent des tendances peu favorables au succs qu'ils constatent chez leurs fils et leurs filles1 et essayent de dvelopper en eux l'ambition et l'amour de la lutte3 ils dvoient ainsi des mes douces et simples qui auraient peut-tre vcu heureuses1 laisses leurs dispositions naturelles4 ,d'autres s'acharnent touffer1 chez leurs enfants1 les lans d'imagination et de cur qui pourraient les pousser aux entreprises gnreuses#ab2 la plupart les abandonnent aux hasards de la vie1 des circonstances1 des ducateurs et des camarades6 #ab ,voir le chapitre3 les ,coupeurs d'ailes4 ,si pareille insouciance tait possible autrefois1 alors que1 malgr certains carts de conduite1 la morale traditionnelle n'tait pas discute1 elle n'est plus admissible aujourd'hui4 ,a qui se fier dsormais8 ,aucune scurit n'existe nulle part1 la lecture des journaux en fournit la preuve4 ,nous y voyons journellement que certaines classes sociales1 jadis rputes respectables1 participent dans de larges proportions la criminalit4 ,rien n'est rest debout dans les consciences4 ,il y a encore1 heureusement1 des mes fermement attaches leur foi ou leur idal1 mais l'on est frapp cependant du dsordre de pense et de l'incohrence de jugement qui se manifestent mme chez les gens personnellement honntes4 ,ils ne savent plus discerner le bien du mal1 souvent ils mettent l'un la place de l'autre4 ,le contact de ces mes incertaines avec de jeunes esprits est dconcertant et pernicieux4 ,cet tat d'anarchie intellectuelle contribue aggraver les responsabilits des parents et largir leurs devoirs4 ,ils ne peuvent plus rien laisser au hasard1 car le hasard1 aujourd'hui1 prend parfois de vilains noms4 ,veiller1 veiller sans cesse1 tout en respectant l'individualit et la libert des tres sur lesquels ils se penchent1 c'est l'obligation qui s'impose inexorablement eux4 ,il y a l de quoi occuper la vie des femmes1 puisque la tche de faonner l'me et la conscience de l'enfant leur revient pour une grande part1 une part que peut-tre la paresse morale des hommes a trouv de son intrt de trop largir4 99 99 99 99 99 ,si1 dans l'ducation donne aux jeunes filles1 on n'insiste pas suffisamment sur les devoirs de la maternit1--ses hauts devoirs s'entend1--on ne parle absolument pas aux jeunes gens des devoirs de la paternit4 ,certes1 les hommes levs dans un milieu honnte savent qu'ils devront pourvoir la subsistance de leur famille1 mais c'est tout1 et encore essaient-ils de diminuer ce poids et de s'en dcharger le plus possible en pousant une femme riche4 ,quant ce qui concerne l'ducation des enfants1 ou l'tude de leurs caractres et de leurs tendances1 la direction qu'il faudrait leur donner1 ils abandonnent ce travail la mre1--mme lorsqu'elle est frivole et sotte1--et n'interviennent que dans les questions importantes4 ,encore ne le font-ils qu'aprs avoir t mis au courant et suggestionns par leurs femmes4 ,le jugement qu'ils portent et le conseil qu'ils donnent manquent par consquent d'indpendance et de valeur1 toute opinion qui ne se fonde pas sur l'observation directe1 demeurant incomplte et unilatrale4 ,si encore les responsabilits ne s'tablissaient de cette faon peu quitable que dans les mnages o la femme est srieuse et intelligente1 la porte du mal ne serait pas grande1 bien que1 pour l'uvre aussi dlicate et complexe de la formation des caractres et des mes1 le concours de deux curs et de deux esprits ne soit pas de trop4 ,malheureusement1 nous voyons des hommes parfaitement au courant de l'insuffisance et de l'incomptence de leurs compagnes1 les laisser diriger librement et entirement l'ducation de leurs enfants4 ,un mari disait de sa femme3 ,je ne lui donnerais pas une lettre mettre la poste1 et confiait sans hsiter ce cerveau vide et frivole ce qu'il avait de plus prcieux au monde1 ou du moins ce dont il lui sera demand le plus svrement compte1 si le rgne de justice auquel nous aspirons se ralise un jour en ce monde ou au del de ce monde4 ,des exemples de cette inconsquence se rencontrent journellement4 ,il y a des exceptions1 et elles sont nombreuses2 mais1 en gnral1 le pre1 dans toutes les classes1 se dsintresse de l'enfant1 non au point de vue de l'affection1 du moins celui de la direction morale4 ,manque de temps6 dira-t-on4 ,oui1 peut-tre1 pour l'ouvrier qui rentre le soir1 accabl par le travail du jour 7tout cela aussi a bien chang67 et incapable d'un effort mental4 ,oui1 encore1 pour le professionnel3 avocat1 mdecin1 ingnieur1 trop occup au dehors pour surveiller chez lui les dtails de l'ducation des enfants4 ,mais les bourgeois1 les rentiers1 les oisifs ne sont-ils pas coupables des mmes ngligences8 ,ils auraient tout le temps d'tre des ducateurs et des initiateurs1 et n'y songent mme pas6 ,quelques-uns s'irritent1 lorsque les tudes ne marchent pas2 ils paient des rptiteurs leurs fils et essaient1 s'ils ont de l'influence1 de les pousser dans les carrires o ils entrent4 ,puis1 si les fils font des sottises ou des dettes1 ils se fchent et ragissent avec violence4 ,leur surprise1 d'ordinaire1 est extrme2 ils ne pensent pas que s'ils avaient mieux tudi le caractre de leurs enfants1 essay de diriger leurs ides1 de combattre leurs tendances1 de les initier eux-mmes la vie1 ils auraient peut-tre vit ces crises1 souvent irrparables4 ,si l'on constate1 d'un ct1 l'indiffrence des pres pour le dveloppement du caractre de leurs enfants1 l'on voit1 de l'autre1 l'insuffisance de la plupart des mres devant la double tche qu'elles ont remplir4 ,aucun des deux n'est assez pntr de la grandeur de sa mission2 l'homme1--je ne parle pas des chrtiens rels et des spiritualistes convaincus1--n'attache pas grande importance aux dispositions morales de ses fils et ne s'occupe gure de crer en eux cette douceur d'me#ac qui est l'une des meilleures sauvegardes contre certaines tentations et certains actes4 ,les mres1--je ne rpterai jamais suffisamment qu'il y en a de parfaites1 de suprieures1 d'admirables1--n'ont pas une mentalit assez dveloppe pour les exigences de l'existence actuelle et ignorent de quelles armes fils et filles doivent tre pourvus pour savoir combattre et vaincre4 ,le but qu'il faut poursuivre est double1 par consquent3 secouer l'inertie des pres et lever les femmes1 auxquelles la plus grande partie du travail ducatif sera toujours confie1 la hauteur de leur tche4 #ac ,voir le chapitre3 ,chercheurs de sources4 ,tous les enfants1 tous les jeunes gens et l'on peut dire tous les hommes1 ont l'adoration de la force4 ,or1 cette force1 l'enfant croit gnralement que son pre la possde2 l'influence de celui-ci pourrait donc tre trs grande sur ses fils4 ,il en est de mme pour les filles1 qui attribuent volontiers certains conseils de leurs mres aux prjugs et aux ides dmodes2 de la bouche d'un homme qui connat la vie1 ils acquirent plus d'importance1 l'homme reprsentant1 pour la mentalit fminine1 celui qui sait4 ,il est1 en outre1 le porte-voix de l'opinion masculine1 cette opinion qui garde encore tant de prestige aux yeux des descendantes d've#ad4 ,les rgles de bonne tenue elles-mmes1 formules par un pre1 paraissent plus dignes de considration aux filles1 et les piges signals plus effrayants4 #ad ,voir ,faiseurs de peines et ,faiseurs de joies4 ,persuader aux pres qu'ils doivent user de leur ascendant et intervenir directement dans la formation du caractre de leurs enfants1 voil un des buts qu'il faut poursuivre4 ,les hommes faits1 esclaves de leurs habitudes morales1 se modifieront difficilement1 mais les gnrations venir pourront tre prpares remplir ce devoir4 ,pourquoi ne parler qu' un seul des sexes des obligations qui dcoulent du fait grave d'avoir mis des enfants au monde8 ,si ce sentiment d'obligation pntrait la conscience des hommes1 peut-tre rflchiraient-ils davantage aux responsabilits dont ils se sont chargs jusqu'ici avec tant d'insouciance1 peut-tre verrions-nous moins d'enfants du hasard4 ,sans toucher1 du reste1 ce point dlicat de la question1 et en nous bornant envisager les enfants qui vivent1 de droit1 sous le toit paternel1 il est certain que si les pres appliquaient leur intelligence et leur cur faire de leurs fils des hommes et de leurs filles des femmes dans le sens profond du mot1 la socit en retirerait un immense avantage4 ,on a toujours reconnu1 certains signes spciaux1 les fils de femmes distingues2 de mme1 les filles1 dont les pres ont t les initiateurs intellectuels1 portent une empreinte spciale2 elles ont dans l'esprit quelque chose de plus large1 de plus viril1 de plus gnreux4 ,l'intelligence masculine a fait jaillir en elles des sources qu'une ducation exclusivement fminine n'aurait peut-tre pas russi dcouvrir4 ,on me rpondra que cette tche revient de droit au mari2 c'est lui d'ouvrir des horizons nouveaux l'me vierge qui lui est confie1 c'est lui de la faire participer aux manifestations intellectuelles et morales auxquelles les expriences de sa vie d'homme l'ont initi444 ,autant de mots vides de sens6 ,dans la ralit1 et sauf exception1 les maris s'occupent assez peu de chercher les forces caches que dtient l'me de leurs femmes4 ,et puis1 leur influence s'exerce trop tardivement4 ,les jeunes filles1 aujourd'hui1 se marient presque toutes aprs vingt ans1 et la tendance moderne est de retarder toujours davantage l'poque de leur mariage2 par consquent1 lorsqu'elles changent d'tat1 leur psych est dj forme4 ,certes1 elle pourra subir encore de graves modifications1 s'garer trs loin1 descendre trs bas ou monter trs haut1 mais cependant1 le travail principal est accompli4 ,or1 c'est durant la priode de travail mental1 qui va de douze vingt ans1 que l'initiation paternelle pourrait tre efficace sur le cerveau des jeunes filles4 ,je me rends parfaitement compte qu'un homme srieux1 absorb par les intrts de sa carrire ou de sa profession1 ne peut pas devenir le mentor continuel de ses enfants2 mais le loisir de s'occuper d'eux intelligemment ne lui manque jamais1 s'il le dsire4 ,et justement parce que ses conseils et ses enseignements seront plus rares1 ils auront plus de force et d'efficacit4 ,lorsqu'un pre1 dou de quelque supriorit d'esprit ou d'me1 s'empare du cerveau de sa fille1 il devient le matre de son intelligence et de son cur4 ,plus tard1 elle subira l'influence de son mari1 celle d'autres hommes1 mais la premire empreinte demeure1 indlbile1 et si les volonts1 qui pseront momentanment sur la sienne1 russissent l'garer sur des routes coupables ou moins nobles1 leur empire ne durera pas2 elle les secouera tt ou tard et retrouvera sa vraie me1 celle que la mentalit paternelle avait forme4 ,quant aux fils1 sur lesquels le pre exerce moins d'influence dans l'ordre intellectuel et psychique1 ils ont cependant un besoin urgent de son autorit4 ,lorsque celle-ci manque ou ne s'exerce pas1 les inconvnients qui drivent de cette lacune dans l'organisation familiale sont innombrables4 ,il est inutile d'insister sur ce point4 ,l'on s'tonne souvent que les fils d'hommes clbres soient rarement la hauteur de leurs pres4 ,c'est que1 trs probablement1 ces hommes clbres ne se sont pas soucis d'exercer leur autorit4 ,ils l'ont abdique dans les mains d'une mre mdiocre ou d'instituteurs incapables4 ,dsormais1 dans toute ducation d'homme1 il faudrait introduire un nouveau code de devoirs3 celui des obligations que la paternit impose1 lorsqu'on la comprend d'une faon moderne4 ,je dis1 moderne1 car les privilges tyranniques de l'ancien pater familias ont t abolis heureusement1 et pour toujours4 99 99 99 99 99 ,les privilges de la mre1 au contraire1 se sont agrandis dans ces dernires annes4 ,aujourd'hui1 elle joue dans l'organisation de la famille un rle qui autrefois n'appartenait qu'au chef de la communaut4 ,dans beaucoup de maisons1 tout ce qui concerne l'ducation et la direction des enfants dpend d'elle2 elle seule les prpare l'avenir4 ,quelques mres sont dignes de cette tche2 beaucoup d'autres pourraient le devenir1 si l'on modifiait l'enseignement qu'elles reoivent comme jeunes filles4 ,je crois que l'instruction intgrale et l'cole mixte#ae nous donneront des mres plus capables d'lever des hommes1 que celles d'aujourd'hui4 ,mais ce n'est pas suffisant2 d'autres choses encore doivent tre modifies dans l'enseignement moral donn aux femmes4 ,on ne les prpare pas la vie2 elles-mmes en souffrent1 et leurs enfants en portent la peine#af4 #ae ,voir ,faiseurs de peines et ,faiseurs de joies4 #af ,voir le chapitre3 les ,amies de l',homme4 ,un attristant phnomne fournit la preuve de ce manque de prparation4 ,beaucoup de jeunes filles de quatorze dix-huit ans se montrent srieuses1 manifestent des gots artistiques1 s'intressent aux sciences1 la littrature1 mme au mouvement social1 et leur cur est ouvert la charit4 ,quelques-unes sont casanires1 d'autres sportives1 presque aucunes mondaines2 toutes paraissent saines d'esprit et de cur4 ,leurs grces1 peine closes1 sont pimentes d'originalit et irradies d'une lueur claire4 ,en les observant1 l'me se remplit d'esprance3 ce sont les femmes de l'avenir6 ,hlas6 du jour o elles quittent la salle d'tude et commencent partager la vie de leur mre1 subir sa seule influence et voluer dans son milieu1 l'difice s'croule4 ,adieu srieux et originalit6 ,elles deviennent frivoles1 vaniteuses1 mdiocres1 prennent des attitudes et ressemblent des poupes mcaniques1 faisant les mmes gestes et les mmes pas4 ,leur cerveau se vide de ce qu'il contenait jusqu'alors pour se remplir de penses inutiles et ridicules4 ,jadis1 il y a quelque vingt ans1 c'tait l'amour1 ou plutt le dsir de l'amour1 qui tournait la tte aux filles4 ,occasion de danger ou1 en tout cas1 de chagrin2 oui1 peut-tre1 mais1 au moins1 sous des formes souvent absurdes1 elles obissaient l'instinct tout-puissant1 un besoin de tendresse1 tandis qu'aujourd'hui1 ce qui les occupe1 c'est la toilette1 l'envie de se faire voir1 de paratre1 de dpenser largement1 d'acqurir une situation mondaine que le mariage solidifiera ou augmentera444 ,telles sont1 en gnral1 les proccupations de nos jeunes contemporaines1 ds que leur mre commence les introduire dans le monde et leur faire partager sa vie4 ,tout ceci1 dira-t-on1 n'est vrai que pour les jeunes mondaines des classes riches4 ,comme si l'esprit de vanit ne rgnait pas en matre1 aujourd'hui1 dans tous les milieux6 ,souvent1 mme1 ce sont les familles les moins fortunes qui lui font les plus absurdes sacrifices6 ,la soif de paratre est aussi vive chez la petite bourgeoise#ag que chez la femme lgante et aise1 et ces gots1 contenus chez les jeunes filles durant les annes d'tudes1 clatent ds qu'elles sont admises partager les habitudes et les proccupations de leurs mres4 ,il y a des exceptions en cela comme en tout1 mais en gnral1 on ne peut dire que quand l'heure d'apprendre la vie aux jeunes filles a sonn1 l'influence maternelle s'exerce sur elles de faon heureuse4 #ag ,voir ,faiseurs de peines et ,faiseurs de joies4 ,qu'il s'agisse de les lancer dans le petit ou dans le grand monde1 les leons sont peu prs pareilles1 et toutes ont pour base la vanit4 ,oh6 combien j'en ai vu mourir1 de jeunes filles6 dit ,victor ,hugo dans les ,fantmes4 ,que j'en ai vu dcrotre6 pourrait-on s'crier avec autant de vrit4 ,plusieurs avaient des ailes qu'on a coupes#ah1 et souvent1 bien souvent1 c'est la mre1 l'exemple de la mre et de son entourage qui ont dcapit les jeunes pavots1 dont la tte tendait s'lever un peu au-dessus des autres4 #ah ,voir le chapitre3 ,coupeurs d'ailes4 ,en tarissant les sources1 au lieu de les faire jaillir1 les mres agissent souvent avec bonne foi1 persuades que ce qui leur a suffi doit suffire leurs filles4 ,travailler faire atteindre ces dbutantes dans la vie ce qui a t leur propre idal d'existence1 n'est-ce pas agir en bonnes et sages ducatrices8 ,si1 pendant quelques annes1 elles ont consenti ce que d'autres influences s'exercent sur la mentalit de leurs enfants1 c'est que la socit actuelle demande aux femmes une somme de savoir qu'elles auraient t incapables de transmettre4 ,mais1 cette priode tant termine1 elles vont pouvoir faire de leurs filles des tres semblables elles-mmes4 ,dans les milieux o l'aisance est mdiocre et dans ceux o l'existence matrielle est difficile#ai1 les mres n'ont pas des vues plus srieuses4 ,elles se sacrifient1 pour assurer leurs filles une apparence d'lgance1 et dveloppent chez elles le dsir de paratre4 ,les adversaires de la culture fminine m'amusent toujours quand ils prtendent que l'instruction nuit aux vertus domestiques4 ,sont-ce ces vertus-l que les mres ignorantes ou moiti cultives enseignent leurs filles8 ,pas le moins du monde6 ,la cuisine1 la couture1 la tenue du mnage1 l'art de faire valoir ce que l'on possde1 qui pense les leur enseigner8 #ai ,idem4 ,m4 mile ,faguet dit avec raison que la vie des jeunes filles de la bourgeoisie est dvore par une dmoralisante oisivet4 ,leurs tudes termines1 et jusqu' leur mariage1-- moins que la fortune de leurs parents ne leur permette de mener la grande vie mondaine1--elles ne savent comment employer les heures de la journe4 ,on les a dgotes des intrts qui avaient sduit un moment leur imagination1 et on ne donne aucune pture leur activit4 ,quelques familles ont le bon sens de leur permettre l'accs des uvres sociales1 et mme de les y pousser2 mais1 dans les pays latins1 c'est rare encore4 ,m4 mile ,faguet voudrait que les mres abandonnent leurs filles les soins du mnage4 ,l'ignorance des jeunes femmes pour tout ce qui concerne la tenue d'une maison est1 en effet1 incroyable1 et leur procure1 aprs le mariage1 de pnibles annes d'apprentissage4 ,cela est d'autant plus grave1 que le nombre des salaris et des salaries diminue chaque jour de faon inquitante4 ,il suffit de considrer avec attention et objectivit le problme de l'ducation fminine1 pour se rendre compte que celle-ci est presque toujours base sur des principes faux ou du moins mal compris4 ,on dirait que son but est de former des cratures inutiles4 ,celles qui ont appris se suffire elles-mmes se comptent4 ,les autres ne savent ni coudre une chemise1 ni prparer un repas1 ni donner des soins aux petits enfants4 ,sur ce dernier point1 elles sont d'une ignorance complte4 ,or1 puisqu'on les lve pour le mariage1 ne serait-ce pas la premire chose leur enseigner8 ,j'ai entendu un mdecin dclarer que1 mme dans les classes aises1 une bonne partie de la mortalit enfantine tait due l'incapacit des mres4 ,pourquoi ne pense-t-on pas combler cette dplorable lacune8 ,on fait suivre aux jeunes filles des cours de tout genre1 mais jamais d'hygine enfantine6 ,cependant1 les crches et les asiles1 o elles pourraient apprendre pratiquement les soins donner l'enfance1 ne manquent pas4 ,les mres intelligentes devraient comprendre combien ces leons seraient indispensables4 ,transformer la mentalit des mres1 voil l'essentiel6 ,si on n'y arrive pas1 il n'y a rien esprer4 ,plusieurs vivent ct de la vie2 d'autres1 les soucieuses1 n'en voient que le ct crasant4 ,bien peu arrivent une vue d'ensemble4 ,presque toutes sont presses de marier leurs filles1 de les voir la tte d'un mnage1 avec des enfants lever2 mais celles qui pensent les prparer ce rle sont en trs petit nombre4 ,un autre point trs grave mriterait galement d'attirer l'attention des mres4 ,l'tat actuel de la socit rendant l'avenir incertain1 toute femme devrait tre pourvue d'une profession ou d'un mtier4 ,pour celles qui sont intelligentes et studieuses1 l'instruction intgrale rsoudra en partie le problme4 ,pour les autres1 il y a des gagne-pain honorables que la vanit seule empche d'accepter4 ,votre fille1 dites-vous1 aura une dot convenable1 mais ne voit-on pas journellement des dots diminues ou perdues par les spculations ou les prodigalits8 ,a la fortune1 le devoir des parents1 mme riches1 est d'ajouter le moyen de gagner honorablement sa vie2 tant mieux si l'occasion de s'en servir ne se prsente pas6 ,dans les familles simplement aises ou de situation mdiocre cette obligation s'impose plus encore4 ,russira-t-on faire pntrer ces deux ides1 la seconde surtout1 dans le cerveau des mres bourgeoises d'aujourd'hui8 ,bien des prjugs s'y opposent4 ,peut-tre1 pour qu'elles les acceptent faudra-t-il les prparer1 ds l'enfance1 cette vue nouvelle de l'existence4 ,ce retour aux ralits pratiques de la vie et1 en mme temps1 cet largissement des horizons intellectuels et moraux exige une transformation dans les principes de l'enseignement qu'il appartient aux ducateurs et aux moralistes de raliser4 ,ils doivent prparer les mres devenir1 pour leurs filles1 des guides pratiques et srieux et tre toujours davantage1 pour leurs fils1 des amies intelligentes et sres4 ,a eux aussi de rendre les hommes plus conscients des obligations de la paternit1 de leur apprendre qu'ils doivent travailler la formation du caractre de leurs enfants1 afin de pouvoir rpter1 avec le grand roi hbreu3 ,mon fils1 si ton cur est sage1 mon cur moi sera dans la joie444 ,,chapitre ,,iii ,,les ,,ducateurs ,ce qui aux yeux de l'colier constitue le matre1 c'est la pleine possession de soi-mme1 le parfait accord de la conduite et du langage1 l'esprit d'exactitude et de justice444 ,,octave ,,gr,,ard4 ,dans la crise morale que nous traversons1 la question de l'ducation prive ou publique est l'une des plus graves qui se posent4 ,de tout temps1 des intelligences suprieures l'ont envisage1 et1 au dix-neuvime sicle surtout1 elle a t la grande proccupation d'esprits nobles et sincres qui ont essay de la rsoudre4 ,mais ce grand effort n'a pas abouti3 le niveau intellectuel et moral des enfants et des adolescents n'est pas suprieur celui de leurs pres4 ,pourquoi pareil rsultat ngatif8 ,les instruments seraient-ils dfectueux8 ,nous avons vu que la prparation donne par la famille n'tait plus suffisante pour les besoins et les dangers de l'heure prsente4 ,celle des ducateurs l'est-elle davantage8 ,le sujet est si complexe1 si srieux et si dlicat1 que des volumes ne suffiraient pas l'puiser4 ,je me bornerai donc toucher brivement deux points3 la ncessit de relever moralement la situation des instituteurs et l'obligation1 pour eux1 de comprendre la grandeur de la mission qu'ils accomplissent4 99 99 99 99 99 ,les ducateurs8 ,eux aussi devraient tre des chercheurs de sources4 ,or1 cette tche demande des qualits de premier ordre4 ,c'est donc toute une classe qu'il faudrait relever1 pour pouvoir la choisir dans l'lite1 non seulement intellectuelle1 mais morale de la nation4 ,et cela dj pour les coles lmentaires et secondaires1 les annes que les enfants y passent tant d'une importance extrme pour la formation de leur caractre4 ,tout d'abord 7on me dira que je demande l'impossible71 l'enseignement ne devrait pas tre choisi simplement comme une profession1 mais accept comme une vocation irrsistible4 ,sans cet lan1 il ne peut y avoir de bons instituteurs4 ,pour gagner les esprits et les curs1 il faut se donner soi-mme4 ,un instituteur indiffrent pourra faire des leons brillantes1 il ne pntrera jamais l'me de ses lves et ne marquera leur cerveau d'aucune empreinte4 ,quant aux ducateurs corrompus et corrupteurs1 ce sont des criminels1 et la mme pithte s'applique ceux qui1 les sachant indignes1 permettent qu'ils exercent leur ministre4 ,le mot est crit1 et je le maintiens4 ,l'enseignement est un ministre1 aussi sacr que celui du prtre dans l'ordre religieux1 et il est surprenant que les dfenseurs de l'cole laque ne le proclament pas4 ,il ne faudrait pas seulement en exclure les immoraux et amoraux1 mais les gens borns1 tous ceux qui ne sentent pas l'importance de la mission1 n'aiment pas la nature et#bj dont l'me est mdiocre4 #bj ,voir ,faiseurs de peines et ,faiseurs de joies4 ,il va de soi que pour former une classe d'lite1 pour avoir le droit d'carter et de choisir1 une transformation est ncessaire3 la classe des instituteurs1 je le rpte1 doit devenir une classe privilgie1 pcuniairement et socialement parlant4 ,ce serait l'unique moyen de l'lever la hauteur de sa tche4 videmment une rforme de ce genre ne pourra se faire que lentement1 peu peu1 et les difficults vaincre seront normes4 ,sans l'aide de l'opinion publique1 il sera impossible d'y arriver4 ,c'est donc1 tout d'abord1 un mouvement d'opinion qu'il faut provoquer4 ,chacun peut y aider pour sa part1 en montrant un respect particulier aux personnes1 auxquelles est confie l'ducation des gnrations futures1 et en exigeant inexorablement d'elles certaines qualits indispensables1 sans lesquelles il n'y aurait pas moyen de les autoriser exercer leur profession4 ,par exemple1 si les pres#ba ne se dsintressaient pas1 comme ils le font1 de l'ducation de leurs enfants1 ils pourraient1 en se liguant avec d'autres pres1 intervenir efficacement1 pour que tel professeur indigne de sa tche1 ou qui l'accomplit avec ngligence1 ne continue pas plus longtemps former des lves insuffisants ou dtestables4 ,ce sont des excutions dont les mres1 dans l'tat de choses actuel1 ne peuvent gure se charger4 #ba ,voir le chapitre3 les ,parents4 ,la plupart des professeurs et des instituteurs ne voyant1 dans leur carrire1 qu'un gagne-pain assur1 y consacrent le moins de temps possible1 parce que les bnfices qu'ils en retirent ne sont pas la hauteur de leurs prtentions4 ,ils n'prouvent1 pour les lves dont ils ont la charge1 qu'une indiffrence nuance d'hostilit2 leur grossiret et leur manque d'intrt indisposent les jeunes gens qui1 leur tour1 deviennent irrespectueux1 inattentifs et finissent par envelopper tout le personnel enseignant dans la mme antipathie et le mme ddain injustes4 ,je dis injustes1 car si certains matres font preuve d'une incomptence absolue dans les matires qu'ils enseignent1 d'autres sont admirables de dvouement1 de patience1 et obtiennent1 comme ducateurs1 de merveilleux rsultats4 ,c'est presque un vol de ne pas donner aux enfants la chance de tomber dans de pareilles mains4 ,les parents devraient se persuader de cela1 et les autorits scolaires galement4 ,en thorie1 chacun partage cette opinion1 mais1 en pratique1 chacun laisse courir1 par nonchalance et par cette tendance examiner superficiellement toute chose qu'on ne pourra jamais assez fltrir1 car elle empoisonne les mes6 ,laisser courir6 ,voil le dlit dont nous nous rendons tous coupables4 ,certes1 le systme est commode1 et1 si nous en tions les seules victimes1 nous pourrions donner satisfaction notre paresse1 la vilaine bte accroupie dans les curs1 dont parle ,t4 ,combe#bb4 ,mais si1 au contraire1 nous avons charge d'mes1 laisser courir a une bien autre importance4 ,c'est un plaisir qu'on ne peut plus se permettre1 il implique de trop graves consquences morales4 #bb ,auteur suisse trs connu par ses ouvrages contre l'alcoolisme4 99 99 99 99 99 ,les empreintes reues dans la jeunesse sont parfois indlbiles4 ,quand un professeur1 homme ou femme1 sait frapper1 en bien ou en mal1 l'imagination de ses lves1 les notions qu'il leur donne s'effacent lentement1 quand elles s'effacent4 ,dans la maturit de la vie on retrouve en soi des ides1 des impressions1 des sentiments la source desquels on peut remonter2 cette source est l'enseignement reu4 ,il existe1 parat-il1 au ,japon1 pour les officiers1 des coles d'hypnotisme o on les entrane au courage et au patriotisme hroque4 ,cela nous semble trange1 mais au fond tous les instituts d'ducation1 que sont-ils1 sinon des applications hypnotiques inconscientes8 ,une suggestion1 en effet1 s'exerce presque toujours du professeur l'lve4 ,du reste1 dans tous les rapports humains1 on agit plus par la pense que par la parole2 dans l'enseignement1 ce phnomne se produit avec une force singulire4 ,certains ducateurs n'auraient mme plus besoin de parler pour se faire entendre4 ,on rpondra que seuls les tres exceptionnels peuvent exercer une action de ce genre1 et qu'ils sont rares dans l'cole4 ,d'abord ce n'est pas juste1 il y en a plus que l'on ne croit1 et puis1 logiquement1 o les chercher ailleurs8 ,ceux qui l'tat et la famille confient les citoyens de l'avenir ne devraient-ils pas tre la ruche o les meilleurs sucs d'une nation s'laborent8 ,par consquent1 il faudrait que les instituteurs et les institutrices reprsentent ce que le pays possde de meilleur et de plus sain1 et ne se recrutent pas parmi les gens de culture et d'ducation mdiocres4 ,probablement1 dans l'avenir1 ces fonctions1 aujourd'hui modestes1 seront recherches comme un honneur par les hommes et les femmes que la confiance publique appellera les remplir4 ,en attendant que cette transformation s'accomplisse1 notre devoir tous est d'honorer--on ne saurait assez insister sur ce point--ceux et celles qui1 ds aujourd'hui1 sont conscients de la grandeur de leur tche4 99 99 99 99 99 ,l'influence d'un prcepteur et surtout d'une institutrice comprhensive sur le dveloppement de ses lves est norme4 ,si les jeunes filles1 certains moments de leur vie1 donnent des esprances qui1 aprs leur entre dans le monde1 s'abattent piteusement vers le sol1 comme un vol d'hirondelles chass du ciel par la pluie1 qui en revient le mrite8 ,aux femmes dvoues et intelligentes qui ont su dcouvrir et faire jaillir les sources des mes juvniles qui leur taient confies4 ,si ces mes tombent ensuite dans des mains frivoles1 qui les dvoient1 la responsabilit n'en remonte pas aux ducatrices1 mais aux mres#bc4 #bc ,voir le chapitre3 les ,parents4 ,l'influence de l'institutrice prive s'exerce plus prpondrante encore que celle de l'institutrice publique1 car elle suit son lve toute la journe et partage son existence4 ,il est vrai que son enseignement est parfois contrari par celui de la famille2 il lui faut du tact et du pluck1 pour lutter contre les tendances du milieu o elle se trouve1 et les vaincre4 ,quelques-unes flchissent2 d'autres1 plus fortes1 plus fines1 arrivent tendre leur influence au del de leurs lves4 ,mais ce sont des cas rares4 ,en gnral1 elles se bornent modeler ou refondre1 en bien ou en mal1 le caractre de celles qu'on leur confie4 ,je dois dire qu'en gnral c'est plutt en bien4 ,si elles ont l'me srieuse1 elles marquent l'esprit des jeunes filles d'une empreinte contre laquelle1 plus tard1 la mre entrera en lutte4 ,si elles l'ont futile et trouvent un terrain favorable1 elles exercent une influence dissolvante4 ,je connais une femme qui a travers bien des vicissitudes1 et qui1 pourtant1 n'a jamais pu oublier les enseignements que lui avait donns une institutrice frivole et conventionnelle4 ,dans ses moindres gestes1 dans sa tenue physique et morale1 dans sa faon d'valuer les gens et les choses1 elle continue lui obir aveuglment1 souvent mme au dtriment de sa sant1 de son repos1 de son plaisir1 et surtout de son bonheur6 ,l'ducatrice est morte depuis longtemps1 mais son ombre s'tend toujours sur la destine de son lve1 dcolorant et rtrcissant son horizon1 l'empchant de se dlivrer d'habitudes mentales1 dont elle est assez intelligente pour discerner l'absurdit4 ,on peut dire que cette influence rtrospective a ruin une vie1 car elle s'est exerce dans les moments les plus inopportuns4 ,ce pouvoir suggestif qu'elle exerce1 rend trs difficile et dlicat le choix d'une institutrice1 et il faudrait faire de celles-ci un corps d'lite qui serait revtu d'une grande dignit4 ,or c'est le contraire qui arrive1 et il est effrayant de constater avec quelle imprudente facilit les parents introduisent sous leur toit des personnes mdiocres et vulgaires1 pourvu que leur rputation de bonnes murs soit intacte1 comme s'il suffisait de ne pas avoir connu les passions1 pour bien lever des enfants et leur apprendre donner leur mesure6 ,dans les internats1 l'influence des instituteurs et des institutrices s'exerce plus fortement encore1 la famille absente ne pouvant la contrebalancer4 ,les enfants sont livrs sans contrle une direction contre laquelle1 pendant de longs mois1 il n'y a pas de recours possible4 ,avec les ides modernes1 ce systme1 sauf pour certaines tudes spciales1 finira par disparatre4 ,pourtant1 il offre1 dans certains cas1 de rels avantages4 ,il existe des parents1 incapables1 ignorants1 corrompus qui sont d'un mauvais exemple perptuel pour leurs enfants2 il y a des familles o de dplorables luttes intimes sont le spectacle de chaque jour4 levs dans de pareils milieux1 que peut-on attendre des hommes de l'avenir8 ,les internats reprsentent1 pour cette catgorie de malheureux1 prdestins aux garements par les milieux d'o ils sortent1 une chance de salut4 ,elle disparatra si on les supprime4 ,et pourtant1 que de prils redoutables ils renferment4 ,mme si la direction est bonne et sage1 il y a les matres1 les camarades444 ,combien de crimes impunis s'y commettent1 combien d'esprits s'y dvoient1 combien de curs s'y vicient6 ,pour chapper ces embches invitables1 il faudrait avoir t cuirass d'avance par la famille qui1 d'ordinaire1 n'y pense pas4 ,les parents qui lancent leurs enfants dans ces agglomrations d'tres1 font preuve d'une extraordinaire confiance ou d'une trange lgret4 ,les maisons religieuses1 malgr tout ce qu'on peut dire contre elles1 sont encore prfrables aux instituts laques2 le jour seulement o l'enseignement sera considr comme une mission1 et non choisi comme un simple gagne-pain1 et souvent mme un pis-aller1 ceux-ci pourront prendre le dessus4 ,jusqu'ici la conscience des instituteurs et institutrices laques n'a pas t rellement forme4 ,en certains pays surtout1 ils avouent cyniquement leur manque d'intrt pour l'enseignement qu'ils donnent4 ,les enfants levs dans les internats1 ou qui ont des instituteurs ou institutrices privs1 reprsentent une minorit2 le plus grand nombre frquente les coles publiques ou les externats1 ce qui est certainement le systme le plus normal1 pour peu que le milieu familial soit intelligent et paisible4 ,les contacts avec le monde extrieur sont suffisants pour prparer la vie1 et en mme temps l'influence du dehors peut tre combattue1 dans ses mauvais cts1 par celle du dedans4 ,cependant1 mme dans ces conditions1 le pouvoir suggestif du matre est immense1 et les parents ne devraient jamais cesser de suivre attentivement les volutions que subissent l'me et l'esprit de l'enfant4 ,suivre1 se rendre compte6 ,c'est le remde tous les maux1 et c'est ce que nous nous refusons faire par insouciance1 par inconscience1 absorbs par la vie automatique de chaque jour4 ,essayer d'arriver une vue claire des choses serait le premier devoir des parents et des ducateurs4 ,la plupart d'entre eux1 au contraire1 agissent et se dirigent en aveugles1 et si on leur demandait les mobiles de leurs paroles1 de leurs enseignements1 de leur ligne de conduite1 ils seraient fort embarrasss de rpondre4 ,fatalisme1 dira-t-on1 confiance en ,dieu1 essaieront de murmurer quelques-uns4 ,quelquefois1 peut-tre1 mais en gnral1 c'est simple incohrence1 paresse1 habitude de ne pas rflchir1 de ne pas faire d'examen de conscience1 de ne pas envisager en face ses responsabilits4 ,la confiance en ,dieu revt d'autres formes2 on ne peut s'y mprendre3 elle est faite de prires et non de lgret4 ,aucune comparaison n'est possible entre cet tat d'me spcial1 qui consiste remettre toutes choses aux puissances invisibles et suprieures et la vision trs incomplte de leur mission1 qu'ont souvent mme les parents tendres et les ducateurs honntes4 ,ces derniers1 en gnral1 ne semblent pas se douter de l'immense rpercussion qu'ont leurs paroles1 leurs actes1 leurs attitudes444 ,la plupart d'entre eux1 en tout cas1 sont parfaitement inconscients du privilge qu'ils possdent3 ,quelle tche bnie que celle de l'ducateur6 ,malgr ses soucis1 ses fatigues1 ses dsillusions1 elle rserve des joies intenses ceux qui s'y consacrent de tout leur cur et de toute leur me1 crivait ,georges ,butler4 ,combien d'ducateurs1 au contraire1 ne voient dans leur tche qu'une corve dont ils ont hte de se librer6 99 99 99 99 99 ,j'ai dit dans un autre livre que ceux qui ne sentent et n'aiment pas la nature ne sauront jamais tre de bons ducateurs4 ,cela parat un paradoxe1 et tout au plus admettra-t-on la ncessit de ce sentiment dans les leons de littrature et d'art4 ,mais pour le reste1 dira-t-on1 quoi peut servir l'amour de la nature1 de la beaut1 de l'harmonie8 ,comme je l'ai crit dans un prcdent chapitre#bd1 l'imagination claire tout1 facilite tout2 sans elle1 l'enseignement est plat1 incolore1 pdant444 ,il faut1 pour tre efficace1 qu'il ouvre des horizons2 or1 comment accomplir cette tche1 si on n'a pas soi-mme l'esprit ouvert8 ,la masse est mdiocre1 rpondra-t-on1 et des mdiocres suffisent l'instruire4 ,mais sait-on si1 dans cette masse1 il n'y a pas des cerveaux qu'une intelligente culture tirerait peut-tre de la mdiocrit1 dans laquelle on les maintient1 on les enfonce444 #bd ,voir le chapitre3 ,chercheurs de sources4 ,si les hommes sont souvent indiffrents1 ngligents1 cyniques mme1 dans l'accomplissement de leur tche1 les femmes y font preuve1 parfois1 d'une lgret incroyable4 ,leurs dons naturels les porteraient cependant tre des ducatrices de premier ordre4 ,dj nous en avons d'admirables qui peuvent servir d'encourageant exemple4 ,mais ce qui nuit aux femmes1 dans l'enseignement comme ailleurs1 du reste1 c'est qu'elles aiment rarement les choses en soi1 elles les font pour des raisons autres que la chose elle-mme4 ,ainsi le directeur d'un laboratoire scientifique1 o plusieurs jeunes filles travaillent1 me disait rcemment3 ,elles sont assidues l'tude1 arrivent l'heure exacte1 montrent une patience mritoire dans les recherches1 mais elles ne vont jamais au del1 cet au del qui est tout dans la science4 ,a peine ont-elles obtenu la place qu'elles convoitent ou gagn le prix d'un concours1 leur zle se ralentit1 et pour peu qu'un mariage1 mme mdiocre1 se prsente1 elles lchent avec joie tous leurs instruments de travail1 n'ouvrent plus un livre et oublient ce qu'elles ont appris6 ,je veux croire que les couleurs de ce tableau sont un peu pousses1 mais il est certain que le travail intellectuel reprsente1 pour les femmes1 un but atteindre1 et1 en gnral1 une ncessit conomique1 plutt qu'un got rel pour la science et la culture4 ,si ce got existait1 on verrait les femmes riches1 dont l'existence est assure1 se consacrer l'tude1 la lecture444 ,cela se rencontre rarement2 les plus srieuses prfrent l'action1 le mouvement1 ce qui les loigne de chez elles1 les met en contact avec autrui4 ,ceci prouve que le cerveau de la femme est encore rebelle la mditation1 la concentration1 l'abstraction444 ,il ne fait gure d'efforts qu'en vue d'un rsultat positif atteindre4 ,cette paresse du cerveau fminin se manifeste galement dans le corps enseignant1 et si l'influence des ducatrices1 dj si grande1 ne s'exerce pas plus prpondrante encore1 il faut en chercher la cause dans la rpugnance naturelle des femmes pour le travail mental et solitaire4 ,or1 pour bien enseigner1 il faut tre arriv1 comme culture1 un degr suprieur celui de ce qu'on enseigne2 les femmes devraient s'en persuader4 ,elles rpondront que les hommes mritent les mmes reproches1 et elles auront raison en partie4 ,cependant1 il y a des savants dans le professorat#be1 des savants modestes qui travaillent et tudient pour le plaisir de savoir1 sans l'ambition de parvenir4 ,connat-on beaucoup de savantes dsintresses8 #be ,je parle1 bien entendu1 des coles primaires et secondaires4 ,il serait d'autant plus dsirable de pousser les femmes qui enseignent tendre leur culture1 qu'elles pourraient trouver dans cette voie un srieux avenir1 leurs dons de persuasion et d'intuition les mettant en mesure de frapper l'imagination et le cur de l'enfant et de l'adolescent4 ,elles pourraient faire jaillir les sources4 ,la plupart n'y songent gure aujourd'hui4 ,il y a beaucoup d'insupportables pdantes qui1 magnifiant le peu d'instruction qu'elles possdent1 s'imaginent tre des femmes suprieures2 il leur suffirait de s'instruire davantage1 pour comprendre la ralit de leur ignorance4 ,il y a d'autres femmes pour lesquelles l'enseignement reprsente un gagne-pain quelconque ou un moyen de s'lever sur l'chelle sociale1 et qui apportent l'accomplissement de leur tche une frivolit tonnante4 ,orientes autrement1 elles auraient t tout aussi bien choristes1 comparses dans un thtre ou mannequins4 ,si1 par contre1 on constate les miracles obtenus par une institutrice dont la vocation est vritable1 on demeure merveill de ce que les femmes savent raliser en ce genre4 ,une culture suprieure intellectuelle et morale pourrait faire d'elles1 je le rpte1 d'admirables chercheuses de sources1 mais il faudrait les recruter dans ce qu'une nation possde de meilleur et de plus lev comme pense1 esprit1 manires444 ,madame de ,maintenon rgna sur l'me de ,saint-,cyr par ses grandes faons4 99 99 99 99 99 ,les sources abondent1 c'est la baguette de coudrier qui manque6 ,m4 ,guizot a dit trs justement que nous avons en nous des facults qu'une seule existence ne suffit pas dvelopper#bf4 ,en effet1 nous sentons souvent que des voies1 diffrentes de celles que nous suivons1 auraient pu s'ouvrir devant nous et correspondre tout aussi bien1 et mieux peut-tre1 nos tendances et nos capacits4 ,les thosophes se rsignent1 en pensant qu'ils raliseront ces forces dans une autre incarnation4 ,ceux qui ne croient pas de futures existences terrestres soupirent et disent3 c'est dommage2 et s'ils ont du sens commun1 ils ne se consument pas en regrets striles4 ,quelques-uns1 car la race des ,icares n'est pas perdue1 se jettent avec fougue dans de multiples entreprises1 touchent tout1 se mlent de tout1 et1 voulant ravir le feu du ciel1 n'arrivent mme pas en retenir une tincelle6 #bf ,il y a1 pour les cratures humaines vraiment distingues1 plus d'une destine possible1 et elles portent en elles des puissances qu'une vie humaine1 toujours si troite1 n'veille et ne dveloppe point4 7,guizot47 ,mais le fait de sentir en nous tant de possibilits diverses1 que nous ne parvenons pas raliser1 prouve l'existence de sources vives qui1 dcouvertes temps et bien canalises1 pourraient activer l'volution humaine et rendre l'homme conscient des forces inconnues qu'il dtient en lui et qu'il n'a pas encore appris discerner et manifester4 ,je crois fermement que la bourrasque dvastatrice qui souffle1 en ce moment d'un bout de la terre l'autre1 ne durera pas et que1 lorsqu'elle se sera dissipe1 un avenir meilleur luira pour l'humanit4 ,quand toutes les forces bonnes1 aujourd'hui parses et inconscientes d'elles-mmes1 se seront reconnues et coalises1 une grande partie des tristesses qui assombrissent l'heure prsente disparatra2 un souffle purificateur passera sur le cur des hommes1 et ils apprendront se dsaltrer aux eaux fraches4 ,mais1 pour y arriver1 ils doivent aimer et approfondir la nature1 couter ses voix et chercher en eux-mmes l'empreinte du divin1 que les basses passions de la vie factice effacent1 et que l'ange de la piti vient chaque jour dessiner nouveau dans leurs mes4 ,leur montrer cette empreinte1 et ouvrir leurs oreilles aux hymnes que la nature chante au soleil et aux toiles1 est la tche des chercheurs de sources1 et ces chercheurs de sources devraient tre surtout les ducateurs4 ,si ceux-ci comprenaient leur mission1 il n'y aurait mme plus besoin de lois nouvelles ni de courants d'opinion publique1 pour lever leur situation2 elle grandirait immdiatement et s'imposerait au respect gnral4 ,,chapitre ,,iv ,,les ,,rencontres ,celui qui garde son me veille sur sa voie4 7,proverbes47 ,l'homme subit la triple influence de l'hrdit1 du milieu1 de l'ducation3 une quatrime1 celle des rencontres1 reprsente dans sa destine morale la part du hasard4 ,ce mot redoutable de hasard1 dont la signification nous chappe1 qui peut1 tout aussi bien1 signifier la mise en action des forces divines que des forces pernicieuses1 et sous lequel se cachent les causes inconnues dont notre vue borne ne peroit que les effets1 est dans la bouche des cratures humaines synonyme d'ignorance4 ,mais il pse lourdement sur leurs vies1 par l'inattendu qu'il y amne4 ,avec quelle lgret nous prononons d'ordinaire ces trois syllabes3 rencontres1 et quelle mince importance nous leur donnons dans notre esprit6 ,pourtant1 chacun de nous peut1 en remontant le cours de son existence passe1 discerner la large part qu'elles ont eue sur ses malheurs ou ses joies1 ses dboires ou ses succs4 ,elles produisent1 en outre1 dans les vies1 des rpercussions prolonges dont nous ne nous rendrons compte que le jour o1 devenus conscients1 nous saurons rattacher tous les effets toutes les causes4 ,en gnral1 les relations des hommes entre eux ne sont pas le rsultat de rencontres fortuites2 elles se recrutent dans la famille et le milieu o l'on vit1 et il est facile1 plus ou moins1 de prsumer le rle qu'elles joueront dans le dveloppement du caractre1 du cur et de l'existence de chacun4 ,bien que leur influence puisse tre considrable1 elles se rattachent d'autres catgories de faits moraux2 ce qui m'occupe1 c'est le choc imprvu d'esprits et d'mes que les hasards de la vie mettent soudainement en prsence4 99 99 99 99 99 ,la plupart des rencontres sont1 en apparence1 insignifiantes1 et rien n'avertit l'homme qu'un lment nouveau est entr dans la formation de son tre4 ,quelques-unes1 par contre1 frappent immdiatement l'esprit1 en dehors de toute impression de sympathie ou d'antipathie4 ,nous sentons qu'un changement est survenu dans notre vie et que le lendemain ne sera plus semblable la veille4 ,chez les tres intuitifs1 la sensation est si vive qu'ils se disent ds le premier contact3 ,une force dirigeante est entre en moi4 ,mme s'ils ne peuvent prciser son caractre1 ils devinent que ce nouvel lment psera sur leur destine ou sur leur volution4 ,l'effet des rencontres varie suivant les ges ou le degr de dveloppement intrieur de chacun4 ,dans l'enfance1 il est violent1 mais passager1 et des parents ou des ducateurs attentifs et avertis peuvent l'annuler ou l'amoindrir par une sage et intelligente surveillance4 ,dans l'ge mr1 les impressions n'ayant plus la mme vivacit1 les hommes se trouvent moins exposs aux influences2 ils peuvent les exercer plus qu'y obir4 ,c'est dans la premire et la seconde jeunesse qu'ils sont surtout sensibles aux forces qui manent d'autrui2 le prestige qu'ils subissent prend souvent la forme de l'amour1 et comme cette forme est troublante entre toutes1 on lui attribue1 tort peut-tre1 la plus puissante des influences morales4 ,il est certain que l'attraction qui pousse les hommes et les femmes les uns vers les autres1 mme si elle se rduit une simple motion sensuelle1 modifie pour un temps leur faon de sentir et de penser4 ,quand l'motion est durable et que les forces morales et intellectuelles rivent les deux bouts de la chane1 l'influence de la rencontre s'exerce d'une faon vraiment prpondrante sur la vie et le caractre2 mais j'ai connu des gens trs amoureux qui n'avaient aucun pouvoir l'un sur l'autre3 si la passion1 la tendresse les faisaient cder aux dsirs et aux volonts de la personne aime1 leur moi restait1 au fond1 intangible4 ,les tres forts ou les faibles orgueilleux qui ont honte de leur manque d'nergie1 se laissent difficilement influencer par l'amour1 tout en lui permettant de bouleverser leur vie par les entranements qu'il provoque4 ,des hommes et des femmes restent jalousement attachs leurs ides et combattent avec obstination celles du compagnon ou de la compagne pour qui ils abandonneraient cependant1 sans hsiter1 famille ou situation6 ,c'est qu'au fond1 dans l'amour1 il y a toujours un conflit latent et que les amants sont des adversaires dguiss4 ,et c'est seulement quand cet antagonisme cessera1 que le type de l'union vritable pourra se raliser4 ,dans le mariage1 fruit1 lui aussi1 des rencontres1 ou dans les longues liaisons qui en ont pris les allures1 l'influence peut devenir immense1 par l'effet de l'habitude et de la cohabitation1 et souvent ce n'est pas le meilleur ou le plus intelligent qui modifie les ides de l'autre4 ,la banale figure de la goutte d'eau qui finit par ronger la pierre s'applique ici merveilleusement4 ,on a vu des hommes distingus d'intelligence ne plus penser par eux-mmes1 mais penser travers le cerveau born et vulgaire de la femme avec qui ils vivaient4 ,on en a vu d'autres1 naturellement probes et honntes1 cesser de l'tre1 l'instigation1 parfois inconsciente1 de leur compagne4 ,ce sont l des cas extrmes1 mais il est certain qu'une longue habitude#bg est plus puissante que la passion4 ,celle-ci centuple les nergies1 vivifie les ides 7je parle1 bien entendu1 des cas o les personnes mises en prsence ont quelque valeur7 et rend les individus moins mallables1 plus conscients de leur faon de penser4 ,lorsqu'au contraire l'indiffrence a remplac l'amour1 l'tre1 devenu moins vibrant1 subit plus facilement la pression des esprits qui l'entourent4 #bg ,l'effet le plus gnral de l'habitude est d'enlever toute rsistance1 de dtruire tout frottement2 c'est comme une pente o l'on glisse1 sans s'en apercevoir1 sans y songer4 7,maine de ,biran47 ,ainsi tel homme mari1 follement amoureux d'une autre femme1 belle1 exquise1 d'une intelligence suprieure1 dont il sentira vivement le prestige1 sera souvent moins influenc par elle que par sa propre femme1 qu'il abandonne1 qu'il n'admire plus1 mais qui il est li par l'habitude mentale et le joug des intrts communs4 ,par consquent1 les rencontres qui peuvent conduire au mariage sont parmi les plus redoutables4 ,elles devraient tre envisages comme un vnement trs grave1 et la lgret avec laquelle nous les considrons en gnral1 sera sans doute juge dans l'avenir comme une inconsquence touchant de prs la folie4 ,les amitis qui se forment dans la jeunesse1 par l'effet d'une rencontre avec un camarade d'universit1 un voisin de bureau ou une personne quelconque1 exercent galement une influence qui peut bouleverser une mentalit1 lui donner une direction nouvelle1 changer l'avenir que l'ducation reue lui avait prpar4 ,parmi ces influences1 il en est d'heureuses et de perfides2 les plus nombreuses tendent simplement nous rendre plus mdiocres4 ,nous sommes tous malades de paresse2 notre esprit1 surtout quand il est en formation1 prouve des fatigues d'un genre spcial4 ,il est comme las de s'tre tenu trop longtemps dress et tendu2 c'est l'heure o les hommes mdiocres1 mais dous de volont1 prennent possession des mes4 ,celles-ci trouvent une sorte de repos dans ces contacts1 qui n'exigent aucun travail intellectuel1 et donnent une sensation de supriorit qu'on peut maintenir sans effort d'aucun genre4 ,c'est l le secret de beaucoup d'amitis inexplicables4 ,elles ont encore une autre cause3 peu recherchs d'ordinaire1 les mdiocres s'attachent plus facilement4 ,une femme qui l'on reprochait de mal choisir ses amis1 mme ses amis trs intimes1 rpondit3 ,que voulez-vous8 ,j'aime avant tout les gens qui m'aiment1 ils font tout le chemin1 c'est plus commode6 ,en ce cas aussi la cause du phnomne doit tre cherche dans ce besoin de vie inconsciente qui nous tient tous1 qui nous donne1 lorsqu'il est satisfait1 une sensation de repos1 et pour lequel1 peut-tre1 nos organes taient faits avant que la curiosit d've ne nous et ouvert l'esprit la science du bien et du mal4 ,la vanit caresse a aussi sa part dans cette influence des mdiocres1 mais c'est une part minime1 au fond1 cette passion poussant volontiers les hommes rechercher ce qui leur est suprieur4 ,il est vrai qu'il s'agit surtout de supriorit sociale et mondaine4 ,aprs les mdiocres viennent les mchants4 ,ceux-ci ont toujours besoin d'acolytes pour satisfaire leurs mauvais penchants2 ils recherchent avidement les relations et ne perdent aucune occasion de prendre de l'ascendant sur l'esprit des autres4 ,l'activit du mal est incessante2 il dveloppe les nergies d'une faon prodigieuse1 il s'impose1 il triomphe444 ,triomphe passager1 il est vrai1 mais qui pendant qu'il dure1 gare beaucoup d'mes4 ,il est inutile d'numrer les effets des amitis de ce genre1 ils sont trop connus4 ,que de mdiocres ,faust1 ont t les victimes de petits ,mphistophls6 ,une heureuse rencontre peut avoir1 au contraire1 une influence fcondante sur le dveloppement des tres jeunes4 ,quand deux intelligences et deux curs honntes s'attachent l'un l'autre1 c'est un enrichissement subit4 ,sans trop reculer dans le pass1 certaines correspondances du dix-neuvime sicle1 publies rcemment1 et changes entre gens destins1 plus tard1 faire leur place dans le monde1 prouvent quel point certaines amitis ont t un perptuel encouragement intellectuel1 un gnrateur d'enthousiasme et aussi un frein moral4 ,quelquefois l'amiti s'tablit entre gens d'ge diffrent4 ,c'est plus rare1 mais cela existe4 ,en ce cas1 videmment1 la personne qui a le plus d'exprience influence l'autre1 surtout si elle possde1 au point de vue intellectuel1 une valeur relle1 reconnue ou non4 ,souvent ces rencontres n'ont1 en apparence1 qu'un effet passager2 la jeunesse de l'un le jette dans des voies qui ne croisent plus celles de l'autre1 mais cependant1 comme rien ne se perd en ce monde1 toute influence subie laisse une empreinte4 ,bonne ou mauvaise1 la trace demeure4 ,n'y a-t-il pas quelque chose d'effrayant dans cette rpercussion continuelle du son rendu par le contact de deux esprits8 ,c'est comme un cho qui ne mourrait jamais4 99 99 99 99 99 ,que les rencontres aient pour rsultat l'amour1 le mariage1 la complicit ou l'amiti1 il faut les considrer comme de srieux vnements1 puisqu'elles modifient la personnalit humaine4 ,l'influence qu'elles exercent procde gnralement d'une attraction des curs1 des sens et de l'intelligence2 si elle est mdiocre ou perverse1 nous la subissons par simple paresse ou par vanit4 ,mais toutes les influences qui se rattachent aux sources que nous venons d'numrer1 ne sont ni les plus importantes ni les plus dangereuses4 ,il en existe d'autrement subtiles dont il est impossible de pntrer le secret1 et qui s'exercent toutes puissantes sur notre mentalit3 le cur1 les sens1 l'admiration1 l'indolence ou la vanit n'y entrent pour rien6 ,elles sont parce qu'elles sont4 ,si1 dou d'une facult de vision rtrospective1 l'homme devait dclarer1 la fin de sa vie1 quelles personnes ont le plus contribu la formation de son tre1 il ne nommerait peut-tre ni celles qu'il a le mieux aimes1 ni celles dont il a reu la plus grande somme d'affection4 ,ces influences mystrieuses1 pour passagres qu'elles paraissent1 marquent les mes d'une empreinte ineffaable1 car elles s'adressent aux forces caches et ignores sur lesquelles la volont n'a pas de contrle direct4 ,aucune intimit n'est ncessaire1 ni de frquentes entrevues2 semblable un courant lectrique une fois tabli1 cette main-mise d'un esprit sur l'autre n'a pas d'autres coefficients4 ,elle existe4 ,souvent l'tre qui domine ne connat pas son empire2 inconscient de son influence1 il ne peut pas la circonscrire4 ,j'ai connu une personne qui1 sans s'en douter jamais1 exera un ascendant considrable sur plusieurs de ceux qui l'approchaient4 ,lorsqu'elle s'en rendit compte1 son affliction fut grande2 elle craignait les responsabilits1 et l'ide de provoquer chez les autres une excitation et une exaltation capables de les pousser de dangereuses expriences1 la poignait indiciblement4 ,une amie lui ayant dit un jour dans une heure de dtresse morale3 ,toutes les sottises que j'ai faites1 c'est toi que j'en suis redevable1 elle s'cria1 stupfaite et indigne3--,a moi8 ,a moi qui ne t'ai jamais donn que de sages conseils8--,c'est vrai6--,eh bien alors8--,je ne puis t'expliquer1 mais toutes les fois que je te voyais1 j'avais la fivre1 une fivre intense444 ,la rvlation fut douloureuse et se renouvela d'autres cts4 --,vous communiquez la fivre6 --,mais si je ne l'ai pas moi-mme8 --,c'est gal1 vous la donnez6 ,ces mots l'affligeaient2 cette force inconnue qu'elle ne pouvait diriger1 ne la connaissant pas1 la troublait1 lui donnait une sorte de peur d'elle-mme4 ,arrive un degr d'volution suprieur1 elle aurait probablement exerc avec intelligence cet ascendant et s'en serait servie son choix1 pour le bien ou le mal4 ,mais elle tait jeune1 elle n'avait pas essay encore de devenir consciente1 et elle agitait les mes sans le savoir1 ni le vouloir4 ,ne dans une priode rvolutionnaire ou de luttes religieuses1 elle aurait pu utilement enflammer les mes2 les enflammant en temps de paix1 elle aidait simplement les dvoyer4 ,cependant elle fit quelque bien1 sans s'en douter non plus1 des mes bonnes1 instinctivement nobles1 mais un peu molles1 qu'elle tira de leur apathie4 ,cette force magntique qui s'exerce tort et travers1 parce que ceux qui en disposent ne la connaissent pas1 est un don effrayant4 ,augmenter les nergies des passionns1 des gostes1 des ambitieux1 c'est dcupler leurs possibilits d'agir au dtriment d'autrui1 de se jeter dans de folles entreprises ou de courir de prilleuses aventures4 ,ils auraient besoin1 au contraire1 d'tre ramens au calme1 l'quilibre444 ,mais pour donner chaque tre la boisson qui lui est salutaire1 il faudrait possder ce discernement complet qui procde surtout du dveloppement de la conscience4 ,par consquent1 connatre autrui et se connatre soi-mme1 c'est--dire connatre les forces dont on dispose1 serait de nos jours1 quoi qu'en dise ,carlyle#bh1 l'essentiel et l'indispensable4 #bh ,past and ,present4 ,dans l'ordre physique1 l'homme sait peu prs se guider2 un mets trop poivr1 il n'ajoutera pas d'pices1 pas plus qu'il n'enlvera ses vtements1 les jours de froid4 ,dans l'ordre moral1 au contraire1 il agit en aveugle1 il ajoute l o il faudrait retrancher1 et retranche l o il faudrait ajouter1 non seulement quand il obit des forces mystrieuses1 mais aussi quand il agit volontairement et directement1 et il se charge ainsi de lourdes responsabilits4 ,mais ceci est d'un autre ordre1 revenons ces ascendants singuliers et inexplicables dont les effets ne peuvent tre prvus4 99 99 99 99 99 videmment1 la plupart des rencontres que l'on fait dans la vie n'ont1 je le rpte1 aucune porte4 ,on se croise1 on s'arrte1 on se regarde1 des rapports se nouent1 puis tout s'efface4 ,comme dans un cinmatographe1 des figures nouvelles apparaissent1 qui chassent les anciennes1 et1 sauf dans les cas o il y a amour1 mariage ou amiti1 il ne reste que peu de chose de ces brefs contacts4 ,d'autres fois1 par contre1 toute notre vie morale en est modifie2 la semence1 inconsciemment jete germe et fleurit4 ,l'indiffrent qui n'a excit en vous ni sympathie1 ni hostilit1 prononce des mots que vous ne pouvez oublier4 ,ces mots1 vous les avez dj entendus sortir d'autres bouches1 et ils ont gliss sur votre conscience4 ,aujourd'hui ils la marquent d'une faon indlbile4 loign de cette personne1 peut-tre mme brouill avec elle1 sa pense pse de loin sur la vtre1 vous ne pouvez vous empcher d'tre proccup du jugement qu'elle porterait sur vos actes1 si elle les connaissait1 et vous vous sentez pour ainsi dire forc de ramener votre manire de voir la sienne ou de vous demander pourquoi elle est diffrente4 ,et pourtant cet tre ne vous est nullement cher ou a cess de vous tre cher2 souvent vous ne l'estimez pas1 et il n'excite sur aucun point votre admiration2 mais il vous hante toujours1 et cette hantise modifie lentement votre me4 ,ces ascendants tranges semblent parfois passagers4 ,de nouveaux courants les dtruisent1 ou ils sont remplacs par d'autres4 ,ce dernier cas est plus rare1 car il n'arrive pas toute minute1 dans la vie1 que deux natures1 dont l'une peut magntiser l'autre1 se rencontrent4 ,c'est bien plutt le tourbillon de l'existence extrieure et automatique qui libre apparemment l'esprit suggestionn4 ,cependant1 ne l'oublions pas1 les impressions de ce genre sont ineffaables1 mme si une raction s'est faite contre elles dans notre esprit4 ,au fond1 tout s'enchane dans le mystre o nous vivons1 et il est difficile de soulever l'un des coins du voile4 ,du reste1 que faisons-nous pour cela#bi8 ,nous laissons s'atrophier l'une des facults qui pourraient nous y aider le plus4 ,l'homme tue l'intuition sous le raisonnement et la logique1 il a contre elle d'extraordinaires dfiances1 il rougit de s'en servir1 comme si c'tait un signe de faiblesse mentale4 ,au lieu de la dvelopper1 il s'efforce d'touffer sa voix1 car souvent cette voix le gne1 elle l'avertit de se dfier des choses et des personnes qui l'attirent2 ses sens et sa vanit bouchent1 l'envi1 ses oreilles4 ,et pourtant1 l'intuition seule pourrait le mettre en garde contre le mystrieux danger des rencontres1 ce que toutes ses autres facults sont impuissantes faire1 bien que ,la ,bruyre prtende qu'il n'y a pas de rencontre o la finesse ne puisse et peut-tre ne doive tre supple par la prudence4 #bi ,je ne parle pas1 bien entendu1 des recherches scientifiques qui n'ont jamais t pousses aussi loin que de nos jours4 99 99 99 99 99 ,les femmes1 en gnral1 possdent beaucoup plus d'intuition que les hommes2 c'est mme leur qualit matresse1 et elles ont moins honte de s'en servir4 ,mais elles1 non plus1 ne tirent pas de ce don spcial tout le parti possible4 ,dcorant du nom d'intuition leurs petits prjugs et leurs antipathies secrtes1 elles enlvent au mot et la chose son prestige et son autorit4 ,lorsqu'une femme n'a pas envie de remplir un devoir ou de se dranger pour rendre un service1 elle dit volontiers qu'un instinct l'avertit de s'en abstenir2 et elle emploie le mme argument en sens contraire1 pour lgitimer ses moindres dsirs4 ,cette dplorable habitude de la feinte vis--vis de soi-mme et des autres enlve toute valeur aux intuitions fminines4 ,mme quand elles sont relles1 ceux qui devraient en tenir compte haussent les paules4 ,quand une mre1 une sur1 une femme disent leur frre1 leur fils1 ou leur poux3 ,ne fais pas d'affaires avec telle personne1 ne te fie pas telle autre1 abandonne telle entreprise1 l'homme1 en gnral1 sourit1 sceptique1 car il a tellement entendu ce mot d'intuition employ justifier caprices ou indolence1 qu'il n'y croit plus et se prive ainsi d'un secours utile4 ,les tudes plus arides1 la vie plus extrieure1 le combat pour l'existence et l'habitude de la mthode exprimentale empchent l'homme de laisser se dvelopper en lui cette facult1 qui1 du reste1 est videmment un don particulirement fminin4 ,lorsqu'il promit de donner l'homme un aide semblable lui1 le suprme crateur de toutes choses a voulu sans doute entendre3 je donnerai ta compagne un il intrieur que tu n'auras pas1 et1 grce cet il1 elle pourra t'avertir des embches du chemin1 de celles que ton exprience ne t'a pas appris discerner4 ,malheureusement la femme1 d'ordinaire1 ne se soucie gure de ce don2 elle aspire plutt l'touffer1 trop proccupe d'tre utilitaire pour s'appliquer tre intuitive4 ,la vision intuitive demande du recueillement2 or1 de nos jours1 la femme refuse de se recueillir1 elle veut avant tout jouir1 se donner du mouvement1 tre dans le train444 ,ce besoin est devenu gnral dans toutes les classes4 ,les hommes qui se dclarent hostiles l'instruction intgrale pour la femme1 sous le prtexte que cela l'loignera de son chez elle1 m'amusent4 ,son chez elle8 ,quand l'y trouve-t-on maintenant8 ,et ce ne sont certes pas les tudes qui l'en loignent1 mais bien plutt le vide de son esprit4 ,toutes les femmes qui dsertent leur home1 qui envahissent les rues et tous les endroits o l'on se rencontre1 le font-elles parce qu'elles veulent s'instruire8 ,c'est le contraire qui est vrai6 ,plus une femme est ignorante1 moins elle supporte sa propre socit2 la solitude lui est intolrable1 elle a besoin du bruit de la rue1 des magasins1 des visites2 et cela est naturel1 car elle n'a rien pour peupler sa pense4 ,les heures o les maris1 les pres1 les fils1 les frres sont absents1 comment les femmes peu cultives les passeront-elles8 ,elles sortent1 et elles oublient de rentrer1 et quand les hommes reviennent chez eux aprs le labeur du jour1 ils trouvent d'ordinaire la maison dserte4 ,les plus droites1 les plus dvoues veulent tre des ,marthes4 ,la meilleure part1 celle de ,marie1 est mprise6 ,fermons la parenthse et revenons l'intuition4 ,c'est certainement l'une des facults les plus prcieuses que ,dieu ait donnes la femme1 mais1 comme je l'ai dit dj1 la femme qui fuit le recueillement la perdra4 ,or1 ce serait grand dommage1 l'intuition tant1 dans notre tat actuel de demi-conscience1 la seule force qui puisse prmunir efficacement l'homme contre le pril des influences subtiles et des ascendants magntiques4 ,une femme rellement intuitive1 assez intelligente pour comprendre la valeur de cette facult1 et suffisamment volue pour se rendre compte de ses responsabilits1 pourrait exercer sur son entourage un norme ascendant et devenir rellement la gardienne du foyer et de la famille4 ,il y a quelque chose de sacr dans ce don1 et c'est un sacrilge de l'touffer4 ,combien la terre changerait d'aspect et que de sottises seraient vites1 si les hommes coutaient les voix intrieures1 non seulement dans leur existence intime1 mais dans leur vie politique et sociale6 ,que de guerres malheureuses1 de rvolutions1 de ruines auraient t vites au monde1 si les chefs des nations avaient su dvelopper en eux-mmes les facults intuitives ou couter ceux qui les possdaient4 ,les sibylles de l'antiquit et les ,mages de l',orient n'taient sans doute que des intuitifs4 ,pour frapper l'imagination des foules1 ils s'entouraient d'un appareil thtral4 ,sur son trpied divin1 la sibylle inspire ,parle et se couvre encor d'une cume sacre4 ,mais la source de leur prescience tait simplement l'intuition pousse un haut degr1 accrue par l'habitude de prter l'oreille aux mystrieuses rvlations de la nature et de l'me4 ,devant les tableaux et les fresques des matres1 qui reproduisent les figures des grandes sibylles1 ,delphique1 ,persique1 de ,cumes et d'rythre1 il nous est permis de penser que leur connaissance du pass et de l'avenir--saint ,jrme croyait encore leur caractre fatidique--#cj n'tait pas due des pratiques magiques1 mais simplement une facult naturelle que beaucoup de femmes possdent un haut degr et qu'il dpend de leur volont de dvelopper ou d'atrophier4 #cj ,l'glise mme1 dans une de ses proses1 invoquait l'autorit de la ,sibylle3 ,teste ,david cum ,sibylla4 ,quand elles s'en privent en ne l'coutant pas1 elles peuvent tre compares un soldat qui se dpouillerait de ses armes devant l'ennemi1 car si ,dieu a donn l'intuition la femme1 afin de la rendre indispensable l'homme1 il la lui a concde aussi1 comme un instrument de dfense personnelle4 ,adam possde la force matrielle1 ve a reu1 pour sa part1 le prsent de l'me rvlatrice4 ,essayer de confondre les rles serait une lamentable erreur4 ,je voudrais dire toutes les femmes3 ,au lieu de tendre votre esprit la recherche avide d'un luxe qui sert dsquilibrer la socit et la famille1 dveloppez en vous la facult divine4 ,elle vous donnera plus de pouvoir que les lgances extrieures dont votre me convoite la possession4 ,alors seulement vous n'aurez plus craindre le mystrieux danger des rencontres1 mais vous pourrez avertir ceux qui croisent votre route des contacts qu'ils doivent viter4 ,la sibylle crivait ses oracles sur des feuilles de chne qu'elle livrait ensuite aux vents4 ,rpandez comme elle vos intuitions1 ce don transcendant au moyen duquel1 d'aprs ,schelling1 l'intelligence saisit l'absolu dans son identit4 ,mais hlas6 la plupart des femmes d'aujourd'hui sont rfractaires au recueillement1 et les hommes rient volontiers de ce que les crivains religieux appelaient jadis les oprations intrieures de l'me4 99 99 99 99 99 ,dans la jeunesse1 toute rencontre exerce un attrait sur l'imagination1 et mme plus tard dans la vie1 les esprits curieux trouvent encore du plaisir entrer en rapport avec des manifestations nouvelles de l'humanit4 ,c'est un monde inconnu la veille qui s'ouvre leurs yeux et les amuse4 ,pour beaucoup de gens mme1 les visages vus pour la premire fois ont seuls du charme2 ceux qu'ils connaissent de la veille les ennuient dj4 ,pour eux le monde est un cinmatographe4 ,ce got du changement est un prservatif contre le danger des rencontres1 car tout glisse sur ces esprits lgers qui ignorent la puissance des communications intrieures4 ,au contraire1 plus la vie d'une me est intense1 plus fortes sont les empreintes qui s'y marquent1 et plus les rencontres peuvent tre dangereuses4 ,mais comment les rgler dans l'existence moderne1 comment empcher les contacts1 aujourd'hui que les barrires ne servent qu' exciter les curiosits et les dsirs8 ,maeterlinck prtend que notre morale se forme dans notre raison consciente1 et il y marque trois rgions3 le sens commun1 le bon sens et la raison mystique2 cette dernire correspond peu prs ce que j'appelle conscience et intuition1 je ne m'y arrterai donc pas4 ,quant au sens commun et au bon sens1 ils sont indispensables toute existence harmonieuse1 car1 sans eux1 point de mesure1 et la mesure est ncessaire l'harmonie4 ,pour avoir la vie heureuse1 dit le ,brahme voyageur1 il faut art1 ordre et mesure4 ,si l'humanit a besoin1 pour progresser1 de l'imagination et de la sensibilit#ca1 il est certain que la raison et ses drivs1 le sens commun et le bon sens1 sont la pierre angulaire de l'existence quotidienne4 ,l o ils manquent1 l'homme ne compte plus ses erreurs1 ses garements1 ses sottises1 car tous les rapports sociaux sont bass sur ce fond commun de sagesse4 #ca ,voir le chapitre3 ,chercheurs de sources4 ,nous connaissons tous des gens excellents et non dpourvus d'intelligence1 auxquels le discernement fait dfaut4 ,ils embarrassent leur vie d'un tas de relations inutiles1 compromettantes1 dangereuses1 non par gnrosit1 par don ,quichottisme1 ou pour ne pas abandonner un ancien ami dvoy1 mais simplement parce qu'ils manquent de sens commun4 ,si un bon ange ne veille pas sur leurs rencontres1 ils risquent de s'garer trs loin1 sinon de tomber trs bas4 ,une force secrte semble les pousser ne s'entourer que de personnes compromises auxquelles toutes portes sont fermes4 ,ils jouent le rle de l'aimant pour les dracins et les dvoys4 ,certes1 il n'y a rien de plus antipathique au monde que la recherche des relations utiles4 ,mettre en premire ligne1 quand on value les gens1 l'intrt qu'on peut retirer de leur frquentation1 indique une bassesse de vues rpugnante2 cependant1 un certain discernement est indispensable l'homme1 dans le choix de ses relations4 ,sans ce discernement1 il risque de se mettre et de mettre les siens en contact avec des tres nuisibles dont la rputation jette une ombre dfavorable sur ceux qui les frquentent et dont le contact est pernicieux4 ,il faudrait viter ceux qu'on aime l'occasion de faire1 dans leur entourage direct1 de mauvaises rencontres4 ,puisqu'on ne peut les enfermer dans un enclos ceint de barrires1 il faut1 du moins1 essayer de ne pas mettre sous leurs yeux des exemples quivoques ou corrupteurs4 ,certaines personnes possdent le don de l'harmonie1 qui est1 en somme1 le bon sens traduit en terme musical2 sans raisonner1 sans rflchir1 sans bassesse ni compromis1 elles vitent les relations douteuses et crent autour d'elles une atmosphre saine et claire4 ,mais ce don est rare2 il faut la plupart des gens un effort de raisonnement1 un appel dsespr au sens commun1 pour ne pas commettre les sottises imprudentes qu'ils sont parfois tents de faire dans leurs rapports sociaux1 pour peu qu'ils soient accessibles la flatterie1 et possds du dsir de la popularit4 ,je tiens le rpter1 le snobisme sous toutes ses formes est l'une des pires tendances de notre poque1 et ce n'est certes pas lui que je prconise1 quand j'insiste sur le devoir de fuir les rencontres fcheuses4 ,a tous les degrs de l'chelle1 il y a des gens viter et d'autres rechercher1 cause de l'atmosphre morale qui semble maner d'eux4 ,au fond1 pour juger et apprcier les personnalits que la vie met sur notre route1 c'est de l'air ambiant qui les entoure qu'il faut surtout tenir compte4 ,il est donc ncessaire d'enseigner la jeunesse rechercher et bien choisir les atmosphres o elle doit voluer2 celles-ci reprsentent1 lorsqu'elles sont pures et claires1 les vritables lettres de noblesse de l'homme6 ,les expriences des uns ne peuvent malheureusement servir aux autres4 ,chaque me doit parcourir des chemins difficiles et se heurter certains cueils avant d'arriver la lumire4 ,la vie est une sorte d'initiation qui sert manifester dans l'homme l'tre intellectuel et l'tre moral#cb2 cependant1 de combien de naufrages inutiles les mes pourraient tre prserves1 si elles taient mieux armes contre ce qu'on appelle1 improprement1 faute de savoir discerner les mystrieux desseins des forces divines1 le hasard des rencontres6 #cb ,ballanche4 ,,chapitre ,v ,,coupeurs ,d',,ailes ,cet homme avait ferm mon cur1 coup les ailes de mon rve1 touff les profondes aspirations de ma vie4 ,,fr,d,,ric ,,souli4 ,parmi les rencontres nuisibles et invitables que l'homme fait dans sa vie1 l'une des plus ordinaires est celle des coupeurs d'ailes4 ,on les trouve de haut en bas1 dans toutes les catgories d'tres1 comme si le cur de l'homme renfermait des forces perfides qui le poussent dcourager1 entraver1 ralentir les lans d'autrui vers le mieux et le beau4 ,ce ne sont pas seulement les imbciles1 les mchants1 les envieux qui s'acharnent empcher les hauts vols1 tarir les zles1 teindre les flammes4 ,ceux qui tiennent les ciseaux et l'teignoir sont souvent des personnes intelligentes et respectables dont la petite barque a t honntement et habilement mene travers les cueils du monde4 ,du reste1 nous avons tous t1 l'occasion1 des coupeurs d'ailes4 ,les meilleurs d'entre nous n'en prouvent pas de remords et s'en flicitent mme comme d'un acte de raison qu'ils ont forc les autres accomplir4 ,ils ne se disent pas que des hommes-lumire se sont peut-tre trouvs sur leur route et qu'ils ont contribu touffer sous la prudence de leurs paroles1 le zle d'un ,paul1 les dcouvertes d'un ,newton1 les aspirations d'un ,mazzini4 ,la presse a l'habitude de dsigner ironiquement1 sous l'euphmisme de ,faiseuses d'anges1 certaines mgres sinistres4 ,nous nous indignons1 rien qu' les entendre nommer1 sans penser que les coupeurs d'ailes sont coupables des mmes crimes4 ,elles ont touff des vies1 mais que d'apostolats1 d'enthousiasmes1 d'ides ils ont1 eux1 empch de natre6 ,or1 tuer l'me est1 au fond1 bien plus criminel que tuer le corps4 ,c'est au nom du sens commun1 qui est l'lment essentiel de la vie familiale1 sociale1 politique1 et la base des dcisions raisonnables1--mais auquel on ne doit pas lever d'autel1 car il est un ,dieu mdiocre1--que ces doucheurs mrites accomplissent leur uvre nfaste4 ,il faut avoir1 je le sais1 une intelligence large et quilibre1 pour se valoir des services du sens commun tout en vitant de dcourager les mes ardentes1 prises de vie suprieure et qui demandent dployer leurs ailes4 99 99 99 99 99 ,et d'abord qu'entend-on exactement par les mots coupeurs des ailes8 ,pousser les autres voir le ct mesquin et goste des choses me parat la meilleure des dfinitions4 ,mais il ne faut pas enfermer l'ide dans la formule1 car elle a des nuances infinies1 et l'action qu'elle exerce peut tre la fois active et ngative4 ,c'est cette seconde faon de couper les ailes que choisissent les personnes qui n'attaquent pas de front les mouvements gnreux1 mais qui en dmontrent l'inanit par leur exemple et leur attitude4 ,tout lan d'enthousiasme ou d'indignation provoque sur leurs lvres un petit sourire ironique1 qui gle et dconcerte2 c'est1 au moral1 un drap humide tombant sur les paules4 ,au fond1 ce sourire est niais1 car il est l'indice de la plus mprisable et de la plus sotte des vanits1 celle de l'gosme1 et pourtant son influence est immense4 ,nous avons1 tous1 de l'amour-propre1 et ceux qui chappent compltement sa forme absurde1 c'est--dire la vanit1 sont des rara avis1 mais entre ceux qui en subissent d'intermittentes pousses1 que le simple bon sens suffit refouler1 et ceux qui l'rigent en rgle de vie1 il y a d'normes distances4 ,les vaniteux sont forcment des coupeurs d'ailes4 ,comment ne le seraient-ils pas8 ,tout ce qui distrait l'homme de sa propre personne leur parat du temps perdu4 ,bonnes uvres1 visites aux vieillards ou aux malades1 services rendus1 heures donnes des gens dont le contact n'offre ni intrt matriel ni intrt de vanit1 tout cela rentre dans l'absurde et l'inutile4 ,perdre des journes entires s'occuper de toilettes1 d'obligations mondaines1 des petites recherches du personnalisme prtentieux1 voil1 pour ces pauvres mes1 le vrai travail de la vie1 le but de ,dieu en crant l'homme6 ,ces vaniteux sont tellement persuads qu'ils sont dans le vrai1 que parfois1 en les voyant vivre et en les coutant raisonner1 on se demande si l'on est bien veill1 tellement leurs paroles ont l'incohrence et l'illogisme de celles qu'on entend en rve4 ,on a beau ne leur accorder aucune valeur1 elles exercent une action dprimante sur les natures faibles1 qui se demandent1 troubles3 ,aurions-nous pris la route que les imbciles parcourent8 ,et il leur faut se rchauffer au foyer des mes ardentes et fortes pour reprendre leur quilibre4 ,les coupeurs d'ailes qui appartiennent la catgorie des vaniteux1 sont ceux dont le contact est le plus redoutable1 car ils ne mettent pas d'acrimonie dans leur rle d'teignoir2 il leur est naturel4 ,de bonne foi1 tout ce qui peut distraire de la contemplation de l'idole1 c'est--dire de soi-mme1 leur semble puril1 et quand ils voient des gens s'enflammer pour une ide1 ils trouvent la chose inepte et le montrent4 ,or1 rien ne dconcerte et ne strilise comme le ddain tranquille et souriant4 ,les attaques violentes1 les oppositions acharnes ne font pas moiti autant de mal1 car souvent elles provoquent une raction salutaire qui redouble les forces des mes qui luttent4 ,si ceux qui laissent teindre leur zle gnreux par les raisonnements des opportunistes1 pouvaient suivre ceux-ci jusqu' la fin de leur jeunesse1 ils reculeraient pouvants devant le champ aride qu'offrent leur cur et leur vie4 ,c'est tellement lamentable1 qu'on croit traverser un des cycles de l'enfer4 ,des bornes1 des bornes de tous les cts6 ,pas un bout d'horizon clair1 pas de beaux souvenirs dsintresss6 ,avant de couper les ailes des autres1 ils ont coup les leurs et restent ras du sol4 ,leur jeunesse s'est enfuie2 pour la jeunesse actuelle ils ne reprsentent que des non-valeurs1 et leur personnalit nue et sche1 qui ne s'est jamais largie dans l'altruisme ou le culte des ides1 s'amoindrit de jour en jour4 ,s'ils sont inintelligents1 ils ne se rendent pas compte de leur situation et s'usent dans la poursuite de plaisirs qui les fuient2 s'ils sont intelligents et comprennent1 il vaut mieux ne pas savoir ce qu'ils pensent1 tant ce doit tre triste et insupportablement douloureux4 ,quand on voit les coupeurs d'ailes exercer avec succs leur mtier destructeur1 on voudrait arracher de leurs mains les malheureux qu'ils dpouillent de leurs meilleures sources de joies et en qui ils tuent le dieu intrieur4 ,comme l'a si bien dit ,pasteur3 ,la grandeur des actions humaines se mesure l'inspiration qui les a fait natre4 ,heureux celui qui porte en soi un ,dieu1 un idal de la beaut et qui lui obit4 ,tuer ces forces divines sous le sarcasme facile et le raisonnement utilitaire1 est l'un de ces crimes ignors qui chappent la justice humaine1 mais que la justice absolue doit chtier par la loi implacable des causes et des effets4 ,tous les coupeurs d'ailes ne sont pas des oisifs inutiles et jouisseurs1 quelques-uns appartiennent la catgorie des travailleurs et possdent parfois une certaine bont de cur1 mais il mane d'eux1 tout de mme1 un je ne sais quoi de glacial et de sec qui fltrit les fleurs et empche la sve de gonfler les fruits4 ,le monde meurt d'anmie1 car l'indiffrence est l'anmie du cerveau et du cur4 ,pour l'enrayer1 il faudrait encourager les tres s'panouir largement4 ,aprs avoir cherch et dcouvert les sources dans les mes d'enfants1 on doit leur permettre de se rpandre et de fconder les terrains l'entour4 ,se circonscrire1 s'entourer de limites1 voil le mal suprme1 la vieillesse prmature et irrparable4 ,voil aussi pourquoi les coupeurs d'ailes1 conscients ou inconscients1 rentrent dans la catgorie des tres nuisibles qu'il faudrait liminer1 si l'on veut prparer l'humanit une vie plus large1 plus joyeuse1 plus haute4 99 99 99 99 99 ,les gostes1 les esprits amers1 chagrins1 mcontents1 appartiennent la catgorie des coupeurs d'ailes actifs4 ,les premiers vont jusqu' s'imaginer qu'ils sont altruistes1 en dconseillant leur prochain toute entreprise capable de troubler la tranquillit de l'existence4 ,les ,romains font ce sujet un signe de croix spcial et disent en romanesco3 ,ne te mle de rien1 n'interviens en aucune chose1 laisse le prochain se tirer seul d'affaire et tu auras la vie paisible4 ,avec une mentalit de ce genre tout ce qui peut troubler de quelque faon le calme des journes doit tre cart1 moins que ce drangement n'apporte un avantage matriel considrable4 ,aucune force ne doit tre perdue1 disent ces faux sages4 ,calculez toujours si ce que vous donnez rapporte un bien quivalent4 ,les gens aviss mme ne se contentent pas de l'quivalent1 ils veulent un avantage suprieur4 ,on comprend o ce raisonnement mne1 ou plutt1 d'o il loigne2 en pensant ainsi1 il est naturel et logique de trouver absurdes et purils les lans d'enthousiasme pour tout ce qui ne reprsente pas1 dans la vie1 un placement profitable4 ,bien entendu1 les entreprises qui peuvent contribuer l'enrichissement du prochain n'intressent nullement ces esprits pratiques1 absorbs qu'ils sont par leurs propres poursuites2 mais si ce prochain court aprs la fortune1 les places1 la clbrit1 ils l'honorent et le jugent intelligent1 tandis qu'ils traitent tout acte gnreux d'utopie et de sottise4 ,la famille est l'un des terrains o les coupeurs d'ailes abusent de leurs ciseaux4 ,on y touffe volontiers tout esprit d'initiative4 ,les jeunes gens1 les jeunes filles doivent tre dvors de zle1 pour rsister aux douches glaces par lesquelles on accueille leurs projets1 leurs tentatives1 leurs esprances444 ,un souffle froid paralyse les membres et gle les curs4 ,que de malheureux dvoys et tombs trs bas pourraient faire remonter la responsabilit de leur vie manque aux conseils strilisants d'un pre1 d'une mre1 de parents1 d'amis pour lesquels l'horizon se limitait au pain quotidien 7assaisonn aux truffes si c'est possible17 mais toujours personnel et matriel seulement4 ,un horizon born est peut-tre sans danger pour les natures mdiocres2 pour celles qui ont de l'lan1 des besoins d'expansion1 des puissances communicatives1 d'autres lments sont ncessaires1 pour les prserver des garements et des chutes4 ,mieux aurait valu laisser dormir sous le sol les sources caches en leurs mes1 que de les dvelopper pour les empcher ensuite de rpandre librement leurs eaux4 ,certaines natures ardentes ont un besoin imprieux d'agir gnreusement1 de prendre une initiative altruiste1 d'extrioriser leurs ides et leurs enthousiasmes4 ,enlevez-leur ces possibilits1 et vous les jetez fatalement dans des recherches moins nobles ou dans la strilit que rien ne console4 ,qui n'a connu1 dans l'adolescence et la jeunesse1 des heures de cruelle dtresse morale provoques par certains sourires railleurs1 certaines paroles froides1 certains regards de piti mprisante8 ,qui ne se souvient de leur longue rpercussion8 ,il arrive des heures1 dans la vie1 o un hte mystrieux descend en nous et demande des comptes notre conscience2 celle-ci les rend en tremblant1 car un voile s'est soudain dchir ses yeux1 et elle aperoit en elle-mme des tares qu'elle ne souponnait pas ou avait oublies4 ,toutes les actions blmables qu'ils peuvent avoir commises se dressent devant les hommes en ces moments redoutables4 ,plusieurs ferment les yeux pour ne pas voir1 essayent de se rendormir1 de s'endurcir et y russissent souvent4 ,quelques-uns se repentent sincrement du mal commis et s'emploient le rparer4 ,mais souvent1 malgr leurs efforts1 la paix ne rentre pas dans leur conscience4 ,c'est qu'ils ne l'ont examine qu' la surface4 ,ils n'ont aperu que les morts dresss aux portes extrieures2 ils n'ont pas regard au fond1 l o gisaient les cadavres des mes qu'ils avaient tues1 des esprits qu'ils avaient ternis1 des yeux qu'ils avaient aveugls6 ,s'ils s'taient penchs sur ces misres1 ils auraient1 sans doute1 recul pouvants1 et une seule excuse serait sortie de leurs lvres3 ,je ne savais pas4 ,quelques-uns ajouteraient3 ,je croyais bien faire2 j'ai donn aux autres les conseils que je me serais donn moi-mme4 ,purile excuse qui ne les absout pas4 ,s'ils descendaient encore plus loin dans les profondeurs inexplores de leur conscience1 celle-ci rpondrait3 ,votre crime a t de ne pas aimer les autres et de n'avoir pas su vous aimer vous-mme#cc4 ,car apprendre bien s'aimer soi-mme est la base de tout amour1 de tout altruisme1 de toute expansion444 #cc ,voir1 dans ,ames dormantes1 le chapitre3 ,le faux amour de soi4 99 99 99 99 99 ,les gens aigris et mcontents chez lesquels la vie a soulev des levains d'amertume et dont les rancunes secrtes enveloppent l'humanit entire1 sont galement d'actifs coupeurs d'ailes4 ,ils mritent quelque indulgence4 ,d'aprs leurs expriences1 les hommes tant sans sincrit1 sans bont1 sans saveur1 ni relief d'aucun genre1 ils estiment inutiles et superflus les sacrifices faits en leur faveur4 ,ils ne peuvent supporter de voir ceux qu'ils aiment 7s'ils aiment encore quelqu'un7 perdre leurs forces et leur temps pour une humanit ingrate et ingurissable1 et ils s'imaginent donner une preuve d'intrt aux imprudents qui s'engagent sur la voie de l'altruisme en leur criant3 ,casse-cou4 ,cette catgorie de coupeurs d'ailes est moins dmoralisante que celle des vaniteux et des gostes satisfaits1 car leur aigreur et leurs rancunes visibles mettent en garde contre leurs enseignements4 ,on ne les croit qu' demi1 on devine1 sous l'amertume de leurs paroles1 de mauvais souvenirs personnels4 ,ce ne sont plus des sages remplis d'exprience qui ensevelissent en souriant sous le ridicule nos forces sensibles et imaginatives1 mais des tres qui ont souffert1 qui ont t dus et sont devenus incapables de visions douces et belles4 ,leurs lunettes sont opaques1 et les clairs rayons ne les pntrent plus4 ,leur pauvre me est gangrene par l'envie et la rancune2 des serpents s'agitent dans leurs curs1 et on les entend siffler travers les paroles qu'ils prononcent4 ,ils prouvent un malin plaisir rduire les mes qui vibrent encore1 l'tat d'aridit qu'ils sentent en eux-mmes2 ils teignent les flammes1 dflorent les croyances1 arrachent l'espoir444 ,la gat les a fuis1 ils ne peuvent plus la supporter chez les autres4 ,cependant1 sous leur masque impassible et dur1 ils rient4 ,on dirait1 les entendre1 une pluie de cailloux qui s'entrechoqueraient en tombant3 ,nous t'avons dpouill1 tu es aussi pauvre que nous maintenant1 le rteau a courb toutes les herbes folles et les fleurs superbes qui osaient lever la tte dans ton cur1 nous l'avons enfin rendu semblable au ntre3 une plaine dsole1 sans saillie et sans vgtation2 les sables du dsert et les steppes de la ,russie ne sont ni plus plates1 ni plus infcondes4 ,nous t'avons model notre image4 ,ainsi dut rire le serpent lorsque1 selon le rcit biblique1 ve couta ses raisonnements tentateurs4 99 99 99 99 99 ,mme de ,svign prtendait que si elle pouvait vivre seulement deux cents ans1 elle deviendrait la plus admirable personne du monde4 ,ces paroles dmontrent que la spirituelle marquise avait rencontr dans sa vie peu de coupeurs d'ailes4 ,peut-tre aussi la conception de l'admirable1 au dix-septime sicle1 n'tait-elle pas tout fait la mme qu'au vingtime4 ,on demande davantage aujourd'hui1 bien davantage1 non pas comme idal religieux ou moral1 mais comme idal social4 ,jansnius1 ,pascal1 sainte ,chantal1 saint ,vincent de ,paul ne peuvent plus tre gals1 mais il est certain que la vie d'une grande dame ou d'un grand seigneur sous ,louis ,,xiv n'tait pas ce qu' notre poque on appellerait admirable4 ,les hommes et les femmes d'aujourd'hui sont appels d'autres genres de vertus4 ,la valeur personnelle1 la hardiesse1 la tmrit elle-mme durant une campagne suffisaient au dix-septime sicle laver un homme de toutes les taches2 les vertus civiques ne lui taient pas demandes1 et quant la femme moderne elle ne correspond1 certes1 plus au type admir du temps du grand ,roi4 ,cependant1 cette poque o l'on ne connaissait gure1 en fait d'initiative1 que les entreprises guerrires et les fondations religieuses1 les coupeurs d'ailes existaient dj et essayaient de tuer l'lan des mes vers l'idal gnreux4 ,ils ont d natre avec le pch et ont t1 certes1 pendant tous les stages de l'humanit les plus grands empcheurs de beaut et de bont4 ,s'ils l'avaient pu1 ils auraient voil les teintes de l'aurore1 noirci la pourpre des couchants1 sali les ptales des roses1 souill les eaux courantes1 altr la saveur des fruits et le parfum des fleurs4 ,leur vie consiste dtruire2 on dirait qu'ils subsistent du sang des mes qu'ils ont vides4 ,dans la triste numration des coupeurs d'ailes1 il ne faut pas oublier les imbciles honntes qui taillent et coupent par simple sottise et absence de comprhension1 parce qu'ils ne voient pas et ne se rendent pas compte qu'une conscience nouvelle est en train de se former dans l'humanit4 ,ils croient bien faire en loignant leurs enfants et leurs amis de tout ce qui peut augmenter l'effort et charger l'existence de proccupations impersonnelles4 ,ils ne sentent pas que le secret du bonheur est justement dans ce qui arrache l'homme la contemplation de lui-mme et la recherche de son propre intrt4 ,dans la crainte d'appauvrir ceux qu'ils se figurent aimer1 ils s'emploient rtrcir le cercle de leurs ides1 de leurs proccupations1 de leurs labeurs1 ne comprenant pas que c'est1 au contraire1 dans la libre expansion de ses forces que l'homme peut s'enrichir4 ,les femmes sont de plus frquentes coupeuses d'ailes que les hommes1 parce qu'elles entrent plus volontiers dans le dtail de la vie des autres et s'y arrtent davantage4 ,dans un beau livre rcent1 ,m4 douard ,schur parle loquemment de la femme inspiratrice1 l'un des plus grands rles que la femme puisse remplir en ce monde4 ,pourquoi le recherche-t-elle si rarement1 mme quand elle est intelligente et intuitive8 ,simplement parce que les femmes sont habitues1 par atavisme et par habitude1 au mtier de coupeuses d'ailes4 ,les bas instincts de leur temprament les poussent empoigner le ciseau3 esprit d'avarice et d'ordre2 proccupation de l'intrt personnel et familial6 ,ayant mal compris la famille et la maternit1 les ayant transformes en coles d'gosme1 la femme peut difficilement remplir cette mission laquelle la pousseraient cependant tous les cts levs de sa nature4 ,mais il y a conflit entre son ego suprieur et sa personnalit terrestre4 ,celles qui ont le courage et la force de vivre hors d'elles-mmes1 absorbes par l'ide pure ou par l'amour1--qui leur fait dsirer que l'objet de cet amour atteigne les hautes cimes dont elles ont la vision intuitive1--peuvent seules devenir inspiratrices4 ,les femmes1 du reste1 ddaignent aujourd'hui tout ce qui les efface2 elles ne s'aperoivent pas que ce rle est suprieur l'autre1 car la ,muse a toujours plan plus haut que le pote4 ,si les compagnes de l'homme employaient leur charme et leur fminit pousser celui-ci1--dans les ordres d'ides les plus diffrents1--vers ce qui est grand et beau1 toutes les formes de l'amour s'ennobliraient4 ,la mission d'inspiratrice met en jeu les deux qualits matresses de la femme3 l'intuition et le sentiment4 ,mais parce qu'elle la laisse dans l'ombre1 la femme n'en a compris que rarement la grandeur4 ,dans l'histoire1 en effet1 nous rencontrons quelques inspiratrices pour un nombre infini de coupeuses d'ailes4 ,dans la vie actuelle1 le type se perd2 la femme intelligente et cultive veut immdiatement produire elle-mme4 ,bien entendu1 le titre d'inspiratrice ne peut s'appliquer aux femmes qui poussent l'homme des actions cruelles et basses1 ni celles qui1 dans un but d'intrt personnel1 exasprent son ambition d'argent ou de clbrit4 ,c'est1 en tout cas1 de l'inspiration rebours1 car elle s'adresse aux cts les plus vulgaires de la psych masculine4 ,la femme rellement inspiratrice peut tre compare l'toile du matin4 ,nous en avons vu1 dans l'histoire1 de pures et de froides comme ,hypathie1 et ce type de jeune ,minerve se renouvellera probablement2 notre poque de culture fminine en produira sans doute quelques exemplaires4 ,mais1 dit ,richard ,wagner1 l'inspiration ne nous vient que de l'amour2 par consquent1 c'est toujours travers l'amour que la femme parviendra le plus srement tre l'inspiratrice de l'homme4 ,malheureusement1 l'amour1 o le trouve-t-on aujourd'hui et de quelle qualit est-il8 ,l'me de la femme s'est tourne vers la jouissance1 le bien-tre1 la toilette1 le luxe sous toutes ses formes4 ,a quoi peut-elle pousser l'homme1 sinon la recherche du gain8 ,mme s'il est littrateur ou artiste1 et qu'elle le force au travail1 son inspiration ne saurait tre leve4 ,comme elle tient avant tout au succs bruyant1--car il est le plus rapidement rmunrateur1--elle l'incite produire selon le got du public et se proccupe1 non de la beaut de l'uvre mais de son rapport4 ,la femme actuelle1 mme si elle n'est pas une coupeuse d'ailes et respecte l'art ou le travail de l'homme1 est rarement une vritable inspiratrice1 car1 par ses calculs1 elle rabaisse1 au lieu de l'lever la mentalit masculine1 et voit avant tout1 en toutes choses1 les rsultats d'argent4 ,ce nom si juste d'associe que lui donnent les romanciers modernes1 prouve quel point la femme d'aujourd'hui est une collaboratrice d'intrts plus que d'ides4 ,c'est donc avant tout la psych fminine que l'ducation doit transformer et spiritualiser4 ,il faut enseigner la femme le grand et large sens du mot inspiratrice4 ,lorsque l'quilibre sera rtabli1 aprs le conflit des sexes auquel nous assistons aujourd'hui1 elle comprendra mieux1--son esprit s'tant largi et dbarrass du prjug d'aprs lequel l'ignorance et la purilit sont des grces de son sexe1--quel est le rle auquel le plan divin la destinait4 ,et ainsi1 le nombre des coupeurs d'ailes diminuera4 ,la femme1 rejetant loin d'elle les ciseaux avec lesquels tant de fleurs en germe ont t coupes1 convaincra l'homme que lorsqu'il empche des ailes de crotre1 sous le souffle gel de son sarcasme1 il commet un crime social dont il devra rendre compte1 tout comme s'il avait contribu tarir la vie physique d'un tre humain4 ,,chapitre ,,vi ,,les ,,fils ,,de ,,narcisse ,il est bien temps que l'humanit1 comme ,narcisse qui s'admirait la fontaine1 s'arrache enfin cette contemplation strile4 ,,gr,n4 ,narcisse n'a pas laiss de descendants directs4 ,il est mort de la contemplation de sa propre beaut1 avant d'avoir connu l'amour2 mais ses descendants indirects sont lgion1 et tous portent en eux-mmes un principe identique de strilit et de mort4 ,les mythes anciens ont des significations profondes1 et les vrits qu'ils renferment peuvent s'appliquer encore nos faons actuelles de vivre et de sentir4 ,le sort lamentable du fils de ,cphise menace toute une catgorie d'tres1 qui tranent une existence infconde et aride au lieu de s'panouir au soleil de l'amour1 de la piti1 de la justice4 ,et personne ne songe les sauver4 ,les philosophes et les psychologues s'occupent d'eux thoriquement1 mais les moralistes et les ducateurs les abandonnent2 ils devraient1 au contraire1 donner1 dans leurs proccupations1 une trs large part aux maladies de la personnalit1 c'est--dire chercher les moyens d'viter qu'elles se dveloppent1 car enrayer leurs effets lorsqu'elles se sont dj manifestes1 demande des efforts dmesurs et d'ordinaire inutiles4 ,si dans la vie domestique1 sociale1 politique1 les rapports des hommes entre eux sont hrisss de difficults1 si tant de bonnes intentions avortent1 si le bien est malais mettre en pratique1 si les plans les mieux tablis s'croulent sans raison apparente1 il faut en chercher la cause bien plutt dans l'excs du personnalisme que dans la mchancet des hommes ou dans leurs vues intresses1 puisque ces mmes difficults surgissent entre des gens honntes qui1 pris part1 aspireraient au bien1 l'activit harmonieuse des forces bonnes1 mais qui n'ont pas dsappris de sentir leur moi4 ,or1 ce moi se dresse prpondrant dans toutes les circonstances1 il aveugle1 diminue1 empche444 ,il suffit d'un peu d'attention pour constater le phnomne3 le perfide conseiller est presque toujours le personnalisme4 ,dominateur secret de l'me1 il empoisonne ce qu'il touche1 et l'on arrive plus facilement touffer un mauvais sentiment qu' se soustraire son subtil empire dont1 parfois1 on n'a mme pas conscience4 99 99 99 99 99 ,cette vision du moi surgissant1 s'affirmant et dbordant1 provoque en quelques-uns un agacement ddaigneux1 et elle humilie ceux qui savent percevoir en eux-mmes le levain hassable4 ,elle veille1 au contraire1 dans les esprits plus objectifs1 de la tristesse et de la piti4 ,quoi de plus pitoyable1 en effet1 que cet attachement violent une chose aussi mesquine1 aussi secondaire1 aussi transitoire que notre individualit sociale3 ,l'homme6 ,ses jours sont comme l'herbe4 ,il fleurit comme la fleur des champs444 ,lorsqu'on veut passer sur elle1 elle n'est plus1 ,et le lieu qu'elle occupait ne la reconnat plus#cd6 #cd ,ps4 #ajc--ae1 #af4 ,la proccupation de l'individualit sociale1 voil la plaie de notre poque1 plaie tendue toutes les parties du corps1 c'est--dire toutes les catgories d'tres6 ,c'est vraiment le moi hassable dont parle ,pascal4 ,celui que ,montaigne goustait tant et qui l'occupait sans cesse devait tre d'une autre essence4 ,ce qui est immortel chez l'homme a une valeur incommensurable1 ce qui le rattache l'me universelle et le rend cooprateur de l'volution gnrale est galement sans prix4 videmment aussi1 il doit aimer d'une certaine faon son moi terrestre#ce1 pour le perfectionner1 mais combien sont inutiles les petites vanits1 les petites vellits dominatrices1 et quel empchement elles sont pour la vie1 l'activit1 l'initiative bienfaisante6 #ce ,ames dormantes4 ,voir le chap43 ,le faux amour de soi4 ,les tres envahis par le personnalisme ne parviennent jamais donner leur mesure2 un poison court dans leur sang1 qui empche toute croissance1 les anmie et les rduit au rachitisme moral4 ,l'erreur est de croire--et cela arrive mme aux plus intelligents--qu'en magnifiant son moi1 on acquiert une individualit plus marque et plus intressante4 ,or c'est le vrai moyen de la perdre4 ,l'originalit vraie--oh6 pas la fausse1 qui est bien la plus odieuse des marchandises frelates6--provient presque toujours d'un esprit objectif dou de la perception nette des valeurs4 ,les gens conscients de leur importance voient rarement le ct drle des tres et des choses4 ,leur moi1 toujours dress devant eux1 oblitre leur vision4 ,en gnral1 on reconnat les personnalistes au vague de leur regard qui ne ressemble en rien au vague des gens proccups d'une affaire ou d'une ide4 ,c'est eux-mmes qu'ils contemplent4 ,il ne faut pas confondre les maladies de la personnalit avec l'gosme ou l'orgueil4 ,on peut tre altier1 insolent1 cyniquement absorb par ses intrts et son bien-tre1 et ne pas avoir le culte du moi1 tandis que les fervents de ce triste autel sont souvent des timides1 et possdent parfois des qualits altruistes4 ,mais leur bont est strile1 gte par des exigences et des susceptibilits1 et presque toujours elle manque de discernement4 ,le personnalisme revt1 du reste1 comme chaque phnomne humain1 des formes diverses1 et on ne le reconnat pas toujours aux mmes symptmes4 ,quelques-uns cependant ne manquent jamais de se produire1 semblables au frisson spcial qui accompagne les fivres de malaria4 ,tous les climats et toutes les ambiances lui sont bons2 il nat et se dveloppe sous toutes les latitudes sociales4 ,certains sols1 videmment1 sont plus fertiles que d'autres1 et il trouve des centres de culture intense1 dans les loisirs et la vie aise1 vaniteuse et frivole des classes qui s'amusent4 ,les femmes y sont plus sujettes que les hommes1 parce que ceux-ci s'acharnent aprs les ralits et que les chimres les occupent moins2 mais quand le personnalisme s'empare d'eux1 il choque davantage1 car ils l'talent avec ingnuit et ne savent pas le dissimuler avec grce4 ,on ne le rencontre pas seulement dans les milieux oisifs4 ,que d'hommes possdant de relles capacits ne russissent pas dans leur carrire et suscitent des hostilits que leurs actes ne justifient pas4 ,le public est surpris1 eux-mmes s'affligent et s'tonnent et ne devinent point que le coupable est leur moi trop visible qui agace1 irrite1 loigne4 ,d'autres deviennent1 par excs de personnalisme1 la proie de maladies nerveuses qui peu peu affaiblissent leur intelligence4 ,mais1 objectera-t-on1 pourquoi les hommes temprament de fauves et de carnassiers1 qui n'ont jamais une pense gnreuse pour autrui1 qui veulent tout absorber et tout dominer1 sont-ils ceux qui exercent le plus d'autorit et soumettent leurs dsirs les volonts rebelles8 ,n'est-ce pas l de l'individualisme outrance8 videmment1 mais poursuivre une proie1 s'en emparer et la ravir de force ne reprsente pas une maladie de la personnalit2 c'est de l'ambition sans scrupule1 de l'avidit brutale1 de la frocit1 tandis que le paon qui1 sans nuire personne1 fait tranquillement la roue dans un jardin prsente tous les symptmes ridicules du personnalisme4 ,chez quelques individus1 la maladie est chronique2 chez d'autres1 elle n'a que des manifestations passagres4 ,ces malades crises momentanes sont en mesure de constater ce que cette infirmit leur fait perdre et combien elle diminue leur prestige et leurs possibilits de succs4 ,n'tant pas devenue habituelle1 elle les gne aux entournures1 les rend gauches1 maladroits444 ,j'ai reu ce sujet plus d'une pnible confidence3 ,quand l'accs nous prend1 tout s'obscurcit1 nous perdons nos facults de sympathie1 notre puissance d'expansion2 nous sentons comme un mur pais entre nous et les autres1 entre nous et les beauts de l'univers4 ,la joie dserte notre cur1 il se dessche1 s'appauvrit1 nous devenons inquiets1 chagrins1 de faon dsobligeante4 ,oh6 l'il des distraits par personnalisme1 il se reconnat entre mille6 ,beaucoup de gens trs impersonnels ont des distractions1 parce qu'ils suivent une ide ou qu'ils sont accabls sous des soucis trop lourds1 mais leur regard est d'autre sorte1 et sa fixit ne provient point de ce qu'ils contemplent leur propre image physique et morale4 ,or1 c'est l justement le trait caractristique des personnalistes2 ils ont toujours l'air de se mouvoir1 comme s'ils se miraient dans une glace4 ,dtail sans importance1 dira-t-on4 videmment3 l'important est la mentalit dont il procde4 ,cette proccupation incessante et maladive du moi n'apparat pas toujours dans les rapports superficiels1 mais ds qu'on est li par un intrt commun1 ou qu'on travaille1 sous une forme quelconque1 avec un personnaliste1 immdiatement elle se rvle4 ,les chrtiens y sont sujets comme les athes1 les bons comme les mauvais1 les inintelligents comme les gens d'esprit4 ,quelques personnes habiles russissent dissimuler longtemps cette plaie secrte4 ,on prouve auprs d'elles un malaise indfinissable1 on ne sait pourquoi la sympathie ne grandit pas1 puis tout d'un coup la vrit se fait jour1 provoque par un incident quelconque1 et l'on comprend alors ce qui rendait les progrs difficiles et pour quelle raison la lumire manquait4 ,le bacille de la maladie existe l'tat latent dans tous les tres2 mais il reste en germe chez les natures trs hautes et trs simples2 chez d'autres1 il est domin par la volont altruiste1 sans parler des forces spirituelles qui peuvent aider l'touffer4 ,malheureusement la plupart des mes ne songent nullement le combattre1 on dirait plutt qu'elles emploient leurs nergies le dvelopper4 ,maurice ,barrs a dit que l'essentiel tait de cultiver son jardin4 ,il a raison1 seulement il faut s'entendre sur le mot culture4 ,pour qu'un jardin soit bien tenu1 les mauvaises herbes doivent en tre arraches4 ,le personnalisme est un parasite qui absorbe le suc des belles et bonnes plantes et les empche de prosprer4 ,ne pas le dtruire temps quivaut l'un des plus grands crimes que l'on puisse commettre contre soi-mme4 ,ce n'est pas un paradoxe4 ,l'exprience de la vie morale le prouve tout instant3 les biens affluent1 mesure que l'on renonce soi-mme2 j'entends les biens intrieurs4 ,du reste les biens extrieurs prennent aussi parfois la mme route1 mais ces derniers comptent peu pour le bonheur1 si l'illumination du cur et de l'esprit manque4 ,la misanthropie de beaucoup de gens prospres1 qu'aucun chagrin ne courbe1 en est la preuve indiscutable4 ,la tristesse des riches1 quel chapitre suggestif crire6 99 99 99 99 99 ,les personnalistes sont rarement occups de leur ego suprieur3 c'est toujours leur moi transitoire qui les attire1 les charme1 les retient444 ,plusieurs manifestent une ingnuit singulire2 leur confiance dans l'aveuglement et la bienveillance d'autrui est extrme1 car1 sans craindre le ridicule1 ils ramnent tout eux-mmes6 ,que vous parliez de l'impt progressif1 de la question marocaine ou de la sparation de l'glise et de l'tat1 ils trouvent le moyen d'y faire entrer leur personnalit4 ,s'agit-il d'art1 de littrature1 c'est pire encore6 ,eux1 toujours eux6 ,ce serait grotesque1 si ce n'tait pas triste4 ,mme dans leurs lans gnreux1 ils se regardent agir et ne peuvent s'empcher d'attirer l'attention sur leurs actes altruistes ou aimables4 ,jamais le dsir de laisser ignorer leur main droite ce que leur main gauche a fait1 ne leur vient4 ,et ainsi ils perdent la joie du don silencieux4 ,les formes du personnalisme varient suivant les sexes1 et sont innombrables4 ,comme nous l'avons remarqu dj1 les hommes1 plus proccups du ct lucratif de l'existence1 des gains qu'ils recherchent1 des places qu'ils ambitionnent1 des plaisirs qu'ils poursuivent1 pensent moins se donner de l'importance mondaine2 cette tendance se manifeste davantage dans les vies fminines oisives et vides4 ,je connais une femme au cur excellent1 et qui peut avoir de l'esprit quand elle s'oublie1 avec qui toute conversation gnrale est impossible1 car toujours elle entre en scne1 quelles que soient les questions qui se discutent4 ,l'loge des autres lui est insupportable1 non parce qu'elle est mchante ou envieuse1 mais parce qu'elle craint de voir1 dans cette louange qui ne lui est pas adresse1 une diminution de sa personnalit4 ,sans cesse l'afft des mots flatteurs1 la pauvre femme les recueille soigneusement1 leur prte forme et vie et les incruste dans son cur4 ,aprs vingt ans1 elle dira3 ,a tel jour1 telle heure1 dans tel lieu1 il m'a dit cela64 ,et cet il reprsente une personne indiffrente1 insignifiante2 elle a oubli jusqu' son visage1 mais se rappelle ses fades compliments6 ,cette soif insatiable de louanges est d'autant plus singulire1 que la femme dont je parle a t belle1 qu'elle est intelligente1 lgante444 ,pourquoi cet amour-propre souffrant8 ,je connais le secret de son mal4 ,malgr sa beaut et sa bont1 elle n'a pas obtenu les affections profondes1 ardentes1 fidles auxquelles ses qualits lui donnaient droit2 son personnalisme excessif a dtach les curs4 ,mari1 enfants1 amis ont inconsciemment senti la purilit de sa pense4 ,et maintenant1 en son me meurtrie1 des rancunes grondent contre ceux qui ne lui ont pas suffisamment donn4 ,et ainsi sa vie se consume dans de petits griefs et des susceptibilits douloureuses4 ,tout ce qui1 dans le mouvement moderne de l'existence1 contrarie ses gots et ses habitudes1 lui parat une offense personnelle4 ,elle s'tend indfiniment sur les plus minces dtails de ses contrarits1 inconsciente du grand cri de souffrance qui traverse le monde4 ,mme quand elle se dvoue pour les autres1 son dvouement ne lui donne pas de joie1 parce que son imagination magnifie ses bienfaits1 et que la reconnaissance qu'on lui en tmoigne n'arrive jamais la hauteur o elle les place4 ,sans tre filleule de fe ou filleule de pape1 elle avait reu sa naissance une merveilleuse layette1 une seule pice manquait3 la facult de s'oublier6 ,or1 toutes les tristesses de sa vie dcoulent de cette lacune dans son trousseau d'enfant4 ,plus tard1 personne ne lui a enseign la grande loi de l'impersonnalit1 n'a ouvert ses yeux cette vrit fondamentale que1 pour acqurir1 il faut d'abord renoncer4 ,et le cur gnreux que ,dieu lui avait donn s'est strilis peu peu--ou du moins ses battements se sont circonscrits et1 riche de dons de toute espce1 elle est devenue la plus pauvre des femmes6 ,j'en connais une autre1 d'esprit plus vif1 plus critique1 d'un altruisme charmant1 une vraie faiseuse de joies1 dont le personnalisme revt une toute autre forme4 ,il faut la connatre intimement pour le percevoir4 ,elle parle toujours des autres1 rarement d'elle-mme1 comprend toutes les ides gnrales et s'y intresse4 ,cependant1 sous son apparente gaiet1 elle est horriblement malheureuse2 il lui est impossible de se rsigner vieillir1 non prcisment par vanit ou coquetterie1 mais parce que la pense de devoir rester en arrire1 de participer de moins en moins au mouvement de la vie lui est insupportable4 ,mme dans sa jeunesse1 elle tait perscute par cette crainte et n'a jamais su se reposer dans une quitude heureuse ou jouir paisiblement de ses bonheurs4 ,elle a1 pour ainsi dire1 la hantise du mouvement4 ,sentant sa personnalit dans tout1 se voir dpasse par les gnrations nouvelles la point douloureusement4 ,c'tait une me d'avant-garde2 elle refuse de se joindre au gros de l'arme4 ,de ce personnalisme trs spcial1 son entourage ne souffre pas1 mais elle en est victime4 ,c'est un rongement intrieur qu'elle trompe par une activit incessante1 mais dont elle ne peut se dlivrer4 ,si elle parvenait comprendre que la vie est une cole et une mission1 que nous faisons partie d'un grand ensemble dans lequel tous ont un rle remplir et que1 dans cet immense orchestre de l'univers1 chaque instrument a une valeur propre1 son inquitude se calmerait4 99 99 99 99 99 ,l'agitation qui nerve et torture certaines mes bonnes est pnible constater4 ,on voudrait les pacifier1 les adoucir1 verser un baume sur les plaies saignantes de leur amour-propre1 et on n'y russit pas4 ,elles ont d'excellentes intentions dont le personnalisme gte les effets4 ,les uvres sociales et philanthropiques offrent cet gard au psychologue un curieux champ d'observation4 ,dans ce milieu spcial1 aprs quelques jours de contact1 on peut dresser le bilan de l'empire du moi sur les caractres4 ,il est tellement prpondrant chez certaines natures1 que leur part dans l'ensemble de l'uvre est pour elles la seule importante4 ,sans scrupules1 elles absorbent leur profit les heures dont l'assemble dispose1 elles demandent la parole tout propos1 ne rflchissent jamais que leur manire d'tre est semblable celle d'un invit qui1 un repas1 confisquerait tous les plats pour son propre et unique usage4 ,elles trouvent le moyen d'occuper sans cesse d'elles-mmes1 font obstacle toutes les propositions d'autrui pour se donner de l'importance1 se plaignent1 s'imaginent qu'on leur manque1 croient toujours devoir expliquer leurs actes ou leurs paroles1 se dgotent des uvres o elles ne peuvent suffisamment dominer3 ,je vais tout lcher1 crient-elles sur un ton de menace purile1 semblables ces hommes publics qui parlent sans cesse de donner leur dmission comme s'il s'agissait1 pour le pays1 d'un effroyable malheur4 ,parfois1 des tres d'apparence trs modeste se rvlent1 la stupeur gnrale1 d'outranciers personnalistes1 et il n'y a rien de plus triste que ce moi arrogant dans des conditions mesquines de vie ou d'intelligence2 les allures et les paroles sont humbles1 mais l'objectivit manque toujours4 ,cette idoltrie du moi pourrait divertir1 si la piti ne l'emportait sur l'amusement4 tre amoureux de soi-mme ne mne pas toujours la mort1 comme pour ,narcisse1 mais c'est la neurasthnie brve chance1 le malheur certain4 ,il y a cependant des exceptions4 ,une femme de ma connaissance se console de tous ses chagrins par la vision de sa personnalit4 ,trs imaginative1 elle se pose en hrone ses propres yeux et se regarde agir et vivre comme elle lirait un roman palpitant2 mme1 quand elle accomplit des actes dvous et aimables1 elle pleure volontiers d'attendrissement4 ,la nature l'ayant doue d'une dmarche onduleuse et lgre1 elle est tellement persuade que des yeux charms suivent ses moindres pas1 que son visage reflte ingnument cette conviction4 ,lorsqu'elle perdit son mari1 le monde s'apitoya sur elle et sur le changement que cette mort apporterait dans ses habitudes4 ,son mdecin eut un sourire3 ,ne la plaignez pas--dit-il--elle se trouve intressante et aurait t dsole de ne pouvoir raliser le tableau que son imagination lui avait dpeint d'avance3 longs vtements de deuil1 exclamations de piti sur son passage1 paroles hautement rsignes sortant de ses lvres444 ,les littrateurs et les artistes1 ceux qui recherchent la vanit et l'apparence des choses1 sont frquemment victimes du personnalisme4 ,j'ai rencontr un homme d'un talent multiple et brillant qui donnait de grandes esprances4 ,malheureusement1 il tait personnaliste4 ,comme il ne manquait pas d'intuition1 il feignait de se passionner pour les ides gnrales ou pour celles d'un parti ou d'un groupe1 et s'alambiquait le cerveau afin de trouver des mots intelligents et profonds1 aptes donner aux autres l'illusion de l'intrt qu'il leur portait4 ,mais ses yeux le trahissaient toujours4 ,lorsqu'il s'exaltait sur ses croyances religieuses ou sociales1 une petite lueur moqueuse dansait1 son insu1 dans un coin de sa prunelle1 et lorsqu'il posait pour l'altruisme1 une expression d'ennui en altrait subitement la flamme4 ,dpourvu de sincrit dans le caractre1 il en avait trop dans le regard4 ,il finit par s'aliner la plupart des esprits1 mme ceux des plus froces gostes1 gens pratiques1 hostiles la purilit des fictions et1 ds lors1 il fut relgu parmi les quantits ngligeables4 ,oh6 ces amours-propres sur le qui-vive1 quelle erreur1 mme au point de vue utilitaire professionnel1 de ne pas les touffer6 ,ils enlvent la prsence d'esprit1 rompent les courants de sympathie et dtruisent toute confiance dans le srieux des opinions professes4 ,je sais bien que la plupart des renommes n'ont pas pour base le srieux des opinions1 mais on ne saurait assez le rpter3 le personnalisme n'est jamais un lment de succs4 ,l'gosme1 l'audace1 l'absence de scrupules sont des forces positives et agissantes2 le personnalisme n'est qu'une faiblesse et touche au ridicule4 ,or1 le ridicule444 99 99 99 99 99 ,l'essentiel serait donc1 comme je l'ai dit en commenant1 d'empcher chez l'enfant le dveloppement excessif du moi1 et de bien diriger ce qu'il est ncessaire d'en garder4 ,extirper les instincts individuels serait chose impossible et rduirait l'humanit l'tat de troupeau inconscient1 mais arracher d'un jardin les plantes parasites1 n'est-ce pas le rendre plus touffu et plus vert8 ,malheureusement1 l'herbe personnalisme ne se laisse pas volontiers couper4 ,du reste1 l'a-t-on jamais tent srieusement8 ,on rpondra que la doctrine du renoncement est contenue dans l'enseignement religieux4 ,en thorie1 oui1 certes1 on l'indique au chrtien comme l'effort suprme vers la saintet1 mais1 en pratique1 s'est-on beaucoup occup de faire pntrer dans le cerveau des enfants cette grande loi et ses inluctables consquences8 ,il ne faut pas oublier1 non plus1 que l'enseignement religieux occupe peu de place dans l'ducation actuelle1 et que toute une catgorie d'tres en est prive4 ,nombre d'esprits sagaces sont persuads que l'exprience seule peut dmontrer aux hommes la ralit1 la fois consolante et redoutable1 de la loi du renoncement4 ,mais ne serait-ce pas rendre service aux gnrations futures1 que d'ouvrir d'avance leurs yeux ce que la vie doit leur apprendre8 ,n'y tant pas prpares1 elles risquent de rester aveugles et sourdes ses enseignements4 ,que de personnalistes ne voyons-nous pas rester perptuellement inconscients du mal qui ronge leur psych1 assombrit leurs jours et enlve toute saveur leurs plaisirs6 ,les anciens offraient aux ,furies des couronnes et des guirlandes de narcisses4 ,que de vrit dans ce symbole6 ,l'homme recle en lui des passions varies et diverses2 le but de son existence est probablement d'apprendre les dominer4 ,mais il les combat sans vaillance1 par peur de dcolorer sa vie4 ,quand se persuadera-t-il qu'il y en a une au moins dont il doit se dbarrasser1 parce qu'elle est mlancolique1 morne et nervante1 parce qu'elle le rend esclave de ses nerfs1 accentue ses peines1 l'empche de crotre et de s'panouir joyeusement8 ,si les ducateurs trouvent l'me de l'enfant trop frle pour la nourriture des forts1 et s'ils croient son cerveau trop faible pour comprendre la loi suprme que renoncer c'est gagner1 ils devraient du moins lui apprendre mpriser le petit personnalisme1 comme une manifestation ridicule de la vanit humaine4 ,l'ducation a t base jusqu'ici sur un faux principe4 ,en dehors de la religion1 on n'a jamais fait sentir suffisamment l'homme sa grandeur et sa petitesse4 ,s'il en avait une notion mme vague1 il ne donnerait pas d'importance ce qui n'en mrite point2 nous verrions une humanit plus digne et plus heureuse1 et les personnalistes au front born et sombre1 au sourire artificiel ou niais encombreraient de moins en moins la route des gens de bonne volont qui essayent de diminuer la souffrance humaine et de crer autour d'eux un peu de joie4 ,il suffirait1 pour cela1 de persuader aux hommes1 qu'ils ne sont qu'une infime partie du grand univers1 mais que cette infime partie est immortelle4 ,,chapitre ,,vii ,,les ,,femmes ,,et ,,la ,,toilette ,la femme sage btit sa maison1 et la femme insense la renverse de ses propres mains4 ,,proverbes4 ,blmer l'lgance chez la femme m'a toujours paru une sottise au point de vue esthtique et mme thique4 ,de jeunes et jolies cratures bien pares sont une fte pour les yeux2 quant aux femmes mres ou vieilles1 elles devraient soigner leur personne jusqu'au raffinement1 la recherche de la propret scrupuleuse et de l'harmonie extrieure tant un devoir auquel--n'importe sous quel prtexte--on a toujours tort de manquer4 ,une tenue nglige indique1 dans la plupart des cas1 la prsence de la paresse accroupie dans nos curs ou une vision incomplte de ce que nous devons aux autres et nous-mmes4 videmment1 l'ouvrire ou la bourgeoise pauvre ou presque pauvre1 oblige de se lever aux petites heures du matin pour les soins du mnage1 des enfants1 et se rendre elle-mme au travail1 ne peut consacrer beaucoup de temps la toilette de sa personne4 ,cependant1 mme dans ces conditions difficiles d'existence1 que d'aspects diffrents les femmes revtent6 ,il y en a de propres1 de bien coiffes1 avec des vtements nets2 d'autres sont cheveles1 mal tenues1 et1 au premier regard1 on s'aperoit que l'eau joue1 dans leurs habitudes1 un rle secondaire4 ,les soins personnels me semblent donc reprsenter1 pour la femme1 un imprescriptible devoir qui1 mesure que ses conditions de fortune s'amliorent et que ses loisirs augmentent1 doit tre rempli plus scrupuleusement4 ,il est ncessaire de le lui enseigner ds l'enfance1 puisqu'il reprsente une partie de ce respect de soi-mme sans lequel il n'y a pas de dignit possible4 ,la femme riche1 a en outre1 l'obligation de dpenser largement1 le luxe tant1 parat-il1 une ncessit sociale4 ,les conomistes nous assurent que s'il disparaissait tout coup1 une effrayante crise en serait la consquence2 il faut donc le maintenir6 ,un luxe intelligent contribue1 du reste1 au progrs gnral et au dveloppement du sens esthtique4 ,ceux qui prconisent l'tablissement d'innombrables fabriques de bas et de souliers remplaant les industries lgantes1 prparent une socit o la mdiocrit deviendrait la dominatrice absolue4 ,le got du beau1 inn chez l'homme de certaines races1-- des degrs diffrents bien entendu1--empchera1 il faut l'esprer1 le triomphe de la doctrine de l'uniformit dans la laideur4 ,si elle s'imposait1 tout ce que la main de l'homme peut dtruire risquerait de disparatre4 ,la beaut inutile tant considre comme un luxe coupable au point de vue social1 on abattrait les arbres des forts1 on arracherait les fleurs des jardins1 on gorgerait les rossignols et les alouettes4 ,que de vandalismes n'a pas dj fait commettre cette recherche de l'utile au dtriment du beau6 ,cela revient dire qu'on ne doit tre iconoclaste en rien1 et qu'il faut respecter tout ce qui peut charmer le regard1 mme les ornements fminins6 ,mais1 ne l'oublions pas1 la divine mesure est indispensable en cela aussi3 lorsque l'quilibre se rompt entre les parties d'un difice1 celui-ci s'croule4 ,le soleil est la source de la vie1 et pourtant1 s'il ne pleut pas pendant trois mois1 ses rayons bienfaisants se changent en maldiction pour les champs qu'ils brlent4 ,si le cours d'eau qui alimente les usines et fconde les terres environnantes dborde violemment1 il dtruit les btiments des fabriques et ruine l'agriculture4 ,or1 en ce moment1 l'excs du luxe dans la toilette des femmes peut tre compar un fleuve qui aurait rompu ses digues en emportant tout sur son passage3 dignit personnelle1 bien-tre1 honorabilit de la famille1 paix du cur6 ,il suffit de remonter de quelques annes en arrire1 pour se rendre compte du bond formidable accompli1 dans le budget d'une maison1 par le chiffre de la toilette fminine4 ,tout a augment1 diront ceux qui ne supportent pas la critique des travers de la socit actuelle4 ,oui1 certes1 mais pas dans d'aussi effrayantes proportions4 ,une statistique en ce genre serait curieuse et devrait tenter un conomiste sociologue4 ,il faudrait examiner une srie de budgets de cent1 cinquante1 trente mille francs de rente1 etc41 tels qu'ils taient tablis1 il y a vingt ans1 les explorer item par item1 puis les comparer ceux d'aujourd'hui1 bass sur la mme somme1 et voir comment ils se divisent actuellement4 ,l'on se rendrait compte alors1 que les dpenses de madame ont augment de faon anormale4 ,si elles ne figurent pas ouvertement dans les comptes1 c'est pire encore1 car cette lacune indique des dsordres de conduite ou des ressources inavouables4 ,il y a donc excs4 ,c'est d'autant plus grave que les fortunes1--sauf dans l'industrie1 la banque et les spculations1--ont presque toutes diminu par l'abaissement gnral du taux de l'intrt des fonds d'tat2 pour subvenir cet accroissement des frais de toilette1 on a d rogner sur des catgories autrement importantes1 autrement ncessaires au bien-tre gnral1 si on ne les a pas compltement supprimes4 ,comment faire comprendre aux femmes quel point ce dsquilibre est inutile1 dsavantageux et prilleux pour elles8 ,comment leur dcouvrir le pige qui se cache sous l'encouragement que les hommes donnent volontiers1 aujourd'hui1 au dbordement du luxe fminin8 99 99 99 99 99 ,une partie des sentiments altruistes consiste ne pas veiller des impressions pnibles chez ceux qui nous approchent et ne pas les exposer des tentations inutiles4 ,ainsi une femme trs riche ne devrait pas dpasser dans le luxe de ses toilettes ce que la femme dont la fortune est d'un degr infrieur la sienne peut s'accorder4 ,celle-ci1 son tour1 devrait avoir les mmes scrupules vis--vis de sa sur en ve1 qui dispose de ressources plus mdiocres4 ,cet esprit de modration tablirait une chelle dans les dpenses qui maintiendrait une sorte d'quilibre et imposerait une simplicit proportionnelle4 ,le petit sacrifice1 tant volontaire1 paratrait peut-tre moins lourd4 ,dans toutes choses1 celles en particulier qui touchent aux responsabilits morales1 il faut d'abord s'adresser la sensibilit des gens qu'on dsire convaincre4 ,les autres arguments n'ont qu'une efficacit mdiocre4 ,afin d'arrter les femmes sur la pente qui risque de leur faire perdre les srieux avantages qu'on essaye d'obtenir pour elles1 il n'y a pas d'autre systme4 ,leur raison n'ayant pas suffi les mettre en garde contre les piges de certains courants1 on doit faire appel leur cur4 ,il serait dommage que l'excs de leur frivolit et leur amour dsordonn du chiffon arrtassent le grand mouvement qui1 partant d'un petit nombre de consciences1 a fini par pntrer l'me du monde4 ,beaucoup de femmes1 il est vrai1 ne se soucient nullement de ces avantages nouveaux3 elles suivent d'autres voies et se croient suffisamment assures contre les ventualits du sort4 ,c'est l une goste erreur4 ,personne n'est l'abri de rien1 sur cette plante que ,plutus et ,vnus se disputent1 aprs en avoir chass les autres dieux4 ,en outre1 si chacun de nous reprsente une individualit immortelle1 il n'en est pas moins certain que nous faisons partie d'une longue chane d'tres dont nous ne pouvons nous isoler1 chaque mouvement de l'un ayant sa rpercussion sur les autres4 ,cette effrayante responsabilit devrait1 toute ide de morale mise part1 loigner l'homme des penses et des actions corruptrices4 ,quand il pche1 et s'gare1 il fait participer les autres aux consquences de ses pchs et de ses garements2 tout ce qui est mal ou mdiocre en lui se reflte1 non seulement sur son entourage1 mais sur les tres avec lesquels il n'a jamais eu de contact4 ,de par cette loi1 l'excs du luxe et de la frivolit1 chez les femmes riches et oisives1 a sa rpercussion chez leurs plus humbles surs et les dvoie invitablement1 de notre temps surtout1 o l'utopie galitaire#cf a dvelopp1 jusqu' l'hypertrophie1 l'esprit d'imitation4 ,et une force secrte nous pousse vouloir toujours copier ceux qui ont des ressources suprieures aux ntres4 #cf ,voir dans ,faiseurs de peines et ,faiseurs de joies1 le chapitre galit4 ,s'habiller selon ses moyens devrait tre la base de l'honorabilit fminine dans les classes modestes2 s'habiller au-dessous de ses moyens1 le devoir social des femmes riches4 ,le sacrifice serait-il si grand1 au fond8 ,il leur resterait assez de luxe pour satisfaire leurs instincts et leurs gots4 ,si toutes acceptaient ce petit programme de renoncement1 la terrible et dangereuse plaie du luxe fminin se restreindrait quelque peu4 ,mme en diminuant la somme qu'elles consacrent l'ornement de leur personne1 les mondaines resteraient encore fort loin de la simplicit qui met en valeur les beauts relles4 ,il y a vingt ans1 lorsqu'on disait d'une femme qu'elle dpensait dix ou vingt mille francs pour sa toilette1 le chiffre paraissait norme4 ,on en sourit aujourd'hui o le budget d'une lgante monte des sommes fabuleuses4 ,dans l'un de ses livres1 ,m4 ,drumont citait un compte de modiste qui atteignait dix-sept mille francs par semestre4 ,aujourd'hui on ose parler de cent ou deux cent mille francs pour chiffons fminins4 ,une ,amricaine1 clbre par son luxe1 dpense chaque anne six cent mille francs en robes et en chapeaux6 ,il s'agit de milliardaires videmment1 mais laissons-les de ct1 et occupons-nous des fortunes courantes1 l aussi1 nous verrons que la toilette absorbe une partie disproportionne du revenu familial1 et cela est vrai jusqu'au dernier degr de l'chelle1 car l'amour du colifichet a envahi toutes les classes4 ,on voit des femmes1 dont les ressources avouables suffiraient au ncessaire1 et qui sont pourtant trs lgamment vtues4 ,quelques-unes recourent de tristes expdients1 mais il en est dont les murs sont au-dessus de tout soupon4 ,comment parviennent-elles solder les comptes de leurs fournisseurs8 ,car il faut payer1 les gens riches parvenant seuls1 aujourd'hui1 faire des dettes longue chance4 ,c'est bien simple1 par le sacrifice du bien-tre et de l'hygine des autres3 le mari est mal nourri1 les enfants galement1 leur garde-robe est misrable1 et leur ducation nglige4 ,toutes les ressources de temps et d'argent servent habiller la mre4 ,des familles entires vivent pauvrement1 ne s'accordant jamais le loisir d'une lecture ou d'une promenade la campagne1 occupes uniquement coudre1 broder1 prparer des toilettes avec lesquelles mre et filles se pavaneront certaines heures1 dans les rues de la ville ou sur quelques plages la mode1 durant la saison d't4 ,les misres intimes et secrtes qui se cachent sous ces dehors brillants1 on ne les devine jamais assez6 ,les nergies et les activits de ces pauvres mes sont concentres sur ce point unique3 la parure6 ,la maison est mal tenue1 le ncessaire manque1 mais1 un moment donn de la journe1 une baguette magique remplace les vtements uss et salis par de belles robes fraches1 et l'on voit sortir du logis d'lgantes personnes1 vtues comme des femmes riches6 ,ravies du rsultat1 elles ne se rendent pas compte de la misre et de la purilit de leurs calculs et n'en peroivent pas le ct honteux4 ,toujours la recherche de paratre et aucun souci d'tre6 ,il y a1 dans cette conception de la vie1 une telle absence de sens moral et de respect de la vrit1 que rien ne reste debout dans ces consciences4 ,c'est la dissimulation rige en principe vital de l'existence4 ,de la bourgeoise pauvre1 la contagion s'est communique l'ouvrire4 ,les socits de patronage1 fondes avec les meilleures intentions du monde1 n'ont pas le courage de ragir contre cette tendance au luxe4 ,les jeunes ouvrires qui habitent une misrable chambre o une demi-douzaine d'tres s'entassent1 arrivent aux runions du patronage avec des manches courtes et de longs gants de peau blanche montant jusqu'au coude6 ,or1 elles appartiennent presque toutes des familles trs pauvres et gagnent peine quelques francs par semaine6 ,comment se procurent-elles ces objets coteux8 ,admettons qu'elles soient restes innocentes1 qu'elles n'aient pas eu recours aux ressources que la gnrosit masculine est toujours prte offrir aux jeunes et jolis visages1 leur manire de se vtir indique du moins clairement quelles gostes satisfactions leurs salaires sont employs4 ,quand les mres les prient d'en donner une petite part pour aider la famille1 les demoiselles vingtime sicle refusent1 et cette dure rponse sort de leurs lvres3 ,vous devez nous nourrir1 ce n'est pas nous qui avons demand natre#cg6 #cg ,voir le chapitre3 ,les parents4 ,les jeunes travailleuses d'aujourd'hui ne rentrent pas toutes1 heureusement1 dans cette catgorie de filles cruelles et froides1 il y en a encore de dvoues3 mais on a tellement enseign au peuple qu'il avait des droits et plus de devoirs1 que la poursuite de la jouissance a tari1 dans la classe ouvrire comme dans les autres1 du reste1 les sources d'eau vive4 ,la mauvaise leon tant partie d'en haut1 c'est d'en haut aussi que la rforme doit venir4 ,le got de la belle simplicit ne rentrera dans les esprits que s'il est impos par ceux auxquels le manque de fortune n'en fait pas une obligation4 ,j'ai connu des femmes du monde qui allaient visiter les pauvres avec des boucles d'oreilles de trente mille francs1 et qui n'avaient pas la plus vague notion de l'normit qu'elles commettaient4 ,sans l'ignorance o nous vivons gnralement de nos responsabilits et de la rpercussion que nos moindres actes ont sur la vie et l'esprit des autres1 des lacunes mentales de ce genre n'auraient pas t possibles4 ,l'ducation de la conscience fminine n'est pas faite 7on dira que la conscience masculine n'est gure plus avance1 mais cela tient d'autres causes72 le devoir des ducateurs est donc de rendre les jeunes gens et1 en particulier1 les jeunes filles1 conscientes de la porte de leurs gestes1 de leur enseigner que nous marchons tous dans la vie comme des phares allums1--et plus le phare est lev mieux on le voit1--et que1 si nous ne tournons pas nos lampes du bon ct1 nous risquons1 sans le vouloir1 sans mme le savoir1 de faire naufrager plus d'une humble barque4 99 99 99 99 99 ,les hommes du vingtime sicle prennent un grand intrt aux dtails de la toilette des femmes4 ,autrefois1 ils ne s'occupaient que de l'effet obtenu1 sachant dire peu prs si une femme tait bien mise ou fagote2 les dtails leur chappaient4 ,aujourd'hui1 ils ont appris discerner1 non seulement si la toilette est seyante1 mais quelle est sa qualit2 quelques-uns mme peuvent dire quelle marque elle porte4 ,jadis1 les maris grommelaient contre les notes des modistes et des couturires4 ,de nos jours ils continuent grommeler1 car l'argent manque1 mais ils mettent leur vanit dans l'lgance de leurs femmes1 comme si le prestige de leur nom s'en augmentait4 ,un homme qui portait le poids de deux mnages avouait navement que son principal plaisir consistait entendre dire1 un soir de premire3 ,mme ,x444 de la main droite est habille par ,d4 et ,mme ,x444 de la main gauche par ,p4 ,il s'en sentait rehauss ses propres yeux1 et pourtant il passait pour un homme d'esprit6 ,cette proccupation n'a rien faire avec l'amour4 ,on voit des femmes laides1 ges1 dsagrables mme1 pousses par leurs maris de folles dpenses4 ,devant les mdiocres rsultats obtenus1 l'on se demande avec surprise quelle est la raison de ces tranges prodigalits4 ,les gens d'affaires1 seuls1 avaient jadis ce genre d'ambition2 c'tait1 pour les industriels1 pour les banquiers1 les spculateurs en tout genre1 une faon de maintenir leur crdit4 ,la moindre diminution de dpenses pouvant frapper dfavorablement l'opinion publique1 il fallait que leur luxe se maintnt sans cesse au mme niveau1 ou augmentt4 ,les robes de madame devaient porter la marque des maisons chres2 de cette faon1 ce qui sortait d'un ct rentrait de l'autre4 ,et le calcul pouvait tre habile6 ,aujourd'hui1 cette proccupation s'est gnralise3 l'avocat1 le mdecin1 le rentier estiment galement1 du moins dans certains grands centres1 que leur clientle ou leur situation s'accrot ou diminue suivant le degr d'lgance de leurs femmes4 ,n'est-ce pas l un abaissement singulier de la mentalit masculine8 ,le phnomne n'a pas atteint les mmes proportions dans tous les pays et dans toutes les villes1 mais il ne faut pas s'imaginer y avoir chapp1 car pour les plaies sociales il n'y a plus de frontires6 ,a force d'entendre louer par-dessus tout l'lgance1 et en voyant les hommes se grouper avec plus d'empressement autour des robes coteuses que des beaux visages1 et donner plus d'importance au contenant qu'au contenu1 le cerveau des filles d've a quelque peu chavir4 ,leur fminit1 ce centre tout-puissant d'attraction1 rside donc davantage dans leurs vtements que dans leur personne8 ,pour sduire1 un couturier habile vaut donc mieux qu'un corps jeune et souple et que des yeux passionns8 ,le snobisme de la coupe et des grandes marques dtrnait la beaut4 ,on a vu1 en ce genre1 des phnomnes singuliers o l'absurde ctoyait le puril1 et l'on entend les plus colossales sottises sortir de bouches intelligentes4 ,le factice1 l'artificiel sous toutes ses formes exerce un prestige sur les imaginations perverties4 ,il faut remonter la dcadence des civilisations anciennes1 pour retrouver les mmes mentalits4 ,a la fin du dix-huitime sicle aussi1 la proccupation de la toilette fminine est prpondrante4 ,on invente chaque jour des nuances nouvelles3 puce vanouie1 saumon pm1 mais au moins1 en ce temps-l1 on avait de l'esprit et une certaine sentimentalit dans l'imagination et le cur4 ,mme dans le peuple aujourd'hui1 le got des hommes pour la parure des femmes a pntr4 ,les ouvrires1 auxquelles on reproche leurs toilettes trop pimpantes1 l'chafaudage de leurs coiffures1 leurs parfums violents et leurs bijoux en toc1 rpondent carrment3 ,c'est le seul moyen de trouver un mari6 ,si nous sommes simples1 les jeunes gens ne nous regardent mme pas6 ,et elles ne sont pas compltement dans le faux4 ,certaines frquentations ont donn aux hommes de toutes les classes le besoin des reliefs de haut got4 ,le bon sens semble avoir dsert les cerveaux masculins et fminins4 ,la lutte acharne pour la vie1 au lieu de les ramener la simplicit1 les en loigne toujours davantage4 ,c'est que la simplicit est fille de la virilit morale1 et la virilit n'est pas le trait caractristique de notre poque1 domine par le besoin intense de jouissance qui est le gnrateur de toutes les mollesses4 ,on n'a plus honte de rien4 ,a ,londres1 certaines couturires extra-lgantes offrent leurs clientes des toilettes aux titres suggestifs et pervers2 or1 elles font fortune et habillent le meilleur monde444 ,mais1 pour qui observe et sait voir1 des forces secrtes1 outre celles que nous venons d'numrer1 se dissimulent sous l'importance que les hommes semblent donner aujourd'hui la toilette des femmes4 ,en poussant celles-ci l'amour dsordonn du chiffon1 en crant autour d'elles une ambiance qui les jette forcment aux pieds de ce dieu futile1 l'homme obit inconsciemment l'instinct de la conservation4 ,sa suprmatie est menace1 autour de lui1 il entend gronder l'orage3 la femme s'mancipe1 demande l'instruction intgrale1 l'galit conomique4 ,celles mmes qui ne rclament pas les droits politiques et se contentent du mince bagage de culture1 recommand par ,molire aux femmes de son temps1 chappent1 elles aussi1 d'une certaine faon1 au joug d',adam et tendent devenir des tres libres4 ,or1 soyons justes1 quel est le souverain absolu assez dsintress pour abandonner ses prrogatives autocratiques sans hsitations et sans regrets8 ,on ne trouve pas d'exemple d'un tel renoncement dans l'histoire4 ,l'homme1 au fond1 regrette1 mme s'il ne l'avoue pas1 la part de royaut qu'il perd1 et il s'efforce de la retenir4 ,les armes qui ont servi1 jusqu'ici1 assurer son prestige commencent s'mousser3 la femme est plus rebelle que jadis l'amour1 surtout la femme mondaine et brillante4 ,il fallait la ramener de quelque faon sous l'empire du matre4 ,l'homme a merveilleusement compris que1 dans cette crise1 il avait besoin d'un auxiliaire1 et il a appel la vanit la rescousse4 ,en jouant cette carte1 il s'est montr habile2 car la femme a immdiatement mordu l'hameon1 et1 d'un lan fou1 s'est jete aux pieds de l'idole que dj elle vnrait dans son cur4 ,il y a une centaine d'annes1 ,mme ,necker de ,saussure crivait3 ,la toilette d'une femme ne doit se faire remarquer que par sa simplicit4 ,qu'elle ait t peu coute1 les vers de ,scribe le prouvent3 ,oui1 la toilette a toujours fait merveille1 ,a tous les maux c'est un remde sr4 ,mais quelle diffrence cependant entre alors et aujourd'hui6 ,le respect de soi-mme1 le dsir d'tre agrable aux yeux1 le besoin d'harmonie1 vieilles rengaines que tout cela6 ,il s'agit actuellement d'une course vertigineuse dont de luxueux chiffons sont le prix1 d'une lutte sans trve o robes et chapeaux dansent une ronde chevele4 ,la femme ne se rend pas compte que ce steeple-chase absurde la met la merci de l'homme1 qui dtient jusqu'ici et dtiendra probablement toujours1 la puissance conomique4 ,les consquences de cet tat de choses sont faciles tirer3 si la femme se libre d'un ct1 elle devient de plus en plus esclave de l'autre6 ,aujourd'hui dj1 elle peut peu prs gagner sa vie1 et les efforts de ses dfenseurs tendent lui ouvrir de nouveaux dbouchs et rtribuer davantage son travail2 mais pour son luxe1 elle reste et restera tributaire de l'homme4 ,en augmentant ses besoins1 elle resserre sa chane4 ,on a dit3 ,quand les femmes soigneront davantage leur esprit1 elles penseront moins leur toilette4 ,il tait logique de l'esprer1 mais le fait ne s'est pas vrifi encore1 peut-tre parce que leur culture reste quand mme incomplte1 ou bien parce qu'elles sont incapables d'aimer l'ide en soi1 et que1 pour y arriver1 une longue volution est ncessaire4 99 99 99 99 99 ,il est impossible de savoir1 avant que l'preuve n'ait t faite srieusement1 quelle est la meilleure part1 c'est--dire s'il valait mieux1 pour la femme1 rester soumise l'autorit masculine ou essayer de devenir un tre libre4 ,j'espre et je crois que dans l'avenir1--une fois que le moment de transition sera pass1--nous verrons des femmes meilleures1 plus respectueuses d'elles-mmes1 plus conscientes de leurs droits et de leurs devoirs1 plus capables d'tre1 pour l'homme1 cette aide semblable lui1 dont parlent les premiers chapitres de la ,gense4 ,en tout cas1 une chose est certaine3 ,si d'tre soumise aux volonts de l'homme par devoir1 par religion ou par amour1 pouvait reprsenter jadis la mission unique de la femme en ce monde1 le fait de lui tre soumise pour obtenir de sa vanit1 ou de sa faiblesse1--ft-ce mme de sa gnrosit1--de l'argent1 des bijoux et des robes1 est la plus dgradante des situations humaines6 ,il y a des femmes riches qui peuvent1 sans humiliation d'aucun genre1 s'accorder toutes leurs fantaisies4 ,mais elles reprsentent une faible minorit1 tandis que celles qui ces fantaisies crent des difficults graves sont lgion4 ,que de honteux secrets1 de misrables calculs et de cruauts1--dont les familles sont victimes1--se dissimulent sous les lgances qui blouissent le public superficiel et excitent l'envie des femmes demeures plus modestes1 par manque d'audace ou par un reste de scrupules4 ,si1 par amour du luxe1 les femmes prolongent les annes de leur servitude1 et si les modes absurdes que nous acceptons toutes1 plus ou moins1 font mettre en doute leur intelligence et leur bon sens1 l'homme1 en les poussant dans cette voie1 fait galement un pas de clerc1 qui tmoigne de sa maladresse naturelle4 ,oui1 il reste le matre apparent de la situation et garde le droit de mpriser la femme4 ,mais quel avantage rel en retire-t-il8 ,s'il est chef de famille1 le bon ordre de sa maison en souffre4 ,il doit surveiller1 non seulement le cur de sa femme1 mais les notes de sa couturire6 ,l'tablissement de ses filles devient plus difficile2 autant de charges matrielles et de proccupations morales dont il doit supporter le poids6 ,s'il est un mari infidle1 habitu aux liaisons irrgulires1 quelles difficults il aura1 pour quilibrer son double budget6 ,s'il est garon et veut se crer un home1 les exigences du luxe fminin se dressent entre lui et le bonheur1 car il ne s'agit plus de nouer les deux bouts1 la fin de l'anne1 et d'attribuer chaque chapitre du budget la part qui lui revient logiquement2 il faut gonfler dmesurment celui qui reprsente les toilettes de madame4 ,la diminution des mariages1 dont on mne si grand deuil1 est due en partie aux exagrations de l'lgance des femmes4 ,les clibataires sont galement victimes de cette farandole perdue1 non vers la gloire ou l'amour1 mais vers le fragile chiffon4 ,je voudrais me rendre compte de ce que l'homme gagne1 au fond1 cet tat de choses4 ,pour son bonheur rel1 rien6 ,avec des soins et du got1 une femme peut tre ravissante1--si elle est suffisamment jolie et jeune1--sans dpenser une fortune chez sa couturire4 ,quant aux plaisirs de l'esprit1 rien ne rend les femmes ennuyeuses1 comme les proccupations de la toilette4 ,elles oublient de vouloir plaire et amuser1 occupes examiner les robes des autres femmes1 les comparer aux leurs6 ,il y a des cercles mondains trs lgants1 o l'on touffe ses billements1 moins que les femmes n'aient trs mauvais ton1 ce qui contrebalance l'ennui qu'elles dgagent4 ,ce n'est donc pas son amusement que l'homme cherche1 en entretenant chez l'autre sexe ces gots exagrs de luxe4 ,alors que veut-il8 ,des satisfactions de sottise ou de vanit8 ,de sottise1 s'il se contente de se frotter ce luxe2 de vanit1 s'il pense qu'il le paye ou qu'on croit qu'il le paye3 tout cela est bien mince comme plaisir4 ,aussi faut-il chercher ailleurs la raison de cette aberration du cerveau masculin4 ,elle procde1 comme je l'ai indiqu dj1 de l'aveugle instinct qui pousse les hommes essayer de conserver leur suprmatie sur la femme4 ,ne pouvant plus la dominer autant que jadis par le cur et les sens1 ils tentent de l'asservir par la robe4 ,si j'tais homme1 je prfrerais1 je crois1 l'ancienne mthode4 ,bien entendu1 il n'est pas possible de retourner en arrire4 ,les points de vue ont chang1 les points de dpart galement4 ,les hommes doivent s'en persuader3 un lment nouveau est entr dans le monde social4 ,la femme d'aujourd'hui n'est plus celle d'hier1 il faut que l'homme fasse nouveau sa conqute1 en la respectant un peu plus qu'il ne faisait jusqu'ici4 ,ce ne sera pas difficile1 car la guerre des sexes n'est1 au fond1 qu'un mot vide de sens4 ,les poques de transition sont toujours pnibles traverser1 mais ensuite1 l'quilibre se rtablit4 ,pour hter ce moment le concours des deux parties de l'humanit est indispensable4 ,l'homme1 pour garder la femme1 ne doit pas la pousser la maladive recherche du luxe4 ,la femme1 de son ct1 doit ouvrir les yeux1 discerner et djouer le pige qui lui est tendu4 ,le romanesque est pass de mode1 et ceux qui en gardent quelque trace dans le cur ou l'imagination sont obligs de le cacher avec soin4 ,je reconnais qu'il avait des cts ingnus et absurdes qui pouvaient prter au ridicule1 mais il se rapprochait plus du sentiment que les calculs actuels1 froids et arides4 ,or1 le sentiment1 c'est toute la posie de la vie4 ,supprimez-le1 et l'existence ne mrite plus la peine d'tre vcue4 ,rien ne le vaut et rien ne le remplace4 ,sans lui1 la religion1 la passion1 tous les liens et tous les rapports humains perdent leur lumire et leur chaleur1 deviennent des paysages gris et glacs que le soleil n'claire pas6 ,que reste-t-il alors8 ,le dogmatisme froid1 l'assouvissement brutal et les intrts communs4 ,vaut-il la peine de vivre pour cela seulement8 ,au contraire1 ds que le sentiment entre en jeu1 les plus menus incidents journaliers se colorent1 les mots prennent une valeur1 des penses heureuses1 douces et brillantes meublent le cerveau4 ,sentir fortement est une source de souffrances1 mais aussi d'inpuisables joies1 pourvu que nous ne soyons pas nous-mmes l'objet de notre amour4 ,n'y a-t-il pas quelque chose de mortellement triste dans la vie de ces tres qui rappellent1 par leur froideur1 les animaux infrieurs de la cration8 ils donnent une impression de gel et d'humidit pnible et rpugnante4 ,on sent que leur imagination est aussi tarie que leur cur2 les seules images qui la remplissent sont les choses mortes et inanimes3 vtements1 meubles1 bijoux1 tout ce qui reprsente la partie extrieure de l'existence4 ,ce qui devait tre l'accessoire est devenu le principal4 ,la tendance trs moderne de certaines femmes vivre de plus en plus pour leur corps et pour ce qui le recouvre1 pourrait avoir des effets dsastreux sur le bonheur gnral2 il faudrait s'armer et partir en guerre contre elle4 ,une jeune ,amricaine1 laquelle on disait1 un jour o elle s'impatientait de devoir renoncer1 pour une fois1 l'un de ses conforts habituels3 ,mais il faut apprendre commander son corps1 rpondit tranquillement3 ,j'ai l'intention1 au contraire1 de faire de lui a pet#ch4 ,c'est une intention de ce genre qui obscurcit en ce moment beaucoup d'mes fminines et dtruit en elles la possibilit de la joie et le dsir du divin4 #ch ,un tre choy4 ,que toutes les femmes sages1 simples et tendres--il y en a encore1 ,dieu merci6--s'arment de perspicacit1 qu'elles appellent l'intuition leur aide et commencent une srieuse campagne contre cette proccupation maladive d'une jeunesse qui a fui et d'une beaut qui n'a peut-tre jamais exist4 ,revues1 journaux1 tous sont remplis de recettes pour les soins du visage1 de demandes et rponses sur la teinture des cheveux et la pommade pour les lvres4 ,cette rubrique a toujours eu sa place dans des publications spciales1 mais aujourd'hui1 elle a envahi la presse politique et littraire4 ,jamais les potes n'ont trouv de mots plus ails1 d'adjectifs plus troublants que ceux dont chroniqueurs et chroniqueuses se servent1 pour dcrire les dernires toilettes portes aux courses ou au thtre4 ,comment une faible tte de femme vaniteuse pourrait-elle rsister de semblables rcits8 ,sous le ,directoire1 alors que le devoir des citoyennes semblait tre de montrer gnreusement la plus grande partie possible d'elles-mmes1 la mortalit fut si terrible chez les jeunes femmes et les jeunes filles1 que la mode changea4 ,sans attendre les avertissements de ce genre1 les femmes senses du vingtime sicle ne sauront-elles pas ragir contre ce courant absurde et ruineux8 ,a chacun son mtier6 ,quand on voit des femmes de conduite correcte ruiner leurs familles1 sacrifier leurs enfants1 embarrasser leur existence1 se soumettre des fatigues et se livrer des combinaisons inoues pour arriver des lgances que leur fortune ne leur permet pas1 on se demande quoi bon8 ,pourquoi8 ,pour qui8 ,elles devraient se le demander elles-mmes4 ,je suis certaine qu'en les dtournant de ces recherches fallacieuses on leur rendrait la joie6 ,elles pourraient alors s'acheminer sur la route o la femme1 par son essence plus dlicate et son intuition plus fine1 deviendra le flambeau des voies de l'homme1 la compagne qui prvient le danger1 dispense le bonheur et rpand la consolation4 ,,chapitre ,,viii ,,les ,,privil,,ges ,,de ,,la ,,pauvret ,pour saint ,franois1 l'argent reprsentait vraiment le sacrement du mal4 ,,paul ,,sabatier4 ,par pauvret1 je ne veux pas dire misre1 je parle seulement de cet tat mdiocre de vie o les jouissances ne sont pas toujours faciles atteindre et o l'homme est forc de chercher ses plaisirs et ses joies dans le monde intellectuel ou sentimental4 vidmment1 il faut qu'il ait en lui quelque esprit et quelque noblesse1 car s'il en est dpourvu1 il s'acharnera la satisfaction de ses apptits et1 pour les contenter1 devra descendre trs bas1 ne pouvant jeter sur eux les voiles de posie et d'lgance dont la richesse parvient les recouvrir4 ,dans cette poursuite1 son cur s'aigrira1 son me s'abaissera1 et la pauvret deviendra pont lui un pige1 et non un privilge4 ,aussi n'est-ce point pour cette catgorie d'tres que ce chapitre est crit4 ,c'est un bien autre langage qu'il faudrait leur tenir1 de bien autres arguments qu'il faudrait employer et faire valoir4 ,pour le moment1 je n'ai en vue que ceux auxquels les sources d'eau vive1 caches en leurs mes1 sont encore inconnues1 personne ne s'tant occup de les faire jaillir4 99 99 99 99 99 ,l'habitude de se refuser plaindre les riches des douleurs qui les frappent est trs rpandue chez les gens pauvres ou de fortune mdiocre4 ,ils estiment1 sans doute1 que le privilge de la richesse suffit tout adoucir1 et qu'on ne peut jamais le payer assez cher4 ,on dirait mme qu'ils ressentent une sorte de satisfaction des preuves qu'ils constatent1 comme si1 ainsi1 justice tait faite et l'quilibre rtabli4 ,je n'entends pas parler ici des curs mchants1 envieux1 amers1 pour lesquels les joies des autres sont autant d'chardes plantes en leur chair1 mais d'esprits relativement justes et bons1 domins pourtant par le prjug que l'homme riche est ncessairement un homme heureux4 ,sur quoi se base-t-elle1 cette erreur8 ,les philosophes et les potes de l'antiquit ont clbr la mdiocrit comme l'tat heureux par excellence4 ,le christianisme1 qui est la religion de l',occident et a form notre morale1 tient le mme langage4 ,l'vangile contient-il une seule phrase sur les privilges de la richesse8 ,a-t-il un mot d'encouragement pour les riches8 ,au contraire1 il lance contre eux des anathmes qui1 si l'on n'en cherchait pas le sens cach1 paratraient injustes1 tellement ils sont svres et vibrants4 ,aux yeux de ,jsus1 l'homme qui possde de grands biens est prdestin au malheur puisqu'il est plus facile un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu' un riche d'entrer dans le royaume des cieux4 ,pour se laver de cette tache1 qui dj a priori est une tache1 il doit renoncer volontairement ce qu'il possde3 ,va1 vends ce que tu as1 et le donne aux pauvres4 ,dans l',ancien ,testament1 on trouve1 de ci et de l1 entremles beaucoup de maldictions1 quelques bonnes paroles pour la richesse3 ,la richesse s'acquiert par le travail2 elle est accorde celui qui craint ,dieu2 ,dieu donne le pouvoir de l'acqurir2 la bndiction de ,dieu l'amne4 ,dans les vangiles1 au contraire1 silence absolu sur tout cela2 sans doute1 comme le disait un mauvais plaisant1 parce que les ,isralites avaient dmontr que tout encouragement cet gard tait superflu4 ,les anciens1 dit ,marmontel1 pour proscrire les richesses1 honoraient la pauvret4 ,ils avaient1 il est vrai1 lev des temples la ,fortune1 mais il ne faut pas confondre l'adoration actuelle du veau d'or1 qu'aucun ,mose ne parviendrait extirper1 brist-il1 sur les ttes mme des idoltres1 les tables de la loi1 avec le culte que les anciens rendaient la desse aux pieds ails1 car celle-ci reprsentait le succs sous toutes ses formes1 mme ses formes les plus nobles1 et non pas simplement l'or qui peut acheter les consciences1 mais est impuissant donner l'amour ou la gloire4 ,ils sentaient toutefois que ce culte de la ,fortune manquait de beaut1 puisque l'idole tait reprsente chauve et aveugle1 c'est--dire dpourvue de tout ce qui donne du charme une figure de femme4 ,si les autels modernes taient reprsentatifs1 on verrait celui de la richesse par des plus brillants attributs4 ,la desse triomphante foulerait aux pieds les vertus qui empchent d'acqurir l'or1 ou ne servent pas le gagner4 ,toutes les ralits reprsentant des forces1 il est naturel que les possesseurs de la fortune lui soient attachs2 l'on comprend aussi que ceux qui ont l'espoir fond de la conqurir1 qui la voient se dresser prometteuse leur porte1 fassent un bond dsespr pour l'atteindre1 mais l'attitude de la gnralit des hommes1 ceux que la fortune n'a jamais frls1 mme de loin1 demeure inexplicable4 ,l'adoration de ,plutus ne leur rapporte rien1 ils savent qu'ils resteront toujours dans la mdiocrit1 car leur carrire et leur temprament les loignent de la fortune1 et pourtant ils s'aplatissent devant elle4 ,mazzini disait que la ,jeune ,italie tait l'toile polaire de ses penses2 l'toile polaire de la plupart des hommes est1 non pas mme l'or qui reluit et peut hypnotiser physiquement1 mais des monceaux de billets de banque1 souvent crasseux et d'origine douteuse4 tre riche6 ,devenir riche6 ,voil le rve1 l'idal6 ,les penses se concentrent autour de cette roue qui tourne4 ,le talent1 le gnie mme ne valent que pour ce qu'ils rapportent4 ,dites qu'un compositeur1 un auteur a gagn quelques centaines de mille francs avec un opra1 un livre1 une pice de thtre1 l'admiration pour son talent crot d'autant4 ,dites le contraire1 et les applaudissements diminuent proportionnellement4 ,je parle pour la gnralit des hommes2 ceux qui ont dans l'me une source d'ides et de forces spirituelles chappent la contagion1 mais ils se comptent6 ,la jeunesse elle-mme1 jadis ddaigneuse de l'argent1 en est devenue l'esclave4 ,il reprsente la cime de ses dsirs et de ses aspirations et1 lamentable dchance1 il a remplac l'amour et la gloire6 ,je ne veux rien exagrer1 la vie est devenue de plus en plus coteuse1 les besoins se sont largis1 et il est naturel que chacun essaye d'amliorer sa position pcuniaire et d'assurer le sort des siens3 jusqu'ici1 rien que de trs lgitime4 ,sans parler de la misre affreuse et dprimante1 manquer de l'argent ncessaire1 pour assurer le bien-tre de sa famille et l'ducation de ses enfants1 est une pnible preuve1 et l'ardent dsir d'en tre dlivr est explicable4 ,mais ce dsir ne reprsente pas l'adoration vive de l'or pour l'or2 ce n'est pas l'or remplaant1 dans le cur humain1 tout autre culte4 ,lorsqu'on constate cette idoltrie aveugle de la richesse chez des tres aigris par le malheur1 ou le besoin1 chez ceux qui ont souffert toute leur vie de dsirs refouls1 d'amertumes jalouses1 et n'ont jamais su comprendre le systme de compensations tabli par la sagesse divine1 on trouve des excuses leur tat d'me4 ,malheureusement1 on voit cette passion avide chez des jeunes gens peine clos l'existence1 qui n'ont pas connu l'empoisonnement moral de l'insuccs habituel1 des dboires renouvels1 des trahisons et des humiliations de la misre4 ,on peut affirmer1 je le crains1 que chez la jeune gnration des deux sexes le dsir de la richesse prime tous les autres2 du moins c'est le courant gnral4 ,chez quelques-uns1 cette soif se change en activit dvorante2 l'intelligence se concentre sur le gain et le lucre1 toutes les forces de l'imagination tendent vers le mme objet2 la volont s'obstine dans cette recherche et finit par vaincre4 ,aprs des efforts1 o l'homme touffe en lui toutes les facults qui pourraient l'loigner du but1 il finit par l'atteindre1 il est riche6 ,ce que cette richesse lui donnera de bonheur est une inconnue qui garde son secret1 mais enfin1 il a dcroch la timbale1 il est arriv un rsultat positif et pratique2 il vit dans la ralit des choses4 ,mais ces hardis et entreprenants chercheurs d'or se comptent2 la masse languit et se ronge en de striles regrets et de puriles esprances1 puisque la force et l'intelligence ncessaires leur ralisation manquent4 ,l'une des plus tristes conditions1 en ce monde1 est celle des gens qui dsirent continuellement ce que la destine n'a pas l'intention de leur donner1 et ce que leurs capacits ne leur permettent pas de conqurir4 ,les personnes qui ne savent ni renoncer ce qu'elles veulent1 ni l'obtenir1 m'ont toujours inspir une piti laquelle un peu de ddain se mlait4 ,laissez faire le destin1 soyez stoquement indiffrent1 rsign si vous ne pouvez tre indiffrent1 luttez pour vaincre si vous ne pouvez tre rsign1 mais1 pour l'amour de ,dieu1 ne restez pas inerte1 vous remplir l'me d'envie et d'amertume1 en regardant les fruits que votre main ne peut atteindre6 ,ce lamentable tat psychique est celui de nombreux esprits4 ,ah6 si je pouvais tre riche6 ,pour eux la richesse est le remde merveilleux1 le baume magique qui gurit toutes les plaies444 ,avec un peu de discernement et d'observation1 ils se convaincraient bien vite de leur erreur4 ,la fortune1--je ne parle pas de l'aisance1--est une cause d'esclavage1 tandis que la mdiocrit1 sagement accepte1 donne la libert et le bonheur1 puisqu'elle impose le travail et loigne l'envie4 99 99 99 99 99 ,qui n'a senti la tristesse de voir monter autour des pauvres riches la mare effrayante des sentiments jaloux4 ,ils ne peuvent y chapper que par la gnrosit sans limites1 et d'ordinaire ce n'est pas sur l'arbre aux fruits d'or que cette vertu crot le plus frquemment4 ,chacune des manifestations de la fortune produit1 dans un grand nombre de curs1 un flot tumultueux et empoisonn de penses malveillantes4 ,c'est comme un souffle dltre qui passe sur les riches et attriste leurs fronts3 ils prouvent un malaise dont ils ne savent se rendre compte4 ,si l'on croit l'influence des penses ambiantes1 l'atmosphre d'amertume et d'envie qui se forme spontanment autour d'eux1 doit tre un lourd droit de page4 ,mme lorsqu'ils donnent une part de leur superflu1 la reconnaissance leur est gnralement refuse1 cette reconnaissance qui pourrait faire entrer un peu d'oxygne dans l'air satur de jalousie qui empche leurs curs de se dilater4 ,les exceptions confirment la rgle1 et certaines personnes font un si noble usage de leur fortune1 que le respect et la gratitude les entourent4 ,mais1 tout de mme1 l'envie monte autour d'elles1 celle des inconnus qui ignorent leurs bienfaits4 ,et si vous mettez en relief leurs actes de gnrosit1 on refuse d'en reconnatre le mrite1 sous le prtexte qu'elles ne font aucun sacrifice en les accomplissant4 ,n'a-t-on pas raison de dire quelquefois3 ,pauvres riches6 ,la mdiocrit confre encore un autre privilge1 celui de l'indpendance6 ,on se rcriera3 ,mais comment1 c'est l justement ce qui donne du prix la richesse2 ne dpendre de personne1 pouvoir disposer de son temps1 pouvoir satisfaire ses gots6 ,oui1 dans un sens limit peut-tre1 mais dans l'ensemble1 quel esclavage sont soumis les gens trs riches6 ,mis en vue par leur fortune1 ils sont observs1 guetts1 on attend d'eux l'accomplissement d'une foule d'obligations mondaines et sociales4 ,s'ils y manquent1 tout le monde censure cette audacieuse indpendance4 ,un jour que je me rvoltais1 en entendant critiquer une personne digne de tous les respects et de toutes les sympathies1 et que j'exprimais mon tonnement de ce blme immrit1 mon interlocuteur rpondit3 ,vous avez raison1 elle est admirable1 mais ne l'oubliez pas1 elle possde une grosse fortune2 lorsqu'on atteint ce chiffre1 il faut se soumettre certaines exigences mondaines1 sans quoi1 la masse des envieux se joint celle des dsappoints4 ,c'est l un redoutable esclavage dont les esprits suprieurs1 seuls1 savent se dlivrer2 l'aisance vous en sauve1 la mdiocrit mieux encore1 la pauvret galement4 ,la clbrit1 la notorit exposent aussi une surveillance active de la part des dsuvrs1 mais elle est moins gnante1 les personnes qui s'intressent aux illustrations tant relativement peu nombreuses4 ,l'argent1 au contraire1 exerce une attraction gnrale1 tout le monde attend quelque chose de lui2 c'est donc vraiment l'argent qui entrave la libert4 ,mille yeux curieux suivent1 scrutent1 analysent ceux qui le possdent4 ,s'ils s'cartent de la route que l'opinion publique leur trace1 ils sont immdiatement dnoncs la critique et poursuivis par ses jugements malveillants4 ,a la horde des penses envieuses1 se joignent les paroles mchantes qui flottent dans l'air1 et dont on sent la prsence quand mme on ne les entend pas4 ,le phnomne est positif3 la richesse1 par l'ambiance qu'elle produit1 empche1 au moral1 le bon fonctionnement des poumons4 ,or1 de ce fonctionnement dpendent l'inspiration1 la joie1 l'indpendance du cur4 ,nous avons tous connu des gens dont l'existence s'coulait heureuse dans la mdiocrit ou la simple aisance2 ils taient actifs1 gnreux1 libres et trouvaient dans la vie des sources sans cesse renouveles d'intrt4 ,soudain1 une grande fortune leur choit4 ,changement vue3 la gnrosit s'amoindrit1 l'activit diminue1 les intrts se dplacent et se vulgarisent1 mille proccupations1 inconnues jusqu'alors1 viennent rider leur front4 ,rien de plus difficile que de savoir supporter la richesse subite4 ,un dicton italien cite parmi les prils qu'il faut viter avec soin3 ,dio ti salvi da furia di vento ,e da frate che fuor di convento ,e da ricco che fu poverino1 ,e da donna che parla latino4 ,en effet1 sauf des cas rares1 la richesse n'amliore pas1 n'lve pas1 car elle dveloppe le personnalisme#ci1 cet ennemi de la srnit et du progrs4 ,outre qu'il est le centre autour duquel gravitent les penses jalouses1 la curiosit et la critique1 l'homme trs riche perd vite le sentiment de la saveur des choses4 ,pouvant satisfaire tous ses dsirs1 il cesse presque d'en avoir4 ,le stimulant lui manque1 il touche tout1 et rien ne le contente6 ,ce qui cause un vif plaisir un jeune homme de condition modeste1 est presque une corve pour son compagnon trop fortun4 ,dsirer1 c'est ce que la vie donne de meilleur2 or1 le riche ne dsire plus que rarement1 puisque1 dans le plus grand nombre des cas1 sa fantaisie peut se changer immdiatement en ralit4 #ci ,voir le chapitre3 ,les ,fils de ,narcisse4 ,le mme phnomne se renouvelle sans cesse3 le fruit qui roule vos pieds1 sans que vous ayez soif1 vous ne le ramassez mme pas4 ,faut-il un grand effort pour le cueillir1 sa saveur devient dlicieuse6 ,la ,bruyre a raison de dire3 ,de grandes richesses sont l'occasion prochaine d'une grande pauvret1 car l'absence de dsirs reprsente une immense misre4 ,celui qui ne dsire plus a1 au fond1 cess d'exister4 ,certes1 il est bon que le got des satisfactions matrielles ou vaniteuses s'attnue dans les mes1 mais pour tre remplac par la soif ardente des dons spirituels et de la connaissance des forces divines4 ,dans cet ordre-l aussi1 la richesse est un empchement1 c'est--dire que1 semblable ,louis ,,xiv1 sa grandeur l'attache au rivage4 ,au lieu de grandeur1 disons plutt les mille chanes invisibles que les plaisirs trop faciles lui forgent4 ,l'cole matrialiste prtend que le dveloppement intellectuel d'une nation est en raison directe de sa prosprit1 et que le cerveau d'un homme bien nourri et bien vtu produit plus que celui des tres moins bien partags4 ,cette thorie est souvent dmentie par les faits4 ,dans combien de cas ne voit-on pas la trop grande prosprit matrielle dtourner de l'intellectualisme8 ,quelle est la sphre sociale o se recrutent les crivains1 les artistes1 les savants8 ,sauf exception1 ce n'est pas chez les riches4 ,il y a1 dans tout homme1 une brute plus ou moins assoupie que les apptits sensuels travaillent2 la possibilit de les satisfaire trop aisment la tient veille4 ,celui qui n'a pas sa porte la source des divertissements matriels est1 par consquent1 plus libre de se consacrer l'tude1 aux recherches1 la lecture4 ,on me rpondra que1 quand on gagne sa vie1 le temps manque pour la culture de soi-mme4 ,je rpliquerai par une simple question3 ,les passionns des choses de l'esprit1 quelle classe appartiennent-ils d'ordinaire8 ,a celle des riches oisifs ou celle des travailleurs8 99 99 99 99 99 ,arrivons maintenant au suprme privilge de la pauvret3 le travail6 c'est--dire la victoire sur la paresse1 cette maladie mortelle de l'me1 cette dpravante compagne1 cette destructrice de l'honneur et de la joie4 ,la paresse est vraiment1 pour la plupart des hommes1 l'irrsistible tentatrice et la source du mcontentement intrieur qui les ronge4 ,les riches ont naturellement beaucoup de difficult la vaincre4 ,quand on lui cde1 un malaise horrible envahit le cur4 ,ceux qui doivent travailler pour vivre et faire vivre ne le connaissent pas et ignorent combien lourdement il pse sur les existences4 tre forc de travailler1 quelle bndiction6 ,c'est tellement vrai qu'on est tent de se demander si le3 ,tu gagneras ton pain la sueur de ton front1 n'a pas t une rcompense plutt qu'une maldiction4 ,la plupart des gens ne s'en rendent pas compte et se plaignent de manquer de loisirs4 ,oui1 certes1 il en faut1 pour se recueillir et observer1 mais si le loisir signifie l'inaction ou la possibilit de s'agiter dans le vide de faon ptulante1 mieux vaut ne pas le connatre4 ,ceux qui ne sont pas appels choisir me paraissent donc les privilgis4 ,une bndiction se cache dans tous les genres de travail1 mais le labeur intellectuel est videmment celui qui procure le plus de satisfactions l'homme4 ,les jouissances de l'esprit ont une vertu magique1 car elles donnent un sentiment de libert et en mme temps de possession4 ,en effet1 quel est le rel possesseur d'un chef-d'uvre1 celui qui1 en tant propritaire1 n'a ni le got1 ni l'intelligence ncessaires pour en voir et en apprcier les beauts1 ou celui qui1 cultiv d'esprit et dou de sens artistique1 vient1 de loin en loin1 l'admirer et en jouir8 ,il n'y a pas de doute1 le vritable possesseur du chef-d'uvre est l'homme qui le comprend et qui l'aime4 ,pour toutes choses1 il en est ainsi4 ,rien ne nous appartient que ce que nous comprenons6 ,si nous n'en sommes pas dignes1 nous avons beau avoir achet des merveilles ou les avoir reues en hritage1 elles ne sont pas nous1 et leur vritable possesseur est celui qui connat leur me secrte4 ,par consquent1 dans l'ordre intellectuel1 le jeune homme qui1 n dans la mdiocrit1 se voit forc au travail a sur ses compagnons riches des avantages rels4 ,d'abord1 l'atmosphre o il volue est plus saine1 il est plus indpendant1 puisqu'il excite moins la curiosit et la critique2 ayant encore des dsirs1 il a des plaisirs certains3 plaisirs d'esprance et parfois de ralisation2 il ne connat pas le malaise horrible de l'inaction ou de l'agitation strile2 moins tent par la vie extrieure1 il peut se recueillir davantage1 rechercher les choses de l'esprit1 jouir des beauts de la nature et de l'art4 ,dans l'ordre matriel galement1 la mdiocrit de fortune offre des avantages4 ,ainsi1 des objets longuement dsirs1 et obtenus au prix d'un effort de travail1 reprsentent une satisfaction autrement grande que les commandes faites indiffremment par la jeunesse riche4 ,l'intrt qu'offre la carrire ou la profession choisie est inconnu aux oisifs ou ceux qui en essaient une par simple dilettantisme1 bien dcids l'abandonner au premier obstacle4 ,les grandes fortunes ont aussi le dsavantage de faire vivre dans un monde factice1 c'est--dire ct de la vie1 de ses ralits douloureuses et de son sens profond4 ,l'homme trs riche1 moins qu'il ne soit un self made man1 reste souvent incomplet1 parce que ses contacts sont trop restreints3 beaucoup d'envieux1 quelques flatteurs1 et un petit nombre d'gaux dont la pense est borne1 voil son entourage et les sources o il s'abreuve4 ,au contraire1 l'homme qui doit tudier1 travailler et lutter subit1 il est vrai1 des contacts dplorables et dangereux1 mais ceux-ci aiguisent son intelligence et lui font mieux pntrer les grandes lois de l'existence humaine et universelle4 ,dans l'ordre des sentiments galement1 la douceur des affections est sentie davantage par ceux dont la vie s'extriorise moins1 qui se rpandent moins et mnent une existence silencieuse que le travail absorbe4 ,il devrait en tre ainsi logiquement1 et cependant le sentiment est chose tellement individuelle1 qu'il est impossible de le classer par catgories2 il peut dominer entirement l'me d'un milliardaire et tre inconnu celle d'un intellectuel ou d'un travailleur4 ,toutefois1 indiscutablement1 l'existence des uns rend l'intimit difficile2 les sollicitations du dehors tant trs fortes1 la vie de famille est forcment plus dcousue2 le monde1 le sport1 l'automobile empchent le recueillement de l'intimit4 ,on a aussi moins besoin de l'aide des autres1 besoin qui est senti vivement dans les situations modestes4 ,pourquoi donc envier la richesse et ses privilges8 ,la mdiocrit a les siens1 et ils sont si considrables que je ne sais si la balance ne penche pas de leur ct4 99 99 99 99 99 ,je n'ai point l'intention de faire ici le procs de la richesse1 car la richesse c'est la puissance1 c'est la possibilit de rpandre le bien-tre1 de relever les courages et d'essuyer les larmes1 et je connais des riches qui font un si noble emploi de leur fortune1 suivant le plan divin1 qu'il faut s'incliner devant eux4 ,cependant1 la richesse1 tant faite de la sueur des autres1 ne peut tre considre comme une bndiction1 et saint ,franois l'appelait le sacrement du mal4 ,donc1 au lieu d'envier les riches1 il faudrait les plaindre1 puisque tous ceux qui sont chargs d'un pesant fardeau mritent la compassion4 ,or rien n'est aussi lourd porter que les biens dont on est responsable et dpositaire4 ,les riches qui sentent leurs devoirs envers l'humanit ne sont plus menacs d'anathme1 mais ils ont une tche difficile accomplir1 et la sympathie des autres hommes doit les accompagner4 ,quelques-uns comprennent si profondment leurs responsabilits1 que la richesse est1 pour eux1 une preuve1 mais le nombre de ces dlicats est limit4 ,devenus libres par cet tat de leur conscience1 ils ne sont pas possds par ce qu'ils possdent1 suivant la belle expression de ,paul ,sabatier4 ,sans arriver ces hauteurs1 les riches1 en acceptant simplement le rle de faiseurs de joies et de consolateurs1 viteraient les consquences de la maldiction prononce contre eux par le fils de ,marie4 ,une cause liminerait l'autre2 les effets de la gnrosit remplaceraient ceux de l'goste jouissance4 ,malheureusement1 une grande fortune durcit en gnral le cur4 ,je l'ai dit dj1 que de gens gnreux qui taient dans l'aisance et mme dans la pauvret1 ferment double tour1 aussitt devenus riches1 leur sensibilit et leur bourse6 ,c'est qu'ils ont commenc aimer l'argent en soi1 et non plus seulement comme un moyen4 ,le cur de l'homme a de tristes recoins o l'avarice1 la paresse et leurs compagnes de chanes sont accroupies comme des btes immondes toujours prtes bondir au moindre appel4 ,l'argent a le triste pouvoir de les rveiller toutes4 ,quand la fortune a t gagne par l'intelligence et par le travail1 elle est sanctifie et assainie par ses origines de labeur et de volont1 mais1 tout de mme1 elle dmoralise promptement ceux qui l'ont acquise1 simplement parce que l'oisivet les guette et les dveloppe4 ,une vrit s'impose4 ,dsormais1 aucune dignit vritable ne peut exister hors du travail1 et je dirais presque de la lutte4 ,ceux qui vivent sans connatre l'un et l'autre ne sont que des demi-hommes4 ,tout ce qui peut nous maintenir dans cet tat d'tre inachev et incomplet reprsente donc un pige qu'on doit se fliciter d'viter4 ,on me citera des savants1 des hommes d'tat illustres1 qui taient possesseurs de grandes richesses4 ,oui1 certes1 mais la plupart d'entre eux se sont forms dans la mdiocrit1 et la fortune leur est venue plus tard1 ou bien ils appartenaient des familles dont les traditions1--par les savants ou les hommes politiques qu'elles avaient compts1--les soutenaient contre les assauts de la paresse et du plaisir4 ,en gnral1 l'homme dont l'ducation a t faite de loisirs et de luxe n'apporte qu'une faible contribution aux forces vives d'une nation4 ,les aptres ne se recrutent gure dans leurs rangs1 car il faut avoir pntr au cur de la bataille1 avoir travaill1 souffert et lutt1 pour comprendre rellement la vie1 et de quelles eaux vives les mes ont besoin4 ,on a dit3 ,travailler peu ennuie1 travailler beaucoup amuse4 ,ces mots contiennent une philosophie profonde4 ,si tous les jeunes gens les prenaient comme rgle1 la triste foule des oisifs pauvres et mcontents de leur sort disparatrait et serait remplace par celle des joyeux travailleurs4 ,que la jeunesse en soit persuade1 les biens matriels1 quand ils dpassent l'aisance1 sont une entrave au libre dveloppement de l'tre4 ,or1 pour ceux qui croient une destine immortelle1 le bien suprme est le dveloppement de l'me1 son volution vers le divin4 ,tout ce qui l'empche ou l'entrave devrait1 logiquement1 tre considr comme un malheur4 ,loin de moi la pense d'exclure les riches de l'enrichissement spirituel4 ,ils peuvent y prtendre comme les autres1 car leur part ne se limite pas aux satisfactions que donnent l'indpendance matrielle1 les plaisirs raffins1 la possibilit d'assurer le sort des enfants1 de soigner leur sant1 de prparer leur avenir1 ni mme celle de connatre la joie des larges aumnes4 ,ils auraient actuellement un grand rle moral remplir et ne semblent pas s'en douter4 ,je ne toucherai ici qu'un seul des cts de ce rle4 ,ce qui manque notre poque1 c'est une opinion publique4 ,les difficults1 sans cesse croissantes1 de la vie1 les mnagements que la ncessit de gagner le pain quotidien impose1 le rseau d'intrts qui enveloppe les hommes1 tout cela empche ceux-ci d'exprimer nettement leur pense et de formuler des jugements sincres4 ,cette tche devrait tre rserve aux gens auxquels la fortune assure l'indpendance et qui n'ont besoin de mnager personne4 ,mais pour jouer ce rle1 il faut le discernement que donne une haute culture4 ,les classes riches devraient former une aristocratie de l'esprit1 nourrie d'ides larges1 et consciente de ses responsabilits4 ,dans toutes les questions sociales1 morales1 intellectuelles1 ce groupe d'hommes formeraient l'opinion1 et contre leurs sentences il n'y aurait pas d'appel6 ,mais1 je le rpte1 une haute culture serait ncessaire1 et la haute culture n'est gure de mode chez les heureux de ce monde4 ,cependant les modes peuvent changer1 et il suffirait qu'une petite lite comment4 ,les efforts des personnes qui comprennent la ncessit de crer une opinion publique devraient s'employer la former4 ,si les classes soi-disant privilgies ne sortent pas de l'ignorance lgante o elles se complaisent1 se contentant tout au plus d'une culture superficielle1 non seulement elles ne pourront pas guider l'opinion1 mais elles perdront tout prestige4 ,vivre hors du mouvement de son poque est une sorte de suicide4 ,pour rester vivant1 il faut combattre1 tre en rapport avec tout ce qui bouge et s'agite4 ,la grande influence exerce par les riches chez les anciens ,romains1 dpendait en partie de leur clientle1 de cette foule d'intrts divers qui s'agitaient autour d'eux et les maintenaient en contact avec toutes les classes de la population4 ,ces habitudes disparurent avec le monde romain4 ,la tendance s'isoler1 vivre uniquement pour soi-mme1 dans un cercle restreint d'gaux1 a prvalu peu peu chez les possesseurs des grosses fortunes4 ,quelques-uns1 aujourd'hui1 commencent sortir de leur exclusivisme et rentrer dans le mouvement gnral1 par la philanthropie et les uvres sociales1 mais ils sont encore en petit nombre4 ,pourquoi toutes les aristocraties1 celles du talent1 de l'argent et du nom ne s'allieraient-elles pas pour former un corps qui1 tout en ayant les yeux largement ouverts sur l'avenir1 dfendrait ce qui1 dans le pass1 mrite d'tre conserv4 ,la politique serait carte1 un seul but runirait les efforts3 le bonheur des gnrations futures auxquelles nous avons le devoir de conserver leur part d'hritage1 sans entraver leur libre mouvement vers des destines meilleures4 ,mais je me suis carte de mon sujet1 revenons aux privilges des situations modestes4 99 99 99 99 99 ,l'ide que le bonheur est attach la richesse est tellement ancre dans le cerveau de la jeunesse actuelle qu'il faudra de nombreux efforts collectifs pour l'en arracher4 ,le dsir1 ou plutt la convoitise ardente des biens matriels1 domine les curs4 ,on me rpondra3 ,sans ce dsir1 il n'y aurait pas de progrs4 ,et pourquoi donc8 ,il est absolument naturel1 je l'ai dit dj1 que l'homme veuille amliorer sa position1 pour acqurir et donner aux siens l'aisance qui assure la dignit et la libert4 ,mais la soif de la richesse est autre chose4 ,pour juger d'un phnomne1 il faut en examiner les consquences4 ,or que voyons-nous8 ,des mes avilies par la recherche avide de l'or1 des hommes qui vendent leur nom1 des femmes qui vendent leur corps1 des gens qui marchandent leur conscience1 leur libert1 leurs sentiments4 ,mettre une digue ce commerce dgradant1 ne serait-ce pas dlivrer l'humanit d'un infme esclavage4 ,on me rpondra3 ,supprimez la misre1 et la plaie que vous dplorez se cicatrisera d'elle-mme4 ,en est-on bien sr8 ,les tres qui font de la richesse le but de leurs aspirations ardentes ne sont pas les misrables auxquels manque le pain quotidien1 mais bien plutt ceux qui aspirent au superflu et toutes les jouissances du luxe4 ,le mot magique3 argent6 les affole4 ,les socialistes1 par leur thorie du droit au bien-tre1 ont fait pntrer cette aspiration dans les classes populaires4 ,o s'arrtera-t-on sur cette voie8 ,je n'insisterai pas sur les aberrations morales auxquelles ce besoin conduit les femmes4 ,passions1 amours1 fantaisies1 que vous tes donc loin6 ,de quelle boue sont donc aujourd'hui ptris les curs8 ,vente et achat6 ,le gain justifie tout2 tout s'value au dollar4 ,c'est devant lui que les mes s'aplatissent4 ,nous1 les ,latins qui avons de si belles et de si hautes traditions1 nous dont la civilisation remonte si loin dans le pass1 pourquoi acceptons-nous le credo des races nouvelles qui datent d'hier8 ,on parlait rcemment de canoniser ,christophe ,colomb4--,ah6 non1 par exemple1 s'cria une ,italienne au franc parler4 ,l'ide est baroque1 absurde1 immorale6--,comment immorale8 ,ce gnie tait un brave homme6--,un brave homme6 ,et il a dcouvert l',amrique1 il a fait de nous de plats valets de l'argent4 ,et vous voulez le canoniser8 ,ah6 non6 par exemple6 ,une boutade n'est pas un raisonnement1 mais toute campagne tendant loigner la jeunesse du culte des faux dieux et lui faire chercher en elle-mme les sources profondes et claires qui seules procurent la joie1 pourrait aider remettre en quilibre notre pauvre monde4 ,,chapitre ,,ix ,,les ,,amies ,,de ,l',,homme ,une vierge est dans ta maison1 ,frle1 pudique1--observatrice3 ,ds lors il faut que ta raison ,prenne le pas sur ton caprice4 ,,louis ,,legendre4 ,sous ce titre1 je range toutes les femmes qui sont des amies pour l'homme3 de la mre la fille1 en passant par les relations fraternelles1 amoureuses et amicales qui ont uni jusqu'ici les tres humains et les uniront toujours4 ,je ne crois nullement une socit future o les deux sexes seraient en perptuel conflit1 l'un disputant l'autre les positions acquises et l'autre les dfendant prement4 ,il n'y aurait d'armistice que durant les rapides contacts1 destins assurer la continuit de la race1 et qui laisseraient les mes plus distantes encore qu'elles ne l'taient auparavant4 ,si pareille transformation s'accomplissait1 toute douceur disparatrait de la vie1 pour un sexe comme pour l'autre4 ,les hommes en souffriraient plus que les femmes1 car il resterait celles-ci le tendre instinct de la maternit4 ,plus tard le conflit pourrait surgir entre les fils et la mre1 mais1 du moins1 pendant quelques annes1 celle-ci connatrait la consolation de chrir et de protger4 ,l'homme n'aurait mme pas ces joies fugitives1 l'instinct de l'amour paternel tant peu dvelopp chez lui4 ,il ne connatrait que le ct pre des relations humaines4 ,dans sa mre1 dans ses surs1 dans ses filles1 dans sa compagne1 il verrait les reprsentantes d'un sexe rival contre lequel il devrait sans cesse se dfendre et lutter4 ,plus d'abandon1 plus de confiance6 ,chacun tiendrait un fusil sous le bras1 prt en lcher les coups1 et l'amour deviendrait forcment brutal et cruel4 ,il ne resterait que le lien des intrts communs1 si le mariage survivait cette bourrasque4 ,mais ce lien suffirait-il maintenir l'organisation de la famille8 ,je suis persuade que rien de tout ceci n'arrivera1 le malaise actuel n'est que passager2 il faut donc l'envisager sereinement1 dans ses causes et dans ses effets1 comme une manifestation transitoire1 et regarder au del4 99 99 99 99 99 ,pour porter un jugement sur la situation actuelle des sexes l'un vis--vis de l'autre1 une grande impartialit est ncessaire1 et il faut se dbarrasser des prjugs inutiles qui encombrent notre mentalit4 ,reconnaissons-le1 tout d'abord1 il y a eu des torts des deux cts1 et chacun a le droit de se plaindre4 ,il suffit de regarder autour de soi1 pour que cette vrit apparaisse vidente4 ,l'homme a abus de ses privilges1 et toutes les fois que les rvolutions politiques ou les courants d'opinion lui ont permis de rformer les lois1 il l'a fait1 presque toujours1 son unique avantage1 excluant la femme des amliorations et des liberts qu'il s'octroyait lui-mme4 ,pourquoi ne pas avoir appliqu sa compagne les doctrines de justice et d'galit devant la loi qui1 depuis plus d'un sicle1 rgissent le monde1 du moins en thorie8 ,pourquoi ne l'a-t-il pas libre1 conomiquement1 de faon spontane1 comme l'on accomplit un acte que la conscience impose8 ,pourquoi absorbe-t-il son profit des mtiers qui sont videmment du ressort de l'autre sexe1 et lui enlve-t-il ainsi le gagne-pain auquel celui-ci aurait droit8 ,pourquoi laisser la femme lgalement dsarme1 et se rserver le pouvoir d'abuser d'elle pour ses plaisirs et son avantage8 ,pourquoi lui imposer la ruse et l'hypocrisie comme les seules armes de dfense1 et la mpriser ensuite parce qu'elle s'en sert8 ,les pourquoi pourraient se multiplier l'infini4 ,certes1 l'homme ne s'est pas montr gnreux et la femme s'en est venge1 sa faon1 en cessant de lui donner1 sans rserve1 son cur et son dvouement4 ,en certains pays1 les femmes tiennent encore infiniment l'opinion des hommes#dj1 par une habitude hrditaire et par la loi de nature1 mais1 en d'autres1 la femme ne voit plus gure dans l'homme qu'un banquier sur lequel il faut tirer le plus possible1 ou un appui social que sa vanit exploite4 ,si l'on pouvait surprendre les rves des jeunes fiances d'aujourd'hui1 on verrait quel maigre rle y jouent l'imagination et le sentiment4 ,ce sont des sources qu'on a nglig de faire jaillir4 ,quelqu'un1 dans l'avenir1 les dcouvrira peut-tre2 mais ce sera trop tard pour le bonheur6 ,bref1 si l'homme n'a pas voulu faire participer sa compagne aux privilges que lui apportaient les doctrines nouvelles1 elle1 de son ct1 s'apprte l'isoler de son foyer4 ,il n'est plus le centre autour duquel convergeaient les mes fminines de la maison4 ,on ne croit plus gure sa valeur morale2 il ne rgne plus qu'au point de vue conomique et social1 et dans beaucoup de familles on se ligue volontiers aujourd'hui contre l'opinion du mle4 #dj ,voir dans ,faiseurs de peines et ,faiseurs de joies le chapitre3 ,ce que les hommes pensent des femmes4 ,l'homme1 de plus en plus absorb par l'existence extrieure1 la recherche de l'argent et du plaisir1 ne s'aperoit pas qu'il est dpossd4 ,une tristesse l'oppresse1 sa vie devient de plus en plus lourde1 et il n'en devine pas la raison4 ,s'il note certains symptmes1 il ne s'en alarme point1 il rserve sa colre pour les revendications fministes1 pour l'envahissement de l'universit par les tudiantes1 leur entre dans les professions librales1 la haute culture demande par la femme1 et1 abomination des abominations1 le droit de vote6 ,il brandit son pe contre ces moulins vent1 sans s'apercevoir que son foyer est min par un fminisme bien plus redoutable que celui des suffragettes ou des employes des postes et des banques4 ,j'ai dit des moulins vent1 non par manque de respect pour le mouvement actuel1 mais parce que le nombre des femmes qui s'astreindront des tudes srieuses et prolonges reprsentera1 longtemps encore1 une minorit qui ne fera pas grand tort aux intrts masculins4 ,je crois1 du reste1 malgr les impertinentes thories d'rasme1 que l'homme aurait tout gagner la culture de la femme 7mre1 sur1 fille ou pouse71 tout ce qui augmentera sa comprhension1 tout ce qui la rendra plus apte la vie et l'amour4 ,au lieu de le comprendre1 il perd son temps1 avec une purilit dsolante1 combattre un mouvement qui1 lorsqu'il sera dgag de ses exagrations ridicules et de ses prtentions absurdes1 donnera des rsultats dont il sera le premier bnficier1 et il ne discerne pas1 auprs de lui1 le pril terrible qui le guette4 ,ce ne sont pas les rares savantes1 les artistes1 les crivains1 les ducatrices qui dtruisent peu peu la position de l'homme dans la famille1 mais c'est toute la cohorte des femmes ignorantes et frivoles qui mine sourdement la prpondrance masculine1 en rduisant l'homme au rle de pourvoyeur de son bien-tre4 ,celles-l aussi se dclarent contraires aux justes rformes que leur sexe demande1 mais l'esprit de rbellion les a pntres1 elles proclament leur droit au luxe1 au plaisir1 aux jouissances de la vanit4 ,aucune ne consent plus rester dans l'ombre2 elles veulent se montrer partout1 briller n'importe comment1 affirmer leur personnalit4 ,l'ide amricaine que le mari doit gagner beaucoup de dollars pour mettre sa femme en valeur a envahi peu peu l'me des ,europennes1 et le besoin de chrir et de se dvouer est en train de dserter leur cur4 ,chez les travailleuses srieuses qui ont appris connatre l'chelle des valeurs1 et savent que1 hors du sentiment1 il n'y a pas de douceur relle1 on trouve encore un coin d'idal4 ,mais chez les autres1 les vraies femmes1 comme on se plat les nommer1 la frnsie de l'lgance#da a remplac la tendresse4 ,pour arrter en elles le dveloppement de gots plus srieux et les distraire du dsir d'une existence plus digne1 les hommes poussent les femmes dans cette direction4 ,comme je l'ai dit ailleurs1 elles ne s'aperoivent pas du pige1 et y tombent4 ,les hommes1 avec une ingnuit tout aussi grande1 ne se rendent pas compte que le pige tendu aux femmes se retourne contre eux1 car1 peu peu1 celles-ci apprennent vivre pour elles-mmes1 n'ayant plus qu'une proccupation3 la mise en valeur de leur personnalit vaniteuse4 #da ,voir le chapitre3 ,les ,femmes et la toilette4 ,tout cela est gros de consquences morales autrement graves que les prtentions les plus hardies du fminisme outrancier1 les hommes devraient le comprendre et1 dans leur propre intrt1 encourager les tendances de leurs surs1 de leurs filles1 de leurs compagnes1 vers une vie meilleure1 plus intelligente1 plus comprhensive1 plus relle4 ,si elles ne prennent pas cette voie1 elles s'engageront sur l'autre1 et l'autre sera la dsorganisation de la famille1 amene par la frivolit1 la vanit et le got dsordonn du luxe qui1 aprs avoir t jadis l'apanage de certaines catgories1 s'est empar peu peu de toute l'me fminine4 ,retourner en arrire1 voil le souhait de beaucoup d'esprits qui rappellent avec complaisance que lorsque le grand ,cond pousa ,mlle de ,brz1 celle-ci ne savait ni lire1 ni crire6 ,mais serait-ce dsirable8 ,du reste les courants ne se remontent pas4 ,il faut donc les suivre1 mais la marche en avant peut prendre diffrentes directions4 ,une seule me parat bonne et conforme au plan divin qui est aussi le plan de la nature4 ,au lieu de la dlier1 il serait utile de resserrer la chane qui unit l'homme la femme1 non pas d'une faon sensuelle-- cela1 la nature pourvoit1--mais intellectuelle et morale4 ,ils ont besoin l'un de l'autre1 pour donner ce qu'ils ont de meilleur2 ils doivent tre rciproquement l'un pour l'autre des chercheurs de sources4 99 99 99 99 99 ,j'ai dj parl ailleurs des relations des pres et des filles1 des mres et des fils1 et j'ai indiqu leur importance pour la formation du caractre4 ,l'influence qu'elles exercent est immense1 et rien ne la remplace plus tard dans la vie4 ,l'intimit entre les mres et les fils a diminu par le fait de la tendance toujours croissante1 chez les femmes1 d'abandonner leur maison et de s'occuper de toilette et de plaisir4 ,cependant1 on en voit des exemples4 ,la bont est ce qui touche le plus1 ds leur bas ge1 le cur des hommes1 pourvu que cette bont ne soit pas de la faiblesse1 car celle-ci n'atteint pas son but vis--vis de l'enfant et a des consquences nfastes sur son caractre4 ,mais rien ne rsiste la bont intelligente1 la douceur ferme1 sauf les curs marqus d'avance pour le vice ou le crime4 ,quand une mre possde ces qualits1 ses fils en gardent le souvenir et l'empreinte durant toutes les annes de leur vie4 ,aussi la responsabilit des mres est-elle effrayante2 elles prparent l'humanit future2 et au lieu d'y penser elles s'occupent surtout de la forme de leurs chapeaux6 ,pareille insouciance1 pareil aveuglement prouvent quel point nous sommes inconscients encore de nos responsabilits1 et quel point nous vivons la surface des choses les plus graves4 ,on peut dire que1 dans chaque homme1 l'image de la mre 7ou de celle qui l'a moralement remplace7 se reflte4 ,il n'y a presque pas d'exception cet gard4 ,a moins d'hrdits particulirement fcheuses1 ceux qui ont manqu leur avenir le doivent en gnral la draison1 la futilit1 l'ignorance de leur mre4 ,n'ayant pas compris le sens profond de notre passage en ce monde1 elle n'a pu le leur enseigner2 or1 c'est par la femme surtout que l'homme reoit les impressions qui concernent la vie intrieure4 ,avec son intuition plus fine1 elle sait les faire pntrer en lui4 ,qu'elle soit mre1 tante1 sur1 ducatrice1 elle seule a de l'influence sur l'me de l'enfant et de l'adolescent4 ,les hommes durs1 brutaux1 cyniques n'ont probablement vu autour d'eux1 dans les premires annes de leur existence1 que des femmes ignorantes1 futiles ou pires encore2 elles ne leur ont inspir aucun respect4 ,comment de pareilles femmes pourraient-elles enseigner la douceur d'me1 le but de la vie1 le secret du bonheur8 ,l'image de la femme se ternit ainsi d'avance dans le cur de quelques hommes1 et plus tard ils se vengeront du crime1 commis envers eux par une mre incapable ou inconsciente1 sur toutes les femmes qu'ils rencontreront sur leur route4 ,l'intimit morale entre la mre et le fils donne de si merveilleux rsultats1 et nous en voyons de si admirables exemples qu'elle devrait tenter toutes les femmes4 ,combien d'entre elles se plaignent du vide de leur existence6 ,rendez-vous capables d'tre les amies de vos fils1 cela remplira vos heures1 pourrait-on leur rpondre4 ,recueillir et concentrer en elles-mmes toutes les forces bonnes pour les rpandre ensuite silencieusement sur leurs enfants1 n'est-ce pas dj une raison de vivre8 ,ds l'enfance1 il faudrait prparer les jeunes filles ce ct de leur tche future4 ,mais qui s'en occupe8 ,quand certaines habitudes mentales sont prises1 il est dur d'y renoncer1 et l'on prfre suivre automatiquement la pente4 ,jadis le sentiment tenait lieu1 aux femmes1 du dveloppement intellectuel qui leur manquait1 et par l'amour1 seul1 elles faisaient brche dans le cur de leurs fils4 ,mais1 je le rpte1 l'affirmation de leur droit la jouissance distrait aujourd'hui beaucoup de femmes des proccupations affectueuses4 ,ayant perdu l'influence du cur1 leur prestige tend s'effacer de ce ct-l1 et les autres qualits leur manquent encore4 ,ce n'est pas seulement l'activit fivreuse des journes actuelles1 mais plutt le tourbillon des penses futiles qui fait perdre aux femmes leurs facults intuitives et1 par consquent1 leur ascendant4 ,l'influence d'un tre sur un autre s'exerant surtout par l'esprit1 il faudrait avoir le temps de penser pour que la pense ft communicative4 ,il y a1 il est vrai1 le travail mystrieux du subconscient1 dont1 aprs ,leibnitz1 parlent tant les modernes psychologues1 mais peut-il rayonner sur les autres sans le concours du moi conscient8 ,si sainte ,monique avait pass sa journe faire des visites et combiner la veille les essayages du lendemain1 il est probable que saint ,augustin ne se serait pas converti1 et que l'glise compterait un ,pre de moins4 ,toutes les mres ne sont pas destines tre des ,sainte ,monique2 elles doivent vivre selon leur temps et dans l'organisation sociale actuelle4 ,on ne leur demande pas de former des ,doctores ,serafici1 mais simplement de faire des hommes dans la noble acception du mot4 ,une influence puissante s'exerce toujours d'un sexe l'autre4 ,george ,sand disait que1 parfois les hommes les plus incapables d'avoir un ascendant quelconque sur les autres hommes en ont un sans bornes sur l'esprit des femmes4 ,la proposition peut tre renverse4 ,pour ce qui est des choses de l'me1 les femmes seules savent mener les hommes4 ,c'est un grand rle2 elles devraient s'y prparer1 en devenant pour leurs fils d'intelligentes amies1 assez intelligentes et intuitives pour les comprendre1 les deviner et les aider silencieusement4 99 99 99 99 99 ,le nombre des mres capables de s'lever au-dessus des soins matriels tant encore relativement restreint1 le jeune garon peut trouver1 prs de lui1 une autre amie1 sans sortir de la famille4 ,cette amie est la sur4 ,rien de plus salutaire et de plus charmant qu'une intimit de ce genre6 ,c'est le premier couple parfait dans la puret absolue4 ,le dveloppement de la culture chez la jeune fille augmentera le nombre de ces amitis4 ,souvent les jeunes gens mprisaient leurs surs cause de leur ignorance et de leur frivolit2 ils refusaient de les considrer comme des camarades4 ,ce prtexte disparatra lorsque tous feront les mmes tudes1 qu'ils auront les mmes intrts et pourront discuter ensemble les mmes questions intellectuelles4 ,le gain1 en ce cas1 sera rciproque4 ,les jeunes filles qui sont les amies de leurs frres1 n'ont plus1 ds aujourd'hui1 la purilit1 l'hypocrisie et l'excessive vanit de celles qui vivent dans des milieux trop exclusivement fminins4 ,et cela pour deux raisons3 d'abord1 les frres ne les flattent point1 les traitent en camarades1 et1 l'occasion1 se moquent d'elles salutairement4 ,ensuite1 elles auraient honte de manifester devant eux certains prjugs1 certaines aspirations sottes1 de se permettre certaines grimaces4 ,elles sont1 par consquent1 plus simples1 plus dcides1 leur esprit est plus ouvert2 elles auront moins de surprises et de dceptions dans la vie4 ,si je devais choisir une femme1 je m'adresserais volontiers une jeune fille qui a t l'amie de son frre ou de ses frres1 elle n'aura pas les allures d'une fausse ingnue1 ni d'une vierge qui l'esprit sera venu trop tt1 elle ne pratiquera pas la coquetterie quivoque et ne verra pas1 dans tout homme1 un adorateur encourager ou conduire2 elle sera un peu plus dans la vrit de la vie4 ,le frre1 de son ct1 bnficierait de ces contacts1 qu'aucun attrait sensuel ne viendrait troubler1 avec un esprit jeune et frais de l'autre sexe4 ,c'est par des surs intelligentes et pures qu'il apprendrait connatre les femmes4 ,souvent1 entre lui et sa mre1 la diffrence d'ge est trop grande2 d'une gnration l'autre1 il existe des sauts brusques qui empchent l'intimit parfaite1 moins que la mre ne soit doue d'une souplesse ou d'une intuitivit spciale4 ,avec une sur1 on vibre plus facilement l'unisson4 ,dans l'me de tout homme qui a t l'ami de ses surs1 on trouve1 pour les femmes1 un fond de respect et d'amiti qui manque au cur de ceux qui n'ont pas connu ce genre d'intimit4 ,ils comprennent qu'il y a dans la femme autre chose que le simple art de plaire ou d'veiller des dsirs1 et il leur arrive de penser1 en rencontrant des jeunes filles dans le monde1 qu'elles sont1 peut-tre1 pour leurs frres1 des camarades affectueuses1 dignes1 par consquent1 d'tre respectes4 ,l'histoire et la littrature nous ont fourni quelques exemples d'amitis fraternelles clbres3 la sur de ,charles-,quint1--qui l'appelait ,mon tout1 aprs ,dieu1--celle de ,franois ,ier1 d'autres encore4 ,mais1 en gnral1 ce sentiment a t trop nglig2 l'humanit pourrait en tirer un plus grand parti2 c'est encore un champ en friche que l'ducation mixte#db rendra fertile1 en augmentant les contacts intellectuels entre les frres et les surs4 ,le pote italien1 ,giovanni ,pascoli1 a prouv ce sentiment dans sa plnitude1 et il pourrait crire1 sur la douceur de l'amiti fraternelle1 un volume de prose ou de vers qui ouvrirait bien des horizons4 ,on dirait que c'est la part des potes4 ,sans parler de ,chateaubriand1 ,franois ,coppe a connu1 lui aussi1 l'affection tendre et exclusive d'une sur et l'on pourrait citer d'autres exemples encore4 #db ,par cole mixte1 je n'entends pas pour les jeunes gens des repas1 des rcrations1 des parties en commun1 mais les cours1 auxquels les lves des deux sexes assisteraient dans la mme salle4 ,les frres et les surs auraient ainsi un fonds d'tudes semblables qui les rapprocheraient4 ,la jeune fille1 en qute d'une amiti sentimentale avec une compagne d'cole ou de cours dont elle ne sait rien1 et que1 la plupart du temps1 elle n'aime pas1 trouverait la maison1 dans son frre1 un camarade plus intressant et plus sain4 ,cette intimit lui serait autrement profitable que celle de la jeune pimbche1 leve au rle de confidente1 avec qui elle change ces menus propos insignifiants qui marquent le cerveau des femmes d'une empreinte si purile4 ,par crainte des moqueries1 la sur n'ose mettre le frre au courant de certaines penses prtentieuses1 tandis qu'avec ses compagnes elle se complat dans d'inutiles rptitions1 de conversations entendues la drobe1 de romans vcus ou lus1 dans des confidences dont son ignorance l'empche souvent de comprendre l'absurdit4 ,l'on prtend1 depuis des sicles1 que l'esprit vient vite aux filles4 ,la nature1 sans doute1 pourvoit au dveloppement de cette science prcoce1 mais les amies y aident puissamment4 ,dans l'oprette jadis clbre3 ,la fille de ,madame ,angot1 ,clairette et ,mademoiselle ,lange voquent leurs souvenirs et tout ce qu'une fois les portes closes1 il se disait de choses1 dans cette pension-l4 ,que n'a-t-on pas racont sur les couvents et les pensionnats8 ,en effet1 les agglomrations de jeunes filles sont1 malgr la surveillance la plus rigoureuse1 des coles de corruption4 ,et point n'est besoin de vivre sous le mme toit1 le contact de l'externat suffit4 ,fatalement1 celle qui sait initie celle qui ignore1 et c'est une trane de poudre4 ,il y a certainement entre jeunes filles des amitis charmantes1 et je ne voudrais en priver personne2 mais il en est de si fades et pernicieuses1 qu'on ne peut les absoudre et les protger en bloc4 ,avec le dveloppement de la culture fminine1 les amitis de pensionnaires prendront et ont dj pris une autre allure1 mais elles sont encore prilleuses1 le premier instinct des jeunes filles tant de communiquer aux autres tout ce que leur curiosit en veil a pu dcouvrir4 ,je ne crois nullement que1 dans l'tat social actuel1 l'ignorance soit utile ou reprsente un bon prservatif4 ,pour douloureux que cela puisse tre1 il faut1 je crois1 initier les jeunes filles aux ralits de l'existence4 ,mais il y a un abme entre la simple connaissance des mystres de la vie et l'instruction la fois incomplte et dprave que les compagnes de pension se donnent parfois sur certains cts de l'amour et sur le dessous des scandales mondains4 ,cette dernire forme d'initiation me parat la plus dangereuse1 bien qu'elle ait t jusqu'ici prfre1 les parents trouvant plus commode d'abandonner au hasard la grave rvlation4 ,l'intimit fraternelle empchera les initiations trop prcoces1 les frres tant1 d'ordinaire1 assez jaloux de l'innocence de leurs surs6 ,pour leur part1 les jeunes gens ont normment gagner1 eux aussi1 ces contacts avec de jeunes et pures intelligences fminines4 ,aprs les rapports quotidiens avec des camarades parfois grossiers et souvent vulgaires1 l'amiti d'une sur s'exercera rafrachissante4 ,la ncessit d'viter1 avec elle1 les termes brutaux1 et d'apprendre prsenter sa pense d'une faon digne et convenable sera un excellent exercice intellectuel et moral4 ,ainsi le jeune homme perdra moins de vue le ct rprhensible de certaines choses1--ce qui lui arrive facilement1 s'il n'est forc aucune retenue de langage1--et il sentira constamment la responsabilit de ses paroles et de ses penses4 ,or1 c'est le fait de l'oublier qui dvoie les consciences4 ,l'attraction d'un sexe sur l'autre n'est pas seulement physique1 elle est sensible aussi sur le cerveau et sur l'me4 ,lorsque ses sentiments affectifs seront satisfaits par une douce intimit fraternelle1 le jeune homme courra peut-tre avec moins de hte vers l'amour4 ,en tout cas1 il livrera moins facilement la premire venue les secrets de sa vie intrieure et se gardera mieux pour sa compagne future4 ,les jeunes gens qui connaissent et gotent les intimits fminines de la famille sont1 en effet1 ceux dont la jeunesse se conserve plus digne et plus intacte4 ,jusqu'ici1 l'occasion de ces rapports troits se prsentait rarement3 les tudes communes les rendront plus faciles4 ,ceux qui sauront en profiter apprendront connatre des relations trs douces et se prpareront1 en outre1 pour tout le cours de leur vie un abri sr o se rfugier les jours d'orage4 99 99 99 99 99 ,une autre amiti galement douce1 galement prservatrice et galement utile attend l'homme vers le dclin de la vie1 mais il faut qu'il la dsire et la prpare4 ,le pre qui ne se sera pas souci du dveloppement de la psych de ses enfants pourra difficilement devenir l'ami de ses filles4 ,ce genre d'amiti demande de part et d'autre1 sinon une vritable supriorit1 du moins un certain dveloppement d'esprit4 ,si le pre est mdiocre1 l'me de la fille ne se tournera pas vers lui2 de mme pour celle du pre1 si la fille est sotte6 ,attir par sa beaut1 sa fracheur1 la gentillesse de ses faons1 il pourra la rechercher un instant1 s'en parer durant quelques promenades1 mais l'intimit ne durera pas1 ne se dveloppera pas444 ,son essence est spciale2 gnralement elle prend naissance dans l'imagination de la fille1 sduite par la force1 le calme1 la logique de l'homme4 ,surtout si la mre est agite1 nerveuse1 purile1 la psych de l'enfant la poussera vers le pre4 ,elle sent d'instinct que de sa bouche vont sortir les paroles raisonnables dont l'me enfantine1 affame de logique1 a un si ardent besoin4 ,les penses draisonnables et les faux points de vue qui obscurcissent la mentalit de la jeunesse et la jettent dans le doute et dans l'effroi sont souvent la raction de ce besoin non satisfait4 ,le dsir des forces calmes qu'elle ne trouve pas en elle-mme1 ni chez les femmes de son entourage1 est l'un des plus forts sentiments qui entrane vers son pre l'enfant intelligente4 ,mais la plupart des hommes1 absorbs par le tourbillon des affaires1 ne s'aperoivent pas de cette attirance qu'ils exercent1 ou ne lui prtent qu'une attention distraite4 ,quelques caresses1 et c'est tout6 ,peu peu1 la petite ou la grande fille1 ne se voyant ni comprise ni devine1 se replie sur elle-mme1 non parce que le pre perd son prestige1 mais simplement parce que la distance entre eux est trop grande2 avec sa fine intuition fminine1 l'enfant comprend que1 pour la franchir1 il faudrait des efforts patients dont elle ne se sent pas capable4 ,et ainsi meurt1 avant de natre1 une des plus douces intimits que le sort puisse offrir4 ,parfois1 plus tard1 le hasard devient favorable la fille3 une circonstance fortuite la met en contact avec la mentalit paternelle1 mais souvent il est trop tard2 les habitudes prises les entranent chacun d'un ct oppos2 leurs penses ne peuvent se confondre4 ,le pre ne parvient plus modeler et lever l'esprit de la fille1 dont il a nglig la formation intellectuelle et morale4 ,il se trouve en face d'une inconnue6 ,c'est ds l'enfance que ce travail devrait commencer4 ,les exemples d'affections de ce genre sont nombreux dans la littrature et dans l'histoire3 ,antigone1 ,cordlia1 les filles de ,milton1 et dans les vies plus humbles1 que de cas semblables ceux-ci6 ,mais il s'agit l1 surtout1 du dvouement filial1 consolateur des suprmes infortunes1 et o la piti joue le rle principal4 ,c'est le pre1 priv de sa force1 s'appuyant sur sa fille1 soutenu par sa fille4 ,l'intimit que je voudrais voir plus frquente serait celle du pre guidant1 intellectuellement1 la fille chez qui il trouverait1 en change1 des sources d'eaux fraches et purificatrices4 ,a une poque o les murs1 certes1 n'taient pas rigides ni les sentiments raffins et doux1 un homme sentit si vivement la tendresse paternelle que rien n'gala jamais1 en ce genre1 les accents avec lesquels il l'exprima4 ,je veux parler de ,cicron4 ,je retrouve en elle1 disait-il propos de ,tullia1 mes traits1 ma parole1 mon me4 ,il l'avait leve sa faon1 crit ,m4 ,gaston ,boissier1 l'initiant ses tudes et lui communiquant le got des choses de l'esprit4 ,quand elle mourut1 la douleur de ,cicron fut immense3 ,ma fille au moins me restait3 j'avais o me retirer et me reposer4 ,le charme de son entretien me faisait oublier tous mes soucis et tous mes chagrins2 mais l'affreuse blessure que j'ai reue en la perdant1 a rouvert toutes celles que je croyais fermes4 ,j'avais o me retirer et me reposer1 ces mots disent tout4 ,c'est ce que les hommes devraient rechercher1 ce que l'affection d'une fille1--si on l'a forme son image1--peut donner4 ,elle donne peut-tre davantage encore1 car qui peut mesurer l'influence d'un semblable amour sur la mentalit d'un homme et sur sa faon de comprendre la vie8 ,parmi les ,romains de son temps1 ,cicron a t1 certes1 malgr sa dplorable faiblesse morale1 l'un des plus purs1 des plus humains1 des plus honntes4 ,savons-nous de combien d'erreurs et de faiblesses sa tendresse pour ,tullia l'a sauv8 ,nous connaissons la vie du grand orateur1 mais dans combien d'existences plus obscures le mme phnomne s'est-il reproduit8 ,combien de pres ont t dlivrs des mauvaises fivres1 maintenus une certaine hauteur morale par la fille intelligente qu'ils avaient leve jusqu' eux6 ,c'est pour toi seul qu'il est besoin ,dornavant d'tre svre444 ,tu dois respecter ce tmoin ,pour que ce tmoin te rvre4 ,veille donc attentivement ,a ce qu'au fond de ta pense ,rien ne passe1 ft-ce un moment1 ,dont sa candeur soit offense#dc4 #dc ,,louis ,,legendre4 ,malheureusement ces cas sont trop rares et le deviennent chaque jour davantage4 ,dans les familles1 chacun fait sa vie soi et1 certes1 l'indpendance est une excellente chose1 mais il ne faut pas qu'elle empite sur les affections et les strilise1 elle doit seulement y ajouter le sentiment de libert qui les ennoblit4 ,l'amiti entre pre et fille est l'une des manifestations les plus leves de la tendresse humaine et je voudrais y convier tous les curs capables de la sentir et de la pratiquer4 99 99 99 99 99 ,lorsque l'homme n'aura pas trouv1 autour de lui1 dans sa famille1 un cur de femme o reposer le sien et verser les penses que les camarades1 jeunes ou vieux1 ne mritent pas d'entendre1 il cherchera ailleurs cet abri1 et naturellement1 n'importe quel ge de la vie1 il s'imaginera le trouver dans l'amour4 ,en effet1 s'il choisit bien1 c'est dans ce sentiment qu'il atteindra la plnitude de la joie et de la confiance4 ,l'amie qu'on aime d'amour reprsente l'idal des intimits humaines1 mais il est assez rare de pouvoir mler l'amiti la passion1 parce que ce dernier sentiment1 par sa violence mme1 obscurcit le discernement1 et que l'on aime souvent une personne tout fait diffrente de celle que notre got et notre raison auraient choisie4 ,en outre1 l'amour est sujet de brusques sautes1 et naissant de rien1 il meurt de tout6 ,nous le voulons ternel dans les heures d'exaltation1 et1 de par son essence mme1--sauf pour quelques tres au cur lev1--il est passager1 moins qu'on ne l'emprisonne dans le mariage4 ,dans ce cas1 les intrts et les devoirs communs maintiennent l'intimit1 quand l'amour a dj pris son vol ou s'est piteusement abattu sur le sol4 ,mais ces devoirs et ces intrts communs ne reprsentent pas l'amiti1 dans le sens lev du mot4 ,elle s'y joint quelquefois1 mais pas toujours4 ,la question de l'amiti dans le mariage est d'ailleurs si complexe qu'elle demanderait une tude part2 revenons aux amitis de choix que l'homme peut conclure en dehors de la famille et des liens conjugaux4 ,il y a les amitis amoureuses1 et ce sont les plus charmantes et les plus solides1 quand c'est l'amiti qui prend finalement le dessus4 ,on a pass par l'preuve du feu1 et l'on ne craint plus rien2 on a cependant aperu les portes d'or1 et un attendrissement se mle la confiance1 l'estime et la sympathie intellectuelles1 bases de tout attachement srieux4 ,l'impression qu'on aurait pu s'aimer autrement met une posie aux choses1 et la camaraderie devient plus douce1 plus respectueuse mme444 ,l'homme qui est l'ami d'une femme1 pour laquelle il a ressenti des vellits de tendresse1 a gagn un des gros lots de la vie sentimentale4 ,mais alors1 dira-t-on1 il n'y aurait pas de meilleures amies que les femmes qu'on a cess d'aimer4 ,avec elles1 les souvenirs seraient plus puissants encore4 ,ils sont trop puissants1 justement2 ils crent une situation dlicate qui circonscrit la confiance et empche les confidences444 ,la passion1 gardons-nous de l'oublier1 ne s'teint pas la mme minute chez les tres qui se sont aims4 ,un des curs reste douloureusement meurtri par la sparation2 souvent des regrets le rongent1 sous la rsignation apparente2 la dignit fait taire les plaintes1 et par lgance morale1 le visage reste souriant1 l'accueil amical1 mais quelque chose crie en dedans4 ,cela arrive aux femmes1 et aux hommes aussi4 ,j'en ai connu un qui1 des annes aprs la rupture1 disait encore en montrant son cur3 ,cela me fait toujours mal l6 ,et c'tait un homme de peu de paroles1 dur et froid d'apparence1 qui dtestait la sentimentalit fade1 sous toutes ses formes4 ,d'autre part1 le premier qui s'est dtach a plus ou moins l'intuition de l'tat d'me de l'autre1 et cela le gne dans ses panchements4 ,l'amiti des anciens amants et des anciens fiancs est donc plutt une sorte d'attachement fait de souvenirs rciproques1 qu'une affection active et consolante4 ,celles-ci doivent tre cherches ailleurs1 dans les affinits morales et intellectuelles que nos curs et nos intelligences sentent parfois avec force4 videmment l'amiti entre personnes d'un sexe diffrent demande une certaine lvation d'esprit1 et ce qu'on pourrait appeler des facults rceptives4 ,les femmes1 auxquelles ces facults manquent1 auront rarement des amis masculins1 car elles ne leur offrent pas ce qu'ils cherchent1 une me o dposer leurs penses et dvelopper leurs aspirations4 ,les hommes ambitieux1 mais assez intelligents pour douter d'eux-mmes parfois1 prouvent presque tous le besoin d'une amiti fminine qui les encourage et les soutienne4 ,sentir qu'une femme croit en eux1 les trouve dignes des premires places1 de la clbrit1 de la gloire1 est1 pour leur orgueil1 un baume prcieux4 ,d'autres1 les sentimentaux1 recherchent aussi ce genre d'amiti2 ils veulent des confidentes1 car en racontant leurs amours une autre femme1 ils les gotent mieux6 ,quelques-uns1 plus raffins1 plus dlicats1 plus altruistes1 s'intressent la femme1 pour elle-mme1 et trouvent du plaisir tudier sa psychologie3 ce sont des amis dvous et charmants4 ,cette faon de comprendre l'amiti indique qu'elle aurait pu facilement se changer en amour4 ,chez la femme1 le dsir de l'amiti masculine#dd est presque toujours intellectuel2 jadis1 un besoin instinctif de protection la lui faisait rechercher1 mais ce besoin est bien moins puissant aujourd'hui4 ,la vanit entre aussi1 pour une part1 dans ce sentiment1 quand il s'agit d'hommes clbres1 mais sa vritable racine est cet instinct de soutenir et de consoler1 qui est propre toutes les femmes4 ,elles prouvent une sorte d'orgueil relever le courage abattu de l'homme1 cet tre orgueilleux qui se croit leur suprieur et qui pourtant1 certaines heures1 se tourne humblement vers elles pour qu'elles essuient ses larmes et le consolent dans ses dboires4 #dd ,ce dsir n'est pas senti par les ,orientales3 ,pauvres surs d',europe1 combien je vous plains de voir des hommes1 toute la journe6 disait la princesse ,murat une femme de harem4 ,les ,dsenchantes1 de ,,loti1 sont une exception4 ,j'ai connu des femmes1 amies parfaites1 dsintresses et tendres2 elles donnent bien davantage que l'homme1 en ces sortes de contrats moraux1 mais elles sont peut-tre moins sincres que lui1 elles ne se livrent pas autant2 elles ont des rserves o l'ami ne pntre pas4 ,c'est que jamais la femme n'a tout fait confiance dans l'homme2 une longue suite de trahisons l'en empche6 ,sans en avoir conscience1 elle sent en elle-mme les torts dont les femmes ont t victimes1 depuis que le monde existe1 et dans l'homme elle voit l'oppresseur de l'espce4 ,elle l'adorera1 elle donnera pour lui sa vie1 son honneur1 mais elle n'aura jamais en lui une confiance complte6 ,l'homme1 en gnral1 ne s'aperoit pas de cette mfiance1--il a si peu d'intuition1--et le plaisir que lui donne l'amiti de la femme n'en est nullement gt4 ,elle1 de son ct1 trouve dans ces contacts1 avec la mentalit masculine1 un largissement de la sienne1 et arrive ainsi une plus juste conception de la vie4 ,le gain est donc rciproque3 la femme adoucit et raffine l'me de l'homme2 lui1 de son ct1 donne la force1 la raison1 la logique4 ,les nuances de ce sentiment1 l'un des meilleurs et des plus levs que l'humanit connaisse1 sont infinies2 elles chappent l'analyse1 et l'on ne peut les ranger par catgories4 ,l'amiti nat des circonstances travers lesquelles nous voluons et des rencontres fortuites4 ,le hasard1 quand il a quelque chose en vue1 met sur notre route l'ami ou l'amie qui doivent nous aider l'accomplir4 ,que certaines amitis soient rellement les instruments de la ,providence1 nous nous en rendons compte2 souvent1 il est vrai1 la signification de certains contacts reste mystrieuse1 mais elle n'en existe pas moins2 seulement nos yeux de demi-aveugles ne la peroivent pas4 ,j'ai dit ailleurs#de combien ces amitis mixtes taient prcieuses1 et combien elles pourraient servir un rapprochement de l'homme et de la femme1 sur un plan plus lev que celui o ils ont volu jusqu'ici4 ,ils ne doivent pas se considrer uniquement sous l'aspect du possesseur et de la possde1 mais plutt comme deux tres auxquels ,dieu a confi1 il est vrai1 la continuation de l'espce1 mais qui il a donn deux mes immortelles1 destines s'aider rciproquement1 pour mieux comprendre le sens profond de leur passage sur cette terre4 ,ainsi durent s'aimer ,michel ,ange et ,vittoria ,colonna4 ,il faut videmment un peu de courage pour braver les calomnies du monde4 ,saint ,jrme qui s'tait retir ,ostie pour fuir les mchants propos de ,rome1 au sujet de ses amitis fminines1 crivait un ami3 ,salue ,paule et ,eustochie2 que le monde le veuille ou non1 elles sont miennes en ,christ4 #de ,voir ,faiseurs de peines et ,faiseurs de joies4 ,un monde nouveau se prpare1 une rvolution morale est en train de s'accomplir2 l'homme et la femme traversent une crise qui ira s'accentuant1 si celui qui a t jusqu'ici le matre de la situation ne comprend pas que pour garder son prestige1 il doit se montrer gnreux4 ,si les hommes devenaient les amis de leurs mres1 de leurs surs1 de leurs filles1 ils se rsigneraient de meilleure grce au changement invitable1 et ils parviendraient en mme temps maintenir leur autorit sous une autre forme1 forme plus juste1 plus moderne et plus respectueuse de l'me humaine4 ,,chapitre ,x ,l',,appel ,as the essence of courage is to stake one's life on a possibility1 so the essence of faith is to believe that the possibility exist4 ,,william ,,salter4 ,dans certaines campagnes de ,france1 lorsque la scheresse dure de faon exceptionnelle1 on a coutume de dire3 ,il ne pleut pas1 parce que l'appel manque6 ,ces mots signifient que la terre1 trop aride1 ne renferme plus l'humidit indispensable pour attirer celle de l'atmosphre et la faire se condenser en eau4 ,en effet1 jour aprs jour1 l'on voit le ciel se couvrir de nuages qui se dissipent avant de s'tre rpandus en onde bienfaisante4 ,cette attente1 toujours due1 dure des semaines et mme des mois1 jusqu' ce qu'une tempte imptueuse1 venue souvent de trs loin1 force les cataractes du ciel s'ouvrir4 ,le phnomne ne peut s'expliquer1 scientifiquement1 d'une faon aussi simpliste1 mais n'y a-t-il pas un fond de vrit dans la tradition populaire8 ,ne voyons-nous pas le mme phnomne se produire dans le monde moral et intellectuel8 ,quand un tat de scheresse se prolonge dans l'me1 c'est sans doute l'appel qui manque2 rien1 au dedans de nous1 n'attire les forces bienfaisantes et fcondes4 ,une bonne partie des faits moraux1 qui nous tonnent1 nous dconcertent et nous troublent1 pourraient s'claircir de cette faon2 et l'explication une fois admise1 je crois que nos points de vue1 nos jugements et nos perspectives se modifieraient singulirement4 ,tout s'largirait devant nous1 nos horizons deviendraient sans limites1 et l'ennui1 le terrible ennui1 serait banni de la vie1 puisque tous1 dans la mesure de nos forces1 nous pourrions devenir une usine en mouvement1 capable de renouveler et de varier indfiniment sa production et ses rsultats4 ,lorsqu',adam et ve1 dans le jardin d'den1 touchrent l'arbre dfendu1 ils ne durent pas mordre trs avant au fruit de la connaissance du bien et du mal1 car aujourd'hui encore1 aprs tant de civilisations disparues et de sicles couls1 l'homme est peine arriv au seuil des vrits profondes qu'il commence vaguement entrevoir4 ,l'une d'elles est probablement cette force mystrieuse dont nous disposons1 sans l'employer1 du moins de faon consciente1 et que les paysans1 dsesprs des longues scheresses1 nomment l'appel4 99 99 99 99 99 ,le rcit de la ,gense nous ayant montr l'ternel courrouc et presque inquiet de la dsobissance d',adam1 les esprits timors estiment dangereux tout ce qui pourrait rvler l'homme les pouvoirs qu'il dtient en lui-mme4 ,des craintes analogues pouvantaient les paens3 le sort de ,promthe et d',icare leur avait donn une tragique leon4 ,vouloir ravir le feu du ciel1 c'est--dire voluer trop rapidement1 tait une offense aux dieux4 ,nous devions rester sur le plan o ils nous avaient placs1 sans essayer de dvelopper les forces secrtes que parfois nous sentions en nous4 ,cette crainte1 qui avait sa racine dans la peur des contacts dmoniaques1--hantise des imaginations du ,moyen ,age1--et des pratiques de la magie1 qui avait mauvaise rputation et sentait le soufre1 semble purile aujourd'hui1 et contraire au sentiment religieux moderne qui pousse l'homme atteindre1 par le dsir1 le ,dieu qu'il adore4 ,ce besoin d'union et d'harmonie avec les forces divines est le secret de tout progrs et de tout perfectionnement1 il n'y en a pas d'autre1 et il est conforme aux enseignements des vangiles4 ,les promesses faites l'homme dpassent tout ce que l'imagination humaine peut concevoir4 ,par la foi1 tous les pouvoirs lui sont accords1 parce que1 par la foi1 les forces divines agissent en lui4 ,l'homme a tellement dout de lui-mme1 et hlas6 souvent avec raison1 qu'il s'est habitu considrer ces promesses comme rserves exclusivement aux tres exceptionnels1 aux grands initis2 aux aptres4 ,en cela1 il se trompe1 les promesses sont claires et s'adressent toutes les mes chez lesquelles le miracle de la foi s'est accompli4 ,si nous acceptons1 au contraire1 l'explication d'aprs laquelle nous possdons ces forces par l'effet d'une grande loi universelle que ,jsus est venu rvler aux hommes1 notre devoir est de nous conformer cette loi1 et d'essayer avec notre ego suprieur de progresser vers ,dieu4 videmment1 tous les tres n'occupent pas le mme degr dans l'chelle des valeurs2 quelles que soient nos croyances1 il est impossible de le nier1 et les simples volutionnistes l'admettent1 eux aussi4 ,sans rechercher les causes de ces diversits de niveau1 il est certain que les mes et les esprits des hommes se trouvent des distances considrables4 ,en le constatant on serait tent d'admettre la thorie de plusieurs existences successives dans le corps physique1 c'est--dire sur notre plante4 ,mais qu'ils aient ou non le souvenir de vies antrieures1 il est hors de doute que l'on trouve1 chez quelques individus1 des indices de besoins spirituels ou psychiques trs suprieurs ceux qui tourmentent le reste des hommes4 ,ces besoins ne sont pas toujours le rsultat hrditaire d'une longue suite d'anctres cultivs1 car souvent l'me de leurs descendants est muette1 engourdie dans le bien-tre matriel trop raffin ou strilise par une crbralit trop accentue4 ,au contraire1 ces besoins se rencontrent parfois l o l'on s'y attendait le moins6 ,un mot1 un regard1 une simple expression de visage rvlent tout coup des aspirations vers le divin1 indiquent des sources profondes de vie intrieure4 ,dans ces tres-l1 des puissances sont en activit ou commencent sortir du sommeil o nous les avions laisses4 ,on dirait des oiseaux qui battent des ailes1 joyeusement ou perdument1 contre les barreaux de leur cage2 on peut les aider1 mais on n'a pas besoin de les convaincre1 les voix secrtes de l'me les ont dj avertis1 leurs yeux peroivent les horizons lumineux travers les lourds nuages qui les cachent encore4 ,ce sont les riches1 les lus1 ceux que l'hte mystrieux visite souvent1 ou qui1 du moins1 sont au seuil de ces richesses1 de cette lection1 de ces visites444 ,dans d'autres cas1 on a beau frapper aux portes des mes1 rien ne rpond2 les coups redoubls du marteau d'airain ne produisent aucune vibration4 ,toute la vie est l'extrieur3 au-dedans1 il n'y a que le vide4 ,je ne parle point ici des hommes et des femmes qui vivent uniquement pour la jouissance ou l'ambition vulgaire1 mais d'une lite intellectuelle qui connat dj la piti1 prend une large part la vie sociale et dont la moralit1 dans le sens courant du mot1 est reconnue4 ,leur esprit est comme prisonnier du visible et du tangible1 ils ne peuvent les dpasser4 ,ils croient au pouvoir de la volont se manifestant par des efforts d'activit et d'intelligence1 et admettent peut-tre mme les effets de la prire1 comme une grce accorde ceux qui pratiquent les bonnes uvres4 ,il est inutile de leur dire qu'ils possdent une facult1 qui a le don d'appeler les forces bienfaisantes1 et que1 n'en usant pas1 ils renoncent la joie1 au pouvoir1 tous les dons qu'ils pourraient rpandre autour d'eux4 ,un sourire de sagesse sceptique serait leur seule rponse4 ,ils sont plus ferms la connaissance des choses intrieures que ne le sont souvent les plus scandaleux pcheurs4 ,ce n'est point pour eux que ce chapitre est crit4 ,leur heure n'est pas venue encore4 ,viendra-t-elle sur cette terre8 ,devront-ils renatre une fois encore1 ou sera-ce dans d'autres mondes que la rvlation se fera pour eux8 ,ils le sauront1 mais nous l'ignorerons probablement toujours4 99 99 99 99 99 ,la possibilit de l'appel efficace n'est pas1 comme nous l'avons vu1 accessible tous4 ,par une loi gnrale1 ses effets bienfaisants ne peuvent se raliser que dans certaines conditions d'me4 ,quand elles manquent1 rien ne rpond1 et c'est absolument logique4 ,l'illogisme apparent commence lorsque les conditions mentales et morales existent et qu'aucun rsultat ne s'obtient4 ,les causes de ce phnomne ngatif peuvent se ramener deux principales3 l'ignorance et l'gosme4 ,que de fois1 en effet1 malgr nos vellits de vie intrieure et nos essais en ce sens1 nous ne nous rendons pas compte de ce qui s'agite au dedans de nous6 ,les eaux bouillonnent sur place1 mais elles ne se canalisent pas et ne peuvent fconder le sol4 ,on est agit de douloureux dsirs1 et la dprimante sensation des forces inemployes alourdit le cur4 ,si nous savions1 toutes les heures du jour ne suffiraient pas l'incessante activit morale que nous pourrions dployer6 ,que d'angoisses intrieures seraient apaises par le sentiment de ne pas rester inertes1 d'tre capables d'agir pour nous et pour les autres1 sans nous agiter1 sans perdre le calme et l'quilibre444 ,seulement il faut savoir pour cela1 et vouloir ou1 pour mieux dire1 apprendre vouloir6 ,combien de livres ont t crits sur l'ducation de la volont6 ,on ne saurait assez les lire et les relire4 ,sans elle1 il n'y a pas de beaut dans la vie1 car nous ne pouvons nous intresser qu'aux tres capables de vouloir quelque chose et de le vouloir avec suite4 ,non que la volont suffise pour l'appel2 on peut avoir une volont de fer et ignorer la force de l'appel1 mais sans elle1 nous ne pouvons exercer ce pouvoir4 ,l'une des premires choses indispensables tout homme qui veut exercer les forces qu'il sait possder est donc la volont4 ,sans elle1 pas de concentration intrieure possible1 et sans concentration1 pas de rsultats intrieurs ou extrieurs4 ,or rien n'est plus difficile l'me humaine que de se fixer longuement sur une ide ou sur un sentiment4 ,sauf certains esprits minemment spculatifs1 notre lgret nous distrait1 empche la persvrance mentale4 ,les femmes surtout sont rebelles cette tension4 ,leur instinct les pousse ne pas se fixer1 ouvrir curieusement plusieurs livres en mme temps1 sans aller jusqu'au bout de leur lecture2 en amour aussi elles pensent mille choses la fois et ont des distractions continuelles1 mme si elles sont incapables d'une infidlit ou d'une vellit d'inconstance4 ,pour elles1 par consquent1 la concentration fconde est plus difficile1 mais elles ont1 comme compensation1 l'intuition rapide1 et arrivent d'un bond1 l o l'esprit spculatif de l'homme ne parvient qu'au prix de pnibles efforts4 ,sans avoir besoin de s'appuyer sur des connaissances extrieures acquises ou des donnes hypothtiques1 elles atteignent1 grce leurs facults intuitives1 des sommets qui1 sans ces facults1 leur seraient toujours demeurs inaccessibles4 ,je crois donc que les femmes1 malgr leur mentalit volage1 peuvent mettre en action les forces de l'appel bien mieux que les hommes4 ,le sentiment religieux leur est plus familier1 pour mille et une causes4 ,elles le sentent avec intimit1 tous les jours de leur vie1 tandis que les hommes le rservent pour les grandes occasions solennelles1 les tragdies du cur et de l'me4 ,or1 le sentiment religieux ou1 pour mieux dire1 l'habitude de la prire et des communications avec le divin facilite ces lans1 qui forcent1 pour ainsi dire1 les rponses de ,dieu4 ,si l'on fermait les glises1 o donc iraient pleurer les femmes8 disait ,maupassant1 qui ne peut1 certes1 tre accus d'avoir donn une importance extrme la vie religieuse4 ,en effet1 chez la femme1 quelque degr de moralit qu'elle soit arrive1 le besoin de recourir l'au-del se manifeste4 ,des protestations se font entendre3 ,c'tait une indigne faiblesse que nous avons vaincue4 ,aujourd'hui notre esprit est libre1 il repousse les fables1 il a rompu toute complicit avec les fausses esprances4 ,ces voix triomphantes et dures clatent comme des fanfares1 et les visages de ces femmes qui renient toutes les traditions qui ont consol le lit de mort de leur mre et protg leur berceau1 ont une expression de farouche orgueil2 ils rient1 et les bouches s'largissent dans un sourire victorieux4 ,mais puisqu'elles sont si certaines de l'affranchissement1 pourquoi leurs yeux sont-ils si tristes8 ,dans le fond de leurs prunelles1 quelque chose pleure4 ,tandis qu'elles proclament leur droit la joie1 l'angoisse du reniement passe sur leurs mes1 et elles pressentent peut-tre que le joug nouveau1 dont elles se sont si allgrement charges1 psera sur elles plus lourdement que l'ancien4 ,pour que ces consciences soient ramenes l'unit finale1 il est peut-tre ncessaire qu'elles traversent la priode du reniement1 mais il est certain que si elles ont rellement touff en leur cur toute aspiration vers le monde invisible1 il leur sera impossible de recourir efficacement lui4 ,les merveilleux rsultats de l'appel n'appartiennent qu' ceux1 hommes ou femmes1 qui tendent de tout leur tre l'harmonieuse union avec les forces divines4 ,ils appellent1 et on leur rpond4 ,avoir l'intuition1 mme vague1 de l'existence de cette loi1 et ne pas tout tenter pour la connatre1 ou la connatre et ne pas en profiter1 est-ce1 de la part de l'homme1 dmence ou idiotisme8 ,l'un et l'autre1 sans doute1 mais le principal facteur de cet aveuglement absurde est que nos mes sont trop superficielles pour pouvoir supporter le sublime4 ,l'appel n'est pas prcisment la prire1--il me semble que la prire est davantage un acte d'adoration1 d'humilit1 de reconnaissance444 ,l'appel est comme une force d'attraction qui sort de nous et attire d'autres forces qui se rpandent en onde bienfaisante sur nos mes et nos vies4 ,nous pouvons appeler nous les grces spirituelles1 la richesse matrielle1 la puissance intellectuelle et morale1 et il est probable que toutes ces choses deviendront ntres1 pourvu qu'en les rclamant1 notre intention ne soit pas goste4 ,le personnalisme arrte net le miracle4 ,je suis tellement persuade de la vrit de ce dernier fait1 que rien ne m'attriste comme d'entendre les gens dire que par certaines actions ils se prparent des mrites4 ,une pareille pense doit dtruire l'efficacit des plus grands dvouements4 99 99 99 99 99 ,en restant uniquement dans le domaine terrestre1--sur le plan physique1 comme diraient les thosophes1--la mme loi trouve son application dans les rapports des hommes entre eux4 ,l'appel y est galement efficace4 ,nous pouvons parler silencieusement au cur des autres et leur demander ce que nous voulons d'eux4 ,or1 le faisons-nous8 ,je ne veux pas tomber dans le systme de la ,new ,thought amricaine1 qui1 malgr certaines conceptions vraies et nobles1 matrialise un peu1 il me semble1 les rsultats de la pense4 ,mais il est certain que1 dans nos rapports sociaux ou de sentiment1 nous ngligeons des forces immenses que nous avons notre porte4 ,quand nous voulons convaincre1 nous nous servons beaucoup trop du raisonnement et de la parole2 quand nous voulons toucher galement1 et si nous avons des reproches adresser1 nous employons le mme systme4 ,c'est bon pour ceux qui ne savent pas4 ,ceux qui savent devraient comprendre que ce sont l de faibles moyens1 compars ceux dont ils pourraient disposer4 ,j'en suis intimement persuade1 par intuition et par exprience4 ,seulement1 l'application de cette mthode exige des habitudes de concentration qu'il est difficile de maintenir1 et des tats de conscience qu'on ne peut atteindre constamment4 ,parfois on russit employer ces moyens1 et on constate leur merveilleuse puissance2 puis la paresse et l'esprit superficiel prennent le dessus1 et nous recourons de nouveau aux systmes insuffisants auxquels nous sommes habitus1 par tradition1 ds l'enfance4 ,certes1 la parole est la plus grande force de persuasion que ,dieu ait donne l'homme4 ,nous avons vu l'loquence entraner des foules1 nous avons entendu des voix insinuantes porter la conviction dans les curs1 et des accents indigns faire trembler les consciences4 ,mais ces dons spciaux sont le privilge d'un trs petit nombre d'individus3 les ,cicrons et les ,savonaroles sont rares2 les ensorceleurs et les ensorceleuses intelligents1 capables de galvaniser ou de transformer les penses de ceux qui ils s'adressent1 ne se trouvent pas non plus chaque carrefour4 ,si eux seuls pouvaient exercer de l'influence1 cela limiterait par trop le pouvoir rciproque des tres1 les uns sur les autres4 ,du reste1 qui nous affirme qu' la parole1 ces grands preneurs d'mes ne joignaient pas la concentration de la pense1 et la volont d'agir par ce moyen aussi4 ,certes1 quand ,savonarole faisait tressaillir les consciences de la ,florence lgante1 corrompue et raffine du quinzime sicle1 et osait s'attaquer aux vices des ,borgia1 un lan de son tre mettait probablement sa force en communication avec les forces divines1 et celles-ci donnaient sa voix l'irrsistible pouvoir qu'elle exera sur l'me italienne de son poque4 ,cicron1 lui1 ne croyait pas aux dieux1 mais c'tait un intuitif1 et1 par ses sentiments de douceur et d'humanit1 il appartenait d'avance la socit nouvelle que les paroles de ,jsus1 qui n'tait pas n encore1 allaient crer2 il tait donc en rapport avec les puissances invisibles qui dtiennent les secrets de l'avenir4 ,mais abandonnons ces colosses de l'loquence1 et revenons la vie d'aujourd'hui et aux hommes de moyenne grandeur4 ,tous ceux qui rflchissent et qui ont l'habitude d'couter les voix intrieures1 reconnaissent1 dans l'me1 l'existence d'un travail auquel notre intelligence ne participe pas directement1 mais dont il est impossible de nier l'existence4 ,la psychologie scientifique lui donne diffrents noms et le divise en deux catgories3 le subconscient fait de nos expriences1 et le subconscient qui est une sorte de prescience de l'inconnu et de l'avenir4 ,cette thorie se rattache celle de ,leibnitz4 ,par elle1 nous sommes relis au mystre1 et ceci prouve qu'il existe en nous des forces mystrieuses1 suprieures celles que notre raison peut dterminer4 ,dans toutes les routes suivies par l'intelligence humaine1 le phnomne se manifeste4 ,mais il est frappant surtout chez les artistes et les crivains4 ,qu'est1 au fond1 l'inspiration1 sinon l'uvre du subconscient8 ,elle arrive soudainement1 en coup de foudre1 aprs de longs efforts qui n'avaient abouti qu'au dcouragement4 ,une ide nous hante1 on voudrait l'exprimer1 la dvelopper1 et le cerveau s'puise en vaines recherches4 ,tout coup1 alors que parfois l'on n'y pensait plus1 l'ide1 semblable un fleuve dbordant1 se droule agrandie sous les yeux4 ,que de fois l'crivain1 devant l'article faire1 s'arrte dcourag2 il lui semble ne rien avoir dire sur le sujet qu'il s'est engag traiter3 pas de penses personnelles1 pas de connaissances acquises6 ,soudain1 quelque chose se dgage dans son cerveau2 il n'avait pas d'ides1 il en a trop maintenant6 ,on dirait un essaim d'oiseaux subitement veills qui se prcipitent vers la sortie de la cage4 ,elles sont si nombreuses et si presses que la plume n'est pas assez prompte pour les exprimer4 ,d'o viennent-elles8 ,que reprsentent-elles8 ,expriences ou souvenirs endormis qui reviennent la vie1 mais aussi conceptions originales1 visions nouvelles1 pressentiments d'avenir4 ,c'est un trsor o l'on peut puiser pleines mains4 ,puis il se referme et1 pendant longtemps1 refuse de s'ouvrir1 aprs nous avoir rvl son existence4 ,si notre volont se tendait1 si notre pense se concentrait dans un appel passionn1 sans doute le trsor s'ouvrirait plus souvent4 ,ce sont les violents qui ravissent le royaume des cieux4 ,pendant trop longtemps1 l'homme n'a pas compris le sens de cette parole1 il doit aujourd'hui apprendre l'peler peu peu4 ,on arrive la comprhension de la loi1 par intuition2 mais pour apprendre exercer ses forces1 un long apprentissage est ncessaire4 ,du moment qu'on a compris1 on ne doit pas se laisser dcourager1 si les rsultats ne sont pas immdiats2 ils viendront srement quand l'habitude de la communication constante avec les forces divines aura t prise4 ,dans le domaine des affections1 le miracle se produit galement4 ,sans parler de l'amour1 ,amor che a null'amato amar perdona dans lequel la volont d'attirer joue un si grand rle1 le phnomne se renouvelle dans tous les genres d'attachement4 ,une pense bonne et affectueuse1 adresse silencieusement une me1 produit sur elle un effet certain2 chacun peut en faire l'exprience4 ,quand il s'agit d'une personne hostile1 le rsultat est plus marqu encore2 le regard dur s'adoucit1 la bouche muette est comme force de prononcer des paroles amicales4 ,quelquefois mme1 la lutte se discerne entre la malveillance naturelle et l'attendrissement inattendu provoqu par la pense tendre qui a soudain pass sur son cur et dont elle est presque toujours inconsciente4 ,ceux qui savent1 reconnaissent1 en de pareils moments1 que les forces bonnes s'exercent1 et les ignorants eux-mmes les sentent4 ,si nous nous servions toujours de ce moyen1 je crois que la plupart des rancunes s'vanouiraient4 ,malheureusement1 en cela comme en toutes choses1 notre paresse1 qui trouve son compte rester la surface1 nous empche d'exercer ce pouvoir bienfaisant4 videmment1 c'est une force qui sort de nous1 et probablement la nature physique ou1 pour mieux dire1 l'instinct de la conservation interdit que la dpense soit trop forte et nous oblige la mnager4 ,mais1 en admettant mme que ce travail d'me soit parfois suprieur nos nergies1 il est certain que nous le ngligeons de faon absurde2 l'homme jette sa sant1 sans scrupule1 risque sa vie gament dans les sports1 et il est tellement mnager de ses capacits psychiques1 qu'il perd volontairement le pouvoir que celles-ci1 bien employes1 lui promettent4 ,sans vouloir trop matrialiser ce pouvoir1 il est vident que des avantages d'ordre positif s'obtiennent aussi par l'appel4 ,seulement si nous les demandons dans un esprit d'gosme1 ils sont un don fatal1 et sonnent le glas de la mort et non la cloche de la vie4 ,naturellement nous naviguons en plein mystre4 ,vouloir le nier serait puril1 et nous ne pouvons rien dterminer positivement dans cet ordre de penses ou plutt d'intuitions4 ,quelques grands initis ont connu l'origine et le fonctionnement de ces forces2 nous ne pouvons que les deviner et nous incliner devant elles4 ,heureux celui qui descend sous terre aprs avoir vu ces choses2 il connat la fin de la vie1 il connat la loi divine1 disait ,pindare4 ,dans l'antiquit dj1 il fallait plusieurs degrs pour arriver la contemplation des saints mystres4 ,au temps d',homre1 tre initi ou ne pas l'tre mettait des distances normes entre les hommes1 et leur sort tait considr comme diffrent jusque dans la mort4 ,la plupart des hommes1 mme les intuitifs1 sont destins probablement rester toujours au seuil du mystre1 mais de ce seuil dj on aperoit des perspectives blouissantes4 99 99 99 99 99 ,j'ai connu une femme dont tous les dsirs se sont raliss en ce monde1 mais trop tard et lorsqu'elle n'y tenait plus6 ,c'est pourquoi1 disait-elle1 je n'ai jamais pu saisir le bonheur2 il s'est toujours prsent de faon inopportune6 ,trop tard6 ,ces deux mots1 les plus tristes que la langue humaine connaisse1 ont t rpts1 depuis que le monde existe1 par des milliers de bouches1 et le seront toujours4 ,pourquoi8 ,ces retards viennent-ils d'un appel trop faible ou est-ce plutt que l'me humaine ne sait pas vouloir fortement et longuement la mme chose4 ,nous cessons trop vite de dsirer1 sans doute1 parce que la lgret est inhrente aux aspirations gostes4 ,d'ailleurs1 il faut distinguer entre deux sortes d'appel3 celui que nous adressons la vie elle-mme1 et celui qui nous met en communication avec les forces divines4 ,le premier a son efficacit2 le dsir tendu longuement et volontairement vers un but dtermin exerce un pouvoir indiscutable1 car c'est la mme loi qui entre en mouvement4 ,l'appel est entendu4 ,mais le danger est immense2 les grands criminels1 les exploiteurs1 les ambitieux sans frein appartiennent cette race d'hommes dont la volont se fixe implacablement sur les points qu'ils veulent obtenir4 ,le jeune ,auguste1 alors qu'enfant encore1 il parvenait se faire adjuger la toute-puissance1 avait d lancer de furieux appels la vie4 ,les conqurants et les politiques illustres1 comme les femmes trs aimes1 emploient ce moyen1 et1 en gnral1 la vie leur rpond4 ,mais ces pouvoirs-l sont passagers et1 sauf quelques cas rares1 ils cessent de se manifester1 longtemps avant que le corps ne meure4 ,l'appel adress aux puissances invisibles1 mme s'il ne se rapporte pas uniquement aux dons spirituels1 est d'une essence absolument diffrente1 et ses effets sont immortels1 car le contact avec le divin arrache forcment l'homme au personnalisme4 ,il essaie encore de le chrir1 mais il en a honte4 ,bientt le choix s'impose3 ou renoncer l'union avec les forces divines1 ou cesser de se croire le centre de l'univers4 ,quelques-uns ne peuvent se dcider1 et ils finissent par tourner le dos aux cimes qu'ils avaient un instant espr atteindre4 ,d'autres1 plus fidles1 tiennent le regard fix sur elles1 et si parfois l'amour de leur petit moi les ressaisit1 cela ne dure pas1 car immdiatement ils touffent sous le fardeau dont le personnalisme crase les curs1 et ils retournent la contemplation des sommets o brillent les neiges ternelles4 ,je crois que nous approchons d'une poque1 je l'ai dj dit ailleurs#df1 o l'homme qui parlera de lui-mme1 et essayera d'intresser l'univers son cas personnel1 ses ambitieuses vises ou ses dboires de vanit et mme de cur1 sera considr comme un mdiocre personnage4 ,on me rpondra que jamais l'gosme n'a rgn comme aujourd'hui1 et c'est parfaitement juste2 on refuse de se dvouer pour les autres1 de renoncer au plaisir1 et chacun court perdument aprs la jouissance2 pourtant l'individu tend disparatre dans la collectivit4 ,l'intrt ne peut tre suscit que par le bien gnral1 et si l'on veut toucher les curs1 il faut exposer une plaie sociale plutt qu'un cas individuel4 #df ,voir ,faiseurs de peines et ,faiseurs de joies4 ,c'est la fois un bien et un mal1 car les amitis en souffrent2 la bont se rpand sous une forme plus gnrale3 on ngligera ses amis malades1 mais on visitera les hpitaux4 ,ne pourrait-on concilier les deux sentiments et ne pas priver les hommes de l'infinie douceur des attachements particuliers8 ,sans eux1 aujourd'hui que le refroidissement des croyances religieuses et politiques a dj relch tant de liens1 l'homme se sentirait trop douloureusement seul4 ,lorsqu'il aura dcouvert en lui-mme les sources profondes et appris entrer en contact avec les forces divines1 il souffrira1 il est vrai1 moins de la solitude1 car des amis invisibles l'entoureront4 ,mais1 ne l'oublions pas1 tant que nous serons dans ce monde1 nous aurons toujours le dsir de la sympathie humaine1 visible et tangible4 ,l'appel adress par le cur de l'homme aux autres curs est donc lgitime4 ,son dsir de pouvoir et de richesse1 dans un but altruiste1 l'est galement4 ,le besoin de rpandre et de donner1 qui brle certaines mes1 a en soi quelque chose de divin4 ,en substance1 le premier devoir de l'homme est de chercher en lui-mme et chez les autres les sources caches1 car la dcouverte de ces sources lui permet de se mettre en contact avec les forces de la nature et les forces suprieures4 ,ensuite1 quand il est devenu conscient de la grande loi de l'appel1 sa volont doit tendre sans cesse se conformer elle4 ,ainsi seulement il connatra la plnitude de la vie4 ,tout rsultat vient d'un effort1 conscient ou inconscient1 de la volont humaine4 ,la destine n'est probablement que le mot impropre par lequel nous dsignons les forces ignores qui travaillent notre insu dans notre tre4 ,il est donc excessivement important de devenir conscient1 pour les bien diriger4 ,priez sans cesse1 disait saint ,paul4 ,c'est la seule scurit pour l'homme1 et1 au fond1 la prire n'est que la grande loi de l'appel4 ,la vie active et extrieure absorbe aujourd'hui trop exclusivement les vies4 ,la perfection serait de savoir l'unir celle de l'esprit4 ,saint ,jrme en indiquait la possibilit3 ,les mains et les yeux sur son ouvrage1 son cur au ciel4 ,un jeune aveugle1 professeur de philosophie ,rome1 me disait rcemment3 ,j'ai cru longtemps que l'action pour le bien devait tre l'unique mot d'ordre de l'poque actuelle1 puis je suis tomb malade et j'ai t forc la mditation4 ,un jour1 il m'a sembl qu'un flot de richesses spirituelles m'envahissait et une voix m'a parl3 ,comment1 disait-elle1 peux-tu donner aux autres1 si auparavant tu n'as pas reu toi-mme8 ,aprs cette leon1 mes ides se modifirent1 et la mditation m'apparut comme la base mme de l'action4 ,il avait compris que tout se tenait dans l'univers1 que nous sommes des instruments de transmission et que1 si nous ngligeons de nous abreuver aux sources1 nous ne pourrons donner aux autres que des fruits verts ou desschs1 sans saveur et sans parfum4 ,regarder en soi pour ouvrir les portes de son me1 puis lever les yeux vers les hauteurs et attendre l'inspiration et les dons promis1 telle devrait tre l'attitude constante de l'homme4 ,ce serait non seulement suivre la loi1 mais se librer ainsi de toutes les influences extrieures dprimantes et strilisantes1 et marcher plus joyeusement de l'avant4 ,rendre un peu de gat l'homme1 en lui donnant la conscience de son pouvoir1 quel magnifique rsultat6 ,on ne rit plus gure1 de nos jours1 malgr la course perdue au plaisir4 ,quand j'tais jeune1--comme on n'est pas sans cesse accabl sous d'affreux malheurs1--on riait beaucoup1 tous les ges3 surtout dans la jeunesse6 ,dans la rue1 dans le monde1 l'cole1 on voyait des visages panouis4 ,aujourd'hui on n'entend presque jamais rire3 tout au plus un lger sourire glisse-t-il sur les lvres ou un ricanement de mauvais aloi4 ,difficults conomiques1 dira-t-on1 proccupations sociales4 ,oui1 sans doute1 en certains cas1 mais tant de gens sont l'abri de ces soucis et ne sont pas plus gais pour cela6 ,quant aux proccupations sociales1 la masse des hommes s'en moque et n'en rit pas davantage4 ,les causes de ce manque de gat sont plus profondes1 et je crois qu'il faut les chercher dans le vieux matrialisme qui domine la mentalit gnrale et qui a laiss la marque de ses griffes mme dans le cur des chrtiens et des spiritualistes4 ,or rien n'est aussi triste et dprimant que cette doctrine4 ,elle limite nos possibilits et nos esprances1 elle nous emprisonne dans des bornes o nous touffons sans nous en rendre compte4 ,les cratures humaines ont besoin d'air libre1 d'horizons ouverts1 de portes d'or entrevues dans le lointain4 ,rendez-les leur1 et leur front s'claircira1 et le rire reviendra s'panouir sur leurs lvres4 ,ride se sapis4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,chapitres ,pages ,prface ,,vi ,i4--,chercheurs de sources #a ,,ii4--,les parents #bg ,,iii4--,les ducateurs #eb ,,iv4--,les rencontres #gc ,v4--,coupeurs d'ailes #ajj ,,vi4--,les fils de ,narcisse #abj ,,vii4--,les femmes et la toilette #ada ,,viii4--,les privilges de la pauvret #afe ,,ix4--,les amies de l'homme #aie ,x4--,l'appel #bbh #bbfc-jh4--;,imp4 ,e4 ,,arrault et ,cie1 ,tours4 ,,librairie ,,fischbacher1 #cc1 rue de ,seine1 ,,paris ,,ouvrages ,,de ,,dora ,,melegari ,ames dormantes 7,ouvrage couronn par l',acadmie franaise74 #f;e dition1 in-#ab #c #ej ,faiseurs de peines et faiseurs de joies4 #g;e dition1 in-#ab #c #ej ,chercheurs de sources1 in-#ab #c #ej ,la ,jeune ,italie et la ,jeune ,europe4 ,lettres indites de ,joseph ,mazzini ,louis-,amde ,melegari1 in-#ab #c #ej ,,ouvrages ,,de ,,charles ,,wagner ,l',ami4 ,dialogues intrieurs4 #d;e dition1 in-#ab #c #ej ,justice4 ,huit discours4 #h;e dition1 in-#ab #c #ej ,jeunesse 7,ouvrage couronn par l',acadmie franaise74 #bi;e dition1 in-#ab #c #ej ,vaillance4 #bj;e dition1 in-#ab #c #ej ,la ,vie simple4 #ab;e dition1 in-#ab #c #ej ,auprs du ,foyer4 #f;e dition1 in-#ab #c #ej ,l'vangile et la ,vie4 ,sermons4 #f;e dition1 in-#ab #c #ej ,sois un homme6 ,simples causeries sur la conduite de la vie4 #c;e dition1 in-#ab4 ,broch1 #a fr4 #be4 ,reli #b ,l',ame des ,choses4 #c;e dition1 in-#ab #c #ej ,le long du chemin4 #d;e dition1 in-#ab #c #ej ,vers le cur de l',amrique4 #c;e dition1 in-#ab #c #ej ,pour les petits et les grands4 ,causeries sur la vie et la manire de s'en servir4 #b;e dition1 in-#ab #c #ej ,par la ,loi vers la ,libert4 #b;e dition1 in-#ab #b 99 99 99 99 99 ,pages choisies et fragments indits1 de ,f,,lix ,p,,caut4 ,philosophie et ,religion2 ,politique2 ducation1 avec prface de ,,ferdinand ,,buisson1 in-#ab #c #ej ,sermons laques1 ou ,propos de morale et de philosophie1 par ,,paul ,,staffer1 in-#ab #c #ej ,fragments d'un journal intime1 par ,,henri-,,fr,d,,ric ,,amiel1 prcds d'une tude par ,,edmond ,,scherer4 #aj;e dition4 #b volumes in-#ab #g #ej ,le ,brviaire d'un ,panthiste et le ,pessimisme hroque1 par ,,jean ,,lahor1 #b;e dition1 in-#ah #c ,la ,plainte humaine1 par ,,charles ,,dollfus1 in-#ab #b ,les ,problmes1 par ,,charles ,,dollfus1 in-#h #f ,en nous et autour de nous4 ,penses1 par ,,roger ,,dombr,a1 in-#bd #c #ej ,aux ,croyants et aux ,athes1 par ,,wilfred ,,monod1 in-#ab #c #ej ,esquisse d'une philosophie de la ,religion1 d'aprs la ,psychologie et l',histoire1 par ,,auguste ,,sabatier1 #h;e dition1 in-#h #g #ej ,les ,religions d'autorit et la ,religion de l'esprit1 par ,,auguste ,,sabatier1 #d;e dition1 in-#h #g #ej ,ma ,religion1 par le comte ,l,,on ,,tolsto1 in-#h #f ,montaigne moraliste et pdagogue1 par ,mme ,,jules ,,favre1 in-#ab #c #ej ,la morale de ,cicron1 par ,mme ,,jules ,,favre #d #bbfc4--,,tours1 ,,imprimerie ,e4 ,,arrault ,,et ,cie4