,,pierre ,,mille ,,le ,,bol ,,de ,,chine ,,ou ,,divagations ,,sur ,,les ,,beaux-,,arts ,,paris ,,ditions ,,georges ,,cr,s ,cie #ba1 ,,rue ,,hautefeuille1 #ba ,,mcmxx ,,du ,m,,me ,,auteur3 ,,en ,,croupe ,,de ,,bellone4 ,copyright by ,georges ,crs et ,cie1 ,paris1 #aiai ,tous droits de reproduction1 de traduction ou d'adaptation rservs pour tous pays4 ,,le ,,bol ,,de ,,chine 444 ,ce n'est rien qu'un bol1 une simple cuelle riz1 que modela jadis un artisan de la vieille ,chine1 pour la jeter ensuite aux grands feux qui font la matire solide1 cristalline1 comme intrieurement gemme1 galent enfin l'uvre des hommes ces minraux cristallins qu'a recuits l'ardeur des volcans4 ,pas d'ornements1 nul dcor1 rien qu'un mail pais1 d'un vert crul2 galuchat ou peau de serpent4 ,mais prenez-le1 maniez-le1 touchez-le3 quelle trange1 quelle nouvelle impression de beaut6 ,et d'o vient-elle8444 ,voici maintenant un buste de bronze4 ,la svrit mme de sa teinte monotone fait que je n'en perois que la silhouette gnrale et les traits principaux4 ,je clos mes paupires1 j'abolis mon regard1 je palpe1 je tte en aveugle2 et ce sont des muscles1 une charpente1 une pulpe vivante1 des accents qui se rvlent4 ,oh6 la joie1 le pouvoir1 la connaissance qui se cachaient dans mes mains1 et que j'ignorais6 ,mais alors que j'ai des mots qui attribuent des causes aux volupts de mes yeux1 qui nomment des dtails1 dfinissent des caractres1 motivent des sensations1 ici je ne puis aller plus loin--je n'ai plus de langage parce que je n'ai plus d'ides3 seules des impressions infiniment profondes1 infiniment vagues1 indfinissables1 obscures4 ,que m'importent le son1 la forme1 la couleur1 ,la beaut qui me cache1 en dansant1 les abmes6 ,je ne perois l'objet que dans sa pesanteur4 vient d'crire ,georges ,chennevire dans des vers qui marquent une faon neuve de sentir4 ,toute neuve1 oui6 ,mais c'est pourquoi ce pote ne prcise gure davantage1 c'est pourquoi nul ne saurait prciser davantage3 motion mystique du toucher1 en laquelle n'est pas encore descendue l'analyse4 ,je suis n1 nous sommes tous ns ne connaissant d'abord l'univers que par nos mains tremblantes1 ardentes1 indcises1 toujours tendues3 des combinaisons de poids1 de volume1 de toucher et de forme1 puis le mariage de ces combinaisons avec des impressions de couleur et des calculs de distance1 tels furent nos dbuts dans la vie sensitive4 ,de tous nos sens le tact fut celui qui s'veilla le premier2 mais notre bouche n'exhalait encore que des vagissements inutiles1 et quand nous smes parler1 nos yeux seuls restrent conscients1 avec nos oreilles1 notre got1 notre odorat3 eux seuls apprirent s'exprimer1 alors que les sensations du toucher s'enfonaient dans les profondeurs de notre inconscient3 elles y demeurent larvaires1 avortes1 indveloppes1 parce qu'elles sont muettes et sourdes4 ,comptez le nombre des mots1 des mtaphores1 des images qui dans notre langue et dans toutes les langues se rattachent au toucher3 que la tribu vous en va sembler misrable6 ,on dirait mme qu'elle est sur le point de disparatre1 qu'elle s'appauvrit1 dgnre4 ,c'est que jamais nous n'enrichissons nos impressions de tact par elles-mmes1 en les analysant1 en les creusant1 en les dfinissant dans leurs qualits essentielles ou particulires1 mais par des emprunts au vocabulaire des autres sens1 par une mosaque de cailloux vols dans d'autres carrires1 et sous laquelle ces impressions restent crases4 ,dites-moi s'il est un amant1 moins qu'il ne soit aveugle--ou peut-tre sculpteur1--qui1 dans l'obscurit d'une nuit sans astres1 puisse reconnatre1 au seul savoir de ses mains1 le visage de sa matresse8 ,et pourtant444 pourtant ce sens nglig reste la base1 c'est lui qui supporte tous les autres1 qui cause tous les autres2 sans lui tous les autres ressemblent un homme sans squelette4 ,mais si c'tait pour ce motif mme qu'on le nglige1 qu'on le tait1 par une sorte d'involontaire pudeur1 comme s'il portait en lui quelque chose de si solennel1 intime1 profond1 qu'il en devient obscne1 et qu'il paraisse qu'il faille n'en point parler8 ,il est l'manation la plus directe de nos corps1 il est comme nos corps mmes1 il participe leur nudit1 il est nu--peut-tre fait-il peur6 ,et alors il est proscrit4 ,proscriptions dont n'osrent point appeler les plus hardis potes1 les plus furieux contempteurs des plus antiques lois morales1 ceux enfin qui se vantrent de glorifier les sens1 tous les sens1 et d'voquer les chos pour lesquels il s'assemblent1 s'unissent et se compltent3 ,les parfums1 les odeurs et les sons se rpondent4 ,il n'est pas question du toucher6 ,il est caractristique mme qu' aucune autre poque de notre littrature le toucher n'ait t plus ddaign qu' celle du sensualisme romantique4 ,a tous autres gards et dans tous les autres domaines1 si le romantisme n'a point apport beaucoup d'ides1 il a du moins enrichi la langue des sensations--sauf pour le toucher1 encore une fois6 ,racine l-dessus en savait plus long1 ou du moins cela paraissait tel parce que l'quilibre1 dans son vocabulaire1 s'tait maintenu entre les cinq sens4 ,aujourd'hui notre vocabulaire n'est plus que d'orateur et de peintre1 surtout de peintre1 de peintre en surface3 le volume1 le poids1 les richesses du tact en sont absents4 ,aussi1 sans la littrature romantique1 est-il possible que la peinture impressionniste ne ft jamais ne3 nous sommes un peuple d'crivains1 d'abord2 les autres arts embotent le pas1 et comme c'est dans les autres arts que nous sommes le moins srieux1 parce qu'ils nous intressent moins1 c'est chez eux que les excs se font sentir davantage4 ,on va jusqu'au bout de la thorie1 et l'on soutient la thorie par de la littrature1 encore6 ,tandis que les crivains qui ne sont qu'crivains sont gnralement retenus par le besoin qu'ils gardent toujours de la ralit concrte4 ,qu'on me pardonne le calembour3 ce n'est plus qu'en littrature que les ,franais ont le sens du volume4 444 ,je me souviens d'un jeune impressionniste qui reproduisait patiemment1 coups de pastilles colores1 les traits d'un modle fminin plac devant lui4 ,ces temps sont dj prims3 on n'en tait pas encore ces effigies plates et dformes1 imageries puriles qui n'ont mme pas le mrite d'tre innocentes et qui outragent la vrit du dessin par ignorance1 pour commencer1 ensuite par parti pris4 ,ce jeune impressionniste voulait modeler et n'y parvenait point1 parce que sa technique mme lui interdisait la profondeur4 ,un littrateur vint1 qui mit le doigt sur sa toile3 ,votre figure est contre-jour1 je le sais bien1 dit-il1 mais dans la ralit elle ne s'en arrondit pas moins2 cette joue1 elle tourne1 et je ne saurais l'oublier444 ,je voudrais que l'amant de cette femme conservt le dsir de caresser son portrait3 hlas6 il n'en sera rien4 ,toutes les lgitimes revendications du toucher contre la vue1 toutes les exigences de l'harmonie qui doit subsister entre le toucher et les yeux taient dans cette seule phrase4 ,mais le peintre ne comprit point1 et avait le droit de ne pas comprendre4 ,ni ce littrateur lui-mme1 ni personne au monde ne lui avait appris sentir1 jouir des sensations du toucher4 ,on ne sait plus444 99 99 99 99 99 ,o mon cher petit bol chinois1 viens donc mon secours6 ,enseigne-moi ce qu'on n'enseigne plus4 ,je suis comme les autres1 vois-tu1 j'ignore tout1 je ne suis qu'un dbutant4 ,dis-moi lentement1 doucement1 tandis que je ferme les yeux1 les causes intimes de ta voluptueuse et simple beaut1 rvle-moi les mots par quoi s'exprimeront cette invisible et tactile beaut3 car tout vient chez nous des mots444 ,,le ,,chef-,d',,uvre ,en #aibg1 l'illustre sculpteur ,cailleterre tait parvenu aux suprmes limites de l'ge1 mais aussi du gnie4 ,il avait commenc1 ds longtemps1 laisser voir sur les bronzes et les pltres qui sortaient de son atelier les marques puissantes qu'avaient imprimes sur la glaise originaire1 ses doigts inspirs et fivreux4 ,et les critiques crirent3 uvres dfinitives1 uvres sans pareilles qui conservent1 dans leur achvement1 tout le charme1 toute la saveur1 toute la spontanit d'une bauche6 ,puis un jour1 alors qu'il se prparait envoyer au ,salon1 o on lui rservait toujours la place d'honneur1 sa dernire statue1 un goujat imprudent fit un faux mouvement1 trbucha1 rattrapa un bras1 qui fut bris4 ,ses camarades en ramassrent les dbris4 ,ils taient tout ples4 ,mais ,cailleterre1 dont pourtant les fureurs taient aussi clbres que le talent1 cligna de l'il3 --,cela est bien mieux ainsi1 dit-il1 paisiblement4 ,enlevez6 ,on enleva1 on exposa1 et ce fut un triomphe4 ,quelques personnes souponnaient dj qu'en ,cailleterre tait ressuscite l'me des statuaires antiques3 mais cette opinion tait discute4 ,ds qu'il eut montr une statue brise1 telle un antique1 elle ne fit plus aucun doute4 ,ds lors ,cailleterre entrait dans une voie nouvelle1 borde de trophes4 ,il la parcourut grands pas1 cueillant chaque nouveau geste des palmes nouvelles4 ,l'anne suivante il cassa les deux bras son morceau4 ,et aprs tout1 puisque tel est le vocable usit1 n'est-ce pas un devoir sacr de le justifier8 ,l'anne suivante1 il se contenta de ramasser les bras3 ces bras eurent le succs le plus vif et le plus mrit4 ,et il fut enfin le grand cassiste iconoclaste4 ,il cassa des jambes1 des ttes1 des mains1 des derrires1 des devants1 il cassa tout3 et chaque fois qu'il cassait1 sa gloire augmentait encore4 ,elle rayonna sur toute la terre1 elle monta jusqu'aux astres2 et il eut1 comme il convient1 des imitateurs4 ,les ,salons s'emplirent de dbris pars et disjoints1 puis les places publiques1 les rues et les jardins4 ,les cits contemporaines prirent l'aspect de ,pompi et d',herculanum1 et mme quelques architectes enthousiastes difirent des maisons dj en ruines4 ,beau rve romantique o les yeux s'garaient avec une radieuse mlancolie4 ,cependant c'tait toujours ,cailleterre qui cassait le mieux1 qui cassait le plus1 qui cassait autrement4 ,on fit des cours sur le cassement d'aprs ses ouvrages2 et tous les sculpteurs1 devenus tous casseurs1 nourrissaient son gard autant de jalousie que d'admiration4 ,beaucoup se dcouragrent4 ,d'autres1 hroquement1 se mirent tailler des pavs1 et ils exposrent des pavs1 quelques-uns mme en bois1 ce qui fut considr comme une grande originalit4 ,et c'est pourquoi ils furent appels cubistes4 ,cette qualification leur fut impose par le gouvernement1 qui craignait une grve de vritables paveurs1 lss dans leur profession4 ,telle est l'origine de ce nom1 que beaucoup ont oublie1 tant l'histoire de ces vnements s'enfonce dj dans l'ombre du pass4 99 99 99 99 99 ,mais d'autres artistes1 ,glnardeau1 ,bouffrelier1 ,bossebuf1 ,romas--on les connat sans doute1 car ils ont conquis leur tour la plus juste notorit1--accusaient ces novateurs de ne possder qu'une imagination superficielle4 ,ils savaient qu'il n'y a pas d'art1 quoi qu'on en dise1 sans tradition2 ils savaient aussi que la vritable tradition rsidait dans les mains et dans le crne de ,cailleterre4 ,patiemment ils tudiaient ses procds et son gnie1 ils le suivaient dans son volution1 ils s'assimilaient sa manire4 ,leurs longs et vigoureux efforts furent rcompenss1 il vint un jour o ils se crurent assurs de pouvoir faire un ,cailleterre4 --,il faut d'abord1 dclara ,bossebuf1 faire le bonhomme tout entier4 ,c'est a qui donne le mouvement3 il n'y a de beaut que dans le mouvement4 ,ils firent donc le bonhomme4 ,mais1 en massant sa glaise1 ,romas demanda tout coup3 --,au fait1 est-ce que c'est un bonhomme1 ou une bonne femme86 --,tu es bte1 dit ,bouffrelier1 puisque nous le casserons6 ,on n'y verra rien4 ,fais n'importe quoi4 ,il fit donc n'importe quoi4 ,mais ,glnardeau1 qui tait vritablement un esthticien1 ordonna3 --,allonge le bras1 allonge6 ,donne-lui un tiers de plus4 ,la beaut est dans le mouvement1 mais c'est dans l'exagration du mouvement que rside le secret de la gloire4 ,et quand le boulot fut termin1 ils moulrent le pltre4 ,alors ils furent mus1 car c'tait cette heure seulement qu'allait commencer leur vritable travail4 --a ressemble au ,gnie de la ,bastille1 tout bonnement1 dit ,bossebuf1 avec un air de doute4 --,tu vas voir6 fit ,glnardeau4 ,prenant un ciseau1 il fit sauter les doigts1 la chair1 les muscles du bras trop long4 ,l'aspect en devint informe1 mais dramatique et dsespr4 ,puis il martela fortement la poitrine4 ,puis il tripa le ventre1 puis il quarrit gnreusement l'autre face2 et il mutila les cuisses et les jambes1 de la mme manire1 dans la fivre de l'inspiration4 --,laisse une rotule1 nom de ,dieu6 cria ,glnardeau3 et il faut que cette rotule soit la ,michel-,ange4 ,voil l'effet6 --,et la tte1 interrogea ,romas1 faut-il la couper8 --,tu n'es pas fou6 ,c'est banal1 une tte coupe4 ,seulement fais tout sauter1 except le nez4 --a fait une rotule entire et un nez1 observa ,romas4 ,c'est un peu trop1 tu sais4 ,la discussion fut vive et gnreuse4 ,a la fin1 ils dcidrent de ne laisser qu'une narine4 ,et se reculant1 ,romas dit3 --,hein1 c'est beau6 --a y est6 rpondit simplement ,glnardeau4 ,maintenant1 il faut porter a au ,salon4 ,ils mirent cette uvre sublime sur un truc1 et sans quitter leurs longues blouses blanches1 en tout semblables de modestes praticiens1 lui firent traverser les avenues dj verdoyantes4 ,enfin des degrs1 sous un porche monumental1 s'offrirent leur vue4 ,avec des prcautions infinies1 une douceur d'infirmiers1 ils les firent monter la blanche effigie4 ,une place d'honneur restait4 ,simplement1 c'est l qu'ils la placrent4 ,or1 sous la coupole trop blanche1 un long cri monta3 --,le ,cailleterre6 ,enfin le ,cailleterre6444 ,nous ne l'attendions pas sitt4 ,nous craignions que le matre n'expost point444 ,que cela est beau6 ,cela est inimitable6 ,ah6 on peut essayer6 ,comme la forme s'exprime alors qu'elle disparat6 ,et cette rotule o clame toute la vigueur humaine6 ,et cette narine qui palpite6 ,ainsi s'extasiait un peuple d'admirateurs1 et leur agitation pme1 autour du bloc candide et ruin1 avait l'air d'une danse orphique4 444 ,a ce moment on distingua1 par le portail ouvert largement sur le ciel1 une ombre blanchtre qui s'levait lentement1 et ,cailleterre1 ,cailleterre lui-mme entra1 prcdant son uvre4 ,et c'tait celle-l1 et c'tait la mme6 ,la mme rotule1 le mme bras tout mutil1 la mme narine1 le mme geste du bras immense et dcharn4 ,pour la premire fois ses mules avaient compris4 ,ils avaient ralis son morceau4 --,tiens1 fit-il tonn1 il y est dj6 ,et rsign1 il dit ses praticiens3 --,emportez l'autre6 ,,celui ,,qui ,,ressuscita ,,crit ,,apr,s ,,la ,,derni,,re ,,exposition ,,des ,,uvres ,,de ,m4 ,,ingres4 ,c'est une remarque qu'on a faite depuis dj bien des annes que les violentes chaleurs de l't portent les hommes aux fureurs de l'assassinat ou aux rsolutions dsespres du suicide4 ,on a moins dit1 ce me semble1 bien que les statistiques soient l pour le prouver1 que les premiers jours de soleil printanier sont propices aux accidents4 ,vous-mmes1 si vous ouvrez les yeux1 vous en pourrez rendre compte3 les chevaux dans les rues glissent plus frquemment et s'abattent3 leurs conducteurs somnolents se rveillent soudain1 pleins de cris1 pour outrager1 jusque dans l'honneur de sa famille1 un passant qui lui-mme s'aperoit1 aprs coup1 qu'il vient d'chapper la mort1 et frmit1 immobile1 les mains un peu tremblantes4 ,les femmes vont au-devant des cyclistes et des automobiles1 les yeux grands ouverts2 rien n'indique personne qu'elles ne les voient point1 et pourtant c'est un fait qu'elles ne les voient point3 voil que subitement1 quand presque les touche le monstre formidable ou la petite roue silencieuse1 elles treignent deux mains leur poitrine que rtrcit l'pouvante1 et fuient1 et chancellent1 et s'arrtent1 essouffles1 sur le trottoir4 ,et tout cela1 je le souponne1 est la faute de la saison neuve4 ,les hommes et les btes tombent1 sans mme s'en douter1 dans une rverie qui ne finit point2 ils assistent inconsciemment1 mais avec des jouissances infinies1 au travail de rparation et de rajeunissement qui se fait dans leur microcosme1 en mme temps que dans tout le reste de l'immense nature2 ils se construisent des joies futures avec les souvenirs de leur pass2 ils vivent1 redevenus enfants1 dans un univers difi par eux2 et tout leur est apparition4 ,c'est dans un pareil tat d'esprit1 je pense1 que je me trouvais un de ces derniers matins1 alors que j'errais dans ces galeries sans fin o l'usage est d'exposer1 cette poque de l'anne1 les uvres de nos artistes4 ,je m'endormais un peu au bruit de mes propres pas2 presque seul1 la fois exalt par les enchantements de la saison verte et plein d'indiffrence1 d'ennui ou de fatigue pour ce que je voyais1 j'tais assez prs1 il faut croire1 de ce que certains savants appellent l'tat second4 ,voil pourquoi1 sans doute1 je ne fus nullement tonn de voir ,m4 ,ingres venir ma rencontre4 ,m4 ,ingres lui-mme6 ,au-dessus de ses pres yeux gris1 ses sourcils ddaigneux1 tirs vers les pommettes saillantes et un peu hautes de ses joues1 dessinaient les deux ailes d'une pioche dont la ligne droite et dure de son nez figurait le manche2 et serrant ses deux lvres minces sur son menton puissant1 du haut de son habit noir au collet remont1 il dressait vers moi l'indomptable volont de sa tte imprieuse4 --,j'avais voulu voir de la peinture6 me dit-il un peu schement4 --,peut-tre1 lui rpondis-je avec un grand respect1 mais d'une voix vasive1 auriez-vous d plutt aller couter un peu de musique4 ,nous en faisons encore d'excellente4 --,je le sais1 dit-il4 ,on m'en a fait entendre l'autre jour1 chez moi6 ,et rien ne peut galer la dignit1 la noblesse1 la fiert avec lesquelles il pronona ces deux derniers mots4 ,il se sentait redevenu le centre du monde2 il savait que ce monde avait les yeux sur lui1 en ce moment de sa gloire ressuscite1 comme il y a quarante-quatre ans1 le jour de sa mort4 ,et cela lui paraissait tout naturel2 il n'avait pas d'orgueil3 seulement de la certitude4 --,quarante-quatre ans d'oubli et d'insurrection1 dit-il1 ce n'est rien2 il a fallu bien plus de temps ,racine pour revenir prendre sa place1 et la faire reconnatre6 ,racine3 un homme comme moi4 ,le seul6 --,et alors1 demandai-je1 cela ne vous tonne point qu'on ait reconnu la vtre8 --,si1 rpondit-il avec une mlancolie soudaine4 ,parce que444 parce que ce n'est pas seulement la peinture qui a chang1 ce sont les caractres6 ,je ne saisissais pas4 ,il poursuivit4 --,il y a beaucoup de portraits de femmes ici1 dit-il4 ,montrez-m'en un1 montrez-m'en un seul o une femme ait quarante ans8 ,vous souvenez-vous de mes dessins1 de ces pauvres dessins la mine de plomb que je faisais pour ne pas mourir de faim1 au dbut de ma carrire1 il y a plus d'un sicle1 et que je mprisais8 ,puisque je travaillais l pour le pain quotidien1 pour vivre1 monsieur1 et m'assurer la chance de produire plus tard les chefs-d'uvre que je portais en moi1 j'eusse pu flatter mes modles1 j'eusse pu trahir la vrit4 ,je ne l'ai pas fait1 et autant qu'il m'en souvienne1 chose plus merveilleuse encore1 on ne me l'a pas demand4 ,il y avait1 dans la ,france d'alors1 des ,franaises1 des bourgeoises qui ne rougissaient pas d'avoir leur ge4 ,je les ai faites comme elles taient1 avec leurs lvres ples1 la sublime amertume de leurs yeux encore ardents1 le squelette mme qui commenait d'apparatre sous leur visage honnte1 encore beau1 monsieur1 trs beau1 mais qui ne mentait pas4 ,et aujourd'hui444 aujourd'hui444 ,ah6 vous pouvez chercher1 vous chercheriez longtemps6 ,il n'y a plus de probit--ou de courage3 c'est la mme chose1--ni chez les femmes1 ni chez ceux qui elles demandent de perptuer leurs traits4 ,la face des modles est un mensonge3 le peintre n'en tire qu'un faire-semblant4 --,mais1 fis-je1 il y a d'autres peintres que ceux-l4 ,je faisais allusion ceux qui s'efforcent au contraire de rendre les effets les plus fugitifs des spectacles de la nature1 ces nuances si rares qu'une fois fixes sur la toile elles ont quelque chose de surprenant et que le commun des hommes dit3 ,est-il bien sr que cela existe81 tandis que d'autres en sont mus comme d'un accord inusit qui leur dchire les nerfs en les abmant de volupt4 --,ces jeunes gens1 dit ,m4 ,ingres froidement1 ces jeunes gens6 ,ils ont pris leur plaisir pour du gnie6 ,et le danger1 quand la raison1 quand la recherche intime et salutaire des causes1 qui pour l'artiste sont la ligne--les btes1 j'en suis sr1 monsieur1 les btes n'ont des choses qu'une impression colore1--le danger1 c'est qu'on arrive aux impressions les plus vagues des plaisirs les plus bas444 ,vous souvenez-vous des choses que j'ai dites sur ce ,m4 ,delacroix8 --,vous ftes injuste1 murmurai-je4 --,non6 fit-il rudement4 ,parce que je savais que c'est cela qu'il vous mnerait4 ,a travers lui1 par-del lui1 je voyais sa suite invitable4 ,la voici6 ,il me montrait des taches clatantes et singulires qui1 de loin1 donnaient l'illusion d'une forme4 ,mais cette forme demeurait fausse1 et l'on se sentait1 malgr tout1 comme en prsence d'un tour de cartes accompli par la main d'un prestidigitateur trop lent4 --,voil o on arrive1 dit-il4 ,et je ne parle pas de ceux qui font des bras trop longs ou des jambes trop courtes pour donner l'impression de ce qu'ils disent tre un symbole4 ,je ne parle pas de ceux qui font des cubes de couleur1 et qui les superposent1 comme des enfants qui font un jeu de patience4 ,je ne veux voir que ceux-l1 les meilleurs4 ,ils ne cherchent pas la vrit1 ils ont une manire1 et s'imitent perptuellement1 en s'affaiblissant chaque fois1 parce qu'ils suivent leur manire1 et non pas la vrit4 ,o puret1 noblesse1 ternit du vrai dans le dessin6 ,on n'imite pas son dessin1 on le possde tous les jours davantage1 on distingue travers lui les origines profondes des formes1 du mouvement1 du relief1 la vie intime des tres4 ,on est toujours plus fort1 on est toujours plus simple4 ,me voici1 moi6 ,je suis ressuscit4 ,je n'tais jamais mort4 ,je ne pouvais pas mourir4 ,il me regarda4 ,ses magnifiques yeux gris1 sous l'nergie des muscles qui tenaient ses paupires ouvertes1 me transperaient4 --,a la fin1 me dit-il1 force de travail1 et travers le dessin1 j'avais dcouvert la couleur4 ,mme la couleur6 ,vous vous rappelez mon odalisque et son esclave1 et mes femmes au bain du harem8 ,prs de cent femmes nues1 dans une toile grande comme a4 ,et toutes vivantes1 et toutes lumineuses d'une lumire diffrente1 et pourtant elles ne sont pas des taches1 elles ne sont pas des fleurs1 elles ne sont pas des hasards radieux4 ,ce sont des femmes1 d'abord4 ,voil ce que j'ai fait1 quatre-vingt-deux ans4 ,s'il se trouve quelque part un homme encore qui ait du caractre2 s'il se trouve quelque part un artiste demeur fidle son devoir1 son crayon1 ses pinceaux1 sa palette2 et s'il vit trs longtemps1 et s'il travaille1 s'il regarde patiemment ceux qui ont travaill1 ceux qui savaient1 et les choses en mme temps1 respectueux des antiques et de la vie3 qu'il vienne1 mon uvre est l4 ,elle lui abrgera de quelques instants le moment o ceux qui sont dignes de lui diront qu'il est roi du beau royaume4 --,matre444 lui dis-je4 ,il abaissa sa vue sur moi4 --,matre1 rptai-je1 chez nous il y a aussi la sculpture4 ,elle renat1 tout le monde le dit4 ,et dans les sculpteurs1 il y en a qui ont commenc regarder les antiques4 ,ils s'en inspirent1 a se voit4 --,je sais1 dit-il1 impitoyable4 ,ils font de l'assyrien1 du gothique1 du grec primitif4 ,tout ce qui peut excuser ou accuser leurs dfauts4 ,mais ce qu'ils ne font jamais1 c'est de l'antique de la bonne poque4 ,on ne sait plus1 monsieur1 s'arrter la bonne poque6 ,,celui ,,qui ,,ne ,r,,alisait ,,pas ,il y a quelques annes1 il m'arriva d'aller voir1 rue de la ,ville-l',evque1 une exposition qui contenait un assez grand nombre d'uvres de ,czanne4 ,quelques figures surprenaient2 elles taient gauches1 elles taient raides1 et d'un clat qui me rappelait cette phrase lue un jour dans un feuilleton3 ,ses yeux teints brillaient d'un feu sombre2 parfois quelqu'une avait l'air d'avoir mal aux dents2 et pourtant elles respiraient une telle conscience1 une telle volont de l'artiste d'avoir voulu voir ce qu'il y avait derrire1 dans le crne et dans la chair1 qu'on n'en pouvait dtacher ses yeux4 ,nous connaissons tous ce sentiment-l1 nous crivains1 pour peu que nous avons l'amour du mtier3 dans tel livre maladroit comme le ,des hommes1 de ,bernard ,combette1 mort au cours de cette guerre1 et aujourd'hui trop oubli1 il y a des pages que je relirai toute ma vie1 parce que personne n'avait jamais song les crire1 qu'elles sont uniques dans notre littrature et dans toutes les littratures4 ,le livre de ,combette n'est pas une uvre1 et pourtant c'est une leon2 quelque chose aussi comme un infirme qui aurait un beau membre4 ,cela vaut mieux qu'un tre ordinaire1 o tout est indiffrent2 cela vaut moins que l',herms d',olympie4 ,l',herms d',olympie est beau pour tout le monde1 et par consquent un chef-d'uvre2 l'infirme au beau membre n'importe qu'aux spcialistes qui ont besoin de savoir ce que c'est qu'un beau membre4 ,cela fait une petite diffrence2 et si l'on porte ,czanne aux nues1 je rclame pour ,combette4 ,on est vraiment injuste pour les crivains1 par comparaison au sort qu'on fait de nos jours aux peintres3 il est vrai qu'on ne peut spculer sur un trois cinquante comme sur un tableau4 ,ou plutt je ne rclame pas3 je souhaite1 sans l'esprer1 qu'on mette les choses leur place4 444 ,a ct de ces figures1 dans ces tableaux de ,czanne1 des paysages et encore des paysages1 une patiente rptition des mmes motifs de paysage1 non pour une diffrence d'heure ou de saison1 mais comme si l'on avait voulu parvenir je ne sais quoi1 qui fuyait toujours4 ,parfois1 l'vocation d'une maison ou d'un arbre1 avec quelque chose de grand1 d'intrieur1 d'mouvant4 ,et puis les maisons avaient l'air tout coup de tomber les unes sur les autres comme des chteaux de cartes2 et puis les couleurs taient fangeuses4 ,non seulement fangeuses1 mais comme transposes les unes dans les autres4 ,j'tais accompagn d'un fervent de ,czanne et je m'criai3 --,oh6 comme c'est intressant6 --,n'est-ce pas8 dit l'admirateur de ,czanne4 ,gnial1 c'est le mot1 gnial4 ,le pur gnie6 --,non1 rpondis-je1 ce n'est pas ce qui m'intresse3 c'est que cette peinture me rappelle exactement les photographies d'une thse de mdecine que je viens de lire sur les dformations de la vue chez les diabtiques4 --,c'est une concidence6 rpliqua l'admirateur de ,czanne1 piqu4 ,rien qu'une concidence4 --,cela se peut1 lui dis-je4 99 99 99 99 99 ,voil qu'aujourd'hui le livre de ,vollard sur ,czanne me tombe entre les mains4 ,il est infiniment vif1 et plein1 cela va de soi4 ,l'crivain1 chez ,vollard1 vaut le causeur4 ,les excellentes reproductions de l'uvre de l'artiste qui en clairent toutes les pages accusent la fois les mrites singuliers et les dconcertantes lacunes de celle-ci1 car la photographie est une terrible preuve3 rien ne sauve plus alors le dfaut de construction d'un visage2 un paysage confus1 quand la couleur1 mme boueuse et fausse1 n'est plus l1 devient trop semblable1 comme l'crivit jadis un critique1 ces ttes de mouches que les coliers crasent sur du papier pour voir ce que a donnera4 ,et l'homme enfin apparat1 au cours de ces souvenirs1 dlicieux d'ingnuit1 et d'autant plus attirant--surtout pour un artiste1 lui-mme exceptionnel1 et pour un psychologue1 il faudrait presque dire un neurologue--qu'il est incomplet1 inachev1 manquant toujours de quelque chose1 comme la plupart1 comme la plus grande partie des ouvrages sortis de ses mains4 ,il courut sans cesse aprs une ralit qu'il concevait bien plus qu'il ne la pouvait voir1 et qui demeurait inaccessible4 ,une puissance mystrieuse1 comme un sort jet par un mauvais enchanteur1 lui liait les mains et lui brouillait les yeux4 ,il en accusait la lumire1 les gens1 et mme les ascenseurs4 ,il disait3 ,il faut tudier la nature1 il n'y a que la nature4 ,et il finissait par peindre d'aprs des fleurs en papier1 parce que du moins celles-l ne changeaient pas1 ne se fltrissaient pas1 et qu'ainsi il esprait avoir le temps1 enfin le temps1 d'arriver l'exactitude aussi bien qu' l'expression4 ,mme sa foi catholique1 qui tait sincre1 il l'expliquait avec navet1 avec humilit--donc1 il faut le dire1 dans un vritable esprit chrtien--par la faiblesse non pas de l'intelligence humaine en gnral1 mais1 avec une touchante modestie1 par l'infirmit toute particulire et douloureusement supporte1 prouve1 de son intelligence3 444 ,ecoutez un peu1 monsieur ,vollard6 ,moi1 je suis faible4 ,rome est forte6 ,alors1 je m'appuie sur ,rome4 ,en vrit1 cet homme apparat grand1 au sens romantique et par consquent morbide du terme1 par ce qu'il a souffert4 ,il a souffert profondment1 cruellement1 de l'cart qu'il sentait entre une conception trs classique1 trs rgulire de l'art--mais oui1 rgulire et traditionnelle1 je vous assure3 nul peintre contemporain n'a plus frquent le ,louvre1 plus aim ni mieux compris les vieux matres--et une impuissance qui le dchirait raliser cette conception4 ,il se pourrait bien1 j'exagre pour me faire comprendre1 que l'uvre de ,czanne1 ce soit le ,chef-d'uvre inconnu de ,balzac1 cette toile o le peintre a voulu tout mettre et o il ne reste plus rien1 qu'un bras dlicieux chapp par hasard aux hsitations1 aux reprises1 aux repentirs1 aux pitoyables acharnements d'une main et d'un rve qui veulent toujours mieux1 recommencent1 et s'garent--un bras que le gnie a fait1 et que le sur-gnie et le sous-homme ont oubli6 ,raliser3 tel fut toute sa vie l'idal de ,czanne1 et plus sage que beaucoup de ceux qui l'admirent sans mesure1 il savait qu'il n'y parviendrait point4 ,il en exprimait son dsespoir avec cette candeur qui fait de lui1 toutes choses qu'on lui puisse opposer1 un tre qu'on aimerait comme on aimerait une femme4 ,il mprisait ,bouguereau3 cela est permis4 ,mais par instant il protestait3 ,il ne faut pas dire du mal de ,bouguereau3 ,bouguereau a ralis4 ,tous ceux qui ont conscience de ce qu'est leur art et mme leur mtier comprendront la vrit profonde de cette phrase4 ,pour les autres1 il faut les plaindre4 ,j'en tais l de mes mditations4 ,je me demandais quelle tait la valeur1 la valeur dans l'avenir1 de cet artiste original et imparfait1 quelle tait la cause de sa vogue actuelle1 et ce qui fait que1 comme on dit1 et comme on vous dit il ne faut pas le discuter1 sous peine1 j'imagine1 d'avoir l'air d'un imbcile4 ,j'en tais l1 quand je rencontrai ,vollard4 ,je lui racontai ma visite rue de la ,ville-l',evque1 et mon cri3 ,ces ,czanne6 ,c'est exactement ce que j'ai vu dans un ouvrage qui reproduisait des essais de malades diabtiques1 peintures ou dessins4 ,il me rpondit3 --,diabtique8 ,mais il l'a t pendant vingt ans4 ,jusqu' sa mort4 ,maintenant1 comprenez bien3 il ne s'agit pas de dire que n'importe quel diabtique pourrait faire du ,czanne1 ,cela serait aussi parfaitement idiot que de s'imaginer qu'il suffit d'aimer les spiritueux pour tre ,musset ou ,verlaine1 ce que beaucoup de jeunes hommes ont cru1 malheureusement1 sans aucun profit pour eux ni pour vous4 ,seulement cela peut expliquer les motifs actuels du mrite trs spcial qu'on attribue certains artistes4 ,c'est1 en effet1 que nous sommes toujours en plein romantisme4 ,avant le romantisme1 un artiste devait tre humain1 pleinement humain1 dans ce que l'humanit a de plus gnral4 ,a partir du romantisme1 on a voulu qu'il ft particulier1 toujours plus particulier1 toujours plus diffrenci1 plus exceptionnel4 ,cela revient dire que de nos jours1 ,corneille1 ,boileau1 ,poussin1 ,la ,bruyre1 ,la ,rochefoucauld1 ,le ,sueur et mme ,racine1 ne seraient plus probablement crivains1 dramaturges ou peintres3 ils n'auraient aucune des qualits exiges4 ,ils seraient industriels1 ou banquiers1 ou militaires1 ou peut-tre journalistes1 ce qui est horrible penser6 ,et mme1 il est peu prs certain que ,czanne ou ,van ,gogh--,van ,gogh1 dont ,czanne disait3 ,il fait de la peinture de fou3 le propre des tempraments qui ne sont que des tempraments est de ne pas se comprendre entre eux--eussent t bien obligs de faire autre chose que de la peinture4 ,c'est qu'il y a deux sicles on demandait l'artiste d'tre un homme supra-normal4 ,on lui demande aujourd'hui d'tre anormal4 99 99 99 99 99 444 ,mais je m'aperois que tout ce que je viens d'crire ne signifie rien sans doute4 ,la grande question1 la seule question en effet1 pour l'immense majorit des amateurs1 est de savoir si ,czanne se tendra toujours aussi bien aprs la guerre4 ,car les gens paraissent nourrir l'impression que la guerre est un cataclysme aprs lequel tout doit changer4 ,j'ai le sentiment qu'il n'en sera rien4 ,il y eut dj vingt-cinq ans de guerre1 qui se sont termins en #ahae4 ,aprs cette guerre1 on a eu la mme littrature1 la mme peinture et la mme sculpture que sous le premier ,empire1 jusqu'aux environs de #ahcj4 ,il y a eu la guerre de #ahgj3 aprs cette guerre1 on a eu les mmes oprettes d',offenbach et d',herv1 les mmes comdies de ,meilhac et ,halvy1 les mmes romans de ,daudet et de ,zola que sous le second ,empire4 ,la littrature et l'art n'ont chang que lorsque changrent les gnrations et la socit1 et avec les gnrations et la socit la manire de sentir et de concevoir les problmes de la vie sociale4 ,il en sera ainsi dans quelques mois1 soyez-en bien convaincus3 et il n'y aura point de krach de ,czanne444 pour le moment4 ,,henri ,,rousseau1 ,,peintre ,,et ,,douanier 444 ,m4 ,guillaume ,apollinaire1 dans un numro des ,soires de ,paris1 lui consacra jadis une biographie o la sympathie maligne se joint avec un grand charme aux rticences de l'attendrissement3 puisqu'il y a pire1 de nos jours1 il ne faut pas1 vous le sentez bien1 dire tout fait que ,henri ,rousseau fut un grand peintre4 ,cela pourrait nuire aux autres2 et c'est ainsi qu'un peu d'quit1 par l'excs mme des iniquits1 parvient s'introduire dans les jugements des hommes4 ,comme il avait t employ d'octroi1 on l'avait surnomm le ,douanier1 ce titre pouvant tre considr comme le terme noble qui dsigne sa fonction4 ,c'tait un trs pauvre homme et un trs brave homme1 probablement avec un grain de folie4 ,tout au long de son existence1 il se crut hant et perscut par des fantmes4 ,a l'poque o il accomplissait encore son service de gabelou aux barrires de ,paris1 il voyait des larves infernales s'approcher jusqu' dix pas de lui et le narguer1 le suffoquant d'odeurs puantes3 et n'est-il pas singulier que cette cervelle presque illettre ait retrouv l un des traits que signalent je plus communment les vieux grimoires de dmonologie8 ,henri ,rousseau leur tirait des coups de fusil1 ce qui permet d'expliquer d'ailleurs que l'administration se soit trouve heureuse de le pouvoir mettre la retraite3 mais un fantme1 tout le monde le sait1 ne peut tre tu de la main d'un mortel4 ,ceux-l se contentaient de reparatre quelque autre place4 ,parfois1 sans doute pour loigner ces monstres1 ou les apaiser1 le douanier ,rousseau prenait son violon1 et jouait1 sur les routes1 des airs de sa composition2 car il tait musicien4 ,il offrait mme1 ses amis1 dans son trs modeste atelier de ,plaisance1 des concerts o l'on excutait l',ave ,maria de ,gounod1 la ,marche des pierrots de ,m4 ,bosc1 ,babillage de ,m4 ,gillet1 les ,deux frres1 de lui-mme1 pour finir par la ,marseillaise4 ,il tait encore pote4 ,on cite de lui ce quatrain1 intitul ,inscription pour le ,prsent et le ,pass4 ,etant spars l'un de l'autre1 ,de ceux qu'ils avaient aims ,tous deux s'unissent de nouveau ,restant fidles leur pense4 ,et je vous assure que c'est de la posie1 qui me paratrait mme d'une impntrable abscondit si je ne croyais deviner qu'il s'agit d'un veuf et d'une veuve associant leurs regrets ternels par un mariage de raison2 car ce quatrain est calligraphi au-dessous d'une remarquable composition picturale reprsentant un monsieur et une dame se donnant la main tendrement1 tandis qu'au ciel1 au-dessus de leurs ttes1 planent1 indulgentes et rveuses1 les figures d'un autre monsieur et d'une autre dame4 ,et il tait peintre1 aussi1 comme on voit4 ,je ne voudrais pas dire trop de mal de sa peinture4 ,d'abord parce que ce serait trop facile1 et que dans une certaine mesure cela serait peut-tre injuste4 ,cet homme ingnu1 maladroit1 ignorant1 sincre1 avait un sens instinctif de la composition1 et conservait1 des primitifs et des ,persans1 la gaucherie1 la raideur1 la patience mticuleuse1 le besoin de raconter une histoire avec son pinceau4 ,il en diffrait parce qu'il n'avait pas appris et que les ,persans et les primitifs nous montrent au contraire tout ce qu'on savait leur poque et dans leur pays1 avec quelque chose en plus1 qu'ils apportaient quand ils taient des artistes dignes de ce nom4 ,ils faisaient des pas en avant3 ,rousseau tait un pauvre diable demeur en arrire1 et auquel ils eussent dit3 ,tu ne sais rien6 ,il ne faut ni rire ni s'extasier devant ses toiles1 mais les considrer comme les presque douloureux essais d'un vieil enfant en qui il y avait quelque chose1 ou d'un imagier populaire1 du genre de ceux qui ont trac des coqs1 des fleurs1 des personnages nafs sur des assiettes campagnardes ou les estampes d',epinal4 ,en somme ce fut un peintre pour gens de lettres qui n'aiment pas la peinture parce qu'ils n'y comprennent rien4 ,c'est l'histoire1 ou la bizarrerie1 ou la thorie qu'on leur fait pour leur expliquer que a doit tre comme a qui les intressent2 et ils demeurent convaincus par raison dmonstrative1 n'prouvant en aucune manire cette volupt sensuelle que doit produire la vritable uvre d'art3 tels des amants aveugles que l'on pourrait faire cohabiter avec le squelette de leur bien-aime en leur disant que c'est la bien-aime4 ,les ,allemands1 assez disposs d'ordinaire se laisser persuader de la sorte par raison dmonstrative1 ont pay trs cher non seulement les purilits vieillottes du douanier ,rousseau1 mais bien d'autres machines cadavreuses1 enfantines1 ou purement thoriciennes1 qui font regretter celles-ci et que d'ingnieux industriels achtent pour quelques sous--ils disent le contraire1 mais ils savent ce qu'ils font--pour les leur revendre trs cher4 ,mais de l mme justement me vient une sympathie patriotique pour les galftres qui se sont pays d'avance1 de la sorte1 des dvastations boches3 car je regrette moins1 je l'avoue1 l',heureux ,quatuor du ,douanier1 qui est pourtant ce qu'il a fait de plus acceptable1 que nos pendules4 ,un jour pourtant1 il y aura de ce ct un petit krach1 car il est invitable qu'on finisse par dcouvrir1 mme dans les milieux les plus insensibles1 que la technique d'un tableau est la technique du dessin et de la couleur1 non pas celle de la philosophie1 de la littrature ou de la physique4 ,toutefois je n'en ai cure en ce qui me concerne1 tant sans doute un abominable goste4 ,la seule chose qui m'inquite un peu1 c'est qu'il faut1 pour que nos voisins croient l'excellence de ces uvres d'art1 qu'il en reste quelques-unes en ,france1 chez des gens qualifis amateurs1 et que je frmis l'ide de les avoir sous les yeux4 ,aussi bien1 n'est-ce point le talent du pauvre ,douanier qui force mon attention1 c'est sa vie3 il est impossible de ne pas la trouver triste1 heureuse1 pure1 trouble1 illumine d'extases1 abreuve de douleurs comme celle des plus grands artistes4 ,c'est cela qui est singulier1 c'est cela qui donne rflchir4 ,le brave ,rousseau allait le dimanche aux bois de ,clamart ou de ,chaville2 il en rapportait des fleurs1 des feuilles et des branches qu'il copiait de toute sa conscience comme le voulait ,ruskin1 dont il n'avait sans doute jamais entendu parler4 ,il mettait toute son me dans sa peinture1 et comme un vritable grand artiste dont le premier souci est la probit vis--vis de lui-mme1 il faisait tout ce qu'il pouvait4 ,il connut aussi la rigueur des lois humaines3 innocent comme un enfant1 il avait avalis1 pour un ami1 un chque illusoire4 ,le tribunal lui infligea la prison1 mais lui accorda le bnfice de la loi ,brenger4 ,quand il eut compris cette indulgence1 l'humble et doux rveur s'cria3 ,merci1 mon prsident6 ,si vous voulez1 je ferai le portrait de votre dame4 ,dites-moi si ,van ,dyck ou ,ingres eussent exprim plus firement leur gratitude6 ,et il tait pauvre1 aussi1 pauvre comme dans les lgendes1 et gai comme dans les lgendes1 malgr les billets protests1 les recors1 le sinistre problme du loyer qu'il fallait acquitter et des quinze francs qu'il devait son marchand de couleurs4 ,enfin1 jusqu'aux confins de sa vieillesse1 il fut la proie des passions de l'amour4 ,il aima ,yadwigha1 la belle ,indienne1 il aima les deux pouses qu'il perdit successivement1 il aima1 soixante-quatre ans1 une veuve de cinquante-quatre ans1 laquelle il crivait1 dans un style touchant et inculte1 des choses dchirantes1 qui lui rpondait3 ,vous tes mon bouffon1 lui mangea les quelques sous si pniblement amasss1 et n'assista mme point son enterrement6 ,et quand il mourut l'hpital1 mais croyant sa gloire1 il ne manqua mme pas au ,douanier cette pitaphe exquise1 que composa ,guillaume ,apollinaire et que vous pourriez lire sur sa tombe1 au cimetire de ,bagneux3 ,gentil ,rousseau1 tu nous entends4 ,nous te saluons ,delaunay1 sa femme1 monsieur ,quval et moi4 ,laisse passer nos bagages en franchise la porte du ciel4 ,nous t'apporterons des pinceaux1 des couleurs1 des toiles ,afin que tes loisirs sacrs dans la lumire relle ,tu les consacres peindre1 ,comme tu tiras mon portrait1 ,la face des toiles4 ,si toutes ses uvres taient perdues1 s'il ne nous restait rien de lui que cette biographie1 que penserions-nous du ,douanier8 ,quelle diffrence pourrions-nous faire entre lui1 visionnaire1 passionn1 infortun1 et le visionnaire1 passionn1 infortun ,michel-,ange8 ,et alors8 ,que conclure des vies des saints1 que conclure des vies des vrais et grands artistes1 de leurs misres et de leurs joies1 qu'on nous donne comme exceptionnelles8 ,qu'est-ce qu'elles prouvent1 que signifient-elles8 ,quelle inquitude1 ou quelle leon6 ,a ,,fixin ,a monsieur ,masson1 amateur d'art4 444 ,l'un d'entre nous a dit3 ,c'est ,fixin2 il parat que personne jamais ne s'y arrte plus pour le voir2 mais nous pouvons passer par l4 ,srement1 nous pouvons passer par l6 ,nous pouvons passer partout4 ,la lourde automobile1 emporte par son puissant moteur1 ne connat pas de distances1 ni d'obstacles4 ,quand parfois1 malgr sa pesanteur formidable1 elle a pris son lan pour enlever une cte et qu'elle arrive au sommet1 on voit monter avec elle les bois1 les genets clatants1 les rochers et les nues2 on croirait qu'elle va s'envoler1 qu'elle va enfin s'envoler comme ces aroplanes que sa force a fait natre4 ,nous sommes encore dans le ,morvan3 des monts arrondis1 herbus ou couverts de forts1 pntrs d'eau1 ruisselants d'eau ternellement1 sans que les desschent jamais les grands soleils de cette fin de printemps2 une sorte de tristesse partout diffuse1 malgr la lumire1 malgr les gents1 malgr les oreilles-d'ours1 ces voluptueuses et sourdes orchides de nos pays de ,france2 un paysage en mineur comme un chant primitif qui parle de tout1 mme de joie1 avec mlancolie4 ,on se sent accabl2 les paroles s'arrtent4 ,quelqu'un dit3 ,o est-elle1 la fin1 la ,bourgogne6 ,ne sortira-t-on pas d'ici8 ,a peine a-t-il prononc ces mots1 que l-bas1 comme si on les avait voques1 pres1 dcharnes1 escarpes comme des falaises battues par l'ocan1 apparaissent d'autres collines2 et il n'y a plus de forts vers cet horizon qui se prcipite1 il n'y a plus de ruisseaux limpides1 c'est comme un monde nouveau2 la couleur mme des plantes a chang4 ,la voil1 elle vient vers nous1 la ,bourgogne1 avec les pierres brles de son squelette de chaux1 ses grands labours profonds dans la glbe toute rouge1 ses vignes qui moutonnent1 ses innombrables vagues de vignes4 ,jusqu' l'air qui n'est plus le mme3 l'odeur sche et surchauffe des grands pays calcaires4 ,elle vous baigne1 elle vous pntre1 elle vous rend plus allgres en vos membres1 plus rapides et divers en vos dcisions2 et ce ne sont plus les mouches noires des terres humides qui vous heurtent la face dans le vent de la course3 des abeilles1 maintenant1 par milliers1 parce que la vigne est en fleurs4 ,le pollen jaune de leurs pattes poilues s'crase sur les grosses lunettes2 parfois elles peuvent fuir1 parfois elles tombent mortes4 ,on les plaint1 on les aime1 on les regarde2 et d'autres continuent de monter vers vous1 du fond d'une vaste plaine1 plate1 verdoyante1 sans bornes1 pareille une mer d'o monteraient des arbres et des clochers4 ,alors on prend de petites routes qui tournent et s'enlacent au flanc des coteaux2 on se perd1 on se retrouve2 des sapins apparaissent parmi des rocs1 noirs et droits1 obstinment noirs et droits comme des soldats en deuil et au port d'arme4 ,il y a une petite maison1 bien humble et mme pire1 parce qu'elle ressemble une bourgeoise ruine1 il y a aussi une vieille femme4 ,c'est ici ,fixin1 le monument de ,napolon8--,oui1 c'est ici4 ,un tonnement me vient4 ,je croyais que ce ,noizot1 qui fit lever par ,rude un monument son chef ,napolon1 qui paya le bronze1 la pierre1 les ouvriers1 qui acheta ces quelques arpents de bois et de colline1 parce que ce cadre tait beau et digne de l'homme qu'il avait servi1 je croyais qu'il tait riche4 ,un roi de la terre1 un roi de l'or n'aurait pas fait plus3 commander une statue ,rude1 ,rude lui-mme2 payer une fort pour que cette statue ft sa place6 ,je me trompais4 ,il tait presque pauvre4 ,mais il a donn tout ce qu'il avait pour honorer son matre4 ,simplement4 --,la statue est l-haut1 dans ces grands arbres4 ,on monte cet escalier1 dit la vieille1 d'un air tranquille4 ,elle n'a pas l'obsquiosit des gardiens ordinaires4 ,c'est qu'il vient peu de monde sans doute4 ,elle est trs seule4 444 ,un escalier en rocailles recouvertes de mousse2 on n'a gure de pas faire1 et tout de suite on est devant la statue3 ,a ,napolon1 ,noizot1 grenadier de l'le d',elbe1 et ,rude1 sculpteur4 ,rude aussi a donn son temps et son gnie4 ,simplement4 ,on ne l'a pas pay4 ,napolon est l1 au milieu des sapins4 ,il se rveille1 il lve la tte1 il entr'ouvre peine les yeux4 ,son bras lve le lourd manteau o la mort a dormi4 ,son aigle seul ses pieds n'a pas ressuscit1 l'aigle1 vous savez1 dont un grand coup de vent a cass les deux ailes6 ,voil tout et c'est sublime4 ,c'est ,napolon4 ,rude a fait a4 ,autour1 il n'y a pas de drapeaux1 pas d'difices1 pas de colonnes rostrales1 il n'y a rien que ce grand paysage muet1 la demeure mesquine et dj ruineuse qu'a fait construire celui qui l'aimait pour tre plus prs de ,lui1 et aussi sa face de vieux soldat1 perptue dans le bronze1 mais assez loin1 sa place de sentinelle1 comme l'le d',elbe4 ,ils ont fait a1 lui et ,rude1 le gnie et la fidlit3 ce glorieux cnotaphe1 vide d'ossements1 mais plus plein de souvenirs et de gloire que celui des ,invalides1 la grande tombe en porphyre rouge qu'on voit au fond d'un puits magique4 ,ils ne savaient pas4 ,ils taient rpublicains1 rpublicains comme ceux de leur jeunesse qui chantaient3 ,si le despotisme conspire1 ,conspirons contre tous les rois6 ,car c'est pour a qu'ils veillaient au salut de l',empire4 ,et c'est pourtant cette confusion heureuse qui a maintenu saine et patriote1 durant prs d'un sicle1 la bourgeoisie dont nous descendons4 ,il faut donc l'excuser2 on a presque envie de la glorifier4 ,et c'est un phnomne trange2 mais vident1 que la victoire1 durant des gnrations1 engendre1 mme en art1 de l'hrosme et de la fiert2 la dfaite1 de l'avilissement4 99 99 99 99 99 ,je suis all au muse de ,dijon revoir les uvres du grand ,rude4 ,comme il est toujours semblable lui6 ,tous les bustes1 toutes les effigies qu'il modela pour reprsenter un homme particulier1 un sentiment individuel1 il semble qu'il les ait excuts avec ngligence1 avec mollesse1 et comme absent de lui-mme4 ,il ne se ranimait que pour exprimer des motions gnrales tout un peuple1 des ides communes1 j'entends communes une nation3 le tombeau de ,cavaignac1 l',eveil de ,napolon1 le ,dpart des volontaires3 c'tait un sculpteur civique4 ,je me souviens d'avoir caus1 avant la guerre1 devant ce ,dpart des volontaires1 en compagnie d'un jeune anarchiste qui aime les belles choses--il y en a4 ,cela est sublime1 me dit-il4 ,quel dommage que la signification en soit si ridicule6 ,il n'aurait point parl de la sorte si ses pres1 ayant t vaincus1 n'avaient commenc se rsigner leur dfaite4 ,il se trompait1 aussi3 car si cet ,arc de ,triomphe et ce ,dpart des volontaires ne donnaient malgr tout l'envie de passer dessous le lendemain d'une victoire1 ils ne seraient pas si beaux4 ,c'est aussi une chose trs singulire que l'unit d'esprit qui inspira ces sculpteurs bourguignons4 ,tout ce qui se trouve dans ,rude1 avec des moyens d'expression diffrents1 est dj dans une vieille pieta dcouverte dans le village de ,chambol1 et qui est maintenant au muse de ,dijon4 ,ces statuaires probes1 exacts1 pris de la ralit des formes1 pntraient celles-ci d'un sentiment profond et universel2 ils avaient besoin d'exprimer ce que tous pensaient1 d'tre compris1 d'mouvoir4 ,ils taient religieux1 ils furent patriotes4 ,a cette heure ils sont humains3 ,vous souvenez-vous d'avoir vu1 au ,salon1 le monument de ,bouchard aux morts du dirigeable ,rpublique8 ,et il est bon1 il est heureux qu'on doive le retrouver plus tard loin des hommes1 au dtour d'une route1 dans les plaines de la ,loire4 ,on sera seul avec lui4 ,,isadora ,,duncan ,pour ,lugn-,poe1 qui nous fit revoir la ,duncan ,paris4 ,on est dans un thtre ordinaire1 entour de spectateurs ordinaires1 ceux qu'on ne connat pas1 qui on n'a jamais parl1 et comme pour supprimer jusqu'aux plus ordinaires des artifices1 sur la scne il n'y a mme pas de toile de fond3 rien que des rideaux gris ple1 couleur du poil ras d'un chat de ,siam4 ,alors il vient une femme1 toute seule4 ,toute seule1 dans ce grand espace nu et peine clair4 ,elle n'est pas grande1 mais ses jambes sont longues1 harmonieuses1 pourtant muscles1 avec des caractres et comme des accents qui parlent4 ,elle n'est pas belle la faon des filles de la ,grce antique dont elle porte le vtement1 mais sa face est pleine d'une grce heureuse et charme--et l'on ne sait rien de son corps1 qui n'est couvert cependant que d'une tunique ple ou rose1 parce qu'on n'y voit plus bientt que des mouvements1 non pas des formes4 ,elle danse1 et il y a aussi ses bras qui s'allongent ou se plient1 cachent demi sa tte lgre ou lui font une couronne1 ses doigts qui quelquefois font le geste des joueuses de flte1 quelquefois se lvent un peu pour dire3 ,c'est l-bas1 entendez-vous8 ,l-bas il y a un bruit4 ,mais o8 444 ,elle veut tre une trs jeune fille qui joue1 au bord de la mer1 avec des osselets4 ,elle est couche1 toutefois elle danse toujours2--comment fait-elle1 pour avoir l'air de danser1 tendue ainsi1 et presque sans mouvement8--elle lance les osselets1 ils retombent1 elle les rattrape1 elle voit la mer1 on la voit comme elle1 son corps s'harmonise la forme des vagues1 la couleur de ces petites choses polies1 qu'elle fait dans l'air1 amuse ses yeux ingnus4 ,maintenant la flotte grecque arrive1 pleine de jeunes hommes victorieux4 ,elle l'entend de loin1 il y a des buccins qui sonnent sur les flots4 ,il faut qu'elle coure au-devant des guerriers1 et la voil qui court en effet4 ,sa poitrine est gonfle d'air1 ses bras1 ses coudes et ses paules accompagnent le mouvement de ses pas1 et elle galope1 elle galope littralement1 dans la joie1 dans la pure joie cruelle du triomphe1 avec une foule d'autres petites filles comme elle1 qu'on ne voit pas1 mais qui existent1 parce que son geste les cre4 ,elle crie ces vainqueurs qu'ils sont des vainqueurs1 elle leur demande s'ils ont beaucoup tu1 s'ils rapportent des dpouilles1 s'ils sont riches1 s'ils pandront leurs richesses4 ,eux1 ils s'en vont1 riant sans doute1 chargs d'armes et d'or1 au milieu de ce cortge1 de cette joie qui grandit1 de cette course qui se hte1 de cette danse toujours plus vive4 ,je ne sais pas si c'tait cela1 le pan des ,grecs1 mais c'est srement ainsi que danse une race trs jeune1 qui ne pense pas la piti1 qui ne s'attendrit pas1 qui est joyeuse1 purement joyeuse4 ,j'ai vu cela dans des pays trs lointains1 chez des peuples trs barbares4 ,seulement1 ici1 il n'y a plus de rudesse que dans le fond des choses1 non pas dans l'apparence2 toute cette frocit s'idalise1 se transforme1 s'envole--et la fin1 dans la demi-lumire1 le sol seul tant un peu plus clair1 cette danse a l'air de s'achever sur de la nue4 ,isadora revient4 ,elle est un jeune ,scythe1 qui a lutt du poing1 et renvers son ennemi1 et gagn de la gloire4 ,ses gestes le disent silencieusement1 toute la scne est l sous nos yeux3 les premiers coups ports1 les feintes1 les parades1 la fuite simule1 puis l'attaque1 le retour sur l'adversaire qui cde3 elle le presse1 il s'effondre2 ses poings se baissent1 il est terre4 ,et qu'un tel spectacle devrait tre farouche1 qu'il inspirerait plutt de l'horreur et de la rpugnance6 ,mais ce n'est plus qu'un jeu1 ce n'est plus qu'un pome1 il n'y a l qu'une vierge qui s'amuse et s'enchante du rcit d'un combat2 et quand elle s'arrte enfin1 le bras lev1 fire1 exalte1 raidie dans sa tunique d'adolescent1 c'est une statue1 c'est la ,victoire immortalise4 ,on applaudit444 ,alors elle salue1 non pas comme une ballerine1 mais d'un geste singulier1 ingnu1 primitif1 presque gauche1 comme une fille des champs interdite qui manque sa rvrence4 ,et elle revient encore en bacchante1 des pampres dans les deux mains1 et des fleurs4 ,les fleurs1 elle les jette ou les froisse2 les pampres1 elle les garde1 les brandit1 en fait comme le moyen d'une espce d'incantation1 car en vrit1 comment1 sans sorcellerie1 me croirais-je ainsi transport sur un coteau1 au milieu des vignes1 et d'o viendraient cette odeur de vin et cet tourdissement8 ,il n'y a qu',isadora qui danse1 voil tout4 ,une femme fait sur un plateau1 devant ces rideaux gris1 couleur de chat de ,siam1 des pas qui ne sont mme point des pas de danse1 qui n'appartiennent aucune danse connue6 ,est-ce donc suffisant8 ,mais elle s'effile1 mais elle grandit1 mais ses pieds se rapprochent1 et ses hanches se gonflent et ses bras s'unissent3 c'est une amphore qui danse1 une amphore qui bondit1 pleine de vin6 ,en vrit1 je suis ivre moi-mme6 ,ce n'est pas une amphore1 c'est une femme qui est ivre avec moi1 qui a bu1 jusqu' trbucher1 le jus ferment de la cuve1 et qui dclenche sa tte1 par coups secs1 comme si elle ne tenait plus sur ses paules6 ,et les pampres s'parpillent1 et les mains ne se dirigent plus que vers des choses confuses1 obscures1 ardentes1 dsires1 du plaisir diffus1 du plaisir qui est en elle1 et qu'elle voit dehors4 ,on n'est pas plus ivre1 dcidment1 puisque moi-mme je suis ivre la regarder1 et que j'entends1 je vois tant de choses3 un paysage1 des cris1 un vignoble1 des cyprs1 et ,bacchus1 et ,silne1 comme sur les images qui se mettaient vivre et bouger1 du temps que j'tais enfant et que j'avais du gnie1 comme tous les enfants6 ,mais on n'est pas plus dchane et plus harmonieuse1 plus pleine de la joie du vin et plus rserve4 ,on n'prouve pas plus fortement toutes les passions qui privent de pudeur avec plus de pudeur4 ,oui1 oui1 c'est l'ivresse divine1 celle qui est un rite1 une prire1 celle qu'il fallait simuler1 avec art et suivant des formules1 pour qu'il y et du vin l'anne prochaine1 celle qui avait disparu du monde6 ,une femme vient de la retrouver par divination1 par instinct1 ou peut-tre au contraire par l'espce de sensibilit crbrale1 roue1 consciente et nave la fois1 qui caractrise sa race4 ,on ne sait pas4 ,il est possible qu',isadora ignore une foule de choses et qu'elle invente le reste1 qu'elle mlange une infinit d'poques1 et que cela n'ait aucune importance1 et mme vaille bien mieux4 ,tout l'heure1 quand elle a dans1 tout l'univers et nous-mmes avions trois mille ans de moins3 il est probable que ce miracle essentiel est fait de bien peu1 sinon d'elle-mme4 ,la musique8 ,c'est peine si elle en suit la mesure4 ,elle n'coute pas des notes1 elle entend des paroles1 et c'est sur ces paroles qu'elle danse4 ,c'est une mime avant toute autre chose4 ,elle danse du ,beethoven1 du ,gluck ou du ,grieg8 ,combien mieux1 et avec plus de vrit encore1 elle commenterait sans doute une chanson populaire1 dont le sens se dveloppe et grandit de couplet en couplet1 alors que la mlodie reste la mme1 courte1 un peu sche et bien rythme6 ,elle-mme le dit3 ,je danse beaucoup mieux un air lorsqu'on ne le joue pas3 c'est alors qu'on l'entend6 ,c'est en cela qu'elle donne vraiment l'impression de la danse antique1 alors que quelques notes seulement1 ou mme la cadence unique des mains frappes ou des crotales accompagnaient l'infinie varit des mimiques4 ,l'exactitude historique8 ,elle-mme avoue qu'elle ne s'en soucie pas toujours1 et elle a bien raison4 ,dans la mme suite de scnes1 elle apparat vtue tantt comme une vierge de ,polyclte1 tantt comme une nymphe de ,botticelli ou du ,titien4 ,elle est arrive un jour d',amrique avec des yeux ingnus et un peu sauvages1 elle a vu des chefs-d'uvre divers dans des muses divers1 elle en a retenu ce qui lui convenait1 elle en a gard ce qui s'appliquait son instinct4 ,mais si le rle des potes et des artistes est de rvler1 elle est bien1 malgr tout1 elle qui trs probablement ne sent pas musicalement la musique1 elle qui a bien de la peine suivre et comprendre une cadence1 artiste et pote4 ,il y a des mensonges plus vrais que la vrit textuelle et l'exactitude documentaire1 il est des erreurs archologiques fcondes mme pour les archologues4 ,d'ailleurs1 mimer la joie d'une bataille1 l'ivresse d'une lutte ou celle du vin1 et justement1 par instinct1 de cette manire1 c'est bien revenir aux origines mmes de la danse1 alors qu'elle tait un rite religieux1 imitatoire et magique4 ,cela n'empche pas qu'il y ait des bornes l'art1 et quand ,isadora fait autre chose que clbrer l'enthousiasme et la joie1 elle ne clbre plus rien1 elle se trompe et l'on reste froid4 ,on reste froid parce qu'elle ne saurait1 je pense1 sortir de sa nature1 qui est d'tre pleinement1 d'une sorte irrsistible et unique1 un tre jeune et enthousiaste4 ,et elle est aussi1 d'une faon toute particulire et irrgulire1 mais triomphante1 belle comme les modles qui ont inspir les grands artistes4 ,elle suggre autre chose que ce qu'elle est1 et on ne sait pourquoi4 ,comme l',eve du ,sodoma1 ses genoux font penser des pches1 et ses lvres sont celles d'un enfant qui vient de manger des cerises444 ,m4 ,,raymond ,,duncan ,m4 ,duncan1 frre de ,mlle ,isadora ,duncan1 est un missionnaire cossais1 comme son nom l'indique1 qui prche avec pit1 travers les rues de ,paris1 par la parole1 les gestes et le costume1 la restauration du cancan grec4 ,on a toujours perscut les aptres4 ,celui-l1 il y fallait s'attendre1 a donc t perscut4 ,le propritaire d'une maison o une trangre pratiquait l'gard de ,m4 ,duncan la plus gnreuse hospitalit et lui donnait asile dans son appartement1 vient de demander la justice de notre pays qu'il ne lui ft plus permis de franchir les portes de cette demeure4 ,ce propritaire sans piti1 qui sans doute mprise la danse1 le plus ancien des beaux-arts1 et n'a que du mpris pour l'hellnisme1 a donn pour raison de sa requte que ses locataires taient choqus de rencontrer dans l'ascenseur1 et aussi dans les escaliers1 un homme habill comme ,alcibiade4 ,alcibiade avait les jambes nues et les bras dcouverts jusqu'aux paules1 tout du moins nous permet de le croire4 ,cependant1 quand il frquentait les satrapes effmins de la molle ,asie1 il mettait une lgante coquetterie dfrer leur exemple3 il revtait une longue robe aux plis flottants4 ,chez les ,gaulois que nous sommes1 il et port le sayon et les braies4 ,m4 ,duncan ne veut pas de braies4 ,il entend rester de la plus vieille ,athnes4 ,fort de la puret de ses sentiments et de la grandeur du but vers lequel il marche pas pyrrhiques1 il a tenu au juge peu prs ce langage3 ,mes jambes nues et mes bras blancs ont la sincrit innocente de mon cur et de la nature4 ,je prche1 par mon seul aspect1 la candeur1 l'hrosme et la simplicit4 ,et tout au contraire devrais-je demander ce matre des lieux1 aussi farouche qu'inconsquent1 l'expulsion de la plupart des personnes que je rencontre dans cette cage trange qu'on nomme un ascenseur1 vers les huit heures du soir4 ,car elles me choquent4 ,elles sont nues par en haut1 tandis que je le suis par en bas4 ,je n'en vois pas la diffrence1 ou plutt1 par ce que je vois1 cette diffrence me parat mon avantage4 ,je ne triche pas2 en effet1 ce que je montre est bien moi4 ,je suis un hommage vivant la vrit1 ces personnes l'illusion et au mensonge4 ,cette argumentation1 d'un atticisme ingnieux1 ne me parat pas convaincante4 ,c'est une banalit que de dire que le costume est affaire de convention4 ,j'ai eu l'honneur d'tre prsent1 au cours de mes voyages1 un ngre qui s'tait fait tatouer1 sur les jambes1 des pantalons carreaux alternativement noirs et blancs4 ,c'tait assurment l'homme le mieux habill de sa tribu1 et pourtant1 ,paris1 il n'et pas t reu mme dans un tablissement de bains4 ,je me souviens aussi de ce que disait1 un beau jeune homme qui entrait sans gants dans sa loge1 aux ,italiens1 une grande dame du second ,empire3 ,ne voyez-vous pas que vous tes tout nu8 ,elle ne s'apercevait pas qu'elle-mme tait sans voiles depuis la racine des cheveux jusqu'au beau milieu de la poitrine4 ,et elle avait le droit de ne pas s'en apercevoir3 c'est affaire d'poque1 d'heure1 de lieu et de murs4 ,toutefois1 il me parat ici ncessaire de rvler un soupon qui me point4 ,je ne crois pas que ce soient les mollets de ,m4 ,duncan qui aient scandalis les ,parisiens et les ,parisiennes4 ,ils ont vu1 depuis leur naissance1 des choses tellement plus extraordinaires6 ,ils ont vu ,mrovack1 l'homme des cathdrales1 dont il tait au moins aussi dconcertant de rencontrer1 dans les escaliers1 le pourpoint et les hauts-de-chausses crevs que le chiton de ,m4 ,duncan2 ils ont vu1 dans certains petits thtres1 et jusque dans leurs salons1 des danseuses qui n'taient gure vtues que de verroteries2 ils ont coutume de voir des crnes dnuds1 dont ils disent1 avec un baudissement sournois1 qu'ils sont obscnes4 ,si donc ils repoussent1 du sein largement ouvert de leurs habitations1 ,m4 ,duncan1 il doit y avoir autre chose4 ,et je pense1 je l'avoue1 avoir dcouvert le motif de leur motion3 c'est qu'ils ont peur de ,m4 ,duncan4 ,m4 ,duncan est pour eux un mystre et une angoisse1 ,m4 ,duncan1 pour le dire d'un seul mot1 est un homme qui n'a pas de face1 le seul au monde3 il n'a qu'un profil6 ,c'est terrifiant4 ,il le sait1 le pauvre1 et il vous rpondra que c'est lui qui l'a voulu4 ,aptre de la chorgraphie grecque1 il a t l'tudier l o on la retrouve1 sur les vases grecs4 ,et je suppose que vous l'avez remarqu3 sur les vases grecs on ne voit jamais que des profils grecs2 des hommes de profil1 des femmes de profil1 des bufs1 des colombes1 des fltes de profil4 ,tout est en profil1 c'est le rgne1 le triomphe1 l'universelle domination du profil4 ,et ,m4 ,duncan1 qui a une me simple1 comme tous les aptres1 en a conclu que la danse grecque se dansait toujours de profil2 et avec une patience acharne1 un mle dvouement1 une rsolution farouche1 il s'est vertu perdre la face4 ,par quelles incantations1 par quelles cruelles oprations de sorcellerie y est-il parvenu1 c'est ce qu'on ne saurait dire2 mais le fait est certain1 il est merveilleux1 il est pouvantable3 depuis dix ans1 ,paris1 nul il jamais n'a vu de ,m4 ,duncan autre chose que son profil1 tout blanc sur un rideau noir4 ,et mme dans la rue444 ,il n'a plus de corps1 il n'a plus de volume1 il n'a plus d'paisseur4 ,c'est une ombre1 une ombre antique4 ,je prsume cependant que les anciens n'taient point tout fait ainsi1 qu'ils taient plus toffs2 sans quoi1 comment eussent-ils fait pour manger1 boire1 et le reste8 ,je me doute aussi qu'il fut un temps o ,m4 ,duncan lui-mme ressemblait tout le monde1 avant qu'il se livrt sur sa personne ces dangereuses magies2 car il est pre4 ,je l'ai connu jadis en effet1 voici quelques annes1 alors qu'il vivait1 dj ,hellne1 au sommet le plus culminant d'une maison qui n'tait point fort loigne de la rue du ,bac4 ,a vrai dire1 il n'avait dj que ce profil mystrieux1 qui se dtachait d'une faon bien trange sur un fond de chemines4 ,a ses cts un petit enfant presque nu1 lui aussi1 agitait librement ses cuisses rondes4 ,et comme je me permettais de demander l'ombre paternelle3 ,il est bien joli6 ,comment s'appelle-t-il8 ,m4 ,duncan me rpondit avec gravit3 ,il ne s'appelle pas6 ,je savais que nous tions en ,grce1 et que par consquent je devais m'attendre quelque chose d'un peu neuf4 ,il m'et paru naturel que le fils de ,m4 ,duncan s'appelt ,aristodme1 ,protagoras ou ,lycophron4 ,mais cela me gnait vraiment qu'on ne pt l'appeler du tout4 --,eh quoi8 dis-je4 --,oui1 fit ,m4 ,duncan4 ,de quel droit mettrais-je des entraves sa libert individuelle8 ,je ne lui donne aucun nom1 pour qu'il puisse choisir1 plus tard1 celui qui lui conviendra4 ,l'air tait froid1 et l'aigre bise qui soufflait du nord-ouest1 o est ,montmartre1 bleuissait sa poitrine nue4 ,mais il ne semblait pas s'en apercevoir1 rchauff sans doute d'un feu intrieur1 vivant en rve dans des les rousses comme le pelage des chvres d',argolide1 sous le soleil cuisant qui fait se battre et chanter les cigales4 ,cela tait absurde et touchant4 ,a compter de ce jour1 j'eus de l'estime pour lui1 et je la lui garde encore4 ,il n'a pas de face1 et son fils n'a pas de nom4 ,pour nous c'est une famille pauvre4 ,mais elle est si riche de belles chimres que nous n'avons pas1 que je lui souhaite de trouver un toit o les loger4 ,,erreur ,,dans ,,le ,,vocabulaire 444 ,c'tait un petit homme sec1 mince1 aux yeux sincres et brillants1 d'une innocence attendrissante4 ,a coup sr1 il arrivait de fort loin1 d'une province recule1 o il avait toujours vcu1 sans sortir de chez lui4 ,mais non point ignorant1 non point insensible3 je ne sais quelle grce et quelle vivacit1 dans toute sa personne1 prouvaient qu'il avait cette habitude de la rflexion qui tient l'esprit alerte1 cette fracheur d'me qui permet1 malgr l'ge qui vient1 de continuer jouir de tous les spectacles4 ,seulement il tait ingnu1 seulement il tait candide4 ,et sans doute aussi1 ce bonhomme tombait de la lune4 ,c'est pourquoi1 sans fausse honte1 ne me connaissant point1 il se prcipita tout de suite sur moi pour pancher son enthousiasme3 --,je viens1 me dit-il1 d'avoir le plaisir de contempler1 chez ,,mm4 ,bernheim jeune1 les uvres de huit passistes italiens1 qui sont des hommes bien intressants4 --,des passistes8 lui dis-je4 ,mais non1 vous devez vous tromper4 --,je vous assure6 affirma-t-il4 ,et rien n'est plus mouvant1 pour un homme tel que moi1 dpourvu de tout parti pris1 que de contempler les efforts de ces jeunes et courageux artistes pour s'assimiler les procds et la manire de ceux qui1 parmi nos plus lointains anctres1 s'essayrent la pnible tche de reproduire1 les premiers1 l'apparence des formes et des couleurs4 ,a ces antiques poques de l'art1 sur une figure reprsente de profil1 on n'hsitait pas donner un il vu de face2 et mme1 lorsqu'il figurait un renne jet en pleine course1 et poursuivi par un hardi chasseur1 le rude graveur palolithique ne se gnait pas pour buriner1 sur son fragment d'os1 le chasseur tendu tout de son long1 mais remuant les bras et les jambes1 comme s'il courait1 ct du renne debout et galopant4 ,enfin1 avec de petits cubes de marbre de diverses couleurs1 disposs avec patience1 on parvenait donner des objets une ide suffisante4 ,c'est que les cerveaux1 ces poques recules1 manquaient encore de rflexion4 ,en dessinant un homme de profil1 ils continuaient penser l'il comme on le voit d'ordinaire1 c'est--dire de face4 ,c'est aussi qu'il s'agissait bien plus de raconter une histoire1 dans ses diffrents moments successifs1 que de figurer un moment unique de cette histoire1 ou tout au plus une moyenne de quelques instants trs rapprochs1 seule chose que puissent faire en vrit le dessin et la couleur4 ,on faisait de la littrature1 comme on pouvait1 ou plutt il tait impossible de dgager encore la peinture de la littrature1 puisqu'on n'avait point encore imagin les signes abrgs qui permettent de fixer et de reproduire un rcit4 ,et plus tard1 lorsqu'on assemblait avec gnie ces petits cubes de pierre1 on gmissait de n'avoir point dcouvert une autre matire aussi durable1 mais plus facile manier4 --,eh bien8 demandai-je1 sans comprendre o il voulait en venir4 --,eh bien1 ces hroques jeunes gens tournent avec rsolution le dos au prsent et l'avenir de leur art1 qui tend devenir de plus en plus lui-mme1 c'est--dire donner l'impression la plus fine et la plus aigu1 la plus forte et la plus intense aussi1 d'un moment trs prcis de la sensation visuelle4 ,ces braves jeunes gens retournent avec intrpidit ces premiers balbutiements4 ,je suis un peu archologue3 quelle joie1 pour un archologue6 ,ils veulent1 disent-ils1 que le tableau soit la synthse de ce dont on se souvient et de ce que l'on voit4 ,ils font de la littrature1 de la littrature idographique6 ,dans leur passisme nergique1 ils se cantonnent au fond des ges de la pierre brute1 comme le font aussi ces ,esquimaux et ces ,australiens qui seuls aujourd'hui ont le droit glorieux de se dire leurs mules et leurs rivaux4 ,c'est magnifique6 ,comme ce discours avait dur assez longtemps1 j'avais pu enfin dcouvrir de quoi il me voulait parler4 --,je crois1 lui dis-je1 que vous commettez une grave erreur4 ,les peintres dont vous avez t visiter l'exposition n'avaient nullement l'intention de tenter cette fuite perdue vers le pass1 dont vous les louez avec tant d'loquence4 ,ils prtendent1 au contraire1 avoir fait un bond gigantesque et surhumain vers l'avenir de la peinture4 ,ce sont des futuristes1 mon cher monsieur4 ,vous entendez bien3 des futuristes6 --,monsieur1 me rpondit-il1 j'arrive de ,pontoise1 o je coule des jours paisibles et heureux4 ,mais ce n'est pas une raison pour que vous vous moquiez de moi4 ,je sais fort bien de quoi est fait ncessairement l'avenir2 il est fait du pass1 de toutes les acquisitions du pass1 moins certain dchet1 et plus quelque chose3 de l'adaptation de tout ce pass des conditions nouvelles1 des hommes nouveaux1 des circonstances nouvelles1 des moyens nouveaux4 ,c'est ainsi qu'on a pu dire que les rgles de la stratgie n'avaient pas chang depuis ,annibal ou ,jules ,csar4 ,il s'agit toujours d'tre plus fort que son adversaire sur un point donn4 ,il n'y a que les moyens qui changent4 ,mais on a beau avoir invent les canons1 les fusils1 les chemins de fer et les automobiles1 sans compter les aroplanes1 il faudra toujours tre plus fort que l'adversaire sur un point donn1 puis sur un autre point1 et ainsi de suite4 ,il faut possder tout ce qu'il y a de plus neuf1 et garder tout ce qu'on possdait auparavant1 non pas dans les procds1 qui changent1 mais dans les principes1 qui sont immuables1 une fois qu'on les a dcouverts4 ,en matire d'art1 les hommes de l'ge de pierre ne les avaient pas tous dcouverts4 ,voil pourquoi ces jeunes gens ne sont que des archologues1 je vous le rpte4 ,mais quels archologues6 ,vous m'en voyez pntr d'admiration4 --,s'ils vous entendaient1 lui dis-je1 vous les plongeriez dans une grande peine4 ,ils se croient des rvolutionnaires4 --,mais ce sont peut-tre aussi des rvolutionnaires6 ,un homme qui viendrait nous dire qu'il faut renoncer vivre en socit1 dmolir sa maison1 tcher de retrouver le langage d',adam et ,eve1 et en tous cas braire comme un ne dans l'espoir de leur ressembler davantage1 serait un rvolutionnaire4 ,mais ce ne serait pas1 pour employer le mot dont vous venez de vous servir1 ce ne serait pas un futuriste4 ,ce serait tout l'inverse4 --,vous ne croyez donc pas au succs de cette bruyante cohorte8 --,je n'ai pas dit cela6 fit-il avec vivacit4 ,par succs1 je suppose que vous entendez1 comme il est d'usage aujourd'hui1 que leurs tableaux trouveront des acheteurs4 ,je suis persuad qu'ils en trouveront4 ,car j'ai l-dessus une exprience personnelle4 ,mon pre1 qui appartenait comme moi cette bourgeoisie claire qui fait toujours1 grce ,dieu1 l'pine dorsale de la ,france1 tait amateur de tableaux4 ,ainsi que l'immense majorit des amateurs1 ses contemporains1 il n'avait de got que pour les choses mdiocres1 mais sans dfauts4 ,je vendis sa collection un bon prix1 voici trente ans4 ,mais chose curieuse1 je faillis ensuite me ruiner suivre son exemple4 ,c'est que le public et les critiques avaient fini par s'apercevoir qu' ne louer et n'aimer que les choses mauvaises1 mais raisonnables1 ils avaient laiss passer sans les voir de bonnes choses1 mais qui les choquaient1 et qui d'ailleurs n'taient point sans dfauts4 ,ils arrivrent donc cette conviction que seuls avaient de la valeur1 une valeur mystique1 et par consquent incommensurable1 les ouvrages qu'ils ne comprenaient point4 ,ils se sont donc prcipits dessus1 ils continuent se prcipiter dessus4 ,on dit qu' la guerre1 ce sont toujours les mmes qui se font tuer4 ,il en est de mme en art4 ,ce sont toujours les mmes qui achtent de la peinture4 ,la plupart n'y connaissent rien1 et1 au fond1 s'en moquent pas mal4 ,ils en ont parce qu'il faut en avoir4 ,auparavant1 ils avaient la vnration de ce qui n'enfonce rien4 ,maintenant1 ils ont la superstition de ce qui enfonce tout4 ,jadis1 ils achetaient du mauvais1 raisonnable4 ,aujourd'hui1 ils prennent du mauvais1 excessif4 ,voil tout4 ,,le ,,bas-,,relief 444 ,le plus doucement possible1 afin d'avoir moins chaud1 ,m4 ,costepierre1 venant du pont ,neuf1 suivit le quai ,conti1 dpassa l',institut1 et demeura un instant immobile sous l'arcade du portique qui fait communiquer cet difice avec la rue de ,seine4 ,cette vote n'avait rien qui la dsignt particulirement son intrt3 mais par ce pertuis1 entre le fleuve et cette troite voie du vieux ,paris1 il s'tablissait un courant d'air1 et le professeur1 enlevant son chapeau1 gota dlibrment ce souffle qui1 bien que tide lui-mme1 rafrachissait un peu son front en sueur4 ,il s'effora aussi de trouver plaisir considrer le paysage urbain qu'il avait sous les yeux1 l'un des plus harmonieusement limits1 l'un des plus parfaits qui soient au monde4 ,sa dception fut vive de n'y point parvenir4 ,tous les plans taient secs1 durs1 et chevauchaient les uns sur les autres4 ,telles sont les perfidies et les cruauts du soleil caniculaire3 l'air de la ville1 d'ordinaire si fin1 si dlicat1 qui baigne et pntre toutes choses de plus d'esprit encore que de volupt1 tait cette heure d'une brutalit sans grce4 ,c'est que les difices parisiens n'ont pas t construits pour la lumire du ,sahara6 ,m4 ,costepierre le constata mlancoliquement4 ,mais l'optimisme de sa nature voulut trouver une consolation dans le fait incontestable que les murailles de l',institut projetaient une ombre sur la chausse4 ,et pourtant1 songeait-il1 elles ne sont pas orientes vers l'orient ou le ponant4 ,mais c'est que le soleil se trouve en ce moment dans l'hmisphre sud4 ,a toutes les minutes de sa vie o il prouvait quelque fatigue ou quelque dconvenue1 ,m4 ,costepierre s'ingniait ainsi se plonger dans le milieu cosmique1 concevoir et sentir la terre tournant sur son axe1 accomplissant autour du soleil1 ternellement1 son orbite elliptique1 insignifiante petite cellule d'un ensemble infini4 ,et il parvenait assez vite se convaincre alors que dcidment il y avait au monde des choses plus importantes que lui1 ,m4 ,costepierre3 telle tait sa religion4 ,comme il allait enfin reprendre sa marche1 une automobile le dpassa imptueusement1 et il crut voir la personne qui y sigeait toute seule faire de la tte1 dans sa direction1 ce petit mouvement par quoi les femmes bien leves daignent tmoigner qu'elles reconnaissent quelqu'un4 ,et l'automobile1 en effet1 s'arrta quelques pas plus loin4 ,il reconnut alors une vieille amie chez laquelle parfois il avait dn1 aux saisons o l'on dne4 ,elle attendit qu'il l'et rejointe1 et lui demanda1 naturellement1 ce qu'il faisait ,paris pareille poque4 ,pour elle1 c'tait une corve de matresse de maison3 elle ne faisait que passer4 ,il lui fallait acheter des chaises de jardin1 des draps de lit1 des conserves3 quand on arrive la campagne1 on s'aperoit tout de suite que tout vous manque1 et qu'il faut tout renouveler4 --,vous sortez sans doute de l',institut8 dit-elle ensuite4 ,cette question tait une maladresse3 ,m4 ,costepierre n'est pas de l',institut4 ,il se trouve encore ,paris parce qu'il est professeur d'histoire dans un lyce1 o il doit mme prononcer le discours de distribution de prix4 ,il l'avoua fort ingnument et ajouta qu'il se rendait de ce pas l',ecole des beaux-arts pour y voir les esquisses du ,grand ,prix de ,rome de sculpture4 --,ce n'est point1 dit-il1 que ces choses m'intressent habituellement2 mais il parat que cette fois1 qui est la premire1 une jeune femme l'a emport sur tous les autres concurrents4 ,je cde un mouvement de curiosit assez commun4 ,mme ,denant fit une moue un peu ddaigneuse4 ,elle appartient la catgorie trs nombreuse des femmes antifministes4 ,si elle tait capable d'en donner les raisons1 ces raisons ne seraient pas mauvaises3 elle dirait qu'ayant t fort heureuse de son rle dans la vie1 elle ne conoit pas pourquoi quelques-unes de ses surs en dsirent un autre4 ,mais comme elle confond frquemment les ides gnrales et les gnralits1 elle se contente d'invoquer des principes de haute convenance4 ,cependant elle consentit accompagner ,m4 ,costepierre1 et bien qu'il n'y et plus que quelques pas faire1 le fit monter dans sa voiture4 ,elle eut toutefois le temps de dire avant d'arriver3 --,nous n'allons pas voir1 sans doute1 quelque chose de bien intressant2 il y a l srement une de ces politesses que les hommes font si aisment aux femmes4 --,je ne sais pas plus que vous ce que nous allons voir1 rpondit ,m4 ,costepierre1 et d'ailleurs je ne possde aucune comptence en la question4 ,mais je me permets d'tre d'un avis diffrent du vtre3 ,les hommes concdent fort aisment aux femmes les petites distinctions auxquelles ils n'accordent pas d'importance4 ,mais s'il s'agit d'un srieux avantage1 ils se retrouvent ligus et dfendent fort prement les intrts de leur sexe3 c'est ce que nous avons pu constater rcemment lors de la candidature l',acadmie des sciences d'une femme dont le grand et honnte mrite ne faisait de doute pour personne4 ,si donc on a fini par accorder celle-l1 aprs une longue attente1 la toute premire place1 c'est qu'on ne pouvait faire autrement4 --,c'est ce que nous verrons6 dit ,mme ,denant4 --,soyez assur1 rpondit le professeur1 que je m'en rapporterai vos lumires4 ,il n'eut pas plus tt prononc cette phrase ironique et polie que la contradiction qu'elle impliquait le frappa en lui donnant sourire4 ,car il avait involontairement exprim avec courtoisie1 lui parfaitement dispos admettre l'galit des deux sexes dans les choses de l'esprit1 qu'il n'accordait instinctivement qu'une valeur relative au jugement d'une personne qui n'aurait jamais de barbe4 ,la salle du quai ,malaquais tait pleine de gens qui voyaient pour la premire fois de leur vie un bas-relief4 ,ils demandaient au gardien o tait la sculpture de la dame1 allaient contempler ce bloc de pltre1 regardaient ensuite les autres blocs de pltre1 et jugeaient dans leur for intrieur que c'tait tout pareil4 ,mais ceci dj leur faisait une forte impression qu'une femme1 tout de mme1 et pu faire tout pareil6 ,aprs quoi ils ragissaient ou ne ragissaient point contre cette impression1 selon l'ide qu'ils avaient apporte en entrant4 ,mme ,denant rsuma son opinion en disant que dcidment1 comme elle l'avait prvu1 il ne valait pas la peine de s'tre drang4 --,mais si1 rpondit ,m4 ,costepierre1 mais si6 ,un des problmes qui s'est depuis longtemps pos ma pense tait celui-ci3 il y a le gnie1 et il y a le talent4 ,le talent est assez souvent une plante de serre chaude2 il exige1 pour fructifier1 de grands soins et des circonstances favorables4 ,le gnie1 au contraire1 est irrsistible1 du moins si nous en croyons les romantiques4 ,ecras1 ddaign1 supplici1 il entend toujours et malgr tout sonner l'heure de son triomphe4 ,et dans ce cas1 pourquoi y a-t-il eu si peu de femmes de gnie8 ,il s'en devrait trouver un nombre bien plus considrable4 ,mais j'ai lu rcemment un livre de ,mme ,bernardini-,sjstedt qui m'a beaucoup frapp3 il y est crit que ce qui a toujours empch les femmes de dire de faon originale ce qu'elles avaient dire1 c'est qu'elles avaient jusqu'ici reu leurs mthodes et leurs procds d'expression des hommes1 et que ni ces mthodes ni ces procds ne sont faits pour elles444 ,vous savez qu'il est des langues primitives o le vocabulaire des deux sexes est singulirement diffrent4 ,c'est un phnomne qu'on explique en disant que durant de longs sicles les hordes d'hommes et les hordes de femmes ont vcu spares1 ne se retrouvant qu'aux saisons de dsir et d'amour2 et de la sorte1 chez l'homme et la femme1 des sentiments assez analogues auraient favoris l'volution de langages distincts4 ,il en est peut-tre ainsi1 mme chez les peuples civiliss1 bien plus qu'on ne croit4 ,les femmes1 dans ce pays1 n'ont pu jusqu' ce jour employer que la langue des hommes1 les faons de peindre ou de sculpter des hommes1 et elles s'y trouvent emptres4 ,si elles arrivaient retrouver les moyens d'expression qui leur sont propres1 combien cela serait prcieux1 nouveau1 lumineux6 ,tenez1 il est en ce moment deux vers de ,hernani qui me reviennent la mmoire4 ,c'est doa ,sol qui1 tenant dans ses bras son poux expirant1 dit don ,gomez3 ,ne le rveillez pas1 seigneur duc de ,mendoce1 ,il dort1 c'est mon mari1 c'est notre nuit de noce6 ,j'ai toujours eu le soupon que si une femme avait eu rendre cette situation comme elle la sentait1 elle et trouv une phrase infiniment plus douloureuse1 voluptueuse ou dlicate--je ne puis le dire1 tant un homme1 justement6--mais enfin autre chose6 --,et voil pourquoi c'et t choquant6 dit ,mme ,denant4 --,peut-tre1 peut-tre6 ,en tout cas c'et t plus vrai4 ,et quelle joie de voir sourdre en art un peu de vrit6 ,ce n'est pas si frquent444 ,eh bien1 tenez1 dans ce bas-relief du concours1 il s'agissait de montrer ,oreste1 cet ,oreste poursuivi depuis si longtemps par les ,eumnides1 qui a pu enfin s'endormir2 et sa sur ,electre protge son sommeil4 ,regardez ce qu'elle a trouv1 la modeleuse1 regardez cette main qui va tter1 qui va caresser le front du mle fivreux et harass1 cette autre qui se dirige vers les hommes qui viennent3 ,silence1 ne le rveillez pas6 ,c'est de la vraie sculpture1 et c'est si humain444 si humain et si fminin6 ,alors je suis heureux4 ,je crois que le morceau est bon1 bien que ce ne soit pas mon mtier d'en juger4 ,mais je suis sr1 avant tout1 sr comme un vieux lecteur d',eschyle1 que c'est comme a que a dut se passer4 ,et c'est quelque chose4 --,mais1 observa ,mme ,denant1 elle a donc russi parce que c'tait un geste fminin qu'elle avait reprsenter4 ,et dans tout autre cas444 --,elle aurait chou1 dit ,m4 ,costepierre1 ou elle nous aurait donn une interprtation fminine de l'autre chose1 qui aurait peut-tre t mauvaise1 mais aussi peut-tre originale ou intressante4 ,voil tout ce que je puis dire444 ,par-dessus le march1 c'est peut-tre seulement en ,france que ces talents fminins ont le plus de chance de se produire4 ,il n'y a pas de pays o la femme tende davantage devenir l'gale de l'homme1 et c'est heureux1 puisqu'il parat que notre population n'augmente plus que faiblement4 ,mais cette galit est apparue chez nous de longue date3 voil ce que c'est que de doter les filles6 --,comment8 fit ,mme ,denant surprise4 --,eh oui1 fit ,m4 ,costepierre4 ,cela leur donne de l'influence dans le mnage4 ,une paysanne qui a apport une pice de terre la communaut a naturellement le droit de discuter la manire dont elle entend qu'elle soit cultive4 ,et si vous avez voix au chapitre pour l'ducation de vos enfants1 c'est qu'ils ne vivent pas seulement du bien de votre mari4 ,vous n'prouvez pas le besoin d'tre une insurge1 mais vous avez de l'initiative1 chre madame1 vous en avez plus qu'une ,anglaise ou une ,allemande4 ,mais oui1 mais oui1 ne protestez pas6 ,,pour ,,une ,,nouvelle ,,ligue ,je demande que des industriels ingnieux construisent des roulottes1 pas trop chres1 o l'on pourrait vivre1 dormir et mourir2 ou bien qu'ils lvent de vastes ballons captifs1 avec nacelles tranformes en dortoirs2 ou bien encore que l',etat bienfaisant abolisse les lois cruelles qui interdisent le vagabondage4 ,car je commence dsesprer de plus jamais trouver un toit pour abriter ma tte4 ,paris est en effet devenu inhabitable3 d'abord parce qu'on dmolit1 ensuite parce qu'on btit1 et la mme place4 ,vous ne comprenez pas1 vous me rpondez que ces deux motifs sont contradictoires1 et que si l'on dmolit ma maison1 je n'ai qu' attendre pour me loger dans celle qu'on remolira1 si j'ose m'exprimer ainsi4 ,monsieur1 ou bien vous tes un homme dplorablement naf1 ou bien vous vous faites remarquer par la plus insigne mauvaise foi4 ,l'appartement que j'occupais tait un vieil appartement dans une vieille1 bte1 honnte maison4 ,on y montait par un escalier1 figurez-vous1 on y mettait ses affaires dans des armoires1 on s'y chauffait avec des chemines1 et le concierge se cachait dans une loge o il rapetassait de vieux pantalons2 car il tait en mme temps tailleur1 ce que j'estimais d'un secours prcieux4 ,mais un jour les dmolisseurs sont venus4 ,ce sont des dmolisseurs hypocrites et astucieux4 ,ils ont commenc par laisser ma demeure tranquille1 ils se sont attaqus aux autres1 celles qui taient ct4 ,c'tait dj bien assez dsagrable4 ,durant dix-huit mois1 j'ai respir l'odeur du pltre frais 7le pltre frais sent les vieilles allumettes chimiques mouilles et moisies71 j'ai pitin dans la boue1 dans le mortier1 dans les gravats2 d'innombrables chariots ont fait tout ce qu'ils ont pu pour m'craser2 et j'ai connu l'invasion de milliers de rats3 chasss de leurs vieilles retraites1 ils cherchaient un appartement2 ils ont trouv le mien4 ,longtemps je les ai maudits4 ,mais maintenant je comprends leurs souffrances1 et j'y compatis4 ,moi aussi1 j'ai d quitter ma retraite2 la pioche des dmolisseurs l'atteignit enfin4 ,pauvre exil1 j'ai connu les lits d'auberge1 l'hospitalit des campagnes1 l'abri prt par des amis complaisants ou des parents qui accomplissaient leur devoir sans enthousiasme4 ,et pendant ce temps-l on rebtissait ma maison4 ,et comme je suis un animal d'habitude1 comme j'aime ma rue1 mon quartier1 mes omnibus et mes fournisseurs1 j'y suis revenu ingnument4 ,mais si vous saviez comme elle avait chang6 ,l'ancienne1 la vraie1 tait en pltre et en moellons2 la nouvelle est tout en pierres de taille1 avec des colonnes de marbre rose jusqu'au toit1 et un dme qui ressemble un observatoire6 ,je ne reconnus pas non plus le concierge1 ni sa loge4 ,d'abord ce n'est plus une loge1 c'est un bureau1 comme chez les ministres4 ,et le concierge est peut-tre un ministre3 en tout cas1 il n'est plus tailleur1 il est beaucoup mieux habill que moi1 et il a un air1 un air444 ,enfin il est si beau que j'esprai un instant que ce serait lui qui me donnerait le denier ,dieu4 ,mais je fus du4 ,il me dit seulement3 --,monsieur voit comme c'est beau maintenant4 ,monsieur sera bien mieux qu'auparavant4 ,monsieur cherche sans doute un appartement4 ,quel prix veut y mettre ,monsieur8 --,dame1 fis-je1 le prix que j'y mettais autrefois4 ,je voudrais quelque chose dans les dix-huit cents deux mille francs4 ,la physionomie de ce fonctionnaire intestin respira tout coup le plus grand mpris1 et il rpondit3 --,nous n'avons pas a ici4 ,je ne peux rien offrir ,monsieur moins de dix-huit mille francs4 --,bon ,dieu6 criai-je1 pouvant4 --,monsieur oublie1 continua-t-il1 que pour ce prix-l il a l'ascenseur et le tlphone1 qu'il est clair l'lectricit1 chauff au chauffage central4 ,enfin il y a la ptisserie4 ,je crus un instant qu'il voulait dire qu'en change de la somme norme qu'on me demandait1 on me fournirait une partie de la nourriture4 ,pourtant je jugeai que c'tait encore excessivement cher4 --,jamais1 dis-je1 je ne mangerai pour dix-huit mille francs de ptisserie par an4 ,j'en serais malade6 ,mais le concierge consentit me dtromper4 --,il s'agit1 me dit-il1 de la dcoration4 ,ces nouveaux appartements sont splendidement dcors4 ,et c'est cela que nous nommons la ptisserie4 ,si ,monsieur veut monter avec moi1 ,monsieur verra4 ,il me fit prendre l'ascenseur4 a1 l'ascenseur1 c'est commode1 je le reconnais4 ,pourtant il faut apprendre s'en servir4 ,dans l'intrieur de cette cage1 c'est tout noir1 et il y a des tas de petits boutons sur lesquels il ne faut pas appuyer sans discernement4 ,une fois1 faute d'avoir fait attention1 je me suis tout coup senti prcipiter dans une obscurit profonde2 et je n'osais plus sortir1 crainte de tomber dans le vide4 ,en frottant une allumette1 je m'aperus que j'tais descendu dans la cave4 ,c'est tratre1 ces machines-l1 il y a aussi des jours o a s'arrte centre ciel et terre1 sans que personne sache pourquoi1 ni combien de temps a peut durer3 il est prudent de se munir de provisions4 ,par bonheur1 le concierge tait un homme savant4 ,il fit stopper l'appareil juste l'tage qu'il voulait4 ,dans l'escalier1 cet escalier qui ne servait plus rien1 c'tait tout en marbre4 ,en marbre rouge4 ,j'tais impressionn4 ,le concierge ouvrit une porte magnifique1 deux battants1 et je pntrai dans une espce de grande pice1 trs longue4 ,je demandai1 innocemment3 --,c'est un couloir1 ou bien la salle manger8 --,un couloir6 dit le concierge indign3 c'est la galerie1 monsieur6 --,bon1 dis-je1 bon6 ,ne vous fchez pas4 ,alors1 on mange1 dans la galerie8 a me parat bien troit pour mettre une table et des chaises8 --,monsieur1 me dit-il1 la salle manger n'est pas ici4 ,elle est en face de vous4 --,alors1 quoi a sert-il1 cette galerie8 --,a quoi a sert8 ,ma foi1 je n'en sais rien4 ,mais on ne fait plus d'appartement sans galerie3 c'est pour la magnificence4 ,je songeai que je n'avais pas de quoi m'offrir des magnificences si coteuses1 et dont je n'prouvais pas le besoin4 ,et mon guide ouvrit une autre porte4 --,voil le salon1 dit-il1 la voix empreinte d'une motion religieuse4 ,la chemine est en marbre blanc1 bien entendu4 ,c'est du marbre demi-statuaire1 tout ce qu'il y a de mieux4 ,et voici les ptisseries6 ,les murailles taient divises en panneaux peints en blanc1 d'une couleur crme fouette qui me fit penser au style des romans mondains1 et chacun de ces panneaux tait spar des autres par une nymphe en pltre stuqu1 qui s'emberlificotait les pieds dans la gueule d'une chimre1 galement en pltre stuqu4 ,et cette dame toute nue tendait les mains1 vers le plafond1 une frise o l'on apercevait des petits amours1 d'autres dames toutes nues1 des palmes1 des arabesques1 des rosaces1 des grecques3 toute une boutique de pltrier ornemaniste4 ,moi1 a me rend malade quand il y en a tant que a6 ,je l'avouai au concierge1 qui me rpondit schement3 --,les autres locataires ne sont pas de l'avis de ,monsieur4 ,plus on en met1 mieux on loue4 ,le salon tait ,louis ,,xv1 m'expliqua-t-il2 le petit salon1 ct1 ,louis ,,xvi1 et la salle manger ,renaissance4 ,s'il y avait eu plus de pices1 je suppose qu'on serait descendu jusqu'au style ,pharamond1 et puis gyptien1 et puis assyrien1 avec un fumoir japonais et des water-closets premier ,empire4 ,moi1 a me fiche des palpitations1 tous ces styles4 ,je m'en ouvris au concierge4 ,il me rpondit ddaigneusement3 --,les autres locataires ne sont pas de l'avis de ,monsieur4 ,plus il y a de styles1 plus c'est riche6 ,alors je demandai voir les chambres coucher4 ,elles taient plus simples1 heureusement1 parce qu'on ne reoit personne dans les chambres coucher1 except celle de ,madame4 ,alors1 naturellement1 dans celle de ,madame1 je retrouvai des nymphes et des amours1 et tout ce qu'il faut pour un muse4 ,il n'y avait rien pour s'asseoir1 dans cet appartement1 puisqu'il tait louer4 ,je dus passer mon tourdissement contre la paroi4 ,puis je cherchai un prtexte pour fuir1 pour fuir au plus vite4 --,o sont les placards8 demandai-je4 --,les placards8 rpta le concierge tonn1 ,ah6 oui444 ,monsieur veut dire ces espces de cavernes qu'on creusait dans les murailles444 a ne se fait plus qu'en province4 --,il me faut absolument des placards6444 affirmai-je courageusement4 ,sur quoi je m'chappai4 ,on m'aurait pay que je n'eusse pu consentir vivre l-dedans4 ,et on me demandait dix-huit mille francs4 ,je ne les ai pas4 99 99 99 99 99 ,je vous parle srieusement3 on va faire des logements bon march pour les pauvres diables4 ,c'est fort bien4 ,mais o pourront se rfugier les mdiocres bourgeois comme vous et moi1 qui avons un peu de got et pas trop d'argent8 ,j'y songeai longuement4 ,a la fin1 je dcouvris une vengeance1 et peut-tre un remde4 ,c'tait un dimanche triste1 o je rencontrai trois amis tristes4 ,quelle chose trange que personne ne soit gai depuis la victoire6 ,peut-tre l'avons-nous trop longuement attendue4 ,peut-tre sentons-nous maintenant tout le poids des deuils que nous supportions stoquement1 tant qu'il fallait ne songer qu' vaincre4 ,il y a eu tant de morts1 et la vie est si grise pour ceux qui survivent6 ,on ne sait pas de quoi sera fait demain2 on n'est plus en guerre et l'on n'est pas en paix4 ,on n'a pas le courage de se remettre au travail2 on regarde son voisin3 il ne fait rien2 alors on fait comme lui444 ,c'est pntrs de ces penses mlancoliques que nous errions1 sans rien trouver nous dire3 enfin il pleuvait4 ,nous parvnmes devant une chose fort rare aux jours o nous sommes3 une maison o il y avait encore des appartements louer1--parce que c'tait une maison neuve1 une maison que les maons venaient enfin de terminer1 aprs cinq ans d'un chmage qui1 du reste1 il faut l'avouer1 n'avait pas t volontaire4 --,voici1 dclarai-je1 ce que nous allons faire pour chasser nos ides noires3 nous allons visiter des appartements6 ,mes trois amis me considrrent comme un pauvre d'esprit4 --,c'est conomique1 dirent-ils1 mais ce n'est pas drle6 ,tous les appartements cotent dix-huit mille francs2 c'est un prix fait1 une fois pour toutes4 ,tous les appartements ont le mme nombre de pices1 la mme galerie1 pour la magnificence1 les mmes ptisseries au plafond1 les mmes fausses boiseries en stuc dans la salle manger1 les mmes radiateurs1 le mme ascenseur et la mme lectricit4 ,et vous avez dj dcrit tout a4 ,vous n'allez pas recommencer6 ,cependant je parvins les persuader4 ,mais je laissai deux de ces dsuvrs dans une voiture1 et ce ne fut qu'avec le troisime que je pntrai dans un somptueux immeuble4 ,le concierge tait1 bien entendu1 un personnage impressionnant4 ,nous le salumes1 comme si c'tait pour conclure un armistice1 en adversaires courtois4 ,c'tait bien dix-huit mille francs par logis1 comme nous l'avions prvu1 except au rez-de-chausse1 o il y a des suites de deux pices1 dlicieuses1 pour trois mille francs4 --444 ,bon1 bon1 acquiesai-je4 ,mais d'abord je veux de nouveau jeter un coup d'il sur la faade4 --,et je me reculai1 sous mon parapluie4 --,elle est architecturale1 la faade1 monsieur1 affirma le concierge1 tout ce qu'il y a de bien1 magnifique6 444 a se terminait par des dmes1 comme l',observatoire4 ,en dessous1 il y avait de grandes arcades surplombantes4 ,et puis1 du troisime au sixime tage1 de la sculpture comme si on avait dmnag une ,exposition universelle3 des femmes nues1 des enfants nus1 des hommes nus1 des btes apocalyptiques1 des arbres1 des fleurs et de l'herbe4 --,hein6 dit le concierge1 on en a mis8 --,comme c'est laid1 mon pauvre monsieur1 lui dis-je avec commisration1 comme c'est laid6 ,et pourquoi a-t-on mis tout a en l'air8 ,si c'tait aux premiers tages1 je comprendrais encore1 et a ne donnerait pas l'impression que a va vous tomber sur la tte4 ,est-ce que444 est-ce que c'est dfinitif1 ces machines-l8 --,vous dites8 interrogea ce fidle gardien1 interloqu4 --a doit pouvoir s'enlever1 heureusement1 continuai-je2 on dirait que a ne tient pas4 ,il me considra avec inquitude1 mais je pntrai froidement dans la maison4 ,alors il me montra les suites de deux pices1 au rez-de-chausse1 avec confort moderne4 ,les deux pices se commandaient l'une l'autre4 ,et elles donnaient sur une espce de puits troit1 d'un aspect trs dramatique4 --,c'est la cage de l'ascenseur8 demandai-je innocemment4 --,la cage de l'ascenseur1 monsieur6 dit le concierge indign2 c'est la courette1 la courette rglementaire de #h mtres de ct4 ,monsieur voudrait peut-tre donner sur un jardin1 pour trois mille francs8 --,vous me payeriez pour habiter l-dedans1 rpondis-je1 que je prendrais la fuite4 ,comme c'est laid1 mon ,dieu1 comme c'est laid6444 ,du reste1 je ne regarde pas au prix2 montrez-moi autre chose4 ,alors nous visitmes un appartement dix-huit mille francs4 ,mais1 avant d'entrer1 je fis une station pour considrer avec hsitation la rampe de l'escalier4 ,elle figurait des pilastres de bois1 ,louis ,,xiv1 naturellement4 ,le plafond se dcoupait en caissons1 plutt ,renaissance4 --,et c'est du bois8 questionnai-je avec svrit4 --,c'est du bois444 dit le concierge4 ,dame1 c'est manire bois4 ,on fait a avec du staff1 maintenant4 ,monsieur ne voudrait pas qu'on lui donne du bois6 a ne se fait plus6 --,c'est idiot6 affirmai-je avec assurance4 ,et naturellement1 ce cuir de ,cordoue1 c'est du linolum8 --,une imitation de linolum1 corrigea le concierge1 bless4 ,et c'est riche6 --a serait riche si c'tait du cuir de ,cordoue1 lui dis-je1 avec indulgence4 ,moi1 je veux du cuir de ,cordoue qui vienne de ,cordoue1 et du bois qui vienne des bois1 ou bien autre chose qui ne mente pas1 une chose qui soit ce qu'elle est1 avec sincrit444 ,mais entrons6 ,et nous passmes en revue les amours et les nymphes du salon1 en pltre1 les moulures rocaille de la galerie1 les stucs de la galerie et de la salle manger1 les papiers de tenture qui avaient l'air d'toffes1 et les appliques pour l'lectricit qui taient faites sur les plus fastueux modles d'appliques du temps o l'on n'avait que des chandelles pour s'clairer4 ,quant aux glaces1 inutiles de dire que c'tait du ,louis ,,xiv riche1 bien imit avec des matriaux pauvres4 --,cet appartement est trs bien6 prononai-je4 ,le concierge eut un mouvement de satisfaction4 --,monsieur ne trouvera pas mieux pour le prix6 suggra-t-il4 --,oui1 dis-je3 il est bien expos1 les pices sont assez grandes444 ,seulement1 est-ce qu'on ne pourrait pas m'ter toutes ces histoires-l8 --,quoi8 cria le concierge1 quoi8 --,tout ce qui est sur les murs1 sur le plafond1 dans l'escalier6 --,mais1 monsieur1 c'est ce qui fait le style de l'appartement6 ,on ne louerait pas sans a6 ,monsieur est bien le seul444 --,vous croyez6 fis-je1 en m'efforant de jeter dans son me la semence d'un doute pervers4 --,vous croyez8 ajouta mon ami en cho4 ,il avait compris4 ,il expliqua le jeu aux deux autres neurasthniques1 abrits dans leur fiacre4 ,et successivement ils livrrent aprs nous et l'un aprs l'autre le mme assaut ce mme concierge4 ,ils lui dirent3 ,que c'est laid1 mon ,dieu1 que c'est laid6 ,cet homme tait effondr4 ,on avait donc chang de got pour les immeubles8 ,ce n'tait donc plus a qu'il fallait servir aux clients8 ,abrits derrire les vitres de la voiture1 nous le vmes reconduire jusqu' la porte son dernier visiteur3 il avait la tte basse et les yeux gars4 ,et alors1 le cur lger1 ardent1 plein d'un cruel enthousiasme1 jusqu' la nuit noire nous parcourmes l'norme ville1 en qute de nouveaux difices sur qui jeter le venin corrodant des amres critiques4 ,nous dcouragemes vingt concierges1 nous rencontrmes mme des propritaires1 des architectes4 ,le premier qui leur parlait tait repouss avec mpris1 le second inquitait1 les deux autres faisaient natre l'angoisse1 le dsespoir et baisser les loyers6 ,je propose donc la constitution d'une nouvelle ligue4 ,citoyens1 que dsormais un noble esprit de solidarit vous anime6 ,unissez-vous pour visiter platoniquement tour de rle les maisons neuves6 ,et dites que c'est laid1 que c'est affreusement laid6 ,vous rendrez service ceux qui cherchent rellement un toit sous lequel reposer leurs ttes--et vous ramnerez peut-tre un peu de got et de simplicit dans l'me sauvage des dcorateurs4 ,,les ,,deux ,,tribus 444 ,c'tait un peintre qui changeait de logis1 en mme temps que d'atelier4 ,cet vnement ne semble pas de nature modifier la face du monde1 et il est moins rare qu'une ruption de volcan1 la chute d'une chemine1 le couronnement d'une rosire4 ,du point de vue de la gographie humaine1 on peut classer le ,parisien parmi les nomades dont les migrations sont limites un territoire restreint1 donc assez semblables celles des ,bdouins qui ont leurs ptures d'hiver et d't1 et s'accomplissent des poques rgulires4 ,ces poques sont qualifies termes1 et la migration s'opre l'aide de vastes chars sans fentres1 attels de plusieurs chevaux1 peints de couleurs violentes1 pareils ceux qu'emploient les ,boers pour leurs grands treks travers le veldt2 mais on n'est pas jusqu' ce jour d'accord sur la question de savoir si l'usage en a t introduit par ceux-ci la suite d'un retour en ,europe1 ou bien si au contraire les premiers ,boers furent des ,parisiens4 ,la discussion de ce point contest pourrait donner lieu une thse intressante en ,sorbonne4 ,certaines classes de la population prfrent les voitures bras1 ce qui tend faire croire qu'elles sont d'une origine ethnique diffrente4 ,ainsi qu'il arrive presque toujours1 ces dplacements saisonniers sont accompagns de crmonies1 sans doute d'origine rituelle1 o les conducteurs de chars et leurs acolytes consomment de grandes quantits de boissons enivrantes1 et par des combats1 parfois sanglants1 entre deux peuples hostiles1 dont l'un est celui des locataires et l'autre celui des propritaires4 ,dans ces deux groupes principaux et ennemis1 on distingue un grand nombre de tribus1 parmi lesquelles celle des peintres et celle des sculpteurs4 ,cette dernire montre des dispositions la sdentarit1 et tout porte croire que dans quelques sicles elle se fixera dfinitivement au sol4 ,ces tendances1 ainsi qu'on s'y pouvait attendre1 sont dtermines chez elle par les conditions propres de son existence et sa manire de vivre3 il lui est en effet difficile de transporter frquemment les lourds blocs de pierre1 de marbre ou de bronze qui paraissent constituer ses ftiches et dont elle ne se spare qu' prix d'argent1 autant dire presque jamais4 ,la tribu des peintres1 au contraire1 ne s'entoure d'habitude que d'objets lgers2 et sa mobilit est accrue par l'trange instinct qui pousse la plupart de ceux qui la composent parcourir les campagnes1 dont ils imitent1 sur des toiles1 les verdures et les animaux1 dans l'esprance illusoire qu'ils pourront se nourrir de ces effigies4 99 99 99 99 99 ,le peintre dont je vous parle appartenait cette dernire catgorie4 ,voil pourquoi il avait dmnag afin de se conformer aux murs de ses congnres4 ,dans le nouvel abri qu'il avait dcouvert il se trouva1 ainsi que du reste il l'avait prvu1 en contact avec une autre espce d'hommes1 dont nous n'avons pas encore parl et qui porte presque le mme nom3 ce sont les peintres en btiment4 ,ceux-l se considrent comme d'une race suprieure parce qu'ils ont coutume de couvrir de couleur des espaces beaucoup plus considrables1 qu'il y a moins de morte-saison dans leur mtier1 que les instruments dont ils se servent sont plus grands1 et que les matires qu'ils emploient rpandent une odeur encore beaucoup plus repoussante4 ,ds leur arrive ils s'empressrent donc de regarder1 d'un il critique1 les uvres du peintre en paysages1 qui se trouvaient entasses contre les murailles4 ,ils les traitrent sans respect4 ,c'est que le sous-groupe des peintres en btiment a conserv des murs simples et ingnues1 qui sont consolantes observer au milieu des corruptions de la socit contemporaine4 ,ce sont des gens pour qui les arbres sont verts1 le sang est rouge1 et la nuit noire1 ainsi que l'ombre1 fille de la nuit4 ,ils estiment1 de plus1 que le corps des femmes est d'une couleur connue1 dite couleur de chair4 ,mais le peintre dont je vous parle tait beaucoup plus savant1 ayant reu l'initiation d'un clan spcial qui porte le nom d'impressionniste4 ,ce clan professe que les couleurs ne sont pas ce qu'elles semblent1 et qu'elles exercent d'autre part sur les formes une action si puissante que celles-ci n'ont plus qu'un rapport lointain avec ce qu'en croit distinguer le vulgaire4 ,par exemple1 la flamme d'un foyer peut leur paratre compose d'un million de petites fleurs de toutes les nuances1 et un cyprs1 sous le soleil1 monter vers le ciel comme une grande flamme exaspre en volutes jaunes1 rouges1 mauves1 avec quelquefois1 par taches insignifiantes1 la teinte que les ignorants attribuent aux cyprs4 ,la tribu des peintres en btiment1 tant demeure barbare1 se mit danser1 autour de l'uvre de ce peintre d'un clan volu1 une extraordinaire danse du scalp4 ,le peintre du clan volu sentit alors qu'il n'tait pas encore absolument incapable de quelques sentiments lmentaires1 parmi lesquels il faut compter la soif du meurtre4 ,mais comme c'tait un civilis1 dans une certaine mesure susceptible de contenir ses mauvais instincts1 et qu'une plus haute culture avait dvelopp en lui la facult de la prvoyance1 il songea bientt que s'il dclarait la guerre ces sauvages1 ces sauvages ne lui peindraient pas son appartement la colle4 ,voil pourquoi il sut imposer ses traits le masque d'une immobile mprisante4 ,et enfin1 lorsque les brutaux contempteurs de son gnie montrrent quelques signes d'essoufflement1 il osa suggrer d'une voix douce3 --,et maintenant que vous avez vu comment je faisais mon mtier1 si vous commenciez vous mettre au vtre8 --,on y va1 bourgeois6 rpondirent ces hommes farouches4 ,l'appellation de bourgeois a remplac chez eux1 depuis quelque temps1 celle de rat1 de chien1 ou d'uf de tortue1 dont ils avaient jadis coutume d'injurier leurs ennemis4 ,le malheureux le savait4 ,mais il tait rsolu tout supporter1 dans l'espoir1 comme je l'ai dit1 qu' la fin son appartement serait peint la colle4 ,un des peintres en btiment monta sur une chelle et fit quelques gestes propitiatoires vers la muraille1 l'aide d'une latte pliante1 empreinte de coches mystrieuses4 ,les autres le regardaient4 ,il les regarda4 ,aprs quoi il redescendit4 ,puis tous gagnrent la porte4 --,eh bien1 quoi8 demanda le peintre en paysages4 --,c'est dix heures1 rpondirent les hommes de la tribu ennemie4 ,on va se rafrachir4 ,les ouvrages de sociologie enseignent que nul ne doit jamais empcher les tribus de clbrer leurs rites nationaux4 ,les reprsentants de celle-l revinrent vers onze heures4 ,leur visage respirait la joie1 l'ardeur et la sant4 ,leur chef reprit sa latte pliante et fit d'autres gestes propitiatoires1 avec lenteur1 pour ne pas mcontenter les esprits4 ,ses guerriers chantrent des hymnes1 pour aider son incantation4 ,les paroles en taient ingnues et naves1 comme il sied aux races primitives4 ,elles clbraient gnralement le soleil1 de diverses manires4 ,parfois on prcisait qu'il tait en train de se lever l'horizon d'opale2 ou bien on se contentait d'avertir une grande-prtresse1 appele ,manon1 qu'il tait l1 comme tous les jours4 ,aprs quoi le chef descendit encore une fois de son chelle et gagna de nouveau la porte avec ses guerriers4 --,eh bien quoi demanda le peintre en paysages1 plaintivement4 --,c'est midi moins cinq4 ,on va djeuner4 ,il n'tait que midi moins le quart4 ,mais les races primitives n'ont qu'une mdiocre notion du temps4 ,et le peintre resta seul1 sans espoir de voir jamais son appartement peint la colle4 ,ses yeux dsesprs s'garrent la fin sur les brosses vierges ou du moins bien laves1 et les pots o la peinture l'huile de lin montait jusqu'aux bords4 ,presque sans y penser1 il plongea l'une de ces brosses dans l'un de ces vases empli d'un liquide clatant2 d'une main assure1 il en caressa le mur444 ,et il alla1 il alla1 il alla4 ,ses gestes taient larges et gnreux sur le milieu des parois1 souples et prudents la hauteur des cimaises1 dlicats et remontants quand ils atteignaient le plancher4 ,a deux heures1 il avait fini2 et se croisant les bras1 il vit que son uvre tait bon4 ,entendant des pas dans l'escalier1 avec prcipitation il se lava les mains et prit un air innocent4 ,et les hommes de la tribu ennemie s'crirent1 pleins de stupeur3 --,on a peint la chambre coucher6 ,et leur chef ajouta1 aprs avoir examin le travail d'un il scrutateur3 --,c'est un homme du mtier qui a fait a6 --,c'est moi444 dit le peintre en paysages1 encourag4 --,alors1 tout de mme1 tout de mme1 conclurent les hommes de la tribu ennemie1 vous tes un artiste1 vous6 99 99 99 99 99 ,il parat que depuis ce moment la peinture impressionniste jouit d'une plus grande sympathie parmi les peintres en btiment4 ,et c'est une histoire qui est arrive4 ,,jean-,,louis1 ,,ensemblier ,c'est en vrit un grand souci1 quand on a le cur bien plac1 l'me un peu sentimentale1 d'arriver la conviction raisonne et dsesprante que certains amis d'enfance1 pour lesquels on a conserv toute la chaleur de sa sympathie1 n'arriveront jamais rien4 ,et vous savez qu'il en est6 ,chacun de nous1 dans sa gnration1 en pourrait citer au moins deux ou trois4 ,justement1 ce furent les plus agrables compagnons3 les jeunes gens srieux ne sont jamais bons qu' eux-mmes1 leur propre avenir4 ,quand par hasard vous tombez chez eux1 prouvant le besoin de vous dlasser un instant1 vous tombez rarement bien4 ,ils ont toujours quelque chose faire4 ,si cependant ce n'est point le cas1 ils vous annoncent qu'ils vont dans le monde3 ce qui s'appelle pour eux prparer une carrire4 ,mais tous nous avons gard le souvenir de quelques bons diables qui ne leur ressemblaient point4 ,ils ne demandaient qu' se laisser distraire2 ils y semblaient toujours prts1 ils taient1 pour se faire applaudir1 suivre1 aimer1 fertiles en imaginations heureuses4 ,le lutin qu',edgar ,poe a nomm l',ange du bizarre--mais cet ange est un petit dmon1 je vous assure--les a touchs de ses griffes malicieuses et cocasses4 ,enfin ils jouent1 ils jouent perptuellement2 incapables de comprendre jamais la gravit de l'existence1 ils prolongent au del des bornes permises l'ingnuit de la jeunesse4 ,ce sont des artistes par la fantaisie1 mais il leur manque la patience1 la fermet de travail et de propos qui font le talent4 ,cela est bien triste du jour qu'ils deviennent chauves4 ,on songe3 ,que vont-ils devenir1 mon ,dieu1 que vont-ils devenir8 ,en gnral1 ils ne deviennent rien du tout4 ,et cela vous fait de la peine1 car on ne peut se dfendre de leur garder une involontaire affection3 ils vous ont tant amus6 ,mon vieux camarade ,jean-,louis est de ceux-l4 ,je l'avais connu lve de l',ecole ,centrale4 ,il n'y brilla que comme costumier de la revue o les futurs ingnieurs se dlassent chaque anne de leurs pres travaux3 je crois vous avoir fait pressentir que son me tait frivole4 ,aussi ne fut-il nullement tonn de se trouver fruit sec au bout de trois ans4 ,ce garon n'est pas sans qualits1 il sait se rendre justice lui-mme4 ,d'ailleurs il tait bien vident que son gnie ne le destinait point aux sciences4 ,il m'annona donc qu'il s'allait improviser sculpteur et loua un atelier4 ,mais je prsume que la profession de sculpteur a des dangers1 cause du bon caractre des dames qui consentent poser sur le plateau2 car il ne sortit rien de cet atelier1 qui tait raisonnablement grand1 qu'une collection de marrons sculpts1 tout petits1 mais trs drles4 ,mieux vaut sculpter des marrons que1 de s'abandonner une lche indolence4 ,je conseillai donc ,jean-,louis de se consacrer aux marrons3 il en tait dj fatigu4 ,ses ressources ont toujours t mdiocres2 j'augurai mal des suites de sa carrire4 ,et bientt1 comme je m'y attendais1 j'aperus certains dtails de sa mise1 la classe de restaurants o il allait chercher une nourriture ncessaire mme aux fantaisistes1 que la fortune ne lui tait point favorable4 ,mais voici qu' je ne sais quel bal annuel1 o beaucoup de jeunes artistes s'affrontent gaiement beaucoup de nudits fminines1 je le rencontrai vtu d'un costume d'vque byzantin ruisselant d'or et de la plus haute somptuosit4 ,l'intrt que je persiste lui porter m'engagea lui demander s'il avait fait un hritage3 ,mon cher1 me rpondit-il1 c'est de la toile d'emballage sur laquelle j'ai tal des grains de millet plongs dans la colle de pte4 ,jette l-dessus pour dix sous de ce faux or que les camelots vendent en bouteille1 et tu m'en diras des nouvelles6 ,j'admirai que1 dans sa misre1 il ft demeur de la sorte aussi gai qu'ingnieux4 99 99 99 99 99 ,quelques mois passrent4 ,j'avais presque oubli ce pauvre ,jean-,louis4 ,dois-je l'avouer8 ,je faisais tous mes efforts pour l'oublier entirement4 ,c'est que j'apprhendais pour lui1 aprs des annes difficiles1 les dfinitives dchances2 et qu'y faire8 ,mais il tait crit que cet homme vritablement exceptionnel me devait encore rserver des surprises4 ,hier ce fut lui qui m'aborda3 sa mine tait florissante4 ,que dis-je3 il avait l'air d'un homme riche1 infiniment plus riche que moi2 il est des attitudes de paisible assurance qui ne sauraient tromper4 ,jean-,louis jouissait1 sans qu'il ft possible d'en douter1 d'une large aisance4 ,c'est de quoi je le flicitai sans toutefois songer lui en dissimuler mon tonnement4 ,cet aimable garon n'avait point chang3 il pouffa de rire4 --,j'ai trouv ma voie6 dit-il4 --,je le vois bien1 mais comment8 --,mon cher1 me rpondit-il1 je suis ensemblier pour ,allemands et autres trangers4 ,mon innocence m'empcha de bien saisir4 --,oui1 continua-t-il1 je fais des ensembles et des meubles--non pas de modern-style1 le modern-style est dj dsuet--d'un style absolument nouveau1 ultra-contemporain1 car il est renouvel du ,directoire4 ,c'est--dire que dans un dcor vaguement ,directoire1 j'introduis des imaginations de mon cru4 ,oh6 je ne me foule pas1 ce n'est pas difficile4 ,et j'ai un succs6 ,veux-tu venir voir8 ,je ris tout seul devant mes inventions4 ,j'imagine qu'avec toi1 ce sera plus joyeux encore4 ,il me conduisit dans son atelier1 ce mme atelier d'o jadis taient sortis de si beaux marrons sculpts4 --,regarde6 cria-t-il4 ,et il se tenait les ctes4 ,jean-,louis s'tait d'abord consacr la dcoration des toffes et des tentures d'ameublement4 ,je partageai son allgresse en prsence d'une toile conomique sur laquelle1 autour d'un encadrement de palmettes--les palmettes constituent un incontestable rappel du style ,directoire1--il a sem au pochoir un grand nombre de poissons qui poursuivent autant de pommes4 ,sur fond jaune4 ,et les poissons et les pommes taient rouges1 d'un beau rouge carlate4 ,mais il les fait aussi verts ou bleus1 la volont des personnes4 --,c'est ma signature1 dit-il1 le poisson et la pomme4 ,et a veut dire que je m'en fiche4 ,mais nul n'a encore compris1 parmi mes clients1 le sens de cette allgorie4 a revient dix sous le mtre1 tout compris1 et a se vend trois cents francs1 comme des petits pts444 ,voil aussi des meubles3 du bon frne1 pas cher1 habill d'une laque qui ne cote rien4 ,et pour le style1 du ,louis-,philippe exaspr4 ,c'taient les meubles qui me faisaient le plus rigoler chez ma grand'mre3 je te prie de croire que j'en ai la ligne dans la tte6 ,et c'est d'un coulement sr et avantageux444 ,qu'est-ce que tu dis8 ,que tu voudrais me voir travailler8 ,justement il faut que j'excute une pendule4 ,un chef-d'uvre4 ,assieds-toi et regarde4 ,ce ne sera pas long4 ,il prit une bote de cigares vide1 et1 au moyen d'une petite scie1 eut bientt achev d'y faire apparatre une ouverture parfaitement ronde4 --,les botes de cigares1 expliqua-t-il1 sont en acajou4 ,l'acajou est-il un bois prcieux1 oui ou non8 ,donc je ne vole pas mes clients4 ,les ternelles petites palmettes1 mais en cuivre dor cette fois1 et dont il gardait toute une provision dans une sbile1 ornrent comme il convient la base de cette future pendule4 --,maintenant1 dit-il1 admire la barbare et dlicieuse originalit de mes motifs d'angle4 ,il me montrait un petit cheval en fer-blanc1 achet pour quelques sous dans un bazar4 ,les deux cts du cheval1 fabriqus l'emporte-pice1 n'taient assembls que par quelques clous invisibles dont il les dbarrassa4 ,cela lui fit ainsi deux moitis de cheval4 --,n'pargnons pas les frais1 dit-il4 ,dorons ceci la feuille4 ,une fois dores la feuille les deux moitis de cheval vinrent s'appliquer aux angles de la pendule4 ,l'effet tait inattendu1 mais laid4 ,ou plutt1 si vous voulez1 extrmement ngre4 --,eh bien8 demandai-je4 --,eh bien1 la pendule est termine4 ,tu vois que a n'est pas long4 ,veux-tu que nous la portions chez mon intermdiaire habituel8 ,j'acceptai par curiosit4 ,et j'ai vu1 j'ai vu de mes yeux1 ,jean-,louis recevoir quatre cents francs4 444 ,je jure1 je jure sur mon bonheur en cette vie et dans l'autre1 que cette histoire1 bien qu'invraisemblable1 est parfaitement authentique4 ,,simultan,,istes ,je suis bien heureux1 voulant esprer que je n'ai point perdu les paisibles loisirs que me laissa le gris aprs-midi de ce dernier dimanche3 j'ai dcouvert le simultanisme4 ,et c'est impressionnant4 ,comme vous ignorez totalement ce que c'est--n'en rougissez point3 avant-hier je n'tais pas plus savant que vous1 et il se peut qu'aujourd'hui mme je ne possde encore sur ce sujet1 si important1 que de pauvres et imparfaites lueurs1--je m'empresse de vous avertir que le simultanisme est une nouvelle cole littraire4 ,or il est indispensable qu'il y ait1 tous les trois ou quatre ans1 une nouvelle cole littraire1 afin que les jeunes gens y puissent adhrer3 c'est l un heureux rgulateur au fcheux individualisme dont souffre1 nul ne l'ignore1 notre dplorable race franaise4 ,un jeune homme qui crit comme il pense1 comme il lui plat1 comme il veut1 est tout seul4 ,personne au monde ne s'occupe de lui1 personne jamais ne daigne publier de lui une seule ligne4 ,il est donc ncessaire qu'il s'enrle dans une lgion--tout au moins dans une compagnie franche4 ,les recruteurs1 d'ordinaire1 ne sont pas exigeants1 les conditions sont assez douces4 ,on ne demande en gnral au nouveau venu que de porter l'uniforme1 c'est--dire d'adopter certains tics1 d'imiter du mieux qu'il lui est possible un chef de file4 ,moyennant quoi il est publi4 ,je ne vous dis pas qu'il soit lu6 ,faites bien attention1 grand ,dieu1 la diffrence3 elle est essentielle6 ,les publications priodiques et quotidiennes peuvent en effet se diviser en trois catgories3 celles qui sont lues par leurs lecteurs et abonns--leur nombre est infiniment restreint2--celles qui sont lues uniquement par leurs collaborateurs3 ,jacques lit ,pierre1 ,alfred et ,paul1 qui lui rendent bnvolement le mme service2--et enfin celles o chaque collaborateur ne lit absolument que ses propres productions1 ignorant les autres4 ,ce dernier cas est le plus frquent4 ,mais il n'en est pas moins vrai qu'adhrer une cole1 chaque cole tant reprsente autant qu'il se peut par une revue distincte1 est absolument obligatoire pour un dbutant qui nourrit l'ambition lgitime de se voir imprimer4 ,il faut donc qu'il y ait des coles4 ,j'espre que je viens de le dmontrer surabondamment4 ,l'cole simultaniste est l'une des toutes dernires4 ,elle est issue1 si je ne me trompe1 d'une compagnie franche forme de peintres intrpides et qui ont entrepris de vous rendre la fois non pas seulement l'impression des formes un moment donn1 unique1 mais dans la succession ces instants1 et en y ajoutant les correspondances d'ides que cette forme a fait natre en votre esprit3 une femme1 par exemple1 tait la fentre2 et puis elle a disparu4 ,vous avez song1 la voyant1 une orchide ou une asperge1 moins que ce ne ft une tomate ou une citrouille2 puis1 ne la voyant plus1 la mort1 l'ternelle transformation des apparences1 au flux de l'univers4 ,il faut donc que votre femme la fentre soit cette femme1 mais en mme temps une orchide1 ou une asperge1 ou une tomate1 ou une citrouille--et en mme temps rien3 le noir1 l'vanouissement des choses1--et en mme temps tout3 le retour d'autres choses surgissant sur l'cran de cette fentre ou la toile perptuellement impressionne de vos mninges4 ,vous voyez que c'est cal1 si j'ose dire4 ,vous voudrez bien remarquer que c'est de la littrature4 ,car en littrature il est assez ais de marquer la succession de ces moments et de ces impressions4 ,cela est mme1 tout naturellement1 l'objet des efforts plus ou moins heureux de ceux qui crivent4 ,par consquent1 ces peintres ne faisaient gure que vouloir empiter sur le domaine des crivains4 ,mais les crivains1 saisis d'une noble mulation1 ont essay leur tour d'empiter sur le domaine de la peinture4 ,un tableau vous montre plusieurs objets la fois1 avec ou sans perspective4 ,un crivain ne peut les numrer que successivement1 ce qui est le comble de l'humiliation1 d'autant plus qu'il est trs vrai que les impressions1 les ides1 les sensations les plus diverses s'offrent parfois simultanment notre esprit3 je suis en train de manger du nougat de ,montlimar1 je vois en mme temps une dame qui a un chapeau vert et je pense penser si ,m4 ,wilson pense quelque chose4 ,faiblesse des moyens d'expression chez les mortels4 ,je ne pourrai vous dire toutes ces choses1 qui se superposent la mme seconde dans mon cerveau1 qu'une par une4 ,et comme elles n'ont aucun rapport1 les gens qui avaient du gnie1 jadis1 n'en choisissaient qu'une1 ngligeant les autres1 ou bien1 si toutes leur semblaient valoir la peine d'tre dites parce qu'elles craient en eux un tat d'motion particulier1 ils essayaient d'unifier toutes ces choses dans cet tat d'motion qui devenait le centre de leur pome4 ,mais il est impossible1 de la sorte1 de montrer que tout s'est pass la fois4 ,ecoutez1 au contraire1 ,m4 ,guillaume ,apollinaire3 ,le pre de la concierge et la concierge laisseront tout passer si tu es un homme tu m'accompagneras ce soir il suffirait qu'un type maintnt la porte cochre pendant qu'un autre monterait trois becs de gaz allums la patronne est poitrinaire quand tu auras fini nous jouerons une partie de jacquet un chef d'orchestre qui a mal la gorge quand tu viendras ,tunis je te ferai fumer du ,kf4 ,les premires lignes de cette strophe sublime se rapportent videmment un noir dessein tram par deux hommes1 les dernires la fin de leur conversation1 qui n'a plus aucun rapport avec ce dessein4 ,mais celui qui a cout emporte tout cela la fois dans sa mmoire1 ce qui est marqu par l'absence de toute ponctuation4 ,il parat que primitivement c'tait crit en vers3 je veux dire que l'auteur coupait sa phrase quelque part4 ,je voudrais bien savoir o8 ,voici maintenant ,m4 ,luc ,durtain1 dans les ,bandeaux d'or1 estimable revue dirige par ,m4 ,paul ,castiaux4 ,cela s'appelle ,tonneins3 ,arc-boutant pouce et index aux tempes1 ,une norme proximit de main4 ,la paume1 pareille une vote1 ,semble molle comme un nuage ,avec creux1 pentes1 reflets bleus et rouges4 --,au-dessus1 trou1 le ciel4 --,au-dessous1 fort1 l'herbe4 --,et tout prs1 porte ,par mon poilu avant-bras1 colonne ,de la terre universelle4 ,j'carte un peu la main3 comme elle change6 ,un digital fantme s'tire ,quintuple hors de cinq autres et mmes doigts ,qui offrent ,ceci de sr3 qu'ils sont opaques4 444 ,je me regarde des pieds au sternum et me vois ,dmesur1 car je forme ,tout l'horizon antrieur du monde3 ,rien que mon pantalon ray de noir ,boit le fleuve entier4 ,vous ne comprenez pas8 ,moi1 je viens de mettre mon poilu avant-bras sur mon front rveur1 et je crois que j'ai compris4 ,il s'agit de quelqu'un qui est tendu sur l'herbe au-dessus de la ville de ,tonneins1 et de la ,garonne par consquent4 ,et il s'appuie du coude dans cette herbe4 ,et il contemple le paysage en mettant la main devant ses yeux4 ,et sa main est norme1 ainsi1 bien entendu1 que son sympathique pantalon ray de noir4 ,et c'est ainsi qu'il forme tout l'horizon antrieur du monde4 ,c'est tout simplement une impression de peintre1 de peintre raliste ou impressionniste1 la place d'une uvre d'crivain4 ,puis-je cependant vous avouer ma faiblesse8 ,je ne trouve pas de telles gageures sans intrt4 ,il me semble que cela me rajeunit1 il me semble--dois-je le dire8--qu'il y a vingt ans il ne m'et pas dplu d'inventer et de signer un tel essai4 ,et ce sont des gammes1 aprs tout1 des gammes o l'on apprend son mtier1 et serrer un sens ou une impression1 sans doute avec excs1 mais quoi6 il faut bien avoir les dfauts de ses qualits4 ,seulement444 ,seulement je me souviens d'un brave homme de ma connaissance qui1 comme les prestigieux potes dont je viens de rvler les entreprises si hardies1 ne pouvait jamais arriver classer1 comme tout le monde1 ses ides dans les indispensables cadres qu'a lentement labors la logique humaine4 ,elles lui venaient toutes ensemble et s'agitaient dans sa tte comme des noix dans un sac4 ,il lui advint donc1 un jour qu'il se trouvait en omnibus1 de demander au conducteur avec une anxit d'ailleurs bien comprhensible3 --,est-ce que nous sommes au carrefour ,drouot ou bien jeudi8 ,il faisait du simultanisme sans le savoir4 ,mais il faisait aussi de la confusion mentale4 ,,la ,,singuli,,re ,,histoire ,,du ,,portrait ,a mon ami ,dervaux1 architecte4 ,c'est une opinion universellement rpandue1 parmi les peuples civiliss1 que le chef-d'uvre de l'illustre ,less ,thannothing1 et mme de toute la peinture contemporaine1 est sans nul doute la toile clbre intitule ,portrait d',enrique ,durand1 tude d'humanit4 ,il est impossible d'ignorer ce tableau4 ,les reproductions en sont innombrables1 elles ont constitu par elles-mmes une fortune ,less ,thannothing2 de quoi d'ailleurs les mes prises de justice ne peuvent que se fliciter1 car tout le monde sait que l'original1 acquis rcemment par le grand collectionneur ,john ,cockroach1 de ,chicago1 pour la somme de douze cent mille dollars1 six millions de francs1 n'avait pas rapport un centime son auteur4 ,en effet--et l'aventure1 aussi belle et incroyable que la plus belle et la plus incroyable lgende1 n'a pas peu contribu en ,angleterre1 en ,allemagne et en ,australie1 pays sentimentaux1 la popularit de cette uvre d'art--l'artiste ne l'avait peinte que pour faire honneur sa signature1 ayant promis aux organisateurs d'une loterie de charit de retracer gratuitement les traits de la personne en possession du billet numro #abgjc1 srie #i1 ou de telle autre dsigne par ce gagnant4 ,on se souvient de l'motion que produisit ce tableau au ,salon de #aica4 ,voici ce qu'en disait alors1 le jour mme du vernissage1 le grand critique d'art ,thvenot3 tranget1 originalit1 vrit intime1 force1 conscience1 attrait mystrieux et incomprhensible des lignes et des couleurs1 incantation magique qui firent descendre la vie mme sur ces quelques dcimtres carrs de canevas6 ,dans une pte profonde et moelleuse1 avec une science impeccable des valeurs et du volume1 un sentiment surhumain et inconnu jusqu' ce jour de l'harmonie et du contraste des tons simples1 le peintre ,less ,thannothing a figur1 tendu sur une peau de bte qui incandesce1 pour l'blouissement du grand public1 pour l'admiration consciente et claire des connaisseurs1 un jeune homme nu1 mi-assis1 mi-couch1 les jambes demi ramenes dans un mouvement d'une mollesse et d'une volupt adorables4 ,la main gauche1 par une fantaisie charmante de l'artiste1 tient un jouet d'enfant4 ,le bras droit disparat tout entier1 noy dans un brouillard vaporeux1 suggestif d'on ne sait quel infini4 ,et ce sont1 par des procds ingnus1 directs1 d'une puissance d'interprtation sans bornes1 toutes les grces de la plus frle jeunesse1 tous les lans gnreux de l'adolescence1 tous les imptueux dchanements de la virilit4 ,c'est un miracle4 ,on est ici en prsence non pas d'une forme1 mais1 comme le disait jadis l'un des plus profonds philosophes de l'esthtique1 des causes profondes et divines d'o procdent les formes4 ,un grand1 singulier1 magnifique artiste nous est n1 vocateur1 voyant1 sorcier1 pote1 musicien4 ,inclinons-nous1 saluons1 mditons1 et bien qu'il nous en cote1 rsignons-nous1 car le devoir professionnel a de regrettables exigences1 et le temps nous presse continuer notre promenade444 ,salle ,,xxiii3 de bonnes fleurs1 d'une facture un peu maigre1 de ,mme ,plissier-,rodart2 le ,repas des syndicalistes1 de ,m4 ,le ,redout1 qui s'inspire la fois d',ingres1 de ,delacroix1 et des quatre ,carrache2 une ,crse disparaissant aux yeux d',ene1 par ,reculet1 transposition dans la peinture des qualits austres du sculpteur flamand ,constantin ,meunier444 ,on voit par cette citation quelle magnifique simplicit de style avaient atteinte les critiques de cette poque et l'estimable prcision de leur jugement4 ,dans les nombreux comptes rendus des ,salons suivants1 on apercevrait d'ailleurs sans peine les traces de l'influence irrsistible que la manire innove par ,less ,thannothing a exerce sur l'art contemporain4 ,mais l'histoire mme de ce premier tableau est reste jusqu'ici inconnue1 et si je me risque enfin rvler les confidences que me fit jadis l'artiste1 c'est qu'on vient de faire celui-ci des funrailles nationales4 ,il est temps de parler6 --,en l'anne #aiaj1 me dit un jour le peintre1 je ne jouissais encore d'aucune rputation4 ,parmi les dix ou douze mille toiles exposes chaque anne1 les miennes passaient inaperues4 ,je travaillais consciencieusement1 mais en cherchant ma voie4 ,certains amis me conseillaient de ngliger le dessin1 d'autres la couleur2 je n'arrivais pas me dcider4 ,j'tais cependant assez satisfait d'une tude reprsentant des oranges et des tomates2 mais ayant fait mes oranges compltement rouges1 je ne savais plus quel ton donner ces tomates pour qu'on vt que c'taient des tomates4 ,vous voyez que j'avais encore1 comme disait le ,vautrin de ,balzac1 quelques petits langes tachs d'honntet4 ,sur ces entrefaites se prsenta le possesseur du billet #abgjc1 srie #i4 ,c'tait l'association lgale et ordinaire d'un monsieur et d'une dame qui me demandrent1 avec modestie et mme timidit1 de faire le portrait de leur fils1 g d'environ dix mois4 ,les exigences de ces parents affectueux ne me parurent1 au premier abord1 ni excessives ni obsdantes4 ,ils dsiraient simplement possder l'effigie de l'enfant telle qu'ils eussent pu la contempler sur une photographie1 c'est--dire assis sur une peau de chvre de ,kabylie1 au pied d'un cdre du ,liban1 et jouant avec un singe en peluche4 ,cet enfant tait comme tous les enfants de son ge3 assez gras1 bien potel1 les cheveux courts1 et deux dents4 ,la mre insistait pour qu'on vt les dents1 mais le pre dclarait que a lui tait gal1 pourvu que les oreilles ne parussent pas trop cartes du crne4 ,je traai l'esquisse en deux ou trois sances et comptais terminer dans la semaine1 mais un billet m'informa que l'enfant avait pris les oreillons4 ,on ne me le ramena que trois mois plus tard4 ,il avait grandi1 possdait quatre dents et des cheveux beaucoup plus longs4 ,la mre insista pour qu'on le ft comme il tait1 ce qui me parut assez naturel1 d'autant plus qu'il m'et t difficile de travailler de mmoire4 ,je recommenai donc mon esquisse en tenant compte de ces modifications1 et en gardant du reste tout ce que je pouvais garder4 ,par malheur1 mon modle contracta presque sur-le-champ la scarlatine1 puis la rougeole et enfin une entrite4 ,je n'ai jamais vu un gosse aussi malchanceux4 ,et dans l'intervalle de chaque maladie il changeait d'une faon incroyable4 ,parfois c'taient les joues1 d'autres fois le nez1 ou bien les pieds1 ou bien le ventre4 ,il engraissait1 il maigrissait1 on lui voyait les ctes1 on les perdait de vue4 ,c'tait extraordinairement fatigant suivre1 et j'en prouvais une espce d'angoisse4 ,ensuite ses parents furent obligs de faire un voyage en ,nouvelle-,caldonie et ils l'emmenrent4 ,j'esprais tre dbarrass pour toujours de l'obligation de terminer ce portrait importun et peu rmunrateur1 mais le mnage sonna chez moi quelques annes aprs4 ,l'enfant venait de faire sa premire communion4 ,il portait une veste ronde1 un gilet blanc boutons de nacre et au bras un ruban de soie franges d'or4 ,la mre souhaitait que je le fisse dans ce costume1 mais je protestai4 --,je me suis engag faire ce portrait1 dclarai-je1 mais je l'ai commenc comme une tude de nu1 et je ne ferai qu'une tude de nu4 ,la mre hsita1 parce qu'il ne serait pas possible1 dans ce cas1 de voir que son fils avait fait sa premire communion2 mais le pre1 qui tait accommodant1 affirma que j'avais raison4 ,les cheveux de l'enfant taient coups courts1 ils avaient fonc1 et l'on remarquait dans sa personne d'autres changements plus considrables4 ,toutefois je gardai ce que je pus de mes premires tudes1 comme par exemple la pose1 les oreilles et la couleur des yeux4 ,je crois vous avoir fait comprendre qu'une infernale fatalit nous poursuivit4 ,au moment o je pensais achever ce portrait1 le jeune ,enrique ,durand fut plac comme interne dans un lyce de ,paris4 ,il ne sortait que le dimanche1 et j'ai toujours rpugn travailler ce jour-l4 ,aux grandes vacances on l'emmenait la montagne pour sa sant1 et vous savez qu'au contraire je ne frquente jamais que les ctes de ,bretagne4 ,cependant il tomba chez moi au moment o il venait d'tre refus aux examens de l',ecole de ,saint-,cyr1 et sur les reprsentations que je lui fis1 m'assura que je n'aurais plus me plaindre de son manque d'assiduit1 uniquement d aux circonstances4 ,ses membres1 bien qu'un peu grles1 ne manquaient point de beaut2 mais j'avais en le contemplant1 tandis qu'il posait avec patience1 et toujours sur la mme peau de chvre de ,kabylie1 des sentiments trs particuliers que je ne saurais gure comparer qu' ceux d'une mre4 ,malgr moi je le voyais non seulement tel qu'il tait1 mais encore la mamelle1 puis sevr1 puis avec toutes ses dents de lait1 enfin avec ses dents dfinitives1 en premier communiant et en collgien4 ,ma peinture en prit un caractre tout exceptionnel dont le public et les critiques ont bien voulu se rendre compte4 ,mais une dernire dception m'tait encore rserve3 ce jeune homme1 qui m'avait promis de venir rgulirement1 s'engagea1 par un dsir d'aventures assez excusable son ge1 dans l'infanterie coloniale4 ,je retournai le tableau contre le mur et n'y pensai plus4 ,trois ans plus tard ,enrique ,durand reparut mon atelier4 ,on venait de prononcer sa rforme avec cong numro #a1 pour infirmits contractes au service1 un projectile lui ayant enlev le bras droit au cours de l'attaque de ,phuc-,giang 7,haut-,tonkin74 ,mais il avait1 en revanche1 beaucoup de barbe4 ,rsolu ne pas dsesprer1 je parvins obtenir qu'il se rast entirement1 et je terminai enfin ce portrait4 ,nous emes pourtant une petite discussion4 ,mon modle1 pour laisser ses descendants un souvenir de sa bravoure et de ses combats1 ne voulait pas tre reprsent avec deux bras1 tandis que je soutenais que je ne m'tais engag qu' fournir un homme comme tout le monde1 et non pas un amput disgracieux4 ,ceci vous explique le bras droit qui disparat dans un nuage3 c'est le rsultat d'une transaction4 99 99 99 99 99 ,ce grand peintre ajouta que convaincu que son tableau serait rachet1 n'importe quel prix1 par la ,socit des ,amis du ,louvre1 il tenait que ces dtails fussent connus4 ,voil pourquoi j'ai crit4 ,,barnavaux ,,et ,,les ,,beaux-,,arts ,a l'angle de la rue du ,cherche-,midi et du boulevard ,montparnasse1 il y a un petit caf dbit-de-tabac qui s'appelle le chien qui fume4 ,c'est l1 sur la terrasse1 que nous nous sommes arrts1 ,barnavaux et moi3 il est cinq heures du soir4 ,le vent du crpuscule1 vers cette fin de septembre1 a dj sch les feuilles des arbres4 ,elles tranent terre1 toutes roussies1 raides1 recroquevilles1 craquantes2 il s'en exhale une odeur amre et mlancolique et qui pourtant1 par un retour inattendu1 vous fait songer vos premires annes de jeunesse1 votre toute petite enfance4 ,car alors on avait la tte plus prs de terre1 comme ces bassets aux pattes courtes dont l'odorat aigu dcouvre plus aisment1 sur le sol et dans la mousse1 les imperceptibles fumes qui dnoncent le passage des livres4 ,voil pourquoi il vous meut1 ce parfum sauvage et triste4 ,il montait alors plus puissant aux narines2 maintenant en nous il reste associ au souvenir des vieux jardins dans lesquels on a jou1 des premires imaginations qu'on s'est faites de forts qu'on ne connaissait pas encore1 des premires femmes qui vous ont pris la main1 en vous donnant des ordres1 mais en vous baisant le front et les yeux4 ,et le ciel1 ce jour-l1 est sublime4 ,si bleu au-dessus de nos ttes1 d'un vert si magnifiquement ml d'or l'horizon1 avec de petits nuages trs hauts1 trs clairs1 trs lgers1 des nuages pour desses ou saintes vierges6 ,barnavaux sent comme moi le miracle de l'heure4 ,seulement1 la manire de presque tous les hommes simples1 il ne s'meut pas consciemment aux incantations muettes de la nature4 ,il y est aussi sensible que moi1 mais il ne se rend pas compte qu'il les sent3 a le fait seulement penser autre chose1 plus fort4 ,et alors il prononce cette phrase qui m'tonne une seconde3 --,c'est un temps1 un temps444 o on voudrait tre aim par une femme de quarante ans qui aurait du violet sur son chapeau6 ,puis il se replonge dans sa rverie1 que j'hsite troubler4 ,tout coup1 des hauteurs de l'avenue du ,maine1 descend une masse altire et blafarde dont le sommet atteint presque la cime effeuille des lilas du ,japon4 ,barnavaux1 qui connat le quartier1 comprend tout de suite4 --,une statue qui va en voiture jusque l-bas1 vous savez1 aux ,champs-,elyses4 ,et je comprends mon tour que c'est l'envoi d'un sculpteur au salon d'automne4 ,mais vers le carrefour mme o nous nous trouvions1 l'un des chevaux qui tranaient le lourd fardier heurte maladroitement1 de son pied large1 moiti dferr1 le rail du tramway1 essaie sans y russir de se ramasser d'un coup de rein1 et sans hennir1 sans se plaindre1 avec la tranquillit d'une bte qui sait ce qui lui arrive1 s'abat tout doucement4 ,barnavaux n'eut pas un seul instant l'ide de se mler la foule des curieux qui s'attroupaient4 ,un cheval qui tombe1 on voit a plusieurs fois par jour ,paris1 a n'est pas intressant4 ,il n'avait d'yeux que pour le monument qui s'tait arrt devant nous1 en exposition prmature4 ,et ce monument tait1 sans nul doute possible1 destin l'une des capitales de notre vaste domaine d'outre-mer4 ,il reprsentait la ,france1 civilisatrice d'un peuple barbare sous la forme d'un rude guerrier de l'infanterie coloniale1 relevant de la main droite une petite ngresse aux chanes brises1 tandis que de la gauche il brandit un fusil1 modle #hf4 --,voil votre portrait1 ,barnavaux1 lui dis-je1 a doit vous faire plaisir4 --,c'est idiot6 rpondit ,barnavaux avec une nergie surprenante4 ,c'est compltement idiot6 ,les pltres qu'on envoie aux expositions ne sont pas faits pour le grand air4 ,celui-l1 aux rayons du soleil couchant1 tait particulirement blme4 ,le hros de l'infanterie coloniale ressemblait un ,pierrot de la comdie italienne1 et la petite ngresse1 toute blanche avec une mchoire prognathe1 voquait une anthropode albinos4 ,je crus que ,barnavaux portait un jugement esthtique man de cette impression4 ,mais son esprit ne considre que des ralits plus immdiates4 --,quand on montre un blanc aux indignes1 dit-il1 il faut que ce blanc soit un grand blanc1 un chef avec des galons1 la croix de la ,lgion d'honneur1 et qu'il ait une grande barbe1 autant que possible1 la barbe tant ce qu'ils respectent le plus au monde1 parce qu'ils n'en ont pas4 ,et puis1 qu'est-ce que c'est que cette ide de lui faire relever une femme1 celui-l8 ,vous croyez qu'ils se figurent leurs tribus1 leur race1 leur patrie sous les traits d'une femme8 ,c'est des pays de mles1 vous entendez6 ,les femmes1 ils s'en foutent4 ,ensuite1 elles ne sont nues1 chez eux1 que si elles sont pauvres1 misrables1 esclaves de guerre4 ,et par-dessus le march il n'y a pas un peuple1 hors de l',europe1 pour croire que le nu soit une beaut4 ,pour eux il est obscne1 il est sale1 il donne des ides1 il fait rire comme on rit entre hommes4 ,savez-vous ce que a veut dire1 pour un ,bambara ou un ,peuhl1 cette femme nue et ce soldat qui joue avec son fusil8 ,c'est ,barnavaux qui a fait captifs beaucoup bon1 aprs avoir cass village6 ,et elle est nue parce que pagnes1 bijoux1 colliers1 tout a fini4 ,fini-foutu1 fini-cass1 fini-pill6 ,voil4 ,et comment pourraient-ils s'imaginer autre chose1 ces noirs8 ,est-ce qu'ils savent lire1 est-ce qu'ils peuvent lire ce qu'on a crit sur la pierre1 au-dessous8 ,mme s'ils savaient lire1 du reste1 qu'est-ce que a signifie1 pour eux1 ce mot-l3 civilisation8 a signifie3 ,y en a payer l'impt commandant4 ,il rflchit une petite minute et ajouta d'un air profond3 --,mme1 ce qu'on pourrait faire de mieux1 pour ces pays-l1 c'est une statue qui expliquerait bien clairement qu'il y en a payer l'impt4 ,pour le reste1 ces ngres ne sont pas la hauteur4 ,et ce n'est peut-tre pas utile qu'ils le soient4 a leur mettrait dans la tte des ides au-dessus de leur condition4 ,il regarda le fond de son verre1 et poursuivit3 --,il y a aussi une chose1 une chose444 ,jamais ils ne pourront comprendre pourquoi cette ngresse est blanche1 sur le monument4 ,voyons6 ,les blancs sont blancs1 les noirs sont noirs1 ils ne peuvent pas sortir de l3 c'est naturel6 ,tenez1 ,saint-,louis du ,sngal on a mis une statue de ,faidherbe1 sur la ,grand',place1 en face du palais du gouvernement4 ,il est habill en colonel1 avec son pe la main1 tte nue1 et tout en bronze4 ,et il parat que c'est ressemblant4 ,je n'en sais rien1 je ne l'ai pas connu1 ,faidherbe1 mais on me l'a dit4 ,en tous cas les noirs de ,saint-,louis eux-mmes croient que c'est ressemblant4 ,seulement1 c'est pour des raisons que vous n'imaginez pas4 ,un jour que je regardais la statue1 j'entendis un soldat sngalais qui disait un autre3 --,colonel ,faidherbe1 y en avait lui noir1 y en avait lui ,sngalais1 y en avait lui comme moi a mme4 ,tout y en avait lui mme chose moi4 ,et lui faire grande guerre aux blancs4 ,cass ,saint-,louis1 cass ,sngal1 cass tout4 ,les blancs toujours battus1 demander l'aman1 donner ,faidherbe beaucoup captifs1 beaucoup fusils1 beaucoup cartouches3 tout ce qu'il faut pour grand chef4 ,alors lui beaucoup content1 dire faire lui mme chose ftiche comme a sur la place1 dire faire lui regarder maison ,bouroum 7le palais du gouverneur7 et faire menace gouverneur avec son sabre4 ,alors1 poursuivit ,barnavaux1 je lui dis qu'il tait idiot1 que ,faidherbe tait un blanc1 gouverneur du ,sngal4 ,mais il me montra la statue1 et demanda3 --,lui y en a blanc1 ou y en a noir8 ,la statue est en bronze1 et par consquent sur la statue ,faidherbe est noir4 a1 on ne peut pas le nier4 ,vous voyez quoi a sert de faire la statue des blancs en bronze aux colonies2 c'est pernicieux pour leur rputation4 ,et il y a encore des choses auxquelles on ne pense pas4 ,car le ,sngalais demanda3 --,et lui1 y en a-t-il casque8 ,c'est vrai que ,faidherbe est tte nue1 comme je vous ai dit4 ,et jamais1 jamais1 au ,sngal1 on n'a vu un blanc tte nue4 ,c'est bon pour les ngres4 ,qu'est-ce que je pouvais rpondre1 hein8 ,et pourtant c'tait trop bte4 ,je dis3 --,il y a tout prs d'ici ,fatima ,coulibar1 qui est vieille comme un baobab4 ,elle se rappelle6 ,viens lui demander avec moi si ,faidherbe n'tait pas blanc1 espce de boule de caoutchouc6 ,on est all demander ,fatima ,coulibar1 celle qui fait concierge chez ,m4 ,raymond ,martin4 ,vous la connaissez1 peut-tre8 ,elle s'est gratt les deux bras avec ses ongles1 puis s'est mis les doigts dans la bouche1 aprs avoir retir sa pipe1 et elle a jug6 --,faidherbe1 elle a dit1 lui pas blanc tout fait1 tout fait4 ,lui pas noir tout fait4 ,lui mulot4 ,papa blanc1 maman noire4 a vrai comme je crache4 ,y en a encore ici sa sur4 ,et sa sur1 y en a mulotte1 sr4 ,je rpondis3 --,faidherbe n'a pas de sur ici1 ,fatima2 tu dmnages4 ,mais elle affirma3 --,vas voir un peu rue ,chaudi4 ,y en a elle son nom ,marie ,dodds4 ,et ,dodds1 expliqua ,barnavaux1 c'est le nom d'un autre gnral qui n'tait pas tout fait blanc1 et dont la sur habite encore ,saint-,louis4 ,mais si on n'avait pas fait la statue en bronze1 ces ngres n'auraient pas mlang les familles6 99 99 99 99 99 ,l'histoire me paraissait avoir un sens plus profond que celui que lui attribuait ,barnavaux4 ,ces noirs du ,sngal croyant que ,faidherbe avait t l'un des leurs1 parce qu'il fut bon1 mais aussi parce que son effigie est noire6 ,et parce que son souvenir est rest parmi eux comme celui d'un bienfaiteur1 s'imaginant cinquante ans aprs son dpart1 cinquante ans peine1 qu'il ne pt tre un bienfaiteur que pour avoir ross les blancs6 ,puis mlant sa mmoire celle d'un autre chef de guerre6 ,tout cela tait beau1 inquitant1 lgendaire1 retentissant aussi sur d'autres problmes4 ,mais ,barnavaux ayant fini de dire ce qu'il avait dire1 n'y songeait dj plus4 ,on venait de relever le cheval du fardier4 ,le convoi s'branla vers le couchant magnifique4 ,le monument frmissait tout doux1 tout doux1 sur la chausse cahoteuse4 --,si a se casse avant d'arriver1 conclut seulement ,barnavaux1 a ne sera pas un mal pour les colonies6 ,l',,id,,al ,lorsque l',ingnu eut pass plusieurs annes au sein de la civilisation1 il lui parut qu'il lui manquait encore quelque chose pour en jouir compltement et ressembler un vritable civilis3 c'tait le sens de l'idal4 ,on ne parlait que d'idal autour de lui et chacun lui demandait3 --,quel est votre idal8 --,vous dites8 rpondait l',ingnu4 ,et alors chacun lui faisait sentir qu'il avait beau tre habill comme tout le monde et tenir sa fourchette et son couteau comme son voisin1 il tait encore un sauvage4 ,le ddain qu'impliquait ce jugement muet lui fut trs sensible4 ,il s'appliqua donc dissimuler son ignorance4 ,quand il se trouvait en prsence d'une personne1 ou d'un objet1 ou d'une uvre qui le charmait1 il s'empressait de dire3 --,ceci est mon idal6 ,comme cela1 ajoutait-il part lui1 ils seront contents4 ,mais il fut tristement du1 et ds les premires fois4 ,on lui rpliquait d'un petit ton sec3 --,vraiment8 ,et on lui parlait d'autre chose4 ,l',ingnu venait de trs loin1 mais il est intelligent4 ,de plus1 la nature l'a dou d'invisibles antennes qui lui font sentir1 la plupart du temps d'une faon pnible1 l'opinion que laissent derrire lui ses manires1 justement quand on s'abstient de lui rvler cette opinion4 --,les hommes de ce monde o je suis tomb1 remarquait-il1 et encore bien plus les femmes1 s'arrtent de parler prcisment la seconde o ils ont quelque chose dire4 ,cela est assez dsagrable6 ,dans mon pays il en allait tout diffremment3 et j'estime que cela valait mieux4 ,il s'appliqua donc1 pour connatre o rsidait son erreur1 frquenter des personnes moins bien leves1 telles que des gens de lettres ou des matres d'cole4 ,et quand une chose le sduisait1 il affectait encore de la trouver idale4 ,mais on ne faisait que pincer les lvres1 on dissimulait courtoisement du mpris4 ,toutefois1 la fin1 un svre professeur de philosophie1 usant de plus de franchise1 lui dit3 --,vous avez de la chance6 --,cette chose me plat1 rpondit candidement l',ingnu4 ,elle satisfait mes dsirs4 ,je serais heureux de la possder4 ,n'est-ce pas l'idal8 ,vous secouez la tte8 ,je vois que je me trompe1 que j'use d'un mot dont je ne conois pas le sens4 ,mais alors clairez-moi6 ,le philosophe se contenta de sourire1 d'un air de commisration1 et demeura muet4 ,battu de ce ct1 l',ingnu ne se dcouragea point4 ,ayant observ depuis longtemps que la littrature des ,franais s'astreint beaucoup moins de rserves que leur conversation1 il eut l'ide de recourir tout bonnement au dictionnaire4 ,alors il put lire3 ,idal3 qui n'existe que dans l'ide4 ,personnage idal3 qui possde la suprme perfection4 ,beaut idale3 perfection accomplie ou typique qui n'existe que dans l'imagination4 ,exemple3 ,un artiste doit viser l'idal4 --,j'y suis6 s'cria l',ingnu4 ,je manquais d'imagination4 ,a vrai dire1 je m'en tais toujours dout4 ,ce dfaut d'imagination fera mon malheur1 toute mon existence4 ,mais maintenant1 du moins1 j'ai compris3 l'idal1 c'est de se figurer les choses autrement qu'elles ne sont4 ,mais comment faire8 ,pour ma part1 je me connais3 je n'y parviendrai jamais4 ,et cependant je veux m'accommoder avec ce peuple qui m'entoure1 car il m'est sympathique et je ne voudrais pas le froisser4 ,il rflchit l-dessus le plus srieusement du monde1 puis sa face candide s'claira4 ,la premire fois qu'il se retrouva en prsence d'un objet digne d'intrt3 --,cela est fort bien1 dit-il1 ngligemment1 mais cela n'est pas mon idal6 ,un murmure favorable accueillit ces paroles4 ,on jugea qu'il se formait1 on lui en sut gr4 ,c'est ainsi qu'il put frquenter plus allgrement les socits o le hasard1 et parfois son plaisir1 lui faisaient passer quelques instants4 ,mais sa conscience lui inspirait des remords4 --,voil qui va bien en apparence1 songeait-il4 ,pourtant ma conduite est entache d'hypocrisie4 ,quand je dis que telle chose n'est pas mon idal1 je ne mens pas absolument1 puisque je n'ai pas d'idal1 n'tant point arriv1 en somme1 pntrer ce que ces gens appellent de ce nom4 ,mais eux1 ils savent1 je suppose3 et par consquent1 je vole leur approbation4 ,il lui semblait aussi que cette secrte incapacit saisir une conception qui tient une si grande place dans les soucis des humains parmi lesquels il devait vivre le mettait en tat d'infriorit vis--vis d'eux4 ,mme il crut qu'elle l'empchait de jouir d'un bonheur que ceux-ci pouvaient parfois prouver4 ,a cet gard pourtant il ne tarda pas s'apercevoir qu'il n'avait rien regretter4 ,la recherche de l'idal n'est en effet pour ceux-ci qu'une cause d'instabilit dans l'organisation de leur gouvernement1 d'infidlit dans leurs amours1 d'garement dans leurs crits1 d'incohrence et de recherches dcevantes dans leurs uvres d'art4 ,toutes choses existantes leur paraissent incompltes1 insuffisantes1 mprisables4 ,donc ils s'empressent de les dtruire1 ou bien les tiennent1 dans leur pense1 pour nulles et non avenues1 primes3 ce qui revient au mme2 et ni les arts1 ni la communaut1 ni les relations des hommes et des femmes ne se trouvent bien de cet tat de perptuelle inquitude1 de mcontentement passionn4 ,l'idal1 pour tous ces mortels1 n'implique pas un effort pour construire un nouvel difice d'aprs un plan qu'ils aperoivent distinctement1 mais le besoin maladif de dmolir la demeure o ils vivent4 ,aprs quoi ils essaient de se reconnatre dans ces dcombres1 ils en tirent quelques dbris qu'ils considrent avec des larmes en disant3 ,si tout avait t comme a6 ,et d'autres1 assis sur des dcombres plus anciens1 leur crient3 ,venez1 ne vous arrtez pas au tas o vous tes4 ,c'est l'ancien portique1 celui des gnrations prcdentes qu'il faut redresser6 ,mais d'autres encore vont chercher les images de ce portique1 plus ou moins bien conserves par les livres1 les mmoires ou la tradition1 et leur crient avec un rire amer3 ,l'idal1 a6 ,vous ne le supporteriez pas cinq minutes6 ,et l',ingnu1 pendant ce temps1 mu de tant d'ardeur et dconcert par tant de dsastres1 gmissait3 ,mais qu'est-ce donc enfin que l'idal8 ,je m'aperois aujourd'hui qu'ils ne le savent pas plus que moi4 ,ils peuvent dire seulement comme je le fais3 ,ceci n'est pas mon idal6 99 99 99 99 99 ,or voil qu'un soir une jeune fille passa4 ,elle disait3 ,ce jeune homme est mon idal4444 ,enfin1 pensa l',ingnu1 je vais donc savoir ce que c'est6 --444 ,je voudrais seulement1 continua cette vierge1 qu'il se ft couper la barbe4 ,alors l',ingnu1 illumin1 courut aprs elle3 --,mademoiselle1 lui cria-t-il1 mademoiselle1 il n'y a pas d'idal6 ,je viens de le dcouvrir et c'est grce vous4 ,on croit1 et tout le monde dit1 mme le dictionnaire1 que c'est la ralit1 plus quelque chose1 une chose que d'ailleurs nous ne saurions concevoir4 ,c'est tout l'inverse4 ,l'idal1 pour les gens1 cela ne consiste pas ajouter1 mais retrancher1 supprimer des apparences ce qu'on trouve dsagrable1 simplifier1 ce qui est une formule d'art lgitime1 mais non pas une possibilit sociale3 car rver qu'on peut abolir quelque chose1 dans sa propre vie ou dans celle des autres1 ce n'est qu'une lchet4 ,j'arrive donc cette conclusion que l'art et la morale n'ont aucun rapport4 ,vous m'en voyez tout dsol4 ,,table ,,le ,,bol ,,de ,,chine #e ,,le ,,chef-,d',,uvre #ad ,,celui ,,qui ,,ressuscita #bc ,,celui ,,qui ,,ne ,r,,alisait ,,pas #cd ,,henri ,,rousseau1 ,,peintre ,,et ,,douanier #de ,a ,,fixin #ee ,,isadora ,,duncan #fd ,m4 ,,raymond ,,duncan #ge ,,erreur ,,dans ,,le ,,vocabulaire #hd ,,le ,,bas-,,relief #ic ,,pour ,,une ,,nouvelle ,,ligue #aje ,,les ,,deux ,,tribus #abd ,,jean-,,louis1 ,,ensemblier #acd ,,simultan,,istes #add ,,la ,,singuli,,re ,,histoire ,,du ,,portrait #aed ,,barnavaux ,,et ,,les ,,beaux-,,arts #afe ,l',,id,,al #agg ,,alen,,on4--,,imp4 ,,geo4 ,,supot4