,,adolphe ,,rett ,du ,diable ,dieu ,,histoire ,d',,une ,,conversion ,,pr,,face ,,de ,,fran,,ois ,,copp,e ,,vingt-,,troisi,,me ,,dition ,,paris ,,librairie ,l,,on ,,vanier1 ,,diteur ,a4 ,,messein1 ,succr #ai1 ,,quai ,,saint-,,michel1 #ai #aijg ,,du ,m,,me ,,auteur ,,vers ,cloches dans la nuit 7puis74 ,une belle dame passa4 ,l',archipel en fleurs 7puis74 ,posies #ahhi-ahig ,la ,fort bruissante4 7en rimpression74 ,les ,blesss 7puis74 ,posies1 #ahig-aijf 7,campagne premire4 ,lumires tranquilles4 ,pomes de la ,fort et derniers vers74 ,in-#ab #c fr4 #ej ,,proses ,trois dialogues nocturnes4 ,le ,symbolisme 7,anecdotes et ,souvenirs71 #a fort volume in-#ab #c fr4 #ej ,dans la ,fort 7,impressions de ,fontainebleau74 ,in-#ab #b fr4 ,virgile puni par l'amour 7,contes de la fort de ,fontainebleau74 ,in-#ab #c fr4 #ej ,,saint-,,amand 7,,cher74--,,imprimerie ,,bussi,,re4 ,il a t tir de ce livre quinze exemplaires sur papier de ,hollande ,van ,gelder numrots de #a #ae ,,pr,,face ,dans la tempte d'impit qui svit sur la ,france et quand les malfaiteurs qui la gouvernent s'efforcent de dtruire dans l'me du peuple jusqu'au dernier vestige du sentiment religieux1 nous avons du moins une consolation1 c'est le retour pur et simple la vrit chrtienne d'hommes d'lite1 d'esprits trs remarquables divers titres1 les uns par la force de la pense1 les autres par les dons de l'imagination4 ,les futurs historiens de notre littrature la fin du ,x,i,xe sicle seront forcs de reconnatre1 par exemple1 que ,brunetire1 le grand critique1 le puissant dialecticien1 que ,bourget1 le pntrant romancier1 l'excellent peintre de la socit moderne1 que ,huysmans1 le rare et prcieux artiste en style1 que ,verlaine1 le pote dlicieusement naf1 malgr ses garements1 furent des catholiques--et des catholiques qui1 tous1 sont revenus la foi aprs l'avoir longtemps oublie ou perdue4 ,c'est encore un intellectuel1 un pote--car ,adolphe ,rett est un pote qui ses sensations et ses rves ont souvent inspir de beaux et nobles vers--oui1 c'est un vrai pote qui nous raconte l'histoire de sa conversion dans le petit livre que voici4 ,tous ses lecteurs partageront1 je crois1 l'motion profonde qu'il m'a donne4 ,certes1 il revient de loin1 le malheureux pote1 et il a longtemps err dans les plus mauvais chemins de la pense avant de tomber1 bris de douleur et de lassitude1 au pied de la ,croix qu'il embrasse aujourd'hui perdument1 comme un naufrag treint une pave4 ,les convertis que j'ai nomms tout l'heure ont pu1 pendant bien des annes1 passer avec indiffrence devant cette divine ,croix4 ,quelques-uns--et j'en suis1 mea culpa--dplorent amrement la sotte lgret et la dangereuse audace avec lesquelles ils ont quelquefois parl des choses saintes1 et il est plus d'une page dans leurs anciens crits dont ils rougissent et qu'ils condamnent4 ,mais ici1 la faute--ou plutt le malheur--fut pire4 ,elev sans foi1 ,adolphe ,rett1 ayant atteint l'ge d'homme1 devint un athe1 un matrialiste militant4 ,compagnon des ennemis de la religion1 il a mme particip leur uvre dtestable4 ,comment donc en est-il arriv l'horreur de son pass1 l'imprieux besoin de croire en ,dieu et d'obir ses commandements et ceux de son ,eglise8 ,vous l'apprendrez par sa trs humble et trs courageuse confession4 ,lisez6 ,suivez avec lui le douloureux itinraire qui l'a conduit du faux au vrai1 du pch l'tat de grce1 du blasphme la prire et--comme il le dit si fortement--du diable ,dieu6 ,descendez dans l'abme de cette me au dsespoir1 de ce cur dchir4 ,ecoutez le tragique dialogue entre le bien et le mal1 assistez la lutte furieuse entre la lumire et les tnbres1 entre le dsir de la mort1 du suicide1 du nant1 et l'effort vers la vie ternelle6 ,plus d'une fois1 vous songerez avec pouvante3 ,cet infortun va succomber6444 ,il est perdu6444 ,non pas4 ,rappelez-vous le dmoniaque du pays des ,gransiens1 qui vivait dans les spulcres et que nul ne pouvait dompter4 ,de mme qu'il dlivra ce possd1 ,notre-,seigneur va chasser de cette conscience la torture tous les dmons1 celui de l'orgueil1 celui de l'impuret1 celui de la haine4 ,poursuivez la lecture de ces pages vibrantes de sincrit1 palpitantes de repentir1 brlantes de foi1 d'esprance et d'amour4 ,voyez6 ,le blasphmateur d'hier est maintenant en adoration devant son crucifix et prie la ,vierge ,marie avec la candeur d'un enfant4 ,n'y a-t-il pas l manifestement une preuve extraordinaire1 osons le dire1 une preuve surnaturelle de l'infinie misricorde et de la toute puissante grce de ,dieu8 ,parce qu'il m'a cri au secours dans sa dtresse morale1 parce que je l'ai envoy tout naturellement vers l'excellent et saint prtre qui a trac le signe du pardon sur son front humblement inclin et qui1 pareil ,jsus calmant les flots1 a fait descendre la paix dans son me orageuse1 ,adolphe ,rett a souhait quelques lignes de moi au dbut de ce livre qui n'a pourtant besoin d'aucune recommandation4 ,il conquerra tous les curs vraiment chrtiens1 vraiment charitables2 ils voudront1 j'en suis certain1 le faire connatre et rpandre la bienfaisante atmosphre qui s'en dgage4 ,quant moi1 il me laisse la plus douce des certitudes1 celle qu'une me est sauve1 et la bonne joie de savoir que la religion perscute compte dsormais un dfenseur de plus dans la personne de ce bon pote1 fortifi par la pnitence et la prire et prt mettre au service de sa foi tout son courage et tout son talent4 ,franois ,,copp,e4 #ae avril #aijg4 ,,pr,,ambule ,amen la vrit par la grce de ,dieu tout-puissant et par l'intercession de la ,sainte ,vierge1 l'auteur des pages suivantes n'a point pour objet de raconter sa vie4 ,pour la clart de sa narration1 il suffit de mentionner qu'lev sans la foi1 victime de discordes familiales1 il fut1 ds l'ge de douze ans1 peu prs abandonn lui-mme4 ,mis au collge dans une ville protestante1 il suivit les pratiques de l'hrsie dite3 ,confession d',augsbourg4 ,mais il n'en fut pas influenc4 ,il n'en garda qu'une croyance1 assez vague et assez confuse1 l'existence de ,dieu et beaucoup d'loignement pour une doctrine o il n'avait trouv que scheresse et prdominance rigide du rgne de la ,loi sur le rgne de la ,grce4 ,a dix-huit ans1 il s'engagea comme soldat4 ,c'est alors que commencrent des ribaudailles et des folies o son corps se rua de mme que son me4 ,rentr dans le civil1 l'auteur suivit la vocation littraire qui le sollicitait imprieusement depuis son enfance4 ,il crivit des livres de vers et de prose1 dont la plupart mlent l'rotisme au blasphme4 ,il les rprouve1 aujourd'hui1 de tout son cur4 ,il se laissa aussi sduire par l'utopie socialiste4 ,il chut dans l'ornire o s'embourbent ceux qui1 possds par l'orgueil de la ,science1 s'imaginent prparer l'avnement d'une humanit satisfaite dans tous ses apptits et qui se ventronillerait1 parmi des auges d'or1 sur un globe o il n'y aurait plus ni ,dieu ni ,matre4 ,revenu de cette illusion1 il oscilla1 par crises alternatives1 entre le paganisme1 avec ses joies sensuelles1 aggraves de duret l'gard d'autrui1 et une sorte de bouddhisme brumeux qui le portait nier la ralit du monde sensible1 jongler avec des larves et dsirer se dissoudre1 le plus tt possible1 dans la nuit sans toiles du ,nirvna4 ,enfin1 aprs des culbutes ritres dans le fumier de la dbauche1 de longues souffrances1 des preuves matrielles et morales de toutes sortes1 il fut tir de la voie de damnation ternelle1 o il progressait au pas de course1 par le plus adorable des miracles4--,au moment o il dsesprait de tout1 mme de l',art1 et o1 las de se dgoter lui-mme1 il rvait de suicide1 la ,grce le foudroya4 ,c'est le rcit sincre et scrupuleusement exact de cette conversion qu'on va lire4 ,l'auteur l'a crit dans un ferme esprit de pnitence et avec l'espoir qu'il lui en sera tenu compte au ,ciel pour la rmission de ses erreurs et de ses fautes4 ,que la ,trs sainte ,trinit1 que la ,vierge immacule1 sa douce ,etoile du ,matin1 que son bon ,ange lui soient en aide4 ,ainsi-soit-il4 ,arbonne1 novembre #aijf4 ,,du ,,diable ,a ,,dieu ,,premi,,re ,,partie ,deus1 in adjutorium meum intende4 ,domine1 ad adjuvandum me festina4 7,v,,pres7 ,i ,c'est ,fontainebleau1 dans une petite salle1 au fond de la cour d'un caf4 ,trois ou quatre papillons de gaz tremblotent d'une faon parcimonieuse4 ,des bancs sans dossier s'alignent depuis la porte d'entre jusqu' trois pas d'une table derrire laquelle1 assis sur une chaise de paille1 je prore4 ,les murs sont nus et crasseux1 le plafond bas1 humide et crevass4 ,l'auditoire comprend des ouvriers de ,fontainebleau et d',avon3 des jeunes et des vieux1 quelques petits commerants dont les affaires priclitent1 un commis-voyageur en collectivisme1 venu de ,paris1 en tout une trentaine d'assistants4 ,je parle d'abondance et l'on m'coute avec ferveur4 ,et qu'est-ce que je leur dbite ces bonnes gens8 ,tout simplement1 je leur annonce l'ge d'or4 --,oui citoyens1 leur dis-je peu prs1 le temps approche o l'humanit1 enfin dlivre de ses superstitions anciennes1 rejetant l'ide de ,dieu1 abolissant la proprit individuelle et supprimant le militarisme1 se dveloppera en plein bonheur par la grce de la science1 les conseils de la ,raison et la pratique devenue instinctive de la ,fraternit4 ,c'est en appliquant le prcepte3 ,travailleurs de tous les pays1 unissez vous1 et pour commencer en vous groupant dans les syndicats1 afin de dtruire les institutions bourgeoises qui vous pervertissent1 que vous raliserez cette floraison magnifique du ,progrs4 ,donc1 guerre au prtre1 guerre au capitaliste1 guerre au soldat1 et vive la sociale6 ,tel doit tre notre mot d'ordre444 ,ces balivernes redondantes sont bruyamment applaudies4 ,puis un cantonnier tnorisant entonne l',internationale dont le refrain est repris en chur1 avec un sombre enthousiasme1 par toute l'assistance que ma rhtorique a surchauffe4 ,ensuite le collectiviste ambulant fait une qute pour la propagande1 et l'on se spare4 ,a la sortie1 je fus hl par quatre convaincus qui prouvaient le besoin d'absorber un supplment de fariboles4 ,c'taient3 un jardinier1 un chaisier1 un menuisier et un mastroquet enclin aider valeureusement sa clientle pour la mise sec de ses futailles4 ,le jardinier me dit3 --,venez donc prendre un bock1 citoyen2 nous voudrions vous poser quelques questions sur un sujet qui nous tracasse depuis longtemps4 ,il n'y a que vous qui puissiez nous dbrouiller cela4 ,j'acquiesce2 nous entrons au caf2 nous nous attablons devant de la bire aigre1 et dans une atmosphre de fume de tabac suffocante4 ,toutefois1 le mastroquet veut se commander une absinthe1 sous prtexte que1 chez lui1 sa femme l'empche de siroter ce toxique4 ,mais les autres s'y opposent nergiquement4 --,non1 mon vieux1 tu es dj un peu sol444 ,ailleurs1 tu es libre de t'enfiler tout ce qu'il te plaira2 mais quand tu viens avec nous1 nous ne voulons pas qu'il soit dit que les socialistes sont des pochards4 ,tu boiras de la bire comme les copains4 ,l'autre se rsigne en grommelant4 ,et le jardinier--homme d'une intelligence assez dveloppe--me met aussitt sur la sellette3--,voyez-vous1 citoyen1 me dit-il1 nous savons qu'il n'y a pas de bon ,dieu1 c'est une chose entendue4 ,mais enfin1 puisque le monde n'a t cr par personne1 nous voudrions bien savoir comment tout a commenc4 ,la science doit tre au courant de cela2 et vous allez nous expliquer nettement ce qu'elle dit de croire l-dessus4 ,cette mise en demeure me remua singulirement4 ,car que leur rpondre8 ,ils taient l qui attendaient1 les oreilles ouvertes toutes grandes et les yeux pleins d'espoir1 que je leur dpartisse les articles du ,credo scientifique4 ,ces faces attentives1 penches vers moi1 me gnaient4 ,je me sentais travaill de scrupules graves4 ,allais-je leur expliquer que les savants honntes se rcusent touchant le problme des origines8 ,que quelques-uns se bornent formuler de vagues hypothses8 ,que les charlatans du dterminisme simpliste lancent1 comme des bolides1 des affirmations aussi catgoriques que peu satisfaisantes8 ,bien que fort infatu de matrialisme1 je ne pouvais pas leur prsenter comme des certitudes les fragiles thories sur lesquelles la science lve ses chteaux de cartes4 ,c'tait1 du reste1 cette question du commencement de tout1 un point tnbreux l'horizon de mon orgueil4 ,je n'aimais pas l'envisager et je l'cartais bien vite ds qu'il me venait l'esprit4 ,si j'avais t un politicien ou l'un de ces vulgarisateurs qui farcissent de notions htroclites la cervelle des proltaires1 je n'aurais pas hsit leur servir quelque amphigouri o le fracas des mots aurait dissimul plus ou moins le nant des ides4 ,mais1 au dtriment de ma russite dans le socialisme1 je n'ai jamais su affirmer ce que je ne connais pas4 ,pourtant1 le peuple tant trs friand de faconde1 il m'et t facile de satisfaire mes interlocuteurs2 seulement voil3 tant de bonne foi chez ces pauvres gens me touchait2 je m'en serais voulu mort si je les avais tromps4 ,je restais l1 tte basse1 en silence4 --,eh bien8 reprit le jardinier1 impatient d'our mes rvlations4 --,eh bien1 dis-je1 pouss par la vrit1 la ,science ne peut pas expliquer comment le monde a commenc4 ,a cette dclaration1 de l'bahissement1 du dsappointement1 un vrai chagrin se peignirent sur les visages4 ,c'tait peut-tre un peu comique1 mais surtout fort attendrissant1 car le peuple a soif de certitudes4 --,nom d'une pipe1 cria le menuisier1 dans tous les journaux et les brochures que nous lisons1 on nous rabche que la ,science explique tout1 donne la raison de tout2 en dehors d'elle il n'y a que des blagues inventes par les prtres1 d'accord avec les riches1 pour exploiter les travailleurs4 ,vous-mme1 tout l'heure1 vous venez de nous dire que la ,science tait la seule chose quoi un homme libre devait croire4 ,et maintenant voil que nous vous demandons la chose la plus importante1 le comment nous existons1 quoi1 et vous nous rpondez que personne n'en sait rien444 quel dchet6 ,les autres approuvrent ce discours avec nergie4 ,ils me sommrent1 de nouveau1 de leur fournir une solution1 tellement il leur semblait ridicule1 anormal1 monstrueux que leur chre ,science1 la desse dont on leur vante sans rpit l'infaillibilit1 ft en dfaut sur un point qu'ils tenaient--fort judicieusement--pour essentiel4 ,moi1 je n'tais pas fier et je ne savais trop comment me sortir de l'impasse o je m'tais fourvoy4 ,pour faire diversion1 j'eus recours aux hypothses4 ,je leur dballai le bagage habituel2 l'volution indique par ,lamarck1 dveloppe1 en conjectures sduisantes1 par ,darwin1 la monre de ,haeckel1 les racontars sur la force et la matire de ,buchner1 les syllogismes dterministes4 ,je crois aussi me rappeler que je fis une incursion chez ,diderot4 ,ils m'coutaient avec dvotion1 quoique le fumet de ces viandes creuses ne leur caresst gure les mninges4--,nanmoins je dus en revenir1 bon gr1 mal gr1 cette constatation que la ,science se dclarait impuissante expliquer l'nigme de l'univers4 ,mes partenaires taient tout fait dconfits4 ,ils commenaient me darder des regards mfiants comme s'ils souponnaient que1 possdant la clef qui ouvre les portes de la certitude1 je tenais la garder pour moi seul4 --,ah6 c'est tout de mme embtant1 profra le chaisier1 en hochant la tte1 pourquoi ne voulez-vous pas nous dire la vrit8 --,ce n'est pas que je ne veuille point444 dis-je4 ,comprenez donc3 ,je ne puis pas1 ni moi ni personne4 ,ceux qui vous affirmeraient quelque chose de dcisif cet gard1 se moqueraient de vous4 ,le mastroquet intervint1 d'une voix pteuse3 --,moi1 je m'en fiche1 vous savez444 y a pas besoin de s'occuper de ces foutaises qui empchent de rigoler4 ,ce qu'il nous faut1 c'est la rvolution sociale1 et demain1 s'il y a moyen4 ,c'est bien notre tour d'tre riches et que les pauvres bougres bouffent leur content6 --,et principalement qu'ils boivent gogo1 n'est-ce pas mon vieux1 dit le jardinier4 ,toi1 tu ne vois pas plus loin que le fond de ton verre4 ,mais nous autres nous en voulons davantage4 ,puisque le citoyen ,rett s'en lave les mains de nous expliquer le commencement du monde1 nous nous adresserons ailleurs4 ,il y a le citoyen ,n444 qui fera moins de manires4 ,je parie qu'il est fix1 lui4 ,ce ,n444 petit rentier1 ancien plumassier1 tait une sorte de ,homais qui tmoignait d'un grand zle pour la destruction de l'hydre clricale4 ,totalement stupide1 bavard intarissable1 tout dbordant de vocables scientifiques quoi il comprenait peu de chose1 il blouissait les ouvriers par un flux copieux de diatribes contre l',eglise4 ,au surplus1 c'tait un sectaire habit par un diable balourd1 mais fort violent4 ,il se vouait1 plus spcialement1 la suppression des crucifix1 tant sur les routes que dans les coles et la porte des cimetires4 ,la seule vue d'une croix le mettait en fureur et1 alors1 il ne se calmait qu'aprs avoir invectiv ,notre-,seigneur4--,il est mort comme il sied3 il rclama au moment terrible un prtre et l'extrme onction avant de s'en aller pourrir4 ,quoi qu'il en soit1 je me dis1 qu'en se rfrant un tel frntique1 mes interlocuteurs couraient le risque d'tre aspergs d'une abondante rose de sottises4 ,mais je me gardai bien d'mettre cette rflexion voix haute car1 srement1 j'eusse t tax de jalousie l'gard d'un militant qui avait fait ses preuves4 ,je pris cong sur des poignes de main fort molles4 ,j'avais perdu les neuf-diximes de mon prestige4 ,je ne m'en proccupais gure4 ,je me sentais profondment troubl1 mal l'aise1 et j'prouvais le besoin de rflchir1 seul seul1 avec ma conscience4 ,gagnant la fort1 je suivis le sentier qui serpente travers la futaie des ,fosses-,rouges4 ,il tait environ dix heures du soir4 ,la nuit de juin rgnait1 toute tide1 toute bleue1 tout embaume1 sous les arbres4 ,de lgers souffles chuchotaient dans les feuillages4 ,aux interstices des hautes frondaisons1 je voyais scintiller les toiles4 ,le rossignol chantait4 ,je ne gotai pas1 comme d'habitude le charme de l'ombre et du silence4 ,mon cur pesait1 trs lourd1 dans ma poitrine1 j'avais presque envie de pleurer2 un remords1 qui m'tait insolite1 s'agitait en moi4 ,quoi1 me dis-je1 tu viens d'exalter ces hommes simples et pleins de bonne volont au nom de la science4 ,tu leur as promis le paradis terrestre pour aprs-demain et quand ils t'ont demand sur quel granit asseoir l'difice que tu leur proposes de construire1 tu as t oblig de rester coi4 ,inculquer des ignorants une doctrine qui manque de premiers principes1 ce n'est tout de mme pas trs loyal4 ,et il n'y a pas tergiverser3 probablement que jamais tu ne seras fichu de tourner cette difficult444 ,entasse ,darwin sur ,haeckel1 ,lamarck sur ,geoffroy ,saint-,hilaire1 taie le transformisme avec le monisme1 toutes ces maonneries chancellent sur du sable mouvant4 ,tu dois l'avouer3 cet ocan tnbreux1 le mystre du monde1 ne cesse de dmolir tes constructions4 ,je sais bien comment tu t'en tires part toi4 ,tu te drobes parmi le scepticisme transcendant4 ,tu te dis3 suis-je assur moi-mme d'exister8 ,ds lors1 pourquoi le monde serait-il autre chose que le cauchemar d'un ,dmiourge qui digre mal8 ,oui1 mais cela1 c'est une amusette pour dilettanti4 ,le peuple1 totalement ferm l'ironie1 n'y comprendrait rien4 ,et d'ailleurs1 tu sais1 par exprience1 qu'il lui faut des affirmations nettes444 ,aussitt j'eus un bon mouvement4 ,en tout cas1 continuai-je1 je me promets de ne plus m'exposer mentir ou bien battre en retraite devant les objections des simples4 ,jusqu'au moment o j'aurai acquis une conviction ferme et scientifique touchant les origines1 je ne propagerai plus le socialisme par la parole4 ,cependant1 je me htai d'ajouter3 cela ne m'empchera pas de combattre par mes livres et mes articles4 ,j'viterai tout ce qui pourrait jeter des doutes sur le ,progrs dans l'esprit du peuple4 ,rien qu'en recommandant la destruction de l'armature bourgeoise qui nous enserre1 on peut obtenir de bons rsultats444 ,je me disais ces choses4 ,et pourtant je demeurais inquiet1 triste jusqu'au fond de mon tre4 ,j'errais sous les ramures4 ,malgr moi1 j'implorais de je ne savais qui une rponse cette question des origines que je croyais avoir si dlibrment carte de mes penses4 ,je levais les yeux vers le ciel sombre1 fourmillant d'toiles1 et il me semblait voir s'y dessiner le sourire formidable d'un sphynx4 ,rien1 rien1 rien1 ne m'clairait4 ,tout tait taciturne4 ,et les noirs halliers rpandaient dans mon me leur vaste obscurit4 ,bah6 finis-je par m'crier1 j'ai la tte fatigue4 ,je suis las d'avoir discouru pendant deux heures4 ,demain mon cerveau se raffermira444 ,rentrons nous coucher4 ,j'allai donc me mettre au lit4 ,mais mon scrupule ne me lchait pas4 ,je me tournais et me retournais1 ressassant des arguments qui sitt formuls s'effritaient4 ,de la nuit1 je ne pus fermer l'il4 ,par instants1 cette ide me traversait le cerveau comme une flche3 si1 pourtant1 ,dieu existait8 ,mais tout de suite1 j'entendais s'lever en moi un norme ricanement4--,nanmoins1 l'ide revenait4 ,de sorte que quand je m'assoupis1 l'aube1 ce fut en me rptant3 oui1 pourtant1 si ,dieu existait8444 ,plus de trois ans ont pass depuis cette soire o je fus mis en droute4--,aujourd'hui que la ,lumire ineffable daigne m'clairer1 je crois que le ,bon ,dieu choisit cette occasion de ma confrence pour commencer m'investir4 ,grces lui en soient rendues jamais6 ,,ii ,malgr ce premier veil de ma conscience1 j'tais beaucoup trop enfonc dans l'abme d'orgueil et de sensualit o j'avais roul depuis si longtemps pour que mon me restt leve vers le ,bon ,dieu4 ,je devais subir encore bien des traverses1 regimber1 souventes fois1 contre les appels de la ,grce1 me souiller de la fange des passions jusqu' l'curement1 avant de trouver le chemin dfinitif par o je me hissai vers l'ternelle ,beaut4 ,j'allais entrer dans une priode de fluctuations extrmes4 ,j'allais courir de doctrine en doctrine1 cherchant partout une foi qui calmerait l'inquitude de mon cur2 et naturellement je ne la trouvais pas4 ,je fus alors pareil ces agits dont parle si admirablement la sur ,catherine ,emmerich3 ,jsus vit des hommes1 tantt spars de la vraie vigne et couchs parmi les raisins sauvages1 tantt1 comme des troupeaux gars1 livrs en proie aux loups et refusant d'entrer dans le bercail du ,bon ,pasteur444 ,ils btissaient sur le sable des huttes qu'ils dfaisaient et refaisaient sans cesse1 mais o il n'y avait ni autel ni sacrifices4 ,ils avaient des girouettes sur leurs toits et leurs doctrines changeaient avec le vent4 ,souvent ils dtruisaient leurs cabanes et en lanaient les dbris contre la pierre angulaire de l',eglise qui restait inbranlable4 ,ils erraient1 les yeux ferms1 autour du jardin de l',eglise4 ,ils ne voulaient pas entrer dans ce jardin1 car ils craignaient les pines de la haie444#a #a ,la douloureuse ,passion de ,n4-,s4 ,jsus-,christ1 p4 #aae4 ,des fissures lzardaient donc les murailles du temple o j'avais intronis la ,science4 ,toutefois1 j'tais encore si ptri des sophismes de la raison humaine1 que je ne pouvais me rsoudre les dmolir pour de bon4 ,c'est en vain que je vis le transformisme s'en aller en poussire sous la critique de ,m4 ,quinton4 ,c'est en vain que je dus admettre la probabilit de la thorie qui oppose la constance des espces aux dductions htives des volutionnistes4 ,je n'tais pas arriv au point o je fus oblig de vrifier que la science est un cinmatographe o se succdent de vacillantes images4 ,il y eut1 tout de mme1 ceci d'acquis que je commenai me mfier des savants4 ,du reste1 si parmi ces semeurs de paroles contradictoires j'avais rencontr quelques intelligences prudentes qui tudiaient avec prcaution et probit les phnomnes naturels1 je m'tais1 plus frquemment1 heurt aux arrivistes sans scrupules qui infestent les ,sorbonnes et les ,musums4 ,ah6 quels dmarqueurs du travail d'autrui1 quels banquistes usant d'un prestige obtenu par des moyens frauduleux pour tournebouler l'entendement des hommes de la notion1 des ,primaires si bien analyss par ,lon ,daudet4 ,de tels charlatans1 qui exploitent la bonne bte ,dmocratie en la flagornant1 me semblaient de plus en plus ftides4 ,ceux-l1 ce sont les frres chris des politiciens qui bernent1 tant par jour1 le pauvre peuple de ,france4 ,alchimistes louches1 ils fabriquent les drogues dont on empoisonne l'esprit des ,simples4 ,la doctrine de l'volution leur a servi mixturer une soi-disant morale qu'ils croient justifier en lui donnant pour principal ingrdient la croyance au progrs indfini de l'humanit4 ,au surplus1 ce n'est l qu'un attrape-nigauds1 ce qu'on pourrait appeler un pige-lecteurs4 ,en effet ces savantasses1 si dvts ,marianne1 ne croient rien du tout1 sauf l'opportunit de remplir leurs poches1 par la vente d'orvitans suspects1 et de se pavaner sous des titres et des grands-cordons multicolores4 ,puis ce qui me rpugnait aussi chez ces ,pharisiens du savoir1 c'tait leur arrogance4 ,leur ddain pour l'art dsintress passe l'imagination4 ,tout ce qui est propre1 lev1 salubre1 ils le hassent4 ,enfin ils prouvent un plaisir vraiment diabolique coasser contre le divin#b4 #b ,ces marchands d'abracadabras ont t flagells d'une main vengeresse1 par ,maurice ,maindron1 dans son beau livre l',arbre de ,science4 ,maindron nous a fort bien dessin1 entre autres1 et sous le nom de ,schmidt1 un tritureur de notions officielles facile reconnatre4 ,c'est celui-l qui n'employait jamais le mot de ,ciel parce qu'il ne rpond rien de prouv--non plus que celui de ,crateur en tant que dfinition exacte parce que n'est exact que ce que la science nous dmontre mthodiquement444 ,je fis un nouveau pas en avant le jour o je m'aperus1 peu aprs la soire de ma confrence1 que notre fameux ,progrs--moyeu du carrosse o les gens de science1 infods ,marianne1 charrient leur idole vers la ,tour de ,babel--n'tait qu'une illusion4 ,en effet1 me dis-je1 le ,progrs n'existe pas puisqu'il est de constatation exprimentale que les dsirs et les apptits croissent proportionnellement aux satisfactions qu'on leur donne4 ,prenons les chemins de fer3 quand ils furent invents1 on les tint pour un grand progrs sur les diligences et les pataches4 ,maintenant1 on commence les comparer aux tortues les moins ingambes4 ,et l'on rve de vhicules lectriques qui feraient du deux cents l'heure4--,il en est de tout ainsi4 ,de sorte1 conclus-je1 que le ,progrs ressemble un cureuil qui galope1 affol1 dans une cage cylindrique et mobile sans jamais arriver nulle part4 ,la cage est plus ou moins dore1 mais enfin c'est une cage4 ,ainsi la ,science branlait au vent et je venais de dvisser1 en moi1 son appendice3 le ,progrs4 ,ds lors1 que restait-il de ma foi dans le splendide avenir rserv l'humanit par sa prtendue volution vers le bien-tre absolu et les marmites pleines8 ,pas grand'chose4 ,mais ici1 je dois revenir en arrire4 ,antrieurement cette priode1 j'avais travers divers partis politiques sans russir me fixer dans aucun4 ,vers l'ge de vingt-sept ans1 j'avais t sduit1 comme beaucoup d'crivains de ma gnration1 par les thories simplistes de l',anarchie4 ,cette greffe individualiste sur l'arbre du communisme me paraissait susceptible de donner de bons fruits4 ,la formule anarchiste n'est point complexe2 la voici3 jetons tout par terre3 ,dieu1 patrie1 famille1 proprit1 lois1 traditions4 ,gardons-nous1 ensuite1 de restaurer le principe d'autorit sous quelque forme que ce soit4 ,alors les hommes1 dlivrs des entraves qui s'opposent au dveloppement de leur personnalit1 tomberont dans les bras les uns des autres et1 partageant1 selon les besoins de chacun1 tous les biens de la terre1 vivront dans une fte perptuelle1 parce qu'ils seront la fois entirement libres et entirement solidaires4 ,on reconnat l une drivation de quelques-unes des rveries chres ,jean-,jacques ,rousseau4 ,les adhrents de l',anarchie se recrutent parmi toutes les classes de la socit4 ,on trouve chez eux des snobs1 dsireux de se singulariser et d'ahurir leur entourage par de truculents discours2 des jeunes gens riches1 dtraqus par la recherche des sensations indites et dont cette doctrine1 farouche et languide la fois1 chatouille agrablement le systme nerveux4 ,on y rencontre des rats de l'enseignement et de l'art qui en veulent au monde entier de leur impuissance2 des malchanceux aigris par la misre2 des envieux1 jaunes de bile recuite2 des clops et des disgracis que leurs bquilles ou leur bosse indignent2 des brutes sanguinaires du genre de celle qui assassina la malheureuse ,elisabeth d',autriche2 des illumins et des exalts que la souffrance humaine supplicie1 mais qui n'y voient de remde que par la torche1 les explosifs et le couteau2 pas mal d'ouvriers dsireux de s'instruire et que les pesantes ratiocinations du collectivisme rebutent2 des sentimentaux bizarres dont la glande lacrymale suinte pour un chien cras mais qui hurlent de joie ds qu'un capitaliste culbute et se fracasse avec son automobile4 ,on y distingue enfin quelques esprits cultivs probes1 sincres dans leur aberration comme feu ,elise ,reclus et ,kropotkine1 plus d'honntes cordonniers1 que l'humanitairerie a fcheusement distraits de l'alne et du fil poiss1 comme ,jean ,grave4 ,puis quelques rengats dont le dfroqu jaboteur ,sbastien ,faure--celui-l mme qui entend traiter ,dieu comme un ennemi personnel--et des haineux froid comme ,pouget4 ,tous1 d'ailleurs1 sont possds d'un orgueil incroyable2 chacun d'eux se tient pour l'homme libre en soi4 ,et par une rsultante oblige de cet tat d'esprit1 ds que les mots3 ,dieu ou religion leur viennent la bouche ou sous la plume1 ils se mettent jurer et cracher comme des chats sauvages4 ,tels quels1 les anarchistes forment un clan part dans le socialisme4 ,dpourvus d'ambition1 rprouvant la conqute du pouvoir1 situant le triomphe de leur chimre dans le plus lointain avenir1 ils demeurent indemnes des salets politiques o barbottent les sides des ,millerand1 des ,jaurs et des ,guesde4 ,peut-tre aussi sont-ils un peu moins enjuivs que les collectivistes4--,ils vivent enfoncs dans leur idal1 tout l',eden de frairies sans fin qu'ils imaginent4 ,ils ne sortent de leur songe que pour maudire l'gosme1 la soif de lucre et la bassesse d'ides qui caractrisent la socit actuelle4 ,leurs vaticinations et leurs invectives ne manquent pas alors d'une certaine grandeur4 ,qui ne possde point la foi peut donc se laisser attirer1 un certain temps1 par les parties gnreuses et les illusions potiques de la doctrine anarchiste4 ,mais bientt on rflchit4 ,et l'on ne tarde pas s'apercevoir que la socit telle que la souhaitent ces sectaires ne pourrait subsister que si toutes les facults humaines gardaient un constant quilibre entre elles4 ,l'me1 au sens anarchiste1 devrait tre pareille une balance dont les plateaux resteraient toujours de niveau mme lorsqu'on mettrait un poids dans l'un d'eux4 ,des hommes dpourvus de moelle pinire1 d'estomac et d'organes reproducteurs seraient tout fait qualifis pour pratiquer l',anarchie4 ,mais les hommes tels qu'ils furent crs ne peuvent se vouer la ralisation de ce rve sans choir sous le joug du ,prince des ,tnbres puisque1 ignorant ou refusant la ,grce du ,bon ,dieu1 ils ne recherchent que la satisfaction perdue de leurs cinq sens4 ,bien que je me tranasse encore dans la nuit1 mon jugement finit par se rvolter1 contre cette doctrine par trop anti-naturelle4 ,puis la rage galitaire de la plupart des anarchistes1 la sottise pdante des fruits secs1 les arguties monotones des scolastiques de la bande1 le vol et le meurtre prconiss sous les noms de vengeance quitable et de reprise individuelle me dgotrent4 ,je me ressaisis4 ,mais1 hlas1 ce ne fut qu'aprs avoir blasphm en prose et en vers1 chant l'ge d'or anarchiste1 sem la haine1 exalt1 comme des martyrs1 maints lanceurs de bombes et attis l'esprit de rvolte parmi un certain nombre de jeunes gens dont cette folle littrature flattait les mauvais instincts444 ,c'est l1 aujourd'hui1 un de mes grands sujets d'affliction4 ,aussi1 je prie les chrtiens entre les mains de qui tomberaient quelques-uns des crits o je m'garai de la sorte de les dtruire par le feu4 ,ce sera une bonne uvre444 ,echapp de l'anarchie1 o pouvais-je aller8 ,tout imprgn de sophismes rvolutionnaires1 je fis un voyage de dcouverte chez les collectivistes4 ,ce n'tait pas que leurs thories m'agrassent2 mais je me disais que1 mme sans y adhrer1 je pourrais peut-tre1 dans leurs rangs1 instruire les proltaires et les fortifier pour la lutte contre les ,bourgeois prpotents qui les pressurent4 ,m'abstenant dsormais de propager l'anarchisme1 je tchai nanmoins d'apprendre aux ouvriers sauvegarder leurs intrts4 ,je prconisai les syndicats2 j'en organisai mme un1 compos d'ouvriers du btiment4 ,mais1 je fus jalous1 puis calomni par les professionnels de l'agitation syndicale qui se figuraient--trs tort du reste--que je briguais au moins un mandat de conseiller municipal et qui1 voyant l'assiette au beurre venir eux1 se jugeaient beaucoup plus dsigns que moi pour y mettre la main4 ,ils m'alinrent les travailleurs que j'avais groups4 ,si bien qu'un jour1 je fus hu de la belle faon et pri1 en termes peu amnes1 de ne plus reparatre au sige du syndicat que j'avais fond4 ,je n'en voulus pas aux pauvres gens qu'on avait tourns contre moi4 ,le peuple est un enfant indisciplin4 ,du moment qu'on lui inculque qu'il peut faire ce qu'il lui plat1 il s'empresse de briser les jouets qu'on lui donne4 ,ce qu'il lui faut1 c'est un matre indulgent mais nergique4 ,je demeurais si imbu de l'ide de progrs social que1 faute de mieux1 je me mis frquenter les intellectuels du collectivisme dans l'espoir de servir la cause par la plume4 ,l1 tout de suite1 je subis de nombreuses dsillusions4 ,ces petits redingotards1 ces produits de la laque1 de l',ecole de ,droit ou de l',ecole ,normale se considraient1 pour le plus grand nombre1 comme les futurs propritaires de la ,rpublique4 ,quelques-uns se prouvaient dsintresss dans leur glaciale ambition--surtout ceux de l'escouade guesdiste--mais les neuf-diximes voyaient dans le socialisme une fadaise1 plus efficace que les bourdes primes1 pour l'exploitation de ,jacques ,bonhomme4 ,j'en entendis se gausser entre eux1 au sortir d'une runion publique1 sur la facilit avec laquelle les proltaires se prenaient la glu des promesses de bonheur sans limite qu'on leur prodiguait4 ,je les vis intriguer pour conqurir des emplois d'attachs au cabinet4 ,je surpris d'ignobles manuvres pour vincer et supplanter tel naf1 comme ,joindy1 dont le dvouement avait obtenu l'affection des ouvriers4--,bref1 je les jaugeai trs vite leur vraie valeur3 ,machiavels du ruisseau1 mdiocrates pres au pillage plus encore que quiconque de leurs mules du radicalisme4 ,et je leur tournai le dos444 ,la rupture dfinitive eut lieu un soir de ,vendredi-,saint4 ,divers turlupins de la ,petite-,rpublique avaient organis1 ,paris1 une grande runion prcde d'un banquet-saucisson2 on y devait raconter aux ouvriers qu'ils taient les premiers artistes du monde4 ,m4 ,anatole ,france et ,jaurs prendraient la parole4 ,ayant t gratifi d'une carte de convocation1 je ne vins pas au banquet car je restais honteux d'avoir1 par faiblesse plus encore que par impit1 assist l'anne prcdente l'une de ces ribotes sacrilges4 ,en effet1 l'immense stupidit de ces sortes de manifestations m'avait toujours peu emball4 ,mais je me rendis la runion1 tant curieux de constater comment l'auteur du ,lys rouge s'y prendrait pour lcher les pieds du ,roi-,populo4 ,la chose se passait au ,thtre de la ,porte ,saint-,martin4 ,ma carte me donnait le droit de prendre place sur la scne1 derrire le bureau et les orateurs4 ,je montai donc sur les planches1 aprs avoir subi le contrle de quelques citoyens-commissaires que la chaleur communicative du banquet me parut avoir fort mus4 ,je m'assis entre un fministe peu prs inoffensif du nom de ,lopold ,lacour et le dlicieux abb ,charbonnel4 ,charmant voisinage comme on voit4 ,le rideau se leva2 la salle tait comble4 ,la sance commena par un braillement en chur de l',internationale4 ,puis cette joyeuse crapule de ,grault-,richard s'avana vers le trou du souffleur et dbita une harangue o1 vu l'anniversaire de la mort de ,notre-,seigneur1 le ,bon ,dieu fut copieusement insult4 ,applaudissements1 hurlements enthousiastes1 reprise de l',internationale4 ,le calme rtabli1 ,m4 ,anatole ,france se leva et entama son exorde4 ,il semblait intimid car je crois bien que c'tait la premire fois qu'il affrontait un public populaire4 ,d'une langue exquise1 comme tout ce que produit ce merveilleux crivain1 son discours se ressentait1 quant au fond1 de l'absurdit des thses qu'il lui fallait soutenir4 ,il s'y trouvait1 comme il sied1 des oraisons jaculatoires au ,progrs1 des flatteries l'adresse des ouvriers et quelque lyrisme socialiste4 ,cependant1 comme l'orateur dbutait dans sa carrire de courtisan de la ,foule1 il y avait de la gne dans sa diction et un certain manque de carrure dans le texte mme de ses priodes4 ,lui1 le dlicat1 l'picurien1 le renaniste imprgn d'ironie jusqu'aux moelles voluait gauchement parmi les truismes4 ,on sentait qu'il se forait de la bonne volont pour encenser ,caliban4 ,mais le tour de main lui faisait dfaut4 ,il s'est rattrap depuis4 ,sa proraison fut consacre dvelopper que l',art1 tout l',art1 peut et devrait tre accessible mme aux illettrs4 ,c'est1 du reste1 un des sujets de dclamation les plus chers aux socialistes4 ,seulement on se demandait en voyant ce ,france raffin mettre son talent1 comme un paillasson1 sous les pieds de la ,plbe ignorante1 comment il s'y prendrait pour faire saisir1 le cas chant1 ses auditeurs le scepticisme subtil et les fleurs de rhtorique quintessencies qui abondent dans son uvre4 ,ce point ne fut pas lucid4 ,m4 ,france termina son discours par une phrase malheureuse o mconnaissant l'aptitude l',art des balayeurs et des goutiers1 il dclarait que les bijoutiers1 les ciseleurs et certains ouvriers du meuble sont dj presque des artistes4 ,le succs fut mdiocre et les applaudissements clairsems4 ,jaurs s'en aperut2 plein de mpris pour une aussi froide entre dans la flagornerie1 il se leva1 d'un bond1 afin de stimuler la ferveur de l'auditoire4 ,il se planta1 l'air avantageux1 sur le bord de la scne1 agita ses petits bras comme un moulin qui1 se prparant tourner1 commence par essayer ses ailes4 ,puis l'outre pleine de flatuosits sonores se dgonfla4 ,il reprit le couplet final de ,m4 ,france4 ,mais ce fut pour l'amplifier et le renforcer4 ,il affirma d'abord le dogme que tous les ouvriers taient des artistes1--sans le savoir4 ,il y eut l une tirade sur le bcheron qui quarrit savamment ses troncs d'arbres1 besogne--selon ,jaurs--au moins aussi leve que celle d'habiller la pense avec des rythmes choisis4 ,puis vint une leon indirecte ,m4 ,anatole ,france qui fut1 en termes pteux mais par hasard assez clairs1 morign pour n'avoir pas proclam la comptence universelle du ,proltariat4 ,ensuite1 il fallait bien immoler quelques victimes d'lite sur l'autel du dieu4 ,jaurs n'y manqua point3 s'lanant dans le pass1 il secoua ,gthe d'importance1 incrimina son aristocratie et son dilettantisme1 fltrit sa srnit olympienne et surtout lui reprocha de n'avoir pas prvu et vnr d'avance l'avnement du socialisme4 ,puis ce fut le tour du pre ,hugo4 ,celui-ci reut l'hommage bref de quelque pommade pour ses ,chtiments2 mais ,jaurs dplora l'enttement que le pote mit chanter les splendeurs de l',evangile et dfendre le ,bon ,dieu1 malgr les conseils des politiques de son entourage4 ,le discours se conclut par quelques injures l',eglise et par une apothose du ,proltaire exalt comme un tre sublime1 dou de toutes les vertus et capable de toutes les intelligences4 ,puis le ,bore mphitique cessa de souffler3 ,jaurs se tut4 ,a ce coup l'enthousiasme de la salle atteignit au dlire4 ,ce n'taient que claquements frntiques des paumes1 clameurs tonitruantes des hommes et suraigus des femmes1 trpignements se croire chez des sectateurs de ,saint ,guy4--,populo s'adorait lui-mme4 ,pour moi1 j'tais outr par l'impudence de ,jaurs4 ,quoi donc1 il ne lui suffisait pas que l'homme qui a publi les plus beaux vers--et les plus grandes sottises--du ,x,i,xe sicle1 le pre ,hugo se soit humili au point d'crire1 dans l',histoire d'un crime1 que3 le peuple est toujours sublime mme quand il se trompe4 ,cette platitude ne paraissait pas au rhteur assez extrme pour compenser le pauvre restant de croyance o se maintint le pote diste des ,contemplations8 ,quant ce qui concerne ,gthe1 je dus sourire4 ,car que psent les djections d'un ,jaurs au regard de ce colosse d'intelligence et d'orgueil qui seul1 dans les temps modernes1 sut magnifier et revivifier l'art antique et restituer en strophes scintillantes1 dans son ,faust1 la psychologie du ,dmon8 ,surtout1 j'tais bless pour ,m4 ,france4 ,je trouvais dsastreux qu'un tel lettr1 fourvoy dans ce pandmonium de btas malfaisants1 ret ainsi les verges pour l'dification des sots houleux qui remplissaient la salle et des ramasseurs d'pluchures libres-penseuses qui se pavanaient sur la scne4 ,aujourd'hui1 j'estime que ,m4 ,anatole ,france n'avait pas vol cette avanie4 ,mais alors1 tant tout l',art1 je souffrais de son abaissement4 ,cependant mes voisins menaient tapage4 ,le simple ,lacour se trmoussait comme une marionnette affole dans un guignol et criait de toutes ses forces3 ,bravo ,jaurs6 ,bravo ,jaurs6 ,l'abb ,charbonnel dilatait sa mchoire prognathe1 se dcrocher le condyle1 et poussait des grouinements d'allgresse4 ,certes1 ce lui tait une intense volupt1 ce jour de vendredi-saint1 de voir traner dans la boue1 par des ,grault-,richard et des ,jaurs1 le corps sanglant de ,notre-,seigneur4 ,l'un et l'autre m'agacrent si fort que je ne pus m'empcher de dclarer1 voix trs haute1 que les calembredaines de ,jaurs touchant ,gthe et ,hugo atteignaient au dernier degr de l'imbcillit4 ,sur quoi1 ,lacour fit un geste d'pouvante et promena des regards inquiets autour de lui pour vrifier si j'avais t entendu4 ,charbonnel haussa les paules avec une piti ddaigneuse4 ,un jeune collectiviste qui cabriolait prs de nous1 en l'honneur de ,jaurs1 s'arrta net dans ses gambades1 me toisa et promulga ceci3--,oh6 on sait bien qu'au fond tous les potes sont des aristos444 ,si vous n'tes pas content1 citoyen1 vous n'avez qu' dguerpir4 ,c'est ce que je fis aussitt1 tant1 au surplus1 peu soucieux d'our davantage ,grault-,richard qui prludait de nouvelles pasquinades4 ,je pris le train et je regagnai la campagne4 ,tout en parcourant les quatre kilomtres qui sparent la station de ,lagny du village de ,guermantes o j'habitais alors1 j'examinai mes sentiments4 ,j'tais cur4 ,non seulement je restais rfractaire aux balivernes teutonnes du collectivisme2 mais encore cette haine de l'art1 cette sottise suffisante du bas politicien ,jaurs1 tout ce qu'il y a d'envie1 de vanit outrecuidante1 d'ambition sordide et de sales rancunes dans l'me de ses adeptes me donnaient des nauses4 ,non1 me dis-je1 je ne frquenterai plus ces gens-l4 ,je servirai le peuple sans lui baiser le derrire ni le tromper4 ,j'uvrerai pour lui dans mon coin4 ,et puis1 trs bas1 j'ajoutais3 ,d'ailleurs1 il est malpropre de choisir le jour o les chrtiens sont en deuil pour huer leur croyance4 ,je suis un saligaud d'avoir particip cette vilaine farandole autour d'un cadavre444 ,je sais trs bien que cette lgende de la ,passion du ,christ manque de beaut plastique1 mais il suffit de ne pas s'en occuper4 ,et c'est ce que je veux faire l'avenir444 ,hlas1 j'tais de bonne foi4 ,mais le diable ne desserre pas aussi facilement sa griffe4 ,et je devais m'insurger encore bien des fois contre le ,bon ,dieu avant que sa grce infinie vnt en moi6444 ,malgr mes dsillusions je ne russissais pas liminer le ferment rvolutionnaire qui m'empoisonnait l'me4 ,ne pouvant me rsoudre me confiner dans l'art pur1 aimant toujours le peuple en raison mme des charlataneries dont je le voyais victime1 je me dis que1 peut-tre1 parmi ces radicaux qui prtendent lui vouer une fervente affection1 je pourrais encore le servir4 ,je restai socialiste de penchant mais je mis une sourdine au crin-crin sur lequel je raclais des variations humanitaires4--,je m'acoquinai donc plusieurs blocards dont les dclarations en faveur du proltariat me parurent assez sincres4 ,c'est alors que je fis la connaissance de ,clemenceau4 ,il n'tait plus dput et il n'tait pas encore snateur4 ,discrdit1 peine retap par l',affaire ,dreyfus1 il se consumait publier des articles d'art1 de littrature et de politique dans divers papiers de ,france1 d',allemagne et surtout d',angleterre4 ,cet homme possde une puissance de sduction trange4 ,il est d'autant plus malais de l'expliquer que1 dur1 sarcastique1 souvent injurieux1 il traite avec brutalit ceux qui l'admirent et qui l'aiment4 ,peut-tre sa main-mise provient-elle1 pour un esprit cultiv1 de sa forte intelligence1 de son got rel et de sa comprhension des choses d'art et de la comparaison qu'on est oblig de faire entre ses qualits de pense et la btise du troupeau radical4 ,puis comme tous les tempraments autoritaires1 il vous courbe sous son geste4 ,c'est un ,jacobin mais un ,jacobin lettr3 varit peu commune4 ,en somme1 il y a en ,clemenceau du ,saint-,just avec la boursouflure et l'ineptie glorieuse de soi en moins1 avec1 en plus1 un certain sens des ralits4 ,il y a aussi1 chez lui1 une misanthropie foncire1 quelque chose de sombre et d'ardent qui lui fait profrer1 dans les moments trs rares o il se livre en partie1 des maximes la ,tibre4 ,ajoutez qu'il est sujet des crises de scepticisme et de mlancolie o il laisse entrevoir le profond dgot que lui inspirent ses coreligionnaires et1 probablement--lui-mme4 ,lorsque j'entrai en relations avec lui1 ses dboires politiques1 ses embarras financiers et des chagrins intimes l'avaient pourtant un peu amolli4 ,quoique sa campagne pour ,dreyfus lui et rendu quelque influence1 il demeurait inquiet1 dsorbit1 rassasi de radicalisme au point qu'il refusa trois fois le sige de snateur qu'on lui offrait et qu'il fallut les instances les plus pressantes pour le lui faire accepter4 ,ce fut1 du reste1 une influence fminine qui le dcida4 ,puis de rudes soucis le harcelaient4 ,ah6 je l'ai vu se prter des dmarches plutt humiliantes pour l'orgueil sans limite qui forme la dominante de son caractre4 ,il n'tait pas alors l'pre dictateur que nous voyons aujourd'hui mener l'assaut contre l',eglise aux applaudissements des ,loges4 ,pour se distraire de ses ennuis1 il se donnait tout cette pice3 le voile du ,bonheur o il nous rvle1 d'une faon assez inattendue1 un ,clemenceau quasi-bouddhiste444 ,ce n'est point mon sujet de raconter ici l'extrmit o ,clemenceau se trouvait alors rduit4--,tout ce que je dois dire c'est que je subis trs fort son influence1 que je lui tmoignai--je puis le certifier sans crainte de dmenti--d'un dvouement total et que son emprise se manifesta en moi par une recrudescence de rage anti-religieuse4 ,c'est1 je crois1 l'poque de ma vie o j'ai le plus blasphm4 ,toutefois1 si je continuais outrager le ,bon ,dieu sous l'tendard aux trois couleurs souilles du radicalisme comme je l'avais fait et sous le drapeau noir de l',anarchie et sous le drapeau rouge du socialisme politiquant1 je ne pus m'adapter aux pratiques des radicaux4 ,ceux-ci me furent1 bien vite1 encore plus nausabonds que les collectivistes4 ,le radical est un sectaire qui dtruit la socit tout en prtendant faonner des matriaux propres lui confrer des bases logiques4 ,il a contribu1 plus que quiconque1 dvelopper1 au nom des principes de #hi1 cet individualisme subversif de toute rgle dont nous subissons aujourd'hui les effets4 ,toutes les institutions prservatrices sont dtruites ou menacent ruine4 ,on est arriv ce rsultat extravagant1 qu'ayant pour objectif de librer l'individu des entraves anciennes1 on l'a au contraire rduit l'impuissance vis--vis de l',etat qui le triture1 le mutile et l'encadre son caprice4 ,la ,rvolution a commenc le mal2 ,napolon l'a codifi2 nos ,bourgeois1 depuis cent ans1 l'ont aggrav4 ,dieu tant chass de partout1 il ne reste plus que le gendarme pour maintenir le peuple souffrant1 avide de jouir son tour et travaill par l'esprit de rvolte1 dans l'obissance l',etat4 ,le jour o le gendarme tournera casaque--ce qui est inluctable--la dbcle commencera4 ,en attendant nous vivons dans une ,france pareille un tas de dtritus o la ,haute-,banque cherche des paillettes d'or4 ,et pour comble1 nous sommes gouverns1 grce l'ineptie de cette nfaste mcanique3 le suffrage universel1 par une bande de despotes niais1 et irresponsables3 snateurs et dputs4 ,l'unique capacit de ces parlementaires est digestive4 ,ronger le budget1 en jeter des bribes leur clientle1 qumander des sportules aux ,financiers1 qui les traitent avec une mprisante munificence1 voil leur proccupation journalire4 ,puis obir aux dlgus des ,loges et aux quelques roublards--fonctionnaires de l'tranger1 c'est ici que le mot est exact--qui font figure d'hommes d',etat dans les ministres1 voter des lois stupides ou nocives1 sous couleur de progrs1 voil leur uvre4 ,il y a bien une opposition2 mais1 quelques-uns mis part1 elle ne comprend gure que des timides et des mdiocres4 ,je ne tardai donc pas dcouvrir que nos matres du radicalisme sont d'affreux tartufes4 ,car1 avides d'or1 jouisseurs insoucieux du lendemain1 plus rfractaires tout idal dsintress qu'une plaque d'amiante l'action du feu1 ils feignent de ressentir1 pour les proltaires--qu'ils exploitent en les caressant et qu'ils hassent en secret--une sollicitude paternelle4 ,et c'est ce qu'il y a de plus horrible dans le cas de ces dmoniaques1 aprs leur acharnement contre l',eglise1 que cette hypocrisie pateline qui laisse les pauvres crever de faim tout en les berant de promesses illusoires4 ,habitu raisonner mes impressions1 je me formulai les constatations que je viens d'exposer et j'prouvai de la rpulsion pour ces misrables4 ,mais par veulerie1 par respect humain1 quoique je ne crusse plus du tout la lgitimit du rgime1 je continuai le servir1 sans grand zle1 il est vrai4--,bien plus1 la perscution contre les congrganistes1 les expulsions1 les vexations de toutes sortes dont l',eglise tait victime m'indignaient part moi4 ,je voyais nettement qu'il n'y avait l qu'une diversion destine occuper l'lecteur tandis qu'on le dvalise4 ,je savais qu'en dehors des furieux contre ,notre-,seigneur1 que sont les possds de la ,maonnerie1 les autres ne faisaient de l'anticlricalisme que pour dissimuler leurs rapines4 ,je n'ignorais pas que tels qui mangent du cur en public1 acceptent fort bien que1 dans le priv1 leur femme et leurs enfants servent le ,bon ,dieu4 ,je me rendais compte du vilain calcul de ces taffeurs qui s'imaginent que les prires de leur famille suffiront compenser leurs sacrilges4 ,je lisais et j'approuvais1 in petto1 les articles o ,m4 ,drumont dnonce bellement l'infamie de tous ces ventripotents1 nourris de cautle et d'ordures4 ,et pourtant si grande tait ma rpulsion pour le christianisme que je me gardais de proclamer ces sentiments salubres4 ,au contraire1 plus je me rendais compte de ces choses1 plus je m'acharnais m'enliser dans l'ornire du blasphme4 ,du reste1 j'en sais plus d'un qui se trouve dans l'tat d'esprit o je m'enttais alors4 ,il est si vrai l'adage d',ovide en ses ,mtamorphoses3 video meliora proboque1 deteriora sequor6 ,je le traduirai de la sorte3 ,la ,rvolution1 c'est le crime et l'erreur1 je le sais1 je vois le remde2 cependant1 mulet pervers1 je m'entte dans le mal4 ,ah6 c'est qu'on est infiniment lche quand on mconnat le ,bon ,dieu pour suivre le ,diable6444 ,cependant1 un moment vint o le dsenchantement l'emporta4 ,je retournai la solitude4--,ma chre fort de ,fontainebleau m'apaisa quelque peu4 ,mais comme je ne cessais d'tayer mes convictions matrialistes1 mesure qu'elles menaaient ruine1 je n'arrivais pas la grande paix que je souhaitais4 ,j'avais beau me rpter le vers magnifique de ,baudelaire sur3 ,un monde o l'action n'est pas la sur du rve1 je ne pouvais m'en dtacher de ce monde o1 sottement1 je me croyais dsign pour combattre l',eglise1 dans la mesure de mes forces et pour mener le peuple au bonheur matriel444 ,quel abme de contradictions6 ,quel douloureux vertige parmi tant de pchs6 ,j'errais1 sans boussole1 dans les ddales d'un souterrain nocturne4 ,je ne savais plus du tout o j'allais4 ,mais vous le saviez1 vous1 ma bonne ,vierge4 ,l'aube approchait o vous vous lveriez dans mes tnbres1 calme ,etoile du ,matin4 ,l'heure se prparait sonner o1 prenant dans votre main si pure ma main souille1 vous me conduiriez jusqu'au pied du trne de ,dieu4 ,gloire vous1 clmente1 trs sainte1 trs douce ,mre de ,notre-,seigneur444 ,,iii ,ainsi1 au moment de cette confrence au cercle socialiste de ,fontainebleau dont j'ai parl plus haut1 mes convictions politiques ne se maintenaient plus que par une sorte de veule accoutumance mle d'amour-propre et de respect humain4 ,je venais en outre de perdre ma foi dans l'ide de ,progrs4 ,et je commenais renier la ,science soi-disant infaillible4 ,quant mon tre moral1 il tait boulevers comme un logis o des tcherons se seraient mis en grve au milieu d'un dmnagement4 ,colreux1 incapable de pratiquer la patience et la rsignation dont j'aurais eu besoin pour supporter les soucis d'une existence difficile1 je souffrais1 en outre1 profondment1 d'avoir perdu l'idal de bonheur matriel pour le peuple qui m'avait soutenu pendant pas mal d'annes4 ,ma dconvenue m'aigrissait le caractre comme aussi les tribulations que la littrature n'pargne pas ceux qui veulent vivre de leur plume--en restant honntes4 ,deux sentiments me soutenaient un peu et me valaient parfois quelque joie3 ma prdilection pour la fort de ,fontainebleau et mon amour de l'art4 ,la fort1 elle m'tait auxiliatrice4 ,j'y connaissais des heures d'inspiration et de recueillement dans la solitude4 ,l1 je pouvais m'entretenir avec mes frres les arbres4 ,admirer1 pntrer l'harmonie profonde des futaies1 composer et me rciter des vers sous bois1 c'taient mes rcrations les plus chres4 ,et je m'panouissais4 ,mais rentr chez moi1 je redevenais sombre1 morose1 agit4--,il faut dire que j'y retrouvais une femme dont1 parce que j'en tais fort pris1 les dfauts m'prouvaient cruellement4 ,elle tait surtout la plus dtermine menteuse que j'eusse jamais rencontre4 ,a la lettre1 elle mentait comme elle respirait1 et souvent sans motif--pour le plaisir4 ,cette fausset perptuelle m'exasprait--et il en rsultait des scnes qui n'taient point faites pour apaiser ma pauvre me tumultueuse4 ,il fallait la quitter cette femme1 dira-t-on4 ,sans doute1 mais voil3 le lien sensuel--et rciproque--tait trop solide entre nous4 ,j'avais beau me raisonner1 je demeurais captif de ses splendides yeux noirs et de ses petites mains caressantes4 ,d'autres vices o elle excellait1 j'en subissais1 hlas1 la contagion2 de sorte que nous formions un couple o les querelles endiables alternaient avec de furieuses dbauches4 ,quel cercle de l'enfer qu'un tel mnage interlope6 ,de la part de l'homme il n'y a--ds qu'il rcupre sa dignit--que mpris pour sa compagne et honte de lui-mme4 ,l'amour vritable n'existe pas2 l'attache provient d'une complaisance presque morbide pour les ivresses charnelles et d'une soumission de caniche aux plus bas instincts4 ,la femme1 elle1 se pavane surtout dans la gloriole de tenir asservi le mle qu'elle dorlote1 excite et griffe tour tour4 ,tout cela1 on l'habille de posie4 ,c'est un prtexte des vers qui brlent comme des feux de ,bengale et explosions d'images chatoyantes et malsaines4 ,mais1 en somme1 quel pitre recours contre les outrances du vice6 ,et comme on sort de l le cur inassouvi et malade6444 ,des mois passrent4 ,pour pallier les effets de mon dsarroi moral1 j'imaginai de me forger une sorte de paganisme4 ,par l1 je tentais de justifier mes passions4--,certes1 je ne croyais pas aux dieux de l',olympe1 bien que la ,grce1 compendium des civilisations aryennes1 m'ait toujours t chre4 ,seulement1 je me disais3 ,puisque je ne veux ni ne puis adhrer au christianisme1 puisque la ,nature1 souriante et farouche la fois1 m'attire passionnment1 je magnifierai le ,destin aveugle et les ,forces impntrables qui font de l'homme leur jouet4 ,je difierai mes instincts et j'carterai de moi toute pense altruiste qui me dtournerait de mener mes cinq sens la pture des volupts4 ,je clbrai donc les rites du ,grand ,pan et de l',aphrodite captieuse4 ,nanmoins1 il se mlait ces folies un remords secret qui ne laissait pas de me rendre trs triste aux heures o1 la fivre des sens tombe1 je regardais dans mon me et la trouvais aussi sale qu'une bouche d'got qu'on ngligea de curer4 ,alors je m'criais3--,non1 le nunc est bibendum et pede libero pulsanda tellus1 non1 le jouissons et rions ironiquement sans souci des jours1 puisque1 demain1 nous mourrons ne suffisent pas me contenter4 ,il me faut un ,idal moins grossier444 ,mais lequel8 ,cette notion du ,divin que nous ne pouvons dtruire en nous1 moins d'tre devenu tout fait les servants du ,diable1 me tenaillait sans repos4 ,je tournai autour du squelette qui a nom ,kant4 ,j'en dmontai les ressorts4 ,mais l',impratif catgorique du sophiste de ,knigsberg me fit froncer les narines444 ,la raison suffisante me parut aussi sche que les tibias de ,calvin4 ,et j'allai ailleurs4 ,je tentai le panthisme1 ce qui me ramena1 plus ardemment que jamais1 aux arbres4 ,je crus alors dcouvrir mes dieux1 parcelles de la substance indfinie1 sous l'corce des chnes et dans le feuillage des htres4 ,j'adressais des prires aux bouleaux4 ,la rose1 sur les fleurs d'or des gents1 m'apparaissait comme une eau lustrale4--,cette aberration1 c'tait1 tout de mme1 plus propre que le paganisme orgiaque4 ,dans ce temps-l1 j'prouvais une joie obscure plaisanter la vie terrestre de ,notre-,seigneur4 ,voici une phrase prise dans un article publi durant cette priode3 ,aprs tout1 le ,galilen tait un assez brave garon2 mais il manquait de sens pratique4 ,si je la transcris1 en rougissant1 et en en demandant pardon1 c'est qu'elle montre mon tat d'esprit d'alors4 ,d'ailleurs1 chaque fois que le ,nom ,auguste de ,jsus me venait sous la plume1 je devais l'viter pour le remplacer par ce sobriquet3 ,galilen4 ,et agissant ainsi1 je me rengorgeais1 fier comme un dindon en sa basse-cour1 car je m'imaginais presque galer ,julien l',apostat ou le mgalomane ,nietzsche4 ,bientt1 le panthisme m'apparut trop diffus et trop vague4 ,et d'autre part1 je fus bien forc de m'avouer que la ,nature1 sous son masque de srnit1 cache une face d'airain4 ,j'aurais voulu1 oh6 oui1 j'aurais voulu que tout autour de moi ft mansutude1 indulgence1 aide rciproque4 ,et chaque fois que j'essayais de conqurir cette notion de douceur par l'tude des forces naturelles1 il me fallait bien constater que la concurrence vitale rgne durement sur le monde4 ,cette vidence me brisait le cur4 ,quoi1 mme dans la fort1 si les pins faisaient alliance avec les bouleaux pour une protection mutuelle contre les essences guerrires1 ct1 les chnes et les htres se livraient une bataille sans merci et o l'on ne comptait plus les cadavres4 ,et moi qui aurais tant voulu tre assur que tous mes arbres chris vivaient en bon accord444 ,quel chagrin6 ,je fus alors tout dcourag4 ,je tombai dans le dsespoir et me dis3--,en somme1 c'est le bouddhisme qui a raison et plus particulirement son aptre d'occident3 ,schopenhauer4 ,l'univers n'est qu'un tourbillon d'apparences dcevantes4 ,cessons de vouloir qu'il existe et nous connatrons la joie de nous dissoudre dans le bon ,nant o la dure est abolie de mme que l'espace4 ,arrtons la roue du ,destin444 ,oui1 mais pour pratiquer cette morne doctrine1 il aurait fallu me faire ascte4 ,et j'tais bien trop possd par l'orgueil et la luxure pour y russir4 ,puis1 d'autre part1 j'avais peur de ce ,nirvna bant et funbre qui m'invitait me jeter dans l',inconscient4 ,je fermai donc les livres bouddhistes1 pour ne plus les rouvrir1 et mon agitation intrieure s'accrut4 ,ds lors1 ce fut en moi une mle effarante de tous mes phantasmes#c4 #c ,noctium phantasmata1 dit ,saint-,ambroise4 ,et1 en effet1 qu'il faisait nuit dans mon me6 ,un jour1 le socialisme et son utopie de progrs infini ressuscitaient4 ,le lendemain1 ,aphrodite et ,dionysos chantaient furieusement la volupt1 en choquant leurs coupes d'or1 dans mon cerveau4 ,et docile1 je sacrifiais sur leurs autels4 ,le surlendemain1 l'arome des sombres fleurs que l',isis panthiste prodigue ses dvots me flattait les narines4 ,le jour d'aprs1 j'invoquais akya ,mouni et son sourire idiot4 ,puis soudain les bavardages instables de la ,science reprenaient le dessus4 ,il me venait aussi des vellits de christianisme2 mais je les expulsais de mon me1 avec courroux1 car elles me semblaient fort laides au regard des prestiges o je me cramponnais444 ,une fois en votre vie1 vous tes-vous trouv perdu dans une plaine pullulante de vgtations sauvages8 ,ce fut par une de ces tombes de jour o l'quinoxe d'automne dtraque la saison et o les vents ne cessent de sauter d'un horizon l'autre4 ,la tourmente arrive de tous les cts4 ,cela souffle droite1 gauche1 en avant1 en arrire2 tous les ,bores et tous les ,notus sont dchans4 ,des bises et des khamsins vous assaillent1 vous giflent1 vous brlent1 vous glacent presque simultanment2 on ne sait qui entendre de ces vents dchans1 on s'arrte ahuri2 on espre une accalmie qui1 d'ailleurs1 ne vient pas4--,ainsi de mon me cette poque4 ,sans cet amour de la solitude dont le ,bon ,dieu a bien voulu me gratifier ds mon enfance1 je ne sais ce que je serais devenu4 ,car1 il importe de le souligner1 tous les ges1 je ne me suis jamais senti heureux que dans les champs1 sous les arbres ou au bord des eaux1--tout seul4 ,ne point parler1 rver ou mditer devant quelque paysage1 telles ont toujours t mes joies les plus profondes et les plus rdemptrices4 ,je l'ai bien senti1 aux jours o1 aprs avoir entass pch sur pch1 je me rfugiais en quelque campagne si carte que la meute des passions ne venait gure m'y relancer444 ,pour tenir tte l'ouragan d'aspirations contradictoires qui m'assaillait cette poque de mon existence1 je multipliais donc mes courses travers la fort pacifiante4 ,ah6 qu'il avait raison saint ,bernard quand il disait3 ,aliquid amplius invenies in sylvis quam in libris4 ,je ne cessais d'exprimenter la grande vrit contenue dans cette phrase4 ,en effet les lectures htroclites1 o je me plongeais afin de me refaire une conviction ferme1 augmentaient encore mes incertitudes4 ,l'histoire me montrait un univers livr aux querelles et aux dprdations--un brigandage perptuel4 ,la ,science1 j'ai dit quel point les guirlandes suspectes qu'elle m'avait dparties s'taient dessches en moi4 ,la littrature aussi commenait m'ennuyer4 ,je laissai tout pour ne plus lire que quelques auteurs1 ds longtemps mes favoris3 ,lucrce1 ,dante1 le ,faust de ,gthe et ses ,entretiens recueillis par ,eckermann1 le thtre et les sonnets de ,shakespeare1 ,baudelaire1 ,balzac et les vers de ,hugo1 plus quelques trs rares volumes dus des contemporains4 ,et je ne coupais mme pas les pages des livres qu'on m'envoyait4 ,me sentant moins dsol sous les arbres1 je les quittais aussi peu que possible4 ,en suivant les longues alles de la fort1 ces chemins o1 grce aux branches en arceaux1 on croit errer dans des nefs de cathdrales1 je me sentais pntr d'une motion solennelle4 ,en parcourant tels minces sentiers1 pleins d'ombres chatoyantes et de rayons assoupis1 je recueillais de gracieuses images4 ,mes chers bouleaux1 si sveltes en leur robe d'argent ple1 veillaient en moi de douces musiques4 ,enfin plusieurs sites1 d'une svrit grandiose1 comme le ,dsert d',apremont m'inspiraient un violent dsir de m'y fixer--d'y construire une cabane ou d'y amnager une grotte pour y vivre loin des hommes1 loin des femmes1 loin de la littrature1 loin de tout4 ,si prolonges que fussent ces promenades1 il fallait pourtant bien finir par rentrer chez moi4 ,l je retrouvais la dame aux yeux noirs2 et la triste existence sensuelle et querelleuse recommenait4 ,lorsque j'essayais de fuir1 c'tait pour me galvauder avec des personnes encore moins difiantes--si possible--que ma matresse4 ,eh6 bien voyez et admirez3 je semblais alors bien dfinitivement assis au fond de l'incertitude car jusqu' la fort commenait se taire pour moi4--,et ce fut le moment que le ,saint-,esprit lut pour me darder une seconde fois au cur les javelines d'or de la ,grce4 ,je me rappelle ce jour comme si j'y tais encore3 c'tait en juin #aije1 au commencement du mois4 ,or depuis une semaine1 j'avais vcu de la faon la plus dsordonne4 ,ce matin-l1 tout morose1 en proie un profond mcontentement de ma conscience1 j'allai sous les arbres4 ,je suivais le sentier qui1 du carrefour des ,huit-,routes1 se dirige vers la ,grotte des ,montussiennes4 ,j'avais emport la ,divine ,comdie et je relisais1 pour la dixime fois peut-tre1 les premiers chants du ,purgatoire4 ,avant de poursuivre il faut spcifier que1 jusqu'alors1 j'avais lu le merveilleux pome comme j'aurais fait d'un conte de fes splendide1 rdig par un pote de gnie4 ,il se peut--il est mme probable--que ces vers1 tout imprgns de la ,grce1 avaient fcond1 mon insu1 les rgions les plus secrtes de mon me4 ,mais je n'en avais point la notion et je ne croyais ressentir qu'une influence toute littraire4 ,j'en tais ce passage du second chant o ,dante et ,virgile viennent de quitter l'enfer et s'arrtent sur le rivage d'une mer mystrieuse1 au pied de la montagne du ,purgatoire4 ,ici je dois citer3 ,je vis1 raconte ,dante1 que ne la vois-je encore1 une clart venir sur la mer d'une telle vitesse qu'aucun vol d'oiseau ne l'gale4 ,aprs avoir dtourn d'elle mes yeux pour interroger mon ,guide1 je la revis plus brillante et plus grande4 ,puis de chaque ct m'apparut je ne sais quoi de blanc et1 au-dessous1 peu peu1 sortit quelque chose de pareil4 ,mon ,matre ne dit rien jusqu' ce que les premires blancheurs se dployrent en ailes4 ,mais lorsqu'il reconnut bien le nocher1 il cria3 ,ploie1 ploie les genoux3 ,voil l',ange de ,dieu4 ,joins les mains4 ,de tels ,ministres du ,seigneur tu verras dsormais2 vois1 il ddaigne les instruments humains2 il ne veut d'autre rame1 d'autre voile que ses ailes pour parcourir ces lointains rivages4 ,vois comme il les dresse vers le ,ciel1 comme il frappe l'air de ses pennes ternelles6444 ,plus de nous s'approchait l'oiseau divin1 plus clatant il apparaissait1 de sorte que mon il ne pouvant1 de prs1 soutenir sa splendeur1 s'abaissa4 ,et ,lui vint au rivage avec un batelet si svelte et si lger qu'il ne plongeait aucunement dans l'eau4 ,a la poupe se tenait le cleste nocher rayonnant de batitude2 et dedans taient assis plus de cent esprits4 ,tous ensemble1 d'une seule voix ils chantaient3 ,in exitu ,isral de gypto et le reste du psaume4 ,puis sur eux l',ange fit le signe de la sainte croix2 tous se jetrent alors sur la plage et ,lui s'en alla comme il tait venu444 ,on sait que ,dante a voulu peindre1 en ces vers1 l'allgresse des fidles dfunts qui se rjouissent de se purifier de leurs fautes en ,purgatoire1 afin de mriter une place en ,paradis1 aprs la juste expiation4 ,que se passa-t-il alors en moi8 ,je sentis un frisson me courir dans les veines1 puis je me mis trembler de tout mon corps4 ,le livre m'chappa des mains4 ,je dus m'appuyer au ft d'un htre4 ,j'tais comme bloui par une lumire intrieure4 ,il me sembla que les noires nues qui opprimaient l'atmosphre obscure de mon me se dissipaient4 ,je ne sais quelle clart1 douloureuse force d'tre intense1 me montra mes vices accroupis comme des crapauds dans la fange de mon cur4 ,un remords et en mme temps une joie indicible me labouraient tout entier4 ,voici exactement les paroles que je prononai alors3--,quoi1 il se pourrait qu'une aussi sublime inspiration ft le tmoignage de la vrit8 ,il se pourrait que cette religion catholique1 tant bafoue par moi1 et raison lorsqu'elle affirme qu'un pcheur qui se repent et accepte joyeusement la pnitence de ses fautes devient par l digne de monter au ,ciel8444 ,mais s'il y a dans ces vers plus qu'une magnifique fantasmagorie--je pourrais me laver de mes ordures1 tre sauv8444 ,mais alors1 mais alors1 c'est donc que ,dieu existerait8444 ,je restai quelques minutes perdu4 ,puis je repris3 oh6 si ,dieu existait1 quelle chance pour moi4 ,aussitt1 comme si les nues se rassemblaient1 il fit nuit dans mon me4 ,une voix perante--que je n'avais jamais entendue--s'leva en moi qui me disait3--,allons1 pauvre chimrique1 vas-tu te laisser prendre ce gluau8 ,tout cela1 c'est de la littrature4 ,tu sais trs bien1 au fond1 que le catholicisme n'est qu'une fable vermoulue4 ,et tu serais une dupe si tu cessais de t'en gausser4 --,sans doute1 sans doute1 rpondis-je1 mais1 tout de mme1 c'est bien trange ce que je viens de subir444 ,je ramassai le livre2 je continuai ma promenade1 troubl au del de ce que je puis dire4 ,je me rptais3 ,existe-t-il8 ,existe-t-il8 ,et chaque fois que j'articulais cette phrase anxieuse1 la voix aigre--ah6 que de jours je devais l'entendre encore--s'criait3 ,sot1 double sot1 tu ferais bien mieux de fabriquer quelques vers la gloire des dryades444 ,puis le sombre ricanement1 dj entendu la nuit qui suivit ma confrence1 me parcourait l'me4 ,pourtant je ne me laissai pas entraner tourner en plaisanterie cette impression si nouvelle4 ,une douceur insolite m'emplissait le cur et d'autre part1 je ne sais quelle poignante apprhension d'un inconnu redoutable autour de moi me faisait soupirer4--,a ce moment1 je m'aperus que mes joues taient couvertes de larmes qui avaient ruissel sans que je m'en fusse dout4 ,ce fut dans cet tat d'esprit que je rentrai la maison4 ,je m'y montrai si taciturne que la dame aux yeux noirs1 pour lors en humeur de dispute1 s'bahit qu'au lieu de lui rpondre1 comme de coutume1 par une vole d'invectives1 je me contentasse de hausser les paules en silence444 ,on croira que touch fond par la ,grce1 comme je venais de l'tre1 je demeurai au moins le reste de la journe sous le coup de cette atteinte si imprvue4 ,mais il parat que le ,mauvais avait conu quelque apprhension de me voir lui chapper1 car il ne perdit pas de temps pour me ressaisir4 ,l'aprs-midi1 mon ami ,c4441 un lettr avec qui j'entretenais des relations assez suivies1 vint me rendre visite4 ,il me proposa de faire un tour dans le parc du chteau de ,fontainebleau4 ,toute occasion m'tant bonne pour fuir mon triste mnage1 j'acquiesai aussitt4 ,et nous fmes dehors4 ,c4441 homme de cur et de sensibilit vibrante1 tait alors proccup par l'ide religieuse4 ,les vaticinations pompeuses de la ,science ne le satisfaisaient pas plus que moi4 ,tout en balanant fort se tourner vers l',eglise1 il n'tait pas loin d'affirmer son respect pour le ,dieu de l',evangile4 ,comme ce lui tait devenu un sujet de mditation assez habituel1 aprs quelques propos de littrature et d'art1 il mit l'entretien sur cette question4 ,en substance1 il me dit ceci3 --,j'ai beau faire1 je ne puis me contenter des thories du rationalisme4 ,elles laissent inassouvie une part de mon me4 ,je souffre d'une inquitude qui rclame une conviction ferme pour s'apaiser un peu4 ,j'essaie bien de revenir aux dogmes du christianisme tels que j'appris les aimer jadis4 ,mais ds que je m'oriente de ce ct1 ma raison se cabre et1 si j'insiste1 refuse de les admettre4 ,pourtant1 j'aurais bien besoin d'une rgle de vie qui me serait un frein contre les carts o m'entrane mon imagination4 ,et il y a des moments--aujourd'hui par exemple--o il me semble que le ,surnaturel pourrait me la fournir1 cette rgle4 ,il s'exprimait d'un ton pos1 comme un homme qui a beaucoup rflchi et qui est sur le point de prendre le parti le plus sage4 ,je l'avais cout avec attention1 sans l'interrompre et1 part moi1 je m'tonnais de cette concidence entre nos proccupations4 ,la logique et donc exig que je lui confie mes incertitudes si pareilles aux siennes4 ,il tait indiqu de lui narrer le bouleversement de mon me et de lui relater le coup de foudre reu le matin4--,peut-tre que1 nous aidant l'un l'autre1 nous aurions trouv le chemin vers la ,vrit adorable4 ,eh bien1 rien de cela n'arriva4 ,j'eus un mouvement d'irritation constater chez lui ce que j'prouvais moi-mme1 et d'une faon encore plus intense4 ,je ne sais qui--ou plutt je le sais trs bien maintenant--s'empara de ma langue et me fora de profrer une kyrielle de blasphmes--non pas de grosses injures1 mais de sarcasmes tournure littraire--qui me venaient au cerveau avec une abondance extraordinaire4 ,j'ajoutai une apologie vhmente du polythisme grec et enfin je lui citai1 non sans orgueil1 une phrase prise d'un de mes crits les plus rotiques et o la ,sainte ,vierge tait mise sous les pieds de l',aphrodite4 ,je revois1 par la pense1 l'endroit o j'jectai ce paquet de vipres4 ,c'tait au milieu de l'alle de vieux ormes qui longe la rive gauche du ,grand-,canal4 ,c4441 que la violence de mon discours et l'attrait sensuel de ma dialectique avaient branl1 reprit3--,oui1 coup sr1 vive ,aphrodite6 ,cependant il me faudrait quelques lectures qui m'affermissent contre ces retours du christianisme dont je me sens rellement troubl1 je vous l'affirme encore4 ,alors1 je repartis de plus belle4 ,je lui conseillai de se procurer tout ,renan et de s'assimiler1 en prenant des notes1 cette confiture opiace4 ,je lui recommandai d'apprendre par cur la ,prire sur l',acropole4 ,je lui prescrivis ,ptrone1 ,catulle1 ,horace4 ,je lui vantai les aphorismes de ,nietzsche et l',essai d'une morale sans obligation ni sanction de ,guyau4 ,ces objurgations taient d'autant plus bizarres que1 pour moi1 je ne croyais plus l'efficacit de ces drogues4 ,mais1 comme je viens de le dire1 j'tais oblig par une force1 qui m'tait la fois intime et trangre1 de dtourner ainsi mon ami de la voie ,unique4 ,c444 me quitta1 rendurci dans sa mcrance et non sans avoir fait chorus quelques plaisanteries sacrilges par quoi je conclus ma diatribe4 ,a peine seul1 je ressentis presque de l'effroi4 ,car1 rcapituler notre conversation1 je dcouvris1 de la faon la plus claire1 que quelqu'un semblait s'tre substitu moi pour carter de ,dieu mon ami1 puisque je venais de parler contre ma pense actuelle4 --,enfin1 m'criai-je1 qu'est-ce que cela veut dire8 ,tout aurait d me porter encourager ,c444 dans son penchant vers l',idal chrtien1 tant donn que moi-mme1 il n'y a pas trois heures1 j'ai t boulevers1 jusqu'aux larmes par un dsir analogue444 ,c'tait moi et ce n'tait pas moi qui parlais4 ,suis-je donc le ,sosie de quelque ,herms invisible8 ,car quoi1 je ne divague pas3 j'analyse avec nettet mes ides1 mes sensations aussi444 ,c'est croire que le ,diable existe et qu'il a le pouvoir de nous transformer la cervelle en un phonographe o il inscrit ses arguments444 ,en tout cas1 j'ai1 prsent la certitude d'avoir discouru rebours de ce que m'indiquait ma conscience444 ,je m'en vais donc courir chez ,c4441 le prier de ne tenir aucun compte de mes paroles et de marcher dans le sens o il se juge attir4 ,dj je me dirigeais vers le logis de ,c444 quand une mauvaise honte m'arrta net3--,il va se demander ce que signifie ce revirement brusque4 ,et si j'insiste1 il me prendra pour un fol inconsistant4 ,puis une bouffe de scepticisme me fit faire un geste d'insouciance3 --,bah6 repris-je1 tout cela n'a pas d'importance3 c'est une des scnes de la farce qu'un ,dmiourge factieux et lugubre se joue aux dpens des hommes4 ,j'ai bien assez d'ennuis avec mes propres tats d'me sans assumer encore1 par-dessus le march1 ceux de mon ami ,c444 ,qu'il se tire d'affaires comme il l'entendra444 ,et je tournai les talons4 ,je venais d'tre si docile aux instigations du ,diable que1 rentr chez moi1 il poursuivit son avantage4 ,sans dsemparer1 j'crivis les premires lignes d'un article contre l',eglise destin je ne sais plus quel papier qui vendait de l'anticlricalisme4 ,puis j'allai me coucher4 ,or voici que1 dans la nuit1 ,grce du ,bon ,dieu1 vous me revntes4 ,je m'veillai en sursaut la suite d'un rve o je vis se peindre1 en images radieuses1 la vision de ,dante lue la veille4 ,tout s'y trouvait3 la vaste mer aux lames souriantes1 la montagne escarpe du ,purgatoire dont le sommet se perdait dans une brume irise o passaient des lueurs d'or1 l',ange ployant ses grandes ailes blanches1 la barque pleine d'esprits qui chantaient le psaume de la dlivrance4 ,et les deux ,potes fixaient sur moi des regards chargs d'une tristesse infinie1 tandis que rsonnaient les accords onduleux d'une musique semblable au chant de la brise dans les futaies de pins4 ,le cur battant coups presss1 je mditai1 quelques minutes1 sur la beaut de ce songe4 ,un lourd sanglot1 qui ne pouvait pas clater1 m'oppressait4 ,et soudain1 comme si un ordre imprieux venait de m'tre signifi1 je me prcipitai bas de mon lit4 ,je courus1 pieds nus1 mon cabinet de travail2 je pris l'article immonde et je le dchirai en vingt morceaux que je jetai au panier4 ,recouch1 je me dis3--,demain1 je retournerai dans la fort4 ,l1 parmi cette frache mlodie des ramures qui me fut toujours lnifiante1 parmi les gents en fleurs1 j'examinerai mon me fond4 ,si je dcouvre qu'elle veut croire1 eh bien1 je me jure de ne pas lui barrer la route4 ,aussitt1 je me sentis trs calme2 une grande joie me pntra le cur2 et je m'endormis d'un sommeil paisible444 ,agneau de ,dieu1 vous aviez eu piti de moi2 vous veilliez mon chevet444 ,,iv ,avant de continuer ce rcit1 il importe de mentionner que1 pour la rdaction des chapitres qui prcdent comme pour ce qui va suivre1 je me suis servi des carnets de notes o je consigne1 depuis des annes1 les principaux vnements de mon existence et les rflexions qu'ils me suggrent4 ,aid1 en outre1 par l'excellente mmoire dont le ,bon ,dieu a bien voulu me favoriser1 j'ai pu retracer1 sans omissions graves ni erreurs1 les crises de conscience par lesquelles je passais4 ,et c'est ainsi qu'il m'a t facile d'indiquer1 d'une faon exacte1 les endroits o se jourent les actes du drame dont j'tais le sujet4 ,puis1 la lumire de la ,grce1 certains faits1 qui me semblaient obscurs au moment o ils se produisirent1 se sont clairs4 ,c'est pourquoi je prie humblement le lecteur de bonne foi de se tenir pour assur que c'est un homme non seulement sincre1 mais renseign sur lui-mme qui parle ici4 ,donc1 le matin qui suivit ce songe o ,matre ,alighieri m'avait assist1 comme il le fut lui-mme par ,virgile1 je me levai1 ds qu'il fit jour1 et je gagnai ma futaie de prdilection3 celle des ,fosses ,rouges4 ,il faisait un temps admirable4 ,le ciel1 trs haut1 trs bleu1 o le soleil rayonnait comme le corps glorieux d'un ,archange1 versait une pluie d'or diamante sur les jeunes frondaisons4 ,toutes les pousses du printemps son apoge finissaient de s'panouir4 ,la fort s'tait pare des couleurs de l'esprance et de l'allgresse4 ,o fte des clarts nouvelles1 des sves exubrantes et des feuillages tendres1 que tu me semblas merveilleuse6 ,sous les arbres1 il rgnait une lumire adoucie qui se teintait de toutes les nuances du vert et qui1 aux lointains1 devenait presque mauve4 ,les ramures1 frmissantes sous les caresses d'un vent tide1 projetaient sur le sable du chemin et sur l'herbe fine qu'toilaient des pervenches et des fleurs de fraisiers1 des ombres roses4 ,les fougres balanaient leurs palmes dlicates4 ,des merles sifflaient1 insoucieux1 et des ramiers roucoulaient amoureusement2 l'on et dit1 parmi les grs sonores1 des chants de cascatelles et des carillons de clochettes en cristal4 ,je suivais1 pas lents1 le sentier si bien trac par ,charles ,colinet4 ,il traverse la futaie dans sa plus grande largeur1 non pas selon l'agaante ligne droite1 mais en dcrivant nombre de courbes capricieuses1 en pousant toutes les pentes4 ,si bien que nul aspect de ce site accident n'chappe aux regards admiratifs du promeneur4 ,j'tais dans le ravissement de cette beaut4 ,je saluais les vieux chnes barbus de mousse argente et graves comme des patriarches4 ,les htres et les charmes1 en cpes sept ou huit tiges1 me semblaient des tuyaux d'orgue o la sylve exhalait le cantique de sa joie4 ,lorsque les souffles abaissaient puis relevaient en cadence les feuillages oliens1 je croyais sentir passer sur ma face l'ombre vermeille de grandes ailes angliques4 ,j'aspirais1 pleins poumons1 l'arome salubre des sves4--,que c'est beau6 ,que c'est beau6 me rptais-je1 les mains jointes4 ,et cette effusion1 n'est-ce pas1 c'tait dj presque une prire4 ,certes1 on et dit que parmi toute cette splendeur et toute cette douceur1 le ,saint ,esprit s'pandait en effluves radieux et bnissait la fort sacre4 ,on comprend que1 tout mu encore de mon rve de la nuit prcdente1 je gotai1 jusqu'au plus profond de mon tre1 les sensations heureuses que me prodiguait ce printemps dlectable4 ,mon me s'ouvrait1 humble et docile1 aux bonnes penses2 jamais je n'avais t mieux prpar recevoir les appels de la ,grce4 ,ce fut d'abord presque avec timidit que je regardai en moi-mme4 ,j'apprhendais un peu d'y retrouver quelques restes des tnbres mphitiques o je m'tais gar la veille4 ,il y eut bien une vague vellit de ricanement diabolique l'encontre de la joie qui m'emplissait le cur4 ,mais l'emprise de la ,grce tait trop forte ce moment2 la tentation se dissipa comme une vaine fume2 le ,diable humili fit silence4 ,rassur de ce ct1 je me dis3 ,voyons1 il s'agit1 cette fois1 d'tablir le bilan de mes doutes et de mes convictions4 ,repassons les articles du credo scientifique2 pluchons d'abord paganisme1 bouddhisme et panthisme4 ,analysons-nous en toute franchise1 sans faux-fuyants et sans dtours4 ,je rcapitulai donc panthisme1 bouddhisme1 paganisme4 ,et je m'aperus tout de suite que ces erreurs n'avaient pris de force que par l'ivresse de mes sens ou par mon dgot des ,agits pervers qui mnent au gouffre la socit contemporaine4 ,le voile que ces illusions avaient dploy devant les yeux de mon esprit se dchira d'un seul coup et la brise printanire en emporta les lambeaux4--,hlas1 il se retissa par la suite2 cela m'arriva chaque fois que je me bouchai les oreilles pour ne pas entendre la voix divine qui me sollicitait4 ,pourtant1 jamais plus l'toffe n'en redevint aussi rsistante que nagure4 ,quant la science1 je n'eus pas beaucoup m'interroger4 ,aprs avoir recens avec soin les thories matrialistes1 je m'aperus1 plein d'un tonnement joyeux1 que l'difice ne tenait plus debout4 ,je n'eus qu' donner un coup de pioche et tout s'effondra4 ,l'croulement fut total--et dfinitif4 ,je peux affirmer que1 depuis1 en aucune occasion1 cette lourde btisse ne s'est rdifie en moi4 --,maintenant1 que me reste-t-il8 m'criai-je4 ,aussitt1 il me fut rpondu1 tout bas1 au dedans de moi3--,dieu6 ,je tressaillis et j'eus un mouvement de recul4 ,mais la voix intrieure et si douce reprit3--,dieu6 ,et il me sembla que les feuillages chanteurs rptaient autour de moi3--,dieu6 le ,seigneur ,dieu6 ,j'hsitai1 je cherchai par o me drober tant ce nom me faisait peur4 ,puis prenant mon parti3--,soit1 dis-je1 je veux bien aller ,lui4 ,mais comment m'y prendre8444 ,il arrive parfois1 lorsqu'on erre dans les parties rocheuses de la fort1 sans suivre de chemin trac1 qu'on aboutit au fond d'un dfil o les blocs de grs paraissent se rejoindre pour vous empcher d'avancer4 ,on n'aperoit d'abord nulle issue4 ,on pourrait revenir sur ses pas1 mais on n'y consent point parce qu'on se doute que1 de l'autre ct de ces pierres1 il y a des choses merveilleuses voir4 ,on s'approche et1 ds qu'on est tout prs1 on dcouvre un passage troit1 obscur1 encombr de ronces1 mais tout de mme praticable4--,on s'y glisse1 en butant et en chancelant2 on se rattrape aux ronces qui vous ensanglantent les mains1 on s'appuie aux parois du roc1 on tombe1 on se relve1--et enfin l'on dbouche sur une esplanade1 baigne de clarts1 du haut de laquelle on admire l'infini un paysage grandiose4 ,cette image rend on ne peut mieux non seulement cet pisode de ma conversion mais aussi ce qui devait m'arriver jusqu'au jour o l',eglise accueillit dans son giron le pauvre pcheur repentant4 ,tout en tergiversant1 comme je viens de le dire1 j'arrivai dans le bas des ,fosses ,rouges1 au carrefour du ,pivert4 ,l1 le sentier bifurque3 gauche1 il grimpe vers ,mont-,chauvet1 droite1 il s'enfonce dans la futaie du ,nid de l',aigle4 ,je pris droite2 et aprs avoir march quelques pas1 je quittai le chemin pour entrer dans la brousse4 ,je trouvai1 au pied d'un chne1 une pierre moussue o je m'assis et je me demandai ce que j'allais construire pour remplacer le temple des vaines idoles dont les derniers dbris roulaient1 ple-mle1 hors de mon me4 ,j'tais dans un tat de parfait quilibre1 plein d'une quitude rarement ressentie4 ,et je me sentais si lucide que je pouvais suivre sans peine toutes mes associations d'ides4 ,c'est l encore un des bienfaits de la ,grce4 ,certes1 les minutes o elle nous soulve hors de nous-mme et nous remplit de rayons1 en un ravissement ineffable1 sont splendides4 ,mais combien douces galement les heures qu'elle choisit pour couler en nous comme un fleuve paisible et majestueux o nos penses se refltent1 plus prcises qu'elles ne le furent jamais4 ,alors le calme dont on jouit1 la perspicacit nouvelle qu'on se dcouvre permettent de dgrossir les matriaux pour le tabernacle o le ,seigneur descendra quand il le jugera suffisamment purifi4 ,a l'endroit o j'tais assis1 les buissons m'entouraient de toutes parts de sorte que du sentier1 l'on ne pouvait m'apercevoir4--,on verra pourquoi je donne ce dtail4 ,le dos appuy au tronc du chne1 les prunelles leves vers le ciel radieux qui semait des mdailles de soleil sur le sable1 je me dis3--,un fait existe1 c'est que1 depuis qu'il y a des hommes pour se poser le problme du3 ,pourquoi sommes-nous mis au monde1 cent religions et autant de philosophies ont tent de le rsoudre4 ,elles ont vari sans cesse1 suivant les milieux1 les circonstances1 les modes1 et surtout suivant les caprices de l'esprit humain4 ,des croyances sont nes1 se sont dveloppes1 ont pri4 ,la raison et la science se sont vertues donner une explication de l'univers4 ,jamais elles n'ont russi rien tablir de stable puisque telle hypothse1 tenue hier pour la vrit1 est remplace aujourd'hui par une hypothse nouvelle qui1 demain1 sera elle-mme dtrne par une autre conjecture4 ,cela une exprience sculaire le prouve4 ,or il faut reconnatre que seule1 parmi cette versatilit perptuelle1 l',eglise catholique demeure immuable4 ,ses dogmes ont t poss ds sa fondation4 ,on les trouve dj1 en substance1 dans les ,evangiles4 ,depuis1 les ,aptres et les ,pres n'ont fait que les dvelopper1 les affirmer1 en dduire une liturgie et une discipline4 ,jamais nul d'entre eux n'a vari3 tous sont rests constamment en communion parfaite d'ides et de sentiments4 ,tandis que les savants et les philosophes sont livrs aux disputes continuelles4 ,tandis que les hrsiarques ne cessent de se morceler en une foule de sectes o chacun interprte ,dieu sa faon4 ,et voil dix-neuf cents ans que cela dure4 ,l',eglise maintient sa foi intacte cependant qu'autour d'elle1 doctrines et thories tourbillonnent comme des feuilles mortes emportes par un cyclone4 ,c'est justement cette constance de l',eglise maintenir les enseignements du ,christ en un faisceau que1 depuis des sicles1 rien n'a pu rompre1 qui courrouce si fort ses adversaires4 ,fils de l'inquitude et du changement1 une telle mystrieuse unit les tonne et les irrite la fois4 ,n'ai-je pas1 moi-mme1 publi maintes pages o je reprochais l',eglise de ne pas voluer1 o je la traitais de corps inerte1 d'organe vestigiaire entravant la marche de la civilisation8 ,et encore chez moi1 ce n'tait que l'orgueil tourdi d'un fanfaron d'indiscipline qui se figure que sa faon de penser prime celle de saint ,paul1 de saint ,jrme et de saint ,bernard1 lesquels ne passent cependant point pour des imbciles4 ,mais prenons des esprits destructeurs comme les encyclopdistes1 qu'ont-ils fait d'autre que d'uriner contre les murs de l',eglise dans l'espoir d'en branler la base4 ,a quoi se ramnent leurs attaques8--,a des rabchages sur l'omnipotence de la sensation1 des plaisanteries d'un got douteux touchant telle lgende ou telle prophtie dont ils ne comprenaient probablement pas le sens4 ,ils ont jet par terre une socit4 ,ont-ils construit8--,point3 puisque leurs menes ont cr cette ,france en dcomposition et1 par contre-coup1 cette ,europe incohrente o les nations chrtiennes se dsagrgent et penchent vers la subversion totale et vers la barbarie que leur prpare le socialisme4 ,d'autre part1 si je considre1 par exemple un ,balzac1 gnie dont l'uvre domine le ,x,i,xe sicle1 que me fournit-il8 ,l'affirmation1 avec preuves l'appui1 que notre flau l'individualisme1 n de la ,rvolution1 source des variations perptuelles1 a pour premire cause ces fameux principes encyclopdiques dont les diffrents rgimes qui se succdent au pouvoir depuis plus de cent ans1 se sont si follement infatus4 ,qu'est-ce que ,balzac en a conclu8 ,ceci3 que l',eglise tant immuable pouvait seule allumer le phare dont la lumire serait assez puissante pour rallier toutes ces barques la drive dans la brume que sont nos institutions et nos sciences4 ,voil donc une grande intelligence1 doue d'une perspicacit suprieure1 cela1 mme les indiffrents l'avouent4 ,elle n'a fait que rpter1 avec une force imprieuse1 ce que les dfenseurs de l',eglise proclament depuis les origines1 savoir qu'en dehors d'elle1 il n'y a point de salut4--,et je suis bien oblig de reconnatre que les faits leur donnent raison4 ,donc l',eglise n'ayant jamais vari1 son unit1 sa constance doivent avoir une cause plus qu'humaine puisque l'humanit1 livre elle-mme1 n'est que changement4 ,en outre les prceptes de sa morale sont salutaires et il est certain que si nous les appliquions1 nous n'en vaudrions que mieux4 ,par suite ces prceptes doivent tre propres fournir une rgle de vie aux pauvres mes qui1 comme la mienne1 errent douloureusement de grves dsertes en rcifs1 faute d'avoir trouv le havre tranquille o elles pourraient jeter l'ancre4 ,oui1 continuai-je1 tout heureux d'avoir enfin aperu un flambeau dans mes tnbres1 l',eglise doit dtenir la vrit consolatrice et salvatrice4 ,et si elle la dtient1 comme elle dclare procder d'une rvlation divine1 c'est donc que ,dieu existe6444 ,ah comme1 alors1 je respirai l'aise6 ,la fort me parut transfigure2 et on et dit que les rayons du ciel imprgnaient toujours davantage ses frondaisons harmonieuses4 ,une force nouvelle coulait dans mes veines4 ,j'aurais pu m'crier1 avec saint ,augustin3 ,je ne vous aimais pas encore1 mon ,dieu1 vous qui tes maintenant la lumire de mon cur1 vous qui soutenez et fortifiez mon esprit4 ,et pourtant j'entendais votre voix me crier de tous cts3 ,courage6 ,courage#d6444 #d ,confessions3 livre ,i1 chap4 ,,xiii4 ,mon me s'panouissait toute2 et je compris qu'il fallait rendre grces4 ,je tombai genoux sur la pierre moussue et1 pour la premire fois depuis ma quinzime anne1 je priai3 --,mon ,dieu1 dis-je1 puisque vous existez1 venez mon secours4 ,vous voyez3 je suis l'homme de bonne volont qui ne demande qu' vous obir4 ,assistez-moi1 instruisez-moi1 clairez-moi444 ,ce fut tout3 mais c'tait suffisant puisque jamais plus1 partir de ce matin1 la conviction que ,dieu existait ne sortit de mon me4 ,je devais encore m'garer de bien des faons1 rsister en maintes occasions1 aux appels de la ,grce1 me souiller de pchs nombreux4 ,cependant ma foi dans la ,providence divine persista4 ,si imparfaite qu'elle ft1 elle me soutint dans mes traverses et mes peines jusqu'au jour o le ,bon ,dieu estima qu'il tait temps de me ramener tout fait ,lui et o sa ,grce me foudroya dfinitivement4 ,je me relevai1 les yeux pleins de larmes1 aprs cette prire et je me dis3--,puisque ma raison comme mon cur acceptent cette ide de la prminence de l',eglise catholique1 il faudrait maintenant me mettre l'cole auprs de ceux qui sont missionns pour expliquer sa doctrine4 ,car j'ignore peu prs tout de ses principes les plus essentiels et le peu que j'en connais est dform en moi par les crits et les dires des sophistes dont je partageai l'aberration4 ,la logique exigeait que j'agisse de la sorte4 ,pourtant je me sentis en proie une vritable panique la seule pense d'aller trouver un prtre4 ,je ne sais quelle prvention me retenait4 ,d'autre part1 je craignais d'tre mal reu4--,ah6 que j'ignorais l'infinie ,charit de l',eglise6 ,et puis1 il y avait du respect humain dans mon cas3--,j'aurai l'air d'un nigaud444 ,que diront mes amis8444 ,entrer dans une glise et m'y agenouiller au vu et au su de tout le monde1 c'est bien ennuyeux4 ,je dus me rpondre aussitt3--,un homme qui pratique ce qu'il croit tre la vrit n'est jamais ridicule2 quant tes amis1 il en est parmi eux qui sont des catholiques fervents3 ceux-l ne pourront que se rjouir de ta conversion4 ,les autres1 tu n'as pas coutume de te conduire d'aprs leurs opinions puisque tu es renomm pour l'indpendance ombrageuse de ton caractre4 ,aller la messe n'est pas plus difficile car beaucoup qui valent mieux que toi1 et qui ne sont pas des sots1 le font444 ,je me disais tout cela et pourtant je ne parvenais pas me dcider4 ,je me dbattais contre mes propres raisonnements4 ,en mme temps1 je sentais grouiller au fond de moi1 comme un nud de vipres sous une touffe d'aubpine en fleurs1 des railleries et des blasphmes1 que je n'acceptais pas et qui pourtant m'obsdaient4--,le ,diable1 un moment dconcert1 relevait la tte4 ,nanmoins1 je ne me laissai pas faire3--,pouah6 m'criai-je1 vais-je encore triturer toutes ces salets8 ,non pas3 je veux dsormais en garder mon me indemne444 ,louable rsolution3 mais j'aurais d la corroborer par une entre immdiate dans l',eglise4 ,or j'avais beau m'inciter cette dmarche dcisive1 je ne pouvais m'y rsoudre4 ,je pris donc un moyen terme3--,il faut1 dis-je1 avant tout1 que j'acquire quelques notions touchant le catholicisme1 que j'tudie1 au moins1 ses dogmes fondamentaux4 ,aprs1 aprs444 je verrai6 ,tandis que je balanais de la sorte1 j'entendis marcher dans le sentier4 ,je regardai travers le taillis4 ,et je vis un vieux prtre1 qui venait du ,nid de l',aigle et qui se dirigeait de mon ct4 ,il lisait son brviaire et levait parfois les yeux pour admirer la futaie chatoyante4 ,dissimul1 comme je l'tais1 dans le fourr1 il ne pouvait m'apercevoir4 ,je le regardais anxieusement s'approcher4 ,il devait seulement tre de passage ,fontainebleau car1 les figures du clerg de la ville m'taient familires et je ne le reconnus pas pour en faire partie4 ,par la suite1 je ne l'ai1 d'ailleurs1 jamais revu4 ,il rcitait sans doute l',angelus puisque1 quand il fut arriv la hauteur du chne o je m'appuyais1 il pronona ces mots que je saisis trs distinctement3--,et ,verbum caro factum est3 ,et habitavit in nobis444 ,a l'our1 un frisson me passa par tout le corps4 ,je me rptai tout bas3--,le ,verbe s'est fait chair2 il habita parmi nous6 ,o mon ,dieu1 c'tait une grce de plus que vous me faisiez4 ,au moment mme o je venais de remettre mon me entre vos mains adorables1 vous avez voulu qu'une parole de ,votre ,sagesse me ft ainsi rvle4 ,pre1 ,fils1 ,saint-,esprit1 soyez-en glorifi tant qu'il me restera un souffle d'existence pour me prosterner devant ,vous444 ,j'tais si boulevers2 ces phrases divines rsonnaient si haut en moi que je demeurai immobile2 le vieux prtre dpassa mon gte sans se douter que j'tais l4 ,je le regardai s'loigner1 dans une sorte de stupeur4 ,mais quand il fut deux cents mtres environ1 je ne sais quelle force me poussa4 ,il me sembla entendre crier au dedans de moi3--,va6444 ,je sortis de mon rduit1 avec un grand fracas de branches froisses1 et je courus vers lui1 en l'appelant3--,monsieur1 monsieur1 s'il vous plat6444 ,il se retourna1 parut surpris et mme un peu alarm4 ,en effet je devais avoir vaguement l'apparence d'un malandrin surgi du fourr pour lui demander la bourse ou la vie4 ,mais il demeura1 sur place m'attendre4 ,quand je fus prs de lui1 je ne sus quoi dire4 ,ma langue restait colle mon palais4 ,je me sentais tout effar4 ,il m'examina et voyant que je gardais le silence1 il me demanda3--,que dsirez-vous1 ,monsieur8 ,les larmes1 alors1 ruisselrent sur mes joues et je ne pus que lui rpondre ceci3--,monsieur1 je vous en supplie1 priez pour moi4 ,mon moi1 l'angoisse qu'exprimait toute mon attitude le touchrent4 ,il comprit1 certes1 qu'il avait devant lui un homme en dtresse4 ,aprs m'avoir sond d'un regard aigu1 il reprit3--,oui1 monsieur1 je vous promets de prier pour vous2 et je vais le faire tout de suite4 ,puis1 levant la main droite1 il me bnit4 ,ensuite il attendit que je parlasse de nouveau4 ,mais moi1 pauvre misrable1 je demeurais muet1 la tte basse1 n'osant rien ajouter4 ,il eut sans doute l'intuition que mon heure n'tait pas venue car1 me saluant profondment1 il rpta3 --,oui1 mon bon monsieur1 je vais prier pour vous4 ,et il s'loigna4 ,quand il eut disparu au tournant du sentier1 je restai quelques minutes indcis4 ,j'aurais voulu le rejoindre et1 d'autre part1 quelque chose comme une main rigoureuse me retenait4 ,je me sentais heureux au possible et la fois triste jusqu'au fond de mon tre4 ,pourtant la joie l'emportait4 ,si bien que je m'en allai1 au hasard dans la fort1 me rptant sans cesse ces mots dont la beaut surnaturelle me transportait3--,et le ,verbe s'est fait chair4 ,et il habita parmi nous444 ,et de grandes vagues de lumire dferlaient majestueusement dans mon me qui en restait toute lumineuse4 ,sainte-,trinit1 que vos voies sont sublimes4 ,vous avez voulu1 en ce jour1 imprimer1 dans l'esprit du pauvre ignorant1 le mystre adorable de ,votre ,incarnation4 ,sera-ce assez de toute une vie de prires pour reconnatre cette munificence de votre ,grce8 ,sainte-,vierge1 ,mre de misricorde1 ,refuge des pcheurs1 intercdez auprs de ,votre ,fils1 pour qu',il m'octroie la faveur de ne jamais oublier le miracle que sa charit produisit alors en moi444 ,v ,arriv cette tape de mon voyage vers la ,vrit1 il semblera peut-tre1 certains1 que j'allais progresser rapidement et1 surtout1 ne pas retourner en arrire4 ,combien qui1 une fois revenus ,dieu1 l'auraient servi sans hsitations dsormais6 ,mais moi1 tout ondoyant encore1 bien que j'eusse acquis le sentiment trs ferme que mon me faisait peau neuve1 je ne pouvais pas me dcider risquer le pas dcisif3 c'est--dire rentrer dans l',eglise4 ,si relle que soit leur foi1 les chrtiens savent comme il nous est difficile de nous garder dignes de la ,grce et de maintenir intacte notre cuirasse de prires de faon que la rouille des pchs n'y morde pas et que le ,mauvais n'en fausse point l'armature4 ,a plus forte raison1 l'homme en marche pour se convertir ne cesse de trbucher contre tous les obstacles4 ,ne confiant personne mes incertitudes et mes dsirs du ,bien ternel1 j'tais trs faible contre moi-mme4 ,et je ne laissais pas de jeter des regards affriands vers les demeures de perdition d'o le ,bon ,dieu m'avait expuls4 ,c'tait une guerre continuelle o j'aurais t vaincu plus souvent encore si je n'avais t protg1 mon insu1 par la ,sainte ,vierge4 ,certes1 la voie o je m'engageais1 sous la conduite de la ,grce1 tait radieuse et traversait des contres o rgne la tideur d'un perptuel renouveau3 ,et pourtant1 il y avait beaucoup de jours o elle me paraissait obscure et froide4 ,je me disais3--,si je retournais mon palais de l'orgueil et des sens en liesse8 ,mon me grelotte4 ,pour la rchauffer1 j'y allumerais un grand feu4 ,j'y tendrais des tapisseries o serait tiss le triomphe d',aphrodite4 ,et je festoierais sans plus me soucier de ce ,dieu qui me sollicite4 ,la tentation devenait parfois si forte que j'y cdais4 ,je me gorgeais de fruits dfendus1 je me solais des vins capiteux du dilettantisme4 ,mais le dgot me prenait bientt4 ,je brisais mon verre sur le plancher1 je lanais les plats par la fentre4 ,et tout frmissant d'un remords que je n'avais jamais connu auparavant1 je reprenais l'escalade de la colline au sommet de laquelle la ,croix scintille comme une toile4 ,la misricorde du ,bon ,dieu est si grande qu'il me pardonnait mes dfections et qu'il m'octroyait de nouvelles forces pour mieux rsister aux soubresauts de l'me lpreuse qui agonisait en moi4 ,qu'on songe que je n'avais pour me soutenir ni le ,sacrement de ,pnitence1 ni la ,sainte-,eucharistie4 ,j'tais seul--ah6 oui bien seul--depuis ma premire enfance qui n'avait reu que les enseignements de l'incrdulit4 ,ensuite1 de onze dix-huit ans1 je n'avais point connu de foyer o apprendre l'observation des devoirs moraux les plus lmentaires4 ,en effet1 les miens1 diviss1 en guerre les uns contre les autres1 s'occupaient peu de l'enfant sensuel et rveur que j'tais4 ,s'ils le faisaient1 par boutades1 c'tait pour tenter de m'inculquer leurs rancunes rciproques ou pour exprimenter sur moi des mthodes d'ducation contradictoires4 ,ainsi1 un jour1 on s'tonnait navement que je fusse indocile1 raisonneur et plus enclin m'en aller rver sous les arbres qu' m'intresser aux querelles de la famille4 ,alors on me punissait tour de bras4 ,le lendemain1 l'on dclarait qu'il est bon de laisser les enfants se dvelopper eux-mmes et que la nature leur apprendra le bien et le mal4 ,et c'tait un prtexte pour ne pas plus se soucier de moi que si je n'eusse pas exist4 ,j'en profitais pour vagabonder dans la campagne et pour esquisser de vagues vers4 ,car1 dj1 l'esprit de posie me possdait fort4 ,cela1 c'taient mes vacances4 ,de retour au collge1 il me fallait mchonner la nourriture coriace que des pdants moroses1 ennuys de leur mtier1 me distribuaient1 parmi une grle de pensums et de retenues4 ,entre-temps1 j'tais livr la bise du protestantisme qui me gerait la surface de l'me sans1 heureusement1 pntrer jusqu'au cur4 ,puis ce fut le rgiment o je piaffai comme un poulain chapp4 ,puis la vie littraire ,paris4 ,nous tions une troupe de potes pris d'art jusqu' la frnsie--pris aussi de sensations outrancires4 ,entre tous ces compagnons de la vie intense1 j'tais le plus ardent4 ,si l'un proposait3 ,allons faire la fte1 je m'criais aussitt3--,n'y allons pas2 courons-y6 ,trois choses me prservrent relativement3 mon got du travail2 mon penchant vers la solitude en pleine nature qui amenrent ma fuite de ,paris pour vivre la campagne4 ,enfin1 l'amour d'une femme admirable d'un dvouement et d'une constance qui ne se dmentirent jamais1 malgr les chagrins dont je l'avais abreuve444 ,elle mourut1 hlas1 trop tt1 dans des conditions tragiques4 ,et je la remplaai1 follement1 par la dame aux yeux noirs qui me fit tant de mal444 ,en retraant1 grands traits1 ces pisodes de mon enfance et de ma jeunesse1 comme en rcapitulant1 plus haut1 mes avatars politiques et mes voltiges travers cent doctrines1 j'ai voulu montrer quel point j'tais peu arm pour rsister au mal4 ,sans la ,grce du ,bon ,dieu1 je n'aurais coup sr point russi jeter dfinitivement au foss le lourd fardeau de pchs que je portais4 ,or1 malgr mes reculs et mes rechutes1 je ne laissais pas de progresser4 ,d'abord mes heures d'garement1 loin de ,dieu1 se faisaient de moins en moins frquentes4 ,ensuite il m'arrivait de tenir tte aux tentations4--,oh6 mon moyen de dfense n'tait pas trs compliqu2 je levais les yeux au ciel et je disais3--,mon ,dieu6 ,mon ,dieu6--,et le ,bon ,matre me venait en aide4 ,chaque fois que j'avais ainsi repouss les conseils du ,mauvais1 je me sentais inond d'une joie intrieure et paisible que je n'avais jamais connue auparavant4 ,il est certain que la ,grce ne cessait pas d'oprer mystrieusement en moi sans que j'en eusse l'entire conscience4 ,c'tait1 je crois1 ce travail latent que ,notre-,seigneur a dsign dans la parabole de la ,semence3 ,il en est du ,royaume des cieux comme quand un homme jette de la semence en terre4 ,qu'il dorme ou qu'il veille1 jour et nuit1 la semence germe et elle crot son insu#e4 #e ,ev4 sec4 ,marcum1 ,,iv1 #bf-bg4 ,dans le mme temps1 la phrase de l',angelus3 ,et ,verbum caro factum est2 et habitavit in nobis me revenait sans cesse l'esprit4--,dans mes carnets de cette priode1 je la trouve note1 toutes les quatre ou cinq pages1 sous cette formule elliptique3 ,aujourd'hui1 pens ,verbum et mdit4 ,elle surgissait1 plus particulirement en moi1 dans la solitude de la fort--alors que j'tais occup de tout autre chose4 ,je l'entendais d'abord au plus intime de mon tre1 puis je la rptais avec un grand frmissement4 ,je m'arrtais et1 tout en caressant d'une main distraite1 le feuillage tendre de quelque bouleau1 je tombais dans une rverie profonde4 --,ce doit tre1 me disais-je1 la clef qui ouvre la porte du sanctuaire o je voudrais entrer4 ,pourquoi me hante-t-elle1 avec tant de persistance1 cette phrase8 ,on dirait que le ,bon ,dieu tient ce que j'en approfondisse le sens4 ,je m'tonnais2 j'admirais2 et je concluais que cette affirmation3 le ,verbe s'est fait chair2 et il habita parmi nous rsumait certainement le miracle des miracles de la charit divine puisqu'il y tait formul que pour nous gurir du pch et nous ouvrir le ,ciel1 ,dieu avait daign emprunter notre humanit4 ,ces rflexions me causaient un attendrissement tel que j'en demeurais mu des journes entires444 ,ce fut la mme poque que je commenai prier le ,bon ,dieu dans toutes les circonstances o j'tais afflig par des peines morales aussi bien que par des ennuis matriels4 ,je m'agenouillais et je prononais la brve prire suivante3--,mon ,dieu1 puisque vous existez1 venez mon aide1 j'ai confiance en vous4 ,je puis le certifier3 jamais il n'arriva que je ne fusse pas exauc4--,ce n'tait pas toujours de la faon dont je m'y attendais3 mais c'tait toujours pour mon plus grand bien4 ,j'aurais d m'perdre en hymnes de reconnaissance4 ,mais voyez la mauvaise nature du demi-converti3 aprs un remerciement htif1 je ne songeais plus qu' jouir du bienfait qui venait de m'tre octroy4 ,ma conscience m'en faisait des reproches et tentait de me ramener l'ide de ,dieu4 ,mais je rpondais3--,plus tard6 ,plus tard6 ,nous avons bien le temps6444 ,seigneur1 il a fallu que1 las de mon ingratitude1 vous me brisiez par les plus dures souffrances1 pour que je comprisse l'normit de ma dette envers ,vous4 ,je continuais galement regimber contre mon dsir rel d'tudier et de pratiquer cette religion catholique que j'avais reconnue comme la seule vraie4 ,j'avais beau regarder1 avec l'envie violente d'y entrer1 du ct de l',eglise1 je ne parvenais pas me dcider4 ,les mmes futiles objections1 que j'ai rapportes au chapitre prcdent1 se hrissaient sans trve devant moi4 ,elles se corroboraient de sophismes cent fois rabchs et qu'il serait fastidieux de transcrire4 ,je n'en rapporterai qu'un seul parce qu'il m'a poursuivi presque jusqu' la dernire minute qui prcda le triomphe de la ,grce4 ,le voici3--,me faire catholique pratiquant ce serait aliner mon indpendance1 car je me connais1 une fois que j'aurai pris mon parti1 j'irai jusqu'au bout1 n'tant point l'homme des moyens termes4 ,je me tiendrai pour engag d'honneur obir en tout aux prescriptions de l',eglise4 ,et1 si je manque quelqu'une1 j'en souffrirai4 ,je me trouverai dans un tat peut-tre pire que celui--pourtant peu dlectable--o je me dbats444 ,donc je reste libre6 ,pitre libert6 ,je devais apprendre que l'unique indpendance consiste porter joyeusement le joug adorable du ,bon ,dieu4 ,car1 en dehors de ,lui et de son ,eglise1 on n'est que le prisonnier1 cruellement entrav1 de l'erreur et des passions4 ,a force de tergiverser de la sorte1 je finis par choir dans une mlancolie profonde4 ,rien d'tonnant cette humeur noire4 ,mon me tait malade et je ne faisais pas ce qu'il et fallu pour qu'elle gurt4 ,j'accolais1 en moi1 un enfant sain un vieillard fivreux3 le chrtien naissant au paen moribond4 ,et naturellement celui-ci communiquait son mal celui-l4 ,bref1 rien ne me sourit plus de mes distractions anciennes4 ,une tristesse permanente me tenait le cur comprim4 ,alors l'ide de suicide--qui devait me torturer si effroyablement lors de la crise dcisive d'o sortit ma conversion--entra en moi4 ,et des pomes funbres en rsultrent qui traduisaient la dsolation de mon me4 ,je dois en citer quelques fragments#f4 #f ,on comprend bien que ce n'est point par vanit littraire que je le fais4 ,etant pote1 il tait logique que mes chagrins s'exprimassent en vers4 ,ceux-l sont caractristiques2 c'est pourquoi je les cite4 ,navr que la fort1 elle-mme1 ne russt plus me faire oublier mes tourments1 je disais3 ,jadis de verts rameaux me caressaient la tte1 ,j'offrais mes mains aux frlements des clmatites1 ,et mes yeux rayonnaient car j'tais le pote ,bienvenu des halliers que la ,muse visite444 ,hlas elle s'teint cette flamme de vie1 ,je frissonne pareil aux arbres vermoulus ,qui chuchotent peine une plainte assourdie3 ,le soleil de juillet ne me rchauffe plus2 ,comme fait le lichen l'corce friable1 ,un mal subtil se glisse en mon cur et le ronge444 ,puis ma mlancolie s'avivant au souffle d'une de ces bises qui1 aux jours d'quinoxe1 tonnent parmi les futaies1 je m'criais3 ,o vent hagard1 chevauche travers les taillis1 ,froisse et disperse au loin les fleurs de l'anmone1 ,ravage la futaie et jonche de dbris ,le sentier sinueux o ne passe personne4 ,assaille et romps aussi1 comme de faibles plantes1 ,mon orgueil et mes esprances1 ,qu'elle s'appelle ,amour1 ,posie ou ,science1 ,chasse l',illusion aux ailes dcevantes4 ,morne1 pareil au ft d'un chne que le lierre ,etouffe entre ses tentacules1 ,tandis qu'au ciel s'efface une clart dernire1 ,je sens mon cur saigner comme le crpuscule444 ,enfin la hantise de la mort envahissant de plus en plus mes penses1 je m'adressais elle et je m'criais3 444--,o ,mort1 je te vnre1 ,car ta bouche est la coupe o j'ai bu la beaut2 ,parce que tu guris de toutes les misres1 ,je veux te suivre au fond de ton ternit4 ,prends-moi dans la fort qui me sacra pote1 ,que ce soit par un soir de brise olienne ,o les bouleaux plaintifs chanteront sur ma tte3 ,o ,belle1 je mettrai mes deux mains dans les tiennes2 ,tu quitteras pour moi la couronne et les voiles1 ,tu me prodigueras tes plus profonds baisers ,et1 me rfugiant entre tes bras glacs1 ,je m'en irai1 joyeux1 dans la nuit sans toiles4 ,ce pome de la mort rsumait d'ailleurs toutes mes dsillusions et mme mes incertitudes1 car outre une imprcation contre le paganisme et une autre contre la science1 il contenait deux strophes o les vertus de la ,sainte-,eucharistie sont mises en doute4 ,inutile de dire que je les rprouve et que je les effacerai de mon livre4 ,on voit que j'tais arriv au plus noir de la dsesprance4 ,sur ces entrefaites1 en mars #aijf1 des ncessits de vie courante m'obligrent de me fixer pour quelque temps ,paris4 ,a partir de cette poque les vnements se prcipitent jusqu'au jour bni o la ,sainte-,vierge prit mon me entre ses mains misricordieuses et l'offrit1 toute frmissante de douleur1 au ,bon ,dieu4 ,,deuxi,,me ,,partie ,agnus ,dei qui tollis peccata mundi1 parce nobis1 ,domine444 ,ora pro nobis ,sancta ,dei ,genitrix ut digni efficiamur promissionibus ,christi444 ,sacrificium ,deo spiritus contribulatus3 cor contritum et humiliatum ,deus non despicies4 ,,psaume #ej4 ,,vi ,combien le sjour ,paris me fut pnible4 ,depuis douze annes que je vivais la campagne ou dans les bois1 j'avais perdu l'habitude de la grand'ville ordurire et bruyante4 ,tout m'en tait odieux3 le tintamarre des camions et des tombereaux1 les cris de canard qu'on gorge des automobiles1 les cloches des tramways4 ,je hassais les trop hautes maisons la faade fuligineuse4 ,je grognais contre les passants l'allure htive1 aux traits contracts par des dsirs de lucre ou des penses de sale godaille4 ,j'touffais dans l'atmosphre malpropre qui stagne parmi les rues comme sur les boulevards4 ,le soir j'tais au supplice cause de ces lampes lectriques dont la morne clart brle les yeux4 ,j'avais1 dira-t-on1 pour compensation1 la facilit de frquenter mes confrres4 ,or leurs propos1 qui ne m'avaient jamais beaucoup intress1 ne parvenaient plus du tout me retenir4 ,c'est en vain que je me battais les flancs pour me suggrer que la littrature restait ma proccupation principale4 ,au fond1 je sentais bien que ce n'tait pas vrai et que j'aurais donn toutes les causeries d'art du monde pour our encore le vent chuchoter dans les pins et les bouleaux4 ,en somme1 je ne russissais plus me distraire de la rvolution qui s'oprait en moi sous l'influence de la ,grce4 ,et pourtant cette proccupation constante me mettait parfois en colre4 ,las d'entendre ma conscience me rpter3 ,il faut aller l',eglise ou tu priras1 je m'criais part moi3--,mais c'est un vritable supplice4 ,est-ce que cette voix ne va pas se taire la fin444 ,et j'essayais de lui imposer silence4 ,lorsque j'inventais quelque ruse pour l'touffer1 ne ft-ce qu'une demi-journe1 je ne m'en trouvais que plus malheureux4 ,afin de ragir1 je m'acoquinais dans les endroits o se runissent maints potes4 ,l1 je montrais une gat fbrile4 ,je multipliais les propos sceptiques ou graveleux2 je dclamais perdument des vers4 ,on applaudissait1 on louait ma verve1 on riait de mes plaisanteries4 ,moi1 cependant1 je m'en allais bientt1 en haussant les paules4 ,ds que je me retrouvais seul1 la chape de plomb de la mlancolie retombait sur moi plus lourde que jamais4 ,l'envie de me suicider me taraudait l'me4 ,et je ne pouvais que me dire3--,c'est de ma faute4 ,pourquoi est-ce que je continue mener cette existence absurde au lieu d'obir la voix--certainement divine--qui me sollicite d'une faon si imprieuse8 ,alors1 j'allais me rfugier dans un de ces jardins publics qui rconfortent1 un peu1 par leurs parterres et leurs massifs1 les pauvres sylvains exils ,paris4 ,l1 du moins1 je voyais des arbres et le tumulte de la ville s'attnuait4 ,je me rappelle1 entre autres1 un banc du ,jardin des ,plantes o je me suis assis bien souvent4 ,c'est prs de la maison des pachydermes1 sous un splendide catalpa4 ,que de fois je m'y suis attard6 ,comme j'y ai rv1 mdit1 scrut ma tristesse444 ,je rcapitulais tout ce qui s'tait pass en moi depuis que le ,bon ,dieu me faisait signe de venir ,lui4 ,au plus propre de mon tre1 je retrouvais vivaces les impressions ressenties nagure dans la fort4 ,je constatais que mes erreurs passes finissaient de s'en aller en poussire2 et je m'en sentais tout joyeux4 ,a ces moments1 une grande paix entrait en moi2 je pensais ,dieu d'une faon trs douce et je me mettais prier3--,seigneur1 disais-je1 vous voyez que je ne vous abandonne pas4 ,j'entends toujours chanter dans mon me votre parole adorable4 ,je sais que vous tes le ,verbe et que vous avez habit parmi nous pour nous racheter du pch4 ,ayez piti de moi4 ,il me semble que j'avance si lentement dans vos voies444 ,on comprend que si je m'exprimais de la sorte c'est parce que je ne pouvais pas distinguer quel point l'aide qui m'tait fournie d',en-,haut tait puissante et combien1 au contraire1 la ,grce m'entranait rapidement vers ,dieu en me maintenant dans la foi et en cartant de moi les conseils sinistres de l'esprit de suicide4 ,il et fallu un prtre pour m'clairer4 ,mais voil1 rien qu' l'ide de gagner le plus prochain confessionnal1 je me sentais pris d'une vritable panique et je remettais plus tard cette dmarche que je devinais pourtant tre indispensable4 ,nanmoins je sortais consol de ces heures d'appel la ,providence divine4 ,je me trouvais mieux assur pour combattre les ennuis qui m'assigeaient4 ,j'en subissais de plusieurs sortes et de trs durs4 ,d'abord la dame aux yeux noirs1 que j'avais emmene ,paris1 redoublait de mensonges et d'incohrences4 ,elle me narrait les bourdes les plus formidables pour aller jouer et boire en compagnie de donzelles mal peignes4 ,elle dilapidait nos maigres ressources4 ,lorsque je rentrais dans la noire chambre d'htel o nous campions1 elle me faisait des scnes de jalousie trs cre et--je puis le dire--injustifies2 sur quoi1 je me mettais en fureur4 ,nous nous insultions outrance4 ,puis1 hlas1 le dnouement coutumier se produisait3 nous finissions par nous rapprocher4 ,nous nous prodiguions de furieuses caresses444 ,elle en demeurait affermie dans la certitude de l'empire qu'elle exerait sur mes sens1 moi1 plus triste et plus cur que jamais--et nanmoins trop lche pour rompre4 ,d'autre part1 je hantais les milieux radicaux car depuis l'arrive au pouvoir de ,clemenceau1 il tait question1 vu mes services passs1 de me gratifier d'une sincure quelconque4 ,certes1 c'tait sans enthousiasme que je m'apprtais servir un rgime qui1 comme je l'ai racont1 me rpugnait depuis pas mal de temps4 ,mais je me disais3--,aprs tout1 ils sont lgion ceux qui servent le ,bloc tout en le mprisant et parce qu'il faut vivre4 ,un de plus ou un de moins1 cela n'a gure d'importance444 ,raisonnement dont j'ai honte aujourd'hui et qu'heureusement je n'ai pas appliqu jusqu'au bout4 ,o l'hypocrisie de la radicaille me devint tout fait intolrable1 ce fut un soir o j'assistai un conciliabule prsid par un politicien qui1 dans ses articles et ses discours1 faisait parade de son libralisme et de sa tolrance4 ,or il s'agissait de la sparation de l',eglise et de l',etat4 ,voici comment il s'exprima rpondant certains qui se plaignaient qu'on mt trop de formes et trop de lenteur spolier le clerg sculier et empcher le culte3--,laissez-nous faire1 dit-il1 en esquissant un sourire chafouin1 nous tranglerons les prtres en douceur sans cesser de parler de libert et1 bien mieux1 en leur donnant l'apparence des premiers torts devant le pays4 ,peut-tre trouva-t-il qu'il avait parl un peu trop franchement car il ajouta3 --,cela1 entre nous1 n'est-ce pas8 ,tous les assistants1 charms de cette bonne nouvelle protestrent de leur discrtion--sauf moi1 qui gardai le silence4 ,nous avons vu1 depuis1 comment le plan expos ce jour-l1 fut1 en effet1 mis en uvre4 ,je sortis de cette sentine dgot4 ,je crachai sur le seuil et je me jurai de ne plus rien avoir de commun avec ces tartufes de dmocratie4 ,car1 je dois l'avouer1 au dtriment de ma perspicacit1 j'avais pris presque au srieux jusqu'alors1 et malgr tant d'indices rvlateurs1 la feinte bonne foi du ,gouvernement dans l'affaire de la ,sparation4 ,je m'cartai donc1 une fois pour toutes1 de cette politique de ,mandrins cauteleux et je retournai mes proccupations4 ,que d'heures lugubres je passai alors errer dans ,paris en ressassant mes chagrins et mes incertitudes4 ,tout m'ennuyait3 les tableaux du ,louvre o je me rfugiais de temps autre1 la lecture des papiers publics1 les colloques avec mes confrres et mme la posie4 ,il m'arrivait bien d'esquisser quelques strophes2 mais je ne les terminais pas2 je dchirais le papier o je les avais jetes et j'en restais l1 en me disant3--,a quoi bon6 ,je ne pouvais plus penser qu' ,dieu4 ,je me tournais vers ,lui2 je lui demandais de rveiller mon me engourdie et de m'assister dans mes peines4 ,et notre bon ,pre qui est dans les cieux ne me faisait pas dfaut4 ,non seulement ,il me consolait mais encore ,il ancrait de plus en plus en moi la certitude de sa toute-puissance4 ,je l'atteste3 ds cette poque et jusqu' l'heure o j'cris ces lignes1 jamais un doute cet gard ne m'effleura l'esprit4 ,cependant1 quoique favoris de la sorte et en ayant presque conscience1 je ne me dcidais pas faire la dmarche qui et amen ma conversion dfinitive4 ,le ,mauvais1 qui se voyait menac de perdre une me nagure voue ses malfices1 m'cartait des glises4 ,j'prouvais une vague frayeur la seule pense d'entrer dans quelqu'une4 ,et cette rpugnance se traduisait par un scrupule bizarre4 ,m'agenouiller sous ces votes imprgnes de prires1 me disais-je1 moi qui me suis rendu coupable de tant de blasphmes1 de vilenies et de malpropres luxures1 ce serait commettre une sorte de sacrilge4 ,jamais je n'oserai4 ,une aprs-midi1 pourtant1 aprs avoir err1 peut-tre une heure1 sur le parvis de ,notre-,dame et dans le square qui verdoie derrire le chevet de la basilique1 je pris mon parti2 je franchis le seuil et je suivis le bas-ct qui longe le petit bras de la ,seine4 ,l'glise tait presque dserte4 ,deux ou trois femmes priaient devant la statue de la ,sainte ,vierge qu'on voit droite de la grille du chur1 quand on fait face au grand autel4 ,je m'arrtai pour les regarder et leur ferveur me toucha4 ,je pensai3--,que je voudrais faire comme elles6 ,je fus1 alors1 sur le point de tomber genoux4 ,quelqu'un parlait en moi qui me disait3--,va1 humilie-toi2 ne crains rien3 tu seras exauc4 ,mais1 aussitt1 j'entendis ce ricanement aigre1 qui m'avait poursuivi si souvent1 et la voix de l',autre profra ces mots issus des caves les plus tnbreuses de mon me3--,allons1 ne fais pas l'idiot4 ,si cela t'amuse de croire en ,dieu1 tu peux te donner ce divertissement sans qu'il soit ncessaire1 pour cela1 de t'aplatir devant cette image4 --,oh6 c'est trop fort1 tout de mme1 m'criai-je1 misrable que je suis1 vais-je blasphmer dans cette glise8 ,mieux vaut en sortir tout de suite4 ,je m'enfuis4 ,mais1 comme j'avais dj la main sur la poigne de la porte1 une force irrsistible me retint4 ,je dus me retourner4 ,et m'inclinant vers l'autel1 je dis3--,mon ,dieu1 ayez piti de moi4 ,quoique je sois un trs sale pcheur1 venez mon secours4 ,dehors1 je me sentis un peu rassern1 car c'est un fait sur lequel je ne saurais trop insister3 toutes les fois que j'implorais de la sorte le ,seigneur1 je me sentais soulag2 et cela d'une faon immdiate4 ,avant de prier1 j'avais le cur broy dans un tau4 ,ds que j'avais cri l'aide vers le bon ,matre1 mon pauvre cur martyris se dilatait2 et je sentais descendre en moi un rayon de la lumire divine qui m'avait clair durant mes courses travers la fort4 ,vous le savez1 ,charit ineffable1 j'tais--et j'espre encore tre pareil l'humble publicain dont vous avez dit1 dans votre ,evangile1 que3 ,se tenant l'cart1 il n'osait mme pas lever les yeux vers le ciel4 ,mais il se frappait la poitrine et disait3--,mon ,dieu1 sois-moi propice moi qui suis un pcheur#g6 #g ,ev4 sec4 ,lucam1 ,,xviii1 #ac4 ,et publicanus1 a longe stans nolebat nec oculos ad clum levare2 sed percutiebat pectus suum1 dicens3 ,deus1 propitius esto mihi peccatori4 ,o ,providence adorable1 que vous me ftes propice1 en effet1 et comme vous n'avez cess de me combler de vos grces1 malgr mon indignit6444 ,le lendemain de ce jour1 il me vint l'esprit de me confier enfin quelqu'un qui saurait m'entendre4 ,je pensai tout de suite ,franois ,coppe avec qui j'tais en relations amicales depuis une quinzaine d'annes et dont j'avais eu lieu d'prouver la grande bont4 ,je le connaissais pour un catholique convaincu3 j'tais donc sr de trouver des encouragements auprs de lui4 ,je l'allai voir et j'en fus reu merveille4 ,mais retenu par je ne sais quelle fausse honte1 je ne pus me rsoudre lui confier entirement l'tat de mon me4 ,toutefois1 je lui dis combien j'tais triste1 dgot de ma vie sans but et assoiff de conqurir la paix morale4 ,coppe sut me rconforter4 ,il fut1 trs simplement1 le grand frre indulgent et pitoyable que j'tais accoutum de connatre en lui4 ,comme1 tout mu1 je lui serrais les mains en le remerciant1 il me dit3--,pour nous autres catholiques c'est un devoir d'assister qui fait appel nous4 ,en ce qui vous concerne1 je le remplis avec d'autant plus de plaisir que je sais qu'il n'y a point de perversit inne dans vos carts et dans vos erreurs4 ,cependant1 si vous pouviez croire1 vous verriez qu'au-dessus de notre littrature1 il y a quelque chose de bien autrement sublime3 un ,dieu qui nous soutient dans nos tribulations4 ,ah6 j'aurais d lui rpondre3--,mais je crois444 ,ce ,dieu dont vous me parlez1 je le prie2 et je ne demande qu' mieux le servir4 ,je me tus3 l'absurde billon que je maintenais sur ma bouche1 ds qu'il s'agissait de choses religieuses1 ne se desserra point4 ,pourtant1 peine deux heures aprs avoir quitt ,coppe1 je lui crivis une longue lettre--qu'il doit avoir conserve1--o je lui peignais mon trouble et o je lui laissais entrevoir que je n'tais pas aussi loin de la foi qu'il avait pu le supposer4 ,c'est la seule fois1 durant toute cette priode1 o je me sois un peu ouvert autrui4 ,il fallut la dtresse d'me qui rsulta des dernires convulsions du vieil homme en moi pour que je me confiasse un autre de mes amis catholiques de qui je parlerai bientt4 ,sur ces entrefaites1 je tombai malade4 ,paris ne me valait dcidment rien3 j'y dprissais vue d'il tant par la nostalgie de la fort que par mes soucis matriels4 ,ceux-ci s'accroissaient du fait que je m'abstenais rigoureusement de donner aucun article aux journaux anti-catholiques o j'avais crit jusqu'alors4 ,le physique flchit donc aprs le moral4 ,je souffris de violents lancements au cur accompagns de crises de suffocation1 la suite desquelles je vomissais le sang4--,je prcise ces maux1 parce que1 comme on le verra1 j'en fus dlivr1 d'un seul coup1 par une faveur du ,bon ,dieu1 le jour mme o je fis le pas dcisif pour entrer dans l',eglise4 ,d'aprs l'avis d'un mdecin1 je quittai ,paris et je m'installai dans une petite localit de la banlieue o il me fut possible de respirer un air plus pur4 ,ce n'tait pas tout fait la vraie campagne4 ,nanmoins j'y trouvai un peu de calme1 du silence et quelques arbres4 ,je passais mes journes couch sur la pelouse d'un petit jardin o fleurissaient des graniums et des roses4 ,un doux peuplier murmurant agitait son feuillage au-dessus de ma tte4 ,l'admirable t de #aijf m'imprgnait d'azur1 de lumire et de tideur4 ,trop faible pour travailler1 puis par les insomnies et par le sang perdu1 je restais l1 dans l'herbe1 du matin au soir4 ,j'tais si absorb en moi-mme que je ne donnais plus gure d'attention aux extravagances de ma dplorable matresse4 ,j'avais l'intuition que les douleurs corporelles qui m'accablaient m'taient bonnes et qu'elles achevaient de me purifier de mes ordures passes4 ,puis je prenais de plus en plus en grippe les mobiles qui m'avaient dtermin jusqu'au jour o la ,grce me toucha4 ,illusions politiques1 orgueil littraire1 passions sensuelles m'apparaissaient comme des corbeaux dont les croassements se taisaient depuis que s'levait quotidiennement en moi le cantique merveilleux de la prire4 --,ah6 me disais-je1 songe toutes les annes que tu vcus en proie ces prestiges inanes4 ,et qui sait8 ,si le bon ,dieu ne t'avait pas frapp justement1 et moins encore que tu ne le mrites1 tu aurais peut-tre regagn les chemins de la perdition4 ,raisonnant de la sorte1 j'aurais chu dans la misanthropie si je ne m'tais reprsent que des souffrances sans nombre compensent les aberrations et les pchs o s'garent les hommes4 ,ayant vrifi sur moi-mme quel point toute jouissance mauvaise1 toute malice contre ,dieu se paient par des tourments physiques et moraux1 je m'criais3--,mon ,dieu1 qu'est-ce que ce monde1 sinon une jungle o des btes de cruaut et de ruse s'entredchirent1 o le mal rgnerait seul si vous ne nous rameniez vous par la douleur8 ,et je concluais--surtout aux heures o la maladie m'prouvait davantage--par la rcitation des strophes splendides de ,baudelaire3 ,soyez bni1 mon ,dieu1 qui donnez la souffrance ,comme un divin remde nos impurets ,et comme la meilleure et la plus pure essence ,qui prpare les forts aux saintes volupts4 ,je sais que vous gardez une place au pote ,dans les rangs bienheureux des saintes lgions1 ,et que vous l'invitez l'ternelle fte ,des ,trnes1 des ,vertus1 des ,dominations4 ,je sais que la douleur est la noblesse unique ,o ne mordront jamais la terre et les enfers1 ,et qu'il faut pour tresser ma couronne mystique ,imposer tous les temps et tous les univers444 ,et j'ajoutais3--,soyez bni1 mon ,dieu1 de m'avoir rvl ma faiblesse par les maux que vous daignez m'infliger4 ,soyez bni d'avoir bris mon orgueil en me montrant le nant des illusions o je me complaisais4 ,soyez bni1 d'avoir combl1 par la grce de votre tendresse insigne1 l'espace effrayant qui nous spare1 nous pauvres humains accroupis dans la fange de nos vices1 du ciel radieux o vous rgnez dans votre gloire4 ,telles furent ma prire et mes mditations pendant les mois de juillet et d'aot4 ,elles ne suffirent pourtant pas me garder d'un suprme retour de l'ancien esprit d'impit4 ,tant que j'avais t trs malade1 je n'avais eu subir aucune attaque de ce genre4 ,il semblait que le ,bon ,dieu voult pargner ma faiblesse4 ,mais peine je commenais me remettre et reprendre la plume que je commis une faute grave4 ,une revue m'avait demand un article de littrature1 me laissant le choix du sujet4 ,ayant t pay d'avance1 je tenais m'acquitter1 le plus tt possible1 de l'engagement que j'avais pris4 ,je cherchais un thme dvelopper lorsqu'un fragment des ,foules de ,lourdes de ,huysmans1 publi par un autre priodique1 me tomba sous les yeux4 ,a cette lecture1 ce fut en moi comme une ruption de blasphmes4 ,il me vint aussitt l'ide de le critiquer1 avec virulence1 non pas tant au point de vue de l'art que pour dauber sur le sentiment religieux qui s'en dgageait4 ,ici1 je dois retourner en arrire4 ,quand parut le livre de la conversion d',huysmans3 ,en route 7en #ahif71 j'tais tout fait en proie au dlire socialiste et rvolutionnaire4 ,nanmoins cet expos si intense et si mouvant des vicissitudes d'une me qui revient ,dieu m'avait profondment remu4 ,pendant plusieurs jours1 je n'avais cess d'y penser4 ,puis1 ragissant1 avec une sorte de fureur1 contre l'impression salutaire que j'avais reue1 j'avais publi un reintement farouche du volume4 ,et1 depuis1 quand parurent ,la ,cathdrale et ,sainte ,lydwine1 j'avais rcidiv4 ,mais ce qui tait explicable--et mme1 en un certain sens1 excusable1-- l'poque o le matrialisme militant suintait de mon me1 le devenait beaucoup moins maintenant que je m'tais promis de ne plus attaquer ni directement ni indirectement le catholicisme4 ,quoi qu'il en soit1 il fit soudain nuit dans mon me4 ,je passai trois jours crire un article sarcastique o la conversion d',huysmans tait raille outrance et o1 hlas1 la ,sainte ,vierge tait insulte4 ,l'article fini et envoy1 ce fut comme si un voile se dchirait en moi4 ,je vis clairement mon pch1 je me fis horreur et j'prouvai un violent remords4 ,a coup sr1 j'aurais d empcher la publication de cet article dont je me repentais dj de tout mon cur4 ,je n'en fis rien1 me donnant pour prtexte--peu valable--que puisqu'il m'avait t rgl d'avance1 je n'avais pas le droit de le retirer4 ,on verra comment1 peu aprs1 la mmoire de cette mauvaise action1 o se condensaient mes suprmes rvoltes contre l',eglise1 me tortura4 ,le ,bon ,dieu ne m'en punit point tout de suite4 ,en effet la sant me revenait de jour en jour4 ,je souffrais encore du cur2 mais c'tait supportable et1 d'autre part1 je me retrouvais en possession de toute ma vigueur crbrale4 ,peut-tre dus-je cette grce au fait que navr d'avoir--presque involontairement1 j'y insiste--bafou l'hyperdulie d',huysmans1 je redoublai de prires4 ,je me rendais compte1 de plus en plus1 que ,dieu ne laisserait pas la foi l'tat de pierre d'attente dans mon me4 ,je lui disais3--,vous m'avez appris par votre adorable insistance me solliciter1 malgr mes rechutes et mes hsitations1 que vous aviez un dessein sur moi4 ,faites du pauvre ,rett selon votre vouloir3 il vous aime et il vous craint4 ,il ne demande qu' se soumettre4 ,pntr de ces bonnes penses1 je rsolus de retourner dans la fort4 ,ce fut une intuition toute puissante4 ,certes1 j'tais heureux d'aller revoir mes frres les arbres1 mais1 surtout1 je sentais1 et cela de la faon la plus nette1 que sous leurs ombrages1 il se passerait quelque chose de dcisif pour moi4 ,je partis donc pour ,arbonne4 ,enfin1 enfin1 j'tais presque arriv au moment o1 par l'intercession de la ,sainte ,vierge1 la ,grce divine allait me jeter dans les bras de l',eglise6444 ,,vii ,le petit village d',arbonne offre cet avantage sur ,barbizon1 ,marlotte1 et d'autres localits des environs de ,fontainebleau1 qu'il n'est pas trop envahi par les citadins en vacances4 ,les communications tant assez difficiles1 les tramways vapeur et les chemins de fer s'en trouvant pas mal de kilomtres1 les casinos1 musiques tziganes et tournes cabotines y faisant dfaut1 beaucoup l'ignorent ou ne se soucient pas d'y villgiaturer4 ,mon got de la solitude s'y pouvait donc satisfaire peu prs4 ,en outre1 la fort enveloppe ,arbonne presque de toutes parts4 ,son bornage et ses entours reclent un grand nombre de sites d'une beaut grave et d'autant plus apprciable pour moi qu'tant peu connus et1 souvent1 d'un abord malais1 ils ne sont pas envahis par la race ennuyeuse des touristes4 ,sous leurs futaies grandioses1 parmi leurs rocs farouches1 on ne rencontre point de bicyclistes hurleurs1 point d',anglais croassants et si absorbs par la lecture du ,baedecker qu'ils n'ont pas le temps de regarder les gorges et les plattires que ce volume leur signale4 ,point non plus de ces bourgeoises sautillantes qui1 flanques d'enfants braillards et dprdateurs1 jabotent1 entre elles1 de modes et de cuisine et qui poussent des cris de poule en gsine d'un uf pour une ronce accrochant leur robe ou pour une couleuvre traversant le chemin4 ,sr de n'tre pas horripil par quelque caravane de ce genre1 ds le lendemain de mon arrive1 le #b septembre1 je me levai l'aube et je gagnai la fort dont les frondaisons dferlent1 avec un murmure solennel1 presque jusqu'au seuil de l'auberge o je logeais4 ,ce fut le cur plein d'une joie radieuse que je saluai les pins et les bouleaux qui bordent1 en sveltes colonnades1 pleines d'harmonies soupirantes1 de rayons assoupis sur les mousses et d'ombres lgres1 le sentier que je suivais4 ,j'allais1 tout heureux1 aspirant le parfum des rsines et des sves1 cueillant1 et l1 quelques brins de bruyre1 mu par les caresses dont les feuillages inclins me frlaient le front4--,o ,nature sylvestre1 o circule le souffle de ,dieu1 que tu m'apparus maternelle et consolatrice6 ,j'arrivai au pied du rocher de ,cornebiche444 ,l1 je m'arrtai net car j'apercevais1 au sommet1 le petit oratoire que surmonte une statue de ,notre-,dame de ,grce4 ,vue ainsi d'en bas1 on en distingue peine les formes4 ,mais je la connaissais bien1 m'tant maintes fois assis sa base pour admirer le merveilleux paysage qu'on dcouvre du haut de la colline4 ,il me vint aussitt l'esprit de monter vers l'oratoire4 ,car l'allgresse qui dbordait de mon me se mlait1 plus intense que jamais1 ce sentiment du divin qui dominait ma vie intrieure depuis quelques mois4 ,jusqu'alors1 je ne m'tais pas adress la ,bonne ,mre4 ,mais la rencontrant ainsi l'improviste1 dans la fort1 je devinai qu'il fallait lui parler et qu'elle me serait auxiliatrice auprs du ,seigneur ,dieu4--,sans hsiter1 j'entrepris l'escalade du rocher4 ,je veux dcrire ce site avec quelque dtail4 ,d'abord1 c'est l qu'une quinzaine de jours plus tard1 je devais cder enfin compltement la ,grce4 ,ensuite1 parce qu'il prsente un sens symbolique que je tiens dgager4 ,le sentier qui monte ,cornebiche s'amorce 7 droite1 quand on suit1 vers les ,hautes ,plaines1 le chemin dit la ,passe aux vaches71 en face d'une coupe ancienne o quelques bouleaux chtifs ont repouss4 ,il est presque effac sous les bruyres qui l'ont envahi et1 par suite1 assez difficile dcouvrir4 ,nanmoins voici une indication pour le faire reconnatre3 cinq pins s'lvent l'entre1 qui ne prosprent pas beaucoup1 deux en avant1 de moyenne taille1 derrire eux1 deux plus petits1 puis un presque haut4 ,sur la gauche1 un taillis de conifres assez serrs2 sur la droite1 une brousse hrisse de gents rbarbatifs et bossue de rocs blmes qui rejoignent1 au sud1 les dernires pentes de la colline4 ,le sentier s'engage sous une vote obscure de pins presss les uns contre les autres1 puis il ressort dans une claircie1 puis commence escalader parmi des bouleaux tors et des grs aux formes pres et tourmentes4 ,on trbuche contre des racines2 on glisse sur les aiguilles de pin sches qui jonchent le sable4 ,il arrive qu'on tombe4 ,d'ailleurs1 il importe de mentionner que plus on progresse1 plus la monte devient difficile4 ,certains renoncent et1 parvenus mi-chemin1 reviennent sur leurs pas4 ,on traverse ensuite un ravin qu'emplit un fouillis de hautes fougres1 grilles par le soleil1 et de ronces malignes4 ,au fond de ce creux surgissent des blocs normes qui semblent barrer le passage4 ,on se demande comment les franchir quand on aperoit un couloir resserr o le sentier se faufile4 ,on monte2 on monte1 et toujours avec plus de peine1 car les ronces se cramponnent vous pour vous empcher d'avancer1 car des touffes de bruyres se jettent dans vos jambes pour vous retenir1 car des mousses perfides dissimulent la voie4 ,on monte encore et l'on se heurte un premier arbre tomb qui1 lui1 obstrue dcidment le chemin en formant au-dessus une sorte d'arche de pont d'o se dtachent de longues chardes4 ,il n'y a pas hsiter3 le seul moyen de passer1 c'est de se mettre quatre pattes pour se risquer dessous4 ,une fois qu'on a vaincu cet obstacle1 on se trouve peu prs mi-cte4 ,quinze pas plus haut1 second arbre tomb2 celui-ci1 on l'enjambe sans trop de difficult4 ,le paysage environnant commence se dcouvrir en son ampleur4 ,le sentier suit1 quelque cent mtres1 en corniche1 le flanc du rocher2 on se repose un peu et l'on reprend haleine car un rude effort reste donner4 ,en effet1 tout de suite aprs1 le sentier recommence monter presque verticalement ou tourne1 quasi sur lui-mme1 en lacets peu amnags pour l'ascension4 ,on franchit un troisime arbre tomb et1 quelques pas plus loin1 on se heurte un quatrime4 ,celui-l est redoutable3 des branches mortes le hrissent de faon former une herse qui empche tout fait de passer par-dessus2 en-dessous1 entre son tronc et le sol1 il ne reste qu'un espace tellement minime1 qu'on ne croit pas pouvoir s'y insinuer4 ,on se rebuterait si l'on n'avait la ferme volont d'arriver au sommet4 ,enfin l'on se dcide3 en rampant1 la figure presque terre1 on se glisse sous le tronc1 dont l'corce vous rabote l'chine#h4 ,puis on se redresse et1 content d'avoir triomph une fois de plus1 on recommence gravir la pente presque pic4 ,on parvient enfin une petite caverne qui se creuse sous un rocher monstrueux4 ,l1 il est bon de s'arrter quelques minutes1 de s'asseoir pour tancher la sueur qui vous ruisselle de partout et pour se recueillir4 #h ,plus tard1 chaque fois que je montais ,notre-,dame de ,grce1 tout en rampant de la sorte et en baisant presque le sol1 je ne manquais pas de me rpter3 ,memento quia pulvis es1 et in pulverem reverteris4 ,excellente pratique d'humilit4 ,puis le sentier serpente parmi des arbrisseaux1 dont les ramures vous flagellent1 tourne droite1 entre deux grs et soudain--l'on dbouche au sommet4 ,c'est une large plattire1 dalle de roches fleur de sol1 dont l'une1 devant l'oratoire1 se creuse en un bnitier naturel qui contient presque toujours de l'eau de pluie4 et l1 de grandes touffes de gents1 de jeunes pins1 de minces bouleaux4 ,mais il y a un large espace vide au milieu duquel s'lve l'oratoire4 ,c'est une tour ronde1 de sept mtres de haut environ1 et que surmonte une statue--insignifiante au point de vue de l'art--de la ,vierge l',enfant4 ,la tour est construite de fragments de grs relis par du ciment4 ,en somme1 une btisse fruste dont la nudit s'harmonise avec les rochers moroses et les vgtations sauvages qui l'environnent4 ,deux ouvertures latrales et un porche garnis de barreaux de fer permettent de voir l'intrieur4 ,on y dcouvre1 pour autel1 un cube de pierre meulire1 pos sur trois blocs de grs formant de vagues marches4 ,quelle vtust6 ,le pltre des murs se dtache en larges cailles et jonche le sol parmi toutes sortes de dtritus3 immondices jetes travers les barreaux par des visiteurs qui se jugeaient certainement fort444 voltairiens1 morceaux de bois demi-brls1 dbris de couronnes trs anciennes1 papiers sales1 pommes de pin pourries4 ,le plafond1 tout vermoulu1 tout fissur1 laisse suinter la pluie4 ,des limaces se tranent sur le sol et les parois4 ,une plaque de marbre1 place au-dessus de l'autel1 porte cette inscription3 ,ex-voto4 ,cet oratoire difi par la famille ,poyez de ,melun a t bni et consacr ,notre-,dame de ,grce1 aprs autorisation de ,monseigneur ,allou1 vque de ,meaux1 par ,,mm4 ,tigier1 cur d',arbonne et ,pecnard1 cur de ,fleury1 le #a;er juin #ahfb1 en prsence des fondateurs et de ,m4 ,lefort maire d',arbonne4 ,ave ,maria gratia plena4 ,voici maintenant quelle occasion l'oratoire fut difi4 ,la femme de ,m4 ,poyez1 avocat melunais1 tant tombe gravement malade fut abandonne par les mdecins4 ,fort pieuse1 ainsi que son mari1 tous deux invoqurent le secours de la ,sainte ,vierge4 ,un mieux se dclara immdiatement--et1 grce l'intercession de la ,bonne ,mre1 ,mme ,poyez fut bientt tout fait gurie4 ,pleins de reconnaissance1 les ,poyez dcidrent alors de construire un oratoire qui serait ddi la ,vierge4 ,sur ces entrefaites1 ,m4 ,poyez fut charg par la municipalit d',arbonne de dfendre ses intrts dans une affaire de terrains contests entre la commune et le chtelain de ,courances4 ,m4 ,poyez gagna le procs et1 refusant les honoraires qu'on lui offrait1 demanda qu'on lui ft cadeau du sommet de ,cornebiche--ce qui lui fut accord de grand cur4 ,aussitt1 il mit des ouvriers l'uvre et l'oratoire fut rapidement construit1 malgr les difficults que prsentait l'accs du site4 ,il y avait1 cette poque1 une autre statue de la ,vierge place sur la pierre d'autel4 ,chaque anne1 le clerg de la rgion organisait un plerinage l'oratoire3 il y venait beaucoup de monde4 ,puis1 aprs la guerre1 cette coutume tomba en dsutude4 ,quant la statue1 elle fut dtruite1 coups de fusil1 par un paysan1 braconnier et esprit fort1 renomm pour son impit et ses mauvais instincts4 ,certes1 ce possd dut prouver un plaisir intense commettre son sacrilge4 ,mais1 peu aprs1 voici ce qu'il lui arriva4 ,il s'tait fait un doigt une piqre qui semblait d'abord insignifiante mais qui s'aggrava subitement au point que1 pris de ttanos1 il ne tarda pas mourir dans des souffrances affreuses et en profrant des blasphmes4 ,une particularit d'un autre genre touchant l'oratoire mrite d'tre rapporte4 ,en #ahig1 lors du terrible incendie qui ravagea la fort pendant douze jours1 le feu1 ayant tout dvor depuis la plattire de ,franchard jusqu'au versant occidental du rocher de ,milly1 gagna ,cornebiche et en contourna les pentes1 embrasant les arbres mais laissant l'oratoire intact4 ,par les traces qui en subsistent1 il est1 encore aujourd'hui1 trs facile de vrifier le fait444 ,du haut de ,cornebiche1 on savoure un des paysages les plus imposants de la fort4 ,la vue s'tend dix lieues pour le moins4 ,si l'on se place sur le roc en balcon qui domine le versant nord1 on dcouvre une tendue plane que quadrillent des cultures et que parsment des villages2 puis1 plus prs1 un ocan de pins1 de chnes et de bouleaux qui parat monter l'assaut de la colline4 ,sur la droite les sombres sommets des ,hautes ,plaines profilent leurs lignes svres et le ,rocher de ,milly1 ses pierres arides4 ,traversant la plattire1 si l'on regarde vers le sud1 on aperoit d'abord la vaste plaine de ,champfroid4 ,dfriche jadis1 plante de gents malingres et bruntres1 troue d'excavations o des bruyres mortes font comme des touffes de bourre1 elle ressemble1 vue de la hauteur1 un large tapis dcolor par les ans et dont le tissu s'arrache4 ,au loin1 en face1 ce sont les grs blafards du ,rocher de la ,reine et les constructions1 d'un blanc cru1 de l'aqueduc qui conduit ,paris les eaux de la ,vanne4 ,a gauche1 le chemin montant de la ,touche aux ,mulets trace un trait d'ocre au cur des verdures d'une paisse futaie4 ,a droite1 diminu par l'loignement1 le ,rocher du ,laris-qui-parle moutonne sous une toison de pins bleuissants#i4 #i ,en patois briard1 un laris c'est une monte escarpe4 ,un laris-qui-parle c'est donc une cte o il y a un cho4 ,et1 de fait1 celui-ci existe3 il rpte mme des phrases assez longues4 ,quant au sens symbolique du site et de la monte1 je gage que le lecteur l'a dj saisi4 ,toutefois1 prcisons-le4 ,je note1 d'abord1 qu'en dehors du sentier1 il n'existe aucun autre chemin pour accder au sommet de ,cornebiche--au point culminant o notre ,etoile du ,matin scintille dans la lumire4 ,cela ne signifie-t-il pas qu'en dehors de l',eglise1 il n'est pas de route pour parvenir aux pieds de la ,grande ,intermdiaire1 de la ,vierge immacule qui offre nos souffrances et nos vux la ,trinit radieuse8 ,ensuite1 ce mme sentier1 presque effac sous les plantes folles1 c'est aussi l'image de l'me o la foi s'est presque perdue sous un pullulement d'erreurs et de vices4 ,cependant cette pauvre me1 soudain contrite1 veut s'lever1 ft-ce au prix de mille peines1 vers ce sommet du haut duquel les clarts de la ,grce s'irradient et descendent illuminer le taillis obscur--symbole de notre orgueil--o elle gt dans la dtresse4 ,courageuse alors1 elle commence gravir son ,calvaire d'expiation4 ,monte pnible car3 ces arbres tombs1 barbels de pointes aigus qui encombrent le chemin1 ces rocs si difficiles contourner1 ces ronces qui griffent et qui tirent le plerin en arrire1 ces aiguilles de pins sches sur quoi il glisse et qui le font choir1 ce sont ses pchs1 ses dcouragements1 ses doutes1 ses rechutes dans le mal4 ,ce sont aussi les tentations et les scrupules4 ,mais si l'me persiste1 si1 malgr tant de vicissitudes1 elle n'abandonne point la voie troite1 que borde un prcipice1 elle arrive la petite grotte sous le rocher c'est--dire au reposoir o elle se purifie par le ,sacrement de ,pnitence4 ,alors elle atteint1 presque tout de suite1 le sommet bienheureux o rgne cette lumire3 la foi dsormais inbranlable4 ,elle s'agenouille devant la ,vierge ,auguste et la remercie de l'aide qu'elle accorde au pcheur qui veut1 de toutes ses forces1 conqurir son salut444 ,bien entendu1 c'est seulement plus tard qu'il me fut donn de traduire1 comme je viens de l'exposer1 le sens symbolique de la monte la colline o rgne ,notre-,dame de ,grce4 ,nanmoins1 par cette splendide matine1 comme arriv1 tout haletant1 au sommet1 je considrais la statue de la ,vierge1 si blanche et si calme1 dans le vaste azur sans nuages que le soleil imprgnait d'un rayonnement d'or fluide1 je me sentis l'me souleve d'un transport irrsistible4 ,je joignis les mains et1 m'adressant la ,sainte-,mre1 je lui dis3--,vous voyez1 quelque chose m'a command de venir ,vous et je suis venu444 ,o ,vous que je n'ai pas encore invoque1 ,vous1 vers qui les fidles se tournent en leurs afflictions1 s'il est vrai que vous soyez la ,mdiatrice toute-puissante1 priez votre ,fils de m'indiquer ce que je dois faire maintenant4 ,puis je m'assis sur un rocher et je me pris la tte dans les mains en rptant3--,que faire8 ,que faire8 ,alors la voix trs douce1 si souvent entendue au-dedans de moi1 me rpondit3--,va trouver un prtre4 ,libre-toi du fardeau qui t'accable2 puis entre dlibrment dans le sein de l',eglise444 ,mais tout de suite le conflit habituel recommena3--,je ne puis pas1 m'criai-je1 j'ai peur de me livrer de la sorte444 --,tu cherches te leurrer toi-mme1 tu n'as pas peur du tout1 reprit la voix devenue imprieuse1 c'est l'orgueil qui te retient4 --,orgueil ou non1 je veux rester libre444 ,cet endurcissement singulier eut le rsultat que l'on peut croire3 aussitt la voix se tut1 et je me sentis mortellement triste4 ,ce fut comme si le soleil venait de s'teindre4 ,je redescendis1 tte basse1 la colline4 ,pourtant avant de regagner le chemin d',arbonne1 je me tournai une dernire fois1 vers la ,sainte-,vierge et je saluai en silence--sans oser lui parler davantage4 ,puis je retournai l'auberge444 ,alors le ,bon ,dieu employa les grands moyens pour briser cette carapace de pchs o je m'enttais me blottir4 ,parmi quelles affres1 je fus enfin jet genoux sur le seuil du ,sanctuaire1 on va le voir4 ,,viii ,avant de poursuivre1 il sied d'expliquer ce que sont ces voix dont j'ai parl plusieurs reprises4 ,sinon1 l'on pourrait croire qu'il s'agit de phrases entendues comme si un interlocuteur invisible cheminait ct de vous et vous obsdait de propos amers ou vous donnait1 avec mansutude1 de bons conseils4 ,or ce n'est pas cela du tout4 ,jamais rien n'est peru par le sens de l'oue4 ,c'est intrieurement1 au plus profond de l'tre1 que s'lvent ces dialogues qui nous laissent consol ou plus triste selon que la voix procde du ,bon ou du ,mauvais4 ,l'me est alors pareille une futaie o rsonneraient tour tour les chants graves et doux d'une brise cleste et les ricanements de rafales diaboliques4 ,cet tat ne peut pas1 non plus1 tre compar ces priodes de rflexion o l'on cause avec soi-mme1 o l'on pse le pour et le contre d'une dcision prendre1 o l'on analyse ses sensations1 o l'on dmonte l'armature de ses sentiments1 o l'on dissocie ses ides afin d'en prouver la valeur4 ,ce travail psychologique n'a rien que de naturel4 ,il est familier quiconque aime scruter les mobiles qui le font agir4 ,il ne viendrait jamais l'esprit de celui qui le pratique que des forces mystrieuses interviennent pour modifier les oprations de son cerveau4 ,mais dans l'me o le ,saint-,esprit daigne faire affluer la ,grce1 tandis que le ,mauvais1 qui s'y tait construit une sombre et solide citadelle1 regimbe contre cette invasion de la lumire divine1 il se passe un phnomne que nulle thorie d'ordre humain ne suffit expliquer4 ,en effet1 le ,moi garde toutes ses facults intactes4 ,il demeure le tmoin tonn1 mais plus lucide que jamais1 du combat qui se livre en lui4 ,si insolites que lui en semblent les pripties1 il a l'intuition que ces lutteurs1 qui se disputent la possession de sa conscience1 ne sont ni des fantmes crs par son imagination1 ni des prestiges ns d'un dsquilibre de ses fonctions mentales4 ,ah6 comme1 alors1 on se rend compte que le libre arbitre existe4 ,car l'me en proie ce conflit demeure entirement matresse de se soumettre l'un ou l'autre des belligrants4 ,si elle cde la nature1 c'est--dire l'orgueil1 au respect humain1 aux passions dont le ,dmon tire tout son pouvoir1 elle le fait en connaissance de cause4--,j'ajouterai1 que ce lui est d'autant plus facile1 qu'en agissant de la sorte1 elle suit la pente o l'inclinent ses habitudes les plus chres4 ,si au contraire elle rprime la nature pour obir la ,grce1 c'est tout aussi librement qu'elle le fait4 ,l'effort donner est parfois formidable4 ,car il s'agit de rompre avec des pchs d'autant plus captieux qu'il serait bien plus commode d'aller le train-train coutumier selon leur molle routine que de les fuir sous les coups de fouet lumineux infligs par la ,grce ceux qu'elle distingue4 ,tant que l'me1 objet de ce duel1 persiste tergiverser1 ne point se fortifier par le sacrement de ,pnitence et la ,sainte ,eucharistie1 elle ignore la paix4 ,les cliquetis du combat ne cessent de reprendre en elle4 ,bien plus1 ,dieu permet bientt que le ,dmon la fouaille et la torture1 la prcipite dans d'affreuses tnbres o il semble que jamais plus aucune toile ne luira4 ,c'est1 je crois1 dans ce sens1 qu'on peut s'appliquer l'avertissement donn par ,notre-,seigneur ,jsus-,christ3 ,lorsque l',esprit immonde est sorti d'un homme1 il erre par les lieux arides1 cherchant le repos1 mais il ne le trouve point4 ,il dit alors3--,je retournerai dans la demeure d'o je suis sorti4 ,en revenant1 il la trouve inhabite1 nettoye de ce qui la souillait et orne4 ,il va prendre alors sept autres esprits plus pervers que lui4 ,ils entrent tous ensemble dans la demeure et s'y tablissent4 ,et le dernier tat de cet homme devient pire que le premier#aj4 #aj ,evangiles3 ,,saint ,,mathieu1 ,,xii1 #dc-de2 ,,saint ,,luc1 ,,xi1 #be-bf4 ,j'emploierai encore une image pour mieux spcifier les circonstances de ce duel d'o l'me doit sortir sauve ou rprouve4 ,c'est un drame trois personnages3 deux sur la scne1 un dans la salle de spectacle4 ,l'un1 le ,dmon1 c'est l'acteur favori1 royalement vtu1 dbitant les tirades pompeuses qui lui valurent toujours de frntiques applaudissements4 ,l'autre1 l',ange de la ,grce1 c'est le dbutant de gnie dont les dires et l'action dconcertent d'abord1 puis entranent le spectateur1--l'me dont cette rivalit agite toutes les puissances4 ,il applaudit2 il sent la supriorit de ce nouveau venu sur le vieux turlupin qui le charmait d'habitude4 ,il chasse celui-ci des planches--pour le rappeler1 hlas1 ds que sa paresse d'esprit le ramne aux histrionneries dont il s'tait fait un besoin4 ,cependant1 l',ange1 quoique mconnu1 ne perd point patience2 il attaque constamment l',autre2 il couvre sa voix casse des modulations les plus riches et les plus pures4 ,si le spectateur finit par lui donner raison et par l'lire pour seul interprte de la ,beaut1 ce sont alors des ftes et des ravissements qui passent en splendeur toutes les fantasmagories de l',autre4 ,mais si le spectateur s'entte revenir au cabotin qui lui frelata le got1 il est perdu4 ,il s'gare en des ripailles avec cet acteur de clinquant et il devient incapable de comprendre les nobles enseignements du messager divin qui avait assum la tche pnible de lui purifier le cur et le cerveau444 ,donc pour me rsumer1 qu'il soit bien entendu que quand je parle1 dans ce rcit1 des voix qui me sollicitaient1 il faut comprendre qu'il s'agit d'un dialogue tout intrieur4 ,ne pas oublier non plus que je ne cessai pas une minute d'avoir la pleine conscience que l'avenir de mon me dpendait entirement du parti que j'allais prendre4 ,cela devait tre soulign1 car si je n'avais pas eu cette libert et si1 d'autre part1 la ,grce ne m'avait clair1 mes habitudes d'esprit comme mes passions m'auraient maintenu dans la pratique du pch et pour toujours cart de l',eglise4 ,voil1 je pense1 qui dmontre la fragilit de l'hypothse dterministe puisque si j'avais suivi la nature1 j'aurais obi au mobile le plus fort--celui que m'imposait toute ma vie passe4 ,au contraire j'entrai dans la voie que ni mes intrts les plus immdiats1 ni mes penchants de pote sensuel ne me dsignaient4 ,ces claircissements donns1 j'en viens la crise suprme d'o sortit ma conversion dfinitive4 ,,ix ,ma pauvre me1 dchire par tant de vicissitudes et de combats me faisait si fort souffrir que je tombai dans un grand dcouragement4 --,j'ai essay de prier1 me disais-je1 j'ai fait appel ce ,dieu que je devine sans le connatre4 ,il me semble qu'il m'a rpondu4 ,mais voici qu'il s'clipse et que je deviens1 de jour en jour1 plus triste444 ,ah6 je me dgote par trop moi-mme et la vie me rpugne4 ,mieux vaut en finir puisque je ne suis plus entendu ,l-,haut2 je vais me suicider4 ,toutefois1 comme je mditais ce projet sinistre1 il me vint1 tout coup1 l'ide de me confier mon ami ,s444 catholique fervent1 avec qui j'tais li depuis une vingtaine d'annes4 ,il m'avait1 maintes fois1 secouru et consol dans mes peines1 et j'tais peu prs assur qu'il saurait m'aider me reconnatre dans les tnbres o j'errais encore4 ,je lui crivis donc une longue lettre4 ,je lui exposai comment tout s'tait croul de mes illusions matrialistes et de ma foi dans les assertions tmraires de la ,science4 ,je lui dis combien j'avais soif de certitude et comment je m'tais adress au ,dieu inconnu4 ,puis je lui narrai le dsespoir o j'avais chu et les tentations de suicide qui me tenaillaient4 ,s444 me rpondit aussitt4 ,sa lettre et celles qui suivirent me furent si auxiliatrices que je dois en citer les passages essentiels4 ,votre grand malheur1 mon pauvre ami1 me dit-il1 c'est de n'avoir pas reu une ducation catholique4 ,n'ayant pas cette foi1 vous vous trouvez actuellement dsempar sans rien voir quoi vous raccrocher4 ,de l viennent ces tristes ides de suicide qu'un catholique1 quoi qu'il lui arrive1 et moins qu'il ne soit pris de fivre chaude1 repoussera toujours avec horreur4--,vous vous supprimeriez3 et aprs8 ,si vous croyez une vie future1 quelles seront les consquences de cet acte aprs votre suicide8444 ,vos prires un ,dieu inconnu1 c'est de la littrature4 ,or ,dieu ne demande pas de littrature1 mais que nous nous adressions lui simplement avec tout ce que nous pouvons avoir de cur4 ,vous tes bien malheureux2 c'est pourquoi1 aussi vrai que je crois en ,dieu1 tant donn que1 dans une heure1 je vais me confesser et que1 demain matin1 je communierai1 je vous promets d'offrir ,dieu1 pour vous1 ma communion et de le prier pour que la lumire se fasse dfinitivement dans votre esprit4 ,car vous tes dans une angoisse horrible3 c'est la nuit obscure si tragiquement dcrite par saint ,jean de la ,croix4 ,sortez de cette nuit1 pauvre ami1 o vos prires un ,dieu inconnu ne font que vous enfoncer davantage4 ,je vous le rpte3 mes prires1 je les offre ,dieu pour vous de toute l'amiti que je vous porte4 ,je souhaite qu',il vous donne la force dont vous avez besoin aujourd'hui444 ,cette lettre1 d'une si admirable charit1 me fit fondre en larmes4 ,et je me sentis un peu soulag du fardeau qui m'accablait4 ,je rcrivis tout de suite ,s444 et je m'ouvris davantage4 ,je lui dis que je ne demandais qu' croire au vrai ,dieu1 que souvent j'avais eu le dsir de voir un prtre1 ne ft-ce que pour le consulter sur l'tat de mon me mais que j'avais t retenu par la crainte de n'tre pas compris et aussi par de la rpugnance aliner ma libert4 ,ne pourrais-je faire mon salut tout seul8 lui demandais-je4 ,je lui notifiai aussi cette frayeur bizarre qui m'empchait de frquenter les glises comme si je me sentais trop souill pour que ma prsence n'y ft pas un outrage ,dieu4 ,s444 me rpondit3 ,j'ai peur de la crise que vous traversez1 ne pouvant m'en rendre compte qu' travers vos lettres4 ,il vous faudrait1 le plus tt possible1 un guide auprs de vous1 sinon vous risquez de drailler4 ,or moi1 je ne puis tre ce guide3 #a parce que je suis trop loin2 #b parce que je n'ai pas la science ncessaire4 ,adressez-vous un prtre4 ,mais d'avance1 quel qu'il soit1 veuillez ne pas voir en lui un homme1 mais le reprsentant de ,jsus-,christ4 ,si vous ne trouvez pas de rconfort auprs de ce prtre1 pensez simplement que c'est l une preuve et que ,dieu se sert de son ministre1 son propre insu1 pour vous l'imposer4 ,a vous de runir le courage ncessaire pour la supporter sans broncher4 ,par contre1 si ce prtre vous comprend et vous mne bien1 rjouissez-vous que l'preuve vous soit pargne4 ,gardez-vous par-dessus tout de croire que par vos seules et propres forces vous pouvez tre sauv1 que par votre seule intelligence vous tes capable de faire la lumire en vous4 ,ce sont l des prsomptions de protestant et1 comme toutes les prsomptions1 ce ne sont que des penses d'orgueil inspires par l'esprit du mal4 ,enfin mfiez-vous d'une humilit mal entendue1 celle dont vous souffrez actuellement1 puisque vous m'crivez que vous n'osez mettre les pieds dans une glise1 vous considrant comme trop indigne4 ,cela1 c'est du jansnisme1 et le jansnisme est cousin du protestantisme6 ,vous vous tiez cart de ,dieu2 pour revenir ,lui1 il faut ncessairement que vous alliez ,lui4 ,et puisqu'il est particulirement dans les lieux qui lui sont consacrs1 n'ayez nullement peur d'y pntrer4 ,vous constaterez1 vous-mme1 que vous y serez mieux pour prier444 ,cette seconde lettre me fit beaucoup de bien4 ,j'y rpondis en assurant ,s444 que j'allais faire tous mes efforts pour surmonter les prsomptions qui m'avaient retenu4 ,j'ajoutais que je voyais clairement qu'il y avait l de l'orgueil et enfin je reconnaissais1 avec lui1 que c'est cet orgueil qui nous gare ds que nous nous loignons de ,dieu4 ,une troisime lettre me confirma dans mes bonnes rsolutions4 ,s444 m'y disait3 ,je vois1 avec plaisir1 que vous tes d'accord avec moi pour distinguer l'orgueil la racine de tous nos vices4 ,n'essaie-t-il pas de se glisser mme au milieu de nos actes d'humilit8444 ,on ne croit bien1 cher ami1 que quand on reconnat son impuissance expliquer4 ,la foi est un acte d'humilit de la part de notre raison4 ,c'est pourquoi les humbles d'esprit possderont seuls le royaume de ,dieu4 ,la route de notre vie commence dj tre longue2 si nous nous retournons1 pour la regarder1 nous constaterons que1 toutes les fois1 ou peu prs1 que nous nous sommes gars ou que nous sommes tombs1 ce fut par un excs de confiance en nous-mmes c'est--dire d'orgueil2 vous voyez1 aujourd'hui1 le peu qu'taient ces soi-disant certitudes sur lesquelles vous prtendiez vous appuyer4 ,la douleur est venue et les a toutes balayes4 ,devant la douleur1 vous vous tes trouv nu et sans appui4 ,au lieu de vous en dsesprer1 ayez-en de la joie car ce que vous avez pu prendre tout d'abord pour un dsastre1 sera1 sans doute1 votre salut4 ,ecoutez la grande voix de la douleur2 elle vous enseignera en quoi consistent les vritables certitudes4 ,elle est la parfaite ducatrice1 la seule qui nous donne la clef de notre destine444 ,allons1 cher ami1 du courage car vous avez encore de durs assauts subir mais j'espre beaucoup de votre bonne volont444 ,ces lettres si touchantes et si perspicaces1 me furent bien prcieuses4 ,non seulement elles m'lucidaient nombre de points qui m'taient rests obscurs au cours de mon volution vers ,dieu1 mais encore1 elles m'avertissaient de l'preuve par o j'allais passer et elles me donnaient de l'nergie pour l'affronter4 ,en effet1 mesure que la ,vrit pntrait en moi1 de plus en plus irrsistible1 je me remmorais ma vie d'hier dans un dtail implacable4 ,je frissonnais d'pouvante et de repentir en dnombrant tous les pchs dont je m'tais rendu comptable4 ,d'autant que certains1 dont je croyais avoir perdu le souvenir1 me revenaient maintenant par grands coups de lanires brlantes qui me corrodaient la conscience4 ,supplici de la sorte1 je fuyais des journes entires dans la fort4 ,l1 je marchais grands pas1 indiffrent aux beauts sylvestres1 indiffrent aux murmures amicaux de mes frres les arbres4 ,je ne pouvais plus qu'couter ces voix despotiques qui tenaient tout mon tre4 ,parfois aussi1 je m'asseyais sur la mousse et j'essayais de prier4 ,il m'arriva de me dire3--,peut-tre1 devrais-je invoquer le ,bon ,dieu autrement que je ne le fais444 ,je tchai donc de me rappeler l'oraison dominicale4 ,or je dus constater que j'en ignorais la plus grande partie4 ,je rcitais3 ,notre ,pre qui tes aux cieux444 ,pardonnez-nous nos offenses444 ,c'tait tout3 le reste--si je l'avais jamais su--s'tait vapor depuis mon enfance4 ,cependant j'entendais s'lever1 sans cesse en moi1 soit des reproches sur ma tideur1 soit des exposs minutieux de mes vilenies de nagure1 soit des excitations dsesprer de mon salut1 soit aussi1 d'adorables invites me remettre tout entier dans les mains du ,bon ,dieu4 ,ecartel par tant de sollicitations contradictoires1 je gardais nanmoins le sens trs net de ce qui se passait dans mon me et je suivais les moindres pripties de ce duel dont j'tais le champ clos4 ,or c'tait des colloques continuels entre trois interlocuteurs4--,je crois bon de rapporter l'un de ces conflits4 ,je le transcrirai sous la forme1 si je puis dire1 dramatique1 car c'est ainsi que je le trouve relat dans mes notes de septembre #aijf4 ,d'ailleurs cela rendra mieux que toutes les analyses du monde ce qu'il y avait de poignant--et de mystrieux--dans ces dialogues4 ,la voix dmoniaque parlait trs haut1 avec des intonations sarcastiques et des clats de rire mordants4 ,parfois1 elle se multipliait2 c'tait alors comme si toute une meute de chiens enrags aboyait en moi4 ,la voix anglique parlait tout bas1 avec des inflexions douces et fortes la fois qui rpandaient comme une rose rafrachissante sur les flammes dont j'avais le cur dvor4 ,et moi1 le lamentable moi1 je balbutiais1 entre bas et haut1 des supplications effares ou des phrases de repentir4 ,au surplus voici3 ,le ,dmon4--,alors1 parce que tu t'es suggr de rprouver les dbauches d'esprit et de corps o tu te vautras pendant tant d'annes1 tu te figures que tu vas tout de suite rcuprer une me de petit enfant aprs le baptme8 ,moi4--,je ne me figure rien de semblable4 ,je sais seulement que je ne puis plus vivre ainsi4 ,et puisque ,dieu m'accorde le repentir de mes fautes1 j'espre que ce n'est pas pour me dlaisser ensuite4 ,le ,dmon4--,dtrompe-toi4 ,si ,dieu permet que tu sois mur dans la dsolation1 c'est afin de bien te montrer que tu n'as plus rien esprer de ,lui4 ,l',ange4--,il ment6 ,la misricorde de ,dieu est infinie l'gard de qui se repent4 ,espre et prie4 ,moi4--,oh6 je voudrais tant prier444 ,mais1 depuis quelques jours1 ds que j'essaie de le faire1 je sens comme un poids qui m'crase la poitrine4 ,et je ne puis que me courber en me tordant les mains4 ,le ,dmon4--,tu vois bien6444 ,c'est la meilleure preuve que tu n'as rien attendre de ,l-,haut4 ,plus tu t'entteras supplier ce ,dieu qui te mprise1 plus tu seras repouss4 ,des pcheurs de ton acabit ne peuvent se racheter4 ,prends donc un parti viril2 admets que tout est fini pour toi3 saute dans le noir o l'on ne souffre plus4 ,moi4--,oui1 ce serait peut-tre le plus sage car je me sens si misrable4 ,l',ange4--,non1 espre et tche de prier4 ,la douleur purifie3 un catholique1 ton ami sincre ne te le rpte-t-il pas dans cette lettre que tu reus ce matin8 ,moi4--,c'est vrai444 ,mon ,dieu1 je vous implore6 ,notre ,pre qui tes aux cieux1 pardonnez-moi mes offenses4 ,le ,dmon4--,ah6 c'est ainsi8 ,eh bien1 je m'en vais ressusciter quelques-unes de ces hontes que tu croyais ensevelies dans l'oubli4 ,moi4--,de grce1 que cette voix se taise4 ,je sais suffisamment que je suis une ordure444 ,l',ange4--,courage3 subis avec constance cette preuve2 elle est ncessaire4 ,moi4--,c'est impossible3 je souffre trop4 ,je voudrais ne pas couter4 ,le ,dmon4--,tu couteras tout de mme4--,tiens1 te rappelles-tu le jour o ta pauvre femme1 qui t'aimait malgr tes infidlits continuelles1 et qui priait pour toi--ce dont tu la raillais--te montra quelque argent qu'elle avait russi mettre de ct4 ,elle voulait acheter des livres que tu dsirais et aussi une robe pour elle qui en avait si grand besoin4 ,toi1 aussitt1 tu exigeas cette somme1 pargne avec tant de peine4 ,comme toute triste1 mais sans colre1 elle te la refusait1 tu la lui arrachas des mains4 ,elle voulut la reprendre--tu la brutalisas4 ,c'est en vain qu'elle t'adjura de ne pas gaspiller ces quelques pices d'or si pniblement pargnes4 ,tu t'enfuis sans l'couter et tu allas faire ripaille avec une guenipe des plus dgotantes4 ,quand tu revins1 au bout de trois jours1 tu trouvas ta femme dans les larmes4 ,et toi1 tu te moquas d'elle1 en disant qu'un pote avait besoin de sensations varies444 ,moi4--,hlas je me souviens2 mes sens frntiques m'entranaient4 ,le ,dmon4--,o est-elle maintenant ta femme8--,au cimetire4 ,si elle mourut1 c'est toi qui lui brisas le cur4 ,moi4--,c'est vrai1 c'est vrai6444 ,oh6 je voudrais me casser la tte contre un arbre4 ,l',ange4--,accepte l'preuve3 il le faut4 ,prends courage et prie4 ,moi4--,notre ,pre qui tes aux cieux1 pardonnez-moi mes offenses4 ,le ,dmon4--,par indulgence singulire1 il te pardonnerait peut-tre celle-l4 ,mais celle-ci3 te rappelles-tu le jour o pour divertir quelques dbauchs de ton espce1 tu te mis au cou la croix pectorale authentique d'un vque dfunt8 ,cette croix tu l'avais eue d'un de tes amis qui la tenait1 lui-mme1 d'une gnostique1 experte aux sacrilges1 et qui l'avait drobe4 ,malgr les supplications de ta femme1 tu l'emportas chez des filles de joie4 ,et l1 aprs t'tre livr des plaisanteries obscnes et blasphmatoires1 tu en fis cadeau la plus honte de ces ribaudes444 ,penses-tu que ce soit une offense qui te puisse tre pardonne8 ,moi4--,je ne savais pas4 ,je ne voyais dans cette croix qu'un morceau de mtal sans signification4 ,le ,dmon4--,tu mens4 ,puisque le lendemain1 tandis que ta femme1 qui tu n'avais pas manqu de conter ce bel exploit1 allait l'glise en demander pardon ,dieu1 tu restas1 tout le jour la tte enfouie dans les coussins de ton divan te rpter3--,quelle horreur6 quelle horreur6 ,comment ai-je pu me conduire de la sorte8444 ,tu avais donc conscience du sacrilge4 ,et maintenant1 tu serais assez naf pour croire que ,dieu voudra recueillir un aussi malpropre individu que toi8 ,mais regarde-toi donc3 tu es couvert d'une boue que rien ne peut nettoyer4 ,tu n'as plus qu'une ressource3 saute dans le noir444 ,veux-tu que je t'indique un moyen d'en finir rapidement avec la vie8 ,l',ange4--,veux-tu que je t'indique un moyen de te sauver8 ,rappelle-toi qu'il y a des mois que tu luttes contre tes vices4 ,rappelle-toi que cette science dont tu te disais le servant enthousiaste1 tu l'as vue s'crouler en toi4 ,rappelle-toi que ce paganisme sensuel dont tu te faisais le zlateur1 tu l'as pris en dgot4 ,rappelle-toi les paroles que tu entendis dans la fort parmi les souffles embaums du printemps radieux4 ,ds lors1 tu as cru au ,verbe incarn et tu l'as humblement ador4 ,espre et prie4 ,moi4--,notre ,pre qui tes aux cieux1 pardonnez-moi mes offenses444 ,je me repens6 ,mais pourquoi cette torture8 ,l',ange4--,il le faut4 ,courage6 ,le ,dmon4--,du courage8 ,il n'en aura bientt plus4 ,ce n'est pas en vain que depuis une semaine je lui remets sans cesse sous les yeux le miroir o il voit toutes ses fautes4 ,moi4--,c'est vrai que je suis bien las444 ,le ,dmon4--,veux-tu retrouver le calme8 ,ecarte cette sotte illusion de repentir4 ,reprends tes habitudes4 ,et pour commencer1 abolis ce fantme que tu appelles ,dieu4 ,moi4--,ah6 non par exemple2 jamais6 ,je crois en ,dieu de tout mon cur4 ,l',ange4--,alleluia6 ,le ,dmon4--,alors tu n'as pas fini de souffrir4 ,d'autant plus que je distingue toujours1 au fond de ton me1 le dsir de suicide4 ,moi4--,que ,dieu m'assiste4 ,je crois en ,lui444 99 99 99 99 99 ,tout fut silence4 ,j'tais au sommet des ,hautes ,plaines4 ,le soleil merveilleux trempait de clart les futaies sommeillantes4 ,des bouvreuils chantaient1 en sautillant1 et l4 ,de fins bouleaux frmissaient peine sous un vent tide4 ,moi1 les yeux levs vers le ciel d'azur et d'or incandescent1 je rptais3 ,mon ,dieu1 venez mon aide1 je me repens6444 ,x ,a la suite des tourmentes d'me dont je viens de donner un exemple1 j'eus un peu de rpit4 ,sans doute1 je le dus1 en partie1 aux prires de mon ami ,s444 avec qui je restais en correspondance presque quotidienne4 ,mais je crois aussi que le ,bon ,dieu voulut me laisser reprendre des forces pour l'preuve suprme qu'il me restait subir4 ,je restai trs triste mais plus tranquille pendant quelques jours4 ,cette accalmie1 je l'occupai liquider la situation vis--vis de la dame aux yeux noirs4 ,depuis notre passage ,paris1 je me dtachais d'elle de plus en plus4 ,tant de mensonges1 de frnsies1 de querelles m'avaient lass4 ,le sjour ,arbonne m'aida encore bien davantage me dbarrasser de ce joug humiliant4 ,les journes je les passais entirement dans la fort4 ,rentr1 je demeurais fort silencieux1 tant tout absorb par ma vie intrieure4 ,la nuit et la couche venues1 je ne touchais mme pas du bout du doigt ma matresse4 ,elle s'aperut que son prestige baissait4 ,afin de le rtablir1 elle essaya quelques-unes de ces disputes qui s'taient jusqu'alors termines par des rconciliations o mes sens me rejetaient sa merci4 ,cette fois1 elle choua3 je demeurai indiffrent ses provocations2 je laissai grler ses railleries et ses outrages1 sans rpondre un seul mot4 ,maintes tentatives pour rveiller mon rotisme ne russirent pas mieux4 ,comme elle ignorait ce qui se passait en moi et qu'elle tait loin de se douter que1 ds ce moment1 je cherchais le moyen de rompre avec elle sans444 mlodrame1 elle prit l'alarme4 ,ce ,rett si calme1 et qu'elle ne voyait plus gure qu' l'heure des repas1 lui semblait anormal4 ,elle eut l'instinct d'un danger2 et pour y parer1 elle crut habile d'essayer de l'absence4 ,sous prtexte de mettre en ordre notre appartement1 elle partit pour ,fontainebleau4 ,je serai bref sur le dnouement car ce n'est point mon sujet de raconter ici comment la dame aux yeux noirs me causa un prjudice fort grave1 d son intemprance4 ,je dirai simplement que j'en profitai pour lui signifier son cong4 ,elle vint me relancer ,arbonne dans l'espoir de me reprendre4--,et elle s'en alla de mme1 avec la conviction que tout tait fini entre nous--bien fini4 ,afin d'tre tout fait sincre1 je dois mentionner que j'eus pourtant1 quelques vellits de renouer4 ,peu de jours aprs son dpart1 je fus sur le point de courir aprs elle4 ,qu'on n'oublie pas que1 depuis la mort de ma pauvre femme1 elle avait t mon seul amour et que quatre ans de vie commune avaient forg entre nous des chanes dont les anneaux mme rompus1 tendaient se ressouder4 ,nanmoins1 je surmontai cette tentation1 me fortifiant par la pense que mon retour ,dieu m'interdisait de prolonger ce triste concubinage4 ,que la ,providence me fut secourable en cette occasion6 ,en y rflchissant1 je me suis dit bien souvent1 que si je n'avais pas t soutenu ,l-,haut1 je n'aurais pu m'chapper1 sans meurtrissures douloureuses1 de ce pige de la chair qui m'avait agripp jusqu'aux os4 ,libr de la sorte1 il me devenait plus facile de vaquer ma rgnration spirituelle4 ,eh bien1 j'hsitais encore2 tous les litiges1 tous les scrupules qui m'avaient supplici persistaient me hanter1 pareils ces songeries rhapsodiques qui traversent le sommeil agit d'un fivreux4 ,bien plus1 mes remords qui1 jusqu' cette poque1 avaient port principalement sur les carts de ma vie sensuelle1 se spcialisrent4 ,ma production intellectuelle s'tala devant moi4 ,tant de livres et d'articles o j'avais sem le blasphme pleines mains se rcrivirent dans mon me en lettres de feu4 ,ma mmoire implacable faisait que je devais m'en rciter les passages o ,notre-,seigneur1 la ,sainte ,vierge et l',eglise taient le plus furieusement outrags4 ,cette rcapitulation vengeresse me causait des souffrances telles que je connus1 de nouveau1 la tentation de dsespoir4 ,je fus en proie au ,dmon qui comptait1 certes1 sur mon pouvante des jugements de ,dieu pour me pousser me dtruire4 ,le pire de cette crise1 c'est que je restais seul pour affronter l'ennemi4 ,la voix anglique1 qui m'avait soutenu dans mes luttes antrieures1 avait cess de m'encourager et l'on et dit que le ciel demeurait ferm mes prires4 ,qu'il faisait obscur dans mon me6 ,non seulement j'tais tortur1 sans arrt1 par le repentir mais je me croyais dlaiss par ,celui qui1 nagure encore1 daignait m'envoyer quelques rayons de sa misricorde4 ,le jour vint o j'entrai enfin dans la vraie voie de la rdemption4 ,ce fut travers des pripties tellement atroces1 que je frissonne rien qu' m'en souvenir et que la plume me tremble aux doigts4 ,il faut pourtant les raconter car elles montrent combien la bont divine fut grande l'gard du pauvre pcheur pnitent444 ,j'avais err1 de l'aube au soir1 dans la fort4 ,navr de ne plus recevoir aucune consolation dans mes peines1 je m'agenouillais parfois pour supplier ,dieu de venir mon aide et pour lui demander de tarir la source brlante o j'tais oblig de boire longs traits l'amertume affreuse du remords4 ,nulle rponse1 nul soulagement ne me furent octroys4 ,seule1 la voix diabolique1 qui parlait de dsesprance et de mort1 rsonnait en moi4 ,je criais3--,grce6 ,l'cho me rpondait3--,dsolation sans merci6444 ,je me laissai tomber sur le sable prs d'un roc difforme qui1 sculpt par les intempries1 tournait vers moi une face d',eumnide4 ,les mains crispes sur une touffe de bruyre1 le front appuy contre l'corce rugueuse d'un chne je me dis3--,il est vrai que j'ai l'me toute souille par ces crits blasphmatoires dont le souvenir me lacre1 mais du moins1 depuis que j'ai reconnu la puissance du ,seigneur1 je n'ai pas rcidiv4 ,pourquoi ne m'en est-il pas tenu compte ,l-,haut8 ,alors1 pareille une rafale glace1 la voix du ,dmon s'leva3--,tu oublies qu'il y a quelques semaines1 tu choisis l'occasion de quelques pages publies par ,huysmans pour bafouer l',eglise une fois de plus4 ,tu vois donc bien que ta soi-disant conversion n'est qu'une fantaisie d'esprit blas et que quand tu reviens ta vraie nature1 tu ne peux t'empcher de har le catholicisme4 ,moi4--,je ne puis m'expliquer cette aberration4 ,cet accs d'impit dont j'ai subi si violemment les effets1 c'tait comme s'il m'et t impos par une force extrieure4 ,et la preuve que je suis de bonne foi1 c'est qu'il y a quelques minutes1 j'affirmais que je n'avais plus blasphm depuis que le ,bon ,dieu daigna me faire signe de venir ,lui444 ,mais soit1 j'ai pch une fois de plus4 ,mon repentir s'en accrot1 et que le ,seigneur me pardonne4 ,le ,dmon4--,allons donc3 ton repentir lui-mme n'est qu'une illusion littraire4 ,tu te le fabriques pour l'appliquer1 comme un rvulsif1 sur ton me tombe en langueur la suite de tes dbauches d'ides contradictoires4 ,moi4--,ah6 non par exemple4 ,mon repentir est vritable et1 quoique ,dieu semble m'avoir abandonn1 ma foi en ,lui demeure intacte4 ,qu'il me damne1 comme je l'ai mrit1 mais qu'accueillant mes remords et mes prires1 ,il me laisse la force d'esprer qu',il m'coute4 ,le ,dmon4--,soit1 admettons la sincrit de ton repentir4 ,il n'en subsiste pas moins que ta dernire offense a combl la mesure4 ,c'est pourquoi tu ne reois plus aucun secours de ,l-,haut4 ,mon cher1 tu as beau regretter ta faute1 tu es perdu sans rmission4 ,moi4--,hlas1 j'en ai peur444 que devenir8 ,le ,dmon4--,c'est bien simple3 puisque ,dieu te repousse1 puisque ton existence est devenue un tourment continuel1 ce que tu as de mieux faire1 c'est de t'enfuir dans la mort4 ,si1 dans l'autre vie1 tu subis des tortures1 sois assur qu'elles ne surpasseront point celles que tu supportes en ce moment444 ,et puis il y a des compensations1 l'orgueil d'avoir brav ,dieu procure aux damns pas mal de jouissances444 ,moi4--,quelle horreur6 ,il est crit sur la porte de l'enfer3 ,vous qui entrez1 laissez toute esprance4 ,mais moi1 bien que ,dieu me rejette1 bien que je sois consum d'une flamme d'angoisse1 je sens que je ne dois pas encore dsesprer4 ,le dmon4--,duperie et sotte imagination6 ,mets-donc une bonne fois dans ta tte que si ,dieu te pardonnait1 il ne te laisserait pas souffrir d'une faon aussi abominable4 ,c'est logique cela1 c'est un fait4 ,il faut que tu aies l'esprit fort affaibli pour ne pas t'en apercevoir4 ,moi4--,mon ,dieu1 il est juste que vous me frappiez mais faites1 du moins1 que cette voix se taise4 ,le ,dmon4--,est-ce qu'on t'coute8 ,va1 tu es perdu1 perdu1 perdu6 ,moi4--,mon ,dieu1 quoi me rsoudre8 ,silence absolu4 ,l'ombre venait sur la fort4 ,les grands pins svres1 les vieux chnes pensifs semblaient se recueillir avant le sommeil4 ,une brume bleue s'levait1 comme l'encens d'un office du soir1 des futaies solennelles et montait vers le znith o souriaient les premires toiles4 ,mais cette vaste srnit ne me pntrait point4 ,j'allais travers bois1 le front courb1 les mains jointes1 et je rptais en soupirant3 --,mon ,dieu1 mon ,dieu1 pourquoi m'avez-vous abandonn8444 ,quand je rentrai au village1 j'tais si ple que les gens de l'auberge se rcrirent1 me croyant malade4 ,je les rassurai par quelques phrases vasives et1 pour ne pas les proccuper1 j'essayai de manger4--,impossible3 les bouches me restaient dans la gorge et1 en mme temps1 je sentais comme des coups de poignard qui me trouaient le cur4 ,je quittai la table et j'allai me coucher4 ,j'prouvais une telle fatigue que je croyais dormir un peu4 ,mais il n'en fut rien3 au contraire1 peine eus-je ferm les yeux que le plus terrible des assauts que j'eusse eu encore subir se dchana4 ,j'tais dans un tat de vague somnolence1 quand tous mes pchs se prsentrent moi sous des formes effroyables4 ,dans une sorte de clart fuligineuse1 toute mon existence passe m'apparut4 ,c'tait comme un cloaque aux murs noirs d'o suintait une humidit puante et que couvraient des vgtations visqueuses4 ,sur le sol fangeux grouillait1 rampait1 se tordait un peuple immonde de crapauds1 de vipres et de salamandres4 ,je m'effondrais1 plein d'pouvante1 sous ce cauchemar quand la voix diabolique se fit entendre3--,voil ton me1 dit-elle4 ,comprends-tu maintenant que rien ne peut plus la purifier8 ,tes prires ont chou2 le stupide espoir que tu gardais dans un ,dieu que tu dgotes t'a du4 ,tue-toi donc1 lche6 ,et il me sembla que des figures grimaantes m'entouraient et hurlaient parmi des clats de rire forcens3--,il se tuera6 ,il se tuera6444 ,je me dressai1 en sursaut1 sur mon lit4 ,je tremblais2 je suffoquais2 une sueur froide me ruisselait du front et par tout le corps4 --,oh6 oui1 criai-je1 c'est assez souffrir4 ,je veux me tuer444 ,aussitt1 comme dans un clair1 il me vint l'ide qu'un de mes amis de ,fontainebleau possdait un revolver dont il m'avait montr1 quelque temps auparavant1 le mcanisme4 ,je vis1 avec une nettet formidable1 l'armoire o il l'avait rang1 la planche mme sur laquelle il l'avait pos4 --,demain1 me dis-je1 j'irai chez lui2 je lui droberai cette arme et je me ferai sauter la cervelle dans quelque coin de la fort4 ,comme je profrais ces mots1 je levai les yeux au plafond et j'avisai un crochet fix l pour y suspendre une lampe4 ,de lampe il n'y en avait point2 le crochet semblait attendre4 ,a quoi bon attendre jusqu' demain1 repris-je4 ,il vaudrait mieux me pendre tout de suite444 ,si seulement j'avais une corde444 ,immdiatement la voix de damnation me souffla l'oreille3--,il y en a une1 toute neuve1 dans le bas du placard1 ct de la chemine4 ,je sautai bas de mon lit pour courir au placard4--,mais alors1 je me sentis comme ddoubl4 ,une moiti de mon tre voulait le suicide sans retard1 sans rflexion4 ,l'autre rsistait1 appelait mentalement au secours1 et durant cette lutte1 il me semblait que roulait autour de moi un orage de blasphmes et d'ignobles jurons4 ,je m'aperus alors que je me tenais1 d'une main1 cramponn l'un des barreaux de mon lit1 tandis que de l'autre j'essuyais la sueur horrible et les larmes qui m'inondaient le visage4 --,allons1 un peu de courage1 dit le ,dmon1 en un rien de temps ce sera fait4 ,je lchai le barreau2 je marchai vers le placard444 ,je tenais la clef qui l'ouvrait quand1 soudain1 une lumire blouissante se fit dans mon me entnbre4 ,je m'arrtai net4 ,et alors j'entendis1 oui1 j'entendis--je l'affirme sur mon salut ternel--la voix cleste et bien connue qui me criait3--,dieu6 ,dieu est l6 ,foudroy par la ,grce1 je tombai genoux2--,merci1 mon ,dieu1 murmurai-je1 tout sanglotant1 vous tes revenu4 ,et la mme minute1 je crus voir1 au-dedans de moi-mme1 l'image de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ en croix qui me souriait avec une expression de misricorde ineffable4 ,une grande paix entra dans mon me2 j'eus la sensation profonde que toutes les forces mauvaises qui m'avaient assailli battaient en retraite4 ,et plus elles reculaient1 plus je me sentais baign de clart4 ,je restais l1 ravi1 stupfait1 dbordant de reconnaissance1 ne cessant de rpter3--,merci1 mon ,dieu1 vous m'avez sauv6444 ,puis je pensai cette monte rcente au sommet de ,cornebiche o j'avais implor la ,sainte-,vierge2 et j'eus l'intuition que c'tait ,elle qui m'avait secouru dans le pril extrme auquel je venais d'chapper et je rsolus d'aller la remercier ds qu'il ferait clair4 ,cette douce lumire qui m'avait illumin1 maintes fois1 dans la fort m'inondait de toutes parts4 ,je me rappelai le jour o je rencontrai le vieux prtre qui m'avait bni4 ,ce souvenir me fit tant de bien que je demeurai1 jusqu'au matin1 genoux sur le carreau1 le front pos sur le pied de mon lit4 ,et je ne cessais de redire3--,merci ,seigneur1 merci ,sainte ,vierge1 vous avez daign me tirer de l'ombre irrmdiable au moment o la ,mort m'avait dj pris dans la courbure de sa faux444 ,la nuit passa sans que j'eusse la notion du temps qui s'coulait4 ,l'aube glissa des lueurs d'or rose aux interstices des volets4 ,aussitt je fus dehors et je me dirigeai1 pas presss1 vers l'oratoire de ,notre-,dame de ,grce4 ,je gravis la colline1 d'une haleine1 sans mme m'apercevoir des obstacles qui barrent le sentier4 ,arriv au sommet1 je me prosternai1 le front sur le sable1 devant la ,sainte-,vierge4 ,j'tais si hors de moi que je ne pus d'abord que pleurer4 ,mais quelles douces larmes3 c'tait comme un torrent purificateur qui emportait toutes les souillures de mon me4 ,enfin il me fut possible de parler et je dis l',auguste ,mre3--,achevez votre uvre4 ,je ne rsiste plus1 je suis tout vous et je suis sr que vous m'indiquerez ce qu'il me reste faire pour rentrer dans l',eglise4 ,je restai longtemps agenouill sur le seuil de l'oratoire4 ,je sentais s'lever en moi des lans de gratitude et d'adoration4 ,cela ne s'exprimait pas verbalement4 ,j'tais l1 les mains jointes1 les yeux au ciel et c'tait comme si toute mon me tait attire en haut pour se fondre toujours davantage dans la lumire de la ,grce4 ,comme je redescendais la colline1 j'eus soudain l'ide que le plus simple tait d'aller trouver ,franois ,coppe et de lui demander qu'il me mt en relations avec un prtre qui st m'entendre4 ,rentr l'auberge1 je lui crivis pour solliciter un rendez-vous d'urgence4 ,coppe me rpondit par retour du courrier3 il me mandait de venir chez lui le surlendemain deux heures de l'aprs-midi4 ,jusqu' mon dpart1 je fus dans un tat d'allgresse paisible que nulle attaque diabolique ne troubla4 ,cette voix sinistre qui m'avait traqu si farouchement faisait tout fait silence4 ,enfin1 dtail qu'il faut mentionner1 parce qu'il est l'expression de la vrit1 je ne souffrais plus du cur2 je ne ressentais ni lancinements ni touffements4 ,et depuis1 je n'en ai plus jamais souffert4 ,l'heure sonna de prendre le train pour ,paris4 ,je partis--j'tais sauv444 ,gloire ,dieu1 gloire au ,pre1 au ,fils1 au ,saint-,esprit4 ,gloire toi1 ma belle ,etoile du ,matin6444 ,,troisi,,me ,,partie ,cum invocarem1 exaudivit me ,deus justiti me2 in tribulatione dilatasti mihi4 ,,psaume #d4 ,gloria tibi1 ,stella matutina mea4 ,,xi ,la premire chose que je fis en arrivant ,paris1 ce fut de me rendre ,saint-,germain-des-,prs pour y prier#aa4 ,cette apprhension trange qui m'avait empch si longtemps d'entrer dans les glises avait tout fait disparu4 ,je franchis dlibrment le seuil et j'allai m'agenouiller devant l'autel de la ,sainte ,vierge4 #aa ,je ne choisis pas cette glise plutt qu'une autre4 ,elle se trouvait sur mon chemin3 j'y pntrai4 --,bonne ,mre1 lui dis-je1 c'est vous qui m'avez amen jusqu'ici4 ,faites maintenant que je trouve le prtre qui me rconciliera avec ,dieu4 ,vous voyez mon me3 encore toute chancelante sous le poids de ses fautes1 elle demande se librer4 ,je vous supplie donc de m'ouvrir la porte du sanctuaire o j'aurai part l'amour infini4 ,cette prire me fit grand bien4 ,je gagnai la maison de ,coppe o je fus reu tout de suite4 ,le pote se rcria d'abord sur ma mauvaise mine4 ,il y avait de quoi car1 comme on le pense bien1 la crise que je venais de traverser ne me donnait pas prcisment l'air florissant4 ,je le rassurai2 puis1 aprs lui avoir peint l'tat de mon me1 je lui demandai de m'indiquer un prtre qui consentt m'instruire et me guider4 --,car vous comprenez1 ajoutai-je1 que je ne puis plus marcher tout seul4 ,j'ai besoin d'un appui et je suis venu vous avec la conviction que vous sauriez me le fournir4 ,coppe1 fort heureux de la bonne nouvelle1 me dit3--,je vais vous adresser l',abb ,m4 vicaire de ,saint-,sulpice4 ,c'est un saint et savant homme de qui vous recevrez1 j'en suis sr1 l'aide ncessaire4 ,il crivit une lettre pressante et me la remit en me disant3--,vous n'aurez qu' la porter au presbytre2 l'abb ,m444 s'y trouve toujours le soir1 partir de cinq heures et demie4 ,je le remerciai et je le quittai non sans qu'il m'et prodigu les plus chauds encouragements4 ,une fois dans la rue1 je me demandai ce que j'allais faire pendant les trois heures qu'il me restait user4 ,il me sembla que le mieux serait de retourner l'glise4 ,je revins donc ,saint-,germain-des-,prs4 ,je m'assis auprs du grand autel et1 la tte dans les mains1 je me pris rflchir sur la faon dont je m'expliquerais auprs de l'abb ,m444 ,mais alors1 en pensant tout ce qu'il faudrait lui avouer1 je sentis une grande honte m'envahir4 ,jamais1 me dis-je1 je n'oserai lui confier ces choses2 ou si je m'y rsous1 il est fort probable qu'il se rcusera1 n'ayant pas de temps perdre avec le sale pcheur que je suis444 ,cet accs de scrupule me tortura d'autant plus qu'il allait sans cesse en augmentant et que je ne savais comment lui tenir tte4 ,je ne pus rester dans l'glise2 je sortis et me mis errer au hasard sur la rive gauche4 ,j'coutais1 tout crisp1 une voix captieuse chuchoter en moi3--,sauve-toi1 va te cacher n'importe o puisque tu te rends compte de ton indignit1 puisque tu saisis que le salut n'est point pour toi444 ,la tentation tait forte4 ,nanmoins1 ayant subi force assauts de ce genre1 j'avais pris de l'exprience2 j'eus l'intuition qu'il ne fallait y cder aucun prix et que le moment tait arriv o je ne devais plus reculer4 ,rassemblant mon nergie parse1 je me dis3 ,cette drobade est absurde4 ,si le ,bon ,dieu m'a conduit au point o j'en suis1 ce n'est pas pour me dlaisser lorsque je vais faire le pas dcisif4 ,j'ai confiance en ,lui3 quoiqu'il puisse arriver1 j'irai cinq heures et demie chez l'abb ,m444 ,mon parti semblait bien pris--de fait il l'tait4 ,cependant1 mesure que le temps s'coulait1 je me sentais en proie une trs sombre tristesse qui pesait sur moi comme un ciel d'hiver sur une campagne fltrie4 ,tout tait en lthargie au dedans de mon tre2 tout se taisait3 plus mme de remords ni de scrupules1 mais un immense accablement4 ,la lumire de la ,grce me paraissait teinte et il ne restait qu'une nuit intense o mon me se cherchait ttons sans se trouver4 ,ah6 cette sensation de solitude totale dans des tnbres opaques1 c'est peut-tre la plus terrible des preuves que l'me qui se repent ait supporter4 ,ma course sans but me conduisit sur la place du ,panthon4 ,j'avisai le portail de ,saint-,etienne du ,mont et je me dis3--,si j'entrais l4 ,peut-tre que la clart divine m'y reviendra444 ,j'entrai donc4 ,j'errai1 le front bas1 sous les arceaux4 ,j'essayais de prier et ce m'tait impossible4 ,il y avait sur mon me comme une couche de givre que je ne russissais pas percer4 ,je repris mon vagabondage par les rues4 ,il n'y avait plus que mon corps qui agissait4 ,mon me tait comme dfunte4 ,mes pas me conduisirent ,saint-,sulpice4 ,j'y entrai1 pareil un somnambule2 mais quand je fus sous ces votes embaumes de prires1 je repris un peu conscience de moi-mme1 c'est--dire que je ressentis d'une faon encore plus aigu ma solitude4 ,je m'agenouillai sur la premire chaise venue et je tentai une supplication l'adresse du ,ciel impassible4 ,je pus tout juste dire3--,mon ,dieu6444 ,rien de plus4 ,et la nuit glace s'appesantit de nouveau sur moi4 ,je me relevai2 je me tranai1 en dtresse1 dans l'glise4 ,comme cinq heures sonnaient1 je me trouvai prs de la ,chapelle du ,sacr-,cur4 ,un prtre en mditation s'y tenait assis4 ,aussitt que je l'eus distingu dans la pnombre1 il me vint l'ide de lui demander du secours4 --,monsieur l'abb1 lui dis-je1 sans autre prambule1 je voudrais prier et je ne puis pas444 ,c'est horrible6 ,il me regarda1 plein de piti4 ,certainement il devina quelque chose de mon angoisse car il me rpondit3--,le ,bon ,dieu vous tient compte de l'intention1 soyez-en certain4 ,prenez courage3 je vais prier pour vous4 ,je le remerciai d'un signe de tte1 tant incapable d'ajouter un mot1 et je me remis vaguer dans les bas-cts4 ,alors1 voici que1 peu peu1 mon cur se desserra et qu'il fit plus clair en moi4 ,en mme temps1 je sentis natre1 grandir1 s'affirmer la certitude que je dirais tout l'abb ,m444 et l'espoir qu'il me recevrait merci au nom du ,seigneur4 ,ce rveil de mon me fut semblable au retour l'existence d'un homme qui s'est vanoui et qu'un cordial administr temps remet sur pied4 ,je fus soudain en pleine possession de mes facults4 ,sans nulle hsitation1 je me dirigeai vers le presbytre2 cinq heures et demie sonnant1 j'tais dans la loge du concierge et je demandais l'abb ,m444 ,tout en montant l'escalier vers la cellule qui m'avait t indique1 j'examinais encore une fois l'tat de mon me et je m'tonnais que tant de calme et de dcision et succd tant de fivre et d'incertitude4 ,toutefois1 comme je frappais la porte1 le cur me battait assez fort car une parole de ,byron1 qui s'appliquait mon cas1 me revenait la mmoire3 ,c'est ici un de ces relais o les ,destins changent de chevaux4 ,entr1 je vis un petit vieillard cheveux blancs1 assis dans un grand fauteuil4 ,il me regardait d'un air interrogateur4 ,je lui remis la lettre de ,coppe2 et il la lut sans rien tmoigner de l'impression qu'elle lui causait4 ,puis1 m'ayant fait asseoir1 il me demanda tranquillement1 et comme s'il s'agissait de la chose la plus facile du monde1 de lui exposer par suite de quelles circonstances je m'tait senti attir vers l',eglise4 ,je me trouvais un peu embarrass1 ne sachant trop par quel bout entamer mon rcit1 quand je me souvins que j'avais sur moi quelques-unes des lettres de mon ami ,s444 ,elles mettaient si bien dans leur jour les pripties les plus rcentes de ma conversion qu'elles constituaient la meilleure des entres en matire4 ,je les tendis l'abb ,m444 en le priant de les parcourir4 ,il les lut avec attention puis me dit3--,vous avez eu l1 pour conseiller1 un excellent catholique4 ,il faut remercier le ,bon ,dieu qui vous inspira d'avoir d'abord recours lui4--,maintenant1 causons4 ,il me posa d'abord quelques questions touchant mes origines et l'ducation que j'avais reue4 ,ensuite il m'invita lui narrer comment mes ides avaient volu pour que1 parti de l'hostilit l'gard de l',eglise1 j'en fusse arriv cette vidence que je ne pouvais plus vivre en dehors d'elle4 ,la simplicit de son accueil m'avait mis tout fait en confiance de sorte que je n'prouvai aucune difficult lui retracer ma vie intellectuelle depuis le jour o les brouillards du socialisme et de la science s'taient dissips en moi et o la ,grce m'avait pris par grands coups de lumire4 ,il est inutile de recommencer ce rcit puisque j'en ai donn le dtail dans les chapitres prcdents4 ,enfin j'arrivai l'poque o dmuni de toute croyance ferme1 ballott entre mon dsir de vivre selon la foi et mes aberrations anciennes1 j'tais tomb dans une mlancolie profonde4 --,et alors1 interrompit l'abb1 naturellement1 vous avez pens vous suicider8 --,mais oui1 rpondis-je1 assez surpris qu'il et devin cette conclusion de mes garements4 --,c'est bien cela1 reprit l'abb1 continuez444 ,je lui dcrivis les affres subies durant les dernires semaines qui venaient de s'couler4 ,tandis que je parlais1 le souvenir de ces heures effroyables me revenait si vivement que je dus m'arrter pour me reprendre un peu4 --,oui1 me dit alors l'abb ,m444 c'est affreux n'est-ce pas8 ,cela peut vous donner une ide--et encore affaiblie--de ce qui se passe en enfer4 ,mais remettez-vous et terminez4 ,je lui racontai la nuit terrible o j'avais failli succomber aux incitations du dsespoir4 ,puis1 tout anxieux1 je lui demandai3--,maintenant1 monsieur l'abb1 croyez-vous que je puisse tre sauv8 ,un bon sourire lui claira le visage4 ,il se leva et me frappant sur l'paule3--,mais1 mon cher ami1 me dit-il1 la chose est aux trois quarts faite4 ,vous vous repentez2 vous avez pleur des larmes de sang sur vos fautes4 ,soyez sr que vous avez t entendu ,l-,haut4 ,moi1 je n'ai plus qu' vous instruire des vrits essentielles de notre sainte religion4 ,puis1 d'ici quelques jours1 vous ferez votre confession gnrale et vous communierez4 ,et vous verrez que tout ira bien4 ,je m'bahis car je m'tais ancr cette ide dans la tte qu'il faudrait de longs mois avant que je fusse jug digne des sacrements4 ,comme je lui confiais mon scrupule cet gard1 l'abb ,m444 se mit rire franchement3--,quel enfant vous faites1 me dit-il1 croyez-vous que je vais vous laisser comme cela en pnitence dans un coin8 ,puis reprenant son srieux3--,l',eglise ne demeure pas ferme qui1 comme vous1 fait appel sa charit4 ,il est vrai1 vous avez beaucoup pch1 mais vous avez beaucoup souffert4 ,il est ncessaire qu'on vous vienne en aide4 ,dites-vous bien que ,dieu vous a trait comme ceux qu'il aime4 ,remerciez-le1 remerciez la ,sainte ,vierge qui1 certes1 intercda pour vous4 ,et ayez confiance puisque je vous affirme que vous possdez la vraie contrition4 --,ah6 m'criai-je1 les larmes aux yeux1 grce vous1 mon bon ,pre1 je vais enfin rcuprer cette paix intrieure que je croyais avoir perdue jamais4 --,non1 rectifia l'abb1 pas grce moi1 grce ,dieu dont je ne suis que le trs humble instrument4 ,il me dit ensuite de me procurer mon acte de baptme et de le lui apporter le lendemain4 ,puis il me remit un catchisme o il me marqua au crayon ce que je devais d'abord apprendre1 savoir3 les actes de foi1 d'esprance et de charit1 l'oraison dominicale1 la salutation anglique et le symbole des ,aptres4 --,outre ces prires1 ajouta-t-il1 laissez-vous aller ces lans d'adoration dont vous m'avez parl4 ,ces effusions viennent du ,saint ,esprit et il ne faut pas craindre de les multiplier444 ,maintenant1 savez-vous faire le signe de la croix8 --,hlas non1 rpondis-je4 --,je vais vous l'apprendre car il constitue1 en abrg1 la profession de foi de l',eglise catholique4 ,allons1 faites comme moi3 la main droite au front1 puis la poitrine1 ensuite l'paule gauche et enfin l'paule droite en disant3 ,au nom du ,pre1 et du ,fils1 et du ,saint-,esprit1 ainsi soit-il4 ,j'imitai l'abb en rptant ces paroles4 ,mais je me trompai3 je mettais la main droite au front puis j'allais l'une ou l'autre paule et je m'arrtais tout confus en m'excusant de ma maladresse4 ,j'tais si mu que je perdais un peu la tte4 ,n'tait-il pas touchant1 en effet1 ce doux vieillard qui1 plein de mansutude1 apprenait ainsi1 au pauvre pcheur ignorant les pratiques lmentaires de la religion8 ,enfin1 ayant russi faire comme il faut le signe de la croix1 je pris cong sur ces derniers mots de l'abb ,m4443--,allez en paix1 mon cher fils1 couchez-vous de bonne heure car je vois votre figure que vous tes puis par les insomnies4 ,priez1 avant de vous endormir4 ,ne perdez pas une minute de vue cette pense que vous allez tre rachet de l'esclavage du pch4 ,confiance et prire3 tout est l4 ,je vous bnis4 ,a demain1 la mme heure4 ,je le remerciai et lui promis d'tre exact4--,dehors1 j'arpentai la rue1 tout songeur et tout heureux d'avoir pris le bon parti4 ,qui m'aurait dit1 pensais-je1 que ce serait si facile8 ,puis j'admirais la bont de la ,providence qui m'avait conduit1 comme par la main1 au prtre qu'il me fallait4 ,ah6 si l'abb ,m444 m'avait accueilli par des phrases pompeuses et des tirades ampoules1 il est probable que je me serais cabr4 ,mais son ton paternel1 sa faon de me prsenter comme une chose toute simple l'empreinte divine sur mon me1 l'onction enjoue de ses propos avaient agi en moi mieux que n'auraient pu le faire les discours les plus apprts4 --,maintenant1 conclus-je1 en me mettant au lit1 je n'ai plus qu' me laisser conduire444 ,ouf1 quelle dlivrance6 ,j'ouvris mon catchisme4 ,que les actes de foi1 d'esprance et de charit me touchrent6 ,de quelle allgresse je rptais3--,oui1 mon ,dieu1 je crois en vous et en votre sainte ,eglise1 parce que1 j'en ai fait l'exprience1 vous ne pouvez ni me tromper ni la tromper4 ,oui1 mon ,dieu1 j'espre que vous me conserverez votre grce et que1 si j'observe vos commandements1 vous me recevrez dans votre gloire4 ,oui1 mon ,dieu1 je vous aime par-dessus tout1 car vous n'avez pas cess de me prouver votre amour4 ,ensuite je dis le ,pater et l',ave en m'attachant en bien pntrer le sens et m'appliquer l'adorable misricorde qui pntre ces versets4 ,enfin je mditai le ,credo4 ,puis je m'criai3--,o ,mre de mon ,dieu1 je me remets tout entier entre vos mains et je vous donne mon me4 ,daignez la prsenter votre ,fils444 ,alors1 ayant trac sur moi le signe de la croix1 je m'endormis d'un sommeil paisible1 tel que je ne l'avais pas connu depuis bien des jours4 ,,xii ,douceur ineffable de la ,grce1 lorsqu'elle rentre1 en ondes radieuses1 dans l'me qui croyait l'avoir perdue4 ,c'est d'abord comme un ,angelus qui tinte lentement sur la campagne par une aube un peu brumeuse de la fin d'avril4 ,on sent qu'il va faire beau1 car on devine le ciel bleu par-dessus les vapeurs diaphanes qui flottent sur les pommiers chargs de dlicates floraisons4 ,la cloche pand ses notes assourdies travers les volutes neigeuses du brouillard que nuancent des clarts roses4 ,tout est calme1 recueillement1 attente mue de la pleine lumire4 ,puis la ,grce se fait plus clatante4 ,l',angelus s'est tu3 la nature prie4 ,et c'est alors le lever du soleil qui monte rapidement de l'horizon et couvre de sa gloire les jeunes verdures4 ,il aspire la brume1 il chasse les fantmes de la nuit qui se tranaient encore dans les coins d'ombre1 tandis que de larges souffles chargs du parfum des violettes1 font frmir les frondaisons lgres des peupliers et des bouleaux4 ,tout tre tressaille l'unisson2 et l'hymne du printemps s'panouit dans l'air frais du matin444 ,ainsi de l'me pnitente qui la ,grce prodigue ses mystrieuses splendeurs4 ,qu'il eut raison le ,pre ,lacordaire quand il dit dans le passage de ses ,mmoires o il parle des effets de la ,grce3 ,les deux grands biens de notre nature1 la vrit et la batitude font irruption ensemble au centre de notre tre1 s'y engendrant l'un l'autre1 s'y soutenant l'un par l'autre1 lui formant comme un arc-en-ciel qui teint de ses couleurs toutes nos penses1 tous nos sentiments1 toutes nos vertus1 tous nos actes enfin1 jusqu' celui de notre mort qui s'empreint1 au loin1 des rayons de l'ternit4 ,tout chrtien connat plus ou moins cet tat2 mais il n'est jamais plus vif et plus saisissant qu'en un jour de conversion4 ,et c'est pourquoi l'on pourrait dire de l'incroyance1 lorsqu'elle est vaincue1 ce qui a t dit du pch originel3 ,felix culpa1 heureuse faute6 ,o sainte ,eglise catholique1 dispensatrice des vrits du ,bon ,dieu1 que tu es admirable quand tu recueilles1 en toute mansutude1 l'enfant prodigue qui1 dompt par la ,grce1 vient se prosterner devant tes autels444 ,telles taient mes penses pendant que1 sous les auspices de l'abb ,m444 qui je rendais quotidiennement visite1 je me prparais au sacrement de ,pnitence4 ,je ne saurais exprimer quel point je me trouvais dans un parfait quilibre de toutes mes fonctions4 ,non seulement mon cur battait l'aise1 mais les associations d'ides se faisaient si nettes dans mon cerveau que je pouvais les enregistrer1 avec tous leurs dtails1 dans ma mmoire4 ,je m'assimilais aussi1 avec une facilit extraordinaire1 les enseignements du catchisme--ce livre d'une si tonnante profondeur pour qui reut le don de le comprendre4 ,puis j'assistais aux offices2 j'y priais de mon mieux et j'y mditais les beauts de la liturgie4 ,et plus j'avanais dans la voie lumineuse1 plus la foi poussait de solides racines au trfonds de mon tre4 ,je la sentais s'panouir en moi comme un chne vigoureux que les temptes peuvent assaillir mais non renverser4 ,pour fuir les bruits de la ville et son agitation fivreuse1 j'avais repris mes habitudes de l't prcdent4 ,je passais la plus grande partie de mon temps dans l'un de ces beaux jardins publics qui empchent ,paris de devenir tout fait une sentine funeste aux corps comme aux mes4 ,j'y rcuprais un peu de ma chre solitude4 ,mais que ma disposition d'esprit diffrait de ce qu'elle avait t nagure4 ,en juin1 je ne savais pas encore au juste o j'allais1 je vacillais1 indcis1 entre mon bon ange et le dmon4 ,en octobre1 au contraire1 assur de ma rdemption1 clair1 soutenu par l',abb ,m4441 je vivais une vie intrieure toute de ravissements et d'adoration4 ,enfin1 le jour arriva o l'abb ,m444 m'annona qu'il me jugeait suffisamment instruit pour que je fisse ma confession gnrale4 --,vous viendrez dans ma cellule l'heure habituelle1 me dit-il4 ,auparavant1 examinez-vous fond et tchez d'tablir aussi exactement que possible le bilan de vos fautes4 ,et surtout1 cartez toute crainte de n'tre point pardonn qui tendrait vous dcourager2 car ce n'est l qu'une tentation diabolique contre laquelle je vous ai dj mis en garde4 --,je n'prouve plus rien de tel1 lui rpondis-je4 ,je n'ai plus qu'un grand dsir de me dlivrer du poids qui pse sur mes paules et de recevoir la sainte ,eucharistie4 ,de fait1 aucune des tapes de ma conversion1 le ,mauvais ne m'avait pareillement laiss en repos4 ,on et dit que me sentant bien gard1 il renonait me chercher noise4 ,comme toutes ses ruses se rsument en ceci qu'il voudrait nous empcher de prier1 il est tout naturel qu'il demeure impuissant contre celui qui ne cesse de lui opposer un bouclier d'oraisons4 ,or il n'est pas exagr de dire qu' cette poque1 je passais rarement plus d'une heure sans prier1 et que je faisais de longues stations dans les glises o1 l'abri du ,saint-,sacrement1 j'levais mon me vers ,dieu4 ,ainsi prmuni1 pour me prparer ma confession1 j'allai1 ds une heure de l'aprs-midi1 au parc ,montsouris4 ,je m'y installai sur un banc1 prs du lac o voguent des flottilles de canards multicolores4 ,l'atmosphre tait d'une tideur exquise4 ,de minces nues1 chatoyantes comme des gorges de tourterelles1 passaient dans le ciel ple o luisait un doux soleil d'arrire-saison4 ,l'automne commenait dorer les feuillages4 ,en face de moi1 s'levait un saule-pleureur qui trempait sa chevelure harmonieuse dans l'eau limpide4 ,aux intervalles de ma mditation1 j'admirais sa souplesse et l'lgance de ses formes4 ,et--fiction qu'on voudra bien me pardonner--je m'imaginais que mon ange gardien battait des ailes travers ses ramures ondoyantes4 ,j'avais pris avec moi une ,concordance des ,evangiles que l'abb ,m444 m'avait donne et mon catchisme4 ,tantt j'tudiais1 dans ce petit livre1 les raisons qui expliquent quel point le sacrement de pnitence constitue un acte d'une porte si divine et si humaine la fois4 ,tantt je recensais mes pchs3 et alors1 si leur nombre et leur gravit m'effrayaient trs fort1 je me rassurais la pense que j'allais bientt me dbarrasser de ces souillures1 et qu'ils me seraient remis non pas tant cause de mes remords que par la charit miraculeuse de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ4 ,puis je lisais les chapitres du ,saint-,livre qui retracent la ,passion1 qui peignent le ,jardin des ,olives1 les ,juges iniques1 les ,juifs acharns1 la voie douloureuse1 le crucifiement1 le partage de la robe1 l'ponge imbibe de vinaigre1 les outrages de la plbe1 jusqu'au cri qui fit trembler le ciel1 la terre et les enfers et qui annonait que l'univers coupable entrait dans le rgne de la ,grce3 ,tout est consomm6 ,surtout1 assistant1 par la foi1 au supplice de l',agneau1 je mettais mes bras autour du gibet o le bon ,larron fut garrott4 ,et je m'criais avec lui3 ,seigneur1 souvenez-vous de moi dans votre ,royaume444 ,puis1 faisant un juste retour sur moi-mme1 j'ajoutais3--,mon bon ,sauveur1 je sais que vous avez voulu toutes ces ignominies et toutes ces tortures pour me racheter de la servitude du pch4 ,qu'est-ce le peu que j'endurai au regard des souffrances que ,vous1 la plus innocente des victimes1 vous avez acceptes par amour pour moi8 ,comment pourrais-je reconnatre ce sacrifice8 ,mais j'ai confiance en ,vous et je ,vous aime4 ,ayez piti de moi1 ,seigneur ,jsus2 mdecin des mes1 gurissez-moi de la lpre qui ronge1 depuis si longtemps1 mon esprit et mes sens4 ,n'oubliez pas que ,votre ,mre auguste a daign intercder pour le pauvre caillou bris que je suis444 ,me disant ces choses et bien d'autres analogues1 je me sentais pntr d'une contrition toute salutaire4 ,c'tait un mlange de honte cause de mes fautes et de regret poignant parce que j'avais contribu1 pendant tant d'annes1 remettre en croix l',agneau rdempteur4--,et cependant l'espoir de ma purification prochaine lnifiait l'amertume de mon repentir4 ,l'aprs-midi passa de la sorte4 ,quand vint l'heure d'aller au presbytre1 je me trouvai fortifi d'une dcision souveraine4 ,ce fut sans nulle hsitation que je marchai vers la confession4 ,ds que je fus entr dans la cellule de l'abb ,m4441 ce bon pre s'informa d'abord de mes dispositions4 ,je lui dis que je n'prouvais que cet unique dsir3 me librer du pch4 ,il me fit agenouiller sur un prie-,dieu1 devant un crucifix4 ,puis1 aprs les prires sacramentelles1 je rcitai le confiteor et je commenai l'talage de mes fautes444 ,et alors1 comment exprimer cela--les mots ont peur comme des poules1 disait ,verlaine-- mesure que j'avouais mes fautes1 il me semblait que ,notre-,seigneur1 lui-mme1 tait l4 ,il me semblait que1 d'une main caressante et imprieuse la fois1 il cueillait mes pchs dans mon me et les parpillait en poussire devant ses pieds adorables4 ,en mme temps1 je sentais ma pauvre me1 toute ploye sous le faix du mal1 se redresser peu peu1 reprendre enfin sa rectitude1 puis s'panouir en des flots d'amour et de reconnaissance444 ,quand j'eus fini1 quand l'abb ,m444 eut prononc1 sur ma tte incline1 la sublime formule de l'absolution1 je me relevai4 ,il m'ouvrit les bras et je m'y prcipitai tout en pleurs4 ,certes1 nous tions aussi mus l'un que l'autre4 ,car si je mettais dans cette accolade toute ma gratitude pour lui qui m'avait t tellement auxiliateur1 lui rendait grces au ,seigneur de l'avoir dsign pour guider1 vers le bercail de l',unique ,pasteur1 la brebis rebelle qui s'en tait enfuie depuis son baptme4 ,nous causmes ensuite quelques minutes4 ,puis1 comme d'autres soins le sollicitaient1 je me retirai aprs qu'il m'eut recommand de me trouver le lendemain1 la premire heure1 ,saint-,sulpice pour communier4 ,dans la rue1 je marchais tout allgre4 ,je me disais3--,je suis pardonn1 je suis pardonn1 quel bonheur6444 ,cent alleluia me chantaient dans le cur et il me semblait que j'avais rajeuni de dix ans4 ,je me souvins alors d'une page d',en ,route o cette sensation de dlivrance est on ne peut mieux note4--,durtal s'perd en remords de ses pchs et le ,prieur de la ,trappe lui dit3 ,la croix1 qui tait faite de tous les pchs du monde1 pesait d'un tel poids que les genoux de ,jsus flchirent et qu'il tomba4 ,un homme de ,cyrne passait l qui aida ,notre-,seigneur la porter4 ,vous1 en dtestant vos pchs1 vous avez allg cette croix du fardeau de vos fautes et l'ayant rendue moins pesante1 vous avez ainsi permis ,notre-,seigneur de la soulever444 ,et moi aussi1 pensai-je1 ,notre-,seigneur m'a permis de l'aider porter sa croix4 ,gloire ,lui6444 ,le lendemain matin1 je me rveillai vers quatre heures4 ,je me prparai la communion par la lecture de l',evangile o il est racont comment ,notre-,seigneur institua la ,sainte-,cne4 ,puis je priai ,dieu de m'octroyer la faveur de recevoir sa chair et son sang avec l'humilit ncessaire4 ,quand je sortis pour me rendre ,saint-,sulpice1 j'prouvais une joie paisible l'ide que1 dans quelques minutes1 l'uvre de ma rdemption serait tout fait accomplie et j'admirais quel point tous les obstacles s'taient aplanis depuis que je m'tais mis sous la direction de l'abb ,m4 ,entr dans l'glise1 j'allai la chapelle du ,sacr-,cur o ce bon pre dit1 tous les jours1 la messe de six heures et demie4 ,il y avait fort peu de monde3 quelques femmes du peuple1 deux ou trois religieuses1 un seul homme en plus du pauvre moi4 ,je m'agenouillai prs d'eux et j'ouvris mon me au ,seigneur1 le suppliant d'y entrer quoiqu'elle ft si imparfaite4 ,a mesure que le moment de la communion approchait je me sentis soulev par un de ces lans d'adoration qui enlvent l'me1 parmi des ondes de lumire intrieure1 jusqu'aux pieds du ,trne divin4 ,je balbutiais3--,o mon ,dieu1 je ne suis pas digne1 mais venez en moi pour que je vous possde4 ,et dans mon me rnove ne cessaient d'affluer les splendeurs de la ,grce4 ,aussi1 lorsque je quittai ma chaise j'tais si pntr de cette clart indicible qu'il me semblait que mon tre entier tait pareil une blanche flamme qui montait joyeusement se perdre dans le ciel4 ,me fais-je comprendre8 ,cet tat n'ayant rien de terrestre1 il est peu prs impossible de l'analyser4 ,ce que je puis dire1 c'est que ni les plaisirs des sens les plus raffins ni mme les ivresses crbrales que procurent l'art et la posie n'approchent de cette extase o l'me1 qui s'unit ,dieu1 se fond tout entire4 ,l'abb ,m444 me communia4 ,je regagnai ma place2 et tandis que je rcitais mon action de grces1 je savourais pleinement la paix radieuse qui rgnait en moi4 ,ah6 que ne peut-on arrter le temps cette heure solennelle de quitude et d'innocence4 ,pourquoi faut-il que le monde revienne vous obsder de ses bas apptits et de ses viles rumeurs8444 ,pendant la journe qui suivit1 je vcus dans une sorte de rve lumineux4 ,toutes mes penses se tournaient vers le ,seigneur2 toutes les choses me semblaient avoir revtu un aspect de fte4 ,a la lettre1 je voyais l'univers avec des yeux nouveaux4 ,sainte ,eucharistie1 qu'ils sont plaindre les ignorants et les gars qui mconnaissent vos vertus6 ,pour moi1 je sais que vous tes la source de tout bien1 la fontaine d'espoir et d'nergie o1 aux jours de tristesse et de dcouragement1 l'me puise le rconfort et la joie4 ,faites1 mon ,dieu1 que je ne l'oublie jamais4 ,gardez-moi digne d'approcher toujours de votre ,sainte-,table dans les mmes sentiments o je me trouvai ce jour de ma premire communion4 ,,xiii ,pendant les trois semaines que je demeurai ,paris aprs ma premire communion1 la rgle d'existence que je m'tais trace ds mon retour continua4 ,je rendais de frquentes visites l'abb ,m444 et je mettais de mon mieux en pratique les avis pleins de sagesse qu'il me prodiguait4 ,fortifi par ses conseils1 j'prouvais une grande satisfaction les suivre4 ,obir m'tait devenu facile moi le rvolt de nagure4 ,puis je gotais intensment la srnit joyeuse qui1 pour la premire fois de ma vie1 me comblait l'me4 ,je faisais un retour sur mes angoisses passes et je me disais3--,si tous ceux qui errent irrsolus1 dsorbits1 bourrels d'incertitudes pouvaient savoir la paix intrieure qu'on acquiert quand on se rfugie dans les bras charitables de l',eglise4 ,s'ils rompaient les mailles du filet d'orgueil qui les enlace1 ils connatraient la joie de s'humilier devant le ,crucifix rdempteur444 ,je m'approchais souvent de la ,sainte-,table2 chaque communion me rendait l'me encore plus tranquille et plus pntre de la misricorde divine4 ,enfin1 m'tant log prs de ,notre-,dame1 je ne manquais pas d'aller y entendre1 tous les matins1 la messe de sept heures4 ,il faisait encore presque nuit lorsque j'entrais dans la basilique2 il y rgnait une obscurit que coupaient faiblement la clart mince de quelques cierges votifs et la lueur tremblante de la lampe qui veille devant le ,saint-,sacrement4 ,la messe tait dite par un vieux prtre dans la chapelle o l'on voit le tombeau de ,monseigneur ,darboy surmont d'une statue de ,saint-,georges terrassant le ,dmon4 ,je me plaais contre un pilier qui fait face l'autel et je m'unissais1 de tout mon cur1 au ,saint-,sacrifice4 ,que c'tait bon de prier dans cette ombre recueillie4 ,que les entretiens avec ,dieu y taient fconds en grces sanctifiantes4 ,dans le grand silence de la cathdrale1 presque dserte cette heure1 c'est peine si l'on entendait parfois un pas rsonner sur les dalles et tinter les sonneries liturgiques4 ,puis tout se taisait3 il n'y avait plus que la voix grave de l'officiant et le cliquetis des chapelets grens par quelques servantes du quartier venues pour demander ,dieu de les assister dans leur labeur4 ,j'ai connu l des ravissements si adorables1 je m'y suis senti tellement dtach de moi-mme1 tellement transport aux sommets de la foi que le souvenir de ces messes matinales ne cesse de m'illuminer la mmoire444 ,ds que l',ite missa est s'tait envol1 alouette de la ,grce1 vers le ciel1 j'allais m'agenouiller devant la statue de la ,sainte-,vierge dont j'ai parl plus haut4 ,je rcitais une dizaine puis je causais paisiblement avec la ,bonne ,dame4 ,elle est si tendrement accueillante cette douce ,reine des ,anges4 ,quand on souffre du corps ou de l'esprit1 il est si consolant de poser son front fivreux sur ses genoux et de l'implorer pour qu'elle vous soulage4 ,alors1 on sent ses mains radieuses vous caresser l'me et on l'entend qui vous dit tout bas3--,pourquoi t'affliger8 ,est-ce que je ne suis pas l pour t'enlever tes peines8444 ,mais ce n'tait pas seulement afin de la solliciter que je m'attardais de la sorte auprs d',elle4 ,c'tait surtout pour l'exalter1 pour rpter1 avec une entire ferveur1 ses litanies1 pour respirer le parfum spirituel qui s'en dgage4 ,tandis que je murmurais ses louanges1 il s'bauchait en moi des strophes sa gloire4 ,sorti de l'glise1 je les notais aussitt2 et mon bon ange aidant je les fixerai1 quelque jour1 dans un pome444 ,mes journes1 je les passais soit au ,parc ,montsouris1 soit au ,jardin des ,plantes1 soit dans ce petit square qui fait la proue de navire au bas du ,pont-,neuf4 ,tout en admirant les splendeurs dfaillantes de l'automne1 tout en regardant mes frres les arbres semer autour d'eux des feuilles d'or1 je mditais l',evangile et l',imitation de ,jsus-,christ4 ,c'taient mes seules lectures avec celle de mon paroissien4 ,car on ne saurait se figurer quel point les choses littraires m'taient devenues lointaines4 ,l',evangile1 c'est la nourriture essentielle du chrtien1 celle dont on ne saurait trop se sustenter4 ,je l'avais si bien compris que depuis lors1 je n'ai gure manqu d'en relire quotidiennement deux ou trois chapitres4 ,l',imitation1 c'est une essence de prires4 ,on pourrait la comparer aussi un outil indispensable pour sarcler le champ de notre me lorsque les faux jardiniers qui s'appellent ,orgueil et ,luxure tentent d'y cultiver de mauvaises herbes o d'y faire prosprer des floraisons vnneuses4 ,et puis quel tonnant1 quel perspicace psychologue que l'auteur inconnu de ce petit livre qu'on n'a qu' ouvrir presque au hasard1 lorsqu'on ne voit pas trs clair en soi1 pour y trouver le conseil ncessaire4 --,dans l',imitation1 me disait l'abb ,m444 on sent passer le souffle du ,saint-,esprit444 ,pendant que je m'occupais de la sorte1 l'ide me vint d'crire l'histoire de ma conversion4 ,et bientt elle s'imposa si despotique que je crus plaire au ,bon ,dieu en la mettant excution4 ,je consultai l'abb ,m444 qui approuva fort mon projet4 ,je lui dis alors combien il me semblait indiqu d'aller rdiger cette uvre de rparation dans la solitude4 ,il en tomba d'accord1 de sorte que1 deux jours plus tard1 aprs avoir communi encore une fois de sa main1 je partis pour ,arbonne4 ,comme on n'en doute pas1 la premire chose que je fis1 en arrivant1 ce fut de monter ,cornebiche4 ,tout heureux de revoir ma chre fort que novembre habillait de pourpre et d'or1 je gravis la colline et j'allai me mettre aux pieds de ,notre ,dame de ,grce pour la remercier de l'aide qu'elle m'avait dpartie et pour la supplier de m'tre auxiliatrice dans mon travail4 ,je rcitai1 de tout cur le ,salve ,regina4 ,a peine avais-je fini qu'une oraison jaillit en moi si nette que je pus la noter tout de suite4 ,la voici3 ,,salve ,,regina ,,humble ,,paraphrase ,,pour ,,les ,,pauvres ,,convertis ,reine des anges de lumire1 salut4 ,mre1 dont la misricorde infinie rpand les eaux vives de la ,grce dans l'me des pauvres convertis1 salut4 ,nous tions comme des morts sans spulcre dont la pourriture infectait les hommes de bonne volont4 ,toi1 ,vie ternelle1 ,toi1 ambroisie cleste1 ,toi1 vaste esprance1 voici que tu nous tiras de notre corruption4 ,fils du pch originel1 insurgs contre la rdemption1 nous avons d enfin crier vers ,toi du fond de l'abme o le prince de l'orgueil nous avait prcipits4 ,et maintenant1 humbles et les yeux en pleurs1 nous soupirons vers ,toi4 ,hlas1 ,interprte des volonts divines1 ,interprte aussi de nos appels la ,trinit redoutable1 viens notre secours4 ,o ,rose mystique1 imprgne de tes parfums ce jardin envahi par les orties3 notre me4 ,tourne vers nous la splendeur misricordieuse de tes yeux4 ,fais que notre orgueil se brise comme un caillou sous le pic qui fait jaillir la lumire du ,seigneur4 ,fais que ton fils nous octroie sa couronne d'pines4 ,ah6 fais aussi que ce fruit de tes entrailles nous pntre de sa divine saveur4 ,o trop ,clmente pour les pcheurs que nous sommes1 trois fois pitoyable1 infiniment secourable ,vierge ,marie4 ,quoique nous ne le mritions aucunement1 prie pour nous1 ,sainte ,mre de ,dieu4 ,prends dans tes mains le cur contrit de ces enfants derniers-ns de la ,grce3 les pauvres convertis4 ,rends-les dignes de monter1 au jour du jugement1 la droite du ,juge quitable et terrible4 ,seigneur tout-puissant1 tu as voulu que ton ,verbe incarn prt pour tabernacle le corps immacul de notre ,vierge bien aime4 ,o ,saint-,esprit tu l'as empli de ta flamme4 ,sainte ,trinit1 daigne en souvenir de ce mystre1 nous garder du ,mauvais4 ,par l'intercession de ta ,mre auguste1 notre douce ,etoile du ,matin1 dissipe en nous les tnbres du ,mal4 ,dlivre-nous de la mort ternelle que nous avions encourue par notre trs grande faute4 ,et qu'aprs l'preuve de ce ,purgatoire o nous entrerons en chantant tes louanges1 ,pre1 ,fils1 ,saint-,esprit1 nous soyons admis contempler1 pour l',eternit1 ta face adorable4 ,que ,notre-,seigneur ,jsus-,christ nous entende4 ,agneau de ,dieu1 toi qui effaces les pchs du monde1 toi qui saignes chaque jour sur tous les autels pour la rmission de nos fautes1 pardonne aux pauvres convertis4 ,agneau de ,dieu1 toi qui habitas parmi nous pour laver nos taches1 exauce les pauvres convertis4 ,agneau de ,dieu1 par les vertus du ,miroir de ta ,justice1 laisse descendre jamais en nous les rayons de ta ,grce et prends en piti les pauvres convertis4 ,m'tant ainsi fortifi par la prire1 je descendis la colline1 je retournai ,arbonne et je commenai d'crire ce livre444 ,,xiv ,me voici parvenu au terme de ma tche4 ,l'uvre de pnitence et de rparation est accomplie4 ,j'ai racont comment1 livr moi-mme ds mon enfance1 je dsertai le service du ,bon ,dieu4 ,j'ai dit quel degr d'incertitude et de dsesprance j'tais arriv lorsque l'illusion scientifique et l'utopie socialiste se furent croules en moi4 ,j'ai expos les raisons pour lesquelles je pris en dgot les malfaiteurs qui dtruisent notre ,france et les banquistes qui1 pour flatter l'imbcillit baveuse des parlementaires1 se vantent d'avoir teint les lumires du ,ciel4 ,j'ai essay de montrer comment la ,grce divine me pntra4 ,j'ai dit mes luttes1 mes souffrances1 ma victoire sur les forces mauvaises qui m'obsdaient4 ,j'ai fait de mon mieux4 ,puisse le ,seigneur accepter ces pages o j'espre avoir mis toute ma reconnaissance pour les bienfaits dont il daigna combler le pauvre pcheur repentant4 ,si parmi les personnes qui les liront il s'en trouve qui elles fassent quelque bien1 je leur demande de prier pour moi4 ,et pour le surplus3 ,non nobis1 ,domine1 non nobis1 sed nomini tuo da gloriam6 ,,fin ,saint ,amand 7,cher74--,imprimerie ,,bussi,,re4 ,,librairie ,l,,on ,,vanier1 ,,diteur ,a4 ,,messein1 ,succr #ai1 ,,quai ,,saint-,,michel1 ,,paris 7#e;e7 ,envoi franco contre mandat postal1 timbres1 etc4 ,extrait du ,catalogue gnral ,,paul ,,verlaine uvres ,posthumes4 ,proses et vers1 #a vol4 in-#af 7dans le format et dans le papier des uvres compltes en #e volumes74 #a vol4 in-#af broch #f fr4 ,posies religieuses4 ,prface de ,j4-,k4 ,huysmans4 #a vol4 gros in-#ab #c fr4 #ej ,voyage en ,france par un ,franais4 7,sous presse74 ,j4-,k4 ,,huysmans ,trois ,primitifs4 ,les ,grnewald du ,muse de ,colmar1 ,le ,matre de ,flmalle et la ,florentine du ,muse de ,francfort-sur-le-,mein4 #a vol4 in-#h avec illustrations #e fr4 ,,charles ,,morice ,du ,sens religieux de la ,posie4 #a vol4 in-#ab br4 #c fr4 ,,john-,,antoine ,,nau 7,laurat de l',acadmie des ,goncourt7 ,la ,gennia4 ,roman spirite htrodoxe4 #a vol4 in-#ab #c fr4 #ej ,,augustin ,,regnault ,la ,france sous le second ,empire1 #aheb-ahgj4 ,etude critique4 #a fort volume in-#ab #c fr4 #ej ,,louis ,,michel ,la ,science de ,dieu4 ,le ,paradis conquis4 ,explication de tout4 ,sonnets tirs des livres3 ,cl de la ,vie et ,vie universelle4 #c vol4 in-#ah4 ,chaque volume #c fr4 #ej ,le tome ,i3 ,matire2 tome ,,ii3 ,vie2 tome ,,iii3 ,intelligence4 ,,saint-,,amand 7,,cher7--,,imprimerie ,,bussi,,re